Source: https://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/drapeau.htm
Timestamp: 2020-04-04 05:16:51+00:00

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Compilhistoire - Le drapeau français
Les trois couleurs : le bleu, le blanc et le rouge
La combinaison du bleu, du blanc et du rouge est assez fréquente en France à travers les siècles.
Le dauphin futur Charles VII (1419), Charles IX (1566-1570), Henri IV (1591) et Louis XIII (1610-1643) ont la livrée aux couleurs vermeil (ou rouge, ou incarnat), blanc et bleu, tout comme les autres rois Bourbons.
Vers 1670, le jésuite Claude-François Ménestrier (1631-1705), héraldiste et historien, explique ainsi ces couleurs : « La livrée des rois de France, branche de Bourbon, est tricolore : blanc, incarnat et bleu, le bleu à cause du fond des armes de France, ancienne couleur des rois, l’incarnat à cause du champ de gueules des armes de Navarre et le blanc parce qu’il est de temps immémorial la « couleur propre de la nation. » 3
Le bleu dérive effectivement du champ d’azur des armes de France, provenant du manteau cosmique du sacre et rappelant la chape que Martin (+ 397) partagea avec un pauvre.
Le rouge est la couleur de l’oriflamme 2, du drapeau rouge à croix blanche servant depuis le XVe siècle et du pavillon des galères fleurdelisé d'or.
Henri IV, déjà roi de Navarre, unit tout cela sur sa cornette des couleurs et livrées, deux fois rayée horizontalement de tricolore, sa devise brochant.
Le blanc est le champ de l’écu à croix rouge des Français sous les croisades, symbole pris par la suite en Angleterre.
Les bandes de Du Guesclin, allant en Castille venger la mort de la reine Blanche de Bourbon, portent des croix blanches, d’où leur surnom de Compagnie blanche (1366).
Vers la fin de la guerre de Cent Ans (1337 à 1453), la croix blanche de saint Michel sur fond bleu (couleur de la chape de saint Martin) est le drapeau militaire des Français.
Le 17 juillet 1789, le roi Louis XVI se rend à l'Hôtel de Ville de Paris pour reconnaître la nouvelle Garde Nationale ; il prend la cocarde bleue et rouge (couleurs de la Ville de Paris) et l'attache à son chapeau, sur sa propre cocarde blanche. Le monarchiste Lafayette, commandant de la Garde dont il a choisi la devise Liberté Ordre public, propose alors à l'Hôtel-de-Ville d'ajouter le blanc royal aux couleurs de la Ville et fait adopter la cocarde tricolore 5.
- Le 14 juillet, à la fête de la Fédération, des drapeaux tricolores rayés horizontalement [blanc (en haut), rouge et bleu] sont brandis.
- Le 19 octobre, le député Jacques-François de Menou propose à l'Assemblée nationale constituante que le pavillon blanc de la marine soit remplacé par le pavillon tricolore. Mirabeau appuie cette proposition.
- Le 24 octobre, l'Assemblée Constituante adopte le pavillon national tricolore.
- Le 22, un décret de l'Assemblée décide que sur mer le pavillon national sera blanc avec un quartier tricolore, au lieu de l'écu aux armes royales de France. La cravate blanche des drapeaux de l'armée est remplacée par la cravate tricolore.
- L’ordonnance du 24 précise :
Art. 1 : le pavillon de beaupré sera composé de 3 bandes égales et posées verticalement. La plus près du bâton sera rouge, celle du milieu blanche et l'autre bleue.
Art. 2 : le pavillon de poupe (des vaisseaux de guerre et bâtiments de commerce, ndlr) portera dans son quartier supérieur le pavillon de beaupré ci-dessus décrit. Cette partie du pavillon sera exactement le 1/4 de la totalité et environnée d'une bande étroite dont la moitié sera bleue et l'autre rouge. Le reste du pavillon sera blanc.
En décembre, dans un discours sur l’organisation des gardes nationales, Robespierre préconise que les mots Le Peuple Français et Liberté, Égalité, Fraternité soient inscrits sur les uniformes et sur les drapeaux, mais le projet ne sera pas réalisé.
1791 à 1794
Les régiments d'infanterie conservent des drapeaux carrés à croix blanche.
