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Timestamp: 2020-07-03 23:48:13+00:00

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Chapter III: mission and communion with the Pope, bishops and priests
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Le titre de ce chapitre laisse penser que deux sujets très différents seront traités dans celui-ci. La mission d'une part. La communion avec le Pape, les évêques et les prêtres d'autre part. Le souci pédagogique nous fera effectivement commencer par un récit évangélique qui traite de la mission : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Dans un second temps, nous suivrons François dans sa route vers Rome. Nous commenterons la rencontre qu'il eut, lui et ses premiers compagnons, avec le Souverain Pontife. Enfin, nous découvrirons l'article 6 de notre règle. Nous verrons alors que les deux sujets traités, s'ils peuvent être étudiés séparément, sont étonnamment liés l'un à l'autre.
Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde
Cette double affirmation adressée par le Christ à ses disciples a de quoi surprendre : vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Que Jésus dise cela de lui-même : Je suis le sel de la terre, Je suis la lumière du monde, nous le comprenons aisément et l'acceptons sans difficulté. Mais qu'Il dise cela de nous ? Pourtant Jésus n'est pas un flatteur vivant aux dépens de ceux qui l'écoutent. Venant de Lui, de telles affirmations ne peuvent être que vraies. Ces paroles secouent, obligent à réfléchir, à méditer et... à vivre. Oui, pas de parole flatteuse dans ces propos, mais une exigence à vivre dans le monde selon le plan de Dieu.
Jésus s'adresse à ses disciples. La scène se passe sur l'une des proches montagnes de la ville de Capharnaüm.
Apôtres et disciples, écoutez : vous êtes le sel de la terre
Apôtres et disciples, écoutez : vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde. Mais si vous manquez à votre mission, vous deviendrez un sel insipide et inutile. Rien ne pourra plus vous rendre la saveur si Dieu n'a pu vous la donner... Votre sel alors n'est qu'un mélange de pierraille où se trouve perdu le pauvre grain de sel, de pierraille qui grince sous les dents, qui laisse dans la bouche un goût de terre et rend la nourriture répugnante et désagréable. Il n'est même plus bon pour des usages inférieurs car un savoir pétri des sept vices nuirait même aux missions humaines. Et alors le sel n'est bon qu'à être jeté et à être foulé aux pieds insouciants des hommes.
Vous êtes la lumière du monde. Vous êtes comme ce sommet qui a été le dernier à perdre le soleil et le premier à recevoir la lumière argentée de la lune. Celui qui se trouve en haut brille, et on le voit car l'oeil, même le plus distrait se pose parfois sur les hauteurs. Je dirais que l'oeil matériel, dont on dit qu'il est le miroir de l'âme, reflète le désir de l'âme, le désir souvent inaperçu, mais toujours vivant tant que l'homme n'est pas un démon, le désir des hauteurs, des hauteurs où la raison place instinctivement le Très-Haut. Et en cherchant les Cieux il lève, au moins quelquefois dans le courant de la vie, l'oeil vers les hauteurs.
L'oeil s'élance vers le haut. Je vous prie encore de vous souvenir de nos voyages. Où va notre oeil, comme pour oublier la longueur du chemin, la monotonie, la fatigue, la chaleur ou la boue ? Vers les cimes, mêmes si elles sont peu élevées, mêmes si elles sont lointaines.
Et comme nous sommes soulagés de les voir apparaître, quand nous sommes dans une plaine uniformément plate ! Y a-t-il de la boue en bas ? En haut c'est la pureté. Y a-t-il une chaleur étouffante en bas ? En haut c'est la fraîcheur. L'horizon est-il limité en bas ? Là-haut il s'étend sans limites. Et rien qu'à les regarder, il semble que le jour soit moins chaud, la boue moins gluante, la marche moins triste. Et puis, si une cité brille au sommet d'une montagne, voilà qu'alors il n'est pas d'yeux qui ne l'admirent. On dirait même qu'une localité sans importance s'embellit si on la place, presque aérienne, au sommet d'une montagne. Et c'est pour cela que dans la religion vraie et celles qui sont fausses, toutes les fois qu'on l'a pu, on a construit les temples sur un lieu élevé et, s'il n'y avait pas de colline ou de montagne, on leur a fait un piédestal de pierre en construisant à force de bras la plate-forme sur laquelle on placerait le temple. Pourquoi agit-on ainsi ? Parce qu'on veut que l'on voie le temple pour qu'il rappelle par sa vue la pensée vers Dieu.
J'ai dit également que vous étiez une lumière. Celui qui le soir allume une lampe dans la maison, où la met-il ? Dans un trou, sous le four ? Dans la grotte qui sert de cave ? Ou renfermée dans un coffre ? Ou encore simplement et seulement la cache-t-il sous un boisseau ? Non, parce qu'alors il serait inutile de l'allumer. Mais il place la lampe sur le haut d'une console ou bien il l'accroche à son porte-lampe pour qu'étant placée en haut elle éclaire toute la pièce et illumine tous les habitants qui s'y trouvent. Mais cela, précisément parce que ce que l'on place en hauteur est chargé de rappeler Dieu et de donner la lumière, doit être à la hauteur de son devoir.
Vous devez rappeler le Vrai Dieu, vous devez porter la lumière de Dieu
Vous qui devez rappeler le Vrai Dieu, faites alors en sorte de ne pas avoir en vous le paganisme aux sept éléments. Autrement vous deviendriez des hauts lieux profanes avec des bois sacrés, dédiés à tel ou tel dieu et vous entraîneriez dans votre paganisme ceux qui vous regardent comme des temples de Dieu. Vous devez porter la lumière de Dieu. Une lampe sale, une lampe qui n'est pas garnie d'huile, fume et ne donne pas de lumière. Elle sent mauvais et n'éclaire pas. Une lampe cachée derrière un tube de quartz sale ne crée pas la gracieuse splendeur, ne crée pas le brillant jeu de la lumière sur le minéral propre, mais elle languit derrière le voile de fumée noire qui rend opaque son abri diamantin.
La lumière de Dieu resplendit là où se trouve une volonté diligente pour enlever chaque jour les scories que produit le travail lui-même, avec les contacts inévitables, les réactions, les déceptions. La lumière de Dieu resplendit quand la lampe est garnie d'un liquide abondant d'oraison et de charité. La lumière de Dieu se multiplie en d'infinies splendeurs quand s'y trouvent les perfections de Dieu dont chacune suscite dans le saint une vertu qui s'exerce héroïquement si le serviteur de Dieu tient le quartz inattaquable de son âme à l'abri de la noire fumée de toutes les mauvaises passions fumeuses. Quartz inattaquable. Inattaquable ! Dieu seul a le droit et le pouvoir de rayer ce cristal, d'y écrire son Nom très saint avec le diamant de sa volonté. Alors ce Nom devient un ornement qui multiplie les facettes de surnaturelle beauté sur le quartz très pur.
Malheur aux mauvais pasteurs !
Malheur ! Trois fois malheur aux pasteurs qui perdent la charité, qui se refusent de monter jour après jour pour faire monter le troupeau qui attend leur ascèse pour monter. Je les frapperai en les faisant tomber de leur place et en éteignant toute leur fumée.
Malheur ! Trois fois malheur aux maîtres qui repoussent la Sagesse pour se saturer d'une science souvent contraire, toujours orgueilleuse, parfois satanique parce qu'elle les réduit à leur humanité car - écoutez bien et retenez - alors que le destin de tout homme est de devenir semblable à Dieu par la sanctification qui fait de l'homme un fils de Dieu, le maître, le prêtre devrait dès cette terre en posséder déjà l'aspect, le seul, celui de fils de Dieu. Il devrait avoir l'aspect d'une créature toute âme et toute perfection. Il devrait avoir, pour aspirer vers Dieu ses disciples. Anathème aux maîtres chargés d'assurer l'enseignement surhumain qui deviennent des idoles de savoir humain.
Malheur ! Sept fois malheur à ceux, parmi mes prêtres, dont l'esprit est mort, qui sont devenus insipides, dont la chair souffre d'une tiédeur maladive, dont le sommeil est rempli d'apparitions hallucinantes de tout ce qui existe, sauf le Dieu Un et Trine ; plein de toutes sortes de calculs, sauf le désir surnaturel d'augmenter les richesses des coeurs et de Dieu. Ils vivent, ensevelis dans leur humanité, mesquins, engourdis, entraînant dans leurs eaux mortes ceux qui les suivent, croyant qu'ils sont la « vie ». Malédiction de Dieu sur ceux qui corrompent mon petit troupeau, mon troupeau aimé. Ce n'est pas à ceux qui périssent par suite de votre indolence, ô serviteurs défaillants du Seigneur, mais à vous que je demanderai des comptes et que j'imposerai une punition, pour toute heure et pour tout temps gâchés, pour tout le mal qui a pu survenir ou en résulter !
