Source: https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1424
Timestamp: 2018-12-19 08:45:13+00:00

Document:
Analyse d’affirmations d’Elisabeth Roudinesco dans Mais pourquoi tant de haine ? (Seuil, 2010) - Afis - Association française pour l'information scientifique
par Jacques Van Rillaer1
« Comme il est naturel de croire beaucoup de choses sans démonstration, il ne l’est pas moins de douter de quelques autres malgré leurs preuves. »
Les réseaux d’internautes réservent des surprises. C’est ainsi que, par amabilité ou par erreur, j’ai reçu d’un ami d’E. Roudinesco, Emile Jalley, leurs échanges en vue de préparer la venue de Mme Roudinesco à Caen, pour défier Onfray sur son territoire. On y lit notamment, à la date du 10 mai 2010, qu’elle houspille Jalley pour qu’il envoie sans tarder, à ses 152 correspondants, l’annonce de sa présentation de Haine n° 2 à Caen, dans l’espoir de rameuter un maximum de monde. Elle qui a les faveurs du Monde, du Nouvel Obs, de l’Express et de quantité de chaînes de TV (où elle passe toujours sans contradicteur3), elle écrit dans ce mail : « moi je suis insultée de partout ». Un freudien dirait illico : sentiment de persécution, paranoïa, donc inflation du Moi et homosexualité refoulée. Le psychologue scientifique que je suis s’abstient d’un tel diagnostic. À suivre.
§ 6. À cause d’Onfray, les rumeurs les plus extravagantes se développent-elles ?
§ 14. La question de la relation extraconjugale de Freud
§ 21. Le discours d’E. Roudinesco : plus histrionique que jamais
§ 25. Le texte de Pierre Delion, psychanalyste « packingeur »
§ 1. Contenu de Mais pourquoi tant de haine ? (Haine n° 2)
soit sur Internet (le 1er texte se trouve sur le site du Nouvel Observateur à la date du 16-4-20104 ; le texte de Mazeau est sur le site du Monde à la date du 22-4-2010 ; le texte de Delion se trouve sur plusieurs sites, notamment www.mediapart.fr, à la date du 22-4-2010),
Le style que les psychiatres et psychologues appellent aujourd’hui « histrionique » (on disait autrefois « hystérique ») se caractérise par des conduites théâtrales (le mot vient du latin histrio, acteur jouant des farces grossières), des réactions émotionnelles excessives, une façon de parler très subjective, un besoin permanent de plaire et de séduire, une tendance à idéaliser ou, au contraire, à dévaluer exagérément des personnes5.
a) Freud a répété à de nombreuses reprises6
que « la psychanalyse a démontré qu’il n’existe pas de différence fondamentale, mais une simple différence de degré, entre la vie mentale des gens normaux, celle des névrosés et celle des psychotiques7 ».
« Quel est le projet clairement revendiqué par Freud de L’homme Moïse et la religion monothéiste ? “Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils” (p. 7)8 — peut-on mieux dire ? Ce livre se propose donc de tuer le père des juifs, de commettre le parricide des parricides. C’est donc la religion de son père et des ancêtres de son père, la religion de sa mère, la religion de sa femme, donc la religion de ses enfants si l’on tient pour la judéité transmise par la mère ; c’est cette religion mise à mal par la brutalité nazie au pouvoir depuis fin janvier 1933, sans parler de la montée de cette vermine dans la décennie précédente ; c’est donc cette religion et nulle autre que Freud attaque dans le pire des contextes — l’embrasement nazi de l’Europe. » (p. 226)
Manifestement Onfray connaît bien mieux qu’E. Roudinesco les œuvres de Freud et celles des historiens du freudisme. L’« historienne de la psychanalyse » se demande quels sont ces 18 cas. Eh bien, tous les historiens sérieux de la psychanalyse9 savent de quels cas il s’agit : les 18 « hystériques » que Freud déclare avoir traités grâce à la mise au jour de scènes de séduction sexuelle précoce. Freud fait cette déclaration le 21 avril 1896 dans une conférence, qui a été publiée peu de temps après, sous le titre Zür Aetiologie der Hysterie dans le Wiener klinische Rundschau10.
« Freud théorise la question de l’abus sexuel des enfants par leur père dans Sur l’étiologie de l’hystérie (1896). Il prend soin de préciser qu’il n’évolue pas sur le terrain de l’hypothèse, de l’avis péremptoire, de la fantaisie théorique, mais qu’il a travaillé sur dix-huit cas et obtenu ses certitudes après examens cliniques, observations de patients, analyses concrètes. “Je pose donc l’affirmation [sic] qu’à la base de chaque cas d’hystérie, se trouvent — reproductibles par le travail analytique, malgré l’intervalle de temps embrassant des décennies — un ou plusieurs vécus d’expérience sexuelle prématurée, qui appartiennent à la jeunesse la plus précoce. Je tiens ceci pour un dévoilement important, pour la découverte d’une source du Nil de la neuropathologie” (III. 162)11.
Répétons : le rapprochement entre l’affirmation d’avoir traité, avec succès, 18 cas et, exactement à la même époque, l’aveu à Fliess, en privé, de ne pas avoir réussi à terminer une seule cure, ce rapprochement a déjà été fait il y a une vingtaine d’années, par exemple par Han Israëls12, qui a publié avec Morton Schatzman l’article « The Seduction Theory »13.
J’ai eu beau chercher (le 21 juillet 2010) dans l’Internet les rumeurs dont fait état E. Roudinesco, je n’en ai trouvé aucune, si ce n’est dans son document14. J’invite le lecteur à vérifier par lui-même.
« La haine, en tant que relation d’objet, est plus ancienne que l’amour ; elle provient du refus originaire que le moi narcissique oppose au monde extérieur, prodiguant les excitations.15 »
