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Timestamp: 2018-05-25 22:19:30+00:00

Document:
Marie et l’Apocalypse.
Observation de l’Ecriture.
Vue d’ensemble du livre de l’Apocalypse.
Les sept annonces de la Venue glorieuse.
La septième trompette (Ap 11)
Ap 12. Un grand signe dans le ciel
La Vierge Marie dans l’histoire de la fin.
Avec Jean Paul II.
Avec quelques saints.
Marie et l’Apocalypse
Observation de l’Ecriture
L’Apocalypse s’ouvre sur une contemplation du Christ Jésus : comme un fils d’homme, le visage comme le soleil, il a dans la bouche une épée à deux tranchants (la parole de Dieu), il était mort mais il vit (Ap 1).
Jésus parle aux Eglises qui vivent au temps de l’auteur, dans l’Asie mineure. Les chrétiens d’origine païenne y sont déjà très nombreux, et parmi eux certains « Nicolaïtes » menacent de détruire l’Eglise d’Ephèse et celle de Pergame (Ap 1, 6.15). Des difficultés viennent aussi de certains chrétiens d’origine juive, notamment dans l’Eglise de Smyrne (Ap 2,9). Avec tendresse, Jésus montre à chacune le défaut à combattre, et quelle sera la récompense du vainqueur, au ciel (Ap 2-3).
La vision suivante est justement celle du ciel. Au ciel, dans une splendide liturgie, est adoré Dieu le Créateur qui règne, assis sur le trône (Ap 4). Il y a aussi un Agneau immolé devant lequel tous se prosternent : c’est Jésus[1]. Il ouvre les sept sceaux d’un livre scellé (Ap 5). « Ce livre contient le plan créateur et sauveur de Dieu, son projet détaillé sur toute la réalité, sur les personnes, sur les choses, sur les événements. […] Seul Jésus est en mesure de révéler et de réaliser le projet de Dieu qu’il contient. […] Le Livre ouvert est remis à Jean (Ap 10, 8-9) et, à travers lui, à l’Église entière. »[2]
Il est question d’un cheval blanc : c’est Jésus, le Verbe de Dieu (Ap 19,13). Il interprète l’histoire du salut (Ap 6). Cette histoire est faite de guerre, de famine et de peste, mais aussi de la justice que réclame le sang des martyrs, et finalement des signes et des fléaux qui correspondent aux discours apocalyptiques des évangiles (cf. Mc 13 et //). Mais l’histoire du salut n’est pas un échec (Ap 7) : « La victoire est à notre Dieu qui siège sur le trône, et à l’Agneau » chante un grand nombre de fils d’Israël avec une foule innombrable venue d’ailleurs, la foule des nations entrées dans l’histoire du salut.
Qu’arrivera-t-il ? Il y a un silence (Ap 8,1), tout n’est pas dit d’avance. Il y a la prière des saints. Il y a ensuite des bouleversements cosmiques et des fléaux, un jugement (Ap 8-9).
Une explication est donnée dans un petit livre (Ap 10, 10). Elle semble ne concerner d’abord que Jérusalem, « la grande ville […] où le Seigneur fut crucifié » (11,8). Cette ville est partiellement détruite par un tremblement de terre, il y a un jugement, des chants, puis le temple céleste s’ouvre. Mais l’expression « la grande ville » concerne aussi le monde entier : ce qui est advenu pour Jérusalem arrivera aussi pour le monde entier. Les idoles vont tomber et le monde (Babylone) sera jugé, les marchands de la terre pleureront la chute de Babylone l’idolâtre (18,11).
Le Christ est enfanté dans les douleurs et menacé par le diable (Ap 12, 1-4). Il doit mener les nations avec un sceptre de fer (12, 5 ; 19, 5), un pouvoir qu’il partagera avec le vainqueur, « celui qui fera mes œuvres ([grec : erga]) jusqu’au bout » (2, 26-27).
Le Christ est surtout l’Agneau, qui vient pour épouser la fiancée, la nouvelle Jérusalem qui descend « d’auprès de Dieu, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux » (21, 2). Elle descend du ciel parce que c’est une réalité qui va « au-delà de tout ce que l’homme peut faire; elle est un don de Dieu qui s’accomplira dans les derniers temps. Mais elle n’est pas une utopie: elle est une réalité déjà présente. C’est ce qu’indique le verbe au présent utilisé par Dieu – "Voici que je fais toutes choses nouvelles" (21, 5) – avec la précision qui suit : " Tout est réalisé désormais" (21, 6). »[3]
Les sept annonces de la Venue glorieuse
Le Christ viendra comme roi, et roi des rois (Ap 19, 16). Jésus est Roi parce qu’il est le Verbe éternel, il est aussi Roi par conquête, par l’œuvre de la rédemption accomplie au calvaire, il a libéré les nations de l’emprise de Satan (Ac 26, 17-18), ainsi vient-il dans sa création, pour l’humanité dont il est le Rédempteur.
Aux disciples fidèles, il sera donné « pouvoir sur les nations » (Ap 2, 26), sur la terre… Il est dit aussi : « le vainqueur, je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu » (Ap 3, 12), il s’agit d’une réalité encore terrestre, car dans la réalité ultime, il n’y aura plus de temple, Dieu étant tout en tous[4].
Après la vision de la liturgie céleste (Ap 5), commence l’ouverture des sept sceaux du « livre scellé ». « Lorsque l’Agneau ouvrit le premier des sept sceaux, j’entendis le premier des quatre Vivants crier comme d’une voix de tonnerre : "Viens !" Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval blanc ; celui qui le montait tenait un arc ; on lui donna une couronne et il partit en vainqueur, et pour vaincre encore » (Ap 6, 1-2). Nous pouvons y lire une seconde allusion à la venue glorieuse du Christ : il est couronné, et il vient pour un jugement.
