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Timestamp: 2017-06-28 07:18:43+00:00

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notre recit de la thailande. - Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
Pho Khun Lithaï ou Phaya Luethai ou Lüthai ou Thammaracha 1er (ลิไทย ou ธรรมราชาที่ ๑). Il est le sixième roi de la dynastie Phra Ruang (พรพเรือง) fondée à Sukhotai en 1238, en sachant que Phu Saisongkran en 1317 à la mort du roi Ramkhamhaeng, a – dit-on - assuré l’intérim ou la régence du roi Lothai en mission en Chine. A la mort du roi Lothai en 1347, Pho Kun (ou Phaya) Nguanamthom est nommé roi. Cette même année, le roi Lithai lui succède (Fils de Loethai et donc petit fils de Ramkhamhaeng). Mais cette chronologie peut être contestée, dans la mesure où – nous l’avons vu dans l’article précédent - les dates de prise de pouvoir et de décès sont variables selon les sources. Ainsi certaines par exemple, font régner Nguanamthom (Cousin de Loethai et fils de Ban Muang) de 1323 à 1347. C’est dire les confusions possibles. La tradition populaire ne s’embarrasse pas des incertitudes et préfère voir Lithai comme le 4ème roi du royaume de Sukhothai, en éliminant ce qui apparait plutôt comme des successions difficiles.
Toutefois, nous avançons l’hypothèse qu’à la mort du roi Lothai en 1347, Phaya Nguanamthom profita ou encouragea des troubles pour se nommer roi. Le fils de Lothai, Lithai, alors uparat, (second roi) à Srisatchanalai, un important centre urbain près de Sukhotai, l’attaqua pour reprendre le pouvoir qui lui revenait de droit. (Uparat : second roi ou vice-roi. Rama V supprimera ce titre et cette fonction en 1876). Une hypothèse avancée aussi par Coedès : « En 1347, il (Lithai) se rendit à Sukhothai, où des troubles semblent avoir éclaté, sans doute à la mort de son père. Il s'empara de la ville et s'y fit sacrer roi avec le titre Çrî Sûryavamça Râma Mahâdharmarâjâdhirâja. » * Lithai. (Principales sources in notre article « 30. Le déclin de Sukhotai au temps du règne de Lithai. »**Le Prince Diskul, un historien thaï éminent le présente ainsi : Le petit-fils de Ram Kamhaeng, Lithai, qui régna de 1347 à 1368 environ, réunifia de nouveau le royaume sans toutefois lui garantir les limites antérieures. Adepte zélé du bouddhisme Theravada (issu de la secte Shri Lanka), il est le premier souverain thaï à avoir vécu comme un moine pendant une partie de sa vie. Il combattit le puissant royaume d'Ayudhya qui s'était implanté au sud depuis 1350. *** Nous avons là un portrait flatteur qui voit en Lithai, un grand roi, un guerrier conquérant, résistant au nouveau royaume d’Ayutthaya, et pieux (a vécu longtemps comme un moine). Nous avions déjà vu que Coedès, parmi les 15 inscriptions retrouvées pour le royaume de Sukhotai qui s’échelonnent chronologiquement entre 1292 et 1530, avait traduit trois d’entre elles qui concernaient le roi Lithai et qui avaient aussi pour fonction d’exalter ses mérites, ses qualités, son immense savoir, sa grande piété : « La 1ère stèle évoque le roi Lidaiyaraja (Loethai), petit-fils de Sri Ramaraja. Elle a pour fonction de montrer combien il est un grand roi, un grand scientifique, vertueux, etc. Elle a aussi pour objet de commémorer la venue à Sukhodaya en 1361 d’un moine de Ceylan et l’ordination du roi au monastère du bois du Manguier. La stèle 2 concerne également le roi Loethai avec son accès au trône du royaume de Sukhodaya (Généalogie, réception, son titre) ; Ses qualités (religieuses, morales, sa générosité) ; et encore la venue et le séjour d’un moine, d’un Mahasami Sangharaja, en 1283, après 22 ans de règne du roi, provenant de Lanka dans le temple du bois des Manguiers durant lequel le roi sera ordonné avec faste. (Observez les dates !) La stèle 3 exalte encore les mérites du roi Loethai (Lideyya ou Lidayya) ; son immense savoir (La grammaire, la nature de Tipitaka), son ordination au saint bois des Manguiers avec tremblement de terre et autres prodigues » (In, Notre article RH 9- « De la difficulté d’écrire l’histoire du royaume de Sukhotai »).
Coedès estime aussi que « Ce prince était un lettré qui composa en 1345 un gros traité de cosmologie bouddhique, le Traibhûmikathâ, qui nous est parvenu sous le nom de Traiphum Phra Ruang (ไตรภูมิพระร่วง) dans sa rédaction siamoise ancienne à peine altérée, et dont les versions modernes constituent encore actuellement le fond des connaissances populaires au Siam et au Cambodge. » (Toutefois certains chercheurs ont émis des doutes quant à l'authenticité du Tribhumikathà (les Trois Mondes), écrit par Lithai. Ces chercheurs avancent l'hypothèse que ce traité cosmologique sur l'éthique du souverain bouddhiste (utilisé comme charte politique bouddhique) a été écrit à la fin du XVIIIème siècle, durant le règne de Rama I (1782-1809) afin d'aider à soutenir une monarchie thaïe dévastée par le sac birman d'Ayutthaya. Durant la période moderne, on peut noter que le Tribhumikathà (les Trois Mondes) fut utilisé par les groupes conservateurs néo-traditionnels pour renforcer le pouvoir des élites thaïes. ». (In Article de Guy David)**** Finot, dans sa note de lecture de « Coedès, Recueil des inscriptions du Siam. Première partie. Inscriptions de Sukhodaya » n’est pas plus prolixe : « Celui-ci (Thammaracha I), d’abord vice-roi de Sajjanalaya monta sur le trône de Sukhodaya à la mort de son père (1347) ; il est l’auteur du Traiphum, traité de cosmologie bouddhiste. Il régnait encore en 1362. Après la fondation d’Ayudhya (1350), Sukhodaya commença à décliner et les rois suivants tombèrent peu à peu au rang de gouverneurs de province. Le dernier est nommé dans une inscription de 1500 A. D. » Mais vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas comment le roi Lithai a réunifié le royaume, même « sans toutefois lui garantir les limites antérieures ». Vous ne trouverez ni le récit, ni la référence d’une quelconque bataille. De plus émerge en 1351 un nouveau royaume thaï, le royaume d’Ayutthaya, qui va bouleverser la géopolitique de la Région. Il est difficile de croire à un roi Lithai conquérant quand le nouveau royaume d’Ayutthaya peut déjà en 1353 prendre Angkor et l’occuper jusqu’en 1357 avec les fils de Ramathobi 1er, Chau Bassat (1353-1354), et Chau Kampang Pisey (1355-1357). Mgr Pallegoix, dans sa Description du royaume de Siam (1854), citant les Annales, confirme que dès son arrivée au pouvoir, le nouveau roi fondateur d’Ayutthaya Ramathibodi Ier même une politique d’expansion, et de citer «la liste des 16 États qui étaient alors sous sa domination : Malaka, Xava, Tanaosi (Ténassérin), Nakhon Si-thamarât (Ligor), Thavai, Mo Ta Ma (Martaban), Mo-Lamlong (Molmein), Song-Kla,Chantabun, Phisalunok, Sukhotai, Phixai, Savankha-Lok, Phichit, Khampheng-phet, NakhonSawan ; ». Certes on peut douter de ces annales qui attribuent au fondateur d’Ayutthaya le royaume de Sukhotai, quand on sait que ce royaume ne sera défait qu’en 1378 par le roi d’Ayutthaya Boromorachathirat 1er, défaite qui imposera au roi Phra Maha Thammaracha II (1368-1399), de reconnaitre la suzeraineté d’Ayutthaya. Le royaume de Sukhotai sera alors divisé en deux : Phra Maha Thammaracha gardera Sukhotai comme capitale et un gouverneur de la dynastie de Sukhotai sera installé à Khamphaengphet. Alors une question se pose : à quoi et à qui peut-on attribuer le prestige du roi Lithai, que l’on connait si peu historiquement parlant ? La réponse est à trouver dans les nombreuses légendes dont bénéficient ce roi et essentiellement dans la volonté du roi Mongkut de fonder l’histoire officielle du royaume de Siam face aux puissances occidentales et aux colonisateurs anglais et français qui menacent ses frontières.
Le roi Lithai a donc profité d’un statut particulier dans l’Histoire de la Thaïlande, que l’on peut attribuer aux nombreuses légendes dont il est le héros. Ainsi par exemple : La Statue du Dieu Indra La légende raconte que le souverain Li Thai, désireux d’acquérir ce qui serait le plus beau Bouddha du royaume du Siam, commanda trois statues à ses trois meilleurs sculpteurs : l’un originaire de Chiang Saen, l’autre de Sukhothai et le troisième sculpteur de Sawankhalok (…) La troisième statue Phra Chinarat, bénéficia de la touche personnelle du Dieu Indra, ce qui érigea la statue au rang de chef-d’œuvre. Cette oeuvre d’art, fût choisie par le souverain Li Thai pour trôner dans le sanctuaire de sa capitale, en 1357. Une statue similaire siège dans le temple de marbre, à Bangkok. Les chroniques racontent aussi que tous les souverains, au fil des siècles, vinrent rendre hommage à l’éveillé de Phitsanulok en le parant de feuilles d’or.
L’origine de Loy Kratong. Selon la légende la plus communément admise, il y avait dans le royaume de Sukhotai à la cour du roi Pra-Ruang (aussi connu sous le nom de Lithai), un prêtre brahmane qui avait une fille extrêmement belle du nom de Naang Noppamart … (Cf. la suite en note *****). Et si on quitte les légendes, on reste dans des généralités que l’on pourrait appliquer à presque tous les rois bouddhistes de l’Asie du Sud-Est, comme celles présentées par des spécialistes comme Guy David, professeur à l'Institut de science et de théologie des religions de Toulouse (****) : « À l'image du dieu Indra, le roi terrestre, le cakravartin, Lithai fit construire son palais au centre symbolique du royaume, ainsi que des tours-caitya jusque dans les provinces éloignées afin de montrer les liens qui unissaient la capitale et les provinces. Stupa et reliques légitimaient les droits territoriaux de Li'thai. Une roue géante (cakra) et une ombrelle, symboles du pouvoir religieux et de la royauté, accompagnaient le roi dans ses déplacements. Il faisait en même temps distribuer par la communauté monastique des images de Buddha, des reliques, des empreintes de pas de Buddha aux 108 signes cosmologiques surnaturels. » Mais si les légendes sont nécessaires à l’édification des romans nationaux, il a fallu la décision royale du roi Mongkut (Rama IV (1851-1868)). Le roi Mongkut, qui, nous rappelle W. Pongsripian, un éminent historien thaï, « se considérait comme la réincarnation du roi Lithai de Sukhothai. » (Cf. ******) L’histoire au sens occidental du terme n’a jamais intéressé les rois et leurs sujets jusqu’au règne du roi Mongkut (Rama IV)(1804-1868). En effet, le roi Mongkut avait pu mesurer la nouvelle puissance militaire des puissances occidentales et surtout celle des Anglais (Traité de Nankin de 1842 avec la Chine, après la 1ère guerre de l’opium, l’annexion de la basse-Birmanie en 1852) et celle des Français qui entendaient bien jouer un rôle dans cette partie du monde. (Cf. Leur expédition avec les Anglais, et le sac du palais d’été de l’Empereur de Chine à Pékin le 18 octobre 1860. La campagne de Cochinchine (1858-1862)). Il dut composer et ouvrir son pays au commerce occidental (Traité de 1855 de Bowring avec l’empire britannique, et le traité de1856 avec la France).
