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Timestamp: 2017-10-20 14:08:16+00:00

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Cours de philosophie sur les Passions - Philocours.com
Les Passions Peut-on parler d'une opposition entre les Passions et la Raison ? Tweeter
II- VERS LA NATURALISATION/ RÉHABILITATION DES PASSIONS...
III- HUME, TRAITE DE LA NATURE HUMAINE : LA PASSION ET LA RAISON SONT DEUX DOMAINES INDEPENDANTS
A-Structure du texte
C-On voit à travers le texte de Hume que si les passions peuvent être irrationnelles, elles ne le sont pas essentiellement
INTRODUCTIONFreud, en soutenant que le moi n'est pas le maître dans sa propre maison, contredit le fait que les hommes seraient maîtres de leur destinée, ce qui est un des postulats fondamentaux de toute bonne philo de la conscience. En effet, l'inconscient est une force obscure, qui arrache l'homme à lui-même, et l'empêche de coïncider avec lui-même (même si, certes, la psychanalyse cherche justement à libérer l'individu par la prise de conscience de ces déterminations qui pèsent sur lui).Mais il faut reconnaître que, avant Freud, les philo de la conscience avaient tout de même reconnu certaines "forces obscures", qu'elles ont dénommé les "passions"; seulement, elles ne doutaient nullement de ce que l'homme soit capable de les maîtriser par sa conscience. (cf. stoïciens et Descartes qui ont pensé la morale comme domination des passions par la conscience) De plus, là où Freud reconnaît une certaine rationalité de ces forces obscures qui agissent en nous sans qu'on en soit conscient, les philosophes ont le plus souvent soutenu l'irrationalité des passions. C'est ce présupposé qu'il s'agit d'analyser : le conflit raison et passions est-il indépassable? Doit-on se débarrasser des passions? I- LA CONDAMNATION DES PASSIONS AU NOM DE LA RAISONTous les philosophes classiques, de Platon à Kant, ont dénoncé avec ferveur les passions. Elles seraient mauvaises en soi, vicieuses, irrationnelles, etc. Il faudrait donc s'en débarrasser afin de vivre bien, de vivre une vie d'homme.
Pour Kant, la passion et/ou l'émotion, s'opposent à la raison, entendue au sens vague de faculté de juger, de réfléchir.Ainsi dit-il que "l'inclination (désir habituel) que la raison du sujet ne peut pas maîtriser ou n'y parvient qu'avec peine est la passion. L'émotion est un sentiment d'un plaisir/déplaisir actuel qui ne laisse pas le sujet parvenir à la réflexion". Tout ce qui est de l'ordre de l'affectif, de la sensibilité, i.e., les passions comme les émotions, se caractérise par l'emportement, qui empêche toute réflexion, tout exercice normal de la raison : "être soumis aux émotions et aux passions, est toujours une maladie de l'âme, puisque toutes deux excluent la maîtrise de la raison". C'est un violent déséquilibre, comme une commotion cérébrale, qui fait qu'on ne s'appartient plus.
2) Distinctions conceptuelles : passion, émotion, sentiment (§74).
Mais que faut-il entendre par passion et par émotion? Est-ce la même chose?
Kant, Anthropologie d'un point de vue pragmatique, §74, la passion comme maladie de l'âme
Nous allons voir que non : en effet, c'est justement parce que la passion se sert de la raison que la passion va être une maladie beaucoup plus grave que l'égarement émotionnel.
Logique, cohérence, sens du réel..
(1) Si une chose n'est pas a, alors elle ne peut être en même temps non a (c'est le principe de contradiction, ou d'identité)
b)Voyons maintenant en quoi le passionné viole les règles élémentaires de logique, fait un usage erroné, pervers, de la raison.
Lisons le texte célèbre de Stendhal sur la cristallisation (amoureuse), afin de voir comment se comporte celui qui tombe amoureux de quelqu'un
Stendhal, De l'amour, Paris, Hypérion, 1936, pp. 3-7, la cristallisation
On se plaît à orner de mille perfections une femme de laquelle on est sûr ; on se détaille tout son bonheur avec une complaisance infinie. Cela se réduit à exagérer une propriété superbe, qui vient de nous tomber du ciel, que l'on ne connaît pas, et de la possession de laquelle on est assuré.
Laissez travailler la tête d'un amant pendant vingt-quatre heures, et voici ce que vous trouverez :
Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections. (...)
Il veut se rabattre sur les autres plaisirs de la vie, il les trouve anéantis. La crainte d'un affreux malheur le saisit et avec elle l'attention profonde.
7- Seconde cristallisation.
