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Timestamp: 2019-06-20 10:55:53+00:00

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L'AVEUGLEMENT DE L'ESPRIT ET L'HÉBÉTUDE DU SENS. (SAINT THOMAS D'AQUIN)
ROBERT. le Jeu 06 Jan 2011, 8:00 pm
IIa-IIæ, qu. 15, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:
L'AVEUGLEMENT DE L'ESPRIT ET L'HÉBÉTUDE DU SENS.
Il faut ensuite traiter des vices opposés à la science et à l'intelligence. L'opposé de la science c'est l'ignorance : il en a été question précédemment lorsqu'il s'agissait des causes de péchés. Maintenant donc il doit être question de l'aveuglement de l'esprit et de l'hébétude du sens, qui s'opposent au don d'intelligence. [132]
A ce propos trois questions :
1. L'aveuglement de l'esprit est-il un péché ?
2. L'hébétude du sens est-elle un péché autre que l'aveuglement de l'esprit ?
3. Ces vices ont-ils pour origine les péchés de la chair?
[132] Qu. 15, prol. — Cette question 15 est de peu de volume mais de grand poids. Saint Thomas a eu l'ingénieuse idée d'opposer à la foi certains états d'esprit qui ne sont pas absolument contraires à la vertu de foi et peuvent se rencontrer avec un certain fond ou, comme on dit vulgairement, avec un reste de foi, mais qui sont radicalement opposés à l'intelligence et à la science de la foi et à tout ce qu'on peut appeler l'esprit de foi.
De ces fâcheux états d'esprit, nous avons déjà eu un premier aperçu (qu. 8, art. 6, sol. 1 avec note 21) ; mais nous ne saurions y revenir avec trop d'attention. Le mal ici est subtil. IL EST AU PRINCIPE DE L'IGNORANCE ET DE L'INDIFFÉRENCE EN MATIÈRE DE RELIGION QUI FONT UN DES MALHEURS DE NOTRE TEMPS EN COMPOSANT PARTOUT UNE ATMOSPHÈRE ÉTOUFFANTE POUR LA FOI. Cette façon d'être ignorant et comme hébété en face de la révélation et des mystères divins se présente à des degrés infinis et en mille manières. Elle s'ajoute et se mélange, cela va de soi, à toutes les espèces d'infidélités déjà parcourues (qu. 10-14). Mais elle s'étend aussi dans les esprits demeurés fidèles et elle peut être la plaie spirituelle d'un pays chrétien: cette ignorance religieuse, cette hébétude d'esprit ne font commettre, dans ce cas, ni hérésie, ni apostasie, ni blasphème; elles provoquent pourtant un dangereux épaississement de la pensée, elles multiplient le nombre toujours trop élevé de ceux qu'on pourrait appeler les arriérés et les illettrés dans la foi. Nous saisissons mieux ces misères de l'esprit si nous mettons chacune en face de son contraire: l'émoussement du sens spirituel pouvant aller jusqu'à l'aveuglement de l'esprit est l'opposé du don d'intelligence; l'ignorance est l'opposé du don de science; la sottise ou folie, l'opposé du don de sagesse. Voilà qui en dit long.
Dernière édition par ROBERT. le Sam 10 Mar 2012, 2:22 pm, édité 1 fois (Raison : mise en forme)
Re: L'AVEUGLEMENT DE L'ESPRIT ET L'HÉBÉTUDE DU SENS. (SAINT THOMAS D'AQUIN)
ROBERT. le Ven 07 Jan 2011, 2:56 pm
ARTICLE 1. L’ aveuglement de l'esprit est-il un péché ?
DIFFICULTES : 1. Il semble que non. Car, ce qui sert d'excuse pour le péché, il ne semble pas que ce soit péché. Mais l'aveuglement est une excuse : "S'ils étaient aveugles, dit saint Jean, ils n'auraient pas de péché". L'aveuglement de l'esprit n'est donc pas un péché.
2. D'ailleurs, la peine est autre chose que la faute. Mais l'aveuglement de l'esprit est une peine. On le voit par ce qui est écrit en Isaïe : "Aveugle le cœur de ce peuple". Comme c'est là un mal, ce ne serait pas de Dieu, si ce n'était une peine. L'aveuglement de l'esprit n'est donc pas une faute.
3. En outre, tout péché est, comme dit saint Augustin, une chose de volonté. Mais l'aveuglement de l'esprit n'est pas une chose voulue, car, au dire de saint Augustin, "connaître la lumière de la vérité, tout le monde aime cela", et au dire de l'Ecclésiaste, "douce est la lumière et c'est plaisir pour les yeux de voir le soleil". La cécité mentale n'est donc pas un péché.
CEPENDANT saint Grégoire place l'aveuglement de l'esprit parmi les vices causés par la luxure.
ROBERT. le Dim 09 Jan 2011, 5:26 pm
ARTICLE 1. L’ aveuglement de l'esprit est-il un péché ? (suite)
CONCLUSION : Comme la cécité corporelle est la privation de ce qui est le principe de la vision corporelle, ainsi la cécité mentale est-elle également la privation de ce qui est le principe de la vision mentale ou intellectuelle. Il y a à cette vision un triple principe. [133]
— L'un est la lumière de la raison naturelle. Comme cette lumière est un trait spécifique de l'âme raisonnable, jamais elle ne fait défaut dans l'âme même. Parfois pourtant elle est empêchée dans son acte propre à cause des obstacles rencontrés dans les facultés inférieures dont l'intellect humain a besoin pour faire œuvre d'intelligence : cela se voit chez les déments et chez les fous furieux, ainsi qu'il a été dit dans la Première Partie.