2° Ellenberger, Sulloway, Roazen16 et d’autres historiens ont montré que les critiques à l’égard de Freud ne sont pas apparues « dès ses premiers écrits ». Des psychanalystes ont également reconnu ce fait17. Un relevé minutieux des objections montre que Freud ne sera vraiment critiqué que quand il sera assez connu, c’est-à-dire après 1905. À partir de 1908, de plus en plus de psychiatres et de psychologues confirmeront le diagnostic d’Alfred Hoche : « Le bon n’est pas neuf et le neuf n’est pas bon18 »
3° En 1916, Freud espérait recevoir le Prix Nobel. Il écrivait à Ferenczi : « Ce qui m’importerait surtout c’est la somme d’argent et aussi peut-être le piment d’ennuyer certains de mes compatriotes.19 ». Quand Freud apprend qu’il n’est pas nobelisé, il écrit le texte « Une difficulté de la psychanalyse »20. Il s’y compare à Copernic et Darwin, et s’autoproclame l’auteur de la troisième blessure narcissique majeure infligée à l’humanité ! Il explique que sa psychanalyse suscite des « résistances » à cause de ses deux principales thèses : « les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients » et « la vie pulsionnelle de la sexualité en nous ne saurait être domptée entièrement »21.
On peut à la rigueur admettre qu’au début du XXe siècle, pas mal de gens étaient choqués par l’insistance de Freud sur l’inconscient et la sexualité, mais cette explication ne vaut évidemment pas pour des psychologues, des psychiatres et des philosophes qui critiquent Freud aujourd’hui, surtout si — comme c’est le cas de Sulloway, de Borch-Jacobsen, de Han Israëls, d’Onfray ou de moi-même22 — ils ont d’abord été adeptes du freudisme. Faudrait-il admettre que ces auteurs ont été un temps ouverts à l’idée de l’inconscient et de l’importance de la sexualité et que, bien des années plus tard, ces mêmes idées les ont « scandalisés » au point de provoquer de la « haine » ?
L’idée qu’il y a des processus inconscients est apparue clairement avec Leibniz au XVIIIe siècle et a été admise par les psychologues scientifiques dès le XIXe23. Les critiques pertinentes à l’endroit de Freud ne portent pas du tout sur l’existence de processus inconscients, mais sur le fait que Freud a fait de l’inconscient un Autre en nous. Le philosophe Alain résume bien la position des psychologues scientifiques quand il écrit : « Il n’y a pas d’inconvénient à employer couramment le terme d’inconscient », mais il y a des erreurs à éviter : « La plus grave de ces erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi ; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses24. »
Rappelons que, dans Haine n° 1, E. Roudinesco écrivait que Le Livre noir de la psychanalyse « visait à dénoncer toute tentative d’explorer l’inconscient » (p. 15). Affirmation on ne peut plus grotesque, affirmation qui m’a amené à faire, dans l’index de la nouvelle édition du Livre noir, une entrée « Inconscient freudien » et une entrée « Inconscient non freudien »25. Le lecteur pourra ainsi constater rapidement que Mme Roudinesco n’a pas peur d’affirmer des choses ridicules de façon à faire passer pour des imbéciles ceux qui osent critiquer le freudisme.
Tout psychologue scientifique sait que des critiques peuvent avoir de multiples motivations, notamment celles mises en évidence par Alfred Adler26, le premier psychanalyste important qui a critiqué Freud : le désir d’être reconnu comme compétent, le désir de se valoriser et le plaisir de se rendre utile à la communauté. À en croire Jones, Freud reconnaissait, en l’occurrence, l’importance de ces motivations adlériennes :
« Freud ne croyait guère à la valeur de la controverse dans le domaine scientifique. Trop d’autres facteurs, disait-il, entrent alors en jeu à côté d’une recherche de la vérité : le désir de montrer qu’on a raison, l’envie de gagner des points sur l’adversaire, etc. »27
« Le fait qu’une doctrine soit psychologiquement déterminée n’exclut en rien sa validité scientifique.28 »
En matière de connaissances scientifiques, tous les épistémologues sérieux s’accordent au moins sur ce point : il faut distinguer deux niveaux d’une théorie : d’une part, le niveau des facteurs (historiques, psychologiques, sociologiques, idéologiques) qui ont présidé à sa genèse et, d’autre part, celui de sa vérification scientifique. Au premier niveau, on constate souvent une implication affective. Celle-ci a pu constituer, fort heureusement, une motivation essentielle pour imaginer des hypothèses et poursuivre un long travail d’investigation. Toutefois, quand on se situe au niveau de la vérification empirique d’une hypothèse (ou d’une théorie), il est indispensable de prendre du recul, de faire un effort maximal d’objectivité et de respecter scrupuleusement les règles de la démarche scientifique. Ainsi, ce qui remet en question une grande partie de la doctrine freudienne, ce n’est pas le fait que celle-ci soit une émanation des problèmes sexuels de Freud ou une élaboration de son héritage idéologique, mais uniquement un ensemble de recherches empiriques méthodiques, venues infirmer ses thèses29.
« La conception de la science comme recherche de la vérité a disparu à ce point de l’esprit d’Hitler qu’il ne prend même pas la peine d’argumenter contre elle. Comme on le sait, la théorie de la relativité est considérée comme mauvaise parce qu’elle a été inventée par un Juif. […] Hitler accepte ou rejette les doctrines selon un critère politique, sans considération pour la notion de vérité ou d’erreur.30 »
Il est exact qu’Onfray attache beaucoup plus d’importance à la passion incestueuse de Freud qu’à sa judéité. On peut peut-être y voir une lacune. Kafka, par exemple, a cru reconnaître des racines « juives » à la doctrine freudienne. Marthe Robert — l’auteure d’une présentation particulièrement louangeuse de Freud31 — écrit à ce sujet :
