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Timestamp: 2017-02-23 20:38:33+00:00

Document:
Le Vénézuela Bolivarien - Le blog de Kilobug !
« Cuba: mythes et vérités
- Comment en sommes-nous arrivés là ? »
Par kilobug le dimanche 25 mars 2007, 00:45 - Amérique Latine
Dans un premier temps, je vais dresser un historique rapide du
Vénézuela de Simón Bolívar à l'élection de Chávez en 1998, afin de
mieux restituer le contexte.
La figure de Simón Bolívar
La figure de proue de la Révolution vénézuelienne, omniprésente dans
la symbolique comme dans les discours, est Simón Bolívar, le
"Libertador". Simón Bolívar fut l'un des dirigeants du mouvement
indépendantiste au début du XIXème siècle, et il a grandement
contribué à la libération de 6 pays: Vénézuela, Colombie, Pérou,
Panama, Bolivie et Équateur.
Simón Bolívar est une figure extrêmement populaire au Vénézuela, et ce
bien avant l'arrivée de Chávez au pouvoir. Les places principales des
villes portent son nom et sa statue, la monnaie porte son nom, ... Il
s'agit d'une figure concentrant, en quelque sorte, les rôles que
Vercingétorix, Robespierre et De Gaulle jouent dans la culture
Nous reviendrons par la suite sur la pensée de Simón Bolívar, avec
La dictature, 23 de Enero
De 1908 à 1958, le Vénézuela fut dirigé par une succession de
gouvernements militaires autoritaires, jusqu'au 23 janvier (23 de
Enero) 1958, où un soulèvement populaire, issu d'un quartier populaire
de la capitale qui porte aujourd'hui le nom de 23 de Enero, força le
dictateur Marcos Pérez Jiménez à s'enfuir.
Le pacte de Punto Fijo
De 1958 à 1998 le Vénézuela a été gouverné par une démocratie
représentative, avec une particularité locale: les deux principaux
partis (AD, social-démocrate et COPEI, démocrate-chrétien) ont signé
en Octobre 1958 un pacte, le Pacte de Punto Fijo, organisant la
séparation du pouvoir et l'alternance entre les deux partis.
Les deux partis se sont donc partagés le pouvoir pendant 40 ans,
appliquant les mêmes politiques, et furent incapables d'éradiquer
l'analphabétisme ni l'extrême pauvreté d'une grande partie de la
population, y compris lorsque le choc pétrolier fit rentrer
massivement de l'argent dans le pays.
Le Caracazo et le 4F
En février 1989, le président Carlos Andrés Pérez est élu sur un
programme de gauche. À peine arrivé au pouvoir, trahissant ses
promesses, il accepte un plan d'ajustement structurel du FMI, coupant
les rares aides sociales et les subventions aux transports en commun.
La population de Caracas se révolte; le président envoi l'armée
réprimer la foule, entre 1000 et 3000 personnes sont tuées.
Après ces évènements, un groupe de sous-officiers issus des classes
populaires, dirigés par un dénommé Hugo Rafael Chávez Frias, fidèles à
l'esprit de Simón Bolívar qui disait "maudit soit le soldat qui tourne
son fusil contre le peuple", décide que le gouvernement ne mérite plus
leur soutien. Le temps de s'organiser, et d'attendre d'être promus
Lieutenant-Colonel pour avoir des troupes sous leurs ordres, et le 4
Février 1992, les militaires du "Mouvement Bolivarien Révolutionnaire
200" tentent de renverser le gouvernement.
Le coup d'État échoue, principalement à cause d'une trahison, et
Chávez est fait prisonnier. Afin d'éviter une effusion de sang, il
prend la parole à la télévision, assumant l'entière responsabilité de
ses actes, acceptant la défaite "por ahora" ("pour l'instant") et
demandant à ses troupes de se rendre sans combat.
Le plus surprenant dans ces évènements est l'attitude du peuple.
Personne ne se mobilise pour défendre la démocratie. Personne ne fête
l'échec du coup d'État. Au contraire, ce que le peuple retient c'est
le "por ahora". Et les seules manifestations qui ont lieu demandent la
libération d'Hugo Chávez et des militaires rebelles.
En 1993, Carlos Andrés Pérez est destitué pour corruption. Le nouveau
Président, cédant à la pression populaire, amnistie les rebelles.
J'étais au Vénézuela quelques jours avant le 4 février cette année, et
à l'heure actuelle, le 4F est considéré par une grande partie des
Vénézueliens comme une date importante nommée par le peuple "le jour
de la dignité", un jour de fête, le début de la fin du système de
Punto Fijo, et aucunement comme un jour sombre.
Le premier mandat de Chávez
Dans cette partie, je vais résumer les étapes principales du premier
mandat d'Hugo Chávez, avant d'en considérer certains aspects plus en
L'élection de Chávez et la nouvelle Constitution
En 1994, Hugo Chávez est libéré. Il s'engage alors dans la lutte
politique. En 1998, malgré l'opposition des médias et l'alliance des
partis de Punto Fijo, Chávez gagne confortablement l'élection
présidentielle, élu avec 56% des voix au premier tour.
Il s'attaque alors à l'une de ses principales promesses électorales:
en finir avec la IVème République, celle de Punto Fijo, et convoque
une Assemblée Constituante. Son parti, le MVR, et les partis alliés
remportent l'élection de l'Assemblée Constituante, qui rédige alors
une nouvelle Constitution, elle-même largement approuvée par
Le plan Bolívar 2000
Le gouvernement Chávez souffre de graves problèmes: une dette
extérieure énorme et une corruption endémique héritées des
gouvernements précédents, une administration hostile (en effet, AD et
COPEI ont placé leurs propres hommes dans les administrations pendant
40 ans), un entourage parfois peu fiable (nombre des soutiens
officiels de Chávez sont en fait des arrivistes qui ont senti le vent
tourner), l'absence de cadres sur lesquels compter (le MVR est un
parti tout jeune, sans expérience et sans histoire).
Face à tous ces problèmes, la première action sociale du Président
Chávez est le Plan Bolívar 2000, lancé en 1999, qui consiste à
utiliser l'armée pour répondre à l'urgence sociale: ravitaillement,
vaccinations, réhabilitation d'écoles et de cliniques, ... L'armée est
en effet la seule force sur laquelle Chávez, qui la connaît bien pour
en être issu, peut compter.
L'action la plus spectaculaire du Plan Bolívar 2000 est son
intervention après les inondations et glissements de terrains qui ont
ravagés les bidonvilles de Caracas en Décembre 1999. Pour la première
fois, un gouvernement s'est préoccupé du sort des habitants de ces
bidonvilles. Cette intervention est encore très présente dans les
esprits des Caracassiens.
Les décrets-lois et la reprise en main de PDVSA
La deuxième phase de l'action d'Hugo Chávez est la promulgation, en
2001, de 49 décrets-lois, en particulier la Loi sur les Terres
(permettant aux petits paysans de récupérer les terres inutilisées
possédées par les latifundistes), la Loi sur la Pêche (protégeant les
zones côtières contre la pêche intensive afin de favoriser les petits
pêcheurs et de protéger la biodiversité) et la Loi sur les Terres
Urbaines (permettant aux habitants des bidonvilles d'obtenir des
titres de propriété pour leurs maisons construites sur le tas).
En Avril 2002, Hugo Chávez décide de reprendre le contrôle de PDVSA,
l'entreprise nationale de pétrole, qui était entre les mains d'une
oligarchie pétrolière, gérant l'entreprise publique comme une
entreprise privée et organisant un détournement massif d'argent (plus
de 20 milliards de dollars disparaissaient des comptes de PDVSA chaque
année). Il décide alors de virer la direction de PDVSA, comme peut le
faire tout chef d'État ou de gouvernement vis à vis d'une entreprise
Le coup d'État de la grève patronale
L'opposition décide alors de tenter un coup d'État, dont les détails
sortent du cadre de cet article. Pour résumer, le 11 avril 2002, des
tireurs d'élite de l'opposition ouvrent le feu sur des supporters
d'Hugo Chávez, et quelques uns tentent de riposter. Les médias
privés prétendent que ce sont les supporters d'Hugo Chávez qui ont
ouvert le feu sur une marche de l'opposition, et le haut commandement
de l'armée se retourne contre le Président Chávez, menaçant de
bombarder Miraflores, le palais présidentiel, si celui-ci ne
démissionne pas. Chávez accepte de se constituer prisonnier pour
éviter un bain de sang, mais refuse de démissionner. Les médias
privés affirment pourtant le contraire.
