Source: http://jesusmarie.free.fr/3a_q87.htm
Timestamp: 2018-11-19 20:35:23+00:00

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Question 87 : De la rémission des péchés véniels
Après avoir parlé de la rémission des péchés mortels, nous devons nous occuper de la rémission des péchés véniels. — A ce sujet quatre questions se présentent : 1° Le péché véniel peut-il être remis sans la pénitence ? (Il y a quelques théologiens qui pensent qu’aucune pénitence n’est requise pour la rémission des péchés véniels, mais qu’il suffit d’un bon acte quelconque qui plaise à Dieu plus que le péché véniel ne lui déplaît. Durand prétend au contraire que la pénitence formelle est nécessaire, mais le plus grand nombre des théologiens suivent avec saint Thomas une opinion intermédiaire. Ils reconnaissent qu’aucun péché véniel n’est remis sans une certaine pénitence, que la pénitence habituelle ne suffit pas, que la pénitence formelle n’est pas nécessaire, mais que la pénitence virtuelle est requise et qu’elle suffit.) — 2° Peut-il être remis sans l’infusion de la grâce ? — 3° Les péchés véniels sont-ils remis par l’aspersion de l’eau bénite, la bénédiction épiscopale, en se frappant la poitrine, par l’oraison dominicale et par d’autres moyens semblables ? (Saint Thomas désigne ainsi d’une manière générale les sacramentaux que l’on compte ordinairement au nombre de six, et qu’on a exprimés dans ce vers technique : Orans, tinclus, edens, confessus, dans, benedicens.) — 4° Le péché véniel peut-il être remis sans le péché mortel ? (Il est certain que le péché véniel ne peut être remis sans la rémission du péché mortel selon la puissance ordinaire de Dieu ; mais il y a des théologiens qui enseignent qu’il pourrait être remis d’après sa puissance absolue.)
Article 1 : Le péché véniel peut-il être remis sans la pénitence ?
Objection N°1. Il semble qu’un péché véniel puisse être remis sans la pénitence. Car il appartient, comme nous l’avons dit (quest. 84, art. 10, Réponse N°4), à l’essence de la véritable pénitence que l’homme ne se repente pas seulement du péché passé, mais qu’il se propose encore de l’éviter à l’avenir. Or, le péché véniel est remis sans ce dessein, puisqu’il est certain que l’homme ne peut vivre ici-bas sans faire aucun péché véniel. Ces péchés peuvent donc être remis sans la pénitence.
Réponse à l’objection N°1 : L’homme qui est en état de grâce peut éviter tous les péchés mortels et chacun d’eux en particulier ; il peut aussi éviter chaque péché véniel, mais il ne peut les éviter tous, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (1a 2æ, quest. 74, art. 3, Réponse N°2, et quest. 109, art. 8). C’est pourquoi la pénitence qui a pour objet les péchés mortels requiert que l’homme se propose de s’abstenir de tous ces péchés en général et de chacun d’eux en particulier. Mais il est requis pour la pénitence des péchés véniels qu’on se propose de s’abstenir de chacun d’eux, mais non de tous ; parce que notre faiblesse ici-bas ne nous le permet pas. Cependant chacun doit avoir la résolution de travailler à diminuer ses fautes vénielles ; autrement il serait exposé au péril d’une chute, lorsqu’il n’aurait plus le désir de progresser, ou d’enlever ce qui fait obstacle à ses progrès spirituels, c’est-à-dire les péchés véniels.
Objection N°2. La pénitence n’existe pas sans la détestation actuelle des péchés. Or, les péchés véniels peuvent être pardonnés sans leur détestation actuelle, comme on le voit évidemment à l’égard de celui qui serait égorgé pour le Christ pendant son sommeil : son âme s’envolerait immédiatement au ciel ; ce qui n’a pas lieu tant que les péchés véniels existent. Ces péchés peuvent donc être remis sans la pénitence.
Réponse à l’objection N°2 : La mort que l’on endure pour le Christ a la vertu du baptême, comme nous l’avons dit (quest. 66, art. 11). C’est pourquoi elle purge de toutes les fautes vénielles et mortelles, à moins qu’elle ne trouve la volonté actuellement attachée au péché.
Objection N°3. Les péchés véniels sont opposés à la ferveur de la charité, comme nous l’avons dit (2a 2æ, quest. 24, art. 10). Or, l’un des opposés est détruit par l’autre. Donc les péchés véniels sont remis par la ferveur de la charité, qui peut exister sans la détestation actuelle du péché véniel.
