Source: https://www.alajami.fr/index.php/2019/04/09/sourate-5-al-maida-la-table/
Timestamp: 2019-08-22 16:52:58+00:00

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Sourate 5 ; al–mâ’ida : la Table – Que dit vraiment le Coran
Au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Tout Miséricorde[1]
§ 1 : Du respect des règles de sacralisation
– Ô vous qui croyez ! Honorez les engagements ! A été rendue libre pour vous toute bête de troupeaux, exception faite de ce qui vous en a été énuméré, sans que pour autant vous soit autorisé le gibier lorsque vous êtes en état de sacralisation[2] ; certes, Dieu édicte ce qu’Il décide ! [1] Ô vous qui croyez ! Ne profanez point les bannières de Dieu[3], ni le mois sacré,[4] ni la coutume, ni les sacrifices enguirlandés[5] ainsi que ceux qui se rendent au Temple sacré désirant ardemment grâce et satisfaction de leur Seigneur. Une fois désacralisés, alors chassez donc ![6] Que ne vous incite point à être malveillants le ressentiment envers des gens qui vous ont barré l’accès au Temple sacré ! Entraidez-vous à la vertu et à la piété et non au péché et à l’inimitié. Et craignez pieusement Dieu, certes Dieu est exigeant quant aux dédommagements.[7] [2] Vous ont été tabouisés la bête trouvée morte, le sang, la viande de porc, ce qui a été sacrifié à un autre que Dieu, la bête tuée par étouffement ou à coups de bâton, mais aussi celle qui a chuté ou a été encornée ou ce que les fauves ont attaqué, sauf ce que vous aurez pu abattre. Il en est de même pour ce qui a été immolé sur les bétyles et à ce que vous procédiez à la répartition des parts par les flèches sacrées, ceci est infamie. Ce jour, ceux qui ont dénié perdent tout espoir quant à votre rituel, ne les craignez pas, mais craignez-Moi. Ce jour, J’ai parfait pour vous votre rituel et vous ai comblés de Ma grâce, et il M’a agréé de votre part l’abandon de soi à Dieu comme Voie.[8] Puis, quiconque serait contraint par la faim,[9] et non par déviance coupable, alors Dieu est Tout pardon et miséricorde. [3]
– Ils t’interrogent sur ce qui leur est permis. Réponds : Il vous est permis les bonnes choses. Et quant à ce que vous avez dressé parmi les carnassiers à la manière des chiens, considérez-les en fonction de ce que Dieu vous a enseigné et donc mangez ce qu’ils ont saisi pour vous et mentionnez dessus le nom de Dieu. Craignez Dieu, car Dieu est prompt au compte.[10] [4] À ce jour[11] vous ont été rendues libres les bonnes choses, et la nourriture de ceux qui ont reçu le Livre est aussi pour vous libre, tout comme votre nourriture leur est libre. Tout comme le sont les femmes de condition libre et de nobles mœurs[12] parmi les croyantes et les femmes de condition libre et de nobles mœurs parmi ceux qui ont reçu le Livre avant vous, mais à condition que vous leur donniez leur dotation nuptiale, en hommes de condition libre et de nobles mœurs[13] et non en fornicateurs ni non plus en tant que preneurs d’amantes. [14] Et quiconque dénie la foi, nul est son acte, et il sera dans l’Au-delà au nombre des perdants. [5]
– Ô vous qui croyez ! Lorsque vous vous apprêtez à prier, alors lavez vos visages ainsi que vos mains jusqu’aux coudes, et humectez vos têtes ainsi que vos pieds jusqu’aux chevilles. Et, après un rapport, nettoyez-vous et, si vous êtes malades ou en voyage ou que l’un de vous revienne du lieu d’aisance ou que vous ayez “caressé” femmes,[15] mais que vous ne trouviez point d’eau, alors ayez-en l’intention en recourant à un sol propre dont vous toucherez votre visage et vos mains. Dieu ne veut point vous imposer quelque gêne, mais Il veut vous purifier et parfaire Sa grâce à votre égard ; puissiez-vous être reconnaissant ![16] [6] Rappelez-vous la grâce de Dieu envers vous et Son alliance par laquelle Il vous engagea lorsque vous dîtes : Nous entendons et nous obéissons ![17] Craignez pieusement Dieu ; certes, Dieu est parfaitement Savant de ce que recèlent les cœurs. [7]
§ 2 : Du respect de la paix lors de la sacralisation des pèlerins
– Ô vous qui croyez ! Soyez constamment droits pour Dieu, témoins de l’équité, et que ne vous incite point le ressentiment envers des gens à commettre l’injustice. Soyez justes, cela est plus proche de la crainte pieuse. Craignez pieusement Dieu ! Certes, Dieu est parfaitement informé de ce que vous œuvrez. [8] Dieu a promis à ceux qui croient et œuvrent en bien qu’ils auront pardon et récompense magnifique ; [9] et ceux qui dénient et réfutent nos Signes, ceux-là sont les hôtes de la Géhenne.[18] [10] Ô vous qui croyez ! Rappelez-vous la grâce de Dieu à votre égard lorsque des ennemis songèrent à abattre sur vous leurs mains et qu’Il éloigna de vous leurs mains. Craignez pieusement Dieu ! Et c’est en Dieu que placent leur confiance les croyants. [11]
§ 1 : Respect et non-respect de l’Alliance
– Certes, Dieu avait reçu l’alliance des Fils d’Israël. Nous avions suscité d’entre eux douze chefs. Et, Dieu dit : Je suis avec vous ![19] Si assurément vous accomplissez la prière, donnez l’aumône, si vous croyez en Mes messagers et les soutenez, consentez à Dieu un beau prêt, alors Je rachèterai vos mauvaises actions et Je vous ferais entrer en des jardins au pied desquels courent les ruisseaux. Qui d’entre vous déniera après cela se sera égaré du chemin droit. [12] Mais du fait de la rupture de leur alliance, Nous les repoussâmes et fîmes que leurs cœurs soient durs. Ils détournent les significations des mots[20] et ont oublié une partie de ce qui leur avait été rappelé et tu ne cesseras de constater leur duperie, hormis de la part de quelques-uns. Sois-leur donc indulgent et pardonne ! Dieu, certes, aime les bienfaisants. [13]
– De ceux qui disent nous sommes chrétiens,[21] Nous avons aussi reçu leur alliance, mais ils ont oublié une part de ce qui leur avait été rappelé. Nous fîmes alors qu’ils s’attachèrent à l’inimitié et à la haine entre eux[22] jusqu’au Jour de la Résurrection ; et Dieu les informera quant à ce qu’ils faisaient. [14] Ô Gens du Livre ! Voilà qu’est venu vers vous Notre messager clarifiant pour vous nombre de ce que vous aviez dissimulé de la Bible[23] et passant sur bien d’autres. Voici que vous sont parvenus de Dieu une lumière et un Écrit explicite [15] par lequel Dieu guide sur les chemins du Salut[24] celui qui recherche Sa satisfaction. Il les fait ainsi tous passer de l’obscurité à la lumière,[25] de par Sa permission, et les guide sur un chemin droit. [16]
§ 2 : D’un non-respect trinitaire de l’Alliance
– Ils sont vraiment dénégateurs ceux qui disent : Dieu est le Messie, fils de Marie.[26] Dis : Qui donc possède un moyen contre Dieu s’Il veut faire périr le Messie fils de Marie et sa mère ainsi que tous ceux qui sont sur Terre ? À Dieu l’empire sur les Cieux et la Terre et sur ce qui est entre eux deux ! Il crée ce qu’Il veut, Dieu a sur toute chose pouvoir. [17]
§ 3 : Du non-respect théologique de l’Alliance
– Les Juifs et les Chrétiens disent : Nous sommes les “fils de Dieu” et Ses préférés. Réponds : Pourquoi vous tourmente-t-Il donc par vos fautes.[27] Non, vraiment, vous n’êtes que des hommes parmi ceux qu’Il a créés. Il pardonne à qui veut et châtie qui veut.[28] À Dieu l’empire sur les Cieux et la Terre et sur ce qui est entre eux deux ! Vers Lui est le devenir. [18] Ô Gens du Livre ! Voilà qu’est venu vers vous Notre messager justifiant pour vous l’interruption des messagers,[29] ce afin que vous ne puissiez dire : Nous n’avons eu ni annonciateur ni avertisseur. Voici donc que vous est parvenu un annonciateur et un avertisseur ! Dieu a sur toute chose pouvoir. [19]
§ 4 : Du non-respect historique de l’Alliance
– Lorsque Moïse dit à son peuple : Ô mon peuple, rappelez-vous la grâce de votre Seigneur à votre égard quand, des vôtres, Il suscita des prophètes, fit de vous des maîtres,[30] vous offrit ce qu’Il n’avait jamais donné à nul autre parmi tous les hommes. [20] Ô mon peuple ! Pénétrez en la terre sanctifiée[31] que Dieu vous a assignée et ne tournez point le dos, car vous vous en retourneriez perdants ! [21] Ils répondirent : Ô Moïse ! S’y trouvent des gens puissants[32] et nous n’y pénétrerons que lorsqu’ils l’auront quitté. S’ils en sortent, vraiment, nous y entrerons ! [22] Deux hommes[33] parmi ceux qui étaient craints,[34] Dieu les avait tous deux comblés de bienfaits, dirent : Attaquez-les par la porte[35] et, quand vous l’aurez franchie, vous serez alors vainqueurs. Ayez donc confiance en Dieu, si vous êtes croyants ! [23] Ils répondirent : Ô Moïse ! Très certainement, nous n’y pénétrerons jamais aussi longtemps qu’ils y seront ! Va donc, toi et ton seigneur,[36] et combattez. Nous, nous resterons ici ! [24] Il dit : Seigneur ! Je n’ai autorité que sur moi-même et mon frère, établis donc une distinction entre nous et les gens dévoyés ! [25] Il lui répondit : Elle leur sera interdite quarante années, ils erreront sur la Terre.[37] Ne te désespère donc point du peuple des dévoyés ! [26]
§ 1 : Du non-respect de la vie
– Raconte-leur l’histoire de deux Fils d’Adam, en vérité.[38] Lorsqu’ils présentèrent tous deux une offrande et que cela fut accepté de l’un, mais ne le fut point de l’autre[39] lequel dit : Je vais te tuer ! Il répondit : Dieu n’agrée que ceux qui le craignent pieusement ! [27] Si tu lèves ta main sur moi pour me tuer, je n’étendrais point ma main sur toi pour te tuer[40] ; certes, je crains Dieu le Seigneur des Mondes. [28] En vérité, je souhaite que tu expies mon crime et ton péché[41] et qu’ainsi tu sois parmi les hôtes du Feu,[42] car telle est la récompense des injustes ! [29] Alors son âme l’incita à tuer son frère, et il le tua. Il se trouva ainsi au nombre des perdants ! [30] Puis, Dieu envoya un corbeau fouiller le sol afin de lui faire voir comment ensevelir le déshonneur de son frère.[43] Il s’exclama : Malheur à moi ! Que n’ai-je été capable, comme ce corbeau, d’ensevelir le déshonneur de mon frère ! Il se trouva ainsi au nombre des repentants. [31]
§ 2 : Du respect de la vie
– C’est pourquoi Nous avions donné comme précepte aux Fils d’Israël que quiconque tue une personne n’ayant commis ni meurtre ni oppression sur Terre, c’est comme s’il avait tué tous les Hommes, mais quiconque aura protégé la vie d’une personne, c’est comme s’il avait protégé tous les Hommes [44] !
