Source: http://jesusmarie.free.fr/2a2ae_q174.htm
Timestamp: 2017-10-21 15:51:46+00:00

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Question 174 : De la division de la prophétie
Nous avons à nous occuper en dernier lieu de la division de la prophétie. — A ce sujet six questions se présentent : 1° De la division de la prophétie en ses espèces. — 2° La prophétie qui existe sans la vision imaginaire est-elle la plus élevée ? — 3° De la diversité des degrés de la prophétie. — 4° Moïse fut-il le plus excellent des prophètes ? — 5° Un bienheureux peut-il être un prophète ? — 6° La prophétie s’est-elle développée avec le cours des siècles ? (Cet article a pour objet de montrer comment la foi s’est développée et la manière dont on doit entendre le progrès dans l’Eglise de Dieu.
Article 1 : Est-il convenable de distinguer la prophétie de la prédestination de Dieu, celle de la prescience et celle de la menace ?
Objection N°1. Il semble que la glose ait mal divisé la prophétie (ordin. sup. illud Ut adimpleretur, super Matth., chap. 1, Ecce virgo), quand elle dit : qu’il y a la prophétie de la prédestination de Dieu, qui doit nécessairement de toutes manières avoir son accomplissement sans notre libre arbitre, comme celle dont il s’agit en cet endroit ; il y a la prophétie de la prescience divine, à laquelle notre volonté se mêle ; enfin il y a la prophétie de la menace, qui se fait pour manifester l’animadversion de Dieu. Car ce qui résulte de toute prophétie ne doit pas être considéré comme un des membres de la division de la prophétie. Or, toute prophétie a lieu selon la prescience divine, parce que les prophètes lisent dans le livre de la prescience, comme le dit la glose (Is., chap. 38, ord. sup. illud Dispone). Il semble donc qu’on ne doive pas considérer la prophétie de la prescience comme une espèce de prophétie.
Réponse à l’objection N°1 : La prescience proprement dite consiste à connaître à l’avance les événements futurs, selon qu’ils existent en eux-mêmes, et c’est en ce sens qu’on en fait une espèce de prophétie ; mais si on la rapporte aux événements futurs, selon ce qu’ils sont en eux- mêmes, ou selon ce qu’ils sont dans leurs causes, elle embrasse en général toute espèce de prophétie.
Objection N°2. Comme on prophétise par menace, de même aussi par promesse, et ces deux choses alternent. Car il est dit (Jérem., 18, 7) : En un instant je prononce l’arrêt contre un peuple et contre un royaume, pour le déraciner, le détruire et le perdre. Si cette nation fait pénitence des maux pour lesquels je l’avais menacée, je me repentirai aussi, ce qui appartient à la prophétie comminatoire. Puis il ajoute, en se servant de la prophétie de la promesse : En un moment, je me déclare en faveur d’un peuple et d’un royaume, pour l’établir et pour l’affermir. Mais s’il pèche devant mes yeux, je me repentirai du bien que j’avais résolu de lui faire. Par conséquent, puisqu’on distingue la prophétie de la menace, on aurait dû aussi distinguer la prophétie de la promesse.
Réponse à l’objection N°2 : La prophétie de la promesse est comprise sous la prophétie de la menace, parce que dans l’une et l’autre c’est la même nature de vérité. Cependant on tire sa dénomination de la menace, parce que Dieu est plus porté à adoucir la peine qu’à retirer les bienfaits qu’il a promis.
Objection N°3. Saint Isidore dit (Etym., liv. 7, chap. 8) : Il y a sept genres de prophétie. Le premier genre est l’extase, qui fait que l’esprit est hors de lui-même, comme saint Pierre vit un vase descendre du ciel avec des animaux différents. Le second genre est la vision, comme dans Isaïe (chap. 6), qui dit : J’ai vu le Seigneur assis, etc. Le troisième genre est le songe, comme Jacob vit en dormant une échelle. Le quatrième est la nue par laquelle le Seigneur parlait à Moïse. Le cinquième est la voix du ciel ; c’est elle qui se fit entendre à Abraham, en lui disant : Ne mettez pas la main sur votre enfant. Le sixième est la parabole, comme dans Balaam. Enfin le septième est le don du Saint-Esprit, qui a rempli presque tous les prophètes. Il distingue encore trois genres de vision : l’une qui se fait par les yeux du corps, l’autre par l’imagination, et la troisième par l’intuition de l’intelligence. Or, ces choses ne se trouvent pas dans la première division. Elle est donc insuffisante.
Réponse à l’objection N°3 : Saint Isidore distingue la prophétie d’après le mode de prophétiser. Ce mode peut se distinguer soit d’après les puissances cognitives qui sont dans l’homme et qui comprennent les sens, l’imagination et l’entendement, et c’est de là que vient la triple vision qu’il reconnaît avec saint Augustin (Sup. Gen. ad litt., liv. 12, chap. 6). Ou bien on peut le distinguer d’après la différence de l’influence prophétique : ce qui est désigné, quant à l’illumination de l’intellect, par le don de l’Esprit-Saint qu’il met en septième lieu. Par rapport à l’impression des formes imaginatives il établit trois choses : le songe, qu’il met au troisième rang ; la vision, qui se passe pendant la veille à l’égard de toutes les choses communes, et qu’il met au second ; et l’extase, qui résulte de ce que l’esprit s’élève à ce qu’il y a de plus haut et qu’il place au premier. Pour les signes sensibles il fait aussi trois distinctions. Car le signe sensible est une chose corporelle qui se montre extérieurement aux regards, comme la nue, qu’il place en quatrième lieu, ou une parole produite extérieurement pour frapper les oreilles de l’homme, ce qu’il met en cinquième lieu, ou une parole que l’homme joint à des similitudes, ce qui appartient à la parabole, qu’il place en sixième lieu.
