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Timestamp: 2017-06-24 19:08:21+00:00

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Il est de bon ton, en ces temps d'austérité budgétaire de stigmatiser quelques institutions de la République, comme le Conseil Economique et Social ou le Sénat,
jugés être peu utiles et dispendieux. Le livre d'Ivan Stefanovitch et de Robert Colonna d'Istria sur Le Sénat, enquête sur les super-privilégiés de la
République, est assez féroce sur le rapport qualité/prix de l'institution sénatoriale qui mène grand train pour une assiduité incertaine ! Lionel Jospin, alors
premier ministre, avait même taxé l'institution d'anomalie démocratique, en 1998 !
Il faut dire qu'en tant de crise, le discours anti-élite est récurrent, mais il n'en reste pas moins, que les sénateurs jouent un rôle majeur dans la Veme
République, puisqu'en tant que membre du Parlement, comme il est défini dans l'article 24 de la Constitution, il est dépositaire, avec les députés siégeant à l'Assemblée Nationale, du pouvoir
législatif, de voter et d'initier des propositions de lois. Certes, il souffre d'un déficit de légimité par rapport à son alter-ego du Palais Bourbon, puisqu'il n'est élu qu'au suffrage
universel indirect, mais il représente les collectivités territoriales, ce qui fait de lui un acteur majeur de notre République.
Nous allons, dans un premier temps, étudier les origines du Sénat et, plus généralement, du bicamérisme, qui a marqué la plupart des constitutions françaises depuis
la Révolution française. Puis, nous étudierons les pouvoirs de l'institution sénatoriale, sous la Veme République. Enfin, nous nous attacherons à analyser les mutations qui ont modifié le
vénérable cénacle depuis 1958.
La Veme République institue un système politique bicamériste, avec deux chambres, l'Assemblée Nationale et le Sénat, qui constituent le Parlement. Ce système
s'inspire de la pratique politique anglaise.
En effet, dès le 14ème siècle, en pleine guerre de Cent ans, Edouard III, alors roi d'Angleterre, (source: wikipedia)
qui divisa le Grand Conseil en deux chambres, celle des Communes et celle des Lords. Les révolutions de 1640 et de 1688 exclueront le roi anglais du pouvoir législatif, conformément au Bill of Rights qui définira, en 1689, les nouveaux principes guidant la monarchie britannique. Le pouvoir
législatif sera alors exclusivement du ressort des deux Chambres.
En France, c'est Montesquieu qui, dans son Esprit des Lois (1748), théorisa les vertus du bicamérisme. Pour le bordelais, les deux chambres britanniques
maintiennent un subtil équilibre des pouvoirs, évitant de possibles dérives autoritaires, puisque les deux assemblées, incarnant des intérêts différents, l'une, la bourgeoisie, l'autre la
noblesse, se neutralisent. Bref, pour lutter contre le pouvoir, multiplions-les !
En France, c'est la Constitution du 5 Fructidor an III (1795), institutant le Directoire, qui introduit le bicamérisme, avec un Conseil des
500 et un Conseil des Anciens, partageant le pouvoir législatif. Le rapport du projet constitutionnel,
Boissy d'Anglas déclarera:
Les anciens conventionnels reprennent donc le principe de Montesquieu, et voient dans le bicamérisme un moyen de limiter le pouvoir
législatif. Il faut dire que la France sortait juste de la Terreur
révolutionnaire, imposée par une Convention dominée par Robespierre et Saint-Just, qui a bien illustré que le pouvoir concentré
dans une seule assemblée, pouvait s'avérer dangereux en ces temps incertains. Effrayés par les dérives terroristes de cette feu Assemblée Constituante, élue au suffrage universel masculin, en 1792, les anciens conventionnels modérés
vont faire de la chambre haute, le Conseil des anciens, ancêtre du Sénat, le pivot du Directoire, puisque cette chambre composée de 250 représentants de plus de 40 ans, pouvait
rejeter les lois votées par le Conseil des 500 et nommait les 5 directeurs qui exerçaient le pouvoir exécutif.
Dans les autres régimes politiques que connaîtra la France, par la suite, une chambre haute sera la norme avec des appelations différentes,
Tribunat durant l'Empire, chambre des pairs, sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, Sénat sous la IIIeme et Veme République, Conseil de
la République durant la IVeme République. Seule la 2nde République entre 1848 et 1951, retournera au monocamérisme jusq'au coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte, en 1851,
Alors que l'Assemblée Nationale est élu au suffrage universel direct, le Sénat, représente les collectivités territoriales, selon l'article 24, il est élu au suffrage universel indirect. L'institution sénatoriale a donc un déficit de
légitimité par rapport à son homologue du Palais Bourbon, puisque son électorat se compose de grands électeurs qui font partie:
Sur ces 150 000 conseillers des collectivités territoriales, 142 000 sont des
conseillers municipaux, soit 95 % du corps électoral. Or, comme la France a 36000 communes, le Sénat est souvent perçu comme le représentant de la France rurale, plutôt
conservatrice. D'ailleurs de 1958 à 2011, le sage aéropage a toujours eu une majorité de droite. Il aura fallu attendre octobre 2011, pour voir le premier président du Sénat de gauche, en la
personne de Jean-Pierre Bel.
Le sénat obéit donc à une logique élitiste qui est dans la conception, historique, d'une chambre haute, sensée, par son conservatisme, compenser l'ardeur
législative de l'Assemblée Nationale.
Selon l'article 24 de la Constitution, le Sénat et l'Assemblée
Nationale forme le Parlement, qui vote la loi et contrôle l'action du gouvernement. L'institution sénatoriale est donc dépositaire, avec son alter-ego du Palais Bourbon, du pouvoir
législatif. Il peut amender les textes législatifs (article 44).
L'article 39, dispose que le Sénat, comme le gouvernement et
l'Assemblée Nationale, a une iniative législative puisqu'il peut déposer des propositions de lois.
Pour un projet de révision constitutionnelle, venant du gouvernement , sur décision du Président, le Parlement peut-être réuni en Congrès. Si les 3/5 des
parlementaires votent pour le texte, le projet est adopté sans passer sous les fourches caudines des français, par le biais
Après le rejet du Traité Constitutionnel Européen ou TCE en 2005 par référendum, le président Nicolas Sarkozy, devant l'euroscepticisme des français, n'a pas
voulu prendre le moindre de risque, et a fait valider le Traité de Lisbonne, ersatz du TCE, modifiant le fonctionnement institutionnel de l'Union Européenne, par le Parlement réuni en Congrès, en
Les partisans du non au TCE (extrême-gauche et
extrême-droite) ont crié au scandale et au déni de démocratie, accusant le gouvernement d'ignorer le vote des français, en 2005, pour faire passer un texte très proche, par la voie
Dans l'ordre protoclaire, le Président du Sénat est le 3eme personnage de l'Etat, derrière le Président de la République et le Premier Ministre, mais devant le
Président de l'Assemblée Nationale. Selon l'article 7 de la Constitution, il fait fonction de Président de la République par intérim, en cas de vacance de la présidence.
Cette situation est arrivée deux fois, dans l'histoire de la Veme République, puisque le président du Sénat de l'époque, Alain Poher, a assuré la fonction suprême par intérim, lors de la
démission du général de Gaulle, en 1969 et lors de la mort du Président Georges Pompidou, en 1974.
Sénat doit être consulté par le Président de la République lorsque ce dernier veut dissoudre l'Assemblée Nationale ou imposer des pouvoirs exceptionnels, comme l'autorise l'article 16.
L'Assemblée Nationale étant élue au suffrage universel direct, elle dispose donc d'une légitimité politique plus importante que le Sénat, seulement élu au suffrage
universel indirect, par un collège de 150 000 élus des collectivités territoriales.
Aussi, même si les deux chambres font partie du Parlement et disposent du pouvoir législatif, c'est l'Assemblée Nationale qui, en cas de litige avec le Sénat,
concernant un texte de loi, aura, en dernier ressort, le pouvoir de trancher comme dispose l'article 45.
