Source: http://e-scoala.ro/Franceza/histoire10.html
Timestamp: 2018-01-21 08:53:45+00:00

Document:
Le fran�ais contemporain
À la fin du XIXe siècle, le fran�ais est à peu près tel que nous le connaissons aujourd'hui. Le vocabulaire a continu� de s'enrichir avec le parlementarisme de la IIIe R�publique (1870-1940) et la cr�ation des partis politiques, la naissance des syndicats, de la grande finance et du grand capitalisme, la renaissance des sports, l'am�lioration des moyens de transport: apparition de l'avion, de l'automobile, de l'autobus et du tramway �lectrique. Les emprunts à l'anglais d'outre-Manche p�nètrent massivement dans la langue fran�aise. Mais l'unit� linguistique pr�n�e lors de la R�volution fran�aise �tait, du moins en France, loin d'être r�alis�e. Il a fallu plusieurs d�cennies d'efforts dans les �coles pour tenter de faire dispara�tre les «idiomes» parl�s par les fran�ais. Puis, la Première Guerre mondiale jeta les hommes de France pêle-mêle dans toutes les directions, colonies comprises. On n'avait jamais vu un tel brassage de populations, qui favorisa n�cessairement l'uniformisation linguistique.
1. Le r�le de l'Instruction publique dans la langue francaise
Un peu après le milieu du XIXe siècle (en 1863), on comptabilisait encore 7,5 millions de Fran�ais ignorant la «langue nationale» (sur près de 38 millions d'habitants. Selon les t�moignages de l'�poque, les enfants des villages de province ne retenaient guère le fran�ais appris à l'�cole; celui-ci «ne laisse pas plus de trace que le latin n'en laisse à la plupart des �lèves sortis des collèges». Les �lèves reparlaient «le patois au logis paternel». En 1831, dans l’une des lettres des pr�fets des C�tes-du-Nord et du Finistère à M. de Montalivet, ministre de l'Instruction publique, on pouvait lire lit ce texte sans �quivoque dont le discours est plus radicalis�:
Dès lors, la France commen�a ce qu'on appellerait aujourd'hui son v�ritable «g�nocide culturel» dans les r�gions fran�aises, particulièrement en Bretagne. Cette directive de monsieur Auguste Romieu, sous-pr�fet de Quimper en 1831, serait consid�r�e au XXIe siècle comme de la pure discrimination:
Multiplions les �coles, cr�ons pour l'am�lioration morale de la race humaine quelques unes de ces primes que nous r�servons aux chevaux; faisons que le clerg� nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants qui parleront le fran�ais.
En 1845, les «linguicides» �taient d�jà apparus depuis un certain temps. En t�moignent ces propos d'un sous-pr�fet du Finistère aux instituteurs: «Surtout rappelez-vous, Messieurs, que vous n'êtes �tablis que pour tuer la langue bretonne.» À cette �poque, on semblait en vouloir particulièrement au breton.
Avec l'adoption de la loi Ferry (1881), qui institua l'�cole obligatoire et gratuite, le fran�ais s'imposa finalement sur tout le territoire de la France et se d�mocratisa. Les patois ne purent que difficilement r�sister aux m�thodes de r�pression et aux techniques de refoulement, de d�lation ou d'espionnage, qui marquèrent des g�n�rations d'enfants. Tout au cours du XXe siècle et jusque dans les ann�es 1960, les gouvernements ont adopt� pas moins de 40 lois concernant surtout l'enseignement, la presse, l'administration et l'orthographe. Au d�but du siècle, comme la francisation n’allait pas assez vite au gr� du ministère de l’�ducation nationale, les autorit�s sugg�rèrent fortement de faire nommer des instituteurs qui ignoraient tout des parlers locaux
Et enfin une proclamation provenant d’Anatole de Monzie, ministre de l’Instruction publique (1925): «Pour l'unit� linguistique de la France, il faut que la langue bretonne disparaisse.»
On se souviendra sans doute des panneaux affich�s un peu partout en Bretagne, que ce soit dans les bus, les �coles ou autres lieux publics: «Interdiction de parler breton et de cracher par terre.» Beaucoup d’enfants furent punis parce qu’ils parlaient breton à l'�cole: ils devaient rejeter la langue de leurs parents. L’histoire est là pour nous rappeler �galement l’usage institutionnalis� du «symbole» accroch� au cou des �lèves, de la d�lation, des brimades et des vexations de la part des instituteurs dont la mission �tait de supprimer l’usage des parlers locaux.
Ces proc�d�s ont �t� heureusement abandonn�s et l'on ne retrouve plus d'affiches contemporaines du genre: «Il est interdit de cracher par terre et de parler patois.» Mais les patois ne sont pas disparus pour autant. Il s'agissait, en fait, de techniques d'assimilation que la France a largement utilis�es, à partir de la fin du XIXe siècle, dans son empire colonial: au Maghreb, en Afrique noire, dans l'oc�an Indien (�le de La R�union) et dans le Pacifique (Nouvelle-Cal�donie, Polyn�sie fran�aise, etc.).
Dans les �coles, les m�thodes p�dagogiques dans l'enseignement du fran�ais se radicalisèrent. Durant tout le XIXe siècle, l'enseignement de la langue fran�aise reposa obligatoirement sur la grammaire codifi�e par No�l et Chapsal (Grammaire fran�aise, 1823) ainsi que sur l'orthographe de l'Acad�mie. Les �lèves fran�ais apprirent une �num�ration d'usages capricieux �rig�s en règlements qui ne tenaient pas compte des fluctuations possibles de la langue usuelle et où la minutie des exceptions formait l'essentiel de l'enseignement grammatical.
