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2 Le contrôle et l'audit de l'action des collectivités locales Rapport du Comité directeur sur la démocratie locale et régionale (CDLR) préparé avec la collaboration du prof. Juan Santamaria Pastor et du prof. Jean-Claude Nemery Communes et régions d'europe, n o 66 Editions du Conseil de l'europe
5 3 TABLE DES MATIERES AVANT-PROPOS...5 RECOMMANDATION N o R (98) 12 SUR LE CONTROLE DE L ACTION DES COLLECTIVITES LOCALES...7 RAPPORT DU COMITE DIRECTEUR SUR LA DEMOCRATIE LOCALE ET REGIONALE SUR LE CONTROLE ET L AUDIT DE L ACTION DES COLLECTIVITES LOCALES...13 INTRODUCTION...15 I. NATURE ET ETENDUE DU CONTROLE SUR L'ACTION DES COLLECTIVITES LOCALES Les divers types de contrôle sur l'action des collectivités locales et leurs finalités...17 A. Contrôle juridique...18 B. Contrôle financier et audit...18 C. Contrôle politique L'objet du contrôle...20 A. Contrôle sur les actes...20 B. Contrôle sur les organes et les personnes La portée du contrôle...25 A. Contrôle de la légalité des actes...25 B. Contrôle de l'opportunité des actes...27 C. Contrôle de la gestion et de ses résultats Autorités chargées du contrôle...31 A. Contrôle par les autorités administratives de supervision...31 B. Contrôle par le juge...34 C. Contrôle par le parlement national ou régional...35 D. Contrôle par les organes internes aux collectivités...36
6 4 II. LES MODALITES DU CONTROLE SUR L'ACTION DES COLLECTIVITES LOCALES ET SES CONSEQUENCES Le moment du contrôle...39 A. Contrôle a priori...39 B. Contrôle a posteriori Le déclenchement de la procédure de contrôle...41 A. Contrôles d'office...41 B. Contrôles à la demande de l'autorité contrôlée...43 C. Contrôles à la demande d'un tiers Les pouvoirs des autorités chargées du contrôle...45 A. Mesures intérimaires...45 B. Pouvoirs d'enquête...46 C. Pouvoirs de décision et de sanction Recours des collectivités locales contre les décisions des autorités de contrôle...48 A. Recours administratif...48 B. Recours juridictionnel...48 CONCLUSIONS...51 RAPPORTS NATIONAUX SUR LE CONTROLE ET L AUDIT DE L ACTION DES COLLECTIVITES LOCALES...59 Bulgarie...61 France...69 Allemagne...81 Pologne...91 Suède Suisse Turquie Royaume-Uni...147
7 5 AVANT-PROPOS La présente publication contient: la Recommandation N R (98) 12 du Comité des Ministres aux Etats membres sur le contrôle de l action des collectivités locales et le rapport du Comité directeur sur l autonomie locale et régionale (CDLR) concernant «Le contrôle et l audit de l action des collectivités locales», ainsi que huit rapports nationaux. L étude du CDLR vise les rapports institutionnels entre les différents niveaux de gouvernement, mais aussi le contrôle exercé sur l action des collectivités locales par les tribunaux ou par des organes indépendants, ainsi que les rapports internes entre les organes de la collectivité locale. L intérêt de cette étude ne repose pas uniquement sur l étendue de l analyse, qui porte sur les solutions adoptées dans plusieurs ordres juridiques nationaux, largement représentatifs de la situation dans les Etats membres du Conseil de l Europe. Cet intérêt résulte aussi de l objectif ambitieux et original qu il poursuit: appréhender les différents mécanismes de contrôle (politique, juridique, financier et de gestion) comme un ensemble et offrir des clés pour évaluer leur fonctionnement en tant que composants d un système, dans une perspective d évolution. La Recommandation N R (98) 12 et les lignes directrices qu elle propose aux Etats membres constituent l aboutissement de ces travaux. Cette recommandation a été préparée par le CDLR en tenant compte aussi du point de vue exprimé par le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l Europe (CPLRE).
