Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/vierges-britanniques.htm
Timestamp: 2020-04-08 02:54:30+00:00

Document:
Capitale: Road Town (île de Tortola)
Population: 21 270 (est. 2004).
Groupe majoritaire: créole anglais des îles Vierges (60 %)
Groupes minoritaires: anglais (10 %), espagnol (10 %), autres créoles (papiamento), néerlandais, français
Articles constitutionnels (langue): art. 9, 15, 16, 26 et 18 de la Constitution de 2007
Lois linguistiques: Loi sur les sociétés commerciales internationales (1984) ; Loi sur les sociétés de gestion (1990); Loi sur les fonds communs (1996) ; Loi sur la marine marchande (2001); Code de réglementation (2009).
Les îles Vierges appartiennent à deux États: on distingue, d'une part, les îles Vierges britanniques (153 km²), les British Virgin Islands, un territoire d'outre-mer du Royaume-Uni, d'autre part, les îles Vierges américaines (344 km²), les U.S. Virgin Islands, une dépendance des États-Unis acquise en 1917 du Danemark. Les deux territoires constituent un archipel des Petites Antilles situé à l'est de Porto Rico (voir la carte).
Les îles Vierges britanniques constituent encore une colonie et forment un archipel de 36 îles et îlots, dont 16 sont habitées. Les principales îles habitées sont Tortola, Virgin Gorda, Anegada, Jost Van Dyke, Peter Island et Salt Island. La capitale locale, qui est aussi l'unique ville du groupe, est Road Town, située sur la côte sud-est de Tortola (voir la carte détaillée).
2004 Superficie
Tortola 13 200 18 500 59,2 km²
Virgin Gorda 2 400 3 600 21,2 km²
Anegada 162 191
Jost van Dyke 140 176
Autres îles 144 226 23,7 km²
Total 16 100 22 700 151 km²
La population des îles Vierges britanniques était de 22 700 habitants en 2004. Mais 81 % des habitants vivent dans l'île de Tortola (18 500 hab.) et 15,8 % dans l'île de Virgin Gorda.
La plupart des insulaires sont des Noirs, soit dans une proportion d'environ 90 %; les autres sont des Blancs, des Mulâtres ou des Antillais, des Hispaniques, des Indo-Pakistanais ou des Asiatiques.
Plusieurs langues sont parlées aux îles Vierges britanniques: le créole anglais des îles Vierges, l'anglais, l'espagnol, le créole anguillais, le créole barbudien, etc.
2.1 Le créole anglais des îles Vierges
Le créole anglais des îles Vierges est la langue autochtone de ce territoire britannique, appelé le irgin Islands Creole English. Cette langue est parlée majoritairement par environ 60 % de la population. Elle n'est pas aisément compréhensible pour un unilingue anglophone, car il s'agit vraiment d'une autre langue en raison de la grammaire complètement différente et aussi parce qu'une grande partie du vocabulaire reste incompréhensible pour un anglophone. Bien qu'une grande partie du vocabulaire soit puisé dans l'anglais, il reste encore beaucoup de mots issus des langues amérindiennes, du créole néerlandais ("Negerhollands"), de l'espagnol, du français et d'un créole à base de français, du danois, etc. (voir une liste d'exemples en cliquant ICI, s.v.p.). Il faut ajouter les différences phonétiques, de sorte qu'un anglophone ne reconnaît guère les mots de sa langue dans un tel contexte.
De plus, ce créole est fragmenté en différentes variétés en fonction des îles: créole de Tortola, créole de Gorda, créole d'Anegada, etc. Ces variétés sont apparentées aux créoles (appelés aussi «dialectes») parlés dans d'autres îles antillaises: dialecte de Saint-Thomas ("Thomian dialect"), dialecte de Sainte-Croix ("Crucian dialect"), dialecte de Saint-Martin ("Saint Martin dialect"), dialecte de Saba ("Saba dialect"), dialecte eustachois ("Statia dialect"), etc. Ce sont tous ces créoles qui sont aisément compréhensibles entre eux.
