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Timestamp: 2018-09-19 20:54:58+00:00

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Colloque ISEO 2007
Quelques éléments de conclusion au colloque
L’objectif de cette intervention est de rassembler quelques éléments qui m’ont semblé marquants dans ce colloque et quelques questions en suspens.
I- Nous sommes d’accord…
1. Nous sommes d’accord pour dire que l’évangélisation comme annonce kérygmatique explicite de l’Evangile de Jésus Christ fait partie intégrante de la mission que Dieu a confiée à l’Eglise. Cette mission est partie intégrante de la Missio Dei dans le monde.
2. Nous sommes d’accord pour dire que cette évangélisation est l’affaire et la responsabilité de chaque chrétien, de part sa vocation baptismale.
3. Nous sommes d’accord pour dire que cette évangélisation contiendra toujours la proclamation claire du message selon lequel le salut est offert en Jésus Christ comme don de la grâce et de la miséricorde de Dieu.
4. Nous sommes d’accord pour dire que cette évangélisation peut et doit être convaincante (et même persuasive) : tous les chrétiens ont le droit de rendre témoignage à l’évangile devant tous les hommes, y compris des chrétiens. Ce témoignage peut légitimement inclure la proclamation persuasive de l’Evangile dans le but d’amener les gens à la foi en Jésus Christ 1 .
5. Nous sommes d’accord pour dire qu’il existe un droit légitime à évangéliser qui fait partie de l’exercice de la liberté de chaque individu et de l’Eglise (ce que le juriste nous a confirmé). Mais en versus de cette affirmation, nous disons aussi ensemble le respect scrupuleux de la liberté de conscience, conscience inviolable.
6. Nous sommes d’accord pour reconnaître la nécessité d’une nouvelle évangélisation, explicite, claire et recentrée sur l’essentiel, dans une société sécularisée et cacophonique.
7. Nous sommes d’accord pour dire que l’évangélisation dans la division et/ou la concurrence des Eglises et des chrétiens, est un contre-témoignage qui décrédibilise l’Evangile lui-même. Il faut donc faire tout ce que nous pouvons faire ensemble 2. Mais il faut tout autant (nous en sommes aussi d’accord) dialoguer au plan théologique sur « quelle unité cherchons-nous à manifester, quels en sont les marques incontournables ?».
8. Au cœur de chacune de ces affirmations communes se cachent des divergences ou tout au moins des débats entre chacune de nos familles confessionnelles et en leur sein. J’y reviens au point III.
1 Dialogue international catholiques-pentecôtistes, 1990-97, sur Evangélisation, prosélytisme et témoignage commun, §94. Je citerai ce dialogue plusieurs fois à titre d’exemple.
2 Les initiatives ne manquent d’ailleurs pas : expos-Bible, tracts élaborés ensemble et distribués sur les marchés (Lyon), concerts, soirées témoignages… jusqu’à la qualité du vivre-ensemble communautaire et œcuménique au quotidien.
II- Prosélytisme
Nous avons été confrontés à une polysémie du terme « prosélytisme ». Le terme n’existe pas en tant que tel dans les Ecritures.
1. On trouve dans les Ecritures le mot « prosélyte » (προσ-ήλυτος, racine : venir) : celui qui arrive, qui vient à… Par extension : celui qui vient à la foi juive. Dans la LXX, il traduit le mot « גֶר » = l’étranger qu’il faut accueillir (Mt 25.35).
2. Le terme s’est ensuite appliqué positivement au christianisme. On le retrouve dans des anciennes liturgies « d’accueil des prosélytes ».
Traditionnellement donc, le mot est lié à la dimension de l’accueil, avec tout ce que cela suppose d’attention à l’autre.
3. Je ne sais par quel retournement le prosélyte n’est plus celui qu’on accueille mais celui qui va vers les autres, qui évangélise ! En tout cas, c’est cette deuxième acception toujours positive qui donnera « prosélytisme » au sens positif, un « prosélytisme de bon alois » en quelque sorte 3. Lorsque Sébastien Fath en a parlé, c’est dans cette acception, dans le sens d’une évangélisation explicite, dynamique, persuasive et recentrée sur le message du Salut. En ce sens, il a raison de noter que ce prosélytisme-là conduit à l’œcuménisme comme à la rencontre de nos contemporains. C’est le témoignage de l’histoire du mouvement œcuménique dont la racine (fin XIXe) est à la fois la question missionnaire (on ne peut évangéliser de manière divisée) et celui du service de l’homme (l’Eglise n’est crédible que si elle prend en compte « tout l’homme », dans sa dimension personnelle autant sociale et politique : c’est le courant du Christianisme pratique).
