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Document:
4A_94/2013 (29.08.2013)
4A_94/2013 � � Arr�t du 29 ao�t 2013
Mmes et M. les Juges f�d�raux Klett, Pr�sidente,
tous deux repr�sent�s par Me Claire Bolsterli,
Z.________, repr�sent� par Me Beno�t Carron,
contrat d'entreprise; d�fauts de l'ouvrage; dissimulation intentionnelle,
recours en mati�re civile contre l'arr�t rendu
le 11 janvier 2013 par la Chambre civile
A.a.�Par "contrat d'entreprise int�grale" du 30 mai 2001, X.________ et Y.________, en qualit� de ma�tres de l'ouvrage, ont charg� l'architecte Z.________ (ci-apr�s: l'entrepreneur) de construire une villa de trois �tages sur leur parcelle genevoise, pour le prix forfaitaire de 530'100 fr. Le plan de la villa, le descriptif des travaux et l'autorisation de construire faisaient partie int�grante de la convention, qui renvoyait � titre suppl�tif � la norme SIA 118 et aux art. 363 ss CO.
Le descriptif des travaux pr�voyait notamment, au chapitre de l'"isolation", la pose d'une "isolation de la toiture par FLUMROC 120 mm. ou similaire avec pare-vapeur". Il contenait aussi une rubrique finale intitul�e "important", dans laquelle "l'entreprise se r�serv[ait] le droit de proc�der � des modifications des mat�riaux pr�vus dans le (...) descriptif ou sur les plans par des mat�riaux de qualit� �quivalente".
Les travaux ont d�but� le 18 juillet 2001. Simultan�ment, deux villas contigu�s semblables �taient construites par l'entrepreneur. Pour l'isolation de la toiture des trois maisons, un syst�me de la marque Ysox (ou Isobloc) a �t� pos� en lieu et place du syst�me Flumroc. Les ma�tres d'ouvrage n'avaient pas form� d'objection lorsqu'une employ�e de l'entrepreneur leur avait propos� cette modification.
La remise des cl�s a eu lieu le 6 ao�t 2002. Un repr�sentant de l'entrepreneur et les ma�tres, assist�s de deux architectes, ont proc�d� � la v�rification finale de l'ouvrage, qui a �t� accept�. Le proc�s-verbal �tabli � cette occasion recense plusieurs travaux non encore ex�cut�s, de nombreuses finitions et retouches n�cessaires ainsi que des d�fauts de l'ouvrage, dont certains affectant la toiture. Les ma�tres ont demand� une expertise priv�e � une entreprise de ferblanterie, laquelle a constat� des d�fauts de couverture et de ferblanterie de la toiture, en particulier des d�fauts d'�tanch�it� g�n�rant des infiltrations d'eau dans la villa. Ces d�fauts ont �t� supprim�s pendant le premier semestre 2003, aux frais de l'entrepreneur.
Les ma�tres ont refus� de payer le dernier acompte de 79'515 fr. repr�sentant le solde du prix forfaitaire. Ils exigeaient divers travaux de r�fection, dont la liste augmentait avec la d�couverte de nouveaux d�fauts; l'entrepreneur refusait d'ex�cuter les travaux sauf les plus urgents, faute d'avoir �t� pay�. En novembre 2003, les ma�tres ont accept� de verser 14'187 fr. 15 "pour solde de tous comptes", sans que le litige ne prenne fin.
A.b.�L'une des villas contigu�s a �galement connu des probl�mes d'isolation de la toiture (�tanch�it� et fissures sur les murs), d�s la livraison. Ces d�fauts ont �t� r�par�s par l'entrepreneur en 2002. En ao�t 2006, les propri�taires de ladite villa ont d�couvert une nouvelle fissure sur un mur, qu'ils ont signal�e � l'entrepreneur; ils se sont aussi plaints d'une mauvaise �tanch�it� de la toiture. Les parties ont alors sign� une convention d'expertise-arbitrage. Le rapport du 6 octobre 2008 conclut que les d�fauts d'isolation et les fissures sur les murs ont pour origine des malfa�ons commises dans la pose du mat�riau isolant. Rien n'indique que ces malfa�ons soient intentionnelles, mais elles proc�dent d'une m�connaissance de certaines contraintes propres au type d'isolation choisie. La qualit� du mat�riau n'est en revanche pas mise en cause. Le co�t pour l'�limination des malfa�ons est estim� � 15'200 fr.
