Source: http://philosophique.revues.org/542
Timestamp: 2017-03-25 23:37:55+00:00

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Mots-clés :propriété, crime, sujet, mal, comédieHaut de page
Délits et crimesHaut de page
2La définition dialectique du droit commence à la propriété. Hegel sait très bien que l’histoire logique n’est pas l’histoire empirique : l’ordre conceptuel de l’histoire du droit, qui ne peut être histoire que parce que les déterminations conceptuelles du droit, qui sont celles énoncées dans la Logique, mais qui fonctionnent toujours dans un contenu, sont ce que l’on peut nommer la condition transcendantale du passage de l’histoire telle qu’elle s’est déroulée à l’histoire comme discipline de savoir. Même s’il est à la limite impossible que l’histoire chronologique et l’histoire conceptuelle n’aient pas tendance à concorder, l'ordre historique véritable commence au concept. La famille a existé le plus souvent avant la propriété1, mais dans les sociétés où cela a été le cas il n’existait pas de droit véritable, seulement comme dira Marx un stade de la possession, et non celui de la propriété2, on peut ajouter qu’il existait alors, si l’on suit l’hégélianisme, des coutumes éthiques dans une forme de substantialité où le sujet est substance, mais sans être subjectivité. 3Le moment de la propriété, qui va apparaître comme logiquement premier, se déroule suivant les trois étapes dialectiques. Le premier moment, déjà présent dans sa forme logique, dans les premiers mouvements de l'esprit subjectif, et formant dans le stade phénoménologique le célèbre moment de l'ici et du maintenant, est la prise de possession. Celui qui est déjà un sujet, mais un sujet en tant qu'il est le porteur de déterminations, matière, matière qui a toujours déjà une forme, forme qui se formant dans le procès dialectique, transforme, faisant advenir une autre forme qui se stabilisant un temps un peu plus long que la forme précédente, devient être-là, s'extériorise par l'appropriation immédiate d'un lieu qu'il va délimiter, s'opposant alors à d'autres. Ces autres ne sont pas encore présents dans l'exposition bien que leur anticipation, logique, engage une spéculation sans trop de risques, les faisant venir déjà, bien qu'ils ne soient pas encore là. C'est leur présence qui transformera la possession en propriété véritable, effective.
4Dans la philosophie hégélienne le sujet ne s'appréhende pas dans une immédiate présence à soi, le mouvement le construit.Avant, si l'on peut dire, d'accéder à la propriété, un commencement de moi s'est formé en se distinguant du monde par un simple sentiment de soi, il est alors un défilé de sensations qui commence à les différencier, cette différenciation appelle l'identité : faire des différences implique logiquement une permanence3. 4 Ibid., add. Au § 408, p. 496.
9 Ibid., § 44, JFK, p. 133. 8L'individu singulier, conscient, ayant un corps, pensant posséder son corps, n'en reste pas à lui-même7. Le négatif le dérange, à la fois, comme il reste lié dialectiquement au positif, le pousse, mais en même temps le détruit, il cherche alors à se poser dans l'élément extérieur immédiat, il se rapporte « à une nature trouvée déjà là8». Ce qui constitue son désir va s'emparer de ce qui est immédiatement là, ici et maintenant, se porter vers un espace, dans un temps complètement spatialisé, mais sans limite parce qu'indéfiniment répétable. Et ce n'est pas parce que dans la prise de possession l'ici-maintenant trouvé là devient une chose dans la perception que cette prise de possession se pose une limite, la chose est ses propriétés qui l'étendent, et tout est chose. La personne peut donc placer sa volonté dans toutes les choses avec un « droit d'appropriation absolu9» sur chacune. La propriété va avec la notion de chose, concrète la propriété est la pure abstraction : on possède des choses, qui sont très différentes, mais qui sont toujours des...choses. Est préfigurée ici la démesure de la société civile, le capitalisme, même si Hegel ne prononce pas le mot, qui en lui-même, sans l'Etat, est folie : passage d'une chose à une autre, toile qui se transforme en coton, mais aussi en fer, en blé, à l'infini. La personne est le passage vacillant d'un « c'est moi » à un « c'est à moi » qui équivaut à un « c'est moi » qui se mire dans la chose sans la distinguer de soi. Mon champ est mon âme, comme mon âme est mon champ, et toute chose peut être à moi, donc devenir moi.
