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Chronica Tertullianea et Cyprianea 1997 Revue des Études Augustiniennes,
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Revue des Études Augustiniennes, 44 (1998), 307-339
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine
depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de
Cyprien. La présente livraison ne traite en principe que des publications datées de 1997 et, le
cas échéant, de 1995 et 1996. En effet, les omissions que nous avons relevées pour les années
antérieures ont été autant que possible réparées dans le volume récapitulatif Chronica Tertullianea et Cyprianea 1975-1994. Bibliographie critique de la première littérature latine chrétienne,
qui paraîtra finalement au début de 1999. Hélas, nous découvrons encore des lacunes, parfois
peu excusables ; «les travaux bibliographiques n'ayant pas de fin», pour parler comme Pierre
Larousse, on a cru utile d'ouvrir en fin de bulletin une rubrique Addenda nouissima ad CTC
Les références se font désormais sous la forme : CTC 92, 3 ; les renvois aux notices bibliographiques qui sont propres au volume se présentent ainsi : CTC 75-94, C (compléments aux
chroniques publiées) ou CTC 75-94, S (suppléments pour les années 1975-1984) : on précise
alors SC (Cyprien), SH (textes hagiographiques), SM (Minucius Félix), SN (Novatien).
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en
particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, ainsi que la "Zweigstelle" de L'Année
philologique à Heidelberg.
Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI — François DOLBEAU
Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN
1. KELLER (Adalbert), Translations patristicae Graecae et Latinae : Bibliographie der
Übersetzungen altchristlicher Quellen. Teil 1, A - H, Stuttgart : A. Hiersemann, 1997, XXXII454 p.
Ce volume d'une typographie raffinée et très aérée - on est loin de l'entreprise artisanale du
fr. Jacques Marcotte (CTC 84, 1) - se veut un complément aux répertoires de Dom E. Dekkers
et M. Geerard. Il se propose en effet de recenser les traductions modernes des Pères de l'Église
(latins jusqu'à Isidore de Seville, grecs jusqu'à Jean Damascène) dans les principales langues
européennes : allemand, anglais, français, italien, espagnol (et catalan). Les traductions d'opera
dubia ou spuria ne sont pas relevées, de même que celles parues dans des anthologies. L'A.
signale aussi les éditions de texte récentes, mais sans donner les numéros des CPG et CPL, ce
qui aurait été pourtant fort pratique ; il indique l'édition parfois même pour un texte dont il ne
connaît pas de traduction, ce qui surprend (est-ce pour inviter le lecteur à se mettre au travail ?).
Cette bibliographie se veut sélective, mais en l'absence de toute annotation critique on se
demandera parfois sur quels critères l'A. s'est fondé. La date de publication a dû en constituer
un, puisqu'à part celles publiées dans des séries comme la première Bibliothek der Kirchenväter
ou les Ante-Nicene Fathers, les traductions antérieures au XXe siècle brillent par leur absence. Il
n'était pourtant pas sans intérêt de savoir que les œuvres complètes de saint Augustin ont été
traduites deux fois en français au XIXe siècle.
En ce qui concerne Cyprien, le seul auteur de la CTC recensé dans ce tome, on notera
plusieurs traductions espagnoles qui nous avaient échappé (elles seront signalées l'an prochain
dans notre rubrique «Addenda ad CTC 75-94»). En revanche, il aurait peut-être valu la peine de
répertorier les traductions recensées en CTC 75-94, SC 5, 5a et 7.
2. TERTULLIEN, Le voile des vierges (De uirginibus uelandis), Introduction et commentaire
par Eva SCHULZ-FLÜGEL, adaptés par Paul MATTEI ; texte critique par E. S.-F. ; traduction par P.
M., Paris : Les Éditions du Cerf, 1997, 288 p. (Sources Chrétiennes, 424).
Cet ouvrage est l'heureux fruit d'une collaboration franco-allemande. En effet, E. S.-F.
avait publié en 1977 une nouvelle édition de Virg, accompagnée d'une introduction, d'une
traduction allemande et d'un commentaire {CTC 77, 2) : c'est ce travail, corrigé par l'A., puis
revu, traduit et adapté par un autre "tertullianiste", P. M., que les Sources Chrétiennes nous
proposent. L'introduction expose clairement le but premier de l'ouvrage, qui a parfois été mal
compris : il s'agit de défendre le devoir pour toutes les vierges - et pas seulement les femmes
mariées - de porter le voile au cours de la liturgie. Une comparaison de Virg avec Orat 20-22
fait ressortir à la fois la continuité et le durcissement de la position de Tertullien sur ce sujet, que
l'A. replace dans l'histoire de l'ascèse féminine des origines à Augustin. Un des intérêts
majeurs du traité réside dans la réflexion qu'y développe Tertullien sur la notion de ueritas en
relation avec celle de consuetudo (coutume) : l'A. propose une intéressante analyse de ces
notions (p. 47-61), si importantes dans l'évolution de Tertullien vers le montanisme ; elle
souligne en particulier le lien fécond qui unit chez lui vérité et origine. Le texte latin a été corrigé
sur certains points par rapport à l'édition de 1977 et nous a paru s'écarter au total une trentaine
de fois de l'édition de V. Bulhart (CSEL 76, Wien 1957). Dans vingt et un de ces cas il s'agit
de réhabiliter prudemment la leçon de Ν : chap. 1, 1. 33. 54 ; 3,1. 12 ; 4,1. 49 ; 5,1. 13. 15.
30 ; 12, 1. 16 ; 13, 1. 2. 4 ; 14, 1. 16 (bis) ; 14, 1. 21-23. 26. 30. 44 ; 17, 1. 2. 16. 34. 36.
45. L'éditeur a pu utiliser les leçons du codex Diuionensis (D) transmises par les humanistes,
mais la collation de Théodore de Bèze sur l'édition de Mesnart (1545), mentionnée dans
l'introduction (p. 107), n'apparaît pas dans le conspectus siglorum : est-ce parce qu'elle fait
défaut pour Virg ? L'apparat critique, alternativement positif et négatif, est clair, mais on
regrettera qu'à partir du chapitre 4 un décalage dans la linéation marginale du texte en rende la
lecture délicate. La traduction, faite en français directement sur le texte latin, réussit le tour de
force d'être à la fois précise et élégante. Le commentaire, dont l'utilisation est facilitée par la
présence d'un riche index, est sobre et instructif. Cependant le lecteur exigeant voudrait parfois
en savoir un peu plus. Ainsi, à propos du chap. 4, il n'eût pas été inutile de commenter la
méthode exégétique de Tertullien et l'interprétation qu'il donne du silence de l'Écriture (à
distinguer notamment de Cast 4, 2 ; Mon 4, 4) ; 4, 6-8 pouvait être rapproché de Herrn 31,25 ; en 5, 3, le lecteur pouvait être renvoyé pour subtilitas à C. Munier (CTC 89, 8) ; en 10, 1,
on aimerait connaître la destinée du néologisme honoriger. Mais ce ne sont là que les regrets
minimes d'un lecteur rendu insatiable par la qualité même de cet ouvrage.
3. TERTULLIANO, De spectaculis. Ad martyras, a cura di Martino MENGHI, Milano : Α.
Mondadori, 1995, XXIV-131 p. (Oscar classici greci e latini, 92).
La collection de poche «Oscar classici greci e latini» a déjà publié plus de quatre-vingt-dix
titres, offrant chaque fois une introduction, le texte original et une traduction plus ou moins
annotée. L'Antiquité chrétienne n'y est représentée que par Minucius Felix et Tertullien. Ce
troisième volume consacré à notre auteur choisit une voie médiane entre la reproduction d'un
ouvrage déjà paru (cas d'Apol ; CTC 94, 55) et la publication d'un travail original (ainsi pour
Cor ; CTC 92, 1). Il se recommande par une traduction nouvelle due à M. Menghi, dont on
avait déjà apprécié la version du De anima (CTC 89, 1). Le texte en revanche est emprunté,
sans apparat, aux éditions d'E. Dekkers (Mart = CSEL 1) et de M. Turcan (Spect = SC 332).
La réimpression est déparée par quelques fautes, qui heureusement ne gênent pas la lecture ; on
corrigera en Mart 3, 4 et (athletae) ; Spect 1, 1 recognoscite ; 2, 5 et 21, 4 de longircquo ; 6, 3
inst/tutionis ; 15, 7 quid (faute de SC) ; 17, 5 cur quae ; 25, 3 w/dere ; 27, 3 momento quo. En
revanche on peut se demander si la présentation typographique qui fait débuter chaque chapitre
sur une nouvelle page ne donne pas trop d'importance à une division bien postérieure à
l'auteur. Quoi qu'il en soit, à relire le texte de Spect, on est à nouveau frappé par la préférence
systématique que l'éditrice avait donnée aux leçons de l'édition princeps face à celles de
YAgobardinus.
4. TERTULLIANO, Esortazione alla castità. A cura di Rossella FRIGERIO. Testo latino a fronte,
Milano : La Vita Felice, 1995, 79 p. (Saturnalia, 4).
Ce petit volume (17x12 cm), imprimé avec élégance sur du papier vergé, au prix fort
raisonnable de 12000 lires, fait preuve aussi d'ambitions philologiques, puisque son texte de
base, celui de C. Moreschini (SC 319 ; CTC 85, 1), est plus d'une fois corrigé, parfois même
sans qu'aucune note ne l'indique (ainsi en 2, 2 où la conjecture sibi a été éliminée). On se
demande avec curiosité (et un peu d'envie) à quel public il peut bien être destiné.