Le roi Mongkut pour préserver l’indépendance de son pays, se fera un point d’honneur de démontrer que son pays était un grand et vieux pays qui datait de Sukhotai ; qu’il avait une grande histoire, une belle histoire nationale. L’histoire officielle était née, qui allait alimenter le nationalisme et son idéologie, la thainess avec ses trois piliers : le roi, le bouddhisme, la nation.****** La stèle de Ramkhamhaeng de 1292, qu’il avait découverte n’en était-elle pas la preuve. Nous avions certes peu appris sur le roi Lithai si ce n’est qu’il jouait un grand rôle dans le roman national de ce pays. Chaque pays a le privilège de choisir ses héros !
Notes et références. *Georges CŒDES, Les Etats hindouisés d'Indochine et d'Indonésie, XIII, LE DÉCLIN DES ROYAUMES HINDOUS,(Première moitié du XIVe siècle) **30. Notre Histoire. « Le déclin de Sukhotai au temps du règne de Lithai ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-30-le-declin-de-sukhotai-sous-le-regne-du-roi-lithai-104137500.html *** M.C.Subhadradis Diskul, Le Courrier de l’UNESCO de juin 1979
****Guy david, (professeur à l'Institut de science et de théologie des religions de Toulouse), Article : Communauté bouddhique et pouvoir politique en Asie du Sud-Est, In, DROIT ET RELIGIONS EN ASIE DU SUD-EST sous la direction de Jean-Marie Crouzatier ; Colloque du Jeudi 10 mai 2001. ***** Suite : Légende de Loy Kratong de Lithai : voir notre article : http://www.alainbernardenthailande.com/article-a167-une-des-plus-belles-fetes-de-thailande-le-loykratong-124921789.html Elle était très intelligente et douée de talents artistiques la rendant capable de confectionner de magnifiques guirlandes de fleurs. Sa beauté et ses talents attirèrent l’attention du roi et à l’âge de 17 ans, elle fut admise au rang de concubine royale. À cette époque, les Hindous célébraient au cours du 12e mois lunaire une fête où ils vénéraient leurs trois principaux dieux (Brahmâ, Shiva et Vishnou) avec des lanternes montées sur de longues perches et par le lâcher de lanternes dans le fleuve sacré du Gange afin de rendre hommage à la déesse Gangâ, « Mère des Eaux ». Accompagnant l’expansion de l'hindouisme en Asie du Sud-Est, ces traditions atteignirent l'Empire khmer, puis la Thaïlande, d’abord le royaume môn d'Haripunchai puis ceux de Lanna et de Sukhothai. Le roi Pra-Ruang voulut créer une version thaïe de cette fête hindoue et organisa un concours de « Lanternes Flottantes » lors de la nuit de la 12e pleine lune. Naang Noppamart se servit de ses talents pour fabriquer une magnifique embarcation, utilisant un tronc de bananier comme flotteur et des feuilles de bananier pour la décorer en forme de feuilles de lotus. Sa création remporta le concours et le roi décréta que dorénavant, ce Kratong dénommé à l’origine Khamot, servirait de modèle pour cette nouvelle cérémonie thaie des Lumières ou Loy Kratong. Naang Noppamart devint la favorite du roi et mena une vie heureuse. A son actif, on compte le Tumrub Thao Srichulaluck, un compte-rendu autobiographique sur l’histoire et le déroulement de la cérémonie du 12e mois lunaire, ou Loy Krathong. Légende ou réalité ? Qui sait ? ****** « dans son récit intitulé Témoin de miracles (Aphinihan kanprachak), le prince-patriarche Pavaret laisse entendre que le roi Mongkut se considérait comme la réincarnation du roi Lithai de Sukhotai. » http://www.persee.fr/doc/asean_0859-9009_2000_num_6_1_1691 *******Le nationalisme thaï ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-13-le-nationalisme-thai-73254948.html
Comme pour ses successeurs d’ailleurs.Nous avions le projet de vous proposer un récit de l’histoire de la Thaïlande, nous basant sur nos modestes recherches de « « Notre » histoire de la Thaïlande », mais depuis 13 articles sur l’origine des Thaïs et la fondation des premiers royaumes thaïs indépendants, nous avons surtout montré notre impossibilité de le faire, faute de sources viables. Il en sera ainsi pour le roi Loethai de Sukhotai. ************** Le grand héros national, le roi Ramkhamhaeng (รามคำแหง) est donc mort, mais quand ? «Officiellement » en 1317 ; Mais d’autres historiens le font mourir en 1298 ou 1313, ou 1323; d’autres le font régner entre 1283 et 1292. Coedès est plus catégorique : « On ignore la date exacte de la mort de Ramakham­haeng. Il semble résulter d'un passage de l'Histoire des Yuan qu'elle aurait eu lieu entre l'ambassade de 1295 et celle de 1299 »*. Autant dire qu’il en sera de même pour son successeur, son fils Loethai, le quatrième roi de la dynastie Phra Ruang : 1298-1323 ou 1317-1345 (ou 1347 pour Coedès) Une liste qui se veut officielle et donc ne souffrant pas les incertitudes, signale qu’en 1317, Phu Saisongkran aurait assuré l’intérim alors que Loethai était en mission en Chine (Mais on ne sait rien de cette mission) et que Lithai (Lüthai) lui aurait succédé en 1347 (1347-1374), après un « intérim » de Phaya Nguanamthom (งั่วนำถุม) en 1347. (Pourquoi ?). Aux dates incertaines de son règne, Coedès nous assure que le nom de Loethai ne peut être associé qu'à fort peu d'événements historiques, comme d’ailleurs pour ses successeurs. « (Ils) ne nous sont guère connus que par des inscriptions postérieures à leurs règnes et qui les mentionnent incidemment. La pénurie des documents réellement utilisables nous contraint donc de rentrer plus que jamais dans le champ des hypothèses » (Aymonier). Et encore ces hypothèses sont très différentes, contradictoires selon que les sources proviennent de Siam, de Malaisie, de Birmanie, de Chine (Cf. Notre article RH 9-**) … Nous vous avons déjà donné dans notre article 28*** consacré au « déclin de Sukhotai. Le roi Loethai.», un aperçu de ces histoires quelque peu farfelues, ou - si vous préférez - magiques, légendaires, merveilleuses … plus propres aux goûts des Siamois : « Les Siamois ajoutent foi à une foule de contes merveilleux, tirés des livres des Brames ils croient aux sirènes, aux ogres ou géants, aux nymphes de bois, aux fantômes, aux revenants, et à plusieurs animaux monstrueux et prodigieux, parmi lesquels je citerai les nagas (นาค) ou serpents, qui vomissent des flammes; les héras et mangkons ou dragons, dont la forme ressemble un peu au crocodile (มังกร), l'aigle garuda qui dévore les hommes (ครุฑ), et l'oiseau appelé Katsadilung qu'on dit avoir un bec semblable à une trompe d'éléphant. ». (Mgr Pallegoix)**** On caractérise son règne comme le début du déclin de Sukhotai, au vu de la perte de nombreux muang vassaux, comme par exemple (Cf. wikipédia, où peu de dates sont proposées) : Uttaradit au Nord, les royaumes laotiens de Luang Prabang et de Vientiane ; Suphanburi au sud ; Il aurait envoyé une expédition contre le Champa vers 1312 (Mais Coedès pense que c’est son père en 1313) ; En 1319, les Môns de Martaban auraient rompu leur alliance ; En 1321, le Lanna aurait pris Tak (Une des plus anciennes villes contrôlée par Sukhotai) et aurait absorbé Phayao en 1338 ; le royaume vassal de Pegu (Birmanie) se serait emparé des villes portuaires de Mergui et Tenesserim sur la côte occidentale de Thaïlande. (Quand ?)
Coedès* quant-à lui, nous dit que Lothaï aurait profité des trou­bles qui survinrent à Martaban pour reprendre Tavoy et Tenasserim, mais qu’il fut moins heureux lorsqu'il essaya de venger le meurtre de son petit-fils qui avait tenté de prendre le pouvoir à Martaban : son armée fut défaite et Martaban cessa de reconnaître sa suzeraineté. Sur la foi d’inscriptions, Lothaï aurait envoyé en 1335 au col de Cüa Rao, sur la cordillère indochinoise, une délégation pour saluer l'empereur du Dai Viét, TrânHièn-tôn, qui menait alors campagne contre le royaume t'ai d'Ai-lao (Sud-Ouest du Yun-nan). Vers 1340, Lothaï aurait nommé son fils Lu Taï vice-roi à Si Sachanalai (ศรีสัชนาลัย) (Savankolok), et qu’il mourut très probablement en 1347. Nous avons bien là des bouts d’événements bien souvent au conditionnel qui nous informent fort peu sur l’histoire de ce règne. On est toujours dans les généralités creuses ou dans les « il semble » comme « il semble que, vers 1330 les Pégouans battirent les Siamois et s’affranchir complètement de leur domination ; ce qui occasionna de longues guerres entre les deux pays. » Ou bien, on évoque des annales chinoises, birmanes ou malaises, pour donner d’autres faits, d’autres anecdotes mais qui ne concordent pas entre eux. Ainsi des chroniques malaises mentionneraient qu’en 1340 il y aurait eu une guerre entre le roi de Siam et le roi de Malacca ! Bref, on ne sait rien de sérieux, d’historique. Même le wikipédia anglais vous allèche en vous disant qu’après la révolution de 1932, les recherches et les écrits sur Sukhotai furent abondants, mais il ne donne en référence que le livre de Bradley qui a traduit et commenté la stèle de Ramkhamhaeng de 1292. (Cf. La présentation de son article in Cf. Notre article RH 10 - Le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292.) ***** Bien entendu, comme pour les successeurs, vous trouverez toujours une mention signalant sa grande dévotion au bouddhisme et que ses œuvres religieuses lui valurent le titre de Dhar­maacha ou Dharmikaracha, ou Dharmarajadhiracha, «roi pieux». On évoquera des relations plus intenses avec Sri Lanka, la métropole du boud­dhisme, mais sans donner d’exemples. Bref, c’est encore Georges Coedès, qui dans « Les Etats hindouisés d'Indochine et d'Indonésie, XIII, LE DÉCLIN DES ROYAUMES HINDOUS (Première moitié du XIVe siècle), propose le meilleur récit à partir de sources dont il disposait, dont il ne cache pas l’aspect légendaire et laconique.****** « On ignore la date exacte de la mort de RâmaK'am­hèng. Il semble résulter d'un passage de l'Histoire des Yuan qu'elle aurait eu lieu entre l'ambassade de 1295 et celle de 1299. A cette date, en effet, le roi du Sien « présenta au trône une supplique disant qu'au temps où son père était sur le trône, la Cour avait accordé en don à celui-ci des chevaux blancs avec selles et brides et des vêtements en fil d'or, et il demandait que conformément à ce précédent on lui en accordât ». Cette supplique, qui fut suivie d'un refus partiel, a l'air d'émaner d'un nouveau roi. Toutefois, l'avènement avant 1299 du suc­cesseur de RâmaK'amhèng semble difficile à concilier avec les données du Râjâdhirâjaou Histoire de Marta-ban, d'après lesquelles, à la mort de Wareru en 1313, son successeur reçut de P'raRuang le titre de Râma­pratishtha « établi par Râma », qui ne peut guère avoir été conféré que par RâmaK'amhèng. Par ailleurs, si le fils de RâmaK'amhèng avait succédé à son père avant 1299, il aurait régné environ 50 ans, ce qui semble bien long pour un roi dont on sait si peu de chose. Il est plus vraisemblable que RâmaK'amhèng cessa de régner peu avant 1318, date à laquelle le roi de Martaban envahit Tavoy et Tenasserim.
