Source: http://societales.blogs.liberation.fr/2008/09/20/edvige-20-menti/
Timestamp: 2017-02-25 18:06:32+00:00

Document:
Toutes choses égales par ailleurs - EDVIGE 2.0 mentionnera les «origines raciales» - Libération.fr
La ministre de l’Intérieur a transmis hier à la CNIL le projet de décret remplaçant EDVIGE. «Origines raciales» et mineurs : Michèle Alliot-Marie aura du mal à disperser le malaise.
«Seront expressément exclues toutes données relatives aux origines raciales, ethniques, à la santé ou à la vie sexuelle, car en effet, on en a rien à faire» : pour Michèle Alliot-Marie, devant les députés jeudi dernier, c’était net et définitif. Dans le projet de décret (cf. ci-dessous le projet de décret en entier, également téléchargeable), tout cela n’est pas aussi clair.
L’article 1 mentionne bien un principe général d’interdiction de collecte de ces données personnelles. Sauf que l’objet du décret n’est pas de simplement rappeler la loi Informatique et liberté, en effet fort contraignante, mais bien de fixer les conditions dans lesquelles il est possible d’y déroger, ce qui est quand même plus amusant. Dans l’ancien fichier des Renseignements généraux, il était ainsi possible de collecter les signes particuliers et les activités politiques, philosophiques, religieuses et syndicales des personnes fichées, à l’exclusion de toutes autres données. EDVIGE prévoyait aussi ce type de dérogation, mais de façon bien plus large, en permettant dans certains cas le renseignement de la santé et de la vie sexuelle, selon le même principe que plus la loi protège, plus il faut se donner les moyens d’y déroger. D’où la mobilisation que l’on sait. EDVIRSP (exploitation documentaire et valorisation de l’information relative à la sécurité publique, ou EDVIGE 2.0, dispose à son tour d’un article 2, qui déroge au principe général d’interdiction de collecte des données personnelles mentionnées à l’article 1, avec cette précision que cette dérogation ne vaut que pour celles «qui ne sont pas relatives à la santé ou à la vie sexuelle des personnes.» Ce qui signifie que les autres données à caractère personnel citées à l’article 1 peuvent l’être, et notamment «les origines raciales ou ethniques». C’est écrit, il suffit de lire.
Quant aux mineurs, c’est un autre point sur lequel le gouvernement ne souhaite rien lâcher. Certes, les données devraient être effacées à leur 18ème anniversaire. La Défenseure des enfants, Dominique Versini, a néanmoins rappelé hier un principe fondamental de la Convention internationale des droits de l’enfant : «Nul enfant ne fera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. L’enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes». (article 16) Ça calme…
Les reculs de la Ministre de l’Intérieur sont certes déjà considérables. La bataille n’en est pas pour autant terminée.
PS : [22/09/08] Au moins la moitié des commentaires me donnent la nausée. Je clos : j’ai autre chose à faire de ma journée que de décider si tel commentaire est insupportable, ou juste ignoble.
PS : [21/09/08] Libé laisse les auteurs des blogs modérer eux-mêmes les commentaires. J’ai pour principe de tous les autoriser, sauf quand ils sont manifestement contraires à la loi. Pour beaucoup, j’ai donc hésité avant de les publier, tant ils me semblent borderline Je demanderais lundi à Libération de les relire pour éventuellement supprimer ceux qui ont dépassé les bornes.
J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à croire que certains commentaires soient spontanés et reflètent réellement l’opinion de leurs auteurs. Trois remarques :
- nous ne sommes pas en 1940 : on peut s’indigner de l’inscription de l’origine «raciale» dans le nouveau fichier simplement au nom des valeurs d’aujourd’hui. EDVIRSP est un fichier : pas de solution finale au bout, pas de loi eugéniste à l’ordre du jour du parlement, et pourtant, il faut critiquer cette dérive éthique du fichage d’une partie des citoyens français. Inutile de faire des parallèles avec la Shoah, ça dessert le propos. En réalité, pour paraphraser Michèle Alliot-Marie, les origines raciales et ethniques, «on en a rien à faire», et c’est une belle tradition française que de continuer de s’en moquer et de refuser de distinguer les citoyens en fonction de «leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée».
- je suis partisan des statistiques dite de la diversité, qualifiés de statistiques ethniques par ses opposants, afin de mieux connaître les mécanismes de la discrimination. Contradictoire ? Etudier anonymement une partie de la population ne me semble pas idiot, et ça n’a rien à voir, mais vraiment rien, avec le recensement policier, individu par individu, de leurs «origines raciales et ethniques» simplement parce que leur «activité individuelle ou collective indique qu’ils peuvent porter atteinte à la sécurité publique».
- traiter les adversaires d’EDVIRSP de crétins bobos de gauche n’ébranlera pas leurs convictions.
