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Timestamp: 2018-10-20 11:15:29+00:00

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Le Credo des Frères Musulmans
Sujet: Le Credo des Frères Musulmans Sam 2 Déc - 19:22
HASSAN AL-BANNA : LE CREDO DES FRERES MUSULMANS VERS 1930-1932
Voici le texte intégral du Credo, de l'acte d'appartenance au groupe des frères musulmans tel qu'il a été énoncé par son fondateur, Hassan Al-Banna. Ce texte soulève de nombreuses questions, je me propose d'en analyser certaines selon la méthode historique, en ne le sortant pas de son contexte d'énonciation en 1932. Mais nous pouvons aussi à la suite de cette lecture et de l'analyse que je vous aurai proposé discuter de la façon dont ce credo a évolué, du rapport entre le groupe moderne et le groupe historique et puis de la dimension politico-religieuse qui en ressort : qu'est-ce que ce texte dit ?
1) Je crois que tout est sous l'ordre de Dieu ; que Muhammad est me sceau de toute la prophétie adressée à tous les hommes, que la Rétribution éternelle est une réalité, que le Coran est le Livre de Dieu, que l'Islam est une Loi complète pour diriger cette vie et l'autre. Et je promets de réciter (chaque jour) pour moi-même une section du Coran, de me tenir à la Tradition authentique, d'étudier la vie du Prophète et l'histoire des compagnons.
2) Je crois que l'action droite, la vertu, la connaissance, sont parmi les piliers de l'Islam. Et je promets d'agir étroitement en accomplissant les pratiques du culte et en évitant les choses mauvaises : je me plairais aux bonnes moeurs, j'aurai en horreur les mauvaises ; je répandrai autant que je peux les usages musulmans, je préférerai l'amour et l'attachement plutôt que la rivalité et la condamnation, je ne recourrai aux tribunaux que contraint et forcé, je renforcerai les rites et la langue de l'Islam et je travaillerai à répandre les sciences et les connaissances utiles dans toutes les classes de la nation.
3) Je crois que le musulman doit travailler, gagner sa vie, s'enrichir, et qu'une part de ses gains revient de droit au mendiant et au misérabvle, et je promets que je travaillerai pour gagner ma vie et assurer mon avenir, que j'acquitterai la zakât sur mes biens et en gageant aussi une part volontaire pour faire la charité, que j'encouragerai tout projet économique utile et ferai progresser les produits de ma région, de mes coreligionnaires, de ma patrie, sans jamais pratiquer l'usure ou l'intérêt ni chercher le superflu au-delà de mes capacités.
4) Je crois que le musulman est responsable de sa famille, qu'il a le devoir de la conserver en bonne santé, dans la foi, dans les bonnes moeurs. Et je promets de faire mon possible en ce sens et d'insuffler les enseignements de l'Islam aux membres de ma famille. Je ne ferai pas entrer mes fils dans une école qui ne préserverait par leurs croyances, leurs bonnes moeurs. Je lui supprimerai tous les journaux, livres, publications qui nient les enseignements de l'Islam, et pareillement les organisations qui nient les enseignements de l'Islam, et pareillement les organisations, les groupes, les clubs de cette sorte.
5) Je crois que le musulman a le devoir de faire revivre l'Islam par la renaissance de ses différents peuples, par le retour de sa législation propre, et que la bannière de l'Islam doit couvrir le genre humain et que chaque musulman a pour mission d'éduquer le monde selon les principes de l'Islam. Et je promets de combattre pour accomplir cette mission tant que je vivrai et de sacrifier pour cela tout ce que je possède.
6) Je crois que tous les musulmans ne forment qu'une seule nation unie par la foi islamique et que l'Islam ordonne à ses fils de faire le bien à tous ; je m'engage à déployer mon effort pour renforcer le lien de fraternité entre tous les musulmans, et pour abolir l'indifférence qui existent entre leurs communautés et leurs confréries.
7) Je crois que le secret du retard des musulmans réside dans leur éloignement de la religion, que la base de la réforme consistera à faire retour aux enseignements de l'Islam et à ses jugements, que cei est possible, si les musulmans oeuvrent dans ce sens, et que la doctrine des Frères Musulmans réalise cet objectif. Je m'engage à m'en tenir fermement à ces principes, à rester loyal envers quiconque travaille pour eux, et à demeurer un soldat à leur service, voir à mourir pour eux.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Sam 2 Déc - 19:29
Voici déjà une brève introduction et la problématique qui ressort d'une première lecture :
En 1932, le mouvement des Frères Musulmans se consolide autour d’un texte fondateur, le credo qui détermine les principes, droits et devoirs de chaque membre du groupe en insistant sur la formule suivante « Je crois », en Arabe « Ashadu ».