Alors commence la seconde cristallisation produisant pour diamants des confirmations à cette idée :
A chaque quart d'heure de la nuit qui suit la naissance des doutes, après un moment de malheur affreux, l'amant se dit : oui, elle m'aime ; et la cristallisation se tourne à découvrir de nouveaux charmes ; puis le doute à l'il hagard s'empare de lui et l'arrête en sursaut. Sa poitrine oublie de respirer ; il se dit : mais est-ce qu'elle m'aime ? Du milieu de ces alternatives déchirantes et délicieuses, le pauvre amant sent vivement : elle me donnerait des plaisirs qu'elle seule au monde peut me donner.
1) D'abord, on voit dans ce texte qu'à la base, il n'y a pas de raisonnement (du moins le passionné ne fait pas encore appel au raisonnement) : la passion (en l'occurrence l'amour-fou) commence par une illusion en quelque sorte spontanée, immédiate
On peut voir ici que le passionné fait le contraire de celui qui utiliserait sa raison : il cherche en effet dans les choses, êtres, ou personnes, les signes de sa passion : ie, il part de son idée obsessionnelle, et toutes les choses vont être, à partir de là, les signes du bien-fondé de sa passion.
L'amoureux projette donc sur sa dulcinée certains traits, sans interroger l'expérience : la conclusion est posée au départ; perte du sens du réel, etc.
La passion est confirmée a priori (la passion est une idée a priori, issue de la cristallisation, et seulement ensuite étayée par le raisonnement circulaire qui la confirme sans contradiction possible ; cf. les deux cristallisations : 1) on cherche dans les choses et les êtres les signes de réponses préalables, et 2) à défaut, on se crée des obstacles à ces réponses, bien entendu destinés à être vaincus, afin que soit confirmée et renforcée l'idée-passion de départ.
On dit en général, depuis Dugas, que les passions ont à leur manière une certaine logique, une logique "des sentiments" : il y a une part d'inférence, mais illogique, et inconsciente : elle consiste souvent à choisir, parmi les traits de x, ceux qui relèvent de la passion préalable, ou qui l'évoquent : cela s'appelle prendre la partie pour le tout (x est a, b, c, d, mais vous dites qu'elle est a) :
(1) votre mère représente pour vous l'amour
(3) Anabelle est petite, blonde, et a de grands yeux verts,
(4) elle a les yeux verts : donc elle est l'amour ...
Vous ne voyez alors plus que le caractère qui renvoie à votre passion initiale (Anabelle est tout entière représentée dans ses beaux yeux verts); le reste, vous ne le voyez plus.
Autrement dit : toute passion a une part d'inconscient, et ce que vous aimez, si cette passion est l'amour, n'est pas tant la personne en tant que telle, avec ses qualités, que votre passion elle-même.
Cf. Descartes : il aime les filles qui louchent, ce qui lui paraît bizarre. C'est que son premier amour = petite fille qui louchait. Ainsi aime-t-il les filles qui louchent car ce défaut représente l'amour (inconsciemment, il a cristallisé cette caractéristique, si bien que le défaut est embelli)
2) Non seulement le passionné "raisonne" mal, mais encore, en une seconde étape, il va s'aider de la raison. En effet, le passionné, à défaut de trouver cette idée de départ confirmée, va se créér des obstacles à ces réponses, bien évidemment destinés à être vaincus, afin que soit confirmée et renforcée l'Idée-passion de départ.
Lucrèce , De la nature, l'illusion passionnelle.
"Leur maîtresse est-elle noire, c'est une brune piquante; sale et dégoûtante, elle dédaigne la parure; louche, c'est la rivale de Pallas; maigre et décharnée, c'est la biche de Ménale; d'une taille trop petite, c'est l'une des Grâces; d'une grandeur démesurée, elle est majestueuse; elle bégaye, c'est un aimable embarras; elle est taciturne, c'est la réserve de la pudeur; emportée, babillarde, jalouse, c'est un feu toujours en mouvement; desséchée à force de maigreur, c'est un tempérament délicat; exténuée par la toux, c'est une beauté languissante"
-cf. Othello, d'Hamlet : c'est lui aussi un exemple type de passionné, mais sa passion, ce n'est pas l'amour, c'est la jalousie. Il croit en effet que Desdémone, sa femme, le trompe, et il ne pense plus qu'à ça. Il passe ainsi son temps à épier des signes, à retenir tout ce qui peut justifier sa jalousie, la grossir, et néglige tout le reste.
il pose d'abord cette idée, qu'il projette sur les moindres gestes de D.
tout veut dire autre chose que ce qu'elle dit réellement (la réalité devient métaphore, est confondue avec l'imaginaire)
tout peut devenir une preuve de ce qu'il croit
Comme dans l'amour chez Stendhal, la conclusion est posée d'abord, le raisonnement va s'ensuivre afin d'étayer sa passion
Exemples : mais ouvre un peu les yeux, tu as vu comme elle t'aime, comme elle est exemplaire, honnête, etc. Ses sourires brillent d'amour et d'honnêteté...
