Source: http://jesusmarie.free.fr/1a2ae_q084.htm
Timestamp: 2020-08-12 09:22:56+00:00

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Question 84 : De la cause du péché selon qu’un péché est la cause d’un autre
Après avoir parlé du sujet du péché originel, nous avons à considérer la cause du péché, selon qu’un péché est la cause d’un autre. — A cet égard quatre questions se présentent : 1° La cupidité est-elle la racine de tous les péchés ? (Cet article est le commentaire de ces paroles de l’Apôtre : La cupidité est la racine de tous les maux (1 Tim., 6, 10).) — 2° L’orgueil est-il le commencement de tout péché ? (Si on lit dans l’Ecriture que la convoitise est la racine de tous les maux, on y lit aussi que l’orgueil en est le commencement (Tobie, 4, 14) : c’est par lui que tous les maux ont commencé. Saint Thomas se propose ici de concilier ensemble ces passages qui paraissent contradictoires et d’en donner la véritable interprétation.) — 3° Indépendamment de l’orgueil et de l’avarice y a-t-il d’autres péchés qu’on doive appeler des vices capitaux ? — 4° Combien y a-t-il de péchés capitaux et quels sont-ils ? (Cet article a pour but de justifier la classification des sept péchés capitaux, telle qu’elle est adoptée dans l’enseignement général de l’Eglise)
Objection N°1. Il semble que la cupidité ne soit pas la racine de tous les péchés. Car la cupidité, qui est un désir immodéré des richesses, est opposée à la vertu de la libéralité. Or, la libéralité n’est pas la racine de toutes les vertus. Donc la cupidité n’est pas non plus la racine de tous les péchés.
Réponse à l’objection N°1 : La vertu et le péché ne sortent pas de la même source. Car le péché vient du désir du bien qui est passager. C’est pourquoi le désir de cet avantage, qui aide l’homme à obtenir tous les biens temporels, est appelé la racine des péchés. La vertu, au contraire, vient du désir du bien qui est immuable. C’est pour cette raison que la charité, qui est l’amour de Dieu, est considérée comme la racine des vertus, d’après cette expression de l’Apôtre (Eph., 3, 17) : Vous avez été enracinés et fondés dans la charité.
Objection N°2. Le désir des moyens provient du désir de la fin. Or, les richesses que la cupidité convoite ne sont recherchées que parce qu’elles sont utiles à une fin, comme l’observe Aristote (Eth., liv. 1, chap. 5). Donc la cupidité n’est pas la racine de tout péché, mais elle provient d’une autre racine antérieure.
Réponse à l’objection N°2 : Le désir des richesses est appelé la racine des péchés, non parce qu’on recherche les richesses pour elles-mêmes comme la fin dernière, mais parce qu’on les ambitionne comme étant utiles à toutes sortes de fins temporelles. Et parce qu’un bien universel est plus désirable qu’un bien particulier, il s’ensuit qu’il meut l’appétit plus que les biens particuliers que l’on peut se procurer simultanément avec beaucoup d’autres par de l’argent.
Objection N°3. Souvent on trouve que l’avarice qui reçoit le nom de cupidité vient d’autres vices ; par exemple, il y en a qui désirent de l’argent par ambition ou pour satisfaire leur gourmandise. Elle n’est donc pas la racine de tous les péchés.
Réponse à l’objection N°3 : Comme dans les choses naturelles on ne cherche pas ce qui arrive toujours, mais ce qui arrive le plus souvent, parce que la nature des êtres corruptibles peut être entravée de telle sorte qu’elle n’opère pas toujours de la même façon ; ainsi, en morale, on considère ce qui arrive ordinairement, mais non ce qui a toujours lieu, parce que la volonté n’agit pas nécessairement. Par conséquent, quand on dit que l’avarice est la racine de tous les maux, cela ne signifie donc pas qu’il n’y ait pas quelquefois un mal qui soit la racine de ce vice, mais cela indique que c’est de lui que les autres maux viennent le plus souvent (C’est ainsi qu’il faut entendre ces autres paroles de l’Apôtre (Eph. (?), chap. 5) : Avarus… omnis maii causa est.), pour la raison que nous avons donnée (dans le corps de l’article.).
