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Timestamp: 2016-10-26 05:58:12+00:00

Document:
4A_405/2011 (05.01.2012)
4A_405/2011
Arr�t du 5 janvier 2012
X.________, repr�sent� par Me Louis-Marc Perroud,
Y.________ Soci�t� d'Assurances SA, repr�sent�e par
Me Dominique Morard,
responsabilit� civile du d�tenteur de v�hicule automobile,
recours contre l'arr�t de la Ire Cour d'appel civil du Tribunal cantonal de l'Etat de Fribourg du 10 mai 2011.
Le samedi 28 octobre 2000, vers 15h. 30, X.________ circulait au guidon de sa motocyclette de marque Honda CB 1100 SF sur la route communale d'Albeuve, d'une largeur de 4,85 m�tres, vers son domicile � N.________. A la sortie d'un virage en dos d'�ne, il a remarqu� la pr�sence d'une voiture conduite par son d�tenteur A.________, qui s'engageait, en tournant � gauche depuis un chemin d'alpage, sur la chauss�e en direction d'Albeuve. X.________ a frein� et s'est d�port� vers la gauche afin d'�viter le v�hicule. Lors de cette manoeuvre, il a perdu la ma�trise de sa machine, laquelle s'est couch�e et a gliss� sur la chauss�e avant de percuter l'avant gauche de la voiture conduite par A.________. Une trace de freinage de 13,85 m�tres a �t� relev�e. �ject� de sa moto, X.________ a gliss� sur la route avant de heurter violemment avec le casque l'aile arri�re gauche de la voiture. Il a �t� gri�vement bless�.
X.________ a �t� d�nonc� pour vitesse inadapt�e aux circonstances et perte de ma�trise; la proc�dure p�nale s'est close par un non-lieu le 28 novembre 2002, car les infractions en question � la loi f�d�rale du 19 d�cembre 1958 sur la circulation routi�re (LCR; RS 741.01) �taient prescrites.
Condamn� pour l�sions corporelles graves par n�gligence � une amende de 1'000 fr. par les autorit�s p�nales fribourgeoises, le 27 novembre 2003 en premi�re instance et le 11 octobre 2004 en seconde instance, A.________ a recouru au Tribunal f�d�ral. Par arr�t 6S.457/2004 du 21 mars 2005, la juridiction f�d�rale a admis le pourvoi en nullit� et retourn� la cause � la Cour d'appel p�nal pour nouveau jugement, laquelle, dans un arr�t du 9 juin 2006, a acquitt� A.________. Dans l'arr�t pr�cit�, la Cour d'appel a retenu, suivant le rapport principal de l'expert judiciaire du 9 octobre 2002, que la vitesse de l'automobile, au moment de l'impact, �tait de 9 km/h. Elle a aussi constat� qu'� l'entr�e du virage en dos d'�ne pr�c�dant le lieu de la collision, la visibilit� d'un motocycliste portait sur une distance de 58,4 m�tres. Cette autorit� a effectu� ce dernier constat sur la base de l'inspection des lieux � laquelle elle a elle-m�me proc�d� le 6 juin 2006, ainsi qu'en fonction notamment du rapport compl�mentaire de l'expert judiciaire, dat� du 10 novembre 2005, que ce dernier avait r�dig� d'apr�s les constatations et mesures op�r�es sur place le 27 octobre 2005, � une date o� les conditions de temps et la configuration des lieux �taient similaires � celles qui pr�valaient le jour de l'accident.
Par demande du 12 juillet 2007, X.________ a ouvert action devant le Tribunal civil de l'arrondissement de la Gruy�re contre Y.________ Soci�t� d'Assurances SA, qui couvrait la responsabilit� civile de A.________. Il a conclu � ce que la d�fenderesse lui verse 8'017 fr.94 pour r�parer son dommage mat�riel, 190'028 fr.50 et 10'832 fr.85 pour indemniser sa perte de gain et 28'412 fr.25 pour rembourser ses frais de d�fense.
