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Timestamp: 2017-10-18 11:12:54+00:00

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Comment devient-on spinoziste ? - Spinoza et Nous - Forum
Messagepar Vanleers » 16 janv. 2016, 14:51
« Soit un homme x, appelons-le Bento. Bento, en 1655, a vingt-trois ans et vit à Amsterdam, capitale européenne des affaires, où il gère la firme familiale (Firma Bento y Gabriel de Spinoza) qui s’occupe d’import-export. Vingt-deux ans plus tard, un volume paraît, signé B. de S., et qui contient l’un des plus remarquables monuments de l’histoire de la pensée, l’Ethique de Spinoza. Question : comment devient-on B. de S. quand on est Bento ? comment, de petit commerçant, devient-on l’un des plus grands philosophes de son siècle, qui n’en fut pas avare, et même de tous les siècles ? qu’a-t-il fallu faire, pourquoi l’a-t-on fait ? » (Spinoza Traité de l’amendement de l’intellect – Allia 2009)
Comment Bento est-il devenu Spinoza ? Le prologue du TRE suggère une réponse que nous verrons dans le post suivant.
Rappelons d’abord, ici, qu’au paragraphe 7 Spinoza écrit :
« Or par une méditation assidue je parvins à voir que dans ces conditions, pourvu que je pusse délibérer à fond, j’abandonnais des maux certains pour un bien certain. Je me voyais en effet plongé dans le plus grand péril et contraint de chercher de toutes mes forces un remède, si incertain fût-il ; de même un malade souffrant d’une affection mortelle, qui, lorsqu’il prévoit une mort certaine s’il n’utilise un remède, est contraint de le chercher de toutes ses forces, si incertain soit-il : car c’est en lui que se trouve son espoir tout entier ; or tous ces [biens : richesses, honneur, plaisir] que la foule poursuit, non seulement ne fournissent aucun remède pour conserver notre être, mais encore l’empêchent : ils causent la perte, souvent, de qui les possède et, toujours, de qui est possédé par eux. » (traduction de Pierre-François Moreau in Spinoza L’expérience et l’éternité – PUF 1994)
Spinoza revient à la « méditation assidue » à la fin du paragraphe 10 et au paragraphe 11 :
« Pourtant ce n’est pas sans raison que j’ai usé de ces mots « pourvu que je pusse délibérer à fond ». Si clairement en effet que ma pensée perçût cela, cependant je ne pouvais pour autant renoncer au désir des richesses, au plaisir et à la gloire.
Je voyais seulement que, tant que ma pensée était plongée dans ces réflexions, elle restait détournée de [ces trois objets] et réfléchissait seulement à la nouvelle institution ; ce qui me fut d’une grande consolation, car je voyais que ces maux n’étaient pas d’une condition telle qu’ils se refusent à céder aux remèdes. Et bien qu’au début ces intervalles aient été rares, et n’aient duré qu’un espace de temps extrêmement limité, au fur et à mesure cependant que j’appris à connaître de mieux en mieux le bien véritable, ces intervalles devinrent plus fréquents et plus longs ; […] » (id.)
Nous verrons dans le post suivant quel fut l’effet de la « méditation assidue ».
Messagepar Vanleers » 16 janv. 2016, 15:44
Bernard Rousset, dans son grand commentaire du TRE (Vrin 1992), écrit, à propos de la fin du premier chapitre qui se termine au § 11 :
En quelques lignes, pour conclure le Premier chapitre de la Réforme, ce paragraphe [§ 11] énonce le résultat de la quête et de la méditation spinozistes. Il met ainsi en évidence ce qui les oppose au pari pascalien, dont il ne refuse plus seulement les conclusions, tour à tour positives ou négatives, comme nous l’avons vu, mais dont il réalise ici effectivement, hic et nunc, dans la pratique même de sa pensée, l’élimination pure et simple, définitive : nous sommes donc en face d’un « saut », rendant manifeste la découverte faite à l’issue de cette réflexion, découverte qui va constituer le spinozisme en son essence même. […].
Car il ne s’agit ici de rien de moins que de la révélation de l’immanence, qui consiste en l’autosuffisance de la réflexion et va se définir progressivement comme l’autonomie de l’entendement, qui doit donner et donnera pleine satisfaction à notre exigence de salut : l’analyse développée de cette réponse est réservée à la Philosophie [l’Ethique] ; en ce qui concerne notre seul manuscrit, cette affirmation de soi-même va s’exprimer dans le refus des deux premiers modes de perception et aussi la critique du troisième, et surtout avec le rejet de toute régression à l’infini vers un principe antérieur ou une caution extérieure du vrai : la première mise en œuvre de cette vérité première, qui nous détache de tout ce qui est extrinsèque, ce sera le Théologico-politique.