« Pour Kafka, la psychanalyse n’est pas au premier chef une théorie générale de la psyché humaine. L’œuvre de Freud est bien plutôt un chapitre de l’histoire juive écrit pour la génération actuelle, en quelque sorte le dernier en date des commentaires du talmud, et en cela réside sinon toute l’extension dont elle est susceptible, du moins sa plus profonde justification.32 »
« la corrélation entre la grande attention prêtée par Freud aux détails verbaux, la patience dont il faisait preuve en s’efforçant de découvrir le sens des phrases et des expressions et le don talmudique d’extirper de certains passages de la Bible leur signification dernière.33 »
Il est très étonnant que Mme Roudinesco ne cite pas David Bakan parmi les auteurs qui ont écrit sur la judéité de Freud. En effet, ce professeur de psychologie de l’université York (Ontario), a été le premier à consacrer tout un livre à la place importante qu’occupe la tradition juive dans la façon dont Freud interprète les rêves et d’autres comportements. Ce livre célèbre a été publié en 1958 : Freud and the Jewish Mystical Tradition. La traduction française, Freud et la tradition mystique juive34, parue chez Payot en 1964, est précédée d’une préface de Francis Pache (ancien président de la Société psychanalytique de Paris) et suivie d’une belle étude d’Albert Memmi, « La double leçon de Freud ».
Après que le psychiatre-psychanalyste Gérard Haddad ait publié L’enfant illégitime. Sources talmudiques de la psychanalyse35, il a été invité à dîner avec E. Roudinesco chez Laurence Bataille, la belle-fille de Lacan. Voici son récit :
« Laurence Bataille qui appréciait ce que j’écrivais jugea bon de m’inviter à dîner avec E. Roudinesco, laquelle, depuis, s’est autopromue historienne de la psychanalyse, caudillo des recensions médiatiques des ouvrages traitant de la question freudienne.[…] À peine étions-nous attablés qu’il me fallut essuyer la furie de “l’historienne et mémorialiste de la psychanalyse”. Qu’est-ce que j’avais donc à casser les pieds de tout le monde avec mes histoires de judaïsme ! La psychanalyse n’a rien à voir avec le judaïsme ! Lacan n’a rien à voir avec le judaïsme ! Paroles assenées comme un diktat qui ne tolérait aucune réplique. Laurence essaya bien, avec son habituelle douceur, d’expliquer mon projet, d’arrondir convivialement les angles. Trop, c’était trop. L’irascible mégère se leva de table entraînant, bien gêné, son compagnon qui n’avait dit mot devant cet ersatz de terrorisme stalinien. Laurence, une fois la porte claquée, aura ce soupir : “Elle est comme ça”, un comme ça dont la psychanalyse ne cesse depuis de pâtir, compte tenu du pouvoir éditorial et médiatique conquis par ce censeur. À quelqu’un qui lui demandait pourquoi mon nom était forclos dans son Histoire de la psychanalyse en France, elle aura cette réponse exquise : “Parce que ce qu’il raconte est nul et non avenu.”36 »
Peut-on qualifier le freudisme de « science juive » ? Je n’ai jamais utilisé cette expression, ni dans les 420 pages de mon livre Les illusions de la psychanalyse37, ni ailleurs. Cette façon de parler me paraît aussi caricaturale et fallacieuse que celle d’« antisémite », qu’affectionne E. Roudinesco pour qualifier toute remise en question du freudisme !
« Pour finir, qu’il soit permis à l’auteur de soulever, sous toute réserve, la question de savoir si sa propre personnalité de juif qui n’a jamais voulu cacher sa judéité n’a pas eu part à l’antipathie de l’environnement à l’égard de la psychanalyse. Un argument de cette sorte n’a été que rarement exprimé à haute voix, nous sommes malheureusement devenus si soupçonneux que nous ne pouvons nous empêcher de supposer que cette circonstance n’est pas restée entièrement sans effet.38 »
E. Roudinesco et deux de ses compagnons d’écriture (Lelièvre et Delion), incapables de réponses rationnelles aux arguments qui se trouvent dans un nombre de plus en plus abondant d’études révélant les légendes et les mensonges freudiens, utilisent l’accusation d’antisémitisme. C’est très efficace car, comme l’écrit historien Jacques Le Rider, « c’est la pire des accusations, celle qu’on lance pour tuer son adversaire.39 »
Heureusement, la grande majorité des auteurs n’emploient pas le mot « antisémitisme » à la façon dont E. Roudinesco l’instrumentalise. Si c’était le cas, le mot s’appliquerait à la moindre critique d’un comportement d’une personne d’origine juive ou supposée l’être40. Au bout du compte, ce terme n’aurait plus aucun lien avec ce qu’il signifie pour ceux et celles qui sont de réelles victimes de l’antisémitisme. E. Roudinesco contribue à affadir le sens de ce mot. C’est très regrettable.
Faut-il encore rappeler qu’une très large proportion des auteurs, qui ont critiqué le freudisme, ont des origines Juives ? Adler, Kraus, Popper, Wittgenstein, Eysenck, Rachman, Baruk, Grünbaum, Roazen, Shorter, Esterson, Han Israëls, Beck, Ellis41… Difficile de soutenir que tous sont antisémites.
§ 11. Pourquoi la guerre ?, écrit en collaboration avec Einstein : une apologie du crime ?
Ainsi, il y aurait 8 000 000 de personnes traitées par la psychanalyse et ses dérivés, mais il y aurait encore davantage de personnes traitées par les « thérapies du bonheur » et « la pharmacie ». Au total donc plus de 16 000 000. À quoi il faut ajouter les Français qui se font traiter par des médecines parallèles (homéopathie, ostéopathie, acupuncture, etc.) et, last but not least, par des thérapies fondées sur la psychologie scientifique, les TCC42. On arrive ainsi facilement à 20 000 000 de soignés, soit environ 30 % de la population. C’est un chiffre d’autant plus effarant que la France est aujourd’hui la terre freudienne par excellence, comme le notait déjà en 1978 la sociologue américaine Sherry Turkle dans son ouvrage La France freudienne43.
