Source: https://recherches-entrecroisees.net/2011/09/18/jules-ferry-arrete-du-27-juillet-1882-reglant-lorganisation-pedagogique-et-le-plan-detudes-des-ecoles-primaires-publiques/
Timestamp: 2020-01-26 17:33:54+00:00

Document:
Jules FERRY : «Arrêté du 27 juillet 1882 réglant l’organisation pédagogique et le plan d’études des écoles primaires publiques» – Les mondes de Marguerite…
Jules FERRY : «Arrêté du 27 juillet 1882 réglant l’organisation pédagogique et le plan d’études des écoles primaires publiques»
Publié le 18 septembre 2011 5 septembre 2019 par margueritedesmondes
Art. 2. Dans toute commune où, à défaut d’école maternelle, les enfants au-dessous de l’âge scolaire sont reçus à l’école primaire par application de l’article 2 du règlement modèle, il pourra être établi une classe enfantine dans les conditions prévues par l’article 7 de la loi du 16 juin 1881.
Si dans une école il se trouve plus de dix élèves munis du certificat d’études qui, après avoir terminé le cours supérieur, désirent continuer leur instruction, il pourra être établi un cours complémentaire d’une année, conformément aux prescriptions des décret et arrêté du 15 janvier 1881.
Art. 4. Dans les écoles qui n’ont qu’un maître et qu’une classe il ne pourra être établi aucune division ni dans le cours moyen ni dans le cours supérieur ; il n’en pourra être établi plus de deux pour les enfants au-dessous de neuf ans.
Art. 5. Dans les écoles qui n’ont que deux maîtres, l’un sera chargé du cours moyen et du cours supérieur, l’autre du cours élémentaire, y compris, s’il y a lieu, la division des enfants au-dessous de 7 ans.
Art. 10. Toutes les fois qu’un même cours comprendra deux classes, l’une formera la première année du cours, l’autre la seconde. Ces deux classes suivront le même programme ; mais les leçons et les exercices seront gradués de telle sorte que les élèves puissent dans la seconde année revoir, approfondir et compléter les études de la première.
Art. 11. Au-dessus de six classes, quel que soit le nombre des maîtres, aucun cours ne devra comprendre plus de deux années. Les classes en plus du nombre de six, non compris la classe enfantine, seront des classes parallèles destinées à dédoubler l’effectif soit de la 1e, soit de la 2e année.
Art. 13. Chaque élève, à son entrée à l’école, recevra un cahier spécial qu’il devra conserver pendant toute la durée de sa scolarité. Le premier devoir de chaque mois, dans chaque ordre d’études sera écrit sur ce cahier par l’élève, en classe et sans secours étranger, de telle sorte que l’ensemble de ces devoirs permette de suivre la série des exercices et d’apprécier les progrès de l’élève d’année en année. Ce cahier restera déposé à l’école.
Art. 14. Tout concours entre les écoles publiques auquel ne participerait pas l’ensemble des élèves de l’un au moins des trois cours est formellement interdit.
Art. 15. L’enseignement donné dans les écoles primaires publiques se rapporte à un triple objet : éducation physique, éducation intellectuelle, éducation morale. Les leçons et exercices gradués qu’il comporte sont répartis dans le cours d’études conformément aux programmes annexés au présent arrêté.
Art. 16. Au commencement de chaque année scolaire, le tableau de l’emploi du temps par jour et par heure est dressé par le directeur de l’école, et, après approbation de l’inspecteur primaire, il est affiché dans les salles de classe.
Chaque séance doit être partagée en plusieurs exercices différents, coupés soit par la récréation réglementaire, soit par des mouvements et des chants.
Les exercices qui demandent le plus grand effort d’attention, tels que les exercices d’arithmétique, de grammaire, de rédaction, seront placés de préférence le matin.
Toute leçon, toute lecture, tout devoir, sera accompagné d’explications orales et d’interrogations.