Son auteur, Hassan al Banna (1906-1949), est aussi le créateur de ce mouvement, initié dans la ville d’Ismaïlia en 1928. Instituteur et prédicateur, Hassan Al Banna est le fils d’un cadi azharite, ancien étudiant de Muhammad Abduh. Il étudie à la maison des sciences (dar al-ulum) au Caire de 1923 à 1927 et s’installe à Ismaïlia où vivent en grand nombre les fonctionnaires européens. Il fonde le mouvement des Frères Musulmans en opposition à l’ingérence occidentale dans les affaires du pays et sous l’aspiration du mouvement lancé par les penseurs réformistes, notamment la salafiyya.
NB : Je n'irai pas plus loin dans la biographie de Hassan Al-Banna : il a rédigé ce texte en 1932 et la rogueur historique exige que l'on ne s'intéresse qu'à ce qui se passe avant et pendant sa publication, pas après. Nous pourrons toujours évoquer la suite de sa vie après avoir décortiqué ce credo.
Construit sous forme d’articles, sept au total, le Credo expose la profession de foi des membres du groupe et met en avant les qualités du bon Frère. Celui-ci doit être vertueux et cultivé, travailler pour subvenir à ses besoins et participer au développement économique du pays en conformité avec les règles islamiques. Il préserve sa famille, ses enfants d’un environnement sans Islam, il tient un rôle de prédicateur et défend jusqu’à la mort le rétablissement de la communauté et les principes de ce credo.
Cette analyse nous permet de dégager l’idée d’une essentialisation de l’Islam : ce credo propose en effet à ceux qui y adhèrent tout d’abord de supprimer l’ingérence occidentale pour ensuite mettre en œuvre l’organisation économique et sociale du pays mais aussi et surtout d’une communauté religieuse forcément universelle.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Sam 2 Déc - 21:11
En fait non, avant de vous donner mon analyse du sujet, je préfère savoir comment vous, vous lisez ce texte ?
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Lun 4 Déc - 12:27
En fondant les FM, Hasan al-Banna reprenait en fait le schéma de la tarika soufi (divisée en zawiya) mais en l'adaptant au contexte moderne et lui donnant des buts essentiellement sociaux et politiques et non plus en seulement spirituels.
Son action rencontra un succès extraordinaire car elle rejoignait les aspirations d'une grande partie du petit peuple et de la moyenne bourgeoisie.
Il élaborait la figure d'un musulman moderne, actif, travailleur, ancré dans la spiritualité, ferme dans ses principes, éduqué, dédié aux intérêts de sa famille, de sa patrie, de sa communauté et de sa religion.
Après sa mort, les disciples de H. al-Banna ont continué à jouer un rôle important dans la vie politique de nombreux pays arabes et musulmans. Partout où ils ont pu le faire ils se sont érigés en groupe de pression dans le but d'accentuer la préservation de l'identité islamique des institutions et de la société, ce qui leur a valu d'être souvent durement attaqués et persécutés. La question du recours à la violence a entraîné de nombreux débats internes et aboutit à plusieurs scissions au sein des FM.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Mar 5 Déc - 1:17
Comment lier ce passage de ton message Abd95 avec cet article du credo ?
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Mar 5 Déc - 1:42
C'est aisé. Il suffit juste de comprendre que le militantisme a éxisté dans le monde islamique médiéval. Les tarika sont devenus, surtout à partir du 13e siècle, des lieux de rencontre et de partages pour les musulmans de toutes origines ethniques, de toutes catégories sociales, unis dans la célébration d'un islam conscientisé.
La tarika est resté la référence implicite ou explicite de tout engagement militant avant la fondation des "partis" politiques dont on sait qu'ils sont apparus tardivement au Moyen-Orient (le prototype étant le Wafd égyptien).
Or Hassan al-Banna reprend le système de la tarika. Il est le murshid (guide) de son mouvement, ses disciples sont des ikhwan (frères) qui doivent obéissance et fidélité au guide, ils sont divisés en sections locales (zawiya), ... etc. Bref c'est tout le vocabulaire du soufisme qui se retrouve dans la Société des FM.