9 7 RECOMMANDATION N o R (98) 12 DU COMITE DES MINISTRES AUX ETATS MEMBRES SUR LE CONTROLE DE L'ACTION DES COLLECTIVITES LOCALES (adoptée par le Comité des Ministres le 18 septembre 1998, lors de la 641 e réunion des Délégués des Ministres) Le Comité des Ministres, en vertu de l'article 15.b du Statut du Conseil de l'europe, Considérant que le but du Conseil de l'europe est de réaliser une union plus étroite entre ses membres, afin de sauvegarder et de promouvoir les idéaux et les principes qui sont leur patrimoine commun, et de favoriser leur progrès économique et social; Considérant qu'aux termes de l'article 4, paragraphe 3 de la Charte européenne de l'autonomie locale (ci-après «la charte») «l'exercice des responsabilités publiques doit, de façon générale, incomber de préférence aux autorités les plus proches des citoyens»; Considérant que, lorsque les collectivités locales ont, selon les termes de l'article 3 de la charte, le droit «de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, une part importante des affaires publiques», ces collectivités deviennent responsables devant les citoyens électeurs et contribuables et l'etat; Considérant que le respect des principes de l'etat de droit et des rôles attribués aux divers pouvoirs publics ainsi que la protection des droits des citoyens et la bonne gestion des biens publics justifient l'existence de contrôles appropriés; Considérant que la nature et l'étendue des contrôles sur les actes des collectivités locales doivent être normalement différenciées suivant qu'il s'agit de tâches exercées pour le compte des autorités supérieures ou d'actes relevant des compétences «propres»; Considérant qu'un éventuel manque de clarté de la législation concernant l'autonomie locale, et en particulier dans la définition des compétences, constitue une des principales menaces pour cette autonomie et peut engendrer un contrôle exorbitant des actes des collectivités locales; Considérant que les principes inscrits à l'article 8 de la charte sur le contrôle administratif des actes des collectivités locales s'appliquent aussi aux sanctions administratives visant les représentants élus des collectivités locales; Considérant que, selon l'article 11 de la charte, «les collectivités locales doivent disposer d'un droit de recours juridictionnel afin d'assurer le libre exercice de leurs compétences», ce qui implique la possibilité de recourir contre l'exercice abusif des pouvoirs de contrôle;
10 8 Considérant que la transparence est la meilleure garantie de la conformité des actes des pouvoirs publics aux intérêts de la communauté, qu'elle est une condition essentielle d'un contrôle politique effectif de la part des citoyens et que son renforcement rend possible, en conséquence, la réduction des autres formes de contrôle; Considérant que l'expérience de plusieurs Etats membres montre qu'il est possible de faire évoluer les systèmes de contrôle dans un sens favorable à l'autonomie locale sans pour autant mettre en cause leur efficacité; Vu la Recommandation 20 (1996) du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l'europe sur le suivi de la mise en œuvre de la Charte européenne de l'autonomie locale; Vu le rapport du Comité directeur sur la démocratie locale et régionale concernant le contrôle et l'audit de l'action des collectivités locales 1, Recommande aux gouvernements des Etats membres: 1. D'adopter les mesures appropriées pour: étendre l'application des principes inscrits à l'article 8 de la charte à toutes les formes de contrôle de l'action des collectivités locales; reconnaître le rôle essentiel du contrôle politique par les citoyens et favoriser la mise en œuvre de ce contrôle, entre autres par l'utilisation des instruments de la démocratie directe jugés appropriés; renforcer la transparence de l'action des collectivités locales et assurer, en général, le caractère public des décisions entraînant un coût financier pour la collectivité, ainsi que la possibilité effective pour les citoyens et les personnes juridiques concernés d'avoir accès à ces décisions selon des procédures définies conformément à la loi; en accord avec l'article 7, paragraphe 1, de la charte, n'admettre les sanctions administratives visant les représentants des collectivités locales (suspension ou destitution d'élus et dissolution des organes locaux) qu'à titre exceptionnel, assortir leur utilisation des garanties aptes à en assurer la compatibilité avec le libre exercice des mandats électifs locaux et utiliser de préférence les procédures où l'autorité de contrôle, ou bien une autorité nommée ad hoc, intervient à la place de l'autorité défaillante, en réduisant ainsi les cas où des sanctions administratives pourraient être adoptées contre cette dernière; prévoir des procédures que les organes locaux peuvent engager de leur propre initiative pour la résolution de leurs conflits internes et envisager l'intervention des autorités administratives de contrôle seulement lorsque ces procédures n'ont pas abouti; 1 Série d études «Communes et régions d Europe», n o 66.
