Source: https://www.dalloz-avocats.fr/documentation/Document?id=CASS_LIEUVIDE_2018-02-07_1714184&ctxt=0_byRvMD01RTcyMjAxNC83NzVGNjM0QsKndCRzMD05NDUzNDZCOcKnaiR0MTI9MTctMTQuMTg0wqd4JHNmPXBhZ2UtcmVjaGVyY2hl&ctxtl=0_cyRwYWdlTnVtPTHCp3MkdHJpZGF0ZT1GYWxzZcKncyRzb3J0PcKncyRzbE5iUGFnPTIwwqdzJGlzYWJvPVRydWXCp3MkcGFnaW5nPVRydWXCp3Mkb25nbGV0PURaL0RaRlLCp3MkZnJlZXNjb3BlPUZhbHNlwqdzJHdvSVM9RmFsc2XCp3MkYnE9&nrf=0_UmVjaGVyY2hlfExpc3Rl
Timestamp: 2018-06-18 16:47:07+00:00

Document:
Cour de cassation – Première chambre civile – 7 février 2018 – n° 17-14.184
n° 17-14.184
Il résulte des articles 260 et 270 du code civil que la prestation compensatoire, comme les intérêts qu'elle produit, sont dus à compter de la date à laquelle la décision prononçant le divorce devient irrévocable. Selon l'article 1153-1, devenu 1321-7 du code civil, la condamnation à une indemnité emporte intérêts à compter du prononcé du jugement, ou à compter de la décision d'appel qui l'a allouée. Viole ces textes une cour d'appel qui applique, à une prestation compensatoire et à des dommages-intérêts accordés entre époux par un jugement de divorce, l'article 1479, alinéa 1, du code civil, alors que ce texte est réservé aux créances personnelles entre époux trouvant leur origine dans le fonctionnement du régime matrimonial
Cour de cassation Première chambre civile Cassation partielle 7 février 2018 N° 17-14.184
Attendu, selon l'arrêt attaqué, qu'un jugement a prononcé le divorce de Mme Hassiba Y... et de M. Aïssa Y... ; que ce dernier a été condamné à payer à son épouse diverses sommes ; que des difficultés sont survenues lors de la liquidation et du partage de leurs intérêts patrimoniaux ;
Attendu que, pour rejeter la demande de Mme Y... en paiement des intérêts sur les sommes allouées notamment au titre de la prestation compensatoire et des dommages-intérêts, l'arrêt énonce qu'en application de l'article 1479, alinéa 1er, du code civil, les créances personnelles que les époux ont à exercer l'un contre l'autre ne donnent pas lieu à prélèvement et ne portent intérêts que du jour de la sommation ;
Qu'en statuant ainsi, alors que les dispositions de ce texte ne concernent que les créances personnelles entre époux trouvant leur origine pendant le fonctionnement du régime matrimonial, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il fixe la créance de Mme Hassiba Y... contre M. Aïssa Y... à la somme de soixante mille cinq cent quatre-vingt-quatre euros et soixante-treize centimes (60 584,73 euros) au titre de la prestation compensatoire, des intérêts, dommages-intérêts, droits, indemnités et dépens, l'arrêt rendu le 5 janvier 2017, entre les parties, par la cour d'appel de Versailles ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Paris ;
Moyen produit par la SCP Matuchansky, Poupot et Valdelièvre, avocat aux Conseils, pour Mme Y....
