Source: http://cite.over-blog.com/2016/04/culture-labels-nominations-et-entre-soi.html
Timestamp: 2017-05-25 20:08:10+00:00

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Culture : labels, nominations et entre soi. - La Cité des sens. Culture et politique. Suivre ce blog
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Culture : labels, nominations et entre soi.
C’est une vieille et douteuse plaisanterie de l’auteur de ce blog que d’évoquer la rue de Valois en parlant du « ministère des nominations et des labels au bois dormant ».
C’est justement à la question des labels que Jean-Michel Lucas consacre sa deuxième Chronique d'une loi ordinaire à propos de l'article 3 de la loi Création, architecture, patrimoine.
L'article 3 porte sur les labels : le ministère de la culture entend apporter une aide conséquente à 400 structures artistiques au sein « d'une petite douzaine de labels ». Qui s'en plaindrait ? Pourtant, cette reconnaissance nous ramène au bon temps de la féodalité : un grand seigneur qui choisit d'adouber ses chevaliers et le reste va nu pieds. La vérité est là : hors du label pour les 400, l'Etat ne prévoit rien et refuse même ouvertement que la loi envisage des conventions avec d'autres que les labellisés. Le ministère de la culture considère, donc, comme négligeable le reste des projets artistiques qui sont, pourtant, reconnus par l'article 2 lequel a allongé encore la liste des projets pertinents pour l'intérêt général. ( Par exemple « les activités de création artistique pratiquées en amateur, » ou « les artistes, les auteurs, les professionnels et les personnes morales et les établissements de droit public ou de droit privé, bénéficiant ou non d’un label, qui interviennent dans les domaines de la création, de la production, de la diffusion, de l’enseignement artistique et de la recherche, de l’éducation artistique et culturelle, de l’éducation populaire et de la sensibilisation des publics » ). De tout ce tas informe et plébéien, le ministère ne veut reconnaître et protéger que ses chevaliers labellisés ! Avant il le faisait avec discrétion ; avec l'article 3, il veut que la loi républicaine lui accorde ce privilège ! Par conséquent, il ne restera plus pour les autres cultueux que des miettes aléatoires et déconcentrées !
Le Sénat, lui, avait bien compris que ce retour au féodalisme était archaïque et mal adapté aux changements rapides du monde des arts. Il avait inscrit, dans l'article 3, la possibilité de conventionnement durable avec des acteurs culturels répondant aux critères d'intérêt général de l'article 2 ! Rien que de très logique. Dans cette ensemble de conventions, le ministère aurait pu se faire plaisir en décernant des labels aux plus méritants. Au moins, les acteurs ne faisant pas partie des 400 familles auraient eu un peu d'espoir de négocier un minimum de sécurité conventionnelle.
Mais le ministère s'est opposé fermement à cette possibilité. Il a montré sa vraie nature en refusant de sortir des remparts des labels. Non pas par manque d'argent ! Mais en raison de la nature même de sa politique culturelle : prévoir des conventionnements - c'est à dire avoir un œil ouvert sur la diversité des initiatives artistiques et culturelles - déstabiliserait la noblesse artistique de ce pays. Voici le texte de son amendement, d'une cruauté sans nom pour ceux qui ne sont pas adoubés dans la grande famille des 400 ; « la rédaction adoptée par le Sénat en introduisant le principe d’un conventionnement et en supprimant l’agrément du ministre chargé de la culture dénature le cadre de ce qui constitue la politique nationale actuellement en place pour les structures labellisées. Elle est porteuse de déstabilisation pour les structures du spectacle vivant et des arts plastiques bénéficiant actuellement d’un label. » On a tous compris : la nature même de la politique culturelle nationale, ce sont les labellisés « stabilisés » contre les autres qui ne le seront pas, les gros protégés contre les petits faiblards ! Ce texte de la République crée deux catégories d'acteurs culturels : les uns avec des garanties solides données par la loi via le label et les autres,.. rien ! Même pas l'idée de conventionnement ! Cet argument de la déstabilisation des plus gros quand tous les autres - hors des 400 - pataugent dans les difficultés économiques est incroyable. Une forme d'indignité que j'ai toujours mal vécue quand j'étais DRAC. C'est grave de la voir maintenant organisée par une loi de la République.
En adoptant l'article 3, les députés sont-ils à ce point naïfs qu'ils n'aient pas vu qu'en supprimant le conventionnement, d'un coté, le ministère se réservait - en pratique, se repliait - sur la bonne culture d'Etat et laissait, de fait, aux collectivités territoriales tout le reste du menu fretin de l'article 2 !! J'espère que les labellisés, même au SYNDEAC, ne seront pas complices de cet état de droit qui laisse tomber le tiers-état des cultureux et ne protège que la chefferie labellisée. Curieuse république !
Il faut rétablir, dans l'article 3, le principe du conventionnement, c'est à dire le principe de garantir plus de sécurité pour beaucoup de projets en matière artistique et culturelle et non développer la "flexibilité" pour le plus grand nombre et promouvoir la stabilité pour les seuls privilégiés du prince.
© Jean Michel Lucas
Quant à Guillaume Cerutti, c’est aux nominations dont les ministres de la culture ont ou devraient avoir le privilège qu’il consacre sa chronique du 1er avril dernier.