- 21 septembre : proclamation de la République ; de nombreux marins sont indignés de voir la livrée du tyran occuper une place sur les pavillons.
- Le 22, les fleurs de lis sont recouvertes par des losanges tricolores.
Le pasteur André Jeanbon (dit Jean Bon-Saint-André), ancien marin chargé de réorganiser la Marine, rentrant de Brest, rapporte à la Convention : « Un drapeau qui n'est pas celui de la Révolution flotte encore sur nos vaisseaux ».
Le peintre David, consulté, propose d'étendre les trois couleurs du canton à l'ensemble du pavillon en demandant que le bleu soit attaché à la hampe.
La loi du 15 février (27 pluviôse an II) supprime le pavillon décrété par l'Assemblée nationale constituante le 22 octobre 1790 et stipule que, à compter du 1er prairial an II (20 mai 1794), le pavillon de la marine nationale sera formé des trois couleurs nationales disposées en trois bandes égales posées verticalement le bleu attaché à la gauche, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs.
Sur le nouveau pavillon on peut lire les légendes : République française d'un côté, Discipline et soumission aux lois militaires de l'autre.
Le pavillon de beaupré et le pavillon ordinaire de poupe seront disposés de la même manière en observant proportions et grandeurs établies par l'usage (2 x 3, encore en usage aujourd'hui).
La flamme sera pareillement formée des trois couleurs : 1/5 bleu, 1/5 blanc et 3/5 rouge (proportions modifiées en 1838).
Le pavillon national sera arboré sur tous les vaisseaux le premier jour de prairial (20 mai 1794).
Ce pavillon de marine s'imposera progressivement à terre en tant que drapeau national.
Les demi-brigades qui remplacent les régiments ont des drapeaux avec les couleurs tricolores disposées de façons diverses.
Les croix blanches disparaissent sur les drapeaux militaires.
Napoléon attribue aux régiments d'infanterie le drapeau au losange central blanc avec les triangles des quatre angles alternativement bleus et rouges.
Le 5 décembre, le nouveau drapeau de l'armée porte au-dessus de la hampe une aigle en bronze doré ; sur l'avers : L'empereur des Français au (...) régiment de (...), au revers : Valeur et Discipline avec le numéro du bataillon.
Un corps de troupe doit avoir un effectif minimal de 1 200 hommes à pied pour avoir droit à un drapeau, ou de 800 hommes pour un étendard (la règle ne s'applique pas aux écoles militaires).
Napoléon donne à ses régiments un drapeau carré tricolore dont les couleurs sont disposées comme celles du drapeau national (le pavillon de marine de 1794) ; au revers, sont inscrites les victoires auxquelles l'unité a participé.
L'ordonnance du 18 avril 1816 décrète le drapeau blanc drapeau national de la France.
Réapparus le 27 juillet à Paris, la cocarde et le drapeau tricolores sont légalisés les 1er et 6 août par le lieutenant général duc d’Orléans et inscrits dans la charte du 14 suivant (art. 67).
Le drapeau tricolore (qui sera contesté par les révolutionnaires de 1848 et par les communards de 1871, partisans du drapeau rouge 1) ne variera plus jusqu’à nos jours.
Toutefois la marine nationale utilise depuis le milieu du XIXe siècle un pavillon aux bandes de largeurs inégales, le vent pliant l’étoffe et l’usure diminuant le rouge : pour un battant (longueur du rectangle) de 100, il y a 30 pour le bleu, 33 pour le blanc et 37 pour le rouge.
Le 6 août, une ordonnance décide que le coq gaulois remplacera la fleur de lys sur la hampe des drapeaux.
