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Timestamp: 2018-02-23 22:28:02+00:00

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dictionnaire des auteurs grecs et latins 2
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BION DE SOLES
BION DE BORYSTHÈNÈS
CARYSTIOS
CÉPHALOS
CEPHISODORE
CHÉRÉMON
CLÉARCHOS
CLÉIDÉMOS
CLÉITARCHOS
CRATINOS L'ANCIEN
CRATINOS LE JEUNE
BION DE SOLES (Βίων) de Soles, est cité par Diogène Laërce (IV, 58) comme auteur d'un ouvrage sur l'Éthiopie (Αἰθιοπικά) dont queqlues fragments ont été conservés par Pline (VI, 35), Athénée (XIII, p. 566), et dans les Anecdota de Cramer (III, p. 415). On ne sait s'il s'agit du même Bion que celui mentionné par Plutarque (Thes. 26) quand il parle d'une tradition relative aux Amazones, et par Agathias (II, 25 ; comp. Syncellus, p. 676, éd. Dindorf) lorsqu'il évoque un sujet tiré de l'histoire assyrienne. Varron (De Re Rust. I, 1) cite Bion de Soles comme un auteur agricole et Pline, dans plusieurs de ses livres, se réfère à lui pour des travaux similaires (Lib. 8, 10, 14, 15, 17, 18.). Certains pensent que Bion est le même que Cécilius Bion.
Athénée XIII, 20
BION DE BORYSTHÉNITÈS (Βίων) était un philosophe scythe qu'on avait surnommé Borysthenitès. Il était originaire soit d'Oczacovia, soit d'Olbia, soit de Borysthénès, près de l'ambouchure du Dniepr. Il vécut aux alentours de 250 av. J.- C., mais les dates exactes de sa naissance et de sa mort sont incertaines. Strabon (I, p, 15) le cite comme un contemporain d'Ératosthène, qui était né en 275 av. J.- C. Laërce (IV, 46, &c.) nous a conservé un texte dans lequel Bion lui-même évoque sa parenté avec Antigonos Gonatas, roi de Macédoine. Son père était un homme libre et sa mère une prostituée lacédémonienne ; toute sa famille fut vendue comme esclaves à la suite d'une offense commise par son père. Cet évènement eut pour conséquence pour Bion de se retrouver entre les mains d'un rhétoricien, qui en fit son héritier. Ayant mis le feu à la bibliothèque de son ancien maître, il vint à Athènes, et se consacra à la philosophie, se mettant au service de presque tous les tenants des écoles philosophiques présentes dans la cité. D'abord, il fut un académicien, disciple de Cratès ; puis il adhéra au cynisme, après s'être attaché quelque temps à Théodore, le philosophe qui orienta la doctrine cyrénaïque vers des tendances athéistes. Finalement, il devint l'élève de Théophraste le Péripatéticien.
Il semble avoir été un homme d'une intelligence remarquable, mais d'un naturel débauché et fort sceptique quant à l'existence de Dieu. Sa mentalité était scandaleuse, au point de mépriser Socrate qui avait osé, selon lui, s'abandonner à l'abstinence. Un grand nombre des dogmes et des propos plus ou moins arides attribués à Bion ont été conservés par Laërce : parmi eux, on trouve des pièces banales relatives à la morale, mais si brillamment formulées qu'Horace, féru de ce genre de satire piquante, parle des gens qui se pâmaient d'aise aux Bioneis sermonibus et sale nigro (Epist. II, 2. 60). Voici un échantillon de ses maximes :
"La misère ne possède pas la santé, mais elle est possédée par elle."
"L'impiété est la compagne de la crédulité."
"L'avarice, le μητρόπολις du vice."
"Les bons esclaves sont vraiment libres et les mauvaises gens sont vraiment des esclaves."
On a d'autres maximes du même acabit. Une d'entre elles nous a été transmise par Cicéron (Tusc. III, 26) :
"Il est inutile de nous arracher les cheveux quand nous sommes dans la peine : le malheur n'est pas soignée par la calvitie."
Bion mourut à Chalcis en Eubée. On connaît le nom de sa mère et de sa patrie grâce à Athénée (XIII, p. 591, f, 592, a).
Athénée XIII, 61
CALLIADÈS (Καλλιάδης), poète comique, est mentionné par Athénée (XIII, p. 577). Mais rien de lui n’est connu si ce n’est une comédie appelée ῎Αγνοια qui fut attribuée selon les uns à Diphilos, selon les autres à Calliadès (Athénée IX, p. 401). D’après un passage d’Athénée, Calliadès aurait été le contemporain de l’archonte Euclide, en 403, ce qui en ferait un auteur de l'ancienne comédie attique, à moins qu’une querelle entre lui et Diphilos aux Agnoea n’en fasse un poète de la Comédie nouvelle. Pour cette raison, Meineke (Hist. Crit. Com. Gr. p. 450) est enclin à penser qu’Athénée a fait une confusion entre Calliadès et Callias.
Athénée XIII, 38
CALLIAS (Καλλίας), littéraire.
1. Poète comique qui était, selon Suidas (s.v.) fils de Lysimaque, et portait le nom de Schoenion parce que son père faisait des cordes ou des paniers (σχοινοπλόκος). Il appartenait à la comédie attique ancienne, car selon Athénée (x. p. 453) il vivait peu de temps avant Strattis qui semble avoir commencé sa carrière de poète comique en 412 av. J.-C. Par le Scholiaste sur Aristophane (Equit. 526), nous apprenons de plus que Callias était un émule de Cratinos. Il est donc vraisemblable qu’il soit arrivé devant le public avant 424 av. J.-C. ; et s’il était prouvé qu’il ne fait qu’un avec Calliadès [CALLIADES], il aurait vécu au moins jusqu’en 402 av. J.-C. Nous possédons encore quelques fragments de ses comédies, et les noms de six d’entre elles ont été préservés dans Suidas, viz. Αἰγύπτιος, Ἀταλάντη (Zenob. iv. 7), Κύκλωπες (à laquelle Athen. ii. p.57 fait peut-être allusion, et Clem. Alex. Strom. vi. p. 264), Πεδήται (Athen. viii. p. 344 ; Schol. ad Aristoph. Av. 31, 151; Diog. Laërt. ii. 18) Βάτραχοι, et Σχολάζοντες. Il n’est pas certain qu’il soit le même Callias qu’Athénée (vii. p.672, x. pp. 448, 453) cite comme auteur de γραμματικὴ τραγῳδία. (Comp. Athen. iv. p. 140, 176, vii. p. 300, xii. pp. 524, 667 ; Pollux vii. 113 ; Etymol. M. s.v. Εϊναι ; Meineke, Hist. Crit. Com. Gr. p. 213, &c.)
2. D’Argos, poète grec, auteur d’une épigramme sur Polycrite. (Anth. Graec. xi. 232 ; Brunck, Anal. ii. p.3)
3. De Mytilène à Lesbos, grammairien grec qui vivait avant l’époque de Strabon (xviii. p. 618), qui le mentionne parmi les personnes célèbres nées à Lesbos, et dit qu’il a écrit des commentaires sur les poèmes de Sappho et Alcée. (Comp. Athen. iii. p. 85)
4. De Syracuse, historien grec ayant écrit une grand ouvrage sur l’histoire de la Sicile. Selon les termes de Josèphe (c. Apion. i. 3.) il vécut longtemps après Philistos, mais avant l’époque de Timée. On peut clairement déduire de la nature de son œuvre qu’il était un contemporain d’Agathocle, auquel l’historien survécut cependant, car il mentionne la mort du tyran. Cette ouvrage est appelé parfois τά περί Ἀγαθοκλέα ou περὶ Ἀγαθοκλέα ἱστορίαι, et quelquefois « Historia de Rebus Siculis » (Athen. xii. p. 542 ; Aelian, Hist. An. xvi. 28 ; Schol. ad. Appolon. Rhod. iii. 41 ; Macrob. Sat. v. 19 ; Dionys. i. 42 ; Fest. s.v. Romam.) par les auteurs romains. Elle embrasse l’histoire de la Sicile durant le règne d’Agathocle, de 317 av. J.-C. à 289, et comprend vingt deux tomes. (Diod. xxi. Exc. 12. p.492) Les rares fragments que nous en avons ne nous permettent pas de nous en faire une opinion, mais Diodore (xxi. Exc. p. 561) déclare que Callias était corrompu par Agathocle qui lui offrait de somptueux pots-de-vin, et qu’il a sacrifié la vérité historique à un vil intérêt matériel, allant de surcroît jusqu’à déformer la vérité en transformant en actions louables, les crimes et la violation des lois humaines et divines, dont Agathocle était coupable. (Comp. Suid. s.v. Καλλίας.)
Il y a un autre Callias de Syracuse, contemporain de Démosthène, qui s’occupait de rhétorique, mais qui n’est mentionné que par Plutarque. (Dem. 5 Vit. X Orat. p. 844, c.).
CALLISTHÈNE (Καλλισθένης) philosophe grec, disciple et petit-neveu d'Aristote, né à Olynthe, vers 365 av. J.-C., suivit Alexandre dans ses expéditions, et envoya à Aristote des observations astronomiques trouvées à Babylone et remontant à plus de deux mille ans, De mœurs sévères, il blâma les excès auxquels se livrait Alexandre, refusa de reconnaître sa divinité, et même eut le malheur de lui déplaire par quelques railleries. Il se vit bientôt après impliqué dans la conspiration d'Hermolaos, fut, dit-on, enfermé dans une cage de fer, puis mis à mort à Cariate en Bactriane en 328 av. J.-C. Avant son départ pour l'Asie, il avait composé une Histoire grecque et une Histoire de la Guerre sacrée dont il ne reste rien. Il avait commencé en Asie une Histoire d'Alexandre dont on a quelques fragments (dans la collection Didot, à la suite d'Arrien). Il existe sous son nom une espèce de roman de la vie d'Alexandre qui n'est pas de lui (imprimé également dans la collection Didot).
Athénée XIII, 2, 10
CALLISTRATE (Καλλίστρατος) était un grammairien grec, disciple d'Aristophane de Byzance, fréquemment surnommé ῾Ο ᾿Αριστοφάνειος, (Athénée, I, p. 21, VI, p. 263). Il vécut probablement au milieu du IIe siècle av. J.-C., et fut contemporain du célèbre Aristarque. Il semble s'être particulièrement consacré à l'étude des grands poètes de la Grèce, tels Homère, Pindare, les tragiques, Aristophane, et de quelques autres encore. Le fruit de ses études fut consigné dans des commentaires qui sont perdus mais dont on retrouve quelques traces dans nos scholies. Tzetzès (Chil. XI, 61) affirme que Callistrate fut le premier qui engagea les Samiens à adopter l'alphabet de 24 lettres : mais la chose n'est pas certaine (Comp. Schol. ad Hom. II, 7, 185.) Plusieurs écrits qui lui sont attribués sont mentionnés par les Anciens. Athénée (III, p. 125) cite le septième livre d'un traité intitulé Σύμμιτικα, ainsi qu'un ouvrage (XIII, p. 591), relatif aux courtisanes (περὶ ἑταιρῶν), tous deux devant être l'œuvre de Callistrate le grammarien. Harpocration (s. v. Μενεκλῆς ἢ Καλλίστρατος) parle d'un écrit περὶ ᾿Αθηνῶν, que certains attribuent à Ménéclès et d'autres à Callistrate ; cependant, la lecture du passage d'Harpocration prête à confusion, et Preller (Polem. Fragm. p. 173, &c.) pense qu'à la place de Καλλικράτης on devrait plutôt lire Καλλίστρατος.
Un commentaire de Callistrate sur le Θρατταί de Cratinos est cité par Athénée (XI, p. 495). On ne sait pas si le Callistrate auteur d'une Histoire de Samothrace citée par Dionysios d'Halicarnasse (I, 68 ; comp. Schol. ad Pind. Nem. VII, 150) est le même auteur que notre grammairien. (R. Schmidt, Commentatio de Cattistrato Aristophaneo) Halae, 1838, 8 vo.; Clinton, Fast, Hellen. III, p. 530).
Athénée XIII, 60
CARCINOS (Καρκίνος). Suidas mentionne trois poètes portant ce nom. Le premier est originaire d’Agrigente en Sicile ; le second est un Athénien, fils de Théodectès ou de Xénoclès ; le troisième est un simple poète attique. Le premier de ces auteurs n'est mentionné nulle part et son existence est plus que douteuse.
Les investigations sur Meineke sur ces divers Carcinos ont montré qu’il fallait distinguer deux poètes tragiques de ce nom, tous deux étant athéniens. Le premier, l'aîné, était un danseur très habile (Athénée I, p. 22), auquel Aristophane fait référence de temps en temps (Dub., 1263, Pax, 794, et Schol) ; ses drames, dont aucun fragment n'est parvenu jusquà nous, semblent avoir péri très tôt. Le plus jeune des deux Carcinos était donc le fils de Théodectès ou de Xénoclès. Il serait le petit-fils de Carcinos l'aîné (Comp. Harpocrat. s. v. Καρκίνος.). Il est plus que probable qu’il s’agit de celui qui a passé la plus grande partie de sa vie à la cour de Dionysios II de Syracuse (Diog. Laërce II, 7.). Cette supposition est conforme à l’avis de Suidas, selon lequel Carcinos, fils de Xénoclès aurait vécu aux environs de 380. On sait que Dionysios de Syracuse a até chassé du pouvoir en 356 (Comp. Diod. V, 5, où Wesseling l’identifie au Carcinos fictif d'Agrigente.).
Toutes les tragédies mentionnées par les Anciens sous le nom de Carcinos, appartiennent probablement au second de ces personnages. Suidas lui attribuait 160 tragédies, mais nous ne possédons que les titres et les fragments de neuf d’entre elles seulement et quelques bribes de drames incertains. Les ouvrages connus sont les suivants : Alopé (Arist., Éthique de Nicom. II, 7), Achille (Athénée V, p. 189), Thyestes (Arist. Poét. 16), Semélé (Athénée XIII, p. 559), Amphiaraos (Aristote, Poét., 17), Médée (Aristote, Rhét. II, 23), Oedipe (Aristot. Rhét. III, 15), Téréos (Stobée, CIII, 3), et Oreste (Phot. Lex. p. 132.).
En ce qui concerne le style des œuvres de Carcinos, on parle habituellement de Καρκίνου ποιήματα, expression usuellement employée pour évoquer une poésie obscure. Cette caractéristique est confirmée par Athénée (VIII, p. 351) qui parle d’obscurité étudiée. Cependant, dans les fragments existants, nous avons peine à discerner une trace de cette tendance. En fait, le style est très proche du modèle euripidien.
Athénée XIII, 8
CARYSTIOS (Καρύστιος), un grammarien grec de Pergame, vécut à l'époque de Nicandre (Athénée XV, p. 684), donc à la fin du IIe siècle av. J.-C. On le considère comme l'auteur de plusieurs ouvrages :
1.῾Ιστορικὰ ὑπομνήματα, quelquefois appelé simplement ὑπομνήματα : c'est un écrit historique dont Athénée fait un grand usage, vu le nombre de fois qu'il est cité (I, p. 24, x. p. 434, &c., XI, pp. 506, 508, XII, pp. 542, 548, XIII, p. 577, xiv. p. 639 ; comp. Schol. ad Aristoph. Av. 575, ad Theocrit. XIII, 22.)
Carystios composa trois livres, le troisième étant celui cité par Athénée.
2. Περἰ διδασκαλιῶν, est une étude des drames grecs, de leur repésentation, de leur succès et de leur postérité (Athénée VI, p. 235).
3. Περἰ Σωτάδου, est un commentaire sur le poète Sotadès (Athénée XIV, p. 620.). Tous ces travaux sont perdus.
Athénée XIII, 38, 80, 92
M. Porcius Caton Censorius naquit à Tusculum, une ville municipale du Latium : ses ancêtres y demeuraient depuis plusieurs générations. Son père avait la réputation d'être un soldat courageux, et son grand-grand-père avait reçu une distinction honorifique de l'état pour cinq chevaux tués sous lui lors d'une bataille. Aucun patricien même le plus hautain de Rome ne se vanta plus de la splendeur de la noblesse la plus pure avec un esprit plus fier que Caton quand il rappelait les exploits guerriers et la respectabilité municipale de sa famille, à laquelle il attribuait une ancienneté extrême. Pourtant les Porcii de Toscane n'avaient jamais obtenu les honneurs de la magistrature romaine. Leur descendant illustre, au commencement de sa carrière dans la grande ville, fut considéré comme un homo novus, et le sentiment de sa basse condition, augmenté de la conscience de sa supériorité innée, contribua à l'exaspérer et stimula son âme ambitieuse. Tôt dans la vie, il éclipsa tellement la première étincelle vacillante de sa race, qu'il parla constamment de lui, non seulement en tant que chef, mais en tant que fondateur de la Gens Porcia.
Ses ancêtres trois générations auparavant s'appelaient M. Porcius, et Plutarque dit (Caton Maj. 1), que d'abord il fut connu par le cognomen de Priscus, mais qu'ensuite il fut appelé Caton - un mot dénotant cette sagesse pratique qui est le résultat d'une sagacité normale, combinée avec l'expérience des affaires civiles et politiques. Cependant, on peut se demander si Priscus, comme Maior, n'étaient pas simplement une épithète utilisée pour le distinguer plus tard de Caton d'Utique, et nous n'avons aucune information précise quant à la date où il reçut pour la première fois l'appellation de Caton, qui a pu lui été accordée dans l'enfance plutôt comme présage d'éminence, que comme hommage au passé désert. Les qualités implicites dans le mot Caton étaient admises par la majorité des gens et le titre moins ancien de Sapiens, par lequel il était si connu dans sa vieillesse, dont parle Cicéron (Amic. 2), est devenu chez lui comme un cognomen. Pour le nombre et l'éloquence de ses discours, il fut surnommé orator (Justin, xxxiii. 2; Gell. xvii 21), mais Caton le censeur ou Caton Censorius, est resté son nom le plus commun, aussi bien que son appellation la plus caractéristique, puisqu'il exerça la fonction de censeur avec une réputation extraordinaire, et ce fut la seule que Caton ait jamais exercée.
