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Timestamp: 2019-04-22 14:41:32+00:00

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Des feux et des cyclistes - Réflexions et divagations diverses d'un cycliste de Québec
« Le danger latent pour les cyclistes des zones de - La rétrospective 2018 d'un zoïle, version vidéo »
Par Le zoïle à pédales	le jeudi, septembre 13 2018, 14:51	- Tous des délinquants - Lien permanent
Ces cyclistes qui ne respectent rien
Dans mon précédent billet, j'insistais particulièrement sur le fait que ce genre d'aménagements pouvait mener non seulement à des problèmes de sécurité graves, mais également à des ambiguités législatives déplorables. Cependant, à ce moment, je n'avais pas de cas spécifique pour soutenir ce dernier point de vue. Deux lecteurs m'ont écrit depuis pour m'exposer des situations qui illustrent parfaitement le problème. Je vous présente donc leurs témoignages, agrémentés de mes explications, et avec mes remerciements à ces deux personnes qui ont pris le temps d'exposer et de documenter leur cas.
On notera qu'aucun de ces deux cas ne s'est produit dans la ville de Québec. Il est vrai que, normalement, j'essaie de rester dans le cadre de la ville de Québec, que je connais mieux. Toutefois, le même code de la sécurité routière s'applique partout au Québec et les situations exposées pourraient tout autant se produire à Québec.
Fourbe cycliste qui passe sans vergogne sur le feu piétonnier!
On le sait, les cyclistes adorent passer sur les feux rouges. Un premier lecteur m'écrit ceci :
Je vis à Sherbrooke et, malgré les efforts de la ville d'intégrer les cyclistes à la circulation routière, il reste de fortes ambiguités dans la signalisation. Récemment, suivant la piste cyclable de l'Axe de la Magog j'ai passé sur un feu piétonnier qui avait déjà été activé. Un policier m'a donné un constat d'infraction à l'article 359. Les pénalités : 3 points d'inaptitude à mon dossier de conduite, ainsi qu'une amende de 50$.
L'article 359, pour ceux qui s'y intéressent, concerne bel et bien le passage non-autorisé sur un feu rouge :
À moins d’une signalisation contraire, face à un feu rouge, le conducteur d’un véhicule routier ou le cycliste doit immobiliser son véhicule avant le passage pour piétons ou la ligne d’arrêt ou, s’il n’y en a pas, avant la ligne latérale de la chaussée qu’il s’apprête à croiser. Il ne peut poursuivre sa route que lorsqu’un signal lui permettant d’avancer apparaît.
Observons les photos que le lecteur m'a fait parvenir. L'événement s'est produit à l'intersection de la Rue Terrill et de l'Avenue Kennedy Nord, à un endroit faisant partie de l'Axe de la Magog.
Vue de la piste cyclable arrivant du pont, 2016
Comme on peut le constater, la piste cyclable tourne à droite en traversant la rue Terrill. On peut également remarquer sur la photo suivante que la piste cyclable rejoint la route avant le croisement de l'Avenue Kennedy Nord.
Vue rapprochée de l'intersection
Premier point à noter : il est vrai qu'il n'y a aucune signalisation autorisant les cyclistes à passer sur le feu piétonnier. Toutefois, deux petits détails à ceux qui trouvent raisonnable l'oeuvre de ce policier zélé :
Si le cycliste ne peut pas passer sur le feu piétonnier, c'est donc l'article 363 qui s'applique. Cet article spécifie très clairement que le cycliste a donc l'obligation de passer sur le feu vert. Pas "il peut passer sur le feu vert lorsqu'il juge que c'est sécuritaire". Non, il doit passer dès que le feu est vert et l'intersection libre. Observez à nouveau cette intersection : en tant qu'automobilistes, c'est vraiment ce que vous voudriez qu'un cycliste fasse? En tant que parent qui pourrait potentiellement amener ses enfants sur cette piste cyclable, c'est vraiment ce que vous voulez avoir à faire pour traverser cette rue?
Il y a plus fort toutefois. Voici à quoi ressemble le bouton d'appel du feu piétonnier, situé sur le poteau de lumière près du vélo dans l'image précédente :
Tiens donc, un pictogramme de vélo!