Qu’un Français sur trois soit soigné pour troubles psys remet très sérieusement en question l’affirmation de Freud selon laquelle les « éclaircissements données à la masse » constitueront « la prophylaxie la plus radicale des affections névrotiques44 » !
« Du vivant de Lacan, E. Roudinesco fit preuve à son égard — j’en fus plus d’une fois le témoin oculaire — d’une particulière obséquiosité. […] Un comportement paraît fréquent chez les analystes : haïr férocement ce que l’on avait, la veille adoré. Ce sera plus tard le comportement de la “biographe” E. Roudinesco.45 »
« Elles sont condamnables sur le plan éthique car elles rabaissent cette chose sérieuse que sont les relations amoureuses entre deux être humains à un jeu agréable sans danger et sans participation de l’âme46 » ;
« Beaucoup de gens qui se vantent d’avoir réussi à être abstinents n’y sont parvenus qu’à l’aide de la masturbation ou de satisfactions semblables qui se rattachent à l’activité auto-érotique de la prime enfance. Mais, précisément, à cause de ce lien, ces substituts de la satisfaction sexuelle ne sont nullement inoffensifs : ils prédisposent aux nombreuses formes de névroses et psychoses dont la condition est la régression de la vie sexuelle à ses formes infantiles.47 »
Pour traiter les neurasthéniques (on dirait aujourd’hui les déprimés), Freud conseillait de les envoyer dans un établissement hospitalier afin de les déshabituer de la masturbation, « la » cause, selon lui, de ce trouble. Il faut, précisait Freud, les « soumettre à une surveillance constante du médecin » (« unter beständiger Aufsicht des Arztes »). Le traitement médical de la neurasthénie (dépression), affirmait-t-il péremptoirement, est de « ramener au commerce sexuel normal.48 »
Ceux qui connaissent la vie des premiers disciples de Freud savent que Ferenczi, Jones et la plupart des autres avaient des relations extraconjugales. Jones a même été emprisonné à Londres pour avoir abusé d’une petite fille qui était sa patiente49.
« II est permis de supposer que des motifs extrêmement puissants avaient forcé Freud, dans ses jeunes années, à dissimuler aux autres — et peut-être à lui-même — une phase importante de son évolution. Je me permettrai de supposer qu’il s’agissait de son profond amour pour sa mère.50 »
« Je suis partisan d’une vie sexuelle incomparablement plus libre, encore que j’aie moi-même fait peu d’usages de cette liberté : seulement dans la mesure où je l’ai moi-même jugé légitime.51 »
Pouvons-nous définitivement trancher ? Non, il faudra attendre longtemps, très longtemps, pour avoir accès aux archives les plus compromettantes. Jusqu’il y a peu de temps, certaines archives étaient déclarées inaccessibles jusqu’en 211352. Cette date a été ramenée à 2057 pour la plupart des archives, mais certaines resteront « fermées » jusqu’à une date indéterminée !53. On peut dire avec Onfray : « S’il n’y a rien à cacher, pourquoi cacher ? »54.
La vie affective de Freud s’est, sans conteste, déroulée sous le signe de ce qu’il a appelé le « complexe d’Œdipe ». L’importance que Mme Roudinesco accorde à « l’affaire Minna », son opiniâtreté à affirmer qu’il est inimaginable que Freud ne soit pas un homme intègre et chaste est le « symptôme », difficilement contestable, de son attachement (« œdipien » ?) au Père Freud. Pour d’autres psychanalystes, moins complexés, il n’y a pas là scandale. Par exemple Jacques-Alain Miller n’hésite pas à déclarer que « la morale de Freud se dégage de sa forme de vie : une vie de travail acharné, d’ambition, assez étriquée sur le plan sexuel, qu’il ait ou non couché avec sa belle-sœur (ce que je lui souhaite).55 » (je souligne).
§ 15. La cure freudienne soigne mieux que les TCC
Dans Haine n° 2, la durée de 6 mois n’est pas précisée, mais elle est qualifiée de « courte ». Dans le hors-série du Monde sur Freud (avril 2010), E. Roudinesco précisait que « Freud menait ses cures tambour battant à raison de cinq séances par semaine, d’une durée d’une heure » (p. 12). Peu soucieuse de cohérence, elle écrivait dans ce même hors-série que « l’analyse de Marie Bonaparte se déroula par intermittence de 1925 à 193856 » et que l’analyse de sa propre fille, Anna Freud, dura 6 ans57 (id., p. 16). En ce qui concerne Anna, cette durée peut s’expliquer par le fait que la fille de Freud était particulièrement névrosée et que Sigmund n’avait pas pris conscience de son contre-transfert.
– Freud a toujours écrit qu’il faut six séances par semaine [non cinq], sans quoi, précise-t-il, « on court le risque que la cure perde le contact avec le présent et qu’elle soit poussée sur des voies latérales58. »
– Jones écrit : « Freud gardait chacun de ses malades pendant exactement 55 minutes, afin de se réserver entre les séances 5 minutes qu’il utilisait à reposer son esprit et à le rendre apte à recevoir de nouvelles impressions.59 »
– Roazen, qui a interrogé 25 analysés de Freud, écrit : « Les séances avec ses patients duraient cinquante minutes, puis il prenait dix minutes pour se détendre.60 »
« Les patients des années 1990 ne ressemblent plus guère à ceux d’autrefois » : « N’ayant souvent ni l’énergie, ni le désir de se soumettre à des cures longues, ils ont du mal à fréquenter le cabinet des psychanalystes de façon régulière. Ils manquent facilement les séances et parfois n’en supportent pas plus d’une ou deux par semaine. Faute de moyens financiers, ils ont tendance à suspendre la cure dès qu’ils constatent une amélioration de leur état, quitte à la reprendre lorsque les symptômes réapparaissent. Cette résistance à entrer dans le dispositif transférentiel signifie bien que si l’économie de marché traite les sujets comme des marchandises, les patients ont aussi tendance à leur tour à utiliser la psychanalyse comme un médicament.61 »
