Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/pakistan.htm
Timestamp: 2017-03-29 09:09:59+00:00

Document:
Population: 163 millions (2004)
Langues officielles: ourdou et anglais
Groupes minoritaires: environ 80 langues, dont le panjabi de l'Ouest (37 %), le panjabi du Sud ou l'aaraiki (9,4 %), le sindhi (9,3 %), le pachtou du Nord (7,6 %), l'ourdou (7,1 %), le pachtou du Sud (3,9 %), le hindko (3,8 %), le pachtou de l'Est (3,6 %), le baloutchi de l'Est (1,8 %), le brahoui (1,6 %), le baloutchi du Sud (1,5 %), le pachtou du Centre (1 %), le panjabi de l'Est (1 %), l'ouzbek du Sud (0,7 %), le baloutchi de l'Ouest (0,6 %), etc.
Régime politique: république fédérale islamique composée de quatre provinces
Articles constitutionnels (langue): art. 28, 251 et 255 de la Constitution de 1973
Lois linguistiques: Code pénal (1860);
Loi sur la naturalisation (1926);
Règlement sur la citoyenneté du Pakistan (1952);
Ordonnance sur les allocations de maternité (1958);
Lois sur le blasphème du Code pénal (1997);
Ordonnance sur l'administration locale du Panjab (2001);
Ordonnance sur l'administration locale du Sind (2001);
Ordonnance sur l'administration locale du Baloutchistan (2001, abrogée);
Ordonnance sur l'administration locale de la Frontière-du-Nord-Ouest (2001);
Loi sur l'administration locale du Panjab (2013).
Le Pakistan porte le nom officiel de République islamique du Pakistan. C'est un pays d'Asie méridionale limité par l'Inde à l'est, la mer d'Oman au sud, l'Iran à l'ouest, l'Afghanistan et la Chine au nord-est. Sa superficie est de quelque
803 940 km², ce qui le place au 34e rang, après la Namibie et avant le Mozambique (France: 547 030 km²). Le Cachemire, dont les frontières sont revendiquées tant par l'Inde que par le Pakistan, est partagé entre les deux États. Avant son indépendance (1947), le Pakistan faisait partie de l'Inde (ainsi que le Bengladesh) et avait été colonisé par les Britanniques. Le mot Pakistan est un néologisme qui signifierait «pays des purs»: issu de l'ourdou pâk correspondant à «pur» et stân désignant le «pays» en y incluant un i de liaison. Quant au nom de la capitale fédérale, Islamabad, il signifie «la ville de l'Islam », ce qui sert de symbole identitaire pour les Pakistanais, presque tous de confession musulmane. Le Pakistan d'aujourd'hui forme une
fédération de quatre provinces et de quatre territoires.
2 La partition de 1947 et la création du Pakistan
Le 15 août 1947, l'Inde obtenait son indépendance du Royaume-Uni et Jawaharlal Nehru devenait le premier ministre de l'Union indienne.
Cependant, en vertu de l'Indian Independence Act de 1947 votée par le Parlement britannique, le transfert de souveraineté devait s'accomplir de manière séparée pour l'Inde et pour le nouvel État du Pakistan, appelé «Dominion du Pakistan».
Ce dernier fut immédiatement divisé en deux régions distinctes, distantes de 1700 km de territoire indien: à l'est, le Pakistan oriental (l'ancienne province du Bengale), qui deviendra le Bangladesh; à l'ouest, le Pakistan proprement dit (appelé par opposition : «occidental»), qui comprenait le Sind, leu Panjab occidental, le Baloutchistan, les provinces frontalières du Nord-Ouest et quelques petits États princiers.
Les deux Pakistans restèrent séparés non seulement par des centaines de kilomètres de territoire indien (voir la carte), mais aussi par la langue (l'ourdou à l'ouest et le bengali à l'est) et la culture. En fait, le seul lien unificateur des deux Pakistans était l'islam. Par la suite, les musulmans de l'Inde affluèrent dans les deux Pakistans, alors que les hindouistes se réfugièrent en Inde. Quelque 11 millions d'hindous émigrèrent vers l'Inde au moment de la partition de 1947. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, la plupart des Pakistanais s'identifient avant tout à l'islam, au Pakistan ensuite.
Puis la province de l'Est, le Pakistan oriental (l'actuel Bangladesh) se souleva contre la répression exercée par le
Pakistan (occidental). Devant l'impasse, l'Inde força la libération de la province
orientale du Pakistan, qui devint indépendante à
son tour sous le nom de Bangladesh. Le père fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah (1876-1948), voulut construire un État fort, reposant sur le principe «une nation (islam), une langue (ourdou), un État (Pakistan)». Par la suite, tous les dirigeants qui lui ont succédé à la tête du pays se sont tous réclamés de l'islam et, à un degré moindre, de l'ourdou. 2.1 La république fédérale de quatre provinces
Aujourd'hui, le Pakistan forme une fédération
islamique divisée en quatre provinces avec chacune son Chief Minister (ou «ministre en chef») et son assemblée législative: le Balouchistan (frontière sud-ouest avec l'Iran et l'Afghanistan), la province de la Frontière du Nord-Ouest (frontière nord-ouest avec l'Afghanistan ou North-West Frontier Province, appelé aussi Khyber-Pakhtunkhwa depuis 2010), le Panjab (frontière nord-est avec l'Inde) et le Sind (frontière sud-est avec la mer d'Oman et l'Inde). D'ailleurs, le nom de Pakistan a été formé en 1940 à partir des initiales (en ourdou) des provinces de l'époque dont on souhaitait la séparation d'avec l'Inde: Penjab, Afghania, Kashemire, Sind, Balouchistan. Quatre de ces cinq régions sont aujourd'hui des provinces pakistanaises, le Cachemire restant un territoire disputé entre l'Inde et le Pakistan, alors que l'Afghania correspond à la province de la Frontière du Nord-Ouest. À la frontière nord-est avec la Chine et l'Inde, il convient d'ajouter aussi l'Azad-Cachemire (Azad Kashmir), territoire fédéral revendiqué par l'Inde, ainsi que, tout au nord, les Northern Areas of Pakistan
(«Territoires du Nord du Pakistan»). Ajoutons aussi un autre territoire au nord du Baloutchistan, une bande étroite de 50 km le long de l'Afghanistan (superficie: 27 220 km²), appelée les Federally Administered Tribal Areas (FATA), c'est-à-dire «régions tribales administrées par le gouvernement fédéral». Ces régions tribales comptent une population de cinq millions de Pachtounes — l'ethnie des talibans — regroupés en 1200 tribus et clans. C'est là que se cacheraient les talibans, Al-Qaeda et Oussama ben Laden; ce dernier a finalement été trouvé et assassiné, le 1er
mai 2011, dans un complexe d'Abbottabad, à environ 100 km au nord d'Islamabad, la capitale du Pakistan. Dans tout le FATA, les armes, le haschisch et l'héroïne y circulent librement. La zone est pratiquement indépendante, même si elle fait partie juridiquement du Pakistan. Les habitants des FATA sont en général pauvres et peu instruits, réputés conservateurs et hostiles aux étrangers; le fondamentalisme musulman y est très présent. Une partie des FATA est en état constant d’insurrection. On constate que la province du Panjab compte pour 47,5 % de la population, ce qui lui assure une prépondérance au sein de la Fédération, l'autre province importante demeurant le Sind (28,7 %). Province
205 344 km2 Sind (n° 2)
140 914 km2 Frontière-du-Nord-Ouest / Khyber-Pakhtunkhwa (n° 3)
74 521 km2
Baloutchistan (n° 4)
13 162 222 6,8 %
347 190 km2 Azad-Cachemire / Zone Nord
84 159 km2
Territoire fédéral de la capitale (Islamabad) Islamabad
Territoires administrés par le fédéral (FATA)
27 219 km2
192 288 944 100 %
880 254 km² 2.2 Le rôle de l'armée dans le pays
Depuis 1947, le Pakistan a toujours connu une forte
instabilité politique et les phases de dictature militaire, souvent dirigées
par l’ethnie ourdoue et/ou sindhi, ont alterné avec de trop brefs retours à
la démocratie. En octobre 1999, un coup d’État militaire a porté au pouvoir le général Pervez Muscharraf (président de la République de 2001 à 2008), que le premier ministre avait
auparavant cherché à limoger. Après avoir proclamé l’état d’urgence, le
nouveau chef du pays a promis de «restaurer la vraie démocratie» et la
«désescalade militaire» le long de la frontière avec l’Inde, tout en
reconnaissant le droit à l’autodétermination des Kashmiri; le général s'est fait élire président (juin 2001) en promettant d'abandonner la direction de l'armée, mais la promesse est restée lettre morte. Lorsque Muscharraf a dirigé le Pakistan, la corruption s'est généralisée et le pouvoir judiciaire s'est affaibli. La police était illettrée, sous-payée et corrompue.
