Source: http://actes6.com/juridique/j_associations_cultuelles.htm
Timestamp: 2018-06-25 04:27:30+00:00

Document:
- La liberté religieuse en France
- Articulation des lois du 9 décembre 1905, du 1er juillet 1901 et du 2 janvier 1907
- Les unions d'associations cultuelles
Prendre en compte le fait religieux relève donc, pour les pouvoirs publics, du simple bon sens. Toute la question est de savoir ce qu'ils prennent en compte et comment ils le prennent en compte.
1 - La liberté religieuse en France
La liberté religieuse en France est garantie par les textes fondateurs de la République française, mais aussi par la convention européenne, les traités, la charte des droits fondamentaux du 7 décembre 2000 qui reprend littéralement la formulation de l'article 9 de la convention et d'une certaine manière par les décisions jurisprudentielles de la Cour de justice des communautés européennes.
Article 10 : " Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. "
La liberté religieuse est d'abord une liberté individuelle fondée sur une adhésion à une religion en la choisissant librement ou en refusant d'y adhérer.
Article premier : " La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. "
En France, la laïcité est un principe constitutionnel. Cette laïcité s'entend sur un double refus : celle d'une religion officielle et d'un athéisme d'Etat et un double objectif qui la guide : la liberté de conscience et la liberté de pensée .
La laïcité à la française peut aussi s'entendre par la séparation entre le spirituel et le temporel, le religieux et le politique.
Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des églises et de l'Etat :
Article premier : " La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. "
La liberté religieuse est également une liberté collective. Elle se traduit par l'existence d'une communauté avec ses codes et ses traditions et donne naissance à des pratiques, des cérémonies, des rites dont le libre exercice est garanti.
La loi de 1905 ne donne aucune définition de la notion de culte. L'association possède implicitement le caractère cultuel au travers de certains avantages fiscaux que les pouvoirs publics lui reconnaissent. Ainsi, elle peut ne pas se voir opposer l'acceptation d'un don ou legs en application de l'article 910 du code civil et être exonérée des droits d'enregistrement sur ces mêmes dons et legs, elle peut être exonérée de manière permanente de la taxe foncière en application de l'article 1382-4 du Code général des Impôts (CGI), ou encore être habilitée à délivrer des reçus fiscaux pour les dons reçus en application de l'article 200 du CGI.
Dans le cas contraire, elle est considérée comme une association à but non lucratif de la loi de 1901 avec un objet cultuel en application de la loi du 2 janvier 1907 concernant l'exercice public des cultes.
Article 2 : " La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte... "
En France, l'église est assimilée à une simple association relevant du droit privé. La séparation consiste pour l'Etat à ne point salarier, reconnaître ou subventionner une église, mais à garantir la liberté de conscience et le libre exercice du culte.
Conseil de l'Europe - Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
La Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales offre une garantie directe et générale à la liberté religieuse.
Article 9 : " 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. "
Le premier paragraphe de l'article 9 protège avant tout le domaine des convictions personnelles et des croyances religieuses, ce qui relève du for intérieur et pas nécessairement tout comportement public dicté par une conviction.
Il garantit le droit essentiel d'avoir une conviction ou une religion et d'en changer. Si une église ou communauté religieuse ne reconnaissait pas le droit pour un membre de quitter l'institution, le droit étatique doit prévoir cette garantie.
La liberté de manifester sa religion ou ses convictions fait référence à quatre notions : le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.
Le culte se réfère aux services religieux.
L'enseignement concerne les doctrines religieuses et la possibilité d'enseigner ceux qui ne sont pas encore membres d'une religion. Dans l'arrêt Kokkinakis de 1993, pour la Cour européenne " le témoignage en paroles et en actes se trouve lié à l'existence de convictions religieuses " et la liberté de manifester sa religion " comporte en principe le droit d'essayer de convaincre son prochain, par exemple au moyen d'enseignement, sans quoi la liberté de changer de religion ou de conviction, consacrée par l'article 9 risquerait de rester lettre morte ".
Les pratiques et l'accomplissement des rites désignent surtout des comportements religieux souvent au cours des cérémonies comme la Cène, les processions, le port de vêtements sacerdotaux, etc. En effet, il faut distinguer la manifestation proprement dite et le comportement social résultant d'une religion ou d'une conviction.
Si le premier paragraphe garantit la liberté de manifester sa religion ou ses convictions, le paragraphe 2 de l'article 9 prévoit que des mesures restrictives peuvent s'avérer nécessaires dans certaines circonstances.
Ces restrictions sont soumises à trois conditions :
- elles doivent avoir une base légale en droit interne, sous forme de loi définissant l'étendue et les modalités d'exercice d'un tel pouvoir. Elle doit être prévisible, précise et accessible.
- elles doivent avoir un but légitime tel que la protection de la sécurité publique, l'ordre, la santé ou la morale publique.
- elle doit être proportionnée au trouble qu'elle prétend combattre. La Cour peut sanctionner " l'abus de droit ", dans le cadre des ingérences étatiques, qui peut se révéler sous la forme d'un détournement de pouvoir, par l'absence de justification de l'acte accompli et l'inadéquation de l'acte à la situation.
