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Timestamp: 2020-02-18 16:04:09+00:00

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C50. LES SACREMENTS DANS L'EXPÉRIENCE CHRÉTIENNE (2ème partie) - ICHTUS
C50. LES SACREMENTS DANS L'EXPÉRIENCE CHRÉTIENNE (2ème partie)
I. L'institution du Baptême
1. La mission de l'Église
II. Le baptême de Jean-Baptiste
1. Les traditions dans le Judaïsme
2. La portée du baptême de Jean
III. La signification du baptême chrétien
1. Ce que l'on croit
2. Ce que l'on a expérimenté
3. Ce que l'on veut faire
4. Plus familièrement
IV. Les implications du baptême
1. L'oeuvre d'un Dieu trinitaire
V. Baptême d'eau et baptême du Saint-Esprit
1. Qu'est-ce que le baptême du Saint-Esprit ?
2. Pierre a-t-il ouvert le Royaume de Dieu ?
3. Chronologie des deux baptêmes
VI. Rapport entre les deux baptêmes
1. Des textes peu dogmatiques
2. Une vue d'ensemble de la doctrine
VII. Les diverses manières de baptiser
1. Le baptême par immersion
2. Le baptême par infusion
3. Le baptême par aspersion
VIII. Le bon moment pour baptiser
1. Un baptême trop précoce
2. Baptême et catéchisme
3. Une question de bon sens
IX. La formule baptismale
1. Au nom du Seigneur Jésus
2. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
X. Cas particuliers
1. Les croyants non baptisés
2. Le baptême des enfants
3. Les présentations d'enfants
4. Les "re-baptêmes"
5. Le baptême pour les morts
XI. Considérations diverses
1. L'eau et l'Esprit
2. Baptême et profession de foi
3. Le relâchement après l'effort
4. Baptême et sainte cène
L'INSTITUTION DU BAPTÊME
Jésus en donne l'ordre à ses apôtres avant de remonter au ciel : "Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit." (Mat. 28.19)
Le baptême trinitaire apparaît donc comme la caractéristique des disciples de Jésus-Christ. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que le baptême se soit trouvé associé à la foi pour constituer les deux éléments indispensables au salut : "Allez dans le monde entier et prêchez la Bonne Nouvelle (ou l'Evangile) à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné." (Marc 16.15-16).
Par contre, il est important de noter que les paroles de Jésus ne sont pas totalement symétriques : c'est le refus de croire, et non l'absence de baptême, qui entraîne la condamnation ! Comme on le verra plus loin, on peut donc affirmer que c'est la foi en la personne et en l'½uvre de Jésus qui constitue le "moyen" de salut (Eph. 2.8) tandis que le baptême "se contente" de participer au salut comme signe de l'engagement personnel du croyant.
Pour les cent vingt disciples qui viennent de recevoir le Saint-Esprit, la proclamation de l'Evangile commence le jour même de la Pentecôte. Ce jour-là, la prédication de Pierre entraîne la conversion de trois mille âmes qui s'engagent aussitôt dans les eaux du baptême (Actes 2.38,41). La date de cette merveilleuse moisson d'âmes n'est d'ailleurs pas le fait du hasard, puisque la Pentecôte est précisément la fête juive de la moisson.
Mais le livre des Actes des Apôtres nous présente bien d'autres exemples de baptêmes pratiqués dans l'Église primitive :
- le baptême des Samaritains (8.12-13)
- le baptême de l'eunuque éthiopien (8.36-38)
- le baptême de Saul de Tarse (9.18 et 22.13-16)
- le baptême de Corneille et des siens (10.47-48)
- le baptême de Lydie et des siens (16.14-15)
- le baptême du geôlier de Philippe et des siens (16.32-33)
- le baptême du chef de la synagogue de Corinthe (18.8)
- le baptême des disciples de Jean à Ephèse (19.5).
On pourra ouvrir la Bible avec profit, pour y lire les récits correspondant aux références données dans ce paragraphe... Car le dernier exemple nous montre comment des croyants, qui avaient reçu le baptême de Jean, ont été "rebaptisés" au nom de Jésus quand ils se sont convertis à la foi chrétienne; et pour cause : tous les baptêmes n'ont pas la même portée spirituelle !
Nous traiterons d'abord du baptême de Jean-Baptiste, afin de mieux le distinguer du baptême chrétien.
Le baptême pratiqué par Jean-Baptiste s'inscrivait dans une tradition déjà bien présente au sein du Judaïsme de son époque.
Note 11 Depuis le premier siècle avant Jésus-Christ, on appelle "Judaïsme" la religion du peuple d'Israël, héritier des lois, des livres et des coutumes de leurs ancêtres hébreux, puis israélites. Dès l'origine, le Judaïsme fut traversé par de nombreux courants : rabbinique, mystique, messianiques... C'est ainsi qu'à l'époque de Jésus et des apôtres, le Judaïsme comprenait déjà des tendances et des sectes très différentes, telles que les pharisiens, les sadducéens, les hassidiens, les esséniens, les scribes, les zélotes, etc.
a. Les bains rituels de purification
Ces bains – ablutions ou baptêmes – étaient pratiqués dans certaines sectes juives, telles que les Pharisiens et les Esséniens. Ces bains présentaient une signification symbolique : en plongeant son corps dans l'eau, le croyant manifestait son désir d'être purifié de ses fautes, tout en exprimant sa confiance dans le pardon de Dieu.
Note 12 Les pharisiens (= les "séparés") considéraient leurs traditions orales comme ayant la même autorité spirituelle que la loi écrite : la "Torah" (= les cinq premiers livres de l'Ancien Testament). Ils exerçaient surtout leur pouvoir dans les synagogues de Palestine et dans la "Diaspora". – "Quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent qu'après s'être baptisés." Ou, d'après d'autres manuscrits : "... ils ne mangent qu'après avoir fait les aspersions rituelles." (Marc 7.4)
Note 13 Les esséniens (= les "guérisseurs") vivaient en communauté, en suivant une règle très stricte, mettant l'accent sur la pureté rituelle. Dans les ruines du monastère de Qumrân – au nord-ouest de la mer Morte – on a retrouvé des "baignoires" qui servaient aux bains de purification quotidienne... C'est à proximité de ces ruines que se situent les grottes où, dès 1947, on a retrouvé les fameux "Manuscrits de la mer Morte", dont un "Manuel de discipline", qui décrit les rites de purification pratiqués par les Esséniens.
b. Le baptême en Moïse
Parfois, ce "baptême" était appliqué par les Juifs aux prosélytes (c'est-à-dire les païens convertis au Judaïsme) pour les intégrer au peuple d'Israël par une traversée symbolique de la Mer Rouge et pour les associer à l'espérance du Royaume de Dieu. En effet, les rabbins voyaient dans la traversée de la Mer Rouge une préfiguration de l'entrée dans le Royaume de Dieu. D'après certains commentateurs, l'apôtre Paul ferait allusion à cette pratique baptismale dans sa première épître aux Corinthiens. "Nos pères ont tous été sous la nuée, ils ont tous passé au travers de la mer, ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer..." (1 Cor. 10.1-2)
c. Jean-Baptiste et les Juifs
En appliquant ce baptême aux Juifs eux-mêmes, Jean va montrer que le fait d'être Juif n'est pas suffisant pour être sauvé... d'où l'hostilité rencontrée chez les Pharisiens et les Sadducéens.
Note 14 Le parti des sadducéens (= les descendants de Sadoq, le grand prêtre au temps de David et Salomon) était constitué par les prêtres de haut rang. Cette noblesse sacerdotale (= religieuse) ne reconnaissait que la loi écrite, définissant leurs privilèges et contenant toutes les prescriptions sacrificielles. Les sadducéens exerçaient surtout leur autorité à Jérusalem, où se trouvait le temple, et où avaient lieu les sacrifices et les grandes cérémonies religieuses; mais ce pouvoir se trouvait contesté par le parti des pharisiens. Les sadducéens s'accommodaient assez bien de la "pax romana" (= la paix romaine) qui impliquait la domination de Rome sur leur pays. – "Comme il voyait venir au baptême beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens, il leur dit : Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ?... N'imaginez pas pouvoir dire : Nous avons Abraham pour père !..." (Mat. 3.9)
Pour Jean-Baptiste, ce baptême prend d'ailleurs un sens plus étroit, comme il va le préciser dans sa prédication : son baptême annonce la venue du Messie attendu par Israël, tout en préparant les baptisés à recevoir le salut – car lui-même ne prétend pas pouvoir offrir le salut à qui que ce soit.
a. Un baptême de repentance
Le baptême de Jean est un baptême de repentance : pour le pardon des péchés. Aussi, il perdait toute signification s'il n'était pas pris d'un c½ur sincère et accompagné des fruits d'une réelle repentance.
Note 15 La repentance (= "métanoïa" en grec) est un profond changement de mentalité et de conduite. – "Jean parut; il baptisait dans le désert et prêchait le baptême de repentance pour le pardon des péchés. Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui et se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain en confessant ouvertement leurs péchés." (Marc 1.4-5)
L'acceptation du baptême de Jean impliquait la reconnaissance du besoin d'être sauvé, et donc l'attente du Sauveur annoncé par le Baptiste; d'ailleurs, il se présente lui-même comme le précurseur du Messie. "C'est la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers." (Mat. 3.3) – "Il vit Jésus venir à lui et dit : "Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde." (Jean 1.29) – "Moi je ne suis pas le Christ, mais j'ai été envoyé devant lui... Il faut qu'il croisse et que je diminue." (Jean 3.28,30)
b. Jésus lui-même s'y soumet
En se soumettant au baptême de Jean-Baptiste, Jésus montre son désir de s'identifier avec l'humanité pécheresse, dans un geste de totale solidarité, qui préfigure également sa volonté de se charger des péchés du monde. "Jésus... vint vers Jean pour être baptisé par lui. Mais Jean s'y opposait... Jésus lui répondit : Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi toute justice." (Mat. 3.13-15)
Le baptême de Jésus revêt une importance particulière dans le cadre de la révélation de la Nouvelle Alliance : sa place et ses implications dans le plan de salut de l'humanité seront développées plus loin. (chap. IV, § 2)
c. Les disciples de Jésus baptisaient
Jésus lui-même n'a baptisé personne : ce sont ses disciples qui l'ont fait; et rien n'indique que c'était sur l'ordre de leur Maître. "Le Seigneur sut que les Pharisiens avaient appris qu'il faisait et baptisait plus de disciples que Jean. Toutefois, Jésus ne baptisait pas lui-même, mais c'était ses disciples." (Jean 4.1-2; cf. 3.22)
Jésus n'ayant pas encore accompli son oeuvre de salut – ni envoyé son Esprit Saint sur les disciples – ce baptême avait sans doute la même valeur que celui de Jean. En effet, plusieurs des disciples de Jésus avaient d'abord été des disciples du Baptiste.
d. Le "re-baptême" des disciples de Jean
Les disciples de Jean devront se refaire baptiser. Cela montre bien que le baptême chrétien n'a pas la même signification, ni la même portée que celui de Jean-Baptiste. Jean disait : "Moi je vous baptise, en vue de la repentance, mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas suffisant pour porter ses sandales. Lui vous baptisera d'Esprit Saint et de feu." (Mat. 3.10-11) – "Paul rencontra quelques disciples (à Ephèse) et leur dit : Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? Ils lui répondirent : Nous n'avons même pas entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit. Il dit : Quel baptême avez-vous donc reçu ? Ils répondirent : Le baptême de Jean. Alors Paul dit : Jean a baptisé du baptême de repentance; il disait au peuple de croire en celui qui venait après lui, c'est-à-dire en Jésus. Sur ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Paul leur imposa les mains et le Saint-Esprit vint sur eux..." (Act. 19.3-6)
En effet, de façon un peu schématique, on pourrait dire que Jean baptisait les gens qui se repentaient de leurs péchés, et qui reconnaissaient ainsi avoir besoin du pardon de Dieu, que le Messie allait venir leur apporter.
Les premiers chrétiens ont aussi baptisé les personnes qui se repentaient de leurs péchés, mais c'est parce que celles-ci reconnaissaient avoir reçu le pardon de Dieu, que le Messie avait acquis pour eux... Entre une promesse et son accomplissement, la différence mérite d'être signalée !
SIGNIFICATION ET PORTÉE DU BAPTÊME CHRÉTIEN
Quand on considère l'ensemble des enseignements du Nouveau Testament, la signification de baptême chrétien peut s'articuler dans trois directions bien précises, selon que l'on considère : 1° ce que l'on croit, 2° ce que l'on a expérimenté, et 3° ce que l'on veut montrer.
a. Le baptême est une confession de foi
La foi est beaucoup plus qu'une "croyance" : la croyance en l'existence de Dieu, par exemple. Car croire que Dieu existe n'a jamais sauvé personne... sinon, le diable serait sauvé ! "Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien ! Les démons le croient aussi et ils tremblent." (Jacq. 2.19)
Par définition, la foi "chrétienne" est la confiance que le croyant place en Christ pour obtenir son salut. Or cette foi présuppose que l'on reconnaisse notre culpabilité de pécheurs condamnés... Sinon, pourquoi aurait-on besoin d'un Sauveur ? Cette foi suppose aussi que l'on reconnaisse l'efficacité et la gratuité du salut que Jésus nous a acquis sur le mont du Calvaire.
Note 16 On serait tenté de dire la "fiabilité" de l'½uvre de Jésus, puisque la foi est la confiance que l'on place dans quelqu'un de fiable, sur qui on peut compter. – D'ailleurs, "foi" et "fiable" ont la même racine, car en latin : "fides" signifie "confiance". – En fait, tout être humain possède le même potentiel de foi. Ce qui change de l'un à l'autre, c'est l'objet de cette foi : certains placent leur confiance dans la richesse, la politique, l'amour, la famille, etc. Pour la Bible, ceux qui placent leur confiance en Dieu ou en Christ, sont les "croyants" ou les "chrétiens".
La foi implique donc l'acceptation de l'autorité que le Seigneur possède désormais sur les vies qu'il a rachetées au prix de son propre sang. Aussi, en prenant le baptême nous confessons publiquement notre foi dans la personne et l'½uvre de Jésus-Christ :
1° En qui nous découvrons notre Sauveur : ce qui fait de nous des "sauvés". "Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé..." (Marc 16.16)
2° De qui nous proclamons l'½uvre efficace : ce qui fait de nous des "enfants de Dieu". "L'arche de Noé... était une figure du baptême qui vous sauve à présent... et qui est la demande (adressée) à Dieu d'une bonne conscience par la résurrection de Jésus-Christ..." (1Pi. 3.21) – "Vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu." (Rom 8.15-16)
3° En qui nous reconnaissons notre Seigneur : ce qui fait de nous des "disciples". "Faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit." (Mat. 28.19)
b. Le baptême est un symbole
Notre baptême est aussi l'expression symbolique de notre confession de foi, telle qu'elle a été résumée ci-dessus. Le baptême, en effet, symbolise la mort et "l'enterrement" de notre "vieille nature" – comme si elle était noyée dans l'eau – suivis de notre résurrection en une "nouvelle créature" – qui émerge hors de l'eau – et qui est appelée à vivre désormais par l'Esprit. "Ensevelis avec lui (avec le Christ) par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui, et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu qui l'a ressuscité d'entre les morts." (Col. 2.12... lire aussi la suite du passage.)
Dans le même ordre d'idée, on peut aussi voir, dans le baptême d'eau, l'image du baptême dans l'Esprit (dont on parlera au chapitre V) ou encore, l'illustration de notre immersion spirituelle en Christ... un peu comme certaines personnes se plongent dans le travail, dans la musique, dans un film, ou dans toute autre chose captivante. "Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Christ-Jésus, c'est en sa mort que nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui dans la mort par le baptême, afin que, comme Christ est ressuscité d'entre les morts, par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie." (Rom. 6.3-4)
a. Le baptême est un témoignage
En prenant le baptême, nous témoignons publiquement de notre union à Jésus-Christ. Union qui a commencé le jour de notre conversion – ou nouvelle naissance – par le don ou baptême du Saint-Esprit; mais aussi, union qui fait de nous "une même plante" avec le Christ.
"Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu." (Jean 3.3,5) – "Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Christ-Jésus : vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ." (Gal. 3.27) – "En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection..." (Rom. 6.5) – "Moi je suis le cep, et vous les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui (en mon Père) porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire." (Jean 15.5)
Désormais, nous appartenons à son corps spirituel, qui est l'Église, et nous sommes appelés à vivre dans une entière soumission à Jésus-Christ, qui en est la tête.
b. Un jalon
Aux yeux de tous, notre baptême apparaît alors comme une sorte de repère, de jalon manifestant la véracité de notre témoignage. En effet, le baptême marque "officiellement" notre entrée dans le corps du Christ : l'Église universelle; et réciproquement, en nous baptisant, l'Église exprime sa volonté de nous accueillir en son sein.
"Christ est le chef de l'Eglise qui est son corps et dont il est le Sauveur... Christ a aimé l'Eglise est s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier après l'avoir purifiée par l'eau et la parole..." (Eph. 5.23,25,26) – "Car nous avons tous été baptisés dans un même Esprit pour être un seul corps... et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit." (1Cor. 12.13) – "Nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ et nous sommes tous membres les uns des autres." (Rom. 12.5) "Supportez-vous les uns les autres avec amour, en vous efforçant de conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une même espérance : celle de votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous et en tous." (Eph. 4.3-6)
a. Un engagement
En prenant le baptême, nous nous engageons publiquement à demeurer fidèle à Jésus-Christ : engagement à ne vivre que par lui, que pour lui; mais aussi, engagement à nous soumettre au Père en toutes choses, et engagement à laisser le Saint-Esprit poursuivre l'½uvre qu'il a commencée en nous.
Note 17 Ce triple engagement, largement attesté par le Nouveau Testament, est résumé dans l'enseignement de Pierre : "C'était l'image du baptême qui vous sauve maintenant : il n'est pas la purification de souillures du corps, mais l'engagement envers Dieu (ou : la demande adressée à Dieu) d'une bonne conscience..." (1Pi. 3.21 – TOB) La double traduction du mot grec "eperotema" est possible et attestée. En général, ce vocable signifie "demande", mais dans l'usage profane (= non religieux) de l'époque, il était souvent employé pour désigner un "engagement solennel"... De toute façon, le croyant ne peut rien faire pour Dieu, qu'il n'ait reçu de Dieu ! (cf. 1Cor. 4.7)
b. Un signe
Notre baptême est également le signe confirmant l'authenticité de notre engagement envers Jésus-Christ. En effet, après la conversion, le baptême est souvent : notre premier acte de soumission à Jésus-Christ, notre premier pas dans la consécration au Christ, et notre première preuve de confiance envers Jésus. En fait, le baptême manifeste extérieurement notre volonté intérieure de nous consacrer au Seigneur en lui abandonnant notre vie tout entière. "Après avoir commencé par l'Esprit, allez-vous maintenant finir par la chair ?" (Gal. 3.3) – "Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous une oeuvre bonne, en poursuivra l'achèvement jusqu'au jour du Christ-Jésus." (Phil. 1.6)
Tout en se gardant de verser dans la trivialité, on pourrait encore illustrer le baptême en recourant à deux expressions familières...
Tout d'abord, en s'autorisant un jeu de mots facile, on pourrait affirmer que prendre le baptême c'est accepter de "se mouiller" pour Christ... au sens propre, comme au sens figuré ! Car on ne peut rester neutre par rapport à Jésus : on est nécessairement pour lui, ou contre lui. "Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi, disperse." (Mat. 28.30)
Par ailleurs, pour prendre une image proche de notre union avec Christ, on pourrait dire que prendre le baptême c'est "enterrer sa vie de garçon"... Ou, se référant à une tradition folklorique encore vivace dans nos campagnes wallonnes, on pourrait prétendre que c'est "brûler ses culottes" ! Car devenir chrétien, c'est poser un acte définitif, c'est prendre un engagement sérieux, c'est renoncer à sa vie égocentrique et insouciante de "joyeux célibataire"; autrement-dit, au travers de l'union que nous avons contractée avec lui, c'est reconnaître que Jésus a des droits sur nous.
Note 18 "Ainsi, vous-mêmes, considérez-vous comme morts au péché, et comme vivant pour Dieu en Christ-Jésus." (Rom. 6.11) - "En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur." (Rom. 14.7-8) - Par ailleurs, tout le monde connaît l'image biblique qui compare l'Eglise à la fiancée (2Cor. 12.2) qui attend le retour de son époux – Christ – en se préparant pour les noces. En fait, dans la tradition juive, les fiançailles correspondaient plus ou moins à notre "mariage civil", car c'est à ce moment-là que le contrat de mariage était établi entre les deux parties; tandis que l'union proprement dite était "consommée" le soir des noces. Il faut aussi savoir qu'après ces fiançailles "officielles", la fiancée était déjà considérée comme l'épouse du fiancé (Mat. 1.18-20)... Dans la perspective de cette parabole, on peut comparer le baptême du chrétien à l'engagement de la fiancée... Le fiancé – Jésus – ayant déjà "signé" sur la croix !
LES IMPLICATIONS DU BAPTÊME
Nous en sommes maintenant convaincus : le baptême fait partie de l'itinéraire normal du chrétien. En admettant cela, nous faisons preuve d'obéissance, certes, mais faut-il pour autant faire l'économie d'une meilleure compréhension de l'engagement que nous sommes prêts à prendre... ou auquel nous avons déjà consenti ?