Réponse à l’objection N°3 : La ferveur de la charité (La ferveur de la charité se considère ici non seulement d’après son intensité, mais encore d’après son extension qui fait qu’elle embrasse tout ce qui peut refroidir l’amour de l’homme pour Dieu.) implique virtuellement la détestation des péchés véniels, comme nous l’avons dit (quest. 79, art. 4).
Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (alius auctor, De ver. et fals. pœnit., chap. 8, et August. hom. 27, int. 50, chap. 11, et hom. ult.) : Qu’il y a une pénitence que l’on fait tous les jours dans l’Eglise pour les péchés véniels. Or, cette pénitence serait vaine, s’ils pouvaient être pardonnés sans cela. Il semble donc qu’ils ne puissent pas l’être.
Conclusion Puisque le péché véniel empêche la volonté de l’homme de se porter promptement vers Dieu, aucun péché véniel ne peut être remis sans la vertu de pénitence.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 2), la rémission de la faute est produite par l’union de l’homme avec Dieu, dont la faute le sépare d’une certaine manière. Cette séparation est produite parfaitement par le péché mortel, et imparfaitement par le péché véniel. Car par le péché mortel l’âme est entièrement détournée de Dieu, selon qu’elle agit contrairement à la charité ; au lieu que par le péché véniel la volonté de l’homme est ralentie et empêchée de se porter vivement vers lui. C’est pourquoi ces deux sortes de péchés sont remis l’un et l’autre par la pénitence, parce que l’un et l’autre sont un dérèglement de la volonté qui se porte d’une manière immodérée vers le bien créé. Car comme le péché mortel ne peut être remis tant que la volonté adhère au péché, de même le péché véniel ne peut pas être remis non plus, parce que, tant que la cause subsiste, l’effet subsiste aussi. — Mais on exige pour la rémission du péché mortel une pénitence plus parfaite. Ainsi on veut que l’homme déteste en acte, autant qu’il est en lui, le péché mortel qu’il a commis, c’est-à-dire qu’il mette tous ses soins à se rappeler chacun de ses péchés mortels, pour détester chacun d’eux en particulier (Ce sont presque les expressions du concile de Trente qui exige : Ut pœnitens quisque diligentiùs se excutiat et conscientiæ suæ sinus omnes et latebras exploret ad hoc, ut ea omnia peccata, quibus Domins Deus suum mortaliter offendit, meminerit (sess. 14, chap. 5).). Mais cela n’est pas nécessaire pour la rémission des péchés véniels. Cependant ce n’est pas assez de la détestation habituelle qui résulte de l’habitude de la charité ou de la vertu de pénitence ; parce qu’alors la charité ne serait pas compatible avec le péché véniel, ce qui est évidemment faux. D’où il suit qu’il faut une certaine détestation virtuelle, comme quand on se porte d’une certaine manière par le cœur vers Dieu et vers les choses divines, de telle sorte que tout ce qui se présente comme étant de nature à refroidir ce mouvement déplaît, et qu’on se repent de l’avoir commis (Il est à remarquer que par la pénitence virtuelle saint Thomas n’entend pas toute espèce de bon mouvement qui nous porte vers Dieu, mais seulement tout mouvement qui se rapporte au péché véniel en nous faisant détester tout ce qui refroidit notre amour pour Dieu, et en nous faisant déplorer tous les actes de cette nature que nous avons commis, quoique nous n’y pensions pas formellement.), quand même on ne penserait pas en acte à ces fautes légères. Mais cela ne suffit pas pour obtenir la rémission du péché mortel, à moins qu’il ne s’agisse des péchés qu’on aurait oubliés après un examen suffisant.
Article 2 : L’infusion de la grâce est-elle requise pour la rémission des péchés véniels ?
Objection N°1. Il semble que l’infusion de la grâce soit requise pour la rémission des péchés véniels. Car l’effet n’existe pas sans sa propre cause. Or, la propre cause de la rémission des péchés est la grâce, puisque les péchés de l’homme ne sont pas remis par ses propres mérites. D’où l’Apôtre dit (Eph., 2, 4) : Dieu qui est riche en miséricorde, poussé par l’amour extrême dont il nous a aimés lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie dans le Christ, par la grâce duquel vous avez été sauvés. Les péchés véniels ne sont donc pas remis sans l’infusion de la grâce.