Rappelez-vous ces paroles. Et maintenant, allez. Je monte sur la cime. Mais vous, dormez. Demain, pour le troupeau, le Pasteur ouvrira les pâturages de la Vérité. » * D’après Centro Editoriale Valtortiano, Isola del Liri, Italie, L’Evangile tel qu’il m’a été révélé, Maria Valtorta, Tome 3, chap. 29, p. 145 à 150 (extraits).
En Jésus Christ, le royaume de Dieu s'est approché
Nous l'avons déjà évoqué : dans la personne de Jésus Christ, le royaume de Dieu s'est approché des hommes. La proclamation et l'instauration du Royaume de Dieu sont d'ailleurs l'objet même de sa mission sur la terre : « ... je dois annoncer la bonne nouvelle du royaume de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé » (Lc 4 43). Cette proclamation, Jésus va la faire aux travers de voyages dans le pays d'Israël, mais sa parole s'adresse à l'humanité entière. « Dans les rencontres de Jésus avec les païens, il apparaît clairement que l'accès au Royaume advient par la foi et la conversion et non du fait d'une simple appartenance ethnique * Lettre encyclique Redemptoris Missio du Souverain Pontife Jean-Paul II, § 13 (Pierre TEQUI Editeur 1990). ». Mais peut-on considérer que Jésus soit le seul être par lequel nous puissions avoir accès au royaume des Cieux ? Autrement dit, ne peut-on faire son salut dans n'importe quelle religion ? « Nul ne va au Père que par moi » (Jn 14 6) nous répond Jésus-Christ. Oui, le Christ est l'unique médiateur entre Dieu et les hommes « Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s'est livré en rançon pour nous » (1 Tm 2 5-6).
Ainsi, non seulement le Christ a annoncé le Royaume, mais c'est en lui que le Royaume s'est rendu présent et s'est accompli : « Avant tout, le Royaume se manifeste dans la personne même du Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, venu pour servir et donner sa vie en rançon d'une multitude * Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gentium, n. 5. ». « Le royaume de Dieu n'est pas un concept, une doctrine, un programme que l'on puisse librement élaborer, mais il est avant tout une Personne qui a le visage et le nom de Jésus de Nazareth, image du Dieu invisible * Lettre encyclique Redemptoris Missio, § 18. ».
Or, Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2 4), c'est-à-dire du Christ Jésus. Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu'ainsi la Révélation parvienne jusqu'aux extrémités du monde. Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit les dispositions pour qu'elle demeurât toujours en son intégrité et qu'elle fût transmise à toutes les générations * CEC § 74..
L'Eglise, signe et instrument du salut
Deux passages d'Evangile soulignent avec force que l'Eglise est signe et instrument du salut :
Tout d'abord, l'institution de Pierre comme chef des apôtres : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié » (Mt 16 18-20). Reprenons lentement les propos de Jésus Christ : Sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. Ainsi est-il toujours possible de créer une église à côté de celle que le Christ lui-même a institué, mais il ne peut être revendiqué qu'il s'agit alors de l'Eglise du Christ. L'Eglise instituée par Jésus Christ est vraiment et seulement celle qui reconnaît Pierre comme chef. Et Jésus donne à Pierre un privilège et une responsabilité hors du commun : Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux. Précisons que l'exégèse catholique tient que ces promesses éternelles valent, non seulement pour la personne de Pierre (fils de Jonas), mais aussi pour ses successeurs. En effet, bien que cette conséquence ne soit pas explicitement indiquée dans le texte, elle est cependant légitime en raison de l'intention manifeste qu'a Jésus de pourvoir à l'avenir de son Eglise par une institution que la mort de Pierre ne saurait rendre caduque.
Le second passage est celui qui conclut l'envoi en mission des soixante-douze disciples : « Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m'a envoyé » (Lc 10 16). Phrase très forte que celle-ci. Le Magistère de l'Eglise serait-il donc au-dessus de la Parole de Dieu ? Non, le Magistère de l'Eglise n'est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il l'écoute, il la sert, il la transmet par mandat reçu de Dieu, avec l'assistance de l'Esprit Saint. Annoncer l'Evangile n'est donc pas un titre de gloire. C'est une nécessité qui incombe à tous les chrétiens. Oui, « malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile ! » (1 Co 9 16).
« ...On ne peut disjoindre le Royaume et l'Eglise. Certes, l'Eglise n'est pas à elle-même sa propre fin, car elle est ordonnée au Royaume de Dieu dont elle est le germe, signe et instrument. Mais, alors qu'elle est distincte du Christ et du Royaume, l'Eglise est unie indissolublement à l'un et à l'autre. Le Christ a doté l'Eglise, son corps, de la plénitude des biens et des moyens de salut ; l'Esprit Saint demeure en elle, la vivifie de ses dons et de ses charismes, il la sanctifie, la guide et la renouvelle sans cesse. Il en résulte une relation singulière et unique qui, sans exclure l'action du Christ et de l'Esprit Saint hors des limites visibles de l'Eglise, confère à celle-ci un rôle spécifique et nécessaire. D'où aussi le lien spécial de l'Eglise avec le Royaume de Dieu et du Christ qu'elle a la mission d'annoncer et d'instaurer dans toutes les nations * Lettre encyclique Redemptoris Missio du Souverain Pontife Jean-Paul II, § 18 (Pierre TEQUI Editeur 1990).. »
Qu'est-ce que l'apostolat ?
Jésus Christ a institué des apôtres, terme qui signifie « envoyé », « messager », c'est-à-dire « chargé de mission ». De là, nous devinons aisément la signification du terme apostolat : l'apostolat est l'activité de l'Eglise qui consiste à porter La Lumière au monde, à « étendre le règne du Christ sur la terre * CEC § 863. ». Tous les évangélistes, quand ils font le récit de la rencontre du Ressuscité avec les Apôtres, concluent par l'envoi en mission : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples ... Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde * Mt 28 18-20 ; Mc 16 15-18 ; Lc 24 46-49 ; Jn 20 21-23. ». Nous voyons là le caractère universel de la tâche confiée aux apôtres : « Toutes les nations » et l'assurance donnée par le Seigneur qu'ils ne seront pas seuls pour accomplir cette tâche : « Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde ».
Au travers des Apôtres, c'est à l'Eglise, son corps mystique, que le Christ confie cette mission d'étendre le royaume jusqu'aux confins de la terre. Car si « l'Eglise est la première bénéficiaire du salut, le Christ l'a appelée à coopérer avec lui à l'oeuvre du salut universel. En effet, le Christ vit en elle ; il est son époux ; il assure sa croissance ; il accomplit sa mission par elle * Lettre encyclique Redemptoris Missio de notre Souverain Pontife Jean-Paul II, § 9 (Pierre TEQUI Editeur 1990).. »
Dans le commentaire que nous ferons de l'article 6 de notre Règle à la fin de ce chapitre, nous poserons une question pratique : « comment être missionnaire ? ». Mais apportons déjà les principaux éléments de réponses à cette question : ayons la saveur que le sel donne aux aliments. Portons la lumière de Dieu bien haut dans nos vies, c'est-à-dire dans nos paroles, nos actes et avant tout dans notre communion les uns avec les autres.
Découvrons maintenant comment François se soumet au Pape et quel est le profond respect qu'il témoigne aux prêtres.
L'Eglise sur le bûcher des sectes
Rappelons-nous : François comprend le message du crucifix de Saint Damien en entendant le prêtre proclamer la lecture de l'Evangile. Après avoir reçu confirmation par le prêtre de la signification de cette page d'Evangile, François part sur les routes pour prêcher. Seulement quelques jours après le début de sa prédication, des personnes quittent le monde pour le suivre. Notons au passage que François ne demande pas au Seigneur des Frères pour l'accompagner dans sa démarche, mais c'est le Seigneur lui-même qui lui en donne * Test 14 : « Après que le Seigneur m’eut donné des frères... ». Ils sont bientôt une douzaine à vivre dans la paix, la joie, la pauvreté et le soin des lépreux. François rédige alors un texte en peu de mots bien simples, texte qui se résume par « Vivre selon le saint Evangile * Test 14 : « ...personne ne me montra ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon le saint Evangile ». ». Après cela, François va vouloir accomplir une démarche qui le distingue de nombreux réformateurs de l'époque. La plupart de ces réformateurs vivent une vie pauvre et chaste et se recommandent de l'Evangile mais, en même temps, critiquent ouvertement le clergé sur des fautes fréquentes d'une partie de celui-ci. Inutile de préciser qu'elles ne portent pas le Souverain Pontife en odeur de sainteté puisqu'il est le chef d'une telle bande de pécheurs. Ces personnes se posent alors en réformatrices de l'Eglise. Toutefois, outre le fait qu'elles développent bien souvent une curieuse théologie (rappelons-nous l'hérésie cathare), la réforme veut se construire de l'extérieur de l'Eglise ou, ce qui revient au même, mettre l'Eglise sur le bûcher pour en créer une nouvelle, la leur, la seule capable d'amener les hommes à leur salut.
