Source: http://obvil.lip6.fr/Dramagraph/?play=corneillep_melite
Timestamp: 2020-02-24 19:28:19+00:00

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TIRCIS ERASTE
MÉLITE ERASTE
CHLORIS PHILANDRE
CHLORIS TIRCIS
PHILANDRE ERASTE
MÉLITE TIRCIS
PHILANDRE TIRCIS
LA NOURRICE DE MÉLITE MÉLITE
CHLORIS MÉLITE
LA NOURRICE DE MÉLITE ERASTE
Corneille, Pierre Pierre. Mélite. Table des rôles
[TOUS] 35 sc. 482 répl. 3,0 l. 1 428 l. 1 428 l. 45 % 3 188 l. (100 %) 2,2 pers.
ERASTE 16 sc. 78 répl. 4,7 l. 663 l. (47 %) 365 l. (26 %) 56 % 1 679 l. (53 %) 2,5 pers.
TIRCIS 13 sc. 107 répl. 3,0 l. 720 l. (51 %) 320 l. (23 %) 45 % 1 816 l. (57 %) 2,5 pers.
PHILANDRE 9 sc. 72 répl. 2,5 l. 366 l. (26 %) 179 l. (13 %) 49 % 786 l. (25 %) 2,1 pers.
MÉLITE 10 sc. 74 répl. 2,0 l. 464 l. (33 %) 150 l. (11 %) 33 % 1 307 l. (42 %) 2,9 pers.
CHLORIS 13 sc. 92 répl. 2,8 l. 525 l. (37 %) 255 l. (18 %) 49 % 1 377 l. (44 %) 2,6 pers.
LISIS 3 sc. 6 répl. 3,7 l. 38 l. (3 %) 22 l. (2 %) 60 % 96 l. (4 %) 2,5 pers.
CLITON 5 sc. 21 répl. 1,9 l. 158 l. (12 %) 41 l. (3 %) 26 % 393 l. (13 %) 2,5 pers.
LA NOURRICE DE MÉLITE 5 sc. 32 répl. 3,0 l. 261 l. (19 %) 96 l. (7 %) 37 % 824 l. (26 %) 3,2 pers.
Corneille, Pierre Pierre. Mélite. Statistiques par relation
ERASTE 67 l. (100 %) 4 répl. 16,6 l. 4 sc. 66 l. (5 %) 1,0 pers.
TIRCIS 118 l. (51 %) 34 répl. 3,5 l.
116 l. (50 %) 31 répl. 3,7 l. 5 sc. 233 l. (17 %) 3,2 pers.
PHILANDRE 39 l. (61 %) 13 répl. 2,9 l.
26 l. (40 %) 15 répl. 1,7 l. 2 sc. 63 l. (5 %) 2,7 pers.
MÉLITE 59 l. (52 %) 23 répl. 2,5 l.
55 l. (49 %) 23 répl. 2,4 l. 4 sc. 113 l. (8 %) 3,7 pers.
CLITON 89 l. (70 %) 22 répl. 4,0 l.
40 l. (31 %) 19 répl. 2,1 l. 4 sc. 128 l. (9 %) 2,4 pers.
LA NOURRICE DE MÉLITE 67 l. (59 %) 10 répl. 6,7 l.
48 l. (42 %) 15 répl. 3,2 l. 3 sc. 115 l. (9 %) 3,6 pers.
TIRCIS 44 l. (100 %) 1 répl. 43,1 l. 1 sc. 43 l. (4 %) 1,0 pers.
PHILANDRE 52 l. (45 %) 36 répl. 1,4 l.
66 l. (56 %) 32 répl. 2,0 l. 2 sc. 117 l. (9 %) 2,3 pers.
MÉLITE 83 l. (50 %) 25 répl. 3,3 l.
86 l. (51 %) 36 répl. 2,4 l. 6 sc. 169 l. (12 %) 3,3 pers.
CHLORIS 73 l. (40 %) 37 répl. 2,0 l.
111 l. (61 %) 48 répl. 2,3 l. 5 sc. 183 l. (13 %) 3,2 pers.
LA NOURRICE DE MÉLITE 18 l. (47 %) 8 répl. 2,2 l.
21 l. (54 %) 3 répl. 6,8 l. 1 sc. 38 l. (3 %) 5,0 pers.
PHILANDRE 32 l. (100 %) 2 répl. 15,9 l. 2 sc. 32 l. (3 %) 1,0 pers.
CHLORIS 62 l. (42 %) 28 répl. 2,2 l.
86 l. (59 %) 36 répl. 2,4 l. 4 sc. 147 l. (11 %) 2,2 pers.
CLITON 19 l. (62 %) 13 répl. 1,4 l.
12 l. (39 %) 4 répl. 2,8 l. 1 sc. 30 l. (3 %) 3,0 pers.
CHLORIS 29 l. (36 %) 22 répl. 1,3 l.
53 l. (65 %) 26 répl. 2,0 l. 4 sc. 81 l. (6 %) 3,7 pers.
LISIS 1 l. (13 %) 2 répl. 0,5 l.
7 l. (88 %) 2 répl. 3,4 l. 1 sc. 8 l. (1 %) 3,0 pers.
LA NOURRICE DE MÉLITE 31 l. (41 %) 17 répl. 1,8 l.