A cette différence -fondamentale- que le but est cette fois tout autant politique que spirituel. La nouvelle donne est : il n'y aura pas de libération spirituelle sans libération politique et il n'y aura pas de libération politique sans révolution de la pensée et des pratiques quotidiennes des musulmans ... et cela n'arrivera pas sans que ceux-ci s'organisent.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Mar 5 Déc - 23:49
C'est vrai, je n'ai pas intégré la dimension ou l'héritage soufie dans ma propre analyse mais c'est totalement vrai, il y a une inspiration réelle d'un phénomène soufi jusque-là diffus et puis à partir de ce credo, codifié dans ses grandes orientations. C'est un héritage mais ça ne va pas plus loin parce que dans le schéma de l'organisation des actions du groupe à l'échelle locale, dans les petites villes où il s'implante, on s'en éloigne tout à fait, ce schéma correspondant grosso modo à :
- Bureau de section du groupe
Et dans ce schéma, on n'inclut pas, dans les débuts -s'entend- du mouvement la vénération du chef spirituel, ça c'est quelque chose qui va se mettre progressivement en place dans les années 30 avec l'expansion extraordinaire du groupe.
En tout cas, oui, c'est clair que les Frères Musulmans récupèrent à leur compte un credo islamiquement universel qui remplace le rôle des chefs spirituels se réclamant de la sainteté et cette dimension politique supplémentaire, qui n'est pas vraiment supplémentaire en fait elle est juste plus visible dans ce credo, lui donne un souffle particulier qui est le souffle de l'essentialisation maximum de l'Islam.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Mer 6 Déc - 0:04
Tel quel, le credo est très consensuel, 99% des musulmans y adhéreraient. Le problème est que dès que l'on passe à la mise en pratique, chacun s'estime plus capable, plus savant, plus intelligent que les autres.
C'est parce qu'il savait cela que Hassan al-Banna a insisté sur le maintien de son pouvoir absolu de décision, et non par goût personnel.
Cela n'a pas empêché le mouvent de se fractionner sous la pression du pouvoir après 1952.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Ven 8 Déc - 13:15
Ou au contraire, pas capable, pas savant et moins intelligent que les autres. La force s'est imposé dans le mouvement par les deux biais, un trop plein d'orgueil d'une part, de la faiblesse d'autre part, motivé par l'ingérence des Européens. Mais là nous sommes déjà dans l'après-credo et Antony, me semble-t-il, voulait se pencher plus sur les motivations de sa rédaction dans un contexte prenant en compte à la fois l'événementiel et l'aspect moral qui porte haut et fort l'essentialisation de l'Islam.
Pour ma part, j'attends son commentaire mais d'emblée il est vrai que si cette dimension soufie y est occultée, nous allons avoir quelques petits soucis
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Sam 9 Déc - 2:14
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Sam 9 Déc - 16:46
On va avoir des soucis Haz Mais vous n'aurez qu'à compléter, je compte sur vous et surtout sur toi Abd95.
Bilkys, il manque le corps de ton message tu as vu ?
Allez on se lance ! Plus haut, il y avait plus ou moins un plan élaboré qui suit le schema Politique-Economique-Religieux. Là, on va juste aborder le politique dans les grandes lignes.
Supprimer l’ingérence occidentale
- Rejeter les Constitutions Occidentales
1- « Le Coran est Notre Constitution »
- Art.1 : Le Coran est le livre de Dieu [et] l’Islam est une Loi complète pour diriger cette vie et l’autre.
Profession de foi plus étendue que la chahada elle-même. Elle révèle en filigrane que cet état de fait aurait pu être oublié des Egyptiens qui laissent les Anglais leur imposer un système idéologique non égyptien.
Exemple : Constitution du 29 Avril 1923 établie sur le modèle belge et non sur un code pénal strictement islamique.
- « L’islam est une loi complète ». Etablit que l’Islam est une entité qui ne se résume pas à la pratique mais qui embrasse tous les domaines de la vie publique et de la vie privée. On parle alors d’un système islamique total.
- Cette idée fait suite au principe réformiste de Rashid Rida (m.1935) qui préconise la mise en place d’une structure proprement islamique en conformité avec les enseignements des salafs.
C’est donc le principe de Retour aux Sources qui animent la pensée des Frères Musulmans.
2- Le Retour aux Sources
- Art.1 : Je me promets de me tenir à la Tradition authentique, d’étudier la vie du Prophète et l’histoire des Compagnons. C’est en cela que consiste le retour aux Sources, c’est-à-dire aux prescriptions du Coran, de la Sunna, mais aussi à la vie des premiers adeptes de l’Islam, seuls aptes à connaître les meilleures dispositions à suivre. Pas de passéisme dans cette vision conservatrice, mais l’idée constante et pas seulement en Islam que la théologie vraie est forcément dans l’acte originel.
- « La Tradition authentique » révèle cet aspect originel puisqu’elle consiste en un recueil de dires et d’actes du Prophète qui ont pris une valeur normative parce que sacralisé, le Prophète étant le modèle par excellence.
