Source: http://www.juricaf.org/arret/CONSEILDELEUROPE-COUREUROPEENNEDESDROITSDELHOMME-19910416-1540489
Timestamp: 2016-12-11 08:37:13+00:00

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PURCELL AND OTHERS c. IRLANDE
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Type d'affaire : DécisionType de recours : Partiellement recevable ; Partiellement irrecevableNumérotation : Numéro d'arrêt : 15404/89Identifiant URN:LEX : urn:lex;coe;cour.europeenne.droits.homme;arret;1991-04-16;15404.89 Analyses : (Art. 6-1) ACCUSATION EN MATIERE PENALE, (Art. 6-1) PROCES EQUITABLE, (Art. 6-3) DROITS DE LA DEFENSEParties : Demandeurs : PURCELL AND OTHERSDéfendeurs : IRLANDETexte : APPLICATION/REQUÃTE N" 15404/89 Betty PURCELL and others v / I R E L A N D Betty PURCELL et autres c / I R L A N D E DECISION of 16 April 1991 on the admissibihty of the apphcation DÃCISION du 16 avril 1991 sur la recevabilitÃ© de la requÃªte
Article 10, paragraph l of tfie Convention The Order made under Section 31 Ð¾/ the Broadcasting Auihnrit\ 4it I960 (Ireland) although directed at the appliiani\ employer, the national broadcasting authority constitutes an mterlereme in ihe Ðµ\ÐµÐ³Ñ1ÑÐµ oj the appluanis right to receive and impart information and ideas Article 10, paragraph 2 of the Convention Section 31 of the Broadcasting Act I960 (Ireland) in conjunction with ihe Order implementing that satisfies the requirements of clarity and foreseeahilitv
Aulhontv provision
Inlerjerente in this case considered to be necessary in a democratic society in the interests of national security and for the prevention of crime The notion of necessity implies that the interference corresponds to a pressing social need and is proportionate to the aim pursued Margin of appreciation of the national authorities Examination of the balance to be struck between the protection of freedom of expression and protection against terrorism
Article 25 of the Convention The Convention does not provide foi an actio popularis An applicant must show thai the measures complained ofha\e been applied to his detriment and that he has been directly affected A trade unittn a non-g(\emmental organisation unable to claim to be a victim Itself cannoi bring an application against a measure nhich affects its members 262
In this case, the applicant unions cannot claim to to freedom of expression due to the application of the Broadcasting Authority Act I960 (Ireland). applicants, members of these unions and directly be victims.
be victims of a violation of the right an Order made under Section 31 of On the other hand, the individual affected by the Order, can claim to
Article 26 of the Convention : a) The exhaustion of domestic remedies rule requires the exhaustion of those remedies that are available and sufficient. To be effective, a remedy must be capable of remedying directly the situation complained of b) With regard to an alleged violation due to the application of an Order made under Section 31 of Ihe Broadcasting Authority Act I960 (Ireland), an application for judicial review cannoi he regarded as effective, in the light of Ihe case-law of Ihe Supreme Court. Article 10, paragraphe I, de la Convention : L'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31 de la Loi de I960 relative Ã l'organisme de radiodiffusion (Irlande), quoique destinÃ© Ã l'employeur des requÃ©rants, la sociÃ©tÃ© nationale de radiodiffusion, constitue une ingÃ©rence dans l'exercice du droit des requÃ©rants de recevoir et de communiquer des informations et des idÃ©es. Article 10, paragraphe 2, de la Convention : L'article 3! de la Loi de I960 relative Ã l'organisme de radiodiffusion (Irlande), combinÃ© avec l'arrÃªtÃ© pris en exÃ©cution de celle disposition, rÃ©pcmd aux exigences de clartÃ© et de prÃ©visihililÃ©. IngÃ©rence considÃ©rÃ©e en l'espÃ¨ce comme nÃ©cessaire dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratique, Ã la sÃ©curitÃ© nationale, Ã la dÃ©fense de Tordre et Ã la prÃ©vention du crime. La notion de nÃ©cessitÃ© implique une ingÃ©rence fondÃ©e sur un besoin social impÃ©rieux et proporticmnÃ©e au but visÃ©. Marge d'apprÃ©ciation des autoritÃ©s nationales. Examen de l'Ã©quilibre Ã mÃ©nager entre la dÃ©fense de la libertÃ© d'expression et la protection contre le terrorisme. Article 25 de la Convention : La Convention ne prÃ©voit pas d'actio popularis. Le requÃ©rant doit montrer que les mesures dont il se plaint ont Ã©tÃ© appliquÃ©es Ã son dÃ©triment et qu 'il en a subi directement les effets. Un syndicat, organisation non gouvernementale, n'a pas qualitÃ©, faute de pouvoir se prÃ©tendre lui-mÃªme Â«victimeÂ», pour introduire une requÃªte dirigÃ©e contre une mesure qui frappe ses membres.
En l'espÃ¨ce, les sxndicais requÃ©rants ne peuvent se prÃ©tendre victimes d'une violation du droit a la libertÃ© d'expression par l'application d'un arrÃªtÃ© pris en vertu de l'article 31 de la LOI de I960 relative Ã l'organisme de radiodiffusion (Irlande) En revanche. les personnes physiques requÃ©rantes, membres de ces syndicats et directement affectÃ©es par cet arrÃªtÃ© peuvent se prÃ©tendre victimes .Article 26 de la Convention a) La rÃ¨gle de l'Ã©puisement des votes de recours internes exige l Ã©puisement des seuls recours accessibles et adÃ©quats Pour Ãªtre efficace, un recours doit Ãªtre capable de porter directement remÃ¨de Ã la situation critiquÃ©e b) S'agissanl d'une violation allÃ©guÃ©e par l'application d'un arrÃªtÃ© pris en vertu de l'article 31 de la Loi de I960 relative Ã l'organisme de radiodiffusion (Irlande) inefficacitÃ© d'une demande de contrÃ´le judiciaire, vu la jurisprudence de la Cour suprÃªme
(franÃ§ais
voir p 2S0)
The apphcation is brought by : - Ms Bett Purcell and sixteen other Irish citizens, they are journahsis or producers ol radio or television programmes, employed bv Radio Telefis Eireann (RTE) . - the National Union of Journalists ; - the Services Industnal Professional Technical Union The individual applicants are members of one or other of the two aforementioned trade unions The applicants are represented in the proceedings before the Commission by Anne Neary & Co , solicitors in Dublin. The facts of the case, as submitted by the parties, may be summarised as follows. The application concerns alleged restrictions on the applicants' freedom of expression, resulting from a Ministerial Order made under Section 31 of the 264
a special risk of coded messages being conveyed, a risk which even conscientious journalists cannot control within the exercise of their professional judgment. Given the Hmited scope of the restrictions imposed on the applicants and the overriding interests they were designed to protect, the Commission finds that they can reasonably be considered "necessary in a democratic society" within the meaning of Article 10 para. 2 of the Convention It follows that the complaints made by the individual applicants under Article 10 are manifestly ill-founded and must be rejected in accordance with Article 27 para. 2 of the Convention
(TRADUCTION) EN FAIT La requÃªte a Ã©tÃ© introduite par - Mme Betty Purcell et seize autres ressortissants irlandais, tous journalistes ou rÃ©alisateurs d'Ã©missions de radio ou de tÃ©lÃ©vision, employÃ©s par la sociÃ©tÃ© nationale de radiodiffusion. Radio Telefis Eireann (RTE) , - l'union nationale des journalistes (National Union of Journalists) , - la Services Industrial Professional Technical Union. Les personnes physiques requÃ©rantes sont membres de l'une ou l'autre de ces deux organisations syndicales Les requÃ©rants sont reprÃ©sentes devant la Commission par le cabinet de solicitors Anne Neary & Co., de Dublin. Les faits de la cause, tels qu'ils ont Ã©tÃ© exposÃ©s par les parties, peuvent se rÃ©sumer comme suit. 280
