Source: http://www.juricaf.org/arret/FRANCE-CONSEILDETAT-20011008-221206
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Page d'accueil > Résultats de la recherche France, Conseil d'État, 2 / 1 ssr, 08 octobre 2001, 221206
Sens de l'arrêt : RejetType d'affaire : AdministrativeType de recours : Recours pour excès de pouvoirNumérotation : Numéro d'arrêt : 221206Numéro NOR : CETATEXT000008049481 Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;2001-10-08;221206 Analyses : L'analyse de cet arrêt par le centre de documentation du Conseil d'Etat sera ajoutée ultérieurement.Texte : Vu la requête, enregistrée le 18 mai 2000 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par le SYNDICAT NATIONAL DES PROFESSEURS D'ARTS MARTIAUX, dont le siège est ... Porte d'Eau à Dunkerque (59140), représenté par son président en exercice, et par l'ASSOCIATION DE DEFENSE DES INTERETS DU SPORT (ADIS), dont le siège est ..., représentée par son président en exercice ; le SYNDICAT NATIONAL DES PROFESSEURS D'ARTS MARTIAUX et l'ASSOCIATION DE DEFENSE DES INTERETS DU SPORT demandent au Conseil d'Etat : 1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 28 mars 2000 de la ministre de la jeunesse et des sports complétant l'arrêté du 10 août 1999 modifié relatif à la délivrance des dans ou des grades équivalents ;
2°) de condamner l'Etat à verser à chacun des requérants une somme de 2 000 F en application de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991 ; Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; Vu le Traité instituant la Communauté européenne ; Vu la loi n° 84-610 du 16 juillet 1984 modifiée notamment par la loi n° 99-493 du 15 juin 1999 ; Vu le décret n° 85-236 du 13 février 1985 modifié ; Vu le décret n° 85-237 du 13 février 1985 modifié ; Vu le décret n° 85-238 du 13 février 1985 modifié ; Vu le code de justice administrative ;
- le rapport de M. Mary, Maître des Requêtes, - les observations de la SCP Tiffreau, avocat de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires,
- les conclusions de Mme Prada Bordenave, Commissaire du gouvernement ;Considérant qu'aux termes des cinquième et sixième alinéas de l'article 17 de la loi n° 84-610 du 16 juillet 1984 relative à l'organisation des activités physiques et sportives, dans sa rédaction issue de la loi n° 99-493 du 15 juin 1999 : "Dans les disciplines sportives relevant des arts martiaux, nul ne peut se prévaloir d'un dan ou d'un grade équivalent ( ...) s'il n'a pas été délivré par la commission spécialisée des dans et grades équivalents de la fédération délégataire ou, à défaut, de la fédération agréée consacrée exclusivement aux arts martiaux. Un arrêté du ministre chargé des sports fixe la liste des fédérations mentionnées à l'alinéa précédent ( ...)" ; que le SYNDICAT NATIONAL DES PROFESSEURS D'ARTS MARTIAUX et l'ASSOCIATION DE DEFENSE DES INTERETS DU SPORT demandent l'annulation de l'arrêté en date du 28 mars 2000 par lequel le ministre de la jeunesse et des sports, sur le fondement des dispositions précitées, a habilité la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires à délivrer des dans et grades équivalents dans sa discipline ; Sur la compétence du Conseil d'Etat en premier et dernier ressort :
Considérant qu'aux termes de l'article R. 311-1 du code de justice administrative : "Le Conseil d'Etat est compétent pour connaître en premier et dernier ressort : ... 2° Des recours dirigés contre les actes réglementaires des ministres ..." ; que l'arrêté ministériel attaqué, qui organise la délivrance des dans et des grades équivalents, a le caractère d'un acte réglementaire ; que, dès lors, le recours formé par le SYNDICAT NATIONAL DES PROFESSEURS D'ARTS MARTIAUX et l'ASSOCIATION DE DEFENSE DES INTERTS DU SPORT relève de la compétence du Conseil d'Etat en premier et dernier ressort ;
Sur l'exception tirée de l'illégalité de l'arrêté accordant à la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires l'agrément prévu à l'article 16 de la loi du 16 juillet 1984 modifiée :
Considérant que, pour contester la légalité de l'arrêté du 28 mars 2000 habilitant la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires à délivrer des dans et des grades équivalents, les requérants se prévalent, tout d'abord, de l'illégalité de l'arrêté du ministre de la jeunesse et des sports accordant à cette fédération l'agrément prévu par l'article 16 de la loi du 16 juillet 1984 modifiée ;Considérant que, si les requérants font valoir à cet égard que l'agrément accordé à la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires est contraire ou est devenu contraire au décret n° 85-237 du 13 février 1985 susvisé, relatif à l'agrément des groupements sportifs et des fédérations sportives, ainsi qu'à l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ils n'assortissent leur moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé ; qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en accordant l'agrément litigieux, l'autorité administrative ait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ; que la circonstance que l'agrément ainsi accordé n'aurait pas fait l'objet d'une publication régulière est sans incidence sur la légalité de celui-ci ; que, par suite, l'exception d'illégalité soulevée par les requérants à l'encontre de l'agrément de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires ne peut qu'être écartée ; Sur l'exception tirée de l'illégalité de l'arrêté ministériel du 27 août 1998 accordant à la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires la délégation prévue par l'article 17 de la loi du 16 juillet 1984 modifiée :
