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Timestamp: 2019-09-15 08:36:04+00:00

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Templiers - Néo Templiers et dérives - Site de zardos !
Templiers - Néo Templiers et dérives
Réalisation Ogynatis - Icona - Belfégor - Zardos - Orus - Caranasse
Pour composer cet article, qui se veut le plus complet et précis possible, il n’a pas été simple de réunir les documents objectifs. Ainsi, il est composé de divers onglets qui (souvent) semblent des Bis repetita, mais en fait ne sont que les visions (souvent inverses et reconstruites) des différents groupes qui se retrouvent sous la bannière de « Templiers ».
Dans la première partie (celle-ci nommée 21), se place l’histoire des Templiers originaux au plus près de la réalité historique. Mes remerciements vont à Icona et Belfégor qui ont suent apporter leurs contributions sur les notions historiques et sur certains graphismes.
La seconde partie (nommée 21-1) se déroule autour des visions historiques (fantaisistes) d’un regroupement de Néo Templiers. Qui joue de contre-vérités et d’arrangements historiques pour donner corps à sa structure. Mes remerciements iront pour cette partie à Zardos et Orus, pour leurs sagacités.
En troisième partie (nommée 21-2), se place une autre branche dite templière, issue des Hospitaliers, c’est l’ordre de Malte et ses idéaux sociaux et religieux …
Enfin en quatrième et dernière partie nommée 21-3), un dossier assez complet, sur l’Ordre du Temple Solaire … Eux aussi issu de la tradition Templière, et avec toutes les dérives sectaires malheureusement si célèbres. Un remerciement particulier à Caranasse (le grenoblois) pour ces informations et précisions sur cet épineux dossier.
Bien entendu, vous trouverez les Notes de références en annexes nommées 21-4.
Souhaitant que cet article vous soit agréable et vous apporte toute l’information, tant sur ce qu’était les Templiers d’origines (leurs idéaux et manières d’appréhender la religion et la finance), que sur ces Néo-courants, qui loin de toutes traditions historiques, semblent malmener l’histoire au profit de leurs propres intérêts.
Bien à vous … Ogynatis
L’Ordre du Temple est initialement un Ordre de droit pontifical, approuvé le 29 mars 1 139 par le Pape Innocent II. Institut monastique de type militaire, ayant une Spiritualité Christianiste. L’Ordre s’appuie sur la Règle de Saint Benoît. Fondé le 13 janvier 1 129 à Troyes par Hugues de Payns, l’ordre aurait pris fin le 22 mars 1 312, via le Concile de Vienne.
L’ordre du Temple est donc un ordre religieux et militaire, c’est-à-dire un ordre militaire dédiés à la protection armée de la religion. Ils sont constitués au Moyen Âge dans le contexte de la guerre sainte motivé par les croisades et la Reconquista. Issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge, les membres sont appelés les Templiers.
Cet ordre fut créé à l'occasion du Concile de Troyes [Voir notes de références A01] ouvert le 13 janvier 1129, à partir d'une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, du nom du Temple de Salomon [Voir notes de références A02] que les croisés avaient assimilé à la mosquée al-Aqsa [Voir notes de références A03], bâtie sur les restes de ce temple. Les milices sont des forces de police ou des forces supplétives de l'armée. Dans les pays de l'ex-Bloc soviétique, la milice est l'organisation chargée du maintien de l'ordre public, l'équivalent de la police. Le nom est donné aussi à des groupes de personnes créés ponctuellement pour maintenir l'ordre, notamment en cas de troubles civils, ou pour combattre.
L’Ordre œuvra pendant les XIIe et XIIIe siècles à l'accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte et des croisades. Il participa activement aux batailles qui eurent lieu lors des croisades et de la Reconquête ibérique. Afin de mener à bien ses missions et notamment d'en assurer le financement, il constitua à travers l'Europe chrétienne d'Occident et à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies [Voir notes de références A04]. Cette activité soutenue fit de l'ordre un interlocuteur financier privilégié des puissances de l'époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif, avec certains rois ou à avoir la garde de trésors royaux.
Après la perte définitive de la Terre sainte consécutive au siège de Saint-Jean-d'Acre de 1 291, l'ordre fut victime de la lutte entre la papauté et le roi de France, Philippe le Bel. Il fut dissous par le pape Clément V le 13 mars 1 312 à la suite d'un procès en hérésie. La fin tragique de l'ordre mena à nombre de spéculations et de légendes sur son compte.
SALLE D'HONNEUR DE LA COMMANDERIE DE SAINTE-EULALIE-DE-CERNON, AVEYRON, FRANCE
EGLISE DE LA COMMANDERIE DE BALSALL, WEST MIDLANDS, ANGLETERRE
ILLUSTRATION ANONYME DÉBUT DU XIXe SIÈCLE
Aux XIe et XIIe siècles, le renouveau du monachisme chrétien vit la fondation de nombreux ordres religieux avec notamment les convers. Dans l'usage courant, les frères lais appelés aussi convers pour les moines et sœurs laies ou converses pour les moniales sont les membres des ordres religieux catholiques chargés principalement des travaux manuels et des affaires séculières d'un monastère. Les frères lais ont été connus, en divers lieux et à différentes époques, sous les noms de fratres conversi, laici barbati, illiterati ou encore idiotæ. Bien que membres de leurs ordres respectifs, ils forment une catégorie séparée des moines du chœur, qui se consacrent principalement à l'Opus Dei, l'œuvre de Dieu et à l'étude. Cet ordre qui privilégiaient le travail manuel, et la rénovation de la vie canoniale adopta la règle de saint Augustin, les chanoines de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem ou des moines de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem s'engageant dans des activités hospitalières ou dans la vie paroissiale. C'est dans ce contexte religieux que l'Église catholique incita les chevaliers du siècle à devenir des Milites Christi, autrement dit des Chevaliers du Christ désirant combattre les infidèles en Terre sainte.
Le pape Urbain II prêcha la première croisade le 27 novembre 1 095. La première croisade s'est déroulée de 1 096 à 1 099 à la suite, entre autres, du refus intervenu en 1 078 des Turcs seldjoukides de laisser libre le passage aux pèlerins chrétiens vers Jérusalem. Cette croisade s'achève par la prise de Jérusalem et la création du royaume chrétien de Jérusalem. En 1 071 les Turcs font irruption en Asie Mineure après la bataille de Manzikert où les Byzantins sont vaincus. Les Byzantins ne peuvent empêcher les Turcs de s'établir à Nicée en 1 078 et d'y fonder un royaume en 1 081. À la fin du XIe siècle, l'empereur Alexis Ier Comnène, dont l'Empire chrétien d'Orient se trouve menacé par l'invasion des Turcs, demande à plusieurs reprises l'aide de Rome contre les Seldjoukides. En 1 078, les Turcs seldjoukides chassent de Jérusalem les Fatimides qui gouvernaient la région depuis 970. À une période de relatif libre accès à la Ville sainte par les pèlerins chrétiens se substitue le massacre par les Turcs de la totalité de la population de Jérusalem, et la soumission des autres populations chrétiennes aux vexations et à l'esclavage. Les Turcs enfin coupent l'accès à Jérusalem par la route continentale, depuis l'Europe au long de l'Asie Mineure. En 1 087 se déroule la campagne de Mahdia, une expédition punitive sur la ville nord-africaine de Mahdia par une flotte italienne de Gênes et Pise. Carl Erdmann, historien de la croisade, considère ce raid comme un précurseur direct de la Première croisade. En effet pour la première fois, l'Indulgence est accordée par le pape Victor III vis-à-vis de toute action militaire visant un état musulman.
Au dixième jour du concile de Clermont la motivation du pape Urbain à voir une telle expédition militaire prendre forme venait du fait que les pèlerins chrétiens en route vers Jérusalem étaient régulièrement victimes d'exactions voire d'assassinats.
Le pape demanda donc au peuple chrétien d'Occident de prendre les armes afin de venir en aide aux chrétiens d'Orient. Cette croisade eut alors comme cri de ralliement Dieu le veut et tous ceux qui prirent part à la croisade furent marqués par le signe de la croix, devenant ainsi les croisés. Terme qui n'apparaît qu'au concile de Latran IV en 1 215. Cette action aboutit le 15 juillet 1 099 à la prise de Jérusalem par les troupes chrétiennes de Godefroy de Bouillon.
Hugues de Payns, futur fondateur et premier maître de l'ordre du Temple, vint pour la première fois en Terre sainte en 1 104 pour accompagner le comte Hugues de Champagne, alors en pèlerinage. Ils en revinrent en 1107 puis y repartirent en 1 114, se mettant alors sous la protection et l'autorité des chanoines du Saint-Sépulcre, avec leurs chevaliers qui œuvrèrent alors à la défense des possessions de ces chanoines et la protection du tombeau du Christ.
Après la prise de Jérusalem, Godefroy de Bouillon fut désigné roi de Jérusalem par ses pairs, titre qu'il refusa, préférant porter celui d'avoué du Saint-Sépulcre. Il mit en place l'ordre des chanoines du Saint-Sépulcre qui avait pour mission d'aider le patriarche de Jérusalem dans ses diverses tâches. Un certain nombre d'hommes d'armes, issus de la croisade, se mirent alors au service du patriarche afin de protéger le Saint-Sépulcre. Le Saint-Sépulcre étant, selon une tradition chrétienne, le tombeau du Christ, c'est-à-dire le sépulcre où le corps de Jésus de Nazareth aurait été déposé au soir de sa mort sur la Croix. Maintenant ledit sépulcre est une rotonde englobée dans l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem.
Une institution similaire constituée de chevaliers, appelés chevaliers de Saint-Pierre en latin milites sancti Petri, fut créée en Occident pour protéger les biens des abbayes et églises. Ces chevaliers étaient des laïcs, mais ils profitaient des bienfaits des prières. Par extension, les hommes chargés d'assurer la protection des biens du Saint-Sépulcre ainsi que de la communauté des chanoines étaient appelés milites sancti Sepulcri autrement dit chevaliers du Saint-Sépulcre. Il est fort probable qu'Hugues de Payns intégra cette institution dès 1 115. Tous les hommes chargés de la protection du Saint-Sépulcre logeaient chez les Hospitaliers à l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem situé tout près.
Lorsque l'ordre de l'Hôpital, reconnu en 1 113, fut chargé de s'occuper des pèlerins venant d'Occident, une idée naquit créer une milice du Christ nommée militia Christi qui ne s'occuperait que de la protection de la communauté de chanoines du Saint-Sépulcre et des pèlerins sur les chemins de Terre sainte, alors en proie aux brigands locaux. Ainsi, les chanoines s'occuperaient des affaires liturgiques, l'ordre de l'Hôpital des fonctions charitables et la milice du Christ de la fonction purement militaire de protection des pèlerins. Cette répartition ternaire des tâches reproduisait l'organisation de la société médiévale, qui était composée de prêtres et moines, les oratores, littéralement ceux qui prient) de guerriers, les bellatores et de paysans nommés laboratores.
C'est le 23 janvier 1 120, lors du Concile de Naplouse [Voir notes de références A05] que naquit, sous l'impulsion d'Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, en latin : pauperes commilitones Christi Templique Salomonici, qui avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d'Occident depuis la reconquête de Jérusalem et de défendre les États latins d'Orient.
Dans un premier temps, Payns et Saint-Omer se concentrèrent sur le défilé d'Athlit, un endroit particulièrement dangereux sur la route empruntée par les pèlerins. Par la suite, l'une des plus grandes places fortes templières en Terre sainte fut construite à cet endroit le Château Pèlerin [Voir notes de références A06].
Le nouvel ordre ainsi créé ne pouvait survivre qu'avec l'appui de personnes influentes. Hugues de Payns [Voir notes de références A07] réussit à convaincre le roi de Jérusalem Baudouin II de l'utilité d'une telle milice, chose assez aisée au vu de l'insécurité régnant dans la région à cette époque. Les chevaliers prononcèrent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Ils reçurent du Patriarche Gormond de Picquigny [Voir notes de références A08] la mission de garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins. C’est le ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latrones pour la rémission de leurs péchés, mission considérée comme un quatrième vœu habituel pour les ordres religieux militaires.
Le roi Baudouin II leur octroya une partie de son palais de Jérusalem qui correspond aujourd'hui à la mosquée al-Aqsa mais qui était appelée à tort à l'époque temple de Salomon car étant selon la tradition juive située à l'emplacement du temple de Salomon. C'est ce temple de Salomon dans lequel ils installèrent leurs quartiers, notamment les anciennes Écuries du Temple [Voir notes de références A09] qui donna par la suite le nom de Templiers ou de chevaliers du Temple. Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer ne furent pas les seuls chevaliers à avoir fait partie de la milice avant que celle-ci ne devienne l'ordre du Temple. Voici donc la liste de ces chevaliers, précurseurs ou fondateurs de l'ordre :
André de Montbard, originaire de la Bourgogne, oncle de Bernard de Clairvaux ;
Geoffroy Bisol, originaire de Frameries dans le comté de Hainaut ;
Arnaldo ;
Gondemare ;
Le premier don, de trente livres angevines, reçu par l'ordre du Temple vint de Foulque, comte d'Anjou, qui devint par la suite roi de Jérusalem.
