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Timestamp: 2019-05-20 18:27:59+00:00

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Sujet du message : Napoléon et les Juifs
Publié : 24 Avr 2016 16:33
A titre d’information, dans les trois arrondissements de Strasbourg, de Saverne et de Sélestat, 12 296 000 francs avaient été prêtés de septembre 1800 à décembre 1802. En 1803-1804, 250 000 francs restaient impayés.
Tous les prêteurs n’étaient pas juifs, mais l’usure leur était généralement attribuée.
On peut à ce sujet se référer à la Statistique du département du Bas-Rhin, rédigée par le préfet Laumond, en 1801 :
« Le trafic, les échanges, le prêt, sont leur commerce habituel ; l’agriculture, les fabriques, et en général l’industrie sédentaire, ne sont ni de leur goût, ni dans leurs vues politiques
La haine qu’on leur portait s’est-elle affaiblie ? »
En considérant cette question en général, on pourrait répondre non. Comme les juifs n’ont rien changé à leur genre de commerce, et qu’ils sont (pris en total) tout aussi avides qu’avant, il n’y a pas de raison suffisante pour qu’ils soient plus aimés; mais il y a peut-être plus de justice distributive à leur égard qu’auparavant. On ne confond pas tous les juifs dans la même catégorie, et le respect public accompagne ceux , en petit nombre, qui s’en rendent dignes.
Quoi qu’il en soit, les juifs ne sont point aimés, parce qu’en général ils ne sont point aimables: qu’ils le deviennent, les dispositions changeront; ils en ont pour garant l’expérience‘de ceux d’entre eux qui le méritent. »
Cette haine se retrouve dans ce bulletin de police du 18 octobre 1805 :
« Haut-Rhin. Juifs. Au commencement de ce mois, on avait répandu dans le Haut-Rhin que les juifs devaient être tous massacrés, les [2 et 3 octobre]. Le préfet présumait que les juifs faisaient eux-mêmes circuler ces bruits pour fixer sur eux l'attention des autorités. Il avait prescrit néanmoins les mesures de sûreté convenables. Par une lettre du [14 octobre], M. le maréchal Moncey expose qu'aucun trouble n'a eu lieu aux jours indiqués (fêtes juives). Quelques individus, signalés comme auteurs ou complices de ce projet, ont été arrêtés et relâchés, s'étant justifiés complètement. Il existe cependant, suivant le rapport de la gendarmerie du Haut-Rhin, un mécontentement général et une haine prononcée contre les juifs. On les accuse d'avoir ruiner plusieurs familles par des escroqueries de toute espèce. Les autorités civiles et militaires veillent à leur
sûreté. »
De tels rapports ne pouvaient laisser indifférent Napoléon.
Décret du 30 mai 1806 :
« Sur le compte qui nous a été rendu que, dans plusieurs départements septentrionaux de notre empire, certains juifs n'exerçant d'autre profession que celle de l'usure, ont par l'accumulation des intérêts les plus immodérés, mis beaucoup de cultivateurs de ces pays dans un état de grande détresse;
Nous avons pensé que nous devions venir au secours de ceux de nos sujets qu'une avidité injuste aurait réduits à ces fâcheuses extrémités.
Pour l'accomplissement de ce dessein, nous avons résolu de réunir en une assemblée les premiers d'entre les juifs, et de leur faire communiquer nos intentions par des commissaires, que nous nommerons à cet effet, et qui recueilleront en même temps leur vœu sur les moyens qu'ils estiment les plus expédients pour rappeler parmi leurs frères l'exercice des arts et des professions utiles, afin de remplacer par une industrie honnête, les ressources honteuses auxquelles beaucoup d'entre eux se livrent de père en fils depuis plusieurs siècles.
Sur le rapport de notre grand-juge, ministre de la justice, et de notre ministre de l'intérieur;
Notre Conseil-d'Etat entendu, Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:
Art. 1er. Il est sursis pendant un an, à compter de la date du présent décret, à toutes les exécutions de jugements ou contrats, autrement que par simples actes conservatoires, contre des cultivateurs non négociants des départements de la Sarre, de la Roër, du Mont-Tonnerre, des Haut et Bas-Rhin, de Rhin-et-Moselle, de la Moselle et des Vosges, lorsque les titres contre ces cultivateurs auront été consentis par eux en faveur des juifs. »
Décret du 17 mars 1808 :
« Art. 1er. A compter de la publication du présent décret, le sursis prononcé par notre décret du 30 mai 1806 pour le payement des créances des Juifs est levé.
