Source: http://philocite.blogspot.com/2016/09/leibniz-discours-de-metaphysique-1686.html
Timestamp: 2018-07-18 08:49:58+00:00

Document:
Philocité: Leibniz - Discours de métaphysique (1686)
Le Discours de Métaphysique (1686) est une oeuvre de Leibniz (1646-1716) où ce dernier réalise une première ébauche de son système philosophique. Son point de départ est la perfection de Dieu. Il estime ensuite que les substances contiennent en elles tout ce qui leur arrivera. Par substance, il faut entendre un être individuel concret et complet qui répond à un point de vue possible sur l'univers et que Dieu a choisi de créer parmi l'ensemble des êtres possibles. L'âme est son principe d'unité qui lui permet de demeurer la même à travers le temps. La création divine obéit au principe d'harmonie générale de l'univers selon lequel Dieu choisit le meilleur des mondes possibles. Il permet le péché dans la mesure où l'homme, être borné, est imparfait, mais aussi parce que le mal est nécessaire pour une plus grande perfection de l'ensemble.
I. Dieu et ses suites (art. 1 à 7)
§1. Il est acquis par tous que Dieu est un être absolument parfait. Mais il ne faut pas en rester à ce constat et en considérer les conséquences. La puissance et la science appartiennent à Dieu. Elles sont à son image : sans bornes. Dieu possède la sagesse infinie et agit parfaitement au sens métaphysique et au sens moral. Ainsi, "plus on sera éclairé et informé des ouvrages de Dieu, plus on sera disposé à les trouver excellents".
§2. "C’est par la considération des ouvrages qu’on peut découvrir l’ouvrier" : dans chaque ouvrage, on trouve la marque de l’ouvrier. Par conséquent, la bonté de Dieu se retrouve forcément dans son ouvrage. Il est nécessaire donc aussi qu’il existe une justice divine. Il faut combattre l'idée que les vérités éternelles de la métaphysique pourraient dépendre de la volonté de Dieu (il n'y aurait pas de justice s'il suivait son bon plaisir comme le font les tyrans). Au contraire, ces vérités dépendent des suites de son entendement.
§3. Dieu n'aurait pas pu mieux faire, il est dans la "dernière perfection". Il ne fait rien dont il ne mérite d’être glorifié. Ce serait affaiblir sa gloire que de lui prêter une autre raison d'agir.
§4. L’amour de Dieu trouve son fondement dans la "connaissance générale de cette grande vérité que Dieu agit toujours de la manière la plus parfaite [...] possible". Nul besoin cependant d'être quiétiste (doctrine de la passivité spirituelle envers Dieu : on ne change rien aux choses quand bien même on le pourrait), mais "il faut agir selon la volonté présomptive de Dieu" afin de participer à sa perfection.
§5. Connaître les raisons de l’existence des péchés dépasse les forces d’un esprit fini. Mais on peut dire que celui qui agit parfaitement, c'est-à-dire Dieu, ressemble à "un excellent géomètre" qui saurait trouver "les meilleures constructions d'un problème", à "un bon architecte" qui allierait l'aménagement avantageux du bâtiment à sa beauté esthétique ou encore à "un savant auteur" qui enfermerait le plus de réalités dans le moins de volume qu'il peut. La félicité des esprits est donc le but final de Dieu "autant que l’harmonie générale le permet". Il y a en Dieu un principe de simplicité à l’égard des moyens mais aussi de grandeur et de beauté à l’égard des fins : il faut construire le plus beau monde possible avec la plus grande économie de moyens.
§6. On divise communément les actions divines en ordinaires et extraordinaires. Pour Leibniz toutefois, "il est bon de considérer que Dieu ne fait rien hors d'ordre". L'extraordinaire n'est rien d'autre que l'ordinaire que ne comprend pas la créature. Du point de vue de Dieu, tout est conforme à un ordre. Même une distribution aléatoire de points est susceptible d'être convertie en une ligne géométrique constante et uniforme. La constatation d'irrégularités ne sont qu'une vue de l'esprit liée à la complexité des règles mises en oeuvre par Dieu. Dieu crée le monde en choisissant le monde le plus parfait : "ce qui est en même temps le plus simple en hypothèses et le plus riche en phénomènes".
