Source: http://obvil.lip6.fr/Dramagraph/?play=racine_phedre
Timestamp: 2018-10-15 09:47:07+00:00

Document:
Théramène Hippolyte
Œnone Phèdre
Ismène Aricie
Hippolyte Thésée
Œnone Thésée
Aricie Hippolyte
Aricie Thésée
Phèdre Thésée
Racine, Jean. Phèdre. Table des rôles
[TOUS] 30 sc. 238 répl. 5,4 l. 1 279 l. 1 279 l. 48 % 2 682 l. (100 %) 2,1 pers.
Thésée 12 sc. 37 répl. 4,8 l. 394 l. (31 %) 177 l. (14 %) 45 % 820 l. (31 %) 2,1 pers.
Phèdre 12 sc. 59 répl. 6,3 l. 585 l. (46 %) 369 l. (29 %) 64 % 1 309 l. (49 %) 2,2 pers.
Hippolyte 11 sc. 42 répl. 6,5 l. 554 l. (44 %) 272 l. (22 %) 50 % 1 197 l. (45 %) 2,2 pers.
Aricie 6 sc. 22 répl. 4,8 l. 256 l. (21 %) 107 l. (9 %) 42 % 525 l. (20 %) 2,0 pers.
Œnone 9 sc. 48 répl. 3,4 l. 526 l. (42 %) 163 l. (13 %) 31 % 1 158 l. (44 %) 2,2 pers.
Théramène 4 sc. 17 répl. 8,2 l. 347 l. (28 %) 140 l. (11 %) 41 % 455 l. (17 %) 2,1 pers.
Ismène 1 sc. 7 répl. 3,5 l. 164 l. (13 %) 24 l. (2 %) 15 % 149 l. (6 %) 2,0 pers.
Panope 3 sc. 6 répl. 4,6 l. 83 l. (7 %) 28 l. (3 %) 34 % 227 l. (9 %) 2,7 pers.
Gardes 0 sc. 0 répl. 0 47 l. (4 %) 0 l. (0 %) 0 % 0 l. (0 %) 0
Racine, Jean. Phèdre. Statistiques par relation
Thésée 16 l. (100 %) 2 répl. 7,6 l. 2 sc. 15 l. (2 %) 1,0 pers.
Phèdre 42 l. (57 %) 7 répl. 5,9 l.
32 l. (44 %) 6 répl. 5,2 l. 3 sc. 73 l. (6 %) 2,6 pers.
Hippolyte 81 l. (55 %) 14 répl. 5,8 l.
67 l. (46 %) 11 répl. 6,1 l. 3 sc. 147 l. (12 %) 2,0 pers.
Aricie 12 l. (38 %) 6 répl. 1,9 l.
20 l. (63 %) 6 répl. 3,3 l. 2 sc. 31 l. (3 %) 2,0 pers.
Œnone 15 l. (58 %) 3 répl. 5,0 l.
11 l. (43 %) 3 répl. 3,6 l. 1 sc. 26 l. (3 %) 2,0 pers.
Théramène 37 l. (34 %) 7 répl. 5,2 l.
75 l. (67 %) 4 répl. 18,5 l. 2 sc. 111 l. (9 %) 2,0 pers.
Panope 34 l. (70 %) 5 répl. 6,7 l.
15 l. (31 %) 3 répl. 4,9 l. 2 sc. 48 l. (4 %) 2,7 pers.
Phèdre 26 l. (100 %) 2 répl. 12,7 l. 2 sc. 25 l. (2 %) 1,0 pers.
Hippolyte 90 l. (86 %) 9 répl. 9,9 l.
16 l. (15 %) 6 répl. 2,6 l. 2 sc. 105 l. (9 %) 2,9 pers.
Œnone 313 l. (69 %) 51 répl. 6,1 l.
146 l. (32 %) 44 répl. 3,3 l. 7 sc. 458 l. (36 %) 2,2 pers.
Panope 20 l. (60 %) 3 répl. 6,5 l.
14 l. (41 %) 4 répl. 3,4 l. 2 sc. 33 l. (3 %) 3,0 pers.
Hippolyte 14 l. (100 %) 2 répl. 6,6 l. 2 sc. 13 l. (2 %) 1,0 pers.
Aricie 111 l. (76 %) 10 répl. 11,1 l.
37 l. (25 %) 9 répl. 4,1 l. 3 sc. 147 l. (12 %) 2,1 pers.
Œnone 17 l. (65 %) 7 répl. 2,4 l.
10 l. (36 %) 3 répl. 3,1 l. 2 sc. 26 l. (3 %) 2,9 pers.
Théramène 106 l. (62 %) 20 répl. 5,3 l.
66 l. (39 %) 13 répl. 5,1 l. 7 sc. 171 l. (14 %) 2,0 pers.
Théramène 7 l. (69 %) 2 répl. 3,1 l.
3 l. (32 %) 2 répl. 1,4 l. 1 sc. 9 l. (1 %) 3,0 pers.
Ismène 63 l. (72 %) 12 répl. 5,2 l.
25 l. (29 %) 7 répl. 3,5 l. 3 sc. 87 l. (7 %) 2,0 pers.
