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Timestamp: 2017-10-18 05:50:38+00:00

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Cours de philosophie sur la Vérité - Philocours.com
La Vérité La philosophie kantienne de la connaissance , une introduction à la Critique de la Raison Pure Tweeter
A-l’examen des sciences
B- L’idéalisme transcendantal (A) (B)
Ce cours peut être considéré comme une annexe aux cours suivants : " Les théories scientifiques sont-elles issues de lexpérience ? ", " La révolution copernicienne " et " Quest-ce que la philosophie ".
Il est avant tout une lecture de la préface à la seconde édition de la Critique de la raison pure (1781 pour la 1ère édition, 1787 pour la seconde). Mais pour cette lecture, je ferai appel à dautres textes importants pour bien comprendre la théorie de Kant ; il sagit essentiellement de lintroduction (op. cit.), ainsi que la première partie des Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science (1783). Les élèves de terminale pourront se contenter de la première uvre, les élèves de 2nd cycle devront lire les deux uvres lune à la suite de lautre. Je vous conseille fortement de lire ces textes avant de lire mon cours ; puis de lire alternativement le cours et les textes ; mais pour que le cours soit plus facile à suivre, je vous renvoie précisément aux passages essentiels ; ainsi pourrez-vous, une fois avoir suivi ce cours, lire de nouveau intégralement et " seuls " les textes, et mieux les comprendre. Jajoute que, toujours par souci de simplicité, je me référerai au premier texte la seconde préface de la Critique de la raison pure- par le signe (A) ; au second lintroduction de la Critique de la raison pure- par le signe (B) ; au troisième les Prolégomènes- par le signe (C).
Le projet de Kant est de savoir si la métaphysique est une science ; pour ce faire, il faut dabord savoir ce quest une science : il sagit de savoir si, " dans le travail que lon fait sur des connaissances qui sont du domaine propre de la raison, on suit ou non la voie sûre dune science" ( §1). Ainsi Kant va-t-il étudier successivement toutes les sciences existantes, pour voir si ce sont vraiment des sciences, et déterminer ce qui fait quelles sont des sciences. Alors, il pourra appliquer ce critère à la métaphysique, et voir si elle est une véritable science.
Mais avant daborder ce point, comme on la dit, Kant se demande ce quest une science, en étudiant successivement toutes les connaissances issues de la raison, et qui se présentent comme des sciences. Il sagit de la logique, des mathématiques, et de la physique. En dernière position, viendra la métaphysique.
1) La logique (§§ 2 et 3)
Cest avant tout une connaissance empirique (cf. (A) § 7 : "je ne veux considérer ici la physique quen tant quelle est fondée sur des principes empiriques "). Mais elle nest pas purement empirique : la raison y a une grande part.
Kant (A) § 7
Quand Galilée fit rouler ses sphères sur un plan incliné avec un degré daccélération dû à la pesanteur déterminé selon sa volonté, quand Torricelli fit supporter à lair un poids quil savait davance lui-même être égal à celui dune colonne deau à lui connue, () ce fut une révélation lumineuse pour tous les physiciens. Ils comprirent que la raison ne voit que ce quelle produit delle-même daprès ses propres plans et quelle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements, suivant des lois immuables, quelle doit obliger la nature à répondre à ses questions et ne pas se laisser pour ainsi dire conduire en laisse par elle ; car, autrement, faites au hasard et sans aucun plan tracé davance, nos observations ne se rattacheraient point à une loi nécessaire, chose que la raison demande et dont elle a besoin. Il faut donc que la raison se présente à la nature tenant, dune main, ses principes qui seuls peuvent donner aux phénomènes concordant entre eux lautorité de lois, et de lautre, lexpérimentation, quelle a imaginée daprès ces principes, pour être instruite par elle, il est vrai, mais non pas comme un écolier qui se laisse dire tout ce quil plaît au maître, mais au contraire, comme un juge en fonctions qui force les témoins à répondre aux questions quil leur pose
Ce qui fait que la physique est une science, cest que la raison humaine interroge le réel selon ses propres plans (vues a priori, qui seront pour Kant des concepts appartenant à sa structure), et le fait rentrer dedans, le soumettant ainsi à des lois. Elle ne se borne pas à recopier passivement et fidèlement le réel, qui en tant que tel ne peut rien lui apporter. Il faut dabord élaborer des lois, des théories (raison a priori) et ensuite vérifier si la théorie est valide, en faisant des expériences.
