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Timestamp: 2017-07-21 02:50:04+00:00

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Réflexion et méthodologie: autour d’une prise d’empreinte en papier
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6 | 2011 : Réinventer les méthodologies Dossier
Cyril Benoît, Florence Lagger and Noé Terrapon
Français English Un gisant gravé de la fin du XIIIe siècle a été découvert sous le chœur de la basilique Notre-Dame de Fribourg. Les questions éthiques liées à la prise d’empreinte et à la reproduction de biens culturels sont soulignées. Les auteurs portent un regard critique sur les reproductions et voient la prise d’empreinte comme un support documentaire. L’importance de la découverte de Notre-Dame a conduit à sa dépose. Le moulage de la pièce a été effectué pour assurer sa documentation. Une méthode de moulage empruntée aux épigraphistes a été utilisée: l‘estampage avec du papier buvard. L’adaptation de cette technique de prise d’empreinte a été nécessaire. Le démoulage a été favorisé par l’ajout de cyclododécane sous une stratification de papier, plâtre renforcé, mousse expansée et bois.
A stone recumbent figure from the end of the 13th century has been discovered in the chancel of the Notre Dame basilica in Fribourg. In this article, the ethical questions related to the replication or casting of cultural heritage witnesses are underscored. The authors raise their skepticism about reproductions and consider molds as a simple documentary support. The discovered figure has been lifted from its original location. A mold has been applied for documentary purposes. The molding method has been inspired by the epigraphist’s method: a stamping with blotting paper. This technology has been adapted to the current circumstances. The mold removal has been enhanced by adding cyclododecan under an overall compound made of plaster paper, expanded foam and wooden structure.
Keywords :cyclododécane, déontologie, empreinte, gisant, papier buvard, sculpture
Keywords :blotting paper, casting, cyclododecan, deontology, recumbent, sculptureTop of page
Témoin culturel ou objet de collection; deux vocations distinctes
Prise d’empreinte : de la représentation du bien culturel et de son substitut
Contexte de découverte: la Basilique de Notre-Dame à Fribourg en Suisse
Renaissance d’un témoin important de l’histoire fribourgeoise : le gisant de Notre-Dame
Description du gisant et de son inscription
Prise d’empreinte de la dalle
Les méthodes de prise d’empreinte
Adaptation d’une méthode de prise d’empreinte
La prise d’empreinte: examen critique
1 Le vocable «bien culturel» est extrait d’un générique plus large ; le patrimoine, englobant les tr (...)
1Les objets et les structures archéologiques, porteurs d'informations, ne jouissent pas du statut de «bien culturel protégé» dès leur mise au jour. Cette notion, qui reste fluctuante suivant le lieu de la découverte, s'affirme par le biais du regard qu'on accorde à l’objet puis se confirme par le contexte archéologique. En effet, au gré des lieux géographiques, et des recherches, l'objet «bien culturel» n'a pas la même importance et n'est pas perçu avec la même acuité1.
2 C’est par l’éveil d’un courant nationaliste, apparu au début du XIXe siècle que cette notion de va (...)
2Le statut de «bien culturel protégé» est acquis lorsque la valeur intrinsèque et le caractère unique ou exceptionnel de l’objet sont reconnus. Cette étape va permettre la différenciation entre «bien culturel» porteur d'informations et «bien culturel protégé», témoin exceptionnel ou/et irremplaçable. Ce nouveau statut se substitue au premier et engendre dès lors une véritable identité. Le «bien culturel protégé» devient témoignage de l’expression artistique, anthropologique, spirituelle et matérielle de la culture qu’il représente2.
3C’est au cours de ce processus que notre intervention a pris place.
4Réaliser la prise d’empreinte d’un bien culturel, quelle que soit la méthode utilisée ou la qualité de la reproduction, soulève un bon nombre de questions qui relèvent de la légitimité et de la finalité de cette action. 5Prenons comme exemple le tableau de Léonard de Vinci mettant en scène, sur un support de toile et à l’aide d’une peinture à l’huile, le buste de la Joconde. Sur combien de supports différents cette image a-t-elle été reproduite? Combien de réductions, d’agrandissements, de transpositions a-t-elle subis? 3 D. GUILLEMARD, «Fidélité et trahison; le simulacre du substitut» in: D. GUILLEMARD, Du moulage au (...)
