Source: http://essenochristianisme.blogspot.be/2016/04/
Timestamp: 2017-06-26 19:03:53+00:00

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Nazaréisme : avril 2016
Chez Matthieu la péricope suit les deux péricopes sur la génération méchante et adultère; alors que chez Luc elle les précède. La mention des sept esprits qui envahissent une personne nous avait d'abord fait penser à des allusions astrologiques et nous étions conforté dans cette interprétation par des similitudes avec les Testaments des Douze Patriarches (Testament de Ruben 2, 1–9 & 3, 1–8) Et maintenant, écoutez, mes enfants, ce que j’ai vu quant aux sept esprits d’égarement pendant ma repentance. Sept esprits ont été distribués à l’homme, ce sont les responsables des méfaits de la jeunesse. [Sept esprits lui ont été donnés lors de la création, pour que par eux soit accomplie toute œuvre humaine. Le premier est l’esprit de vie, par lequel est établie la constitution de l’homme ; le deuxième est la vue, d’où naît le désir ; le troisième est l’ouïe qui permet l’enseignement ; le quatrième est l’odorat, d’où naissent les odeurs pour inspirer et pour expirer ; le cinquième est le langage, d’où naît la connaissance ; le sixième est le goût, qui nous fait manger et boire et qui produit la force, car dans la nourriture est le fondement de la force ; le septième est celui de la procréation et de l’acte charnel, par qui s’unissent, au travers de la sensualité, les péchés. Aussi, est-ce le dernier dans l’ordre de la création et le premier dans l’ordre de la jeunesse, car il est rempli d’ignorance, et c’est cette dernière qui conduit le jeune homme comme un aveugle dans la Fosse et comme un animal dans le précipice.] Il y a en outre un huitième esprit, celui du sommeil, qui produit l’extase et l’apparence de la mort. À tous ces esprits se mêlent les esprits de l’égarement. Le premier, celui de la luxure, réside dans la nature et dans les sens ; le deuxième, l’esprit de la gloutonnerie réside dans le ventre ; le troisième, l’esprit de querelle, réside dans le foie et dans la bile ; le quatrième, l’esprit de la coquetterie et d’ensorcellement, vise à séduire grâce à des artifices ; le cinquième, l’esprit d’orgueil, pousse à la vantardise et à la fatuité ; le sixième, l’esprit de mensonge, pousse à forger des fables contre son ennemi et son adversaire, et à cacher ses sentiments à ses parents et à ses proches ; le septième, l’esprit d’injustice, d’où viennent les vols et bénéfices, tend à satisfaire, les appétits du cœur voué à l’amour du plaisir ; l’injustice a, en effet, des relations d’affaires avec les autres esprits. À tous ces esprits, se joint par l’égarement et l’illusion, l’esprit du sommeil qui est le huitième esprit. Ainsi périssent tous les jeunes gens qui enténèbrent leurs esprits loin de la vérité, sans comprendre la Loi de Dieu ni entendre les avertissements de leurs pères, comme j’en fis moi-même la triste expérience dans ma jeunesse. Mais aussi avec Philon d'Alexandrie (De Opificio mundi §§117–119) qui écrit:
Mais, puisque les réalités terrestres dépendent des réalités célestes en vertu d’une certaine sympathie naturelle, la raison de l’hebdomade, ayant tiré son origine des sphères supérieures, est descendue vers nous, en entrant en rapport avec les races mortelles. Par exemple, la partie qui est en dehors de notre centre directeur, se divise en sept : les cinq sens, l’organe de la phonation et enfin la puissance génitale. Toutes ces parties, comme dans les spectacles des marionnettes, commandées par le centre directeur au moyen de fols, tantôt restent en repos, tantôt se meuvent, chacune selon les figures et les mouvements qui lui sont appropriés. Il en est de même du corps ; si on entreprend d’en examiner les parties externes et les parties internes, on trouvera le nombre sept à propos des unes et des autres. Ce qui apparaît à l’extérieur, c’est la tête, la poitrine, le ventre, les deux bras et les deux jambes ; et ce qui, à l’intérieur, porte le nom de viscères, c’est l’estomac, le cœur, le poumon, la rate, le foie et les deux reins. La tête à son tour, qui est dans l’animal le centre principal de direction, dispose de sept organes très nécessaires que voici : les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines, et en septième lieu, la bouche, par où se fait, comme dit Platon, l’entrée des choses périssables, et la sortie des choses incorruptibles. Car c’est par là que pénètrent les aliments et les boissons, nourriture corruptible d’un corps corruptible, et que sortent les paroles, lois immortelles de l’âme immortelle, par lesquelles la vie rationnelle est gouvernée. [Texte établi, introduit, traduit et annoté par Roger Arnaldez. Paris, Éditions du Cerf, 1961.] Néanmoins ces deux textes n'éclairent pas réellement la Parabole des Sept Esprits.
La Foi de Jésus ou la foi en Jésus (I): quelques exemples de réécritures hostiles aux Juifs dans les évangiles. À Sebastien Morgan... En plusieurs endroits, j'ai déjà tenté de montrer que Jésus n’a jamais rien enseigné d’autre que le judaïsme; et donc que les évangiles qui nous sont parvenus sont des textes réécrits de manière à justifier la rupture entre judaïsme et christianisme.
Jésus attaque les pharisiens et les sadducéens, donc censément le judaïsme dans son entièreté. C’est oublier que le judaïsme à l’époque de Jésus est divisé en trois écoles et non en deux, puisqu’aux deux précédentes Flavius Josèphe (37–100) ajoute l’école essénienne. Les découvertes des manuscrits de Qumran nous ont permis de mieux connaître cette mystérieuse école et, oh surprise, on constate que leurs manuscrits attaquent les pharisiens et les sadducéens en des termes similaires à ceux de Jésus. (Rappelons que très peu de manuscrits sont complets, la plupart sont en lambeaux, mais tous ces fragments nous ont permis de mieux connaître les esséniens, même si d’innombrables questions demeurent)
Jésus dit des pharisiens qu’ils disent et ne font pas et que ce sont des hypocrites, les fragments de Qumran les appelle «les chercheurs des choses futiles» (jeu de mots sur l’hébreu halaqôth חלקות «choses futiles» et halakôth הלכות «règles», mais désigne les décisions rabbiniques, donc pharisiennes). Les manuscrits de Qumran affirment que pharisiens et sadducéens n’ont pas l’amour du prochain, autre grand reproche que Jésus fera à ces mêmes groupes. Nous pourrions montrer les parallèles entre les perspectives sur le divorce, sur la vie communautaire des Esséniens, sur la résurrection, etc. Certains penseront évidemment que c’est un hasard. Au début des Actes des Apôtres, on lit que l’Esprit Saint se manifeste aux premiers chrétiens sous forme de langues de feu (= flammèches); pendant des siècles, les érudits se sont demandés d’où venait cette expression qui manifeste la puissance de l’Esprit Saint. La Bible connaît l’expression, mais son utilisation n’a aucun rapport avec la venue de l’Esprit Saint; quant au Talmud, il n’utilise jamais cette expression. Et, oh nouvelle surprise, cette expression a été retrouvée dans un fragment de Qumran, et est utilisée pour désigner la venue de l’Esprit Saint sur le grand-prêtre quand il utilise les urim et les thumim (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ourim_et_Thoummim) afin de connaître la volonté de Dieu. On ne peut faire plus similaire.
Les évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc sont appelés les évangiles synoptiques, parce qu’ils contiennent d’innombrables parallèles; l’Évangile de Jean est radicalement différent:
pour les synoptiques, le ministère public de Jésus s’étend sur un an; pour l’Évangile de Jean, son ministère s’étend sur trois ans au moins; pour les synoptiques, Jésus passe son temps en Galilée et ne va à Jérusalem que pour mourir; pour l’Évangile de Jean, Jésus se rend régulièrement à Jérusalem pour célébrer les principales fêtes du judaïsme: pâque (pessah), pentecôte ou fête des semaines (shavouoth), fête des tentes (soukkoth), fête de la Dédicace (hannukkah).
Comme on le voit, dans l’Évangile de Jean, Jésus est un bon juif qui se rend plusieurs fois par an pour célébrer les différentes fêtes juives.
La principale fête du judaïsme est Yom Kippour (Jour du Grand Pardon) et elle n’est apparemment pas mentionnée dans les évangiles. De nombreux spécialistes, peu suspects d’antichristianisme, comme le Père Lagrange et le Père Boismard suspectent que dans l'Évangile de Jean, le chapitre V et les chapitres VI+début de VII auraient été inversés pour une raison inconnue (les livres anciens n’étaient pas paginés, ni chapitrés, et en plus étaient en feuilles volantes au Ier–IIe siècle). Jésus aurait donc hésité à se rendre à Jérusalem pour la fête des Tentes et y serait venu un peu avant, en effet le jeûne de yom kippour se déroule 5 jours avant le début de la fête des Tentes, et très curieusement le miracle du chapitre V correspond parfaitement à Yom Kippour, puisque tant le miracle que la fête en question ont comme objet le pardon des péchés. On peut même assez facilement supposer que Jésus aurait passé tout le mois de tishri à Jérusalem; en effet ce mois comporte de très nombreuses fêtes qui se succèdent les unes aux autres Rosh hashana ou nouvel an (1–2 tishri); jeûne de Gedalia (3–4 tishri); Yôm Kippour (10 tishri), soukkoth (15–22 tishri) et Shemini atsereth qui clôture le cycle annuel de lecture publique de la Torah (le 22–23 tishri). Plusieurs miracles contiennent aussi des allusions aux fêtes juives, par exemple la résurrection de Lazare sous laquelle il n’est pas compliqué de reconnaître la fête de Hannukah qui célèbre la purification du temple par Judas Macchabée en effet Lazare empestait la mort et fut ressuscité par Jésus, comme Judas Macchabée quand il délivra le Temple empestait les sacrifices païens offert à Zeus et à Baal, et il purifia le Temple (le ressuscita en quelque sorte), et le culte de Dieu reprit vie dans un Temple purifié. Les évangiles fourmillent d'ailleurs d’allusions à la vie juive, par exemple quand Marc dit (11, 25): Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Et effectivement, les Juifs prient debout et pas à genoux comme l'instaurera le christianisme.