La requÃªte concerne les allegations des requÃ©rants au sujet de restnctions qui auraient limitÃ© leur libertÃ© d'expression et rÃ©sulteraient d'un arrÃªtÃ© ministÃ©riel pris en application de l'article 31 de la Loi de 1960 relative a l'organisme de radiodiffusion (Broadcasting Authority Act), tel que modifiÃ© par l'article 16 de la Loi de 1976 portant rÃ©forme de ladite loi. Les dispositions pertinentes de l'article 31 de la Loi de 1960, dans sa version modifiÃ©e, sont les suivantes Â«(l) Lorsqu'un ministre est d'avis que la diffusion d'une emission portant sur un sujet particulier ou sur un theme relevant d'un domaine particulier serait susceptible de provoquer ou d'inciter au crime, ou qu'elle tendrait Ã affaiblir l'autoritÃ© de l'Etat, il peut ordonner Ã l'organisme considÃ©rÃ©, par voie d'arrÃªtÃ©, de ne pas diffuser cette Ã©mission. L'organisme est alors tenu de se conformer aux dispositions de ce texte. (lA) Tout arrÃªtÃ© pri'; en application du paragraphe (1) du prÃ©sent article reste en vigueur pendant la durÃ©e fixÃ©e par l'arrÃªte, celle-ci ne devant pas dÃ©passer douze mois , celte durÃ©e peut donner heu a une ou plusieurs prorogations par arrÃªte du ministre concernÃ© ou par une rÃ©solution votÃ©e par les deux chambres de l'Oireachtas, le Parlement irlandais, sous reserve que les durÃ©es ainsi prorogÃ©es ne soient pas supÃ©rieures a douze mois.Â» L'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31, qui Ã©tait en vigueur Ã la date d'introduction de la requÃªte, porte la rÃ©fÃ©rence S.l No 3/1989. Ce texte prÃ©cisait que l'arrÃªtÃ© antÃ©rieur S 1. No 13/1987 restait applicable jusqu'au 19 janvier 1990. Aux termes de l'arrÃªtÃ© S I No 3/1989, il est interdit Ã la RTE de diffuser les emissions suivantes Â«I. Toute interview, ou tout compte rendu d'interview, avec un vou plusieurs porte-parole d'une ou plusieurs des organisations vsuivantes . a. l'organisation dÃ©nommÃ©e ArmÃ©e rÃ©publicaine irlandaise (Irish Republican Army), Ã©galement connue sous le sigle IRA ou sous le nom Oglaigh ne hEireann) ; b l'organisation dÃ©nommÃ©e Sinn Fein ; Ñ l'organisation dÃ©nommÃ©e Republican Sinn Fein ; 281
d. l'organisation dÃ©nommÃ©e Ulster Defence Association ; e. l'organisation dÃ©nommÃ©e ArmÃ©e nationale irlandaise de libÃ©ration (Irish National Liberation Army), Ã©galement connue sous le sigle INLA ; f. toute organisation qui, en Irlande du Nord, est interdite aux fins de l'article 21 de la Loi britannique sur l'Ã©tat d'urgence en Irlande du Nord (Northern Ireland (Emergency Provisions) Act) de 1978. 2. Toute Ã©mission, prÃ©sentÃ©e ou non. comme Ã©tant rÃ©servÃ©e Ã un parti politique, qui est rÃ©alisÃ©e par ou pour le compte de l'organisation dÃ©nommÃ©e Sinn Fein ou de l'organisation Republican Sinn Fein, qui encourage ou invite Ã soutenir, ou encore propose de soutenir l'une de ces deux organisations. 3. Toute Ã©mission d'une ou plusieurs personnes reprÃ©sentant, ou prÃ©tendant reprÃ©senter l'organisation dÃ©nommÃ©e Sinn Fein ou l'organisation Republican Sinn Fein.Â» Pour se conformer aux dispositions de l'arrÃªtÃ© ci-dessus, la RTE a rÃ©digÃ© une circulaire en 197S, puis une nouvelle en 19}9. Les requÃ©rants ont rÃ©sumÃ© comme suit l'effet de celte circulaire : - il est interdit aux employÃ©s de la RTE de diffuser des interviews et d'enregistrer les dÃ©clarations de toute personne dont ils savent qu'elle est membre de l'une des organisations Ã©numÃ©rÃ©es dans l'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 3 I ; - il est demandÃ© au personnel de la RTE de vÃ©rifier, s'il y a lieu, si une personne est membre d'une organisation interdite au sens de l'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31 ; - le personnel de la RTE doit obtenir l'autorisation du chef de service compÃ©tent avant de diffuser un reportage d'actualitÃ© ou des Ã©missions portant sur les affaires publiques relatives Ã l'Irlande du Nord ; - l'interdiction de diffuser toute interview, dÃ©claration, tout commentaire ou toute autre communication d'un membre de l'une des organisations Ã©numÃ©rÃ©es dans l'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31 s'Ã©tend Ã tous les sujets, qu'il s'agisse d'Ã©missions sur la nature, l'Ã©ducation, la drogue, ou sur d'autres questions ; 282
- pour les reportages consacres, dans le cadre des emissions d'actualitÃ©, a des reunions ou des conferences de presse auxquelles participent des reprÃ©sentants des organisations enumerees dans l'arrÃªte pris en apphcation de l'article 31, il ne faut utiliser que la bande image seule sans la bande son ou bien des photos a titre d'illustration, l'employÃ© de la RTE concerne devant lire a haute voix les declarations ou tout extrait des declarations formulÃ©es a cette occasion , - la circulaire impose que, dans toutes les questions relatives au traitement de l'actualitÃ© concernant les organisations enumerees dans l'arrÃªte, le rÃ©dacteur en chef consulte, s'il y a heu, le Directeur general , - le non-respect de cette circulaire pourrait Ãªtre sanctionne par le licenciement de l'employÃ© concerne L article 4 de la circulaire precise que, pour les bulletins d'information, l'arrÃªte n'interdit pas la couverture des faits et permet de rapporter les declarations formulÃ©es par les organisations enumerees dans cet arrÃªte sur des Â«Ã©vÃ©nements importants, notamment en vue de revendiquer ou de nier leur responsabilitÃ© dans des actes de violence ou dans toute autre activitÃ© illÃ©galeÂ» Il est possible d illustrer ces reportages en retirant la bande son ou en insÃ©rant des photographies, mais Â«il est interdit de diffuser la bande son ou d'utiliser la technique du son sur bande pour rapporter les propos d'un ou de plusieurs porte-parole de l'une des organisations visÃ©es, ainsi que toute interview ou tout compte rendu d'interviews avec ces derniers' L'organisation Sinn Fein visÃ©e par l'arrÃªte incrimine n est pas une organi salion illÃ©gale au sens de la Loi de 1939 relative aux atteintes a la surete de l'Etat (Offences Against the State Act) qui, en son article 19, habilite le Gouvernement a declarer illÃ©gales certaines organisations L'article 21 de cette mÃªme loi dispose que l'appartenance a une organisation illÃ©gale constitue une infraction Si l'IRA a ete dÃ©clarÃ©e illÃ©gale par la Loi de 1939, il n'en est pas de mÃªme pour Smn Fein, qui est un parti politique inscrit au sens de I article 13 de la Loi Ã©lectorale (Electoral Act) de 1963 prÃ©voyant la creation d un registre des partis politiques La constitutionnalite de l'article 31 de la Loi de i960 au regard de la libertÃ© d'expression garantie par la Constitution (article 40 par 6 al 1) a ete examinee par la Cour suprÃªme dans l'affaire The State (Lynch) v Cooney IR 1982, 337 Dans cette affaire Ã©tait contestÃ©e la constitutionnalite du passage d'un arrÃªte pris en application de 1 article 31 par le ministre de la Justice, le 9 fÃ©vrier 1982, qui interdisait les emissions rÃ©servÃ©es aux partis politiques rÃ©alisÃ©es par Sinn Fein, ainsi que par toute personne reprÃ©sentant ou prÃ©tendant reprÃ©senter celte organi283