Sûrement pas ! Car en comprenant mieux les implications de notre baptême – dans le plan global du salut de l'humanité – nous ne pouvons qu'aller plus loin dans la qualité de notre relation avec son divin Auteur.
Dans cette perspective, il est intéressant d'examiner quelques données bibliques qui, de toute évidence, ne relèvent pas du hasard.
Une première constatation – difficilement contestable – c'est que Jésus a institué le baptême dans le cadre d'une formulation trinitaire : "Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit..." (Mat. 28.19) Jésus nous rappelle ainsi l'harmonieuse unité, en même temps que l'heureuse complémentarité existant au sein du Dieu unique, de " l'Eternel un" (Deut. 6.4) entre :
1° le Père, qui a conçu et dirigé le plan de notre salut,
2° le Fils, qui l'a accompli par sa mort et sa résurrection,
3° le Saint-Esprit, qui nous en fait bénéficier par son oeuvre de régénération.
Note 19 Le rôle complémentaire du Père, du Fils et de l'Esprit, dans le plan de salut de l'humanité, peut être comparé aux trois aspects de la lutte contre une maladie mortelle et épizootique... 1° La conception : il faut qu'une équipe de chercheurs identifie le microbe et mette un vaccin au point. 2° La réalisation : il faudra ensuite que le personnel d'un laboratoire spécialisé fabrique le vaccin en quantité suffisante. 3° L'application : il faudra enfin que des médecins injectent le vaccin à toutes les personnes qui veulent échapper à la mort... et qui acceptent de se faire vacciner!
1° si le plan de notre salut a été conçu et préparé par le Père, de toute éternité;
2° si le salut des rachetés a été acquis objectivement une fois pour toutes, il y a près de deux mille ans, par le Seigneur Jésus;
3° c'est le Saint-Esprit qui, aujourd'hui, nous place subjectivement et chacun pour notre part, au bénéfice de ce salut.
Cette actualisation du salut se passe au moment de notre conversion lorsque le Saint-Esprit vient habiter en nous. C'est également le Saint-Esprit qui rend témoignage à notre esprit que nous sommes devenus les frères du Seigneur, et qu'en conséquence, nous avons été adoptés par le Père. C'est donc lui, encore, qui nous fait prendre conscience que nous sommes devenus des enfants de Dieu, à part entière : "Mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu." (Rom. 8.15-16)
Ainsi, le baptême d'eau se réfère :
1° à l'oeuvre de rédemption accomplie au moment de la mort et de la résurrection historique de Jésus-Christ;
2° à l'oeuvre de régénération que le Saint-Esprit a commencée le jour de la Pentecôte et qu'il poursuit, aujourd'hui encore, en chacun d'entre nous... Tout cela s'inscrivant :
3° dans le grand dessein du Père pour le salut de l'humanité.
Comme on le verra au paragraphe suivant, on ne peut donc pas dissocier le baptême d'eau du baptême du Saint-Esprit, car le premier entérine le deuxième, et le deuxième donne son sens au premier.
A propos de cette dernière remarque, on a souvent vu dans la descente du Saint-Esprit sur Jésus, le jour de son baptême, une annonce de la Pentecôte en même temps qu'une préfiguration du lien existant entre le baptême d'eau et celui de l'Esprit. "Aussitôt baptisé, Jésus sortit de l'eau. Et voici : les cieux s'ouvrirent, il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection." (Mat. 3.16-17)
Par contre, le lien existant entre le baptême de Jésus et le nôtre n'est pas clair pour tout le monde. Certains y voient le modèle du baptême chrétien : ce qu'il n'est certainement pas ! (Cf. chapitre II, § 2-d)... Ou alors, il en est "l'anti-type" le contraire, en quelque sorte. En effet, c'est au moment de son baptême que, symboliquement, Jésus a renoncé à sa divinité pour assumer notre humanité pécheresse. Alors que pour nous, la démarche est inverse, puisque c'est dans les eaux du baptême que, symboliquement, nous abandonnons notre nature charnelle pour revêtir la nature spirituelle du Christ.
Dès lors, on est tenté de dire que le baptême de Jésus est le "moule", où doivent être coulés chacun de nos baptêmes individuels, pour en devenir l'image... ou plus exactement "l'empreinte", en une sorte de "re-création" intérieure.
Note 20 "Dieu dit : Faisons l'homme à notre image (littéralement : "à notre empreinte" ) et selon notre ressemblance..." (Gen. 1.26) Cette notion d'empreinte suggère qu'à partir d'une matrice originale, on peut reproduire une multitude de choses qui en sont l'image "à l'envers" : comme les pas dans la neige, le sceau sur les cachets de cire, le moule et les pâtés de sable sur la plage... ou encore, comme toutes les photos tirées à partir d'un même négatif.
C'est ce que nous allons tenter de montrer maintenant.
a. Jésus est devenu comme nous...
En venant au Jourdain pour se faire baptiser par Jean, Jésus a suscité la réaction scandalisée du Baptiste : "Jean s'y opposait en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi !" (Mat. 3.13)
En effet, ce dernier comprenait très bien qu'en se soumettant à son baptême, Jésus agissait en contradiction avec la sainteté de sa nature divine : si quelqu'un n'avait pas besoin de confesser son péché, c'était bien le Fils de Dieu ! Toutefois, après le baptême du Seigneur, Jean sera le premier à témoigner que Jésus est "l'Agneau de Dieu", qui a pris sur lui tous les péchés du monde : "Voici l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde." (Jean 1.29)
Mais pour cela, il ne suffisait pas que le Fils de Dieu s'incarne en un homme – Jésus étant le nouvel Adam créé par Dieu pour devenir le chef d'une humanité nouvelle – il fallait aussi qu'il s'identifie à notre humanité pécheresse : ce qu'il a fait en se soumettant au baptême de Jean. "Le premier homme, Adam, est devenu une âme vivante. Le dernier Adam (= Jésus) est devenu un esprit vivifiant. Le spirituel n'est pas le premier, c'est ce qui est psychique; ce qui est spirituel vient ensuite. Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le deuxième homme vient du ciel... De même que nous avons porté l'image du terrestre, nous porterons aussi l'image du céleste." (1Cor. 15.45-49) "Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées, voici : (toutes choses) sont devenues nouvelles." (2Cor. 5.17)
La tradition chrétienne associe l'incarnation de Jésus à la fête de Noël :
1° Et de fait, c'est bien au moment de sa naissance – sinon de sa conception – que le Fils de Dieu a revêtu notre humanité, dans sa dimension corporelle, physique.
2° Par contre,c'est au moment de son baptême que Jésus a accepté d'assumer l'héritage moral, le passif spirituel de l'humanité tout entière. "Dieu, en envoyant à cause du péché ( ou : "comme sacrifice pour le péché" ) son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché a condamné le péché dans la chair..." (Rom. 8.3) Or, cela, "le Fils de l'homme" ne pouvait le faire qu'à l'âge adulte, en ayant pleinement conscience de ce qu'il faisait !
3° Enfin, comme chacun sait, c'est au moment de sa mort, que Jésus a subi la punition du péché de l'humanité, qu'il a supporté les conséquences de notre condamnation.
C'est donc au moment de son baptême qu'il faut situer le dépouillement spirituel de Jésus... La théologie chrétienne n'a pas manqué de mesurer l'importance de l'événement – en lui donnant le terme technique de "kénose" – mais il peut paraître dommage que la tradition liturgique de l'Église l'ait passé sous silence. "Le Christ Jésus : lui dont la condition était celle de Dieu, il n'a pas estimé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais il s'est dépouillé lui-même, en prenant la condition d'esclave, en devenant semblable aux hommes; après s'être trouvé dans la situation d'un homme, il s'est humilié lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort, la mort sur la croix." (Phil. 2.6-8) – "Aussi, devait-il devenir, en tout, semblable à ses frères, afin d'être un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour faire l'expiation des péchés du peuple." (Héb. 2.17)
Note 21 Dans la liturgie traditionnelle, tous les moments importants de la vie de Jésus ont été célébrés par des fêtes chrétiennes... sauf son baptême ! Sans doute parce que l'importance de cet événement a échappé à la plupart des croyants. La liturgie associe parfois le baptême du Seigneur aux "manifestations" qui ont entouré sa naissance – telles que l'adoration des mages et sa présentation au temple – qui sont célébrées lors de la fête de l'Epiphanie (= la manifestation)... Mais qui s'en souvient en mangeant la "galette des rois" ?
D'autre part, c'est au moment du baptême de Jésus que le ciel s'est ouvert pour laisser l'Esprit descendre sur Jésus – comme une colombe – et pour faire entendre la voix du Père, confirmant l'identité du Fils de Dieu. Mais le ciel qui s'ouvre n'est pas seulement une théophanie qui désigne Jésus comme étant le Messie promis; elle atteste également la volonté de Dieu de venir habiter avec l'humanité – en Jésus-Christ – et dans le c½ur de l'homme – par son Esprit. Dès lors, le baptême de Jésus devient aussi l'annonce de la Nouvelle Alliance de Dieu avec l'humanité, puisqu'il introduit ces temps nouveaux où Dieu a voulu rejoindre son peuple.
Note 22 Le mot "Messie" vient de l'hébreu "masshiah", tandis que le mot "Christ" vient du grec "christos" : les deux mots signifient "celui qui est oint, qui a reçu l'onction"... marquant le choix de Dieu, en même temps que l'investiture divine. L'huile sainte qui était versée sur la tête de celui que Dieu avait choisi – comme prophète, roi ou sacrificateur – était l'image du Saint-Esprit. En tant que Messie, Jésus bénéficie de la triple onction, et se trouve donc investi d'une triple fonction : royale, prophétique et sacerdotale.
b. ... pour que nous devenions comme lui
Comme Christ s'est volontairement dépouillé de sa gloire céleste pour revêtir notre condition humaine, les croyants sont, à leur tour, invités à se débarrasser de leur nature charnelle pour "revêtir Christ". "Dépouillons-nous donc des oeuvres des ténèbres... revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne vous mettez pas en souci de la chair pour en satisfaire les convoitises." (Rom. 13.12,14) – "Vous avez été instruits en lui... à vous dépouiller... de la vieille nature... et à revêtir la nature nouvelle, créée selon Dieu..." (Eph. 4.21-24, extraits, cf. Col. 3.9-10) – "Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Christ : vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ." (Gal. 3.26-27) – "Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin qu'il soit le premier-né d'un grand nombre de frères." (Rom. 8.29
Cette démarche implique que nous revêtions la nature spirituelle offerte à tous ceux qui se placent au bénéfice de "la puissance du Saint-Esprit survenant "sur eux", et même, venant habiter "en eux" !... "Mais vous recevrez une puissance, celle du Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins..." (Actes 1.8) – "L'Esprit de vérité... vous le connaissez parce qu'il demeure près de vous, et qu'il sera en vous." (Jean 14.17)
En résumé, on peut dire que Jésus est devenu comme nous, pour que nous devenions comme lui. Autrement dit, Jésus se charge de la nature charnelle que le chrétien lui abandonne, et il revêt le croyant de la nature divine dont il s'est volontairement dépouillé. Or, c'est précisément cette mort et cette résurrection spirituelles que le baptême est appelé à symboliser ! (Gal. 3.27, ci-dessus)
c. La Trinité manifestée
La dimension trinitaire du baptême de Jésus ne peut échapper à personne : lors de cet épisode, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont présents, tout en étant distincts l'un de l'autre... Aussi, comment ne pas y voir l'annonce de la formule baptismale trinitaire, telle que Jésus l'a prescrite à ses disciples, avant de remonter au ciel : "Baptisez-les au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit !" (Mat. 28.19) Mais ce n'est pas la seule formulation trinitaire du Nouveau Testament : "Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous !" (2Cor. 13.13) – "Le même Esprit... le même Seigneur... le même Dieu..." (1Cor. 12.4-6) – "Un seul Esprit... un seul Seigneur... un seul Dieu et Père..." (Eph. 4.4-6)
LE BAPTÊME D'EAU ET LE BAPTÊME DU SAINT-ESPRIT
Nous allons maintenant tenter d'aller plus loin dans l'analyse du rapport existant entre le baptême d'eau et le baptême du Saint-Esprit.
Jean-Baptiste pratiquait le baptême d'eau, mais déjà, il avait annoncé que Jésus baptiserait du Saint-Esprit. Jésus va confirmer la promesse à ses disciples, et l'on sait comment cette double prophétie s'est accomplie le jour de la Pentecôte. "Jean rendit ce témoignage : Celui qui m'a envoyé baptiser d'eau m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise d'Esprit Saint." (Jean 1.33 cf. Mat. 3.11) – "Jésus leur recommanda de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre la promesse du Père dont, leur dit-il, vous m'avez entendu parler; car Jean a baptisé d'eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit." (Act. 1.5 cf. 11.16) – "Lorsque le jour de la Pentecôte arriva, ils étaient tous ensemble dans le même lieu... Ils furent tous remplis du Saint-Esprit..." (Act. 2.2-4)
Ce jour là, Pierre va même expliquer que cet événement avait déjà été annoncé par le prophète Joël, dans l'Ancienne Alliance. "C'est ce qui a été dit par le prophète Joël : Dans les derniers temps, dit Dieu, Je répandrai de mon Esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos jeunes gens auront des visions, Et vos vieillards auront des songes. Oui, sur mes serviteurs et mes servantes, Dans ces jours-là, je répandrai de mon esprit; Et ils prophétiseront." (Actes 2.16-18)
Mais avant d'étudier le rapport existant entre les deux baptêmes, il sera utile de répondre à trois questions qui ne font pas l'unanimité chez tous les chrétiens évangéliques :
1° la première est de savoir ce qu'on entend exactement par "baptême du Saint-Esprit",
2° la seconde concerne l'éventualité d'un ministère particulier confié à Pierre par le Seigneur,
3° la troisième est de savoir si le baptême d'eau doit suivre ou précéder le baptême de l'Esprit.
1. Qu'est-ce que le "baptême du Saint-Esprit" ?
Cette question a déjà fait couler beaucoup d'encre, et ce n'est pas en un paragraphe qu'on pourra mettre un point final au débat. Il n'est donc pas question de développer ici une discussion qui justifierait, à elle seule, une étude séparée. Disons simplement que dans le cadre de ce travail, c'est le vocabulaire de la conception évangélique "traditionnelle" qui a été retenu... Encore faut-il savoir ce qu'il recouvre !
a. La doctrine évangélique traditionnelle
De ce point de vue, on appelle "baptême du Saint-Esprit" le don du Saint-Esprit accordé au croyant lors de la nouvelle naissance : c'est-à-dire le fait que le Saint-Esprit vienne habiter dans le croyant au moment de sa conversion à Jésus-Christ.
Note 23 L'identification du baptême au don de l'Esprit ressort clairement de la comparaison de quelques textes du Nouveau Testament : "Le Saint-Esprit descendit sur eux comme (il l'avait fait) au commencement sur nous aussi. Et je me souvins de cette Parole du Seigneur : ... vous serez baptisés d'Esprit Saint. Or puisque Dieu leur a accordé le même don qu'à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ..." (Actes 11.15-17) – On pourrait aussi lire Actes 10.44-48; ou comparer Actes 1.5 avec 2.1-4 et 2.33.
Normalement, cette "réception" du Saint-Esprit va conduire le chrétien dans un état de plénitude croissant avec sa maturité en Christ. Toutefois, cette croissance spirituelle peut être ponctuée par des expériences successives de plénitude du Saint-Esprit, qui sont accordées au croyant pour l'encourager et le fortifier dans son service.
Note 24 La différence entre ce qu'on appelle ici un "état" de plénitude et une "expérience" de plénitude est plus facile à discerner dans le texte grec – qui utilise deux mots différents : "plérès" et "pimplémi" – alors que dans nos traductions françaises, il n'y a que le mot "rempli" pour exprimer ces deux nuances... qui dès lors, ne peuvent qu'échapper au lecteur ! Pour comprendre la différence entre ces deux formes de plénitude, on peut se référer à ce qui se passe au sein d'un couple aimant : la plénitude de leur amour est un état qui va croissant avec la vie commune, mais qui n'en est pas moins ponctué par des expériences de plénitude que sont les relations conjugales. Comme pour Dieu et les croyants, l'équilibre entre ces deux formes de plénitude varie d'un couple à l'autre, en fonction de différents facteurs.
Rappelons aussi que le service chrétien ne prend toute sa signification que dans l'exercice des dons spirituels – ou "charismes" – distribués par l'Esprit aux chrétiens, en fonction de sa sainte volonté.
Note 25 Le mot "charisme" définit le "don spirituel", ou : "ce qui vient de la grâce de Dieu". En effet, le terme français vient du grec "charisma", qui a pour racine le mot "charis" (= la grâce)... Si ces dons sont spirituels, c'est parce qu'ils trouvent leur origine en Dieu; s'ils sont surnaturels, c'est parce qu'ils sont étrangers à notre nature humaine; s'il sont des charismes, c'est parce que Dieu les accorde par pure grâce... Un charisme n'est donc pas nécessairement spectaculaire !
Enfin, dans le Nouveau Testament, on voit comment le don, ou baptême du Saint-Esprit – accordé aux croyants lors de leur conversion – peut se faire directement avec plénitude, et peut être accompagné de la manifestation de l'un ou l'autre don spirituel... notamment la glossolalie. S'il est vrai qu'elles peuvent être simultanées, ces trois manifestations de l'Esprit – baptême, plénitude, et charismes – n'en sont pas moins trois expériences distinctes l'une de l'autre.
Note 26 Une image est peut-être nécessaire pour montrer que la simultanéité de deux choses peut – il est vrai – impliquer un lien de cause à effet, mais pas toujours et pas nécessairement : s'il fait un soleil radieux, il est probable que beaucoup de gens porteront des lunettes de soleil. Mais certaines personnes n'en mettront pas... tandis que d'autres en porteront, même s'il n'y a pas de soleil !
b. La doctrine pentecôtiste
Afin d'éviter tout malentendu, il faut signaler que certains croyants parlent beaucoup du baptême de l'Esprit, mais pas dans le même sens que nous. Dans les milieux pentecôtistes ou charismatiques, ce sont les expériences de plénitude de l'Esprit – généralement postérieures à la conversion – qui sont appelées "baptême du Saint-Esprit" quand c'est la première fois, et "renouvellement du baptême de l'Esprit" quand il s'agit des expériences suivantes. Dans cette optique, le "baptême de l'Esprit" est un "revêtement de puissance" qui doit nécessairement être confirmé par le parler en langues qui l'accompagne comme un signe indispensable. C'est lui qui introduit le chrétien dans la vie de l'Esprit, notamment dans la pratique des autres dons spirituels.
Note 27 Certains pentecôtistes sont moins formels ! Toutefois, si le baptême de l'Esprit était vraiment une expérience postérieure à la conversion, cela poserait un grave problème; car alors, qu'en serait-il des croyants qui n'ont pas fait l'expérience du parler en langues ? Feraient-ils partie de l'Eglise ? En effet, Paul affirme : "Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour être un seul corps..." (1Cor. 12.13) C'est donc bien le baptême de l'Esprit qui nous intègre au corps de Christ, à l'Eglise. Or, si l'on voulait accorder la logique de Paul avec la doctrine pentecôtiste, il faudrait affirmer que ceux qui n'ont jamais parlé en langues ne font pas partie du corps de Christ, puisqu'ils ne seraient pas "baptisés de l'Esprit". Ce ne seraient pas seulement des "sous-chrétiens", tels que – malheureusement – on les considère souvent dans ces milieux, mais ils ne seraient même pas chrétiens du tout !
Cette conception est directement inspirée des quelques récits des Actes des Apôtres, où ceux-ci imposent les mains à des croyants baptisés d'eau pour qu'ils reçoivent l'Esprit Saint... cette venue étant accompagnée de manifestations diverses, notamment du "parler en langues", ou d'une proclamation de l'Evangile pleine d'autorité.
c. Baptême ou plénitude de l'Esprit ?
Comme on le voit, tout ceci prête à discussion ! Et, bien qu'il n'entre pas dans nos intentions de commencer une polémique stérile il n'est pas possible d'ignorer que les mêmes mots n'ont pas le même sens pour tous les croyants. Dès lors, il s'avère nécessaire de justifier le vocabulaire adopté au début de ce paragraphe, qui sera également celui de toute cette étude... Qu'on le partage ou non, chacun pourra ainsi se rendre compte qu'il n'est pas arbitraire.
En fait, il semble évident que l'expression "baptisé du Saint-Esprit" implique une idée d'abondance, au même titre que l'expression "rempli du Saint-Esprit". Cette notion d'abondance – commune aux deux expressions – a conduit certains théologiens à les assimiler l'une à l'autre, pour en faire une seule et même expérience : c'est le cas de la doctrine pentecôtiste, que nous venons de décrire brièvement, et qui peut comporter des "variantes".
Note 28 La principale concerne les pentecôtistes qui acceptent d'autres "signes" que le parler en langue, comme preuve du "baptême-plénitude" de l'Esprit. Mais la doctrine évangélique traditionnelle comporte aussi ses "variantes" : beaucoup d'évangéliques, par exemple, nient l'actualité de la plupart des dons reconnus par nos frères pentecôtistes... Saine exégèse, tradition ecclésiastique ou phénomène allergique ?
Cependant, le vocabulaire lui-même est significatif de la différence fondamentale qui existe entre ces deux expériences : car "être plongé" implique l'immersion dans quelque chose d'extérieur à nous-mêmes, qui va nous envelopper totalement; tandis que "être rempli" implique l'introduction de quelque chose à l'intérieur de nous-mêmes, que nous allons absorber complètement.
