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Timestamp: 2017-06-25 13:46:49+00:00

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Lire les chapitres 1 & 2 de Genèse - des clès de lecture - [Esperer-isshoni.info]
dimanche 27 avril 2014 par Phap	J’entends souvent des chrétiens dire que l’ « Ancien Testament » est difficile à lire. Je vous propose de lire son début afin de lever certaines de ces difficultés.
A l’origine et au terme, une expérience, collective et individuelle Ce que j’attends de ma lecture Comment je lis La validation de ma lecture
Interpréter l’origine : originel et originaire Interpréter l’acte créateur : un acte de parole Interpréter l’acte créateur : un acte instaurateur de sens Interpréter l’acte créateur : un acte gracieux Interpréter le statut de l’homme : la poursuite de l’acte créateur
Torah – La Loi, soit les cinq premiers livres, le « Pentateuque » avec la Genèse, l’Exode, les Nombres, le Lévitique, le Deutéronome. [On peut résumer en disant que la Torah dit l’histoire de l’humanité et d’Israël à partir d’Adam jusqu’à la mort de Moïse à l’orée de la Terre Promise] Nabi – les Prophètes : [l’histoire va de l’entrée dans la Terre Promise avec le Livre de Josué jusqu’au prophète Malachie et la promesse de l’envoi d’un nouveau Élie] Ketoubim – les Écrits : dont les Psaumes, le Cantique des Cantiques
1.1. A l’origine et au terme, une expérience, collective et individuelle §3. Je crois que ce texte biblique me fait entrer – comment ? cela reste à préciser – dans une expérience collective et individuelle, celle du peuple d’Israël. Cette expérience est écrite comme expérience de vie avec quelqu’un qui n’est pas lié par les lois du monde, qui est autre que le monde tout en étant celui par qui le monde existe – on peut parler ici de « transcendance » si l’on y tient. Ce quelqu’un, le peuple d’Israël lui a donné un nom personnel en hébreu, qui est devenu un nom commun theos, « Dieu » en grec. Je crois que tel est le but de ce texte biblique : maintenir vive une expérience dans et par un récit, récit qui, reçu dans la foi, fait que l’expérience continue à se déployer.
1.2. Ce que j’attends de ma lecture §8. Je puis maintenant dire ce que j’attends des premiers chapitres de la Genèse.
la visée n’est donc pas d’abord l’accroissement cognitif du système de représentations religieuses dans lequel il se produit et hors duquel il ne fait pas sens, la visée consiste à expérimenter d’abord une plus grande présence (active) à celui que j’appelle « Dieu » et qui est pour moi la présence première et dernière.
1.3. Comment je lis §12. Comment je fais parler ce texte ? L’idée est plutôt de le laisser parler autant que cela est possible, puisque que je crois qu’il est inspiré par l’Esprit : je crois que celui qui est l’ultime pour moi me rejoint à l’occasion de ma lecture du texte inspiré, et qu’il me donne à entendre quelque chose du projet de vie commune qu’il noue avec l’humanité et avec moi à cette occasion.
1.4. Le processus de validation de ma lecture §15. Quels sont les critères de légitimité et de validation de mes interprétations ?
d’entrer toujours plus dans l’expérience éprouvée par la communauté au fil du temps, en permettant à la fois la reprise de ce que la communauté disait déjà (continuité) et en permettant d’aller plus loin dans la compréhension croyante et aimante et « espérante » de ce qui arrive (renouvellement) ?
2.1. Interpréter l’origine : originel et originaire §18. Cela semble acquis mais cela reste toujours à rappeler : le commencement désigne aussi bien l’originel que l’originaire, l’évènement passé aussi bien que ce qui, maintenant encore, agit et se fait sentir :
l’originel se tient dans le passé et n’existe plus en maintenant, ou alors seulement à travers ses effets - le jaillissement à un moment du passé de la fontaine, jaillissement dont résulte l’eau que maintenant je puise dans ma cruche ; l’originaire dit le jaillissement continuel de la source, ce qui maintenant encore continue de produire l’effet.
l’acte de faire surgir à un moment donné du temps des choses (un acte représenté par un point, un acte ponctuel), et en même temps l’acte de maintenir ces choses dans le temps (un acte continuel).
