Source: http://jesus-eucharistie.org/fr/livre/cec/0001_0099.htm
Timestamp: 2018-03-21 03:01:09+00:00

Document:
Catéchisme de l'Église catholique -- §1 à §99
«Père, (...) la vie éternelle, c'est qu'ils Te connaissent, Toi, le seul véritable Dieu, et Ton envoyé, Jésus-Christ» [Jn 17:3]. «Dieu notre Sauveur (...) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» [1Tm 2:3-4]. «Il n'y a sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés» [Ac 4:12]. que le nom de JÉSUS.
I. La vie de l'homme -- connaître et aimer Dieu
Dieu, infiniment Parfait et Bienheureux en Lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l'homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C'est pourquoi, de tout temps et en tout lieu, Il se fait proche de l'homme. Il l'appelle, l'aide à Le chercher, à Le connaître et à L'aimer de toutes ses forces. Il convoque tous les hommes que le péché a dispersés dans l'unité de sa famille, l'Église. Pour ce faire, Il a envoyé son Fils comme Rédempteur et Sauveur lorsque les temps furent accomplis. En Lui et par Lui, Il appelle les hommes à devenir, dans l'Esprit Saint, ses enfants d'adoption, et donc les héritiers de sa vie bienheureuse.
Pour que cet appel retentisse par toute la terre, le Christ a envoyé les apôtres qu'Il avait choisis en leur donnant mandat d'annoncer l'Évangile: «Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du monde» [Mt 28:19-20]. Forts de cette mission, les apôtres «s'en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l'accompagnaient» [Mc 16:20].
Ceux qui à l'aide de Dieu ont accueilli l'appel du Christ et y ont librement répondu, ont été à leur tour pressés par l'amour du Christ d'annoncer partout dans le monde la Bonne Nouvelle. Ce trésor reçu des apôtres a été gardé fidèlement par leurs successeurs. Tous les fidèles du Christ sont appelés à le transmettre de génération en génération, en annonçant la foi, en la vivant dans le partage fraternel et en la célébrant dans la liturgie et la prière (cf. Ac 2, 42).
Très tôt on a appelé catéchèse l'ensemble des efforts entrepris dans l'Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ (cf. CT 1).
«La catéchèse estune éducation de la foi des enfants, des jeunes et des adultes, qui comprend spécialement un enseignement de la doctrine chrétienne, donné en général de façon organique et systématique, en vue d'initier à la plénitude de la vie chrétienne» (CT 18).
Sans se confondre avec eux, la catéchèse s'articule sur un certain nombre d'éléments de la mission pastorale de l'Église, qui ont un aspect catéchétique, qui préparent la catéchèse ou qui en découlent: première annonce de l'Évangile ou prédication missionnaire pour susciter la foi; recherche des raisons de croire; expérience de vie chrétienne; célébration des sacrements; intégration dans la communauté ecclésiale; témoignage apostolique et missionnaire (cf. CT 18).
«La catéchèse est liée intimement à toute la vie de l'Église. Non seulement l'extension géographique et l'augmentation numérique mais aussi, et davantage encore, la croissance intérieure de l'Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d'elle» (CT 13).
Les périodes de renouveau de l'Église sont aussi des temps forts de la catéchèse. Ainsi voit-on à la grande époque des Pères de l'Église de saints évêques y consacrer une part importante de leur ministère. Tels sont S. Cyrille de Jérusalem et S. Jean Chrysostome, S. Ambroise et S. Augustin, et bien d'autres Pères dont les oeuvres catéchétiques demeurent des modèles.
Le ministère de la catéchèse puise des énergies toujours nouvelles dans les Conciles. Le Concile de Trente constitue à cet égard un exemple à souligner: il a donné à la catéchèse une priorité dans ses constitutions et ses décrets; il est à l'origine du Catéchisme Romain qui porte aussi son nom et constitue une oeuvre de premier ordre comme abrégé de la doctrine chrétienne; il a suscité dans l'Église une organisation remarquable de la catéchèse; il a entraîné, grâce à de saints évêques et théologiens tels S. Pierre Canisius, S. Charles Borromée, S. Toribio de Mogrovejo, S. Robert Bellarmin, la publication de nombreux catéchismes.