Mais revenons au problème de Jean et des synoptiques, et on doit se demander pourquoi les synoptiques ne mentionnent pas les venues de Jésus à Jérusalem; pour nous, la réponse ne fait aucun doute: les synoptiques ont effacé ces données afin de présenter aux Romains, un Jésus le moins juif possible. Il s’agit donc de déjudaïser le plus possible la personne de Jésus, afin de justifier la rupture des Juifs et des chrétiens. Rappelons-nous quand même que ceux qui étaient autour de Jacques, le propre frère de Jésus, exigeaient des païens qui se convertissaient (à quoi?) qu’ils se fassent circoncire et observent la Torah, ET QUE JACQUES LES APPROUVAIT (ce qui ferait supposer que le propre frère de Jésus n'a jamais entendu son frère enseigner que le sabbat ne serait pas important), alors que Paul a prétendu, par une révélation invérifiable, que la venue de Jésus abolissait la Torah. Les chrétiens ont fini par confondre Paul avec Jésus, et ont réécrit les évangiles dans une perspective paulienne en effaçant la perspective jacquienne des évangiles originaux.
Un autre exemple facile à comprendre sur les réécritures des évangiles, c’est le Sermon sur la montagne. Ce discours est censé s’être déroulé près de Caphernaüm sur le Lac de Tibériade; or, il n’y a pas de montagnes près de Caphernaüm, excepté Gamala qui est au moins à 10 km de là. Il serait donc infiniment plus facile de supposer que ce discours s’est déroulé à Jérusalem sur le Mont des Oliviers. Or ce discours subsiste de manière continue dans l’Évangile de Matthieu et est divisé et partiel dans l’Évangile de Luc (il est d'ailleurs appelé Discours dans la plaine, Luc ayant comprisqu'il n'y avait pas de montagne à Caphernaüm). Si on suit notre avis, savoir que les synoptiques ont effacé volontairement les différentes visites de Jésus à Jérusalem, en ne conservant que celle pendant laquelle il sera exécuté, on comprend mieux alors pourquoi Matthieu situe le discours sur une montagne qui n’existe pas (proche veut dire à – de 3km ce qui exclut Gamala) et que Luc le réintitule et le divise en morceaux dans son évangile, parce qu'ils ne veulent surtout pas montrer que Jésus est un bon juif qui accomplit comme n'importe quel Juif les préceptes de la Torah. Il ne leur était pas possible d'inclure le Sermon sur la Montagne qui correspond au début de la prédication de Jésus aux passages finaux des évangiles.
Un autre exemple de réécriture antijuive des évangiles est l'épisode de la cananéenne; en effet, Jésus s'y montre un parfait juif misanthrope (on croirait parfois que cet épisode a été composé par l'antisémite Apion), exactement comme sont décrits les Juifs dans les satires antijuives des Romains, c'est-à-dire, comme des personnes profondément hostiles à tout ce qui n'est pas juif. Mais, finalement, Jésus s'anime d'humanité au sens romain et finit par guérir la fille de cette malheureuse. Il n'est pas un chrétien qui n'aurait à la lecture de cet épisode envie de devenir antisémite, croit-on que c'est un hasard? croit-on que la réaction d'hostilité envers les Juifs que la lecture de ce passage vise à provoquer soit un hasard? Que nenni, ce fut volontaire et la rédaction d'un tel passage sert surtout à jeter le trouble entre les judaïsants et les Juifs. Il est possible qu'un épisode primitif aurait existé, comme on peut le supposer malgré les réécritures. En effet, cette femme habite Tyr, cité qui à l'époque de Jésus s'était majoritairement convertie au judaïsme; cette femme est appelée Cananéenne, mais est-ce qu'elle doit son surnom à ses origines ethniques ou à son zèle (hébreu qna) à observer la Torah. D'autres sens sont encore possibles, nous avons montré ailleurs que plusieurs textes trouvés à Qumran sont liés aux souverains hasmonéens plus particulièrement à Jean Hyrcan et à Alexandre Jannée; or, certains de ces textes sont considérés comme xénophobes envers les non-Juifs ce qui correspond mal à ce qu'on sait d'Hyrcan et de Jannée qui convertissaient à tour de bras et même de force (Hyrcan contraindra les iduméens et probablement les Galiléens non-juifs à embrasser le judaïsme, comme Jannée contraindra les Ituréens à se convertir.) En fait, nous comprenons souvent avec beaucoup de difficultés leurs textes: mais notons une différence entre assidéens (les esséniens de Flavius Josèphe) et pharisiens: les premiers refusent que les non-juifs fassent des offrandes au Temple, alors que les seconds les acceptent, a priori, les assidéens sont donc plus hostiles aux non-juifs! Néanmoins, avec la politique de conversion d'Hyrcan, ce texte pourrait avoir une autre portée, les assidéens voulaient que les non-juifs qui veulent faire des offrandes aux Temple se convertissent afin qu'ils puissent faire ces offrandes avec la conscience voulue; alors que les pharisiens acceptaient qu'ils restent païens même après leurs offrandes. Souvenons-nous du discours de Naaman le général syrien au prophète Élisée, dans lequel il prend conscience qu'il s'est implicitement converti au judaïsme, puisqu'il s'excuse, qu'en tant que second du roi, il devra se prosterner devant les idoles avec le roi de Syrie... On peut donc comprendre de ce passage que l'original mentionne une femme païenne qui demande l'aide de Jésus, et Jésus lui dit qu'elle doit d'abord se convertir au judaïsme pour qu'il puisse l'aider, elle y consent et il peut alors purifier sa fille des démons qui la torturent et il n'y était certainement pas question de miettes qui tombent de la table et que les chiens ramassent. Jésus sachant parfaitement que les démons qui possédaient sa fille provenaient de son paganisme, il veut donc bien la guérir, mais pour qu'ils ne puissent revenir, il doit exiger d'elle qu'elle change de vie. Dans le judaïsme de Jésus, le païen n'est pas essentialisé en tant que païen, le païen est un homme (ou une femme) qui n'a pas encore adopté les lois de la Torah, et qui doit les adopter comme tous les hommes: Jésus est le représentant d'un judaïsme largement inspiré du Livre de Ruth, universaliste au possible. C'est ce qui paradoxalement fera tant de tort au christianisme qui finit par être composés exclusivement de convertis mal judaïsés qui introduisirent de nombreuses confusions dans l'enseignement originel de Jésus.
