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Timestamp: 2020-08-13 05:12:14+00:00

Document:
Résumé de théologie dogmatique, Livre II : Dieu - Page 8 - Mi ca El !?
#71 Message par chartreux » lun. 30 mars 2020 12:12
SWS, Livre II, I, C3, §69 traduit par le chartreux a écrit :
Section 69. L'Invisibilité de Dieu.
I. La vision est proprement l'acte du sens le plus noble ; le terme est aussi utilisé par analogie pour désigner le savoir acquis par l'œil de l'esprit, et particulièrement le savoir acquis par une intuition directe et immédiate de l'objet. Toutes les choses créées sont visibles à certaines créatures sinon à toutes. Mais Dieu est invisible à l'œil corporel des créatures, non seulement à cause de Sa Simplicité, mais aussi par ce qu'Il est un pur Esprit. Cette invisibilité est de foi, et est clairement exprimée dans les citations que nous allons donner.
#72 Message par chartreux » mar. 31 mars 2020 12:07
II. Dieu est invisible naturellement à l'oeil mental des anges et des hommes, et même de tout esprit créé ; mais Il peut se rendre visible à des yeux surnaturellement illuminés.
1 Tim. 6:16 a écrit : [Dieu] qui seul possède l’immortalité et qui habite une lumière inaccessible (φῶς οἰκῶν ἀπρόσιτον), que nul homme n’a vu et ne peut voir
C'est ici la perfection éminente de Dieu, sa "lumière inaccessible", qui est donnée comme cause de son Invisiblité.
Jean 1:18 a écrit : Nul n’a jamais vu Dieu
1 Cor. 13:12 a écrit : Nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme ; mais alors nous verrons face à face. Maintenant je connais en partie ; mais alors je connaîtrai comme (aussi bien que) je suis connu (moi-même).
Rom 1:20 a écrit : En effet, ses perfections invisibles (τα ἀόρατα) sont devenues visibles depuis la création du monde,
Autrement dit, Dieu est invisible, inconnaissable en lui-même, mais est visible médiatement et indirectement par le moyen des créatures. Cf. aussi plus haut, section 56.
Dieu est invisible à l'oeil corporel en raison de sa simplicité physique ; sa Simplicité métaphysique et son immatérialité absolue le rendent invisible à l'oeil mental aussi. Ces attributs établissent une telle disproportion entre l'Essence divine et les facultés intellectuelles des créatures, que Dieu ne peut être l'objet de telles facultés.
#73 Message par chartreux » mer. 01 avr. 2020 11:55
S. Thomas, Summa Ia, art.12, q.4 a écrit : Il est impossible qu’un intellect créé, par ses facultés naturelles, voie l’essence de Dieu. Car la connaissance consiste en ce que le connu est dans le connaissant. Or, le connu est dans le connaissant selon son mode à lui. Ainsi la connaissance, pour chaque connaissant, est conforme au mode d’être qui convient à sa nature. Donc, si le mode d’existence d’une chose connaissable surpasse le mode d’être que le connaissant tient de sa nature, il faut que la connaissance de cette chose soit au-dessus des facultés naturelles de ce connaissant.
Donc, connaître les choses qui n’ont l’être que dans une matière individuelle nous est connaturel, parce que notre âme, par laquelle nous connaissons, est elle-même la forme d’une certaine matière. Toutefois cette âme a deux facultés cognitives. L’une est l’acte d’un organe corporel. Et à celle-là il est connaturel de connaître les choses selon qu’elles sont dans une matière individuelle : c’est pourquoi les sens ne connaissent que le singulier. L’autre faculté cognitive de l’âme est l’intellect, qui n’est l’acte d’aucun organe corporel. Aussi par l’intellect nous est-il connaturel de connaître les natures qui, à vrai dire, n’ont l’être que dans la matière individuelle, mais de les connaître non pas en tant qu’elles sont dans une matière individuelle, mais selon qu’elles sont abstraites de la matière par la considération de l’intellect. Aussi au moyen de l’intellect pouvons-nous connaître ces choses-là dans une notion universelle, ce qui dépasse le pouvoir des sens. À l’intellect angélique, il est connaturel de connaître les natures qui ont l’être en dehors de la matière. Cela est au-dessus de la faculté naturelle de l’intellect chez une âme humaine, dans l’état de la vie présente, parce qu’elle est unie au corps.
