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Timestamp: 2016-12-08 09:59:50+00:00

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1 SCÙ:llceS sociales et hll/llailles ' LES FORMES D'ORGANISATION SOCIO POLITIQUE DANS L'ESPACE: LE SUD DE L'AIRE OTI-VOLTA DU XVI" SIECLE A LA CONQUËTE COLONIALE. Badjow TClJ/tllil~f:'::~~~~~~llllllllllr----J /IIaÎtre de COi/(ére/lCl's. l '/1il'I'I"sité de Lom'; Départemellt l!'iii.\ toire LO/llé- Togo. RÉSllMÉ Les formes d'organisation de l'espace en Afriquc ont varié suivant les époques, les aircs culturelles et le ni veau d'appropriation et de compréhcnsion du pouvoi r pol itiq uc par les soc iétés ou les peuples concernés. [)ans k Sud de "airc Oti- Volta qui sc situc dans la partie s<:ptentrionale du Togo. on a distingué des 1: lais. cn partie ul ici' des royaumc~bicn organi sés. bien structurés - tvhlngo. Tchanudjo- ct les autres: c'est-àdire ccux qu'on a désignés par l'appellation de société sans Uat, acéphale, anarchiste. I.es migrations gourma el lïntrusion coloniale constituèrent les factcurs de changement,bns celle i i aire. Lcs Ciourma en y introduisant la che1tcrie, la colonisation en imposant une autre forme de pouvoiret en làussantles règles de dévolution du pouvoir. Ce sera le cas avec le Tchaoudjo. royaume tem, qui devient une sorte de protectorat. Quant aux sociétés acéph~des,égalitaircs -Kabyè. Lamba. Nawdéba-, on leur imposa des ehets parfois d'origine étrangère. Aucun critèrc objectifne semble avoir guidé la nomination de ceux-ci. 1 Pour renforcer l'autorité de ces nouveaux chefs, le pouvoir colonial leur adjoignit des policiers. Les 1 souvcl"<lins musulmans purent garder leurs armées bicn que réduites-cas des Semassi de Ouro Djobo Boukari Il étn)itcmcllt <:OIl\l",')lécs ct souvcnt sollicitées pour la causc des nouveaux maitres. : 1 L' Administration coloniale ne put donc se passer des autorités coutumières en place avant son i i établissement. Cependant celles-ci occupaient désormais une positi(1n intermédiaire et ambiguë qui cristallisait sur elle~ les.:on Il its npposant les autorités colon iales et les sociétés traditionne Iles. Il 1 i,1. ---_.. _-~~~ ~ INTROI>UCTION I.es 1<1I111CS d'organisation de 1"éspace en Ali'ique ont varié sui\ ant ks époques,lcs airés culturdks ct le l1iwatl d'appropriation ct de compréknsion du pouvoir politique par les sociétés ou Ics peuples conœrnés. Suivant les auteurs et de manière schématique, partois Je manière très simplificatrice on a pu parler de société à Etats ct de sociétés sans Etat. voire anarchistes' Aujourd'hui, grâee à un cértain nom"-e de rravall", notammentd'anthl"olxllogie politique,!'historien dispose d'outils qui lui pelmettent de nuancer la plupart de cesj ugements 1. Dans le sud de raire Oti-Volta qui se situe dans la partie septentrionale dutogo, ce genre dejugements à été de mise pendant longtemps, Que ce soit par les Allemands ou par la suite les Français, on a distingué des Etats. en pal1iculier des royaumes bien organisés, bien structurés - Mango. Tchaoudjo -'- et les autres: c'est à dé, ceux qu'on a désigné par l'appellation de société sans Etat. acéphale, anarchiste. Qui sont les peuples coneemés et qu\;n a- t-il été en réalité? Revue du CAM ES - Nouyclle Série n. Vol. 008 N \-2007 (\" Semestre) 2072 '-- S'agissant du peuplement, on rencontre dans cette aire à la fois des peuples qui d'après leurs traditions yont toujours vécu et qui s'affirment donc autochtones, des lieux qu"ils occupent- ou issus des différentes migrations qui déferlent surlarégion à partir du XVl è siècle. A force de vivre ensemble, ils ont fini par constituer de nouveaux groupes, de nouvelles entités tant du point de vue ethnique que culturel. Leur organisation socio-politique est souvent.le résultat de cette cohabitation. Il s'agit dans cet exposé d'étudier: d'abord les différentes formes d'organisation de l'espace et de la société chez les autochtones tout comme les migrants afin d'en dégager les faiblesses et les forces. Ceci nous permettra de comprendre pourquoi alors que certains des autochtones vivaient sous lejoug des envahisseurs, d'autres réussissent à garderjalousement leur liberté jusqu'àla conquête coloniale; Ensuite, on tentera également de comprendre pourquoi l'organisation de l'espaceet de la société imposée par les migrants et qui a constitué leur force face aux autochtones ne résiste pas à l'intrusioncoloniale, contrairement aux autochtones? - Enfin, lorsque les conquérants européens triomphent, ils ne purent se passertotalement de l'ordre politique ancien. Ils y eurent recours pour imposer le nouveau pouvoir à certaines autorités traditionnelles. Comment y parviennent-ils dans les différents groupes de populations. Peut-on établir une identité entre les deux pouvoirs? 1. PEUPLEMENT ET ORGAN/SATION SOC/O-POLITIQUE PRECOLONlALE Nous étudierons deux types de populations dans cette partie du territoire: Les Lamaet les Tem 1. Les Lama Ce groupe comprend l'ensemble Kabiyè, les Kuhama, les Logba (à cheval sur le Togo et le Bénin) et les Lamba. Sciences sociales et humaines 1.1. Origine et principales composantes Selon leur tradition l'ancêtre des Lama, Kumbéritu serait «descendu duciel»au lieu dit Nahori. Mais la dynamique du peuplement va rapidement saturer ce lieu des origines, obligeant K umbéritu et sa descendance à essaimer dans les plaines environnantes créantainsi un certainnombrede localitésdupayskabyè actuel. En outre. la diaspora de Farendè, enrichie par une population autochtone, aurait occupé l'ensemble des montagnes et des plaines du centre et du nord-est du Togo pour donner ce que nous convenons d'appeler l'aire de peuplement lama, de Fazaojusqu'à la Kéran. Cette aire se subdivise entroiséléments suivants le reliefet le dialecte. On distingue : les groupements dumassifnord. qu'on désigne sous le nom de Lama'. ceuxdu massifsud, à qui l'appellation de Kabiyè s'applique plus particulièrement"'. enfin les Logba qui vivent à cheval de part et d'autre des frontières du Togo etdu Bénin notanunent dans les groupements de Koumérida, Wakkedè, Boumdo, et à Kétao, Sirka et dans la région de Djougou et de Séméré. Contrairement aux autres composantes du groupe lama. seuls les Logba disposaient de structures politiques bien délimitées. Ils n'étaient certes par parvenus à organiser une véritable chefferie. mai s disposait d'une autorité politique reconnue et acceptée de tous. Le reste du pays lama ne vivait cependant pas dans l'anarchie, car un pouvoir, bienque diffus régissait l'ordre social Un pouvoir diffus Face à un pouvoir politique dont l'essence mêmelui échappait le colonisatew décrétaqu'il n'en existait pas Le point de vue du colonisateur,. Les Cahrais sont sociables et se réunissen souvent pour danser... mais en raison de leui tempérament fier et indépendant, leurs relation. n'ont qu'une apparente