Dans sa s�ance du 30 avril 2008, le tribunal civil a inspect� les lieux et d�termin� de mani�re sommaire et approximative, en d�comptant les pas d'un juge, que la distance de visibilit� du demandeur, � l'entr�e du virage en dos d'�ne, �tait de 78 m�tres.
Par requ�te du 18 novembre 2008, le tribunal civil a rejet� la requ�te d'expertise compl�mentaire form�e par le demandeur.
Par jugement du 27 f�vrier 2009, le tribunal civil a enti�rement d�bout� le demandeur de son action.
Saisie d'un appel du demandeur, la Ire Cour d'appel civil du Tribunal cantonal de l'Etat de Fribourg, par arr�t du 10 mai 2011, a rejet� le recours dans la mesure de sa recevabilit� et confirm� le jugement attaqu�. La cour cantonale a admis que le tribunal civil avait refus� � bon droit la mise en oeuvre d'une expertise compl�mentaire, puisqu'il disposait de constats fiables �tablis dans le proc�s p�nal. Elle a �galement retenu que la preuve que l'automobiliste aurait viol� le droit de priorit� du motocycliste n'a pas �t� apport�e, pas plus que celle que le d�tenteur de la voiture aurait acc�l�r� trop faiblement au d�but de sa manoeuvre, et encore moins celle que l'automobiliste conduisait en �tat d'�bri�t�. En revanche, la Cour d'appel civil a consid�r�, � l'instar des premiers juges civils, que le demandeur avait commis une faute en circulant � une vitesse non adapt�e aux circonstances, soit entre 80,85 km/h et 84,45 km/h comme l'avait d�termin� la Cour d'appel p�nal sur la base des conclusions de l'expert commis dans la proc�dure p�nale. Elle a encore jug� que le risque inh�rent incombait en entier au demandeur, tant � cause de la nette diff�rence de vitesse entre la moto et la voiture qu'en raison de la diff�rence de stabilit� entre un motocycle roulant � plus de 80 km/h sur une route secondaire sinueuse et une automobile ne roulant pas au-del� de 10 km/h. La cour cantonale en a d�duit qu'en l'absence d'une faute de l'automobiliste, en pr�sence d'une faute du motocycliste et de la pr�pond�rance du risque propre � ce dernier, il ne convenait pas de d�roger aux principes jurisprudentiels et doctrinaux de r�partition du pr�judice, selon lesquels chacun devait supporter son dommage dans une telle situation, d'o� la confirmation du rejet de l'action en paiement.
X.________ exerce un recours en mati�re civile au Tribunal f�d�ral. Il conclut � l'annulation de l'arr�t cantonal et au renvoi de la cause � la Cour d'appel pour nouvelle d�cision, principalement afin que soient �tablis les dommages-int�r�ts qui lui sont dus, subsidiairement pour que soit compl�t�e l'instruction par la mise en oeuvre de l'expertise technique qu'il a sollicit�e.
1.1 Interjet� par la partie demanderesse qui a enti�rement succomb� dans ses conclusions en paiement et qui a ainsi la qualit� pour recourir (art. 76 al. 1 LTF), dirig� contre un arr�t final (art. 90 LTF) rendu en mati�re civile (art. 72 al. 1 LTF) par une autorit� de derni�re instance statuant sur recours (art. 75 LTF) dans une affaire p�cuniaire dont la valeur litigieuse atteint le seuil de 30'000 fr. de l'art. 74 al. 1 let. b LTF, le recours est par principe recevable, puisqu'il a �t� d�pos� dans le d�lai (art. 100 al. 1 LTF) et la forme (art. 42 LTF) pr�vus par la loi.
