Source: http://marsa.aude.free.fr/eglise_hitorique.html
Timestamp: 2017-03-26 09:06:51+00:00

Document:
Historique de l'église romane de MARSA en haute vallée de l'Aude en Pays Cathare
EGLISE DE MARSA
Document tiré de Histoire en Pays de Sault
ACCES Roquefeuil
Pour la rédaction du présent article, nous avons largement puisé: Dans les Archives Municipales de Marsa,11 (AMM) et dans l’ouvrage de Robert PlRAULT et Claudine VAILLANT «La Vallée du Rébenty» 1995.
Les photos qui illustrent ce texte, montrent l'état actuel de dégradation de cet édifice qui necessite une restauration devenue urgente.
L'église de Marsa, sur la rive droite du Rébenty, domine les proches maisons du village, mais ce que le passant voit d'abord, en descendant la vallée, c'est la silhouette, élégante et fière, du clocher, Son histoire millénaire est étroitement liée à l'histoire du Languedoc. Son clocher-mur, à l'allure vaguement espagnole, ne fut pourtant ajouté que tardivement (XVIIIe siècle)à la vénérable église paroissiale dédiée à Saint- Loup. Cet évêque, natif de Toul (383 - 478) aurait sauvé Troyes des fureurs d'Attila en 451, ce qui, au demeurant, n'aurait rien d'extraordinaire, les évêques pouvant être, à cette époque, de bons administrateurs et même de redoutables chefs de guerre. Un tel patronage rassura peut-être la population locale dont l'église, probablement du XI eme siècle, fut très tôt citée dans les textes (1208, 1338, 1347) comme dépendance de l'abbaye voisine de Joucou.
Le clocher comporte cinq baies, reparties sur trois étages (2 + 2 + 1).« Chaque étage est accosté par deux petits pinacles à boules dont les supports quadrangulaires sont posés de biais. Entre le premier et le deuxième étage règne un bandeau saillant qui se recourbe en archivolte au -dessus des baies inférieures. Entre les deux autres étages, le bandeau est plus
étroit. Le pignon, cintré est surmonté l!'une boule sur laquelle est fichée une croix de fer surmontée d'un coq» (AMM).
L'ensemble a été classé à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par décision du 29 novembre 1948.
Les deux baies inférieures seules portent une cloche. La plus grosse, fondue en 1717 (ce qui daterait peut-être le clocher) présente un diamètre de 70 centimètres pour un poids de 180 kilogrammes; elle porte l'inscription ci-après: «Sous l'invocation de Saint Loup de Sienne, évêque, et en vue du rassemblement de la communauté, sonne cette cloche avec reconnaissance et respect à la Vierge Marie. Le peuple et son curé louent Dieu».
La deuxième, datée apparemment de 1781, est la plus petite (57 centimètres de diamètre) et donc la plus légère (100 kilogrammes) . Son inscription est la suivante:
« Pour le vrai Dieu, Voix du peuple, convoque les foules, pleure les défunts, combats le feu, orne les fêtes. SaintLoup, priez pour nous» .
Photo Clocher Espinasse Pascal Nantes Le vaisseau, lui, surprend par sa hauteur. C'est qu'il a été rehaussé, probablement au XIIIe ou au XIVesiècle, afin de le fortifier. Robert Pirault (op.cit.) explique clairement comment cela se pratiquait: ... "Au-dessus de l'extrados (partie supérieure de la voûte) on enlevait le toit, on relevait les murs gouttereaux (portant chéneaux ou gouttières) et on établissait en surcharge un étage de défense. L'église devenait forteresse. Photo Chevet Espinasse Pascal Nantes
Dans les murs de cette partie haute, on établissait de petites archères de défense. Souvent cet étage communiquait avec l'intérieur seulement.
Ici on avait, du côte sud, établi des portes hautes laissant aussi pénétrer le soleil. On devait y accéder par des escaliers de bois. On pouvait résister un moment à une attaque en escamotant les échelles extérieures. Mais le risque de siège par le feu était grand et il suffisait de mettre des fagots au pied du mur et de les allumer! Marsa ne dut pas être attaque car on ne voit pas de traces de feu ... ». Ce rehaussement d'environ quatre mètres, fut établi au-dessus des lésènes, bien visibles sur l'abside et qui, à l 'origine, portaient peut être des bandes lombardes. Lors de sa construction primitive, l'église comportait une nef unique, nue et plus basse, donc, que l ’ actuelle. C'est par la suite, à des époques qu'il est parfois difficile de préciser, que lui furent adjoints: porche, chapelles, fonts baptismaux et sacristie..