De plus, le Sénat n'a aucun pouvoir sur l'exécutif gouvernemental, alors que l'Assemblée Nationale, par le biais de l'article 49, qui permet aux députés de déposer une motion de censure contre la
politique du gouvernement. Si celle-ci est acceptée par l'Assemblée, le gouvernement doit présenter sa démission au Président de la République (article 50).
parle de "bicaméralisme inégalitaire", à propose du système français.
(A lire un très bon article de L'Humanité,
En 1969, le général de Gaulle, exaspéré par des sénateurs qui lui étaient hostiles, édita un projet de réforme de l'institution. Il
voulait fondre le Sénat avec le Conseil Economique et Social (et environnemental
depuis la réforme de 2008) et dépouiller l'auguste assemblée de son pouvoir législatif, pour en faire un organe consultatif sans pouvoir.
Le général demanda l'avis des français par le biais d'un référendum et menaça de quitter le
pouvoir, en cas d'échec.
Avec 52,41 % de Non, les français refusèrent la réforme du Sénat et la régionalisation lors du référendum du 27 avril 1969, démontrant la résistance des
représetants des collectivités territoriales à la volonté présidentielle. Humilié, De Gaulle quittera le pouvoir et mourra l'année suivante.
Rousseau, professeur de droit constitutionnel, le Sénat qui se veut représentatif des collectivités territoriales, représente surtout les communes rurales, puis sur 150 000
grands électeurs, 142 000 sont des conseillers municipaux, siégeant au conseil municipal de 36 000 communes, dont la grande majorité sont des villages ruraux où ne vit qu'un quart de la
population. Cette surreprésentation des petites communes au détriment des collectivités départementales et régionales qui structurent l'espace économique, culturel et social de la France
est donc un déni de démocratie ! Il faudrait donc réformer le mode d'élection des sénateurs, pour que ces derniers représentent, de manière équilibrée, la France des différents
Pendant longtemps, le Sénat était perçu comme un cénacle de gérontes qui finissaient leur carrière politique dans la vénérable assemblée. Or, depuis 2004, l'âge
pour être éligible au Sénat est passé de 35 ans à 30 ans et à 24 ans, depuis 2011. Cette tentative pour rajeunir l'institution est louable, puisqu'en 2011, les sénateurs de moins de 41 ans
représentaient 0,3 % de l'ensemble, soit un sénateur, et la moyenne
d'âge restant à 65 ans.
De plus, lors de la réforme de
2004, la durée du mandat de sénateur est passée de 9 à 6 ans.
Ces deux mesures ont été faites pour apporter du sang neuf à l'institution sénatoriale qui avait tendance à crouler sous les âges canoniques de ses
Le président Nicolas Sarkozy, en 2010, avait engagé une réforme profonde des collectivités territoriales, visant à
simplifier l'organisation territoriale du pays, autour de deux pôles, région/département et intercommunalité/commune. Une nouvelle catégorie d'élu local sera élu, le conseiller territorial, siégeant au conseil général et au conseil
régional, à partir de 2014.
Cette réforme de l'organisation territoriale pourrait avoir des conséquences, souhaitables, sur la nécessaire adaptation du collège électoral élisant les sénateurs,
pour une meilleure représentationdes collectivités territoriales.
Mais cette réforme peut être remise en cause par le nouveau gouvernement de gauche, qui, majoritaire dans les conseils généraux et régionaux, ne souhaite peut-être
pas remettre en cause cet avantage politique.
Le Sénat est-il utile ? Oui, sans aucun doute ! La chambre haute est un élément de modération politique qui peut éviter quelques dérives politiques, que nous
n'avons pas connu depuis longtemps, d'où, le sentiment de son inutilité. Il procède d'une réflexion historique sur la nature du pouvoir, qu'avait
théorisée Montesquieu, et qui partait du principe que pour contrôler le pouvoir, il faut le multiplier ! L'épisode de la Terreur révolutionnaire issu de la
Convention, ne fit que renforcer l'analyse du bordelais et les élites se méfieront désormais d'une assemblée unique, élu au suffrage universel (masculin pour la Convention) direct. La
création d'une chambre haute fut alors un pendant oligarchique à la démocratique chambre basse, l'une modérant l'autre, partant du principe que les "grands électeurs" avaient une
conscience plus éclairée de l'intérêt public que le bas peuple, souvent emporté par ses passions et séduit par des démagogues.
Il n'en reste pas moins que cette vénérable institution, siégeant au Palais du Luxembourg, doit se rénover pour mieux représenter les collectivités
territoriales, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, puisque 95 % de ses grands électeurs sont des conseillers municipaux, presque tous issus de petites communes rurales, ce qui fait que le Sénat
incarne encore une France rurale qui ne concentre que le quart de la population française.
La nation peut se caractériser par
des éléments objectifs, comme un territoire, un langage, une ethnie, une religion ou un Etat communs, mais ne peut se réduire à ces seuls éléments. Il existe des nations plurilingues, comme la
Suisse, d'autres où cohabitent plusieurs religions, comme les USA ou l'Egypte et enfin certaines qui sont partagées en plusieurs Etats, comme la nation kurde, à cheval
entre la Syrie, l'Irak et la Turquie. La nation est donc plutôt un sentiment diffus d'appartenir à une même communauté, une construction idéologique plus qu'un fait
La Nation est une construction assez récente, qui date de la Révolution Française, mais au 19eme et dans la première moitié du 20eme siècle, elle structura
fortement le champ politique mondial, jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, conflit planétaire qui déligitima la Nation et les nationalismes, porteurs de guerre. Après guerre, on assista
à l'émergence de toute une série d'organisations supra-nationales au niveau politique, comme l'ONU ou l'Union Européenne, économique, comme l'OMC ou le FMI et militaire, comme l'OTAN,
qui brouilla le concept de nation. Depuis le début du 21eme siècle, la crise économique mondiale, le rejet, par référendum, du Traité Constitutionnel Européen (TCE), en 2005, les nations
et les nationalismes font leur retour sur la scène publique. Les partis politiques nationalistes ont le vent en
poupe, comme le Front National en France et les tentations protectionnistes réapparaissent, même dans des mouvements très éloignés d'un repli national, comme l'ont illustré les
propos du socialiste Arnaud Montebourg, sur la nécessité de protéger les
industries nationales.
Nous allons donc narrer l'émergence du concept de nation dans le temps, puis, nous pencher sur les dérives nationalistes des Etats-Nations, enfin, dans un contexte
économique et politique difficile, nous évoquerons la pertinence d'un retour à la Nation pour résoudre les crises actuelles.
Nos ancêtres les Gaulois, phrase qui
faisait des tribus gauloises nos aïeux,
était une construction idéologique de la IIIeme République pour affermir le sentiment national qui se déployait dans des grandes figures comme
Vercingétorix. Or, la Gaule n'était pas un espace politique uni, mais un territoire divisé entre plusieurs tribus gauloises qui se faisaient régulièrement la
guerre. Seule la Rome antique, après les victoires de César, fit de l'hexagone un territoire relativement unifié et lui donna une langue, le français, issu du
latin et du grec. La civilisation française tient donc certainement plus de la romanité que de la gauloiserie !
Chez les mérovingiens puis les carolingiens, qui voulurent restaurer l'Empire défunt, la notion de territoire n'était même pas sacrée, puisque les 3 petits-fils de
Charlemagne, Charles le Chauve, Lothaire et Louis le Germanique se partagèrent l'empire
carolingien au Traité de Verdun, en 843.
Le vaste Empire franc tomba donc en quenouille, et il fallut bien des siècles pour que capétiens, valoisiens, bourbons, et le napoléonien 2nd Empire
(rattachement de Nice et de la Savoie à la France, en 1860) façonnent ce que nous appelons l'hexagone. Le sentiment national, jusqu'à la Révolution français fut donc en gestation. Georges Duby, dans sa Bataille de Bouvines (1214), opposant le roi
Philippe Auguste au Saint-Empire Romain Germanique, évoque une bataille qui structurera l'antagonisme franco-allemand, la guerre de cent ans, entre valois et anglais, elle, exacerbera l'opposition franco-anglaise et donnera aux français une
héroïne, Jeanne d'Arc, qui symbolisera la résistance de la France à l'envahisseur. Or, la guerre de cent ans fut aussi une guerre civile, opposant Armagnacs et Bourguignons, et était plus une querelle dynastique qu'un
conflit national.