Pedro Carmona, le président de la principale organisation patronale
vénézuelienne, se proclame alors Président, suspend les garanties
constitutionnelles, dissout le gouvernement, l'Assemblée, la Cour
Suprême, et annule la Constitution de 1999, pourtant approuvée par
Dès le 12 avril, le peuple manifeste son mécontentement. Carmona
envoie la police contre la foule, faisant des dizaines de morts. Le 13
avril, la nouvelle comme quoi Chávez n'a pas démissionné a atteint les
bidons villes, et des millions de personnes envahissent les rues de
Caracas. L'armée refuse de tirer sur ceux qu'elle a aidé pendant le
Plan Bolívar 2000, sur une foule criant "soldado, hermano, tu tambien
eres bolivariano !" ("soldat, frère, toi aussi tu es bolivarien").
Pedro Carmona est alors contraint de fuir, et Hugo Chávez revient
triomphalement à Miraflores.
Après l'échec du coup d'État, l'opposition tente une grève patronale
(ce qu'on appelle un lock-out, et qui est interdit en France, par
exemple). Les cadres de PDVSA sabotent la production pétrolière, en
particulier en détruisant des données dans le système informatique de
l'entreprise. Les supermarchés restent fermés, sauf les plus chers
d'entre eux. Les sabotages de PDVSA coûteront au pays plus de 10% de
son PIB, et la fermeture des magasins rendra encore plus difficile la
vie des plus pauvres. Pour se rendre compte de la situation, peut-être
qu'une anecdote qu'on m'a racontée sur place serait appropriée: au
plein coeur de la grève patronale, Chávez visite un bidonville de
Caracas, et voit une mère de famille en train de cuisiner deux carottes
et un morceau de lard dans une marmite. Étonné, puisque tout le
bidonville n'est plus approvisionné en gaz depuis le début du
lock-out, il lui demande comment elle a allumée son feu. La dame lui
répond qu'elle fait brûler les lattes de son lit. Voyant l'air
horrifié du Président, et craignant le pire, elle ajoute tout de
suite: "Ah, mais, Commandante, je brûlerai ma maison s'il le faut pour
nourrir mes enfants, mais vous, ne cédez pas ! C'est nous qui vous
avons élu, et nous ne vous autorisons pas à baisser les bras !"
La grève patronale sera elle aussi un échec.
Le référendum révocatoire et la réélection de Chávez
En 2004, l'opposition tente une nouvelle fois de renverser Chávez, de
manière légale ce coup-ci: en utilisant le référendum révocatoire,
mesure créée par la Constitution de 1999. Cependant, Chávez gagne le
référendum avec 59% des voix, puis il est réélu en décembre 2006, au
premier tour, avec plus de 62% des voix, dans une élection validée par
des observateurs internationaux (OEA, Centre Carter, Union Européenne,
Suite à cette victoire éclatante, et fort d'un soutien populaire
rarement égalé dans le monde, Hugo Chávez entreprend de faire ce qu'il
avait promis pendant sa campagne: approfondir la Révolution
Bolivarienne, et avancer vers ce qu'il appelle le "Socialisme du
XXIème siècle".
Le Vénézuela, une dictature ?
Les médias, vénézueliens comme occidentaux, aiment à dépeindre le
Vénézuela comme étant une semi-didacture. Voyons ce qu'il en est.
Rappels de la Constitution
Tout d'abord, le Vénézuela est régit par une Constitution, rédigée par
une Assemblée Constituante (ce qui n'est pas le cas en France), et
validée par un référendum (ce qui n'est pas le cas dans beaucoup
d'autres pays, pourtant considérés comme des démocraties).
Le texte de la Constitution est disponible en version originale sur
http://www.constitucion.ve/ et en version française sur
http://www.constitucion.ve/constitucion_view_fr/view/ver_arbol.pag ;
par soucis de concision, je ne ferai des citations que très
brèves. Les titres I et III sont les plus intéressants à lire.
Cette Constitution offre un très grand nombre de garanties, en
particulier, l'article 23 donne « supériorité constitutionnelle » aux
« traités, pactes et conventions relatifs aux droits de l'homme ».
Plus rare, et plus important, l'article 25 mérite une citation
complète: « Tout acte pris dans l'exercice du Pouvoir Public qui viole
ou amoindrit les droits garantis par la Constitution et la loi, est
nul, et les fonctionnaires publics, hommes ou femmes, qui l'ont
ordonné ou l'exécutent engagent leur responsabilité pénale, civile et
administrative, selon le cas, sans l'excuse des ordres supérieurs. »
Ce même thème de la responsabilité pénale d'un fonctionnaire ne
respectant pas les droits constitutionnels est repris aux articles 45,
46 et à de nombreux autres endroits du texte.
La peine de mort y est interdite à l'article 43, et les peines de
prison limitées à 30 ans dans l'article 44. Le secret des
communications privées est garanti par l'article 48, les droits
d'association et de manifestation sont garantis par les articles 52 et
53, la liberté syndicale et le droit de grève par les articles 95 à
97, et la liberté d'expression par les articles 57 et 58, puis par les
articles 67 et 68. Un point intéressant à noter est la fin de
l'article 57, qui spécifie « Les fonctionnaires publics peuvent rendre
compte des affaires sous leurs responsabilités sans aucune censure.
», alors que le "devoir de réserve" est souvent la norme.
Le droit de vote pour les étrangers est reconnu aux élections
municipales et "régionales" (au niveau des États, puisque le Vénézuela
est un État fédéral), par l'article 64. Mais la grande spécificité de
la Constitution Bolivarienne est le référendum d'initiative populaire.
Celui-ci se compose de plusieurs points:
le référendum révocatoire (article 72) : au milieu de son mandat, tout élu peut faire l'objet d'un référendum pour savoir s'il doit être révoqué ou non ;
le référendum abrogatoire (article 74) : toute loi peut être soumise à un référendum pour être abrogée, si une pétition de 10% du corps électoral le demande.
La suite du titre III garanti un grand nombre de droits économiques et
sociaux, comme le droit à la santé, le droit à l'éducation, le droit
au travail (et non le "droit de travailler"...), la protection
économique des enfants, des personnes âgées ou handicapés, le droit au
logement, et un grand nombre de points de droit du travail (journée
limitée à 8h, assurance chômage, ...). Les droits des peuples
indigènes sont aussi protégés (chapitre VIII).
Certaines dispositions du chapitre IX sur l'environnement sont
intéressantes, en particulier l'article 127 qui impose à l'État de
protéger la biodiversité et interdit le brevetage du génome, et
l'article 129 qui interdit « la fabrication ou l'usage des armes
nucléaires, chimiques ou biologiques ».
Enfin, dernier point important, le Titre IX sur la réforme
constitutionnelle rend la modification de la Constitution possible,
mais impose, pour chacune des trois méthodes évoquées (amendements,
réforme ou Constituante) un référendum afin de les valider, rendant
impossible toute modification sans le consentement du peuple.
Sans aucun doute, il s'agit bien de l'une des Constitutions les plus
progressistes du monde (voir peut-être même la plus progressiste).
Un peuple politiquement actif
L'un des points qui m'a le plus surpris dans mon voyage à Caracas,
même si je m'y attendais un peu, c'est le niveau d'implication
politique du peuple. En Amérique Latine (au moins en Équateur et au
Vénézuela, je n'ai pas été ailleurs), il est fréquent d'afficher ses
opinions politiques sur sa voiture, sur sa fenêtre, sur son t-shirt,
... Il est d'ailleurs assez surprenant de voir le nombre de kiosques à
journaux qui présentent, entre deux "Une" profondément anti-chavistes,
une grande affiche en faveur du Président, les vendeurs de journaux
étant majoritairement favorables au président tandis que les journaux
lui sont très majoritairement hostiles.