Le septième sceau est une transition, avec la prière des saints, vers l’image des sept trompettes (Ap 8, 1-6). Chaque son de trompette initie un fléau. Le ministère des deux témoins, ascètes et martyrs, apporte une grâce passagère. Puis, « Le septième Ange sonna... Alors, au ciel, des voix clamèrent : "La royauté du monde est acquise à notre Seigneur ainsi qu’à son Christ ; il régnera dans les siècles des siècles" » (Ap 11, 15).
Manifestement, nous avons là une troisième allusion à la Parousie : c’est une royauté du monde, donc sur la terre, mais en mouvement vers l’éternité des siècles des siècles. Ce règne opère un jugement, c’est « le temps de récompenser tes serviteurs les prophètes, les saints, et ceux qui craignent ton nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre » (Ap 11, 18).
Le chapitre 14 décrit une quatrième fois la venue glorieuse du Christ : « Et voici qu’apparut à mes yeux une nuée blanche et sur la nuée était assis comme un Fils d’homme, ayant sur la tête une couronne d’or et dans la main une faucille aiguisée » (Ap 14, 14).
Le Christ est décrit comme « un fils d’homme » ; attention, la Parousie ne renouvelle ni l’incarnation ni la Passion du Christ, mais celui qui apparaîtra sur les nuées du ciel n’est autre que celui qui s’est incarné de la Vierge Marie et qui a souffert sous Ponce Pilate… Observons aussi que, de même qu’au chapitre 6 ce n’était pas le cavalier blanc qui apportait la mort mais les autres cavaliers, ici, ce n’est pas ce Fils d’homme qui « vendange » la terre, mais c’est un ange. Rappelons-nous, le Christ ne vient pas pour exterminer, il vient pour vivifier (He 9, 28).
Le Cantique de Moïse et la mer de cristal nous rappellent que nous sommes dans un vaste Exode vers l’éternité (Ap 15). Viennent alors les fléaux des sept « coupes », qui s’achèvent par une cinquième mention de la Venue glorieuse du Christ dans une section qui insiste sur la dimension spirituelle (contre les esprits démoniaques) et le caractère universel (le monde entier) de l’ultime lutte précédant la Parousie :
« Et de fait, ce sont des esprits démoniaques, des faiseurs de prodiges, qui s’en vont rassembler les rois du monde entier pour la guerre, pour le grand Jour du Dieu Maître-de-tout. (Voici que je viens comme un voleur : heureux celui qui veille et garde ses vêtements pour ne pas aller nu et laisser voir sa honte.) Ils les rassemblèrent au lieu dit, en hébreu, Harmagedôn. » (Ap 16, 14-16)
Après les sept coupes, l’Apocalypse nous décrit le châtiment de Babylone avec laquelle « ont forniqué les rois de la terre » (Ap 17, 2). C’est évidemment une image supplémentaire pour évoquer le jugement du monde. Or, cette image s’achève par une sixième annonce du règne du Christ en sa venue glorieuse :
« On clamait : "Alléluia ! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout. Soyons dans l’allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l’Agneau, et son épouse s’est faite belle" » (Ap 19, 6-7).
Toutes les tribulations ont purifié l’Eglise, elle s’est faite belle !
La venue glorieuse du Christ est finalement le thème de la conclusion de l’Apocalypse « voici que mon retour est proche » (Ap 22, 7), avec son épilogue « L’Esprit et l’épouse disent : Viens ! Que celui qui entend dise : Viens !» (Ap 22, 17). La Parousie est la Venue glorieuse du Christ, l’époux de nos âmes, l’époux de l’Eglise ! C’est un mystère d’amour et d’union…
Jésus reviendra dans la gloire, il ne viendra pas seulement en juge, il viendra pour une récompense, il viendra en roi : le royaume de Jésus, comment ne pas le désirer ? Le royaume de Jésus, c’est l’Evangile en grand, avec ses guérisons et ses miracles, le partage et le pardon, le climat de joie, les béatitudes ! La venue glorieuse est une victoire, une vivification, un royaume, une noce… C’est la venue du Christ, l’époux de nos âmes, l’époux de l’Eglise !
« 15Et le septième Ange sonna... Alors, au ciel, des voix clamèrent: "La royauté du monde est acquise à notre Seigneur ainsi qu’à son Christ; il régnera dans les siècles des siècles." 16 Et les 24 Vieillards qui sont assis devant Dieu, sur leurs sièges, se prosternèrent pour adorer Dieu en disant : 17"Nous te rendons grâce, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, Il est et Il était, parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne. 18 Les nations s’étaient mises en fureur; mais voici ta fureur à toi, et le temps pour les morts d’être jugés; le temps de récompenser tes serviteurs les prophètes, les saints, et ceux qui craignent ton nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre." 19 Alors s’ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le temple; puis ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres et un tremblement de terre, et la grêle tombait dru... 12,1 Un grand signe apparut dans le ciel : une femme. » (Ap 11, 15 à 12, 1)
Les images s’enchaînent sans interruption. La septième trompète inaugure le règne du Christ et le jugement pour le monde. Nous ne sommes pas dans le contexte limité à Israël comme par exemple en Ap 7, 1-8. Ce sont des visions pour le monde (11, 15). Le temple céleste est ouvert, l’Arche d’Alliance apparaît (11, 19) et aussitôt est donné le grand signe de la femme et du dragon (12,1). Nous sommes dans un temps de jugement et de victoire (11, 18), un temps aussi de pardon puisque le temple et en particulier le Saint des saints où est l’arche d’alliance est le lieu de la miséricorde (11, 19), c’est là où le grand prêtre entre le jour du grand Pardon.
A partir de la superposition des images, la femme sur l’image du temple, on pourrait voir dans la femme l’image de l’Eglise, car les disciples sont la demeure de Dieu (Jn 14, 23), ils sont sanctifiés (Jn 17, 19). Mais la superposition de la vision de la femme sur l’arche d’Alliance encourage une lecture mariale. Aucune Eglise n’a été appelée arche d’Alliance. Par contre, au moins dans la tradition de saint Luc, Marie a été vénérée comme nouvelle arche d’Alliance[5].
Ce n’est qu’un indice. Restons-en là et avançons dans le texte.