La réalité : E. Roudinesco rêve de cures courtes, mais elle sait qu’une « véritable » analyse freudienne est longue et seulement à la portée de ceux qui ont « les moyens financiers ». Celle de Mme Sarkozy en est l’illustration. L’an dernier, la première dame de France déclarait, au cours d’un show télévisé dirigé par Gérard Miller, qu’elle était en cure depuis huit ans et qu’elle y était « corps et âme »62. Elle semblait n’avoir aucune intention d’arrêter les frais.
Cette durée — banale à vrai dire — s’explique-t-elle par la gravité de son cas, par les manipulations de son analyste63, par un narcissisme démesuré (la cure freudienne étant une situation idéale pour des jouissances narcissiques) ? On pourrait certes supposer quelques autres déterminants parmi ceux évoqués dans le chapitre « Les bénéfices de la psychanalyse » du Livre noir64. Bien sûr, plusieurs déterminants peuvent jouer conjointement.
Les recherches scientifiques sur l’efficacité comparée des TCC et de la psychanalyse concluent très clairement à l’avantage des TCC. Le rapport de l’INSERM publié en 2004, dont toute la presse francophone a parlé, est une de ces études. Il en existe bien d’autres que connaissent les experts65. E. Roudinesco ne cite jamais d’études scientifiques sur cette question. Il est vrai qu’elles sont quasi toutes en anglais.
Une attente passive semble encore moins indiquée dans les cas graves d’actions compulsives, qui en général inclinent en effet vers un processus de guérison “asymptotique”, vers une durée de traitement infinie, et dont l’analyse court toujours le danger d’amener beaucoup de choses au jour et de ne rien changer.66 »
En 1933, il avoue que « le traitement d’une névrose d’une certaine gravité s’étend facilement sur plusieurs années » et ajoute que « dans bien des cas, nous avons toute raison de reprendre une analyse après de nombreuses années67 » !
« Freud ne cachait pas qu’il était devenu sceptique, notamment sur l’effet thérapeutique de la psychanalyse. Lorsque quelque chose de “classique” arrivait dans l’analyse du Dr Putnam, il lançait en riant : “Ne vous ai-je pas dit que la psychanalyse était une excellente chose pour des gens normaux ?” En privé, Freud considérait souvent avec ironie ce qu’il avait accompli. (Plus tard, Anna Freud n’acceptera pas l’opinion de ceux prétendant que si un patient était capable de se plier entièrement aux exigences d’une analyse et était en assez bonne santé pour supporter tout ce qui lui était demandé, c’est qu’il n’avait pas besoin d’un tel traitement. Mais Freud lui-même avouait volontiers, tout au moins à quelqu’un comme le Dr Putnam, avec qui il s’entendait si bien, que la psychanalyse n’était indiquée que pour les gens en excellente santé).68 »
Autrement dit, quand Madame Roudinesco écrit une préface, on est prié de la citer. Ne pas citer la Voix du Freudisme de France est une faute qui mérite publication69.
Pour Ellenberger, l’innovation la plus frappante du freudisme est le retour aux Écoles philosophiques de l’antiquité gréco-romaine. Le freudisme n’est pas une École scientifique comme l’est par exemple l’École de Pasteur. C’est une École qui présente une doctrine officielle, qui rend un culte fervent au fondateur et qui engendre des conflits d’interprétation, des « hérésies », des scissions et des excommunications. E. Roudinesco, prenant le contre-pied d’Ellenberger, répète sans cesse que l’œuvre de Freud constitue une « rupture épistémologique » dans l’histoire de la psychiatrie. Tous les historiens critiques de la psychanalyse ont dénoncé cette manipulation. Andrée Yanacopoulo, l’auteure de la seule — et magnifique — biographie d’Ellenberger, a également dénoncé ce qu’elle appelle un « détournement »70 du magistral ouvrage de l’historien.
En fait c’est Oskar Pfister, l’ami et disciple de Freud, qui a mis la puce à l’oreille d’Ellenberger ! Dès la publication de la biographie de Freud par Jones, Pfister — qui avait été son analyste didacticien — lui a confié que cette biographie de Freud par Jones comportait des erreurs, notamment la légende selon laquelle Freud aurait été constamment attaqué de façon malhonnête71.
« Je m’aperçois de plus en plus qu’une légende s’est créée autour des débuts de la psychanalyse et que le livre de Jones ne mérite guère créance. Il appartient plus à l’hagiographie qu’à l’histoire.72 »
Ellenberger correspondra notamment avec Ola Andersson, qui a été le premier à identifier la patiente Emmy von N. Ce psychanalyste danois a publié en 1962 à Stockholm un ouvrage sur l’histoire des concepts freudiens : Studies in the Prehistory of Psychoanalysis73. Notons au passage que Mme Roudinesco (qui se plaît à relever qu’Onfray a cité, comme date de parution de l’ouvrage d’Ellenberger, la date d’une réédition en français), ne cite d’Andersson que la traduction française (1997), parue 35 ans après son ouvrage en anglais.
Mais il y a bien plus grave que ce détail de date. E. Roudinesco elle-même a écrit, dans sa préface à la traduction française du livre d’Andersson que celui-ci a été effrayé par ses découvertes sur la pratique effective de Freud et que c’est son « complice » Ellenberger qui osera aller de l’avant74. Toutes les découvertes compromettantes pour la réputation Freud, Andersson ne les a révélées qu’à Ellenberger et à un petit cercle de psychanalystes75 !