3 Le terme apparaît par exemple dans le document œcuménique signé par l’Eglise Réformée Centre Alpes Rhône et l’Eglise catholique région Cantre-Est : Témoignage commun et non-prosélytisme, in Unité chrétienne N°145, Février 2002
4. Un premier glissement sémantique définira le prosélytisme négativement. C’est celui qui se trouve souvent dans nos dialogues œcuméniques. Il signifie alors transférer l’allégeance d’un chrétien d’un groupe ecclésial à un autre par des méthodes dépourvues de respect, de délicatesse et de charité 4. C’est cette compréhension qui pousse à distinguer évangélisation et prosélytisme, et dont d’inspire le titre de notre colloque. Ici, le prosélytisme n’est plus seulement évangéliser mais évangéliser avec l’intention de discréditer l’autre Eglise, de se placer en concurrence, en faisant la promotion de sa propre communauté de foi 5.
4 Dialogue international catholiques-pentecôtistes, op.cit. §83
5 Ibid. §93
Attention, cela ne signifie cependant pas qu’on s’interdise tout passage d’une Eglise à l’autre. Ces mêmes dialogues reconnaissent que si un chrétien, après avoir entendu l’Evangile présenté de façon légitime (terme à définir ?) choisit librement de se joindre à une communauté chrétienne différente, il ne faudrait pas en conclure qu’il s’agit de prosélytisme 6.
6 Ibid. §95
5. Un second glissement négatif est imposé de l’extérieur aux Eglises (et aux autres religions, en particulier l’Islam): il consiste justement à qualifier de prosélytisme toute activité d’évangélisation explicite, toute annonce de l’Evangile publique ou privée, parfois même tout signe visible ou affichage de conviction religieuse, voire même toute présence-action-parole publique d’Eglise dans la société. Elle sous-tend une compréhension de la laïcité comme exclusion du religieux de l’espace public et un préjugé négatif contre des religions incapables de dialogue et générant la violence (préjugé que les religions ont parfois malheureusement alimenté !).
Mais c’est aussi parfois l’accusation d’autres religions à l’égard du christianisme, ne considérant pas possible qu’une annonce de l’évangile puisse conduire une personne à changer de conviction et de religion. Cette position est sous-tendue par une compréhension différente du rapport religion/société ou religion/culture, et du rapport individu/groupe social d’appartenance.
Ce nouveau glissement conduit souvent les Eglises et les chrétiens (mais pas seulement eux, les musulmans aussi !) à se « dédouaner » en répétant comme pour se justifier ce qui est aussi leur conviction : leur rejet de toute violation de liberté religieuse et toute forme d’intolérance religieuse ainsi que tout tentative d’imposer ses croyances ou pratiques, de faire pression ou de manipuler au nom de la religion 7 … mais aussi à dénoncer l’inégalité de traitement de groupes religieux par la société dont on sait bien qu’elle fait implicitement un tri entre les bonnes religions (c'est-à-dire les plus proches du catholicisme romain 8 ou bien sagement insérées dans l’histoire et la culture du pays), et les mauvaises Eglises (les plus récentes, évangéliques et issues de l’immigration notamment) au point que cela finit par transparaître dans le discours de certains journalistes qui parlent de religions établies (nous en avons vu des exemples récents dans ce colloque 9).
7 Ibid. §102
8 C’est le protestant minoritaire qui parle !
9 Par exemple le reportage « Le prosélytisme des sectes » diffusé par TF1 au cours du journal télévisé de 20 h 00 du 17 décembre 2006
Bref, entre le premier sens (accueil d’un étranger) et ce second glissement sémantique, il y a un monde qui oblige les chrétiens et leurs Eglises à redéfinir une éthique œcuménique 10 sur 3 axes :
- une éthique de l’accueil de l’autre (1er sens du prosélytisme). Eternel débat évoqué par Danièle Hervieu-Léger (comment passer sans déperdition d’un catéchuménat chaleureux « type secte » à l’intégration dans une Eglise moins communautaire ?) ou Laurent Schlumberger (difficulté d’accueil non perçue par un protestantisme minoritaire « tendance club » – on pourrait le dire aussi sans doute pour l’orthodoxie ou l’anglicanisme en France).
- une éthique œcuménique pour prévenir et réguler la concurrence éventuelle et son contre témoignage, mais aussi pour accompagner les passages d’une Eglise à l’autre de manière réconciliée 11.
