Source: https://irht.hypotheses.org/138
Timestamp: 2019-07-22 03:27:20+00:00

Document:
l’Odyssée de l’ISBA : nouvelles orientations et perspectives – Les carnets de l'IRHT
par Rédaction · Publié 31 août 2015 · Mis à jour 5 octobre 2015
Monique PEYRAFORT (Communication du 1er décembre 2005)
La présentation donnée ici ne s’attache pas aux innombrables vicissitudes qu’a connues jusqu’à aujourd’hui le répertoire des inventaires de bibliothèques médiévales, mais a pour objectif d’annoncer un projet collectif de la section de Codicologie encore en cours d’élaboration, un work in progress. Certaines options peuvent encore changer, certaines décisions ne sont pas encore totalement arrêtées. Mais les grandes lignes du projet sont clairement esquissées. Et je tiens à remercier tout particulièrement Anne-Marie Turcan de m’avoir donné l’occasion de présenter ce projet dans le cadre du cycle thématique de l’IRHT, ainsi que pour le soutien qu’elle a constamment et depuis longtemps apporté à ce projet.
Pourquoi donner une suite à l’ISBA ?
Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que l’ISBA est un répertoire de sources qui a pour objectif de recenser tous les documents (inventaires, testaments, listes et mentions de toute nature, datant de l’époque médiévale ou moderne) qui permettent de recenser les possesseurs (médiévaux ou modernes) de livres médiévaux dans les limites de la France actuelle. Une première version de ce répertoire est parue en 1987, sous le titre Bibliothèques de manuscrits médiévaux en France1 . Ce répertoire réunissait les sources proprement dites, mais aussi la partie de la bibliographie limitée aux éditions et aux répertoires de sources. La nécessité de reprendre le répertoire de 1987 se justifie bien évidemment par les nombreuses avancées que l’on a pu noter dans le domaine de l’histoire des bibliothèques, avancées qui ont rendu le répertoire de 1987 obsolète sur bien des points.
Si l’on s’amuse, comme je l’ai fait, à recenser les dossiers à rectifier, soit en ce qui concerne les sources, soit en ce qui touche à la bibliographie, on ne peut qu’être surpris par l’ampleur des modifications à apporter.
Évaluation des additions engrangées depuis 1987 (avril 2005)
Période VIIIe-XIIIe
Nombre de dossiers Nombre d’inventaires Nombre de dossiers sur lesquels il y a du neuf
VIIIe-XIIe 163 437 80
XIIIe 108 231 54
Total 271 668 134
Période XIVe-Révolution
Période Nombre d’inventaires dans l’ISBA_1987 Nombre d’additions depuis 1987 Total
XIVe 339 107 446
XVe 379 175 554
XVIe–XVIIIe 946 142 1088
1789-1799 et au-delà 17 52 69
Il convient tout d’abord d’apporter une précision. Par dossier, il faut entendre la série d’inventaires rattachés à un même possesseur, quelle que soit leur date de rédaction. C’est à dire que, dans le premier tableau, figurent les dossiers dans lesquels un ou plusieurs inventaires sont datés de la période haute, les autres inventaires du dossier pouvant être des documents modernes ou de la fin du Moyen Âge. Cette évaluation a été dressée selon un découpage chronologique : le haut Moyen Âge et le Moyen Âge central d’un côté (en isolant le XIIIe siècle), le bas Moyen Âge, et la période moderne, d’autre part. Il a été procédé différemment selon les périodes.
Pour la période haute (VIIIe-XIIIe siècles), on a pu approximativement déterminer le nombre de dossiers et le nombre d’inventaires correspondant à chaque dossier, tout en repérant les dossiers pour lesquels il y avait des éléments nouveaux.
On constate donc que pour la moitié des dossiers il y aura au moins un élément nouveau : un document récemment découvert, une édition jusque-là inconnue, une redatation ou une localisation nouvelle. Et encore, s’agit-il certainement d’une estimation basse : cette évaluation ne tient en effet pas compte de plusieurs publications, non encore mises en fiches, et qui vont singulièrement enrichir la documentation2 .
Pour la fin du Moyen Âge et la période moderne, il eût été trop long de procéder par dossiers. D’autre part, nombre d’additions portent sur la bibliothèque d’un individu et constituent à elles seules un dossier. On dispose donc du nombre total d’inventaires (ISBA_1987 + additions), ce qui est l’essentiel, pour se faire une idée. Ces additions ont en outre été réparties par tranches chronologiques un peu plus diversifiées ; et il a été choisi de mettre à part les inventaires de la période révolutionnaire qui représentent une catégorie de sources bien spécifique.