sation (voir supra, les dispositions similaires des paragraphes 2 et 3 de l'arrÃªte pns en application de l'article 31) Le passage pertinent de l'article 40 par 6, al 1 de la Constitution de la RÃ©publique d'Iriande est ainsi libelle Â«6 P L Etat garantit la libertÃ© d'exercer les droits suivants, sous reserve du respect de l'ordre public et des bonnes moeurs (i) droit pour les citoyens d'expnmer librement leurs convictions et opinions
Toutefois, l'Ã©ducation de l'opinion publique Ã©tant un problÃ¨me d'une trÃ¨s grande importance pour l'intÃ©rÃªt general, l'Etat veillera a ce que les organes de l'opinion publique, tels que ta radiophonie, la presse, le cinema, tout en garantissant leur libertÃ© d'expression legitime, y compris leur droit de cntiquer la politique du Gouvernement, ne servent pas a porter atteinte a l'ordre public ni aux bonnes moeurs, ou a affaiblir l'autoritÃ© de l'Etat Â» Le Chief Justice O'Higgins, en prononÃ§ant l'arrÃªt de la Cour suprÃªme le 28 juillet 1982, a reconnu le caractÃ¨re constitutionnel de l'article 31 de la Loi de 1960 (dans sa version modifiÃ©e) dans les termes suivants (p 361) Â«Cette loi porte notamment sur le contrÃ´le de la libertÃ© d expression et de la libertÃ© de parole dans les limites des pouvoirs qui sont accordes par l'article 40 par 6, al I de la Constitution Cette disposition autonse l'Etat, dans certains cas, a exercer un contrÃ´le sur ces droits et libertÃ©s D'aprÃ¨s la Constitution toute tentative de contrÃ´le de ces droits et libertÃ©s ne doit Ãªtre fondÃ©e que sur le motif de la defense de l'ordre public et des bonnes moeurs L'article pertinent de la Constitution fait reference aux organes de l'opinion publique en prÃ©cisant qu'ils comprennent la television et la radiophonie II impose a l'Etat 1 obligation de veiller a ce que ces organes ne portent pas atteinte a l'ordre public ni aux bonnes moeurs, ou n'affaiblissent pas l'autoritÃ© de l'Etat II s ensuit que leur utilisation en vue de soutenir ou d encourager a soutenir des organisations qui cherchent, par la violence, a renverser le regime et ses institutions est interdite par la Constitution L'Etat est donc tenu d'intervenir afin d'empÃªcher toute emission radiophonique ou tÃ©lÃ©visuelle qui chercherait a atteindre un tel rÃ©sultat ou qui, de quelque autre maniÃ¨re, serait susceptible d'avoir pour effet de provoquer ou d'inciter au crime, ou de mettre en peril l'autoritÃ© de l'Etat II s'agit la, nÃ©anmoins, de raisons objectives . les droits fondamentaux des citovens d'exprimer
librement leurs convictions et leurs opinions ne sauraient dont Ãªtre limites ni exclus pour des motifs irrationnels ou fantaisistes On peut prÃ©sumer que, lorsque l'Oireachtas a confÃ¨re ces pouvoirs au ministre, son intention Ã©tait que ces derniers fussent exerces exclusivement dans le respect de la Constitution La Cour estime que l'article 31 par 1 de la Loi de I960, dans sa version modifiÃ©e, ne donne pas au ministre les pouvoirs Ã©tendus et absolus qui sont allÃ¨gues par la partie ayant engage les poursuites La Cour est convaincue que le paragraphe pertinent de cet article n'empÃªche pas un contrÃ´le judiciaire et que toute position adoptee par le ministre en application de cette disposition doit Ãªtre de bonne foi, justifiÃ©e par les faits et non abusive Par ces motifs, la Cour conclut que I'lntonstitutionnahte de l'article 31 par ! n'a pas ete dÃ©montrÃ©e Â» La Cour suprÃªme a contrÃ´le les preuves produites par le ministre de la Justice qui n Ã©taient pas contestÃ©es et qui indiquaient que Sinn Fein Â«depend[ait] et fai[sailt partie intÃ©grante de l'appareil de ITRA provisoire, organisation terroriste illÃ©gale qui, ainsi que le dÃ©montrent ses objectifs reconnus et la liste de ses actes de violence, vise notamment a dÃ©truire les institutions de l'Etat par la violence et par des moyens illÃ©gaux Â» (estrait de 1 opinion du juge Henchy, p 381) La cour a estime que ces elements de preuve suffisaient a eux seuls a justifier l'avis du ministre selon lequel toute emission rÃ©alisÃ©e au nom de Sinn Fein ou incit-m a soutenir cette organisation, ou toute emission faite par une personne prÃ©tendant reprÃ©senter Sinn Fein Ã©tait susceptible de provoquer ou d inciter au crime ou tendait a aUaiblir l'autoritÃ© de 1 Etat Elle a donc conclu qu en prenant cet arrÃªte, le ministre n'avait pas excÃ¨de les pouvoirs que lui reconnaÃ®t l'article 31 par 1 de la Loi de I960 (dans sa version modifiÃ©e) Les personnes physiques requÃ©rantes ont produit des declarations ecntes sous serment dans lesquelles elles dÃ©crivent avec minutie l'effet que l'arrÃªte pris en application de 1 article 31 a eu sur leur capacitÃ©, en tant que lournalistes, de recevoir et de communiquer des informations Ils affirment, en substance, que l'arrÃªte et la circulaire ont eu pour rÃ©sultat d altÃ©rer profondement la maniÃ¨re de couvrir toutes les questions d'actualitÃ© et les Ã©vÃ©nements sociaux relatifs a I Irlande du Nord ils ont Ã©galement dissuade les journalistes et/ou les rÃ©alisateurs de programmer des emissions portant sur les problÃ¨mes de l'Irlande du Nord et les ont mis dans l'incapacitÃ© de se conformer, dans les emissions qu'ils rÃ©alisent, aux impÃ©ratifs de juste Ã©quilibre et d'impartialitÃ© Les requÃ©rants estiment que l'article 18 de la Loi de 1960 (dans sa version modifiÃ©e) apporte une 285
garantie suffisante contre toute utilisation des moyens de radiodiffusion qui viserait a affaiblir l'autoritÃ© de l'Etat Cette disposition impose Ã la RTE, entre autres, une obligation d'impartialitÃ©, tout en lui interdisant de diffuser tout sujet Â«qui pourrait raisonnablement Ãªtre considÃ©rÃ© comme Ã©tant susceptible de provoquer ou d'inciter au crime, ou qui tendrait Ã affaiblir l'autoritÃ© de l'EtatÂ» Dans leurs declarations sous serment, les requÃ©rants soutiennent que ces mesures ont portÃ© un rude coup a la competence des journalistes de la RTE et aux principes qu'ils dÃ©fendent Pour illustrer leurs affirmations sur les effets que l'arrÃªtÃ© a exercÃ©s sur le rÃ´le des journalistes de tÃ©lÃ©vision, ils prÃ©cisent notamment que - Ces restrictions empÃªchent le personnel de la RTE de donner un compte rendu Ã©quilibrÃ© de nombreux Ã©vÃ©nements dÃ¨s le moment ou ils se produisent. Lors des campagnes Ã©lectorales, le personnel de la RTE n'est pas autorise a interroger les candidats des organisations figurant sur la liste de l'arrÃªte incnminÃ© ni Ã diffuser les declarations ou les commentaires qu'ils pourraient formuler 11 lui est Ã©galement interdit d'interviewer des membres de ces organisations qui exercent des fonctions publiques, tels que les Ã©lus locaux de Sinn Fein - Les restrictions frappant les reportages consacrÃ©s aux candidats de Sinn Fein, et ce, bien que cette organisation soit un parti politique legal en Irlande, signifient pour les journalistes l'impossibilitÃ© de couvrir les confÃ©rences de presse en direct, leur rÃ´le se limitant Ã lire les declarations rapportÃ©es ulteneurement dans la presse. Ils ne sont donc plus en mesure de cntiquer les candidats sur leur programme Ã©lectoral ni de faire un reportage sur un dÃ©bat politique dans le cadre duquel les journalistes interrogent une organisation ou ses candidats sur leur programme ou leurs objectifs. Les restrictions ont pour effet de dissuader le personnel de la RTE de couvrir les sujets qui pourraient impliquer la participation d'un membre de Smn Fein, qu'il s'agisse d'un Ã©lu local, d'un militant local appartenant Ã une organisation bÃ©nÃ©vole ou de tout autre membre de cette organisation.