Un autre exemple est la guérison du serviteur du centurion, mentionnée dans Matthieu, dans Luc et dans Jean, mais sous des formes très différentes. Remarquons que cet épisode est supposé provenir de la mystérieuse Source Q pour ceux qui estiment que les évangiles de Matthieu et de Luc auraient été composés sur base de l'Évangile de Marc et de la Source Q; comme l'épisode est absent de Marc, il ne peut provenir que de la Source Q, alors que d'après ces mêmes spécialistes, la Source Q ne contient ni miracles, ni narrations ni mort ni résurrection de Jésus, seulement des paroles de Jésus. Dans les évangiles de Matthieu et de Luc, le centurion demande ou fait demander à Jésus de guérir son serviteur, alors que dans Jean ce centurion devient un officier du roi et son serviteur devient son fils, on doit se demander quelles sont les mystérieuses raisons de ces différences. Ni Matthieu ni Luc ni Jean n'ont conservé la narration primitive, mais leurs différences permettent de comprendre la trame de la narration primitive. Jean en parlant du personnage comme d'un officier du roi évite de mentionner les convertis au judaïsme, ce que Marc a aussi compris et c'est pourquoi il préfère le passer sous silence. En effet, ce centurion chez Matthieu et Luc est assez clairement un converti, probablement même circoncis comme le veulent les règles de la conversion au judaïsme. Autrement dit, Marc et Jean auront rejeté le récit afin d'éviter de faire de la publicité pour une religion dorénavant rivale de la religion chrétienne. Le problème de Jean, c'est que comme la plupart des rédacteurs des évangiles, il n'a pas le sens de la chronologie. En effet, à l'époque il n'y a pas de roi en Judée, ni en Galilée; si cet homme est l'officier d'un roi, ce roi ne pourrait être alors qu'Izatès de la dynastie Monobaze, il s'agit d'un roi de l'Adiabène qui s'est converti vers 20–30 au Judaïsme et avec une partie de sa famille; l'officier serait alors soit un membre de la famille Monobaze soit un haut fonctionnaire de cette maison en charge d'aider les Juifs, cela expliquerait plus facilement qu'il finançait des restaurations de Synagogue, chose totalement hors des moyens d'un centurion de l'armée romaine. Les réécritures sont parfois faciles à déceler mais parfois très complexes. Une des plus faciles à déceler se trouve dans l’Évangile de Jean (7, 10–13) qui dit:
Lorsque ses frères (les frères de Jésus) furent montés à la fête, il y monta aussi lui-même, non publiquement, mais comme en secret. Les Juifs le cherchaient pendant la fête, et disaient : «Où est-il?» Il y avait dans la foule grande rumeur à son sujet. Les uns disaient: «C’est un homme de bien.» D’autres disaient: «Non, il égare la multitude. » Personne, toutefois, ne parlait librement de lui, par crainte des Juifs. La dernière phrase est très claire:
Par crainte des Juifs, mais toutes les personnes présentes sont juives!!! L’original avait probablement les «Par crainte des chefs des Juifs (donc les Romains et leurs collaborateurs)». Or le remplacement de «Juif» utilisé de nombreuses fois avec une connotation négative dans les évangiles, par les «dirigeants des Juifs» change complètement la perspective des évangiles. En effet, Jésus fut opposé à certains chefs juifs dans le cadre d’une rivalité d’école, il s’agit de disputations au sens ancien, dans lesquelles différents maîtres s’opposaient afin de déterminer le sens exact de la Torah, une activité bien juive. On a toutes les raisons de supposer que Jésus fut très populaire auprès des Juifs et que son élimination fut décidée par quelques hauts responsables qui estimaient que l’enseignement de Jésus allait provoquer des troubles avec les Romains. Flavius Josèphe confirme d’ailleurs que l’exécution de Jean le Baptiste par Hérode Antipas est bien liée à sa prédication soupçonnée de dissimuler une hostilité au pouvoir romain; et il n’y a guère de doute que les raisons de l’exécution de Jésus sont bien liées au caractère insurrectionnel de son enseignement. Enseigner la Justice quand les dirigeants sont des injustes, n'est-ce pas un début d'insurrection.
Bien entendu, on continuera de prétendre que Jésus fut pacifique envers Rome, or il y a bien un épisode que les évangiles ont cherché à minimiser et dans lequel Jésus n'est pas pacifique, c’est l’épisode des «marchands chassés du Temple». On sait qu’historiquement, le marché des viandes était situé entre le Temple et le Mont des Oliviers, et que Qaïphe le fit transférer dans l’enceinte du Temple même; et c’est Jésus qui aurait entraîné une quasi insurrection au Temple qui obligera Qaïphe à reculer et à renvoyer les marchands en dehors du Temple. Or une telle insurrection a dû se faire sur un temps relativement long avec l’appui des prêtres dont la grande majorité était pauvre, pieuse et entièrement dévouée à la pureté du Culte du Temple et qui devait être hostile à Qaïphe qui devait tous ses pouvoirs aux Romains. À nouveau, on constate les différences entre les synoptiques et l’évangile de Jean; comme les synoptiques ne font venir Jésus qu’une seule fois à Jérusalem, ils sont obligés de reconnaître que la raison de l’exécution de Jésus est bien liée à cet événement, alors que Jean situe cet épisode trois ans avant la mort de Jésus, afin de ne pas faire dépendre la raison de l’exécution de Jésus de cette insurrection. Notons que pour Jean, la raison pour laquelle les pharisiens veulent faire mourir Jésus c’est justement la résurrection de Lazare, or nous avons vu un peu plus haut que cette résurrection contient des réminiscences de la purification du Temple par Judas Macchabée en –163; cette purification fut l’aboutissement de l’insurrection qui permettra à la Judée de retrouver son indépendance après des siècles de domination étrangère. La suite est facile à comprendre, Qaïphe fera passer auprès de Ponce Pilate, l’insurrection de Jésus au Temple comme les prémices d’une insurrection généralisée de la Judée et qu’il vaudrait mieux tuer dans l’œuf une telle menace. Quand une centaine d’années plus tard les évangiles seront utilisés non plus comme un guide pour les non-juifs dans la connaissance du judaïsme essénien et de ses différentes fêtes, mais deviendront le livre de base d’une rupture entre Chrétiens et Juifs, le texte sera réécris dans cette perspective nouvelle mais sans qu’ils ne puissent totalement supprimer les traits les plus insurrectionnels de la personnalité de Jésus.
Jésus était juif, il n’a jamais enseigné rien d’autre que le judaïsme de l’École essénienne et son enseignement est fortement teinté de nationalisme judéen. On nous reproche souvent de prétendre que la datation du christianisme est en grande partie inexacte. Les Père de l’Église sont souvent de piètres historiens, ainsi ils conservent des traditions, dont ils sont loin de mesurer toutes les conséquences, par exemple Saint Jérôme dit (Vie des Hommes illustres):
Paul, apôtre, s'appelait Saul avant de s'adjoindre aux douze apôtres. Il était de la tribu de Benjamin et il naquit à Giscale en Judée. Cette ville ayant été prise par les Romains, il émigra à Tarse en Cilicie avec sa famille.
Or la prise de Giscala par les Romains et l’évacuation des Juifs de cette ville ne peut faire allusion qu’à la Première Guerre judéo-romaine (66–70) pendant laquelle des centaines de milliers de Juifs furent contraints de se disperser dans l’Empire romain. Cela implique que la persécution que fit Paul contre les chrétiens avant de les rallier ne pourrait s’être déroulée que pendant la Seconde Guerre judéo-romaine et sous les ordres non du Sanhédrin mais bien sous les ordre de Shiméon bar Kokheba, et qui confirme ce que nous affirmons depuis longtemps, à savoir que le christianisme a fait de Jésus le messie anti-barkokheba (Jésus est un descendant de David, Bar Kokheba aussi; Jésus est intronisé messie par Jean Baptiste le Qohen et Bar Kokheba est intronisé messie par Éléazar le Qohen; par contre, Jésus est favorable à Rome, une sorte de bon messie romain; alors que Bar Kokheba est un révolutionnaire anti-romain). Et que les évangiles réécrits sont un plaidoyer en faveur d’un judaïsme minimaliste favorable à Rome.
Je voudrai encore rappeler que Shiméon bar Kokheba qui est le chef de la révolte juive de 132–135 a persécuté les chrétiens, parce qu'ils étaient considérés comme Juifs et sommés de remplir leurs obligations contre Rome aux côtés de leurs frères juifs... Autrement dit le christianisme antérieur à 135 est bien plus mystérieux qu'on le croit...
Flavius Josèphe est un général juif commandant des forces insurgées de Galilée; devant l'incapacité aux Juifs à présenter un front unis face aux Romains, il préférera se rendre au général et futur empereur Vespasien. Il tentera vainement de convaincre les insurgés de faire le choix d'un paix honorable, mais il ne sera pas écouté et le Temple sera détruit, et d'innombrables vies juives furent inutilement sacrifiées. En effet, un front juif unis aurait mis Rome en graves difficultés, mais les factions préféraient se trahir les unes les autres, faisant serment de soutenir une action contre les Romains, et faisant défection au dernier moment, entraînant pour chaque faction une succession de défaites qui ne pouvaient mener qu'à une défaite totale. Le comportement était un peu comme cet homme qui ne dit rien quand les nazis sont venus arrêter les communistes, car il n'était pas communiste, il ne dit rien non plus quand les nazis sont venus arrêter les Juifs, car il n'était pas Juif, et quand les nazis vinrent l'arrêter lui, il n'y avait plus personne. L'amour du prochain se retrouve dans les textes trouvés à Qumran comme dans les évangiles. Si dans ceux-ci l'amour du prochain est transformé en une sorte d'amour universaliste; dans les manuscrits esséniens, il est clair que l'amour du prochain a aussi un sens militaire sur la nécessité de présenter un front unis contre les ennemis de la Judée. Ces manuscrits vomissent ceux qui abandonnent le devoir sacré envers la patrie quelqu'en soient les raisons.
Flavius Josèphe après la guerre sera affranchi et Vespasien lui donnera son palais de naissance. Il y vivra trente ans, écrivant sans relâche pour défendre les Juifs et le judaïsme face aux Romains, faisant une analyse lucide des erreurs des uns et des autres.
Flavius Josèphe n'est pas mentionné dans le Talmud, mais plusieurs passages semblent le viser comme l'accusation que vers 90, un certain Mathathias (le nom du père de Flavius Josèphe) aurait rétabli le culte sacrificiel à Rome.