Mais nous n’en sommes pas encore à ce niveau dans ce paragraphe, qui ne fait qu’esquisser ce qui constituera la réponse à notre quête : qu’il nous suffise donc d’avoir déjà découvert un lieu où nous pouvions nous suffire à nous-mêmes ; et c’est là chose acquise. En effet, en face de tous ces biens, avec tout ce qu’ils ont de relatif, de négatif, de périssable, nous nous sommes interrogés, nous avons cherché, nous avons pensé, et cette méditation n’a en elle-même rien de relatif, de négatif : au sein de cette méditation, les maux à fuir sont absents ; le remède est alors présent, en tant que soulagement : nous n’avons pas affaire à une consolation, mais à quelque chose d’entièrement positif, puisque ce n’est pas un simple discours qu’on entendrait ou qu’on se dirait à soi-même, et puisque le manque n’est pas là, quand il est là, et qu’il se suffit à lui-même, tant qu’il dure. Car il est vrai que cela ne dure pas toujours, mais pendant ces pauses, ces intervalles décrits comme des espaces de durée, il existe bien, avec toutes ses qualités de solidité, et ces espaces peuvent devenir, ont pu devenir de plus en plus longs : une telle progression est plus qu’une consolation pour la suite, c’est un encouragement, un exemple, si l’on veut, mais plutôt une première réalisation (une norme, au sens spinoziste, verrons-nous plus loin) trouvée en nous, par nous et pour nous-mêmes. » (pp 158-160)
En résumé et pour le dire d’un mot, par cette méditation, Spinoza a commencé à conquérir son autonomie, Bento à devenir Spinoza, ce qu’on cherchera à approfondir dans les posts suivants.
Messagepar Vanleers » 16 janv. 2016, 20:48
Au début du §10 du TRE, Spinoza écrit :
« Mais l’amour envers une chose éternelle et infinie repaît l’esprit de joie seulement, et cette joie est totalement exempte de tristesse ; ce qu’il faut désirer au plus haut point et chercher de toutes ses forces. » (traduction Pierre-François Moreau)
Nous avons vu, dans le post précédent, que Spinoza a médité sur cet amour, autant qu’il l’a pu, et qu’au début, ce fut seulement pendant de brefs intervalles.
Nous avons vu également que, selon Bernard Rousset, cette méditation a fait découvrir « un lieu où nous pouvions nous suffire à nous-mêmes ». C’est le début de la conquête de l’autonomie mais comment aller plus loin et s’établir véritablement en ce lieu ? Spinoza pose la question à la fin du TRE mais le Traité s’interrompt au § 110 avant que Spinoza n’apporte une réponse complète, comme l’explique Bernard Pautrat.
Il traduit la dernière phrase du § 104 du TRE :
« Car en l’absence de fondement nos pensées peuvent se terminer ».
Il indique en note :
« […] Je me bornerai à dire ce que je crois comprendre avec certitude : ce que nous voulons (comme on l’a vu précédemment), c’est nous mettre en quête de la chose première entre toutes, et donc, y diriger nos pensées (§ 105) ; il faut donc que nos pensées aillent jusqu’à elle ; mais pour qu’elles aillent jusqu’à elle, pour qu’elles y parviennent, il faut un fondement (§ 105) ; en effet, « à partir d’aucun fondement (ex nullo fundamento) nos pensées peuvent se terminer », s’interrompre, alors que (nous le savons déjà, souvenons-nous en) il nous suffit d’avoir une idée vraie pour en déduire interminablement d’autres idées vraies, sans nulle interruption (§ 104). Il faut donc un fondement ; mais lequel ? Paradoxalement, cette première idée vraie ne peut être l’idée de Dieu, dont pourtant il a été dit qu’il faut en partir pour en déduire toutes les vérités de la Nature, puisque ce que l’on cherche, c’est justement à parvenir à cette idée, à diriger nos pensées vers elle et vers tout ce qui peut s’en déduire. Or la Méthode est la connaissance réflexive, c’est-à-dire l’idée d’idée : de quelle idée d’idée faut-il donc partir, qui dirige nos pensées jusqu’à l’idée de Dieu ? Le seul moyen de parvenir à la connaissance ou idée de Dieu sera de partir, non de Dieu, mais du connaître même, de connaître le connaître, d’avoir « la connaissance de ce qui constitue la forme de la vérité, et la connaissance de l’intellect, de ses propriétés et de ses forces » (§ 105), fondement apparemment double mais en réalité unique, dont le premier versant (la forme de la vérité) a été largement abordé dans ce qui précède, mais dont le deuxième demeure encore inexploré ; c’est à quoi doit être justement consacrée la suite du Traité (§ 106) : pour connaître l’intellect et ses forces, il faut en donner la définition (§ 106) ; on tirera cette définition des propriétés de l’intellect qui sont perçues clairement et distinctement (§ 107), et qui sont énumérées au § 108 ; enfin, à partir d’elles, on devrait apprendre la nature ou essence de la pensée, et donc aussi de l’intellect. On le devrait, et c’est là justement que le Traité tourne court : mais si le fondement se dérobe, finalement, à la pensée, n’est-il pas bien naturel que le bonheur de la déduction se voie interrompu ? C’est justement ce que disait le § 104. »
Messagepar Vanleers » 16 janv. 2016, 21:31
Le TRE s’interrompt au § 110 avant que Spinoza ne donne une définition de l’entendement.