cordialité et toili, provocation est sur le champ relevée Revue du CAMES - Nouvelle Série B, Vol. 008 N \-2007 (\" Semestre3 ~ Sciences ; ) sociales et humaines Ils se fréquentent et ils se voient, mais pour Ce morcellement de l'autorité politique a chacun d'eux, il n ya que les membres de sapropre empêché l'émergence de tout pouvoir individuel, ou famille, pour les-quels il se fera exterminer, qui d'un groupe capable d'imposer sa volonté à tout le comptent, les autres Cabrais ne comptent pas... têto, voire aux groupements territoriaux voisins. Cette Cet état d'esprit est une conséquence de situation empêchaégalementpendant uncertain temps l'anarchie permanente qui existait chez eux avant les conquérants européens d'imposer leur domination. l'arrivée des Allemands; avant l'apparition de Parailleurs, l'organisation de lasociétéenclasse ceux-ci, point de chefde village, ni de chefde d'âge renforce ce système politique décentralisé et quartier, ni de chefcabrais, aucune organisation déterminent la place hiérarchique de chacun dans la politique, point de tribunaux ni de justice, chaque société. En effet. les hommes d'une même classe sont cabrais chefdefamille estmaître chezlui et n'obéit, égaux en droit. Par le biais des initiations, on accède ni ne veut obéir à personne. il est d'autant plusfort aux différents degrés de l'activité sociale en passant que sa progéniture est plus nomhreuse et d'autant d'une classe d'âge à une autre. De 18 à 20 ans, le plus craint et respecté qu'il est plus fort.. les garçonsubitsapremièreinitiation. ndevientalors évalu. féticheurs seuls avaient une autorité incontestable ensuite sankayou, puis ésakpa et enfin kundu. On qui dans certaines circonstances pouvaient avoir atteint le sommet de la hiérarchie sociale en accédant des effets incontestables au point de vue politique au rang de sosa 1 au pluriel ou sage. et soulever tout le pays lorsqu'ils 'agissait de le La direction de la société, à ses différentes protéger contre les incursions armées de leurs strates, incombe aux plus vieux. L'âge et la génération voisins. 5 sont eneffet les instnnnents d'évaluation et d'assignation Le Capitaine Durain renchérit: "Nous ne des diverses responsabilités au sein de la société. Les saurions mieux c01j1parer notre Cabrais qu'au sosa, ou "anciens", par leur expérience, sont les gaulois du temps de VERCINGETORIX Notre gardiens de us et coutumes laissées par les aïeux. Par indigène est indiscipliné. Jamais il n'aural'idée de leur sagesse, ils wnstituent l'élément clé qui dirige la se grouper avec son frère de clan ou de race, de société. Ils sont membres du conseil de leur lélu. choisir, accepter un chefet de lui obéù; de fairefront l'organepolitique suprême qui préside à labonnemarche de toutes les forces de son village ou de son groupe des affaires intérieures etextérieures de lacommunauté. contre l'ennemi qui l'assaille, ou d'aller porter la Comme on Je constate, il ne s'agit pas de sociétés guerre chez lui. Il subit l'attaque individuellement, "anarchistes". Sans chefs certainement, mais est pris ou tué et les siens ne font rien pour le présentant uncel1ain nombredecaractèresqui leur secourir ". 0 pennettent de fonctionner nonnalement La réalité L'ensemble du pays lama est constitué de plusieurs groupements sociaux et territoriaux appelés télo (ou tétou), que l'on peut traduire par «terre)} ou «teltoir». Le têto représente un espace à la fois géographique et social. A la tête du têto, le lchotcho dont le pouvoir est plus religieux que politique; Chefspirituel, il peut mobilisertoute la population contre lm ennemi COml11lU1 si les circonstances l'exigent. Cependant, son pouvoir ne lui pennet pas d'imposer une quelconque théocratie. Il existed'autresautorités. comme les doyens de lignage. les sosa, chargés de maintenir l'ordrè au niveau de leur groupe età l'intérieur du lêlu. Entln, lorsque la sécurité du lêto est menacée de l'extérieur, les kondona (guerriers) interviennentpourle défendreet. de ce fait, participent à la direction de leur groupement. a) Sur le plan écologique, ce sont des sociétés de faibles dimensions territoriales, où l'habitat est généralement dispersé et exclut la constitution de grandes agglomérations. b) Sur le plan social, ce sontdes sociétés égalitaires, dont les groupes ne présentent généralement ni différenciation etlmique, ni différenciation sociale. Le statut individuel se fonde plus sur l'âge, éventuellement le prestige et la richesse. que sur la naissance et l'hérédité. 1OUS les groupements sont socialement égaw; et appartiennent. en général, à une même ethnie. ( Footn(Jtes) 1 Cf Capllaine Su;re ct Duraill. ~ Evans-Pritchard (1l)()3) ct M. Forles (\ plus réc~mment E Terray 1995 ; Ces groupements sc :-;itucnl d<lils la préj\:cturc actllelk de la ninah ~ Dans \11 prétccturc (lcllidle de la KOlah 5 CnpÎt<lille SICRE. l 'j J 8 pp (, Capitaine Durain., 1 /1>28 S051J au pluriel Revue du CAME~ - Nouvelle Série il, Vol. 008 N (l'" Seme'lre) 2094 _--'- c) Sur le plan de la parenté, ce sont les sociétés qui accordent aux groupes familiaux (lignage ouclan) une place prépondérante dans les relations sociales, en raison de l'absence quasi totale d'institutions spécifiquementpolitiques. d) Enfin, l'unité politique la plus élevée ne dépasse pas le niveau du lignage oucelui du village. Il existe souvent une série de croyances, de mythes d'origine commune déterminant une unité culturelle venant suppléer partiellement à cette absence d'unité politique. Naturellement, ces sociétés sontdépourvues de véritable organisation militaire, administrative ou judiciaire et, par conséquent, ne confient à aucune institution le soin de régler ou de sanctionner les différends internes1. 2. Les Tem 2.1. Origine Par Tem (ou Temba), nous désignons des souches anciennes de population dispersées le long de la dorsale montagneuse entre Alédjo etfazao, parlant une langue du même groupe que celle des Lama 2 et qui dès avant la fin du XYlème siècle, occupaient toute lazone montagneuse au sud de la rivière Kara. Avant le XYlème siècle, certains clans occupaient déjà cet espace: les Koli, Kozi-Nawo, Nekèrè, Ourouma, Bogum, Kpandé et Baro. A ces groupes, dont quelques uns se prétendent autochtones, vont s'ajouter, à partir du XYlème siècle, les Mola, venus du pays gounna, qui s'installèrent à Tabalo introduisant le premier facteur de changement. Ils apportèrent à ces populations, peu intéressées à la chose politiques J, l'embryon d'un pouvoir étatique sous forme de la chefferie. Les Mola sont cependant assimilés linguistiquement par les autochtones dont ils adoptent la langue, le tem. Très tôt, sans doute pour des raisons démographiques, économiques et stratégiques, les Mola, suivis de certains clans vont essaimer à travers la plaine, vers l'est et le. nord y fondant de nouvelles chefferies qui en se confédérant