46 l. (60 %) 15 répl. 3,0 l. 2 sc. 76 l. (6 %) 3,7 pers.
CHLORIS 34 l. (100 %) 1 répl. 33,8 l. 1 sc. 34 l. (3 %) 1,0 pers.
LISIS 10 l. (30 %) 3 répl. 3,0 l.
22 l. (71 %) 5 répl. 4,3 l. 2 sc. 31 l. (3 %) 2,3 pers.
CLITON 3 l. (63 %) 2 répl. 1,0 l.
2 l. (38 %) 2 répl. 0,6 l. 1 sc. 3 l. (1 %) 4,0 pers.
LA NOURRICE DE MÉLITE 9 l. (95 %) 6 répl. 1,3 l.
1 l. (6 %) 1 répl. 0,5 l. 2 sc. 9 l. (1 %) 4,9 pers.
LA NOURRICE DE MÉLITE 1 l. (32 %) 1 répl. 0,8 l.
2 l. (69 %) 1 répl. 1,7 l. 1 sc. 2 l. (1 %) 4,0 pers.
LA NOURRICE DE MÉLITE 11 l. (57 %) 7 répl. 1,5 l.
8 l. (44 %) 7 répl. 1,1 l. 2 sc. 18 l. (2 %) 3,3 pers.
publié par Paul FIEVRE, Mai 2006, revu mai 2015
Par Grâce et Privilège du Roi, donné à Saint-Germain-en-Laye, le 17 jour d’Avril, l’an de grâce 1679. Signe, par le Roi en son conseil, D’ALENCE, il est permis à GUILLAUME DE LUYNES, Libraire Juré de notre bonne ville de Paris, d’imprimer les Oeuvres de Théâtre des Sieurs Corneille frères, pendant le temps de dix années entières et accomplies : Et défenses sont faites à qui que ce soit de les imprimer sans le consentement dudit de Luyne, à peine de trois mille lires d’amende, de tous dépens, dommages, et intérêts, comme il est plus amplement porté par lesdites Lettres.
Et ledit Luyne a fait part du Privilège ci-dessus à Estienne Loison, et Pierre Trabouillet, suivant l’accord fait entre eux.
Achevé d’imprimer pour le première fois, le 26 Février 1682.
Représenté pour la première fois en 1642 au Théâtre du Marais
Eraste, amoureux de Mélite, la fait connaître à son ami Tircis, et, devenu peu après jaloux de leur hantise, fait rendre des lettres d’amour supposées, de la part de Mélite, à Philandre, accordé de Chloris, soeur de Tircis. Philandre s’étant résolu, par l’artifice et les suasions d’Eraste, de quitter Chloris pour Mélite, montre ces lettres à Tircis. Ce pauvre amant en tombe en désespoir, et se retire chez Lisis, qui vient donner à Mélite de fausses alarmes de sa mort. Elle se pâme à cette nouvelle, et témoignant par là son affection, Lisis la désabuse, et fait revenir Tircis, qui l’épouse. Cependant Cliton, ayant vu Mélite pâmée, la croit morte, et en porte la nouvelle à Eraste, aussi bien que de la mort de Tircis. Eraste, saisi de remords, entre en folie ; et remis en son bon sens par la nourrice de Mélite, dont il apprend qu’elle et Tircis sont vivants, il lui va demander pardon de sa fourbe, et obtient de ces deux amants Chloris, qui ne voulait plus de Philandre après sa légèreté.
La nouveauté de ce genre de comédie, dont il n’y a point d’exemple en aucune langue, et le style naïf qui faisait une peinture de la conversation des honnêtes gens, furent sans doute cause de ce bonheur surprenant, qui fit alors tant de bruit. On n’avait jamais vu jusque-là que la comédie fît rire sans personnages ridicules, tels que les valets bouffons, les parasites, les capitans, les docteurs, etc. Celle-ci faisait son effet par l’humeur enjouée de gens d’une condition au-dessus de ceux qu’on voit dans les comédies de Plaute et de Térence, qui n’étaient que des marchands. Avec tout cela, j’avoue que l’auditeur fut bien facile à donner son approbation à une pièce dont le noeud n’avait aucune justesse. Eraste y fait contrefaire des lettres de Mélite, et les porter à Philandre. Ce Philandre est bien crédule de se persuader d’être aimé d’une personne qu’il n’a jamais entretenue, dont il ne connaît point l’écriture, et qui lui défend de l’aller voir, cependant qu’elle reçoit les visites d’un autre avec qui il doit avoir une amitié assez étroite, puisqu’il est accordé de sa soeur. Il fait plus : sur la légèreté d’une croyance si peu raisonnable, il renonce à une affection dont il était assuré, et qui était prête d’avoir son effet. Eraste n’est pas moins ridicule que lui, de s’imaginer que sa fourbe causera cette rupture, qui serait toutefois inutile à son dessein, s’il ne savait de certitude que Philandre, malgré le secret qu’il lui fait demander par Mélite dans ces fausses lettres, ne manquera pas à les montrer à Tircis ; que cet amant favorisé croira plutôt un caractère qu’il n’a jamais vu, que les assurances d’amour qu’il reçoit tous les jours de sa maîtresse, et qu’il rompra avec elle sans lui parler, de peur de s’en éclaircir. Cette prétention d’Eraste ne pouvait être supportable à moins d’une révélation ; et Tircis, qui est l’honnête homme de la pièce, n’a pas l’esprit moins léger que les deux autres, de s’abandonner au désespoir par une même facilité de croyance à la vue de ce caractère inconnu. Les sentiments de douleur qu’il en peut légitimement concevoir devraient du moins l’emporter à faire quelques reproches à celle dont il se croit trahi, et lui donner par là l’occasion de le désabuser. La folie d’Eraste n’est pas de meilleure trempe. Je la condamnais dès lors en mon âme ; mais comme c’était un ornement de théâtre qui ne manquait jamais de plaire, et se faisait souvent admirer, j’affectai volontiers ces grands égarements, et en tirai un effet que je tiendrais encore admirable en ce temps : c’est la manière dont Eraste fait connaître à Philandre, en le prenant pour Minos, la fourbe qu’il lui a faite et l’erreur où il l’a jeté. Dans tout ce que j’ai fait depuis, je ne pense pas qu’il se rencontre rien de plus adroit pour un dénouement.