Mais c’est le contraire. Nous devons nous en tenir à l’autorité de saint Jérôme qui est cité dans la glose (Objection N°1).
Conclusion C’est avec raison qu’on divise la prophétie en trois parties : la prophétie de la prédestination, celle de la prescience, et celle de la menace.
Il faut répondre que les espèces des habitudes et des actes se distinguent en morale d’après les objets. Or, l’objet de la prophétie est ce qu’il y a dans la connaissance divine de supérieur à la faculté humaine. C’est pourquoi, d’après la différence qu’il y a entre ces choses, on distingue différentes espèces de prophétie, comme on l’a fait d’après la division précédente. Ainsi nous avons dit (quest. 171 , art. 6 ad 2) que le futur existe dans la connaissance divine de deux manières : 1° selon qu’il est dans sa cause, et c’est ainsi que l’on entend la prophétie de la menace qui ne s’accomplit pas toujours (Cette prophétie de la menace est toujours conditionnelle, comme la prophétie de Jonas aux Ninivites.), mais elle fait connaître à l’avance le rapport de la cause à l’effet, rapport qui est quelquefois empêché par d’autres choses qui surviennent ; 2° Dieu connaît à l’avance les choses en elles-mêmes, soit qu’il doive les faire, et c’est à cet égard qu’a lieu la prophétie de la prédestination (Cette prophétie est souvent accompagnée d’un serment dans l’Ecriture : Le Seigneur a fait à David un jurement véridique, et il ne le trompera point : J’établirai sur ton trône le fruit de ton sein (Ps. 131, 11).), parce que d’après saint Jean Damascène (Orth. fid., liv. 2, chap. 30) Dieu prédestine les choses qui ne sont pas en nous ; soit qu’elles doivent être faites par le libre arbitre de l’homme, et alors c’est la prophétie de la prescience (La prophétie de la prescience est ainsi indiquée (Ez., 33, 13-15) : Même lorsque j’aurai dit au juste qu’il vivra, s’il se confie dans sa justice et commet l’iniquité, toutes ses œuvres justes seront mises en oubli, et il mourra dans l’iniquité qu’il aura commise. Et lorsque j’aurai dit à l’impie : Tu mourras certainement, s’il fait pénitence de son péché, et pratique l’équité et la justice, si cet impie rend le gage, s’il restitue ce qu’il a ravi, s’il marche dans les commandements de la vie, et s’il ne fait rien d’injuste, il vivra certainement, et ne mourra pas.), qui peut avoir pour objet les bons et les méchants ; ce qu’on ne peut pas dire de la prophétie de la prédestination qui se rapporte seulement aux bons. — Et parce que la prédestination est comprise sous la prescience, c’est pour ce motif que dans la glose (Cassiod. sup. prolog. Hier. et glos. ord. sup. illud Matth., chap. 1, Ut adimpleretur), au commencement du Psautier on ne distingue que deux espèces de prophétie, celle de la prescience et celle de la menace.
Article 2 : La prophétie qui est accompagnée de la vision intellectuelle et imaginaire est-elle plus noble que celle qui n’est accompagnée que de la vision intellectuelle ?
Objection N°1. Il semble que la prophétie qui est accompagnée de la vision intellectuelle et imaginaire l’emporte sur celle qui n’a que la vision intellectuelle. Car saint Augustin dit (Sup. Gen., liv. 12, chap. 9), et on le trouve dans la glose (ordin. 1 Cor., chap. 14, sup. illud, Spiritus autem loquitur) : Il est moins prophète celui qui par les images des choses corporelles ne voit dans son esprit que les signes des choses signifiées ; il l’est davantage celui qui ne possède que leur intelligence ; mais le prophète le plus parfait est celui qui l’emporte sous ces deux rapports. Or, c’est ce qui appartient au prophète qui a tout à la fois l’intelligence et la vision imaginaire. Cette espèce de prophétie est donc la plus élevée.
Réponse à l’objection N°1 : Quand une vérité surnaturelle doit être révélée par des images corporelles, alors celui qui a les deux choses, la lumière intellectuelle et la vision imaginaire, est plus élevé que celui qui n’a que l’une des deux ; parce que la prophétie est plus parfaite, et c’est le sens des paroles de saint Augustin. Mais la prophétie dans laquelle la vérité intelligible se révèle telle qu’elle est, l’emporte sur toutes les autres.
Objection N°2. Plus la vertu d’une chose est grande et plus elle s’étend à des choses éloignées. Or, la lumière prophétique appartient principalement à l’esprit, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (quest. préc., art. 2). La prophétie qui arrive jusqu’à l’imagination paraît donc être plus parfaite que celle qui n’existe que dans l’intellect.