Considérant que, pour contester la légalité de l'arrêté habilitant la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires à délivrer des dans et des grades équivalents, les requérants invoquent l'illégalité de l'arrêté du ministre de la jeunesse et des sports, en date du 27 août 1998, accordant à cette fédération la délégation prévue à l'article 17 de la loi du 16 juillet 1984 modifiée ;
Considérant qu'aux termes de l'article 17 de la loi du 16 juillet 1984 précitée : " ... Dans chaque discipline sportive et pour une période déterminée, une seule fédération reçoit délégation du ministre des sports pour organiser les compétitions sportives à l'issue desquelles sont délivrés les titres internationaux, nationaux, régionaux ou départementaux ..." ; qu'aux termes de l'article 1er du décret n° 85-238 du 13 février 1985 modifié : "La délégation prévue à l'article 17 de la loi n° 84-610 du 16 juillet 1984 ne peut être accordée qu'à des fédérations sportives agréées, dont les statuts sont conformes aux statuts-types définis par le décret n° 85-236 du 13 février 1985 ..." ; qu'aux termes de l'article 2 de ce décret : " ...Sont conformes les statuts ne comportant pas de dispositions contraires par leur objet ou leur effet aux dispositions des statuts-types. Ils peuvent toutefois comporter des dispositions complétant, précisant ou adaptant, compte tenu de la spécificité de la fédération, les dispositions des statuts-types" ;Considérant qu'en vertu de l'article 9 des statuts-types des fédérations sportives annexés au décret n° 85-236 du 13 février 1985 précité, l'assemblée générale d'une fédération délégataire doit être composée "des représentants des groupements affiliés à la fédération ainsi que, le cas échéant, des représentants des licenciés dont la licence a été délivrée en dehors des groupements dans des établissements agréés par la fédération" ; que ces représentants doivent être licenciés à la fédération et élus ; que chaque représentant doit disposer d'un nombre de voix déterminé en fonction du nombre de licences délivrées dans le cadre du groupement par lequel il a été désigné ; que le même décret prévoit, dans la note 4 annexée aux statuts-types, à laquelle renvoie l'article 9 de ces statuts, que les représentants à l'assemblée générale de la fédération sont désignés, selon le choix fait par la fédération en cause dans le cadre de son autonomie statutaire, soit directement par les groupements affiliés, soit par les assemblées générales des organismes régionaux ; que, selon les stipulations de l'article 7 des statuts de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires, dans leur version en vigueur à la date à laquelle a été pris l'arrêté litigieux, l'assemblée générale de ladite fédération "se compose des représentants des ligues spécialement élues à cet effet par les assemblées générales de ces organismes" ; que chaque ligue désigne à l'assemblée générale de la fédération un représentant qui dispose d'un nombre de voix déterminé en fonction du nombre de licences délivrées dans ce groupement sportif selon un barème figurant au même article 7 ; qu'il ressort des pièces du dossier que les ligues de la fédération précitée constituent les organismes départementaux et régionaux, visés à la note 4 annexée aux statuts-types ; que, contrairement à ce qu'affirment les requérants, les statuts fédéraux ne prévoient pas un mode de participation spécifique pour les présidents des comités départementaux qui composent la région Ile-de-France ; qu'il suit de là que les statuts de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires sont conformes, sur ce point, aux dispositions du décret précité du 13 février 1985 ; Considérant que l'article 11 A des statuts-types prévoit divers cas dans lesquels des personnes ne peuvent être élues au comité directeur ; qu'en particulier, cette élection est subordonnée à la circonstance que l'intéressé ait la nationalité française et n'ait pas été condamné à une peine faisant obstacle à son inscription sur les listes électorales ; que, toutefois, ces exigences n'ont pas un caractère limitatif et peuvent, conformément à ce que prévoit l'article 2 du décret du 13 février 1985, être complétées par une fédération sportive, sous le contrôle du juge, en fonction des exigences propres de la discipline dont elle a la charge ;
Considérant qu'aucune disposition des statuts-types n'imposait à la fédération intéressée de mentionner dans ses statuts le nom de ses établissements tenus d'avoir une comptabilité distincte et visés à l'article 3 desdits statuts ;
Considérant que l'article 10 des statuts-types dispose que "l'assemblée générale est seule compétente pour se prononcer sur les acquisitions, les échanges et les aliénations immobiliers, sur la constitution d'hypothèques et sur les baux de plus de 9 ans. Elle décide seule des emprunts" ; qu'il ressort des termes mêmes de l'article 17 des statuts de la fédération intéressée que ceux-ci sont, sur ce point, conformes aux statuts-types ;
Considérant que si les requérants soutiennent que le comité directeur de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires ne comprend pas un éducateur sportif ainsi que le prévoit l'article 11 A des statuts-types, il résulte des dispositions de l'article 10 des statuts de la fédération que cette catégorie de membre est expressément prévue au comité directeur ;
Considérant que l'article 19 des statuts-types prévoit l'institution d'une commission chargée de la représentation des jeunes de moins de 26 ans et l'organisation des compétitions qui leur sont destinées ; qu'il ressort des termes mêmes de l'article 13 des statuts fédéraux que ceux-ci sont, sur ce point, conformes aux statuts-types ;