— Un autre principe de la vision intellectuelle est une lumière habituelle surajoutée à la lumière naturelle de la raison. Et cette lumière-ci, de temps en temps, fait défaut dans l'âme. Une telle privation, c'est une cécité qui est pénale dans le sens où la privation de la lumière de la grâce est comptée comme une peine. C'est pourquoi il est dit de certains : "Leur malice les a aveuglés".
— Le troisième principe de la vision intellectuelle c'est quelque principe intelligible qui permet à l'homme d'avoir l'intelligence d'autres choses. A ce principe intelligible l'esprit de l'homme peut s'appliquer ou ne pas s'appliquer. Et il lui arrive doublement de ne pas s'y appliquer. Cela vient parfois de ce que l'homme a une volonté qui spontanément se détourne de la pensée d'un tel principe, selon la parole du psaume : "Il n'a pas voulu avoir l'intelligence de bien agir".
Ou bien, l'homme a l'esprit occupé à d'autres choses qu'il aime davantage et qui détournent sa pensée de regarder ce principe-là, selon la parole du psaume : "Le feu est tombé", entendez : le feu de la concupiscence, "et ils n'ont pas vu le soleil". Dans ces deux cas-là, l'aveuglement de l'esprit est un péché. [134]
[133] Qu. 15, art. I, concl. init. — Pour qu'il y ait une connaissance quelconque, il faut qu'il y ait dans un sujet une puissance connaissante et dans un objet un aspect connaissable. Des trois principes relevés à cet endroit, les deux premiers sont du côté du sujet, le troisième du côté de l'objet. Tout cela sous l'analogie de la lumière : lumière dans l'esprit, soit de nature, soit de grâce; lumière dans les choses. La foi, nous l'avons assez dit, n'est pas la vision; elle est cependant une lumière dans l'esprit, une lumière de grâce, une lumière sur le mystère de Dieu. Dans les âmes en état de grâce, elle s'accompagne même d'un véritable don d'intelligence et de pénétration. A quoi est contraire l'aveuglement de l'esprit qui peut porter un si grand préjudice à la foi.
[134] Qu. 15, art. 1, concl. fin. — L'aveuglement de l'esprit consiste, ou bien dans ce que l'esprit n'a plus en soi assez de lumière, ou bien dans ce qu'il ne regarde même plus la lumière qu'il a autour de soi. La question est de savoir s'il y a là une faute. Dans le premier cas ce peut être une peine plus qu'une faute.
Mais dans le second c'est formellement une faute. Cette faute, qui consiste à ne pas même regarder vers la révélation, peut venir de deux causes : ou de ce que la volonté se détourne d'elle-même spontanément et pour ainsi dire sans raison, ou de ce que la pensée est absorbée par autre chose qui est mieux aimé.
ROBERT. le Lun 10 Jan 2011, 4:58 pm
SOLUTIONS : 1. L'aveuglement qui excuse du péché est celui qui a lieu par un manque naturel : c'est le cas de l'homme qui n'a pas la faculté de voir.
2. Le raisonnement qu'on fait là est valable pour la seconde sorte d'aveuglement, celle qui est pénale.
3. Avoir l'intelligence de la vérité, c'est en soi pour un chacun, une chose aimable. Il peut se faire cependant qu'accidentellement ce soit pour quelqu'un une chose haïssable : on veut dire dans la mesure où l'homme est gêné par là en d'autres choses qu'il aime davantage. [135]
[135] Qu. 15, art. 1, sol. 3. — Cette réflexion, d'une portée très générale, donne à penser que, si l'auteur vise un aveuglement surnaturel, contraire au don d'intelligence annexé lui-même à la vertu de foi, il n'écarte pas l'idée d'un aveuglement naturel, contraire aux simples vertus d'intelligence acquises, ou même innées comme la syndérèse (remords de conscience). Ce qu'il dit de l'habitude aura même portée, même étendue, c'est-à-dire non pas seulement au surnaturel mais jusque dans le naturel.
ROBERT. le Mar 11 Jan 2011, 4:36 pm
L’hébétude du sens est-elle autre chose que l’aveuglement de l'esprit ?
DIFFICULTES : 1. Il semble que l'hébétude du sens ne soit pas autre chose que l'aveuglement de l'esprit. Car les contraires s'opposent un à un. Or l'hébétude s'oppose au don d'intelligence, comme on le voit dans saint Grégoire; et l'aveuglement de l'esprit s'y oppose aussi, puisque l'intelligence désigne un principe de la vision de l'esprit. Donc l'hébétude du sens est la même chose que la cécité de l'esprit.
2. Saint Grégoire parlant de l'hébétude la nomme "l'hébétude du sens en matière d'intelligence". Mais, avoir le sens émoussé en matière d'intelligence, ce n'est pas autre chose, à ce qu'il semble, d'avoir un manque d'intelligence, et ceci est l'aveuglement de l'esprit. Donc, l'hébétude du sens et la cécité de l'esprit, c'est la même chose.
3. D'ailleurs, s'ils diffèrent en quelque chose, c'est surtout en ceci, semble-t-il, que l'aveuglement de l'esprit est volontaire, comme nous l'avons dit, tandis que l'hébétude du sens est naturelle. Mais un défaut naturel n'est pas un péché. Par là donc l'hébétude du sens ne serait pas un péché. Ce qui va contre saint Grégoire, puisqu'il la compte parmi les vices qui ont leur origine dans la gourmandise.