François, lui, va accomplir une démarche qui le distingue véritablement de tous ces réformateurs : il va aller voir le Pape de l'époque, Innocent III, pour lui demander l'approbation de sa règle de vie. Cette démarche, soulignons-la, car elle n'est pas moins importante que l'approbation pontificale elle-même. François et ses onze premiers compagnons veulent vivre l'Evangile sans en arracher les pages dérangeantes pour certains, telle que : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ». Ô, comme cette phrase d'Evangile semble difficile à vivre pour les réformateurs qui pourtant s'appellent « de l'Evangile » ! Et comment François l'a vécue cette phrase, lui, concrètement, simplement et dès le début de l'Ordre. Pourtant, le premier accueil du Pape recevant François et ses compagnons est plutôt du genre « rafraîchissant » et en dissuaderait peut-être plus d'un de se soumettre à une personne aussi directe et exigeante ! Mais n'allons pas trop vite.
La route vers Pierre
François s'adresse à ses onze compagnons : « Mes frères, je vois que le Seigneur, dans sa bonté, veut augmenter notre groupe. Allons donc à notre mère la sainte Eglise romaine, faisons connaître au Souverain Pontife ce que le Seigneur a commencé à réaliser par nous, afin de poursuivre sur son ordre et par sa volonté ce que nous avons commencé * 3 S 46. » Le discours plaît aux frères et tous, d'un coeur joyeux, se dirigent à pied vers Rome. La ville de Rome est distante d'Assise d'environ 200 kilomètres. Ces frères qui parcourent la route n'ont à la bouche que les paroles du Seigneur. Arrivés à Rome, la providence va les aider à être reçus par le Pape car, s'ils se déplacent pour le voir, ils n'ont en poche aucune lettre de recommandation, aucun laissez-passer, aucun visa, aucun rendez-vous aménagé à l'avance.
Quant au Pape, il est en train de vivre * Le voyage à Rome se situe en 1209-1210. l'une des périodes les plus troubles et dures de son difficile pontificat. Sur le plan politique, il vient de vivre l'amère et décevante expérience de la quatrième croisade. De plus, il est particulièrement préoccupé par l'Allemagne où se livre une lutte acharnée pour la succession de l'empire. Sur le plan religieux surtout, de graves inquiétudes viennent du Midi de la France où les hérésies vaudoise et cathare, bien que se combattant entre elles, trouvent à tout moment des occasions d'étendre leur champ d'action. Pierre de Castelnau, légat pontifical, vient d'être assassiné par un écuyer du comte de Toulouse qui croyait, ce faisant, être agréable à son Seigneur * Assassiner un légat pontificale pour « être agréable à mon Seigneur » laisse sentir quelle ambiance règne alors dans le midi d’autant qu’il s’agit « d’un crime, en ce temps là, d’une gravité inimaginable : Un légat, en effet, était considéré presque comme un alter ego du Souverain Pontife » (Editions Franciscaines 1981, Saint François d’Assise, Raoul Manselli, p. 97).. En ce printemps 1210, ces graves tensions constituent vraiment le problème le plus préoccupant pour Innocent III. Alors pensez, notre pauvre François avec ses compagnons !
La providence les fait rencontrer l'Evêque d'Assise, alors en voyage à Rome, qui s'inquiète de leur présence ici. Auraient-ils l'intention de quitter Assise ? Non, Dieu soit loué ! C'est seulement pour rencontrer le Pape ! Alors l'Evêque les met en relation avec un cardinal de la curie, monseigneur Jean de Saint-Paul qui, les recevant plusieurs jours chez lui, fait leur connaissance en profondeur ainsi que de leur projet de vie. C'est ce cardinal qui parvient à aménager une rencontre entre l'apôtre et les douze frères, pas en grande pompe bien sûr, mais dans une salle dite « du Miroir » dans le palais du Latran. Le Pape se promène alors de long en large, plongé dans de profondes réflexions * Ces détails nous sont fournis par Saint Bonaventure, LM 3 9..
François expose alors tout son projet religieux : vivre selon la règle du saint Evangile et observer en toute chose la perfection évangélique. Le Seigneur Pape l'écoute attentivement jusqu'à ce que François ait tout exposé. Le Souverain Pontife, homme de mesure et de prudence, répond à François et à ses compagnons de la façon suivante : « Votre genre de vie est bien trop dur et bien trop scabreux ! On ne peut à la fois prétendre fonder un Ordre et ne posséder aucun bien en ce monde. D'où donc tirerez-vous le nécessaire pour vivre ? » François répond : « Seigneur, je m'en remets à Monseigneur Jésus-Christ : s'il s'est engagé à nous donner la vie et la gloire du ciel, il ne nous frustrera sûrement pas, au moment voulu, de l'indispensable à notre existence matérielle sur cette terre. » Le Pape réplique : « C'est fort bien dit, mon fils ! N'empêche que l'homme, par sa nature, est bien instable, et qu'il ne persévère jamais bien longtemps dans les mêmes dispositions. » * AP 34b. Certains cardinaux présents ajoutent que c'est là une nouveauté et une entreprise au-dessus des forces humaines. Or, le cardinal Jean de Saint-Paul intervient en faveur du projet : « Si nous repoussons comme une nouveauté ou une gageure la proposition de ce pauvre : vivre conformément à l'Evangile du Christ, nous nous exposons, ce faisant, à blesser l'Evangile du Christ. Car soutenir que c'est une nouveauté, une folie ou une gageure que de pratiquer la perfection de l'Evangile, c'est blasphémer contre le Christ, l'auteur de l'Evangile. » * LM 9. Le Pape reprend alors : « Fils, va donc et prie Dieu de te révéler si ce que vous cherchez procède vraiment de sa volonté, de sorte que, connaissant la volonté du Seigneur, nous puissions approuver tes désirs. » * 3 S 49.
Aux yeux de beaucoup, cette première rencontre serait de nature à éteindre la joyeuse flamme d'enthousiasme qui brûle dans le coeur de nos compagnons. En fait, il n'en est rien. Le Pape n'a pas dit non. Mais l'homme, avons-nous dit, est prudent et mesuré. Il ne donne pas avec facilité une approbation au premier mystique venu, fut-il présenté et recommandé par l'un de ses cardinaux. Il commence par soulever un problème pratique : « D'où tirerez-vous le nécessaire pour vivre ? » Sur l'instabilité de l'homme, il peut se permettre d'en parler, ayant souvent pu le constater depuis le début de son pontificat * Othon de Brunswick, était venu en Italie pour y être solennellement couronné empereur par le Pape. Il y avait alors fait une solennelle promesse d’obéir à l’Eglise. Tout de suite après, il viole ses précédents engagements et, contre la volonté expresse d’Innocent III, décide d’attaquer le royaume de Sicile dont le roi est Frédéric Roger, le futur Frédéric II, alors âgé de quatorze ans.. Alors, pourquoi accorder immédiatement une confiance sans borne à ce François et à ses compagnons ? L'appelant « fils », il renvoie François à la prière et l'invite à revenir le voir si Dieu lui révèle que ce qu'ils veulent vivre procède vraiment de sa volonté. Il se trouve que la condition posée par le Saint Père se réalise par une réponse tirée d'une parabole inspirée.