Ce qui prouve qu'il n'écoute plus sa raison ou sa vraie raison, c'est que rien ne peut lui faire changer d'avis
- Ainsi, ce qui est spécifique au passionné, ce qui fait qu'on ne peut jamais réfuter ses constructions, c'est que ses conclusions, au lieu de découler d'un raisonnement, sont posées d'abord. A la base de toute passion, il y a en général un trait spécifique des objets/faits/personnes qui est privilégié, et qui sert de grille de lecture (il sera projeté sur tout et surtout, sur tout problème qui se rencontre et qui normalement devrait nous pousser à "revoir" notre point de vue)
Cf. Dugas, La logique des sentiments : "toute passion a, comme l'amour, un bandeau devant les yeux : ce bandeau lui cache ce qu'elle ne veut pas voir, mais elle voit d'autant mieux ce qu'elle veut voir, i.e., ce qu'elle imagine. La passion est donc à la fois déraisonnable et logique, et d'autant plus déraisonnable qu'elle est plus logique".
On comprend que la passion ait été comprise comme une maladie, car elle tient de l'obsession, et d'une certaine perte du réel. Elle est aveuglement, sur soi, sur les autres, et sur les choses. Il faut donc chercher à s'en débarrasser.
2) Mais, il faut aussi remarquer que les passions s'opposent encore à l'usage pratique de la raison, i.e., à son sens moral.
Ainsi Kant, quand il nous dit, §81, que les passions sont par définition mauvaises, moralement condamnables, parle moins des passions comme jugement erroné ou perverti que comme vice. Il dit d'ailleurs que les passions sont une "gangrène pour la raison pure pratique"
a) Jusqu'alors, si on disait que les passions sont néfastes...
-est pratique toute activité dans laquelle on a l'intention de modifier une réalité ou une situation.
-expérience acquise (pratiquer l'escrime, le piano, etc.) : ici, il y a usage de règles ou de principes relevant d'une technique/science/coutume
-ou encore, est pratique toute activité qui ne s'épuise pas dans la production d'une uvre, d'un objet (ce terme s'oppose à la fabrication) : c'est l'action humaine dans sa dimension non utilitaire
-d'où : action morale : c'est le sens strict et technique, propre à Kant, de ce terme. Ce terme s'applique chez lui explicitement aux impératifs moraux, qui s'opposent aux impératifs techniques et pragmatiques. Seule la moralité est absolument "pratique".
Autre exemple : le suicide (p.138)
c) C'est donc la raison qui pour Kant nous dit comment agir moralement; c'est l'homme qui peut écouter la raison qui est capable d'agir moralement.
En effet, l'homme qui souffre d'une passion n'écoute plus que sa tendance/passion; tout le reste lui est indifférent.
Si bien que la raison morale, qui nous enjoint d'agir en prenant sur nos actions le point de vue de tout homme, ne peut avoir aucune influence chez le passionné :
Conséquence : morale et passions s'opposent. L'homme de bien, l'homme moral, et l'homme équilibré, donc heureux, est celui qui n'a pas de passions, ou qui a su les faire taire.
NB : Kant se réfère aux stoïciens : il loue l'idéal du sage grec qui s'est détaché de toute emprise de la passion
Cicéron, Des biens et des maux, III.
Commentaire : Passions = reflets des appétits sensibles dans l'âme; maladies de l'âme; opinions sur ce qui est bien ou mal, qui nous ne nous font pas voir ce qui l'est réellement. Ce sont des idées de tristesse et de joie, qui procèdent d'une idée fausse. En effet, en se laissant aller au désir, on est victime d'un jugement qui le fait apparaître, lui et son objet, comme indispensables. Modifions cette opinion sur ce qui nous convient, et on n'aura plus de désir. Le désir , en monopolisant l'âme sur son objet futur, lui inspire l'idée qu'il le lui faut absolument, et la rend donc esclave.
Conclusion I : à bas les passions !
Mais on peut se demander comment cela est possible.
En effet, Kant les a déclarées inguérissables. Pourquoi? C'est que, loin de n'être que des erreurs de jugement, ou un simple jugement ajouté à une affection (cf. stoïciens), elles sont pour une grande part incrustées, inconscientes.