Là encore, le monumental tome 2 des Bibliothèques ecclésiastiques (qui n’a pas encore été incorporé dans les additions) fournira de véritables dossiers pour certains prélats, dossiers qui, dans certains cas, pourront être assez substantiels3 .
Toutefois, en survolant certaines additions des XVIe-XVIIIe siècles, on peut se demander si ces inventaires contenaient toujours des manuscrits. Une analyse plus approfondie des documents devrait permettre de trancher (quand c’est possible) et d’éliminer du répertoire (mais non de la base) les documents ne concernant que les collections d’imprimés.
Cette évaluation, grossière, il faut en convenir, si elle fait ressortir une moindre proportion d’additions, permet aisément de mesurer l’ampleur de la tâche. On peut déjà constater que certains dossiers sont même renouvelés de fond en comble, justifiant alors amplement une reprise de l’étude de la bibliothèque.
Quelques réévaluations marquantes
Outre le nombre de sujets à reprendre, on constate aussi des réévaluations importantes opérées sur certains dossiers, qu’elles portent sur la date ou l’attribution des inventaires. Deux ou trois exemples particulièrement significatifs suffiront à illustrer ce propos.
Bibliothèques d’abbayes cisterciennes
En matière de nouvelles attributions d’inventaires, il convient de citer les importants travaux de François Dolbeau4 qui a réussi à relier à trois établissements cisterciens trois inventaires jusque-là considérés sans attribution précise.
Bibliothèque de l’abbaye bénédictine d’Hasnon
Au terme d’une enquête patiente et minutieuse, le même chercheur est parvenu, grâce à sa grande connaissance des légendiers en circulation dans le Nord de la France et en Flandre, à rattacher un inventaire du xiie siècle à la bibliothèque de St-Pierre d’Hasnon5 , pour laquelle on ne disposait jusque-là que de sources modernes ; ce document venait d’être découvert à Florence (Bibl. Laur., San Marco 622, f. 162v) par un chercheur plus connu par ses travaux en histoire de l’art, Jonathan J. G. Alexander6 .
Bibliothèque de l’abbaye de Cluny
Un seul cas, particulièrement éclairant, suffit à illustrer les nouvelles datations de documents : il s’agit de la nouvelle datation, proposée, de façon convaincante, par V. von Büren pour le catalogue de Cluny7 , traditionnellement daté depuis L. Delisle de l’abbatiat d’Hugues III (1158-1161) ; ce catalogue qui se présentait sous forme de quatre grandes tablettes de bois8 n’est plus aujourd’hui connu que par la description qu’en ont laissée les Mauristes, et Veronika von Büren a démontré, par une étude du contenu et de la structure du catalogue, que le document n’était pas postérieur au XIe siècle, et que le destinataire représenté au verso de la dernière tablette, n’était donc pas Hugues III, mais Hugues de Semur, abbé de 1049 à 1109, ce qui situe la rédaction du catalogue 50 ans avant la date avancée jusque-là.
Ces quelques chiffres et exemples illustrent bien que le répertoire paru en 1987, salué dès sa parution comme un instrument de la plus grande utilité, doit être sérieusement repris et remis à jour.
En quoi consiste le projet ISBA_2000 ?
L’ISBA_1987, édition papier issue d’une base de données, livrait au chercheur une brève notice signalétique qui donnait l’essentiel de l’information ; la série de brèves notices était complétée par une série d’index tout à fait précieux qui permettait au chercheur de se livrer à une série limitée d’interrogations portant sur la date, la localisation des inventaires et une série de caractères concernant les personnes liées à l’inventaire.
À maints égards, l’ISBA_2000 se revendique pleinement l’héritier de l’ISBA_1987. En premier lieu, c’est une base de données. Elle est dénommée « ISBA_2000 » pour signifier que le travail de reprise n’a vraiment commencé qu’à partir du début du troisième millénaire.
Cette continuité avec le répertoire de 1987 peut s’illustrer en prenant l’exemple d’un inventaire du XVe siècle.
Exemple de Roger Benoiton
L’inventaire dont il est ici question9 est celui des biens d’un riche chanoine de Clermont, Roger Benoiton, qui devint secrétaire de l’évêque, Martin Gouge de Charpaignes (évêque de 1415/1419 à 1444), puis de son successeur, Jacques de Comborn. C’est sans doute à Martin Gouge que Roger Benoiton10 dut de gravir les degrés de la hiérarchie ecclésiastique, d’accéder vers 1440/1441 à la charge de notaire et secrétaire du roi et de se constituer une fortune conséquente dont il fit bénéficier les membres de sa famille.