Panope 2 l. (12 %) 2 répl. 0,9 l.
14 l. (89 %) 3 répl. 4,4 l. 1 sc. 15 l. (2 %) 3,0 pers.
Par grâce et privilège du Roi, donné à Saint-Germain-en-Laye l’onzième jour de février 1677, signé par le Roi en son conseil DALENCE, il est permis au sieur Racine, trésorier de France en la Généralité de Moulins, de faire imprimer par tel imprimeur ou libraire qu’il voudra choisir, une tragédie intitulée Phèdre et Hippolyte, en tel volume, marge, caractère et autant de fois que bon lui semblera, pendant le temps et espace de sept années consécutives, à compter du jour que chaque volume sera achevé d’imprimer pour la première fois : pendant lequel temps sa Majesté fait très expresses défenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu’elles soient, d’imprimer, faire imprimer, vendre et distribuer la dite Tragédie, sous quelque prétexte que ce soit, sans le consentement du dit sieur Racine, ou de ceux qui auront droit de lui, ni d’en faire extraits et abrégés, sous peine de trois mille livres d’amende, et confiscation des exemplaires contrefaits, dépens, dommages et autre peines plus amplement portées par lesdites lettres de privilège.
Achevé d’imprimé pour la première fois, en vertu des présentes, le 15 mars 1677.
Représentée pour la première fois le 1er janvier 1677 à l’Hôtel de Bourgogne.
Voici encore une tragédie dont le sujet est pris d’Euripide. Quoique j’aie suivi une route un peu différente de celle de cet auteur pour la conduite de l’action, je n’ai pas laissé d’enrichir ma pièce de tout ce qui m’a paru le plus éclatant dans la sienne. Quand je ne lui devrais que la seule idée du caractère de Phèdre, je pourrais dire que je lui dois ce que j’ai peut-être mis de plus raisonnable sur le théâtre. Je ne suis point étonné que ce caractère ait eu un succès si heureux du temps d’Euripide, et qu’il ait encore si bien réussi dans notre siècle, puisqu’il a toutes les qualités qu’Aristote demande dans le héros de la tragédie, et qui sont propres à exciter la compassion et la terreur. En effet, Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. Elle est engagée, par sa destinée et par la colère des dieux, dans une passion illégitime, dont elle a horreur toute la première. Elle fait tous ses efforts pour la surmonter. Elle aime mieux se laisser mourir que de la déclarer à personne, et lorsqu’elle est forcée de la découvrir, elle en parle avec une confusion qui fait bien voir que son crime est plutôt une punition des dieux qu’un mouvement de sa volonté.
J’ai même pris soin de la rendre un peu moins odieuse qu’elle n’est dans les tragédies des Anciens, où elle se résout d’elle-même à accuser Hippolyte. J’ai cru que la calomnie avait quelque chose de trop bas et de trop noir pour la mettre dans la bouche d’une princesse qui a d’ailleurs des sentiments si nobles et si vertueux. Cette bassesse m’a paru plus convenable à une nourrice, qui pouvait avoir des inclinations plus serviles, et qui néanmoins n’entreprend cette fausse accusation que pour sauver la vie et l’honneur de sa maîtresse. Phèdre n’y donne les mains que parce qu’elle est dans une agitation d’esprit qui la met hors d’elle-même, et elle vient un moment après dans le dessein de justifier l’innocence et de déclarer la vérité.
Hippolyte est accusé, dans Euripide et dans Sénèque, d’avoir en effet violé sa belle-mère. Vim corpus tulit. Mais il n’est ici accusé que d’en avoir eu le dessein. J’ai voulu épargner à Thésée une confusion qui l’aurait pu rendre moins agréable aux spectateurs.
Pour ce qui est du personnage d’Hippolyte, j’avais remarqué dans les Anciens qu’on reprochait à Euripide de l’avoir représenté comme un philosophe exempt de toute imperfection ; ce qui faisait que la mort de ce jeune prince causait beaucoup plus d’indignation que de pitié. J’ai cru lui devoir donner quelque faiblesse qui le rendrait un peu coupable envers son père, sans pourtant lui rien ôter de cette grandeur d’âme avec laquelle il épargne l’honneur de Phèdre, et se laisse opprimer sans l’accuser. J’appelle faiblesse la passion qu’il ressent malgré lui pour Aricie, qui est la fille et la soeur des ennemis mortels de son père.
Cette Aricie n’est point un personnage de mon invention. Virgile dit qu’Hippolyte l’épousa, et en eut un fils, après qu’Esculape l’eut ressuscité. Et j’ai lu encore dans quelques auteurs qu’Hippolyte avait épousé et emmené en Italie une jeune Athénienne de grande naissance, qui s’appelait Aricie, et qui avait donné son nom à une petite ville d’Italie.