La lecture attentive des évangiles font émerger des tendances rédactionnelles qui permettent d'identifier différentes sources:
une source purement juive par quelqu'un qui connaît admirablement le judaïsme, par exemple l'annonce à Zacharie montre que l'auteur connaît les usages du Temple de manière parfaire; et qui pour nous pourrait provenir d'inédits de Flavius Josèphe.
une source samaritaine qui est très hostile aux Juifs que l'on voit dans l'épisode de la samaritaine ou dans la parabole du bon samaritain.
différentes réécritures faciles à déceler car composées par des hommes qui n'ont qu'une connaissance sommaire du judaïsme; par exemple, l'entrée de Jésus à Jérusalem qui est censée se dérouler à Pâque, mais on y ramasse des branches comme pendant la fête des tentes, et on y chante le hallel, alors qu'on ne commence à réciter ces psaumes que le jour du sacrifice pascal et pendant les sept jours de la fête des azymes, notons encore que ces psaumes sont récités pendant la fête des tentes.
les miracles de Jésus ont eux-mêmes des sources païennes, les guérisons d'aveugle avec la salive et de l'homme à la main sèche sont attribués à Vespasien par Suétone et Tacite. Les miracles est ce qui impressionne le plus, ce qui est une erreur. Dans les Homélies Clémentines, les miracles que fait Pierre servent surtout à défaire les sorcelleries faites par Simon le Magicien; en effet, les sorciers font d'innombrables miracles, mais il y a peu de chances qu'ils proviennent d'une faveur de Dieu.
Si nous estimons que la rédaction des évangiles avant les évangiles est de Flavius Josèphe, son essai devait être très différent de ce qui nous est parvenu, Jésus y est probablement décrit comme un sage juif qui interprète la Loi et fait de nombreuses responsa. Les auteurs des évangiles canoniques ne voulant pas d'un Jésus trop juif ont éliminé la plupart de ces textes, pour faire de Jésus un faiseur de miracles, ce qui parle plus aux païens qu'ils cherchaient à convertir.
Les comparaisons stylistiques des évangiles et de Flavius Josèphe risquent de ne pas présenter d'éléments probants, car il écrivait en hébreu ou en araméen et faisait traduire en grec, langue qui quand il s'essayait à la parler, faisait éclater Titus de rire, tant ses fautes étaient nombreuses; ne parlons même pas du latin. Il est vraisemblable que plusieurs traducteurs travaillaient sur ses œuvres, et ont donc chacun imprégné les parties qu'ils traduisaient de leurs styles propres.
L'influence de Flavius Josèphe sur le christianisme fut double, à la fois directe, si on admet avec nous qu'il a rédigé les textes de bases des évangiles et indirecte à travers les références qu'il pouvait apporter aux rédacteurs des évangiles par ses œuvres officielles: Guerre des Juifs contre Rome, Antiquités Juives, Contre Apion et Autobiographie. Signalons qu'il avait écrit un livre explicatif sur la Torah qui ne nous est pas parvenu.
Nos comparaisons se limiteront à Flavius Josèphe dit et les évangiles ou les Actes des Apôtres disent. Nous n'avons pas essayé de distinguer ce qui provient de Flavius Josèphe lui-même de ce qu'il peut avoir inspiré aux évangélistes.
Flavius Josèphe mentionne dans ses œuvres Jean le Baptiste en des termes différents des évangiles:
Or, il y avait des Juifs pour penser que, si l'armée d'Hérode avait péri, c'était par la volonté divine et en juste vengeance de Jean surnommé Baptiste. En effet, Hérode l'avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien et qu'il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptême; car c'est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s'il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après qu'on eût préalablement purifié l'âme par la justice. Des gens s'étaient rassemblés autour de lui, car ils étaient très exaltés en l'entendant parler. Hérode craignait qu'une telle faculté de persuader ne suscitât une révolte, la foule semblant prête à suivre en tout les conseils de cet homme. Il aima donc mieux s'emparer de lui avant que quelque trouble se fût produit à son sujet, que d'avoir à se repentir plus tard, si un mouvement avait lieu, de s'être exposé à des périls. À cause de ces soupçons d'Hérode, Jean fut envoyé à Machéronte, la forteresse dont nous avons parlé plus haut, et y fut tué. Les Juifs crurent que c'était pour le venger qu'une catastrophe s'était abattue sur l'armée, Dieu voulant ainsi punir Hérode. [Antiquités, XVIII, V, §2.]
Plusieurs points méritent d'être notés:
l'exécution de Jean précède la guerre entre Antipas et Aretas IV de Nabatée qui eut lieu fin août-début septembre de l'an 36. On sait aussi par Flavius Josèphe qu'Antipas a été à Rome en 34 et est revenu en 35, et que ce n'est qu'à son retour qu'il épousa sa nièce, la veuve Hérodiade de son demi frère Hérode Boethos. On dit aussi que Phasalys (l'épouse officielle d'Antipas et la fille d'Aretas IV de Nabatée) a fui vers Petra à la fin 35, (peut-être parce qu'elle redoutait d'être assassinée pour que son mari puisse épouser Hérodiade). L'exécution de Jean le Baptiste a donc eu lieu entre janvier 36 et juillet 36, plus probablement à la fin de cette période, la présence d'Antipas à Machéronte implique que la guerre contre Antipas est sur le point d'éclater. Les différents passages de Flavius Josèphe sur Hérodiade et Salomé ne s'opposent pas à ce qu'elle ait voulu la tête de Jean. Simplement, on peut imaginer que les enfants de Salomé étant très considérés auprès des Romains (ils ont cédé la petite Arménie ou Kurdistan actuel à Rome) et qu'il ne pouvait dévoiler dans ses œuvres publiques les turpitudes de leur mère et de leur grand-mère. le baptême de Jean ressemble à des ablutions, il est possible aussi que le baptême pour Jean était ce qui précédait la circoncision lors des conversions. La description de Flavius Josèphe est radicalement différente de ce que disent les évangiles sur son baptême.
il n'est fait aucune mention que Jean annoncerait Jésus. Si Flavius Josèphe avait cru à Jean, logiquement il aurait dû croire à Jésus, et comme il a cru à Jean et pas à Jésus, c'est que l'histoire de Jésus telle que nous la connaissons a été réécrite. Dans l'Évangile de Jean, (3, 25), nous lisons un très étrange passage: Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean une dispute avec un Juif touchant la purification. Rien après ni avant n'indique qui est le Juif ni quoique ce soit d'autre. Or curieusement Flavius Josèphe dit lui: car c'est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s'il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après qu'on eût préalablement purifié l'âme par la justice. C'est-à-dire exactement le contraire de ce qu'enseignent les évangiles, Flavius Josèphe sait donc que dans les années 90, il y a bien des gens qui ont déformé le baptême de Jean; il est vraisemblable qu'il vise les pré-chrétiens ou les disciples de Simon le Magicien, voire Elqasay qui semble avoir défendu l'idée d'une utilisation journalière du baptême afin d'effacer les péchés au fur et à mesure qu'on les commettait, un peu comme la confession, l'eau en moins. On peut se demander qu'elle est la fiabilité de Flavius Josèphe sur Jean le Baptiste; or il dit dans son Autobiographie que jugeant même insuffisante l’expérience que j’en avais tirée [des trois écoles juives pharisiennes, sadducéennes et esséniennes], quand j’entendis parler d’un certain Bannous qui vivait au désert, se contentait pour vêtement de ce que lui fournissait les arbres [c'est-à-dire du lin probablement], et pour nourriture, de ce que la terre produit spontanément [donc des fruits, et probablement du pain], et usait de fréquentes ablutions d’eau froide de jour et de nuit, par souci de pureté, je me fis son disciple. Après trois années passées près de lui, ayant accompli ce que je désirais, je revins dans ma cité. Or ce Bannous ressemble à un disciple de Jean qui peut très bien l'avoir renseigné sur Jean et sur ses enseignements; donc FJ est une source extrêmement fiable. Enfin si Jean a été exécuté en 36, Jésus ne peut avoir été exécuté qu'à la Pâque 37, quand ni Pilate, ni Qaïphe n'étaient encore en poste. Il y a donc un gros anachronisme dans les évangiles.
Des spécialistes ont tenté, pour sauver l'historicité des évangiles, de prétendre que la guerre d'Aretas et d'Antipas s'est déroulée entre 25 et 30, en faisant passer Flavius Josèphe pour un piètre historien. Leur hypothèse est de la simple mauvaise foi: en effet, la défaite d'Antipas face à Aretas contraint Tibère à intervenir directement, mais sa mort en mars 37 arrête toutes les opérations. Caius Caligula optant pour la paix, Aretas IV évacue les territoires occupés. Tout cela est donc parfaitement cohérent. De plus, dans la IIe Épître aux Corinthiens (11, 32–33), nous lisons: À Damas, le gouverneur du roi Arétas faisait garder la ville des Damascéniens, pour se saisir de moi[Paul]; mais on me descendit par une fenêtre, dans une corbeille, le long de la muraille, et j’échappai de leurs mains. D'abord, on se rend compte que le rédacteur utilise des textes qu'il ne comprend pas, Aretas IV de Nabatée n'a jamais occupé Damas, mais l'Iturée, ce qui implique que la région de Damas, des textes esséniens est bien l'Iturée et non la ville de Damas. Philippe qui était tétrarque d'Iturée est mort en 35, peut-être assassiné par Jean le Baptiste, du moins si on veut croire ce que suggère la version vieille-slavonne de la Guerre des Juifs (La Prise de Jérusalem). Tibère confie à Antipas le gouvernement des terres de Philippe sans pour autant l'autoriser à en porter le titre. L'entrée en guerre d'Antipas contre Aretas IV et surtout la défaite d'Antipas, place l'Iturée sous le contrôle provisoire d'Aretas. Ce contrôle est très bref et ne dépasse pas quelques mois, peut-être d'octobre 36 à la mi-37; l'avènement de Caligula mettra fin à cette occupation. Il est clair que les évangiles se sont trompés, la mort de Jean le Baptiste est postérieure à celle de Jésus, même une des épîtres de Paul qui fait allusion à l'occupation de l'Iturée par des troupes d'Aretas confirme la datation de Flavius Josèphe. Conclusion: on a aucune raison de douter du témoignage de Flavius Josèphe, qui est un hommage au maître de son maître. Jean le Baptiste est donc bien un maître spirituel qui convertissait beaucoup de non-Juifs, il n'a pas annoncé Jésus et fut exécuté bien après la mort de Jésus qui doit dater des années 30–33 et qui est liée à des troubles au Temple en ce qui concerne le transfert du marché des viandes dans l'enceinte même du Temple par Qaïphe au grand dam des qohens conservateurs pour qui ce marché devait rester sur le Mont des Oliviers. Jésus et les écoles juives de Flavius Josèphe
Flavius Josèphe dit: Il y a, en effet, chez les Juifs, trois écoles philosophiques: la première a pour sectateurs les Pharisiens, la deuxième les Sadducéens, la troisième, qui passe pour s’exercer à la sainteté, a pris le nom d'Esséniens. [Guerre, II, VIII, §2.]