Comme on le voit, le vocabulaire lui-même vient confirmer les positions de la théologie évangélique traditionnelle, qui associe le baptême de l'Esprit à la conversion, et la plénitude de l'Esprit à la croissance spirituelle du chrétien.
En effet, celui qui reçoit le baptême du Saint-Esprit, se trouve totalement immergé dans l'action merveilleuse de l'Esprit de Dieu, qui va le "convaincre de péché, de justice et de jugement", et le rendre ainsi capable de recevoir le pardon de ses péchés en Jésus-Christ. C'est pour cela que le Seigneur parle de la nécessité d'une véritable naissance de l'Esprit pour ceux qui veulent devenir spirituels. "Jésus lui répondit (à Nicodème) : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit." (Jean 3.5-6)
Pour sa part, le chrétien qui expérimente la plénitude du Saint-Esprit ouvre complètement son c½ur à l'action puissante de l'Esprit, qui va transformer sa vie tout entière, et lui permettre de répondre pleinement à sa vocation de témoin de Jésus-Christ. C'est pour cela que le Seigneur présente l'Esprit Saint comme une source qui jaillit au plus profond de ceux qu'il veut conduire jusque dans la vie éternelle. "Jésus lui répondit (à la Samaritaine) : Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle." (Jean 4.13-14)
Comme on l'a dit plus haut, ces deux expériences correspondent à deux actions distinctes et complémentaires de l'Esprit Saint, mais qui peuvent s'enchaîner rapidement, au point d'en devenir simultanées... un peu comme une éponge que l'on plonge dans l'eau, et qui – pour peu qu'on l'ait débarrassée de son emballage en Cellophane – se remplit d'eau, presque aussitôt : c'est ce qui semble s'être passé, pour les cent vingt disciples, le jour de la Pentecôte !
Note 29 C'est aussi ce dont se privent bien des chrétiens évangéliques "coincés" dans la Cellophane de leur anti-pentecôtisme primaire... Tant il est vrai, hélas ! que l'on peut se dessécher au sortir du baptême de l'Esprit, comme on se sèche au sortir des eaux du baptême.
2. Pierre a-t-il ouvert le Royaume des cieux au monde ?
Tout le monde connaît l'épisode au cours duquel Jésus a confié à Pierre les clefs du Royaume des cieux... Ce passage difficile est interprété de diverses manières. "Et moi, je te dis que tu es Pierre (= "Petros" en grec) et que sur cette pierre (= "petra" en grec) je bâtirai mon Eglise... Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux." (Mat. 16.18-19)
C'est sur ce verset que se fonde le dogme catholique qui fait de Pierre le "premier pape" ayant reçu de Jésus "le pouvoir des clefs, qui désigne l'autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l'Église... Le pouvoir de lier et délier signifiant l'autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l'Église." (Catéchisme de l'Église Catholique, article 553)... Les protestants et les évangéliques veulent bien admettre que Pierre ait reçu une mission particulière du Seigneur, mais certainement pas un pouvoir transmissible à ses soi-disant "successeurs" ! Quant à elle, l'Église d'orient (ou Église orthodoxe) admet la transmission de ce pouvoir, mais étendu à l'ensemble des évêques, en se fondant sur le pouvoir de "lier et délier", qu'un peu plus tard, Jésus a accordé à l'ensemble des apôtres. (Mat. 18.18)
Quant à la nature de ce "pouvoir", les opinions varient. Les catholiques se réfèrent à Esaïe, pour y voir "la charge et l'autorité d'intendant de la maison de Dieu". Mais comment reporter cette prophétie messianique sur l'apôtre Pierre, quand l'Apocalypse l'applique clairement à Jésus, "le Saint et le Véritable" ? (Apoc. 3.7) "Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David : quand il ouvrira, nul ne fermera; quand il fermera, nul n'ouvrira." (Es. 22.22)
Certains protestants se réfèrent à la tradition rabbinique, où les verbes "lier" et "délier" s'appliquent à la promulgation des règles de conduite, notamment dans la "hallakha" (ou "la voie à suivre", qui rassemble les "décrets d'application" de la Loi de Moïse). Dès lors, Pierre et les autres apôtres auraient reçu de Jésus l'autorité nécessaire pour annoncer l'Evangile, et définir ce qui allait constituer la suite des Ecritures Saintes, c'est-à-dire le Nouveau Testament.
Note 30 "En effet, les enseignements de Jésus, tels que les apôtres nous les ont rapportés dans les Evangiles, définissent essentiellement les principes du Royaume des cieux. Par contre les enseignements des apôtres eux-mêmes, ne représentent pas seulement une explication de ces principes, mais ils déterminent aussi les modalités de leur application dans l'Eglise chrétienne. Si l'on adopte le langage de la "Hallakha", le pouvoir de "lier et délier" serait ce pouvoir, accordé aux apôtres, de définir la doctrine et la vie de l'Eglise chrétienne.
Cette interprétation paraît la plus cohérente avec l'ensemble de la révélation néo-testamentaire...
Voici toutefois la troisième interprétation, qui justifie la présence de ce paragraphe dans une étude des sacrements. Il semble en effet, qu'au début de l'Eglise, le baptême de l'Esprit n'a pu être accordé qu'en présence de l'apôtre Pierre. Quelques évangéliques y voient la manifestation du ministère particulier de l'apôtre, qui aurait reçu les clefs du Royaume des cieux pour l'ouvrir :
1° aux juifs : c'est-à-dire les descendants du Royaume de Juda;
et aux prosélytes : c'est-à-dire les convertis au Judaïsme; (cf. Act. 2.38)
2° aux samaritains : c'est-à-dire les descendants des Israélites métissés avec des païens à l'époque de l'occupation assyrienne; (cf. Act. 8.16 et 2Rois 17.24,29)
3° aux gentils ou païens : c'est-à-dire les non Juifs. (cf. Act. 10.47)
Cette explication est assez arbitraire, et elle ne convainc pas tout le monde, loin s'en faut !... Mais si on l'adopte, il faut aussi considérer qu'en tant qu'inauguration du Royaume de Dieu, ces trois exemples constituent des cas particuliers. Dès lors, ces trois épisodes doivent être utilisés avec prudence; surtout si l'on cherche à définir la façon la plus "normale" de recevoir le Saint-Esprit, pour les croyants de toutes les époques.
En effet, notre conception du ministère de Pierre va influencer la réponse que nous apporterons à la question de l'enchaînement normal des deux baptêmes; à savoir :
1° Faut-il accorder le baptême d'eau, seulement aux chrétiens qui ont déjà reçu le baptême de l'Esprit ?
2° Ou peut-on baptiser d'eau les croyants qui n'auraient pas encore reçu le baptême de l'Esprit ?
La réponse est plus épineuse qu'il n'y paraît !
3. Le baptême d'eau : avant ou après celui de l'Esprit ?
Quelle que soit l'interprétation que l'on donne à ces fameuses "clefs du Royaume", la même question reste posée : "Le baptême d'eau doit-il précéder ou suivre le baptême de l'Esprit ?" Si l'on s'en tient aux positions que nous avons défendues jusqu'ici, la logique spirituelle voudrait que l'on accorde le baptême d'eau à ceux qui sont déjà convertis, c'est-à-dire ceux qui ont reçu le baptême du Saint-Esprit. C'est le cas de Corneille et des siens, puisqu'ils ont bien reçu le Saint-Esprit avant d'être baptisés d'eau (Actes 10.44-48). Sans doute est-ce également le cas de l'apôtre Paul (Actes 9.17-19).
Pour la plupart des autres baptisés, les Actes ne parlent pas de leur expérience de l'Esprit : c'est le cas des trois mille âmes converties à la Pentecôte (2.41), de l'eunuque éthiopien (8.36-38), de Lydie et sa famille (16.15), du geôlier de Philippe et de sa famille (16.33), de Crispus, de sa famille et de quelques autres Corinthiens (18.8)...
Par contre, les Samaritains (Actes 8.12,16-17) et les disciples de Jean à Ephèse (Actes 19.4-6) ont reçu le Saint-Esprit après avoir été baptisés d'eau... et il faut bien admettre que cela nous pose un sérieux problème théologique !
a. Deux exemples bien troublants
1er cas : C'est l'histoire du diacre Philippe – "homme rempli d'Esprit et de sagesse" (Act. 6.3) – venu annoncer l'Evangile aux Samaritains : "Quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du Royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser..." En apprenant la nouvelle, les apôtres de Jérusalem envoient Pierre et Jean en Samarie.
"Ceux-ci, descendus chez eux (= les Samaritains) prièrent pour eux, afin qu'ils reçoivent l'Esprit Saint. Car il n'était pas encore tombé sur aucun d'eux; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l'Esprit Saint." (Act. 8.12-17)
2ème cas : C'est l'arrivée de Paul à Ephèse : "Paul rencontra quelques disciples et leur dit : Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? Ils lui répondirent : Nous n'avons même pas entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit. Il dit : Quel baptême avez-vous donc reçu ? Ils répondirent : Le baptême de Jean. Alors Paul dit : Jean a baptisé du baptême de repentance; il disait au peuple de croire en celui qui venait après lui, c'est-à-dire en Jésus. Sur ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Paul leur imposa les mains et le Saint-Esprit vint sur eux..." (Act. 19.3-6)
Que faut-il penser de ces deux "cas de figure" ?... Et surtout – dans la logique de la théologie traditionnelle que l'on a suivie jusqu'à présent – que dire de l'expérience des croyants qui ont reçu l'Esprit Saint après leur baptême d'eau, comme c'est clairement le cas dans ces deux exemples.
1° Faut-il dire que c'était le ministère particulier de Pierre ?... Pas seulement ! Puisqu'à Ephèse, c'est Paul qui impose les mains aux baptisés, pour qu'ils reçoivent l'Esprit.
2° Faut-il affirmer que ces baptisés n'étaient pas vraiment convertis ?... En ce qui concerne Simon le magicien (8.13,18-14) cela paraît évident ! Mais il semblerait bien injuste de dire la même chose des autres Samaritains ou des Ephésiens.
3° Faut-il penser – comme nos frères pentecôtistes – que c'était une expérience de plénitude de l'Esprit distincte du don de l'Esprit à la conversion ?... Mais cette distinction ne peut guère s'appliquer à ces deux exemples, puisqu'au sujet des Samaritains, il est clairement précisé que le Saint-Esprit "n'était pas encore descendu sur aucun d'eux" (8.16)... Et pour les Ephésiens, il est écrit qu'ils n'avaient "même pas entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit" (19.2)... Manifestement, pour les uns comme pour les autres – et même s'ils le reçurent avec plénitude - il s'agit du don initial du Saint-Esprit accordé aux croyants.
4° Faut-il adopter la théologie catholique qui affirme que c'est le baptême d'eau, suivi de l'onction du saint chrême (c'est-à-dire l'huile parfumée consacrée par l'évêque) qui confère le Saint-Esprit aux nouveaux baptisés ? On pourrait le penser, car dans les deux cas, c'est l'imposition des mains pratiquée par les apôtres Pierre et Paul, qui appelle le Saint-Esprit sur les baptisés... Mais alors, il faudrait reconnaître au baptême la valeur salvatrice que l'église romaine lui accorde : ce qui nous ramène à l'acceptation de la "magie" des sacrements !
Aucune de ces quatre hypothèses n'est pleinement satisfaisante, car chacune présente de sérieuses lacunes, au regard de la révélation globale de la Nouvelle Alliance. Finalement – sous réserve d'autres "lumières" – la seule chose que l'on puisse conclure avec certitude, de l'examen de ces deux passages, c'est qu'aussi bien dans la pensée que dans l'expérience apostolique, le baptême d'eau se trouve étroitement associé au baptême du Saint-Esprit.
b. Des faits lourds de conséquences
Pour ces deux récits, tirés des Actes des Apôtres, le "mystère" reste donc entier, nous laissant avec deux alternatives aussi peu acceptables l'une que l'autre :
1° Soit ces "croyants" ont été baptisés sans avoir reçu le Saint-Esprit – ce qui paraît évident – et donc sans être vraiment nés de nouveau : ce qui est possible, même si c'est gênant pour les responsables de l'époque !
2° Soit ces "croyants" se sont convertis et ont pris le baptême – et sont donc devenus "chrétiens" – sans avoir reçu le Saint-Esprit : ce qui est très, très gênant pour la doctrine évangélique !
Dans ce dernier cas, il nous faut reconnaître que les implications de ces deux baptêmes, accordés avant la réception de l'Esprit, sont troublantes pour la doctrine évangélique traditionnelle, car ils laissent entendre qu'il n'est point besoin d'avoir reçu l'Esprit-Saint pour prendre le baptême d'eau... Si ce devait être le cas, nous serions obligés :
1° soit de dévaloriser le baptême, tel que nous l'avons défini jusqu'à présent;
2° soit de lui conférer un pouvoir quasi magique, comme catalyseur de certaines réalités spirituelles.
Quelques éléments de réponse ont déjà été apportés ci-dessus, mais il nous faut aborder maintenant les répercussions que ces deux interprétations pourraient avoir sur la signification du baptême proprement dit.
1° Un baptême dévalorisé ?
Première éventualité, le baptême serait une simple marque d'appartenance intellectuelle et religieuse au "parti" du Christ : un peu comme le bizutage ou le "baptême" des étudiants. Mais alors, il perdrait toute signification réellement spirituelle. Or, nous avons vu combien les textes insistent sur l'importance spirituelle du baptême, nous interdisant d'envisager cette interprétation, et surtout, d'en faire une doctrine ! Toutefois, en pratique, il n'est pas exclu qu'en ses débuts, l'enseignement de l'Église n'ait pas encore été parfaitement fixé sur la question du baptême. Il est plus probable encore, qu'il ait été mal compris des néophytes et l'objet de diverses confusions avec des coutumes païennes.
Dès lors, il est possible que les premiers chrétiens l'aient administré sans tenir compte de toute la richesse de ses implications. Dans leur esprit, le baptême chrétien aurait eu la même signification que celui de Jean-Baptiste – la repentance pour le pardon des péchés – si ce n'est que, dans l'optique chrétienne, le pardon des péchés n'était plus seulement une espérance, mais une réalité fondée sur la foi en Jésus-Christ. "Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit." (Actes 2.38) – "Et maintenant, pourquoi tardes-tu ? Lève-toi, sois baptisé et lavé de tes péchés en invoquant son nom." (Actes 22.16)
A ce propos, il faut reconnaître qu'aujourd'hui, la même situation se retrouve fréquemment dans nos communautés évangéliques, du fait d'une annonce de l'Evangile moins exigeante qu'il y a quelques décennies. Dès lors, certaines personnes prennent le baptême d'eau, sans avoir reçu le Saint-Esprit... Et bien peu de responsables songent encore à leur imposer les mains pour pallier cette lacune : l'indigence spirituelle de nos assemblées n'a pas toujours une autre explication !... Mais nous y reviendrons plus loin (au chapitre VIII, § 1b).
2° Un baptême surévalué ?
Une deuxième explication – pour justifier l'acceptation au baptême de ceux qui n'ont pas encore reçu le Saint-Esprit – est la suivante : ce serait le baptême d'eau lui-même qui – éventuellement associé à l'imposition des mains – engendrerait la venue de l'Esprit dans le croyant. Cette possibilité pourrait trouver un soutien biblique dans la prédication de Pierre. Celui-ci, en effet, semble présenter le don du Saint-Esprit comme une conséquence de la repentance et du baptême d'eau, entraînant le pardon des péchés. "Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit." (Actes 2.38) Dès lors, on revient à la conception catholique, selon laquelle c'est le baptême qui "fait" le chrétien en entraînant le pardon de ses péchés – voire du "péché originel" – tout en provoquant la venue du Saint-Esprit en lui.
Mais rien, dans la Bible, ne nous permet d'affirmer que Dieu se soit jamais lié, de manière quasi inconditionnelle, à l'acte posé par un homme – si ce n'est par le sacrifice du "Fils de l'homme" – car alors, on retomberait dans ce que nous avons appelé "la magie des sacrements" : les pratiques magiques consistant précisément dans la mise en oeuvre de procédures entraînant des effets surnaturels. Toutefois, il faut reconnaître qu'en l'espèce, notre argumentation relève moins du Texte que des principes...
c. Après le baptême, la plénitude ?
La troisième explication – pour justifier un baptême du Saint-Esprit postérieur au baptême d'eau – est celle donnée dans les milieux pentecôtistes et charismatiques. Dans cette doctrine, le "baptême du Saint-Esprit" est présenté comme une expérience de plénitude, qui survient généralement après la conversion... et donc comme une seconde expérience, par rapport à la venue du Saint-Esprit dans le croyant au moment de la conversion.
Dès lors, nos deux récits litigieux seraient deux exemples de "baptême du Saint-Esprit" conféré par l'imposition des mains des apôtres. Ils constitueraient chaque fois une seconde expérience, par rapport au don de l'Esprit qui fut à l'origine de la conversion des baptisés... sans que le texte biblique y fasse allusion, d'ailleurs !
L'explication est séduisante, mais elle ne "colle" pas vraiment avec le Texte biblique, car dans les deux passages des Actes, que nous étudions, il est explicitement question de la venue initiale du Saint-Esprit chez des baptisés.
Note 31 Selon la doctrine pentecôtiste, les apôtres auraient eux-mêmes reçu le Saint-Esprit entre la résurrection et l'ascension de Jésus, lors d'une apparition du Seigneur : "Après ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit Saint !" (Jean 20.22) Dès lors, l'événement de la Pentecôte serait pour eux une deuxième expérience de l'Esprit : le baptême-plénitude du Saint-Esprit... Mais les cent vingt disciples de la Pentecôte ne semblent pas avoir participé à l'épisode ci-dessus. Aussi, la plupart des commentateurs voient plutôt dans le récit de Jean, une anticipation (= une annonce) symbolique de ce qui allait se passer le jour de la Pentecôte. En effet, Jésus souffle sur ses disciples, comme Dieu a soufflé sur Adam pour lui donner la vie, et à travers lui, à l'humanité tout entière. (Gen. 2.7) Or on ne voit pas comment limiter à l'expérience personnelle des disciples présents, une nouvelle création spirituelle qui va impliquer l'Eglise tout entière. D'ailleurs, en ce qui concerne la fondation de l'Eglise chrétienne, Jésus recommande aux disciples présents "de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre la promesse du Père..." (Act. 1.4-5)
Or, même s'il semble évident qu'elle leur fut directement accordée avec plénitude, c'est le caractère "initial" de cette venue de l'Esprit sur les baptisés qui nous préoccupe ici, et non la question de la plénitude.
Note 32 Reconnaissons que la notion de "baptême" du Saint-Esprit – autrement dit : l'idée "d'immersion" dans l'Esprit – suggère une idée d'abondance. Aussi, elle encourage l'assimilation de ce que la Bible appelle "baptême" du Saint-Esprit, avec ce qu'elle nomme ailleurs "plénitude" du Saint-Esprit. Mais aussi tentante que soit cette confusion, elle nous est interdite par l'usage que les apôtres font de ce vocabulaire. En effet, c'est le don initial du Saint-Esprit aux croyants, que ceux-ci assimilent clairement au baptême du Saint-Esprit. (Cf. Actes 10.47-48; 11.15-17)... En matière de Pneumatologie (ou doctrine du Saint-Esprit) la principale lacune de la doctrine pentecôtiste concerne cette participation initiale des croyants à l'Esprit Saint : le statut des chrétiens n'ayant pas encore reçu le "baptême du Saint-Esprit" n'y est pas clairement défini. La plupart des auteurs parlent d'une "onction" de l'Esprit suffisante pour se convertir... mais sans véritable appui biblique pour justifier leur théorie et leur vocabulaire !
Et encore une fois, comment parler de véritable "conversion", chez des personnes qui n'ont jamais reçu l'Esprit-Saint... du moins, si l'on admet avec l'apôtre Paul, que c'est précisément le don de l'Esprit venant habiter dans le croyant qui définit le chrétien... "Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas." (Rom. 8.9)
d. Pas de règle absolue !
Finalement, l'analyse des implications d'un baptême d'eau antérieur à celui de l'Esprit nous permet de fermer quelques-unes des portes que les deux cas étudiés avaient entrouvertes. Pour le reste, la prudence reste de mise. Car si l'on se limite aux exemples de baptêmes proposés dans les Actes, il paraît difficile d'établir une règle fixant une chronologie "normale" pour les deux baptêmes... et surtout, il serait bien hasardeux de prétendre en faire "la loi des Mèdes et des Perses" ! Une fois encore, la seule chose que l'on puisse constater, c'est le lien étroit qui unit le baptême d'eau à celui de l'Esprit.
D'ailleurs, au travers des paroles adressées à Nicodème, Jésus nous met en garde contre la prétention de vouloir "domestiquer" l'Esprit Saint en l'enfermant dans les normes d'une expérience stéréotypée : "Le vent ("pneuma"en grec : le souffle, l'esprit) souffle où il veut, et tu en entends le bruit, mais tu ne sais pas d'où il vient, ni où il va : il en est ainsi de quiconque est né de l'Esprit." (Jean 3.8)
Par contre, si l'on envisage de définir, non ce qui est "normal", mais plutôt ce qui est "logique" dans l'expérience chrétienne, il s'avère nécessaire de dépasser les descriptions données dans les Actes, pour examiner les explications suggérées par les textes doctrinaux qui traitent du baptême d'eau et du baptême de l'Esprit.