Au reste, je n’ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies. Je laisse aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer, c’est que je n’en ai point fait où la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci. Les moindres fautes y sont sévèrement punies ; la seule pensée du crime y est regardée avec autant d’horreur que le crime même ; les faiblesses de l’amour y passent pour de vraies faiblesses ; les passions n’y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. C’est là proprement le dut que tout homme qui travaille pour le public doit se proposer, et c’est ce que les premiers poètes tragiques avaient en vue sur toute chose. Leur théâtre était une école où la vertu n’était pas moins bien enseignée que dans les écoles des philosophes. Aussi Aristote a bien voulu donner des règles du poème dramatique, et Socrate, le plus sage des philosophes, ne dédaignait pas de mettre la main aux tragédies d’Euripide. Il serait à souhaiter que nos ouvrages fussent aussi solides et aussi pleins d’utiles instructions que ceux de ces poètes. Ce serait peut-être un moyen de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine, qui l’ont condamnée dans ces derniers temps et qui en jugeraient sans doute plus favorablement, si les auteurs songeaient autant à instruire leurs spectateurs qu’à les divertir, et s’ils suivaient en cela la véritable intention de la tragédie.
SCÈNE PREMIÈRE. Hippolyte, Théramène. §
10 J’ai couru les deux mers que sépare Corinthe.
Passé jusqu’à la mer, qui vit tomber Icare.
25 Et fixant de ses voeux l’inconstance fatale
Au tumulte pompeux d’Athènes, de la Cour ?
40 Que votre exil d’abord signala son crédit.
Et d’ailleurs, quel péril vous peut faire courir
45 Phèdre atteinte d’un mal qu’elle s’obstine à taire,
50 Je fuis, je l’avouerai, cette jeune Aricie,
Jamais l’aimable soeur des cruels Pallantides
60 Et d’un joug que Thésée a subi tant de fois ?
Des sentiments d’un coeur si fier, si dédaigneux,
70 M’ait fait sucer encor cet orgueil qui t’étonne.
S’échauffait au récit de ses nobles exploits ;
Consolant les mortels de l’absence d’Alcide ;
80 Procuste, Cercyon, et Sciron, et Sinnis,
Qu’aucuns monstres par moi domptés jusqu’aujourd’hui
100 Ne m’ont acquis le droit de faillir comme lui.
De l’obstacle éternel qui nous a séparés.
Et que jusqu’au tombeau soumise à sa tutelle
110 Jamais les feux d’hymen ne s’allument pour elle.
115 Le Ciel de nos raisons ne sait point s’informer.
120 S’il a quelque douceur n’osez-vous l’essayer ?
125 Si toujours Antiope à ses lois opposée
Chargés d’un feu secret vos yeux s’appesantissent.
135 Il n’en faut point douter, vous aimez, vous brûlez.
Seigneur ? C’est mon dessein, tu peux l’en avertir.
SCÈNE II. Hippolyte, Oenone, Théramène. §
145 En vain à l’observer jour et nuit je m’attache,
Son chagrin inquiet l’arrache de son lit.
150 M’ordonne toutefois d’écarter tout le monde...
Elle vient. Il suffit, je la laisse en ces lieux,
SCÈNE III. Phèdre, Oenone. §
N’allons point plus avant. Demeurons, chère Oenone.
Je ne me soutiens plus. Ma force m’abandonne.
Hélas ! Dieux tout-puissants ! Que nos pleurs vous apaisent.
160 A pris soin sur mon front d’assembler mes cheveux ?
Comme on voit tous ses voeux l’un l’autre se détruire !
170 Toi, dont ma mère osait se vanter d’être fille,
Quand pourrai-je au travers d’une noble poussière
Suivre de l’oeil un char fuyant dans la carrière ?
Quoi, Madame ! Insensée, où suis-je ? Et qu’ai-je dit ?
Je l’ai perdu. Les dieux m’en ont ravi l’usage.
185 Ah ! S’il vous faut rougir, rougissez d’un silence,
Vous trahissez l’époux à qui la foi vous lie,
Songez qu’un même jour leur ravira leur mère,
Cet Hippolyte... Ah dieux !
Cet Hippolyte... Ah dieux ! Ce reproche vous touche.
Vivez donc. Que l’amour, le devoir vous excite.
210 Vivez, ne souffrez pas que le fils d’une Scythe,
220 Vos mains n’ont point trempé dans le sang innocent ?
225 Je t’en ai dit assez. Épargne moi le reste.
235 Mon pays, mes enfants, pour vous j’ai tout quitté.
240 À l’horreur de vous voir expirer à mes yeux ?
Quand tu sauras mon crime, et le sort qui m’accable,
Tu le veux. Lève-toi. Parlez. Je vous écoute.
250 Dans quels égarements l’amour jeta ma mère !
Pour qui ? Tu vas ouïr le comble des horreurs.
J’aime... à ce nom fatal je tremble, je frissonne.
J’aime... Qui ?
J’aime... Qui ? Tu connais ce fils de l’Amazone,
Hippolyte ? Grands dieux ! C’est toi qui l’as nommé.
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée,
270 Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
280 Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner.
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter.
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre,
J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné.
305 Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée.
J’ai conçu pour mon crime une juste terreur.
Je n’ai pu soutenir tes larmes, tes combats.
Je t’ai tout avoué, je ne m’en repens pas,
Un reste de chaleur, tout prêt à s’exhaler.
