Source: http://www.juricaf.org/arret/FRANCE-CONSEILDETAT-20020603-230824
Timestamp: 2016-12-04 10:24:32+00:00

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France, Conseil d'État, 6 / 4 ssr, 03 juin 2002, 230824
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Type d'affaire : AdministrativeNumérotation : Numéro d'arrêt : 230824Numéro NOR : CETATEXT000008090240 Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;2002-06-03;230824 Analyses : PROFESSIONS - CHARGES ET OFFICES - ACCES AUX PROFESSIONS.Texte : Vu 1°), sous le n° 230824, la requête enregistrée le 28 février 2001 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par le CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX, dont le siège est 23, rue de la Paix, à Paris (75002) représenté par son président en exercice ; le CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX demande que le Conseil d'Etat :
1°) annule pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 décembre 2000 du garde des sceaux, ministre de la justice, conférant l'agrément prévu par le 1° de l'article 54 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques aux consultants ou ingénieurs-conseils qui exercent leurs activités dans les secteurs de l'ingénierie, des études techniques et de l'analyse, essais et inspections techniques ;
Vu 2°), sous le n° 230826, la requête enregistrée au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat le 28 février 2001, présentée par l'ORDRE DES AVOCATS A LA COUR DE PARIS, dont le siège est 11, place Dauphine, à Paris (75053), représenté par le bâtonnier en exercice ; l'ORDRE DES AVOCATS A LA COUR DE PARIS demande que le Conseil d'Etat : 1°) annule pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 décembre 2000 pris par le garde des sceaux, ministre de la justice, conférant l'agrément prévu par le 1° de l'article 54 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques aux consultants ou ingénieurs-conseils qui exercent leurs activités dans les secteurs de l'ingénierie, des études techniques et de l'analyse, essais et inspections techniques ;
2°) condamne l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- les conclusions de M. Lamy, Commissaire du gouvernement ;Considérant que les requêtes de l'ORDRE DES AVOCATS A LA COUR DE PARIS et du CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX sont dirigées contre le même arrêté ; qu'il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision ; Considérant que la Confédération nationale des avocats a intérêt à l'annulation de l'arrêté attaqué ; que son intervention est, par suite, recevable ;
Considérant qu'aux termes de l'article 54 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques : "Nul ne peut, directement ou par personne interposée, à titre habituel et rémunéré, donner des consultations juridiques ou rédiger des actes sous seing privé, pour autrui", notamment, "s'il n'est titulaire d'une licence en droit ou s'il ne justifie, à défaut, d'une compétence juridique appropriée à la consultation et la rédaction d'actes en matière juridique ( ...)" ; qu'en vertu du même texte, cette "compétence juridique appropriée" résulte pour les activités non réglementées visées à l'article 60 de la même loi d'un agrément pour la pratique du droit à titre accessoire de cette activité donné "par un arrêté pris après avis d'une commission qui fixe, le cas échéant, les conditions de qualification ou d'expérience juridique exigées" ; Considérant que, par l'arrêté attaqué, le garde des sceaux, ministre de la justice, a accordé l'agrément ainsi prévu aux consultants ou ingénieurs-conseils qui exercent leurs activités dans les secteurs de l'ingénierie, des études techniques et de l'analyse, essais et inspections techniques, titulaires d'une qualification accordée par l'organisme professionnel de qualification des conseils de l'ingénierie qui, soit possèdent un diplôme de maîtrise ou de troisième cycle en droit, soit possèdent des diplômes de droit d'un niveau inférieur mais justifient d'une expérience professionnelle d'une durée au moins égale à 7 ans , soit justifient seulement d'une expérience professionnelle de 10 ans ;
Considérant, d'autre part, que Mme X..., directeur des affaires civiles et du sceau, signataire de l'arrêté, avait reçu, par arrêté du 24 octobre 2000, publié au Journal officiel du 27 octobre suivant, délégation pour signer au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, "tous arrêtés, actes et décisions ressortissant à ses attributions, à l'exclusion des décrets" ;Considérant, enfin, qu'il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été pris après avis, rendu le 8 juin 2000, de la commission prévue par l'article 54 de la loi ; que la circonstance que, contrairement à ce qui est prévu au 6ème alinéa du 1° du même article 54, cet avis n'a pas été émis dans les trois mois de la saisine de la commission par la fédération des syndicats des sociétés d'ingénierie, de services informatiques, d'études et de conseil, de formation professionnelle et de la chambre des ingénieurs-conseils de France, est sans incidence sur la régularité de la procédure d'élaboration de cet arrêté ; que la commission a été régulièrement saisie pour avis de la situation, au regard de l'article 54, des personnes qui exercent l'activité non réglementée précitée ; que les autres moyens avancés pour critiquer cette procédure ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé ;