1.2 Le recours en mati�re civile se caract�rise comme un recours en r�forme (art. 107 al. 2 LTF), de sorte que le recourant doit en principe prendre des conclusions sur le fond. A titre exceptionnel, il est admis que le recourant puisse se limiter � prendre des conclusions cassatoires lorsque le Tribunal f�d�ral, s'il accueillait le recours, ne serait pas en mesure de statuer lui-m�me sur le fond (ATF 134 III 379 consid. 1.3 p. 383 et l'arr�t cit�). Tel est le cas en l'esp�ce, puisque, si la juridiction f�d�rale admettait que l'intim�e doive couvrir la dette dont l'automobiliste serait responsable � raison de l'accident du 28 octobre 2000, le Tribunal f�d�ral ne pourrait allouer des dommages-int�r�ts �tant donn� que la cour cantonale n'a pas administr� de preuves � ce sujet et ne s'est pas prononc�e sur l'existence et la quotit� du dommage. Les conclusions cassatoires du recourant sont donc exceptionnellement admissibles.
1.3 Le recours en mati�re civile peut �tre interjet� pour violation du droit f�d�ral (art. 95 let. a LTF), y compris le droit constitutionnel (ATF 136 I 241 consid. 2.1 p. 247; 136 II 304 consid. 2.4 p. 313). Le Tribunal f�d�ral applique le droit d'office (art. 106 al. 1 LTF). Il n'est pas limit� par les arguments soulev�s dans le recours ni par la motivation retenue par l'autorit� pr�c�dente; il peut donc admettre un recours pour d'autres motifs que ceux qui ont �t� articul�s, ou � l'inverse, rejeter un recours en adoptant une argumentation diff�rente de celle de l'autorit� pr�c�dente (ATF 135 III 397 consid. 1.4 et l'arr�t cit�). Compte tenu de l'exigence de motivation contenue � l'art. 42 al. 1 et 2 LTF, sous peine d'irrecevabilit� (art. 108 al. 1 let. b LTF), le Tribunal f�d�ral n'examine en principe que les griefs invoqu�s; il n'est pas tenu de traiter, comme le ferait une autorit� de premi�re instance, toutes les questions juridiques qui se posent, lorsque celles-ci ne sont plus discut�es devant lui (ATF 135 II 384 consid. 2.2.1 p. 389; 135 III 397 consid. 1.4). Par exception � la r�gle selon laquelle il applique le droit d'office, il ne peut entrer en mati�re sur la violation d'un droit constitutionnel ou sur une question relevant du droit cantonal ou intercantonal que si le grief a �t� invoqu� et motiv� de mani�re pr�cise par la partie recourante (art. 106 al. 2 LTF; ATF 135 III 397 consid. 1.4 in fine).
1.4 Le Tribunal f�d�ral conduit son raisonnement juridique sur la base des faits �tablis par l'autorit� pr�c�dente (art. 105 al. 1 LTF). Il ne peut s'en �carter que si les constatations factuelles de l'autorit� cantonale ont �t� �tablies de fa�on manifestement inexacte - notion qui correspond � celle d'arbitraire telle que l'entend l'art. 9 Cst. ( ATF 137 I 58 consid. 4.1.2 p. 62; 136 II 304 consid. 2.4) - ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2 LTF).
2.1 Dans un premier moyen, le recourant se plaint d'une violation de l'art. 29 al. 2 Cst., qui aurait entra�n� un �tablissement inexact des faits. Il pr�tend que la cour cantonale a viol� son droit d'�tre entendu en refusant la mise en oeuvre d'une expertise compl�mentaire technique, laquelle aurait permis de fixer la distance de visibilit� du motocycliste � l'entr�e du virage en dos d'�ne, la vitesse des d�tenteurs impliqu�s dans l'accident et, partant, le d�roulement du sinistre, dont l'automobiliste serait exclusivement responsable.
2.2 Une violation du droit d'�tre entendu ne peut �tre examin�e que dans la mesure o� elle est invoqu�e de mani�re pr�cise (art. 106 al. 2 LTF). Le recourant se borne manifestement in casu � invoquer son droit � la preuve.