5. TERTULLIANO, El Apologético. Intr. trad, y notas de Julio ANDIÓN MARÁN, Madrid: Ciudad
Nueva, 1997, 252 p. (Biblioteca de patrística, 38).
Il convient de saluer l'entrée de Tertullien dans cette jeune et dynamique «Bibliothèque
patristique» qui, jusqu'à présent, a surtout publié des traductions de Pères grecs. Mais la
présentation de l'auteur et de l'œuvre est, à tous égards, extrêmement sommaire. La bibliographie est pratiquement inexistante, et l'on souhaiterait connaître les raisons qui ont conduit J.
A. M. à opérer la sélection des éditions anciennes qu'il présente. En revanche, les notes,
relativement abondantes, donnent des références aux œuvres antiques ; mais elles seraient plus
commodément utilisables, si elles étaient suivies, au moins dans les cas les plus intéressants, du
texte référencé. Bref, J. A. M. a certainement fait une œuvre pie en proposant cette traduction à
un large public, mais n'a sans doute pas suffisamment réfléchi aux exigences de ce genre de
6. CIPRIANO DI CARTAGINE, La Chiesa. Sui cristiani caduti nella persecuzione. L'unità della
Chiesa cattolica. Lettere scelte. A cura di Ezio GALLICET, Milano : Paoline, 1997, 453 p.
(Letture cristiane del primo millennio, 26).
Sous le titre fictif et thématique La Chiesa, est présentée une traduction italienne d'œuvres
de Cyprien, réunies en trois groupes : lettres antérieures au printemps 251 (3, 14-16, 20, 27,
33-35, 40-41, 43) ; Laps et Vnit ; lettres postérieures (44-46, 51-52, 54-57, 59, 66, 68-69,
71-73). Le livre est destiné à un public désireux de trouver, dans la lecture de ces textes, des
idées et une spiritualité valables pour aujourd'hui. L'introduction lui en facilite l'accès :
présentation de l'Afrique chrétienne au IIIe s. ; portrait d'un auteur dont la popularité a traversé
les âges, jusque dans la légende, et dont le style équilibré et serein laisse éclater souvent
l'émotion ; grandes lignes d'une ecclésiologie qui se comprend dans le contexte de la crise
institutionnelle et morale dont souffrait déjà la communauté carthaginoise au moment de
l'élection de Cyprien, et que vint aggraver la persécution.
Autant que nous puissions en juger, la traduction est claire et aisée, mais parfois au prix de
simplifications. Ainsi, l'adresse «Cyprianus presbyteris et diaconibus Romae consistentibus
fratribus» des lettres 20 et 27 est rendue, sans plus, par «Ai presbiteri e ai diaconi di Roma» ;
malgré l'importance du terme, disciplina est omis dans «per rendervi conto dell'estrema serietà
del nostro comportamento», pour «quibus uobis actus nostri et disciplinae et diligentiae ratio
redderetur» (Epist 20, 1,1). Inversement, le texte est parfois paraphrasé plus que traduit, sans
doute pour une meilleure compréhension de la part de lecteurs peu avertis.
La traduction est munie d'une annotation assez abondante, où l'on reconnaît à la fois
l'érudition d'E. G. - éditeur de Demetr (CTC 75-94, SC 3) et auteur de plusieurs études sur
Cyprien (CTC 75-94, SC 75-77 et CTC 88, 41) - et son désir d'instruire les lecteurs novices.
Le novice se satisfera des datations proposées (E. G. retient celles de Duquenne, Gülzow ou
Clarke), mais l'étudiant avancé ne saura pas toujours sur quelles hypothèses elles sont fondées,
ni à quel point elles sont fragiles. Il regrettera que le texte latin, nécessairement invoqué, surtout
dans les observations sur le style, n'accompagne pas la traduction, et que les index scripturaire
et onomastique, très complets, soient suivis d'un index analytique bien maigre, excluant la
plupart des mots latins expliqués dans les notes.
7. Laici e laicità nei primi secoli della Chiesa. A cura di Enrico DAL COVOLO, Ferdinando
BERGAMELLI, Elena ZOCCA, Maria Grazia BIANCO. Postfazione di Paolo SINISCALCO, Milano :
Paoline, 1995, 443 p. (Letture cristiane del primo millennio, 21).
Par son objet (la place et le statut des laïcs dans l'Église), cette anthologie n'est pas
dissociable de la suivante (n° 8), dont elle présente sinon les mêmes mérites d'exposition et de
clarté, du moins les mêmes qualités scientifiques. En particulier, sous le titre «Témoignages
anténicéens sur le 'laïcat' dans l'Église», on trouvera (p. 163-230), précédés d'une introduction
et accompagnés de commentaires, des textes de Tertullien, Minucius Felix, Cyprien. J.-C. F.
8. / ministeri nella chiesa antica : testi patristici dei primi tre secoli. A cura di Enrico CATTANEO,
Milano : Paoline, 1997, 828 p. (Letture cristiane del primo millennio, 25).
Cet ouvrage constitue une remarquable mise au point sur le problème difficile du ministère
ecclésiastique aux trois premiers siècles : particulièrement bien informée et prudente, elle est
sans doute actuellement le meilleur guide auquel peuvent se référer les lecteurs de la littérature
paléochrétienne. Le volume est biparti. Une longue introduction (p. 19-215), après un résumé
des débats contemporains sur la notion même de ministère, analyse avec une grande précision le
vocabulaire qui, si souvent, embarrasse le lecteur et le commentateur. La seconde partie est une
anthologie de 250 textes, des Épîtres pauliniennes aux pseudépigraphes et apocryphes. Chaque
texte, donné en traduction, mais avec la référence de l'édition utilisée, est éclairé de notes
abondantes et précises, comme est précédé d'une introduction chacun des auteurs d'où sont
extraits les textes présentés. Plusieurs index facilitent la consultation de cet instrumentum.
Le domaine de notre CTC est illustré par des passages de Tertullien, de la Passio Perpetuae,
de Cyprien, de Commodien, des correspondants romains de Cyprien (p. 473-593 = textes nos
120-164). Bornons-nous à signaler à propos de Tertullien, Cast 7, 3, où E. C. voit une crux
interpretum (p. 487), que celui-ci rejette l'interprétation de P. Nautin (cf. CTC 90, 20) et
reprend la traduction de SC 319, p. 93.
9. Visages de la vie de VÉglise aux premiers siècles. De Clément de Rome à Romanos le
Melode, [Dourgnes] : SODEC - [Vanves] : AIM - Paris : Bayard Éditions - Centurion, 1995,
390 p. (L'Église des Pères, 1).
La collection «L'Église des Pères» se propose de regrouper, autour de thèmes importants,
les traductions de textes patristiques qui paraissent, depuis une douzaine d'années, dans la
collection «Témoins du Christ» (près de cinquante fascicules à ce jour). Dans le présent
volume, sont ainsi reprises les traductions partielles de Bapt (p. 119-142 ; voir CTC 93, 4) et
d'Vnit (p. 87-113 ; voir CTC 75-94, C 6), parues toutes deux en 1993.
10. La prière des Pères : de Tertullien à Jacques de Saroug, présentation de sœur MarieMadeleine BRAQUET et sœur Edith NEYRAND, [Dourgnes] : SODEC - [Vanves] : AIM - Paris :
Bayard Éditions - Centurion, 1997, 229 p. (L'Église des Pères, 3).
Ce volume regroupe des textes sur la prière (Tertullien, Origene, Cyprien, Jean Cassien,
Jacques de Saroug), très brièvement introduits et livrés dans une traduction française volontairement simple. Pour Tertullien (p. 11-30) et Cyprien (p. 95-126), sont reprises des traductions
iïOrat et DomOrat, dont il a été rendu compte respectivement en CTC 87, 5 et 96, 6.
11. Die Literatur des Umbruchs. Von der römischen zur christlichen Literatur, 117-284 η.
Chr., Hrsg. von Klaus S ALLMANN, München : Beck, 1997, XXXII-651 p. (Handbuch der
lateinischen Literatur der Antike, 4).
Compte tenu de l'importance de cet ouvrage fondamental, on a préféré partager ce compte
rendu en trois parties, chacune confiée à un recenseur différent.
§ 472 : Märtyrerakten und Passionen - Die erste christliche Biographie lateinischer Sprache
Cette section (p. 419-435) rassemble l'ensemble de l'hagiographie latine, antérieure à la
persécution de Dioclétien. La majorité des textes y est d'origine africaine et relève de cette
Chronique. Après une introduction générale sur les Actes et Passions de martyrs (472.1), sont
traités successivement les Actes des Scillitains (472.2), la Passion et les Actes de Perpétue et
Félicité (472.3), les Actes de Cyprien (472.4), la Passion de Marien et Jacques (472.5), celle
de Montan et Luc (472.6) et enfin, après trois autres pièces (l'une espagnole, les deux autres
mal localisées), la Vie de Cyprien par Pontius (472.10). Ces quelques pages, dues à A. Wlosok
(1-9) et P. L. Schmidt (10), s'imposeront vite comme la première référence à consulter en
CYPRIANEA
matière d'hagiographie africaine. Les auteurs ont effectué un tri soigneux dans la littérature
secondaire, écarté les références inutiles, indiqué nettement leurs préférences parmi les éditions,
en accordant rarement le premier rang à la plus récente. Parmi les traductions en langues
modernes, celles qui appartiennent à des anthologies sont recensées en introduction ; les autres
sont évoquées sous les textes correspondants, mais sans faire l'objet ni d'une entrée spéciale ni
d'une évaluation, de sorte que l'utilisateur reste démuni à leur sujet. Espérons que les lecteurs
anglo-saxons sauront lire entre les lignes et cesseront de renvoyer systématiquement à la
médiocre anthologie d'H. Musurillo (Oxford, 1972), qui n'est vraiment fiable ni pour ses textes
latins ni pour ses traductions anglaises.