RAPPORTS ENTRE LE BAPTÊME D'EAU
ET LE BAPTÊME DU sAINT-ESPRIT
Soit qu'il vienne entériner la réception du baptême de l'Esprit, soit qu'il annonce l'imminence du don de l'Esprit au croyant, le baptême d'eau est donc intimement lié au baptême du Saint-Esprit.
1. Des textes doctrinaux peu dogmatiques
L'étroitesse de ce lien est confirmée par divers passages du Nouveau Testament, bien que ceux-ci ne permettent pas non plus d'établir une chronologie entre les deux baptêmes, telle qu'on la recherchait dans le paragraphe précédent.
– "Si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume des Cieux." (Jean 3.5)
– "Mais vous avez été lavés... sanctifiés... justifiés, au nom du Seigneur Jésus et par l'Esprit de notre Dieu." (1Cor. 6.11)
– "Nous avons tous été baptisés dans un même Esprit pour former un seul corps... et nous avons tous été abreuvés par un seul Esprit." (1Cor. 12.13)
– "Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance, celle de votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, parmi tous et en tous" (Eph. 4.4-5)
– "Dieu nous a sauvés par le bain de la régénération et le renouveau du Saint-Esprit." (Tit. 3.5)
– "Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit." (Actes 2.38)
Comme on le voit, l'étroit rapport qui existe entre les deux baptêmes se trouve, également conforté par l'ambivalence de certains versets, dont on ne sait pas toujours s'il y est question de l'un ou de l'autre baptême... ou des deux à la fois.
Evidemment, dans notre optique "évangélique traditionnelle", cette corrélation accentue la difficulté doctrinale déjà soulevée par les récits bibliques faisant état de l'antériorité du baptême d'eau, par rapport à celui du Saint-Esprit. Car ici, ce n'est plus seulement le cas de quelque narration décrivant l'expérience des Samaritains (Actes 8.12,16-18) ou des disciples d'Ephèse (Actes 19.4-6) mais cette éventualité semble confirmée par des textes doctrinaux, notamment par les deux derniers passages. Nous allons y revenir ci-dessous (Tite 3.5 et Actes 2.38).
Le problème soulevé est de première importance pour la cohérence de notre doctrine. En effet, si l'enseignement des apôtres venait à confirmer les deux récits déjà étudiés, cela justifierait le lien de cause à effet que l'église catholique établit entre le baptême d'eau et celui du Saint-Esprit. Autrement dit, cela confirmerait la doctrine du baptême de l'Esprit découlant du baptême d'eau. L'enjeu est de taille... C'est pourquoi, il importe de mettre les choses au point, concernant ces deux textes difficiles !
a. Un texte de Paul
"Il nous a sauvés – non parce que nous aurions fait des oeuvres de justice, mais en vertu de sa miséricorde – par le bain de la régénération et le renouveau du Saint-Esprit; il l'a répandu sur nous avec abondance par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que justifié par sa grâce, nous devenions héritiers dans l'espérance de la vie éternelle." (Tite. 3.5)
A première lecture, ce texte pourrait encourager l'idée que le baptême d'eau possède un pouvoir intrinsèque de "régénération" spirituelle : ce qui confirmerait la doctrine romaine. Il ne faut donc pas s'étonner de voir les versions catholiques exprimer la phrase dans le sens du dogme officiel de leur église.
Ainsi, l'abbé Crampon traduit (version 1923) : "Il nous a sauvés... par le bain de la régénération et en nous renouvelant par le Saint-Esprit." Plus tard, la version Crampon révisée par A. Tricot (en 1960) "corrige" – comme souvent – en accentuant la dépendance du Texte biblique envers le dogme : "Il nous a sauvés... grâce au bain où l'Esprit régénère et rénove"... Ici, l'action de l'Esprit est clairement assujettie au baptême !
Mais heureusement, l'autorité scientifique des traducteurs de la Bible a souvent prévalu sur leur soumission aux dogmes – et c'est heureux – car, à y regarder de plus près, ce n'est pas du tout ce que Paul enseigne dans ce passage. L'allusion au baptême d'eau est sans doute probable, en tant qu'image, mais elle n'est même pas certaine. En effet, c'est le mot "bain" – que Darby traduit par "lavage" – qui est utilisé, et non le mot habituel : "baptême", "immersion"... De toute façon, si ce passage se réfère au baptême d'eau, ce ne peut être qu'en allégorie du baptême de l'Esprit puisque tout ce passage parle de l'action de l'Esprit Saint. Car ce sont bien "les vertus de la miséricorde" divine et du bain de l'Esprit qui nous sont présentées dans ce texte, et non les bienfaits de "nos oeuvres de justice", fût-ce du baptême d'eau... qui n'est même pas nommé.
D'ailleurs, le chanoine Osty – qui ne peut être soupçonné de desservir les dogmes de son église – le traduit ainsi : "C'est selon sa miséricorde, qu'il nous a sauvé par un bain de régénération et de renouvellement de l'Esprit Saint, qu'il a répandu sur nous..." La Bible de Jérusalem formule la phrase de façon plus claire encore : "Il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l'Esprit Saint".
Dans ces versions, la régénération et le renouvellement sont clairement présentés comme les vertus du bain dans l'Esprit, et non du baptême d'eau... le Saint-Esprit étant l'initiateur de la régénération et du renouveau intérieur des croyants. Ce qui est assez logique, finalement, dans un passage où Paul vient de dénoncer l'inefficacité de "nos oeuvres de justice" !
Note 33 Si malgré tout, certains persistaient à assimiler le "bain de la régénération" au baptême d'eau, cela n'accréditerait pas la théologie romaine pour autant. En effet, dans cette perspective, il est probable que l'apôtre Paul cite le "bain de la régénération" avant le "renouveau de l'Esprit", non pas dans un souci de chronologie, mais pour les besoins de son développement. Cela lui permet de garder son élan oratoire : enchaînant sur le "renouveau de l'Esprit", il poursuit la logique naturelle de son discours en affirmant que c'est ce même Esprit que le Seigneur "a répandu dans nos c½urs" avec la mission de nous appliquer les mérites de Jésus-Christ pour que nous devenions "héritiers de la vie éternelle".
De ce point de vue, la traduction "dynamique" des versions récentes est parfaitement explicite. La Bible "du Semeur" écrit : "Il nous a sauvés parce qu'il a eu pitié de nous, en nous faisant passer par le bain purificateur de la nouvelle naissance, c'est-à-dire en nous renouvelant par le Saint-Esprit."
Pour sa part, la Bible "Parole de Vie" confirme cette idée en traduisant : "Il nous a sauvés, non pas à cause des actions justes que nous avons pu faire, mais parce qu'il a eu pitié de nous. Il nous a sauvés par le bain de la nouvelle naissance et par l'Esprit Saint qui nous donne une vie nouvelle."
b. Une parole de Pierre
"Pierre leur dit: Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera." (Actes 2.38)
Dans ce passage, il semble incontestable que Pierre présente le don de l'Esprit comme une conséquence du baptême d'eau. Mais une fois encore, il ne faudrait pas se hâter de conclure sur les apparences...
Tout d'abord, il faut se rappeler que Luc ne nous rapporte qu'un "digest" contenant les idées clefs du discours de Pierre – dont il ne fut pas un témoin oculaire – plutôt qu'une éventuelle théologie de la chronologie à respecter dans la pratique du baptême. De ce point de vue, le discours de Pierre est parfaitement cohérent : en réponse à leur question, Pierre présente d'abord les responsabilités de ses auditeurs – la repentance et le baptême – avant de replacer cette expérience de conversion dans la dimension historique de l'accomplissement des prophéties.
C'est pour cette raison qu'il insiste d'abord sur l'obligation d'une vraie repentance – qui n'est pas possible sans l'action de l'Esprit – avant d'enchaîner sur la nécessité du baptême chrétien... Du moins, si l'on parle de la "repentance qui mène au salut", fruit d'une "tristesse selon Dieu" (2Cor. 7.10) qui provient elle-même du Saint-Esprit, puisque c'est lui "qui convainc le monde de péché, de justice et de jugement". (Jean 16.8)
Et si Pierre revient sur le "don de l'Esprit" après avoir parlé de la repentance et du baptême d'eau, c'est pour encourager ses auditeurs à entrer dans l'accomplissement des promesses divines, comme lui-même et les cent vingt viennent d'en faire l'expérience. Ici encore, la traduction – et plus particulièrement la ponctuation – influence la compréhension du passage.
Note 34 Rappelons que les premiers manuscrits du Nouveau Testament étaient rédigés en grec, sans intervalles, sans majuscules et sans ponctuation entre les mots et les phrases. Cette particularité autorise le traducteur à procéder à différents "découpages" du Texte biblique... pourvu que ces variantes soient légitimes, c'est-à-dire pour peu qu'elles ne dénaturent pas le texte original. Evidemment, le sens de certains passages peut s'en trouver modifié !
Certains traducteurs (TOB, Jérusalem...) associent le don de l'Esprit au baptême de repentance qui précède, en terminant la phrase après "Saint-Esprit" : "... faites-vous baptiser pour le pardon de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous..."
Par contre, d'autres traducteurs (Crampon, Darby...) terminent la première partie de la phrase avec "péchés", et ils rattachent ainsi le don de l'Esprit à la promesse qui suit : "...faites-vous baptiser pour la rémission de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit, car la promesse est pour vous..." Comme on a pu s'en rendre compte, c'est la deuxième lecture qui a présidé à notre interprétation du passage.
Cela dit, il subsiste un autre problème : l'association que Pierre semble établir entre le baptême d'eau et le pardon des péchés demeure une difficulté qui peut surprendre, et même troubler les chrétiens évangéliques.
Pour comprendre ce rapprochement, il faut bien considérer qu'en pratique, le désir de s'engager dans les eaux du baptême demeure le seul signe visible de cette réalité spirituelle qu'est la repentance. De même, à part la manifestation de certains charismes, le baptême est encore le seul signe extérieur de cette réalité intérieure qu'est la réception du Saint-Esprit Dès lors, le baptême apparaît comme ce moment privilégié où la nouvelle naissance du croyant devient évidente pour toute la communauté chrétienne.
En définitive, l'enseignement de Pierre est sans équivoque. Pour lui – comme partout ailleurs dans le Nouveau Testament – la repentance est à l'origine de la rémission des péchés; et le baptême d'eau se trouve bien en synergie avec le don ou baptême de l'Esprit Saint. Ce passage ne contient donc rien de vraiment troublant pour la doctrine évangélique traditionnelle.
Comme on l'a montré plus haut (§ 3a) l'idée que le baptême du Saint-Esprit serait communiqué au moment du baptême d'eau, apparaît comme une hypothèse à côté de trois autres. D'ailleurs, comme on l'a également fait remarquer, il n'est aucune de ces quatre hypothèses, qui ne présente l'une ou l'autre faiblesse doctrinale. Mais surtout, la doctrine catholique ne rend pas justice à l'enseignement global et à l'esprit du Nouveau Testament, car celui-ci met bien davantage l'accent sur l'expérience spirituelle du croyant que sur l'observance des rites religieux, fût-ce la pratique des sacrements.
Note 35 Avant de grimper, le nez collé au rocher de la Parole de Dieu, il est souvent nécessaire d'évaluer, d'un regard d'ensemble, le chemin qui mène au sommet : il devient alors possible de se fixer un itinéraire qui tienne compte des difficultés de l'escalade.
En effet, si l'ensemble des textes ne permet pas de dégager une chronologie "standardisée" des moments forts qui entourent la conversion, ils ne manquent pas de mettre en évidence les jalons de cette expérience déterminante : conviction de péché, repentance, don ou baptême de l'Esprit, conversion à Jésus-Christ, baptême d'eau, union à l'Église... Il appartient donc à la théologie de replacer ces événements dans l'ordre; encore que plusieurs soient simultanés, ou portent des noms différents, selon le point de vue dont on les regarde.
Note 36 Comme on l'a montré plus haut (cf. note 23) le "don" de l'Esprit est synonyme de "baptême" de l'Esprit; mais le mot "don" met l'accent sur la nature ou l'origine du cadeau de Dieu, tandis que le mot "baptême" décrit l'événement ou l'expérience du croyant... Un peu comme en matière de transplantation d'organe, on parlera de "don" d'organe ou de "greffe" d'organe, selon que l'on veut mettre l'accent sur le donneur ou le receveur.
C'est la raison pour laquelle nous nous efforçons d'arriver à une pleine conviction, tout en nous gardant de tomber dans le dogmatisme. Aussi, nous nous contenterons de dégager, dans ses grandes lignes, la logique interne à tous les textes concernés.
a. Un cheminement logique
Ainsi, dans l'expérience normale d'un chrétien, il semble naturel que le baptême d'eau fasse suite à la conversion... D'ailleurs, c'est comme cela que Jésus l'a présenté : "Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné." (Marc 16.16)
Maintenant, si l'on admet :
1° que la conversion est la conséquence naturelle de la repentance,
2° que la repentance est elle-même le résultat d'une profonde conviction de péché,
3° et que celle-ci est le fruit exclusif de l'action du Saint-Esprit... on sera logiquement amené à situer le baptême de l'Esprit avant le baptême d'eau.
"Quand il (le Saint-Esprit) sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement : de péché parce qu'ils ne croient pas en moi; de justice, parce que je vais vers le Père, et que vous ne me verrez plus; de jugement, parce que le prince de ce monde est jugé." (Jean 16.8)
C'est aussi le point de vue que nous avons défendu jusqu'à présent. On peut le résumer ainsi :
1° Au moment de la conversion, le croyant reçoit le baptême du Saint-Esprit – ou don de l'Esprit – qui l'unit spirituellement au Christ et à son Église.
"En lui (le Christ)... vous avez été scellés du Saint-Esprit... en vue de la rédemption de ceux que Dieu s'est acquis pour célébrer sa gloire." (Eph. 1.13-14) – "Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour être un seul corps..." (1Cor. 12.13) – "Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas... L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu." (Rom. 8.9,16)
2° Lors du baptême d'eau, le chrétien témoigne publiquement de sa foi et de son engagement envers le Christ, en même temps que de sa volonté d'être intégré à son corps, qui est l'Église.
Ce n'est donc pas le baptême d'eau qui "fait" le chrétien, c'est la conversion ! Le baptême d'eau n'est "que" le signe matériel extérieur d'une réalité spirituelle intérieure... Encore faut-il que cette réalité intérieure – le baptême de l'Esprit – existe pour donner son sens au baptême d'eau. Dans cette perspective, le baptême du Saint-Esprit apparaît aussi comme la seule explication d'une conversion authentique et radicale. Mais à partir de là – et il est important de le faire remarquer – le baptême d'eau va s'imposer comme une suite logique, voire comme une décision indispensable : en effet, comment croire à la sincérité d'un converti qui refuserait sciemment de s'engager, envers son Sauveur, dans les eaux du baptême ?
b. Pas de "règle" sans exception
S'ils admettent le schéma qui précède comme le reflet de "la règle générale", les évangéliques doivent pouvoir reconnaître – avec la Bible – qu'il existe l'une ou l'autre exception; car en définitive, l'Esprit de Dieu demeure souverainement maître de son action.
Rappelons que les Samaritains (Actes 8.12,16-17) et les disciples de Jean à Ephèse (Actes 19.4-6) ont reçu le Saint-Esprit après avoir été baptisés d'eau... Dans ces deux cas, il faut bien supposer que le baptême d'eau annonçait, en quelque sorte, le baptême de l'Esprit qui le suivait de près. Mais de toute façon, et quel que soit celui qui précède l'autre, le lien entre les deux baptêmes demeure évident... Comme demeure évidente la souveraineté du Seigneur sur les lois qu'il établit : nous ne pourrons jamais enfermer Dieu dans notre théologie, aussi sincère et fidèle soit-elle !
Note 37 On l'a déjà dit : la sincérité n'est pas un gage de fidélité ! Mais il est bon de répéter une évidence qui est souvent trahie par la prétention de certains, à demeurer les seuls dépositaires de la pensée "évangélique". Il est vrai qu'en matière de doctrine, personne ne peut juger de notre sincérité, sinon nous-mêmes... et le Seigneur ! Mais dans ce domaine, personne ne peut juger de notre fidélité, même pas nous-mêmes, car le Seigneur est le seul à pouvoir juger de notre fidélité à sa Parole. – "Ainsi, qu'on nous regarde comme des serviteurs de Christ et des administrateurs des mystères de Dieu. Du reste, ce qu'on demande des administrateurs, c'est que chacun soit trouvé fidèle. Pour moi, il m'importe fort peu d'être jugé par vous ou par une juridiction humaine. Je ne me juge pas non plus moi-même, car je n'ai rien sur la conscience; mais ce n'est pas pour cela que je suis justifié. Celui qui me juge, c'est le Seigneur." (1Cor. 4.1-4)
c. Un "mariage" spirituel
Dans les Ecritures, le lien qui unit Dieu aux croyants est souvent comparé au lien conjugal. Cela explique pourquoi le baptême a souvent été comparé au mariage, bien qu'aucun texte biblique ne le fasse expressément. Pour comprendre cette comparaison, il faut se souvenir que dans la Bible, le lien du mariage se définit par deux éléments bien précis :
1° l'engagement, pris en public, de demeurer fidèle l'un à l'autre, et
2° la consommation du mariage, c'est-à-dire l'union intime des époux.
Comme on le voit, cette définition rejoint celle de la loi civile de nos pays : ce qui explique que chez les protestants, il n'y a pas de mariage "religieux", mais seulement une bénédiction de mariage, puisque le mariage "civil" est parfaitement "biblique".
Chacun sera sans doute prêt à l'admettre : lors du mariage, la cérémonie elle-même n'ajoute pas grand-chose à l'amour des époux... Aussi, quelle signification pourrait-elle avoir, si elle n'est pas le reflet du véritable amour qu'ils se portent l'un à l'autre ? Et inversement, que penser de la sincérité des sentiments d'un partenaire qui refuserait de s'engager définitivement avec l'autre ?...
Comme on le voit, il existe une étroite relation entre nos sentiments profonds et les engagements qu'ils nous amènent à prendre dans la vie... Même si, chez certains, il serait plus juste de parler d'appréhension plutôt que d'un manque de sincérité. Cette prudence peut se comprendre chez ceux qui, plus lucides que d'autres, mesurent mieux les ambiguïtés de l'âme humaine et les implications de certains défis. Et de fait, il faut la folie de la foi pour oser le baptême aussi bien que le mariage !... – Ou alors, il faut la légèreté de l'inconscience, la force d'une passion, la gangue d'une tradition. – "Car la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est puissance de Dieu." (1Cor. 1.18 cf. 1.23 et 3.18)
1° Un "concubinage" spirituel ?
Bien sûr, en tant que cérémonies formelles, le mariage comme le baptême ne sont pas, en eux-mêmes, des preuves d'amour ou de sincérité, mais "a contrario" le refus du mariage, comme celui du baptême, peuvent être un signe d'égocentrisme et un symptôme d'hypocrisie chez les personnes qui refusent de se lier par un engagement public et définitif. A tout le moins, ce refus manifeste une volonté évidente de se garder une "porte de sortie"; il est donc la marque de quelqu'un qui ne croit pas que cette union peut durer toujours... De la même façon que dans un couple, cette attitude conduit le croyant à vivre sa "liaison" avec Dieu comme une relation de "concubinage" spirituel, plutôt que comme une véritable relation "conjugale". Les deux se ressemblent, bien sûr... l'engagement public en moins !
Or, le refus de s'engager officiellement, et donc l'idée qu'à tout moment l'un des partenaires peut mettre fin à cette union, constitue déjà une porte ouverte à la séparation... Et le plus souvent : qui dit séparation, dit perspective d'autres relations ! Autrement dit, c'est déjà une incitation à cet "adultère" spirituel qui se trouve partout condamné dans la Bible, aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament.
2° Un "mariage d'intérêts" ?
La parabole du mariage étant bien attestée dans les Ecritures, il est tentant de la prolonger au travers de diverses hypothèses. Toutefois, c'est avec prudence que nous le ferons, nous fondant sur l'exemple de quelques mariages atypiques... à supposer qu'il existe des mariages "types" ! En effet, tous les mariages ne sont pas le fruit d'un amour passionné entre les partenaires. Certains ont été "arrangés" par les parents; d'autres reposent sur la rencontre d'intérêts réciproques : besoin d'argent, solitude insupportable, envie d'enfants, etc.
L'engagement de l'un envers l'autre n'en est pas moins solide pour autant; car il arrive qu'un véritable amour finisse par éclore entre les époux, venant justifier le sérieux de leur engagement initial. Evidemment, cette hypothèse apporterait une explication, à la fois raisonnable et spirituelle, aux deux exemples qui nous ont embarrassés dans le livre des Actes. Mais comme nous allons le voir, elle n'est pas sans danger.
3° Un mariage "blanc" ?
Nous voici donc amenés à suggérer qu'il existe des cas où certains croyants s'engagent – au travers du baptême – dans une véritable union avec le Seigneur. Même si cet engagement est seulement celui de la tête – celui de la raison – ou du c½ur – celui des émotions – cela n'exclut nullement une découverte ultérieure de la dimension spirituelle que pourra prendre cette union, quand le Saint-Esprit viendra habiter dans le baptisé.