Mais c'est avec la Révolution Française, à partir de 1789, que la Nation est portée aux nues. L'article 3 de la déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen consacre la Nation (=peuple français) comme principe de toute souveraineté, remplaçant le droit divin des monarques et
l'instrument du pouvoir populaire se nommera l'Assemblée Nationale.
La France révolutionnaire, gouvernée au nom de la nation va s'opposer à l'Europe monarchique, qui tire son pouvoir non du peuple, mais du principe
dynastique, avec une légitimité de "droit divin". C'est au cri de "Vive la nation !" que les
armées révolutionnaires vont battre les austro-prussiens, à Valmy, en 1792, début d'une geste guerrière qui
se terminera en 1815 et qui aura bouleversé le continent européen. Car ce nationalisme que les armées napoléoniennes exporteront, sur tout le continent, va se retourner contre la France
impériale, avec cette défaite de Napoléon à Leipzig, en 1813, lors de la Bataille des Nations, appelation révélatrice d'un profond changement. Le nationalisme innoculé à l'Europe par la France va donc se retourner contre cette
dernière, ouvrant un siècle qui sera marqué par les mouvements nationaux.
b°) Les deux conceptions de la Nation, Fichte contre
- la conception allemande, théorisée par Fichte, en
réaction à l'impérialisme (=domination) napoléonien.
Séduit un temps par les idées républicaines, le philosophe allemand après la désastreuse défaite prussienne à Iéna, en 1806, contre les armées napoléoniennes, va redécouvrir, par opposition aux occupants français, les vertus
de la germanité. Dans son Discours à la nation allemande (1807), Fichte définit la nation par des éléments dits "objectifs" comme l'histoire, la langue, la
culture. Il sera le père des mouvements pangermanistes qui culmineront, dans sa forme extrême, dans le nazisme.
- à la conception allemande s'appose la définition française, finalisée par Ernest Renan, en 1882, dans un discours à la
Sorbonne, intitulé "Qu'est ce qu'une nation", et qui clame qu'une nation est avant
tout une adhésion à un projet. Pour Fichte, on naît allemand, pour Renan, on devient français.
La conception allemande, essentialiste et fermée, était grosse de dérive "raciste", alors que la nation à la mode française, était une réalité ouverte, puisque n'importe qui pouvait devenir
français à condition qu'il adhère au projet républicain.
On retrouvera ces deux notions de la nation dans l'acquisition de la nationalité d'un pays. En Allemagne, le droit du sang, donne la nationalité à un individu né de deux parents allemands, alors qu'en France, le droit du sol, fait
acquérir la nationalité française à toute personne née sur le territoire français.
Le 19eme siècle verra l'apparition de nouveaux Etats, qui rassembleront des peuples appartenant à une même nation. Le Printemps des Peuples, en 1848, caractérisait une agitation nationaliste dans l'Europe entière. Dans la péninsule
italienne, qui est morcelée en plusieurs royaumes, Giuseppe Mazzini, à la tête de Jeune
Italie, veut rassembler les italiens dans un même état.
Si en 1848, l'unité italienne ne se fait pas, ça ne sera que partie remise, puisqu'en 1861, le royaume d'Italie sera proclamé. L'empire fédéral allemand, lui, sera crée en 1871,
après la victoire de la Prusse sur les armées de Napoléon III.
Les Etats européens vont exalter leur "génie national", par le biais de l'école et de l'armée. L'institution scolaire exalta alors l'histoire nationale, au travers
des personnages ayant marqué la geste du pays, comme Vercingétorix, Jeanne d'Arc ou Napoléon, avec l'ouvrage,
très patriotique, Le tour de France par deux enfants. L'enseignement de l'histoire
et de la géographie devint un vrai enjeu politique, pour magnifier les origines du pays et faire apparaître la France comme une grande nation civilisatrice, qui apportait ses lumières
aux pays colonisés.
L'usage de la langue française devient obligatoire et les patois sont interdits. Les jeunes français sont éduqués pour être de bons soldats, puisque le gouvernement
voudrait bien retrouver, un jour, l'Alsace-Lorraine, annexée par l'empire allemand, en 1871.
En Europe, l'Autriche-Hongrie est minée par des tensions nationales. Et c'est l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand,
héritier du trône autrichien, à Sarajevo, par un jeune nationaliste bosniaque, Gravilo
Princip, cet été 1914, qui mettra le feu au poudre en provoquant la Première Guerre Mondiale, conséquence des dynamiques nationalistes. Même les socialistes européens, qui
dénigraient la nation au profit de l'internationalisme prolétarien, au cri de "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous", vont se rallier à la guerre, point d'orgue des nationalismes
exacerbés et responsable d'un carnage sans précédent.
Loin d'éloigner les délires nationalistes, la fin de la première guerre mondiale, consacrant, avec le président Wilson, le principe des nationalités et du droit des peuples à l'autodétermination, et l'inique
(=injuste) Traité de Versailles, vont relancer les dynamiques nationales.
Comme l'avait prévu l'historien français Jacques Bainville,
les alliés avaient gagné la guerre mais vont perdre la paix. La désignation de l'Allemagne comme seule responsable du conflit mondial, l'amputation d'une partie de son territoire à l'est
et à l'ouest, avec le retour de l'Alsace-Lorraine à la France et la création de la Pologne, sur des terres jadis allemandes, et les énormes réparations financières
réclamées par la France à sa rivale, vont relancer la dynamique nationaliste teutonne, sous une forme radicale, avec l'arrivée des nazis et de leur théorie raciste au pouvoir, en
Allemagne, en 1933. Hitler, produit de la crise de 1929 et du Traité de Versailles, portera la logique nationale allemande, imaginée par
Fichte, jusqu'à l'exclusion des non-allemands de la communauté raciale.
L'aryen sûr de lui et dominateur se posera comme un maître absolu face aux peuples juif et slave, entraînant le monde dans un tourbillon de violence presque sans
fin aboutissant au génocide des juifs. Nous pouvons voir Auschwitz comme la finalité radicale de la conception fichtéenne de la nation, qui caractérise l'allemand par son sang, et qui,
par opposition, voit dans l'étranger une menace pour le peuple germain. Hitler aura porté à son incandescence cette notion essentialiste de la nation.
En Asie, le nationalisme japonais s'est aussi déchaîné, notamment contre la Chine, avec le funeste massacre de Nankin, en
La carnage des deux conflits mondiaux, dont le nationalisme exacerbé fut une cause principale, va déligitimer l'idée de nation, porteuse, dans sa forme idéologique,
de guerre. Dès 1945, l'Organisation des Nations Unies se donne pour mission de gérer les conflits à venir, ci-besoin par la force.
Au niveau économique, le GATT, crée en
1947 (désormais remplacé par l'Organisation Mondiale du Commerce), aura pour objectif de favoriser le commerce mondial et l'échange de marchandises,
en luttant contre les protectionnismes économiques, vecteurs de conflit.
La Communauté Economique Européenne voit le jour
avec la signature du Traité de Rome, en 1957, créant un espace économique intégré, qui aboutira à l'Union
Européenne et à la monnaie unique, au début des années 2000.
Au niveau militaire, l'Organisation du Traité de
l'Atlantique Nord (OTAN), fondée en 1949, sous contrôle américain, se veut une armée internationale, réunissant les pays occidentaux. Un projet de Communauté de Défense Européenne,
consacrant une armée européenne, concernant les pays de l'Ouest, vit même le jour, en 1952, mais fut rejeté par l'Assemblée Nationale française, sous la pression des communistes et des
A l'Ouest, en effet, et notamment en France, le RPF
gaulliste, défend la Nation française et s'oppose à la supranationalité.