- une éthique commune de l’évangélisation même dans une société qui a changé, qui relègue certaines formes religieuses au privé, à l’invisible et au non-dit ; mais surtout face à des contemporains ignorants en matières religieuses. Sans doute sommes-nous appelés à ne pas abuser de cette ignorance (intellectuellement, affectivement et doctrinalement), sans pour autant négliger l’annonce de l’Evangile. Un chemin plus étroit qu’auparavant.
10 La Charte œcuménique Européenne, signée à Pâques 2001, en est un exemple au plan européen.
11 Cf. Document de la commission œcuménique de la Fédération Protestante sur les passages d’une Eglise à l’autre – Sortie avril 2007.
Cette triple éthique est de l’ordre du discernement et de la responsabilité. Elle dépend des situations, des contextes et des cultures. Ils sont très variés et éclatés à l’infini (éclatement intériorisé dans la personne même). C’est pourquoi il n’y a pas de recette d’évangélisation à appliquer. Telle pratique possible et valable ici, ne le sera pas ailleurs.
Cette éthique à inventer entre Eglises va dans le sens de ce que nous dit le juriste : c’est aux Eglises à poser leur propre régulation dans l’évangélisation-prosélytisme, entre elles et dans leur contexte propre. Il ne faut pas demander au droit de légiférer dans ce domaine ; sans quoi, il porte atteinte aux libertés.
Dans ce discernement, il faut insister sur la nécessité d’une connaissance affinée de l’humain pour percevoir avec le plus de justesse possible les signes d’un abus éventuel de sa faiblesse ou de son ignorance. Il faut s’en donner les moyens souvent par une approche interdisciplinaire. Je pense à ce moment, à titre d’exemple, à la catéchèse auprès des handicapés mentaux, sans doute une bonne école. Sans renoncer à annoncer l’évangile, il faut une grande délicatesse, une double prudence et une vigilance de tout instant pour discerner à quel moment il y a prise de pouvoir sur l’autre (bien sûr inconsciemment). Cela ne s’improvise pas mais s’apprend dans l’interdisciplinarité, le dialogue avec les médecins, les psy., les éducateurs, éthiciens, etc.
Sans doute ces questions sont-elles plus perceptibles encore en milieux fermés (prisons, hôpitaux, écoles, armées…). D’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre, d’un contexte à l’autre, les choses peuvent être différentes : un silence sera ici un meilleur témoignage ; là une parole persuasive.
Ce discernement n’échappe donc pas au débat entre chrétiens de diverses familles mais aussi à l’intérieur de chaque confession tant les courants sont transversaux.
III- Les débats œcuméniques sous-jacents 12
1. Un premier débat est ouvert sur notre conception de l’Evangélisation : Annonce de l’Evangile pour la conversion des individus… ou… promotion de valeurs dans la société et travail de transformation des cultures ? Les uns dissocient les deux, considérant que la visée exclusive de l’évangélisation est la transformation des individus, les individus transformés portant ensuite dans la société une nouvelle manière d’être. Les autres ont une visée aussi collective, il s’agit d’évangéliser la culture, les institutions, les réflexes sociétaux.
Derrière ces divergences se cachent la délicate question de l’articulation entre évangélisation et justice sociale, et pose la question de l’Eglise comme « experte ou non en humanité ».
Exemple : lorsque le Conseil d’Eglises Chrétiennes en France (CECEF) prend position sur tel sujet de société, est-ce de l’évangélisation ? Tout au moins assure-t-il une visibilité en amont d’une évangélisation plus « directe »… Mais alors, n’y a-t-il pas une perversion de l’action des Eglises : se rendre plus visible… en vue d’une évangélisation plus explicite ? Ou bien est-ce réellement (et honnêtement !) par gratuité au service de l’humain, sous forme de participation au débat de société ?
Ainsi, en amont de notre conception de l’évangélisation, se trouve la question anthropologique : qu’est-ce que l’homme ? Quelle articulation individu/collectif ? Quelle compréhension de la liberté de l’individu et quelles sont les limites à sa liberté ? Mais aussi celle du statut de l’éthique pour les Eglises et son articulation avec la sotériologie 13 : peut-on promouvoir une éthique universelle, naturelle ? Est-ce encore de l’évangélisation ?
12 Le dialogue Catholique-pentecôtiste qui nous sert d’exemple en souligne quelques uns.
13 Nous renvoyons à un précédent colloque de l’ISEO en 2003 sur l’éthique. Revue d’éthique et de théologie morale, le supplément, N°226 sept 2003 p.160 et suivantes
2. Le deuxième débat est ecclésiologique. Jacques Matthey l’a souligné : pas d’évangélisation sans dialogue sur la sotériologie et l’ecclésiologie. Voir aussi la seconde interpellation finale de Laurent Schlumberger 14 où l’affirmation du caractère second de l’Eglise s’oppose par exemple à la compréhension catholique de l’Eglise « comme un sacrement ».