Comme la connaissance de l'orthographe �tait obligatoire pour l'accession à tous les emplois publics, chacun se soumit. La «bonne orthographe» devint une marque de classe, c'est-à-dire de distinction sociale. �videmment, les enfants de la bourgeoisie r�ussissaient mieux que ceux de la classe ouvrière, qui montraient des r�ticences à adopter une prononciation calqu�e sur l'orthographe.
2. Le discours antipatois
En France, le discours antipatois est toujours rest� très profond chez les dirigeants politiques. Par exemple, en 1972, Georges Pompidou, alors pr�sident de la R�publique, d�clarait : «Il n'y a pas de place pour les langues et cultures r�gionales dans une France qui doit marquer l'Europe de son sceau.» Il est vrai que, depuis plus de vingt-cinq ans, le discours sur cet �pineux sujet a beaucoup chang� dans ce pays. C’est ainsi que Fran�ois Mitterand, pr�sident de la R�publique de 1981 à 1995, annon�ait ses couleurs, deux mois avant son �lection (1981, à Lorient):
Le temps est venu d’un statut des langues et cultures de France qui leur reconnaisse une existence r�elle. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les portes de l’�cole, de la radio et de la t�l�vision permettant leur diffusion, de leur accorder toute la place qu’elles m�ritent dans la vie publique.
Toutefois, malgr� ce discours à saveur �lectoraliste, la situation ne semble pas avoir �volu� consid�rablement, car, lors des d�bats sur le trait� de Maastricht, Robert Pandraud (d�put� et ancien ministre) d�clarait le 13 mai 1992:
Je rends hommage à l'�cole laïque et r�publicaine qui a souvent impos� le fran�ais avec beaucoup d'autorit� — il fallait le faire — contre toutes les forces d'obscurantisme social, voire religieux, qui se manifestaient à l'�poque. Je suis �galement heureux que la t�l�vision ait �t� un facteur d'unification linguistique. Il est temps que nous soyons fran�ais par la langue. S'il faut apprendre une autre langue à nos enfants, ne leur faisons pas perdre leur temps avec des dialectes qu'ils ne parleront jamais que dans leur village: enseignons-leur le plus t�t possible une langue internationale!
Autrement dit, à en croire ces d�clarations de la part de personnalit�s officielles, les dirigeants fran�ais ne se pr�occupent que de la langue fran�aise. En mai 1997, Daniel Gauchon, inspecteur de l'�ducation nationale, proclamait encore:
Les langues r�gionales ont sans doute leur place à l'�cole comme l'enseignement de n'importe quelle langue ou discipline, mais le bilinguisme en langue r�gionale est incompatible avec les principes de fonctionnement de l'�cole publique. Il privil�gie la culture et la langue d'une communaut� alors que le r�le de l'�cole publique est de privil�gier la culture et la langue fran�aises dans un objectif de coh�sion sociale.
Quand on �tudie la l�gislation linguistique de la France, on constate que ce pays a adopt� une quantit� impressionnante de lois portant sur les cultures et les langues r�gionales, sur les collectivit�s territoriales et sur la langue fran�aise. On compte au moins une douzaine de lois, une vingtaine de d�crets, plus de 40 arrêt�s (dont une vingtaine sur la terminologie) et autant de circulaires administratives. La plupart de ces textes juridiques traitent avant tout de la langue d'enseignement et de la terminologie fran�aise. Cela signifie que la l�gislation fran�aise porte moins sur les droits linguistiques que sur la promotion de la langue fran�aise consid�r�e du point de vue du code lui-même. Il s'agit là d'une vieille tradition qui consiste à ignorer les langues r�gionales.
Pour ce qui est des droits des langues r�gionales, les textes juridiques n'en parlent d'ailleurs que très peu. Toutefois, la tendance actuelle est à �largir le droit à la diff�rence et à reconna�tre la sp�cificit� de ces langues r�gionales, surtout depuis la signature, le 7 mai 1999, de la Charte europ�enne des langues r�gionales et minoritaires.
M. Jack Lang dit par ailleurs être «un militant de toujours de la reconnaissance de la pluralit� des cultures». Il ajoute: «J'aurais voulu être linguiste : il n'y a rien de plus myst�rieux et de beau qu'une langue, si restreinte soit-elle.» De plus, selon le ministère de l’�ducation nationale, les grandes lignes du projet d'enseignement pour les �coles primaires comportent la g�n�ralisation de l’apprentissage d’une langue vivante. Deux voies semblent aujourd’hui offertes dans l’enseignement public: l'initiation aux langues r�gionales et le bilinguisme fran�ais-langues r�gionales. Après la signature de la Charte europ�enne des langues r�gionales et minoritaires, un communiqu� du premier ministre pr�cisait que la France souscrivait à 39 engagements parmi les 98 propos�s par la Charte.
C'est seulement au moment de la ratification de la Charte europ�enne des langues r�gionales ou minoritaires que serait pr�cis�e la liste des langues concern�es — probablement l'alsacien, le breton, le basque, le catalan, le corse, le flamand, le proven�al et l'occitan — ainsi que les engagements s'appliquant à chaque langue. Il semble que les dispositions applicables aux langues r�gionales seront «à g�om�trie variable».
L'enseignement bilingue à la maternelle et au primaire serait «possible» pour les �lèves «dont les familles le souhaitent et dont le nombre est jug� suffisant», mais il «ne pourrait être impos�»; il en serait ainsi au secondaire et au professionnel, mais ce sont les souhaits des �lèves. On verra bien, mais cette question n’a pas fini de susciter la controverse en France.
