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Timestamp: 2020-08-04 22:09:07+00:00

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Les Biopesticides - Bulletin des BioTechnologies Septembre 2002
45. Photorhabdus luminescens est une bactérie insecticide qui alterne mode symbiotique et pathogène dans son style de vie. En effet, c'est un symbiote de nématodes qui deviennent insecticides en la libérant dans l'insecte qu'il envahit. C'est un peu le cormoran des pêcheurs chinois. Une fois libérée dans l'insecte, la bactérie doit éviter les défenses qui vont se déclencher lors de sa détection. On sait que cela se passe bien pour le nématode et la bactérie, mais pas comment. On vient de montrer qu'un seul gène de Photorhabdus transféré dans Escherichia lui communique les mêmes propriétés. Le gène a été appelé mcf, pour makes caterpillars floppy. Il déclenche l'apoptose dans les hémocytes et les entérocytes de la chenille. PJ Daborn et al.; Proceedings of the National Academy of Sciences USA 99 (06AUG02) 10742-10747.
46. On trouvera dans SG Gregory et al.; Nature 418 (15AUG02) 743-750, la carte physique du génome de la souris avec les commentaires initiaux.
La transformation des cellules animales
47. La structure à l'échelle atomique, à 3Å de résolution, de la capside du vecteur AAV-2 (Adénovirus Associated, virus dépendant des adénovirus pour leur réplication) a été établie par des chercheurs de Floride. Elle est très voisine de celle de virus apparentés, mais autonome, comme les parvovirus. Elle présente une structure avec un "barrel", mais avec des boucles entièrement différentes entre les feuillets , avec une association intime des boucles de deux capsomères voisins. Les mutations ayant un effet sur la fixation sur les récepteurs cellulaires (héparane sulfate) et l'entrée dans la cellule cible sont toutes concentrées en des sites précis au voisinage des acides aminés reconnus par les anticorps. On devrait pouvoir travailler ces structures pour améliorer le ciblage cellulaire, et limiter la neutralisation des vecteurs après une première exposition à un vecteur AAV. Q Xie et al.; Proceedings of the National Academy of Sciences USA 99 (06AUG02) 10405-10410.
48. Les ovocytes de mammifères, dont une infime minorité arrivera à un stade fécondable, constituent, a priori, une réserve de cellules proches de celles qu'on pourrait souhaiter utiliser pour y implanter des noyaux à des fins de clonage.
La maturation des ovocytes in vitro a, cependant, un rendement lamentable à cause de facteurs cytoplasmiques manquants dans ces conditions. On peut tourner la difficulté en implantant leurs noyaux dans des ovocytes déjà à maturité et énucléés. Mais les noyaux des ovocytes immatures ne fonctionnent pas bien à cause de problèmes de configuration meiotique et d'empreinte parentale déficients. On peut, cependant, féconder des ovocytes immatures moyennant certaines précautions. Des cellules germinales pré-méiotiques dérivant de fœtus de souris à 12,5 jours après fécondation sont capables de subir, in vitro, une maturation avec achèvement de la méiose et un empreinte parentale. Ils sont alors parfaitement fonctionnels lors d'une transplantation nucléaire ou une fécondation in vitro. Y Obata et al.; Nature 418 (01AUG02) 497.
49. L'utilisation des siRNAs (Small interfering RNAs) se généralise car elle est efficace dans la répression sélective de gènes dans des cellules de Mammifères en culture. On sait que différents siRNAs d'un même gène ont des capacités inhibitrices très variables. On peut, en effet, obtenir des petits ARNs double brins à partir de plusieurs segments d'un même gène. Il est, de ce fait et pour l'instant, difficile d'en inventer des synthétiques efficaces et ne coûtant pas trop cher.
On vient de montrer qu'on peut utiliser la RNase III d'Escherichia coli pour cliver des ARNs doubles brins en siRNAs pouvant cibler des sites multiples dans un même messager. Ces siRNAs sont appelés esiRNAs (e pour endonuclase). D Yang et al.; Proceedings of the National Academy of Sciences USA 99 (23JUL02) 9942-9947.