On ne compte pas non plus le
nombre de fresques, souvent très élégantes d'ailleurs, à caractère
politique qui décorent les murs de la ville. Les slogans écrits sur
les murs, les affiches, sont omniprésents, même plus d'un mois après
l'élection (aussi bien pour Chávez que pour l'opposition, suivant les
quartiers). Là encore, il s'agit d'un phénomène typiquement latino, certes.
Mais les conversations politiques sont aussi fréquentes, y compris avec des
étrangers. En prenant en photo, à Los Chaguaramos, une plaque
commémorative de l'assassinat de Danilo Anderson, le juge enquêtant
sur le coup d'État d'avril 2002, une personne aisée m'a interpellé en
prétendant qu'il s'agissait d'"una mentira" (un mensonge), et d'autres
vénézueliens se sont mis à la contredire, j'avoue ne pas avoir tout
compris, mais visiblement, ce genre de débats sont fréquents.
Le point le plus étonnant de l'implication politique des
vénézueliens est leur niveau de connaissance des lois et de la
Constitution. Nous sommes en Amérique Latine, et les vendeurs de rue
sont monnaie courante. Ils vendent des chapeaux, des jus de canne à
sucre ou de noix de coco, des CDs, des bouteilles d'eau, louent des
téléphones portables, ... Mais il y a aussi ceux qui vendent la
Constitution et les textes de loi ! Et les gens achètent.
Vu le grand nombre de droits affirmés par la Constitution, et les
articles comme le 25 qui créent la responsabilité pénale des agents du
gouvernement en cas de violation de ces droits, on pourrait se dire
que le gouvernement se serve de ce texte pour se donner bonne
conscience, mais fasse son possible qu'il reste ignoré.
Mais c'est tout le contraire, en application de la citation de Simón
Bolívar qui décore un mur de la station de métro "Ciudad
Universitaria": « Quand le peuple, grâce à l'éducation, connaîtra ses
droits et ses devoirs, alors nous aurons consolidé la République. »
Dans son émission dominicale, Allo Presidente !, Hugo Chávez passe
parfois une heure à prendre un morceau de la Constitution, le lire,
l'analyser, l'expliquer. Le site http://www.constitucion.ve/ réalisé
par le gouvernement est vraiment surprenant. On y trouve une
Constitution avec chaque article illustré d'une petite bande dessinée,
des vidéos de Simoncito (un petit garçon représentant Simón Bolívar
enfant) expliquant pour les plus jeunes le contenu de certains
articles (en particulier l'article 25), des jeux et des quizz pour
vérifier sa connaissance de la Constitution, ...
Quel autre gouvernement au monde en fait autant pour essayer que le
peuple prenne conscience de ses droits, et se saisisse de la politique
Un autre point à noter est l'évolution de la participation aux
élections au Vénézuela. 1993: 5.8 millions de votant; 1998 (première
élection de Chávez): 6.5 millions de votant; référendum révocatoire de
2004: 9.7 millions de votant; 2006 (réélection de Chávez): 11.7
millions de votant. Le nombre de votant a plus que doublé en 13 ans,
et ce n'est pas uniquement l'effet de la démographie (qui est certes
non négligeable, dans un pays à la population jeune). Chávez a reçu
plus de voix le 3 décembre 2006 que l'ensemble des votes lors de sa
première élection de 1998.
Je n'ai vu à Caracas aucun signe d'un État policier. La présence de la
police métropolitaine (dépendant de la mairie de Caracas) et de la
Garde Nationale (équivalent de la Gendarmerie Nationale, dépendant de
l'armée) est comparable à celle que l'on peut trouver dans d'autres
capitales, sans doute même moins présente qu'à Paris.
Contrairement à la police française, je ne les ai vu se livrer à des
contrôles "au hasard" (et encore moins au faciès), leur présence est
surtout concentrée dans les zones fréquentées comme le Boulevard
Sabana Grande, le centre commercial Chacaito, ou le métro, et tout
semble indiquer qu'ils se contentent d'effectuer leur mission de
maintien de l'ordre public, nécessaire surtout dans une ville à taux
de criminalité élevée comme Caracas.
En particulier, j'ai peu vu de présence policière dans les quartiers
riches tels qu'Alta Mira, qui sont pourtant les fiefs de l'opposition
à Chávez, et donc les quartiers à surveiller par une hypothétique
"police politique".
Un autre détail, qui n'est certes qu'un détail, mais contribue à
démonter l'hypothèse d'un État policier: bien que la consommation de
cannabis soit interdite au Vénézuela, il est fréquent de croiser un
groupe d'étudiants assis sous un arbre avec un joint dans le campus de
l'Université Centrale.
La propagande d'État
Il est vrai que la propagande d'État est assez présente au
Vénézuela. On voit, dans les rues et les stations de métro de Caracas,
beaucoup d'affiches officielles. Ces affiches n'appellent pas
directement à voter pour Chávez, les seules affiches officielles
concernant directement l'élection que j'ai vues étaient des affiches
contre la violence ("quelque soit votre candidat, dites non à la
violence et respectez la Constitution"), ou incitant à s'inscrire sur
Les affiches de propagande officielle sont de deux types: il y a tout
d'abord les affiches, comme en France, des campagnes de
sensibilisation contre le tabagisme, pour le port de la ceinture de
sécurité, contre les excès de vitesse, pour l'allaitement maternel,
... Le deuxième type d'affiches officielles est plus politique, il
s'agit des "dicho y hecho" ("dit et fait"). Une série d'affiches
vantant les réalisations du gouvernement bolivarien, le nombre de
kilomètres de routes asphaltées, le nombre de personnes alphabétisées,
le nombre de stations de métro ouvertes, le nombre de cliniques
populaires crées, le nombre d'universités créées, et ainsi de suite,
avec à chaque fois les slogans "dicho y hecho" et les deux logos que
l'on peut voir partout: celui du gouvernement "Gobierno Bolivariano de
Venezuela", et le "Venezuela ahora es de todos" (le Vénézuela est
maintenant à tous).
Certes, ces affiches sont clairement en faveur du gouvernement, mais
elles ne font que communiquer sur ce que le gouvernement a réalisé. Si notre
gouvernement voulait faire la même chose, il n'aurait pas grand chose
à dire... à part la baisse du nombre de morts sur la route, et des
chiffres du chômage tellement trafiqués que l'INSEE refuse de les
Les médias privés et l'affaire RCTV
Les médias privés eux, sont dans leur quasi-totalité contrôlés par
l'opposition. Leur opposition au gouvernement est frontale et totale,
allant de la désinformation pure et simple aux appels au meurtre, en
passant par le soutien actif à la tentative de coup d'État.
Parmi eux, se trouve RCTV, une chaîne de télévision. Au Vénézuela, les
fréquences de télévision hertzienne, ressource limitée, appartiennent
à l'État, qui accorde des concessions pour des durées limitées, de 20
ans. La concession de RCTV arrive à expiration, et Hugo Chávez a
décidé de ne pas la renouveler, à cause des mensonges répandus par
cette télévision, et surtout du soutien au coup d'État. On l'accuse de
censure. Pourtant, aucun membre de la direction de RCTV n'a été
poursuivi pénalement pour avoir soutenu le coup d'État. La concession
n'a pas été annulée avant son terme. Et RCTV pourra continuer à
émettre sur le câble et par satellite, sans la moindre censure. Ne
serait-ce pas plutôt du laxisme ?
En France, pour avoir simplement montré l'assassinat de Jacques Chirac
dans un sketch présenté comme humoristique et possédant la mention
"Réalisé avec trucage", le Vrai Journal a été suspendu pendant 3
semaines par le CSA. Est-ce qu'on peut imaginer quelle serait la
réponse si PPDA appelait ouvertement au meurtre de Jacques Chirac, ou
s'il affirmait, en l'absence de la moindre preuve, que ce dernier a
démissionné ? Probablement plus qu'un simple non-renouvellement d'une
bande de fréquence...
Face aux médias commerciaux, le gouvernement possède quelques médias
publiques, en particulier VTV, la chaîne gouvernementale et TeleSUR,
le concurrent de CNN lancé par Hugo Chávez avec la participation
d'autres gouvernements latino-américians (Vénézuela, Argentine, Cuba,
Uruguay, Bolivie).