B.a.�Le 21 juillet 2008, l'entrepreneur a assign� les ma�tres devant le Tribunal de premi�re instance du canton de Gen�ve en concluant au paiement de 80'946 fr. 20 plus int�r�ts. Il entendait obtenir le solde du prix forfaitaire et le paiement de diverses factures concernant des travaux suppl�mentaires et honoraires y relatifs.
Le 29 septembre 2008, les ma�tres ont signal� pour la premi�re fois � l'entrepreneur que "le mode de construction de [leur] toiture n'�tait pas conforme avec le descriptif des travaux" et qu'ils avaient constat� sur les murs des fissures dont "le mauvais syst�me de mise en place du toit sembl[ait] �tre � l'origine".
Par r�ponse et demande reconventionnelle du 18 f�vrier 2009, les ma�tres ont conclu au rejet de l'action principale, excipant de la compensation avec diverses cr�ances fond�es sur des d�fauts et un retard dans la livraison de l'ouvrage. Ils ont contest� le bien-fond� de plusieurs factures et ont oppos� des frais qu'ils avaient eux-m�mes d� engager pour des travaux de r�paration ou de finition. A titre reconventionnel, ils ont conclu au paiement de 88'396 fr. plus int�r�ts � raison des d�fauts dans le syst�me d'isolation de la toiture, somme qu'ils ont ensuite augment�e � 108'000 fr.
B.b.�Une expertise judiciaire a �t� mise en oeuvre. Il en ressort que les syst�mes d'isolation Ysox et Flumroc proc�dent d'une conception diff�rente, mais sont tous deux destin�s et parfaitement ad�quats � l'isolation d'une toiture. Ils pr�sentent des qualit�s �quivalentes, si ce n'est que l'Ysox est plus cher et offrirait un peu moins d'isolation phonique. Toutefois, le syst�me Ysox a �t� pos� en contravention des r�gles de l'art, de sorte que l'ouvrage pr�sente une moindre isolation phonique et des fissures en plusieurs endroits sur les murs de la villa. Le co�t d'�limination des d�fauts est estim� � 99'000 fr. Ce montant couvre les travaux recommand�s, consistant � d�poser toute la toiture et la charpente de la villa et � reprendre la construction d'une nouvelle toiture.
B.c.�Par jugement du 10 mai 2012, le Tribunal de premi�re instance a partiellement admis l'action principale de l'entrepreneur, soit � concurrence de 52'988 fr. 45 plus int�r�ts; il a retenu que l'entrepreneur avait une cr�ance de 66'310 fr. 40, partiellement compens�e par une dette de 13'321 fr. 95 envers les ma�tres, fond�e sur la garantie des d�fauts de l'ouvrage. Le tribunal a par ailleurs rejet� l'action reconventionnelle des ma�tres, au motif que la pr�tention de 108'000 fr. fond�e sur le d�faut d'isolation du toit �tait p�rim�e; elle ne pouvait donc m�me pas �tre oppos�e en compensation.
B.d.�Les ma�tres ont d�f�r� cette d�cision � la Cour de justice. Par arr�t sur appel du 11 janvier 2013, cette autorit� a r�form� le jugement en ce sens que l'action principale est admise � concurrence de 51'998 fr. 55 plus int�r�ts. Elle a confirm� le jugement pour le surplus.
Les ma�tres saisissent le Tribunal f�d�ral d'un recours en mati�re civile dans lequel ils concluent en substance au rejet de l'action principale, apr�s constatation de ce que le montant d� au titre de la demande principale est compens� par la cr�ance tir�e de la demande reconventionnelle. A titre reconventionnel, ils r�clament 56'001 fr. 45 plus int�r�ts.
L'entrepreneur intim� conclut au rejet du recours et s'en remet � justice quant � sa recevabilit�. L'autorit� pr�c�dente se r�f�re � son arr�t.