La Cour de justice des communautés européennes, dans un arrêt du 29/09/1994 (Otto-Preminger Institut contre Autriche) déclare qu'un Etat peut légitimement estimer nécessaire de prendre des mesures visant à réprimer certaines formes de comportement, y compris la communication d'informations et d'idées jugées incompatibles avec la liberté de pensée, de conscience et de religion.
Article 14 : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur la religion "
La Cour européenne des droits de l'homme considère qu'il y a discrimination lorsque les Etats font subir sans justification raisonnable et objective un traitement différent à des personnes se trouvant dans des situations analogues.
Quelle est la signification juridique du principe de " non reconnaissance " ?
Cela signifie t'il que la République se doit d'ignorer le fait religieux, qu'elle ne peut ni le connaître, ni le reconnaître ?
La réponse est tout autre. En posant le principe de non reconnaissance, le législateur n'entendait nullement prévoir une ignorance légale du fait religieux. Il entendait seulement rejeter le régime issu de la loi du 18 Germinal an X fondé sur la distinction entre les cultes reconnus (catholiques, protestants et israélites) et non reconnus de la période concordataire.
Pour le législateur de 1905, cela signifiait qu'il n'y avait plus de culte reconnu et financé par l'Etat et que les rapports de l'Etat avec les religions n'étaient pas supprimés, mais établis sur d'autres bases.
" Le principe de la " non-reconnaissance " des cultes, édicté par l'article 2 de la loi de 1905, peut être considéré comme l'expression la plus radicale de la laïcité française. Mais l'article 1 de la même loi indique bien que l'État français ne veut pas pour autant ignorer le fait cultuel. " (Extrait de la présentation d'un article écrit par Rita HERMON-BELOT et Sébastien FATH paru dans le numéro 129 de la revue des " Archives des sciences sociales des religions ".)
Autres décisions sur la liberté religieuse sur le lieu du travail
Droit au secret sur ses convictions
Cass. soc. 17-10-1973 n° 72-40.360 : Bull. civ. V n° 484:
Le fait, pour un candidat à l'emploi de fraiseur, de ne pas avoir révélé sa qualité de prêtre-ouvrier ne saurait lui être reproché.
Obligation d'exécuter normalement un contrat de travail
Cass. soc. 24-03-1998 : RJS 6/98 n° 701 :
Dès lors que le travail qui est demandé à un salarié correspondait à celui d'un boucher, poste qu'il avait accepté d'occuper, et qu'il n'a jamais soutenu qu'une clause de son contrat de travail ou une disposition du statut local prévoyait qu'en raison de ses convictions religieuses il serait dispensé de traiter la viande de porc, l'employeur en refusant de muter le salarié dans un autre service, n'a pas commis de faute.
CA Pau 18-03-2002 n° 00-212.
Constitue une faute grave le fait pour une cuisinière devenue musulmane pratiquante de refuser de goûter les plats à base de viandes non égorgées. Le motif de licenciement ne résulte pas alors des convictions religieuses de l'intéressée, mais de son changement brutal de comportement.
Délibération Halde 2009-117 du 06-04-2009 :
Le salarié ne peut invoquer des prescriptions religieuses pour refuser d'exécuter tout ou partie de ses missions contractuelles ou pour se soustraire aux obligations légales et réglementaires.
Cass. soc. 29-05-1986 n° 83-45.409 :
Un salarié ne peut pas refuser de se rendre aux visites médicales obligatoires en invoquant les conditions dans lesquelles elles se passaient, ces conditions heurtant ses convictions religieuses de musulman intégriste.
Des revendications liées aux pratiques religieuses telles que des aménagements du temps de travail pour les prières et autres pratiques ne peuvent s'imposer face aux nécessités du bon fonctionnement de l'entreprise.
Respect des fêtes religieuses
Les fêtes légales en France correspondent à des fêtes catholiques. Sont ainsi fériés les jours suivants (C. trav. art. L 3133-1) : lundi de Pâques ; jeudi de l'Ascension ; lundi de Pentecôte ; l'Assomption ; la Toussaint et Noël.
En Alsace-Moselle, la liste des jours fériés énumérés par une ordonnance du 16 août 1892 comporte deux jours fériés ignorés par le Code du travail. Le lendemain du jour de Noël (jour de la Saint-Etienne) et le vendredi saint (ce dernier jour n'est férié que dans les communes où existe un temple protestant ou une église mixte).
Il existe par ailleurs des usages professionnels.
Dans certaines banques, la pratique veut que le Yom Kippour puisse, après autorisation du chef de service, être chômé et payé aux salariés de confession israélite.
La fête de l'Aïd-el-Kébir est quelquefois chômée et payée aux salariés de confession musulmane, principalement dans des entreprises du bâtiment.
Interdiction du prosélytisme sur le lieu de travail
La liberté de religion et de convictions du salarié doit en outre s'exercer dans les limites que constitue l'abus du droit d'expression.