donnent naissance au royaume du Tchaoudjo. Ces transformations vont modifieren profondeurle peuple tem. Enréalité quelle fut l'ampleurdeces migrations et quel impact vont-elles avoir sur l'évolution de cet espace? Sciences sociales et humaines 2.2. Des chefferies mola au royaume du Tchaoudjo Les Molavont instaurer un pouvoiroù l'autolité individuelle, sans prendre pourautantune placetol-liours prépondérante, s'affimle plus nettement vis à vis des institutions collectives des autochtones. Désormais le statut social se définit beaucoup plus en fonction de la naissance et notaniment de l'appartenance au clan mola Les chefferies Mola Les Gourma immigrés étaient donc porteurs d'un modèle politique: la chefferie. Dès lors que les populations locales n'étaient plus isolées et qu'elles devaient accueillir de plus en plus d'étrangers d~ passage 4, l'organisationlignagère s'avérait inefficace. C'est donc tout naturellement que le pouvoir centralisé s'imposa. Eneffet, la présence au sein du groupe tem. d'éléments ethniques d'origines piverses nécessitait un pouvoirsupraclaniqueoulignager. C'estainsi quedans ce monde pluriedmique va naître le système politique centralisé. A Tabalo, l'ancêtre Gadaw en s'enfonçant dans la terre, mitenbranle une dynamique 5 qui allait couvrir tout le pays tem d'un maillage politique fait de grandes chefferies Cefut d'abord Pangalam, Paratao, Koma, Tchavadi. Kadanlbara. Yelivo puis BiIini qui en se confédérant dolmèrentnaissance au Tchaoudjo. Une telle centralisation politique permit une protection efficace des commerçants etassura une pleine liberté de commerce, ce qui n'était pas le cas plus au nord, en pays kabiyè et konkomba. Allant de pair avec la chefferie, les Gourma apportèrent une organisationclanique où des segments d'un même clan peuvent se retrouver dans les unités résidentielles et politiques distinctes sans perdre pour autant leuridentité et leur solidarité mutuelle. Dès lors, mettant à profit cette mobilité démographique autorisée parl'organisation clanique pluri-résidentielle,lachefferie peut réunir, à égalité, des groupes et des individus d'origines les plus diverses, et donc regrouper des personnes en un lieu stratégique pour les affaires du moment. C'est ainsi que les itinéraires de la route de la cola transitant par le pays tem se trouvèrent, ponctués de chefferies comme autant de gîtes d'étape. Ainsi, d'autres chefferies virent le jour sur les marches occidentales et orientales du Tchaoudjo : il s'agit de Adjeidè (Kri-Kri) et Fazao. Enfin, vers le nord. Dawdè et Kegbaflo (Bafilo) se constituèrent. Chaque fois, le groupe fondateur ne reste pas seul. Des segments 210 Revue du CAMES - Nouvelle Série H, Vo't. 008 N (l" Semestre)5 multiples viennent le rejoindre, à commencerpar les sou~hes autochtones qui se réorganisent sur le modèle clanique. Les immigrés reconnaissent laprééminence des fondateurs quant à ladétentiondupouvoirpolitique, mais participent de plein droit aux décisions collectives. Mais cette prééminence politique n'est valable que localement et ne s'accompagne d'aucun privilège économique. Mieux, les autres segments peuvent détenir des rôles nécessaires au fonctionnement de lachefferie: intronisationet inhumationdes chefs, services cultuels rendus aux divinités protectrices, arbitrage des conflits. C'est le cas des Daro de Tchalo qui joue le rôle d'arbitre, lors du choix du OURO-ESSO du Tchaoudjo.6 La chefferie politique se présente comme un village, englobantplusieursquartiers naguère fortement agglomérés. Elle peut aussi englober des quartiers distants les uns des autres voireplusieurs villages. Dans cedernier cas, onpeut parlerde chefferie suprême pour indiquer que le chefpolitique coiffe d'autres chefs de village. Dans ce cas, le chef ne porte pas le titre de "Ouro ", mais ladjo à Bafilo, yérima à Dawdê, Ouro Esso (ni plus ni moins que ("chef-dieu"!) à Tchaoudj0 7. Ces chefferies suprêmes n'ont pas résulté de conquêtes, mais d'unconsensus entre petites chefferies voisines, pour faire face à un danger externe pour intégrer de nouveaux villages (cas du Tchaoudjo). Pourtant la questionde lanature du Tchaoudjo se pose Royaume de T chaoudjo On a parlé du royaume tem du Tchaoudjo ; en fait, au début il s'agit d'une chefferie qui englobe plusieurs chefferies de village sans établir un commandementdirect, chaquevillage restantdirigé par son propre chef et ses notables. Le Tchaoudjo ne (Footnotes) 1 Lombard J l La comnlltnduté culturelle avec les Lama striclo sensu est évidente., Organisées sans aucun doute sur le même modèle que les Lama, ces populations ne vivaient pas non plus dans J'anarchie. ~ Notamment les commerçants haoussa ou mande. S Tous les fondateurs mola de chetlerie sont censés venir de Tnbalo, point de chute d'un groupe gomma immigré et chenerie fondée par l'ancêtre de cc groupe, Gadaw. Ainsi en est-il pour les grandes eheffèries de Dawdè, Baftlo, Agulu, Adjéïdè, Fazao et Kpângalam (, Voir infra, Barbier J C. et Klein B. 1995, p, 22 Sciences sociales et humaines disposait pas de capitale, fixe puisque, à chaque changementderègne, le nouveausouveraindevaitêtre pris, à tour de rôle, dans une autre localité; l'élu restait à son propre domicile, qui devenait ainsi une résidence royale. Le pouvoir suprême alternait entre les sept chefferies constitutives du Tchaoudjo ; cette règle a cependant parfois été détournée: Paratao dans le dernier quart du XIXè siècle avec l'avènement de Dj 000 Boukari, conserve le pouvoir durant cinq règnes successifs. Dès lors,- il se dota d'un certain nombre de structures :capitale duroyaume, armée, gouvernement, finances- onpouvait parler de royaume. Les structures Pour comprendre le fonctionnement du Tchaoudjo, un rappel des circonstances au cours desquelles ses structures furent mises enplace s'avère nécessaire. A lamort de OuroAgrinyàde Pangalam, premier Ouro- Esso du Tchaoudjo, un conflit éclata pour désigner son successeur. Sur le conseil du chef de Tabalo, "père" du clan Mola, ils recoururent à l'arbitrage du chefdu clan Daro de Tchalo, qui désigna un guerrier de Tchavadi. Celui-ci alla recevoir son investiture des mains du chefde Tabalo. Ainsi, aurait été instituée la règle de la dévolution du pouvoir au Tchaoudjo. Le chefdevait désonnais être choisi parmi les Mola de l'heptapole par le chefdaro de Tchalo, sans qu'onpuisse désigner deux chefs successifs dans le même lignage l. Mais la tentative d'ouro Djobo Boukari de rendre le pouvoir héréditaire dans le lignage de Paratao, remit en cause cette règle et provoqua une guerre civile. - Le symbole du pouvoir L'Ouro Eso est le titre que porte le souverain du Tchaoudjo : Ouro Esso, "le Chef-Dieu". Cetenne pose immédiatement un problème: en dépit de l'étiquette et des interdits dont il est entouré, il ne semble pas que l'ouro Esso fasse, en lui-même, l'objet d'un culte. Selon