De façon générale, le créole anglais est une langue strictement orale. Depuis longtemps, le créole anglais des îles Vierges était une langue strictement orale, mais depuis plusieurs années, certains auteurs locaux écrivent en «créole des îles». Par ailleurs, de plus en plus de jeunes écrivent aussi en «créole des îles» lorsqu'ils communiquent entre eux par l'Internet. Cependant, étant donné qu'il n'existe aucun système orthographique standard en «créole des îles», ceux qui l'utilisent doivent se baser sur l'orthographe anglaise. Autrement dit, chacun écrit sans règles orthographiques.
2.2 L'anglais standard
L'anglais standard est la langue officielle des îles. C'est donc la langue du gouvernement, de la justice et de l'éducation. Seuls 10 % de la population parle l'anglais comme langue maternelle. Ce sont surtout des Britanniques (plus de 1000), des Américains (env. 700) et certains Antillais originaires de pays anglophones.
Évidemment, l'anglais bénéficie d'un grand prestige, parce qu'il est associé à la mobilité sociale et qu'il est amplement utilisé dans les milieux professionnels et celui des affaires.
2.3 L'espagnol
Depuis quelques décennies, l'espagnol est une langue maternelle importante au point de vue du nombre des locuteurs, soit 10 % de la population. Les hispanophones sont des immigrants, surtout des Portoricains, mais beaucoup viennent aussi de la République Dominicaine et de Cuba, ainsi que de différents pays d'Amérique du Sud.
2.4 Les autres créoles
Les autres locuteurs parlent un créole antillais appelé le papiamento. Il existe aussi un petit nombre de locuteurs parlant le néerlandais ou le français. Auparavant, il se parlait aussi un créole néerlandais, mais le dernier locuteur de cette langue est mort en 1987. Beaucoup d'insulaires viennent aussi des territoires britanniques tels que Anguilla, les îles Caïmans, l'île Montserrat, les îles Turques-et-Caïques, sans oublier la Jamaïque, Trinité-et-Tobago, etc., des îles où l'on parle un créole anglais particulier.
Les insulaires sont de religion protestante dans une proportion de 86 %, dont 33 % de méthodistes, 17 % d'anglicans, 9 % de l'Église de Dieu, 6 % des adventistes du Septième Jour, 4 % de baptistes, 2 % de témoins de Jéhovah, et d'autres (15 %); on compte aussi des catholiques romains (10 %).
Quelques décennies plus tard, Christophe Colomb, lors de son second voyage en 1493 dans le Nouveau Monde, a aperçu la région. Il aurait nommé les îles Las Vírgenes («les Vierges») en souvenir d’une légende attribuée à sainte Ursule et à ses compagnes: Santa Úrsula y las Once Mil Vírgenes. Il a aussi donné les noms de Gorda Virgen («la Grosse Vierge») et Anegada («l'île submergée»), lesquels sont demeurés aujourd'hui. L'île de Gorda Virgen fut presque aussitôt colonisée par les Espagnols qui, au début des années 1500, y exploitèrent des mines de cuivre. Les colons apportèrent avec eux la maladie et l'esclavage, expédiant beaucoup d'autochtones dans ce qui deviendra la République Dominicaine pour les faire travailler dans les mines. Beaucoup moururent de maladies (surtout de la variole et de la grippe). Tous les autochtones avaient disparu dès 1596.
Par la suite, attirés par les richesses minières que leur offraient les îles des Grandes Antilles, les Espagnols abandonnèrent l'île de Virgin Gorda. La région devint le refuge des pirates anglais, hollandais, français, espagnols et danois. En 1648, les Hollandais s'établirent sur les îles de Tortola et de Virgen Gorda, qui servirent encore de refuge pour les pirates hollandais, Joost van Dijk étant demeuré le plus célèbre; on donna son nom à l'une des îles Vierges. Tous les Hollandais furent expulsés par des flibustiers anglais en 1666, lesquels revendiquèrent les îles au nom de la Couronne anglaise.