9S'il est une cause de la possession, et de celle-ci devenant propriété, ce n'est pas dans le besoin qu'elle est à chercher, même si cette propriété est utile à le satisfaire, mais dans l'affirmation de soi qui est toujours dialectiquement négation, au sens où s'affirmer ne se fait que dans la négation de l'autre : chose, ou homme. La liberté commence à la puissance d'agir, mais qui se reconnaît comme telle. Le fait de rattacher l'action et la puissance d'action au moi crée de la liberté, de la liberté politique à son commencement, de la liberté métaphysique en ce sens que l'attribution au moi de l'acte crée un saut qualitatif en regard du déterminisme, le perturbe et le transforme par une nouvelle forme de cause, qui n'est plus la même que la causalité physique, mais constitue la volonté qui n'étant pas une faculté, va se construisant, allant jusqu'à échapper à toute cause anthropologique ou psychologique, pour se confondre avec l'intelligence pensante. Spinoza et Kant, l'avaient vu suivant des modalités différentes, l'intelligence d'une chose, l'universalisant, fait échapper ce qui est pensé aux conditions dans lesquelles elle est pensée. La liberté est alors l'arrêt sur une pensée, qui la rendant plus consciente que les autres pensées, est l'agir lui-même, d'autant que la réflexion sur l'action est déjà une action10. Hegel de vanter la puissance spéculative du verbe sich entchliessen : se résoudre, qui marque, et cela est vrai en français comme en allemand, la force de la résolution positive : « je suis résolu », et le négatif du désaisissement : « je me résous à11». 10Pour l'heure la différence inscrit le négatif dans l'extériorité : mettre la main sur quelque chose qui est extérieur à mon corps, qui m'apparaît, lorsqu'il se dresse en chose en face de moi, comme n'étant pas moi. Il n'y a pas de « premier » ayant « enclos un terrain », toujours, tout de suite, un terrain a déjà été enclos, chacun est ce « premier ». La liberté, qui se construit, est d'abord puissance, valorisation de soi pour soi-même et par l'autre, par là reconnaissance aussi de soi par soi, et dans son immédiateté ne connaît pas l'égalité.
27Mais que me suis-je exactement proposé dans cet acte, avant l'acte ? La chose se discute, en moi-même par moi-même, et ce dialogue silencieux en moi est la conscience elle-même, mais ce dialogue ne se fait qu'en une forme d'intersubjectivité où la parole présumée d'autrui est intériorisée en moi, et cette parole n'est pas que présumée, elle peut être réellement proférée. La réflexion rabat la proposition d'action vers la détermination d'une essence : dans les raisons de mon action, il n'y en a que bien rarement une seule, qu'elle est celle qui est essentielle ? C'est ici d'ailleurs que l'acte devient action proprement dite : intériorité extériorisée. Mais cette réflexion pour déterminer l'intention essentielle renvoie à la totalité de ma vie51qui dans son immédiateté, dans la première vue qu'on en prend, se donne sous la forme du mobile subjectif le plus simple de l'action : l'intérêt pour ma satisfaction, l'action est alors abaissée au rang de moyen52. Mon « être-là subjectif naturel » : besoins, inclinations, passions, opinions, est la première raison pensée : la raison de l'action n'aura jamais été qu'une cause physiologique réfléchie. A qui profite le crime ? Mais juger du crime, et l'on voit toujours combien l'Autre pointe dans le texte, suppose que pour déterminer l'essentiel : l'intention, l'on prenne en compte le fait que « ce qu'est le sujet, c'est la série de ses actions », cet homme a t-il été toujours honnête ? Seuls les « valets de chambre psychologues pour lesquels il n'y a pas de héros53» ne le demande pas, voulant en rester à l'intention pure, alors que celle-ci n'est jamais pure. 54 Ibid., § 125, p. 202-203.
9 Ibid., § 44, JFK, p. 133. 10 Ibid, add. Au § 4 : « quand nous pensons nous sommes également actifs », Derathé p. 72.
18 « Le combat pour la reconnaissance, sous la forme poussée à l'extrême...ne peut avoir lieu que dans l'état de nature – où les hommes sont seulement comme individus singuliers - que, par contre, il se situe loin de la société civile et de l'Etat, parce que, ici même, ce qui constitue le résultat d'un tel combat – à savoir l'être reconnu – est déjà présent », add au § 432 de l'Encyclopédie, p. 533, « état de nature » veut dire chez Hegel le moment où l'Etat n'est pas encore constitué, l'influence de Rousseau sur Hegel est constante, même si Hegel critique Rousseau. 19 « Le contrat présuppose que ceux qui le passent se reconnaissent comme personnes et comme propriétaires », Principes de la philosophie du droit, § 71, JFK p. 158.
66 Ibid., Derathé p. 247, les italiques sont de nous.Haut de page
Hérvé TOUBOUL, « Le crime et le sujet dans la philosophie du droit de Hegel », Philosophique [En ligne], 15 | 2012, mis en ligne le 06 avril 2012, consulté le 26 mars 2017. URL : http://philosophique.revues.org/542 ; DOI : 10.4000/philosophique.542 Haut de page
L'État et la démocratie : la critique par Marxde la philosophie hégélienne du droit [Texte intégral]
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References: § 408
 § 44
 § 125
 § 44
 § 4
 § 432
 § 71