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Timestamp: 2020-08-07 03:42:25+00:00

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CHAPITRE XIV - SAGESSE EGYPTIENNE
"Les travaux scientifiques de notre cité de Saïs ont été consignés dans nos écrits sacrés pendant une période de 8.000 ans".
Les Egyptiens affirment que du règne d'Héraclès à celui d'Amasis 17.000 années se sont écoulées.
HERODOTE, lib. II, c. 43.
Le théologien ne peut-il pas dériver au moins quelque lumière de cette foi pure des âges primitifs qui se montre dans les hiéroglyphes egyptiens afin d'aider à la démonstration de l'immortalité de l'une et de la résurrection finale ? L'historien ne daignera-t-il pas remarquer la priorité d'origine de tout art et de toute science en Egypte, mille ans avant que les Pelasges eussent couvert les iles et les caps de l'archipel de leurs forteresses et de leurs temples ?
GLIDDON, Ancient Egypt, p. 31.
Comment l'Egypte a-t-elle acquis sa science ? A quelle époque a lui cette aurore de la civilisation, dont la merveilleuse perfection est indiquée par les débris et les fragments que nous en fournissent les archéologues ? Hélas, les lèvres de Memnon sont muettes, et ne rendent plus d'oracles ; le Sphinx dans soli mutisme est devenu un problème plus embarrassant que ne l'était l'énigme proposée à Œdipe.
Ce que l'Egypte a enseigné aux autres, elle ne l'avait certainement pas acquis dans l'échange international d'idées et de découvertes avec ses voisins de race Sémitique, et ce n'est pas ceux-ci qui la stimulèrent. "Plus nous en apprenons sur le compte des Egyptiens", dit un auteur dans un récent article, "et plus ils nous paraissent surprenants" 393. De qui aurait-elle appris ses arts merveilleux, dont le secret s'est perdu avec elle ? Elle n'a envoyé aucun agent à travers le monde, pour apprendre ce que les autres [260] savaient ; mais c'est vers elle que les sages des nations voisines se tournaient pour acquérir la science. Se renfermant fièrement dans son domaine enchanté, la belle reine du désert créait des merveilles, comme avec une baguette magique. "Rien ne prouve, dit le même auteur que nous citerons encore, que la civilisation et la science aient suivi chez elle la même marche que chez les autres peuples, mais tout semble y avoir existé au même degré de perfection dès les temps les plus anciens. L'histoire nous démontre que nulle nation n'a eu autant de connaissances qu'elle".
Ne pourrait-on donner pour raison de cette remarque, que jusqu'à une époque fort récente l'on ne savait rien de l'Inde antique ? Que ces deux nations, l'Inde et l'Egypte, étaient sœurs ? Qu'elles étaient les plus anciennes dans le groupe des nations ; et que les Ethiopiens Orientaux – les puissants constructeurs étaient venus de l'Inde à l'état de peuple adulte, apportant leur civilisation avec eux, et colonisant peut-être le territoire inoccupé de l'Egypte ? Mais nous développerons ce thème d'une façon plus complète dans un autre volume 394.
"La mécanique, dit Eusèbe Salverte, était pratiquée par les anciens à un degré de perfection qui n'a jamais été atteint dans les temps modernes. Leurs inventions ont- elles été surpassées à notre époque ? Certainement non ; et aujourd'hui, avec tous les moyens que le progrès de la science et les découvertes modernes ont placés entre les mains des ingénieurs, n'avons-nous pas été arrêtés par de nombreuses difficultés, en cherchant à mettre en place un de ces monolithes sur son piédestal, qu'il y a quarante siècles, les Egyptiens érigeaient en si grand nombre devant leurs édifices sacrés" 395.
393 [Article anonyme "About What the Old Egyptians knew" dans Blackrvood's Edinburgh Magazine, août 1870, pp. 220 et seq., dont un certain nombre de passages et de faits sont cités dans ce chapitre.]
394 Voir volume IV, chap. 8.
395 The Philosophy of Magic, 1, 240.
Aussi loin que nous jetions nos regards dans l'histoire, jusqu'au règne de Ménès, le plus ancien des rois dont nous ayons connaissance, nous trouvons la preuve que les Egyptiens étaient beaucoup plus versés en hydrostatique et en matière de machines hydrauliques que nous-mêmes. L'œuvre gigantesque du détournement du cours du Nil, ou plutôt de ses trois principales branches, pour l'amener à Memphis, fut accomplie sous le règne de ce monarque, qui nous parait aussi éloigné dans la nuit des temps qu'une étoile lointaine brillant dans la voûte céleste. Wilkinson dit : "Ménès prit soigneusement la mesure de la force qu'il avait à combattre, et il construisit une digue dont les puissants remblais et les énormes remparts firent dévier les eaux vers l'est, et depuis cette époque le fleuve est resté maintenu dans son nouveau lit" 396. [261] Hérodote nous a laissé une poétique mais exacte description du lac Mœris, ainsi nommé du Pharaon qui fit creuser ce réservoir artificiel 397.
L'historien a décrit ce lac comme mesurant 450 milles de circonférence et 300 pieds de profondeur. Il était alimenté par le Nil au moyen de canaux artificiels, et il avait été construit dans le but de mettre en réserve une partie des eaux de l'inondation annuelle, pour servir à l'irrigation sur une étendue de plusieurs milles. Ses nombreuses écluses, ses batardeaux, ses barrages et ses mécanismes merveilleusement adaptés aux besoins étaient construits avec la plus grande habileté. Les Romains, à une époque beaucoup plus récente, puisèrent leurs connaissances, en matière de constructions hydrauliques chez les Egyptiens, mais nos progrès les plus récents, dans la science de l'hydrostatique, ont démontré que leurs notions sur certaines branches de cette science laissaient beaucoup à désirer. Ainsi, par exemple, s'ils étaient au courant de ce que l'on appelle la grande loi en hydrostatique, ils paraissent avoir été moins familiers avec ce que nos modernes ingénieurs désignent sous le nom de joints étanches. Leur ignorance est suffisamment démontrée par leur manière de conduire l'eau à travers de grands aqueducs de niveau, au lieu d'employer pour cela, à moins de frais, des tubes de fer placés au-dessous de la surface du sol. Mais les Egyptiens évidemment usaient d'une méthode de beaucoup supérieure, pour leurs canaux et leurs irrigations artificielles. Malgré cela, les ingénieurs modernes employés par de Lesseps pour le Canal de Suez, qui avaient appris des anciens Romains tout ce qu'ils ont pu leur enseigner de leur art, que de leur côté ils avaient puisé en Egypte, ont haussé les épaules à l'idée qu'on leur suggérait, qu'ils pourraient chercher le remède à certaines imperfections de leur travail dans l'étude des divers musées Egyptiens. Néanmoins, les ingénieurs ont réussi à donner aux rives de ce "long et vilain fossé", comme l'appelle le professeur Carpenter, une solidité suffisante, pour en faire une voie d'eau navigable, au lieu du piège de boue qu'il était d'abord pour les navires.
396 [Manners and Customs of the Ancient Egyptians, 1837, I, p. 89.]
397 [Histoire, II, § 149.]
Les dépôts d'alluvions du Nil, durant les trente derniers siècles, ont complètement modifié la région du Delta, de sorte qu'il gagne continuellement sur la mer, en ajoutant sans cesse au territoire du Khédive. Dans les temps anciens, la principale bouche du fleuve était nommée Pélusienne ; et le canal creusé par l'un des rois, le canal de Necho, conduisait de Suez à cette branche 398. Après la défaite d'Antoine et de Cléopâtre à Actium, on proposa de faire passer une partie de la flotte par le canal dans la Mer Rouge, ce [262] qui indique la profondeur que ces ingénieurs des premiers âges avaient su donner à leur canal. Les colons du Colorado et de l'Arizona ont récemment reconquis de grandes étendues de terrain aride par un système d'irrigation ; et les journaux ont fait de pompeux éloges de leur ingéniosité. Mais sur une distance de 500 milles au-dessus du Caire, s'étend une bande de terre conquise sur le désert et rendue, suivant le professeur Carpenter, "la plus fertile qui existe sur la surface du globe". Cet auteur dit : "Pendant des milliers d'années ces canaux d'embranchement ont apporté l'eau du Nil pour fertiliser le sol de cette longue et étroite langue de terre, aussi bien que celui du Delta". Il décrit "le réseau des canaux du Delta qui date de la première époque de la monarchie égyptienne" 399.
398 [Hérodote, Histoire, II, § 158.]
399 [W.B. Carpenter, Ancient and Modern Egypt, etc., Londres, 1866.]
La province française de l'Artois a donné son nom aux puits artésiens, comme si cette forme d'appareils de forage avait été employée pour la première fois dans cette contrée ; mais, si nous consultons les annales de la Chine, nous trouvons que ces puits y ont été d'un usage commun, des siècles avant l'ère chrétienne.
Si maintenant nous nous tournons du côté de l'architecture, nous voyons se déployer à nos yeux de véritables merveilles qui défient toute description. En parlant des temples de Philae, d'Abou Simbel, de Dendera, d'Edrou, et de Karnak le professeur Carpenter remarque que "ces belles et étonnantes constructions, splendides et stupéfiantes... ces pyramides et ces temples gigantesques" ont une "ampleur et une beauté encore impressionnantes, après tant de milliers d'années". Il reste confondu de "l'admirable caractère du travail, les pierres étant jointes, dans la plupart des cas, avec une étonnante exactitude, si bien que l'on ne peut pas même introduire entre les joints la lame d'un couteau". Il signale, au cours de son pèlerinage archéologique d'amateur, une autre de ces "curieuses coïncidences" que Sa Sainteté le Pape apprendra peut-être avec quelque intérêt. Il parle du Livre Egyptien des Morts, sculpté sur les anciens monuments, et de l'antique croyance à l'immortalité de l'âme. "Or, dit-il, il est fort étonnant de voir que non seulement cette ancienne croyance, mais encore le langage dans lequel elle est exprimée dans l'antiquité Egyptienne, anticipent sur * la Révélation Chrétienne. En effet, dans ce Livre des Morts, on fait usage des mêmes phrases que nous retrouvons dans Nouveau Testament, au sujet du jour du Jugement" et l'auteur admet que ce hiérogramme "a été gravé probablement 2.000 ans avant le Christ". [263]
D'après Bunsen 400, qui est considéré comme ayant fait les calculs les plus exacts, la masse de maçonnerie de la grande pyramide de Cheops mesure 82.111.000 pieds, et pèserait 6.316.000 tonnes. L'immense quantité de blocs de pierre carrés nous montre l'adresse sans pareille des tailleurs de pierre Egyptiens. Parlant de la grande pyramide, Kenrick dit : "Les joints sont à peine perceptibles, car leur épaisseur ne dépasse pas celle d'une feuille de papier d'argent et le ciment en est si dur, que les fragments des pierres de revêtement restent encore dans leur position originelle, malgré le passage de plusieurs siècles, et la violence avec laquelle elles furent détachées" 401. Lequel de nos architectes modernes et de nos chimistes redécouvrira le ciment indestructible des plus anciens édifices égyptiens ?
400 [Egypt's Place, etc., II, p. 155.]
401 [Ancient Egypt under the Pharaohs I, VI, p. 124.]
"L'habileté des anciens dans la taille des pierres, dit Bunsen, se montre le plus manifestement dans l'extraction des blocs gigantesques dont sont tirés les obélisques et les statues colossales, obélisques de quatre- vingt-dix pieds de hauteur, et statues de quarante pieds, sculptés dans un seul bloc !" Il en existe un grand nombre. Ils ne faisaient pas sauter les blocs pour ces monuments ; mais ils avaient adopté la méthode scientifique suivante : Au lieu d'employer d'énormes coins en fer, qui auraient fait éclater la pierre, ils creusaient une petite rigole sur toute la longueur de la roche, sur une longueur d'une centaine de pieds, et ils inséraient très près les uns des autres un grand nombre de petits coins en bois très sec ; ils jetaient ensuite de l'eau dans la rigole, et les coins gonflés par l'humidité se détendaient et éclataient simultanément avec une force terrible, qui fendait l'immense pierre aussi net qu'un diamant coupe un morceau de verre".
Les géographes et les géologues modernes ont démontré que ces monolithes étaient apportés de distances prodigieuses, sans pouvoir se former une idée de la manière dont s'effectuaient ces transports. D'anciens manuscrits nous apprennent qu'ils étaient opérés au moyen de rails portatifs, qui reposaient sur des sacs de peau gonflés et rendus indestructibles par le même procédé mis en usage pour la conservation des momies. Ces ingénieux coussins d'air empêchaient les rails de s'enfoncer dans le sable profond. Manetho en fait mention, et il observe qu'ils étaient si bien préparés, qu'ils pouvaient braver l'usage pendant des siècles.
Il est impossible de fixer, d'après les règles de la Science moderne, la date des centaines de pyramides dans la vallée du Nil ; mais Hérodote nous informe que chaque roi en érigeait une en commémoration de son règne, et pour lui servir de sépulture. [264] Mais, Hérodote n'a pas tout dit, bien qu'il ait été au courant que le but réel de sa pyramide était bien différent de celui qu'il lui attribue. Si ses scrupules religieux ne le lui eussent défendu, il aurait pu ajouter qu'extérieurement, elle symbolisait le principe créateur de la nature, et qu'elle servait aussi d'illustration aux principes de la géométrie, des mathématiques, de l'astrologie, et de l'astronomie. Intérieurement c'était un temple majestueux, dans les sombres retraites duquel s'accomplissaient les mystères, et dont les murs avaient souvent été témoins des cérémonies d'initiation des membres de la famille royale. Le sarcophage de porphyre que le professeur Piazzi Smyth, Astronome Royal d'Ecosse, fait descendre au rôle trivial de coffre à grain, était le fonds baptismal, d'où, en sortant, le néophyte "était né de nouveau" et devenait un adepte.
Hérodote nous donne cependant une juste idée du travail considérable dépensé dans le transport d'un de ces gigantesques blocs de granit. Il mesurait trente-deux pieds de long, vingt et un de large et douze d'épaisseur. Il évalue son poids à plus de 300 tonnes, et 2.000 hommes travaillèrent pendant trois ans à le transporter le long du Nil de Syène à Sais 402. Gliddon dans son livre : Ancient Egypt, mentionne la description donnée par Pline des mesures prises pour transporter l'obélisque érigé à Alexandrie par Ptolémée Philadelphe. On creusa un canal du Nil à l'endroit où gisait l'obélisque. Deux bateaux furent amenés au-dessous ; ils étaient lestés de pierres d'un pied cube chacune, et le poids de l'obélisque ayant été calculé par les ingénieurs, le chargement des bateaux était exactement proportionné à ce poids, si bien qu'ils étaient suffisamment enfoncés pour pouvoir passer sous le monolithe couché en travers du canal. Dans cette position, le lest était graduellement enlevé, les bateaux se relevaient et soulevaient l'obélisque, qui descendait ainsi le fleuve.
402 [Histoire, II, § 175.]
Dans la Section Egyptienne du Musée de Dresde, ou de Berlin, nous ne savons plus au juste lequel, il y a un dessin représentant un ouvrier grimpant le long d'une pyramide inachevée, portant une corbeille de sable sur le dos. Cela a suggéré à certains Egyptologues l'idée que les blocs des pyramides étaient composés chimiquement sur place. Quelques ingénieurs modernes croient que le ciment de Portland, un double silicate de chaux et d'alumine, constitue le ciment indestructible des Anciens. Mais, d'autre part, le professeur Carpenter affirme que les pyramides, à l'exception de leur enveloppe de granit, étaient formées de ce que les "géologues nomment pierre calcaire nummulitique. Ce calcaire est plus récent que la vieille craie ; il est formé des coquilles [265] d'animaux nommés nummulites, grands comme des pièces de monnaie d'un shilling". Quelle que soit la façon dont on tranchera la question, personne, depuis Hérodote et Pline, jusqu'au dernier ingénieur voyageant qui a contemplé ces monuments impériaux de dynasties depuis longtemps disparues, n'a pu nous dire comment ces masses gigantesques avaient été transportées et dressées. Bunsen accorde à l'Egypte une antiquité de 20.000 ans. Mais, même à cet égard, si nous voulons nous en rapporter aux autorités modernes, nous en sommes réduits aux conjectures. Elles ne nous apprennent ni pourquoi les pyramides furent construites, ni sous quelle dynastie la première fut érigée, ni les matériaux dont elles ont été bâties. Tout est conjecture en ce qui les concerne.
Le professeur Smyth nous a fourni la description mathématique, de beaucoup la plus exacte de la grande pyramide que l'on trouve dans la littérature. Mais après nous avoir montré la portée astronomique de sa structure, il apprécie si mal la pensée de l'ancienne Egypte, qu'il soutient fermement que le sarcophage de porphyre dans la chambre du roi est l'unité de mesure des deux nations les plus éclairées du globe, "L'Angleterre et les Etats-Unis d'Amérique". Un des Livres d'Hermès décrit certaines de ces pyramides, comme s'élevant sur les bords de la mer, "dont les vagues viennent briser leur vaine furie à leur base". Cela laisse supposer que les tracés géographiques de la contrée ont été changés, et pourrait indiquer que nous devons attribuer à ces anciens "greniers", "observatoires magico-astrologiques", et "sépulcres royaux", une Origine antérieure à la formation du Sahara et des autres déserts. Cela impliquerait une antiquité de beaucoup supérieure aux quelques milliers d'années, si généreusement concédées par les Egyptologues.
Le Dr Rebold, archéologue français de quelque renom, donne à ses lecteurs un aperçu de la culture qui prévalait 5.000 (?) ans avant Jésus- Christ, en disant qu'il n'y avait à cette époque pas moins de "trente à quarante collèges de prêtres, qui étudiaient les sciences occultes et la magie pratique" 403.
403 [Histoire générale de la Franc-Maçonnerie, Paris, 1861.]
Un rédacteur de la National Quaterly Review (vol. XXXII, n° LXIII, décembre 1875) dit que "les récentes excavations faites dans les ruines de Carthage ont amené au jour des traces de civilisation, et d'un raffinement d'art et de luxe qui doit même avoir éclipsé ceux de l'ancienne Rome ; et lorsque le fameux mot d'ordre Delenda est Carthago fut lancé, la maîtresse du monde savait bien qu'elle allait détruire une nation plus grande qu'elle- même, car, tandis que l'un de ces deux empires conquérait le monde par la seule force des armes, l'autre était le dernier et le plus parfait [266] représentant d'une race qui avait été à la tête de la civilisation, bien des siècles avant que l'on n'eût rêvé de Rome, et dirigeait l'instruction et l'intelligence du genre humain". Cette Carthage est celle qui, d'après Appien, existait déjà en 1234 avant Jésus-Christ, ou cinquante ans avant la prise de Troie, et non celle que la tradition populaire suppose avoir été bâtie par Didon (Elissa et Astarté) quatre siècles plus tard.
Nous trouvons ici encore une illustration de la vérité de la doctrine des cycles. Les affirmations de Drapier, au sujet de l'érudition astronomique des anciens Egyptiens, sont singulièrement corroborées par un fait intéressant cité par J.M. Peebles d'une conférence donnée à Philadelphie par feu le professeur d'astronomie O.M. Mitchell. Sur le cercueil d'une momie, actuellement au British Muséum, est dessiné un Zodiaque, avec les positions exact des planètes au moment de l'équinoxe d'automne, de l'année 1722 avant Jésus-Christ. Le professeur Mitchell calcula la position exacte des corps célestes appartenant à notre système solaire, à l'époque indiquée. "Le résultat, dit M. Peebles, le voici suivant ses propres expressions : "A ma grande surprise... je trouvai que le 7 octobre 1722 avant Jésus-Christ la lune et les planètes avaient occupé exactement, dans le ciel, les places indiquées sur le cercueil du British Museum 404".
404 Peebles, Around the World, etc., 1875, p. 305.
405 John Fiske, The North American Review, art. "The Laws of History", juillet 1869, p. 205.
Le professeur John Fiske, dans son attaque contre le History of the Intellectual Developement of Europe du Dr Draper, part en guerre contre la doctrine de la progression cyclique, en faisant remarquer "que nous n'avons jamais connu le commencement ni la fin d'un cycle historique et que nous n'avons aucune garantie inductive pour croire que nous en traversons un maintenant" 405. Il blâme l'auteur de cet éloquent et remarquable ouvrage, pour "l'étrange disposition qu'il y trahit, non seulement de rapporter la meilleure part de la culture des Grecs à une source Egyptienne, mais encore d'exalter uniformément la civilisation non Européenne, aux dépens de celle de l'Europe". Nous croyons que cette "étrange disposition" pourrait être directement sanctionnée par les aveux des grands historiens Grecs eux-mêmes. Le professeur Fiske pourrait relire Hérodote avec profit. Le "Père de l'Histoire confesse à plusieurs reprises que la Grèce doit tout à l'Egypte. Quant à son assertion que le monde n'a jamais connu le commencement ni la fin d'un cycle historique, nous n'avons qu'à jeter un coup d'œil rétrospectif sur les nombreuses glorieuses nations qui ont disparu, c'est-à-dire qui ont atteint la fin de leur grand cycle [267] national. Que l'on compare l'Egypte de cette époque avec ses arts poussés à la perfection, sa science, sa religion, ses glorieuses cités, ses monuments, et sa nombreuse population, avec l'Egypte d'aujourd'hui, peuplée d'étrangers ; ses ruines devenues l'asile des chauves-souris et des serpents, et quelques rares Coptes, les seuls héritiers survivants de toutes ces grandeurs, et que l'on dise si la théorie cyclique est un vain mot. Gliddon, qui est contredit par Fiske dit : "Les philologues, les astronomes, les chimistes, les peintres, les architectes, les médecins, doivent revenir à l'Egypte, pour y apprendre l'origine du langage et de l'écriture ; du calendrier et du mouvement solaire, de l'art de tailler le granit avec un ciseau de cuivre, et de donner de l'élasticité à une épée de cuivre ; de fabriquer du verre avec la diversité de nuances de l'arc-en-ciel ; de mouvoir des blocs de syénite polie, de neuf cents tonnes, et de les transporter à n'importe quelle distance, par terre ou par eau ; de construire des arches de plein cintre ou en ogive, avec une précision maçonnique qui n'a pas été surpassée jusqu'à nos jours, et cela 2.000 années avant la Cloaca Magna de Rome ; de sculpter une colonne Dorique mille ans avant que les Doriens aient été connus dans l'histoire ; de peindre à fresque avec des couleurs inaltérables ; de la connaissance pratique de l'anatomie.
"Tout artisan peut se rendre compte du progrès de son art il y a 4.000 ans, dans les monuments de l'Egypte ; et, qu'il soit charron construisant des chars ; cordonnier cousant sa chaussure ; corroyeur employant la même forme de couteau que les anciens, parce qu'elle est considérée aujourd'hui comme la meilleure ; tisserand faisant usage de la même navette ; ferblantier se servant d'un soufflet de forge de forme identique à la leur, reconnue tout récemment la plus efficace ; le graveur sur pierre taillant en hiéroglyphes des noms comme ceux de Schoupho i1 y a plus de 4.300 ans ; toutes ces preuves, et bien d'autres plus surprenantes encore de la priorité des Egyptiens ne demandent, pour être obtenues, qu'un simple coup d'œil jeté sur les gravures de Rossellini" 406.
"En vérité", s'écrie Peebles, "ces temples et ces tombeaux des Rhamsés étaient d'incontestables merveilles pour Hérodote autant que pour nous-mêmes 407".
406 [G.R. Gliddon, Ancient Egypt, III, p. 31 ; 10ème édit. 1847.]