– Il leur était pourtant parvenu Nos prophètes-messagers[45] avec de claires manifestations, toutefois nombre d’entre eux après cela furent sur la terre vraiment outranciers. [32] La seule rétribution de ceux qui firent la guerre à Dieu et à Son prophète-messager et répandirent sur la terre[46] l’oppression fut qu’ils aient été massacrés ou crucifiés, ou qu’ils aient été coupés leurs mains et leurs pieds opposés, ou qu’ils aient été bannis du territoire.[47] Cela fut pour eux avilissement ici-bas et, en l’Au-delà, ils connaîtront un tourment immense, [33] sauf ceux qui se revinrent avant que vous eussiez eu le pouvoir sur eux. Dieu, certes, est Tout pardon et Tout de miséricorde. [34]
§ 1 : Du respect de la voie spirituelle
– Ô vous qui croyez ! Craignez pieusement Dieu, recherchez ardemment ce qui à Lui unit[48] et évertuez-vous sur Son Chemin[49] ; puissiez-vous réussir ! [35] Vraiment, ceux qui dénient, quand bien même posséderaient-ils tout ce qui est sur Terre, et au double, afin de se racheter du tourment au Jour de la Résurrection, que cela ne serait point accepté d’eux, et ils connaîtront un tourment terrible ! [36] Ils voudront sortir du Feu, mais ils ne pourront s’en extraire et ils connaîtront un tourment incessant. [37] Et le voleur et la voleuse, réduisez leur puissance[50] en rétribution de ce qu’ils auront tous deux acquis. Telle est la mise en garde de Dieu, et Dieu est Puissant, Sage. [38] Mais celui qui après se repent de son injustice et s’amende, alors Dieu accueille son repentir ; Dieu, certes, est Tout pardon et Tout miséricorde. [39] Ne sais-tu pas que Dieu a l’empire sur les Cieux et la Terre, Il châtiera qui veut et pardonnera à qui veut[51] ; Dieu a sur toute chose pouvoir. [40]
§ 2 : Du respect et non-respect de sa propre révélation
– Ô Messager ! Que ne t’affligent point ceux qui rivalisent en déni parmi ceux qui de leurs bouches disent : « Nous croyons ! » alors que leurs cœurs ne croient pas.[52] Ceux, de même, qui parmi les judaïsés sont tout oreilles pour le mensonge et tout oreilles pour des gens autres qui ne t’ont point rejoint. Ils détournent les significations des mots,[53] ils disent aussi : Si cela vous était déjà parvenu, prenez-le,[54] mais si cela ne l’avait pas été, méfiez-vous-en ! Celui à qui Dieu accorde un délai[55] quant à son erreur, tu ne pourras rien pour lui auprès de Dieu ! Ceux-là, Dieu n’a point voulu purifier leurs cœurs, pour eux avilissement ici-bas et, en l’Au-delà, ils connaîtront un tourment immense. [41] Tout oreilles pour le mensonge, avides de fraudes, mais, s’ils viennent à toi, arbitre entre eux ou tiens-toi loin d’eux. Si tu t’écartes d’eux, ils ne sauraient te nuire en rien et, si tu arbitres, alors juge entre eux en toute équité ; Dieu aime ceux qui sont équitables. [42] Comment du reste te prennent-ils comme arbitre[56] alors qu’est auprès d’eux la Thora renfermant la Sagesse de Dieu pour, de plus, tourner le dos après cela ! Ceux-là ne sont pas des croyants. [43] En vérité, Nous avons révélé la Thora, elle recèle guidée et lumière. Par elle, les prophètes, pleinement abandonnés à Dieu, émettaient des jugements solides[57] pour ceux qui s’étaient judaïsés et, de même, les maîtres et les rabbins en fonction de ce qui leur avait été confié du Livre de Dieu, et ils en étaient témoins. Ne craignez pas les gens, mais craignez-Moi ! Ne vendez pas Mes versets à vil prix ! Et celui qui ne juge point[58] selon ce que Dieu a révélé… ceux-là sont les ingrats. [44] Certes, Nous y avions prescrit à leur intention que vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent et pour les blessures : compensation.[59] Mais qui donc en fait remise gracieuse cela sera pour lui rachat. Et celui qui ne juge point selon ce que Dieu a révélé… ceux-là sont les iniques. [45] Et nous fîmes succéder sur leurs traces Jésus fils de Marie confirmateur de ce que fut la Thora.[60] Et Nous lui avons donné l’Évangile[61] qui recèle guidée et lumière, confirmant ce que fut la Thora et guidée et exhortation pour les craignants-Dieu. [46] Que les gens de l’Évangile émettent donc des jugements solides en fonction de ce que Dieu y a révélé. Et celui qui ne juge point selon ce que Dieu a révélé…[62] ceux-là sont les déviants. [47]
§ 3 : Du respect de la pluralité religieuse
– Nous t’avons révélé l’Écrit en toute vérité, confirmant partie de ce qui lui est antérieur de la Bible et se portant garant de cela. Juge donc à leur sujet d’après ce que Dieu a révélé, et ne suis point leurs désirs quant à ce qui t’est parvenu de la Vérité. Toutefois, à chacun d’entre vous Nous avons indiqué une voie générale et une voie spécifique. Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté religieuse, mais il en est ainsi afin que vous puissiez exprimer ce qu’Il vous a donné. Rivalisez donc en bonnes œuvres, c’est vers Dieu que vous retournerez tous ensemble, et Il vous informera quant à ce sur quoi vous divergiez. [48] Ainsi, juge donc à leur sujet[63] d’après ce que Dieu a révélé et ne suis point leurs désirs et prends garde à ce qu’ils ne t’induisent en tentation quant à une part ce que Dieu t’a révélé. S’ils se détournent, sache que Dieu veut les éprouver en certaines de leurs fautes.[64] Certes, parmi les hommes, nombreux sont les déviants ! [49] Est-ce donc l’entendement du paganisme[65] qu’ils désirent ? Mais qui donc est meilleur que Dieu en jugement pour ceux qui croient avec conviction ! [50]
§ 1 : Du non-respect d’alliance politico-militaire
– Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas les juifs et les chrétiens comme alliés, ils sont alliés les uns aux autres.[66] Celui d’entre vous qui s’allie à eux, alors, il est des leurs ! [67] Certes, Dieu ne guide pas les gens iniques. [51] Ainsi, tu vois ceux qui ont en leurs cœurs une maladie concourir avec eux et dire : Nous craignons qu’un revers de fortune nous atteigne. Mais il se pourrait bien que Dieu apporte la victoire ou quelque fait de Sa part et, qu’alors, ils se trouvent regretter ce qu’ils avaient tenu secret au fond d’eux-mêmes. [52] Après quoi, les croyants diront : Sont-ce là ceux qui juraient par Dieu de leurs plus grands serments qu’ils étaient avec vous ? Leurs manœuvres auront donc été vaines et ils apparaîtront perdants ! [53]
§ 2 : Du non-respect de la tradition d’alliance
– Ô vous qui croyez ! Qui d’entre vous se détourne de sa voie,[68] alors Dieu fera venir des gens qu’Il aimera et qui L’aimeront.[69] Humbles envers les croyants, forts contre les dénégateurs, ils luttent sur le chemin de Dieu et ne craignent reproche d’aucun blâmeur. Ceci est la grâce de Dieu, Il la donne à qui veut ; [70] Dieu est incommensurable, infiniment savant. [54] Votre seul allié est Dieu ainsi que Son messager et ceux qui croient, ceux qui accomplissent la prière et donnent l’aumône, en toute humilité. [55] Et qui prend pour allié Dieu ainsi que Son messager et ceux qui croient… le groupe[71] de Dieu, ce sont eux qui ont le dessus ! [56] Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas comme alliés ceux qui tournent en dérision par jeu votre culte[72] parmi ceux qui ont reçu le Livre avant vous ainsi que les polythéistes[73] ; et craignez pieusement Dieu si vous êtes croyants. [57] Et lorsque vous appelez à la prière,[74] ils la tournent en dérision par jeu, ceci du fait que ce sont des gens qui point ne comprennent. [58]
§ 1 : Du non-respect de la foi
– Dis : Ô Gens du Livre ! Voudriez-vous vous venger de nous du simple fait que nous croyons en Dieu et en ce qui nous a été révélé comme en ce qui l’a été auparavant et de ce que la plupart d’entre vous soient des déviants ? [59] Dis : Voudriez-vous que je vous informe de bien pire que cela en termes de rétribution auprès de Dieu ? Celui que Dieu a repoussé, celui contre lequel Il s’est courroucé, ceux parmi eux dont Il voulut qu’ils en fussent les singes et les porcs,[75] celui qui adora les idoles ; ceux-là sont en la pire situation et sont les plus égarés du chemin droit ! [60] Aussi, lorsqu’ils étaient venus à vous en disant : Nous croyons, ils étaient entrés pleins de déni et, certes, repartis tels ! Mais Dieu sait parfaitement ce qu’ils dissimulaient. [61] Et tu vois nombre d’entre eux rivaliser dans l’iniquité, l’oppression et l’avidité en la fraude ; combien est mauvais ce qu’ils œuvrent ! [62] Si seulement leurs maîtres et leurs rabbins leur avaient interdit leur propos d’iniquité et leur avidité à la fraude ; combien est mauvais ce qu’ils font ! [63] Les juifs ont dit : La main de Dieu est entravée. Que leurs mains soient enchaînées et qu’ils soient repoussés pour ce qu’ils ont dit ! Bien au contraire, Ses deux Mains sont grandes ouvertes et Il prodigue comme Il l’entend. Certainement, ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur n’a fait qu’accroître nombre d’entre eux en révolte et en déni. Nous avions jeté entre eux l’inimitié et la haine jusqu’au Jour de la Résurrection.[76] Chaque fois qu’ils allumèrent le feu de la guerre,[77] Dieu l’éteignit ; et ils répandirent sur la terre l’oppression,[78] mais Dieu n’aime pas les oppresseurs. [64]
§ 2 : Du non-respect de la Révélation
– Si seulement les Gens du Livre croyaient et craignaient pieusement,[79] Nous rachèterions leurs mauvaises actions et les ferions entrer au Jardin d’abondance. [65] Si seulement ils observaient la Thora et l’Évangile et ce qui leur a été révélé de la part de leur Seigneur, ils jouiraient de ce qui est au-dessus d’eux et sous leurs pieds.[80] Il y a bien parmi eux une communauté du juste milieu,[81] mais, pour la plupart d’entre eux, mauvais est ce qu’ils œuvrent. [66] Ô Messager ! Transmets ce qui t’est révélé de la part de ton Seigneur. Advienne que tu ne puisses point le faire, alors tu n’aurais pas transmis Son message, mais Dieu te protégera des gens… certes, Dieu ne guide point le peuple des dénégateurs. [67] Dis : Ô Gens du Livre ! Vous ne reposerez sur rien tant que vous n’observerez pas la Thora et l’Évangile et ce qui vous a été révélé par votre Seigneur. Mais ce qui t’a été révélé par ton Seigneur n’a fait qu’accroître nombre d’entre eux en révolte et en déni. Ne te désespère donc point du peuple des dénégateurs. [68] En vérité, ceux qui croient : les judaïsés, les sabéens et les chrétiens, qui croit en Dieu et au Jour Dernier et œuvre en bien,[82] nulle crainte pour eux, ils ne seront point affligés. [69] Certes, Nous avions pris acte de l’engagement des Fils d’Israël et leur avions dépéché des prophètes-messagers. Chaque fois que leur venait un prophète-messager porteur de ce que ne désiraient point leurs âmes,[83] ils en récusaient certains et en assassinaient d’autres ! [70] Ils escomptaient qu’il n’y aurait point de sanction, ils s’étaient aveuglés et étaient devenus sourds ! Puis, Dieu accueillit leur repentir et, à nouveau, nombre d’entre eux s’aveuglèrent, devinrent sourds ; mais Dieu voyait clairement ce qu’ils œuvraient. [71]
§ 1 : Des trinités non unitaires
– Ils sont vraiment dénégateurs ceux qui disent : Dieu est le Messie, fils de Marie.[84] Ce, alors que le Messie a dit : Ô Fils d’Israël ! Adorez Dieu qui est mon Seigneur et votre Seigneur. Certes, quiconque donne un associé à Dieu, alors Dieu lui a interdit le Paradis et son seul refuge sera le Feu – et les iniques n’auront point de défenseurs ! [72] De même, sont vraiment dénégateurs ceux qui disent : Dieu est le troisième de trois.[85] Mais, il n’y a de divinité qu’une Divinité unique ! Et, s’ils ne cessent point de le dire, ceux d’entre eux[86] qui auront dénié seront certainement touchés par un tourment terrible. [73] Ne se repentiront-ils pas à Dieu et n’imploreront-ils pas Son pardon alors que Dieu est Tout de pardon et de miséricorde ? [74] Le Messie fils de Marie n’est qu’un messager, ont passé avant lui les messagers. Sa mère était très véridique et tous deux prenaient nourriture. Considère donc comment nous explicitons pour eux les signes, puis vois[87] comme les voilà retournés. [75] Dis : Adoreriez-vous outre Dieu ce qui ne saurait détenir pour vous ni dommage ni avantage alors que Dieu, Lui, est Celui qui entend tout, l’Omniscient. [76] Ô Gens du Livre ! [88] N’outrepassez point votre foi, sans vérité aucune, et ne suivez pas les passions de gens qui s’égarèrent auparavant et en égarèrent grand nombre et s’écartèrent du milieu du chemin. [77]