La loi subordonne la recevabilit� du recours � une valeur litigieuse minimale de 30'000 fr. (art. 74 al. 1 let. b LTF), qui se d�termine d'apr�s les conclusions rest�es litigieuses devant l'autorit� pr�c�dente (art. 51 al. 1 let. a LTF). Les montants de la demande principale et de la demande reconventionnelle ne sont pas additionn�s (art. 53 LTF), de sorte qu'il faut examiner si chacune des actions atteint le seuil de 30'000 fr. Sont d�terminants les montants effectivement r�clam�s par chaque partie. Lorsque le d�fendeur reconna�t en soi la cr�ance du demandeur, mais lui oppose en compensation une cr�ance contest�e, la premi�re reste litigieuse et son montant d�termine la valeur de la demande principale, tandis que l'exc�dent de la cr�ance oppos�e en compensation, s'il est r�clam�, d�termine la valeur de la demande reconventionnelle (cf. ATF 95 II 281 sp�c. p. 282; 102 II 397 consid. 1a; JEAN-MAURICE FR�SARD, in Commentaire de la LTF, 2009, n� 7 ss ad art. 53 LTF; JEAN-FRAN�OIS POUDRET, in Commentaire de la loi f�d�rale d'organisation judiciaire, vol. II, 1990, n� 2.3 ad art. 47 OJ).
En l'occurrence, le jugement de premi�re instance avait admis l'action principale de l'entrepreneur � concurrence de 52'988 fr. 45 et rejet� l'action reconventionnelle des ma�tres. En appel, ces derniers ont contest� partiellement la cr�ance de l'entrepreneur (9'490 fr. 40) et, pour le solde reconnu (43'498 fr. 05), ont oppos� en compensation leur cr�ance fond�e sur le d�faut d'isolation de la toiture (108'000 fr.). L'entrepreneur a requis la confirmation du jugement attaqu�. Ainsi, dans l'action principale, le litige portait sur la totalit� du montant de 52'988 fr. 45 allou� par le premier juge. A titre reconventionnel, les ma�tres ont r�clam� 64'501 fr. 95 (108'000 - 43'498,05); la valeur litigieuse �quivaut � ce montant, enti�rement contest� par l'entrepreneur. En d'autres termes, le seuil l�gal de 30'000 fr. est atteint pour les deux actions.
Le recours peut �tre form� pour violation du droit f�d�ral (art. 95 let. a LTF). Les clauses contractuelles ne constituent pas du droit f�d�ral, mais peuvent conduire � l'application des r�gles de droit f�d�ral qui r�gissent notamment leur interpr�tation ( BERNARD CORBOZ, in Commentaire de la LTF, op. cit., n� 29 ad art. 95 LTF).
Le Tribunal f�d�ral est en principe li� par les constatations de fait de l'autorit� pr�c�dente, respectivement par celles du juge de premi�re instance, dans la mesure o� elles sont reprises au moins implicitement dans l'arr�t attaqu� (cf., sous l'OJ, ATF 129 IV 246 consid. 1, confirm� sous la LTF par ex. � l'arr�t 4A_623/2012 du 15 avril 2013 consid. 1.2). Le Tribunal f�d�ral peut toutefois s'en �carter si elles ont �t� �tablies en violation du droit ou de fa�on manifestement inexacte - c'est-�-dire arbitraire (ATF 137 I 58 consid. 4.1.2), ce qu'il incombe en principe au recourant de d�noncer (cf. art. 97 al. 1 LTF). S'il invoque l'interdiction de l'arbitraire (art. 9 Cst.), le recourant doit satisfaire aux exigences de motivation plus strictes de l'art. 106 al. 2 LTF: il doit express�ment soulever le grief et exposer de mani�re claire et circonstanci�e, si possible document�e, en quoi consiste la violation du droit constitutionnel (ATF 134 II 244 consid. 2.2; 133 II 249 consid. 1.4.2 et 1.4.3). Le grief doit �tre d�velopp� dans le recours m�me, un simple renvoi � d'autres �critures ou � des pi�ces n'�tant pas admissible (ATF 133 II 396 consid. 3.1�
i.f.�).
Par ailleurs, s'il entend faire compl�ter l'�tat de fait, le recourant doit d�montrer, r�f�rences � l'appui, qu'il a d�j� all�gu� les faits en question et fourni les moyens de preuve ad�quats devant les instances cantonales, dans le respect des r�gles de proc�dure (cf., sous l'OJ, ATF 115 II 484 consid. 2a p. 486, confirm� par ex. � l'arr�t 4A_324/2012 du 24 septembre 2012 consid. 1.4).
3.1.�Le litige porte essentiellement sur le point de savoir si l'entrepreneur a "intentionnellement dissimul�" des d�fauts de l'ouvrage, au sens de l'art. 180 de la norme SIA 118, auquel cas les droits d�coulant de ces d�fauts se prescrivent par le d�lai extraordinaire de dix ans (art. 180 al. 2) en lieu et place du d�lai de cinq ans, qui court d�s la r�ception de l'ouvrage (art. 180 al. 1).