Cet inventaire des biens de Roger Benoiton est constitué de deux parties : la première est copiée vers 1465 par un secrétaire, avec des notes marginales autographes du chanoine ; la seconde partie consiste en un livre de comptes régulièrement tenu à jour sur près de trente années (jusqu’à la mort du chanoine, en 1481) ; la partie primitive (fol. 1-102) se termine sur l’inventaire des livres de Roger Benoiton (fol. 96-99).
Cet inventaire qui avait déjà été exploité il y a 50 ans11 a récemment fait l’objet d’une édition remarquable due à deux éminentes consœurs, Mmes Anne-Marie Chagny-Sève et Geneviève Hasenohr12 ; on ne rappellera pas ici ce que cette dernière, plus connue pour ses travaux de philologie romane, a apporté à l’histoire des bibliothèques.
On peut donc comparer le traitement de ce même inventaire dans l’ISBA_1987 et dans l’ISBA_2000.
Notice dans l’ISBA_1987
Si l’on se réfère à la notice consacrée dans l’ISBA_1987 à Roger Benoiton, on peut voir que tous les éléments en sont repris dans l’ISBA_2000. Simplement, selon le modèle relationnel qu’il serait hors de propos de détailler ici, les informations sont éclatées entre plusieurs tables ou modules.
Rogerius « Benoiton »
Inventaire de la bibliothèque de Roger Benoiton rédigé par lui-même dans son « livre de compte » vers 1470 (257 art.).
Clermont-Ferrand, Arch. dép. Puy-de-Dôme, 3 G, suppl. 838a, f. 96-99.
Inéd. ; cf. Bossuat (A.), Mélanges Cl. Brunel, t. I, (1955), p. 155-156 (analyse de l’inv.).
Éléments repris dans l’ISBA_2000
Éléments de ISBA_1987 Information Tables Champs
Rogerius « Benoiton » Nom du Possesseur Intervenants Identité PP
1470 (circa) Date Date des inventaires Datation estimée
Inventaire de la bibliothèque de Roger Benoiton rédigé par lui-même dans son « livre de compte » vers 1470 Brève analyse du document Inventaires Analyse
(257 art.) Nombre d’articles dans l’inventaire Inventaires Nombre d’entrées
Clermont-Ferrand, Arch. dép. Puy-de-Dôme, 3 G, suppl. 838a, ff. 96-99. Cote du document Localisation + Établissement +Sources Commune + Établissement + Cote
Inéd. ; cf. Bossuat (A.), Mélanges Cl. Brunel, t. I, (1955), p. 155-156 (analyse de l’inv.). Mention d’une édition Bibliographie Champs de bibliographie
Bibliographie concernant l’inventaire
1655 Numéro de l’inventaire dans l’ISBA_1987 Inventaires N° BMMF_1987
Est-ce à dire que l’ISBA_2000 est une simple transposition de son vénérable ancêtre ? Bien sûr que non. Reprendre un instrument de travail, vieux de près de vingt ans, ce n’est pas simplement le mettre à jour. C’est réfléchir à la façon de mieux répondre aux attentes de la recherche qui a évolué en près de deux décennies et aux avancées technologiques qui donnent de nouvelles possibilités, notamment en matière de reproduction et d’accès à l’information.
Ainsi, dans le cadre du nouveau projet, il a été décidé de pousser un peu plus loin l’analyse de l’inventaire et de multiplier les informations que l’on veut relever pour les signaler à l’attention des chercheurs.
Si l’on choisit de s’arrêter un instant sur les informations qui concernent plus particulièrement l’inventaire et son contenu (représentées ici en bleu) en reprenant les éléments de l’inventaire de Roger Benoiton relevés à partir de l’excellente édition donnée par Mmes Chagny-Sève et Hasenohr13 , on constate que :
Inventaires. Notice ISBA de base
N° BMMF 1987 1655 0 0 Remarques inventaires – notice de base
Valeur attribution Indéterminée
x Validée
Abandonnée Attribution
Analyse Inventaire des biens et de la bibliothèque du chanoine Roger Benoiton, dressé sous son contrôle
Présence date = si le document présente une date, alors année Attestation date texte en clair
jour Style
mois (en toutes lettres)
Datation estimée = si le document présente une date, alors 1465 ca Arguments datation « Des recoupements laissent supposer que la mise par écrit des feuillets 1 à 102 fut réalisée autour de 1465 – peut-être même dès 1463-… » (art. Chagny- Sève, Hasenohr
Datation des textes décrits
Date rédaction monolithique
x stratifié
non vérifié Annotations postérieures x Oui
Dates-requêtes Début : 1450 « Des compléments et des annotations ont été appor- tés jusqu’en 1480 » (art. Chagny-Sève, Hasenohr)
Fin : 1474
Les écrans sont structurés en trois zones :
la première zone en rouge correspond aux champs qu’il faut s’efforcer de remplir dans tous les cas où c’est possible.