La notoriété de la milice ne parvenait pas à s'étendre au-delà de la Terre sainte, c'est pourquoi Hugues de Payns, accompagné de cinq autres chevaliers, Godefroy de Saint-Omer, Payen de Montdidier, Geoffroy Bisol, Archambault de Saint-Amand et Rolland, embarqua pour l'Occident en 1 127 afin de porter un message destiné au pape Honorius II et à Bernard de Clairvaux.
Fort du soutien du roi Baudouin et des instructions du patriarche Gormond de Jérusalem, Hugues de Payns avait les trois objectifs suivants :
Recruter de nouveaux chevaliers et obtenir des dons qui feraient vivre la milice en Terre sainte ;
La tournée occidentale des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon commença en Anjou et passa ensuite par le Poitou, la Normandie, l'Angleterre où ils reçurent de nombreux dons, la Flandre et enfin la Champagne.
Cette démarche d'Hugues de Payns, accompagné de ces cinq chevaliers et soutenu par le roi de Jérusalem, suivait deux tentatives infructueuses qui avaient été faites par André de Montbardet Gondemare, probablement en 1 120 et 1 125.
Arrivant à la fin de sa tournée en Occident et après avoir porté le message du roi de Jérusalem à Bernard de Clairvaux afin qu'il aidât les Templiers à obtenir l'accord et le soutien du pape, Hugues de Payns participa au concile de Troyes, ainsi nommé parce qu'il s'est déroulé dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes.
Le 13 janvier 1 129, le concile s'ouvrit en présence de nombreuses personnalités religieuses dont le prologue de la règle primitive du Temple donne les noms :
Le cardinal Mathieu d'Albano, légat du pape en France ;
Les archevêques de Reims et de Sens, ainsi que dix de leurs évêques suffragants, quatre abbés cisterciens, ceux de Cîteaux, Clairvaux, Pontigny et Trois fontaines.
Deux abbés clunisiens, ceux de Molesmes et Vézelay, deux chanoines, deux maîtres et un secrétaire.
En plus des religieux, se trouvaient des personnages laïcs :
Thibaut IV de Blois, comte de Champagne ;
André de Baudement, sénéchal du comté de Champagne ;
Guillaume II, comte de Nevers, Auxerre et Tonnerre ;
Le concile mena à la fondation de l'ordre du Temple et le dota d'une règle propre. Celle-ci prit pour base la règle de saint Benoît, présence des cisterciens Bernard de Clairvaux et Étienne Harding, fondateur de Cîteaux, avec néanmoins quelques emprunts à la règle de saint Augustin, que suivaient les chanoines du Saint-Sépulcre aux côtés desquels vécurent les premiers Templiers. Une fois la règle adoptée, elle devait encore être soumise à Étienne de Chartres, patriarche de Jérusalem.
L'Éloge de la nouvelle milice, la de laude novæ militiæ est une lettre que saint Bernard de Clairvaux envoya à Hugues de Payns, dont le titre complet était Liber ad milites Templi de laude novæ militiæ et écrite après la défaite de l'armée franque au siège de Damas en 1 129.
« Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies ».
« Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. […] Lors donc qu'il tue un malfaiteur, il n'est point homicide mais Malicide. […] La mort qu'il donne est le profit de Jésus-Christ, et celle qu'il reçoit, le sien propre. […] »
Mais pour cela, il fallait que la guerre soit juste. C'est l'objet du § 2 de L'Éloge de la Nouvelle Milice. Bernard est conscient de la difficulté d'un tel concept dans la pratique, car si la guerre n'est pas juste, vouloir tuer tue l'âme de l'assassin :
« Toutes les fois que vous marchez à l’ennemi, vous qui combattez dans les rangs de la milice séculière, vous avez à craindre de tuer votre âme du même coup dont vous donnez la mort à votre adversaire, ou de la recevoir de sa main, dans le corps et dans l’âme en même temps. […] la victoire ne saurait être bonne quand la cause de la guerre ne l’est point et que l’intention de ceux qui la font n’est pas droite. (§ 2) »
Bernard fait donc bien l'éloge de la Nouvelle Milice, mais non sans nuances et précautions … Tous ses § 7 & 8 dans le chap. IV tracent un portrait volontairement idéal du soldat du Christ, afin de le donner comme un modèle qui sera toujours à atteindre. Le premier à critiquer saint Bernard est le moine cistercien Isaac de Stella qui voit dans la confusion des fonctions tripartites indo-européennes, ceux qui prient les oratores, ceux qui combattent les bellatores et ceux qui travaillent les laboratores, une monstruosité, mais les contradicteurs restent minoritaires.
Cet éloge permit aux Templiers de rencontrer une grande ferveur et une reconnaissance générale grâce à saint Bernard, l'ordre du Temple connut un accroissement significatif bon nombre de chevaliers s'engagèrent pour le salut de leur âme ou, tout simplement, pour prêter main-forte en s'illustrant sur les champs de bataille.
EXEMPLE DE BULLE PONTIFICALE ICI, BULLE PONTIFICALE D'URBAIN VIII EN 1 687
La bulle Omne datum optimum a été publiée par le pape Innocent II le 29 mars 1 139 sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l'ordre du Temple. Elle fut d'une importance capitale pour l'ordre puisqu'elle était à la base de tous les privilèges dont jouissaient les Templiers. En effet, grâce à elle, les frères du Temple eurent le droit de bénéficier de la protection apostolique et d'avoir leurs propres prêtres.
On vit donc une nouvelle catégorie émerger dans la communauté, celle des frères chapelains qui officieraient pour les Templiers. De plus, cette bulle confirma le fait que l'ordre du Temple n'était soumis qu'à l'autorité du pape. La bulle créa aussi une concurrence pour le clergé séculier, ce que ce dernier vit souvent d'un mauvais œil. De nombreux conflits d'intérêt éclatèrent entre les Templiers et les évêques ou les curés.
Les privilèges qu'elle accorda étant souvent remis en cause, la bulle Omne datum optimum fut confirmée douze fois entre 1 154 et 1 194, et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il ne fut pas aisé de retrouver l'originale.
La bulle Milites Templi, celle des Chevaliers du Temple a été publiée le 9 janvier 1 144 par le pape Célestin II. Elle permit aux chapelains du Temple de prononcer l'office une fois par an dans des régions ou villes interdites, pour l'honneur et la révérence de leur chevalerie, sans pour autant autoriser la présence des personnes excommuniées dans l'église. Mais ce n'est en réalité qu'une confirmation de la bulle Omne datum optimum.
La bulle Militia Dei, celle des Chevalerie de Dieu, a été publiée par le pape Eugène III, le 7 avril 1 145. Cette bulle permit aux Templiers de construire leurs propres oratoires, mais aussi de disposer d'une totale indépendance vis-à-vis du clergé séculier grâce au droit de percevoir des dîmes et d'enterrer leurs morts dans leurs propres cimetières. De plus, la protection apostolique fut étendue aux familiers du Temple, leurs paysans, troupeaux, biens …
Des plaintes furent déposées par des Templiers auprès du pape concernant le fait que le clergé prélevait un tiers du legs fait par les personnes désireuses de se faire enterrer dans les cimetières de l'ordre. La bulle Dilecti filii ordonna en conséquence au clergé de ne se contenter que d'un quart des legs.
Après le concile de Troyes, où l'idée d'une règle propre à l'ordre du Temple a été acceptée, la tâche de la rédiger fut confiée à Bernard de Clairvaux, qui lui-même la fit écrire par un clerc qui faisait sûrement partie de l'entourage du légat pontifical présent au concile, Jean Michel, sur des propositions faites par Hugues de Payns.
La règle de l'ordre du Temple faisait quelques emprunts à la règle de saint Augustin mais s'inspirait en majeure partie de la règle de saint Benoît suivie par les moines bénédictins. Elle fut cependant adaptée au genre de vie active, principalement militaire, que menaient les frères templiers. Par exemple, les jeûnes étaient moins sévères que pour les moines bénédictins, de manière à ne pas affaiblir les Templiers appelés à combattre. Par ailleurs, la règle était adaptée à la bipolarité de l'ordre, ainsi certains articles concernaient aussi bien la vie en Occident, conventuelle que la vie en Orient, militaire.
La règle primitive ou latine car rédigée en latin) écrite en 1 128, fut annexée au procès-verbal du concile de Troyes en 1 129 et contenait soixante-douze articles. Toutefois, vers 1 138, sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l'ordre, la règle primitive fut traduite en français et modifiée. Par la suite, à différentes dates, la règle fut étoffée par l'ajout de six cent neuf retraits ou articles statutaires, notamment à propos de la hiérarchie et de la justice au sein de l'ordre.
Ni à sa fondation, ni à aucun moment de son existence, l'ordre ne s'est doté d'une devise.
Les commanderies avaient, entre autres, pour rôle d'assurer de façon permanente le recrutement des frères. Le recrutement devait être le plus large possible. Ainsi, les hommes laïcs de la noblesse et de la paysannerie libre pouvaient prétendre à être reçus s'ils répondaient aux critères exigés par l'ordre.
Tout d'abord, l'entrée dans l'ordre était gratuite et volontaire. Le candidat pouvait être pauvre. Avant toute chose, il faisait don de lui-même. Il était nécessaire qu'il fût motivé car il n'y avait pas de période d'essai par le noviciat. Dans toutes les traditions religieuses, orientales comme occidentales le noviciat est une période d’initiation et de probation, incluant des épreuves, à la vie religieuse stable. Par extension, dans la tradition catholique, il a pris le sens canonique de lieu où se fait cette initiation. L'entrée dans l’ordre était directe prononciation des vœux et définitive à vie.
Être âgé de plus de 18 ans (la majorité pour les garçons était fixée à 16 ans) (article 58 de la règle) ;
Ne pas être fiancé (article 669) ;
Ne pas faire partie d'un autre ordre (article 670) ;
Ne pas être endetté (article 671) ;
Être en parfaite santé mentale et physique (ne pas être estropié) (article 672) ;
N’avoir soudoyé personne pour être reçu dans l'ordre (article 673) ;
Être homme libre, le serf d'aucun homme (article 673) ;
Ne pas être excommunié (article 674) ;
Le candidat était prévenu qu'en cas de mensonge prouvé, il serait immédiatement renvoyé :
« […] si vous en mentiez, vous en seriez parjure et en pourriez perdre la maison, ce dont Dieu vous garde ».
EXTRAIT DE L’ARTICLE 668
Comme tout ordre religieux, les templiers étaient dotés de leur propre règle et cette règle évoluait sous forme de retrais, des articles statutaires à l'occasion des chapitres généraux. C'est l'article 87 des retrais de la règle qui indique la répartition territoriale initiale des provinces. Le maître de l'ordre désignait un commandeur pour les provinces suivantes :
Provinces d'Orient :
La province de Chypre après la prise de Saint-Jean d'Acre en 1 291 ;
Provinces d'Occident, avec les provinces de :
Allemagne, formée au XIIIe siècle, divisée en bailliages de Bohême, Moravie et Autriche ;
Brabant et de l'Hesbaye ;
Lorraine ;
Pologne, Poméranie et Nouvelle Marche ;
Angleterre, divisée en bailliages de Écosse, Irlande, Aquitaine, Bretagne, Périgord, Auvergne, Castille et León, France, Hongrie, Italie, Portugal ;
Provence et partie d'Espagne, divisé en 1239 en Aragon et Catalogne, Provence, Sicile ;
Les frères servants, qui étaient des frères casaliers et frères de métiers, étaient choisis parmi les sergents qui étaient d'habiles marchands ou alors incapables de combattre en raison de leur âge ou d'une infirmité.
À tout moment, chaque chevalier avait environ dix personnes dans des positions de soutien. Quelques frères seulement se consacraient aux opérations bancaires, spécialement ceux qui étaient éduqués, car l'ordre a souvent eu la confiance des participants aux croisades pour la bonne garde de marchandises précieuses. Cependant, la mission première des chevaliers du Temple restait la protection militaire des pèlerins de Terre sainte.
L'expression grand maître pour désigner le chef suprême de l'ordre est apparue à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle dans des chartes tardives et dans les actes du procès des Templiers. Puis, elle a été reprise et popularisée par certains historiens des XIXe et XXe siècles. Elle est aujourd'hui largement répandue, particulièrement en Franc-Maçonnerie.
Or, ce grade n'existait pas dans l'ordre et les Templiers eux-mêmes ne semblaient pas l'utiliser. Cependant, dans des textes tardifs apparaissent les qualificatifs de maître souverain ou maître général de l'ordre. Dans la règle et les retraits de l'ordre, il est appelé Li Maistre et un grand nombre de dignitaires de la hiérarchie pouvaient être appelés ainsi sans l'adjonction d'un qualificatif particulier. Les précepteurs des commanderies pouvaient être désignés de la même façon. Il faut donc se référer au contexte du manuscrit pour savoir de qui l'on parle. En Occident comme en Orient, les hauts dignitaires étaient appelés maîtres des pays ou provinces. Il y avait donc un maître en France, un maître en Angleterre, un maître en Espagne, etc.
Aucune confusion n'était possible puisque l'ordre n'était dirigé que par un seul maître à la fois, celui-ci demeurant à Jérusalem. Pour désigner le chef suprême de l'ordre, il convient de dire simplement le maître de l'ordre et non grand maître.