La correction des devoirs et la récitation des leçons ont lieu pendant les heures de classe auxquelles se rapportent ces devoirs et ces leçons. Dans la règle, les devoirs sont corrigés au tableau noir en même temps que. se fait la visite des cahiers. Les rédactions sont corrigées par le maître en dehors de la classe.
Les trente heures de classe par semaine (non compris le temps que les élèves peuvent consacrer soit à domicile, soit dans des études surveillées à la préparation des devoirs et des leçons) devront être réparties d’après les indications suivantes :
1° Il y aura chaque jour, dans les deux premiers cours, au moins une leçon qui, sous la forme d’entretien familier, ou au moyen d’une lecture appropriée, sera consacrée à l’instruction morale ; dans le cours supérieur, cette leçon sera, autant que possible, le développement méthodique du programme de morale.
3° L’enseignement scientifique occupera en moyenne, et suivant les cours, d’une heure à une heure et demie par jour, savoir : trois quarts d’heure ou une heure pour l’arithmétique et les exercices qui s’y rattachent, le reste pour les sciences physiques et naturelles (avec leurs applications), présentées d’abord sous la forme de leçon de choses et plus tard étudiées méthodiquement.
4° L’enseignement de l’histoire et de la géographie, auquel se rattache l’instruction civique, comportera environ une heure de leçon tous les jours.
5° Le temps consacré aux exercices d’écriture proprement dite sera d’une heure au moins par jour dans le cours élémentaire, et se réduira graduellement à mesure que les divers devoirs dictés ou rédigés pourront en tenir lieu.
8° La gymnastique, outre les évolutions et exercices sur place qui peuvent accompagner les mouvements de classe, occupera tous les jours ou au moins tous les deux jours une séance dans le courant de l’après-midi.
I. Éducation physique et préparation à l’éducation professionnelle
Soins d’hygiène et de propreté Cours élémentaire (de 7 à 9 ans)
Inspection des enfants à leur arrivée et à leur entrée en classe. Exiger une absolue propreté. Surveiller leurs jeux : conseils pratiques et donnés soit en commun soit en particulier sur l’alimentation, le vêtement, la tenue du corps et des habits. Cours moyen (de 9 à 11 ans)
Suite des mêmes moyens d’instruction et d’éducation. Cours supérieur (de 11 à 13 ans)
Suite des exercices de flexion et d’extension des bras et des jambes. Exercices avec haltères. Exercices de la barre, des anneaux, de l’échelle, de la corde à nœuds, des barres à suspension, des barres parallèles fixes, de la poutre horizontale, des perches, du trapèze. Évolutions.
Exercices militaires.
(Pour les garçons.) Cours élémentaire
Exercices de marche, d’alignement, de formation des pelotons, etc. Préparation à l’exercice militaire. Cours moyen
Exercice militaire : école du soldat sans armes. Principes des différents pas. Alignements. Marches, contre-marches et haltes. Changement de direction. Cours supérieur
(pour les garçons) Cours élémentaire
Exercices manuels destinés à développer la dextérité de la main. Découpage de carton-carte en forme de solides géométriques. Vannerie : assemblage de brins de couleurs diverses. Modelage : reproduction de solides géométriques et d’objets très simples. Cours moyen
Exercices manuels destinés à développer la dextérité de la main, découpage et application de pièces de papier de couleur. Petits essais de modelage. Cours moyen
Confection d’ouvrages de couture simples et faciles (essuie-mains, serviettes, mouchoirs, tabliers, chemises), rapiéçage. Cours supérieur
L’instruction primaire, en raison de l’âge des élèves et des carrières auxquelles ils se destinent, n’a ni le temps ni les moyens de leur faire parcourir un cycle d’études égal à celui de l’enseignement secondaire ; ce qu’elle peut faire pour eux, c’est que leurs études leur profitent autant et leur rendent dans une sphère plus humble les mêmes services que les études secondaires aux élèves des lycées : c’est que les uns comme les autres emportent de l’enseignement public, d’abord une somme de connaissances appropriées à leurs futurs besoins, ensuite et surtout de bonnes habitudes d’esprit, une intelligence ouverte et éveillée, des idées claires, du jugement, de 1a réflexion, de l’ordre et de la justesse dans la pensée et dans le langage. « L’objet de l’enseignement primaire n’est pas d’embrasser sur les diverses matières auxquelles il touche tout qu’il est possible de savoir, mais de bien apprendre dans chacune d’elles ce qu’il n’est pas permis d’ignorer ».