Pour établir la date de la naissance de Caton, on doit se baser sur le témoignage des écrivains antiques en se basant surl'âgequ'il avait à sa mort : on sait qu'elle eut lieu en 149 av. J.-C. Jusqu'où devons-nous remonter à partir de cette date est une question sur laquelle les spécialistes ne sont pas unanimes. Si l'on se base sur la chronologie cohérente de Cicéron (Senect. 4), Caton nacquit en 234 av. J.-C., l'année précédant le premier consulat de Q. Fabius Maximus, et mourut à l'âge de 85 ans, sous le consulat de L. Marcius et de M. Manilius. Pline (H. N. xxix. 8) est d'accord avec Cicéron. D'autres auteurs exagèrent l'âge de Caton. Selon Valère-Maxime (viii. 7. § 1) il dépassa quatre-vingt-six ans; selon Tite-Live (xxxix. 40) et Plutarque (Cat. Maj. 15) il avait 90 ans à sa mort. Ce grand âge est cependant en contradiction avec le récit rapporté par Plutarque (Cat. Maj. 1) avec l'autorité de Caton lui-même.
Il représente Caton disant qu'il avait fait sa première campagne lors de sa 17ème année, quand Hannibal attaquait l'Italie. Plutarque, qui avait les oeuvres de Caton devant lui, mais qui ne faisait pas attention aux dates, ne s'est pas rendu compte que le calcul de Tite-Live faisait remonter la 17ème année de Caton à 222 av. J.-C., alors qu'il il n'y avait pas un Carthaginois en Italie, tandis que le décompte de Cicéron réconciliait la vérité du récit de Caton avec la date de la première invasion d'Hannibal.
Caton était tout jeune homme quand la mort de son père le mit en possession d'un petit domaine héréditaire dans le territoire de la Sabine, à quelque distance de son village natal. C'est là qu'il passa la plus grande partie de son enfance, endurcissant son corps par des exercices sains, surveillant et partageant les travaux de la ferme, étudiant la façon dont se traitaient les affaires, et se passionnant pour les règles de l'économie rurale. Près de son domaine il y avait une humble petite maison qui avait été habitée, après ses trois triomphes, par son propriétaire M. Curius Dentatus, dont les exploits guerriers et le caractère rigoureusement simple étaient restés dans la mémoire des anciens, et on parlait souvent de lui avec admiration dans le voisinage. L'ardeur du jeune Caton s'enflamma. Il résolut d'imiter le caractère, et espéra rivaliser avec la gloire de Dentatus. L'occasion ne se fit pas attendre : à l'école d'Hannibal il prit ses premières leçons militaires, lors de la campagne de 217 av. J.-C.. Il y a une certaine contradiction chez les historiens sur le déroulement du début de la carrière militaire de Caton. En 214 av. J.-C. il servit à Capoue, et Drumann (Gesch. Roms, V. p. 99) imagine que déjà, à 20 ans, il était tribun militaire. Fabius Maximus commandait alors en Campanie, l'année de son quatrième consulat. Le vieux général honora le jeune soldat de son intimité. Quand Fabius communiquait les résultats précieux de son expérience militaire, il n'oubliait pas d'y faire passer ses propres penchants personnels et politiques et ses animosités dans les oreilles de son élève qui l'accompagnait. Au siège de Tarente, en 209 av. J.-C. Caton, était encore aux côtés de Fabius. Deux ans après, Caton faisait partie des troupes d'élites qui accompagnaient le consul Claudius Nero dans sa marche vers le nord venant de Lucanie pour vérifier la progression d'Hadrubal. On raconte que les exploits de Caton contribuèrent beaucoup à la victoire décisive de Sena sur le Métaure, où Hasdrubal fut massacré.
Dans les intervalles de la guerre, Caton revient dans sa ferme de Sabine, utilisant l'habit le plus simple, travaillant et allant avec ses ouvriers. Quand il était jeune, les fermiers voisins aimaient son mode de vie robuste, savourant ses paroles pittoresques et sententieuses, et reconnaissant ses capacités. Son propre tempérament actif le rendait disposé et impatient d'utiliser sa puissance au le service de ses voisins. On le prenait parfois comme arbitre dans des querelles, et parfois comme avocat dans les causes locales, qui étaient probablement jugées devant des recuperatores dans le pays. Ainsi il sut renforcer par la pratique ses facultés oratoires, gagner la confiance en soi, observer les façons des gens, plonger dans les méandres de la nature humaine, appliquer les règles de la loi, et étudier par la pratique les principes de la justice.
À proximité de la ferme sabine s'étendait le domaine de L. Valerius Flaccus., un jeune noble à l'influence considérable, et d'une grande famille patricienne. Flaccus ne fut pas sans remarquer remarquer l'énergie de Caton, son talent militaire, son éloquence, sa vie sobre et simple, et ses principes désuets. Flaccus lui-même était un de ces traditionalistes qui professait une adhérence aux vertus plus sévères du caractère romain antique. On était en train de passer de la rusticité Samnite à la civilisation grecque et aux délices orientaux. Les hautes magistratures de l'état étaient devenues presque le patrimoine de quelques familles distinguées, dont la richesse correspondait à leur naissance illustre. Populaires par leurs dépenses somptueuses, par leurs façon d'agir élégante mais d'une munificence corruptrice, par leurs manières engageantes, et par le charme des honneurs héréditaires, ils ajoutaient à l'influence de leur charge la puissance matérielle que leur conférait un nombreux cortège de clients et de partisans, et l'ascendance intellectuelle que leur conférait le monopole de l'éducation philosophique, le goût pour les beaux arts et la connaissance de la littérature élégante. Néanmoins, la réaction était forte. Les nobles moins fortunés, jaloux de cette oligarchie exclusive, et à qui n'échappaient pas la dégénérescence et le désordre qui suivait ce mode de vie se mirent à la tête d'un parti qui professait sa détermination à recourir à des modèles plus purs et à revenir à des façons de faire anciennes. A leurs yeux, la rusticité, l'austérité, et l'ascetisme étaient les marques de la solidité et de la religion Sabine, de la vieille intégrité romaine et de l'amour de l'ordre. Marcellus, la famille des Scipion et les deux Flaminini, peuvent être considérés comme les représentants de cette nouvelle civilisation. Les amis de Caton, Fabius et Flaccus, étaient les principaux représentants du parti de la simplicité antique.
Flaccus était un de ces politiciens clairvoyants qui cherchaient et patronnaient les capacités remarquables chez les jeunes et les hommes qui montent. Il avait observé l'esprit martial et l'éloquence de Caton. Il savait combien le courage et l'éloquence étaient estimés à Rome. Il savait que les distinctions reçues sur un champ de bataille ouvraient la voie au succès du barreau; et pour un étranger comme Caton provenant d'un municipe, le succès au forum était presque la seule voie possible pour accéder aux honneurs de la magistrature. En conséquence, il recommanda à Caton de transférer son ambition sur un sol plus convenable et sur le champ plus étendu de Rome. Ce conseil fut suivi avec ardeur. Invité à la maison urbaine de Flaccus, et accépté grâce à son appui, Caton commença à se distinguer dans le forum, et devint candidat à une magistrature.
Nous avons insisté sur les aléas des débuts de son histoire, puisqu'ils ont affecté la marche entière de la vie de Caton. Nous avons vu un jeune indomptable, actif et résolu -- l'ouvrier-type et l'oracle de la rusticité -- n'ayant pas dû s'abaisser au besoin de la pratique et de l'encouragement, mais donnant son amitié par opportunité et toujours à la hauteur des exigences de sa position, éduqué dans la meilleure école des armes, favori de son général, écouté avec des applaudissements dans les tribunaux de Rome, et présenté immédiatement dans un cercle politique d'élite. Quoi d'étonnant que, dans de telles situations, l'esprit de Caton reçut une meilleure formation pour commander et un succès marériel que celle qu'il aurait reçue par une éducation plus traditionnelle? Il n'y a rien d'étonnant que sa force et son originalité fussent teintées de dogmatisme, de vulgarité, de rudesse, la vanité, d'auto-satisfaction et de préjugé, -- qu'il ait eu peu de sympathie pour ceux qui poursuivaient des études calmes et contemplatives, -- qu'il dédaignait ou détestait ou dépréciait les talents qu'il n'a pas le liosir de maîtriser, -- qu'il raillait et se rebellait contre les élégances conventionnelles d'une société trop polie à laquelle lui et son parti étaient opposés, -- qu'il confondait la délicatesse de sentiment avec la faiblesse efféminée, et l'amélioration des conditions de vie avec la luxure ?
En 205 av. J.-C., Caton est désigné questeur, et l'année suivante il commence les fonctions de sa charge, et il suit P. Scipio Africanus en Sicile. Scipion, ayant obtenu, après beaucoup d'opposition, la permission du sénat, transporta ses troupes de l'île en l'Afrique. Caton et C. Laelius furent nommés pour convoyer les bagages. Il n'y avait pas la bonne entente entre Caton et Scipion qui doit exister entre un questeur et son proconsul. Fabius s'était opposé à la permission donnée à Scipio de porter l'attaque dans les terres de l'ennemi, et Caton, dont la charge était de contrôler Scipion, adopta les vues de son ami. Plutarque rapporte la discipline relâchée des troupes commandées par Scipion, et les frais exagérés du général lui amenèrent des remontrances de Caton; sur quoi Scipion lui répondit d'une manière hautaine, qu'il donnerait un exposé des victoires, en non un exposé sur lui-même. Caton, revenant à Rome, dénonça devant sénat la prodigalité de son général ; et alors, à la demande commune de Caton et de Fabius, une commission des tribuns fut envoyée en Sicile pour contrôler la conduite de Scipio, qui fut acquitté quand ils virent ses préparatifs considérables et judicieux pour le transport des troupes. (Cat. Maj. 3 ) Ce récit ne correspond pas à celui de Tite-Live, et semblerait attribuer à Caton la faute d'avoir quitté son poste avant son temps. Si Tite-Live a raison, la commission fut envoyée sur la plainte des habitants de Locres, qui avaient été cruellement opprimés par Pleminius, le légat de Scipion. Tite-Live ne dit pas un mot de l'intervention de Caton dans cette affaire, mais mentionne l'acrimonie avec laquelle Fabius accusait Scipion de corrompre la discipline de militaires, et d'avoir abandonné illégalement sa province pour prendre la ville de Locres. (Liv. xxix. 19, &c.) Avant tous, Quintus Fabius accusait Scipion d'être né pour corrompre la discipline militaire :
4. ainsi, disait-il, en Espagne, on avait presque plus perdu par les révoltes des soldats que par la guerre; suivant l'usage étranger, l'usage des rois, Scipion était à la fois complaisant pour la licence des soldats et rigoureux envers eux. 5. A ces considérations, Quintus Fabius ajouta un projet de décision aussi rude que son discours : le légat Pleminius devait être amené, enchaîné, à Rome, y plaider sa cause enchaîné, et, si les plaintes des Locriens étaient fondées, être mis à mort dans sa prison, tandis que ses biens seraient confisqués; 6. Publius Scipion, pour avoir quitté sa province sans ordre du sénat, serait rappelé, et l'on négocierait avec les tribuns de la plèbe pour qu'ils proposent au peuple d'abroger son commandement; 7. aux Locriens, le sénat répondrait, de vive voix, que les outrages dont ils se plaignaient, ni le sénat, ni le peuple ne les approuvaient; on les appellerait hommes d'honneur, alliés et amis; on leur rendrait leurs enfants, leurs femmes, et les autres biens qui leur avaient été enlevés; tout l'argent enlevé au trésor de Proserpine, on le rechercherait, on remettrait à ce trésor le double de cette somme, 8. et l'on ferait une cérémonie expiatoire, après avoir demandé au collège des pontifes, pour le déplacement, l'ouverture, la violation de ce trésor sacre, quelle expiation, à quels dieux et avec quelles victimes il jugeait bon de faire; 9. les soldats qui étaient à Locres seraient tous transportés en Sicile; quatre cohortes d'alliés latins seraient amenées à Locres en garnison
10. On ne put demander ce jour-là l'avis de tous les sénateurs, les passions étant enflammées pour et contre Scipion. 11. Outre le forfait de Pleminius et le malheur des Locriens, le genre de vie, non seulement peu romain, mais peu militaire, du général lui-même était fort discuté
12. il se promenait, disait-on, en manteau et en souliers grecs au gymnase, il s'appliquait à des livres méprisables, aux exercices de la palestre; avec une paresse, une mollesse égales, tout son état-major goûtait les agréments de Syracuse; 13. Carthage et Hannibal étaient sortis de leur mémoire; toute l'armée, gâtée par la licence, comme elle l'avait été sur le Sucro, en Espagne, comme maintenant à Locres, était plus redoutable pour les alliés que pour l'ennemi. (Tite-Live)
L'auteur du résumé de la vie de Caton (on considère généralement que c'est l'œuvre de Cornelius Nepos), déclare que Caton, à son retour d'Afrique, débarqua en Sardaigne, et ramena le poète Ennius dans ses propres bateaux de l'île en Italie; mais la Sardaigne n'était pas sur la route pour rentrer à Rome, et il est plus probable que la première rencontre d'Ennius et de Caton se soit produite à une date ultérieure, quand ce dernier était préteur en Sardaigne. (Aur. Vict. De Vir. Ill.. 47.)
Il signala sa préture par une justice incorruptible, et par la conquête de la Sardaigne, où il se fit instruire dans les lettres grecques par le poète Ennius. (Aurelius Victor)
En 199 av. J.-C., Caton était édile, et avec son collègue Helvius, il restaura les jeux plébéiens, et donna à cette occasion un banquet en l'honneur de Jupiter. L'année suivante il a fut nomme préteur, et obtint comme province la Sardaigne, avec le commandement de 3.000 fantassins et de 200 cavaliers. C'est alors qu'il saisit la première occasion d'illustrer ses principes par la pratique. Il diminua les dépenses officielles, fit ses tournées avec un simple serviteur, et, par l'absence étudiée de splendeur, il mit sa propre frugalité en contraste saisissant avec le magnificence tyrannique des magistrats provinciaux ordinaires. Les rites religieux étaient accomplis avec parcimonie; la justice était administrée avec une stricte impartialité; l'usure était poursuivie avec sévérité, et les usuriers bannis. La Sardaigne fut pendant un certain temps complètement soumise, mais si nous devons croire le témoignage improbable et non-fondé d'Aurelius Victor (De Vir Ill. 47), une insurrection fut réprimée dans l'île par Caton durant sa charge de préteur.
Caton s'était fait alors une réputation de moralité stricte et de vertu ancienne absolue. Il était considéré comme le type et le représentant vivant de l'idéal romain antique. Ses défauts mêmes portaient l'empreinte du caractère national, et ménageaient le préjugé national. Contre l'ascension d'un tel d'homme toute opposition était vaine. En 195 av. J.-C., à 39 ans, il fut élu consul avec son vieux ami et patron L. Valerius Flaccus.
Pendant ce consulat une scène étrange se passa, particulièrement représentative de la façon de faire des romain. En 215 av. J.-C., à l'apogée de la guerre punique, une loi passa à la demande du tribun Oppius, par laquelle aucune femme ne devait posséder plus de la moitié d'une once d'or, ni de porter de vêtements colorés, ni d'aller en char avec des chevaux à moins d'un mille de la ville, excepté pour se rendre à une célébration publique de fêtes religieuses. Maintenant Hannibal était vaincu, Rome regorgeait de la richesse carthaginoise et il n'y avait plus aucune raison pour que les femmes contribuent aux demandes d'un trésor appauvri en épargnant leurs parures et leurs plaisirs : les tribuns T. Fundanius et de L. Valerius, pensèrent que c'était le moment de proposer l'abolition de la lex Oppia; mais ils furent attaqués par leurs collègues, M. Brutus et T. Brutus. Les affaires importantes de l'État excitèrent beaucoup moins d'intérêt et d'ardeur que cette simple contestation. Les matrones descendirent dans les rues, bloquèrent chaque avenue du forum, et arrêtèrent leurs maris à leur arrivée, les sollicitant de redonner aux matrones romaines leurs parures antiques. Bien plus elles allèrent jusqu'à aborder et implorer les préteurs, les consuls et d'autres magistrats. Même Flaccus hésita, mais son collègue Caton fut inexorable, et fit un discours caractéristique, dont la substance, transformée et modernisée, fut reprise par Tite-Live. Finalement elles remportèrent la partie. Vaincus par leurs sollicitations, les tribuns réfractaires abandonnèrent leur opposition. La loi détestée fut supprimée par le suffrage de toutes les tribus, et les femmes montrèrent leur exultation et leur triomphe en entrant en cortège par les rues et le forum, ornées de leurs parures maintenant légitimes.