CEPENDANT des causes diverses ont des effets divers. Or saint Grégoire dit que l'hébétude de l'esprit sort de la gourmandise, mais l'aveuglement de l'esprit de la luxure. C'est donc que ce sont des vices différents.
ROBERT. le Mer 12 Jan 2011, 4:33 pm
L’hébétude du sens est-elle autre chose que l’aveuglement de l'esprit ? (suite)
CONCLUSION : Hébété est opposé à aigu. Or on dit qu’un outil est aigu du fait qu'il est bien pénétrant; par là même on dit qu'il est émoussé dès lors qu'il est obtus et ne peut plus pénétrer. Par une certaine similitude on dit aussi que le sens corporel est pénétrant dans un milieu en tant qu'il perçoit son objet à quelque distance, ou bien en tant qu'il peut percevoir une chose comme s'il la pénétrait intimement; de là vient qu'en ce domaine corporel on dit de quelqu'un qu'il a le sens aiguisé lorsqu'il peut percevoir du sensible de loin, soit par la vue, soit par l'ouïe, soit par l'odorat; et au contraire on dit qu'il a le sens émoussé lorsqu'il ne perçoit que de près et du gros sensible.
Eh bien, à la ressemblance du sens corporel, on dit aussi qu'il y a un sens dans le domaine de l'intelligence. Ainsi qu'il est dit aux Ethiques, c'est le sens de quelques vérités premières d'extrême évidence, de même que la sensation est ce qui fait connaître les données sensibles comme étant des principes de connaissance. Seulement, ce sens qu'il y a dans le domaine de l'intelligence ne perçoit pas son objet par l'intermédiaire de l'espace; mais il le perçoit par d'autres intermédiaires, comme quand par les propriétés d'une chose il en perçoit l'essence et que dans les effets il perçoit la cause.
On dit donc qu'il a un sens aigu dans le domaine de l'intelligence celui qui, aussitôt qu'il a saisi les propriétés ou encore les effets d'une chose, comprend la nature de cette chose, tellement même qu'il parvient à en découvrir jusqu'aux plus menues conditions. On dit au contraire qu'il est émoussé en fait d'intelligence celui qui ne peut parvenir à connaître la vérité d'une chose que par les multiples exposés qu'on lui en fait, et qui même alors ne peut pas parvenir à voir parfaitement tout ce qui a trait à l'essence de la chose.
— Voici donc la conclusion. L'hébétude du sens dans le domaine de l'intelligence implique une certaine débilité de l'esprit dans la vue des biens spirituels. Mais l'aveuglement de l'esprit implique une totale privation dans la connaissance de ces biens. Les deux s'opposent au don d'intelligence, puisque c'est par cette intelligence que l'on connaît les biens spirituels, qu'on arrive à les saisir et qu'on pénètre finement dans ce qu'ils ont d'intime.
L'hébétude contient d'ailleurs une raison de péché au même titre que l'aveuglement de l'esprit, c'est-à-dire dans la mesure où elle est dans la volonté, comme cela se voit chez celui qui attaché aux choses charnelles est tout en répugnance ou en négligence pour discuter finement de choses spirituelles. [136]
SOLUTIONS : 1.-2. Par là on voit la réponse à faire.
[136] Qu. 15, art. 2, concl. — Ce certain sens, ce tact dans l'intelligence, cette acuité de pénétration dans le domaine de l'intelligible et du spirituel, est quelque chose de très important. C'est proprement l'esprit de finesse qui s'adapte aux choses de l'âme et de Dieu avec toute la subtilité qu'elles requièrent. Cette finesse est en effet comme un sens des choses, elle en donne comme une sensation. Dans l'ordre surnaturel elle est l'œuvre propre du don d'intelligence. Et son contraire est ce sens obtus décrit ici par l'auteur. Deux degrés dans cet épaississement de l'intelligence : l'un est ce sens obtus de l'article 2, l'autre est la cécité de l'article 1. L'un et l'autre s'opposent en matière de foi au don d'intelligence, de même qu'ils s'opposent en matière profane aux vertus d'intelligence. Ils sont coupables dans la proportion où ils sont voulus : le surnaturel n'intéresse pas; le surnaturel ennuie. Le cœur n'y est pas : l'esprit non plus. Aussi on ne saisit rien à rien.
souligné et gras ajoutés.
ROBERT. le Jeu 13 Jan 2011, 8:13 pm
La cécité de l'esprit et l'hébétude du sens viennent-elles des péchés de la chair ?
DIFFICULTES : 1. Il semble que non. Saint Augustin avait dit dans ses Soliloques : "O Dieu, qui n'avez voulu que les purs pour savoir le vrai ". Dans ses Rétractations, il l'a rétracté en disant : "On peut répondre que beaucoup de ceux même qui ne sont pas purs savent beaucoup de choses vraies".
Or c'est surtout par les vices charnels que les hommes sont faits impurs. Ce ne sont donc pas de tels vices qui causent la cécité de l'esprit et l'hébétude du sens.
2. D'ailleurs, la cécité de l'esprit et l'hébétude du sens sont des défauts qui regardent la partie intellective de l'âme, alors que les vices charnels font partie de la corruption de la chair. Or la chair n'agit pas sur l'âme, mais c'est plutôt l'inverse. Les vices charnels ne causent donc pas la cécité de l'esprit et l'hébétude du sens.