§7. Les miracles sont donc conformes à l’ordre général. Ils sont "aussi bien dans l'ordre que les opérations naturelles" c'est-à-dire les faits qui se produisent selon les lois de la nature que nous établissons et qui sont en quelque sorte "la coutume de Dieu". Dans les miracles, Dieu s'en dispense pour une raison plus forte que celle qui l'a poussé à se servir de ces lois. Quand il suit sa coutume, il agit selon sa volonté générale "qui est conforme au plus parfait ordre qu'il a choisi". Sinon, il agit selon sa volonté particulière qui est une exception aux lois de la nature, mais pas à sa volonté générale qui elle demeure sans exception. Par rapport à cette volonté générale, les actions des créatures sont susceptibles d'une appréciation différente de Dieu :
si l’action est bonne en elle-même, Dieu la veut ;
si elle est mauvaise et ne devient bonne qu’ensuite, Dieu la permet seulement, car il se trouve "plus de perfection dans toute la suite que si tout le mal n’était pas arrivé". Il y concoure simplement à cause des lois de la nature qu’il a établies et "parce qu’il sait en tirer un plus grand bien".
II. Les substances (art. 8 à 16)
§8. La notion de substance individuelle doit être attribuée à un sujet auxquels on attribue des prédicats et lorsque ce sujet ne peut s'attribuer à aucun autre. Les prédicats sont tous présents dans le sujet, qu'ils soient réels ou encore seulement virtuels. La substance s'oppose à l'accident au sens où ce dernier est un être dont la notion n'enferme point ce qu'on attribut à un sujet. Par exemple, roi est un prédicat et Alexandre le Grand un sujet. Quand Dieu considère Alexandre le Grand, il peut voir "le fondement et la raison de tous les prédicats qui peuvent se dire de lui" et même connaître les raisons de sa mort a priori et non par expérience. Par conséquent, "il y a de tout temps dans l'âme d'Alexandre des restes de tout ce qui lui est arrivé, et les marques de toute ce qui lui arrivera, et même des traces de tout ce qui se passe dans l'univers". Mais il n'appartient qu'à Dieu de les reconnaître toutes.
§9. Chaque substance est singulière et "exprime tout l'univers à sa manière", elle est "comme un monde entier et comme un miroir de Dieu", de la même façon qu'il existe plusieurs représentations d'une ville selon les situations de celui qui la regarde. Ainsi "l’univers est multiplié autant de fois qu’il y a de substances". Chaque substance porte le caractère de la sagesse infinie et de la toute-puissance de Dieu. Elle exprime confusément tout ce qui arrive dans l’univers passé, présent et futur.
§10-11. On ne doit pas employer l’opinion des formes substantielles pour expliquer les effets particuliers car elles ne changent rien dans les phénomènes. Par exemple, la qualité horodictique de l’horloge n’explique en rien son fonctionnement. Mais les méditations des anciens et des scolastiques ne sont pas entièrement à rejeter. Il suffit qu'un esprit rigoureux prenne la peine de les éclaircir à la manière des géomètres analytiques pour en révéler un trésor de vérité.
§12. La nature du corps n’est pas seulement l’étendue, car il y a également quelque chose qui a rapport aux âmes et qu’on appelle "forme substantielle". La notion d'étendue n'est pas très claire et enferme quelque chose d’imaginaire et de relatif à nos perceptions (comme la couleur ou la chaleur), dont on peut douter qu'elle se trouve dans la nature des choses. Les qualités auxquelles elle renvoie (grandeur, figure, mouvement) ne sont pas des substances. Les formes substantielles ne périssent pas contrairement aux corps et gardent le fondement de la connaissance de ce qu'elles sont "ce qui les rend seules susceptibles de châtiment et de récompense, et les fait citoyens de la république de l'univers, dont Dieu est le monarque".
§13. La notion individuelle de chaque personne "renferme une fois pour toutes ce qui lui arrivera". Elle enferme donc "les preuves a priori de la vérité de chaque événement". Pourtant, le libre-arbitre de Dieu et des créatures existe car ces vérités, quoique assurées, demeurent contingentes : leur "choix a toujours ses raisons qui inclinent sans nécessiter". Il faut en effet opérer "la distinction entre ce qui est certain et ce qui est nécessaire". La connexion qui se fait entre ce qui arrive à la créature et ce qui devait lui arriver peut être appréhendée de deux façons :