SCÈNE IV. Phèdre, Oenone, Panope. §
320 Et ce malheur n’est plus ignoré que de vous.
Ciel ! Pour le choix d’un maître Athènes se partage.
Madame, et de l’État l’autre oubliant les lois
335 Panope, c’est assez. La reine qui t’entend,
SCÈNE V. Phèdre, Oenone. §
Pour vous en détourner je n’avais plus de voix.
340 Mais ce nouveau malheur vous prescrit d’autres lois.
Le roi n’est plus, Madame, il faut prendre sa place.
Esclave, s’il vous perd, et roi, si vous vivez.
345 Sur qui dans son malheur voulez-vous qu’il s’appuie ?
Ses larmes n’auront plus de main qui les essuie.
Vivez, vous n’avez plus de reproche à vous faire.
Vous avez l’un et l’autre une juste ennemie.
365 Et si l’amour d’un fils en ce moment funeste
SCÈNE PREMIÈRE. Aricie, Ismène. §
370 C’est le premier effet de la mort de Thésée.
375 Ce n’est donc point, Ismène, un bruit mal affermi.
380 On sème de sa mort d’incroyables discours.
On dit que ravisseur d’une amante nouvelle
Qu’avec Pirithoüs aux Enfers descendu
Et s’est montré vivant aux infernales ombres,
Et repasser les bords, qu’on passe sans retour.
Croirai-je qu’un mortel avant sa dernière heure
Qu’il plaindra mes malheurs ? Madame, je le crois.
400 L’insensible Hippolyte est-il connu de toi ?
405 Je sais de ses froideurs tout ce que l’on récite.
Mais j’ai vu près de vous ce superbe Hippolyte.
Sa présence à ce bruit n’a point paru répondre.
410 Dès vos premiers regards je l’ai vu se confondre.
Le nom d’amant peut-être offense son courage.
Un coeur toujours nourri d’amertume et de pleurs,
420 Dût connaître l’amour, et ses folles douleurs ?
Reste du sang d’un roi, noble fils de la Terre,
J’ai perdu dans la fleur de leur jeune saison
Six frères, quel espoir d’une illustre maison !
But à regret le sang des neveux d’Erechthée.
Je regardais ce soin d’un vainqueur soupçonneux.
Tu sais que de tout temps à l’amour opposée
Je rendais souvent grâce à l’injuste Thésée
435 Dont l’heureuse rigueur secondait mes mépris.
J’aime en lui sa beauté, sa grâce tant vantée,
440 Qu’il méprise lui-même, et qu’il semble ignorer.
445 Phèdre en vain s’honorait des soupirs de Thésée.
Et d’entrer dans un coeur de toutes parts ouvert.
Hercule à désarmer coûtait moins qu’Hippolyte,
Préparait moins de gloire aux yeux qui l’ont dompté.
On ne m’opposera que trop de résistance.
460 Gémir du même orgueil que j’admire aujourd’hui.
Aurais-je pu fléchir... Vous l’entendrez lui-même,
SCÈNE II. Hippolyte, Aricie, Ismène. §
470 L’ami, le compagnon, le successeur d’Alcide.
475 Je révoque des lois dont j’ai plaint la rigueur,
Et dans cette Trézène aujourd’hui mon partage,
Qui m’a sans balancer reconnu pour son roi,
Modérez des bontés, dont l’excès m’embarrasse.
485 Du choix d’un successeur Athènes incertaine
Qu’une superbe loi semble me rejeter.
490 Mais si pour concurrent je n’avais que mon frère,
500 Et laissa dans l’oubli vos frères malheureux.
Assez elle a gémi d’une longue querelle
505 Trézène m’obéit. Les campagnes de Crète
L’Attique est votre bien. Je pars, et vais pour vous
De tout ce que j’entends étonnée et confuse
510 Je crains presque, je crains qu’un songe ne m’abuse.
N’était-ce pas assez de ne me point haïr ?
De cette inimitié... Moi, vous haïr, Madame ?
520 Croit-on que dans ses flancs un monstre m’ait porté ?
Quoi, Seigneur ? Je me suis engagé trop avant.
D’un secret, que mon coeur ne peut plus renfermer.
530 D’un téméraire orgueil exemple mémorable.
Moi, qui contre l’amour fièrement révolté,
Contre vous, contre moi vainement je m’éprouve.
545 Tout retrace à mes yeux les charmes que j’évite.
555 D’un coeur qui s’offre à vous quel farouche entretien !
560 Qu’Hippolyte sans vous n’aurait jamais formés.
SCÈNE III. Hippolyte, Aricie, Théramène, Ismène. §
Seigneur, la Reine vient, et je l’ai devancée.
Elle vous cherche. Moi ? J’ignore sa pensée,
Seigneur, vous ne pouvez refuser de l’entendre.
Cependant vous sortez. Et je pars. Et j’ignore
570 Si je n’offense point les charmes que j’adore.
J’ignore si ce coeur que je laisse en vos mains...