Or, pour toutes les pr�tentions relevant du droit f�d�ral - comme celles qui sont litigieuses en l'esp�ce -, le droit � la preuve est r�gi par l'art. 8 CC, disposition dont le Tribunal f�d�ral examine librement le respect (art. 106 al. 1 LTF) et qui prime l'art. 29 al. 2 Cst. (arr�t 5A_141/2007 du 21 d�cembre 2007 consid. 2.2).
Il suit de l� que le grief constitutionnel soulev� par le recourant doit �tre rejet�, parce que le droit fondamental qu'il invoque n'est pas applicable dans le contexte pr�cit�.
3.1 Le recourant se pr�vaut d'une entorse � l'art. 8 CC et d'un �tablissement inexact des faits. A l'en croire, le rejet de sa requ�te d'expertise compl�mentaire violerait la norme en question, car seule une telle expertise �tait � m�me de d�terminer avec exactitude le d�roulement de l'accident, la distance de visibilit�, les vitesses et le comportement des int�ress�s. Il estime ainsi avoir �t� entrav� dans son droit de prouver les faits all�gu�s � l'appui de ses pr�tentions. Enfin, la cour cantonale aurait renvers� le fardeau de la preuve en ce sens qu'il appartenait � l'automobiliste d'�tablir les faits pouvant le disculper, et non au recourant.
3.2 Il a �t� d�duit de l'art. 8 CC un droit � la preuve et � la contre-preuve, � la condition qu'il s'agisse d'�tablir un fait pertinent, qui n'est pas d�j� prouv�, par une mesure probatoire ad�quate, laquelle a �t� r�guli�rement offerte selon les r�gles de la loi de proc�dure applicable; il n'y a pas de violation de l'art. 8 CC si une mesure probatoire est refus�e � la suite d'une appr�ciation anticip�e des preuves (ATF 129 III 18 consid. 2.6 p. 24 s.).
En l'esp�ce, la Cour d'appel civil a adh�r� � l'opinion de la Cour d'appel p�nal, laquelle, se ralliant aux conclusions de l'expertise p�nale, avait retenu qu'au moment d'aborder le virage en dos d'�ne, le recourant, d'une part, avait une visibilit� sur une distance de 58,4 m�tres et qu'il roulait, d'autre part, � une vitesse comprise entre 80,85 km/h et 84,45 km/h quand il avait perdu la ma�trise de son engin, alors que l'automobiliste circulait pour sa part � la vitesse de 9 km/h au moment de l'impact.
Dans la mesure o� ces conclusions r�sultent d'une appr�ciation des preuves d'esp�ce, singuli�rement de l'expertise ordonn�e dans le cadre de l'enqu�te p�nale diligent�e contre l'automobiliste � la suite de l'accident, la question ne rel�ve pas de l'art. 8 CC, du moment que cette disposition ne prescrit pas comment les preuves doivent �tre appr�ci�es et sur quelles bases le juge peut forger sa conviction (ATF 128 III 22 consid. 2d; 127 III 248 consid. 3a p. 253). L'appr�ciation des preuves, actuelle ou anticip�e, ne pourrait �tre revue que sous l'angle de l'arbitraire (art. 9 Cst.). Il n'y a pourtant pas lieu d'examiner la question sous cet angle, parce que le recourant n'a pas invoqu� cette norme constitutionnelle (art. 106 al. 2 LTF).
Quant au moyen reposant sur la r�partition du fardeau de la preuve, il y sera r�pondu au consid�rant suivant. A ce stade, il n'appara�t pas que la Cour d'appel ait retenu un fait sans preuve; le recourant ne d�veloppe d'ailleurs pas ce pan du grief, en violation de l'exigence de motivation pos�e par l'art. 42 al. 2 LTF.
Le moyen manque sa cible.