Les parties ne contestent pas la qualification de contrat d'entreprise total retenue par la Cour de justice, ni l'applicabilit� de la norme SIA 118 (�d. 1977/1991, ci-apr�s: SIA-118), en particulier son art. 180.
3.2.�L'art. 166 SIA-118 donne du d�faut une d�finition qui co�ncide sur le principe avec celle d�velopp�e par la jurisprudence en relation avec l'art. 368 CO ( PETER GAUCH, Der Werkvertrag, 5
e��d. 2011, n
os�2648-2650; ANNETTE LENZLINGER GADIENT, M�ngel- und Sicherungsrechte des Bauherrn im Werkvertrag, 1994, p. 247). L'ouvrage livr� est entach� d'un d�faut lorsqu'il n'est pas conforme � ce qui avait �t� contractuellement pr�vu. Le d�faut peut r�sider dans l'absence d'une qualit� convenue express�ment ou tacitement par les parties, ou l'absence d'une qualit� � laquelle le ma�tre pouvait s'attendre selon les r�gles de la bonne foi (ATF 114 II 239 consid. 5a/aa p. 244). Pour d�terminer quelles qualit�s sont dues conventionnellement, il faut interpr�ter le contrat selon les r�gles habituelles ( GAUCH, op. cit., n� 1366).
L'expression "intentionnellement dissimul�" employ�e � l'art. 180 SIA-118 doit recevoir le m�me sens qu'en droit des obligations, o� elle appara�t � l'art. 370 CO ( GAUCH, op. cit., n� 2731; LENZLINGER GADIENT, op. cit., p. 95 note 150; FRANCO PEDRAZZINI, La dissimulation des d�fauts, 1992, n� 590). Il serait plus ad�quat de parler de dissimulation frauduleuse, comme � l'art. 199 CO. En effet, l'entrepreneur n'a pas un devoir g�n�ral de collaborer � la d�couverte des d�fauts; il faut une certaine astuce ou fraude de sa part (Gauch, op. cit., n� 2090; LENZLINGER GADIENT, ibidem), un comportement dolosif (cf. arr�t 4A_301/2010 du 7 septembre 2010 consid. 3.2, in SJ 2011 I 17; PEDRAZZINI, op. cit., n��
s�40 ss, 86 s. et 1167). Il y a dissimulation frauduleuse lorsque l'entrepreneur - ou le vendeur - n'avise pas son cocontractant d'un d�faut alors qu'il a une obligation de renseigner, laquelle peut d�couler des r�gles de la bonne foi (Gauch, op. cit., n��
s�2093 et 2731; PEDRAZZINI, op. cit., n��
s�421 et 435 ss; cf. ATF 116 II 431 consid. 3a p. 434). Une telle obligation existe d�s que l'entrepreneur doit partir du principe que le ma�tre ignore le d�faut, ne va pas le d�couvrir et voudrait exercer ses droits � la garantie si ce d�faut �tait port� � sa connaissance ( GAUCH, op. cit., n�
�2093, qui se r�f�re � l'ATF 66 II 132 consid. 6). Une ex�cution imparfaite n'implique pas n�cessairement une telle dissimulation; encore faut-il que l'entrepreneur connaisse les d�fauts et qu'il les taise volontairement (ATF 89 II 405 consid. 2b). La n�gligence m�me grave ne suffit en principe pas. La doctrine r�serve le cas o� l'entrepreneur �vite volontairement d'�tre mieux inform� (Gauch, op. cit., n� 2092).
4.1.�Les recourants plaident que l'intim� leur a frauduleusement dissimul� deux types de d�faut: d'une part, la modification du syst�me d'isolation de la toiture, qui serait contraire au contrat; d'autre part, les malfa�ons dans l'installation du syst�me Ysox, qui sont � l'origine des fissures constat�es et d'une isolation phonique moindre.
S'agissant du premier type de d�faut invoqu�, les recourants reprochent � la cour cantonale d'avoir mal interpr�t� le descriptif des travaux, qui ne permettait pas un tel changement. Ils formulent aussi des critiques quant � la pr�tendue �quivalence des deux syst�mes et taxent d'arbitraire la constatation selon laquelle ils ont �t� inform�s de cette modification et l'ont accept�e. L'ouvrage serait donc entach� d'un d�faut, que l'entrepreneur aurait frauduleusement dissimul� en leur remettant apr�s l'ach�vement de l'ouvrage des plans d'ex�cution qui n'int�graient pas les modifications apport�es � la toiture.