Le premier signe : la femme couronnée, qui enfante
« Un grand signe apparut dans le ciel : une femme […] sur sa tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12,1).
La femme est couronnée. Dans le monde ancien, le couronnement de la mariée, ou des époux, signifie la perfection et l’achèvement de leur union, c’était une coutume commune à tous les peuples. Dans le Peuple de l’Alliance le rite du couronnement de la mariée remonte aux temps bibliques ; on en trouve des références dans le Cantique et chez les prophètes. Cette allusion aux noces en Ap 12,1 invite à faire le rapprochement avec la fiancée d’Ap 21 qui est la Jérusalem descendant du ciel.
« 2 Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. […] 9Alors, l’un des sept Anges aux sept coupes remplies des sept derniers fléaux s’en vint me dire: "Viens, que je te montre la Fiancée, l’Epouse de l’Agneau." » (Ap 21, 2.9)
Jérusalem ou le peuple hébreu sont dans la Bible souvent représentés sous la personnification d’une femme[6]. C’est la « femme » de l’Alliance biblique.
L’Apocalypse suit cette tradition : ainsi la « femme » est la ville de Jérusalem, mais il faut aussitôt noter deux nouveautés. L’époux n’est pas Dieu en général, mais le Christ. L’épouse est encore la ville sainte mais l’expression « ville sainte » décrit une réalité toute nouvelle : elle descend du ciel (Ap 12, 10) avec les douze tribus d’Israël et les douze apôtres de l’Agneau :
« avec douze portes : sur ces portes douze anges dont les noms sont écrits, ce sont les noms des douze tribus des fils de l’Israël […] les murs de la ville ont douze fondations sur lesquelles sont les douze noms des douze apôtres de l’Agneau » (Ap 21, 12.14).
Le nom des tribus d’Israël sur les portes ne doit pas faire oublier la perspective chrétienne : « Heureux ceux qui lavent leurs vêtements [dans le sang de l’Agneau : dans la foi au Christ mort et ressuscité], ils auront part à l’arbre de vie et pourront entrer par les portes de la cité » (Ap 22, 14). Les fondations de cette ville ne sont pas les tribus d’Israël, pourtant plus anciennes, mais les apôtres : ceux qui annoncent le Christ mort et ressuscité, Dieu fait homme, confirmé par Dieu dans son identité de Fils de Dieu. Les portes de cette ville sont les tribus d’Israël, autrement dit, le rassemblement qui a lieu dans cette ville accomplit les prophéties concernant le retour des exilés et leur rassemblement en Sion. Cette nouvelle Jérusalem est la figure de l’Eglise ou de Marie qui accueille tous les hommes.
Cette vision concerne le monde entier, comme le signe de « la femme » de Ap 12,1 qui est lui aussi lié au destin de toutes les nations, aussi bien par le contexte qui précède (comme nous l’avons vu), que par le contexte qui suit, (comme nous allons le voir).
Le parallèle avec l’Evangile de saint Jean est pertinent. Jésus y est désigné comme Agneau au début de l’Evangile, par la bouche de Jean Baptiste (Jn 1, 36), et à la fin de l’Evangile, par le fait qu’on ne lui brise pas les os et à l’heure du sacrifice de l’agneau pascal (Jn 19, 31-37) avec une allusion à Zacharie (12, 10-14). L’épouse de l’Agneau y est la mère de Jésus, appelée par Jésus « femme » au début de l’Evangile dans le contexte des noces de Cana (Jn 2, 4) et à la fin (Jn 19, 26). La mère de Jésus est aussi la nouvelle Jérusalem qui porte Jésus le nouveau temple et qui accueille les fils de Dieu que Jésus rassemble par sa mort en croix (Jn 11,51-52) - des fils de Dieu qui ne sont plus seulement les exilés d’Israël mais tous les hommes[7].
Dans l’Apocalypse, l’Agneau désigne Jésus. Il accomplit aussi la prophétie de Zacharie : « Voici, il vient avec les nuées; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. » (Ap 1,7, cf. Za 12, 10-14). L’épouse est Jérusalem, et dans cette image Israël et l’Eglise sont fortement liées, mais c’est seulement à travers la maternité physique de Marie à Bethléem que la Femme-Israël devient la Femme qui engendre le messie (Ap 12, 5). C’est seulement à travers la Passion du Christ que cette Femme est épousée par l’Agneau (Ap 21,2.9) et qu’elle est la ville sainte (Ap 21, 10-14).
« Un grand signe apparut dans le ciel : une femme revêtue du soleil » (Ap 12, 1). [8]
Dieu revêt avec tendresse Adam et Ève après la chute (Gn 3,21) et revêt magnifiquement les lis des champs (Mt 6,30). Dans son Alliance, Dieu orne Jérusalem ou Israël d’habits fins (Ez 16,10-13) et le prophète dit : « Revêts-toi de splendeur, o Sion ! » (Is 52,1). Jérusalem répond: « J’exulte dans le Seigneur [...] parce qu’il m’a revêtue des vêtements du salut, il m’a enveloppé avec le manteau de la justice » (Is 61,10). En Ap 12,1, on dirait que Dieu manifeste son amour pour « la femme » en lui donnant pour vêtement tout ce qu’il a de mieux, c’est-à-dire « son soleil ».
Dans la Bible, le soleil est la marque la plus emblématique de Dieu, il en exprime la transcendance. Plus précisément, l’auteur de l’Apocalypse voit au milieu des sept lampes d’or, c’est-à-dire des sept églises « Comme un fils d’homme » c’est-à-dire le Christ ressuscité, et « son visage resplendit comme le soleil dans toute sa force » (Ap 1, 16). Quant à la ville sainte de sa vision, il n’y fait jamais nuit, mais elle n’a plus besoin du soleil naturel (Ap 21, 23 et 22, 5), elle est éclairée par « la gloire de Dieu », par « l’Agneau », par le « Seigneur Dieu ». La femme ayant un manteau de soleil est donc l’Eglise ou Marie, revêtue de la présence de Dieu, du Christ glorifié, ressuscité.