Il était une fois une femme pauvre mais belle
Comme le Pape le lui a suggéré, François s'en va donc prier, et il revient quelques jours plus tard avec ses frères pour raconter au Pape la parabole que le Seigneur lui a inspirée : « Il y avait une fois dans un désert, une femme pauvre mais fort belle. Un grand roi fut séduit par sa beauté et voulut la prendre pour épouse, car il espérait en avoir de beaux enfants. C'est ce qui se produisit. De nombreux fils naquirent et grandirent à qui la mère tint un jour ce discours : « Mes enfants, n'ayez pas honte ! Vous êtes les enfants du roi. Allez à sa cour et il vous fournira tout ce qu'il vous faut. » Lorsqu'ils y furent parvenus, leur beauté étonna le roi, car il retrouvait en eux son propre portrait : « De qui êtes vous les fils ? leur dit-il. » « Lorsqu'ils eurent répondu qu'ils étaient les fils de la pauvre femme qui demeurait au désert, le roi plein de joie les embrassa et leur dit : « Ne craignez rien, vous êtes mes fils ! Et si des étrangers sont nourris à ma table, à plus forte raison vous qui êtes mes fils légitimes. » Et le roi ordonna que la femme et tous les fils qu'elle avait eus de lui viennent à la cour * Cet épisode de la vie de François a été consigné en 1219 par Eudes de Chériton (comté de Kent) dans son recueil de sermons pour les Evangiles du dimanche. Voici son texte, à la fois plus dru et coloré que celui rapporté dans les biographies de François que nous possédons : On fit cette objection à Frère François : Qui donc va pourvoir à la nourriture de tes frères, car tu acceptes sans sourciller tous ceux qui se présentent ? Il répondit : Une femme fut un jour violée par un roi dans la forêt. Elle eut un fils qu’elle nourrit quelque temps, puis elle vint à la Cour demander que le roi se chargeât de lui désormais. Le roi répondit : « Il y a tant de vauriens et d’inutiles dans mon palais : il est juste que mon fils soit nourri comme eux à ma table. » Pour expliquer cette parabole, il dit que cette femme, c’était lui : le Seigneur l’avait fécondé par sa Parole, et il avait engendré des fils spirituels. Et puisque le Seigneur nourrit déjà tant d’injustes, il ne faut pas trouver étonnant qu’il pourvoie aussi à la nourriture de ses propres fils. (Edit. Franciscaines 1981, Saint François d’Assise - Documents, Théopile DESBONNETS et Damien VORREUX (ofm), 2 C 16, note 2, p. 336).. Après le récit, François poursuit en commentant la parabole : « Très Saint-Père, dit-il, cette femme pauvre que le Seigneur plein d'amour a parée dans sa miséricorde et de qui il a voulu engendrer des fils légitimes, c'est moi. Le roi des rois m'a dit qu'il nourrirait tous les fils qu'il engendrera de moi puisque, s'il nourrit les étrangers, il convient qu'il nourrisse ceux qui sont ses fils légitimes. Si Dieu donne les biens temporels, même aux pécheurs, à plus forte raison les donnera-t-il généreusement à ces hommes évangéliques qui les méritent. » * D’après 3 S 50 et 51.
La femme pauvre au secours du Latran
En entendant cette parabole, le Pape est très étonné. François rapporte de façon claire et précise, sans désavouer ses propos antérieurs, mais au contraire en les confirmant dans l'esprit, comment il compte résoudre le problème pratique soulevé : en s'abandonnant à la bienveillance du Créateur qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5 45). Très étonné disions-nous ! Certainement que le Pape doit l'être également par la constance de François. Mais il y a autre chose. Depuis la première visite de François, Innocent III a fait un rêve. En fait de rêve, il s'agirait plutôt d'un cauchemar dont il cherche à percer le sens : l'église du Latran * L’Eglise du Latran est l’une des quatre basiliques majeures de Rome. A l’époque de François, le Pape ne résidait pas au Vatican mais au Latran. Il est donc normal que ce soit celle-ci que le Pape ait vu s’ébranler car c’est elle qui symbolisait alors la barque de Pierre. menaçait ruine, et c'était un religieux de petite taille et d'aspect misérable qui la soutenait en l'étayant de son propre dos. Innocent III s'était réveillé effrayé et comme paralysé. Oui, avec toutes les attaques dont l'Eglise faisait actuellement l'objet, celle-ci était ébranlée et menaçait de n'être bientôt qu'un amas de ruines seulement susceptible d'inspirer les vers de certains poètes amoureux du passé. Et voilà François qui, contre toute attente peut-être, se présente de nouveau à lui. Lorsque le Pape voit François, ce misérable petit religieux aussi empressé à servir Dieu, il rapproche sa propre vision de la parabole inspirée que vient de lui conter François et commence à se dire en lui-même : « Le voilà, cet homme religieux et saint par qui l'Eglise de Dieu sera soulevée et soutenue ! »
Le Pape accomplit alors un geste qui diffère vraiment de son attitude de la première rencontre : il embrasse François. Après cela, il approuve sa règle et lui accorde, ainsi qu'à ses frères, l'autorisation de prêcher partout la pénitence, en posant toutefois comme condition que les frères qui prêcheraient obtiennent l'autorisation de François.
L'Eglise dans le coeur de François
Cette visite et soumission au Souverain Pontife donne à la fraternité primitive une physionomie pleinement évangélique. Elle lui donne « un visage qui la distingue nettement des différents mouvements évangéliques de l'époque. Toutes les sectes - et elles sont nombreuses alors - prêchent le retour à l'Evangile de la pauvreté, de la mission et de la fraternité. Sur ce plan, rien ne différencie François et ses compagnons d'un Pierre Valdo, par exemple, lui aussi marchand converti à l'Evangile. Mais ce qui les sépare radicalement, c'est leur attitude respective par rapport à l'Eglise institutionnelle.
François ne s'érige pas en censeur ; il ne se pose même pas en réformateur ou en prophète. Il se sait et se veut trop petit pour cela. Certes, il voit les abus de l'Eglise et il en souffre. Mais il ne vitupère contre personne. Face à la corruption de certains clercs, lui et ses compagnons se refusent à jouer les « purs » et les « authentiques ». D'ailleurs ils n'en ont même pas l'idée. Ils se donnent simplement comme des « pénitents venus d'Assise ». Ils veulent être, dans toute l'acception du terme, des « frères mineurs ». Dans tous les écrits de François, on chercherait en vain la moindre ligne, le moindre mot exprimant une attitude de juge par rapport à l'Eglise et à sa hiérarchie ; pas la moindre trace de contestation. On y trouve, par contre, un très grand respect de l'Institution et une volonté clairement exprimée de soumission filiale, inspirée par une foi profonde. » * Desclée De Brouwer 1986, François d’Assise - Le retour à l’Evangile, Eloi LECLERC, Ch. 6, P. 120. Il est vrai que tout le monde n'a pas l'occasion d'être reçu par le Pape ! Mais la rencontre avec le Souverain Pontife ne donne pas à François et à ses frères « la grosse tête ». Au contraire, François demandera plus tard au Pape de leur donner un évêque, celui d'Ostie, pour le représenter auprès de l'Ordre, lui, le Souverain Pontife, afin que l'Ordre ne dérange pas le Pape pour de petites choses * 2 C 25..
Il faut ajouter que cette attitude filiale de François ne se limite pas au serviteur des serviteurs. Ô que non ! Il ne nous faudrait pas clore cette partie de chapitre sans évoquer les sentiments que nourrit François par rapport au clergé. Ces sentiments, il invite tous ses frères du moment, ainsi que tous ceux qui rejoindront l'Ordre après sa mort, à les partager avec lui. Un passage de la vie du roi David résume bien ce sentiment que François porte aux prêtres, et surtout la raison profonde qui en est à l'origine. Nous reviendrons à François après avoir relaté cet événement qui ne constitue pas qu'une simple anecdote.
... Car il est l'oint de Yahvé
Rappelons-nous. David tue en combat singulier le géant Goliath et sauve par cet acte le peuple hébreu de la griffe des philistins. Alors, toutes les femmes d'Israël dansent en chantant : « Saül a tué ses milliers et David ses myriades » (1 S 18 7). Lorsque le roi Saül entend ses chants, il est très irrité de voir que l'on chante les myriades pour David et seulement les milliers pour lui. Terriblement jaloux du succès de David, il finit par le poursuivre pour le tuer. David, pour préserver sa vie, est obligé de fuir. Or, un jour que David et ses amis se terrent au fond d'une grotte, Saül vient à passer avec ses hommes, toujours à la recherche de David. Mais la nature est ainsi faite que même un roi doit aller aux toilettes comme le plus petit des hommes de la terre. Saül a donc une envie bien naturelle de se soulager et il entre, sans le savoir, dans la grotte qu'occupe David. Les amis de David pressent celui-ci de saisir l'occasion inespérée de tuer celui qui lui veut du mal. Mais David n'en fait rien. Il s'approche sans bruit derrière Saül et, à l'aide de son couteau, découpe furtivement un morceau du manteau de Saül. Le roi ressort alors de la grotte et remonte sur son cheval, David sort et appelle : « Monseigneur le roi ! » Saül regarde derrière lui et voit avec stupéfaction David. Celui-ci salue jusqu'à terre et poursuit : « Pourquoi écoutes-tu les gens qui disent : voici que David cherche ton malheur ? En ce jour même, tes yeux ont vu comment Yahvé t'avait livré aujourd'hui entre mes mains dans la grotte, mais j'ai refusé de te tuer, je t'ai épargné et j'ai dit : « Je ne porterai pas la main sur mon seigneur, car il l'oint de Yahvé. O mon père, vois, vois donc le pan de ton manteau dans ma main : puisque j'ai pu couper le pan de ton manteau et que je ne t'ai pas tué, reconnais clairement qu'il n'y a chez moi ni méchanceté ni crime... » Voyant ceci, le roi Saül dit : « Tu es plus juste que moi, car tu m'as fait du bien et moi je t'ai fait du mal et aujourd'hui, cette bonté a atteint son comble. Yahvé m'avait livré entre tes mains et tu ne m'as pas tué. Quand un homme rencontre son ennemi, le laisse-t-il aller bonnement son chemin ? Que Yahvé te récompense pour le bien que tu m'as fait aujourd'hui. Maintenant, je sais que tu régneras sûrement et que la royauté sur Israël sera ferme * D’après 1 S 24.. »
L'onction dans la symbolique biblique et antique
David se refuse à porter la main sur le roi Saül car il est l'oint de Yahvé. Mais de quoi s'agit-il ? Qu'est-ce que « l'oint » ? Disons tout d'abord que dans l'ancien testament tous les prêtres sont oints, ainsi que les rois, mais pas les autres hommes. L'oint est celui qui a reçu une onction. Cette onction donne à celui qui la reçoit un caractère sacré : il est l'Oint de Yahvé. Deux choses sont à considérer dans cette onction : tout d'abord, il y a lieu de considérer le signe de l'onction lui-même. Enfin, il y a lieu de considérer ce que l'onction désigne et imprime : le sceau spirituel.