la nécessité : du point de vue des vérités éternelles, la connexion est nécessaire, c'est-à-dire régie par le principe de non contradiction à la façon des déductions en géométrie ;
la certitude : du point de vue de la vérité factuelle, la connexion est contingente, même si elle reste nécessaire par hypothèse ou par accident, elle ne l'est pas au moment où l'action se produit car l'avenir n'est pas connu.
Par exemple, Jules César comprend dans sa notion le fait qu'il renversera la République romaine. Mais il n'agit pas en fonction de cette notion car seul Dieu sait qu'il la commettra. Les "futurs contingents" ne sont réels que dans l'entendement et la volonté de Dieu. Aucun homme ne peut accéder à cette connaissance de l'avenir. Il faut donc dire qu'il est certain que ce qui arrive arrive effectivement, mais pas que c'est nécessaire, car par hypothèse, le contraire aurait toujours pu se produire. Dire que c'est nécessaire, cela reviendrait à savoir tout ce que le sujet Jules César contient, notamment aussi le franchissement du Rubicon ou la victoire de Pharsale. On se placerait du point de vue de la démonstration géométrique. Or la démonstration en histoire n'est pas aussi absolue car elle repose sur un décret supplémentaire au premier qui est de faire toujours ce qui est le plus parfait : l'homme fera toujours quoique librement ce qui paraîtra le meilleur. Or "toute vérité qui est fondée sur ces sortes de décrets est contingente, quoiqu'elle soit certaine" : tout reste possible.
§14. Dieu crée chaque substance et chacune correspond à un point de vue sur l'univers. Comme la vue de Dieu est toujours véritable, les perceptions le sont aussi. Ce sont "nos jugements [...] qui nous trompent", pas nos perceptions. Chaque substance est comme "un monde à part", indépendante de tout sauf de Dieu, ainsi tout ce qui nous arrive n'est qu'une suite de notre être. Les substances n'ont donc pas d'action les unes sur les autres. Elles s'entre-répondent mais sans agir directement les unes sur les autres.
§15. Une substance qui est d’une étendue infinie, en tant qu’elle exprime tout, devient limitée par son expression plus ou moins parfaite. Ainsi les substances s’entre empêchent et se limitent entre elles. En ce sens, elles agissent l'une sur l'autre et sont obligées de s'accommoder entre elles. La vertu d'une substance consiste à bien exprimer la gloire de Dieu. Plus elle l'exprime et moins elle est limitée.
§16. L’influence de Dieu sur l’homme ne cesse d’être miraculeuse quoiqu'elle soit toujours conforme à la loi universelle de l'ordre général car en chaque substance demeure quelque chose de divin qui surpasse la capacité humaine de connaissance. En tant qu'essence ou idée, chaque substance comprend tout ce qu'elle exprime. Comme elle exprime son union avec Dieu, elle est infinie. Mais en tant que créature, chaque nature ou puissance reste limitée. Le surnaturel renvoie à tout ce qui dépasse les natures de toutes les substances créées.
III. Le monde physique (art. 17 à 22)
§17. Contre Descartes, Leibniz donne l'exemple d'une loi de la nature (ou maxime subalterne) selon laquelle Dieu conserve toujours la même force, mais non pas la même quantité de mouvement.
§18. Il convient de distinguer la force et la quantité de mouvement. Il faut donc recourir à des considérations métaphysiques séparées de l’étendue afin d’expliquer les phénomènes des corps physiques. Même si tous les phénomènes de la nature peuvent s'expliquer de manière mathématique ou mécanique, les principes généraux de la nature corporelle sont métaphysiques.
§19. Il ne faut pas bannir la recherche des causes finales car "c'est là où il faut chercher le principe de toutes les existences et des lois de la nature". La fin de Dieu est "toujours le meilleur et le plus parfait". On se trompe souvent dans cette recherche, mais c'est parce que nous jugeons l'action de Dieu d'après nos propres limites. Il n'a pas en vue qu'une seule chose, mais il a égard à tout. Dieu "ne fait rien par hasard". Il suffit de considérer "l'admirable structure des animaux" pour reconnaître la sagesse de leur auteur. Les matérialistes ne se servent que des propriétés de la matière pour expliquer les phénomènes : cela revient à expliquer la conquête d'un grand prince par l'effet des corps qui composent la poudre à canon et non par sa prévoyance et sa capacité à choisir "le temps et les moyens convenables".