56. AP-1 (Activator Protein 1) est un facteur de transcription dimérique composé de c-Jun, c-Fos (ainsi que des protéines apparentées comme JunB, JunD, Fra1, Fra2 et FosB) et des protéines ATF (membres de la famille CREB). Le choix du partenaire dans la dimérisation entraîne un rôle particulier. Ainsi les hétérodimères Jun-Fos se fixent sur la séquence TRE (TPA response element, 5'-TGA(C/G)TCA-3'), tandis que les hétérodimères Jun-ATF se fixent sur l'élément CRE (cyclic AMP response element 5'-TGACGTCA-3').
Il est donc difficile d'interpréter les résultats d'une surexpression du fait de ce caractère combinatoire. De plus la phosphorylation des constituants, qui dépend du contexte cellulaire, le niveau d'expression, viennent encore modifier le phénotype.
Pour piloter ces interactions, il ne reste plus qu'à les solidariser en les enchaînant par un élément de liaison (linker) souple. L Bakiri et al.; Molecular and Cellular Biology 22, n°13 (JUL02) 4952-4964. Ces "dimères monocaténaires" ont à peu près la même action que les deux constituants séparés, même en présence des monomères dominants négatifs. Les "dimères" c-Jun-présentent des spécificités de promoteurs différentes selon que la protéine est associée à Fos, Fra ou ATF.
51. Le placenta comporte, au contact des tissus fœtaux et maternels, une couche tissulaire qui assure les échanges gazeux et nutritionnels entre mère et fœtus au niveau du placenta, la couche labyrinthique.
La formation de la couche labyrinthique est gouvernée par un gène, Gcm qui, chez la Drosophile, intervient dans la différenciation de la glie par rapport aux neurones d'où son nom (Glial cells missing). Il en existe deux chez les mammifères Gcm1 et Gcm2 (alias Gcma et Gcmb) dont les produits divergent fortement dans leur partie C-terminale. Ils sont plus fortement exprimés dans les tissus autres que ceux du système nerveux, et spécialement dans la couche labyrintique.
L'expression de Gcm1 a lieu en trois phases dans le trophoblaste. Chacune de ces phases est liée à un stade particulier des interactions chorio-allantoïdiennes.
Le messager de Gcm1 est exprimé dans des îlots dispersés de cellules chorioniques, mais il n'y est pas traduit. Lors de la fusion du chorion avec l'allantoïde, la transcription est fortement stimulée, et la traduction se fait alors normalement. Lors de la dernière phase, ces cellules prolifèrent et constituent le labyrinthe qui pénètre le chorion et donne lieu à la formation des villosités qui vont assurer les échanges en développant la surface de l'appareil. B Stecca et al.; Mechanisms of Development 115 (JUL02) 27-34.
53. Les muscles squelettiques des Mammifères contiennent deux types de fibres. Les fibres de type I sont les fibres lentes, plus rouges, animées par un métabolisme oxydatif, ce qui se traduit par une plus grande richesse en mitochondries, et qui sont capables de soutenir les efforts prolongés. Celles de type II, fibres rapides, sont plus sensibles à la fatigue et aux crampes liées au métabolisme anaérobie. J Lin et al.;Nature 418 (15AUG02) 797-801, viennent de décrire comment un co-activateur de transcription, PGC-1 permet d’accroître la proportion des fibres de type I. On savait que cette protéine est impliquée dans la régulation des gènes du métabolisme énergétique en général et, par ailleurs, dans la biogenèse des mitochondries. Elle intervient également dans le développement. On savait que l'exercice stimule la formation des fibres de type I à partir de fibres de type II. On y trouve encore des marqueurs des fibres rapides. PGC-1 n'agit probablement qu'indirectement. Il active la transcription en association avec les protéines Mef2 (voir le Bulletin de Juillet §82), et il est la cible de la calcineurine. Les coureurs cyclistes et autres doivent cependant se méfier car, si un agent dopant quelconque peut stimuler PGC-1 cette protéine a de multiples autres rôles physiologiques. Voir également le commentaire de R Turner; p.740.