En pratique comme en théorie, cette hypothèse est parfaitement concevable... Certains peuvent même s'y reconnaître ! En fait, pour un baptême contracté dans ces conditions, on peut sans doute admettre la validité de l'engagement qui a été pris. Mais alors, il faut bien garder à l'esprit que la "consommation" de ce "mariage" spirituel ne peut avoir lieu qu'avec la réception du Saint-Esprit par le croyant. Aussi, le baptisé qui ne prend pas vraiment conscience du caractère partiel de son union à Christ, risque d'avoir contracté avec lui une sorte de "mariage blanc". Or – si la virginité de la femme est prouvée – un tel mariage est susceptible d'être annulé à tout moment par les magistrats... Et c'est bien ce qui risque d'arriver à un "chrétien de nom" qui ne vit pas une relation "intime" avec le Seigneur !
4° Une distinction délicate
Mais toute comparaison a ses limites ! Dans un cas comme celui-ci, il n'est pas toujours facile de distinguer un "chrétien charnel" d'un "chrétien de nom"... bien que le premier ait reçu le Saint-Esprit au moment de sa conversion, et que le second ne l'ait jamais reçu, même au moment de son "adhésion" à l'Église par le baptême ! En pratique, dans leur vie quotidienne, l'un et l'autre ont souvent tendance à manifester le même comportement charnel... La seule différence réside dans leur intelligence des choses spirituelles.
La confusion, qui subsiste souvent entre les deux, peut encourager un "chrétien de nom" à se croire "né de nouveau", et même à copier le comportement ou le langage des autres croyants; si bien qu'il risque de ne plus se sentir concerné lorsqu'il entend prêcher la repentance et la conversion. Dès lors, il peut s'avérer nécessaire de lui poser franchement la même question que Paul aux disciples d'Ephèse : "As-tu reçu le Saint-Esprit quand tu as cru ?"
d. Un ordre clair du Seigneur
Enfin, il faut se souvenir que le baptême d'eau répond à l'ordre donné par Jésus à ses disciples, avant de quitter cette terre (Mat. 28.19). Aussi, et sans tomber dans le légalisme pour autant, il semble évident que le converti qui rejetterait délibérément l'ordre du Seigneur – en refusant de se soumettre au baptême – attristerait, par-là même, le Saint-Esprit qui est venu habiter dans son coeur le jour de sa conversion. "N'attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption." (Eph. 4.30, cf. Héb. 6.4-8; 10.26-29)
C'est une raison de plus – sinon la première – pour considérer l'engagement du croyant dans les eaux du baptême comme la suite logique de toute conversion authentique. N'est-il pas naturel que "ceux qui ont goûté au don céleste, qui sont devenus participants à l'Esprit Saint" (Héb. 6.4) manifestent ainsi leur désir de s'engager définitivement avec leur Seigneur ?
La relation existant entre le baptême de l'Esprit et le baptême d'eau semble évidente dans de nombreux passages du Nouveau Testament. S'il est vrai qu'aucun verset n'affirme explicitement que le baptême ou don de l'Esprit au croyant doive obligatoirement précéder son baptême d'eau, cette idée nous est pratiquement imposée par la logique de la foi... du moins, si l'on reconnaît que le baptême d'eau est le signe extérieur d'une réalité intérieure : le baptême de l'Esprit.
S'il arrive que le baptême de certaines personnes anticipe leur conversion, il peut sans doute être considéré comme valable, s'il est le fruit d'une réelle volonté de s'engager avec le Seigneur... Mais par "valable", on veut seulement dire qu'il ne sera pas forcément nécessaire de le renouveler, le jour où ces personnes recevront le Saint-Esprit ! Un tel baptême, en effet, ne peut être considéré comme un gage de salut, car celui-ci ne s'acquiert que par la nouvelle naissance, oeuvre du Saint-Esprit qui vient habiter dans le croyant en réponse à sa foi.
On peut donc affirmer que c'est la présence du Saint-Esprit dans le croyant qui le rattache effectivement à Jésus-Christ, tandis que le baptême d'eau marque son adhésion "officielle" à l'Église chrétienne.
LES DIVERSES MANIÈRES DE BAPTISER
La signification du baptême n'est pas la seule à varier d'une confession à l'autre. Les traditions, concernant la manière d'administrer le baptême d'eau, diffèrent tout autant, car elles ont été diversement transmises – ou maintenues – dans les multiples églises et dénominations chrétiennes. Ces divergences sont parfois très grandes : aussi bien pour la forme du baptême que pour la liturgie qui l'accompagne.
D'ailleurs, il n'est pas rare que ces divergences conduisent certains chrétiens à nier la validité du baptême, tel qu'il est pratiqué dans d'autres confessions. C'est le cas, notamment, de la plupart des protestants évangéliques qui "rebaptisent" par immersion ceux qui se convertissent à Jésus-Christ, après avoir été baptisés bébés... d'où le nom "d'anabaptistes" (ou "rebaptiseurs") qui fut donné aux premiers protestants "radicaux".
Note 38 Si la plupart des protestants de tendance baptiste rebaptisent ceux qui viennent des milieux pédobaptistes (qui baptisent les nourrissons) c'est parce qu'ils ne reconnaissent de validité qu'au baptême par immersion des adultes. Mais certaines dénominations ou sectes antitrinitaires rebaptisent par immersion, "au nom de Jésus" seulement, car ils ne reconnaissent pas la validité de tout baptême administré "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" : que ce soit par aspersion puis par immersion. Cela les amène à baptiser une troisième fois des personnes qui ont déjà été baptisées par aspersion étant enfant et par immersion étant adulte !
Il ne faut pas oublier que le mot "baptiser" vient du grec "baptizô" et signifie "immerger, plonger dans l'eau" : c'est ce qui explique que "Jean baptisait à Enon, parce qu'il y avait là beaucoup d'eau..." (Jean 3.23)
On sait que l'Église primitive baptisait de la sorte; et cette pratique s'est partiellement perpétuée jusqu'aujourd'hui en orient, et jusqu'au Moyen Age en occident, où beaucoup de baptistères étaient prévus en conséquence : c'est-à-dire suffisamment grands, comme l'attestent plusieurs édifices chrétiens des premiers siècles.
Note 39 Du troisième au septième siècle, les fonts baptismaux (le mot "fonts" vient de "fontaine") étaient souvent de petites piscines, parfois cruciformes mais le plus souvent octogonales entourées de huit colonnes pour tenir les rideaux. En effet, le chiffre "huit" correspondait au "huitième jour" : le jour de la résurrection de Jésus, symbole de la nouvelle création, de la vie éternelle qui était sensée commencer dans ces fonts baptismaux. (Pour mémoire, le septième jour était celui du sabbat, jour du repos de Dieu, et symbole du temps présent.)
En général, le baptême consistait en une triple immersion dans l'eau baptismale, accompagnant l'invocation de chacune des trois personnes de la Trinité.
Le mot "infusion" vient du latin "infundere" qui signifie "verser dans". Dès le deuxième siècle, cette pratique était admise pour le baptême, comme une exception, quand on manquait d'eau profonde. Dans ce cas, la "Didaché" (ch. 7, v.3) recommandait de verser de l'eau par trois fois sur la tête du baptisé, en le faisant "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".
Note 40 La "Didaché" (ou "enseignement" en grec) était un livre de doctrine fondé sur la tradition apostolique, et qui faisait autorité dans l'Eglise du deuxième siècle.
Cette manière de procéder s'est perpétuée pendant de nombreux siècles, comme l'atteste, aujourd'hui encore, l'iconographie, la statuaire et l'architecture des églises traditionnelles.
Le mot "aspersion" vient du latin "aspergere" qui signifie "arroser". Cet usage consiste à asperger quelques gouttes d'eau sur la tête du récipiendaire en prononçant la formule baptismale traditionnelle.
En ce qui concerne ce mode de baptême, la tradition de l'Église rejoint celle du baptême par infusion. Le baptême par aspersion a été adopté dans la plupart des églises pédobaptistes telles que les églises catholique, luthérienne, réformée, anglicane...
Il faut reconnaître que cette façon d'administrer le baptême est la plus commode des trois. Mais on peut lui reprocher de sacrifier le symbolisme du baptême, voire sa signification spirituelle, à des impératifs de facilité matérielle.
Comme on vient de le dire, la validité de ces trois façons d'administrer le baptême a été attestée très tôt dans la tradition de l'Église, bien que celle-ci ait longtemps gardé une préférence pour le baptême par immersion complète. Aujourd'hui encore, cette préférence devrait s'imposer à tous, du fait de la signification même du mot "baptême", et surtout, à cause du symbolisme de l'immersion proprement dite.
Quoi qu'il en soit, il paraît difficile d'invalider les autres formes du baptême, quand ce dernier a été conféré et reçu en conformité avec l'esprit de la Parole de Dieu; c'est-à-dire, quand le baptême est administré à un adulte ou à un adolescent converti : ce qui est rarement le cas, hélas ! Sans quoi, dans la Bible, rien ne s'oppose à ce qu'un chrétien renouvelle un baptême qui ne répondrait pas à certains critères de validité, notamment quand il n'y a pas eu d'engagement personnel de la part du baptisé.
LE BON MOMENT POUR BAPTISER
En ce qui concerne le baptême des nouveaux convertis, dans les milieux évangéliques, deux "écoles" s'affrontent. Certains sont partisans de baptiser les nouveaux croyants immédiatement après leur conversion : ce point de vue s'appuyant sur l'ordre de Jésus (Mat. 28.19) et sur les nombreux exemples tirés des "actes" des apôtres. Les autres préfèrent attendre que les nouveaux convertis aient été instruits des fondements de la foi, afin de s'engager dans les eaux du baptême en toute connaissance de cause. Pour cela, ils se réfèrent à la tradition et aux pratiques héritées de l'Église des premiers siècles.
La façon de traduire l'ordre de Jésus (donné en Matthieu 28.19) n'est pas sans incidence sur l'option retenue : "Faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit." (Second, Chouraqui...) ou bien : "Faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit." (TOB, Jérusalem, Osty, Crampon, Darby...).
Dans le premier cas, on se fait baptiser parce qu'on est devenu un disciple de Jésus : ici l'accent est mis sur le baptême en tant que signe de la conversion, et alors rien ne presse vraiment. Dans le deuxième cas, on se fait baptiser pour devenir son disciple : ici l'accent est mis sur la valeur salvatrice de l'engagement du baptême, et alors, on ne peut guère attendre.
Note 41 Il faut reconnaître que la formulation du texte grec encourage la deuxième lecture. Mais la doctrine évangélique ne s'en trouve pas embarrassée, car 1° de toute façon, la conversion ne va jamais sans le baptême, et 2° ce dernier est aussi bien un engagement personnel, que le signe d'une conversion authentique.
Il faut bien le dire, cette question revêt un caractère secondaire, puisque dans la "mouvance" évangélique, l'accent se porte plutôt sur la nécessité de la conversion. Aussi, pour peu que le baptême fasse suite à la conversion, la question du délai à fixer entre les deux n'est pas vraiment l'objet de discussions opiniâtres... Tant mieux !
Nous éviterons donc de prendre position dans une affaire qui ne mérite pas que l'on se dispute : la question appelle, tout au plus, quelques remarques d'ordre pratique. Par contre, nous refusons d'emboîter le pas aux églises – notamment à l'église catholique – qui prennent prétexte de ce verset pour affirmer que c'est le baptême qui "fait" le chrétien. C'est l'occasion de revenir à plusieurs textes qui pourraient jeter le trouble dans l'esprit de quelques croyants.
1. Un baptême trop précoce ?
Tout d'abord – et bien que cette perspective puisse choquer croyants – il faut savoir que tous les récits de la Bible n'ont pas nécessairement une valeur normative; autrement dit, le fait que la Bible décrive une pratique quelconque ne signifie pas forcément que cette pratique doive être prise en exemple ou transposée telle quelle à notre époque.
Note 42 Que penser du tirage au sort de Matthias comme douzième apôtre ? (Actes 1.15-26)... Que dire de la tromperie de Jacob pour extorquer le droit d'aînesse à son frère Esaü ? (Gen. 27)... Sans parler de la parabole de "l'intendant infidèle" ! (Luc 16.1-9)... Et l'on pourrait ainsi multiplier les "mauvais exemples" que la Bible ne condamne pas toujours explicitement, mais que l'on ne peut guère envisager de donner en modèles à l'Eglise de Jésus-Christ... Le baptême "pour les morts" (1Cor. 15.29) dont on parlera plus loin, constitue sans doute un autre "contre-exemple".
a. A l'époque des apôtres
Maintenant, si l'on admet – avec toutes les églises évangéliques – que le baptême doit faire suite à la conversion, on ne peut s'empêcher de penser que celui de Simon le magicien, par exemple, était quelque peu prématuré ! (Actes 8.5-25)...
Aussi, rien ne nous oblige à manifester la même précipitation que Philippe, pour baptiser les nouveaux convertis. Dans le même ordre d'idée, on est tenté d'associer à ce "contre-exemple" l'expérience de tous ceux qui, dans les Actes, ont été baptisés avant d'avoir reçu le Saint-Esprit... et donc – dans l'optique évangélique – avant que l'on puisse vraiment parler de nouvelle naissance ou de conversion.
En fait, on a déjà étudié ces deux récits pour reconnaître qu'il est difficile d'en retirer un autre enseignement que le lien étroit existant entre le baptême d'eau et celui de l'Esprit.
Note 43 Pour ces deux exemples, voir le chapitre V, § 3a. Pour rappel, le premier cas est celui des Samaritains – dont Simon le magicien faisait partie – baptisés par le diacre Philippe, et à qui Pierre et Jean sont venus imposer les mains pour qu'ils reçoivent le Saint-Esprit; le second cas concerne les disciples de Jean-Baptiste, à Ephèse, que Paul a invités à se refaire baptiser au nom de Jésus, avant de leur imposer les mains pour qu'ils reçoivent l'Esprit Saint.
Pour le reste, il a fallu appréhender l'enseignement global du Nouveau Testament, pour se faire une idée plus précise du rapport unissant les deux baptêmes. Par contre, la question soulevée dans ce paragraphe-ci est celle du caractère exemplaire ou normatif de ces différents récits : sont-ils, oui ou non, des modèles à suivre ?
Encore une fois, si l'on s'en tient à l'enseignement des épîtres de Paul – qui fonde l'essentiel de la doctrine évangélique – il semble bien que ces personnes aient été baptisées avant d'être vraiment au Seigneur puisque, selon l'apôtre, c'est la venue du Saint-Esprit dans le coeur d'un croyant qui définit un chrétien et l'intègre à l'Église de Jésus-Christ. "Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas." (Rom. 8.9) – "Car nous avons tous été baptisés dans un même Esprit pour former un seul corps." (1Cor. 12.13)
Or, dans cette perspective, toutes ces personnes ont été baptisées avant d'appartenir au Seigneur : donc, trop tôt !
Mais cette hypothèse n'est-elle pas trop hardie ? N'est-ce pas soupçonner les chrétiens de l'Église primitive de faire preuve d'une certaine légèreté, dans leur hâte de baptiser les nouveaux adeptes de la foi ?... En fait, cette éventualité s'avère moins sacrilège qu'il n'y paraît au premier abord. Elle est même assez plausible, car il est arrivé que les apôtres aussi commettent des erreurs.
C'est ainsi que Pierre, bien que "leader" des douze apôtres, s'est vu sévèrement reprendre par Paul – l'apôtre des gentils – au sujet de sa conduite dans l'église d'Antioche. "Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était condamnable." (Gal. 2.11... lire 11 à 21) En effet, il évitait de manger à la table des chrétiens d'origine païenne malgré la vision que le Seigneur lui avait donnée à ce sujet. "Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé." (Act. 10.15)
Par ailleurs, Pierre reconnaît que les développements théologiques de Paul ne sont pas toujours faciles à suivre ou à comprendre. "... comme notre bien-aimé frère Paul vous l'a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée... dans toutes les lettres où il parle de ces sujets, et où se trouvent des passages difficiles à comprendre..." (2Pi. 3.16)
Il est donc vraisemblable que ces enseignements n'aient pas été compris de tous; et donc, que tous n'en aient pas toujours tiré les implications pratiques qui s'imposaient... y compris pour le baptême !
D'autre part, comme on l'a déjà suggéré, il est probable qu'au début de l'existence de l'Église, les apôtres eux-mêmes aient administré le "baptême pour la rémission des péchés", dans le prolongement du "baptême de repentance" pratiqué par Jean-Baptiste... Il ne faut pas oublier que du vivant de Jésus, les disciples avaient administré un baptême comparable à celui de Jean. (Cf. chapitre II, § 2c)
Certes, nous avons montré que le baptême chrétien est beaucoup plus que cela. Mais la théologie biblique que nous avons développée est l'aboutissement d'une révélation et d'une réflexion apostolique qui ne se sont pas faites en un jour ! Dès lors, rien ne nous oblige à faire de la primitive église un modèle infaillible en matière de pratiques ecclésiales : mieux vaut s'appuyer sur l'enseignement des apôtres en leur maturité.
Reconnaissons-le, ce raisonnement s'applique facilement aux Samaritains baptisés par Philippe, mais il est plus difficile de l'étendre aux disciples d'Ephèse baptisés par Paul lui-même : une vingtaine d'années après sa conversion, la théologie de ce dernier, ne présentait certainement plus de lacunes aussi béantes. Dès lors, il faut admettre que, concernant le baptême, Paul ne tirait pas des conclusions aussi radicales que les nôtres de son propre enseignement. Pour lui, le baptême d'eau pouvait aussi bien entériner qu'anticiper le baptême du Saint-Esprit : ce qui "apporterait de l'eau au moulin" des hypothèses que nous avons déjà formulées à plusieurs reprises et qui ont été résumées au chapitre VI : § 2e.
Ce ne serait pas le seul exemple d'absence de sectarisme, chez l'apôtre Paul ! Car, si cet ancien pharisien fut un grand théologien, il a toujours su éviter les pièges du dogmatisme et respecter certaines priorités, là où les doctrines chrétiennes viennent à se télescoper. L'exemple le plus probant concerne la circoncision.
On sait que l'apôtre Paul a toujours condamné, avec la dernière énergie, la volonté d'intégrer les païens au peuple de Dieu au moyen de la circoncision. Ce débat fut même à l'origine de la fameuse "Conférence de Jérusalem" (Act. 15.1-35) – "Quelqu'un a-t-il été appelé étant circoncis, qu'il demeure circoncis; quelqu'un a-t-il été appelé étant incirconcis, qu'il ne se fasse pas circoncire. La circoncision n'est rien, et l'incirconcision n'est rien..." (1Cor. 7.18-19)
Toutefois, cela ne l'a pas empêché de faire circoncire Timothée, avant de l'associer à son travail missionnaire. "Paul voulut emmener Timothée avec lui; il le prit donc, et le circoncit, à cause des Juifs qui étaient là..." (Act. 16.3)
Quand on connaît la rigueur théologique de Paul et son intransigeance envers toute forme de compromission, on pourrait s'en étonner... si l'on ignorait la priorité qu'il accorde à la nécessité de "se faire tout à tous, afin d'en sauver de toute manière quelques-uns" (1Cor. 9.22).
Quant aux chrétiens, Paul recommande à "celui qui a la connaissance", de ne pas "faire périr le frère pour lequel Christ est mort" et "qui n'a pas cette connaissance", ou "qui est retenu par l'habitude". (1Cor. 8.7 et 11) Car pour l'apôtre, comme pour son Maître, "toute la loi est accomplie dans une seule parole, celle-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même". (Gal. 5.14 cf. Mat. 19.19)
Dans le cas qui nous occupe, il n'est guère probable qu'il s'agisse d'une inconséquence de Paul. Comme on vient de le dire, il est beaucoup plus plausible de voir dans le baptême, administré aux disciples d'Ephèse, une annonce de l'Esprit qu'ils allaient recevoir juste après, par l'imposition des mains de l'apôtre... Après tout, c'est aussi au sortir de l'eau que l'Esprit Saint descendit sur Jésus !
Note 44 Evidemment, du point de vue théologique, cette suggestion est un coup de pied dans la fourmilière évangélique ! Mais faut-il vraiment se montrer plus "évangélique" que Paul pour trouver grâce aux yeux du Seigneur? Nos doctrines ne deviendront-elles pas des dogmes, le jour où nous prétendrons y enfermer l'Esprit Saint ?
Avec moult précautions oratoires pour dire et redire que ce n'est pas le baptême qui confère l'Esprit Saint au croyant, oserait-on suggérer que la foi ayant parfois besoin de "béquilles" pour croire, le baptême pourrait constituer le soutien nécessaire à certaines personnes, pour recevoir le don du Saint-Esprit ? Cette hypothèse serait alors "l'exception qui confirme la règle" !
Note 45 A propos des "béquilles" de la foi, on peut songer à la salive ou à la boue que Jésus appliqua sur les yeux de certains aveugles. (Marc 8.22-26; Jean 9.1-7) Ou, plus généralement, cela pourrait aussi être le cas de l'onction d'huile et de l'imposition des mains aux malades. (Jacq. 5.14; Marc 16.18) Or, la foi nécessaire à la réception du Saint-Esprit n'est pas évidente chez tous les croyants : "Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent." (Luc 11.13)
b. À notre époque
Par ailleurs – et en dehors de tout modèle biblique – on rencontre de plus en plus de personnes ayant été baptisées d'eau, sans jamais être passées par une véritable repentance... et il est bien question ici du baptême par immersion, dans nos milieux évangéliques !