4 B. DELOCHE, «Et si le substitut valait plus que l’original», in: D. GUILLEMARD, voir note 3, 17. V (...)
6L’engouement pour ces représentations aura pour conséquence la multiplication des reproductions; plagie-t-on le bien culturel en réalisant des substituts ne dénotant aucune expression artistique et ne correspondant aucunement à la matérialité de l’objet culturel3 ? Voit-on encore une œuvre à travers cette multiplicité de l’image4 ?
7Quoi qu’il en soit, la prise d’empreinte peut servir un but documentaire, remplir une fonction d’archivage. C’est dans cette perspective que nous la plaçons, le tirage d’un positif n’étant pas une fin en soi.
5 Cahiers d’archéologie fribourgeoise 4, 2002, 60; G. BOURGAREL, «La Basilique Notre-Dame; une vieill (...)
8C’est dans le cadre des travaux d’assainissement de la Basilique de Notre-Dame entrepris dès 1991 en vue d’aménagements extérieurs que des investigations archéologiques ont pu être menées. Plusieurs campagnes de fouille ainsi que des analyses de bâtiment ont permis de redécouvrir l’édifice et ses différentes transformations5. 9Les fouilles archéologiques ont permis d’établir que la Basilique de Notre-Dame avait été érigée en plusieurs étapes dont les plus significatives pour l’architecture du bâtiment sont les suivantes:
Construction de «la chapelle de l’Hôpital des bourgeois» durant la première moitié du XIIIe siècle.
6 Les grès molassiques peuvent être désignés par le terme général de grès ou arénites feldspathiques (...)
7 Pour cet apparat, mentionnons la mise en place de stalles fabriquées entre 1505 et 1508 dans un st (...)
Transformation aux XIVe-XVe, durant lesquelles l’on voit apparaitre des structures porteuses en grès molassique6 de style gothique tandis qu’un apparat baroque7 décore l’aménagement intérieur de l’édifice.
Mise en place d’un portique à colonnade en façade durant le dernier quart du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècle donnant à l’édifice un caractère radicalement différent. Ces travaux s’accompagnent d’un réaménagement intérieur. Cette ultime transformation confère une apparence néoclassique à la basilique (fig. 1).
Fig.1 Plan général de la Basilique de Notre-Dame Zoom Original (jpeg, 120k)
Plan général de la Basilique de Notre-Dame et ses différentes phases de construction. Emplacement de la dalle funéraire. © Service archéologique de l’Etat de Fribourg, W. Trillen.
10Les travaux d’assainissement en cours, notamment la pose d’un chauffage au sol, ont amené le Service archéologique de l’Etat de Fribourg à conduire des fouilles à l’intérieur de la basilique. Ces dernières ont mis en évidence différents niveaux de sol incluant plus d’une vingtaine de dalles funéraires, dont celle qui fait l’objet de cette étude de cas. Renaissance d’un témoin important de l’histoire fribourgeoise : le gisant de Notre-Dame
8 Sous l’emplacement des stalles déposées et mises en réserve durant les travaux.
9 C. FELIX, voir note 6, 834. 11Mise au jour dans le chœur de la Basilique, sur son côté oriental8, cette dalle gravée en grès molassique9 dont les dimensions sont de 1980 x 1070 x 220 mm, représente le gisant d’un chevalier en armure, mains jointes sur la poitrine, avec son épée à sa gauche et l’écu aux trois coqs; il porte un casque et, au-dessus d’une tunique à manches plissées, une cotte de maille avec éperons sous un surcot sans manches.
10 Communiqué de presse du Service archéologique de l’Etat de Fribourg du 10 mai 2010.
12Une inscription latine en lettres onciales a été gravée sur le pourtour de la dalle: HIC · IACET · PETRVS DIVITIS SENIOR QUI · OBIIT · IN · VIGILIA · NATIVITATIS · GLORIOS [---]. Il s’agit donc de Pierre Dives l’Ancien – l’écu aux trois coqs renvoie également à cette famille –, membre influant de la ville de Fribourg qui fut membre du Petit Conseil de la Ville en 1264 et recteur de l’Hôpital de 1283 à 1285. Malheureusement, l’inscription est érodée sur l’une de ses parties longitudinales, nous privant de l’année du décès de Pierre Dives, probablement survenu en 128510(fig. 2).