3. Du reste, on souffre plus de ce qui est plus près que de ce qui est plus loin. Mais les vices spirituels sont plus près de l'esprit que les charnels. Donc la cécité de l'esprit et l'hébétude du sens sont plus causés par les vices spirituels que par les vices charnels.
CEPENDANT saint Grégoire affirme que l'hébétude du sens en intelligence vient de la gourmandise, la cécité de l'esprit de la luxure.
Lucie le Sam 15 Jan 2011, 3:43 pm
C'est parfois dur de se rendre compte qu'on n'est pas honnête avec soi-même.
ROBERT. le Mar 18 Jan 2011, 6:42 pm
La cécité de l'esprit et l'hébétude du sens viennent-elles des péchés de la chair ? (suite)
CONCLUSION : La perfection de l'opération intellectuelle dans l'homme consiste dans une certaine faculté d'abstraction à l'égard des images du sensible. C'est pourquoi plus l'intelligence de l'homme aura gardé de liberté à l'endroit des images de cette sorte, plus elle aura de capacité pour voir l'intelligible et pour ordonner tout le sensible : comme l'a même dit Anaxagore, il faut que l'intelligence soit bien dégagée pour commander; et il faut que l'agent domine la matière pour qu'il puisse la mouvoir. Par ailleurs il est évident que la délectation applique l'intention aux choses dans lesquelles on se délecte : c'est pourquoi le Philosophe remarque que chacun fait très bien les choses auxquelles il prend plaisir, mais ne fait pas du tout ou fait mollement les choses contraires. Or les vices charnels, c'est-à-dire la gourmandise ou la luxure, consistent dans les plaisirs du toucher, ceux du manger, s'entend, et ceux des actes vénériens. Ces délectations sont les plus véhémentes entre toutes celles du corps.
Voilà pourquoi par de tels vices l'intention de l'homme est appliquée au maximum aux choses corporelles, et son opération débilitée par conséquent dans le domaine des choses intelligibles; mais plus par la luxure que par la gourmandise, dans la mesure où les plaisirs vénériens sont plus véhéments que ceux du manger. C'est pour cela que la luxure engendre l'aveuglement de l'esprit qui exclut pour ainsi dire totalement la connaissance des biens spirituels; mais la gourmandise engendre l'hébétude du sens qui rend l'homme débile pour l'intelligible de cette sorte. Et, au contraire, les vertus opposées, c'est-à-dire l'abstinence et la chasteté, sont ce qui dispose le plus l'homme à la perfection de son opération intellectuelle. D'où cette parole en Daniel : "A ces jeunes gens-là" qui étaient des abstinents et des continents "Dieu a donné science et discipline en toute littérature et en toute sagesse".
ROBERT. le Mer 19 Jan 2011, 7:59 pm
SOLUTIONS : 1. Il y a des gens soumis aux vices charnels qui sont parfois capables, il est vrai, de voir finement des choses dans le domaine intelligible, à cause de la bonne qualité de leur esprit naturel ou de l'habitude surajoutée. Cependant il est fatal que leur intention soit retirée la plupart du temps de cette finesse de contemplation, à cause des plaisirs corporels. Ainsi les impurs ont bien la capacité de savoir du vrai, mais leur impureté leur est en ceci un obstacle. [137]
2. La chair n'agit pas sur la fonction intellective au point de l'altérer, mais en mettant obstacle à son opération de la manière susdite.
3. Plus les vices charnels sont éloignés de l'esprit, plus ils détournent l'intention de l'esprit vers des choses éloignées; et plus, dès lors, ils empêchent la contemplation de l'esprit.
[137] Qu. 15, art. 3, sol. 3. — Voici la principale cause de l'épaississement et de l'aveuglement de l'esprit. Elle est dans les attachements charnels, notamment dans ceux de la table et dans ceux de l'alcôve. Ils remplissent l'âme de leurs sensations enivrantes, et la harcèlent d'imaginations qui la captivent par le souvenir, par le désir, par la physiologie même. Au milieu de cela l'intelligence n'est plus libre. Elle ne parvient plus à se dégager du sensible : elle y est trop mélangée pour pouvoir y mettre ordre, à plus forte raison pour pouvoir s'en abstraire et être touchée d'autre chose. L'esprit est comme un agent qui ne domine plus la matière sur laquelle il devrait agir. D'ailleurs l'âme n'aspire même plus à s'élever : où est son trésor, là est son cœur; elle est tout appliquée où elle prend son plaisir; toute débilitée, inappliquée, ennuyée, quant aux autres choses.
Ce tableau tracé sans ménagement est d'une triste vérité. Les moments de la vie particulièrement périlleux pour le sens spirituel, ce sont les années de la puberté, les déchaînements du mariage, et plus généralement les heures charnelles de l'existence. On ne perd pas toujours la vertu de foi, mais on en perd le sens, la finesse et l'attrait.
— Ce n'est pas à dire que ces vices charnels empêchent absolument l'esprit. Il arrive même qu'ils l'excitent; et il y a des gens qui ne manquent pas d'esprit dans leur luxure ou dans leur vin, mais dans un certain sens. De tels vices n'enlèvent pas l'intelligence naturelle qu'on peut avoir. Ils n'ôtent pas non plus les habitudes que l'intelligence a pu acquérir : de grands passionnés resteront de forts mathématiciens, de bons historiens, des hommes d'affaires ou même d'Etat. Pourtant leur sensualité ne leur fait pas des bien, les gêne plutôt, en les empêchant de s'appliquer souvent comme il faudrait à leur spécialité. Enfin, s'il s'agit de s'élever au spirituel proprement dit, s'il s'agit de rechercher Dieu ou simplement l'esprit, alors ces charnels, on peut en être sûr, sont affreusement démunis, inaptes à saisir et impuissants à comprendre.