L’objet de l’enseignement étant ainsi défini, la méthode à suivre s’impose d’elle-même : elle ne peut consister, ni dans une suite de procédés mécaniques, ni dans le seul apprentissage de ces premiers instruments de communication : la lecture, l’écriture, le calcul, ni dans une froide succession de leçons exposant aux élèves les différents chapitres d’un cours.
La seule méthode qui convienne à l’enseignement primaire est celle qui fait intervenir tour à tour le maître et les élèves, qui entretient pour ainsi dire entre eux et lui un continuel échange d’idées sous des formes variées, souples et ingénieusement graduées. Le maître part toujours de ce que les entants savent, et, procédant du connu à l’inconnu, du facile au difficile, il les conduit, par l’enchaînement des questions orales ou des devoirs écrits, à découvrir les conséquences d’un principe, les applications d’une règle, ou inversement les principes et les règles qu’ils ont déjà inconsciemment appliquées.
En tout enseignement, le maître, pour commencer, se sert d’objets sensibles, fait voir et toucher les choses, met les enfants en présence de réalités concrètes, puis peu à peu il les exerce à en dégager l’idée abstraite, à comparer, à généraliser, à raisonner sans le secours d’exemples matériels.
C’est à cette double condition que l’enseignement primaire peut entreprendre l’éducation et la culture de l’esprit ; c’est, pour ainsi dire, la nature qui le guide : il développe parallèlement les diverses facultés de l’intelligence par le seul moyen dont il dispose, c’est-à-dire en les exerçant d’une manière simple, spontanée, presque instinctive : il forme le jugement en amenant l’enfant à juger, l’esprit d’observation en faisant beaucoup observer, le raisonnement en aidant l’enfant à raisonner de lui-même et sans règles de logique.
Cette confiance dans les forces naturelles de l’esprit qui ne demandent qu’à se développer et cette absence de toute prétention à 1a science proprement dite conviennent à tout enseignement rudimentaire, mais s’imposent surtout à l’école primaire publique, qui doit agir non sur quelques enfants pris à part, mais sur la masse de la population enfantine. L’enseignement y est nécessairement collectif et simultané ; le maître ne peut se donner à quelques-uns, il se doit à tous ; c’est par les résultats obtenus sur l’ensemble de sa classe et non pas sur une élite seulement que son œuvre pédagogique doit être appréciée. Quelles que soient les inégalités d’intelligence que présentent ses élèves, il est un minimum de connaissances et d’aptitudes que l’enseignement primaire doit communiquer, sauf des exceptions très rares, à tous les élèves : ce niveau sera très facilement dépassé par quelques-uns, mais, le fût-il, s’il n’est pas atteint par tout le reste de la classe, le maître n’a pas bien compris sa tâche ou ne 1’a pas entièrement remplie.
Écriture en gros, en moyen et en fin. Cours moyen
Écriture cursive ordinaire. Cours supérieur
5°. Lecture à haute voix, par le maître, deux fois par semaine, d’un morceau propre à intéresser les enfants. Cours moyen
5°. Lecture à haute voix par le maître, deux fois par semaine, de morceaux empruntés aux auteurs classiques. Cours supérieur
4° Histoire
Récits et entretiens familiers sur les plus grands personnages et les faits principaux de l’histoire nationale, jusqu’au commencement de la guerre de Cent ans. Cours moyen
4e trimestre : révision Cours supérieur
5° Géographie
Entretiens sur le lieu natal. Cours moyen
6° Instruction civique, droit usuel, notions d’économie politique.
