Source: http://solidaire.org/articles/jose-souffre-de-burn-out-et-l-ar-de-block-va-le-faire-craquer-pour-de-bon
Timestamp: 2017-11-20 01:59:20+00:00

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José souffre de burn-out et l'AR De Block va le faire craquer pour de bon | Solidaire
José souffre de burn-out et l'AR De Block va le faire craquer pour de bon
Photo : Flickr/Techniker Krankenkasse
SantéGouvernement
Une nouvelle étude du service d’études du PTB révèle comment le gouvernement Michel – De Wever va sanctionner lourdement les travailleurs malades en les rendant plus malades encore, en violant le secret médical et les droits des patients et en plongeant les travailleurs malades et leurs familles sous le seuil de pauvreté. Voici l'histoire de José.
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José, 54 ans, souffre d'une grave burn-out dû à son travail. Il travaille au stock mais, depuis l'été dernier, il a également dû reprendre le guichet des clients du fait que son collègue a pris sa pension et n'a pas été remplacé. Cela accroît non seulement la pression physique du travail, mais c'est aussi épuisant et stressant mentalement. Gérer plusieurs tâches à la fois, la pression des clients, la pression exercée par le patron car il faut que ça avance... José est complètement exténué, vidé. Chez lui, depuis un bout de temps, ça ne se passe plus tellement bien non plus. Sa femme se plaint de ce qu'il est abattu et indifférent. José est écroulé, il a sans cesse des crises de larmes, a honte de son état et a les plus grandes difficultés à sortir de son lit. Pendant la journée, il reste dans son fauteuil. Il est à plat, au bout de ses réserves, perd l'estime de lui-même et éprouve de la culpabilité. Son médecin a beaucoup de difficultés à l'inciter à redevenir un peu actif, à se lever et effectuer les simples tâches du quotidien. Petit à petit, il y arrive pourtant. Le médecin a été formé aux directives de l'« evidence based medicine » pour le traitement du burn-out. En cas de burn-out profond, ces directives prescrivent de prévoir au minimum 3 à 4 mois afin de récupérer un peu d'énergie sur le plan physique. Et cela, avant de pouvoir traiter l'épuisement psychique proprement dit. C'est donc plus tard encore que vient le processus de réintégration au travail. Pour commencer, José reçoit du médecin une prescription lui ordonnant un congé de maladie de six mois.
Que se passerait-il pour José si l'AR De Block était déjà en vigueur ?
AR Art. 215octies. § 1 : « Au plus tard deux mois après la déclaration d’incapacité de travail, le médecin-conseil effectue une première analyse des titulaires pour déterminer qui, au vu de ses capacités restantes, peut prétendre à un plan de réintégration dans le cadre d’une approche multidisciplinaire. »
Au plus tard deux mois après la déclaration d'incapacité de travail, le médecin-conseil examine le formulaire de déclaration et constate que le médecin a renvoyé José à la maison en raison d'un burn-out. Il doit réaliser une estimation des capacités restantes de José pour le travail et l'informer qu'un plan de réintégration va être rédigé. Il doit également le faire savoir au médecin traitant et à l'employeur. Ce sont des tâches supplémentaires qu'il ne peut faire que de façon routinière puisque, dans son équipe aussi, un de ses confrères vient de prendre sa pension et ne sera pas remplacé. En outre, de lourdes économies sont effectuées sur les finances et moyens de fonctionnement des mutualités et des directives ont déjà été publiées pour que tout se fasse plus rapidement et de façon plus efficiente, et pour que le plus possible de tâches soient déléguées au personnel administratif – qui, lui aussi, est déjà insuffisant.
AR Art. 215octies. §1 : « À l’issue de cette première analyse, le médecin-conseil adresse un courrier au titulaire dans le délai visé à l’alinéa précédent, dans lequel il l’informe qu’un plan de réintégration multidisciplinaire lui sera proposé. »
Quand José reçoit la lettre du médecin-conseil, c'est la panique. On va déjà lui tomber dessus ? Il sent qu'il n'est pas encore prêt à reprendre le travail. Il retombe à nouveau dans sa dépression et se replie une fois de plus sur lui-même. Le cercle vicieux du stress, des angoisses, de la dépression, de l'épuisement et des sentiments de culpabilité est réenclenché. Le traitement et la récupération de José viennent de régresser de plusieurs semaines.
AR Art. 215octies. §1 : « Une copie du courrier du médecin-conseil et une copie de la première analyse visée à l’alinéa précédent sont transmises à l’employeur et au médecin traitant du titulaire. »
Le médecin traitant reçoit la lettre dans sa montagne de papiers administratifs, s'énerve de ce surcroît de paperasserie et attend davantage d'informations. Mais il ne saura rien de plus, car l'AR stipule que le médecin-conseil ne doit faire qu'une chose : mettre le médecin traitant au courant de ce que José va se voir imposer un plan de réintégration.