ROBERT. le Ven 21 Jan 2011, 7:39 pm
IIa-IIæ, qu. 16, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:
LES PRÉCEPTES RELATIFS À LA FOI, À LA SCIENCE ET À L'INTELLIGENCE.
En fin de compte il faut traiter des préceptes se rapportant aux réalités dont nous avons parlé.
A ce propos deux questions :
1. Les préceptes relatifs à la foi.
2. Les préceptes relatifs aux dons de science et d'intelligence.
Des préceptes de croire ont-ils dû être donnés dans l’Ancien Testament ?
DIFFICULTÉS : 1. Apparemment oui. Car il y a précepte pour ce qui est obligatoire et nécessaire. Mais ce qu'il y a de plus nécessaire à l'homme c'est de croire, selon cette parole : "Sans la foi il est impossible de plaire à Dieu". Il fallut surtout donner des préceptes relatifs à la foi.
2. De plus, le Nouveau Testament est contenu dans l'Ancien, avons-nous dit, comme une chose figurée dans sa figure. Mais il y a dans le Nouveau Testament des commandements touchant expressément la foi, comme on le voit en saint Jean : "Croyez en Dieu, croyez aussi en moi". Il semble donc que quelques préceptes relatifs à la foi aient dû être donnés aussi dans l'Ancienne Loi.
3. D'ailleurs, il y a la même raison de prescrire l'acte d'une vertu et de proscrire les vices opposés. Mais il y a dans l'Ancienne Loi beaucoup de préceptes prohibant l'infidélité, comme dans l'Exode : "Tu n'auras pas devant moi de dieux étrangers"; et, de nouveau, au Deutéronome il est commandé de ne pas écouter les paroles du prophète ou du devin qui voudrait les détourner de la foi en Dieu. Donc dans l'Ancienne Loi ont dû aussi être donnés des préceptes pour la foi.
4. D'autre part, la confession est, comme nous l'avons dit, un acte de la foi. Or des préceptes sont donnés dans l'Ancienne Loi touchant la confession et la promulgation de la foi. En effet, dans l'Exode, il est prescrit que les Israëlites à la demande de leurs enfants disent bien le sens de l'observance pascale. Et dans le Deutéronome, il est prescrit de mettre à mort celui qui sème un enseignement contraire à la foi. Donc la loi ancienne a dû avoir des préceptes pour la foi.
5. Enfin, tous les livres de l'Ancien Testament sont contenus sous la loi ancienne ; c'est pour cela que le Seigneur déclare écrite dans la loi cette parole "ils m'ont pris en haine gratuitement", qui est cependant écrite dans un psaume. Or il est dit dans l'Ecclésiastique : "Vous qui craignez le Seigneur, croyez en lui". Dans l'ancienne loi donc des préceptes durent être donnés relativement à la foi.
CEPENDANT : L'Apôtre appelle la Loi Ancienne "la loi des œuvres" et il l'oppose à la "loi de la foi". Il n'y eut donc pas à donner dans la loi ancienne de préceptes touchant la foi.
ROBERT. le Dim 23 Jan 2011, 9:14 pm
Des préceptes de croire ont-ils dû être donnés dans l’Ancien Testament ? (suite)
CONCLUSION : La loi n'est imposée par un maître qu'à ses sujets. C'est pourquoi les préceptes d'une loi, quelle qu'elle soit, présupposent la sujétion de celui qui la reçoit à l'endroit de celui qui la donne. Or la première sujétion de l'homme à l'égard de Dieu se fait par la foi, selon cette parole : "Pour s'approcher de Dieu il faut croire qu'il existe".
C'est pourquoi la foi est présupposée aux préceptes de la loi. A cause de cela, dans l'Exode, une vérité de la foi est mise en tête, avant les préceptes de la loi, lorsqu'il est dit : "Je suis le Seigneur ton Dieu, c'est moi qui t'ai tiré du pays d'Egypte". Et pareillement, dans le Deutéronome, il est mis avant tout : "Ecoute Israël, le Seigneur ton Dieu est l'unique Dieu" ; et, aussitôt après, il commence à être question de préceptes. [138] Mais il y a dans le contenu de la foi beaucoup de points qui sont ordonnés à cette foi par laquelle nous croyons que Dieu existe. Ceci est la chose première et principale entre toutes celles à croire, ainsi que nous l'avons marqué. C'est pourquoi, étant présupposé cette foi à Dieu, dès lors que par elle se trouve assurée la soumission de l'esprit de l'homme à Dieu, des préceptes peuvent être donnés relativement aux autres points qu'on doit croire.