Mais c’est le contraire. L’Apôtre dit (1 Tim., 6, 10) que la cupidité est la racine de tous les maux.
Conclusion Les richesses aidant l’homme à exciter en lui tous les désirs coupables et à les satisfaire, il s’ensuit que la cupidité, selon qu’elle est un péché spécial qui indique l’amour déréglé des richesses, doit être appelée la racine de tous les maux.
Il faut répondre que d’après quelques auteurs la cupidité s’entend de trois manières. Dans un sens, elle est l’amour déréglé des richesses, et à ce titre c’est un péché spécial (C’est l’avarice.). Dans un autre sens, elle indique l’amour déréglé de tout bien temporel ; dans ce cas c’est le genre de tout péché, car dans tout péché il y a un mouvement déréglé de la volonté vers les biens passagers, comme nous l’avons vu (quest. 71, art. 6, et quest. 72, art. 1). Enfin on entend par cupidité l’inclination de notre nature corrompue à rechercher d’une manière déréglée tous les biens corruptibles. Ils disent que dans ce dernier sens la cupidité est la racine de tous les péchés, par analogie à la racine de l’arbre qui tire de la terre tous les aliments ; parce que c’est en effet de l’amour des choses temporelles que tout péché procède. — Quoique ces pensées soient justes, elles ne paraissent cependant pas conformes à ce que l’Apôtre a voulu exprimer en disant que la cupidité est la racine de tous les péchés. Car il parle évidemment en cet endroit contre ceux qui en voulant devenir riches, tombent dans les tentations et le filet du démon, parce que la cupidité est la racine de tous les maux. D’où il est manifeste qu’il parle de la cupidité considérée comme le désir déréglé des richesses. D’après cela on doit dire que la cupidité, selon qu’elle est un péché spécial, est appelée la racine de tous les autres péchés, par analogie à la racine de l’arbre qui alimente l’arbre tout entier. En effet, nous voyons que par les richesses l’homme acquiert la faculté de commettre toute espèce de péché et d’en concevoir le désir, parce que l’argent l’aide à se procurer tous les biens temporels, d’après cette parole de l’Ecriture (Ecclésiaste, 10, 19) : Tout obéit à l’argent. Ainsi il est évident que la cupidité ou le désir des richesses est la racine de tous les péchés.
Objection N°1. Il semble que l’orgueil ne soit pas le commencement de tout péché. Car la racine est le principe de l’arbre, et il semble que la racine et le commencement du péché soient une même chose. Or, la cupidité est la racine de tout péché, comme nous l’avons dit (art. préc.). Donc c’est elle et non l’orgueil qui en est le commencement.
Objection N°2. Il est écrit (Ecclésiastique, 10, 14) : Le commencement de l’orgueil de l’homme est de commettre une apostasie à l’égard de Dieu. Or, apostasier Dieu est un péché. Donc il y a un péché qui est le commencement de l’orgueil, et par conséquent l’orgueil n’est pas le commencement de tout péché.
Réponse à l’objection N°2 : Apostasier Dieu, c’est le commencement de l’orgueil, en raison de ce que l’homme s’éloigne de son auteur. Car par là même que l’homme ne veut pas se soumettre à Dieu, il s’ensuit qu’il veut d’une manière déréglée sa propre prééminence dans l’ordre temporel. L’apostasie n’est donc pas ici considérée comme un péché spécial, mais elle est plutôt la condition générale de tout péché, qui consiste en ce que l’homme s’éloigne du bien immuable. — Ou bien on peut dire que l’apostasie est le commencement de l’orgueil, parce qu’elle en est la première espèce. Car il appartient à l’orgueil de ne vouloir pas se soumettre à un supérieur et surtout de ne vouloir pas se soumettre à Dieu. D’où il arrive que l’homme s’élève déréglément au-dessus de lui-même quant aux autres espèces d’orgueil.
Objection N°3. Ce qui produit tous les péchés paraît en être le commencement. Or, tel est l’amour déréglé de soi-même, qui produit la cité de Babylone, comme le dit saint Augustin (De civ. Dei, liv. 14, chap. 28). Donc l’amour de soi et non l’orgueil est le commencement de tout péché.