#74 Message par chartreux » jeu. 02 avr. 2020 11:37
III. Il semblerait à première vue que les arguments qui viennent d'être donnés démontrent que Dieu est tout-à-fait inconnaissable à toute créature. Si l'œil corporel ne peut voir un esprit créé en raison de la simplicité de ce dernier, un œil spirituel ne peut voir Dieu dont la simplicité est infiniment au-dessus de la simplicité d'un esprit créé. Cette difficulté est résolue en
S. Thomas, Contra Gentes, Livre Troisième, 54, 1 a écrit : La divine substance ne dépasse pas à ce point l'intelligence créée qu'elle lui soit totalement étrangère, comme le son pour la vue, ou une substance immatérielle pour le sens ; la divine substance est en effet le premier intelligible (primum intelligibile) et le principe de toute connaissance intellectuelle. Elle dépasse l'intelligence créée parce qu'elle est plus vaste que sa vertu, comme certains objets sensibles plus forts que le sens (excellentia sensibilium sunt extra facultatem sensuum ; [par exemple la lumière excessive est aveuglante et le bruit excessif est assourdissant]). C'est pourquoi le Philosophe dit au Deuxième Livre des Métaphysiques: « notre intelligence est vis-à-vis des objets les plus lumineux comme l'oeil du hibou à la lumière du soleil ». L'intellect créé a donc besoin d'être renforcé par quelque lumière divine pour voir l'essence de Dieu.
Cf. aussi Ia, q. 12, art. 4, 3.
#75 Message par chartreux » ven. 03 avr. 2020 11:10
Dieu permet à l'intellect créé de contempler sa Substance en élevant et en raffinant ses capacités cognitives, et en s'imprimant sur lui comme une forme intelligible. Cette élévation et "information" de l'intellect est possible en vertu de sa Simplicité infinie. L'élévation n'est en effet qu'une assimilation de son Intellect infiniment simple, assimilation qui ne peut venir que de Dieu en raison de cette Simplicité ; tandis que l'"information" est possible du fait que la Substance de Dieu est infiniment plus simple que celle des esprits créés, si bien qu'Il peut s'infuser en eux, et s'unir si étroitement à eux qu'Il devient leur forme vivifiante. Sur ce point, cf. S. Thomas, Contra Gentes, Livre Troisième, 51.
#76 Message par chartreux » sam. 04 avr. 2020 12:44
IV. Voir Dieu est tellement au-dessus de la nature humaine dans son actuel d'union avec le corps que, d'après l'enseignement habituel, une telle vision ne pourrait avoir lieu sans produire une extase ou une suspension voire une extinction complète de la vie naturelle. C'est pour cela que la vision de Dieu n'est pas donné à l'homme pendant sa vie mortelle sauf exception ou privilège particulier. Ce privilège, cependant, n'a été accordé qu'une fois que nous sachions avec certitude : c'est à l'âme humaine du Christ, qui, en vertu de l'union hypostatique, est depuis le début dans le sein de Dieu avec la Personne divine.
Ce que nous venons de dire rend évident le sens de Exod. 33:20 : "Dieu (Il) dit encore : Tu ne pourras voir mon visage, car nul homme ne me verra sans mourir". Dans l'Ancien Testament, "voir Dieu face à face" désigne souvent une manifestation claire, interne ou externe, de Dieu ou de ses anges ; cf Gen. 32:30, Exod. 33:11.
#77 Message par chartreux » lun. 06 avr. 2020 12:38
SWS, Livre II, I, C3, §70 traduit par le chartreux a écrit :
Section 70. L'Incompréhensibilité de Dieu.
I. Dans la langue de l'Église le terme "comprendre" (comprehendere, καταλαμβάνειν, χωρεῖν) désigne tantôt une connaissance intuitive, opposée à une connaissance médiate, indirecte ou abstraite ; et tantôt une connaissance adéquate - c'est-à-dire une connaissance exhaustive de l'objet, qui recouvre tout ce qui est connaissable de et dans l'objet. Tout comme la simplicité de Dieu le rend invisible à tous les êtres sauf Lui-même, Son infinité le rend incompréhensible à tous sauf Lui-même. La compréhension adéquate de Dieu ne peut être communiquée à aucune créature, même dans la vision béatifique. Cela est de foi, comme il est défini dans la quatrième Concile du Latran (ch. Firmiter), et défini une nouvelle fois dans le Concile du Vatican (sess. 3, chap. 1), où Dieu est décrit comme incompréhensible ainsi qu'immense et omnipotent. De plus, ce terme d'incompréhensible appliqué à Dieu dans l'Écriture-Sainte et dans la Tradition, a toujours voulu dire l'impossibilité d'être connu adéquatement par une créature quelle qu'elle soit.