3. La question de l’ortographe
L’enseignement de la langue fran�aise manifeste encore aujourd'hui des signes de conservatisme in�vitables dans la mesure où les r�formes de l'orthographe ont toutes avort�, et ce, depuis plus de deux siècles: l’archaïsme et la complexit� du système restent intacts. Les linguistes d�noncent en vain le caractère arbitraire de l'orthographe, qui ne correspond plus à la r�alit� linguistique contemporaine.
L'usager moyen respecte de moins en moins les normes �crites et h�site à consacrer un temps qu'il croit disproportionn� à l'apprentissage de la langue �crite. Plusieurs voient même, dans le maintien de l'orthographe actuelle, un moyen de discrimination sociale. Abstraction faite des prises de position id�ologiques en cette matière, la d�t�rioration de la langue �crite se g�n�ralise et met celle-ci dans une situation critique en France, au Qu�bec, en Belgique et en Suisse romande.
La «crise des langues» touche aussi d’autres pays industrialis�s comme les �tats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Hongrie, la Chine, la Cor�e, la Croatie, etc., sans atteindre toutefois des proportions aussi end�miques que dans les pays francophones, particulièrement au Qu�bec. Pour le linguiste Alain Rey: «La crise des langues n'est qu’un aspect de la crise, permanente, des soci�t�s, et peut-être une manière d'en masquer en partie la nature essentiellement politique.» Que le problème soit p�dagogique, social ou politique, il faudra bien un jour trouver des solutions. Après tout, les Italiens, les Espagnols, les Hollandais et les Norv�giens ont r�form� leur orthographe. En France, il aurait fallu s'y mettre dès le XVIIe ou au XVIIIe siècle, alors que peu de gens savaient lire et �crire. Aujourd'hui, plusieurs croient qu'il est trop tard. Pendant ce temps, les francophones ont mal à leur orthographe.
L’ann�e 1990-1991 a �t� justement marqu�e par ce qu’on a appel� en France «la r�forme de l’orthographe». En effet, la question de la r�forme de l'orthographe a de nouveau occup� le devant de la scène de septembre 1990 à janvier 1991, y compris durant la crise du Golfe. Des d�bat publics assez vifs, relay�s par les m�dias, ont suivi l'annonce de propositions d'am�nagement formul�es en juin 1990 par les pouvoirs publics. D'autres pays, qui se pr�occupent de l'am�nagement de l'orthographe de leur langue, comme l'Espagne, les Pays-Bas, la Russie ou l'Allemagne, ignorent ces pol�miques.
Rappelons donc quelques faits. En octobre 1989, le premier ministre fran�ais, M. Michel Rocard, donna le mandat au Conseil sup�rieur de la langue fran�aise (dirig� par M. Bernard Qu�mada et compos� de grammairiens, linguistes, responsables de l'enseignement, �crivains, �diteurs, etc.) de r�fl�chir à des modifications mod�r�es de l'orthographe en vue d'harmoniser les orthographes h�sitantes (plusieurs milliers de mots dans cette situation) et de simplifier le système d'accentuation. Ce mandat ne donna lieu à aucun commentaire.
Le Conseil sup�rieur pr�senta en juin l990, après consultations et avis favorable de l'Acad�mie fran�aise, des propositions portant sur cinq points. Ces propositions, concernant environ 1500 mots, portaient essentiellement sur les points suivants:
- le trait d'union, supprim� dans quelques dizaines de cas (portecl�, chauvesouris, etc., mais faisant son apparition dans les num�raux au-dessus de cent (deux-cent-un);
- l’accord de certains type de noms compos�s: des pèse-lettres (un pèse-lettre), des après-midis, des brises-glaces, etc.;
- l’accent circonflexe du [i] et du [u] supprim�, sauf quelques exceptions;
- les accents: harmonisation pour les verbes en - eler et - eter (il ruissèle, j'�poussète);
- le participe pass� de laisser suivi d'un infinitif demeure invariable.
Les r�actions se multiplièrent: des �crivains, des journalistes et quelques associations d'enseignants combattirent ces propositions, soutenus par cinq prix Nobel. Plusieurs furent indign�s parce qu’on remettait en cause le «g�nie de la langue fran�aise». Des linguistes, en revanche, d�fendirent le projet (Nina Catach, Claude Hagège, Andr� Goose, etc.), ainsi que des associations nationales et internationales d'enseignants de fran�ais. Le gouvernement fran�ais n'a plus os� intervenir pour mettre en vigueur le projet. Le gouvernement du Qu�bec accueillit favorablement le projet de rectifications, mais signifia qu'il devait être formellement appliqu� en France avant de proc�der à la mise en oeuvre au Qu�bec et souhaita une concertation avec les pays francophones. Dès lors, les acad�miciens apparurent partag�s; le pr�sident de la R�publique fran�aise recommanda d'aborder ce problème «avec bon sens et gentillesse». À l'�poque, les m�dias fran�ais ont parl� d'un �chec.
Après la publication le 6 d�cembre du Rapport du Conseil sup�rieur de la langue fran�aise concernant les «rectifications de l'orthographe» au Journal officiel sous la forme d'un document administratif (c'est-à-dire n'ayant aucune port�e contraignante), l'Acad�mie fran�aise d�lib�ra de nouveau, confirma son accord en l'assortissant d'une «p�riode probatoire» devant permettre à l'usage de s'�tablir tout en se r�servant le droit de revenir sur les rectifications.