407 Peebles, ibid., p. 286.
Malgré cela, l'impitoyable main du temps a laissé les traces de son passage sur leurs constructions, et quelques-unes d'entre elles, dont le souvenir aurait été perdu sans les Livres d'Hermès, ont été plongées pour jamais dans l'oubli des âges. Roi après roi, et dynastie après dynastie ont passé dans leur pompe brillante sous [268] les yeux des générations successives, et leur renommée a rempli le monde habitable. Le même voile d'oubli était tombé sur eux ainsi que sur leurs monuments, avant que la première de nos autorités historiques, Hérodote, ait conservé pour la postérité le souvenir de cette merveille du monde, le grand Labyrinthe. La chronologie Biblique longtemps acceptée a tellement rétréci les esprits, non seulement du clergé, mais encore de nos savants à peine affranchis de leurs chaînes, qu'en traitant les vestiges préhistoriques, dans les différentes parties du monde, ils manifestent toujours une crainte constante d'aller au- delà de la période de 6.000 années, jusqu'à présent accordée par la théologie comme étant l'âge du monde.
Hérodote trouva le Labyrinthe déjà en ruines ; mais, malgré cela, son admiration pour le génie de ses constructeurs ne connut pas de bornes. Il le considérait comme, de beaucoup, plus merveilleux que les pyramides elles-mêmes, et il le décrit minutieusement en témoin oculaire. Les savants Français et Prussiens, aussi bien que d'autres Egyptologues, sont d'accord sur son emplacement, et ils ont identifié ses ruines. De plus, ils confirment les rapports qu'en a fait l'historien antique. Hérodote dit qu'il y a trouvé 3.000 chambres, dont la moitié souterraines et l'autre moitié au-dessus du sol. "Les chambres supérieures, dit-il, je les ai parcourues et examinées en détail. Dans celles au-dessous du sol [qui peuvent encore exister aujourd'hui, quoi qu'en disent les archéologues], les gardiens de l'édifice ne voulurent pas me laisser pénétrer, parce qu'elles renferment les sépulcres des rois qui construisirent le Labyrinthe, et aussi ceux des crocodiles sacrés. Je trouve que ces chambres supérieures que j'ai vues et étudiées de mes yeux dépassent toutes les autres productions humaines". Dans la traduction de Rawlinson, on fait dire à Hérodote : "Les passages dans les édifices et les détours variés des couloirs à travers les cours éveillaient en moi une admiration sans bornes, lorsque je passais des cours dans les chambres, et de celles-ci dans les colonnades, et ainsi de suite dans des pièces et des cours encore inexplorées. Le toit était tout entier en pierre, comme les murs, et ceux-ci étaient tout sculptés couverts de personnages. Chaque cour était entourée d'une colonnade construite en pierres blanches très finement ajustées. Au coin du Labyrinthe s'élève une pyramide de quarante brasses de hauteur, avec de grandes figures gravées 408" et dans laquelle on arrive par un passage souterrain.
Si tel était le Labyrinthe, lorsque Hérodote le visita, qu'était donc l'ancienne Thèbes, la ville détruite longtemps avant l'époque de Psammétique, qui lui-même régnait 530 ans après la destruction [269] de Troie ? Nous trouvons que de son temps Memphis était la capitale, tandis que de la glorieuse Thèbes il ne restait plus que des ruines. Or, si nous, qui ne pouvons baser nos appréciations que sur les ruines de ce qui était déjà à l'état de ruine tant de siècles avant notre ère, nous sommes stupéfaits par leur contemplation, que doit avoir été le spectacle général de Thèbes, dans ses jours de gloire ? Karnak, temple, palais, ruines, quelque nom qu'il plaise aux archéologues de lui donner, est maintenant son unique représentant. Mais tout solitaire et abandonné qu'il soit, emblème exact d'un majestueux empire, et comme oublié par le temps dans la marche des siècles, il atteste hautement l'art et l'habileté des anciens. Il faudrait en vérité être tout à fait dépourvu de la perception spirituelle du génie, pour ne pas sentir et voir la grandeur intellectuelle d'une race, qui a pu concevoir le plan d'un pareil édifice et le construire.
Champollion, qui a passé presque toute sa vie à explorer les restes archéologiques, donne carrière à ses sentiments dans la description suivante de Karnak : "Le sol couvert par la masse de l'édifice encore debout est de forme carrée ; et chaque face mesure 1.800 pieds... On est frappé de stupeur et atterré par la grandeur de ces restes sublimes et par la prodigalité et la magnificence du travail qui s'y trahit partout... Aucun peuple des temps anciens ou modernes n'à conçu l'art de l'architecture sur une échelle aussi vaste et aussi grandiose que celle des anciens Egyptiens ; et l'imagination qui, en Europe, s'élève bien plus haut que nos portiques, s'arrête et tombe impuissante au pied des cent quarante colonnes de l'hypostyle de Karnak ! La cathédrale de Notre Dame de Paris pourrait tenir sans toucher la voûte dans une de ses salles en y produisant au centre l'effet d'un petit meuble d'ornement 409.
408 [G. Rawlinson, The History of Herodotus, II, p. 228.]
409 J.P. Champollion, Lettres... d'Egypte, etc., pp. 98, 303-304.]
410 [Blackwood's Edinburgh Magazine.]
Un écrivain, dans un numéro d'une revue anglaise de 1870 410 parlant évidemment avec la compétence d'un voyageur qui décrit ce qu'il a vu, s'exprime en ces termes : "Les cours, les salles, les portes, les piliers, les obélisques, les statues monolithes, les sculptures, les rangées de sphinx se trouvent en si grande profusion [à Karnak] que ce spectacle en impose à la compréhension moderne".
Denon, voyageur français, dit de son côté : "Il est à peine possible de croire, après l'avoir vu, à la réalité de l'existence de tant de constructions rassemblées sur un même point, à leurs dimensions, à la ferme persévérance que leur édification a exigé, et aux dépenses incalculables d'une si grande magnificence ! Il [270] faut que le lecteur s'imagine que ce qu'il a sous les yeux est un rêve, puisque celui qui voit les objets mêmes, se prend parfois à douter qu'il soit parfaitement éveillé... Il y a des lacs et des montagnes dans la périphérie du Sanctuaire. Ces deux édifices sont choisis pour exemples, dans une liste presque inépuisable. Toute la vallée et le delta du Nil, des cataractes à la mer, étaient couverts de temples, de palais, de tombeaux, de pyramides, d'obélisques et de piliers. L'exécution des sculptures est au-dessus de tout éloge. De l'avis de tous les experts la perfection mécanique avec laquelle les artistes travaillaient le granit, l'ophite, la brèche et le basalte est merveilleuse... Les animaux et les plantes sont aussi bien exécutés que s'ils étaient naturels, et les objets artificiels sont admirablement sculptés ; des batailles sur terre ou sur mer et des scènes de la vie domestique se retrouvent partout dans les bas- reliefs" 411.
"Les monuments ", dit un auteur français, "qui frappent l'esprit du voyageur, le remplissent d'idées grandioses. On ne peut s'empêcher de s'écrier, à l'aspect des colosses et des magnifiques obélisques qui semblent dépasser les limites de la nature humaine : "Voilà l'ouvrage de l'homme ", et ce sentiment paraît ennoblir son existence 412".
411 [Voyage dans la Basse et la Haute Egypte, etc. Paris, 1862, vol. 1, pp. 258 et seq.]
412 C.E. Savary, Lettres sur l'Egypte, pp 143-144, 2• éd. 1786.
A son tour, le Dr Richardson, parlant du temple de Dendera, dit : "Les figures de femmes sont si bien exécutées, qu'il ne leur manque que la parole ; elles ont une douceur de physionomie et d'expression qui n'a jamais été surpassée 413".
Chacune de ces pierres est couverte d'hiéroglyphes, et plus ils sont anciens, plus ils sont finement ciselés. Cela ne fournit-il pas une preuve nouvelle que l'histoire n'a eu son premier aperçu des anciens, que lorsque les arts étaient déjà en décadence ? Les obélisques ont des inscriptions fouillées à deux pouces de profondeur parfois plus, et gravées à la perfection. On peut se faire une idée de leur profondeur, par le fait que les Arabes, pour une somme minime, montent parfois jusqu'au sommet d'un obélisque, en plaçant orteils et doigts dans le creux des inscriptions hiéroglyphiques. Que tous ces travaux, où la solidité le dispute à la beauté, aient été exécutés avant l'époque de l'Exode, ne fait pas le moindre doute. (Tous les archéologues s'accordent aujourd'hui à dire que plus nous remontons dans l'antiquité, plus ces arts sont beaux et finis). Ces opinions contredisent formellement celle, personnelle de M. Fiske, qui voudrait nous faire croire que les [271] sculptures de ces monuments [Egypte, Hindoustan et Assyrie] dénotent un très faible développement des facultés artistiques 414". Que dis-je : ce savant va plus loin encore. Joignant sa voix à celle de Lewis, pour réfuter la prétention aux connaissances, qui, par droit, étaient le lot des castes sacerdotales de l'antiquité, il remarque dédaigneusement que "la théorie extravagante de la science profonde du clergé Egyptien depuis l'antiquité la plus reculée, et communiquée aux philosophes grecs voyageurs, a été complètement détruite [?] par Sir G : C. Lewis 415... tandis qu'en ce qui concerne l'Egypte et l'Hindoustan aussi bien que l'Assyrie, on peut dire que les monuments colossaux qui ont orné ces contrées depuis les temps préhistoriques, attestent la prédominance d'un despotisme barbare, totalement incompatible avec la noblesse sociale, et, par conséquent, avec un progrès soutenu" 416.
413 [R. Richardson, Travels along the Mediterranean, etc., vol. I, p. 187.]
414 John Fiske, North American Review, art. "The Laws of History ", juillet 1869. 209.
415 Sir G C. Lewis, An Historical Survey of the Astronome of the Ancients, Londres, 1862.
416 John Fiske, ibid., p. 210.
Drôle d'argument, en vérité ! Si la grandeur et l'étendue des monuments publics doivent servir de critérium à la postérité pour apprécier approximativement le "degré de civilisation" atteint par leurs constructeurs, l'Amérique, si fière de ses prétendus progrès et de sa liberté, ferait bien de réduire ses édifices à un seul étage ; sans quoi, selon la théorie du professeur Fiske, les archéologues de l'année 3877 appliqueront à "l'ancienne Amérique" de 1877 la règle de Lewis, et diront que les anciens Etats-Unis "doivent être considérés comme un grand latifundium ou plantation, cultivée par la population tout entière, esclave du roi (c'est- à-dire du président)". Est-ce parce que les races Aryennes à peau blanche n'étaient pas nées "constructeurs ", comme les Ethiopiens Orientaux, ou les Caucasiens bronzés 417, et, par conséquent, étaient incapables de faire concurrence à ces derniers pour ces colossales constructions, que nous devons tirer la conclusion que ces temples grandioses et ces pyramides n'auraient jamais été bâtis si ce n'est sous le fouet d'un despote impitoyable ? Etrange logique ! Il semblerait, certes, plus prudent de s'en tenir aux "rigoureuses règles de la critique" posées par Lewis et Grote et de confesser loyalement, une fois pour toutes, que nous ne savons que fort peu de chose au sujet des nations de l'antiquité, et que sauf ce qui concerne les spéculations purement hypothétiques, nous avons tout aussi peu de chance à l'avenir, à moins que nous ne dirigions nos études dans le même sens que les prêtres anciens. Nous ne savons que ce qu'ils permettaient aux non initiés de savoir, mais le peu [272] que nous avons pu en apprendre par déduction devrait suffire à nous donner la certitude que, même au XIXème siècle, avec toutes nos prétentions à la suprématie dans les arts et les sciences, nous sommes tout à fait incapables, non seulement de bâtir quelque chose de pareil aux monuments d'Egypte, d'Indoustan ou d'Assyrie, mais même de redécouvrir le moindre de leurs "arts perdus". D'ailleurs, Sir Gardner Wilkinson corrobore cette appréciation des trésors exhumés de l'antiquité, en ajoutant "qu'il ne peut reconnaître aucun mode primitif de vie, aucune coutume barbare, mais bien une sorte de civilisation stationnaire dès les époques les plus reculées". Ainsi l'archéologie à cet égard est en désaccord avec la géologie, qui affirme que plus loin nous remontons dans le passé de l'humanité, plus nous la trouvons barbare. Il est douteux que la géologie ait déjà épuisé le champ de recherches que lui ont fourni les cavernes, et l'opinion des géologues basée sur l'expérience présente, pourrait être radicalement modifiée, lorsqu'on aura découvert les restes des ancêtres du peuple qu'ils désignent, maintenant, sous le nom de troglodytes.
417 Nous essaierons de démontrer dans le vol. IV, chap. 2, que les anciens Ethiopiens n'appartenaient pas à la race Chamitique.
Qu'est-ce qui illustre mieux la théorie des cycles que le fait suivant ? Près de 700 ans avant Jésus-Christ, dans les écoles de Thalès et de Pythagore, l'on enseignait la doctrine du véritable mouvement de la terre, de sa forme réelle ; et tout le système héliocentrique. Et en l'an 317 après Jésus-Christ, nous trouvons Lactance, précepteur de Crispus César, fils de Constantin le grand, enseignant à son disciple que la terre était une surface plane entourée de ciel, composée de feu et d'eau, et le prémunissant contre la doctrine hérétique de la forme sphérique de la terre 418 !
Toutes les fois que, dans l'orgueil d'une découverte nouvelle, nous jetons un regard sur le passé, nous sommes fort étonnés de constater que la prétendue découverte n'était peut-être pas entièrement inconnue des anciens.
On affirme généralement que ni les habitants primitifs des temps mosaïques, ni même les nations plus civilisées de la période des Ptolémées ne connaissaient l'électricité. Si nous persistons à professer cette opinion, ce n'est pas faute de preuves du contraire. Si nous dédaignons de chercher à connaître le sens profond de certaines assertions caractéristiques de Servius et autres auteurs, nous ne pouvons les faire oublier au point, que plus tard, leur signification ne nous saute aux yeux avec toute son incontestable vérité. "Les premiers habitants de la terre, dit-il, n'apportaient jamais de feu sur leurs autels ; mais par leurs prières, ils le faisaient descendre du ciel" 419. Prométhée découvrit et révéla aux [273] hommes l'art d'attirer la foudre ; et grâce à la méthode qu'il leur enseigna, ils faisaient descendre le feu des régions supérieures 420".
418 [Lactance, Divine Institutes, III, 24.]
419 Servius, Commentaires sur Virgile, Enéïde, XII, 200.
420 Ibid, Eglogues, VI, 42.
Si, après avoir médité ces paroles, nous ne voulons encore y voir que la vaine phraséologie des fables mythologiques, nous pourrions nous reporter au temps de Numa, le roi philosophe, si renommé pour ses connaissances ésotériques, et nous nous trouverions embarrassés pour faire concorder notre opinion avec son cas. Nous ne pouvons l'accuser d'ignorance, de superstition ni de crédulité ; car si l'on doit en croire l'histoire, il était fermement, décidé à détruire le polythéisme et l'idolâtrie. Il avait si bien dissuadé les Romains de l'idolâtrie que, pendant près de deux siècles on ne vit dans leurs temples ni statues, ni images. D'autre part, les anciens historiens nous apprennent que les connaissances que possédait Numa dans la physique naturelle étaient remarquables. La tradition rapporte qu'il avait été initié par les prêtres des divinités Etrusques, et qu'ils lui avaient enseigné à contraindre Jupiter, le maître du tonnerre, à descendre sur la terre 421. Ovide nous montre que c'est de cette époque que date le culte des Romains à Jupiter Elicius. Salverte est d'avis, qu'avant que Franklin eût découvert son électricité perfectionnée, Numa l'avait expérimentée avec le plus grand succès et que Tullus Hostilius fut la première victime du dangereux "hôte céleste" dont l'histoire ait fait mention. Tite Live et Pline racontent que ce prince, ayant trouvé dans les Livres de Numa des instructions sur les sacrifices secrets offerts à Jupiter Elicius, commit une erreur, et, par suite, "il fut frappé de la foudre et tué dans son propre palais 422.
Salverte remarque que Pline, dans l'exposé des secrets scientifiques de Numa, fait usage d'expressions qui paraissent indiquer deux procédés distincts ; l'un servait à obtenir le tonnerre (impetrare) et l'autre à le contraindre à l'éclair (cogere) 423. "Guidé par le livre de Numa, dit Lucius Pison cité par Pline, Tullus entreprit d'invoquer l'aide de Jupiter... Mais s'étant trompé dans la pratique des rites, il périt foudroyé 424"
Si nous remontons aux connaissances que les prêtres Etrusques avaient du tonnerre et de la foudre, nous constatons que Tarchon, fondateur de leur théurgie, désirant préserver sa maison du feu du ciel, l'entoura d'une haie de bryone blanche 425, plante grimpante qui a la propriété de préserver de la foudre. Tarchon [274] le théurge vécut longtemps avant le siège de Troie. Les pointes métalliques des paratonnerres dont nous sommes censés redevable à Franklin, ne sont probablement qu'une redécouverte. Il existe un grand nombre de médailles qui paraissent indiquer nettement que le principe en était connu dans l'antiquité. Le toit du temple de Junon était couvert d'une quantité de pointes de lames d'épée 426.
421 Ovide, Fast., livre III, v. 285, 346.
422 Tite Live, Livre 1èmer, Cap. XXXI.
423 Pline, Histoire naturelle, liv. II, cap. LIII. Cf. Salverte, Phil. of Magic, II, p 156.
424 Pline, op. cit., lib. XXVIII, cap. IV.
425 Columella, De re rustica, liv., 346 et seq.
426 Voir Notice sur les travaux de l'Académie du Gard, part. I, pp. 304-314, par La Boissière.
Si nous n'avons que peu de preuves que les anciens avaient des notions claires sur tous les effets de l'électricité, dans tous les cas, les preuves sont concluantes qu'ils étaient parfaitement au courant de l'électricité elle-même. "Ben David, dit l'auteur de The Philosophy of Magic affirmait que Moise connaissait les phénomènes de l'électricité". Le professeur Hirt de Berlin est aussi de cet avis. Michaelis remarque : 1° "qu'il n'y a rien qui indique que la foudre ait jamais frappé le temple de Jérusalem dans l'espace d'un millier d'années. 2° Que, d'après Josèphe 427, une forêts de pointes... d'or très aiguës couvrait le toit du temple... 3° Que ce toit communiquait avec les souterrains de la montagne sur laquelle il était situé, par le moyen de tuyaux reliés à la dorure qui couvrait toute la partie extérieure de l'édifice ; par conséquent les pointes agissaient comme des conducteurs 428".
Ammien Marcellin, historien célèbre du IVème siècle, et auteur généralement estimé pour la franchise et la correction de ses renseignements, nous dit que "les mages conservaient perpétuellement dans leurs fournaises du feu qu'ils avaient obtenu miraculeusement du ciel 429". On trouve dans l'Oupnek-hat hindou une phrase ainsi conçue : "Connaître le feu, le soleil, la lune et la foudre, ce sont les trois quarts de la Science de Dieu 430".
427 Bell. Jud. adv. Romain, lib. V, cap XIV.
428 Magasin scientifique de Göttingen, 3ème année, 5ème cahier, 1783.
429 Amm. Marcell, Histoire, lib. XXIII, cap. VI.
430 A.H. Anquetil-Duperron, Oupnek-hat, Brahman, XI. [Cf. Chandogyo-panishad IV, VII, 3-4.]
431 Ktésias, Indica apud Photium Bibl., Cod. LXXII.
Enfin, Salverte nous apprend qu'au temps de Ketsias, "l'Inde connaissait l'usage des paratonnerres". Cet historien déclare nettement "qu'un fer placé au fond d'une fontaine... et ayant la forme d'une épée, avec la pointe tournée vers le haut, possédait, aussitôt qu'il était ainsi fixé dans le sol, la propriété de préserver des orages, de la grêle et de la foudre 431". Quoi de plus clair ?
Quelques auteurs modernes contestent le fait qu'un grand miroir avait été placé dans le phare d'Alexandrie, afin de découvrir en mer les navires à une grande distance. Mais le célèbre Buffon le croyait, et il avoue loyalement que "si ce miroir d'acier [275] ou de fer poli a réellement existé, comme je le crois fermement, dit-il, c'est aux anciens qu'appartient l'honneur d'avoir inventé le télescope 432".
J.L. Stevens dans son ouvrage sur l'Orient affirme avoir trouvé des chemins de rails dans la Haute-Egypte, dont les rainures étaient revêtues de fer 433. Canova, Powers, et d'autres sculpteurs célèbres des temps modernes, étaient honorés d'être comparés à Phidias dans l'antiquité, mais à la vérité ils n'auraient probablement pas accepté une flatterie de cette nature.
Le professeur Jowett n'accorde aucune créance à l'histoire de l'Atlantide, du Timée ; et il considère les récits d'il y a 8.000 à 9.000 ans comme une fable de l'antiquité. Mais Bunsen remarque qu' "il n'y a rien d'improbable dans les réminiscences et les relations de grands événements accomplis en Egypte 9.000 ans avant Jésus-Christ... car les origines de l'Egypte remontent au neuvième millénaire avant notre ère 434". Que dira-t- on alors des forteresses Cyclopéennes des premières époques de l'ancienne Grèce ? Est-ce que les murailles de Tyrins, que d'après les constatations archéologiques, les anciens eux-mêmes reconnaissaient comme l'œuvre des Cyclopes 435, doivent être considérées comme postérieures aux pyramides ? Faut-il croire que des masses de pierre, quelques-unes de six pieds de côté et dont les plus petites, nous dit Pausanias n'auraient pu être remuées par une paire de bœufs, faisant partie de murs de solide maçonnerie épais de vingt-cinq pieds, et hauts de plus de quarante, aient été travaillées par des hommes appartenant aux races connues de notre histoire !
432 Buffon, Histoire Naturelle des Minéraux, 6ème Mém., art. II, p. 450.
433 [Incidents of Travel in Egypt. Arabia petraca and the Holy Land, New York, 1837.]
434 Bunsen, La Place de l'Egypte dans l'Histoire Universelle, vol. IV, p. 468.
435 Archeologia, vol. XV, p. 920. "Remarks on the Fortresses of Ancient Greece" par W. Hamilton.
436 [Manners and Customs of the Ancient Egyptians.]
Les recherches de Wilkinson ont fait connaître que bon nombre d'inventions que nous disons modernes, et dont nous nous glorifions, avaient été perfectionnées par les anciens Egyptiens 436. La récente découverte du papyrus d'Ebers, l'archéologue Allemand, prouve que ni nos chignons modernes, ni les poudres de beauté en perles, ni les eaux dentifrices n'avaient de secrets pour eux. Plus d'un de nos médecins modernes, même parmi ceux qui se font de la réclame comme "spécialistes des maladies nerveuses", consulteraient avec profit les Livres de Médecine d'Hermès, qui contiennent des prescriptions d'une réelle valeur thérapeutique.
