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Timestamp: 2020-05-27 22:03:04+00:00

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Les noms des signes du zodiaque dans l`espace arabo - France
Les noms des signes du zodiaque dans l`espace arabo
URANOS FIGURES CÉLESTES, LÉGENDES & CIVILISATIONS
grand public – éducateurs & pédagogues – chercheurs & passionnés
Mise à jour le 11/08/09
Les noms des signes du zodiaque
dans l’espace arabo-turco-persan
et méditerranéen
ROLAND LAFFITTE, SELEFA, Paris
Communication délivrée dans le cadre du IIIè colloque international Emprunt linguistique dans l’espace turco-arabo-persan et méditerranéen, organisé par l’ERISM, l’INALCO, avec le concours de l’IFPO, l’Université de
Damas et l’AUF, les 18-19 décembre 2005, Centre Rida Saïd, Damas.
Le fait d’évoquer les noms du zodiaque au Centre Ridha Saïd, à Damas, suffirait à justifier
le choix de la nomenclature arabe comme point de départ de l’examen de cet étonnant objet
culturel dont la pratique brillante par l’astrologie hellénistique dirige généralement les regards
vers Alexandrie. Beaucoup pensent en effet que les Arabes héritèrent de leurs prédécesseurs
grecs les noms du zodiaque.
Les zodiaques arabes
En fait, une comparaison rapide du zodiaque grec et du zodiaque arabe (voir TABLEAU I)
révèle des différences notables entre eux. Le zodiaque grec étant connu, il n’est pas utile de s’y
attarder pour l’instant (voir infra, pp. 11-12). Quant au zodiaque arabe, il est bon de souligner
qu’il en existe plusieurs.
Le premier, qui mérite le qualificatif de zodiaque classique, est pratiqué continument depuis
sa première attestation dans l’horoscope de fondation de la ville de Baghdad, tiré le 30 juin 762
par Abū l-Fa l ibn Nawba t en présence de Māšā’allāh ibn Sāriya et cUmar Ibn Farru ān al-
abārī1. Certes, une partie des noms pourrait sembler être traduits du grec2, comme‫ الثور‬al-tawr,
« le Taureau », ‫ السرطان‬al-sara ān, « le Cancer », ‫ األسد‬al-asad, « le Lion », ‫ الميزان‬al-mīzān, « la
Balance », ‫ العقرب‬al-caqrab, « le Scorpion », mais une autre partie, bien plus importante,
présente des noms qui diffèrent totalement de ceux que nous connaissons chez les Grecs. Nous
avons ainsi ‫ الحمل‬al- amal, « l’Agneau mâle », là où le grec donne Κρίος, « le Bélier », ‫الجوزاء‬
al-ğawzā’, « la Médiane = Elgeuze », au lieu de Δίδυμοι, « les Gémeaux », ‫ السنبلة‬al-sunbula,
« l’Épi », en lieu et place de Παρθένος, « la Vierge », ‫ القوس‬al-qaws, « l’Arc », quand les Grecs
écrivent Τοξότες, « l’Archer », ‫ الجدي‬al-ğady, « le Chevreau », pour Αἰγόκερως, « Aux cornes
de chèvre », ‫ الد لو‬al-dalw, « le Baquet », au lieu de ‘Υδροχοεύς, « le Verseur d’eau », et ‫الحوت‬
al- ūt, « le Poisson » – au singulier – quand les Grecs ont ‘Ιχθύες, « les Poissons » – au pluriel
Le fait que la liste arabe n’est pas traduite du grec est confirmé par le fait que les auteurs
arabes utilisèrent, en général à titre documentaire et au fil des textes astronomiques – ceci afin
de désigner les constellations et non les signes zodiacaux –, les noms correspondants aux
appellations grecques : ainsi ‫ الكبش‬al-kabš, « le Bélier », pour Κρίος, ‫ التوأمان‬al-tawa’mān, « les
Gémeaux », pour Δίδυμοι, ‫ العذراء‬al-ca rā, « la Vierge », pour Παρθένος, ‫ الرامي‬al-rāmī, « l’Archer », pour Τοξότες, ‫ساكب الماء‬, sākib al-mā’, « le Verseur d’eau », pour ‘Υδροχοεύς, enfin
‫ السمكتان‬al-Samakatān, « les Poissons », pour ‘Ιχθύες. Cela signifie que, lorsque les Arabes
bénéficièrent des traductions des textes grecs, la nomenclature zodiacale était déjà parfaitement
établie.
C’est en effet dans la poésie préislamique que nous découvrons les premières traces des
appellations arabes classiques. Ainsi pouvons nous lire, dans des textes datés de la seconde
partie du VIe siècle, ‫ قلب العقرب‬qalb al-caqrab, « le Cœur du Scorpion »3, et ‫اإلكليل‬, « la
Couronne »4, deux noms qui correspondent à des mansions lunaires et trahissent la
connaissance de la constellation du Scorpion. Nous découvrons également ‫ الد لو‬al-dalw, « le
Baquet »5, qui implique celle qui correspond, chez les Arabes, à celle du Verseau6. Et nous
pouvons aussi rencontrer également, au début du VIIIe s., soit avant la fondation de Baghdad,
‫ نثرة األسد‬natra(t) al-asad, nom d’une autre mansion lunaire, qui révèle la présence de la
Ce fait est rapporté par A mad ibn Is āq al-Ya‘qūbī dans son Kitāb al-buldān, ap. David Pingree, The
Fragments of the Works of Al-Fazârî, JNES, vol. 29, n° 1, 1970, p. 104, et nous connaissons la nomenclature de
ce zodiaque par les soins de l’encyclopédiste Abū Ray ān Al-Bīrūnī, qui la mentionne dans son Kitāb ātār albāqiyya cani l-qurūn al- āliya, ca. 1000, in Eduard Sachau, Chronologie orientaler Völker von Albêrûnî, Leipzig :
F. A. Brockhaus, 1878, p. 270-271, et, pour la traduction, The Chronology of Ancient Nations, Londres : W.H.
Allen, 1879, p. 262-263. Elle est confirmée par les listes de la fin du VIIIe s., notamment celle de Mālik ibn Anas,
ca 780, rapportée par cAbd al-Malik ibn abīb, ca 820, ap. Paul Kunitsch, « cAbd al-Malik ibn abīb’s Book on
the Stars », ZGAW, Band IX, 1994, p. 161-194.
C’est notamment ce que pense Willy Hartner, « Min i¢āt al-burudj », Encyclopédie de l’Islam, Leyde : J. Brill,
t. VII, 1993, pp. 84-85.
On trouve ce nom chez Al-Aswād ibn Yacfūr, ca 535-600, issu d’une branche d’une famille chrétienne d’Alīra, les Tamīm, ap. Ibn Qutayba, Kitāb al-anwā’, éd. Mohammad Hamidullah & Charles Pellat, Hyderabad : The
Dāiratu ’l-mācrifi ’l-cosmania/Osmania Oriental Publications Bureau, respectivement, § 83, p. 71.
Voir Jirān al-cŪd, poète de la tribu des Nağd, actif à la fin du VIè s. et peut être au début VIIè s., ap. Ibn
Qutayba, ibid., § 82, p. 69.
Ce nom est attesté chez cAdī bin Zayd al-cIbādī, né en 550, lui aussi issu des Tamīm, ap. Ibn Qutayba, ibid., §
64, p. 51, ainsi que chez Bišr ibn Abī āzim ibn cAwf, un poète des Banū Asad, tribu d’Arabie voisine des
Tamīm, ap. Ibn Qutayba, ibid., § 93, p. 82.
Voir ū l-Rumma, ap. Ibn Qutayba, ibid., § 68, p. 54.
constellation du Lion. Cela prouve une chose : c’est que la Arabes pratiquaient déjà, avant
l’irruption de l’Islam, une division de l’écliptique selon le système des mansions lunaires – au
du moins selon une ébauche du système que nous connaissons par les textes classiques à partir
du début du Xème siècle –, et que la nomenclature des mansions suppose la pratique d’un
parcours de cette zone de la sphère céleste à travers un système de figures zodiacales parfois
différentes des constellations grecques dans la forme comme dans l’appellation.
Notons que dans l’époque précédente, fin IVe s./début du VIe s., des documents sudarabiques
nous apprennent que le Yémen connaissait un zodiaque dont la partie connue à ce jour suffit
pour affirmer qu’il diverge également du grec de façon significative (voir également TABLEAU
I). Comme dans le zodiaque arabe classique, la Vierge est indiquée par šubiltān, « l’Épi »,
tandis que des noms inédits nous étonnent : aẓyān, « la Flèche », pour le Sagittaire et asārān,
« le Cordon », pour les Poissons7. Il faut donc chercher, à l’origine des zodiaques arabes, des
pistes autres que le legs hellénistique.
