Source: http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/problemesintro.htm
Timestamp: 2020-05-29 20:17:41+00:00

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DISSERTATION SUR LA COMPOSITION ET L'AUTHENTICITÉ DES PROBLÈMES.
Caractère général du recueil des Problèmes, qui est trop peu connu, quoique fort curieux ; composition de ce recueil ; nomenclature de ses 38 sections, avec le nombre des questions ; conséquences à tirer de ce tableau; classification imparfaite ; ordre partiel ; répétitions fréquentes ; absence de système ; emprunts à Théophraste ; hypothèse improbable d'une compilation ; causes possibles du désordre des Problèmes ; conformité à la doctrine aristotélique et au style d'Aristote ; spécimens de quelques questions des Problèmes ; observations très exactes sur l'ivrognerie, sur l'éternuement, sur l'arc-en-ciel, sur l'origine de la numération décimale, sur le mouvement du cylindre et du cône, sur le partage égal des votes, sur le vol dans les lieux publies, sur la mélancolie, etc. ; sens du mot de Problèmes ; preuves de l'authenticité ; Aristote, Théophraste, Cicéron, Sénèque, Pline, Plutarque, Aulu-Gelle ; catalogues de Diogène Laërte, de l'anonyme de Mesnage et de l'arabe ; opinions des Modernes, depuis Henri Estienne jusqu'à MM. Bussemaker et Emile Heitz ; analyse des Proverbes inédits, qui sont apocryphes. Conclusions.
Parmi tous les ouvrages d'Aristote, il n'en est pas un qui soit plus curieux que les Problèmes. Sans doute, ce traité n'est pas un des plus importants de la collection générale ; mais par sa forme et son originalité, il mérite une attention particulière. Comment est-il si peu connu, et même si injustement dédaigné? Probablement parce qu'il n'a pas été traduit dans les langues vulgaires, et que, depuis plus de deux siècles, il a cessé d'être l'objet de sérieux commentaires. Celui de Septali, le plus complet de tous, est de 1632; et il ne paraît pas que, depuis cette époque, on ait rien fait de considérable. Louis Septali, médecin et professeur de science politique à Milan, avait adopté ce traité pour sujet de ses doctes leçons. Fort habile helléniste, il était admirateur passionné d'Aristote, pour l'infaillibilité duquel il a un respect que le Moyen-âge ne dépassait certainement pas. Septali n'a point eu d'imitateurs ni de rivaux. On peut donc croire qu'aujourd'hui les Problèmes d'Aristote paraîtront une œuvre assez nouvelle. François Bacon, malgré son aveugle mépris pour l'Antiquité, ressentait en leur faveur une bienveillance exceptionnelle ; mais malgré cet éloge, très sommaire d'ailleurs, Bacon n'avait pas fait des Problèmes une étude bien approfondie. En tout cas, sa recommandation n'a pas eu de suites ; et le xviiie siècle n'a pas été tenté, non plus que le nôtre, de vérifier jusqu'à quel point elle était fondée.
Les Problèmes sont-ils authentiques ? C'est là un point essentiel à éclaircir. Mais comme ce point est fort obscur et que la solution ne peut être qu'hypothétique, il faut en réserver la discussion, et faire passer, auparavant, l'examen de l'état où se présentent actuellement les Problèmes, d'après la tradition qui est arrivée jusqu'à nous, et qui sera transmise à nos successeurs, sans que rien désormais ne semble devoir la modifier.
Ce recueil se compose de 38 sections, d'inégal e étendue, où les sujets les plus variés sont exposés, sous forme de questions, avec des réponses, plus ou moins développées. Certaines sections contiennent 67, 64, 62, 58, 50, 42, 41 questions (Sections X, XXVI, XI, I, XIX, II et V, XXIII) tandis que d'autres sections n'en contiennent que 8, 7, 6 et même 3 (Sections XXVIII, VI, XXXVII, XVII et XXXVI). On s'est étonné quelquefois de ces disparates numériques ; mais elles ont dû se produire tout naturellement, selon que l'auteur avait eu l'occasion de se livrer à des observations sur telle série de faits plutôt que sur telle autre ; on, même, selon que le sujet prêtait aux recherches.
Pour qu'on se fasse une idée de la diversité des questions soulevées et résolues, il est bon de rappeler ici les titres de chacune des 38 sections, et de les embrasser d'un coup d'œil. On pourra tirer de ce tableau, quelque aride qu'en soit la nomenclature, des conséquences assez instructives.
1. De la maladie. 58 questions.
2. De la sueur. 42 --
3. Du vin et de l'ivresse. 35 —
4. De l'acte vénérien. 33 —
5. De la fatigue. 42 --
6. Des habitudes du corps. 7 --
7. De la sympathie. 10 —
8. Du frisson. 22 --
9. Des meurtrissures. 14 --
10. Faits naturels. 67 —
Il. De la voix. 62 --
12. Des bonnes odeurs. 13 —
13. Des mauvaises odeurs. 12 -
14. De la température. 16 —
15. Mathématiques; astronomie. 13 —
16. Des êtres inanimés. 13 —
17. Des êtres animés. 3 —
18. Philologie. 10 --
19. Harmonie musicale. 50 —
20. Des arbrisseaux et des légumes. 36 —
21. De la farine et de la pâte. 26 --
22. Des fruits et de l'automne. 14 questions.
23. De l'eau de mer. 41 —
24. Des eaux thermales. 19 --
25. De l'air. 22 --
26. Des vents. 61 --
27. De la peur et du courage. Il —
28. De la tempérance et de la débauche. 8 —
29. De la justice. 16 --
30. De l'intelligence. 14 --
31. Des yeux. 30 --
32. Des oreilles. 13 --
33. Du nez. 18 --
34. De la bouche. 12 --
35. Du toucher. 10 --
36. Du visage. 3 —
37. Du corps. 6 --
38. Des couleurs. Il --
Le total de ces questions se monte à 896; il est quelque peu différent suivant les divisions qu'on établit, en réunissant certaines questions en une seule, ou à l'inverse, en les séparant. Ces divergences sont insignifiantes.
La première conséquence à tirer de ce tableau, c'est que le recueil n'a rien de systématique. Les sections et les matières se succèdent sans avoir le moindre lien entre elles ; leur seul rapport est de faire partie d'une même collection qui les renferme toutes. Il n'y a pas là de plan d'ensemble. Les sections sont juxtaposées, et rien de plus.
Une autre conséquence non moins évidente, c'est que l'auteur de toutes ces observations avait certainement un esprit étendu et fort exact. Si les sections n'ont qu'une relation factice, il n'en est pas de même dans l'intérieur de chacune d'elles. Là ce sont des questions qui s'accordent les unes avec les autres, et qui, sans prétendre à une rigueur scientifique, forment un tout régulier, par l'identité des sujets qu'elles traitent.
Il y a donc ici deux arrangements : d'abord la réunion des questions qui se rapprochent entre elles, et ensuite le recueil général en sections. Ce second arrangement est arbitraire et confus. Le premier n'a pas ces défauts. Il ne vise pas davantage à organiser une doctrine ; mais nécessairement il est mieux coordonné, quoiqu'il ne le soit peut-être pas encore assez pour nous satisfaire.
En poussant l'analyse un peu plus loin, on découvre dans le recueil entier des désordres partiels, qui peuvent nous surprendre, en ce qu'il aurait été très facile de les éviter. Il y a d'une section à l'autre des répétitions absolument inutiles, au nombre de plus de 120. Les mêmes questions se reproduisent pour peu que le sujet le comporte. D'autres fois, si les questions ne sont pas identiques, elles se ressemblent du moins tellement qu'il n'y avait aucun motif de les renouveler. Dans un mémoire exact et savant, M. Prantl, de l'Académie de Munich, a pris soin de faire le dénombrement de toutes ces anomalies (Mémoires de l'Académie de Munich, tome VI, pp. 341-377, 6 juillet 1850). II a trouvé que 14 problèmes se répétaient sans la plus légère différence; sept autres ne diffèrent presque point ; un est identique à deux autres, si on les accouple. Enfin 108 offrent les mêmes questions, mais les résolvent un peu autrement. M. Prantl a consigné tous ces détails, qui exigent, pour être compris, une quantité de chiffres, se référant aux sections et aux paragraphes. On retrouvera ces indications dans les noies jointes à cette traduction ; et les chiffres cités à leur rang seront plus significatifs.
A y regarder encore de plus près, on voit qu'un même et seul problème contient parfois plusieurs sujets et même des contradictions. Les contradictions sont encore plus flagrantes quand elles sont exprimées d'une section à une autre section, et qu'elles soutiennent successivement le pour et le contre, avec une égale assurance.
M. Prantl remarque en outre que 120 problèmes environ ont emprunté l'idée qu'ils étudient aux ouvrages d'Aristote sur l'histoire naturelle. Nous avons aussi indiqué ces concordances, toutes les fois que l'occasion s'en est présentée. Mais une concordance bien plus frappante encore, quoique d'ordinaire on y ait insisté trop peu, ce sont les emprunts faits à Théophraste par l'auteur des Problèmes, ou à l'auteur des Problèmes par Théophraste. Ces emprunts sont souvent, de part et d'autre, de simples plagiats, les mots et les expressions étant uniformes. D'autres fois, ce sont des imitations tellement analogues qu'il n'y a point à s'y méprendre. Dans la plupart des cas, Théophraste est plus clair et moins laconique. On dirait qu'il commente un thème trop concis. Dans d'autres cas, au contraire, on pourrait supposer que l'auteur des Problèmes a fait un extrait de Théophraste, en l'abrégeant. Il y a plus de cinquante passages de cette sorte, où se rencontrent ces étroites relations. Il est très difficile de les expliquer dans l'un ou l'autre sens. En ceci, on ne doit pas oublier que Théophraste a été le disciple et le successeur d'Aristote, et qu'il a bien pu conserver et s'approprier quelques-unes des théories de son maître. Mais il se peut de même que, si Aristote n'est pas l'auteur des Problèmes, cet auteur, quel qu'il soit, ait fortifié ses doctrines de celles de Théophraste. Il est vrai que l'on prétend que les ouvrages de Théophraste auxquels les Problèmes ont fait ces emprunts, ne sont pas authentiques. Mais cette hypothèse paraît bien gratuite; car les fragments de traités attribués à Théophraste sont manifestement dignes de lui, pour les pensées et pour le style. On y reconnaît sans peine toutes les qualités du fondateur de la Botanique. Si donc il était prouvé que l'auteur des Problèmes est postérieur à Théophraste, il ne pourrait pas l'être de beaucoup, puisqu'il n'est pas moins prouvé, ainsi qu'on le verra bientôt, que le recueil des Problèmes existait à Rome, au temps de Cicéron, tel que nous l'avons aujourd'hui.
Que l'auteur des Problèmes soit un compilateur vulgaire, il semble impossible de s'arrêter à cette supposition. Un compilateur, même peu adroit, n'aurait pas poussé la négligence jusqu'à laisser tant de répétitions et de contradictions dans l'œuvre qu'il aurait ébauchée. Il lui aurait suffi, pour les faire disparaître, de la révision la plus superficielle. On peut donc admettre que le désordre même des Problèmes est un indice qu'une main respectueuse les a laissés tels qu'elle les recevait, et qu'elle ne s'est pas cru le droit d'y rien changer, même pour en corriger les fautes les plus saillantes. Et à ce point de vue, on ne peut s'empêcher de se souvenir du récit de Strabon et de Plutarque, sur le destin des manuscrits d'Aristote, possédés d'abord par Théophraste, et allant, avec ses héritiers, s'égarer dans l'Asie-Mineure, jusqu'à ce que Sylla, les enlevant d'Athènes, où Apellicon les avait rapportés, les fasse venir à Rome dans sa bibliothèque. De quelque manière qu'Aristote ait terminé sa trop courte vie, ou sait que, forcé de quitter la Grèce en toute hâte, devant la réaction antimacédonienne, il n'a pas pu mettre en ordre ses papiers et ses livres. Les questions que son génie s'était faites sur une multitude de sujets sont-elles le canevas des Problèmes ? Ces formules monotones par demandes et par réponses étaient-elles à son usage et dans ses habitudes de travail ? Il serait à peu près aussi hasardeux de l'affirmer que de le- nier. Mais l'hypothèse qui fait d'Aristote l'auteur des Problèmes aurait l'avantage de dissiper bien des obscurités. Certes, cette hypothèse elle-même est sujette à de fortes objections ; mais elle est en somme moins invraisemblable que toute autre.
En attendant, nous poursuivons notre examen qui continuera à s'appuyer sur un fondement réel, à savoir sur les Problèmes, en les prenant tels qu'ils sont entre nos mains.
Un premier point, qui est incontestable, c'est qu'il n'y a rien dans le recueil qui trahisse un temps postérieur à celui d'Aristote. Un faussaire, qui aurait voulu abriter son œuvre sous ce grand nom, aurait infailliblement révélé sa fraude par quelque méprise et par quelque anachronisme. Il n'y a pas trace de cette supercherie dans les Problèmes.
De l'aveu même de M. Prantl, qui est fort impartial, la doctrine, quand il y en a une, est tout aristotélique. Les explications, sans être précisément systématiques, impliquent de toute nécessité certains principes ; et tous ceux que ces explications allèguent ou supposent, sont généralement ceux d'Aristote. On peut ajouter que le style est presque partout d'une langue excellente. S'il pèche par quelque endroit, c'est de temps à autre par une concision qui rappelle celle du philosophe. Il y a bien quelques passages douteux ; mais ils sont si rares qu'on peut les négliger sans dommage. On objectera peut-être que le style, étant affaire de goût, ne saurait être pris pour une preuve décisive. L'objection a sa valeur, on ne peut le nier ; mais pourtant il y a de telles nuances entre les styles qu'on peut les discerner presque à coup sûr. Apparemment le style d'Aristote n'est pas celui de Platon et de Xénophon ; le style de Polybe n'est pas celui de Thucydide. C'est une distinction aisée pour peu qu'on ait eu un long commerce avec chacun d'eux. Mais, sans remonter à l'Antiquité, notre propre langue ne nous offrirait-elle pas autant d'exemples que l'on voudrait? Le style des Problèmes est-il le style ordinaire d'Aristote ? Nous répondons par l'affirmation, presque sans hésitation. Les obscurités, qui sont assez nombreuses, s'expliquent fort bien par la rédaction rapide de notes disposées d'abord au hasard des circonstances, et réunies ensuite d'après leurs analogies. Il est bien probable que si l'auteur avait pu les réviser à loisir, il aurait retranché les répétitions et les contradictions, qu'excuse un premier jet, et corrigé l'incohérence d'observations faites à de longs intervalles de temps. Aristote, après un classement provisoire, n'aura pas pu en faire un meilleur ; et encore une fois cette supposition est plus acceptable que celle d'un compilateur qui aurait été négligent au point extrême où nous le voyons.