Réponse à l’objection N°3 : L’homme s’aime par là même qu’il veut sa propre prééminence. Car s’aimer c’est se vouloir du bien ; par conséquent, qu’on considère l’orgueil ou l’amour-propre comme le commencement de tout péché, cela revient au même.
Mais c’est le contraire. Car il est dit (Ecclésiastique, 10, 15) : L’orgueil est le commencement de tout péché.
Conclusion Puisque l’homme, en se portant d’une manière déréglée vers les biens temporels, désire toujours une perfection et une supériorité singulière comme sa fin (qui, quoique la dernière dans l’exécution, est cependant la première dans l’intention), c’est avec raison qu’on dit que l’orgueil, par lequel on désire d’une manière déréglée sa propre prééminence, est le commencement de tout péché.
Il faut répondre qu’il y a des auteurs qui disent que l’orgueil s’entend de trois manières : 1° Il signifie le désir déréglé de sa propre prééminence, et en ce sens c’est un péché spécial. 2° Il implique un mépris actuel de Dieu, quant à son effet qui consiste à ne pas se soumettre à sa loi ; sous ce rapport c’est un péché général. 3° Il indique l’inclination que nous avons à ce mépris par suite de la corruption de notre nature, et c’est dans ce sens qu’on dit qu’il est le commencement de tout péché. Il diffère de la cupidité parce que, dit-on, la cupidité se rapporte au péché en ce sens que l’homme se tourne vers le bien muable, qui est en quelque sorte la nourriture et l’aliment du mal, et c’est pour ce motif que la cupidité s’appelle la racine du péché ; tandis que l’orgueil a pour objet le péché en ce sens que l’homme se détourne de Dieu et refuse d’obéir à ses préceptes. C’est pourquoi on l’appelle le commencement du péché, parce que c’est par cet éloignement que la nature du mal commence. — Quoique ces idées soient justes, elles ne sont cependant pas conformes à la pensée du sage qui dit que l’orgueil est le commencement de tout péché. Car il parle évidemment de l’orgueil considéré comme le désir déréglé de sa propre supériorité ; puisqu’il ajoute : Dieu a détruit les sièges des chefs orgueilleux, et c’est le sujet qu’il traite d’ailleurs dans presque tout ce chapitre. On doit donc dire que l’orgueil, selon qu’il est un péché spécial, est le commencement de tout péché. En effet, il faut observer que dans les actes volontaires, tels que sont les péchés, il y a deux ordres, celui d’intention et celui d’exécution. Dans l’ordre d’intention la fin, comme nous l’avons dit maintes fois (quest. 1, art. 1 et art. 3 ; quest. 20, art. 1 ; quest. 57, art. 4 ; quest. 65, art. 1), est le principe. Or, la fin que l’homme se propose en acquérant tous les biens temporels, c’est d’obtenir par leur moyen une perfection et une supériorité particulière. C’est ce qui fait que sous ce rapport, l’orgueil, qui est le désir de cette supériorité, est considéré comme le commencement de tout péché. Relativement à l’exécution, ce qu’il y a de premier, c’est ce qui donne la facilité de satisfaire tous les désirs mauvais que l’on conçoit, et ce qui a la nature de la racine, comme les richesses. C’est pourquoi on dit que l’avarice est la racine de tous les maux, comme nous l’avons vu (art. préc.).
Article 3 : Outre l’orgueil et l’avarice, y a-t-il d’autres péchés spéciaux qu’on doive appeler des vices capitaux ?
Objection N°1. Il semble qu’outre l’orgueil et l’avarice il n’y ait pas d’autres péchés spéciaux qu’on appelle capitaux. Car la tête paraît être aux animaux ce que la racine est aux plantes, comme le dit Aristote (De animâ, liv. 2, text. 38), puisque les racines ressemblent à la bouche. Si donc on appelle la cupidité la racine de tous les maux, il semble qu’il n’y ait qu’elle qu’on doive appeler un vice capital, et qu’aucun autre péché ne mérite ce nom.