- L'interdiction d'interviewer un membre de Smn Fein ou d'une autre organisation dont le nom figure dans l'arrÃªte incnminÃ© revÃªt un caractÃ¨re gÃ©nÃ©ral, car elle s'applique quel que soit le theme traitÃ©. Pour ne citer qu'un exemple parmi bien d'autres, les requÃ©rants font reference au reportage de la RTE consacrÃ© au renvoi d'une enseignante par une Ã©cole religieuse parce qu'elle attendait un enfant conÃ§u hors manage. L'enseignante avait intente une action en justice devant la High Court, sur le grief d'un licenciement 286
abusif La RTE n'avait pas pu l'interviewer en raison de son appartenance Ã l'organisation Sinn Fein D'aprÃ¨s les requÃ©rants, le simple fait de diffuser l'enregistrement de la oix d'une femme disant qu'elle n'avait Â«aucune dÃ©claration Ã faireÂ» se traduisait par un blÃ¢me pour le reporter concernÃ©. - Ces limitations touchent en particulier le personnel de la RTE travaillant pour Radio na Gaeltachta qui dessert la partie irlandophone du territoire et prÃ©sente les informations et tout un Ã©ventail d'Ã©missions en gaÃ©lique L'un des requÃ©rants apporte des precisions sur l'impossibilitÃ© dans laquelle il s'est trouve d'interviewer un president nomme rÃ©cemment Ã la tÃ¨te du Conseil de comtÃ© de Galway qui parle couramment le gaÃ©lique, parce qu'il est aussi membre de Sinn Fein ; il souligne Ã©galement la difficultÃ© que prÃ©sente le montage d'Ã©missions sur des thÃ¨mes tels que l'Ã©tat des routes dans le Connemara. Il ajoute qu'il n'a pas pu interroger, dans ses Ã©missions, un solicitor local, qui a pourtant une trÃ¨s bonne connaissance des rÃ©gions de langue gaÃ©lique, en raison de son appartenance Ã Sinn Fein
- MÃªme les Ã©missions dans lesquelles sont formulÃ©es des critiques Ã rencontre de Sinn Fein sont soumises aux restrictions imposÃ©es par l'arrÃªte pns en application de l'article 31. Ainsi, dans une emission de tÃ©lÃ©vision ou le caractÃ¨re moral du vote en faveur de Sinn Fein Ã©tait en question, il n'a pas Ã©tÃ© possible d'interroger des membres de cette organisation, dans le cadre d'une rÃ©union-debat, pour leur permettre d'exposer leur point de vue - L'application de l'arrÃªtÃ© n'a jamais Ã©tÃ© suspendue pour permettre aux journalistes de la R7E de faire des reportages sur les Ã©lections, tant en Republique d'Irlande qu'en Irlande du Nord. Il a ete appliquÃ© dans son intÃ©gralitÃ© lors des Ã©lections de 1989, lorsque les Ã©lecteurs de la RÃ©publique d'Irlande ont votÃ© simultanÃ©ment pour leurs dÃ©putÃ©s et pour les dÃ©putÃ©s au Parlement europÃ©en, tandis que les Ã©lecteurs d'Irlande du Nord Ã©lisaient les dÃ©putÃ©s europÃ©ens Des restrictions similaires, que le ministre britannique de l'IntÃ©rieur avait imposÃ©es Ã la BBC et Ã IBA le 19 octobre 1988, ont ete suspendues pendant toute la durÃ©e de ta campagne Ã©lectorale en Irlande du Nord. - Les requÃ©rants soulignent les consequences aberrantes que ces restrictions ont pu avoir , ainsi, i) leur a ete mterdil d'interviewer le dÃ©putÃ© Gerry Adams qui enait d'Ãªtre Ã©lu au Parlement, l'obligation leur Ã©tant imposÃ©e d'interroger le candidat Ã©liminÃ© aux elections, alors que les chaÃ®nes et les radios britanniques et des autres pays diffusaient des interviews en direct avec M Adams, ce qui a diminue encore davantage la crÃ©dibilitÃ© de la RTE. 287
GRIEFS (Extrait) Article to de la Convenlicm Les requÃ©rants se plaignent, sur le terrain de l'article 10 de la Convention, de ce que l'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31 constitue une ingÃ©rence injustifiÃ©e dans leur libertÃ© d'expression et une grave atteinte Ã leur droit, dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratique, de communiquer des informations au public et de recevoir des informations sans qu'il puisse y avoir d'ingÃ©rence non indispensable d'une autoritÃ© publique. D'aprÃ¨s eux, les termes de l'arrÃªtÃ© ne sont pas suffisamment precis pour que l'expression Â«prÃ©vues par la loiÂ», au sens de l'article 10 par. 2 de la Convention, leur soit applicable. Les efforts qui ont Ã©tÃ© tentÃ©s par la RTE, par les journalistes de cet organisme et par les deuii syndicats prÃ©citÃ©s en vue d'obtenir, de la part du ministÃ¨re, des instructions claires sur le champ d'application de l'arrÃªtÃ© ont Ã©tÃ© inutiles. En fait, les requÃ©rants ont Ã©tÃ© contraints de respecter la circulaire adoptÃ©e par la RTE pour se conformer prÃ©tendument aux dispositions de l'arrÃªte considÃ©rÃ©. Les requÃ©rants admettent que les objectifs poursuivis par l'article 31 s'inscrivent, en principe, parmi les buts lÃ©gitimes que constitue Â«la sÃ©curitÃ© nationale . la dÃ©fense de l'ordre (ou] la prÃ©vention du crimeÂ»Â» aux termes de l'article 10 par. 2. Mais les effets rÃ©els de l'article 31 ont dÃ©passe de fort loin ces buts, pour prendre la forme d'une interdiction gÃ©nÃ©rale frappant la rÃ©alisation de reportages appropriÃ©s sur les questions politiques et sociales et sur les problÃ¨mes d'actualitÃ© en Irlande du Nord. Ils ajoutent que l'article 18 par. I de la Loi de 1960 relative Ã l'organisme de radiodiffusion (Broadcasting Authority Act), dans sa version modifiÃ©e, dÃ©limite de maniÃ¨re suffisante ces buts lÃ©gitimes puisqu'il interdit Ã la RTE, dans l'accomplissement de son devoir d'impartialitÃ©, d'insÃ©rer dans ses Ã©missions tout ce Â«qui pourrait raisonnablement Ãªtre considÃ©rÃ© comme Ã©tant susceptible de provoquer ou d'inciter au crime, ou qui tendrait Ã affaiblir l'autoritÃ© de l'EtatÂ». Les requÃ©rants affirment Ã©galement que ces restrictions ne rÃ©pondent Ã aucun besoin social impÃ©rieux et sont disproportionnÃ©es aux buts poursuivis. Ils soutiennent notamment que â¢ - l'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31 fait rÃ©fÃ©rence Ã l'appartenance Ã©ventuelle de la personne interrogÃ©e Ã l'une des organisations dont il donne ta liste, plus qu'au contenu de l'interview ou des propos tenus : 288
- l'arrÃªtÃ© a dissuadÃ© les journalistes de la RTE de rÃ©aliser du journalisme d'enquÃªte et des Ã©missions couvrant un large Ã©ventail de sujets d'ordre social ou de problÃ¨mes d'actualitÃ© sur l'Irlande du Nord ; - l'Etat n'a rien fait pour essayer de justifier l'Ã©cart qui existe entre la rÃ©glementation applicable Ã la presse parlÃ©e et celle qui rÃ©git la presse Ã©crite ; - l'administration n'a jamais expliquÃ© les raisons pour lesquelles elle rejette la position de la RTE suivant laquelle l'arrÃªtÃ© a un champ d'application trop large ; - les ministres qui se sont succÃ©dÃ© ont refusÃ© d'expliquer devant le Parlement ou devant toute autre tribune les raisons profondes qui motivent l'adoption de cet arrÃªtÃ© et sa prorogation annuelle.