Réponse à l’objection N°2 : On ne doit pas juger de la même manière des choses que l’on cherche pour elles-mêmes et de celles que l’on cherche pour une autre fin. Car dans les choses qu’on cherche pour elles-mêmes, plus la vertu de l’agent est excellente et plus les choses auxquelles elle s’étend sont nombreuses et éloignées. Ainsi un médecin est d’autant meilleur qu’il peut guérir un plus grand nombre de personnes, et des malades plus éloignés de la santé. Au contraire, dans les choses qu’on ne cherche qu’en vue d’une autre, l’agent paraît d’autant plus puissant qu’il emploie des moyens moins nombreux et plus rapprochés pour arriver à ce qu’il se propose. Ainsi on loue davantage un médecin qui peut guérir son malade par les remèdes les plus simples et les plus doux. Or, la vision imaginaire n’étant pas requise dans la connaissance prophétique pour elle-même, mais pour la manifestation de la vérité intelligible, il s’ensuit que la prophétie est d’autant plus élevée qu’elle en a moins besoin.
Objection N°3. Saint Jérôme (in prol. Reg.) distingue les prophètes des agiographes (D’après le canon des Hébreux, saint Jérôme distingue dans l’Ancien Testament vingt-deux livres : le Pentateuque ou les cinq livres de Moïse, huit livres prophétiques, parmi lesquels il comprend les livres historiques de Josué des Juges, des Rois, et les livres d’Isaïe, de Jérémie, d’Ezéchiel et des douze petits prophètes, et neuf livres des agiographes, parmi lesquels se trouvent les prophéties de Daniel.). Or, tous ceux qu’on appelle prophètes (comme Isaïe, Jérémie et les autres) ont eu simultanément la vision imaginaire avec la vision intellectuelle ; mais il n’en est pas de même des agiographes, comme ceux qui écrivent d’après l’inspiration de l’Esprit-Saint (tels que Job, David, Salomon, etc.). Il semble donc que ceux qui ont la vision imaginaire et la vision intellectuelle tout à la fois méritent plus proprement le nom de prophètes que ceux qui n’ont que la vision intellectuelle.
Réponse à l’objection N°3 : Il n’y a pas de répugnance à admettre que ce qui est absolument le meilleur reçoive cependant dans une acception moins propre certain prédicat ou certaine dénomination. Ainsi la connaissance du ciel est plus noble que celle qu’on a sur la terre, quoique cette dernière porte dans un sens plus propre le nom de foi, parce que le mot de foi implique une imperfection de connaissance. De même la prophétie implique une obscurité et un éloignement de la vérité intelligible. C’est pourquoi on donne, dans un sens plus propre, le nom de Prophète à ceux qui voient au moyen de la vision imaginaire, quoique la prophétie qui se fait par la vision intellectuelle soit plus noble ; pourvu cependant que ce soit la même vérité révélée de part et d’autre. Car si un homme reçoit de Dieu la lumière intellectuelle, non pour connaître des choses surnaturelles, mais pour juger avec la certitude de la vérité divine, ce qui peut être connu par la raison humaine ; cette prophétie intellectuelle serait inférieure à celle qui se produirait avec la vision imaginaire et qui aurait pour but une vérité surnaturelle. Tous ceux que l’on met au rang des prophètes ont eu cette dernière espèce de prophétie, et on leur a donné spécialement ce nom, parce qu’ils remplissaient un ministère prophétique. Ainsi ils parlaient au nom de Dieu, en disant au peuple : Voici ce que dit le Seigneur. Ceux qui ont écrit les livres saints n’agissaient pas ainsi. La plupart parlaient le plus souvent de ce que l’on peut connaître par la raison humaine ; ils ne le faisaient pas au nom de Dieu, mais en leur propre nom ; à l’aide toutefois de la lumière divine.
Objection N°4. Saint Denis dit (De cæl. hier., chap. 1) qu’il est impossible que le rayon divin brille en nous s’il n’est enveloppé de différents voiles sacrés. Or, la révélation prophétique se fait par l’émission du rayon divin. Il semble donc qu’elle ne puisse exister sans être voilée par des images.
Réponse à l’objection N°4 : La lumière de Dieu ne se manifeste dans la vie présente que sous le voile d’images quelconques ; parce qu’il est naturel à l’homme ici-bas de ne comprendre que par des images. Mais quelquefois les images qui sont abstraites des sens d’une manière commune suffisent, et il n’est pas nécessaire que Dieu produise dans l’âme une vision imaginaire. Alors on dit que la révélation prophétique a lieu sans cette dernière espèce de vision (On voit d’après cette réponse que la vision prophétique proprement dite est conforme au mode naturel de la connaissance humaine, et qu’elle n’a jamais lieu sans image.).
Mais c’est le contraire. La glose dit au commencement du Psautier : que ce mode de prophétiser l’emporte sur tous les autres, c’est-à-dire quand on prophétise d’après la seule inspiration de l’Esprit-Saint, sans le secours extérieur de l’action, de la parole, de la vision ou des songes.
Conclusion La prophétie par laquelle on voit la vérité surnaturelle d’après la vision intellectuelle, est bien plus noble que celle dans laquelle on voit cette même vérité par l’image des choses corporelles au moyen de la vision imaginaire.
Il faut répondre que la noblesse des moyens se considère principalement d’après la fin. Or, la fin de la prophétie est la manifestation d’une vérité qui est au-dessus de l’homme. Par conséquent plus cette manifestation est excellente et plus la prophétie est noble. Il est évident que la manifestation de la vérité divine qui se produit par la contemplation simple de la vérité est supérieure à celle qui se produit sous l’image des choses corporelles. Car elle approche davantage de la vision céleste qui fait voir la vérité dans l’essence de Dieu. D’où il suit que la prophétie par laquelle on découvre une vérité surnaturelle d’après la vision intellectuelle est plus noble que celle qui manifeste une vérité surnaturelle par l’image des choses corporelles, au moyen de la vision imaginaire. — Il résulte aussi de là que l’esprit du prophète est plus élevé. C’est ainsi que dans l’enseignement humain l’auditeur qui peut percevoir la vérité intelligible présentée toute nue par le maître, fait preuve d’une intelligence meilleure que celui qui a besoin d’être guidé par des exemples sensibles. C’est pourquoi il est dit à la louange de la prophétie de David (2 Rois, 21, 3) : Le fort d’Israël m’a parlé ; puis on ajoute : Il brille comme la lumière de l’aurore ; il est comme le soleil du matin dans un ciel sans nuages.