Fig. 2 Dalle funéraire de la Basilique de Notre-DameZoom Original (jpeg, 28k)
Dalle funéraire de la Basilique de Notre-Dame, niveau de sol du XIVe-XVe siècle.
© Service archéologique de l’Etat de Fribourg, C. Zaugg.
13La surface de la pierre est relativement homogène et paraît de prime abord solide. Une légère oxydation de la surface suggère que la dalle a été exposée à l’air libre. Les détails de façonnage du bloc à la laye brettelée sont visibles dans les parties non gravées, en haut à gauche du personnage et dans l’écu. Çà et là, des dégradations laissent apparaître la fragilité de la pierre. Ces détériorations sont notamment observables dans la zone des jambes ainsi que sur le pourtour de l’épée et des membres supérieurs du chevalier. De fragiles feuillets se détachent des rives de ces altérations. Une importante usure sur le long côté gauche du bloc est probablement due à un piétinement prolongé. La dalle est profondément fissurée dans sa largeur au niveau des pieds du gisant. En cas de dépose, cette fissure pourrait mener à la rupture de la dalle !
14Initialement, la dalle funéraire faisait partie d’un niveau de sol du XIVe-XVe siècle et ne devait pas être prélevée. Eu égard à l’importance de la découverte – il s’agit de l’unique gisant gravé de cette époque en Suisse romande –, une prise d’empreinte se justifiait à titre documentaire, en complément des méthodes traditionnelles que sont le dessin et la photographie. Le projet a ensuite évolué, et la dépose de la dalle a été décidée. Dès lors, c’est également dans le but de sauvegarderle relief du gisant au cas où le prélèvement ne se déroulait pas de manière satisfaisante, que le moulage a été réalisé. Cette prise d’empreinte trouve donc tout son sens au niveau de la conservation. Elle n’est pas là pour permettre le tirage d’un substitut, mais pour garantir la préservation du relief sculpté.
15Les différentes méthodes de prise d’empreinte se répartissent en trois groupes principaux;
11 R. DAVID – M. Desclaud, Pour copie conforme; Les techniques de moulage en paléontologie en préhist (...)
application d’une substance liquide épousant les surfaces et se transformant par vulcanisation ou par évaporation11 application d’un solide ou semi-solide transformable par la chaleur, par l’action de l’eau et/ou les contraintes mécaniques
12 E. MEYER., Modélisation photogrammétriques de l’épigraphie des colonnes de la salle hypostyle du t (...)
vues photogrammétriques12, dont le prototypage est assuré par un appareillage de projection ou par une fraise numérique.
13 F.-S. TISSIER, Etude de la vitesse de sublimation du cyclododécane, en fonction du substrat et du (...)
16Les produits appliqués sous forme liquide, semi-solide ou solide lors d’une prise d’empreinte laissent parfois des traces irréversibles. L’application de démoulants n’est pas non plus la panacée: n’étant pas à 100% réversibles, ils peuvent provoquer des dégradations et/ou faire écran à d’éventuels traitements – signalons cependant le cyclododécane qui ne présente pas ces inconvénients et qui peut être utilisé comme agent de démoulage13.
17Les représentations photogrammétriques sont certes les méthodes les plus respectueuses d’un bien culturel. Toutefois, l’acquisition des compétences et de la technologie nécessaires à leur prise en charge fait encore défaut dans la plupart des laboratoires de conservation-restauration.
18L’humidité résiduelle de la pierre ne permettait pas d’envisager une consolidation du matériau in situ. Une consolidation localisée et un renfort structurel étant nécessaires, il fallait proscrire tous les produits susceptibles de migrer dans le grès, car ils pouvaient nuire à sa consolidation. Il s’agissait donc de mettre au point ou d’adapter une méthode de prise d’empreinte qui ne compromettrait pas les traitements ultérieurs.
14 E. MEYER, voir note 12, 7.
19Différentes techniques ont été développées par les épigraphistes et les préhistoriens pour le relevé d’inscriptions et de pétroglyphes. L’une d’elles14, qui met en œuvre du papier buvard détrempé, paraissait bien adaptée à notre cas de figure. Ainsi, c’est par l’adaptation de cette méthode que nous avons réalisé cette prise d’empreinte.