De nos jours, en effet, lors de la proclamation de l'Evangile, les "cartes de décision" remplacent souvent le "banc des pénitents". D'un certain côté, on peut se réjouir d'une forme d'appel à la conversion mieux adaptée à la mentalité de notre époque; mais d'un autre côté, on peut regretter toute forme de complaisance visant à sauvegarder l'amour propre, sinon l'orgueil d'un monde où l'on refuse toute espèce de "brisement".
Note 46 ... Parfois avec raison !... Car la mort à soi-même, librement consentie, pour ouvrir notre "espace intérieur" à l'habitation du Saint-Esprit, n'a rien à voir avec le viol de la personnalité pratiqué au sein de certaines sectes. Or, il faut reconnaître que certaines "méthodes" dites "d'évangélisation" flirtent dangereusement avec les techniques de manipulation des masses, jetant ainsi le discrédit sur la proclamation de l'Evangile. Et franchement: peut-on reprocher aux "enfants de ce siècle d'être plus prudents à l'égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière" ? (Luc 16.8)
Si bien que plus tard, lorsque ces personnes demandent le baptême – ou y sont invitées – beaucoup ne sont pas encore passées par une véritable repentance, mais se sont contentées d'adhérer à la communauté – ou au prédicateur – qui leur a présenté l'Evangile.
Note 47 Un exemple de ce "transfert" de foi – accordée au prédicateur plutôt qu'à Jésus-Christ – nous est offert par le ministère de Philippe en Samarie : "Les foules, d'un commun accord, s'attachaient à ce que disait Philippe, en apprenant et en voyant les miracles qu'il faisait." (Actes 8.6) Cet attachement aux paroles du prédicateur, plutôt qu'au contenu du message, pourrait expliquer que "le Saint-Esprit n'était pas encore descendu sur aucun d'eux", bien qu'ils aient été "baptisés au nom du Seigneur Jésus". (8.16)
Or, il ne faut pas se leurrer : même si elle est sincère et enthousiaste, cette "adhésion" n'est pas forcément spirituelle. Elle peut être le fait d'un simple ralliement intellectuel aux idées d'une communauté, être le fruit d'un élan émotionnel engendré par une présentation sentimentale de la croix du Calvaire, ou encore, être la conséquence d'une expérience miraculeuse... vraie ou fausse !
Une telle "décision" n'est pas à dédaigner pour autant : elle répond souvent à une véritable volonté d'engagement, et constitue donc un premier pas dans la bonne direction... mais ce n'est pas encore une conversion ! Cette dernière, en effet, implique une profonde conviction de péché et une réelle repentance, conduisant à un véritable changement de vie. Sans quoi, il devient aléatoire d'encore parler de "nouvelle naissance" ou de "conversion" – au sens fort du terme – et il est tout aussi hasardeux de miser sur le baptême du Saint-Esprit de personnes qui n'en portent pas les premiers fruits.
Pourtant, dans l'usage de nos communautés évangéliques, il devient fréquent de baptiser les gens sur la base d'une simple "décision", plutôt qu'après s'être assuré de leur véritable conversion. Comme on l'a déjà dit, cette pratique est particulièrement pernicieuse, car elle donne aux baptisés la fallacieuse impression qu'ils sont déjà baptisés du Saint-Esprit... Si bien que lorsqu'ils en entendent prêcher la nécessité, ils ne se sentent absolument plus concernés !
Note 48 Ce problème est moins fréquent dans le mouvement de Pentecôte – et dans la mouvance charismatique – où le "baptême du Saint-Esprit" est présenté comme une seconde expérience, à rechercher et à renouveler... Ce qui, en pratique, maintient les chrétiens "sous pression" : d'où, un engagement souvent plus grand et plus durable. On a déjà expliqué pourquoi cette doctrine du baptême de l'Esprit ne nous paraît pas soutenable. Toutefois, dans nos milieux traditionnels, il serait sans doute utile d'en tirer la leçon, pour renforcer notre proclamation du besoin – sinon de l'ordre – d'être remplis du Saint-Esprit !... "Soyez remplis de l'Esprit !" – "Soyez remplis jusqu'à toute la plénitude de Dieu !" (Eph. 5.18; 3.19)
Dès lors, il s'avère urgent de revaloriser le baptême d'eau, pour en faire ce qu'il devrait vraiment être dans l'esprit des croyants : la manifestation publique d'une expérience intime et personnelle, le baptême de l'Esprit.
Concernant l'apparente précipitation dont font preuve certains responsables – revendiquant l'exemple apostolique – pour "pousser" les nouveaux convertis dans les eaux du baptême, une deuxième piste de réflexions reste à explorer : c'est celle de la catéchèse, c'est-à-dire l'instruction religieuse des nouveaux convertis.
Note 49 Le mot "catéchèse" vient du grec "catèkhèsis" qui signifie "enseignement oral". – "Que celui à qui l'on enseigne la Parole (c'est-à-dire le catéchumène) fasse participer à tous ses biens celui qui l'enseigne" (c'est-à-dire le catéchiste). Gal. 6.6 – Dans l'Eglise des premiers siècles, ce terme fut très vite réservé à l'enseignement des fondements de la foi chrétienne qui était donné aux nouveaux convertis, afin de les préparer au baptême... De cette pratique – non exempte de sagesse – vient la tradition des baptêmes plutôt tardifs.
Cette fois, la question est de savoir si, avant de leur accorder le baptême, il n'y a pas lieu de donner une certaine instruction aux personnes qui se convertissent, afin qu'elles soient plus conscientes du sens et de la valeur de l'engagement qu'elles vont prendre. Or, il semble bien que cette pratique soit complètement absente des Actes des Apôtres : ce qui, à notre époque, est assez troublant !
A ce propos, il convient de remarquer que, dans les Actes des apôtres, les convertis au Christianisme étaient souvent des juifs ou des prosélytes c'est-à-dire des personnes qui connaissaient bien la Parole de Dieu et qui attendaient la venue du Messie. Dans la perspective de cette attente, il ne leur manquait plus que la "clef" pour devenir chrétiens, à savoir : la révélation de Jésus comme le Messie attendu, comme le Fils de Dieu, comme le Sauveur du monde... en un mot, la révélation de l'Evangile ! Mais cela étant acquis, rien ne les empêchait plus de comprendre le sens et la portée du baptême : celui-ci pouvait donc avoir lieu immédiatement après leur conversion.
Note 50 La conversion de l'eunuque éthiopien est particulièrement exemplaire de ce processus (Act. 8.26-40) : il croit en Dieu, il est pieux; il lit la Bible, mais ne comprend pas que le chapitre 53 d'Esaïe parle de Jésus. Toutefois, dès que Philippe lui eut "annoncé la bonne nouvelle (ou l'Evangile) de Jésus", il demande : "Voici de l'eau; qu'est-ce qui m'empêche d'être baptisé ? [Philippe lui dit : Si tu crois de tout ton c½ur, cela est possible. L'eunuque répondit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu."?] Et aussitôt, "tous deux descendirent dans l'eau, Philippe ainsi que l'eunuque, et il le baptisa."
A notre époque, cette situation ne se retrouve plus guère que chez les enfants de chrétiens, ou chez les croyants traditionalistes : les uns comme les autres ont été instruits dans la religion chrétienne, mais ils ne sont jamais passés par l'expérience d'une réelle conversion à Jésus-Christ. Pour eux, il ne semble pas nécessaire de postposer inutilement le baptême : après leur conversion, une simple mise au point devrait suffire à les préparer au baptême.
Par contre, en cette période de déchristianisation, la plupart des nouveaux convertis sont souvent des athées ou des agnostiques qui n'ont jamais ouvert une Bible, et ne connaissent pratiquement rien de la foi chrétienne... Exactement comme les chrétiens issus du paganisme au cours des premiers siècles de notre ère. Dès lors, on retrouve le problème rencontré par les Pères de l'Église : avant de les baptiser, la nécessité s'impose de "catéchiser" les nouveaux convertis, en leur apportant un enseignement sommaire mais systématique de la foi chrétienne... Cela pour leur permettre de comprendre le sens et la portée de l'engagement qu'ils vont prendre en passant dans les eaux du baptême.
Finalement, les deux points de vue défendus plus haut ne s'excluent pas, mais ils se complètent : il convient de choisir l'une ou l'autre option en fonction des personnes qui se convertissent. Chez certains, rien ne s'oppose à un baptême qui "embraye" directement sur leur conversion; tandis que pour les autres, il est préférable d'attendre un peu : le temps d'une instruction suffisante pour comprendre la portée de l'engagement qu'ils vont prendre. Mais en fin de compte, tout cela relève du bon sens le plus élémentaire !
Par contre, il semble malsain de mettre un croyant à l'épreuve, pendant un certain temps – voire un temps certain – avant d'accepter de le baptiser. C'est l'habitude adoptée par quelques communautés; mais rien, dans la Bible, n'autorise une pratique qui transforme le baptême en certificat de fidélité, ou pire, en diplôme de "spiritualité" ! Et pour cause : le principal effet de cette mauvaise habitude, est de laisser croire aux baptisés que leur sanctification est achevée... alors qu'elle doit être le but poursuivi tout au long de la vie chrétienne !
Enfin, et bien que les Actes ne nous en offrent pas un exemple systématique, rappelons une fois encore qu'il semble préférable de réserver le baptême aux croyants qui peuvent témoigner d'une réelle conversion, plutôt que de l'accorder à tous ceux qui se contentent d'une simple décision. Cela pour ne pas donner à une adhésion intellectuelle – ou à un élan émotionnel – la même valeur qu'à la repentance... au risque de faire croire à certains qu'ils sont "nés de nouveau", alors qu'ils ne le sont pas ! Comme on l'a vu, rien ne nous y contraint formellement. Mais il est notoire que dans les deux exceptions que nous avons étudiées dans les Actes, le baptême de l'Esprit a immédiatement suivi le baptême d'eau. Aussi, qu'il l'annonce ou le confirme, le baptême d'eau est toujours et partout associé au baptême de l'Esprit Saint.
Quels que soient les cas envisagés – ou nos options particulières – notre préoccupation devrait donc s'attacher à ne jamais dissocier le baptême d'eau du baptême du Saint-Esprit... Or, pour minimale qu'elle puisse paraître, cette exigence n'est pas toujours respectée dans nos milieux évangéliques !
LA FORMULE BAPTISMALE
Quelques croyants pourraient se laisser troubler par les affirmations de certaines dénominations antitrinitaires et qui, dès lors, récusent la validité de tout baptême réalisé "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" : aussi bien les baptêmes d'adultes, que les baptêmes d'enfants; aussi bien les baptêmes par immersion que les baptêmes par aspersion ! Si bien que les responsables de ces dénominations baptisent, rebaptisent, et même re-rebaptisent "au nom de Jésus" seulement.
1. "Au nom du Seigneur Jésus"
Les antitrinitaires vont chercher leur argumentation dans les exemples que le Nouveau Testament nous offre, de baptêmes administrés "au nom du Seigneur Jésus" ou "en invoquant son nom"... ce que personne ne conteste, bien sûr ! (Voir Actes 2.38; 8.16; 10.48; 19.5 cf. 22.16...)
Mais pour leur part, toutes les églises chrétiennes trinitaires estiment appliquer fidèlement ce baptême, quand elles respectent l'ordre du Seigneur Jésus – précisément – qui a prescrit de le faire "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit." (Mat. 28.19)... Encore qu'il ne soit pas certain que, dans leur ensemble, les églises trinitaires contesteraient la validité d'un baptême pratiqué "au nom du Seigneur Jésus" !
Quand on remet chaque texte dans son contexte, les passages contenant les expressions "au nom du Seigneur Jésus" et "en invoquant son nom" définissent l'appellation du baptême chrétien ou se réfèrent à l'autorité qui l'a ordonné – le Seigneur Jésus – sans doute pour le distinguer du baptême de Jean... Tandis que les directives données par Jésus à ses apôtres – "Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" – concernaient la formule à employer lors du baptême... Mais tous ne l'entendent pas de cette oreille !
En dehors d'une argumentation souvent "tirée par les cheveux", ce qui dérange dans la position de certains anti-trinitaires, c'est la croyance quasi superstitieuse qu'ils placent dans la formule baptismale : "au nom du Seigneur Jésus".
Note 51 Un autre argument des antitrinitaires – en particulier des disciples de William Branham – est que le nom du Père, comme celui du Fils, comme celui du Saint-Esprit est le même : c'est "Jésus" puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu, et que celui-ci s'est incarné en Jésus. C'est donc le sens qu'il faut donner aux paroles de Jésus : le Père, le Fils et le Saint-Esprit n'ayant qu'un seul nom, c'est dans ce nom seul – Jésus – qu'il faut baptiser les nouveaux convertis ou rebaptiser ceux qui ont subi un baptême trinitaire "hérétique"... Ce littéralisme puéril décourage toute controverse !
En fait, pour tous les autres chrétiens, cette expression signifie que celui qui baptise jouit d'un mandat du Seigneur, de telle sorte que le baptême prend la même valeur que si c'était Jésus lui-même qui l'avait administré.
Note 52 Quand un officier de police s'écrie : "Au nom du roi, ouvrez !" cet ordre a autant de poids que si c'était le roi lui-même qui le donnait... Parler du "baptême au nom du Seigneur Jésus", c'est donc se référer à l'autorité de celui qui l'a ordonné; tandis que parler du "baptême du Saint-Esprit" ou "dans l'Esprit Saint" (Actes 1.5) c'est se référer à la nature du Baptême : ce qui est très différent !
Dans la Bible – et surtout dans l'Ancien Testament – "le Nom" représente Dieu lui-même; et invoquer ce Nom, c'est faire appel à la puissance même de celui qui le porte. C'est ainsi que, par crainte de prononcer en vain le nom de "Yahwéh", les juifs le remplaçaient habituellement par "Mon Seigneur" ou encore par "Le Nom", "Le Très Haut", "Le Tout Puissant" ou par d'autres euphémismes lorsqu'ils voulaient invoquer Dieu...
Note 53 A l'origine, le texte hébreu de l'Ancien Testament était écrit avec des consonnes seulement : c'est le texte consonantique ou texte inspiré. Au Moyen Age des savants juifs, les Massorètes, y ont ajouté des voyelles pour en faciliter la lecture : c'est le texte massorétique ou texte reçu. Lors de la lecture publique de la Bible, les rabbins respectent ce qu'ils appellent le qéré et le kétib : ce qui est écrit et ce qu'il faut lire... Ainsi, pour ne pas courir le risque de transgresser le troisième commandement : "Tu ne prendras pas le nom de l'Eternel (YHWH) ton Dieu en vain, car l'Eternel (YHWH) ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain." (Ex. 20.7) ils ne prononcent jamais le tétragramme sacré (YHWH les quatre lettres représentant le nom de Dieu). C'est pourquoi, quand ils lisent la Bible à haute voix, ils remplacent toujours le nom de Dieu, Yahwéh (l'Eternel) par 'Edonaïe (mon Seigneur). Pour ne pas oublier ce changement, les Massorètes ont associé les consonnes de Yahwéh avec les voyelles de 'Edonaïe : ce qui a donné Yéhowah ou Jéhovah... Mais en lui-même, le mot Jéhovah ne veut absolument rien dire, bien sûr !...
Les disciples de Jésus ont perpétué la tradition d'invoquer le nom du Seigneur, encouragés par la recommandation même de Jésus de "tout demander en son nom".
Note 54 "Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé." (Rom. 10.13) est un verset qui fait le lien entre le Dieu de l'Ancienne Alliance et le Seigneur de la Nouvelle Alliance. (cf. Joël 2.23 et Act. 2.21) "Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai..." (Jean 14.13, cf. 16.24,26) C'est ce que les apôtres n'ont pas manqué de faire : "Au nom de Jésus-Christ de Nazareth : lève-toi et marche !" (Actes 3.6) A propos de l'invocation du nom du Seigneur, voir aussi Actes 9.14,21; 19.13; 22.16; 1Cor. 1.2... Aujourd'hui encore, le nom du Seigneur est régulièrement invoqué dans les prières; certains croyants terminent même systématiquement leurs prières par "Au nom du Seigneur Jésus, Amen ! " : ce qui n'est pas répréhensible, bien au contraire ! Sauf quand c'est dit de façon quasi superstitieuse, comme une formule magique, sans laquelle aucune prière ne pourrait être exaucée.
Dans l'Ancienne Alliance, l'invocation du Seigneur était équivalente à l'invocation de Dieu lui-même. De même, dans la Nouvelle Alliance, l'invocation du Seigneur est demeurée équivalente à l'invocation de Jésus lui-même : "Car il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés." (Actes 4.11) Mais si cette invocation du nom de Jésus a le pouvoir de sauver les hommes, ce n'est pas en tant que formule baptismale, mais en tant qu'expression de la foi que l'on place en Christ : "Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés." (Actes 10.43). Encore une fois : c'est la foi qui sauve, pas le baptême... ni la formule baptismale !
Finalement, un baptême administré "au nom du Seigneur Jésus" ne nous paraît pas "hérétique" en lui-même... En fait, le problème qu'il pose est double.
1° Quant à la forme, il réside dans l'importance superstitieuse que l'on attribue à la formule baptismale, aux dépens de la foi qui devrait être réservée à Jésus seulement.
Note 55 Le moindre des paradoxes n'est pas de voir ceux qui baptisent leurs disciples "au nom de Jésus seul" détourner leur foi de la personne de Jésus, au profit d'une formule baptismale incluant son nom.
2° Quant au fond, il concerne les positions antitrinitaires de ceux qui pratiquent ce baptême en réaction contre la doctrine de la Trinité... Encore qu'il faille bien s'entendre sur la portée de cette dernière expression !
Note 56 Un autre paradoxe des antitrinitaires, c'est qu'en voulant glorifier la personne de Jésus, il le défigure bien davantage que ne le font les trinitaires qu'ils prétendent combattre. En effet, quand ces derniers présentent l'homme Jésus comme l'incarnation du Fils de Dieu, ils ne font qu'exprimer ce qu'enseigne tout le Nouveau Testament. Par contre, si Jésus est l'incarnation des trois personnes à la fois, comment expliquer – par exemple – leurs manifestations, bien distinctes l'une de l'autre, lors du baptême du Seigneur ?
Une dernière nuance, à faire remarquer, est peut-être celle du bon sens, tout simplement. En effet, il est évident que les expressions "au nom du Seigneur" et "en invoquant son nom" engagent surtout ceux qui ont reçu l'ordre de baptiser : ce sont eux qui sont chargés de représenter le Seigneur auprès de ceux qui reçoivent le baptême. Tandis que la formule "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" proclame la plénitude du salut offert à ceux qui se font baptiser... C'est ce que nous allons montrer maintenant.
2. "Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit"
En fait, l'expression "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" implique qu'au-delà de celui qui baptise, une relation personnelle s'est établie entre Dieu et le baptisé. Dieu est donc perçu dans sa plénitude, comme Celui qui s'est manifesté dans l'½uvre complémentaire du Père, du Fils et du Saint-Esprit : les trois ayant participé au salut de celui qui prend le baptême. (Cf. chapitre IV, § 1)
Mais on vient de le dire, il faut reconnaître que dans la théologie traditionnelle, le concept de la Trinité – qui est implicite dans la formulation trinitaire du baptême – manque souvent de lisibilité pour le commun des mortels.
Note 57 "Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant... Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père... engendré, non créé, consubstantiel au Père... Et en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui vivifie, qui procède du Père – et du Fils – qui ensemble avec le Père et le Fils est adoré et glorifié..." (Extraits du symbole de Nicée-Constantinople, en 381) Comme on le voit, ce n'est pas simple ! Les subtilités théologiques liées à "l'engendrement" du Fils et à la "procession" du Saint-Esprit ne sont pas à la portée du premier catéchumène venu... Une divergence sur ce dernier point a même provoqué la séparation de l'église d'orient d'avec celle d'occident !
Combien de croyants sont à même d'exposer clairement leur conception de la Trinité ou même d'expliquer la profession de foi à laquelle ils ont adhéré ?... Et qu'ils ont peut-être signée, comme on paraphe un contrat d'assurance... Pour la plupart, il suffit de dire que ce mot ne se trouve pas dans la Bible – ce qui est exact – et les voilà complètement désarçonnés ! Evidemment, ce qui compte, ce n'est pas le nom que l'on donne à un mystère clairement révélé dans le Nouveau Testament (2Cor. 13.13)... L'important, c'est d'y croire !
En général, nos professions de foi modernes parlent d'un seul Dieu révélé en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit... C'est plus simple, c'est biblique, mais pas forcément facile à imaginer !...
Note 58 Tout le monde connaît l'image des trois parties de l'½uf – le jaune, le blanc et la coquille – ou encore des trois flammes d'allumettes réunies en une seule... Mais les trois parties de l'½uf sont de natures différentes, et les trois flammes réunies en forment une plus grande : ce qui ne rend pas compte de l'unité divine.
Pour leur part, les antitrinitaires "modérés" parlent d'un seul Dieu qui se manifeste sous trois formes différentes... C'est encore plus simple, c'est plus facile à imaginer, mais c'est moins biblique !
Note 59 Pour la plupart des antitrinitaires – comme les Témoins de Jéhovah – le Père seul est Dieu; le Fils n'est qu'une créature divine, et le Saint-Esprit une puissance divine : les relations entre les trois ne posent donc pas de problème. Par "antitrinitaires modérés", on veut désigner les croyants – tels les disciples de Branham – qui ne nient pas la divinité du Fils et de l'Esprit. Ici, on prend volontiers l'exemple d'un morceau de glace posé sur une plaque chauffante : en quelques instants, on obtient de la glace, de l'eau et de la vapeur. Toutes trois ont la même formule chimique – H2O – mais possèdent des apparences différentes – solide, liquide et gaz. – L'image elle-même dénonce bien l'absence de relations caractérisant tous les êtres personnels !