§ 2 : Du respect interconfessionnel
– Ont été maudits, ceux qui ont dénié parmi les Fils d’Israël, par la bouche de David et de Jésus fils de Marie.[89] Il en fut ainsi, car ils avaient désobéi et transgressé. [78] Ils ne s’abstenaient pas de commettre le blâmable ; combien est mauvais ce qu’ils œuvraient ! [79] Tu vois nombre d’entre eux prendre pour alliés les dénégateurs ;[90] combien est mauvais ce que leurs âmes ont préparé afin de s’attirer le courroux de Dieu, et dans le Châtiment ils demeureront ! [80] S’ils se fiaient[91] à Dieu et au Prophète et en ce qui lui est révélé, ils ne les prendraient pas comme alliés, mais la plupart d’entre eux sont des prévaricateurs. [81] Certes, tu trouveras que les hommes les plus acharnés en hostilité contre ceux qui croient[92] sont les juifs et les polythéistes. Et, certes, tu trouveras que ceux qui sont les plus disposés en amitié envers les croyants sont ceux qui disent : « Nous sommes chrétiens ». Il en est ainsi, car se trouvent parmi eux des prêtres et des moines dénués de tout orgueil [82] dont, lorsqu’ils entendent ce qui a été révélé au Messager, tu vois leurs yeux déborder de larmes tant ils y reconnaissent la vérité. Ils s’écrient : Seigneur nous croyons ! Inscris-nous au nombre des témoins. [83] Qu’aurions-nous à ne pas croire en Dieu et en ce qui nous est parvenu de la Vérité alors que nous espérons que notre Seigneur[93] nous compte en compagnie des gens vertueux ? [84] Que Dieu les récompense donc, pour ce qu’ils ont dit, de jardins au pied desquels courent les ruisseaux, ils y demeureront, telle est la rétribution des bienfaisants. [85] Quant à ceux qui dénient et réfutent Mes versets, ceux-là sont les hôtes de la Géhenne. [86]
§ 1 : Du non-respect des édictions coraniques
– Ô vous qui croyez ! Ne déclarez point tabou les bonnes choses que Dieu a pour vous rendues libres.[94] Ne transgressez pas,[95] car Dieu n’aime pas les transgresseurs ! [87] Et mangez, de ce que Dieu vous a attribué librement, ce qui en est bon, et craignez pieusement Dieu en lequel vous croyez ! [88] Dieu ne vous reprendra pas pour vos serments à la légère, mais Il vous demandera compte quant aux engagements que vous aurez vraiment contractés. Cependant, son expiation[96] en sera de nourrir dix pauvres de ce dont vous nourrissez normalement les vôtres, ou de les vêtir, ou bien que vous libériez un esclave. Quant à celui qui ne le pourrait point, alors un jeûne de trois jours. Telle est l’expiation de vos serments lorsque vous avez juré. Respectez vos serments ! C’est ainsi que Dieu vous explicite Ses versets, puissiez-vous être remerciant. [89] Ô croyants ! En vérité, le vin, la divination, les bétyles et les flèches sacrées ne sont qu’une infamie, œuvre du Shaytân, alors évitez-le! [97] Puissiez-vous connaître ainsi la réussite ! [90] Le Shaytân ne désire que susciter entre vous l’inimitié et la haine par le vin et la divination. Et il désire vous détourner du rappel de Dieu et de la prière ; Allez-vous donc cesser ! [91]
– Obéissez à Dieu, obéissez au Messager,[98] et prenez-garde ! Si donc vous tournez le dos, sachez que n’incombe à Notre messager que la transmission explicite. [92] Il n’y a pas pour ceux qui ont cru et œuvré en bien de grief quant à ce dont ils auront usé[99] alors qu’ils craignaient pieusement, croyaient et œuvraient en bien, puis ont craint pieusement et cru et, surtout, ont craint pieusement et œuvré vertueusement ; et Dieu aime les bienfaisants. [93]
§ 2 : Du respect des sacralisations coraniques
– Ô vous qui croyez ! Certes, Dieu vous éprouve par quelque gibier que vous atteignez de vos mains ou de vos lances, ceci afin que Dieu distingue[100] celui qui Le redoute quant à l’Inapparent.[101] Qui transgressera après cela connaîtra une peine[102] douloureuse. [94] Ô vous qui croyez ! Ne tuez aucun gibier quand vous êtes en état de sacralisation ! Celui d’entre vous qui en tuerait volontairement, alors compensation égale en cheptel à ce que qu’il a abattu, et qu’en jugent deux intègres des vôtres, offrande qui parviendra à la Kaaba, ou, alors, expiation en nourriture pour des pauvres, ou, encore, l’équivalent de cela en jeûne afin qu’il mesure la gravité de son acte.[103] Dieu a fait grâce de ce qui a eu lieu, mais, qui récidive, Dieu le poursuivra ; Dieu est Tout-puissant et dur quant aux poursuites. [95] Sont pour vous profanes[104] le gibier de mer et la nourriture qui s’y trouve, en toute utilité pour vous et les groupes de pèlerins, mais sera sacré pour vous le gibier de terre tant que vous serez en état de sacralisation ; et craignez Dieu, Lui devant qui vous serez rassemblés ! [96] Dieu a institué la Kaaba, le Temple sacré, lieu de dévotion pour les gens ainsi que le mois sacré, la coutume et les sacrifices enguirlandés.[105] Il en est ainsi afin que vous sachiez que Dieu connaît parfaitement ce qui est en les Cieux et sur Terre et que Dieu de toute chose est savant. [97] Sachez aussi que Dieu est exigeant quant aux dédommagements[106] et que Dieu est Tout pardon et Tout de miséricorde. [98]
§ 1 : Du respect de la non-intervention coranique
– Il n’incombe au Messager que de transmettre, mais Dieu sait parfaitement ce que vous manifestez et ce que vous dissimulez. [99] Dis : Ne sont point égaux le détestable et le louable quand bien même te séduirait l’abondance de ce qui est détestable. Craignez donc pieusement Dieu, ô hommes de raison ; puissiez-vous réussir ! [100] Ô vous qui croyez ! Ne questionnez point sur des choses qui, si elles vous étaient manifestées, vous déplairaient.[107] Si vous interrogez à leur sujet tant qu’est révélé le Coran, elles vous seront exposées alors que Dieu avait passé sur elles ; Dieu est Tout pardon, Longanime. [101] Certes, avaient interrogé quant à elles des hommes avant vous, puis il advint qu’ils les réfutèrent ! [102]
§ 2 : Du respect non dû aux traditions
– Dieu n’a institué ni baḥîra, ni sâ’iba, ni waṣîla, ni ḥâm,[108] mais ce sont les polythéistes qui à Dieu avaient attribué un tel mensonge ; la plupart d’entre eux ne raisonnent pas ! [103] Pourtant, quand on leur dit : Venez à ce que Dieu a révélé, et au Messager,[109] ils répondent : Nous suffit ce sur quoi nous avons trouvé nos pères. Or donc ! ce quand bien même leurs pères ne savaient rien et n’étaient point bien-guidés ! [104] Ô vous qui croyez ! Vous êtes en charge de vous-mêmes. Ne vous nuira point celui qui s’est égaré si vous vous êtes bien-guidés. C’est vers Dieu que vous retournerez tous ensemble, et Il vous informera quant à ce que œuvriez. [105]
§ 3 : Du respect du témoignage
– Ô vous qui croyez ! Lorsque la mort se présente à l’un de vous, que soit pris témoignage entre vous à l’occasion du testament par deux personnes intègres des vôtres, ou se pourra être deux autres qui ne soient pas des vôtres, s’il advient que vous parcouriez le monde et que l’épreuve de la mort vînt à vous atteindre. Vous retiendrez ces deux après la prière[110] et qu’ils prêtent donc serment au nom de Dieu si vous avez des doutes : « Nous ne le vendrons à aucun prix, fût-ce au bénéfice de proches, et nous ne dissimulerons pas le témoignage de Dieu, car nous serions alors au nombre des coupables. » [106] Mais si l’on venait à apprendre que ces deux avaient commis quelque immoralité, alors deux autres les remplaceront pour cette fonction parmi ceux plus en droit que les deux premiers.[111] Ils jureront alors tous deux par Dieu : Notre témoignage est plus véridique que le témoignage de ces deux et si nous venions à être malveillants, nous serions vraiment au nombre des iniques. [107] Ceci est plus à même à ce que tous fournissent un témoignage réputé sincère et qu’ils craignent que soient réfutés leurs serments après leurs présents serments.[112] Craignez pieusement Dieu et soyez attentifs ! Dieu ne guide point les gens prévaricateurs. [108]
§ 1 : Du non-respect de la mission des prophètes
– Le jour où Dieu rassemblera les messagers et dira : En quoi avez-vous été exaucés ?[113] Ils répondront :Nous n’en avons point connaissance, Tu es, certes, le seul grand connaissant des évènements futurs ! [109] Lorsque Dieu dira[114] : Ô Jésus fils de Marie ! Rappelle Mon bienfait à ton égard et envers ta mère. Quand Je t’ai assisté de l’Esprit-Saint[115] et que tu parlais aux gens dès le berceau ainsi qu’à l’âge adulte. Et quand je t’ai enseigné le jugement[116] et la sagesse, la Thora et l’Évangile. Quand tu modelas d’argile une forme d’oiseau, de par Ma permission, et qu’y soufflant, ce fut, de par Ma permission, un oiseau ! Tu guéris aussi l’aveugle et le lépreux de par Ma permission ! De même tu redonnas vie au mort de par Ma permission ![117] Et quand j’ai éloigné de toi les Fils d’Israël lorsque que tu vins à eux avec les miracles et que ceux qui dénièrent parmi eux dirent : Ce n’est là que magie manifeste ! [110]
§ 2 : Du non-respect de la foi
– Et quand J’eus inspiré aux disciples de croire en Moi et en Mon messager et qu’ils répondirent : Nous croyons ! Sois témoin que nous Lui sommes assujettis.[118] [111] Et aussi quand les disciples avaient dit : Ô Jésus fils de Marie ! Ton Seigneur pourrait-Il nous faire descendre du Ciel une table ?[119] Il avait répondu : Craignez pieusement Dieu, si vous êtes vraiment croyants ! [112] Ils avaient répliqué : Nous voulons en profiter[120] et qu’ainsi se rassurent nos esprits[121] et que nous sachions que tu nous as dit vrai ; Nous en serons les témoins. [113] Jésus fils de Marie dit : Seigneur Dieu ! Notre Seigneur, abaisse du Ciel une table jusqu’à nous, qu’elle soit pour nous un festin,[122] du premier au dernier des nôtres,[123] et un Signe de Ta part. Pourvois-nous, Tu es le meilleur des pourvoyeurs ! [114] Dieu répondit : Vraiment, Je vais la faire descendre vers vous et celui d’entre vous qui ensuite déniera, vraiment, Je lui ferai connaître un tourment dont Je ne châtierai nul autre parmi les Hommes ! [115]
§ 3 : Du non-respect de la mission de Jésus
– Et quand Dieu dira : Ô Jésus fils de Marie ! Est-ce toi qui as dit aux gens : Prenez-moi ainsi que ma mère en tant que deux divinités en sus de Dieu ?[124] Il répondra : Gloire à Toi ! En quoi aurais-je dit ce qui n’est pas pour moi vrai ! Si je l’avais dit, tu l’aurais su ! Tu connais bien ce qui est en moi, alors que je ne sais point ce qui est en Toi[125] ; Tu es, certes, parfaitement connaisseur des choses cachées ! [116] Je ne leur ai dit rien d’autre que ce que Tu m’avais commandé : Adorez Dieu, Il est mon Seigneur et votre Seigneur ! Et je fus à leur encontre témoin tant que j’ai demeuré parmi eux. Et, lorsque Tu m’as donné la mort,[126] ce fut Toi qui fus leur Observateur, Tu es de toute chose témoin ! [117] Si Tu les châties,[127] ce sont en vérité Tes serviteurs ! Si Tu les pardonnes, Tu es en vérité le Tout-puissant, l’infiniment Sage. [118]
– Dieu dira : Voici ce Jour où bénéficie aux véridiques leur véridicité,[128] leur revient des jardins au pied desquels courent les ruisseaux, ils y demeureront pour toujours. Dieu les a agréés et ils sont satisfaits de Lui, voilà la réussite suprême ! [119] À Dieu l’empire sur les Cieux et la Terre et sur ce qui est entre eux deux, Il a sur toute chose pouvoir. [120]
[2] Ce verset concerne l’interdiction de la chasse tant que l’on est en état de sacralisation pour le Pèlerinage. « Dieu édicte ce qu’Il décide », en matière de sacralisation l’édiction de Dieu est absolue [cf. Le haram : le sacré selon le Coran : al–ḥurumât]. Si ceci est ici spécifié c’est que la mesure d’interdiction de la chasse était une contrainte pour le voyageur d’alors
[3] En S2.V158, le contexte permettait de traduire sha‘â’ira–llâhi par sacralisations de Dieu. Présentement, il est nettement question non pas de rites (autre sens du pluriel sha‘â’ira) du Pèlerinage, mais de ce qui concerne le voyage menant à la Kaaba en vue dudit Pèlerinage. La tradition consistant pour les pèlerins d’arborer durant ce long périple des étendards, des bannières/sha‘â’ira, permettant de les identifier en tant que tel, s’est maintenue jusqu’au début du XXe siècle. La suite de ce verset cite d’autres éléments en lien avec ce voyage.