Tout le cinquième acte peut passer pour inutile. Tircis et Mélite se sont raccommodés avant qu’il commence, et par conséquent l’action est terminée. Il n’est plus question que de savoir qui a fait la supposition des lettres ; et ils pouvaient l’avoir su de Chloris à qui Philandre l’avait dit pour se justifier. Il est vrai que cet acte retire Eraste de folie, qu’il le réconcilie avec les deux amants, et fait son mariage avec Chloris ; mais tout cela ne regarde plus qu’une action épisodique, qui ne doit pas amuser le théâtre quand la principale est finie ; et surtout ce mariage a si peu d’apparence, qu’il est aisé de voir qu’on ne le propose que pour satisfaire à la coutume de ce temps-là, qui était de marier tout ce qu’on introduisait sur la scène. Il semble même que le personnage de Philandre, qui part avec un ressentiment ridicule dont on ne craint pas l’effet, ne soit point achevé, et qu’il lui fallait quelque cousine de Mélite ou quelque soeur d’Eraste pour le réunir avec les autres. Mais dès lors je ne m’assujettissais pas tout à fait à cette mode, et je me contentai de faire voir l’assiette de son esprit sans prendre soin de le pourvoir d’une autre femme.
Quant à la durée de l’action, il est assez visible qu’elle passe l’unité de jour ; mais ce n’en est pas le seul défaut ; il y a de plus une inégalité d’intervalle entre les actes qu’il faut éviter. Il doit s’être passé huit ou quinze jours entre le premier et le second, et autant entre le second et le troisième ; mais du troisième au quatrième, il n’est pas besoin de plus d’une heure, et il en faut encore moins entre les deux derniers, de peur de donner le temps de se ralentir à cette chaleur qui jette Eraste dans l’égarement d’esprit. Je ne sais même si les personnages qui paraissent deux fois dans un même acte (posé que cela soit permis, ce que j’examinerai ailleurs), je ne sais, dis-je, s’ils ont le loisir d’aller d’un quartier de la ville à l’autre, puisque ces quartiers doivent être si éloignés l’un de l’autre, que les acteurs aient lieu de ne pas s’entreconnaître. Au premier acte, Tircis, après avoir quitté Mélite chez elle, n’a que le temps d’environ soixante vers pour aller chez lui, où il rencontre Philandre avec sa soeur, et n’en a guère davantage au second à refaire le même chemin. Je sais bien que la représentation raccourcit la durée de l’action, et qu’elle fait voir en deux heures, sans sortir de la règle, ce qui souvent a besoin d’un jour entier pour s’effectuer ; mais je voudrais que, pour mettre les choses dans leur justesse, ce raccourcissement se ménageât dans les intervalles des actes, et que le temps qu’il faut perdre s’y perdît en sorte que chaque acte n’en eût, pour la partie de l’action qu’il représente, que ce qu’il en faut pour sa représentation.
ERASTE, amoureux de Mélite.
TIRCIS, ami d’Eraste et son rival.
MÉLITE, maîtresse d’Eraste et de Tircis.
CHLORIS, soeur de Tircis.
SCÈNE PREMIÈRE. Eraste, Tircis. §
10 Me rend tous mes liens, en resserre l’étreinte,
Son oeil agit sur moi d’une vertu si forte,
20 Me fait plaire en ma peine, et m’obstine à souffrir.
25 Ne t’imagine pas qu’ainsi, sur ta parole,
30 Font naître ce faux bruit d’une vaine apparence :
Parler de l’hyménée à ce coeur de rocher,
40 C’est l’unique moyen de n’en plus approcher.
45 Sur l’éclat d’un beau teint qu’on voit si périssable,
50 Laisse aller tes desseins ailleurs pour l’hyménée.
55 Il me rend insensible aux faux attraits de l’or,
60 C’est là qu’un apprenti doit s’instruire à parler ;
70 Mais c’est d’autre façon qu’on doit servir Mélite.
75 Les Grâces, à l’envi, descendirent des cieux
80 Ce discours emphatique irait encor bien loin.
85 Qu’une femme, fût-elle entre toutes choisie,
Au premier qui lui parle, ou jette l’oeil sur elle,
95 Et quiconque a su prendre une fille d’honneur
100 Qu’il faut l’appréhender à l’égal du tombeau.
105 Mais il y faut venir ; c’est en vain qu’on recule,
110 Alors ne pense pas que j’épouse un visage :
115 C’est comme il faut aimer. L’abondance des biens
130 L’essai n’en coûte rien ; Mélite est à sa porte ;
SCÈNE II. Eraste, Mélite, Tircis. §
Si toutefois un coeur qui n’a jamais aimé,
140 Fier et vain qu’il en est, peut être ainsi nommé.
165 Il est rare qu’on porte avec si bon visage
L’âme et le coeur ensemble en si triste équipage.