P.Alexandre il est probable qu'on se trouve ici enprésence d'untrait rappelant la civilisation akan : plutôt que le cheflui-même, et à tr"vers sa personne, c'estausiège, SiP, dont il n'estque le gardien viager, que s'adressait le culte; son rôle personnel serait, en quelque sorte d'en assurer latransmission. En toutcas, il semble que l'ouro Esso joue plutôt le rôle d'un agent de culte qu'il n'est un objet de culte: il accomplit personnellement un certain nombre de sacrifices J et il est dans ses attributions de veiller à ce que toutes les obligations rituelles soient régulièrement accomplies. En Revue du CAMES - Nouvelle Série B, Vol. 008 N (1" Semestre) 2116 Sciences sociales et humaines somme, il s'agit d'un roi-prêtre autant que d'un roidieu. - Pouvoirs et attributions de l'ouro-esso L'autorité de 1,Ouro-Esso (ou l'autorité du siège incaméedans l'ouro-esso?) est, en principe, absolue: il n'existe pa'> de procédure de détrônement. Elle peut, en théorie, se substituer à toutes les auto~ités subalternes, y compris, en certains cas, à celle des chefs de famille. En fait, cet absolutisme reste largement théorique, nefùt-ce qu'enraisondesdifficultés pratiques qui s'opposent à une centralisation absolue... Les pouvoirs considérables du Ouro-Esso lui permettent non seulement d'assurer l'application des règles sociales existantes, mais encore d'en instituer d~ nouvelles: il possède unpouvoirde légifératlon aussi bien que dejuridiction. Les exemples les plus frappants - ou les plus connus-se situent sous les règnes d'ouro Takpara de Kadambara (c ) : législation sur les villages étrangers; OuroAkoriko de Koma (c ) et Ouro Kura de Birini (c ) :législation surle statutdes musulmans; et surtout Ouro Djobo Boukari de Paratao (c ) : législation sur les egom, (étrangers) réglementation militaire, création de monopoles commerciaux et tentative de faire de l'islam une religion d'etat.. Moyens de commandement: finances et armée L'exercice du pouvoir nécessite laréunion d'un certain nombre de moyens - financiers, militaires, administratifs- à la disposition de Ouro-Esso de façon sinonexclusive, du moins prédominante. a) Les moyens financiers consistent en tributs en nature, en espèces (cauris et thalers d'argent) et en travail, dont l'essentiel provient "du royaume de Tchaoudjo, Le tribut de Tchaoudjo était payé par les chefs de village après la récolte, dans la capitale même. S'y ajoutaient des revenus d.ivers : épices ~t fr~is de justice, amendes et confiscation, cadeaux d audience C' nul ne va au chefles mains vides"), taxes s~r.les marchés et les caravanes, ivoire et dépouilles des gibiers nobles. etc. Ouro Djobo institua,enoutre,unmonopole royal d'exportation des esclaves et d'importation de la poudre des armes à feu et du sel. b) Ces ressources permettent, en premier lieu l'entretien d'unepetite armée permanente (quelque cent cinquante cavaliers, deux à trois cent archers, et une cinquantaine de mousquetaires en La cour L'Ouro-Esso doit également subvenir à l'entretien d'une cour assez nombreuse, comprenant un noyau de dignitaires et officiers permanents: le meatyi maître de la cavalerie, le komana chef des mousquetaires un aljà ou lettré musulman, le héraut et «bouche du roi».le ko/u, chefdes forgerons, les griots et bouffons, recrutés dans les deux clans egom endogamiques Taraore et Fofana, le siriki zongo, administrateur des étrangers, des devins officiels. des sebabè. messagers et policiers, et tout un petit monde de serviteurs libres ou esclaves s. Il convient de préciser que le Tchaoudjo n'englobe pas tout le pays tem; il en est la chefferie suprême la plus impoltante, mais d'autreschefferies suprêmes existaient (à Bafilo, à Dawdê, à Bulohu)6. Cependant, le Tchaoudjo était devenu en quelques années, une puissance guerrière redoutable. avec l'arrivée de mercenaires djerma, descendus de la Boucle du Niger à la fin du XIX' siècle. En 1883, ils sont à Séméré, puis àalédjo-kura, en 1885 àadjéïdê. Ils sont cooptés par le chefsuprême du Tchaoudjo, Ouro Djobo Boukari, à Paratao. Avec eux, des Peuls installés à Kpaza et àagulu, ainsi que de nombreux Tem apprennent l'art du combat à cheval. Ces cavaliers armés, les fameux Sêmasi (singulier sêmor,se mettent à piller les populations voisines au moindre prétexte: Banté à la demande de Pira, les villages anyanga en mai 1893, les villages de piémont de la plaine du Mô ; ils participeront enfin à la «pacification» du pays kabyè, enjanvier 1898, en accompagnantle DrKersting. Avant que le contrôle allemand ne soit établi, les raids du Tchaoudjo alimentaient un trafic esclavagiste, où les grandes chefferies du pays tem, à la suite du Tchaoudjo. auraient été de plus en plus impliquées. (Foulnotcs) 1 Alexandre, p. 245, C'est un tabouret sculpté, de style yoruba, toujours recouverl dl' pagnes précieux ct cnkrmé dans ulle piè"::l: retirée du palais rn~'ill SOLIS la garde d'adolesl.:cnls recrutés dal1s tou5 les l:i.hhons, 1.1.::' "gardiens du siège". S{)n trlinstert [Ill domicile,l"un Ouro l~ss~_ nouv~l1ement il1trollis~ se t:1it en cortège armé. élvl'c des sacrifices et des danses masculinès 1 Le plus importmh esl l'immolation, tous les deux ails, d:ll~l tllur('i~u blanc en honneur du Gndaw protecteur du chm Mala et gene~meur de fécondité et de fertilité pour l'ensemble du pays. Gada\\' habile 1(\ rivière de Tabalo, donl ~ Alexandre, p Alexandre, p.25l (, C'est avec les AIIl:lllélnds que le OUI'O-f.LW (alors <i P~[:al;IO) notamment. Djobo Boukari. reçut le lilre d..: chef superieur des lem el commanda al~rs il tous les Tem sans..:xception 7 Terme générique qui désiglle des "cnvaliers armés". et pas seulement les cavaliers tem 212 Revue du CAMES - Nouvelle Série B, Vol. 008 N (1'" Semestre)7 --'- II. L'intrusion coloniale européenne L'intrusion coloniale va constituée le second facteur de changement politique. Mais les Européens rencontrent une résistance inattendue notamment dans les sociétés acéphales- Kabyè, Konkomba, Lamba et Nawdeba- au pouvoir diffus et moins structuré. 