Partant de là, on comprend bien qu’Al Banna n’adhère pas au Code Pénal ni à la Constitution Egyptienne dans laquelle ni le nom du Prophète ni les prescriptions de cette tradition n’y apparaissent.
- Le retour aux sources est une vaste problématique de l’historiographie musulmane. Historiquement, c’est une notion qui n’a pas de valeur mais qui détermine un Islam idéalisé. Il s’agit plus d’une construction mentale, d’un objectif que d’une réalité.
L’ère coloniale est vécue par les Frères Musulmans comme un point de cristallisation dans la mesure où elle occasionne des transgressions de l’enseignement des salafis. Un enseignement qui permet la détermination des institutions mais aussi la définition de la vertu.
B) Opposer au vice la vertu
1- Les bonnes mœurs et les mauvaises
- Art.2 : Je promets d’agir étroitement en évitant les choses mauvaises : je me plairai aux bonnes mœurs, j’aurai en horreur les mauvaises.
Avant d’évoquer le contexte qui conduit à ce type d’assertions, il importe de se demander quelles sont les bonnes mœurs et quelles sont les mauvaises. C’est là encore un sujet très souvent traité chez les penseurs musulmans, trop même peut-être, en tous cas fortement vulgarisé car il réduit la compréhension de l’Islam en tant que religion à la détermination du licite et de l’illicite.
Débat dans lequel ne s’inscrit pas forcément la réflexion d’Al Banna. Il va nettement au-delà de cet aspect mais il y est tout de même assez sensible parce qu’il y va de la définition de l’attitude général du bon musulman.
Il est par exemple très admiratif de la façon dont la famille Sa’ud a su dépasser la théorie pour mettre en pratique la pensée d’Ibn Al-Wahhab et instauré ce que l’on appelle le wahhabisme, réduisant de fait les préceptes théologiques à ce débat.
Plus concrètement à présent, qu’est-ce qui justifie la rédaction d’un tel article ? C’est d’abord et surtout le mépris des mœurs occidentales qui se sont introduites dans la société égyptienne via les fonctionnaires européens. Rappelons qu’Ismaïlia est la ville où se situe le siège de la Compagnie du Canal de Suez, c’est aussi la ville où s’est installé Al Banna, il est donc un témoin direct de ce qu’il appelle les mauvaises moeurs, à savoir, la mixité entre hommes et femmes, le dévoilement des femmes, la fréquentation des bars… Il a d’ailleurs appelé Ismaïlia « La ville de la corruption occidentale ». Toutes ces expériences ont contribué à la dévalorisation du colonialisme. Il faut tout de même bien voir que ses pratiques ne sont pas propres aux sociétés occidentales, elles existaient sans doute sous l’empire ottoman, ce que dénonce donc Banna, c’est le fait qu’elles soient publiquement affichées et mises en valeur.
La vertu apparaît donc sous l’aspect moral qui gouverne l’orthopraxie. On la retrouve aussi sous un aspect plus intellectuel. Le Credo insiste en effet sur…
2- L’établissement des sciences utiles
- Je travaillerai à répandre les sciences et les connaissances utiles dans toutes les classes de la Nation.
Cette phrase révèle d’abord l’importance de l’instruction pour tous les membres de l’association. Il ne suffit pas de vouloir combattre l’ennemi étranger, il faut encore savoir se servir de sa tête pour le faire.
Rappelons que Banna est instituteur, qu’il a fréquenté l’université et que ses idées se sont développées avec la réflexion de l’élite, non avec la colère du peuple. Il doit donc en être de même pour tous les adhérents au mouvement.
- On est surtout tenté de se demander quelles sont ces sciences et connaissances utiles. Toujours dans la lignée du réformisme égyptien, les Frères voudraient évincer de la pratique et de la compréhension de l’Islam ce qu’ils considèrent comme des pratiques magiques, des innovations populaires.
On n’insistera pas sur le débat qui met en oppositions historiens et religieux concernant le rapport entre religion et superstition et l’on n’insistera pas non plus sur l’autre débat plus intra religieux concernant l’innovation religieuse. Retenons simplement que les Frères Musulmans adhèrent totalement à l’idée d’altération des préceptes et pratiques religieuses par des syncrétismes nécessitant le retour aux sources. Ils se mettent ainsi nettement en opposition avec les théories anthropologiques sur le sujet, théories qui ne distinguent aucunement les notions évoquées.
- Ces sciences et connaissances utiles sont donc d’abord des sciences et des connaissances religieuses, conformément à la pensée salafie. Ce sont ensuite des sciences et des connaissances dites modernes qui permettent aux musulmans d’adhérer à la notion de progrès à laquelle Banna n’est pas hostile. Parmi elles figure l’apprentissage de la langue arabe, de l’histoire, de la géographie….