C'est d'abord l'URSS, la "patrie des travailleurs", état fédéral, qui disparut en 1991 sous le coup des nationalismes russe, ukrainien et biélorusse. Le
projet socialiste, internationaliste par essence, se fracassait donc sur les rochers des nationalismes et confirmait la prédiction de De Gaulle: "la Russie
boira le communisme comme le buvard boit l'encre !".
Malgré 74 ans de marxisme-léninisme qui oeuvrait pour un internationalisme prolétarien (même si la Russie fut réhabilitée, notamment sous Staline) le fait
national russe, ukrainien ou biélorusse ne disparût pas, démontrant la prégnance de celui-ci.
La crise yougoslave, plus grave, prouva encore une fois que le fédéralisme était fragile, sous la pression des forces centrifuges croates, slovènes, bosniaques et
Encore une fois, malgré plus de 50 ans de titisme qui voulait fondre les croates, les
serbes, les slovènes, les bosniaques et les albanais dans un même moule socialiste, la fin de l'URSS fut fatale à la fédération Yougoslave, qui se déchira entre ses peuples, aboutissant
à une fragmentation de l'espace politique qui donna naissance à plusieurs pays, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie et la Serbie, sur une base ethnique. La
guerre qui déchira les Balkans fit entre 200 et 300 000 morts, de 1991 à 2001, démontrant, encore une
fois, les dérives belliqueuses des nationalismes exacerbés.
En Belgique, les antagonismes entre Flamands et Wallons illustrent bien la difficulté de créer une nation, lorsque la culture et la langue sont
Aujourd'hui, en Syrie, la guerre civile qui fait rage illustre bien la fragilité des projets des Etats-Nations, puisque le pouvoir syrien n'a pas réussi à
rassembler autour d'un projet politique national, les alaouites, les sunnites, les druzes ou les
En France aussi, l'état central est remis en cause par les régionalismes corse, basque et breton. Les langues régionales, interdites pendant longtemps,
sont revenus à l'honneur et sont enseignées à l'école.
Si ce retour des nations est le fruit de la fin de la guerre froide, il n'en reste pas moins qu'avec la crise, la défiance envers les institutions supranationales
se fait plus pressante. Malgré l'adoption d'une monnaie unique, l'euro, par une grande partie des membres de l'Union Européenne, cette dernière est en crise depuis le rejet par
référendum du Traité
Constitutionnel Européen (TCE), par les français, en 2005, illustrant le divorce entre les citoyens et l'Europe.
Depuis la fin du 20eme siècle, les partis nationalistes, comme le Front National en France, qui fut au second tour de la présidentielle en 2002, le parti Jobbik en Hongrie, la Ligue du Nord d'Umberto Bossi, en Italie, le British National Party, en Angleterre, l'Aube Dorée en
Grèce, ou le parti des Vrais Finlandais, gagnent du terrain et influencent les partis de droite traditionnels. Le thème de l'identité française, râbaché par le gouvernement
Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy a démontré que les problèmes identitaires, liés à la nationalité, revenaient en force.
Au niveau économique, le libéralisme ambiant, sous l'égide de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l'ouverture des frontières aux marchandises, les
délocalisations des entreprises européennes vers des pays ayant une main d'oeuvre bon marché, ont relancé les idées de protectionnisme économique. En France, le démographe
Emmanuel Todd, un homme de gauche, défend l'idée d'un protectionnisme européen, reprise par
Mélenchon et le socialiste Arnaud Montebourg s'y est dernièrement mis en utilisant l'expression "démondialisation".
Les partis nationalistes, eux, sont plus radicaux, et le Front National, veut fermer les frontières et sortir de la monnaie unique pour revenir au
Ces solutions protectionnistes, si elles apparaissent attirantes, peuvent être dangereuses, puisque ce que nous pourrions gagner, en produisant en France,
pourrait être un jeu à somme nulle, puisque nous perdrions, mécaniquement, des marchés à l'export. En effet, fermer son marché intérieur aux produits étrangers en réintroduisant des taxes aux
frontières françaises générerait, automatiquement, des rétorsions économiques de la part des pays étrangers, pénalisant les produits français à l'export.
Dans son acception (=définition) française, la nation, ouverte à tous, relevant de l'adhésion à un projet, reste une construction politique qui peut s'avérer
pertinente, puisque les grandes organisations supranationales, éloignées des citoyens, se transforment souvent en lointaines technocraties. Il n'en reste pas moins que si la nation peut avoir sa
place dans le monde d'aujourd'hui, sa version idéologique, le "nationalisme", par sa dimension exclusive, qui privilégie un repli sur soi et une méfiance envers les étrangers, est porteur des
germes de la guerre, comme l'ont illustré les deux guerres mondiales, fruits des antagonismes entre nations. La crise a renforcé l'euroscepticisme alors que les défis de l'avenir
devraient plutôt renforcer la coopération et l'intégration européenne. Mais faut-il que le projet européen soit lisible par tous les citoyens.
Le 23 février 1917, journée internationale de la femme, les femmes de Petrograd, manifestent sur la perspective
Nevski, pour réclamer l'égalité des droits et montrer leur mécontentement contre la politique de rationnement décrétée par le pouvoir tsariste, qui s'est traduite
par la fermeture de certaines boulangeries, qui ne sont plus ravitaillées en farines. L'atmosphère était plutôt bon enfant, et les slogans à caractère politique étaient absents. D'ailleurs, le
socialiste Nikolaï Soukhanov ne parlait de désordres et le bolchevik Chliapnikov, lors d'une réunion du parti, le même jour,
déclarera à ses camarades que cette révolte de la faim ne se tranformera pas en révolution, qu'il suffirait que le pouvoir tsariste distribue un poud de farine pour calmer les ardeurs du
Ce qui va transformer la révolte du pain en révolution politique, c'est le ralliement d'une partie de la garnison de Petrograd aux manifestants, notamment
d'une partie du régiment Preobrajenski, sous l'action de Fedor Linde.
Le 28 février, 3000 délégués du soviet nouvellement élu, se pressait pour élire leur président, le menchevik Tchkeïdze, flanqué de Kerenski et de Skobelev. Le
comité exécutif du soviet, véritable organe de commandement, était alors contrôlé par les mencheviks, majoritaires par rapport aux bolcheviks et aux socialistes-révolutionnaires (SR).
Alors que la révolution populaire grondait à Petrograd, à Pskov, où Nicolas II s'était arrêté, sur le chemin du retour
vers sa capitale, le chef d'état-major de l'armée, le général Alexeïev et le chef de la Douma, Milioukov, pressaient le tsar
d'abdiquer, ce qu'il fera le 2 mars. Les élites russes venaient d'achever une institution totalement déconsidérée.
Le soviet et la Douma étaient donc les deux pouvoirs qui restaient, en Russie, l'un incarnant les couches populaires, l'autre, la bourgeoisie. Il
aurait été logique que le soviet des ouvriers et des paysans s'empare du pouvoir. Mais les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires pensaient que la Russie n'était pas mûre pour
une révolution socialiste. Se référant à l'orthodoxie marxiste, une phase de transition, bourgeoise, permettrait à l'économie de décoller et au peuple de s'éduquer, conditions nécessaires à
l'entrée dans l'ère du socialisme, prodrome du communisme. De plus, le soviet craignait que l'anarchie s'installe et qu'une contre-révolution militaire se fasse jour. Pour toutes ces raisons, le
soviet demanda aux bourgeois de la Douma, de former un gouvernement. La révolution était partie d'en-bas, du peuple, mais c'est la bourgeoisie qui raflait la mise, puisque le chef du 1er
gouvernement provisoire serait un Prince, ce que Trotski appela le "paradoxe
de février".
Le 2 mars, le KD Pavel Milioukov, qui incarnait les intérêts de la bourgeoisie, (Source:wikipedia)
un homme pragmatique, peu porté sur les idéologies et respecté par tous. Les 12 ministres, étaient tous issus de l'ancienne Douma.
