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Timestamp: 2018-03-18 13:41:52+00:00

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Interdiction jurisprudentielle de l'exposition de restes de personnes décédées à des fins commerciales | Net-iris 2010
Le 17/09/2010, par La Rédaction de Net-iris, dans Public / Droits de l'homme.
Selon un Arrêt de rejet de la Chambre civile de la Cour de cassation rendu le 16/09/2010, une exposition de cadavres humains - "plastinés", ouverts ou disséqués, installés, pour certains, dans des attitudes évoquant la pratique de différents sports, et montrant ainsi le fonctionnement des muscles selon l'effort physique fourni - organisée par une société commerciale, poursuit nécessairement un intérêt financier. Les restes des personnes décédées doivent être traités avec respect, dignité et décence, ce qui n'est pas le cas d'une exposition de cadavres à des fins commerciales. En conséquence, elle n'est pas licite.
Au début de l'année 2009, une exposition de cadavres humains "plastinés", ouverts ou disséqués, installés, pour certains, dans des attitudes évoquant la pratique de différents sports, et montrant ainsi le fonctionnement des muscles selon l'effort physique fourni, avait suscité un certain émoi, au point que l'exposition avait été contrainte de fermer.
En effet, en sus de certains visiteurs de l'exposition choqués, deux associations alléguant un trouble manifestement illicite au regard des droits de l'homme et de la dignité humaine, et soupçonnant par ailleurs au même titre un trafic de cadavres de ressortissants chinois prisonniers ou condamnés à mort, ont demandé en référé la cessation de l'exposition. A cette demande fût ajoutée l'obligation par la société à l'origine de l'exposition, de constituer en séquestre les corps et pièces anatomiques présentés, et la production par elle de divers documents lui permettant de justifier tant leur introduction sur le territoire français que leur cession par la fondation ou la société commerciale dont elle prétendait les tenir.
En référé, le juge ordonna l'interdiction de poursuivre l'exposition des corps et pièces anatomiques litigieuse. Contestant la décision, la société forma un pourvoi en cassation, mais en vain.
Par un arrêt du 16 septembre 2010, la Cour de cassation a confirmé qu'au sens de l'article 16-1-1 alinéa 2 du Code civil, les restes des personnes décédées devaient être traités avec "respect, dignité et décence", ce qui n'est pas le cas d'une exposition de cadavres à des fins commerciales, qui cherche nécessairement à tirer profit de l'exposition payante.
En effet, la Haute juridiction confirme la position des juges du fond selon laquelle "le respect du corps n'interdit pas le regard de la société sur la mort et sur les rites religieux (...) qui l'entourent dans les différentes cultures", de sorte qu'il n'est pas interdit "de donner à voir aux visiteurs d'un musée des momies extraites de leur sépulture, voire d'exposer des reliques, sans entraîner d'indignation ni de trouble à l'ordre public".
En revanche, lorsqu'un exposition d'un tel genre est organisée par une société commerciale, elle poursuit un intérêt financier qui va à l'encontre des principes du respect du corps humain, de la sépulture, et de la dignité humaine.