Face à une sélection effectuée de manière aussi réfléchie, on hésite à proposer telle ou telle
addition. Les remarques suivantes, fondées sur mon expérience personnelle, n'ont de ce fait
qu'une valeur subjective. Sous ACypr, auraient pu être signalées l'édition d'Á. Fábrega Grau,
Pasionario Hispánico, t. 2, Madrid-Barcelona, 1955, p. 336-338 (qui a le mérite d'isoler la
recension hispanique), et la liste de 105 mss fournie par G. Philippart, Les légendiers latins et
autres manuscrits hagiographiques, Turnhout, 1977, p. 13-16. Sous PPerp, je suis surpris
que, dans les discussions relatives au(x) rédacteur(s) du prologue et du martyre proprement dit,
nulle allusion n'ait été faite au diacre Pomponius, qui intervient comme personnage dans le
récit : cette candidature, récemment suggérée à plusieurs reprises (notamment par R. Braun et
J. Amat), fut proposée dès 1677 dans la lettre d'un juriste de Bourges, Jean de Broë, au
Cardinal Francesco Barberini (un exemplaire en est conservé dans Paris, BNF, lat. 11769, f.
305-308). La notice du De viris illustrious de Jérôme permet de restituer la Vita Cypriani au
diacre Pontius : pourquoi ne pas la suivre aussi dans sa mention d'un titre double, Vita et
Passio, qui reflète mieux la structure du texte et est conforme aux usages antiques (cf. CTC 86,
27) ? Les Testimonia cités sous AScil et PPerp ne représentent qu'une fraction des témoignages
disponibles. En ce qui concerne PPerp, lire «Aug. serm. 280-282» (non 280-281) et ajouter
des renvois aux sermons non authentiques 394-394a et à un texte de Quodvultdeus (CPL 415).
La basilique des Scillitains est mentionnée, entre autres, chez Victor de Vite, Historia persecutions Africanae prouinciae 1, 3, 9 : «Basilicam maiorem, ubi corpora sanctarum martyrum
Perpetuae atque Felicitatis sepulta sunt, Celerinae uel Scilitanorum et alias quas non destruxerunt, suae religioni licentia tyrannica mancipauerunt». Cette phrase a souvent été exploitée pour
établir une équivalence entre la basilica Celerinae et celle des Scillitains. L'hypothèse est
plausible, mais uel pourrait aussi marquer une simple coordination. Si l'on se fie aux rubriques
des sermons d'Augustin, il semblerait que l'équivalence soit plutôt à établir entre le martyrium
des Scillitains et la basilica Nouarum, un lieu de culte d'époque préconstantinienne : en effet,
lorsqu'Augustin prêche un jour quelconque de l'année près du tombeau de ces martyrs, les
sténographes appellent l'édifice basilica sanctorum martyrum Scillitanorum (serm. 155 = T.6) ;
mais quand l'évêque prêche in die natali sanctorum martyrum Scillitanorum, les rubricateurs,
pour éviter une répétition, paraissent alors désigner la basilique par son appellation toponymique de Basilica Nouarum (serm. 299DEF = T.2-4) ; car ce n'est sûrement pas un hasard si
les trois sermons authentiques d'Augustin pour la fête des Scillitains ont tous été prononcés
dans cet édifice antérieur à la paix de l'Église. Les commentaires des auteurs, forcément
rapides, sont toujours pertinents et vont d'ordinaire à l'essentiel. Une erreur s'est glissée dans
la notice d'ACypr, p. 427 : «Die Cyprianhss. (...) bieten als Passio Cyprians nur eine Teilfassung, die Teile 2 und 3, also nicht den Todesbericht» ; en réalité, l'exécution de l'évêque de
Carthage (§ 4) est aussi transmise par les recueils d'œuvre cyprianique, comme il est facile de le
vérifier chez Bastiaensen (ce qui manque est uniquement l'interrogatoire du 30 août 257 = § 1).
Signalons aux lecteurs de CTC que l'hagiographie africaine est insérée dans un chapitre
plus vaste intitulé «Gebrauchstexte». Celui-ci comporte également des sections très développées
sur les traductions préhiéronymiennes de la Bible (noter spécialement 467.4 : Markion , 468 :
Vêtus Latina), et l'ensemble des apocryphes bibliques (de l'Ancien comme du Nouveau Testament), y compris des textes tardifs qu'on ne s'attendrait pas à trouver dans un manuel en
principe réservé aux années 117-284 (Virtutes Heliae et Helisaei, Vitae Prophetarum, Irische
Pseudo-Apokryphen ?, Epistola de Christo de die sancto dominico, etc.).
§474: Tertullian (p. 438-511)
Après son édition mémorable de YAdversus ludaeos (1964), H. T. a toujours continué de
s'intéresser à Tertullien, comme en témoigent les comptes rendus très fouillés qu'il a donnés
régulièrement à Gnomon. Il était donc tout désigné pour reprendre le flambeau de G. Krüger,
responsable de la partie patristique dans la précédente édition du Handbuch (Tertullien occupait
les § 659-704 de la Geschichte der römischen Literatur, t. 3, 1922, p. 272-333). La barre était
haute, car son prédécesseur avait fort bien travaillé (notamment sa collection de testimonia était
presque complète), mais H. T. l'a franchie avec maestria : sa contribution se recommande par la
clarté du plan, par la maîtrise du domaine, par un esprit critique qui n'hésite pas à trancher et à
présenter des solutions originales et enfin, last but not least, par une mise en page et une
typographie très agréables pour ceux qui devront consulter fréquemment cet instrument de
travail désormais incontournable.
La qualité essentielle d'un manuel de référence, c'est la fiabilité, et on peut se fier à H. T.
La correction du texte est parfaite (on notera juste p. 440 "langwage" dans un texte français ; p.
507, lire D'AMICO) ; les indications données sont vérifiées avec soin, ce qui n'est pas toujours
le cas même dans le HLLA (on y apprend ainsi p. 124 que Tertullien s'est converti à Rome en
193 et qu'il est revenu en Afrique en 195 !) ; les précieux états des questions donnent au lecteur
les éléments du dossier, à partir desquels il pourra parfois tirer des conclusions différentes de
celles de l'A. (par ex. sur les titres des œuvres de Tertullien, auxquels H. T. prête une attention
particulière). Les problèmes théologiques, évidemment fondamentaux, ne font pas l'objet d'un
traitement systématique comme dans un manuel de patrologie, mais l'A. est bien au courant des
questions et des recherches et présente avec sobriété ce qui est nécessaire pour comprendre les
textes de Tertullien. C'est bien sûr l'homme de lettres, sa culture et son sens du style et de la
formule que H. T. a voulu avant tout évoquer. Les remarques qu'il fait sur la genèse des
œuvres, sur les brouillons et les réécritures, retiendront particulièrement l'attention. Mais
naturellement un travail de cette importance suscite des réflexions, que nous avons regroupées
sous quatre rubriques.
1. Bibliographie. Elle est superbement maîtrisée, et très utilement sélective. Pour la période
couverte par la CTC, rien d'important ne manque, sauf peut-être l'article novateur de G. DidiHuberman (sous-estimé en CTC 87, 9), mais le style télégraphique des références ne facilite
pas le repérage et l'évaluation d'un article. Au niveau très elitiste où s'est placé l'A., quelques
travaux ne s'imposaient peut-être pas, comme p. 440 le recueil de Heine (CTC 89, 67) ou p.
505 l'étude de Nastasi (CTC 75-94, C, 20) ; en revanche d'autres productions italiennes
auraient dû être signalées, comme la Raccolta di studi de C. Tibiletti (CTC 89, 72). Même
remarque pour la bibliographie antérieure ; H. T. élague avec discernement les indications
données par G. Krüger (auquel on pourra toujours se reporter : on trouvera parfois chez lui des
précisions utiles, ainsi sur la double publication de la thèse d'E. Kroymann, partielle en 1893 et
complète en 1894) et sélectionne le meilleur de la production qui a suivi. Un regret, c'est que ne
soit pas mentionné (sauf erreur !) l'article de Hugo Koch dans RE (1934). On pouvait noter que
l'édition de Pal par S. Costanza (1968) comporte un index complet, et il aurait fallu signaler que
la "CETEDOC Library of Christian Latin Texts" (où figure le Tertullien du CCSL) a changé la
vie des chercheurs.
2. Notices d'œuvres. Les résumés que H. T. offre des 31 œuvres conservées de Tertullien sont
plus incisifs et plus instructifs que ceux de Krüger : les enjeux y sont mieux exposés, les
argumentations mieux dégagées (avec des références précises aux chapitres et aux paragraphes,
et indication des textes bibliques qui font l'objet des débats) ; si nécessaire, des problèmes
textuels sont débattus ou, en tout cas, évoqués (ainsi p. 449, n. 22 ; 450, n. 24 ; 451, n. 32,
etc.). Cela dit, il n'était pas question d'arriver, dans cette vaste synthèse, à des analyses aussi
fines que celle proposée pour Idol par S. Buttazzo (infra n° 17). A l'occasion bien sûr on
pourrait discuter, par ex. sur l'importance prêtée à des écrits perdus contre les Juifs, qui expliqueraient les connaissances que Tertullien semble avoir sur le judaïsme contemporain (p. 45455). La description des 14 œuvres perdues est plus claire que celle de Krüger, et fait d'autant
mieux ressortir l'étendue de nos ignorances.— Les datations, que H. T. établit toujours avec
une grande attention, auraient gagné à être regroupées dans un tableau récapitulatif (cf. p. 54344 pour Cyprien).