Convaincu que l’Islam est un système total, Hassan al Banna veut faire pendant à l’influence occidentale en lui opposant une lecture particulière de l’Islam. C’est cette lecture qui doit permettre l’organisation économique et sociale de la société égyptienne.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Sam 9 Déc - 18:35
oui le mouvement des frères musulmans se voulait anti-colonial (c'est ce que tu as exprimé en parlant d'ingérence occidentale) par contre je veux que tu t'expliques , si c'est possible, sur le fait qu'on voulait une communauté religieuse universelle, jai du mal à suivre ..comme tu parles d'essentialisation de l'islam avant donc "religieuses se refère à "musulmanes" .
Hassan elbanna a écrit un livre qui s'appelle "assalam fi islma" " la paix en islam" et il a livré sa perception de la société egyptienne et sa conception de la pluralité politique et sociale et la diversité ..et d'après ce que j'ai lu, il n'avait rien contre les autres communautés religieuses ('chrétiens, juifs) par contre il aappelé à s'unir contre le "danger de l'atheisme "..parce que de son point de vue ces derniers étaient contre la majorité et donc un danger (*)
Par contre effectivement on peut s eposer la questions si la communauté religieuse est la communauté des croyants toutes religions confondues ?
((*)ma source est : "encyclopédie des mouvements islamiques dans le monde arabe , iran et turquie)
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Mer 13 Déc - 19:34
Je vais te répondre Yasmine sur ce point mais pas dans l'immédiat car l'universalité religieuse exprimée à travers ce credo n'est que le troisième point de mon analyse dont je viens de livrer la première partie. Voilà donc la deuxième qui porte sur le volet économique et social :
II/ …pour mettre en œuvre l’organisation économique et sociale…
A) Le retard des musulmans
1- L’explication religieuse
-Art.7 : Je crois que le secret du retard des musulmans réside dans leur éloignement de la religion
Nous venons de voir quelle dichotomie a été établie entre religion et superstition / innovation par le mouvement réformiste. Cette dichotomie fait partie des explications fournies par Al Banna. Si les musulmans reviennent à la tradition authentique, ils devraient pouvoir réaliser qu’elle est un vecteur de progrès. On retrouve ici l’idée qu’il n’existe pas dans la pensée égyptienne d’opposition entre tradition et progrès et qu’ils s’accomodent parfaitement des principes évolutionnistes.
Exemple : Les Sœurs Musulmanes = non mixité, voilement imposé mais travail et sortie autorisée, reconnaissance d’une vie publique.
- Cet éloignement de la religion s’explique aussi par l’adhésion des Egyptiens au système économique libéral des Européens, à leur acceptation d’étudier dans des structures scolaires où le Coran et la langue arabe dite littéraire ne tiendraient qu’une place secondaire, à leur adoption de mœurs non musulmanes (les concerts par exemple d’Umm Kalthum).
- La doctrine du retard des musulmans sur le plan économique ne s’explique donc pas uniquement en fonction de l’ingérence étrangère, elle s’explique par son effet pervers, c’est-à-dire que les premiers responsables sont ceux qui se laissent faire, ici, les Egyptiens. Le Credo l’affirme, « la réforme n’est possible que si les musulmans oeuvrent dans le sens d’un retour aux enseignements de base de l’Islam ».
Concrètement, quelles solutions proposent les Frères musulmans pour combler ce retard ?
Ils prônent avant tout chose l’absoluité d’une justice sociale qui émanerait des individus.
2- La solution sociale
- Art.2 : Je ne recourrai aux tribunaux que contraint et forcé.
La justice ne peut être rendue dans des structures élaborées sur des codes pénaux qui nient la charia et les enseignements coraniques. Le recours aux tribunaux signifierait l’acceptation d’un code pénal séculier qui ne garantit donc pas l’instauration à terme d’une justice en phase avec les idéaux des Frères Musulmans. Il faut donc inciter les populations à recourir aux services des frères et des cadis pour faire que soit respecter la charia. Est-ce ce que les populations souhaitent ?
- Autre solution : De 1929 à 1932, le mouvement est passé de 4 à 15 sections en Egypte. Chaque nouvelle section, schéma au tableau, met en œuvre la construction d’une mosquée mais aussi d’une école, d’un hôpital ou d’un atelier d’artisan. L’ouverture d’une section engendre systématiquement la mise en place de ce schéma d’action.
- Cela permet aux Frères Musulmans de prendre en charge la formation religieuse, intellectuelle et l’encadrement social d’une zone géographique donnée et permettent le développement nécessaire à toute société. Dans ce schéma structurel, on reconnaît l’idéologie du système islamique total.