"Le 27 mars 1831, les troupes acclamèrent la réapparition de ce drapeau (le drapeau tricolore, ndlr) surmonté du coq gaulois, et portant la devise : "Liberté, ordre public." 4
Le 25 février, Lamartine, membre du gouvernement provisoire, refuse d'adopter le drapeau rouge 1 : « Le drapeau rouge ! Si vous êtes assez mal inspirés pour imposer une république de parti et un pavillon de terreur, le gouvernement est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret ! Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang et vous devriez le répudier plus que moi : car le drapeau rouge que vous nous rapportez n'a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple, en 1791 et 1703, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ! »
Auguste Blanqui réplique : « Les combattants républicains ont lu avec une douleur profonde la proclamation du gouvernement provisoire qui rétablit le coq gaulois et le drapeau tricolore. Le drapeau tricolore, inauguré sous le règne de Louis XVI, a été illustré par la première République et par l'Empire ; il a été déshonoré par Louis-Philippe. Nous ne sommes plus, d'ailleurs, ni de l'Empire ni de la première République. Le peuple a arboré la couleur rouge sur les barricades de 1848. Qu'on ne cherche pas à la flétrir! Elle n'est rouge que du sang versé par le peuple et la garde nationale. Elle flotte étincelante sur Paris, elle doit être maintenue. Le peuple victorieux n'amènera pas son pavillon ! »
Le 27 octobre, le comte de Chambord (qui aurait pu être Henri V) fait échouer la restauration monarchique en refusant (entre autres) d'adopter le drapeau tricolore.
En juillet, le drapeau bleu, blanc, rouge est définitivement adopté par la IIIème République. Quatre cent vingt-trois drapeaux sont remis à Longchamp le 14 juillet.
La Constitution de 1946 (art. 2) est la première à évoquer le drapeau tricolore, les bandes verticales étant d’égales dimensions, mais celle de 1958 omettra cette précision.
L'article 2 de la Constitution de 1958 énonce : « La langue de la République est le français. L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L'hymne national est la Marseillaise. La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité". Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »
L'article 433-5-1 du Code Pénal (Loi n°2003-239 du 18 mars 2003, art. 113. JORF 19 mars 2003) stipule :
Le 23 juillet 2010, est publié au Journal Officiel n°0168 le Décret n° 2010-835 du 21 juillet 2010 relatif à l'incrimination de l'outrage au drapeau tricolore :
Art. R. 645-15. - Hors les cas prévus par l'article 433-5-1, est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe le fait, lorsqu'il est commis dans des conditions de nature à troubler l'ordre public et dans l'intention d'outrager le drapeau tricolore :
La récidive des contraventions prévues au présent article est réprimée conformément aux articles 132-11 et 132-15."
II se pourrait que cette mode d'entasser les drapeaux fût une preuve de notre ignorance, car vraisemblablement les drapeaux étaient jadis destinés à conduire chacun une troupe ; ces troupes réduites à un petit nombre, on a formé de toutes une seule, et l'on a mis les drapeaux au centre, comme lorsqu'on n'était pas complet […] Les soldats doivent se faire une religion de ne jamais abandonner leur drapeau; il doit leur être sacré, et l'on ne saurait y attacher trop de cérémonies pour le rendre respectable et précieux. Si l'on peut y parvenir, on peut aussi compter sur toutes sortes de bons succès ; la fermeté des soldats, leur valeur en seront les suites. Un homme déterminé qui prendra en sa main leur drapeau leur fera braver les plus grands dangers. (Maréchal Maurice de Saxe + 1750)
Sans savoir pourquoi nous rendons aux drapeaux des honneurs comme s'ils portaient l’image de quelque divinité tutélaire, comme s'il y avait quelque malheur attaché à leur perte ; nous avons des ordonnances qui prescrivent aux soldats de ne pas les abandonner sous peine de mort ; néanmoins, quelques charretées de drapeaux pris dans une bataille ne font pas la moindre impression à ceux qui les ont perdus, et ne méritent pas davantage l'attention de ceux qui les ont obtenus de la victoire ; on les dépose dans des temples où ils fixent pendant quelque temps la vue de la populace ; avec du taffetas et des bâtons, on en a de plus beaux le lendemain. (L'Encyclopédie ou Dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines, 1770-1780)