Réponse à l’objection N°1 : La rémission des péchés véniels est l’effet de la grâce, c’est-à-dire qu’elle est produite par un acte nouveau qui émane d’elle (Il y a quelques auteurs qui ont cru que le péché véniel pouvait être remis sans la grâce, mais ce sentiment est contraire à cette décision du concile d’Orange (can. 14) : Nullus miser de quantacumque miseria liberatur nisi qui Dei misericordiâ prœvenitur, à la pratique des fideles qui demandent tous les jours dans l’oraison dominicale le pardon de leurs fautes vénielles, et à ces paroles de saint Jean (1 Jean, chap. 1) : Sanguis Christi emundat nos ab omni peccato.), mais non par quelque chose d’habituel qui serait de nouveau infus dans l’âme.
Objection N°2. Les péchés véniels ne sont pas remis sans la pénitence. Or, la grâce est infuse dans la pénitence comme dans les autres sacrements de la loi nouvelle. Les péchés véniels ne sont donc pas remis sans l’infusion de la grâce.
Réponse à l’objection N°2 : Le péché véniel n’est jamais remis sans un acte quelconque de la vertu de pénitence, explicite ou implicite, comme nous l’avons dit (art. préc.). Cependant le péché véniel peut être remis sans le sacrement de pénitence, qui reçoit sa dernière forme dans l’absolution du prêtre, comme nous l’avons vu (quest. préc., art. 2). C’est pourquoi il ne s’ensuit pas que pour la rémission du péché véniel l’infusion de la grâce soit requise ; car quoique cette infusion existe dans tout sacrement, elle n’existe cependant pas dans tout acte de vertu.
Objection N°3. Le péché véniel imprime une tache à l’âme. Or, la tâche n’est enlevée que par la grâce, qui est la beauté spirituelle de l’âme. Il semble donc que les péchés véniels ne soient pas remis sans l’infusion de la grâce.
Réponse à l’objection N°3 : Comme un corps peut être taché de deux manières : 1° par la privation de ce qui est requis pour la beauté, par exemple, de la couleur qu’il doit avoir ou de la proportion que doivent avoir les membres entre eux ; 2° par l’avènement d’une chose qui empêche sa beauté, comme la boue ou la poussière ; de même l’âme peut être tachée de deux manières : 1° par la privation de la beauté de la grâce qui est produite par le péché mortel ; 2° par l’inclination déréglée de la volonté vers quelque chose de temporel, et c’est ce que produit le péché véniel. C’est pourquoi, pour enlever la tâche du péché mortel, l’infusion de la grâce est requise ; au lieu que pour enlever la tâche du péché véniel il faut un acte qui procède de la grâce, par laquelle se trouve détruit l’attachement déréglé que l’on avait pour une chose temporelle.
Mais c’est le contraire. Le péché véniel qui advient n’enlève ni ne diminue la grâce, comme nous l’avons dit (2a 2æ, quest. 24, art. 10). Donc, pour la même raison, pour que le péché véniel soit remis il n’est pas nécessaire que l’infusion d’une grâce nouvelle ait lieu.
Conclusion Puisque par le péché véniel la ferveur de la charité est refroidie plutôt que la grâce habituelle ou la charité n’est détruite, l’infusion de la grâce habituelle n’est pas nécessairement requise pour la rémission de cette faute, quoique l’infusion de la grâce et de la charité soit unie à la rémission de tous les péchés véniels dans un adulte quel qu’il soit.
Il faut répondre que chaque chose est détruite par son contraire. Or, le péché véniel n’est pas contraire à la grâce ou à la charité habituelle, mais il refroidit son acte, dans le sens que l’homme s’attache trop au bien créé, quoiqu’il n’agisse pas contre Dieu, comme nous l’avons vu (1a 2æ, quest. 88, art. 1, et 2a 2æ, quest. 24, art. 10). C’est pourquoi, pour que le péché véniel soit effacé, il n’est pas nécessaire qu’une grâce habituelle soit infuse de nouveau ; mais il suffit d’un mouvement de la grâce ou de la charité (Ce mouvement de la grâce et de la charité doit toujours être accompagné au moins de la détestation virtuelle du péché, comme nous l’avons vu dans l’article précédent.) pour en obtenir la rémission. — Mais parce que dans ceux qui ont l’usage du libre arbitre, et qui seuls peuvent faire des péchés véniels, il n’arrive pas que l’infusion de la grâce ait lieu sans un mouvement actuel (Ce mouvement existe présentement, ou il a existé auparavant, et il subsiste virtuellement.) du libre arbitre vers Dieu et contre le péché ; pour ce motif, toutes les fois que la grâce est infuse de nouveau dans quelqu’un, les péchés véniels sont remis (Toujours dans la supposition que ce mouvement du libre arbitre renferme la pénitence virtuelle de ces péchés.).