Mais laissons l'argument tiré du style. En voici un autre, qui est peut-être moins récusable. Parmi toutes ces questions, au nombre de près de neuf cents, il n'y en a que quelques- unes qui puissent paraître, ou futiles, ou erronées. La presque totalité pourrait être posée encore aujourd'hui, et l'on n'aurait pas à s'étonner de les entendre discuter par les savants de nos jours. Elles sont en général fort délicates, pour ne pas dire subtiles ; mais à ce titre même elles ne doivent pas nous être trop suspectes, la subtilité n'étant pas étrangère au génie aristotélique. C'est que, pour apprécier les Problèmes, il faut savoir nettement séparer, si l'on veut être juste, les questions et les réponses. Les faits sont presque tous admirablement observés, et nous ne pourrions pas nous flatter, malgré tous nos progrès, de faire mieux. Mais les explications de ces faits ne sont pas à l'abri de la critique. Nous avouons sans peine qu'elles sont au contraire souvent insuffisantes, quelquefois même ridicules. Mais pour se préserver d'une excessive sévérité, on n'a qu'à se rappeler où en était la science quatre cents ans avant notre ère. Ces théories, qui nous choquent tant, ont régné sans conteste jusqu'au xviie siècle; et il y a deux siècles tout au plus que la science moderne a secoué définitivement le joug, si utile au Moyen-âge.
Remarquons, en passant, que cette exactitude à constater les phénomènes est de toute évidence dans les Problèmes, comme dans les ouvrages principaux d'Aristote. C'est une preuve, après tant d'autres, que les Anciens ont observé aussi bien que les Modernes, obéissant instinctivement à la loi qui régit l'esprit humain, et qui lui impose partout et en tout temps une seule et même méthode. L'unique différence entre nous et les Anciens, c'est que nous connaissons beaucoup plus de faits et que nous en comprenons mieux les causes. C'est une gloire que nous pouvons revendiquer légitimement. Mais le procédé est absolument identique ; et il y aurait iniquité et singulier aveuglement d'amour-propre à élever entre l'Antiquité et nous une barrière qui n'existe point.
Nous ne voudrions pas insister plus qu'il ne convient sur le mérite de toutes les observations consignées dans les Problèmes ; mais parmi les questions qu'ils agitent, il faut en choisir quelques-unes comme spécimens, afin de dissiper tous les doutes, s'il peut en subsister encore. Il est d'autant mieux de combattre le préjugé qu'il est plus répandu et plus invétéré.
Ainsi, dans la section III, §§ 5 et 26, l'auteur se demande pourquoi les ivrognes sont atteints de tremblement, et pourquoi le tremblement augmente chez eux à mesure qu'ils boivent davantage. Le fait est positif, et l'observation est aussi exacte que fréquente. La question vaut donc la peine d'être discutée. Voici la réponse. Le vin par lui-même est échauffant, et c'est d'ordinaire le froid qui fait trembler plus que toute autre impression. On a vu cependant bien des ivrognes qui ne prenaient que du vin pour toute nourriture, trembler si violemment qu'ils échappaient aux mains de ceux qui essayaient de calmer leur agitation, et qu'on pouvait les asperger d'eau chaude sans qu'ils en sentissent rien. Le tremblement ne vient que de refroidissement, et le refroidissement se produit, soit parce que la chaleur du dedans est suspendue par le froid extérieur, comme en hiver, soit que la chaleur naturelle vienne à s'éteindre sous l'influence de son contraire, qui est le froid, et sous l'influence de l'âge, comme dans la vieillesse. Elle peut encore s'éteindre par une chaleur étrangère, qui serait excessive, par exemple sous l'action d'un soleil ardent, ou celle d'un feu qui nous brûle. C'est précisément ce qui se passe chez les gens qui s'enivrent. Mais il semble que c'est tout le contraire qui devrait se passer en eux, puisque le vin cause tant de chaleur. C'est que les contraires peuvent bien produire un même effet ; seulement, ils le produisent autrement. Le tremblement de l'ivrogne provient d'un défaut de chaleur, mais spécialement d'un défaut de chaleur naturelle. La matière qui est faite pour entretenir la chaleur dans chacun de nous étant détruite, la chaleur disparaît nécessairement. Les choses sans vie en sont là, comme on le voit par une lampe dont la lumière s'éteint lorsque l'huile est consommée ; et comme on le voit aussi par les êtres vivants, pour qui la vieillesse amène le même désordre. La preuve que cette affection chez les ivrognes et chez les vieillards tient à un refroidissement intérieur, c'est qu'ils tremblent sans que la température extérieure ait rien de plus rigoureux.
Dans la section X, §§ 20 et 26, l'auteur demande pourquoi l'homme est presque le seul animal qui éternue, ou du moins pourquoi l'homme éternue plus que les autres animaux. Est-ce parce qu'il a de larges vaisseaux dans lesquels doivent passer le souffle et l'odorat, et que ces vaisseaux étant remplis d'air déterminent l'éternuement, pour se soulager ? La question est de peu d'importance sans doute ; mais l'observation est juste et délicate. L'auteur y est revenu à plusieurs reprises ; et il s'efforce de l'expliquer. Il remarque d'abord que ce qui prouve la largeur des vaisseaux chez l'homme, c'est que, parmi les animaux, il est un de ceux dont l'odorat est le moins développé ; des vaisseaux plus étroits lui donneraient des sensations plus vives. L'auteur ajoute que l'homme éprouve le coryza, ou le rhume de cerveau, plus souvent que tout autre animal. Ce qui fait cette différence, c'est que la chaleur se concentre vers la région du cœur, et tend naturellement à s'élever. Or, chez les autres animaux, par exemple chez les quadrupèdes, la chaleur ne peut se diriger, par son mouvement propre, qu'entre les épaules de l'animal ; là elle se divise, une partie allant vers le cou et la tête, et l'autre partie allant dans le rachis et dans les lombes, parce que tous ces organes sont placés sur une même ligne droite, et opposes à la base qui porte l'animal. Cette assiette du corps étant donnée, les liquides s'y répartissent partout régulièrement, en avant et en arrière. Au contraire, dans l'homme, qui repose, comme les plantes, tout droit sur sa base, la chaleur se dirige très abondamment et avec violence vers la tète ; et en y parvenant, elle échauffe et dessèche les vaisseaux que la tête contient. Dans cette disposition, les vaisseaux de la tête reçoivent les liquides plus aisément que les vaisseaux placés au-dessous du cœur. Les liquides, qui sont légers et mal digérés, y suivent la chaleur ; ils remplissent les vaisseaux dans lesquels ils entrent, et ils y causent des écoulements et des éternuements. Le bruit qu'on fait en éternuant est produit par l'air, qui se porte avec force dans le nez. Après l'homme, ce sont les oiseaux qui ont le plus souvent le coryza, parce que ce sont eux qui se rapprochent le plus de la forme humaine. Mais cependant ils souffrent du coryza moins que l'homme, parce qu'ils ont presque toujours la tête basse pour prendre leur nourriture sur le sol. Ne peut-on pas encore expliquer l'éter- nuement par la dimension du ne/de l'homme, qui est proportionnellement très court? Le liquide en s'y échauffant devient bien vite de l'air, tandis que. chez les autres animaux la longueur du nez fait que le liquide s'y refroidit, avant d'en sortir.
A propos de l'éternuement, l'auteur recherche pourquoi, de tous les bruits qui sortent de notre corps, celui-là est le seul qui soit accueilli par de bonnes paroles, qui en font une chose presque divine. C'est probablement parce que ce bruit vient de la tète, c'est-à-dire, du lieu le plus sacré de toute la personne humaine. Cette opinion de l'Antiquité a laissé des traces jusque chez nous, après plus de deux mille ans ; et nous saluons toujours l'éternuement par un « Dieu vous bénisse », dont on gratifie son voisin. (Section XXXIII, § 10.)
Autre exemple d'une observation bien faite, qui a de plus l'avantage de réfuter une erreur fort répandue, à ce qu'il paraît, chez les paysans de la Grèce. (Section XII, § 3.) On prétendait que, quand un arc-en-ciel se produit, tous les arbres qu'il abrite contractent une bonne odeur. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? Et, si ce phénomène est vrai, quelle en peut être la cause ? Une première chose qui est évidente, c'est que ce ne sont pas tous les arbres qui deviennent ainsi odorants, ni toutes les fois que l'arc-en-ciel paraît ; car on a pu constater fréquemment que, malgré l'arc-en-ciel, il n'y avait pas le moindre changement dans les arbres. Et même lorsque le phénomène se produit, ce n'est pas pour toutes les essences d'arbres. Néanmoins il suffit que le fait se réalise une fois par hasard pour que cette opinion s'accrédite. En tout cas, ce serait indirectement qu'on pourrait attribuera l'arc- en-ciel une influence de ce genre, puisque l'arc-en-ciel n'a rien d'une substance, et qu'il n'est qu'une réfraction accidentelle de la lumière. Mais cette prétendue action n'atteint jamais, comme on le dit, une forêt entière, dans quelque étal qu'elle soit ; car elle ne touche pas les arbres -verts ; et elle ne se produit pas non plus par des temps de sécheresse. Aussi, les bergers s'accordent-ils adire que celte bonne odeur ne se répand réellement qu'après les pluies qui suivent l'arc-en-ciel, et qu'elle est sensible surtout pour le genêt, pour le nerprun, c'est-à-dire, pour les arbres dont les fleurs sont déjà odorantes. La même chose absolument se passe sur toute la surface de la terre. Les régions sous le soleil ont une odeur plus agréable que celles de l'Ourse ; les régions d'Orient, plus que celles du Midi. Il paraît donc certain que, pour les arbres que l'arc-en-ciel recouvre, rien ne se manifeste, s'il n'y a pas d'eau. Dès qu'il y en a, le bois qui en est imprégné, et qui l'élabore par sa chaleur propre, exhale la vapeur qu'il contient. Il ne faut pas d'ailleurs que la pluie soit trop forte ; car alors elle éteindrait toute chaleur dans le bois. Mais, en général, les pluies qui tombent après l'Iris ne sont pas très abondantes; elles sont plutôt de force médiocre. S'il y a plusieurs arcs-en-ciel, l'odeur n'est pas plus sensible ; et souvent même elle est plus faible. Il est donc probable que, comme on ne voit rien d'extraordinaire que l'arc-en-ciel, on suppose que c'est lui qui produit la bonne odeur des bois.
Une question plus grave, c'est l'origine de la numération décimale (section XV, § 3). Pourquoi tous les peuples, les barbares aussi bien que les Grecs, comptent-ils par dix et non par tout autre nombre, par exemple par cinq, et ne redoublent-ils pas cinq, en disant cinq et un, cinq et deux, comme on dit dix et un, onze; dix et deux, douze ? Et pourquoi n'allant pas au delà de dix se bornent-ils à multiplier sans cesse ce nombre ? En effet, tout nombre, quel qu'il soit, n'est jamais que celui qui le précède, auquel s'ajoute un, deux, ou tel autre nombre. On s'arrête à dix pour compter tout le reste. Ce ne peut pas être un effet du hasard, puisque tous les peuples en sont là, et qu'ils y sont toujours. Or, un fait qui se répète en tout temps et partout n'est pas un hasard ; c'est un fait essentiellement naturel. Cette constance ne tient-elle pas à ce que dix est un nombre complet, en ce qu'il a toutes les formes que peut prendre un nombre ? En effet, on y trouve le pair, l'impair, le carré, le cube, la longueur, la surface; c'est le premier des composés. N'est-ce pas encore parce que la décade est un principe qui représente la somme de un, deux, trois et quatre? Les cubes de ces quatre nombres ne forment-ils pas dix fois dix, ou cent ? Et n'est-ce pas d'après ces nombres que tout l'univers est organisé, si l'on en croit les Pythagoriciens ? Mais cette numération par dix ne tient-elle pas à ce que tous les hommes ont dix doigts ; et qu'ayant pour eux le vote d'un nombre qui leur est propre, ils ont compté tous les autres objets par ce même nombre ? Il y a une peuplade de Thraces qui ne compte que jusqu'à quatre ; c'est la seule ; et elle est semblable aux enfants, dont la mémoire ne peut aller plus loin, et qui n'ont pas besoin d'en savoir davantage.
Après une question arithmétique, on peut rappeler une question de géométrie, qui n'est pas moins heureusement résolue (section XVI, § 5). Pourquoi un cylindre qu'on pousse va-t-il toujours en ligne droite et décrit-il toujours des droites, par les cercles qui le terminent ? Pourquoi le cône se meut-il circulairement, son sommet restant en place, et pourquoi décrit-il un cercle horizontal ? Tous deux cependant se meuvent en cercle ; mais sur la surface du sol, le cylindre ne trace que des droites, tandis que le cône y trace des cercles, attendu que les cercles qui composent le cône sont inégaux, et que les plus grands vont toujours plus vite, bien qu'ils aient le même centre. Tous les cercles qui sont dans le cône se meuvent bien en même temps, mais d'une façon inégale ; et il en résulte que les plus extérieurs parcourent dans le même temps plus d'espace et décrivent une ligne plus grande. C'est ce qui fait aussi que leur mouvement est circulaire. Tous sont placés sur la même droite ; mais comme cette droite se meut circulairement, les points qui la forment ne parcourent pas tous une ligne égale dans le même temps, bien qu'ils soient tous également sur une ligne droite. Dans le cylindre, au contraire, tous les cercles étant égaux et n'ayant qu'un même centre, tous les points qui touchent le sol sont mus ensemble; et les cercles ayant tous la même vitesse quand ils roulent, parce que le cylindre est partout égal en roulant sur le sol et que tous les points décrivent ensemble chacun leur cercle, il en résulte que toutes les droites tracées sur la surface sont égales. Ils les ont décrites en touchant la surface, étant tous égaux et tous animés de la même vitesse. Ce sont des lignes droites qui sont tracées sur une même ligne, qui se meut tout droit ; et le cylindre, en les suivant, se meut lui-même en ligne droite. Il n'y a d'ailleurs aucune différence à tirer le cylindre dans la position où il a tout d'abord touché la surface, ou à le faire rouler sur lui- même. Ce sera toujours par une ligne égale et pareille que les points du cylindre toucheront la surface, soit qu'on le traîne, soit qu'il roule.
On retrouverait dans une foule d'autres questions la même sagacité d'analyse que dans celles qu'on vient d'exposer; par exemple, l'explication du jeu de la clepsydre, selon qu'on ouvre ou qu'on bouche un de ses trous (section XVI, §8), l'indication des effets que la lecture produit sur le sommeil, en le provoquant ou en l'éloignant (section XVIII, § 7); la perte des navires en pleine mer et par un beau temps (section XXIII, §5), la couleur de la mer selon les régions et les côtes (section XXIII, § 6). Nous passons sur ces questions ; mais il faut encore nous occuper de quelques-unes, afin qu'on puisse juger complètement de la manière de l'auteur, qui ne se dément nulle part dans tout le cours des Problèmes.