[4] « le mois sacré », au singulier dans le texte. Le segment « le ressentiment envers des gens qui vous ont barré l’accès au Temple sacré » évoque l’épisode de Ḥudaybiyya lorsque le Prophète et Ses compagnons se sont vus interdire l’accès à La Mecque lors de leur première tentative de ‘umra. Le « mois sacré » en question est donc celui en lequel ils accomplirent la ‘umra de compensation prévue dans les clauses du traité dit de Ḥudaybiyya, à savoir : le mois de dhu–l–qa‘ida en l’an VII de l’Hégire. Ceci invalide la chronologie traditionnelle qui situe la révélation de cette sourate vers l’an X, voulant ainsi en faire une des dernières sourates révélées, si ce n’est la dernière, du fait de l’interprétation du v3 soutenue par l’Exégèse classique, cf.
[5] « les sacrifices enguirlandés » Le terme hadyâ est généralement traduit ici par animal de sacrifice ou offrande, mais en ce cas le pluriel qalâ’id pris pour guirlandes est un doublon. Ceci explique donc que nous ayons traduit hadyâ par coutume, usages, seul sens alors disponible. Si l’Exégèse n’a pas suivi ce raisonnement pourtant évident, c’est qu’elle s’est refusée à ce que le Pèlerinage en Islam soit reconnu par le Coran comme étant la continuité de pratiques païennes. C’est pourtant le cas, sauf que le Coran purifiera son rituel de toutes références polythéistes en le recentrant sur un monothéisme pur, c’est ainsi que la lapidation des stèles de Mina ou l’adoration de la pierre noire ne sont pas reprises par le Coran.
[6] Cette précision n’est pas inutile, car en indiquant à nouveau le moment où la sacralité du gibier n’a plus lieu d’être, elle allège le chemin de retour du pèlerin.
[7] « exigeant quant aux dédommagements » pour la locution shadîd al–‘iqâb. En S2.V196 cette expression est en lien avec les mesures de compensation en cas de manquement de certains rituels du pèlerinage, il en est logiquement de même ici. En un autre contexte, cette locution peut être traduite par « dur en poursuite », voir S3.V11.
[8] Ce verset contient trois occurrences du terme dîn et une du terme islâm. Nous avons rendu les deux premières par rituel, car tel est bien le sujet de ce verset et des précédents, et par Voie pour la troisième, car associée au terme islâm dont le sens coranique est « abandon de soi à Dieu ». Sur ces points, voir notre démonstration en Le terme dîn selon le Coran et en Islam et Le terme islâm selon le Coran ; l’islam-relation. Pour la démonstration littérale détaillée, voir notre thèse en ligne, p. 202-205 et p. 274-277 : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01556492/document. Rappelons que l’Exégèse apologétique ayant voulu ici comprendre qu’il était dit « Dieu a agréé l’Islam comme religion » a aussi affirmé que ce verset ou ce segment était le dernier révélé. Nous avons montré en note 4 que cette chronologie était construite, nous comprenons à présent les raisons profondes de cette fausse datation.
[9] Le terme makhmaṣa, souvent rendu ici par famine, ne signifie en réalité que faim puisque la racine khamaṣa connote l’idée de désenfler, ce qui s’agissant du ventre évoque donc uniquement la faim. L’on constate une fois de plus l’influence des développements exégético-juridiques quant aux conditions permettant selon les juristes de transgresser les interdits en question et l’interdit de manière générale, lesquelles outrepassent ici le propos coranique. Pour le Coran, les tabous alimentaires n’ont pas de caractère intangible puisqu’au simple motif de la faim ils peuvent être momentanément mis en suspens, et ce, sans aucune compensation symbolique, ou non, prévue. Ils n’ont pour fonction que de permettre au croyant de mesurer sa foi et sa sincérité à l’aune d’une limite fixée arbitrairement par Dieu, et pour cette seule et simple raison.
[10] Noter que nous sommes toujours dans la problématique du voyage de pèlerinage et de la chasse, problème important dans le monde d’alors toujours menacé de pénurie… Pour l’analyse littérale de ce verset et ce à quoi correspond réellement le segment « mentionnez dessus le nom de Dieu », voir : 6– Le halal : l’abattage rituel selon le Coran et en Islam. En résumé, Il est seulement indiqué qu’en rapport avec les bêtes tuées par les animaux dressés et trouvées mortes, le tabou de consommation en est levé, exception qui doit être validée au nom de Dieu : « et mentionnez dessus le nom de Dieu ».
[11] « à ce jour/al–yawm », cette locution ne signifie pas que ces dispositions sont dictées au moment de la révélation de ce verset, mais, au contraire, qu’elles l’ont été antérieurement, ce verset étant chronologiquement le dernier rappel en la matière, qu’il s’agisse des tabous alimentaires ou des possibilités de mariage interreligieux.
[12] L’expression « les femmes de condition libre et de bonnes mœurs femmes décentes » restitue le sens de al–muḥṣanât. Pour l’explication de ce terme, voir : S4.V24-25.
[13] Nous traduisons ici la variante muḥṣanîn, plus cohérente que la variante muḥṣinîn retenue par la recension Ḥafṣ que de base nous suivons. En effet, ce terme est ainsi l’équivalent masculin de muḥṣanât, la symétrie et l’équité de considération sont donc là maintenues. Sur la problématique des qirâ’ât et de l’analyse littérale, voir : Variantes de récitation ou qirâ’ât.
[14] Pour cette terminologie et ces règles morales ainsi que pour la symétrie de considération et de traitement entre hommes et femmes, voir : S4.V24-25.
[15] Notons qu’en ce verset il est dit d’une part « après un rapport » et, d’autre part : « ou que vous ayez “caressé” femmes ». Cette répétition se justifie du fait que la première mention édicte une condition générale, donc lavage des parties intimes avec de l’eau, alors que la seconde ne s’applique qu’en cas de voyage.
[16] Pour l’analyse littérale de ce verset, voir : Les ablutions selon le Coran et en Islam.
[17] « Nous entendons et nous obéissons ! » Cette formule est celle employée en S2.V285 où elle est en lien avec l’acceptation sincère et pleine du credo monothéiste coranique. Ce n’est point ce moment précis d’énonciation qui est visé, mais l’Alliance éternelle de Dieu avec tous les croyants monothéistes.
[18] Comme l’indique le v11, il s’agit là de la faction de Quraysh qui à La Mecque, songea à attaquer les musulmans dans les suites de l’épisode de Ḥudaybiyya. Ceci justifie qu’il faille au v11 rendre précisément le terme qawm par « ennemis », un de ses sens connus.
[19] Du fait de la particule « la » en la-ukaffiranna, laquelle est liée au « in/si » hypothétique initial cet énoncé constitue une phrase indépendante et ne peut donc être donné comme condition de l’affirmation : « Je suis avec vous ». Or, la traduction standard et de nombreuses autres relient ces deux phrases afin que l’affirmation « Je suis avec vous » soit conditionnée par le respect de la prière, de l’aumône, etc. L’objectif est de disqualifier les juifs et ainsi de leur refuser cet agrément divin puisque pour l’Exégèse orthodoxe seuls les musulmans doivent en bénéficier.
[20] Cf. S4.V46.
[21] Signalons que sous l’effet des recherches bibliques sur les origines du christianisme et de la redécouverte des nazoréens, l’islamologue a supposé que le terme naṣârâ qualifierait les membres de cette secte réfugiée en Arabie, lesquels seraient alors les véritables inspirateurs de Muhammad. Sans nous attarder sur ces spéculations sans preuve, signalons que ce mot arabisé était connu dans la poésie antéislamique et que selon Eusèbe de Césarée naṣârâ était depuis fort longtemps utilisé au Moyen-Orient pour désigner les « chrétiens ».
[22] Allusion aux nombreux schismes qui ont déchiré durablement le christianisme et ses dizaines de branches, le plus souvent en conflit entre elles. Ce n’est pas Dieu qui fit « qu’ils s’attachèrent à l’inimitié et à la haine entre eux », mais ce n’est que la conséquence de ce qu’ils avaient délaissé et/ou déformé une partie des propos de Jésus. Ayant ainsi dévié du message apporté par leur prophète, Dieu les laissa s’adonner à leurs divergences, lesquelles les menèrent à moult guerres intestines.
[23] Notons qu’en ce verset le mot kitâb revêt trois sens différents : « Ô Gens du Livre/al–kitâb », c.-à-d. ici le Livre archétypal ; « La Bible/al–kitâb » ; « l’Écrit/al–kitâb », c.-à-d. le Coran. Sur les divers sens de kitâb, voir : Le terme kitâb dans le Coran.
[24] Le Coran emploie présentement le pluriel subul/chemins et, s’il était agi de dire à l’instar de l’Exégèse que la seule voie de Salut était l’Islam, il aurait alors fallu utiliser le singulier sabîl/chemin. Le Coran se définit donc conséquemment comme message adressé à toutes les religions monothéistes dans la perspective d’un Salut universel supra-religieux, voir : Le Salut universel selon le Coran et en Islam. Pour le sens de salâm/Salut, cf. notre thèse : Partie II, Chapitre IX, § 2 – Étude étymologique du terme islâm.
[25] « de l’obscurité à la lumière », cette locution est en apparence identique à celle de S2.V256-257, voir : Nulle contrainte en religion ? Cependant cette dernière se comprenait dans un cadre ontologique comme signifiant « Dieu les fait passer des ténèbres du déni de Foi vers la Lumière de la Foi ontologique ». Ici, cette locution se comprend comme signifiant que Dieu les fait passer de l’obscurité des schismes internes précédemment mentionnés vers la lumière de la foi monothéiste restaurée à l’aune du message coranique. Contrairement à certaines exégèses, ce verset n’indique donc pas qu’il faille passer des ténèbres du christianisme à la lumière de l’Islam ! Du reste, l’emploi de la locution « un chemin droit » au lieu de « le chemin droit », qui aurait pu alors être compris comme désignant l’Islam, confirme le maintien du pluralisme religieux. La locution ṣirâṭ mustaqîm/un chemin droit suppose une pluralité de voies, elle n’est pas à confondre avec la Voie de Rectitude ou le chemin droit traduisant l’expression aṣ–ṣirâṭ al–mustaqîm grammaticalement déterminée par l’article qui, elle, indique conceptuellement une unique voie, Cf. S1.V6.
[26] Verset utilisé à contresens par l’Exégèse pour qualifier les chrétiens de dénégateurs polythéistes. Il s’agit en réalité de la condamnation de l’hérésie monophysite. Cette démarche sera identique aux versets 72, 73, 116. Pour l’analyse de ces versets, voir : Les trinités selon le Coran et en Islam ainsi qu’en complémentaire logique La Trinité selon le Coran et en Islam.