Mais auparavant, considérons les zodiaques qui ont hérité de la nomenclature arabe.
Les zodiaques iraniens
Même si nous nous limitons à la liste pahlévie et aux listes persanes que nous pouvons
comparer sur le TABLEAU II, les zodiaques iraniens sont très variés.
Les Iraniens ont hérité du zodiaque classique arabe, en raison de leur familiarité avec la
langue arabe : ils pratiquent donc les noms arabes classiques, naturellement privés de l’article
al- et parfois sujets à une transcription différente : 1. amal, 2.‫ ثور‬sawr, 3. ‫ جوزا‬ğawzā, 4. ‫سرطان‬
sara ān, 5. ‫ أسد‬asad, 6. ‫ سنبله‬sonbole, 7. ‫ ميزان‬mīzān, 8. ‫عقرب‬, caqrab, 9. ‫ قوس‬qaws, 10. ‫ جدي‬ğady,
11. ‫ دلو‬dalw, et 12. ‫ حوت‬ūt. Mais à côté de cette liste que nous trouverons habituellement dans
les traités astrologiques, nous rencontrons, dans la littérature, les noms arabes traduits du grec :
ainsi ‫ توأمان‬tawa’mān pour les Gémeaux, ‫ عذرا‬ca rā pour la Vierge, ‫ رامي‬rāmī pour Sagittaire,
ou inspirés des traductions du grec comme ‫ ساكب‬sākib pour le Verseau. Nous avons également
‫ سمكه‬samake pour les Poissons .
Plus intéressante encore est une autre liste de noms persans, laquelle dérive d’une vieille
liste pahlavie9 figurant déjà dans un chapitre cosmologique du Bundahišn, la grande
Voir à ce sujet Roland Laffitte, « Quelques noms de signes du zodiaque sudarabique », Matériaux arabes et
sudarabiques, GELAS, Paris, nouvelle série, n° X, 2002, pp. 159-173, et « Sur le zodiaque sudarabique », Arabia,
IREMAM, Aix-en-Provence, et ISIAO, Rome, n° 1, pp. 77- 87, et pl. 9-11, p. 214-216.
La liste des noms arabes classiques et celle des noms arabo-persans, c’est-à-dire des noms persans dérivés de
l’arabe, ont été établies à partir des différentes entrées données par Francis Steingass, A Comprehensive PersianEnglish Dictionary, London : Routledge & K. Paul, 1892, reprint Beirut : Librairie du Liban, 1975 ; de la liste
proposée par David Neil Mackenzie dans « Constellations », Encyclopedia Iranica, publiée sous la dir. d’Ehsan
Yarshater, Costa Mesa (California) : Mazda Publishers, 1993, t. VI, pl. 16, p. 148 ; ainsi que des documents de
Amīr Hosrow Dehlāvī mentionnés infra. Elle ne prétend nullement à l’exhaustivité.
Enrico E. Rafaelli a récemment édité ce texte en pahlévi et en donne une traduction dans L’Oroscopo del
mondo, il tema di nascita del mondo del primo uomo secondo l’astrologia zoroastriana, Milano : Mimesis &
Sīmorγ, 2001. Les transcriptions sont tirées de cet ouvrage, mais elles se trouvent également dans David N.
encyclopédie écrite en pahlévi au début de l’ère islamique mais qui reprend des données
largement antérieures à cette époque (voir encore le TABLEAU II). Dans la liste persane en
effet10, le Bélier pahlavi, warrag, devient ‫ بره‬barra. Pour le Sagittaire, le persan est ‫ كمان‬kamān,
« l’Arc », là ou le pahlavi voyait nēmasp, « le Demi-cheval ». Le pahlévi wahīg, « le
Chevreau », cède la place à ‫ بز‬boz, de même signification, et dōl, « le Baquet », n’a pas de mal
à se reconnaître dans le terme arabe ‫ دلو‬dalw. Quant aux autres noms persans, ils représentent
une évolution linguistique normale des termes pahlévis. Ainsi kāv, « le Taureau », devient ‫گا و‬
gāv, dō-pahikar, « les Deux figures », se transforme en ‫ دو پيكر‬do-paykar pour les Gémeaux,
karzang, « le Crabe », évolue en ‫ خرچنگ‬arčang. Pour šagr, « le Lion », on trouve ensuite ‫شير‬
šīr, tandis que hošag, « l’Épi », cède place à ‫ خوشه‬oša, « la Vierge », tarāzūg, « la Balance »,
se mue en ‫ ترازو‬tarāzū, gazdum, « le Scorpion », en ‫ گژد م‬každom, et māhīg, « le Poisson », en
‫ ماھى‬māhī11.
La grande originalité de la nomenclature zodiacale persane n’est non seulement de posséder
trois listes concurrentes, l’arabe, la gréco-arabe et une liste propre aux langues iraniennes. Elle
vient aussi de ce qu’on peut faire appel, dans le même document, à des appellations venant
indifféremment de l’une ou l’autre liste et même d’utiliser, pour chaque signe, des synonymes
des noms classiques. Je fournirai deux exemples pour illustrer mon propos :
Le premier est un document de la littérature médiévale classique, un texte de Amīr Hosrow
Dehlavī12, d’où nous pouvons extraire la liste suivante : 1. ‫ بره‬barra, 2. ‫ ثور‬tawr, 3. ‫ دو پيكر‬dopaykar, 4. ‫ پنج پائى‬panğ pāy, 5.‫ شير‬šīr, 6. ‫ سنبله‬sonbole, 7. ‫ ترازو‬tarāzū, 8. ‫عقرب‬, caqrab, 9. ‫قوس‬
qaws, 10. ‫ بز‬boz, 11. ‫ دلو‬dalw, et 12. ‫ ماھى‬māhī. Dans cette liste composite, cinq signes
proviennent de la nomenclature arabe classique et sept portent des noms persans, parmi
lesquels un synonyme ‫ خرچنگ‬arčang, à savoir ‫ پنج پائى‬panğ pāy. Dans un autre texte du même
auteur, les termes ‫ قوس‬qaws et ‫ كمان‬kamān, « l’Arc », sont utilisés de façon concomitante pour
le Sagittaire13, ce qui prouve bien la grande liberté dont font preuve les auteurs persans pour
désigner les signes zodiacaux.
Le second document est un horoscope moderne pris de la toile14, où nous pouvons lire la
Mackenzie, « Constellations », loc. cit., ou dans David N. Mackenzie, A Concise Pahlavi Dictionary, New YorkLondon : Rutlege, 1970, s.v. sq.
Les noms des signes persans autochtones figurent chez Al-Bīrūnī qui les présente dans son Kitāb al-ātār albāqiya, les noms du zodiaques dans plusieurs langues : l’arabe, le grec, le persan, le syriaque, l’hébreu, le sanscrit
et le chorasmien, texte arabe, op. cit., p. 193, et traduction anglaise, op. cit., p. 173.
Voici la liste des noms zodiacaux en chorasmien – soit une langue moyen-perse très proche du sodgien – que
nous présente Al-Bīrūnī dans son Kitāb al-atār al-bāqiya, avec leur translittération : 1. ‫< ورن‬wrn>, 2. ‫< غا و‬ġaw>,
3. ‫< اذوبچرقريك‬adubčrqryk>, 4. ‫ < خرچنك‬rčnk>, 5. ‫ < صرغ‬rġ>, 6. ‫< ? ووقيك‬wwqyk ?>, 7. ‫< تزازك‬trzuk>, 8. ‫درمچيك‬
<drmčyk>, 9. ‫ < ذنيك‬nyk>, 10. ‫ < ثرنيك‬rnyk>, 11. ‫< دور‬dur> et 12. ‫< كيب‬kyb>, ibid. On reconnaît, dans cette
énumération, des noms très proches de la liste pahlévie pour les cinq premiers signes, puis pour le 7ème signe, soit
la Balance, et le 11ème, soit le Verseau.
Il s’agit d’un texte de Amīr Hosrow Dehlavī (1253-1325), présenté par Alain Richard dans le cadre de
l’atelier Science et Littérature organisé par Mondes iranien et indien, CNRS, Paris, le 9 décembre 2005 : « The
Coronation of Sultān Ghiyāth al-Dīn Tughluq, the Ghāzī, whose throne is as high as that of Afrīdūn and
Iskandar », in Sayyid Samad Husain Rizvi, « Amīr Khusraw and Astrology », Hamdard Islamicus, Hamdard
University, Karachi (Pakistan), vol. V, n° 1, Spring 1982, pp. 88-89.