Il n'est pas étonnant, dès lors, que, dans le mouvement à la suite du deuxième Concile du Vatican (considéré par le Pape Paul VI comme le grand catéchisme des temps modernes), la catéchèse de l'Église ait de nouveau attiré l'attention. Le «Directoire général de la Catéchèse» de 1971, les sessions du Synode des évêques consacrées à l'évangélisation (1974) et à la catéchèse (1977), les exhortations apostoliques qui leur correspondent, «Evangelii nuntiandi» (1975) et «Catechesi tradendae» (1979), en témoignent. La session extraordinaire du Synode des évêques de 1985 demanda «que soit rédigé un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale» (rapport final II B a 4). Le Saint-Père, Jean Paul II, a fait sien ce voeu émis par le Synode des évêques en reconnaissant que «ce désir répond tout à fait à un vrai besoin de l'Église universelle et des Églises particulières» (Discours 7 décembre 1985). Il mit tout en oeuvre pour la réalisation de ce voeu des pères du Synode.
Ce Catéchisme a pour but de présenter un exposé organique et synthétique des contenus essentiels et fondamentaux de la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale, à la lumière du Concile Vatican II et de l'ensemble de la Tradition de l'Église. Ses sources principales sont l'Écriture Sainte, les saints Pères, la liturgie et le Magistère de l'Église. Il est destiné à servir «comme un point de référence pour les catéchismes ou compendia qui sont composés dans les divers pays» (Synode des Évêques 1985, rapport final II B a 4).
Ce Catéchisme est destiné principalement aux responsables de la catéchèse: en premier lieu aux évêques, en tant que docteurs de la foi et pasteurs de l'Église. Il leur est offert comme instrument dans l'accomplissement de leur charge d'enseigner le Peuple de Dieu. A travers les évêques, il s'adresse aux rédacteurs de catéchismes, aux prêtres et aux catéchistes. Il sera aussi d'utile lecture pour tous les autres fidèles chrétiens.
Le plan de ce Catéchisme s'inspire de la grande tradition des catéchismes qui articulent la catéchèse autour de quatre «piliers «: la profession de la foi baptismale (le Symbole), les sacrements de la foi, la vie de la foi (les Commandements), la prière du croyant (le Notre Père).
Première partie: La profession de la foi
Ceux qui par la foi et le Baptême appartiennent au Christ doivent confesser leur foi baptismale devant les hommes (cf. Mt 10, 32; Rm 10, 9). Pour cela, le Catéchisme expose d'abord en quoi consiste la Révélation par laquelle Dieu s'adresse et se donne à l'homme, et la foi, par laquelle l'homme répond à Dieu (première section). Le symbole de la foi résume les dons que Dieu fait à l'homme comme Auteur de tout bien, comme Rédempteur, comme Sanctificateur et les articule autour des «trois chapitres» de notre Baptême -- la foi en un seul Dieu: le Père Tout-puissant, le Créateur; et Jésus-Christ, son Fils, notre Seigneur et Sauveur; et l'Esprit Saint, dans la Sainte Église (deuxième section).
Deuxième partie: Les sacrements de la foi
La deuxième partie du Catéchisme expose comment le salut de Dieu, réalisé une fois pour toutes par le Christ Jésus et par l'Esprit Saint, est rendu présent dans les actions sacrées de la liturgie de l'Église (première section), particulièrement dans les sept sacrements (deuxième section).
Troisième partie: La vie de la foi
La troisième partie du Catéchisme présente la fin ultime de l'homme, créé à l'image de Dieu: la béatitude, et les chemins pour y parvenir: par un agir droit et libre, avec l'aide de la loi et de la grâce de Dieu (première section); par un agir qui réalise le double commandement de la charité, déployé dans les dix Commandements de Dieu (deuxième section).
Quatrième partie: La prière dans la vie de la foi
La dernière partie du Catéchisme traite du sens et de l'importance de la prière dans la vie des croyants (première section). Elle s'achève sur un bref commentaire des sept demandes de la prière du Seigneur (deuxième section). En elles, en effet, nous trouvons la somme des biens que nous devons espérer et que notre Père céleste veut nous accorder.
V. Indications pratiques pour l'usage de ce Catéchisme
Ce Catéchisme est conçu comme un exposé organique de toute la foi catholique. Il faut donc le lire comme une unité. De nombreux renvois en marge du texte (numéros en italique se référant à d'autres paragraphes traitant du même sujet) et l'index thématique à la fin du volume permettent de voir chaque thème dans son lien avec l'ensemble de la foi.