L'employeur reçoit lui aussi une lettre du médecin conseil. Pour lui, c'est un signal : « José, ça ne va vraiment pas aller. Il vaudrait mieux que je me mette à chercher quelqu'un de jeune, et qui en plus me coûtera moins. Si José veut revenir, c'est à 100% ou pas du tout. »
AR Art. 215octies. §1 : « Le médecin-conseil convoque le titulaire à un examen médico-social le plus rapidement possible. »
José est convoqué chez le médecin conseil pour un premier examen. Il s'y rend avec beaucoup de d'angoisse. Le médecin conseil a un bref contact avec lui – il a encore plein d'autres dossiers à traiter. Le médecin conseil examine son taux de burn-out et demande à José qu'il signe un accord pour consulter le conseiller en prévention de l'entreprise où il travaille.
AR Art. 215octies. §2 : « Avec le consentement du titulaire, qui est également demandé pendant l’examen médico-social, le médecin-conseil se concerte avec le(s) conseiller(s) en prévention compétent(s) du service interne ou externe de prévention et de protection au travail. Cette concertation, qui ne peut pas durer plus de trois semaines à compter de la communication des conclusions de l’examen médico-social visé à l’alinéa précédent, a pour but de clarifier... »
Une semaine plus tard, parmi toutes ses tâches, le médecin conseil contacte le conseiller en prévention. Il ne parvient pas à le joindre et demande au secrétariat d'essayer à nouveau jusqu'à ce qu'il l'ait enfin trouvé, car le délai de trois semaine imposé par l'AR risque d'être dépassé. Finalement, c'est le médecin d'entreprise du service externe qui appelle le médecin conseil. Le médecin conseil doit maintenant examiner avec le médecin de l'entreprise s'il y a un travail adapté pour José. Ce médecin d'entreprise s'occupe de nombreuses petites entreprises comme celle de José et il lui est impossible d'évaluer la situation de travail. Ils font rapidement une proposition de « réintégration » : par exemple, José pourrait reprendre son boulot à mi-temps... Ouf, juste à temps, car l'AR stipule dans son §3 : « Sous la responsabilité du médecin conseil, l'organisme assureur établit une offre de plan de réintégration multidisciplinaire au plus tard pour le dernier jour de la 19e semaine à compter de la déclaration d'incapacité de travail. »
AR Art. 215octies. §4 : « L’organisme assureur porte l’offre de plan de réintégration à la connaissance du titulaire le plus rapidement possible. À cette occasion, l’organisme assureur invite le titulaire par écrit à un entretien. Cet entretien a lieu dans un délai de quatorze jours à compter de l’invitation, sauf si le titulaire ne peut pas se présenter pour une raison justifiée. Le cas échéant, le titulaire fait savoir à l’organisme assureur à quelle date l’entretien peut avoir lieu, cette date devant être comprise dans un délai maximum de quatre semaines après l’invitation. »
Par cette communication, José est donc invité a reprendre le travail « le plus rapidement possible ». Là, José n'a plus rien à quoi se raccrocher. La seule pensée de retomber dans cette pression du travail le renvoie aussitôt au fond du trou. Son médecin lui rédige un certificat qui atteste qu’il n'est pas en état de répondre à la demande du médecin conseil. Mais l'AR De Block dit maintenant que « si, pour des raisons valables, le patient ne peut se présenter, une nouvelle date doit être convenue dans un délai de 4 semaines au plus ». Cette fois, José craque complètement...
at sam, 17/10/2015 - 14:52 from Bruxelles
Hélas, ce scénario ne relève pas de la fiction. Il y a 5 ans, des collègues et moi avons déjà vécu une situation similaire. Un des noeuds du problème est que certains médecins conseils posent des décisions et diagnostiques totalement abusifs. Le médecin conseil en question sévissait sur toute une région et les médecins autant que les patients étaient démunis face à cette situation. Le seul moyen de tenir tête à un médecin conseil c'est d'avoir recours à des médecins spécialistes, face à eux, le médecin conseil ose moins imposer son diagnostique minimisant. Relativement aux arrêts de travail liés à des burnouts, situations de harcèlement moral la grosse difficulté est de trouver un médecin psychiatre qui a encore des disponibilités pour accueillir de nouveaux patients : ils sont de plus en plus débordés, les délais d'attente pour être pris en charge sont de plus en plus longs.

References: Art. 215
 § 1
 Art. 215
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 Art. 215
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 Art. 215
 §2
 §3
 Art. 215
 §4