Ce qui fait de la physique une science, cest quelle est théorique, " expérimentale ", et non purement sensible. Cest une connaissance ordonnée. Et ce qui la caractérise, cest que la raison sy applique à lexpérience (non plus à lintuition pure comme les mathématiques, mais toujours de façon a priori, en projetant ses concepts sur lexpérience).
Pour plus de détails sur les rapports entre la théorie et lexpérience, cf. les cours : théorie et expérience ; l révolution copernicienne (surtout lélargissement).
Cest bien le constat de Kant, dans le §9 :
Kant, (A) § 9
Kant en donne ici une définition par la méthode, et par la faculté de connaissance employée. Par la méthode : il sagit dune connaissance "spéculative ", qui recourt à des concepts, et non à lexpérience ; plus précisément, elle "sélève complètement au-dessus des enseignements par lexpérience ". Par la faculté de connaissance employée : il sagit de la "raison ". On a donc deux grands traits caractéristiques de la métaphysique : un emploi de la raison sans expérience et des concepts sans intuitions.
Cela revient à dire, dores et déjà, que la métaphysique nest pas une science, puisque les deux sciences acceptées par Kant sont les mathématiques et la physique : la première est le concept appliqué à lintuition (pure) et la seconde, la raison combinée avec, ou appliquée à, lexpérience.
Il nous faut préciser avant daller plus avant dans notre analyse que Kant use dun terme spécial pour caractériser cette forme de connaissance du monde par la pensée quest la métaphysique. Il sagit de lexpression de " jugement synthétique a priori ". Un jugement est dit synthétique a priori quand il prétend se prononcer sur lexpérience et apporter des connaissances (cest la signification du terme de " synthétique ") en se fondant pour ce faire, non pas sur lexpérience (il serait alors dit " a posteriori ") mais sur la raison elle seule, sur les concepts, sur la pensée (il est donc " a priori " : indépendant et antérieur à lexpérience, et nayant pas besoin delle pour que lon sache quil est vrai). Comment peut-on avoir des connaissances, sans recourir à lexpérience ? Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles, et sont-ils même possibles ? Ces questions sont la forme particulière que prend le problème de la légitimité de la métaphysique chez Kant. De la réponse à cette question, dépendra le destin même de la métaphysique.
3) Létat de guerre
NB : cf. grande ressemblance de la métaphysique avec la logique, qui a pour spécificité de navoir pas de contenu.
Or, doù vient quon na pu trouver encore ici la sûre voie de la science ? Cela serait-il par hasard impossible ? () combien peu de motifs nous avons de nous fier à notre raison si, non seulement elle nous abandonne dans un des sujets les plus importants de notre curiosité, mais si encore elle nous amorce par illusions dabord, pour nous tromper ensuite ?
Mais Kant refuse le scepticisme concernant la raison humaine. Il serait absurde quelle ne nous serve à rien ; de plus, la raison a réussi à obtenir, dans la science physique, de grands résultats. Il semble quelle fournisse à la connaissance des éléments issus de son propre fonds, des éléments a priori : condamner la métaphysique en clamant son absurdité, cest donc aussi condamner la science, en disant quelle aussi est illégitime, puisque, tout comme la métaphysique, elle semble recourir à des jugements synthétiques a priori. Or, pour Kant, cest un fait indéniable quil y a des sciences, et que par conséquent, que la raison est capable de nous apporter des connaissances.
En fait, si la raison échoue en métaphysique, elle ny échoue que faute dune mauvaise application de la raison, et celle-ci nest quun usage non réfléchi de la raison. La métaphysique, forte des succès de la raison dans la logique, dans les mathématiques, et dans la physique, sest crue capable de trouver en elle-même tout ce quil fallait pour connaître la réalité (sans sappuyer sur lexpérience). Jamais la raison ne sest demandé comment elle était parvenue à ces glorieux résultats, et dans quelles limites elle pouvait le faire.