170 Empruntez tout d’un temps les froideurs de mon âme.
Ce que l’amour aux coeurs peut lui seul imprimer ;
190 Voyez que son secours montre qu’il s’en défie.
200 J’ai connu mon erreur auprès de vos appas.
Il vous l’avait bien dit. Ainsi donc, par l’issue
SCÈNE III. Eraste, Tircis. §
215 Que veux-tu que j’en die ? Elle a je ne sais quoi
Mon coeur, jusqu’à présent à l’amour invincible,
220 Confesse franchement qu’elle a su te ravir,
235 C’est de quoi fort souvent je bâtis ma chanson,
240 Ainsi ce coeur d’acier qui me tient sous sa loi,
250 Font bientôt vanité d’oublier leur promesse.
SCÈNE IV. Philandre, Chloris. §
255 Sitôt que j’aurai su quel est ce mauvais tour.
265 Mais je n’en puis trouver un seul qui ne me charme.
270 Et ma foi qui t’en donne une entière assurance…
275 Ma passion en est la cause et non l’effet ;
285 C’est mon plus grand bonheur, et le seul où j’aspire.
290 Car s’il faut que l’amour naisse de ressemblance,
Et qu’un mépris rusé, que ton coeur désavoue,
305 C’est sans difficulté, m’y voyant exprimée.
Tu n’y vois que mon coeur, qui n’a plus un seul trait,
310 Afin de te mieux voir, s’est mis à la fenêtre.
SCÈNE V. Tircis, Philandre, Chloris. §
Tais-toi, mon frère vient. Si j’en crois l’apparence,
320 Que t’en semble, Tircis ?
Que t’en semble, Tircis ? Je vous vois si contents,
325 Dis ce que tu voudras ; nos feux n’ont point de crimes,
330 Te désoblige fort de ce qu’elle n’arrive.
Le sujet ? J’en ai trop dans ton contentement.
Le coeur t’en dit d’ailleurs.
Le coeur t’en dit d’ailleurs. Il est vrai, je te jure ;
J’ai vu je ne sais quoi… Dis tout, je t’en conjure.
Tes affaires, ma soeur, n’en iraient guère mieux.
340 Que celle que j’ai vue est bien autre que toi.
Adieu : ne perds point temps. Ô l’amoureux discret !
Il retient Chloris, qui suit son frère.
360 Quoi ! C’est là tout l’état que tu fais de mes feux ?
Et ta flamme à mon coeur n’est pas moins précieuse.
365 Je l’avais bien prévu que ce coeur infidèle
370 De sa déloyauté l’infaillible présage ;
375 Si je puis l’aborder, son discours se confond,
380 Qu’un soupir ne trahisse au seul nom de Tircis.
385 Sa bouche ne se plaît qu’en cette flatterie,
395 Mais il vaut mieux t’en rire, et pour dernier effort
SCÈNE II. Eraste, Mélite. §
400 De vous conter l’excès de son affection.
405 Il a lieu de s’y plaire avec quelque justice.
410 Pour tant de vanité j’ai trop peu de mérite.
Un peu plus que pour vous. De vrai, j’ai reconnu,
415 Encor si peu que c’est vous étant refusé,
435 De ce qu’on dit partout du trop de privauté
Aux légitimes voeux de tant de gens d’honneur,
440 Et d’ailleurs si facile à ceux d’un suborneur ?
445 C’est là donc ce qu’enfin me gardait ton caprice ?
450 Mais dans ta lâcheté ne crois pas que j’éclate,
460 D’une infidélité par une trahison.
465 L’esprit fourbe et vénal d’un voisin de Mélite
A servir qui l’achète il est toujours tout prêt,
SCÈNE IV. Tircis, Chloris. §
Ma soeur, un mot d’avis sur un méchant sonnet
Après l’oeil de Mélite il n’est rien d’admirable…
Ah ! Frère, il n’en faut plus. Tu n’es pas supportable
De me rompre sitôt. C’était sans y penser ;
Achève. Tais-toi donc, je vais recommencer.
Après l’oeil de Mélite il n’est rien d’admirable ;
Mon coeur à tous ses traits demeure invulnérable ;
495 Tu l’as fait pour Eraste ?
Tu l’as fait pour Eraste ? Oui, j’ai dépeint sa flamme.
500 De la langue ou des yeux, n’importe qui t’accuse :
Les tiens m’avaient bien dit, malgré toi, que ton coeur
505 Sitôt qu’au premier vers ton sonnet m’a fait voir
Tu crois donc que j’en tiens ? Fort avant.