SCÈNE IV. Hippolyte, Théramène. §
580 Me délivrer bientôt d’un fâcheux entretien.
SCÈNE V. Phèdre, Hippolyte, Oenone. §
Mon fils n’a plus de père, et le jour n’est pas loin
Je crains d’avoir fermé votre oreille à ses cris.
595 Madame, je n’ai point des sentiments si bas.
Quand vous me haïriez je ne m’en plaindrais pas,
Seigneur. Vous m’avez vue attachée à vous nuire :
À votre inimitié j’ai pris soin de m’offrir.
600 Aux bords que j’habitais je n’ai pu vous souffrir.
J’ai voulu par des mers en être séparée.
J’ai même défendu par une expresse loi
605 Si pourtant à l’offense on mesure la peine,
610 Pardonne rarement au fils d’une autre épouse.
615 Ah, Seigneur ! Que le ciel, j’ose ici l’attester,
De cette loi commune a voulu m’excepter.
Qu’un soin bien différent me trouble, et me dévore !
Madame, il n’est pas temps de vous troubler encore.
625 En vain vous espérez qu’un Dieu vous le renvoie,
Je le vois, je lui parle, et mon coeur... Je m’égare,
Tout mort qu’il est, Thésée est présent à vos yeux.
635 Je l’aime, non point tel que l’ont vu les Enfers,
640 Tel qu’on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous vois.
Par vous aurait péri le monstre de la Crète
650 Malgré tous les détours de sa vaste retraite,
Pour en développer l’embarras incertain
655 C’est moi, Prince, c’est moi dont l’utile secours
660 Moi-même devant vous j’aurais voulu marcher,
665 Et sur quoi jugez-vous que j’en perds la mémoire,
Et je vais... Ah ! Cruel, tu m’as trop entendue.
685 J’ai voulu te paraître odieuse, inhumaine.
690 J’ai langui, j’ai séché, dans les feux, dans les larmes.
695 Tremblante pour un fils que je n’osais trahir,
700 Digne fils du héros qui t’a donné le jour,
Voilà mon coeur. C’est là que ta main doit frapper.
705 Impatient déjà d’expier son offense
Au devant de ton bras je le sens qui s’avance.
Donne. Que faites-vous, Madame ? Justes dieux !
SCÈNE VI. Hippolyte, Théramène. §
Phèdre... Mais non, grands Dieux ! Qu’en un profond oubli
Mais Athènes, Seigneur, s’est déjà déclarée,
730 On prétend que Thésée a paru dans l’Épire.
Mais moi qui l’y cherchai, Seigneur, je sais trop bien...
N’importe, écoutons tout, et ne négligeons rien.
735 Partons, et quelque prix qu’il en puisse coûter,
SCÈNE PREMIÈRE. Phèdre, Oenone. §
Ah ! Que l’on porte ailleurs les honneurs qu’on m’envoie.
740 Cache-moi bien plutôt, je n’ai que trop parlé.
745 Comme il ne respirait qu’une retraite prompte !
750 Il suffit que ma main l’ait une fois touchée,
Ainsi dans vos malheurs ne songeant qu’à vous plaindre,
Vous nourrissez un feu, qu’il vous faudrait éteindre.
Lorsque j’ai de mes sens abandonné l’empire,
Quand je me meurs. Fuyez.
Quand je me meurs. Fuyez. Je ne le puis quitter.
Vous l’osâtes bannir, vous n’osez l’éviter.
765 Il n’est plus temps. Il sait mes ardeurs insensées.
De l’austère pudeur les bornes sont passées.
Et l’espoir malgré moi s’est glissé dans mon coeur.
Par tes conseils flatteurs tu m’as su ranimer.
775 Mais si jamais l’offense irrita vos esprits,
780 Que Phèdre en ce moment n’avait-elle mes yeux ?
Entend parler d’amour pour la première fois.
Il oppose à l’amour un coeur inaccessible.
Cherchons pour l’attaquer quelque endroit plus sensible.
795 Les charmes d’un Empire ont paru le toucher.
Athènes l’attirait, il n’a pu s’en cacher.
Qu’il mette sur son front le sacré diadème.
Tes discours trouveront plus d’accès que les miens.
Je t’avouerai de tout, je n’espère qu’en toi.
Va, j’attends ton retour pour disposer de moi.
820 Jamais à tes autels n’a fléchi les genoux.
Qu’il aime ! Mais déjà tu reviens sur tes pas,
Oenone ? On me déteste, on ne t’écoute pas.
825 Il faut d’un vain amour étouffer la pensée,
Le roi, qu’on a cru mort, va paraître à vos yeux,
Mon époux est vivant, Oenone, c’est assez.
J’ai fait l’indigne aveu d’un amour qui l’outrage.
Quoi ? Je te l’ai prédit, mais tu n’as pas voulu.
Je mourais ce matin digne d’être pleurée.
Le coeur gros de soupirs, qu’il n’a point écoutés,
L’oeil humide de pleurs, par l’ingrat rebutés.
845 Penses-tu que sensible à l’honneur de Thésée,
855 Vont prendre la parole, et prêts à m’accuser
Mourons. De tant d’horreurs, qu’un trépas me délivre.
La mort aux malheureux ne cause point d’effroi.