[27] Avec la préposition « bi » la forme II ‘adhdhaba a le sens de tourmenter par quelque chose et non pas : punir à cause de quelque chose comme le laisse entendre l’Exégèse. Il ne s’agit donc pas de dire que Dieu punit les juifs et les chrétiens pour leurs fautes, mais bien « par leurs fautes » c.-à-d., contextuellement, toujours en lien avec les divisions profondes qui les opposent, les un les autres dans leur religion respective.
[28] Il n’y aurait pas de sens d’affirmer ici l’arbitraire du châtiment [Dieu châtie qui Il veut] alors qu’il vient juste d’être dit que Dieu les punissait uniquement à cause de ce qu’ils ont fait. Pour notre démonstration linguistique et théologique du sens de la locution que nous traduisons par « Il pardonne à qui veut et châtie qui veut », voir : S2.V284.
[29] Ceci fait allusion aux attentes messianiques des « Gens du Livre », c.-à-d. ici les juifs et les chrétiens. Cela ne signifie pas que le Coran valide ledit messianisme, mais, qu’au contraire, par la venue de Muhammad Sceau des prophètes il est coupé court aux spéculations messianiques des uns et des autres : le Prophète Muhammad est le dernier rappel, un « annonciateur et un avertisseur » et vous ne pourrez point dire « Nous n’avons eu ni annonciateur ni avertisseur ».
[30] En ce verset, si l’on comprend le pluriel anbiyâ’ par les prophètes dits d’Israël et le pluriel mulûk par rois dits d’Israël, alors l’anachronisme est flagrant, les uns et les autres n’apparaissant que plus d’un demi-millénaire après Moïse. Or, il est clair qu’en ce paragraphe les vs22-26 font référence à des évènements contemporains de Moïse. Notre v20 apparaît de plus comme une harangue préliminaire de Moïse adressée aux Fils d’Israël avant qu’ils ne se lancent à la conquête du territoire qui leur a été promis. À cette fin, Moïse leur rappelle non pas ce qui se passera des siècles après, mais ce que fut dans le passé leur relation à Dieu et ce qu’ils Lui doivent. Ainsi, dans ce contexte, le pluriel anbiyâ’ désigne-t-il les « prophètes » parmi les descendants d’Abraham, tel d’après le Coran Jacob, Ismaël et Joseph, et le terme mulûk se comprend alors comme le pluriel de mâlik c’est-à-dire ceux qui possèdent, les « maîtres » d’une chose avec ici implicitement le fait qu’ils étaient ainsi des êtres libres. Le sens du discours de Moïse est donc le suivant : « Dieu a mis dans votre lignée des prophètes et vous avez été des maîtres, possesseurs de biens et êtres libres. Puis, après que vous fussiez mis en esclavage, voilà que Dieu vient de vous libérer, ce qu’Il « n’avait jamais donné à nul autre parmi tous les hommes/al–‘âlamîn », c.-à-d. de les libérer de leur situation d’esclavage par Son intervention directe ! « Ô mon peuple, rappelez-vous la grâce de votre Seigneur » et, après tant de bienfaits, refuserez-vous donc d’obéir à Dieu et de combattre !
[31] « terre sanctifiée/muqaddasa ». Le fait qu’il soit dit ne faites pas marche arrière, car vous seriez perdants, montre bien que le seul droit du peuple de Moïse sur ce territoire dépendra de leur engagement à le conquérir par la force, car ce n’est pas une terre inhabitée ni donc une terre sainte par elle-même. S’ils ne la conquièrent pas, elle perdra toute valeur et leur échappera. Ceci explique qu’il faille rendre le terme muqaddasa par sanctifiée et non pas par sainte. Le fait que cette terre soit dite sanctifiée repose sur une volonté factuelle de Dieu alors que le terme saint exprimerait un état permanent, ce qui n’est textuellement pas le cas. Ce verset n’énonce donc pas qu’il s’agit là de la Terre promise [d’où pour kataba le sens d’assigner et non de destiner] tout comme il n’affirme pas que ledit territoire revient éternellement au peuple juif, car, à bien lire, cette « terre sanctifiée » n’a été « assignée », s’il s’en empare, qu’au seul peuple de Moïse, c’est-à-dire uniquement ses contemporains, à qui du reste s’adresse ici Moïse.
[32] Lorsque l’Exégèse, et donc la traduction standard, traduisent le pluriel jabbârîn par géants, elles suivent les légendes bibliques : Nombre XIII 33 sqq. Littéralement, le Coran dit que la citadelle qui garde l’entrée du territoire à conquérir est occupée par des gens puissants/jabbârîn, ce qui explique aux versets à suivre les réticences des Fils d’Israël qui, en tant que récemment encore esclaves, n’étaient pas des guerriers.
[33] Là encore en ignorant l’approche déconstructive du Coran, l’Exégèse a nommé selon la Bible les deux hommes en question : Josué et Caleb ! L’Exégèse n’aime pas les séries avec des acteurs anonymes….
[34] Nous suivons là la variante de récitation yûkhâfûna/qui étaient craints plutôt que celle de la recension Ḥafṣ qui propose yakhâfûna/qui craignaient [c.-à-d.. Dieu], faute de quoi la structure syntaxique de cette première phrase est difficile à admettre.
[35] Voir S2.V58.
[36] Dans ce type d’échange, nous avons déjà signalé qu’il ne s’agissait pas de mettre une majuscule à seigneur, voir : S2.V61.
[37] À la différence de la Bible, il n’est pas dit qu’ils erreront quarante années, mais seulement qu’ils erreront. Pour l’interdiction de quarante années, ce type de chiffre dans le Coran, conformément à l’usage des Arabes, signifie longtemps.
[38] Pronominalement, il est indiqué que le Prophète est ici chargé de s’adresser à eux/‘alayhim/leur, c.-à-d. aux juifs médinois et de leur raconter « en vérité » « l’histoire de deux Fils d’Adam ». En Adam et l’Homme selon le Coran et en Islam, nous avons montré que l’entité Adam/Elle n’était pour le Coran qu’un archétype et absolument pas les parents biologiques de l’Humanité. En conséquence, le Coran ne peut ici reprendre le récit de la Genèse relatif au meurtre d’Abel par Caïn désignés comme étant les deux premiers-nés d’Ève. De ce fait, la locution figée banî âdam/fils d’Adam garde en arabe son sens général éponymique et qualifie les êtres humains dans leur globalité ; deux hommes donc, dont le Coran ne donne pas les noms, car la philosophie de ce propos coranique ne le nécessite pas. Par ailleurs, il n’est pas dit non plus qu’il s’agit de deux frères et, par la suite, le mot « frère », vs30-31, pourra s’entendre aussi en arabe comme frère en humanité. Ajoutons que de plus tous les faits rapportés par les vs28-31 n’appartiennent pas au récit biblique d’Abel et Caïn. Contrairement à l’Exégèse, importatrice en l’occurrence du Talmud, nous devons donc comprendre ce paragraphe comme relatif à une histoire différente du fameux récit d’Abel et Caïn, mettant alors en jeu un fratricide au sens intracommunautaire du terme.
[39] Selon le récit biblique, Dieu refuse sans raison apparente l’offrande de Caïn comme pour le pousser au crime, mais ici cet arbitraire théologiquement inacceptable n’est pas, car la raison du refus de l’offrande est donnée : l’insincérité de celui qui l’offre : « Dieu ne reçoit que de la part de ceux qui le craignent pieusement ».
[40] Cette répartie n’est pas dans la Genèse. Il ne s’agit pas d’une déclaration de non-violence, mais de respect de la vie humaine au nom de la crainte pieuse due à Dieu. Autrement dit, je préfère mourir pour Dieu que de tuer au nom de Dieu. Ceci est fondamentalement la cause de la sacralité de la vie qui sera énoncée au v32.
[41] Classiquement, on lit : « je veux que tu portes ton péché et le mien », mais, selon le Coran, nul ne sera tenu responsable du péché d’autrui. Certains ont proposé qu’il s’agisse là du cas du martyr tué sans raison et dont le criminel sera chargé d’expier les péchés de sa victime. Cette conception n’est pas coranique et n’a pu être étayée que par le Hadîth. Aussi, par ithmî l’on entend non pas mon péché, mais « mon crime », c.-à-d. celui dont j’ai été victime, et par ithmi-ka « ton péché », c.-à-d. celui résultant du fait de m’avoir tué.
[42] L’énoncé « qu’ainsi tu sois parmi les hôtes du Feu » est une notion théologique impliquant qu’il y eut une révélation apportée par un prophète. Or, si selon le Coran Adam ne fut pas le premier des hommes, cf. note supra, il ne fut donc pas non plus le premier des prophètes et le Coran nous apprend que les prophètes ne furent pas missionnés au temps des premiers hommes, cf. S2.V213. Ceci nous permet de confirmer à nouveau que nous ne nous sommes pas dans le cadre du récit biblique, mais dans une période bien plus tardive puisque, s’agissant ici de s’adresser aux juifs, l’on sait que la Thora ne fait pas mention de l’Enfer. Nous avons là une nouvelle preuve de ce que ce récit coranique n’est pas en lien avec celui de la Genèse. La suite nous apprendra que cette histoire s’est produite entre deux Fils d’Israël dits donc par éponymie « deux Fils d’Adam ».
[43] Ce récit coranique n’est pas dans la Genèse. Comme indiqué en note précédente, ce récit coranique s’inscrit dans une histoire plus récente. Il ne s’agit donc pas ici d’évoquer une préhistoire mythologique qui supposerait que l’assassin n’ait pas su comment enterrer les morts et qu’il aurait appris ce rite en observant ce corbeau ! En islamologie, il est fréquemment cité que l’histoire de ce corbeau est un emprunt coranique à la Mishna Tanhuma, or cette source est sans doute postérieure au Coran, VIIIe siècle, et le calquage a donc été réalisé en sens inverse. Ceci étant, la présence du corbeau illustre toute la tension interne qui anime notre assassin qui n’avait pas même songé à enterrer sa victime, laquelle était encore sous ses yeux. Il n’est d’ailleurs pas indiqué que par la suite il l’enterra. Cette scène traduit donc tout son désespoir et provoque enfin en lui un salutaire mouvement de regret et de repentir : « Il se trouva ainsi au nombre des repentants ». Notons que ce repentir, parfaitement conforme à l’esprit coranique, n’est pas mentionné dans le récit biblique. De même, si le récit biblique a pu être interprété comme justifiant d’une violence intrinsèque à l’Homme, le récit coranique ne légitime pas la violence des hommes et les appelle au contraire à réfléchir sur les conséquences de leurs pulsions de meurtre. Le v34 explicitera la philosophie coranique en la matière.
[44] Précisément, ce v32 comporte deux propositions de nature différente. Le premier : « quiconque tue une personne n’ayant commis ni meurtre ni oppression sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les Hommes » est de fait une condamnation du meurtre en lien direct avec le fratricide entre deux fils d’Israël, v27-31, ce qui lui confère une portée restreinte, c’est-à-dire concernant en premier lieu les juifs et le judaïsme. Le deuxième : « quiconque aura protégé la vie d’une personne, c’est comme s’il avait protégé tous les Hommes » dépasse le cadre limité circonstancié et énonce un principe général : respect et sauvegarde de la vie, ce qui lui confère une dimension universelle. Pour la compréhension circonstanciée de ce verset, voir : Le verset le plus violent du Coran ? ; S5.V33.
[45] Ceux compris sous l’appellation générale de prophètes d’Israël.
[46] C’est-à-dire la terre sanctifiée/muqaddasa, voir note 31.
[47] Ce verset a été compris par l’exégèse juridique comme prescrivant ces châtiments cruels à l’encontre de tout semeur de troubles. Cependant, il est difficilement admissible que Dieu ait pu prescrire de tels châtiments alors même que le Coran les attribue à Pharaon, le tyran par excellence. En réalité, contextuellement, ce verset fait référence à ce qu’il advint des juifs lors des guerres fratricides qu’ils menèrent lors de la période dite des royaumes d’Israël. Pour l’analyse littérale de ce verset si controversé, voir : Le verset le plus violent du Coran ? ; S5.V33.
[48] « ce qui unit » mis pour al–waṣîla, terme signifiant joint, réunit deux choses. Les commentateurs glosent par proximité : taqarrub, car la possibilité d’union spirituelle à Dieu a toujours été rejetée par l’Orthodoxie.