4.2.�La cour cantonale a argument� que d'une part, les ma�tres avaient consenti � la modification du syst�me d'isolation et que d'autre part, le contrat autorisait le changement de mat�riau; le syst�me d'isolation Ysox offrait en l'occurrence des qualit�s �quivalentes au syst�me Flumroc. Le d�faut invoqu� �tait inexistant, ce qui privait d'objet la question de la dissimulation intentionnelle (arr�t p. 19 s. consid. 12.2 et 12.3).
4.3.�Savoir si le type d'isolant choisi rev�t les m�mes qualit�s que le mat�riau convenu est une question de fait. Interpr�ter le contrat et ses parties int�grantes pour savoir s'il autorisait le remplacement du syst�me convenu par le syst�me choisi est en l'occurrence une question de droit; en effet, il n'appara�t pas que la volont� r�elle des parties ait pu �tre constat�e (cf. par ex. ATF 133 III 61 consid. 2.2.1; 131 III 606 consid. 4.1 p. 611). De la r�ponse � ces questions d�pend le point - juridique - de savoir si l'ouvrage est entach� d'un d�faut.
4.4.�Le grief r�futant l'�quivalence de qualit� des isolants Flumroc et Ysox n'est pas recevable. Si le moyen est soulev� dans une longue rubrique consacr�e aux "faits appr�ci�s arbitrairement", les recourants ne pr�tendent pas que la constatation critiqu�e serait arbitraire. Ils "pr�cisent" tout au plus que l'expertise judiciaire dit le contraire de la Cour de justice, en se r�f�rant � la page topique. Dans une note de bas de page, ils expriment leur "�tonnement" quant � l'appr�ciation de la cour, qui serait contraire � deux autres moyens de preuve auxquels ils renvoient. Un tel proc�d� ne satisfait pas aux exigences strictes rappel�es ci-dessus (consid. 2). De surcro�t, les recourants n'�voquent pas la totalit� des moyens de preuve qui ont conduit le premier juge � retenir des qualit�s �quivalentes, "si ce n'est que l'Ysox offrirait peut-�tre un peu moins d'isolation phonique" (cf. jgt du 10 mai 2012 p. 30
i.f.et les preuves cit�es), constat que la cour d'appel a repris � son compte (arr�t, p. 9). L'on rel�vera simplement que l'expert a certes r�pondu dans son rapport que les deux syst�mes n'�taient pas �quivalents sur le plan sonique, accusant une diff�rence de 3-4 d�cibels (dB) en d�faveur du syst�me Ysox; toutefois, il a pr�cis� lors de son audition que si l'on posait convenablement la solution Ysox en l'augmentant d'une sous-couche, elle offrait une isolation phonique �quivalente � la solution contractuelle (proc�s-verbal du 15 juin 2011, p. 3).
4.5.�Les recourants plaident ensuite que le contrat d'entreprise permettait de changer uniquement le mat�riau d'isolation et non pas, comme en l'esp�ce, le syst�me de construction de la toiture.
4.5.1.�Les recourants citent�
in extenso�un passage de l'expertise judiciaire, dont il ressort en substance les �l�ments suivants:
- la solution dite traditionnelle Flumroc 120 mm consiste � empiler successivement des couches crois�es (mat�riaux) constituant au final l'ensemble de la toiture. Ce proc�d� permet le recouvrement successif (joints) et l'embo�tement des diff�rentes pi�ces entre elles, dans le respect de la fonction et des limites physiques de chaque mat�riau. Il assure un traitement efficace des rencontres entre charpente et murs, raccord lambrissage et poutraison, et tous les autres composants d'une toiture (chemin�es, ventilations, lucarnes, velux).