15 Travail réalisé le 16 septembre 2010 par les auteurs. Nous avons bénéficié des conseils avisés de (...)
20La prise d’empreinte a débuté par la vaporisation d’une mince couche de cyclododécane sur la surface de la dalle15. Le produit a été soumis à un flux d’air chaud l’obligeant à s’organiser en film plus mince et à se répartir de manière uniforme. Son rôle était d’une part d’empêcher toute pénétration des matériaux utilisés, d’autre part de favoriser le démoulage.
21Ne disposant pas de feuilles de papier buvard aux dimensions de la dalle, nous avons dû travailler avec un format de taille inférieure. Dans la mesure du possible, les raccords ont été établis dans les incisions: écu, pourtour du personnage, filets entourant les lettres onciales (fig. 3). Les rives des feuilles du papier buvard ont été amincies en biseau dans leur épaisseur sur une vingtaine de millimètres, ceci afin de réduire le joint, de favoriser une meilleure juxtaposition des feuilles entre elles et d’éviter une surépaisseur. Cette opération a été réalisée à l’aide d’un pinceau dont les poils ont été raccourcis.
Fig. 3 Dalle funéraire de la Basilique de Notre-Dame. Zoom Original (jpeg, 20k)
Application du papier buvard. Le jointoiement des feuilles s’est effectué aux limites des parties gravées : écu, pourtour du personnage, filets entourant les lettres onciales.
© Service archéologique de l’Etat de Fribourg, N. Terrapon.
16 Il s’agit de brosse à poils mi-durs dont les dimensions correspondent à 120 x 50 mm.
22Avant leur emploi, les feuilles de papier buvard (580 x 440 mm, 130 g/m2) ont été mises à détremper dans un bac d’eau durant cinq à dix minutes. Après leur pose, les bulles d’air ont été évacuées. Le buvard a ensuite été estampé à l’aide de l’extrémité d’une brosse16 et de pinceaux à poils mi-durs. (fig. 4). Dans les incisions les plus profondes (lettres, certaines parties de l’écu), le papier ne pouvait se déformer suffisamment et se déchirait. Des empiècements se superposant de quelques millimètres sur le pourtour des lacunes ont alors été posés.
Fig. 4 Détail de la dalle funéraire de la Basilique de Notre-DameZoom Original (jpeg, 488k)
Le papier buvard détrempé est mis en forme sur la surface de la sculpture par estampage successif.
© Service archéologique de l’Etat de Fribourg, C. Benoît.
17 Bandes plâtrées à prise ultrarapide Biplatrix®, 80 x 3000 mm.
18 Commercialisée par Kremer AG sous l’appellation Plextol D540.
23Une fois l’ensemble de la dalle recouvert de papier buvard, la surface a été renforcée à l’aide de bandes plâtrées17 disposées de manière multidirectionnelle. L’eau de gâchage a été additionnée d’une dispersion acrylique18, ce qui a favorisé l’encollage du papier buvard aux bandes plâtrées. 19 Cinq plis encollés transversalement les uns aux autres avec de l’épicéa déroulé. Le panneau d’une (...)
20 Les perforations d’un diamètre de 40 mm ont été réparties en quinconce sur la surface du panneau, (...)
21 D’une section de 40 x 30 mm.
24Pour la dépose, un panneau de bois a été utilisé comme structure de renfort. Ce panneau multiplis19 au travers duquel avaient été effectuées des perforations20 a été renforcé par des lattes21 en bois du côté parement(fig. 5). Fig. 5 Panneau de renfortZoom Original (jpeg, 28k)
Préparation du panneau de renfort avec ses perforations et ses structures en bois.
22 Afin de garantir à la mousse polyuréthane une bonne expansion, il est conseillé d’humidifier les s (...)
23 Commercialisées par la firme Sika sous l’appellation Sika Boom®-S.
25Le pourtour du panneau a ensuite été renforcé par un cadre de lattes du côté contre-parement, tout en ménageant un espace de 20 mm entre le panneau et l’empreinte. La liaison panneau-empreinte a été assurée par de la mousse expansée. Pour réaliser cette intervention, la surface de plâtre a été vaporisée avec de l’eau22 et des boudins de mousse de polyuréthane y ont été appliqués23. Le panneau a ensuite été posé au-dessus de la prise d’empreinte.