Onfray se prend-il pour « le premier auteur à redresser des légendes dorées » ? Accusation grotesque. Onfray cite, entre autres, Ellenberger, Sulloway, Webster (auteur du remarquable Freud inconnu76, qu’E. Roudinesco semble ignorer), Borch-Jacobsen, Shamdasani, Le Livre noir de la psychanalyse, moi-même (Les illusions de la psychanalyse, 1980)…
§19. Dans l’index, n’y a-t-il ni noms, ni concepts ?
§ 20. Onfray a utilisé la moins bonne des traductions de Freud
Alors qu’elle est sans doute incapable de lire la langue de Freud77, Mme Roudinesco n’hésite pas à frapper d’anathème un travail de traduction remarquable, qui n’a qu’un défaut : être tellement près du texte freudien que quelques mots paraissent tirés par les cheveux, en particulier le terme « animique », peu utilisé, mais que l’on trouve dans le Grand Robert.
Il y a dix ans, la psychanalyse régnait encore sans partage sur ce que Roland Gori, le co-auteur de Mme Roudinesco, appelait « le marché juteux de la santé mentale78 ». E. Roudinesco se réjouissait alors que la France avait « le taux de psychanalystes par habitants le plus élevé du monde, avant l’Argentine et la Suisse.79 » Dans ces conditions, elle se permettait quelques critiques de la psychanalyse que l’on ne retrouve plus aujourd’hui, la situation devenant moins hégémonique. Échantillons trouvés dans Pourquoi la psychanalyse ?, publié en 1999 :
« Si l’on sait que Freud s’est maintes fois trompé en changeant de théorie, et s’il est avéré qu’il a essuyé de très nombreux échecs thérapeutiques, il est tout aussi évident qu’il fut à la fois un savant remarquable, un clinicien génial, un bourgeois conservateur et un maître à penser autoritaire, intransigeant et souvent dogmatique.80 » (je souligne)
§ 22. Le texte de Guillaume Mazeau
§ 23. Le texte de Christian Godin
§ 24. Le texte de Franck Lelièvre
§ 25. Le texte de Pierre Delion
Psychanalyste freudocentré et chauvin, Delion ferait bien de lire l’ouvrage d’Ellenberger, cité plus haut, ou l’Histoire de la psychiatrie de Franz Alexander (un freudien !) et Sheldon Selesnick81 pour apprendre que des psychiatres non freudiens ont œuvré à l’humanisation des asiles bien avant les freudiens qu’il cite. Parmi beaucoup d’autres : Johann Reil en Allemagne et Auguste Forel en Suisse.
À la rigueur, qu’il consulte un livre qui se trouve assurément dans sa bibliothèque : le best seller de Mme Roudinesco, où il lira page 47 : « La psychiatrie dynamique réinventa un modèle psychothérapeutique en donnant la parole à l’homme malade comme le faisait Hippolyte Bernheim à Nancy et plus tard Eugen Bleuler à Zurich.82 »
Pour une évaluation par des spécialistes de l’autisme, voir : http://aspergeraide.com/phpBB2/view...
§ 26. Le texte de Roland Gori
Bruxelles, 24 juillet 2010
1 Je remercie Mikkel Borch-Jacobsen, Catherine Meyer et Jean-Louis Racca pour leur lecture et leurs commentaires. J’assume seul la responsabilité du présent texte.
2 Réflexions et maximes (1746), § 588, rééd., Éd. Garnier, 1954, p. 396.
3 Voir l’enquête parue dans Les Cahiers de Psychologie politique.
4 http://bibliobs.nouvelobs.com/20100....
5 Voir dans le DSM-IV, la description de « la personnalité histrionique » ou dans F. Lelord & C. André, Comment gérer les personnalités difficiles, Odile Jacob, 1996, ch. 3.
6 Alain Delrieu, donne plusieurs dizaines de citations équivalentes dans Sigmund Freud. Index thématique (Paris : Anthropos, 2e éd. 2001), pages 866 à 871.
7 « Sur la psychanalyse » (1913), Œuvres complètes, PUF, 1998, XI, p. 32.
8 Onfray donne la page et indique, à la page 582 de sa bibliographie, qu’il a utilisé la traduction parue en poche (Coll. Idées). La phrase qu’il cite est la première du livre L’homme Moïse… La voici en entier : « Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger. »
9 Rappelons qu’André Green, ancien Directeur de l’Institut de Psychanalyse de Paris disait très justement : « E. Roudinesco se dit historienne et psychanalyste. [...] Je crains qu’elle ne soit pas plus psychanalyste qu’historienne. » (« Le père omnipotent », Magazine littéraire, 1993, 315, p. 22).
10 Trad., « Sur l’étiologie de l’hystérie », Œuvres complètes, PUF, III, p. 158.
11 Note de J. Van Rillaer : E. Roudinesco écrit p. 13 « Le livre de Michel Onfray est dénué de sources et de notes bibliographiques ». Nous avons ici un exemple qui dément cette affirmation grotesque. Précisons que la parenthèse d’Onfray « III. 162 » signifie : page 162 du tome III des Œuvres complètes de Freud, paru aux PUF en 2005.
12 Han Israëls enseigne la psychologie judiciaire à l’Université de Maastricht après avoir enseigné l’histoire de la psychologie à l’Université d’Amsterdam. Pendant une vingtaine d’années, il a étudié l’histoire de la psychanalyse. Au départ, il était un freudien enthousiaste. Sa thèse de doctorat portait sur le cas Schreber, publiée à Paris sous le titre Schreber, Père et fils (Seuil, collection Le Champ freudien, 1986). À l’époque où il se passionnait pour Freud, il a eu le privilège de consulter les lettres de Freud à sa fiancée et a découvert, avec stupéfaction, les mensonges de Freud dans ses publications sur les bienfaits de la cocaïne. En 1993, Israëls a publié, en néerlandais, un ouvrage très documenté sur la naissance de la psychanalyse Het geval Freud [Le cas Freud], traduit en allemand : Der Fall Freud. Die Geburt der Psychoanalyse aus der Lüge. Hamburg, Europäische Verlaganstalt/Rotbuch Verlag, 1999. En 1999, les éditions Bert Bakker (Amsterdam) ont publié un recueil de 18 de ses articles sur Freud et la psychanalyse : De Weense kwakzalver. Honderd jaar Freud en de freudianen [Le charlatan de Vienne. Cent ans de Freud et les freudiens]. En quelques années, cet historien du freudisme est passé du grand respect pour Freud à une critique acerbe. Il est loin d’être le seul.