Mais, voyant venir à son baptême beaucoup de pharisiens et de sadducéens, il leur dit : «Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir?» [Matthieu 3, 7.]
Jésus leur dit: «Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et des sadducéens.» [...] 11. «Comment ne comprenez-vous pas que ce n’est pas au sujet de pains que je vous ai parlé ? Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens.» 12. Alors ils comprirent que ce n’était pas du levain du pain qu’il avait dit de se garder, mais de l’enseignement des pharisiens et des sadducéens. [Matthieu 16, 6–12.]
Il n'y a aucune condamnation des esséniens dans les évangiles, or on sait que tant Jésus que les esséniens étaient ennemis des sadducéens et des pharisiens; on ne peut dire plus clairement que Jésus était essénien. Rappelons que les esséniens sont aussi appelés les nazaréens et que Jésus est appelé Jésus le Nazaréen. Notons encore que Nazaréen a le sens de personne qui garde ou qui observe les commandements, or on lit dans le Ier Livre des Macchabée (2, 66–68):
Judas Machabée a été fort et vaillant dès sa jeunesse ; qu’il soit le chef de votre armée, et qu’il conduise le peuple au combat. Vous joindrez à vous tous les observateurs de la loi, et vengez votre peuple de ses ennemis. Rendez aux nations ce qu’elles méritent, et soyez attentifs aux préceptes de la loi.
Et on lit dans les évangiles:
...Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. [Matthieu 19, 17.]
Tous deux [Zacharie & Élisabeth] étaient justes devant Dieu, observant d’une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. [Luc 1, 6.]
De l'essénisme juif à l'essénisme des convertis
Dans Flavius Josèphe, on apprend que les esséniens sont Juifs de naissance. [Guerre, II, VIII, §2.] Précisons que le texte de Flavius Josèphe sur les esséniens existe en deux versions, celle de FJ et la seconde étant celle contenue dans l'Elenchos qui est un résumé des Philosophoumena d'Hippolyte de Rome (début du IIIe siècle). De cette seconde version, la mention Juifs de naissance est absente. On doit se demander pourquoi Flavius Josèphe précise cela; en effet, son ouvrage vise à intéresser les Romains à la spiritualité juive et si les esséniens sont exclusivement des Juifs de naissance; jamais les non-juifs ne pourront devenir esséniens, alors que paradoxalement, Flavius Josèphe leur suggère que le vrai judaïsme, le bon judaïsme est celui des esséniens (un pythagorisme juif, le must des spiritualités); et on leur dit: faut être né juif. Or, dans les évangiles, nous lisons:
N’allez pas vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Allez, prêchez, et dites: «Le royaume des cieux est proche.» [Matthieu 10, 5–7.]
Cela correspond à la mention que les esséniens sont Juifs de naissance.
On peut néanmoins supposer que Flavius Josèphe veut faire évoluer ces choses, faisant une présentation très romanisée de l'essénisme; comme Jésus dira après sa résurrection:
Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. [Matthieu 28, 18–20.]
On constate donc un changement, une évolution dans l'essénisme comme dans le christianisme. L'essénisme évolue à cause de la destruction du Temple et de sa nécessaire reconstruction; les perspectives chrétiennes évoluent à cause de la mort de Jésus et de sa résurrection, Jésus serait-il le Temple reconstruit ou pour être plus précis, une allégorie, un projet de reconstruction.
Notons néanmoins que Flavius Josèphe n'a pas dit l'exacte vérité, car les esséniens pratiquaient les conversions, ils furent proches de Jean Hyrcan (grand-prêtre de –134 à –104) et d'Alexandre Jannée (grand-prêtre et roi de –103 à –76) qui circoncisaient sans relâches les iduméens, les ituréens, les galiléens, les péréens, etc. Ce sont probablement les esséniens qui convainquirent Izatès de la famille Monobaze de se faire circoncire et de devenir juif. Aimez-vous les uns les autres
Flavius Josèphe écrit:
[Les esséniens sont] plus étroitement liés d’affection entre eux que les autres [Juifs.] [Guerre, II, VIII, §2.]
Les évangiles disent, à la question pour savoir quel était le plus important commandement de la Loi:
Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. [Matthieu 22, 37–40.] C’est ici mon commandement : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » [Jean 15, 12.] Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. [Jean 15, 17.]
Cette solidarité essénienne est confirmée par l’Écrit de Damas, dans lequel nous lisons :
Car ils tomberont malades sans guérison (possible) et (ce) défaut anéantira tous les rebelles, vu [qu’]ils n’ont pas dévié de la voie des traîtres mais [qu’]ils se sont vautrés dans les voies de la luxure et dans l’arrogance impie; [qu’]ils se sont vengés et ont gardé rancune chacun contre son frère, chacun haïssant son prochain.
Ce que confirme les évangiles, puisqu'ils écrivent:
Alors Pierre s’approcha de lui, et dit: «Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi? Sera-ce jusqu’à sept fois?» Jésus lui dit: «Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois.» [Matthieu 18, 21–22.]
Notons que ce n'est pas 7 fois 70 fois comme on le lit habituellement, mais bien 77 fois, en réaction à Genèse 4, 23–24, dans lequel Lamech dit que si Caïn doit être vengé 7 fois, lui-même doit alors être vengé 77 fois.
On lit encore dans les évangiles:
Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses.» [Marc 11, 25–26.]
Ces hommes répudient les plaisirs comme un péché et tiennent pour vertu la tempérance et la résistance aux passions. [Guerre, II, VIII, §2.] Pas de comparaison exacte, mais implicite.
Ils dédaignent le mariage pour eux-mêmes. [Guerre, II, VIII, §2.]
En Matthieu 19, 1–9, Jésus interdit le divorce, or suite à cette interdiction du divorce, les disciples lui répliquent :
Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier. [Matthieu 19, 10.]
Nous avouons ne pas très bien saisir les graves désavantages à se marier que les apôtres trouvent dans l’interdiction de divorcer, nous voulons bien admettre que les mariages peuvent être difficiles, mais leur réaction semble quand même exagérée: ce qui nous ferait supposer qu’un passage a été omis, peut-être relatif aux obligations de l’homme par rapport à la femme, et que les apôtres découvraient, effarés, semble-t-il. Le passage supprimé pourrait avoir fait allusion à des communautés préexistantes, donc esséniennes, et à la difficulté de concilier vie maritale et obligations communautaires ; d’autant plus, que l’idéal essénien comporte de fortes tendances à l’ascétisme et que dans les versets suivants Jésus parle des eunuques, ceux
qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. [Matthieu 19, 12.]
On peut donc imaginer que les novices qui voulaient poursuivre dans la voie rigoureuse de l’ascèse pour Dieu étaient découragés de se marier car en contractant un mariage, ils prenaient des obligations envers leur épouse, obligations qu’ils ne pouvaient rompre à la légère et qui pouvaient être des empêchements à la vie communautaires, et cela d’autant plus si la répudiation leur était interdite. En effet, tant qu’elles sont leur épouse, ils doivent les nourrir et veiller sur elle, ce qui est incompatible avec une vie dans un « monastère » essénien où tous les biens sont mis en commun, ce qui rend impossible l’entretien de l’épouse et des enfants.
[Les esséniens] adoptent les enfants des autres, à l’âge où l’esprit encore tendre se pénètre facilement des enseignements, les traitent comme leur propre progéniture et leur impriment leurs propres mœurs. [Guerre, II, VIII, §2.]
En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent: «Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux?» Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit: «Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même.» [Matthieu 18, 1–5.]
Mise en commun des biens
Flavius Josèphe écrit :
Contempteurs de la richesse, ils [les Esséniens] pratiquent entre eux un merveilleux esprit de communauté. Personne chez eux qui surpasse les autres par la fortune; car leur loi prescrit à ceux qui adhèrent à leur secte de faire abandon de leurs biens à la corporation, en sorte qu’on ne rencontre nulle part chez eux ni la détresse de la pauvreté ni la vanité de la richesse, mais la mise en commun des biens de chacun donne à tous, comme s’ils étaient frères, un patrimoine unique. [Guerre, II, VIII, §3.]