Art. 2. Lesdites créances seront néanmoins soumises aux dispositions ci-après.
Art. 3. Tout engagement pour prêt fait par des Juifs à des mineurs, sans l'autorisation de leur tuteur; à des femmes sans l'autorisation de leur mari; à des militaires sans l'autorisation de leur capitaine si c'est un soldat ou un sous-officier, du chef de corps si c'est un officier, sera nul de plein droit, sans que les porteurs ou cessionnaires puissent s'en prévaloir et nos tribunaux autoriser aucune action pour poursuite.
Art. 4. Aucune lettre de change, aucun billet à ordre, aucune obligation ou promesse, souscrite par un de nos sujets non commerçants, au profit d'un juif, ne pourra être exigé sans que le porteur prouve que la valeur en a été fournie entière et sans fraude.
Art. 5. Toute créance dont le capital sera aggravé d'une manière patente ou cachée, par l'accumulation d'intérêts à plus de cinq pour cent, sera réduite par nos tribunaux.
Si l'intérêt réuni au capital excède dix pour cent, la créance sera déclarée usuraire, et comme telle annulée.
Art. 6. Pour les créances légitimes et non usuraires, nos tribunaux sont autorisés à accorder aux débiteurs des délais conformes à l'équité.
Art. 7. Désormais, et à compter du 1er Juillet prochain, nul Juif ne pourra se livrer à aucun commerce, négoce ou trafic quelconque sans avoir reçu, à cet effet, une patente du Préfet du département, sur un certificat; 1° du Conseil Municipal, constatant que ledit juif ne s'est livré ni à l'usure ni à un trafic illicite; 2° du consistoire de la synagogue dans la circonscription de laquelle il habite, attestant sa bonne conduite et sa probité.
Art. 8. Cette patente sera renouvelée tous les ans.
Art. 9. Nos procureurs généraux près nos cours sont spécialement chargés de faire révoquer lesdites patentes, par une décision spéciale de la cour, toutes les fois qu'il sera à leur connaissance qu'on juif patenté fait l'usure ou se livre à un trafic frauduleux.
Art. 10. Tout acte de commerce fait par un juif non patenté sera nul et de nulle valeur.
Art. 11. Il en sera de même de toute hypothèque prise sur des biens par un juif non patenté, lorsqu'il sera prouvé que ladite hypothèque a été prise pour une créance résultant d'une lettre de change, ou pour un fait quelconque de commerce, négoce ou trafic.
Art. 12. Tous contrats ou obligations souscrits au profit d'un juif non patenté, pour des causes étrangères au commerce, négoce ou trafic, pourront être révisés par suite d'une enquête de nos tribunaux. Le débiteur sera admis à prouver qu'il y a usure on résultat d'un trafic frauduleux; et, si la preuve est acquise, les créances seront susceptibles soit d'une réduction arbitrée par le tribunal, soit d'annulation si l'usure excède dix pour cent.
Art. 13. Les dispositions de l'art. 4, titre 1er du présent décret, sur les lettres de change, billets à ordre, etc., sont applicables à l'avenir comme au passé.
Art. 14. Nul juif ne pourra prêter sur nantissement à des domestiques ou gens à gages, et il ne pourra prêter sur nantissement à d'autres personnes, qu'autant qu'il en sera dressé acte par un notaire, lequel certifiera, dans l'acte, que les espèces ont été comptées en sa présence et celle des témoins, à peine de perdre tout droit sur les gages, dont nos tribunaux et cours pourront en ce cas ordonner la restitution gratuite.
Art. 15. Les juifs ne pourront, sous les mêmes peines, recevoir en gage des instruments, ustensiles, outils et vêtements des ouvriers journaliers et domestiques.
Art. 16. Aucun juif, non actuellement domicilié dans nos départements du Haut et Bas Rhin, ne sera désormais admis à y prendre domicile.
Aucun juif, non actuellement domicilié, ne sera admis à prendre domicile dans les autres départements de notre empire, que dans le cas où il y aurait fait l'acquisition d'une propriété rurale, et se livrera à l'agriculture, sans se mêler d'aucun commerce, négoce ou trafic.
Il pourra être fait des exceptions aux dispositions du présent article, en vertu d'une autorisation spéciale émanée de nous.
Art. 18. Les dispositions contenues au présent décret auront leur exécution pendant dix ans, espérant qu'à l'expiration de ce délai et par l'effet des diverses mesures prises à l'égard des juifs, il n'y aura plus aucune différence entre eux et les autres citoyens de notre empire, sauf néanmoins, si notre espérance était trompée, à en proroger l'exécution, pour tel temps qu’il sera jugé convenable.