(7) Déjà même elles osaient s'adresser aux consuls, aux préteurs, aux autres magistrats, et les fatiguer de leurs sollicitations. Mais elles trouvèrent dans l'un des deux consuls, M. Porcius Caton, un adversaire inflexible, qui prononça le discours suivant en faveur de la loi qu'on proposait d'abroger. [34,2] (1) "Romains, si chacun de nous avait eu soin de conserver à l'égard de son épouse ses droits et sa dignité de mari, nous n'aurions pas affaire aujourd'hui à toutes les femmes. (2) Mais après avoir, par leur violence, triomphé de notre liberté dans l'intérieur de nos maisons, elles viennent jusque dans le forum l'écraser et la fouler aux pieds; et, pour n'avoir pas su leur résister à chacune en particulier, nous les voyons toutes réunies contre nous. (3) Je l'avoue, j'avais toujours regardé comme une fable inventée à plaisir cette conspiration formée par les femmes de certaine île contre les hommes dont elles exterminèrent toute la race. (4) Mais il n'est pas une classe de personnes qui ne vous fasse courir les plus grands dangers, lorsqu'on tolère ses réunions, ses complots et ses cabales secrètes. En vérité, je ne saurais décider ce qui est le plus dangereux de la chose en elle-même ou de l'exemple que donnent les femmes. (5) De ces deux points, l'un nous regarde nous autres consuls et magistrats; l'autre, Romains, est plus spécialement de votre ressort. C'est à vous en effet à déclarer par le suffrage que vous porterez si la proposition qui vous est soumise est avantageuse on non à la république. (6) Quant à ce rassemblement tumultueux de femmes, qu'il ait été spontané ou que vous l'ayez excité, M. Fundanius et L. Valérius, il est certain qu'on doit en rejeter la faute sur les magistrats; mais je ne sais si c'est à vous, tribuns, ou à vous autres, consuls, que la honte en appartient. (7) Elle est pour vous, si vous en êtes venus à prendre les femmes pour instruments de vos séditions tribunitiennes; pour nous, si la retraite des femmes nous fait, comme autrefois celle du peuple, adopter la loi. (8) Je l'avoue, ce n'est pas sans rougir que j'ai traversé tout à l'heure une légion de femmes pour arriver au forum; et si, par égard et par respect pour chacune d'elles en particulier plutôt que pour toutes en général, je n'eusse voulu leur épargner la honte d'être apostrophées par un consul, je leur aurais dit: (9) Quelle est cette manière de vous montrer ainsi en publie, d'assiéger les rues et de vous adresser à des hommes qui vous sont étrangers? Ne pourriez-vous, chacune dans vos maisons, faire cette demande à vos maris? (10) Comptez-vous plus sur l'effet de vos charmes en public qu'en particulier, sur des étrangers que sur vos époux? Et même, si vous vous renfermiez dans les bornes de la modestie qui convient à votre sexe, devriez-vous dans vos maisons vous occuper des lois qui sont adoptées on abrogées ici? (11) Nos aïeux voulaient qu'une femme ne se mêlât d'aucune affaire, même privée, sans une autorisation expresse; elle était sous la puissance du père, du frère ou du mari. Et nous, grands dieux!, nous leur permettons de prendre en main le gouvernement des affaires, de descendre au forum, de se mêler aux discussions et aux comices.(12) Car aujourd'hui, en parcourant les rues et les places, que font- elles autre chose que d'appuyer la proposition des tribuns et de faire abroger la loi? (13) Lâchez la bride aux caprices et aux passions de ce sexe indomptable, et flattez-vous ensuite de le voir; à défaut de vous-mêmes, mettre des bornes à son emportement. (14) Cette défense est la moindre de celles auxquelles les femmes souffrent impatiemment d'être astreintes par les moeurs ou par les lois. Ce qu'elles veulent, c'est la liberté la plus entière, ou plutôt la licence, s'il faut appeler les choses par leur nom. Qu'elles triomphent aujourd'hui, et leurs prétentions n'auront plus de terme!" [34,3] (1) "Rappelez-vous toutes les lois par lesquelles nos aïeux ont enchaîné leur audace et tenté de les soumettre à leurs maris: avec toutes ces entraves à peine pouvez-vous les contenir. (2) Que sera-ce si vous leur permettez d'attaquer ces lois l'une après l'autre, de vous arracher tout ce qu'elles veulent, en un mot, de s'égaler aux hommes? Pensez-vous que vous pourrez les supporter? Elles ne se seront pas plutôt élevées jusqu'à vous qu'elles voudront vous dominer. (3) Mais, dira-t-on, elles se bornent à demander qu'on ne porte pas contre elles de nouvelles lois: ce n'est, pas la justice, é'est l'injustice qu'elles repoussent. (4) Non, Romains, ce qu'elles veulent, c'est que vous abrogiez une loi adoptée par vous, consacrée par vos suffrages et sanctionnée par une heureuse expérience de plusieurs années, c'est-à-dire qu'en détruisant une seule loi vous ébranliez toutes les autres. (5) Il n'y a pas de loi qui ne froisse aucun intérêt; on ne consulte ordinairement pour les faire que l'utilité du plus grand nombre et le bien de l'état. Si chacun détruit et renverse celles qui le gênent personnellement, à quoi bon voter des lois en assemblée générale, pour les voir bientôt abroger au gré de ceux contre qui elles ont été faites? (6) Je voudrais savoir cependant pour quel motif les dames romaines parcourent ainsi la ville tout éperdues, pourquoi elles pénètrent presque au forum et dans l'assemblée? (7) Viennent-elles demander le rachat de leurs pères, de leurs maris, de leurs enfants ou de leurs frères faits prisonniers par Hannibal? Ces malheurs sont loin de nous, et puissent-ils ne jamais se renouveler! Pourtant, lorsqu'ils nous accablaient, vous avez refusé cette faveur à leurs pieuses instances. (8) Mais à défaut de cette piété filiale, de cette tendre sollicitude pour leurs proches, c'est sans doute un motif religieux qui les rassemble? Elles vont sans doute au-devant de la déesse Mère de l'Ida qui nous arrive de Pessinonte, en Phrygie? car enfin quel prétexte peut-on faire valoir pour excuser cette émeute de femmes? (9) On me répond: Nous voulons être brillantes d'or et de pourpre; et nous promener par la ville, les jours de fêtes et autres, dans des chars de triomphe, comme pour étaler la victoire que nous remportons sur la loi abrogée, sur vos suffrages surpris et arrachés; nous voulons qu'on ne mette plus de bornes à nos dépenses, à notre luxe." [34,4] (1) "Romains, vous m'avez souvent entendu déplorer les dépenses des femmes et des hommes, celles des simples citoyens comme celles des magistrats; (2) souvent j'ai répété que deux vices contraires, le luxe et l'avarice, minaient la république. Ce sont des fléaux qui ont causé la ruine de tous les grands empires. (3) Aussi, plus notre situation devient heureuse et florissante, plus notre empire s'agrandit, et plus je les redoute. Déjà nous avons pénétré dans la Grèce et dans l'Asie, où nous avons trouvé tous les attraits du plaisir; déjà même nous tenons dans nos mains les trésors des rois. Ne dois-je pas craindre qu'au lieu d'être les maîtres de ces richesses, nous n'en devenions les esclaves? (4) C'est pour le malheur de Rome, vous pouvez m'en croire, qu'on a introduit dans ses murs les statues de Syracuse. Je n'entends que trop de gens vanter et admirer les chefs-d'œuvre de Corinthe et d'Athènes, et se moquer des dieux d'argile qu'on voit devant nos temples. (5) Pour moi, je préfère ces dieux qui nous ont protégés, et qui nous protégeront encore, je l'espère, si nous les laissons à leur place. (6) Du temps de nos pères, Cinéas, envoyé à Rome par Pyrrhus, essaya de séduire par des présents les hommes et même les femmes. Il n'y avait pas encore de loi Oppia pour réprimer le luxe des femmes; et pourtant aucune n'accepta. (7) Quelle fut, à votre avis, la cause de ces refus? La même qui avait engagé nos aïeux à ne point établir de loi à ce sujet. Il n'y avait pas de luxe à réprimer. (8) De même que les maladies sont nécessairement connues avant les remèdes qui peuvent les guérir, de même les passions naissent avant les lois destinées à les contenir. (9) Pourquoi la loi Licinia a-t-elle défendu de posséder plus de cinq cents arpents? Parce qu'on ne songeait qu'à étendre sans cesse ses propriétés. Pourquoi la loi Cincia a-t-elle prohibé les cadeaux et les présents? Parce que le sénat s'habituait à lever des impôts et des tributs sur les plébéiens.(10) Il ne faut donc pas s'étonner qu'on n'eût besoin ni de la loi Oppia, ni d'aucune autre pour limiter les dépenses des femmes, à une époque où elles refusaient et la pourpre et l'or qu'on venait leur offrir. (11) Aujourd'hui, que Cinéas parcoure la ville, il les trouvera toutes dans les rues et disposées à recevoir. (12) J'avoue qu'il y a des caprices que je ne puis expliquer et dont je cherche en vain la raison. Qu'une chose fût permise à l'une et défendue à l'autre, il y aurait peut-être là de quoi éprouver un sentiment naturel de honte ou de colère. Mais quand l'ajustement est le même pour toutes, quelle humiliation chacune de vous peut-elle redouter? (13) C'est une faiblesse condamnable que de rougir de son économie ou de sa pauvreté; mais la loi vous met également à l'abri de ce double écueil, en vous défendant d'avoir ce que vous n'aurez pas. (14) Eh bien! dira cette femme riche, c'est cette inégalité même que je ne puis souffrir. Pourquoi ne m'est-il pas permis de me vêtir d'or et de pourpre? Pourquoi la pauvreté des autres se cache- t-elle si bien à l'ombre de cette loi qu'on pourrait les croire en état d'avoir ce qu'elles n'ont pas, n'était la défense qui existe? (15) Romains, répondrais-je, voulez-vous établir entre vos femmes une rivalité de luxe, qui pousse les riches à se donner des parures que nulle autre ne pourra avoir, et les pauvres à dépenser au-delà de leurs ressources pour éviter une différence humiliante? (16) Croyez-moi, si elles se mettent à rougir de ce qui n'est pas honteux, elles ne rougiront plus de ce qui l'est réellement. Celle qui en aura le moyen, achètera des parures; celle qui ne le pourra pas, demandera de l'argent à son mari. (17) Malheur alors au mari qui cédera et à celui qui ne cédera pas! Ce qu'il aura refusé sera donné par un autre. (18) Ne les voit-on pas déjà s'adresser à des hommes qui leur sont étrangers, et, qui pis est, solliciter une loi, des suffrages, réussir même auprès de quelques-uns, sans s'inquiéter de vos intérêts ni de ceux de votre patrimoine et de vos enfants? Dès que la loi cessera de limiter leurs dépenses, vous n'y parviendrez jamais. (19) Romains, n'allez pas croire que les choses en resteront au point où elles étaient avant la proposition de la loi, Il est moins dangereux de ne pas accuser un coupable que de l'absoudre; de même le luxe serait plus supportable, si on ne l'avait jamais attaqué; mais à présent, il aura toute la fureur d'une bête féroce que les liens ont irritée et qu'on a ensuite déchaînée. (20) Mon avis est donc qu'il ne faut point abroger la loi Oppia. Fassent les dieux que votre décision, quelle qu'elle soit, tourne à votre avantage!"
À peine cette affaire importante terminée Caton, qui avait gardé pendant sa progression une constance rude et vigoureuse en dehors, sans, sans doute, aucun dommage sérieux à sa popularité, fit voile vers sa province désignée, l'Espagne citérieure.
Durant sa campagne d'Espagne, Caton montra un génie militaire extraordinnaire. Il vécut sobrement, partageant la nourriture et les travaux du simple soldat. Avec un zèle et une vigilance infatigable, il donnait non seulement les ordres requis, mais, quand c'était possible, il surveillait personnellement leur exécution. Ses mouvements étaient intrépides et rapides, et il ne négligeait jamais de récolter les fruits de la victoire et de pousser les avantages qu'il avait obtenus. L'ordre de ses opérations et leur combinaison harmonieuse avec les plans des autres généraux dans d'autres régions de l'Espagne semblent avoir été excellemment conçus. Ses stratagèmes et ses manoeuvres étaient originaux, brillants et réussis. Les plans de ses batailles étaient établis avec une compétence consommée. Il parvint à opposer tribu contre tribu, usa de la trahison des indigènes et prit des mercenaries indigènes à sa solde.
Les détails de la campagne, comme le rapporte Tite-Live (lib. xxxiv.), et illustrés par les anecdotes fortuites de Plutarques, sont remplis d'horreur. Nous lisons que des multitudes d'Espagnols, après qu'on leur ait enlevé leurs armes, se tuèrent de honte; que des victimes qui s'étaient rendues furent massacrées en masse, et qu'il fit de fréquentes razzias impitoyables. Les principes politiques du patriotisme romain inculquaient la maxime que le bien de l'état primait tout, et que c'est pour lui que le citoyen était obligé de sacrifier ses sentiments normaux et la sa moralité individuelle. Tels étaient les principes de Caton. Il n'était pas l'homme à avoir des remords de conscience dans l'exécution complète d'une tâche publique rigoureuse. Ses démarches en Espagne n'étaient pas en désaccord avec l'idée reçue du bon vieux soldat romain, ou avec son tempérament sévère et rigoureux. Il se vanta d'avoir détruit plus de villes en Espagne qu'il n'avait passé de jours dans ce pays.
Quand il eut soumis provisoirement l'ensemble du pays situé entre l'Iberus et les Pyrénées, il se tourna vers les réformes administratives, et augmenta les revenus de la province par des améliorations dans le fonctionnement des mines de fer et d'argent. Pour ses exploits en Espagne, le sénat décréta trois jours de remerciement. Au cours de l'année 194 av. J.-C., il revint à Rome, et obtint le triomphe, où il exhiba une quantité extraordinaire de fer, d'argent et d'or, en pièces de monnaie et en lingot. Dans la distribution du butin à ses soldats, il était plus libéral qu'on aurait pu s'attendre d'un défenseur de l'économie parcimonieuse. (Liv. xxxiv. 46.) On dit que le retour de Caton semble avoir été accéléré par l'hostilité de P. Scipio Africanus, qui était consul en 194 av. J.-C. et qui convoitait le commandement de la province dans laquelle Caton avait obtenu sa renommée. Il y a un désaccord entre Népos (ou le pseudo-Népos), et Plutarque (Cat. Maj. 11), dans leurs récits de cette affaire. Le premier affirme que Scipion échoua dans sa tentative d'obtenir la province, et, irrité de son échec, resta après la fin de son consulat, à titre privé à Rome. Le second assure que Scipion, dégoûté par la sévérité de Caton, obtint réellement la province, mais, ne pouvant obtenir du sénat un vote de censure contre l'administration de son rival, passa la période de son commandement dans l'inactivité totale. Selon Tite-Live (xxxiv. 43), en 194 av. J.-C., Sex. Digitius obtint la province de l'Espagne citérieure. Il est probable que Plutarque se soit trompé en assignant cette province à Scipion l'Africain. L'idée que l'Africain ait été nommé comme successeur de Caton en Espagne peut être le résultat d'une double confusion du nom et de l'endroit, parce que P. Scipio Nasica fut nommé en 194 av. J.-C. dans la province ultérieure.
Quoiqu'il en soit, Caton se justifia avec succès par son éloquence et par la présentation détaillée de ses comptes contre les attaques faites sur sa conduite comme consul; et les fragments existants des discours, (ou du même discours sous différents noms) faits après son retour, montrent la vigueur et la hardiesse de sa défense.
Plutarque (Cat. Maj. 12), déclare qu'après son consulat, Caton accompagna Tib. Sempronius Longus comme légat en Thrace, mais ici il semble y avoir une erreur, parce que bien que Scipion l'Africain était d'avis qu'un des consuls devait avoir Macédoine, nous retrouvons bientôt Sempronius en Gaule Cisalpine (Liv. xxxiv. 43, 46), et en 193 av. J.-C., nous voyons Caton à Rome consacrant à la Victoria Virgo un petit temple qu'il avait juré de faire deux ans auparavant. (Liv. xxxv. 9.)
La carrière militaire de Caton n'est pas encore terminée. En 191 av. J.-C. il est nommé tribun militaire (ou légat? Liv. xxxvi. 17, 21), sous le consul M'. Acilius Glabrio, qui fut envoyé en Grèce pour s'opposer à l'invasion d'Antiochus le grand, roi de Syrie. Dans la bataille décisive des Thermopyles, qui amena la chute d'Antiochus, Caton se comporta avec son courage coutumier, et bénéficia de la bonne fortune qui accompagne généralement le génie. Par une attaque audacieuse et difficile, il surprit et délogea un corps d'auxiliaires étoliens, qui était posté sur le Callidromus, le plus haut sommet de la chaîne de l'Oeta. Alors il dévala soudainement des collines sur le camp royal, et la panique occasionnée par ce mouvement inattendu renversa le cours de la bataille en faveur des Romains. Après le combat, le général embrassa Caton très chaleureusement et lui attrubua tout le crédit de la victoire. Ce fait est raconté par Caton lui-même, qui, comme Cicéron, prit souvent l'habitude, choquante pour le goût moderne, de faire ses propres éloges. Après un moment passé à la poursuite d'Antiochus et à la pacification de la Grèce, Caton fut envoyé à Rome par le consul Glabrio pour annoncer la réussite de la campagne, et il y alla avec une telle rapidité qu'il commença son rapport dans le sénat avant l'arrivée de L. Scipio, (le vainqueur suivant d'Antiochus) qui avait été envoyé de Grèce quelques jours avant lui. (Liv. xxxvi. 21.)
[36,17] (1) Le consul, voyant les hauteurs occupées par les Étoliens, envoya pour les déloger M. Porcius Caton et L. Valérius, ses lieutenants consulaires, avec deux mille hommes d'infanterie d'élite; Flaccus devait attaquer Rhoduntia et Tichiunta, Caton Callidrome. (Tite-Live)
[36,21] (4) De son camp, le consul dépêcha Caton à Rome, pour porter au sénat et au peuple, la nouvelle certaine des succès qu'on avait obtenus. (5) Caton partit de Créuse, port de Thespies au fond du golfe de Corinthe, et se rendit à Patras en Achaïe; de Patras à Corcyre il longea les côtes de l'Étolie et de l'Acarnanie, et alla débarquer à Hydronte, en Italie. (6) Cinq jours après, grâce à la rapidité de sa marche, il arriva à Rome par la route de terre. Il entra de nuit dans la ville, et alla tout droit chez le préteur M. Junius. (7) Celui-ci convoqua les sénateurs dès le matin même. L. Cornélius Scipio, que le consul avait fait partir plusieurs jours auparavant, ayant appris à son arrivée que Caton l'avait devancé au sénat, y survint au milieu de la narration de ce dernier. (Tite-Live)
Il était pendant la campagne de Grèce sous les ordres de Glabrio, et, il semblerait du récit de Plutarque, (rejeté par Drumann) qu'avant la bataille des Thermopyles, Caton fut chargé de garder Corinthe, Patras, et Aegium, contre l'offensive d'Antiochus. C'est alors qu'il visita Athènes, et, pour empêcher les Athéniens de répondre aux ouvertures du roi syrien, il leur adressa un discours en latin, qui leur fut traduit par un interprète. Déjà peut-être il avait des notions vagues de Grec, parce que, dit Plutarque, alors qu'il était à Tarente durant sa jeunesse, il eut des relations étroites avec Néarque, un philosophe grec, et Aurelius Victor dit que pendant qu'il était préteur en Sardaigne, il apprit le Grec d'Ennius. Ce n'était pas tellement, sans doute, par son mépris toujours professé pour le grec, mais parce que son discours était une affaire d'État, qu'il s'est servi du latin, conformément à la coutume romaine, qui était considéré comme une marque diplomatique de la majesté romaine (Val. Max. II. 2. § 2.)
2. Combien nos anciens magistrats étaient attentifs à soutenir leur propre dignité et celle du peuple romain ! Ce souci de maintenir leur autorité peut se reconnaître, entre autres indices, à ce fait qu'ils gardaient avec une grande persévérance, l'habitude de ne donner leurs décisions aux Grecs qu'en latin. On fit plus : sans égard pour cette facilité de parole par quoi ils excellent, on les forçait eux-mêmes à ne parler devant les magistrats que par l'organe d'un interprète, non seulement à Rome, mais encore en Grèce et en Asie. C'était dans le dessein sans doute de répandre la langue latine et de la mettre en honneur chez toutes les nations. Ce n'est pas que le goût de s'instruire fît défaut à nos ancêtres, mais ils pensaient qu'en tout, le manteau grec devait se subordonner à la toge romaine, regardant comme une indignité de sacrifier aux attraits et aux charmes de la littérature la puissance et le prestige de la souveraineté. (Valère-Maxime)
Après son arrivée à Rome, il n'y a aucune preuve certaine que Caton s'engagea de nouveau dans une guerre. Scipion, qui avait été légat sous Glabrio, était consul en 190 av. J.-C, et la province la Grèce lui fut attribuée par le sénat. Il y a une expression chez Cicéron (pro Muren. 14), qui pourrait faire croire que Caton retourna en Grèce, et combattit sous L. Scipion, mais sur un tel événement, l'histoire est silencieuse "Nunquam cum Scipione esset profectus [M. Caton], si cum mulierculis bellandum esse arbitraretur." Que Cicéron ait fait une erreur semble plus probable que de rapporter cela au moment où Caton et L. Scipion servaient ensemble sous Glabrio, ou de dire que les mots "cum Scipione," comme l'ont pensé quelques critiques, sont une interpolation.