C’est ce que nous pouvons remarquer dans un autre texte de Amīr Hosrow Dehlavī, présenté dans les mêmes
conditions que le précédent, « Qualities of the planetary positions, Ascendant and the auspicious time when the
two beneficts were together in one sign of the Zodiac », Id., ibid., p. 86.
Voir le site iranmania.com.
liste suivante : 1. ‫ بره‬barra, 2. ‫ گا و‬gāv, 3. ‫ دو قلوھا‬do-qalūha, 4. ‫ خرچنگ‬arčang, 5.‫ شير‬šīr, 6.
‫ سنبله‬sonbole, 7. ‫ ترازو‬tarāzū, 8. ‫عقرب‬, aqrab, 9. ‫ كمان‬kamān, 10. ‫ بز‬boz, 11. ‫ ظرف آب‬zaraf āb,
et 12. ‫ ماھى‬māhī. On y remarque que huit des douze appellations proviennent la liste persane
autochtone : il s’agit des signes 1, 2, 4, 5, 7, 9, 10 et 12 ; que deux appartiennent à la liste
héritée des Arabes : il s’agit des signes 6 et 8 ; et qu’enfin deux appellations présentent une
originalité par rapport aux listes que nous avons déjà fournies : 3. ‫ دو قلوھا‬do-qalūha est un
synonyme du classique persan ‫ دو پيكر‬do-paykar, et ‫ ظرف آب‬zaraf āb, « le gobelet à eau », un
nom assez nouveau pour indiquer l’arabe ‫ دلو‬dalū.
Si nous mettons maintenant en vis-à-vis la liste pahlévie et la liste arabe classique, nous
faisons une constatation assez surprenante : plusieurs signes s’expriment en effet par la
description d’une figure qui s’éloigne de la grecque mais se met en résonance en arabe et en
pahlévi. Il s’agit du signe du Bélier pour lequel l’arabe ‫ الحمل‬al- amal et le pahlévi warrag,
puis le persan ‫ بره‬barra, expriment « l’Agneau », de celui de la Vierge pour lequel le pahlévi
hōšag – persan ‫ خوشه‬uša – montrent « l’Épi », de celui du Sagittaire pour lequel l’arabe ‫الجدي‬
al-jady et le pahlévi wahīg, puis le persan ‫ بز‬boz, signifient « le Chevreau », enfin de celui des
Poissons – au plusiel – pour lequel l’arabe ‫ الحوت‬al- ūt, tout comme le pahlévi māhīg et le
persan ‫ ماھى‬māhī, donnent à lire « le Poisson » – au singulier –. Ceci nous aiguille vers la
recherche d’une origine commune mais non grecque.
Les zodiaques turcs
Mais avant d’explorer cette piste, considérons les zodiaques turcs qui dérivent, comme l’on
pouvait s’y attendre, des listes arabes et persanes (voir TABLEAU III). Il existe bien une liste
turque stable qui reprend la nomenclature arabe classique, liste que possède aussi la langue
persane : 1. ‫ حمل‬hamel, 2. ‫ ثور‬sevr, 3. ‫ جوزا‬cevzā, 4. ‫ سرطان‬sere ān, 5. ‫ أسد‬esed, 6. ‫ سنبله‬sünbüle,
7. ‫ ميزان‬mīzān, 8. ‫ عقرب‬akrep, 9. ‫ قوس‬kavs, 10. ‫ جدي‬cediy, 11. ‫ دلو‬dalv, et 12. ‫ حوت‬hūt. On trouve
néanmoins, en turc comme en persan, des textes où apparaissent d’autres appellations :
certaines sont des emprunts aux noms arabes des constellations grecques, ainsi : ‫ عذرا‬cazrā, ‫رامي‬
rāmī, ‫ ساكب‬sākib, ou ‫ السمكه‬semeke ; d’autres sont des emprunts au persan : c’est le cas de ‫بره‬
berre, ‫ كا و‬gyāw, ‫ دو پيكر‬du-peyker, ‫ خرچنك‬ar-čeng, ‫ خوشه‬ūše et, populairement, oša, ‫ترازو‬
terāzū et, populairement, terāzi, enfin ‫ ماھى‬māhi, sans que l’on puisse affirmer que ces listes
sont exhaustives15.
L’effort de turquisation de la langue, entrepris au XXè siècle par Kamal Atatürk, a
naturellement engendré une nouvelle nomenclature (voir encore TABLEAU III) dont il est évident
qu’elle puise, mis à part quelques emprunts à l’arabe et au persan comme Akrep, « le
Scorpion », ou Terazi, « la Balance », dans un patrimoine linguistique proprement turc16. Mais
Les noms des signes turcs ottomans ainsi que leurs transcriptions sont tirés de James W. Redhouse, A Turkish
and English Dictionary, Constantinople : The American Mission, 1890, reprint Librairie du Liban, Beirut, 1975,
s.v. sq.
Les noms turcs modernes sont donnés par le Büyük lûgat ve ansiklopedi, İstanbul : Meydan, 1969-1976, s.v.
« burç », t. II, p. 646.
il est notable que les acceptions spécifiques de la liste arabe classique ou de la liste persane
héritée du pahlévi s’y retrouvent. C’est le cas de Yay, « l’Arc », qui traduit l’arabe ‫ القوس‬alqaws aussi bien que le persan ‫ كمان‬kamān, d’Oğlak, « le Chevreau », qui reprend l’arabe ‫الجدي‬
al-jady, tout comme le persan ‫ بز‬boz. Il en est de même pour Kova, « le Seau », qui correspond
à l’arabe ‫ الد لو‬al-dalw, « le Baquet », enfin Balik, « le Poisson » – au singulier –, qui correspond
aussi bien à l’arabe ‫ الحوت‬al- ūt qu’au persan ‫ ماھى‬māhī.
Aux sources des zodiaques arabe et pahlavi
Si nous revenons maintenant aux listes situées en amont des listes turques ottomanes, c’està-dire le zodiaque arabe classique et le pahlévi, et que nous nous interrogeons sur leur origine
commune, que nous avons précédemment soupçonnée, quelques constatations nous fournissent
de précieuses indications.
Tout d’abord, le nom pahlévi du Verseau, à savoir dōl, « le Baquet », qui existe aussi en
arabe sous la forme ‫ د لو‬dalw nous fournit ici un indice heureux : le mot est en effet un vieux
terme sémitique, déjà présent en vieux babylonien sous la forme dālu, « le baquet », et se
retrouve dans les différents dialectes araméens17.
Ensuite le nom arabe du Cancer, à savoir ‫ السرطان‬al-sara ān, trahit à son tour son origine
araméenne : la correspondance consonantique régulière entre l’araméen sar anā, qui indique
« le crabe », devrait donner l’arabe ‫ الشرطان‬al-šara ān, ce qui prouve bien qu’il s’agit non pas
d’une forme arabe d’origine mais bien d’un emprunt à un dialecte araméen18.
Et s’il fallait maintenant trouver une preuve d’un lien existant, à l’intérieur même de notre
sujet d’étude, entre le pahlévi et l’araméen, il suffirait de mentionner la découverte
relativement récente d’une amulette datée des VIe/VIIe siècles portant les signes du zodiaque en
syriaque et ayant appartenu à une femme du nom perse de Xvar-veh-zād : elle présente cette
particularité que le nom du Scorpion y est le terme pahlévi, soit gazdum, écrit en caractères
Il n’est pas possible ici de suivre Philippe Gignoux quand il prend une direction diamétralement opposée en
faisant dériver le syriaque dawlā du moyen-perse dōl, cf. « Les noms des signes du zodiaque en syriaque et leurs
correspondants en moyen-perse et en mandéen », in « Mélanges Antoine Guillaumont », Cahiers de
l’Orientalisme n° 20, Genève, 1988, p. 300. Pour Jonas C. Greenfield et Mikhael Sokoloff, ceci est très
improbable – « very unlikely » –, cf. « An astrological text from Qumran (4Q318) and Reflections on Some
Zodiacal Names », Revue de Qumran, Paris : Garalda, t. xvi, n° 64, déc. 1995, p. 515. Nous avons là au vrai une
très vieille racine sémitique, cf. David Cohen, avec la coll. de François Bron et Antoine Lonnet, Dictionnaire des
racines sémitiques ou attestées dans les langues sémitiques, fasc. IV, Paris : Peeters, 1993, p. 262, s.v.