Milioukov présidait aux affaires étrangères et l'ambitieux Kerensky, vice-président du soviet et menchevik (socialiste réformiste), à
Ce gouvernement comptait continuer la guerre contre les puissances centrales (ce qui était antinomique avec l'Ordre n°1) et libéraliser la société et
l'économie russe, notamment commencer une réforme agraire, pour accélérer le développement de la Russie.
b°) L'épée de Damoclès du
Si le soviet avait accepté un gouvernement bourgeois, il avait obligé ce dernier a accepté 8 points, consacrant toute une série de liberté, qui fera dire à
Lénine que le gouvernement Lvov était devenu "le pays plus libre du monde".
Dans la foulée de la révolution de février, début mars, le soviet de Petrograd avait édité l'Ordre n°1, qui posait que dans chaque compagnie, un comité de
soldats, n'obéissant qu'au soviet, ferait pendant à l'autorité des officiers. Ce Prikaz allait miner les fondements de l'armée russe, qui allait se déliter sous la pression de soldats
qui ne voulaient plus se battre et se traduire par une situation de quasi-anarchie qui allait amener les bolcheviks au pouvoir.
1°) La balkanisation de la
La révolution de février avait sapé l'autorité de l'administration tsariste, qui se délitait, laissant une grande partie de l'immense territoire glisser vers
l'anarchie. Si la dualité soviet/gouvernement est une des constantes du régime issu de la révolution de février, la fragmentation politique de l'espace politique russe en est une autre.
L'immense empire se se balkanise, morcellé en des milliers de pouvoirs locaux, qui n'obéissent plus au centre. Les partis au pouvoir vont louvoyer pour imposer une loi électorale renvoyant aux calendes grecques une Constituante censée apporter une nouvelle légitimité au
futur gouvernement et désespérant les russes de bonne volonté.
La révolution de février va ouvrir la voie à un partage des terres par les paysans russes. Hobereaux, propriétaires terriens, vont subir les assauts des moujiks, ivres de vengeance après des centaines
d'années d'humiliation. Ce "partage noir" va être piloté par la communauté villageoise ou mir et va s'accélérer après la nomination,en mai, du socialiste-révolutionaire,
Viktor Tchernov, au Ministère de l'Agriculture.
Le Prince Lvov assista impuissant, à cette anarchie paysanne, la légitimant comme la "revanche des serfs" contre des hobereaux
qui avaient traités les moujiks comme des "chiens". De toute façon avec la désintégration de l'administration russe, le gouvernement provisoire n'avait aucun levier pour éviter ce cycle de
violence paysanne.
Les comités temporaires mis en place le 20 mars, par le gouvernement, et censés faire respecter la loi, se transformèrent rapidement en organes révolutionnaires,
justifiant la confiscation des terres des hobereaux.
La première assemblée paysanne panrusse, qui se réunit au mois de mai, justifia cette politique d'expropriation qu'un gouvernement spectateur regardait sans pouvoir
De nombreux révolutionnaires de février, surtout des ouvriers, n'avaient pas rendu les armes et étaient organisés en brigade responsables devant le soviet. Lorsque
le gouvernement créa sa propre milice pour faire régner l'ordre, ces "gardes rouges" ne furent pas désarmés, puisqu'ils étaient l'expression de la dualité du pouvoir en Russie,
entre gouvernement légal et soviet.
La révolution de février avait relancé les mouvements des nationalités soumis à l'impérialisme grand-russe. Le Parti Constitutionnel-Démocrate (KD) était partisan
de garder intact l'empire russe et de ne pas céder aux pressions des forces nationalistes. Les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires se rallièrent aux vues du gouvernement libéral. Deux
régions de l'empire connaissaient des mouvements nationaux puissants, la Finlande et l'Ukraine. La Rada ukrainienne, lassée des atermoiments du gouvernement central,
déclara, le 10 juin 1917, la liberté de l'Ukraine. Le 2 juillet, une délégation russe menée par Kerensky trouva un compromis avec les ukrainiens.
L'Ukraine était dotée d'une large autonomie et la Rada était reconnue. Le parti Kadet, ulcéré, quitta alors le gouvernement, isolant un peu plus celui-ci.
Alors que le pays était au bord du gouffre, le gouvernement provisoire, fidèle aux alliés franco-anglais, continua la guerre dans un contexte désastreux, ce qui
contribua à son impopularité croissante. La bourgeoisie libérale, les Kadets et les consitutionnalistes, suivant la politique impériale grand-russe, voulait continuer la guerre pour avoir le bénéfice des
concessions faites par les alliés, lors de traités secrets signés en 1916, qui promettaient à la Russie un accès au détroit turc et le contrôle de Constantinople, vieille lune
de la stratégie russe.
Par contre, le soviet de Petrograd, le 17 mars, lança un "Appel aux peuples du monde entier", où il déclarait renoncer aux buts de guerre russe,
et appelait les peuples des pays belligérants à manifester pour la paix. Milioukov, alors ministre des affaires étrangères, fit mine de se rallier aux positions
pacifistes du soviet, tout en certifiant aux puissances alliées que la Russie continuerait la guerre, double jeu qui rendit le kadet impopulaire auprès des ouvriers et des soldats.
L'ordre n°1, créant des comités de soldats dans les compagnies, avait miné l'autorité et la discipline militaire. Lorsque Broussilov fut
nommé en mai, chef d'état-major de l'armée, il s'aperçut que outre la fuite de centaines d'officiers devant des soldats remettant en cause leur autorité, des centaines de milliers d'hommes
avaient déserté, un million, de mars à octobre.
Relativement absent des journées de février, dominées par les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, les bolcheviks allaient exploiter l'impopularité
croissante du gouvernement provisoire, surtout à partir de la prise de pouvoir d'Alexandre Kerensky, le 5 mai.
Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, le
chef du parti bolchevik, (Source:wikipedia)
absent des événément de Février, car en exil en Suisse, arriva à Petrograd le 3 avril 1917. Cela faisait 17 ans que
Lénine n'avait plus mis les pieds en Russie.
Le lendeman, au palais de Tauride, où siégeait le soviet, il stupéfia
l'assemblée par son programme politique. Au lieu d'accepter une étape bourgeoise, Lénine exigeait une seconde révolution pour donner le pouvoir aux ouvriers et aux
paysans, allant à l'encontre des idées des sociaux-démocrates mencheviks et SR. Tsereteli,
président du soviet, accusa alors l'orateur d'oublier Marx (qui prônait une étape bourgeoise) au profit de Bakounine
(militant anarchiste qui prônait l'abolition de l'Etat).
Lénine, par ses thèses anarchistantes, peu en phase avec sa théorie qui mettait le parti au centre de la révolution, essayait d'exploiter
le désir de paix des soldats et le besoin de terre des paysans, pour rallier un maximum d'entre eux à la cause bolchevique.
Le 20 avril, des milliers de soldats et d'ouvriers manifestent dans les rues de Petrograd, réclamant la fin du gouvernement bougeoise et le transfert du
pouvoir au soviet, suivant la ligne léniniste. Le lendemain, des combats eurent lieu entre les manifestants et des partisans de la guerre.
Irakli Tsereteli, menchevik et président du soviet, effrayé par la violence de la rue, notamment celle des bolcheviks et des anarchistes,
se rallia aux vues du gouvernement et entra dans le nouveau gouvernement du Prince Lvov, le 5 mai 1917, comme ministre des Postes et des Télégraphes alors que
Kerensky prenait le ministère de la guerre. Le Prince, en s'appuyant sur le soviet, essayait de donner une nouvelle légitimité populaire à son gouvernement.
Lénine, malgré son discours radical, craignait qu'une révolution prématurée soit tuée dans l'oeuf, et fasse le lit d'une contre-révolution
militaire. Aussi, se méfiait-il du "spontanéisme" des masses bolchevisées ou anarchistes, qui, en précipitant la révolution, pourrait l'enterrer.
Début mai, les bolcheviks étaient majoritaires chez les soldats de Kronstadt, base
navale sur la baltique.
Or, le 16 mai, le soviet de Kronstadt se déclara souverain, rejetant l'autorité du gouvernement, proclamant la République soviétique de Kronstadt.