Au Pakistan, l’armée, la seule institution nationale organisée, continue de contrôler l’industrie, le commerce, l’agriculture, la bureaucratie, pratiquement tout; il s’agit d’une véritable colonisation de l'intérieur disposant de 40 % du budget national. Les militaires vivent confortablement dans des camps bien dotés en écoles, en hôpitaux et en magasins, alors que, dans le reste du pays, les Pakistanais doivent souffrir des pénuries de toutes sortes. De plus, le centralisme instauré par l'ex-général-président Muscharraf a étouffé le fédéralisme. L'hégémonie conjointe des militaires, des féodaux et des bureaucrates a opprimé la majorité des Pakistanais. Les opérations militaires se sont étendues du Baloutchistan jusqu'à la Frontière-du-Nord-Ouest. Seul le Panjab ne s'est pas plaint, sa population lui assurant la part du lion au Parlement, au cabinet, ainsi qu'au sein des forces armées et dans le milieu des affaires. 2.3 Banditisme et groupes religieux
Le Pakistan est le pays musulman ayant la plus forte identité religieuse. Il ne faut pas oublier que ce pays a été fondé sur une base exclusivement religieuse, l'islam par opposition à l'hindouisme, après la sanglante partition de l'Inde de 1947. Le Pakistan assista à la montée en puissance de groupes
religieux rivaux, chiites (20 %) et sunnites (75 %), lesquels ont réglé leurs conflits dans le
sang à plusieurs reprises; ils ont toujours fait craindre une déstabilisation de cette république islamique forte de 192 millions d’habitants (2011). Au Pakistan, les propos blasphématoires sont encore passibles d'un emprisonnement à vie et même de la peine de mort (voir les lois sur le blasphème).De plus, le banditisme a toujours existé dans les provinces pauvres du Baloutchistan
et du Nord-Ouest où il constitue, avec la contrebande, un mode de vie
traditionnel. De même, les grandes propriétés agricoles du Sind ont toujours
attiré les pillards, souvent avec la complicité des propriétaires, véritables
féodaux, pour leur servir de miliciens afin de mieux asservir les travailleurs
agricoles. En 2003, le gouvernement pakistanais a déployé plus de 100 000 soldats dans la zone tribale (FATA), sous la pression des Américains, afin qu'il se débarrasse des talibans et d'Al-Qaeda. En vain, on le sait! Les militaires se sont battus contre leurs propres concitoyens: quand les Pachtouns ont vu leurs enfants mourir, ils se sont révoltés et sont devenus de fervents militants anti-gouvernementaux. L'armée dut repartir.
2.4 Un politique autoritaire Il y a une trentaine d'années, un dictateur pouvait encore contrôler le pays. Mais, au début de 2008, le Pakistan est devenu un ensemble hétéroclite d'insurrections nationalistes (province du Baloutchistan), d'émirats islamistes (région du Waziristan au nord-ouest du pays, peuplé de Pachtouns), de fiefs militaires et économiques (villes de Rawalpindi, Islamabad et Karachi). Toutes ces entités ne travaillent que pour leurs propres intérêts, donc pour des objectifs différents. Plus rien ne semble les unir, pas même la religion islamique. L'ancienne première ministre, Benazir Bhutto, n'aurait rien pu faire devant une telle déliquescence de son pays; son échec aurait été inévitable et elle aurait sans doute repris le chemin de l'exil. Elle est morte «en martyre» en décembre 2007. Le Parlement pakistanais n'a que fort peu siégé depuis que le chef de l'État, le général Pervez Musharraf, l'a dissous en juin 2001. Musharraf est resté président de la République jusqu'en 2008, en pratiquant une politique autoritaire. Depuis la chute de Musharraf, Ali Zardari, veuf de Mme Benazir Bhutto, a été désigné président du Pakistan par l'Assemblée nationale. Une réforme constitutionnelle a été adoptée en avril 2010 et rendait au premier ministre la plus importante part du pouvoir exécutif. Après Pervez Musharraf, ont suivi les présidents Muhammad Mian Soomro (2008 par intérim), Asif Ali Zardari (2008-2013) et Mamnoon Hussain (depuis 2013). 3 Un ensemble ethnique hétéroclite
Ce pays de 192 millions d'habitants (en 2011) compte deux provinces importantes au point de vue de la population. En effet, les provinces du Panjab (91,3 millions d'habitants) et du Sind (55,2 millions) comptent pour 76,2 % de la population du pays.
Les ethnies numériquement les plus importantes du pays sont les Panjabis (77,5 millions), les Pachtous (26,5 millions), les Sindhis (18,1 millions), les Ourdous (11,6 millions), les Baloutches (6,5 millions), les Hindko (5,2 millions) et les Brahouis (2,6 millions). À elles seules ces groupes ethniques comptent pour 148,5 millions de personnes, ce qui représente plus de 80 % de la population. S'ajoutent alors une foule de peuples: les Dogri, les Shina, les Burig, les Kolai, les Bengali, les Marwari, les Seraiki, les Persans, les Ouzbeks, les Kohli, les Bouroushos, les Dhatki, les Dewari, les Waneci, les Pahari, les Balti, les Khowar, etc. La plupart des peuples situés à l'est du pays, du sud au nord (le long de la frontière indienne), sont des peuples d'origine indienne ou aryenne, mais ceux situés à l'ouest, le long de la frontière iranienne et afghane sont de souche iranienne. Ainsi, les Sindhis, les Dhatki, les Koli, les Jadjali, les Marwari, les Sindhis, les Seraiki, les Panjabis, les Hindko, les Pahari, etc., sont des Aryens, alors que les autres, tels les Baloutches, les Dewari, les Waneci et les Pachtous sont des «Iraniens». Cependant, les Brahouis habitant le Baloutchistan un peuple dravidien, probablement originaire du sud de l'Inde, là où résident presque tous les peuples dravidiens. Au nord, on trouve notamment les Bouroushos, un peuple inclassable, ainsi que de petites nations sino-tibétaines (Palula, Lassi, Gouhjali, etc.).
3.1 Le grand nombre de langues
Le Pakistan compte près de 80 langues. Les plus importantes, celles parlées par plus d'un million de locuteurs, sont pour la plupart des langues indo-iraniennes : le panjabi de l'Ouest (37 %), le sindhi (9,3 + 2,7 + 1,8 = 13,8 %), le panjabi du Sud ou aaraiki (9,4 %), le sindhi (9,3 %), le pachtou du Nord (7,6 %), l'ourdou (7,1 %), le pachtou du Sud (3,9 %), le hindko (3,8 %), le pachtou de l'Est (3,6 %), le baloutchi de l'Est (1,8 %), le brahoui (1,6 %), le baloutchi du Sud (1,5 %), le pachtou du Centre (1 %), le panjabi de l'Est (1 %), l'ouzbek du Sud
(0,7 %), le baloutchi de l'Ouest (0,6 %). Parmi ces langues, le brahoui est une
langue dravidienne et l'ouzbek une langue altaïque. On compte aussi un grand nombre de petites langues indo-iraniennes, quelques rares langues sémitiques,
altaïques et
sino-tibétaines. Citons aussi une langue rarissime, le bouroushaski, un isolat linguistique unique au monde. Parmi toutes les langues, les variétés de panjabi rassemblent près de 48 % des locuteurs du pays. La répartition des langues par famille se présente ainsi pour l'ensemble du Pakistan :
Langues indo-européennes indiennes (aryennes)
badeshi, bagri, bateri, goujarati, gowro, goujari, hindko, jadgali, kaboutra, kalami, kalasha, kashmiri, khetrani, khowar, koli, lahanda (ou seraiki), lasi, marwari, ourdou, pahari, panjabi, shina, sindhi, torwali, tsigane (romani), vaghri, etc.