Réponse à l’objection N°1 : Le mot capital vient, par dérivation ou par participation, du mot caput, et il s’applique à ce qui a quelqu’une des propriétés de la tête et non à la tête exclusivement. C’est pourquoi on appelle capitaux, non seulement les vices qui sont l’origine première de tous les maux, comme l’avarice qui est appelée la racine et l’orgueil qu’on nomme le commencement de tout péché ; mais encore ceux qui sont l’origine prochaine de plusieurs autres péchés.
Objection N°2. La tête se rapporte aux autres membres, en ce sens que c’est de la tête que la sensibilité et le mouvement se répandent en quelque sorte dans tous les membres. Or, on appelle péché la privation de l’ordre. Donc le péché ne ressemble en rien à la tête, et on ne doit pas conséquemment distinguer de péchés capitaux.
Réponse à l’objection N°2 : Le péché, considéré relativement à l’éloignement de Dieu, n’a pas d’ordre, parce que sous ce rapport il a la nature du mal, et que le mal, comme le dit saint Augustin (Lib. de nat. boni, chap. 4), est la privation du mode, de l’espèce et de l’ordre ; mais si on le considère relativement à l’attachement du pécheur pour la créature, il a pour objet un certain bien ; c’est pourquoi sous ce rapport on dit qu’il est ordonné (C’est-à-dire classé hiérarchiquement, de manière que l’un est avant l’autre.).
Objection N°3. Les crimes capitaux sont ceux qu’on punit de la peine capitale. Or, dans chaque genre de péchés il y en a qui sont punis de la sorte. Donc les vices capitaux ne sont pas des vices d’une espèce déterminée.
Réponse à l’objection N°3 : Ce raisonnement porte sur le péché capital qui est puni par une peine capitale, mais ce n’est pas de ce péché que nous parlons ici.
Mais c’est le contraire. Saint Grégoire (Mor., liv. 31, chap. 17) énumère certains vices spéciaux, qu’il appelle des vices capitaux.
Conclusion Il n’y a pas que l’avarice et l’orgueil qui soient des vices capitaux, mais il y en a encore beaucoup d’autres ; on appelle ainsi tous ceux qui mènent l’homme à d’autres péchés, comme des chefs d’armée.
Il faut répondre que le mot capital vient du mot caput (tête). Or, la tête à proprement parler est le membre de l’animal qui en est le principe et qui le dirige tout entier. C’est pourquoi on donne métaphoriquement le nom de tête à tout principe, à toute cause dirigeante. Ainsi on dit que les hommes qui dirigent les autres et qui les gouvernent sont leur tête. On appelle donc vice capital, du mot caput (tête) pris dans son sens propre, celui qui mène à des fautes qui sont punies de la peine capitale. Mais ce n’est pas le sens que nous attachons à cette expression quand nous parlons des péchés capitaux. Nous désignons par là, métaphoriquement, tout péché qui est le principe des autres ou qui les dirige. Par conséquent nous donnons le nom de vice capital à celui qui est la source d’autres vices, surtout quand ils naissent de lui, selon l’origine de la cause finale qui est l’origine formelle, comme nous l’avons dit (quest. 18, art. 6, et quest. 72, art. 6, et 75, art. 1). C’est pourquoi le vice capital n’est pas seulement le principe des autres, mais il en est encore le directeur et pour ainsi dire le guide. Car l’art ou l’habitude à laquelle la fin appartient, régit et commande tous les moyens qui s’y rapportent. C’est ce qui fait que saint Grégoire (Mor., liv. 31, chap. 17) compare ces vices capitaux à des chefs d’armées.
Article 4 : A-t-on raison de distinguer sept péchés capitaux ?
Objection N°1. Il semble qu’on ne doive pas dire qu’il y a sept vices capitaux : la vaine gloire, l’envie, la colère, l’avarice, la tristesse (Ce mot a été remplacé par le mot acedia qui indique un certain dégoût des choses spirituelles, et par suite une grande négligence et une grande paresse dans l’accomplissement de ses devoirs. On a préféré adopter le mot paresse dont le sens est plus général et plus vulgaire.), la gourmandise et la luxure. Car les péchés sont opposés aux vertus. Or, il n’y a que quatre vertus principales, comme nous l’avons dit (quest. 61, art. 2). Donc il n’y a non plus que quatre vices principaux ou capitaux.