3. Influence. H. T. distingue trois phases dans le "Fortleben" antique de Tertullien. Vient
d'abord une exploitation discrète par quelques grands auteurs comme Minucius Felix ou
Cyprien, et par des figures moins marquantes comme Pacien de Barcelone ou Phébade d'Agen
- on pourrait ajouter Victorin de Petau (CTC 93, 50) ou Chromace d'Aquilée (cf. Y.-M. Duval,
dans Aquileia e VAfrica, Udine, 1974, p. 199-203). Jérôme est ensuite le lecteur par excellence
de Tertullien. Avec les réactions négatives d'Augustin commence un déclin inéluctable, malgré
le vif intérêt porté à notre auteur par Isidore de Seville qui l'exploite fréquemment, et pas
seulement dans les Etymologies (voir les travaux de C. M. Lawson sur le De ecclesiasticis
officiis indiqués dans CPL 1207).
Le Moyen Age est sans doute moins ignorant de Tertullien qu'on ne le dit. Il serait étonnant
que Y Apologétique, si souvent copiée, n'ait exercé aucune influence : la piste brillamment
ouverte par C. Micaelli (CTC 89, 70) mérite d'être suivie. Et surtout, comme le remarquait
Harnack, il faut se demander si les théologiens carolingiens, qui disposaient d'importants
manuscrits de Tertullien, n'ont pas utilisé des œuvres peut-être perdues aujourd'hui. Le fait
qu'un compilateur de choc, comme le diacre Florus de Lyon, ait annoté YAgobardinus (cf. C.
Charlier, dans Mélanges E. Podechard, Lyon, 1945, p. 83) devrait faire naître quelques
espoirs. Quant à l'influence de Tertullien dans l'Italie du XVe siècle, elle est toute à redécouvrir
(Pamèle, éd. des Opera omnia, 1583, p. 48 avait cité une lettre où Politien indique les œuvres
qu'il a lues : Y Apologétique et les traités du corpus dit de Cluny [sauf Carri], largement diffusé
à partir de Florence).
A l'époque moderne, Tertulien a connu son heure de gloire dans la France de Louis XIII,
quand les beaux esprits admiraient et copiaient son style, quand on réfutait ses paradoxes (CTC
75-94, C 83), quand le cardinal de Richelieu s'inspirait de Prae pour composer son «Traité qui
contient la méthode la plus facile et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de
l'Église» (cf. R.-F. Refoulé dans SC, 46, 1957, p. 70-72). Nous espérons revenir un jour sur
cette période.— Ce qui est dit p. 509 des Indices librorum prohibitorum devrait être contrôlé et
précisé à l'aide de la grande édition de J.-M. de Bujanda (Sherbrooke, 1985-1996).
4. Tradition manuscrite et imprimée. Vu le rôle que sont appelées à jouer les pages excellentes
où H. T. esquisse l'histoire de la tradition (p. 444 : Nat ; 448-49 : Apol ; 509-510 : reste de
l'œuvre), on a jugé utile d'apporter ici quelques suggestions ou précisions, qui n'affectent en
rien le tableau d'ensemble :
- il nous semble dommage qu'on n'ait pas indiqué, pour chaque traité, sa base manuscrite et la
date de l'édition princeps ; cela demandait peu de place et aurait évité au lecteur une gymnastique délicate (H. T. a lui-même oublié Mon dans la liste des œuvres transmises uniquement par
le corpus dit de Cluny) ;
- les manuscrits de la Biblioteca Nazionale Centrale de Florence portent les cotes Conventi
Soppressi I.VI.9 (N) et 10 (X), la lettre I désignant le fonds de San Marco ;
- le catalogue de Cluny est maintenant daté du XIe siècle, d'après les recherches de V. von
Büren (p. ex. Scriptorium, 46, 1992, p. 256-67) ;
- l'Ottobonianus lat. 25 a appartenu à la reine Christine de Suède (n° 1479 du catalogue de
Montfaucon ; cf. Studi e Testi, 238, 1964, p. 84) ; il ne date pas du XIVe siècle, mais a été copié
en France au XIIIe siècle, comme M. François Avril veut bien me le confirmer ;
- le "codex Masburensis" de Gelen et le "codex Iohannis Clementis" de Pamèle ne sont, très
vraisemblablement, qu'un seul et même manuscrit provenant de Malmesbury (voir notre étude,
à paraître) ;
- l'édition de 1545 des Opera omnia (p. 511, η. 183) a été imprimée par Charlotte Guillard, une
remarquable femme d'affaires (cf. B. Beech, Renaissance Quarterly, 36, 1983, p. 345-367), et
partagée entre elle-même, Jean de Roigny, Hugues et les héritiers d'Aymon de la Porte. Le nom
de son éditeur "scientifique" reste à trouver. Un grand personnage comme Jean de Gagny ne
devait pas s'occuper de tels détails (sur son rôle comme découvreur de textes inédits, voir A.
Jammes, «Un bibliophile à découvrir, Jean de Gagny», dans Bulletin du Bibliophile, 1996, p.
40-42) ; le poème acrostiche dû à Martin Mesnart est une simple pièce de circonstance, comme
celui composé pour les Tractatus varii de P. Rebuffi (cf. Bibliographie lyonnaise, t. 9, p. 466),
et ne prouve rien sur son éventuelle participation à l'édition ;
- compte tenu de l'importance historique de la Patrologie latine, il valait la peine d'indiquer que
les tomes consacrés à Tertullien (1-2, 1844) sont un ultime avatar de l'édition Rigault, améliorée par le futur cardinal Pitra ; sur les débuts difficiles de la PL, on verra L. Soltner, REAug,
21, 1975, p. 317-343.
§ 475 : Minucius Felix ; 476 : Novatian ; 477 + 479-481: Pseudo-Cyprian ; 478 : Cyprian
Il n'est pas facile de prendre en défaut les auteurs des chapitres concernant Minucius Felix,
Novatien, Cyprien et les écrits pseudo-cyprianiques. L'information bibliographique qu'ils
fournissent est impressionnante par son étendue - chronologique et thématique -, sa précision et
son actualité. Certes, elle n'est pas exhaustive, mais elle ne prétend nullement l'être, et les
éditions ou études laissées de côté méritent en général l'oubli. Elle présente, en revanche, des
travaux qui n'avaient guère été signalés jusqu'à présent (notons pour mémoire, p. 530, Lit. 1,
1. 4, une traduction allemande de Pasch absente de CTC). Un avantage notable est encore la
mention de pages intéressantes pour la connaissance des auteurs et des œuvres étudiés, découvertes à l'intérieur d'ouvrages dont le sujet n'est pas en relation directe avec ces auteurs et ces
œuvres. Quelques imperfections peuvent être relevées. L'indication du bref compte rendu de J.C. Fredouille (et non «Fredouille»), dans CTC 88, 54, en annexe à celle d'un article de
McGuckin (Lit. 19, p. 556), ne s'impose guère, dans la mesure où la même pratique n'est
observée ailleurs que pour des recensions longues d'ouvrages importants. Une certaine
préférence est parfois accordée à l'érudition allemande : ainsi, pour YOctauius, aucune des
traductions italiennes n'est proposée, mais plusieurs traductions allemandes (Lit. 1, p. 512). On
s'étonnera que CTC soit signalé pour le seul Cyprien, alors que, depuis 1985, cette chronique
concerne aussi Minucius, Novatien et les écrits pseudo-cyprianiques. On est gêné par la
présentation des informations bibliographiques : les normes strictes et complexes qui ont été
adoptées pour l'ensemble du Handbuch font que ces informations sont réparties sous de
nombreuses rubriques, ce qui entraîne des répétitions ou une multiplicité de renvois. L'extrême
concision, voire l'abréviation des données, confine parfois à l'erreur : «Komm. : M.
Pellegrino, Turin 1947. 21955» (Minucius Felix, Lit. 1, p. 512) ne permet de savoir ni qu'il
s'agit en fait d'une édition (texte revu sur le Parisinus Lat. 1661), doublée d'une traduction en
italien et accompagnée d'une abondante annotation, ni que l'édition définitive de M. Pellegrino
a été publiée seule, en 1950, dans la collection du «Corpus scriptorum Latinorum Paravianum».
Mais ces imperfections, compréhensibles dans un ouvrage d'une telle richesse et d'une telle
complexité, n'en altèrent nullement la qualité.
Aussi précieux que les informations bibliographiques sont les états des questions. Pour
Minucius, traité par E. Heck : ses noms, son origine, sa profession, la datation de VOctauius,
l'identification des personnages, le genre littéraire, l'interprétation de l'ensemble et de divers
passages, la langue, la survie. On notera une mise au point, propre à E. H., sur l'expression
"cryptochristianisme" utilisée par J. Fontaine à propos de Minucius : celui-ci ne cachant point sa
religion, il convient de parler plutôt de terme à double entente, pouvant être compris des
chrétiens avec une acception différente de celle perçue par les païens. Par sa longueur et son
contenu, le chapitre consacré à Novatien marque l'importance de ce penseur chrétien, relégué au
second plan jusqu'à une époque récente, en raison du discrédit qui pesait sur lui (voir CTC 94,
50, sur les lacunes de la notice consacrée à Novatien dans Theologische Realenzyclopädie). Il a
été rédigé par H. Gülzow, l'auteur d'une étude sur les relations entre l'Église de Rome et celle
de Carthage au temps de Cyprien {CTC 75-94, SC 87a). Il insiste sur le rôle de Novatien dans
l'évolution de la langue et de la pensée théologiques, ainsi que de la liturgie. Il comporte un état
des questions suivantes : authenticité (sont retenus comme authentiques Trin, Epist 30, 31, 36,
Cib, Spect, BonPud) ; langue et sources ; tradition et postérité ; emploi réitéré de l'expression
christianus fide lis dans Spect.