L'onction est riche de nombreuses significations : l'huile est signe d'abondance et de joie. Elle purifie. Elle rend souple * Dans l’antiquité, les athlètes et les lutteurs s’enduisaient le corps d’huile.. Elle est signe de guérison, puisqu'elle adoucit les contusions et les plaies * Lc 10 34 « Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin... ». Elle rend rayonnant de beauté, de santé et de force.
Par cette onction, le confirmand reçoit « la marque », autrement dit le sceau, de celui qui le lui donne. Le sceau est le symbole de la personne (Gn 38 18), signe de son autorité, de sa propriété sur un objet. Ainsi marquait-on les soldats du sceau de leur chef et aussi les esclaves de celui de leur maître * D’après CEC § 1293 et 1295.. S'agissant du roi Saül, le sceau est celui de Dieu, et plus précisément celui de l'Esprit Saint. Saül « appartient » à Dieu. C'est en raison de cette appartenance que David refuse de porter la main sur lui malgré tout le mal que l'autre veut lui faire. L'onction que Saül a reçue prime tout le reste aux yeux de David, y compris ce que l'on appelle aujourd'hui « la légitime défense ».
A cause de leur caractère sacerdotal
Eh bien, c'est exactement ce sentiment que François témoigne aux prêtres, quelle que soit la vie que ceux-ci peuvent mener ! Nul texte, dans tous les écrits de François et dans ses biographies, ne résume mieux ce profond respect que son propre testament :
« Ensuite, le Seigneur m'a donné et me donne encore, à cause de leur caractère sacerdotal, une si grande foi aux prêtres qui vivent selon la règle de la sainte Eglise romaine, que, même s'ils me persécutaient, c'est à eux malgré tout que je veux avoir recours. Si j'avais autant de sagesse que Salomon, et s'il m'arrivait de rencontrer de pauvres petits prêtres vivant dans le péché, je ne veux pas prêcher dans leurs paroisses s'ils m'en refusent l'autorisation. Eux et tous les autres, je veux les respecter, les aimer et les honorer comme mes seigneurs. Je ne veux pas considérer en eux le péché ; car c'est le Fils de Dieu que je discerne en eux, et ils sont réellement mes seigneurs * Test 6 à 9.. »
François ne regarde pas, et ne veut pas regarder, la paille qu'il peut y avoir dans l'oeil du prochain. Au contraire, il s'attache uniquement à découvrir la personne vivante et agissante du Christ dans ses frères, et particulièrement dans ceux qui sont prêtres. Il nous dit d'ailleurs pourquoi : à cause de leur caractère sacerdotal. Oui, tout ce que nous avons pu lire concernant l'onction des prêtres et des rois de l'ancien Testament trouve à s'appliquer à l'Eglise pour François, et pour cause ! Celui qui était attendu est arrivé et Il est vraiment venu nous faire participer à son onction.
Bien sûr, il y a eu des « oints » du Seigneur dans l'Ancienne Alliance, le roi David éminemment (1 S 16 13). Mais Jésus est l'Oint de Dieu d'une manière unique. C'est de Lui dont il est question dans le livre d'Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction » (Is 61 1 et Lc 4 18). Par Jésus fait homme, l'humanité est totalement « ointe de l'Esprit Saint ». La plénitude de l'Esprit ne devait pas rester uniquement celle du Messie. Elle devait être communiquée à tout le peuple messianique. Cette communication se réalise concrètement par la vie sacramentelle, et notamment par les sacrements de l'initiation : le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie.
Dans le rite du baptême, l'onction du saint chrême signifie le don de l'Esprit Saint au nouveau baptisé. C'est la vie de Dieu qui jaillit en lui. Il est devenu un chrétien, c'est-à-dire « oint » de l'Esprit Saint. Par ce sacrement de baptême, le chrétien est incorporé au Christ qui est oint prêtre, prophète et roi * D’après CEC § 1241..
Par la Confirmation, le chrétien participe davantage à la mission de Jésus-Christ et à la plénitude de l'Esprit Saint dont Il est comblé, afin que toute sa vie dégage « la bonne odeur du Christ » * D’après CEC § 1294.. Alors que le baptême procure le « sacerdoce commun des fidèles », la Confirmation procure la puissance de confesser la foi du Christ publiquement, et comme en vertu d'une charge.
Enfin, l'Eucharistie achève l'initiation chrétienne. Celui qui a été élevé à la dignité du sacerdoce royal par le Baptême et configuré plus profondément au Christ par la Confirmation, participe avec toute la communauté au sacrifice même du Seigneur par le moyen de l'Eucharistie * D’après CEC § 1322.. Il nourrit sa vie surnaturelle. L'Eucharistie est « source et sommet de toute la vie chrétienne ». Les autres sacrements ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques sont tous liés à l'Eucharistie et ordonnés à elle. Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l'Eglise, c'est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque * CEC §1324.. Or, seuls les prêtres ont reçu ce ministère de consacrer le pain et le vin. François nous précise dans son testament qu'il ne veut pas considérer le péché des prêtres. Et de nous préciser :
« Si je fais cela, c'est parce que, du très haut Fils de Dieu, je ne vois rien de sensible en ce monde, si ce n'est son Corps et son Sang très saints, que les prêtres reçoivent et dont ils sont les seuls ministres. » * Test 10.
D'aucuns diront qu'il n'agissait pas pour les personnes elles-mêmes, mais (seulement) pour Dieu. En fait, nous voyons vraiment là l'application concrète de la Foi et de la Charité. Pour François, « aimer Dieu » se conjugue nécessairement avec « aimer son prochain ».
Voyons maintenant le contenu de l'article 6 de notre règle. Nous chercherons à y percer cet apparent mystère de la réunion, dans le même article, des thèmes de la mission et de la communion.
Mission et communion avec le pape, les évêques, les prêtres
Morts et ressuscités avec le Christ dans le baptême qui les fait MEMBRES VIVANTS DE L'EGLISE, ils sont encore plus profondément unis à elle par leur engagement. Ils s'efforceront donc d'être les témoins actifs de sa mission parmi les hommes, annonçant le Christ par la vie et la parole.
Inspirés par Saint François et appelés avec lui à renouveler l'Eglise, ils s'engageront à vivre en pleine communion avec le Pape, les évêques, les prêtres, dans un dialogue confiant et ouvert de créativité apostolique * Paul VI, discours aux tertiaires, 19/5/1971, III..
Morts et ressuscités avec le Christ dans le baptême
En grec, baptême signifie plongée. Le baptême de conversion donné par Saint Jean Baptiste dans le Jourdain immergeait les personnes qui le recevaient. De même, et longtemps dans l'Eglise, les catéchumènes recevaient le baptême par une immersion complète dans un baptistère de taille appropriée. Ainsi, par le baptême, le chrétien est-il plongé dans le mystère du Christ mort et ressuscité. Mais « Morts et ressuscités avec le Christ dans le baptême » qu'est-ce que cela veut dire ?
Partons tout d'abord du constat qu'un élément essentiel du sacrement de Baptême est l'utilisation de l'eau. Lorsque le prêtre baptise au nom du Père, au nom du Fils et au nom du Saint-Esprit, il le fait en versant de l'eau sur la tête du baptisé, eau qui est alors le signe visible de la grâce invisible. C'est peut-être dans la prière de bénédiction de l'eau baptismale, prononcée par le prêtre au cours de la liturgie de la Nuit Pascale, que nous trouvons l'exposé le plus clair nous permettant de bien comprendre cette affirmation : « Morts et ressuscités avec le Christ dans le baptême ». Cette bénédiction de l'eau baptismale nous montre bien que l'eau peut être, ou symbole de mort, ou symbole de vie.