Lénine pesta contre ce manque de discipline du parti, et le président du soviet de Petrograd, Tsereteli, obtint par la négociation la fin de la rebellion
kronstadtienne, le 24 mai. Il n'en restait pas moins que la base navale était une épée de Damoclès pointée sur la capitale russe.
D'ailleurs, début juin, les marins de Kronstadt planifièrent un coup d'état, ce qui divisa les hautes instances du parti, entre une ligne
Lénine/Staline, favorable à l'action, et une ligne Zinoviev/Kamenev, attentiste. Au dernier moment, le soviet recula et les manifestations
furent reportées.
L'autre bastion du militantisme révolutionnaire, était le quartier ouvrier de Vyborg, dans les faubourgs de Petrograd, où était la garnison des 10
000 soldats du 1er régiment des mitrailleurs, largement acquis aux bolcheviks.
Alors que la Russie était exsangue, le ministre de la Guerre, le menchevik Alexandre Kerensky, demanda à son nouveau chef de l'armée,
Broussilov, de lancer une offensive à l'Ouest. Son idée, était de finir la guerre rapidement. Mais ce fut une dramatique erreur d'appréciation, qui rallia de plus en
plus de soldats aux bolcheviks et précipitera la chute du gouvernement provisoire.
Même Broussilov s'aperçut, au cours d'une tournée sur le
front, que les troupes étaient totalement démoralisées, et que le slogan bolchevik de la paix immédiate, ralliait de plus en plus de soldats aux thèses de Lénine, sans
d'ailleurs les connaître précisément. L'historien Allan Wildman nommera ce phénomène le "bolchevisme de tranchée".
Le ministre de la guerre ne voulut rien savoir et l'offensive début le 16 juin. Après une avance initiale, la contre-offensive allemande pulvérisa l'armée russe,
qui se débandait devant l'ennemi, les soldats désertant en masse ! Cette ultime offensive précipita la césure entre les soldats et leur gouvernement.
Affaibli par le départ des ministres Kadets, après la reconnaissance de l'autonomie de l'Ukraine, miné par le désastre militaire de l'offensive
Broussilov, le gouvernement du Prince Lvov devenait fantôme, à la merci d'un coup d'état perpétré par une garnison de Petrograd,
largement bolchevisée.
Le 4 juillet, des milliers d'ouvriers et de soldats envahirent la perspective Nevski, décidée à renverser le gouvernement. Curieusement, le parti bolchevik
n'avait pas donné de consignes précises, laissant la manifestation à sa dynamique confuse. La pusillanimité de Lénine était due à la crainte que la situation
révolutionnaire ne soit pas tout à fait mûre, pour défier le pouvoir central, une action précipitée pouvant entraîner une répression brutale, tuant dans l'oeuf les velléités
Mais ce jour-là, le palais de Tauride, où siégeait le gouvernement et le soviet, était offert aux manifestants, sans troupes pour le protéger, mais la
foule, sans directives précises, se consumma dans une vaine rage, hésitante et finalement dispersée par la colère des cieux, un gigantesque orage qui couvrit Petrograd de ses
Très rapidement, le gouvernement désigna les bolcheviks comme les instigateurs de la tentative de coup d'état du 4 juillet. C'était en partie vrai, même si un
Le 6 juillet, les troupes loyalistes encerclèrent le QG bolchevik, l'hôtel Ksechinskaïa et arrêtèrent 500 militants et un mandat d'arrêt fut lancé contre 11
dirigeants bolcheviks, qui obligea Lénine à fuir en Finlande, avec Zinoviev. Près de 800 bolcheviks furent arrêtés, dont
Trotski et Kamenev. Mais le gouvernement retint le glaive qui devait couper la tête du parti bolchevik, à la grande surprise d'un
Illitch, qui s'attendait à une répression sanglante contre son parti. Les mencheviks, peut-être encore trop liés aux bolcheviks, par leur histoire commune, n'eurent pas
la force d'éradiquer les partisans de Lénine. Cette faiblesse va leur coûter très cher, puisque ce dernier n'aura pas les mêmes prévenances envers ses collègues d'antan,
et tranchera dans le vif, après Octobre.
Le 6 juillet, le Prince Lvov, épuisé de danser sur le volcan, démissionna, soulagé de passer le témoin à Alexandre
Kerensky. Ce dernier, ambitieux, pensait que son énergie et son "génie" politique allaient suffir à contrôler la situation, mais sa vanité allait rapidement se transfomer en
Le nouveau premier ministre déplaçait le coeur du pouvoir du Palais de Tauride à Palais d'Hiver, où il prit ses aises dans les appartements du tsar
Alexandre III. Il chassa le soviet vers l'Institut Smolny, comme pour prouver sa toute puissance. Ce changement de géographie du pouvoir n'allait pas modifier la
problématique du gouvernement, toujours coincé entre sa posture belliciste et l'anarchie militaire.
Kerensky essaya de rétablir la discipline dans l'armée, en rétablissant la peine de mort, en réduisant le rôle des comités de soldats et
en nommant le général Kornilov, connu pour sa forte personnalité, à la tête de l'armée.
Le nouveau chef de l'armée russe, Lavr Kornilov, général
respecté, officier charismatique, ne pouvait faire que de l'ombre au vaniteux Kerensky, qui se sentit très vite menacé par ce militaire bourru. En prise avec le soviet
qui se bolchevisait, le chef du gouvernement s'inquiéta rapidement de l'influence grandissante de son chef d'état-major. Le 10 août, le général s'invita au Palais d'Hiver avec ses gardes du corps
pour forcer la main de Kerensky à rétablir la loi martiale, à l'arrière du front et à mettre hors-la-loi les bolcheviks. Ce dernier refusa et une dispute éclata entre
les deux hommes. Dans cette situation tendue, le ministre de la Guerre, Boris
Savinkov, (Source: wikipedia)
visita Kornilov le 22 août, et le rassura sur les intentions du gouvernement. Il lui demanda d'envoyer à Petrograd le
3e corps de cavalerie pour parer à une insurrection bolchevique. Le 25 août, le généralissime ordonna à la cavalerie de Krymov de se diriger vers la capitale,
comme lui avait demandé le gouvernement. C'est alors que Kerensky cria à la tentative de coup d'état, et licencia, le 27 août, le chef de l'armée. Ce dernier, croyant
que le chef du gouvernement était à la merci des bolcheviks ordonna à sa cavalerie d'entrer à Petrograd, de dissoudre le soviet et d'encercler la garnison.
Le 29 août, Kerensky se nomma lui-même commandant en chef de l'armée, conseillé par un nouveau chef d'état-major, le général
Alexeïev. Pour combattre le soi-disant coup d'état, il remit en jeu les bolcheviks, qui étaient en disgrâce, depuis la journée du 4 juillet.
Le chef du gouvernement, pour éliminer un rival potentiel, s'était aliéné les forces de droite et en s'appuyant sur les bolcheviks, il avait fait entrer le loup
L'été 1917 avait vu un processus de radicalisation des masses se mettre en oeuvre. Avec l'impuissance du gouvernement à mettre fin à la guerre, et la perspective
d'une contre-révolution, plus fantasmée que réelle, les ouvriers et les paysans se rallièrent, de plus en plus, aux thèses léninistes, qui prônaient une paix immédiate et la terre aux
Ce succès se traduisit dans les urnes, puisque le 31 août, le soviet de Petrograd, pour la première fois, eut une majorité bolchevique et d'ailleurs,
Trotski en prendra la présidence, le 25 septembre.
De plus, la défense de la révolution lors de le pseudo coup d'état de Kornilov, avait armé près de 40 000 ouvriers, tous acquis aux idées
de Lénine, ce qui fera dire à Trotski que ce fut un bon entraînement pour Octobre.
Depuis la révolution, le nombre de militants bolcheviks, selon Jean-Jacques Marie, était passé de 5 000, en février, à 200 000 en
Contre cette montée en puissance des partisans de Lénine, Kerensky était impuissant. Malgré ses postures
martiales pour haranguer la foule, le chef du gouvernement ne représentait plus que lui-même, dans un gouvernement fantôme, désormais détesté sur sa droite, depuis l'affaire
Kornilov et méprisé sur sa gauche, pour son incapacité à obtenir la paix.
et Zinoviev, qui pensaient qu'un compromis était
nécessaire avec les SR et les Mencheviks de gauche, pour gouverner la nouvelle Russie socialiste. Les deux hommes étaient attachés au légalisme
et prônaient la soumission du parti au soviet, garant de la légitimité révolutionnaire.