- On sait aussi qu’en plus de donner des cours aux jeunes enfants durant la journée, Al Banna se rendait le soir chez les parents de ses élèves afin de leur offrir une instruction religieuse. Ainsi, il donnait une intégrité à son enseignement et s’assurait de la cohérence entre l’éducation et la culture scolaire d’une part et l’éducation parentale d’autre part.
Toutes ces dispositions s’intègrent dans un plan global où même l’économie est mise à profit.
B) Une économie proprement islamique
1- Le travail, un gage de progrès…
- Art.3 : Je crois que le musulman doit travailler, gagner sa vie, s’enrichir… et je promets que je travaillerai pour gagner ma vie et assurer mon avenir.
Voilà une sentence que vient corroborer un hadith prophétique qui raconte qu’entre un homme qui travaille pour apporter subsistance à sa famille et un homme qui passe sa journée en prière pour satisfaire Dieu, le Prophète préfère sans condition le premier au second.
- L’argument du travail vient consolider celui qui vise à mettre l’Islam au service du progrès économique et qui vient contredire l’idée que l’ascétisme commande la religion. Héritage des confréries soufies du 19ème et 20ème siècle qui montrait que l’on pouvait être à la fois empreint de spiritualité et besogneux, leur implication sociale a de fait beaucoup influencé al Banna.
- Il y a aussi un aspect plus pragmatique à cette valorisation du travail. L’argent gagné est un gage de dons éventuels et donc d’extension pour le mouvement.
C’est enfin un moyen de montrer que les Frères musulmans s’intéressent à la question du chômage qui en cette période de crise frappe pleinement les populations, des ouvriers aux jeunes diplômés, rappelons que nous sommes alors en période de dépression.
- J’encouragerai tout projet économique utile et ferai progresser les produits de ma région, de mes coreligionnaires, de ma patrie
A côté de l’argument proprement religieux se développe aussi l’idée de participer à la croissance et donc d’inscrire le mouvement dans une dynamique d’entreprise nationale pour faire concurrence à l’importation des produits européens les parfums français, les soieries indiennes, le ciment belge…) et faire pendant aux grandes firmes étrangères. Rien de très islamique en l’occurrence.
2- …en conformité avec la chari’a
- Une part des gains [du musulman] revient de droit au mendiant et au misérable…
Banna est frappé par l’extrême pauvreté de certaines classes de population. Le chômage, la dépression, les inégalités créent un phénomène de paupérisation dans les villes tout comme dans les campagnes. Les métayers fortement taxés par exemple s’endettent auprès de leurs propriétaires non résidentiels et vivent dans une précarité alarmante. Au début des années 1920, le 1/7ème de la superficie égyptienne cultivée revenait au 5 millième de la population. Il y a donc une situation concrète qui conduit Al Banna à réfléchir à un système fiscal autre.
Il préconise de remettre au goût du jour le principe de la zakat, traduite par la formule « aumône légale », sorte de taxe perçue sur le 1/5ème de la production ou du bénéfice. Il entend bien faire en sorte qu’à terme, la zakat fasse véritablement office d’impôt fiscal. Ce n’est donc pas simplement un acte de générosité, c’est aussi un instrument de la fiscalité propre au programme économique des Frères Musulmans.
- Sans jamais pratiquer l’usure ou l’intérêt ni chercher le superflu au-delà de mes capacités. C’est ici que l’on retrouve une idée plus en phase avec les préceptes religieux puisque les versets coraniques et les hadiths stipulent très clairement l’interdiction de l’usure. Le système économique préconisé se détache donc bien de celui mis en place en Egypte qui fonctionne grandement grâce à la fluctuation des capitaux et au prêt à intérêt à taux élevé. L’usure et l’intérêt sont d’ailleurs autorisés par le Code juridique égyptien.
- Mais Banna va bien plus loin que la dénonciation d’une pratique non musulmane, il défie ouvertement la mise en place progressive et réelle de la consommation qui permet d’obtenir ce dont on n’a pas besoin. A raison d’être islamique, la politique économique des Frères Musulmans, qui ne fait que se profiler dans ce credo se rapproche beaucoup mais pas totalement des gouvernances socialistes de l’URSS
- Les idées développées dans cet article sont les embryons d’un système global que Sayyid Qutb définira plus rigoureusement.