C'est aussi dans cette guerre que se distingua M. Caton, votre bisaïeul; et cet illustre citoyen que je me représente avec le caractère que je vous connais, n'eût jamais accompagné Scipion, s'il avait cru n'avoir que des femmes à combattre. (Cicéron)
En 189 av. J.-C., M. Fulvius Nobilior, le consul, obtint l'Étolie comme province, et Caton y fut envoyé après lui, comme nous apprenons d'un extrait (préservé par Festus, s. v. Oratores) de son discours de suis Virtutibus contre Thermum. Il semble que sa légation fut plutôt civile que militaire, et qu'il fut envoyé pour s'entretenir avec Fulvius sur la demande des Étoliens, qui se trouvaient dans une situation malheureuse : ne pas être suffisamment protégés par Rome s'ils restaient fidèles, et être punis s'ils en venaient à aider ses ennemis.
Caton, par exemple dit, dans le discours qu'il a écrit sur ses mérites contre Thermus : M. Fulvio consuli legatus sum in Aetoliam, propterea quod ex Aetolia complures venerant : Aetolos pacem velle : de ea re oratores Romam profectos. (Festus)
Nous avons vu Caton dans son rôle de soldat éminent et capable: nous allons maintenant l'observer dans son rôle de citoyen actif et de premier plan. Si Caton était en 190 av. J.-C. avec L. Scipio Asiaticus (comme Cicéron semble le dire), et en 189 av. J.-C. en Étolie avec Fulvius, il doit quand même avoir passé une partie de ces années à Rome. Nous le trouvons en 190 av. J.-C. très actif en s'opposant aux demandes de Q. Minucius Thermus pour un triomphe. Thermus avait été remplacé par Caton dans le commandement de l'Espagne citérieure, et avait pris part après à la répression des incursions des Ligures, qu'il soumit, et exigeait alors un triomphe comme récompense. Caton l'accusa de batailles inventées et d'exagérer le nombre d'ennemis massacrés lors de vraies batailles, et l'accusa de l'exécution cruelle et honteuse de dix magistrats (decemviri) Boïens, sans aucune forme de justice, sous prétexte qu'ils étaient lents à fournir les approvisionnements exigés. (Gell. xiii. 24, x. 3.) L'opposition de Caton fut couronnée de succès ; mais le passage de Festus déjà cité montre qu'après son retour d'Étolie en 189, il dut défendre sa propre conduite contre Thermus, qui était le tribun en 189 av. J.-C. et qui mourut au combat en 188 av. J.-C.
Cet artifice de style par lequel on rend une accusation plus véhémente en accumulant des expressions sévères, a été employé avec succès par notre vieux M. Caton. Par exemple, dans son discours qui a pour titre les Dix Victimes, dans lequel il accuse Thermus d'avoir envoyé à la mort le même jour dix hommes libres, il simule des expressions qui ont toutes la même signification. Comme ce sont les premières étincelles de l'éloquence latine, alors à son début, je me ferai un plaisir de rappeler ce passage :
Tuum nefarium facinus pejore facinore operire postulas ; succidias humanas facis, tantas trucidationes facis, decem funera facis, decem capita libera interficis, decem hominibus vitam eripis, indicta causa, injudicatis, indemnatis,
c'est par une action plus criminelle encore que tu demandes à couvrir ton crime: tu envoies des hommes à la mort, tu commets un si grand nombre de meurtres, tu fais dix funérailles, tu fais tomber dix têtes libres, tu arraches la vie à dix hommes sans les entendre, sans les juger, sans les condamner. (Aulu-Gelle)
En 189 av. J.-C., Caton et son vieil ami L. Valerius Flaccus étaient parmi les candidats pour la censure, et, parmi leurs concurrents, il y avait leur ancien général M'. Acilius Glabrio. Glabrio, qui ne possédait pas l'avantage de la noblesse, décida d'essayer ce que pouvait l'influence de l'argent. Afin de contrecarrer ses efforts, il fut accusé d'avoir utilisé les trésors d'Antiochus à son propre usage, et fut finalement obligé de retirer sa demande. Caton s'activait à favoriser l'opposition à son vieux général, et racontait qu'il avait vu des récipients en or et en argent parmi le butin royal dans le camp, mais qu'il ne les avait pas vu lors du défilé triomphal de Glabrio. Ni Caton ni Flaccus ne furent élus. Le choix tomba sur deux personnes du parti opposé, T. Flamininus et M. Marcellus.
Caton ne se laissa pas abattre par un échec. En 187 av. J.-C, M. Fulvius Nobilior revint d'Etolie, et demanda l'honneur d'un triomphe. De nouveau, Caton se trouva à son poste d'opposant. Fulvius était indulgent envers ses soldats. C'était un homme de goût littéraire, et il fréquentait Ennius, qui était son compagnon dans les moments qu'il ne consacrait pas au devoir militaire. Tout cela répugnait aux vieux principes romains de Caton, qui, entre d'autres charges, accusa Fulvius de maintenir des poètes dans son camp (Cic. Tusc. I. 2), et d'altérer la discipline militaire, en donnant des couronnes à ses soldats pour des services énormes tels que creuser des puits ou élever un retranchement. (Gell. v. 6.) De nouveau Caton échoua et Fulvius obtint le triomphe recherché.
Mais ce qui fait bien voir qu'alors les poètes étaient peu estimés, c'est que Caton lui-même, dans une de ses oraisons, reproche à un consul de son temps, comme quelque chose de honteux, d'avoir mené des poètes avec lui dans la province où il commandait. Il y avait mené Ennius.(Cicéron)
M. Caton reprocha un jour à M. Fulvius Nobilior de décerner des couronnes à ses soldats, dans des vues d'ambition, choses les plus frivoles. Voici les paroles mêmes de Caton : "Qui dans les premiers temps a vu décerner des couronnes avant que la ville fût prise, ou le camp des ennemis dévoré par les flammes ?" Or, Fulvius, auquel s'adressaient les reproches de Caton, avait distribué des couronnes à ses soldats pour avoir élevé un retranchement ou creusé des puits. (Aulu-Gelle)
Quand P. Scipio Africanus fut accusé d'avoir reçu des sommes d'argent d'Antiochus, qui n'avait pas été dûment rendues à l'état, et d'avoir permis au malheureux monarque de s'en sortir avec trop d'indulgence, on dit que ce fut Caton qui fut à la base de l'accusation. (Liv. xxxviii. 54.) Chacun sait comment le fier conquérant déchira de ses propres mains les registres de comptabilité que son frère Lucius produisait au sénat; et comment, le jour de son propre procès, il demanda au peuple de le suivre des rostres jusqu'au Capitole pour rendre grâce aux dieux immortels de l'anniversaire de la bataille de Zama. Peu accoutumé à se soumettre aux questions et conscient des grands bénéfices qu'il avait rendu à l'état, il se considérait presque au-dessus des lois. Bien que Caton ait laissé à d'autres l'opprobre d'accuser l'Africain, il n'hésita pas à préconiser une proposition qui était calculée pour préparer le chemin à la poursuite réussie d'une accusation semblable contre L. Scipio Asiaticus. A cause de son influence il y eut un plébiscite, demandant au sénat de nommer un commissaire pour enquêter sur les chefs d'accusation au sujet de l'argent d'Antiochus. Le résultat fut que Lucius et d'autres furent condamnés. Quant aux dates et aux détails de ces affaires, il y a complet désaccord chez les auteurs anciens.
[38,54] (1) La mort de l'Africain enhardit les ennemis: à leur tête se distinguait M. Porcius Caton, qui, même de son vivant, n'avait cessé de crier contre sa grandeur.(2) Ce fut, dit-on, à son instigation que les Pétillius l'attaquèrent pendant sa vie, et, après sa mort, firent une proposition ainsi conçue: (3) "Voulez- vous, ordonnez-vous qu'il soit fait une enquête sur l'argent pris, enlevé, extorqué au roi Antiochus et aux peuples de sa dépendance, (4) et que sur la portion qui n'en a point été versée dans le trésor public, Ser. Sulpicius, préteur de la ville, fasse son rapport au sénat? ensuite, que le sénat nomme à son choix, pour poursuivre l'affaire, l'un des préteurs actuels? " (5) Cette proposition fut d'abord combattue par Q. et L. Mummius: que le sénat se contentât de rechercher les détenteurs des deniers publics, comme cela s'était toujours fait, ils ne trouvaient rien de plus juste. (6) Les Pétillius s'élevaient contre le rang éminent, le règne des Scipions dans le sénat. Le consulaire L. Furius Purpurion, l'un des dix commissaires d'Asie, (7) voulait étendre davantage la proposition: ce n'était pas, selon lui, sur l'argent tiré d'Antiochus seulement, mais de tous les rois et peuples de l'Orient, que devait porter l'enquête. C'était à Cn. Manlius qu'il en voulait. (8) L. Scipion, qui semblait devoir plus songer à se défendre qu'à attaquer la loi, se présenta pour la combattre. "C'était après la mort de son père l'Africain, le plus illustre des hommes, qu'on venait proposer une pareille enquête, s'écriait-il douloureusement! (9) C'était peu d'avoir laissé mourir Publius l'Africain sans faire son éloge à la tribune: il fallait encore le calomnier! Les Carthaginois s'étaient bornés à exiler Hannibal; (10) et le peuple romain n'en avait pas assez de la mort de P. Scipion! Il fallait qu'il descendît, la calomnie à la bouche, jusque dans son tombeau; il fallait que son père partageât avec lui les coups de l'envie et devînt sa seconde victime." (11) M. Caton fit passer la proposition (nous avons encore son discours sur l'argent du roi Antiochus), et l'autorité de sa parole en imposa aux Mummius qui se désistèrent de leur opposition. (12) L'obstacle étant donc levé, toutes les tribus votèrent l'enquête. (Tite-Live)
Caton fut de nouveau candidat pour la censure, avec son vieil ami L. Valerius Flaccus et six autres, parmi lesquels étaient les patriciens P. et L. Scipio, et le plébéien L. Fulvius Nobilior. Il était violent dans ses promesses ou menaces de réforme, et disait que, s'il obtenait la magistrature, il ne démentirait pas les déclarations de sa vie passée. La crainte de son succès alarma tous ses ennemis personnels, qui étaient tous connus pour leur luxe, et qui tous avaient tiré profit de la mauvaise gestion des finances publiques. Malgré l'opposition combinée des six autres candidats, il obtint la censure en 184 av. J.-C., faisant entrer par sa propre influence L. Valerius Flaccus comme collègue.
Ce fut une grande époque dans la vie de Caton. Il s'appliquait énergiquement aux fonctions de sa charge, sans s'occuper des ennemis qu'il se faisait. Il répara les cours d'eau, pava les réservoirs, nettoya les canalisations, détruisit les dérivations par lesquelles les particuliers retiraient illégalement l'eau publique pour alimenter leurs logements et pour irriguer leurs jardins, augmenta les loyers payés par les publicains pour la ferme des impôts, et diminua les prix des contrats payés par l'état aux entrepreneurs de travaux publics. On peut se demander s'il n'est pas allé trop loin dans ses réformes, quand il considérait plutôt le bas prix d'une offre que la sécurité offerte par le caractère et les circonstances du demandeur; mais il ne peut y avoir aucun doute que de grands abus existaient, contre lesquels rien ne pouvait s'opposer avec succès sauf le courage sans peur et les facultés administratives extraordinaires de Caton. Il dérangeait un nid de frelons, et toute sa vie future fut troublée par leur bourdonnement et leurs tentatives de le piquer. Après sa censure, il fut poursuivi par certains tribuns, à l'instigation de T. Flamininus, pour la mauvaise conduite dans le ministère de sa charge, et condamné à payer une amende de deux talents (Plut. Cat. Maj. 10), ou en monnaie romaine 12.000 as. Bien qu'il fut accusé pas moins de 44 fois durant sa vie, c'est le seul exemple rapporté où ses ennemis l'emportèrent.
Les dispositions contre le luxe, contenues dans son édit censorial, étaient sévères et rigoureuses. Il ordonna d'enlever des endroits publics les statues non autorisées érigées en l'honneur d'hommes indignes, se récria contre l'indécence éhontée et contre la façon irréligieuse dont on utilisait, comme des meubles ordinaires pour orner les manoirs des nobles, les images des dieux pris dans les temples des pays conquis. Il décida que les esclaves, âgés de moins de vingt ans, qui avaient été vendus depuis le dernier lustre dix mille as au plus, seraient estimés dix fois plus qu'ils n'avaient coûté, et frappa tous ces objets d'un droit de trois as par mille-- une façon détournée d'imposer un taux de trois pour cent. Il enjoignit aux citoyens de comprendre dans la déclaration de leurs revenus les bijoux, les parures de femmes et les voitures dont la valeur excéderait la somme de quinze mille as (Liv. xxxix. 44.).
[39,44] (1) En faisant la revue des chevaliers, les censeurs privèrent Scipion l'Asiatique de son cheval. Ils ne se montrèrent pas moins sévères ni moins rigoureux à l'égard de tous les ordres pour l'opération du cens. (2) Ils enjoignirent aux citoyens de comprendre dans la déclaration de leurs revenus les bijoux, les parures de femmes et les voitures dont la valeur excéderait la somme de quinze mille as. (3) Ils décidèrent que les esclaves, âgés de moins de vingt ans, qui avaient été vendus depuis le dernier lustre dix mille as au plus, seraient estimés dix fois plus qu'il n'avaient coûté, et frappèrent tous ces objets d'un droit de trois as par mille. (4) Ils supprimèrent toutes les eaux que les particuliers tiraient des aqueducs pour leurs maisons ou leurs champs, et obligèrent tous ceux qui avaient des maisons en saillie sur la voie publique, commencées ou achevées, à les démolir dans l'espace de trente jours. (5) Ils employèrent ensuite à des travaux publics l'argent décrété pour cet objet, firent paver les abreuvoirs et nettoyer les égouts qui en avaient besoin; ils en construisirent aussi de nouveaux sur l'Aventin et dans les autres quartiers qui n'en avaient pas. (6) Ils travaillèrent aussi séparément. Flaccus fit élever, dans l'intérêt du peuple, une chaussée qui conduisait aux eaux de Neptune, et percer un chemin à travers la montagne de Formies. (7) Caton acheta pour l'état deux vestibules, celui de Maenius et celui de Titius, dans les Lautumies, ainsi que quatre boutiques; il en fit la basilique appelée Porcia. Ils affermèrent les impôts à un très haut prix, et les travaux publics au rabais. (8) Mais le sénat, vaincu par les prières et les larmes des publicains, ayant ordonné qu'on procédât à une nouvelle adjudication de la ferme des impôts, les censeurs écartèrent de la concurrence par un édit ceux qui avaient éludé leurs premiers engagements, et firent une nouvelle adjudication avec une légère baisse de prix. (9) Ce fut une censure célèbre que celle de ces deux magistrats; mais elle excita beaucoup de haine contre Caton, à qui l'on attribuait tous les actes de sévérité, et il ne cessa plus d'être en butte aux attaques de ses ennemis. (Tite-Live)
Dans l'exercice du pouvoir énorme de la nota censoria, il fut également intransigeant. Il chassa justement du sénat L. Quintius Flamininus (le frère de Titus, son ancien adversaire chanceux dans la course à la censure), pour avoir commis (si nous acceptons la version de l'histoire) un acte de la plus abominable cruauté accompagné de dégoûtantes débauches (Liv. xxxix. 42, 43; Plut. Cat. Maj. 17; Cic. Senect. 12); pourtant l'état de dégénérescence morale à Rome était déjà tel qu'on pouvait acheter la populace pour inviter le malheureux dégradé à reprendre son ancienne place au théâtre dans les sièges répartis aux consulaires.
(7) Mais aucun sans contredit ne renferme de reproches plus graves que celui qu'il fit contre L. Quinctius. Si Caton eût parlé ainsi comme accusateur, avant d'avoir mis son apostille, et non comme censeur pour la justifier, T. Quinctius lui-même n'aurait pu, en supposant qu'il eût été censeur à ce moment, maintenir son frère Lucius dans le sénat. (8) Entre autres infamies, il lui reprocha d'avoir séduit par de magnifiques promesses et emmené de Rome dans son département de la Gaule, un jeune débauché fort célèbre alors, nommé Philippe le Carthaginois. (9) Ce jeune homme, qui voulait se faire aux yeux de son amant un mérite de sa complaisance, lui reprochait assez ordinairement, par forme de plaisanterie, dans l'intimité de leur commerce, de l'avoir emmené de Rome la veille d'un combat de gladiateurs. (10) Un jour qu'ils étaient tous deux à table, et qu'ils avaient la tête échauffée par le vin, on vint annoncer au consul qu'un noble Boïen s'était présenté au camp comme transfuge avec ses enfants, et qu'il demandait à voir Quinctius pour recevoir de lui personnellement l'assurance de sa protection. (11) Introduit dans la tente, il s'adressa au consul par l'organe d'un interprète. Tout à coup Quinctius l'interrompit: "Veux-tu, dit-il au complice de ses débauches, pour te dédommager du spectacle que je t'ai fait manquer, voir mourir ce Gaulois?" (12) À peine Philippe avait-il fait un signe d'assentiment, sans croire l'offre sérieuse, que pour lui complaire le consul tira du fourreau l'épée qui était suspendue auprès de lui, et en frappa d'abord le Gaulois à la tête pendant qu'il parlait; puis, voyant qu'il fuyait en implorant la protection du peuple romain et de tous ceux qui se trouvaient là, il le poursuivit et lui perça le flanc. (Tite-Live)
Il chassa Manilius, un homme de rang prétorien, parce que après avoir embrassé son épouse en présence de sa fille un jour ouvert. Si l'étrange affirmation de Caton sur sa propre façon de faire (Plut. Caton, 17) doit être prise comme recommandation hyperbolique de sa réserve décente, ou être expliqué comme Balzac (cité par Bayle, s. v. Porcius) nous le dit, nous le recherchons encore. Il chassa L. Nasica (ou, comme certains le conjecturent, L. Porcius Laeca) pour une plaisanterie déplacée et irrévérencieuse en réponse à une question solennelle. (Cic. de Orat. II. 64).