Si cette conjecture est exacte, c'est encore RâmaK'amhèng qui en 1313 provoqua au Champa ces incursions dont parlent les annales du Viêt-nam. Ses troupes durent pour cela traverser des territoires qui avaient appartenu au Cambodge, et que celui-ci avait perdus ou n'était plus en état de défendre contre son redoutable voisin. La légende veut que P'raRuang ait disparu dans les rapides de la rivière de Savank'alok. Il est difficile de dire si cette légende repose sur un fait historique, et si elle s'applique à RâmaK'amhèng ou à quelque autre souverain de sa dynastie. RâmaK'amhèng eut pour successeur son fils Lô T'ai, que par suite d'une fausse lecture on a longtemps appelé Süa T'ai, « le Tigre des T'ais » : cet idolum libri reparaît de temps en temps dans les livres. Le nom de Lô T'ai ne peut être associé qu'à fort peu d'événements historiques. Du côté de la Birmanie, il semble avoir profité de trou­bles qui survinrent à Martaban pour reprendre Tavoy et Tenasserim. Mais il fut moins heureux lorsqu'il essaya de venger le meurtre de son petit-fils qui avait tenté de prendre le pouvoir à Martaban : son armée fut défaite et Martaban cessa de reconnaître sa suzeraineté ». C'est encore Lô T'ai qui, vu la date, envoya en 1335 au col de Cüa Rao, sur la cordillère indochinoise, une délégation pour saluer l'empereur du DaiViét, TrânHièn-tôn, qui menait alors campagne contre le royaume t'ai d'Ai-lao (Sud-Ouest du Yun-nan).Vers 1340, Lö T'ai désigna comme vice-roi à Si Sach'analai (Savank'alok) son fils Lü T'ai, et mourut très probablement en 1347. Sa dévotion au bouddhisme et ses oeuvre religieuses lui valurent le titre de Dhar­marâja ou Dharmikarâja, « roi pieux », que ses suc­cesseurs portèrent après lui. On lui doit notamment la fondation de plusieurs Buddhapâdaou empreintes du pied du Buddha, faites à l'imitation de celle qui est vénérée à Ceylan sur le sommet du Sumanakûta ou Pic d'Adam.
Les relations entre Sukhot'ai et la métropole du boud­dhisme s'intensifièrent en effet sous le règne de Lö T'ai, en partie grâce à l'action d'un prince t'ai qui prit la robe jaune, fit un voyage dans l'Inde et à Ceylan et en rapporta des reliques miraculeuses. Ce prince, qui après ce voyage reçut le titre de MahâtheraÇrîSradhârâjachûlâmuniSrîRatanalankâdipaMahâsâmi, était un petit-fils de ce PhaMüöng qui, l'on s'en sou­vient, avait mis sur le trône de Sukhot'ai le père de RâmaK'amhèng. » On a bien là un récit évoquant le roi Lothaï, mais dont nous pouvons douter qu’il puisse vous éclairer.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------Notes et références.*CŒDES, Les Etats hindouisés d'Indochine et d'Indonésie, XIII, LE DÉCLIN DES ROYAUMES HINDOUS (Première moitié du XIVe siècle).**RH 9 - DE LA DIFFICULTÉ D’ÉCRIRE L’HISTOIRE DU ROYAUME DE SUKHOTAI. http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/rh-9-de-la-difficulte-d-ecrire-l-histoire-du-royaume-de-sukhotai.html***28. Notre Histoire : Le déclin de Sukhotai. Le roi Loethai. (1298- 1323)http://www.alainbernardenthailande.com/article-28-le-declin-de-sukhotai-le-roi-loethai-103729913.html(Une autre source donne : 4/ Loethai (1298-1323) (fils de Ramkhamhaeng) 5/ Nguanamthom (1323-1347) (cousin de Loethai et fils de Ban Muang) 6/ Lithai (Thammaracha 1) (1347-1368) ( cousin de Nguanamthom, Fils de Loethai) 7/ Leuthai (Thammaracha II) (1368-1399) ( fils de Lithai) ) 8/ Thammaracha III (1399-1419) 9/ Thammaracha IV (1419-1438)**** Cf.29. Comment les Annales thaïes présentent Sukhotai.Ou plutôt comment Mgr Pallegoix dans sa Description du royaume de Siam propose un abrégé de l’Histoire de Sukhotai.http://www.alainbernardenthailande.com/article-29-comment-les-annales-thaies-presentent-le-royaume-de-sukhotai-103730087.htmlIn Chapitre 19, Histoire des Thaï, appelés Siam, in DESCRIPTION du ROYAUME THAI OU SIAM, tome second, Lagny, Imprimerie de Vialat et Cie, 1854*****in, « The oldest known writing in Siamese, the inscription of Phra Ram Khamhaeng of Sukkhotai, 1293 A. D. », (by Cornelius Beach Bradley, A. M., Professor of rhetoric in the University of California, Bangkok, 1909)******Déjà cité in notre article 28. Notre Histoire : « Le déclin de Sukhotai. Le roi Loethai.(1298- 1323) »http://www.alainbernardenthailande.com/article-28-le-declin-de-sukhotai-le-roi-loethai-103729913.html
NOTES ET RÉFÉRENCES. *« A l’est : Sra Luang, Song Kwae, Lambachaî, Sakha, les rives du Khong (Mékong), Wiangchan, Wiangkham. Au sud : Khonti, Phra Bang, Phraek, Suphannaphumi, ratchaburi, Phetchaburi, Sri Dhammaraja. A l’ouest : Muang Chot, Muang …n , Hongsawadi. Au nord : Muang Phrae, Muang Man, Muang N…, Muang, Phlua, et de l’autre côté du Khong, Muang Chawa. »Coedès signale même que les annales du Viet-nam évoquent des incursions de Ramkhamhaeng au Champa. (In Les Etats hindouisés d'Indochine et d'Indonésie.) **15. Notre Histoire. Le muang ?http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-bruneau-99865623.htmlLe muang, est une clé essentielle, reconnue par tous, pertinente depuis l’origine jusqu’ à nos jours, couvrant tous les Territoires des Taï, pour comprendre leur identité, leur organisation territoriale, politique et religieuse.« De nombreux auteurs citent la notion « de système d’emboîtement » de Georges Condominas pour expliquer le modèle pyramidal d’intégration des territoires conquis et de hiérarchie des catégories sociales :« On a ainsi une société englobante et hiérarchisée : le phi müong, le génie tutélaire de la principauté « couvre » les différents phi ban, les génies tutélaires de chacun des villages que contient le müong. » ou celui du parasol de Jean-François Papet : « Au sommet, un vaste , le royaume ou müang « père », « coiffe » quelques grands parapluies, les principautés, ou müang « enfants », qui à leur tour « coiffent » plusieurs petites ombrelles, ou müang « petits enfants ». Enfin, au bas de l’échelle, le müang de base « coiffe » un certain nombre de villages ban ordonnés hiérarchiquement en fonction de la distance qui les sépare de la ville » (cités par Evrard). Sur le plan politique, à chacun de ses niveaux hiérarchiques correspond un espace territorial plus ou moins vaste et une hiérarchie parallèle des fonctions politiques, le cao müang exerçant son autorité sur le chef du village cao ban ou « père du village pho ban dirigeant à son tour chaque chef de maisonnée pho heuen. Sur le plan religieux, les entités spirituelles sont également hiérarchisées en phi müang divinité du müang), phi ban (divinité du village) et phi heuen (esprit des ancêtres). Le bouddhisme theravada est venu se superposer sur cette hiérarchie (les grades donnant droit à des fonctions et interprété comme un « mérite » gagné.). » 16. Notre Histoire : La conquête du « Siam » par les muang.http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.html 22. Notre Histoire : Le Royaume de Sukhothaï (1238-1438).http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-histoire-le-royaume-de-sukhotai-1238-1438-102400771.html 24. Notre Histoire. Sukkhotai, un nouveau pouvoir dominant en Asie du Sud-Est à la fin du XIII ème siècle.http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-sukhotai-un-nouveau-pouvoir-dominant-en-asie-du-sud-est-a-la-fin-du-xiiieme-siecle-102975663.html ***25. Notre Histoire. Le roi Ramkhamhaeng de Sukhotaï et les Mongols de Chine.http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-notre-histoire-le-roi-ramkhamhaeng-de-sukhotai-et-les-mongols-de-chine-103323661.html****Françoise Capelle in Luang Prabang, La cité du Bouddha d’or et du Flamboyant, (Ed. Thalia), signale qu’en : « 1271 ou 1272, Phana Lang accède au trône. Désormais, les renseignements sont beaucoup plus nombreux et l’on peut faire un compte-rendu plus exact des faits. 1286 marque un tournant. Les Mongols et Sukhotai renversent Phana Lang avec l’aide du prince héritier Souvanna Khamphong. Avec la mort de Phana Lang en 1316, Suvanna Khampong devient roi. (Mais Phana Lang avait exilé son fils Phi Fa, absent de Luang Prabang jusqu’en1330. L’épopée de Fa Ngum marque le début de la période historique et la naissance officielle du royaume en 1353). » *****Voir le site http://merveilleusechiang-mai.blog4ever.com/blog/article-339774.htmlIn http://www.merveilleusechiang-mai.com/mengrai-15-a-la-legende-de-la-triple-alliance-1 La légende. On y apprend entre autre que Ramkhamhaeng était ami d’enfance du roi de Phayao, Phayao Ngam Muang ; qu’il tomba amoureux plus tard d’une de ses reines ; que Ngam Muang, trompé, se vengea avec l’aide de la magie, le mit en prison ; mais se refusait à le tuer pour préserver la paix entre les deux royaumes ; il fit appel alors à l’arbitrage de Mangraï auquel il reconnaissait de grands mérites et avec lequel il avait établi une alliance dès 1276. Le roi de Sukhotai reconnut l’adultère et accepta le verdict de Mangraï ( payer 990 000 cauris) ; Mais Ngam Muang craignant la vengeance magique de Ramkhamhaeng, se plaignit à Mangraï qui eut l’idée d’organiser une grande cérémonie de réconciliation, qui scelle leur amitié indéfectible.Pour le commentaire de l’auteur du site sur cette légende et la situation historique de l’époque ; Cf. : http://www.merveilleusechiang-mai.com/mengrai-15-b-des-dessous-feminins-au-dessous-des-cartes-ou-la-triple-allianceLe site de l’Université de Chiangmai : http://www.sri.cmu.ac.th/~elanna/elanna_eng/public_html/home/home.htm L’ attaque des Mongols au Lanna en 1300 qui se serait terminée en 1303. Henri Cordier, citant le jésuite RP. Gaubil nous donne même des noms, les circonstances et décrit la résistance et la défaite : Timour, qui s’était corrigé des habitudes d’ivrognerie de sa jeunesse, se montra un excellent Prince ; il fait la paix avec le Ngan Nan, ouvrit les communications avec l’Inde et termina les affaires du Mien. Il fut moins heureux en entreprenant une campagne contre le lointain royaume laotien de Xien Mai ou Muong Yong, habité par les Pa-pe Si-Fu ou Bât-bä T’uc-phu, qui se nomment eux-mêmes Thai niai ou grand Thaï. « L’an 1300, un des généraux représenta (sic) que le royaume de Papesifou ne voulait pas recevoir le calendrier de l’empire, et priait l’Empereur de lui permettre d’aller avec des troupes forcer ce royaume à suivre la forme d’année chinoise et à compter les lunes, comme les sujets de l’Empereur. Un des ministres, appelé WEN TSEU, regarda cette affaire comme sérieuse et persuada l’Empereur, à la 12ème lune de l’An 1300, d’attaquer le royaume de Papesifou. Alahasun s’opposa à cette résolution, et soutint que les peuples qu’on voulait attaquer étaient des barbares, qu’on pouvait instruire si on voulait, mais à qui il serait inutile et dangereux de faire la guerre. L’Empereur ne dit rien au ministre Alahasun, mais, contre sa coutume, il s’emporta contre un mandarin qui voulait faire des représentations (sic). 