Des conceptions différentes de l’Eglise (et donc des conceptions différentes des modèles d’unité de l’Eglise du Christ), nos réponses divergentes à la question « qu’est-ce qu’un chrétien ? », sous-tendent donc nos débats sur l’évangélisation et déplacent la frontière : quelle est le rôle de l’Eglise (de ses ministères, de ses sacrements…) dans la constitution-formation du nouveau chrétien ?
Exemple caricatural : un évêque missionnaire catholique du XIXème disait « plantons d’abord l’Eglise ; nous ferons des chrétiens plus tard » (je cite de mémoire). Cette réflexion s’oppose à l’étudiante (probablement protestante !) intervenant dans ce colloque pour exprimer qu’il suffit d’annoncer le Christ sans nous préoccuper d’Eglise et d’œcuménisme.
14 Confessons-nous publiquement et inscrivons-nous dans nos textes constitutifs, que notre communauté, notre Eglise, n’est qu’un visage de l’unique Eglise de Jésus-Christ, qu’une possibilité parmi d’autres, et qu’elle est ni la seule, ni la meilleure, ni nécessaire ? Et bien sûr à agir en conséquence ? Il est évident que ni l’Eglise catholique ni l’Eglise orthodoxe ne peut le dire ainsi aujourd’hui ! Font-elles donc à coup sûr du prosélytisme de mauvais alois ?
De même avec la question du territoire plus ou moins « canonique ». La remarque et la souffrance de nos frères Irakien et Syrien est significative : peut-on évangéliser comme sur une terre vierge, sur le territoire d’une communauté déjà marquée religieusement sans tenir compte du pris déjà payé par les croyants qui les ont précédés pour témoigner 15 ?
15 Dialogue catholique/pentecôtiste, Ibid. §75
Mais à partir de quel moment ce territoire est la propriété exclusive d’une Eglise ? Les territoires sont-ils géographiques, culturels, ou communautaires ? Une Eglise a-t-elle « autorité » sur un territoire ou uniquement sur les personnes qui se réclament d’elle ? Et cela signifie-t-il que toute expression de foi différente n’est plus légitime ? Qui dit qu’une autre forme d’expression de la foi ne permettrait pas la conversion de nouveaux chrétiens ? L’inculturation radicale d’une Eglise ne lui fait-elle pas perdre le caractère critique de l’évangile que vient réveiller des chrétiens d’autres confessions ? La diversité des expressions de foi n’est-elle pas alors un bon aiguillon ?
Ici, est posée la question de la reconnaissance mutuelle des Eglises (et des chrétiens entre eux !) avec les dissymétries ecclésiologiques que nous connaissons.
En attendant, nous sommes contraints à l’accueil mutuel et au dialogue, comme à la prière et à la collaboration « autant que possible », pour sortir des naïvetés et des maladresses œcuméniques. En sachant que progresser dans l’attention les uns vis-à-vis des autres, c’est aussi s’initier au dialogue avec l’autre non-chrétien et donc avoir des « outils » de rencontre de l’autre non-chrétien. En effet, si tu n’es pas capable de tenir compte de ton frère chrétien de l’autre Eglise, quel égard auras-tu pour les personnes que tu es sensé(e) évangéliser ?
3. Les facteurs non-théologiques. Il faut les mentionner tant ils jouent un rôle capital dans nos relations. Citons de manière aléatoire :
- le facteur démographique et les disparités minoritaires/majoritaires, chacun tombant dans son travers et son complexe ! Quel égard du majoritaire et quel droit pour les minorités ? L’attention à telle autre Eglise est-elle proportionnelle à son « nombre de troupes » ? Quelle possibilité de se faire entendre dans un concert médiatique déformant pour le minoritaire ? La concurrence s’installe vite, dans la prise publique de parole ou le témoignage. Selon que vous êtes puissants ou misérables…
- la dissymétrie des insertions historiques : entre Eglises fondues dans l’histoire nationale (et donc socialement légitimée) et Eglises nouvelles ou oubliées de l’histoire, entre Eglises culturellement intégrées et Eglises récentes issues de l’immigration, l’attitude dans l’évangélisation (qui est rapport à la société !) sera forcément différente.
- l’alibi de l’œcuménisme (aujourd’hui l’interreligieux) pour être présent dans l’espace public (Monsieur le Maire veut que toutes les religions soient ensemble !).
- le poids de l’histoire, les relations entre les personnes, etc…
Autant de facteurs qui peuvent induire des conflits entre Eglises et membres d’Eglises dans la démarche d’évangélisation.