13 History of Psychiatry, 1993, 4, p. 3-59.
14 http://bibliobs.nouvelobs.com/20100....
15 Pulsions et destins des pulsions (1915), trad., Gallimard, Idées, 1968, p. 42s.
16 P. ex., ce dernier écrit : « Si l’on examine les comptes rendus de ses ouvrages publiés de son vivant, ceux, par exemple, qui parurent au cours de la première décennie du XXe siècle, on est frappé par le respect et la sympathie dont font preuve les critiques dans leur questionnement de ses idées. Cependant Freud n’appréciait pas la façon dont elles étaient reçues et daignait rarement répondre aux critiques. » (Dernières séances freudiennes. Trad., Seuil, 2005, p. 96). Pour des détails, voir son article : « Book review of Freud Without Hindsight », Journal of the History of the Behavioral Sciences, 1990, 26, p. 97-202.
17 Ilse Bry et Alfred Rifkin : « Freud and the History of Ideas : Primary Sources, 1886-1910 », Science and Psychoanalysis, New York, Grune & Stratton, 1962, vol. 5, p. 6-36.
18 Cité par Borch-Jacobsen & Shamdasani, op. cit., p. 98.
19 Cité par Ernest Jones dans Sigmund Freud : Life and Work. Vol. 2. Basic Books, 1955. Trad. : La vie et l’œuvre de Sigmund Freud. P.U.F., 1961, p. 202.
20 « Eine Schwierigkeit der Psychoanalyse » (1917), trad. dans L’inquiétante étrangeté et autres essais. Gallimard, 1985, p. 173-187.
22 J’ai été psychanalysé en bonne et due forme (4 ans, 3 séances par semaine), j’ai pratiqué la psychanalyse pendant une dizaine d’années, j’ai défendu ma thèse de doctorat sur Freud devant un jury composé de quatre freudiens et d’un psychologue scientifique, mon premier ouvrage L’agressivité humaine (1975) était un livre freudien… J’ai expliqué les raisons de ma déconversion dans Les illusions de la psychanalyse, Mardaga, 1981, 4e éd. 1996, 420 p. Extrait.
23 Pour des exemples concrets, voir p. ex. J. Van Rillaer, Psychologie de la vie quotidienne. Paris, Odile Jacob, 2003, chap. 7.
24 Alain, Éléments de philosophie. Paris, Gallimard, 1941, p. 146s.
25 Dans je ne sais plus quel texte, E. Roudinesco a critiqué la façon dont a été fait l’index des noms du Livre noir. Dans l’index de la 1ère éd., Catherine Meyer n’a cité que les noms de personnages importants et celui de E. Roudinesco n’est donc pas mentionné. Pour la nouvelle édition du Livre noir, j’ai fait moi-même l’index et j’ai fait l’« entrée » de Mme Roudinesco, citée comme il se doit.
26 On peut se demander si E. Roudinesco, l’historienne radicalement « freudocentrée », a lu Adler. Vu ce que disait Freud de son ancien compagnon, je crains que non. Adler me semble cependant bien meilleur psychologue — Menschenkenner — que Freud. Ellenberger, le meilleur historien de la psychothérapie, en a toujours fait l’éloge et s’en inspirait pour sa pratique clinique
27 E. Jones, op. cit., tome 2, p. 450.
28 « Das Interesse an der Psychoanalyse » (1913), Gesammelte Werke, Fischer, vol. VIII, p. 407.
29 J’ai développé et illustré ce principe dans Psychologie de la vie quotidienne, Paris, OdileJacob, 2003, p. 47-49.
30 The will to doubt, 1958. Réédition : New York, Philosophical library, 1986, p. 102.
31 La révolution psychanalytique, Payot, 1964, 2 vol.
32 D’Œdipe à Moïse, Calmann-Lévy,1974, p. 18.
33 E. Jones, op. cit., tome 2, p. 423.
34 Rééd., Petite bibliothèque Payot, 1977 et 2001, 266 p.
35 Hachette, 1981. Nouvelle éd., Desclée de Brouwer, coll. Midrach, 1994.
36 Gérard Haddad, Le jour où Lacan m’a adopté. Grasset, 2002. Rééd. Le Livre de Poche, Coll. Biblio Essais, 2007, p. 421.
37 Éd. Mardaga, 1980, 4e éd. 1996, 415 p.
38 « Les résistances contre la psychanalyse » (1925), Œuvres complètes, XVII, p. 135.
39 dans Le Monde des livres, le 30 octobre 2009. La stratégie a parfaitement réussi pour Jacques Bénesteau, l’auteur de Mensonges freudiens : Histoire d’une désinformation séculaire, Wavre, Mardaga, 2002, 400 p.
40 Des clients de Bernard Madoff ont payé cher l’utilisation passe-partout du concept d’antisémitisme. Rappelons ce que l’analyste (financière) Laura Goldman rapporte à ce sujet. Ayant travaillé 25 ans à Wall Street et ayant connu Madoff à Palm Beach au milieu des années 90, elle avait eu des soupçons sur la stratégie supposée d’« Uncle Bernie ». En 2001, deux journaux publient des articles faisant état de doutes concernant les résultats affichés par Madoff. Aussitôt elle faxe ces articles à quelques-unes de ses connaissances qui avaient confié leur fortune à l’escroc. Au lieu d’être remerciée pour des informations qui auraient dû paraître importantes, Goldman a été d’emblée accusée d’antisémitisme (Romain Gubert & Emmanuel Saint-Martin,“Et surtout n’en parlez à personne…” Au cœur du gang Madoff, Albin Michel, 2009, p. 282s).
41 Israëls, Beck, Ellis, Esterson, Shorter sont des auteurs du Livre noir de la psychanalyse.
42 La psychanalyste Clotilde Leguil, co-auteure de L’Anti-Livre noir de la psychanalyse, écrit dans Marianne (8-14 mai 2010) : « Il faut défendre Freud parce que face au déluge des thérapies cognitivo-comportementales, qui ont maintenant le pouvoir dans la majorité des institutions psychiatriques et psychologiques, la psychanalyse apparaît comme un îlot préservant la dignité de la souffrance psychique. » http://www.oedipe.org/fr/actualites... (je souligne).