Langues indo-européennes iraniennes
baloutchi, dewari, hazaragi, ormouri, pachtou, persan farsi, wakhi, waneci, etc.
Langues altaïques turciques
ouïgour, ouzbek, turc, turkmène, etc.
balti, kalkoti, kanauri, pourik, prasuni, etc.
Liste des langues parlées au Pakistan
Panjabi de l'Ouest
60 399 644 37,0 %
Panjabi du Sud
panjabi du Sud (aaraiki) langue indo-iranienne
15 335 349 9,4 %
Sindhi (Sindi)
sindi langue indo-iranienne
15 280 208 9,3 %
Pachtouns du Nord
pachtou du Nord
12 504 851 7,6 %
11 685 583 7,1 %
Pachtouns du Sud
pachtou du Sud
6 353 000 3,9 %
6 000 000 3,6 %
Hindko hindko du Sud
5 284 000 3,2 %
Shaikh (Sindhi) sindhi langue indo-iranienne
4 418 444 2,7 %
Baloutches de l'Est
baloutchi de l'Est
3 045 585 1,8 %
Rajput (Sindhi) sindhi langue indo-iranienne
2 978 518 1,8 %
Brahouis brahoui langue dravidienne
2 640 685 1,6 %
2 544 573 1,5 %
Pachtouns du Centre
pachtou du Centre
1 721 000 1,0 %
Shaikh (Penjabi) panjabi de l'Est langue indo-iranienne
1 271 000 1,0 %
Ouzbeks du Sud
ouzbek du Sud
langue altaïque (turcique)
1 250 933
hindko du Sud langue indo-iranienne
1 100 311 0,6 %
Baloutches de l'Ouest
baloutchi de l'Ouest
1 082 801 0,6 %
Dogri gogri-kangri langue indo-iranienne
938 999 0,5 %
goujarati langue indo-iranienne
938 899 0,5 %
Teli (Penjabi) panjabi de l'Est langue indo-iranienne
648 723 0,4 %
Shina shina langue indo-iranienne
528 146 0,3 %
Burig pourik langue sino-tibétaine 407 373 0,2 %
Kolai shina kohistani
352 103 0,2 %
Bhotia Baltistani
balti langue sino-tibétaine 326 721 0,2 %
Goujjars goujari langue indo-iranienne
300 000 0,1 %
Parkari Kachchhi koli parkari langue indo-iranienne
275 176 0,1 %
Kho khowar langue indo-iranienne
269 638 0,1 %
250 373 0,1 %
Bagri bagri langue indo-iranienne
235 413 0,1 %
Meghwar Bhil chamari langue indo-iranienne
219 108 0,1 %
farsi de l'Est langue indo-iranienne
218 000 0,1 %
Shaikh (Jatki) jadgali langue indo-iranienne
205 636 0,1 %
156 483 0,1 %
penjabi de l'Est langue indo-iranienne
Dhatki Marwari dhatki langue indo-iranienne
146 077 0,0 %
farsi de l'Ouest
142 000 0,0 %
Wadiyara Koli koli wadiyara langue indo-iranienne
137 596 0,0 %
kashmiri langue indo-iranienne
123 590 0,0 %
Wanetsi waneci langue indo-iranienne
108 224 0,0 %
Kutchi Kohli koli kachi langue indo-iranienne
100 227 0,0 %
Bouroushos bouroushaski isolat linguistique
96 832 0,0 %
Turvali torwali langue indo-iranienne
87 646 0,0 %
Hazara hazaragi langue indo-iranienne
75 000 0,0 %
Marwari du Sud
65 723 0,0 %
Marwari du Nord
60 402 0,0 %
Od od langue indo-iranienne
58 431 0,0 %
Kohistani kalami langue indo-iranienne
konkani goanais
51 765 0,0 %
Bateri bateri langue indo-iranienne
30 060 0,0 %
Bhattiana bohtan (néo-araméen)
15 648 0,0 %
pahari-potwari langue indo-iranienne
kalami langue altaïque (turcique)
Sansi bhil sansi langue indo-iranienne
Shumashti shumashti langue indo-iranienne
Jat jadgali langue indo-iranienne
Khetrani khetrani langue indo-iranienne
Tsiganes arhagar
Dehwari dewari langue indo-iranienne
12 519 0,0 %
Palula phalura langue sino-tibétaine
11 032 0,0 %
Lassi lasi langue sino-tibétaine
10 954 0,0 %
Gouhjali wakhi langue sino-tibétaine
10 938 0,0 %
9 389 0,0 %
Ladakhi ladakhi langue sino-tibétaine
7 824 0,0 %
7 762 0,0 %
Zangskar zangskari langue sino-tibétaine
6 259 0,0 %
Damel dameli langue indo-iranienne
6 040 0,0 %
Bashgar kati langue sino-tibétaine
6 009 0,0 %
Kalash kalasha langue indo-iranienne
5 571 0,0 %
Ormouri ormouri langue indo-iranienne
5 508 0,0 %
Kalkoti kalkoti langue sino-tibétaine
5 101 0,0 %
Kanauri kanauri langue sino-tibétaine
4 694 0,0 %
Prasuni prasuni langue sino-tibétaine
Turcs turc langue altaïque (turcique)
Vaghri Koli vaghri langue indo-iranienne
3 662 0,0 %
Badeshi badeshi langue indo-iranienne
3 130 0,0 %
Galo kohistani
2 770 0,0 %
Oushojo oushojo langue indo-iranienne
2 410 0,0 %
Narisati gawar-bati langue indo-iranienne
1 956 0,0 %
Total = 163 001 322 (2004)
Bien que les variétés régionales du panjabi (47,5 %), du sindhi (13,8 %), du pachtou (16,1 %) et du baloutchi (4 %) soient majoritaires dans le pays en totalisant 81,4 % des locuteurs du pays, c'est l'ourdou (7,1 %), la langue des Mohajirs, qui est devenu l'une des langues co-officielles avec l'anglais, la langue de l'ancien colonisateur. Il n'y a pas d'anglophones indigènes au Pakistan, mais juste 12 000 Britanniques. Cela dit, la plupart des élites instruites et cultivées savent parler et écrire l'anglais. De façon générale, l'anglais n'est pas une langue utilisée de façon courante dans la vie privée. Cette langue demeure surtout la clé de l'accès au poste de responsabilité, dans l'appareil de l'État, comme dans le secteur privé. Par contre, l'ourdou est beaucoup plus répandu parce que c'est une langue islamique et une langue véhiculaire entre les provinces, et celle des journaux, de la radio et de la télévision.