55. Le locus mastermind (Mam) code une protéine nucléaire intervenant dans la voie Notch. C'est un gène dont le produit limite le nombre de neurones, et oriente la différenciation vers l'épiderme.
La voie Notch fait intervenir une cascade protéolytique (voir le Bulletin de Décembre 2001 §64). Le domaine extra-cellulaire est clivé, et cela permet un clivage secondaire de la partie transmembranaire par la nicastrine et la preéséniline. Ceci libère la partie cytoplasmique du récepteur qui va se rendre dans le noyau où il s'associe avec une protéine liant l'ADN (CSL).
La partie N-terminale de Mam se lie à CSL en présence de Notch. Mam est vraisemblablement un co-activateur de la transcription agissant en compagnie de Notch et de la protéine CSL liant l'ADN. On avait montré qu'une forme tronquée de Notch peut servir de leurre et inhiber, ainsi, le signal activateur. On vient de montrer qu'une forme tronquée naturelle de Mam interfère de la même façon, mais au niveau de la formation du complexe ternaire. AJ Giraldez et al.; Mechanisms of Development 115 (JUL02) 101–105.
56. AP-1 (Activator Protein 1) est un facteur de transcription dimérique composé de c-Jun, c-Fos (ainsi que des protéines apparentées comme JunB, JunD, Fra1, Fra2 et FosB) et des protéines ATF (membres de la famille CREB) voir le Bulletin de Décembre 2001 §62, Février §59 et Avril 2002 §3. Le choix du partenaire dans la dimérisation entraîne un rôle particulier. Ainsi les hétérodimères Jun-Fos se fixent sur la séquence TRE (TPA response element, 5'-TGA(C/G)TCA-3'), tandis que les hétérodimères Jun-ATF se fixent sur l'élément CRE (cyclic AMP response element 5'-TGACGTCA-3').
57. Les protéines Fos, Jun et ATF-2 s'homo- ou hétérodimérisent en facteurs de transcription AP-1 . Ces multiples complexes sont un carrefour de plusieurs voies de signalisation. L'absence de Jun ou Fos empêche la fermeture dorsale de l'embryon de la Drosophile. Les deux protéines sont nécessaires et c'est la raison pour laquelle les homodimères ne sont pas efficaces.
Ce n'est pas une chose simple à démontrer du fait de la multiplicité des AP-1. L Ciapponi et al.; Mechanisms of Development 115 (JUL02) 35-40.
La régulation s'effectue à plusieurs niveaux et la quantité des composants d'AP-1 peut être régulée individuellement au niveau transcriptionnel ou post-transcriptionnel. L'activation des dimères dépend, par ailleurs de leur état de phosphorylation par les MAPKinases, JNK (Janus Kinases) ou ERK (Extracellular-signal-Regulated Kinase).
La quantité des constituants n'a guère d'effet sur les régulations, au moins chez la Drosophile. Enfin ces dimères interagissent avec d'autres protéines. AP-1 peut être réprimé en trans par des récepteurs nucléaires chez la Drosophile. U Gritzan et al.; Mechanisms of Development 115 (JUL02) 91-100.
On avait déja constaté, chez les mammifères, que plusieurs récepteurs nucléaires, comme celui des glucocorticoïdes de l'acide rétinoïque et de l'hormone thyroïde peuvent réprimer AP-1 par un mécanisme qui ne fait pas intervenir la fixation du récepteur sur l'ADN (trans-répression), mais sans qu'on n'en sache plus, un peu comme NF-kB. Il est vraisemblable que beaucoup d'effets de ces récepteurs sont dûs à cette répression indépendant de la fixation d'un ligand, et que c'est un effet qui est plus ancien, évolutivement, que l'activation de gènes par ces récepteurs. Certains récepteurs de la Drosophile sont, en effet, indépendant de ligands hormonaux comme l'ecdysone. On peut dissocier ces deux effets par mutation, comme cela a été réalisé pour le récepteur des glucorticoïdes. Chez la Drosophile plusieurs récepteurs nucléaires tels que Seven up, Tailless et Eagle s'opposent à AP-1, en particulier dans la fermeture dorsale de l'embryon citée plus haut et dans la nervation des ailes. Cette régulation négative s'intègre dans un ensemble de régulations qui modulent le niveau de ce facteur de transcription.