La même rigueur minutieuse s'observe pour les écrits pseudo-cyprianiques traités dans le
volume. À l'exception de Quodld, ils sont présentés par le regretté J. Doignon. Les débats sur
la datation et les attributions possibles, les études sur le texte scripturaire cité, les parentés et la
survie sont indiqués avec la plus grande précision. Toutefois, on peut regretter qu'il n'y ait pas
eu, s'agissant de ces œuvres parvenues sous le nom de Cyprien, abandon du principe de
classement chronologique, adopté pour l'ensemble du Handbuch. Pour la commodité du
lecteur, d'abord. En effet, selon la date admise comme faisant autorité, celui-ci doit passer
d'une section du volume à l'autre (avant Cyprien : Pasch et Mont ; contemporains de
Cyprien : Laud, Nou, Rebapt ; après Cyprien : Adlud, Vig, Quodld), du volume 4 au volume
5, ou encore attendre la parution du volume suivant. Pour s'y retrouver, il doit s'aviser que le
§ 477.1 (p. 529), dû à P. L. Schmidt, constitue une petite introduction à l'ensemble des
«Pseudo-cyprianische Traktate» et que, dans la bibliographie en petits caractères de cette
introduction, figurent, entre parenthèses, après chacun des numéros indiqués de la Clavis de
Machielsen, des renvois aux chapitres qui traiteront de chacune de ces œuvres. Pour des
raisons scientifiques aussi. La question de la date des spuria est loin d'être définitivement close,
et c'est en quelque sorte figer le débat que les situer à des moments précis de l'histoire de la
littérature latine. Bien que les auteurs des chapitres que nous examinons attribuent, unanimement et sans réserve, Quodld à un anonyme du second ou troisième quart du IVe siècle,
dépendant de Lactance (E. Heck, p. 513 et 518 ; P. L. Schmidt, p. 538 ; A. Wlosok,
p. 583-4), l'exposé d'A. Wlosok sur l'opuscule a été maintenu dans le présent volume, sans
doute parce que les conclusions d'E. Heck (voir notre analyse et nos réserves, CTC 95, 43)
n'étaient pas encore définitives lors de la préparation du volume 5 du Handbuch.
Le chapitre réservé à Cyprien vaut par l'ampleur de l'information bibliographique, le
nombre des mises à jour parfaitement documentées. P.-L. Schmidt conduit l'utilisateur, avec
aisance et clarté, à travers l'histoire difficile de la tradition manuscrite et de la recherche dans ce
domaine ; il insiste ajuste titre sur la nécessité, pour l'éditeur, de ne pas étudier la transmission
des lettres sans celle des traités - et donc de ne pas séparer les travaux de M. Bévenot de ceux
de H. von Soden -, et sur l'intérêt de travaux comme ceux de P. Petitmengin, déterminant de
petites familles sûres de manuscrits. H. Gülzow édite un tableau synoptique, permettant de
comparer l'ordre des lettres proposé respectivement par Pamèle, Pearson et Hartel, Ritschl,
Nelke, von Soden, Harnack, Duquenne, Sage, lui-même et Clarke (p. 543-544). L'analyse
qu'il propose de la Correspondance montre l'intérêt historique de celle-ci, dégage les enjeux. La
présentation des traités est assurée par le même spécialiste, à l'exception de Don et Dem,
regroupés sous le titre «Apologetische Schriften» par A. Wlosok.
La section D. («Bedeutung») nous a paru bien courte pour un écrivain de l'importance de
Cyprien ; sa «Literatur» aborde seulement les questions de langue et de vocabulaire, des
rapports avec l'Écriture, avec les auteurs classiques et chrétiens. Les principales questions, il
est vrai, sont abordées au fil de la présentation de l'œuvre, mais quelques synthèses sur
l'ecclésiologie, la spiritualité, les genres littéraires, etc., auraient été bienvenues. Elles auraient
eu aussi l'avantage d'éviter une trop grande dispersion de la bibliographie. Pour nous contenter
de deux exemples, les études sur le martyre et la militia Christi auraient été à meilleure place
dans la section D. qu'en relation avec un groupe de lettres (Lit. 10). De même, pour notre étude
Croissance et progrès spirituel du baptême au Royaume selon saint Cyprien (CTC 75-94, SC
47), qui figure dans la bibliographie relative aux lettres sur le baptême des hérétiques, peut-être
en raison de la présence du mot baptême dans son titre (Lit. 11).
Il nous a semblé aussi que les auteurs manquent parfois de prudence quand ils prennent
position. Ils tranchent un peu vite, nous l'avons dit, sur la datation des écrits pseudocyprianiques. Pour les écrits de Cyprien, leur certitude de départ est que Pontius avait déjà en
main un recueil des traités de Cyprien lorsqu'il écrivit VCypr. (p. 535 sq.), et que le chapitre 7
de sa biographie contient, désignés non par leur titre mais par une paraphrase, une liste des
traités dont l'ordre est celui du recueil. À partir de ce postulat, il est aisé de déterminer une
chronologie relative des œuvres, puis une datation plus précise, en faisant intervenir d'autres
critères. Mais il serait préférable, nous semble-t-il, de faire de ce postulat une simple hypothèse
1 2 . OSBORN (Eric), Was Tertullian a Philosopher ? — Studia Patristica, 31, 1997, p. 322334.
Ε. Ο. fait porter sa réflexion sur quatre points. Il rappelle d'abord ce qu'il nomme «the
puzzle», c'est-à-dire l'antinomie, sous la plume de Tertullien, entre son rejet théorique de la
philosophie et l'utilisation qu'il fait, en particulier, du stoïcisme ; puis il analyse le «paradoxe»
de Carn 5 (cf. infra, n° 62) ; il montre ensuite comment le recours aux concepts philosophiques
explique sa conception de la loi et de la nature, des relations trinitaires, des deux natures du
Christ. Posant enfin la question: «Qu'est-ce que la philosophie ?», E. O. répond qu'elle n'est
pas nécessairement la construction d'un système, mais un effort pour résoudre un certain
nombre de problèmes, ce qui est le cas de Tertullien, et il conclut sur une longue citation de R.
Braun, Deus Christianorum, p. 561. Le principal mérite de cette étude est de reprendre, sous un
éclairage et en termes contemporains, un problème encore souvent débattu. On observera
toutefois que les traités théologiques de Tertullien constituent bien, en définitive (comme cela a
souvent été relevé), un système cohérent, et l'on regrettera sans doute qu'E. O. n'ait pas
mentionné la thèse de J. Moingt, La théologie trinitaire de Tertullien.
1 3 . OSBORN (Eric), Tertullian as a Philosopher and a Roman — Die Weltlichkeit des
Glaubens in der Alten Kirche. Festschrift für Ulrich Wickert zum siebzigsten Geburtstag,
Berlin : W. de Gruyter, 1997, p. 231-248 (Beihefte zur Zeitschrift für die neutestamentliche
Wissenschaft und die Kunde der älteren Kirche, 85).
Dans la première partie de cet article («Tertullien philosophe»), l'auteur reprend l'essentiel
des études mentionnées supra n° 12 et infra n° 42. Dans la seconde («Tertullien romain»), en
s'appuyant, entre autres travaux, sur la thèse d'A. Z. Ahondopke (CTC 92, 22), il souligne
comment, selon Tertullien, la Rome païenne s'inscrit dans une histoire du salut. Dans l'un et
l'autre cas, on rappelle que Tertullien dépasse l'opposition qui, au départ, paraît insurmontable.
14. RANKIN (David L), Was Tertullian a Jurist ? — Studia Patristica, 31, 1997, p. 335-342.
Rassurons d'emblée le lecteur : la réponse de D. I. R. est négative. Après avoir passé en
revue la plupart des commentateurs de l'œuvre de Tertullien ayant eu l'occasion de donner leur
avis sur cette question qui, avec deux ou trois autres, continue d'encombrer la «littérature
secondaire» de notre auteur, D. I. R. donne quelques exemples de termes {abolitio, delictum,
indulgentia, potestas, praescriptio, ratio, restituere, [-tutio]) qui, tout en faisant partie du
vocabulaire du droit, ne sont pas employés dans leur acception juridique sous la plume de
Tertullien. Souhaitons que sa conclusion (Tertullien avait une solide formation de rhéteur, peutêtre même fut-il avocat, mais il n'était pas un juriste professionnel) mette un terme définitif à
cette problématique récurrente. D. I. R. aurait pu aussi s'appuyer sur les études, curieusement
omises, de J. Gaudemet (cf. CTC 78, 17) et surtout de R. Braun.
