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Timestamp: 2020-08-10 15:51:23+00:00

Document:
Le nouveau code de droit canon, l`administration des - Lenculus-le
RICOSSA – Le nouveau code de droit canon, l'administration des sacrements et l'œcuménisme
LE NOUVEAU CODE DE DROIT CANON,
L’ADMINISTRATION DES SACREMENTS
ET L’ŒCUMÉNISME
Sodalitium n° 56, décembre 2004
LA LÉGISLATION CANONIQUE ANTÉRIEURE À VATICAN II EXCLUAIT ABSOLUMENT TOUTE COMMUNICATION
ENTRE CATHOLIQUES ET NON-CATHOLIQUES POUR CE QUI REGARDE
L’ADMINISTRATION ET LA RÉCEPTION DES SACREMENTS
Le 25 mars dernier, la « Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements » a publié l’Instruction
Redemptoris sacramentum « sur certaines choses à observer et à éviter concernant la Très Sainte Eucharistie ».
Le document applique et détermine ce qui a été déjà exprimé par Jean-Paul II dans l’Encyclique Ecclesia de
Selon de nombreux observateurs, les deux documents cités ci-dessus seraient un véritable antidote aux abus
qui ont suivi le Concile Vatican II, abus imputables à Paul VI lui-même1, et constitueraient un pas de plus dans le
retour à la normalité, après la bourrasque conciliaire : la presse, par exemple, a souligné que l’interdiction
d’administrer les sacrements aux non-catholiques, rappelée par l’Encyclique et par l’Instruction, signe un coup
d’arrêt à l’œcuménisme.
Je me limiterai à examiner le cas précis.
Le n° 85 de l’Instruction. Est interdite la communicatio in sacris2... sauf quand elle est autorisée !
Voici ce que prescrit, à ce sujet, le n° 85 de l’Instruction :
« Les ministres catholiques administrent licitement les sacrements aux seuls fidèles catholiques,
qui, de même, les reçoivent licitement des seuls ministres catholiques, restant sauves les disposi-
Déjà le 21 septembre 1966, à Assise lors d’une Messe de mariage, une presbytérienne, Barbarina Olson, reçut la Sainte
Communion sur autorisation de Paul VI (cf. pour cet abus et d’autres encore : ABBÉ GEORGES DE NANTES, Liber accusationis in
Paulum VI, St Parres-lès-Vaudes, 3 éd., 1973, pp. 66-67).
Par « communicatio in sacris » ou communication dans les choses sacrées, on entend « la participation d’un catholique
aux cérémonies d’un culte non catholique ». Au sens large, le terme « sacra » comprend toutes les fonctions sacrées ; au sens
étroit il s’entend seulement des fonctions du culte public.
« La communication est positive quand un catholique prend part à un culte infidèle, hérétique ou
Elle est négative dans l’hypothèse inverse, lorsque c’est un non-catholique qui participe à un culte
La communication est à la fois active et formelle lorsqu’un catholique participe à un culte hétérodoxe avec l’intention d’honorer Dieu par ce moyen, à la manière des non-catholiques.
La communication est passive et seulement matérielle lorsqu’un catholique assiste à une cérémonie d’un culte hétérodoxe, pour des raisons sérieuses fondées sur les convenances sociales, mais
sans avoir l’intention de participer réellement à ce culte en y associant sa pensée » NAZ, Dictionnaire de droit canonique, III, col. 1091.
Naz considère comme quasiment synonymes les termes « active » et « formelle », « passive » et « matérielle », qui sont par
contre distincts. Les termes matériel-formel concernent l’intention de qui accomplit la communication dans les choses sacrées
avec les acatholiques : approuver vraiment les rites hétérodoxes (communication formelle) ou seulement extérieurement
(communication matérielle) pour des motifs sociaux.