Souvent, les textes de l'Écriture Sainte ne sont pas cités littéralement mais avec la seule indication de leur référence (par «cf.») en note. Pour une intelligence approfondie de tels passages il convient de se reporter aux textes eux-mêmes. Ces références bibliques sont un instrument de travail pour la catéchèse.
L'emploi des petits caractères pour certains passages indique qu'il s'agit de remarques de type historique, apologétique ou d'exposés doctrinaux complémentaires.
Les citations, en petits caractères, de sources patristiques, liturgiques, magistérielles ou hagiographiques sont destinées à enrichir l'exposé doctrinal. Souvent ces textes ont été choisis en vue d'un usage directement catéchétique.
A la fin de chaque unité thématique, une série de textes brefs résument en des formules ramassées l'essentiel de l'enseignement. Ces «En bref»ont pour but de donner des suggestions à la catéchèse locale pour des formules synthétiques et mémorisables.
L'accent de ce Catéchisme porte sur l'exposé doctrinal. En effet, il veut aider à approfondir la connaissance de la foi. Par là même il est orienté vers la maturation de cette foi, son enracinement dans la vie et son rayonnement dans le témoignage (cf. CT 20-22; 25).
Par sa finalité même, ce Catéchisme ne se propose pas de réaliser les adaptations de l'exposé et des méthodes catéchétiques exigées par les différences de cultures, d'âges, de maturité spirituelle, de situations sociales et ecclésiales de ceux à qui s'adresse la catéchèse. Ces adaptations indispensables relèvent des catéchismes appropriés, et plus encore de ceux qui instruisent les fidèles:
Celui qui enseigne doit «se faire tout à tous» (1 Co 9, 22), pour gagner tout le monde à Jésus-Christ. (...) Surtout qu'il ne s'imagine pas qu'une seule sorte d'âmes lui soit confiée, et que par conséquent il lui est loisible d'enseigner et de former également tous les fidèles à la vraie piété, avec une seule et même méthode et toujours la même! Qu'il sache bien que les uns sont en Jésus-Christ comme des enfants nouvellement nés, d'autres comme des adolescents, quelques-uns enfin, comme en possession de toutes leurs forces. (...) Ceux qui sont appelés au ministère de la prédication doivent, en transmettant l'enseignement des mystères, de la foi et des règles des moeurs, proportionner leurs paroles à l'esprit et à l'intelligence de leurs auditeurs (Catech. R. préface 11).
Par dessus tout -- la Charité
Pour conclure cette présentation, il est opportun de rappeler ce principe pastoral qu'énonce le Catéchisme Romain:
Toute la finalité de la doctrine et de l'enseignement doit être placée dans l'amour qui ne finit pas. Car on peut bien exposer ce qu'il faut croire, espérer ou faire; mais surtout on doit toujours faire apparaître l'Amour de Notre Seigneur afin que chacun comprenne que tout acte de vertu parfaitement chrétien n'a pas d'autre origine que l'Amour et pas d'autre terme que l'Amour (Catech. R. préface 10).
1.1) «Je crois» -- «Nous croyons»
Lorsque nous professons notre foi, nous commençons par dire: «Je crois» ou «Nous croyons». Avant d'exposer la foi de l'Église telle qu'elle est confessée dans le Credo, célébrée dans la liturgie, vécue dans la pratique des Commandements et dans la prière, demandons-nous donc ce que signifie «croire». La foi est la réponse de l'homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui, en apportant en même temps une lumière surabondante à l'homme en quête du sens ultime de sa vie. Nous considérons dès lors d'abord cette quête de l'homme (chapitre premier), ensuite la Révélation divine, par laquelle Dieu vient au devant de l'homme (chapitre deuxième), enfin la réponse de la foi (chapitre troisième).
Le désir de Dieu est inscrit dans le coeur de l'homme, car l'homme est créé par Dieu et pour Dieu; Dieu ne cesse d'attirer l'homme vers Lui, et ce n'est qu'en Dieu que l'homme trouvera la vérité et le bonheur qu'il ne cesse de chercher:
L'aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l'homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l'homme de dialoguer avec Lui commence avec l'existence humaine. Car si l'homme existe, c'est que Dieu l'a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l'être; et l'homme ne vit pleinement selon la vérité que s'il reconnaît librement cet Amour et s'abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).