58. La famille des facteurs de transcription AP-2 comprend trois isoformes différentes. AP-2, AP-2 et AP-2Chez le Xénope, le facteur de transcription AP-2, activé dans la partie dite "animale" de l'embryon, voit son expression se limiter progressivement au territoire présomptif de l'épiderme. Il est indispensable à sa différenciation. Ce patron est gouverné par la modulation des signaux BMPs (Bone Morphogenetic Proteins). Si on élève sa concentration dans la crête neurale (le territoire présomptif du système nerveux) on déclenche l'expression de gènes "épidermiques". Inversement le "silencing" par antisens ou un AP-2 dérivé antimorphique permet l'expression de gènes neuraux. T Luo et al.; Developmental Biology 245 (01MAY02) 136-144.
59. La CRH (Corticotropin-Releasing Hormone) identifiée pour la première fois dans l'hypothalamus du mouton, coordonne les réponses aux stress. Elle est également produite hors de l'hypothalamus, notamment dans le placenta. Si son rôle dans l'hypothalamus est relativement connu, il l'est moins dans les autres sites .
Seuls AP-2 et AP-2(voir le paragraphe précédent) sont exprimés dans le placenta. AP-2 est actif sous forme de dimère et reconnaît le palindrome 5'-GCCNNNGGC-3'. Le domaine reconnaissant l'ADN et permettant la dimérisation est C-terminal, tandis que domaine de trans-activation est N-terminal et riche en prolines. AP-2 induit l'expression de la prolactine et gonadotropine chorionique et d'autres marqueur du syncytiotrophoblaste dans des cellules du cytotrophoblastes, on a pu se demander s'il n'intervenait pas également dans l'expression d'autres marqueurs du cytotrophoblaste comme la CRH..
AP-2 induit bien l'expression du gène de la CRH en interagissant avec CREB (voir le Bulletin de Juillet §1), plutôt qu'en se liant directement au promoteur. YH Cheng et al.; Molecular & Cellular Endocrinology 191 (14JUN02) 127-136.
60. Caféine, odeurs et lumière, comme beaucoup d'hormones et neurotransmetteurs, agissent par une famille de récepteurs à sept domaines transmembranaires. Chez les eucaryotes les plus primitifs, ce sont ceux qui sont impliqués dans la réception des phéromones et des chimioattractants.
Ces récepteurs sont associés à des protéines G qui sont activées quand le récepteur lie son effecteur. La stimulation va continuer tant que la protéine G est liée au GTP. Dès qu'il y a déphosphorylation en GDP, la stimulation cesse. De tels récepteurs sont désensibilisés par rétroinhibition au bout d'un certain temps (voir le même mécanisme avec l'arrestine dans le Bulletin d'Août §70). Chaque stimulation déclenche la désensibilisation à une échelle de quelques secondes pour un flash lumineux à quelques jours (pour le café) en passant par quelques minutes pour les odeurs (on s'habitue ainsi aux transports en commun).
La désensibilisation peut avoir lieu en d'autres sites dans la voie. En effet ce peuvent être les protéines G et les effecteurs qui sont démobilisés. On a, en effet, découvert que des protéines appelées RGS (Regulators of G-protein Signalling) chez la levure désensibilisent la voie en accélérant l'hydrolyse du GTP en GDP. L'activation de certains récepteurs, de leur protéine RGS et au moins une kinase entraîne leur ubiquitinylation. Mais elles ne sont pas pour autant détruites, car il n'y a qu'une mono-ubiquitinylation, et elles sont envoyées dans la vacuole et pas dans le protéasome. HG Dohlman et al.; Nature 418 (08AUG02) 591.***
62. On sait que de nombreuses hormones gouvernent l'appétit. On vient d'en caractériser une supplémentaire (RL Batterham et al.; Nature 418 (08AUG02) 650-654). Il s'agit de l'hormone peptidique YY3-36 (PYY3-36) produite à l'extrémité distale de l'intestin grêle et au début du colon.