La réponse que L. Nasica fit à Caton le censeur, n'est pas moins plaisante. Avez-vous une femme à votre gré? lui demandait celui-ci : - Oui, répondit-il, mais non pas à mon gré. (Cicéron)
Afin de détecter si quelqu'un était célibataire (c'était le devoir des censeurs d'y mettre terme ou de le punir), on faisait venir les hommes en âge de se marier, "Ex tui animi sententia, tu uxorem habes ?" "Non hercule," fut la réponse de L. Nasica, "ex mei animi sententia." Au passage en revue des chevaliers, il priva L. Scipio Asiaticus de son cheval pour avoir accepté des dessous de table d'Antiochus. L. Scipio était sénateur, mais les sénateurs, qui étaient en âge de servir, possédaient toujours le cheval public du chevalier, et participaient à la revue. (Dict. Ant. s. v. Equites.). Il priva L. Veturius de son cheval pour avoir omis un sacrifice établi, et pour être devenu trop corpulent pour être utile dans le combat. (Fest. s. v. Stata.). Il chassa plusieurs et les priva de leurs chevaux, et, non content de cela, il exposa publiquement, avec une âpre véhémence, les vices de ses victimes.
STATA SACRIFICIA. On appelle ainsi des sacrifices qui doivent se faire en des jours déterminés. Caton dans le discours qu'il écrivit contre L. Verrius, au sujet du sacrifice commencé, lorsqu'il lui ôta son cheval : Quod tu, quod in te fuit, sacra stata, solemnia, caste sancta, deseruisti. (Festus)
Il n'est pas avéré que, dans l'exercice de la puissance théoriquement exorbitante et anormale de la censure, Caton ait agi injustement, bien que des motifs personnels et des innimitiés privées ou des antipathies partisanes aient pu parfois s'opposer à ses vues du devoir politique et moral.
La censure remarquable de Caton fut récompensée par une statue publique, avec une inscription commémorative et élogieuse.
Désormais la vie publique de Caton se déroula principalement dans des procès, des débats au sénat et des discours au peuple. Les fragments de ses discours montrent son activité incessante, et la cohérence de sa carrière. Il poursuivit ses adversaires politiques avec une animosité implacable; pour lui, en vrai Italien qu'il était, la vengeance était une vertu. Selon ses propres mots, les obsèques les plus honorables qu'un fils pouvait rendre à la mémoire de son père étaient la condamnation et les larmes des ennemis de ce père. Avec ses yeux gris-vert, ses cheveux blonds, sa charpente de fer et sa voix de stentor, il exprimait de injures tellement violentes qu'elles amenèrent la piquante épigramme grecque rapportée par Plutarque. (Caton, 1)
Πυρρὸν, πανδακέτην, γλαυκόμματον, οὐδὲ θανόντα
Πόρκιον εἰς ἀίδην Περσεφόνη δέχεται.
Son opposition au luxe continua. En 181av. J.-C., il soutint l'adoption de la Lex Orelia qui voulait limiter limiter le nombre d'invités aux banquets. En 169 av. J.-C. (selon Cicero, Senect. 5, ou plusieurs années plus tôt, selon l'epitome du livre xli de Tite-Live..) il appuya la proposition de la Lex Voconia, dont les dispositions étaient destinées à empêcher l'accumulation de la richesse dans les mains des femmes.
Dans quelques questions de politique étrangère nous le trouvons du côté des opprimés. Les gouverneurs proconsulaires des deux Espagne contraignirent les habitants de la province à payer leurs impôt de blé en argent à un change arbitrairement élevé, et ensuite ils forcèrent les fermiers provinciaux à fournir le blé aux Romains à un prix extrêmement bas. Quand les députés espagnols vinrent à Rome en 171 av. J.-C. pour se plaindre de telles exactions injustes, Caton fut choisi comme avocat de son ancienne province, l'Espagne citérieure, et instruisit l'affaire avec un tel esprit qu'il souleva contre lui une hostilité puissante, bien que les gouverneurs coupables, M. Matienus et P. Furius Philus, échappèrent à la condamnation par un exil volontaire, (Liv. xliii. 2.)
De nouveau quand les Rhodiens sollicitèrent le sénat de ne pas punir toute l'île pour les actes faits sans autorisation par quelques individus factieux, sur prétexte de neutralité générale pour les armes romaines lors des guerres contre Antiochus et Persée, Caton plaida la cause des Rhodiens devant le sénat par un discours talentueux et efficace. Les critiques minutieuses et artificielles de Tiron, le secrétaire de Cicéron, sur des parties de ce discours, sont rapportées et réfutées par Aulu-Gelle (vii. 3). Cicéron lui-même parlant par la bouche d'Atticus (Brutus, 85), avait beaucoup de peine à apprécier l'éloquence vigoureuse, rugueuse, sentencieuse, passionnée, pleine de verve de Caton. Elle était empreinte de quelques affectations d'expressions saisissantes -- avec des bizarreries, des grossièretés, des archaïsmes et des néologismes. Si nous pouvons juger Caton par ses fragments, il possédait l'esprit vigoureux et le très grand sérieux de Démosthène, sans son élévation de pensée, sans l'harmonie de la langue, et sans la perfection de la forme qui couronnaient l'éloquence de l'Athénien.
Ton Caton, je l'admire comme citoyen, comme sénateur, comme général, enfin comme un homme éminent par la sagesse, l'activité, toutes les vertus. Ses discours me plaisent fort pour leur temps, ils témoignent d'un certain génie naturel, mais sans politesse et vraiment barbare. Quant à ses "Origines", en les prétendant remplies de mérites oratoires, en comparant Caton à Philiste et à Thucydide, pensais-tu vraiment obtenir l'assentiment de Brutus ou le mien? A ces orateurs, que les Grecs eux-mêmes n'ont pu imiter, tu vas comparer un paysan de Tusculum, qui ne soupçonne pas encore ce qu'est l'abondance et l'éclat oratoire? (Cicéron).
La vigueur des solides préjugés nationaux de Caton semble avoir diminué en vieillissant et en devenant plus sage. Il s'est appliqué dans sa vieillesse à l'étude de la littérature grecque, qu'il ne connaissait pas dans sa jeunesse, bien qu'il n'ait pas ignoré la langue grecque. Lui-même était historien et orateur et les qualités de Démosthène et de Thucydide lui avaient laissé une impression profonde dans son esprit. Cependant dans beaucoup d'affaires importantes, durant sa vie, sa conduite fut guidée par des préjugés contre les classes et les nations, dont il considérait l'influence hostile à la simplicité du vieux caractère romain. Il est probable qu'il ait eu une certaine part dans le senatusconsultum qui, à l'arrivée d'Eumène, roi de Pergame, à Brindisie en 166 av. J.-C., interdit aux rois d'entrer dans Rome, alors qu'Eumène, lors de sa visite précédente, après la guerre contre Antiochus, ait été reçu avec les honneurs par le sénat, et traité magnifiquement par les nobles, Caton indigné des égards rendus au monarque, refusa d'aller près de lui, et dit : "Les rois sont des animaux naturellement carnivores." Il avait une antipathie contre les médecins, parce qu'ils étaient la plupart du temps des Grecs, et donc on ne pouvait leur faire confiance en leur confiant des vies romaines, puisque tous les Grecs méprisaient les barbares, y compris le Romains, en tant qu'ennemis naturels. Il mit fort en garde son fils aîné contre des médecins, et se passa de leurs services. Il n'était pas mauvais médecin lui-même quand il recommandait comme régime vraiment salutaire, des canards, des oies, des pigeons et des lièvres, bien que les lièvres, dit-il, sont susceptibles de provoquer des rêves. Malgré toute son antipathie, il n'y a aucune preuve chez les auteurs antiques sur ce qui a été souvent répété, à savoir qu'il rédigea une loi pour expulser les philosophes de la ville. Quand Athènes envoya Carnéade, Diogène et Critolaüs pour négocier avec Rome une remise des 500 talents que les Athéniens devaient payer en dédommagement aux Oropiens, Carnéade provoqua une grande attention par sa conversation et ses conférences philosophiques, dans lesquelles il prêchait la doctrine pernicieuse d'un opportunisme de la justice, et illustrait sa doctrine en touchant à un sujet dangereux et sensible -- l'exemple de Rome elle-même "Si on enlevait à Rome tout ce qu'elle n'avait pas justement gagné, les Romains pourraient retourner dans leurs huttes." Caton, offensé par ces principes, et jaloux de l'attention prêtée à ce Grec, donna des conseils que le sénat suivit : "Donnez le plus tôt possible une réponse à ces députés et renvoyez-les poliment." Lors de la victoire contre Persée, les principaux hommes de la ligue achéenne, au nombre de presque 1.000, y compris l'historien Polybe, furent emmenés à Rome en 167 av. J.-C., comme otages pour que les Achéens se tiennent tranquilles, et, ensuite, sans aucune preuve de sécession de la part des Achéens, ils furent retenus en exil hors leur pays, et dispersés dans les coloniae et les municipia de l'Italie. Quand leurs nombres fut réduit à environ 300, après un exil de 16 ans, l'intercession du second Africain, l'ami de Polybe, permit avec Caton de faire voter l'autorisation de retourner dans leur pays. La conduite du vieux sénateur -- il avait maintenant 83 ans -- fut plus aimable que ses mots. Il n'intervint pas jusqu'à la fin d'une longue discussion, et alors il approuva la proposition sur le fond en disant que c'était une affaire complètement indifférente : "Nous n'avons rien de mieux à faire que de nous reposer ici toute la journée à discuter si un groupe de Grecs usés jusqu'à la corde aura sa tombe ici ou en Achaïe?" Quand les exilés sollicitèrent le sénat de pouvoir recouvrer leur ancien statut et les honneurs dans leur propre pays, Caton laissa entendre qu'ils étaient des imbéciles de rentrer chez eux, et était bien mieux comme ils étaient. Il a dit en souriant que Polybe était comme Ulysse retournant à la caverne du Cyclope pour reprendre son chapeau et sa ceinture. Les facultés actives de Caton furent tellement plus développées que ses affections, qu'il semble avoir presque manqué de sympathie et de sentiments fins et tendres, bien qu'on puisse penser qu'il feignait parfois l'indélicatesse dans son comportement, afin de maintenir son caractère Catonien. Nulle part dans ses écrits ou ses discours nous ne voyons des sentiments généreux et élevés. Sa volonté forte et ses emportements violents de colère et d'ambition ont été guidés par une intelligence vive et froide, et un bon sens pratique et utilitaire.
Même dans les dernières années de sa longue vie, Caton ne prit aucun repos. En sa quatre-vingt-unième année, 153 av. J.-C. , il fut accusé par C. Cassius pour un capitale crimen (on n'en sait pas la nature), et se défendit en personne avec une force intacte, une voix assurée, et une mémoire inébranlable : "Comme il est dur," dit-il, "pour quelqu'un dont la vie s'est passée dans une génération précédente, de plaider sa cause devant des hommes du présent!" (Val. Max. viii. 7. § 1 ; Plut. Caton, 15.)
1. Caton, à l'âge de quatre-vingt-six ans, gardait encore pour les affaires publiques une ardeur de jeune homme. Accusé par ses ennemis d'un crime capital, il plaida lui-même sa cause sans qu'on pût remarquer en lui ni un ralentissement de la mémoire, ni le moindre affaiblissement de la poitrine, ni quelque embarras dans la prononciation : c'est qu'il maintenait ses facultés en bon état par une activité régulière et constante. Sur le point même de terminer une si longue carrière, dans une accusation intentée à Galba, I'un des plus éloquents orateurs d'alors, il prit la défense de l'Espagne. (An de R. 604.)
Le même Caton eut un vif désir d'étudier la littérature grecque sur le tard. Évaluons son âge à ce moment d'après ce fait qu'il n'étudia même la littérature latine qu'à l'approche de la vieillesse. Il s'était déjà fait une grande réputation d'orateur, lorsqu'il s'appliqua à se donner aussi une connaissance approfondie du droit civil. (Valère-Maxime)
L'année juste avant sa mort, il fut un des instigateurs en chef de la troisième guerre punique. L'inquiétude du sénat avait été éveillée par le rapport qu'une grande armée, commandée par Ariobarzane, s'était rassemblée sur le territoire carthaginois. Caton recommanda une déclaration immédiate de guerre contre les Carthaginois, pour la raison que leur vrai but en obtenant l'aide des Numides était leur hostilité à l'égard de Rome, bien que le prétexte fut la défense de leur frontière contre la prétention de Masinissa sur une partie de leur empire. Scipion Nasica pensait qu'il n'y avait pas prétexte à un casus belli, et on se disposa à envoyer une ambassade en Afrique pour s'informer sur la situation réelle. Quand les dix députés, dont Caton, arrivèrent sur le territoire contesté, ils offrirent leur arbitrage, qui fut accepté par Masinissa, mais rejeté par les Carthaginois, qui n'avaient aucune confiance dans la justice des Romains. Les députés observèrent avec soin les préparatifs guerriers, et les défenses de la frontière. Ils entrèrent alors dans la ville, et virent la force et la population qu'elle avait acquise depuis sa prise par le premier Africain. Sur le chemin du retour, Caton fut le premier à penser que Rome ne serait jamais sauve, aussi longtemps que Carthage serait si puissante et si hostile. Un jour il tira une grappe de figues mûres de sous sa robe, et la jeta sur le plancher du Sénat, en disant aux sénateurs assemblés, qu'il était étonné de la fraîcheur et de la finesse de ces fruits, "Ces figues ont été cueillies il y a trois jours à Carthage; c'est le temps pour les ennemis d'arriver à nos murs." Depuis lors, chaque fois qu'il devait voter au sénat, bien que le sujet de du débat n'ait aucune relation avec Carthage, il disait toujours : "Je vote pour que Carthage ne soit plus" ou, selon la version plus admise de Florus : "Delenda est Carthago" (ii. 15)" Scipio Nasica, d'autre part, pensant que Carthage dans son état affaibli était plutôt un rempart utile qu'une formidable rivale de Rome, votait toujours "Laissez vivre Carthage." (Liv. Epit. xlviii. xlix.; Appian, de Bell. Pun. 69 ; Plin. H. N. xv. 17..) Cette histoire doit sembler étrange à ceux qui ne savent pas que, durant la république, c'était l'usage des sénateurs romains, après leur vote, d'exprimer -- quelle que soit la question -- toute opinion qu'ils considéraient comme fort importante pour le bien-être de l'état. (Tac. Ann. ii. 33).
La dernière année de sa vie, Caton a pris une part remarquable mais infructueuse dans l'accusation contre de S. Sulpicius Galba. Ce général perfide, après la reddition de l'armée de Lusitanie, en l'infraction flagrante avec sa parole donnée, mit à la mort certains des soldats, et en vendit d'autres comme esclaves en Gaule, alors que quelques uns s'échappaient, parmi lesquels Viriathe, le futur vengeur de sa nation. Galba prétendait avoir découvert que, sous couvert de reddition, les Lusitaniens consertaient une attaque; mais il fut acquitté principalement par la compassion provoquée par le défilé théâtral de ses jeunes fils en pleurs et de ses pupilles orphelins. Caton prononça un discours violent contre Galba, et l'inséra dans le 7ème livre de ses Origines, quelques jours ou quelques mois avant sa mort, en 149 av. J.-C., à l'âge de 85 ans. (Cic. Brutus, 23.)
Caton se maria deux fois; d'abord à Licinia, une dame de petite fortune mais de naissance noble dont ils eut un fils, M. Porcius Caton Licinianus, le juriste, et qui vécut jusqu'à un âge avançé. Après sa mort il cohabita secrètement avec une esclave; bien qu'il fût un mari fidèle, et comme voeuf il fût inquiet de préserver sa réputation, la citation célèbre "sententia dia Catonis." montre qu'il attachait peu devaleur à la vertu du chasteté. Quand son amour fut découvert par son fils, il se décida à se remarier et choisit la fille de son scribe et client, M. Salonius. La manière dont un patron pouvait commander son client, et un père se débarasser de sa fille, est désagréablement amplifiée dans le récit imagé de Plutarque de l'entrevue entre Caton et Salonius au sujet du mariage. Le vieil homme vigoureux terminait sa 80ème année quand Salonia eut un fils, M. Porcius Caton Salonianus, le grand-père de Caton d'Utique. Envers son fils aîné il se comporta comme un bon père, et prit en charge la totalité de son éducation. Pour ses esclaves il était un maître sévère. Sa conduite envers eux (si elle n'est pas trop noircie par Plutarque) était vraiment détestable. La loi les tenait comme comme de simples biens mobiliers, et il les ttaitait en tant que tels, sans aucun respect pour les droits de l'homme. " Lingua mali pars pessima servi" ainsi il leur apprennait à être secrets et silencieux. Il leur donnait le sommeil quand ils ne savaient plus faire autrement. Afin d'empêcher qu'ils s'associent et pour les diriger plus facilement, il semait intentionnellement la zizanie et la jalousie entre eux, et permettait aux mâles d'acheter avec leur peculium la permission d'avoir des rapports sexuels avec les servantes de son ménage. En leur nom, ils achetaient de jeunes esclaves, qu'ils formaient, et s'est puis vendaient avec un bénéfice pour lui-même. Après avoir soupé avec ses invités, il punissait souvent sévèrement avec des lanières pour des faits insignifiants de négligence, et parfois les faisait mettre à mort. Quand ils devenaient faibles et inutiles, il les vendait ou les mettait à la porte. Il ne traitait pas mieux les animaux inférieurs. Son cheval de guerre qui l'accompagnait lors de sa campagne en Espagne, il le vendit en quittant le pays, parce que l'état ne voulait pas se charger des dépenses de son transport. Ces excès de caractère tyrannique et insensible n'entraina aucun scruple dans sa propre conscience, et ne trouva aucune critique d'un opinion publique qui tolérait les jeux de gladiateurs. C'était simplement des exemples de la saine sévérité des bons vieux paterfamilias de la Sabine. Dans sa jeunesse l'austérité de sa vie fut beaucoup plus grande que dans sa vieillesse, et peut-être sa rigueur se serait encore atténuée, car il n'estimait pas qu'il avait un caractère à continuer, et sa frugale simplicité ne l'avait pas mené à l'acquisition de la richesse. Les années avançant, il rechercha le gain avec de plus en plus d'ardeur; bien que, et c'est tout à son honneur, au milieu de multiples tentations, il n'essaya jamais essayé de d'abuser de ses fonctions publiques. Il n'accepta aucun dessous de table, il ne garda aucun butin pour son propre usage; mais, insatisfait de son retour à l'agriculture, qui dépendait des aléas de Jupiter, il devint un spéculateur, non seulement d'esclaves, mais en bâtiments, eaux artificielles, et terrains. Il avait un énorme esprit mercantile. Lui qui avait été la terreur des usuriers en Sardaigne devint prêteur d'argent à intérêt nautique sur la sécurité des entreprises commerciales, alors qu'il faisait tout son possible de se protéger contre la possibilité de perte en exigeant que le risque soit divisé, et que son propre agent devrait contribuer à la gestion.