En 1672, les Britanniques annexèrent les îles Vierges, alors que les autres îles continuèrent d'appartenir au Danemark (en danois: Jomfruøer) avant de passer aux aux États-Unis (1917) sous le nom de U.S. Virgin Islands. Vers 1680, des planteurs anglais venus d'Anguilla se fixèrent à Tortola, puis à Anegada et à Virgen Gorda. Quant aux Hollandais, ils réussirent à s'établir dans les autres îles Vierges plus au sud telles que Saint-Jean (Saint John), Saint-Thomas et Sainte-Croix. Les occupants britanniques développèrent la canne à sucre grâce à l'esclavage. Au XVIIIe siècle, d'autres planteurs — des Quakers — vinrent dans les îles; l'économie prospéra par la production du sucre, du coton, du rhum, de l'indigo et des épices. Des missionnaires quakers s'implantèrent en 1730 à Tortola, avec à leur tête John Pickering, premier lieutenant-gouverneur de l'île.
En 1756, la population des îles était estimée à 1236 Blancs et 6121 Noirs. Les Blancs parlaient anglais, mais les Noirs parlaient depuis déjà longtemps le créole des îles Vierges. En 1773, les îles Vierges britanniques furent autorisées à former un gouvernement constitutionnel doté d'une certaine autonomie. Au début du XIXe siècle, les révoltes d'esclaves remirent en question le travail des Noirs dans les plantations. En 1816, les îles Vierges britanniques, ainsi que les îles de Saint-Christophe-et-Niévès (devenues St Kitts & Nevis) et Anguilla furent réunies sous une seule et même colonie. En 1833, les îles Vierges britanniques firent partie des Îles-sous-le-Vent. L'abolition de l'esclavage en 1834 se révéla désastreux pour l'économie des îles Vierges: les quelque 5000 Noirs furent émancipés, mais de nombreux colons anglais quittèrent la colonie. À partir de 1871, les îles Vierges britanniques firent partie de la Fédération des Îles-sous-le-Vent (Leeward Islands Federation). Lorsque les Îles-sous-le-Vent rejoignirent en 1958 les Antilles britanniques, les îles Vierges britanniques obtirent un statut distinct des autres colonies.
3.2 L'autonomie politique
Depuis 1967, les îles Vierges fonctionnent comme une démocratie parlementaire avec leur propre premier ministre. Cette année-là, H. Lavitty Stoutt du Parti des îles Vierges (le VIP: Virgin Islands Party) devint premier ministre; il le resta jusqu'en 1971. Entre 1971 et 1975, Willard Wheatley, un non-partisan, dirigea le gouvernement sans le VIP, mais incluant le Parti uni (United Party ou UP). Puis, après les élections de 1975, le VIP participa à un gouvernement dirigé par Wheatley. En 1979, Stoutt regagna sa fonction de premier ministre. En 1983, le VIP fut défait et le non-partisan Cyril Romney devint premier ministre dans une coalition avec le Parti uni. En 1986, le VIP gagna les élections : Stoutt redevint premier ministre. Après sa mort en 1995, Ralph O'Neal lui succéda. Le VIP gagna les élections de 1999 et dirigea le gouvernement. Après les élections de 2003, Orlando Smith, du Parti national démocratique (National Democratic Party: NDP), mit fin au règne du VIP. Aujourd'hui, les îles Vierges britanniques forment toujours une colonie au sein du Royaume-Uni.
4 La politique linguistique de non-intervention
Le gouvernement des îles Vierges britanniques n'a pas de politique linguistique, si ce n'est la non-intervention. À l'image de la mère patrie, la Constitution de 2007 ne contient aucune disposition linguistique concernant une quelconque langue officielle. L'anglais est la langue officielle de la colonie parce que c'est la langue officielle de facto du Royaume-Uni.