L'Eglise commence par y faire solennellement mémoire des grands événements de l'histoire du salut de l'Ancienne Alliance qui préfiguraient déjà le mystère du Baptême :
« Par ta puissance invisible, Seigneur, tu accomplis des merveilles dans tes sacrements, et au cours de l'histoire du salut, tu t'es servi de l'eau, ta créature, pour nous faire connaître la grâce du baptême :
Dès le commencement du monde, c'est ton Esprit qui planait sur les eaux pour qu'elles reçoivent en germe la force qui sanctifie * « Depuis l’origine du monde, l’eau, cette créature humble et admirable, est la source de la vie et de la fécondité. L’Ecriture Sainte la voit comme « couvée » par l’Esprit de Dieu. » CEC §1218..
Par les flots du déluge, tu annonçais le baptême qui fait revivre, puisque l'eau y préfigurait également la mort du péché et la naissance de toute justice * « L’Eglise a vu dans l’Arche de Noé une préfiguration du salut par le baptême. En effet, par elle « un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées par l’eau ». CEC § 1219. Et « si l’eau de source symbolise la vie, l’eau de la mer est un symbole de la mort. C’est pourquoi ce symbole pouvait figurer le mystère de la Croix. De par ce symbolisme, le Baptême signifie la communion avec la mort du Christ. » CEC 1220..
Aux enfants d'Abraham tu as fait passer la mer Rouge à pied sec pour que la race libérée de la servitude préfigure le peuple des baptisés * « C’est surtout la traversée de la mer Rouge, véritable libération d’Israël de l’esclavage d’Egypte, qui annonce la libération opérée par le Baptême » CEC § 1221..
La bénédiction rappelle ensuite le Baptême du Christ :
Ton Fils bien-aimé, baptisé par Jean dans les eaux du Jourdain, a reçu l'onction de l'Esprit Saint.
Lorsqu'Il était en croix, de son côté ouvert Il laissa couler du sang et de l'eau ; et quand Il fut ressuscité, il dit à ses disciples : « Allez, enseignez toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » * « Toutes les préfigurations de l’Ancienne Alliance trouvent leur achèvement dans le Christ Jésus. Il commence sa vie publique après s’être fait baptiser par Saint Jean le Baptiste dans le Jourdain, et, après sa résurrection il donne cette mission aux apôtres : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28 19-20). CEC 1223.
La bénédiction se poursuit en évoquant le Baptême dans l'Eglise :
Maintenant, Seigneur, regarde avec amour ton Eglise et fais jaillir en elle la source du baptême.
Que l'Esprit Saint donne, par cette eau, la grâce du Christ afin que l'homme, créé à ta ressemblance, y soit lavé, par le baptême, des souillures qui déforment cette image, et renaisse de l'eau et de l'Esprit pour la vie nouvelle d'enfant de Dieu * « C’est dans sa Pâque que le Christ a ouvert à tous les hommes les sources du Baptême. En effet, il avait déjà parlé de sa passion qu’Il allait souffir à Jérusalem comme d’un Baptême dont Il devait être baptisé (Mc 10 38). Le Sang et l’eau qui ont coulé du côté transpercé de Jésus Crucifié (Jn 19 34) sont des types du Baptême et de l’Eucharistie, sacrements de la vie nouvelle : dès lors, il est possible « de naître de l’eau et de l’Esprit » pour entrer dans le Royaume de Dieu (Jn 3 5) ». CEC § 1225.. »
Puis le prêtre conclut la bénédiction en plongeant le cierge pascal dans l'eau en disant :
« Nous t'en prions, Seigneur : par la grâce de ton Fils, que la puissance du Saint Esprit vienne sur cette eau, afin que tout homme qui sera baptisé, enseveli dans la mort avec le Christ, ressuscite avec lui pour la vie. » * Selon l’apôtre Saint Paul, par le Baptême le croyant communie à la mort du Christ ; il est enseveli et il ressuscite avec Lui : « Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec Lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 6 3-4). CEC § 1227.
Ainsi, par le baptême, le Christ nous fait-il participer à sa mort et à sa résurrection.
Plus profondément unis à l'Eglise par leur engagement
Le superlatif utilisé (plus profondément unis) pourrait surprendre. L'engagement serait-il au-dessus du baptême pour que, par lui, nous soyons plus profondément unis à l'Eglise ? Il va de soi qu'une telle interprétation doit être écartée. La retenir reviendrait à considérer (orgueilleusement) que les frères et sœurs de saint François, par leur engagement, sont de supers-chrétiens au dessus de tous les autres. En réalité, l'engagement franciscain est, à cet endroit, comme assimilé au sacrement de Confirmation. Pour autant, il ne s'agit pas de dire, ou de laisser penser, que l'engagement franciscain « remplace » le sacrement de Confirmation, ou bien « est lui-même un sacrement ». Mais nous pouvons affirmer que l'engagement franciscain est comme une manifestation sensible, comme une application concrète du sacrement de Confirmation. C'est bien dans ce sens que ce passage doit être lu. Deux principaux arguments témoignent de la justesse de cette interprétation : tout d'abord le vocabulaire utilisé ; ensuite, la position de l'affirmation elle-même dans le contexte de cet article 6.
Revenons au vocabulaire utilisé dans cet article 6 et comparons-le ensuite à celui que nous retrouvons dans la définition du sacrement de Confirmation et des grâces qu'il procure. « Ils (les frères séculiers de Saint François) sont encore plus profondément unis à elle (l'Eglise) par leur engagement ». Or, nous trouvons dans le catéchisme de l'Eglise catholique les indications suivantes : « par la Confirmation, le chrétien participe davantage à la mission de Jésus-Christ et à la plénitude de l'Esprit Saint dont Il est comblé * CEC 1294. Cf § ci-dessus « L’Esprit de Dieu repose sur moi ». » ; et un peu plus loin : « Celui qui a été élevé à la dignité du sacerdoce royal par le Baptême et configuré plus profondément au Christ par la Confirmation... * CEC 1322. Cf § ci-dessus « L’Esprit de Dieu repose sur moi ». » Par ailleurs, nous pouvons lire dans l'introduction au rite de la Confirmation : « Il faut donc expliquer aux fidèles que la réception de ce sacrement est nécessaire à l'accomplissement de la grâce baptismale. * CEC 1285. Pourquoi donc un sacrement de Confirmation à part (ou en plus) ? Les réformateurs du XVIe siècle ont refusé la Confirmation comme sacrement en pensant (ce fut le cas de Calvin) qu’on dévalorise le Baptême s’il était considéré comme incomplet, comme quelque chose à « achever ». Si l’on oubliait le lien entre le Baptême et la Confirmation, cette critique pourrait être justifiée. Or, tel n’est pas l’enseignement de Vatican II. Saint Paul 1999, Liturgie et Sacrements, Cardinal Christoph SCHÖNBORN, Ch. 25 Le Baptême et la Confirmation, p. 83. (une partie de ce paragraphe traitant de la confirmation est extraite de cet ouvrage). » Nous voyons donc bien que les explications concernant le sacrement de Confirmation utilisent les mêmes superlatifs par rapport au Baptême que l'article 6 de notre règle à propos de l'engagement.
Le second argument est la position de la phrase « plus profondément unis à elle par leur engagement » par rapport au texte qui la précède et au texte qui la suit. Ce qui précède, c'est le Baptême qui les fait membres vivants de l'Eglise. Or, les deux sacrements, Baptême et Confirmation, transmettent l'Esprit Saint et ses dons, mais comme la naissance et la croissance ne peuvent être intervertis, ainsi le sacrement de la croissance dans l'Esprit Saint doit-il être précédé par celui de la renaissance à la nouvelle vie. Quant au texte qui la suit : « Ils s'efforceront donc d'être les témoins actifs de sa mission... * Dans la personne de Jésus Christ, le royaume de Dieu s’est approché des hommes. La proclamation et l’instauration du Royaume de Dieu sont d’ailleurs l’objet même de sa mission sur la terre : « ...je dois annoncer la bonne nouvelle du royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Lc 4 43). Et Il nous invite à lui emboîter le pas, à L’annoncer à tous les peuples et à tous les hommes afin que la Révélation parvienne jusqu’aux extrémités du monde. » Or, si par le baptême, chacun devient membre de l'Eglise, lors de la Confirmation, un autre élément apparaît : non seulement chaque membre à besoin de la communauté, mais aussi la communauté vit de la co-responsabilité et de l'engagement de chacun. La Confirmation veut souligner tout spécialement cet aspect et amener le jeune chrétien, qui est rempli de l'Esprit, à être à l'avenir disponible pour la tâche missionnaire de l'Eglise. Ainsi, « par le sacrement de Confirmation, le lien du baptisé avec l'Eglise est rendu plus parfait, il est enrichi d'une force spéciale de l'Esprit Saint et obligé ainsi plus strictement à propager et à défendre la foi par la parole et par l'action en vrais témoins du Christ * CEC 1285.. »
Ainsi, « plus profondément unis à l'Eglise par leur engagement » signifie bien que l'engagement dans l'Ordre Franciscain Séculier doit être prononcé et entendu comme une manifestation sensible, comme une application concrète, du sacrement de Confirmation.