EN DROIT (Extrait) Sur la qualitÃ© de victimes des requÃ©rants La Commission a d'abord examinÃ© si les requÃ©rants pouvaient se prÃ©tendre Â«victime[s]Â» au sens de l'article 25 par. 1 de la Convention, qui prÃ©voit que la Commission Â«peut Ãªtre saisie d'une requÃªte ... par toute personne physique, toute organisation non gouvernementale ou tout groupe de particuliers, qui se prÃ©tend victime d'une violation par l'une des Hautes Parties Contractantes des droits reconnus dans la prÃ©sente Convention...Â» Le Gouvernement soutient que les syndicats requÃ©rants ne peuvent prÃ©tendre Ã la qualitÃ© de victimes des violations allÃ©guÃ©es, dans la mesure oÃ¹ ils ne sont pas destinataires de l'arrÃªtÃ© pris en vertu de l'article 31 et oÃ¹ cet arrÃªtÃ© n'a pas Ã©tÃ© appliquÃ© Ã leur dÃ©triment. D'aprÃ¨s lui, les griefs soulevÃ©s par ces syndicats sont une actio popularis visant Ã soutenir la campagne syndicale rÃ©clamant l'abrogation de l'article 31 de la Loi de 1960. Les requÃ©rants font valoir que, lorsque tous les membres d'un syndicat sont concernÃ©s par une mesure qui, selon eux, porte atteinte aux droits garantis par la Convention, ce syndicat, en tant qu'association reprÃ©sentant l'ensemble de ses membres, est directement concernÃ© par cette mesure et devient de ce fait une victime au sens de l'article 25, notamment lorsqu'il n'a cessÃ© de revendiquer ces droits au nom de ses membres. A l'audience, les requÃ©rants ont aussi opposÃ© l'argument suivant lequel les journalistes n'Ã©taient pas les seuls a Ãªtre concernÃ©s par l'arrÃªte incriminÃ©, la profession 289
dans sa totalitÃ© Ã©tant Ã©galement touchÃ©e par ces mesures ' les syndicats requÃ©rants, en leur qualitÃ© d'associations professionnelles, reprÃ©sentent tous les journalistes lorsqu'ils dÃ©fendent la libertÃ© d'expression et qu'ils s'opposent a la censure ou la contestent La Commission ne saurait retenir un tel argument Pour satisfaire aux conditions posÃ©es par l'article 25, tout requÃ©rant doit Ãªtre en mesure de prouver qu'il est concerne directement par la violation de la Convention qu'il allÃ¨gue En l'espÃ¨ce, la mesure mcnminÃ©e ne concerne pas les droits des syndicats requÃ©rants en tant que tels, puisque l'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31 ne fait aucune rÃ©fÃ©rence a l'exercice de leurs droits. Le seul fait que les syndicats se considÃ¨rent comme les gardiens de l'intÃ©rÃªt collectif de leurs membres ne suffit pas Ã leur donner la qualitÃ© de victimes au sens de l'article 25 (No 9900/82. dÃ©c. 4.5.83, D.R. 32 p. 261 ; No 9939/82, dÃ©c. 4.7.83, D.R. 34 p. 213 ; No 10733/84, dÃ©c. 11.3.85, D.R. 41 p. 211).
Il s'ensuit que la requÃªte, pour autant qu'elle ait Ã©tÃ© introduite par ces deux syndicats, est incompatible ratione matenae avec les dispositions de la Convention et doit donc Ãªtre rejetÃ©e conformÃ©ment Ã l'article 27 par 2 de la Convention Le Gouvernement affirme Ã©galement que les autres requÃ©rants ne peuvent prÃ©tendre Ã la qualitÃ© de victimes puisque l'arrÃªte incrimine est destinÃ© Ã la seule RTE. D'aprÃ¨s lui, les requÃ©rants sont libres, a titre individuel, de recevoir et de communiquer des informations. S'ils sont concernes par cet arrÃªtÃ©, ainsi qu'ils l'allÃ¨guenl, cela tient seulement Ã leur position d'employÃ©s de la RTE et au respect des termes de ce texte auquel elle est tenue. En tant qu'employÃ©s de la RTE, ils sont lies par les rÃ¨gles propres Ã cette organisation. La Commission ne saurait souscrire Ã cette thÃ¨se. Tous les individus requÃ©rants sont journalistes ou rÃ©alisateurs de radio et de tÃ©lÃ©vision Ã plein temps. En tant qu'employÃ©s de la RTE, ils sont dans l'obligation d'obÃ©ir aux dispositions de l'arrÃªte pris en application de l'article 31, conformÃ©ment Ã la circulaire adoptÃ©e par leur employeur. Leur exercice de la libertÃ© de recevoir et de communiquer des informations est directement concernÃ© par cet arrÃªtÃ© et le non-respect de ce texte les expose Ã des sanctions disciplinaires
Les 17 personnes physiques requÃ©rantes peuvent donc, a juste titre, se prÃ©tendre victimes des violations allÃ©guÃ©es, au sens de l'article 25 par 1 de la Convention 290
Sur l'Ã©puisement des voies de recours internes Le Gouvernement soutient que la requÃªte ne satisfait pas Ñ la condition prÃ©vue par l'article 26 de la Convention qui dispose que Â«la Commission ne peut Ãªtre saisie qu'aprÃ¨s l'Ã©puisement des voies de recours internes, tel qu'il est entendu selon les principes de droit international gÃ©nÃ©ralement reconnusÂ». A son avis, les personnes physiques requÃ©rantes disposaient d'un recours, puisque les tnbunaux irlandais Ã©taient compÃ©tents pour contrÃ´ler tout arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31 II fait rÃ©fÃ©rence, a cet Ã©gard, Ã l'arrÃªt rendu par la Cour suprÃªme dans l'affaire The State (Lynch) v. Cooney IR 1982, 337 ; l'affaire concernait en effet la constitutionnalitÃ© d'un passage d'un arrÃªtÃ© pns par le ministre de la Justice, le 9 fevner 1982, en application de l'article 31 - passage interdisant de diffuser des Ã©missions rÃ©servÃ©es aux partis politiques organisÃ©es par Sinn FeÃ®n - et n'avait donc aucun rapport direct avec les questions soulevÃ©es par les requÃ©rants. En l'occurrence, la Cour n'avait pas tranche la question de savoir si l'arrÃªtÃ© considÃ©rÃ© reprÃ©senlail une atteinte injustifiÃ©e au droit Ã la libertÃ© d'expression ou au droit de vote de tout individu autre qu'un candidat Ã une Ã©lection. Partant, les requÃ©rants n'ont pas Ã©puisÃ© les voies de recours internes qui leur sont ouvertes afin de faire valoir leurs griefs. Les requÃ©rants rÃ©futent cette thÃ¨se, en soulignant que, dans l'affaire Lynch, la Cour suprÃªme avait, sans ambiguÃ¯tÃ© aucune, souscrit Ã la justification fournie par le ministre pour expliquer l'arrÃªtÃ© qu'il avait pris en 1982. De plus, rien dans l'Ã©volution de la situation en Irlande ne permet de dÃ©duire que les tribunaux statueraient dans un sens different si l'arrÃªtÃ© actuel devait Ãªtre contestÃ© dans le cadre d'un contrÃ´le judiciaire. Cela est d'autant plus vrai que les requÃ©rants ne remettent pas en cause la bonne foi du ministre dans les raisons qui l'ont pousse a prendre cet arrÃªte, mais se demandent s'il devrait avoir le droit d'exercer les pouvoirs qui lui sont confÃ©rÃ©s au moment oÃ¹ il prend une telle decision. C'est pourquoi ils soutiennent qu'une nouvelle contestation serait perdue d'avance. Pour sa part, la Commission estime que les requÃ©rants onf dÃ©montrÃ©, avec des arguments convaincants, l'inefficacitÃ© de toute nouvelle action en justice, compte tenu des termes nets et prÃ©cis de l'arrÃªt rendu par la Cour suprÃªme dans l'affaire Lynch, confirmant la constitutionnalitÃ© d'un arrÃªtÃ© en grande partie identique a celui dÃ©noncÃ© en l'espÃ¨ce. La Commission a constamment dÃ©clare que la rÃ¨gle de l'Ã©puisement des voies de recours internes n'impose d'utiliser que les recours permettant de redresser les griefs invoquÃ©s par les requÃ©rants (No 8805/79 et 8806/79, dÃ©c 7.5.81, D R 24 p 144, avec d'autres rÃ©fÃ©rences ) Les griefs soulevÃ©s par les personnes physiques requÃ©rantes ne sauraient donc Ãªtre rejetes. en vertu de l'article 27 par. 3 de la Convention, comme irrecevables par application de l'article 26 291