La deuxième zone en bleu représente les champs à remplir si on a le temps ou si il y a nécessité (par exemple, les champs « Arguments datation », sur l’écran 3c, ou « Texte du titulus », sur l’écran 4c).
La troisième zone en vert est réservée à la zone de rédaction libre qui permet à tout moment de relever des particularités non prévues ou de compléter des observations relevées dans les champs.
Il y a donc possibilité de ne remplir que les champs indispensables, selon le temps dont on dispose ou l’intérêt de l’inventaire traité et, ainsi, de travailler à plusieurs vitesses.
Les champs prévus se divisent en deux catégories principales : les uns proposent des réponses préétablies, des menus déroulants qu’il suffit de cocher ; dans la plupart des cas, on a prévu des réponses « non vérifié » ou « indéterminé » qui reconnaissent le droit de ne pas apporter de réponse et permettent d’avancer dans la description sans rester bloqué. Il est à noter que certains de ces menus proposeront des valeurs accumulées au fur et à mesure de l’enrichissement de la base, tels les noms des intervenants : il suffira alors de choisir ces valeurs sans avoir à les saisir à nouveau. Les autres permettent une rédaction tout à fait libre.
Il convient de faire ici un effort d’imagination : les écrans devraient être plus confortables que la mise à plat présentée ici. La Base de données devrait éviter la redondance, assurer une meilleure cohérence de l’information, faciliter la saisie et la rendre, ainsi, plus rapide.
Autre avantage : pour tout chercheur travaillant sur un inventaire ancien, ces écrans constituent une grille d’analyse commode, un aide-mémoire, afin de n’oublier de relever aucun aspect important. Mais ce canevas n’a pas la prétention à répondre à tous les questionnements : il s’agit d’une grille générale qui doit s’appliquer à des types d’inventaires très différents et s’étalant sur une très longue période chronologique. En aucun cas, il ne saurait être question de se substituer au chercheur : la base a pour seul objectif de signaler la présence ou l’absence de tel ou tel élément qui peut faire l’objet d’une recherche ou qui nous a paru important pour l’étude des inventaires. On a, par exemple choisi de ne pas relever la terminologie des inventaires, notamment en ce qui concerne les expressions qui désignent les imprimés.
Quelques remarques sur certains champs
« Valeur attribution » : c’est un champ créé pour rendre compte des changements d’attribution qui peuvent se produire, comme dans le cas d’un inventaire autrefois attribué par H. Omont à St-Arnoul de Crépy en Valois et qui est aujourd’hui restitué à St-Arnoul de Metz. Il a en effet paru important de conserver l’historique des recherches sur tel ou tel inventaire.
Datation des inventaires : dans cette zone de la description, on a distingué deux cas, matérialisés ici par deux pavés :
l’inventaire est daté ; on entre la date en utilisant des menus déroulants, à la façon de ce qui est proposé quand on réserve un billet ; le mois sera en toutes lettres ; le champ « texte en clair » permet de noter éventuellement la formulation du document ;
l’inventaire n’est pas daté : c’est le cas de celui de Roger Benoiton.
« Dates requêtes » : il s’agit d’un champ indispensable pour l’interrogation, afin de pouvoir regrouper à la fois des dates précises et des dates par quarts de siècle.
« Durée de rédaction » : pour mesurer l’importance des renseignements notés dans ce champ, il faut se rappeler que c’est en remarquant que les auteurs des XIe/XIIe étaient systématiquement regroupés à la fin des sections thématiques du catalogue de Cluny et en concluant de ce fait que ces articles étaient sans nul doute des additions, que V. von Büren a mis en doute la date traditionnellement attribuée au catalogue de Cluny.
Inventaires – caractérisation
Langue x latin Remarques inventaires – notice de basecf. art. 28, 230, 261. Au total, une trentaine d’incunables dont quinze mentionnés comme tels
Type de document Inv. ap. décès
x inv.
Titulus x oui
non vérif.
so «oui» => Texte du titulus « La lève des cens, rentes, revenues acquises par maistre Rogier Benoiton, notaire et secrétaire du roy nostre sire et chanoinede Clermont » (titre général). « Inventarium librorum » (fol. 96).