Ainsi, il appara�t qu'il n'y aura pas d'imposition de nouvelles normes orthographiques, mais un processus long et une pol�mique qui s’est �teinte peu à peu. Comme d’habitude, c’est un �chec, même si la r�forme n'est pas morte. Certains groupes, peu nombreux mais influents, ont commenc� à appliquer les rectifications orthographiques. Des ouvrages de r�f�rence tels que Le Bon Usage, le Dictionnaire de l'Acad�mie, le Dictionnaire Hachette, etc., font �tat de ces rectifications; le Petit Larousse et le Petit Robert n'ont, jusqu'ici, adopt� qu'une partie des rectifications propos�es. Les ministères de l'�ducation de la Communaut� fran�aise de Belgique et de la Suisse romande ont indiqu� à leurs enseignants que l'orthographe traditionnelle et l'orthographe rectifi�e coexistent. L'Office qu�b�cois de la langue fran�aise a pris une attitude attentiste. Pour le moment, les rectifications ne sont toujours pas enseign�es dans les �coles, tout en demeurant peu connues, voire inconnues du grand public. Il est possible, après tout, que la simplification du pluriel des noms compos�s et la francisation des noms �trangers aient plus de chances d'être accept�es.
4. La f�minisation des noms de m�tiers
Il en est ainsi de la f�minisation des noms de m�tiers, car cette autre r�forme commence à entrer dans les moeurs fran�aises avec la d�cision du ministère de l'�ducation nationale d'appeler d�sormais au f�minin les noms de m�tiers exerc�s par des femmes relevant de son autorit�. Ainsi, toute femme employ�e dans ce même ministère, le plus important par le budget et par le nombre en France, sera appel�e une inspectrice, une doyenne, une ma�tresse de conf�rence, une professeur agr�g�e, une chef de service.
Le ministère de l'�ducation nationale est ainsi la première administration fran�aise à appliquer concrètement une directive r�cente du premier ministre prescrivant la f�minisation des titres. C’est l'ancien premier ministre fran�ais (Lionel Jospin) qui a sembl� regretter (mars 1998) que la f�minisation lanc�e par l’un de ses pr�d�cesseurs, Laurent Fabius (en 1984), n'ait pu aboutir. Il avait demand� alors à une commission de terminologie et de n�ologie de faire «le point sur l'�tat de la question», notamment «à la lumière des pratiques pass�es et des usages en vigueur dans d'autres pays francophones».
On sait qu’en France la f�minisation des noms de m�tiers, de grades ou de fonctions s’est toujours heurt�e à de fortes oppositions, notamment de la part de l'Acad�mie fran�aise qui d�cide de ce qui est conforme à la langue. Au d�but de l’ann�e 1998, cette noble institution fond�e en 1635, avait lanc� une adresse solennelle au pr�sident de la R�publique (Jacques Chirac) au sujet de l'appellation Madame la Ministre, estimant que la fonction des ministres ne leur conf�rait pas «la capacit� de modifier [...] la grammaire fran�aise et les usages de la langue». L’Acad�mie fran�aise avait même d�plor� l'emploi chez les Qu�b�cois des mots auteure, professeure, �crivaine et chez les Belges de sapeuses-pompières. L’Acad�mie a alors affirm�: «Ce n'est pas à la France de donner l'exemple de semblables d�viations, et cela, chez les membres du pouvoir ex�cutif.»
Cette prise de position de l’Acad�mie avait suscit� un toll� de protestations non seulement au Qu�bec et en Belgique, mais aussi chez les associations f�minines fran�aises, qui l'avaient jug�e r�trograde. En effet, plusieurs femmes parmi les ministres avaient r�pliqu� qu'elles tenaient à la f�minisation de leur fonction. Contrairement à l’orthographe, esp�rons que la f�minisation des noms de m�tiers, de grades ou de fonctions aura plus de succès.
5. La coexistence des usages
Autre trait caract�ristique de notre �poque: la coexistence des normes et des usages fran�ais. Alors que jamais le nombre des locuteurs francophones n'a �t� aussi �lev� et que jamais un aussi grand nombre d'�tats ne se sont int�ress�s au fran�ais, l'Autorit� traditionnelle semble être morte. L'Acad�mie fran�aise a perdu beaucoup de sa cr�dibilit� et semble être devenue le vestige d'une �poque r�volue. Pensons à la r�forme avort�e de l’orthographe et à la position controvers�e sur la f�minisation des titres. Aujourd’hui, les nouveaux "ma�tres" de la langue sont davantage les m�dias et les publicitaires, dont l'influence est autrement plus consid�rable que celle des acad�miciens ou des terminologues. Dans ces conditions, les normes se modifient au gr� des modes.
De plus, dans chaque r�gion du monde où l'on parle le fran�ais, il s'est d�velopp� une prise de conscience de la langue comme instrument d'identification nationale. Les Wallons, les Suisses romands, les Qu�b�cois francophones, les Maghr�bins, les S�n�galais, les Ivoiriens, les Antillais, etc., ne veulent pas parler exactement comme les Fran�ais. Chaque pays a tendance à cultiver sa propre norme locale, c'est-à-dire une vari�t� de fran�ais qui a conserv� un certain nombre de traits originaux. Nos contemporains se permettent de moins en moins d'ignorer la langue commune, mais ils ne semblent plus hant�s par les questions relatives à la "puret�", à la «distinction» et à la «qualit�». La spontan�it� et l'aspect fonctionnel comptent davantage, sans mettre en p�ril la communication.