3.2 Les langues nationales provincialesIl s'agit surtout du panjabi, du sindhi, du baloutchi et du pachtou, exceptionnellement du kashmiri.
province du Panjab (82 millions), le
est la principale langue parlée (75,2 %). Ensuite, il est suivi par le seraiki (17,6 %), l'ourdou (4,5 %), le pachtou (1,1 %), le baloutchi (0,6 %), le sindhi (0,1 %) et quelques autres langues minoritaires (0,9 %).
province du Sind (23 millions), la majorité de la population parle le sindhi (60 %), la langue
co-officielle avec l'ourdou dans cette région. Les autres langues sont l'ourdou (21 %), le panjabi (6,9 %), le pachtou (4,1 %), le goujarat (3 %), le baloutchi (2 %), le seraiki (1 %) et quelques autres langues (2,3 %). Dans la
du Baloutchistan (6,5 millions), le baloutchi, le brahoui et le pachtou demeurent
généralement les langues d'usage, mais l'ourdou est la langue
officielle. C’est une région peu peuplée, mais qui est traditionnellement réfractaire au pouvoir fédéral. Les talibans afghans et pakistanais contrôlent la frontière entre l’Afghanistan et la province; les sardar («chefs de tribus») sont en rébellion plus ou moins constante contre les autorités fédérales qui n'exercent leur contrôle que dans les villes et les ports de l'océan Indien. Dans la
province de la Frontière du Nord-Ouest ou de Khyber-Pakhtunkhwa (20 millions),
le pachtou et le baloutchi sont les langues principales; les autres langues sont principalement l'hindko, le seraiki, le khowar, le panjabi et le persan. Encore aujourd'hui,
certains citoyens demandent que le pachtou soit déclaré co-officiel
avec l'ourdou, mais jusqu'ici cette demande est demeurée sans réponse
et seul l'ourdou a acquis le statut de langue officielle. C'est une région où la présence des talibans est très forte.
3.3 Les langues des territoires fédéraux
Dans l'Azad-Cachemire (4,5 millions), territoire contrôlé par le gouvernement
fédéral, c'est le kashmiri qui
est principalement utilisé, même si l'ourdou reste la langue
officielle. L'ourdou est parlé partout comme langue seconde, même
s'il ne s'agit que de 7,1 % de la population du Pakistan qui le parle comme
langue maternelle. Les autres langue sont le panjabi, le hindko, le mirpuri, le pahari, le gojri et le pachtou. Toutes les langues minoritaires sont très anciennes
et restent encore très fortes à l'oral dans le pays. Ce territoire est revendiqué par l'Inde.Dans les Régions tribales administrées par le gouvernement fédéral (FATA), dont la population totale est de 3,2 millions, le pachtou est parlé par la quasi-totalité des habitants. En effet, 99 % des résidents de ce territoire on le pachtou comme langue maternelle, contre 0,10 % pour le panjabi, 0,05 % pour le sindhi, 0,02 % pour le hindko, 0,02 % pour l'ourdou et 0,01 % pour le baloutchi. Toutes les autres langues, dont le persan, ne sont parlées que par 0,9 % des locuteurs. Les lois pakistanaises ne s’appliquent pas dans ces territoires qui sont administrés par les chefs de tribus sous le contrôle d’un «political agent». C’est la région la plus troublée du Pakistan, le refuge des talibans et des militants d’Al Qaida. Même l'armée pakistanaise n'ose pas s'aventurer à l'extérieur de ses bases militaires. Mentionnons également les territoires du Nord, appelés Northern Areas of Pakistan (1,8 million) où il existe huit peuples différents : les Balti (balti), les Yashkuns (yashkun), les Moghals (moghal), les Kashmiris (kashmiri), les Pathans (pathan), les Ladakhis (ladakhi et ourdou) et les Turcs (shina, balti, brushiski, khawar, wakhi, ourdou, puchtou et farsi). On trouve dans cette région septentrionale une langue isolée, le bouroushaski parlé par Bouroushos et n'appartenant à aucune famille linguistique. Ce territoire est aussi revendiqué par l'Inde.
- Analphabétisme et communications
c'est l'analphabétisme de leurs locuteurs qui «tue»
ces langues régionales plutôt que leur statut de minoritaire. Depuis la partition
de 1947, les langues écrites comme le panjabi, le pachtou, le baloutchi,
le brahoui, le seraiki, etc., ont perdu beaucoup de leur importance. Par ailleurs, il existe au Pakistan une cinquantaine de petites langues, surtout dans le Nord, qui subissent la pression énorme de l'ourdou et de l'anglais. Beaucoup de locuteurs de ces langues estiment devoir les préserver, mais ils cèdent aussi devant les nécessités des nouvelles routes qui transforment l'environnement linguistique. Toute ces langues empruntent massivement des mots de l'ourdou et l'anglais. Lorsque les Pakistanais quittent leurs campagnes pour la ville, ils changent de langue, et passent nécessairement à l'ourdou.
- La résistance du sindhi
On on peut se demander comment
il se fait que, de toutes les langues régionales, seul le sindhi
a acquis un prestige et un statut différent des autres langues (baloutchi,
panjabi, pachtou, etc.). Le sindhi est, en effet, la seule langue régionale
a avoir acquis un statut officiel reconnu à la fois par le
gouvernement fédéral et la Constitution. Ceci est dû
au fait que le chef du gouvernement fédéral (Zulficar Ali
Bhutto), au moment de la promulgation de la Constitution de 1973, était
un Sindhi et jouissait d'une popularité exceptionnelle dans tout
le pays. Il était aisé pour lui de favoriser sa langue et sa
province d'origine. Ce fait illustre qu'au Pakistan il y a une «ethnicisation»
de la politique en général. Ainsi, dans la province du Sind,
les Sindhis ont peur de perdre leur majorité démographique
depuis l'arrivée massive des immigrants musulmans venus de l'Inde
et des autres provinces pakistanaises. Les «étrangers»
sont très mal acceptés et des problèmes ethniques
surviennent, notamment à Karachi, la capitale du Sind. Dans toutes
les autres provinces, seul l'ourdou est reconnu comme langue officielle.
pachtou brahoui
Frontière-du-Nord-Ouest
3.4 L'unité nationale et
Quant à l'ourdou, il constitue l'une
des 12 langues les plus importantes du sub-continent indien avec l'hindi.
L'ourdou et l'hindi ne forment en réalité qu'une seule et
même langue, mais l'hindi s'écrit avec l'alphabet dévanâgari
et l'ourdou avec l'alphabet arabe. Ce sont des raisons religieuses et politiques
qui ont favorisé cette répartition: les Pakistanais sont
musulmans et voulaient se distinguer des Indiens à majorité
hindoue. L'ourdou utilise l'alphabet arabe ou arabo-persan, mais augmenté de 9 lettres, passant de 28 lettres à 37 afin de transcrire les phonèmes propres à l'ourdou, par opposition à l'hindi ou au persan. Son écriture arabo-persane a retenu un style penché, héritier des traditions calligraphiques indo-musulmanes. Avant le XIXe siècle, l'hindi et l'ourdou n'existaient
même pas, ils se sont formés au cours du XIXe siècle
dans le nord de l'Inde par des soldats et commerçants qui tentaient
de trouver une langue de communication commune. D'ailleurs, à cette
époque, on ne parlait que d'hindoustani en se référant
à la langue commune qui allait donner naissance, à la suite
de tensions de plus en plus fortes entre les communautés musulmane
et hindouiste, à l'ourdou et à l'hindi. En 1947, l'ourdou
est devenu la langue officielle du Pakistan, l'hindi, celle de l'Inde. Les différences entre l'hondi et l'ourdou ne sont pas seulement d'ordre de l'écriture (alphabet dévanâgari pour l'hindi et alphabet arabe pour l'ourdou), mais aussi d'ordre culturel. Elles reflètent des divergences religieuses et politiques, dans la mesure où l'ourdou est associé à l'islam et l'hindi à l'hindouisme. Depuis la partition de 1947, les différences
entre les deux langues ont tendance à s'accuser et à se transposer
sur le plan lexical, notamment au niveau de la création néologique.