« Une femme revêtue du soleil, avec la lune sous ses pieds » (Ap 12, 1).
Pour la mentalité biblique, la lune est l’astre qui préside à la division du temps en jours, mois, années, saisons... (Gn 1,14-19). Si la lune reste sous les pieds de la femme, cela veut dire que la femme exerce une domination sur le temps, comme le Seigneur exerce un domination sur les ennemis qui sont sous ses pieds (cf. Ps 110,1; Jos 10,24).
Cette domination sur le temps transparaît quand Marie devance l’heure du Christ : bien que son heure ne soit pas venue, par l’intercession de Marie les disciples vont voir la gloire de Jésus et le reconnaître comme messie (Jn 2,1-11).
L’attitude de Marie au calvaire rejaillit au commencement en « dénouant » l’attitude d’Eve : c’est une autre forme de domination sur le temps.
Dominer le temps c’est aussi savoir que l’Alliance avec Dieu va au-delà des vicissitudes terrestres : elle est éternelle (Ps 89,37-38). En ce sens, Israël peut vivre le mémorial de l’Exode : l’amour que Dieu manifesta envers ses pères lors de la sortie d’Egypte, c’est pour eux aujourd’hui (Dt 5, 3). L’Eglise peut vivre le mémorial du Christ, le mémorial eucharistique. Après l’Ascension, Marie a pu vivre une présence très forte du Christ glorifié, et communier à son Fils vivant dans l’éternité. L’Eglise peut vivre quelque chose du ciel et des réalités futures : « sur la terre comme au ciel » disons-nous dans la prière du Notre Père.
« et sur sa tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12, 1).
Dans l’Apocalypse, la couronne est couronne de vie et d’immortalité (Ap 2, 11). La couronne est aussi symbole de triomphe, de victoire, comme on peut le voir d’une façon générale dans le Nouveau Testament[9] et dans l’Apocalypse en particulier[10]. Ces connotations cadrent parfaitement bien avec toutes les autres allusions à la victoire du Christ ressuscité dans le livre de l’Apocalypse et dans ce chapitre en particulier.
Mais plus précisément, le symbolisme « douze étoiles » ne se retrouve qu’une seule fois dans la Bible : quand le patriarche Joseph raconte avoir vu en rêve le soleil, la lune et onze étoiles se prosterner devant lui ; le soleil et la lune représentent le père et la mère de Joseph, et les onze étoiles sont le symbole de ses frères (Gn 37, 9). Douze étoiles sont le symbole des douze fils de Jacob, les douze tribus d’Israël. Quelle pourrait être le sens de ce rappel des douze tribus d’Israël ?
1.La couronne de douze étoiles désigne-t-elle la femme comme étant l’ancien Israël ?
« La femme peut désigner l’Israël des prophètes qui enfante le Messie. »[11] Mais la femme désigne aussi « Marie et l’Eglise. »[12] Elle est « revêtue de soleil » (Ap 12, 1), un soleil qui dans le contexte de l’Apocalypse, se réfère au Christ Ressuscité (Ap 1, 16).
2.Faut-il donc considérer que cette femme est l’Ancien Israël qui a cru au Christ, l’Eglise hébraïque, judéo-chrétienne, issue des douze tribus ?
Cette interprétation est encore trop étroite : les fils de la femme sont aussi « ceux qui gardent les commandements [ grec : ‘entolè]» (Ap 12, 17), une expression que l’on retrouve exactement en Ap 14, 12 où elle désigne des croyants « de toutes les nations » (Ap 14, 6) - et non pas uniquement les 144 000 issus du peuple Juif (Ap 14, 1). En outre, cette femme est revêtue de soleil, le soleil du Ressuscité, qui est au milieu des sept Eglises qui ne sont pas uniquement judéo-chrétienne (Ap 1-2).
3.Faut-il comprendre que l’Eglise et Marie seront couronnées par les douze tribus, c’est-à-dire aimées par tout Israël ?
Cette vision ne peut pas correspondre au temps présent de l’auteur. Mais la lune est sous les pieds de la femme : la vision transcende la durée des siècles. C’est pourquoi, de même que saint Paul désire que tout Israël soit sauvé et ne doute pas qu’un tel processus soit en cours (Rm 11, 26), de même l’auteur de l’Apocalypse peut entrevoir le jour où tout Israël « couronnera » l’Eglise ou Marie.
4.Cette couronne de douze étoiles désigne-t-elle l’Eglise et Marie accomplissant les prophéties du rassemblement des douze tribus, des prophéties reprises par le Christ dans un sens universel, pour rassembler tous les hommes ?
Cette interprétation cadre bien avec l’ensemble du livre de l’Apocalypse qui ne s’intéresse pas uniquement au destin de Jérusalem et de l’Eglise issue d’elle, mais au destin du monde entier. Dans le corpus johannique, cette interprétation cadre bien aussi avec Marie qui au calvaire, accueille les fils de Dieu que Jésus rassemble par sa mort en croix (Jn 11,51-52) - des fils de Dieu qui ne sont plus seulement les exilés d’Israël mais tous les hommes, comme nous l’avons déjà dit.
« Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement. » (Ap 12, 2).
« La femme sur le point d’accoucher s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. » (Jn 16.20-22).
Dans l’Evangile, la femme représente donc les disciples, et, parmi eux, la mère de Jésus se situe dignement : en effet, elle a accueilli en son fils le Messie tel que Dieu le lui proposait, et elle a vécu exemplairement le drame du Christ crucifié, comme l’Evangile nous le montre. On peut même dire que la femme représente surtout Marie car à cette heure douloureuse, Jésus révèle à Marie sa maternité spirituelle envers le disciple bien-aimé (Jn 19, 25-27).
Le parallèle avec l’Apocalypse est très pertinent. Marie est de façon éminente la femme de l’Apocalypse qui enfante dans la douleur et qui devient aussi la mère de ceux qui vivent les commandements divins et rendent témoignage à Jésus (Ap 12, 17).
« Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; 6 et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône. » (Ap 12, 5-6)
Or nous savons que les psaumes 2 et 110 sont souvent utilisés pour annoncer la résurrection du Christ[13]. Dans l’enlèvement du nouveau-né dans le ciel, on voit donc l’énergie divine à l’œuvre dans la Résurrection qui est le triomphe du Christ.
Les chrétiens pourront mettre en échec le dragon (Satan) en vertu du sang de l’Agneau (le Christ) et de leur témoignage jusqu’à la fin, jusqu’au martyre[14].
L’Apocalypse affirmait aussi que les fidèles participent au triomphe pascal du Christ : « Le vainqueur je le ferai s’asseoir près de moi, sur mon trône, comme j’ai vaincu et que je me suis assis près de mon Père sur son trône » (Ap 3,21)[15]. Ailleurs, le vainqueur aura pouvoir sur les nations, il les mènera paître avec un sceptre de fer (Ap 2, 27).
Deuxième signe : un combat contre Satan (Ap 12, 3-4)
Satan est aussi l’anti-créateur, il s’oppose à l’ordre de la création : il met un fleuve au désert (12,15), il fait descendre le feu du ciel sur la terre (13,13) il fait tomber les étoiles (12, 3).
Les hostilités du serpent se réfèrent aux persécutions de l’Eglise primitive. Marie les a aussi vécues, elle vivait en effet au sein de la communauté de Jérusalem (Ac 1,14) qui fut très vite l’objet de persécutions de la part des autorités juives. Marie et sa communauté expérimentaient alors la puissance libératrice du Christ ressuscité[16]. Le livre de l’Apocalypse reflète cette expérience de salut.
Ap 12 et Gn 3,15 : la victoire de l’Apocalypse et la victoire de la Genèse
Le chapitre 12 de l’Apocalypse fait écho à Genèse 3,15 : une femme et sa descendance sont en lutte contre Satan et en sont victorieux. « L’antique serpent, celui que nous appelons le diable et Satan, et qui séduit toute la terre » (Ap 12,9) est une allusion au serpent de Genèse 3.
Genèse 3, 15 présente une difficulté de traduction.
La Bible de Jérusalem dit : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon." (Gn 3, 15). Elle correspond au texte hébraïque. Celui qui écrasera la tête du serpent ne sera pas la femme mais sa descendance, ou son lignage. Qui est cette descendance : Une collectivité ? La descendance de la maison de David ? Un individu ? Les réponses sont hésitantes.
La version grecque de la Septante (3ème ou 2ème siècle avant J-C) atteste clairement l’attente d’un messie personnel. En effet, elle traduit Gn 3,15 : « Il t’écrasera la tête » et le pronom grec « il » est masculin bien qu’il soit rapporté au substantif « descendance » qui en grec est neutre (tà sperma). Il aurait fallu le pronom neutre[17]. Ce manque de concordance est volontaire, il veut signifier que le messie était un individu, une personne unique, et non pas un peuple de façon générale.
« Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre les descendants de tes fils et les descendants de ses fils. Et il arrivera que lorsque les fils de la femme observeront les préceptes de la loi [de Moise], ils te prendront pour cible et ils t’écraseront la tête. Quand par contre ils oublieront les préceptes de la loi, toi tu leur tendras un piège et les mordras au talon. Cependant, pour eux il y aura un remède, alors que pour toi il y n’aura pas remède. Ils trouveront un remède [?] pour leur talon le jour du roi messie. » [18]
Ap 12 et Ap 21 : le désert, et au-delà du désert
A cause de Satan, la femme s’enfuit et demeure dans le désert (Ap 12, 6-16).
Dans l’ancienne alliance, le désert fut d’abord un refuge, quand Dieu fit sortir Israël d’Egypte (Ex 13,18), en le portant comme sur les ailes de l’aigle (Ex 19,4 etc.). Dans le désert Dieu procure à son peuple la manne, les cailles, l’eau (Ex 16,1-36; 17,1-7), comme plus tard il donne la nourriture à Élie (1R17, 1-7). Dans le désert, la terre s’ouvre pour avaler les présomptueux Coré, Datan et Abiram avec toutes leurs familles et leurs adhérents (Nm 16,135).
Comme pour Israël au désert, la « femme » de l’Apocalypse expérimente tangiblement le secours divin : dans le désert il y a un refuge préparé pour elle (Ap 12,6.14), et elle l’atteint parce que lui sont données les deux ailes du grand aigle (Ap 12,14). Dans le désert, elle trouve sa subsistance (Ap 12,6.14) qui pourrait faire allusion au pain eucharistique, nouvelle manne (cf Jn 6,48-58). Dans le désert, la terre ouvre un gouffre pour absorber le fleuve vomi par le dragon contre la « femme » (Ap 12,16).
Pour Israël, le désert est aussi un lieu d’épreuve : « Souviens-toi de tout le chemin que Yahvé ton Dieu t’a fait faire pendant 40 ans dans le désert, afin de t’humilier, de t’éprouver et de connaître le fond de ton cœur : allais-tu ou non garder ses commandements ? » (Dt 8,2)
L’Eglise revit cette expérience. Pire, toujours dans le désert (Ap 17, 3-6), Satan mobilise ses propres alliés auxquels il transmet sa puissance démoniaque : une autre femme, Babylone la grande, (la Rome païenne?), ivre du sang des saints et des martyrs de Jésus, s’assied sur une bête écarlate qui a sept têtes et dix cornes, symbole des rois dont les soldats combattent l’Agneau, le Christ. (Ap 17,3.9-14 ; cf 13,1-2).
Le désert n’est pas le but définitif ; il est plutôt une étape intermédiaire (Ex 23,20). Combien de temps la « femme » sera-t-elle au désert ? Le voyant répond: pour 1260 jours (Ap 12,6). Ce chiffre a son proche parallèle en Ap 12,14 où il est dit que la «femme» trouvera de la nourriture dans le désert « pour un temps, deux temps et la moitié d’un temps ».