Ça. Précisément. Ça. On touche du doigt le fond du problème avec ces arguties signalétiques : il faut un doctorat en droit, un sixième sens digne d'un médium et une propension à l'absurde à en faire pâlir d'envie Kafka pour n'avoir ne serait-ce qu'une chance de peut-être ne pas enfreindre la loi.
Il y a un pictogramme de vélo sur le bouton d'appel de ce feu piétonnier, mais passer sur ce même feu piétonnier est illégal et vous mérite une amende. Et ici, point d'argumentaire et d'appel au "gros bon sens" comme quoi "personne ne se ferait arrêter pour ça" : ce n'est pas théorique, ce n'est pas hypothétique. Un cycliste a reçu une contravention pour être passé sur ce feu piétonnier!
Je n'exagère pas quand je dis que c'est un piège : un cycliste qui voit cela doit savoir que ce petit pictogramme n'étant pas mentionné dans le CSR, il ne constitue pas une "signalisation contraire" au sens de la loi et ne permet donc pas à un cycliste d'utiliser le feu piétonnier. Bravo. Non seulement passer sur la verte est-il dangereux dans ce cas-ci, mais vous devez de plus déjouer un piège si vous voulez être en règle. C'est clairement comme ça qu'on va faire comprendre aux cyclistes à quel point il est important de suivre le CSR...
Indigne pédaleuse qui ose rouler sur la verte!
Bon, soit. Il ne faut pas passer sur le feu piétonnier. C'est mal. Très mal. Vous entendez, cyclistes? Vous voulez les droits des automobiles? Acceptez aussi leurs responsabilités et respectez leurs règles. Cessez d'être des tueurs de chatons mignons et mettez vous dans la tête qu'un vélo, ça passe sur la verte, comme les autos.
Enfin, sauf quand c'est formellement interdit, bien sûr. Ça me parait simple.
Transportons-nous donc à Montréal cette fois, à l'intersection du Boulevard de Maisonneuve et Claremont. Il y a, là également, une piste cyclable. Je n'utilise pas mes propres photos, mais celles de Google Street View, ma paresse étant définitivement sans limites et me proscrivant un aller-retour Québec-Montréal aux seules fins de photographier une intersection. Cet article pourrait toutefois être mis à jour lorsque j'aurai à aller à Montréal et pourrai prendre des photos sur place.
Voici la vue de l'intersection pour un véhicule allant en direction est :
La piste cyclable est à gauche
Comme on peut le constater, la piste cyclable est une piste bidirectionelle qui change de côté à l'intersection (de la gauche vers la droite). La ligne d'arrêt (juste après le dernier poteau vert) est par ailleurs très en retrait de l'intersection. Donc, que devrait faire un cycliste arrivant à cette intersection?
Premièrement, il est toujours amusant de constater à quel point les aménagements cyclables ne sont jamais conçus pour le visiteur occasionnel. Pour peu qu'un véhicle coupe la vue d'un cycliste vers la droite, ce qu'il faut faire n'est absolument pas évident : les marquages sur la chaussées se résument à une flèche vers l'avant, juste avant la ligne d'arrêt, flèche qui pointe résolument vers un trottoir et une voie de circulation opposée...
Pour les besoins de la cause, admettons toutefois que le cycliste sache où aller. Un cycliste arrivant sur une verte a comme premier réflexe de préparer son passage dans l'intersection : après tout, c'est non seulement permis mais forcé par le Code de la sécurité routière. Son attention va donc se concentrer sur les voitures derrière lui et sur la suite de la piste cyclable, de l'autre côté de l'intersection. Fatalitas, il fallait aussi qu'il regarde l'autre coin pour s'apercevoir de la présence du panneau lui interdisant de passer à la verte :
Vous voyez le petit panneau sous la lumière verte?