Les Egyptiens, ainsi que nous l'avons vu, excellaient dans tous les arts. Ils faisaient un si excellent papier, qu'il était à l'épreuve du temps. "Ils prenaient la moelle du papyrus, dit notre auteur [276] anonyme déjà cité, ils la disséquaient et en ouvraient les fibres, et, les aplatissant par un procédé à eux, ils les faisaient aussi minces que notre papier à écrire, mais infiniment plus durable... Quelquefois ils le coupaient en lanières qu'ils collaient ensemble. Beaucoup de ces manuscrits existent encore aujourd'hui. "Le papyrus trouvé dans le tombeau de la momie de la Reine, et un autre dans le sarcophage de la "Chambre de la Reine", à Ghizeh, offrent l'apparence de la plus belle mousseline blanche tout en étant aussi résistant que le meilleur parchemin. Pendant longtemps les savants ont cru que le papyrus avait été introduit par Alexandre le Grand, comme ils ont imaginé à tort bien d'autres choses", mais Lepsius a trouvé le caractère hiéroglyphique des rouleaux de papyrus sur des monuments de la douzième dynastie ; on a découvert plus tard le même caractère sur des monuments de la quatrième dynastie, et il est maintenant démontré que l'art de l'écriture était connu et en usage du temps de Menés, le protomonarque ; et l'on s'est ainsi rendu compte que l'art de l'écriture et leur système de lettres étaient parfaits et complets depuis le début.
C'est à Champollion que nous devons la première interprétation de leur étrange écriture ; et sans ses travaux qui durèrent toute sa vie, nous resterions encore aujourd'hui tout à fait ignorants de la signification de toutes ces lettres figurées et les anciens passeraient encore pour des ignorants aux yeux des modernes, qu'ils surpassent beaucoup en certains arts et sciences. "Il fut le premier à découvrir quels merveilleux récits les Egyptiens avaient à faire à celui qui arriverait à déchiffrer leurs longs manuscrits et leurs annales... Ils en ont recouvert tous les endroits et tous les objets susceptibles de recevoir des caractères... Ils les ont gravés, ciselés et sculptés sur les monuments ; ils les traçaient sur les meubles, les rochers, les pierres, les murs, les cercueils et les tombeaux comme sur le papyrus... Les scènes de leur vie journalière se déroulent d'une façon merveilleuse dans leurs plus petits détails, devant nos yeux étonnés... Rien de ce que nous savons ne paraît avoir été ignoré des Egyptiens... L'histoire de Sesostris nous montre à quel point son peuple et lui étaient versés dans l'art et la pratique de la guerre... Les peintures nous indiquent combien ils étaient redoutables dans le choc des batailles. Ils construisaient des machines de guerre... Homère dit que par chacune des cent portes de Thèbes sortaient deux cents hommes avec leurs chevaux et leurs chariots ; ces derniers étaient admirablement construits et fort légers, en comparaison de nos fourgons d'artillerie si lourds, si grossiers et si peu confortables. Henrick les décrit dans les termes suivants : "Bref, de même que tous les principes essentiels qui régissent la construction et l'attelage des voitures sont appliqués dans les chariots de guerre des Pharaons, de même il n'y a rien [277] que le goût et le luxe modernes n'aient imaginé pour leur décoration, dont nous ne retrouvions le prototype dans les monuments de la dix-huitième dynastie 437". Les ressorts, des ressorts métalliques, y ont été retrouvés, et, malgré l'étude très superficielle de Wilkinson dans ce domaine, dans la description qu'il nous en a faite, nous trouvons des preuves qu'ils étaient employés pour éviter les cahots dans les courses trop rapides des chars. Les bas-reliefs nous montrent certaines mêlées et batailles, où l'on se rend compte de leurs us et coutumes dans leurs plus petits détails. Les hommes lourdement armés étaient couverts de cottes de mailles ; l'infanterie avait des tuniques capitonnées et des casques de feutre recouverts de métal, pour mieux les protéger. Muratori, l'inventeur moderne Italien, qui il y a une dizaine d'années, fit connaître sa "cuirasse imperforable", n'a fait que suivre ce dont l'ancienne méthode lui a suggéré l'idée. Le procédé pour rendre les substances telles que le carton, le feutre et autres tissus impénétrables aux coups de taille ou d'estoc d'une arme quelconque est maintenant classé parmi les arts perdus. Muratori n'a réussi qu'imparfaitement à préparer de ces cuirasses de feutres, et malgré les découvertes dont se vante la chimie moderne, il n'a pas pu en tirer une préparation appropriée au but qu'il se proposait, et il a échoué.
On se rend compte du degré de perfection que la chimie avait dans l'antiquité, par un fait relaté par Virey. Dans ses dissertations 438, il nous informe qu'Asclepiodotus, général de Mithridate, reproduisait chimiquement les exhalaisons délétères de la grotte sacrée. Ces vapeurs, comme celles de Cumes, jetaient la pythonisse dans l'extase prophétique.
437 [Y. Kenrik, Ancient Egypt, etc., I, XIII, p. 228.]
438 [Journal de Pharmacie.]
Les Egyptiens faisaient usages d'arcs, d'épées à deux tranchants et de dagues, de javelots, d'épieux et de piques. Les troupes légères étaient armées de dards et de frondes ; les conducteurs de chars se servaient de massues et de haches. Ils étaient parfaits dans les opérations de siège. "Les assaillants, dit l'auteur anonyme, avançaient formés en ligne droite et longue, dont la tête était protégée par une machine impénétrable triangulaire, qu'une escouade invisible poussait devant elle, sur une espèce de rouleau. Ils avaient des passages souterrains couverts, des trappes et des échelles, et ils pratiquaient l'art de l'escalade et de la stratégie militaire à la perfection... Le bélier leur était connu comme les autres engins ; et, experts comme ils l'étaient dans l'art d'extraire les pierres des carrières, ils savaient creuser une mine au pied des murailles, pour les effondrer. Le même auteur remarque qu'il est de beaucoup plus aisé pour nous d'énumérer ce que les Egyptiens [278] savaient, que ce qu'ils ne savaient pas, car chaque jour apporte un témoignage nouveau au sujet de leurs étonnantes connaissances et il ajoute, "si on nous disait qu'ils faisaient usage du canon Armstrong, cela ne nous étonnerait pas plus que bien d'autres faits déjà mis en lumière".
La preuve qu'ils étaient très versés dans les sciences mathématiques se trouve dans le fait que ces anciens mathématiciens, que nous honorons comme les pères de la géométrie, allaient s'instruire en Egypte. Le professeur Smyth, cité par Peebles, dit que "la science géométrique des constructeurs de pyramides commençait où celle d'Euclide finissait". Avant que la Grèce n'eût existé, les arts, chez les Egyptiens, étaient déjà épanouis et anciens. L'arpentage, art reposant sur la géométrie, était certainement bien connu des Egyptiens, puisque, d'après la Bible, Josué, après avoir conquis la Terre Sainte, fut assez adroit pour faire le partage du pays. Et comment un peuple, aussi habile que l'étaient les Egyptiens dans la philosophie naturelle, n'aurait-il pas été en proportion versé dans la psychologie et la philosophie spirituelle ?. Le temple était l'école de la civilisation la plus élevée, et seul il possédait les notions les plus hautes de la magie, qui, elle-même, était la quintessence de la philosophie naturelle. Les puissances occultes de la nature étaient enseignées dans le plus grand secret, et les cules les plus merveilleuses étaient opérées pendant les mystères. Hérodote reconnaît 439 que les Grecs apprirent des Egyptiens tout ce qu'ils savaient, y compris les services sacrés des temples, et voilà la raison pourquoi leurs principaux temples étaient consacrés à des divinités Egyptiennes. Melampe, le célèbre guérisseur et devin d'Argos, employait ses médicaments "à la façon des Egyptiens", desquels il avait acquis ses connaissances, toutes les fois qu'il voulait rendre ses guérisons complètes et effectives. Il guérit Iphiclés de son impuissance et de sa débilité, au moyen de la rouille de fer, d'après les conseils de Mantus, son sujet magnétique, ou oracle 440. Spengel cite un grand nombre d'exemples de ces sortes de guérisons magiques dans son Histoire de la Médecine (voir Tome I).
439 Lib. II, cap. 50.
Diodore, dans son ouvrage sur les Egyptiens (livre 1er, 25), dit qu'Isis avait bien mérité l'immortalité ; car toutes les nations de la terre attestent la puissance de cette déesse pour guérir les maladies par son influence. "Cela est démontré, dit-il, non point par la fable, comme chez les Grecs, mais par des faits authentiques". Galien rapporte plusieurs procédés curatifs soigneusement conservés dans la partie des temples consacrée au traitement des [279] maladies. Il fait aussi mention d'un remède universel, qui de son temps était dénommé Isis 441.
Les doctrines de plusieurs philosophes grecs qui avaient été instruits en Egypte prouvent leur profonde science. Orphée, qui, suivant Artapane était un disciple de Moyse 442, Pythagore, Hérodote et Platon étaient redevables de leurs philosophies aux mêmes temples, dans lesquels le sage Solon fut instruit par les prêtres. "Aristide raconte, dit Pline, que les lettres furent inventées en Egypte par une personne nommée Menon, quinze cent ans avant l'avènement de Phoronée, le plus ancien roi de Grèce 443". Jablonski démontre que le système héliocentrique, aussi bien que la sphéricité de la terre étaient connus des prêtres de l'Egypte depuis un temps immémorial. "Cette théorie, ajoute-t-il, Pythagore l'emprunta aux Egyptiens, qui eux-mêmes la tenaient des Brahmanes de l'Inde 444". Fénelon, l'illustre archevêque de Cambrai, dans son livre Vies des Anciens philosophes, fait crédit à Pythagore de cette connaissance, et il dit qu'en plus d'enseigner à ses disciples que la terre était ronde, il y avait aussi des antipodes, puisqu'elle était habitée partout. Le grand mathématicien fut le premier qui découvrit que l'étoile du matin était la même que celle du soir. Si nous considérons maintenant que Pythagore vivait du temps de la seizième Olympiade à peu près 700 ans avant Jésus-Christ, et qu'il enseignait ce fait à une époque aussi reculée, nous devons supposer qu'il était connu d'autres avant lui. Les œuvres d'Aristote, de Laërce et de plusieurs autres, dans lesquelles Pythagore est cité, démontrent qu'il avait appris des Egyptiens les notions sur l'obliquité de l'écliptique, la composition stellaire de la voie lactée, et la lumière réfléchie de la lune.
440 [Apollodore, Bibliotheca, I, IX, § 12.]
441 Galien, De composit. Medec., lib. V.
442 Cory, Ancient fragments. Voir chapitre sur les premiers rois d'Egypte.
443 Pline, lib. VII, 41, 193.
444 Jablonski, Le Panthéon d'Egypte, II prolég. 10.
Wilkinson, confirmé plus tard par d'autres auteurs, dit que les Egyptiens divisaient le temps, et connaissaient la véritable longueur de l'année, et la précession des équinoxes 445. En tenant compte du lever et du coucher des étoiles, ils avaient compris les influences particulières exercées par les positions et les conjonctions de tous les corps célestes, et c'est pourquoi leurs prêtres, tout en prédisant aussi exactement que nos astronomes modernes les changements météorologiques, pouvaient en outre faire de l'astrologie avec les mouvements des astres. Bien que le sobre et éloquent Cicéron ait raison jusqu'à un certain point lorsqu'il s'indigne contre les exagérations des prêtres de Babylone, qui "affirmaient [280] avoir conservé sur leurs monuments des observations remontant jusqu'à une période de 470.000 années 446, malgré cela, l'époque à laquelle l'astronomie était arrivée à la perfection chez les anciens remonte bien au delà des calculs modernes.
445 [Manners and Customs, etc., 1837, vol. I, pp. 268-269 ; vol. IV, pp. 153-154.]
446 Cicéron, De Divnatione, II, 46
Un rédacteur d'un de nos journaux scientifiques fait remarquer que "chaque science passe par trois phases distinctes, dans sa marche ascendante : 1° La période d'observation, pendant laquelle les faits sont recueillis et enregistrés par une foule d'esprit dans un grand nombre de lieux. 2° La période de généralisation, dans laquelle ces faits, soigneusement vérifiés, sont arrangés méthodiquement, systématiquement généralisés, et logiquement classés de manière à déduire et à élucider les lois qui les régissent et l'ordre dans lequel ils se produisent. 3° Enfin, la période de prophétie, durant laquelle ces lois sont appliquées de façon à prédire les événements, avec une infaillible exactitude". Si plusieurs milliers d'années avant Jésus-Christ les astronomes de Chine et de Chaldée prédisaient les éclipses, que les derniers le fissent à l'aide du cycle de Saros ou par d'autres moyens, la chose importe peu, le fait est là. Ils étaient parvenus au plus élevé et au dernier degré de la science astronomique – ils prophétisaient. Si, 1722 ans avant l'ère Chrétienne, ils ont pu tracer le Zodiaque avec les positions exactes des planètes au moment de l'équinoxe d'automne, et cela d'une manière si exacte, que le professeur d'Astronomie Mitchell n'a pas eu de peine à le démontrer, il est certain qu'ils connaissaient parfaitement les lois qui règlent "les faits soigneusement vérifiés", et qu'ils les appliquaient avec autant de certitude que nos astronomes modernes. De plus, on prétend que l'astronomie est, aujourd'hui, "la seule science qui ait entièrement atteint la dernière phase... les autres sciences en sont encore aux diverses phases de leur développement, l'électricité dans quelques-unes de ses branches en est arrivée à la dernière période, mais dans beaucoup d'autres elle en est encore à l'enfance 447. Nous savons cela par les aveux exaspérants des savants eux-mêmes, et nous n'avons pas de doute au sujet de cette triste réalité, dans le XIXème siècle, puisque nous lui appartenons. Il n'en est pas de même des hommes qui vivaient du temps de la gloire de Chaldée, d'Assyrie et de Babylone. Nous ne savons rien du degré qu'ils avaient atteint dans les autres sciences, mais dans l'astronomie ils étaient nos égaux, car ils étaient aussi parvenus à la troisième et dernière période. Dans sa conférence sur The Lost Arts, Wendell Philips décrit la situation fort artistiquement. "Nous voulons bien croire, dit-il, que, soit que la Science meure avec nous ou nous survive, [281] elle a certainement commencé avec nous. Nous avons une bien faible estime et nous éprouvons une tendre pitié pour l'ignorance, l'obscurité et l'étroitesse d'esprit des âges passés" [p. 5]. Afin de rendre plus claire notre propre idée, à l'aide de la phrase finale du conférencier favori, nous avouons que nous avons entrepris ce chapitre qui, dans un sens interrompt notre récit pour demander à nos savants s'ils sont persuadés "d'être dans le vrai" en se vantant de ce qu'ils savent ?
Ainsi nous lisons au sujet d'un peuple qui, suivant quelques savants auteurs venait de sortir de l'âge de bronze pour entrer dans l'âge de fer 448 :
447 Telegraphic Journal, art. "Scientitic Prophecy".
448 Le professeur Albrecht Müller, dans Die ältesten Spuren des Menschen in Europa, § 4, p. 46, dit : "Cet âge de bronze s'étend jusqu'au commencement de la période historique et la dépasse dans certaines contrées ; il comprend ainsi les grandes époques des Empires Assyrien et Egyptien, 1.500 ans avant J C. et les premiers temps de l'âge de fer qui vinrent immédiatement après".
"Si la Chaldée, l'Assyrie et Babylone nous présentent des antiquités vénérables et étonnantes remontant bien loin dans la nuit des temps, la Perse n'est pas sans ses merveilles d'une date plus récente. Les salles à colonnades de Persépolis sont remplies de prodiges d'art, ciselures, sculptures, émaux, bibliothèques d'albâtre, obélisques, sphinx, taureaux gigantesques. Ecbatane, [en Médie], la fraîche retraite d'été des rois Perses, était défendue par sept murailles de circonvallation, construites avec des blocs taillés et polis, de plus en plus hauts vers l'intérieur et de couleurs variées en concordance astrologique avec les sept planètes. Le palais était couvert de tuiles d'argent, les solives étaient plaquées d'or. L'éclairage, dans ses salles à minuit, fourni par de nombreuses lampes à l'huile de naphte, rivalisait avec le soleil. Un paradis, le luxe des monarques d'Orient, était planté au milieu de la ville. L'empire de Perse... était vraiment le jardin du monde... Il reste encore à Babylone les murailles qui avaient autrefois un développement de plus de soixante milles, et qui après les ravages de trois siècles, et de trois conquérants ont encore plus de quatre-vingts pieds de haut ; il y a encore les ruines du temple de Bel dont le sommet se perdait dans les nuages. Là était établi l'observatoire dans lequel les astronomes Chaldéens s'entretenaient la nuit avec les astres ; il s'y trouvait encore des vestiges de deux palais avec leurs jardins suspendus, où les arbres fleurissaient sur des terrasses élevées, et les débris d'un système de machines hydrauliques qui leur amenait l'eau du fleuve. Dans le lac artificiel, avec ses vastes réseaux d'aqueducs et de vannes, les neiges fondues des montagnes d'Arménie trouvaient un débouché, et étaient arrêtées dans leur cours à travers la ville, par les quais de l'Euphrate. [282] Le plus merveilleux de tout, peut-être, c'était le tunnel creusé sous le lit du fleuve 449".
Dans son livre Die ältesten Spuren des Menschen in Europa, Albrecht Müller propose pour le siècle où nous vivons un nom caractéristique, et suggère "l'âge du papier", peut-être aussi bon que tous ceux que l'on pourrait offrir. Là-dessus nous ne sommes pas d'accord avec le savant professeur. Notre ferme conviction est que les générations à venir surnommeront notre époque tout au plus "l'âge du laiton", et, au pis aller l'âge de l'oroïde.
449 Draper, Conflit entre la Religion et la Science, chap. 1.
L'opinion du commentateur et critique d'aujourd'hui, au sujet de la science des anciens est limitée à l'exotérisme des temples, et ne va pas au delà. Il ne veut ou ne peut pénétrer dans le mystérieux sanctuaire de l'antiquité, où l'hiérophante apprenait au néophyte à considérer le culte public sous son véritable jour. Aucun sage de l'antiquité n'eût enseigné que l'homme est le roi de la création, et que la voûte étoilée et notre mère la terre avaient été créées pour lui. Celui qui en douterait n'a qu'à consulter les Oracles Chaldéens de Zoroastre pour y trouver la confirmation dans les maximes suivantes :
Ne porte point ton esprit vers les vastes étendues de terre, Car l'arbre de la vérité ne pousse point sur son sol.
Ne mesure point la surface du soleil, en rassemblant des règles,
Car il est soutenu par l'éternelle volonté du Père mais
non pas pour ta convenance.
Laisse s'accomplir la course impétueuse de la lune, Car elle se meut toujours par la force de la nécessité.
La progression des astres n'a pas été faite pour toi seul. 450
450 Psellus, Oracles Chaldéens, 4, CXLIV.
C'est un enseignement plutôt étrange de la part de ceux que l'on s'est généralement plu à considérer comme les adorateurs du soleil et de la lune, et de la légion d'étoiles, comme autant de dieux. La sublime profondeur des préceptes des Mages étant bien au-delà de la portée de la pensée matérialiste moderne, on a accusé les philosophes Chaldéens, ainsi que les masses ignorantes, de Sabianisme et de culte du Soleil.
Il y avait une grande différence entre le véritable culte enseigné à ceux qui s'en montraient dignes, et les religions d'Etat. On a accusé les mages de toutes sortes de superstitions, mais voici ce que dit le même oracle :
Le large vol aérien des oiseaux n'est pas un signe exact,
Pas plus que la dissection des entrailles des victimes ; ce sont de simples jouets, [283]
Qui servent de base à des fraudes mercenaires ; éloignez-vous-en,
Si vous voulez avoir accès au paradis sacré de la piété, Où se rassemblent la vertu, la sagesse et l'équité 451.
Assurément, ce ne sont pas ceux qui mettent le peuple en garde contre des "fraudes mercenaires" qui peuvent en être accusés eux-mêmes ; et s'ils accomplissent des actes qui paraissent miraculeux, qui donc osera loyalement contester qu'ils n'ont été accomplis que parce qu'ils possédaient une connaissance de la philosophie naturelle et de la science psychologique, à un degré inconnu chez nous ?
Que peut-on nommer dont ils étaient ignorants ? C'est un fait bien démontré que le véritable méridien était correctement tracé avant que la première pyramide fût construite. Ils avaient des horloges et des cadrans solaires pour mesurer le temps ; leur coudée était l'unité établie de mesure linéaire, équivalant à 1,707 pieds anglais ; suivant Hérodote ils connaissaient aussi l'unité de poids ; quant à la monnaie, ils avaient des anneaux d'or et d'argent évalués suivant leur poids ; ils employaient pour leurs calculs le système décimal et le système duodécimal depuis les temps primitifs, et ils étaient au courant de l'algèbre. Comment auraient-ils pu autrement mettre en œuvre des forces mécaniques aussi colossales, s'ils n'avaient pas entièrement compris la philosophie de ce que nous appelons les forces mécaniques ?
L'art de faire de la toile et de belles étoffes est démontré comme faisant partie de leurs connaissances, puisque la Bible en parle. Joseph reçut en don de Pharaon un vêtement de fine toile, une chaîne d'or et plusieurs autres choses. Le lin de l'Egypte était renommé dans le monde entier. Les momies étaient toutes enveloppées dans des bandes de lin, qui est toujours admirablement conservé. Pline 452 parle d'un certain vêtement envoyé 600 ans ;avant J : C. par le roi Amasis à Lindus ; chaque fil était formé de 365 brins tordus ensemble. Hérodote nous donne 453, dans sa description d'Isis et des mystères célébrés en son honneur, une idée de la beauté et de "l'admirable souplesse de l'étoffe de lin portée par les prêtres". Ces derniers portaient des chaussures faites de papyrus, et des vêtements de fine toile parce que cette déesse enseigna la première son usage ; et ainsi, outre leur domination d'Isiaques, ou prêtres d'Isis, ils étaient aussi connus sous celle de Linigères ou "porteurs de lin". Ce lin était filé et teint de ces brillantes et riches couleurs, dont le secret est aujourd'hui un art perdu. Nous trouvons souvent sur les momies les plus belles broderies [284] et dentelles ornant leurs chemises ; plusieurs d'entre elles peuvent être vues au musée de Boulak (au Caire), et elles sont incomparables comme beauté ; les dessins en sont exquis, et le travail fort beau. Les tapisseries si travaillées et si vantées des Gobelins ne sont qu'une production grossière, comparées avec certaines broderies des anciens Egyptiens. Nous n'avons qu'à nous reporter à l'Exode, pour voir quelle était l'habileté de main-d'œuvre des élèves Israélites des Egyptiens, dans l'exécution du tabernacle et de l'arche sainte. Les habits sacerdotaux, avec leurs ornements de "grenades et de clochettes d'or", et le thummim ou pectoral en orfèvrerie du grand-prêtre sont décrits par Josèphe comme étant d'une incomparable beauté et d'un travail merveilleux 454, et cependant il n'est pas douteux que les Juifs avaient emprunté aux Egyptiens les rites et les cérémonies, et même le costume spécial des Lévites. Clément d'Alexandrie le reconnaît à contre-cœur, et il en est de même d'Origène et des autres Pères de l'Eglise, dont quelques-uns, comme de juste, attribuent cette coïncidence à une farce de Satan, en anticipation sur les événements. L'astronome Proctor dit dans un de ses livres : "Le célèbre pectoral porté par le grand-prêtre Juif venait directement des Egyptiens". Le mot thummim lui-même est évidemment d'origine Egyptienne, emprunté par Moïse comme le reste ; car, plus bas, sur la même page, M. Proctor dit que "dans le tableau souvent reproduit du Jugement, l'on voit le mort égyptien, conduit par le dieu Horus [?], tandis qu'Anubis place sur un des plateaux un vase que l'on suppose contenir ses bonnes actions, et que dans l'autre plateau est l'emblème de la vérité, une représentation de Thmèi, la déesse de la Vérité, qui figure aussi dans le pectoral judiciaire". Wilkinson dans son livre : Manners and Customs of the ancient Egyptians, montre que le thummim Hébreu est la forme plurielle du mot Thmèi" 455.