« Un temps, deux temps et la moitié d’un temps » vient du livre de Daniel 7,25 qui l’utilisait en rapport à la persécution d’Antiochus IV Epiphane (168-165 av J-C). Trois temps et demi sont la moitié de sept, le chiffre parfait. Ce symbolisme a donc la fonction de souligner que les temps de l’angoisse, bien qu’ils semblent longs, sont partiels et n’entament pas le temps de Dieu. Satan sait qu’il a « peu de temps » (Ap 12,12).
1260 jours correspondent à 42 mois (42 x 30 jours = 1260 jours). 42 mois, c’est la période de la mission prophétique des deux témoins pendant lesquels sévit la persécution des païens qui piétinent la ville sainte (Ap 11,2-3), ou encore c’est la période pendant laquelle la bête a son pouvoir blasphématoire (Ap 13,5).
Donc les trois expressions : 42 mois, 1260 jours, 1 temps + 2 temps + la moitié d’un temps, désignent une période de forte épreuve, c’est-à-dire, de violence, d’angoisse, de calamité, de mort, y compris dans la ville sainte... Mais tous ces chiffres disent que ce n’est pas pour toujours.
Israël n’est pas resté toujours au désert, mais il entra en Canaan.
De même, il y a pour la « femme », un dernier rendez-vous bien au-delà du désert. Cette même femme deviendra « l’épouse de l’Agneau » (Ap 21,9), « la nouvelle Jérusalem » (21,2) où il y n’aura plus ni de mort ni de deuil, ni plainte ni angoisse, parce que les choses anciennes seront passées (21,4). Le soleil et la lune ne seront plus les sources de sa splendeur, car la gloire de Dieu l’éclairera et sa lumière sera l’Agneau[19].
La Vierge Marie dans l’histoire de la fin
Marie accueillit la Venue du Christ dans l’Incarnation. Marie aidera à accueillir la Venue glorieuse du Christ, car nous aussi, comme nous dit Benoît XVI, « nous pouvons nous ouvrir nous-mêmes, ainsi que le monde, à l’entrée de Dieu... »[20].
« Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt 24, 30).
Le retour du Christ se fait sous le vocable de « Fils de l’homme », c’est-à-dire aussi le fils de Marie de sorte que l’on peut dire : « [La Vierge Marie] étant la voie par laquelle Jésus-Christ est venu à nous la première fois, elle le sera encore lorsqu’il viendra la seconde, quoique non pas de la même manière »[21].
Le royaume des justes est inauguré par la manifestation du « signe du Fils de l’homme » (Mt 24, 30), c’est-à-dire par sa croix glorieuse. Jean nous l’a dit, au pied de la croix de Jésus, se tenait sa mère. Son cœur douloureux et immaculé était un cœur fidèle que la croix n’a pas fait s’enfuir. Les justes accueillent avec joie le signe du Fils de l’homme parce que le cœur de Marie bat dans leur cœur et qu’ils reconnaissent dans la croix de Jésus la miséricorde divine, le sommet et le triomphe de l’amour, la gloire de l’amour.
La venue du Fils de l’homme se fera sur « les nuées » (Mt 24, 30), symbole de l’Esprit Saint. Un saint parle d’un déluge d’amour qui convertira jusqu’aux Juifs (cf. Rm 11) : « Quand sera que viendra ce déluge de feu du pur amour que vous devez allumer sur toute la terre d’une manière si douce et véhémente que toutes les nations, les Turcs, les idolâtres et les Juifs même en brûleront et se convertiront ? »[22].
Le royaume des justes est un royaume immaculé d’où l’ivraie a été arrachée par les anges, comme Jésus l’avait promis (Mt 13).
Dans le royaume des justes, les justes sont incorporés à la victoire de l’Immaculée sur Satan. Au jardin de la Genèse, Eve avait écouté Satan et avait pris le fruit défendu, dans le royaume des justes « lorsqu’un saint cueillera une grappe, une autre grappe lui criera ‘Je suis meilleure, cueille-moi et, par moi, bénis le Seigneur’ »[23]. La faute originelle se trouve ainsi récapitulée : au lieu de prendre le fruit défendu et de fuir Dieu, l’homme reçoit de la création, qui est active, et il bénit Dieu. Les justes sont incorporés dans la victoire du cœur immaculé de Marie, la nouvelle Eve sur qui Satan n’a jamais eu d’emprise… Marie qui mit toute sa joie à vivre de la divine volonté et à en recevoir toute sa beauté, toute sa fécondité.
Ce royaume des justes est illuminé par la Parousie, ce qui signifie aussi que les justes sont purs et transparents à la présence du Christ ressuscité et glorieux. Marie immaculée fut l’espace saint accueillant le Fils de Dieu en son incarnation ; Marie fut aussi le premier espace accueillant l’apparition du Christ ressuscité[24]. La Parousie manifeste glorieusement le Christ ressuscité qui bénéficie à des hommes justes rendus capables de l’accueillir par leur caractère marial (ils vivent comme Marie, ou Marie vit en eux, selon le langage des spirituels), c’est pourquoi ce royaume des justes est le triomphe du cœur immaculé de Marie.
Le royaume des justes n’est pas fait pour durer ; les justes sont incorporés au Christ et ils le suivent de la résurrection à l’Ascension (1Th 4, 16). L’Assomption de Marie devance la nôtre comme un privilège lié aux autres privilèges que sont sa conception immaculée, sa maternité virginale et sa dignité de mère de Dieu, fidèlement associée à son Fils jusqu’à la Croix. Notre Assomption dans la vie éternelle sera, elle aussi, un triomphe pour le cœur immaculé de Marie, car le cœur de Marie est un cœur maternel qui n’espère rien que la participation de ses enfants à la vie éternelle, avec le Christ, pour toujours.