Durant sa période d'existence, s'étalant de 1 129 à 1 312, date à laquelle le pape Clément V fulmina la bulle Vox in excelso, officialisant la dissolution de l'ordre du Temple, soit 183 ans, l'ordre du Temple a été dirigé par vingt-trois maîtres.
Les cubiculaires du pape
Le terme cubiculaire désignait au Moyen Âge celui qu'on nommait aussi le chambrier, c'est-à-dire le responsable de la chambre à coucher du pape.
Il ne doit pas être confondu avec le camerlingue, qui avait à l'époque la direction des finances et des ressources temporelles de la papauté. Ces fonctions bien distinctes à l'origine, ont été regroupées au début de l'Époque moderne sous le terme cubiculaires, avant d'être divisées à nouveau en plusieurs catégories de camériers.
Les cubicularii, d'abord simples domestiques du pape, avaient également des fonctions cérémonielles, d'intendance et de garde personnelle rapprochée. Ils bénéficièrent de fonctions de plus en plus importantes au fil des siècles.
Les premiers chevaliers de l'ordre du Temple à occuper cette fonction sont mentionnés par Malcolm Barber auprès du pape Alexandre III, sans que leur nom soit cependant cité.
C'est surtout à partir du milieu du XIIIe siècle que les Templiers vont se succéder à cette fonction, pour certains à plusieurs reprises, comme Giacomo de Pocapalea, ou Hugues de Verceil, et parfois en doublon comme sous Benoît XI. Les derniers Templiers cubiculaires de Clément V furent Giacomo da Montecucco, maître de la province de Lombardie, arrêté puis emprisonné à Poitiers en 1 307, d'où il s'échappa en février 1 308, pour se réfugier dans le Nord de l'Italie, et enfin, Olivier de Penne entre 1 307 et 1 308, également arrêté et parfois confondu avec Giacomo da Montecucco par certains historiens. On retrouve ce dernier devenu commandeur hospitalier de La Capelle-Livron après la dissolution de l'ordre.
La vocation de l'ordre du Temple était la protection des pèlerins chrétiens pour la Terre sainte.
Ce pèlerinage comptait parmi les trois plus importants de la chrétienté du Moyen Âge. Il durait plusieurs années et les pèlerins devaient parcourir près de douze mille kilomètres aller-retour à pied, ainsi qu'en bateau pour la traversée de la mer Méditerranée. Les convois partaient deux fois par an, au printemps et en automne. Généralement, les pèlerins étaient débarqués à Acre, appelée aussi Saint-Jean-d'Acre, puis devaient se rendre à pied sur les lieux saints. En tant que gens d'armes, les Templiers sécurisaient les routes, en particulier celle de Jaffa à Jérusalem et celle de Jérusalem au Jourdain. Ils avaient également la garde de certains lieux saints : Bethléem, Nazareth, le mont des Oliviers, la vallée de Josaphat, le Jourdain, la colline du Calvaire et le Saint-Sépulcre à Jérusalem.
CARTE DES PRINCIPAUX POINTS A CETTE EPOQUE
Tous les pèlerins avaient droit à la protection des Templiers. Ainsi, ces derniers participèrent aux croisades, pèlerinages armés, pour effectuer la garde rapprochée des souverains d'Occident. Aussi, en 1 147, les Templiers prêtèrent main-forte à l'armée du roi Louis VII attaquée dans les montagnes d'Asie Mineure durant la deuxième croisade. Cette action permit la poursuite de l'expédition et le roi de France leur en fut très reconnaissant. Lors de la troisième croisade, les Templiers et les Hospitaliers assuraient respectivement l'avant-garde et l'arrière-garde de l'armée de Richard Cœur de Lion dans les combats en marche. Lors de la cinquième croisade, la participation des ordres militaires, et donc les Templiers, a été décisive dans la protection des armées royales de saint Louis devant Damiette.
L'ordre du Temple a aidé exceptionnellement les rois en proie à des difficultés financières. À plusieurs reprises dans l'histoire des croisades, les Templiers renflouèrent les caisses royales momentanément vides, croisade de Louis VII, ou payèrent les rançons de rois faits prisonniers, croisade de saint Louis.
REPRODUCTION DE SCEAU TEMPLIER LORS D'UNE EXPOSITION A PRAGUE
Il n'y a pas de consensus établi sur le symbolisme des deux chevaliers sur un même cheval. Contrairement à une idée souvent répétée, il ne s'agirait pas de mettre en avant l'idéal de pauvreté puisque l'ordre fournissait au moins trois chevaux à chacun de ses chevaliers. L'historien Georges Bordonove exprime une hypothèse qui peut se prévaloir d'un document d'époque avec saint Bernard dans son De laude novæ militiæ.
« Leur grandeur tient sans doute à cette dualité quasi institutionnelle, moine, mais soldat […] Dualité qu'exprime peut-être leur sceau le plus connu qui montre deux chevaliers, heaumes en têtes, lances baissées, sur le même cheval, le spirituel et le temporel […] chevauchant la même monture, menant au fond le même combat, mais avec des moyens différents. »
Alain Demurger explique pour sa part que certains historiens ont cru y reconnaître les deux fondateurs de l'ordre, Hughes de Payns et Godefroy de Saint-Omer. Il retient cependant une autre explication, le sceau symboliserait la vie commune, l'union et le dévouement.
SALLE DU CHAPITRE DE LA COMMANDERIE DE COULOMMIERS
Un chapitre, du latin capitulum, diminutif de caput, en son sens premier, tête, est une partie d'un livre qui a donné son nom à la réunion de religieux dans un monastère durant laquelle étaient lus des passages des textes sacrés ainsi que des articles de la règle. L'usage vient de la règle de saint Benoît qui demandait la lecture fréquente d'un passage de la règle à toute la communauté réunie. Par extension, la communauté d'un monastère est appelée le chapitre. La salle spécifiquement bâtie pour recevoir les réunions de chapitre est aussi appelée salle capitulaire, salle du chapitre, ou tout simplement chapitre. La tenue se déroule à huis clos et il est strictement interdit aux participants de répéter ou de commenter à l'extérieur ce qui s'est dit durant le chapitre.
Dans l'ordre du Temple, il existait deux types de réunion de chapitre :
Le chapitre général ;
Le chapitre hebdomadaire ;
Le lien entre l'Orient et l'Occident était essentiellement maritime. Pour les Templiers, l'expression outre-mer désignait l'Europe tandis que l'en deçà des mers et plus précisément de la mer Méditerranée, représentait l'Orient. Afin d'assurer le transport des biens, des armes, des frères de l'ordre, des pèlerins et des chevaux, l'ordre du Temple avait fait construire ses propres bateaux. Il ne s'agissait pas d'une flotte importante, comparable à celles des XIVe et XVe siècles, mais de quelques navires qui partaient des ports de Marseille, Nice, comté de Nice, Saint-Raphaël, Collioure ou d'Aigues-Mortes en France et d'autres ports italiens. Ces bateaux se rendaient dans les ports orientaux après de nombreuses escales.
Plutôt que de financer l'entretien de navires, l'ordre pratiquait la location de bateaux de commerce appelés nolis. Inversement, la location de nefs templières à des marchands occidentaux était pratiquée. Il était d'ailleurs financièrement plus avantageux d'accéder aux ports exonérés de taxes sur les marchandises que de posséder des bateaux. Les commanderies situées dans les ports jouaient donc un rôle important dans les activités commerciales de l'ordre. Des établissements templiers étaient installés à Gênes, Pise ou Venise, mais c'était dans le Sud de l'Italie, plus particulièrement à Brindisi, que les nefs templières méditerranéennes passaient l'hiver.
Les Templiers d'Angleterre se fournissaient en vin du Poitou à partir du port de La Rochelle.
On distinguait deux sortes de bateaux, les galères, et les nefs.
Certaines larges nefs étaient surnommées huissiers car dotées de portes arrière ou latérales, ce qui permettait d'embarquer jusqu'à une centaine de chevaux, suspendus par des sangles afin d'assurer la stabilité de l'ensemble pendant le voyage.
L'article 119 des retraits de la Règle indique que tous les vaisseaux de mer qui sont de la maison d'Acre sont au commandement du commandeur de la terre. Et le commandeur de la voûte d'Acre, et tous les frères qui sont sous ses ordres sont en son commandement et toutes les choses que les vaisseaux apportent doivent être rendues au commandeur de la terre.
Le port d'Acre était le plus important de l'ordre. La voûte d'Acre était le nom d'un des établissements possédés par les Templiers dans la ville, celui-ci se trouvant près du port. Entre la rue des Pisans et la rue Sainte-Anne, la voûte d'Acre comprenait un donjon et des bâtiments conventuels.
Voici les noms de navires du Temple :
Le Templère ;
Le Buscart ;
Le Buszarde ;
Vaisseaux du Temple vers 1 230 reliant l'Angleterre au continent.
La Bonne Aventure en 1 248 ;
La Rose du Temple en 1 288 ;
Vaisseaux attachés à Marseille.
L'Angellica ;
En Italie du Sud ;
Le Faucon en 1 291 ;
La Santa Anna en 1 302 ;
Basés à Chypre.
CROQUIS REPRÉSENTANT MOLAY EN HABIT
La reconnaissance de l'ordre du Temple ne passait pas seulement par l'élaboration d'une règle et d'un nom, mais aussi par l'attribution d'un code vestimentaire particulier propre à l'ordre du Temple.
Seuls les chevaliers, les frères issus de la noblesse, avaient le droit de porter le manteau blanc, symbole de pureté de corps et de chasteté. Les frères sergents, issus de la paysannerie, portaient quant à eux un manteau de bure, sans pour autant que ce dernier ait une connotation négative. C'était l'ordre qui remettait l'habit et c'est aussi lui qui avait le pouvoir de le reprendre. L'habit lui appartenait, et dans l'esprit de la règle, le manteau ne devait pas être un objet de vanité. Il y est dit que si un frère demandait un plus bel habit, on devait lui donner le plus vil.
L'iconographie templière la présenta grecque simple, ancrée, fleuronnée ou pattée. Quelle qu'ait été sa forme, elle indiquait l'appartenance des Templiers à la chrétienté et la couleur rouge rappelait le sang versé par le Christ. Cette croix exprimait aussi le vœu permanent de croisade à laquelle les Templiers s'engageaient à participer à tout moment. Il faut cependant préciser que tous les Templiers n'ont pas participé à une croisade. Il y a eu de nombreuses sortes de croix pour les Templiers. Il semble que la croix pattée rouge n'ait été accordée que tardivement aux Templiers, en 1 147, par le pape Eugène III. Il aurait donné le droit de la porter sur l'épaule gauche, du côté du cœur. La règle de l'ordre et ses retraits ne faisaient pas référence à cette croix. Cependant, la bulle papale Omne datum optimum la nomma par deux fois. Aussi est-il permis de dire que les Templiers portaient déjà la croix rouge en 1 139. C'est donc sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l'ordre, que la croix de gueules devint officiellement un insigne templier. Il est fort probable que la croix des Templiers ait été issue de la croix de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem dont avaient fait partie Hugues de Payns et ses compagnons d'armes.
CROIX DE L’ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM
Dans son homélie, appelée De laude novæ militiæ, autrement dit Éloge de la nouvelle milice, Bernard de Clairvaux présente un portrait physique et surtout moral des Templiers, qui s'opposait à celui des chevaliers du siècle :
« Ils se coupent les cheveux ras, sachant de par l'Apôtre que c'est une ignominie pour un homme de soigner sa coiffure. On ne les voit jamais peignés, rarement lavés, la barbe hirsute, puant la poussière, maculés par les harnais et par la chaleur… »
HOMMES DU TEMPLE IMAGINES AU XIXe SIÈCLE EN UNE ILLUSTRATION DE 1870
Dans l'article 28, la règle latine précisait que les frères devront avoir les cheveux ras, ceci pour des raisons à la fois pratiques et d'hygiène dont ne parlait pas saint Bernard, mais surtout afin de se considérer comme reconnaissant la règle en permanence. De plus, afin de respecter la règle sans dévier, ils ne doivent avoir aucune inconvenance dans le port de la barbe et des moustaches. Les frères chapelains étaient tonsurés et rasés. De nombreuses miniatures, qui représentent des Templiers sur le bûcher, ne sont ni contemporaines, ni réalistes. À ce moment, certains s'étaient même rasés pour montrer leur désengagement de l'ordre.
« […] car de notre vie vous ne voyez que l'écorce qui est par dehors. Car l'écorce est telle que vous nous voyez avoir beaux chevaux et belles robes, et ainsi vous semble que vous serez à votre aise. Mais vous ne savez pas les forts commandements qui sont par dedans. Car c'est une grande chose que vous, qui êtes sire de vous-même, deveniez serf d'autrui. »
EXTRAIT DE L'ARTICLE 661 DE LA RÈGLE
La règle de l'ordre et ses retraits nous informent de manière précise sur ce que fut la vie quotidienne des Templiers en Occident comme en Orient.
Cette vie était partagée entre les temps de prières, la vie collective, repas, réunions, l'entraînement militaire, l'accompagnement et la protection des pèlerins, la gestion des biens de la maison, le commerce, la récolte des taxes et impôts dus à l'ordre, le contrôle du travail des paysans sur les terres de l'ordre, la diplomatie, la guerre et le combat contre les infidèles.