Réponse à l’objection N°1 : Les vertus et les vices n’ont pas la même espèce d’origine. Car les vertus sont produites par le rapport de l’appétit avec la raison ou avec le bien immuable qui est Dieu ; tandis que les vices naissent de l’appétit du bien changeant ; par conséquent il n’est pas nécessaire que les vices principaux soient opposés aux vertus principales.
Objection N°2. Les passions de l’âme sont des causes du péché, comme nous l’avons dit (quest. 77). Or, il y a quatre principales passions de l’âme ; il y en a deux dont il n’est pas fait mention parmi les péchés qu’on vient d’énumérer, ce sont l’espérance et la crainte. Mais on a énuméré des vices qui se rapportent à une même passion. Car la délectation comprend la gourmandise et la luxure, et la tristesse embrasse la paresse et l’envie. Donc les péchés principaux sont mal énumérés.
Réponse à l’objection N°2 : La crainte et l’espérance sont des passions de l’irascible, toutes les passions de l’irascible viennent de celles du concupiscible, et toutes les passions du concupiscible se rapportent d’une certaine manière à la délectation et à la tristesse. C’est pourquoi on place principalement parmi les péchés capitaux la délectation et la tristesse, comme étant les passions principalissimes (Nous avons été obligés de créer ce terme pour rendre le sens philosophique qu’y attache saint Thomas d’après Aristote Suivant les théories péripatéticiennes, le principalissime est plus extrême que le principal ; comme dans les genres et les espèces on distingue des termes qui sont généralissimes et d’autres spécialissimes. Ce sont des extrêmes entre lesquels ou place d’autres termes qui sont simplement génériques ou spécifiques (Voyez à cet égard l’Introduction aux Catégories de Porphyre.).), ainsi que nous l’avons dit (quest. 25, art. 4).
Objection N°3. La colère n’est pas une passion principale. On n’aurait donc pas dû la ranger parmi les vices principaux.
Réponse à l’objection N°3 : La colère, quoiqu’elle ne soit pas une passion principale, par là même qu’elle a une raison particulière de mouvoir l’appétit, qui consiste à s’élever contre le bien d’autrui au point de vue de l’honnête, c’est-à-dire sous le prétexte d’une juste vengeance, elle se trouve distincte des autres péchés capitaux.
Objection N°4. Comme la cupidité ou l’avarice est la racine du péché, de même l’orgueil en est le commencement, comme nous l’avons dit (art. 1 et 2). Or, on fait de l’avarice un des sept péchés capitaux ; on aurait donc dû compter aussi l’orgueil.
Réponse à l’objection N°4 : On dit que l’orgueil (Quoique l’orgueil soit plus général que la vainc gloire, cependant on a remplacé ce dernier mot par le premier qui offre au peuple un sens plus facile à saisir.) est le commencement de tout péché au point de vue de la fin, comme nous l’avons dit (art. 2), et c’est d’après ce même point de vue que nous établissons la prééminence des péchés capitaux. C’est pourquoi l’orgueil étant un vice universel, on ne le compte pas parmi les autres, mais on le considère plutôt, selon l’expression de saint Grégoire (loc. cit.), comme le roi de tous les vices. Quant à l’avarice c’est sous un autre rapport qu’elle est appelée la racine de tous les vices, ainsi que nous l’avons vu (art. 1).
Objection N°5. On commet des péchés qui ne peuvent venir d’aucun de ceux qu’on a énumérés ; comme quand on erre par ignorance, ou quand on commet une faute par suite d’une bonne intention, comme celui qui vole pour faire l’aumône. Donc les vices capitaux n’ont pas été suffisamment énumérés.
Réponse à l’objection N°5 : Ces vices sont appelés capitaux parce qu’ils sont ordinairement la source des autres. Par conséquent rien n’empêche que quelques péchés ne viennent parfois d’autres causes. — On peut néanmoins dire que tous les péchés qui proviennent de l’ignorance peuvent se ramener à la paresse, à laquelle appartient la négligence qui fait qu’on se refuse d’acquérir des biens spirituels, à cause de la peine qu’il faudrait se donner. Car l’ignorance, qui peut être la cause du péché, provient de la négligence, ainsi que nous l’avons dit (quest. 76, art. 1). Et quand on pèche par suite d’une bonne intention, il semble que cette faute revienne à l’ignorance, parce qu’on ignore alors qu’on ne doit pas faire le mal, pour qu’il en arrive du bien.