« DLW/Y » : elle est attestée dès le vieux babylonien, soit la 1ère moitié du IIe mil. av. J.C., et l’on trouve dālu
avec le même sens de « baquet » dans le moyen-assyrien et le babylonien moyen, donc dès la seconde moitié du
IIe mil. av. J.C., CAD D, s.v. « dālu », pp. 56-57. Quand à l’araméen dōlā, il existe dans l’araméen littéraire moyen
comme cela ressort de la liste zodiacale de irbat Qumrān, cf. Jonas C. Greenfield et Mikhael Sokoloff, loc. cit.,
p. 507-529.
Ce nom se relie en effet à la racine sémitique SR , « égratigner, déchirer, etc. » qui donne en syriaque sare
« blesser, piquer » et en arabe šara a « inciser, scarifier ».
syriaques19.
Voilà qui nous achemine vers l’examen des zodiaques araméens.
Les zodiaques araméens
On peut classer les zodiaques araméens en deux grandes familles : l’une occidentale, l’autre
orientale20.
Le prototype de zodiaque occidental est celui de irbat Qumrān, découvert dans un des
manuscrits de la mer Morte et qui doit dater de la fin du Ier siècle avant notre ère. Écrit en
araméen littéraire moyen, il pourrait bien remonter à une époque antérieure et présente la
nomenclature suivante21 : 1. dikrā, « le Bélier », 2. tōrā « le Taureau », 3. tə’ōmayyā, « les
Jumeaux » , 4. sar ānā, « le Crabe » , 5. aryā, « le Lion » , 6. btūltā, « la Vierge », 7.
mōznayyā, « la Balance », 8. caqrab, « le Scorpion », 9. qaštā, « l’Arc », 10. gadyā, « le
Chevreau », 11. dōlā, « le Baquet », et 12. nūnayyā, « les Poissons » (voir TABLEAU IV). Outre
le fait que le zodiaque hébraïque en semble dérivé en grande partie22, nous retrouvons ces
appellations chez Sévère Sebokht (VIIe s.) et dans quantité de listes syriaques, de Job d’Édesse
(IXe s.) à Bar Hebraeus (XIIIe s.). Les voici : 1. dekrā, 2. tawrā, 3. tā’mē, 4. sar ānā, 5. aryā, 6.
btūltā, 7. massātā, 8. ceqarbā, 9. kaššā ā, 10. gadyā, 11. dawlā, et 12. nūnē. Quelques
particularités sont tout de même à signaler : tout d’abord le Bélier possède un second nom :
emrā, « l’Agneau », de même que la Vierge, également nommée šebeltā, « l’Épi », doublets
dont nous allons avoir sous peu l’explication. Et puis il y a ce curieux kaššā ā, qui consiste en
Cette amulette, référencée Paris, BnF, syr. 400, fut révélée au public grâce au travail de Philippe Gignoux qui
l’édita et le traduisit en 1987. Présentant une écriture estranġelā non vocalisée, elle pourrait, selon son éditeur,
dater des VIe/VIIIe siècles, c’est-à-dire à la fin d’une époque – que Joseph Naveh et Shaul Shaked estiment aller du
IV ou VI siècle – où fleurissait justement le genre d’objets inscrits d’incantations magiques qu’elle recèle, cf.
Joseph Naveh & Shaul Shaked, Amulets and Magic Bowls, Aramaic Incantations of Late Antiquity, Leyde : E. J.
Brill, 1985.
Roland Laffitte, « Les Noms sémitiques des signes du zodiaque, de Babylone à Baghdad », Comptes Rendus
du GLECS, t. XXXIV, 2003, pp. 97-118. Pour ce qui est des transcriptions des noms syriaques, le choix a été fait
pour une translittération, qui ne tient donc pas compte par conséquent des consonnes bgdkpt, mais transformée et
adaptée, dans un but de cohérence, avec les transcriptions de l’arabe et du persan utilisées dans cette étude.
Jonas C. Greenfield &t Michael Sokoloff, « An astrological text from Qumran (4Q318) and Reflections on
Some Zodiacal Names », Revue de Qumran, Paris : Garalda, t. XVI, n° 64, déc. 1995, pp. 507-529.
Si ce zodiaque est attesté par un document de irbat Qumrān daté du milieu du Ier siècle de notre ère, ce
dernier ne nous livre qu’un seul signe, à savoir šōr, « le Taureau », et il faudra attendre le IVe siècle pour
rencontrer la liste complète des noms, notamment sur les mosaïques de la synagogue d’Al- amma / ammath
Tiberias, cf. Roland Laffitte, « Les noms sémitiques… », loc. cit., pp. 98-99. Sa simple lecture révèle entre les
noms hébraïques et ceux de irbat Qumrān une parenté manifeste : alē, šōr, tə’ōmim, sar ān, aryē, bətulah,
mōznayim, caqrab, qešet, gədī, dəlī et dagīm. On y retrouve normalement les correspondants hébraïques des noms
araméens, sauf dans deux cas : celui de alē qui traduit l’araméen emmerā, « l’Agneau » et remplace dikrā « le
Bélier », et celui de dagīm, « les Poissons », qui est la traduction hébraïque de l’araméen nūnyyā.
une transformation de qaššātā, « l’Archer », par métathèse des consonnes emphatiques23.
Quant aux zodiaques orientaux, le premier connu est celui qui apparaît en syriaque chez
Bardesane d’Édesse, au tout début du IIIe siècle J.-C.24. Sa liste, qui nous connue par ses
disciples puis par Sergius de Re’š cAynā (VIe s.), présente des différences notables avec la
précédente. Trois signes possèdent des noms exprimant des idées proches : le Bélier est emrā
asen, « l’Agneau fort », quand nous avions emrā tout court, « l’Agneau », et dikrā, « le
Bélier », chez Sévère Sebokht, les Gémeaux sont tren almē, « les Deux figures », et non tā’mē,
« les Jumeaux », la Balance, qenšalmā, « le Fléau juste », au lieu de mōznayyā ou massātā « la
Balance », respectivement à irbat Qumrān ou chez Sévère Sebokht. La Vierge est rendue par
šebeltā25, « l’Épi », tandis que Le Sagittaire est almā rabbā, « la Grande Figure », et non
kaššātā, « l’Archer ». Nous remarquons enfin nūnā, « le Poisson », – un singulier par
conséquent – alors que le nūnayyā de irbat Qumrān et le nūnē de la liste de Sebokht sont un
duel et un pluriel.
Ce qui autorise à parler de zodiaques syriaques orientaux (voir toujours le TABLEAU IV), est
le fait que des particularités comme tren almē, qenšalmā ou almā rabbā ne se retrouvent pas
du tout dans les listes syriaques occidentales. La présence de noms comme emrā ( asen) ou
šebeltā, employés de façon exclusive pour les signes correspondants dans les textes syriaques
orientaux, ont influencé en revanche, ainsi que nous n’avons déjà vu dans le liste de Sévère
Sebokht, les listes en syriaque occidental où ils sont utilisés conjointement à dikrā et à
btūltā. Ajoutons que nous découvrons, dans d’autres listes écrites en syriaque oriental, de
nouvelles appellations pour la Balance, comme qanyā šalmā26 dont qenšalmā est une forme
agglutinée, ou tout simplement qanyā27, et, pour le Sagittaire, qeštā, « l’Arc »28. Or ces formes
originales se retrouvent dans un autre dialecte araméen, le mandéen, qui présente la liste
suivante : 1. cumbarā, 2. tawrā, 3. ilmyā, 4. sar ānā, 5. aryā, 6. šumbiltā, 7. qaynā, 8. arqabā,
9. hi yā, 10. gadyā, 11. dawlā, et 12. nūnā29. On remarque d’emblée que cumbara,
Un des arguments pour en faveur de la lecture qaštā, « l’Arc », et non qaššātā, « l’Archer », pour le nom
araméen ‫ אקשת‬porté par le Sagittaire dans la liste de irbat Qumrān, est la transcription grecque du nom
hébraïque – qui est, selon toute vraisemblance, dérivé de ce terme –, donnée par Épiphane, lequel écrit sans
équivoque keset, cf. Epiphanius Anchoratus und Panarion Haer. 1-33, vol. I, éd. Karl Holl, Leipzig, J. C.