Article 3 : Peut-on distinguer les degrés de prophétie selon la vision imaginaire ?
Objection N°1. Il semble que les degrés de prophétie ne puissent pas se distinguer selon la vision imaginaire. Car on ne distingue pas les degrés d’une chose selon ce qu’elle est à cause d’une autre, mais selon ce qu’elle est à cause d’elle-même. Or, dans la prophétie on cherche la vision intellectuelle pour elle-même, et la vision imaginaire pour une autre fin, comme nous l’avons dit (art. préc., Réponse N°2). Il semble donc que les degrés de la prophétie ne se distinguent pas d’après la vision imaginaire, mais seulement d’après la vision intellectuelle.
Réponse à l’objection N°1 : Nous ne pouvons connaître la différence de la lumière intelligible qu’autant que nous en jugeons par des signes imaginaires ou sensibles. C’est pourquoi la différence de la lumière intellectuelle s’apprécie d’après la diversité des images.
Objection N°2. Il semble que le même prophète possède le don de prophétie à un seul et même degré. Or, la révélation se fait au même prophète d’après des visions imaginaires différentes. La diversité de la vision imaginaire ne change donc pas les degrés de prophétie.
Réponse à l’objection N°2 : Comme nous l’avons dit (quest. 171, art. 2), la prophétie n’existe pas à la manière d’une habitude immanente, mais plutôt à la manière d’une impression qui passe. Il ne répugne donc pas que le même prophète reçoive à différentes reprises des révélations prophétiques qui soient de degrés différents.
Objection N°3. D’après la glose (Cassiod. sup. prolog. Hier. in Psal.), la prophétie consiste dans des paroles et des actions, dans des songes et des visions. On ne doit donc pas plus distinguer les degrés de prophétie d’après la vision imaginaire, qui comprend les visions et les songes, que d’après les paroles et les actions.
Réponse à l’objection N°3 : Les paroles et les actions dont il est fait mention en cet endroit n’appartiennent pas à la révélation de la prophétie, mais à sa promulgation, qui se fait selon les dispositions de ceux auxquels on annonce ce qui a été révélé au prophète ; ce qui a lieu tantôt par paroles et tantôt par actions. Quant à l’annonce et à l’accomplissement des miracles, c’est une conséquence de la prophétie elle-même, comme nous l’avons dit (quest. 171, art. 1).
Mais c’est le contraire. Le moyen change les degrés de la connaissance. Ainsi la science d’une chose par sa cause (propter quid) est plus noble que la science de cette même chose par ses effets (quià est) ; parce que le moyen de connaître est plus élevé ; elle est aussi plus noble que l’opinion. Or, la vision imaginaire est, par rapport à la connaissance prophétique, une sorte de moyen. Les degrés de prophétie doivent donc se distinguer d’après cette vision.
Conclusion Les degrés de la prophétie proprement dite se distinguent d’après la vision imaginaire.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 2), la prophétie dans laquelle la lumière intelligible révèle une vérité surnaturelle, au moyen de la vision imaginaire, tient le milieu entre la prophétie dans laquelle la vérité surnaturelle est révélée sans cette vision, et celle dans laquelle la lumière intelligible dirige l’homme pour lui faire connaître ou exécuter ce qui regarde la vie humaine, sans avoir recours, pour cela, à la vision imaginaire. Mais la connaissance est plus propre à la prophétie que l’opération. C’est pourquoi le dernier degré de la prophétie, c’est quand on est mû par un instinct intérieur à faire quelque chose extérieurement. C’est ainsi qu’il est dit de Samson (Juges, 15, 14), que l’esprit du Seigneur l’ayant saisi, il brisa et rompit en pièces les cordes dont il était lié, comme le bois se consume à l’ardeur du feu. Le second degré de la prophétie, c’est quand on est éclairé par la lumière intérieure pour connaître des choses qui ne surpassent cependant pas les limites de la connaissance naturelle. Ainsi il est dit de Salomon (3 Rois, 4, 32) qu’il composa des paraboles, qu’il traita de tous les arbres, depuis le cèdre qui est sur le Liban jusqu’à l’hysope qui vient près des murailles ; et qu’il traita de même des animaux de la terre, des oiseaux, des reptiles et des poissons. Il fit tous ces ouvrages d’après l’inspiration divine, puisqu’il est dit auparavant que Dieu donna à Salomon une sagesse et une prudence prodigieuse. — Ces deux degrés sont cependant inférieurs à la prophétie proprement dite, parce qu’ils ne s’élèvent pas à la vérité surnaturelle. Cette prophétie dans laquelle la vérité surnaturelle est manifestée au moyen de la vision imaginaire se distingue : 1° d’après la différence qu’il y a entre le songe qui a lieu pendant le sommeil, et la vision qui se produit pendant la veille, et qui se rapporte à un degré de prophétie plus élevé. Car la lumière prophétique, qui élève aux choses surnaturelles quelqu’un qui s’occupe des choses sensibles à l’état de veille, paraît être d’une force plus vive que celle qui trouve l’âme de l’homme détachée des choses sensibles pendant le sommeil. 