Il faut regarder le drapeau comme le domicile ; partout où est le drapeau, là est la France. (Napoléon Bonaparte 1769-1821)
Diodore de Sicile prétend que les Egyptiens eurent les premiers des drapeaux : des effigies d'animaux, le plus souvent une tête de bœuf, en souvenir du fameux bœuf Apis […] Le roi de France (Clovis roi de tous les Francs de 481 à 511, ndlr), dès l'an 498, prit pour drapeau la chape de saint Martin. En 630 (sous Dagobert Ier roi des Francs de 629 à 639, ndlr) parut l'oriflamme 2, qui remplaça cette chape. En 1583, on se servit pour la première fois du terme drapeau. 4
Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de m... qu'il est temps de n'en plus avoir du tout. (Gustave Flaubert, Correspondance à George Sand, 1869)
Le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie. (Alphonse de Lamartine + 1869)
Toute chose n'a de prix que par l'idée qu'on y attache : tous les drapeaux qui racontent, sous le dôme des Invalides, la gloire militaire de la France, n'arriveraient pas à valoir pour six francs de chiffon. (Jean-Baptiste Alphonse Karr, + 1890)
Il faut faire passer avant toute chose l'honneur du drapeau. (Jules Ferry 1832-1893)
Un homme bon, un homme sain, un homme raisonnable ne doit pas saluer les drapeaux. (Henri Barbusse, La Lueur dans l'abîme, 1920)
Le drapeau déchiré fait la gloire du capitaine. (Proverbe français)
1 « D'après la loi martiale rendue contre les attroupements par la Constituante de 1789, l'autorité municipale devait, en cas de résistance aux sommations, déployer contre l'émeute un drapeau rouge : c'était avertir que la force allait être employée. Dans ce cas, on arborait ce drapeau à la principale fenêtre de l'Hôtel de ville. Le drapeau rouge fut ainsi déployé contre le peuple, en juillet 1791 (le 17 juillet, ndlr), lors du massacre du Champ-de-Mars. Un an plus tard, en juillet 1792, le peuple insurgé contre la royauté prit des bannières rouges portant cette inscription : "Loi martiale du peuple contre la rébellion du pouvoir exécutif". Voilà bien évidemment quelle fut l'origine du drapeau rouge ». (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse. 1863-1890)
« Un drapeau rouge a été, prétend-on, arboré par les Cordeliers devant les Tuileries le 10 août 1792, avec l’inscription : Loi martiale du peuple souverain ». (Le drapeau rouge : rituels et discours, par Marc Angenot, in Françoise Coblence et Boris Eizykman, dir. L’Esthétique de la rue. Paris : L’Harmattan, 1998)
2 "L’opinion commune est que l’oriflamme est le plus célèbre & le plus ancien de tous nos étendards ; c’étoit celui de toute l’armée : on croit qu’il parut sous Dagobert en 630, & qu’il disparut sous Louis XI. Les histoires de France en parlent diversement. M. le président Hénault dit que Louis-le-Gros (Louis VI de France, dit le Gros ou le Batailleur, roi des Francs de juillet 1108 à 1137, ndlr) est le premier de nos rois qui ait été prendre l’oriflamme à Saint-Denis." (Encyclopédie 1ère édition tome 6, page Diderot). "L'oriflamme était une bande de soie légère, rouge uni (couleur impériale ou encore celle du martyr, en l'honneur des saints Denis, Rustique et Éleuthère), assez longue, découpée de cinq, trois ou deux queues, ornée de houppes vertes, attachée par des anneaux à une lance dorée pouvant tuer l'ennemi." (Encyclopædia Universalis 2007, Hervé Pinoteau)
En août 1124, Henri V, l’empereur d’Allemagne, envahit la Champagne, attaque Reims mais est repoussé par Louis VI le Gros ; c’est à cette occasion qu'est brandi pour la première fois l’oriflamme rouge, bannière des abbés de Saint-Denis, à l'initiative de l'abbé de Saint-Denis, Suger (le « père de la patrie »). Le port de la bannière de saint Denis par les rois de France sera abandonné par Charles VII au profit de l'étendard de saint Michel.
3 Encyclopédie universalis, art. Les-trois-couleurs, par Hervé Pinoteau
4 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse. 1863-1890
5 "La cocarde fut d'abord bleue et rouge ; ce n'étaient pas seulement les couleurs de la ville, mais par un singulier hasard, celles de la livrée d'Orléans. La Fayette, frappé de cette circonstance et voulant nationaliser l'ancienne couleur française (le blanc, ndlr), en la mêlant aux couleurs de la révolution, proposa à l'Hôtel-de-Ville et fit adopter la cocarde tricolore." (Marquis de La Fayette, Mémoires)

References: Art. 1

Art. 2

L'article 2

L'article 433
 art. 113
 l'article 433