De plus, elles sont des illusions et nous rendent aveugles aux invectives de la raison, etc. : comment alors pourrait-on écouter la raison, qui paraît être seule à même de déceler l'illusion et de la soigner, i.e., de l'abolir? Les philosophes rationalistes ne seraient-ils donc pas inconséquents, quand il disent que d'un côté les passions sont inconscientes, et de l'autre, qu'elles peuvent être guéries en y faisant réflexion ? (cf. la lettre de Descartes à Chanut sur l'amour ; ainsi que l'article 50 du Traité des passions, sur le dressage ).
Mais même si nous affirmons la possibilité de nous débarrasser nos passions, s'ensuit-il que nous devions le faire ? Les passions sont-elles toutes néfastes de par leur nature même ?
C'est, comme on le voit dans le Traité des passions de l'âme (art 27 et 37), un fait psychologique, que l'on ressent "comme en l'âme même", qui a pour origine le corps. Modification que l'âme subit du fait de son union avec le corps.
Descartes, Traité des passions de l'âme, Ed. Livre de Poche, article 37 :
"Après avoir considéré en quoi les passions de l'âme diffèrent de toutes ses autres pensées, il me semble qu'on peut généralement les définir des perceptions, ou des sentiments, ou des émotions de l'âme, qu'on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, entretenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits."
b) Si Descartes dit que les passions sont causées, de façon immédiate, par le corps, ou les esprits animaux, comment se fait-il qu'elles ne sont pas rapportées à lui, mais à l'âme?
En cela, on peut dire qu'il revient au sens ancien du mot (patior, supporter, souffrir), qui signifie un accident, un processus consistant à subir une action venant, non de nous-mêmes, mais du monde extérieur.
Bref, la passion, c'est chez lui tous les phénomènes passifs de l'âme, tous les états affectifs (plaisir, douleur, émotion), subis par l'âme du fait de son union avec le corps, liés, donc, aux vicissitudes de notre existence corporelle.
On pourrait être ici tenté d'objecter que la définition générique des passions que donne Descartes, revient à une confusion, celle entre passion et émotion; et même entre passion, sentiment, et émotion. Que gagne-t-on à utiliser ainsi des termes qu'on avait pris le soin de séparer?
C'est que Descartes veut en revenir au véritable usage du terme de "passion", fidèle à l'étymologie; ainsi la passion n'est pas confondue avec le sentiment tout court, il reconnaît bien qu'elles peuvent avoir un caractère excessif; le sentiment étant condition de possibilité de la passion, il est légitime de généraliser (cf. art 56)
Conclusion : ce que nous montre la définition cartésienne des passions, c'est qu'il paraît impossible de ne pas avoir de passions, contrairement à ce que croyait, après les stoïciens, Kant : en effet, il devient tout aussi impossible de ne pas éprouver de passions que de ne pas avoir de sensations, car nous avons un corps.
2) Toutes les passions ne sont pas essentiellement mauvaises.
a) Fonction des passions
Les passions ne nous sont données, nous dit encore Descartes, "que pour le bien (la conservation) du corps". Les passions ont donc une fonction naturelle, qui consiste à "inciter l'âme à vouloir les choses que la nature dicte nous être utiles, et à persister dans notre volonté" (articles 40 et 52).
Signification de cette thèse : les passions ne sont pas par définition perte du bon sens, manque d'adaptation à la réalité, maladie dangereuse menant le plus souvent à notre perte. Au contraire, elles sont là pour nous maintenir en vie; si nous ne les avions pas, nous ne survivrions pas, puisque le monde n'aurait aucun effet sur nous, et nous ne serions jamais avertis des dangers (exemples : sentir que tel produit est périmé, etc.)
S'enfuir en face d'un danger (cf. article 40 "le sentiment de la peur (nous) incite à vouloir fuir, celui de la hardiesse à vouloir combattre").
Ou encore : l'âme n'est avertie de la présence des choses qui nuisent au corps que par le sentiment qu'elle a de la douleur, qui produit la passion de la tristesse, puis la haine pour ce qui cause cette douleur, puis enfin le désir de s'en délivrer (article 137)
b) Conséquence :
les passions ne sont donc pas mauvaises en elles-mêmes (cf. 211 et 212), mais seulement quand elles sont le produit des effets d'un aveuglement qui compromet la lucidité.
Descartes dit ainsi en 211 que les passions sont "toutes bonnes de leur nature, et que nous n'avons rien à éviter que leurs excès"; elles peuvent donner lieu à un bon usage, il serait donc inutile de s'en débarrasser.