Les termes active-passive ont par contre une autre signification : active, lorsqu’en prenant part au culte on accomplit
quelque acte ayant une relation avec ce culte ; passive, quand on y prend part sans poser aucun acte indiquant une relation
avec la cérémonie religieuse (ROBERTI E PALAZZINA, Dizionario di teologia morale, Studium, 1968, rubrique « communication avec
les acatholiques (in sacris) »).
tions des can. 844 §§ 2, 3 et 4, et du can. 861 § 2 [cf. Code de Droit Canonique, can. 844 § 1 ;
JEAN-PAUL II, lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, nn. 45-46 : AAS 95 (2003) pp. 463-464 ; cf.,
aussi CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, Directoire pour
l’application des principes et des normes sur l’œcuménisme, La recherche de l’unité, n°s 130-131 :
AAS 85 (1993), pp. 1039-1119, ici p. 1089]. De plus, les conditions établies par le can. 844 § 4,
auxquelles on ne peut déroger en aucun cas [cf. JEAN-PAUL II, lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, n. 46], ne peuvent pas être séparées les unes des autres : il est donc nécessaire que ces
dernières soient toujours toutes requises d’une manière simultanée. »
En réalité, le n° 85 de la récente Instruction « restauratrice » ne dit rien de nouveau, par rapport non seulement à l’encyclique Ecclesia de Eucharistia (ce qui est normal puisque l’instruction applique l’encyclique), mais
aussi au nouveau code de droit canon de 19831.
Dans l’instruction et dans le nouveau code (can. 844 § 1), est d’abord affirmée la règle, parfaitement
conforme à la foi catholique, selon laquelle « Les ministres catholiques administrent licitement les sacrements
aux seuls fidèles catholiques, qui, de même, les reçoivent licitement des seuls ministres catholiques » ; mais
immédiatement après (dans la suite du n° 85 et dans les §§ 2, 3 et 4 du can. 844) est autorisée l’exception à la
règle, exception qui rend vaine cette même règle, et qui n’est pas conforme à la foi catholique mais à l’hérésie
de l’œcuménisme, autrefois condamnée dans l’Encyclique Mortalium animos de S.S. le Pape Pie XI.
Le lecteur qui n’a pas sous la main le texte du nouveau code de droit canon ignore ce qui est stipulé aux §§ 2, 3
et 4 du canon 844, et pense donc que — finalement — l’Instruction du 25 mars 2004 condamne comme il se doit la
pratique sacrilège et hétérodoxe de la communicatio in sacris, autrement dit le fait – dans notre cas – que les
catholiques donnent les sacrements aux hérétiques et que ceux-ci les reçoivent des catholiques. En réalité il n’en
est pas ainsi, malheureusement, comme il est facile de le comprendre à la lecture de ces fameux paragraphes.
Le canon 844 du nouveau code de droit canon
Ce n’est pas la première fois que Sodalitium accuse le canon 844 du nouveau code de droit canon, « promulgué » par Jean-Paul II, de non-conformité à la foi et à la discipline traditionnelle de l’Église. Un lecteur de notre
revue a récemment envoyé par poste électronique à un « site » catholique intégriste le texte du canon en question
accompagné d’un bref commentaire par lequel il veut démontrer que les prescriptions modernes n’innovent pas en
substance ce qui était déjà prévu par l’Église en la matière avant le Concile. Je transcris donc le texte officiel du
canon 844, laissant entre parenthèses les observations de notre ami lecteur et contradicteur :
Can. 844 – § 1. Les ministres catholiques administrent licitement les sacrements aux seuls fidèles
catholiques, qui, de même, les reçoivent licitement des seuls ministres catholiques, restant sauves
les dispositions des can. 844 §§ 2, 3 et 4 du présent canon et du can. 861 § 2
(le second alinéa du can. 861, dit seulement que dans un cas grave, quiconque administre le baptême le fait validement s’il a l’intention de faire ce que fait l’Église).
§ 2. Chaque fois que la nécessité l’exige ou qu’une vraie utilité spirituelle s’en fait sentir et à condition d’éviter tout danger d’erreur ou d’indifférentisme, il est permis aux fidèles qui se trouvent dans
l’impossibilité physique ou morale d’avoir recours à un ministre catholique, de recevoir les sacrements de pénitence, d’Eucharistie et d’onction des malades de ministres non-catholiques, dans
l’Église desquels ces sacrements sont valides.