CHEVALIER DU TEMPLE CHARGEANT SUR SON DESTRIER
CHAPELLE TEMPLIERE DE CRESSAC EN CHARENTE VERS 1 170
Un ordre de chevalerie ne va pas sans cheval. Ainsi, l'histoire de l'ordre du Temple fut intimement liée à cet animal. Pour commencer, un noble qui était reçu dans l'ordre pouvait faire don de son destrier, un cheval de combat que les écuyers tenaient à dextre, c'est-à-dire de la main droite, donc à gauche. Après 1 140, on comptait de nombreux donateurs de la grande noblesse léguant aux Templiers des armes et des chevaux.
Ces chevaux devaient être harnachés de la plus simple manière exprimant le vœu de pauvreté. Selon la règle à l’article 37.
« Nous défendons totalement que les frères aient de l'or et de l'argent à leurs brides, à leurs étriers et à leurs éperons ».
Parmi ces chevaux se trouvait un destrier qui était entraîné au combat et réservé à la guerre. Les autres chevaux étaient des sommiers ou bêtes de somme de race comtoise ou percheronne. Ce pouvaient être aussi des mulets appelés bêtes mulaces. Ils assuraient le transport du chevalier et du matériel. Il y avait aussi le palefroi, plus spécialement utilisé pour les longs déplacements.
Selon les retraits, la hiérarchie de l'ordre s'exprimait à travers l'attribution réglementaire des montures. Les retraits commencent ainsi :
« Le maître doit avoir quatre bêtes… »
Indiquant l'importance du sujet. D'ailleurs, les trois premiers articles du maître de l'ordre (articles 77, 78 et 79) portaient sur son entourage et le soin aux chevaux. On apprend ainsi que les chevaux étaient nourris en mesures d'orge, qui était à l’époque une céréale coûteuse et donnant beaucoup plus d'énergie aux chevaux que la simple ration de foin et qu'un maréchal-ferrant se trouvait dans l'entourage du maître.
Parmi les chevaux du maître se trouvait un turcoman, pur-sang arabe qui était un cheval de guerre d'élite et de grande valeur car très rapide.
Quatre chevaux étaient fournis à tous les hauts dignitaires :
Sénéchal ;
Maréchal ;
Commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem ;
Commandeur de la cité de Jérusalem ;
Commandeurs de Tripoli et d'Antioche ;
Drapier ;
Commandeurs des maisons de commanderies ;
Turcopolier ;
Les frères sergents tels que le sous-maréchal, le gonfanonier, le cuisinier, le maréchal-ferrant et le commandeur du port d'Acre avaient droit à deux chevaux. Les autres frères sergents ne disposaient que d'une seule monture. Les turcopoles, soldats arabes au service de l'ordre du Temple, devaient fournir eux-mêmes leurs chevaux.
C'était le maréchal de l'ordre qui veillait à l'entretien de tous les chevaux et du matériel, armes, armures et brides, sans lesquels la guerre n'était pas possible. Il était responsable de l'achat des chevaux (article 103) et il devait s'assurer de leur parfaite qualité. Un cheval rétif devait lui être montré (article 154) avant d'être écarté du service.
Les destriers étaient équipés d'une selle à croce, sorte de selle à crosse, appelée aussi selle à arçonnière, qui était une selle montante pour la guerre et qui permettait de maintenir le cavalier lors de la charge. Les commanderies du Sud de la France, mais aussi celles de Castille, d'Aragon et de Gascogne, étaient spécialisées dans l'élevage des chevaux. Ceux-ci étaient ensuite acheminés dans les États latins d'Orient par voie maritime. Pour cela, ils étaient transportés dans les cales des nefs templières et livrés à la caravane du maréchal de l'ordre qui supervisait la répartition des bêtes selon les besoins. Lorsqu'un Templier mourait ou était envoyé dans un autre État, ses chevaux revenaient à la maréchaussée (article 107).
Rares sont les représentations des Templiers. Il nous est cependant parvenu une peinture murale d'un chevalier du Temple en train de charger sur son destrier. Il s'agit d'une fresque de la chapelle de Cressac en Charente, datant de 1 170.
Le noble des XIIe & XIIIe siècles devait se faire confectionner un équipement complet, vêtement et armes pour être adoubé chevalier. Ce matériel, nécessitant essentiellement des métaux, valait une somme importante qui pouvait impliquer de contracter un crédit ou de bénéficier d'un prêt. Les chevaliers et sergents templiers devaient disposer d'un tel équipement.
La protection du corps était assurée par un écu, un haubert (cotte de maille) ainsi qu'un heaume ou un chapel de fer.
L'écu ou bouclier de forme triangulaire, pointe en bas, était fait de bois et recouvert d'une feuille de métal ou de cuir. Il servait à protéger le corps, mais sa taille fut réduite dans le courant du XIIe siècle pour être allégé et donc plus maniable.
La cotte de mailles était constituée de milliers d'anneaux en fer de quelques millimètres de diamètre, entrelacés et rivetés. Cette cotte était constituée de quatre parties :
Les Chausses ;
Le Haubert, qui deviendra le Haubergeon ;
Le Camail ou coiffe de mail ;
Les Gants d'armes ;
Le sous-vêtement se composait d'une chemise de lin et de braies. La protection du corps était renforcée par le port de chausses éventuellement matelassées en tissu ou cuir et attachées par des lanières, ainsi que par un gambison ou gambeson en tissu matelassé et recouvert de soie.
Pour finir, le surcot, porté sur la cotte, est aussi appelé jupon d'arme, cotte d'arme ou tabard. Il était cousu d'une croix rouge, insigne de l'ordre, devant comme derrière. Il permettait de reconnaître les combattants templiers sur le champ de bataille comme en tout lieu.
DIFFÉRENTS TABARDS
Le Baudrier ;
L’épée ;
La Lance ;
La Masse d'arme ;
Les Couteaux :
Le Drapeau ;
Le baudrier, porté autour des reins, était une ceinture spéciale qui permettait d'accrocher l'épée et de maintenir le surcot près du corps.
Selon la règle, le Templier recevait comme armement :
Une épée ;
Une lance ;
Une masse ;
Trois couteaux ;
Lors de sa réception dans l'ordre.
Les épées suivaient les modes occidentales de l'époque. Elles étaient donc à lames droites à double tranchant, maniées à une main à la création de l'ordre puisque les modèles maniés à deux mains n'apparaîtront que plus tard toute fin du XIIe siècle.
La lance est une arme de cavalier, destinée à charger à la lance couchée sur l'ennemi.
La masse d'arme est constituée d'une hampe courte, selon modèles, de 40 à 80 cm, et d'une tête ferrée ou entièrement constituée de fer présentant d'éventuelles protubérances.
Le couteau qui lui était esthétiquement appareillé de 30 à 40 cm de longueur totale.
Les deux autres couteaux étaient des outils d'usage général, servant aux menus travaux, à l'entretien du corps, du cheval et à la nutrition.
Le drapeau de l'ordre du Temple était appelé le gonfanon baucent. Baucent, qui signifie bicolore, avait plusieurs graphies baussant, baucent ou balcent. C'était un rectangle vertical composé de deux bandes, l'une blanche et l'autre noire, coupées au tiers supérieur. Porté en hauteur au bout d'une lance, il était le signe de ralliement des combattants templiers sur le champ de bataille, protégé en combat par une dizaine de chevaliers. Celui qui en était responsable était appelé le gonfanonier. Selon la circonstance, le gonfanonier désignait un porteur qui pouvait être un écuyer, un soldat turcopole ou une sentinelle. Le gonfanonier chevauchait devant et conduisait son escadron sous le commandement du maréchal de l'ordre.
Le gonfanon devait être visible en permanence sur le champ de bataille et c'est pourquoi il était interdit de l'abaisser. Ce manquement grave au règlement pouvait être puni par la sanction la plus sévère, c’est-à-dire la perte de l'habit qui signifiait le renvoi de l'ordre.
Lorsque le gonfanon principal tombait parce que son porteur et sa garde avaient été tués, le commandeur des chevaliers déroulait un étendard de secours et reprenait la charge. Si celui-ci venait à disparaître à son tour, un commandeur d'escadron devait lever son pennon noir et blanc et rallier tous les Templiers présents.
Saint Georges était un saint très vénéré par les ordres militaires et religieux, mais les Templiers considéraient Marie comme leur sainte patronne.
Les croisés dans leur ensemble étaient perçus par les Arabes comme des barbares ignorants parfois même accusés de cannibalisme, comme lors de la prise de la ville de Ma'arrat al-Numan, pendant la première croisade, et furent ensuite parfois désignés comme les cannibales de Maara. Au début du XIIe siècle, les Templiers se révélèrent être les combattants les plus redoutables que durent affronter les Arabes. Cependant, en dehors du champ de bataille, on note qu'une certaine tolérance religieuse les animait. En 1 140, l'émir et chroniqueur Oussama Ibn Mounqidh, par ailleurs ambassadeur auprès des Francs, se rendit à Jérusalem. Il avait l'habitude d'aller à l'ancienne mosquée al-Aqsa, lieu de résidence de mes amis les Templiers. L'émir rapporta une anecdote pendant laquelle les Templiers prirent ouvertement sa défense lors de la prière. Alors que la façon de prier des musulmans était à la fois inconnue et incomprise des Francs nouvellement arrivés en Orient, les Templiers, eux, faisaient respecter ce culte, même si celui-ci était qualifié d'infidèle.
Quelques années plus tard, en 1 187, lors de la bataille de Hattin, le chef musulman Saladin fit décapiter au sabre, sur place et en sa présence, près de deux cent trente prisonniers templiers. Le secrétaire particulier de Saladin concluait en parlant de son maître :
« Que de maux il guérit en mettant à mort un Templier ».
En revanche, les chefs militaires arabes épargnaient les maîtres de l'ordre prisonniers parce qu'ils savaient que dès qu'un maître mourait, il était immédiatement remplacé.
Les Templiers devaient exercer une activité économique, commerciale et financière pour payer les frais inhérents au fonctionnement de l'ordre et les dépenses de leurs activités militaires en Orient. Cependant, il ne faut pas confondre cette activité économique et financière avec celle plus sophistiquée des banquiers italiens à la même époque. L'usure, c'est-à-dire une tractation comportant le paiement d'un intérêt, était interdite par l'Église aux chrétiens et de surcroît aux religieux.
DEUTERONOME, 23,19
Les Templiers prêtaient de l'argent à toutes sortes de personnes ou institutions, pèlerins, croisés, marchands, congrégations monastiques, clergé, rois et princes. Le montant du remboursement était parfois supérieur à la somme initiale lorsqu'il pouvait être camouflé par un acte de changement de monnaie. C'était une façon courante de contourner l'interdit.
Lors de la croisade de Louis VII, le roi de France en arrivant à Antioche demanda une aide financière aux Templiers. Le maître de l'ordre, Évrard des Barres, fit le nécessaire. Le roi de France écrivait à son intendant en parlant des Templiers :
« Nous ne pouvons pas nous imaginer comment nous aurions pu subsister dans ces pays [Orient] sans leur aide et leur assistance. […] Nous vous notifions qu'ils nous prêtèrent et empruntèrent en leur nom une somme considérable. Cette somme leur doit être rendue […] ».
La somme en question représentait deux mille marcs d'argent.
L’activité financière de l'ordre prévoyait que les particuliers pussent déposer leurs biens lors d'un départ en pèlerinage vers Jérusalem, Saint-Jacques-de-Compostelle ou Rome. Les Templiers inventèrent ainsi le bon de dépôt. Lorsqu'un pèlerin confiait aux Templiers la somme nécessaire à son pèlerinage, le frère trésorier lui remettait une lettre sur laquelle était inscrite la somme déposée. Cette lettre manuscrite et authentifiée prit le nom de lettre de change. Le pèlerin pouvait ainsi voyager sans argent sur lui et se trouvait plus en sécurité. Arrivé à destination, il récupérait auprès d'autres Templiers l'intégralité de son argent en monnaie locale. Les Templiers ont mis au point et institutionnalisé le service du change des monnaies pour les pèlerins.
Il s'agissait d'un coffre fermé à clé dans lequel étaient gardés de l'argent, des bijoux, mais aussi des archives. Ce coffre-fort était appelé huche. Le maître de l'ordre à Jérusalem en effectuait la comptabilité avant que celle-ci ne fût transférée à la fin du XIIIe siècle au trésorier de l'ordre. Trois articles des retraits de la règle nous renseignent sur le fonctionnement financier de l'ordre. Le maître pouvait autoriser le prêt d'argent, sans intérêt, avec ou sans l'accord de ses conseillers selon l'importance de la somme. Les revenus provenant des commanderies d'Occident étaient remis au trésor du siège de l'ordre à Jérusalem.
Tous les dons en argent de plus de cent besants étaient concentrés dans le trésor de l'ordre. Les commanderies de Paris ou de Londres servaient de centres de dépôts pour la France et l'Angleterre. Chaque commanderie pouvait fonctionner grâce à une trésorerie conservée dans un coffre. Au moment de l'arrestation des Templiers en 1 307, il a été retrouvé un seul coffre important, celui du visiteur de France, Hugues de Pairaud. L'argent qu'il contenait a été confisqué par le roi et a immédiatement rejoint les caisses royales.