Art. 19. Les juifs établis à Bordeaux et dans les départements de la Gironde et des Landes, n'ayant donné lieu à aucune plainte, et ne se livrant pas à un trafic illicite, ne sont pas compris dans les dispositions du présent décret. »
Sujet du message : Re: Napoléon et les Juifs
Publié : 24 Avr 2016 17:09
quelques éléments d'analyse ici
http://judaisme.sdv.fr/histoire/histori ... /index.htm
http://judaisme.sdv.fr/histoire/histori ... berman.htm
Publié : 24 Avr 2016 17:11
et ici un dossier très complet établi en 2008
http://www.napoleon-juifs.org/Guide.html
Publié : 24 Avr 2016 17:34
Publié : 24 Avr 2016 18:57
J'ai la réponse à la question : pourquoi l'Alsace ? Les Juifs d'Alsace représentaient la moitié des Juifs français.
Cela remonte au repeuplement de l'Alsace dévastée par la guerre de Trente Ans, où nombre de Juifs d'Allemagne étaient venus s'y installer. Il faut dire que c'était à la fois une opportunité et un endroit de relative tolérance, compte-tenu des circonstances, puisque Louis XIV y a même encouragé l'installation de protestants français.
Lorsque Napoléon fixe l'obligation pour les Juifs de prendre un nom de famille définitif - si j'ai bien compris il y avait un usage du type "fils de" (ou quelque chose dans ce genre) changeant donc à chaque génération - les noms pris par les Juifs d'Alsace sont donc à consonance germanique, que cela vienne de leur origine allemande ou du nom de leur métier en alsacien. Les exemples cités - 1er article indiqué par Aigle - recoupent les noms les plus courants parmi les Juifs français actuels. (Hors séfarades.)
Les mesures prises par Napoléon pour libérer les paysans de l'usure (en fait la vente à crédit de bétail ou de matériel par des commerçants juifs, au taux de 5%, qui n'a rien d'usuraire) ont été l'occasion pour de nombreux maires de régler des comptes contre les Juifs, en leur refusant la patente devenue obligatoire, provoquant de nombreuses faillites et/ou arrêt d'activité. Sans parler de l'argent perdu par des remises de dettes imposées par décret.
Napoléon a également imposé aux Juifs de prendre davantage part aux activités militaires. Si la possibilité de payer un remplaçant en cas de tirage au sort défavorable ne leur a été retirée que temporairement - une année - par la suite Napoléon a imposé que le remplaçant éventuel soit Juif.
Au total, beaucoup d'injustices mais pas de massacres. On ne parle pas ici de Saint-Barthélémy. De même il y a eu des lois ou décrets de circonstance, mais pas de statut discriminatoire des Juifs en tant que citoyens, le souhait de Napoléon étant à terme que les Juifs deviennent des citoyens comme les autres.
Merci à Cyril et à Aigle pour leur éclairage de cette situation particulière, qui m'avait un peu étonné.
Publié : 24 Avr 2016 19:34
Un peu moins : près de 34 %.
Voici les résultats du recensement effectué en 1808 :
Publié : 24 Avr 2016 19:55
un complement un peu curieux. Tous les Juifs de France ne furent pas soumis au "décret infâme" du 17 mars 1808. Les Juifs "assimilés" furent exemptés des mesures restrictives.
Pour ce qui concerne les Juifs de Paris, on peut trouver ici un rapport du ministre de l'intérieur un peu curieux :
http://www.napoleonica.org/ce/ce_docvie ... F06%2F1809)&DocStart=130&sourcequery=vdkvgwkey%3CSUBSTRING%3E%22%5C%5Cce%5C%5C%22%2Cvdkvgwkey%3CSUBSTRING%3E%22%2Fce%2F%22%2Cvdkvgwkey%3CSUBSTRING%3E%22%5C%5Cgerando%5C%5C%22%2Cvdkvgwkey%3CSUBSTRING%3E%22%2Fgerando%2F%22&ResultCount=1
Publié : 24 Avr 2016 19:58
je vois que le lien ne fonctionne pas alors je vous donne le texte de l'avis du conseil d'Etat
Le Conseil d'état, qui, d'après le renvoi de sa Majesté, a entendu le rapport de la section de législation sur celui du ministre de l'intérieur, ayant pour objet de faire décider si les Juifs de la capitale sont compris dans l'exception portée dans l'article 19, titre III du décret du 17 mars 1808 sur la police des Juifs ;
1.o La lettre du ministre de l'intérieur, du 18 avril 1808, au conseiller d'état préfet de police, où il est dit : D'après le rapport que j'ai eu l'honneur de lui présenter le 6 de ce mois, sa Majesté vient de me faire connaître qu'elle a entendu comprendre les Juifs de la capitale dans l'exception portée par l'article 19, titre III du décret du 17 mars dernier sur la police des Juifs ;
2.o La décision de sa Majesté du 26 du même mois d'avril, datée de Bayonne, et ainsi conçue :