La concentration sanguine de l'insuline et de la leptine est proportionnelle à la masse adipeuse. Elles dépriment l'appétit en inhibant les neurones qui produisent NPY (NeuroPeptide Y) et AgRP (Agouti-Related Peptide), qui stimulent l'appétit, tandis que la mélanocortine inhibe ce dernier via d'autres neurones. L'activation des neurones exprimant NPY/AgRP inhibe les neurones produisant la mélanocortine. La ghréline est une hormone gastrique stimulant l'appétit en activant les neurones produisant NPY/AgRP. PYY3-36 opère, en partie, en jouant sur le récepteur autoinhibiteur de NPY, Y2R. Les souris dépourvues de ce récepteur ne sont pas sensibles à l'effet de PYY3-36.
PYY3-36 fait partie de la famille du NPY et pourtant son niveau sanguin reste élevé entre les repas, et peut vous ôter l'appétit pendant une douzaine d'heures, c'est à dire qu'elle a un effet opposé à NPY. Elle comble, par ailleurs, le champ entre les petits peptides à action rapide sur l'appétit, et les hormones qui régulent la masse corporelle.
Voir également le commentaire complété par un schéma, à peu près clair si on fait un effort, de MW Schwartz et al.; Nature 418 (08AUG02) 595-597.
63. Streptococcus bovis est une bactérie ruminale amylolytique, productrice d'acide lactique. C'est une des bactéries dominantes de la flore du rumen quand l'alimentation est basée sur des concentrés. La fermentation rapide de l'amidon cause, souvent, une acidose gênante. Cependant, les lactates peuvent être fermentés secondairement en donnant le propionate comme produit principal. Il existe une relation inverse entre production de propionate et de méthane (qui constitue une perte énergétique pour l'animal). Enfin le lactate est un donneur d'électrons dans la réduction des nitrates en ammoniaque. Il fonctionne, d'ailleurs, beaucoup mieux dans la réduction finale de nitrite en ammoniaque que dans l'étape précédente de nitrate en nitrite. Il faudrait, donc, arriver à maîtriser la production du lactate. Il faut qu'il soit toujours présent dans le rumen mais ne pas s'accumuler de façon disproportionnée. .
La proportion de lactate par rapport aux autres produits de fermentation dépend du rapport lactate déshydrogénase (LDH)/pyruvate formate-lyase (PFL). L'activité de ces deux enzymes est régulée de deux façons. L'une est due à une allostérie. La LDH de S.bovis est activée par le fructose 1,6-bisphosphate du début de la glycolyse, tandis que la PFL est inhibée par le dihydroxyacétone phosphate et le glycéraldéhyde 3-phosphate du milieu de la glycolyse. Il existe, par ailleurs, une régulation transcriptionnelle. S.bovis modifie la synthèse des deux enzymes de façon opposée en fonction de la richesse de l'alimentation et du pH (favorisant la LDH à pHs réduits et en présence d'une alimentation riche, et vice-versa).
La PFL de S.bovis est synthétisée sous une forme inactive. Pour être activée, elle doit être chargée par un électron grâce à une enzyme dénommée "PFL-activating enzyme" (PFL-AE). Cette enzyme a été étudiée par N Asanuma et al.; Applied and Environmental Microbiology 68 (JUL02) 3352-3357.
C'est un monomère de 261 acides aminés. Comme celle d'E.coli, elle nécessite du Fe++. Le gène codant l'enzyme est polycistronique et indépendant de celui de la PFL. Il est cependant manifestement co-régulé avec ce dernier. Le promoteur de pfl n'est, cependant, pas très efficace. On peut le remplacer celui de ldh. On a, alors, augmentation du rapport formate/lactate. L'efficacité plus grande de la LDH est probablement responsable de la faiblesse du taux en temps normal.