Explications très familières, à propos de la lecture, des mots pouvant éveiller une idée nationale tels que : citoyen, soldat, armée, patrie ; commune, canton, département, nation ; loi, justice, force publique, etc. Cours moyen
Notions très sommaires sur l’organisation de la France.
L’État, le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, la justice. Cours supérieur
Notions plus approfondies sur l’organisation politique, administrative et judiciaire de la France :
7°. Calcul, Arithmétique.
Les quatre règles appliquées intuitivement d’abord à des nombres de 1 à 10 ; puis de 1 à 20 ; puis de 1 à 100.
Suite et développement des exercices de calcul mental appliqués à toutes ces opérations Cours supérieur
Révision avec développement, d’une part, pour la théorie et le raisonnement ; d’autre part, pour la recherche des procédés rapides, soit de calcul mental, soit de calcul écrit.
Notions pratiques sur le cube, le prisme, le cylindre, la sphère, sur leurs propriétés fondamentales ; applications au système métrique. Cours supérieur
Dessin d’ornement
(Arrêté du 14 janvier 1881)
Premiers principes du dessin d’ornement. Circonférences, polygones réguliers, rosaces étoilées. Cours moyen
Copie de plâtres représentant des ornements plans d’un faible relief.
Dessin géométrique. – Emploi (au tableau) des instruments servant au tracé des lignes droites et des circonférences :
Se borner, dans cette partie du cours, à faire comprendre aux élèves l’usage de ces instruments dont ils acquerront le maniement dans le cours supérieur. Cours supérieur
Dessin à main levée. – Dessin, d’après l’estampe et d’après le relief, d’ornements purement géométriques : moulures, oves, rais de cœur, perles, denticules, etc.
Notions élémentaires sur les ordres d’architecture données au tableau par le maître (3 leçons)
Dessin géométrique. Exécution sur le papier, avec l’aide des instruments, des tracés géométriques qui ont été faits au tableau dans le cours moyen.
10° Éléments usuels des sciences physiques et naturelles
Les végétaux. – Étude, sur quelques types choisis, des principaux organes de la plante : notion des grandes divisions du règne végétal, indication de plantes utiles et nuisibles (surtout dans les promenades scolaires).
Les trois états des corps. Notions sur l’air et l’eau et sur la combustion : petites démonstrations expérimentales. Cours supérieur
L’homme. Notions sur la digestion, la circulation, la respiration, le système nerveux, les organes des sens. Conseils pratiques d’hygiène. – Abus de l’alcool, du tabac, etc.
Les animaux. – Grands traits de la classification. Animaux utiles et animaux nuisibles.
Les végétaux. – Parties essentielles de la plante ; principaux groupes. Herborisations.
Premières notions de physique. – Pesanteur. Levier. Premiers principes de l’équilibre des liquides. Pression atmosphérique : baromètre.
Premières notions de chimie. – Idée des corps simples, des corps composés. Métaux et sels usuels.
11° Agriculture et Horticulture (Loi du 15 juin 1879, art. 10)
Premières leçons dans le jardin de l’école. Cours moyen
Notions – à propos des lectures, des leçons de choses et des promenades – sur les principales espèces de sols, les engrais, les travaux et les instruments usuels de culture (bêche, hoyau, charrue, etc. ). Cours supérieur
Chants appris tout d’abord exclusivement par l’audition. Lecture des notes.
Chants d’ensemble à une et à deux voix appris par l’audition.
Exercices d’intonation. Clef de sol et clef de fa. Gamme diatonique majeure, intervalles naturels, signes altératifs. Principaux tons majeurs et mineurs. Durée.
Exercices de solfège, dictées orales. Exécution de morceaux d’ensemble à une et à deux parties.