De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu'à aujourd'hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu'elles peuvent comporter, ces formes d'expression sont si universelles que l'on peut appeler l'homme un être religieux:
Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d'un seul; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour l'atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver; aussi bien n'est-elle pas loin de chacun de nous. C'est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l'être (Ac 17, 26-28).
Mais ce «rapport intime et vital qui unit l'homme à Dieu» (GS 19, § 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l'homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21): la révolte contre le mal dans le monde, l'ignorance ou l'indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l'homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).
«Joie pour les coeurs qui cherchent Dieu» (Ps 105, 3). Si l'homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d'appeler tout homme à Le chercher pour qu'il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l'homme tout l'effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, «un coeur droit», et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu.
Créé à l'image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l'homme qui cherche Dieu découvre certaines «voies» pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi «preuves de l'existence de Dieu», non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d'«arguments convergents et convaincants» qui permettent d'atteindre à de vraies certitudes.
Ces «voies» pour approcher Dieu ont pour point de départ la création: le monde matériel et la personne humaine.
Le monde: A partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l'ordre et de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l'univers.
S. Paul affirme au sujet des païens: «Ce qu'on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste: Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu'il y a d'invisible depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité» (Rm 1, 19-20; cf. Ac 14, 15. 17; 17, 27-28; Sg 13, 1-9).
Et S. Augustin: «Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l'air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent: Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (confessio). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Pulcher), non sujet au changement?» (Serm. 241, 2: PL 38, 1134).
L'homme: avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l'infini et au bonheur, l'homme s'interroge sur l'existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle. «Germe d'éternité qu'il porte en lui-même, irréductible à la seule matière» (GS 18, § 1; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu'en Dieu seul.
Le monde et l'homme attestent qu'ils n'ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin ultime, mais participent à l'Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par ces diverses «voies», l'homme peut accéder à la connaissance de l'existence d'une réalité qui est la cause première et la fin ultime de tout, «et que tous appellent Dieu» (S. Thomas d'A., s. th. 1, 2, 3).
Les facultés de l'homme le rendent capable de connaître l'existence d'un Dieu personnel. Mais pour que l'homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l'existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s'oppose pas à la raison humaine.
«La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées» (Cc. Vatican I: DS 3004; cf. 3026; DV 6). Sans cette capacité, l'homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. L'homme a cette capacité parce qu'il est créé «à l'image de Dieu» (Gn 1, 27).
Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, l'homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison:
Bien que la raison humaine, en effet, à parler simplement, puisse vraiment par ses forces et sa lumière naturelles arriver à une connaissance vraie et certaine d'un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d'une loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des obstacles empêchant cette même raison d'user efficacement et avec fruit de son pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les hommes dépassent absolument l'ordre des choses sensibles, et lorsqu'elles doivent se traduire en action et informer la vie, elles demandent qu'on se donne et qu'on se renonce. L'esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la part des sens et de l'imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché originel. De là vient qu'en de telles matières les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l'incertitude des choses dont ils ne voudraient pas qu'elles soient vraies (Pie XII, enc. «Humani Generis «: DS 3875).
C'est pourquoi l'homme a besoin d'être éclairé par la révélation de Dieu, non seulement sur ce qui dépasse son entendement, mais aussi sur «les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, afin qu'elles puissent être, dans l'état actuel du genre humain, connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d'erreur» (ibid., DS 3876; cf. Cc. Vatican I: DS 3005; DV 6; S. Thomas d'A., s. th. 1, 1, 1).
En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l'Église exprime sa confiance en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées.
Puisque notre connaissance de Dieu est limitée, notre langage sur Dieu l'est également. Nous ne pouvons nommer Dieu qu'à partir des créatures, et selon notre mode humain limité de connaître et de penser.
Les créatures portent toutes une certaine ressemblance de Dieu, tout spécialement l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Les multiples perfections des créatures (leur vérité, leur bonté, leur beauté) reflètent donc la perfection infinie de Dieu. Dès lors, nous pouvons nommer Dieu à partir des perfections de ses créatures, «car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur» (Sg 13, 5).
Dieu transcende toute créature. Il faut donc sans cesse purifier notre langage de ce qu'il a de limité, d'imagé, d'imparfait pour ne pas confondre le Dieu «ineffable, incompréhensible, invisible, insaisissable» (Liturgie de S. Jean Chrysostome, Anaphore) avec nos représentations humaines. Nos paroles humaines restent toujours en deçà du mystère de Dieu.