l’extrême d’un regard « passéiste » qui considère que l’originel est investi du maximum de bonté, de beauté, de vérité, et que ce capital va en s’amenuisant dans le temps – et donc, selon cette logique, il s’agit de revenir à l’origine (comme originel) ; je rejette cette attitude qui, à mon sens, empêche d’accueillir la fraiche nouveauté qui peut surgir dans le présent ; l’extrême d’un regard uniquement tourné vers le surgissement dans le temps présent (l’originaire), et qui, à mon sens, manque l’inscription de ce surgissement originaire dans une trame temporelle qui lui permet de faire sens, au sens littéral du terme : faire sens, c’est indiquer une direction, dessiner une flèche – et pour dessiner une flèche, un seul point ne suffit pas.
2.2. Interpréter l’acte créateur : un acte de parole §22. Je dis bien que Dieu crée par sa parole : autre remarque lourde de conséquences puisqu’elle intercale un tiers entre Dieu et les choses, elle empêche l’image d’un Dieu qui créerait par émanation d’une partie de lui-même (panthéisme). Ce tiers introduit une distinction entre Dieu et les choses, elle situe en vis-à-vis Dieu et les choses, empêchant ainsi une vision immanentiste de Dieu.
2.3. Interpréter l’acte créateur : un acte instaurateur de sens §25. L’être humain pense à partir de métaphores sensibles, même si ces métaphores sont ensuite oubliées au cours du processus d’abstraction de la pensée. On ne peut donc pas s’empêcher d’imaginer l’acte créateur comme un acte inscrit dans le temps, avec un « avant » de cet acte : nous ne pouvons pas ne pas nous poser la question : avant donc l’acte créateur, qu’y avait-il (le mode imparfait français implique de soi déjà la temporalité) ? ce faisant, nous pouvons alors être amenés à parler d’une matière informe, « brute », ce que fait la Bible au premier chapitre de la Genèse. Elle parle d’un « tohu bohu », où tout est sens dessus dessous – autrement dit où il n’y a pas d’ordre, pas de direction, pas de sens.
La métaphore peut nous amener au dualisme, avec deux principes coextensifs et éternels, à savoir la matière informe et Dieu : ce dualisme ontologique peut ensuite verser dans le dualisme axiologique : la matière informe est mauvaise, Dieu est bon – et on aboutit au manichéisme, l’histoire se résumant au conflit entre la matière informe qui aspire à retourner à son état originel ( « avant » l’acte inaugural de création), et Dieu qui veut lui impulser / imposer du sens, de l’ordre, de l’extérieur. Les Pères l’ont bien senti, qui ont insisté sur des textes bibliques permettant de parler de création « ex nihilo », à partir de rien (aller chercher du côté du livre de la Sagesse, si je me rappelle bien) : ils évitaient ainsi de faire dépendre l’acte créateur d’un principe autre que Dieu.
§28. A mon avis, la problématique résulte de ne pas avoir critiqué la métaphore : nous la critiquerons en rappelant sa limite, celle d’être située de part en part dans le temps. Or, à notre avis, il ne peut y avoir d’ « avant » de l’acte créateur, de l’acte inaugural, car cet acte inaugural inaugure en particulier la dimension temporelle et les catégories qui vont avec, dont celles de l’ « avant » et de l’ « après ». Vouloir décrire un avant du temps, cela revient à vouloir sauter hors de son ombre, ce qui est, vous le savez, impossible. Recevons donc la limite de la métaphore, en disant que Dieu crée à partir de son temps à lui, que nous appelons « éternité » ( aion en grec, « éon »), - et nous utilisons ce mot pour ne pas nous taire.
« les choses sont, tiennent, ont une cohérence ; les astres parcourent des orbes régulières, les saisons se succèdent inéluctablement, la graine de blé donne du blé et pas autre chose, etc.. » - geste premier de l’admiration, comme une exclamation joyeuse : « c’est ! » et « c’est bien ! ». Et puis ensuite, mais de manière seconde, toujours seconde, vient l’étonnement interrogatif : « comment cela fait-il que cela soit ? », étonnement à partir duquel peut venir le doute : « cela pourrait ne pas être ? ».