- La solution dite Ysox implique de poser un �l�ment "sandwich" unique (panneau de bois avec isolant au milieu) sur la charpente (pannes sabli�res, interm�diaires et fa�ti�res); elle dispense de poser des chevrons. La pose de cet �l�ment unique et important ne permet pas de r�soudre de mani�re optimale les rencontres avec les autres mat�riaux; elle ne solutionne pas la question de la barri�re vapeur n�cessaire � l'int�rieur de la maison pour contrer la propagation de la vapeur d'eau dans les mat�riaux. L'absence de cette barri�re renforce la dilatation de la partie en bois du panneau Ysox et implique des mouvements de toiture plus importants que dans une solution classique. Toutes ces caract�ristiques appellent un soin particulier dans la pose, plus sp�cialement lors des rencontres avec d'autres mat�riaux, afin d'�viter le report de certains efforts (principalement la dilatation) susceptibles de cr�er des fissures sur les murs internes.
S'agissant du descriptif des travaux, les d�cisions cantonales �voquent simplement le chiffre 7, intitul� "isolation", qui pr�voit pour l'isolation de la toiture "Flumroc 120 mm. ou similaire avec pare-vapeur". Une rubrique g�n�rale autorise par ailleurs � substituer au mat�riau convenu un mat�riau "de qualit� �quivalente".
Le jugement de premi�re instance constate que l'entrepreneur n'a semble-t-il "jamais report�, sur les plans d'ex�cution de la villa, les modifications substantielles induites par la pose sous toiture du syst�me d'isolation Ysox, en lieu et place du syst�me Flumroc (jgt, p. 31 let. e).
4.5.2.�Le fait que les deux syst�mes en cause offrent des qualit�s �quivalentes quant � l'isolation thermique et phonique ne suffit pas en soi � exclure une contravention au contrat. Au vu des explications de l'expert quant � l'impact des deux produits sur la technique de construction de la toiture, l'on peut l�gitimement se demander si la modification apport�e entre encore dans le cadre d'un simple changement de mat�riau. L'on parle du reste de "syst�mes" de conception diff�rente. Les explications de l'expert donnent � penser que le syst�me Ysox ne comporte pas de pare-vapeur, qui est mentionn� dans le descriptif des travaux. La solution choisie ne permet pas d'effectuer du "sur-mesure" et de r�soudre les probl�mes de jonction entre les divers mat�riaux, ce qui cr�e des probl�mes de dilatation; elle requiert une attention particuli�re lors des travaux de pose. La constatation concernant le non-report des modifications sur les plans d'ex�cution laisse entendre que les plans initiaux pr�voyaient une charpente construite selon la m�thode "traditionnelle" avec chevrons. L'expert a pr�cis� que sur les plans fournis par l'entrepreneur, la coupe repr�sente une toiture "classique" non compos�e d'�l�ments Ysox (rapport d'expertise, p. 5).
Quoi qu'il en soit, il n'est pas n�cessaire d'examiner plus avant si les recourants ont all�gu� et prouv� avec la pr�cision suffisante les �l�ments de fait - en partie d'ordre technique - permettant de retenir que les caract�ristiques du syst�me finalement choisi sont telles qu'il sort du cadre contractuel. Il s'av�re en effet que l'expert ne r�pond pas � la question d'une �ventuelle moins-value en cas de maintien du syst�me Ysox - par hypoth�se pos� selon les r�gles de l'art - par rapport au syst�me traditionnel Flumroc. Interrog� � ce propos, l'expert se contente de dire que la construction actuelle n'est pas conforme aux r�gles de l'art et ne peut �tre maintenue telle quelle (cf. rapport d'expertise, p. 3 s. ad point b/3). L'on ignore �galement le co�t que repr�senterait le remplacement du syst�me Ysox par le syst�me contractuel Flumroc; l'expert a tout au plus chiffr� le co�t d'une repose du syst�me Ysox conform�ment aux r�gles de l'art, en pr�conisant de remplacer l'avant-toit en profil Ysox par un avant-toit "conventionnel" (cf. rapport, p. 3 s. ad "r�ponse b"). Ainsi, quand bien m�me l'on devrait retenir un d�faut li� au changement de syst�me d'isolant, il faudrait constater que les recourants n'ont de toute fa�on pas fourni suffisamment d'�l�ments pour retenir une pr�tention p�cuniaire li�e � ce d�faut pr�cis.
4.6.�Ces consid�rations privent d'objet les autres moyens soulev�s par les recourants en relation avec ce premier type de d�faut, notamment le point de savoir s'il �tait arbitraire de retenir qu'ils avaient �t� inform�s de la modification litigieuse et y avaient consenti (cf. au surplus infra, consid. 5.4).