Hinrichs’esche Buchhandlung, 1915, § 16, pp. 211-212, et pour la traduction, Frank Williams, The Panarion of
Epiphanus of Salamis, Book I (sects 1-46), Leyde : E. J. Brill, 1987, p. 40. Cependant, en ce qui concerne le nom
du nom ‫ܐ‬
de la liste de Sévère Sebokht, toutes les vocalisations ultérieures indiquent bien kaššā ā et non
keš ā, cf. notamment Bar Īsho Bar cAlī, The syriac-arabic glosses, edited by Richard J. H. Gottheil, Memorie della
R. Accademia Nazionale dei Lincei - Classe di scienze morali storiche e filologiche, Roma : tip. della Accad. Naz.
dei Lincei, pars II, 1928, p. 306, suivi en cela par Bar Ba lūl, cf. le Lexicon syriacum auctore Hassano Bar
Bahlule, ed. Rubens Duval, Parisiis : e reipublicae typograpaheo, 1898-1901, t. I, col. 926-927.
Bardesane, en syriaque Bar Day ān, 154-222, employait une liste que son célèbre Livre des lois des pays ne
nous livre hélas pas entièrement, cf. François Nau, éd. syriaque, Paris : Paul Geuthner, 1931, 2e éd., p. 21, 24 &
25, et pour la traduction française, Paris : Paul Geuthner, 1899, pp. 47, 51 & 53. Cette liste nous est toutefois
rendue par ses disciples, cf. J. P. N. Land, Anecdota syriaca, t. I, Rotterdam, 1862, réimpr. Osnabrück : Biblio
Verlag, 1989, p. 32.
La vocalisation normale est šebeltā, mais on trouve plus rarement šebaltā, cf. Bar cAlī, p. 408.
Bar cAlī, op. cit., p. 354.
Bar Bahlūl, op. cit., t. II, col. 1809.
Id., ibid., col. 1855.
On ne respectera ici les transcriptions données par Ethel Stefana Drower dans The Book of the Zodiac, Sfar
malwašia, éd. et trad., Londres : The Royal Asiatic Society, 1949, passim, que l’on retrouve dans ou dans Ethel
« l’Agneau », correspond à l’appellation présente dans listes syriaques orientales, de même que
ilmyā, « la Figure », à tren almē, et šumbiltā, « l’Épi », à šebeltā pour la Vierge. On peut
également s’aperçoit que qanyā, mis pour la Balance, n’est autre que la métathèse de qaynā,
« le Fléau », qui correspond au qanyā (šalmā) syriaque et que, toujours à l’instar des listes
syriaques orientales, le signe des Poissons s’exprime par le singulier nūna. Il est donc licite de
parler de parler de zodiaques araméens orientaux.
Les zodiaques araméens orientaux,
sources des listes arabe et pahlavie
L’examen des zodiaques araméens nous éclaire sur un premier point : certaines particularités
découvertes dans le zodiaque arabe classique et le pahlavi, responsables de la diffusion de la
nomenclature moderne dans l’aire arabo-turco-persane, existent déjà dans les zodiaques
araméens. Il s’agit de figures originales pour les signes de la Vierge, du Sagittaire, du
Capricorne, du Verseau et des Poissons.
Pour ce qui est du signe de la Vierge, son nom babylonien est šubultu, « l’Épi », et cette
figure prend cette appellation de façon exclusive dans les zodiaques syriaques orientaux avec
šebeltā et dans le mandéen avec šumbiltā. Et c’est bien cette manière de dénommer le signe que
nous retrouvons d’un côté dans le pahlévi hošag et le persan ‫ خوشه‬uša, et de l’autre côté dans
l’arabe ‫ السنبلة‬al-sunbula, puis le persan sombole, le turc ottoman ‫ سنبله‬sünbüle et le turc
moderne Başak, mais également dans le sudarabique šubiltān et le sanscrit kanyā.
Le nom arabe du Sagittaire, soit ‫ القوس‬al-qaws, qui a donné le persan ‫ قوس‬qaws et le turc
ottoman ‫ قوس‬kavs, traduit par le turc moderne Yay, est directement relié à l’araméen qastā, que
nous rencontrons aussi bien dans la liste de irbat Qumrān qui a donné l’hébreu qeset, que
dans des listes syriaques orientales sous le nom de qestā. Notons pour mémoire que ce n’est
pas par « l’Arc » mais par hī ya, « la Flèche », en mandéen et aûyān en sudarabique, que peut
également s’exprimer ce signe.
En ce qui concerne le Capricorne, d’un côté l’arabe ‫ الجدي‬al-jady, qui a donné le persan ‫جد ى‬
ğady et le turc ottoman ‫ جد ى‬cediy et sa traduction moderne Oğlak, tout comme, de l’autre côté,
le pahlévi wahīg et le persan boz, se relient tous à gadyā, « le Chevreau », qui est la seule
appellation employée dans toutes les listes araméennes.
La figure du Verseau, qui apparaît comme « le Baquet » dans toutes les listes araméennes,
soit dōla en araméen de irbat Qumrān – d’où dəlī en hébreu –, et dawlā dans les listes
syriaques, se retrouve dans le pahlévi dōl ainsi que dans l’arabe ‫ الد لو‬al-dalw, lequel a donné le
persan ‫ د لو‬dalw et le turc ottoman ‫ د لو‬delv, traduit en turc moderne par Kova, « le Seau ».
Quant à la manière d’exprimer le dernier signe du zodiaque par un poisson unique, que nous
Stefana Drower & Rodoph Macuch, A Mandaic Dictionary, Oxford : Clarendon Press, 1963, s.v. sq. Pour des
raisons de cohérence avec les transcriptions faites de l’araméen de irbat Qumrān et du syriaque, c’est en
particulier une écriture défective qui a été retenue quand, à la différence de ces deux langues, le mandéen fait un
usage systématique des matres lectionis.
avons tant dans l’arabe ‫ الحوت‬al- ūt, qui a donné le persan ‫ حوت‬ūt et le turc ottoman ‫ حوت‬hūt,
traduit aujourd’hui en Balık, on peut la mettre en rapport avec le nūnā des listes syriaques
orientales et le mandéen, tandis que les listes araméennes occidentales, tant l’araméen de
irbat Qumrān que la liste de Sévère Sebokht offrent la figure familière d’un couple de
Il apparaît donc clairement que les traits originaux présentés par le zodiaque arabe, d’où
dérivent une partie des noms persans modernes et des noms turcs ottomans, ainsi que par le
zodiaque sudarabique, tout comme par le zodiaque pahlévi, qui est à l’origine de nombreux
noms persans actuels, sont à mettre en rapport avec ceux des zodiaques araméens orientaux,
c’est-à-dire les listes syriaques orientales et la mandéenne. Pour ce qui est de la langue arabe, la
personnalité des premiers poètes chez qui sont attestés les premières appellations des
constellations zodiacales laisse présumer que la voie de pénétration privilégiée des noms du
zodiaque est Al- īra, la capitale lakhmide30. Pour ce qui est du pahlévi, nous avons vu que la
première liste est attestée dans le Bundahišn. Certes, l’astronomie sassanide a intégré un certain
nombre de résultats de l’astronomie hellénistique, notamment grâce aux traductions des
ouvrages grecs aux temps d’Ardašīr Ier, de Šāpūr Ier et de son successeur au IIIe siècle de notre
ère, mais il saute aux yeux que la traduction des textes grecs s’est opérée dans un milieu qui
nommait déjà le zodiaque par des appellations que la liste grecque n’a pu supplanté. Cette liste
antique réalise-t-elle l’acclimatation en Perse sassanide des listes sémitiques ? Nous savons
l’influence de l’araméen en Perse – celle-ci lui doit même l’écriture pahlévie –, mais il est
difficile de dater l’époque où les listes furent importées. Si l’on tient compte du fait que
l’Empire achéménide domina la Mésopotamie pendant plus d’un siècle après la naissance du
zodiaque, qui se situe vers le milieu du Vè siècle avant notre ère, on peut supposer que les
premières listes aient pu être connues en Perse par des écrits en langue babylonienne tardive.
Or, en remontant à l’origine des noms araméens eux-mêmes, il est aisé de se convaincre que les
appellations figurant dans ces deux types de listes remontent, dans la quasi-totalité des cas, à
des noms akkadiens (voir toujours le TABLEU IV) dûment confirmés par des documents. Il n’est
pas nécessaire d’approfondir ici pas ce point qui est amplement traité par ailleurs31. Ceci étant,
il est difficile d’établir avec certitude quelle langue a servi de truchement à l’introduction de la
Voir Roland Laffitte, « Les noms sémitiques », loc. cit., p. 108-109, ainsi que supra, p. 2.