(ceci existait déjà).
§ 3. Les ministres catholiques administrent licitement les sacrements de pénitence, d’Eucharistie et
d’onction des malades aux membres des Églises orientales qui n’ont pas la pleine communion
avec l’Église catholique, s’ils le demandent de leur plein gré et s’ils sont dûment disposés ; ceci
vaut aussi bien pour les membres d’autres Églises, qui, au jugement du Siège Apostolique, se
trouvent pour ce qui concerne les sacrements dans la même condition que les Églises orientales
Le nouveau code, à son tour, avait accueilli non seulement les dispositions de Vatican II à propos des schismatiques
orientaux, mais également l’extension de la possibilité de l’« intercommunion » à d’autres « chrétiens » prévue par le Secrétariat
pour l’union des chrétiens dans son Directoire œcuménique 1, 55 dans l’Instruction sur les cas dans lesquels d’autres chrétiens
peuvent être admis à la communion eucharistique dans l’Église catholique, de 1972 (Enchiridion Vaticanum 4/1636).
(En ce qui concerne les Églises orientales, ceci existait également dans l’ancien code ; ce pour les
« autres églises » qui a été ajouté signifie qu’elles doivent avoir des sacrements valides ; des protestants, il n’est pas fait mention, vu qu’ils n’ont pas de sacrements).
§ 4. En cas de danger de mort ou si, au jugement de l’évêque diocésain ou de la Conférence des
évêques, une autre grave nécessité se fait pressante, les ministres catholiques peuvent administrer licitement ces mêmes sacrements aussi aux autres chrétiens qui n’ont pas la pleine communion avec l’Église catholique, lorsqu’ils ne peuvent pas avoir recours à un ministre de leur communauté et qu’ils le demandent de leur plein gré, pourvu qu’ils manifestent la foi catholique sur ces
(la ratio est de sauver l’âme de l’hérétique sur le point de mourir ; être bien disposé signifie de
toute façon être en état de grâce...).
Les canons correspondants dans le Code de droit canon de 1917,
en vigueur avant la législation du Concile Vatican II, sont contredits par la nouvelle législation
À en croire ce qu’écrit notre lecteur et contradicteur, le can. 844 n’apporterait aucune innovation importante à ce
qui était déjà prescrit par l’Église avant le Concile. Il me semble donc opportun de rappeler les dispositions
canoniques à ce sujet, telles qu’elles se trouvent dans le code pio-bénédictin. Remarquons que le canon 844
(nouveau code) examine deux cas :
a) celui des catholiques qui demandent les sacrements aux non-catholiques (§ 2) ;
b) celui des non-catholiques demandant les sacrements aux catholiques (§§ 3 et 4 ).
[On remarquera que pour le § 5 du canon 844 du nouveau code, dans les deux cas, il est imposé de consulter
les chefs des sectes hérétiques ou schismatiques en question : dans les cas dont il s’agit aux §§ 2, 3 et 4, l’évêque
diocésain ou la Conférence des évêques ne porteront pas de règles générales sans avoir consulté l’autorité
compétente, au moins locale, de l’Église ou de la communauté non catholique concernée. Œcuménisme oblige].
Pour ce qui est du premier cas, le canon correspondant est le 1258 § 1 du code « pré-conciliaire » qui prescrit :
« Il n’est jamais licite aux fidèles d’assister activement ou de prendre part, DE QUELQUE FAÇON
QUE CE SOIT, aux rites sacrés des acatholiques. »
Le canon 2316 précise ensuite :
« qui aide librement et consciemment, en quelque façon, la propagation de l’hérésie ou qui communie dans les choses sacrées avec les hérétiques contre ce qui est prescrit au canon 1258, est
suspect d’hérésie. »
Or, recevoir les sacrements est le moyen le plus actif qui soit de participer à une cérémonie sacrée. Par
conséquent le canon 1258 § 1 interdit absolument ce que le canon 844 § 2 déclare licite à certaines
conditions (de toute façon, tellement vagues, que toujours ou presque toujours réalisées).