Bernard Rousset rappelle brièvement les explications qui ont été données à cette interruption (Lagneau, Koyré, Gueroult, Matheron, Darbon, Deleuze,…). Il écrit ensuite :
« Nous savons, en effet, pourquoi nous n’avons pas à exiger, ici, une définition causale, qui a été expressément reportée à la Philosophie, dans les notes des §§ 31-36, et nous sommes ainsi assurés que nous ne pouvons la trouver que dans la description de ses propriétés : il nous faut seulement constater que nous ne la trouvons pas écrite dans le manuscrit.
Mais, ayant lu attentivement le long § 108, nous pouvons bien la formuler nous-mêmes, tant elle est devenue évidente :
L’entendement est le mode de la pensée, qui est le seul à avoir pour propriétés de former des idées, qui soient :
B. Rousset applique ici aux idées les huit propriétés de l’entendement énoncées au § 108 que Spinoza dit avoir remarquées et qu’il comprend clairement. Il écrit ensuite :
« On objectera encore, on objectera toujours, que ce n’est pas là une vraie définition de l’entendement par la cause, ni, par conséquent, la connaissance vraie de sa nature. On expliquera par-là l’inachèvement du TRE, et, à la rigueur, on nous dira d’attendre l’Ethique, qui, cependant, avait sans doute besoin d’un Prolégomène pour justifier la démarche de la Philosophie.
Mais on peut aussi faire remarquer qu’il en est, bien probablement, ici, de l’Entendement, comme il en était de l’Imagination dans le § 84, où Spinoza disait : « Peu importe ce qu’on entend par imagination, pourvu qu’on entende par-là quelque chose de passif » ; dans ces dernières lignes du TRE, il nous dit presque : « Peu importe la définition causale de la nature de l’entendement, pourvu qu’on entende par-là quelque chose d’actif », notre puissance dans la nécessité de notre nature.
Cela ne peut que nous inciter à en user. Cela nous suffit pour son usage. Au lieu donc de tenter d’achever le TRE, ou d’avoir à en recommencer la lecture, il ne nous reste effectivement plus qu’à commencer l’Ethique. »
On se référera donc à l’Ethique dans le post suivant, ce qui devrait nous rapprocher du sujet de ce fil.
Messagepar Vanleers » 17 janv. 2016, 12:16
Le TRE s’interrompt avant que Spinoza ne donne la définition de l’entendement (de l’intellect comme le traduit Pautrat).
L’Ethique n’en donne pas davantage une définition explicite.
La partie V s’intitule « De la puissance de l’Intellect, autrement dit de la Liberté humaine ». Dans la Préface, Spinoza écrit :
« J’y traiterai donc de la puissance de la raison, montrant ce que la raison peut sur les affects, […] »
On trouve, en plusieurs endroits de l’Ethique, des formulations qui conduisent à penser que Spinoza tient pour équivalents l’entendement et la raison dont l’essence, il l’a indiqué en E IV 26 dém., « n’est rien d’autre que notre Esprit en tant qu’il comprend clairement et distinctement »
Par exemple, dans la démonstration d’E V 10, il écrit :
« Aussi longtemps donc que nous ne sommes pas en proie à des affects qui sont contraires à notre nature, aussi longtemps la puissance de l’Esprit par laquelle il s’efforce de comprendre les choses (par E IV 26) ne se trouve pas empêchée, et par suite aussi longtemps il a le pouvoir de former des idées claires et distinctes et de les déduire les unes des autres […] »
Nous dirons donc que l’entendement, selon Spinoza, c’est l’esprit en tant qu’il comprend clairement et distinctement.