20 000 hommes furent commandés pour attaquer Papesifou. LIEOU CHEN qui, le premier, conseilla cette guerre, fut nommé général de l’Armée ».(Gaubil, pp. 227-228) Ce fut un désastre : la faim décima les troupes harcelées par les tribus de la frontière qui se livrèrent au pillage ; on fut obligé d’appeler des troupes du Hong Kouang, du Chen si, du Se Tch’ouan et du Yun Nan ; cette guerre malheureuse ne fut terminée qu’en 1303 ; Lieou Chen, qui en était la cause eut la tête tranchée. Cf. aussi Henri Cordier, Histoire générale de la Chine et ses relations avec les pays étrangers, Librairie Paul Gauthier, 1920. Repost
Notes et références. *21. Notre Histoire : Le Royaume de Sukhothaï (1238-1438) vu par le Prince Subhadradis Diskul.http://www.alainbernardenthailande.com/article-21-le-royaume-de-sukkhotai-1238-1438-vu-par-le-prince-diskul-102117551.html **Louis Gabaude rend un hommage au Prince Subhadradis Diskul (1923-2003), In Aséanie 12, 2003. pp. 10-14. Citer ce document / Gabaude Louis. Prince Subhadradis Diskul (1923-2003). In: Aséanie 12, 2003. pp. 10-14.http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_2003_num_12_1_1791 ***33. Notre Histoire : L’Art de Sukhotai ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-33-l-art-de-sukhotai-105074823.html 34. Notre Histoire. Les céramiques de Sukhotai.http://www.alainbernardenthailande.com/article-34-les-ceramiques-de-sukhotai-104900952.html Repost
Nous avons vu dans notre article précédent la difficulté d’écrire l’histoire du royaume de Sukhotai, en apprenant que les inscriptions (stèles) concernant ce royaume étaient peu nombreuses (moins d’une vingtaine) et que les informations qu’elles donnaient étaient très décevantes. Nous allons voir ici que la plus célèbre d’entre elles, appelée la stèle de Ramkhamhaeng (ou Rama Khamhaeng - พ่อขุน รามคำแหง) datée de 1292 et découverte en 1833 par le Prince Mongkut (Le futur Rama IV 1851-1868), bien que considérée comme l'acte fondateur de la nation thaïe suscite bien des questions. Elle a d’ailleurs été l’objet de nombreuses controverses et de nombreuses polémiques. (Cf. sur ce sujet notre article 19*) Notons, tout au plus pour nous en étonner, que, de tous les experts pour beaucoup autoproclamés qui discutent sinon pérorent sur la stèle, à notre connaissance la seule reproduction lisible autre que de lointaines photographies est celle que nous en a donné Pavie en 1898, lesquels l’ont consultée ? Nous n’en connaissons pas de postérieure….
Auguste Pavie, et le R. P. Schmitt, que nous avons choisi à tout hasard. Il propose sa traduction dans une revue intitulée « Excursions et reconnaissances », d’octobre 1884. (Cf. La traduction en note**)
Elle se présente sous la forme de 57 séquences (Pourquoi ?) alors que par exemple Pavie a traduit les 124 lignes de la pierre, ligne par ligne, et que Bradley l’a mise en 1909 sous la forme de 9 paragraphes, en ajoutant en marge les sujets traités et en mettant en exposant les lignes concernées de la stèle. Notons, toujours tout au plus pour nous en étonner, que la traduction française du R.P Schimtt de 1884, est la première avant celle de Pavie, la seconde est, semble-t-il, la dernière. Bradley semble avoir été le seul à en avoir donné une transcription en caractères thaïs contemporains mais ne donne pas d'explications sur les quelques lignes manquantes. Lesquels des experts postérieurs les ont consultés ? Ces traductions bien que semblables ne sont pas identiques, en sachant qu’elles relèvent d’un travail de transcription de la « première » écriture thaïe qui comporte aussi, selon Bradley, des mots d’origine indienne, Khamen (Khmer), ou inconnue (11 mots). Notre lecture (Eléments d’un récit possible) de la traduction du R.P. Schmitt. (Cf. Dans notre article 20 d’autres éléments possibles **) Notons que le R.P. Schmitt est le seul à donner un assez long glossaire de ce qu’il estime être le sens actuel des mots de la stèle :
Pavie ne donne pas ses sources (probablement le dictionnaire de Monseigneur Pallegoix de 1854). Le Révérend Bradley donne lui aussi un glossaire. Il fait référence à l’ouvrage de Frankfurter de 1900.
La stèle est rédigée essentiellement par le roi Ramkamhaeng (Le R.P. Schmitt dit Rama Somdet) qui va raconter les événements de son histoire et du royaume qui l’ont marqué, Il évoquera la loi administrative et religieuse, les usages civils et religieux qui régissent ce pays, et la grandeur du vaste royaume. Ainsi Il donne sa filiation (Le nom de son père, (le fondateur du royaume), de sa mère, de ses deux frères et n’oublie pas ses deux sœurs dont il ne donne pas le nom). Il raconte brièvement son premier fait d’arme à l’âge de 19 ans (L’attaque de Tak par le gouverneur de la ville de Xot, la fuite des gens de son père ; son combat à dos d’éléphant mettant en fuite le seigneur Chon du muang de Chot et comment il fut honoré pas son père par le titre de Phra Rama Somdet). Il se voit comme un jeune guerrier, courageux et valeureux, et comme un bon fils respectueux de ses parents et de son frère quand il régna.
Il présente ensuite de façon positive la vie et l’administration de son royaume, où tous sont heureux, bénéficient de l’abondance (eau, riz), de la liberté du commerce, de la justice (héritage préservé pour le cadet ; la justice à l’amiable, la compréhension mutuelle des intérêts de chacun) ; mais une justice intraitable pour les marchands injurieux qui ne peuvent réparer leurs fautes par un don ; ou pour les chefs de bande qui peuvent être mis à mort. D’ailleurs, est-il précisé : Tout habitant de Sukkhotai peut avoir accès à sa justice en actionnant une cloche pour avoir un procès équitable. Il aime décrire la grandeur et la beauté de la capitale du royaume (avec ses routes, sa fontaine, l’eau en abondance, ses jardins de palmiers, d’arecs, de tamariniers, ses statues de bouddha, ses pagodes, sa bibliothèque, ses instituteurs …), et il encourage chacun à créer des jardins, car il en deviendra le propriétaire. Il n’oublie pas de mentionner les communautés et villages qui sont en dehors de la ville ; A l’Occident, il est honoré par la présence de la communauté des Hindous-Brahms, appelé ici « les Aryens », à laquelle le roi rend hommage, d’autant plus que tous les instituteurs de la ville de Çri Dhamrammayara y demeurent. Il se félicite de la piété et de la générosité de ses habitants qui font des offrandes au roi et aux temples pour acquérir des mérites et qui observent les préceptes pendant la saison des pluies, et suivent les processions avec respect, tout en s’amusant. Il rappelle la nécessité d’être respectueux envers les esprits et de les honorer si on veut leur protection et le bonheur, car ils peuvent se venger. Le roi évoque ensuite trois événements importants datés qui l’ont marqué durant son règne. En 1281, le roi Ramkamhaeng fit venir un maître qui crée l’écriture siamoise et qui ensuite enseigna tous les Siamois et leur fit connaître le vrai mérite et la vraie foi.
En 1285, a été organisé une grande cérémonie qui va durer un mois et six jours pour honorer les reliques devant lui et tous les habitants. Et en 1290, il sera fier d’avoir pu reconstruire la ville de Sachannallai - Sukkhotai, à l’occasion de laquelle il fit tailler un trône de pierre, où fut organisé de nombreuses cérémonies, rites, fêtes, et où tous les habitants firent le serment de défendre la ville et le pays.
Pour terminer avec : « Après cela ils se mirent à installer et à nourrir les habitants des villages et des villes, et tous pratiquèrent la justice. » (Qui devient chez Pavie par exemple : « Après (la conquête) ils se sont livrés à l’agriculture pour nourrir les nombreux habitants des villages et des villes ; tout le monde observe le dharma. »
Quelques commentaires. (Cf. Article 20 **) A défaut d’histoire, nous avons là une belle hagiographie. Le roi Ramkamhaeng est : bon fils, grand guerrier, grand roi, sage et maître bouddhiste, a été l’initiateur de la création de l’écriture thaïe, et « le chef et le souverain de tous les Thaïs ». Ses qualités sont immenses : Respectueux de ses parents, de ses sujets (même de ses prisonniers. Il ne les frappe pas), juste, généreux, équitable, savant, audacieux, hardi, énergique, fort … Il ne convoite pas les biens d’autrui ; Accorde aide et assistance aux pays qui se mettent sous sa protection, comme à tout sujet « si quelqu’un vient, n’ayant ni éléphants, ni chevaux, ni hommes, ni femmes, ni argent, ni or, il lui en donne et l’aide jusqu’à ce qu’il puisse se constituer son propre état ». Il règne sur un pays stable et prospère, où « les habitants font tous l’éloge du roi », et « se plaisent à observer les préceptes (bouddhistes) et à pratiquer l’aumône », ou « Tous les Ma, les Kao, les Lao, les Thaï des contrées lointaines et les Thai qui vivent le long de la rivière U et du Khong viennent lui rendre hommage ».