6. L’h�gemonie de l’anglais dans les sciences
Jusqu'au XXe siècle, les mots anglais emprunt�s par le fran�ais ne s’�taient jamais impos�s par doses massives, bien au contraire. Toutefois, l'histoire contemporaine peut t�moigner que les emprunts anglais sont maintenant massivement entr�s dans la langue. L'apport anglais, soulignons-le, est r�cent dans l'histoire du fran�ais. On peut même dire que, jusqu'au XVIIe siècle, l'influence anglaise a �t� insignifiante: 8 mots au XIIe siècle, 2 au XIIIe, 11 au XIVe, 6 au xve, 14 au XVIe, puis 67 au XVIIe, 134 au XVIIIe, 377 au XIXe et... 2150 au XXe siècle. Tous les emprunts ant�rieurs au XVIIIe siècle ont �t� int�gr�s au fran�ais de telle sorte que l'on ne les per�oit plus de nos jours comme des mots anglais: est (< east), nord (<north), ouest (<west), sud (<south), paletot (<paltok), rade (<rad), contredanse (<country-dance), pingouin (<pinguyn), paquebot (<packet-boat), comit� (<committee), boulingrin (<bowling-green), interlope (< interloper), rosbif (<roast-beef), etc.
En d�finitive, c'est vers le milieu du XVIIIe siècle que l'influence de l'anglais a commenc� à se faire sentir. Les mots concernent le commerce maritime, les voyages exotiques et coloniaux, les moeurs britanniques, les institutions parlementaires et judiciaires de la Grande-Bretagne, les sports hippiques, les chemins de fer, les produits industriels. Dès le milieu du XXe siècle, les �tats-Unis ont relay� la Grande-Bretagne et ont inond� de leurs mots le cin�ma, les produits industriels, le commerce, le sport, l'industrie p�trolière, l'informatique et à peu près tout le vaste domaine des sciences et de la technologie am�ricaine.
En 1965, Pierre Guiraud d�nombrait 700 mots anglais pass�s au fran�ais depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Outre le fait que le calcul restait sûrement en de�a de la r�alit�, le nombre des emprunts à l'anglais s'est multipli� depuis ce temps – au moins 2500. Toutefois, à la diff�rence de l'influence italienne qui a subi l'�preuve du temps, l'influence anglo-am�ricaine est encore trop r�cente pour que nous puissions �valuer ce qu'il en restera dans 50 ou 100 ans. Comme on le sait, la plupart des emprunts transmis à une �poque donn�e sont appel�s à dispara�tre dans les d�cennies qui suivent leur adoption. Quoi qu'il en soit, il est certain que l'influence de la langue anglaise restera très marquante dans l'histoire du fran�ais – comme celle du fran�ais sur l’anglais – et de plusieurs autres langues.
Rappelons-nous que, comme le rapporte si bien Henriette Walter, l’anglais demeure un "vieux compagnon de route". En effet, depuis neuf siècles, les rapports entre l’anglais et le fran�ais ont toujours �t� "intimes" et les �changes entre les deux langues ont toujours �t� d�s�quilibr�s, d’abord à l’avantage du fran�ais, puis aujourd’hui à celui de l’anglais. En effet, entre le XIe siècle et le XVIIIe siècle, le fran�ais a transmis à l’anglais des milliers de mots au point où l’on peut affirmer que de 50 % à 60 % du vocabulaire anglais est d’origine fran�aise. Toutefois, le processus s’est invers� à partir du milieu du XVIIIe siècle et les mots anglais ont alors nourri la langue fran�aise. Ensuite, depuis le milieu du XXe siècle, la tendance s’est consid�rablement acc�l�r�e à partir, cette fois-ci, des �tats-Unis d’Am�rique.
On recense dans les dictionnaires fran�ais actuels plus de 2500 mots emprunt�s à l’anglais. Cette liste pourrait consid�rablement s’allonger dans le cas des lexiques sp�cialis�s. Le d�veloppement de la technologie et la domination de l'anglo-am�ricain dans les sciences et les techniques actuelles laissent pr�sager une supr�matie consid�rable de la langue anglaise à l'�chelle plan�taire. Celle-ci est devenue la lingua franca du monde contemporain, c'est-à-dire la langue v�hiculaire des communications internationales, tant sur le plan commercial que culturel, scientifique, technologique et diplomatique (politique).
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette arriv�e massive de termes anglais dans la langue fran�aise, car il s’agit plus que d’un engouement à l’exemple de ce que le fran�ais a v�cu avec l’italien au XVIe siècle. Il y a, bien sûr, la civilisation am�ricaine qui exerce une attraction consid�rable sur les francophones et transporte avec elle les mots qui v�hiculent cette même civilisation. Cependant, on ne peut ignorer certaines causes d’ordre linguistique.
En effet, on sait que l’anglais est une langue germanique (comme l’allemand et le n�erlandais) alors que le fran�ais est une langue romane (comme l’espagnol et l’italien). Or, d’une part, en raison de l’influence exerc�e par le fran�ais, l’anglais est devenu une langue fortement romanis�e dans son vocabulaire; d’autre part, le fran�ais a �t� relativement germanis� par le francique lors de la p�riode romane, ce qui explique en partie certaines ressemblances �tonnantes entre les langues fran�aise et anglaise. De plus, l’anglais a toujours abondamment puis� dans le latin et le grec pour acqu�rir les mots dont il avait besoin. On peut, en effet, constater aujourd’hui qu’une très large part du vocabulaire scientifique et technique anglais est d’origine gr�co-latine, ce qui facilite les acquisitions du fran�ais en raison, comme on le sait, d’affinit�s naturelles avec les fonds latin et grec.