Ainsi, l'hindi tend de plus en plus à avoir recours au sanscrit,
la langue mère, pour former de nouveaux mots. De son côté,
l'ourdou aurait tendance à se «purifier» et à
emprunter largement au persan, lui-même largement imprégné
d'emprunts arabes. Ce fonds persan est resté très longtemps
productif en hindoustani sous la domination britannique, mais est délaissé
de plus en plus par l'hindi depuis la partition. 3.5 Les religions
La Pakistan a été fondé en 1947 pour des motifs religieux. La Pakistan musulman s'est séparé de l'Inde hindouiste parc qu'il ne pouvait pas accepter le mélange des religions. La Constitution fait de la loi islamique, la Charia, la
loi suprême du pays. Selon l'article 2 de la Constitution, l'islam est la religion de l'État («Islam shall be the State religion of Pakistan»). Toutefois, l'article 19 garantit (en principe) la liberté
de culte («Freedom to profess religion and to manage religious institutions»), que ce soit pour les hindouistes, les chrétiens, les sikhs,
les parsis ou les bouddhistes. De plus, les articles 26 et 27 interdisent la discrimination en raison notamment de la religion:
1) In respect of access to places of public entertainment or resort, not intended for religious purposes only, there shall be no discrimination against any citizen on the ground only of race, religion, caste, sex, residence or place of birth.
1) No citizen otherwise qualified for appointment in the service of Pakistan shall be discriminated against in respect of any such appointment on the ground only of race, religion, caste, sex, residence or place of birth [...];
1) Par respect à l'accès aux lieux ou centres de divertissement
public, qui ne sont pas destinés uniquement à des fins religieuses, il ne doit pas y avoir de discrimination à l'égard d'un citoyen pour des motifs seulement de race, de religion, de caste, de sexe, de résidence ou de lieu de naissance.
1) Aucun citoyen qualifié pour une désignation au service du Pakistan ne doit être victime de discrimination à l'égard de celle-ci po9ur des motifs seulement de race, de religion, de caste, de sexe, de résidence ou de lieu de naissance [...];
Le Pakistan peut être qualifié de «théocratie islamique» qui applique intégralement la Charia (loi islamique) et qui la considérant comme supérieure à toute autre loi humaine. D'ailleurs, beaucoup de musulmans pakistanais croient que leur pays devrait être gouverné par des mollahs qui conseilleraient les élus.
Selon les renseignements recueillis par la Library of Congress, du Département d'État des États-Unis, les statistiques qui suivent correspondent à des estimations sur le pourcentage de personnes professant des religions différentes au Pakistan. Ces estimations varient considérablement d'une source à l'autre, selon les méthodes de recherche et les bases de données utilisés. Ainsi, l'islam est la religion de 95 % des Pakistanais, mais ceux-ci sont aux trois quarts de rite sunnite (75 %), et le reste, de rite
chiite (20 %). On trouve aussi des musulmans ahmadis, des hindous (7 millions), des chrétiens (3 millions), des sikhs (300 000), des zoroastriens (20 000), des bouddhistes (10 000), etc. L’ahmadisme (appelé aussi Ahmadiyyia) est un mouvement musulman réformiste et messianiste fondé par Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908) à la fin du XIXe siècle au Panjab, alors que la région était sous domination britannique. L'ahmadisme est un mouvement vivement combattu par les sunnites majoritaires au Pakistan, car pour eux Mahomet serait le dernier prophète. C'est pourquoi l'ahmadisme a été déclaré comme «non musulman» par le Parlement pakistanais en 1974.
La plupart des chrétiens et des membres des autres confessions religieuses sont mal acceptés par les musulmans: ils sont souvent victimes de discrimination, de mauvais traitements, d'assassinats, etc., pour leur seule appartenance religieuse. Beaucoup de femmes chrétiennes ou hindoues sont enlevées, séquestrées, converties à l'islam et mariées de force à des musulmans, parfois après avoir été violées. Bien que certaines de ces femmes réussissent à porter plainte, il est extrêmement rare que les tribunaux donnent raison aux plaignantes. Dans la plupart des cas, ces femmes sont renvoyées «à leur mari», c'est-à-dire aux hommes avec qui elles ont été mariées de force. Quant aux ahmadis, ils sont particulièrement visés par les
lois contre le blasphème. En somme, il ne fait pas bon de faire partie d'une minorité religieuse au Pakistan.
4 Le choix de l'ourdou comme langue
Étant donné que le Pakistan
est aux prises avec de multiples tensions sécessionnistes découlant
des nombreuses ethnies composant le pays, la tâche principale des
gouvernements pakistanais, par ailleurs souvent contrôlés
par les Ourdous et les Sindhis, a toujours été de promouvoir
l'unité nationale constamment menacée. C'est pour cette raison
que l'ourdou a été choisi comme instrument de l'unité
nationale, d'autant plus que cette langue jouissait d'un grand prestige
(avec l'hindi), qui lui venait de son statut en Inde, et possédait
une tradition écrite très développée. En fait,
l'ourdou était déjà, au moment de la partition, une
langue supra-ethnique et un véhicule linguistique perfectionné
et développé. En 1947, il était impensable de
songer à un multilinguisme officiel au Pakistan étant donné
le grand nombre de langues, alors qu'aucune n'était majoritaire à
l'échelle du pays. De plus, il était impossible de «venir
à bout» des langues nationales parlées par des millions
de locuteurs. La solution la plus appropriée a été de conserver l'anglais comme langue officielle. Il y eut aussi un facteur extrêmement important qui a joué un rôle indéniable: l'ourdou avait toujours été associé à l'islam. Cette association a été façonnée tout au cours de la période coloniale britannique. Les Britanniques avaient pris soin de remplacer le persan, la langue du pouvoir moghol, par l’ourdou (aux échelons inférieurs) et l’anglais (aux échelons supérieurs) dans plusieurs régions du nord de l’Inde et de l’actuel Pakistan. L’ourdou s’est alors répandu dans les réseaux scolaires et les communications dans toute l’Inde coloniale, dont faisait partie le Pakistan actuel. Cette langue devint le principal véhicule de l'instruction dans les madrasas (établissements d'enseignement secondaire et supérieur dirigés par les autorités religieuses) et la principale langue des écrits religieux. L’ourdou est ainsi devenu le plus important symbole de l’identité musulmane et a contribué à mobiliser la communauté musulmane pour demander la création du Pakistan en 1947. C'est pourquoi, au Pakistan, l’ourdou et l’islam constituent des composantes symboliques fondamentales de l’identité nationale. Par voie de conséquence, l'ourdou et l'islam se trouvent à s’opposer à l’expression des langues régionales du Pakistan. Cette fusion entre la langue (ourdou) et la religion (islam) a toujours été défendue par les partis politiques de droite, qui se sont constamment opposés aux identifications ethniques. En même temps, ces partis politiques se sont opposés à toute acculturation occidentale, mais n'ont jamais perçu la contradiction en perpétuant le statut de l'anglais, une langue occidentale, libérale et toute aussi symbolique (que l'ourdou). Néanmoins, la Constitution de 1973,
plusieurs fois modifiée, suspendue puis restaurée en 1985 (mais suspendue à nouveau en 2001), semble permettre le multilinguisme et par conséquent la sauvegarde des langues régionales. En effet, l'article 28 de la Constitution fédérale déclare que «tout groupe de citoyens ayant une langue, une écriture ou une culture distinctes a le droit de les préserver et d'en faire la promotion et, sous réserve de la loi, de fonder des établissements à ces fins» : Article 28
de l'article 251, tout groupe de citoyens ayant une langue, une écriture
ou une culture distinctes a le droit de les préserver et d'en
faire la promotion et, sous réserve de la loi, de fonder des établissements
à ces fins. Cependant, deux langues seulement sont prévues
pour être utilisées à des fins officielles: l'ourdou,
parlé par 7,1 % de la population, et l'anglais, la langue de l'ancien
colonisateur. Autrement dit, de toutes les langues nationales du pays,
c'est l'ourdou, la langue-symbole, qui a été choisi à des fins officielles.
Ainsi, on peut lire à l'article 251 de la
Constitution fédérale: Article 251 Langue nationale
1) La langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions seront prises pour qu'elle soit utilisée aux fins officielles et à d'autres fins dans les quinze années qui suivent la date de la promulgation. 2) Sous réserve du paragraphe 1, la langue anglaise pourra être utilisée à des fins officielles jusqu'à ce que les dispositions nécessaires aient été prises pour qu'elle soit remplacée par l'ourdou.