Les Juifs de la capitale sont compris dans l'exception portée par l'article 19, titre III du décret du 17 mars dernier sur la police des Juifs ;
3.o Le rapport du ministre de l'intérieur et divers autres pièces officielles, desquels il résulte, 1.o que ladite décision de sa Majesté a été notifiée dans le temps au ministre des cultes, au préfet de la Seine et à celui de police, ainsi qu'à la communauté des Israélites de Paris ; 2.o que cette communauté a constamment joui, depuis cette décision, de l'exemption qui y est portée ;
Considérant que l'exemption réclamée par les Juifs de la capitale a pour fondement une décision de sa Majesté, rendue sur un rapport ministériel, et sur le témoignage favorable des autorités locales ; que cette décision, bien qu'elle n'ait pas été insérée au Bulletin des lois, a été généralement connue et suivie d'une exécution publique et constante ; qu'il en est résulté une possession ou plutôt une continuation de possession d'autant plus respectable, qu'elle est conforme au droit commun ; qu'en refusant d'y avoir égard, on porterait atteinte à une foule de transactions civiles et commerciales qui ont eu lieu sur la foi de son existence et de son maintien ; que ce concours de circonstances couvre suffisamment le défaut de formalité d'insertion au Bulletin des lois, de la décision de sa Majesté,
Que les Juifs de la capitale doivent être considérés comme ayant légalement joui de l'exemption portée par l'article 19, titre III du décret du 17 mars 1808 sur la police des Juifs ;
Publié : 24 Avr 2016 20:09
L'article 19 dudit décret :
"Les juifs établis à Bordeaux et dans les départements de la Gironde et des Landes, n'ayant donné lieu à aucune plainte, et ne se livrant pas à un trafic illicite, ne sont pas compris dans les dispositions du présent décret."
Puis vinrent en effet les Juifs de Paris, mais également ceux de Livourne, des Basses-Pyrénées...
Publié : 24 Avr 2016 20:24
Effectivement, mais c'est la France de 1808... (Je veux dire avec ses départements qui nous semblent exotiques...) Il y a pas mal de Juifs hollandais, allemands ou italiens dans cette liste.
Impressionnant le nombre de départements où les Juifs sont inexistants !
Quel est ce département qu'on appelait Mont-Tonnerre ? (Un cî-devant ?)
Publié : 24 Avr 2016 20:29
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/ ... t_1801.svg
Publié : 24 Avr 2016 20:36
J'ai écrit 1 an pour l'interdiction de payer un remplaçant, en réalité ce décret est resté en vigueur - là où il était appliqué - jusqu'en 1818.
Aussi restrictif que soit le statut accordé par Napoléon, la reconnaissance assumée de la citoyenneté pour les Juifs et surtout la création du Grand Sanhédrin ont provoqué un tollé dans plusieurs pays européens, la Russie taxant même Napoléon "d'Antéchrist."
https://fr.wikipedia.org/wiki/Napol%C3%A9on_et_les_Juifs#Les_r.C3.A9actions_des_puissances_.C3.A9trang.C3.A8res
Publié : 24 Avr 2016 20:41
(la rive gauche du Rhin, ça fait un peu rêver...)
Publié : 24 Avr 2016 20:47
Ce sujet a été abordé dans "Histoire transversale : Les préjugés antisémites" : on y retrouvera les liens avancés par Aigle.
Je crois les avoir évoqués, cependant hormis les dates, les lois et ce qui est incontournable, certaines choses semblent rendre ces liens interpellants.
Les noms seraient donc le fruit d'une germanisation et à "Benyamin" correspondrait "Wolff" ?
De plus la fin du rédactionnel du second lien est dans un style "courtisan". Par ailleurs rien de nouveau que l'on puisse trouver sur wiki.
Ces fameux liens sont-ils vraiment fiables pour tout ce qui est autre qu'indiscutable (lois, dates etc.) ?
Je n'ai pas trouvé l'auteur dans les historiens... Est-ce un travail personnel ?
C'est la fameuse transcription qui m'a fait réfléchir depuis...
Publié : 27 Avr 2016 12:12
Léon Poliakov cite un article d'un journal autrichien insinuant que Napoléon lui-même était juif : "[Soit que sa famille] fût issue de race juive [soit que] sa joyeuse mère, Laetitia Fesch, lui ait donné le jour, après avoir exercé à Ajaccio, à l’égard de quelques descendants d’Israël, la même hospitalité que Rahab, à Jéricho, envers les espions de Josué".

References: Art. 1
 Art. 1

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12

Art. 13

Art. 14

Art. 15

Art. 16

Art. 18

Art. 19
 l'article 19
 l'article 19
 l'article 19
 l'article 19

L'article 19