Le gouvernement local perpétue l'usage en vigueur depuis le début de la colonie. L'anglais est la seule langue admise à l'Assemblée législative, dans l'Administration, les tribunaux et l'éducation. L'article 15 de la Constitution de 2007 traite de la langue parlée lors d'une arrestation ou d'une détention:
Dans les faits, cela signifie que l'anglais est normalement la langue de la justice, mais le recours à un interprète st un droit lorsqu'un individu ne comprend pas cette langue. L'article 16 correspond aux mêmes exigences en matière pénale:
Il en est ainsi à l'article 28:
En réalité, ce sont les lois commerciales qui nous donnent le plus de renseignement sur le statut de l'anglais dans les îles Vierges britanniques. Ainsi, l'article Loi sur les sociétés commerciales internationales (1984) impose l'usage de l'anglais pour la rédaction des statuts de continuation des entreprises commerciales internationales:
1) - c) Les articles de continuation, accompagnés d'un exemplaire de la charte et des statuts de l'entreprise ou de leur équivalent, sont rédigés en anglais ou, s'ils sont rédigés dans une autre langue, doivent être accompagnés d'une traduction certifiée conforme en anglais et être soumis au registraire qui doit les conserver et les consigner dans le registre;
Il en est de même à l'article 85:
L'article 15 de la Loi sur les sociétés de gestion (1990) mentionne l'anglais dans la description ou le nom sous lequel elle exerce ses activités dans le territoire des îles Vierges:
Quant à la Loi sur les fonds communs (1996), elle oblige l'emploi de l'anglais la brochure descriptive:
Pour ce qui est de la Loi sur la marine marchande (2001), elle impose aussi l'usage de l'anglais pour les inscriptions dans le journal de bord et le journal de la salle des machine ou une traduction officielle:
Enfin, l'article 38 du Code de réglementation (2009) prescrit également l'usage de l'anglais pour la tenue des registres:
Ces quelques faits illustrent le statut de l'anglais par rapport aux autres langues.
Cependant, même si la colonie est régie par des lois anglaises, les habitants continuent de parler leur créole local, que ce soit dans les tribunaux ou l'Administration, qui s'accommodent assez bien de la langue parlée par les insulaires.
Quant aux écoles, c'est l'anglais standard qui sert d'unique langue d'enseignement pour la population scolaire (environ 4800 élèves). D'ailleurs, le système est calqué sur le système britannique, y compris les manuels. C'est donc dire que pour la très grande majorité des insulaires, sinon la quasi-totalité, l'anglais est une langue seconde d'enseignement. Pourtant, l'anglais est enseigné comme langue maternelle, ce qui ne peut que soulever certaines difficultés d'ordre pédagogique. La Virgin Islands Education Act de 2004 ne mentionne pas l'anglais comme matière d'enseignement. Seuls certains immigrants bénéficient des cours d'anglais langue seconde avant leur admission dans les écoles publiques.
L'enseignement primaire dure six ans et l'enseignement secondaire, cinq ans. Les étudiants qui désirent poursuivre leurs études à l'université peuvent fréquenter L'Université des îles Vierges (University of the Virgin Islands) ou choisir une université de la Grande-Bretagne.
4.2 Les médias et les autres langues
Les médias écrits utilisent l'anglais comme véhicule de communication, mais la radio n'hésite pas à recourir au créole local dans un grand nombre d'émissions.
La stabilité économique des îles est assurée par le tourisme international. En effet, quelque 300 000 personnes visitent annuellement les îles Vierges britanniques. La langue anglaise demeure donc omniprésente.
L'unilinguisme anglais est omniprésent dans le fonctionnement de l’État, notamment dans la langue écrite. Un certain pragmatisme est toléré dans les communications orales, que ce soit dans l’Administration ou les tribunaux, ainsi que dans les médias électroniques. Il n'existe aucune ouverture éventuelle à l'égard du créole local parlée par 60 % de la population.
En somme, la politique linguistique des îles Vierges apparaît peu coercitive et reste ce qu'elle a toujours été: la non-intervention.
DAWSON, Lorna. Inclusive Education in the British Virgin Islands, BVI: Department of Education, 2002.

References: art. 9
 L'article 15
 L'article 16
 l'article 28
 l'article 85

L'article 15
 l'article 38