26L’expansion de la mousse polyuréthane a totalement comblé l’espace qui lui était réservé, tandis que l’excédent pouvait s’échapper par les perforations. Le panneau a été isolé avec un film de polyéthylène et lesté au moyen de galets mis en caisses. L’ensemble formait alors une structure rigide permettant le retrait de la couche de buvard sans déformations, ainsi que son transport(fig. 6). Fig. 6 Prise d’empreinte de la dalle funéraire de la Basilique de Notre-DameZoom Original (jpeg, 48k)
Panneau de renfort lesté dans le but de contrôler l’expansion de la mousse de polyuréthane et d’assurer une bonne cohésion des matériaux mis en œuvre.
27Comme les bandes plâtrées provoquent des tensions en se rétractant, et pour favoriser l’adhérence entre les différentes couches, ces opérations ont dû être effectuées dans la même journée.
28La dépose du négatif s’est déroulée sans problème. La couche de cyclododécane vaporisée a parfaitement joué son rôle d’agent de démoulage et aucune modification chromatiquen’est à observer. Les détails de façonnage à la laye brettelée ont été imprimés dans la structure du papier buvard. Ils sont bien visibles, tant sur les parties en haut à gauche du personnage que dans l’écu. Les dégradations de surface constatées au niveau des mollets et des pieds sont également fidèlement reproduites. La fissure dans la partie basse de la dalle a elle aussi été restituée, mais non sur toute sa profondeur. Enfin, la prise d’empreinte n’a causé aucune dégradation supplémentaire(fig.7).
Fig.7 EmpreinteZoom Original (jpeg, 17k)
L’empreinte de la dalle funéraire de la Basilique de Notre-Dame.
29En revanche, la méthode n’a pas permis de restituer les cavités les plus profondes, dans lesquelles subsistent des fragments de papiers buvard. Les jointures des feuilles sont parfois légèrement visibles, notamment là où nous n’avons pu les réaliser dans les incisions. Un produit structurellement plus stable que les bandes plâtrées devrait être utilisé pour la fabrication de la coque, par exemple du polyester non tissé.
30Les prises d’empreinte peuvent remplir plusieurs objectifs. D’une part, elles peuvent servir à reproduire l’original, ce qui est leur fonction la plus courante et d’autre part, un but documentaire. Dans le premier cas, on assiste à la multiplication des copies conformes, sans lien direct avec la conservation de l’objet. A travers ses reproductions la perception de l’objet peut en être modifiée, adaptée, en somme utilisée voire détournée. Dans le second cas, la prise d’empreinte participe à la documentation de l’objet, elle se justifie pleinement dans le cadre de son étude et de sa transmission à la postérité.
31L’adaptation d’une méthode de relevé, utilisant des feuilles de papier buvard appliquées par estampage, a permis de réaliser une restitution particulièrement fidèle qui n’a ni altéré ni modifié l’objet d’origine. En cela, cette prise d’empreinte à but conservatoire a rempli son objectif. 32La méthode développée, si elle demande un tour de main rapide et précis, a l’avantage d’être très peu coûteuse par rapport aux formules standards. En outre, elle est respectueuse de l’objet et ne dénature ni la matière ni l’image, tout en garantissant la possibilité d’une reproduction ultérieure. Dans le cas du gisant de la basilique de Notre-Dame, aucun tirage n’a été réalisé; l’empreinte a été effectuée dans le but de constituer un support documentaire, et elle sera archivée comme tel.