But et caractères essentiels de cet enseignement. – L’enseignement moral est destiné à compléter et à relier, à relever et à ennoblir tous les enseignements de l’école. Tandis que les autres études développent chacune un ordre spécial d’aptitudes et de connaissances utiles, celle-ci tend à développer dans l’homme l’homme lui-même c’est-à-dire un cœur, une intelligence, une conscience.
Par là même l’enseignement moral se meut dans une tout autre sphère que le reste de l’enseignement. La force de l’éducation morale dépend bien moins de la précision et de la liaison logique des vérités enseignées que de l’intensité du sentiment, de la vivacité des impressions et de la chaleur communicative de la conviction. Cette éducation n’a pas pour but de faire savoir, mais de faire vouloir ; elle émeut plus qu’elle ne démontre ; devant agir sur l’être sensible, elle procède plus du cœur que du raisonnement ; elle n’entreprend pas d’analyser toutes les raisons de l’acte moral, elle cherche avant tout à le produire, à le répéter, à en faire une habitude qui gouverne la vie. A l’école primaire surtout, ce n’est pas une science, c’est un art, l’art d’incliner la volonté libre vers le bien.
Rôle de l’instituteur. dans cet enseignement. – L’instituteur est chargé de cette partie de l’éducation, en même temps que des autres, comme représentant de la société : la société laïque et démocratique a en effet l’intérêt le plus direct à ce que tous ses membres soient initiés de bonne heure et par des leçons ineffaçables au sentiment de leur dignité et à un sentiment non moins profond de leur devoir et de leur responsabilité personnelle.
Pour atteindre ce but, l’instituteur n’a pas à enseigner de toutes pièces une morale théorique suivie d’une morale pratique, comme s’il s’adressait à des enfants dépourvus de toute notion préalable du bien et du mal : l’immense majorité lui arrive au contraire ayant déjà reçu ou recevant un enseignement religieux qui les familiarise avec l’idée d’un Dieu auteur de l’univers et père des hommes, avec les traditions, les croyances, les pratiques d’un culte chrétien ou israélite ; au moyen de ce culte et sous les formes qui lui sont particulières, ils ont déjà reçu les notions fondamentales de la morale éternelle et universelle ; mais ces notions sont encore chez eux à l’état de germe naissant et fragile, elles n’ont pas pénétré profondément en eux-mêmes ; elles sont fugitives et confuses, plutôt entrevues que possédées, confiées à la mémoire bien plus qu’à la conscience à peine exercée encore. Elles attendent d’être mûries et développées par une culture convenable. C’est cette culture que l’instituteur public va leur donner.
Il prend ces enfants tels qu’ils lui viennent, avec leurs idées et leur langage, avec les croyances qu’ils tiennent de la famille, et il n’a d’autre souci que de leur apprendre à en tirer ce qu’elles contiennent de plus précieux au point de vue social, c’est-à-dire les préceptes d’une haute moralité.
Objet propre et limites de cet enseignement. – L’enseignement moral laïque se distingue donc de l’enseignement religieux sans le contredire. L’instituteur ne se substitue ni au prêtre, ni au père de famille ; il joint ses efforts aux leurs pour faire de chaque enfant un honnête homme. Il doit insister sur les devoirs qui rapprochent les hommes et non sur les dogmes qui les divisent. Toute discussion théologique et philosophique lui est manifestement interdite par le caractère même de ses fonctions, par l’âge de ses élèves, par la confiance des familles et de l’État : il concentre tous ses efforts sur un problème d’une autre nature, mais non moins ardu, par cela même qu’il est exclusivement pratique : c’est de faire faire à tous ces enfants l’apprentissage effectif de la vie morale.
Plus tard, devenus citoyens, ils seront peut-être séparés par des opinions dogmatiques, mais du moins ils seront d’accord dans la pratique pour placer le but de la vie aussi haut que possible, pour avoir la même horreur de tout ce qui est bas et vil, la même admiration de ce qui est noble et généreux, la même délicatesse dans l’appréciation du devoir, pour aspirer au perfectionnement moral, quelques efforts qu’il coûte, pour se sentir unis dans ce culte général du bien, du beau et du vrai qui est aussi une forme, et non la moins pure, du sentiment religieux.