Article 10 de la Convention Les personnes physiques requÃ©rantes se plaignent de ce que l'arrÃªte incnmine, tel qu'il leur est applique, constitue une ingÃ©rence injustifiÃ©e dans l'exercice de leur libertÃ© d'expression, dans la mesure ou il porte gravement atteinte a leur droit de recevoir ou de communiquer des informations sans qu'il puisse y avoir ingÃ©rence non indispensable de la part d autoritÃ©s publiques Ils invoquent a cet effet l'article 10 de la Convention qui est ainsi libelle Â«1 Toute personne a droit a la libertÃ© d expression Ce droit comprend la libertÃ© d'opinion et la libertÃ© de recevoir ou de communiquer des informa tions ou des idÃ©es sans qu'il puisse y avoir ingÃ©rence d'autontes publiques et sans consideration de frontiÃ¨re 2 L'exercice de ces libertÃ©s comportant des devoirs et des responsabilitÃ©s peut Ãªtre soumis a certaines formalitÃ©s, conditions, restrictions ou sanctions prÃ©vues par la loi, qui constituent des mesures nÃ©cessaires, dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratique, a la sÃ©curitÃ© nationale, a l'integnte territoriale ou a la surete publique, a la defense de l'ordre et a la prevention du crime, a la protection de la santÃ© ou de la morale, a la protection de la reputation ou des droits d'autrui, pour empÃªcher la divulgation d informations confidentielles ou pour garantir l'autoritÃ© et 1 impartialitÃ© du pouvoir judiciaire Â» D'aprÃ¨s le Gouvernement, cette limitation, a supposer qu elle existe, de la libertÃ© d expression des requÃ©rants, est secondaire En outre, elle est de toute faÃ§on prÃ©vue par la loi et, compte tenu des problÃ¨mes que posent les organisations terroristes en Irlande, elle est nÃ©cessaire a la sÃ©curitÃ© nationale, a l'integrile terntonale et a la surete publique, a la defense de I ordre et a la prevention du crime, ce qui la rend pleinement conforme aux dispositions de l'article 10 par 2 de la Convention A 1 appui de cet argument, le Gouvernement a produit des pieces Ã©crites prÃ©cisant l'Ã©tendue des actes de terrorisme en Irlande, en Irlande du Nord ainsi que dans d autres parties de l'Europe le soutien apporte par Sinn Fein aux activitÃ©s de l'IRA et les agissements d'autres organisations dont la liste figure dans l'arrÃªte incnmine Sur la question de 1 ingÃ©rence, la Commission fait observer que, mÃªme si l'arrÃªte ministÃ©riel n'est pas destine aux requÃ©rants mais a leur employeur, la RTE, il a de graves incidences sur le travail des requÃ©rants en leur qualitÃ© de journalistes et de rÃ©alisateurs, en raison de la circulaire de la RTF qu'ils sont tenus de respecter Ainsi, il leur est interdit de diffuser des interviews ou comptes rendus d interviews avec des reprÃ©sentants des organisations dont la liste figure dans I arrÃªte Ils doivent diffuser la bande image sans la bande son ou des photos 292
pour illustrer les reportages qu'ils consacrent Ã l'une de ces organisations et obtenir l'autorisation de leurs supÃ©rieurs avant de diffuser des reportages d'actualitÃ© ou des Ã©missions sur des problÃ¨mes d'actualitÃ© lorsqu'ils portent sur des questions relatives Ã ces organisations. Ces interdictions Ã©tant applicables Ã toutes les dÃ©clarations que pourraient faire les reprÃ©sentants de l'une des organisations Ã©numÃ©rÃ©es dans l'arrÃªtÃ©, indÃ©pendamment de leur contenu, le respect de ce texte impose des restrictions et des conditions non seulement dans le choix du sujet sur lequel les requÃ©rants peuvent rÃ©aliser des Ã©missions, mais Ã©galement sur le jugement qu'ils portent en tant que journalistes. Eu Ã©gard Ã la place importante que les journalistes occupent dans la diffusion de l'information et, en particulier, compte tenu du fait que l'interdiction s'applique aux interviews rÃ©alisÃ©es avec des porte-parole d'un parti politique inscrit (Ã savoir Sinn Fein), la Commission conclut que l'arrÃªtÃ© constitue une ingÃ©rence dans l'exercice du droit des requÃ©rants de recevoir et de communiquer des informations et des idÃ©es, tel que garanti par l'article 10 par. 1 de la Convention. Il convient Ã©galement de se prononcer sur la question de savoir si cette ingÃ©rence se justifie, comme le prÃ©tend le Gouvernement, par l'une des restrictions que prÃ©voit l'article 10 par. 2 de la Convention Ã l'exercice de libertÃ© d'expression. Pour qu'une condition ou une restriction soit justifiÃ©e au sens de cette disposition, il faut qu'elle soit Â«prÃ©vue par la loiÂ». La Cour europÃ©enne des Droits de l'Homme a rÃ©guliÃ¨rement soulignÃ© que la Â«prÃ©visibilitÃ©Â» figure parmi les exigences inhÃ©rentes Ã l'expression Â«prÃ©vues par la loiÂ» au sens de l'article 10 par. 2 de la Convention. On ne peut qualifier de Â«loiÂ» qu'une norme Ã©noncÃ©e avec assez de prÃ©cision pour permettre Ã chacun - en s'entourant au besoin de conseils Ã©clairÃ©s - de prÃ©voir, Ã un degrÃ© raisonnable dans les circonstances de la cause, les consÃ©quences de nature Ã dÃ©river d'un acte dÃ©terminÃ© (Cour eur. D.H., arrÃªt Millier et autres du 24 mai 1988, sÃ©rie A nÂ° 133. p 20, par. 29, avec d'autres rÃ©fÃ©rences). Aux yeux des requÃ©rants, la formulation de l'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31 n'est pas suffisamment prÃ©cise pour satisfaire Ã ce critÃ¨re. Ils reprochent Ã la restriction d'Ãªtre rÃ©digÃ©e en termes si vagues qu'elle rÃ©duit sensiblement l'Ã©ventail des Ã©missions qu'ils peuvent rÃ©aliser, des personnes qu'il est possible d'interviewer et porte atteinte au juste Ã©quilibre qu'il leur faut assurer dans les reportages consacrÃ©s Ã l'actualitÃ© et aux Ã©lections, ainsi que dans le traitement du contenu des Ã©missions. Telle n'est pas la thÃ¨se du Gouvernement, qui soutient que l'arrÃªtÃ© est libellÃ© en des termes suffisamment prÃ©cis pour permettre aux personnes concernÃ©es de rÃ©gler leur conduite en consÃ©quence. Il ajoute que les requÃ©rants n'ignoraient rien des consÃ©quences qu'entraÃ®nait toute infraction aux dispositions de l'arrÃªtÃ©. 293