En ce sens saint Augustin affirme, lorsqu'il expose le passage : "Ceci est mon commandement", que les commandements relatifs à la foi sont pour nous très nombreux. Seulement, dans l'ancienne loi, les secrets de la foi n'avaient pas à être exposés au peuple; et c'est pourquoi, étant supposé la foi au Dieu unique, nuls autres préceptes ne furent donnés dans l'ancienne loi relativement aux grandes choses à croire. [139]
[138] Qu. 16, art. 1, concl. init. — A propos des préceptes divins relatifs à la foi, l'auteur a trouvé le moyen de brosser un très beau tableau de tout l'ensemble. Cette brève question couronne tout le traité. En quelques traits, la foi est là dépeinte dans sa grandeur, et comme vertu et comme objet. Comme vertu, elle a un rôle primordial : elle est la soumission de l'homme à Dieu, soumission d'esprit, et à ce titre le principe même de la vie spirituelle. Comme objet, elle est la révélation de Dieu à l'homme : grâce à elle, Dieu nous rappelle qu'il existe; sans cela nous serions enclins à l'oublier, voire même à en douter ou à le nier; par sa révélation il se rend lui-même présent à nos esprits ; de son existence et de sa providence il fait une vérité première et principale, à la suite de quoi il nous livre d'intimes secrets sur lui-même. Telles sont les grandes choses évoquées aux premières lignes de cet article.
— Il en faut déduire cette première conclusion que la foi est au-dessus de la loi. Car, au fond, Dieu ne peut s'imposer que si d'abord il s'est révélé. Et il ne se constitue un peuple obéissant que si d'abord il s'est constitué un peuple croyant. Par conséquent nous devons nous souvenir qu'il y a dans la foi au moins un élément, premier mais principal, qui est antérieur à la loi. Cette pensée est belle. Certains feraient bien de la méditer, qui rêvent de renverser cet ordre et qui voudraient dicter des lois divines à des gens qui ne sont même plus informés de l'existence divine. Présentons les enseignements divins avant les commandements divins.
[139] Qu. 16, art. 1, concl. fin. — Après avoir dit comment la foi est avant la loi, saint Thomas dit comment la foi est sous la loi. La première révélation de Dieu à l'homme et la première soumission de l'homme à Dieu étant supposées, il est dans l'ordre que Dieu fasse des lois relatives à la foi. Ces lois auront pour but, tantôt d'augmenter la révélation et d'en assurer la propagation, tantôt d'accroître la soumission en demandant la profession ou en empêchant la corruption de la foi.
Saint Thomas, avec beaucoup de finesse et d'opportunité, expose et rappelle ces différentes utilités que doit avoir la loi lorsqu'elle est appliquée à la foi. Il montre, par quelques touches rapides, comment cela s'est trouvé vérifié dans l'ancienne loi.
— Pour ce qui regarde la révélation même, Dieu n'a pas ajouté grand’ chose, dit-il, à cette primordiale affirmation de sa Présence, de sa Providence, de son inviolable Unicité. Il n'a pas révélé de plus intimes secrets, tel celui de sa Trinité, si ce n'est peut-être à l'un ou l'autre de ses plus grands amis et serviteurs, par exception et comme par anticipation. Son peuple était monothéiste : c'était tout, c'était d'ailleurs déjà beaucoup. Dieu ne faisait pas à son peuple une loi d'avoir une foi qui fût objectivement plus développée que n'était ce monothéisme. Ni la foi à la Trinité, ni la foi à l'Incarnation (sol. 2), ni la foi aux destinées éternelles que Dieu promet à ceux qui lui obéissent (sol. 5) n'étaient bien explicites, ni ne devenaient une obligation pour le peuple. A cet égard, on s'en rend compte, le peuple ancien est resté fort en deçà de ce qui incombe au peuple chrétien en fait de révélation.
— Cependant, pour ce qui regarde la soumission de foi et son progrès chez les sujets fidèles, beaucoup de bons préceptes furent déjà donnés par Dieu à son ancien peuple. Et ces préceptes n'ont pas peu contribué à faire de ce peuple un peuple profondément croyant, dont toute l'histoire porte l'empreinte de la foi. A ce point de vue les chrétiens peuvent prendre modèle sur ces anciens. Dans cette loi concernant la foi, dit saint Thomas, il y avait beaucoup de préceptes prohibitifs dont le but était d'empêcher de multiples fautes de détails par lesquelles eût pu se corrompre la pureté de la foi (sol. 3). Mais il y avait aussi des préceptes positifs et prescriptifs dont le but était de provoquer les fidèles à confesser leur foi et à la propager : témoin cette obligation faite aux pères de famille d'enseigner à leurs fils les rites de l'Alliance; à des traits de ce genre, ces anciens en remontreraient même à des chrétiens (sol. 4). Dans le même ordre d'idées, l'article 2 est encore plus suggestif.
ROBERT. le Mer 26 Jan 2011, 9:06 pm
SOLUTIONS : 1. La foi est nécessaire comme le principe même de la vie spirituelle. Et c'est pourquoi elle est présupposée à la réception de la loi.
2. Là même, le Seigneur présuppose quelque chose en fait de foi. Il présuppose la foi au Dieu unique, lorsqu’il dit : "Vous croyez en Dieu". Et il prescrit quelque chose. Il prescrit la foi à l'Incarnation. Dans l'Incarnation un Dieu est homme. C'est assurément un développement de la foi; il fait partie de la foi du Nouveau Testament. C'est pourquoi le Seigneur ajoute : "Croyez aussi en moi".
3. Les préceptes prohibitifs visent les péchés qui corrompent la vertu. Or la vertu est corrompue, avons-nous dit, par des défauts de détail. Voilà pourquoi la foi au Dieu unique étant présupposée dans l'ancienne loi, il y eut lieu de donner des préceptes prohibitifs pour qu'il fût bien défendu aux gens de tomber dans ces défauts de détail qui pouvaient corrompre la foi.