4.1 Le recourant invoque enfin une violation de l'art. 61 LCR. Dans ce cadre, il all�gue que l'automobiliste s'est engag� tr�s lentement sur la route, en acc�l�rant trop peu au d�but de sa manoeuvre, de sorte que la faible vitesse de la voiture lors de la collision n'est pas due � un freinage. Pour n'avoir pas donn� � son v�hicule l'acc�l�ration n�cessaire afin de d�gager au plus vite la voie, l'automobiliste aurait enfreint les r�gles de la priorit� instaur�es par les art. 36 LCR ainsi que 1 al. 8, 14 al. 1 et 15 al. 3 de l'Ordonnance du 13 novembre 1962 sur les r�gles de la circulation routi�re (OCR; RS 741.11). A suivre le recourant, le conducteur de la voiture avait donc clairement le temps de se rendre sur sa voie de circulation, d'autant que la moto avait frein� � la vue de l'automobile. Le recourant affirme aussi que la consommation d'alcool de l'automobiliste a �t� minimis�e. Changeant apparemment son fusil d'�paule, le recourant soutient encore que l'automobiliste aurait d� s'engager lentement sur la route, en t�tonnant. La prise en compte de tous ces �l�ments aurait d� amener la cour cantonale � retenir le comportement fautif du conducteur de la voiture.
Puis le recourant tente de d�montrer son absence de faute dans la survenance de l'accident. Il fait valoir que la vitesse � laquelle il circulait n'�tait pas propre � rendre inappropri� son comportement sur la route et que la perte de ma�trise de la moto r�sultait exclusivement de la violation par l'automobiliste des r�gles sur l'exercice de la priorit�. Si une faute devait tout de m�me �tre retenue � la charge du motocycliste, le recourant est d'avis qu'elle devrait �tre qualifi�e de tr�s l�g�re.
D'apr�s le recourant, l'automobiliste, qui serait le seul usager de la route impliqu� dans l'accident � avoir commis une faute, devrait supporter l'entier du dommage en application de l'art. 61 al. 1 et 2 LCR. L'automobiliste devrait en tous les cas assumer la r�paration d'une partie du pr�judice, compte tenu que le risque inh�rent � l'emploi de son v�hicule �tait pr�pond�rant par rapport � celui de la moto du recourant.
4.2 Le principe de la responsabilit� causale du d�tenteur de v�hicule automobile est ancr� aux art. 58 et 59 LCR.
L'art. 58 al. 1 LCR prescrit ainsi que si une personne est tu�e ou bless�e ou qu'un dommage mat�riel est caus� par suite de l'emploi d'un v�hicule automobile, le d�tenteur est civilement responsable. Cette responsabilit� est ind�pendante de toute faute de sa part, le cas fortuit ne lib�rant pas le d�tenteur, pas plus que la faute propre l�g�re ou moyenne du l�s� (cf. ROLAND BREHM, La responsabilit� civile automobile, 2e �d. 2010, ch. 8 p. 4). Toutefois, en vertu de l'art. 59 al. 1 LCR, le d�tenteur est lib�r� de la responsabilit� civile s'il prouve que l'accident a �t� caus� par la force majeure ou par une faute grave du l�s� ou d'un tiers sans que lui-m�me ou les personnes dont il est responsable aient commis de faute et sans qu'une d�fectuosit� du v�hicule ait contribu� � l'accident. Il appert ainsi que le d�tenteur ne peut �tre lib�r� qu'en cas de faute grave exclusive du l�s� (ATF 124 III 182 consid. 4a). Le fardeau de la preuve incombe au d�tenteur qui entend s'exon�rer de sa responsabilit� (OFTINGER/STARK, Schweizerisches Haftpflichtrecht, Besonderer Teil, vol. II/2, 4e �d. 1989, p. 282 nos 646 et 647 et p. 182 n� 427).
Si l'un des d�tenteurs parvient � s'exon�rer selon l'art. 59 al. 1 LCR, l'art. 61 al. 1 LCR ne lui est pas applicable (arr�t 4A_270/2011 du 9 ao�t 2011 consid. 3.2).