Kant fait donc appel, contre le scepticisme, non au dogmatisme, quil vient également de rejeter, mais à une attitude critique, quil nommera encore plus tard "transcendantale ". Le terme de critique se trouve dans le titre de son uvre ("critique de la raison pure "). Il faut que, avant de chercher à connaître quoi que ce soit, la raison sapplique à elle-même pour se juger, pour savoir ce quelle peut faire et dans quelles limites.
Kant (A) § 16
La Critique () est opposée au dogmatisme, ie, la prétention daller de lavant avec une connaissance pure (la connaissance philosophique) tirée de concepts daprès des principes tels que ceux dont la raison fait usage depuis longtemps sans se demander comment ni de quel droit elle y est arrivée. Le dogmatisme est donc la marche dogmatique que suit la raison pure sans avoir fait une critique préalable de son pouvoir propre.
Pourquoi la nécessité dune critique de la raison simpose-t-elle ? Pourquoi cette idée de limites ?
Lidée de limite du savoir, de la raison, nest donc pas négative, mais positive. Il sagit de savoir jusquoù on peut aller dans lusage de la raison, sans " déraper ". De plus, toujours dans le § 16, Kant dit que " la Critique est plutôt la préparation nécessaire au développement dune métaphysique établie en tant que science  "
NB : cette critique de la raison dogmatique vaut aussi de la raison scientifique irréfléchie, celle que lon a pu appeler " scientiste " et qui a cru pouvoir atteindre le savoir absolu, du fait de ses grands progrès à un moment donné (cf. Comte et son " esprit positif ").
Le sceptique dit que la raison, dans les connaissances quelle produit, dépasse toujours lexpérience (il y a de la priori dans toute science : cf. physique et mathématiques, et ne parlons pas de la métaphysique, qui montre à quel point la raison " fait nimporte quoi ", projette ses attentes sur le réel) ; il en déduit quil ny a pas de véritable science. Le philosophe transcendantal, lui, part de la réalité des sciences, pour remonter à leurs conditions de possibilité : il y a des sciences, la raison nous apporte des savoirs ; comment fait-elle ? Quelles sont les conditions de possibilité de la science telle quelle existe ? Quelles sont les structures doù la science tire ses possibilités ?
NB : " transcendantal " signifie : 1) conditions de possibilité dune connaissance ; mais aussi, comme nous le verrons ci-dessous, 2) science des éléments a priori de la connaissance.
Ainsi, pour résoudre les problèmes connexes de la métaphysique et de la raison, Kant ne fait rien dautre que de prendre appui sur son exposé des sciences. Il a en effet montré, dans lexposé de chacune dentre elles, que toute science a pu progresser en changeant radicalement de méthode. Il ne sagit de rien dautre que dune application de la question critique/ transcendantale, puisquil sagit de se demander comment les sciences ont pu devenir sciences.
On voit bien en effet, dans le texte (A) que Kant ne veut pas abandonner la métaphysique, mais veut essayer de lui redonner un sens. Comment ? Il en donne la clef à la fin du § 10 : " Peut-être jusquici ne sest-on que trompé de route : quels indices pouvons-nous utiliser pour espérer quen renouvelant nos recherches nous serons plus heureux quon ne la été avant nous ? ".
Les mathématiques doivent ainsi leur progrès à une " révolution dans la méthode " :
() elle est restée longtemps à tâtonner et ce changement définitif doit être attribué à une révolution quopéra lidée dun seul homme, dans une tentative à partir de laquelle la voie que lon devait suivre ne devait plus restée cachée et par laquelle était ouverte et tracée, pour tous les temps et à des distances infinies, la sûre voie scientifique. Lhistoire de cette révolution dans la méthode, qui fut plus importante que la découverte du fameux chemin du cap, et celle de lheureux mortel qui laccomplit, ne nous sont point parvenues
Il en est de même pour la physique : ainsi dit-il dans (A) § 7 que le progrès dans la physique et son avènement au range de science, "ne peut que sexpliquer par une révolution subite dans la manière de penser ".
Pourquoi ne pourrait-on faire la même chose en philosophie ? Si la métaphysique tâtonne autant, peut-être est-ce parce quelle na pas encore opéré ce radical changement de méthode ? -Changement de méthode qui ne pouvait bien entendu être possible quà partir du moment où a une attitude critique envers la raison.