865 Je tremble qu’un discours hélas ! trop véritable,
Je tremble qu’opprimés de ce poids odieux,
L’un ni l’autre jamais n’ose lever les yeux.
Il n’en faut point douter, je les plains l’un et l’autre.
C’en est fait. On dira que Phèdre trop coupable,
875 Hippolyte est heureux qu’aux dépens de vos jours
880 Et conter votre honte à qui voudra l’ouïr.
Vous le craignez. Osez l’accuser la première
Moi, que j’ose opprimer et noircir l’innocence ?
895 Tremblante comme vous, j’en sens quelques remords.
Votre vie est pour moi d’un prix à qui tout cède.
900 Bornera sa vengeance à l’exil de son fils.
905 C’est un trésor trop cher pour oser le commettre.
On vient, je vois Thésée. Ah ! Je vois Hippolyte.
SCÈNE IV. Thésée, Hippolyte, Phèdre, Oenone, Théramène. §
La fortune à mes voeux cesse d’être opposée,
Madame, et dans vos bras met... Arrêtez, Thésée,
N’a pas en votre absence épargné votre épouse,
920 Je ne dois désormais songer qu’à me cacher.
SCÈNE V. Thésée, Hippolyte, Théramène. §
Vous, mon fils, me quitter ? Je ne la cherchais pas.
940 Déjà de l’insolence heureux persécuteur,
Le libre voyageur ne craignait plus d’outrages.
945 Et moi, fils inconnu d’un si glorieux père,
Souffrez que mon courage ose enfin s’occuper.
950 Ou que d’un beau trépas la mémoire durable
Prouve à tout l’avenir que j’étais votre fils.
Ô ciel ! De ma prison pourquoi m’as-tu tiré ?
Je n’avais qu’un ami. Son imprudente flamme
Du tyran de l’Épire allait ravir la femme.
965 Moi-même il m’enferma dans des cavernes sombres,
Lieux profonds, et voisins de l’Empire des Ombres.
Les dieux après six mois enfin m’ont regardé.
D’un perfide ennemi j’ai purgé la nature.
Et lorsqu’avec transport je pense m’approcher
Vient se rassasier d’une si chère vue ;
975 Je n’ai pour tout accueil que des frémissements.
980 Qui m’a trahi ? Pourquoi ne suis-je pas vengé !
985 Entrons. C’est trop garder un doute qui m’accable.
990 Veut-elle s’accuser et se perdre elle-même ?
Moi-même plein d’un feu que sa haine réprouve,
995 De noirs pressentiments viennent m’épouvanter.
Mais l’innocence enfin n’a rien à redouter.
SCÈNE PREMIÈRE. Thésée, Oenone. §
Ah ! Qu’est-ce que j’entends ! Un traître, un téméraire
Préparait cet outrage à l’honneur de son père ?
L’insolent de la force empruntait le secours.
J’ai reconnu le fer, instrument de sa rage ;
1010 Ce fer dont je l’armai pour un plus noble usage.
Tous les liens du sang n’ont pu le retenir ?
1015 Honteuse du dessein d’un amant furieux,
Éteignait de ses yeux l’innocente lumière.
1020 Moi seule à votre amour j’ai su la conserver.
J’ai servi malgré moi d’interprète à ses larmes.
Le perfide ! Il n’a pu s’empêcher de pâlir.
De crainte en m’abordant je l’ai vu tressaillir.
1025 Je me suis étonné de son peu d’allégresse.
Je vous ai dit Seigneur, tout ce qui s’est passé.
C’est trop laisser la Reine à sa douleur mortelle.
SCÈNE II. Thésée, Hippolyte. §
1045 Monstre, qu’a trop longtemps épargné le tonnerre,
Reste impur des brigands dont j’ai purgé la Terre.
Tu m’oses présenter une tête ennemie,
1055 C’est bien assez pour moi de l’opprobre éternel
Fuis. Et si tu ne veux qu’un châtiment soudain
1060 T’ajoute aux scélérats qu’a punis cette main,
Tu promis d’exaucer le premier de mes voeux.
1070 Je n’ai point imploré ta puissance immortelle.
Avares du secours que j’attends de tes soins
Mes voeux t’ont réservé pour de plus grands besoins.
Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux père.
J’abandonne ce traître à toute ta colère.
Un tel excès d’horreur rend mon âme interdite,
1080 Qu’ils m’ôtent la parole, et m’étouffent la voix.
Pitthée estimé sage entre tous les humains
1105 Je ne veux point me peindre avec trop d’avantage.
1110 J’ai poussé la vertu jusques à la rudesse.
Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon coeur,
Et l’on veut qu’Hippolyte épris d’un feu profane...
Oui, c’est ce même orgueil, lâche, qui te condamne.
Non, mon père, ce coeur (c’est trop vous le celer)
1120 N’a point d’un chaste amour dédaigné de brûler.
1125 Je l’adore, et mon âme à vos ordres rebelle
Tu l’aimes ? Ciel ! Mais non, l’artifice est grossier.
Seigneur, depuis six mois je l’évite, et je l’aime.