On constatera que le paragraphe 3 laisse entendre
qu'il est possible de rendre co-officielle une autre langue en plus de
l'ourdou dans une province. Pour le moment, seule la province du Sind dans
le Sud-Est a pu se prévaloir de cette disposition. En effet, dans
le Sind, l'ourdou et le sindhi sont les langues co-officielles de la province.
Dans les autres provinces, seul l'ourdou bénéficie du statut
de langue officielle. En 2014, des députés avaient présenté une modification constitutionnelle de l'article 251 sur la langue nationale, afin d'en présenter sept au lieu du seul ourdou:
(section non adopted, 2014)
Substitution of Article 251 of the Constitution.
In the Constitution of the Islamic Republic of Pakistan, for Article 251, the following shall be substituted, namely:
- “251 National Language (1) The National Languages of Pakistan shall be Balochi, Punjabi, Pushto, Shina, Sindhi, Siraiki, and Urdu. (2) The Official language of Pakistan shall be English until arrangements are made for its replacement with Urdu within fifteen years from the commencement of this Act.
(3) The Federal Government will establish a fund for the development and promotion of National languages as well as ensure that Arabic and Persian are taught as compulsory subjects at school level
(4) Without prejudice to the status of National Languages, a Provincial Assembly may by law prescribe measures for the teaching, promotion and use of a provincial language in addition to the national languages. Article 2 (article non adopté)
Remplacement de l'article 251 de la Constitution
Dans la Constitution de la République islamique du Pakistan, de l'article 251, le texte suivant est substitué, à savoir:
- "251, langue nationale
(1) Les langues nationales du Pakistan sont le baloutche, le panjabi, le pachtou, le shina, le sindhi, seraiki, et l'ourdou.
(2) La langue officielle du Pakistan est l'anglais jusqu'à ce que des dispositions soient prises pour son remplacement par l'ourdou dans les quinze ans à compter de l'entrée en vigueur de la présente loi.
(3) Le gouvernement fédéral mettra en place un fonds pour le développement et la promotion des langues nationales ainsi que pour assurer que l'arabe et le persan soient enseignées comme matières obligatoires au niveau de l'école.
(4) Sans préjudice du statut des langues nationales, une Assemblée provinciale peut par la loi prescrire des mesures pour l'enseignement, la promotion et l'usage d'une langue provinciale en plus des langues nationales.
Le Parlement a rejeté le projet de loi à ce sujet, car cela aurait eu pour effet de diluer l'ourdou avec l'ajout de six langues. Dans une fédération, de telles dispositions auraient certainement aidé la cause des langues locales, mais les membres du Parlement en ont décidé autrement. 5 La politique d'assimilation
La politique des gouvernements pakistanais
consiste à ignorer (exception faite pour le sindhi), sans les réprimer,
les langues régionales pour imposer et favoriser la seule langue suprarégionale: l'ourdou. Il n'existe pas de loi linguistique dans ce pays multilingue. L'un des très rares textes juridiques faisant allusion à la langue est le Code pénal adoptée en 1860 par les Britanniques et maintes fois modifié depuis, dont la dernière a eu lieu en 2006. L'article 153-A du
Code pénal du Pakistan
de 1860 (en vigueur) traite uniquement de la discrimination, pas du tout de quelconques droits linguistiques. Article 153-A
Promotion d'hostilité entre des groupes différents Quiconque :
(a) par des mots, soit à l'oral ou à l'écrit, par des signes, par des représentations visibles ou autrement, encourage, incite, tente de promouvoir ou d'inciter, pour des motifs de religion, de race, de lieu, de résidence ou des deux, de langue, de caste ou de communauté, ou pour tout autre motif que ce soit, la discorde ou des sentiments d'hostilité, de haine ou de malveillance entre les différents groupes religieux, ethniques, linguistiques, régionaux ou castes et communautés; ou (b) commet ou incite une autre personne à commettre un acte préjudiciable au maintien de l'harmonie entre les différents groupes religieux, ethniques, linguistiques, régionaux ou des castes ou communautés ou de tout groupe identifiable comme tel pour quelque motif que ce soit et qui dérange ou est susceptible de déranger la tranquillité publique; ou [...]
est passible d'une peine d'emprisonnement maximal de cinq ans, et également d'une amende. Les deux langues utilisées lors
d'Islamabad sont l'ourdou (surtout) et l'anglais,
mais les lois sont généralement rédigées en
anglais, puis traduites en ourdou, la version anglaise faisant
foi en cas de conflit d'interprétation. Dans le province du Sind, les langues de la législature sont l'ourdou et le sindhi, mais c'est cette dernière langue qui demeure pratiquement seule utilisée. Dans les autres provinces, les parlements — quand ils ne sont pas suspendus par le gouvernement central — de Quetta, Lahore et Peshawar, l'ourdou reste l'unique langue de la législature (avec l'anglais). 5.1 Les tribunaux
Dans les tribunaux, l'ourdou et l'anglais
sont les langues les plus couramment employées, sauf dans la province
du Sind (en sindhi). En cas de force majeure (une personne ne parlant pas
l'ourdou), on a recours aux autres langues du pays grâce à
la présence d'un interprète. Soulignons que les documents
judiciaires écrits préparés par la cour sont toujours
en anglais (sauf dans le Sind). Dans les zones tribales appelées
«Tribal areas»,
le système judiciaire n'est pas sous la tutelle de l'administration
provinciale et les langues utilisées sont alors celles de la tribu
(cas de force majeure). Le Pakistan applique encore des
lois pour contrer le blasphème (Code pénal de 1997) à l'égard du Coran, du prophète Mahomet ou de tout autre personnage religieux de l'islam : Article 295-B
Le fait de souiller un exemplaire du saint Coran
souille volontairement, endommage ou profane
un exemplaire ou un extrait du saint Coran, ou
l'utilise de manière désobligeante ou à des fins illégales est passible
dune peine d'emprisonnement à perpétuité.
Article 295-C
remarques désobligeantes à l'égard du saint prophète
Quiconque, par des mots, à l'oral ou à l'écrit,
par une représentation visible, par une accusation, une insinuation ou une allusion malveillante, directe ou indirecte, profane le nom sacré du
saint prophète
(que la paix soit avec lui)
est passible de la peine de mort ou d'emprisonnement à perpétuité, et sera également passible d'une amende.
Quiconque, avec l'intention délibérée de blesser les sentiments religieux de quelqu'un, profère des paroles ou émet des sons ou fait des gestes devant cette personne ou place un objet devant cette personne, est passible de la peine d'emprisonnement maximale d'une durée d'un an, et est également passible d'une amende, ou les deux.
La peine de mort pour les coupables de blasphème contre le prophète Mahomet fut introduite en 1986 (article 295-C du code pénal pakistanais). Étant donné le flou juridique de la formulation, les minorités sont les personnes les plus souvent accusées de blasphème par les chefs religieux. De plus, il est relativement aisé d'utiliser ce genre de texte pour faire peur ou faire taire les opposants. D'ailleurs, les lois relatives au blasphème sont appliquées de manière arbitraire par la police et les autorités judiciaires, généralement sur la base de plaintes ayant pour origine des querelles personnelles. Certains observateurs font observer que les ahmadis, un mouvement réformiste musulman messianiste, n’ont pas le droit d’ériger des lieux de culte ni d’organiser ouvertement des événements. Tel est l'article 298-B du
Code pénal pakistanais:
(c) fait référence ou s'adresse à une personne autre qu'un membre de la famille (Ahle-bait) du saint prophète Mahomet (que la paix soit avec lui) en tant que «Ahle-bait»;
(d) fait référence à son nom de culte comme «Masjid», le nomme ou l'appelle ainsi; est passible d'une peine d'emprisonnement maximale de trois ans, et est également passible d'une amende.