Tu crois donc que j’en tiens ? Fort avant. Pour Mélite ?
510 Qui t’en a tant appris ? Mon sonnet ?
Qui t’en a tant appris ? Mon sonnet ? Justement.
De ce qu’Eraste souffre en servant cette belle ;
Qu’Eraste s’en offense, et s’oppose à Mélite,
525 Tantôt je suis ami, tantôt je suis rival ;
535 A la mode du temps, quand nous servons quelque autre,
540 Si rien que ce rival cause ma rêverie !
Presque à chaque moment. Laisse-le donc jaser.
555 Le temps ne la rendra que plus grande et plus forte.
On leur donne la main dès qu’ils offrent le coeur.
560 Crois que déjà l’affaire en serait résolue,
565 Avec cette lumière et ma dextérité,
Adieu. Moi, je m’en vais paisiblement attendre
570 Qu’il faut une autre fois tarder moins à venir.
SCÈNE V. Eraste, Cliton. §
575 Mais prends garde surtout à bien jouer ton rôle ;
Cela vaut fait, monsieur. Mais, après ce message,
580 Sache avec tant d’adresse ébranler son courage,
585 Mais aussi vous savez…
Mais aussi vous savez… Oui, va, sois diligent.
Comment ? De ce carfour j’ai vu venir Philandre.
SCÈNE VI. Philandre, Eraste, Cliton. §
Qu’est-ce ? Vous allez voir, en lisant cette lettre,
600 Ce qu’un homme jamais n’oserait se promettre.
Ouvrez-la seulement. Va, tu n’es qu’un conteur.
ERASTE, feignant d’avoir lu la lettre par-dessus son épaule.
605 Et qu’il obtient ainsi de sa seule vertu
Ce qu’Eraste et Tircis ont en vain débattu ?
610 N’attendait qu’un prétexte à m’en débarrasser.
Il en meurt. Ce courage à l’amour si rebelle ?
Lui-même. Si ton coeur ne tient plus qu’à demi,
615 Sinon, pour mon regard ne cesse de prétendre :
620 De tourner, s’il se peut, sa flamme vers son frère.
625 Qu’elle le soit ou non, je n’examine pas
J’aime l’une ; et mon coeur pour toute autre insensible…
630 On pardonne aisément à qui trouve son mieux.
En amour. Chloris m’aime, et si je m’y connais,
635 Tu te détromperas, si tu veux prendre garde
A ce qu’à ton sujet l’une et l’autre hasarde.
640 L’autre se rend sensible à qui n’aime rien qu’elle,
L’une… Adieu : des raisons de si peu d’importance
645 Dans deux heures d’ici tu viendras me revoir.
SCÈNE VII. Tircis, Eraste, Mélite. §
Eraste, arrête un peu. Que me veux-tu ?
Eraste, arrête un peu. Que me veux-tu ? Te rendre
MÉLITE, au travers d’une jalousie, cependant qu’Eraste lit le sonnet.
655 Du moins les compliments, dont peut-être ils se jouent,
660 Une autre fois, Tircis ; quelque affaire pressée
665 Une mine froncée, un regard de travers,
670 L’empire que ses yeux ont sur ma liberté.
675 Que cette joie est courte, et qu’elle est cher vendue !
SCÈNE VIII. Mélite, Tircis. §
680 Je ne puis rien juger de ce qui l’a bannie :
A peine ai-je eu loisir de lui dire deux mots.
S’est échappé de moi. Sans doute il m’aura vue,
685 Vous aimant comme il fait, qui l’eût jamais pensé ?
Meilleur aucunement qu’Eraste ne voudrait.
690 Je n’ai jamais connu d’amant si maladroit ;
700 Pour lui faire dépit, j’en croirai quelque chose.
Il faudrait que nos coeurs n’eussent plus qu’un désir,
705 Vous-même consultez un moment vos appas ;
710 De règle, ni d’avis, d’un autre que de soi.
715 Mais attendre pour toi l’effet de sa puissance,
720 C’est peut-être en trop dire, et me montrer trop bonne ;
725 N’avoir point d’autre soin, n’avoir point d’autre esprit ;
PHILANDRE, seul.
735 Tu l’as gagné, Mélite ; il ne m’est pas possible
Tes lettres où ton coeur est si bien par écrit,
740 Leur attente vaut mieux, Chloris, que tes caresses.
745 Un portrait que j’en veux tellement effacer
750 Qu’elle est en liberté de faire un autre choix ;
755 Dites-lui que Mélite, ainsi qu’une déesse,
760 Enfin que tous mes voeux…
SCÈNE II. Tircis, Philandre. §
Enfin que tous mes voeux… Philandre !
Enfin que tous mes voeux… Philandre ! Qui m’appelle ?
770 Que je n’en puis trouver de sujet assez grand ;
Possesseur, autant vaut… De quoi ? D’une maîtresse
En un mot, de Mélite. Il est vrai qu’elle est belle :
780 Tu n’as pas mal choisi ; mais…
Tu n’as pas mal choisi ; mais… Quoi, mais ?
Tu n’as pas mal choisi ; mais… Quoi, mais ? T’aime-t-elle ?
Cela n’est plus en doute. Et de coeur ?