64. L'activation des lymphocytes suppose une intégration des signaux perçus. Les signaux dûs aux ions Ca++, s'ils ne rencontre aucune opposition entraînent une anergie ou une tolérance. On vient de montrer que le facteur de transcription NFAT (Nuclear Factor of Activated T cells) régulé par le Ca++ a un rôle dans les deux aspects fonctionnels des lymphocytes, activation ou sommeil. le couple Ca++/calcineurine induit un nombre limité des gènes associés à l'anergie, parfaitement distincts de ceux induits lors de l'activation et liés à la réponse immune. Au moins quatre gènes distincts codent cette famille de facteurs, et plusieurs isoformes sont connues. Les cellules T sans NFAT1 résistent à l'induction de l'anergie. Inversement NFAT1 induit l'anergie des cellules T si on empêche son interaction avec son partenaire AP-1 (Fos/Jun, voir le §56). C'est donc cette interaction qui permet l'activation des lymphocytes T. F Maciàn et al.; Cell 109 (14JUN02) 719-731.
Je rappelle que l'anergie résulte d'un découplage entre récepteurs et la voie de commande en aval, tandis que la tolérance implique des cellules T régulatrices qui limitent la réponse aux antigènes "soi" et environnementaux qui produisent des cytokines immunosuppressive comme le TGF et IL-10.
65. Devant l'avance du virus West Nile aux Etats-Unis (voir le Bulletin de Juin §74), les travaux sur un vaccin s'accélèrent. C'est un flavivirus (donc à ARN) et, comme ces derniers, il est transmis par un arthropode, un moustique. Il est présent sous la forme de deux lignées (I et II). La lignée I est impliquée dans des épidémies humaines et équines. Ce sont des souches de ce type que l'on a isolé en Israël, en Roumanie, en France et en Russie. Les souches de la lignée II sont impliquées dans des cycles enzootiques.
Un clone cDNA a été obtenu. PY Shi et al.; Journal of Virology 76 (JUN02) 5847-5856. On va pouvoir étudier son génome et ses fonctions.
67. Le fait que la chèvre ne démontre qu'une infection sub-clinique par le virus de la fièvre aphteuse, son rôle comme réservoir n'est pas à négliger. C'est particulièrement vrai dans les zones géographiques où la maladie est endémique comme l'Asie, l'Afrique et une partie de l'Amérique du sud. Un adjuvant huileux (Montanide ISA 206) est supérieur à un adjuvant à base d'hydroxyde d'aluminium pour stimuler la réponse à un vaccin quadrivalent. PK Patil et al.; Vaccine 20 (21JUN02) 2781–2789.
68. La tuberculose, sous sa forme latente, peut se réveiller, soit par une réactivation endogène, soit à la suite d'une réinfection par une autre mycobactérie. Il faut donc être prudent pour une immunisation, même par ADN. CJ Repique et al.; Infection and Immunity 70 (JUL02) 3318-3323.
69. L'échec cuisant de la vaccination contre la grippe de 1947 a été réanalysé. L'immunité croisée entre les souches se succédant annuellement est en général suffisante pour limiter les épidémies successives, mais l'accumulation des mutations rend cette protection de plus en plus aléatoire. Les souches vaccinales de 1943-44 et 1944-45 étaient efficaces. Ce sont bien des mutations et pas un réarrangement important, comme dans le cas des pandémies, qui ont causé la perte d'immunité croisée en 1947. Ceci indique que ce type d'accident peut causer une pseudo-pandémie sans réarrangements, avec des souches animales du virus. ED Kilbourne et al.; Proceedings of the National Academy of Sciences USA 99 (06AUG02) 10748-10752.
70. Le colloque de l'OMS à Genève du 6 Février a permis d'échanger les dernières informations sur le virus de l'influenza. Un compte rendu figure dans CF Rimmelzwaan et al.; Vaccine 20 (22MAY02) 2153–2154. Une nouvelle souche H1N2 a été isolée de patients en Egypte, Israel, France, Canada et au Royaume Uni. Ce sont des ré-assortants de deux sous-types H1N1 et H3N2 circulant actuellement. Théoriquement, les vaccins actuels sont donc suffisants.
71. La question du maintien d'une vaccination antipoliomyélitique depuis l'éradication du virus est soulevée depuis un certain temps. L'OMS envisage à la fois d'arrêter la vaccination et de stocker des vaccins pour parer à toute éventualité. Le vaccin atténué Sabin continue, en effet, à circuler et à évolué. On vient d'isoler un variant paralysant. EA Cherkasova et al.; Journal of Virology 76, n°13 (JUL02) 6791-6799.