Un pays où les sujets : Ne payent pas de péage ; Sont libres de commercer même les éléphants, l’argent, et l’or ; Ne payent pas de droit de succession, pas de taxes, pas d’impôts (quiconque fait des plantations, en récolte le produit et le garde pour lui-même) ; Ont droit à la justice du roi, rien qu’en sonnant la cloche du palais. La stèle pour le moins propose un modèle idéal : un Roi exemplaire, une utopie politique, une religion bouddhiste observée par tous. (On se doit « d’observer les préceptes » de Bouddha, de « pratiquer l’aumône », de suivre le calendrier, cérémoniel et les rites bouddhistes.) Elle montre une société hiérarchisée : avec le roi, la noblesse, les princes, ses sujets, ses « prisonniers ». (La stèle indique une autre hiérarchie entre éléphants, chevaux, hommes, femmes, argent et or), une société organisée en muang dans une relation de vassalité au muang « central » (La stèle donne la liste des cités vassales du royaume de Sukhotai en 1292.) Une société néanmoins dépendante d’un double pouvoir royal et religieux en synergie. (Le roi assis sur le nouveau trône en pierre reçoit en audience, et les moines prêchent la Loi de Bouddha) dans un royaume qui a désormais une écriture (La stèle indique la date de la création de l’écriture thaïe en 1283)
Notes et références. *19. Notre Histoire : « La stèle de Ramakhamhèng (fin du XIIème ou début du XIIIème ?) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html Et 20. Notre Histoire : « Le roi de Sukkhotaï Ramkhamhèng, selon la stèle de 1292. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html **Article de Schmitt, « Les deux Inscriptions de la pagode Phra-kéo à Bangkok, 2ième partie », pp. 169-188, in Cochinchine Française, « Excursions et reconnaissances », VIII, n° 19, septembre, octobre 1884. Schmitt a repéré 22 informations sur le 1er côté de la pierre, 23 à 34 sur le 2ème côté, 35 à 46 sur le 3ème côté, et 47 à 57 sur le 4ème et dernier côté ; soit 57 informations. Traduction. 1) Mon père se nommait Sri Indra Ditiya et ma mère se nommait Suang.2) Mes frères s’appelaient Ban et Muang. Nous avons eu cinq frères et sœurs du même père et mère : trois garçons et deux filles. 3) Le frère qui suivit l’aîné (le cadet) mourut quand il était encore tout petit.4) Quand je fus devenu grand et que j’eu atteint mes dix-neuf ans, le seigneur de troisième rang, gouverneur de la ville de Xot, vint attaquer la ville de Tak.5) Mon père alla combattre le seigneur de troisième rang, sur la rive gauche, le seigneur de troisième rang s’avança par la rive droite.6) Le seigneur de troisième rang dispersa le peuple et poursuivit, en se moquant, mon père était qui avait pris la fuite. 7) Quant-à moi, je n’ai pas fui. J’ai monté sur un éléphant, percé la foule et attaqué avant mon père. 8) Je poussais mon éléphant contre celui du seigneur de troisième rang, je sautais sur l’éléphant du seigneur de troisième rang, surnommé Mat, de la ville de Phé.9) Le seigneur de troisième rang tourna le dos et prit la fuite. Mon père alors éleva mon nom au titre de Phra : Rama Somdet pour avoir sauté sur l’éléphant du seigneur de troisième rang.10) Tant que vivait mon père, je pris soin de lui; je pris soin aussi de ma mère. Quand je pus prendre des chevreuils, du poisson, je les portai à mon père.11) Quand je pus trouver de l’arek, doux ou aigre, bon à manger, je le portais à mon père.12) Quand je pus, faisant la chasse dans les marais, avoir des trompes d’éléphants, je les portais à mon père.13) Quand faisant la guerre aux villages et aux villes, je pris des éléphants, des trompes d’éléphants, des esclaves hommes et femmes, de l’argent, de l’or, j’en fis mettre à part pour mon père.14) mon père mourut, il me resta mon frère. Je pleurai mon père, et n’ayant plus à soigner ce dernier, je continuais les soins à mon frère. 15) A la mort de mon frère (aîné), le gouvernement me revint avec ses revenus.16) Sous le règne du seigneur Rama Somdet la ville de Sukkhothaï fut heureuse. Le poisson abondait dans l’eau et le riz dans les champs. Le seigneur ne prélevait pas d’impôts sur le peuple.17) Parmi ceux qui s’associent pour mener les bœufs, monter des chevaux et aller les vendre, s’il y en a qui désirent vendre des éléphants, qu’ils le fassent, vendre des chevaux, faire le commerce de l’argent et d’or, ils peuvent le faire.18) Si parmi le peuple, les princes ou mandarins, quelque individu meurt qui est déjà marié, le chef de la famille demandera ses habits, ses bijoux, ses éléphants pour ses enfants et la veuve qui rentrent dans les rangs du peuple, les jardins d’arec et de bétel seront conservés par le tuteur, chef de la famille, pour les enfants tout au complet.19) Le peuple, princes et mandarins, s’il arrive parmi eux une altercation et qu’ils se séparent les uns des autres, après enquête, qu’on me fasse un rapport avec les noms des individus, sans envoyer devant les juges. Je voudrais trouver quelqu’un pour les instruire à ne pas être trop passionnés quand ils voient la richesse leur arriver et à ne pas trop s’affliger quand la richesse leur échappe.20/ Si quelque marchand vient dans notre royaume et qu’il me fasse injure, s’il n’a ni éléphants, ni chevaux, ni esclaves hommes et femmes, pour me faire réparation de l’injure, que lui-même, avec ses biens, devienne propriété du royaume.21/ Pour condamner et mettre à mort, il faut faire choix des chefs de bande, des chefs de brigands, qui sont de vrais tigres ; ne pas les tuer ne serait pas bien.22/ A l’entrée de la porte, il y a une cloche suspendue là ; s’il arrive dans la ville que le peuple ait quelque dispute ou qu’on lui fasse du mal, en allant trouver les princes et les mandarins, le roi ne le saurait pas, qu’il sonne alors cette cloche suspendue là, et le roi Rama Somdet entendra appeler.Deuxième côté de la pierre.23/ Après s’être assuré du nom de l’individu et reconnu sa qualité d’habitant de de la ville de Sukkhotai, le roi jugera son procès.24/ Jardins d’arec, jardins de bétel par toute la contrée, il y en a partout. Les cocotiers sont nombreux par toute la contrée, les jardins de palmiers sont nombreux par la contrée, les manguiers sont nombreux par la contrée, les tamariniers sont nombreux dans cette contrée. Quiconque fait un jardin en devient propriétaire.25/ Au milieu de la ville de Sukkhotai, il y a une source qui découle d’un rocher avec une eau claire, limpide, bonne à boire ; il faut boire l’eau du fleuve au temps de sécheresse. Le contour de la ville de Sukkhotai, les trois faubourgs compris, mesure trois mille quatre cents va ou brasses (une va a deux mètres)26/ Les habitants de la ville de Sukkhotai désireux de faire des offrandes, d’acquérir des mérites et d’avoir les bonnes grâces du seigneur Rama Somdet, gouverneur de la ville de Sukkhotai, tant princesses que princes, lui offrirent des serviteurs, garçons et filles, de toutes les classes de la société, enfants de princes, enfants de mandarins, garçons et filles.27/ La foule qui fait des offrandes a foi dans la religion du phra : Bouddha, elle observe les préceptes pendant la saison des pluies.28/ Tout individu, après la saison des pluies, assiste aux processions tout un mois durant, jusque la conclusion. En assistant aux processions, on fait des offrandes en arec, des offrandes en argent (monnaies), des offrandes en fleurs, des coussins pour s’asseoir, coussins pour dormir.29/ En célébrant les processions, on fait l’aumône, on joue de la musique, et, à l’entrée de la cour des pagodes, on récite les louanges des processions, jusqu’au moment où l’on entend comme un tumulte : c’est quand tout le monde est entré et qu’un chacun s’est rangé à sa place ; dès que ce tumulte se fait d’un bout à l’autre de la cour de la pagode, à travers les bambous, semblable au bruit de quelque chose qui s’agite, vole, change de place et chasse devant lui, alors qui veut jouer joue, qui veut causer cause, qui veut quitter sa place la quitte. 30/ Notre ville de Sukkhotai a quatre grandes portes tournantes où le peuple peut entrer en foule compacte, pour assister aux fêtes des crémations, aux fêtes ……….., aux fêtes des feux d’artifice.31/ Dans notre ville de Sukkhotai les routes se croisent, au milieu de la ville ; au milieu de la ville, il y a des vihâras (pagodes) et de statues de Bouddha en or.32/ Il y a une bibliothèque, il y a des statues de Bouddha, de grandes, de magnifiques ; il y a de grands vihâras (pagodes), il y a des vihâras splendides ; il y a des instituteurs …. ; il y a des bonzes, des bonzes vénérables.33/ Dans le pays qui se trouve à l’Occident de la ville de Sukkhotai, il y a les Aryens. Le seigneur Rama Somdet fait l’aumône au grand chef bonze de l’Assemblée (sangkarat) qui a su retenir par cœur les trois pitakas (corbeilles ou la somme des ouvrages bouddhiques). Tous les instituteurs de notre ville sont tous venus de la ville de çri Dhamrammayara et demeurent avec les Aryens, qui ont un temple immense très élevé de grande beauté ; il y a une bibliothèque.34/ Les aînés de leur race, dans le pays à l‘est de la ville de Sukkhotai ont des vihâras (temples), des instituteurs; ils ont la grande mer ; ils ont des jardins d’arec, ils ont des jardins de bétel ; ils ont des rizières, ils ont des places publiques, ils ont des villes, des villages, des jardins de manguiers, de tamariniers ; tout charme la vue. Ils portent le toupet.Troisième côté de la pierre.35) …. Au Nord de la ville de Sukkhotai, il y a un bazar où les maisons se touchent.36) Il y a un maitre instituteur, il y a un palais, il y a des jardins d’aréquiers, de cocotiers, il y a des jardins de palmiers, des rizières, des places publiques, des villes, des villages.37) Il y a là, du côté Sud de Sukkhotai, des vihâras, des instituteurs pour bénir, de célèbres pénitents ; il y a des jardins de cocotiers, de palmiers, de manguiers, des jardins de tamariniers.38) Il y a des citernes, il y a des lieux de séjour pour les esprits, les dèvas, dans les montagnes ; ceux-ci sont supérieurs à tous ceux de la ville.39) Quel que soit le seigneur de la ville de Sukkhotai, s’il adore comme il convient et s’il sacrifie (à ces esprits) selon les règles, notre ville est en sûreté, notre ville est heureuse.40) Tandis que s’il les adore mal et si les sacrifices ne sont pas convenables, les génies de la montagne ne nous protègent point, et ne nous respectent plus. La ville