Afin de dÃ©terminer si les restrictions incriminÃ©es Ã©taient Â«prÃ©vues par la loiÂ» - conformÃ©ment au sens que la jurisprudence a accorde a l'expression - la Commission a estimÃ© nÃ©cessaire d'examiner l'article 3 l de la Loi de 1960 relative a l'organisme de radiodiffusion, tel que modifiÃ© par l'article 16 de la Loi de 1976 portant reforme de ladite loi, combinÃ© avec l'arrÃªte pris en exÃ©cution de cette disposition L'article 31, Ã lui seul, n'apporterait pas la precision exigÃ©e. 11 habilite en effet le ministre Ã ordonner Ã l'autoritÃ© concernÃ©e de ne pas diffuser des emissions sur certaines questions, simplement lorsque celui-ci est Â«d'avis que la diffusion d'une Ã©mission portant sur un sujet particulier ou sur un thÃ¨me relevant d'un domaine particulier serait susceptible de provoquer ou d'inciter au crime, ou qu'elle tendrait Ã affaiblir l'autoritÃ© de l'EtatÂ» Mais la Â«loiÂ» au sens de l'article 10 par 2 de la Convention comprend aussi l'arrÃªtÃ© pris en application de l'article 31. Il s'agit d'un texte de lÃ©gislation dÃ©lÃ©guÃ©e qui doit Ãªtre dÃ©posÃ© devant les deux chambres de l'Oireachtas (le Parlement), chacune des chambres ayant le pouvoir de l'annuler (article 16, par IB de la Loi portant rÃ©forme de la loi relative Ã l'organisme de radiodiffusion). Puisque l'arrÃªte dÃ©crit de maniÃ¨re trÃ¨s dÃ©taillÃ©e le type d'Ã©missions auquel il s'applique, mais aussi la maniÃ¨re dont ces emissions doivent Ãªtre prÃ©sentÃ©es aux auditeurs ou aux tÃ©lÃ©spectateurs, les requÃ©rants ne peuvent prÃ©tendre ignorer le champ d'application des restrictions qui leur sont imposÃ©es il s'ensuit que ces restrictions Ã©taient Â«prÃ©vues par la loiÂ» au sens de l'article 10 par. 2 de la Convention. ConformÃ©ment a la jurisprudence de la Cour, la Commission don ensuite examiner si les restrictions incnminÃ©es Ã©taient inspirÃ©es par un but lÃ©gitime, au regard de l'article 10 par 2 ei si elles Ã©taient Â«nÃ©cessaires, dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratiqueÂ» pour atteindre ce but (Cour eur. D.H . arrÃªt Sunday Times du 26 avnl 1979. sÃ©rie A n" 30, p. 29, par. 45). Dans le cadre de l'examen qu'elle a effectue pour savoir si le but poursuivi par l'arrÃªte pris en application de l'article 31 pouvait Ãªtre qualifie de legitime, eu Ã©gard Ã l'article 10 par 2, la Commission relÃ¨ve que les requÃ©rants n'ont pas exprimÃ© de desaccord avec les declarations du Gouvernement sur la gravitÃ© de la menace terronste en Irlande et sur les agissements des organisations dont cet arrÃªtÃ© donne une liste, notamment ceux de Sinn Fein qui, malgrÃ© son statut de parti politique inscrit, n'en est pas moins considÃ©rÃ© comme dÃ©pendant et faisant Â«partie intÃ©grante de l'appareil de l'IRA provisoire, organisation terronste illÃ©gale qui, ainsi que le dÃ©montrent ses objectifs reconnus et la liste de ses actes de violence, vise notamment Ã dÃ©truire les institutions de l'Etat par la violence et des moyens illÃ©gauxÂ» (opinion du juge Henchy dans l'arrÃªt rendu par la Cour suprÃªme sur l'affaire The State (Lynch) v Cooney TR 1982, 337. p. 381) La Commission remarque que, en l'espÃ¨ce, l'arrÃªtÃ© incnmine n'interdit pas de rÃ©aliser des reportages sur les activitÃ©s des organisations dont il donne la liste Seules sont interdites les interviews des porte-parole de ces organisations. Il proscrit donc
toute utilisation des moyens de radiodiffusion visant a apporter un soutien aux organisations qui cherchent a affaiblir, par la violence et par d'autres moyens illÃ©gaux, l'ordre constitutionnel ainsi qu'Ã porter atteinte aux droits et libertÃ©s fondamentaux que ce dernier garantit MÃªme s'il est vrai que Sinn Fein, a l'inverse des autres organisations enumerees dans l'arrÃªte, n'est pas une organisation interdite, il n'en est pas moins avÃ¨re qu'elle ferme les yeux sur les activitÃ©s terronsles de l'une de ces organisations, quant a elle interdite, et se trouve Ã©troitement associÃ©e a ces activitÃ©s, comme la Cour suprÃªme ÐÐ° souligne dans 1 arrÃªt prÃ©citÃ© La Commission constate que, dans ces conditions, il serait fort possible, dans le cadre de la legislation irlandaise, de declarer illÃ©gale l'organisation Sinn Fein Le fait qu'elle ne soit pas interdite est une question de politique qui relevÃ© de l'apprÃ©ciation exclusive du Gouvernement irlandais Toutefois, la decision qu'il a prise de ne pas la declarer illÃ©gale n'implique nullement que le Gouvernement soit tenu d'accorder a Sinn Fein un accÃ¨s sans reserve aux moyens de radiodiffusion En autorisant, en vertu de l'article 10 par 2, certaines restnctions a l'exercice de la libertÃ© d'expression, la Convention reconnaÃ®t le pnncipe suivant lequel aucun groupement ni aucun individu n'a le droit de se livrer a des activitÃ©s visant a la destruction des droits ou libertÃ©s quelle reconnaÃ®t (article 17 de la Convention) l a Commission estime donc que les restrictions mcnminees qui limitent la libertÃ© des requÃ©rants de recevoir et de communiquer des informations Ã©taient inspirÃ©es par un but legitime au regard de l'article 10 par 2 de la Convention D'ailleurs, les requÃ©rants reconnaissent eux-mÃªmes le principe suivant lequel les objectifs poursuivis par l'arrÃªte pris en application de l'article 31 semblent se ranger parmi les buts legitimes Ã©nonces Ã l'article 10 par 2 de la Convention, a savoir la secunte nationale, la defense de l'ordre et la prevention du crime La Commission doit ensuite examiner si les restrictions reprochÃ©es Ã©taient Â«nÃ©cessaires, dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratiqueÂ» pour atteindre ces buts 1 es requÃ©rants contestent le caractÃ¨re raisonnable et proportionne des mÃ©thodes adoptees par le Gouvernement pour atteindre ces buts legitimes D'aprÃ¨s eux, l'article 18 par lA de la Loi de 1960 relative a l'organisme de radiodiffusion (tel que modifie par l'article 3 de la Loi de 1976), qui interdit la diffusion de Â«tout ce qui pourrait raisonnablement Ãªtre considÃ¨re comme susceptible de provoquer ou d inciter au crime, ou qui tendrait a affaiblir l'autoritÃ© de l'EtatÂ», se suffit a lui-mÃªme pour delimiter ces diffÃ©rents buts A leur avis, le Gouvernement n'a tenu aucun compte du rÃ´le que jouent les professionnels de la radio et de la television dans la presentation et l'analyse cniiques des opinions de ceux qu ils interviewent Les restrictions que leur impose l'arrÃªte incnmine n'Ã©taient donc aucunement Â«nÃ©cessaires, dana une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratiqueÂ» comme l'exige l'article 10 par 2 de la Convention