Pour ce qui concerne le deuxième cas, on doit se référer au can. 731 § 2, le premier sur les sacrements :
« Il est interdit d’administrer les sacrements de l’Église aux hérétiques et aux schismatiques,
même s’ils errent de bonne foi et les demandent, s’ils ne se sont pas d’abord réconciliés avec
l’Église après avoir rejeté leurs erreurs. »
Ce canon dit exactement le contraire de ce qu’affirme le nouveau can. 844 aux § 3 –et 4 : ce qui était
interdit, ici aussi, devient licite.
Les moralistes préconciliaires n’admettaient des exceptions qu’en cas d’extrême nécessité,
et seulement pour les sacrements « des morts », jamais pour la Très-Sainte Eucharistie
La législation canonique antérieure à Vatican II excluait par conséquent absolument toute communication entre
catholiques et non-catholiques pour ce qui regarde l’administration et la réception des sacrements. Pour être plus
complet, j’examinerai cependant aussi les rares exceptions que les moralistes catholiques faisaient à ces
principes canoniques.
a) Dans le premier cas (recevoir les sacrements d’un non-catholique) :
Il est licite de recevoir le baptême (si un laïc catholique ne peut l’administrer) ou le sacrement de pénitence
(et s’il n’y a pas possibilité de se confesser, l’extrême-onction) UNIQUEMENT au cas où l’on se trouverait à l’article
de la mort, à condition que :
le sacrement soit valide ;
le sacrement soit administré avec le RITE CATHOLIQUE ;
la demande du sacrement ne soit pas considérée comme une reconnaissance de la secte non catholique ;
le catholique qui le demande se trouve en danger de mort, comme on vient de le dire, et n’ait pas
d’autre moyen pour sauver son âme (cas d’absolue nécessité). S’il est, par exemple, en état de grâce, il
ne peut pas demander la confession.
Le sacrement de l’eucharistie ne peut jamais être demandé. (Cf. ad ex.
logiæ moralis, I, 755).
MERKELBACH O.P.,
Summa theo-
Confrontons cette doctrine avec celle du canon 844 § 2 :
- il était interdit de recevoir l’eucharistie, maintenant c’est licite ;
- il n’était licite de recevoir que les sacrements nécessaires au salut (pas l’extrême-onction si l’on pouvait se confesser) ; maintenant il est licite de recevoir aussi la Communion et l’extrême-onction) ;
- l’unique cas admis était celui de l’extrême nécessité (article de la mort, état de péché mortel, impossibilité de se sauver autrement) ; maintenant par contre il suffit d’ « une vraie utilité spirituelle », et
l’impossibilité d’accéder à un ministre catholique peut être seulement « morale ».
Le canon 844 § 2, donc, INNOVE la doctrine/morale/praxis de l’Église en ce qui concerne un péché – au
moins indirect – contre la foi.
b) Quant à donner les sacrements aux non catholiques, le can. 731 § 2 n’admet, explicitement, aucune exception.
Certains auteurs admettent cependant la possibilité d’epikeia (c’est-à-dire une interprétation contre la lettre
de la loi, mais selon l’intention supposée du législateur) dans le seul cas d’extrême nécessité (danger de mort
en état de péché mortel) pour le seul sacrement de pénitence (ou, si le malade était privé de sens, de l’extrême
onction) aux conditions suivantes :
- qu’il n’y ait pas de scandale ;
- que l’acatholique (baptisé) soit présumé de bonne foi ;
- que le sacrement soit donné SOUS CONDITION (il y a doute en effet sur sa validité).
Confrontons cette doctrine si bénigne des auteurs (qui va contre la loi canonique, bien plus rigoureuse,
comme nous l’avons dit) avec les paragraphes 3 et 4 du nouveau code.
Là aussi il y a innovation, quoi qu’en dise notre lecteur et contradicteur.
