Source: http://jesusmarie.free.fr/2a2ae_q121.htm
Timestamp: 2017-10-23 11:44:49+00:00

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Question 121 : De la piété
Nous avons maintenant à examiner le don qui correspond à la justice, c’est-à-dire le don de piété. — A cet égard nous avons deux questions à traiter : 1° La piété est- elle un don de l’Esprit-Saint ? — 2° Qu’y a-t-il dans les béatitudes et les fruits qui lui corresponde ?
Article 1 : La piété est-elle un don ?
Objection N°1. Il semble que la piété ne soit pas un don. Car les dons diffèrent des vertus, comme nous l’avons vu (1a 2æ, quest. 68, art. 1). Or, la piété est une vertu, comme nous l’avons dit (quest. 101, art. 3). Elle n’est donc pas un don.
Réponse à l’objection N°1 : La piété qui rend un devoir et un culte aux parents selon la chair est une vertu ; mais la piété par laquelle nous rendons ces mêmes hommages à Dieu comme à notre père est un don.
Objection N°2. Les dons sont plus excellents que les vertus et surtout que les vertus morales, comme nous l’avons vu (1a 2æ, quest. 68, art. 3). Or, parmi les parties de la justice, la religion l’emporte sur la piété. Par conséquent, si une partie de la justice devait être un don, il semble que la religion devrait avoir la préférence sur la piété.
Réponse à l’objection N°2 : Il est plus noble de rendre un culte à Dieu comme créateur, ce que fait la religion, que de rendre un culte aux parents, comme le fait la piété, qui est une vertu. Mais rendre un culte à Dieu comme à notre père est encore une chose plus noble que de le lui rendre comme à notre créateur et maître. Par conséquent la religion l’emporte sur la vertu de la piété, et la piété, considérée comme don, l’emporte sur la religion.
Objection N°3. Les dons restent dans le ciel ainsi que leurs actes, comme nous l’avons vu (1a 2æ, quest. 68, art. 6). Or, l’acte de la piété ne peut pas subsister dans le ciel. Car saint Grégoire dit (Mor., liv. 1, chap. 15) que la piété du cœur remplit de bonnes œuvres les entrailles de la miséricorde ; par conséquent il n’y aura plus d’acte de piété dans le ciel, puisqu’il n’y aura plus de misère. La piété n’est donc pas un don.
Réponse à l’objection N°3 : Comme par la piété, qui est une vertu, on rend un hommage et un culte non seulement à son père, mais encore à tous ses parents, selon qu’ils appartiennent à celui de qui on a reçu le jour, de même la piété, considérée comme un don, ne rend pas seulement un culte et des hommages à Dieu, mais elle le fait encore à l’égard de tous les hommes, selon qu’ils appartiennent à Dieu (Elle nous fait honorer et respecter tous les hommes par amour pour Dieu, comme on aime les membres d’une famille par amour pour leur chef.). C’est pourquoi il lui appartient d’honorer les saints, de ne pas contredire l’Ecriture, soit que nous l’entendions, soit que nous ne l’entendions pas, comme le dit saint Augustin (De doct. christ., liv. 2, chap. 7). Elle vient conséquemment en aide à ceux qui sont dans la misère. Et quoique cet acte n’ait pas lieu dans le ciel, surtout après le jour du jugement, elle pourra cependant toujours exercer son acte principal, qui consiste à révérer Dieu d’une affection filiale, ce qui se fera principalement alors, d’après ces paroles du Sage (Sag., 5, 8) : Les voilà placés au rang des enfants de Dieu. Les saints s’honoreront mutuellement, et maintenant en attendant le jour du jugement ils ont compassion de ceux qui vivent ici-bas dans un état de misère.
Mais c’est le contraire. Isaïe met la piété au nombre des dons (chap. 11).
Conclusion La piété qui nous fait rendre à Dieu, comme à notre père, d’après l’impulsion de l’Esprit-Saint, le culte et les devoirs qui lui sont dus, est un don de ce même Esprit.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 68, art. 1, et quest. 69, art. 1 et 3), les dons de l’Esprit-Saint sont des dispositions habituelles de l’âme qui la rendent apte à suivre facilement l’impulsion de l’Esprit-Saint. Or, entre autres choses, l’Esprit-Saint nous meut pour que nous ayons une affection filiale envers Dieu, d’après ces paroles de l’Apôtre (Rom., 8, 15) : Vous avez reçu l’esprit de l’adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba, notre Père. Et parce que le propre de la piété est de rendre un devoir et un culte à nos parents, il s’ensuit que la piété par laquelle nous rendons un culte et des devoirs à Dieu comme à notre père par l’impulsion de l’Esprit-Saint, est un don de l’Esprit-Saint lui-même.