11 2. D'entreprendre, si nécessaire, les réformes législatives appropriées en vue d'améliorer la cohérence entre les systèmes de contrôle et le principe de subsidiarité, ainsi que l'efficacité de ces systèmes, en tenant compte des lignes directrices figurant en annexe à la présente recommandation. 9 Annexe a la Recommandation n o R (98) 12 Lignes directrices concernant l'amélioration des systèmes de contrôle de l'action des collectivités locales I. Lignes directrices concernant l'étendue du contrôle administratif Prévoir que, sauf disposition législative contraire, les collectivités locales exercent des compétences propres. Privilégier l'attribution de compétences propres à la délégation de compétences, ce qui entraîne une réduction des contrôles sur l'opportunité 1. Enumérer clairement, dans les textes législatifs, les actes soumis au contrôle. Limiter les contrôles administratifs obligatoires exercés d'office aux actes d'une certaine importance. Limiter les contrôles administratifs a priori (ceux où l'intervention de l'autorité gouvernementale constitue une condition pour l'efficacité ou la validité de l'acte local). II. Lignes directrices concernant le développement de mécanismes alternatifs au contrôle administratif Renforcer le dialogue entre autorités centrales et locales. Renforcer la fonction de conseil et d'évaluation que certains organes (indépendants de l'administration centrale ou appartenant à celle-ci) peuvent exercer, en particulier dans le domaine financier et dans le domaine de la gestion. Renforcer le rôle des organes indépendants, comme les ombudsmen et les médiateurs. Renforcer les mécanismes de contrôles internes, en particulier en ce qui concerne le domaine financier et le domaine de la gestion. 1 La Délégation des Pays-Bas rappelle que le Gouvernement des Pays-Bas, lorsqu il a ratifié la Charte européenne de l autonomie locale, a indiqué qu il ne se considère pas lié par l article 8, paragraphe 2, de cette charte. De même, la présente ligne directrice ne pourra être suivie par le Gouvernement des Pays-Bas que dans la mesure où elle ne remet pas en cause l étendue du pouvoir de contrôle reconnu à la Couronne dans l ordre juridique de ce pays.
12 10 III. Lignes directrices concernant les procédures de contrôle i. Procédures judiciaires Exclure le pouvoir pour le juge de se substituer à l'autorité locale dans l'appréciation de l'opportunité d'un acte: lorsqu une telle appréciation s'avère nécessaire, il faudrait qu'elle soit effectuée par les autorités administratives de surveillance. Donner au juge le pouvoir d'adopter des mesures intérimaires, si ces mesures sont justifiées par l'urgence et/ou par le risque d'un préjudice irréparable. Prévoir les mesures aptes à assurer l'exécution pleine et immédiate des décisions judiciaires concernant la légalité de l'acte contrôlé, y compris les procédures de substitution des autorités défaillantes. Prévoir les mesures aptes à réduire la durée d'examen par le juge des litiges portés devant lui, car les longueurs des procédures judiciaires affectent la sécurité juridique et peuvent préjuger de l'utilité même du contrôle. ii. Procédures de supervision par les autorités administratives Prévoir, si possible, qu'il y ait un seul organe administratif de contrôle en première instance; si l'intervention d'organes de contrôle spécialisés (selon l'objet de l'acte soumis à contrôle) est nécessaire, définir avec précision les domaines de compétence respectifs des organes en question, pour éviter toute incertitude sur l'autorité qui doit effectuer le contrôle. Fixer, dans les textes législatifs, le délai dont l'autorité de contrôle dispose pour effectuer le contrôle préalable et prévoir que l'absence de décision dans ce délai vaut accord. iii. Contrôles financiers et contrôles sur la gestion Minimiser les effets des contrôles financiers et des contrôles sur la gestion pour autant qu'ils peuvent remettre en question l'opportunité des choix effectués par les élus locaux. Organiser ces contrôles afin de promouvoir les bonnes pratiques comptables et l'efficacité de la gestion, de prévenir les situations de déséquilibre financier, de suivre l'assainissement des comptes des collectivités confrontées à des difficultés financières et d éclairer les citoyens par une information complète et objective.
13 11 IV. Lignes directrices concernant la prévention des risques de contrôles informels Exclure, d'une manière générale, que les membres du personnel des collectivités locales soient dépendants d'autres autorités que les collectivités qui les emploient, lorsqu'ils prennent des décisions dans le cadre de leurs fonctions. Eviter que les relations entre les autorités locales et les services de l'etat qui collaborent avec celles-ci aient pour effet de remplacer la supervision officielle, que l'on réduit, par un contrôle «technique» officieux.