Le moyen reproche à l'arrêt infirmatif attaqué D'AVOIR fixé la créance de madame Y... contre monsieur Y... à la somme de soixante mille cinq cent quatre-vingt quatre euros et soixante treize centimes (60.584,73 euros) au titre de la prestation compensatoire, des intérêts, dommages et intérêts, droits et indemnités et dépens ;
AUX MOTIFS QUE madame Hassiba Y... avait exposé détenir une créance à l'encontre de son ex-époux au titre des sommes auxquelles il avait été condamné par l'arrêt de la cour d'appel de Versailles du 28 février 2002 : - prestation compensatoire : 45.000 euros, somme à laquelle elle ajoute les intérêts entre le 28 avril 2002 et le 30 juin 2016 pour un montant de 46.377,10 euros, - dommages intérêts : 8.137,11 euros (arrêts de la cour d'appel de Versailles des 28 février 2002 et 4 septembre 2003 ainsi que les intérêts y afférents), - droits fiscaux : 479 euros, - indemnité au titre de l'article 700 : 6259,91 euros, - dépens : 2.811,73 euros ; que monsieur Aïssa Y... avait reconnu qu'il devait à son ex-épouse des sommes auxquelles il avait été condamné par le juge de divorce et diverses décisions de justice intervenues entre les parties qu'il fixait ainsi : - prestation compensatoire : 45.500 euros, - dommages intérêts : 6.722 euros, euros ; qu'au regard des pièces versées, il convenait de retenir qu'il était justifié : - du montant de la prestation compensatoire de 45.000 euros, - de la condamnation à des dommages intérêts à hauteur de 4.200 euros : décisions de la cour d'appel de Versailles des 28 février 2002 (3.100 euros) et 4 septembre 2003 (1.000 euros), somme qu'il convenait de ramener à 6.722 euros conformément à la demande de monsieur Aïssa Y..., - de droits fiscaux dont madame Hassiba Y... justifiait s'être acquittée à hauteur de 479 euros, - d'une somme de 3.067,14 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile : jugement de divorce : 7.000 francs (1.067,14 euros) + 1.000 euros dans l'arrêt de la cour d'appel de Versailles du 28 février 2002 + 1.000 euros dans l'arrêt de cette même cour en date du 4 septembre 2003, somme qu'il convenait de ramener à 5.072 euros conformément à la demande de monsieur Aïssa Y..., - dépens : 2.811,73 euros ; que madame Hassiba Y... proposait un calcul des intérêts applicables aux condamnations prononcées pour la prestation compensatoire et pour les dommages intérêts ; que toutefois, en application de l'article 1479 alinéa 1er du code civil, les créances personnelles que les époux avaient à exercer l'un contre l'autre ne donnaient pas lieu à prélèvement et ne portaient intérêt que du jour de la sommation ; que dès lors, madame Hassiba Y... serait déboutée de sa demande de calcul des intérêts ; qu'il convenait d'infirmer la décision déférée et de fixer la créance que madame Hassiba Y... détenait à l'encontre de son ex-époux à la somme de 60.584,73 euros (45.500 euros + 6.722 euros + 479 euros + 5.072 euros + 2.811,73 euros) (arrêt, p. 10) ;
ALORS QU'en toute matière, la condamnation à une indemnité emporte en principe intérêts au taux légal à compter du prononcé du jugement ; que s'agissant en particulier de la prestation compensatoire, les intérêts sont dus à compter de la date à laquelle la décision prononçant le divorce est devenue irrévocable, sans qu'il soit besoin pour le créancier d'adresser au débiteur une quelconque sommation de payer ; qu'en jugeant pourtant, pour débouter madame Y... de sa demande de voir constater sa créance tant au titre de la prestation compensatoire qu'au titre des dommages-intérêts qui lui avaient été alloués par la cour d'appel de Versailles (arrêts des 28 février 2002 et 4 septembre 2003), augmentée des intérêts moratoires, qu'en application de l'article 1479 alinéa 1er du code civil, aux termes duquel les créances personnelles que les époux avaient à exercer l'un contre l'autre ne portaient intérêts que du jour de la sommation, les créances invoquées ne pouvaient donner lieu à intérêts, la cour d'appel a violé l'ancien article 1153-1 du code civil, ensemble l'article 1479, alinéa 1er, du même code.
Composition de la juridiction : Mme Batut, SCP Marlange et de La Burgade, SCP Matuchansky, Poupot et Valdelièvre
Décision attaquée : Cour d'appel Versailles 2017-01-05 (Cassation partielle)
Texte(s) appliqué(s) : Sur le point de départ des intérêts de la prestation compensatoire, à rapprocher :1re Civ., 8 juillet 2010, pourvoi n° 09-14.230, Bull. 2010, I, n° 166 (cassation), et les arrêts cités

References: l'article 1153
 l'article 1479
 l'article 1479
 l'article 700
 l'article 700
 l'article 1479
 l'article 1479
 l'article 1479