Deux lexicologues d’origine fran�aise, Henriette Walter et G�rard Walter ont effectu� une analyse minutieuse de 70 000 mots puis�s dans Le Petit Larousse et Le Petit Robert. Sur ce nombre de mots, ils ont relev� 8088 emprunts aux langues trangères, soit 11 % du corpus. Le nombre des langues s’�lève à plus de 120. Bien sûr, toutes ces langues n’ont pas la même importance. Ainsi, les mots emprunt�s à l’anglais (2527) et à l’italien (1077) ne sauraient se comparer à ceux emprunt�s au swahili (2), au cor�en (2) ou à l’iranien (1). N�anmoins, dans tous les cas, ils reflètent la qualit� des contacts qu’ont entretenus entre eux les peuples au cours de leur histoire. En ce qui a trait au fran�ais, les faits r�vèlent que ces contacts ont �t� nettement plus �troits avec l’anglais, l’italien, le germanique ancien, l’arabe, l’allemand et l’espagnol. Or, tous les peuples qui parlaient ces langues ont �t� des voisins imm�diats – souvent des ennemis – des Fran�ais. Ainsi, la proximit� g�ographique et les conflits militaires ont-ils jou� un r�le d�terminant.
7. La normalisation et la l�gislation linguistique
Notre �poque subit l'influence de la supr�matie de l'anglais dans le monde. Le fran�ais ne fait pas exception à la règle: l'industrie du spectacle, les produits industriels, les sciences et les nouvelles technologies, les moeurs des �tats-Unis enrichissent la langue. À l'instar de plusieurs pays, le gouvernement fran�ais a institu� de nombreux organismes charg�s de cr�er une terminologie fran�aise et d'assurer la d�fense et l'expansion de la langue: l'Acad�mie fran�aise rend obligatoires certains mots nouveaux; le Haut-Comit� de la langue fran�aise veille à la qualit� de la langue; l'Association fran�aise de terminologie, qui agit conjointement avec l'Office de la langue fran�aise du Qu�bec et le Service de la langue fran�aise de la Communaut� fran�aise de Belgique, s'occupe de n�ologie en recensant les besoins et en cr�ant de nouveaux mots. Le Conseil international de la langue fran�aise r�unit des sp�cialistes de tous les pays francophones et publie des travaux terminologiques importants; il coordonne �galement le travail de certaines commissions de terminologie. La l�gislation fran�aise interdit même l'emploi exclusif d'une langue �trangère en France dans la pr�sentation des produits de consommation.
La profusion terminologique gagne la langue commune, qui pr�sente des traits techniques �vidents, voire technocratiques. Parallèlement, la publicit� apporte sa contribution: des mots ou expressions plus populaires sont diffus�s à l'�chelle de pays entiers. Bon an mal an, le fran�ais s'enrichit de 60 000 à 70 000 mots nouveaux, provenant de sources diverses telles que les milieux scientifiques, industriels, commerciaux, publicitaires et journalistiques. C'est là le signe manifeste du dynamisme de la langue.
Du c�t� JURIDIQUE, les dispositions constitutionnelles portant explicitement sur la langue �taient inexistantes jusqu'en 1992. La langue fran�aise �tait la langue officielle de la R�publique fran�aise dans les faits (de facto) parce que cette reconnaissance n'avait jamais �t� proclam�e ni dans la Constitution de 1958 ni d'ailleurs dans aucun texte de loi. Cependant, la Loi constitutionnelle no 92-554 du 25 juin 1992 a apport� des modifications à la Constitution fran�aise de 1958, notamment à l'article 2 qui se lit maintenant comme suit: «La langue de la R�publique est le fran�ais.»
Pour le gouvernement de la France, le fran�ais est la langue de la R�publique, c’est-à-dire la langue de l'unit� nationale et des institutions publiques, celle de l'�galit� de tous, une composante fondamentale du lien social, l'un des facteurs les plus importants d'�galit� et d'int�gration. Afin d’atteindre l’objectif d'assurer le respect du fran�ais sur le territoire national et de garantir son emploi dans tous les actes de la vie sociale, le gouvernement a adopt� la loi n� 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue fran�aise. Cette loi, appel�e aussi loi Toubon – pr�sent�e par le ministre de la Culture et de la Francophonie Jacques Toubon (gouvernement Balladur) –, se substitue à la loi du 31 d�cembre 1975, dont elle �largit le champ d'application et renforce les dispositions. Cette nouvelle loi fran�aise pr�cise que l'emploi de la langue fran�aise est obligatoire dans un certain nombre de situations et affirme ainsi un droit au fran�ais pour les consommateurs, les salari�s, le public. L'imposition de ces règles est assortie des moyens de les faire respecter.
La loi Toubon pr�cise successivement les conditions dans lesquelles l'emploi du fran�ais est obligatoire afin que les consommateurs, les salari�s, les usagers, le public, soient assur�e de comprendre les indications qui leur sont donn�es et afin que le fran�ais soit naturellement la langue dans laquelle se d�roulent les activit�s qui ont lieu sur le territoire national, notamment l'enseignement et les �missions de radio et de t�l�vision. Il pr�voit que la pr�sentation en langue fran�aise peut toujours être accompagn�e d'une traduction en langue �trangère.
Ainsi, les articles 1er, 2 et 3 imposent l'usage du fran�ais pour la PR�SENTATION DES BIENS ET SERVICES et les proc�d�s d'information destin�s aux consommateurs, ainsi que pour les inscriptions et annonces faites dans les lieux ouverts au public et les transports en commun. L'article 4 pr�voit que les contrats pass�s par des personnes publiques sont r�dig�s en fran�ais. L'article 5 impose des exigences minimales pour l'organisation des congrès et colloques. Les articles 6, 7 et 8 sont relatifs à la protection des salari�s et pr�cisent que les contrats de travail, les offres d'emploi et les documents internes à l'entreprise, qui s'imposent aux salari�s ou leur sont n�cessaires pour l'ex�cution de leur travail, sont r�dig�s en fran�ais.