() Peut-être jusquici ne sest-on trompé que de route : quels indices pouvons-nous utiliser pour espérer quen renouvelant nos recherches nous serons plus heureux quon ne la été avant nous ? Je devais penser que lexemple de la Mathématique et de la Physique qui, par leffet dune révolution subite, sont devenues ce que nous les voyons, était assez remarquable pour faire réfléchir sur le caractère essentiel de ce changement de méthode qui leur a été si avantageux et pour porter à limiter ici du moins à titre dessai,- autant que le permet leur analogie, en tant que connaissances rationnelles, avec la métaphysique.
Jusquici on admettait que toute notre connaissance devait se régler sur les objets ; mais, dans cette hypothèse, tous les efforts tentés pour établir sur eux quelque jugement a priori par concepts, ce qui aurait accru notre connaissance, naboutissaient à rien. Que lon essaie donc enfin de voir si nous ne serons pas plus heureux dans les problèmes de la métaphysique en supposant que les objets doivent se régler sur notre connaissance, ce qui saccorde déjà mieux avec la possibilité désirée dune connaissance a priori.
Lanalogie avec la révolution dans la méthode se comprend facilement : en effet, Kant veut changer de point de vue, changer de méthode en philosophie. Mais lanalogie avec la révolution copernicienne lest beaucoup moins, quand on la développe. Copernic a changé de point de vue par rapport au géocentrisme : il a fait lhypothèse que la terre tourne autour du soleil. Mais cela avait pour conséquence darracher lhomme à la place quil sétait arrogée au centre du cosmos (cf. cours révolution copernicienne). Or, en quoi va consister la révolution kantienne ? A donner une place centrale au sujet connaissant ! Il va faire tourner la réalité autour de la structure de notre esprit. Cf. dans le texte " nous ne connaissons (a priori) des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes " Donc, ce que Kant renverse  nest-ce pas Copernic lui-même ?
Mais que veut-on dire, quand on dit que Kant fait tourner la réalité autour de la structure de notre esprit ? Cest ce que nous allons voir en exposant la nouvelle philosophie de la connaissance de Kant, lidéalisme transcendantal.
Il consiste à dire que, dans la connaissance, tout ne vient pas de la réalité seule. Le rapport sujet/ objet dans la connaissance ne peut être un rapport dans lequel le sujet est passif, un réceptacle, et le réel, lextérieur, actif.
Pourquoi ? Parce que la connaissance, comme le dit Kant en (B), si elle est le point de départ de toute connaissance (en tant quelle lui apporte un contenu, une " matière "), ne peut suffire à nous donner une connaissance véritable. Entre la perception dun corps qui tombe et la loi de linertie, il y a un gouffre ! Dans la perception première, en effet, on ne trouve que la rencontre avec un certain corps individuel qui tombe ; on ne sait pas si tous les corps tombent, sils tomberont tout le temps, et dans quelles circonstances, etc. Bref, dans un cas, on a un énoncé particulier, dans lautre, on a une loi, un énoncé universel et nécessaire. Si vous avez bien compris la critique de linduction (cf. cours théorie et expérience ; et la dissertation " Lexpérience instruit-elle? "), vous devez maintenant savoir que lon ne peut tirer un tel énoncé, universel et nécessaire, de lexpérience. Rien dans lexpérience nest susceptible de nous procurer quoi que ce soit duniversel et nécessaire.
Mais, là où Hume disait, dans son Enquête sur lentendement humain : donc, la connaissance scientifique nest pas fondée, puisquelle va sans arrêt au-delà de lexpérience, Kant va dire que, puisquil y a une science, puisque nous avons des énoncés universels et nécessaires (du genre : " deux et deux font quatre ", " tout changement doit avoir une cause "), cest quil y a quelque chose dautre que lexpérience, qui participe à lélaboration des connaissances. Ce quelque chose dautre devra être indépendant de lexpérience, au sens où il aura sa source indépendamment delle ; Kant le nomme " a priori ". Est a priori quelque chose dont on dispose avant toute expérience.
Où le trouver ? Nulle part ailleurs que dans les structures de notre esprit. Lexpérience apporte à la connaissance un matériau, un contenu, et lesprit connaissant lui imprime la forme, une unité, un ordre. Cest donc lesprit qui est chez Kant lauteur de lexpérience (pas de sa matière, mais de sa forme).