5.1.�Il n'est pas contest� que le syst�me d'isolation de la toiture est d�fectueux, en raison de malfa�ons lors de son installation. Celles-ci sont la cause des fissures apparues sur les murs et d'une isolation phonique moindre. Les recourants plaident que l'entrepreneur a frauduleusement dissimul� ce d�faut, ce que l'int�ress� r�fute.
5.2.�D�terminer quelles �taient les connaissances de l'entrepreneur quant � l'existence d'un d�faut rel�vent du fait. En revanche, rel�ve du droit la question de savoir s'il y a dissimulation frauduleuse, respectivement si la bonne foi commandait de communiquer aux ma�tres les �l�ments dont l'entrepreneur avait connaissance.
5.3.�La cour d'appel retient qu'en 2002 sont apparus des d�fauts dans la toiture relatifs � la couverture et � la ferblanterie, qui ont caus� des infiltrations d'eau; l'entrepreneur a fait proc�der aux travaux de r�paration � ses frais. Apr�s ceci, il n'a plus �t� inform� de d�fauts de ce type jusqu'au mois d'ao�t 2006, �poque � laquelle les voisins des ma�tres ont signal� une fissure dans leur maison. Un arbitrage s'en est suivi. Seul le rapport de l'expert-arbitre dat� du 6 octobre 2008 a permis d'�tablir l'origine des d�fauts d'isolation et des fissures, � savoir les malfa�ons commises dans la pose du mat�riau isolant.
En d�finitive, la cour reproche aux ma�tres de ne pas avoir d�montr� que l'entrepreneur avait connaissance de la source des d�fauts et du fait que le syst�me d'isolation n'avait pas �t� pos� dans les r�gles de l'art; ils n'ont pas non plus prouv� ni rendu vraisemblable que l'entrepreneur connaissait le risque que des fissures apparaissent plus de six ans apr�s la livraison de l'ouvrage (arr�t, p. 21 consid. 12.5).
5.4.�Les recourants eux-m�mes ne pr�tendent pas qu'� la livraison de l'ouvrage, l'entrepreneur aurait eu une connaissance effective des malfa�ons et des cons�quences qu'elles pouvaient entra�ner. Ils lui reprochent d'avoir fait poser la toiture sans s'�tre au pr�alable inform� de mani�re compl�te sur ce syst�me constructif, alors qu'il n'avait manifestement aucune exp�rience dans le domaine, respectivement d'avoir choisi un charpentier qu'il savait incomp�tent, ou � tout le moins dont il ne pouvait ignorer l'incomp�tence.
L'intim� n'a pas effectu� les travaux lui-m�me. M�me si l'on consid�re que l'entreprise mandat�e a commis des manquements relativement graves en contrevenant aux instructions du fabriquant de l'isolant, cet �l�ment ne suffit pas � d�montrer un comportement dolosif de l'entrepreneur. On ignore tout des d�tails quant � l'organisation mise en place pour diriger les travaux, proc�der � leur surveillance et � leur v�rification. La doctrine �voque certes une possible dissimulation frauduleuse en cas de carence dans l'organisation des travaux, mais encore faut-il que l'entrepreneur ait cherch�, avec cette organisation, � se soustraire � la responsabilit� pour fraude ( GAUCH, op. cit., n��
s�2101 s.). L'argumentation des recourants ne contient rien de tel et les faits retenus ne permettent pas non plus d'aller en ce sens.
En relation avec le premier type de d�faut, les recourants ont certes soulev� des griefs de fait et de droit destin�s � d�montrer que l'entrepreneur leur avait frauduleusement dissimul� le changement du syst�me d'isolation. Toutefois, ils n'en d�duisent pas que l'entrepreneur avait une connaissance effective des d�fauts dans la pose du syst�me et de leurs cons�quences. Ils ne plaident pas non plus que la d�couverte des d�fauts a �t� entrav�e par la pr�tendue dissimulation du changement de syst�me isolant.
Les recourants ne tirent pas non plus argument du fait que des fissures semblent avoir �t� constat�es chez les voisins d�s la livraison de l'ouvrage (cf. arr�t, p. 10 � 2).
En bref, les recourants ne d�montrent pas en quoi il serait arbitraire de constater que l'entrepreneur ignorait les malfa�ons dans l'ex�cution de la toiture � la r�ception de l'ouvrage.
5.5.�Les recourants invoquent par ailleurs des faits post�rieurs � la livraison de l'ouvrage, pass�s sous silence par la Cour de justice, qui r�v�leraient que l'entrepreneur a pris connaissance des malfa�ons et de la source des fissures et s'est abstenu dolosivement de les informer.