J’ai pu présenter une première collation des noms araméens avec les noms akkadiens dans une
communication au GLECS, le 30 novembre 2000, publiée sous le titre, « Les noms sémitiques… », loc. cit., p. 97118. L’occasion me fut ensuite fournie d’apporter des précisions dans une communication intitulée « Sur l’origine
du nom de la constellation de la Vierge », à la Société asiatique, le 9 novembre 2001, cf. Journal asiatique, Paris,
t. CCIXII, n° 1 & 2, 2004, pp. 63-73 ; une autre intitulée « De Babylone aux Latins et aux Arabes : les noms de la
constellation de la Balance », aux IIIè Journées de L’Orient organisées par la Société asiatique et l’Université
Michel Montaigne-Bordeaux 3, les 2-4 octobre 2002, et publiée dans « D’un Orient à l’autre. Actes des troisièmes
journées de l’Orient », Cahiers de la Société asiatique, Nouvelle série, IV, Paris – Louvain, Peeters, 2005, pp.
323-338. L’examen de l’apographie, effectée par Egbert von Weiher, du document d’Uruk W 224646, daté du
début du IVème siècle av. J.-C., cf. Spätbabylonische Texte aus Uruk n° 43, Ausgrabungen der Deutschen
Forschungsgemeinscheft in Uruk-Waraka, vol. 10, Berlin : Gebr. Mann Verlag, 1985, pl. 43, permet d’apporter
des éléments nouveaux, par ailleurs présentés à plusieurs reprises : d’abord dans une communication au GLECS le
26 avril 2006 intitulée « Aux origines du zodiaque babyloniens : une nomenclature » ; ensuite dans une
communication aux Journées d’Orient de la Société asiatique le 31 mai et 1er juin 2006 intitulée « Sur l’origine
babylonienne su signe du Bélier » ; et enfin dans l’article intitulé « Précisions sur l’origine des noms des signes du
zodiaque », Bulletin de la SELEFA n° 7, 1er semestre 2006, pp. 1-12.
liste zodiacale en Iran32. La question est encore plus difficile à trancher lorsqu’il s’agit du
zodiaque sanscrit qui présente, avec les zodiaques araméen et pahlévi, une parenté sans
surprise33.
À l’origine zodiaques méditerranéens non sémitiques
Puisque nous sommes remontés à Babylone, il peut être utile de compléter cette
communication en donnant quelques renseignements sur la diffusion du zodiaque babylonien,
source de toutes les nomenclatures que nous venons d’examiner, vers la Méditerranée.
Pour ce qui est de la Grèce, il apparaît qu’un certain nombre d’appellations des
constellations de l’écliptique existaient déjà avant l’introduction du zodiaque. C’est le cas de
Ταῦρος, le « Taureau », attesté chez Phérécydès de Syros34. Nous avons ensuite – mais sous
toutes réserves –, Κρίος, le « Bélier », et Σκορπίος, « le Scorpion », introduits, aux dires de
Pline, par Cléostrate de Ténédos, soit vers 500 av. J.-C., peut être aussi Τοξότες, l’ « Archer »,
i.e. le Sagittaire, vers 450 avec Démocrite. Les noms suivants parviennent à l’époque de la
naissance du zodiaque. Sont ainsi attestés, vers 400, chez Euctémon : Καρκίνος, le « Crabe »,
Λέον, le « Lion », et Αἰγόκερως, « Aux cornes de chèvre », i.e. le Capricorne. D’autres signes
apparaissent un peu plus tard, vers 370-360, avec Eudoxe de Cnide, aux dires d’Hipparche :
c’est le cas de Δίδυμοι, les « Gémeaux », de Παρθένος, la « Vierge », de Χηλαί, les « Pinces »,
pour la Balance, de ‘Υδροχοεύς, le « Verseau » et de ‘Ιχθύες, les « Poissons ».
Nous avons une piste concernant le Taureau. Une coupe du VIIIe siècle livre en effet, sous
une figure constellaire explicite, l’inscription <rš/šr’>, « la Tête du Taureau »35, et c’est bien le
Le seul indice que nous possédions – bien mince à vrai dire –, tient au fait que le terme utilisé en pahlévi pour
le Capricorne, à savoir wahīg, littéralement « la Chevrette », se rapproche davantage de l’araméen gadyā, « le
Chevreau », que du babylonien urī u, « la Chèvre », sans que cela implique qu’il s’agisse d’un animal jeune.
Le zodiaque sanscrit présente bien des points communs avec les listes pahlavie et araméennes orientales (voir
TABLEAU III), en particulier, me a, « l’Agneau », kanyā, « l’Épi », d anus, « l’Arc », kumba, « le Vase », et mīna
« le Poisson ». Il est attesté depuis le Yavanajātaka, « L’Horoscopie des Grecs », ouvrage daté du IIIe siècle de
notre ère, cf. David Pingree, The Yavanajātaka of Sphujidhvaja, dans Harvard Oriental Series, t. XLVIII,
Cambridge, Mass. : Harvard University Press, 1978, notamment vol. I, pp. 45-49, pour le texte original, et vol. II,
pp. 1-2 pour la traduction. Mais il s’agit là de la mise en vers d’un traité traduit d’un original alexandrin en 149150. Notons aussi que cette liste est mentionnée par Al-Bīrūnī dans son Kitāb al-ātār al-bāqiya, texte arabe, op.
cit, p. 193, et traduction anglaise, op. cit., p. 173. Or, tout comme pour le zodiaque pahlévi, il y a tout lieu de
penser que les appellations grecques se heurtèrent, lors de leur introduction en Inde, à la tradition d’une liste déjà
existante et ne parviennent pas à s’imposer. Mais il est difficile d’en savoir davantage : la liste a-t-elle été
introduite par des tablettes babyloniennes ou bien par des documents araméens à la faveur de la domination
achéménide, ou bien encore en araméen ou de toute autre manière à une époque plus tardive ? Rien, à ce jour, ne
nous permet de trancher.
Pour les premières attestations des noms grecs, voir Anton Scherer, Gestirnnamen bei den Indogermanischen
Völkern, Heidelberg : Carl Winter, 1953, pp. 165-173.
Voir André Lemaire, « Coupe astrale inscrite et astronomie araméenne », in Yitzhak Avishur & Robert
Deutsch (ed.), Historical, Epigraphical and Biblical Studies in Honor of Prof. Michael Heltzer, Tel Aviv-Jaffa :
Archaeological Center Publications, 1999, p. 195-211.
protomé de l’animal en question que présente la figure grecque. Si, comme le veut la tradition,
Phérécydès fut en contact avec Thalès de Milet, dont Callimaque nous dit qu’il connut des
marins phéniciens la constellation d’Άμαξα, le "Chariot », i.e. la Petite Ourse, on peut
envisager que nous avons là une voie possible pour l’introduction de la constellation du
Taureau en Grèce. Une autre piste concerne la constellation de Τοξότες, l’Archer », dont on
peut supposer que Démocrite l’a rapportée du voyage qu’il est présumé avoir fait à Babylone.
Quant aux autres noms, ils sont parvenus aux Grecs par des voies non élucidées.
Quelques appellations méritent que nous nous y attachions spécialement. C’est le cas de
Παρθένος, la « Vierge », pour le 6ème signe zodiacal, qui ne correspond pas à son nom
babylonien, AB.SÍN = šubultu, l’« Épi », dont ont hérité les listes araméennes orientales. Or,
comme cela a pu être démontré dans un autre cadre36, l’apparition de la figure de la Vierge est
due à l’acclamation à l’imaginaire ouest-sémitique de celle de la déesse Šala, explicitement
présentée dans les textes babyloniens comme patronne de l’étoile qui a donné son nom à cette
constellation37. Elle fut en effet vue, en Syrie, comme cAtta, parèdre de Hadad, dont le pendant
ougaritique, cAnat – cAttā est le forme araméenne de ce nom – est connue comme batūlat, la
« Vierge », épithète qui la suivra lorsque, fondue avec cAtar, elle deviendra Αταργατῖς – cAtar
+ cAttā –, elle aussi qualifiée de παρθένος. C’est là, selon toute probabilité, qu’il faut trouver
l’origine commune de la batultā araméenne comme de la Παρθένος grecque. Le nom de cette
figure a très bien pu se communiquer au grec, à une époque haute, par le phénicien.