1135 Cesse, cesse, et m’épargne un importun discours,
Elle vous paraît fausse, et pleine d’artifice.
Quels amis me plaindront quand vous m’abandonnez ?
1145 Va chercher des amis, dont l’estime funeste
Honore l’adultère, applaudisse à l’inceste,
Vous me parlez toujours d’inceste et d’adultère ?
1150 Je me tais. Cependant Phèdre sort d’une mère,
1155 Sors, traître. N’attends pas qu’un père furieux
1160 Un Dieu vengeur te suit, tu ne peux l’éviter.
Je t’aimais. Et je sens que malgré ton offense,
Mais à te condamner tu m’as trop engagé.
1165 Justes dieux, qui voyez la douleur qui m’accable,
SCÈNE IV. Phèdre, Thésée. §
Seigneur, je viens à vous pleine d’un juste effroi.
Votre voix redoutable a passé jusqu’à moi.
1170 S’il en est temps encore, épargnez votre race.
Respectez votre sang, j’ose vous en prier.
Sauvez-moi de l’horreur de l’entendre crier.
1175 Non, Madame, en mon sang ma main n’a point trempé.
Mais l’ingrat toutefois ne m’est point échappé.
1180 Quoi craignez-vous déjà qu’ils ne soient écoutés ?
Votre bouche, dit-il, est pleine d’impostures.
Il soutient qu’Aricie a son coeur, a sa foi,
Qu’il l’aime. Quoi, Seigneur ! Il l’a dit devant moi.
Et m’arrachant des bras d’Oenone épouvantée
1200 Peut-être à m’accuser j’aurais pu consentir,
Peut-être si la voix ne m’eût été coupée,
1205 Ah dieux ! Lorsqu’à mes voeux l’ingrat inexorable
S’armait d’un oeil si fier, d’un front si redoutable,
Je pensais qu’à l’amour son coeur toujours fermé
Peut-être a-t-il un coeur facile à s’attendrir.
SCÈNE VI. Phèdre, Oenone. §
Chère Oenone, sais-tu ce que je viens d’apprendre ?
J’ai pâli du dessein qui vous a fait sortir.
Oenone, qui l’eût crû ? J’avais une rivale.
Comment ? Hippolyte aime, et je n’en puis douter.
1220 Ce farouche ennemi qu’on ne pouvait dompter,
Aricie ? Ah douleur non encore éprouvée !
Et d’un refus cruel l’insupportable injure
1230 N’était qu’un faible essai du tourment que j’endure.
Le Ciel de leurs soupirs approuvait l’innocence.
J’attendais le moment où j’allais expirer,
Je n’osais dans mes pleurs me noyer à loisir,
Ils ne se verront plus. Ils s’aimeront toujours.
Ils bravent la fureur d’une amante insensée.
Non, je ne puis souffrir un bonheur qui m’outrage,
Qu’il ne se borne pas à des peines légères.
1265 Moi jalouse ! Et Thésée est celui que j’implore !
1270 Je respire à la fois l’inceste et l’imposture.
1275 J’ai pour aïeul le père et le maître des Dieux.
Mais que dis-je ? Mon père y tient l’urne fatale.
Le sort, dit-on, l’a mise en ses sévères mains.
Je crois voir de ta main tomber l’urne terrible.
Jamais mon triste coeur n’a recueilli le fruit.
Regardez d’un autre oeil une excusable erreur.
1300 L’amour n’a-t-il encor triomphé que de vous ?
La faiblesse aux Humains n’est que trop naturelle.
Mortelle subissez le sort d’une mortelle.
Vous vous plaignez d’un joug imposé dès longtemps.
Les Dieux même, les Dieux de l’Olympe habitants,
1305 Qui d’un bruit si terrible épouvantent les crimes,
Qu’entends-je ? Quels conseils ose-t-on me donner ?
Malheureuse ? Voilà comme tu m’as perdue.
1310 Au jour que je fuyais c’est toi qui m’as rendue.
Tes prières m’ont fait oublier mon devoir.
A-t-elle en l’accusant osé noircir sa vie ?
1315 Il en mourra peut-être, et d’un père insensé
Je ne t’écoute plus. Va-t’en, monstre exécrable.
Ah, Dieux ! Pour la servir, j’ai tout fait, tout quitté.
Et j’en reçois ce prix ? Je l’ai bien mérité.
SCÈNE PREMIÈRE. Hippolyte, Aricie. §
1330 Vous laissez dans l’erreur un père qui vous aime ?
1335 Défendez votre honneur d’un reproche honteux,
Éclaircissez Thésée. Hé ! Que n’ai-je point dit ?
1340 Ai-je dû mettre au jour l’opprobre de son lit ?
Mon coeur pour s’épancher n’a que vous et les Dieux.
1345 Je n’ai pu vous cacher, jugez si je vous aime,
Mais songez sous quel sceau je vous l’ai révélé.
1350 Ne s’ouvre pour conter cette horrible aventure.
Sur l’équité des Dieux osons nous confier.
Ils ont trop d’intérêt à me justifier.
1355 C’est l’unique respect que j’exige de vous.
Sortez de l’esclavage où vous êtes réduite.