Section XXIX, § 13. Pourquoi le partage des votes doit-il profiter à l'accusé plutôt qu'à l'accusateur ? N'est-ce pas parce que l'accusé ne connaît qu'au moment du procès l'énumération des griefs auxquels il doit répondre, et se procurer des témoins pour se disculper ? Il n'est pas facile de deviner les points sur lesquels on aura surtout à se préparer, et les témoignages qu'il conviendra d'invoquer, afin de prouver son innocence. L'accusateur, au contraire, a tout le temps qu'il veut pour constituer son affaire, avant que la cause ne soit appelée. Quand il paraît au tribunal, il a pu rassembler tous les moyens pour soutenir son accusation. Le législateur, qui a bien vu toutes ces infériorités du défendeur, met à son profit les doutes que les juges peuvent avoir. On ne saurait que l'approuver. En effet, les accusés étant toujours remplis de crainte, oublient bien des cboses qu'ils pourraient dire ou faire en leur faveur, quoique ordinairement ils courent plus de danger que les accusateurs. Si donc ils obtiennent, malgré leurs omissions, l'égalité des suffrages, il est bien à croire que, s'ils n'avaient rien omis, ils l'auraient emporté. On peut ajouter que chacun, quand il est juge, préférerait acquitter un innocent plutôt que d'avoir à condamner un coupable, par exemple dans une affaire d'esclavage ou de meurtre. Les faits étant prouvés dans ces deux cas, nous aimerions mieux acquitter, que de condamner, si les faits étaient faux. Quand on a des doutes, on doit se décider pour l'erreur la moins grave. Certainement il est regrettable de reconnaître qu'un esclave est un homme libre ; mais il serait bien plus fâcheux encore de déclarer qu'un homme libre est un esclave. De plus, quand l'un des plaideurs réclame quelque chose et que l'autre conteste, on ne donne pas sur-le-champ l'objet du litige à celui qui le réclame ; mais on le laisse aux mains du possesseur, jusqu'au prononcé du jugement. Il en doit être de même pour les juges ; et quand les votes s'égalisent, sans que la balance penche d'aucun côté, le législateur a voulu que les choses restassent dans le statu quo. On peut compter parmi les fautes irréparables les peines sévères qu'on prononce. Si, par exemple, on a condamné injustement et sans le savoir, on ne peut plus rectifier la sentence, quand l'occasion s'en présente. Mais si, au contraire, on a prononcé l'acquittement sans forte raison, mais dans l'espérance que le coupable s'amendera, est-ce une bien grande faute si les juges ont épargné la mort à un tel homme ? S'il recommence plus tard, on peut toujours le punir pour les deux méfaits commis par lui. On peut se rendre coupable dans un accès de colère, par peur, par passion et par une foule de motifs de ce genre, sans qu'il y ait de préméditation. Mais quand on fait une réclamation injuste, c'est presque toujours de propos délibéré qu'on agit. C'est par ce motif que le législateur donne gain de cause au défendeur, quand l'égalité des votes déclare tout à la fois que la réclamation du demandeur est injuste, et que le défendeur a eu tort. Nous-mêmes, dans notre intérieur, nous ne traitons pas autrement les gens qui nous servent. Quand nous les soupçonnons de quelque faute, sans en avoir d'ailleurs la certitude, nous ne sévissons pas sur-le-champ ; et s'il n'y a pas quelque faute nouvelle de commise, nous laissons tomber la chose. Mais celui qui calomnie a toujours prémédité son méfait, tandis que sa victime n'a failli que sous le coup de la nécessité, ou par ignorance, ou par tout autre motif aussi imprévu. L'égalité des suffrages signifie, à moitié tout au moins, que le demandeur a prémédité sa démarche, tandis que l'autre moitié décide que, si le défendeur a été coupable, il l'a été sans intention. Du moment qu'il est reconnu que l'un a fait une faute plus grave que l'autre, le législateur a bien raison d'adjuger la cause au moins coupable. Enfin, quand on sait que celui qu'on lèse injustement s'en apercevra, et que cependant on lui fait tort, on est bien plus coupable que si la victime ignore le mal qu'on lui cause. Or, quand on élève une réclamation injuste, on ne peut pas croire que le malheureux qu'on calomnie ignorera le tort qu'on lui fait, tandis que bien souvent on commet une faute en croyant que la victime ne s'en doutera pas. Concluons donc que le demandeur est en ceci plus injuste que le défendeur.
Une autre discussion, aussi bien conduite que toutes les précédentes, est relative au vol commis dans un lieu publie, dans un établissement, dans un bain, dans un marché (section XXIX, § H); ce vol est d'autant plus criminel que, dans ces lieux, la nature même des choses laisse nécessairement plus de latitude aux malfaiteurs. Cependant nous ne nous arrêtons pas à cette question, non plus qu'à quelques autres qui sont tout aussi remarquables, sur le mouvement simultané des yeux (section XXXI, § 7), ou sur l'usage hygiénique des frictions (section XXXVII, §3). Nous terminerons cette appréciation générale des Problèmes par la question sur la mélancolie. Cette question a une grande importance historique, puisqu'elle a été citée formellement par Cicéron, à une époque où les œuvres d'Aristote venaient d'être apportées à Rome et mises en ordre par Andronicus de Rhodes.
(Section XXX, § 1). Pourquoi tous les personnages qui sont devenus illustres, en philosophie, en politique, en poésie, dans les arts, ont-ils généralement été mélancoliques ? Et même pourquoi quelques-uns l'ont-ils été à ce point d'être malades ? On le dit d'abord d'Hercule, dans les temps héroïques ; et il semble bien qu'il a eu cette sorte de tempérament. C'est ce qui a porté les Anciens à nommer, d'après lui, maladie sacrée tous les désordres qu'amène l'épilepsie. On a conservé le souvenir de sa fureur extraordinaire contre ses enfants, et contre lui-même, quand il déchirait ses blessures de ses propres mains, avant de disparaître sur l'Oéta. Ce sont là en effet des symptômes fréquents dans les accès de bile noire. Lysandre, le Lacédémonien, a été sujet aux mêmes souffrances, peu de temps avant sa mort. On cite encore Ajax et Bellérophon, l'un qui devint tout à fait fou ; l'autre, qui ne recherchait que les déserts, « se dévorant le cœur loin de la société des humains », comme dit Homère. Bien d'autres héros, si l'on en croit la tradition, ont éprouvé un mal analogue, ainsi que, dans des temps plus rapprochés, Empédocle, Platon, Socrate, et une foule d'autres personnages bien connus. La plupart des poètes ont été non moins mélancoliques ; el l'on en cite un bon nombre qui ont égale- ment souffert des troubles que ce tempérament détermine dans la santé. Chez les poètes, leur nature personnelle incline à ces affections. Tous les mélancoliques, presque sans exception, ont cette disposition naturelle. Quelle en est la cause ? Pour nous faire mieux comprendre nous nous servirons d'une comparaison. Le vin, quand on en boit une grande quantité, nous met surtout dans l'état où nous supposons les gens dits mélancoliques; il modifie nos caractères de cent façons, colère, attendrissement qui fait aimer tout le monde, sympathie universelle, effronterie, etc, Le miel, le lait, et l'eau, et tant d'autres aliments du même genre n'ont pas du tout cette action. On peut se convaincre que le vin opère toutes ces transformations, en voyant combien il peut changer les gens qui contractent l'habitude de s'enivrer. Si on les voit à jeun, ils sont de sang-froid et taciturnes. Pour peu qu'ils boivent un peu plus qu'il ne faut, les voilà d'une loquacité que rien n'arrête. En absorbant encore plus de vin, ils se mettent à déclamer ; ils sont pleins d'assurance; et en se laissant aller encore davantage, ils sont prêts à tout faire et à tout risquer. Quelques gorgées de plus les portent à insulter tout le monde, et les rendent fous. Enfin, un excès extrême les fait tomber dans l'idiotisme, comme les malades atteints d'épilepsie dès leur enfance, ou ceux qui se livrent sans raison à des idées mélancoliques. De même donc qu'une personne peut changer de manière d'être en buvant trop de vin, de même il y a des hommes qui, chacun en particulier, ont un tempérament de cette espèce. Ce que l'ivresse produit chez les uns, c'est la nature qui le produit chez les autres. L'un est bavard ; l'autre est agité; tel autre a les larmes faciles; c'est la nature qui les a faits ce qu'ils sont. Aussi, Homère met-il ces paroles dans la bouche du Cyclope: «Je me mets à pleurer, dit-on, quand je suis ivre. » Les uns alors sont pris d'une pitié subite ; d'autres sont grossiers; d'autres, d'un silence morne. D'autres s'arrêtent tout à coup de parler, et c'est ce qu'on remarque surtout chez les mélancoliques, qui ont des extases. Dans ces effusions, l'ivrogne va jusqu'à embrasser sur la bouche des gens qu'il n'oserait jamais embrasser, quand il est à jeun, soit à cause de sa position, soit à cause de leur âge.
Mais le vin ne donne quelque chose de particulier aux gens ivres que pour bien peu de temps, tandis que la nature vous fait ce que vous êtes pour la vie entière. C'est elle qui fait les braves, les silencieux, les bienveillants, les lâches. L'influence du vin et de la nature est donc la même sur les dispositions de chacun de nous. C'est toujours de part et d'autre une chaleur qui se thésaurise dans les organes. Le liquide absorbé, et le tempérament que donne la bile noire, sont des spiritueux. Aussi les maladies qui affectent la respiration et les hypochondres, sont-elles qualifiées de mélancoliques par les médecins. De là vient encore que le vin pousse les gens aux plaisirs de l'amour. La mythologie a réuni bien justement Bacchus et Aphrodite; et presque tous les mélancoliques sont lascifs et débauchés. Comme la chaleur que la nature met dans les mélancoliques est toute voisine du siège de l'intelligence, les mélancoliques sont exposés aux maladies qui viennent de la folie ou de l'enthousiasme délirant. Les Sibylles, les Bacchantes, et tous ceux qui sont inspirés par les Dieux ne sont pas précisément malades; mais c'est un tempérament qui leur est naturel. Maracus, le Syracusain, n'était jamais meilleur poète que quand il était hors de lui. Lorsque la chaleur se précipite avec excès vers le centre, les gens deviennent mélancoliques; mais ils sont plus intelligents, et, sous bien des rapports, ils sont supérieurs au reste des hommes, dans la science, dans l'art, dans le gouvernement des affaires publiques. Ce penchant à la mélancolie produit de grandes différences devant les dangers; et quelquefois alors on ne se ressemble plus à soi-même, sous le coup de la peur. Le tempérament mélancolique, qui est tout ensemble très chaud et très froid, cause toutes ces alternatives. Tantôt froid comme de l'eau, tantôt chaud comme le feu, il fait un lâche devant le péril, si, à ce moment, c'est le froid qui domine. Il ouvre la porte à la peur; et la peur refroidit, puisqu'elle fait trembler. Avec un peu plus de chaleur, la peur vous laisse en un état moyen ; et alors, bien que le danger soit toujours le même, on y reste insensible. On peut donc conclure que l'action de la bile noire étant très variable, l'humeur des mélancoliques ne l'est pas moins. Elle nous change tout autant que le vin peut le faire, quand on en prend avec excès. En résumé, on peut dire aussi que tous les hommes mélancoliques sont des hommes distingués, non point par suite d'une maladie, mais par le tempérament que la nature leur a donné.
Ces longues analyses doivent bien montrer quelle est la manière de l'auteur, ce que sont les questions qu'il aborde, comment il les traite, et quelle est la valeur des discussions auxquelles il se livre. Nous trouvons, pour notre part, que cette valeur est considérable ; et les spécimens que nous venons de rappeler, et que nous aurions pu multiplier encore, sont un témoignage frappant. Tout cela appartient à la plus haute Antiquité ; et l'esprit grec, au temps d'Alexandre, a pu faire de semblables recherches, sous cette forme, qui est très scientifique, et avec une sagacité à laquelle ses autres chefs-d'œuvre ont dû nous habituer. Ici, l'on peut surprendre le génie hellénique dans ses procédés les plus intimes et les plus efficaces. Un fait est constaté ; on l'expose et l'on se demande quelle en est la cause et l'explication. En répétant ces interrogations et ces réponses, provisoires les unes et les autres, on accumule une multitude indéfinie d'observations, auxquelles s'appliquent des solutions en nombre égal. Ce sont des matériaux successivement recueillis, qu'on classe d'abord d'après leurs affinités, et qui ne sont que des pierres d'attente pour un édifice plus régulier, ou plutôt pour des édifices qu'on se propose d'élever successivement, sans se préoccuper du temps énorme que chacun d'eux exigerait. Quel que soit un avenir dont on ne dispose pas, on a soin de ne pas perdre tant de pensées diverses et précieuses. On les consigne sur-le-champ, sauf à les employer ultérieurement, si on le peut.
Voilà l'idée générale sous laquelle se présentent les Problèmes. Quelle est l'authenticité de ce recueil ? C'est là ce qu'il nous reste à éclaircir, dans la mesure ou il est possible de le faire, à la distance où nous sommes, et d'après les documents que nous possédons. D'abord, il faut savoir que le sens du mot de Problème en grec répond complètement au sens du mot que notre langue reproduit. Etymologiquement Problème signifie simplement une chose mise en avant d'une autre; et c'est si bien la signification première qu'un Problème, dans la langue de la stratégie grecque, est un ouvrage avancé destiné à protéger des opérations militaires. Aristote a plus d'une fois pris le mot de Problème dans ce premier sens, et l'on en trouve plus d'un exemple dans les Problèmes eux-mêmes. Section I, § 34, il est rappelé que, dans certains cas morbides, le médecin peut cire embarrassé de savoir quelles sont les parties qu'il faut couper, ou celles qu'il faut cautériser ; et on lui recommande de ne brûler que les larges excroissances et celles qui ont beaucoup de « relief ». Dans ce passage, on le voit, c'est le sens propre du mot Problème. Un second sens qui est de beaucoup le plus ordinaire, c'est celui de question, de proposition, qu'on avance et qu'on veut discuter. Aristote a très fréquemment employé ce mot dans ses ouvrages de logique. En langue française, notre mot de Question est un équivalent très exact, tandis que le mot de Problème, quoique emprunté de la langue grecque, a une nuance un peu différente, qui appartient surtout aux mathématiques. A la logique, on peut joindre les Problèmes eux-mêmes, section III, § 22.
Quant au titre du recueil des Problèmes, Aristote est naturellement le premier de tous les témoins. II l'a cité au moins sept fois dans ses autres ouvrages. Nous relevons toutes ces citations une à une.