1 Le vocable «bien culturel» est extrait d’un générique plus large ; le patrimoine, englobant les traces matérielles et immatérielles de la culture. En Suisse, les lois principales qui régissent la désignation du «bien culturel» sont les suivantes: Code civil suisse 1912, Art. 723, 724; Constitution fédérale 1962, Recueil systématique réf. 101, Art. 24 sexies 2e et 5e alinéa; Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage, 1er juillet 1966, Art. 1, lettres; a, b, c et e ; Art. 3, al. 1 ; Art. 4 lettre a, b ; Art. 6, al. 1. S’ajoutent à ces lois fédérales des dispositions cantonales. Pour le canton de Fribourg; Loi sur la protection des biens culturels, 7 novembre 1991 (LPBC), RDF 482.1, Art.2 ; Art, 3 al. 2 ; Art. 4 ; Art 22, al. 1 ; Art. 23, al. 2 ; Art. 39 ; Art. 55, al. 1 et 2, Le Conseil d’Etat du Canton de Fribourg, Fribourg; Règlement d’exécution de la Loi sur la protection des biens culturels, 17 août 1993, (RELPBC), RSF 482.11 Art. 42 ; Art. 57, al. 1 et 3, lettres b, e. Le Conseil d’Etat du Canton de Fribourg, Fribourg. Voir également A. A. Schmid, Réflexion sur la conservation du patrimoine; La protection du patrimoine en Suisse et le rôle de la Commission fédérale des monuments historiques Lausanne 1990, 8-11 ainsi que les différentes chartes internationales: Chartes d’Athènes, 1931, Conférence d’Athènes 21-30 octobre 1931, ICOMOS I, 1966 Athènes, 3-14, Comité National Allemand, Munich, 45-49; Charte de Venise 1964, Charte Internationale sur la Conservation et la Restauration des Monuments et des Sites. Principes de la conservation des monuments historiques, ICOMOS-Cahiers du Comité, 16-17; Charte de Lausanne 1992, Charte pour la protection et la Gestion du Patrimoine Archéologique, Principes de la conservation des monuments historiques, ICOMOS-Cahiers du Comité National Allemand, Munich, 61-68. Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, UNESCO, Paris 2003.
2 C’est par l’éveil d’un courant nationaliste, apparu au début du XIXe siècle que cette notion de valeurs et de signification s’est développée, elle a été mise en exergue par plusieurs auteurs. Leur propos étant d’attribuer une fonction particulière au mythe du passé, émanant des traditions et des antiquités immobilières et mobilières afin de garantir et d’asseoir une aura culturelle nationale. Cet engouement provoqua un besoin de se rattacher au passé, de se construire une histoire identitaire à l’aide de ces témoins culturels. Cette attitude eut comme effet positif une accentuation de la sauvegarde des monuments et des œuvres mais en contre partie provoqua des distorsions particulières concernant notamment les modes de vie des lacustres (M.-A. KAISER, Les Lacustres; archéologie et mythe national (Le savoir suisse 14), Lausanne 2004.). Voir également C. PERIER-D’IETEREN, «L’histoire de la restauration en Belgique et l’exemple du nettoyage des peintures», in: Histoire de la Restauration en Europe, Actes du Congrès international «Histoire de la Restauration », Bâle 1991, Worms 1993, 11-30.
3 D. GUILLEMARD, «Fidélité et trahison; le simulacre du substitut» in: D. GUILLEMARD, Du moulage au fac-similé, diffusion du patrimoine et conservation préventive (Cahiertechnique 8), , Paris 2002, 9-15.
4 B. DELOCHE, «Et si le substitut valait plus que l’original», in: D. GUILLEMARD, voir note 3, 17. Voir également W. BENJAMIN,L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Paris 2006. D. GUILLEMARD, voir note 3, 11. «L’authenticité n’est plus celle de la matière mais celle de la forme, la fidélité de la reproduction prend valeur d’original»
5 Cahiers d’archéologie fribourgeoise 4, 2002, 60; G. BOURGAREL, «La Basilique Notre-Dame; une vieille dame dévoile peu à peu ses merveilles», Cahiers d’archéologie fribourgeoise 7, 2005, 200-201. 6 Les grès molassiques peuvent être désignés par le terme général de grès ou arénites feldspathiques à ciment calcaire. C. FELIX, «Comportement de grès utilisés en construction sur le Plateau suisse», in: P. G. MARINOS – G. C. KOUKIS (éd.), Géologie de l’ingénieur appliquée aux travaux anciens, monuments et sites historiques, Rotterdam 1990, 833-841
7 Pour cet apparat, mentionnons la mise en place de stalles fabriquées entre 1505 et 1508 dans un style gothique. La décoration des dorsaux sculptés est constituée de remplages aveugles et de reliefs héraldiques. Cf. H. SCHÖPFER, «Les stalles de l’église de Notre-Dame Nouvelles de la Basilique 4, 1993, 3-7.
9 C. FELIX, voir note 6, 834. 10 Communiqué de presse du Service archéologique de l’Etat de Fribourg du 10 mai 2010.
11 R. DAVID – M. Desclaud, Pour copie conforme; Les techniques de moulage en paléontologie en préhistoire et en archéologie historique, Nice 1992.