Sont proscrits les actes de pression ou d'agression à l'égard des autres salariés. Ces derniers pourraient réclamer la protection de l'employeur, en application des articles L 4121-1 et L 1152-4 du Code du travail prévoyant respectivement l'obligation pour celui-ci de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale du personnel et prévenir les agissements de harcèlement moral.
CA Basse-Terre 06-11-2006 n° 06-95 :
A été ainsi jugé justifié par un motif réel et sérieux le licenciement d'un salarié fondé sur le fait qu'en ponctuant son activité d'invocations et de chants étrangers à celle-ci et en se désintéressant de ses tâches pour donner libre cours à un souci permanent de prosélytisme, l'intéressé a provoqué l'exaspération de ses collègues et nui à l'organisation du travail.
CA Versailles 23-1-1998 n° 95-736 :
A été résiliée une convention de formation alors que l'intervenant utilisait les stages pour faire du prosélytisme en faveur de l'église de scientologie.
TA Versailles 07-02-1997, Gohier c/ Président du Conseil général des Yvelines :
Un assistant maternel reconnaissant appartenir à " la religion aumiste fondée par le seigneur Hamsah Manarah ", et exprimant un certain prosélytisme sur ce point, ne peut être regardé comme présentant des garanties de neutralité suffisantes, exigées pour l'accueil et l'épanouissement des mineurs confiés.
CA Toulouse 21-05-2008 n° 07-1305 :
La rupture de la période d'essai d'une garde d'enfants est justifiée alors que la salariée exigeait de l'enfant de cinq ans qui lui était confié, qu'il fasse avant les repas la prière de Jéhovah et qu'il l'accompagne à des réunions de prière ou lors de démarchages pour trouver de nouveaux adeptes.
CA Versailles 22-03-2001 n° 00-528 :
Il ne saurait être reproché à des salariés de refuser de participer à des séminaires alors qu'ils s'interrogent sur leur finalité dans la mesure où plusieurs des intervenants sont membres d'une association répertoriée par la France, la Belgique et le Canada comme ayant des pratiques sectaires. L'employeur lui aussi doit se garder de tout prosélytisme.
Selon la jurisprudence, l'employeur peut interdire à un salarié le port d'un signe religieux (insigne, barbe, voile par exemple) lorsque sa tenue risque de poser un problème particulier dans l'entreprise. Il en est ainsi notamment lorsqu'il estime que son apparence physique ou ses vêtements risquent de choquer la clientèle.
Des impératifs de sécurité, de santé ou d'hygiène sanitaire peuvent amener l'employeur à imposer le port de tenues spécifiques pouvant ne pas être compatible avec le maintien de signes religieux
L'employeur peut également demander au salarié de faire preuve de discrétion lorsqu'il estime que l'affichage des convictions religieuses de l'intéressé risque de porter atteinte à l'image de l'entreprise. Est ainsi justifiée la sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un enseignant au motif que celui-ci a indiqué l'adresse de l'établissement où il travaille sur le site Internet d'une association religieuse.
2. Articulation des lois du 9 décembre 1905, du 1er juillet 1901 et du 2 janvier 1907
2.1 & Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des églises et de l'Etat
Article 19 : " Ces associations devront avoir exclusivement pour objet l'exercice d'un culte "
2.2 Les associations à caractère religieux issus de la loi du 2 janvier 1907
Cependant, ces associations cultuelles ne sont pas les seuls cadres légaux permettant d'organiser un mouvement religieux. La loi du 2 janvier 1907 a admis expressément la possibilité pour les cultes de recourir, non pas à une association cultuelle, mais à une association de la loi de 1901 :
Loi du 2 janvier 1907 (J.O. 3 janvier 1907, p. 34) :
Article 4 : " Indépendamment des associations soumises aux dispositions du titre IV de la loi du 9 décembre 1905, l'exercice public d'un culte peut être assuré tant au moyen d'associations régies par la loi du 1er juillet 1901 (...) que par voie de réunions tenues sur initiatives individuelles ... et selon les prescriptions de l'article 25 de la loi du 9 décembre 1905. "
Voyez la page : Une association de la loi 1907 ne peut recevoir de subventions publiques
· 80% des sectes et mouvements religieux assimilés se sont constitués en association loi 1901 pour échapper au régime " contraignant " de la loi 1905 : Ils recherchent le mode d'organisation où le contrôle sera le plus faible.
3. Les unions d'associations cultuelles
L'article 20 de la loi du 9 décembre 1905 prévoit que les associations cultuelles peuvent " constituer des unions ayant une administration ou une direction centrale ". Ces unions sont régies par les mêmes règles que les associations cultuelles.
Elles doivent être constituées exclusivement d'associations cultuelles.
Ces unions sont considérées comme constituant une catégorie d'association cultuelle.
© 2001-2010 Alain LEDAIN et Gérard HUNG CHEI TUI / Actes 6

References: l'article 9
 l'article 910
 l'article 1382
 l'article 200
 l'article 9
 l'article 9
 l'article 9
 l'article 2
 l'article 1
 l'article 25

L'article 20