451 Psellus, Oracles de Zoroastre, 4.
452 [Hist. nat., XIX, II, 12.]
453 [Histoire, II, § 37.]
454 [Guerres juives, V, V, 7.]
455 Proctor, Saturn and the Sabbath of the jews, p. 309.
Les Egyptiens paraissent avoir connu tous les arts décoratifs. Leur joaillerie et orfèvrerie d'or, d'argent et de pierres précieuses étaient admirablement façonnées ; il en était de même de la taille, du polissage et de la monture exécutés par leurs lapidaires, dans le plus beau style. L'anneau d'une momie Egyptienne, si nos souvenirs sont fidèles, a été jugé la pièce de bijouterie la plus artistique de l'Exposition de Londres en 1851. Leur imitation en verre des pierres précieuses est bien au-dessus de tout ce qui se fait aujourd'hui ; l'émeraude, surtout, était imitée à la perfection.
"On a découvert à Pompéi, dit Wendell Phillips, une chambre pleine de verre ; il y avait un sol en verre, des vitres, du verre [285] taillé et du verre coloré de toutes variétés. On montra à des prêtres catholiques qui passèrent en Chine il y a 200 ans un verre transparent, et sans couleur, rempli d'une liqueur faite par les Chinois et qui paraissait incolore comme l'eau ? Ce liquide était versé dans le verre, et lorsqu'on regardait à travers, il semblait rempli de poissons. Ils vidèrent le verre et en répétant l'expérience il se remplit de nouveau de poissons". On montre à Rome un morceau de verre transparent, "qu'on éclaire de façon à faire voir qu'il ne contient rien de caché ; mais au centre du verre il y a une goutte de verre de couleur, peut-être de la grosseur d'un pois, tacheté comme un canard... avec une telle perfection qu'on ne pourrait mieux le rendre en miniature. Il est évident que cette goutte de verre liquide a dû y être versée, car il n'y a aucune trace de jointure. Elle doit avoir été produite par une chaleur plus intense que celle employée dans la recuite, car ce procédé montre toujours des solutions de continuité" 456. Parlant de leur art merveilleux d'imitation des pierres précieuses, l'auteur mentionne le célèbre vase de la cathédrale de Gênes, qui pendant de longs siècles fut considéré comme fait "d'une émeraude massive". La légende catholique romaine prétend qu'il faisait partie du trésor dont la reine de Saba fit présent à Salomon, et que c'était dans cette coupe que le Sauveur avait bu pendant la Sainte Cène 457. Plus tard, on reconnut que ce n'était pas une émeraude mais bien une imitation ; et lorsque Napoléon l'apporta à Paris, et la donna à l'Institut, les savants furent obligés de reconnaître que ce n'était pas une pierre, mais ils ne purent dire ce que c'était.
456 [The Lost Arts, pp. 12-14.]
457 [Ibid., p. 14.]
Parlant ensuite de l'habileté des anciens à travailler les métaux, le même conférencier raconte que "lorsque les Anglais pillèrent le Palais d'Eté de l'Empereur de Chine, les artistes Européens furent surpris de voir les vases de métal de toute sorte si curieusement travaillés et finis, qu'ils surpassaient de beaucoup l'habileté, tant vantée des ouvriers européens". Des tribus de l'intérieur de l'Afrique ont offert aux voyageurs de meilleurs rasoirs que les leurs. "George Thompson m'a dit, ajoute-t-il, qu'il avait vu à Calcutta un homme lancer en l'air une poignée de soie floche, et un hindou la couper en morceaux avec un sabre d'acier indigène". Il termine par cette judicieuse remarque que "l'acier est le plus grand triomphe de la métallurgie, et que la métallurgie est la gloire de la chimie". Il en a été ainsi des anciens Egyptiens et des races sémitiques. Ils extrayaient l'or et le séparaient de ses alliages avec une parfaite habileté. On trouvait le cuivre, le plomb et le fer en abondance près de la Mer Rouge. [286]
Dans une conférence faite en 1873, sur les Troglodytes du Devonshire, M. W. Pengelly déclare, sur l'autorité de quelques Egyptologues, que le premier fer employé en Egypte était du fer météorique, puisque la première mention de ce métal se trouve dans un document Egyptien, dans lequel il est dénommé "la pierre du ciel" 458. Cela impliquerait l'idée que le seul fer en usage dans l'antiquité était météorique. C'était probablement le cas au début de la période comprise dans la sphère de nos explorations géologiques actuelles, mais jusqu'à ce que nous puissions calculer, approximativement l'âge des reliques qu'on a mises à jour, qui dira si nous ne nous trompons pas peut-être de quelques centaines de milliers d'années ? L'erreur d'affirmer d'une manière positive ce que les anciens Chaldéens et Egyptiens ignoraient au sujet des mines et de la métallurgie, est confirmée, du moins en partie, par les découvertes du colonel Howard Wyse 459. En outre, beaucoup de ces pierres précieuses que l'on ne trouve qu'à une grande profondeur dans les mines sont mentionnées dans Homère et dans les Ecritures Hébraïques. Les savants ont-ils vérifié le moment précis où les premiers puits de mine furent creusés par l'homme ? D'après le D` A.-C. Hamlin, les arts de l'orfèvre et du lapidaire en Inde ont été pratiqués dès "l'antiquité la plus reculée". Que les Egyptiens aient connu dès les âges les plus lointains la trempe de l'acier, ou qu'ils aient possédé quelque chose de mieux et de plus parfait que nos outils de ciselure, est une alternative à laquelle les archéologues ne peuvent se soustraire. Sans cela comment auraient-ils pu produire des ciselures aussi artistiques et travailler les sculptures comme ils le faisaient ? Que les critiques choisissent de deux choses l'une ; ou bien des outils d'acier d'une trempe parfaite, ou alors un autre moyen de tailler la syénite, le granit et le basalte ; dans ce dernier cas, ce procédé serait à ajouter encore au long catalogue des arts perdus.
458 [Conférence à Malvern, 28 janv. 1870, p. 16.)
459 [Operations... at the Pyramid of Gizeh in 1887, Londres, 1840, 42.]
Le professeur Albrecht Müller dit : "Nous pouvons attribuer l'introduction de la fabrication du bronze en Europe à une grande race, nommée Aryas ou Aryens, venue de l'Asie, il y a quelque 5.000 ans... La civilisation de l'Orient a précédé de bien des siècles celle de l'Occident... Nombreuses sont les preuves que la culture avait atteint dès le début un degré très avancé. Le bronze y était encore en usage, mais le fer l'était aussi. La poterie n'était pas seulement façonnée au tour mais encore cuite d'un beau rouge. On y rencontre pour la première fois des manufactures de verre, d'or et d'argent. On rencontre encore dans des endroits isolés des montagnes de scories et des vestiges de fours à fer. Certes ces [287] scories ont été quelquefois attribuées à l'action volcanique, mais on les rencontre dans des endroits où jamais il n'a pu exister de volcans" 460
460 [Die ältesten Spuren, etc., pp 46-47 ]
461 [Histoire, II, 86 ]
Mais c'est dans le procédé de préparation des momies que l'habileté de ce peuple étonnant se montre au plus haut degré. Nul, excepté ceux qui en ont fait une étude spéciale, ne peut apprécier la somme de connaissances, d'adresse et de patience qu'exigeait l'exécution de ce travail indestructible qui durait plusieurs mois. La chimie et la chirurgie étaient toutes deux requises. Si on les laisse dans le climat sec de l'Egypte, les momies ne semblent pas s'altérer le moins du monde ; et même lorsqu'on les change de place, après un repos de plusieurs milliers d'années, elles ne présentent aucun signe de modification dans leur état. "Le corps, dit Hérodote, était rempli de myrrhe, de casse et d'autres gommes, puis ensuite saturé de natrum..." 461. On procédait ensuite au merveilleux emmaillotement du corps embaumé, exécuté avec tant d'art, que les bandagistes professionnels modernes restent en admiration devant son excellence. Le D` Granville dit :"... Il n'y a pas une seule forme de bandage connue de la chirurgie moderne dont on ne trouve des exemples [bien mieux exécutés] dans les bandelettes enveloppant les momies égyptiennes. Les bandes de toile n'ont pas une seule couture, bien qu'elles aient une longueur de mille mètres". Rossellini, cité dans Ancient Egypt de Kenrick, atteste de même la merveilleuse variété et l'adresse avec laquelle les bandelettes étaient placées et entrelacées. Il n'y a pas de fracture dans le corps humain qui n'aurait été réduite avec succès par le prêtre-médecin de ces temps reculés.
Qui ne se souvient de la sensation produite il y a environ vingt-cinq ans par la découverte de l'anesthésie ? Le protoxyde d'azote, l'éther sulfurique ou chlorique, le chloroforme, "le gaz hilarant", sans compter diverses autres combinaisons de ces substances, furent accueillis comme autant de bénédictions du ciel pour la partie souffrante de l'humanité. Il fut inventé en 1844 par le pauvre D` Horace Wells de Hartford, mais les D" Morton et Jackson en eurent l'honneur et le profit en 1846, ainsi que cela a presque toujours lieu. Les anesthésiques furent proclamés "la plus grande découverte qui ait jamais été faite". Et bien que le fameux Letheon de Morton et Jackson (un composé d'éther sulfurique), le chloroforme du Dr James Y. Simpson et le gaz nitreux, introduit par Colton en 1843 et par Dunham et Smith, aient éprouvé des insuccès accompagnés de quelques cas de mort, cela n'empêcha pas de considérer ces Messieurs comme des bienfaiteurs de l'humanité. [288] Des malades, que l'on avait endormis, ne se réveillaient parfois plus ; mais qu'importe, si d'autres s'en trouvaient soulagés ? Les médecins nous affirment qu'aujourd'hui ces accidents ne sont que rarement à craindre. Peut-être cela tient-il à ce que les anesthésiques sont administrés avec tant de parcimonie, que la moitié du temps ils manquent leur effet, laissant le patient paralysé dans ses mouvements pendant quelques secondes, mais sentant la douleur aussi profondément qu'auparavant. Cependant, dans l'ensemble, le chloroforme et le gaz hilarant sont des découverte, bienfaisantes. Mais, à proprement parler, ces anesthésiques sont-ils les premiers qu'on ait découverts ? Dioscoride parle de la pierre de Memphis (lapis Memphiticus) et la décrit comme un petit caillou rond, poli et très brillant. Lorsqu'on la réduisait en poudre et qu'on l'appliquait comme un onguent sur la partie du corps sur laquelle le chirurgien devait opérer, soit avec le scalpel soit avec le feu, il préservait cette partie, mais rien que cette partie, de toute douleur résultant de l'opération. Autrement, cette pierre était parfaitement inoffensive pour la constitution du malade, qui conservait toute sa conscience pendant toute la durée de l'opération ; elle n'était nullement dangereuse dans ses effets, et agissait néanmoins aussi longtemps qu'elle restait appliquée sur la partie malade. Prise dans de l'eau ou du vin, elle enlevait tout sentiment de douleur 462. Pline en donne également une description complète 463.
De temps immémorial les Brahmanes ont possédé des secrets aussi précieux. La veuve qui se soumettait volontairement au sacrifice de la crémation conjointe appelé Sahamarana ne craint pas d'avoir à endurer la plus légère souffrance, car les flammes la consumeront sans qu'elle ait la moindre agonie. Les plantes sacrées qui couronnent sa tête au moment où on la conduit en cérémonie au bûcher funèbre, la racine sainte, cueillie à minuit à l'endroit où le Gange et le Joumna mêlent leurs eaux ; et l'onction du corps de la victime volontaire avec du Ghi 464 et des saintes huiles, après s'être baignée avec tous ses vêtements et ses parures, sont autant d'anesthésiques magiques. Supportée par ceux que son corps va quitter, elle fait trois fois le tour de son ardente couche funèbre, et après leur avoir dit adieu, elle est jetée sur le cadavre de son époux, et elle quitte le monde sans un instant de souffrance. "Le semi-fluide ", dit un missionnaire, témoin oculaire de plusieurs de ces cérémonies, "le Ghi est répandu sur le bûcher, il s'enflamme instantanément, et la veuve droguée meurt de suffocation, avant que le feu ait atteint son corps" 465. [289]
Ce n'est pas ainsi que les choses se passent si la cérémonie sacrée est accomplie strictement suivant les rites prescrits. Les veuves ne sont jamais droguées dans le sens général de ce mot. Seulement, des mesures de précaution sont prises contre un martyre physique inutile, l'atroce agonie de la mort par le feu. L'esprit de la victime est aussi libre, aussi dégagé que jamais, et même davantage. Croyant fermement aux promesses d'une vie future, son âme est tout entière absorbée dans la contemplation du bonheur qui approche, de la béatitude de "la liberté", qu'elle est près d'atteindre. Elle meurt généralement le sourire de l'extase céleste sur les lèvres, et si quelqu'un doit en souffrir à l'heure de la rétribution, ce n'est pas la sincère victime de sa foi, mais les astucieux brahmanes qui savent fort bien qu'un rite aussi barbare n'a jamais été prescrit 466. Quant à la victime elle-même, uune fois consumée, elle devient une sati, pureté transcendante, et elle est canonisée après sa mort.
462 Dioscoride, Περι Υαπς Ιατρικη̃ς, lib. V, ch. CXV. 463 Pline, Histoire naturelle, lib. XXXVI, ch. XI, 56. 464 [Beurre clarifié.]
465 Le P. Paulin de Saint-Barthélemy, Voyage aux Indes Orientales, vol. 1, p. 358.
466 Max Müller, le professeur Wilson et H.-J. Bushby, ainsi que plusieurs autres savants Sanscritistes, prouvent que "les savants Orientaux, aussi bien indigènes qu'Européens ont démontré que le rite [de la crémation des veuves] était non seulement injustifié, mais encore, par voie de déduction, interdit par les autorités les plus anciennes et les plus puissantes des Ecritures sacrées indoues" (Bushley, Crémation des veuves, p. 21). Voir Max Müller, Mythologie Comparative. "Le professeur Wilson, dit Max Müller, fut le premier à signaler la falsification de texte, et le changement du terme yonim agre en celui de yonim agne [la matrice de feu]... D'après les hymnes du Rig Veda et le cérémonial Védique contenu dans les Grihya Soutras, l'épouse accompagne le corps de l'époux au bûcher funéraire, mais là, on lui récite un verset du Rig Veda, et on lui ordonne de quitter son mari et de retourner dans le monde des vivants." (Mythologie Comparative, p 35.)
467 [Ancient Egypt, etc., vol. I, ch. XII, p. 215.]
L'Egypte est la patrie et le berceau de la chimie. Kenrick prouve 467 que la racine du mot est chemi ou chem, qui était le nom donné au pays (Psaumes CV. 27). La chimie des couleurs paraît avoir été parfaitement connue dans cette contrée. Les faits sont là. Or, où chercherions-nous, parmi nos peintres, l'artiste qui décorerait les murs de nos monuments de couleurs impérissables ? Des siècles après que nos édifices de pygmées seront tombés en poussière, et que les villes qui les renferment seront devenues d'informes amas de briques et de mortier aux noms oubliés, les salles de Karnak et de Luxor (El Uxor) seront encore longtemps debout, et les superbes peintures murales de celle-ci seront sans doute aussi vives et aussi brillantes dans 4.000 ans, qu'elles l'étaient il y a 4.000 ans, et qu'elles le sont aujourd'hui, "La science de l'embaumement et la peinture à fresque, dit notre auteur, n'étaient pas, chez les Egyptiens, des découvertes du hasard, mais bien des notions acquises et basées sur des définitions et des maximes comme les inductions de Faraday".
Les Italiens modernes s'enorgueillissent de leurs vases et tableaux Etrusques ; les ornements des vases Grecs excitaient [290] l'admiration des amateurs de l'antiquité, et on les attribue aux artistes Grecs, tandis qu'en réalité "ce ne sont que des copies de vases Egyptiens". On les retrouve sur les murs d'un tombeau du temps d'Aménophis Ier, époque à laquelle la Grèce n'existait pas encore.
Où, de nos jours, verrons-nous quelque chose de comparable aux temples creusés dans le roc d'Abou Simbel en Basse Nubie ? On y peut voir des statues assises hautes de soixante-dix pieds, sculptées en pleine roche. Le torse de la statue de Rhamsès II à Thèbes mesure soixante pieds aux épaules, et le reste en proportion. A côté de cette sculpture de Titans, la nôtre paraît une sculpture de Pygmées. Le fer était connu des Egyptiens longtemps avant la construction de la première pyramide qui, selon Bunsen, date de plus de 20.000 ans. La preuve en est demeurée cachée pendant plusieurs milliers d'années dans la pyramide de Cheops, jusqu'au jour où le colonel Howard Wyse la découvrit, sous la forme d'un morceau de fer enfoncé dans un des joints, où il avait été évidemment Placé à l'époque de la construction de cette pyramide. Les Egyptologues apportent la preuve que les anciens, dans les temps préhistoriques, étaient parfaitement au courant de la métallurgie. "On trouve aujourd'hui encore, au Mont Sinaï, de grands dépôts de scories produits par la fonte" 468. La métallurgie et la chimie, telles qu'elles étaient pratiquées alors, étaient connues sous la dénomination d'alchimie, et formaient la base de la magie préhistorique. De plus, Moise donne la preuve de son savoir dans la chimie alchimique en pulvérisant le veau d'or et en en jetant la poudre dans l'eau.
Si maintenant nous portons nos regards sur la navigation, nous serons à même de démontrer, sur de bonnes autorités, que Nechao II arma une flotte sur la Mer Rouge et l'envoya en exploration. La flotte resta absente plus de deux ans, et au lieu de revenir par le détroit de Bab el Mandeb, comme c'était l'habitude, elle rentra par le détroit de Gibraltar. Hérodote n'était pas disposé à reconnaître aux Egyptiens le mérite d'une entreprise maritime aussi vaste que celle-là. Ils avaient semé le bruit, dit-il, qu'en "retournant dans leur patrie, le soleil se levait à leur droite ; chose qui me parait incroyable" 469. "Et pourtant, observe l'auteur de l'article ci-dessus, cette assertion incroyable est aujourd'hui démontrée d'une incontestable exactitude, comme le comprendra tout homme ayant doublé le cap de Bonne-Espérance". Il est ainsi prouvé que les plus anciens de ces peuples ont accompli une [291] chose qui a été attribuée au génie de colomb, bien des siècles plus tard. Ils rapportèrent qu'ils avaient jeté l'ancre deux fois dans le cours de leur voyage, qu'ils avaient semé du grain et qu'ils l'avaient récolté ; après quoi, ayant de nouveau mis à la voile, ils s'étaient dirigés en triomphe par les colonnes d'Hercule et le long des côtes de la Méditerranée. "Il est un peuple, ajoute-t-il, qui mérite bien plus la qualification de "veteres" que les Romains et les Grecs. Les Grecs, jeunes encore en fait de science, embouchèrent la trompette pour proclamer leurs connaissances et convoquèrent tout le monde à admirer leur habileté.
468 Voilà d'où vient le récit que Moise fabriqua le serpent ou Seraph d'airain que les israélites adorèrent jusqu'au règne d'Hezekias.
469 [Histoire, IV, § 42.]
L'Egypte, vieillie dans la sagesse, était si sûre de ses progrès et de ses découvertes, qu'elle n'invita personne à l'admirer, et elle se souciait aussi peu de l'opinion des Grecs bavards que nous le faisons aujourd'hui de celle des habitants des îles Fidji".
"O Solon, Solon, disait le plus ancien des prêtres Egyptiens à ce sage, vous autres Grecs vous êtes toujours comme des enfants, sans expérience et sans la discipline que crée une longue carrière !" Et le grand Solon fut fort surpris en vérité lorsque les prêtres d'Egypte lui apprirent que tant de dieux et de déesses du Panthéon Grec n'étaient que les dieux déguisés de l'Egypte. Zonaras disait avec raison : "Toutes ces choses sont venues de la Chaldée en Egypte, et de là elles furent transmises aux Grecs".
Sir David Brewster fait une brillante description de plusieurs automates ; et le XVIIIème siècle se vante de ce chef-d'œuvre de mécanique, "le Joueur de flûte de Vaucanson". Le peu de renseignements que les anciens auteurs nous donnent à ce sujet laissent croire que les
savants mécaniciens du temps d'Archimède, et quelques-uns même antérieurs au grand Syracusain, n'étaient ni plus ignorants ni moins ingénieux que nos inventeurs modernes. Archytas, natif de Tarente en Italie, le maître de Platon, philosophe distingué par ses remarquables et merveilleuses découvertes en mathématiques et en mécanique pratique, construisit une colombe en bois. Ce devait être un mécanisme extraordinairement ingénieux, car elle volait, battait des ailes et se soutenait en l'air pendant un laps de temps considérable. Cet homme habile, qui vivait 400 ans avant Jésus-Christ, inventa outre sa colombe de bois, la vis, la grue, et diverses machines hydrauliques 470.
470 Aulu Gelle, Noet. Attic., lib. X, cap. XII
L'Egypte avait ses pressoirs et faisait du vin. Rien d'extraordinaire à cela assurément, mais elle brassait aussi sa bière et en grande quantité ; nos Egyptologues l'affirment. Le manuscrit d'Ebers démontre maintenant d'une façon qui ne laisse pas de doute, que les Egyptiens faisaient usage de la bière 2.000 ans avant Jésus-Christ. Leur bière doit avoir été forte et excellente, [292] comme tout ce qu'ils faisaient. Ils fabriquaient le verre sous toutes ses formes. On voit sur beaucoup de sculptures Egyptiennes des scènes de soufflage de verre et de bouteilles ; parfois dans les recherches archéologiques on trouve des verres et de la verrerie qui semblent avoir été fort beaux. Sir Gardner Wilkinson dit que les Egyptiens taillaient, meulaient et gravaient le verre, et qu'ils possédaient l'art d'introduire de l'or entre les deux surfaces de la substance. Ils imitaient avec le verre les perles, les émeraudes et toutes les pierres précieuses à la perfection 471.
471 [Manners and Customs, etc., 1837, ch. IX, pp. 88-91.]
De même les plus anciens Egyptiens cultivaient les arts musicaux et comprenaient bien les effets de l'harmonie musicale et son influence sur l'esprit humain. On trouve dans les sculptures les plus anciennes, des scènes dans lesquelles on voit des musiciens jouant de divers instruments. La musique était employée en médecine dans les temples pour la cure des affections nerveuses. On remarque dans beaucoup de monuments des hommes jouant en orchestre, le chef marquant la mesure en battant des mains. Nous devons donc en conclure qu'ils connaissaient les lois de l'harmonie. Ils avaient leur musique sacrée, domestique et militaire. La lyre, la harpe, la flûte étaient employées dans les concerts religieux ; dans les fêtes, ils avaient la guitare, les doubles et simples flattes, et les castagnettes ; pour les troupes, et durant le service militaire, ils faisaient usage de trompettes, de tambourins, de tambours et de cymbales. Ils avaient inventé divers genres de harpes, tels que la lyre, le sambuc et l'ashur ; quelques-unes avaient plus de vingt cordes. La supériorité de la lyre Egyptienne sur la Grecque est un fait acquis. La matière dont ces instruments étaient faits était souvent un bois rare et très coûteux, et il était très bien sculpté ; ils l'importaient quelquefois de pays fort éloignés ; quelques-uns de ces bois étaient peints avec incrustations de nacre et ornements de maroquin de couleur. Ils se servaient pour leurs instruments de cordes en boyaux, comme nous. Pythagore apprit la musique en Egypte et en fit une science régulière en Italie. Toutefois dans la Grèce antique les Egyptiens étaient généralement considérés comme les meilleurs maîtres de musique. Ils connaissaient à fond le moyen de tirer des sons harmonieux d'un instrument en y tendant des cordes, ainsi que la multiplication des notes, en raccourcissant les cordes sur le manche ; or ces connaissances dénotent de grands progrès dans l'art musical. En parlant de harpes à propos d'un tombeau à Thèbes, Bruce observe "qu'elles renversent toutes les notions qu'on avait jusqu'alors de l'état primitif de la musique et des instruments de musique en Orient ; et qu'en définitive, au point de vue de la forme, des ornements et de [293] la portée, elles sont une preuve incontestable, plus forte que mille citations Grecques, que la géométrie, le dessin, la mécanique et la musique avaient atteint le plus haut degré de perfection lorsque ces instruments furent construits ; et que la période à laquelle nous faisons remonter l'invention de ces arts n'était que le commencement de l'ère de leur restauration" 472.