Le brassage des populations et des cultures nous force à reconsidérer l’annonce de l’Evangile : on n’évangélise pas sur un vieux terreau chrétien comme dans une communauté musulmane, dans une société homogène et dans une société éclatée, en situation de modernité et en situation de post-modernité…
Reste la question « Evangélisation et culture », vieille comme le monde (question tout autant théologique !). On ne peut imposer une culture. Jusqu’où peut-on jouer sur les affinités du christianisme avec telle culture (cf. l’intervention de Mgr Makarios) sans tomber dans la séduction, la manipulation ou le syncrétisme ? L’Evangile met en cause une culture autant qu’il s’inculture, et l’Eglise s’inculture autant qu’elle génère une contre-culture. L’annonce de l’Evangile est toujours en partie un choc de cultures, de personne à personne comme de communauté à communauté. Où passe donc la limite entre l’appartenance religieuse et l’appartenance culturelle d’une personne à une Eglise ? Selon les réponses, l’évangélisation de s’adressera pas aux même personnes. En avoir conscience me semble déjà un pas énorme !
4- Et finalement, pourquoi et pour quoi évangéliser ?
Nous avons peu abordé cette question. Pourtant, à en croire les dialogues inter-Eglises sur la question de l’Evangélisation, nous n’apporterions pas d’emblée la même réponse ! Laurent Schlumberger l’a esquissé dans le plan de son intervention.
Le débat traverse nos Eglises et fait resurgir notre compréhension du rapport Christ-Eglise, Eglise-chrétiens, Eglise-royaume de Dieu, Eglise-eschaton. Bref notre conception même du « salut » : qu’est-ce qu’être « sauvé » ici et maintenant ?
CONCLUSION en 3 remarques
1. Les sociologues nous ont montré que le prosélytisme pouvait être positif. Une question demeure cependant pour moi : le caractère prosélyte (au sens d’une certaine agressivité dans l’évangélisation, fut-elle légitime,) n’est-il pas une phase dans la vie d’une Eglise ? Danièle Hervieu-Léger a montré comment les communautés nouvelles se sont aujourd’hui « empâtées » et dépassées par un charismatisme de troisième vague post-moderne. Sébastien Fath a montré comment les méthodistes américains sont devenus des Eglises installées aux pasteurs bien payés. Comme s’il y avait, après un certain temps, un stade de stagnation.
Ne faut-il pas voir dans le caractère prosélyte une phase dans l’histoire et la croissance d’une communauté, d’un individu, d’une Eglise ? Dans ce cas, ne faut-il pas accepter que le St Esprit nous « double par la droite » en suscitant sans cesse des communautés nouvelles de réveils, forcément plus évangélisatrices, qui nous bouscule sans cesse ?
2. Nous avons vu que le mot « prosélytisme » induit du mouvement : aller vers… venir vers…. de l’ordre de la rencontre inter-individus, intercommunautaire et avec le Christ. Dans toute rencontre, il y a quelque chose d’expérientiel même si cette expérience se met en mot, c’est la théologie ! Cette rencontre reste aussi ultimement un mystère insaisissable tout en modifiant inéluctablement les partenaires. C’est sans doute pour ces raisons qu’évangélisation comme démarche œcuménique sont proches (de l’ordre de la rencontre) et dérangent : ils provoquent des déplacements, donc des petits deuils. Vu du côté positif, ils sont échanges de dons, ils font grandir la communion-koinonia, verticale autant qu’horizontale.
3. Evangélisation et prosélytisme, ou prosélytisme de bon et de mauvais alois : je me dis qu’il y a toujours du prosélytisme de mauvais alois même dans la meilleure évangélisation. Car l’humain, même le plus saint, reste « pécheur ». il en est de même pour tout groupement humain, fut-il Eglise. Notre évangélisation est aussi traversée par cette tension.
Reprenons l’apôtre Paul : Je n’ai point honte de l’évangile, certes ! Mais aussi : je fais ce que je ne veux pas et je ne fais pas ce que je veux ; malheur à moi, qui me délivrera ? Grâce soit rendue à Dieu en Jésus Christ notre Seigneur ! (Romains 7).
Peut-être, ultimement, nous faut-il passer sans cesse nos dialogues, nos méthodes, notre évangélisation, au crible de cette humilité paulinienne et de cette gratuité de l’amour de Dieu qui vient vers nous (Dieu, premier prosélyte !) pour nous sauver.
Car qui suis-je pour annoncer le Christ ?
Grâce soit rendue à Dieu par Jésus Christ Notre Seigneur !

References: §94
 §83
 §93
 §95
 §102
 §75