Ainsi Descartes, quand il décrit les passions, va à chaque fois donner leur mauvais usage et leur bon usage :
Cf. articles 76 et 78 : l'admiration peut être bonne ou mauvaise, selon qu'il y a excès ou pas; 97 : l'amour, utile à la santé, quand lui aussi il n'est pas excessif;
Il va même jusqu'à conclure son traité, art 212, par ces mots : "c'est d'elles seules que dépend tout le bien et tout le mal de cette vie : pour les plaisirs que l'âme a en commun avec le corps, ils dépendent entièrement des passions, en sorte que les hommes qu'elles peuvent le plus émouvoir sont capables de gôuter le plus de douceur en cette vie".
a) Tout ce qu'ils disent va être une réaction au criticisme kantien.
Cf. cours philosophie, partie III et cours kant : science et métaphysique, pour plus de détails.
C'est ce qu'on a appelé le "Sturm und Drang" (tempête et émotion).
b) Par suite, ils ont une autre conception de l'homme
L'homme, contrairement à Kant, ne se définit nullement par l'universalité de sa raison, mais par sa sensibilité. La sensibilité devient donc ce qu'il y a de plus grand.
c)Ils ont donc loué les passions, et les premiers ils ont déclamé avec enthousiasme que "rien de grand...".
Cf. Diderot, § 1 à 5 des Pensées philosophiques : les passions sont ce qui permet la création d'uvres d'art, de choses "sublimes"
Diderot, Pensées philosophiques, Ed. GF, §1 :
"Les passions amorties dégradent les hommes extraordinaires. La contrainte anéantit la grandeur et l'énergie de la nature. Voyez cet arbre; c'est au luxe de ses branches que vous devez la fraîcheur et l'étendue de ses ombres : vous en jouirez jusqu'à ce que l'hiver vienne le dépouiller de sa chevelure. Plus d'excellence en poésie, en peinture, en musique, lorsque la superstition aura fait sur le tempérament l'ouvrage de la vieillesse."
Signification : les passions ne sont pas passives, mais au contraire, sont ce qui nous rend actifs, ce sans quoi nous n'agirions pas.
Aujourd'hui, on est un peu "imbibé" par ce genre de thèse : on pense en effet qu'une vie authentique, c'est une vie passionnée, intense, i.e. : elle ne vaudrait pas la peine d'être vécue, si on n'avait pas de passions. La passion, parce qu'elle est exaltation, détruit la grisaille de la vie quotidienne, fait qu'on va la supporter.
2) Hegel, qui vient après les romantiques, dans la deuxième moitié du 18e, va s'opposer à la fois à la thèse des romantiques, et à la philosophie critique de Kant.
a) Mais il va aussi en faire une synthèse.
Il reconnaît en effet que contre Kant, il y a un savoir absolu possible, et surtout, que l'homme n'est pas et même n'a pas à être un pur sujet rationnel, n'ayant en vue que les intérêts de la raison, dits universels (ce qui est l'acquis des romantiques).
Mais, contre les romantiques, il reconnaît avec Kant qu'un sujet seulement sensible, réduit à sa seule sensibilité, à ses passions, est quelqu'un à qui il manque quelque chose.
b) Cela va le conduire à ré-interpréter, d'une manière très originale, la thèse selon laquelle "rien de grand ne s'est fait dans le monde sans passion".
Hegel, La Raison dans l'histoire (1830), traduction de K. Papaioannou, collection 10-18, ed. U.G.E., 1965, p. 105-109.
Dans l'histoire universelle nous avons affaire à l'idée telle qu'elle se rnanifeste dans l'élément de la volonté et de la liberté humaines. Ici la volonté est la base abstraite de la liberté, mais le produit qui en résulte forme l'existence éthique du peuple. Le premier principe de l'Idée est l'Idée elle-même, dans son abstraction ;l'autre principe est constitué par les passions humaines. Les deux ensemble forment la trame et le fil de l'histoire universelle. L'Idée en tant que telle est la réalité; les passions sont le bras avec lequel elle gouverne.
-Esprit du monde : synonymes : Idée; Dieu; le divin; la Raison
A mettre en rapport avec la providence qui se réalise au fil de l'histoire : Hegel écrit une philosophie de l'histoire, dont le véritable sujet est, non les hommes, mais la Raison -universelle-.
Ainsi, subjectivement satisfaits, puisque, par exemple, ils comblent leur goût de la conquête, ou leur désir de gloire, ils font avancer l'histoire dans le sens final de la rationalité. Le monde ne serait rien sans vocations qui mobilisent toutes les énergies!
Exemple type de passion à la croisée du singulier et du collectif, i.e., qui est une ruse de la raison : l'ambition : en effet, en s'efforçant de réaliser ce qu'il croit rêver de vivre, l'ambitieux réalise à son insu une part de civilisation.
Il est donc faux de dire, comme on le disait en I, que la passion, en polarisant toute notre affectivité autour d'un unique objet, en accaparant toute notre attention, nous rend incapables d'adaptation aux circonstances.