Arrêt de la Cour de cassation, Chambre civile, rendu le 16/09/2010, rejet (09-67456)
Attendu que la société Encore Events (la société) avait organisé, dans un local parisien et à partir du 12 février 2009, une exposition de cadavres humains "plastinés", ouverts ou disséqués, installés, pour certains, dans des attitudes évoquant la pratique de différents sports, et montrant ainsi le fonctionnement des muscles selon l'effort physique fourni ; que les associations “Ensemble contre la peine de mort” et “Solidarité Chine”, alléguant un trouble manifestement illicite au regard des articles 16 et suivants du Code civil, L1232-1 du Code de la santé publique et 225-17 du Code pénal, et soupçonnant par ailleurs au même titre un trafic de cadavres de ressortissants chinois prisonniers ou condamnés à mort, ont demandé en référé la cessation de l'exposition, ainsi que la constitution de la société en séquestre des corps et pièces anatomiques présentés, et la production par elle de divers documents lui permettant de justifier tant leur introduction sur le territoire français que leur cession par la fondation ou la société commerciale dont elle prétendait les tenir ;
1) - Que la formation des référés n'est compétente pour prescrire les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent pour faire cesser un trouble que si celui ci est manifestement illicite, c'est à dire d'une totale évidence, consistant en un non respect caractérisé de la règle de droit ; que sa compétence doit, dès lors, être exclue en cas de doute sérieux sur le caractère illicite du trouble invoqué ; qu'en l'espèce, la cour d'appel, qui, d'une part, a procédé à un véritable débat de fond sur le sens qu'il convenait de donner à l'article 16-1-1 du code civil et sur son éventuelle applicabilité au cas d'espèce et qui, d'autre part, a rappelé les termes des fortes divergences qui opposaient les parties sur l'origine licite ou non des corps litigieux, n'a pas tiré les conclusions qui s'évinçaient de ses propres constations en estimant qu'elle était en présence, non d'un doute sérieux sur le caractère illicite du prétendu trouble invoqué, mais d'une violation manifeste de ce même article 16-1-1, justifiant qu'il y ait lieu à référé, et a violé, de ce fait, l'article 809 du code de procédure civile ;
2) - Que le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort et les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence ; qu'en l'espèce, pour déterminer si les corps exposés avaient été traités avec respect, dignité et décence, la cour d'appel a recherché s'ils avaient une origine licite et, plus particulièrement, si les personnes intéressées avaient donné leur consentement de leur vivant à l'utilisation de leurs cadavres ; qu'en se fondant sur ces motifs inopérants, tout en refusant, comme il lui était demandé, d'examiner les conditions dans lesquelles les corps étaient présentés au public, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 16-1-1 du code civil ;
3) - Que, par ailleurs, la cour d'appel, a expressément relevé que "le respect du corps n'interdisait pas le regard de la société sur la mort et sur les rites religieux ou non qui l'entourent dans les différentes cultures, ce qui permettait de donner à voir aux visiteurs d'un musée des momies extraites de leur sépulture, voire d'exposer des reliques, sans entraîner d'indignation ni de trouble à l'ordre public" ; que la juridiction d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 16-1-1 du code civil en ne recherchant pas, comme sa propre motivation aurait dû l'y conduire, si, précisément, l'exposition litigieuse n'avait pas pour objet d'élargir le champ de la connaissance, notamment grâce aux techniques modernes, en la rendant accessible au grand public de plus en plus curieux et soucieux d'accroître son niveau de connaissances, aucune différence objective ne pouvant être faite entre l'exposition de la momie d'un homme qui, en considération de l'essence même du rite de la momification, n'a jamais donné son consentement à l'utilisation de son cadavre et celle, comme en l'espèce, d'un corps donné à voir au public a des fins artistiques, scientifiques et éducatives ;
4) - Qu'enfin celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver ; qu'en l'espèce, en ayant affirmé qu'il appartenait à la société Encore Events, défenderesse à l'instance en référé, de rapporter la preuve de l'origine licite et non frauduleuse des corps litigieux et de l'existence de consentements autorisés, la cour d'appel a inversé la charge de la preuve et a violé, de ce fait, l'article 1315 du code civil ;
Qu'ayant constaté, par motifs adoptés non critiqués, que l'exposition litigieuse poursuivait de telles fins, les juges du second degré n'ont fait qu'user des pouvoirs qu'ils tiennent de l'article 16-2 du Code civil en interdisant la poursuite de celle ci ; que le moyen n'est pas fondé ;
Attendu qu'en ses trois branches le moyen ne tend qu'à contester l'appréciation souveraine portée par la cour d'appel sur l'opportunité d'ordonner les mesures sollicitées; qu'il ne peut donc être accueilli ;

References: l'article 16
 l'article 16
 l'article 809
 l'article 16
 l'article 16
 l'article 1315
 l'article 16