Kant nous dit ici que en plus des jugements a priori (" tout événement a une cause "), il semble également y avoir des intuitions ainsi que des concepts a priori ; ce sont eux qui nous permettent, justement, de former les jugements a priori.
Il en donne deux exemples : lespace, et la substance. Ces deux éléments ne peuvent se trouver quen notre esprit, car ils sont a priori, ie, indépendants de lexpérience. Kant en obtient la preuve par une expérience de pensée : enlevez aux corps toutes leurs qualités sensibles, donc, tout ce que vous en donne lexpérience, et vous aurez toujours quelque chose, dont vous ne pouvez vous dépouiller ; il sagit de lespace, et de la substance. Ces deux concepts apparaissent dans toute expérience, et pourtant, ils en sont indépendants. Ils ne viennent donc pas de lexpérience, mais de lesprit.
Kant va développer cela en détail dans la Critique de la raison pure : il sagit de lidéalisme transcendantal, nom quil donne à sa nouvelle théorie de la connaissance, théorie dans laquelle cest le sujet pensant qui est la source de lexpérience, et plus précisément, qui est la condition même de toute expérience.
Essayons de la résumer à laide des deux derniers textes auxquels nous avons fait référence : (B) § II et (A) §§ 11 et 12; dans ce dernier texte, comme dans celui que nous venons de lire, Kant dit que la nouvelle méthode permet dexpliquer à la fois le niveau sensible de lexpérience, et son niveau intellectuel (intuition des objets/ concepts par lesquels nous déterminons ces concepts = espace et temps/ causalité, substance, etc.)
a) Que dans toute expérience sensible (intuition des objets) il entre des éléments a priori lesthétique transcendantale
Cest dans la partie nommée " esthétique transcendantale " que Kant nous explique ce qui se passe au plus bas niveau de notre expérience. Ce niveau, cest le niveau sensible, immédiat, premier, de lexpérience. Esthétique transcendantale signifie science de la sensation, et plus précisément, science des conditions de toute expérience sensible (science des principes a priori de la sensibilité). Il se pose la question de savoir comment elle est possible, et quels éléments sont requis.
Ensuite, une fois cette première unité obtenue, une fois établi ce premier ordre dans les données que nous recevons du dehors, lesprit va recourir à dautres cadres : ces cadres sont appelés des " catégories ", ou " concepts purs ".
Kant expose ces éléments intellectuels (non plus sensibles) a priori de la connaissance dans la logique transcendantale, et plus précisément, dans la partie de cette logique appelée " analytique transcendantale " : il sagit de la science de nos concepts a priori.
Exemples : la cause, la substance (permanence dans le temps). Ces concepts purs, indépendants de lexpérience, mettent en rapport les objets divers qui constituent notre expérience, en en faisant la liaison (= synthèse).
Comment Kant les a-t-il trouvés ? En prenant pour fil directeur la table logique des jugements établie par la logique formelle (issue dAristote). Pourquoi ? Parce que le concept est ce qui nous permet dunifier en une représentation une diversité de représentations. Or, quest-ce quun jugement ? Cest une manière de lier un sujet et un prédicat, cest une unification dune diversité. Et si le concept est une fonction dunification, alors, cest quil est une possibilité de jugement, mais celui-ci est comme tel, en tant que seulement possible, indéterminé. On va donc pouvoir explorer la table des jugements possibles, afin de dénombrer les concepts de lentendement.
Les catégories obtenues sont donc les conditions a priori de toute expérience possible, et de toute connaissance scientifique. Aucun objet et aucune liaison dobjets réels ne peuvent contredire ces catégories. Elles ne dépendent pas de lexpérience, car elles sont nécessaires et universelles (présentes dans toute expérience et toujours les mêmes) : or, lexpérience est contingente et toujours changeante. Toute connaissance devra obéir à ces conditions, qui nous disent quelles conditions doivent remplir les objets dont nous ferons lexpérience. Pas dobjet, pas dexpérience, qui ne réponde pas à ces conditions préalables.