Considérant que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'article 11 des statuts de la fédération intéressée énonce l'ensemble des fonctions incompatibles avec le mandat de président de la fédération telles qu'elles sont définies à l'article 17 des statuts-types ; que, par suite, le moyen tiré de ce que le président de la fédération intéressée pourrait devenir membre de directoire d'une société travaillant pour le compte ou sous le contrôle de la fédération doit être écarté ;
Considérant que, si les requérants soutiennent que le dernier alinéa de l'article 11 des statuts de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires instaure illégalement une mesure disciplinaire, ils n'apportent, au soutien de ce moyen, aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé ; Considérant que les critiques formulées à l'encontre du fonctionnement de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires ou de certains de ses organismes départementaux ou régionaux sont sans rapport avec la conformité des statuts de cette fédération aux statuts-types ; que le moyen, à le supposer établi, tiré de ce que la fédération intéressée ne publierait pas les actes réglementaires qu'elle édicte dans les conditions prévues à l'article 17-1 de la loi du 16 juillet 1984 modifiée, est sans incidence sur la légalité de la délégation ;
Considérant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative, en accordant la délégation, aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que l'exception d'illégalité soulevée par les requérantes à l'encontre de la délégation de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires ne peut qu'être écartée ;
Sur le moyen tiré de ce que le monopole conféré aux fédérations sportives pour la délivrance des dans et grades équivalents entraînerait des discriminations selon la nationalité :
Considérant que si les requérants soutiennent que le monopole conféré aux fédérations sportives par l'article 17 de la loi du 16 juillet 1984, dans sa rédaction issue de la loi du 15 juin 1999, porte atteinte au principe de non discrimination selon la nationalité garanti par le traité sur la Communauté européenne, et notamment ses articles 14, 17, 43, 44 et 47, les dispositions législatives en cause, qui déterminent les conditions dans lesquelles les sportifs, professionnels ou amateurs, peuvent se voir attribuer des dans ou des grades équivalents en France, n'ont ni pour objet ni pour effet d'exclure la reconnaissance des titres délivrés par les fédérations d'autres Etats et ne créent ainsi, en elles-mêmes, aucune discrimination, même indirecte, selon la nationalité des titulaires de ces grades ; qu'au surplus, les requérants ne sauraient, en tout état de cause, se prévaloir de la déclaration universelle des droits de l'homme qui ne figure pas au nombre des textes diplomatiques qui ont été ratifiés dans les conditions fixées par l'article 55 de la Constitution du 4 octobre 1958 ; Considérant que la circonstance que la délégation de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires ait fait l'objet de recours devant le Conseil d'Etat est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué ; que, si, par sa décision n° 200535 et 203519 du 14 février 2001, rendue à la suite de ces recours, le Conseil d'Etat a annulé l'arrêté du 27 août 1998 en tant qu'il accordait la délégation à la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires avant la date de sa publication, cette circonstance est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué, qui a été pris postérieurement à la date de publication de l'arrêté de délégation, soit à une date à laquelle la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires disposait d'une délégation régulière ;
Considérant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre ait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en habilitant la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires à délivrer des dans ou des grades équivalents dans ces disciplines ;
Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par le ministre de la jeunesse et des sports et par la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué ;
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 75-I de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, reprises à l'article L. 761-1 du code de justice administrative :Considérant que ces dispositions font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser aux requérants les sommes qu'ils demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens ; qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner les requérants à verser à la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires la somme que cette fédération demande au même titre ;
Article 2 : Les conclusions de la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée au SYNDICAT NATIONAL DES PROFESSEURS D'ARTS MARTIAUX, à l'ASSOCIATION DE DEFENSE DES INTERETS DU SPORT, à la Fédération française de karaté et arts martiaux affinitaires et au ministre de la jeunesse et des sports.Références : Arrêté 1998-08-27Arrêté 2000-03-28Code de justice administrative R311-1, L761-1Constitution 1958-10-04 art. 55Décret 85-236 1985-02-13Décret 85-237 1985-02-13Décret 85-238 1985-02-13Loi 84-610 1984-07-16 art. 17, art. 16, art. 17-1Loi 91-647 1991-07-10 art. 75Loi 99-493 1999-06-15Publications :Proposition de citation: CE, 08 octobre 2001, n° 221206Mentionné aux tables du recueil LebonTélécharger au format RTFComposition du Tribunal :Rapporteur : M. MaryRapporteur public : Mme Prada BordenaveOrigine de la décision Pays : FranceJuridiction : Conseil d'ÉtatFormation : 2 / 1 ssrDate de la décision : 08/10/2001Fonds documentaire : Legifrance Haut de page

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