Nature des livres Mss
x Mss et impr.
Mss p. ê.
Impri. Termes décrivant des imrpimés ? x oui
Nombre d’entrées 261 Précision nombre d’entrées Numérotation ancienne
Type d’énumération (250)
x un item par livre
ivre en bloc avec total
livres en bloc sans total
mixte, indéterminé
Autre indication de nombre
Langue : il s’agit, bien entendu de la langue de l’inventaire ; il est prévu un menu déroulant.
Type de document : l’addition de ce champ ne s’est faite qu’à la suite de nombreuses hésitations : il a finalement été décidé de reprendre l’information donnée par la source, mais sans aller plus loin ; quand on ne sait pas précisément à quel type de document on a affaire, on choisit la valeur, assez vague, d’ « inventaire ».
Titulus : ce champ témoigne de l’attention portée à terminologie ; il existe la possibilité, en deuxième option, de noter le libellé même du titulus ou des tituli, quand il y en a plusieurs.
Nature des livres : Toux ceux qui ont travaillé sur la période charnière où les imprimés apparaissent en concurrence avec les manuscrits savent combien il est délicat de distinguer les manuscrits des imprimés dans un inventaire. C. Bozzolo et E. Ornato ont, à plusieurs reprises, traité des difficultés d’interprétation de ce renseignement14 .
Nombre d’entrées : on prendra bien garde à ce que le nombre d’ « entrées » est différent du nombre de « volumes » décrits dans un inventaire.
Inventaires – catalographie
Édition Chagny-Sève, Hasenohr Bibliothéconomie Remarques catalographie
Titres thématiques : Primo gramatice, Logice, Philosophie, Rhetorice et poetrie Structure visible □ non vér.,
X Oui, □ Non Un article et des annotations marginales précisent le sort ultérieur de certains volumes (donnés ou vendus : cf. art. 142, 150, 240, 243, 244)
/ Mention de lieux de rangement □ non vér.,
□ Oui, X Non
/ Mention de cotes □ non vér.,
/ Mention de l’origine des livres □ non vér.,
/ Mention de prêts – emprunts □ non vér.,
Mentions codicologiques
Dimensions des mss □ non vér.,
art. 27, 40, 45, 48 Reliures □ non vér.,
X Oui, □ Non
art. 1-5, 7-8, 11-12, 15-17, 19-23, 26-28, 39, 41-42, 45-47 Support □ non vér.,
art. 241 Écriture □ non vér.,
/ Mise en page □ non vér., □ Oui, X Non
art. 259 Décor □ non vér.,
art. 5, 8-12, 19, 20-21, 23-24, 26-27, 36-37, 38-41, 43-47 Prix □ non vér.,
art. 1, 15, 19, 24-26, 28, 38, 44, 60 etc. Un seul titre par entrée □ non vér.,
art. 46, 90, 171, 189, 207 Mention de langue des textes □ non vér.,
art. 6-7, etc. Mention d’incipit □ non vér.,
Mentions d’explicit □ non vér., □ Oui,
Incipit-repère des vol. □ non vér.,
Explicit-repère des vol. □ non vér.,
Dans cet écran, il s’agit de relever les informations livrées par l’inventaire qui peuvent intéresser tel ou tel secteur de recherche. On relève trois directions, trois blocs de renseignements :
les informations qui concernent l’organisation des bibliothèques et l’histoire des volumes ;
les informations sur l’aspect matériel des volumes ;
les informations touchant les textes et leur identification : on a, notamment, pensé à relever la langue des volumes décrits dans l’inventaire.
En voyant cette ébauche des futurs écrans de saisie, on comprend qu’il est difficile de reprendre les notices de la base sans se référer au texte de l’inventaire. Il faut donc, dans la plupart des cas, revenir à l’original ou à son édition, pourvu que celle-ci soit fiable. Certes, il y a là un risque d’allonger les délais nécessaires à la correction des notices. Mais, à cette remarque, on rétorquera que, de toute façon, c’est un travail qu’il faudra faire pour opérer les nombreuses vérifications portant sur les cotes, la bibliographie ou d’autres éléments. Et ces vérifications, au départ formelles, peuvent s’avérer fructueuses.
Le dossier consacré à La Grasse : les ajouts de l’ISBA_2000
ISBA_1987 ISBA_2000
LA GRASSE, NOTRE-DAME Grasse (La), Notre-Dame
/ 1359, 17 octobre – Mention de quelques livres théologiques et juridiques de La Grasse (7 articles).
Carcassonne, Arch. dép. de l’Aude, H 126.