alors, devra périr.41) En l’an saka 1212 (C’est de nous : saka ? de l’ére Mahasakarat du Cambodge ; +78 ans de l’ère A. D.), année du grand dragon, le seigneur Rama Somdet, gouverneur de la célèbre ville de Sajjannallai Sukkhotai, la reconstruisit de nouveau ; il y a cela quatorze ans aujourd’hui.42) Ensuite il fit tailler par les ouvriers un trône en pierre qu’il plaça sur la nouvelle place publique ; à ce moment-là, le jour et le mois prescrits, le huitième mois à la lune croissante, le jour du lundi, tout un mois plus huit jours du mois suivant, 43/ La foule des instituteurs, les bonzes ainsi que le grand bonze, montèrent s’asseoir sur le trône de pierre, ils récitèrent les préceptes aux fidèles qui, en grand nombre offrirent des présents et observèrent le jeune.44) Le jour où les bhikhous (talapoins) récitèrent les préceptes, le seigneur Rama Somdet, gouverneur de Çri Sajjannallai Sukkhotai monta s’asseoir sur le trône en pierre pour se voir présenter les fils de princes et de mandarins, et se voir recevoir de la foule le serment de défendre la ville et le pays.45) Pendant un mois entier, selon la coutume, on fit des fêtes à installer l’éléphant blanc, qui fut nourri par les révoltés ; on dora son beau palais. De même pour le taureau appelé Rupa Çri (l’excellente créature), le seigneur Rama Somdet le monta pour aller faire ses dévotions dans le vihâra des Aryens et revenir.46) Il y a une inscription dans la ville Xalieng Sakhahok, avec les précieuses reliques ; une inscription dans une caverne appelée la bénédiction de Rama ; une inscription dans la caverne de la source précieuse ; au milieu de la forêt. En ce moment nous avons deux sâlas (caravansérails), qu’on appelle, l’un le Sâla phra : Masa (doré), l’autre le bouddhabala (la force de bouddha). Cette pierre-ci (la pierre de cette inscription même), nous l’appelons Manga sila (pierre glorieuse). Ces faits ont été incisés dans la pierre pour que tout le monde les puisse voir.Quatrième et dernier côté de la pierre.47) Le seigneur Rama Somdet, fils du seigneur Cri Indrathitya, fut seigneur de la ville de Çri Sajjannallai Sukkhotai, tous les habitants, les Makhaos, les Laotiens et les Siamois de la province, ceux de la plaine et tous ceux qui vivent le long des canaux et des rizières vinrent se réunir. 48) En l’an saka 1207 (1285 A.D.), année du porc, il fallut creuser et retirer toutes les reliques pour les voir, les honorer en faisant des offrandes.49) Après un mois et six jours, on les enterra au milieu de la ville de Sajjannallai Sukkhotai ; on construisit des chétis (sic) (tours) sur ces reliques, Jusqu’au nombre de six ; et pour tout compléter, on éleva autour des glorieuses reliques une triple enceinte avec colonnes en pierres. 50) Autrefois l’écriture siamoise n’existait pas encore. En l’an saka 1203 (1281 A.D.), année de la chèvre, le seigneur Rama Somdet fit venir un maître qui sut créer l’écriture siamoise ; depuis lors l’écriture siamoise a demeuré. Ce maître bienfaiteur a lui-même fait cette inscription. 51) Le seigneur Rama Somdet le fit venir comme maître et instituteur de tous les Siamois, comme précepteur pour enseigner tous les Siamois et leur faire connaître le vrai mérite et la vraie foi.52) Les habitants du pays de Siam n’ont pas leur pareille en intelligence, en ruse, en courage, en audace, en rudesse, en force ; ils ont su vaincre la foule des ennemis, ils ont un grand royaume, beaucoup d’éléphants.53) Ils ont soumis à l’Orient les villes de Saraluang, Songkhéo, Lumbachai, Sakhathao, sur les bords du fleuve Khong jusqu’à Viengkham, qui font frontière.54) Dans le Sud, ils ont soumis les habitants de Phra : Bang Phrek, Suvannaphum, Ratxaburi, Phetxaburi …, Cri Dharmmarat, qui fait frontière sur les bords de la mer.55) A l’Occident, le pays de Xot, de …, de Hongsvadi Samutra, qu’ils ont fait frontière.56) Au Nord, ils ont soumis, la ville Phlé, la ville Nan, la ville … , la ville Phlaophon, sur le bord du fleuve, la ville de Sava fait frontière.57) Après cela ils se mirent à installer et à nourrir les habitants des villages et des villes, et tous pratiquèrent la justice. Ensuite le R.P. Schmitt présente en deux pages : « Les cérémonies religieuses mentionnées dans l’inscription ». Ainsi pour la traduction de Schmitt, nous pouvons proposer les séquences suivantes :1/ Lignes 1-3 : La filiation 2/ 4-9 : le futur roi est un jeune prince courageux et un guerrier redoutable. Il vient au secours de son père et défait à dix-neuf ans, le seigneur de troisième rang, gouverneur de la ville de Xot qui vint attaquer la ville de Tak. Son père l’honore du titre de Phra : Rama Somdet pour avoir sauté sur l’éléphant du seigneur de troisième rang surnommé Mat, de la ville de Phé). 3/ 10-15. Le jeune prince est respectueux et prend soin de son père et de son frère.4/ 16-23 : Le règne du roi qui présente lui-même la vie et l’administration de son royaume : heureux, abondant (eau, riz), liberté du commerce, juste (héritage préservé pour le cadet. Privilégie la justice à l’amiable, la compréhension mutuelle des intérêts de chacun ; mais est intraitable pour une injure qu’un marchand ne peut réparer que par un don ; ou pour les chefs de bande qui peuvent être mis à mort. Tout habitant de sukkhotai peut avoir accès à sa justice en actionnant une cloche pour avoir un procès équitable. 5/ 24-25 : Description de la beauté de la capitale du royaume, encouragement à créer des jardins (on en devient le propriétaire). 6/ 26-29 : Religion. Ses habitants sont généreux (font des offrandes au roi et aux temples pour acquérir des mérites et observe les préceptes pendant la saison des pluies. Suit les processions avec respect, s’y amuse, s’y sent bien. 7/ 30-32 : Revient sur la description de la capitale, (routes, statues de bouddha, pagodes bibliothèque, instituteurs …8/ 33- 38 : Décrit les communautés et villages qui sont en dehors de la ville. (De l’occident, les Aryens (Hindou-Brahms) ; à l’orient, du nord au sud. A l’Occident, il est honoré par la présence de la communauté des Hindous-Brahms, appelé ici « les Aryens », à laquelle le roi rend hommage, d’autant plus que tous les instituteurs de la ville de çri Dhamrammayara y demeure.
9/ 39-40 : Religion. Il convient d’être respectueux et d’honorer les esprits si on veut leur protection et être heureux, sinon ils peuvent se venger. 10/ 41- 45 : En l’an 1290, reconstitution de la ville de Sachannallai Sukkhotai, taille d’un trône de pierre, cérémonies, rites, fêtes, serment de défendre la ville et le pays.11/ 46. Signale le lieu de trois autres inscriptions et que cette stèle est la pierre glorieuse.12/ 47-49. Un événement important : En 1285, a lieu devant le roi et tous les habitants, une grande cérémonie qui va durer un mois et six jours pour honorer les reliques.13/ 50-51 : Création de l’écriture siamoise. En 1281, le roi Ramkamhaeng fait venir un maître qui crée l’écriture siamoise et qui ensuite enseigna tous les Siamois et leur fit connaître le vrai mérite et la vraie foi.14/ 51- 57 : Les habitants du Siam ont beaucoup de qualités (intelligence, ruse, courage, audace, rudesse, force ) ; Ils ont fondé un grand royaume, en vainquant leurs ennemis du nord au sud et de l’est à l’ouest, (53-56, énumération des 15 villes vaincues) ; un grand royaume où tous ont de quoi manger et de pratiquer la justice.
D’autres traductions : Bradley in , « The oldest known writing in Siamese, the inscription of Phra Ram Khamhaeng of Sukkhotai, 1293 A. D. », (by Cornelius Beach Bradley, A. M., Professor of rhetoric in the University of California, Bangkok, 1909) Bradley donne le texte original tel que gravé, ligne par ligne : Soit pour la 1ère face : 1-35 (35 lignes) ; La 2ème face : 36-70 (34 lignes) ; La 3ème face : 71-97 (26 lignes) ; La 4ème face : 98-124 (26 lignes). Il explique ensuite en citant les lignes ou groupe de lignes les difficultés rencontrées dans la traduction. Il traduit en anglais mais sous la forme de paragraphes, en ajoutant en marge les sujets traités et en mettant en exposant les lignes concernées de la stèle. Parfois certains d’entre eux sont en fin de § à cheval sur 2 §. Ses 9 paragraphes concernent : §1 : Ses origines et sa famille, son jeune exploit guerrier (Ligne 1-10). §2 : Sa dévotion filiale au père et au frère (11-17). §3 : Son règne prospère ; la liberté et la sécurité ; la justice ; généreux traitement donné aux visiteurs ; l’appel au prince (17-36). §4 : La capitale (36-43). §5 : Religion (44-55). §6 : Objets d’intérêts (sur la cite de Sukhotai …) (56-Début 80). §7 : Les inscriptions, leurs localisations. (Fin 80-100). § 8 : La 1ère écriture siamoise (100-début 108). Et §9 : Epilogue. (Fin 108- 124)
Ou bien la traduction de Pavie in « Mission Pavie, Indo-chine 1879-1895. Etudes diverses II, Paris, 1898 », « Inscription thaïe du roi Rama Khomheng, groupe Sajjanayya Sukhodaya, recuellie au Vat Phrakéo à Bangkok en août 1883, (planches 1, 2, 3 ,4.), pp. 176-201. Il commence avec une notice qui nous donne – entre autre - le sujet de cette stèle, « le roi Rama-Khomheng, après nous avoir fait connaître ses prédécesseurs : Çri Indrâtitya, son père qui fut probablement (remarquer le probablement) le premier roi thaï de ce royaume, et son frère Bân, nous raconte les aventures de sa jeunesse. Il donne ensuite la constitution de son royaume, tant administrative que religieuse. Il a fait graver sur cette pierre la loi qui régit ce royaume, pour que le peuple en prît connaissance. Les usages civils et religieux indiqués sur cette inscription sont encore aujourd’hui mis en pratique, dans le pays de Siam sans changement notable. Cette inscription est restée la base fondamentale de leur vie civile et religieuse. » (Nous sommes en 1883)Après avoir donné sa transcription des 124 lignes de la pierre, il propose sa traduction ligne par ligne, en ajoutant des notes explicatives en bas de page. Voir aussi : Barend Jan Terwiel, “The Ram Khamhaeng inscription, the fake that did not come true.” http://www.reihe-gelbe-erde.de/rge/bilder/005.pdf ---------------------Pour les controverses. Entre autres : Notre article 19. Notre Histoire : « La stèle de Ramakhamhèng (fin du XIIème ou début du XIIIème ?) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html Et « The inscription and its image of a Sukhothai utopia remain central to Thai nationalism, and the suggestion it may have been faked caused Michael Wright, an expatriate British scholar, to be threatened with deportation under Thailand's lèse majesté laws » (In Seditious Histories: Contesting Thai and Southeast Asian Pasts, by Craig J. Reynolds. University of Washington Press, 2006, p. vii . (Wikipédia) Et : « Récréations épigraphiques (2 2). Un western épigraphique : le cas du Ramkhamhaeng », by Jean –Michel Filippi, 28 juin 2012 https://kampotmuseum.wordpress.com/tag/the-ramkhamhaeng-controversy/ Repost