§20. Leibniz relève un "passage remarquable" extrait du Phédon de Platon qu'il traduit. L'une des idées principales de ce texte est qu' "un être intelligent [est] cause de toutes choses, et qu’il les [a] disposées et ornées […] c’est le bien et le beau, qui joint, qui forme et qui maintient le monde".
§21. Si les règles mécaniques dépendaient de la seule géométrie sans la métaphysique, les phénomènes seraient tout autres. La sagesse de Dieu se reconnaît dans le détail de la structure mécanique de corps particulier, elle se trouve donc aussi dans "l'économie générale du monde et dans la constitution des lois de la nature". Plusieurs effets de la nature peuvent se démontrer à la fois par la cause efficiente et par la cause finale (par exemple : Dieu produit son effet par les voies les plus aisées et les plus déterminées).
§22. Par la recherche de ces deux types de cause, il est possible de concilier l’explication mécanique des animaux et l’explication par les fins pour découvrir des choses utiles pour la physique et la médecine. On peut exalter l'adresse d'un ouvrier non seulement en faisant voir pourquoi il a conçu ainsi chaque pièce de sa machine (cause finale) mais aussi en s'intéressant à la simplicité et l'ingéniosité des instruments dont il s'est servi (cause efficiente). La voie des causes efficientes est plus profonde, mais donne peu de résultats lorsqu'on s'intéresse au détail. La voie des causes finales est plus aisées et permet de trouver des des vérités importantes et utiles que ne donne pas pas la physique (notamment en anatomie).
IV. Les esprits (art. 23 à 31)
§23. Descartes affirmait qu'on avait en soi l'idée d'un être parfait (Dieu) et que cette idée devait posséder nécessairement tous les attributs de la perfection dont celui de l'existence (preuve ontologique : on déduit l'existence de l'essence parfaite de Dieu). Or pour Leibniz, nous pensons souvent à "des chimères impossibles" sans pour autant que cela prouve qu'elles existent. Cette idée d'un être parfait est donc insuffisante. Comme il y a des idées vraies et des idées fausses, il faut se déterminer par rapport à sa possibilité : "on peut se vanter d'avoir une idée de la chose lorsqu'on est assuré de sa possibilité". Ainsi, "Dieu existe nécessairement, s'il est possible". Or le privilège de la puissance divine est de n'avoir besoin que de sa possibilité pour exister actuellement (ens a se : étant par soi).
§24. Si l’on ne peut reconnaître une chose parmi d’autres, notre connaissance est confuse, sinon elle est distincte. Dans cette dernière, il y a différent degré : elle est adéquate lorsque tout ce qui entre dans une connaissance distincte est connu distinctement, elle est intuitive lorsqu’en plus, mon esprit comprend à la fois et distinctement tous les ingrédients primitifs d’une notion (ce qui est rare, les savoir humains étant souvent confus ou suppositifs).
Il faut également distinguer les définitions :
nominales : définitions dont on peut douter qu'elles sont possibles (exemple : une vis sans fin) ; toute propriété réciproque est suffisante pour cette définition, elle peut donc cacher une contradiction ou une impossibilité ;
réelles : définitions dont la propriété donne à connaître la possibilité de la chose, ainsi "les vérités ne dépendent point des noms).
Parmi les définitions réelles, on distingue :
les réelles simples : la possibilité ne se prouve que par expérience (exemple : le vif argent qui est l'ancien nom du mercure) ;
les réelles causales : la preuve se fait a priori (exemple : la génération possible de la chose) ;
les réelles essentielles : la preuve se fait au moyen de notions primitives sans besoin de preuve a priori.
§25. Si une idée est impossible, nous ne pouvons pas en avoir une idée claire. En outre, si une idée n'est qu'une supposition, elle ne peut pas être contemplée. Enfin, si elle est possible, on ne peut pas l'apprendre en la contemplant. Par exemple, lorsqu'on pense à un chiliogone (polygone à mille sommets), on ne cherche pas à le concevoir dans notre esprit pour le contempler. On peut croire concevoir une chose alors que cette dernière est impossible. Pour voir une idée, il faut que notre connaissance des notions confuses soit claire et que les distinctes soient intuitives.