2° Les degrés de la prophétie changent quant à l’expression des signes par lesquels la vérité intelligible se manifeste à l’imagination. Comme les paroles sont les signes qui rendent le mieux la vérité intelligible, il s’ensuit que le degré de prophétie est plus élevé, quand le prophète entend, soit pendant la veille, soit pendant le sommeil, la vérité intelligible, que quand il voit des choses qui en sont le symbole, comme les sept épis pleins signifiaient sept années d’abondance (Gen., chap. 41). A l’égard de ces signes, la prophétie paraît d’autant plus élevée que ces signes sont plus expressifs ; comme quand Jérémie vit l’incendie de la cité sous l’image d’une chaudière embrasée (chap. 1). 3° Le degré de prophétie est plus élevé quand le prophète ne voit pas seulement les signes des paroles ou des actes, mais qu’il voit encore dans la veille ou le sommeil quelqu’un qui lui parle ou qui démontre quelque chose ; parce que c’est une preuve que l’esprit du prophète approche davantage de la cause révélatrice. 4° On peut aussi considérer l’élévation du degré de la prophétie d’après la condition de celui qui est vu. Car le degré de prophétie est plus élevé, si celui qui parle ou qui démontre une chose paraît, dans la veille ou le sommeil, sous la figure d’un ange, que si on le voit sous la forme d’un homme. Il sera encore plus élevé, si on le voit, dans le sommeil ou la veille, sous la ressemblance de Dieu, comme le prophète Isaïe, qui dit (chap. 6) : J’ai vu le Seigneur assis. — Enfin au-dessus de tous ces degrés, il y a un troisième genre de prophétie, dans lequel la vérité intelligible et surnaturelle se manifeste sans la vision imaginaire. Mais il surpasse l’essence de la prophétie proprement dite, comme nous l’avons vu (art. préc., Réponse N°3). C’est pourquoi il s’ensuit que les degrés de la prophétie proprement dite se distinguent d’après la vision imaginaire.
Article 4 : Moïse fut-il le premier de tous les prophètes ?
Objection N°1. Il semble que Moïse n’ait pas été le plus excellent de tous les prophètes. Car la glose dit au commencement du Psautier qu’on appelle David le prophète par excellence. Ce ne fut donc pas Moïse.
Réponse à l’objection N°1 : La prophétie de David approche de celle de Moïse quant à la vision intellectuelle, parce qu’ils ont reçu l’un et l’autre la révélation de la vérité intelligible et surnaturelle sans la vision imaginaire ; cependant la vision de Moïse l’a emporté relativement à la connaissance de la Divinité (La connaissance de la Divinité étant la connaissance principale, la vision de Moïse l’emporte encore à ce titre sur celle de David, qui a eu pour objet des points plus secondaires.), mais David a commenté et exprimé plus pleinement les mystères de l’incarnation du Christ.
Objection N°2. Josué, qui a fait arrêter le soleil et la lune, comme on le voit (Jos., chap. 10), et Isaïe, qui a fait rétrograder le soleil (chap. 38), ont fait de plus grands miracles que Moïse, qui a séparé les eaux de la mer Rouge. Il en est de même d’Elie, dont il est dit (Ecclésiastique, 48, 4) : Qui pourra se glorifier d’être semblable à vous qui avez fait sortir un mort de son tombeau ? Moïse ne fut donc pas le plus excellent des prophètes.
Réponse à l’objection N°2 : Les prodiges faits par ces prophètes furent plus grands par rapport à la substance du fait : mais les miracles de Moïse l’ont emporté quant au mode, parce qu’ils ont été faits pour le peuple entier.
Objection N°3. Il est dit (Matth., 11, 11) que parmi les enfants des hommes il n’y en a pas eu de plus grand que Jean Baptiste. Moïse ne fut donc pas le premier de tous les prophètes.
Réponse à l’objection N°3 : Jean appartient au Nouveau Testament, dont les ministres sont mis au-dessus de Moïse, parce qu’ils ont vu la vérité de plus près et plus à découvert, selon l’expression de saint Paul (2 Cor., chap. 3).
Mais c’est le contraire. Il est dit (Deut., 34, 10) : Il ne s’éleva plus dans Israël de prophète semblable à Moïse.
Conclusion Moïse fut absolument le plus grand de tous les prophètes de l’Ancien Testament, quoique sous certain rapport il y ait eu d’autres prophètes plus grands que lui.