Sur les murs du palais d'Amenhotep II à Thèbes, le roi est représenté jouant aux échecs avec la reine. Ce monarque régnait longtemps avant la guerre de Troie. En Inde, on sait qu'on y jouait il y a 5.000 ans au moins.
Quant à leurs connaissances en médecine, maintenant qu'un des Livres perdus d'Hermès a été retrouvé et traduit par Ebers, les Egyptiens parlent pour eux-mêmes 473. Il résulte des manipulations curatives des prêtres, qu'ils connaissaient la circulation du sang, qu'ils savaient l'attirer aux extrémités ou l'empêcher momentanément de circuler, etc. Une étude plus approfondie de leurs bas-reliefs, représentant des scènes dans la salle de traitement des divers temples, en donne facilement la preuve. Ils avaient leurs dentistes et leurs oculistes, et il n'était permis à aucun docteur d'avoir plus d'une spécialité ; cela justifie amplement la croyance qu'ils perdaient à cette époque beaucoup moins de malades que nos médecins aujourd'hui. Quelques autorités affirment même que les Egyptiens ont été le premier peuple du monde qui ait institué le jugement par le jury, bien que nous n'en soyons pas nous-mêmes certains.
472 [Travels to Disconer the Source of the Nile, etc., 2ème édit., 1873, p. 132.]
473 [Cf. Papyrus Ebers, etc., Leipzig, 1873.]
Mais les Egyptiens n'étaient pas le seul peuple de ces époques reculées que leurs entreprises aient placés dans une position aussi en vue, aux yeux de la postérité. A part d'autres nations dont l'histoire est à présent voilée par les brumes de l'antiquité, telles que les races préhistoriques des deux Amériques, de Crète, de Troade, des Lacustres, du continent submergé de la fabuleuse Atlantide aujourd'hui classée parmi les mythes, les exploits des Phéniciens leur impriment presque le sceau de demi-dieux.
Le correspondant de la National Quarterly Review précédemment cité dit que les Phéniciens ont été les plus anciens navigateurs du monde, qu'ils ont fondé la plupart des colonies de la Méditerranée, et qu'ils ont voyagé à travers toutes les autres régions habitées. Ils ont visité les régions Arctiques d'où ils rapportaient la notion de jours éternels sans nuit, qu'Homère mentionne dans l'Odyssée 474. Des Iles Britanniques, ils importèrent de l'étain en Afrique, et l'Espagne fut un lieu favori pour l'établissement [294] de leurs colonies. La description de Charybde répond si parfaitement au maëlstrom, "qu'il est difficile d'imaginer, dit l'auteur cité, qu'il ait eu un autre prototype". Leurs explorations paraissent s'être étendues dans toutes les directions, leurs voiles blanchissant l'Océan Indien aussi bien que les fjords de Norvège. Différents auteurs reconnaissent qu'ils ont créé des établissements dans les endroits les plus reculés ; tandis que toute la côte méridionale de la Méditerranée était couverte de leurs villes. Une grande partie du territoire Africain fut, assure-t-on, peuplé par des races chassées par Josué et les enfants d'Israël. A l'époque où écrivait Procope, il y avait encore debout, dans la Mauritanie Tingitane, des colonnes qui portaient en caractères Phéniciens l'inscription : "Nous sommes ceux qui s'enfuirent devant le brigand Josué, fils de Nun ou Navé" 475.
474 [LX, 86 et seq.]
475 [Procope, De Bello Vandalico, II, p. 7.]
476 Telle n'est pas notre opinion. Ils furent probablement construits par les Atlantéens.
Quelques écrivains supposent que ces hardis navigateurs des fiers Arctiques et Antarctiques sont les ancêtres des races qui bâtirent les temples et les palais de Palenque et Uxmal de Copan et d'Arica 476. Brasseur de Bourbourg nous fournit beaucoup de renseignements sur les mœurs et coutumes, l'architecture et les arts, et particulièrement sur la magie et les magiciens des anciens Mexicains. Il nous dit que Votan, leur fabuleux héros, et le plus grand de leurs magiciens, revenant d'un long voyage, visita le Roi Salomon à l'époque de la construction du temple. Ce Votan parait être identique nu redouté Quetzal-Cohuatl, qui figure dans toutes les légendes mexicaines ; et chose assez curieuse, ces légendes offrent une ressemblance frappante, dans leurs récits de voyages et d'exploits d'Hittim, avec ceux de la Bible Hébraïque, au sujet des Hivites, les descendants de Seth, fils de Chanaan. La tradition nous apprend que Votan "fournit à Salomon les détails les plus précieux sur les hommes, les animaux, et les plantes, l'or et les bois précieux de l'Occident", mais qu'il refusa tout net de lui donner la moindre information sur la route qu'il avait suivie, ni sur la manière de gagner le mystérieux continent. Salomon lui-même nous fait un récit de cette entrevue, dans son Histoire des Merveilles de l'Univers, le chef Votan y figurant sous l'allégorie du Serpent Navigateur. Stephens, comptant d'avance sur la découverte "d'une clé plus sûre que la pierre de Rosette", pour déchiffrer les hiéroglyphes américains 477, dit que les descendants des Caciques et les Aztèques sont supposés avoir survécu, et exister encore dans les solitudes inaccessibles des Cordillères, "déserts dans lesquels [295] aucun homme blanc n'a encore pénétré... et qu'ils y vivent comme vécurent leurs pères, construisant les mêmes édifices", avec les mêmes ornements de sculpture et de moulage" ; "de grandes et vastes cours", des "tours élevées avec de hautes séries de marches", et gravant encore sur des tables de pierre les mêmes hiéroglyphes mystérieux". Il ajoute : "Je me tourne vers cette vaste région inconnue, que pas une route ne traverse, et où l'imagination nous dépeint cette mystérieuse cité, aperçue du sommet des Cordillères, peuplée d'aborigènes insoumis, et que nul n'a visités ni n'a vus".
Outre que cette mystérieuse cité a été vue d'une grande distance par de hardis voyageurs, son existence n'est pas absolument improbable, car qui peut dire ce que devint le peuple primitif qui fuyait devant les brigands rapaces de Cortes et de Pizarre ? Le Dr Tschudi, dans son ouvrage sur le Pérou 478, nous parle d'une légende Indienne, qui rapporte qu'un convoi de 10.000 lamas, chargés d'or pour compléter la rançon de l'infortuné Inca, fut arrêté dans les Andes par la nouvelle de sa mort, et que l'énorme trésor fut si efficacement caché, que pas la moindre trace n'en a jamais été trouvée. Ainsi que Prescott et d'autres auteurs, il nous apprend que les Indiens ont conservé jusqu'à ce jour leurs traditions et leur caste sacerdotale et qu'ils obéissent fidèlement aux ordres de chefs choisis parmi eux, tout en professant de nom la religion catholique, et obéissant en apparence, aux autorités Péruviennes. Les cérémonies magiques pratiquées par leurs ancêtres sont encore en honneur parmi eux, et les phénomènes magiques se produisent. Ils persévèrent à un tel point dans leur fidélité au passé, qu'il paraît impossible qu'ils ne soient pas soutenus par quelque autorité occulte qui encourage et fortifie leur foi, et la maintient toujours vive. N'est-il pas possible que cette source de foi immortelle réside dans cette ville mystérieuse avec laquelle ils sont en communication secrète ? Ou bien devons-nous encore croire que tout ce que nous venons de signaler ne sont que de "curieuses coïncidences" ?
477 Incidents d'un voyage dans le Centre-Amérique, à Chiapas et dans le Yucatan, vol. II, p. 457, 12ème édit., 1846.
478 [J.J. von Tschudi et M.E. de Rivero, Antiguedades Peruanas, 1831.]
L'histoire de cette mystérieuse cité fut racontée à Stephens par un Père espagnol en 1838. Le prêtre lui jura qu'il l'avait vue de ses yeux et il donna à Stephens les détails suivants que le voyageur croyait exacts. Le curé du petit village non loin des ruines de Santa-Cruz del Quiché avait entendu parler de la ville inconnue, au village de Chajul. "Il était jeune alors, et il grimpa avec beaucoup de peine jusqu'à la cime dénudée de la sierra à une hauteur de dix à douze mille pieds. Il vit une immense plaine, [296] s'étendant jusqu'au Yucatan et au golfe du Mexique, et il aperçut à une grande distance une grande ville se développant sur un vaste emplacement, dont les blanches tours brillaient aux rayons du soleil". La tradition rapporte "qu'aucun blanc n'est jamais parvenu jusqu'à cette ville ; que les habitants parlent la langue Maya, qu'ils savent que des étrangers ont conquis tout le territoire, et qu'ils massacrent tout homme blanc qui essaye de pénétrer sur leurs terres. Ils n'ont pas de monnaie... pas de chevaux, de bœufs, de mules ou d'autres animaux domestiques, sauf de la volaille, dont ils gardent les coqs dans des souterrains, pour empêcher que l'on entende leurs chants" 479.
479 [Stephens, op. cit., II, pp. 195-196 ; 12ème éd., 1846.]
A peu près la même chose nous a été racontée à nous personnellement, il y a une vingtaine d'années, par un vieux prêtre indigène, que nous rencontrâmes au Pérou, et avec lequel nous eûmes des relations d'affaires. Il avait passé sa vie essayant vainement de cacher sa haine pour les conquérants, les "brigands", comme il les appelait ; et il nous avoua qu'il restait en bons termes avec eux et avec la religion catholique dans l'intérêt de son peuple, mais il était de cœur un fidèle adorateur du soleil, et il n'avait jamais cessé de l'être. Il avait voyagé en sa qualité de missionnaire indigène converti, il avait été à Santa-Cruz, et il nous assura solennellement qu'il avait été voir son peuple, par "un passage souterrain" qui conduisait à cette cité mystérieuse. Nous ajoutons foi à son récit ; car un homme qui est sur le point de mourir, passe rarement son temps à inventer des histoires oiseuses ; et cette histoire nous la trouvons confirmée dans les Voyages de Stephens. En outre, nous connaissons deux autres villes entièrement ignorées des voyageurs Européens ; non pas que leurs habitants aient le désir de se cacher, car au contraire, des hommes des pays Bouddhiques viennent parfois les visiter ; mais leurs villes ne sont pas indiquées sur les cartes européennes ou asiatiques ; et, soit par crainte des trop zélés et trop entreprenants missionnaires chrétiens, soit pour d'autres raisons plus mystérieuses qui leur sont propres, les rares indigènes des autres pays qui connaissent ces deux villes n'en font jamais mention. La nature a ménagé d'étranges retraites et des recoins mystérieux pour ses favoris ; et malheureusement ce n'est que loin des contrées, soi-disant civilisées, que l'homme est libre d'adorer la Divinité comme le faisaient ses pères.
Il n'y a pas jusqu'au savant et sobre Max Müller qui ne soit, jusqu'à un certain point, incapable à se débarrasser des coïncidences. Elles viennent vers lui sous la forme des découvertes les plus inattendues. Ces Mexicains, par exemple, dont l'origine obscure n'a suivant toutes les lois de probabilité, aucun rapport avec [297] les Aryens de l'Inde, représentent néanmoins, tout comme les Hindous, une éclipse de lune, comme "la lune dévorée par un dragon" 480. Et quoique le professeur Müller admette que Humbolt soupçonnait l'existence de relations historiques entre ces deux peuples, et qu'il les considère lui-même comme possibles, il ajoute néanmoins que la concordance de ce fait "n'est pas nécessairement le résultat de relations historiques quelconques". Ainsi que nous l'avons déclaré plus haut, l'origine des aborigènes de l'Amérique est une question fort embarrassante pour ceux qui sont intéressés à suivre les traces de la filiation et des migrations des peuples. En dépit des travaux de Brasseur de Bourbourg et de son excellente traduction du célèbre Popol-Vuh, que l'on attribue à Ixtlilxochitl, après en avoir bien pesé le contenu, l'antiquaire reste comme avant plongé dans l'obscurité. Nous avons lu le Popol-Vuh dans sa traduction originale 481, et l'analyse qu'en a faite Max Müller, et nous trouvons qu'elles jettent une si vive lumière, qu'il n'est pas étonnant que les savants sceptiques et terre-à-terre en aient été aveuglés. Mais s'il faut juger un auteur par ses écrits, le professeur Max Müller n'est pas un incrédule déloyal ; et de plus, peu de choses importantes lui échappent. Comment se fait-il donc qu'un homme d'une érudition aussi vaste et aussi rare, accoutumé comme il l'est à embrasser d'un coup d'œil d'aigle les traditions, les coutumes religieuses et les superstitions d'un peuple, en y découvrant la moindre similitude, et en en saisissant les plus petits détails, n'ait point compris l'importance, ni même soupçonné l'existence de ce que l'humble auteur du présent volume, qui n'a, beaucoup s'en faut, ni son éducation scientifique ni son érudition, a saisi à première vue ? Quelque fallacieuse et dénuée de garantie que puisse paraître à bien des gens cette remarque, il nous semble que la science perd plus qu'elle ne gagne à négliger la littérature ésotérique ancienne et même médiévale, ou plutôt ce qu'il en reste. Pour quelqu'un qui se consacre à cette étude, bien des coïncidences se transforment en résultats naturels de causes antérieures aisées à démontrer. Nous pensons pouvoir comprendre comment il se fait que le professeur Müller avoue "que de temps à autre... on s'imagine voir clair dans certaines époques et à certains indices, tandis qu'à la page suivante tout redevient chaos" 482. N'est-ce pas tout simplement que ce chaos soit rendu aussi intense par le fait que la plupart des savants, portant toute leur attention sur l'histoire, passent par-dessus tout ce qu'ils traitent de "vague, contradictoire, [298] miraculeux, absurde". Malgré le sentiment qu'il y a "une base de nobles conceptions qui a été dénaturée et masquée par une végétation de fantastiques sottises, le professeur Müller ne peut s'empêcher de comparer ces sottises aux contes des Mille et une Nuits.
480 Max Müller, "Popol-Vuh" dans Chips from a German Workshop, vol. I, p 331.
481 [Brasseur de Bourgbourg, Popol-Vuh, Le livre sacré et les mythes de l'Antiquité américaine, Paris, 1861.]
482 Max Müller, Popol-Vuh, dans Chips, etc., vol. I, p. 331.
483 Pourquoi pas les sacrifices humains dans les anciens cultes ?
Loin de nous la ridicule prétention de critiquer un savant aussi digne d'admiration pour son savoir que Max Müller. Mais nous ne pouvons nous empêcher de dire que, même parmi les fantastiques sottises des Mille et une Nuits, la moindre chose serait digne d'attention, si elle pouvait aider à faire sortir quelque vérité historique. L'Odyssée d'Homère dépasse en non- sens fantastiques tous les contes des Mille et une Nuits, et malgré cela, il est démontré que nombre de ses mythes sont autre chose que des créations de l'imagination d'un vieux poète, Les Lestrygons qui dévorent les compagnons d'Ulysse sont considérés comme la race cannibale 483 qui dans les premiers temps habitait, dit-on, les grottes de Norvège. La Géologie, par ses découvertes, confirme quelques-unes des assertions d'Homère, que pendant des siècles l'on a supposées n'être que des hallucinations poétiques. Le jour perpétuel dont jouissait cette race de Lestrygons indique qu'ils habitaient le Cap Nord, où, durant tout l'été, il y a un jour perpétuel. Les fjords de Norvège sont parfaitement décrits par Homère dans son Odyssée X, 110 ; et la Stature gigantesque des Lestrygons est bien démontrée par les ossements humains d'une dimension extraordinaires trouvés dans les cavernes situées près de cette région, et que les géologues supposent avoir appartenu à une race éteinte longtemps avant l'immigration Aryenne. Charybde, ainsi que nous l'avons vu, a été reconnu dans le Maëlstrom ; et les Roches errantes 484 dans les énormes glaçons des mers Arctiques.
Il est étrange en vérité que les essais consécutifs à la création de l'homme, décrits dans la Cosmogonie de Quiché n'aient pas suggéré une comparaison avec certains Apocryphes, les livres sacrés des Juifs, et les théories cabalistiques de la création. Même le Livre de Jasher condamné comme un grossier faux du XIIème siècle, est capable de fournir plus d'un indice pour découvrir une corrélation entre la population de l'Ur des Kasdéens, où le Magisme florissait avant l'époque d'Abraham, et celles de l'Amérique du Centre et du Nord. Les êtres divins "rabaissés au niveau de la nature humaine" n'accomplissaient pas des choses ou des tours plus invraisemblables que les actes miraculeux de Moise et des magiciens de Pharaon, tandis que beaucoup sont exactement les mêmes. Et lorsque, en plus de ce dernier fait, nous trouvons une ressemblance [299] aussi grande entre certains termes cabalistiques communs aux deux hémisphères, il doit y avoir quelque chose de plus qu'un simple accident pour expliquer cette circonstance. Beaucoup de ces faits ont évidemment une origine commune. L'histoire des deux frères du Centre Amérique qui, partant en voyage pour Xibalba, "plantent chacun un bâton au centre de l'habitation de leur grand'mère, pour qu'elle puisse savoir en le voyant fleurir ou se flétrir s'ils sont vivants ou morts" 485, trouve son analogue dans les croyances de bien d'autres contrées. Dans les Contes et Traditions populaires Russes par Saharoff (Russie), on retrouve un récit semblable, et il est facile de suivre les traces de cette croyance dans diverses autres légendes. Et cependant ces contes de fées avaient cours en Russie bien des siècles avant que l'Amérique ne fût découverte.
484 Odyssée, XII, 71 et seq.
485 Chips from a German Workshop, p. 268.
Nous ne sommes nullement surpris de reconnaître dans les dieux de Stonehenge les divinités de Delphes et de Babylone. Bel et le Dragon, Apollon et Python, Osiris et Typhon sont tous un seul être sous des dénominations différentes, et ils ont voyagé dans toutes les directions. Le Both-Al d'Irlande indique clairement son origine, le Betylos des Grecs et le Beth-el de Chanaan. "L'histoire, dit M. de la Villemarqué, qui n'a pas pris de notes à ces époques lointaines, peut plaider l'ignorance, mais la science des langues affirme. La Philologie, avec une probabilité sans cesse croissante, renoue la chaîne à peine rompue entre l'Orient et l'Occident" 486.
La découverte d'une ressemblance analogue entre les mythes Orientaux et les contes et les anciennes traditions de Russie n'est pas pour nous surprendre, car il est tout naturel de rencontrer une similitude entre les croyances des familles sémitiques et aryennes. Mais lorsque nous découvrons une identité presque parfaite entre le rôle de Zarevna Militrissa, avec un croissant sur le front, se trouvant constamment en danger d'être dévorée par Zmei Gorinitch (le Serpent ou Dragon), qui joue un rôle si proéminent dans tous les contes populaires russes, et les caractères semblables dans les légendes mexicaines, et embrassant jusqu'aux moindres détails, nous ferons bien de nous arrêter et de nous demander s'il n'y a pas là quelque chose de plus qu'une simple coïncidence.
Cette tradition du Dragon et du Soleil, remplacé quelquefois par la Lune, a réveillé des échos dans les parties les plus reculées du monde. On l'explique sans peine à l'aide de la religion héliolâtre autrefois universelle. Il fut un temps où l'Asie, l'Europe, l'Afrique et l'Amérique étaient couvertes de temples consacrés au [300] soleil et au dragon. Les prêtres prenaient les noms de leurs divinités, et c'est ainsi que la tradition de ces dernières formait un vaste réseau partout autour du globe : "Bel et le Dragon étant uniformément accouplés, et le prêtre de la religion Ophite prenant aussi uniformément le nom de son dieu" 487. Néanmoins, "si la conception originelle est naturelle et intelligible.. et si sa manifestation n'est pas nécessairement le résultat d'un échange quelconque de relations historiques", comme le dit le professeur Müller, les détails sont si frappants dans leur similitude, que nous ne pouvons nous contenter d'admettre que le problème soit ainsi entièrement résolu. L'origine de ce culte universel symbolique étant cachée dans la nuit du temps, nous aurions beaucoup plus de chances d'arriver à la vérité en remontant à la source de ces traditions. Or, où est-elle cette source ? Kircher croit que l'origine du culte Ophique et héliolâtre, la forme des monuments coniques et des obélisques, doit remonter à l'Hermès Trismégiste Egyptien 488. Où donc devons-nous chercher ce renseignement si ce n'est dans les livres Hermétiques ? Est-il vraisemblable que les auteurs modernes en sachent davantage ou même autant, au sujet des anciens mythes et des cultes de l'antiquité, que ceux qui les enseignaient à leurs contemporains ? Evidemment, deux choses sont nécessaires : la première, c'est de retrouver les Livres d'Hermès qui manquent ; et la seconde d'avoir la clé pour les comprendre, car il ne suffit pas de les lire. A défaut de cela, nos savants en sont réduits à des spéculations stériles, de même que, pour une raison analogue, les géographes perdent leur temps en vaines recherches des sources du Nil. En vérité l'Egypte est l'asile du mystère.
486 Villemarqué, membre de l'Institut : vol. LX ; Collection et Nouvelle Série, 24, p. 570, 1863 ;
Poésie des cloîtres Celtiques.
487 Archéol., vol. XXV, p. 220. Londres, "Observations on Dracontia", par le Rev. John Bathursti Deane.
Sans nous arrêter à discuter si Hermès fut le "Prince de la magie postdiluvienne", ainsi que le nomme Des Mousseaux 489, ou le principe de la magie antédiluvienne, ce qui paraît plus probable, une chose est certaine : c'est l'authenticité, l'exactitude et l'utilité des Livres d'Hermès – ou plutôt de ce qui reste des quarante-deux livres attribués au magicien Egyptien, lesquelles sont parfaitement reconnues par Champollion le jeune et confirmées par Champollion-Figéac qui s'y réfère. Or, si nous examinons attentivement les ouvrages cabalistiques, qui tous proviennent de cette réserve universelle des connaissances ésotériques, nous trouvons les reproductions de beaucoup de prétendus miracles opérés par l'art magique reproduits aussi par les Quichés ; et si même dans les fragments qui nous ont été transmis du Popol-Vuh original, [301] il y a des preuves suffisantes que les coutumes religieuses des Mexicains, des Péruviens et autres races Américaines étaient à peu près identiques à celle des anciens Phéniciens, Babyloniens et Egyptiens ; et si enfin nous trouvons que quantité de leurs expressions religieuses ont étymologiquement la même origine ; comment ne pas croire qu'ils sont les descendants de ceux, dont les aïeux "s'enfuirent devant le brigand Josué fils de Nun ?" 490. Nuñez de la Vega dit que Nin ou Imos, des Tzendales, était le Ninus des Babyloniens 491.
488 Archéol., vol. XXV, p. 92. Londres.
489 [Les Hauts Phénomènes, etc., p. 58.] 490 [Procope, De Bello Vandalico.]