§26. L'idée ne vient pas du dehors, elle n'est pas la forme des sensations. Elle est une forme permanente qui demeure dans notre esprit même lorsqu'il ne pense à rien. Notre âme a la capacité de se représenter une idée n'importe quand. Pour Leibniz, "notre âme exprime Dieu et l’univers, et toutes les essences aussi bien que toutes les existences […] rien ne nous entre dans l’esprit par le dehors […] nous avons ces formes dans l’esprit, et même de tout temps". La réminiscence de Platon (l'âme se ressouvient de ce qu'elle a appris dans l'au-delà) est valide à condition qu'on l'expurge de l'idée que l'âme réapprend, elle ne fait qu'activer ce qu'elle sait "virtuellement", elle ne se ressouvient pas, elle n'a besoin que d'une conscience attentive (animadversion) pour découvrir les vérités qui sont déjà en elle.
§ 27. Pour Aristote, tout ce qui est dans l'entendement vient des sens. Il s'agit d'une idée qui s'accorde avec les notions populaires. Platon va plus au fond. Quand il s'agit de vérité métaphysique, il importe de reconnaître "l'étendue et l'indépendance de notre âme qui va infiniment plus loin que le vulgaire ne pense". Selon les définitions que l'on retient, on peut donner raison à Aristote. Mais il est faux d'affirmer que toutes nos notions viennent des sens extérieurs car "celles que j’ai de moi et de mes pensées, et par conséquent de l’être, de la substance, de l’action, de l’identité, et de bien d’autres, viennent d’une expérience interne".
§28. Dieu est la seule cause externe qui agit sur nous. Il est l’objet immédiat de nos perceptions qui existe hors de nous et "lui seul est notre lumière". Les idées que nous avons en nous nous viennent de l'action continuelle de Dieu sur nous. Ainsi, "l’essence de notre âme est une certaine expression, imitation ou image de l’essence, pensée et volonté divine et de toutes les idées qui y sont comprises". Nous voyons donc toute chose par Dieu.
§29. Cependant nous pensons par nos propres idées et non par celles de Dieu. Puisque chaque substance enferme tout ce qui lui arrive et qu'elle exprime Dieu ainsi que tous les êtres possibles et actuels, on ne peut pas penser par les idées d'autrui. Il faut que l'âme ait à la fois la puissance passive de pouvoir être affectée et la puissance active permettant de produire une pensée. Cette puissance active vient nécessairement de ce que la substance a en elle "les marques de la production future de cette pensée et des dispositions à la produire en son temps".
§30. Dieu incline notre âme sans la nécessité, il n'est donc nul besoin de demander la raison du péché (il réside dans le libre-arbitre de la créature), mais il faut demander plutôt pourquoi Dieu admet à l'existence Judas le pécheur plutôt que d'autres personnes possibles. Dieu concourt à nos actions ordinairement en suivant les lois qu'il a établi. La volonté de la créature imite la volonté divine. Chacun donc détermine son choix en fonction du meilleur sans y être nécessité néanmoins. Chacun se trouve en effet "dans l'indifférence", tous les choix sont possibles, d'où l'importance de la réflexion. Si le mal existe c’est que "Dieu en tirera un plus grand bien" ultérieurement, et la présence du péché est inséparable du plus parfait des mondes possibles. "Dieu n'est pas la cause du mal", les créatures étant par nature bornées, elles sont imparfaites. La cause du mal est dans la limitation des créatures à laquelle Dieu remédie par "le degré de perfection qu'il lui plaît de donner" au moyen de la grâce (Dieu s'offre lui-même).
§31. Dieu a choisi pour l’existence une telle personne possible, dont la notion ou idée enferme une suite de grâces et tout le reste des événements avec leurs circonstances. Il existe dans cette décision certaines raisons de sagesse qui demeurent inconnues aux mortels mais dont le but est "la plus grande perfection de l’univers".
V. Dieu : le plus parfait des esprits (art. 32 à 37)