Celle de Lénine, qui ne voulait faire aucun compromis et pensait que les organes politiques devaient être contrôlés par les seuls
bolcheviks. Le "tout le pouvoir aux soviets" des thèses d'Avril, n'était qu'un slogan opportuniste, puisque dans l'oeuvre d'Illitch, c'est le parti et la
dictature du prolétariat qui devaient primer sur l'assemblée élue, fut-elle prolétarienne. Le 15 septembre, de son exil finlandais, Lénine envoya deux lettres au comité central du parti bolchevik, pour expliquer que ce dernier,
sans attendre l'élection de la Constituante, devait prendre le pouvoir. Devant l'attentisme des dirigeants bolcheviks, plutôt ralliés à l'idée d'un gouvernement socialiste avec les SR et les
mencheviks de gauche, Illitch se mit à traiter ses collègues de "misérables traîtres à la cause prolétarienne", demandant une insurrection immédiate !
Les partisans d'un compromis avec les autres mouvements socialistes voulaient attendre le congrès panrusse des soviets qui devait avoir lieu le 25 octobre. Or, le
soviet étant à majorité bolchevique, la prise de pouvoir des partisans de Lénine était sûre et se ferait en douceur, avec une légitimité sans faille. C'était
l'idée défendue par la majorité des dirigeants bolcheviks, sauf d'Illitch !
Pourquoi ce dernier ne voulait pas attendre le congrès des soviets ? Car il ne voulait pas devoir gouverner avec ses partenaires socialistes du soviet, les SR et
les mencheviks, et la perspective d'une guerre civile ne lui faisait pas peur, elle lui semblait même nécessaire pour enclencher tout processus révolutionnaire.
Le 10 octobre, juste revenu de Finlande, Lénine, devant le Comité Central mettra tout son poids pour l'insurrection immédiate et
emportera la décision, grâce à son charisme. Le coup de force d'Octobre fut donc bien imposé par le leader bolchevik contre la majorité de son parti.
La tendance Kamenev n'en resta pas là, puisque le 18 octobre, dans le journal de Gorki, Novaïa Jizn, le
bolchevik exposa, dans un article, la nécessité de passer par le soviet pour prendre le pouvoir, évitant la guerre civile. Lénine, de rage, traîta l'auteur de la missive
de "traître" !
Kerensky, dont la cécité n'avait d'égale que sa vanité, sentait venir cette insurrection, il la désirait, même, persuadé qu'il pourrait
régler, comme après le 4 juillet, leur compte aux bolcheviks. Mais le contexte avait changé, puisqu'en octobre le chef du gouvernement était totalement discrédité, notamment parmi les officiers.
Lorsqu'il voulut muter sur le front, la remuante garnison de Petrograd, acquise aux bolcheviks, il précipita sa perte. En effet, la soldatesque, plutôt encline à attendre le congrès des
soviets, se rallia alors à la thèse léniniste de l'insurrection immédiate.
Le 23 octobre, la majorité des points stratégiques de Petrograd était contrôlée par les bolcheviks en armes, dont la fameuse Forteresse Pierre et Paul. Le
24, la capitale était aux mains des mutins, sans combat, puisque personne ne voulait défendre ce gouvernement honni. Trotski, lui-même, avoua que seulement 5 % des
ouvriers et soldats de la ville participèrent au coup de force et beaucoup de petersourgeois ne s'aperçurent de rien. On est donc très loin de la vision d'Eisenstein,
cinéaste officiel du régime soviétique, 10 ans plus tard, dans son film Octobre, qui présente le coup
de force comme une révolution mobilisant tout le peuple.
Le 24 au soir, l'assaut fut donné au Palais d'Hiver, que Kerensky avait abandonné, et qui était gardé par 3000 soldats, dont 200 femmes du
Bataillon de la mort. Mais la majorité d'entre eux s'était dispersée avant l'assaut, qui fut une
Devant le coup de force réussi, annoncé par Kamenev, devant le congrès des soviets réuni dans la capitale, les SR et les mencheviks
condamnèrent le coup de force bolchevique et quittèrent le congrès, laissant les bolcheviks seuls maîtres du jeu.
Avec la lente décomposition de l'Empire ottoman face à un Occident triomphant, des hommes politiques et intellectuels arabes vont s'interroger sur la modernisation
nécessaire du monde arabe, pour s'arracher de la domination ottomane et redonner au monde musulman sa puissance d'antan.
Mehemet Ali, (source:wikipedia)
le fossoyeur des Mamelouks qui avait gouverné l'Egypte durant 600 ans, prit le pouvoir en 1811 et le garda jusqu'à sa mort, en 1849, avec l'appui
du sultan ottoman. Père de l'Egypte moderne, il axa sa politique sur la modernisation du pays, en construisant une infrastructure, en ouvrant des écoles, en développant l'imprimerie et
en organisant une armée.
En conflit avec le sultan, les armées égyptiennes vont envahir la Palestine et la Syrie, en 1831, écrasant les ottomans à la bataille de
Konya, en 1832. Le salut de Constantinople prit le visage d'une intervention dipomatique franco-anglaise, qui imposa aux deux adversaires, une solution négociée, en 1833. La
Palestine et la Syrie furent léguées à l'Egypte.
Les puissances occidentales, inquiètes du sort de l'immense Empire ottoman, imposent le Traité de Londres par la force, en 1840, puisque un corps expéditionnaire anglais débarquera en Syrie et investira Beyrouth et Acre, pour
faire plier Mehemet. Ce dernier gardera l'Egypte mais perdra la Syrie.
b°) Jamal Al-Din, pour un islam
Jamal al-Din surnommé
développera une nécessaire réinterprétation du texte coranique par le biais de la modernité (ce qui est totalement opposé au courant salafiste ou islamiste
radical). Réformiste, voulant adapter l'islam au monde moderne, il répondra au philosophe français,
Ernest Renan, qui au cours d'une conférence à la Sorbonne, avait affirmé que la religion musulmane était contre l'esprit scientifique. Voici la magnifique introduction de la réponse
d'Al-Afghani à Renan:
"En songeant toutefois que la religion chrétienne a précédé de plusieurs siècles dans le monde la religion musulmane, je ne peux pas m’empêcher d’espérer
que la société mahométane arrivera un jour à briser ses liens et à marcher résolument dans la voie de la civilisation à l’instar de la société occidentale pour laquelle la foi chrétienne, malgré
ses rigueurs et son intolérance, n’a point été un obstacle invincible. Non, je ne peux admettre que cette espérance soit enlevée à l’islam. Je plaide ici auprès de M. Renan, non la cause de la
religion musulmane, mais celle de plusieurs centaines de millions d’hommes qui seraient ainsi condamnés à vivre dans la barbarie et l’ignorance". 2. Les précurseurs du nationalisme arabe.
qui vont valoriser le patrimoine arabe de la région et redécouvrir le terme "Surya", utilisé dans l'Antiquité, qui ferait référence à une patrie
Bustani est un fervent défenseur de la patrie syrienne et du nationalisme arabe, qui devrait transcender les appartenances religieuses et
promeut l'idée d' un Etat séparé de la religion.
Né à Alep, dans une famille bourgeoise, le syrien al-Kawakibi stigmatisera l'abolition de la Consititution ottomane par le sultan Abdul-Hamid II, en 1876, consacrant le retour à l'autocratie.
Il sera un moment emprisonné par les ottomans et se réfugiera en Egypte, où il continuera à critiquer le sultan.
Dans le sillage d'al-Afghani, al-Kawakibi affirme que c'est par la connaissance et le savoir que les arabes
sortiront de l'obscurantisme religieux, alimenté par le pouvoir ottoman.