Restons donc assez lucides et honnêtes pour reconnaître que dans les faits, beaucoup de croyants trinitaires sont vraiment tombés dans une certaine forme de polythéisme (= la croyance en plusieurs dieux) ce qui, à juste titre, choque les antitrinitaires : qu'ils soient juifs, musulmans ou chrétiens !
Ceux-ci répondent alors à cette caricature de Dieu en tombant dans d'autres travers, dont les deux plus fréquents sont de nier la divinité de Jésus, et de dépersonnaliser le Saint-Esprit. Dès lors, Jésus n'est plus l'incarnation de Dieu, mais celle d'un petit dieu – avec un petit "d" – ou la manifestation d'un grand prophète. Et pour sa part, le Saint-Esprit n'est plus "quelqu'un" – Dieu lui-même – mais "quelque chose" : une sorte de puissance, d'énergie spirituelle.
Aussi, que l'on soit trinitaire ou antitrinitaire, pourquoi ne pas admettre une fois pour toutes, que quoi que l'on dise et quoi que l'on fasse, un mystère subsiste qui, par définition, échappera toujours à toute explication rationnelle et à toute représentation mentale...
Note 60 On peut aussi prendre l'exemple d'un homme – Monsieur Dupont – qui serait à la fois père de famille, employé de banque et diacre de son église. Quand il est père de famille, Monsieur Dupont n'est pas employé ou diacre; quand il est diacre, il n'est pas père de famille ou employé; et quand il est employé, il n'est pas diacre ou père de famille... Pourtant, quand il est diacre, ce n'est pas une partie de lui qui est diacre, mais l'entièreté de Monsieur Dupont... et ainsi de suite. Comme on le voit, chacun des trois est Monsieur Dupont tout entier; et pourtant, Monsieur Dupont est les trois à la fois, et chacun en particulier !... Cette image semble donner une assez bonne idée de l'unicité de Dieu. Hélas, elle ne rend pas vraiment compte des relations interpersonnelles entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Toutefois, cette représentation paraît la moins dangereuse pour sauvegarder une foi strictement monothéiste !
1. Qu'en est-il des croyants qui n'ont pas pris le baptême ?
On découvre parfois des chrétiens qui n'ont jamais été baptisés ou qui ne se sont jamais posé la question de la validité du baptême qu'on leur a administré quand ils étaient nourrissons.
Il n'est pas question de les culpabiliser ou de chercher à les inquiéter !... Mais on peut toutefois s'interroger sur les raisons de cette indifférence; ou du moins, les amener à le faire dans un souci de clarté et de progrès spirituel.
a. Est-ce dû à l'ignorance ou à l'absence d'occasion ?
Si un chrétien passe par une véritable conversion, mais ne s'engage pas dans les eaux du baptême parce que personne ne lui en a montré la nécessité – ou parce qu'il n'en a pas encore eu l'occasion – il est sans doute bien excusable. Il est vrai que certains pasteurs, certaines communautés ou certaines dénominations insistent moins que d'autres sur l'utilité du baptême d'eau. Il arrive aussi que certaines jeunes communautés ne disposent pas des moyens matériels nécessaires – baptistère ou piscine – pour répondre aux demandes de baptêmes qui leur sont adressées.
S'il leur advenait – malheureusement – de mourir avant d'avoir pris le baptême, les chrétiens qui se trouvent en pareille situation n'ont rien à craindre pour leur salut. Nous avons déjà signalé que les affirmations de Jésus (en Marc 16.16) ne sont pas symétriques quant à la place du baptême dans l'économie du salut : c'est la foi qui sauve, pas le baptême !
Par ailleurs, plusieurs personnes malades ou handicapées se trouvent dans l'impossibilité physique de prendre le baptême par immersion, et en éprouvent une tristesse bien légitime. Dans ce cas, il semble que certains responsables d'églises seraient bien inspirés d'envisager l'opportunité d'un baptême par infusion ou même par aspersion : le légalisme religieux trouve parfois d'heureuses limites dans l'exercice d'une charité bien comprise.
b. Est-ce dû au refus délibéré de s'engager dans les eaux du baptême ?
En comparant l'engagement du baptême à celui du mariage, on a déjà montré que le mariage n'ajoute rien à l'amour des deux partenaires, il le confirme... En effet, quand on aime sincèrement quelqu'un, on ne craint pas de s'engager envers lui pour la vie entière. De même, le baptême n'ajoute rien à notre amour pour Dieu, il le confirme au travers d'un engagement solennel, public et définitif. Dès lors, on peut s'interroger sur la sincérité de la conversion d'un chrétien qui aurait honte d'en témoigner, en prenant le baptême. "Car je n'ai pas honte de l'Evangile : c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit..." (Rom. 1.16) – "En effet, quiconque aura honte de moi et de mes paroles devant cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec ses saints anges." (Marc 8.38)
2. Qu'en est-il du baptême des nourrissons ?
Nous voulons parler ici du pédobaptisme, c'est-à-dire du baptême des enfants, tel qu'il est pratiqué chez les Catholiques, les Orthodoxes, les Luthériens, les Anglicans, les Réformés, etc.
a. Est-ce un baptême biblique ?
Si la plupart des "grandes" églises pratiquent le baptême des enfants, ce n'est pas sans quelques arguments, on s'en doute !... Tout d'abord, les pédobaptistes font valoir que sans être généralisée, cette pratique est explicitement attestée dans l'Église chrétienne, à partir du deuxième siècle de notre ère.
Dès lors, en baptisant les petits enfants, ils ne feraient que "perpétuer la tradition immémoriale de l'Église". En général, cet argument présente peu de poids aux yeux des évangéliques, qui ont tendance à mépriser les traditions de l'Église.
Note 61 Sauf quand cela les arrange, bien sûr !... C'est ainsi que les évangéliques entérinent sans aucun état d'âme les affirmations du concile de Constantinople (381) concernant la Trinité; ou que certains vont puiser dans les écrits d'Augustin (354-430) la principale justification de leur doctrine affirmant la disparition progressive des charismes, au cours des trois premiers siècles de l'Eglise. Par contre, les mêmes évangéliques nient toute valeur aux écrits d'Origène (185-254) ou au concile de Carthage (253) confirmant l'habitude de baptiser les nouveau-nés... "Honni soit qui mal y pense !"
Mais les pédobaptistes font surtout valoir que, dès le début de la prédication apostolique, il est possible – et même probable – que des enfants aient été baptisés en même temps que les adultes convertis au Christianisme : en particulier, chaque fois que le Nouveau Testament signale que telle ou telle personne s'est fait baptiser "avec toute sa maison".
Tel fut le cas de Lydie : "Lorsqu'elle eut été baptisée avec sa famille, elle nous invita..." (Actes 16.15) De même pour le geôlier de Philippe : "Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta famille...Aussitôt, il fut baptisé, lui et tous les siens... et il se réjouit avec toute sa famille d'avoir cru en Dieu." (Actes 13.33) Ou encore : "Crispus, le chef de la synagogue, crut au Seigneur avec toute sa famille; et beaucoup de Corinthiens, qui écoutaient Paul, crurent et furent baptisés." (Actes 18.8) De son côté, Paul affirme : "J'ai encore baptisé la famille de Stéphanas..." (1Cor. 1.16)
Pour le sens du mot "maison" dans la Bible, on peut se référer à la phrase célèbre de Josué (24.15) : "Moi et ma maison, nous servirons l'Eternel !"... et les dizaines d'autres passages contenant cette expression. Dans la Bible, en effet, cette expression inclut toutes les personnes se trouvant sous l'autorité du chef de famille : l'épouse et les enfants, certainement... et sans doute les serviteurs et les esclaves.
L'argument n'est pas sans valeur, car la possibilité que les choses se soient bien passées ainsi n'est pas à exclure, loin s'en faut... Et encore une fois, on ne pourrait que répondre ce qui a déjà été dit plus haut, à savoir que tout ce que les apôtres ont fait – surtout au début de l'Église – n'est pas forcément exemplaire. Mais cela prête également à discussion ! Aussi, les "baptistes" convaincus – que sont la plupart des évangéliques – feraient bien de faire preuve de modération dans leur condamnation des chrétiens "pédobaptistes" : on peut parfaitement l'être dans un total respect de "la lettre" de la Parole de Dieu.
En effet, comme on l'a montré dans ces pages : en matière de baptême, il n'est aucune doctrine qui puisse faire l'économie de l'interprétation de l'un ou l'autre passage. Or, comme on le sait, toute interprétation est sujette à caution. Cela ne signifie pas que les évangéliques doivent renoncer à leurs convictions en matière de baptême : il n'est pas question d'attribuer à la Parole de Dieu des enseignements qui seraient incohérents sur le plan de la grâce et du salut. Il est toutefois indéniable, qu'à propos du baptême, certaines ambiguïtés subsistent dans le Texte, quant au "moment" de la grâce. De même, la Bible semble consentir à une certaine souplesse au niveau des modalités d'application du baptême. Aussi, et sans prétendre tout relativiser, cela devrait encourager une plus grande modestie et une plus grande tolérance envers ceux qui nourrissent d'autres convictions que les nôtres... pourvu qu'elles soient cohérentes et honnêtes avec le Texte biblique !
b. Est-ce un baptême valide ?
Dans l'optique des églises pédobaptistes, la signification du baptême est généralement répartie en deux étapes :
1° L'insertion de chaque individu dans l'Église, corps de Christ, est sensée avoir lieu au moment du baptême du bébé. La foi, comme une graine plantée en terre, est appelée à se manifester et à se développer par la suite. Vu sous cet angle, le baptême marque donc l'accueil de l'enfant par de la communauté chrétienne.
2° L'engagement personnel de l'enfant est alors reporté à plus tard, au moment de la confirmation, qui a lieu vers douze ans – à l'âge de raison – c'est-à-dire quand l'enfant accède à la majorité morale et spirituelle.
Note 62 La tradition juive – pour la "bar-mitsvah" – et la tradition chrétienne – pour la confirmation – ont respectivement fixé à treize et douze ans "l'âge de raison", c'est-à-dire l'âge où un enfant peut être considéré comme moralement responsable de ses actes... Ce qui a été confirmé par la psychologie moderne qui reconnaît que c'est vers cet âge qu'un enfant s'ouvre à la dimension éthique de la vie, et devient donc vraiment capable de distinguer le bien du mal.
Aux yeux des évangéliques, la validité globale de ces deux opérations dépend du baptisé, et de son passage par une réelle conversion à Jésus-Christ... avant sa confirmation ! Sans quoi, ces deux cérémonies n'auraient plus rien d'un sacrement. Elles relèveraient d'une simple tradition socioculturelle, dénuée de tout contenu spirituel; peut-être pas dans le chef de l'église, mais certainement dans celui de la personne concernée...
Note 63 La spiritualité des responsables d'une église n'est jamais le gage de la sincérité de tous ses membres. Mais il arrive que la spiritualité des responsables eux-mêmes soit en cause : aussi sérieux puissent-ils être, d'ailleurs ! Or, quand le Christianisme se réduit à des rites liturgiques, à des traditions sociales et familiales, à une éthique sociale ou humaniste... il ne peut plus guère engendrer que des "chrétiens sociologiques". Autrement dit : on est catholique, anglican ou protestant, comme on naît français, anglais ou allemand.
Par contre, s'il y a conversion de l'adolescent avant sa confirmation, il faut considérer que tout ce qui a été dit du baptême, jusqu'à présent, pourrait être appliqué à la confirmation : aussi bien dans l'esprit du jeune qui s'engage, que dans la mentalité de la communauté qui pratique la cérémonie... Ce qui, en vérité, n'est pas vraiment fréquent !
Par ailleurs, le baptême d'enfant n'a pas la même portée dans toutes les églises pédobaptistes. Chez les catholiques, il n'implique pas seulement l'entrée de l'enfant dans l'Église, il est également censé ôter le "péché originel"... D'où l'idée qu'en cas de décès inopiné un enfant non baptisé ne pourrait aller au ciel : ce qu'aucun protestant – même pédobaptiste – n'approuve ni ne croit, puisqu'en embrassant des petits enfants, Jésus a déclaré que "le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent." (Marc 10.14)
Note 64 D'après une tradition bien ancrée dans l'église romaine, tout enfant venant à mourir avant d'avoir reçu le baptême irait dans les "limbes" : un lieu sans béatitude ni souffrance, qui n'est ni le ciel ni l'enfer. Mais l'église ne s'est jamais prononcée officiellement sur cette doctrine... qu'elle a pourtant répandue parmi ses fidèles !
Encore une fois, il est impossible de parler du "sacrement" du baptême en dehors d'une expérience spirituelle authentique, puisque c'est le baptême du Saint-Esprit qui donne son sens au baptême d'eau – ou à la confirmation, chez les pédobaptistes.
Autrement dit, certains chrétiens évangéliques voudront bien reconnaître la validité de l'engagement pris au moment de la confirmation du baptême, mais seulement chez les adolescents qui sont vraiment passés par la conversion. Par contre, aucun n'acceptera de considérer comme de "vrais chrétiens" les jeunes qui ont été baptisés et confirmés sans jamais être passés par la nouvelle naissance.
Aussi, pour un protestant évangélique, le baptême des enfants apparaît davantage comme un acte de foi dans l'avenir, que comme l'union effective de cet enfant à l'Église. En fait, tant qu'il n'a pas atteint l'âge de raison, un enfant de chrétiens se trouve sous l'autorité spirituelle de ses parents, et donc associé – à travers eux – à la protection et à la bénédiction que Dieu accorde à l'Église de Jésus-Christ... sans qu'il soit besoin du baptême ! Cela étant vrai, même quand un seul des conjoints est converti : "Car le mari non-croyant est sanctifié par la femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par le frère; autrement vos enfants seraient impurs, tandis qu'en fait, ils sont saints." (1Cor. 7.14)
D'autre part, il faut savoir que tous les partisans du baptême d'adulte ne sont pas prêts à reconnaître la validité des pratiques pédobaptistes : beaucoup d'évangéliques dénient toute valeur au baptême d'enfant, même quant il a été confirmé avec le plus grand sérieux. Au-delà du problème doctrinal, se pose donc une question de tolérance...
Or, celle-ci dépend de la distance qu'un chrétien peut ou veut garder vis-à-vis de la tentation légaliste. Aussi : "que chacun ait en son esprit une pleine conviction !" (Rom. 14.5,23)
Note 65 Un aspect du légalisme consiste à méconnaître la grâce divine et la charité chrétienne, pour transformer la foi en une série de règlements, de préceptes et de comportements extérieurs. (Voir aussi la note 71)
3. Que penser des présentations d'enfants ?
Dans les milieux évangéliques, l'habitude est de présenter les nourrissons au Seigneur, en demandant à Dieu de veiller sur eux, jusqu'à ce qu'ils soient en âge de s'engager par eux-mêmes dans les eaux du baptême.
a. Est-ce une pratique biblique ?
L'argument le plus fréquemment présenté, pour justifier cette pratique, est l'exemple de Jésus lui-même : "Jésus a été présenté au temple, quelques semaines après sa naissance, nous dit-on, et c'est seulement vers trente ans qu'il s'est fait baptiser"... Pour être simple, ce raisonnement n'est-il pas simpliste ?
"Comparaison n'est pas raison !" affirme un adage bien connu; et en l'occurrence, il ne se vérifie que trop bien, hélas ! Certes, le baptême du Christ d'une richesse théologique sans égale, et ses implications sont nombreuses pour notre foi. (Pour rappel, voir le chapitre IV : § 2)
Mais Jésus s'est fait baptiser par Jean, et l'on a vu comment les disciples de Jean-Baptiste, à Ephèse, ont dû se refaire baptiser au nom du Seigneur Jésus. (Actes 19.5)
Le baptême de Jésus n'était donc pas un baptême chrétien... Et pour cause : comment Jésus se serait-il fait baptiser au nom du Seigneur Jésus ? L'absurde a ses limites : son baptême ne peut donc pas nous servir de référence ou de modèle !
Il en va de même pour la présentation de notre Seigneur au temple : elle non plus, n'a rien à voir avec la présentation d'un enfant né au sein d'une famille chrétienne. L'évangéliste Luc nous rapporte comment l'enfant de Marie fut circoncis à l'âge de huit jours accomplis, et reçut le nom de Jésus conformément aux directives de l'ange Gabriel. (2.21 cf. 1.31)
Après quoi, vint le jour de sa présentation au Seigneur dans le temple de Jérusalem. (2.22-39) En fait cette "présentation" répondait à une double exigence légale : la "purification" de la maman – la vierge Marie – et la "consécration" de son fils premier-né : Jésus. (2.6)
La "purification" correspondait à une loi de l'Ancien Testament (Lév. 12.1-8) qui déclarait la maman "impure" pendant quarante jours après l'accouchement d'un garçon – ou pendant quatre-vingts jours après la naissance d'une fille – au bout desquels, elle devait offrir un agneau et un pigeon en sacrifice – ou bien deux tourterelles, pour les plus pauvres – après quoi, elle était "purifiée" et pouvait reprendre une vie religieuse et conjugale normale.
Note 66 Ce temps "d'impureté" permettait surtout à la maman de se reposer ! Car pendant cette période, elle pouvait se soustraire au "devoir conjugal", aux contraintes familiales et aux obligations religieuses... Ce qui – au vu du statut d'infériorité des femmes sous la Loi mosaïque – constituait pour certaines, de véritables vacances !
La "consécration", quant à elle, concernait "tout mâle ouvrant le sein maternel", autrement dit, tout fils premier-né. En effet, d'après la loi de Moïse, tout mâle premier-né appartenait au Seigneur. (Ex. 13.2,12) D'où l'obligation pour les parents de le "racheter" à Dieu, en souvenir des garçons premiers-nés du peuple d'Israël qui avaient été épargnés lors de la sortie d'Egypte. (Ex. 13.13-15) En principe, et bien que Luc n'en parle pas, le montant de ce rachat était fixé à cinq sicles d'argent et devait être versé au temple dans le mois qui suivait la naissance. (Nb 18.15-16) – Dans l'antiquité, cette somme correspondait plus ou moins au salaire de vingt journées de travail, pour un ouvrier agricole. –
Comme on peut s'en rendre compte, la "présentation" de Jésus, au temple de Jérusalem, offrait une double signification bien différente des présentations d'enfants pratiquées dans nos communautés : ici encore, il ne peut être question de prendre la loi mosaïque en modèle pour l'Église chrétienne.
b. Est-ce une pratique valable ?
Mais si cette "coutume" évangélique n'a pas de fondement biblique attesté, elle n'en présente pas moins une portée spirituelle bien réelle : c'est là sa meilleure justification, et elle n'a pas besoin de chercher d'autres mobiles pour justifier sa raison d'être !
Note 67 Dans l'Eglise chrétienne, les présentations d'enfants n'ont pas plus de fondement biblique que les bénédictions de mariage ou les services funèbres : on n'y trouve aucune allusion dans le Nouveau Testament !... Ces diverses cérémonies constituent cependant d'excellentes occasions d'annoncer l'Evangile et de témoigner sa sympathie chrétienne à la famille, "en se réjouissant avec ceux qui sont dans la joie, et en pleurant avec ceux qui pleurent". (Rom. 12.15)
En effet, n'est-il pas normal que des parents chrétiens, conscients de leurs nombreuses lacunes – d'une part – et de la fascination du monde sur les jeunes – d'autre part – demandent au Seigneur de veiller sur leur enfant jusqu'au jour où il se convertira à son tour ? Et n'est-il pas tout aussi normal d'associer ses frères et s½urs dans la foi à cette prière d'intercession, au sein même de la communauté à laquelle ils appartiennent ?
Dans cette optique, la présentation d'un enfant n'est pas un luxe inutile, mais bien le gage d'une vie livrée aux bons soins de la Providence. Ce qui serait moins normal, par contre, c'est qu'une telle manifestation de piété cède la place à une cérémonie "socio-religio-culturelle" n'ayant pas plus de valeur que les baptêmes d'enfants que l'on prétend critiquer par ailleurs... Ce qui est parfois le cas, hélas !
4. Qu'en est-il des "re-baptêmes" ?
Comme on peut s'en douter, cette question dépend de la valeur que l'on donne au baptême d'enfant ou à tout autre baptême ayant précédé une véritable conversion à Jésus-Christ. En d'autres termes : qu'en est-il des baptêmes qui n'ont pas la valeur d'un engagement personnel ?... Engagement qui, lorsqu'il a lieu, devrait toujours être pris en ayant conscience de sa valeur d'alliance avec Dieu.
a. Un "re-baptême" est-il biblique ?
Comme on l'a dit plus haut, le baptême de Jean n'avait pas la portée spirituelle du baptême chrétien : c'était seulement un baptême de repentance pour le pardon des péchés. C'est pourquoi, les disciples de Jean-Baptiste ont été "rebaptisés" au nom du Seigneur Jésus, dès qu'ils ont cru en lui. (Actes 19.5) Il ne semble pas excessif de considérer cet exemple comme un modèle à suivre pour tous les baptêmes qui ne répondent pas aux critères spirituels enseignés dans la Bible, et qui ont été développés ci-dessus.