To those who admitted his superiority he was affable and social. His conversation was lively and witty. He liked to entertain his friends, and to talk over the historical deeds of Roman worthies.
The activity of this many-sided man found leisure for the composition of several literary works. He lived at a time when the Latin language was in a state of transition, and he contributed to en­rich it.
Cum lingua Catonis et Enni Sermonem patrium ditaverit, et nova rerum Nomina protulerit.
He was contemporary with some of the earliest writers of eminence in the adolescence of classical literature. Naevius died when he was quaestor under Scipio, Plautus when he was censor. Before his own death the more cultivated muse of Terence, who was born in his consulship, had appeared upon the stage.
Le De Re Rustica, que nous possédons maintenant sous le nom de Cato, est probablement en gros de lui, bien qu'il ne soit certainement pas exactement sous la forme qui sortit de sa plume. Il se compose de matériaux très divers, concernant reliant principalement l'économie domestique et rurale. Nous pouvons y trouver des règles pour des libations et les sacrifices; des préceptes médicaux, une recette pour un gâteau; la forme d'un contrat; la description d'un outil; la façon de s'occuper des fleurs de jardin. Les meilleures éditions de cette oeuvre sont celles qui se trouvent dans les Scriptores Rei Rusticae de Gesner (lèvres 1773-4) et de Schneider. (Lips. 1794)
Les instructions de Cato à son fils aîné, éditées sous forme de lettres, traitaient de divers sujets convernant l'éducation de la jeunesse romaine. Elles ont été divisées en livres, qui, cités sous divers noms, ont été considérés comme des traités séparés.
Les Apophthegmata, par exemple, étaient peut-être un des livres de la collection générale. Des instructions de Cato à son fils quelques fragments demeurent, que l'on peut trouver dans les Catoniana de H. Alb. Lion, Gott. 1826, un critique de peu de mérite .
Les fragments de ses dicours ont été repris parMeyer dans ses Oratorum, Romanorum Fragmenta, Turici, 1842.
Les quelques passages dans le Digeste où Caton est cité sont commentés par Majansius (ad XXX JCtos); mais il est probable que les citations dans le Digeste ne se réfèrent pas au censeur, mais à son fils aîné, qui s'est spécialisé plus exclusivement dans la jurisprudence que son père. D'autres fragments juridiques de Caton sont donnés par Dirksen dans son "Bruchstücke aus den Schriften le der Römischen Juristen," p.44, &c.
Caton, déjà à un âge avancé, commença un travail historique intitulé "Origines," dont on conserve beaucoup de fragments. Il a été probablement édité au fur et à mesure que les nombreux livres se terminaient. Tite-Live (xxxiv. 5), dans un discours qu'il met dans la bouche du tribun Valerius pendant le consulat de Caton, dit que Valerius cite les Origines en répondant à Caton; mais on pense que c'est un anachronisme.
(7) Car enfin qu'y a-t-il d'étrange à voir les dames romaines se réunir en masse dans les rues pour une affaire qui leur est personnelle? Ne les y a-t-on jamais vues jusqu'ici? J'en appelle contre vous, Caton, à vos 'Origines'.
Le premier livre contenait l'histoire des rois romains; le deuxième et le troisième traitaient de l'origine des villes italiennes, et c'est de ces deux livres que vient le titre de l'ensemble de l'œuvre. Il y avait un trou dans l'histoire depuis l'expulsion des rois jusqu'au commencement de la première guerre punique, qui formait le sujet du quatrième livre. Les événements de la deuxième guerre punique se trouvaient dans le cinquième livre, et le sixième et le septième continuaient le récit jusque l'année de la mort de Caton. (Nepos, Cato. 3.)
Devenu vieux, il se mit à écrire des Histoires, dont il existe sept livres. Le premier contient les actions des rois du peuple romain ; le second et le troisième marquent d’où est née chaque ville d’Italie, et c’est sans doute pour cela qu’il appela tous ces livres Origines. Dans le quatrième, il renferme la première guerre punique ; dans le cinquième, la seconde. Tous ces objets sont racontés sommairement. Il a traité de la même manière les autres guerres des Romains, jusqu’à la préture de Servius Galba, qui pilla les Lusitaniens. Il n’a point nommé les généraux qui eurent la conduite de ces guerres ; il a cité les faits, sans mentionner leurs auteurs. Il a exposé dans ces mêmes livres tous les objets merveilleux qu’on voyait en Italie et dans les Espagnes
Nepos, Aulu-Gelle et Pline (H. N. viii. 5), disent qu'il a supprimé les noms des généraux qui ont participé aux guerres qu'il rapporte; mais les fragments qui nous restent montrent qu'il a fait au moins quelques exceptions à cette règle. Il est unanimement reconnu par les anciens pour avoir été un très grand travailleur et un antiquaire instruit; mais Tite-Live, dans ses premières décades, ne se sert jamais des Origines. Selon Denys (i. 74) Caton place la fondation de Rome lors de la 132ème année après la guerre de Troie, ou dans la première année de la 7ème olympiade, 751 av. J.-C.. La meilleur recueil des fragments des Origines se trouve dans les Vitae et Fragmenta Vet. Hist. Rom. de Krause, Berlin, 1833.
La vie de cet homme extraordinaire a été écrite par Cornélius Népos, Plutarque et Aurelius Victor. On peut retrouver beaucoup de détails supplémentaires de son histoire chez Tite-Live, qui dépeint son caractère dans un passage splendide et célèbre (xxxix. 40).
(4) Ce célèbre personnage avait une grande force d'âme, une grande énergie de caractère, et dans quelque condition que le sort l'eût fait naître, il devait être lui-même l'artisan de sa fortune. Doué de tous les talents qui honorent le simple citoyen ou qui font l'habile politique, il possédait tout à la fois la science des affaires civiles et l'économie rurale. (5) Les uns se sont élevés au faîte des honneurs par leurs connaissances en droit, les autres par leur éloquence, d'autres enfin par l'éclat de leur gloire militaire. Caton avait un génie souple et flexible; il excellait dans tous les genres au point qu'on l'eût dit exclusivement né pour celui dont il s'occupait. (6) À la guerre, il payait courageusement de sa personne, et il se signala par plusieurs actions brillantes; parvenu au commandement suprême, ce fut un général consommé. En temps de paix, il se montra très habile jurisconsulte et très fameux orateur, (7) non pas de ceux dont le talent brille d'un vif éclat, pendant leur vie, et qui ne laissent après eux aucun monument de leur éloquence. Car la sienne lui a survécu, elle respire encore dans des écrits de tous les genres. (8) Nous avons un grand nombre de plaidoyers qu'il prononça soit pour lui-même, soit pour d'autres, soit contre ses adversaires; car il savait terrasser ses ennemis, non seulement en les accusant, mais en se défendant lui-même. (9) S'il fut en butte à trop de rivalités jalouses, il poursuivit aussi vigoureusement ses rivaux, et il serait difficile de décider si la lutte qu'il soutint contre la noblesse, fut plus fatigante pour elle que pour lui. (10) On peut, il est vrai, lui reprocher la rudesse de son caractère, l'aigreur de son langage et une franchise poussée jusqu'à l'excès; mais il résista victorieusement aux passions, et, dans sa rigide probité, il méprisa toujours l'intrigue et les richesses. (11) Économe, infatigable, intrépide, il avait une âme et un corps de fer. La vieillesse même, qui use tout, ne put le briser; (12) à l'âge de quatre-vingt-six ans il fut appelé en justice, composa et prononça lui-même son plaidoyer; à quatre-vingt-dix ans, il cita Ser. Galba devant le peuple.
Quelques faits d'importance peuvent être glanés chez Cicéron, particulièrement dans son Cato Major ou de Senectute, et dans son Brutus. Pour les écrivains postérieurs il était considéré comme un modèle de la vertu romaine, et peu de noms sont plus souvent cités chez les classiques que le sien. Les modernes ont beaucoup écrit sur lui. Il y a quelques vers latins sur Caton dans les Juvenilia de Theodore Beza. Majansius (ad XXX JCtos) a écrit sa vie avec un zèle remarquable, rassemblant et comparant presque toutes les autorités ancienens, sauf quelques unes qui discréditaient son héros. (voir également l'Excursus de Wetzel dans son édition de Cic. de Senect. p. 256, &c.; De M. Porcii Catonis Vita Studiis et Scriptis, dans "Scriptores Rei Rusticae," de Schneider vol. i. pars ii. init.; Bayle, Dict. s. v. Porcius ; Krause, Vitae et Fragm. &c. pp. 89-97; G. E.Weber, Commentatio de M. Porcii Catonis Censorii Vita et Moribus, Bremae, 1831; et Gerlach, Scipio und Cato, in Schweitzerisches Museum für Historische Wissenschaften, 1837; et au-dessus de tous, Drumann, Gesck, Roms, v. pp. 97 - 148.)
CÉPHALON (Κεφάλων ), appelé ὁ Γεργίθιος ou Γεργήθιος en raison d'une ville située dans le territoire de Cumes dont le nom était Γέργηθες ou Γέργιθες. (Strab. XIII, p. 589.) Il écrivit un récit sur les aventures d'Énée après la prise de Troie, appelé Troica (Τρωικά). Sa date est inconnue, mais il est appelé par Denys d'Halicarnasse (i. 72) συγγραφεὺς παλαιὸς πάνυ. Athenée (IX, 393, d l'appelle Céphalion, et fait remarquer que les Troica qui sont publiées sous son nom, étaient en réalité un ouvrage d'Hégésianax d'Alexandrie (Vossius, de Hist. Graec. p. 412, ed. Westermann).
CÉPHALOS (Κέφαλος ὁ ῥήτωρ) était un fameux orateur et démagogue athénien, né dans le dème de Colytte. Il fut actif à l'époque des Trente Tyrans, où il semble avoir contribué à leur chute. Clinton le situe aux alentours de l'année 402, en se fiant au témoignage de Déinarchos (c. Demosth. p. 100. 4, éd. Steph., comp. p. 95. 7-8). Cette date est confirmée par Démosthène, qui affirme qu'il fut en rapport avec Callistrate, Aristophon et Thrasybule (De Coron. p. 301). On sait qu'il fut invité par Andocide à venir plaider en sa faveur à la fin du discours De Mysteriis (400 av. J.-C.). Il fut en activité au moins trente années. Eschine (qui l'appelle ὁ παλαιὸς ἐκεῖνος ὁ δοκῶν δημοτικώτατος γεγονέναι) raconte, qu'un jour, étant opposé à Aristophon l'Azénien, ce dernier se vanta d'avoir été soixante-quinze fois mis en accusation dans une affaire publique et toujours acquitté ; Céphalos lui répliqua que lui, durant sa longue vie publique, n'avait jamais été mis en accusation une seule fois (c. Ctesiph. p. 81. 39, éd. Steph. ; voir la réponse de Dém. de Coron. pp. 310 -11). Il avait une fille nommée Oea, qui épousa Chérops (Suid. s. v. ; Harpocrat. s. v. Οἰῆθεν.). Tzetzès (Chil. VI, Hist. 34) fait une confusion entre Céphalos et le père de Lysias. En dépit du fait que ni l'un, ni l'autre n'ont jamais été traîné devant les tribunaux, il s'agit probablement de deux personnages différents, sauf si la date de mort du père de Lysias est erronée.
CEPHISODORE (Κηφισόδωρος) 1. Poète comique athénien de l’ancienne comédie, ayant obtenu un prix en 402 av. J.-C. (Lysias, Δωροδ, p. 162. 2, ed. Steph. ; Suidas, s.v. ; Eudoc. p. 270.) Cette date est confirmée par le titre d’une de ses comédies, Άντιλαίς, qui fait manifestement référence au célèbre courtisan Laïs ; et aussi parce qu’il est cité en lien avec Cratinus, Aristophane, Callias, Dioclès, Eupolis et Hermippus. Les titres connus de ses pièces sont les suivants : Άντιλαίς, Ἀμαζόνες, Τροφώνιος, Ὗς. Quelques fragments en sont conservés par Photius et Suidas. (s.v. ΄Ὄνος ὕεται) par Pollux (vi. 173, vii. 40,87), et par Athénée. (iii. p. 119, d., viii. p. 345, f., xi. p. 459, a., xii. p. 553 ; a., xiv. p. 629, d., xv. p. 667, d., p. 689, f., p. 701, b.)
2. Orateur athénien, disciple particulièrement éminent d’Isocrate. Il a écrit une apologie d’Isocrate contre Aristote. L’ouvrage contre Aristote comprenait quatre volumes, sous le titre de αἱ πρὸς Ἀριστοτέλη ἀντιγραφαί. (Dionys. Ep. ad Amm. p. 120. 32, Sylb. ; Isoc. p. 102. 17 ; Isaeus, p.111. 37 ; Dem. p.120. 31 : Athen. ii. p. 60, e. iii. p. 122, b., viii. p. 359, c.) Il a aussi attaqué Platon. (Dionys. Ep. ad Pomp. p.127. 3, Sylb.)
Un écrivain du même nom est mentionné par le Scholiaste sur Aristote (Eth. Nicom. iii. 8) en tant qu’auteur d’une histoire de la guerre sacrée. Comme le disciple d’Isocrate était très attentif à la composition historique, Ruhnken émet l’hypothèse que l’orateur et l’historien ne sont qu’une seule personne. (Hist. Crit. Orat. Graec. § 38.) Il y a un Céphisodore, un Thébain, mentionné par Athénée (xii. p. 548, e.) comme historien. Il est possible que ce soit la même personne. Si c’est le cas, il nous faut supposer qu’il était natif de Thèbes et qu’il s’est installé à Athènes comme μέτοίκος, mais ce n’est qu’une hypothèse.
CHAMÉLÉON (Χαμαιλέων ὁ ῾Ηρακλεώτης), philosophe péripatéticien originaire d'Héraclée du Pont, était l'un des plus proches disciples d'Aristote. Il écrivit de nombreux ouvrages relatifs aux anciens poètes grecs, intitulés TΠερὶ ᾿Ανακρέοντος, περὶ Σαπφοῦς, περὶ Σιμωνίδου, περὶ Θεσπίδος, περὶ Αἰσχύλου, περὶ Λάσου, περὶ Πινδάρου, περὶ Στησιχόρου. Il est aussi l'auteur d'écrits sur l'Iliade et sur la comédie (περὶ κωμῳδίας). Dans ce dernier traité, il se focalisa sur des questions chorégraphiques (Athénée XIV, p. 628, e). Cet ouvrage est cité par Athénée (IX, p. 374, a.) sous le nom de περὶ τῆς ἀρχαίας κωμῳδίας, qui est aussi celui d'un traité composé par le Péripatéticien Eumélos (Meineke).
Il était l'auteur d'un travail sur Hésiode. Diogène nous rapporte que Chaméléon avait accusé Héraclide du Pont d'avoir volé son manuscrit sur Homère et Hésiode (V, 6. § 92). Tous ces textes étaient probablement critiques et biographiques.
Il aurait également laissé des écrits intitulés περὶ θέων, et περὶ σατύρων, ainsi que des traités moraux, περὶ ἡδονῆς (attribués également à Théophraste), προτρεπικόν, et περὶ μέθης. De tous ces ouvrages ne subsistent plus que des fragments transmis par Athénée et d'autres auteurs anciens (Lonsius, Script. Hist. Philos. I, 17; Voss. de Hist. Graec. p. 413, éd. Westermann; Bockh, Praef. ad Pind. Schol. p. IX ; Meineke, Hist. Crit. Com. Graec. p. 8).
Athénée XIII, 32, 72, 75, 92
CHARÈS (Χάρης ὁ Μιτυληναῖος) de Mytilène, fut au service d'Alexandre le Grand : sa fonction consistait à introduire les étrangers auprès du roi (εἰσαγγελεύς). Il est l'auteur d'une Histoire ou plutôt d'un recueil d'anecdotes sur les compagnons et la vie privée d'Alexandre (περὶ ᾿Αλέξανδρου ἱστοριαί) en dix livres. Des fragments ont été conservés par Athénée (I, p. 27, d, III, p. 93, c, p. 124, c, IV, p. 171, b, VII, p. 277, a, X, p. 434, d, 436, f, XII, p. 513, £, 514, f, 538, b, XIII, p. 575), par Plutarque (Alex. 20, 24, 46, 54, 55, 70, de Fort. Alex. II, 9). Il fut également cité par Pline (H. N. XII, XIII, table des matières, XXXVII, 2) et Aulu-Gelle V, 2).
Athénée, XII, 8. XIII, 35
CHARON ( Χάρων), littérature.
1. ὁ Λαμψακηνὸς Χάρων - Un historien de Lampsaque mentionné par Tertullien (de Anim. 46) comme précédant Herodote, et Suidas dit (s. v. } selon la lecture commune, qu'il s'est épanoui ( γενόμενος) au temps de Darius Hystaspis, dans la soixante-dix-neuvième olympiade (464 av. J.-C); mais, comme on prétend que Darius mourut en 485 av. J.-C., on a proposé de lire ζθ' pour οθ' dans Suidas, plaçant alors la date de Charon dans l'Ol. 69 ou 504 av. J.-C. Il vécut cependant au moins jusqu'en 464 av. J.-C. parce que Plutarque fait allusion à lui (Them. 27) en mentionnant le voyage de Thémistocle en Asie en 465 avant J.-C. Nous trouvons la liste suivante de ses oeuvres dans Suidas :
1. Αἰθιοπικά.
2. Περσικά.
3. Ἑλληνικά.
4. Περὶ Λαμψάκου.
5. Λιβυκά.
6. Ὅσοι Λαμψακηνῶν, une oeuvre citée par Athénée (XI. p. 475, c.), où Schweighaeuser propose de substituer Ὧροι (comp. Diod. I. 26), en en faisant par là les annales de Lampsaque.
7. Πρυτάνεις ἢ Ἄρχοντες οἱ τῶν Λακεδαιμονίων, une oeuvre chronologique.
8. Κτίσεις πόλεων.
9. Κρητικά.
10. Περίπλους ὁ ἐκτὸς τῶν Ἡρακλείων στηλῶν.