L'art. 61 al. 1 LCR ne s'applique donc que lorsque les d�tenteurs (y compris le l�s�) sont responsables causalement au sens des art. 58 et 59 LCR. L'art. 61 al. 1 LCR r�partit le fardeau de la r�paration. Dans le cadre du r�glement de la responsabilit� des d�tenteurs de v�hicules automobiles entre eux, il incombe � celui qui soutient que l'autre d�tenteur a commis une faute d'en apporter la preuve (arr�t 4A_270/2011 du 9 ao�t 2011 consid. 3.2 in fine).
A teneur de cette disposition, lorsqu'un d�tenteur est victime de l�sions corporelles dans un accident o� sont impliqu�s plusieurs v�hicules automobiles, le dommage sera support� par les d�tenteurs de tous les v�hicules automobiles impliqu�s, en proportion de leur faute, � moins que des circonstances sp�ciales, notamment les risques inh�rents � l'emploi du v�hicule, ne justifient un autre mode de r�paration. Tel sera le cas, par exemple, s'il y a faute d'un seul d�tenteur et que cette faute doive �tre qualifi�e d'insignifiante, voire de tr�s l�g�re, ou si les risques inh�rents � l'emploi du v�hicule d'un des d�tenteurs ont exerc� une influence particuli�rement forte sur la survenance du pr�judice (ATF 123 III 274 consid. 1a/bb p. 278 et les r�f�rences; 99 II 93 consid. 2c p. 98). Le point de savoir si le risque inh�rent d'un v�hicule d�passe de mani�re marquante celui d'un autre (cf. ATF 99 II 93 consid. 2b) n'est pas fonction du risque abstrait desdits v�hicules selon leur appartenance � des cat�gories diff�rentes. Est au contraire d�terminant le risque concret qui a influ� sur le pr�judice lors de l'accident (arr�t 4C. 3/2001 du 26 septembre 2001 consid. 2a/aa). Il faut ainsi tenir compte notamment de la vitesse, du poids et de la stabilit� du v�hicule. En principe, le risque inh�rent d'un motocycle n'est pas plus �lev� que celui d'une voiture, hormis circonstances particuli�res (arr�t 4C. 3/2001 du 26 septembre 2001 consid. 2a/aa in fine). L'appr�ciation des circonstances sp�ciales au sens de l'art. 61 al. 1 LCR repose largement sur le pouvoir d'appr�ciation du juge (art. 4 CC; ATF 123 III 274 consid. 1a/cc p. 279). Si le Tribunal f�d�ral contr�le librement la d�cision rendue dans l'exercice de ce pouvoir, il fait n�anmoins preuve de r�serve afin de ne pas empi�ter sur le pouvoir d'appr�ciation accord� au juge cantonal; la juridiction f�d�rale n'intervient que si celui-ci s'est �cart� sans raison des r�gles �tablies par la doctrine et la jurisprudence, s'il s'est appuy� sur des faits qui, dans le cas particulier, ne devaient jouer aucun r�le ou, � l'inverse, s'il a m�connu des �l�ments qui auraient absolument d� �tre pris en consid�ration, ou enfin, si la d�cision rendue en vertu d'un pouvoir d'appr�ciation aboutit � un r�sultat manifestement injuste ou � une iniquit� choquante (cf. ATF 137 III 153 consid. 4.1.2; 135 III 121 consid. 2).
4.3 Le recourant, motocycliste bless� dans une collision contre une voiture le 28 octobre 2000, a exerc� une action directe contre l'assureur (art. 65 al. 1 LCR), lequel couvre la responsabilit� civile de l'automobiliste.