Quant à l'article 9, il affirme que la langue de l'ENSEIGNEMENT est le fran�ais. Les articles 10 et 11 rendent l'emploi du fran�ais obligatoire dans les �missions et les messages publicitaires des organismes de radio et de t�l�vision et donnent mission à ces organismes de contribuer à la protection et à la promotion de la langue fran�aise.
L'article 12 porte sur le CODE de la langue, il interdit aux personnes publiques, ainsi qu'aux personnes morales de droit priv� charg�es d'une mission de service public, de faire usage de marques comportant une expression ou un terme �tranger.
Les articles 13 à 18 pr�voient un DISPOSITIF DE CONTR�LE de nature à permettre une bonne application de la loi: retrait des subventions �ventuelles, intervention des officiers de police judiciaire, des agents charg�s de l'application du Code de la consommation et des associations de d�fense de la langue fran�aise dans le m�canisme de contr�le, caractère d'ordre public de la loi. Les sanctions p�nales applicables, qui seront de nature «contraventionnelle», seront pr�vues par d�crit en Conseil d'�tat.
L'article 19 pr�serve la place des langues r�gionales du pays. Pour de plus amples explications sur ce sujet, il faut se reporter à la partie de ce site intitul�e "La politique des langues r�gionales et minoritaires".
L'article 20 pr�voit les D�LAIS N�CESSAIRES à l'entr�e en vigueur de la loi, notamment pour la mise en conformit� des dispositions relatives à la publicit�, aux annonces et à l'affichage.
Enfin, l'article 21 pr�voit l'ABROGATION de la loi du 31 d�cembre 1975 relative à l'emploi de la langue fran�aise, dans des d�lais diff�rents, mais coh�rents avec l'entr�e en vigueur des dispositions nouvelles. On peut consulter le texte int�gral de la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue fran�aise.
Cependant, afin de valoriser l'image de la langue fran�aise et contribuer à la mobilisation des Fran�ais, mais aussi des francophones et des francophiles autour de sa vitalit�, de son rayonnement et de ses enjeux culturels, �conomiques et sociaux, une politique de sensibilisation a �t� mise en place, qui vise:
Le grand public, et tout d'abord les jeunes;
Les prescripteurs, c'est à dire ceux qui interviennent dans des domaines strat�giques pour la qualit� et la diffusion de la langue et des mots: presse, radio et t�l�vision, publicit�, institutions culturelles;
Gr�ce à cet instrument juridique, la France se trouve dot�e d'une v�ritable l�gislation linguistique destin�e à assurer le maintien du fran�ais tant à l’int�rieur de ses frontières qu’à l’ext�rieur. Il n’en demeure pas moins qu’une politique linguistique si ambitieuse sur le plan international demeure rare dans le monde.
8. Le francais dans les organisations internationals
Le trait� de Versailles (1919) marqua la cessation du privilège du fran�ais comme langue diplomatique: il fut r�dig� à la fois en anglais et en fran�ais. L'après-guerre entra�na de profonds changements sociaux par l'urbanisation g�n�ralis�e, l’am�lioration du niveau de vie des classes ouvrière et rurale, la force d'organisation des travailleurs. Les classes sociales s'interp�n�trèrent et d�mocratisèrent la langue.
Il faut souligner aussi le r�le des moyens de diffusion dans l'�volution du fran�ais contemporain. Depuis l'expansion des m�dias �lectroniques, on remarque l'importance retrouv�e de la langue parl�e par rapport à la langue �crite; l'efficacit� et la spontan�it� de la langue parl�e pr�occupent davantage les contemporains que la "puret�" du fran�ais. Même la presse �crite tend à la simplification de la syntaxe par l'emploi de formules-chocs et de slogans. L'omnipr�sence de la publicit� favorise le goût de l'intensit� et de l'expressivit� ainsi que la recherche quasi syst�matique de l’effet.
Il existe plusieurs volets au caractère international de la langue fran�aise. Il s’agit d’abord de l’organisation la plus prestigieuse, l’ONU et , des organisations non gouvernementales (ONG) et de la Francophonie. Ce dernier volet constitue une partie distincte qu’on peut consulter sous le nom de Francophonie.
8.1 L’Organisation des Nations unies
Au lendemain même de la Seconde Guerre mondiale, naissait l'organisation-mère, c’est-à-dire l'organisation-modèle de tout le système international contemporain: l’Organisation des Nations unies, qui rempla�ait la Soci�t� des Nations. L’Assembl�e g�n�rale, lors de sa première session, le 1er f�vrier 1946, adopta la r�solution no 2 portant approbation du Règlement concernant les langues. Celui-ci pr�cise, dans son article 1er:
Dans tous les organismes des Nations unies autres que la Cour internationale de Justice, le chinois, l’anglais, le francais, le russe et l’espagnol sont les langues officielles. L’anglais et le francais sont les langues de travail.
Plus tard, on ajouta l'arabe. La distinction entre langue officielle et langue de travail n'est pas, à vrai dire, clairement �tablie sur le plan juridique et fait, aujourd'hui encore, l'objet de controverses. On retiendra, en prenant l'ONU pour modèle, que le statut de langue officielle implique que toute r�union officielle soit pourvue de l'interpr�tation simultan�e de et vers la langue qui b�n�ficie de ce statut, que les documents pr�paratoires et les projets de r�solution soient disponibles dans cette langue en temps voulu, que les comptes rendus et les rapports le soient �galement.