Dans son livre "Caractéristiques du despotisme", écrit en prison, il se montre le fervent partisan du régime démocratique, de la séparation des pouvoirs,
seule manière d'éviter le retour d'un despote, et le respect de toutes les religions.
Les mouvements nationalistes arabes vont se développer à la fin du 19eme et au début du 20eme, durement réprimés par le pouvoir ottoman. A Beyrouth, en
1915, 23 autonomistes syriens sont exécutés sur ordre du gouverneur ottoman, Djamel Pacha.
Alors que la première guerre mondiale faisait rage, les anglais, par le biais du général MacMahon, haut-commissaire britannique en
Egypte, vont alimenter le nationalisme arabe contre l'Empire Ottoman, allié des allemands et des austro-hongrois. Ce dernier promet à Hussein, chérif de
la Mecque, l'indépendance des arabes si ceux-ci combattent les germano-turcs.
Mais les franco-anglais essaient surtout d'utiliser tous les moyens pour gagner la guerre, en faisant des promesses qu'ils ne tiendront pas. Et la contradiction de
la politique anglaise est patente lors de la déclaration de Balfour, dans
laquelle le ministre des affaires étrangères britannique, Lord Balfour, se déclare en faveur d'un foyer de peuplement juif en Palestine.
Les accords Sykes-Picot, du nom des deux négociateurs anglais et français, signés en 1916, illustrent la duplicité des anglais par rapport aux arabes. Ils attribuent aux
deux puissances les zones d'influence dans le futur empire ottoman démembré, après la victoire.
Avec l'aide du colonel Lawrence, immortalisé dans le
beau film de David Lynch, Lawrence d'Arabie,
Fayçal, le fils d'Hussein, repousse les armées ottomanes et conquiert Damas, en octobre 1918. Il sera
proclamé roi de l'Etat indépendant de Syrie, en 1920. Mais les alliés ne l'entendent pas de cette oreille et lors de la conférence de San Remo, en avril 1920, la France recevait un mandat sur la
Syrie et l'Angleterre obtenait la Palestine, l'Irak et la Jordanie.
Le 24 juillet 1920, les troupes françaises commandées par le général Gouraud, écrasaient les armées syriennes de Youssef al-Azmeh, à Khan
Mayssaloun, mettant fin au rêve d'une Grande Syrie indépendante.
L'arrivée au pouvoir du Front Populaire, en 1936, va déboucher sur des négociations entre Paris et les nationalistes syriens qui se traduira par
l'accord Viénot, promettant l'indépendance à la Syrie en contrepartie d'avantages politiques et économiques.
Ce territoire est toujours la cause de tensions entre la Syrie et la Turquie, puisque la première considère que le Sandjak lui a été
Lors de la seconde guerre mondiale, la Syrie vichyste, sous l'autorité du général Dentz, prend une certaine importance après la
révolte de Rachid Ali contre les anglais, en Irak. Les britanniques, avec l'aide des forces gaullistes, vont lancer l'opération Exporter, en juin 1941, pour arracher la Syrie à l'influence vichyste, ce qui sera fait
en juillet 1941. Le 14 juillet, vichystes et anglais signent l'armistice de Saint-Jean
d'Acre, ce qui met en fureur le général de Gaulle, les français libres n'ayant pas été invités aux négociations. Cet impair britannique sera modifié lors des
accords Lyttleton-De Gaulle, 10 jours plus tard.
La Syrie devient indépendante en 1946, avec à sa tête, Shukri
al-Kuwatli. Mais la victoire israélienne lors de la première guerre israélo-arabe, en 1948, va être fatale à Kuwatli, renversé par le colonel Husni al-Zaim, soutenu par le Parti social nationaliste syrien, mouvement à tendance fasciste, partisan d'une Grande-Syrie.
Mais le nouvel homme fort de Damas va trahir le fondateur du PSNS, Antoun Saadé, qui, réfugié dans la capitale syrienne, après un coup d'état avorté au Liban, en 1949, sera livré par Zaim aux
libanais, crise de lèse-parti qui sera payé dans le sang, par l'assassinat du même Zaim, la même année, par un membre du PSNS, Sami al-Hinnawi.
la Syrie et l'Egypte, unissent leur destin dans une République arabe unie. Mais en 1961, un coup d'état va faire éclater cette union et
le rêve panarabe de Nasser.
Le Parti Baas a été crée en 1947, à Damas, pour prôner un panarabisme
socialisant sous la houlette d'un chrétien, Michel Aflaq.
Taraudé par une aile nationaliste et une autre marxiste, c'est la première, qui l'emportera, en 1970, avec l'arrivée au pouvoir, après un énième coup d'état, du
général Hafez el-Assad.
Le nouvel homme fort de Damas est un alaouite, communauté chiite qui compose 10 % de
la population syrienne, nettement minoritaire par rapport au 60 % de sunnites. Cette situation ne fera que renforcer sa politique de coercition envers les syriens, en majorité sunnite.
Les états arabes de la région se focalisèrent sur le problème israélo-arabe. Les défaits militaires syriennes en 1967, 1973 et 1982 contre le puissant voisin
israélien ont été durement ressenti par le régime de Damas.
Après la guerre des 6 jours, en 1967, les israéliens ont occupé le plateau du
Golan, région syrienne, qui fut annexé en 1981.
La question de la restitution du Golan à la Syrie, consacré par la résolution de l'ONU n°242, reste un préalable obligatoire pour entamer un
nouveau processus de paix, entre les deux pays.
Les accords de paix entre la Jordanie, l'Egypte et Israël, ainsi que les accords entre l'OLP et l'état israélien, ont désarticulé ce
front arabe pour la Palestine, dont Damas se faisait le héraut.
Mais avec l'invasion israélienne du sud-Liban, en 1982, la Syrie et l'Iran, ont soutenu la création du Hezbollah, mouvement chiite libanais, pour lutter contre les israéliens. Le Hezbollah soutenu par Damas, a un double intérêt pour les syriens:
- faire pression sur Israël, puisque du sud-Liban, les troupes d'Hassan
Nasrallah, peut bombarder les territoires israéliens.
Les syriens et des mouvements libanais, comme le PSNS, n'ont jamais accepté la création du Liban, par les français, et rêvent toujours d'une
Grande-Syrie.
En 1975, phalangistes chrétiens et palestiniens font parler les armes, débutant une cycle de violence qui va durer 15 ans. En 1976, l'armée syrienne intervint pour
imposer un "cessez-le-feu", qui n'arrivera que beaucoup plus tard. La Syrie exploita le chaos libanais pourj contrôler le pays. Même après la fin de la guerre civile, en 1990, les
troupes syriennes restèrent dans le pays, faisant du Liban un quasi-protectorat.
Mais en 2005, l'ancien premier ministre libanais, Rafiq
de confession sunnite, farouchement opposé à la Syrie, fut tué dans un attentat à la bombe. Damas fut soupçonné d'être le commanditaire de
l'assassinat. L'émoi au Liban fut immense, et la communauté internationale, sous l'impulsion de Jacques Chirac et George W.Bush, fit
appliquer la résolution n°1559 de l'ONU, sur le retrait des
troupes syriennes du Liban.
Succédant à son père, Hafez, décédé en 2000, Bachar
el-Assad, malgré son modernisme apparent, a continué la politique de son père, ne démocratisant pas le régime syrien et continuant son alliance stratégique avec
Depuis le début de l'année 2011, dans le sillage des révolutions arabes, la population syrienne s'est révolté entraînant une spirale de violence qui continue. C'est
la révolte des syriens avides de nouvelles libertés, mais c'est aussi le conflit entre une majorité sunnite contre la minorité alaouite, chiite, du président Assad,
financé par l'Arabie Saoudite.
- une révolte alimentée par l'argent saoudien, pour imposer un régime islamique d'obédience sunnite, contrôlé par les Frères Musulmans, porteur de sombres
lendemains pour les minorités chiites et chrétiennes du pays.
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References: l'article 24
 l'article 24
 l'article 24

L'article 39
 l'article 7
 l'article 16
 l'article 45
 l'article 49
 L'article 3