Mais surtout, le gouvernement a décidé de légaliser, et d'encourager,
les médias alternatifs ou "communautaires". Ces médias (surtout des
radios, mais aussi quelques télévisions locales) sont produits
directement par la population locale. Le gouvernement leur fourni des
moyens (en particulier le matériel nécessaire pour l'enregistrement,
le montage et la diffusion), sans en contrôler le contenu. Ces médias
servent d'abord à montrer la réalité telle qu'elle est, de
l'intérieur, chose que ne font pas les médias commerciaux. Ils
permettent aussi l'expression d'artistes (musiciens, réalisateurs de
courts-métrages, ...) qui ne sont pas acceptés par les médias
Ces médias sont favorables au processus bolivarien (le fait qu'ils
aient été réprimés pendant la IVème République et que Chávez les a
non seulement légalisés, mais aussi encouragé n'y est pas pour rien),
mais il s'agit d'un soutien critique, qui n'hésite pas à dénoncer les
lacunes du processus, à critiquer un élu local incompétent ou corrompu
même s'il est "chaviste". Ces médias servent aussi à permettre aux
populations locales d'exprimer leur besoin et leurs attentes, attentes
qui peuvent alors être prises en compte par le gouvernement.
Au niveau national, une chaîne de télévision fonctionne sur le mode
des médias alternatifs, il s'agit de ViVe TV. Pour l'anecdote, lorsque
Blanca Eekhout (animatrice de Catia TV, une des premières télévisions
communautaire, recrutée ensuite par Chávez pour présider ViVe TV)
demanda à Hugo Chávez jusqu'où ils peuvent aller dans la critique du
gouvernement, il répondit: « La critique est nécessaire au
processus. Tout ce que je vous demande, si jamais vous voulez diffuser
une information pouvant faire tomber mon gouvernement, c'est de me
prévenir une heure avant. »
Quelques désinformations récentes
Une série de campagnes de désinformation ont eu lieu récemment, autour
de trois thèmes: la "Ley Habilitante", Chávez "président à vie", et le
"parti unique". Voyons ce qu'il en est.
Un point qui a fait couler beaucoup d'encre récemment est la "Ley
Habilitante" votée au début du mois de février 2007. Cette loi donne à
Chávez et à son gouvernement le pouvoir de légiférer par décret,
pendant un temps limité (18 mois), et sur un certains nombres de
Par un pur hasard de calendrier, il se trouve que j'étais à la place
Simón Bolívar le jour même où cette loi fut votée, en plein air. Oui,
en plein air. Comme l'Assemblée l'avait déjà fait pour d'autres lois
jugées fondamentales (la loi cadre contre la violence faite aux
femmes, et la loi cadre sur les droits des personnes handicapées),
l'Assemblée siège et délibère en plein air, dans la place centrale de
Je n'étais porteur d'aucun signe distinctif de chavisme, blanc comme
un *escuálido* $$les chavistes appellent leurs opposants, souvent
beaucoup plus blancs que la majorité des habitants, les escuálidos, ce
qui signifie les squelettes$$, et je n'ai eu aucun mal à m'approcher
des députés. Les quelques gardes nationaux présents, peut-être une
vingtaine, semblaient décontractés, et je ne les ai vu stopper
personne. N'importe quel opposant aurait pu, s'il l'avait voulu, faire
comme moi et être présent sur place. Lorsque j'ai essayé de monter sur
le socle de la statue de Bolívar pour avoir une meilleur vue de la
scène, un Garde National m'a demandé de ne pas le faire, mais sans la
moindre trace d'hostilité.
L'Assemblée a donc lu, publiquement, le texte de la Ley Habilitante,
article par article, puis l'a voté, article par article, en demandant
à chaque fois, avant de voter, l'avis du public. Populisme ? Peut-être
un peu, mais j'aurais bien aimé voir l'Assemblée française faire ça
pour une loi importante, comme le CPE ou la réforme des
retraites... je doute fort que le public aurait approuvé la loi.
Ce "parlementarisme de rue" prend aussi d'autres formes, par exemple,
les députés se tiennent souvent à la disposition des questions ou
remarques du public sur la Place Simón Bolívar, située à quelques pas
Sur le fond maintenant, il faut savoir que cette loi ne donne en rien
les "pleins pouvoirs" à Chávez. Elle lui donne le pouvoir de
promulguer des lois, mais ces lois doivent respecter la
Constitution. Il ne peut pas dissoudre l'Assemblée, il ne peut pas
changer la Constitution, il ne peut pas revenir sur les garanties
constitutionnelles évoquées plus haut, il ne peut pas dissoudre les
partis d'opposition, allonger son mandat, ni quoi que ce soit du même
Certes, concentrer le pouvoir dans les mains d'un seul homme n'est pas
souhaitable dans l'absolu, et je ne suis pas favorable à ce genre de
lois, pas plus qu'à l'article 49-3 de la Constitution française, par
exemple. Mais qu'on ne dise pas qu'il s'agit des pleins pouvoirs, Le
gouvernement Chávez a beaucoup moins de pouvoirs actuellement que le
gouvernement français n'en avait de 2002 à 2004, lorsque, possédant
une majorité large dans les deux Assemblées, l'UMP et l'UDF pouvaient
à eux seuls modifier la Constitution comme ils le voulaient.
Chávez, Président à vie ?
Voyons maintenant le mythe de Chávez président à vie. Ce que Chávez a
proposé est d'organiser un référendum pour savoir s'il pourrait se
présenter une troisième fois (puisqu'actuellement, la Constitution
limite à deux le nombre de mandats pour un Président). Tout d'abord,
il faut savoir qu'en France, comme dans beaucoup d'autres pays, le
Président peut se représenter autant de fois qu'il le veut. Personne
n'a dit que Chirac était "président à vie" pour autant. Si Mitterrand
n'avait pas été malade, il se serait sans doute représenté en 1995, et
aurait pu rester Président pendant 21 ans. Personne n'a été scandalisé
par ça, que je sache.
L'autre point que ses opposants tentent d'oublier est le nombre
d'élections que Chávez devra gagner, pour rester Président un mandat
de plus (donc, 20 ans au total, ce qui est plus long, mais dans le
même ordre de grandeur que les 14 ans de Mitterrand), il faudrait qu'il
gagne le référendum révocatoire de 2009-2010 (si l'opposition souhaite
en organiser un), le référendum afin de changer la Constitution, qu'il
soit réélu en 2012, et enfin qu'il gagne le référendum révocatoire de
2015-2016. Lui-même a déjà gagné 4 élections (1998, 2000, 2004 et
2006) (et une dizaine si on compte les élections remportées par son
camp, législatives, élections locales, ...). Qu'un président puisse
rester 20 ans au pouvoir, s'il doit gagner au total 8 élections
(presqu'une tous les deux ans), ne me choque pas spécialement.
Le problème ne serait-il pas plutôt quand, comme c'est le cas chez
nous (et dans beaucoup d'autres pays européens) depuis 1981, les
sortants sont toujours battus aux élections (si Mitterrand et Chirac ont
été réélus en 1988 et 2002, c'est en grande partie parce qu'on sortait
d'une cohabitation, et c'est donc bien le gouvernement sortant qui a
été battu) ?
Parti unique, ou parti uni ?
La dernière désinformation en date concerne le "parti unique" que
Chávez est supposé vouloir créer. En réalité, il s'agit d'un "partido
unido" (parti uni), et non d'un parti unique. La différence est
énorme. Ce que Chávez veut faire c'est unifier les différentes
formations, très nombreuses, qui le soutiennent (les quatre
principales étant le MVR, Podemos, le PPT et le PCV). La division en
interne est un fléau (la gauche antilibérale française en est hélas
une triste preuve...), dénoncé d'ailleurs en son temps par Simón
Mais ce parti uni ne vise en rien à interdire les différents partis
d'opposition, que ce soit les vieux partis AD et Copei, ou les partis
plus récents comme Primero Justicia (pourtant créé et financé par le
NED, officine dépendant directement du Congrès des États-Unis).
Les grandes politiques bolivariennes
La principale politique connue du gouvernement bolivarien consiste en
une série de missions, principalement sociales, visant à résoudre les
problèmes les plus immédiats de la société vénézuelienne.