Mais on peut également avancer l’hypothèse qu’Eudoxe, s’il s’agit bien de lui, ait disposé
d’une liste complète des signes d’où il tira les appellations qui n’étaient pas encore connues en
Grèce. Or, en son temps, existaient d’un côté de nombreux documents babyloniens contenant le
zodiaque et, de l’autre côté, l’araméen était la langue officielle et langue parlée de l’Empire
perse à l’ouest de l’Euphrate, si bien que les chances sont appréciables pour qu’une telle liste
fut araméenne. Ici, un détail est digne d’intérêt : Ptolémée signale, dans un document qu’il fait
remonter à 237 av. J.-C., le nom de Ζυγός, le « Fléau », pour la Balance. Or il est curieux de
constater que ce nom fait écho au qanyā (šalmā) des listes araméennes orientales qui, selon une
hypothèse déjà argumentée, pourrait se relier au babylonien GI.GI = qanū šalmu, « le Fléau
juste »38. Cela ne nous indique certes pas si l’emprunt s’est fait par le truchement du
babylonien ou de l’araméen, bien que l’époque de l’emprunt puisse fasse pencher, en tout état
de cause, pour un rôle de cette seconde langue dans la diffusion du nom vers la Grèce.
Passons rapidement sur le zodiaque égyptien, dont la liste est présentée sur le TABLEAU V39.
Il nous livre un nom original pour la Balance, à savoir <i y>, « l’Horizon » qui est d’ailleurs à
l’origine du symbole Ψ, toujours utilisé aujourd’hui pour ce signe du zodiaque. Deux autres
Roland Laffitte, « Sur l’origine du nom de la constellation de la Vierge », Journal asiatique, Paris, t. CCIXII,
n° 1 & 2, 2004, pp. 63-73.
On peut lire en effet dans un texte du VIIIè s., exhumé à Ninive, dans la bibliothèque d’Assurnabanipal :
mul.AB.SÍN d.ša-la šu-bu-ul-tu4, i.e. « la constellation du Sillon [est] la déesse Š ala [qui est] l’Épi d’orge », cf. la
BM 86378, tab. I, col. II, l. 10, éditée par Hermann Hunger et David Pingree, in « MUL.APIN, An Astronomical
Compendium in Cuneiform », AfO, Beiheft XXVI, 1989, p. 33.
Voir « De Babylone aux Latins et aux Arabes : les noms de la constellation de la Balance », loc. cit., pp. 329333.
On trouve la nomenclature du zodiaque égyptien dans Wilhelm Spiegelberg, « Die ägyptischen Namen und
Zeichnen der Tierkreisbilder in demotischer Schrift », Zeitschrift für ägyptische Sprache und Altertumskunde,
1911, pp. 147-148 et tab. IV, ou encore dans Otto Neugebauer, « Demotic Horoscopes », JAOS, vol. 63, 1943, p.
115-117.
noms présentent une variante des appellations connues ailleurs : il s’agit de <rpyt>, « la
Princesse » pour la Vierge et de <mw>, « l’Eau » pour le Verseau. Les autres pourraient être
indifféremment la traduction du grec comme du babylonien ou de l’araméen. Mais
l’iconographie des signes zodiacaux est, sans contexte possible, d’origine babylonienne,
comme l’attestent les deux zodiaques de Dendérah40 : six des douze signes, dont le Sagittaire,
correspondent bien à une iconographie purement mésopotamienne, laquelle ne se retrouve dans
aucune représentation grecque connue. L’emprunt du zodiaque babylonien a pu ici se faire
aussi bien sous la domination perse que sous les Lagides, et il n’est pas impossible que, dans
les deux cas, l’araméen ait joué son rôle.
Il nous reste à examiner le zodiaque latin (voir toujours le TABLEAU V) d’où sont issus les
zodiaques des différentes langues européennes. Les Latins ont, à première vue, traduit les noms
grecs, ce qui donne la liste commune suivante, que nous trouvons au complet à partir de
Cicéron41 : Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Leo, Virgo, Scorpio, Libra, Scorpio, Sagittarius,
Capricornus, Aquarius et Pisces. Mais, à y regarder de près, on s’aperçoit que si les noms grecs
de la Balance, à savoir Χηλαί, « les Pinces », et Ζυγός, « le Fléau », se retrouvent bien dans les
noms latins Jugum ou Chelae, mais diffèrent du nom le plus courant, à savoir Libra, « la
Balance », qui exprime l’instrument de mesure, lequel n’est pas utilisé comme tel pour le signe
zodiacal chez les Grecs. Nous trouvons également d’autres dénominations qui ne sont pas les
traductions d’appellations grecques répertoriées dans les documents parvenus jusqu’à nous :
ainsi Sagitta, « la Flèche », pour le Sagittaire, qui fait écho à l’araméen he yā « la Flèche »42,
Caper, le Bouc », pour le Capricorne, bien plus proche de l’araméen gadyā « la Chèvre », que
du grec Αἰγόκερως, « Aux cornes de chèvre », Urna pour le Verseau que l’on trouve déjà dans
l’araméen dōlā, « le Baquet ».
Certes de telles appellations peuvent apparaître comme des synecdoques des figures du
Sagittaire, du Capricorne ou du Verseau, que chacune d’entre elle exprimerait respectivement
en tant que pars pro toto. Toutefois, telle manière de désigner est absente des textes grecs
connus. En revanche, les noms qui en résultent sont bel et bien présents dans les listes
sémitiques contemporaines des Latins, où ils constituent même la façon usuelle de nommer les
signes considérés. Or de telles listes devaient circuler dans les provinces d’Orient et, en
L’iconographie égyptienne nous est connue, pour ce qui concerne les zodiaques les plus anciens, par celui du
temple de Khnum à Esna (Esna A), daté du tournant du IIIe au IIe siècle av. J.-C., et aujourd’hui totalement détruit,
mais dont nous avons la trace par la Description de l’Egypte, Paris : Imprimerie Impériale (puis Royale), 1809-22,
Antiquités, vol. I, pl. 79 ; cf. aussi Otto Neugebauer & Richard A. Parker, Egyptian astromical texts, t. III :
Decans, planets, constellations and zodiacs, Providence : R. I. Brown University Press – London : L. Humphries,
1969, pp. 62 et 204, ainsi que pl. 29). Mais le plus fameux de tous est le zodiaque circulaire du temple d’Athor à
Dendera (Dendera B), daté de 30 av. J.-C., aujourd’hui exposé au musée du Louvre, cf. Description de l’Egypte,
op. cit., Antiquités, vol. IV, pl. 21, ainsi que Otto Neugebauer & Richard A. Parker, op. cit., pp. 72 et 204, & pl.
Voir André Le Boeuffle, André, Les noms latins d’astres et de constellations, Paris : Les Belles lettres, 1996,
pp. &152-183.
C’est toujours aujourd’hui le symbole M qui exprime le signe zodiacal de la Balance. Il est né en Égypte mais
il s’agit probablement d’un héritage sémitique : nous avons déjà rencontré en effet le mandéen hi yā (voir supra)
qui se rattache peut être au babylonien ma i u i, littéralement « le Lanceur de flèche », c’est-à-dire « l’Archer »,
expression akkadienne qu’Arthur Ungnad a proposé, pour le logogramme PA.BÍLSAG, la lecture ma i u i,
littéralement « Celui qui tire la flèche » et qui pourrait donc être un synonyme de qaštu, terme qui peut signifier
« l’archer » – et pas seulement « l’arc » –, cf. « Besprechungkunst und Astrologie in Babylonien », AfO 14, p. 257,
n. 48. Ajoutons que la flèche est l’attribut de Ninurta, dieu de la guerre et de la chasse, dont PA.BÍLSAG est
précisément une manifestation.
particulier à Alexandrie, continument irriguée, au moins jusqu’à milieu du IIer siècle de notre
ère, c’est-à-dire à l’époque de Claude Ptolémée, par l’apport d’astrologues chaldéens et syriens,
comme en témoignent la renommée de Teukros de Babylone ou celle de Vettius Valens,
alexandrin d’origine syrienne. La présence de ces appellations suggère donc l’hypothèse que
les auteurs latins firent une large utilisation de ce que, à côté de la Sphaera graecanica, le
philosophe Publius Nigidius Figulus, ami de Cicéron, nommait la Sphaera barbarica, dont les
riches matériaux furent constamment renouvelés par ces apports orientaux43.