En parlant ainsi de Dieu, notre langage s'exprime, certes, de façon humaine, mais il atteint réellement Dieu lui-même, sans pourtant pouvoir l'exprimer dans son infinie simplicité. En effet, il faut se rappeler qu'«entre le Créateur et la créature on ne peut marquer tellement de ressemblance que la dissemblance entre eux ne soit pas plus grande encore» (Cc. Latran IV: DS 806), et que «nous ne pouvons saisir de Dieu ce qu'Il est, mais seulement ce qu'Il n'est pas, et comment les autres êtres se situent par rapport à Lui» (S. Thomas d'A., s. gent. 1, 30)
L'homme est par nature et par vocation un être religieux. Venant de Dieu, allant vers Dieu, l'homme ne vit une vie pleinement humaine que s'il vit librement son lien avec Dieu.
L'homme est fait pour vivre en communion avec Dieu en qui il trouve son bonheur: «Quand tout entier je serai en Toi, il n'y aura plus jamais de chagrin et d'épreuve; tout entière pleine de Toi, ma vie sera accomplie» (S. Augustin, conf. 10, 28, 39).
Quand il écoute le message des créatures et la voix de sa conscience, l'homme peut atteindre la certitude de l'existence de Dieu, cause et fin de tout.
L'Église enseigne que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, peut être connu avec certitude par ses oeuvres grâce à la lumière naturelle de la raison humaine (cf. Cc. Vatican I: DS 3026).
Nous pouvons réellement nommer Dieu en partant des multiples perfections des créatures, similitudes du Dieu infiniment parfait, même si notre langage limité n'en épuise pas le mystère.
«La créature sans le Créateur s'évanouit» (GS 36). Voilà pourquoi les croyants se savent pressés par l'amour du Christ d'apporter la lumière du Dieu vivant à ceux qui l'ignorent ou le refusent.
Par la raison naturelle, l'homme peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses oeuvres. Mais il existe un autre ordre de connaissance que l'homme ne peut nullement atteindre par ses propres forces, celui de la Révélation divine (cf. Cc. Vatican I: DS 3015). Par une décision tout à fait libre, Dieu se révèle et se donne à l'homme. Il le fait en révélant son mystère, son dessein bienveillant qu'Il a formé de toute éternité dans le Christ en faveur de tous les hommes. Il révèle pleinement son dessein en envoyant son Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et l'Esprit Saint.
I. Dieu révèle son «dessein bienveillant»
«Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l'Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine» (DV 2).
Dieu qui «habite une lumière inaccessible» (1 Tm 6, 16) veut communiquer sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui, pour en faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs (cf. Ep 1, 4-5). En se révélant Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître et de L'aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient capables d'eux-mêmes.
Le dessein divin de la Révélation se réalise à la fois «par des actions et par des paroles, intimement liées entre elles et s'éclairant mutuellement» (DV 2). Il comporte une «pédagogie divine» particulière: Dieu se communique graduellement à l'homme, Il le prépare par étapes à accueillir la Révélation surnaturelle qu'Il fait de lui-même et qui va culminer dans la Personne et la mission du Verbe incarné, Jésus-Christ.
S. Irénée de Lyon parle à maintes reprises de cette pédagogie divine sous l'image de l'accoutumance mutuelle entre Dieu et l'homme: «Le Verbe de Dieu a habité dans l'homme et s'est fait Fils de l'homme pour accoutumer l'homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l'homme, selon le bon plaisir du Père» (Haer. 3, 20, 2; cf. par exemple 3, 17, 1; 4, 12, 4; 4, 21, 3).
«Dieu qui a créé et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur Lui-même; voulant de plus ouvrir la voie d'un salut supérieur, Il se manifesta aussi Lui-même, dès l'origine, à nos premiers parents» (DV 3) Il les a invités à une communion intime avec Lui-même en les revêtant d'une grâce et d'une justice resplendissantes.
Cette Révélation n'a pas été interrompue par le péché de nos premiers parents. Dieu, en effet, «après leur chute leur promit une rédemption, leur rendit courage en les faisant espérer le salut; sans arrêt, Il montra sa sollicitude pour le genre humain, afin de donner la vie éternelle à tous ceux qui par la constance dans le bien cherchent le salut» (DV 3).
Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de Toi, tu ne l'as pas abandonné au pouvoir de la mort. (...) Tu as multiplié les alliances avec eux (MR, prière eucharistique IV, 118).
Une fois l'unité du genre humain morcelée par le péché, Dieu cherche tout d'abord à sauver l'humanité en passant par chacune de ses parties. L'alliance avec Noé d'après le déluge (cf. Gn 9, 9) exprime le principe de l'Économie divine envers les «nations», c'est-à-dire envers les hommes regroupés «d'après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans» (Gn 10, 5; cf. 10, 20-31).
Cet ordre à la fois cosmique, social et religieux de la pluralité des nations (cf. Ac 17, 26-27) est destiné à limiter l'orgueil d'une humanité déchue qui, unanime dans sa perversité (cf. Sg 10, 5), voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel (cf. Gn 11, 4-6). Mais, à cause du péché (cf. Rm 1, 18-25), le polythéisme ainsi que l'idolâtrie de la nation et de son chef menacent sans cesse d'une perversion païenne cette économie provisoire.
L'alliance avec Noé est en vigueur tant que dure le temps des nations (cf. Lc 21, 24), jusqu'à la proclamation universelle de l'Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des «nations», tels qu' «Abel le juste», le roi-prêtre Melchisédech (cf. Gn 14, 18), figure du Christ (cf. He 7, 3) ou les justes «Noé, Daniel et Job» (Ez 14, 14). Ainsi, l'Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l'alliance de Noé dans l'attente que le Christ «rassemble dans l'unité tous les enfants de Dieu dispersés» (Jn 11, 52)
Pour rassembler l'humanité dispersée, Dieu élit Abram en l'appelant «hors de son pays, de sa parenté et de sa maison» (Gn 12, 1), pour faire de lui Abraham, c'est-à-dire «le père d'une multitude de nations» (Gn 17, 5): «En toi seront bénies toutes les nations de la terre» (Gn 12, 3 LXX; cf. Ga 3, 8).
Le peuple issu d'Abraham sera le dépositaire de la promesse faite aux patriarches, le peuple de l'élection (cf. Rm 11, 28), appelé à préparer le rassemblement, un jour, de tous les enfants de Dieu dans l'unité de l'Église (cf. Jn 11, 52; 10, 16); il sera la racine sur laquelle seront greffés les païens devenus croyants (cf. Rm 11, 17-18. 24).
Les patriarches et les prophètes et d'autres personnages de l'Ancien Testament ont été et seront toujours vénérés comme saints dans toutes les traditions liturgiques de l'Église.
Après les patriarches, Dieu forma Israël comme son peuple en le sauvant de l'esclavage de l'Égypte. Il conclut avec lui l'Alliance du Sinaï et lui donna, par Moïse, sa Loi, pour qu'il Le reconnaisse et Le serve comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu'il attende le Sauveur promis (cf. DV 3).
Israël est le Peuple sacerdotal de Dieu (cf. Ex 19, 6), celui qui «porte le nom du Seigneur» (Dt 28, 10). C'est le peuple de ceux «à qui Dieu a parlé en premier» (MR, Vendredi Saint 13: oraison universelle VI), le peuple des «frères aînés» dans la foi d'Abraham (cf. Jean-Paul II, allocution dans la synagogue de Rome [13 avril 1986], 4).
Par les prophètes, Dieu forme son peuple dans l'espérance du salut, dans l'attente d'une Alliance nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2, 2-4), et qui sera inscrite dans les coeurs (cf. Jr 31, 31-34; He 10, 16). Les prophètes annoncent une rédemption radicale du Peuple de Dieu, la purification de toutes ses infidélités (cf. Ez 36), un salut qui incluera toutes les nations (cf. Is 49, 5-6; 53, 11). Ce seront surtout les pauvres et les humbles du Seigneur (cf. So 2, 3) qui porteront cette espérance. Les femmes saintes comme Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé vivante l'espérance du salut d'Israël. La figure la plus pure en est Marie (cf. Lc 1, 38).
III Le Christ Jésus «Médiateur et Plénitude de toute la Révélation» (DV 2)
«Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils» (He 1, 1-2). Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n'y aura pas d'autre parole que celle-là. S. Jean de la Croix, après tant d'autres, l'exprime de façon lumineuse, en commentant He 1, 1-2:
Dès lors qu'Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n'a pas d'autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d'un seul coup en cette seule Parole et il n'a rien de plus à dire; car ce qu'Il disait par parties aux prophètes, Il l'a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu'est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l'interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté (Carm. 2, 22, 3-5).