Météorologie, Livre II, ch. 6, § 1 ; Edition Firmin-Didot, III, 588. Aristote se promet d'exposer la théorie des vents, et il ajoute : « Nous traiterons en outre de tous les détails qui n'ont pu être exposés dans les Problèmes particuliers. » Cette mention indique très clairement la section XXVI de nos Problèmes, qui est en effet consacrée à des détails spéciaux sur chacun des vents. On a élevé parfois des doutes sur cette expression de «Particuliers»; mais nous ne partageons pas ces scrupules exagérés, et nous reconnaissons là une désignation précise des Problèmes, divisés, comme ils le sont, en explications spéciales. Le chapitre sur les vents ne fait pas exception, et ce sont en effet des questions très particulières qui sont traitées successivement, et chacune à part.
Une seconde citation, qui se rencontre également dans la Météorologie, est moins nette. Aristote vient de dire que les parasites ne se forment jamais dans l'estomac de l'animal, mais qu'ils se produisent dans la partie inférieure des entrailles, et il ajoute : « C'est dans d'autres ouvrages que nous avons dit quelle est la cause de cette putréfaction ». Alexandre d'Aphrodisée affirme, dans son commentaire, qu'Aristote a voulu désigner les Problèmes par ces mots. « D'autres ouvrages ». Ce n'est pas absolument démontré, bien qu'Alexandre d'Aphrodisée fut mieux placé que personne pour en juger. On trouve bien dans les Problèmes, section XX, § 12, un détail qui peut correspondre à ce passage de la Météorologie, livre IV, ch. 3, § 25, édition Firmin-Didot, p. 614, lign. 3 ; mais ce détail est si concis qu'il ne semble pas très probable qu'Aristote ait voulu y faire allusion.
Dans les Opuscules, traité de la Mémoire et de la réminiscence, ch. 2, § 2, édition de Firmin-Didot, p. 469, lig. 30, Aristote s'en réfère pour la réminiscence à ses « Discours épichérématiques », en d'autres termes ses Essais ; et Michel d'Ephèse croit qu'il s'agit des Problèmes, qui seraient désignés sous cette locution. Mais comme il n'y a rien dans les Problèmes qui soit relatif à la réminiscence et à la mémoire, il est probable que Michel d'Ephèse s'est trompé.
Le traité du Sommeil et de la veille, ch. 2, § 14, p. 160, et édition de Firmin-Didot, t. III, p. bO4, a une citation un peu plus directe, mais qui n'est pas encore positive. Aristote rappelle qu'il a expliqué dans ses « Problématiques » comment il se fait qu'on se souvient des songes qu'on a eus durant le sommeil, bien qu'on oublie souvent les actes faits durant la veille. On a voulu voir dans les Problématiques nos Problèmes ; mais ici non plus, nos Problèmes ne nous offrent rien de pareil, ni même d'analogue.
Autre citation, qui n'est pas plus concordante, traité de la Jeunesse et de la vieillesse, ch. o, § 6, p. 326, édition Firmin-Didot, t. III, p. 535. Aristote indique comment il faut, pour conserver longtemps le feu, le couvrir de cendre ; et il renvoie à ses Problèmes, pour la cause spéciale qui fait que le feu s'éteint si on le laisse libre, et qu'il se conserve bien plus longtemps, en couvant sous la cendre dont on l'a recouvert. Les Problèmes sont textuellement nommés dans ce passage ; mais les nôtres sont muets sur ce phénomène bien connu, et c'est en vain qu'on a cru y trouver une allusion dans la section I, § 55.
Les citations sont beaucoup plus satisfaisantes dans les deux grands traités des Parties des animaux, et de la Génération des animaux.
Parties des animaux, livre III, ch. 15, §2, p. Il6, et édition Firmin-Didot, t. III, p. 273, Aristote annonce qu'il a expliqué dans les Problèmes comment la présure se forme dans celui des estomacs des ruminants qu'on appelle le Hérisson. Les Problèmes sont expressément nommés ; mais ils ne contiennent actuellement rien sur le hérisson des ruminants.
Le traité de la Génération des animaux fournit, à lui seul, trois références, où les Problèmes sont nommés également. La première dans le livre II, ch. 10, § 3, p. Il6, et édition Firmin-Didot, tome III, p. 368, sur la dureté de l'alliage du cuivre et de l'étain ; la seconde, livre IV, ch. 4, § 17, p. 296, et édition Firmin-Didot, tome III, p. 400, sur les variations de dates dans la naissance de l'homme ; et la troisième, livre IV, ch. 7, § 2, p. 322, édition Firmin-Didot, tome III, p. 410, où Aristote rappelle qu'il a expliqué dans ses Problèmes la cause de la môle chez les femmes. Aucun de ces trois sujets n'a laissé de trace dans nos Problèmes actuels.
Enfin quelques commentateurs ont cru reconnaître les Problèmes dans les Encycliques de la Morale à Nicomaque, livre I, ch. 2, § 13, p. 14, et édition Firmin-Didot, tome II, p. 4, ligne 2; mais l'hypothèse est d'autant moins soutenable que les Encycliques étaient en deux livres, si l'on en croit les catalogues de Diogène-Laërce et d'Hésychius, nos 122 et nos Il3.
En résumé, aucune des citations personnelles d'Aristote ne se rapporte distinctement aux Problèmes, tels que nous les avons. Mais si ces références n'y sont pas applicables, il n'en reste pas moins certain qu'Aristote avait composé un ouvrage qui portait ce nom. D'où viennent donc ces inexactitudes ? On les a quelquefois attribuées à Andronicus de Rhodes. qui se les serait permises, comme complément de la classification qu'il essayait d'établir dans les nombreux écrits du philosophe. Ce sont peut-être aussi des interpolations, imaginées à bonne intention par des copistes postérieurs. Quoi qu'il en puisse être, on a été amené à penser qu'Aristote avait composé un recueil de Problèmes beaucoup plus considérable, dont le nôtre ne serait qu'un extrait.
Après le témoignage d'Aristote, c'est celui de son disciple Théophraste qu'il faudrait invoquer. Mais on n'est pas moins embarrassé, bien que par des motifs différents. Théophraste n'a jamais cité les Problèmes ; mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, des Problèmes entiers se reproduisent mot à mot dans quelques traités de Théophraste. Quand ce n'est pas l'expression qui est identique, c'est la pensée ; et comme cette coïncidence se répète un très grand nombre de fois, il est de la dernière évidence qu'il y a plagiat. Tout ce qui reste à décider, c'est de quel côté il est. Est-ce l'élève qui a copié le maître ? A première vue, on peut trouver que c'est très probable ; mais d'autre part, il paraît, dans bien des théories, que l'originalité appartient à Théophraste. Entre ces deux alternatives, on ne peut se décider que si de nouveaux documents nous sont fournis par quelque heureux hasard. Mais, selon toute apparence, ils nous manqueront toujours ; et la solution restera impossible pour nos successeurs comme pour nous. Entre Théophraste et Cicéron, deux siècles environ s'écoulent, où les Problèmes ne sont jamais mentionnés. Mais Cicéron nous apporte un témoignage irrécusable. Il est à Tuscu- lum, dans sa maison de campagne, où il est entouré d'amis choisis. Il est arrivé à une époque de sa vie où déjà sa carrière d'orateur est faite ; et bien qu'il ait obtenu au barreau les succès les plus éclatants et les plus mérités, il veut aborder des matières plus fécondes et plus sublimes. Ce sont des questions de philosophie qu'il traitera dans les heures de loisir qu'il s'est créées; et la première question qu'il propose à ses convives, non moins curieux que lui de ces hautes spéculations, c'est celle du mépris de la mort. Il soutient avec Platon et Socrate que l'âme est immortelle. Il vante les admirables facultés dont l'âme est douée; mais il sait aussi qu'elle est jointe à un corps ; et à ce propos, il cite l'opinion d'Aristote, qui a dit que la mélancolie est le partage de tous les hommes de génie. Ainsi qu'on l'a vu dans une de nos analyses, c'est précisément le sujet qu'Aristote a étudié dans la section XXX, § I, des Problèmes. La référence est donc parfaitement exacte. Cicéron a sous les yeux les Problèmes d'Aristote, bien qu'il ne les désigne pas par leur titre propre. Mais si nous pouvions éprouver en ceci le moindre doute, il n'y aurait, pour le dissiper, qu'à se rappeler ce qu'ajoute Cicéron : « Aristote confirme sa remarque par divers exemples, et regardant le fait comme certain, il en donne la raison». N'est-ce pas le résumé fidèle de la discussion d'Aristote ? Après avoir énoncé le principe général de sa théorie, ne l'appuie- t-il pas par les exemples d'Hercule et de Bellérophon, dans la mythologie ; d'Ajax, dans les temps héroïques ; et dans des temps plus rapprochés, de Lysandre, le Spartiate, d'Empédocle, de Socrate et de Platon parmi les philosophes ? Que pourrait-on demander de plus ? Et Cicéron, s'il n'a pas en main tout notre recueil des Problèmes, en a du moins cette partie, qu'il a lue comme nous pouvons la lire aujourd'hui.
C'est également à cette section des Problèmes et à cette théorie approuvée par Cicéron, que Sénèque fait allusion à la fin de son traité de la Tranquillité de l'âme. Tout en vantant le calme de l'intelligence et de la raison, Sénèque ne proscrit pas tout à fait les excitations extérieures, qui, en agissant sur le corps, doivent communiquer à nos facultés plus de vigueur. Les voyages, le changement de climat, un léger excès dans le boire et le manger, l'ivresse même pratiquée dans une certaine mesure, sont des moyens de réveiller notre activité intellectuelle. Pour soutenir cette thèse, Sénèque en appelle, un peu confusément, à quelques personnages dont l'autorité n'est pas à dédaigner, Solon, Arcésilas, Anacréon, Caton, Platon ; il en arrive à Aristote, qui a dit : « Qu'il n'est point de grand génie qui n'ait son coin de folie». Evidemment, c'est de la théorie de la mélancolie qu'il s'agit; et le résumé sommaire que Sénèque en donne, est au fond très exact. Comme Cicéron, Sénèque connaît donc les Problèmes, et il semble les goûter autant que lui.
La parole de Cicéron et de Sénèque n'a pas besoin d'appui étranger. Mais après eux, les témoignages abondent, aussi décisifs que nombreux : d'abord Pline, vers la fin du Ier siècle de notre ère, et ensuite Plutarque et Aulu-Gelle, dans le second ou au début du troisième, et Diogène Laërce, qui est presque leur contemporain.
Pline, Histoire naturelle, livre XVIII, ch. 34, (77, édition et traduction Littré, p. 703), en parlant de l'action du vent sur les végétaux et sur le bétail, cite l'opinion d'Aristote (vir immensae subtilitatis) relativement à l'influence du vent que les Grecs nomment le Caecias. Il ne pousse pas sa citation plus loin ; mais, c'est une allusion très claire à la section XXVI des Problèmes, §§ 1 et 31, où Aristote décrit l'action spéciale du Cœcias. Ce que Pline ajoute sur l'opposition des vents du Nord et du Midi est puisé à la même source, bien qu'il ne le dise pas.
Plutarque, qui vit de l'an 50 à l'an 120 après J.-C., a fait tant de citations des Problèmes qu'avec lui le seul embarras est de choisir.
D'abord, dans la Vie de Lysandre (ch. 2, § 6, édition de Firmin-Didot, p. 518), il rappelle qu'Aristote a remarqué que tous les grands hommes ont été de tempérament mélancolique : par exemple, Socrate, Platon, Hercule; et, en parlant de Lysandre spécialement, Aristote a dit que ce personnage n'avait pas toujours été mélancolique, mais qu'il l'était devenu dans sa vieillesse. C'est la théorie de notre section XXX, § 1, que nous avons déjà vue admirée par Cicéron et Sénèque.
Mais c'est surtout dans le traité des Propos de table (Symposiaques) que Plutarque allègue fréquemment l'autorité d'Aristote. Il y agite des questions toutes semblables à celles de nos Problèmes ; il les appelle de ce même nom. Les convives auxquels il prête ses dialogues sont gens fort instruits, qui ont beaucoup de lecture. Quand ils citent Aristote, on peut être assuré que c'est de première main et fort exactement.
Symposiaques, livre I, question 9, § § 1 et 2, édition Firmin-Didot, Œuvres morales, tome II, p. 759, ligne 20, un des convives demande à l'autre pourquoi Homère nous représente l'aimable Nausicaa lavant le linge de sa famille dans la rivière, au lieu de le laver dans la mer, qui cependant est plus près. Théon, le convive ainsi interrogé, répond qu'Aristote a dès longtemps résolu cette difficulté, en faisant remarquer que l'eau de mer contient des parties terreuses, qui la rendent plus lourde, en même temps qu'elles causent sa salure. De là vient qu'on nage dans la mer plus aisément que dans l'eau douce, et que les navires y enfoncent moins, même avec des charges plus fortes. L'eau douce au contraire, étant plus légère, cède davantage à la pesanteur des corps qui y sont plongés. Mais sa ténuité même fait qu'elle pénètre les étoffes et qu'elle les nettoie mieux. Plutarque conteste en partie cette explication. Mais la controverse nous importe peu, puisqu'en effet c'est bien le résumé de l'opinion d'Aristote, section XXIII, §§3, 10, 13, lu, 27, 32, 38. PIutarque a donc lu cette partie des Problèmes, bien qu'il ne les nomme pas.
Symposiaques, ibid. L'eau de mer, selon Aristote, est quelque chose de graisseux, comme le sel qu'on en tire. De là vient que les lampes brûlent mieux quand on y met quelques grains de sel, et que l'eau de mer, quand on en répand quelques gouttes sur le feu, s'enflamme avec lui, parce qu'elle est, de toutes les eaux, celle qui brûle le plus facilement. On peut voir les mêmes idées, d'ailleurs plus ou moins justes, dans les Problèmes, section XXIII, §§ 7 et 15.
Symposiaques, ibid., et quelques lignes plus bas, il est dit qu'Aristote a remarqué que, quand on se baigne dans la mer, on se sèche au soleil plus rapidement que quand on sort d'un bain d'eau douce. C'est bien la pensée exprimée dans les Problèmes, section XXIII, §10.
Symposiaques, livre III, question 3, il est parlé d'un traité d'Aristote sur l'ivresse, où il aurait avancé que les vieillards s'enivrent facilement, ainsi que les femmes. Nous ne connaissons pas ce traité spécial; mais c'est peut-être la section III des Problèmes, consacrée tout entière à l'ivresse et à ses effets. Il n'y est pas question des femmes ; il y est fait allusion aux vieillards, § o et § 26. A cette première citation, le convive qui l'a faite en joint une seconde. Selon lui, Aristote assure qu'on s'enivre moins en buvant tout d'un trait et sans reprendre haleine. C'est en effet ce qu'on trouve dans les Problèmes, section III, §§ 12, 21, 23.