Cela n’est plus en doute. Et de coeur ? Et de coeur,
Je t’en réponds. Souvent un visage moqueur
785 Écoute, j’en ai vu de toutes les façons ;
790 Des preuves d’un amour qui ne les touchait pas,
795 Fussent d’intelligence avec tout le visage.
Un coup d’oeil, un soupir…
Un coup d’oeil, un soupir… Ces faveurs ridicules
N’as-tu rien que cela ? Sa parole et sa foi.
810 Encor c’est quelque chose. Achève, et conte-moi
Ce voeu qu’entre tes mains elle a fait de t’aimer ?
820 Ce rival est bien moins à redouter qu’à plaindre.
Eraste, qu’ont banni ses dédains rigoureux…
825 Pendant qu’elle t’amuse avec ses beaux discours,
La raison ? Le porteur a su combien je t’aime,
840 On t’en aura donné quelque autre pour me rendre,
Et puisqu’il est pour toi… Que ta longueur me tue !
Vous n’avez plus affaire qu’à Tircis ; je le souffre encore, afin que par sa hantise je remarque plus exactement ses défauts et les fasse mieux goûter à ma mère. Après cela Philandre et Mélite auront tout loisir de rire ensemble des belles imaginations dont le frère et la soeur ont repu leurs espérances.
845 Te voilà tout rêveur, cher ami ; par ta foi,
Traître ! C’est donc ainsi que ma soeur méprisée
850 D’un parjure si noir ne fait que se moquer ?
Quoi ! Tu crains le duel ? Non ; mais j’en crains la suite,
860 Où la mort du vaincu met le vainqueur en fuite ;
865 Viens, ou dis que ton sang n’oserait s’exposer.
Adieu. Tu fuis, perfide, et ta légèreté
870 T’ayant fait criminel, te met en sûreté !
O lettres, ô faveurs, indignement placées,
880 A ma discrétion honteusement laissées !
O gages qu’il néglige ainsi que superflus !
885 Son amant un parjure, et moi sans jugement,
890 A sa déloyauté n’eût rien à reprocher.
910 Mais du plus ou du moins je n’en puis que juger.
SCÈNE IV. Chloris, Tircis. §
925 Mon frère, en ma faveur retourne sur tes pas.
930 S’élancent incertains presque de toutes parts !
935 Avant que d’assouvir l’inexorable envie
940 Philandre… Ah ! La douleur m’étouffe et me suffoque.
Adieu, ma soeur, adieu ; je ne puis plus parler ;
Ne m’échappe donc pas. Ma soeur, je te supplie…
950 Apprends qu’il te faut être en amour plus rusé ;
955 Apprends aussi de moi que ta raison s’égare,
960 Qui n’a d’ambition que d’être cajolée,
Eraste après deux ans n’y voit pas mieux son conte.
965 Elle t’a trouvé bon seulement pour huit jours,
970 Sa langue avec son coeur ne s’accorde jamais.
975 Penses-tu m’arrêter par ce torrent d’injures ?
CHLORIS, seule.
980 Me préserve le ciel d’en user de la sorte !
985 Il n’est lors que la joie ; elle nous venge mieux ;
Que Philandre à son gré rende ses voeux contents ;
990 S’il attend que j’en pleure, il attendra longtemps.
Son coeur est un trésor dont j’aime qu’il dispose ;
995 On enchérit pourtant sur ma faute passée ;
1000 Sur l’exemple d’autrui se conduit et se fonde !
A cause qu’il parut quelque temps m’enflammer,
1005 Si Mélite a failli me l’ayant débauché,
1010 Ah ! Si mon fou de frère en pouvait faire autant,
1015 Je me veux toutefois en venger par malice,
1020 À les jouer tous deux d’une belle manière.
SCÈNE VI. Philandre, Chloris. §
Me veux-tu quelque chose ? Il t’ennuie avec moi ;
1030 Mais, comme de tes feux, j’ai pour garant ta foi,
1035 Je viens de les surprendre, et j’y pourrais encore
1040 Ma curiosité pour ce demi-quart d’heure
S’osera dispenser. Aussi tu me promets,
Autrement, ne crois pas… Cela s’en va sans dire :
1045 Et nous aurions ainsi besoin de trop de temps.
1060 Adieu. J’en perds le temps à parler davantage.
Tremble. J’en ai grand lieu, connaissant ta vertu,
SCÈNE PREMIÈRE. Mélite, la Nourrice. §
1065 Ton importunité n’est pas à supporter :
Les visites d’Eraste un peu moins assidues
1070 Ne fait que trop juger son mécontentement.
Qu’a jusqu’ici ton coeur si doucement suivis.
1075 C’est à moi de trembler après cette menace,
1080 Apprends-moi ce que c’est.
Apprends-moi ce que c’est. Veux-tu que je devine ?
1085 D’assurance un mépris l’oblige à se piquer ;
1090 Que ce soit pour reprendre un amant qu’elle perd.
1095 Hors ce cas, il lui faut complaire à tout le monde,
Faire qu’aux voeux de tous l’apparence réponde,
1100 Et paraissent ensemble entrer en concurrence ;
1105 Qu’ils vivent tous d’espoir jusqu’au choix d’un mari,
A qui paiera le mieux le bien qu’elle possède :
1110 Ton Eraste avec toi vivrait d’autre façon.
1115 J’entends à demi-mot ; achève, et m’expédie
Tu saurais que Tircis… Quoi ! Son meilleur ami !