En cas de collision entre v�hicules automobiles ayant caus� � l'un des d�tenteurs des l�sions corporelles, il s'agit en premier lieu de se demander si chaque d�tenteur (y compris le l�s�) est responsable au sens des art. 58 et 59 LCR (OFTINGER/STARK, op. cit., p. 282 nos 646 et 647)
Il est indubitable que la voiture �tait � l'emploi (cf. art. 58 al. 1 LCR) lors de l'accident, puisqu'elle s'engageait alors sur la chauss�e menant � .... Le mouvement et la masse de la voiture ont ainsi jou� un r�le causal dans la survenance de la collision avec la moto pilot�e par le recourant. Le d�tenteur de l'automobile est sans conteste responsable en application de l'art. 58 al. 1 LCR, � l'instar du l�s�, puisque l'emploi de son motocycle est la cause ad�quate du dommage qu'il a subi.
Il faut maintenant v�rifier si le d�tenteur de la voiture s'est exon�r� de sa responsabilit� en apportant la double preuve lib�ratoire requise par l'art. 59 al. 1 LCR (ATF 124 III 182 consid. 4a). Dans le cas pr�sent, ledit d�tenteur n'a pas �t� � m�me d'�tablir que le sinistre a �t� caus� par la faute grave exclusive du recourant l�s�. Ledit d�tenteur n'ayant pu s'exon�rer de sa responsabilit� en vertu de l'art. 59 al. 1 LCR, l'art. 61 al. 1 LCR, qui r�partit le fardeau du dommage, doit trouver application.
4.4 Le recourant pr�tend que la cour cantonale a enfreint l'art. 61 al. 1 LCR en ne retenant pas une faute � la charge de l'automobiliste. Comme on l'a vu, il appartient au recourant de prouver que le d�tenteur de la voiture a commis une faute.
Lorsque le recourant all�gue que le d�tenteur de la voiture a transgress� les r�gles de la priorit�, en particulier celles r�sultant des art. 36 LCR ainsi que 1 al. 8, 14 al. 1 et 15 al. 3 OCR, il s'en prend au r�sultat de l'administration des preuves de mani�re irrecevable (c'est-�-dire sans invoquer une des exceptions de l'art. 105 al. 2 LTF), lequel a conduit l'autorit� cantonale � retenir qu'une violation desdites r�gles par l'int�ress� n'a pas pu �tre �tablie (cf. consid. 6b in initio de l'arr�t attaqu�).
De m�me, le recourant s'en prend aux faits d�terminants, sans d�montrer l'existence de l'une des hypoth�ses pr�vues par l'art. 105 al. 2 LTF, en affirmant que le conducteur de l'automobile roulait sous l'influence de l'alcool. Les magistrats fribourgeois ont en effet retenu, au consid. 5b de l'arr�t cantonal, que la preuve que l'automobiliste circulait en �tat d'�bri�t� n'a pas �t� apport�e.
Le recourant a tort en pr�tendant que l'automobiliste aurait d� s'engager sur la chauss�e en t�tonnant. De fait, cette r�gle ne s'applique que dans les cas o� la visibilit� du d�biteur de la priorit� sur la voie prioritaire est masqu�e par un mur ou des plantations et o� il doit s'avancer quelque peu afin d'avoir une vue d�gag�e, ce qui permet � d'�ventuels v�hicules prioritaires de l'apercevoir � temps, d'anticiper ce qui va arriver et de r�agir en cons�quence (ATF 122 IV 133 consid. 2a p. 135 s.; 105 IV 339). Les donn�es de l'esp�ce sont totalement diff�rentes. Il n'a pas �t� retenu que la visibilit� de l'automobiliste sur la chauss�e menant � ... ait �t� dissimul�e par un obstacle lorsqu'il a tourn� � gauche depuis un chemin d'alpage.
On ne voit donc pas que la cour cantonale ait fait une entorse � l'art. 61 al. 1 LCR en niant que l'automobiliste ait commis une faute.
4.5 Le recourant soutient que c'est en violation du droit que la Cour d'appel a retenu une faute � sa charge. A tout le moins, si une faute devait lui �tre imput�e, elle serait tr�s l�g�re.