Sans ces catégories, on ne pourrait pas vivre, parce que les objets nauraient entre eux aucun lien, et nauraient même aucune permanence. Par exemple, une chose pourrait être elle-même et son contraire, linstant qui suit pourrait être cause de linstant davant, je ne serais pas sûr de pouvoir retrouver les choses quhier jai mis à tel endroit, parce que cette chose pourrait peut-être disparaître entre temps, cesser dexister, etc.
Ces concepts purs sont donc a priori dans le même double sens que lespace et le temps : ils sont antérieurs à toute expérience, et la rendent possible : ce sont les conditions même de lexpérience.
Nous avons dit que les intuitions pures et les concepts purs sont antérieurs et donc indépendants de toute expérience, mais aussi, quils sont les conditions de possibilité de lexpérience. De là, découle une limitation de nos intuitions et concepts purs. Kant va dire (dans la seconde partie de la logique transcendantale intitulée " analytique des principes " =ensemble des règles auxquelles on doit recourir pour lapplication des catégories à lexpérience) quils ne valent que dans les limites de lexpérience, et quen combinaison avec lexpérience.
Nous avons dans notre esprit des formes pures a priori qui nous permettent davoir une expérience, et qui sont même lorigine des lois de la nature. Mais ces formes pures a priori ne sont que les formes de toute pensée, elles ne sont que la possibilité de lexpérience, pas la réalité ! On peut bien par elles penser (puisquelles sont des connaissances possibles), mais ce nest pas encore connaître. Pour quil y ait connaissance, il faut toujours une intuition, une expérience (au sens de " réalité extérieure ", si on veut, pas au sens de connaissance). Cest en recourant quon peut passer du possible au réel.
Cela revient à dire quon ne peut avoir une connaissance absolue des choses, puisquon ne peut connaître les choses que dans certaines limites. Kant peut ici expliquer en quoi consiste léchec de la métaphysique : elle na pas vu que les concepts purs a priori ne sont que les formes générales de toute pensée, ie, que, en tant que telles, elles sont vides  et que leur utilisation " valide " nécessite le recours à lexpérience, un " remplissage "
Suite à cela, Kant va nommer " entendement " la faculté de lesprit par laquelle nous connaissons (= faculté des concepts). La " raison " est quant à elle définie comme la faculté de lesprit par laquelle nous avons tendance à réifier ces concepts purs, à croire quils peuvent nous donner des connaissances indépendamment de toute expérience (= faculté des Idées, une Idée étant une conception à laquelle rien ne correspond dans lexpérience).
b) Que tout ce que nous pouvons connaître, ce sont des phénomènes, non les choses en soi
Allons plus loin : non seulement les formes de lesprit ne valent que dans les limites de lexpérience, et quen combinaison avec lexpérience, mais elles ne valent que pour lhomme, et que pour la façon quont les choses dapparaître à lhomme.
Extraits de la Critique de la raison pure, Esthétique Transcendantale
I, § 3 b) : " cette proposition : " toutes les choses sont juxtaposées dans lespace ", na de valeur quavec cette limitation, que les choses soient prises comme objets de notre intuition sensible. Si donc jajoute ici la condition au concept et que je dise : " toutes les choses, en tant que phénomènes externes, sont juxtaposées dans lespace, cette règle a alors une valeur universelle et sans restriction "
Ces éléments purs a priori ne sappliquent quà la manière quont les choses de nous apparaître, pas aux choses telles quelles sont en soi (=indépendamment des conditions de notre sensibilité). Nous ne pouvons donc connaître les choses comme elles sont, mais seulement comme elles nous apparaissent. Nous ne pouvons nous représenter les choses que dans lespace et dans le temps, que dans des liens de causalité, etc., mais cela nest valable que de lhomme :
Esthétique Transcendantale, § 8
() quant à ce que peut être la nature des objets en eux-mêmes et abstraction faite de toute réceptivité de notre sensibilité, elle nous demeure tout à fait inconnue. Nous ne connaissons que notre mode de les percevoir, mode qui nous est particulier, mais qui peut fort bien nêtre pas nécessaire pour tous les êtres, bien quil le soit seulement pour tous les hommes.