Elle rend au contraire le monde plus réel, en le faisant avancer... La passion ne nous éloigne donc pas du réel, loin de là : elle participe au contraire à ses transformations. La raison, la vraie, est favorisée et concrétisée par les passions.
Réponse de Hegel à cette objection kantienne : c'est plutôt la morale du devoir qui, ici (i.e. : au niveau historique) serait catastrophique.
En effet, elle ne se soucie nullement de ses résultats : la volonté bonne de Kant fait le bien pour le bien, et ensuite, "advienne que pourra". Hegel se moque donc de la conscience morale kantienne, qu'il appelle la "belle âme". En fait, ce que montre Hegel, c'est que les résultats tenus pour souhaitables par la conscience morale sont obtenus, non par elle, mais par les passions, par l'intérêt, ou par des moyens immoraux "en soi" etc.
Note : toutefois, rappelons que Kant a écrit, dans ses opuscules ayant trait à la philo de l'histoire, que, au niveau, non plus privé et moral, mais historique, qui a trait au bien "commun", "public", l'amour de soi, l'ambition, etc., deviennent des instruments du progrès : l'espèce, dit-il, bénéficie de l'antagonisme des individus.
Ce à quoi nos analyses A et B nous mènent, c'est à remettre en cause le postulat qui sert ou a toujours servi à décrire et définir les passions ou le passionnel en général : à savoir, celui d'une opposition fondamentale entre les passions et la raison.
III- Hume, Traité de la nature humaine : les passions et la raison comme deux domaines séparés
(...) Il est (donc) impossible que la raison et la passion puissent jamais s'opposer l'une à l'autre et se disputer le commandement de la volonté et des actes."
A- Structure du texte
a) Définition de la passion : état primitif (avant toute réflexion)
Signification : passions et idées (raison, vérité) sont d'ordre différent, indépendantes, et par leur définition même, ne peuvent s'opposer.
b) Combattre et contredire (action/ jugement, pensée -ordre des idées)
§2 Argument qui explique aussi l'erreur des intellectualistes :
les passions peuvent être accompagnées d'un jugement, et c'est dans ce jugement que réside la contradiction, le caractère déraisonnable qu'on attribue faussement à la passion
Deux sortes : idée fausse quant à l'objet; idée fausse quant aux moyens
S'oppose de nouveau à thèse intellectualiste selon laquelle certaines passions pourraient être bonnes, d'autre mauvaises, et peuvent être rendues bonnes ou du moins acceptables, si elles sont maîtrisées. Dans les deux cas, c'est la raison ou l'entendement qui "justifie" ou "condamne" selon des critères venant de la raison
L'énumération d'exemples scande l'idée de la séparation entre passions et raison. Exemples volontairement choquants, immoraux ou moraux, absurdes ou excessifs. (se moque des exemples inverses, humanistes et moraux)
-la précise et la complète, en faisant apparaître l'enjeu du texte : "se disputer le commandement de la volonté" (volonté renvoyant à liberté, i.e., au fait de décider de ses actes).
-Ici, on a donc une référence plus explicite que l'ensemble du texte à la problématique intellectualiste ou rationaliste : idée d'une volonté obscurcie par les passions , qu'on s'affranchit des passions grâce à la raison : une "passion" ou une "affection" cesse de l'être quand nous nous en faisons une idée claire et distincte; ou idée d'une volonté écartelée entre des passions opposées, ou entre passions et raison (cf.; conflits cornéliens). C'est la raison qui incline notre volonté, par la clarté qu'elle apporte. Mais, si la passion est ou a une force, celle du désir, de l'impulsion, de la pulsion, d'où la raison tire-t-elle sa force? La clarté suffit-elle?
1) Quel est le bon emploi du terme de "déraisonnable"?
deux sortes d'erreurs :
a) idée fausse quant à l'objet et
b) idée fausse quant aux moyens.
Hume montre que le domaine propre des passions n'a rien à voir avec celui du rationnel. Ici, il ne s'agit pas de porter des jugements sur un monde extérieur, donc, du vrai ou du faux. Mais de ce qui nous fait plaisir ou de nos désirs.
a) On ne va pas préférer la compagnie de ceux qui préfèrent l'égratignure de leur doigts à la destruction du reste du monde, bien sûr : mais ça n'a rien à voir avec la raison (sinon, ce serait une question de vérité); c'est une question de préférence.
b) exemple moral : Hume montre avec cet exemple que la morale, comme les passions, n'a aucun rapport avec la raison.