15 Rapport du Comité directeur sur la démocratie locale et régionale sur le contrôle et l audit de l action des collectivités locales préparé avec la collaboration du prof. Juan Santamaria Pastor et du prof. Jean-Claude Nemery
17 15 INTRODUCTION La position des collectivités locales dans le cadre de l'organisation territoriale des Etats est en relation étroite avec les conceptions politiques dominantes à chaque période. Preuve en est le fait que le régime des institutions locales est un résumé parfait des grandes tensions et des grands équilibres qui ont présidé à la construction de nos Etats contemporains. La configuration des collectivités locales a donc été intimement liée aux luttes politiques des deux derniers siècles; aux confrontations marquées par la tension entre unité et pluralité des administrations publiques, entre concentration et déconcentration de leurs fonctions et entre centralisation et décentralisation territoriale du pouvoir. En somme, l'histoire de l administration locale répond à une dialectique permanente qui oscille entre la soumission au pouvoir central de l'etat et la gestion autonome de ses propres intérêts. La crise du modèle d'etat centralisé est un fait universellement constaté à la fin du siècle présent. Elle est accompagnée d'une vigoureuse renaissance des collectivités territoriales de niveau inférieur et d'une reconnaissance généralisée du respect de leur autonomie. Cependant, les réformes décentralisatrices entreprises dans les différents Etats européens durant les dernières décennies (cas de l'allemagne, de l'espagne, de la France, de l'italie, de la Suède, ou, à une moindre échelle, du Royaume-Uni) n'ont pas eu la même envergure, ni la même nature. La reconnaissance généralisée du principe d'autonomie n'est, de surcroît, pas exempte de problèmes. Le premier d'entre eux dérive, précisément, de l'ambiguïté conceptuelle du terme. La difficulté de préciser le concept d' «autonomie», considéré aujourd'hui comme la «pierre angulaire du système local», s'accentue étant donné la complexité et l'hétérogénéité de ses racines doctrinales. On soulignera parmi elles: la théorie du «pouvoir municipal» comme «quatrième pouvoir», affirmée en France à la fin du XVIII e siècle, qui rendait les municipalités responsables des affaires de leurs territoires; l'idée germanique de l'«association municipale» (Genossenschaft) qui renforçait l'aspect corporatif de la société locale, comme collectivité de personnes qui agit sur un territoire; la théorie de l «autonomie locale» (self-government), d'origine anglo-saxonne, qui a connu son âge d'or pendant le XVIII e siècle; et, enfin, la doctrine de la décentralisation, initialement esquissée comme une réaction face aux excès du centralisme bureaucratique et hiérarchisé, d'influence napoléonienne. De nos jours, l'autonomie locale, dans son sens large, suppose la remise de la gestion des affaires locales aux organes représentatifs des collectivités directement concernées, gestion qui se déroule sous leur propre responsabilité, et, donc, généralement libre de directives et d'ordres de service des collectivités territoriales supérieures.