L'analyse de son génome montre qu'il s'agit d'un double recombinant d'un vaccin type 1 et type 2. Le nombre des mutations dans les parties de type 1 et 2 montre que les deux virus avaient dérivé de leurs parents vaccinaux deux ans avant l'infection paralysante. Cette évolution est analysée par des chercheurs russes avec l'aide de la FDA américaine.
72. Les séquences génomiques d'environ 150 kb de plusieurs isolats des Sheeppox virus (SPPV) et goatpox virus (GTPV), membres des Capripoxvirus viennent d'être établies et comparées. Ce sont des infections répandues en Afrique, Asie du Sud Ouest (Inde) et centrale, ce qui explique la signature de l'article par des chercheurs du Kazakhstan. ER Tulman et al.; Journal of Virology 76, n°12 (JUN02) 6054-6061. Ils sont soupçonnés d'être transmis par aérosols ou des vecteurs insectes. Ils ressemblent au virus LSDV (Lumpy Skin Disease Virus) du mouton dont ils semblent être des dérivés. Ils sont relativement spécifiques de leur hôte respectif. Ils sont, cependant et par ailleurs, indistinguables par les techniques sérologiques, classiques et on a affirmé qu'il s'agit d'une seule espèce avec des spécificités d'hôte variable selon les régions du globe. On a, par ailleurs, constaté des recombinaisons entre SPPV et GTPV. Mais des gènes du LSDV impliqués dans la virulence sont interrompus chez les deux virus étudiés et plusieurs gènes du virus de la vaccine (un cousin proche) sont absents, ce qui pourrait indiquer une intervention de ces gènes de la vaccine dans la spécificité pour les bovins. Deux souches atténués ont été étudiées et un petit nombre de changements sont survenus par rapport à leur contrepartie virulente, mais réside dans les gènes impliqués dans la virulence.
L'importance économique fait rechercher des vaccins acceptables. Des vaccins atténués ou basés sur des sous-unités ont été utilisés pour les trois virus, mais l'inefficacité de certains les pathologies créés par certains d'entre eux et les réticences à utiliser des vaccins atténués en dehors des zones d'enzooties, fait que l'on recherche des vaccins améliorés, et c'est ce qu'est en train de faire le centre de Plum Island de l'USDA.
74. Une vaccination par ADN contre l'hémagglutinine HA ou la nucléoprotéine du virus grippal, peut voir les réponses stimulées si on co-administre des facteurs de régulation de l'interféron comme IRF-1, IRF-3, et IRF-7 (Interferon regulatory factor). Ces IRFs sont normalement produits au cours de la phase initiale inflammatoire d'une infection virale. S Sasaki et al.; Journal of Virology 76, n°13 (JUL02) 6652-6659.
Une co-transfection du cDNA de HA et des gènes de IRF-3 et IRF-7 augmente la réponse des cellules T CD4 de 2 à 4 fois et celle des cellules T CD8 de plus de 10 fois. Les effets sur la production des anticorps sont plus mesurés. Une administration des ADNs par injection intramusculaire donne une réponse IgG2a, tandis qu'un injection ballistique donne des IgG1.
75. On trouvera dans DJD Earn et al.; Trends in Ecology & Evolution 17 (JUL02) 334-340. Une analyse écologique de l'évolution de l'influenza (grippe). Cette évolution est originale dans la mesure l'échelle de temps de l'apparition des variants est la même que pour les épidémies
On a récemment pû reconstruire avec précision les arbres phylogénétiques des épidémies successives à partir de souches actuelles ou fossiles, comme celle de la grippe espagnole. c'est aussi un matériel intéressant pour étudier sur le plan théorique l'évolution d'un système avec plusieurs souches et en déduire une évolution des populations et, dans un futur pas trop lointain, prévoir cette évolution, ce qui serait d'un certain intérêt. mais la nature est sournoise.
77. Bien que les virus de la variole et de la vaccine présentassent des homologies très fortes (ce qui se traduit, en particulier, par l'antigénicité croisée, le tropisme strict de la variole pour l'homme suggère que certaines protéines de la variole sont plus adaptées à cet hôte exclusif, et notamment à contourner ses défenses immunitaires.