Note 68 Après avoir affirmé que tout ce qu'à fait l'Eglise primitive ne doit pas forcément être pris en exemple, la position adoptée ici peut paraître inconséquente. Mais tous les récits de la Bible n'ont pas le même poids : leur valeur de modèle dépend aussi de leur confirmation par des textes doctrinaux; en d'autres termes, on ne peut accorder une valeur normative qu'aux récits qui s'inscrivent clairement dans la révélation biblique. A ce propos, il faut dénoncer le danger – de plus en plus répandu – d'un certain "existentialisme" religieux. Pour certains croyants, en effet, ce que l'on fait ou ce que l'on vit est bien plus important que ce que l'on croit. Or, s'il est vrai que la foi conduit à certaines pratiques, ce n'est jamais en dehors des sentiers de la Vérité biblique. Un chrétien n'a pas pour vocation d'être ce qu'il vit (ce qui est le propre de l'existentialisme) mais de vivre ce qu'il est (ce qui est le propre de la foi chrétienne)... autrement dit, de réaliser dans sa vie ce qu'il est devenu par son identification avec Jésus-Christ. C'est ce que les théologiens appellent "le paradoxe du déjà et du pas encore" : "Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain, car Christ, notre Pâque, a été immolé." (1Cor. 5.7) Même quand il est théiste l'existentialisme finit toujours par saper l'autorité de la Parole de Dieu, puisqu'il attribue à l'activité de l'homme une liberté quasi divine. Et de fait : combien de croyants ne se comportent pas en incroyants, quand ils n'acceptent de faire que ce qu'ils "sentent" bien ?...
En d'autres termes, tous les baptisés qui se convertissent à Jésus-Christ devraient envisager l'opportunité de se refaire baptiser si leur premier baptême n'a pas présenté une portée spirituelle satisfaisant aux exigences bibliques.
b. Un "re-baptême" est-il valide ?
De ce point de vue, et sans manquer à notre devoir de tolérance, il semblerait normal d'invalider le baptême d'enfant chez les personnes dont la conversion est postérieure à la confirmation : car cela montre bien que cette dernière n'a pas eu lieu en réponse à celle-ci... même si elle a été célébrée avec sérieux et conviction.
Note 69 La sincérité est une belle chose, mais hélas, elle n'est pas un gage de vérité ! On peut se tromper avec la meilleure bonne foi du monde : combien d'enfants ne se sont pas empoisonnés, en avalant des médicaments qu'ils prenaient sincèrement pour des bonbons ?
Cette invalidation du baptême d'enfant devrait, a fortiori, s'imposer aux yeux de ceux qui n'ont jamais pris la peine de le confirmer... A moins que l'église où ils se sont convertis à Jésus-Christ – ou celle à laquelle ils adhèrent maintenant – pratique la confirmation d'adultes : ce qui pourrait être une alternative acceptable !
Dans tous les cas, il serait malvenu d'imposer un nouveau baptême aux convertis qui n'en ont pas vraiment – ou pas encore – la conviction : il faut d'abord qu'ils soient sérieusement nourris de la Parole de Dieu. Ensuite, il est souvent nécessaire que tout un travail de maturation (= de mûrissement) intérieure se fasse, avant qu'ils ne reconnaissent le caractère boiteux de certains actes religieux appartenant à leur passé.
C'est de l'action du Saint-Esprit dans le coeur que doit venir la conviction de se refaire baptiser, et non de la volonté de plaire ou de se soumettre à des règles d'églises, fussent-elles évangéliques ! L'engagement du baptême étant un engagement d'amour, il ne peut être pris que dans la liberté de Christ.
5. Qu'en est-il du baptême pour les morts ?
Cette dernière question peut paraître étrange... En fait, elle se réfère à un passage plutôt énigmatique de la première épître de Paul aux Corinthiens (15.29) : "Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux ?"
Ce passage a fait couler beaucoup d'encre, sans qu'on n'en propose jamais une explication définitive.
a. Est-ce une nouvelle doctrine ?
Tout d'abord, il est important de noter que le contexte de ce verset ne constitue pas un enseignement sur le baptême, mais traite de la nécessité de croire à la résurrection des morts.
Aussi, Paul ne présente pas forcément cette pratique comme un modèle à suivre : il fait seulement remarquer que se faire baptiser pour quelqu'un de mort n'aurait pas de sens si les morts n'étaient pas appelés à ressusciter... Dans ce sens, l'enseignement fondamental de ce passage ne pose pas de problème : la foi au Christ ressuscité et l'espérance de la résurrection des morts se trouvent bien au centre de la doctrine chrétienne.
Ce qui fait problème, c'est l'exemple auquel l'apôtre Paul se réfère pour étayer la doctrine de la résurrection... Comment faut-il comprendre cette coutume ? Comment faut-il expliquer cette pratique ? Certes, ce n'est pas le seul passage difficile à comprendre dans la Bible, et l'on peut très bien vivre sans réponse à cette question ! Il n'est toutefois pas interdit d'explorer quelques pistes, pour tenter de la comprendre...
b. Est-ce un baptême "fraternel" ?
L'expression : "ceux qui se font baptiser pour les morts" peut aussi se traduire : "ceux qui se font baptiser à cause des morts".
Dans ce cas, Paul ferait allusion à des personnes qui se faisaient baptiser "à cause" du témoignage de l'un ou l'autre chrétien décédé – peut-être mort en martyr – et qu'ils avaient particulièrement aimé et admiré. En fait, ce baptême serait la conséquence de la foi manifestée par des chrétiens qui avait fait forte impression sur leur entourage. La nostalgie de leur départ encourageait l'espoir de les retrouver lors de la résurrection... Encore fallait-il être au nombre des élus, et donc se faire baptiser "pour" être avec eux, le jour où ils ressusciteraient.
Note 70 Certains chrétiens pensent que les morts s'endorment dans un sommeil qui les laissent inconscients jusqu'à la résurrection. D'autres pensent qu'après la mort, l'esprit de l'homme demeure conscient... Luc 16.19-31 semble encourager la deuxième hypothèse.
Dès lors, les propos de Paul prennent un sens évident : pourquoi ces gens-là se feraient-ils baptiser si la résurrection n'existait pas ?... Du point de vue doctrinal, cette explication est la plus sobre, même si elle accentue la valeur sacramentelle du baptême. On peut lui reprocher, cependant, de ne pas être celle qui donne le plus de force aux arguments de l'apôtre Paul.
c. Est-ce un baptême "post mortem" ?
Du point de vue historique, cette seconde explication est sans doute la plus probable... Paul viserait des croyants qui, effectivement, pensaient bien faire en se faisant baptiser à la place de certaines personnes décédées : probablement des chrétiens qui n'avaient pas eu l'occasion de se faire baptiser avant de mourir... peut-être à cause des persécutions ! Ce baptême était un dernier service, un geste d'amour à l'égard du disparu, en quelque sorte !
Cette pratique était sans doute liée à l'importance excessive que ces croyants accordaient au baptême : à leurs yeux, il était sans doute impossible d'être sauvé, si l'on n'était pas passé par les eaux du baptême. De cette conviction serait venu l'usage de se faire baptiser pour les défunts : une pratique que l'on retrouve au cours de l'histoire de l'Église... Ce légalisme religieux peut nous étonner, mais le Nouveau Testament nous dévoile combien l'attachement à certaines pratiques rituelles – notamment la circoncision – était encore fréquent dans l'Église primitive.
Note 71 Voir la note 65... Un autre aspect du "légalisme" consiste à accorder plus de valeur à ce que l'on fait qu'à ce que l'on est : d'où la tentation de tout transformer en règlements, et donc de traduire la Parole de Dieu en "choses à faire" et en "choses à ne pas faire" pour être sauvé... C'est le salut par les oeuvres, en quelque sorte!
Mais ce n'est pas une raison pour faire la même chose ! D'autant plus que, dans la Bible, rien n'encourage l'idée que notre sort éternel puisse encore être modifié après la mort.
Note 72 Rappelons, pour mémoire, qu'au début du seizième siècle, c'est la doctrine catholique des indulgences, associée à la croyance – extrabiblique – d'un prétendu "purgatoire", qui a déclenché la réaction vigoureuse de quelques catholiques pieux, qui ne tardèrent pas à se faire excommunier, tout en se faisant qualifier du sobriquet de "protestants"... En fait, dans l'église romaine, l'essentiel de la piété populaire repose sur cette doctrine, puisque chacun y vise l'accumulation d'indulgences, en vue d'un probable passage au purgatoire; ou alors, les plus charitables font dire des messes en faveur "leurs chers disparus", s'efforçant ainsi de secourir ceux qui souffrent au purgatoire, en attendant de connaître la félicité céleste. Pour la piété protestante, toute prière adressée à des morts – les saints – ou en faveur des morts – les défunts – relève des pratiques occultes qui sont explicitement interdites et sévèrement condamnées dans la Bible. (Lév. 19.31; 20.6, 27; Deut. 18.11) Par ailleurs, Jésus lui-même a clairement enseigné qu'aucune relation n'est possible entre les vivants et les morts, dans un sens comme dans un autre. (Luc. 16.27-31)
Au contraire ! Toujours et partout dans l'Ecriture, l'éternité de l'homme se détermine ici-bas, et ici-bas seulement : celui qui meurt dans ses péchés est séparé de Dieu, et connaîtra la mort éternelle; celui qui accepte le salut – par la foi en Jésus-Christ – retrouve la vie avec Dieu, qu'il poursuivra dans la vie éternelle.
A ce propos, il n'est peut-être pas inutile de se livrer à un rappel du vocabulaire biblique : le plus simple étant de comparer le sort d'un croyant à celui d'un incroyant, au travers d'un petit schéma.
La Bible utilise le mot "vie" dans trois sens différents, mais qui peuvent se recouper.
1° La vie "animale" : à la fois physique et psychique (ce mot vient du grec "psyché" : l'âme, "nephesh" en hébreu) est le propre de tout être "animé"; l'homme étant, de ce point de vue, comparable à un animal. Cette vie s'acquiert à la naissance, mais à la mort, elle perd sa fonction animatrice du corps.
2° La vie spirituelle confère à l'homme sa dimension spirituelle – religieuse, morale et artistique – qui le distingue radicalement de l'animal, car c'est par son esprit que l'homme est "à l'image de Dieu". Toutefois la Bible se limite à la dimension religieuse, et présente la "vie spirituelle" comme le propre de tout chrétien authentique. Il ne s'agit pas de la vie intellectuelle, comme dans le langage profane – même si elle y participe – mais de la relation que Christ a restaurée entre l'homme et Dieu. Cette relation a été perdue dans le jardin d'Eden, si bien qu'en dehors de Christ, tout homme est déclaré spirituellement "mort".
3° La vie éternelle est la continuité dans l'au-delà – ou dans l'éternité – de la vie spirituelle retrouvée lors de notre pèlerinage terrestre. Autrement dit, le croyant qui s'est réconcilié avec Dieu pendant sa vie terrestre, continuera avec Dieu dans l'éternité; pour sa part, l'incroyant qui a rejeté Dieu – en refusant d'être réconcilié en Christ – quand il était sur la terre, continuera sans Dieu dans l'éternité : c'est ce qu'on appelle la "mort éternelle".
c. Est-ce le baptême du martyre ?
Du point de vue philologique cette troisième explication n'est pas la plus simple... Dans ce passage, Paul n'emploierait pas le mot "baptême" en rapport avec "l'immersion" dans l'eau, mais plutôt en se référant au "plongeon" dans la mort – c'est-à-dire à la mort en martyr – dont Jésus avait parlé à plusieurs reprises, lorsqu'il était avec ses disciples. "Je suis venu jeter un feu sur la terre, et qu'ai-je à désirer s'il est déjà allumé ? Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien je suis pressé qu'il soit accompli !" (Luc 12.49-50) – "Jésus leur dit : ... Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? ... Il est vrai que vous boirez la coupe que je vais boire, et que vous serez baptisés du baptême dont je vais être baptisé..." (Marc 10.39-40)
Il faudrait alors comprendre : "Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser [ dans la mort ] pour [ être parmi ] les morts"... Ou si l'on préfère : "Autrement, que feraient ceux qui acceptent de mourir en martyrs, pour aller au ciel avec ceux qui sont déjà morts". Cette explication peut nous paraître alambiquée, mais il faut savoir qu'elle est plus concevable dans le texte grec original, que dans notre traduction française.
Par contre, on peut s'étonner que des chrétiens aspirent à mourir en martyrs de la foi... Certes ! à notre époque ce désir paraît malsain, voire morbide ou relevant d'un certain masochisme. Toutefois, comme l'atteste un écrit d'Ignace d'Antioche – mort en 110 – cette recherche du martyre était une réalité chez certains chrétiens du premier siècle, et cela malgré la désapprobation générale de l'Église.
Note 73 "C'est de bon coeur que je vais mourir pour Dieu, si du moins vous, vous ne m'en empêchez pas. Je vous en supplie, n'ayez pas pour moi une bienveillance inopportune. Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par les dents des bêtes, pour être trouvé un pur pain de Christ..." (Epître d'Ignace aux Romains, ch. IV : extrait)
Celle-ci bien sûr, à l'exemple de Jésus et des apôtres, encourageait les chrétiens à se préparer au martyre, plutôt que de renier leur foi. "Maintenant, mon âme est troublée. Et que dirai-je ?... Père, sauve-moi de cette heure ?... Mais c'est pour cela que je suis venu jusqu'à cette heure. Père, glorifie ton nom !" (Jean 12.27) – "Alors, Paul répondit : Qu'avez-vous à pleurer et à me briser le coeur ? Car moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais aussi à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus." (Act. 21.13)
Mais l'Église désapprouvait la recherche du martyre, auquel certains aspiraient comme à une sorte d'apothéose de leur vie chrétienne : rien ne nous oblige donc à imiter ces derniers, dans leur mysticisme exacerbé.
Note 74 Aujourd'hui encore, une piété excessive conduit certains jusqu'au fanatisme, en les enfermant dans le sophisme suivant : "Jésus a dit que les chrétiens fidèles seraient persécutés comme lui (Jn. 15.20; 2Tim. 3.12) donc si je suis persécuté, c'est que je suis un chrétien fidèle..." Dès lors, ils font tout pour être persécutés !
Cette troisième explication est très certainement celle qui donne le plus de vigueur à l'argumentation de Paul. En effet, quelle meilleure démonstration de la doctrine de la résurrection existe-t-il, que le dédain de la mort manifesté par les chrétiens ou – plus spectaculaire encore – leur désir de mourir en martyr de la foi ? "Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. Mais est-ce utile pour mon oeuvre que je vive dans la chair ? Que dois-je préférer ? Je ne sais ! Je suis pressé des deux côtés : j'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui est de beaucoup le meilleur; mais à cause de vous, il est plus nécessaire que je demeure dans la chair." (Phil. 1.21-24)
Aussi, de manière très subjective, et même si elle paraît un peu "tirée par les cheveux", c'est l'interprétation qui a ma préférence !
"La vie est un phénomène aqueux : sans la présence de l'eau, la vie ne serait jamais apparue sur la terre." affirment les biologistes... "Sans Dieu non plus !" aimerait-on ajouter. Et cela est encore plus vrai dans le domaine spirituel; car parlant de l'eau du puits de Jacob avec la Samaritaine, Jésus lui dit : "Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira l'eau que je lui donnerai, n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle." (Jean 4.13-14)
Ce passage trouve une interprétation naturelle dans les propres paroles de Jésus, lorsqu'il s'écrie : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Ecriture. Il dit cela de l'Esprit qu'allaient recevoir ceux qui croiraient en lui; car l'Esprit n'était pas encore [donné], parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié."
Note 75 (Jean 7.37-39 cf. Apoc. 22.17) – Ce texte prend encore plus de relief quand on se souvient que Jésus l'a prononcé le dernier jour de la fête de "Sukkoth" (c'est-à-dire la fêtes des tentes ou des cabanes – Lév. 23.36) et surtout quand on sait que ce jour était consacré à des libations et à des prières, pour que Dieu accorde la pluie indispensable à la fécondation du sol aride de la Palestine.
Ces passages ne font pas directement allusion au baptême, mais une fois encore, on ne peut manquer d'être frappé par le lien que Jésus établit entre l'eau et le Saint-Esprit, la première étant l'image du second : tous deux étant source de vie, soit temporelle, soit éternelle; tous deux étant principe de fécondation, soit terrestre, soit spirituelle.
Quelles que soient nos traditions baptismales, il nous appartient donc de maintenir cette relation entre la réalité spirituelle – le baptême du Saint-Esprit – et l'image qui devrait toujours en être le signe : le baptême d'eau...
Hélas, la venue du Saint-Esprit dans le croyant ne s'accompagne pas toujours de signes aussi spectaculaires que ceux qui nous sont rapportés dans les Actes.
Note 76 D'autant plus que ces signes peuvent être l'objet de diverses contrefaçons : conscientes, inconscientes, de nature psychopathologique ou même d'origine démoniaque : le diable étant le "singe" de Dieu... Il existe d'autres critères, cependant, qui sont : le développement de l'intelligence spirituelle, un réel changement de vie, une vraie mort à soi-même, etc. Mais l'absence de ces indices est souvent trop subjective pour refuser le baptême à quelqu'un, sans risquer de verser dans l'arbitraire.
Si bien qu'en définitive, et quel que soit le discernement spirituel des responsables, seul le Seigneur peut vraiment juger de l'authenticité du baptême de l'Esprit chez ceux qui prétendent l'avoir reçu. Aussi, les anciens ou les pasteurs doivent veiller à ne pas faire de procès d'intention à qui que ce soit; au contraire, ils devraient pouvoir faire confiance aux croyants qui déclarent reconnaître Jésus comme leur Sauveur et Seigneur.
En général, c'est ainsi que les choses se passent, et c'est d'ailleurs ainsi qu'est née l'habitude de baptiser les nouveaux croyants "sur leur profession de foi", après les avoir instruits de la signification et des implications du baptême dans lequel ils veulent s'engager en adultes responsables.
Note 77 D'ailleurs, le Nouveau Testament insiste beaucoup sur l'importance de la confession ou profession de foi : "Si tu confesse de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car en croyant du coeur on parvient à la justice, et en confessant de la bouche on parvient au salut..." (Rom. 10.9-10) – "Quiconque nie le Fils n'a pas non plus le Père; celui qui confesse le Fils a aussi le Père. [...] Bien-aimés... éprouvez les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu... Reconnaissez à ceci l'Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu." (1 Jean 2.23; 4.1-2) Comme on le voit, les textes nous encouragent à croire à la bonne foi – sans jeu de mots – de ceux qui confessent Jésus comme étant le Christ. Philippe (peut-être échaudé par son expérience samaritaine) n'a pas fait autre chose avec l'eunuque éthiopien qui lui demandait : "Voici de l'eau; qu'est-ce qui m'empêche d'être baptisé ? [Philippe lui dit : Si tu crois de tout ton coeur, cela est possible. L'eunuque répondit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu."?] Et aussitôt, "tous deux descendirent dans l'eau, Philippe ainsi que l'eunuque, et il le baptisa." (Actes 8:36-38) Certains commentateurs voient l'ébauche d'une confession de foi baptismale dans le passage entre crochets, qui se trouve dans les manuscrits occidentaux datant du 2ème siècle.
D'un autre côté, toutes les mamans connaissent – ou risquent de connaître – ce qu'on appelle le "baby blues" ou la "dépression post-partum", c'est-à-dire la petite "déprime" qui suit souvent l'accouchement. Cette expérience de la vie courante n'est pas sans similitude avec l'expérience spirituelle de la nouvelle naissance, et surtout, de sa concrétisation dans les eaux du baptême.
Tout se passe comme si, après avoir vécu plusieurs semaines de tension dans l'attente de cet événement important, le croyant passait par une phase de décompression proche de la dépression, voire du relâchement spirituel.
C'est pour cette raison que des chrétiens plus aguerris dans la foi ont souvent à c½ur de les mettre en garde contre les attaques de l'adversaire, qui profite de ce laisser-aller pour redoubler ses assauts, essayant d'entraîner le néophyte dans une voie où il perdrait tout le bénéfice de l'engagement qu'il vient de prendre avec le Christ... Autant le savoir !
Par ailleurs, il n'est pas rare que des chrétiens regrettent de s'être fait baptiser trop tôt : "Si je me faisais baptiser maintenant, je comprendrais mieux ce que je ferais, qu'à l'époque où j'ai pris le baptême !" affirment-ils... Et sans doute ont-ils raison. Mais qui ne pourrait en dire autant ? Et à chaque période de sa vie !
Il est évident qu'au moment de leur baptême, bien peu de croyants sont à même de comprendre tout ce qui a été dit dans les pages qui précèdent, à propos de la signification, de la portée et des implications du baptême. Et il y aurait bien plus à dire, encore !
Aussi, après plusieurs années de conversion, ayant grandi dans la connaissance de la Parole de Dieu, il est naturel que certains éprouvent le sentiment d'avoir raté quelque chose.
Mais cela ne doit pas devenir une source de frustration, car – nous allons le voir – la sainte cène constitue l'incomparable remède, prévu par le Seigneur, pour pallier cet état de choses. En effet, par l'un de ses aspects, celle-ci constitue le renouvellement de l'engagement du baptême : chaque fois plus lucide, plus mature, plus conséquent...
Sans doute est-ce l'une des raisons pour lesquelles on est appelé – normalement – à prendre une seule fois le baptême, mais à participer beaucoup plus fréquemment au repas du Seigneur.
Modifié le mercredi 29 février 2012 09:10

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