Article 2 : La seconde béatitude : Bienheureux ceux qui sont doux, répond-elle au don de piété ?
Objection N°1. Il semble que la seconde béatitude : Bienheureux ceux qui sont doux, ne réponde pas au don de piété. Car la piété est un don qui répond à la justice, à laquelle appartient plutôt la quatrième béatitude : Bienheureux ceux qui ont soif et faim de la justice, ou la cinquième : Bienheureux ceux qui sont miséricordieux ; parce que, comme nous l’avons dit (art. préc., Objection N°3), l’œuvre de la miséricorde appartient à la piété. La seconde béatitude n’appartient donc pas à ce don.
Objection N°2. Le don de piété est dirigé par le don de science qui lui est adjoint dans l’énumération que fait le prophète (chap. 11). Or, celui qui dirige et celui qui exécute se rapportent au même. Par conséquent, puisque la troisième béatitude : Bienheureux ceux qui pleurent, appartient à la science, il semble que la seconde n’appartienne pas à la piété.
Réponse à l’objection N°2 : Selon la nature propre des béatitudes et des dons, la même béatitude doit nécessairement répondre à la science et à la piété ; mais, selon la raison d’ordre, des béatitudes différentes leur correspondent, tout en tenant compte cependant d’une certaine convenance, comme nous l’avons dit (dans le corps de cet article.).
Objection N°3. Les fruits répondent aux béatitudes et aux dons, comme nous l’avons vu (1a 2æ, quest. 70, art. 2). Or, parmi les fruits, la bonté et la bienfaisance paraissent plutôt s’harmoniser avec la piété que la mansuétude, qui appartient à la douceur. La seconde béatitude ne répond donc pas au don de piété.
Réponse à l’objection N°3 : Pour les fruits on peut attribuer directement la bonté et la bienfaisance à la piété, et indirectement la douceur, en ce sens qu’elle détruit ce qui empêche la piété d’agir, comme nous l’avons dit (dans le corps de cet article.).
Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (lib. 1 in serm. Dom. in mont., chap. 4) : La piété convient à ceux qui sont doux.
Conclusion La seconde béatitude : Bienheureux ceux qui sont doux, répond au don de piété, si nous considérons cette convenance selon la raison de l’ordre ; mais ce sont la quatrième et la cinquième qui y correspondent, si on la considère d’après la nature propre du don et de la béatitude.
Il faut répondre que dans le rapport des béatitudes aux dons on peut considérer deux sortes de convenance. L’une repose sur la raison d’ordre (Cette raison d’ordre consiste à établir un rapport entre le dernier don et la première béatitude, qui est la moins parfaite, entre l’avant-dernier don, qui est la piété, avec la seconde béatitude, et ainsi de suite jusqu’au premier don, qui se rapporte à la dernière béatitude, qui est la plus parfaite.) que saint Augustin paraît avoir suivi. Ainsi il attribue la première béatitude au don le plus infime, c’est-à-dire au don de crainte ; et il attribue la seconde : Bienheureux ceux qui sont doux, au don de piété, et ainsi des autres. — La convenance peut aussi se considérer d’après la nature propre du don et de la béatitude. De cette manière il faut faire correspondre les béatitudes aux dons d’après leurs objets et leurs actes. En ce sens, la quatrième (Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice.) et la cinquième béatitude (Bienheureux ceux qui pratiquent des œuvres de miséricorde. Ces deux béatitudes répondent au don de piété, parce que, comme lui, leurs actes se rapportent ad alterum.) répondent à la piété plutôt que la seconde. Cependant la seconde béatitude a quelque convenance avec la piété, en tant que la douceur détruit ce qui empêche la piété d’exercer ses actes.

References: art. 1
 art. 3
 art. 3
 art. 6
 art. 1
 art. 1
 art. 2