491 [Eusèbe, Chronica, ch. I, cap XIII]
492 Brasseur de Bourbourg, Cartas, p. 52.
Il est possible que ce soit une simple coïncidence ; car l'identification de l'un avec l'autre repose sur un assez pauvre argument. "Mais on sait, ajoute de Bourbourg, que ce prince et, selon d'autres, son père Bel ou Baal reçut, comme le Nin des Tzendales, les hommages de ses sujets sous la forme d'un serpent". Cette dernière assertion, outre qu'elle est fantastique, ne se trouve confirmée nulle part dans les traditions babyloniennes. Il est vrai que les Phéniciens représentaient le soleil sous l'image d'un dragon ; mais tous les autres peuples qui symbolisaient leurs dieux solaires ont fait de même. D'après Castor et Eusèbe qui le cite, Bélus, le premier roi de la dynastie Assyrienne, fut déifié, c'est-à-dire classé parmi les dieux, "mais seulement après sa mort" 492. Ainsi, ni lui ni son fils Ninus ou Nin ne pouvaient avoir reçu leurs sujets sous la forme d'un serpent, quoi qu'aient fait les Tzendales. Bel, d'après les Chrétiens, c'est Baal ; et Baal, c'est le diable, depuis que les prophètes de la Bible ont désigné de la sorte toutes les divinités de leur voisins ; c'est pourquoi Bélus, Ninus et le Nin Mexicain sont des serpents et des diables ; et comme le diable ou père du mal, est un, sous une foule de formes, il s'ensuit que, sous quelque nom que le serpent apparaisse, c'est le Diable. Etrange logique ! Pourquoi ne pas dire que Ninus l'Assyrien, représenté comme le mari et la victime de l'ambitieuse Sémiramis, était grand prêtre aussi bien que roi de son pays ? Que c'est en cette qualité qu'il portait sur sa tiare les emblèmes sacrés du dragon et du soleil ? De plus, comme le prêtre prenait généralement le nom de son Dieu, Ninus est représenté recevant ses sujets, comme représentant de ce dieu-serpent. L'idée est éminemment Catholique Romaine, et elle n'a d'ailleurs guère de portée, comme toutes leurs inventions. Si Nuisez de la Vega était si désireux d'établir une filiation entre les Mexicains et les adorateurs du soleil Biblique et du serpent, pourquoi n'a-t-il pas montré une autre et meilleure ressemblance entre eux, sans aller chercher chez les Ninivites et les Tzendales les sabots et les cornes du diable chrétien ? [302]
Et pour commencer, il aurait pu se rapporter à l'Historia de Guatemala de Fuentes y Guzman, et au Manuscrit de don Juan Torres, le petit-fils du dernier roi des Quichés. Ce document, que l'on dit avoir été en la possession du lieutenant général nommé par Pedro de Alvarado, établit que les Toltèques eux-mêmes, descendaient de la maison d'Israël, et qu'abandonnés par Moïse, après le passage de la Mer Rouge, ils tombèrent dans l'idolâtrie. Après leur séparation d'avec leurs compagnons, guidés par un chef nommé Tanub, ils avaient erré d'un continent à l'autre, et étaient arrivés à un endroit nommé les Sept Cavernes dans le royaume du Mexique, où ils fondèrent la célèbre ville de Tula, etc. 493.
Si cette déclaration n'a jamais obtenu plus de créance qu'elle n'en a, c'est simplement dû au fait qu'elle passa par les mains du Père François Vasquez, historien de l'ordre de Saint-François 494, et que cette circonstance, pour employer l'expression de Des Mousseaux à propos du pauvre défroqué l'abbé Hue, "n'est pas de nature à raffermir notre confiance". Mais il est un autre point aussi important, sinon davantage, car il paraît avoir échappé à la falsification des zélés pères catholiques, et repose principalement sur la tradition Indienne. Un célèbre roi Toltèque, dont le nom est mêlé aux étranges légendes d'Utatlan, la capitale en ruines du grand royaume Indien, portait le titre biblique de Balam Acan 495 ; le premier de ces noms étant tout particulièrement Chaldéen, et rappelant immédiatement à l'esprit celui de Balaam, avec son âne à voix humaine. Outre la déclaration de lord Kingsborough 496, qui a trouvé une si grande ressemblance entre le langage des Aztèques (la langue mère) et l'Hébreu, un grand nombre de figures des bas-reliefs de Palenque, et d'idoles en terre cuite exhumées à Santa-Cruz Del Quiché, portent sur leur tête des bandelettes, avec une protubérance carrée au milieu du front, analogues aux phylactères portés pendant la prière par les Pharisiens Hébreux de l'antiquité, et même par les dévots de nos jours, surtout parmi les Juifs de Pologne et de Russie. Mais comme, après tout, cela n'est probablement qu'une imagination de notre part, nous n'insistons pas sur ces détails.
493 Voir Stephem, Travels in Central America, etc., II, p. 172.
494 [Cronica de la Provincia... de Guatemala, 1714.]
495 [Voir F.A. de Fuentes y Guzman, Historia de Guatemala, etc., vol. II, p. 170.]
496 [The antiquities of Mexico, Londres, 1848.]
Suivant témoignage des anciens, confirmé par les découvertes modernes, nous savons qu'il existait de nombreuses catacombes en Egypte et en Chaldée, quelques-unes d'une très grande étendue. Les plus célèbres sont les cryptes souterraines de Thèbes et de Memphis. Les premières commencent du côté occidental du Nil, [303] s'étendent vers le désert de Libye, et étaient connues sous le nom de catacombes ou passages du Serpent. C'est là que s'accomplissaient les mystères sacrés du kuklos anagkés, "l'Inévitable Cycle ", plus généralement connu sous la désignation de "cycle de nécessité" ; inexorable sentence imposée à chaque âme après la mort corporelle, et après avoir été jugée dans la région Amenthienne.
Dans l'ouvrage de Bourbourg, Votan, le demi-dieu Mexicain, en racontant son expédition, décrit un passage souterrain, qui s'étend sous terre et se termine à la racine du Ciel, en ajoutant que ce passage était un trou de serpent, "un agu jero de culebra", et qu'il y fut admis, parce qu'il était lui-même "un fils des serpents"ou un serpent 497.
Cela est, en vérité, très suggestif ; car sa description du trou de serpent est celle de l'ancienne crypte égyptienne mentionnée plus haut. De plus, les hiérophantes égyptiens de même que ceux de Babylone s'intitulaient généralement "Fils du Dieu-Serpent", ou "Fils du Dragon" non pas, comme Des Mousseaux voudrait le faire croire à ses lecteurs, parce qu'ils étaient le fruit de l'incube Satan, l'ancien serpent de l'Éden, mais parce que, dans les mystères, le serpent était le symbole de la SAGESSE et de l'immortalité. "Le prêtre Assyrien portait toujours le nom de son dieu", dit Movers 498. Les Druides des régions celto-britanniques s'intitulaient également serpents. "Je suis un Druide, je suis un Serpent", dit Taliesin 499. Le karnak égyptien est un frère jumeau du Carnac de Bretagne, ce dernier signifiant la montagne du serpent. Les Draconties couvraient, jadis, la surface du globe, et ces temples étaient consacrés au Dragon, uniquement parce qu'il était l'emblème du soleil qui, à son tour, était le symbole du dieu le plus élevé, le Phénicien Elon ou Elion, qu'Abraham reconnaissait pour El Elion 500. Outre le surnom de serpents, on leur donnait aussi celui de "constructeurs" ou "architectes" ; car l'imposante grandeur de leurs temples et de leurs monuments était telle que, même aujourd'hui, leurs ruines poussiéreuses effrayent les calculs mathématiques de nos ingénieurs modernes.
497 Cartas, etc., IV, P. 56 ; Popol-Vuh, Intr. p. 89.
498 Die Phönizer, vol. I, p. 70.
499 Archeologia, vol. XXV, 220.
500 Cory, Anc. Fragm., p.9 ; Eusèbe, Praep. evang., lib. I, cap. X (36). aussi Génèse, XIV.
De Bourbourg insinue que les chefs du nom de Votan, les Quetzal- Cohuatl, ou dieu serpent des Mexicains sont des descendants de Cham et de Chanaan. "Je suis Hivim, disent-ils. Étant un Hivim, je suis de la grande race du Dragon (serpent). Je suis un [304] serpent moi-même, car je suis un Hivim" 501. Et Des Mousseaux exultant parce qu'il s'imagine être sur la trace du serpent ou plutôt du Diable, s'empresse de s'écrier : "Selon les plus savants commentateurs de nos livres sacrés, les Chivim ou Hivim ou Hévites étaient les descendants de Seth, fils de Chanaan, fils de Cham, le maudit" 502.
501 Cartas, 51.
502 Hauts Phénomènes de la Magie, 51.
Toutefois, les recherches modernes ont démontré, sur des preuves irrécusables, que toute la table généalogique du dixième chapitre de la Genèse se rapporte à des héros imaginaires, et que les versets qui terminent le neuvième ne sont pas autre chose qu'un fragment de l'allégorie Chaldéenne de Sisuthrus et du déluge mythique, compilé et arrangé pour cadrer avec la légende de Noé. Mais supposons que les descendants de ces Chananéens, "les maudits", eussent voulu se venger de cet outrage immérité ! Il leur eut été aisé de renverser les tables, et de répondre à ces racontars basés sur une fable, par un fait démontré par les archéologues et les symbologistes ; que Seth, le troisième fils d'Adam, et l'aïeul de tout le peuple d'Israël, l'ancêtre de Noé, et le père du "peuple élu", n'était autre qu'Hermès, le dieu de la Sagesse appelé aussi Thoth, Tat, Seth, Set et Sat- an ; qu'en outre, lorsqu'on l'envisageait sous son mauvais aspect, c'était Typhon, le Satan Egyptien, qui s'appelait aussi Set. Pour le peuple juif, dont les hommes instruits, comme Philon le juif et Josèphe l'historien, ne considéraient les livres mosaiques que comme une allégorie, une pareille découverte n'aurait pas grande importance. Mais pour les chrétiens qui, comme Des Mousseaux, acceptent très sottement au pied de la lettre les récits de la Bible comme de l'histoire, le cas est bien différent.
En ce qui concerne la filiation, nous sommes d'accord avec ce pieux écrivain ; et nous sommes chaque jour de plus en plus convaincus que quelques-uns des peuples de l'Amérique Centrale remontent aux Phéniciens et aux Israélites du temps de Moïse, et que ces derniers étaient aussi bien adonnés à la même idolâtrie – si idolâtrie il y a – du culte du soleil et du serpent, que les Mexicains. Il y a des preuves – et des preuves Bibliques – que deux des fils de Jacob, Lévi et Dan, de même que Juda, épousèrent des femmes Chananéennes, et qu'ils adoptèrent le culte de leurs femmes. Comme de juste, tout chrétien protestera, mais on peut en trouver la preuve dans la traduction de la Bible elle-même, toute revue et expurgée qu'elle soit aujourd'hui. Jacob mourant dépeint ainsi ses enfants : "Dan, dit- il, sera un serpent sur le chemin, [305] et une vipère sur le sentier, mordant les talons du cheval, pour que le cavalier tombe à la renverse. J'ai espéré ton secours, ô Eternel". De Siméon à Lévi, le patriarche dit qu'ils "sont frères, des instruments de cruauté sont en leur demeure. Que mon âme n'entre point dans leur conciliabule, que mon esprit ne s'unisse point à leur assemblée" 503. Or, dans le texte original, les mots "leur conciliabule" sont remplacés par leur SOD 504. Et Sod était le nom pour les grands Mystères de Baal, Adonis et Bacchus, qui, tous, étaient des dieux-solaires, et avaient des serpents pour symboles. Les cabalistes expliquent l'allégorie des serpents de feu en disant que c'était le nom donné à la tribu de Lévi, à tous les Lévites, en un mot, et que Moïse était le chef des Sodales 505. Voici le moment de prouver ce que nous avançons.
503 Genèse, ch. XLIX.
504 Dunlap, dans son introduction au Sod, les mystères d'Adonis, explique le mot Sod comme équivalent d'Arcane ; mystère religieux, et cela sur l'autorité du "Penteglott" de Shindler (1201). "Le secret du Seigneur est pour ceux qui le craignent, dit le Psaume 25, 41, grâce à une fausse traduction des chrétiens, car le texte porte : "Sod Ihoh (les mystères d'Ihoh), sont pour ceux qui le craignent." (Dunlap, Mystères d'Adonis, XI). "A1 [El] est terrible dans le grand Sod (Assemblée, Mystères) des Kedeshim" (les prêtres, les sacrés, les Initiés). Psaume LXXXIX.
505 "Les membres des collèges des prêtres étaient appelés Sodales", dit le Lexique Latin de Freund (IV, 448). "Les Sodalités étaient constituées dans les Mystères Idéens de la Puissante Mère", dit Cicéron. (De Sénectute, 13) ; Dunlap, Mystères d'Adonis.
Plusieurs historiens anciens donnent Moise comme un prêtre Egyptien. Manétho dit qu'il était un hiérophante d'Hiéropolis, et un prêtre du dieu-solaire Osiris, et que son nom était Osarsiph. Les modernes qui acceptent comme un fait acquis "qu'il était instruit dans toutes les branches de la Sagesse" des Egyptiens doivent aussi admettre la véritable interprétation du mot sagesse qui, dans le monde entier, était connu comme synonyme d'initiation aux mystères secrets des Mages. Est-ce que l'idée n'a jamais frappé le lecteur de la Bible qu'un étranger de naissance, élevé dans un pays étranger n'aurait pas pu être présenté ni admis, nous ne disons pas à l'initiation finale, le plus grand de tous les mystères, mais même à partager les connaissances des prêtres inférieurs, qui faisaient partie des mystères mineurs ? Dans la Genèse, chapitre XLIII, verset 32, nous lisons qu'aucun Egyptien ne pouvait s'asseoir à table pour manger le pain avec les frères de Joseph, "car c'était à leurs yeux une abomination", et que les Egyptiens mangeaient avec lui (Joseph). Cela prouve deux choses : 1° Quelle que fût sa pensée intime, Joseph avait, du moins en apparence, changé de religion, épousé la fille d'un prêtre de la nation "idolâtre", et était devenu lui-même Egyptien ; autrement les Egyptiens n'auraient jamais mangé le pain avec lui. Et 2° que plus [306] tard Moïse, quoique n'étant pas Egyptien de naissance, le devint par son admission dans le clergé, et qu'il fut ainsi compris au nombre des SODALES. Par voie d'induction, le récit du "serpent d'airain" (le Caducée de Mercure ou Asclepios, le fils du dieusolaire Apollon-Python) devient logique et naturel. Ne perdons pas de vue que la fille de Pharaon qui sauva Moïse et l'adopta est nommée Thermutis par Josèphe ; et ce nom, d'après Wilkinson, est celui de l'aspic consacré à Isis 506, de plus, Moïse descendait de la tribu de Lévi. Nous expliquerons d'une manière plus complète dans le quatrième volume les idées cabalistiques concernant les livres de Moïse et le grand prophète lui-même.
Si Brasseur de Bourbourg et le Chevalier Des Mousseaux avaient si fort à cœur de démontrer l'identité des Mexicains et des Chananéens, ils auraient pu trouver des preuves bien meilleures et d'un plus grand poids qu'en prouvant que les deux descendaient de Cham "le maudit". Ils auraient pu indiquer, par exemple, le Nergal, le chef des Mages Chaldéens et Assyriens (Rab-Mag), et le Nagual chef sorcier des Indiens du Mexique. Tous deux tiraient leur nom de Nergal-Sarezer, le dieu Assyrien, et tous deux avaient la même faculté ou pouvoir de posséder un démon assistant, avec lequel ils s'identifiaient complètement. Le Nergal Chaldéen et Assyrien gardait son démon sous la forme d'un animal considéré comme sacré, dans l'intérieur du temple ; le Nagual Indien le conserve partout où il peut, dans le lac ou la forêt voisine ou dans sa maison, sous la forme d'un animal domestique 507.
506 Voir Wilkinson, Manners and Customs, etc., 1837, vol. V, pp. 64, 66, 239.
507 Brasseur de Bourbourg, Nations civilisées du Mexique, vol. I, p. 382 ; vol. II, pp. 137, 564. [Cf. Fuentès, Hist. de Guatém., II, pp. 44-45.]
Dans un de ses récents numéros, nous voyons le journal le Monde Catholique se plaindre amèrement de ce que l'ancien élément Païen des aborigènes de l'Amérique ne soit pas complètement disparu des Etats-Unis. Même chez les tribus qui pendant de longues années ont été placées sous la direction de maîtres chrétiens, les rites païens sont pratiqués en secret, et le crypto-paganisme ou Nagualisme fleurit aujourd'hui comme au temps de Montezuma. Il dit : "Le Nagualisme et le culte Woudou", ainsi qu'il nomme ces deux étranges sectes, "sont ni plus ni moins le culte du diable". Un rapport adressé aux Cortès en 1812 par don Pedro Baptista Pino dit : "Tous les pueblos ont leurs artufas, c'est ainsi que les natifs appellent des chambres souterraines n'ayant qu'une seule porte, où ils se rassemblent pour célébrer leurs fêtes et tenir leurs réunions. Ce sont des temples impénétrables... et les portes en sont toujours fermées aux Espagnols." [307]
"Tous ces pueblos, malgré l'autorité que la religion exerce sur eux, ne peuvent oublier une partie des croyances qui leur ont été transmises, et qu'ils ont bien soin de transmettre à leurs descendants. De là vient le culte qu'ils rendent au soleil et à la lune et aux autres corps célestes, et le respect qu'ils professent pour le feu, etc.
Les chefs du pueblo paraissent en même temps en être les prêtres ; ils accomplissent divers rites simples, par lesquels on reconnaît la puissance du soleil et de Montezuma, aussi bien que celle du Grand Serpent, auquel (suivant certaines narrations), ils sont redevables de la vie par ordre de Montezuma. Ils officient aussi dans certaines cérémonies dans le but d'obtenir la pluie. Certaines peintures représentent le grand serpent avec un homme contrefait aux cheveux rouges, et qui est, dit-on, la représentation de Montezuma. Il y avait aussi en 1845, dans le pueblo de Laguna, une grossière effigie ou idole de ce dernier, destinée en apparence à reproduire uniquement la tête de la divinité" 508.
508 Catholic World, N.Y., janvier 1877. Article "Nagualisme, Woudouisme, etc."
La parfaite identité de rites, de cérémonies, de traditions et même de noms des divinités, chez les Mexicains et les anciens Babyloniens et Egyptiens, est une preuve suffisante que l'Amérique du Sud a été peuplée par une colonie qui trouva mystérieusement sa route à travers l'Atlantique. Quand ? A quelle époque ? L'histoire garde le silence sur ce point ; mais ceux qui croient que toute tradition consacrée par les siècles est basée sur une parcelle de vérité, ajoutent foi à la légende de l'Atlantide. I1 existe, disséminés de par le monde, une poignée d'étudiants penseurs et solitaires qui passent leur vie dans l'obscurité, loin des bruits du monde, à étudier les grands problèmes des univers physiques et spirituels. Ils ont leurs archives secrètes dans lesquelles sont conservés les fruits des travaux scolastiques de la longue série de reclus dont ils sont les successeurs. La science de leurs premiers ancêtres, les sages de l'Inde, de Babylone, de Ninive et de l'impériale Thèbes ; les légendes et les traditions commentées par les maîtres de Solon, de Pythagore et de Platon, dans les salles de marbre d'Héliopolis et de Saïs ; traditions qui, de leur temps déjà, brillaient faiblement en se dégageant des épaisses brumes du passé ; tout cela, et bien d'autres choses encore sont consignées sur des parchemins indestructibles, et transmises avec un soin jaloux d'un adepte à un autre. Ces hommes croient que l'histoire de l'Atlantide n'est pas une fable, et ils soutiennent qu'à différentes époques du passé, là où aujourd'hui il n'y a que le désert de l'Océan, existaient des [308] îles immenses et même des continents. L'archéologue trouverait s'il pouvait les explorer, dans ces temples et ces bibliothèques engloutis, des matériaux pour combler toutes les lacunes qui existent dans ce que nous nous imaginons être l'histoire. Ils disent qu'à une époque éloignée, un voyageur pouvait traverser ce qui est aujourd'hui l'Océan Atlantique, dans presque toute son étendue par terre, n'ayant à franchir en bateau que l'espace d'une île à une autre, séparées entre elles par de petits détroits.
509 [Nombres, XVII, 8.]
510 Dans Hésiode [Les Travaux et les Jours, 190-2], Zeus crée sa troisième race d'hommes du fresne. Dans le Popol-Vuh [I, III, pp 25-26], on nous dit que la troisième race d'hommes fut créée de l'arbre tzite et que les femmes sont tirées de la mœlle d'un roseau que l'on nonune "zibac". Voilà encore une étrange coïncidence.
La parenté que nous supposons avoir existé entre les races cis- atlantiques et trans-atlantiques est confirmée par la lecture de merveilles accomplies par Quetzal-Cohuatl, le magicien Mexicain. On peut assimiler sa baguette à la verge traditionnelle de Moise, verge qui florissait dans le jardin de Raguel-Jethro son beau-père, et sur laquelle était gravé le nom ineffable 509. Les "quatre hommes" décrits comme les quatre ancêtres réels de la race humaine, "qui ne furent ni engendrés par les dieux, ni nés d'une femme", mais dont la "création fut une merveille accomplie par le Créateur" et qui furent formés après trois tentatives infructueuses, présentant également des points de ressemblance frappants avec les explications ésotériques des Hermétistes 510 ; ils rappellent incontestablement les quatre fils de Dieu de la théogonie égyptienne. De plus, ainsi que chacun peut s'en rendre compte, la ressemblance de ce mythe avec la narration consignée dans la Genèse est manifeste même pour un observateur superficiel. Ces quatre ancêtres "raisonnaient et parlaient, leur vue n'avait pas de limites, et ils savaient toutes choses d'emblée. Lorsqu'ils eurent rendu grâces à leur Créateur de leur existence, les dieux furent effrayés, et ils soufflèrent un nuage sur les yeux des hommes, afin qu'ils ne pussent voir au delà d'une certaine distance et qu'ils ne soient pas semblables aux dieux eux-mêmes" 511. Cela a un rapport direct avec la phrase de la Genèse : "Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, connaissant le bien et le mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie", etc. Et ailleurs : "Et pendant qu'ils dormaient, Dieu leur donna des femmes", etc.
Loin de nous l'intention de manquer de respect et de suggérer des idées à ceux qui ont assez de savoir pour n'en avoir pas besoin. Mais nous ne devons pas perdre de vue que les traités authentiques [309] sur l'ancienne magie des Chaldéens et des Egyptiens ne sont pas répandus à foison dans les bibliothèques publiques ni dans les ventes aux enchères. Leur existence est néanmoins un fait pour beaucoup de ceux qui étudient la philosophie occulte. N'est-il pas de la plus grande importance pour l'historien de l'antiquité de connaître leur contenu, fût-ce superficiellement ? "Les quatre ancêtres de la race, dit Max Müller, paraissent avoir eu une longue vie, et lorsqu'à la fin ils moururent, ils disparurent d'une façon mystérieuse, laissant à leur fils ce qu'on appelle la Majesté Cachée, qui ne doit jamais être ouverte par des mains humaines. Nous ignorons ce que c'était" 512.
511 Popol-Vuh, III, II, pp 199-205 ; voir aussi la revue par Max Müller, in Chips, etc., conf. XIV, pp. 813 et seq.
512 [Chips, etc, I, p. 340.]