/ 1372, 9 mars – Donation de livres juridiques et théologiques par l’abbé Guy Ier.
Carcassonne, Arch. dép. de l’Aude, H 27.
/ XVIIe s. – Catalogue des livres de l’abbaye de La Grasse par dom Anselme Le Michel
Paris, Bibl. nat. de Fr., lat. 13817, ff. 405 et 436.
XVIIIe s. ? – Mémoires des Vies des saints que nous avons dans des manuscrits de l’abbaye de La Grasse. XVIIe / XVIIIe s. ca. – Vies de saints extraites des manuscrits de La Grasse et envoyées à Saint-Germain-des-Prés, sans doute pour préparer le recueil des Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti.
Paris, Bibl. nat. de Fr., lat. 11777, f. 63-63v.
PARIS, Bibl. nat., lat. 11777, f. 63-63v et ff. 282-286v. Inéd.
886 BMMF, n° 886.
/ 1708. – Catalogue, sans doute partiel, des manuscrits de Notre-Dame de La Grasse, incomplètement édité par Montfaucon dans sa Bibliotheca.
Paris, Bibl. nat. de Fr., lat. 13074, f. 209bis r.
Ed. BBN, t. II, 1242.
/ 1739, avant. – Catalogue des manuscrits augustiniens de Notre-Dame de La Grasse, incomplètement édité par Montfaucon dans sa Bibliotheca.
Paris, Bibl. nat. de Fr., lat. 13121, f. 189 r.
Ed. BBN, t. II, 1352.
/ XVIIIe s. – Mentions de l’abbaye de La Grasse dans des Voyages littéraires.
Paris, Bibl. nat. de Fr., lat. 12660, ff. 335-336 ; lat. 12666, ff. 37 et 42 ; lat. 12680, ff. 74-174 ; lat. 12697, f. 350.
/ 1792, 5 mars – Catalogue de la bibliothèque de l’abbaye de La Grasse.
Cf. Mahuel, Cartulaire et archives de Carcassonne, t. II, p. 368.
/ Grande Sauve (La) ou Sauve-Majeur (La)
XVIIe / XVIIIe s. ca. – Vies de saints extraites des manuscrits de La Sauve-Majeur (sous le nom de La Grasse) et envoyées à Saint-Germain-des-Prés pour préparer le recueil des Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti.
Paris, Bibl. nat. de Fr., lat. 11761, ff. 282-286v.
Un seul exemple, celui du dossier consacré à la bibliothèque de l’abbaye bénédictine de La Grasse, suffit à montrer comment une simple vérification de cote opérée à la Bibliothèque nationale de France sur les originaux a permis de relever une erreur de feuillet et, partant, de retrouver une cote de document qui avait disparu dans le répertoire de 1987 et, du même coup, de rapporter l’un des inventaires à une autre abbaye bénédictine, celle de la Grande-Sauve15 , jusque-là dépourvue de notice dans l’ISBA. Ce même exemple permet en outre de mesurer le renouvellement complet de la notice consacrée à La Grasse. Même si elles coûtent un peu de temps, ce sont ce type de vérifications et de rectifications qui font, à mon sens, tout le prix d’un instrument de travail.
Que peut-on attendre de l’ISBA_2000 ?
D’abord de pouvoir interroger la documentation extrêmement riche contenue dans la base.
Certes, des interrogations étaient possibles dans la version papier, notamment par le biais des index dont était pourvu le répertoire : index par lieu, par date, par cote, par ordres religieux, par typologie et par fonction pour deux catégories spécifiques (les « ordonnateurs » et les « rédacteurs »).
Dans l’ISBA 2000, les clés d’accès à la base seront aussi nombreuses que le nombre de champs définis : et donc on pourra interroger la base sur les caractéristiques codicologiques ou bibliothéconomiques des volumes décrits dans les inventaires ; on pourra, par exemple, obtenir tous les inventaires qui présentent un titulus, ou tous ceux qui mentionnent des cotes de volumes, ou encore ceux qui relèvent des incipit repères (ce qui devrait faciliter le travail de ceux qui cherchent à rattacher un volume à un établissement).
Bien entendu, on pourra aussi croiser les interrogations entre plusieurs critères, ce qui jusque-là se faisait péniblement en manuel à partir des index et rarement sur plus de deux critères. On pourra, par exemple, rechercher les inventaires du clergé séculier normand des XIVe et XVe siècles.
D’autre part, on pourra aussi retrouver des informations qui n’apparaissaient ni dans les index, ni sous forme de renvoi dans le corps de l’ouvrage, tel le nom d’Harduin, copiste des volumes qu’il laissa à l’abbaye de Saint-Wandrille16 , puisque tous les champs de rédaction libre (comme le champ Analyse) seront interrogeables.