Article 3 : Les péchés véniels sont-ils remis par l’aspersion de l’eau bénite et par d’autres moyens ?
Objection N°1. Il semble que les péchés véniels ne soient pas remis par l’aspersion de l’eau bénite, par la bénédiction épiscopale et par d’autres choses semblables. Car les péchés véniels ne sont pas remis sans la pénitence, comme nous l’avons dit (art. 1). Or, la pénitence suffit par elle-même pour la rémission des péchés véniels. Ces moyens n’opèrent donc rien pour la rémission de ces mêmes fautes.
Réponse à l’objection N°1 : Toutes ces choses produisent la rémission des péchés véniels, dans le sens qu’elles portent l’âme au mouvement de la pénitence qui est la détestation des péchés, soit implicitement, soit explicitement.
Objection N°2. Chacune de ces choses se rapporte à un seul péché véniel comme elle se rapporte à tous. Si donc un péché véniel est remis par l’une de ces choses, il s’ensuit que pour la même raison ils sont tous remis. Ainsi, en se frappant la poitrine une fois, ou en recevant une fois de l’eau bénite, l’homme se trouverait exempt de tous les péchés véniels ; ce qui paraît répugner.
Réponse à l’objection N°2 : Toutes ces choses opèrent, autant qu’il est en elles, pour la rémission de tous les péchés véniels : cette rémission peut cependant être empêchée relativement à quelques péchés véniels (Ainsi la plénitude de l’effet se trouve empêchée, non par l’insuffisance de la cause, mais par le défaut de disposition de la part du sujet.) auxquels l’âme reste actuellement attachée ; comme par la fiction on empêche aussi quelquefois l’effet du baptême.
Objection N°3. Les péchés véniels font qu’on mérite une peine, quoiqu’elle soit temporelle. Car il est dit (1 Cor., 3, 15) : Que celui qui bâtit avec du bois, du foin et de la paille, sera sauvé, mais comme par le feu. Or, ces choses par lesquelles on dit que le péché véniel est pardonné n’ont en elles rien ou presque rien de pénible. Elles ne suffisent donc pas pour la rémission pleine et entière des péchés véniels.
Réponse à l’objection N°3 : Par les moyens dont nous avons parlé les péchés véniels sont effacés à la vérité quant à la faute, par la vertu d’une satisfaction quelconque aussi bien que par la vertu de la charité dont le mouvement est par là même excité. Mais toute la peine due au péché n’est pas toujours enlevée par chacun de ces moyens ; parce qu’alors celui qui serait absolument exempt de péché mortel, entrerait immédiatement dans le ciel, après avoir reçu de l’eau bénite. La peine n’est remise par ces moyens qu’en proportion de la ferveur qu’on a pour Dieu, et cette ferveur est excitée par ces moyens tantôt plus et tantôt moins.
Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (hom. ult. inter 50) que c’est pour des fautes légères que nous nous frappons la poitrine et que nous disons : Pardonnez-nous nos offenses. Il semble donc qu’en se frappant la poitrine et en récitant l’oraison dominicale on obtienne la rémission des péchés véniels, et il semble qu’on doive raisonner de même à l’égard des autres choses.