Vous n’avez jusqu’ici de gardes que les miens.
Votre seul intérêt m’inspire cette audace.
1375 Sur les pas d’un banni craignez-vous de marcher ?
Je sais que sans blesser l’honneur le plus sévère
Ce n’est point m’arracher du sein de mes parents.
1385 Mais vous m’aimez, Seigneur ; et ma gloire alarmée...
Non non, j’ai trop de soin de votre renommée.
Un plus noble dessein m’amène devant vous.
1395 C’est là que les mortels n’osent jurer en vain.
Nous prendrons à témoin le Dieu qu’on y révère.
Des dieux les plus sacrés j’attesterai le nom.
SCÈNE II. Thèsée, Aracie, Ismène. §
SCÈNE III. Thésée, Aricie. §
1420 De votre injuste haine il n’a pas hérité.
J’entends, il vous jurait une amour éternelle.
Lui, Seigneur ? Vous deviez le rendre moins volage.
1430 Discernez-vous si mal le crime et l’innocence ?
1440 Votre amour vous aveugle en faveur de l’ingrat.
Mais j’en crois des témoins certains, irréprochables.
1445 Mais tout n’est pas détruit ; et vous en laissez vivre
Je l’affligerais trop, si j’osais achever.
1450 Pour n’être pas forcée à rompre le silence.
Une pitié secrète et m’afflige, et m’étonne.
1460 Gardes. Qu’Oenone sorte et vienne seule ici.
SCÈNE V. Thésée, Panope. §
Seigneur. Mais je crains tout du transport qui l’agite.
Dans la profonde mer Oenone s’est lancée.
On ne sait point d’où part ce dessein furieux.
Qu’entends-je ? Son trépas n’a point calmé la Reine.
Et soudain renonçant à l’amour maternelle,
Sa main avec horreur les repousse loin d’elle.
Qu’on rappelle mon fils. Qu’il vienne se défendre,
Neptune. J’aime mieux n’être exaucé jamais.
1485 J’ai peut-être trop cru des témoins peu fidèles.
SCÈNE VI. Thésée, Théramène. §
Théramène est-ce toi ? Qu’as-tu fait de mon fils ?
1490 Mais d’où naissent les pleurs que je te vois répandre ?
Que fait mon fils ? Ô soins tardifs, et superflus !
1495 Mon fils n’est plus ! Hé quoi ? Quand je lui tends les bras,
Quel coup me l’a ravi ? Quelle foudre soudaine ?
1505 L’oeil morne maintenant et la tête baissée
Jusqu’au fond de nos coeurs notre sang s’est glacé.
S’élève à gros bouillons une montagne humide.
1515 L’onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,
Parmi des flots d’écume un monstre furieux.
Tout son corps est couvert d’écailles jaunissantes.
La terre s’en émeut, l’air en est infecté,
Le flot, qui l’apporta, recule épouvanté.
1525 Tout fuit, et sans s’armer d’un courage inutile
On dit qu’on a vu même en ce désordre affreux
1540 Un dieu, qui d’aiguillons pressait leur flanc poudreux.
1550 Ils courent. Tout son corps n’est bientôt qu’une plaie.
Ils s’arrêtent, non loin de ces tombeaux antiques,
1555 J’y cours en soupirant, et sa garde me suit.
Les rochers en sont teints. Les ronces dégouttantes
1560 Il ouvre un oeil mourant, qu’il referme soudain.
Qu’il lui rende... » À ce mot ce héros expiré
1570 Et que méconnaîtrait l’oeil même de son père.
Elle approche. Elle voit l’herbe rouge et fumante.
Et ne connaissant plus ce héros qu’elle adore,
Ismène est auprès d’elle. Ismène toute en pleurs
1590 Vous dire d’un héros la volonté dernière,
Et m’acquitter, Seigneur, du malheureux emploi,
Dont son coeur expirant s’est reposé sur moi.
SCÈNE DERNIÈRE. Thésée, Phèdre, Théramène, Panope, Gardes. §
1595 Ah que j’ai lieu de craindre ! Et qu’un cruel soupçon
L’excusant dans mon coeur, m’alarme avec raison !
1600 Je le crois criminel, puisque vous l’accusez.
Tout semble s’élever contre mon injustice.
1610 L’éclat de mon nom même augmente mon supplice.
Je hais jusques au soin dont m’honorent les Dieux.
1615 Quoi qu’ils fissent pour moi, leur funeste bonté
Il n’était point coupable. Ah père infortuné !
1620 Et c’est sur votre foi que je l’ai condamné !
Elle a craint qu’Hippolyte instruit de ma fureur
1630 S’est hâtée à vos yeux de l’accuser lui-même.
Elle s’en est punie, et fuyant mon courroux
1635 J’ai voulu, devant vous exposant mes remords,
Déjà jusqu’à mon coeur le venin parvenu
Et le ciel, et l’époux que ma présence outrage ;
Elle expire, Seigneur. D’une action si noire
1650 Expier la fureur d’un voeu que je déteste.
Rendons-lui les honneurs qu’il a trop mérités.
Son amante aujourd’hui me tienne lieu de fille.

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