Ceci est dû à l'inhibiteur SPICE (SmallPox Inhibitor of Complement Enzymes) du complément. Il est 100 fois plus efficace dans l'inhibition du composant C3b et 6 fois plus pour C4b du complément que la protéine de la vaccine assurant cette fonction (VCP pour Vaccinia virus Complement control Protein) . SPICE est également plus spécifique que VCP du complément de l'homme. SPICE inhibe la formation des convertases C3/C5 indispensables à la lutte antivirale.
Une substance agissant sur SPICE serait potentiellement utile. AM Rosengard et al.; Proceedings of the National Academy of Sciences USA 99 (25JUN02) 8808-8813.
78. Le virus de la maladie d'Aujeszky du porc possède une protéine de surface codée par l'homologue du gène UL48 du virus de l'herpes simplex type 1 (HSV-1). Cette couche est située sous l'enveloppe phospholipidique d'origine cellulaire acquise lors de l'extrusion hors de la cellule. Elle est indispensable à l'assemblage des virions dans le cytoplasme, les particules non encapsidées restant cytoplasmiques et non enveloppées quand son gène est délété. Comme son homologue du HSV-1, elle a, également, un rôle régulateur de l'expression lors des stades précoces de l'infection. W Fuchs et al.; Journal of Virology 76, n°13 (JUL02) 6729-6742. Cette protéine est absente dans les particules juste issues du noyau lors du premier enveloppement. UL48 joue donc un rôle dans le montage de la capside avant l'enveloppement secondaire des nucléocapsides.
Un motif riche en tyrosines dans la queue cytoplasmique de la glycoprotéine virale B du virus qui est impliquée dans l'internalisation des glycoprotéines de surface du virus dans les monocytes infectés, évitant ainsi une reconnaissance par le système immunitaire et facilite la transmission de cellule à cellule. HW Favoree et al.; Journal of Virology 76, n°13 (JUL02) 6845-6851.
79. On trouvera dans RA Kahn et al.; Trends in Biochemical Sciences 27 (JUN02) 308-314, une revue sur les stratégies des bactéries pour se prémunir contre les défenses, voire pour les utiliser à leur profit, au sein des cellules eucaryotes.
80. La protéolyse via l'ubiquitine fait intervenir un ciblage vers le protéasome 26S par l'addition covalente de plusieurs molécules d'ubiquitine (polyubiquitine avec des ubiquitines enchaînées par leur Lys48 ou, parfois, Lys63) sur la protéine à détruire, grâce à une cascade enzymatique. Celle-ci fait intervenir, avec l'enzyme E1 activant l'ubiquitine sur sa glycine C-terminale, les enzymes E2 (ubiquitin-carrier proteins ou ubiquitin-conjugating enzymes, UBCs) fixant l'ubiquitine et l'ubiquitine-protéine ligase E3 transportant la protéine cible. Des enzymes désubiquitinantes (DUBs) permettent la libération des ubiquitines greffées sur la protéine à détruire de façon à ne pas enterrer les croquemorts avec leur cliente.
Certaines DUBs jouent, d'ailleurs, un rôle dans la régulation du processus, et protègent le protéasome (pour ceux que cela intéresse, une revue systématique des participants fait le point sur cette voie avec A Ciechanover; The EMBO Journal 17 (15DEC98) 7151-7160.
La stratégie d'invasion de nombreux virus implique la production de produits viraux imitant des régulateurs cellulaires qui perturbent ainsi les mécanismes cellulaires au bénéfice du virus.
Une infection par un adénovirus provoque une libération de l'ubiquitine et ceci est dû à la L3 23K protéase (Avp) qui est nécessaire à la maturation des précurseurs de protéines virales. Cette protéses est également capable de déubiquitinyler, comme on vient de le montrer, des protéines cellulaires. MY Balakirev et al.; Journal of Virology 76, n°12 (JUN02) 6323-6331.

References: ATF 
 §82
 §64
 ATF 
 §62
 §59
 §3
 §1
 §70
 §56
 §74