Que la suppression de l'ordre par Philippe IV le Bel ait eu pour objectif de récupérer le trésor des Templiers est une hypothèse cependant contestée, car le trésor du Temple était bien inférieur au trésor royal. Le roi a en fait pallié ses difficultés financières en essayant d'établir des impôts réguliers, en taxant lourdement les Juifs et les banquiers lombards, parfois en confisquant leurs biens et en pratiquant les dévaluations monétaires.
La garde de trésors royaux
Elle a débuté en 1 146 lorsque Louis VII, en partance pour la deuxième croisade, avait décidé de laisser le trésor royal sous la garde du Temple de Paris. Cette pratique, qui ne mêlait en rien les activités financières du Temple et celles de la Couronne, prit fin durant le règne de Philippe IV le Bel.
Par la suite, cela se développa, si bien que nombre de souverains firent confiance aux trésoriers de l'ordre. C'est ainsi qu'une autre grande personnalité, Henri II d'Angleterre, avait laissé la garde du trésor de son royaume au Temple. Par ailleurs, de nombreux Templiers de la maison d'Angleterre étaient également des conseillers royaux.
La maison du Temple à Jérusalem fut le siège central de l'ordre depuis sa fondation en 1 129 jusqu'en 1 187, date de la chute de la ville sainte reprise par Saladin. Le siège central fut alors transféré à Acre, ville portuaire du royaume de Jérusalem. À la suite de la perte de la ville par les chrétiens en 1291, le siège de l'ordre fut à nouveau transféré dans la terre chrétienne la plus proche, l'île de Chypre. C'est à Chypre que vivait Jacques de Molay, le dernier maître de l'ordre avant son retour en France pour y être arrêté. Le siège de l'ordre n'a jamais été installé en Occident.
Forteresses templières en Orient
Pour pallier la faiblesse de leurs effectifs, les croisés entreprirent la construction de forteresses dans les États latins d'Orient. Les Templiers ont participé à cet élan en faisant édifier pour leur besoin de nouveaux châteaux forts.
Ils entreprirent également de reconstruire ceux qui avaient été détruits par Saladin vers 1 187 et acceptèrent d'occuper ceux que les seigneurs d'Orient ou d'Espagne leur donnaient faute de pouvoir les entretenir. Certains d'entre eux permettaient de sécuriser les routes fréquentées par les pèlerins chrétiens autour de Jérusalem. Servant d'établissement à la fois militaire, économique et politique de l'ordre, la place forte représentait pour les populations musulmanes un centre de domination chrétienne. Les Templiers occupèrent un nombre plus important de places fortes dans la péninsule Ibérique lors de leur participation à la Reconquista.
Au XIIe siècle, après la chute de la ville de Jérusalem devant les forces de Saladin en 1 187, les Templiers parvinrent à résister quelques mois dans certaines de leurs places fortes mais, peu à peu, en perdirent la plus grande partie.
Au XIIIe siècle, dans le royaume de Jérusalem, les Templiers possédaient quatre forteresses :
Le château Pèlerin construit en 1 217-1 218 ;
La forteresse de Safed reconstruite en 1 240-1 243 ;
Le château de Sidon ;
La forteresse de Beaufort ;
Tous deux cédés par Julien, seigneur de Sidon en 1 260.
Dans le comté de Tripoli, ils disposaient du château de Tortose reconstruit en 1 212, d'Arima et du Chastel Blanc.
Au nord, dans la principauté d'Antioche, les places fortes templières étaient Baghras (Gaston) récupérée en 1 216, ainsi que Roche de Roissel et Roche-Guillaume qu'ils détenaient toujours, Saladin ayant renoncé à les conquérir en 1 188.
La chute de l'ordre du Temple fait également l'objet d'une polémique. Cependant, les raisons pour lesquelles l'ordre a été éliminé sont beaucoup plus complexes et celles exposées ci-dessous n'en représentent probablement qu'une partie.
Le 28 mai 1 291, les croisés perdirent Saint-Jean-d'Acre à l'issue d'un siège sanglant. Les chrétiens furent alors obligés de quitter la Terre sainte et les ordres religieux tels que les Templiers ainsi que les Hospitaliers n'échappèrent pas à cet exode. La maîtrise de l'ordre fut déplacée à Chypre. Or, une fois expulsé de Terre sainte, avec la quasi-impossibilité de la reconquérir, la question de l'utilité de l'ordre du Temple s'est posée car il avait été créé à l'origine pour défendre les pèlerins allant à Jérusalem sur le tombeau du Christ. Ayant perdu la Terre sainte et donc la raison même de leur existence, une partie de l'ordre se pervertit.
Le peuple percevait d'ailleurs depuis plusieurs décennies les chevaliers comme des seigneurs orgueilleux et cupides menant une vie désordonnée. Les expressions populaires sont révélatrices à cet égard dès 1 274, les plus fréquentes :
« Boire comme un Templier » ;
« Jurer comme un Templier » ;
Au deuxième concile de Lyon, ils durent produire un mémoire pour justifier leur existence.
Une querelle opposait également le roi de France Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII, ce dernier ayant affirmé la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois, en publiant une bulle pontificale en 1 302, Unam Sanctam. La réponse du roi de France arriva sous la forme d'une demande de concile aux fins de destituer le pape, lequel excommunia en retour Philippe le Bel et toute sa famille par la bulle Super Patri Solio. Boniface VIII mourut le 11 octobre 1 303, peu après l'attentat d'Anagni. Son successeur, Benoît XI, eut un pontificat très bref puisqu'il mourut à son tour le 7 juillet 1 304. Clément V fut élu pour lui succéder le 5 juin 1 305.
Or, à la suite de la chute d'Acre, les Templiers se retirèrent à Chypre puis revinrent en Occident occuper leurs commanderies. Les Templiers possédaient d'immenses richesses, certains vivant dans un luxe ostentatoire alors qu'ils avaient fait vœu de pauvreté, augmentées par les redevances, droits d'octroi, de péage, de douane, banalités, etc. et les bénéfices issus du travail de leurs commanderies. Ils possédaient également une puissance militaire équivalente à quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers entraînés au combat, force entièrement dévouée au pape. Une telle force ne pouvait que se révéler gênante pour le pouvoir en place. Il faut ajouter que les légistes royaux, formés au droit romain, cherchaient à exalter la puissance de la souveraineté royale. Or la présence du Temple en tant que juridiction pontificale limitait grandement le pouvoir du roi sur son propre territoire.
L'attentat d'Anagni est un des reflets de cette lutte des légistes pour assurer un pouvoir aussi peu limité que possible au roi. La position des légistes, notamment Guillaume de Nogaret, en tant que conseillers du roi, a sûrement eu une influence sur Philippe le Bel.
Enfin, certains historiens prêtent une part de responsabilité dans la perte de l'ordre à Jacques de Molay, maître du Temple élu en 1 293 à Chypre après la perte de Saint-Jean-D’acre. En effet, à la suite de cette défaite, un projet de croisade germa de nouveau dans l'esprit de certains rois chrétiens, mais aussi et surtout dans celui du pape Clément V. Le pape désirait également une fusion des deux ordres militaires les plus puissants de Terre sainte et le fit savoir dans une lettre qu'il envoya à Jacques de Molay en 1 306. Le maître y répondit qu'il s'opposait à cette idée, craignant que l'ordre du Temple soit fondu dans celui des Hospitaliers, sans pour autant être catégorique. Cependant, les arguments qu'il avança pour étayer ses propres vues étaient bien minces. Enfin, Jacques de Molay manqua de diplomatie en refusant au roi d'être fait chevalier du Temple à titre honorifique.
Aujourd'hui, l’implication du pape dans l’arrestation des Templiers peut faire polémique. Certains historiens parlent de trois rencontres entre Philippe le Bel et Clément V, étalées de 1 306 à 1 308, au cours desquelles fut discuté le sort des Templiers.
Toutefois, ces historiens se fondent sur un chroniqueur italien du nom de Giovanni Villani, seule source contemporaine à indiquer une rencontre en 1 305 entre le roi et le pape qui, selon ses dires, devait aborder la question de la suppression de l'ordre. Certains autres historiens estiment que cette source est sujette à caution, car les Italiens avaient alors un fort ressentiment contre Clément V, pape français. Les mêmes historiens attestent d'une rencontre entre le roi de France et le pape au mois de mai 1 307, quelques mois donc avant l'arrestation. Les légistes royaux invoqueront, un an après, cette rencontre en affirmant que le pape avait alors donné son autorisation au roi pour procéder à cette arrestation.
Par la bulle Faciens misericordiam, Clément V nomma en 1 308 des commissions pontificales chargées d'enquêter sur l'ordre, en marge de la procédure séculière engagée par le roi de France, Philippe IV le Bel.
Procès-verbal d’interrogatoire de treize Templiers du bailliage de Caen par quatre dominicains du couvent de Caen commis par Guillaume de Paris, inquisiteur de France et deux commissaires royaux, Hugues du Châtel et Enguerrand de Villers.
L'idée de détruire l'ordre du Temple était déjà présente dans l'esprit du roi Philippe IV le Bel, mais ce dernier manquait de preuves et d'aveux afin d'entamer une procédure. Ce fut chose faite grâce à un atout majeur déniché par Guillaume de Nogaret en la personne d'un ancien Templier renégat, Esquieu de Floyran aussi dénommé Sequin de Floyran, ou encore Esquieu de Floyrac. Selon la thèse officielle, Esquieu de Floyran, bourgeois de Béziers ou prieur de Montfaucon était emprisonné pour meurtre et partageait sa cellule avec un Templier condamné à mort qui se confessa à lui, lui avouant le reniement du Christ, les pratiques obscènes des rites d'entrée dans l'ordre et la sodomie.
Esquieu de Floyran n’ayant pas réussi à vendre ses rumeurs à Jacques II d'Aragon, parvint en 1 305 auprès du roi de France, Guillaume de Nogaret payant par la suite Esquieu de Floyran afin de diffuser au sein de la population les idées de reniement du Christ et crachat sur la croix, relations charnelles entre frères, baisers obscènes exercés par les chevaliers du Temples. Philippe le Bel écrivit au Pape pour lui faire part du contenu de ces aveux.
En même temps, Jacques de Molay, au courant de ces rumeurs, demanda l'ouverture d'une enquête pontificale. Le pape la lui accorda le 24 août 1 307. Cependant, Philippe le Bel n'attendit pas les résultats de l'enquête, prépara l'arrestation à l’abbaye Notre-Dame-La-Royale, près de Pontoise, le jour de la fête de l’exaltation de la Sainte-Croix. Il dépêcha des messagers le 14 septembre 1 307 à tous ses sénéchaux et baillis, leur donnant des directives afin de procéder à la saisie de tous les biens mobiliers et immobiliers des Templiers ainsi qu'à leur arrestation massive en France au cours d'une même journée, le vendredi 13 octobre 1 307. Le but d'une action menée en quelques heures était de profiter du fait que les Templiers étaient disséminés sur tout le territoire et ainsi d'éviter que ces derniers, alarmés par l'arrestation de certains de leurs frères, ne se regroupassent et ne devinssent alors difficiles à arrêter.
Au matin du 13 octobre 1 307, Guillaume de Nogaret et des hommes d'armes pénétrèrent dans l'enceinte du Temple de Paris où résidait le maître de l'ordre Jacques de Molay. À la vue de l'ordonnance royale qui justifiait cette rafle, les Templiers se laissèrent emmener sans aucune résistance. À Paris, on compta 138 prisonniers, en plus du maître de l'ordre.
Un scénario identique se déroula au même moment dans toute la France. La plupart des Templiers présents dans les commanderies furent arrêtés. Ils n'opposèrent aucune résistance. Quelques-uns réussirent à s'échapper avant ou pendant les arrestations. Les prisonniers furent enfermés pour la plupart à Paris, Caen, Rouen et au château de Gisors. Tous leurs biens furent inventoriés et confiés à la garde du Trésor royal.
Ceux qui, en 1 306, avaient recueilli Philippe IV le Bel pendant les émeutes de Paris se retrouvaient maintenant incarcérés dans l'attente de leur procès.
INTERROGATOIRE DES TEMPLIERS
PAR LES COMMISSAIRES ROYAUX ET INQUISITEURS DE LA FOI 13 NOVEMBRE 1307
PLAQUE COMMÉMORATIVE SUR L’ÎLE DE LA CITE
Puisque tous les Templiers du royaume de France avaient été arrêtés, Philippe IV le Bel enjoignit aux souverains européens, ceux d’Espagne et d’Angleterre, de faire de même. Tous refusèrent car ils craignaient les foudres du pape. Le roi de France n'en fut pas découragé et ouvrit donc le procès des Templiers.
Cependant, l'ordre du Temple était un ordre religieux et ne pouvait subir à ce titre la justice laïque. Philippe le Bel demanda donc à son confesseur, Guillaume de Paris, aussi Grand Inquisiteur de France, de procéder aux interrogatoires des cent trente-huit Templiers arrêtés à Paris. Parmi ces chevaliers, trente-huit moururent sous la torture, mais le processus des aveux avait été enclenché, donnant lieu aux accusations d'hérésie et d'idolâtrie. Parmi les péchés confessés le plus souvent, l'Inquisition enregistra le reniement de la Sainte-Croix, le reniement du Christ, la sodomie et l'adoration d'une idole, appelée le Baphomet. Trois templiers résistèrent à la torture et n'avouèrent aucun comportement obscène.