_______Décret n° ... du ... portant création de l’application concernant l’exploitation documentaire et la valorisation de l’information relative à la sécurité publique. Le Premier ministre, Sur le rapport de la ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, Vu le code de procédure pénale, notamment son article 777-3 ; Vu la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, notamment son article 26 (I à III) ; Vu la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d’orientation et de programmation relative à la sécurité, notamment son article 17-1 ; Vu le décret n° 85-1057 du 2 octobre 1985 modifié relatif à l’organisation de l’administration centrale du ministère de l’intérieur et de la décentralisation, notamment son article 12 ; Vu le décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 pris pour l’application du 1 de l’article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés; Vu l’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés en date du ... ; Le Conseil d’Etat (section de l’intérieur) entendu, Décrète: Art. 1er. - L’interdiction résultant du 1 de l’article 8 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci est applicable aux services de la direction centrale de la sécurité publique en charge de la mission de renseignement et d’information mentionnée à l’article 12 du décret du 2 octobre 1985 susvisé ainsi qu’aux services de la préfecture de police assurant la même mission. Art. 2. - Par dérogation, sont autorisés, pour les seules fins et dans le strict respect des conditions définies aux articles 3 à 9 du présent décret, la collecte, la conservation et le traitement par les services mentionnés au précédent article de données à caractère personnel de la nature de celles visées à l’article 1er et qui ne sont pas relatives à la santé ou à la vie sexuelle des personnes. II est interdit de sélectionner dans les fichiers et le traitement intitulés « exploitation documentaire et valorisation de l’information relative à la sécurité publique » mis en œuvre par ces services une catégorie particulière de personnes à partir de ces seules données. Art. 3. - Les données mentionnées à l’article 2 ne pourront être collectées, conservées et traitées que dans les cas suivants, à l’exclusion de toute autre finalité: 1° Lorsqu’elles concernent des personnes dont l’activité individuelle ou collective indique qu’elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique; 2° Lorsqu’elles concernent des personnes faisant l’objet d’enquêtes administratives en application des dispositions de l’article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 susvisée pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales intéressées est compatible avec l’exercice des fonctions ou des missions envisagées ; ces données peuvent être conservées pour une durée maximale de cinq ans à compter de leur enregistrement ou de la cessation des fonctions ou des missions au titre desquelles l’enquête a été menée, Art. 4. - Conformément aux dispositions de l’article 6 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, et dans la stricte mesure où elles sont nécessaires à la poursuite des finalités mentionnées à l’article 3 du présent décret, peuvent en outre être enregistrées les catégories de données à caractère personnel suivantes : - motif de l’enregistrement des données. - informations ayant trait à l’état civil et à la profession, adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques; - signes physiques particuliers et objectifs, photographies; - activités publiques, comportement et déplacements; - titres d’identité; - immatriculation des véhicules; - informations patrimoniales; - antécédents judiciaires; - données relatives à l’environnement de la personne, notamment aux personnes entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elle; Toutefois, les signes physiques, les déplacements et l’immatriculation des véhicules ne peuvent être enregistrés pour la finalité énoncée au 2° de l’article 3. Le traitement mentionné à l’article 2 ne comporte pas de dispositif de reconnaissance faciale à partir de la photographie, Art. 5. - Les données mentionnées aux articles 2 et 4 peuvent concerner des mineurs de treize ans et plus lorsque ceux-ci sont au nombre des personnes visées au 1° de l’article 3. Elles ne peuvent être conservées au-delà du dix-huitième anniversaire. Si un élément nouveau justifiant un enregistrement au même titre est intervenu durant les deux années précédentes, elles peuvent être conservées jusqu’au vingt-et-unième anniversaire. Les données mentionnées aux articles 2 et 4 peuvent concerner des mineurs de 16 ans et plus lorsque ceux-ci sont au nombre des personnes visées au 20 de l’article 3. » Art. 6. - Dans la limite du besoin d’en connaître, sont autorisés à accéder aux données mentionnées aux articles 2 et 4 : - les fonctionnaires relevant de la sous-direction de l’information générale de la direction centrale de la sécurité publique, individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur central de la sécurité publique: - les fonctionnaires affectés dans les services d’information générale des directions départementales de la sécurité publique individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur départementale : - les fonctionnaires affectés dans les services de la préfecture de police en charge du renseignement individuellement désignés et spécialement habilités par le préfet de police. Peut également être destinataire des données mentionnées aux articles 2 et 4, dans la limite du besoin d’en connaître, tout autre agent d’un service de la police nationale ou de la gendarmerie nationale, sur demande expresse visée de son chef de service, et précisant l’identité du consultant, l’objet et les motifs de la consultation. Art. 7. - Le traitement et les fichiers ne font l’objet d’aucune interconnexion, aucun rapprochement ni aucune forme de mise en relation avec d’autres traitements ou fichiers, Art. 8. - Conformément aux dispositions prévues à l’article 41 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, le droit d’accès aux données s’exerce auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Le droit d’information prévu au 1 de l’article 32 et le droit d’opposition prévu à l’article 38 de la même loi ne s’appliquent pas au présent traitement. Art. 9. - Le traitement et les fichiers mentionnés à l’article 2 sont soumis au contrôle de la Commission nationale de l’informatique et des libertés dans les conditions prévues à l’article 44 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, En outre, le directeur général de la police nationale rend compte chaque année à la Commission nationale de l’informatique et des libertés de ses activités de vérification, de mise à jour et d’effacement des données enregistrées dans le traitement. Les consultations du traitement mentionné à l’article 2 font l’objet d’un enregistrement comprenant l’identifiant du consultant, la date et l’heure de la consultation. Ces informations sont conservées pendant un délai de deux ans. Art. 10. - Le dixième alinéa de l’article 1er du décret du 15 mai 2007 susvisé est ainsi rédigé: «9. Décret portant création de l’application concernant l’exploitation documentaire et la valorisation de l’information relative à la sécurité publique ». Art. 11. - Le présent décret est applicable sur tout le territoire de la République. Art. 12. - La ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales est chargée de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française. Fait à Paris, le , François Fillon Par le Premier ministre: La ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, Michèle Alliot-Marie

References: Art. 1
 Art. 2
 Art. 3
 Art. 4
 Art. 5
 Art. 6
 Art. 7
 Art. 8
 Art. 9
 Art. 10
 Art. 11
 Art. 12