L’évangile contient un fort idéal de pauvreté que l’on retrouve dans les textes esséniens, qui s’appelaient eux-mêmes les pauvres ou ebyônîm. La mise en commun des biens n’est pas prévue par les évangiles. En effet, dans leur soucis de présenter l’enseignement de Jésus comme unique, les évangélistes ont dû supprimer les passages qui faisaient allusion à des communautés préexistantes dont Jésus et ses disciples auraient fait partie. Si cet idéal n’est pas présent dans les évangiles, il l’est dans les Actes des Apôtres, puisque nous y lisons le passage suivant:
Mais un homme nommé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une propriété, et retint une partie du prix, sa femme le sachant; puis il apporta le reste, et le déposa aux pieds des apôtres. Pierre lui dit: «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes au Saint-Esprit, et que tu aies retenu une partie du prix du champ? S’il n’eût pas été vendu, ne te restait-il pas? Et, après qu’il a été vendu, le prix n’était-il pas à ta disposition? Comment as-tu pu mettre en ton cœur un pareil dessein? Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.» Ananias, entendant ces paroles, tomba, et expira. Une grande crainte saisit tous les auditeurs. Les jeunes gens, s’étant levés, l’enveloppèrent, l’emportèrent, et l’ensevelirent. Environ trois heures plus tard, sa femme entra, sans savoir ce qui était arrivé. Pierre lui adressa la parole: «Dis-moi, est-ce à un tel prix que vous avez vendu le champ? — Oui, répondit-elle, c’est à ce prix-là.» Alors Pierre lui dit: «Comment vous êtes-vous accordés pour tenter l’Esprit du Seigneur? Voici, ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront.» Au même instant, elle tomba aux pieds de l’apôtre, et expira. Les jeunes gens, étant entrés, la trouvèrent morte; ils l’emportèrent, et l’ensevelirent auprès de son mari. Une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui apprirent ces choses. [Actes des Apôtres 5, 1–11.]
Il est étonnant que l’idéal de mise en commun des biens par les esséniens se retrouve on ne peut plus clairement dans ce passage des Actes.
L'accueil aux frères en déplacement
Quand des frères arrivent d’une localité dans une autre, la communauté met tous ses biens à leur disposition, comme s’ils leur appartenaient: ils fréquentent chez des gens qu’ils n’ont jamais vus comme chez d’intimes amis. [Guerre, II, VIII, §4.]
Parallèle à ce que dit l’évangile :
Dans quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous s’il s’y trouve quelque homme digne de vous recevoir; et demeurez chez lui jusqu’à ce que vous partiez. En entrant dans la maison, saluez-la; et, si la maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne à vous. [Matthieu 10, 11–13.]
Aussi, dans leurs voyages n’emportent-ils rien avec eux, si ce n’est des armes à cause des brigands. Dans chaque ville est délégué un commissaire spécialement chargé de ces hôtes de la communauté ; il leur fournit des vêtements et des vivres. [Guerre, II, VIII, §4.]
Parallèle à ce que disent les évangiles:
Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie, dans vos ceintures ; ni sac pour le voyage, ni deux tuniques, ni souliers, [ni bâton (Mt. & Lc.)/si ce n’est un bâton (Mc.)] [Matthieu 10, 9–10a ; Marc 6, 8–9 ; Luc 9, 3.]
Entre eux rien ne se vend ni ne s’achète: chacun donne à l’autre sur ses provisions le nécessaire et reçoit en retour ce dont il a besoin; mais, même sans réciprocité, il leur est permis de se faire donner de quoi vivre par l’un quelconque de leurs frères. [Guerre, II, VIII, §4.]
On lit dans les Actes des Apôtres:
La multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre, mais tout était commun entre eux. Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus. Et une grande grâce reposait sur eux tous. Car il n’y avait parmi eux aucun indigent: tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu, et le déposaient aux pieds des apôtres; et l’on faisait des distributions à chacun selon qu’il en avait besoin. Joseph, surnommé par les apôtres Barnabas, ce qui signifie «fils d’exhortation», Lévite, originaire de Chypre, vendit un champ qu’il possédait, apporta l’argent, et le déposa aux pieds des apôtres. [Actes 4, 32–37.]
Leur piété envers la divinité prend des formes particulières. Avant le lever du soleil, ils ne prononcent pas un mot profane: ils adressent à cet astre des prières traditionnelles, comme s’ils le suppliaient de paraître. [Guerre, II, VIII, §4.]
Les premiers chrétiens priaient face à l'Est, c'est-à-dire en direction du soleil levant.
Ils savent gouverner leur colère avec justice, modérer leurs passions, garder leur foi, maintenir la paix. Toute parole prononcée par eux est plus forte qu’un serment, mais ils s’abstiennent du serment même, qu’ils jugent pire que le parjure. Car, disent-ils, celui dont la parole ne trouve pas créance sans qu’il invoque Dieu se condamne par là même. [Guerre, II, VIII, §6.]
Identique aux évangiles qui disent:
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens: «Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment.» Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu; ni par la terre, parce que c’est son marchepied; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu’on y ajoute vient du malin. [Matthieu 5, 33–37.]
Similaire à l’Écrit de Damas qui dit:
On ne jurera pas par aleph et lamed [abréviation du nom Elohîm] et par aleph et dalet [abréviation de Adonay], à l’exception du serment des fils par la malédiction de l’Alliance. Et qu’on ne mentionne pas la Torah de Moïse, car dans celle-ci, il y a l’écriture complète du Nom (de Dieu). Et si l’on jure et l’on transgresse, alors on profanera le Nom. [CD. XV, lignes 1–3a.] Détester ses ennemis
[Les esséniens doivent] toujours détester les injustes et venir au secours des justes. [Guerre, II, VIII, §6.]
Passage cité dans les évangiles en vue de le contredire:
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. [Matthieu 5, 43.]
Néanmoins la mort d'Ananias et de Saphira va plutôt dans les sens de ce que dit Flavius Josèphe.
Il jure que si lui-même exerce le pouvoir il ne souillera jamais sa magistrature par une allure insolente ni ne cherchera à éclipser ses subordonnés par le faste de son costume ou de sa parure. [Guerre, II, VIII, §7.]
Mais, qu’êtes-vous allés voir? un homme vêtu d’habits précieux? Voici, ceux qui portent des habits magnifiques, et qui vivent dans les délices, sont dans les maisons des rois. [Luc 7, 25 et Matthieu 11, 8.]
Donc Jean le Baptiste ne porte pas des habits précieux, comme les esséniens qui refusent des costumes fastuaires.
Des secrets ésotériques
De ne rien tenir caché aux membres de la secte et de ne rien dévoiler aux profanes sur leur compte, dût-on le torturer jusqu’à la mort. [Guerre, II, VIII, §7.]
On pourrait dire que le christianisme fait exactement le contraire, puisqu’il faut professer Jésus de manière publique; néanmoins, d’après l’évangile, Jésus dit à ses disciples :
Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. C’est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en entendant ils n’entendent ni ne comprennent. Et pour eux s’accomplit cette prophétie d’Ésaïe: Vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point; Vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple est devenu insensible; Ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, De peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles, Qu’ils ne comprennent de leur cœur, Qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. Mais heureux sont vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent! Je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. [Matthieu 13, 11–17.]
Ils évitent de cracher en avant d’eux ou à leur droite, En Matthieu 5, 21–22, nous lisons:
Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère [sans raison] contre son frère mérite d’être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! mérite d’être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: «Insensé!» mérite d’être puni par le feu de la géhenne. Le mot Raca pourrait signifier en araméen, «un gros crachat»; le sens de la phrase serait «ne crache pas en direction de ton frère» et pourrait être similaire à ce que dit Flavius Josèphe. Notons que la Règle de la Communauté dit:
Et l’homme qui crachera au milieu de la salle de séance des Nombreux sera puni trente jours. [Col. VII, ligne 13a.]
Et aussi, mais en rapport avec la deuxième partie de la phrase, ce même texte dit un peu avant:
Et l’homme qui outragera son prochain injustement et sciemment sera puni un an, et séparé. Et qui parlera à son prochain avec hauteur ou commettra une tromperie sciemment sera puni six mois. [Col. VII, lignes 4b–5a.]
Comme on peut le constater, il s’agit bien d’idées similaires.
Il existe encore une autre classe d’Esséniens, qui s’accordent avec les autres pour le régime, les coutumes et les lois, mais qui s’en séparent sur la question du mariage. [...] Ils prennent donc leurs femmes à l’essai, et après que trois époques successives ont montré leur aptitude à concevoir, ils les épousent définitivement. Dès qu’elles sont enceintes, ils n’ont pas commerce avec elles, montrant ainsi qu’ils se marient non pour le plaisir, mais pour procréer des enfants. En Matthieu 1, 24–25, nous lisons que
Abstinence des esséniens et de Joseph quant leur épouse est enceinte.