La paralysie de l'administration traditionnelle (sous l'effet cumulé
de la bureaucratie, de la corruption et de l'hostilité de beaucoup de
fonctionnaires mis en place par les gouvernements précédents) a forcé
Hugo Chávez à la contourner, et à créer des missions sociales,
alimentées directement par l'argent de PDVSA, et cogérées par les
Les missions d'éducation
L'éducation est une grande priorité du gouvernement d'Hugo Chávez, et
se décline en toute une série de missions:
la mission Robinson, mission d'alphabétisation lancée en 2003, et qui a accompli ses objectifs en 2005, le Vénézuela ayant été déclaré "territoire libre d'analphabétisme" par l'UNESCO (alors qu'il y avait plus d'un million d'analphabètes à l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chávez) ;
la mission Ribas, dont l'objectif est d'amener la quasi-totalité des vénézueliens à un niveau baccalauréat. Plus de 400 000 adultes ayant du abandonner l'école pour des raisons économiques ou personnelles ont déjà obtenu leur baccalauréat grâce à la mission Ribas ;
la mission Sucre, visant à fournir à tout vénézuelien le désirant une éducation supérieure de qualité. C'est dans ce cadre que 10 universités bolivariennes, totalement gratuites, ont été ouvertes il y a peu ;
la mission Vuelvan Caras, visant à fournir une formation professionnelle, orientée vers une économie sociale (à base de coopératives) et respectueuse de l'environnement, qui a déjà donné une formation professionnelle à 288 000 personnes, et a conduit à la création de plus de 4000 coopératives ;
la mission Negra Hipólita dont l'objectif est de venir en aide sur tous les fronts (éducatif, alimentaire, social, psychologique, ...) aux enfants et adolescents vivant dans la rue (dans un premier temps, la mission sera étendue aux adultes par la suite), dépendant à la drogue ou de manière générale en situation d'exclusion. Cette mission est plus récente et bien plus délicate que les précédentes, et les résultats moins spectaculaires, mais plus d'un millier de jeunes en situation d'exclusion totale ont été réinsérés dans la société ;
la mission Ciencia, dont l'un des objectifs est "l'alphabétisation numérique" de la population, via la création de centres de connexion à Internet gratuits, et via des cours d'informatique, avec un accent tout particulier mis sur les logiciels libres (tous les postes de la Mision Ciencia sont équipés de GNU/Linux).
La deuxième grande série de missions sociales concerne la santé, avec
principalement les missions Barrio Adentro.
Pour bien se rendre compte de l'absurdité de la situation au Vénézuela
avant l'arrivée d'Hugo Chávez, voici une histoire vraie, qui est
arrivée à un français vivant à Caracas. Un de ses amis était venu pour
passer Noël avec lui, et il attrapa la dengue hémorragique. À la
clinique, le médecin lui expliqua qu'il lui faudrait oublier son
réveillon: il devait être soigné en urgence, ou qu'il risquait de
mourir. Mais que, bien sûr, ils ne le soigneraient pas tant qu'il
n'aurait pas payé. Les deux français, n'ayant pas suffisamment
d'argent sur eux, essayèrent de négocier de pouvoir payer plus tard,
mais qu'ils commencent à soigner le malade tout de suite. Hors de
question. Et voilà le français vivant à Caracas forcé d'appeler un
taxi, de courir trouver un distributeur de billets opérationnel (chose
assez rare à Caracas, surtout à cette époque), et de revenir à la
clinique au plus vite, espérant que son ami ne serait pas mort entre
temps, faute d'avoir eu assez d'argent sur lui...
La première mission Barrio Adentro fut créée en suite logique du Plan
Bolivar 2000. Lors des inondations à Caracas, de nombreux médecins
cubains sont venus prêter main forte au Plan Bolivar 2000, comme à son
habitude, Cuba envoyant de l'aide aux sinistrés. Mais une fois
l'urgence passée, les habitants de Caracas ayant reçu de l'aide des
médecins cubains manifestèrent contre leur départ. Hugo Chávez
négocia alors avec Cuba un échange "médecins contre pétrole",
fournissant du pétrole bon marché à Cuba, en échange de quoi Cuba
envoya au Vénézuela plus de 20 000 médecins.
Ces médecins furent installés dans les barrios (les bidonvilles), où
ils dispensent des consultations gratuites. Cette première mission,
Barrio Adentro I, fut un succès total, et des millions de vénézueliens
ont pu se faire soigner pour la première fois.
Ensuite, le gouvernement lança la mission Barrio Adentro II, visant à
créer des centres de soins de haute technologie, en particulier des
Centres de Diagnostique Intégral équipés de tous les moyens modernes
de diagnostic. Plus de 600 centres, de taille et d'équipement divers,
ont été ouverts dans tout le pays, toujours totalement gratuits.
Puis vint Barrio Adentro III, visant à réhabiliter les 300 hôpitaux
publiques existants, mais laissés à l'abandon par les gouvernements
précédents, et à leur permettre d'offrir des soins gratuits.
Enfin, Barrio Adentro IV vise à la création de nouveaux hôpitaux
d'ultra-haute technologie, comme l'Hôpital Cardiologique Infantile de
Caracas qui a ouvert il y a peu.
Deux autres missions sont aussi à noter, dans le cadre des missions de
santé, il s'agit de la mission Milagro visant à redonner la vue à des
personnes atteintes de formes curables de cécité, et de la mission
Sonrisa visant à fournir des soins buco-dentaires aux populations
défavorisées, en particulier des prothèses dentaires aux personnes
Le nom, Mision Milagro ("Mission Miracle") semble pompeux, mais
lorsqu'on a entendu quelques témoignages de personnes ayant bénéficié
de cette mission, il s'agit bien d'un "miracle". En effet, pour ces
personnes défavorisées, vivant dans la misère, depuis toujours ignorées
par le pouvoir, ayant perdu la vue, se voir proposer, subitement, et
sans le moindre coût, de leur rendre la vue, qu'est-ce d'autre ? Pour
cette grand-mère qui a pu voir le visage de ses petits-enfants pour la
première fois, ou pour ce petit garçon, émerveillé de savoir enfin de
quoi ses camardes parlent quand ils disent "rouge" et "bleu", il
s'agit bien d'un "miracle".
La mission Mercal
La Mision Mercal trouve ses débuts dans la grève patronale de l'hiver
2002-2003. Le pays paralysé par le lock-out, le gouvernement décide
d'organiser la vente de produits de première nécessité, en particulier
de nourriture, avec l'aide des habitants. Le gouvernement met en place
la logistique d'approvisionnement, et au niveau local, les habitants
s'organisent pour trouver un local, et assurer la vente.
Par la suite, la Mision Mercal a évolué, et se compose de deux
parties. Tout d'abord, il y a une centrale alimentaire, la "marque"
Mercal, qui achète de la nourriture de préférence aux coopératives
vénézueliennes, et à défaut sur le marché international (du Brésil et
d'Argentine, principalement), les emballe en semi-gros (les paquets de
café font 500g ou 1kg et non 250g, les paquets de riz 2kg ou 5kg, ...),
et les revend, prix coûtant, à des dispensaires.
Ces dispensaires, la deuxième partie de la mission Mercal, sont de
deux types: les Mercal "type I", qui ne vendent que des produits
Mercal, prix coûtant, sont tenus par des fonctionnaires du Ministère
de l'Alimentation, dans des locaux appartenant à l'État. Les Mercal
"type II", eux, sont des épiceries ou supermarchés privés, qui
passent un contrat avec Mercal. Ils achètent les produits Mercal prix
coûtant, et doivent les revendre prix coûtant (donc, sans se faire de
marge). Quel est leur intérêt ? L'intérêt est que, Mercal ne
fournissant que des produits de base, ils peuvent aussi vendre
d'autres produits, et ceux-là au prix qu'ils veulent. Pour eux, les
produits Mercal servent donc à faire venir les clients.
La mission Mercal vise un triple objectif: tout d'abord, fournir des
produits de première nécessité à bas prix aux habitants, et ceci, sans
dépendre des grands groupes privés, mais aussi de fournir un prix
raisonnable aux agriculteurs (les marges du circuit de distribution
constituant l'essentiel du coût d'un produit alimentaire en
supermarché, en coupant ces marges, il est possible de fournir des
produits bon marché tout en rémunérant convenablement les
agriculteurs), et enfin, de rétablir la souveraineté alimentaire du
Vénézuela, en limitant les importations de nourriture.