Le pouvoir de nomination est pour tout ministre de la Culture l'un des leviers essentiels permettant de mettre en œuvre sa politique et d'imprimer sa marque. Cette prérogative s'exerce à plusieurs niveaux. Au sein de l'administration centrale du ministère sont notamment concernés le poste de secrétaire général et les trois postes de directeurs généraux (patrimoines, création, médias et industries culturelles). Nommés par décret en Conseil des ministres sur proposition du ministre de la Culture, sans durée de mandat et révocables ad nutum, ces postes ont désormais un fort contenu administratif et gestionnaire.
Les nominations à la tête des grands établissements culturels sont désormais au centre de nombreuses convoitises et monopolisent l'attention médiatique, comme on l'a vu récemment pour le Centre Pompidou, pour la Villa Médicis ou pour le musée d'Orsay. Pour les postes de ce type, une observation majeure s'impose : les choix ont ces dernières années échappé au ministre de la Culture, pour relever in fine de l'autorité de Matignon ou, plus sûrement, de l'Elysée. Cela n'est pas anormal en soi, car ces nominations doivent être prises par décret présidentiel. Ce qui est plus inquiétant, voire désastreux pour le ministère de la Culture, c'est que ce dernier ait perdu sa capacité de proposition ou que celle-ci ait parfois donné l'impression de s'exercer à contretemps ou de manière totalement factice.
Non sans paradoxe, le ministre de la Culture reste en revanche un acteur décisif pour les nominations à la tête de certains établissements ne relevant pas de son autorité directe. Ainsi pour les 3 5 centres dramatiques nationaux, dont les directeurs sont nommés par le ministre en concertation avec les collectivités locales impliquées, et pour les 70 scènes nationales, dont les directeurs sont nommés par leur conseil d'administration après agrément du ministère de la Culture, Cette prérogative est un instrument utile lorsqu'elle permet à un ministre - en l'occurrence Aurélie Filippetti - de veiller à ce que ces directions ne deviennent pas des rentes de situation, et s'ouvrent davantage aux jeunes et aux femmes. Pour autant, on souhaiterait que l'implication croissante des collectivités locales dans le domaine culturel leur confère progressivement une autorité plus affirmée en matière de nominations dans les structures locales, tandis que le ministre se consacrerait se consacrerait surtout au choix des dirigeants d'établissements de niveau national.
© Guillaume Cerutti. Le Quotidien de l’Art. 1 avril 2016 - N°1035
Culture, pour en finir avec les ravages de l’entre soi semble répondre Jérôme Impellizzieri, président (PS) de la commission pour la permanence artistique de la région Ile de France de 2010 à 2015.
La reproduction socio-culturelle a rarement été aussi forte qu'aujourd'hui. Les enfants de, les cousins de, les nièces et neveux de.... Les groupes de copains de lycée... forment la plupart du personnel politique, culturel... et même enseignant. Pour caricaturer, on pourrait dire que le monde du travail se divise en deux catégories : ceux qui peuvent être cooptés, et ceux qui sont condamnés à chercher.
Prenons la culture. Les organigrammes des lieux de fabrique et/ou de diffusion, particulièrement ceux qui sont labellisés, les organigrammes ministériels, d'office publics, les plateaux des théâtres, les génériques des films, sont remplis de cette endogamie, de cet entre-soi. Le pire, dans tout cela, c'est que bien souvent, il n'y a pas d'injustice si l'on considère le niveau (selon le référencement en vigueur, c'est un débat à avoir) : ce sont, bien souvent, les meilleurs. La question de la formation, et du partage de l'information sur les formations, se pose. Celles des parcours aussi, bien sûr. Tout est figé, quasiment dès la naissance. Pourtant, l'univers de la création artistique devrait être ouvert, flottant, bordélique à souhait, joyeux, et même, structurellement désorganisé. C'est tout l'inverse. Je suis entré dans la profession en 1999. 17 ans plus tard, qui peut affirmer que le paysage humain a bougé, si ce n'est à la marge ou en lien avec la pyramide des âges (et encore !).
Malgré ce constat, je persiste à penser que c'est dans la culture, par la culture, que se trouve certainement la voie vers un horizon plus... humain.
Lire cette tribune dans La Tribune du 1er avril 2016
Le même jour, le politologue et écrivain belge d'origine italienne, Giuseppe Santoliquido publiait une tribune intitulée « Attentats de Bruxelles : les responsabilités du monde culturel ».
Elle se conclut ainsi :
Il nous semble donc qu'une des missions essentielles qui incombe au monde de la culture dans les temps à venir est de repenser au plus vite son rapport à la société. De réfléchir à une définition nouvelle de l'engagement culturel, qui est par essence engagement sociétal. À notre présence permanente et peut-être même obligatoire dans les écoles, dans les franges de la société les moins habituées à nos interventions. Et cette réflexion, nous en sommes convaincus, c'est aux artistes et aux intellectuels eux-mêmes de la mener, en toute autonomie, avec le sens de la responsabilité sociale qu'implique le devoir culturel.
Lire l’intégralité de cette tribune.
Les lecteurs fidèles de La Cité des sens savent le peu de goût que j’ai pour les formules comme monde culturel ou monde de la culture. Cette libre opinion mérite toutefois d’être lue, pour pouvoir être discutée. A l’occasion on peut aussi relire Zola ou Durkheim …
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References: l'article 3

L'article 3
 l'article 2
 l'article 3
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in fine