Chaque fois qu'elle s est penchÃ©e sur la question de la nÃ©cessite d une mesure Â«dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratiqueÂ», la Cour europÃ©enne des Droits de l'Homme a declare que l'adjectif Â«nÃ©cessaireÂ» impliquait un besoin social impeneux et que les Etats contractants jouissaient d'une certaine marge d'apprÃ©ciation pour juger de l'existence d'un tel besoin, mais qu'elle allait de pair avec un contrÃ´le europÃ©en (Cour eur D H . arret Muller et autres du 24 mai 1988, sÃ©rie A n" 133, p 21, par 32, avec d'autres references) En l'espÃ¨ce, il n'appartient donc pas a la Commission de determiner si d'autres mesures auraient ete plus appro priÃ©es pour atteindre les buts recherches, comme le prÃ©tendent les requÃ©rants, ni d'apprÃ©cier l'opportunitÃ© ou I efficacitÃ© des mesures pnses par le ministre concerne Compte tenu de la marge d'apprÃ©ciation laissÃ©e au Gouvernement, la Commission doit se limiter a examiner si les raisons de fond qui ont conduit a 1 adoption de l'arrÃªte incrimine sont Â«pertinentes et suffisantesÂ» au regard de 1 article 10 par 2 (Cour eur D H , arret Muller et autres, loc cit ) . elle doit donc se demander si le ministre avait des raisons probantes de croire a l'existence d'un besoin social impÃ©rieux pour prendre de telles mesures A cel Ã©gard, la Commission doit souligner, ainsi que la Cour l'a deja fait a plusieurs reprises (Cour eur DH , arret Sundav Times du 26 avnl 1979, sÃ©rie A n" 30, p 40. par 65), que la libertÃ© d expression constitue l'un des fondements essentiels d'une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratique Mais elle doit Ã©galement rappeler que l'exercice de cette libertÃ© comporte Â«des devoirs et des responsabilitÃ©sÂ» (article Ð® par 2 de la Convention) et que la victoire sur le terronsme est un intÃ©rÃªt public de toute premiere importance dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratique Lorsque, dans une sociÃ©tÃ©, la violence utilisÃ©e a des fins politiques reprÃ©sente une menace perma nente pour la vie et la secunte de la population et que les partisans de cette violence cherchent a avoir accÃ¨s aux mÃ©dias pour se faire de la publicitÃ©, il est extrÃªmement difficile d'assurer un juste Ã©quilibre entre 1 obligation de dÃ©fendre la libertÃ© d'information et l'imperatif de protection de 1 Etat et du public contre des complots armes, dont le seul but est de renverser le regime dÃ©mocratique qui garantit cette libertÃ© et les autres droits de 1 homme La Commission Ã©tant appelÃ©e a examiner si l'arrÃªte pris en application de l'article 31 respecte le principe du juste Ã©quilibre, conformÃ©ment aux dispositions de l'article 10 par 2 de la Convention, elle fait observer que les restrictions imposÃ©es par ce texte ne portent pas sur le contenu des emissions de radio ou de television Comme elle l'a prei-edemment souligne, 1 objectif de cet arrÃªte est d'empÃªcher les porte-parole des organisations qu il enumere de se servir des interviews en direct et des autres types d'Ã©missions afin d'encourager des activitÃ©s illÃ©gales visant a affaiblir l'ordre constitutionnel existant Ces restrictions sont conÃ§ues de maniÃ¨re a retirer aux reprÃ©sentants des organisations terroristes connues et aux hommes politiques partisans de ces organisations toute possibilitÃ© d'utiliser les moyens de radiodiffusion comme une tribune ou ils viendraient
dÃ©fendre leur cause, encourager Ã soutenir ces organisations et faire croire Ã leur lÃ©gitimitÃ©. La Commission reconnaÃ®t que certaines de ces restrictions, en particulier l'interdiction des interviews en direct avec des porte-parole des organisations Ã©numÃ©rÃ©es par l'arrÃªtÃ©, sont susceptibles de gÃªner les requÃ©rants dans l'accomplissement de leurs obligations professionnelles mais, tout bien considÃ©rÃ©, elle n'y voit aucune restriction au droit des requÃ©rants Ã la libertÃ© d'expression qui soit incompatible avec les conditions posÃ©es par l'article 10 par. 2 de la Convention. Dans notre sociÃ©tÃ© actuelle, la radio et la tÃ©lÃ©vision sont des mÃ©dias qui jouissent d'un pouvoir et d'une influence considerables. Ils ont des effets plus immÃ©diats que la presse Ã©crite et, partant, les possibilitÃ©s dont disposent les professionnels de la radio ou de la tÃ©lÃ©vision pour rectifier, nuancer, interprÃ©ter ou commenter les dÃ©clarations formulÃ©es par l'intermÃ©diaire de ces mÃ©dias sont limitÃ©es par rapport Ã celles des journalistes de presse. Il existe Ã©galement un risque que les dÃ©clarations en direct contiennent des messages codÃ©s, risque que mÃªme les journalistes consciencieux ne peuvent maÃ®triser, malgrÃ© toute la clairvoyance dont ces professionnels pourraient faire preuve. Eu Ã©gard au champ d'application limitÃ© des restrictions imposÃ©es aux requÃ©rants, ainsi qu'aux intÃ©rÃªts supÃ©rieurs qu'elles sont destinÃ©es Ã protÃ©ger, la Commission estime qu'elles peuvent Ãªtre raisonnablement considÃ©rÃ©es comme Â«nÃ©cessaires, dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratiqueÂ» au sens de l'article 10 par. 2 de la Convention. Il s'ensuit que les griefs tirÃ©s de l'article 10 par les requÃ©rants sont manifestement mal fondÃ©s et doivent Ãªtre rejetÃ©s conformÃ©ment Ã l'article 27 par. 2 de la Convention.
297Origine de la décision Pays : Conseil de l'EuropeJuridiction : Cour européenne des droits de l'hommeFormation : CommissionDate de la décision : 16/04/1991Fonds documentaire : HUDOC Haut de page

References: l'article 31
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 l'article 16
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 l'article 10
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