La morale n'a pas pour origine la raison, mais la sensibilité; pour Hume, il y a un sens moral, tout comme il y a un sens de la vue, de l'ouïe, un sens du goût esthétique... Ce qui nous fait agir, ce ne sera pas la raison, mais une préférence, une sensation de plaisir ou de déplaisir (c'est le plaisir ou la douleur attendus), pas un jugement. Bref : la raison n'a aucun pouvoir dans le domaine de l'action.
Exemple : je fais la fête avec mes copains, j'ai trop bu, je me suis bien amusé sur le moment mais mon dieu que j'ai eu mal à la tête le lendemain, et que j'ai été bête, etc.).
Ce n'est nullement une affaire d'erreur ou une contradiction, que de ressentir un plus grand plaisir que celui auquel j'ai renoncé par là (cf. comparaison avec le poids d'une livre : c'est naturel, ça n'enfreint aucune loi, je ne vais donc pas contre ma nature, etc.)
Autre exemple : Quand on est amoureux, le sentiment qu'on éprouve ne prétend pas représenter une réalité extérieure : il n'a pas pour but de constituer une copie, image, d'un objet. Comme il le dit plus haut, elle est un "mode primitif d'existence" : i.e., un fait, qu'il est vain de qualifier de vrai ou faux.
Seul le jugement peut être vrai ou faux, donc raisonnable ou non; or, les passions sont un mode d'existence antérieur à toute réflexion, et à tout jugement; donc, elles ne peuvent être déraisonnables.
Mais parfois, voire même souvent, un jugement accompagne les passions; même dans ce cas, c'est le jugement qui est à proprement parler déraisonnable.
Enjeu/intérêt : l'opposition passions/raison repose sur une mauvaise façon de parler. Ainsi, les passions n'empêchent nullement la raison de se réaliser, et ne peuvent pas être anéanties par la raison (n'ayant à voir qu'avec l'erreur et la vérité, donc, la connaissance, elle est "impuissante").
C-On voit à travers le texte de Hume que si les passions peuvent être irrationnelles, elles ne le sont pas essentiellement.
Contrairement à Kant, pour lequel les passions empêchent la réflexion, tout jugement, autant logique que moral, on pense aujourd'hui qu'elle ne sont irrationnelles, ni dans leur rapport au monde, ni dans la morale.
si x va à l'encontre du but qu'on s'est manifestement fixé : exemples : salir en nettoyant, se rendre malade en prenant des médicaments
si x est invraisemblable : exemples : il y a une formule magique pour que les femmes vous aiment
Ainsi, on va pouvoir définir le rationnel comme la capacité à rechercher une fin sans soi-même s'empêcher de l'atteindre; et ne pas être invraisemblable.
Par exemple : être ému par la mort d'un proche, est-ce irrationnel par principe? C'est ce que diraient les stoïciens, car on introduit alors un jugement de valeur sur un événement. Or, si je suis ému dans cette circonstance, cela découle logiquement du fait qu'on est supposé vouloir que ce proche reste en vie...
Ainsi, l'émotion ne contredit nullement ce à quoi on est en droit de s'attendre de la part d'un sujet rationnel.
Les émotions découlent de notre croyance, elles manifestent ce que l'on croit. Le fait d'avoir des émotions ne saurait donc être tenu pour la manifestation de notre partie irrationnelle, ce n'est nullement un comportement irrationnel tout court. Il n'est nullement de leur nature de nous faire perdre nos moyens -même si il est vrai, elles nous empêchent parfois de parvenir à nos fins.
Pour déceler si nos émotions sont irrationnelles, on peut essayer de chercher à modifier la croyance qui y est associée; si on n'y parvient pas, alors, elle est bien irrationnelle, car, cela prouve qu'elle n'est pas justifiée (cf. les émotions incrustées; émotions qui supposent une croyance irrationnelle). Mais, la plupart de nos émotions sont parfaitement justifiées.
Si la passion de la jalousie va pouvoir être tenue pour irrationnelle, ce n'est donc pas "en soi". Il peut même arriver qu'il soit rationnel d'être jaloux; par exemple si j'ai de bonnes raisons de croire que x veut me tromper. Il est irrationnel d'être jaloux seulement si cette croyance est en contradiction flagrante avec d'autres croyances.
-certaines passions peuvent même être les auxilliaires de la raison, comme on le voit dans les découvertes scientifiques; et même elles font qu'on va avoir un élan, une énergie, pour agir (cf. partie B) Et Nietzsche : pour lui, si vous enlevez le désir du vrai, l'émotion ou la passion que suscite la recherche scientifique, alors, vous enlevez la science. Ici encore, on est bien obligé de renoncer à l'idée selon laquelle l'émotion serait une ivresse, qu'elle agirait sur l'état de santé comme une attaque d'apoplexie
Exemples : du fait de notre colère à l'égard d'une personne, nous risquons de ne pas reconnaître son courage; ou, par pitié pour le sort d'un être misérable, nous pourrions ne pas condamner certains actes qui pourtant contreviennent à nos principes moraux.