15. MARKSCHIES (Christoph), Cyprian — Der neue Pauly, 3, 1997, col. 253-255.
La brève notice qui, sous la rubrique Cyprian, concerne l'évêque de Carthage, est intitulée
C. Thascius Caecili(an)us Le choix de ce titre nous semble malencontreux. En effet, sans
parler du fait que l'abréviation C, pour Cyprianus, risque d'être prise pour celle du prénom
Caius, l'utilisateur est poussé à croire que l'on connaît l'ordre officiel des noms de Cyprien - ce
qui n'est pas exact - et que l'on hésite entre deux formes pour le troisième. En fait, s'il y a
hésitation, c'est seulement à propos du prêtre qui initia Cyprien au christianisme : comme le
signale C. M., Jérôme affirme que Cyprien a pris de son parrain le nom de Caecilius {De uir.
ill., 67), alors que les manuscrits les plus anciens de VCypr (4, 1) appellent ce prêtre
Caecilianus. Quoi qu'il en soit, le nom de Caecilius Cyprianus est attesté par le texte de l'édit de
proscription, tel que le transcrit la victime elle-même (Epist 66, 4, 1), et cette attestation paraît
La notice contient quelques informations sur la vie et l'œuvre de Cyprien, sa théologie et sa
survie. L'accent est mis sur la conception qu'il se fait de l'Église, de l'épiscopat et de son
propre rôle. La bibliographie, fort brève elle aussi, est commandée par ce choix. Mais, plutôt
qu'à l'ouvrage inachevé et tendancieux de Saumagne {CTC 75-94, SC 143), il aurait été utile de
renvoyer le lecteur à CTC et au commentaire de la Correspondance procuré par G. Clarke
{CTC 75-94, SC 10 ; CTC 86, 4 et 89, 3).
16. CALEF (Susan Α.), Rhetorical Strategies in Tertulliano «De cultu feminarum», Th.
Philos., Univ. of Notre Dame (Ind.), 1996, Ann Arbor, Mich. : UMI, 1996, III-309 p.
Tertullien a abordé à plusieurs reprises la question du vêtement du chrétien, que ce soit à
propos de l'homme {Cor ; Idol, 18 ; Pal) ou, plus souvent encore, à propos de la femme
{Apol, 6 ; Orat 20-22 ; Cuit ; Virg). Dans une thèse pour le doctorat de philosophie, S. A. C.
s'interroge sur les raisons d'un intérêt «si passionné» pour le problème vestimentaire. Elle a
choisi de centrer son étude sur le De cultu feminarum, dont l'analyse des thèmes et de
l'argumentation doit lui permettre de dégager la stratégie rhétorique à l'œuvre dans l'ouvrage et
donc l'intention profonde de l'auteur. Auparavant, elle commence par considérer rapidement les
principaux textes de la littérature païenne qui abordent le sujet, tant en grec (Hésiode,
Xénophon, textes néopythagoriciens, Plutarque) qu'en latin (Lucrèce, Horace, Properce,
Ovide, Tite-Live, les deux Sénèque, Juvénal, Pline l'Ancien), ce qui lui permet de mesurer
combien le Carthaginois est tributaire de cet héritage païen : on y trouve une thématique
commune, en particulier la même suspicion envers le luxe et la même opposition entre celui-ci et
la nature. A propos de la genèse et de la composition du De cultu, tout en acceptant globalement
l'interprétation de R. Braun (Studia patristica VII, TU 92, 1966, p. 133-142), elle s'étonne que
T. ait si peu retravaillé son texte lorsqu'il compléta Cuit II par Cult I ; elle retient donc surtout
pour son étude que les deux livres n'ont pas été écrits au départ pour former un ouvrage
complet et qu'ils peuvent donc faire l'objet de deux études rhétoriques distinctes (ce qui occupe
les chapitres 5 et 6). Le Livre I est reconnu comme apparenté à la diatribe et au discours
épidictique, tandis que le Livre II est plutôt un sermon et ressortit davantage au genre
délibératif. S. A. C. aboutit finalement à la conclusion que Tertullien voit dans la question
vestimentaire l'occasion de définir et de signaler au monde et aux chrétiens eux-mêmes l'identité
chrétienne. En effet, au moyen d'une stratégie de "diabolisation", il présente le monde et ses
tentations comme un Autre menaçant et d'autant plus dangereux que, par le luxe et la
coquetterie, il peut pénétrer jusque dans les rangs chrétiens. Mais, en même temps, cet effort
pour se définir par rapport aux païens ne se fait pas sans reprendre certaines des valeurs (fides,
disciplina, sanctitas, grauitas, pudicitia) que le monde romain avait déjà mises à l'honneur.
Toutes les analyses de cet ouvrage ne sont pas neuves, et en mettant en lumière ce qu'on
pourrait appeler une dialectique du Même et de l'Autre, qui dépasse l'opposition rhétorique du
Bien et du Mal, S. A. C. s'inscrit dans le mouvement de réinterprétation de l'œuvre du
Carthaginois depuis quelques décennies. Mais elle a tenté de le faire avec une terminologie
(empruntée notamment aux sciences du langage) et une approche renouvelées. La principale
faiblesse de l'ouvrage réside dans le peu d'attention porté au texte latin lui-même. Celui-ci est
cité à partir de l'édition d'E. Kroymann (CSEL 70, 1942, repris dans CCSL 1) : l'A. connaît
certes celle de M. Turcan (SC 173, Paris, 1971), mais ignore celle, plus récente, de S. Isetta
(CTC 86, 3). De toute façon - et c'est le plus grave -, le texte de Tertullien n'est pour
l'essentiel cité qu'en traduction (à l'exception de quelques mots-clés), procédé tout de même
très dommageable, particulièrement dans le cas d'une analyse de rhétorique.
17. BUTTAZZO (Stefania), Analisi della struttura compositiva del De idololatria di Tertulliano
— Rudiae. Ricerche sul mondo classico, 1, 1995, p. 81-102.
P. G. Van der Nat avait tracé d'une main sûre, en 1960, un plan de Idol qui a été repris à
peu de chose près par Waszink et Van Winden dans leur édition (1987) : une division tripartite
- introduction (1-2), corps du traité (3-23), conclusion (24) - et des subdivisions marquant la
poursuite de Yidololatriae latitudo, d'abord dans les métiers - artisans (3-8), professions
libérales (9-10), commerçants (11) -, puis dans Yuniuersa series humanae superstitionis : fêtes
et offices (13-19), langage (20-22), un cas entre action et parole (23) [oserons-nous rappeler
que le plan de la seconde partie se retrouve à peu près en Pud 7, 15 ? cf. REAug, 19, 1973, p.
181]. S. B. accepte ce plan, mais entend aller plus loin en démontant l'argumentation sur
laquelle se fonde chaque développement. Elle dégage un schéma de base (p. 101) :
introduction, tantôt d'une rhétorique élaborée, tantôt simple transition ; exposé des preuves ;
objection(s) des adversaires et réfutation(s) ; une conclusion, parfois rhétorique, peut terminer
Dans l'ensemble, on sera d'accord avec les analyses de S. B., qui par exemple explique
fort bien p. 92 la triple réfutation de la nécessitas exhibitionis (5, 1 ; 8, 2 ; 12). Il nous semble
pourtant qu'une meilleure prise en compte des termes employés par Tertullien aurait parfois
permis de serrer davantage sa pensée. Ainsi le chapitre 4 s'explique au mieux comme la réponse
à une objection (sous-entendue) des artifices idolorum : «la Bible interdit d'adorer les idoles,
pas de les fabriquer». D'où l'affirmation initiale : idolum tam fieri quam coli deus prohibet,
avec justification par la lex diuina (4, 1) et la uox spiritus sancii (4, 2-5), expressions reprises
dans le récapitulatif de 6, 1. De même, le mouvement de 17, 3 à 18, 9 nous semble pouvoir se
reconstituer ainsi : admettons que le titulaire d'une dignitas ou d'une potestas puisse se garder
de tout acte idolâtrique (17, 3) - ce qui est en fait impossible, mais admis théoriquement pour la
bonne marche de la démonstration (cf. Cor 11, 7) - les seuls attributs du pouvoir, suggestus et
apparatus honoris (18, 1 ; suggestus reparaît en 18, 4 et 7), sont tout comme les couronnes
entachés d'idolâtrie, partie intégrante de la pompa diaboli, et donc une raison suffisante pour
refuser la charge. Une transition un peu lâche (Vel hoc te commonefaciat) permet d'attirer
l'attention sur les autorités comme source des persécutions, et sur la réponse ultime qu'est le
martyre.— Une question pour finir. La sentence qui résume tout le chapitre 1 «ita fit ut omnia
in idololatria [§ 1-4] et in omnibus idololatria [§ 5] deprehendatur» ne serait-elle pas mieux à sa
place à la fin du § 5 plutôt qu'à son début ? En effet la phrase qui la suit dans le texte transmis
(Sed et alias...) ne s'oppose pas à elle, mais bien au développement des § 1-4.
18. BOBERTZ (Charles Α.), Patronal Letters of Commendation : Cyprian's Epistulae 38-40
— Studia Patristica, 31, 1997, p. 252-259.
Des rapprochements précis avec des lettres de Pline, et surtout de Fronton, permettent à
l'auteur de rattacher au genre littéraire de la "lettre de recommandation" les pièces 38, 39 et 40
de la Correspondance de Cyprien. Dans les unes comme dans les autres, l'éloge de la personne
recommandée s'appuie à la fois sur le témoignage d'autrui et l'expérience personnelle, prend en
compte le statut social de l'intéressé et de ses ascendants (dans les lettres de Cyprien, il s'agit
du statut de confesseur), met l'accent sur certaines qualités, notamment l'alliance de la retenue
(uerecundia, pudor) et du courage ou de la gloire. L'honneur dont est ou sera revêtu le protégé
rejaillit sur le protecteur et sur la collectivité.