En effet, les ahmadis peuvent être inculpés d’avoir fait des appels à la prière, d'avoir prêché leur foi en public, d'appeler leur lieu de culte «mosquée», d'employer une terminologie religieuse, de prononcer des salutations islamiques en public, de citer le Coran et de chercher à convertir des gens ou de produire du matériel religieux. Comme il fallait s'y attendre, les ahmadis sont une «importante cible» des poursuites intentées pour blasphème. Les ahmadis qui présentent une demande de passeport doivent signer une déclaration selon laquelle le fondateur du mouvement ahmadiyya est un «faux prophète» ou un «imposteur», afin d'empêcher les membres de ce mouvement d'obtenir des passeports les présentant comme musulmans. En outre, il leur est interdit de se rendre en Arabie Saoudite à des fins de pèlerinage. 5.2 L'Administration publique
Si l'anglais accapare beaucoup de fonctions
dans la législature et dans le domaine judiciaire, il n'en est pas
de même dans l'Administration publique auprès des citoyens.
Les communications orales se déroulent généralement
en ourdou, rarement en anglais, souvent dans la langue maternelle des habitants
d'une région, particulièrement en panjabi, en baloutchi,
en saraiki, en pachtou, etc. Les missives officielles destinées
à l'ensemble de la population sont bilingues (anglais-ourdou), sauf
pour les Pakistanais du Sind, qui les reçoivent toujours en sindhi
et en ourdou. L'article 14 de la
Ordonnance sur les allocations de maternité (1958) demeure l'un des rares textes juridiques mentionnant l'emploi d'une langue régionale:
Les ministères de l'Agriculture et de l'Intérieur sont multilingues, c'est-à-dire que les fonctionnaires fédéraux communiquent oralement dans la langue maternelle des habitants d'une région donnée. Cette situation se répète dans les administrations
provinciales, municipales et les hôpitaux dans tout le pays. Il faut
dire que l'analphabétisme est assez répandue au Pakistan
et qu'il est illusoire de procéder autrement. Ce «portrait»
de la langue des services gouvernementaux paraît totalement différent
dans la province du Sind puisque les Sindhis ne communiquent que dans la
langue nationale locale; même le gouvernement central d'Islamabad
se plie à cette réalité dont les dispositions constitutionnelles
sont précises à ce sujet. Par ailleurs, la Commission asiatique des droits de la personne (Asian Human Rights Commission - AHRC) mentionne que les listes électorales au Pakistan sont divisées en fonction des groupes religieux. Ainsi, Freedom House, une organisation non gouvernementale indépendante qui aide au développement des libertés dans le monde, révélait en 2012 que 10 des 342 sièges de l'Assemblée nationale étaient réservés aux «minorités non musulmanes» et qu'au Sénat 4 sièges sur 100 étaient réservés aux minorités religieuses. Il devient alors aisé de discriminer les groupes qui ne font pas l'affaire des autorités religieuses. 5.3 L'éducation
l'éducation, les langues locales ont tendance à être ignorées, sauf
à la maternelle, parce qu'il est impossible de faire autrement.
De plus, selon le gouvernement fédéral, il n'existerait aucune
demande populaire concernant l'enseignement primaire des langues régionales.
La plupart des parents exigeraient que leurs enfants apprennent d'abord
l'ourdou et l'anglais. Les écoles anglaises sont réservées à une élite destinée surtout à la fonction publique. Il est vrai que l'analphabétisme
dans les langues régionales est chronique au Pakistan. Étant
donné les conditions minables dans le secteur de l'éducation
en général et l'absence d'infrastructures efficaces, de livres,
de matériel pédagogique et surtout de ressources financières,
étant donné le grand nombre des langues au Pakistan et étant
donné que la langue officielle est l'ourdou, la seule
possibilité actuelle est laissée à l'ourdou. De toute
façon, il semble que, dans la plupart des cas, seuls les volumes
en ourdou et en anglais soient disponibles. De plus, selon le gouvernement pakistanais, la population n'aurait jamais demandé (?) de débat public
sur la question de l'enseignement des langues régionales. Tout au
plus, fait-on savoir, dans les officines fédérales, que les
langues régionales pourraient être enseignées comme
matière culturelle, mais l'ourdou doit toujours rester la langue
du «patriotisme pakistanais», un peu comme le rôle joué
par l'anglais aux États-Unis. Ajoutons aussi que l'enseignement
primaire n'est pas obligatoire au Pakistan, si bien que le pays a le triste
privilège d'être l'un des rares États au monde à voir la fréquentation
scolaire reculer. Seulement 51 % des Pakistanais de plus de 10 ans ont déjà
fréquenté l’école et 63 % de ceux-ci n’ont pas terminé leur primaire.
Durant tout le primaire, l'ourdou demeure
la seule langue d'enseignement, mais au secondaire l'anglais vient s'ajouter
sans supplanter l'ourdou qui, pour sa part, devient subordonné à
l'anglais dans les universités. Évidemment, dans la province
du Sind, les parents ont le choix d'envoyer leurs enfants dans les écoles
ou l'enseignement est dispensé en sindhi ou en ourdou; la plupart
des Sindhis choisissent le sindhi jusqu'à la fin du primaire pour
passer à l'anglais et à l'ourdou au secondaire. Mais les
Panjabis, les Pachtous ou les Baloutches qui habitent le Sind choisissent
l'ourdou. Dans les écoles primaires dont l'enseignement se fait
en sindhi, l'ourdou demeure obligatoire comme langue seconde.
le gouvernement provincial du Baloutchistan a tenté d'implanter un
enseignement primaire en baloutchi, en pachtou et en brahoui. On s'est rendu
compte qu'on manquait de professeurs sachant écrire ces langues,
qu'on ne disposait pas de manuels scolaires (sauf en ourdou et en anglais),
que la plupart des membres de l'Assemblée législative
du Baloutchistan ne savaient même pas écrire leur propre langue
maternelle. Sauf pour des cas exceptionnels comme pour le sindhi, les langues régionales ne sont jamais enseignées, bien que ce soit légalement possible en vertu de l'article 251-c de la
Constitution fédérale de 1973, qui
prévoit qu'il est possible d'enseigner, en plus de l'ourdou, une autre langue locale: «Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et utiliser une langue provinciale en plus de la langue nationale.» Article 2511) La langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions seront prises pour qu'elle soit utilisée aux fins officielles et à d'autres fins dans les 15 années qui suivent la date de la promulgation. 2) Sous réserve du paragraphe 1, la langue anglaise pourra être utilisée à des fins officielles jusqu'à ce que les dispositions nécessaires aient été prises pour qu'elle soit remplacée par l'ourdou. 3) Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et utiliser
une langue provinciale en plus de la langue nationale.
Selon la SPARC (Society for the Protection of the Rights of the Child), une organisation non gouvernementale spécialisée dans la défense des droits des enfants, le système scolaire pakistanais souffrirait de la formation
insuffisante des enseignants, de l’absentéisme du personnel et des élèves,
de la rareté et de la mauvaise qualité des écoles, ainsi que du surpeuplement
des classes. Par ailleurs, le gouvernement fédéral possède ses propres écoles, notamment pour des services publics comme les chemins de fer, les douanes, les télécommunications, le police, etc. Ces écoles enseignent à la fois en ourdou et en anglais. Il existe aussi au Pakistan des établissements privés appelés English medium, dispensant un enseignement uniquement en anglais. Ces écoles sont très coûteuses (dix à quinze fois plus cher) pour les parents qui envoient leurs enfants dans ces écoles. Les familles modestes, qui considèrent l'anglais comme indispensable, font de grands sacrifices pour envoyer leurs enfants dans ces écoles. Les familles riches envoient leurs enfants étudier à l'étranger ou à l'International American School, ce qui coûte plus de 10 000 $ US par année. 5.4 La vie économique Du côté de la vie économique, la situation paraît relativement complexe. Comme il n'existe aucune
réglementation à ce sujet, les Pakistanais vaquent à
leurs affaires régionales dans leur langue maternelle, selon les
régions et les provinces: sindhi, baloutchi, pachtou, panjabi, etc.