D'où : pour juger de manière correcte, il faut être dépourvu d'émotions; son absence garantirait l'impartialité des jugements moraux.
cette notion d'impartialité ne convient pas à des êtres comme nous, à la fois rationnels et affectifs
de plus, nos émotions peuvent être appropriées ou inappropriées : ainsi, une émotion de peur peut être appropriée par rapport au danger, et inappropriée par rapport à une chose inoffensive; de même, certaines choses méritent notre colère ou notre pitié, et d'autres sont telles qu'il serait inapproprié de ressentir des émotions à leur égard
D'où : plutôt que d'exiger des sujets moraux qu'ils ne ressentent rien, on peut leur demander d'éprouver des émotions appropriées, ie, qui ne soient pas sujettes à distorsion (les facteurs perturbants seraient ici certaines conditions physiologiques ou psychologiques, telles que l'ébriété ou la dépression, ou encore, un rapport étroit entre l'objet de l'émotion et le sujet épistémique -cf. fait que, comme l'a dit Hume, on a tendance à trop sympathiser avec nos proches).
On le voit, aujourd'hui, aujourd'hui, on plaide plutôt pour leur importance morale.
Ce texte de Hume nous permet de dire, comme l'avait bien vu Descartes, que les passions, ce sont tout simplement ce qui fait que nous avons un rapport au monde, que ce monde a un sens pour nous. Mais il va plus loin que Descartes en ce qu'il montre que les passions excessives ne sont nullement, elles non plus, "déraisonnables".
Certes, il faut modérer les passions, qui peuvent toujours être excessives, certes, certaines passions sont mauvaises -mais il ne faut pas perdre de vue que la passion n'est pas en soi synonyme de "vice", d'excès, d'irrationalité, etc. Il faut donc les modérer pour ne pas qu'elles le deviennent, mais il ne faut pas annuler toute passion sous prétexte qu'elle est passion.
La passion n'est que ce qui fait que nous avons un rapport au monde, c'est notre manière d'être au monde, qui m'engage en totalité.
Annexe : Descartes, Traité des passions de l'âme : qu'est-ce que la passion?
Il considère que les passions relèvent des choses dont nous faisons l'expérience en nous-mêmes (art 3).
Certaines des choses dont nous faisons l'expérience en nous-mêmes peuvent aussi exister dans des corps inanimés; elles ne doivent pas être attribuées à l'âme, mais au corps (art 4).
A notre âme, nous ne devons attribuer que les objets de notre expérience qui sont des pensées (art 17).
Mais toutes les pensées ne sont pas des passions, certaines sont des volontés, dont l'origine est dans l'âme seule.
Les pensées dans lesquelles l'âme est passive sont des perceptions. Elles sont de deux sortes :
-celles qui sont causées par l'âme (perceptions de nos volontés et des imaginations et des pensées qui en dépendent) et
-celles qui sont causées par le corps, ie, par l'action des esprits animaux sur l'âme (art 19).
Les passions sont donc des événements mentaux, et ne comportent aucune hypothèse concernant la cause de ces événements. C'est pourquoi elles entraînent cette infaillibilité.
Pourtant, même si nous ne rapportons pas les passions à une cause physique, la cause immédiate d'une passion est un mouvement de la glande pinéale lui-même causé par les esprits animaux, et la cause du mouvement de la glande est quelque objet qui agit sur nos sens. Mais les passions ne sont pas senties dans la glande pinéale, mais "comme en l'âme même". Descartes dit encore :
Question : pourquoi Descartes dit-il que les passions sont des perceptions causées par le corps, si elles ne sont pas pour autant rapportées au corps?
Réponse : c'est qu'elles ne sont pas sujettes à un contrôle volontaire.
Quels sont les mécanismes par lesquels des objets extérieurs donnent naissance aux passions?
Pour l'essentiel, sa théorie consiste à considérer que les processus physiologiques impliqués, par exemple, dans la perception d'un objet effrayant mettent en mouvement, de façon purement mécanique, un processus physiologique supplémentaire qui conduit au comportement caractéristique de la peur.
La perception de l'objet effrayant et la perception du comportement manifestant la peur sont des événements mentaux causés par les processus physiologiques en question;
La peur elle-même est un événement mental causé par un troisième processus physiologique en connexion mécanique causale avec les deux premiers.

References: §74
 §81
 l'article 50
 § 1
 §1

§2