1120 Il voudrait que le jour en fût encore à naître ;
Tu verrais tout à l’heure Eraste à mon côté.
1125 Eraste n’est pas homme à laisser échapper ;
1130 Il suit un faux éclat qui ne peut m’éblouir.
1135 Oui, ce n’est que par là qu’on est considérable.
1145 Enfin je reconnais…
Enfin je reconnais… Qu’avec tout ce grand bien
Un jaloux sur mon coeur n’obtiendra jamais rien.
SCÈNE II. Chloris, Mélite. §
1160 Encor que je vous sois, peu s’en faut, inconnue,
1165 Mais pour m’en repentir j’ai fait un trop bon choix ;
1170 C’est l’homme qui de tous la mérite le moins.
1175 Je l’estimai jadis, et je l’aime et l’estime
1180 Du pouvoir absolu que j’ai sur son courage.
1185 Quoi ! Le devoir chez vous oblige aux trahisons !
1190 Sur un voeu solennel d’être un jour sa moitié,
1200 Mais, sortant d’avec vous, il me conte lui-même
La pure vérité. Vraiment, en voulant rire,
1205 Vous passez trop avant ; brisons là, s’il vous plaît.
1210 Nous pourrions demeurer ici jusqu’à demain,
Je les vous laisse. Adieu. Tout beau ! Mon innocence
A quoi bon démentir ? À quoi bon dénier… ?
1220 Remettons ce discours : quelqu’un vient nous surprendre ;
SCÈNE III. Lisis, Mélite, Chloris. §
1230 Que votre bon accueil lui donna de l’amour,
Et mes yeux désolés… Je n’en puis plus ; je pâme.
SCÈNE IV. Cliton, la Nourrice, Mélite, Lisis, Chloris. §
Au secours ! Au secours ! D’où provient cette voix ?
Qu’avez-vous, mes enfants ? Mélite, que tu vois…
1235 Hélas ! Elle se meurt ; son teint vermeil s’efface,
1240 Et je vais succomber aux douleurs qui m’assaillent.
1245 Et comme si c’était trop peu pour me venger,
1250 Fuyez de ma pensée, inutiles remords ;
Chloris m’offense trop d’être soeur d’un tel frère ;
1255 Mais que me veut Cliton, qui sort de chez Mélite ?
SCÈNE VI. Eraste, Cliton. §
1265 Qu’elle a su son trépas, a terminé ses jours.
Ah, ciel ! S’il est ainsi… Laissez là ces discours,
1280 Qui nous rendent heureux par leurs douces contraintes ;
1285 Je ne l’avais pas su, Parques, jusqu’à ce jour,
1305 Quel murmure confus ! Et qu’entends-je hurler ?
1310 M’engloutit, et me plonge aux enfers tout vivant.
Aux champs Elysiens éternisent leurs flammes ;
1315 Et jusqu’aux bords du Styx me fait libre passage ;
1320 Si j’ose avec mes cris violer ton silence :
1325 Vous donc, esprits légers, qui, manque de tombeaux,
A qui Caron cent ans refuse sa nacelle,
1330 A vous faciliter ce passage interdit.
1335 Passe-moi, si tu peux, jusqu’à l’autre rivage.
1340 Il n’en aura que trop d’Eraste et de ses crimes.
Il se jette sur les épaules de Cliton, qui l’emporte derrière le théâtre.
1345 As-tu si tôt perdu cette ombre de valeur
1350 Ton ennemi t’appelle, et ton rival t’attend.
SCÈNE VIII. Eraste, Philandre. §
1360 Mégères, c’est à vous une indiscrète audace.
1365 Quoi ! Me presser encor ? Sus, de pieds et de mains
1370 Il semble à ce discours qu’il ait perdu le sens.
1375 Faire un tour d’amoureux, supposer une lettre,
1380 Mais la faute n’en est qu’au crédule Philandre ;
1385 Je te laisse impuni, traître ; de tels remords
1390 Ah, grands dieux ! Que je suis plein de confusion !
A ces cruelles soeurs, tu les combles de joie ?
1395 Vous me connaissez mal ; dans le corps d’un perfide
1400 Vomira l’aconit en voyant la lumière.
SCÈNE X. Lisis, Chloris. §
1405 N’en doute plus, Chloris, ton frère n’est point mort ;
1410 Qu’aux sincères ardeurs d’une sainte amitié.
1415 Ma parole sera d’un prompt effet suivie :
Le coeur me le disait. Je sentais que mes larmes
1425 Qu’une autre en témoignât plus de ressentiment.
1430 Qu’il devient souverain à consoler des soeurs.
SCÈNE PREMIÈRE. Cliton, la Nourrice. §
1435 Je ne t’ai rien celé ; tu sais toute l’affaire.
Qu’Eraste eût des remords si vifs et si pressants
1440 Se figurer Caron des traits de mon visage,
Arrêtez, arrêtez, poltrons ! Adieu, nourrice.