Les fragments de Charon, ainsi que ceux d'Hécatée et de Xanthus, ont été publiés par Creuzer, Heidelberg, 1806, et par Car. and Th. Müller, Fragm. Histor. Graec. Paris, 1841. Outre les références données ci-dessus, comp. Plut. de Mul. Virt. s. v. Λαμψάκη; Strab. XIII. p. 583; Paus. X. 38 ; Athen. XII. p. 520, d.; Ael. V.H. I. 15; Schol. ad Apoll. Rhod. II. 2, 479 ; Voss. de Hist. Graec. b. i. c. 1 ; Glint. Fast, sub annis 504, 464.
Χάρων, Λαμψακηνός, υἱὸς Πυθοκλέους, γενόμενος κατὰ τὸν πρῶτον Δαρεῖον, οθ# ὀλυμπιάδι: μᾶλλον δὲ ἦν ἐπὶ τῶν Περσικῶν, κατὰ τὴν οε' ὀλυμπιάδα: ἱστορικός. ἔγραψεν Αἰθιοπικά, Περσικὰ ἐν βιβλίοις β', Ἑλληνικὰ ἐν βιβλίοις δ', Περὶ Λαμψάκου β', Λιβυκά, Ὥρους Λαμψακηνῶν ἐν βιβλίοις δ', Πρυτάνεις ἢ ἄρχοντας τοὺς τῶν Λακεδαιμονίων: ἔστι δὲ χρονικά: Κτίσεις πόλεων ἐν βιβλίοις β', Κρητικὰ ἐν βιβλίοις γ': λέγει δὲ καὶ τοὺς ὑπὸ Μίνωος τεθέντας νόμους: Περίπλουν τῶν ἐκτὸς τῶν Ἡρακλέους στηλῶν. (SUIDAS)
Athénée XII, 19
2. De Carthage, écrivit une histoire de tous les tyrans d'Europe et d'Asie, et aussi les vies des hommes et des femmes illustres. (Suid. s. v.; Voss. de Hist. Graec. p. 415, ed. Westermann.)
3. De Naucratis, fut l'auteur d'une histoire des prêtres d'Alexandrie et d'Egypte, et des événements qui se sont produits sous chacun d'eux; de même d'un traité sur Naucratis, et d'autres travaux. (Suid.s. v.) Le Charon qui était l' ami d'Apollonius de Rhodes, et qui a écrit un commentaire historique sur ses Argonautiques a été confondu par certains avec l'historien de Naucratis, par d'autres avec le Carthaginois. (Fabric. Bibl. Graec. b. III. c. 21; Voss. de Hist. Graec. pp 20, 138, 144, 415, ed. Westermann; Schol. ad Apoll. Rhod. II. 1054.)
Χάρων, Ναυκρατίτης, ἱστορικός. Ἱερεῖς τοὺς ἐν Ἀλεξανδρείᾳ καὶ τοὺς ἐν Αἰγύπτῳ καὶ τὰ ἐπὶ ἑκάστου πραχθέντα, Βασιλεῖς τοὺς ἐκ παλαιοῦ γεγονότας ἐν ἑκάστῳ ἔθνει καὶ ... Ναυκράτεως, καὶ ἄλλα τινὰ περὶ Αἰγύπτου. (SUIDAS)
CHÉRÉMON (Χαιρήμων). Il s’agit d’un éminent poète tragique athénien. Nous n'avons aucune information précise sur l’époque où il a vécu, mais il doit certainement être situé un peu plus tard qu'Aristophane, puisque, bien que son style l’eût exposé normalement à la plume incisive du grand comique, il n’est à aucun moment mentionné par ce poète, pas même dans ses Grenouilles. D'autre part, il a été vivement raillé par les poètes comiques plus récents, comme Euboulos (Athénée II, p. 43, c.) et Éphippos : ce dernier semble parler de lui à la manière d’un contemporain (Athénée XI, p. 482, b.). Aristote parle de lui fréquemment et, selon l'opinion de certains, comme si Chéremon était vivant (Rhét.II, 23, 24, III, 12; Problème, III. 16 ; Poét, I. 9, XXIV, 6.). Des auteurs en font aussi un poète comique et l'affectent à la Comédie moyenne.
Bref, pour toutes ces raisons, son activité littéraire est à situer dans les environs des années 380. Rien n'est connu de sa vie. On peut supposer qu'il vécut à Athènes, et les fragments de poésies qui demeurent en sont une preuve assez évidente : il a été formé dans la moralité relâchée qui caractérise la société athénienne de cette période ; son goût a été forgé sur le modèle de la poésie fleurie d’Euripide qui fut le premier à transgresser, par ses innovations, le modèle construit par Eschyle et Sophocle, modèle lui-même créé à partir des anciens poètes dithyrambiques.
En conséquence, les fragments et les titres des pièces de Chérémon montrent qu'il a rarement visé la grandeur héroïque et morale de la vieille tragédie ; il a excellé bien plutôt dans la description en vue de provoquer chez le spectateur un vrai plaisir de nature sensuel. Il a particulièrement brillé dans la description des fleurs et de la beauté féminine. Bref ses descriptions appartiennent à la classe qu'Aristote appelle ἀργὰ μέρη et μήτε ἠθικὰ μήτε διανοητικά.
Le rapprochement avec la comédie, par l'introduction de scènes de la vie privée, et parfois même un certrain burlesque dans les scènes – que l’on retrouve déjà dans l'Alceste d'Euripide - semble avoir été renforcé par Chérémon. C’est pourquoi il est considéré comme un poète comique par Suidas, Eudoxia, et le Scholiaste d’Arist. Rhét. III, p. 69, b (pour une autre discussion sur ce point, voir Meineke et Bartsch).
La question a été soulevée de savoir si les tragédies de Chérémon étaient destinées à la scène. Elles semblent en effet plus descriptives et lyriques que véritablement dramatiques ; Aristote classe ce poète parmi ceux qu’il appelle ἀναγνωστικοί (§ 12, 2 de Rhét. III). Toutefois, ils n’y pas de raison de penser que ces drames n’aient pas été écrits en vue d’une représentation, mais le contraire n’est pas non plus improbable. D’ailleurs, il n'y a aucune mention de son nom dans le διδασκαλίαι.
Ce qui suit constitue les pièces de Chéremon dont quelques fragments ont été conservés :
᾿Αλφεσίβοια ᾿Αχιλλεὺς, Θερσιτοκτόνος ou Θερσίτης (titre qui semble indiquer un drame satyrique, à moins que nous ayons affaire à un ouvrage proche du genre comique), Διόνυσιος, Θυέστης, ᾿Ιώ, Μινύαι, ᾿Οδυσσεὺς Τραυματίας, Οἰνεύς, et Κένταυρος.Il est douteux que le dernier drame soit une tragédie à part entière ou alors autre chose. Aristote (Poét. I, 12, ou 9, éd. Ritter) le nomme μικτὴν ῥαψώδίαν ἐξ ἁπάντων τῶν μέτρων (Comp. XXIV, 11, ou 6), et Athénée (XIII, p. 608, e) ὅπερ δρᾶμα πολύμετρόν ἐστι. Les fragments de Chérémon ont été recueillis, avec un commentaire sur le poète par H. Bartsch, 4to. Mogunt. 1843.
Trois épigrammes attribuées à cet auteur se trouvent dans l’Anthologie grecque (Brunck, Anal. II, 55 ; Jacobs, II, 56) : deux portent sur la dispute qui opposa Spartiates et Argiens au sujet de Thyréa (Hérodote, II, 82). La mention de Chérémon dans la Couronne de Méléagre montre que c’était un poète ancien et il n’y a pas de raison de douter qu’il s’agit là de notre auteur tragique. La troisième épigramme évoque un orateur inconnu, Euboulos, fils d’Athénagoras.
(Welcker, Die. Griech. Trag. &c. III, pp. 1082 - 1095 ; Meineke, Hist. Crit. Com. Graec, pp. 517 - 521 ; Ritter, Annot. in Arist. Poet. p. 87; Heeren, De Chaeremone Trag. Vet. Graec. ; Jacobs, Additamenta Animadv. in Athen. p. 325, &c.; Bartsch, De Chaeremone Poeta Tragico).
Athénée XIII, 14, 87
CLÉARCHOS (Κλέαρχος) de Soles, un des disciples d’Aristote, est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages couvrant les sujets les plus variés. Il est plus que probable qu’il s'agisse du même personnage que celui mentionné par Athénée dans son Banquet (I, p. 4, a) et qu'il appelle τρεχέδειπνος. Nous avons joint plus bas une liste de ses écrits dont les références ont été puisées dans Vossius (de Hist. Graec. pp. 83, 84, éd. Westermann) :
1. Βίοι, une biographie, comprenant au moins huit livres (Voir Athénée XII, p. 548, d)
2. Un Commentaire sur le Timée de Platon (Fabric. Bibl. Graec. III, p. 95)
3. Πλάτωνος ἐγκώμιον. (Diog. Laërce III, 2.)
4. Περὶ τῶν ἐν Πλάτωνος Πολιτείᾳ μαθηματικῶς εἰρημένων.
5. Γεργίθιος, un traité sur la flatterie, visant, selon Athénée VI, p. 255, Gergithios, un des courtisans d’Alexandre.
6. Περὶ παιδείας. (Diog. Laërce I, 9 ; Athénée XV, p. 697, e)
7. Περὶ φιλίας.
8. Παροιμίαι.
9. Περὶ γρίφων, sur les courses de char.
10. ᾿Ερωτικά, œuvre historique, un recueil d’histoires d’amour (Athénée XII, p. 553, f).
11. Περὶ γραφῶν, sur la peinture (Athénée XIV, p. 648, f)
12. Περιγραφαί ? La lecture d’Athénée (VII, ad init) est douteuse ; voir Dalechamp et Casaubon, ad loc.
13. Περὶ νάκρης, sur la peur.
14. Περὶ τῶν ἐνύδρων, sur les animaux aquatiques.
15. Περὶ θινῶν, sur les déserts.
16. Περὶ σκελετῶν, sur l’anatomie (Casaub. ad Athen. IX, p. 399)
Κλέαρχος, Σολεύς: ἔγραψε διάφορα. (SUIDAS)
Athénée XIII, 2,16, 31, 56, 58, 70, 84, 85, 93
CLÉIDEMOS (Κλείδημος), était un ancien auteur athénien. Meursius pense (Peisistr. c. 2), que le nom qu'on retrouve dans Plutarque, Athénée et d'autres a été remplacé, par erreur des copistes, par celui de Cléitodémos, cité dans Pausanias (X, 15) qui en fait le plus ancien historien athénien. Nous trouvons dans Athénée les ouvrages suivants qu'il attribue à Cléidémos :
1. ᾿Εξηγητικός (Athénée, IX, p. 410, a). Il s'agit probablement du même écrit auquel fait référence Suidas (s. v. ῞Υης ). Casaubon (ad Athen. I. c.) et Vossius (de Hist. Graec. p. 418, éd. Westermann) pensent c'était une sorte de lexique ; mais il semble bien plutôt que c'était un traité en vers relatif aux rites religieux et aux cérémonies (Comp. Ruhnken, ad Tim. s. v. ᾿Εξηγηταί).
2. ᾿Ατθίς (Athénée VI, p. 235, a), qui traitait de l'histoire et des antiquités de l'Attique. Il est probable qu'il s'agisse de l'ouvrage cité par Plutarque (Thes. 19, 27), au sujet duquel il évoque la prolixité et le caractère spécifique de son auteur.
3. Πρωτογονία, là encore un écrit d'antiquaire (Athénée, XIV, p. 660, a).
4. Νόστοι, un extrait du livre VIII de cet ouvrage est cité par Athénée (XII, p. 609, c), évoquant la première restauration de Pisistrate et le mariage d'Hipparque avec Phya. (Comp. Hérod, I, 60).
On ne sait pas exactement à quelle époque florissait Cléidémos, mais il paraît avoir vécu au moins jusqu'en 479, puisque Plutarque parle de son récit de la bataille de Platées (Plut. Arist. 19). Voir Vossius (I. c).
Athénée XIII, 89
CLÉITARCHOS (Κλείταρχος), père de l'historien Déinon (Pline H. N. X, 49), accompagna Alexandre le Grand dans son expédition asiatique et la relata dans un ouvrage. On a longtemps cru que cet écrit avait servi de matière à celui de Curtius, même si celui-ci ne l'avait pas vraiment traduit. Pourtant, lorsque nous lisons un passage de Curtius (IX, 5, § 21), il est très différent de celui de Cléitarchos, et n'a même rien à voir. Cicéron (de Leg. I, 2) parle de lui (τὰ περὶ ᾿Αλέξανδρον), et le mentionne (Brut. 11) comme celui qui, à propos de la mort de Thémistocle, raconte l'histoire avec une touche de romance. Quintilien dit (Inst. Or. x. 1), que son habileté primait sur la véracité. Longin (de Sublim. § 3 ; comp. Toup. ad loc.) trouve son style frivole et pompeux, lui appliquant l'expression de Sophocle, σμικροῖς μὲν αὐλίσκοις, φορβειᾶς δ' ἅτερ. Plutarque le cite (Them. 27, Alex. 46) de même que Pline, Athénée et Strabon.
Le Cléitarchos, dont le Traité sur les Mots étrangers (γλῶσσαι) est fréquemment cité par Athénée est un auteur différent de l'historien. (Fabric. Bibl. Graec. III, p. 38 ; Voss, de Hist, Graec, p. 90, éd. Westermann).
Athénée XIII, 37, 50
CRATINOS L'ANCIEN (Κρατῖνος) est l'un des poètes comiques athéniens les plus célèbres de la Comédie ancienne par l'élévation et la perfection qu'il atteignit au cours d'une vie qui dura 97 ans. Les dates de sa naissance et de sa mort peuvent être déduites à partir des circonstances suivantes : en l'année 424 av. J.- C, Aristophane représenta ses Cavaliers, pièce dans laquelle il nous montre Cratinos sous l'apparence d'un vieillard chevrotant, errant avec sa couronne défraîchie, et qui semble pour le moins négligé par ses anciens admirateurs au point qu'il s'avère incapable d'apaiser la soif dont il souffre (Cav. 531 - 534). Cette attaque provoqua la colère de Cratinos qui mit alors toutes les forces qui lui restaient pour écrire une comédie intitulée Πυτίνη (le Flagon) qui fut jouée l'année suivante, et qui obtint le premier prix, devant le Connos d'Ameipsias et les Nuées d'Aristophane (Arg. Nub.). Lucien indique que le Πυτίνη fut la dernière pièce de Cratinos, et qu'il ne survécut pas longtemps à sa victoire (Macrobe, 25). Aristophane indique dans la Paix, écrite en 419, que Cratinos était mort à cette date (la Paix, 700, 701). Lucien nous indique (l. c.) que Cratinos aurait vécu 97 ans. Il serait donc né aux alentours de 519 av. J.- C.
Si nous devons nous fier aux grammairiens et aux chronographes, Cratinos n'aurait entamé une carrière dramatique qu'à partir d'un âge fort avançé. Selon l'auteur anonyme sur la comédie (p. XXIX), il gagna sa première victoire après la quatre-vingt-cinquième Olympiade, c'est-à-dire, au plus tard en 437, alors qu'il avait déjà plus de 80 ans. Cette date est douteuse à plus d'un titre et elle est probablement erronée. Ainsi, dans un fragment, on peut lire que Cratinos blâme le retard pris par Périclès pour élever les Longs Murs : or nous savons que ces remparts étaient terminés en 451 av. J.- C. De plus, il apparaît évident que de nombreux autres fragments appartiennent à une période largement antérieure à la quatre-vingt-cinquième Olympiade. On sait que Cratès, le poète comique, joua dans les pièces de Cratinos bien avant de commencer sa carrière d'auteur dramatique ; or Cratès débuta en 449 - 448 av. J.- C. De fait, nous pouvons sans beaucoup d'hésitation préférer la date fournie par Eusèbe (Chron. s. a. Ol. 81, 3 ; Syncell. p. 339), bien qu'il se soit manifestement trompé en joignant le nom de Platon (le Comique) à celui de Cratinos. D'après ce témoignage, Cratinos aurait commencé à représenter ses pièces en 454 - 453 av. J.- C. durant sa soixante-treizième année.
De sa vie, nous ne savons pas grand chose. Le nom de son père était Callimédès, et lui même fut taxiarque du φυλή Οἰνήις (Suid. s. v. Κτατῖνος, ᾿Επειοῦ δειλότερος). Dans cette source, il est décrit comme un homme d'une poltronerie sans nom. Le peu de considération que témoigne Suidas envers Cratinos n'est guère corroboré par d'autres auteurs et il est certain que si telle avait été la réalité, Aristophane ne serait pas privé de critiquer son confrère. En fait, Suidas a dû mal interprêter un passage d'Aristophane (Acharn. 849, 850), lequel passage concerne un autre Cratinos, un poète lyrique (Schol. I. c.) L'autre reproche fait par Suidas à Cratinos, c'est celui de l'intempérance, trait de caractère confirmé par de nombreux passages d'Aristophane, mais aussi par la confession de Cratinos lui-même, qui en parle avec un brin d'autodérision dans son Πυτίνη (voir sur ce point Meineke, Hist. Crit. Com. Graec. pp. 47 - 49).
Cratinos représenta vingt et une pièces et obtint neuf victoires (Suid. s.v. ; Eudoxia p. 271 ; Anon. de Com. p. XXIX). Cratinos était assurément un poète de la Comédie ancienne. Il lui donna son caractère particulier, et, contrairement à Aristophane, il n'assista pas à son déclin irrésistible. Avant lui, les poètes comiques se contentaient du minimum pour exciter le rire des spectateurs : or Cratinos fit de la comédie une arme terrible d'attaque personnelle, hissant le poète comique au niveau de censeur sévère des vices privés et publics. Un auteur antique anonyme dit que Cratinos fit œuvre de salubrité publique en jetant à la vindicte populaire les personnalités les plus contestables (Anon, de Com. p. XXXII). Il n'a jamais égalé Aristophane dans l'art de faire de la satire une jubilation verbale : ses critiques étaient formulées d'une manière un peu plate (Platonius, de Com. p. XXVII ; Christodore, Ecphrasis, V, 357 ; Perse, Sat. I, 123). Comme Aristophane le fit pour Sophocle, il n'hésita pas à se lancer dans de vibrants éloges à Cimon (Plut. Cim. 10). Par contre, Périclès fut l'objet de ses attaques incessantes.