18 16 Trois idées centrales semblent donc constituer la base du principe d'autonomie locale: organisation propre, existence de compétences «propres» aux collectivités locales, et, finalement, libre gestion de leurs intérêts, ce qui exclut la subordination à d'autres instances et l'application de techniques liées au principe de hiérarchie. Les textes constitutionnels reconnaissent habituellement l'importance de l'autonomie locale pour la gestion de ses propres intérêts, sans spécifier quels sont ces intérêts, ni comment ils se matérialisent. Sa détermination est habituellement confiée au législateur ordinaire qui, de toute façon, doit respecter le droit des collectivités locales à intervenir dans les affaires qui touchent directement leurs intérêts. Ce sera le législateur qui déterminera librement, dans le cadre de la Constitution, les intérêts locaux et précisera leur portée en attribuant à la collectivité les compétences requises pour leur gestion. En définitive, la reconnaissance constitutionnelle et/ou légale de l'autonomie locale doit servir de fondement pour une configuration des relations inter-administratives où on accorde aux collectivités locales le rôle d'instances administratives privilégiées pour l'accomplissement de certaines tâches publiques. C'est dans cette optique qu'il convient d'aborder la question du contrôle des collectivités locales dans l'exercice de leur autonomie. La notion d'autonomie fait référence à un pouvoir limité et non absolu. Les systèmes de contrôle sont là pour éviter que les limites soient dépassées et pour garantir que soit respecté l'équilibre établi par le législateur constitutionnel et par le législateur ordinaire entre l'intérêt général, l'intérêt de la collectivité et les droits individuels. Cette fonction justifie l'existence des contrôles, mais en même temps constitue le paramètre pour en déterminer les bornes, car tout contrôle non nécessaire pour remplir cette fonction devrait être éliminé et toute modalité de contrôle exorbitante par rapport au but visé devrait être revue. La Charte européenne de l'autonomie locale (ci-après la charte), dans son article 8.3 ne fait que réaffirmer ce principe pour une catégorie particulière de contrôle, le contrôle administratif, lorsqu'elle prévoit que: «Le contrôle administratif des collectivités locales doit être exercé dans le respect d'une proportionnalité entre l'ampleur de l'intervention de l'autorité de contrôle et l'importance des intérêts qu'elle entend préserver.» C'est notamment à la lumière de ce principe que le présent rapport examine les systèmes de contrôle de plusieurs Etats membres et analyse, d'une part, la nature et l'étendue du contrôle sur l'action des collectivités locales, d'autre part, les modalités de ce contrôle et les conséquences qu'il produit.
19 I. NATURE ET ETENDUE DU CONTROLE SUR L'ACTION DES COLLECTIVITES LOCALES 1. Les divers types de contrôle sur l'action des collectivités locales et leurs finalités Le caractère limité de l'autonomie locale, la coexistence dans la plupart des pays de diverses collectivités sur le même territoire, ainsi que l'éventuelle incidence de l'activité locale sur les intérêts généraux mais aussi sur les intérêts individuels, justifie l'intervention du législateur au moment d'établir des mécanismes de contrôle sur les collectivités locales. Le législateur jouit habituellement dans cette tâche d'une grande marge de pouvoir discrétionnaire, puisque presqu'aucun texte constitutionnel n'établit de règles précises sur les contrôles pouvant être instaurés sur les collectivités locales 1. En fait, l'action des collectivités locales fait l'objet d'une pluralité de contrôles, dont chacun a sa raison d'être. On a souvent tendance à étudier chaque forme de contrôle de façon isolée des autres. Une telle approche s'explique sans doute par les problèmes particuliers que chaque forme de contrôle pose. Néanmoins, lorsqu'il s'agit d'évaluer dans quelle mesure l'activité de contrôle a une incidence sur la mise en œuvre de l'autonomie locale, il devient important d'avoir une vue d'ensemble de ces différents contrôles et des finalités qu'ils poursuivent. Dans le cadre du présent rapport, les contrôles auxquels les collectivités locales sont soumises, sont présentés en trois catégories: contrôle juridique; contrôle financier et audit; contrôle politique. Chacun de ces grands types couvre une réalité complexe, dont il convient d'indiquer les principaux traits. a. Contrôle juridique L'expression «contrôle juridique» évoque immédiatement l'idée d'un contrôle de l'action des collectivités locales ayant pour but de vérifier la conformité de cette action avec le cadre normatif qui fixe les limites de leur autonomie et les modalités de sa mise en œuvre. Il s'agit donc d'assurer que les collectivités locales n'excèdent pas leurs compétences et que celles-ci soient exercées selon les formes prévues par la loi. En cas de compétences déléguées, ce contrôle s'étend parfois jusqu'à l'évaluation du contenu des décisions sous l'angle de leur cohérence avec les objectifs visés (opportunité). La notion de contrôle juridique recouvre plusieurs formes de contrôle qui doivent être répertoriées clairement. Il s'agit, tout d'abord, des contrôles exercés par l'administration centrale ou, le cas échéant, régionale et qu'il est possible de résumer par les termes de «surveillance administrative» et de «tutelle» A ce sujet, la Constitution italienne de 1948 constitue une exception, puisqu'elle stipule, dans son article 130 que «Un organe de la région, constitué selon ce qui a été établi dans une loi de la République, exerce le contrôle de légalité sur les actes de la province, de la municipalité et du reste des collectivités locales. Dans les cas déterminés par la loi, le contrôle de l'opportunité pourra être exercé.»