Caractères de la méthode en ce qui concerne l’élève – Pour que la culture morale, entendue comme il est dit plus haut, soit possible et soit efficace dans l’enseignement primaire, une condition est indispensable : c’est que cet enseignement atteigne au vif de l’âme, qu’il ne se confonde, ni par le ton ni par le caractère, ni par la forme, avec une leçon proprement dite. Il ne suffit pas de donner à l’élève des notions correctes et de le munir de sages maximes, il faut arriver à faire éclore en lui des sentiments assez vrais et assez forts pour l’aider un jour, dans la lutte de la vie, à triompher des passions et des vices. On demande à l’instituteur non pas d’orner la mémoire de l’enfant, mais de toucher son cœur, de lui faire ressentir, par une expérience directe, la majesté de la loi morale ; c’est assez dire que les moyens à employer ne peuvent être semblables à ceux d’un cours de science ou de grammaire. Ils doivent être non seulement plus souples et plus variés mais plus intimes, plus émouvants, plus pratiques, d’un caractère tout ensemble moins didactique et plus grave.
L’instituteur ne saurait trop se représenter qu’il s’agit pour lui de former, chez l’enfant, le sens moral, de l’aiguiser, de le redresser parfois, de l’affermir toujours : et, pour y parvenir, le plus sûr moyen dont dispose un maître qui n’a que si peu de temps pour une œuvre si longue, c’est d’exercer beaucoup, et avec un soin extrême, ce délicat instrument de la conscience. Qu’il se borne aux points essentiels, qu’il reste élémentaire, mais clair, mais simple, mais impératif et persuasif tout ensemble. Il doit laisser de côté les développements qui trouveraient leur place dans un enseignement plus élevé ; pour lui la tâche se borne à accumuler, dans l’esprit et dans le cœur de l’enfant qu’il entreprend de façonner à la vie morale, assez de beaux exemples, assez de bonnes impressions, assez de saines idées, d’habitudes salutaires et de nobles aspirations pour que cet enfant emporte de l’école, avec son petit patrimoine de connaissances élémentaires, un trésor plus précieux encore, une conscience droite.
Caractères de la méthode en ce qui concerne le maître. – Deux choses sont expressément recommandées aux maîtres. D’une part, pour que l’élève se pénètre de ce respect de la loi morale qui est à lui seul toute une éducation, il faut premièrement que par son caractère, par sa conduite, par son langage, il soit lui-même le plus persuasif des exemples. Dans cet ordre d’enseignement, ce qui ne vient pas du cœur ne va pas au cœur. Un maître qui récite des préceptes, qui parle du devoir sans conviction, sans chaleur, fait bien pis que perdre sa peine, il est en faute : un cours de morale régulier, mais froid, banal et sec, n’enseigne pas la morale, parce qu’il ne la fait pas aimer. Le plus simple récit où l’enfant pourra surprendre un accent de gravité, un seul mot sincère, vaut mieux qu’une longue suite de leçons machinales.
D’autre part, – et il est à peine besoin de formuler cette prescription – le maître devra éviter comme une mauvaise action tout ce qui dans son langage ou dans son attitude blesserait les croyances religieuses des enfants confiés à ses soins, tout ce qui porterait le trouble dans leur esprit, tout ce qui trahirait de sa part envers une opinion quelconque un manque de respect ou de réserve.
La seule obligation à laquelle il soit tenu, – et elle est compatible avec le respect de toutes les croyances -, c’est de surveiller d’une façon pratique et paternelle le développement moral de ses élèves avec la même sollicitude qu’il met à suivre leurs progrès scolaires ; il ne doit pas se croire quitte envers aucun d’eux s’il n’a fait autant pour l’éducation du caractère que pour celle de l’intelligence. A ce prix seulement l’instituteur aura mérité le titre d’éducateur, et l’instruction primaire le nom d’éducation libérale.