Sans cette restriction, nous dit Kant, on ne voit pas comment on pourrait savoir a priori quoi que ce soit sur la " réalité " ! Cf. (C) 287 : sinon, " on ne voit pas du tout comment les choses devraient saccorder nécessairement avec limage que nous nous chargeons nous-mêmes détablir à lavance ". Si les objets de notre expérience étaient les choses en soi, alors, tout ce quon en apprendrait devrait dabord nous être donné ; mais le problème est que lexpérience ne nous apporte rien duniversel et nécessaire, bref : on naurait alors aucune connaissance. Alors que si on admet que nous ne connaissons des choses que les phénomènes, ie, les choses telles quelles obéissent à notre sensibilité (espace et temps), alors, on peut comprendre que lon puisse avoir en nous, a priori, de quoi intuitionner ces objets de manière universelle et nécessaire.
Nous le disions tout à lheure : par ce moyen, Kant peut expliquer que notre connaissance soit objective. En effet, dire que nous nos concepts ne valent que des objets entendus comme phénomènes, tels quils sont pour lhomme, et non des objets tels quils sont sans lhomme, cest pouvoir dire que les objets obéissent aux règles de notre esprit, sy conforment.
c) Lidéalisme transcendantal, le scepticisme, et le relativisme
Kant nest donc pas sceptique ou idéaliste (sceptique) : sil limite la connaissance à la seule expérience et plus précisément aux seuls phénomènes, cest pour la rendre plus certaine. Pour bien comprendre cela, il nous faut ainsi étudier les grandes objections que lon peut faire à Kant ; ces objections se résument à dire que lidéalisme transcendantal revient à soutenir que :
nous ne pouvons connaître la réalité vraie mais seulement les apparences (scepticisme et relativisme)
Cette condition subjective de tous les phénomènes extérieurs ne peut être comparée à aucune autre. Le goût agréable dun vin nappartient pas aux propriétés objectives du vin, ie, dun objet considéré même comme phénomène, mais à la nature spéciale du sens dans le sujet qui en jouit. Les couleurs ne sont pas des qualités des corps à lintuition desquels elles se rapportent, mais seulement des modifications du sens de la vue qui est affecté par la lumière dune certaine façon. Au contraire, lespace, comme condition des objets extérieurs, appartient, dune manière nécessaire, au phénomène ou à lintuition du phénomène. La saveur et les couleurs ne sont pas du tout des conditions nécessaires sous lesquelles seules les choses puissent devenir pour nous des objets des sens. Elles ne sont liées au phénomène quen qualité deffets de notre organisation particulière qui sy ajoutent accidentellement.
(C) I Remarques II et III : Kant critique lobjection selon laquelle sa doctrine transforme toutes les choses du monde sensible en pure apparence ;
Critique de la raison pure, Esthétique transcendantale, § 8, Remarque III : sur la différence entre apparence et phénomène.
Nous avons vu ci-dessus que cet échec était dû à un usage non critique de la raison. Mais encore ? Quel est précisément le principe de son erreur ?
Elle étend tout simplement les concepts purs de lentendement, hors de toute expérience possible. Plus précisément, elle attribue aux choses en elles-mêmes, ce qui ne vaut que des phénomènes. Kant appelle cet usage, un usage " transcendant " (qui va au-delà de toute expérience possible).
2) la métaphysique comme critique des savoirs
La métaphysique a donc un usage positif ; quel est-il exactement ? Il nest autre que " linventaire de tout ce que nous possédons (a priori) par la raison pure, ordonné de façon systématique " (Critique de la raison pure, Préface 1ère éd. A), cest-à-dire, que la critique de la raison pure elle-même :
Elle sert, non pas à prolonger nos savoirs, mais à définir le statut exact de nos connaissances
Selon Kant, la métaphysique est dès lors possible comme science et devient même la plus simple des sciences, puisque la raison ne sy applique quà elle-même, et ne prétend rien " connaître " de plus que son propre contenu.