20 18 Il s'agit, ensuite, des contrôles exercés par les juridictions internes (administratives et/ou civiles) à partir de recours intentés contre la collectivité. Ces deux formes de contrôle n'épuisent pas les contrôles juridiques car des organes non juridictionnels mais clairement indépendants par rapport à l'administration centrale (ou régionale) peuvent jouer un rôle important. Ainsi certains Etats ont institué un ombudsman chargé d'un rôle d'investigation (pays scandinaves) ou encore un médiateur dont le rôle est d'examiner les cas d'injustice provenant d'une mauvaise administration de la part des autorités locales sur le territoire de leur ressort. C'est le cas du médiateur local établi en Angleterre par la loi de b. Contrôle financier et audit Le contrôle financier et l audit dont la présente étude s'occupe consistent essentiellement en la vérification des comptes, des liquidités et des biens comptabilisés 1. Ils sont essentiellement définis à partir des règles de la comptabilité publique dans la plupart des Etats, et visent à assurer le respect de ces règles et la régularité des inscriptions comptables. Mais ils peuvent aller au-delà et viser également la gestion financière dans son ensemble, c'est-à-dire l'efficacité et l'économie de l'action des collectivités locales. Une distinction peut apparaître entre contrôle financier et audit quant aux organes chargés des opérations, la mission d audit pouvant être confiée dans certains cas à un expert indépendant chargé d établir un état financier de la collectivité et de la conseiller dans ses choix financiers futurs. Dans ce cas, l audit n est pas vraiment assimilable à un contrôle financier et à une vérification des comptes, mais correspond plutôt à une aide à la décision. Il est à noter également que dans certains pays un contrôle financier de fait peut être exercé par des organismes de crédit, ayant dans certains cas un statut public, lors des opérations d'emprunt. c. Contrôle politique Le contrôle politique peut s exercer sur deux plans. Tout d'abord, à l intérieur de la collectivité, les exécutifs locaux peuvent être responsables devant les assemblées élues disposant du pouvoir délibératif. L article 3 paragraphe 2 de la charte précise d ailleurs que les conseils ou assemblées composés de membres élus au suffrage universel peuvent «disposer d organes exécutifs responsables devant eux». Cette mise en jeu de la responsabilité politique des exécutifs locaux peut prendre différentes formes dans les législations des Etats membres qui l ont instituée. En Pologne, le conseil peut pourvoir au remplacement de l'organe exécutif de la municipalité ou du maire seul dans un délai d un mois après communication d un rapport de la Chambre régionale des comptes. 1 On ne traitera par contre pas des contrôles sur les finances locales qui ont pour but de limiter les dépenses ou de les orienter, par le biais de la réglementation fiscale ou de la politique des subventions.
21 En Suède, depuis le 1 er janvier 1995, une assemblée locale peut révoquer les mandats de tous les membres d'un comité (exécutif ou autre) quand la majorité politique du comité n'est plus la même que celle de l'assemblée, ou quand des changements ont lieu dans l'organisation des comités. En Finlande, la majorité du conseil municipal a le droit de révoquer le mandat de l'exécutif, des comités et des autres organes nommés par le conseil, en adoptant une motion de censure. D autres Etats ont prévu la possibilité de déposer des motions de censure entraînant en cas de vote positif le renversement de l exécutif local. C est le cas au Luxembourg où un tiers du conseil peut déposer une motion de censure dans le cas de rejet du projet de budget. Si la motion de censure est votée, les membres du collège des bourgmestres et échevins sont déclarés démissionnaires. En Espagne, il existe une procédure (peu utilisée) par laquelle le conseil, à la suite d une motion de censure dite constructive, désigne des remplaçants pour exercer les fonctions exécutives. En Finlande, la loi d organisation municipale du 1 er juillet 1995 ouvre la faculté au conseil d émettre un vote de défiance à l égard des différents organes élus par lui et de provoquer leur démission. Le cas de la Bulgarie est très particulier, puisque la loi sur l'autonomie locale et les collectivités locales prévoit un contrôle réciproque entre les conseils municipaux et les maires. Les conseils sont habilités à annuler les actes des maires qui vont à l'encontre des décisions consiliaires. D'autre part, le maire a la possibilité de demander au conseil le réexamen d'une décision qu'il estime contraire à l'intérêt de la commune ou à la loi. Si cette décision est confirmée, il peut saisir le tribunal pour qu'il se prononce sur la légalité