«L'Économie chrétienne, étant l'Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n'est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ» (DV 4). Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n'est pas complètement explicitée; il restera à la foi chrétienne d'en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles.
Au fil des siècles il y a eu des révélations dites «privées», dont certaines ont été reconnues par l'autorité de l'Église. Elles n'appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n'est pas d' «améliorer» ou de «compléter» la Révélation définitive du Christ, mais d'aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l'histoire. Guidé par le Magistère de l'Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l'Église.
La foi chrétienne ne peut pas accepter des «révélations» qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l'achèvement. C'est le cas de certaines religions non chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles «révélations».
Par amour, Dieu s'est révélé et s'est donné à l'homme. Il apporte ainsi une réponse définitive et surabondante aux questions que l'homme se pose sur le sens et le but de sa vie.
Dieu s'est révélé à l'homme en lui communiquant graduellement son propre mystère par des actions et par des paroles.
Au delà du témoignage que Dieu donne de Lui-même dans les choses créées, Il s'est manifesté Lui-même à nos premiers parents. Il leur a parlé et, après la chute, leur a promis le salut (cf. Gn 3, 15) et leur a offert son alliance.
Dieu conclut avec Noé une alliance éternelle entre Lui et tous les êtres vivants (cf. Gn 9, 16). Elle durera tant que dure le monde.
Dieu a élu Abraham et a conclu une alliance avec lui et sa descendance. Il en a formé son peuple auquel il a révélé sa loi par Moïse. Il l'a préparé par les prophètes à accueillir le salut destiné à toute l'humanité.
Dieu s'est révélé pleinement en envoyant son propre Fils en qui Il a établi son Alliance pour toujours. Celui-ci est la Parole définitive du Père, de sorte qu'il n'y aura plus d'autre Révélation après Lui.
Dieu «veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» (1 Tm 2, 4), c'est-à-dire du Christ Jésus (cf. Jn 14, 6). Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu'ainsi la Révélation parvienne jusqu'aux extrémités du monde:
Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu'elle demeurât toujours en son intégrité et qu'elle fût transmise à toutes les générations (DV 7).
«Le Christ Seigneur en qui s'achève toute la Révélation du Dieu très haut, ayant accompli Lui-même et proclamé de sa propre bouche l'Évangile d'abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins» (DV 7).
La transmission de l'Évangile, selon l'ordre du Seigneur, s'est faite de deux manières:
Oralement «par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu'ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu'ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit «;
Par écrit «par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l'inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut» (DV 7).
«Pour que l'Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l'Église, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques, auxquels ils 'transmirent leur propre charge d'enseignement'» (DV 7). En effet, «la prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu'à la consommation des temps» (DV 8).
Cette transmission vivante, accomplie dans l'Esprit Saint, est appelée la Tradition en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle. Par elle, «l'Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération tout ce qu'elle est elle-même, tout ce qu'elle croit» (DV 8). «L'enseignement des saints Pères atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique et la vie de l'Église qui croit et qui prie» (DV 8).
Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l'Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l'Église: «Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l'Épouse de son Fils bien-aimé, et l'Esprit Saint, par qui la voix vivante de l'Évangile retentit dans l'Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance» (DV 8).
II. Le rapport entre la Tradition et l'Écriture Sainte
«Elles sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux jaillissent d'une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu'un tout et tendent à une même fin» (DV 9). L'une et l'autre rendent présent et fécond dans l'Église le mystère du Christ qui a promis de demeurer avec les siens «pour toujours, jusqu'à la fin du monde» (Mt 28, 20).
«La Sainte Écriture est la parole de Dieu en tant que, sous l'inspiration de l'Esprit divin, elle est consignée par écrit.»
«Quant à la sainte Tradition, elle porte la parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l'Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l'Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l'exposent et la répandent avec fidélité» (DV 9).
Il en résulte que l'Église à laquelle est confiée la transmission et l'interprétation de la Révélation, «ne tire pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation. C'est pourquoi l'une et l'autre doivent être reçues et vénérées avec égal sentiment d'amour et de respect» (Ibid).