Les témoins actifs de sa mission
Le destin de tout homme est de devenir semblable à Dieu par la sanctification qui fait de l'homme un fils de Dieu. Comment pourrait-il garder cette bonne nouvelle pour lui-même ? Dieu ne veut-il pas « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2 4), c'est-à-dire du Christ Jésus ? « Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; Vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelé des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2 9). L'apostolat est vraiment l'activité de l'Eglise qui consiste à porter La Lumière au monde, à « étendre le règne du Christ sur la terre * CEC § 863. ».
Le jour de l'ascension, Le Seigneur s'adresse à ses apôtres en ces termes : « ...Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux confins de la terre » (Ac 1 8). Comme à plusieurs reprises dans l'Evangile, Jésus s'adresse ici spécifiquement à ses apôtres * On ne peut en effet considérer que toutes les paroles de Jésus adressées à ses apôtres et rapportées dans les évangiles nous concernent toutes au même degré que les apôtres. Ainsi en est-il, par exemple, de « Qui vous écoute m’écoute » (Lc 10 16) ou bien encore de l’institution de l’Eucharistie : « faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22 19).. Faut-il pour autant tirer la conclusion que certaines paroles du Christ nous sont complètement étrangères pour le motif qu'elles s'adressent aux apôtres. Cela serait tout aussi inexact que de vouloir les recevoir comme si nous étions nous-mêmes apôtres appelés par le Christ et l'Eglise. Toutefois, par ses apôtres, c'est à chacun de nous qu'Il s'adresse. Et que nous dit-Il ? Il nous dit que par la force de l'Esprit Saint, nous sommes les témoins actifs de sa mission parmi les hommes. L'activité missionnaire à laquelle nous sommes invités s'exprime dans tous les lieux de la terre. D'abord la ville ou le village dans lequel nous nous trouvons. Pour François, cela a tout d'abord été Assise, sa propre ville. C'est cette proximité que désigne Jésus en parlant de Jérusalem. Et puis dans sa propre région, la Judée pour les apôtres, l'Ombrie pour François et notre département pour nous-mêmes. Puis dans la région qui se trouve juste à côté, la Samarie et enfin jusqu'aux confins de la terre, un peu comme une onde provoquée par un caillou que l'on jette dans l'eau d'un lac.
L'article 6 de notre règle ne nous donne pas d'indications sur les méthodes pratiques à utiliser pour être missionnaire. A ce sujet, il parle plutôt de créativité apostolique, ce qui signifie que la mission ne s'enferme pas dans une méthodologie ou dans une logistique établie et officielle mais qu'il appartient à chacun de nous de la faire vivre. Mais alors, si la méthode pratique n'est pas précisée, comment peut-on être missionnaire ?
Comment être missionnaire ?
La force missionnaire ne vient pas de notre propre force mais du complet abandon à Dieu. Il s'agit vraiment de vivre dans le monde selon le plan de Dieu. Rappelons-nous la réponse que fit François au Souverain Pontife lorsque celui-ci lui fait observer que son « genre de vie est bien trop dur et bien trop scabreux ». François lui répond « Je m'en remets à Monseigneur Jésus-Christ... » Et lorsque François revient la seconde fois et où il raconte l'histoire de la femme pauvre mais belle, sa conclusion est la même : s'abandonner à la bienveillance du Créateur qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
Il ne nous appartient donc pas de mettre un frein à l'Esprit Saint qui souffle en nos coeurs pour répandre le règne du Christ sur la terre. Ne considérons donc pas que la mission soit réservée à une élite intellectuelle. Serions-nous exclus ou, pire encore, exonérés d'être missionnaires pour le motif de n'avoir pas nous même accompli de longues et brillantes études ? Lorsque Jésus s'adresse à ses apôtres et disciples et qu'Il leur dit « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde », Il parle à tous ceux qui sont présents, gens riches et moins riches, en terme de culture intellectuelle notamment. D'ailleurs, le premier Pape qu'il choisit n'est-il pas pêcheur de métier ? Abandonnons-nous à Dieu dans le quotidien. Vivons dans le monde selon le plan de Dieu, par la parole, par les actes et surtout par la communion. Alors nous serons missionnaires.
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui et sans lui rien ne fut. De tout être il était la vie et la vie était la lumière des hommes et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu l'atteindre » (Jn 1 1-5). Cette introduction de l'Evangile de Saint Jean nous montre bien que le Verbe (la Parole) n'est pas simplement un attribut divin mais qu'il est Dieu. La mission du Christ sur la terre s'est exprimée par sa parole, une parole de vie comme nous le rappelle Simon Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle * Jn 6 68. Dans le même sens : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » Jn 8 51. ».
La parole est l'une des facultés propres de l'homme. Celle-ci rappelle qu'il est le seul à avoir été créé à l'image de Dieu, comme à sa ressemblance. Elle lui permet d'exprimer sa pensée, ses sentiments, sa foi en son créateur. Aucune autre créature, en effet, ne peut s'exprimer par la parole. Et les plus belles paroles que nous pouvons dire pour exprimer notre foi sont celles-là même que Jésus Christ a pu nous transmettre :
« Veux-tu guérir ? » (Jn 5 6)
« Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. » (Jn 8 11)
« Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi. » (Lc 19 5)
« Toi, suis-moi. » (Jn 21 22)
Notre règle nous invite à être les témoins actifs de la mission du Christ par la parole. Soyons donc missionnaires par la parole. On ne mesure jamais combien la parole peut faire de bien à celui qui l'entend ou, à l'inverse, peut faire du mal car c'est de son coeur que l'homme extrait la parole prononcée * « ...C’est au fruit que l’on reconnaît l’arbre. Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais ? Car c’est du trop-plein du coeur que la bouche parle. L’homme bon, de son bon trésor, sort de bonnes choses ; et l’homme mauvais, de son mauvais trésor en sort de mauvaises... Car c’est d’après tes paroles que tu seras justifié, et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné. » Mt 12 34-37.. Et parler, cela est relativement facile. Si l'on analyse bien la chose, une parole « coûte » moins d'effort qu'un service rendu. Elle est comparable au sel que l'on met dans les aliments. Le sel ne représente qu'une infime partie de l'ensemble, et pourtant c'est cette infime partie qui donne de la saveur à l'intégralité. Il en est ainsi de la parole. Certaines paroles prononcées par les conjoints dans leur vie de couple ne nourrissent-elles pas plus qu'un aliment absorbé ? L'aliment nourrit le corps mais la parole d'amour, elle, rassasie le coeur.
La parole est l'un des degrés de la mission mais elle n'en est pas le seul. En effet, pour pouvoir transmettre la Parole, il faut la connaître, l'expérimenter. Sans cette expérience, la parole peut perdre l'essentiel de sa saveur pour celui qui la reçoit. La parole missionnaire doit donc s'accompagner d'un petit quelque chose qui s'appelle ... les actes.
Par les actes
Dans le mot « acte », nous devinons tous le mot « action ». Tous deux trouvent leur origine étymologique dans le verbe latin : « Agere », qui veut dire « Faire, agir ». Or, pour donner à la parole toute sa puissance, elle doit s'accompagner, par celui qui la prononce, d'actes concrets, visibles. L'absence d'action discrédite la parole, voire même l'annule complètement. Le Nouveau Testament ne cesse de nous le rappeler :
« Ce n'est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur », qu'on entrera dans le Royaume des Cieux, mais en faisant la volonté de mon Père qui est dans les Cieux » (Mt 7 21).
« Les scribes et les Pharisiens occupent la chaire de Moïse : faites donc et observer tout ce qu'ils pourront vous dire ; mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas * Mt 23 2-3. « Faire ce qu’ils disent » en tant qu’ils transmettent la doctrine traditionnelle reçue de Moïse. Cette invitation n’engage pas leurs interprétations personnelles, dont Jésus a montré par ailleurs ce qu’il faut penser (Mt 15 1-20, 16 6, 19 3-9).».
« Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. Veux-tu savoir, homme insensé, que -S la foi sans les oeuvres est stérile S-? » (Jc 2 19).
Si nous reprenons l'image de la vie conjugale, les « je t'aime » ne se suffisent pas à eux-mêmes. Ne doivent-ils pas s'accompagner entre les époux de l'aide mutuelle qui caractérise justement cet amour conjugal ? Imaginons l'un des conjoints qui déclare sa ferveur à l'autre mais qui ne l'aide jamais dans les actes de la vie du foyer (à moins d'en être physiquement empêché). Quelle résonance ces « je t'aime » peuvent-ils provoquer chez le conjoint ? Reprenons la phrase de Saint Jean citée ci-dessus et remplaçons, pour la circonstance, le mot « foi » par le mot « amour » : montre moi ton amour sans les actes ; moi, c'est par les actes que je te montrerai mon amour.