Le choix qui a été fait de reprendre l’ISBA sous la forme d’une base de données relationnelle a certes nécessité un gros travail d’analyse, aujourd’hui mené à bien grâce à la compétence et à l’aide qui ont été particulièrement apportées par N. Moulard, de l’informatique, et A.-M. Turcan, qui ne faisait pas encore partie de la section de Codicologie. Ce travail d’analyse n’attend que d’être concrétisé par un développement qui permettra à l’équipe de tester le modèle proposé et de commencer réellement le travail de saisie.
Le choix de reprendre le répertoire sous la forme d’une base de données présente plusieurs avantages : d’abord une souplesse et un confort d’utilisation qui ne sont peut-être pas totalement perceptibles au travers des projets d’écrans esquissés, mais auxquels seront sensibles les futurs utilisateurs : quelques écrans seulement suffiront pour décrire un inventaire, la saisie sera limitée au maximum, afin d’assurer une plus grande cohérence à l’ensemble et afin de permettre au rédacteur de se concentrer sur l’analyse des données de l’inventaire ; enfin le travail, comme il a été dit, pourra se dérouler à plusieurs vitesses.
Une autre option va dans le sens de la souplesse : la base est destinée à être mise en ligne. En un premier temps, la matière sera disponible dans l’état de 1987, avec des mises à jour pour un certain nombre de dossiers. L’utilisateur pourra donc interroger la base sur les dossiers laissés en l’état de 1987, mais aussi sur des dossiers entièrement revus et toilettés et ceci, non pas en temps réel, mais presque. C’est à dire que dès que la saisie sera possible, il faudra très peu de temps pour voir arriver en ligne les premiers résultats, ce qui, je crois sera satisfaisant, et pour les rédacteurs, et pour les utilisateurs. Bien évidemment, les notices revues seront clairement distinguées des autres ; leur date de révision et le nom de leur rédacteur seront indiqués en clair.
Quant aux possibilités élargies d’interrogation, elles ont déjà été amplement évoquées.
La révision de l’ISBA_1987 et sa mise à jour est donc une étape capitale et indispensable, attendue, semble-t-il, par un très large public de chercheurs. Elle peut s’accompagner d’enrichissements qui sont rendus possibles par les évolutions technologiques. L’un des principaux obstacles rencontré dans cette révision étant l’accès aux sources, il a été envisagé de mettre en ligne le texte même des inventaires, du moins dans le cas d’éditions anciennes tombées dans le domaine public (que ces éditions soient satisfaisantes ou non). Il nous a semblé qu’au moment où l’accès aux bibliothèques devient de jour en jour plus difficile, ce serait rendre un service signalé aux chercheurs que de leur donner, chaque fois que possible, le texte des inventaires parus souvent dans des publications anciennes ou d’accès peu aisé.
Car, et ce sera le point final de ce trop bref exposé, l’ISBA se veut avant tout un instrument au service de la communauté scientifique, mais ne pourra aboutir pleinement qu’avec l’appui et le concours de la communauté scientifique.
N.B. Cette communication a été publiée en 2006 sur la plateforme Ædilis (http://aedilis.irht.cnrs.fr/manuscrit/isba.htm).