de la décision litigieuse. Dans une autre série d Etats dont la France en particulier, la responsabilité, même diffuse, est inexistante. Dans le modèle français, le poids de l exécutif sur les décisions locales est très important. Sa force repose moins sur des dispositions juridiques organisant les relations entre organe délibératif et organe exécutif que sur des mécanismes diffus (mécanismes électoraux, traditions locales, etc.). Le contrôle politique peut s exercer sur un second plan par l action des citoyens. Ce contrôle, qui est exercé au quotidien, s'exprime de la façon la plus directe à travers la sanction du vote lors des élections locales. Par ailleurs, l article 3, paragraphe 2 de la charte prévoit expressément que le contrôle politique par le conseil peut être complété par un contrôle par le citoyen au moyen du recours aux assemblées de citoyens, au référendum et à toute forme de participation directe des citoyens là où elle est permise par la loi. Cette disposition de la charte renvoie au débat bien connu: démocratie de délégation, démocratie de participation. Ainsi, outre le droit du citoyen de saisir la justice pour trancher des conflits de légalité, il semble se développer en Europe l idée de confier au citoyen une possibilité de contrôle politique plus large sur les affaires locales. Cette forme de contrôle politique peut s exercer par des moyens variés; possibilité de saisine par le citoyen d un médiateur ou d un ombudsman, possibilité de demander un référendum local, possibilité de saisir le conseil en vue de l organisation d une consultation. 19
22 20 2. L'objet du contrôle On fait habituellement la distinction entre contrôles sur les actes et contrôles sur les organes et les personnes. Les problèmes que soulèvent ces deux formes de contrôle ne sont pas les mêmes et cela justifie que l'on les présente séparément. Il est néanmoins utile de préciser que l'objet du contrôle est l'action des collectivités locales: dans la plupart des cas, la sanction d'une action irrégulière ne porte que sur l'acte qui en est la manifestation; dans certains cas plus graves, la sanction peut frapper les organes ou les personnes qui en portent la responsabilité. a. Contrôle sur les actes Il est difficile d'extraire des règles générales du panorama offert par les législations sur le régime local dans les divers Etats, au-delà de la reconnaissance d'un traitement différent du contrôle sur les actes selon que ceux-ci se rapportent à l'exercice de compétences propres ou de compétences déléguées par une autre institution administrative (soit de l'etat, soit de la région). On verra à cet égard qu'en principe, le contrôle administratif d'opportunité n'est admissible que quand il est exercé par les autorités de niveau supérieur sur des tâches dont l'exécution est déléguée à des autorités locales. La distinction entre des fonctions locales «propres» et des fonctions étatiques «déléguées» répond à une certaine tradition historique, la française, qui a laissé des traces évidentes dans les systèmes actuels de l'europe continentale. Un tel schéma est étranger au système du Royaume-Uni, où les autorités locales n'exercent d'autres compétences que celles qui leur sont expressément attribuées par les normes, en les exerçant, en tout cas, comme fonctions propres et jamais comme fonctions déléguées. i. Le contrôle sur l'exercice des fonctions qui correspondent à des intérêts supra-locaux et dont la gestion est déléguée aux municipalités par des collectivités territoriales supérieures Dans les systèmes d'influence française, à l'heure de réglementer l'exercice de ce type de fonctions, les législateurs nationaux ont opté pour une des configurations suivantes: considérer la collectivité locale comme une partie ou un organe de l'etat, ou de la région le cas échéant, et, donc, soumise au pouvoir hiérarchique de celle-ci; considérer la collectivité locale comme un organisme autonome, non soumis à une supervision hiérarchique, l'exercice par la collectivité locale de fonctions déléguées justifiant néanmoins une plus grande intervention de l'autorité délégante. a. Dans le premier des cas se produit ce qu'on pourrait appeler un «dédoublement fonctionnel»: les représentants des collectivités locales agissent comme représentants de la municipalité et comme «agents de l'etat» (ou de la région le cas échéant). Dans cette condition qui touche particulièrement le maire, les agents municipaux («prêtés à l'etat», selon une heureuse expression) se trouvent subordonnés hiérarchiquement aux organes étatiques, et sont assujettis à leurs ordres contraignants, à leurs contrôles particuliers et à leurs pouvoirs disciplinaires.

References: l'article 15
 l'article 4
 l'article 3
 l'article 8
 l'article 11
 l'article 8
 l'article 7