Entretiens familiers. Lectures avec explications (récits, exemples, préceptes, paraboles et fables). Enseignement par le cœur.
1° Par l’observation individuelle des caractères (tenir compte des prédispositions des enfants pour corriger leur défauts avec douceur ou développer leurs qualités).
2° Par l’application intelligente de la discipline scolaire comme moyen d’éducation (distinguer soigneusement le manquement au devoir de la simple infraction au règlement, faire saisir le rapport de la faute à la punition, donner l’exemple dans le gouvernement de la classe d’un scrupuleux esprit d’équité, inspirer l’horreur de la délation, de la dissimulation, de l’hypocrisie, mettre au-dessus de tout la franchise et la droiture et pour cela ne jamais décourager le franc-parler des enfants, leurs réclamations, leurs demandes, etc. ).
3° Par l’appel incessant au sentiment et au jugement moral de l’enfant lui-même (faire souvent les élèves juges de leur propre conduite, leur faire estimer surtout, chez eux et chez les autres, l’effort moral et intellectuel, savoir les laisser dire et les laisser faire, sauf à les amener ensuite à découvrir par eux-mêmes leurs erreurs ou leurs torts).
4° Par le redressement des notions grossières (préjugés et superstitions populaires, croyances aux sorciers, aux revenants, à l’influence de certains nombres, terreurs folles, etc. ).
5° Par l’enseignement à tirer des faits observés par les enfants eux-mêmes (à l’occasion, leur faire sentir les tristes suites des vices dont ils ont parfois l’exemple sous les yeux : de l’ivrognerie, de la paresse, du désordre, de la cruauté, des appétits brutaux, etc., en leur inspirant autant de compassion pour les victimes du mal que d’horreur pour le mal lui-même ; – procéder de même par voie d’exemples concrets et d’appels à l’expérience immédiate des enfants pour les initier aux émotions morales, les élever, par exemple, au sentiment d’admiration pour l’ordre universel et au sentiment religieux en leur faisant contempler quelques grandes scènes de la nature ; au sentiment de la charité en leur signalant une misère à soulager, en leur donnant l’occasion d’un acte effectif de charité à accomplir avec discrétion ; aux sentiments de la reconnaissance et de la sympathie par le récit d’un trait de courage, par la visite à un établissement de bienfaisance, etc.).
Entretiens, lectures avec explications, exercices pratiques. – Même mode et mêmes moyens d’enseignement que précédemment, avec un peu plus de méthode et de précision. – Coordonner les leçons et les lectures de manière à n’omettre aucun point important du programme ci-dessous :
L’enfant dans la famille. Devoirs envers les parents et les grands-parents. – Obéissance, respect, amour, reconnaissance. Aider les parents dans leurs travaux ; les soulager dans leurs maladies ; venir à leur aide dans leurs vieux jours.
Devoirs des frères et sœurs. – S’aimer les uns les autres : protection des plus âgés à l’égard des plus jeunes ; action de l’exemple.
Devoirs envers les serviteurs. – Les traiter avec politesse, avec bonté.
L’enfant dans l’école. – Assiduité, docilité, travail, convenance. – Devoirs envers l’instituteur. – Devoirs envers les camarades.
La patrie. – La France, ses grandeurs et ses malheurs. – Devoirs envers la patrie et la société.
Devoirs envers soi-même. – Le corps : propreté, sobriété et tempérance : dangers de l’ivresse ; gymnastique.
Les biens extérieurs. – Économie ; éviter les dettes : funestes effets de la passion du jeu ; ne pas trop aimer l’argent et le gain ; prodigalité, avarice. Le travail (ne pas perdre de temps, obligation du travail pour tous les hommes), noblesse du travail manuel.