[49] La locution fî sabîli–llâhi signifie et se traduit selon les contextes : « chemin de Dieu » au sens propre ; « Chemin de Dieu » au sens figuré en contexte de jihâd spirituel ; « en vue de Dieu » en contexte de jihâd éthique ; « cause de Dieu » en contexte de jihâd armé, cf. notes v154 et v190, pour une variante avec le verbe jâhada, voir : v218. « puissiez-vous réussir », la réussite est ici clairement d’ordre spirituel. C’est l’opposition à cette démarche spirituelle qui est l’objet de ce paragraphe.
[50] En Couper les mains du voleur selon le Coran et en Islam, nous avons montré que la locution fa–qṭa‘û aydiya-humâ se comprenait nécessairement au sens figuré par : « réduisez leur puissance ». Nous avions de même montré que cela ne concernait que les puissants et non pas les faibles, contextuellement nous pouvons constater qu’étaient en premier lieu visés les puissants parmi les dénégateurs, v36. C’est-à-dire, d’une part, les polythéistes et, d’autre part, comme il ressortira des versets à suivre, leurs associés juifs dans l’opposition au Prophète à Médine.
[51] Notre traduction de ce segment-clef diffère de celle classiquement proposée [Dieu châtie qui Il veut et Il pardonne à qui Il veut] ceci induit une nouvelle théologie du Destin ainsi que la reconnaissance du libre arbitre et l’affirmation du non arbitraire de Dieu, voir S2.V284.
[52] Il s’agit des hypocrites médinois, plus exactement d’opposants-hypocrites comme l’indique ici le tour plus politique du propos qui va se confirmer par la suite.
[53] C.-à-d. les judaïsés, cf. S4.V46.
[54] C.-à-d. la part de la révélation apportée par Muhammad acceptable du point de vue judaïque. L’Exégèse rapporte ici une fiction toxique : le Prophète voulut appliquer la lapidation à un juif convaincu d’adultère, ce à quoi les rabbins de Médine s’opposèrent alors même que cela faisait partie de la Loi mosaïque. Outre, la charge judéophobe de ce récit, l’on devine sans peine que l’intention réelle est d’introduire coûte que coûte la lapidation de l’adultère en Islam alors que le Coran n’a jamais prescrit une telle peine. Voir : Adultère et fornication selon le Coran et en Islam ; S24.V2.
[55] « accorde un délai » seule signification de la forme IV awrada qui soit compatible avec le fait que l’on ne peut selon la théologie coranique admettre que Dieu voudrait/awrada induire quelqu’un en erreur/fitna. Selon la théologie de l’arbitraire divin admise et canonisée par l’Islam, ce serait donc Dieu qui plonge les gens dans l’erreur…
[56] « comment du reste te prennent-ils comme arbitre » et non pas « mais comment te demanderaient-ils d’être leur arbitre » comme classiquement compris. Notre compréhension, littérale, est obligatoire, car l’on ne voit pas comment au v42 il serait dit que ces juifs opposants au Prophète viennent de plus le consulter pour ensuite ajouter ici qu’ils ne le feraient pas du fait même qu’ils ont la Thora à titre de loi ! De plus, il est fort probable que ces versets évoquent le rôle du Prophète à Médine en tant que « juge de paix » entre les différentes factions médinoises, situation correspondant à ce qui fut par la suite inscrit dans l’histoire comme étant la “Constitution de Médine ». En tant que tel, cet acte politique n’a sans doute jamais existé, car fort éloigné des besoins de l’époque. Par contre, il est conforme aux coutumes d’alors que les médinois aient demandé à Muhammad d’arbitrer leurs différends. Pour ce faire, l’on note qu’en ce verset Muhammad jugea les affaires juives en fonction de « la Thora » ou, du moins, en ce qu’il en savait être juste et vrai comme l’indique la première phrase du v48 : « Juge donc à leur sujet d’après ce que Dieu a révélé, et ne suis point leurs désirs quant à ce qui t’est parvenu de la Vérité ».
[57] Au v42 il était dit intransitivement ḥakama bayna/juger entre eux, mais ici le verbe ḥakama est transitif et le sens en est alors avoir un jugement solide et sage.
[58] Ceci s’adresse aux juifs. Si l’on prend en compte qu’au v45, et au v47 pour les chrétiens, la même incise entraîne les qualificatifs respectivement de « iniques » et de « déviants », le sens le plus juste ici pour kâfirûn est « ingrats » et non pas dénégateurs. Par ailleurs, la formulation : « celui qui ne juge point selon ce que Dieu a révélé » n’indique pas l’obligation de ne juger qu’en fonction de la Révélation, mais, au contraire, vise le fait de juger prétendument en son nom, mais sans être y réellement fidèle.
[59] « compensation », sens réel du terme qiṣâṣ. Cette notion diffère de celle du Talion tel que compris dans le judaïsme et l’Islam à sa suite. Notons qu’elle s’applique à l’ensemble des éléments cités et non pas uniquement aux blessures puisque le pardon et la remise s’appliquent littéralement à tout ce qui a été énuméré. Quoi qu’il en soit, le talion n’a pas été maintenu pour les musulmans. Ici il n’est pas reproché aux juifs de ne pas en avoir pratiqué la lettre, mais, au contraire, de ne pas en avoir suivi l’esprit : « remise et rachat ». Cette même démarche de pardon et de dépassement de la vengeance est clairement explicitée en S2.V178-179.
[60] Pour la mission de Jésus à l’égard des juifs, voir S3.V49-51.
[61] « l’Évangile », toujours au singulier dans le Coran : al–injîl. Ce terme, en opposition avec le terme au pluriel en chrétienté :les évangiles, indique que nous devions le comprendre étymologiquement comme signifiant la Bonne nouvelle.
[62] Pour les vs44, 45 ; 47, noter la triple répétition : « et celui qui ne juge point selon ce que Dieu a révélé » et la subtile différence des qualificatifs : ingrats, iniques, déviants.
[63] C.-à-d. tous ceux qui ont reçu une révélation divine avant toi, principalement dans le contexte les juifs et les chrétiens. Il ne s’agit pas ici d’arbitrer des conflits, mais de porter un jugement sur la réalité profonde de la pluralité religieuse enseignée par le v48.
[64] « fautes » mis pour dhunûb. Contextuellement, il s’agit de fautes théologiques et non pas péchés comme en maintes traductions.
[65] « paganisme » mis pour jâhiliyya, voir S3.V154. Ctte notion est sans rapport avec le concept de « temps de l’ignorance » forgé par l’Islam. « entendement », c’est-à-dire la conception, la compréhension, du fait religieux des Arabes. Ce qui est présentement visé est le type de syncrétisme pratiqué en Arabie, pratique en opposition avec l’intelligence de la pluralité religieuse qui n’est en rien syncrétiste, mais basée sur le respect profond de la différence religieuse des uns et des autres.
[66] Ceci n’est évidemment pas un principe général, les juifs et les chrétiens ayant été plus que rarement alliés ! Il s’agit donc d’une situation d’ordre plutôt politique propre à Médine à l’époque du Prophète.
[67] Bien évidemment, il ne s’agit pas d’une transmutation religieuse ! Cela signifie donc que celui qui se sera allié avec ces ennemis du Prophète sera traité comme eux en cas de conflit.
[68] Après avoir explicité au v48 les fondements théologiques de la pluralité religieuse, ce dont découle la liberté religieuse, il ne peut donc être ici rejeté le fait de changer de religion, autrement dit la condamnation de l’apostasie selon l’Exégèse. En valeur, toutes les religions sont équivalentes et seul compte cet essentiel mot d’ordre : « rivalisez donc en bonnes œuvres », v48. En ces conditions le terme dîn ne peut signifier ici religion, mais, en fonction du contexte, il se comprend par « voie ». Le sujet politique des alliances entre diverses factions d’opposants religieux n’est pas traité sous l’angle théologique strict de l’hypocrisie, mais de manière plus pragmatique. Il s’agit de dire à l’entourage du Prophète qu’il doit le soutenir et ne pas s’allier d’une manière ou d’une autre à ses adversaires, c’est-à-dire ne pas « se détourner/irtadda de sa voie/dîn ». Le verbe irtadda signifie revenir sur ses pas et se détourner ainsi de la voie du chemin que l’on suivait, ici se détourner de l’engagement pris avec le Prophète Muhammad : la « voie/dîn » en question. Ce n’est que par un phénomène de réentrée lexicale dû à l’emprise de l’Exégèse sur le lexique arabe qu’on conféra plus tard au verbe irtadda le sens d’apostasier, concept qui, répétons-le, est en contradiction avec la tolérance religieuse mutuelle défendue par le Coran. Du reste, en S2.V217, verset lui aussi interprété par l’Exégèse comme condamnant l’apostasie, la traduction standard a malgré tout traduit ce verbe-clef par se détourner. L’on notera de plus que rien en ce verset ne vient prononcer la moindre sentence pour ce que l’on supposerait être de l’apostasie, punie rappelons-le de la peine de mort par l’Islam. Textuellement, il est uniquement fait recours aux notions d’amour de Dieu et de sincérité de l’engament aux côtés du Prophète.
[69] Notons que l’ordre d’énoncé : « qu’Il aimera et qui L’aimeront » indique subtilement que l’amour de Dieu envers les croyants n’est pas une conséquence du fait qu’ils L’aiment, mais une émanation première divine.
[70] Pour notre traduction « Il donne Sa grâce à qui veut », voir S2.V284. C’est dire que Dieu donne Sa grâce à celui qui la désire. Cette signification est dénuée d’arbitraire divin, ce qui en ce verset est cohérent puisque l’on ne peut, d’une part, appeler les croyants à être fidèles et à viser la droiture et, d’autre part, affirmer que ceci relève in fine d’une grâce que Dieu donnerait seulement selon Son bon vouloir.
[71] Rendre le terme ḥizb par parti : parti de Dieu, est un anachronisme d’ordre politique. À l’origine, ce terme signifie troupe d’hommes, d’où notre « groupe ». Concernant les ennemis du Prophète, le pluriel aḥzâb a le sens péjoratif de factions.
[72] En lien direct avec le v58 le sens de dîn est bien ici « culte ».
[73] Comme de règle dans le Coran, le pluriel kuffar désigne spécifiquement les « polythéistes » plutôt que de manière générale les dénégateurs.
[74] « vous appelez à prier », cette traduction écarte l’ambiguïté possible de la forme « appeler à la prière » qui pourrait être prise pour : « faire l’appel de la prière ». Le verbe nâda/appeller employé avec la préposition « ilâ » ne nous paraît pas pouvoir rendre l’idée d’un appel/adhân, car il exprime le fait conséquent et non l’acte lui-même. Du reste, l’on retrouve en S62.V9 ce même verbe dans le syntagme : « nûdiya li-ṣ–ṣalâti » où c’est l’emploi de la préposition « li » qui permet d’indiquer qu’il s’agit bien d’appeler à la prière, en l’occurrence celle dite du vendredi.
[75] « les singes et les porcs ». Ces deux termes sont déterminés par l’article et, comme le font la traduction standard et bien d’autres, traduire par « des singes et des porcs » est une déformation intentionnée visant à inscrire textuellement certaines croyances musulmanes rapportant que les singes et les porcs sont les descendants de ces juifs, voire l’inverse ! Or, l’emploi de l’article implique que nous devions comprendre cette locution au sens figuré. Selon un mécanisme différent, nous avons montré qu’en S2.V65, la locution métaphorique « soyez singes rejetés » signifiait : « tombez dans l’avilissement et le mépris du fait de votre fourberie ! ».
[76] Voir le sens de l’équivalent pour les chrétiens au v14.
[77] Il s’agit là d’une référence directe et probante aux guerres intestines entre juifs évoquées au v33, cf. Le verset le plus violent du Coran ?
[78] C.-à-d. les territoires conquis par les Fils d’Israël, voir note 31.
[79] Cet énoncé est d’ordinaire compris au passé avec donc l’emploi d’un conditionnel passé : « Si… ils avaient cru… Nous leur aurions racheté leurs mauvaises actions ». Mais, en arabe, avec l’hypothétique law anna la proposition peut être comprise au conditionnel présent : « Si… ils croyaient…Nous rachèterions leurs mauvaises actions », ce qui a pour effet de sous-entendre qu’il ne pourra plus en être de même après l’avènement de l’Islam. Notre lecture est justifiée, car, par ailleurs, en S3.V113 il est affirmé l’existence et la persistance de tout temps d’une communauté juste parmi les Gens du Livre. Cette compréhension est de plus cohérente avec la conception inclusive de la foi selon le Coran, cf. : Le Salut universel selon le Coran et en Islam.