On peut essayer d'analyser les raisons qui ont permis à Cratinos et à ses successeurs de pouvoir s'en prendre aussi facilement aux hommes comme aux institutions. Une de ces raisons consiste dans l'union de la verve et de la satire. Recherchant les sujets qui se prêteraient le mieux à l'exposé de scènes ridicules, le poète eut l'idée de raconter les folies et les vices de ses compatriotes. La constitution d'Athènes, très libérale, lui donnait les moyens d'attaquer ses ennemis tout en étant protégé des réactions éventuelles de ces derniers. En effet, liberté politique et verve des poètes comiques étaient intimement liés. Si nous devons en croire Cicéron, la loi accordait aux Comiques l'impunité. (De Republ. IV, 10 : "concessum de lege d'etiam de fuit de quos d'apud [ Graecos ], diceret de nominatim de vellet de vellet comoedia de quo de quod d'ut."). La même idée est énoncée, mais pas aussi clairement, par Thémistios (Orat. VIII, p. 110, b).
Cette période d'épanouissement de la poésie comique commence de l'établissement de la puissance athénienne, après les Guerres Médiques, pour s'achever à la fin de la Guerre du Péloponnèse, ou peut-être quelques années après (460 - 393 av. J.- C.). Toutefois, cette permissivité suscita des oppositions. Pour défendre des personnalités telles que Cléon et Alcibiade, la loi intervint plus d'une fois. Pendant l'archontat de Morychidès (440-439 av. J.- C.), une loi fut votée, interdisant aux poètes comiques de tourner en ridicule une personne vivante sur la place publique (ψήφισμα τοῦ μὴ κωμῳδεῖν ὀνομαστί, Schol. Arist. Acharn. 67 ; Meineke, Hist. Crit. p. 40). Cette loi resta en vigueur durant deux années, mais fut abrogée sous l'archontat d'Euthyménès (437- 436). Une autre restriction, datant à peu près de la même période, disait qu'aucun Aréopagite ne devrait écrire de comédies (Plut. Bell. an Pac. praest. Ath. p. 348, c).
À partir de 436, la Comédie ancienne put s'épanouir en toute liberté, jusqu'à ce qu'une série d'attaques vînt de la part d'un certain Syracosios, que l'on suspecte, selon toute vraisemblance, d'avoir été suborné par Alcibiade. Ce Syracosios fit voter une loi, μὴ κωμῳδεῖν ὀνομαστί τινα, probablement en 416 - 415, loi qui ne devait pas demeurer longtemps en vigueur (Schol. Arist. Av. 1297). On dit qu'une loi semblable fut proposée par Antimachos, mais il s'agit peut-être d'une erreur (Schol. Arist. Acharn. 1149 ; Meineke, p. 41). Que la brève révolution aristocratique de 411 av. J.- C. ait affecté la liberté de la comédie, il n'y a pas lieu d'en douter, bien que nous n'ayons aucun témoignage allant dans ce sens. Nous avons cependant la preuve de sa renaissance, tout de suite après la restauration de la démocratie, avec les Grenouilles d'Aristophane et le Cléophon de Platon le Comique (405). Pendant le règne des Trente Tyrans, la force comique vacilla, non seulement à cause de la perte de la liberté politique, mais aussi en raison de l'épuisement moral consécutif à la guerre : aussi les chœurs perdirent-ils leur ancienne splendeur. Nous trouvons même une pièce de Cratinos dépourvue de chœur et de parabase, le ᾿Οδυσσεῖς : mais il est vrai qu'elle est datée de la quatre-vingt-cinquième Olympiade, lorsque la loi, mentionnée plus haut, était en vigueur. Finalement, la Comédie ancienne ne put résister longtemps aux attaques du poète dithyrambique Cinésias et d'Agyrrhios, et fut remplacée par la Comédie moyenne (dès 393 - 392 av. J.- C. ; Meineke, pp 42, 43).
Cratinos fit beaucoup pour donner une nouvelle force à la comédie. Il procéda à des changements sur la forme, fixant entre autres le nombre des acteurs à trois (Anon, de Com. p. XXXII). Cependant, Aristote précise ne pas savoir excatement à qui attribuer ces réformes (Poét. V, 4).
Les caractéristiques de l'œuvre de Cratinos repose sur les témoignages des auteurs antiques, car nous n'avons conservé de lui aucune pièce complète. Nos sources en font un auteur de premier ordre. On l'a même comparé à Eschyle (Anon, de Com. p. XXIX). Il y a un fragment de lui, qui, sans aucune forme de vantardise de sa part, montre l'estime qu'éprouvaient ses contemporains à son égard (Schol. Arist. Cav. 526). Parmi les nombreuses allusions faites par Aristophane, la plus remarquable est un extrait des Cavaliers, où il compare Cratinos à un torrent fougueux, emportant tout sur son passage, et où il dit que, pour tant de victoires, il mériterait de boire au Prytanée et de se reposer en tant que spectateur au moment des Dionysies. Mais le plus vibrant éloge qu'on peut lui faire, c'est d'être apparu durant les Dionysies de l'année suivante, non pas comme spectateur, mais comme concurrent, et d'avoir remporté le prix en battant Aristophane en personne. Son style semble avoir été quelque peu grandiloquent, plein des tropes, et lyrique. Il était très habile à inventer des néologismes et à changer les sens des vieux mots. Ses chœurs furent particulièrement appréciés, notamment lors des banquets (Aristophane, l. c.) C'est sans doute à cause du caractère dithyrambique de sa poésie qu'il fut comparé à Eschyle : c'est pour cette même raison qu'Aristophane le surnomma ταυρφάγον (Gren. 357 ; comp. Etym. Mag. p. 747, 50 ; Apollon. Lex. Horn. p. 156, 20). Ses mètres paraissent s'être distingués par leur élèvation. Il usa également du vers épique. Toutefois, le mètre cratinéen, selon les grammairiens, était déjà en vigueur avant son époque. Dans ses tirades, il faisait preuve de beaucoup d'ingéniosité, mais sa fantaisie impétueuse et exubérante gênait quelque peu le déroulement de l'action (Platonius, p. XXVIII).
Parmi les poètes qui l'ont imité avec plus ou moins de bonheur, les Anciens nommaient Eupolis, Aristophane, Cratès, Télécléidès, Strattis, et bien d'autres. Les seuls poètes qu'il s'autorisa à imiter furent Homère et Archiloque (Platonius, I. c. ; Bergk, p. 156). Son rival le plus notable fut bien entendu Aristophane (voir les nombreux passages d'Aristophane et les Scholies, Schol. Plat. p. 330.) Parmi ses ennemis, Aristophane parle d'un certain οἱ περὶ Καλλίαν (l. c.). On ne sait pas trop de quel Callias il est question, mais on peut penser légitimement qu'il s'agit de Callias, fils d'Hipponicos.
La confusion règne quant à la liste de ses drames. Meineke a montré que les pièces suivantes lui sont incorrectement attribuées : Γλαῦκος, Θράσων, ῞Ηρωες, ᾿Ιλίαδες, Κρήσσαι, Ψηφίσματα, ᾿Αλλοτριογνώμονες. Les titres des pièces qui nous restent sont au nombre de trente, mais il en est certaines qui appartiennent à Cratinos le jeune. Finalement, vingt-quatre seraient effectivement de notre Cratinos : ᾿Αρχίλοχοι, Βουκόλοι, Δηλιάδες, Διδασκαλίαι, Δραπετίδες, ᾿Εμπιπράμενοι ou ᾿Ιδαῖοι, Εὐνεῖδαι, Θρᾷτται, Κλεοβουλῖναι, Λάκωνες, Μαλθακοί, Νέμεσις, Νόμοι, ᾿Οδυσσεῖς, Πανόνται, Πυλαία, Πλοῦτοι, Πυτίνη, Σάτυροι, Σερίφοι, Τροφώνιος, Χειμαζόμενοι, Χείρωνες, Ὧραι. La différence entre cette liste et les citations des grammairiens, qui attribuent à Cratinos seulement vingt et une pièces, s'explique par le fait que celles-ci étaient déjà perdues lorsque les grammairiens les ont mentionnées, comme par exemple, le Σάτυροι et le Χειμαζόμενοι, seulement cités dans les Cavaliers et les Acharniens. La liste qui suit énumère les titres des pièces de Cratinos dont la date de composition est connue avec certitude :
Vers 448. ᾿Αρχίλοχοι.
425. Χειμαζόμενοι, 2e prix. Aristophane fut vainqueur avec les Acharniens.
424. Σάτυροι, 2e prix. Aristophane fut vainqueur avec les Cavaliers.
423. Πυτίνη, 1er prix.2e. Ameipsias, Κόννος. 3e. Aristoph. Νεφέλαι.
Les principaux commentateurs de Cratinos furent Asclépiade, Didymos, Callistrate, Euphronios, Symmacras, Aristarque et les Scholiastes. (Meineke, Frag. Com. Graec, I, pp. 43 - 58, II, pp. 13 - 232 ; Bergk, Comment, de Reliq. Com. Att. Ant., la première partie est consacrée à Cratinos uniquement).
Ἡρακλείδης, Ἡρακλείδου, Ποντικός, ἀπὸ Ἡρακλείας τῆς Πόντου, γραμματικός: ὅστις Διδύμῳ τῷ πάνυ κατὰ τὴν Ἀλεξανδρέων ἐφοίτησεν. οὗτος ἐπειδὴ ἤκουσεν Ἄπερως, τοῦ Ἀριστάρχου μαθητοῦ, εὐδοκιμοῦντος κατὰ τὴν Ῥώμην, πολλά τε τοὺς Δίδυμον διασύροντας, ἔγραψε μέτρῳ Σαπφικῷ ἤτοι Φαλαικίῳ βιβλία γ', δυσερμήνευτα καὶ πολλὴν τὴν ἀπορίαν ἔχοντα προβαλλομένων ζητημάτων, ἅτινα Λέσχας ἐκάλεσεν. εἰς Ῥώμην δὲ κομίσας καὶ τοῦ Ἄπερως καταφανεὶς κατέμεινε σχολαρχῶν ἐν αὐτῇ ἐπὶ Κλαυδίου καὶ Νέρωνος. ἔγραψε δὲ καὶ ποιήματα ἐπικὰ πολλά. (SUIDAS)
CRATINOS LE JEUNE (Κρατινος) était un comique athénien de la Comédie moyenne, et un contemporain de Platon le philosophe (Diog. Laërce III, 28) et de Corydos (Athénée VI, p.241, c). Il fut actif au milieu du IVe siècle av.J.-C., au moins jusqu'en 324 (Clinton, Fast. Hell. II, p. XIII). Peut-être vécut-il jusqu'au temps de Ptolémée Philadelphe (Athénée XI, p. 469, c), mais c'est hautement improbable. Les pièces suivantes lui sont attribuées : Γιγαντες, Θηραμενης, όμφαλη, γπολιματος, χειρων. Il se peut que que quelques pièces attribuées à Cratinos l'Ancien soient de lui.
Athénée XIII, 21
CRITIAS (Κριτίας). 1. Fils de Dropides, contemporain et parent de Solon. Il a vécu jusqu’à plus de 90 ans. Son descendant, Critias, fils de Callaeschrus, est présenté dans le « Timée » de Platon (pp. 20-25), qui répète le récit fait par un vieil homme de la fable d’Atlantis autrefois puissant, dont il est allégué qu’elle provenait des prêtres d’Egypte par l’intermédiaire de Solon. (Comp. Plato. Charm. pp. 155, 157, ad fin.)
2. Fils de Callaeschrus, et petit-fils du précédent. Il fut l’un des élèves de Socrate, et profita peu de ses enseignements sur le plan moral. De par sa vie, comme de par celle d’Alcibiade, il a ajouté de l’eau au moulin de l’accusation portée contre le philosophe de corrompre la jeunesse. Xénophon dit qu’il recherchait la compagnie de Socrate, non par désir d’une véritable amélioration, mais parce qu’il souhaitait pour des raisons politiques acquérir des compétences dans l’art de confondre un adversaire. Nous apprenons toutefois par la même source, qu’il a vécu une vie de tempérance tant que sa relation au grand maître a perduré. (Xen. Mem. i. 2. §§ 12-18, 39.) A partir d’un fragment de Critias lui-même, (ap. Plut. Alc. 33) il apparaît qu’il a été l’instrument principal du retour d’exil d’Alcibiade. A l’époque des meurtres des généraux victorieux à Arginuses, en 406 av. J.-C., on le trouve en Thessalonique fomentant la sédition des Pénestes contre leurs seigneurs et tentant d’établir une démocratie avec un certain Prométhée, dont on suppose que c’est un surnom de Jason de Pherae. Selon Xénophon, il a été banni par une sentence du peuple, c’est ce qui l’a rendu si rancunier dans sa tyrannie. (Xen. Mem. i. 2. § 24. Hell. ii. 3. §§ 15, 36 ; Sehn. ad loc.) A son retour à Athènes, il prit la direction d’un parti oligarchique, et fut choisi pour faire partie du corps nommé éphore, ce qui n’était sans doute pas une institution officielle et légale, mais plutôt instituée par les oligarques en leur propre sein, pour mieux répondre à la promotion de leurs buts. (Lys. c. Erat. p. 124 ; Thirlwall Greece, vol. iv. p.160 ; Hermann, Polit. Ant. § 168.) C’était l’un des 30 tyrans établis en 404 av. J.-C. et plus remarqué encore que ses collègues pour sa rapacité et sa cruauté, n’épargnant pas même Socrate. Il prit lui-même la direction du procès de Théramène, lorsqu’il s’éleva contre la continuation du règne de la terreur. Il est tombé à la bataille de Munychia la même année, en combattant Thrasybule et les exilés. (Xen.Hell. ii. 3. §§ 2, 15-56, 4. §§ 1-19, Mem. i.2. §§ 12-38 ; Diod. xiv. 4 ; Plat. Apol. p.32, c ; Cic. Tusc. Quaest. i. 40.)
Cicéron nous dit (De Orat. ii. 22), que certains des discours de Critias subsistaient encore à son époque et dit qu’ils étaient marqués par la vigueur de la matière qui distinguait ceux de Périclès, et par une plus grande prolixité de style. Plusieurs auteurs citent aussi un travail de lui sur la politique (Athen ; xi. p. 463, f ; Ael. V.H. x. 13, 17 ; Clem. Alex. Strom. vi. 2. ; comp. Plat. Tim. p. 20) ; quelques fragments de ses élégies subsistent encore et on suppose qu’il était l’auteur de Peirithoüs et de Sisyphe (drame satirique), que l’on range habituellement au nombre des pièces perdues d’Euripide ; une tragédie du nom d’ « Atalante » lui est également ainsi attribuée. (Athen. 1. p. 28, b, x. p.432, e, xi. p. 496, b ; Fabric. Bibl.Graec. ii. pp. 252, 254, 294.) Comme on peut déduire a priori de son caractère, il n’était qu’un amateur et un dilettante en philosophie, fait que Platon, avec son sens délicat de la satire, ne perd de vue en aucune manière (voir Protag. p. 336) de telle façon qu’il fut dit de lui qu’il était ίδιώτης μέν έν φιλοσόφοις, φιλόσοφος δέ έν ίδιώταις, « un seigneur parmi les esprits et un esprit parmi les seigneurs. » Le reste de ses poèmes a été édité séparément par N. Bach, Leipzig. 1827. [E.E.]
CTÉSIAS (Κτησίας), médecin et historien grec du Ve siècle av. J.-C. Il appartenait à la famille des Asclépiades et était fils de Ctésiarchos ou Ctésiochos; il naquit à Cnide, ville carienne où la médecine était fort en honneur, et il mourut probablement dans sa ville natale à une date qui nous est aussi inconnue que celle de sa naissance. Il vécut un certain nombre d'années, dix-sept suivant Diodore (II, 62), à la cour du roi de Perse, Artaxersès Memnon, auprès duquel il remplissait les fonctions de médecin (Strabon, XIV, p. 656). D'après Diodore, Ctésias aurait été fait prisonnier par les Perses et, à cause de sa qualité de médecin, il aurait été amené à la cour et y aurait été bien traité. Ctésias se trouvait à la bataille de Cunaxa (401 av. J.-C.) aux côtés d'Artaxersès (Xénophon, Anabase I, VIII, 27); en 398, chargé d'une mission diplomatique auprès de Conon, il quitta la cour perse et revint dans son pays d'origine pour n'en plus sortir.
Pendant son séjour en Perse, Ctésias avait réuni de nombreux matériaux historiques puisés aux archives royales (Diodore, II, 32), complétés par ses souvenirs personnels, par les récits qui lui avaient été faits. De retour à Cnide, il mit en œuvre les documents de tout genre qu'il avait rassemblés et publia en vingt-trois livres, sous le titre de Persika, une histoire de l'Assyrie et de la Perse. Les six premiers livres comprenaient l'histoire des Assyriens et des Mèdes jusqu'à la fondation de l'empire perse; les sept suivants exposaient l'histoire de la Perse jusqu'à la mort de Xerxès et les dix derniers l'histoire de la Perse jusqu'au moment où Ctésias revint chez lui, c.-à-d. jusqu'en 398 av. J.-C. Cet ouvrage est perdu; Pamphila, une contemporaine de Néron, l'avait abrégé en trois livres (Suidas, s. v., Pamphila); cet abrégé a également disparu ; nous avons en revanche un abrégé des livres VII et XXIII fait par Photius ; nous pouvons, de plus, nous faire une idée des six premiers livres d'après Diodore, qui semble les avoir largement mis à contribution dans le deuxième livre de sa Bibliothèque historique; Plutarque, dans sa Vie d'Artaxerxès, Athénée et quelques autres nous ont aussi conservé un certain nombre de fragments appartenant à divers livres. Ctésias avait aussi écrit sur l'Inde un ouvrage en un livre, Indika, dont Photius (Cod., 72) nous a aussi donné un abrégé. Cet ouvrage qui traitait surtout de la partie nord-ouest de l'Inde, avait pour objet principal la description du sol, de ses productions, des humains et des animaux.
Outre ces deux ouvrages que nous connaissons dans une certaine mesure, Ctésias en avait écrit plusieurs autres dont il ne nous reste que le nom ou tout au plus un ou deux courts fragments. Ces ouvrages sont : un Périple de l'Asie en trois livres (Étienne de Byzance, au mot Siguno ; un ouvrage sur les montagnes, Peri Orôn, dont Plutarque (De Flum., XXI, 5) cite le second livre; un ouvrage sur les fleuves (Plut. De Flum., XIX, 2), et peut-être un ouvrage sur la médecine (Galien, t. V, p. 652, 1. 51, éd. de Bâle).
Athénée XIII, 74

References: § 1
 § 2
 § 1
 § 38
 § 92
 § 21
 § 3
 § 24
 § 168