Il faut répondre que quoiqu’il y ait eu des prophètes plus grands que Moïse sous un rapport, il fut cependant d’une manière absolue supérieur à tous les autres. Car dans la prophétie, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (art. préc. et art. 1, quest. 171), on considère la connaissance d’après la vision intellectuelle aussi bien que d’après la vision imaginaire, puis la promulgation de la prophétie et sa confirmation par les miracles. Ainsi Moïse l’emporta sur les autres : 1° Quant à la vision intellectuelle, parce qu’il vit l’essence même de Dieu (Ces paroles ne doivent pas s’entendre d’une manière absolue, car autrement saint Thomas serait en contradiction avec lui-même. Il explique le sens que l’on doit attacher à ces paroles de l’Ecriture. (Voy. 1a 2æ, quest. 98, art. 3, Réponse N°2).), comme saint Paul dans son ravissement, ainsi que l’observe saint Augustin (Sup. Gen., liv. 12, chap. 27). C’est pourquoi il est dit (Nom., 12, 8) qu’il vit Dieu en face et non en énigmes. 2° Par rapport à la vision imaginaire qu’il avait, pour ainsi dire, à volonté, n’entendant pas seulement les paroles, mais voyant encore celui qui lui parlait sous la ressemblance de Dieu, non seulement pendant son sommeil, mais encore à l’état de veille. D’où il est dit (Ex., 33, 8) que le Seigneur lui parlait face à face, comme un homme a coutume de parler à son ami. 3° Pour la manière d’énoncer ses prophéties. Car il parlait à tout le peuple des fidèles au nom de Dieu, leur proposant une loi nouvelle, tandis que les autres prophètes parlaient au peuple au nom de Dieu, l’engageant à observer la loi de Moïse, suivant ces paroles de Malachie (4, 14) : Souvenez-vous de la loi de Moïse, mon serviteur. 4° Enfin il l’emporta sur tous les autres par les miracles qu’il a faits pour tout le peuple des infidèles. C’est pour cette raison qu’il est dit (Deut., 34, 10) : Il ne s’éleva plus de prophète dans Israël semblable à Moïse, à qui le Seigneur parlait face à face, et personne n’a fait des miracles et des prodiges comme ceux que le Seigneur envoya faire par Moïse dans l’Egypte aux yeux de Pharaon, de ses serviteurs et de tout son royaume.
Article 5 : Y a-t-il aussi dans les bienheureux un certain degré de prophétie ?
Objection N°1. Il semble qu’il y ait aussi dans les bienheureux un certain degré de prophétie. Car Moïse, comme nous l’avons dit (art. préc.), a vu l’essence divine et on dit néanmoins qu’il a été un prophète. Les bienheureux peuvent donc pour la même raison recevoir ce nom.
Réponse à l’objection N°1 : Cette vision de Moïse fut passagère à la manière d’une impression qu’on éprouve ; mais elle ne fut pas permanente comme la béatitude. Il voyait donc encore de loin ; et c’est pour cela que cette vision ne détruit pas totalement l’essence de la prophétie.
Objection N°2. La prophétie est une révélation divine. Or, les révélations divines se font par les bons anges. Ils peuvent donc être appelés des prophètes.
Réponse à l’objection N°2 : La révélation de Dieu se fait aux anges, non comme s’ils étaient éloignés, mais comme étant unis à lui totalement. Elle n’a donc pas le caractère de la prophétie.
Objection N°3. Le Christ a joui de la béatitude dès le moment de sa conception, et cependant il se donne le nom de prophète, quand il dit (Matth., 13, 57) : Un prophète n’est sans honneur que dans son pays. Ceux qui voient Dieu et les bienheureux peuvent donc être appelés des prophètes.
Réponse à l’objection N°3 : Le Christ jouissait de la béatitude et il était tout à la fois voyageur sur cette terre. En tant qu’il jouissait de la vue de Dieu, la prophétie ne peut lui être attribuée, mais seulement selon qu’il était voyageur.
Objection N°4. Il est dit de Samuel (Ecclésiastique, 46, 23) que sortant de la terre il a élevé la voix pour prédire la ruine du peuple et la peine due à son impiété. Pour la même raison les autres saints peuvent donc recevoir le nom de prophètes après leur mort.
Réponse à l’objection N°4 : Samuel n’était pas encore parvenu à l’état de la béatitude. Par conséquent en supposant que d’après la volonté de Dieu l’âme de Samuel a prédit à Saül l’issue de la guerre, selon la révélation que le Seigneur lui en avait faite, cet acte aurait le caractère d’une prophétie. Mais on ne doit pas raisonner de même à l’égard des saints qui sont dans le ciel. D’ailleurs rien n’empêche de dire que ceci s’est fait par l’art des démons ; car quoique les démons ne puissent pas évoquer l’âme d’un saint, ni la forcer à faire quelque chose ; cependant il peut arriver par la vertu divine que quand le démon est consulté, Dieu fasse lui-même connaître la vérité par un de ses envoyés. C’est ainsi que par Elie il fit connaître la vérité aux messagers du roi qui étaient envoyés pour consulter le dieu Accaron, comme on le voit (4 Rois, chap. 1). — D’ailleurs on pourrait dire aussi, que ce ne fut pas l’âme de Samuel (Saint Thomas n’exprime ce dernier sentiment que dans l’hypothèse où l’on n’admettrait pas l’Ecclésiastique parmi les livres de l’Ancien Testament. Voyez ce qu’il dit (1a pars, quest. 89, art. 8). Mais aujourd’hui on ne peut plus raisonner dans cette hypothèse, puisque le concile de Trente a positivement décidé la question.), mais le démon qui parla en son nom. Le Sage l’appelle Samuel et attribue à ce prophète ses paroles prophétiques, d’après l’opinion de Saül et de ses compagnons, parce qu’ils ont pensé que c’était lui.
Mais c’est le contraire. Saint Pierre (2 Pierre, chap. 1) compare la prophétie à une lampe qui brille dans un lieu obscur. Or, pour les bienheureux il n’y a pas d’obscurité. On ne peut donc pas leur donner le nom de prophètes.
Conclusion Puisque la prophétie comprend en elle-même la vision de quelque vérité surnaturelle qui est éloignée, il s’ensuit évidemment que les bienheureux ne peuvent pas être des prophètes.