Dans un paragraphe très dense, saint Jean-Paul II enseigne, dans son encyclique « La mère du Rédempteur » :
« Si en tant que mère et vierge, elle était unie au Christ de façon singulière lors de sa première venue, par sa continuelle coopération avec lui elle le sera aussi dans l’attente de sa seconde venue ; rachetée de façon suréminente en considération des mérites de son Fils, elle a aussi ce rôle, propre à la Mère, de médiatrice de clémence lors de sa venue définitive, lorsque tous ceux qui sont au Christ revivront et que le dernier ennemi détruit ce sera la Mort. »[25]
Nous observons plusieurs thèmes courageusement abordés et reliés entre eux par le pape : certes, Jésus revient dans la gloire pour juger le monde, mais aussi pour vivifier ceux qui sont au Christ, autrement dit, il s’agit d’une grâce immense, et l’homme est toujours appelé à coopérer à la grâce[26].
Dans la lettre encyclique « La mère du Rédempteur » (1987) de Jean Paul II, Apocalypse 12 est mis en relation avec Gn 3, 15. Ces textes présentent Marie comme une femme forte et victorieuse du péché, une femme extraordinairement belle, un signe d’espérance assuré :
« Dans le dessein salvifique de la Sainte Trinité, le mystère de l’Incarnation constitue l’accomplissement suprême de la promesse faite par Dieu aux hommes après le péché originel, après le premier péché dont les effets pèsent sur toute l’histoire de l’homme ici-bas (cf. Gn 3, 15). Voici que vient au monde un Fils, "le lignage de la femme" qui vaincra le mal du péché à sa racine même : "Il écrasera la tête du serpent". Comme le montrent les paroles du protévangile, la victoire du Fils de la femme ne se réalisera pas sans un dur combat qui doit remplir toute l’histoire humaine. L’hostilité annoncée au commencement est confirmée dans l’Apocalypse, le livre des fins dernières de l’Eglise et du monde, où réapparaît le signe d’une femme, mais cette fois "enveloppée de soleil" (Ap 12, 1).
Marie, Mère du Verbe incarné, se trouve située au centre même de cette hostilité, de la lutte qui marque l’histoire de l’humanité sur la terre et l’histoire du salut elle-même. A cette place, elle qui fait partie "des humbles et des pauvres du Seigneur" porte en elle, comme personne d’autre parmi les êtres humains, la "gloire de la grâce" dont le Père "nous a gratifiés dans le Bien-aimé", et cette grâce détermine la grandeur et la beauté extraordinaires de tout son être. Marie demeure ainsi devant Dieu et aussi devant toute l’humanité le signe immuable et intangible de l’élection par Dieu dont parle la Lettre paulinienne: dans le Christ, "il nous a élus, dès avant la fondation du monde..., déterminant d’avance que nous serions pour lui des fils adoptifs" (Ep 1, 4. 5). Il y a dans cette élection plus de puissance que dans toute l’expérience du mal et du péché, que dans toute cette "hostilité" dont l’histoire de l’homme est marquée. Dans cette histoire, Marie demeure un signe d’espérance assurée. » (Jean Paul II, Redemptoris Mater 11)
Dans la conclusion, Marie participe à la « lutte incessante entre le bien et le mal » qui traverse l’histoire humaine. Elle se rend présente « dans les problèmes multiples et complexes... de chacun, des familles et des nations ». Marie aide non seulement les individus mais aussi les nations à se relever. Le pape cite alors l’antienne Alma Redemptoris Mater, « Secours le peuple qui tombe, mais qui cherche à se relever ».
L’exhortation post synodale Ecclesia in Europa (EE) de Jean Paul II suit le rythme du livre de l’Apocalypse. La femme d’Apocalypse 12 représente l’Israël des prophètes qui enfante le messie, mais aussi l’Eglise en proie à la persécution, victorieuse par le Christ et par ceux qui sont martyrs dans le Christ. Elle représente aussi Marie présente dans l’Eglise, Marie en qui l’Eglise a atteint sa perfection (EE 122 et 123).
« Marie, Mère de l’espérance, marche avec nous ! […] Intercède pour nous qui œuvrons dans l’histoire, avec la certitude que le dessein du Père s’accomplira. […] Veille sur tous les chrétiens : qu’ils avancent dans la confiance sur le chemin de l’unité, comme un ferment pour la concorde sur le continent. » (EE 125)
Avec quelques saints
L’Apocalypse a inspiré les saints.
Sainte Claire d’Assise prend le langage du livre de l’Apocalypse et appelle Agnès de Prague « l’épouse de l’Agneau Roi éternel », celle qui « chante le cantique nouveau devant le trône de Dieu et de l’Agneau et qu’elle suive l’Agneau partout où il ira. »[27] Claire s’adresse à Agnès avec les titres qui habituellement concernent Marie : « Ô mère et fille, épouse du Roi de tous les siècles » : Agnès a pour vocation celle de Marie.
Saint Louis-Marie de Montfort se situe dans le combat d’Apocalypse 12. « Le diable, sachant bien qu’il a peu de temps […] mettra de terribles embûches aux serviteurs fidèles et aux vrais enfants de Marie, qu’il a plus de peine à surmonter que les autres » (VD 50). Marie a épousé, plus intensément que personne, l’infini désir de son Fils : sauver par sa Croix le monde entier. Plus quelqu’un est lié à Marie, et plus il aussi engagé dans le salut du monde. En Gn 3, 15, Satan, l’antique serpent, est écrasé avec le talon de la femme. Pour saint Louis-Marie, les enfants et serviteurs de Marie sont justement le talon, sa partie la plus humiliée mais aussi la plus décisive dans le combat contre Satan (VD 55).
Nous sommes entrés dans une vision grandiose où se joue le combat de l’Eglise entière et le destin du monde.
Visualisez la scène. Vous êtes enfant de Marie, vous êtes face au Dragon, vous faites partie de tout un peuple qui se situe comme vous face au Dragon. Le Christ est vainqueur, Marie est revêtue de soleil. Le temps de l’épreuve est compté. Heureux ceux qui gardent le témoignage de Jésus. Heureux sont qui font les œuvres du Seigneur jusqu’au bout.
Quel est votre Dragon personnel ? Qu’est ce que vous devez fuir ?
Quelle est la nourriture que Dieu vous donne au Désert pendant l’épreuve ?
Quelle protection merveilleuse le Christ ressuscité a-t-il opérée pour vous ?