Encore une fois, ça n'a rien d'évident. Ça n'a d'autant plus rien d'évident que ce genre de signalisation n'est absolument pas cohérente sur les croisements précédents et suivants. Par exemple, voici le croisement précédent pour un cycliste arrivant de l'est :
Ici, les cyclistes doivent passer sur la verte
De l'autre côté, pour les cyclistes arrivant de l'ouest? La première intersection possède aussi un panneau forçant à passer sur le feu piétonnier :
Bien sûr, ici, passer sur la verte est criminel
Par contre, à l'intersection qui précède celle-ci, les cyclistes doivent passer sur le feu vert :
Passer sur le feu vert est ici obligatoire. On remarque que les voitures peuvent aussi tourner sur la verte au travers de la piste cyclable, comme à l'intersection principale illustrée plus haut.
Et donc, sur un tronçon de moins de 1 kilomètre, les cyclistes jonglent entre vous devez passer sur le feu vert, sinon vous êtes en infraction et passer sur le feu vert est absolument prohibé, utilisez le feu piétonnier. Et on s'étonne que les cyclistes ne suivent pas...
Tout cela peut encore une fois paraître très théorique, mais non. Une lectrice m'a mentionné ce coin en particulier justement parce qu'elle y a reçu une contravention de 80$ pour avoir passé sur le feu vert...
Mais au-delà de toutes ces considérations, il y a plus fort. Parce que même à ce point-ci, peut-être vous dites-vous : la loi c'est la loi. Si tu n'es pas capable de la respecter, paye. Prends le temps de regarder les panneaux et il n'y en aura pas de problème. Moi, ça ne m'arriverait pas en tout cas. (notons que je parle au "vous", mais que je doute que beaucoup de mes lecteurs pensent ainsi; je crois toutefois que c'est une position hélas relativement répandue en général)
Cependant, un tout petit détail vient tempérer ce genre de discours : vous qui vous dites capables de voir l'évidence et d'identifier avec aisance ces aléas de la signalisation, avez-vous remarqué que tous les cyclistes empruntant cette piste cyclable vers l'est le font dans la plus flagrante illégalité? Je ne blague pas : tous les cyclistes, même ceux passant sur le feu piétonnier, le font dans l'illégalité et pourraient se mériter une contravention allant de 80$ à 100$. Et pourtant, dans les photos montrées plus haut, vous avez tout ce qu'il faut pour identifier leur infraction.
Sérieusement : que vous pensiez que la contravention pour passage sur le feu vert est acceptable ou non, prenez le temps d'observer et de vous demander quelle infraction les cyclistes ont pu commettre. La réponse est plus bas.
Alors, avez-vous trouvé? Félicitations si c'est le cas. Sinon, voici la solution. Les cyclistes commettent une infraction à l'article 488 du CSR qui stipule que "Le cycliste doit se conformer à toute signalisation." L'article 504 indique quant à lui le montant lié à cette infraction.
Pourquoi est-ce que tous les cyclistes contreviennent à l'article 488? Eh bien observez la photo ci-dessus : les panneaux "sens interdit" et "obligation de tourner à droite ou à gauche" ne sont pas munis d'un pannonceau exemptant les cyclistes. Au sens de la loi, les cyclistes sont donc forcés de respecter ces panneaux et de ne pas s'engager sur la piste cyclable. Je sais, c'est stupide et délirant. Mais c'est la loi.
Alors, si on s'en tient aux raisonnements logiques (désolé d'exclure ici les radios de Québec), il y a deux possibilités :
On considère que les cyclistes doivent respecter à 100% la signalisation, même si elle est confuse, peu claire et contradictoire. D'accord, mais dans ce cas, il faut admettre que cette position revient, à toutes fins pratiques, à dire que la ville de Montréal a construit une piste cyclable qu'il est interdit d'emprunter. Et elle n'est pas la seule.
On considère qu'il est évident que le bon sens doit prévaloir dans de telles situations, et qu'il est clair que la signalisation du sens interdit n'est pas appropriée pour les vélos, qui peuvent donc en être dispensés malgré ce que dit la loi. Pas de problème, mais il faut dans ce cas admettre que le passage sur la verte peut alors également entrer dans cette catégorie de "illégal mais c'est le gros bon sens qui le dicte" et reconnaître que le policier a fait du zèle dans ce cas-ci.
Autres perles réglementaires
Tant qu'à parler de feu piétonnier et de cyclistes, voici quelques situations ridicules pour complèter celles du précédent billet.