Cependant, dès qu'on se situe à l'échelle nationale,
l'ourdou et l'anglais occupent toute la place. Il en est ainsi de l'affichage
public des services gouvernementaux, des banques, des corporations et autres
organismes ou sociétés commerciales. Dans les quatre provinces,
les raisons sociales des sociétés locales peuvent être
bilingues: anglais-ourdou, anglais-panjabi, anglais-sindhi, anglais-pachtou,
anglais-baloutchi (plus rarement). En fait, l'anglais et l'ourdou demeurent
les deux grandes langues de la vie économique du pays. Toutefois, l'anglais reste perçu comme le véhicule des valeurs occidentales libérales et l'ourdou comme la langue islamique et nationaliste par excellence, tandis que les langues vernaculaires ou régionales sont associés à l'identité et aux nationalismes ethniques. Cela étant dit, les milieux islamistes et les classes dominés tendent de plus en plus à s'approprier l'anglais dans lequel ils voient la langue de l'ascension sociale dans le monde moderne. 5.5 Les médias
Du côté des médias,
les grandes langues du pays disposent de radios locales diffusant dans
la plupart des grandes langues régionales en plus de l'ourdou et de l'anglais: sindhi, baloutchi, panjabi, pachtou, saraiki, hindko, brahoui, etc. La Pakistan Television Corporation (ou PTV), la société de télévision du Pakistan, six canaux nationaux, principalement en ourdou et en anglais. De 6 h à 18 h, PTV News émet des bulletins d'information en ourdou, en anglais, en arabe et en kashmiri. Des bulletins de nouvelles sont aussi diffusés en panjabi (de Lahore), en sindhi (de Karachi), en pachtou et en hindko (de Peshawar) et en baloutchi, en pachtou et en brahoui (de Quetta). Il existe des stations privées de télévision telles PTV Bolan, qui diffuse principalement en baloutchi, et Sindh TV, en sindhi. La situation est plus problématique
dans les médias écrits. Seuls les journaux écrits
en ourdou ou en anglais sont suffisamment répandus dans le pays.
Les journaux écrits, par exemple en panjabi ou en baloutchi, sont
le plus souvent des traductions ou des copies conformes des journaux nationaux ou encore des magazines locaux. Tous les grands journaux nationaux n'apparaissent qu'en ourdou ( Daily Khabrain, Daily Jang, Daily Khabrain, Daily Jang, Nawa-i-Waqt, Daily Ausaf, Daily Jasarat, etc.) ou en anglais (The Nation, Pakistan Times, Pakistan Today, The News, etc.).
Depuis 1947, l'ethnie ourdoue a exercé
un rôle politique prépondérant au Pakistan. Il en a
découlé une expansion considérable de l'ourdou comme
langue nationale au point où c'est l'anglais qui a même reculé.
De toutes les langues du Pakistan, seul l'ourdou a progressé et
plusieurs langues nationales (baloutchi, pachtou, panjabi, seraiki) ont
été délaissées, particulièrement dans
l'écriture. Si l'on fait exception du sindhi, toutes les langues
locales ont périclité au profit de l'ourdou, la situation
dans le monde scolaire étant particulièrement troublante
à cet égard. C'est là l'effet d'une politique linguistique
destinée à supplanter définitivement les langues régionales pour des motifs religieux.
Il est pour le moins surprenant, par exemple, que les 77 millions de Panjabis, les 26 millions de Pachtous, les 18 millions de Sindhis, les 6,5 millions de Baloutches, les 5,2 millions de Hindko (5,2 millions), etc., acceptent si
facilement la dévalorisation sociale de leur langue. En d'autres
termes, il s'agit d'une politique d'assimilation plutôt bien réussie,
puisque les locuteurs de ces langues en viennent à considérer
que leurs langues régionales sont moins importantes et qu'il est préférable d'utiliser l'ourdou (surtout) et l'anglais dans toutes les manifestations officielles du pays. La politique de l'État fédéral qui consiste à évincer les langues régionales dans tous les domaines de prestige (administration, écoles, journaux écrits, police, armée, etc.) est une façon de réduire l'identité des groupes ethniques et, par le fait même, d'unifier un pays multilingue et massivement musulman, la religion servant de symbole identitaire pour tous les Pakistanais. Il ne faut pas oublier non plus que le Pakistan demeure une construction artificielle, ce qui expliquerait la quantité importante, depuis l'indépendance (1947), de régimes autoritaires et de coups d'État militaires. Comme on le sait, les lois pour contrer le blasphème au Pakistan continuent d'être utilisée par des religieux extrémistes dans le but de faire taire leurs détracteurs. Si un pays comme le Pakistan continue de persécuter les minorités comme les musulmans chiites, les musulmans ahmadiyya et les chrétiens, il est sur la bonne voie pour faciliter la tâche des groupes extrémistes, tel l'État islamique qui attire les jeunes musulmans dans ses rangs. Quand un musulman pakistanais voit agir l'État islamique faire à grande échelle ce qui est fait dans sa communauté à une plus petite échelle, les chances qu'il soit attiré par les terroristes deviennent d'autant plus élevées. Par ailleurs, la situation actuelle laisse croire que le Pakistan s'orientera davantage vers une société de plus en plus islamisée tout en cherchant encore le modèle qui lui permettrait de supprimer la violence caractérisant son histoire, afin de s'engager dans un avenir pacifique et plus prospère. Pour le moment, on pourrait dire que le Pakistan est un pays constamment en guerre contre ses propres concitoyens. Heureusement, malgré la loi martiale et les assassinats politiques, la plupart des Pakistanais n’ont pas abandonné leur rêve de démocratie. Pakistan
Dernière mise à jour: 25 nov. 2016 Bibliographie CRAIG, Baxter. «India and Pakistan», dans Gregory Henderson, Richard Ned Lebow et John G. Stoessinger, Divided Nations in a Divided World, New York, McKay, 1974, p. 267-296.
CRAIG, Baxter. «Pakistan and Bangladesh» dans Frederick L. Shiels,
Ethnic Separatism and World Politics, Lanham, (Maryland), University Press of America, 1984. p. 209-262.
FREELAND, Abbott. «Pakistan and the Secular State», dans Donald E. Smith, Éditions South Asian Politics and Religion, Princeton, Princeton University Press, 1966, p. 352-370.
1993, 131 p. JAFFRELOT, Christophe (dir). Le Pakistan, Paris, Librairie Fayard, 2000, 503 p. LECLERC, Jacques. Les
droits linguistiques dans 129 États du monde, tome I: «Description
schématique par pays», Montréal, rapport déposé
à l'Office de la langue française, 1992, 392 p. LECLERC, Jacques. Les
droits linguistiques dans 129 États du monde, tome II: «Description
thématique», Montréal, rapport déposé
à l'Office de la langue française, 1992, 402 p.
M. RAFIQUE, Afzad. Political Parties in Pakistan, 1947-1958, Islamabad, National Commission on Historical and Cultural Research, 1976.
MUHAMMAD, Asghar Khan. Generals in Politics: Pakistan, 1958-1982, New Delhi, Vikas, 1983.
OMAR, Noman. Pakistan: Political and Economic History since 1947, London, Éditions Kegan Paul, 1988.
RAHMAN, Tariq. «Language, religion and Politics: Urdu in Pakistan and North India» dans
Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, novembre 2008, p. 93-112. En ligne: http://remmm.revues.org/index6019.html.
TALBOT, Ian. Provincial Politics and the Pakistan Movement, Karachi, Oxford University Press, 1988.

References: art. 28
 l'article 2
 l'article 19
 l'article 28
 l'article 251
 l'article 251
 l'article 251
 l'article 251
 l'article 251
 L'article 153
 l'article 298
 L'article 14
 l'article 251