C. A. B. exploite ces observations pertinentes pour renforcer son interprétation du christianisme africain au IIIe s. (voir notamment CTC 90, 46). Selon lui, les relations dans l'Église
ancienne sont bien celles de la clientèle, puisque la pratique de la "lettre de recommandation"
suppose toujours, dans l'Empire romain, une relation entre un patron et un client. Cyprien
aurait écrit les trois lettres pour "introduire" Célérinus, Aurélius et Numidicus auprès de la
communauté chrétienne de Carthage et les y établir comme ses clients, fortifiant ainsi sa
position à Carthage à la veille de son retour. Mais n'est-ce pas pousser un peu loin l'esprit de
système que de rapprocher des trois clients recommandés par Fronton aux décurions de Cirta
pour que ces derniers en fassent leurs patrons à Rome (Ad amicos, 2, 11, Haines 1, p. 292294) les trois confesseurs recommandés par Cyprien à tout le peuple chrétien (l'emploi,
exceptionnel, de plebi uniuersae dans l'adresse des trois lettres, s'expliquerait, non point par
l'usage électoral de l'Église [voir Clarke, comm. ad loc], mais par la volonté de Cyprien de
rétablir, avec sa communauté, la relation patron-client détériorée par les événements), pour que
celui-ci en fasse ses patrons dans le ciel ? Et l'alliance de mots mites et humiles (Epist. 40, 3)
ne renvoie-t-elle pas autant au Christ (Matth 11, 29), modèle des confesseurs, qu'au client
modèle dans la société païenne ?
TEXTE, LANGUE,
19. Thesaurus sancii Cypriani. Series A - Formae (Enumeratio formarum ; Index formarum a
tergo ordinatarum ; Index formarum singulorum operum ; Index formarum secundum
orthographiae normam collatarum ; Tabulae frequentiarum ; Concordantia formarum), curante
CETEDOC, Turnhout : Brepols, 1997, XXIV-197 p. ; 18 microfiches (Corpus Christianorum,
Thesaurus Patrum Latinorum).
Ce douzième tome du Thesaurus Patrum Latinorum élaboré par l'Université catholique de
Louvain-la-Neuve se présente suivant un modèle éprouvé : d'abord une introduction en
français, due à Paul Tombeur, puis la liste des formes (normalisées) apparaissant dans le
Thesaurus Cypriani, suivie de diverses annexes ; enfin la concordance de ces mêmes formes,
avec le contexte d'une ligne de "listing" d'ordinateur. Rappelons qu'il ne s'agit pas d'une
concordance lemmatisée : on trouvera par ex. sous la vedette lapsus aussi bien le participe passé
de labor que le substantif lapsus, -us. Tout le corpus de Cyprien est pris en compte, y compris
le Quod idola, les Senîentiae et les lettres adressées à Cyprien (sauf les Epist 30, 31 et 36, qui
feront partie d'une autre publication consacrée à Novatien). Le deux versions de Unit 4 - 5
distinguées par le P. Bévenot, "Primacy Text" et "Textus receptus", ont été indexées, mais
hélas pas les autres variantes qu'il jugeait caractéristiques de la première édition du traité (celle
comportant le "Primacy Text"), à moins qu'il ne les ait adoptées dans son texte définitif ; cf.
The Tradition of Manuscripts, Oxford, 1961, p. 140-141. De même, il aurait été bon de tenir
compte des variantes qui apparaissent entre le texte des capitula en tête de Quir et les intertitres
en tête des chapitres (par ex. idcirco/ideo en III, 53). Ces reproches sont minimes, et
n'entament pas l'utilité d'un très pratique instrument de travail. En revanche, on regrettera
vivement qu'à la différence de la concordance caennaise des traités (CTC 86, 8), celle de
Louvain ne signale pas les mots appartenant aux citations bibliques, si fréquentes chez Cyprien
et si caractéristiques d'un type de Vêtus Latina.
20. BRAUN (René), Tertullien et le renouvellement du latin — Les Pères de l'Église au XXe
siècle. Histoire - Littérature - Théologie. «L'aventure des Sources chrétiennes», Paris :
Éditions du Cerf, 1997, p. 265-274 (Patrimoines - Christianisme).
R. Braun propose ici un bilan clair et suggestif du rôle qu'a joué Tertullien dans le renouvellement de la langue latine. Prenant en considération uniquement son vocabulaire, l'A. retient
trois aspects. Tertullien se présente d'abord comme l'utilisateur du latin des chrétiens et des
textes bibliques. A ce titre, il est un témoin du vocabulaire de la communauté chrétienne, luimême issu de la Septante et du Nouveau Testament grec ; son originalité a surtout consisté à
développer et implanter ce vocabulaire, notamment au moyen de la dérivation : par exemple de
blasphemia, il tire blasphematio et blasphemabilis ; à partir defigulus (potier), il créefigulareet
figulatio. L'utilisation de la LXX et le souci d'une traduction littérale l'ont également conduit à
certaines innovations, par exemple praesperare ou nullificamen. On lui doit aussi, en second
lieu, d'avoir mis au point, à partir du latin philosophique et du latin courant, un lexique
théologique ferme et cohérent (par ex. uniolunitas ; persona), dont la postérité, tout en
abandonnant certaines créations trop personnelles ou audacieuses (salutificator, incorporabais,
«appelé à s'incarner», nascibilis), a retenu néanmoins une large part. Enfin, le goût de ce
styliste pour l'expressivité a aussi contribué à certaines créations verbales : la recherche de
brièveté ou de parallélismes, la tendance au sarcasme ont favorisé l'apparition de néologismes
destinés à une carrière plus ou moins longue. Mais sa volonté de rajeunissement de la langue lui
fait encore admettre dans la langue écrite des formulations populaires ou préromanes (laciniare,
pour lancinare ; acror, pour acor ; euentare) - ce que R. Braun appelle «le modernisme de
l'expression».
2 1 . QUELLET (Henri), Les dérivé en -tudo chez Tertullien — Nomen latinum. Mélanges de
langue, de littérature et de civilisation latines offerts au professeur André Schneider à l'occasion
de son départ à la retraite, Neuchâtel, 1997, p. 205-207 (Université de Neuchâtel. Recueil de
travaux publiés par la Faculté des lettres, fascicule 44).
On connaît, principalement depuis les travaux de R. Braun, le rôle qu'a joué la dérivation
dans l'invention verbale de Tertullien. Dans une courte note, H. Q. propose une étude
statistique des dérivés en -tudo, qui s'inscrit en fait dans le prolongement d'une étude antérieure, publiée dans les Mélanges A. Labhardt : «Les dérivés latins en -tudo. Étude lexicogra-
phique et statistique», Museum Helveticum, 48, 1991, p. 281-295. L'analyse des dérivés de
cette sorte attestés chez Tertullien et de leur nombre d'occurrences conduit H. Q. à plusieurs
constats. Tertullien n'a pas fait un usage particulièrement abondant des dérivés en -tudo, à peine
plus d'un tiers de ceux attestés chez l'ensemble des auteurs de son époque, soit 23 sur 60.
Parmi ces vingt-trois mots, seuls huit présentent un nombre d'occurrences élevé (20 et plus) :
consuetude?, magnitudo, multitudo, plenitudo, similitudo, solitudo, sollicitudo, ualetudo. La
quasi-totalité des dérivés en -tudo utilisés par Tertullien sont des mots déjà anciens dans la
langue. Seuls asp(e)ritudo, inualetudo et rectitudo, qu'il emploie très peu, sont des mots
apparus tardivement, au I er ou IIe s. Il n'en a créé aucun, à l'exception peut-être de rectitudo.
Ces résultats concordent avec ceux auxquels H. Q. était parvenu dans son enquête sur
l'ensemble de la latinité : la productivité du suffixe -tudo est considérable jusqu'à la fin de
l'époque cicéronienne, et la quasi-totalité des dérivés importants dans la langue par la fréquence
de leur emploi a été créée pendant cette période-là. La productivité du suffixe s'effondre
ensuite, pour connaître toutefois un regain de faveur à partir du Ve s., mais la majorité de ces
créations tardives n'ont connu qu'une existence insignifiante. On ne relève donc pas sur ce
point de spécificité de la langue chrétienne. Le cas de rectitudo est intéressant, dans la mesure
où ce mot, peut-être créé par Tertullien, est le dernier dérivé de création tardive attesté plus de
cent fois dans la latinité. L'étude statistique mériterait alors d'être relayée par une analyse du
contexte d'apparition et d'emploi de ce mot. Signalons seulement que Tertullien ne l'utilise
qu'une fois, en Marc V, 3, 10, pour traduire l'expression εις ευθείαν d'Is 40, 4. Il s'agit
donc d'une formation tout à fait classique, qui s'intègre bien dans la série des mots concernant
l'espace : altitudo, latitudo, longitudo. Il acquit par la suite une valeur morale. - P. 206, n° 9
lire habitudo (au lieu de latitudo).
22. CHAPOT (Frédéric), Remarques sur la préverbation en prae chez Tertullien — Studia
patristica, 31, 1997, p. 274-280.
Une version développée de cette conférence a été publiée dans les Recherches Augustiniennes, 29, 1996, p. 75-89 (cf. CTC 96, 20).
23. POLTERA (Orlando), Triptyque pagano-chrétien — Nomen latinum. Mélanges... André
Schneider (voir n° 21), p. 191-198.
L'A. veut offrir au récipiendaire trois parerga philologiques, qui concernent successivement : Tertullien, An 39, 2 ; Ammien, 25, 4, 22 et Orose, Hist., I, 15, 3-8. A propos du
passage de T., il s'interroge sur l'expression Fata Scribunda : il y reconnaît, comme d'autres
avant lui, un neutre pluriel ; quant à l'adjectif verbal Scribunda, il n'aurait pas, comme on l'a
dit, une valeur active, empruntée à Varron, mais T. procéderait ici à un raccourci d'expression,
dans lequel Fata Scribunda aduocantur serait mis pour tria Fata aduocantur ob fata scribunda.
On peut toutefois se demander si souligner ainsi l'originalité de Tertullien ne revient pas à
méconnaître l'empreinte des indigitamenta sur le passage.