Symposiaques, livre III, question 5, un des convives de Plutarque s'étonne qu'on puisse soutenir que le vin est froid par sa nature propre. Plutarque est pour l'affirmative ; et il emprunte cette opinion à Aristote, et même à Epicure. Son ami ne se rend pas; et Plutarque, pour le convaincre, est obligé de développer tous les arguments qu'on peut tirer des effets de refroidissement que le vin produit chez les ivrognes. Toute sa discussion est prise de celle d'Aristote, Problèmes, section III. Seulement Plutarque ne l'a peut-être pas très bien compris. D'après l'auteur des Problèmes, le vin n'est pas directement froid ; au contraire, il est naturellement chaud ; mais sa chaleur éteint la chaleur vitale dans le corps des ivrognes; et c'est en ce sens qu'on peut dire qu'il est froid, parce que, la chaleur vitale étant détruite, c'est le froid qui y succède; et le refroidissement, poussé trop loin, pourrait être mortel.
Symposiaques, livre Il1, question 7, édition Firmin-Didot, p. 796. A Athènes, on avait la coutume d'offrir aux Dieux les prémices du vin doux. A cette occasion, le père de Plu- larque célèbre le sacrifice d'usage; et après le souper, il propose aux jeunes camarades de son fils de discuter cette question : « Pourquoi le vin doux n'enivre-t-il point ? » On s'en rapporte à l'avis d'Aristote, qui rend compte du phénomène par la pesanteur du vin doux et par la quantité d'eau qu'il renferme. C'est précisément la raison que donnent les Problèmes, section III, § 18.
Symposiaques, livre III, question 8. L'entretien continue sur les effets de l'ivresse; et le père de Plutarque se demande pourquoi une demi-ivresse fait déraisonner plus qu'une ivresse complète ; il ne trouve pas qu'Aristote ait bien expliqué ce singulier phénomène. Il a dit que, quand on est à jeun, on voit les choses telles qu'elles sont et qu'on raisonne bien ; et que, quand on est abruti par l'ivresse, on a perdu tout usage de l'intelligence, tandis que quand on est à moitié ivre (en grec, Ἀκροθώραξ), il ne reste que l'imagination dans toute sa vigueur. Mais la raison est déjà troublée ; elle juge encore, mais elle juge mal ; c'est la fantaisie seule qui conduit les gens ainsi grisés. Ce sont là les expressions mêmes d'Aristote dans les Problèmes, section Il1, §§ 2 et 27. Le père de Plutarque n'approuve pas tout à fait cette démonstration, que son fils adopte complètement.
Symposiaques, livre III, question 10, § 18, édition Firmin-Didot, p. 801. Un convive raconte qu'ayant reçu de la chasse d'un ami une pièce de sanglier, il avait laissé le morceau exposé aux rayons de la lune, et que la viande s'était plus gâtée qu'aux rayons du soleil. En recherchant la cause de ce phénomène, Plutarque cite Aristote, qui affirme que les plaies faites par l'airain se guérissent plus vite que les plaies faites par le fer. C'est précisément ce que disent nos Problèmes, section I, § 34.
Dans un autre entretien (Symposiaques, livre VI, question 8, § 3, édition Firmin-Didot, p. 84o), Plutarque rappelle cette assertion d'Aristote que, quand au dehors il y a un refroidissement extrême, les parties internes éprouvent une chaleur considérable et une liquéfaction abondante. La citation est exacte, comme on le voit par les Problèmes, section II, § 5, et section XIV, § 16.
Symposiaques, livre VII, question 5, § 2, édition Firmin-Didot, p. 859, Callistrate discute sur les effets de la musique, et il croit, contrairement à l'opinion d'Aristote, qu'on peut être intempérant par les organes de l'ouïe et de la vue, comme on l'est par les organes du toucher et du goût. Aristote n'est pas absolument dans le vrai quand il borne à ces deux derniers sens l'idée d'intempérance. Problèmes, section XXVIII, §§ 2 et 7.
Symposiaques, livre VIII, question 3, édition Firmin-Didot, p. 878 et 879. Plutarque est à souper avec quelques amis chez Ammonius, préteur à Athènes, quand un bruit violent vient à retentir dans toute la maison. Ce sont des gens qui réclament à grands cris l'intervention du préteur dans une affaire qui les intéresse. Quand le tapage est apaisé, les convives se demandent comment il se fait qu'on entende si bien au dedans le bruit extérieur, tandis que du dehors on a tant de peine à entendre les voix parties du dedans. Ammonius cite l'avis d'Aristote, qu'il approuve; et à la suite, il discute deux autres questions, l'une sur la différence des sons dans la nuit et dans le jour, l'autre sur la sonorité des vases vides ou pleins. Tous ces phénomènes sont étudiés formellement dans nos Problèmes, section XI, §§ 8, 33 et 37.
Symposiaques, livre VIII, question 10, §4, édition Firmin-Didot, p. 895, ligne 36, Plutarque et ses fils, avec quelques amis, entre autres Favorinus, sont réunis aux Thermopyles, sans doute pour y célébrer une fête nationale. Un d'eux a sur lui l'ouvrage d'Aristote intitulé : Questions naturelles. On en lit plusieurs passages, dont l'un concerne l'effet que produisent les fruits sur la santé, en provoquant des rêves, « pendant les mois de la chute des feuilles ». Aristote supposait que les mauvais rêves, à cette époque, venaient de l'usage immodéré qu'on faisait alors des fruits de toute espèce. Si, dans ce passage, les Problèmes sont expressément nommés, ils ne nous fournissent pas très précisément, dans l'état où nous les avons, la pensée que Plutarque en tire. Pourtant, dans la section XXII, il est question de la digestion des fruits, qui semblent fort lourds pour certains estomacs.
Voilà, de compte fait, douze citations des Problèmes dans les Symposiaques, et l'on pourrait en découvrir d'autres dans ce même traité. Dans des traités de Plutarque différents, on en trouve encore trois, qu'il ne faut pas négliger, quelque satisfaisantes que soient les précédentes.
Dans le traité d'Isis et d'Osiris, ch. 79, édition Firmin-Didot, page 468, l'auteur cite Aristote sur l'action des parfums exhalés par les fleurs et par les prairies, qui est aussi salubre qu'agréable; elle contribue à la santé au moins autant qu'au plaisir. La section Xll de nos Problèmes est consacrée à l'étude des bonnes odeurs. L'opinion que Plutarque attribue au philosophe ne s'y rencontre pas sous la même forme ; mais le passage de Plutarque peut sembler en être un résumé assez exact.
Dans le traité des Oracles de la Pythie, ch. 3, édition Firmin-Didot, p. 483, il est parlé de l'opinion d'Aristote, relativement à l'effet que l'huile produit sur la rouille. Cette citation ne se rapporte pas à nos Problèmes, mais aux « Problèmes inédits », publiés par M. Bussemaker, livre III, ch. 17, édition Firmin-Didot, tome IV, p. 328.
Dans le traité de la Répression de la colère, ch. 3, édition Firmin-Didot, p. 551, ligne 3, on rappelle qu'Aristote a dit que la colère cède à une aspersion d'eau froide ; et cette assertion se retrouve effectivement dans nos Problèmes, section VIII, § 20.
En résumé, Plutarque a nos Problèmes; mais il a peut-être aussi, sous la même désignation, un autre ouvrage que le nôtre.
Après Plutarque, Aulu-Gelle, son contemporain, connaît les Proverbes d'Aristote tout comme nous; et s'il les cite moins souvent, ses indications ont l'avantage d'être beaucoup plus précises. Aulu-Gelle, qui vivait sous Adrien et Antonin le Pieux et qui mourut dans les premières années du règne de Marc-Aurèle, était un de ces Romains qui cherchaient à s'approprier tous les trésors de la culture hellénique. Fort jeune encore, sa famille l'avait envoyé compléter son éducation aux écoles d'Athènes, et il semble bien qu'il y est retourné plus d'une fois. Dans une préface, qu'un auteur moderne ne désavouerait pas, il nous apprend comment il a composé son recueil, et pourquoi il lui a donné le titre de Nuits Attiques. C'est sur le sol de l'Attique et pendant les longues nuits d'hiver qu'il a composé son recueil, avec les remarques de tout genre que lui fournissaient ses lectures. Il a la passion de la grammaire, de la rhétorique et de la jurisprudence. Il réunit ses notes en vingt livres, où il s'inquiète peu de l'ordre et de l'affinité des matières. En bon père de famille, il a pensé à préparer à ses enfants des sujets de délassements, pour les loisirs que les affaires pourront leur laisser. Aulu-Gelle est un lettré, qui ne manque pas de goût et qui est fort instruit. Quand il parle d'Aristote et qu'il le traduit, on voit qu'il le comprend à merveille, dans le texte que ses maîtres d'Athènes lui ont communiqué. On peut donc s'en fier à lui et à eux.
Nuits Attiques, livre I, ch. 11. Aulu-Gelle rappelle, d'après Thucydide, que les Lacédémoniens avaient l'habitude de marcher au combat au son des flutes et non des trompettes; et, à ce propos, il cite l'opinion d'Aristote, qui, dans ses Livres des Problèmes, « in libris Problematum, » a expliqué cette vieille coutume d'une marche si intrépide et si noble, et qui a dit en quelques mots : « Pourquoi marchent-ils au combat au son de la flûte ? C'est pour reconnaître les lâches qui n'osent pas avancer. » Et Aulu-Gelle cite le texte grec, sans le traduire. Comme ce passage ne se retrouve pas dans nos Problèmes, il est bien probable que l'édition qu'avait l'auteur latin n'était pas tout à fait semblable à la noire. C'est une remarque qu'on a déjà dû faire pour une citation de Plutarque. Mais dans Aulu-Gelle, cette différence n'a pas de conséquence; et il va nous présenter plusieurs citations qui sont parfaitement conformes à notre texte actuel.
Nuits Attiques, livre II, ch. 22. Favorinus, à qui Aulu-Gelle cède la parole, expose une théorie complète des vents, et il rappelle ce qu'Aristote a dit du Cœcias, vent qui souffle de telle façon qu'après avoir poussé quelque peu les nuages, il les attire de nouveau sur lui. C'est précisément ce que disent aussi nos Problèmes, au § 1 de la section XXVI, et ibid., § 31. Favorinus répète, comme Aristote, le proverbe populaire auquel cette marche récurrente du Cœcias avait donné naissance.
Nuits Attiques, livre II, ch. 30. Selon Aulu-Gelle, les physiciens les plus savants ont observé que, lorsque l'Auster souffle, la mer devient verdâtre ou bleu foncé, tandis que, sous le souffle de l'Aquilon, la couleur s'obscurcit et tourne au noir. Aulu-Gelle ajoute en son propre nom : « Je crois avoir trouvé la cause de ce phénomène dans les livres des Problèmes d'Aristote. Pourquoi, dit-il, quand l'Auster vient à souffler, la mer est-elle bleu foncé, et est-elle plus noire et plus obscure quand c'est l'Aquilon ? Est-ce parce que l'Aquilon agite moins les flots ? Car plus un objet est immobile, plus il semble noir. » C'est la traduction fort exacte du § 39 de la section XXVI.
Mais c'est particulièrement dans le livre XIX des Nuits Attiques qu'Aulu-Gelle multiplie ses citations des Problèmes.
Nuits Attiques, livre XIX, § 2, l'auteur, dissertant sur les plaisirs des sens, louables quand ils sont modérés, honteux et méprisables quand ils ne le sont pas, s'attache aux deux sens du goût et du toucher, dont les excès sont réprouvés par les sages. Il s'autorise, pour cette théorie, du jugement d'Aristote, persuadé que les conseils d'un si illustre philosophe détourneront bien des gens de ces voluptés infâmes. Il cite en grec un passage de douze ou quinze lignes qui est textuellement dans nos Problèmes, section XXV111, § 7. On ne saurait désirer un témoignage plus complet ni plus frappant.
Nuits Attiques, livre XIX, ch. 4. « Aristote, dit Aulu-Gelle, a composé un ouvrage intitulé Problèmes physiques (Problemata physica), qui abonde en observations aussi intéressantes que variées. Il y recherche, par exemple, pourquoi une frayeur subite et violente cause presque toujours et incontinent la diarrhée, et pourquoi, après être resté longtemps devant le feu, on sent le besoin d'uriner. » C'est bien ce qu'Aristote dit dans nos Problèmes, section XXVII, § 10.
Au chapitre suivant, 5 du livre XIX des Nuits Attiques, Aulu-Gelle raconte qu'il s'était retiré pendant les grandes chaleurs de l'été chez un de ses riches amis à Tibur. Au repas, on servait de l'eau de neige, pour mieux rafraîchir les convives, qui ne se faisaient pas faute d'en boire largement. Un d'eux, fort instruit et admirateur passionné d'Aristote, essayait de les arrêter, parce que, selon les médecins les plus expérimentés et selon Aristote, « qui savait tout ce qu'un homme peut savoir », c'est une boisson malsaine. Les convives n'écoutent pas le sermon ; mais le péripatéticien va chercher un exemplaire d'Aristote à la bibliothèque de Tibur, qui était dans le temple d'Hercule; et il lit un passage où l'eau de neige est absolument condamnée par le philosophe, comme nuisible à la santé. Aulu-Gelle cite encore textuellement ce passage, en le traduisant. Mais ce passage ne se retrouve pas dans nos Problèmes, bien que le sujet y soit touché par des allusions. La plupart des convives se laissent convaincre par une autorité aussi grave ; et ils s'abstiennent de ce rafraîchissement dangereux.
Même livre XIX des Nuits Attiques, § 6, Aulu-Gelle dit : « On lit dans les Problèmes d'Aristote : Pourquoi la honte fait-elle rougir, et la crainte fait-elle pâlir, malgré la ressemblance de ces deux affections ? C'est que, par l'effet de la honte, le sang se répand du cœur dans toutes les parties du corps et se montre à la surface, au lieu que, dans la crainte, il se retire du cœur et abandonne le reste du corps. » Aulu-Gelle cite en grec ce passage, dont il avait discuté le sujet avec un de ses maîtres d'Athènes, Taurus ; le texte qu'il reproduit n'est pas absolument le nôtre ; mais les pensées sont bien d'Aristote ; et nous les retrouvons identiquement dans nos Problèmes, section XXVII, §§ 6 et 8, et section XXXI, §§ 1, 3, 8, 12.