Nous avons vu dans les posts précédents que Spinoza écrit dans le TRE avoir médité sur « l’amour envers une chose éternelle et infinie » et que, selon Bernard Rousset, cette méditation avait été le début de sa conquête de l’autonomie, que déjà Spinoza perçait sous Bento. Mais ce n’était que le début, encore fallait-il déterminer le fondement de cette autonomie. Ce fondement, c’est l’entendement dont Spinoza donne les propriétés sans en donner la définition dans le TRE mais que l’on peut inférer de l’Ethique.
Rappelons maintenant que Bernard Pautrat, dans son commentaire du § 104 du TRE écrit :
« Or la Méthode est la connaissance réflexive, c’est-à-dire l’idée d’idée : de quelle idée d’idée faut-il donc partir, qui dirige nos pensées jusqu’à l’idée de Dieu ? Le seul moyen de parvenir à la connaissance ou idée de Dieu sera de partir, non de Dieu, mais du connaître même, de connaître le connaître, […] »
Nous comprenons clairement et distinctement que la connaissance claire et distincte est incontestable car une contestation ne serait valide que si elle était elle-même claire et distincte.
L’entendement est donc un fondement, le fondement de notre autonomie : nous ne sommes autonomes que lorsque nous comprenons les choses clairement et distinctement. C’est ce qu’écrivait, à sa manière, B. Rousset :
« […] dans ces dernières lignes du TRE, il [Spinoza] nous dit presque : « Peu importe la définition causale de la nature de l’entendement, pourvu qu’on entende par-là quelque chose d’actif », notre puissance dans la nécessité de notre nature. »
Nous pouvons maintenant en venir au sujet de ce fil.
Messagepar Vanleers » 17 janv. 2016, 15:23
Les motivations de départ peuvent être diverses mais si on persévère dans le spinozisme, c’est sans doute parce qu’on y trouve de puissants motifs d’intérêt.
Le spinozisme est un rationalisme absolu et nous avons vu que cela veut dire que la connaissance claire et distincte y est considérée comme le fondement certain.
Le spinozisme est, très logiquement, un antirelativisme. Citons ici un passage du « Petit manuel d’autodéfense intellectuelle » p.299 de Normand Baillargeon, illustré par le regretté Charb – Lux 2006 :
« La défense du relativisme est en effet ou impossible ou contradictoire, puisque ou bien on le défend à l’aide d’arguments non relativistes et, en ce cas, on admet ce que, le défendant, on veut nier ; ou bien on le défend à l’aide d’arguments relativistes et alors on ne le défend pas et notre interlocuteur peut toujours affirmer penser le contraire. Comme l’écrit Siegel : « Le relativisme est de manière autoréférentielle incohérent ou auto-réfutant puisque pour défendre cette doctrine, il faut l’abandonner ». »
Spinoza va à l’essentiel, il ne philosophe pas pour philosopher mais son but est pratique : il veut être heureux et que ses lecteurs trouvent dans ce qu’il écrit de quoi les rendre plus heureux.
Spinoza offre à son lecteur l’occasion et les moyens d’une méditation sur la vie. Comme lui à ses débuts de philosophe (cf. le TRE), cette méditation le fera progressivement « sortir de sa minorité » (Kant) et le rendra plus autonome.
Messagepar NaOh » 17 janv. 2016, 16:03
Vanleers a écrit : « La défense du relativisme est en effet ou impossible ou contradictoire, puisque ou bien on le défend à l’aide d’arguments non relativistes et, en ce cas, on admet ce que, le défendant, on veut nier ; ou bien on le défend à l’aide d’arguments relativistes et alors on ne le défend pas et notre interlocuteur peut toujours affirmer penser le contraire. Comme l’écrit Siegel : « Le relativisme est de manière autoréférentielle incohérent ou auto-réfutant puisque pour défendre cette doctrine, il faut l’abandonner ». »
C'est vrai, à condition toutefois que le tenant du relativisme respecte le principe de contradiction. Face à quelqu'un qui relativise aussi le principe de contradiction, le dilemme indiqué ne fonctionne pas.
Pour dire quelque chose du sujet maintenant. Tout d'abord merci. Je crois que vous avez fait un tour complet de la question ou de l'état de l'art en la matière.