Premièrement, il y a une nouvelle piste cyclable sur le Boulevard Chauveau, entre de l'Ormière et Saint-Jacques. Très bien, mais il eut été intéressant de considérer la sécurité des cyclistes lors de sa mise en place. Voici quelques intersections :
Intersection Chauveau / de l'Ormière
À ces deux intersections (oui oui, même de l'Ormière), les cyclistes sont obligés de passer sur le feu vert. Passer sur le feu piétonnier pour s'éviter le trafic des trois voies automobiles de Chauveau? Formellement interdit, bien sûr. Entendons-nous : je sais très bien que ce n'est pas ce qu'a prévu la ville. Qu'éventuellement, des pannonceaux permettant l'usage du feu piétonnier vont apparaître. Mais ça démontre bien la nonchalance absolue avec laquelle on traite ce genre de dossier -- nonchalance qui, à son tour, se transmet aux cyclistes qui se voient bien peu enclins à suivre une règlementation qui les considère à peine...
Nous avons également une situation intéressante à l'intersection Boulevard Wilfrid-Hamel / Rue Jalobert, près du Colisée. Voici ce que voit un cycliste arrivant en direction sud sur la piste cyclable :
Un panneau forçant à passer au feu piétonnier est bien visible
La piste cyclable continue à gauche. Maintenant, que voit un cycliste arrivant sur la même piste cyclable, mais dans l'autre direction? Ceci :
Hop! Pas de panneau!
Dans l'article précédent, je parlais déjà de ces incongruités où la marche à suivre diffère selon le coin où un cycliste se trouve. Ici, on a encore plus fort : ça change selon le sens dans lequel va le cycliste. Vers le sud, passer sur la verte est formellement interdit et le passage par le feu piétonnier est obligatoire. Vers le nord, utiliser le feu piétonnier est interdit et il est obligatoire de passer sur la verte!
Sérieusement. Comment voulez-vous que ce genre de règlements soient respectés s'ils sont appliqués de manière aussi stupide et illogique?
Et encore : dans ce dernier cas, au moins il est techniquement possible (même si potentiellement dangereux) de passer sur la verte. Ce n'est, hélas, pas le cas de la prochaine situation :
Croisement du Versant-Nord / Montbray
La piste cyclable se poursuit bien de l'autre côté du boulevard (on voit un cycliste arriver de cet endroit).
Autre vue de l'intersection, pour un cycliste arrivant par la droite de l'image présentée plus haut
Pourtant, aucun panneau ne permet aux cyclistes d'utiliser le feu piétonnier. Fort bien, dans ce cas, les cyclistes doivent passer sur la verte. Seul problème : il n'y a pas de verte. Tout simplement. Observez l'intersection : les concepteurs n'ont pas cru bon d'ajouter des feux du côté d'où arrive la piste cyclable. Par conséquent, nous avons donc ici une intersection, traversée par une piste cyclable, mais que les cyclistes ne peuvent emprunter d'aucune manière légale. Ils ne peuvent pas passer sur le feu piétonnier, puisque la signalisation ne leur permet pas, mais ne peuvent pas non plus passer sur la verte puisqu'il n'y a pas de feu vert...
Il y aurait bien d'autres exemples à montrer, mais, histoire de terminer en beauté, rendons nous sur le campus de l'Université Laval. Comme beaucoup d'autres endroits dans la ville, on y retrouve à la fois des signalisations inefficaces (à chaque fois justifiées par un "la sécurité des cyclistes est notre priorité absolue") et, en même temps, un manque de signalisation à certains endroits qui affecte la sécurité des cyclistes et rend caduque cette pseudo préoccupation soudaine pour les vélos.
Par exemple, sur la rue du Séminaire, chaque entrée de stationnement dotée d'un feu de circulation force les cyclistes à utiliser le feu piétonnier, quand bien même que de passer au vert pourrait aisément être fait en tout sécurité, le stationnement n'étant évidemment pas une voie de transit.
On voit bien le petit panneau à gauche de la photo
Toutefois, moins de 100 mètres plus loin, qu'en est-il du croisement avec le Chemin Ste-Foy, où passer sur le feu piétonnier serait clairement moins dangereux?