[80] Il n’est pas formellement exprimé en ce verset un lien de causalité entre observance de la « Thora et l’Évangile » par les « Gens du Livre » et les bénédictions de Dieu. Il est simplement précisé que leurs dissensions internes précédemment évoquées les ont empêchés de profiter de ce qu’ils auraient pu avoir s’ils avaient été unis au lieu de se déchirer au nom de la Thora et/ou de l’Évangile.
[81] Comme ce propos concerne juifs et chrétiens, il ne s’agit pas de désigner une secte juive ou chrétienne en particulier. Cette communauté représente ceux qui « parmi eux » constituent « une communauté du juste milieu ». Cette même communauté transreligieuse est dite « communauté droite » en S3.V113-115, versets qui en donnent les principales caractéristiques : « Ils croient en Dieu et au Jour Dernier, incitent au convenable, condamnent le blâmable et rivalisent en bonnes œuvres ». Sur l’analyse littérale de ces versets et ses conséquences importantes, voir : La meilleure Communauté selon le Coran et en Islam.
[82] Ce verset essentiel est répété trois fois dans le Coran. Pour son analyse littérale et sa position inclusive quant à la foi monothéiste, voir S2.V62. Explicitement, ce verset accorde le Salut à tout croyant monothéiste, quelle que soit sa religion, voir : Le Salut universel selon le Coran et en Islam ainsi que La Pluralité religieuse selon le Coran et en Islam.
[83] Ceci renvoie à S2.V87-88.
[84] Étant entendu que le v48 et le v69 reconnaissent le Salut pour les chrétiens, cette critique ne les vise pas contextuellement. Elle concerne une forme de trinité considérée par l’orthodoxie trinitaire elle-même comme hétérodoxe : le monophysisme, voir aussi v17. Cette doctrine était notamment présente à Najran dans le sud de l’Arabie, selon elle le Fils, Jésus, est homme en tant que fils de Marie, mais n’a qu’une seule nature : divine. Pour l’analyse de ce verset, voir : Les trinités selon le Coran et en Islam.
[85] Ce qui est ici mentionné est une forme de trithéisme, non reconnue par le christianisme, à savoir : la croyance en trois divinités distinctes [Dieu, le Fils, la Mère] dont Dieu serait « le troisième de trois », voir : Les trinités selon le Coran et en Islam.
[86] Le modulateur « ceux d’entre eux » nuance le verset précédant en précisant que l’accusation coranique ne vise qu’une partie de ces trithéistes, polythéistes donc. L’acte de déni/kufr ne concerne donc ici que ceux qui auraient vraiment pensé adorer trois dieux et non ceux qui auraient adhéré à ce dogme trithéisme par ignorance théologique réelle alors que leur foi se porte fondamentalement vers Dieu seul.
[87] Ceci s’adresse directement au Prophète Muhammad et indique qu’il était en contact avec les hérésies chrétiennes qui viennent d’être citées aux deux versets précédents.
[88] À tire de conclusion quant à la critique des ces trinités, ce rappel ne s’adresse qu’aux chrétiens dans leur ensemble orthodoxique, seuls désignés contextuellement par la locution « Gens du Livre ». Le propos tenu est directement en rapport avec S4.V171. Pour la compréhension du terme dîn signifiant ici « foi », voir de même S4.V171.
[89] Pour David, voir Psaume 109. Pour Jésus, voir évangile selon Mathieu chapitre XXIII et ce dernier également pour le v79.
[90] C’est-à-dire ici les polythéistes.
[91] Dans un contexte d’alliance le verbe âmana n’a pas le sens de croire, mais son sens premier de faire confiance à, se fier.
[92] Ce verset n’a pas de portée générale, il se comprend contextuellement comme à l’adresse des « hommes les plus acharnés en hostilité » qui parmi les « juifs et les polythéistes » s’alliaient contre Muhammad. Ceci se déduit aussi du fait que les croisades ont suffisamment témoigné que ceux qui disent : « nous sommes chrétiens » n’étaient pas de principe les « les plus disposés en amitié envers » les musulmans. Loin de tout irénisme, le Coran ne dresse donc pas pour l’éternité le portrait mythologique du “vilain juif et du gentil chrétien”. Noter à nouveau que ce type de verset indique clairement la présence de communautés chrétiennes à Médine ou ses alentours, réalité occultée par le versant judéophobe de l’Exégèse.
[93] Notons qu’il n’est pas dit en ce verset que ces doctes chrétiens se convertissent au Message de Muhammad, et donc deviendraient musulmans. Il est seulement indiqué qu’ils reconnaissent dans le Coran la même vérité que celle qu’ils savent être en leurs propres écritures sacrées. Il s’agit là d’une attitude maintes fois conseillée par le Coran : croire en ce qui a été révélé aux autres comme en ce qui nous a été révélé. Du moins cela signifie-t-il que l’on doive respecter la foi de chacun au nom du fait que toutes les révélations monothéistes sont l’émanation et la représentation de la Vérité divine, telle est selon le Coran la base juste du respect de la foi d’autrui dans l’interreligieux. De ce fait, le v85 conclut que ces chrétiens, logiquement non convertis à l’Islam, ont plein droit à ce que « Que Dieu les récompense donc, pour ce qu’ils ont dit », cf. v69. En cette perspective, l’on peut entendre la locution « notre Seigneur » comme la reconnaissance du fait que, tous, nous croyons au même Dieu.
[94] « Ne déclarez point tabou » mis pour le verbe ḥarrama, voir : Le haram : les tabous selon le Coran et en Islam ; al–muḥarramât. « rendues libres » mis pour le verbe aḥalla, voir : Le halal selon le Coran et en Islam.
[95] Il s’agit d’un énième rappel. Dès la fin de la période mecquoise, le Coran [S6.V145 ; S6.V138-139 ; S6.V143-144. S16.V115] réprimande les primo-musulmans quant à leurs difficultés à approuver la réduction des tabous alimentaires édictée par le Coran. Sur ces réticences d’ordre socioculturel plus que religieux, voir : Le halal selon le Coran et l’Islam.
[96] Pronominalement, l’expiation/kaffâra est en lien avec laghwi/à la légère, ce rachat concerne donc seulement les serments contractés à la légère ou de manière irréfléchie, mais qui n’auront pas été respectés. Quant « aux engagements que vous aurez vraiment contractés », c.-à-d. en toute conscience, il n’est donc pas textuellement prévu de rachat ou de compensation. Cela suppose qu’ils doivent être impérativement tenus comme ceci du reste a été indiqué en introduction de cette sourate : « Ô vous qui croyez ! Honorez les engagements » et est répété ici : « respectez vos serments ». C’est donc au nom de sa foi que le croyant doit mesurer la gravité du non-respect de ses engagements et serments, car « Il [Dieu] vous demandera compte ».
[97] Grammaticalement, l’accord pronominal arabe implique que ce soit du Shaytân qu’il faille s’éloigner et non du khamr/vin ou du maysir/la divination. En l’Interdiction du vin selon le Coran et en Islam nous avons montré que cela définissait un haut degré d’interdiction, interdiction d’ordre éthique.
[98] Corrélé à l’obéissance à Dieu, c.-à-d. au Coran, la locution « obéissez au Messager » signifie : obéissez-lui en ce sens qu’il est le messager et le transmetteur de ce que Dieu vous a révélé par son intermédiaire. Sur notre critique du concept de sunna prophétique, voir : La Sunna selon le Coran et en Islam, fonction et mission du Messager.
[99] « ils auront usé », sens large du verbe ṭa‘ima [ordinairement, se nourrir], car il ne s’agit pas contextuellement que de nourriture, mais de toutes les édictions du v87 au v91. Les exégètes ont beaucoup spéculé sur la triple répétition concernant la crainte pieuse et de la double itération du fait de croire et d’agir en bien. Certains y ont même vu l’autorisation d’une consommation modérée de vin du moment où cela n’altérait pas la capacité du croyant à faire le bien ! En l’article : l’interdiction du vin/khamr et des boissons alcoolisées selon le Coran et en Islam, nous avons démontré que la consommation d’alcool était absolue. Ces allégations n’ont donc d’autre fondement que l’intention qui y préside. En tant que dernier rappel des tabous coraniques, ce verset insiste auprès des primo-musulmans afin qu’ils comprennent que leur foi doit les mener à les respecter et que, le verset étant formulé au passé, il ne leur sera pas compté les transgressions que malgré tout ils avaient commises, voir note 95, tout en étant malgré tout à ce moment-là sincèrement croyants et vertueux.
[100] « distingue » au sens de mettre en évidence comme le signifie primitivement la racine verbale ‘alama, car la Science de Dieu étant absolue et holistique l’on ne peut théologiquement admettre qu’Il mettrait en place une épreuve afin de savoir, au sens d’apprendre ou découvrir, quelque chose.
[101] « l’Inapparent » mis régulièrement pour al–ghayb. Comme l’affirme la traduction standard et d’autres, rendre fî-l–ghayb par « en secret »est un sens plus que faible. Il s’agit de dire que les choses déclarées sacrées par Dieu relève uniquement d’une sagesse divine dont nous n’avons pas à chercher une justification rationnelle puisqu’elles appartiennent par définition à « l’Inapparent/al–ghayb », les croyants se doivent seulement à l’aune de leur foi s’attacher respecter ce caractère sacré. Sur la sacralisation, voir : Le haram : le sacré selon le Coran ; al–ḥurumât.
[102] « une peine » mis pour ‘adhâb, car il ne peut être ici question de châtiment/’adhâb [c.-à-d. en Enfer] étant entendu qu’au v95 il est prévu une expiation. Le terme ‘adhâb doit donc être compris au sens minimal de peine et, au figuré, comme signifiant une atteinte à la pleine réalisation du parcours spirituel du pèlerin.
[103] « expiation en nourriture ». Il n’est pas précisé la quantité de nourriture à titre expiatoire pas plus le nombre de jours de jeûne compensatoire. Toutefois, comme l’on ne peut pas supposer que ce point important aurait été omis ou laissé à la libre appréciation de chacun, l’on se réfère alors à S2.V196. Ce verset traite aussi d’expiation dans le cadre du pèlerinage et édicte un jeûne de dix jours dans le cas où on ne peut réaliser le sacrifice expiatoire. Aussi, en fonction de cette règle et de celles propres au jeûne de Ramadan, S2.V184, l’on en déduira que l’expiation en nourriture consiste à nourrir dix pauvres. Pour l’analyse littérale de ce verset, voir : Le Jeûne de Ramadan selon le Coran et en Islam.
[104] « rendre profane » est le sens du verbe aḥalla quant il est comme ici mis en opposition au verbe ḥarrama au sens de rendre sacré, cf. Le halal selon le Coran et en Islam. « groupes de pèlerins », litt. troupe de voyageurs, mais il est clair ici qu’il s’agit de pèlerins. En tant que rappel des vs1-2, elle concerne la ‘umra de compensation, cf., cette mesure s’appliquant à des déplacements par voie de mer ne concernait donc pas au moment de son édiction cet évènement qui ne put avoir eu lieu que par voie terrestre. Nous en déduisons, sachant qu’à cette époque le pèlerinage n’était pas encore interdit aux polythéistes, que cette édiction coranique était destinée à être transmise à des pèlerins polythéistes transitant par la mer Rouge. Rappelons qu’en quelque sorte Djeddah était le port de La Mecque. Par ailleurs, tout comme il en était pour les premiers versets, ce lien avec la ‘umra de compensation suite aux évènements de Ḥudaybiyya remet en cause la chronologie très tardive attribuée traditionnellement à cette sourate.
[105] Comme nous l’avons montré au v2, si la « Kaaba,Temple sacré » est d’évidence une institution de Dieu, l’on ne peut pas en dire autant des « mois sacré, la coutume et les sacrifices enguirlandés » qui sont des usages mis en place par les hommes. Ceci implique que le respect de ces traditions ne fait sens qu’en tant que manifestation de la piété lors des pèlerinages.
[106] « exigeant quant aux dédommagements », voir note7.