Pour l'anecdote, il est surprenant de voir, sur les emballages des
produits Mercal, en guise de décoration, les articles de la
Les missions écologiques
Enfin, bien que plus récentes, les missions touchant à l'écologie
prennent de l'ampleur récemment, on peut citer:
la mission Arbol, qui vise à protéger les forêts (en particulier la forêt amazonienne) de la déforestation et à reboiser certaines zones. La spécificité de cette mission par rapport aux différentes autres tentatives d'arrêter la déforestation est qu'elle se fait en coopération avec les populations locales, en leur proposant des moyens de subsistance alternatifs à la déforestation ;
la mission Revolución Energética, qui vise à favoriser les économies d'énergie. La première action de cette mission fut la distribution gratuite, dans les barrios, d'ampoules électriques à économie d'énergie.
Le Plan Siembra Petrolera
Toutes ces mission, et la plupart des politiques du gouvernement
bolivarien, semblent parfois désarticulées ; un patchwork
d'accomplissement utiles, mais sans cohésion d'ensemble.
En fait, et je ne l'ai découvert que là-bas, il existe bien une
stratégie d'ensemble. C'est le Plan Siembra Petrolera ("Semer le
pétrole"). Le concept est simple: alors que les gouvernements
précédents, abreuvés de pétrodollars, ont négligé tout le reste
(pourquoi construire des chemins de fer, quand l'essence est à 3
centimes d'euros par litre ? pourquoi cultiver de la nourriture,
quand on peut l'acheter avec l'argent du pétrole ? et ainsi de suite),
la stratégie du gouvernement bolivarien est l'exact opposé: l'argent
du pétrole doit servir, prioritairement, à préparer l'après-pétrole.
Ainsi, le gouvernement bolivarien a lancé un grand nombre de travaux
d'infrastructure (deux nouvelles lignes de métro à Caracas, premier
"RER" entre Caracas et Los Toques, première ligne de chemin de fer en
travaux, deuxième pont sur l'Orénoque, asphaltage des routes,
agrandissement du barrage hydro-électrique sur l'Orénoque, ...), et
toutes les missions sociales, qui visent pour la plupart le long
terme: l'éducation permet de créer des richesses dans le futur, une
population en bonne santé est plus efficace, ...
La mission Mercal s'inscrit aussi dans ce plan, en diminuant la
dépendance du Vénézuela sur la nourriture étrangère (à l'arrivée de
Chávez, plus de 80% de la nourriture était importée). De même pour les
missions écologiques, qui visent à protéger l'environnement sur le
long terme, en utilisant l'argent du pétrole.
Le Plan Siembra Petrolera s'étend aussi à la culture, par exemple. À
Caracas, les musées sont gratuits ou excessivement peu chers (le musée
Simón Bolívar est gratuit, le zoo est gratuit, l'entrée au jardin
botanique coûte 30 centimes d'euros, ...), avec à chaque fois, à
l'entrée une affiche "Plan Siembra Petrolera tambien es Cultura" ("le
Plan Semer le Pétrole c'est aussi la culture").
La démocratisation du pays
Un autre pôle important de la politique bolivarienne consiste au
développement d'une démocratie participative. Nous avons déjà vu
plusieurs aspects: la Constitution Bolivarienne, qui défini un certain
nombre de moyens d'action pour le peuple, en particulier le référendum
révocatoire; les médias communautaires; l'éducation populaire et les
efforts faits pour faire connaître la Constitution; et enfin,
l'augmentation importante du nombre de votant.
Mais le processus va beaucoup plus loin. Autant que possible, lors des
missions ou des réformes (réforme agraire, loi sur les terres
urbaines, ...), le gouvernement bolivarien incite la population à
s'organiser au niveau local, à créer des coopératives, à prendre en
main l'application de la mission ou de la réforme dans son quartier.
Enfin, le dernier point fondamental de la démocratisation du pays est
la création d'assemblées de démocratie directe, nommé les Conseils
Communaux, ayant pour objectifs de guider, surveiller et conseiller
les dirigeants élus. La création des Conseils Communaux est toute
récente (lors de ma visite du quartier populaire de 23 de Enero au
début du mois de février, ils étaient justement en train d'organiser la
réunion de création de leur Conseil Communal, qui a eu lieu le
dimanche 4 février, le lendemain de mon départ), et il est très
difficile d'en tirer un bilan à l'heure actuelle, mais l'initiative
mérite d'être suivie.
Point très fortement lié au précédent, il existe au Vénézuela un
Ministère de l'Économie Populaire (le Minep). Son rôle est d'aider
(financièrement, logistiquement ou en compétences) des projets montés
par la population locale, comme la création d'un centre de formation
Vuelvan Caras, la réhabilitation d'un terrain de sport ou d'une salle
de spectacle, la réparation du système d'évacuation des eaux, ...
Les habitants (dans les Conseils Communaux, les Cercles Bolivariens,
ou toute autre organisation de quartier) doivent monter un dossier
complet, indiquant ce qu'ils veulent faire, combien ça va coûter, de
quoi ils ont besoin, et le soumettre au Minep, qui leur accorde alors
des fonds, ou leur détache un ingénieur, ...
L'une des personnes que j'ai rencontrée à Caracas, un français,
charpentier de profession, a justement monté un dossier pour le Minep,
afin de réhabiliter un bâtiment public. Non seulement le responsable
du Minep l'a reçu positivement, mais il a même insisté pour aller plus
loin encore, et de profiter de l'occasion pour, dans le cadre de
Vuelvan Caras, former quelques volontaires du quartier à la charpente.
Il avait un rendez-vous avec une personne importante du Minep et un
responsable financier de PDVSA chargé du plan Siembra Petrolera le
lundi suivant mon départ, afin de fixer les détails.
La politique étrangère du gouvernement Chávez est assez complexe, et
semble parfois contradictoire. Voyons de plus près ce qu'il en est.
Hugo Chávez est-il nationaliste ?
Hugo Chávez est un nationaliste. En tout cas, il est souvent présenté
comme tel par ses adversaires, et lui-même revendique l'être.
Pour bien comprendre la position d'Hugo Chávez, il faut se rappeler
que le Vénézuela, comme tout le reste des Amériques, a vécu des
siècles de colonisation. Le Vénézuela a gagné son indépendance au
début du XIXème siècle, il y a moins de 200 ans. Et comme toute
l'Amérique Latine, il a depuis lors été au coeur de manoeuvres de la
part de l'oncle Sam selon la doctrine Monroe. Culturellement, la
notion de "nationalisme" est donc chez eux extrêmement liée à la
notion de souveraineté, d'indépendance, de "droit des peuples à
disposer d'eux-mêmes" et donc de liberté. Au contraire, en Europe, ou
nous avons connus de très nombreuses guerres entre nations voisines,
et en particulier deux guerres "mondiales", le nationalisme est
associé à une attitude arrogante, une volonté de conquête, de
domination, et aux terribles conséquences qu'il a eu.
Il s'agit peut-être du même mot, mais il s'agit de deux concepts bien
différents, selon moi. C'est cette première forme de nationalisme,
propre à des pays colonisés pendant longtemps, que revendique Hugo
Chávez. C'est un nationalisme refusant l'ingérence extérieure,
revendiquant la pleine souveraineté du peuple Vénézuelien chez lui,
mais un nationalisme qui n'est pas hostile vis-à-vis des autres pays,
En effet, le Vénézuela se comporte de manière très généreuse vis à vis
des pays voisins, en offrant du pétrole à bas prix aux pays des
Caraïbes (Petrocaribe) touchés durement par la flambée des prix, en
rachetant une partie de la dette de pays comme l'Argentine, en offrant
de l'aide aux pays touchés par des catastrophes naturelles, et en
allant même jusqu'à donner du pétrole bon marché aux transports en
commun de villes comme Londre ou aux pauvres de pays "ennemis" comme
les États-Unis d'Amérique (un pays du tiers-monde qui aide des pays
riches, n'est-ce pas le monde à l'envers ?).
La générosité du Vénézuela est aussi illustrée par la Mision Milagro
Internacional, extension de la Mision Milgaro à tous les pays
d'Amérique Latine, ou en ouvrant gratuitement l'Hôpital Cardiologique
Infantile de Caracas aux jeunes patients des pays voisins.