En effet, seul le § 4 parle de danger de mort :
« Ou – ajoute-t-il – AUTRE GRAVE NÉCESSITÉ » (première discordance). Dans ce cas est déclarée licite l’administration non seulement de la pénitence et de l’extrême-onction, mais aussi de
l’eucharistie (autre discordance) et puis il est requis que lesdits acatholiques n’aient pas la possibilité d’accéder à leurs propres ministres (condition œcuméniste, comme celles du § 5 dont ne parle
pas notre contradicteur).
Le § 3, par contre, quoi qu’en dise notre lecteur et contradicteur, est une innovation totale. Il permet les trois
sacrements aux hérético-schismatiques orientaux et aux « membres d’autres Églises » (la norme n’exclut pas
nécessairement certains protestants, comme dit au contraire l’objection : chaque protestant fait sa propre
Église), s’ils demandent simplement les sacrements et sont « bien disposés ». Cette doctrine est l’exact
contraire du canon 731 § 2.
Le « concordisme » soutenu par notre lecteur ne résiste pas à la preuve des faits : penser qu’avec
Vatican II « rien n’est changé » est une pieuse illusion, ou une tromperie délibérée.
IL NE S’AGIT PAS D’UNE QUESTION SEULEMENT DISCIPLINAIRE.
LES CANONS EN QUESTION SONT L’ÉCHO DE L’IMMUABLE LOI NATURELLE ET DIVINE.
LE NOUVEAU CODE PRÉSUPPOSE UNE ECCLÉSIOLOGIE (ET UNE FOI) DIFFÉRENTE DE LA FOI CATHOLIQUE
Une fois démontrée la contradiction entre la législation canonique précédant Vatican II et les dispositions prises
par la suite par Vatican II à propos de la communication dans les choses sacrées avec les non-catholiques, on
peut cependant objecter que l’Église peut changer sa discipline, en l’adaptant aux temps et aux circonstances,
chose que personne ne met en doute. Elle ne peut toutefois pas (et je l’écris dans les deux significations du
verbe pouvoir : « être licite » et « être possible ») changer la loi divine, naturelle ou positive. Or, l’objet de notre
discussion (la communication dans les choses sacrées entre catholiques et non-catholiques, particulièrement pour
ce qui regarde le sacrement de l’Eucharistie) n’appartient pas seulement ou tant à la discipline ecclésiastique, mais
aussi et surtout au dogme immuable.
Paradoxalement, c’est le même Vatican II qui le rappelle :
« La communicatio in sacris qui porte atteinte à l’unité de l’Église, ou bien comporte une adhésion
formelle à l’erreur, un danger d’égarement dans la foi, de scandale ou d’indifférentisme, est interdite par la loi divine » (Décret sur les Églises orientales).
Et pourtant, c’est justement dans ce document que Vatican II autorise la communication dans les choses
sacrées avec les acatholiques (orientaux) pour des motifs « pastoraux » et œcuméniques, présupposant que, dans
ces cas, « ni l’unité de l’Église n’est lésée, ni n’existent des dangers à éviter ». Il ne s’agit donc pas seulement
de discipline, mais d’établir si vraiment, dans cette pratique autorisée par Vatican II, on lèse l’unité de
l’Église ou si l’on cause un grave danger de scandale, d’erreur dans la foi et d’indifférentisme.
Je commencerai par rappeler qu’en règle générale, les Apôtres interdisent les relations entre catholiques
et hérétiques :
« Évite un homme hérétique, après une première et une seconde admonition ; sachant qu’un tel
homme est perverti, et qu’il pèche. » (Tite III, 10-11) ;
« Détournez-vous d’eux. » (Rom. XVI, 17) ;
« Si quelqu’un vient à vous et n’apporte point cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison,
ne lui dites pas salut. Car celui qui lui dit salut communique à ses œuvres mauvaises. » (II Jean,
Il est évident que cette doctrine apostolique oblige encore plus en matière sacrée.