Pour l'essentiel, ces faits ne figurent pas dans les d�cisions cantonales. Les recourants pr�tendent compl�ter l'�tat de fait � ce sujet; toutefois, ils ne cherchent pas � d�montrer qu'ils auraient r�guli�rement all�gu� les faits devant les instances cantonales, ce qui suffit � exclure le compl�tement demand�.
L'on peut tout au plus donner acte aux recourants d'un fait qui ressort du jugement de premi�re instance (p. 23), � savoir qu'en juillet 2003 a �t� verbalis�e l'existence d'une fissure sur un mur s�parant deux chambres de leur villa. Ce constat a �t� fait par un huissier en pr�sence de l'entrepreneur, qui n'a pas r�par� cette fissure.
Les recourants objectent que l'entrepreneur aurait d� faire des investigations pour trouver la cause de cette fissure. Sans autre �l�ment, l'on ne saurait retenir que l'entrepreneur a volontairement renonc� � �claircir l'origine de l'unique fissure signal�e presque un an apr�s la livraison de l'ouvrage, afin de se soustraire � une �ventuelle garantie des d�fauts.
5.6.�En d�finitive, les faits ressortant des d�cisions cantonales ne donnaient pas mati�re � retenir une dissimulation frauduleuse au sens de l'art. 180 SIA-118.
Cette conclusion s'imposerait quand bien m�me l'on tiendrait compte des faits irrecevables ressortant de la pi�ce 134. Celle-ci r�v�le que l'entrepreneur, � une date non pr�cis�e, s'est vu communiquer un rapport priv� dat� du 21 d�cembre 2006, dans lequel une entreprise de charpenterie mandat�e par les propri�taires voisins attribuait les fissures observ�es dans leur villa � la dilatation des madriers en bois massif. Les voisins avaient observ� une nouvelle fissure en ao�t 2006, qui paraissait cons�cutive � des variations de temp�rature (pi�ce 134, p. 3 ch. 15 et p. 4 ch. 19 s.). Or, les recourants n'ont signal� aucune nouvelle fissure � ce moment-l�, attendant le 29 septembre 2008 pour d�noncer des fissures dont l'expert n'a pu dater l'apparition, tout en les jugeant "certainement ant�rieure[s]" � la date de d�nonciation (rapport d'expertise, p. 4
i.f.et 5). M�me en pr�supposant que ce rapport de d�cembre 2006 a �t� communiqu� rapidement � l'entrepreneur, l'on ne saurait lui reprocher, dans le contexte pr�cit�, d'avoir enfreint les r�gles de la bonne foi en ne communiquant pas ses conclusions aux recourants, qui n'avaient signal� qu'une seule fissure pr�s de trois ans et demi auparavant.
5.7.�A d�faut de dissimulation frauduleuse, le d�lai de prescription de cinq ans �tait applicable et a expir�. Contrairement � ce que plaident les recourants, ils ne peuvent pas m�me opposer en compensation leur cr�ance en garantie prescrite. Leurs droits sont en effet p�rim�s, d�s lors que le d�faut n'a pas �t� signal� dans le d�lai quinquennal (� ce sujet, cf. ATF 130 III 362 consid. 4.3; GAUCH, op. cit., n
os�2288, 2295 et 2732). Le fait que les recourants aient signal� une fissure en juillet 2003 ne change rien � cette analyse. L'avis de nouvelles fissures et du d�faut primaire concernant les malfa�ons dans l'isolation de la toiture a �t� donn� apr�s le d�lai de prescription quinquennal, sans que l'entrepreneur n'ait commis de fraude.
En d�finitive, le recours est rejet� dans la mesure o� il est recevable. En cons�quence, les recourants assumeront les frais de proc�dure et verseront une indemnit� de d�pens � l'intim� (art. 66 al. 1 et 5 LTF; art. 68 al. 1, 2 et 4 LTF).
Les frais judiciaires, arr�t�s � 5'000 fr., sont mis � la charge des recourants, solidairement entre eux.
Les recourants sont condamn�s solidairement � verser � l'intim� une indemnit� de 6'000 fr. � titre de d�pens.

References: art. 363
 ATF 
 art. 53
 art. 47
 art. 95
 ATF 
 art. 97
 ATF 
 art. 180
 ATF 
 ATF 
 ATF 
 art. 68