La question que je me pose à titre personnel cependant est la suivante: comment accédons nous dans l'immanence à l'idée du souverain bien? Le texte de Spinoza n'est pas si clair puisqu'il "saute" de la recherche méditante, laquelle lui apporte un soulagement, à la définition du souverain bien comme "connaissance de l'union de l'esprit avec la Nature toute entière", sans expliquer vraiment le rapport de cette activité méditative avec la définition qu'il donne du souverain bien ( il entame cette définition par un abrupt: "Ici je dirai seulement de manière brève ce que j'entends par vrai bien [...])
Mon hypothèse est que c'est le simple fait de réfléchir qui apporte un soulagement, et qui indique du même coup ce qu'est le "vrai bien". La vocation spinoziste naîtrait alors de la réflexion sur l'expérience commune, et tout le monde pourvu qu'il se donne simplement la peine de réfléchir sur l'expérience qu'il a de la vie, serait à même de passer à la vie éthique.
Messagepar Vanleers » 17 janv. 2016, 17:09
Je réponds, pour le moment, à votre première remarque. Vous écrivez :
« Face à quelqu'un qui relativise aussi le principe de contradiction, le dilemme indiqué ne fonctionne pas. »
1) Les Sceptiques grecs rejetaient le principe de contradiction et soutenaient que, quel que soit A, nous ne pouvons affirmer la vérité d’aucune des quatre propositions suivantes :
Ce qui est curieux, c’est que ces diables d’hommes prétendaient néanmoins connaître l’ataraxie.
2) Pouvons-nous poser la question : « La vérité est-elle relative ou pas ? » et répondre : « Ni l’un ni l’autre parce que la vérité n’existe pas » ?
Rappelons la question célèbre de Bertrand Russell : « Que dire de la thèse : « Le roi de France est chauve. » ? »
Messagepar hokousai » 17 janv. 2016, 22:58
Vanleers a écrit : 2) Pouvons-nous poser la question : « La vérité est-elle relative ou pas ? » et répondre : « Ni l’un ni l’autre parce que la vérité n’existe pas » ?
Disons qu 'il y a chez Russell une thèse de la vérité-correspondance.
"Le roi de France est chauve" n'a pas de dénotation empiriquement trouvable.
Strawson (exemple de critique )
répond que pour qu'une phrase soit vraie ou fausse, il y a des présupposés qui doivent être remplis, sans quoi la phrase n'a pas de valeur de vérité. Par exemple, La phrase (1) n'est ni vraie ni fausse, puisque pour qu'elle puisse avoir une valeur de vérité il faudrait que la condition
soit remplie.
Strawson ne répond pas : « Ni l’un ni l’autre parce que la vérité n’existe pas » ? mais la vérité existe sous certaines conditions.
Russell parle bien lui aussi d'une condition la dénotation dans le monde réel, mais est- elle nécessaire et suffisante ?
Car qu' est-ce donc que ce monde réel ?
S'il nous faut déterminer ce que c'est que ce monde réel par l'intermédiaire des propositions qui le décrivent,
hélas les propositions ne confèrent pas une once de réel à l 'objet dénoté.
C' est l'observation empirique qui confèrerait une réalité au roi de France ( celle des 5 sens et hors langage )
La correspondance est certes réelle
Mais c' est entre une proposition et un objet dont la réalité ne dépend pas de la proposition.
La réalité du supposé dénotée dépend d 'autres instances que propositionnelles.
Les deux réalités sont hétérogènes.
Et c'est bien là l'entrée (aisée) de tous les subjectivismes/relativismes.
Tous les corbeaux existent noirs ( proposition tenue pour vraie selon la correspondance avec l'empiricité)
Il faudrait demander à un corbeau en quoi il pense qu' exister c'est être noir ? Ou à un aveugle.
Qu'un monde objectif indépendant de toute relation de correspondance existe, certes, mais que la vérité s' établisse par correspondance est sujet à examen.
Messagepar Vanleers » 18 janv. 2016, 11:04
« S'il nous faut déterminer ce que c'est que ce monde réel par l'intermédiaire des propositions qui le décrivent, hélas les propositions ne confèrent pas une once de réel à l'objet dénoté. »
J’ai ouvert il y a quelque temps un fil intitulé « Spinoza et Bertrand Russell ». C’est en :
J’ai surtout rapporté un article de Pierre Macherey et je cite à nouveau le passage suivant :
Ce que vous dites dans la phrase rapportée ci-dessus ne me paraît donc pas compatible avec la conception de la connaissance selon Spinoza.

References: § 11
 §10
 § 110
 § 104
 § 108
 § 104
 § 110
 § 108
 § 108
 § 84
 § 104