En effet, la participation des catholiques aux rites sacrés des non-catholiques, lorsqu’elle est active (ce qui
advient toujours dans le cas où ils reçoivent d’eux les sacrements) « est illicite, car il s’agit d’une approbation
implicite de l’exercice de ce culte et une reconnaissance implicite de cette secte ». Même si elle est simplement
passive, « si elle se fait avec des hérétiques (ou des schismatiques), de par droit naturel et ecclésiastique, elle est
en soi et régulièrement gravement illicite pour les fidèles, “ tant à cause du risque de pervertir leur foi catholique,
tant à cause du danger de participer à un rite hérétique, tant à cause de l’occasion de scandale ou de séduction ”
(Sacrée Congrégation pour la Propagande de la Foi, 1729), ou à cause de l’apparence d’adhérer à une fausse
secte, adhésion qui est manifestée en elle-même [par un tel acte] (Rom XVI, 17 ; Tite III, 10). (...)
Spécialement en ce qui concerne les sacrements, le principe général est qu’il est illicite de les demander à un
ministre hérétique (ou schismatique, ou assermenté) parce que cette demande est une reconnaissance implicite
de l’autorité de ce ministre et de la secte elle-même » (MERKELBACH, op. cit., vol. I, n°s 754-755).
De même, L’Enciclopedia cattolica, reprenant le canoniste Naz, écrit :
« Une semblable participation équivaut à la profession d’une fausse religion et par conséquent au
reniement de la religion catholique. Et même au cas où toute idée de reniement puisse être exclue,
il demeure toujours trois très graves dommages :
1) le danger de perversion pour le catholique qui y participe ;
2) le scandale, tant des fidèles qui en prennent motif pour mal juger de la personne qui traite avec
les adversaires de la foi et peut-être même pour douter de la vérité de cette foi, tant des acatholiques eux-mêmes qui sont confirmés ainsi dans leur erreur ;
3) l’indifférentisme en matière de religion, c’est-à-dire l’approbation extérieure de croyances erronées et l’idée que l’expression externe de sa propre foi est chose négligeable" (vol. IV, col. 117). »
Pour ce qui est de donner les sacrements aux non-catholiques, citons encore le père Merkelbach :
« les infidèles et les hérétiques peuvent assister passivement non seulement à la prédication de la
parole de Dieu mais aussi aux autres offices, ils ne peuvent pas cependant y participer activement, parce que cela serait considéré, à raison, comme un signe d’unité religieuse » (ibidem, n° 753).
Naz, à son tour, motive de la façon suivante ce qui est prescrit par le canon 731 § 2 :
« Les sacrements sont en effet le bien propre de l’Église catholique, la seule qui ait été instituée
par Jésus-Christ, l’auteur des sacrements. Il est dans l’ordre qu’elle n’admette pas à participer à
ses biens ceux qui n’admettent pas la divinité de son origine et de sa mission. » (Naz, vol. VII. Col.
Le canoniste Claeys Bouuaert (Manualis juris canonici, t. II De Sacramentis) unit les deux motifs et explique :
« les hétérodoxes formels et en mauvaise foi doivent être exclus des sacrements en tant
qu’indignes ; les hétérodoxes matériels, ce qui veut dire ceux qui errent en bonne foi, sont à exclure puisque c’est pour ses fidèles que le Christ a confié l’administration des sacrements à Son
Église, comme bénéfice et signe de communion. » (n° 11).
On ne peut pas objecter à ce principe que ceux qui errent en toute bonne foi ne sont pas indignes de recevoir
les sacrements, en tant que possiblement en grâce de Dieu, et ce pour au moins deux motifs.