Bibliothèques de manuscrits médiévaux en France. Relevé des inventaires du VIIIe au XVIIIe siècle, par Anne-Marie Genevois, Jean-François Genest, Anne Chalandon, avec la collaboration de Marie-José Beaud et Agnès Guillaumont, Paris, CNRS éditions, 1987. [↩]
On pense en premier lieu au répertoire d’A. Bondéelle, Bibliothèques de l’ordre de Prémontré dans la France d’Ancien Régime. I, Répertoire des abbayes, Paris, 2000 (Documents, études et répertoires publiés, 58) ou bien à l’article de P. Petitmengin, « Montfaucon, dom Le Maître et la Bibliotheca bibliothecarum », dans Du copiste au collectionneur. Mélanges d’histoire des textes et des bibliothèques en l’honneur d’André Vernet, textes réunis par Donatella Nebbiai-Dalla Guarda, Jean-François Genest, Turnhout, Brepols, 1998, p. 537-584 (Bibliologia, 18), et à bien d’autres. [↩]
Bibliothèques ecclésiastiques au temps de la Papauté d’Avignon. II. Inventaires de prélats et de clercs français : édition, publiés par Marie-Henriette Jullien de Pommerol, Jacques Monfrin (†), Paris, 2001 (Documents, Études, Répertoires, 61). [↩]
François Dolbeau, « Trois catalogues de bibliothèques médiévales restitués à des abbayes cisterciennes (Cheminon, Haute-Fontaine, Mortemer) », Revue d’histoire des textes, 18, 1988, p. 81-108. [↩]
François Dolbeau, « La bibliothèque de l’abbaye d’Hasnon, O.S.B., d’après un catalogue du xiie siècle », dans Revue des études augustiniennes, 34/2, 1988, p. 237-246. [↩]
J. J. G. Alexander, « A twelfth-century Augustine on the Psalm, perhaps from the area of Soissons, containing an unpublished library catalogue », dans Florilegium in honorem Carl Nordenfalk octogenarii contextum, Stockholm, 1987 (Nationalmuseums Skriftserie, NS 9), p. 13-22. [↩]
Veronika von Büren, « Le catalogue de la bibliothèque de Cluny du xie siècle reconstitué », Scriptorium, 46, 1992, p. 256-267. Ead. « Le grand catalogue de la bibliothèque de Cluny », dans Le gouvernement d’Hugues de Semur à Cluny : actes du colloque scientifique international, Cluny, 1988, Cluny, 1990, p. 245-263. [↩]
Voir la reconstitution qui en est donnée, art. cit., Scriptorium, 46, 1992, p. 256-267. [↩]
Voir la reproduction du premier feuillet qui en est donnée dans l’article (pl. 2) d’Anne-Marie Chagny-Sève et Geneviève Hasenohr, cité infra. [↩]
Chanoine de Notre-Dame de Clermont-Ferrand, doté de nombreuses autres prébendes, il accéda ver 1470 ou 1472 à la dignité de chantre de la cathédrale (seul office à avoir conservé un poids réel), sans doute après avoir résilié la charge de notaire et secrétaire du roi, qu’il avait obtenue vers 1440/1441 sans doute par l’entremise de Martin Gouge, lui-même chancelier du roi de France (1422-1424, 1426-1428). [↩]
André Bossuat, « Jacques de Comborn, évêque de Clermont et son secrétaire. Notes sur l’humanisme en Auvergne au XVe siècle », dans Mélanges Clovis Brunel, t. I, Paris, 1955, p. 152-173 (Mémoires et documents publiés par la Société de l’École des chartes, 12). [↩]
Anne-Marie Chagny-Sève, Geneviève Hasenohr, « En Auvergne au XVe s. : le chanoine Roger Benoiton et ses livres », dans Du copiste au collectionneur : mélanges d’histoire des textes et des bibliothèques en l’honneur d’André Vernet, éd par D. Nebbiai-Dalla Guarda et J.-F. Genest, Turnhout, 1998 (Bibliologia, 18). [↩]
Cf. Anne-Marie Chagny-Sève, Geneviève Hasenohr, art. cit., notamment p. 442-443. [↩]
Cf, notamment, leur article « Les bibliothèques entre le manuscrit et l’imprimé » au tome 1 de l’Histoire des bibliothèques françaises, Paris, 1989, p. 333-347. [↩]
Attribution due à François Dolbeau « Le Nain de Tillemont conseiller de Dom Ruinart, durant la préparation des Acta primorum martyrum (1689) », dans Le Nain de Tillemont et l’historiographie de l’Antiquité romaine, actes du colloque, Paris, 1998 ; textes réunis par Stan-Michel Pellistrandi avec le concours de Gesche Landais et Christine Pellistrandi, Paris, H. Champion, 2002 (Colloques, congrès et conférences sur le classicisme, 3), p. 79-110, notamment p. 95 et n. 68, p. 103 et suiv. [↩]
« … plurima ecclesiae nostrae proprio sudore conscripta reliquit volumina, id est… » Ed. Catalogi bibliothecarum antiqui, collegit Gustavus Becker, 1, Catalogi saeculo XIII vetustiores, 2, Catalogus catalogorum posterioris aetatis, Bonn, 1885, p. 3. Chronique des abbés de Fontenelle (Saint-Wandrille), texte établi, trad. et comm. par Pascal Pradié, Paris, Les Belles-Lettres, 1999 (Les classiques de l’histoire de France au Moyen Âge, 40), p. 142. [↩]
Article suivant Ex-libris carolingiens et cisterciens de la bibliothèque municipale de Laon. Problèmes de datation et d’attribution
Article précédent Du nouveau pour les bibliothèques anciennes

References: art. 28
 art. 142

art. 27

art. 1

art. 241

art. 259

art. 5

art. 1

art. 46

art. 6