Lisons, là encore Robert Pirault: «C' est probablement au XVIIIe siècle que, pour établir une contre poussée, on fit un porche. Au sud, à la même époque, on ajouta une nouvelle sacristie, mais une autre existait déjà, ajoutée elle-même sans doute au XVIe siècle. On avait du prévoir, sur les deux murs latéraux, de la nef (nord-sud) une ouverture pour un transept (ou seulement pour ouvrir des chapelles latérales): des arcatures sont en effet visibles, au nord comme au sud, et de facture romane. Une chapelle fut ensuite ajoutée au sud, un oeil de boeuf à l'ouest. Des contreforts plus gros au nord ont été nécessaires pour maintenir cette église, trop haute maintenant. Tout cela fait penser a une église primitive du Xle siècle a chevet arrondi et voûté, a une nef sans doute voûtée et effondrée et ayant déjeté ses murs à 1’extérieur. La façade ouest a été refaite pour le clocher et on accola sur elle la dernière chapelle. Il faudrait une étude extérieure plus détaille, ajoute Robert Pirault, pour affirmer davantage».
Des travaux vont s'avérer nécessaires dès la première moitie du XIXe siècle et un premier devis, d'un montant de 950 francs, sera établi Ie 22 juillet 1833. Il concernait le toit (4 poutres de 9 mètres, 40 chevrons, 200 tuiles et 6 «charges» de «postam»), mais aussi le plafond, les deux tribunes, le choeur, la chapelle inachevée (AMM). Un rapport justificatif, joint au devis, précise notamment que « Le toit, auquel il manque une quantité considérable de tuiles, menace d'une prochaine écroulation (sic) ... Le plaphon (sic) en bois, fait depuis des temps immémoriaux, est presque entièrement détruit ... La chapelle que la nécessite a forcé à construire, la nef étant insuffisante pour contenir la population que le manque de fonds de la commune a empêche de finir doit être rangée convenablement à pouvoir y dire la messe. Il doit être fait, entre autres choses, d'abord un autel au-dessus duquel doit être mise nécessairement une statue de la Vierge . Ou autre. La désence (sic) et le respect pour la religion l'exigent» (AMM).
Une statue de la Vierge y figure aujourd’hui. Il y a donc urgence et pourtant les choses trainent en longueur. Un nouveau devis est dressé, le 15 aout 1838, plus de trois fois supérieur au premier: 3027 francs. Le 23 septembre suivant, l'assemblée communale délibère a nouveau sur «les réparations urgentes à faire a l'église». Il manque encore 739 francs que le Conseil sollicite «à titre de secours sur les fonds que le gouvernement français accorde pour réparer les églises consacrées au culte» (AMM). La question financière est d'autant plus aigue que la commune doit investir aussi dans l'éducation, le Préfet ayant, par décision du 18 juillet 1841, autorisé l'acquisition de «la maison d'école». Pourtant, dès avant cette date, l'adjudication des travaux à l'église à été décidée le 22 octobre 1840.
D'autres réparations, vraisemblablement de moindre importance, seront approuvées par le pouvoir' municipal le 21 mai 1857. Il y avait donc alors, et déjà au XVIIIe siècle un plafond de bois, ce qui ne signifie pas, bien entendu, qu’une voûte n’ait pas existé auparavant. 464 âmes en 1826 et un maximum de 516 en 1851. De nouveaux travaux seront pourtant nécessaires vers la fin du siècle et viendront à nouveau en concurrence avec les dépenses d'enseignement, la commune décidant, le 22 mai 1887, un emprunt de 29000 francs pour la construction d'un groupe scolaire, celui-là même qui est toujours debout aujourd'hui.
Le 20 février 1888, la décision est prise de construire une sacristie. Le 9 novembre 1888, de nouvelles réparations sont entreprises pour un montant de 4650 francs financé de la façon suivante:
Subvention de l'Etat (acquise dès le 21.12.1888):1600 francs;
Participation de la commune: 1 500 francs; Souscription: 1 000 francs;
P roduit d'une coupe extraordinaire de bois: 550 francs.
Cette fois les travaux sont menés plus rapidement et le 17 janvier 1892 le Conseil, réuni en séance extraordinaire, prend acte de la fin des réparations dont le coût s'élèvera finalement à 5050 francs.
C'est alors que la voûte fut construite, mais aussi la sacristie. On perça une nouvelle fenêtre et on refit le revêtement de sol.