Il faut répondre que la prophétie implique la vision d’une vérité surnaturelle qui est très éloignée. Ce qui peut arriver de deux manières : 1° De la part de la connaissance, parce que la vérité surnaturelle n’est pas connue en elle-même, mais dans quelques-uns de ses effets. Cette connaissance est encore plus éloignée, si elle se fait au moyen des images des choses corporelles que si elle se produit par des effets intelligibles. Et telle est principalement la vision prophétique qui a lieu par les images et les ressemblances des choses corporelles. — 2° La vision est éloignée relativement à celui qui la voit, parce qu’il n’est pas totalement arrivé à sa dernière perfection, d’après ces paroles de l’Apôtre (2 Cor., 5, 6) : Tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons éloignés de Dieu. Les bienheureux ne sont loin d’aucune de ces deux manières et par conséquent on ne peut pas les appeler des prophètes.
Article 6 : Les degrés de la prophétie varient-ils selon le progrès des temps ?
Objection N°1. Il semble que les degrés de la prophétie changent selon le progrès des temps. Car la prophétie a pour but la connaissance des choses divines, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (quest. préc., art. 2 et 4). Or, comme le dit saint Grégoire (hom. 16 in Ezech.), la connaissance des choses de Dieu a augmenté pendant la succession des siècles. Les degrés de la prophétie doivent donc se distinguer d’après le progrès des âges.
Réponse à l’objection N°1 : Ce passage de saint Grégoire doit s’entendre des temps qui ont précédé l’incarnation du Christ, relativement à la connaissance de ce mystère.
Objection N°2. La prophétie se révèle au moyen de la parole que Dieu adresse à l’homme. Or, les prophètes font connaître par leurs paroles et leurs écrits ce qui leur a été révélé. Car il est dit (1 Rois, 3, 4) : qu’avant Samuel la parole du Seigneur était précieuse, c’est-à-dire rare ; depuis, cette parole s’est fait entendre à un grand nombre. De même on ne trouve pas que les prophètes aient écrit des ouvrages avant Isaïe, à qui il a été dit : Prenez un grand livre et écrivez-y en caractères connus (8, 1). Mais après lui il y a eu plusieurs prophètes qui ont écrit leurs prophéties. Il semble donc que le degré de la prophétie ait progressé à mesure qu’on a avancé dans les siècles.
Réponse à l’objection N°2 : D’après la remarque de saint Augustin (De civ. Dei, liv. 18, chap. 27), comme ce fut dans les premiers temps du royaume d’Assyrie que vécut Abraham, qui fut publiquement le dépositaire des promesses, de même ce fut à la naissance de la Babylone d’Occident, c’est-à-dire de la ville de Rome, que se répandirent ces prophéties, parce que c’était sous son empire que devait naître Jésus-Christ, en qui s’accomplirent les oracles des prophètes, dont les paroles et les écrits attestent ce grand événement. Car depuis les rois, les prophètes ne manquèrent presque jamais au peuple d’Israël, et ne parurent d’abord que dans l’intérêt de ce peuple. Mais l’ère des prophéties moins obscures, et qui s’adressent aux nations, devait s’ouvrir avec l’ère de Rome, la future souveraine de tous les peuples. C’est pourquoi il a fallu que les prophètes fussent plus nombreux principalement au temps des rois, parce qu’alors le peuple n’était pas opprimé par des étrangers, mais qu’il avait son propre roi. C’est pour cela qu’il était nécessaire que les prophètes l’instruisissent de ses devoirs, comme étant un peuple libre (Tous ces synchronismes sont de la plus haute importance pour l’intelligence des vues de la Providence sur le monde.).
Objection N°3. Le Seigneur dit (Matth., 11, 13) : La loi et les prophètes ont prophétisé jusqu’à Jean. Le don de prophétie fut ensuite accordé aux disciples du Christ d’une manière bien plus excellente qu’aux anciens prophètes, d’après ces paroles de l’Apôtre (Eph., 3, 5) : Le mystère du Christ n’a point été découvert aux enfants des hommes dans les autres temps, comme il a été révélé maintenant à ses saints apôtres et aux prophètes par le Saint-Esprit. Il semble donc que le degré de la prophétie se soit développé avec le mouvement des années.
Réponse à l’objection N°3 : Les prophètes qui ont prédit la venue du Messie n’ont pu venir que jusqu’à saint Jean, qui a montré le Christ du doigt, lorsqu’il se trouva devant lui. Cependant, comme le remarque saint Jérôme, le Seigneur n’emploie pas cette expression pour dire qu’il n’y aura plus de prophètes après saint Jean. Car nous lisons dans les Actes des apôtres qu’Agabus et les quatre filles de Philippe ont prophétisé. Saint Jean a écrit un livre prophétique sur la fin de l’Eglise ; et dans tous les temps il y a eu des hommes qui ont eu l’esprit de prophétie, non pour donner de nouveaux enseignements de foi, mais pour diriger les actes humains. Ainsi saint Augustin rapporte (De civ. Dei, liv. 5, chap. 26) que l’empereur Théodose envoya vers Jean qui habitait le désert de l’Egypte, et qu’il savait par la renommée doué de l’esprit prophétique. Il reçut de lui la nouvelle très certaine de sa victoire (Vid. Cassien, collat. 4, chap. 13 ; Théodoret, liv. 5, chap. 24, et Sozomène, liv. 7, chap. 22.).
Mais c’est le contraire. Moïse fut le plus excellent des prophètes, comme nous l’avons dit (art. 4), et cependant il a précédé tous les autres. Le degré de la prophétie n’est donc pas allé en croissant selon le cours des temps.