Débrouillez-vous pour passer sur la verte... après avoir fait un stop.
Remarquez, ici encore, on est dans une situation du type "je roule sur la même piste, mais dépendant de ma direction, mes obligations changent", puisque voici l'autre côté de la même intersection :
Le classique combo stop et lumière
En bref, si vous allez vers l'ouest, passer sur le feu piétonnier est le comportement attendu de la part d'un cycliste vertueux. Cependant, ce même cycliste adoptant le même comportement sur la même piste, mais en allant cette fois vers l'est, est cette fois un délinquant de la pire espèce. Vous voyez la logique, vous?
Pour respecter les règlements, encore faut-il en avoir la possibilité
Ce billet est déjà très long, mais avant de conclure, j'aimerais parler d'un autre problème souvent rencontré avec le passage sur les feux piétonniers : la totale inefficacité de devoir aller activer ledit signal piétonnier.
Prenons un exemple. Récemment, en bas de la Côte de la Pente-Douce, un nouveau panneau a fait son apparition :
On constate bien la présence du petit panneau idoine, juste en dessous du feu rouge, qui force les cyclistes à utiliser le feu piétonnier.
Premièrement, je me permets de souligner que ce genre de changement à la va-vite est extrêmement problématique pour les cyclistes. Pensons-y un peu : pendant des années, les cyclistes devaient passer sur la verte à cet intersection et, soudainement, il leur est interdit de le faire. On ne parle pas d'un changement mineur ici, on renverse complètement ce qui est légal ou non de faire à vélo. Indépendamment de ce que l'on pense de la présence d'un tel panneau ici, il est donc clair que ce genre de changement à la signalisation ne devrait en aucun cas être fait subrepticement!
Mais passons sur cette surprise signalétique et intéressons nous plutôt à ce que cela implique. Les cyclistes doivent utiliser le feu piétonnier. Comme nous sommes à Québec, le signal piéton n'est pas automatiquement activé. Il faut donc le déclencher via un bouton. Et où est ce bouton? S'agissant d'un signal pour piétons, il est, légitimement, accroché au poteau de lumière que l'on voit à droite de la photo. À droite du trottoir donc. Or, en vertu de l'article 492.1, il est interdit aux cyclistes de circuler sur le trottoir. Bilan des courses : pour respecter la loi, le cycliste doit descendre de son vélo et marcher jusqu'au bouton pour demander le feu piétonnier.
Le parallèle avec l'automobile est parfois limité, mais tout à fait approprié au cas présent. Imaginons une intersection où, pour pouvoir déclencher le feu vert, l'automobiliste devait s'arrêter, descendre de son auto, marcher sur le trottoir et aller presser un bouton. Ce serait totalement ridicule, n'est-ce pas? Bon sang, alors pourquoi ne l'est-ce pas pour les cyclistes? Pourquoi est-il légitime de demander cette manoeuvre impromptue et inefficace aux cyclistes? Vous voulez faire passer les cyclistes sur le feu piétonnier? Je ne suis pas d'accord, mais soit : faites-le. Mais dans ce cas, pourriez-vous au moins avoir la décence de leur fournir de quoi le déclencher?
Conclusion : une signalisation illogique ne sera jamais respectée
Souvent, j'entends dire que les cyclistes ne respectent rien. Qu'ils se moquent des règlements et se gaussent quand on leur rappelle leurs responsabilités. Que ce sont des enfants qu'il faut éduquer (mieux : punir) sur la manière de faire des "adultes" (les automobiles). Jusqu'à un certain point, je suis prêt à accueillir ces positions. Il est vrai qu'il y a, au sein de la communauté cycliste, un certain dédain pour les règles de la route.