Ainsi pour la Jinakalamlini (1516) (pp.mi p.34-41), il choisit la page 118, où il est question du pacte d’amitié de 1287 entre les trois rois, mais les noms sont autres que ceux que nous connaissons. Ensuite la page 122 dont il nous donnera le texte original et la traduction. On est là vers 1355 pendant que le roi Dhamaraja régnait à Sukhodya, le roi Kilana de Xieng Mai désirant la venue des moines, nous raconte un certain nombre de faits ( L’envoi du messager le thera Sumana au roi de Sukhodaya ; comment il découvrit une relique cachée avec l’aide d’une divinité sylvestre ; ses rencontres avec le fils de Dhamaraja et Dhamaraja lui-même heureux de voir la relique ; les offrandes ; un miracle accompli.) Pour partir sur une autre histoire du roi Kilana de Xieng Mai qui désire aussi recevoir un moine qualifié et envoie un messager à Udumbaramahasami qui repart avec son disciple le thera Ananda, pour aller rejoindre le roi ; ... mais le thera Ananda refuse d’accomplir les actes du Sangha car il a besoin de la présence de Sumana qui est à Sukhodayapura ; le roi envoya le chercher mais Sumana refusa ; il dut alors envoyer un autre messager avec des présents pour le roi au Dhammaraja qui consentit à envoyer Sumana avec la relique au roi de Xieng Mai. Ensuite il traduit la page 126, et on repart sur un autre sujet qui concerne cette fois-ci, en 1256 l’origine divine du roi Rocajara (Connu aussi sous le nom de Naradraraja) ; puis son voyage et sa rencontre avec le roi Siridhamaraja de Nakhon si Thammarat, qui lui raconta les miracles accomplis par la statue de Phra Sihin de l’île de Lanka et l’envoi d’un messager et le retour avec la statue qui se brise sur un récif mais dont les morceaux sont sauvés par le roi des Nagas; et une divinité qui signale dans un songe au roi Siridhammaraja l’arrivée de la statue et le roi des Devas qui lui permit de la retrouver ; de lui construire un sanctuaire, de l’honorer ainsi que ses successeurs (son fils Ramaraja qui régna à Sukodaya, Palaraja, son fils Udakajotthataraja, puis Lideyyaraja qui fut nommé Dhammaraja, et là on raconte certains faits qui se sont passés durant son règne : le roi d’Ayojja (Cambodge) Ramadhipati qui prit la ville de Jayanadapura, y mit un administrateur nommé Vattitejo. Le roi avec des cadeaux envoyés à Ramaraja (Ramadhipati) put la récupérer. Dhammaraja confia alors le gouvernement de Sukhodayapura à sa sœur cadette Mahadevi, celui de Vajirapakara au mandarin Tippannamacca, et il s’en retourna à Jayanadapura avec la statue de Phra Sihing. (Quand ?) A la mort de Ramadhipati, Vattitejo quitta Suvannabhumi pour conquérir le Cambodge. A la mort de Dhammaraja à Jayanadapura, Vattitejo quitta Ayojjapura pour prendre Jayanadapura et revenir à Ayojjapura avec la statue de Phra Sihing. Le mandarin Brahmajeyya prit Sukodaya. (Quand ?) Ainsi s’achève la traduction de Cœdès du Jinakalamalini (1516) (pp.mi p.34 -41) pour aborder ensuite le texte pali du Sihinganidana (par Bodhiramsi, XVème-XVIème siècle) (pp. 41-47). Là encore, il ne va traduire que des parties plus ou moins longues des pages 64, 75, 76. Après un paragraphe concernant les vertus et la grandeur de Seyyaranga (appelé aussi plus loin dans le même § Suranga et Ranaranga) (Pour simplifier la lecture !) qui régna à Sukhodeyyanagara ; un royaume qui alla du Mékong à la rivière de Nan au Nord jusqu’à Ayodaya et au royaume de Siridhamma au Sud, un royaume où ses habitants furent prospères. Vient ensuite la même histoire du culte rendu à la statue du Phra Sihing comme dans le Jinakalamalini, que nous laisserons pour arriver aux commentaires de Cœdès.Commentaires de Cœdès. (mi p. 43-p.47) Il constate que le premier roi de Sukhodaya cité par les textes pâlis est pour le Jinakalamalini (J) Rocaraja celui que le Sihinganidana (S) nomme Seyyaranga ou Suranga ou Ranaranga. Selon S. il règne en 756 et selon J. en 1256 et en 1287. Il conclut un pacte d’amitié avec Manraya, le futur fondateur de Xieng Rai, et un troisième prince nommé Purachadana. Il gouvernait un vaste empire qui alla du Mékong à la rivière de Nan au Nord jusqu’à Ayodaya et au royaume de Siridhammaraja au Sud. Le fait capital de son règne fut son expédition pour ramener de Siridhammaraja la statue du Phra Sihing qu’il installa à Sukhodaya. Ensuite Cœdès estime que ce personnage est identique au Phra Ruang de la tradition populaire ! Mais qu’il n’est pas Rama Khamheng. Plus loin il ajoute que J. distingue nettement Rocaraja : Phra ; de Ruang de Ramaraja : Rama Khamheng. Pour J. comme pour S., Phra Ruang est un personnage fabuleux et le fondateur de la dynastie. Le Prince Damrong estime quant à lui, que le fondateur est Indratitya. La tradition populaire aurait confondu les divers rois de Sukhodaya et attribué en bloc au fondateur et l’invention de l’écriture thaïe qui appartient à Rama Khamheng et la réforme du calendrier qui semble revenir à Lidaya. J. et S. faisant vivre Phra Ruang à la même date que Ram Khamheng. Ensuite J. et S. donnent des listes de rois un peu divergentes. J.S.1. Rocaraja 1. SurangaRamaraja, fils de 1.2. Palaraja, fils de 1.3. Palaraja 3. Lideya, fils de 2.4. Udakajjhotthata, fils de 3. 4. Dakosita, fils de 3.5. Lideyya (Dhammaraja) 5. Attakalideyya (Dhammaraja) Cœdès remarque les énigmatiques Dakosita et Udakajjhotthata, et des inversions, mais reconnait pour Lideyya, le Lidaiya des inscriptions. Il constate aussi une concordance de dates. Les textes pâlis, dit-il, nous apprennent que Lideyya était contemporain de Ramadhipati qui fonda Ayudhya en 1350 et de Kilana qui monta sur le trône de Xieng Mai en 1355, ce qui correspond aux inscriptions qui disent que Lidaiya régna de entre 1340 et 1361 (!). D’après J., Lideyya gouvernait Sajanalaya en qualité d’uparaja de son père Dhammaraja qui régnait à Sukhodaya.Ensuite il revient sur les textes chinois qui disent que le Lo-hou s’est emparé du Sien en 1349 pour ne former qu’un seul Etat le Sien-lo, alors qu’on trouve après cette date encore un roi indépendant à Sukhodaya. Il suffit peut-être, dit-il, de penser que même après la mise sous tutelle, le roi a conservé son titre honorifique. Les textes pâlis arrivent à la même conclusion rappelant qu’après sa soumission, Ramadhipati reçut de Dhammaraja le gouvernement de Muang San, qui à sa mort revint au royaume d’Ayudya. Après être revenu sur d’autres faits des relations entre Sukhotai et Ayutthaya, Coedès termine ses commentaires avec « Tout cela prouve que les événements de 1349-1350 n’avaient pas anéanti la puissance du royaume de Sukhodaya et que les rois d’Ayudhya durent s’y reprendre à plusieurs fois avant de l’incorporer définitivement. » (Quelle précision !)*** Finot Louis, in sa note de lecture de « Coedès, Recueil des inscriptions du Siam. Première partie. Inscriptions de Sukhodaya » :« Voici brièvement résumée l’histoire de cette première dynastie ».« Vers le milieu du XIIIème siècle, Sukhodaya était sous les ordres d’un gouverneur cambodgien portant le titre de Khlon Lampan. Il fut attaqué par deux seigneurs thaïs. L’un Pha Muan, chef de Muan Rat, était en faveur du roi du Cambodge (Muan Sri Sodharapura) qui lui avait conféré le titre de Kamraten çri Indrapatindraditya, et il avait épousé une princesse khmère. L’autre Ban Klan Thao, était chef de Muan Ban Yan. Les deux chefs ayant réussi à prendre Sukhodaya, Pha Muan céda cette conquête commune à son allié ; il lui conféra l’abhiseka et lui transmit son propre titre de çri Indrapatindraditya, ou sous une forme abrégée çri Indraditya. Ce fut le premier souverain indépendant de Sukhodaya, celui qui est connu dans la tradition des Thai (sic) sous le nom de Phra Ruan. Il eut pour successeur ses deux fils Ban Muan et Rama Khamhen. Ce dernier bien connu par sa célèbre inscription régnait en 1283-1292 A.D. Après Rama Khamhen vinrent Lothai et Luthai. Celui-ci (Dharmaraja I), d’abord vice-roi de Sajjanalaya monta sur le trône de Sukhodaya à la mort de son père (1347) ; il est l’auteur du Traiphum, traité de cosmologie bouddhiste. Il régnait encore en 1362. Après la fondation d’Ayudhya (1350), Sukhodaya commença à décliner et les rois suivants tombèrent peu à peu au rang de gouverneurs de province. Le dernier est nommé dans une inscription de 1500 A. D. » Repost
En effet, à la mort du roi khmer Jayavarman VII en 1218, le pouvoir angkorien qui dominait la région va se fragiliser et de nombreuses cités thaïes vont tenter de s’émanciper de la tutelle khmère. Et en 1238 deux chefs thaïs - Phya Muang de Muang Rat et Bang Klang Thao de Muang Bang Yang – vont réunir leurs forces et réussir à évincer le gouverneur khmer de Sukhotai. Bang Klang Thao prendra alors le pouvoir pour devenir le 1er roi de Sukhotai.
Pour comprendre cet événement historique majeur, il faut savoir que de nombreux muang (cités) thaïs existaient bien auparavant dans le bassin du Ménam et sur le Haut-Mékong, certains depuis plus de deux siècles, et bien que vassalisés par le pouvoir môn ou khmer avaient su par alliance, mariage, se voir accorder titres et prérogatives, et autonomie parfois. D’ailleurs pour Georges Cœdès, cette émergence des Thaïs était « moins un bouleversement soudain dans le peuplement de la péninsule, que la prise du pouvoir par une classe dirigeante d'origine thaïe [...] la substitution du gouvernement des Thaïs à l'administration khmère ». Mais la fondation du royaume de Sukhotai a commencé bien avant 1238. Un article de wikipédia nous dit que « Selon les historiens modernes, la sécession de Sukhotai d'avec l'Empire khmer commença dès 1180, sous le règne de Po Khun Sri Naw Namthom, souverain de Sukhotai et de la cité voisine de Sri Satchanalai (…) Il bénéficiait à cette époque d'une large autonomie, mais il fut repris vers 1180 par les Môns de Lavo sous leur roi Khomsabad Khlonlampong. » (Référence ?) Mais que savons-nous du règne du roi Sri Indraditya (1238- 1257) ?