§32. Les autres substances dépendent de Dieu comme les pensées émanent de notre substance. Dieu seul fait la liaison et la communication des substances. C’est par Dieu que les phénomènes se rencontrent et s’accordent entre eux et par conséquent qu’il y a de la réalité dans nos perceptions. Toute substance a une parfaite spontanéité qui s'appelle liberté dans les substances intelligentes. Tout ce qui lui arrive est une suite de son idée. Rien ne la détermine à part Dieu. Ainsi, "l'âme doit souvent penser comme s'il n'y avait que Dieu et elle au monde". Il est donc impossible qu'elle périsse, l'âme est immortelle et indépendante du corps.
§33. L'âme et le corps n'influent pas l'un sur l'autre. Comme ce qui arrive à l'âme et à chaque substance est une suite de sa notion, l'âme elle-même porte dans sa nature propre les perceptions qui naissent en elle. Elle répond d'elle-même à ce qui arrive dans le corps qui lui est affecté. C'est en suivant le rapport des autres corps au sien que l'âme exprime pour un temps l'état de l'univers. Pour cette raison aussi notre corps nous appartient sans être attaché à notre essence. Les perceptions de nos sens contiennent nécessairement des éléments confus car tous les corps de l'univers sympathisent et le nôtre reçoit l'impression de tous les autres. "Nos sentiments confus sont le résultat d'une variété de perceptions qui est tout à fait infinie". Cela ressemble au "murmure confus qu'entendent ceux qui approchent du rivage de la mer". Mais de toutes ces perceptions, il faut bien qu'une excelle par-dessus les autres, sinon les impressions restent confuses.
§34. Aucune substance ne périt bien qu’elle puisse devenir tout autre. L’animal, contrairement à l'homme, ne connaît pas ce qu’il est, ni ce qu'il fait. Il n'a pas accès aux vérités nécessaires et universelles. Il n'a point non plus de qualité morale. A la manière de la chenille qui devient papillon, il n'y a rien qui subsiste en lui. En revanche, l’âme intelligente connaissant ce qu’elle est, et pouvant dire ce moi, demeure à la fois métaphysiquement et moralement. Elle "fait le même personnage". "C'est le souvenir, ou la connaissance de ce moi" qui rend l'âme "capable de châtiment et de récompense".
§35. Les esprits expriment plutôt Dieu que le monde, mais les autres substances simples expriment plutôt le monde que Dieu. Dieu conserve également notre personne, c'est-à-dire le souvenir et la connaissance de ce que nous sommes. Il n’est donc pas seulement cause de toutes les substances et de tous les êtres, mais encore "chef de toutes les personnes ou substances intelligentes". Dieu est le plus accompli de tous les esprits et le plus grand de tous les êtres. La nature des substances étant d'exprimer Dieu et l'univers, celles qui sont capables de connaître les grandes vérité à l'égard de Dieu et de l'univers, l'expriment mieux que les autres natures. Ainsi, la différence entre les substances intelligentes et les autres est "aussi grande que celle entre le miroir et celui qui voit".
§36. Dieu est le monarque de la plus parfaite république composée de tous les esprits. Son principal dessein est la plus grande félicité possible de cette république. Les esprits sont les substances les plus "perfectionnables" et leurs perfections ont cela de particulier "qu’elles s’entr'aident". Dieu en tant qu’esprit est l’origine des existences. Il a pour objectif "la plus grande félicité possible", car "la félicité est aux personnes ce que la perfection est aux êtres". Dieu a ordonné que les esprits puissent vivre éternellement, mais également qu’ils conservent toujours leur qualité morale, afin que sa cité ne perde aucune personne. Dieu étant le plus juste, il demande seulement la bonne volonté de ces sujets et veut seulement qu’on l’aime.
§37. Jésus-Christ a découvert aux hommes le mystère des lois admirables du royaume des cieux et la grandeur de la suprême félicité que Dieu prépare à ceux qui l’aiment. En conséquence, personne ne peut nuire aux âmes, aucune de nos actions n’est oubliée, tout doit réussir pour le plus grand bien des bons et "les justes seront comme des soleils".
Publié par Nicolas Rouillot à 22:12:00
Libellés : fiche de lecture, Leibniz, métaphysique
Theo Starshine 12 novembre 2017 à 06:07
j'ai vraiment apprecié

References: §1

§2

§3

§4

§5

§6

§7

§8

§9

§10

§12

§13

§14

§15

§16

§17

§18

§19

§20

§21

§22

§23

§24

§25

§26

§ 27

§28

§29

§30

§31

§32

§33

§34

§35

§36

§37