1450 Crois que ce n’est pas moi qu’il attrape deux fois.
SCÈNE II. Eraste, la Nourrice. §
1460 Souhaitent sous l’enfer qu’un autre enfer s’entrouvre.
1465 Le bouillant Phlégéthon, parmi ses flots pierreux,
De ce qu’après Eraste il n’a passé personne.
1475 Trop heureux accident, si la terre entrouverte
1480 N’était-ce pas assez pour me réduire en poudre,
1485 Ils doutaient que l’enfer eût de quoi me punir
1490 Souvenir rigoureux ! Trêve, trêve un moment !
1495 Voici qui t’aidera : mais derechef, de grâce,
C’est Eraste, c’est lui qui n’a plus d’autre envie
1500 Que d’épandre à vos pieds son sang avec sa vie :
1505 L’enfer voit-il jamais une telle clarté ?
1510 Ils ont, de vérité, je ne sais quoi de plat ;
1520 Que la voyant si pâle, il la crut être morte ;
1525 Désormais donc en vain je les cherche ici-bas ;
1530 Je ne m’abuse point de fausses visions,
1535 Mais voyez si l’enfer ressemble à cette place ;
1540 De vrai, ce que tu dis a beaucoup d’apparence,
1545 Tant que, maître absolu de votre jugement,
1550 Ne peut, si tu n’y viens, rendre mon sort plus doux ;
SCÈNE III. Chloris, Philandre. §
1555 Ne m’importune plus, Philandre, je t’en prie ;
Un coeur que d’autres yeux peuvent si tôt brûler,
1570 Ne me reproche plus que je t’ai trop aimé.
1575 Par ce que votre foi me permettait d’attendre…
1585 Fais-lui, si tu m’en crois, agréer tes ardeurs.
1595 Adieu. Mélite et moi nous aurons de quoi rire
1600 Ne crois pas la chaleur du courroux qui t’emporte ;
1605 Par où t’y prendras-tu ? De quel air ?
Par où t’y prendras-tu ? De quel air ? Il suffit.
Je sais comme on se venge. Et moi comme on s’en rit.
SCÈNE IV. Tircis, Mélite. §
1610 Que par le souvenir de nos malheurs passés,
1620 L’amour en liberté peut dire ce qu’il pense,
1625 Quand l’espoir est permis, elle a droit de parler ;
1630 T’obligent à te taire auprès de ton Tircis ?
1635 Tu t’en peux assurer ; mes yeux, si pleins de flamme,
1640 De revivre avec toi j’ai pris aussi l’envie :
1645 Si bien qu’à ton retour ta chaste affection
1655 Et qu’après des transports de telle promptitude,
1660 Je me tiens donc heureux d’avoir été coupable,
SCÈNE V. Chloris, Tircis, Mélite. §
Cependant qu’une soeur ne se peut consoler,
1670 Mais Philandre pour moi t’en aura fait raison.
Tant d’offres, tant de voeux, et tant de compliments,
1675 Mêlés de repentirs…
Mêlés de repentirs… Qu’à la fin exorable,
Vous l’avez regardé d’un oeil plus favorable.
Vous devinez fort mal. Quoi ! Tu l’as dédaigné ?
C’est-à-dire, en un mot… Que son humeur volage
1685 En vain dessous mes lois il revient se ranger.
1690 J’attendrai du destin quelque meilleur hasard.
1695 Ma soeur, ce fut pour moi qu’il osa s’en dédire.
Que vous êtes mauvaise ! Un peu plus qu’il ne semble.
SCÈNE VI. Tircis, la Nourrice, Eraste, Mélite, Chloris. §
1705 L’excès de mon ardeur ne saurait consentir
Tous nos pensers sont dûs, en l’état où nous sommes,
A ce noeud qui me rend le plus heureux des hommes,
A qui l’âpre rigueur d’un remords éternel
1715 Rend le jour odieux, et fait naître l’envie
1720 La main qui sépara Tircis d’avec Mélite,
A dérobé Philandre aux voeux de sa Chloris.
Que serais-tu d’avis de lui répondre ? Écoute
Quatre mots à quartier. Que vous avez de tort
1735 Donc, pour nous revancher de la faveur reçue,
Tircis n’a rien trouvé de contrainte à ses voeux ;
1745 Regardez, acceptant le pardon ou l’oubli,
1750 Quittez ces compliments, qu’ils n’ont pas mérités ;
1755 Mais Chloris qui s’en tait vous la gardera bonne,
ERASTE, à Chloris.
1760 Celui qui l’en tira pût occuper sa place,
Eraste, qu’un pardon purge de son forfait,
1770 Tournent vers la beauté qu’elle chérit le plus.
Que t’en semble, ma soeur ?
Que t’en semble, ma soeur ? Mais toi-même, mon frère ?
Parlons donc pour la forme. Oui, ma soeur, j’y consens,
Et que m’aimant en frère, et ma maîtresse en soeur,
1785 Jusqu’à ce qu’après vous son aveu m’ait permis
1795 Ma soeur, acquitte-moi d’une reconnaissance
1805 Son avis m’ôtera la peur du repentir,
1810 D’aussi beaux fils que vous étaient assez contents,
1815 Je n’avais rien en moi qui ne fût un miracle ;
1820 On ne se moque point des femmes de ma sorte ;

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1065
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1160
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1230
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