2.1 LA RESISTANCE DES SOCIETES ACEPHALES:CASDESKABYE Face à l'émiettement de l'autorité qu'ils rencontrent, les Allemands tout comme les Français par la suite vont éprouver de réelles difficultés dans la conquête du pays kabyè et Lamba pour y asseoir définitivement leur domination. Ils durent se prendre à plusieurs reprises. Le choix du pimentcontre le sel. Jusque vers le milieu des années 1890, le bassin de la Kara avait été totalement ignoré par les différentes missions européennes engagées dans la course vers le Niger. Il est vrai que c'était une région d'accès difficile en raison de son relief accidenté. D'autre part, la plupart de ses populations et - notamment les Kabiyè - étaient réputées belliqueuses et surtout ne disposaientpas d'appareil politique centralisé avec lequel quiconque aurait pu traiter. Pour toutes ces raisons, les Allemands savaient très peu de choses sur ces populations, et leurs voisins leur firent une réputation peu flatteuse. "Les Kabouré ne laissent personne pénétrer sur leur territoire, pas même les indigènes qui ne sont pas de leur ethnie. Ils gênent de la sorte le commerce, tandis qu'eux-mêmes traversent souvent leurs frontières pour aller piller les fermes voisines, enlevant tout ce qu'ils trouvent, jusqu'aux femmes et enfants" 1 Ce témoignage n'est pas conforme à la réalité. Il est établi qu'il existait des échanges durant la période précoloniale, avec les régions voisines, notamment avec Kabou, (pays bassar) à l'ouest Niamtougou, (pays nawda) au nord, Djougou à l'est où les Kabiyè s'approvisionnent en produits divers: fer, huile de palme, produits de l'artisanat, sel et articles importés. Théoriquement maître de la région, depuis le 23 juillet Sciences sociales et humaines pour les Allemands, il s'agissait d'en soumettre les populations et il fallait un prétexte. A cet effet, Hupfeld, fonctionnaire des Mines, qui se joignit à la colonne de Von Massow, depuis Kabou, écrit ceci à propos du pays kabyè:., On avait toujours contourné le pays et les habitants d'alentour n'en connaissaientpresque rien. Les gens du Kabure étaientpresque constamment en lutte avec les gens de Bafilo, Dako et Kabou.. ce qui se traduisait par des razzias et guérillas. En outre, le pays Kaburè était de longue date une source principale du commerce des esclaves à l'intérieur du Togo... Pour toutes ces raisons, les chefs de poste concernés, profitèrent d'une/oree allemande assez importante pour pénétrer dans le Kaburè. On espérait par le déploiement de grands moyens militaires, contraindre ce peuple à se soumettre... ". Trois expéditions furent organisées. On décida également d'une attaque simultanée, partant de trois endroits, en janvier Des trois colonnes, l'unedevait attaquer le sud, l'autre l'ouest, et la troisième venait du Nord. Cette disposition correspondait aux postes que les Allemands venaient de créer à Bafilo, Kabou et Mango. La colonne partie de Bafilo dans le Sud était dirigée par le Docteur Kersting. De Kabou, àl'ouest, arriva la deuxième, conduite par le lieutenant Von Massow. Enfin, sous les ordres du lieutenant Thierry, la troisième colonne devait partir de Mango au Nord. Ce qui rendait ces colonnes redoutables c'est qu'en plus dunombre important de soldats de métier qu'elles comptaient, elles disposaient de fusils modernes, de mitrailleuses, face à des populations qui ne connaissaient que un armement rudimentaire - arcs et flèches. De plus, la stratégie d'attaque simultanée allait se révéler très efficace. C'est le 19 janvier 1898 que Kersting franchit de force la Kara et prend d'assaut les villages Lama. Un témoin qui participe aux combats en fait le récit suivant'. "Les Blancs étaient arrivés dans les environs de Fayin (rive gauche de la Kara).. des émissaires des Allemands, porteurs de sel et de piment, se rendirent dans notre village et nous posèrent la question: ((Que voulez-vous, du sel ou du piment? ". Alors nous avons corné pour inviter les autres villages cf descendre dans les plaines et se ioindre à nous. Nous avons décidé d'opter pour le Piment (= guerre) en disant que le Blanc n'avait Revue du CAMES- Nouvelle Série B, Vol. 008 N (1" Semestre) 2138 Sciences sociales et humaines pas àfaire la loi chez nous. Alors on tua et brûla les deux émissaires. Les blancs alertés attendirent jusqu'à la saison sèche pour se rapprocher de Soumdou (sur la rive gauche de la Kara). Bien que nous étions en lutte avec les Lossos (Naoudem), nous avons continué de nous rassembler au nord de la Kara pour parer à une éventuelle attaque. Nous étions en rangs serrés, les hommes de Kican, de Tchitchau, de Piya, Bohu, Lama et Lassa; à l'approche de l'adversaire, nous avons commencé à tirer (desflèches) ; deux coups defèu vinrent alors tuer deux d'entre nous. Les combats durèrent toute la journée; le soir, l'adversaire se retira un peu à l'écartpour camper... Le lendemain, et le jour suivant, la bataille reprit avec des renforts venus de divers villages. Le quatrième jour, l'allemand demanda à rencontrer les représentarts de la population. Face à l'envahisseurextérieur, leskabiyèfirent front communetreléguèrent à l'arrière plan leurs luttes internes. Bienque Kersting ait été contraint parfois de combattrejusqu'à la tombée de la nuit et surtout de passerprès d'une semaine dans la zone montagneuse pour «nettoyer» les proches de résistance, il finit par avoir le dessus. Avec cette sownissiond'un desderniers îlots restés encore libres, on pouvait considérerque laprise de possession desterritoires non effectivement occupés, était terminée. La carte du Togo était, dans ses grandes lignes, achevée. Mais à quel prix! On a sans doute remarqué le caractère brutal, simultanéet répétitifde la répression. Ils'agissait encore une fois d'actions ayant valeurd'exemples. Après cet épisode violent de la conquête, on assiste à la mise en place des structures politiques"nouvelles. "Ils (les Allemands) purgent le pays de tous les meneurs, féticheurs et sorciers et placent la tête de tous les Kabré, des chefs respons1l;bles, auxquels ils adjoignent des policiers auxiliaires". Il faudra cependant entreprendre plusieurs tournées de police avant de sownettre définitivement cette contrée Le nouveau rôle du T~haoudjo Au moment où Nachtigal signe son traité de protectorat enjuillet 1885 avec Mlapa, la situation du pays tem étaittrouble. Ouro Djobo Boukari ou Boukari Malwam 4 avait décidé, peu avant sa mort (entre 1870 et 1880), de changerle système de succession au Siège, et fait introniser un de ses "enfants" (son petit-fils, semble- t-il), sous le même titre que le sien. Cette révolution provoqua une véritable guerre civile, menée par le lignage royal de Brini, dont le chef tenta vainement de s'emparerdu sà. Ce sont les Allemands qui mettent fin à cette situation avec l'arrivée du Docteur Ludwig Wolf. Il fut le premierreprésentant du pouvoir allemand à entrer en contact avec le Tchaoudjo. En effet, venant de Bismarckburg dans l'adélé, il parvient à Paratao capitale duroyawne tem où il fut fort bienreçu- Il signe un traité de protectorat le 7 mai 1889 avec Djobo Boukari souverain dutchaoudjo. En voici les termes: «Je soussigné JABO Bukari, souverain indépendant de Tchaoudjo, ville hawsa de Sogudé. demande, après une mûre r~flexion, la protection de sa Majesté l'empereur allemand et promets à tous les voyageurs et commerçants pacifiques qui veulent traverser mun territoire ou y séjourner une protection puur leurs personnes etjeurs biens». Bien que ce traité n'eût pas de suite du fait du décès tragique de l'explorateur allemand dans le Bariba, en juin 1889 il marque le point de départ d'une collaboration fructueuse pour les deux parties. D'abord, c'est le Tchaoudjo qui profite de cette alliance pour consolider son emprise sur l'ensemble du pays tem ; ensuite lorsque à partir du 19 janvier 1896, von Zech crée un poste à Paratao le nouveau pouvoir bénéficie des services de l'armée de Djobo Boukari. Mais pour des raisons stratégiques, le poste de Paratao va être transféré en 1897 à côté de Didaourè futur Sokodé par le DrKersting. C'est lui qui à la tête des f:1meux Semassi va soumettre les sociétés acéphales de la région Transkara. Au delà de cette collaboration l'administration coloniale, entendait bien jouer son rôle. Pour cela, elle proçède à la mise en place de nouvelles structures. (Footnotes) 1 Trierenbcrg G. p.14~ 2 Par le traité de Paris du 23 juillet 1897, la France rccllllnaissait la souveraineté du Reich sur cette partie de l'hinterland du Toua, Document CERK e 4 Malwam, le musulman, appelé ainsi en raison de SH conversion il l'islam et de 53 volanle de 1 'imposer à tous ses concitoyens. 