Après l'église c'est au cimetière que s'intéressent les élus. L'ancien, qui entoure le chevet, est devenu trop exigu pour une population qui s'élève encore à 435 personnes en 1886. Une première décision d'.agrandissement est prise le 13 mars 1892, suivie d'une décision de translation le 2 mars 1899. Là encore on avait pris le temps de la réflexion: un arrêté municipal fut pris, fermant l'ancien cimetière et ouvrant le nouveau, date en effet du 19 novembre 1903.
Peu après, le 14 avril 1907, le Conseil fut amené, pour la première fois à louer le presbytère à son desservant. Le loyer annuel en fut fixé à 20 francs, sur proposition du curé Tarbouriech, approuvé par l'autorité municipale.
Beaucoup plus récemment, un projet de restauration d'ensemble de l'église fut envisage en 1992 et partiellement réalisé par la réfection de la toiture qui aujourd'hui devrait être totalement renforcée. A cette occasion une demande de classement de l’ensemble du bâtiment, émanant de la municipalité, fut refusée par la Direction Régionale de l'Action Culturelle en raison de l'hétérogénéité de la construction.
L'argumentation est bien entendu valable, mais la diversité architecturale du monument fait aussi son intérêt. Aujourd'hui il n'y a plus à Marsa de prêtre résident et le desservant, franchit rarement le seuil de l'église: il n'estpourtant pasinterdit de la visiter.
On y pénètre par une porte latérale, percée au nord et précédée d'un porche sans grand intérêt architectural. Des l'entrée, l'impression première est que la voûte est bien moins haute que l'aspect extérieur des murs le laisserait croire: on peut d'ailleurs le vérifier par unevisite des combles de la nef dans laquelle la charpente occupe une hauteur de plusieurs mètres entre l'extrados et la toiture.
Face à l'entrée s'ouvre la chapelle de la Vierge, avec ses statues de Marie et de Bernadette, son vitrail de Jeanne d'Arc et ses fonts baptismaux. Le fond de l'église est occupé par une tribune avec rampe horizontale en fer forgé. La voûte de la nef est supportée par des arcs de facture romane, séparés par des arêtes en croisées d'ogives.
A droite et à gauche des vitraux aux motifs géométriques et végétaux stylisés éclairent la nef garnie à gauche par la chaire à laquelle on accède par un escalier percé dans l'épaisseur de la muraille, à droite par des statues de Jeanne d'Arc et de Saint Antoine de Padoue.
Deux chapelles latérales précédent immédiatement le choeur. Celle de gauche est consacrée au Sacré-Coeur de Jésus et comporte un vitrail représentant une religieuse:
Marie AI ... UE (Marie Angélique ?,. Celle de droite est dédiée à Saint-Joseph dont la statue porte l'Enfant Jésus.
Une table de communion, en fer forgé peint, ouvre sur le choeur dont l'autel supporte une croix protégée par un baldaquin de plâtre.L'espace sacré est décoré de deux vitraux aux motifs géométriques et végétaux stylisés, semblables entre eux, mais différents de ceux de la nef, et quatre statues représentant, de gauche à droite: Sainte Laurence (une sainte rarement statufiée, l'apôtre Pierre, Saint- Loup (avec sa crosse d'évêque) et Saint-Louis (le roi Louis IX).
L'ensemble mériterait une réhabilitation intérieure. Gageons qu'elle saura retenir l'attention des édiles, acculés, génération après génération, à un travail de Sisyphe. Vitrail Saint Lupus (St Loup) situé dans le clocher. A gauche tel qu'il devrait être (restauration numérique par M. Espinasse Pascal), à droite état actuel
La loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905 vint modifier profondément les relations entre la municipalité d'une part, le clergé et le Conseil de Fabrique d'autre part. A Marsa cela se traduisit en particulier par deux décisions:
La première, du 10 avril 1907, réglementait les sonneries de cloches.
II s'agit là d'un texte minutieux et équilibre ayant nécessite une étroite collaboration entre les parties; on notera toutefois, à l'article 10, une interdiction allant à l'encontre d'une croyance et d'une pratique populaires très répandues en Pays de Sault: la sonnerie des cloches pour écarter les effets dévastateurs de l'orage et de la grêle.
La seconde, le 14 avril 1907 a été de louer pour la première fois le presbytère à son desservant. Le loyer annuel fut fixé à 20 francs, sur proposition du curé Tarbouriech et approuvé par l'autorité munivipale. ARRETE MUNICIPAL portant réglementation des sonneries des cloches