Enfin, Nuits Attiques, livre XX, § 4, Aulu-Gelle raconte qu'un jeune homme riche, son condisciple, aimait la société des comédiens, des joueurs de flûte, et qu'il se plaisait à fréquenter ces hommes de libre allure, que les
Grecs appellent les artistes de Bacchus. Taurus voulait détourner ce jeune homme de la compagnie des gens de théâtre, et il lui envoya le passage suivant de l'ouvrage d'Aristote intitulé: Problèmes encycliques, en lui recommandant de le lire tous les jours: « Pourquoi les artistes de Bacchus sont-ils le plus souvent des gens pervertis ? Est-ce parce qu'ils restent étrangers à l'étude et à la philosophie, consacrant la plus grande partie de leur existence au métier qui les fait vivre? Est-ce parce qu'ils sont presque toujours dans les débauches, quelquefois dans la misère ? Ce sont là deux sources de vices. » Aulu-Gelle reproduit le texte grec, qui est celui-là même que nous avons, Problèmes, section XXX, § 10. On voit qu'Aulu-Gelle, après avoir appelé l'ouvrage d'Aristote Problèmes naturels, Questions naturelles, l'appelle ici Problèmes encycliques, ou encyclopédiques. La diversité des matières étudiées dans les 38 sections des Problèmes est en effet une sorte d'encyclopédie.
Huit citations d'Aulu-Gelle, seize de Plutarque, sans oublier Sénèque et Cicéron, forment un ensemble de témoignages irrésistibles. Il doit être avéré désormais que, dès le temps de Sylla, les Problèmes d'Aristote sont connus de tous les lettrés romains, qui savent le grec aussi bien que leur propre langue. Le texte est pour eux le même en général que celui de nos éditions ; mais il semble assez probable aussi qu'il y a quelque différence de rédaction. Ces conclusions peuvent sembler définitivement acquises.
On pourrait y joindre, si on le voulait, le témoignage des Catalogues de Diogène Laërte, de l'Anonyme de Mesnage(IIésychius ?) et même de l'Anonyme arabe, composés sans doute d'après ceux de Ptolémée et d'Andronicus de Rhodes (édition de Firmin-Didot, tome IV, 2e partie, pp. et suiv. par M. Emile Heitz, d'après MM. Cobet et Valentin Rose). Le Catalogue de Diogène Laërte, qui est de beaucoup le moins irrégulier et le plus digne d'attention, cite, numéro 120, un ouvrage d'Aristote intitulé : Problèmes physiques par ordre, 38. Ce sont nos 38 sections des Problèmes actuels, rangés comme ils le sont. L'Anonyme de Mesnage, sous son numéro 101, reproduit cette indication, en déplaçant seulement une partie de l'expression sans la changer, et mettant 38 avant Par ordre. L'Arabe, numéro 50, parle de Questions naturelles ; mais il ne leur attribue que quatre livres, ce qui laisserait supposer qu'il y avait pour les Problèmes une division que nous ne connaissons pas, et qui ne se rapporte même pas aux Problèmes inédits, divisés en trois sections. Ailleurs, numéro 66, il parle de Questions encycliques. C'est le recueil des Problèmes. Dans une annexe à ce catalogue arabe, il y a, sous le numéro 5, la mention d'un ouvrage sur le vin et sur l'ivresse, comme dans les Problèmes actuels ; mais cet opuscule ne contenait que 22 questions, tandis que les Problèmes en ont 35 sur ce sujet, section III.
N'est-ce pas assez des autorités si graves que nous avons indiquées ? Auprès d'elles, les catalogues perdent beaucoup de leur poids ; et à cet égard, nous partageons l'avis de M. Emile Heitz, qui les juge très peu satisfaisants, bien qu'il ne faille pas les dédaigner entièrement. On pourrait même, pour en finir avec les Anciens, du IIe au Ve siècle, consulter Galien, Apulée, Athénée, Macrobe et plusieurs autres ; mais ce complément semble superflu après tout ce que nous venons de constater.
En passant aux Modernes, nous n'avons plus rien à apprendre d'eux sur l'authenticité ; mais il est utile de savoir ce qu'ils pensent du recueil. A l'exemple de M. Carl Prantl, nous interrogerons Henri Estienne (1557), Sylburge (1585), Casaubon (15090), Septali (1632),; dans le xviiie siècle, Harles, Buhle, Levêque, et dans le nôtre, Stahr, Prantl, Bussemaker, Emile Heitz, etc, Henri Estienne, dans une préface à quelques ouvrages d'Aristote et de Théophraste, déclare que la plus petite partie des Problèmes est d'Aristote, et que le reste est plus récent. De la part d'un juge tel que lui, cette appréciation a une réelle importance. On ne peut pas cependant l'accepter sans réserve ; ce n'est pas la plus petite partie des Problèmes qui doit paraître l'œuvre d'Aristote ; c'est au contraire la presque totalité ; et si l'on doit faire des exceptions, elles sont certainement peu nombreuses. Sylburge, en parlant des Problèmes attribués à Alexandre d'Aphrodisée et à Cassius, partage l'avis d'Henri Estienne ; et il ne reconnaît aussi la main d'Aristote que dans une partie des Problèmes. Éditeur des œuvres complètes du philosophe, il devait avoir un juste sentiment de son style, qu'il avait pratiqué durant de longues années. Casaubon, qui adonné, comme Sylburge, une édition générale, mais moins bonne, d'Aristote, croit que la plus grande partie des Problèmes est authentique. Louis Septali, l'auteur du commentaire le plus étendu, n'hésite pas; c'est Aristote seul qu'il est sûr d'expliquer à ses élèves; et lorsque, sur des points extrêmement rares, il se sépare de lui, c'est aux copistes et à des interpolations qu'il s'en prend. Mais il ne peut jamais admettre qu'Aristote se soit trompé; et quand Aristote paraît se contredire lui-même, il s'efforce de concilier les oppositions choquantes que présente parfois la rédaction des Problèmes, Harles ne semble pas avoir plus de doutes que Septali, sans être néanmoins aussi enthousiaste. Buhle, qui d'abord avait admis l'authenticité, s'est ravisé plus tard, et il a supposé que les Problèmes n'étaient que la réunion d'extraits empruntés à divers auteurs. Cette hypothèse n'est pas acceptable.
Lévesque [Notiees et extraits des manuscrits, tome VII, 2e partie, p. 1iH) croit que ce sont des rédactions d'élèves d'Aristote, supposition qui n'est pas plus admissible que celle de Buhle. Ad. Stahr (Aristotelia, II, p. 158) ne doute pas que les Problèmes ne soient l'œuvre d'un péripatéticien postérieur . M. Bussemaker (édition Firmin-Didot, tome IV, préface) ne semble pas hésiter non plus ; les Problèmes sont d'Aristote; et même une grande partie des Problèmes inédits lui appartiennent. M. Emile Heit/; n'avait pas à se prononcer dans son édition des Fragments d'Aristote ; mais quoiqu'il ne critique pas spécialement nos Problèmes, il s'en est beaucoup occupé, en rassemblant les citations que nous- même nous avons citées plus haut, et l'on peut supposer qu'il tient les Problèmes pour suspects, plus que ne le faisait M. Bussemaker, (édition Firmin-Didot, tome IV, 2e partie, pp. 194 et suiv.)
Nous ne voudrions pas, pour notre part, émettre une opinion qui prétendît à être absolument définitive ; mais, parmi tous les auteurs que nous venons de rappeler, c'est peut-être encore à Casaubon que nous nous joindrions le plus volontiers. Ce qui nous inspire cette confiance, ce .sont avant tout les témoignages venus de l'Antiquité, à commencer par celui de Cicéron, que tant d'autres ont suivi.
Cette préface serait incomplète si nous ne disions pas au moins quelques mots des Problèmes inédits, que Bussemaker a découverts, d'après les indications d'Yriarte, dans les bibliothèques de Paris et de Madrid. Le recueil, divisé en trois sections, contient 262 questions ou Problèmes : 22 pour la première ; 186 pour la seconde ; et 54 pour la dernière. Les matières sont confuses, et en général fort disparates, quoique juxtaposées. La première section est peut-être la moins irrégulière des trois ; elle est plus particulièrement médicale, bien que les sujets en soient encore très variés. Les réponses sont fort longues, parfois même prolixes. Au contraire, dans la seconde section, ou au moins à son début, les questions et les réponses sont à peine de quelques lignes. Après la 38e question, l'auteur s'arrête tout à coup, pour annoncer, dans une sorte de parenthèse, qu'il va traiter des accidents communs à tous les âges : vertige, éternuement, bâillement, hoquet, étourdissement, et de quelques accidents particuliers, tels que la couleur des cheveux et des poils, la calvitie, la voix grave ou aiguë, le nasillement, la vigueur ou la faiblesse de quelques sens, l'ouïe, l'odorat, etc,, tous sujets traités dans nos Problèmes. Il finira en parlant de la nausée. Après cette digression, il reprend le cours de ses questions, et il suit d'abord assez bien le programme qu'il vient de se tracer, vertige et éternuement ; puis, il l'abandonne pour se poser une question sur les vents; il revient encore à l'éternuement en quelques questions, qu'il laisse bientôt pour disserter longuement sur les poils, sur les ongles, sur les cheveux. Il passe ensuite à la voix ; il y consacre une quinzaine de questions. Il en donne aussi quelques-unes à l'odorat. Il est plus bref encore sur la nausée ; il s'étend davantage sur les purgatifs et sur la diarrhée, qu'il étudie dans tous ses effets et toutes ses causes. Il laisse ce genre de questions à partir de la 125e, et jusqu'à la 186e, qui finit la seconde section, il ne s'occupe que de zoologie ; il donne son attention à peu près exclusivement au cochon et au cheval. La troisième section est encore plus irrégulière. Après quelques questions fort étranges de botanique, l'auteur s'arrête au vin, à l'huile, au lait, aux œufs, aux viandes rôties ou bouillies, en se permettant, sur son chemin, des détours peu explicables, sur les Thraces, qui parlent le grec d'autant plus mal qu'ils sont plus âgés, et sur l'eau du lac Hyrcanien, qui lave parfaitement le linge. La 54e et dernière question demande pourquoi la chaleur du soleil fait dormir certaines personnes et ôte le sommeil à d'autres. Dans la 11e question de cette troisième section , l'auteur s'autorise de l'opinion d'Aristote sur la transfusion du vin dans des outres. Dans nos Problèmes, Aristote a bien en effet traité le même sujet, section XXV, § 8. Ceci prouve de reste qu'Aristote n'a pas composé les Problèmes inédits, que quelque faussaire maladroit a mis sous son nom. Mais pour en être bien convaincu, il suffit d'un coup d'œil jeté au hasard sur cette composition presque informe. Ni les pensées, ni le style ne peuvent être d'Aristote. Ils ne sont pas même de son temps ; et il fallait une bien grande confiance dans la crédulité des lecteurs pour risquer une fraude si transparente. Ce qui est vrai, c'est que le compilateur des Problèmes inédits connaissait les Problèmes d'Aristote, puisqu'il l'a imité, ou reproduit, dans bon nombre de questions, une quarantaine environ, où il s'inspire de lui très souvent, tout en ne le nommant qu'une seule fois.
Maintenant, après avoir éclairci, autant qu'il a dépendu de nous, les obscurités qui recouvrent la composition et l'authenticité de nos Problèmes et de leurs 38 sections, il nous faut conclure. Les résultats de notre discussion sont les suivants :
1e Les Problèmes sont attribués à Aristote dès le temps de Cicéron, qui les avait lus dans la bibliothèque laissée par Sylla, et dans les exemplaires classés par Andronicus de Rhodes. Après Cicéron, d'autres écrivains, considérables aussi, les connaissent comme lui, et en citent des morceaux entiers, soit dans le texte grec, soit dans des traductions fidèles.
2e L'authenticité, établie par tous ces témoignages, qui s'appuient les uns les autres, doit paraître prouvée également par la nature des discussions qui remplissent nos Problèmes. Elles ne sont pas indignes du génie d'Aristote ; et la forme qu'elles ont revêtue par questions et par réponses semble avoir en, dans l'Antiquité, une grande vogue, puisque cette forme a été imitée par Plutarque et par d'autres écrivains.
3e Cette authenticité générale n'est pas infirmée par le désordre de quelques parties, par des contradictions et des interpolations, qui sont d'ailleurs assez rares. Le désordre s'explique, ainsi que les répétitions, par les circonstances où Aristote a dû s'éloigner précipitamment d'Athènes. Enfin, des interpolations se présentent dans toutes les œuvres d'Aristote, et les Problèmes n'y ont pas échappe. plus que d'autres.
Section Première. Questions médicales. — De la maladie; sa cause générale; méthodes diverses des médecins; influences des saisons et des vents; effet contagieux de la peste: vents du nord et vents du sud; leur action sur les maladies diverses ; changement de boissons ; changement d'air; maladies des vieillards; effet des contrées marécageuses sur les plaies; maladies des enfants; maladies aiguës; effets de l'hiver et de l'été sur les maladies; du printemps et de l'automne; du cataplasme ; du pus; emploi du fer et du feu; action particulière de l'airain sur les plaies; de la tisane d'orge, de la tisane de blé; différents emplois des bains et des frictions; des purgations par en haut et par en bas; des purgatifs divers; effets du poivre sur la vessie; effet général des purgatifs; effet des plantes odorantes; des ulcères; influence de l'acte vénérien; des symptômes fournis par les urines; des conditions de la santé; des engelures; doses des potions ; traitement des lièvres quartes ; causes ordinaires des lièvres.