Il est d'ailleurs surprenant de voir le "nationaliste" Hugo Chávez attaqué
par son adversaire, pendant la dernière campagne électorale, sur cette
aide généreuse, Manuel Rosales affirmant que le pétrole Vénézuelien
ne devrait profiter qu'aux vénézueliens !
L'ALBA et les autres formes de coopérations
Un autre aspect important de la politique vénézuelienne est le
programme d'intégration régionale. Fidèle à l'esprit de Simón Bolívar
qui a consacré une grande partie de sa vie à lutter, en vain, pour
unifier les pays qu'il a libérés, Hugo Chávez a lancé ou contribué à un
grand nombre de projets d'intégration régionale, fondés sur un esprit
L'ALBA, composé à ce jour du Vénézuela, de Cuba, de la Bolivie, et qui
sera rejoint sous peu par le Nicaragua et l'Équateur, est une
alternative aux traités de libre-échanges néolibéraux. Elle consiste
en des accords d'entraide, chaque pays offrant aux autres ce qu'il
possède, tout en refusant de se concurrencer entre pays frères.
Le Vénézuela a aussi rejoint le Mercosur, un marché commun plus
classique, mais entre pays d'un niveau de développement comparable
(Hugo Chávez est fortement opposé, à juste titre selon moi, à tout
traité de libre échange entre des pays ayant des niveaux de
développement ou de puissance trop différents, comme par exemple avec
les États-Unis).
Comme nous l'avons vu plus haut, le Vénézuela a aussi créé TeleSUR,
une télévision de pays du Sud, donnant le point de vue des pays du Sud
Enfin, plus récemment, le Vénézuela et ses partenaires sont en train de
créer une Banque du Sud, capable de réduire la dépendance des pays en
voie de développement vis à vis du FMI et de la Banque Mondiale, dont
les politiques néo-libérales ont conduit des pays comme l'Argentine à
Les liens avec les États-Unis d'Amérique
Les liens entre le Vénézuela et les États-Unis d'Amérique sont très
tendus, pour diverses raisons. Les oppositions sont frontales sur un
grand nombre de dossiers (traité de libre-échange, lutte contre le
terrorisme, légitimité du recours à la guerre, politique économique,
...), et l'implication des États-Unis dans la tentative de coup d'État
d'avril 2002, ainsi que les menaces effectuées par le gouvernement
étasunien envers les pays déclarant leur soutien au Vénézuela lors de
l'élection au Conseil de Sécurité des Nations Unies a contribué à
envenimer la situation,
Les provocations des États-Unis, comme l'organisation du plus
important exercice militaire maritime en temps de paix de leur
histoire à proximité des eaux territoriales Vénézueliennes, ont
contribué à créer au Vénézuela un climat de crainte d'agression, auquel
Chávez a réagit en créant une milice de réservistes, composée de plus
d'un million de personnes, prêtes à défendre leur pays en cas
d'agression (et après l'invasion de l'Irak, malgré l'inexistence des
armes de destruction massive, et en violation de la Charte des Nations
Unies, cette peur n'est pas totalement irréaliste).
Cependant, les États-Unis restent le premier client du pétrole
vénézuelien, et le Vénézuela continue de fournir, chaque hiver, du
fioul bon marché aux quartiers pauvres des États-Unis.
Les liens avec l'Iran
Les liens avec l'Iran sont ce qui dérange le plus un grand nombre de
personnes favorables à Hugo Chávez, moi y compris.
Certes, le régime d'Iran n'est pas considérablement pire que nombre de
dictatures qui ont, ou ont eu, le soutien de nos chères démocraties
occidentales, que ce soient les États-Unis vis à vis de régimes comme
l'Arabie Saoudite, ou les dictatures africaines soutenues par la
Certes, le Vénézuela et l'Iran sont tous les deux menacés par la même
super-puissance, super-puissance qui a déjà prouvé sa disposition à
utiliser de tous les moyens (coup d'État, terrorisme, blocus
économique, invasion, ...) pour détruire les gouvernements qu'il
désapprouve.
Certes, il serait suicidaire pour le Vénézuela et l'Iran, deux des
plus grosses réserves de pétrole du monde, et deux membres fondateurs
de l'OPEP, de ne pas s'entendre.
Certes, l'Iran, comme tout pays du monde, a le droit de posséder du
nucléaire civil, et aucun pays n'a le droit de leur interdire. De
plus, Hugo Chávez sait bien que le jour où son pays cherchera à
posséder le nucléaire civil, les États-Unis tenteront de l'en
empêcher tout comme ils tentent d'en empêcher l'Iran.
Mais tout cela ne justifie pas la proximité entre Hugo Chávez et
Mahmoud Ahmadinejad, le fait de le qualifier de "frère" ou de saluer
la "révolution" iranienne.
Le caractère expansif, typique d'un latino, d'Hugo Chávez y joue
sans doute un rôle important, mais cette explication ne me suffit pas.
Bien que tout ne soit pas parfait (le climat politique tendu conduit
parfois à de la violence des deux côtés, la corruption endémique n'a
pas disparu, les relations du Vénézuela avec des pays comme l'Iran
sont problématiques), il me semble au vu de tout cela qu'on ne peut
que rejeter la thèse omniprésente dans nos médias comme quoi le
Vénézuela serait en passe de devenir une dictature, ou comme quoi le
gouvernement d'Hugo Chávez serait inefficace.
Au contraire, nous avons là un peuple qui s'est réveillé, qui a pris
son destin en main, Hugo Chávez servant de catalyseur pour des
transformations profondes de la société vénézueliennes, désirées par
les vénézueliens eux-mêmes. On voit un gouvernement qui prend à coeur
les problèmes principaux de son peuple, qui réalise la santé et
l'éducation gratuite, qui se comporte de manière généreuse à
l'étranger, et qui inscrit ses efforts dans un plan à long terme.
On voit se dessiner au Vénézuela une alternative à une organisation
socio-économique qui répand misère, souffrance sociale et
pollution. Avec des erreurs, des imperfections, parfois des lenteurs,
certes. Mais c'est un processus innovant, quelque chose qui n'a jamais
été fait ailleurs, il est donc impossible de ne pas faire d'erreur.
Ce modèle, fondé sur le pétrole, n'est bien sûr pas transposable tel
quel ailleurs. Mais les idéaux qui le fondent (souveraineté populaire,
démocratie participative, programmes sociaux, développement des
coopératives, intégration régionale fondée sur la coopération et non
sur la concurrence, importance des enjeux à long terme), eux, sont
applicables partout.
Le jeudi 29 mars 2007, 13:57 par Xnounours
Il est intéressant ce plaidoyer pro-Chavez :)
Je par contre qu'il manque un paragraphe sur la "maladie orange" (je crois que c'est son nom) a propos de la crise économique qui, paradoxalement, a suivi le premier choc pétrolier : une arrivée massive d'argent ayant terriblement augmente les importations au détriment locale...
Le lundi 2 avril 2007, 18:08 par INSEE
Ouais, c'est interessant.
Une semaine a l'hotel la bas, et hop! on sait tout sur le pays. C'est très fort. Très très fort.
Le lundi 2 avril 2007, 18:51 par Kilobug
C'est dommage, j'étais pas à l'hôtel.
Sinon, ben euh, tu sais, se documenter tout ça, c'est possible. Mais bon, j'imagine que tu n'en as pas trop l'habitude, pour avoir ce genre de remarques.
Parce que franchement, c'est pas mal, répondre avec une ligne, purement sur la forme, fausse en plus, à un article de 8696 mots...
Le lundi 2 avril 2007, 22:40 par INSEE
Ha mais je sais que c'est possible de se documenter. Pas besoin d'aller la bas.
C'est juste que j'adore ta phrase indiquant que tu as passé une semaine la bas, comme si ça allait te garantir contre le racontage de conneries. Ce qui évidemment n'est pas le cas, quand on lit ta prose ( 9000 mots pour dire au final Chavez est mon héros, c'est un super gentil, il utilise le pétrole pour les pauvres, tu m'accorderas que ça implique qq redites.) En plus, vénérer un gars qui a les mêmes idées que Ahmadinejad, il n'y a qu'un communiste pour que n'être pas gếné.