Nous, Maire de la commune de Marsa
Vu la loi du 5 Avril 1884) articles 91, 92, 93, 94, 95, 96 et 97; Vu la loi du 9 décembre 1905) article 27; Vu Ie décret du 16 mars 1906) articles 50-51 et 52;
Les sonneries des cloches sont réglées ainsi qu’il suit:
TITRE I Sonneries religieuses
Art.1er - Le curé ou Ie desservant aura seul droit de faire sonner les cloches de l’ Eglise pour les offices, prières publiques et autres exercices religieux.
Art.2 - Ces offices, prières et exercices ne pourront être annoncés qu’à une seule reprise, chacun par une sonnerie qui n’excédera pas cinq minutes pour les cérémonies ordinaires, et vingt minutes pour les cérémonies solennelles.
Art.3 - Exceptionnellement les offices des dimanches et des fêtes locales pourront être annoncés à deux ou trois reprises de vingt minutes chacune.
Art.4 - En temps d’ épidémie, les sonneries pour cérémonies et services funèbres pourront être suspendues par un arrête municipal.
Art.5 - Les sonneries ne pourront avoir lieu, pour quelques raisons que ce soit, avant cinq heures du matin et après neuf heures du soir du 1er avril au 30 septembre et avant six heures du matin et après huit heures du soir, du 1" octobre au 31 Mars, excepté toutefois pendant la nuit de Noël.
Art. 6 - En dehors des cas ci-dessus prévus, les sonneries ne pourront avoir lieu sans autorisation du Maire ou de son délégué.
TITRE II Sonneries civiles
Art. 7 - Le Maire ou son délégué aura Ie droit de faire sonner les cloches de l’Eglise:
1°) Lorsqu’il sera nécessaire de réunir les habitants pour prévenir ou arrêter quelque accident de nature à exiger leur concours, comme dans les cas d’incendie, d’inondation, d’invasion de l’ennemi, d’émeute, et dans tous les autres cas de péril commun, exigeant un prompt secours.
2°) Pour annoncer le passage officiel du Président de la République;
3°) La veille et le jour de la Fête Nationale et des fêtes locales;
Art.8 - Les sonneries civiles ordonnées par M. Ie Maire ou son délégué seront exécutées par Ie sonneur attitre de l’Eglise qui recevra de ce chef une indemnité fixée par Ie conseil Municipal. En cas de refus de ce sonneur, et même en toutes circonstances s’il le juge préférable, le Maire pourra nommer pour exécuter les sonneries civiles, un sonneur
spécial qui sera exclusivement soumis à ces(sic) ordres.
Art.9 - A cet effet) Ie sonneur recevra la clef du clocher ou celle de l’Eglise) si I’ entrée du clocher n’est pas indépendante. Il ne pourra être fait usage de cette clef que dans ce but ou pour remonter l’horloge publique ou encore pour faire constater par un architecte les réparations à effectuer à l’édifice.
Art.10 - La sonnerie des cloches en volée est interdite pendant les orages.
Art. 11 Dans le cas où en raison de l’état du clocher, le mouvement des cloches présenterait un danger réel, les sonneries pourront être provisoirement interdites par arrête municipal.
Art.12 - Les infractions au présent arreté seront constatées et poursuivies conformément
A Marsa Ie 10 Avril 1907 Le Maire
S igné illisible Une "litre" ou bande de deuil ceinturait l'église.On en distingue encore par endroits la trace.
Une litre funéraire ou litre seigneuriale ou litre funèbre, ou encore ceinture funèbre était, sous l’Ancien Régime, une bande noire posée à l'intérieur et parfois même à l'extérieur d'une église pour honorer un défunt
Cette ornementation de l’église était réalisée à l'occasion des funérailles d'une personnalité. Elle consistait
en une bande noire peinte sur les murs extérieurs ou intérieurs de l'église ou du bâtiment religieux où se déroulait la messe d'enterrement. Cette bande noire placée en hauteur s'agrémentait de représentations du défunt et le cas échéant de ses armoiries.
La litre funéraire pouvait faire le tour de tout l’édifice. De nature provisoire, peu de litres ont subsisté. La peinture pouvait être remplacée par une litre temporaire en tissu posée lors des obsèques d’un
privilégié. La litre pouvait aussi se limiter à la chapelle intérieure d'une église.
La Révolution française par la loi du 13-20 avril 1791,
article 18, a supprimé cet ancien droit seigneurial.
AMM (Archives Municipales de MARSA

References: l'article 10

Art.1

Art.2

Art.3

Art.4

Art.5

Art. 6

Art. 7

Art.8

Art.9

Art.10

Art. 11

Art.12