Mais c’est le contraire. L’autorité de saint Grégoire est positive à cet égard (Mor., liv. 31, chap. 19).
Conclusion On appelle péchés capitaux, ceux dont les fins ont la vertu première et principale de mouvoir l’appétit, et comme ces vertus sont au nombre de sept, on distingue aussi sept vices capitaux qui sont : l’orgueil, l’avarice, la luxure, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. préc.), on appelle vices capitaux ceux qui sont la source des autres, surtout à titre de cause finale. Or, cette espèce d’origine peut se considérer de deux manières : 1° selon la condition de celui qui pèche. Ainsi le pécheur peut être disposé à l’égard d une fin mauvaise, de telle sorte qu’il se porte par suite à une foule d’autres péchés. Cette sorte d’origine ne peut pas être l’objet de la science, parce que les dispositions particulières des hommes sont infinies. 2° On peut la considérer selon le rapport naturel que les fins ont entre elles. A ce point de vue, il arrive souvent qu’un vice vient d’un autre. Il y a donc possibilité de systématiser scientifiquement les vices d’après cette espèce d’origine. En ce sens, on appelle vices capitaux, ceux dont les fins sont les raisons premières qui meuvent l’appétit, et c’est d’après la distinction de ces raisons premières qu’on distingue les péchés capitaux eux-mêmes. Or, une chose meut l’appétit de deux manières : 1° Directement et par soi-même. C’est ainsi que le bien meut l’appétit pour qu’il le recherche, et le mal pour qu’il l’évite. 2° Indirectement et pour ainsi dire par un autre. C’est ainsi qu’un homme recherche une chose mauvaise, à cause du bien qui y est adjoint ; ou qu’il fuit le bien, à cause du mal dont il est mélangé. — Le bien de l’homme est de trois sortes. En effet il y a : 1° le bien de l’âme qui n’est désirable que d’après notre imagination, comme l’excellence de la louange ou de l’honneur, et c’est cette espèce de bien que la vaine gloire poursuit. 2° Il y a le bien du corps, celui-ci regarde la conservation de l’individu, comme le boire et le manger, et c’est ce bien que la gourmandise recherche d’une manière déréglée ; il a aussi pour objet la conservation de l’espèce, comme les jouissances charnelles auxquelles se rapporte la luxure, ou il comprend le bien extérieur, c’est-à-dire les richesses qui sont la fin que se propose l’avarice. Et ces quatre vices fuient déréglément les quatre maux qui leur sont contraires. — Ou bien, à un autre point de vue, on peut dire que le bien meut principalement l’appétit, parce qu’il participe à la condition de la félicité que tous les hommes désirent naturellement, et qu’il est de l’essence de cette félicité d’être : 1° Une perfection. Car la béatitude est le bien parfait auquel appartient l’excellence ou l’éclat que recherche l’orgueil ou la vaine gloire. 2° Il faut qu’elle ait cette suffisance que l’avarice recherche dans les richesses qui la promettent. 3° Il est dans sa nature de renfermer la délectation sans laquelle il ne peut y avoir de félicité, comme le dit Aristote (Eth., liv. 1, chap. 7, et liv. 10, chap. 6 à 8), et c’est cette jouissance que recherchent la gourmandise et la luxure. — Quant au bien que l’on fuit à cause du mal auquel il est associé, il y en a de deux sortes. Ou il s’agit de son bien propre, et alors c’est la paresse qui s’attriste du bien spirituel, à cause de la peine corporelle qu’il donne ; ou il s’agit du bien d’autrui, et si on le repousse sans éclat, sans mouvement extérieur, c’est le fait de l’envie qui s’attriste du bien d’autrui, parce qu’il est un obstacle à sa propre prééminence ; mais s’il y a indignation et désir de vengeance, alors c’est la colère. D’ailleurs la poursuite du mal opposé est propre à ces mêmes vices.

References: art. 6
 art. 1
 art. 1
 art. 3
 art. 1
 art. 4
 art. 1
 art. 6
 art. 6
 art. 1
 art. 2
 art. 4
 art. 1