Agrippa II, Bérénice et Drusilla sont les enfants du roi de Judée Agrippa Ier qui fut assassiné par les Romains en 45, car ils le soupçonnaient de préparer une insurrection contre Rome. L'empereur Claude confia l'ancien royaume de Judée au légat de Syrie et différents procurateurs furent nommés afin d'administrer directement chaque province (Idumée, Judée, Samarie, Galilée). Quant à Agrippa II qui ne semblait pas avoir eu de goût pour régner, il lui fut confié le royaume de Chalcis (actuellement Anjar au Liban); quant à sa sœur Bérénice, elle semblait plus s'occuper des affaires d'État que lui, c'est cette dernière qui devint la maîtresse de Titus. Quand Flavius Josèphe parle de la haine de Bérénice pour sa sœur Drusilla, nous ignorons à quoi cela se rapporte. Les procurateurs de Judée furent successivement Tibère Alexandre, le neveu du philosophe Philon d'Alexandrie (en 45–48), ensuite Ventidius Cumanus (en 49–52) qui fut démis à cause de ses exactions et enfin Antonius Felix qui fut d'abord procurateur de Samarie et qui devint procurateur de Judée en 52 et restera à ce poste jusqu'en 60. Le Juif cypriote nommé Simon. En fait, la plupart des versions grecques n'ont pas Simon, mais disent que le magicien s'appellait Atomos. Comme ce nom ne veut rien dire, on préfère conserver Simon qu'on trouve dans les parallèles de la version latine. Un magicien appelé Simon fait indéniablement penser au Simon le Magicien des Actes des Apôtres, mais ce dernier était samaritain et non cypriote. En réalité, le mystère du nom Atomos n'est pas aussi impénétrable qu'on le croit. Le chapitre XIII des Actes des Apôtres mentionne un magicien cypriote qui fut rendu aveugle par l'apôtre Paul et qui s'appelait Elymas (grec Ἔλυμας) ou Bar Yésous (Fils de Jésus donc). Elymas et Atomos n'ont guère de rapports a priori. Mais Elymas est le nom que lui donne la tradition manuscrite majoritaire, il y a néanmoins une variante qui est donnée par le Codex Bezæ qui l'appelle Étoimas (grec Ἐτοίμας) au lieu de Élymas. Si Elymas et Atomos n'ont qu'une très vague ressemblance, Étoimas et Atomos sont déjà nettement plus proches. Le nom Atomos pourrait provenir du grec et signifierait alors «indivisible», mais c'est peu probable; il est plus simple de le faire dériver de l'araméen te'ômâ (תאומא), qui signifie «jumeau» et qui a donné le prénom Thomas. L'existence du prénom Thomas n'est pas établi à cette époque et est plus probablement un surnom. Nous avons donc deux jumeaux célèbres: un appelé Jude Thomas, frère de Jésus et l'autre appelé Fils de Jésus; les coïncidences sont rarement fortuites.
Revenons au passage de Flavius Josèphe. Il suggère assez clairement que Drusilla a été victime d'un envoûtement d'amour, mais ce passage décrit une autre facette de ce magicien, c'est à cause de lui que Drusilla se laissa persuader de transgresser la loi de ses ancêtres et d'épouser Félix.
Là, on n'est plus dans les techniques occultes, mais bien dans la manipulation. On apprend donc par ce passage que les Romains avaient des agents chargés de convaincre les Juifs de renoncer à leurs coutumes, c'est ce que nous appelons des agents de déjudaïsation. Mais pourquoi les Romains voudraient déjudaïser les Juifs? Bien, pour des raisons simples, les Juifs se révoltent en permanence parce que l'occupation romaine leur semble violer la sacralité de leur territoire. Compte tenu des aspects religieux et messianistes des révoltes juives, le moyen le plus simple de calmer les Juifs est tout simplement de les déjudaïser, de les convaincre et de les manipuler afin qu'ils deviennent de fidèles sujets de Rome et qu'ils ne se préoccupent plus de leur culte. Les Romains sont en outre confrontés à un autre problème avec les Juifs, c'est que d'innombrables païens apostasient les dieux, se font circoncire et pratiquent le Judaïsme. En plus, ils prennent même les armes contre leurs anciens frères romains en faveur de l'indépendance de la Judée. Plusieurs sénateurs sont Juifs ou plutôt sont des convertis et même un consul, Flavius Clemens, consul de 82 à 96, assassiné par son oncle l'empereur Domitien à cause justement de sa conversion. Le Judaïsme faisait peur, les sénateurs païens voyaient avec angoisse un nombre toujours plus important de Romains se convertir; ils redoutaient que bientôt le Temple de Jupiter Capitolin ne soit transformé en Temple succursale de celui de Jérusalem et l'Empire romain devienne l'Empire Juif, et que leurs petits enfants soient forcés de se faire circoncire. Sans pouvoir entrer dans les détails sur le mystérieux Simon le Magicien, nous pouvons dire qu'il fut lui aussi très probablement un personnage de ce genre (un agent de déjudaïsation); d'ailleurs largement protégé par les légions romaines. Rappelons l'information fondamentale: les Romains utilisent des magiciens pour convaincre les Juifs d'apostasier. Quant on lit les évangiles, on est toujours surpris des contradictions dans les paroles de Jésus. Dans Matthieu 5, 17–21, nous lisons:
Nous pouvons parfaitement admettre que pour Jésus le judaïsme devait être aboli, mais alors pourquoi est-il si Juif dans d'innombrables passages; nous pouvons aussi bien admettre que Jésus était un radical, mais alors pourquoi est-il si paganisant dans d'autres innombrables passages! Un des deux est forcément un intrus, car s'il est l'un il ne sait être l'autre. Personnellement nous pensons que le Jésus de l'histoire fut bien un radical... Mais que les agents romains de déjudaïsation ont fait des faux à son propos, et que des confusions se sont installées dans les communautés chrétiennes. Les rédacteurs des évangiles vers 130–140 ne sachant absolument pas distinguer ce qui était authentique de ce qui était falsifié ont fait une sorte de moyenne entre un Jésus déjudaïsé et un Jésus Juif. La plupart des chrétiens faute de mieux ont accepté les textes. Les seuls à s'insurger seront Symmaque qui défendait l'idée que Jésus était un ébyonite, c'est-à-dire un pauvre, un Juif radical, et que le christianisme ne croyait pas en Jésus mais était un judaïsme de type essénien. Tatien qui défendait l'idée que Jésus était un symbole du Logos, et qu'il ne fallait pas s'attacher à sa personne
Marcion qui défendait l'idée que Jésus n'avait rien à voir avec le judaïsme. Ces trois personnages furent sans doute les plus sincères. Ils ont dû disposer d'évangiles antérieurs aux nôtres: Symmaque a eu accès à un évangile primitif juif qui ne contenait probablement pas de miracles, mais seulement des paroles de Jésus et des responsa de Jésus dans ses disputes avec les pharisiens.
Aujourd'hui, peut-être est-il temps de faire un choix et d'avoir un véritable regard critique sur les évangiles. Or, trop de passages manquent de clarté, car on y trouve tout et son contraire; soit il faut admettre que Jésus a dit tout ce qu'il a dit et alors il est un cas typique de bipolarisme, ce que nous ne croyons pas; soit il y eut deux Jésus, un qui serait un sorcier et agent de déjudaïsation appointé par les Romains, et l'autre qui serait un radical et que les deux personnages se sont confondus (l'esprit critique est loin d'être la vertu de l'Antiquité); soit le personnage original est bien un radical; mais devant le nombre de non-Juifs qui le suivaient les agents de déjudaïsations firent de faux textes qui embrouillèrent les chrétiens. soit le personnage original est bien un sorcier; et les judaïsants, voyant son succès tentèrent d'y introduire des éléments Juifs, afin que les chrétiens ne s'éloignent pas trop de la Bible.
À ceux qui veulent réviser le christianisme, on les accuse d'utiliser beaucoup de «si»; et cela est vrai, contredire une tradition vénérable n'est en rien facile, d'autant plus que ce que nous avons ce sont des copies de copies de copies, etc...
Pourtant deux documents sont venus jeter le trouble: l'Évangile de Thomas et le papyrus egerton. Autant le premier est connu, autant le second est inconnu. Le premier a montré que des hommes se sont intéressés à Jésus non pour sa résurrection et son salut, mais pour sa sagesse; quant au second, le papyrus egerton, il est considéré comme plus ancien que les évangiles canoniques et semble dater des années 120. Il donne de très curieuses leçons qui montrent l'évolution textuelle des textes primitifs à égerton et d'egerton aux évangiles canoniques. Le papyrus egerton présente une version primitive de la guérison du lépreux, que l'on trouve dans les évangiles synoptiques (Matthieu 8, 2–4; Marc 1, 40–45; Luc 5, 12–16) qui modifie considérablement la compréhension qu'on peut avoir du texte.