Afin d'essayer de protéger l'ordre du Temple, le pape Clément V publia la bulle Pastoralis preeminentie qui ordonnait aux souverains européens d'arrêter les Templiers qui résidaient chez eux et de mettre leurs biens sous la gestion de l'Église. Le roi pour en tirer une légitimité au nom du peuple et pour impressionner le pape, convoqua à Tours les états généraux de 1 308 qui approuvèrent la condamnation de l'ordre alors que le Pape avait fait interrompre la procédure royale enclenchée par Philippe le Bel. De plus, le pape demandait à entendre lui-même les Templiers à Poitiers. Mais, la plupart des dignitaires étant emprisonnés à Chinon, le roi Philippe le Bel prétexta que les prisonniers, soixante-douze en tout, triés par le roi lui-même, étaient trop faibles pour faire le voyage. Le pape délégua alors deux cardinaux pour aller entendre les témoins à Chinon. Le manuscrit ou parchemin de Chinon qui en traite indique que le pape Clément V a donné l'absolution aux dirigeants de l'ordre à cette occasion.
La première commission pontificale se tint le 12 novembre 1 309 à Paris. Elle avait pour but de juger l'ordre du Temple en tant que personne morale et non les personnes physiques. Pour ce faire, elle envoya dès le 8 août une circulaire à tous les évêchés afin de faire venir les Templiers arrêtés pour qu’ils comparussent devant la commission. Un seul frère dénonça les aveux faits sous la torture Ponsard de Gisy, précepteur de la commanderie de Payns. Le 6 février 1 310, quinze Templiers sur seize clamèrent leur innocence. Ils furent bientôt suivis par la plupart de leurs frères.
Le roi de France souhaita alors gagner du temps et fit nommer à l'archiépiscopat de Sens un archevêque qui lui était totalement dévoué, Philippe de Marigny, demi-frère d'Enguerrand de Marigny.
Celui-ci envoya au bûcher, le 12 mai 1 310, cinquante-quatre templiers qui avaient renié leurs aveux faits sous la torture en 1 307 et étaient donc relaps. Tous les interrogatoires furent terminés le 26 mai 1 311.
Le concile de Vienne, qui se tint le 16 octobre 1 311 au sein de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne, avait trois objectifs :
Statuer sur le sort de l'ordre ;
Discuter de la réforme de l'Église ;
Organiser une nouvelle croisade ;
Cependant, lors du concile, quelques templiers décidèrent de se présenter. Ils étaient au nombre de sept et désiraient défendre l'ordre. Le roi, voulant en finir avec l'ordre du Temple, partit en direction de Vienne avec des gens d'arme afin de faire pression sur Clément V. Il arriva sur place le 20 mars 1 312.
Le 22 mars 1 312, le Pape fulmina la bulle Vox in excelso qui ordonnait l'abolition définitive de l'ordre. Pour ce qui est du sort des Templiers et de leurs biens, le pape fulmina deux autres bulles :
Ad providam le 2 mai 1 312, concernait les biens du Temple qui furent légués en totalité à l'ordre de l'Hôpital, à l'exception de l'Espagne et du Portugal, où deux ordres naquirent des cendres de l'ordre du Temple, l'ordre de Montesa et l'ordre du Christ, et des sommes d'argent dans la tour du Temple, récupérées par Philippe le Bel ;
Considerantes dudum le 6 mai 1 312 quant à elle, déterminait le sort des hommes. Ceux ayant avoué ou ayant été déclarés innocents se verraient attribuer une rente et pourraient vivre dans une maison de l'ordre alors que tous ceux ayant nié ou s'étant rétractés, subiraient un châtiment sévère, la peine de mort ;
Toutefois, le sort des dignitaires de l'ordre du Temple restait entre les mains du pape.
Une commission pontificale fut nommée le 22 décembre 1 313. Elle était constituée de trois cardinaux et d'avoués du roi de France et devait statuer sur le sort des quatre dignitaires de l'Ordre. Devant cette commission, ils réitérèrent leurs aveux. Le 11 ou 18 mars 1 314, les quatre templiers furent amenés sur le parvis de Notre-Dame de Paris afin que l'on leur lût la sentence. C'est là que Jacques de Molay, maître de l'ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, Hugues de Pairaud, visiteur de France, et Geoffroy de Goneville, précepteur en Poitou Aquitaine, apprirent qu'ils étaient condamnés à la prison à vie.
Toutefois, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay clamèrent leur innocence. Ils avaient donc menti aux juges de l'Inquisition, furent déclarés relaps et remis au bras séculier, en l'occurrence, la justice royale. Voici la description qu'en fit, dans sa Chronique latine, Guillaume de Nangis, un chroniqueur de l'époque :
« Mais alors que les cardinaux pensaient avoir mis un terme à cette affaire, voilà que tout à coup et inopinément deux d'entre eux, le grand maître et le maître de Normandie, se défendirent opiniâtrement contre le cardinal qui avait prononcé le sermon et contre l'archevêque de Sens Philippe de Marigny, revenant sur leur confession et sur tout ce qu'ils avaient avoué. »
Le lendemain, Philippe le Bel convoqua son conseil et, faisant fi des cardinaux, condamna les deux templiers au bûcher. Ils furent conduits sur des Juifs afin d'y être brûlés vifs. Geoffroi de Paris fut un témoin oculaire de cette exécution. Il écrivit dans sa Chronique métrique en 1 312, les paroles du maître de l'ordre :
« […] Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement ; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamné à tort : Dieu vengera notre mort. […] »
Proclamant jusqu’à la fin son innocence et celle de l'ordre, Jacques de Molay s'en référa donc à la justice divine et c'est devant le tribunal divin qu'il assignait ceux qui sur Terre l'avaient jugé. La malédiction légendaire de Jacques de Molay :
« Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération. »
Les deux condamnés demandèrent à tourner leurs visages vers la cathédrale Notre-Dame pour prier. C'est avec la plus grande dignité qu'ils moururent. Guillaume de Nangis ajouta :
« On les vit si résolus à subir le supplice du feu, avec une telle volonté, qu'ils soulevèrent l'admiration chez tous ceux qui assistèrent à leur mort… ».
La décision royale avait été si rapide que l'on s'aperçut après coup que la petite île où l'on avait dressé le bûcher ne se trouvait pas sous la juridiction royale, mais sous celle des moines de Saint-Germain-des-Prés. Le roi dut donc confirmer par écrit que l'exécution ne portait nullement atteinte à leurs droits sur l'île.
Giovanni Villani, contemporain des Templiers, mais qui n'assista pas à la scène, ajouta dans sa Nova Cronica que :
« Le roi de France et ses fils éprouvèrent grande honte de ce péché », et que « la nuit après que ledit Maître et son compagnon eurent été martyrisés, leurs cendres et leurs os furent recueillis comme des reliques sacrées par les frères et d'autres religieuses personnes, et emmenés en lieux consacrés. »
La dissolution de l'ordre lors du concile de Vienne et ensuite la mort de Jacques de Molay marquèrent la fin officielle de l'ordre du Temple. Les biens templiers, en particulier les commanderies, furent reversés par la bulle papale Ad providam en majeure partie aux Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Pour autant, tous les chevaliers, frères et servants templiers n'ont pas été exécutés, bon nombre d'entre eux sont retournés à la vie civile ou ont été accueillis par d’autres ordres religieux.
Les légendes au sujet des Templiers
L'historien et archevêque Guillaume de Tyr rédige à partir de 1 167 Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, ouvrage dans lequel il se révèle d'abord favorable aux Templiers puis de plus en plus critique à leur égard à mesure qu'ils prennent de la puissance, privilèges pontificaux comme l'exemption de la dîme et de l'excommunication, droit de réaliser des quêtes dans les églises, comptes à rendre exclusivement au pape. Peu à peu, dit-il, les membres de l'ordre deviennent arrogants et irrespectueux envers la hiérarchie ecclésiastique et séculière : Guillaume de Tyr est ainsi à l'origine des premières légendes sur les Templiers, tantôt apologétiques, la légende des neuf chevaliers restés seuls pendant neuf ans, tantôt critiques, les accusant notamment à plusieurs reprises de trahir les chrétiens pour de l'argent.
La fin tragique des Templiers a contribué à générer des légendes à leur sujet. Parmi d'autres, leur quête supposée du Saint Graal, l'existence d'un trésor caché, leur découverte éventuelle de documents cachés sous le Temple d'Hérode, certaines hypothèses de leurs liens avec les francs-maçons. De plus, certains groupements ou sociétés secrètes tels que la Rose-Croix ou certaines sectes, telles que l'ordre du Temple solaire et ses survivances, comme la Militia Templi ou l’Ordo Templi Orientis, se réclameront par la suite de l'Ordre, affirmant leur filiation en s'appuyant sur la survivance secrète de l'Ordre, sans parvenir pour autant à le prouver, ou en produisant même parfois de faux documents.
La fin de l'ordre du Temple a provoqué l'apparition de nombreuses légendes au sujet des Templiers.
Ces légendes sont apparues essentiellement à partir du XVIIIe siècle, en particulier dans les milieux maçonniques, qui vont voir en eux le maillon avec les bâtisseurs mythiques du temple de Salomon.
Ces légendes se sont développées et portent généralement sur la survivance secrète de l'ordre et la nature d'un mystérieux trésor, source de leur richesse et de leur puissance, ce trésor étant souvent lié à la légende du Graal.
Les origines des légendes
Un certain nombre d'aspects de l'histoire de l'Ordre du Temple sont à l'origine des nombreuses légendes apparues à son sujet :
La puissance, la richesse et l'influence de l'ordre ;
Sa fin tragique et soudaine ;
Les accusations d'hérésie, d'idolâtrie et de sodomie portées lors du procès, et confirmées par les aveux obtenus sous la torture ;
Entre la chute des Templiers et le XVIIIe siècle, se développent deux idées assez contradictoires. Celle de l'innocence de l'Ordre vis-à-vis des accusations qui avaient été portées contre lui et confirmées par les aveux obtenus sous la torture et celle d'un ésotérisme templier, idée dont on trouve la trace dans le De occulta philosophia de 1 531 du médecin alchimiste Cornélius Agrippa.
La franc-maçonnerie templière au XVIIIe siècle
Les premières loges maçonniques apparaissent à la toute fin du XVIe siècle en Écosse puis en Angleterre et se répandent en Europe dans la première moitié du XVIIIe siècle. Elles se réclament d'une origine ancienne, remontant aux origines supposées des loges opératives, c'est-à-dire de véritables artisans maçons, ainsi qu'aux origines de l'art de bâtir lui-même et donc, dans un environnement profondément marqué par le christianisme, au mythe biblique de la construction du Temple de Salomon.
Vers 1 725, apparaît à Londres le troisième grade de la franc-maçonnerie. Sa légende fait de l'artisan bronzier Hiram, mentionné dans la Bible, l'architecte de ce chantier. En 1 736, dans son fameux discours, le chevalier de Ramsay rattache la franc-maçonnerie aux croisés, et plus spécifiquement aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, mais pas aux templiers.
Dans les années 1 740 apparaissent en France de très nombreux nouveaux grades maçonniques, nommés hauts grades maçonniques. L'un des plus anciens d'entre eux, dénommé Chevalier d'Orient et de l'Épée, développe sa légende symbolique propre sur le thème de la reconstruction du Temple de Jérusalem au retour de la captivité de Babylone. Il fait des chefs hébreux de cette époque des chevaliers-maçons, qui arborent dans l'iconographie symbolique du grade la truelle du maçon dans une main et l'épée du chevalier dans l'autre en référence au passage de la Bible. Ce grade connut un grand succès en France puisqu'il y eut dans les années 1 750 plusieurs loges de Chevaliers d'Orient dans la seule ville de Paris et qu'il devint le grade terminal de plusieurs systèmes maçonniques dans les années 1 760. La légende de ce grade n'évoque cependant pas les chevaliers de l'ordre du Temple, mais seulement des chevaliers-maçons qui reconstruisent le Temple de Jérusalem.
Dans cette première moitié du XVIIIe siècle, apparaissent par ailleurs en Allemagne des cercles alchimistes, sous le nom générique de Rose-Croix d'Or, et reliés entre eux par une doctrine assez floue, plus ou moins inspirée des mystérieux manifestes Rose-Croix du siècle précédent. Sans être à proprement parler maçonniques, ces conventicules sont en relation avec les loges.
C'est probablement dans ces milieux qu'apparaît l'idée de l'origine templière de la franc-maçonnerie, reliant la chevalerie de Ramsay à la légende du Temple d'Hiram. C'est là aussi qu'apparaît la légende d'un conseil suprême de Supérieurs Inconnus des Rose-Croix, ne comprenant que 9 membres, idée qui sera reprise dans la légende templière. Elle s'est propagée dans les milieux maçonniques allemands et protestants, alors que le pape Clément XII s'était élevé contre la franc-maçonnerie dans la bulle In eminenti apostolatus specula.