L'annonce du Christ ne fait pas exception à cette évidence : cette annonce doit se faire, non seulement par la parole mais surtout par les actes. « C'est précisément ce que les contemporains découvraient en François. Cet homme de Dieu ne se mettait pas au-dessus d'eux. Parmi les pécheurs, il apparaissait comme l'un d'eux. Il était vraiment leur ami. Et dans cette amitié, les hommes les moins recommandables, comme aussi les exclus, comprirent que Dieu s'était approché d'eux : personne n'était rejeté. Ils eurent soudain la certitude que, tout misérable qu'ils fussent, ils étaient eux aussi aimés de Dieu, réconciliés avec lui. A ces hommes bouleversés par cette révélation, François pouvait dire : « Il vous a pardonné, faites de même. Accueillez-vous les uns les autres comme il vous a accueillis. * Descée De Brouwer 1986, Le retour à l’Evangile, Eloi Leclerc, p. 102. »
L'évangile du jugement dernier traduit de façon puissante la valeur des actes. Ce ne sont pas ceux qui ont parlé qui reçoivent le Royaume en héritage mais ceux qui ont accompli : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire... Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer... Et le Roi leur fera cette réponse : en vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25 24-40).
En vérité, il existe une troisième façon de témoigner du Christ. Et cette dernière est la plus importante des trois...
Par la communion
Nous pouvons dire et faire, mais l'intention intérieure développée dans la parole ou dans l'acte accompli prend, aux yeux de notre Créateur, une importance capitale. Rappelons-nous les offrandes de Caïn et Abel (Gn 4 1-16) : tous les deux ont présenté une offrande à Dieu. « Or Yahvé agréa Abel et son offrande. Mais il n'agréa pas Caïn et son offrande ». La suite du récit nous laisse clairement penser que l'amour était absent dans l'offrande de Caïn. Celui-ci accomplissait seulement un acte rituel. « Yahvé dit à Caïn : pourquoi es-tu irrité et pourquoi as-tu le visage abattu ? Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n'es pas bien disposé, le péché n'est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite et que tu dois dominer ? » Et Saint Paul de nous rappeler avec force la nécessité de la charité dans l'accomplissement d'un acte : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité * « A la différence de l’amour passionnel et égoïste, la charité (agapè) est un amour de dilection qui veut le bien d’autrui. Sa source est en Dieu qui a aimé le premier, et a livré son Fils pour se réconcilier les pécheurs, et s’en faire des élus, et des fils. Attribué d’abord à Dieu le Père, cet amour qui est la nature même de Dieu, se trouve au même titre chez le Fils, qui aime le Père comme il en est aimé, et comme lui aime les hommes, pour qui il s’est livré. Enfin, il est l’amour de l’Esprit Saint, qui le répand dans les coeurs des chrétiens, leur donnant d’accomplir enfin ce précepte essentiel de la Loi qu’est l’amour de Dieu et du prochain. Car l’amour des frères, et même des ennemis, est la suite nécessaire et la vrai preuve de l’amour de Dieu, le commandemant nouveau qu’à donné Jésus, et que ses disciples ne cessent d’inculquer. C’est ainsi que Paul aime les siens et qu’il en est aimé. Cette charité, à base de sincérité et d’humilité, d’oubli et de don de soi, de service, et de support mutuel, doit se prouver par des actes et garder les commandements du Seigneur, rendant la foi effective. Elle est le lien de la perfection et « couvre les péchés ». S’appuyant sur l’amour de Dieu, elle ne craint rien. S’exerçant dans la vérité, elle donne le vrai sens moral, et ouvre l’homme à une connaissance spirituelle du mystère divin, de l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance. Faisant habiter dans l’âme le Christ, et toute la Trinité, elle nourrit une vie des vertus théologales où elle est reine, car elle ne passera pas mais s’épanouira dans la vision, quand Dieu accordera à ses élus les biens qu’il a promis à ceux qui l’aiment. » Editions du Cerf 1956, La Bible de Jérusalem, p. 1522 Note a) sur le mot « charité » de l’épître aux Corinthiens (extrait)., je ne suis qu'airain qui sonne ou cymbale qui retentit... Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien » (1 Co 13 1-3). Retenons bien qu'en ce qui regarde l'apostolat, « c'est toujours la charité, puisée surtout dans l'Eucharistie, qui est comme l'âme de tout apostolat * CEC 864.. »
Reprenons notre exemple de la vie conjugale, mais cette fois-ci en y intégrant les fruits de cet amour, à savoir les enfants. Pour l'équilibre et l'épanouissement des petits, les marques d'affection et de tendresse offerts aux enfants constituent des « Je t'aime » à leur intention. Les soins matériels qui leur sont prodigués (nourriture, habillement, ...) concrétisent l'amour qui leur est porté. Pourtant, tout cela ne produit que peu d'effet sur l'équilibre et l'épanouissement de l'enfant s'il ne sent pas entre ses deux parents une communion, un amour mutuel resplendissant. Un ventre bien rempli, des vêtements biens chauds et biens propres, et même tout débordement affectif témoigné à l'enfant ne peuvent lui compenser cet impérieux besoin d'unité conjugale.
Nous trouvons dans le mot « communion » le mot « union ». Eh bien, c'est cette union, cette communion entre les chrétiens, qui manifeste le mieux aux yeux du monde leur foi en Jésus Christ ! S'il n'est pas unique, puisqu'il y a la parole et les actes, c'est pourtant la communion entre les chrétiens qui reste le meilleur des témoignages, le plus puissant moyen apostolique. « Aimez-vous les uns les autres ! » De l'amour, encore de l'amour, toujours de l'amour. Oui ! C'est cet amour mutuel auquel Jésus nous invite avec insistance, qui témoigne le mieux du Dieu Amour et Vérité.
Nous conclurons ce chapitre en rapportant les dernières paroles de Jésus-Christ le soir du Jeudi Saint. Cette soirée passée avec ses apôtres est d'une intensité et d'une densité sans égal. C'est au cours de ce repas que notre Sauveur institue l'Eucharistie. C'est au cours de ce repas qu'il annonce à ses apôtres qu'Il va les quitter. C'est au cours de ce repas qu'il leur apprend qu'il leur enverra l'Esprit Saint. C'est au cours de ce repas qu'il leur fait ses adieux. Tout à fait à la fin du repas, alors que son agonie va bientôt commencer, Jésus adresse à son Père une prière d'oblation et d'intercession. Sans manquer de respect, nous pourrions comparer l'insistance avec laquelle Jésus prie son Père pour l'unité des Chrétiens à une autre insistance. Celle qu'un homme juste peut adresser à sa descendance qui l'entoure avant qu'il ne rende son dernier souffle. Le juste parle à ses fils, à ses filles, à ses gendres et belles-filles, à ses petits enfants et arrière petits enfants. Dans le silence religieux qui entoure son lit au moment de son grand départ, le juste dit ce qui lui paraît essentiel. Et tant que son souffle dure, il répète, il insiste sur ses dernières volontés. Ecoutons Jésus nous parler dans la prière adressée à son Père :
« Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés, pour qu'ils soient un comme nous » (Jn 17 11) ... « Je ne prie pas pour eux seulement, mais pour ceux-là aussi qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, pour qu'ils soient parfaitement un, et que le monde sache que tu m'as envoyé et que je les ai aimés comme tu m'as aimé » (Jn 17 20-23).
Ai-je bien retenu ?
1) Puis-je rappeler l'objet même de la mission du Christ sur la terre ?
2) François écrit dans son testament que même s'il se faisait persécuter par des prêtres, c'est à eux malgré tout qu'il veut avoir recours. Comment François justifie-t-il cette confiance sans limite ?
3) Quel est le secret de la force missionnaire ? Et quelles sont les trois formes de témoignage missionnaire auxquels chaque baptisé est appelé ?
1) Dans la célébration du baptême d'un petit enfant, quel est le signe qui me parle le plus ? Que penser du baptême des petits ? Qu'en pense notre entourage ?
2) Quels sont les moyens concrets que je mets en oeuvre pour être en pleine communion avec le Pape, les évêques et les prêtres ? Dois-je accepter de consentir des efforts pour vivre cette pleine communion ?
3) La règle nous invite à renouveler l'Eglise sous l'inspiration de Saint François. Quel(s) est (sont) donc le(s) passage(s) de la vie de François qui m'aide(nt) le plus à renouveler l'Eglise ? Jésus est le vrai cep et nous sommes les sarments. Greffé sur le rameau franciscain, puis-je témoigner, en toute simplicité, d'actions concrètes réalisées ou de mutations intérieures que cette situation de sarment provoque en moi-même ?
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References: l'article 6
 § 13
 § 18
 § 74
 § 18
 § 863
 § 9
 l'article 6
 § 1293
 § 1241
 § 1294
 § 1322
 §1324
 l'article 6
 §1218
 § 1219
 § 1221
 § 1225
 § 1227
 l'article 6
 § 863

L'article 6