Vous n’êtes pas le seul, comment voyez vous les autres qui sont dans le combat ? Pouvez vous les soutenir ? Percevez-vous les combats d’ensemble (entre l’Evangile et Satan, entre la culture de la vie et la culture de la mort, pour la justice, la paix, l’écologie, etc.) ?
L’Apocalypse résonne aussi des chœurs des anges et archanges, et des chants de la foule innombrable : le Christ est doux et humble, fort et vainqueur, il est amour. A qui porter sa joie ?
Avec Marie, toute belle et parée pour son époux, percevez-vous que vous pouvez faire quelque chose de bien beau de toutes les minutes de votre vie ?
Vous choisissez deux versets de l’Ecriture qui vous ont frappés.
Vous rédigez votre méditation, telle une « lectio divina », en vous inspirant à la fois de l’apport et de votre expérience.
Si vous en êtes capables, vous faites un commentaire d’art (joindre une photo).
[1] Dans le livre de l’Apocalypse revient sans cesse l’image de l’Agneau pour parler de Jésus (28 fois !)
[2] Jean Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa, 28 juin 2003, § 44
[3] Jean Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa, 28 juin 2003, § 106
[4] « Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. » (1Co 15, 28)
[5] Cf. Ecole mariale N°1
[6] Ez 16,8 ; 23,2-4 ; Jr 2,2 ; 31,4.15 ; Os 1-3 ; Is 26,17-18 ;
[7] A.Serra, “Segno operante di unità dei dispersi figli di Dio (Jn 11,52)”, in E c’Era la Madre di Gesù (Jn 2,1). Saggi di esegesi biblico-mariana (1978-1988), ed. Cens Marianum, Milano-Roma 1989, pp. 285-321.
[8] cf. A. Serra, “Bibbia”, Nuovo dizionario di mariologia, a cura di De Fiores, San Paolo, Turino 1986, p.265-272, et
G.Biguzzi, La donna, il drago e il Messia in Ap 12, in Theotokos 8 (1/2000), pp.17-66
[9] Jc 1,12 ; 1 P 5,4 ; 1 Co 9,25 ; Phil 4,1…
[10] Ap 3,11 ; 4,4.10 ; 6,2 ; 14,14
[11] Jean Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa, 28 juin 2003, § 122
[12] Ibid., § 126.
[13] Pour le psaume 2 , cf. Ac 4,25-28 ; 13,33 ; He 1,5 ; 5,5 Ap 2,27 ; 12,5 ; 19,15
Pour le psaume 110 , cf. He 1,3.13 ; 5,5-6 ; 6,20 ; 7,17 ; 8,1 ; 10,12-13 ; At 2,33-35 ; Rm 8,34 ; Eph 1,20 ; Col 3,1 ; 1 Pt 3,22 ; Ap 3,21 ; Mt 26,64 ; Mc 16, 19 ; Lc 22, 66-71 ; Ac 3,21
[14] Ap 2,26 ; 12,11; 17,14
[15] Cf. « Vous aurez des épreuves dans le monde, mais ayez confiance ; j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33)
[16] cf. Ac 4,5-31; 5,17-41; 6,9-7,60; 8,1-3; 9,1-2; 12,1-19
[17] R.Martin, The earliest Messianic Interpretation of Gen 3.15 in Journal of biblical Literature 84 (1965) 425-427
[18] Version araméenne du Targum palestinien du pseudo Jonathan, Cf. R. Le DEAULT, Targum du Pentateuque I. Genèse, Cerf, Paris p.93-95
[19] Sa lumière sera l’Agneau : le Christ, Ap 21,23 ; cf Is 60,1-2.19-20
[20] Benoit XVI, Lettre encyclique Spe Salvi § 35
[21] Saint Louis-Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion §50, 4
[22] Saint Louis-Marie de Montfort, Prière embrasée § 7
[23] Saint Irénée, AH V, 33, 3
[24] « Il est même légitime de penser que, vraisemblablement, sa Mère fut la première personne à laquelle apparut Jésus ressuscité. […] Un auteur du second siècle, Sedulius, soutient que le Christ s’est montré dans la splendeur de sa vie ressuscitée en premier lieu à sa Mère. En effet, celle qui, au jour de l’Annonciation, avait été la voie de son entrée dans le monde […] Quand elle s’adresse à la Mère du Seigneur au cours du temps pascal, la communauté chrétienne l’invite à se réjouir : "Regina Caeli, laetare, alleluia ! : Reine du Ciel, réjouis-toi, alléluia !". Elle rappelle ainsi la joie de Marie devant la résurrection de Jésus, prolongeant dans le temps le "Réjouis-toi" que l’ange lui adressa à l’Annonciation, afin qu’elle devienne "Cause de joie" pour toute l’humanité. » (JEAN PAUL II, Audience générale du 21 mai 1997)
[25] Jean-Paul II, Encyclique Redemptoris Mater § 41
[26] On peut à ce sujet rappeler le décret sur la justification du concile de Trente. On peut aussi rappeler ce beau midrash d’une tradition minoritaire du judaïsme :
« Il a créé l’homme et lui a dit : Tu peux manger de tous les arbres, mais de l’arbre du bien et du mal, tu n’en mangeras pas. Et il transgressa son commandement.
Aussitôt, le Saint, béni soit-il, a fait disparaître sa Shekhinah...
Ils entendirent la voix d’Adonaï qui marchait dans le jardin parce qu’ils avaient transgressé ses commandements. La Shekhinah est partie dans son premier ciel.
Enfin vint Abraham qui se distingua par de bonnes choses. Et le Saint, béni soit-il, descendit du septième ciel vers le sixième. » (Tanhuma naso 16, éditions Eshkol Jer. 1972, pp. 687-688)
[27] Sainte Claire, 4e lettre à Agnès de Pragues, § 1-4 dans Ecrits, SC 325, Cerf, Paris 1985, p. 61

References: § 44
 § 106
 § 122
 § 126
 § 35
 §50
 § 7
 § 41
 § 1