S'il n'existe aucune parenté entre cette Majesté Cachée et la gloire cachée de la Cabale Chaldéenne, que l'on nous dit avoir été laissée derrière lui par Enoch, lorsqu'il fut enlevé d'une façon mystérieuse, il ne faut, en ce cas, accorder aucun crédit aux preuves les plus probantes. Mais n'est-il pas simplement possible que ces "quatre ancêtres" de la race Quiché soient les types des quatre progéniteurs successifs de l'humanité dont il est fait mention dans la Genèse I, II, et VI ? Dans la Bible nous trouvons quatre races distinctes mentionnées. Dans le premier chapitre, le premier homme est bi-sexuel – "il les créa mâle et femelle" – ce qui correspond aux divinités hermaphrodites des mythologies subséquentes ; le second, Adam, fait de "la poussière de la terre" est uni-sexuel, correspond aux "enfants de Dieu" du chapitre VI ; le troisième, les géants ou nephilim, auxquels il n'est fait qu'une allusion dans la Bible, mais qui sont pleinement décrits ailleurs ; le quatrième est l'ancêtre des hommes dont les filles étaient belles".
En prenant pour point de départ le fait acquis, que les Mexicains eurent leurs magiciens depuis les temps les plus reculés ; que la même remarque s'applique à toutes les anciennes religions du monde ; qu'une grande ressemblance se manifeste non seulement dans les formes des cérémonies du culte, mais jusque dans les noms employés pour désigner certains actes magiques ; et finalement, que tous les autres indices, d'accord avec les déductions scientifiques, ont fait défaut (parce que beaucoup étaient égarés dans l'abîme sans fond des coïncidences), pourquoi n'aurions-nous pas recours aux grandes autorités sur la magie, et ne verrions nous pas si, sous cette "végétation de fantastiques sottises", il n'y aurait pas une profonde couche de vérité ? Nous ne désirons pas donner lieu ici à un malentendu. Nous ne prétendons pas renvoyer les savants à la Cabale et aux livres Hermétiques, pour [310] y étudier la magie, mais bien aux autorités sur cette science afin d'y découvrir des matériaux pour l'histoire et la science. Nous ne voulons, en aucune façon, nous exposer aux dénonciations irritées des Académiciens, par une indiscrétion comme celle de ce pauvre Des Mousseaux, lorsqu'il essaya de les forcer à lire ses Mémoires démonologiques, et à entreprendre une étude sur le Diable.
L'Histoire de Bernal Diaz del Castillo, un des compagnons de Cortès, nous donne une idée de l'extraordinaire raffinement et de l'intelligence des peuples qu'ils conquéraient ; mais les descriptions en sont trop longues pour être insérées ici. Qu'il suffise de dire que les Aztèques paraissent avoir ressemblé, sous plus d'un rapport, aux anciens Egyptiens, en ce qui concerne la civilisation et le raffinement. Chez les deux peuples, la magie et la physique occulte étaient cultivées au plus haut degré. Ajoutez à cela que la Grèce, "le dernier berceau des arts et des sciences" et l'Inde, berceau des religions, furent et sont encore adonnées à cette étude et à ses pratiques, et qui se hasardera à nier sa dignité comme étude, et sa profondeur comme science ?
Il n'y a jamais eu, et il ne peut y avoir plus d'une religion universelle ; car il ne peut y avoir qu'une vérité concernant Dieu. Elle enlace notre globe dans tous les sens, ainsi qu'une immense chaîne, dont l'extrémité supérieure, l'alpha, demeurerait invisible, émanant de la divinité, in statu abscondito avec chaque théologie primitive ; elle ne laisse aucun recoin inexploré, avant que l'autre extrémité, l'oméga, retourne rejoindre le point d'où elle émane. C'est sur cette chaîne divine qu'est établie la symbologie exotérique de tous les peuples. La diversité des formes est impuissante à en affecter la substance, et sous l'idéal des types divers de l'univers matériel, symbolisant ses principes vivifiants, l'image immatérielle, incorruptible de l'esprit qui les guide, reste toujours la même.
Si loin que l'intelligence humaine puisse aller dans l'interprétation idéale de l'univers spirituel, de ses lois et de ses forces, le dernier mot à cet égard a été dit, il y a des siècles ; et si les idées de Platon peuvent être simplifiées afin de les rendre d'une compréhension plus aisée, l'esprit de leur substance ne peut être ni altéré ni enlevé, sans un sérieux dommage pour la vérité. Que les cerveaux humains se mettent à la torture pendant les millénaires à venir ; que la théologie embrouille la foi, et la simule, en la surchargeant d'incompréhensibles dogmes métaphysiques ; que la science renforce le scepticisme, en jetant à terre les restes chancelants de l'intuition spirituelle de l'humanité par la démonstration de sa propre faillibilité, malgré tout, la vérité éternelle ne peut jamais être détruite. Nous trouvons sa dernière expression [311] possible dans notre langage humain, dans le Logos Perse, le Honover, ou le Verbe vivant, manifesté de Dieu. L'Ahuna- Vairya de Zoroastre est identique au "Je suis" judaïque, et le "Grand Esprit" du pauvre et ignorant Indien est évidemment le Brahma manifesté du philosophe hindou. Un de ces derniers, Tcharaka, un médecin hindou, que l'on dit avoir vécu 5.000 ans avant Jésus-Christ, dans son traité sur l'origine des choses, intitulé Usa, s'exprime admirablement en ces termes : "Notre Terre est, comme tous les corps lumineux qui nous entourent, un des atomes de l'immense Tout, et, en le nommant l'Infini nous n'en avons qu'une faible conception".
"Il n'y a qu'une lumière et qu'une obscurité", dit un proverbe Siamois. Dœmon est Deus inversus le diable est l'ombre de Dieu, dit l'axiome cabalistique universel. La lumière existerait-elle sans les ténèbres primitives Et n'est-ce pas du maillot du chaos sombre et triste, que l'univers brillant et ensoleillé s'est dégagé dès le principe ? Si "la plénitude de celui qui, suivant les chrétiens, remplissait tout en tout est une révélation, nous devons, en ce cas, admettre que, s'il y a un diable, il doit être compris dans cette plénitude, et faire partie de celui qui "remplit tout en tout". De temps immémorial on a essayé de justifier la Divinité et de la séparer du mal existant ; et le but a été atteint par l'ancienne philosophie de l'Orient, dans la fondation du théodiké ; mais ses idées métaphysiques sur l'esprit déchu n'ont jamais été dénaturées par la création de la personnalité anthropomorphe du Diable, comme cela a été fait postérieurement par les lumières de la théologie chrétienne. Un diable personnel qui se met en lutte ouverte avec la Divinité, et entrave le progrès dans sa voie vers la perfection, ne doit être cherché que sur la terre et au sein de l'humanité, non dans le ciel.
C'est ainsi que tous les monuments religieux de l'antiquité, dans n'importe quelle contrée et sous quelque climat que ce soit, sont l'expression des mêmes pensées, dont la clé se trouve dans la doctrine ésotérique. On chercherait en vain, sans étudier cette dernière, à pénétrer les mystères ensevelis depuis des siècles dans les temples et les ruines d'Egypte et d'Assyrie, or : dans celle de l'Amérique Centrale, de la Colombie Britannique et de NagkonWat 513 au Cambodge. Si chacun de ces monuments a été construit par une nation différente, et aucune nation n'a eu de rapports avec les autres pendant des siècles, il est certain aussi que tous ont été conçus et édifiés sous la surveillance directe des prêtres. Et le clergé de chaque nation, bien que pratiquant des rites et des cérémonies qui différaient extérieurement, avait évidemment été [312] initié aux mêmes mystères traditionnels qui étaient enseignés par tout le globe.
513 [Actuellement appelé Angkor-Vat.]
Afin d'établir une comparaison plus exacte entre les spécimens de l'architecture préhistorique qu'on retrouve aux points les plus opposés du globe, nous n'avons qu'à signaler les ruines grandioses d'Ellora, dans le Dekkan, celles de Chichen-Itza dans le Yucatan mexicain, et les ruines encore plus vastes de Copan dans le Honduras. Elles présentent de tels traits de ressemblance, qu'il semble impossible de se soustraire à la conviction qu'elles furent bâties par des peuples mûs par les mêmes idées religieuses, et ayant atteint le même niveau de civilisation dans les arts et les sciences.
Il n'y a probablement pas sur toute la surface du globe une masse de ruines plus importantes que celles de Nagkon-Wat qui font l'étonnement et le désespoir des archéologues Européens qui s'aventurent au Siam. Et lorsque nous disons ruines, c'est à peine si l'expression est correcte ; car nulle part on ne trouverait des constructions d'une antiquité aussi colossale, dans un meilleur état de conservation que celles de Nagkon-Wat, et du grand temple d'Angkorthôm.
Retiré au loin, dans la province de Siamrap, Siam Oriental, au milieu d'une végétation tropicale luxuriante, entouré de forêts presque impénétrables de palmiers, de cocotiers et d'arbres de bétel, "l'aspect général de ce merveilleux temple est magnifique et romantique autant que grandiose et impressionnant, dit M. Vincent. Nous qu avons la bonne fortune de vivre au XIXème siècle, nous sommes accoutumés à nous vanter de la perfection et de la supériorité de notre civilisation moderne ; de la grandeur de nos réussites dans les sciences, les arts, la littérature, dans n'importe quoi, en les comparant avec celles des anciens ; mais, malgré tout, nous sommes forcés d'admettre qu'ils ont de beaucoup surpassé nos récents efforts sur une foule de points, et notamment dans les beaux-arts, peinture, architecture et sculpture. Nous venons de voir un des plus merveilleux spécimens de ces deux derniers arts, car, en fait de style et de beauté d'architecture, de solidité de construction, de magnificence et de fini de sculpture, le grand Nagkon-Wat n'a pas un supérieur aujourd'hui, ni certainement de rival. Le premier coup d'œil jeté sur ces ruines est renversant 514.
L'opinion d'un nouveau voyageur vient donc s'ajouter à celle des nombreux voyageurs qui l'ont précédé, y compris des archéologues et d'autres critiques compétents, lesquels ont été d'avis que les ruines de la splendeur passée de l'Egypte ne méritaient pas d'éloges plus chaleureux que celles de Nagkon-Wat. [313]
Conformément au plan que nous nous sommes tracé, nous laisserons des critiques plus impartiaux que nous décrire ce monument, puisque dans un ouvrage spécialement consacré à la réhabilitation des anciens, le témoignage d'un défenseur aussi enthousiaste que le présent auteur pourrait été révoqué en doute. Nous avons pourtant visité Nagkon-Wat dans des circonstances exceptionnellement favorables, et nous pouvons, par conséquent certifier l'exactitude et la correction de la description de M. Vincent. Il s'exprime en ces termes :
514 Frank Vincent Jr., The Land of the White Elephant, p. 209.
"Nous entrâmes dans une immense chaussée, dont les degrés étaient flanqués de six gigantesques griffons, taillés chacun dans un seul bloc de pierre. La chaussée... a 725 pieds de long, et elle est pavée de dalles mesurant chacune quatre pieds de longueur, sur deux de large. De chaque côté se trouvent des lacs artificiels alimentés par des sources, et couvrant chacun une superficie de cinq acres... Le mur extérieur de Nagkon-Wat [la cité des monastères], est d'un demi-mille carré..., avec des portes..., qui sont admirablement sculptées de figures de dieux et de dragons... Les fondations ont dix pieds de profondeur... L'édifice entier..., y compris le toit, est en pierre, mais sans ciment et les joints en sont si exactement rassemblés, que même aujourd'hui ils sont à peine perceptibles... La forme de l'édifice est rectangulaire, de 796 pieds de long, et 588 de large. La pagode centrale, la plus haute, s'élève à 250 et quelques pieds au-dessus du sol, et quatre autres, aux angles de la cour, ont environ 150 pieds de haut" 515.
515 Op. cit., pp. 210-213.
Le texte en italiques ci-dessus est significatif pour les voyageurs qui ont remarqué et admiré le même merveilleux travail de maçonnerie, dans les ruines de l'Egypte. Si ce ne sont pas les mêmes ouvriers qui ont exécuté le travail dans les deux pays, nous devons en conclure que le secret de cet incomparable art d'élever les murs était également connu des architectes de tous les pays.
"Nous montons sur une plate forme..., et nous entrons dans le temple lui-même, sous un portique à colonnade, dont la façade est magnifiquement ornée de bas-reliefs représentant des sujets mythologiques anciens. Depuis cette porte, court de chaque côté un corridor, avec une double rangée de colonnes taillées tout entières, base et chapiteau, dans un bloc de pierre, avec double toit de forme ovale, couverte de sculptures s'étendant sur le mur extérieur. Cette galerie de sculptures qui forme l'extérieur du temple consiste en un demi-mille de longueur de bas-reliefs sculptés sans discontinuité, dans des dalles de grès de six pieds de large, et représentant des scènes tirées de la mythologie hindoue, du [314] Ramayana, le poème épique sanscrit de l'Inde avec ses 25.000 vers décrivant les exploits du Dieu Rama et du fils du roi d'Oudh. Les démêlés du roi de Ceylan et d'Hanouman 516, le Dieu-singe, y sont graphiquement représentés. Il n'y a pas de clé de voûte dans le cintre de ce corridor…. Les murs sont couverts de sculptures de 100.000 figures séparées…. Une scène [du Ramayana] occupe 240 pieds du mur…. L'on a compté dans le Nagkon-Wat jusqu'à 1.532 colonnes massives, et dans toutes les ruines d'Angkor…. le nombre de 6.000, presque toutes taillées dans un seul bloc et artistement fouillées…
516 L'Hanouman est haut de plus de trois pieds et noir comme du charbon. Le Ramayana, qui donne la biographie de ce singe sacré, raconte que Hanouman était primitivement un chef puissant qui, étant le meilleur ami de Rama,l'aida à retrouver sa femme Sita, qui avait été emmenée à Ceylan par Ravana, le puissant roi des géants. Après de nombreuses aventures Hanouman fut fait prisonnier par ce dernier, pendant qu'il visitait la ville des géants, en espion de Rama. Pour ce crime, Ravana oignit d'huile la queue du pauvre Hanouman et y mit le feu, et c'est en cherchant à l'éteindre, que le singe devint tellement noir que ni lui ni sa postérité ne purent jamais de débarrasser de cette couleur. Si nous devons en croire les légendes hindoues, ce même Hanouman fut le père des Européens ; tradition qui, bien que strictement Darwinienne, et par conséquent scientifique, n'est aucunement flatteuse pour nous. La légende rapporte qu'en retour des services rendus, Rama, le héros et demi-dieu, donna en mariage aux singes guerriers de son armée les filles des géants de Ceylan – les Rakshasas – en leur garantissant en outre comme douaire toutes les parties occidentales du globe. S'y étant rendus, les singes et leurs femmes géantes vécurent heureux, et eurent un grand nombre de descendants. Ces derniers sont les Européens actuels. On trouve de nombreuses inscriptions Dravidiennes en Europe Occidentale, et elles indiquent qu'il existe une origine unique de race et de langage entre ces populations. Cela ne pourrait-il pas être un indice de la parenté des traditions de races d'elfes et des lutins en Europe, et des singes leurs alliés dans l'Hindoustan ?
Mais quia bâti Nagkon-Wat ? Et quand a-t-il été construit ? Les savants…. ont essayé de se former une opinion par l'étude de son mode de construction et spécialement de son ornementation, "mais ils n'ont pas réussi". Les historiens indigènes du Cambodge, ajoute Vincent, comptent 2.400 ans depuis l'édification du temple…. Je demandai à l'un d'eux depuis combien de temps Nagkon-Wat avait été construit…. Nul ne peut dire l'époque…. Je ne le sais pas…. I1 doit avoir surgi du sol, ou avoir été bâti par des géants ou peut-être même par des anges, furent les réponses que j'obtins".
Lorsque Stephens demandait aux Indiens : Qui a construit Copan ? Quelle nation a tracé les dessins hiéroglyphiques, sculpté ces élégantes figures et ciselures, ces traits emblématiques ? La monotone réponse qu'il reçut fut : Quien sabe ? Qui sait ? Tout est mystère ; sombre impénétrable mystère écrit Stephens. En Egypte, les squelettes colossaux des temples gigantesques sont là…. dans toute la nudité de la désolation. Ici, une immense forêt enveloppe les ruines, les cachant aux regards 517". [315]
517 Incidents of Travels in Central America, vol. I, p. 105, 1846. 518 Ils n'y sont plus, car l'obélisque seul a été transporté à Paris. 519 [Voyage en Indo-Chine etc Paris, 1872.]
Mais il y a peut-être bien des circonstances, insignifiantes pour les archéologues qui ne sont pas au courant des "vaines et fantastiques" légendes de l'antiquité, et qui, par conséquent, ont été négligées ; autrement, cette découverte aurait pu les mettre sur une autre voie. L'une d'elles est la présence invariable du singe dans les temples en ruines de l'Egypte, du Mexique et de Siam. Le cynocéphale Egyptien prend les mêmes postures que l'Hanouman hindou ou Siamois, et parmi les fragments de sculptures de Copan, Stephens a trouvé des restes de singes ou babouins gigantesques "ressemblant beaucoup, comme dessin et apparence, aux quatre animaux monstrueux qui jadis étaient placés de front à la base de l'obélisque de Louxor, actuellement à Paris 518, et qui, sous le nom de cynocéphales étaient honorés d'un culte à Thèbes". Dans presque tous les temples Bouddhiques, on conserve de colossales idoles de singes, et il y a des gens qui gardent dans leurs maisons des singes blancs, "dans le but d'éloigner les mauvais esprits".
"La civilisation, dans le sens complexe que nous donnons à ce mot, écrit Louis de Carné 519, était-elle parmi les anciens Cambodgiens à la hauteur que paraissent indiquer les prodiges d'architecture ? Le siècle de Phidias fut celui de Sophocle, de Socrate et de Platon ; Michel-Ange et Raphaël succédèrent à Dante. Il y a des époques lumineuses, durant lesquelles l'esprit humain, se développant dans tous les sens, triomphe partout, et crée des chefs-d'œuvre qui émanent tous de la même source d'inspiration". "Nagkon-Wat, conclut Vincent, doit être attribué à d'autres qu'aux anciens habitants du Cambodge. Mais qui ?…. Il n'existe là- dessus aucune tradition digne de foi. Tout n'est que fable ou légende" 520.
Cette dernière phrase est devenue depuis peu une phrase à la mode dans la bouche des voyageurs et des archéologues. Lorsqu'ils ont trouvé qu'aucun indice n'est possible ailleurs que dans les légendes populaires, ils tournent le dos découragés et diffèrent un verdict définitif. Vincent cite en même temps un auteur qui fait remarquer que ces ruines "sont aussi imposantes que celles de Thèbes, ou de Memphis, mais plus mystérieuses". Mouhot 521 pense qu'elles ont été bâties par quelque Michel- Ange de l'antiquité", et il ajoute que Nagkon-Wat "est plus grandiose que tout ce que nous ont laissé la Grèce et Rome". De plus, Mouhot attribue encore cet édifice à une des tribus perdues d'Israël, et il est confirmé dans cette opinion par Miche, l'Evêque Français du Cambodge, [316] qui confesse avoir été frappé "du caractère Hébraïque des visages de beaucoup de sauvages Stiens". Henri Mouhot croit que, "sans exagération, on peut accorder aux parties les plus anciennes des ruines d'Angkor plus de deux mille années d'existence". Cet âge, comparé à celui des Pyramides, les rendrait presque modernes ; mais la date est d'autant plus incroyable, que les peintures des murailles appartiennent évidemment à ces siècles archaïques, où Poseidon et les Kabires étaient adorés sur tout le continent. Si Nagkon-Wat avait été construit, comme le prétend le Dr Adolf Bastian 522, "pour la réception du savant patriarche Bouddhagosha qui apporta de Ceylan les livres sacrés du Trai-Pidok", ou, comme le dit l'évêque Pallegois, qui place la construction de cet édifice pendant le règne du Phra Pathum Suriving, au moment où les livres sacrés du Bouddhisme furent apportés de Ceylan, et où le Bouddhisme devint la religion des Cambodgiens", comment expliquer ce qui suit ?
520 Voir The Land of the White Elephant pp. 221-222.
521 [Voyages dans les royaumes de Siam, de Laos, de Cambodge, etc., 1864.]
522 Président de la Société Royale de Géographie de Berlin.
523 The Land of the White Elephant, pp. 215, 219-220 [Cf. J.B. Pallegois, Description du royaume Thai ou Siam, 1854.]
"Nous voyons sculptées dans le même temple des images de Bouddha ayant quatre et trente-deux bras, des dieux à deux et à seize têtes, le Vishnou hindou, des dieux avec des ailes, des têtes Birmanes, des figures hindoues, et la mythologie Cingalaise... On y voit des guerriers montés sur des éléphants ou dans des chariots, des soldats à pied avec des lances et des boucliers, des bateaux..., des tigres, des griffons..., des serpents, des poissons, des crocodiles, des bœufs... des soldats d'un développement physique immense, portant des casques, et des gens à grandes barbes, probablement des Maures. Les figures, ajoute M. Vincent, sont placées à peu près comme celles que l'on voit sur les grands monuments de l'Egypte, le côté presque tourné de front..., et j'ai remarqué en outre cinq cavaliers armés d'éperons et de sabres, marchant en ligne, comme ceux que l'on voit sur les tablettes assyriennes au British Museum 523".
Pour notre part, nous pourrions ajouter qu'il y a sur les murs plusieurs images de Dagon, l'homme-poisson des Babyloniens, et des dieux Kabires de Samothrace. Cela peut avoir échappé à l'attention des rares archéologues qui ont examiné le monument ; mais en l'inspectant de plus près, on les y trouvera, aussi bien que le fameux père des Kabires, Vulcain, avec ses foudres et ses outils, ayant auprès de lui un roi, sceptre en main, contre-partie de celui de Chéronée, dit "sceptre d'Agamemnon", qui lui avait été donné par le dieu boiteux de Lemnos. Dans un autre endroit, nous trouvons Vulcain, reconnaissable à son marteau et à ses tenailles, mais [317] sous la forme d'un singe, tel qu'il était habituellement représenté par les Egyptiens.
Or, si Nagkon-Wat est essentiellement un temple Bouddhique, comment se fait-il qu'il ait sur ses murs des bas-reliefs d'un caractère tout à fait Assyrien ; et des dieux Kabires qui, bien qu'adorés universellement comme les plus anciens dieux mystérieux de l'Asie, avaient déjà été abandonnés 200 avant Jésus-Christ, et les mystères de Samothrace eux- mêmes complètement défigurés ? D'où vient la tradition populaire parmi les Cambodgiens concernant le Prince de Roma, personnage mentionné par tous les historiens indigènes, qui lui attribuent la fondation du temple ? N'est-ce pas possible que le Ramayana lui-même, le fameux poème épique, ne soit que l'original de l'Iliade d'Homère, ainsi qu'on l'a suggéré il y a quelques années ? Le beau Pâris enlevant Hélène ressemble beaucoup à Ravana, roi des géants, s'enfuyant avec Sita, femme de Rama. La guerre de Troie est la contre-partie de la guerre du Ramayana ; de plus Hérodote nous assure que les héros et les dieux Troyens datent en Grèce seulement du temps de l'Iliade. Dans ce cas, Hanouman lui-même, le dieu-singe, ne serait que Vulcain déguisé ; d'autant plus que la tradition du Cambodge fait venir de Roma le fondateur d'Angkor, qu'ils placent à l'extrémité occidentale du monde, et que le Rama hindou attribue également l'Occident aux descendants d'Hanouman.