214 Revue du CAMES - Nouvelle Série 8, Vol. 008 N (1" Semestre)9 Sciences sociales et humaines III. LA MISE EN PLACE DU POUVOIR COLONIAL Le nouveau pouvoir mis en place par le Blanc se fit dans le cadre de l'organisation administrative du territoire, avec cependant quelques spécificités suivant les peuples et les régions La nouvelle organisation administrative Une fois la conquête achevée, le pays fut organisé sur la base de huit divisions administratives. Ce sont les cercles ou Bezirksamtern au nombre de cinq dans le sud et le centre; les Stationberzirke ou postes au nombre de trois dans la région septentrionale. Cette différence de dénomination s'explique, d'après Corvenin', par la situation particulière que connaissait chacune de ces régions. En effet, le sud et le centre abritaient des peuples qui apparaissaient plus évolués du fait d'un contact plus ancien avec la civilisation européenne. De plus ces régions pouvaient être considérées comme conquises et pacifiées. Le nord, tout au contraire, était habité par des populations jugéesassezfrustes, qui résistaientencoreet, malgréla conquête, elles se soulevèrent parfoisjusqu'en 1900, voire au-delà. Les cercles et les stations étaient dirigés, soit par un civil ouparun militaire. En ce qui concerne l'administration des collectivités, elle varia suivant les régions. Elles furent plus ou moins associées suivant leur degré d'organisation avant la pénétration coloniale.. A propos de cette politique, voici ce qu'en dit le comte Zech, gouverneur du protectorat ( ). et un des grands connaisseurs du pays. "la participation des indigènes à l'administration s'est limitée jusqu'ici à l'action des chefs traditionnels et de leurs o-rganes en tant qu'intermédiaires des autorités administratives locales qui administrent les communautés villageoises et les régions placées sous leur autorité. Ce faisant on a veillé strictement qu'il n y ait pas d'l;surpation de compétence par le monarque indigène, d'autre part là où c'était nécessaire, l'autorité des chefs fut protégée et renforcée"2 En réalité on peut dire qu'il n'y eut pas de politique clairement définie, mais que l'onprocédaplutôt de manière empirique; à la longue cet exercice donna deux cas de figure dans cette partie du territoire. Le premier dans les provinces qui constituent les débris des anciens royaumes: le Dagomba, le Tchaoudjo ou le royaume de Mango avec des souverains héréditaires. En revanche dans le sud de l'aire Oti-Volta Transkaragebiet- où le pouvoir centralisé était inconnu jusque là, la chefferie fut introduite et placée sous la tutelle d'unchefsupérieur musulman, à l'exemple des Kabiyè placés par Kersting "sous le dynamique chef de Dako"'. Les autorités traditionnelles se situaient au bas de l'échelle administrative coloniale. Mais leurs mises en place ou leur reconnaissance par le pouvoir colonial allemand participèrent largement à la consolidationde celui-ci. En fin de compte, les différents chefs de cette période agirent plus en agents du nouveau pouvoir colonial qu'envéritablesreprésentantsde leurspeuples. Le gouvernement colonial allemand savait récompenser ces auxiliaires utiles. Ainsi, à partir de 1910, ils reçurent une prime de 5% sur le montant total des impôts qu'ils percevaient; aux chefs de village revenaient les 2/3 et le 113 restant aux chefs supérieurs. Les chefs rendaientjustice et surtout, pouvaient intligerdes amendes pour "entorse à l'ordre public", insultes, désobéissance aux ordres,jusqu'àwl maximwn de 50 Mark et 100 Mark pour les chefs supérieurs 4 Cependant, leurmargede manœuvrereste très limitée et ils perdent l'essentiel de leurs prérogatives. Ceci explique sans doute lafaible résistanceet la rapide désintégration des anciennes structures politiques qui se mettent au service du nouveau pouvoir. Elles vont se métamorphoser et s'adapter rapidement au cadre administratiftracé par le pouvoir colonial pour les raisons suivantes: le caractère arbitraire du nouveau découpage, l'abolition de certaines pratiques incompatibles avec l'ordre colonial, l'introduction de nouvelles valeurs. C'est surtout dans l'aire Oti-Volta que les bouleversements vontêtre lesplus importants. Ainsi, le nouveau système rassemble à la fois les sociétés lignagères et celles qui sont organisées en chefferie et en royaume sous une même autorité. Cette région est divisée en deux postes qui.regroupent des populations dites "frustes" : Revue du CAMES - Nouvelle Série B, Vol. 008 N (1" Semestre) 21510 Sciences sociales et ilumaines Sokodé contrôle les peuples Tem, Tchamba, Bassar, Kabiyè, Lamba, et Nawdéba Konk.omba; enfin Sansanne Mango rassemble les Anoufom (Tchokossi), Moba, Gourma, Djé- Ngangam, Lambaet Dagomba. La partie méridionale de l'aire Oti-Volta, constitue l'exemple du caractère arbitraire du découpage colonial comme on va le constater en pays kabye dans le cercle de Sokodé. 