2.4. Interpréter l’acte créateur : un acte gracieux §32. Personnellement, j’admire la façon dont le peuple d’Israël a choisi de rendre compte de cette jubilation dans le premier récit de la Genèse : l’acte créateur ne résulte pas d’un calcul comme dans les récits de création mésopotamiens (les dieux ont besoin qu’on les alimente, qu’on les serve, alors ils créent les hommes) : non, il n’a pas d’explication, il résulte seulement d’une volonté qui, sans explication, sans aucune justification, dit : « que cela soit ! », qui bénit sans raison « soyez, multipliez, croissez » - la bénédiction divine, soit une parole qui fait se tenir et se multiplier dans l’univers. La Bible évolue ici dans le domaine de la gratuité, de la « grâce », différant en cela des représentations des peuples voisins, même si par ailleurs elle a emprunté à ces représentations.
2.5. Interpréter le statut de l’homme : la poursuite de l’acte créateur §36. L’homme occupe une place éminente dans le processus de création. Dans le premier récit, il est créé en dernier [2], après que Dieu ait délibéré, ce qu’il n’avait pas fait pour les créatures précédentes :
D’une part, l’homme est une créature exceptionnelle, qui prolonge l’agir créateur divin en habitant la terre et en l’humanisant (récit n°1), qui cultive et garde la terre en dominant les autres habitants par sa capacité à symboliser (récit n°2) Mais d’autre part, cette domination est déclinée comme mission : autrement dit l’homme doit rendre compte de cette domination qu’il reçoit d’un autre. L’homme ne se donne pas la mission, il la reçoit. Cette mission revient finalement à mettre en valeur la terre, à la cultiver : la domination est au service de l’acte créateur inauguré par Dieu, acte créateur que l’homme (anthropos) est convié à continuer – et c’est sans doute cela qui permet de parler de l’homme à l’image et ressemblance de Dieu : l’homme est créé à l’image et ressemblance du Dieu créateur, ce qui signifie qu’il fait advenir du nouveau, qu’il a la capacité de s’affranchir du cercle de la répétition du même, à la différence des animaux : pour le dire en formule, les animaux suivent un destin tandis que l’homme doit bâtir un avenir.
En dernière analyse, ce qui est très bon dans le récit n°1, ce n’est pas l’homme, c’est la création dans son ensemble, avec l’homme comme sa pièce maîtresse, sa clé de voûte, parce qu’il continue l’acte créateur de Dieu. L’approche que nous proposons situe l’homme dans un rapport d’intégration au monde et de service de Dieu à l’intérieur du monde : elle lui interdit donc de disposer de la terre et des êtres vivants à sa guise, de manière irresponsable (sans avoir à rendre compte à personne) et à ce titre, elle rejoint le souci écologique de notre temps, qui entend que l’homme rende compte de sa gestion de la terre – aux générations futures, plus qu’à Dieu, faut-il préciser, dans l’optique écologique.
Pour cela, je fais appel à vos capacités d’appropriation critique de ce que je vous propose : je ne vous propose pas du prémâché, du prêt à penser, je vous propose d’abord une méthode. Cette méthode, je la décline ensuite pour produire un résultat, mais à la limite, il ne compte pas : ce qui compte, c’est que vous vous appropriez la méthode pour vous familiariser toujours plus avec la Bible et pour en être toujours plus transformé(e). Pour parler en image, ma visée n’était pas d’abord de vous donner du poisson, mais de vous apprendre à pêcher.
© esperer-isshoni.fr, octobre 2008 © esperer-isshoni.info, avril 2014
[1] « L’intention du Saint Esprit est de nous enseigner comment on va au ciel et non comment va le ciel » Formule de Baronius, cardinal, oratorien, citée par Galilée (E.N., V, 319,R.,339). Cf. Galileo Galiléei, 350 ans d’histoire, 1633-1983, Mgr Paul Poupard (dir.), Desclée international, 1983, p.173

References: §3
 §8
 §12
 §15
 §18
 §22
 §25

§28
 §32
 §36