Cependant, ce dédain ne sort pas de nulle part. Il n'est pas intrinsèque aux cyclistes, ou caractéristique des gens qui aiment pédaler. Il est, j'en suis convaincu, acquis. Comment voulez-vous demander à quelqu'un de respecter les règles lorsque celles-ci sont aussi incohérentes, dangereuses et imprédictibles? En l'état, je l'affirme : toute personne soutenant que les cyclistes pourraient respecter à la lettre le Code de la sécurité routière fait soit preuve d'hypocrisie, soit, plus prosaïquement, d'aveuglement. Je le répète : respecter à 100% le CSR est, pour un cycliste, impossible. Ces aménagements déficients sont là depuis si longtemps qu'on en est venu, collectivement, à oublier leur présence. La très grande majorité des cyclistes ne sont pas réellement incommodés par ces défauts de signalisation, puisqu'ils n'en tiennent simplement pas compte. Et vous savez quoi? Ça fonctionne bien... jusqu'au jour où un policier zélé décide de donner des contraventions.
Si cette situation se généralise, nous allons nous retrouver avec un gros problème sur les bras. D'un côté, des règlements impossibles à respecter. De l'autre, un corps policier qui tient à les faire respecter à la lettre. À part de la frustration de tous les côtés, ça ne risque pas de générer grand chose...
Bonus : à propos de la réforme du Code de la sécurité routière
Parmi les modifications concernant les cyclistes adoptées au printemps 2018, on retrouve celle-ci, qui s'ajoute à l'article 359 (l'article qui interdit aux cyclistes de passer au feu rouge) :
Malgré le premier alinéa et à moins d’une signalisation contraire, le cycliste qui fait face à un feu pour piétons à un feu rouge peut poursuivre sa route. Il doit toutefois s’immobiliser avant le passage pour piétons ou la ligne d’arrêt ou, s’il n’y en a pas, avant la ligne latérale de la chaussée qu’il s’apprête à croiser et s’assurer qu’il peut effectuer sa manoeuvre sans danger. Il doit alors circuler à une vitesse raisonnable et prudente et accorder la priorité aux piétons.
En bref, un cycliste peut passer sur un feu piétonnier. Ne vous affolez pas outre mesure, toutefois : cet alinéa n'est pas en vigueur avant le 18 avril 2019, pour une raison que j'ignore. Dans tous les cas, lorsqu'il le sera, pourra-t-on considérer les problèmes relevés dans cet article (et le précédent)? Observons les différents cas de figure, ainsi qu'un résumé succint des problèmes de sécurité et de logique soulevés par chaque cas :
Cas 1 : passage sur un feu vert alors qu'une obligation de passer sur le feu piétonnier est présente. Cela constitue une infraction alors que la manoeuvre peut souvent être effectuée sans danger. Le panneau d'obligation est parfois difficile à repérer et change du tout au tout le comportement légal attendu de la part du cycliste. Respecter la loi et s'arrêter au feu vert peut, dans certaines circonstances (par exemple sur un boulevard passant), être dangereux.
Cas 2 : passage sur le feu vert sans signalisation particulière. Les cyclistes ayant l'obligation de passer sur un feu vert (article 363), cela peut constituer un danger avec certains aménagements.
Cas 3 : passage sur un feu piétonnier alors qu'une obligation de passer sur le feu piétonnier est présente. Permis par la loi (en fait, forcé), mais peut entraîner des problèmes de sécurité lorsque beaucoup de piétons sont présents.
Cas 4 : passage sur un feu piétonnier sans signalisation particulière. Interdit par le code de la sécurité routière alors que la manoeuvre peut souvent être effectuée sans danger.
L'ajout à l'article 369 règle le point 4. C'est un début, mais, oserais-je le rappeler, ce n'est qu'un des quatre problèmes... Par ailleurs, il ne le règle que partiellement : sur un parcours cycliste fréquenté, requérir de chaque cycliste qu'il fasse un arrêt complet n'est pas plus pratique que de demander la même chose aux automobilistes sur un feu vert. Si on a des feux de circulation en plus des arrêts obligatoires, c'est justement parce qu'ils ne sont pas interchangeables...
En d'autres termes, j'accueille favorablement cette modification qui, lorsqu'elle sera en vigueur, autorisera un comportement qui était au final déjà très répandu, mais il n'est certainement pas question de prétendre que tous les problèmes liés à l'utilisation des feux de circulation par les cyclistes ont été résolus...
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References: l'article 359

L'article 359
 l'article 363
 l'article 488
 L'article 504
 l'article 488
 l'article 492
 l'article 359
 l'article 369