4. La confession ou l'enseignement de la foi présupposent aussi la soumission de l'homme à Dieu par la foi. Et c'est pourquoi dans l'ancienne loi des préceptes purent être donnés bien plus pour la confession et l'enseignement de la foi que pour la foi elle-même.
5. Dans l'autorité citée là est également présupposée cette foi par laquelle nous croyons que Dieu existe. C'est pourquoi on met d'abord : "Vous qui craignez Dieu" ; ce qui ne pourrait pas être sans la foi. Mais ce qu'on ajoute : "Croyez en lui", doit être rapporté à certaines choses spéciales qu'il faut croire, et principalement aux choses que Dieu promet à ceux qui lui obéissent. D'où cette parole à la suite : "Et votre récompense ne sera pas vaine".
ROBERT. le Jeu 27 Jan 2011, 6:38 pm
Y a-t-il dans l'ancienne loi une bonne tradition des préceptes relatifs à la science et à l’intelligence ?
DIFFICULTES : 1. Non point, semble-t-il. Car la science et l'intelligence se rattachent à la connaissance. Or la connaissance précède et dirige l'action. Les préceptes qui sont relatifs à la science et à l'intelligence doivent donc précéder ceux qui sont relatifs à l'action. Comme les premiers préceptes de la loi sont ceux du décalogue, il semble donc qu'il eût dû y avoir parmi eux une tradition de préceptes relatifs à la science et à l'intelligence.
2. D'ailleurs, la discipline précède la doctrine : l'homme apprend chez les autres avant d'apprendre aux autres. Mais des préceptes d'enseigner sont donnés dans l'ancienne loi. Il y en a d'affirmation, comme cette prescription du Deutéronome : "Tu apprendras cela à tes enfants et aux enfants de tes enfants". Il y en a aussi de prohibitifs, comme on a au Deutéronome : "Vous n'ajouterez rien à la parole que je vous dis, vous n'en retrancherez rien". Il semble donc que des préceptes eussent dû aussi être donnés pour amener l'homme à s'instruire.
3. D'autre part, la science et l'intelligence semblent plus nécessaires au prêtre qu'au roi. De là cette parole de Malachie : "Les lèvres du prêtre gardent la science et c'est de sa bouche qu'on attend la loi" ; et celle-ci d'Osée : "Parce que tu as rejeté la science, je te rejetterai moi aussi et ne voudrai plus de ta fonction sacerdotale". Or il est demandé au roi d'apprendre la science de la loi, comme on le voit au Deutéronome. Beaucoup plus donc il eût dû dans la loi être prescrit aux prêtres d'apprendre la loi.
4. Enfin, la méditation de ce qui se rapporte à la science et à l'intelligence ne peut pas se faire en dormant. Elle est empêchée aussi par les occupations étrangères. C'est donc bien à tort qu'il est prescrit au Deutéronome : "Tu méditeras cela quand tu seras assis dans ta maison, quand tu iras en voyage, en t'endormant et en te levant". Cette tradition, dans l'ancienne loi, des préceptes relatifs à la science et à l'intelligence est donc bien mal présentée.
CEPENDANT il est écrit dans le Deutéronome : "Qu'en écoutant ces préceptes tous disent : Voici le peuple sage et intelligent".
gabrielle le Ven 28 Jan 2011, 8:32 am
On se fait rapidement des illusions sur nos intentions. C'est sans doute pour cela que Saint Augustin demandait deux choses, Mon Dieu que je me connaisse et que je vous connaisse.
ROBERT. le Ven 28 Jan 2011, 7:34 pm
Y a-t-il dans l'ancienne loi une bonne tradition des préceptes relatifs à la science et à l’intelligence ? (suite)
CONCLUSION : En ce qui concerne la science et l'intelligence trois choses peuvent être considérées : la façon de les recevoir, la façon d'en user, la façon de les conserver.
— L'action de recevoir la science ou l'intelligence se fait par l'enseignement et par la discipline. Ils sont l'un et l'autre prescrits dans la loi. Il est dit en effet dans le Deutéronome : "Ces paroles que je te prescris seront dans ton cœur". Ceci est de la discipline, car il appartient au disciple d'appliquer son cœur à ce qui est dit. Mais, ce qui est dit ensuite : "Et tu le raconteras à tes enfants", c'est de l'enseignement.
— Quant à l'usage de la science et de l'intelligence, c'est la méditation de ce que chacun possède par science ou par intelligence. Et, à cet égard, il est dit ensuite : "Tu méditeras assis dans ta maison, etc."
— Pour la conservation, c'est l'affaire de la mémoire. Et, à cet égard, il est écrit à la suite : "Tu les lieras comme un signe sur ta main, ils seront et se balanceront entre tes yeux, et tu les écriras sur le seuil et sur les entrées de ta maison". Par tout cela le texte signifie une continuelle mémoire des commandements de Dieu. Les choses, en effet, qui se retrouvent sans cesse sous nos sens, soit au toucher comme celles que nous avons à la main, soit sous la vue comme celles que nous avons continûment devant les yeux ou à des endroits où il nous faut souvent revenir, à l'entrée de la maison par exemple, de telles choses ne peuvent s'effacer de notre mémoire. Du reste, le Deutéronome le dit plus ouvertement : "N'oublie pas les paroles que tes yeux ont vues et ne les laisse pas sortir de ton cœur un seul jour de ta vie".