Le recourant ne conteste plus qu'il roulait � une vitesse comprise entre 80,85 km/h et 84,45 km/h sur un tron�on limit� � 80 km/h. Il a donc manifestement d�pass� la vitesse autoris�e � cet endroit, ce qui est constitutif d'une violation de l'art. 27 al. 1, 1e phrase, LCR, qui prescrit que chacun se conformera aux signaux et aux marques ainsi qu'aux ordres de la police.
Quoi qu'en dise le recourant, cette faute ne peut pas �tre consid�r�e comme presque insignifiante, d�s l'instant o� il a �t� retenu, sans que l'arbitraire soit invoqu�, que la route sur laquelle s'est pass� l'accident �tait plut�t �troite, sinueuse et vallonn�e, qu'elle traversait une zone rurale sur laquelle il fallait s'attendre � voir d�boucher des chemins adjacents des v�hicules agricoles, voire du b�tail (cf. consid. 6b de l'arr�t cantonal), et que la vitesse appropri�e au lieu de l'accident �tait plus proche des 60 km/h � 70 km/h que de la limite l�gale. Dans de telles circonstances, il n'est pas possible de qualifier de tr�s l�g�re la faute mise � la charge du recourant.
Quand le recourant tente de r�p�ter que la voiture a viol� les r�gles de la priorit�, il revient en pure perte sur un point qui a d�j� �t� tranch� par la n�gative (cf. consid. 4.4 ci-dessus).
Le grief est sans consistance.
4.6 Le recourant est enfin d'avis que la cour cantonale a largement sous-estim� le risque inh�rent de la voiture impliqu�e dans l'accident, qui serait en r�alit� sup�rieur � celui du motocycle.
En cas de faute d'un seul d�tenteur (i.e. le recourant en l'occurrence), celui-ci supporte en principe l'entier du pr�judice, � moins qu'il n'apporte la preuve, entre autre exemple, que le risque inh�rent � l'emploi de l'autre v�hicule justifie une r�partition diff�rente (arr�t 4A_270/2011 du 9 ao�t 2011 consid. 3.2).
En principe, le risque inh�rent d'un motocycle n'est pas plus �lev� que celui d'une voiture, hormis l'existence de circonstances particuli�res (arr�t 4C. 3/2001 du 26 septembre 2001 consid. 2a/aa in fine).
Dans le cas pr�sent, la Cour d'appel a �tabli, sans se voir reprocher l'arbitraire, qu'avant de perdre la ma�trise de son engin, le recourant roulait � plus de 80 km/h, alors que la vitesse de l'automobile au moment de l'impact �tait de seulement 9 km/h. Partant, comme la vitesse de la moto �tait pr�s de neuf fois plus �lev�e que celle de la voiture, le risque concret dans l'apparition du pr�judice doit �tre exceptionnellement imput� au v�hicule � deux roues, comme l'a bien vu l'autorit� cantonale (cf., � ce propos, BREHM, op. cit., ch. 801 p. 314/315).
De toute mani�re, du moment qu'il n'y a qu'un d�tenteur fautif, � savoir le recourant, lequel doit supporter la totalit� du pr�judice par application de l'art. 61 al. 1 LCR, le risque inh�rent pr�pond�rant � sa charge ne change rien � sa responsabilit� (cf. BREHM, op. cit., ch. 851 p. 331).
Au vu de ce qui pr�c�de, le recours doit �tre rejet� en tant qu'il est recevable. Les frais et d�pens de la proc�dure f�d�rale seront mis � la charge du recourant qui succombe (art. 66 al. 1 et 68 al. 1 et 2 LTF).
Les frais judiciaires, arr�t�s � 6'000 fr., sont mis � la charge du recourant.
Le pr�sent arr�t est communiqu� aux mandataire des parties et � la Ire Cour d'appel civil du Tribunal cantonal de l'Etat de Fribourg.

References: ATF 
in fine
 ATF 
in casu
 art. 36
 art. 58
 art. 58
in fine
 ATF 
in fine
 ATF 
 ATF 
 art. 58
 art. 58
 art. 36
in fine