Conclusion La prophétie, selon qu’elle avait pour but la manifestation de la foi, a augmenté par la suite des temps ; mais en tant qu’elle dirigeait le genre humain dans ses actions, il n’a pas été nécessaire qu’elle changeât selon la marche des siècles, mais selon la nature des peuples et des affaires.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 2 et 4, et quest. préc., art. 2 et 4), la prophétie a pour but la connaissance de la vérité divine. La contemplation de cette vérité ne nous instruit pas seulement dans la foi, mais elle nous dirige encore dans nos actions, d’après ces paroles du Psalmiste (Ps. 42, 3) : Envoyez-moi votre lumière et votre vérité et elles me conduiront. Or, notre foi consiste principalement dans deux choses : 1° Dans la vraie connaissance de Dieu, d’après ces paroles de saint Paul (Héb., 11, 6) : Il faut que celui qui approche de Dieu croie qu’il existe. 2° Dans le mystère de l’incarnation du Christ, d’après ce passage de l’Evangile (Jean, 14, 1) : Vous qui croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Si donc nous parlons de la prophétie selon qu’elle se rapporte à la connaissance de la Divinité, elle s’est développée à ces trois époques : avant la loi, sous la loi et sous l’état de grâce. En effet, avant la loi Abraham et les autres patriarches ont été instruits prophétiquement de ce qui regarde la croyance de la Divinité. C’est pourquoi on leur donne le nom de prophètes, d’après ces paroles du psaume (104, 15) : Ne faites point de mal à mes prophètes, ce qui s’entend spécialement d’Abraham et d’Isaac. Sous la loi la révélation prophétique qui s’est faite à l’égard de ce qui concerne la croyance de Dieu était plus excellente que les autres : parce qu’il ne fallait pas seulement éclairer quelques individus ou quelques familles, mais un peuple tout entier. Ainsi le Seigneur dit à Moïse (Ex., 6, 2) : Je suis le Seigneur qui ai apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob dans le Dieu tout-puissant ; et je ne leur ai pas indiqué mon nom d’Adonaï. En effet, les patriarches précédents avaient été instruits dans la foi au sujet de la toute-puissance de Dieu ; au lieu que Moïse fut ensuite plus pleinement instruit sur la simplicité de l’essence divine, puisqu’il lui a été dit (Ex., 3, 14) : Je suis celui qui suis. C’est ce nom que les juifs expriment par le mot d’Adonaï, à cause de la vénération qu’ils ont pour ce nom ineffable. Puis, sous la loi de grâce, le mystère de la Trinité a été révélé par le Fils de Dieu, d’après ces paroles de l’Evangile (Matth., 28, 19) : Allez, enseignez toutes les nations en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (On peut voir dans le Discours sur l’histoire universelle le chapitre où Bossuet parle de Jésus-Christ et de sa doctrine (part. 2, ch. 19).). — Cependant dans chaque état la première révélation fut la plus excellente. Ainsi, avant la loi, la première révélation a été faite à Abraham, au moment où les hommes ont commencé à s’écarter (Bossuet fait encore parfaitement remarquer les motifs de ce nouveau développement (part. 2, ch. 2).) de la foi en l’unité de Dieu pour se livrer à l’idolâtrie. Auparavant cette révélation n’était pas nécessaire, puisque tout le monde persévérait dans le culte de l’unité de Dieu. La révélation faite à Isaac est inférieure, parce qu’elle a en quelque sorte pour fondement celle qui a été faite à Abraham. D’où il est dit (Gen., 26, 24) : Je suis le Dieu d’Abraham votre père. De même il a été dit à Jacob (ibid., 26, 12) : Je suis le Dieu d’Abraham votre père et le Dieu d’Isaac. Pareillement sous la loi, la première révélation faite à Moïse a été la plus excellente. C’est sur elle que sont fondées toutes les autres révélations faites aux prophètes. De même, sous la loi de grâce, toute la foi de l’Eglise repose sur la révélation faite aux apôtres au sujet de la foi dans l’unité de Dieu et dans sa Trinité, d’après ces paroles de l’Evangile (Matth., 16, 18) : C’est sur cette pierre, c’est-à-dire sur cette confession de foi, que je bâtirai mon Eglise. — Quant à la foi de l’incarnation du Christ, il est évident que plus les prophètes ont été rapprochés du Christ, soit avant, soit après, et plus ils ont été pleinement instruits de ce mystère (Quand on étudie les prophètes selon l’ordre des temps, on voit en effet que la lumière va toujours en croissant depuis Adam, qui ouvre la marche en recevant la promesse, jusqu’à Malachie, qui la ferme en annonçant le précurseur.). Cependant ceux qui sont venus après l’ont mieux connu que ceux qui sont venus auparavant, comme le dit saint Paul (Eph., chap. 3). — A l’égard de la direction des actes humains, la révélation prophétique a changé, non d’après la marche des temps, mais selon la condition des peuples et des affaires. Car, comme il est dit (Prov., 29, 18) : Quand il n’y aura plus de prophète le peuple s’égarera. C’est pourquoi en tout temps les hommes ont été instruits de Dieu sur leurs devoirs (C’est la conséquence qui ressort de l’étude de l’histoire ancienne au point de vue religieux. On voit que la grâce n’a manqué à aucune nation, même dans les temps où l’idolâtrie exerçait le plus d’empire sur les esprits.), selon qu’il convenait au salut des élus.

References: art. 6
 art. 2
 art. 2
 art. 1
 art. 2
 art. 1
 art. 3
 art. 8
 art. 2
 art. 2