Le premier est que les Sacrements, et particulièrement l’Eucharistie, sont par leur nature même des « sacrements de la foi » : ils expriment et réalisent la communion ecclésiale dans le Corps Mystique du Christ1 : Saint
Thomas enseigne explicitement que « l’effet présent » de l’Eucharistie est « l’unité ecclésiale à laquelle les
hommes s’agrègent par ce sacrement » (III, q. 73, a. 4) ; « l’effet de ce sacrement est l’unité du Corps Mystique,
sans laquelle il ne peut y avoir de salut : car personne ne peut accéder au salut hors de l’Église, de même que
dans le déluge il n’y avait pas de salut hors de l’arche de Noé, qui figure l’Église, comme dit Saint Pierre » (III,
q. 73, a. 3) ; « l’Eucharistie est le sacrement de l’unité ecclésiale » (III, q. 73, a. 2, sed contra), etc. Or, si
l’Eucharistie opère l’unité ecclésiale, comment est-il possible de l’administrer à ceux qui sont exclus de la
communion ecclésiastique et de l’unité de l’Église et du Corps Mystique ? Et là-dessus la doctrine ecclésiastique est explicite : « outre les infidèles, sont en dehors de l’Église les hérétiques, qui nient certaines vérités de foi ;
les schismatiques, qui sont séparés de la communion de l’Église ; les excommuniés vitandi, éloignés de la
Hiérarchie, selon les dispositions des canons sacrés »2. Il s’ensuit qu’il est contradictoire à la nature même du
sacrement de l’administrer à qui n’est pas membre du Corps Mystique, à moins qu’il ne soit in voto (avec le désir
Le second motif est qu’il est impossible de savoir si ceux qui se trouvent, par l’hérésie ou le schisme, en
dehors des frontières visibles de l’Église, le sont en « bonne foi » ou bien non ; la présomption est même plutôt
contraire à la bonne foi. Ce n’est pas un hasard si Pie XII a inclus dans les erreurs modernes celles qui
« réduisent à une vaine formule la nécessité d’appartenir à l’Église pour arriver au salut éternel »
(encyclique Humani generis, 1950). Présupposer la « bonne foi » comme règle et non comme exception mine la
doctrine sur la visibilité de l’Église et réduit à rien celle sur la crédibilité de l’Église, selon laquelle l’Église a en
faveur de son origine divine des arguments et des raisons à la portée de tous les hommes de toutes les époques :
il s’ensuit que, normalement, qui n’accepte pas l’Église, est coupable de ce refus3.
Un exemple aidera le lecteur à comprendre qu’il est impossible de donner la communion à un non-catholique
même en espérant – sans aucune preuve certaine – qu’il se trouve en bonne foi. L’Église interdit au fidèle qui a
commis un péché mortel de recevoir la Sainte Communion sans s’être confessé, même s’il a fait un acte de
contrition parfaite, acte qui, en soi, a le pouvoir de lui faire retrouver la grâce de Dieu : le motif en est que ce
fidèle ne peut être certain d’avoir vraiment obtenu la contrition parfaite et, donc, le pardon de son péché. C’est ainsi
aussi que l’Église demande à l’hétérodoxe « en bonne foi », d’abjurer publiquement son péché d’hérésie avant
de recevoir le Sacrement, parce que – entre autres – il n’existe aucune certitude sur sa « bonne foi » qui
l’excuserait du péché d’hérésie objectivement commis ! L’unique exception, nous l’avons vu, est celle de l’extrême
nécessité à l’article de la mort, exception due au fait que le salut des âmes est la loi suprême, et dans cette
Voir par exemple ERNEST
« L’union sacramentelle ».
Le Corps mystique du Christ, sa nature et sa vie divine, Blot, Paris, 1936, chap. X :
MGR ANTONIO PIOLANTI, La comunione dei Santi e la vita eterna, Libreria editrice fiorentina, 1957, pp. 238 et 250. Cf. PIE XII,
Encyclique Mystici Corporis, D.S. 3802 ; Catéchisme du Concile de Trente, Ire partie, a. 9. n. 105.
Lettre à quelques évêques, janvier 1983, pp. 33-40.
circonstance on suppose que recevoir les sacrements « des morts » (c’est-à-dire ceux qui remettent les péchés :
baptême, pénitence ou, per accidens, extrême onction) est l’ultime et unique possibilité de se sauver.