Toute hypothétique que puisse paraître maintenant cette suggestion, elle mérite d'être prise en considération, ne fût-ce que pour la réfuter. L'abbé Jaquenet, missionnaire catholique en Cochinchine, toujours prêt à relier la moindre lueur historique à la révélation chrétienne écrit : "Soit que nous examinions les relations commerciales des Juifs... lorsqu'ils étaient à l'apogée de leur puissance, et que les flottes combinées d'Hiram et de Salomon allaient chercher les trésors d'Ophir..., soit que, descendant plus bas, nous arrivions à la dispersion des dix tribus, qui, au lieu de revenir de la captivité, partirent des rives de l'Euphrate et gagnèrent les côtes de l'Océan..., l'éclat de la lumière de la révélation dans l'Extrême-Orient n'en est pas moins incontestable" 524.
524 [Vincent, op. cit., p. 224.]
Cela paraîtrait certainement "incontestable", si nous renversions la proposition, et si nous admettions que toute la lumière qui ait jamais brillé aux yeux des Israélites leur venait de l'Extrême-Orient, en passant d'abord par la Chaldée et l'Egypte. Le premier point à établir consisterait à trouver ce qu'étaient les Israélites eux-mêmes ; et c'est là la question capitale. Beaucoup [318] d'historiens paraissent admettre, avec raison, que les Juifs étaient semblables ou identiques aux anciens Phéniciens, mais les Phéniciens étaient, incontestablement, de race Ethiopienne ; de plus la race actuelle du Punjab est une race hybride d'Ethiopiens Asiatiques. Hérodote suit la trace des Hébreux jusqu'au Golfe Persique ; et au sud de ce point se trouvaient les Himyarites (les Arabes) ; au-delà, les premiers Chaldéens et Susiniens, les grands constructeurs. Cela paraît établir assez clairement leur affinité Ethiopienne. Megasthènes dit que les Juifs étaient une secte Indienne appelée Kalani, et que leur théologie ressemblait à celle des Indiens 525. D'autres auteurs aussi soupçonnaient les Juifs colons ou établis en Judée d'être des Yadous d'Afghanistan, l'Inde ancienne 526. Eusèbe nous apprend que "les Ethiopiens venaient des rives de l'Indus, et s'établirent près de l'Egypte". De plus amples recherches pourraient démontrer que les hindous Tamil, que les missionnaires accusent d'adorer le Diable, Kutti Shattan, honorent seulement, après tout, Seth ou Satan qu'adoraient les Hittites de la Bible.
Mais si les Juifs étaient, à l'aurore de l'histoire, des Phéniciens, ces derniers peuvent être retracés jusqu'aux nations qui faisaient usage de la langue sanscrite ancienne. Carthage était une ville Phénicienne, et de là son nom ;car Tyr était également Karth (Mel, Baal), ou le seigneur tutélaire de la ville. En sanscrit, une cité ou commune était un Koula et son seigneur était un Hari 527. Her-cules est donc la traduction de Mel-Karth et d'origine sanscrite. En outre, toutes les races de Cyclopes étaient Phéniciennes. Dans l'Odyssée 528, les Cyclopes sont des bergers de Libye ; et Hérodote les décrit comme des mineurs et de grands constructeurs. Ce sont les anciens Titans ou géants qui, dans Hésiode, forgent des foudres pour Zeus 529. Ce sont les Zanzummim Bibliques de la terre des géants, les Anakim.
525 [Dans Indica. Cf. Clément d'Alex, Stromata, I, 305.]
526 La Didon phénicienne est le féminin du nom de David. Sous le nom d'Astarté, elle conduisit les colonies phéniciennes, et son image était à la proue de leurs navires. Mais David et Saül sont des noms appartenant aussi à l'Afghanistan.
527 (Le professeur Wilder). Cet archéologue dit : "Je considère les races Ethiopiennes, Cushites et Chamitiques comme la race artistique et de constructeurs qui adorait Baal (Siva) ou Bel qui bâtirent des temples, des grottes, des pyramides, et parlaient un langage d'un type particulier. Rawlinson fait dériver ce langage de celui des Touraniens dans l'Hindoustan."
528 [Livre IX, 187-192.]
529 [Théogonie, 198-201.]
Or il est aisé de voir que les excavateurs d'Ellora, les constructeurs des anciennes pagodes, les architectes de Copan et des ruines de l'Amérique Centrale, ceux de Nagkon-Wat, et ceux des restes Egyptiens étaient, sinon de la même race, du moins de la [319] même religion, celle que l'on enseignait dans les plus anciens mystères. De plus, les figures sur les murailles d'Angkor sont purement archaïques, et n'ont rien de commun avec les images et les idoles de Bouddha, qui sont probablement d'une origine beaucoup plus récente. "Ce qui donne un intérêt particulier à cette section, dit le docteur Bastian, c'est le fait que l'artiste a représenté les différentes nationalités dans tous leurs traits caractéristiques distinctifs, depuis le sauvage au nez plat, dans le vêtement orné de glands du Pnom et du Lao à cheveux ras, jusqu'au Rajapoute au nez droit avec l'épée et le bouclier, et le Maure barbu, formant un catalogue de nationalités, comme une autre colonne de Trajan, avec la conformation physique prédominante de chaque race. En résumé, il y a une telle prépondérance du type Grec dans les profils et les traits, de même que dans l'élégante attitude des cavaliers, que l'on pourrait supposer que, dans l'antiquité, Xénocrate, après avoir terminé ses travaux à Bombay, avait fait une excursion dans l'est" 530.
C'est pourquoi si nous acceptons que les tribus d'Israël aient mis la main à l'édification de Nagkon-Wat, ce ne peut être celles qui furent dénombrées et envoyées à la recherche de la terre de Chanaan, dans le désert de Paran, mais bien leurs ancêtres, ce qui équivaut au rejet de ces tribus, comme conséquence de la révélation mosaïque. Mais où est la preuve historique que l'on ait entendu parler de ces tribus, avant la compilation de l'Ancien Testament, par Esdras ? Certains archéologues sont fermement convaincus que les douze tribus ne sont qu'un mythe 531, car il n'y a jamais eu de tribu de Siméon, et celle de Lévi était une caste. Le même problème reste encore à résoudre, à savoir si les Juifs ont jamais été en Palestine avant Cyrus. Depuis les fils de Jacob, qui avaient tous épousé des Chananéennes, excepté Joseph, dont la femme était la fille d'un prêtre Egyptien du Soleil, jusqu'au légendaire Livre des Juges, on reconnaît que les unions furent ouvertement pratiquées entre les dites tribus et les races idolâtres. "Et les enfants d'Israël habitèrent au milieu des Cananéens, des Hittites, des Amoréens, des Phéréziens, des Héviens et des Jébusiens ; ils prirent leurs filles pour femmes et ils donnèrent à leurs fils leurs propres filles, et ils servirent leurs dieux ", dit le troisième chapitre des Juges... "et les enfants d'Israël... oublièrent le Seigneur leur Dieu et ils servirent Baal et les idoles". Ce Baal était Moloch, M'Ich Karta ou Hercule. Il était adoré partout où allaient les Phéniciens. Comment les Israélites auraient-ils pu se maintenir en tribus puisque, sur l'autorité même de la Bible, nous voyons [320] que des populations entières étaient d'année en année violemment enlevées par les Assyriens et autres conquérants ? "Et Israël a été emmené captif loin de son pays en Assyrie, où il est resté jusqu'à ce jour. Le Roi d'Assyrie fit venir des gens de Babylone, de Cutha, d'Awa, de Hameth et de Sépharvaim ; et les établit dans les villes de Samarie à la place des enfants d'Israël" (2 Rois, XVII, 23, 24) 532.
530 [Vincent, op. cit., p 216.]
531 Le professeur A. Wilder entre autres.
Si le langage de la Palestine devint peu à peu sémitique, c'est à la suite de l'influence des Assyriens ; car la Phénicie en devint une dépendance dès l'époque d'Hiram, les Phéniciens ayant évidemment changé leur langue Chamitique pour la Sémitique. L'Assyrie était "la terre de Nemrod" (de Nimr le moucheté), et Nemrod, c'était Bacchus avec sa peau mouchetée de léopard. Cette peau de léopard est un accessoire sacré des "mystères y ; elle était employée à Eleusis, de même que dans les mystères de l'Egypte ; on la trouve sculptée dans les bas-reliefs des ruines de l'Amérique Centrale, couvrant le dos des sacrificateurs. Il en est fait mention dans les plus anciennes dissertations des Brahmanes sur la signification de leurs prières des sacrifices, l'Aytareya Brahmanam 533. Elle est employée dans l'Agnisthoma, les rites d'initiation du Mystère du Soma. Lorsque le néophyte doit "naître de nouveau", il est recouvert d'une peau de léopard, de laquelle il émerge comme du sein de sa mère. Les Kabires étaient aussi des dieux Assyriens. Ils avaient différents noms ; dans le langage commun ils étaient connus comme Jupiter et Bacchus, et quelquefois Achiochersos, Aschieros, Achiochersa et Casmilos 534 ; le peuple lui-même ne connaissait pas au juste le nombre de ces divinités. Dans le "langage sacré" ils avaient d'autres noms qui n'étaient connus que des hiérophantes et des prêtres ; et "il n'était pas permis de les divulguer". Comment se fait-il donc que nous les trouvions reproduits dans les "postures" de Samothrace sur les murailles de Nagkon-Wat ? Comment se fait-il encore qu'on les prononce, quoique légèrement défigurés, dans ce même langage sacré au Tibet, au Siam et en Inde ?
Le nom de Kabires serait peut-être un dérivé de אבר, Abir, grand ; חבר Hébir, astrologue, ou Habir un associé ; ils étaient honorés à Hebron, la cité des Anakim, les géants. Le nom d'Abraham, d'après le Dr Wilder, a une "apparence fortement Kabirienne". Le mot Heber ou Gheber est peut- être la racine étymologique d'Hébreux, appliquée à Nemrod et aux géants de la Bible, dans le sixième chapitre de la Genèse, mais nous devons chercher [321] son origine bien avant l'époque de Moïse. Le nom de Phénicien apporte avec lui sa propre preuve. Ils sont appelés Φυινικες par Manetho, ou Ph'Anakes, ce qui prouve que les Anakes, ou Anakim de Chanaan, par lesquels le peuple d'Israël s'il n'était pas de race identique, avait fini par être absorbé, à la suite de mariages, étaient les Phéniciens ou les problématiques Hyk-sos, comme le dit Manetho, et que Josèphe déclare avoir été les ancêtres directs des Israélites. Ainsi donc, c'est dans ce pêle- mêle d'opinions, d'autorités contradictoires, et cette olla podrida historique que nous devons chercher une solution du mystère. Tant que l'origine des Hyk-sos n'est pas positivement fixée, nous ne saurons rien de certain au sujet du peuple Israélite qui, soit volontairement, soit autrement, a enchevêtré sa chronologie et son origine dans un fouillis inextricable. Mais si l'on démontre que les Hyk-sos étaient les pasteurs Palis de l'Indus, qui se transportèrent en partie dans l'Est, et qui descendaient de tribus nomades Aryennes de l'Inde, on se rendra, alors, plus facilement compte du mélange existant entre les mythes Bibliques et les Dieux des Mystères des Aryens et des Asiatiques. Ainsi que le dit Dunlap : "Les Hébreux en sortant d'Egypte se mélangèrent aux Chananéens ; point n'est besoin de chercher leur trace au-delà de l'Exode. C'est là leur commencement historique. Il était très facile de masquer cet événement lointain par le récit de traditions mythiques, et de préluder par le récit d'une origine dans laquelle les dieux (patriarches) figuraient comme leurs ancêtres". Mais ce n'est pas leur commencement historique qui est la question capitale pour les savants et les théologiens. C'est leur début religieux. Et si nous pouvons suivre la trace des Hyk-sos (des Phéniciens, des constructeurs Ethiopiens et des Chaldéens) pour savoir si c'est aux Hindous que ces derniers doivent leurs connaissances, ou bien si ce sont les Brahmanes qui doivent les leurs aux Chaldéens, nous aurons le moyen de reconnaître la source et l'origine de toutes les prétendues révélations d'affirmations dogmatiques de la Bible, origine qu'il faut rechercher dans la pénombre de l'aurore de l'histoire ; et cela avant la séparation des familles Aryennes et Sémitiques. Et comment le faire plus sûrement, sinon à l'aide des moyens fournis par l'archéologie ? L'écriture peinte peut être détruite, mais si elle survit, elle ne peut mentir ; et si nous retrouvons les mêmes mythes, les mêmes idées, les mêmes symboles secrets sur les monuments par tout le globe : et si, de plus, on peut prouver que ces monuments sont antérieurs aux douze tribus "élues", nous pourrons alors montrer, sans risque de nous tromper, qu'au lieu d'être une révélation directe divine elle n'est qu'une réminiscence, incomplète, une tradition se perpétuant dans une tribu, qui s'est identifiée et mélangée, des siècles avant l'apparition d'Abraham, avec les trois grandes familles [322] mondiales ; les nations Aryenne, Sémitique et Touranienne, si c'est ainsi que nous devons les nommer.
532 2 Rois XVII, 23-24.
533 Voir la traduction de l'Aytareya Brahmanam, par Martin Haug.
534 [Scholia in Apollonium Rhodium, I, 917.]
535 Juges XVII-XVIII, etc.
536 L'H Zendique est l'S dans l'Inde. Ainsi Hapta est Sapta ; le mot hindou est Sindhaya (A. Wilder)... "L'S s'adoucit graduellement en H à mesure qu'on passe de la Grèce à Calcutta, du Caucase à l'Egypte", dit Dunlap. C'est pour cela que le K, l'H et l'S sont interchangeables.
537 Dunlap, op. cit., p. 269.
Les Théraphim, du père d'Abraham, Terah, le "faiseur d'images", étaient les dieux Kabires, et nous voyons qu'ils ont été adorés par Micah, par les Danites et autres 535. Les Théraphim étaient identiques aux Séraphins, et ceux-ci étaient des images de serpent, dont l'origine en sanscrit est Sarpa (le serpent), un symbole consacré à toutes les divinités, comme emblème de l'immortalité. Kiyun, ou le dieu Khiyun adoré par les Hébreux dans le désert est Siva, le dieu hindou 536, de même que Saturne 537. L'histoire Grecque montre que Dardanus, l'Arcadien, les ayant reçus en dot, les emporta en Samothrace, et de là à Troie ; et ils furent adorés longtemps avant les jours de gloire de Tyr et de Sidon, bien que celle-là ait été bâtie 2.760 ans avant Jésus-Christ. D'où Dardanus les avait-il tirés ?
Il est facile d'assigner un âge aux ruines, sur la seule preuve extérieure des probabilités ; mais il est plus difficile de le prouver. En attendant, les travaux cyclopéens de Ruad, de Béryte, de Marathos ressemblent même extérieurement à ceux de Petra, de Baalbeck et d'autres édifices Ethiopiens. D'autre part les assertions de certains archéologues qui ne trouvent aucune ressemblance entre les temples de l'Amérique Centrale et ceux de l'Egypte et de Siam, laissent parfaitement indifférent le symbologiste versé dans le langage secret de l'écriture peinte. Il voit les points de repère d'une seule et même doctrine sur tous ces monuments, et il lit leur histoire et leur filiation dans des signes imperceptibles pour le savant non-initié. Il y a aussi les traditions ; et une de celles-ci parle du dernier des rois initiés – (qui n'étaient que rarement admis aux ordres les plus élevés des confréries de l'Orient) – qui régnait en 1670. Ce roi de Siam était celui que l'ambassadeur de France, de la Loubère, tournait en ridicule, en le traitant de fou parce que pendant toute sa vie il avait cherché la pierre philosophale.
Un de ces mystérieux points de repère se trouve dans la structure particulière de certaines arches des temples. L'auteur du Land of the White Elephant considère comme curieuse "l'absence de clé de voûte dans les arches de l'édifice et les inscriptions indéchiffrables" 538. Stephens avait remarqué, lui [323] aussi, dans les ruines de Santa-Cruz del (Zuiché, un corridor voûté sans clé de voûte. En décrivant les ruines désolées de Palenque, et en faisant observer que les arches des galeries étaient toutes construites sur ce modèle, et les plafonds de cette forme, il suppose que "les constructeurs étaient évidemment ignorants des principes de l'arche et qu'ils arrivaient à obtenir le support, en faisant déborder graduellement les pierres à chaque assise, comme c'est le cas à Ocosingo, et dans les ruines Cyclopéennes de Grèce et d'Italie 539. Dans d'autres constructions, bien qu'elles appartiennent au même groupe, on constate la présence de la clé de voûte, ce qui prouve suffisamment que son omission, ailleurs, était préméditée.
N'y aurait-il pas lieu de chercher la solution du mystère dans le Manuel maçonnique. La clé de voûte a une signification ésotérique, qui devrait être, si elle ne l'est pas, bien appréciée des Maçons de haut grade. L'édifice souterrain le plus important mentionné à l'origine de la Franc- maçonnerie est celui construit par Enoch. Le patriarche est conduit sous les neuf voûtes par la Divinité qu'il aperçoit dans une vision. Après cela, avec le concours de son fils Mathusalem, il construit dans le pays de Chanaan, "dans les flancs de la montagne", neuf chambres sur les modèles qui lui ont été montrés dans la vision. Chacune d'elles est couverte d'un plafond en voûte et le centre de chacune d'elles formait une clé de voûte, avec des inscriptions en caractères magiques. De plus, chacune de ces dernières représentait un des neuf noms tracés en caractères emblématiques des attributs par lesquels la Divinité était, selon l'ancienne Franc-maçonnerie, connue des frères antédiluviens. Enoch construisit alors deux deltas d'or pur, et, traçant sur chacun d'eux des mystérieux caractères, il en plaça un dans l'arche la plus profonde, et confia l'autre à Mathusalem, en lui communiquant en même temps d'autres importants secrets aujourd'hui perdus pour la Franc-maçonnerie.
538 Op. cit., p. 225.
539 Incidents of Travel in Central America, vol. II, pp. 313-314, 12• éd.
Ainsi, parmi les mystérieux secrets, désormais perdus pour leurs successeurs modernes, on trouve aussi le fait que les clés de voûte n'étaient employées que dans les arches de certaines parties des temples, consacrées à des usages spéciaux. Une autre ressemblance que présentent les restes architecturaux des monuments religieux de toutes les contrées se reconnaît dans l'identité de parties, de mesures et d'exposition. Tous ces édifices appartiennent au siècle d'Hermès Trismégiste, et quelque modernes ou comparativement anciens que les temples paraissent, leurs proportions mathématiques correspondent avec celles des édifices religieux de l'Egypte. Il y a une disposition analogue dans les cours, [324] les réduits, les passages et les escaliers ; par conséquent, en dépit de quelques dissemblance dans le style d'architecture, on est en droit de conclure que des rites religieux analogues étaient célébrés dans tous ces édifices. Le Dr Stukeley dit au sujet de Stonehenge : "Cette construction n'a pas été érigée d'après les mesures romaines, et cela est démontré par le grand nombre de fractions que donne la mesure de chaque partie, d'après l'échelle de mesures européennes. Au contraire, les figures sont justes, si on les mesure suivant l'ancienne coudée, qui était commune aux enfants Hébreux de Sem, ainsi qu'aux Phéniciens et aux Egyptiens fils de Cham [?] et imitateurs des monuments de pierres brutes et servant à rendre des oracles" 540.
540 [Stonehenge, a temple restor'd to the British Druids, Londres, 1740.]
La présence de lacs artificiels, et leur disposition particulière dans les terrains consacrés est aussi un fait d'une grande importance. Les lacs dans l'intérieur de l'enceinte de Karnak, et ceux enfermés dans les terrains de Nagkon Wat et autour des temples, dans les ruines mexicaines de Copan et de Santa-Cruz del Quiché, présentent les mêmes particularités. Outre qu'ils possèdent d'autres significations, toute leur surface était disposée suivant les calculs cycliques. Dans les constructions Druidiques, on retrouve les mêmes nombres mystérieux et sacrés. Le cercle est généralement formé soit de douze, de vingt et une ou de trente-six pierres. Dans ces cercles, la place du centre appartient à Assar ou Azon, ou le dieu dans le cercle, quel que soit d'ailleurs le nom par lequel on le désigne. Les treize dieux- serpents mexicains ont une parenté éloignée avec les treize pierres des ruines Druidiques. Le T Τ (Tau) et la croix astronomique d'Egypte ⊕ sont bien visibles dans plusieurs ouvertures des ruines de Palenque. Dans un des bas-reliefs du palais de Palenque, sur le côté occidental, il y a un Tau sculpté sur une inscription hiéroglyphique, au-dessous d'un personnage assis. Le personnage debout qui s'appuie sur le premier est en train de se couvrir la tête de sa main gauche avec le voile de l'initiation, tandis qu'il étend sa main droite, l'index et le médium levés vers le ciel. La posture est précisément celle d'un évêque chrétien donnant la bénédiction, ou celle dans laquelle Jésus est souvent représenté dans la Sainte Cène. On retrouve même le dieu hindou à tête d'éléphant, le dieu de la Sagesse (ou de la science magique), Ganesha, dans les figures en stuc des ruines mexicaines.
Quelle explication les archéologues, les philologues, en un mot le clan choisi des Académiciens, peuvent-ils nous donner ? Aucune assurément. Tout au plus ont-ils des hypothèses, détruites par celles qui leur succèdent, lesquelles sont, à leur tour, des [325] pseudo-vérités comme leurs devancières. Les clés des miracles bibliques de l'antiquité et des phénomènes des temps modernes, les problèmes de psychologie, de physiologie, et les nombreux "chaînons manquants" qui ont si fort embarrassé les savants de notre époque, se trouvent tous dans les mains des confréries secrètes. Ce mystère sera révélé quelque jour. Mais jusque- là, le sombre scepticisme continuera à interposer ses menaces, son ombre néfaste entre les vérités divines et la vision spirituelle de l'humanité ; et ils sont nombreux ceux qui, infectés de la mortelle épidémie de notre siècle, le matérialisme désespéré, resteront dans le doute et la poignante agonie sur la question de savoir si l'homme revit après la mort, quoi que ce point ait été élucidé par des générations de sages. Les réponses sont là. On les trouve sur les parois de granit usées par le temps dans les temples souterrains, sur les sphinx, les pylônes et les obélisques. Elles y sont depuis des siècles sans nombre, et ni la rude action du temps ni celle plus rude encore des mains chrétiennes n'ont réussi à en oblitérer les témoignages. Couverts qu'ils sont de problèmes qui ont été résolus, qui sait ? par les ancêtres archaïques de ceux qui les ont construits, peut-être la solution accompagne-t-elle chaque question ; et voilà ce que les chrétiens n'ont pu s'approprier, car, à part les initiés, pas un n'a jamais su déchiffrer l'écriture mystique. La clé était en la garde de ceux qui savent comment entrer en communion avec l'invisible présence, et qui ont appris les grandes vérités des lèvres de la mère Nature elle-même. Et voilà pourquoi ces monuments demeurent comme des sentinelles muettes, oubliées sur le seuil de ce monde invisible, dont les portes ne s'ouvrent que pour quelques rares élus.
Défiant la main du Temps, les vaines investigations de la science profane, les insultes des religions révélées, ils ne dévoileront leur énigme qu'aux mandataires de ceux auxquels ils ont confié les MYSTERES. Les lèvres glacées de Memnon, jadis si éloquentes, et celles des sphinx orgueilleux gardent jalousement leurs secrets. Qui saura les faire parler ? Lequel parmi nos pygmées matérialistes modernes, et nos Sadducéens incrédules, osera soulever le VOILE D'ISIS ?
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References: § 149
 § 158
 § 175
 § 12
 § 4
 § 37
 § 42