Considérant, en premier lieu, que l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de définir les obligations professionnelles qui incombent aux consultants et ingénieurs-conseils à qui l'agrément est accordé, et que son auteur ne tenait de l'article 54 de la loi aucune habilitation à cet effet ; qu'ainsi ne peut qu'être écarté le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait illégal en ce qu'il n'assujettit pas les intéressés à l'obligation d'assurance, à l'interdiction du démarchage et de la publicité et au secret professionnel ; que, d'ailleurs, ces obligations s'imposent aux personnes habilitées à donner des consultations juridiques ou à rédiger des actes sous seing privé, pour autrui, de manière habituelle et rémunérée, en vertu des articles 55 et 66-4 de la loi qui rappellent, notamment, l'obligation de respecter le secret professionnel conformément aux dispositions des articles 226-13 et 226-14 du code pénal ; Considérant, en second lieu, que l'ORDRE DES AVOCATS A LA COUR DE PARIS et le CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX soutiennent que les conditions mises par l'arrêté à la pratique de la consultation juridique et de la rédaction d'actes par les consultants et ingénieurs-conseils exerçant dans les secteurs de l'ingénierie, des études techniques et de l'analyse, essais et inspections techniques ne permettraient pas de garantir qu'ils possèdent la compétence juridique appropriée exigée par l'article 54 de la loi ; qu'il est soutenu, en particulier, que les diplômes prévus seraient insuffisants, que l'expérience professionnelle exigée serait trop limitée et que, compte tenu de la nature des activités de ces professionnels, les risques d'exercice illégal de la profession d'avocat sont accrus ;Considérant qu'en estimant que les titulaires d'un diplôme d'études approfondies ou d'un diplôme d'études supérieures spécialisées en droit ou d'une maîtrise en droit, disposent de la compétence juridique appropriée pour la consultation juridique relevant directement de l'activité d'ingénierie, d'études techniques et d'analyse, essais et inspections techniques et pour la rédaction d'actes sous seing privé qui en constituent l'accessoire nécessaire, selon les termes de l'article 66 de la loi, le garde des sceaux, ministre de la justice, n'a pas entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation ; qu'il en va de même des personnes justifiant d'une expérience professionnelle de 7 ans lorsqu'elles sont titulaires d'un diplôme de droit ou du secteur juridique ;
Considérant, en revanche, qu'en donnant la possibilité de donner des consultations et de rédiger des actes dans le domaine de l'ingénierie, des études techniques de l'analyse, essais et inspections techniques, à des personnes justifiant de 10 ans d'expérience professionnelle mais dépourvues de formation juridique, le garde des sceaux, ministre de la justice, ne peut être regardé comme ayant respecté l'exigence posée par la loi que ces personnes justifient d'une compétence juridique appropriée ; que l'arrêté attaqué doit donc, dans cette mesure, être annulé ;
Article 2 : L'arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, du 19 décembre 2000 est annulé en tant qu'il accorde l'agrément prévu par le 1° de l'article 54 de la loi du 31 décembre 1971 aux consultants et ingénieurs-conseils exerçant leurs activités dans les secteurs de l'ingénierie, des études techniques et de l'analyse, essais et inspections techniques bénéficiant de la qualification professionnelle exigée et justifiant seulement d'une expérience professionnelle de 10 ans.
Article 3 : L'Etat versera à l'ORDRE DES AVOCATS A LA COUR DE PARIS la somme de 3000 euros et au CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX celle de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 76-1 du code de justice administrative.
Article 6 : La présente décision sera notifiée à l'ORDRE DES AVOCATS A LA COUR DE PARIS, au CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à la Confédération nationale des avocats.Références : Arrêté 2000-10-24Arrêté 2000-12-19 justice décision attaquée annulationCode de justice administrative L761-1Code pénal 226-13, 226-14Loi 71-1130 1971-12-31 art. 54, art. 60, art. 55, art. 66-4, art. 66Publications :Proposition de citation: CE, 03 juin 2002, n° 230824Inédit au recueil LebonTélécharger au format RTFComposition du Tribunal :Rapporteur : Mlle VialettesRapporteur public : M. LamyOrigine de la décision Pays : FranceJuridiction : Conseil d'ÉtatFormation : 6 / 4 ssrDate de la décision : 03/06/2002Fonds documentaire : Legifrance Haut de page

References: l'article 54
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