Section II. Questions sur la sueur. — Rapports de la respiration et de la sueur ; effet de l'eau chaude sur la sueur; salure de la sueur; la sueur plus forte dans les parties hantes du corps que dans les parties inférieures; sueur provenant du travail manuel; sueur de la tête sans odeur ; sueur après la fatigue ; sueur provenant des lotions; sueur provoquée par les vêtements ; sueur du visage ; sueur provoquée par le feu ; sueur épongée ; plantes sudorifiques ; sueur plus forte dans le dos ; sueur dans le sommeil ; sueur causant des nausées; sueur aux pieds; sueur en hiver et en été ; soulagement que procure la sueur ; sueur produite en courant; sueur pendant le repas ; sueur produite par la peur ; sueur dans les étuves; sueur de fatigue ; sueur de frisson ; sueurs chaudes, sueurs froides ; sueur venant de la vivacité des mouvements; sueurs spontanées; salubrité de la sueur. 54
Section III. De l'usage du vin et de l'ivresse. — Influence du froid sur les ivrognes; leur déraisonnement; effet du vin trempé d'eau; infécondité des ivrognes; leur tremblement ; les enfants n'aiment pas le vin; effets de l'ivresse sur le sens du goût; tournoiement de tous les objets dans l'ivresse ; multiplication des objets aux yeux de l'ivrogne ; différence du vin doux et du vin pur causant 1 ivresse; ivresse du matin; effets de l'exercice ; actions diverses du vin sur les ivrognes ; influence du chou sur l'ivresse ; vomissements dans l'ivresse ; effets de l'absorption plus ou moins rapide du vin ; cas où le vin peut être mortel; larmes faciles des ivrognes; influence de la dimension des coupes sur l'ivresse; explication du tremblement auquel les ivrognes sont sujets; insanités dans la demi-ivresse; différence du vin doux et du vin ordinaire; les ivrognes aiment à se chauffer au soleil; bégaiement des ivrognes ; leur impuissance ; urination des ivrognes, jeunes ou vieux; effets de l'huile contre l'ivresse. 89
Section IV. Questions relatives à l'acte vénérien. — De l'effet que l'acte vénérien et la mort causent sur les yeux; des effets sur les jambes; objet des poils du pubis; des pollutions nocturnes; affaiblissement causé par la perte du sperme; effet de la peur sur l'émission du sperme; effet du jeûne sur l'acte vénérien; dégoût des jeunes gens pour leurs premières amours; effet de l'équitation sur les plaisirs vénériens; odeur de la peau à l'époque de la puberté; l'être sorti de notre semence est le seul qui soit vraiment nôtre ; de l'acte vénérien dans l'eau; vivacité du plaisir vénérien; effet morbide et réfrigérant de l'acte vénérien ; chute des cils et des cheveux causée par les excès; effet du besoin d'uriner; effet des hernies; abattement à la suite de l'acte vénérien; l'érection; odeur qu'exhalent les gens lascifs; effet des saisons sur les plaisirs de l'amour; différences dans la vivacité de la sensation vénérienne ; variétés de constitution; pudeur qui empêche d'avouer le désir vénérien, tandis qu'on avoue bien d autres besoins ; les hommes plus ardents en hiver; les femmes, eu été; effets de la continence excessive; froideur vénérienne des mélancoliques; lascivité des oiseaux et des hommes; effets de l'acte vénérien sur l'acuité de la vue. 130
Section V. De la fatigue. — De la marche sur un terrain plat ou sur un terrain accidenté; affaiblissement de la voix iu.nnl on est épuisé de fatigue ; action de la gymnastique, rapetissant le ventre et faisant disparaître la graisse; effet des frictions d huile sur les membres fatigués ; effet des vomitifs contre la fatigue; fatigue des bras agissant à vide; céphalalgie causée par la marche rapide; différences de l'effet des terrains où l'on marche; des petits pas; effet de l'équitation sur le larmoiement des yeux: effets des exercices sur le ventre ; des courses rapides et longues; rythme de la respiration ; chutes fréquentes dans les courses; fatigue des genoux dans les montées; et dans K-s descentes, fatigue des cuisses; essoufflement; tempéraments de force moyenne; plaies par suite de fatigues ; repas après les exercices ; course et marche ; pollutions nocturnes; effets de la tempérance; action des bains et des lotions ; suffocations dans une course violente ; irrégularités dans la marche ; terrains en pente. 165
Section VI. Effets de la position du corps et de ses habitudes. — Effets de la vie sédentaire, selon les tempéraments, et de la gymnastique sur les membres; de la flexion du corps durant le sommeil; du vertige quand on est assis, ou debout ; du sommeil selon qu'on est couché sur le côté droit, ou sur le côté gauche ; de l'engourdissement; de la position sur le côté gauche, ou sur le côté droit. 204
Section VII. De quelques effets de sympathie. — Effets du bâillement d'autrui sur le nôtre ; effets du feu sur l'envie d'uriner ; de la contagion de certaines maladies ; effets de certains bruits sur nos sens, et de certains objets sur la vue ; effets de certaines blessures; contagion de la phtisie, de l'ophtalmie et de la peste; action du pourpier et du sel sur les saignements ; action contraire de la cendre et du nitre. 210
Section VIII. Effets du froid et du frisson. — De la pâleur causée par le froid; de l'insomnie venant de la même cause; action du froid sur les maladies, sur les athlètes. sur les extrémités du corps ; froid de pieds ; action du froid sur les gens replets; frissons après l'éternuement et l'urination; effet du froid sur l'appétit et après les exercices; frisson causé par l'eau froide et l'eau chaude; érection des poils; balbutiement causé par le froid; froid plus intense quand on court ; froid du matin ; effets du feu sur les gens qui ont froid ; la colère empêche de sentir le froid; action du froid sur les cheveux, les poils et le sommeil. 221
Section IX. Des meurtrissures, des contusions et des cicatrices. — Effets de la viande fraîche et des œufs sur les meurtrissures; cicatrices noires; cicatrices blanches; nature des plaies, noires à la circonférence, blanches au centre; effets des éclisses ; effets d'un coup de baguette opposés aux effets que produit un corps plus large ; rapports de la rate et des couleurs de la cicatrice ; effets de certaines substances sur les contusions : action de la thapsie et du cyathe sur les plaies; noirceur de la peau dans les parties du corps qui ont eu des plaies répétées ; impression du métal sur les contusions ; absence de poils sur les cicatrices ; cause des gonflements et des taches livides survenant à la suite d'un coup. 238
Section X. Explication sommaire de quelques faits naturels. — De la toux chez l'homme et les autres animaux; saignements de nez; la graisse; la lèpre blanche; le lait produit plus ou moins abondamment selon les espèces; la boisson change la couleur des animaux ; les mâles sont plus grands que les femelles; gestation longue ou courte ; ressemblance des jeunes à leurs parents ; les yeux bleus; les nains; multiparité ; distance des yeux ; pollutions nocturnes ; mouvements de la tète; éternuement ; épaisseur de la langue ; urination des femelles ; chute des poils; laine des montons; lascivité des gens velus ; nombre des pieds toujours pair ; les cicatrices ; les jumeaux ; le sommeil ; relations des jeunes et des parents ; méchanceté des animaux après la parturition ; les eunuques ; la voix dans l'homme et dans les animaux; la pierre chez l'homme; le rot; animaux domestiques et sauvages; ombilic de l'homme; saillies des animaux; écartement des dents ; raies de la main ; difformités de l'espèce humaine ; effets de la fumée ; sociabilité des animaux ; parties du corps plus ou moins velues; explication de l'éternuement ; grosseur des animaux marins ; nourriture sèche et liquide ; la calvitie n'atteint pas les eunuques ; déjections des animaux ; complexion plus ou moins dure des animaux en rapport avec leur courage ; des monstruosités ; cheveux de l'homme seuls à blanchir; naissance spontanée ; dents, ongles et peau des Ethiopiens ; animaux vivant sans tête. 251
Section XI. Faits relatifs à la voix et au son. — Infirmité fréquente de l'ouïe ; chaleur cause de la force de la voix ; influence de la nuit sur le son ; de loin, la voix paraît plus aiguë ; résonance des vases fermés ; bruit de l'eau qui tombe, plus aigu quand elle est froide ; rudesse de la voix au moment du réveil ; enrouement après le repas ; différences de la voix dans le rire ou dans les pleurs ; acuité de la voix chez les enfants et les jeunes animaux : effets de la liqueur séminale sur la voix ; gravité de la voix en hiver, et après qu'on a bu ou vomi ; effet de la distance sur le son ; acuité de la voix par l'effet de la maladie ; le son dans l'écho ; voix grave des veaux ; diminution du son par la paille répandue sur le plancher ; pétillement du sel dans le feu ; bégaiement alternatif des enfants ; sonorité des vaisseaux vides ; effet du bâillement sur l'ouïe ; tremblement de la voix dans l'inquiétude et dans la peur ; le bégaiement empêche de parler à voix basse ; portée différente du son de dehors en dedans, ou de dedans en dehors ; effet du poireau sur la voix ; effet de la respiration ; portée de la voix du haut en bas et de bas en haut ; effet de l'ivresse sur la voix ; différence de la lumière et de la voix par rapport aux corps ; effets de la simultanéité des voix ; cause du bégaiement; l'homme est le seul animal qui bégaie ; formation tardive de la voix chez l'homme ; action des corps environnants sur le son ; voix des enfants, des femmes, des eunuques et des vieillards. 318
Section XII. Des bonnes odeurs. — Effets de la distance sur la sensation des odeurs ; erreur populaire prêtant à l'arc-en-ciel une influence sur l'odeur des arbres ; odeur des fleurs et des parfums meilleure de loin ; les choses ont plus d'odeur quand on les agite ; action du froid sur la propagation des odeurs ; la cendre incandescente développe les odeurs plus que le feu ; différences dans l'odeur des roses selon leur conformation ; nature de l'odeur ; action de l'eau sur l'odeur des vins ; les vins purs ou mélangés. 374
Section XIII. Des mauvaises odeurs. — Odeur de l'urine plus ou moins forte selon la durée du séjour dans le corps ; moindre effet de l'odeur après les repas ; mauvaise odeur des fleurs fanées ; odeurs des animaux ; effets de la chaleur sur l'intensité des odeurs ; effets de l'ail sur l'odeur de l'urine ; explication de ces effets d'après l'école d'Héraclite ; odeur plus forte de l'haleine quand on est à jeun ; odeur particulière des aisselles ; influence des parfums sur les mauvaises odeurs naturelles ; haleine mauvaise des gens contrefaits ; effets des parfums sur l'odeur de la sueur ; effets du mouvement sur la propagation des odeurs. 385
Section XIV. De l'influence de la température. — L'excès du froid et l'excès de la chaleur produisent le même effet sur le caractère et le visage ; conservation du blé dans la contrée froide du Pont-Euxin ; action du froid sur les inflammations ; conformation des Ethiopiens et des Egyptiens ; influence du vent du midi sur les naissances ; influence d'une atmosphère marécageuse sur les plaies ; influence du climat sur la longévité et sur l'intelligence ; coloration des marins ; étés de chaleur étouffante dans les climats froids ; couleur bleue ou noire des yeux selon les climats ; influences du climat sur l'esprit et le courage. 397
Section XV. Questions de mathématiques et d'astronomie. — Nature et propriétés du diamètre ; explication de ce nom ; numération par dix ; sa nature et ses causes ; exception singulière chez quelques peuples ; forme sphérique de la terre ; divers aspects qu'elle présente à l'observateur ; variations de l'ombre portée par le soleil ; démonstrations graphiques ; forme circulaire des images de rayons solaires passant par un trou ; des phases de la lune ; explication de sou apparence recti- ligue, bien qu'elle soit sphérique ; phénomènes du soleil et de la lune, qui semblent des surfaces, bien que ce soit des corps ronds et bombés ; longueur des ombres du soleil à sou lever et à son coucher ; démonstrations graphiques ; du parhélie ; sa position nécessaire ; oscillation de l'extrémité de l'ombre solaire ; cette oscillation n'est qu'une apparence, causée par la multitude des corpuscules que l'air contient toujours, et qu'on peut voir dans les ouvertures de portes. 410
Section XVI. Phénomènes de choses inanimées. — De la forme et de la translucidité des bulles d'air dans l'eau ; mouvement des corps composés de parties dont le poids est inégal ; angles d incidence et de réflexion égaux ; diversité des mouvements des cylindres et des cônes ; aspects divers de la tranche des livres, selon l'inclinaison où on les regarde ; diversité d aspect des grandeurs réunies ou divisées ; écoulement de l'eau des clepsydres ; opinion d Anaxagore ; action de l'air qui obstrue le goulot de la clepsydre ; rondeur de certaines parties chez les plantes et chez les animaux ; rondeur ordinaire des extrémités des objets ; effets giratoires des corps qu'on lance ; mouvements combinés des corps composés de diverses matières ; rebondissement des corps qui tombent ; combinaisons et oppositions des forces qui agissent sur les corps, en rapport avec leur tendance naturelle à tomber. 1
Section XVII. Des êtres animés. — Effets du rapprochement sur la grandeur des personnes et des choses; isolées, elles paraissent toujours plus petites; croissance des animaux et des plantes en longueur plus que dans les deux autres dimensions; sens différents dans lesquels on peut entendre les mots d'antérieur et de postérieur; application aux choses humaines ; la vie de l'homme ne saurait être un cercle ; opinion d'Alcméon. 21
Section XVIII. Questions de philologie. — Influence de la lecture sur le sommeil; effets divers qu'elle produit selon les individus ; exercice que les discussions donnent à l'esprit ; dans la rhétorique, les exemples frappent plus que les raisonnements ; qualifications différentes données aux gens de professions diverses ; différence du philosophe et de l'orateur; entêtement à garder de mauvaises habitudes; caractère des discussions; plaisir qu ou trouve aux récits qu'on écoute. 26
Section XIX. Questions d'harmonie. — La flûte peut exprimer la gaieté ou la tristesse; effets de la distance sur la voix d'une seule personne ou de plusieurs personnes parlant à la fois; dissonances au grave ou à l'aigu; airs connus plus agréables que ceux qu'on entend pour la première fois ; effet des changements de modulations ; la lyre avait jadis sept cordes ; accompagnement des instruments; fredonnement ; relations des cordes de la lyre ; rapports du grave et de l'aigu ; les nomes d'autrefois ; chants qui comportent des antistrophes ; accord et unisson ; chant à l'octave ; fautes du chant plus sensibles dans le ton grave; mesure plus ou moins bien observée selon le nombre des chanteurs ; rapports des notes hantes et des notes basses ; la note médiate ; caractère moral des harmonies ; différence du son, de la saveur et de la couleur ; modes hypodorien et hypophrygien; la plus belle des consonances; difficulté de chanter à l'aigu plutôt qu'au grave ; plaisir que fait la régularité du rythme; notes qui peuvent ou ne peuvent pas servir à la consonance ; résonance des cordes qui ne sont point touchées ; voix isolée ou voix accompagnée ; sept ont un milieu, huit n'en ont pas ; notes fausses surtout à l'aigu ; habitudes musicales des Anciens ; modes uniquement appliqués à la tragédie ; le grave est plus doux que l'aigu ; résonances diverses de vases vides ou à demi-pleins. 36