[107] Le v99 indique clairement que l’on devrait se limiter à ce qui est révélé et, concrètement à cette époque, cesser d’interroger le Prophète tous azimuts. L’incidence « te séduirait », v100, ne s’adresse pas au Prophète, mais à un interlocuteur fictif en utilisant le tutoiement, ce qui est conforme à la rhétorique arabe. Le Coran critique ici l’attitude de son entourage, alors que faut-il penser de l’énorme extension de sens qu’a recherchée et produite l’Islam. « Dieu avait passé sur elles », v101, mis littéralement pour ‘afâ allâhu ‘an-hâ. Comme le fait l’Exégèse, traduire ce segment par : Dieu a pardonné cela est passer outre la critique coranique quant à rechercher plus d’interdits que le peu prescrit par le Coran, l’on comprend que l’exégèse-juridique avait besoin d’une telle interprétation de ce segment… Ce passage confirme que l’esprit du Coran n’est pas législatif, n’exprime pas la volonté de dicter toutes choses à faire ou à ne pas faire, mais, qu’au-delà de ce qu’il a clairement indiqué, le Coran propose seulement aux hommes des indications éthiques afin qu’ils réfléchissent par eux-mêmes à ce qui est bien et à ce qui est mal, car « ne sont point égaux le détestable et le louable », v100.
[108] Ces termes font référence à des tabous respectés par les Arabes païens, ils concernent des chameaux que l’on sacralisait du fait de leur fertilité exceptionnelle et qu’en conséquence l’on s’abstenait de tuer. À vrai dire, plusieurs définitions en ont été classiquement proposées et le plus sûr consiste donc à se limiter aux indications étymologiques. Ainsi, baḥîra, de la racine baḥara/fendre désigne probablement une chamelle à qui l’on fendait l’oreille afin de signaler sa sacralisation. Le terme sâ’iba de la racine sâba/lâcher au pâturage désigne une chamelle qu’on laissait paître librement, le Coran en fournit un exemple à propos de la chamelle sacrée du prophète Ṣâliḥ, cf. S7.V73. Le terme waṣîla de la racine waṣala/conjoindre désigne une chamelle ayant mis bas en continuité. Le terme ḥâm est un masculin dérivant de la racine ḥamâ/défendre l’usage désignant un chameau étalon que l’on n’emploie plus à la saillie du fait sans doute de ses brillants et longs états de service.
[109] « Venez à ce que Dieu a révélé, et au Messager », ce segment ne s’adresse naturellement pas aux polythéistes/kâfirûn, mais aux proto-musulmans qui restaient attachés à leurs traditions en matière de tabous. Ces réticences culturelles avaient été critiquées antérieurement en S6.V118.121, cf. Le halal : l’abattage rituel selon le Coran et en Islam. Ce rappel très sec se situe donc plusieurs années après la première mise en garde coranique à l’encontre de l’entourage du Prophète qui, visiblement, n’arrivait pas à se débarrasser de ces traditions appartenant au dîn al–‘arab. C’est du reste cette problématique persistante qui éclaire un des aspects du propos des vs101-102.
[110] Ce verset est relatif à l’institution du legs testamentaire/al–waṣiyya selon lequel, en opposition avec le patriarcat et la misogynie des Arabes, l’attribution des parts léguées est sans discrimination entre hommes et femmes, voir : L’Héritage des femmes selon le Coran et en Islam. Là encore, comme il en a été au v103, il s’agit de fustiger le non-respect de cette réforme coranique et d’encourager à la respecter. Par ailleurs, le segment « vous retiendrez ces deux après la prière » concernant un moyen pour s’assurer de la fiabilité des témoins à une époque où aucune juridiction n’existe fournit un argument capital pour l’analyse littérale du verset dit de la prière dite médiane/aṣ–ṣalâtu–l–wusṭâ, cf. Les heures de prière selon le Coran et en Islam ; S2.V238.
[111] Verset de structure difficile ayant donné lieu à de multiples spéculations. Cependant, tout en étant littéral et si l’on suit au préalable la logique présidant à la destitution des témoins dont on aura découvert la non intégrité, notre proposition fait pleinement sens.
[112] « et et qu’ils craignent que soient réfutés, etc. » Ici la préposition « aw » ne peut être traduite par « ou » : ou qu’ils craignent, car cela ne fait guère sens. Par contre le complexe « aw…an » peut avoir valeur coordinative et donc doit être présentement rendu par « et ». Observons que les précautions à prendre autour de ce témoignage capital en matière de legs testamentaire/waṣiyya sont adaptées aux conditions de l’époque : pas ou peu d’écrit, témoignage oral, pas de juridiction ni de recours juridiques, etc. Il ne s’agit donc pas de comprendre que de telles modalités de témoignage seraient édictées pour l’éternité, seul le principe du legs et du témoignage doit être respecté.
[113] « En quoi avez-vous été exaucés ? », notre traduction est littérale. Or, cette question est classiquement rendue ainsi : « Que vous a-t-on répondu ? », mais si tel était le cas, les messagers auraient nécessairement su ce que leur avaient répondu ceux à qui ils prêchaient en communiquant la révélation qu’ils recevaient. Ici, la question porte donc non pas sur le temps de la mission de chacun, mais sur ce qu’en ont fait les réceptionnaires. Autrement dit : ce que les hommes ont surajouté par la suite au message originel, ce qu’effectivement les messagers-prophètes n’ont pu connaître, d’où leur réponse : « nous n’en avons point connaissance ». Le pluriel al–ghuyûb est trop souvent traduit par « les mystères », mais ici il signifie littéralement les « évènements futurs » puisque s’agissant de l’ensemble des processus ayant présidé à l’élaboration dogmatique et pratique des religions à partir du Message de Dieu délivré par les prophètes. Ce verset introduit cette partie IV par un rappel du temps eschatologique où seront convoqués tous les messagers de Dieu. Puis, à partir du v111 au travers d’un dialogue eschatologique quasiment donc de nature allégorique entre Dieu et Jésus sera traité du non-respect du message unique délivré par tous les messagers de Dieu : « Adorez Dieu, Il est mon Seigneur et votre Seigneur ! » et, conséquemment, des déviations théologiques opérées dans le temps.
[114] « lorsque Dieu dira », le futur s’impose contextuellement, car les vs114 et 115 indiquent que l’on n’est pas dans un entretien terrestre, mais bien en ce même Jour Dernier lorsque Dieu s’adresse à tous les messagers. Ainsi, tout ce qui va être dit de Jésus illustre le décalage entre la mission et la fonction de chaque messager, missions égales, mais messages variables, et la seule constante ciblée vise ici la déformation du Message après la mission terrestre des messagers de Dieu.
[115] Sur cette notion d’Esprit-Saint, voir en De la Trinité selon le Coran et en Islam chapitre : de Jésus Esprit de Dieu et aussi S2.V89-90.
[116] Pour notre traduction en ce verset du terme kitâb par « jugement », voir S3.V48. Pour les significations du mot kitâb selon le Coran, voir notre étude : Le terme kitâb dans le Coran.
[117] Pour ces miracles attribués à Jésus par le Coran voir, S3.V48-49 et notes.
[118] En fonction de S3.V52 c’est à Jésus que ses disciples adressèrent ce propos. « assujettis » est le sens premier de muslimûn en tant que participe de la forme IV aslama, voir : Le terme islâm selon le Coran : l’Islam-relation. Notons que nous avons traduit le pluriel ḥawâriyyûn par disciples et non par apôtres, car rien ne permet d’affirmer qu’il s’agissait là des douze apôtres de Jésus.
[119] Cette descente miraculeuse indique en elle-même que l’épisode ici relaté par le Coran ne correspond pas au récit de la Cène selon les Évangiles. Il en est de même du lien établi très approximativement avec la vision de Pierre en Actes, X, 9-11. L’Exégèse, fidèle à ses pratiques intertextuelles a pour autant largement spéculé sur ces liens plus qu’hypothétiques. De manière intratextuelle, tout comme il en est du miracle des oiseaux d’argile il s’agit là d’un miracle non mentionné dans les quatre évangiles canoniques. Certains ont rattaché le terme mâ’ida/table à un mot éthiopien désignant la table du Seigneur, c’est-à-dire celle de la Cène. Or, puisqu’en dehors de ce type de spéculation, l’évènement rapporté est visiblement sans rapport avec la Cène, le Coran emploie ce terme en lui donnant la valeur dégradée qu’il avait prise en arabe : une simple table, ce dont les Arabes ne faisaient pas usage et qui justifie que ce mot soit effectivement d’origine non-arabe. Si l’on tient compte de l’activité intertextuelle déconstructive du Coran, alors le Coran décrit un fait réel qui a été assimilé à tort dans le récit de la Cène. Ces remarques justifient que nous ayons rendu à minima le terme mâ’ida par : « table ».
[120] « en profiter » plutôt qu’en manger, car le verbe akala suivi de la préposition « an » a prioritairement ce sens. De plus, ceci restitue le côté abrupt de la demande de ces disciples de Jésus. La réponse que leur fait Jésus au v112 indique que cette question exprime un doute quant à la Toute-puissance de Dieu et quant à la sincérité de Jésus.
[121] « nos esprits » pour la traduction du pluriel qulûb par esprits et non pas cœurs, voir S2.V260.
[122] « festin » mis pour ‘îd plutôt que fête étant donné le caractère quasi profane de la demande des disciples à laquelle Jésus consent malgré tout. L’emploi du terme fête est de plus dicté par le parallèle que l’Exégèse a voulu voir avec la Cène et sa signification eucharistique.
[123] Cette formulation indique un grand nombre, soit beaucoup plus que les douze apôtres de la Cène.
[124] En cette sourate, le Coran a déjà condamné la doctrine monophysite, v72, ainsi qu’une forme de trithéisme, v73. Ici il ne s’agit toujours pas d’une condamnation de la Trinité, mais du rejet d’un trithéisme reposant sur la triade : Dieu ; Jésus ; Marie. Ce trithéisme, considéré comme hérétique par l’orthodoxie chrétienne, avait été développé par les pseudo-collyridiens. Sur ces importants distinguos, voir : Les trinités selon le Coran et en Islam.
[125] Cette formulation écarte de manière radicale les spéculations chrétiennes quant à la nature divine de Jésus. Est ici déniée une supposée participation entre l’être de Jésus et l’Être de Dieu. Ceci peut aussi être vraisemblablement compris comme une critique intertextuelle de la part du Coran si l’on songe à cette phrase prêtée à Jésus : « Tout M’a été remis par Mon Père, et nul ne connaît le Fils sinon le Père, comme nul ne connaît le Père sinon le Fils », Évangile selon Matthieu, XI : 27.
[126] Cette remarque incidente renforce la précédente quant à l’idée que Jésus en tant qu’être corporel est un simple mortel, ce qui est la position coranique. De fait, nous avons montré dans l’article sur la Crucifixion selon le Coran et en Islam ; S4.V157-158 que cette position n’est pas celle de l’Islam pour qui Jésus n’est pas mort. Pour le Coran, Dieu a donné la mort à Jésus alors qu’il était supplicié sur la croix, seul son esprit a été élevé vers Dieu, cf. idem. Les traductions, qui toutes suivent l’Exégèse, rendent le verbe tawaffâ/donner la mort par une série de pseudo synonymes ambigus destinés à laisser penser au lecteur que Jésus n’est pas mort corporellement, ex : quand Tu m’as rappelé ; quand Tu m’eus recouvré, etc.
[127] En ce verset, l’on note que le Pardon de Dieu persiste malgré les déviations théologiques. La locution « si Tu les châties » n’exprime pas réellement la pensée de Jésus, mais a pour fonction de faire comprendre que même Jésus, comme dit aux versets précédents, ne reconnaît pas les déviations théologiques dont il est l’objet. C’est donc là comme un raisonnement a contrario mettant en avant un argument fort prêté à Jésus et conforme à l’approche coranique de la Pluralité religieuse.
[128] Comme toutes les conclusions rencontrées jusqu’à présent, c’est appel n’est pas exclusif, c.-à-d. concernant les seuls musulmans, mais il s’adresse à tous les croyants véridiques en invitant à la communion de foi dans l’unicité de Dieu. Cette conclusion est aussi en rapport avec l’introduction, symétrie de construction chère au Coran, et, de ce fait, elle élève à un niveau théologique le devenir de ceux qui « accomplissent leurs engagements », locution qui en l’introduction s’appliquait à un niveau ritualiste.
Traduction littérale du Coran, Sourate 5 ; al–mâ'ida : la Table

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