L’âme. – Véracité et sincérité ; ne jamais mentir. – Dignité personnelle, respect de soi-même. – modestie : ne point s’aveugler sur ses défauts. – Éviter l’orgueil, la vanité, la coquetterie, la frivolité. – Avoir honte de l’ignorance et de la paresse. – Courage dans le péril et dans le malheur ; patience, esprit d’initiative. – Dangers de la colère.
Traiter les animaux avec douceur ; ne point les faire souffrir inutilement. – Loi Grammont, sociétés protectrices des animaux.
Devoirs envers les autres hommes. – Justice et charité (ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît ; faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fissent. ) – Ne porter atteinte ni à la vie, ni à la personne, ni aux biens, ni à la réputation d’autrui. – Bonté, fraternité, tolérance ; respect de la croyance d’autrui. N. B. : Dans tout ce cours, l’instituteur prend pour point de départ l’existence de la conscience, de la loi morale et de l’obligation. Il fait appel au sentiment et à l’idée du devoir ; au sentiment et à l’idée de la responsabilité, il n’entreprend pas de les démontrer par exposé théorique.
Devoirs envers Dieu – L’instituteur n’est pas chargé de faire un cours ex professo sur la nature et les attributs de Dieu ; l’enseignement qu’il doit donner à tous indistinctement se borne à deux points :
D’abord il leur apprend à ne pas prononcer légèrement le nom de Dieu ; il associe étroitement dans leur esprit à l’idée de la Cause première et de l’Être parfait un sentiment de respect et de vénération ; et il habitue chacun d’eux à environner du même respect cette notion de Dieu, alors même qu’elle se présenterait à lui sous des formes différentes de celles de sa propre religion.
Ensuite, et sans s’occuper des prescriptions spéciales aux diverses communions, l’instituteur s’attache à faire comprendre et sentir à l’enfant que le premier hommage qu’il doit à la divinité, c’est l’obéissance aux lois de Dieu telles que les lui révèlent sa conscience et sa raison.
1° La Famille – Devoirs des parents et des enfants. Devoirs réciproques des maîtres et des serviteurs.
2° La Société. – Nécessité et bienfaits de la société. La justice, condition de toute société. La solidarité, la fraternité humaine.
Applications et développements de l’idée de justice : respect de la vie et de la liberté humaine, respect de la propriété, respect de la parole donnée, respect de l’honneur et de la réputation d’autrui. La probité, l’équité, la délicatesse. Respect des opinions et des croyances.
Ce que l’homme doit à la patrie ; l’obéissance aux lois, le service militaire (discipline, dévouement, fidélité au drapeau) ;
l’impôt (condamnation de toute fraude envers l’État) ;
le vote (il est moralement obligatoire ; il doit être libre, consciencieux, désintéressé, éclairé).
Droits qui correspondent à ces devoirs : liberté individuelle, liberté de conscience, liberté de travail, liberté d’association. Garantie de la sécurité de la vie et des biens de tous. La souveraineté nationale. Explication de la devise républicains : Liberté, Égalité, Fraternité.
1° La différence entre le devoir et l’intérêt, même lorsqu’ils semblent se confondre, c’est-à-dire le caractère impératif et désintéressé du devoir.
2° La distinction entre la loi écrite et la loi morale : l’une fixe un minimum de prescriptions que la société impose à tous ses membres sous des peines déterminées, l’autre impose à chacun dans le secret de sa conscience un devoir que nul ne le contraint à remplir, mais auquel il ne peut faillir sans se sentir coupable envers lui-même et envers Dieu.
Posté dans Société et associatif, Société et monde associatifTagué instruction, manquement
← «Notes sur l’exercice de l’autorité» par Christian Ruby
Lettre de Jules Ferry aux instituteurs (1883) →

References: Art. 2

Art. 4

Art. 5

Art. 10

Art. 11

Art. 13

Art. 14

Art. 15

Art. 16
 art. 10