#78 Message par chartreux » mar. 07 avr. 2020 12:07
II. L'Incompréhensibilité divine est mentionnée souvent dans la sainte Écriture, non pas dans le contexte de la vision béatifique, mais dans celui de la limitation du savoir humain. Cependant, les raisons qui montrent que l'homme terrestre ne peut connaître Dieu de manière adéquate, valent aussi pour les bienheureux au ciel.
Rom. 11:33-35 a écrit : O profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles, et ses voies impénétrables ! 34Car qui a connu la pensée du Seigneur ? ou qui a été son conseiller ? 35 Ou qui lui a donné le premier, et recevra de lui en retour ?
Cf. aussi Job. 11:1-9, Ecclés. 43:30 sqq. ; Ps. 144:3. On trouvera la doctrine des Pères sur ce point dans Pétau (De Deo, 5:3-4) et Ruiz (De scientie Dei, disp. vi).
#79 Message par chartreux » mer. 08 avr. 2020 12:11
III. La cause interne et formelle de l'incompréhensibilité de Dieu tient à son infinité. Un objet infini dépasse les capacités d'un esprit fini ; et comme la "lumière glorieuse" accordée aux bienheureux au Ciel les laisse toujours finis, elle ne leur permet pas d'intégrer pleinement l'Infini. En langage scolastique, un esprit bienheureux voit l'Infini, mais pas infiniment (infinitum non infinite) ; et voit tout cet Infini, mais pas complètement (totum non totaliter).
#80 Message par chartreux » jeu. 09 avr. 2020 11:48
SWS, Livre II, I, C3, §71 traduit par le chartreux a écrit :
Section 71. L'Ineffabilité de Dieu.
I. Un objet peut être ineffable de deux façons. D'abord, notre connaissance de cet objet peut être défectueuse, ce qui rend défectueuse aussi notre description de l'objet ; ou bien, deuxièmement, nous en avons une bonne connaissance mais qui ne peut pas être bien exprimée par notre langage.
I. 1. Dieu est ineffable ou encore inexprimable au sens où aucun esprit créé n'a une connaissance adéquate de Lui. En ce sens, l'ineffabilité divine est un corollaire de l'incompréhensibilité de Dieu, et est également de foi. Nous avons expliqué au §56 comment, malgré l'attribut d'ineffabilité, l'homme est capable de parler de Dieu et de Lui donner des noms divers.
I. 2. Dieu est aussi ineffable au sens où la connaissance de Dieu la plus parfaite qu'un esprit créé peut atteindre, n'est pas exprimable par des mots. En ce sens, l'ineffabilité divine est un corollaire de l'invisibilité de Dieu. De plus, un vecteur créé ne peut véhiculer adéquatement une connaissance de l'infini tel qu'il est en soi. Ce type d'ineffabilité appartient aussi, jusqu'à un certain point, à la connaissance surnaturelle de Dieu qui est parfois communiquée à certains saints au cours de leur vie - une connaissance qu'ils ne peuvent exprimer par des mots ; comme S. Paul, qui "entendit des paroles mystérieuses, qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer" (2 Cor. 12:4).
II. Il est hautement probable, quoique ce ne soit pas du tout démontré, que dans la vision béatifique des bienheureux, la connaissance n'est pas une représentation mentale (species expressa), comme pour tous les autres actes de connaissance intellectuelle. Si tel est le cas, Dieu est ineffable à un tel degré que non seulement on ne peut l'exprimer adéquatement, mais en plus on ne peut aucunement l'exprimer tel qu'Il est en Lui-même.
III. Dieu n'est pas ineffable à Lui-même cependant. Il produit en Lui-même une expression adéquate de Son Être qui est Son Verbe consubstantiel (λόγος). Par ce Verbe qui est en quelque sorte le Visage de Dieu, les bienheureux voient l'essence divine telle qu'elle est.

References: §69
 art.12
 art. 4
 §70
 §71
 §56