Section XX. Des arbrisseaux et des légumes. — Action de l'eau de mer sur certains légumes ; effet de la menthe qu'on mange ; légumes qui ont des fleurs sans fruits ; plantes bouillies, plantes grillées; plantes comestibles; vie des plantes plus ou moins longue ; culture du persil, des concombres et des coloquintes ; amertume de certaines graines; culture du câprier; moyen de faire grossir les raves; procédé pour faire blanchir les concombres et les coloquintes; effet diurétique de certaines plantes odorantes; croissance plus ou moins grande de certains légumes, selon que la graine est plus ou moins ancienne; culture de la rue greffée; lacune du texte; amertume du thym dans l'Attique; de la floraison artificielle du lys, des oignons et de la menthe; effet de l'oignon sur les yeux ; le myrte écrasé a plus d'odeur : noyaux de myrte ; goût particulier du péricarpe de certains fruits ; plantes poussant hors de terre ; croissance de l'ail et de l'oignon ; effet de l'eau chaude sur certaines plantes; odeur plus forte de l'ail quand la tige est vieille ; conservation et chute des feuilles de myrte ; marais utiles à la croissance des concombres ; effet des parfums sur l'odeur de la sueur ; action de la rue dans les maléfices ; mélange de l'origan au vin ; feuilles du myrte plus ou moins abondantes, selon que l'arbrisseau est blanc ou noir. 84
Section XXI. De la farine, de la pâte, et autres matières analogues. — Effet de l'huile sur la farine et la tisane ; le blé plus nourrissant que l'orge; farine plus ou moins claire ; blancheur du pain plus ou moins frais ; pain salé, pain sans sel; pains collés les uns aux antres; pâte plus ou moins indigeste, selon qu'elle est pétrie; différences de la pâte et du levain ; action du feu sur la pâte ; mélange de miel et de farine; le pain de seigle se dessèche moins; effets de l'habitude sur l'alimentation ; couleurs diverses de la pâte ; pains durcissant selon qu'ils ont été plus ou moins pétris ; mélanges d'eau et de farine; grumeaux et grains de blé ; bouillie bien battue ; teint et santé des ouvriers selon qu'ils travaillent le blé ou l'orge ; le pain devenant plus dur quand on le fait rôtir, et plus tendre si on le fait chauffer; farine se tassant par le refroidissement. 117
Section XXII. Des faits de l'automne.— Goût des fruits mangés avant ou après le repas ; les choses douces rassasient plus vite que les choses amères ; conservation des fruits dans des vases bien fermés ; goût du vin bu après des fruits ; effet des friandises et du dessert ; nécessité de boire après les fruits ; manière de manger les figues; saveur du vin, bu après qu'on a mangé des aliments rêches ; dessiccation des figues; saveur des aliments selon qu'ils sont chauds ou froids ; emploi de la paille ; action des figues sur les dents ; difficulté de broyer les pépins. 140
Section XXIII. De l'eau salée et de la mer. — De la marche du flot suivant la forme du rivage et la force du vent; de la marche et du poids des navires; apaisement des vagues dans certains cas; perte des navires dans des tourbillons; couleur de la mer dans le Pont-Euxin et dans la mer Egée; température de la mer; sa transparence selon les localités et selon les vents ; pesanteur de l'eau salée; rapports des flots et des vents; natation en mer et en rivière; vent de mer; vent de terre; des vagues dans les bras de mer; eau de mer plus ou moins salée ; trous creusés sur le bord de la mer, donnant d'abord de l'eau douce; fonte du sel marin; de la couleur de l'eau agitée ou tranquille; rapports du flot et de la profondeur de l'eau; eau de mer plus douce dans les lieux exposés au midi; rochers sur le bord de la mer; eaux plus salées à la surface; eaux moins salées près de terre; dessiccation de l'eau de mer; graviers dans les étangs; fécondité des marais desséchés; salure de la mer; formes arrondies des galets; action laxative de la natation; qualité de l'eau de Pœsa. 151
Section XXIV. Des eaux chaudes. — Effet de l'huile sur la chaleur de l'eau; chaleur des eaux de puits; chaleur différente de l'eau et du feu; effet de l'eau bouillante sur certaines matières ; action du feu sur le fond des vases qu'il touche; ébullition de l'eau, variant avec les saisons; effet de l'eau chaude sur la peau; l'eau chaude ne fait pas d'explosion comme quelques matières; gonflement des matières qu'on chauffe ; effets de l'eau chaude sur la pierre; sensations diverses que causent les bains de pied; effet du soleil sur l'eau qu'il échauffe; eaux thermales de Magnésie et d'Atarnée ; eau des bains chauffés par la chaleur solaire; flux alternatif de certaines eaux thermales plus ou moins saumâtres; causes de ces phénomènes; nature saumâtre des eaux thermales en général ; eaux thermales variant de nature ; odeur de soufre; goût salé; effet de la cendre sur les eaux qui y entrent. 187
Section XXV. Phénomènes de l'air. — Effet de l'air sur le gonflement des membres; bruits souterrains dans les marais; siccité de l'air en contact avec l'eau; beau temps à minuit et à midi; froid du matin et du soir; température dans la région du Pont-Euxin; pureté de l'air dans la nuit ; phénomène singulier des outres; différence de l'air et de la lumière traversant les corps ; l'air sorti des bulles d'eau n'est pas mouillé; outres surnageant quand elles sont pleines d'air ; conservation des matières en vases clos; influence de la sérénité du ciel sur la température ; air plus ou moins chaud selon sa quantité ; matières corruptibles et incorruptibles; effets des nuages sur la température; fraîcheur de l'air dans les habitations. 202
Section XXVI. Phénomènes du vent. — Effet spécial du vent du nord sur les nuages ; les vents étésiens ; vent du sud après la gelée blanche ; vents changeant avec les saisons ; vents soufflant de la mer ; vents après la pluie ; action du soleil sur les vents ; durée des vents du nord ; durée des vents du midi; vents de la canicule; vents sous la constellation d'Orion; fréquence des vents du nord; époque des vents du sud; odeur de certains vents; rapport des vents et des éclipses; rapports des vents du midi avec la pluie; vents du couchant, vents de l'orient selon les saisons ; action du vent sur le flair des chiens ; influence du vent d'ouest sur les nuages; vents d'ouest à l'équinoxe ; vent d'est et du midi amenant la pluie ; action desséchante des vents ; variétés des brises de mer ; citation d'Homère, sur le vent d ouest ou zéphyre ; vents de la canicule au lever et
au coucher du soleil; vent d'ouest le matin et le soir; action du soleil sur les vents ; origine des vents ; rapports des cours d'eau et des vents; couleur de la mer selon les vents ; effets divers des vents du sud selon leurs forces ; alternatives dans la force des vents ; effets des golfes sur les vents; action des vents chauds sur la constitution humaine, et des vents froids sur l'appétit; vents en Egypte; comparaison des vents du nord et des vents du midi ; température variable des vents; vents du sud froids eu Libye; vents amenant des fièvres ; régularité des vents étésiens ; vent froid du sud-ouest; effets optiques du vent d'est; heures diverses des vents dans la journée; douceur du vent d'ouest; vents de l'Attique, des iles. de l'Hellespont, de Lesbos ; pronostics des vents; singularités des vents en Arcadie, contrée élevée et humide; rapports des stries du ciel avec les vents et la pluie. 222
Section XXVII. De la peur et du courage. — La peur fait trembler ceux qui l'éprouvent ; parfois elle produit la soif; de la chaleur dans la colère ; du froid dans la peur ; les hommes courageux aiment généralement à boire ; des honneurs publies rendus au courage ; utilité sociale du courage militaire ; effets de la peur sur la voix et sur les mains, et aussi sur la lèvre inférieure ; du froid et de la soif dans la peur ; douleur arrachant des cris ; mutisme de la peur : effets de la peur sur les entrailles; action de la peur sur les testicules; resserrement des parties honteuses ; effets de la peur sur la vessie ; effets de la peur sur les actes vénériens. 278
Section XXVIII. De l'intempérance et de la débauche. — De la modération et de l'intempérance; de la continence et de la débauche; continuation nécessaire des excès auxquels on se livre; il n'y a que deux sens où l'on soit intempérant, le toucher et le goût ; nature différente de la colère; dangers de la jeunesse et de la richesse; besoins comparés de la soif et de la faim; souffrance et plaisir de l'une et de l'autre: relations du besoin et du plaisir ; le rire provoqué par les choses connues d'avance. 292
Section XXIX. De la justice ou de l'injustice. — Les peines portées contre le vol plus graves que les peines portées contre la calomnie ; abus de confiance par refus de rendre un dépôt; considérations secondaires dont les juges tiennent compte; on commet de petits délits sans être capable d en commettre de plus grands ; abus de confiance plus coupable que l'usure ; fortune facile aux gens malhonnêtes ; défense des morts plus nécessaire que celle des vivants ; utilité des bonnes sociétés ; meurtre d'une femme plus odieux que celui d'un homme; position des parties au tribunal ; partage égal des votes favorable à l'accusé ; vols commis dans des lieux publies; insultes aux magistrats; vol et calomnie. 300
Section XXX. De la réflexion, de l'intelligence et de la sagesse. — Les hommes les plus distingués sont en général mélancoliques; exemples divers ; Lysandre, le lacédémonien ; Empédocle, Platon, Socrate ; définition du tempérament mélancolique ; effets du vin et de l'ivresse analogues à ceux de la bile noire ; citation d'Homère ; description de l'homme ivre ; variétés des effets du vin sur le caractère et sur les actes sexuels ; action de la chaleur et du froid ; influence de l'alimentation de chaque jour sur la formation de la bile ; la mélancolie est une maladie ; cas des Sibylles et des Bacchantes; inspiration des poètes; effets de la mélancolie sur l'intelligence et le talent ; alternatives de dispositions contraires dans notre humeur ; variations de la physionomie ; audaces ou frayeurs excessives ; mélancolie de nature ; mélancolie acquise ; abattements ou excitations ; enfance et vieillesse ; effets des rapports vénériens chez la plupart des hommes ; ce que c est que la science ; causes de l'intelligence supérieure de l'homme ; dimension proportionnelle de sa tète ; quand une route est bien connue, elle parait plus courte ; indéterminée, elle paraît sans fin ; progrès de la raison avec l'âge; emplois de la main et de l'intelligence dans l'homme ; développements successifs de nos facultés ; facilité à apprendre dans la jeunesse ; puissance variable de la mémoire selon les heures du jour; supériorité de l'homme sur le reste des animaux ; citation de Platon; différences entre les plaisirs intellectuels ; procédés de la médecine pour la guérison complète des maladies ; équilibre du chaud et du froid, nécessaire à la santé ; différence du philosophe et de l'orateur ; mauvais caractère des vignerons en général ; prix pour les exercices du corps; les prix ne sont pas possibles pour les exercices de l'intelligence; impossibilité de juger de la sagesse avec équité ; mobilité de la volonté humaine ; on dédaigne l'emploi des choses qu'on a le plus désirées; disposition indispensable de l'âme pour que la pensée s'exerce; activité de l'âme dans le sommeil. 318
Section XXXI. Des yeux. — Relation de l'éternuement et des yeux ; usage d'un seul œil ; rougeur des yeux dans un accès de colère ; effet contraire de la honte sur les oreilles; les aveugles de naissance ne deviennent jamais chauves ; effets de la fumée sur les yeux ; mobilité des yeux; direction oblique à droite et à gauche; rapports des yeux l'un à l'antre; variétés du strabisme; effets de la pression sur la partie inférieure du globe de l'œil ; écriture très fine des myopes ; explication de cette apparente contradiction ; influence de l'ophtalmie sur la portée de la vue ; maladie d'un seul œil ; effets de l'éloignement de la vision ; objets paraissant doubles ; égalité de la vision de droite et de gauche ; l'exercice de la vue ne la rend pas meilleure ; les myopes ont une écriture très fine ; clignement des paupières chez les myopes; objet simple paraissant double ; objets doubles paraissant simples ; effets des diverses couleurs sur l'organe de la vue ; vision plus forte quand les deux yeux agissent à la fois ; les yeux résistent au froid ; larmes chaudes, larmes froides, selon les cas ; œil gauche se fermant plus souvent que le droit ; myopes et presbytes; l'homme est seul sujet au strabisme ; effets d'une trop vive lumière sur la vue ; égalité des yeux. 347
Section XXXII. Des oreilles. — Rougeur des oreilles dans la honte; bruissement des oreilles dans l'eau; précautions des plongeurs pour leurs oreilles; différence d'audition dans les deux oreilles ; rougeur des yeux dans la colère ; toux provoquée par le frottement des oreilles; différence d'audition dans les deux oreilles ; effet de l'eau entrant dans les oreilles ; action de l'huile sur l'eau dont les oreilles sont pleines ; effets du bâillement sur l'ouïe. 372
Section. XXXIII. Du nez. — Effet de l'éternuement sur le hoquet; le frottement de l'œil diminue l'éternuement; multiplicité des éternuements ; effet du soleil sur l'éternuement ; action de l'eau froide sur les saignements de nez; caractère sacré qu'on prête à l'éternuement : l'homme éternue plus que les autres animaux ; les éternuements ont diverses significations, selon les heures de la journée; peine des vieillards à éternuer; nasillement des sourds ; l'éternuement ne se produit pas durant le sommeil; frisson causé par l'éternuement; forme du nez chez les personnes qui ont les cheveux crépus et chez les enfants. 332
Section XXXIV. De la bouche et des organes qu'elle contient. — L'écartement des dents annonce une vie courte; les dents sont plus sensibles au froid que la chair ; symptômes qu'on peut tirer de l'état de la langue ; saveurs que sent la langue ; couleurs de la langue ; haleine chaude et froide : on ne peut renouveler sur-le-champ une forte expiration ; organes servant au passage des aliments ; organes servant au passage de la respiration ; signes de longévité tirés des lignes de la main ; rétrécissement du ventre dans une forte aspiration ; jeu de la respiration. 398
Section XXXV. Des phénomènes du toucher. — Contact étranger ; contact de soi-même ; chatouillement des aisselles et de la plante des pieds ; excitabilité de diverses parties du corps ; rapports de la chaleur naturelle et des objets extérieurs selon les saisons ; frissonnement des poils ; on ne se chatouille pas soi-même ; sensibilité des lèvres ; frissons après les repas ; illusions du toucher pour un objet qu'on fait rouler sous les doigts superposés. 408
Section XXXVI. Du visage. — Des portraits du visage ; leur objet ; le visage sue plus que tont le reste du corps ; fréquence des boutons au visage. 414
Sectiom XXXVII. Faits relatifs au corps entier. — Le poids du corps n'est changé que par la sueur; conservation de l'équilibre ; action des massages sur les parties charnues du corps ; dessiccation successive ; conditions de la sante ; nécessité du mouvement des humeurs ; effets de la chaleur et du froid dans des conditions pareilles ; les frictions raffermissent la chair; exercices en place et courses. 416
Section XXXVIII. De la couleur de la peau. — Effets du soleil sur la cire, l'huile et la peau ; teint des mains toujours très bruns ; effets des vêtements sur la chaleur du corps ; effet de frictions d'huile sur la personne ou sous les vêtements ; effet du grand air sur la coloration du visage ; influence des exercices sur le teint, selon qu'ils sont modérés ou violents ; station au soleil ; exercices en plein soleil ; action du soleil et du feu sur la peau ; changements de la peau dans la vieillesse ; action de la farine d'orge et de blé sur le teint des meuniers. 423

References: § 10
 § 3
 § 3
 § 5
 §8
 § 7
 §5
 § 6
 § 13
 § 7
 §3
 § 1
 § 34
 § 22
 § 1
 § 12
 § 25
 § 2
 § 14
 § 6
 § 55
 §2
 § 3
 § 17
 § 2
 § 13
 § 6
 § 1
 § 1
 §10
 § 26
 § 18
 § 18
 § 34
 § 3
 § 5
 § 16
 § 2
 §4
 § 20
 § 1
 § 31
 § 39
 § 2
 § 7
 § 10
 § 6
 § 4
 § 10
 § 8