En 1 750, le premier grade initiatique templier attesté apparaît dans des loges de Poitiers et Quimper, sous le nom de Sublime Chevalier Élu. Il s'inscrit dans la famille des grades de vengeance, dit aussi d'Élu, qui révèlent au frère initié qu'Hiram a été vengé par les autres maîtres du chantier du Temple de Salomon. Dans la légende des cahiers de Quimper et de Poitiers, Molay est associé à Hiram, sa mort étant aussi injuste que celle de l'architecte de Salomon. Les templiers ayant survécu au massacre se seraient réfugiés dans les montagnes d'Écosse, et se seraient cachés sous les insignes de la franc-maçonnerie. C'est la première version connue d'une association entre Templiers et francs-maçons.
Un manuscrit des environs de 1 760 trouvé à Strasbourg, intitulé Deuxième Section, de la Maçonnerie parmi les Chrétiens, relie templiers, Rose-Croix et francs-maçons dans une tradition immémoriale d'une société secrète, hermétiste et occultiste. Ce texte complète la retraite templière en Écosse où Beaujeu, neveu de Jacques de Molay, aurait restitué l'Ordre du Temple. Les Grands Maîtres secrets, Supérieurs Inconnus, se seraient succédé depuis ce temps-là. Un autre manuscrit, hongrois, les associe en 1 761 aux Argonautes de l'antiquité.
Mais c'est surtout la Stricte Observance Templière du baron von Hund qui, à partir de 1 750, va populariser l'idée au sein de la franc-maçonnerie, ainsi que dans les hauts grades maçonniques. Une nouvelle légende prend forme, en partie basée sur la Deuxième Section, en partie remodelée :
« Après la catastrophe, le Grand Maître provincial d'Auvergne, Pierre d'Aumont, s'enfuit avec deux commandeurs et cinq chevaliers. Pour n'être pas reconnu, ils se déguisèrent en ouvriers maçons et se réfugièrent dans une île écossaise où ils trouvèrent le grand commandeur Georges de Harris et plusieurs autres frères, avec lesquels ils résolurent de continuer l'Ordre. Le jour de la Saint-Jean 1 313, ils tinrent un chapitre dans lequel Aumont, premier du nom, fut nommé Grand Maître. Pour se soustraire aux persécutions, ils empruntèrent des symboles pris dans l'art de la maçonnerie et se dénommèrent Francs-Maçons. [...] En 1 631, le Grand Maître du Temple transporta son siège à Aberdeen et par la suite l'Ordre se répandit, sous le voile de la franc-maçonnerie, en Italie, en Allemagne, en Espagne et ailleurs. »
Cette légende permet de relier les Templiers avec les origines écossaises de la franc-maçonnerie. La branche française, le Rite écossais rectifié, est fondée en 1 778 à Lyon par Jean-Baptiste Willermoz, qui reprend la légende dans le discours inaugural des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte :
« Trois de nos ancêtres, possédant le grand secret, trouvèrent le moyen d'échapper aux recherches générales et particulières que l'on fit contre eux. Ils errèrent dans les bois et les montagnes, de royaume en royaume. Enfin ils se retirèrent dans des cavernes proches de Herdown en Écosse où ils vécurent, servis et secourus par les chevaliers de Saint-André du Chardon, les anciens amis et alliés des Templiers. Ces trois templiers firent une nouvelle alliance avec les chevaliers de Saint-André… »
Le caractère historique de la filiation templière fut cependant rejeté lors du convent maçonnique de Wilhelmsbad en 1 782, pour devenir symbolique et spirituel au sein du Rite écossais rectifié :
« Après plusieurs recherches curieuses sur l’histoire de l’ordre des Templiers, dont on dérive celui des maçons, qui ont été produites, examinées et comparées dans nos conférences, nous nous sommes convaincus qu’elles ne présentaient que des traditions et des probabilités sans titre authentique, qui puisse mériter toute notre confiance, et que nous n'étions pas autorisés suffisamment à nous dire les vrais et légitimes successeurs des Templiers, que d’ailleurs la prudence voulait que nous quittions un nom qui ferait soupçonner le projet de vouloir restaurer un ordre proscrit par le concours de deux puissances, et que nous abandonnions une forme qui ne cadrerait plus aux mœurs et aux besoins du siècle. »
Dès lors, les groupes néo-templiers se développeront en marge de la franc-maçonnerie.
Les néo templiers au XIXe siècle
En 1 804 Bernard-Raymond Fabré-Palaprat devient grand maître de la loge maçonnique parisienne des Chevaliers de la Croix, affiliée au Grand Orient de France, en remplacement du docteur Jacques-Philippe Ledru, qui prétend avoir reçu les pouvoirs du dernier grand maître secret de l'Ordre du Temple, le duc Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac. L'ordre attire des personnalités comme le duc de Choiseul-Stainville, et Fabré-Palaprat se revendique comme le successeur de Jacques de Molay, produisant un manuscrit latin daté de 1 324, la Carta Transmissionis ou charte Larménius du nom du premier successeur de Molay, qui porte les signatures des grands maîtres depuis la chute de l'Ordre, liste qui comprend entre autres, Bertrand Du Guesclin, Bernard VII d'Armagnac, le connétable Henri Ier de Montmorency, et le régent Philippe d'Orléans.
CLÉ DE VOÛTE DU XVIe SIÈCLE, DANS LA FORTERESSE DE TOMAR AU PORTUGAL
INTERPRÉTÉE COMME UNE REPRÉSENTATION POSSIBLE DE BAPHOMET
Le Baphomet désigne une idole qui aurait été adorée par les Templiers.
Un frère occitan de Montpezat, Gaucerant, avoua avoir adoré une figura Baffometi signifiant image bafométique. Le terme Baphomet n'a jamais été prononcé par les accusateurs ni par les Templiers, mais seulement sous sa forme adjectivale baphométique ou bafométique.
C'est l'éditeur et écrivain allemand Friedrich Nicolai dans son Versuch über die Beschuldigungen welche dem Templeorden gemacht worden, Essai sur les accusations intentées aux Templiers, et sur le secret de cet ordre en 1 782 qui utilise le premier le mot Bafomet qu'il associe au Dieu suprême des gnostiques manichéens, et qui, le premier, avance que les Templiers avaient une doctrine secrète que leur auraient transmis les Sarrasins, et un système initiatique à plusieurs grades. La légende prend de l'ampleur avec le pamphlet Mysterium Baphometi revelatum en 1 819 de l'orientaliste autrichien, par ailleurs catholique conservateur, Joseph von Hammer-Purgstall qui fait des Templiers des gnostiques, des ophites, des apostats et des idôlatres.
Antoine-Isaac Silvestre de Sacy et François-Juste-Marie Raynouard, s'opposent à Hammer-Purgstall. en affirmant qu'il s'agit simplement d'une déformation en occitan, de Mahomet, qu'on trouve par exemple dans le poème de croisade Ira et dolor de 1 265 d'Olivier le Templier E Bafomet obra de son poder se traduisant par Et Mahomet fait briller sa puissance.
Pour Silvestre de Sacy, le Baphomet est en fait un reliquaire. Cette idée sera reprise par Hammer-Purgstall en 1 832 dans son Mémoire sur les deux coffrets gnostiques du cabinet de Monseigneur le duc de Blacas et Prosper Mignard dans sa Monographie du coffret de Monseigneur le duc de Blacas, et Suite de la Monographie du Coffret de Monseigneur le duc de Blacas, ou preuves du Manichéisme dans l'Ordre du Temple.
L'idée d'un ésotérisme templier est popularisée en Allemagne par le philosophe romantique et antirationaliste Friedrich Schlegel dans son Histoire de la littérature ancienne et moderne.
En 1 843, est publié en Écosse un pamphlet anonyme intitulé Statutes of the Religious and Military Order of the Temple, as Established in Scotland: With an Historical Notice of the Order, dans lequel il est raconté que les templiers d'Écosse auraient participé de façon décisive à la bataille de Bannockburn le 24 juin 1 314, trois mois après l'exécution de Jacques de Molay. En récompense Robert Bruce les aurait protégés en les intégrant à un nouvel ordre secret, les francs-maçons. Aucune chronique de l'époque ne mentionne ce fait, et il s'agirait d'une forgerie maçonnique du XIXe siècle. Cette hypothèse est également démentie par l'historien écossais Robert Cooper dans un ouvrage paru en 2 011.
L'idée qu'au Moyen Âge, les Templiers auraient formé une alliance avec les cathares, les vaudois et d'autres hérétiques manichéens culmina en 1 877 avec la publication de la dernière grande forgerie de la maçonnerie templière.
Un érudit allemand, Theodor Merzdorf, publia alors une règle secrète de l'ordre qu'il aurait retrouvée des archives de la Grande Loge de Hambourg. L'évêque luthérien et franc-maçon danois Friedrich Münter, aurait découvert et recopié en 1 780, dans les archives du Vatican, un manuscrit latin daté de 1 240, signé de Robert de Samfort et présentant le livre du Baptême du Feu ou des Statuts secrets rédigés pour les Frères par le Maître Roncelinus et la liste de Signes Secrets que Maître Roncelinus a réunis. Partner note que si jusqu'alors les fictions templières avaient été inventées pour renforcer les rituels et degrés maçonniques, celle de Merzdorf vise un public plus large que les cercles maçonniques, et a un but littéraire.
Certaines théories font état de la découverte précolombienne du continent américain par les Templiers.
Selon l'essayiste Jacques de Mahieu la richesse des Templiers serait issue de mines d'or et d'argent d'Amérique, qu'ils auraient donc découvertes bien avant 1 308. Le port de la Rochelle aurait servi de base à ses expéditions.
Selon Robert Lomas, l'importante flotte templière basée à La Rochelle aurait levé l'ancre le 12 octobre 1 307, et aurait ainsi échappé à la destruction. Si la destination finale de ces navires est inconnue, plusieurs pays pouvaient offrir un abri, le Portugal, l'Angleterre, l'Espagne, ou encore l'Écosse. Dans l'hypothèse où les Templiers avaient déjà à cette époque découvert le continent américain, celui-ci représentait également un refuge sûr.
Un siècle et demi plus tard, William Sinclair fit bâtir à Roslin en Écosse une chapelle particulière car porteuse de nombreux symboles encore mystérieux à notre époque. Entre autres, des gravures d'épis de maïs et de fleurs de cactus aloès sont réalisées, alors que ces plantes ne poussent que sur le continent américain, et qu'elles sont parfaitement inconnues à l'époque en Europe. Ceci appuierait l'hypothèse d'un accostage des navires templiers sur les côtes du continent américain, puis d'un retour en Écosse ultérieur, non daté mais pour le moins antérieur à 1 441, début des travaux de construction de la chapelle.
Le dernier maître de l'ordre du Temple, Jacques de Molay, aurait maudit ses accusateurs sur le bûcher de l'île aux Juifs à Paris, le 11 mars 1 314. D'après le chroniqueur Geoffroi de Paris, sa déclaration aurait été :
« Seigneurs, au moins laissez-moi joindre un peu mes mains et vers Dieu faire mes prières, car c'en est le temps et saison : je vois ici mon jugement… Dieu sait qui a tort et a péché : et le malheur s'abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tort. Dieu vengera notre mort ! Seigneurs, sachez qu'en vérité tous ceux qui nous sont contraires, par nous auront à souffrir. En cette foi, je veux mourir. »
Ferrero de Ferretis rapporte vers 1 330 les dernières paroles d'un templier anonyme, que ce dernier aurait prononcées face au pape durant son procès :
« J'en appelle de ton injuste jugement au Dieu vrai et vivant; dans un an et un jour, avec Philippe responsable aussi de cela tu comparaîtras pour répondre à mes objections et donner ta défense. »
À cette époque déjà, Jacques de Molay n'est plus au centre de la légende, et il en sera ainsi jusqu'au XVIe siècle. Le supplice du dernier Grand Maître semble avoir moins marqué les esprits que les exécutions des autres templiers en 1 310.
L'amalgame final est réalisé par Paul Emile, dans le De Rebus Gestis Francorum publié en 1 548, du moins est-ce la première version écrite que l'on en connaisse. L'appel au jugement de Dieu devient une véritable malédiction prononcée par Jacques de Molay à l'adresse de Philippe le Bel et de Clément V. Les historiens postérieurs reprendront longtemps ce thème devenu évident, comme François Mézeray qui dit avoir lu :
« J’ai lu que le Grand Maître n'ayant plus que la langue libre et presque étouffé de fumée, dit à haute voix : Clément, juge inique et cruel bourreau, je t'ajourne à comparaître, dans quarante jours, devant le tribunal du Souverain Juge. »
La richesse de l'ordre du temple était réelle mais essentiellement basée sur la propriété foncière. Des centaines de commanderies, fermes. parsemaient le territoire. L'activité financière des Templiers, comparée au montant des actifs immobiliers, était fort réduite. La deuxième contrainte factuelle provient de la quantité assez réduite d'argent métal disponible au Moyen Âge.