En voulant parer le retard des musulmans sur le plan économique, le Credo des Frères Musulmans posent les bases d’un système socio-économique qui trouve son inspiration dans l’histoire califale mais aussi dans l’histoire anti-libérale. Toutefois, c’est bien la religiosité du Guide, Hassan Al Banna, qui détermine un système au service la communauté musulmane universelle.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Jeu 14 Déc - 22:53
III/ …d’une communauté religieuse forcément universelle
A) Le devoir de prédication
1- L’enseignement aux enfants
- Art.4 : Je ne ferai pas entrer mes fils dans une école qui ne préserverait pas leurs croyances, leurs bonnes mœurs. Je lui supprimerai tous les journaux, livres, publications qui nient les enseignements de l’Islam, et pareillement les organisations qui nient les enseignements de l’Islam et pareillement les organisations, les groupes, les clubs de cette sorte.
Le message que font passer les Frères musulmans, c’est que tout ce qui est contraire à l’Islam est source de perdition. Dans la logique de l’instauration d’un Etat islamique, il importe donc d’éduquer les enfants selon la lecture que les Frères Musulmans font de l’Islam. C’est un combat contre l’athéisme, très minoritaire en Egypte, contre l’université d’Etat qui minimise l’enseignement religieux et contre les écoles chrétiennes missionnaires, fortement implantées.
- Cela sous-entend surtout le contrôle des littératures, de la presse, des associations qui jouissent d’une certaine forme de libertés en Egypte (200 journaux de langue arabe dans l’Entre-deux-guerres). Un contrôle qui implique donc une certaine forme de dictature de la pensée. Sans doute avons-nous là une réponse à l’ouvrage de Ali Abdarraziq Les Fondements du Pouvoir en Islam, ouvrage dans lequel le savant azharite nie l’aspect politique de la prédication prophétique. Idée qui ne cadre pas avec la doctrine des Frères Musulmans dont le fil directeur, c’est le système global et donc la nécessaire politisation de la religion. Il n’y a d’ailleurs pas deux termes à employer dans ce cas là, l’Islam est forcément politique.
2- L’enseignement aux peuples
- Art.5 : Chaque musulman a pour mission d’éduquer le monde selon les principes de l’Islam. Les orientalistes et les historiens musulmans de la première heure distinguaient le monde musulman, dar al Islam, du monde chrétien et par analogie non musulman, dar al-harb. Le dar al harb est l’endroit dans lequel la prédication doit permettre le maintien de la religion. L’appellation même de dar al-harb est appelée à évoluer, devenant dar al-da’wa.
- De fait, la prédication prend tout son sens puisqu’elle permet la survivance de la religion. L’Islam ne peut triompher sans cela, d’où cette phrase : La bannière de l’Islam doit couvrir le genre humain. En plus de reconnaître ici un fondement théorique de toute religion monothéiste, on découvre le rejet du nationalisme par les Frères Musulmans plus inspirés sans doute par la notion de panislamisme développée par des auteurs comme Al-Afgani au 19ème siècle et par Shakib Arslan entre autres.
- Ce qu’il y a de plus important, ce n’est pas tellement l’éducation des autres peuples mais la rééducation de ceux qui vivent en dar al Islam. Tous ces peuples ont été colonisés, ont subi le tort du syncrétisme religieux. Ils font donc partie du programme universaliste des Frères Musulmans qui ne conçoivent pas l’importance des frontières territoriales, nouvelle création occidentale.
- En filigrane, on décèle une volonté d’étendre l’action de l’association au-delà des frontières politiques et de fédérer les populations musulmanes.
La garantie de la survivance de l’idéologie du mouvement passe par le devoir de prédication auprès des enfants et des peuples. Elle passe aussi par le sacrifice de sa personne.
B) Frères jusqu’à la mort
La conception même de frère incite à réfléchir sur le sens de cette fraternité.
1- Qu’est-ce que la Umma ?
- Art.6 : Je crois que tous les musulmans ne forment qu’une seule Nation unie par la foi islamique.
Ici intervient la notion de umma, concept assez vague qui se définit comme un rassemblement des hommes sur la seule base de leur foi, c’est-à-dire sur la base de la chahada. C’est un moyen de dire que les divergences intra religieuses n’ont pas pour conséquence la division sans condition des musulmans.
Pour autant, la communauté universelle préconisée par Hassan Al Banna n’a de réalité que si elle subit encore de nouvelles fragmentations. Entre courants religieux, entre pratiques religieuses, entre credo. Les sunnites et les chiites sont loin de former une et même communauté. De même que la lutte contre le culte des saints est une négation d’une part identitaire des populations musulmanes.
- La « communauté musulmane peut être considérée à la fois comme un mythe ancestral et comme une construction historique très contextuelle, relative à la lutte contre l’ingérence des infidèles depuis la fin du 18ème siècle. De fait, lorsque le Credo énonce « Je crois que le musulman a le devoir de faire revivre l’Islam par la renaissance de ses différents peuples, par le retour de sa législation propre », c’est une prise de conscience très nette des phénomènes historiques qui sont à l’origine du déclin des Ottomans plus que cela n’est une mise en avant de la notion de communauté.