Le mardi 3 avril 2007, 11:54 par Kilobug
Si tu parlais sur le fond, plutôt de faire des "ad hominem", des "hommes de paille" et autre sophismes, pour changer ?
Je n'ai jamais prétendu être infaillible ou tout savoir, j'ai juste dit ce qui m'avait inspiré l'écriture de cette article (une semaine passée à Caracas, dans le but de voir la Révolution Bolivarienne, s'inscrivant dans ma recherche d'informations sur le sujet depuis longtemps).
Ensuite, libre à toi de transformer ça en une "vénération" pour un homme (alors que je ne le vénère pas du tout, je le critique parfois, et de toute façon, c'est le processus et non pas l'homme qui m'intéresse), d'ignorer tous les arguments de fond et tous les faits dont je parle... mais dans ce cas, pourquoi poster un commentaire ?
Quand à Ahmadinejad, si tu avais lu ce que j'ai écrit, tu aurais su que justement, sur ce point, je ne suis pas d'accord avec Chávez. Après, bien sûr, comme d'habitude, tu te ridiculises avec une contre-vérité totale: Chávez n'a en rien les mêmes idées que lui, ils sont alliés (hélas), pour des raisons tactiques et géopolitiques, mais il y a très peu de point commun dans leurs idées.
Mais bon, j'imagine que pour toi De Gaulle et Thorez avaient les mêmes idées, puisqu'ils étaient alliés pendant la Résistance... et peut-être Churchill et Staline aussi ?
Le mercredi 4 avril 2007, 20:03 par kilobug
Quelques informations supplémentaires sur la Ley Habilitante: www.vive-fr.org/vive/arti...
Le jeudi 5 avril 2007, 23:49 par deadalnix
Le grand retour du blog de kilobug, ca fait plaisir ;).
Le mardi 29 mai 2007, 20:22 par Roland
Ca fait du bien de voir enfin quelqu'un qui essaye de dissiper le voile absolument EFFARANT de désinformation que certains milieux et médias ont créé en Europe en l'encontre du Vénézuéla !! félicitation.
Le lundi 25 juin 2007, 19:02 par Pregentil
Atterrant de complaisance vis-à-vis d'une dictature qui vient encore de frapper en muselant définitivement les media non communistes et qui met en place ses gardiens de la révolution bolivarienne sur le modèle Cubains.
Tu devrais maintenant aller visiter la Corée du Nord, tu y seras accueilli à bras ouvert et tu nous raconteras comme c'est bien.
Franchement tu m'inspires plus la pitié que la haine
Le lundi 25 juin 2007, 19:35 par kilobug
Tu devrais te renseigner avant de poster des absurdités pareilles... rien que sur les médias, tu as qu'à lire mon article, et tu verras bien qu'aucun média n'a été fermé, et que sur le réseau hertzien, il reste une majorité de chaines privées de l'opposition...
La désinformation, faut arrêter, c'est nocif pour la santé mentale.
Le mardi 26 juin 2007, 14:30 par Jo
Chouette explication simplifiée sans être simpliste, manque quelque fotos :-)
Je pense qu'il est super important que l'on parle du Vénézuela aux travailleurs, aux étudiants, ici (en Belgiques ou en France), partout où les gens sont perduadés qu'ils ne peuvent revendiquer mieux, plus de justice sociale, plus de démocratie...
Les médias et les "grands penseurs" tentent de nous convaincre que la démocratie libérale est le seul système possible, que toute volonté de changement nous plongera dans des souffrances bien pires. C'est pour cela que l'exemple du Venezuela est si important : Oui, on peut faire différement, oui des alternatives existent...
Quand au fait que tout n'est pas rose au Venezuela, bien sûr. Il existe un phénomène, dont nos livres d'école ne parlent pas beaucoup, qui s'apelle... euh... je crois, qq chose comme " La lutte des classes"...? Et bien, la classe bourgeoise, les industriels, les syndicats patronnaux luttent, au Vénézuela, contre les réformes de gauche du gouvernement bolivarien. Face à cete lutte (grèves, tentative de coups d'etats, violence dans les campagnes...), le gouvernement populaire réagit souvent de façon adéquate, mais pas toujours , il commet des erreurs, les reconnaît, change d'avis, écoute ce que le acteurs de terrains ont à lui dire, les critiques positives et négatives. La révolution bolivarienne est un processus long et intense, qui mérite le soutien de tous les progressistes et de ceux qui cherchent un peu d'espoir dans ce monde libéral ou tout va bien.
Merci à Kilobug pour cet article, si tu veux, on peu publier le récit de ton voyage sur notre site web?
Le mardi 26 juin 2007, 15:40 par Kilobug
Pour les photos, hélas, je me suis fait volé mon appareil donc je n'en ai pas :/
Pour recopier l'article, bien sûr, pas de soucis, il est sous licence libre (voir l'encadré sur le côté), c'est fait pour :)
Le lundi 24 septembre 2007, 20:07 par Grégorius
Ben moi je le trouve très bien cet article. Chavez n'est pas un dictateur, même Jimmy Carter, qui a assisté aux élections présidentielles au Vénézuéla le confirme. Par contre il refuse de s'aligner sur l'hégémonie américaine. Ce qui est impressionant, c'est de voir à quel point certains répètent purement et simplement le discours des grands médias, sans aucun esprit critique. à vrai dire, on pourrait se demander de quel côté se situe la dictature, avec tous ces gens formatés à penser la même chose, avec les mêmes repères et les mêmes valeurs.
Le samedi 1 décembre 2007, 00:15 par gael
bon, on voit que tu n'as passé qu'une semaine au Venezuela. J'y vis depuis 2 ans et si la documentation est bonne, le vécu laisse à désirer... lis le quotidien des gens ici. Tu y gagneras sûrement plus en lisant les blogs qu'en passant une semaine ici. En tout cas, de bonnes infos historiques une fois qu'on a retirer le contenu éminament pro-chávez et pas très objectif :o)
Le samedi 1 décembre 2007, 10:43 par kilobug
Le quotidien de quels gens ? Ceux qui tiennent des blogs, ce sont les classes moyennes/supérieures, pas ceux qui vivent dans les barrios, pas ceux qui grâce à Chávez on appris à lire ou ont pu voir un médecin pour la première fois. Or, ces pauvres dont la vie a été très fortement améliorée par le gouvernement bolvarien, constituent la majorité du Vénézuela.
Le lundi 3 décembre 2007, 13:59 par gael
quel joli sentimentalisme si loin de notre quotidien... les missions coûtent excessivement cher et ne répondent pas durablement au problèmes du pays. La situation VÉCUE est bien plus complexe qu'un résumé de dates. Je vous offre avec plaisir de passer 2 semaines chez moi. On ira voir les "barrios" si vous voulez, vous verrez qu'on est loin de ce que vous décrivez ici. La théorie est jolie, mais elle ne vaut pas l'expérience 17.
Le mardi 18 décembre 2007, 00:05 par DR
Merci pour le récit je vais aller faire un tour au Vénézuela en juillet aout et voir comment je peux travailler pour ce socialisme nouveau.
Je finis mes études en juin et je veux utiliser mes compétences pour autre chose que des entreprises qui ont pour seule valeur leur profit et pour seule religion la croissance. Modéle imbécile deconnecté de l'humain.
Vive le socialisme et les missions de Chavez
Un documentaire à voir Bruxelles caracas
Le lundi 16 mars 2009, 13:42 par Nicolas
La situation du Venezuela est trop complexe pour que l'on puisse approuver sans réserve ou radicalement condamner : tout n'est pas parfait, loin de là, et les prochaines années seront surement difficiles car le pays ne s'est pas préparé au pétrole à 40 dollars... mais la situation sociale des plus pauvres s'est considérablement améliorée GRACE à Chavez. C'est essentiel et incontestable, et les progrès de l'insécurité ne doivent pas l'effacer... Je vous invite à visiter ce blog très intéressant: simonbolivar.over-blog.fr
Tenu par le traducteur de Bolivar lui-même...

References: l'article 23
 l'article 25
 l'article 43
 l'article 44
 l'article 48

l'article 57
 l'article 64
 l'article 127

l'article 129
 l'article 25
 l'article 49