On sait peu de choses du montant et du devenir du trésor en monnaie du Temple de Paris au moment de l'arrestation des Templiers en 1 307 si ce n'est que son montant n'était pas extraordinaire. Selon Ignacio de la Torre, qui a étudié les fluctuations monétaires sous le règne de Philippe le Bel, dont les besoins financiers auraient été une des causes de la chute du temple, il a vraisemblablement été refondu en pièces d'argent plus pures par la monnaie royale.
Lors de son interrogatoire, le templier Jean de Châlons raconte qu'il a entendu dire que le précepteur de France Gérard de Villiers, ayant appris l'imminence de l'arrestation se serait enfui avec cinquante chevaux, et aurait pris la mer avec dix-huit galères, et que Hugues de Châlons, son fils, se serait lui enfui avec le trésor de son oncle Hugues de Pairaud. Selon le récit de Guillaume Clignet à la chambre des comptes le 31 août 1 321, Hugues de Pairaud, aurait confié à Pierre Gaudes, précepteur de la Maison du temple de Dormelles et de Beauvoir un coffre contenant 1 189 pièces d'or et 5 010 pièces d'argent, coffre remis à un pêcheur de Moret-sur-Loing qui le cacha sous son lit. Lors de l'arrestation des Templiers, le pêcheur confia le coffre au bailli royal de Sens, Guillaume de Hangest qui confisqua la somme d'argent et la versa directement dans le trésor royal.
Gérard de Sède, écrivain du XXe siècle fait état d'une hypothétique évacuation du trésor de Paris à l'aide de 3 chariots camouflés. Ce convoi aurait pris la direction des ports normands comme Boulogne-sur-Mer où les Templiers possédaient une flotte de navires commerciaux, afin d'embarquer pour l'Angleterre ou l'Écosse. Ce chemin les aurait fait passer par le château de Gisors. Les Templiers ont gouverné cette forteresse durant 3 années, de 1 158 à 1 160, ce qui peut laisser penser qu'ils y aient gardé des attaches toutes particulières. Le trésor des Templiers aurait disparu bien avant d'arriver en vue des côtes normandes.
Des fouilles organisées en 1 964 par le ministère de la Culture au château de Gisors pour retrouver le trésor des Templiers à la suite du signalement de son jardinier et gardien, Roger Lhomoy, n'ont abouti à rien. Les fondations du château ont été hautement déstabilisées par ces recherches.
Les légendes concernant le trésor supposé oublient bien souvent l'incohérence de récits apparus tardivement alors que l'arrestation elle-même est un des secrets les mieux gardé de l'histoire et les montants absurdes mis en avant.
Les Templiers et le Graal
Certaines légendes plus tardives mettent en rapport les Templiers avec le Graal des légendes arthuriennes écrites aux XIIe et XIIIe siècles, sur des événements censés se dérouler aux Ve et VIe siècles. Ces légendes s'appuient en général sur le roman courtois Parzival de Wolfram von Eschenbach, dans laquelle le Graal, assimilé à une pierre magique, est gardé par des chevaliers templiers.
Les Templiers auraient retrouvé l'Arche d'alliance, qui avait alors disparu depuis l'assaut de Jérusalem par les Assyriens, sous le Temple de Jérusalemoù ils avaient établi leur quartier général pendant les croisades. Dans son récit du Mont du Temple, le pèlerin du XIIe siècle Theoderich mentionne des tunnels sous le Temple, ce qui a fait naître la légende que les Templiers fouillaient discrètement sous les ruines des écuries de Salomon pour retrouver le trésor du temple, des textes sacrés voire l'arche. Pour les amateurs d'ésotérisme, les Templiers auraient ramené cette arche en Occident et l'auraient enseveli dans la forêt d'Orient, sous la chapelle de Rosslyn, voire sous la cathédrale de Chartres.
Un Vrai ou Faux sur les Templiers
Le 13 octobre 1 307 le roi de France Philippe le Bel fait arrêter les templiers dans le royaume de France. Prémices de la chute d'un ordre religieux, où mythes et légendes se confondent avec la vérité depuis des siècles.
L'ordre du Temple est un ordre religieux militaire
VRAI Cet ordre religieux a pour mission de protéger les pèlerins se rendant sur les Lieux saints, ainsi que les routes qu'ils empruntent. Mais surtout de défendre les États latins d'Orient, mis en place par les croisés en Syrie-Palestine -comme le Comté d'Édesse, la principauté d'Antioche ou bien encore le royaume de Jérusalem.
La règle de l'ordre du Temple est largement inspirée de celle de Saint-Benoît. Mais en raison du caractère militaire elle est assouplie au niveau de l'ascèse, des restrictions alimentaires, des prières pour les combattants. Les templiers qui se battent aux côtés des autres Francs en Terre sainte, gardent et bâtissent également des forteresses. De par sa vocation l'ordre du Temple combat également contre les Maures dans la péninsule ibérique, où il détient également des forteresses.
Les Templiers sont une création du pape
FAUX Si l'ordre du Temple est reconnu officiellement lors du concile de Troyes, sous l'autorité du légat Mathieu d'Albano, représentant du pape, en janvier 1 129, il n'est pas une création papale. En effet le pape Honoré II a été sollicité pour créer une règle à une communauté qui existe déjà depuis quelques années. Il s'agit d'un petit groupe de chevaliers rassemblés depuis 1 120, à l'initiative d'un chevalier champenois Hugues II de Payns, qui ont prononcé des vœux auprès du patriarche de Jérusalem pauvreté, chasteté et obéissance.
C'est Bernard de Clairvaux autorité spirituelle de premier plan- qui soutient Hugues II de Payns et appuie cette double vocation, religieuse et militaire. Ces nouveaux religieux sont appelés Pauvres compagnons d'armes du Christ et du Temple de Salomon en référence au temple de Salomon, situé à Jérusalem. L'ordre, qui obtient au cours des années un certain nombre de privilèges, comme l'exemption du paiement de la dîme, se développe et essaime dans toute la chrétienté, structuré en provinces. A la fin du XIIIe siècle il en existe dix-sept.
Tous les templiers sont des chevaliers
FAUX Appelés pauvres chevaliers du Christ les templiers ne sont pourtant pas tous chevaliers, ni même combattants. En effet parmi cette catégorie, il y a les chevaliers, adoubés avant leur entrée dans l'ordre qui portent un manteau clair et les sergents d'armes, non-nobles ou cadets de famille qui ne sont pas des chevaliers vêtus d'un manteau sombre. Mais tous sont redoutés des musulmans parce qu'ils sont disciplinés seule compte la cohésion du groupe, font preuve de bravure à Darbsak en 1 188 ils font rempart avec leurs corps quand la muraille cède, et surtout sont déterminés. Tous ces éléments participeront ensuite au mythe de leur invincibilité.
Mais à côté de ces hommes d'armes, il existe aussi dans l'ordre du Temple les sergents dits de métier chargés des tâches techniques, gestionnaires, agricoles qui servent dans les maisons templières ou commanderies. Et enfin, à partir de 1 139, l'ordre peut recruter des chapelains qui sont les prêtres qui célèbrent les offices et les seuls à être tonsurés. Mais tous les membres de l'Ordre du Temple prêtent les mêmes vœux.
L'ordre du Temple est immensément riche
FAUX MAIS L'ordre reçoit des dons et legs, rentes, terrains, moulins, troupeaux, maisons etc. Il met en place des commanderies centres administratifs. En Occident ce sont essentiellement des exploitations agricoles, dont un tiers des revenus est versé annuellement pour participer à l'effort de guerre en Terre sainte. Bons gestionnaires ils font fructifier les richesses en leur possessions, perçoivent aussi des droits divers et assurent des transferts de fonds de l'Occident vers l'Orient, pour leur compte comme pour celui de particuliers se rendant en pèlerinages là-bas. Le Temple prête également parfois de l'argent à des puissants ou de simples particuliers.
Tout ceci laisserait donc supposer que les Templiers sont très riches, mais ce n'est pas le cas. Ils ne possèdent pas de fortune en numéraire, la défense des possessions en Terre sainte coûte extrêmes cher, financement de l'équipement et du recrutement des hommes, dont des mercenaires n'appartenant pas à l'ordre, construction de forteresses. L'argent est envoyé en Syrie-Palestine pour financer la guerre. Néanmoins, si l'on considère l'immense patrimoine immobilier et foncier de l'ordre, il peut apparaître comme riche de ce point de vue.
Les Templiers sont victimes d'un complot ourdi par le roi de France
VRAI Le roi de France Philippe le Bel qui veut asseoir son autorité sur l'Église de France, ne peut tolérer l'indépendance des Templiers placés sous la tutelle et la protection du pape depuis 1 139. Il décide donc de les compromettre. Dans un premier temps il propage des rumeurs sur des comportements immoraux des membres du Temple puis les accuse d'hérésie. Le pape Clément V, seule autorité capable de juger l'ordre, informe Philippe le Bel en août 1 307 qu'une enquête, menée par l'Église, commencera dans la deuxième quinzaine d'octobre.
Mais au mépris du droit canon, le roi -profitant de la présence dans le royaume de France du grand maître, Jacques de Molay fait arrêter les templiers par les baillis et sénéchaux royaux le 13 octobre. Et confisque leurs biens. Sous la torture et les pressions morales les templiers de France avouent les crimes dont on les accuse -ce qui permet aux inquisiteurs d'ouvrir un procès. Et jette la suspicion sur l'ensemble de l'ordre.
Les templiers sont condamnés pour hérésie
FAUX Le pape Clément V bien que peu convaincu par les accusations du roi capétien décrète l'arrestation des templiers dans toute la chrétienté en novembre 1 307. Mais souhaitant reprendre la main, il décide de stopper l'action des inquisiteurs en février 1 308, au grand dam du roi de France, qui pensait régler rapidement l'affaire. Le 12 août par la bulle Faciens Misericordiam le pape ouvre le procès de l'ordre du Temple. Après un certain nombre de rebondissements le dénouement a enfin lieu, sous la pression du roi de France, le 22 mars 1 312 lors du Concile de Vienne. L'ordre du Temple est dissout par décret irrévocable et valable à perpétuité. Le pape vient d'accéder à la requête royale de Philippe le Bel qui ne pouvant contrôler l'ordre à décider de le supprimer. Clément V choisit ainsi de mettre un terme à la longue querelle avec le roi de France en sacrifiant les Templiers.
Mais si l'ordre disparaît aucun verdict n'est donné: les templiers ne sont ni reconnus coupables d'hérésie ni innocentés. Les biens templiers détenus dans toutes les provinces sont transférés par une bulle papale de mai 1 312 à un autre ordre religieux militaire l'Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem.
La malédiction du grand maître Jacques de Molay, annonce la mort du roi de France et du pape
FAUX Cette légende de la malédiction de Jacques de Molay, convoquant sur le bûcher le roi de France et le pape devant le tribunal de Dieu avant un an, est propagé par un historien italien Paolo Emilio au XVIe siècle. Il s'inspire des propos d'un templier napolitain narrés par un chroniqueur vers 1 330. Le mythe est d'autant plus tenace que les deux protagonistes incriminés meurent peu après l'exécution du maître des Templiers le 18 mars 1 314. Le souverain pontife -qui souffre depuis des années d'un mal chronique décède le 20 avril. Le roi Philippe le Bel, âgé de quarante-six ans, meurt à son tour le 29 novembre probablement à la suite d'un accident vasculaire cérébral. Ajoutons à cela l'hécatombe de ses descendants qui aboutit à l'extinction de la dynastie capétienne directe et tous les ingrédients sont réunis pour que la légende traverse les âges.
Selon Geoffroy de Paris clerc à la chancellerie royale et auteur d'une chronique, présent au moment du supplice, Jacques de Molay exécuté parce que relaps, parle effectivement sur le bûcher. Selon lui, le grand maître de l'ordre du Temple prophétise que Dieu sait qui a tort et a péché et s'abattra bientôt le malheur sur ceux qui nous condamnent à tort. Dieu vengera notre mort. Mais ni le roi de France Philippe le Bel ni le pape Clément V, ne sont nommés expressément.
L'ordre du Temple possède un trésor
VRAI MAIS Les Templiers ont effectivement un trésor mais comme tous les autres ordres religieux, c'est-à-dire des archives et des reliques. Après la perte de Jérusalem en 1 187 reprise par Saladin à la suite de la victoire d'Hatin, il est transféré à Acres. Il est ensuite déplacé par le commandeur Thibaud Gaudin à Limassol en 1 291 sur l'île de Chypre, où le Temple implante son siège lorsque la Terre sainte est définitivement perdue par les chrétiens. Sa trace se perd au moment de la dissolution de l'ordre en 1 312. Mais contrairement à l'idée véhiculée abondamment par la littérature ou le cinéma, il n'a jamais été question de l'existence d'un fabuleux trésor caché, constitué de monnaies, de bijoux ou autres documents secrets. Néanmoins de nombreuses personnes sont parties à sa quête en Ecosse, au Portugal, en France, à Gisors notamment. Ce mythe a la vie dure, tout comme celui de l'immense richesse accumulée par le Temple, qui serait devenu le banquier des puissants.
L'ordre du Temple, implanté en Orient et en Occident, existe pendant deux siècles. Mais c'est certainement sa chute brutale qui explique la place si particulière qu'il occupe dans l'imaginaire collectif.

References: § 2
 § 7
 l'article 87

L'article 119
 l'article 28
 L'ARTICLE 661