3.2-La chefferie du blanc en pays kabyè Kersting parle d'élection là où il faudrait parler de désignation. En effet d'après le témoignage des populations concernées, à l'issue des combats, l'allemand demanda à rencontrer leurs représentants, "un homme de Bohou, se présenta les Allemands le coiffèrent d'unbonnet et le désignèrent commechef" ('. A Lama-Bou le frère de la seule femme membre de la délégation de la paix, fut désigne A LalJ].a Kolidé Toki, trafiquant d'esclaves vers le pays Tem, fut investi:., on alla chercher Toki dans la montagne; il descendit, les avant-bras recouverts de bracelets d'os canbala. Les Allemands lui donnèrent une médaille: il leur remit deux bracelets. Alors l'allemand décida de l'installer comme chefde la rivière Kara» "- A Tchitchao, même cas pour la désignation de Télou, autre gros négociant d'esclaves : "Télou en allant voir l'allemand se montra généreux: il lui of/i'it un poulet, des œufs et une'marmite: ce geste lui valut la chefferie»y. Le cercle de Sokodé comprend l'ancien royaume Tem de Tchaoudjo, les chefferies de Bafilo, de Bassar les pays kabye, konk.onba, lamba et nawda. Quant au royaume tem, confédération de petites chefferies, il subissait l'influence de l'islam depuis la fin du 1g e siècle lorsque Ouro-Esso DjobD Boukari s'était converti à cette religion. L'Ouro-Esso, désormais musulmanexerçaitsonpouvoirsurles populationstem, et quelques autres comme les Anyanga qui lui payait tribut. Enfinles sociétés lignagères Kabiyè,Konkomba Nawdébaet Lambaorganisées sur la base de la famille et du lignage, ne subissaient pas cette domination. C'était des sociétés égalitaires où la personnalisation du pouvoirrestait quasi-impossible. Pour bien intégrer ces sociétés lignagères au nouveau système, on leur imposa des chefs. Kersting le chefdu poste de Sokodé s'en occupa au fur et à mesure qu'il pénétrait le pays Kabiyè. Aucun critère objectifne semble avoir guidé toutes ces nominations. lei le colonisateura été sensible aux apparences: "l'efficacité des uns, le courage et surtout la générosité". Ce qui, on en conviendra, n'entrait pasenconsidération dans la notion d'autorité de ces sociétés. Mais pour Kersting, il s'agissait de s'assurer un minimum de collaborateurs pour asseoir le nouveau pouvoir. Chaque groupement eut ainsi à satête un chefde village; les groupements qui avaient des liens de parenté ou de voisinage furent regroupés dans unensemble territorial, le canton,sous l'autorité d'un chefde canton. On désigna un chefsupérieur pour l'ensemble du pays. Enfin, comme l'annonçait Kersting dans son rapport tout le pays Kabiyè fut subordonné au puissant chefmusulman de Dako. " J'ai entrepris du 19 au 30 janvier 1898, une tournée dans la partie septentrionale de ma région, le pays Kabure jusqu'à présent non encore pénétré. Le premier choc pasé, j'ai circulé partout en toute tranquillité. J'aifait élire des chefs dans la partie sud, laquelle est en conflit permanent avec Dako et Bafilo et j'ai placé ces territoires sous le dynamique chefde Dako "j (Foot"oles), CORNEVIN. R. 19S5 2 Trierenberg G. P.149. : J. Suret Canale p. 407 dit Ù pl:"li pr~s la même chose du chef dans le système l.:olonial français. L~ chef n'cst qu'ull instrument. un exécutant révocable au gre du maître 'II Il'est pas le contilluijleur dl: 1"IllCICn roilelct Indigène 'ANT. Lomé (dossier FAI/66, 1' ), Sehold, l', 19S5 p. 2&5 ; ANT: Lame fal/ " Wrdier R. I9S2 p. 136., Kakou K., Ino l' US x Verdier R. idem lj Agouda A Revue du CAMES - Nouvelle Série B, Vol. 008 N (t.. Semestre)11 Sciences sociales et IllImailles ~----- Tem,jusque là indépendantes: Bulohu, Adjéidè, Bafilo Les nouvelles autorités étaient désormais responsables devant le pouvoir colonial allemand etnon plus devant leurs administrés. D'origine étrangère puisque imposées par la colonisation, certaines de ces chefferies ont survécujusqu'à nos jours; les dynasties furent crées dans des sociétés égalitaires; sans contrepoids véritable à cette autorité, on voit aisément les abus qui pouvaientenrésulter. D'autre part, on peut se poser la question de savoir si, à ce niveau des petites collectivités locales, les découpages claniques et lignagers ont été réellement respectés comme on a semblé le dire ci-dessus. On peut en douter car, pour le colonisateur, il s'agissait de trouver uri responsable à qui l'on pourrait s'adresseréventuellement. Il s'agissait également, par ces nominations arbitraires de mettre fin à la solidarité et à l'esprit d'indépendance qui. rendaient tout contrôle impossible. En tout état de cause, le regroupement fut arbitraire à tous les niveaux - politique, coutumier, ethnique, linguistiqu~- ce qui ne pouv,üt manquer de provoquer la méta,morphose des anciens pouvoirs. L'administration coloniale y participa activement LeTchaoudjo : un protectorat? Le premier acte de l'autorité coloniale chez les Tem avait donc consisté à entériner une usurpation qui devait durer lu1 demi-siècle. Il est impossible de dire si les Allemands ont agi ainsi paropportlmité politique ou par simple ignorance de la coutume. Quoi qu'il pût en être, ils n'interviennent d'abord que discrètement dans le fonctionnement des institutions locales, leur action tendant plutôt à renforcer l'autorité immédiate de 1'Ouro-Esso qu'à la restreindre. Ainsi, ils laissèrent subsister!'armée permanente, la transformant en une sorte de force auxiliaire, alors qu'ils désarmaient les guerriers des chefferies voisines, brûlant par milliers sagaies, arcs. et boucliers. Ils confirmèrent, et même renforcèrent les pollvoirsjudiciaires du Ouro-Esso L'intrusion du pouvoir colonial faussa ainsi les 'ègles qui présidèrent à la naissance du royaume de fchaoudjo. En effet sept villages avaient été à l'origine le sa création et chaque village assumait le pouvoir à our de rôle. Ouro-Djobo Boukari de Paratao régnait il'arrivéedesallemands. Ceux-ci en signantlu1 traité le protectorat avec lui, en reconnaissant ses 'escendants, vont contribuer à stabiliser et sédentariser ~ pouvoir à Paratao durant la période allemande et lême française. Le Tchaoudjo qu'il dirige en profite ourréaffirmer son hégémonie sur les autres chefferies et mêmetchamba l 1 Tchamba est une cilcfferie islamisée certes, mais d 'origine ethnique différente. qui a toujours été indépendante. En contrepartie, de cette montée en puissance, le Ouro-Esso devait une obéissance entière et sans hésitation. IV. QUELLES AUTORITES TRADITIONNELLES? QUELLE POLITIQUE COLONIALE? Après ce qui vient d'être dit, la question de la nature des nouveaux pouvoirs se po~e. En effet ayant perdu toute initiative quand ils sont maintenus, ayant été crées de toutes pièces là où il n'en existait pas, de quelle légitimité peuvent-ils encore se prévaloir? A vrai dire, dans les sociétés lignagères, tout COlllille dans les sociétés centralisées, les souverains et les différents responsables coutumiers reconnus, furent subordolmés à l'autorité allemande, représentée dans chacune des régions par des administrateurs. l,a nouvelle autorité nommée ou reconnue perdait donc l'ensemble des pouvoirs dont elle disposait durant l'époque précoloniale sur les plans politiques, militaire, judiciaireet législatif. C'est ainsi que l'ancien appareil politique fut soumis au contrôle du colonisateur. La loi coutumière qui réglementait toutes les activités traditionnelles, et sur laquelle reposait l'ensemble de l'organisation sociale et politique du groupe, fut limitée à un domaine qui n'intéressait plus que les aspects secondaires de cette organisation désolmais régie par les principesj uridiq LIes du colonisateur. Les nouveaux dirigeants ne disposèrent donc plus d'initiative réglementaire ou législative. Le statut de l'ancienne autorité résulte de la place qui lui fut faite dans le système administratifcolonial En effet, ranciendirigeantfut placéàunéchelon inférieur de la