Dans un premier temps, cela nexclut pas quon maintienne au moins une problématique kantienne, comme le fait par exemple Cassirer. Je pense même que cest un point de vue quaucune évolution de la science de la nature ne pourra réfuter strictement. Car on pourra toujours dire que les philosophes criticistes se sont trompés jusquà présent en établissant la liste des éléments a priori, et on pourra toujours établir un système déléments a priori qui ne soit pas contradictoire avec un système physique donné. Je tiens à dire brièvement pourquoi je ne trouve pas ce point de vue naturel. Soit une théorie physique se composant de parties (éléments) A, B, C, D qui forment ensemble un tout logique reliant correctement les expériences qui font partie de son matériau (expériences sensorielles). Dans ce cas, il arrive que le contenu conceptuel dun nombre déléments inférieur à quatre, par exemple, de A, B, et D, sans C, ne veuille encore rien dire, de la même façon que A, B, C sans D. On est libre alors de déclarer que le concept de trois des quatre éléments, par exemple A, B, et C est a priori, tandis que celui de D est déterminé empiriquement. Ce qui nest pas satisfaisant dans ce procédé, cest larbitraire du choix des éléments désignés comme a priori, qui ne tient pas compte du fait que la théorie elle-même pourrait un jour être remplacée par une autre qui, à son tour, remplacerait certains éléments, ou même les quatre par dautres. Il est vrai quon pourrait penser que nous sommes en mesure de découvrir des éléments qui ne peuvent pas ne pas être dans toute théorie, en analysant directement lentendement humain ou même la pensée. Mais la plupart des chercheurs saccorderont sans doute à dire que nous ne disposons daucune méthode pour découvrir ces éléments, même si lon est enclin à croire en leur existence. Ou bien faut-il imaginer que la découverte des éléments a priori est une sorte de processus asymptotique, qui progresse avec lévolution des sciences de la nature ?
Dans ce texte, Einstein remet en question le point de vue kantien sur la connaissance : on ne peut déterminer tous les éléments dune théorie physique.
Kant avait, dit-il, la volonté de retrouver les normes a priori de la connaissance , qui vaudraient pour toute théorie possible. Or, cette conception na été valable quaussi longtemps que la science de son temps la été. Par conséquent, Kant a seulement dit ce qui fondait la science de son temps, et non ce qui fondait toute science. On ne peut donc, puisquil y a eu la théorie de la relativité, garder un point de vue kantien sur la connaissance, qui stipule quon pourrait découvrir les éléments constitutifs de toute théorie. On peut considérer que ces éléments a priori évoluent avec la science elle-même.
Mais, heureusement, Kant a donné à la métaphysique un sens encore plus positif, à travers la morale.
Que la métaphysique ait à voir avec la morale, cela se comprend facilement, et explique même que Kant juge très important de donner un certain sens à la métaphysique.
Il va donc, dans les Fondements de la métaphysique des murs et dans la Critique de la raison pratique, sauver la métaphysique dune manière très originale. La métaphysique deviendra en quelque sorte une entreprise morale, et permettra de donner un sens à limmortalité de lâme, lexistence de Dieu
A suivre (prochain cours : la philosophie pratique de Kant).
Vous trouverez ici les termes essentiels de la philosophie kantienne de la connaissance, déjà définis dans le cours.
A priori : 1) ce qui est indépendant de toute expérience sensible ; soppose à ce qui est donné empiriquement ; 2) ce qui est condition de possibilité de la connaissance (condition de possibilité de la posteriori)
Dialectique naturelle de la raison : chez Platon, la dialectique est la méthode par laquelle on atteint la réalité : elle est donc une connaissance vraie ; mais chez Aristote, duquel Kant sinspire ici, elle désigne lart du dialogue, de la confrontation, et, en son sens sophistique, arguties inutiles ; chez Kant, elle va désigner la prétention de la raison pure à dépasser le champ de la phénoménalité, à franchir les limites assignées à notre pouvoir de connaître, à confondre le concept et lexistence, à croire que la logique pure a une portée ontologique ; la raison est ici en perpétuel conflit avec elle-même ; cette dialectique est naturelle à la raison humaine, et donc, à lhumanité
Dialectique transcendantale : étude des mécanismes qui produisent les erreurs et illusions caractéristiques de la métaphysique
Idée (rationnelle) : fonction de la raison qui na pas dusage pour la connaissance ; Kant fait une distinction entre lIdée transcendantale, qui a pour fonction dunifier les connaissances obtenues par lentendement, en les systématisant, et lIdée transcendante qui réifie cette unité, en croyant avoir affaire à un objet réel
Noumène : réalité intelligible que lon peut penser, mais pas connaître ; il soppose en effet au phénomène sensible

References: §1
 § 7
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 §9
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 § 16
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 § 10
 § 7
 § 3
 § 8
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