La Tradition dont nous parlons ici vient des apôtres et transmet ce que ceux-ci ont reçu de l'enseignement et de l'exemple de Jésus et ce qu'ils ont appris par l'Esprit Saint. En effet, la première génération de chrétiens n'avait pas encore un Nouveau Testament écrit, et le Nouveau Testament lui-même atteste le processus de la Tradition vivante.
Il faut en distinguer les «traditions» théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. Elles constituent des formes particulières sous lesquelles la grande Tradition reçoit des expressions adaptées aux divers lieux et aux diverses époques. C'est à sa lumière que celles-ci peuvent être maintenues, modifiées ou aussi abandonnées sous la conduite du Magistère de l'Église.
III. L'interprétation de l'héritage de la foi
«L'héritage sacré» (cf. 1 Tm 6, 20; 2 Tm 1, 12-14) de la foi (depositum fidei), contenu dans la Sainte Tradition et dans l'Écriture Sainte a été confié par les apôtres à l'ensemble de l'Église. «En s'attachant à lui le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières, si bien que, dans le maintien, la pratique et la confession de la foi transmise, s'établit, entre pasteurs et fidèles, une singulière unité d'esprit» (DV 10).
«La charge d'interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l'Église dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus-Christ» (DV 10), c'est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l'évêque de Rome.
«Pourtant, ce Magistère n'est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n'enseignant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l'assistance de l'Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l'expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu'il propose à croire comme étant révélé par Dieu» (DV 10).
Les fidèles, se souvenant de la parole du Christ à ses apôtres: «Qui vous écoute, m'écoute» (Lc 10, 16; cf. LG 20), reçoivent avec docilité les enseignements et directives que leurs pasteurs leur donnent sous différentes formes.
Le Magistère de l'Église engage pleinement l'autorité reçue du Christ quand il définit des dogmes, c'est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou bien quand il propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire.
Il existe un lien organique entre notre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l'éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre coeur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi (cf. Jn 8, 31-32).
Les liens mutuels et la cohérence des dogmes peuvent être trouvés dans l'ensemble de la Révélation du mystère du Christ (cf. Cc. Vatican I: DS 3016: «nexus mysteriorum»; LG 25). Il faut, en effet, se rappeler que «la diversité de leurs rapports avec les fondements de la foi chrétienne marque un ordre ou une 'hiérarchie' des vérités de la doctrine catholique» (UR 11).
Tous les fidèles ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont reçu l'onction de l'Esprit Saint qui les instruit (cf. 1 Jn 2, 20. 27) et les conduit vers la vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).
«L'ensemble des fidèles (...) ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, 'des évêques jusqu'au dernier des fidèles laïcs', il apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel» (LG 12).
«Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l'Esprit de vérité, et sous la conduite du Magistère sacré, (...) le Peuple de Dieu s'attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément en l'interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en oeuvre» (LG 12).
La croissance dans l'intelligence de la foi
Grâce à l'assistance du Saint-Esprit, l'intelligence tant des réalités que des paroles de l'héritage de la foi peut croître dans la vie de l'Église:
-- «Par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent en leur coeur» (DV 8); c'est en particulier «la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la vérité révélée» (GS 62, § 7; cf. 44, § 2; DV 23; 24; UR 4).
-- «Par l'intelligence intérieure que les croyants éprouvent des choses spirituelles» (DV 8); «les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble» (S. Grégoire le Grand, hom. Ez. 1, 7, 8: PL 76, 843D).
-- «Par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité» (DV 8).
«Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l'Église, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu'aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l'action du seul Esprit Saint, contribuent efficacement au salut des âmes» (DV 10, § 3).
Ce que le Christ a confié aux apôtres, ceux-ci l'ont transmis par leur prédication et par écrit, sous l'inspiration de l'Esprit Saint, à toutes les générations, jusqu'au retour glorieux du Christ.
«La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu» (DV 10) en lequel, comme dans un miroir, l'Église pérégrinante contemple Dieu, source de toutes ses richesses.
«Dans sa doctrine, sa vie et son culte, l'Église perpétue et transmet à chaque génération tout ce qu'elle est elle-même, tout ce qu'elle croit» (DV 8).
Grâce à son sens surnaturel de la foi, le Peuple de Dieu tout entier ne cesse d'accueillir le don de la Révélation divine, de le pénétrer plus profondément et d'en vivre plus pleinement.

References: §1
 §99
 § 1
 § 1
 § 1
 § 2
 § 7
 § 2
 § 3