12 E. MEYER., Modélisation photogrammétriques de l’épigraphie des colonnes de la salle hypostyle du temple de Karnak, Mémoire de soutenance de Stage du DEA, Montréal 2003. GRCAO, Montréal.
13 F.-S. TISSIER, Etude de la vitesse de sublimation du cyclododécane, en fonction du substrat et du mode d’application, Dossier de méthodologie, Université de Paris1 Panthéon-Sorbonne, [Paris 2007].
15 Travail réalisé le 16 septembre 2010 par les auteurs. Nous avons bénéficié des conseils avisés de Mme Myriam Jullien et de MM. Olivier Guyot, Christophe Fasel, Julian James, Christophe Zindel. Ont également collaboré à ce travail MM. Mario Ambrosio, Philippe Cogné et Julien Pochon. Nous profitons, ici, de remercier ces personnes pour leur précieuse collaboration.
19 Cinq plis encollés transversalement les uns aux autres avec de l’épicéa déroulé. Le panneau d’une épaisseur de 9 mm est commercialisé par différentes firmes de matériaux de construction.
20 Les perforations d’un diamètre de 40 mm ont été réparties en quinconce sur la surface du panneau, à une distance de 150 mm les unes des autres.
22 Afin de garantir à la mousse polyuréthane une bonne expansion, il est conseillé d’humidifier les surfaces qui seront en contact avec la mousse.
23 Commercialisées par la firme Sika sous l’appellation Sika Boom®-S.Top of page
Fig.1 Plan général de la Basilique de Notre-Dame Caption
Plan général de la Basilique de Notre-Dame et ses différentes phases de construction. Emplacement de la dalle funéraire. Credits
© Service archéologique de l’Etat de Fribourg, W. Trillen.
http://ceroart.revues.org/docannexe/image/2106/img-1.jpg
Fig. 2 Dalle funéraire de la Basilique de Notre-Dame
http://ceroart.revues.org/docannexe/image/2106/img-2.jpg
Fig. 3 Dalle funéraire de la Basilique de Notre-Dame. Caption
http://ceroart.revues.org/docannexe/image/2106/img-3.jpg
Fig. 4 Détail de la dalle funéraire de la Basilique de Notre-Dame
http://ceroart.revues.org/docannexe/image/2106/img-4.jpg
Fig. 5 Panneau de renfort
http://ceroart.revues.org/docannexe/image/2106/img-5.jpg
Fig. 6 Prise d’empreinte de la dalle funéraire de la Basilique de Notre-Dame
http://ceroart.revues.org/docannexe/image/2106/img-6.jpg
Fig.7 Empreinte
http://ceroart.revues.org/docannexe/image/2106/img-7.jpg
Cyril Benoît, Florence Lagger and Noé Terrapon, « Réflexion et méthodologie: autour d’une prise d’empreinte en papier », CeROArt [Online], 6 | 2011, Online since 31 May 2011, connection on 20 July 2017. URL : http://ceroart.revues.org/2106Top of page
Cyril Benoît est conservateur-restaurateur, spécialisé en objets archéologiques et ethnographiques, titulaire d’un Master de conservation-restauration de biens culturels, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne, Paris. Il est employé comme responsable du laboratoire de conservation-restauration au Service archéologique de l’Etat de Fribourg en Suisse.
Florence Lagger
Florence Lagger est conservatrice-restauratrice, spécialisée en objets archéologiques et ethnographiques, diplômée en 2004 de la HECR Arc, La Chaux-de-Fonds. Elle exerce depuis 2005 au Service archéologique de l’Etat de Fribourg en Suisse.
Noé Terrapon
Noé Terrapon est conservateur-restaurateur, spécialisé en objets archéologiques. Il exerce depuis 1997 au Service archéologique de l’Etat de Fribourg en Suisse. Parallèlement, il est depuis 2002 responsable du laboratoire de conservation-restauration de la mission archéologique de la Schola du Trajan de l’Université Lumière Lyon II, en Italie.Top of page

References: Art. 723
 Art. 24
 Art. 1
 Art. 3
 Art. 4
 Art. 6
 Art.2
 Art. 4
 Art. 23
 Art. 39
 Art. 55
 Art. 42
 Art. 57