2- Le sacrifice de soi
- Art.7 : Je m’engage à m’en tenir fermement à ces principes, à rester loyal envers quiconque travaille pour eux, et à demeurer un soldat à leur service, voir à mourir pour eux.
Nette opposition avec le réformisme de Muhammad Abduh puisqu’il s’agit ici d’adopter une attitude révolutionnaire. La révolution est un concept qui touche l’ensemble du moyen-orient, des élites politiques, des nationalistes. Les Frères Musulmans n’y échappent pas.
Mais rappelons ici que l’association ne joue pas sur la scène politicienne, que son terrain est surtout social et que par conséquent, ces paroles ne renvoient pas forcément, en ce début d’années trente, au concept de martyr. Le soldat musumlman est un mujahid qui sert la cause de Dieu en lui sacrifiant sa raison, en menant un comba-t pour l’instauration d’un enseignement et d’une morale. Héritage très vif de l’enseignement de la doctrine et de la vie même d’Ibn Taymiya, théologien et juriste du 14ème siècle dont se réclame tout le mouvement réformiste.
Il est évident que l’interprétation de ces articles peut entraîner à terme et en fonction des tensions le recours à la violence et ce sera le cas.
Le credo des Frères musulmans est le texte fondateur par lequel son auteur Hassan Al Banna détermine l’Islam comme système total qui doit se débarrasser des Constitutions et des mauvaises moeurs occidentales. L’Islam peut dès lors proposer une alternative à la politique économique capitaliste fondée sur des prescriptions coraniques et s’étendre à l »ensemble des populations musulmanes, toutes unies dans une et même communauté qu’il importe de défendre coûte que coûte.
Le Credo des Frères Musulmans est un texte qui pose les bases d’un Islam politisé, pragmatique et essentialiste qui fera des émules dans l’ensemble du monde musulman. Les théories posées sont appliquées et déterminées plus vigoureusement encore par ses adeptes tel que Sayyid Qutb. Militarisé, le mouvement participe activement au conflit israélo-palestinien et fortement socialisé, il envahit les couches populaires, obtenant de larges scores d’adhésion. La doctrine du système islamique total ne touche pas seulement les héritiers de ce mouvement dans les pays musulmans, elle gagne actuellement le cœur d’un certain nombre de musulmans nés et vivant en Europe et se veut la seule et véritable interprétation des préceptes de l’Islam.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Sam 3 Mar - 15:08
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Dim 18 Mar - 22:17
Salam Ouhalleykoum
j'avais déjà fait une tentative de réponse mais j'avais laissé tombé parce que je savais pas par quoi commencer...
Tout d'abord je trouve que le fait d'élaborer un "Crédo" c'est tout de même un peu bizarre... Les Musulmans n'ont pas besoin de ça car ils ont le Coran, Ecriture Authentique et Parfaite.
dans la rédaction, la mention "si Dieu le veut" n'apparaît pas.
si Dieu l'avait voulu nous serions tous musulmans, obéissant à Ses ordres.
on ne peut pas imposer l'Islam au monde, parce que ce n'est pas seulement une question d'éducation, combien de personnes ont "étudiés" les enseignements du Coran sans les appliquer pour autant (et pour diverses raisons, faiblesse, refus, incompréhension...).
Nulles contraintes en religion, on ne peut pas faire en sorte que nos enfants soient musulmans, ce qu'on peut faire c'est uniquement les éduqués et leur foi n'est pas de notre ressort.
Je ne dis pas qu'il faut être inactif mais il y a la manière de faire.
Alors un texte de "crédo" je trouve ça dangereux... faut pas mélanger la politique et la Foi.
Dieu seul connaît le fonds des coeurs.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans Lun 8 Oct - 2:45
Ce texte ressemble plus aux 10 commandements du bon scout qu'à autre chose. A ce titre, je suis parfaitement d'accord avec Bylkis, c'est insoutenable comme tentative mais j'imagine que la forme a dû bien plaire sinon comment expliquer l'engouement des foules pour cette doctrine ? Du coup, je ne comprends plus trop la devise du groupe : "Notre Constitution est le Coran". C'est plutôt à ce credo qu'il faut prêter serment, c'est en effet un vrai danger.
Sujet: Re: Le Credo des Frères Musulmans

References: Art.1
 Art.1
 Art.2
 Art.2
 Art.3
 Art.4
 Art.5
 Art.6
 Art.7