Nous allons donc faire une lecture synoptique d’egerton (trad. Menahem), de Matthieu, de Marc, de Luc et des sources bibliques. En effet, la guérison des évangiles n’est pas sans rappeler celle que fit Élisée pour Nachman, un général de l’armée syrienne, qui fut frappé par la lèpre (IIe Livre des Rois, chapitre V). Voici son histoire que nous interromperons quand elle deviendra convergente avec les évangiles:
Naaman, général d’armée du roi de Syrie, était un homme considérable et en grande faveur chez son maître, parce que le Seigneur avait donné par lui la victoire à la Syrie; mais cet homme, ce vaillant guerrier, était lépreux. Or, les Syriens, ayant fait une incursion sur le territoire d’Israël, en ramenèrent captive une jeune fille, qui entra au service de l’épouse de Naaman. Elle dit à sa maîtresse : « Ah ! Si mon maître s’adressait au prophète qui est à Samarie, certes il le délivrerait de sa lèpre. » Naaman vint l’annoncer à son maître, disant : « Voilà ce qu’a dit cette jeune fille, qui est du pays d’Israël. » Le roi de Syrie répondit : « Va, pars ; je veux envoyer une lettre au roi d’Israël. » Et il partit, emportant dix kikkar d’argent, six mille pièces d’or et dix habillements de rechange. Il remit au roi d’Israël la lettre, ainsi conçue : « Au moment où cette lettre te parviendra, sache que j’ai envoyé vers toi Naaman, mon serviteur, pour que tu le délivres de sa lèpre. » À la lecture de cette lettre, le roi d’Israël déchira ses vêtements et dit : « Suis-je donc un dieu qui fasse mourir et ressuscite, pour que celui-ci me mande de délivrer quelqu’un de sa lèpre ? Mais non, sachez-le bien et prenez-y garde, c’est qu’il me cherche querelle. » Cependant, Élisée, l’homme de Dieu, ayant appris que le roi d’Israël avait déchiré ses vêtements, fit dire au roi : « Pourquoi as-tu déchiré tes vêtements ? Qu’il vienne me trouver, et il saura qu’il est des prophètes en Israël ! » (II Rois 1, 1–8.)
Voyons maintenant le synopse de tous ces textes (cliquer pour agrandir):
Nous savons que de telles lectures synoptiques sont très complexes, c’est pourtant le seul moyen pour comprendre les écritures et les réécritures. Nous avons supprimé toute la fin de l’histoire de Naaman, mais nous la donnons en note afin qu’on ne nous reproche pas d’avoir omis quoi que ce soit. La partie finale contient d’ailleurs une similitude avec les évangiles : en effet, Naaman veut faire une offrande à Élisée qui refuse, mais son serviteur appelé Ghéhazi est plus intéressé, et fait croire à Naaman qu’Élisée a changé d’avis, Naaman lui donne le double de ce qu’il désire, et le serviteur part cacher cette offrande chez lui ; mais Élisée n’est pas dupe, et le serviteur devient lépreux comme châtiment. Ce qui n’est pas sans rappeler le passage des évangiles où il est dit :
Allez, prêchez, et dites : « Le royaume des cieux est proche. » Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. [Matthieu 10, 7–8.]
Autrement dit n’acceptez pas de dons pour vos actions théurgiques !
Notons en premier que dans la XIVe de ses Antithèses, Marcion dit :
Élisée, le prophète du Dieu créateur [c’est-à-dire le Démiurge, donc yhwh, qui n’est pas le vrai Dieu d’après Marcion], parmi tant de lépreux israélites, n’a purifié qu’un seul lépreux, le Syrien Naaman, le Christ, bien qu’il soit «l’étranger», a guéri un Israélite que son Seigneur (le Créateur du monde) n’avait pas voulu guérir [nous ne comprenons pas ce que Marcion veut dire par là, mais il est possible que dans une version qu’il lisait ou qu’il a composé lui-même, l’israélite pourrait avoir raconté qu’il avait demandé au Seigneur d’être guéri, et qu’il n’avait obtenu aucune réponse], et Élysée avait besoin de matière pour la guérison, à savoir de l’eau, et sept fois de suite, mais le Christ a guéri par une simple et unique parole, etc. Élysée n’a guéri qu’un seul lépreux, le Christ en a guéri dix [ce passage est en Luc 17, 11–19] et ceci contre les stipulations de la loi [nous ne comprenons pas non plus à quoi Marcion fait allusion] ; il les laissa simplement aller leur chemin pour qu’ils se montrent aux prêtres et il les purifia déjà en chemin sans les toucher et sans une parole, par une force silencieuse, simplement par sa volonté.
De ce qui précède Marcion connaissait probablement encore une autre version du miracle qu’il peut, très bien, avoir composé lui-même.
La guérison des dix lépreux [Jésus, se rendant à Jérusalem, passait entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Se tenant à distance, ils élevèrent la voix, et dirent : « Jésus, maître, aie pitié de nous ! » Dès qu’il les eut vus, il leur dit : « Allez vous montrer aux sacrificateurs. » Et, pendant qu’ils y allaient, il arriva qu’ils furent guéris. L’un deux, se voyant guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix. Il tomba sur sa face aux pieds de Jésus, et lui rendit grâces. C’était un Samaritain. Jésus, prenant la parole, dit : « Les dix n’ont-ils pas été guéris ? Et les neuf autres, où sont-ils ? Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu ? » Puis il lui dit : « Lève-toi, va ; ta foi t’a sauvé. »] en Luc 17, 11–19 est certainement une composition de Marcion ou des Samaritains qui ont tronqué les évangiles; on estime en général que la forme primitive des évangiles destinée aux païens a été composée par un Samaritain qui a essayé de monter les chrétiens contre les Juifs, en présentant ces derniers comme malveillants et les Samaritains comme bienveillants.
Venons-en donc à la critique des évangiles et notons les différences fondamentales entre les deux versions, celle d’egerton et celle des synoptiques qui, malgré leurs différences, restent similaires et issues de la même source ou de la même falsification :
dans l’évangile d’Egerton, le lépreux ne se prosterne pas devant Jésus, alors que dans les synoptiques, il est déifié ;
dans l’évangile d’Egerton, le lépreux fournit une explication de sa contamination, d’ailleurs pas très cohérente et absente des synoptiques ;
dans l’évangile d’Egerton, Jésus ne touche pas le lépreux (un interdit biblique), alors que dans les synoptiques, il touche le lépreux ; notons que Naaman, le général syrien qui vient auprès d’Élisée pour être guéri, se plaint de ne pas être touché par le prophète ;
notons une différence propre à l’Évangile de Marc, la version officielle dit que « Jésus fut ému de compassion », alors que le Codex Bezæ a « Jésus se mettant en colère », on en ignore la raison.
l’évangile d’Egerton ne contient pas les gloses explicatives sur le secret qui doit entourer sa guérison ; idée d’ailleurs contradictoire avec l’injonction que Jésus lui fait d’aller se montrer aux prêtres afin qu’ils constatent sa guérison.
Commençons par la fin, les gloses explicatives sur le secret, sont certainement des éxagérations des évangélistes; en effet, sans celles-ci on aurait l’impression que Jésus est un vantard.
La mention du Codex Bezæ sur Jésus se mettant en colère est compatible avec l’explication que donne le lépreux sur sa contamination (j’ai fréquenté des lépreux et j’ai attrapé la lèpre...)
L’insistance avec laquelle les évangiles affirment que Jésus le toucha, n’est pas un geste de compassion infinie, mais plus prosaïquement, l’affirmation que Jésus se fout éperdument des normes de pureté qui sont décrites de la Torah et de ses interdits.
L’évangile d’egerton ne déifie pas Jésus.
L’explication que donne le lépreux est la clé du passage, c’est pour cela qu’elle fut supprimée des synoptiques : en effet, qui serait assez fou pour voyager et pour manger avec des lépreux, alors que cette maladie était la terreur de populations entières. Rappelons qu’il n’existait aucun moyen de guérison, en plus, une telle maladie condamnait celui qui l’attrapait à vivre en marge de la société: ni son épouse, ni ses enfants ne pouvaient l’approcher de peur d’être contaminés et de devenir comme lui. En fait, il ne s’agit pas d’un lépreux, mais simplement d’une personne qui est devenue impure. Cette révision permet de comprendre le passage conservé dans le Codex Bezæ, qui dit que Jésus se mit en colère. Mais si c’est un pécheur qui a contracté des impuretés en voyageant, pourquoi vient-il trouver Jésus ? La moins mauvaise solution consiste à supposer que ce pécheur a voyagé d’un camp essénien à un autre, et qu’ayant contracté des impuretés, probablement par imprudence, il demande au maskîl (le chef d’un camp essénien, notons que l’un des sens de maskîl est enseignant, le titre donné à Jésus dans la papyrus egerton ) de la purifier par sa puissance spirituelle. On a retrouvé des manuscrits esséniens qui suggèrent de telles actions comme 4q434 ou 4q512, même si ceux-ci sont trop fragmentaires pour qu’on puisse conclure avec une totale certitude.
Nous proposons donc la reconstitution suivante, les passages en italiques sont de nous : [Et un homme venant au camp de sainteté, se présenta à l’enseignant qui était Jésus], et il dit : «Enseignant Jésus, en voyageant avec des pécheurs et en mangeant avec eux, je suis moi-même devenu impur. Si tu le veux donc, je deviendrais pur.» Jésus, se mettant en colère, le rabroua, et il lui dit: «Je le veux, sois pur.» Et son impureté l’a alors quitté. Et Jésus dit : « Va, présente-toi aux prêtres et offre [des offrandes] concernant la purification que Moïse a ordonnée, et ne pèche plus [=fais plus attention une prochaine fois]. » [Et l’homme entra alors dans le camp.]
Il n'y a aucun miracle, seulement une purification spirituelle. Le papyrus d'egerton est un évangile d'époque moyenne pendant laquelle les chrétiens commençaient à déifier Jésus tout en conservant les enseignements de la Torah. Dans les versions révisées des évangiles, les canoniques, Jésus sera alors totalement déifié et la Torah rejetée quasi complètement.

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