Son étude commence avec la traduction d’une inscription datée de 1357, nommée « Nagara Jum » qui fait référence, entre autres, à Pho Kun Ban Klang Thao et à Pho Kun Pha Chao Muang Rat. Il y est dit que Pho Kun Ban Klang Thao s’est uni militairement avec Pho Kun Pha Chao, le chef de Muang Rat (Que l’on ne peut plus situer), et a pris possession du muang Sri Sajjanalaya. Pho Kun Pha Chao, quant-à lui, a pris Ban Klong, dont le territoire allait jusqu’à Pho Khun Pha Muang. Malgré des passages effacés, Coédés signale que Khlon Lampong, probablement un Khmer, devant le danger représenté par les deux armées thaïes les attaqua, mais fut vaincu. (Date ?) Pho Khun Pha muang entra dans Sukhodaya et confia le gouvernement à Pho Kun Ban Klang Thao. Celui-ci attendit que l’armée de Pho Khun Pha muang évacua la cité avant de s’y rendre. Il devenait le Chao Muang de Sukhodaya (Sukhotai), avant de prendre le nom de Sri Indrapatindratitya et le titre de Kamrateng An (ou Khamaeng) Pha Muang. Il est dit que Pho Khun Pha Muang accepta de céder le pouvoir car le nouveau roi avait pris sa fille comme épouse. Coédés précise que ce titre de Kamrateng An provenait du Cambodge et légitimait le nouveau pouvoir. Il sera d’ailleurs donné à ses successeurs. Il est dit ensuite qu’une fois le roi nommé, chacun retourna dans sa cité ou son village comme auparavant. Et il est évoqué rapidement les successeurs : Son fils Pho Khun Ramaraja qui a construit le dharma à Sri Sajjanalaya, puis Rama Khamheng qui a construit le grand Chedi de Sawankalok en 1285 ou 1287, puis Dharmaraj, le petit fils de Sri Indraditya et fils du roi Lodai (qui aurait eu aussi le titre de Dharmaraja), qui aurait lu tout le « Tripitaka », réformer le calendrier, et serait l’auteur du « Traiphum ». (sic) (Nous reviendrons sur cette succession)
Autrement dit, l’article de wikipédia anglais était la traduction simplifiée de l’étude de Coedès, qui était elle-même une proposition de traduction d’une stèle de 1357 dont certaines parties étaient effacées et qui – vous l’avouerez- nous donnait peu d’informations sur cette fondation de Sukhotai. Ainsi l’histoire de la fondation du royaume de Sukhotai qui est considéré comme le premier royaume de la Thaïlande, peut se résumer en quelques lignes, et sans ne rien connaître de son premier roi. Repost
A ce moment du récit, nous avons appris que le roi Mongkut (Rama IV) (1851-1868) a décidé que la fondation du royaume de Sukhotai en 1238 serait considérée comme l’origine de la Nation, le berceau de la civilisation thaïe, tout en sachant qu’il y eut auparavant de nombreuses cités thaïes indépendantes et/ou autonomes, sous la vassalité - selon l’endroit ou la période - des Birmans, des Khmers ou des Môns et même des Chinois. Cette origine de la Thaïlande fut donc décidée par le roi Mongkut (Rama IV)...
sur la « preuve » d’une stèle controversée, dite la stèle de Ramkhamhaeng de 1292 (Nous la présenterons), que le roi aurait trouvée en 1833, alors qu’il était encore prince moine, dans la forêt de Sukhotai ;
... événement d’autant plus surprenant qu’à la fin du XIXème siècle on ne savait plus au milieu des ruines où se trouvait exactement le cœur de cette capitale ; ... ou bien encore que Mgr Pallegoix, le meilleur connaisseur du royaume de Siam de l’époque et « ami » du roi déclarait que les annales de ce pays (« phongsawada Muang nua » ou « histoire du royaume du Nord ») donn(ant) l'origine des Thaïs, et un abrégé de leur histoire jusqu'à la fondation d’ Ayutthaya, étaient pleine de fables et présentaient peu de faits historiques. ».
D’autres « savants » après lui, comme Aymonier, Pavie, Schmitt, Fournereau, Barth, Lunet de la Jonquières, Coedés, etc**, signaleront les difficultés de recherche des sources, de leur traduction, de leur interprétation, et proposeront parfois des hypothèses différentes tant sur les dates que sur les événements. Même le Prince Subhadradis Diskun (1923-2003) l’un des plus prestigieux historiens/archéologues thaïs, exprimera en 1979 ses doutes en présentant le royaume avec des « « environ », « Probablement », « semble-t-il », et le savoureux « Si l'on en croit une pierre gravée »), ou bien encore « on pense que neuf rois régnèrent successivement à Sukhothai, de 1240 (sic) à 1438 environ. » ( in Le Courrier de l’UNESCO de juin 1979.)*** Autant dire le manque de fiabilité des sources dont nous disposons. Mais l’histoire officielle n’est pas là pour exprimer des doutes. Elle a une fonction idéologique ; elle est là pour légitimer le roman de la Nation, l’histoire d’un grand et vieux pays, sa monarchie, sa religion (Le bouddhisme theravada), son unité face à ses ennemis. Il lui faut une chronologie, des dates/événements, des héros que l’écolier apprendra à l’école. Il saura que son pays est né à Sukhotai en 1238, a été annexé en 1438 par le royaume d’Ayutthaya (1351-1767), qui depuis la date de sa fondation en 1351 est devenu le nouveau centre du royaume jusqu’en 1767, où il succomba sous l’assaut de l’ennemi birman, pour retrouver son indépendance 7 mois plus tard avec le roi Taksin ...
... qui établira le royaume de Thonburi en 1767, et qui sera « destitué et mis à mort » en 1782 par Rama I (1782-1809) qui fondera la dynastie Chakri qui règne depuis. L’histoire sera basée sur l’histoire de ses rois les plus importants et/ou sur leurs légendes et ses héros, auxquels on rajoutera, dans le meilleur des cas, la révolution de 1932 et l’histoire de la monarchie constitutionnelle, sous l’autorité avisée et paternelle des monarques constitutionnels. Une histoire nationale qui montre au monde combien la Thaïlande est un grand et ancien royaume, dont les sujets peuvent être fiers avec ses trois piliers : une Nation, un roi, une religion (Le bouddhisme theravada). Convenons donc que le royaume de Sukhotai a existé 200 ans de 1238 à 1438 et a connu 9 rois :1/ Sri Indrahit (Pho Khun Bang Klang Hao) (1238-1279) Fondateur du Royaume. 2/ Ban Muang (1279-1279) (fils de Sri Indrahit) 3/ Ramkhamhaeng, le Grand (1279-1298) (frère de Ban Muang) 4/ Loethai (1298-1323) (fils de Ramkhamhaeng) 5/ Nguanamthom (1323-1347) (cousin de Loethai et fils de Ban Muang) 6/ Lithai (Thammaracha (1347-1368) ( cousin de Nguanamthom, Fils de Loethai) 7/ Leuthai (Thammaracha II) (1368-1399) ( fils de Lithai), 8/ Saileuthai (Thammaracha III) (1400-1419) (fils de Leuthai), 9/ Borommapan (Thammaracha IV) (1419-1438) (fils de Saileuthai). Mais vous aurez beau chercher, l’histoire de ce royaume se réduit essentiellement à son fondateur Sri Indrahit (1238- 1279) ; Rama Khamhaeng le Grand (1279-1298) qui va établir pour la première fois un pouvoir dominant thaï en Asie du Sud-Est, et qui sera considéré comme le fondateur de la nation et de la culture thaïe, son successeur et fils, le roi Leothai (1298-1323) qui ne pourra pas empêcher le déclin du royaume, et le petit-fils de Ram Kamhaeng, Lithai (1347-1368) (le sixième roi de la dynastie ) qui va réussir à réunifier le royaume sans toutefois lui redonner les limites de sa splendeur d’antan, malgré l’émergence du nouveau royaume et rival d’Ayutthaya. On lui attribuera aussi une grande piété et d’être l’auteur d’un grand traité de cosmologie bouddhique, le Tribhumikathà (les Trois Mondes bouddhiques). Son fils Leuthai (1368-1399) ( ils de Lithai) verra son royaume vassalisé en 1378 par le royaume thaï d’Ayutthaya et annexé en 1438 à la mort du roi Borommapan (1419-1438). Le récit de Sukhotai se devra d’aborder quelques dates importantes : 1238, 1262, 1287, 1292, 1351, 1378, 1438. En 1238 donc, la naissance du royaume de Sukhotai ( dont Sukhothai et Si Sacchanalai (aujourd'hui Sawankalok) étaient les capitales « jumelles ») rompt l’équilibre spatial du pouvoir que se partageait le royaume de Pagan et le royaume Khmer d’Angkor (qui dominait le royaume môn de Lavo). Il est considéré comme le premier royaume thaï indépendant. En 1262, le roi Mangraï dans le nord, fonde le royaume thaï de Lanna, qui va avec la cité thaï du Phayao établir une alliance avec Sukhotai face aux « ennemis » birmans et mongols.
En 1287, le roi Ramkamheng de Sukhotai, le roi Mangraï du Lanna, et le prince Ngam Muang (Phayao) établissent un pacte d'amitié devant la menace mongole. Signalons qu’en 1281, le roi Mangrai prend la ville de Lamphun qui met fin au royaume d’Haripunchai des Mons et à la période de Dvâravati. 1292. La fameuse stèle de Ram Kamhaeng ? En 1351, la fondation du royaume thaï d’Ayutthaya par le Prince Uthong (Ramathibobi), va rompre cet équilibre et engager les hostilités contre Sukhotai. (Sukhotai perdit sa prééminence au profit de Phisanulok) En 1378, Sukhotai devient vassal d’Ayutthaya, sous le règne du roi Leuthai (1368-1399). En 1438, le dernier roi de Sukhotai Borommapan (1419-1438) décède, et le royaume est annexé par le royaume d’Ayutthaya. -----------------Nous avions là quelques éléments (des noms, des dates, peu d’événements), mais l’histoire officielle n’en disposait guère plus. *Nous avons consacré une quinzaine d’articles au royaume de Sukhotai dans notre « Histoire de la Thaïlande ». Cf. à partir de « 18. Notre Histoire : Les Thaïs entrent dans l’Histoire, avec la fondation du royaume de Sukhotai ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-18-notre-histoire-les-thais-entrent-dans-l-histoire-avec-le-royaume-de-sukkhotai-101594784.htmlEt par exemple : « 22. Notre Histoire : Le Royaume de Sukhotai (1238-1438). »http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-histoire-le-royaume-de-sukhotai-1238-1438-102400771.html**23. Notre Histoire : Les sources du Siam ancien ?http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-histoire-les-sources-du-siam-ancien-102401104.html***21. Notre Histoire : Le Royaume de Sukhotai (1238-1438) vu par le Prince Subhadradis Diskul. http://www.alainbernardenthailande.com/article-21-le-royaume-de-sukkhotai-1238-1438-vu-par-le-prince-diskul-102117551.html On pourrait aussi citer B. J. Terwiel - l’un des meilleurs spécialistes de la Thaïlande - qui, dans son livre « Thailand’s Political History » de 2011 rappelle que Sukhotai, s’est formé parmi d’autres mini-Etats thaïs, de même que la présentation du Lanna comme un Etat unifié a été créé au XXème siècle et n’est qu’un mythe. Il rappelle aussi qu’Ayutthaya a existé bien avant 1351 et exprime de nombreux doutes ou versions sur les scénari possibles de l’histoire de la Thaïlande. Repost

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 §9