Le statut de langue de travail implique, quant à lui, que le travail des fonctionnaires internationaux interne à l'organisation puisse être effectu�, verbalement et par �crit, dans une des deux langues de travail, d'où la n�cessit� pour ces fonctionnaires de conna�tre l'une de ces deux langues pour être recrut�s et, si possible, de conna�tre, au moins passivement, l'autre langue, ou à d�faut, d'être mis en mesure, par la traduction ou l'interpr�tation, de la comprendre. En outre, tout d�l�gu� doit pouvoir �galement s'exprimer, verbalement et par �crit, dans l'une des deux langues de travail, dans ses relations avec le secr�tariat de l'Organisation, toute activit� linguistique officielle du secr�tariat (affiches, brochures, inscriptions de tout ordre, menus des restaurants, explications des guides, etc.) devant s'effectuer dans ces deux langues.
8.2 Les organismes rattach�es aux Nations unies
Dans les organisations rattach�es à l'ONU, on ne fait pas la diff�rence entre le statut de langue officielle et celui de langue de travail. Dans la plupart des cas, le statut unique de langue officielle ou, pour quelques organisations, selon une terminologie approximative, de "langue de travail" donne à la langue qui en b�n�ficie les droits cumul�s des deux statuts. Cependant, certaines organisations interprètent ce statut comme ne conf�rant qu'à la seule langue officielle la plus utilis�e (et c'est, en g�n�ral l’anglais, mais parfois le fran�ais) le statut juridique de langue de travail.
À ces exceptions près, le fran�ais b�n�ficie juridiquement, dans la quasi-totalit� des organisations internationales du système des Nations unies, du statut maximum. Tel est le cas, non seulement, en application de la r�solution de 1946, à l'ONU proprement dite (Assembl�e g�n�rale, Conseil de s�curit� �conomique et social, Conseil de tutelle, Secr�tariat et, en application de son règlement particulier, Cour internationale de Justice) et dans les organismes qui en d�pendent directement (Offices des Nations unies de Genève et de Vienne, Commissions �conomiques r�gionales – CEE/NU, CESAP, CEA, CEPALC et CESAO –, CNUCED, PNUE, CNUEH, UNICEF, PNUD, HCR, UNWRA, organisations internationales par produit, etc.), mais aussi, conform�ment au paragraphe b) de la r�solution de 1946 dans les institutions sp�cialis�es et rattach�es: ONUDI, OIT, FAO/OAA, PAM et FIDA, UNESCO, OMS, OMM, OACI, OMPI, UIT, OMI, etc.
8.3 Les grandes organisations internationales ind�pendantes de l’Onu
Les organisations ind�pendantes du système des Nations unies se recensent par centaines si l'on tient compte notamment non seulement des institutions et organismes centraux mais �galement de leurs comit�s, offices, bureaux d�centralis�s. Or, la situation du fran�ais y est importante et particulière.
Le fran�ais se voit reconna�tre dans la plupart d'entre elles le statut de langue officielle sans qu'il ne soit fait mention de langue de travail. Tel est le cas à la Commission des Communaut�s europ�ennes (neuf langues officielles: fran�ais, allemand, anglais, danois, espagnol, grec, italien, n�erlandais, portugais), à l'OTAN, à l'OCDE, au Conseil de l'Europe, à l'UEO, à la Commission du Pacifique Sud, à l'OIPC-INTERPOL, à la BERD, à l'OEA, à l'OUA. Dans toutes ces organisations, le statut de langue officielle entra�ne, juridiquement parlant, le statut de langue de travail au sens indiqu� ci-dessus. À l'OCTI, le fran�ais est dit langue de travail, ce qui correspond au double statut. À l'inverse, à l'INTELSAT et à l'INMARSAT, le fran�ais est langue officielle mais n est pas admis, comme à l'AIEA et à la Banque interam�ricaine de d�veloppement, au titre de langue de travail.
Tel est, dans ses grandes lignes, le statut juridique du fran�ais dans le plus grand nombre, et les plus importantes, des organisations internationales. On ne saurait, encore une fois, être exhaustif dans ce domaine. Presque toutes les organisations d�battent et l�gifèrent p�riodiquement sur le statut et l'emploi de langues, ce qui relativise le statut des langues en la matière.
Le fran�ais contemporain est le r�sultat d'une �volution divergente. D'une part, l’orthographe, la syntaxe fondamentale et la morphologie n'ont à peu près pas chang� depuis deux siècles, probablement parce que les usagers n'en ont pas ressenti le besoin. D'autre part, la phon�tique et le lexique ont subi de profondes transformations alors que les diff�rences phonologiques ont encore tendance à se r�duire depuis le d�but du siècle, le vocabulaire est devenu de plus en plus complexe.
Contrairement aux siècles pass�s, du moins dans les pays de langue maternelle fran�aise (France, Belgique, Suisse, Qu�bec), le fran�ais n est plus l'apanage des classes privil�gi�es; toutes les couches de la population s'expriment maintenant dans une même langue et avec le minimum d'aisance n�cessaire. Il est possible que ce ph�nomène s'accentue en même temps que se maintiendront et se d�velopperont diff�rentes vari�t�s de fran�ais. Lorsque l'unit� linguistique est atteinte, il n'est plus n�cessaire de poursuivre une uniformisation minutieuse. Mais aujourd'hui, maintenant que le fran�ais comme langue maternelle n'a jamais �t� aussi vivant, il doit relever le d�fi de hausser son statut comme langue seconde sur le plan international et faire face à la concurrence �trangère, principalement l’anglais.

References: l'article 2
 L'article 4
 L'article 5
 l'article 9

L'article 12

L'article 19

L'article 20
 l'article 21