La nouvelle discipline déjà instaurée par Vatican II pour les hérético-schismatiques orientaux (Orientalium
ecclesiarum, n° 27) puis étendue à d’autres « communautés ecclésiales » en 1972, puis aussi par le nouveau code
de droit canon, présuppose et applique une doctrine incompatible avec la précédente, puisque selon elle les
hérétiques et les schismatiques ne sont plus absolument au dehors de la communion ecclésiastique, comme
l’enseigne Pie XII, mais se trouvent en l’état d’« une véritable union dans l’Esprit Saint » (Lumen gentium, n° 15),
« dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique », « incorporés au Christ » (Unitatis
redintegratio, n° 3), ce pour quoi les sectes acatholiques seraient « des moyens de salut » dont se servirait l’Esprit
Saint (ibidem) ; il s’ensuit que « l’on peut se dire remplis d’une espérance particulière de salut pour ceux qui
n’appartiennent pas à l’organisme visible de l’Église » (Jean-Paul II, audience générale du 21 mai 1980).
De même que l’ecclésiologie catholique était le fondement de la discipline du code de droit canon
promulgué par Benoît XV, la nouvelle ecclésiologie est à la base de la nouvelle discipline.
Avec Mgr de Castro Mayer, à l’époque évêque de Campos, et les vingt-six autres théologiens qui, en 1983,
souscrivirent1 à la Lettre à quelques évêques des PP. de Blignières et Lucien, nous pouvons conclure que la
doctrine selon laquelle « on peut conférer aux Orientaux qui en toute bonne foi sont séparés de l’Église catholique
[et depuis le nouveau code, également aux autres dissidents] les sacrements de pénitence, de l’eucharistie et de
l’onction des malades, s’ils les demandent d’eux-mêmes et sont bien disposés » (Orientalium ecclesiarum, n° 27 ;
cf. can. 844), cette doctrine, « en tant qu’elle admet aux sacrements de l’Église catholique, signes visibles
et cause de son unité, des personnes visiblement séparées de cette Église », est « ruineuse pour l’unité
catholique, contraire à la nature des sacrements, favorable de fait à l’erreur des dissidents quant à la
nécessité de s’agréger à l’Église catholique ».
DE SEMBLABLES ERREURS QUI PORTENT ATTEINTE À LA FOI, À LA CHARITÉ ET À LA SAINTETÉ DES SACREMENTS, NE
PEUVENT PROVENIR DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE ET D’UN VRAI VICAIRE DU CHRIST.
Je publie en appendice l’extrait d’un document de 1972 qui exprime sans ambiguïté la nouvelle doctrine
hétérodoxe à la base des concessions concernant la communion eucharistique entre catholique et noncatholiques. Il ne s’agit pas d’un document normatif, il est vrai, mais il a été rédigé – de la part des catholiques –
par deux personnages de pointe de l’œcuménisme : le cardinal Willebrands et le cardinal Kasper, respectivement
élus à cette éminente dignité par Paul VI (Willebrands) et par Jean-Paul II (Kasper), pour leurs « mérites », je
« Nonobstant la subsistance dans l’Église catholique de notables divergences d’opinion à ce sujet,
du côté des catholiques on met l’accent sur le fait qu’il ne subsiste aucune identité exclusive
entre la seule et unique Église du Christ et l’Église catholique romaine (Vatican II, décret sur
l’œcuménisme, 3). Cette unique Église du Christ se réalise de façon analogique également dans
d’autres Églises. Ce qui signifie d’une part que l’unité de l’Église catholique romaine n’est pas
complète, et de l’autre qu’elle aspire à la complète unité de l’Église. En ce sens la célébration de
l’eucharistie dans l’Église catholique romaine n’est pas parfaite non plus. Une telle célébration eucharistique n’est pleinement symbole de l’unité de l’Église que si tous ceux qui, en vertu du baptême, sont invités personnellement à la communion du Seigneur, peuvent effectivement y prendre
COMMISSION D’ÉTUDE ÉVANGÉLIQUE LUTHÉRIENNE-CATHOLIQUE ROMAINE,
Rapport L’Évangile et
l’Église, Malte, 1972, n° 71, Enchiridion Ecumenicum (EDB) 1198. Sous la responsabilité du cardinal Willebrands, alors président du secrétariat pour l’union des chrétiens ; co-président de la commission : le professeur W. Kasper, actuellement cardinal et successeur de Willebrands.
Comprendre « cosignèrent » [note des ACRF].
par les Amis du Christ Roi de France.
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References: § 2
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