Parvenus au terme de ce panorama, il est possible de dresser la généalogie suivante : le tronc
est constitué par le zodiaque babylonien qui peut prendre différentes formes dont sont issus les
listes araméennes que nous pouvons regrouper en deux grandes branches : 1. les listes
araméennes occidentales qui, concurremment à des listes babyloniennes, ont donné a. les
zodiaques grec, égyptien et latin, mais aussi b. l’hébraïque et le syriaque occidental ; et 2. les
listes orientales, qui, toujours concurremment à des listes babyloniennes, sont à l’origine a. des
listes moyen perses –pahlévie et chorasmienne –, d’où viennent une partie des noms persans
modernes, ainsi que et sanscrits, et b., par le truchement des listes syriaques orientales et
mandéenne, des listes sudarabique et arabe : c’est cette dernière qui a nourri, avec les noms
traduits du grec, la riche nomenclature persane, concurremment aux listes d’origine autochtone,
ainsi que les noms turcs ottomans qui ont, à leur tour, été traduits en turc moderne.
Voir à ce sujet Franz Johannes Boll, Sphaera, Leipzig : B. G. Teubner, 1903, et notamment « III.Teil.
Geschichte der Sphaera barbarica », pp. 349-464.
TABLEAU I : Les zodiaques arabes
gréco-arabes
sudarabique
1. Ari
Κρίος
« le Bélier »
→‫ الكبش‬al-kabš
‫ الحمل‬al- amal
« l’Agneau mâle»
2. Tau
Ταῦρος
« le Taureau »
‫ الثور‬al-tawr
tawrān
3. Gem
« les Gémeaux »
4. Cnc
« le Crabe »
Λέον
« le Lion »
6. Vir
« la Vierge »
7. Lib
8. Sco
9. Sag
Τοξότες
« l’Archer »
11. Aqu
12. Psc
→‫ التوأمان‬altawa’mān
→‫ العذراء‬al-ca rā
‫ الجوزاء‬al-ğawzā’
« Elgeuze »
= « la Médiane »
‫ السرطان‬al-sara ān
‫ األسد‬al-asad
al-sunbula
‫السنبلة‬
« l’Épi »
sara ān
šubiltān
Χηλαί
« les Pinces »
« le Fléau »
Σκορπίος
« le Scorpion »
10. Cap
‫ الميزان‬al-mīzān
« la Balance »
→ ‫ الرامي‬al-rāmī
‫ العقرب‬al- aqrab
‫ القوس‬al-qaws
« l’Arc »
‫ الجدي‬al-ğady
Αἰγόκερως
« Aux cornes de chèvre »
a¿yān
« la Flèche »
« le Chevreau »
‘Υδροχοεύς
« le Verseur d’eau »
→ ‫ساكب الماء‬
sākib al-mā’
‘Ιχθύες
« les Poissons »
→‫السمكتان‬
al-Samakatān
‫ الدلو‬al-dalw
« le baquet »
‫ الحوت‬al- ūt
« le Poisson »
asārān
« le Cordon »
TABLEAU II : Les zodiaques persans et sanscrit
arabo-persan
arabo-persans
Noms persans
pahlévi
sanscrit
‫ حمل‬amal
« l’Agneau mâle »
‫ بره‬barra ←
warrag
« l’Agneau »
me a
‫ ثور‬sawr
‫ گا و‬gāv ←
kāv
vñ a
‫ جوزا‬ğawza
‫ توأمان‬tawa’mān
‫ دو پيكر‬do-paykar ←
dō-pahikar
« Aux 2 Figures »
« Le
Couple »
‫ سرطان‬sara ān
« le Cancer »
‫ پنج پاٵى‬panğ pāy
‫ خرچنگ‬arčang ←
karzang
karka a
‫ أسد‬asad
šagr
‫ سنبله‬sonbole
‫ ميزان‬mīzān
‫ شير‬šīr ←
→ ‫خوشه‬
→‫← دوشيزه باخوشه‬
dūšīza bā uša
« la Vierge (à l’épi) »
hōšag
‫ ترازو‬tarāzū ←
tarāzūg
tulā
‫ عقرب‬aqrab
‫ گژد م‬každom ←
gazdum
‫ قوس‬qaws
→ ‫ كمان‬kamān
vñšika
d anus
‫ عذرا‬a rā
‫ رامي‬rāmī
‫ تيراند از‬tīr-andāz
‫ نيمسپ‬nīmasp ←
nēmasp
« le Demi-cheval »
→ ‫ بز‬boz ←
wahīg
« la Chevreau »
‫ ساكب‬sākib
« le Verseur »
→ ‫ ريزنده ى آب‬rīzanda-ye
āb
dōl
‫ السمكه‬samake
‫ ماھى‬māhī ←
māhīg
mīna
‫ جد ى‬ğady
‫ دلو‬dalw
‫ حوت‬ūt
kanyā
marin »
TABLEAU III : Les zodiaques turcs
turc ottoman
liste arabe
autres noms arabes
(et/ou persans)
noms persan
turc moderne
‫ حمل‬hamel
‫ بره‬berre
‫ ثور‬sevr
‫ كا و‬gyāw
‫ جوزا‬cevzā
‫ دو پيكر‬du-peyker
‫ سرطان‬seretān
‫ خرچنك‬ar-čeng
« la Médiane = Elgeuze »
→ Aslan
‫ أسد‬esed
‫ خوشه‬ūše, oša
‫ ترازو‬terāzū, terāzi
→ Terazi
‫ عقرب‬akrep
→ Akrep
‫ سنبله‬sünbüle
‫ عذرا‬azrā
‫ قوس‬kavs
‫ كمان‬kamān
→ Yay
→ Oğlak
‫ جد ى‬cediy
‫ دلو‬delv
‫ حوت‬hūt
‫ السمكه‬semeke
→ Kova
‫ ماھى‬māhi
→ Balık
TABLEAU IV : Zodiaques akkadiens et araméens
Noms akkadiens et
sémitiques anciens
Araméen
de Qumrān
immeru (zikāru)
« l’Agneau (mâle) »
dikrā « le Bélier »
syriaques
emrā ( asen)
« l’Agneau (fort) »
dekrā ≡
mandéen
→ tawrā
tren almē
« les 2 Figures »
→ ι lmyā
« les Figures »
→ sar ānā
→ aryā ≡
alpu [= ilû : šūr šamā’i]
« le Taureau [céleste] »
rēš šōr (aram. anc.)
« la Tête [du Taureau] »
→ tōrā
tū’amū « les Jumeaux »
→ tə’ōmayyā ≡
→ tā’mē ≡
šinā almū
allutu → kušu
urgulu → nēšu « le Lion »
[batūlat] (Ougarit)
šubultu « l’Épi »
zibānītu→ gišrinnu
[qanu šalmu]
« le Fléau juste »
ziqaqīpu « le Scorpion »
[ma i u i = qaštu]
[qaštu] « l’Arc »
[u u] « la Flèche »
emrā
urī u « la Chèvre »
rabbû
« le Géant »
[dālu]
zibbāti « les Queues »
→ bətūltā
→ btūltā
→ mōznayyā
→ massātā
→ šebeltā ≡
massātā
→ qanyā (šalmā)
qenšalmā ≡
→ caqrabā ≡
→ ceqarbā ≡
kaššā ā
→ qaštā ≡
kašša ā
→ qeštā ≡
→ gadyā
almā rabbā
« la Grande Figure »
→ dōlā
→ dawlā
nūnē
nūnayyā
[p.m. : rikis nūni =
« le Cordon du Poisson »]
→ [nūnu] « le Poisson »
→ nūnā ≡
umbarā
→ šumbiltā ≡
→ qaynā
→ arqabā ≡
→ hi yā ≡
TABLEAU V : Les zodiaques méditerranéens non sémitiques
<isw>
<k3>
<gn d>
<m3y>
<rpyt>
« la Princesse »
<i y>
« l’Horizon »
→ Chelae
→ Jugum
Libra, Librae
<3t >
(symbole zodiacal)
<n t>
« la Face de
chèvre »
<mw>
« l’Eau »
<tbt>
« le Bouc »
Urna, Anphora
« l’Urne »
sonbole, 7. ‫ ترازو‬tarāzū, 8. ‫عقرب‬, caqrab, 9. ‫ قوس‬qaws, 10. ‫ بز‬boz, 11. ‫ دلو‬dalw, et 12. ‫ ماھى‬māhī. Dans cette liste composite, cinq signes proviennent de la nomenclature arabe classiqu...
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Naissance des constellations et du zodiaque en Mésopotamie
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Précisions sur l`origine des noms des signes du zodiaque
nous savons depuis bien longtemps que les Grecs acclimatèrent ces figures à leur propre mythologie, bien qu’un certain mystère plane encore sur l’origine de quelques signes1. Mais avant de faire le...
Voir le communiqué - TOEI Animation Europe
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References: § 83
 § 82
 §
64
 § 93
 § 68
 § 16