— Et ce sont là des commandements que nous lisons encore plus en abondance, tant dans l'enseignement évangélique que dans l'enseignement apostolique. [140]
[140] Qu. 16, art. 2, concl. — Jusque dans l'ancienne loi Dieu a mis une insistance remarquable pour la formation de la foi chez les fidèles. Il a voulu que son peuple fût appliqué à penser dans la foi. La doctrine était prescrite, observe saint Thomas, encore plus expressément que la discipline. Comme il est écrit dans un beau texte cité et commenté ici même (cependant), Dieu a voulu que son peuple devînt un peuple intelligent et sage à ce point que toutes les nations en dussent être frappées. De là ces multiples préceptes, épars dans la loi, qui sont comme un bouquet spirituel en faveur de la foi, et que saint Thomas recueille en cet article avec tant de bonheur et d'harmonie. Ces préceptes, dit-il, incombent aux grands encore plus qu'aux petits, notamment à tous ceux qui ont un rang dans la société et qui sont des autorités sociales, car il s'agit ici d'une foi mâle et non pas seulement pour les femmes et les filles (sol. 2).
Les prêtres sont visés plus que personne et doivent être plus que quiconque instruits dans la foi et nourris à son aliment, sans qu'il y ait même à le leur prescrire, TANT C'EST ÉVIDENT; (NOTE: Si c'était évident dans l'Ancienne Loi, combien plus évident ça doit l'être dans les Évangiles !! Plus ou presque plus de prêtres qui répondent: Présent !! ) mais les rois n'échappent pas non plus à cette obligation et la loi prend soin de la leur redire, tellement la qualité de leur gouvernement dépend de celle de leur foi dans une très large mesure (sol. 3). Partout dans la loi, saint Thomas voit de ces préceptes qui règlent la culture de la foi : il en dresse ici un inventaire et un commentaire dont nous ne saurons jamais assez nous pénétrer nous-mêmes en cette fin du traité. Tous ces préceptes sont l'expression heureuse de ce que doit être l'esprit de foi chez les vrais croyants. C'est par là que le juste vit de la foi sous l'inspiration de la vertu et sous celle plus haute des dons d'intelligence et de science. Aussi de tels préceptes sont-ils toujours en vigueur.
Voilà pourquoi, s'ils sont déjà nombreux et précieux dans l'Ancien Testament, ils sont encore plus abondants dans le Nouveau et nous les y lisons, conclut le texte, aussi bien dans l'enseignement évangélique que dans les enseignements apostoliques. Nous pourrions nous attendre à ce que saint Thomas, après avoir dessiné ce beau tableau de la loi ancienne, esquissât aussi celui de la loi nouvelle, en faveur de la foi. En réalité, c'est ce qu'il a fait tout au long du traité qui s'achève, car la foi qu'il a exposée c'est la foi chrétienne : elle est inhérente à la loi de grâce et tout le Nouveau Testament répand la lumière qui émane de cette foi dans le Seigneur Jésus.
Dernière édition par ROBERT. le Dim 30 Jan 2011, 6:59 pm, édité 1 fois (Raison : vert en gras)
ROBERT. le Dim 30 Jan 2011, 6:58 pm
SOLUTIONS : 1. Il est écrit au Deutéronome : "Ceci est votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples". Par quoi il est donné à entendre que la science et l'intelligence des fidèles de Dieu consistent dans les préceptes de la loi. C'est pourquoi il faut d'abord proposer ces préceptes, et ensuite amener les gens à en avoir la science ou l'intelligence. Et c'est pourquoi les préceptes rappelés ci-dessus n'ont pas dû être placés parmi les préceptes du décalogue : ceux-ci demeurent premiers.
2. Il y a aussi dans la loi des préceptes relatifs à la discipline : nous l'avons dit. Cependant l'enseignement est prescrit plus expressément que la discipline, parce qu'il est l'affaire des grands qui sont leurs maîtres, et que c'est à eux, comme étant ceux qui sont immédiatement sous la loi, que doivent être donnés les préceptes de la loi. Au contraire, la discipline est l'affaire des petits : les préceptes de la loi doivent leur parvenir par l'intermédiaire des grands.
3. La science de la loi est annexée à l'office du prêtre à tel point qu'on doit comprendre que l'injonction de cette science est liée à celle même de l'office. C'est pour cela qu'il n'y a pas eu à donner de préceptes spéciaux relativement à l'instruction des prêtres. Tandis que l'enseignement de la loi de Dieu n'est pas annexé à l'office du roi à un tel point, pour la raison que le roi est établi au-dessus du peuple dans les choses temporelles. Aussi est-il spécialement prescrit que le roi soit instruit par les prêtres de ce qui a trait à la loi de Dieu.
4. Le précepte de la loi auquel il est fait allusion là ne veut pas dire que l'on ait à méditer pendant que l'on dort, mais quand on va dormir, parce qu'il y a là pour les gens un moyen de s'assurer même en dormant de meilleures imaginations, étant donné que les impressions passent en eux de l'état de veille à l'état de sommeil, comme le Philosophe le rappelle aux Ethiques.
— Pareillement, il est commandé aussi à chacun de méditer dans tous ses actes de la loi : ce qui ne signifie pas qu'il doive toujours y penser d'une manière actuelle, mais qu'il doive modérer d'après elle tout ce qu'il fait.
FIN DU TRAITÉ DE LA FOI.
Prochain fil: L’ESPÉRANCE.

References: art. 6
 art. 1
 art. 1
 art. 2
 l'article 2
 l'article 1
 art. 3
 art. 1
 art. 1
 l'article 2
 art. 2