Conclusion Puisque pour la rémission du péché véniel il suffit d’un acte de détestation du péché ou d’un mouvement de respect envers Dieu, il est évident qu’en faisant une confession générale de ses fautes, en se frappant la poitrine ou en récitant l’oraison, dominicale on obtient la rémission de ses péchés véniels en tant que ces choses sont accompagnées d’une détestation du péché, et on l’obtient aussi par la bénédiction épiscopale, l’aspersion de l’eau bénite et les autres actions semblables, selon qu’on les fait pour témoigner à Dieu son respect.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. préc.), l’infusion d’une grâce nouvelle n’est pas requise pour la rémission du péché véniel, mais il suffit d’un acte qui procède de la grâce et par lequel on déteste le péché véniel soit explicitement, soit au moins implicitement ; comme quand on se porte avec ferveur vers Dieu. — C’est pourquoi il y a trois sortes de choses qui produisent la rémission des péchés véniels : 1° Il y en a qui la produisent selon que la grâce est infuse en elles, parce que les péchés véniels sont effacés par l’infusion de la grâce, comme nous l’avons dit (art. préc.). C’est de la sorte qu’ils sont effacés par l’eucharistie, l’extrême-onction et en général par tous les sacrements de la loi nouvelle qui confèrent la grâce (Ainsi les sacrements produisent la rémission des péchés véniels ex opere operato, comme ils produisent la grâce elle-même, tandis que les sacramentaux ne produisent cette rémission que ex opere operantis.). 2° Il y en a qui la produisent selon qu’elles sont accompagnées d’un mouvement de détestation à l’égard du péché. C’est ainsi qu’en faisant la confession générale de ses fautes, en se frappant la poitrine, en récitant l’oraison dominicale (Ces sacramentaux sont d’après leur genre et leur mode accompagnés d’une certaine détestation da péché, et c’est pour ce motif que saint Thomas les distingue des autres.), on obtient la rémission de ses péchés véniels. Car nous disons dans l’oraison dominicale : Pardonnez-nous nos offenses. 3° Il y en a qui la produisent selon qu’elles sont accompagnées d’un mouvement de respect pour Dieu et pour les choses divines (Indépendamment de ce mouvement de respect qu’elles excitent, elles sont en outre revêtues de la bénédiction et de la consécration de l’Eglise, ce qui leur donne une puissance impétratoire toute particulière.). C’est de cette manière que la bénédiction épiscopale, l’aspersion de l’eau bénite, toute onction sacramentelle, une prière dans une église dédiée et toutes les autres choses semblables opèrent pour la rémission de ces fautes.
Article 4 : Le péché véniel peut-il être remis sans le péché mortel ?
Objection N°1. Il semble que le péché véniel puisse être remis sans le péché mortel. Car, sur ces paroles (Jean, chap. 8) : Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre, la glose dit (ex lib. De ver. et fals. pœnit., chap. ult.), qu’ils étaient tous dans le péché mortel ; puisque les péchés véniels leur étaient pardonnés par les cérémonies. Le péché véniel peut donc être remis sans le péché mortel.
Réponse à l’objection N°1 : Par péchés véniels on entend en cet endroit les irrégularités ou les impuretés qu’ils contractaient selon la loi.
Objection N°2. L’infusion de la grâce n’est pas requise pour la rémission du péché véniel, tandis qu’elle est requise pour celle du péché mortel. Le péché véniel peut donc être remis sans le péché mortel.
Réponse à l’objection N°2 : Quoique pour la rémission du péché véniel on ne requière pas une infusion nouvelle de la grâce habituelle, cependant on requiert un acte de la grâce (Un acte de la grâce habituelle qui est incompatible avec le péché mortel.) qui ne peut exister dans celui qui est soumis au péché mortel.
Objection N°3. Le péché véniel est plus éloigné du péché mortel que d’un autre péché véniel. Or, un péché véniel peut être remis sans un autre, comme nous l’avons dit (art. préc., Réponse N°2, et quest. préc., art. 3). Le péché véniel peut donc être remis sans le péché mortel.
Réponse à l’objection N°3 : Le péché véniel n’exclut pas tout acte de la grâce par lequel tous les péchés véniels peuvent être pardonnés ; au lieu que le péché mortel exclut totalement l’habitude de la grâce, sans laquelle aucun péché ni mortel, ni véniel n’est remis. C’est pourquoi il n’y a pas de parité.
Mais c’est le contraire. Il est dit (Matth., 5, 26) : En vérité je vous le dis, vous ne sortirez pas d’ici, c’est-à-dire de la prison dans laquelle l’homme est enfermé pour tout péché mortel, que vous n’ayez payé la dernière obole ; ce qui désigne le péché véniel. Le péché véniel n’est donc pas remis sans le péché mortel.
Conclusion Puisque la rémission des fautes est produite par la grâce qui n’existe pas dans celui qui est en état de péché mortel, il s’ensuit que l’un des péchés véniels ne peut être remis sans le péché mortel.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 3), la rémission d’une faute quelconque n’est jamais produite que par la vertu de la grâce, parce que, selon la pensée de l’Apôtre (Rom., chap. 4), il appartient à la grâce de Dieu que Dieu n’impute pas un péché à quelqu’un ; ce que la glose (interl., sup. illud : Beatus vir cui non imputavit) entend du péché véniel. Celui qui est dans le péché mortel n’ayant pas la grâce de Dieu, il s’ensuit qu’aucun péché véniel ne lui est remis.

References: art. 10
 art. 3
 art. 8
 art. 11
 art. 10
 art. 4
 art. 2
 art. 2
 art. 10
 art. 1
 art. 10
 art. 3
 art. 3