43 Trad., Paris : Grasset, 1982. Elle écrit notamment : « Le vocabulaire psychanalytique a envahi la vie et le langage, transformant la manière dont les gens pensent en politique, discutent de littérature, parlent à leurs enfants. Les métaphores psychanalytiques ont infiltré la vie sociale française à un point qui est sans doute unique dans l’histoire du mouvement psychanalytique. Même aux États-Unis les choses ne sont jamais allées aussi loin » (p. 25).
44 « Les chances d’avenir de la thérapie psychanalytique » (1910), trad. dans La technique psychanalytique. PUF, Coll. Quadrige, 2007, p. 51.
45 Le jour où Lacan m’a adopté. Mon analyse avec Lacan. Grasset, 2002. Rééd., Le Livre de Poche, 2007, pp. 16 & 430.
46 « La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes » (1908), Trad. dans La vie sexuelle, PUF, 1969, p. 43.
48 « La sexualité dans l’étiologie des névroses » (1898), Œuvres complètes, PUF, III, p. 230.
49 Paul Roazen, Mes rencontres avec la famille Freud. Trad., Seuil, Coll. Champ freudien, 1996, p. 214.
50 Ernest Jones, op. cit., p. 433.
51 Ibidem, p. 441.
52 M. Borch-Jacobsen, M. : Chapitre « Une visite aux Archives Freud », p. 253-300, du livre Folies à plusieurs. Les Empêcheurs de penser en rond, 2002.
53 Mikkel Borch-Jacobsen, communication personnelle (juillet 2010).
54 Reconnaissons à E. Roudinesco le mérite de reconnaître qu’il faudrait déclassifier. Elle écrit : « Les archives de la Library of Congress, après les grandes batailles des années1990, sont en cours de déclassification selon les règles en vigueur : beaucoup trop lentement, bien entendu. » (p. 16). Toutefois, en parlant des « règles en vigueur », E. Roudinesco trahit qu’elle ne sait pas de quoi elle parle : en réalité, il n’y a aucune « règle en vigueur » , les déclassifications se font de façon complètement arbitraire, selon le bon gré des administrateurs des Archives Freud, qui ne sont pas les bibliothécaires de la Library of Congress !
55 Débat avec Michel Onfray, Philosophie magazine, 2010, n° 36, p. 15.
56 « Un conquérant des lumières sombres », Hors-série du Monde sur Freud, avril 2010, p. 18.
57 Ibidem, p. 16. Rappelons que dans Haine n° 2 E. Roudinesco ramène cette durée à 4 ans.
58 « Sur l’engagement du traitement » (1913) Œuvres complètes, PUF, XII, p. 168. — « La question de l’analyse profane » (1926), Œuvres complètes, PUF, XVIII, p. 43. — Les recherches des psychanalystes David Lynn et George Vaillant sur 47 cas traités par Freud confirment qu’il a toujours pratiqué des cures de six séances par semaine, y compris pour sa propre fille (« Anonymity, neutrality, and confidentiality in the actual methods of Sigmund Freud : A review of 43 cases », 1907-1939. American Journal of Psychiatry, 1998, 155 : 163-171).
59 Op. cit., vol. 2, p. 406.
60 Roazen, Paul (1993) Meeting Freud’s family. University of Massachusetts Press. Trad. : Mes rencontres avec la famille Freud. Trad., Seuil, Coll. Champ freudien, 1996, p. 191.
61 Pourquoi la psychanalyse, op. cit., p. 192.
62 http://obstyles.nouvelobs.com/artic....
63 Voir Peter Swales : « Freud, lucre et abus de faiblesse », In : C. Meyer et al., Le livre noir de la psychanalyse. Paris, Les Arènes, 2005, p. 25-30. Éd. 2010, p. 137-154. Éd. 10/18, p. 163-184.
64 C. Meyer et al., op.cit., 2005, p. 198-214. Éd. 10/18, p. 252-273.
65 Jean Cottraux évoque des études plus récentes dans le chapitre « La psychanalyse soigne-t-elle ? » de la nouvelle édition du Livre noir de la psychanalyse, 2010, p. 305-328.
66 « Wege der psychoanalytischen Therapie » (1919), trad., « Les voies de la thérapie psychanalytique », Œuvres complètes, PUF, XV, p. 106.
67 Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse (1933), Œuvres complètes, PUF, XIX, p. 241.
68 Dernières séances freudiennes. Des patients de Freud racontent, Paris, Seuil, 2005, p. 228s.
69 Dans Haine n°1 (p. 23), E. Roudinesco signalait que, dans Le livre noir, ne figurait pas : « le nom de ma mère, Jenny Aubry ». Faut-il préciser qu’une multitude d’autres noms de psychanalystes n’y figuraient pas non plus ?
70 Andrée Yanacopoulo, Henri F. Ellenberger. Une vie. Montréal : Liber, 2009, (392 p.), p. 250.
71 Yanacopoulo, op. cit., p. 167.
72 Lettre au Dr. Ernest Stumper, citée dans Yanacopoulo, 2009, op. cit., p. 181.
73 Stockholm, éd. Svenska Bokförlaget, 196 p. Trad., Freud avant Freud. La préhistoire de la psychanalyse (1886-1896). Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1997, 316 p.
74 citée par Yanacopoulo, op. cit., p. 225.
75 H. Ellenberger (1977) « L’histoire d’“Emmy von N.” Étude critique avec documents nouveaux », L’Évolution psychiatrique, 42 : 519-540.
76 Richard Webster, Why Freud was wrong. N.Y. : Harper Collins & Basic Books, 1995, 673 p. Trad. abrégée : Le Freud inconnu. L’invention de la psychanalyse. Éd. Exergue, 1998, 568 p.
77 Je n’ai jamais trouvé une seule note pertinente de E. Roudinesco concernant la traduction de concepts freudiens, alors que tous les spécialistes de l’œuvre freudienne qui lisent l’allemand ne manquent jamais d’en faire. Comme exemple de son incompréhension de la langue de Freud, notons qu’elle écrit dans le hors-série du Monde : « Parmi les inventions, notons “animique” à la place de “âme” (Seele) » (sic !). Les traducteurs des PUF n’ont évidemment jamais traduit « Seele » par « animique », mais toujours par « âme ». Ils ont utilisé « animique » quand Freud écrivait « seelisch ». L’incompétence n’est pas de leur côté.
78 Le Monde, 26 février 2004.
79 Pourquoi la psychanalyse ?, Fayard, 1999, p.182.
80 Haine n°1, p. 58
81 Traduit de l’anglais chez Armand Colin (1972, 480 p.)
82 Pourquoi la psychanalyse ? op. cit. , p. 47.
Mis en ligne le 7 août 2010
17431 visites
- Bénéfices cachés de la psychanalyse

References: § 6

§ 14

§ 21

§ 25

§ 1

§ 11

§ 15

§19

§ 20

§ 22

§ 23

§ 24

§ 25

§ 26
 § 588