hiérarchie et subordonné à Lm ou plusieurs administrateurs. La nouvelle autorité qu'il étaitdevenu, non seulement n'avait plus les moyens d'assurer l'exécution de ses ordres par les canaux traditionnels de contraintes- ceux-ci étant supprimés- mais il fut souvent dans l'obligation d'exécuter les ordres d'un pouvoir étranger. Cette situation ne pouvait que lui valoir de la déconsidération. (Footnotes) 1Tchamba est une chefferie islamisée certes. mais d'origine ethnique différentes destem dont elle à toujours été indépendant~. evue du CAMES - Nouvelle Série B, Vol. 008 N (1" Semestre) 21712 Sciences sociales et humaines D'uncôté, il était considéré comme le représentant des collectivités traditionnelles par le colonisateur et, de l'autre, comme agent du pouvoir colonial par ses compatriotes. Dans cette position, il eut souvent beaucoup de mal à se faire respecter par ses concitoyens et recouru parfois à l'aide du colonisateur. Pour obtenir l'adhésion des autorités traditionnelles existantes ou créées de toute pièces, le pouvoir colonial dut intéresser les premiers responsables. D'ailleurs l'administration rechercha systématiquement la seule alliance des chefs, d'où sa fébrilité à en désigner là où il n'yen existait pas. Il ne paraît pas superflu de dire que les représentants du pouvoirtraditionnel, étaient en voie de fonctionnarisation; cette situation aurait fait d'eux tout simplement des agents d'exécution comme dans le système français. Déjàau début de la colonisation, les chefs qui percevaient autrefois dcs taxes sur des marchandises traversant leurs territoires furent indemnisés. Au Tchaoudjo, on dédommagea les dirigeants avec' 1000 Marks en compensation des recettes perçues autrefois sur les caravanes 1 Le pouvoir colonial renforça l'autorité des chefs en leur adjoignant des policiers; les souverains musulmanspurent garder leurs ann~es bien que réduites- cas des Sémassi de Ouro Djobo Boukariétroitement contrôlées etsouventsollicitées pour la cause des nouveaux maîtres. J CONCLUSION En 1914 on était bien loin des premières intentions de Bismarck sur l'expansion coloniale et l'administration des territoires conquis. U L'installation d'un appareil administratif... l'établissement de garnisons permanentes de troupes allemandes... n'estpasprévu U! Expliqua-t-il à Nachigal avant son départ. Devant le Reichstag le 27juin 1884 il maintenait la même position: (( l'allemagne ne se propose pas d'imiter la politiquefrançaise... )) Je compte moins me servir de la forme de l'annexion des provinces d'outre mer à l'empire allemand que délivrer des lettres de franchises semblables aux chartes royales anglaises... Il faut essentiellement laisser aux intéressés (les indigènes) le soin de gouverner... Je pense aussi qu'on pourrait très bien se contenter d'un seul représentant de l'autorité impérial... 2 (Footnotes), Knoll. A. 1nB.pAB. 1 Brunschwig H, 1957, pp. 129-/30. ) Brunschwig H, 1957, pp , Knoll. A 1978.pAB 1 Au Togo comme nous venons de le montrer cette politique ne put être appliquée tout comme au Cameroun. Il fallut d'abordenvoyer des fonctionnaires, dans ces deux colonies. Il y eut dix hauts commissaires o~ gouverneurs au Togo entre 1884 et L'organisation administrative fut d'après Brunschwig comparahle à celle des colonies anglaises. Le principe de l'administration indirecte... fut tenté. Ainsi, on ne se contenta pas de rechercher ]a collaboration des Afiicains dans l'administration locale, mais institua à côté des chefs de district, des conseils où siégeait un représentant indigène. On confia également aux chefs- Tchaoudjo, Mango- la responsabilité de la police de leurs villages'... En réalité onpeu dire que s'il ne fut pas question d'administration directe, mais au contraire de s'appuyer sur les chefs, cette politique ne prévalut qu'au début de la colonisation lorsque le personnel administratif manquait cruellement. Par la suite, la tendance à l'administration directe s'accentua. Enfin de compte, la politique «indigène» que mena le pouvoir colonial allemand au Togo fut adaptée aux circonstances de la conquête. Elle ne fut ni absolument directe ni indirect; ce fut un mélange des deux. Ainsi, dans l'aire Oti-Volta, on introduisit la chefferie (qui fut placée sous l'autorité d'lin chef supérieur d'origine musulmane) chez les populations lignagères. Quant aux royaumes ou chefh:ries musulmans, ils eurentuntraitementà part~ Leurs souverainsne flrrent pas immédiatementremplacés; " Ils ne devaient pas cependant exercer lm pouvoirfinancier comparable aux émirs du nord du Nigeria qui avaient le trésor indigène de Lugard à leur disposition"'. Ils ne furent pas libres de gérer leurs territoires, et l'inunobilisme politique ainsi que toute innovation culturelle hors l'islam y furent découragés. Mais vers la fin du règne colonial allemand, surtout lorsque la pacification consolida partout la nouvelle autorité, la tendance àl'administration directe et à la mise au pas de toutes les autorités s'accentua. Le gouvernement projetait d'ailleurs en 19131a création d'une école dans laquelle on enseignerait le commandement aux chefs. Tout porte à croire que sans la guerre, la tendance à l'administration directe, se serait imposée; au fur et à mesure que les moyens matériels et humains le pennettrait c'est toutjuste le contraire de la politique 218 Revue du CAMES - Nouvelle Série H, Vol. 008 N (1" Semestn13 u CAMES - Nouvelle Série B, Vol. 008 N (l" Semestre) Sciences sociales et humaines Bismarkqui aurait certainement été pratiqué au Togo sommet du protectorat à la base. TI s'ensuit donc, pour l'autorité coutumière, une itionintermédiaire et ambiguë qui cristallisaitsurelles conflits opposant autorités coloniales et sociétés itionnelles. En effet, elle représentait le seul lieu de contre entre les deux conceptions du pouvoir: le voir allemand, qu'elle était censée représenter aux x des populations, et le pouvoir coutumier qu'elle tinuait,enprincipe, d'incamer pour l'administration. nedouble représentativité lui conférait unrôle chargé mbiguïté car son comportement pouvait êtrejugé féremment selon les circonstances. Souvent il fut ficile aux populations de faire la distinction entre les cisions que les nouvelles autorités traditionnelles naient en tant que représentantes de la collectivité bien entant qu'agent du pouvoir colonial. REFERENCES BIBLIOGRAPillQUES AGOUDA, A., Monographie du canton de hitchao. Mémoire de Maîtrise d'histoire, Université Bénin. 177 pages. ALEXANDRE, P., "L'organisation politique s Kotokoli du Nord-Togo" Cahier d'etudes ricaines, 1963 nol4 pp. BRUNSCHWIG, H., L'expression ~mande Outre-mer du XV, siècle à nosjours, 8 p. )URAI N (Capitaine), La subdivision de ~a-kara (inédit). VANS-PRITCHARD, E. 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References: L'ARTICLE 4
 Art. 1
 Art. 1
 l'article 42
 Art.1
 Art. 4