24. POUPON (Gérard), Encore une fois : Tertullien, De baptismo 17, 5 — Nomen latinum.
Mélanges ... André Schneider (voir n° 21), p. 199-203.
Le passage où Tertullien évoque les Actes de Paul a été étudié récemment par W. Rordorf
{CTC 91, 29 = 93, 54), qui suit le texte du Trecensis repris par Borleffs (CCSL, t. 1), et A.
Hilhorst (CTC 96, 27), qui préfère celui de l'édition Gelen. G. P. propose un texte composite :
Quodsi quae Acta quae Pauli perperam scripta sunt <legunt> exemplum Theclae ad licentiam
mulierum docendi tinguendique defendunt, sciant etc.
acta Τ : om.B I quae Pauli Poupon : Pauli quae Τ Pauli Β I sunt legunt Poupon : sunt TB
legunt Gel I exemplum Τ Bmg Gel : scriptum Β
L'idée de juxtaposer le texte de TB sunt et sa correction par Gelen legunt est ingénieuse,
mais l'imbrication de deux relatives qui en résulte («si celles qui [quae] lisent les Actes qui
[quae] sont faussement intitulés de Paul») surprend quelque peu : on aimerait des parallèles.
Les remarques sur la suite du texte (notamment sur un emploi peut-être technique de perperam,
sur scriptura au sens d'Écriture sainte et sur titulus = inscription) nous ont semblé
2 5 . TlSSOT (Yves), Per duarum syllabarum eversionem (Tertullien, De monogamia 11, 11)
— Nomen latinum. Mélanges ... André Schneider (voir n° 21), p. 219-229.
Ce passage, crux philologorum, a suscité de nombreuses tentatives d'explication, neuf sauf
erreur, auxquelles Y. T. ajoute une dixième, qui se fonde sur les deux traductions que Tertullien donne en Mon 11, 11 de / Cor. 7, 39b : si autem dormierit (κοιμηθή) uir eius (cf. 11, 10)
et si cuius maritus mortuus fuerit ( ά π ο θ α ν ή ; cf. 11,3). Cete dernière version serait, pour
Tertullien, le texte authentique, n'autorisant le remariage qu'après la mort d'un mari païen (et
non l'assoupissement d'un chrétien, dans l'attente de la résurrection).— Nous avons du mal à
suivre l'A. lorsqu'il affirme : «de mortuus fuerit à dormierit, il y a bien perte de deux syllabes per duarum syllabarum euersionem...». Tertullien a voulu sans doute comparer deux variantes
grecques, ou à la rigueur une expression latine à un texte grec, mais sûrement pas deux
expressions latines ; de plus, Yeuersio de deux syllabes peut difficilement consister dans le
remplacement d'un mot par un autre, plus court il est vrai, mais tout différent.
2 6 . FREDOUILLE (Jean-Claude), Hésitations titrologiques et interprétation des œuvres —
Titres et articulations du texte dans les œuvres antiques. Actes du Colloque International de
Chantilly, 13-15 décembre 1995, Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1997, p. 385-396
(Collection des Études Augustiniennes, Série Antiquité, 152).
Nomen, omen : le titre d'une œuvre influe sur son interprétation ; et réciproquement,
l'interprétation agit parfois sur le titre, ainsi lorsqu'il y a hésitation dans la tradition manuscrite
(a) ou même absence de titre attestée par elle (b). J.-C. F. le montre par l'étude de deux cas
exemplaires, empruntés l'un à Tertullien (a) et l'autre à Commodien (b). Si le manuscrit unique
des Instructiones porte bien ce titre en tête de l'œuvre, il n'en va pas de même pour l'autre
poème de Commodien, conservé lui aussi dans un seul témoin, où le texte débute ex abrupto.
Quatre titres ont été proposés pour combler ce vide. J. -C. F. n'a pas de mal à montrer les
faiblesses de ces conjectures, et suggère la «désignation minimale» de Carmen.
En revanche dans le cas de Prae, témoins et variantes ne manquent pas. Reprenant un
examen esquissé jadis dans sa thèse (Tertullien et la conversion de la culture antique, Paris,
1972, spécialement p. 228-230), J.-Cl. F. montre que seul le pluriel correspond à la pensée de
Tertullien, et que dans son usage linguistique le génitif après praescriptio ne peut désigner que
le fondement de l'argument auquel il recourt, comme dans praescriptio nouitatis ou originis
(contra A. Friis-Jensen dans TLL, X 2, c. 833, 62, mais sans parallèle). Le titre original devait
donc être De praescriptionibus aduersus haereticos (R3) ou aduersus haereses omnes (explicit
du traité dans Rl et R2).— Cette proposition ne convaincra sans doute pas tout le monde ; cf.
déjà H. Tränkle dans HLLA (supra n° 11), p. 460. On se bornera à faire remarquer que dans le
corpus de Corbie, le titre du traité était De praescriptionibus haereticorum.
2 7 . D E L É A N I (Simone), Quelques observations sur la syntaxe des titres dans les florilèges
scripturaires de saint Cyprien — Studia Patristica, 31, 1997, p. 281-286.
Une version développée de cette conférence a été publiée dans les Recherches Augustiniennes, 29, 1996, p. 91-112 (cf. CTC 96, 22).
28. DELÉANI (Simone), Les titres des traités de saint Cyprien — Titres et articulations du
texte dans les œuvres antiques (voir n° 26), p. 397-425.
Le sujet pouvait paraître un peu mince (on n'a conservé après tout que douze traités de
Cyprien), mais S. D. a su en révéler toute la richesse. Un point fort de son étude est l'analyse
des connotations que portent les titres en De... : double sens de mortalitas, à la fois "épidémie"
et "condition mortelle" ; écho et distance dans les titres inspirés de Tertullien ; binômes l'un à
saveur scripturaire {de opere et eleemosynis), l'autre d'inspiration profane (claire pour liuor,
plus subtile à déceler dans le cas de zelus : le texte africain de la Bible rendait ζήλος par
aemulatio, mais Cyprien privilégie un terme plus recherché). Deux des titres-dédicaces en Ad...
introduisent desflorilègesbibliques : extraits (capitula) pourvus d'intertitres (tituli), eux-mêmes
regroupés en tête de l'œuvre (Fort) ou de chaque livre (Quir I-III). S. D. montre très bien
comment Cyprien a procédé à la façon des compilateurs antiques, comme un Pline l'Ancien ou
un Aulu-Gelle : son travail, original, n'est pas la simple mise à jour d'un recueil de testimonia
A ce propos, S. D. se demande quand les Ad Quirinum libri III ont pris le titre de
Testimonia (sous l'influence d'Augustin ? cf. p. 423, n. 113). La critique, textuelle pourrait-on
dire, des titres, de leurs variantes et de leur survie, est un des charmes de cette étude. On
retiendra en particulier ce qui est dit sur le De habitu uirginum (p. 408, n. 51 et 414, n. 76). Un
regret tout de même, c'est que S. D. n'ait pas abordé, même brièvement, le cas des titres
donnés aux Epist dans les manuscrits : quand ont-ils été composés ? dans quelles intentions ?
— Notes de détail. P. 400 et 417 : la conclusion de la préface de Fort est tout à fait différente
des tables qu'on rencontre ailleurs ; il n'est pas sûr que la numérotation soit originale (cf. dans
ce volume notre article Capitula païens et chrétiens, p. 498, n. 6) et il n'est pas inconcevable
que la rédaction de ce texte continu ait précédé celle des tituli.- P. 406, n. 37 et 408, n. 49 : la
table de ΓAgobardinus (reproduite par ex. dans Histoire des bibliothèques françaises, t. 1,
Paris, 1989, p. 421) donne sans ambiguïté les titres De oratione et De cultu feminarurn.- P.
420, n. 104 : les textes cités n. 88 ne me semblent pas indiquer qu'une table des matières
générale dispense de lire les chapitres identifiés grâce à elle.
29. DOUMAS (François-Régis), L'évolution de Tertullien dans son attitude vis-à-vis de la
philosophie — Théophilyon. Revue des Facultés de Théologie et de Philosophie de l'Université
Catholique de Lyon , 2, 1997, p. 121-147 et 497-521.
Cet article reprend, en l'abrégeant, une thèse soutenue en juin 1995 (cf. CTC 95, 27).
30. BRENNECKE (Hanns Christof), Anfidelis ad militiam converti possit' ? [Tertullian, de
idolatria 19, 1]. Früchristliches Bekenntnis und Militärdienst im Widerspruch ? — Die
Weltlichkeit des Glaubens in der Alten Kirche (voir n° 13), p. 45-100.
Plus de quatre-vingt ans après la publication de Milita Christi (1905), l'ouvrage toujours si
utile d'A. Harnack, un théologien protestant allemand revient sur le problème «Église
préconstantinienne et service militaire». Le pacifisme intégral que des auteurs comme Cadoux,
Bainton et le regretté Jean-Michel Hornus (CTC 80, 25) croyaient déceler dans les premiers
temps du christianisme lui paraît une reconstruction idéologique, qui ne peut donc servir de
norme pour aujourd'hui (p. 98). L'"Abfalltheorie" que postulent ces auteurs ne correspond pas
à la réalité : il n'y a pas eu à l'origine une opposition totale entre la foi et le service armé ; les
chrétiens n'ont eu aucun mal à militare dans l'Empire chrétien parce qu'ils servaient déjà dans
les armées des Empereurs païens. Les soldats qui apparaissent dans le Nouveau Testament ne
sont pas sommés d'abandonner leur métier, et l'existence de militaires chrétiens est bien attestée
au IIe et surtout au IIIe siècle : ils ne se posent de problèmes de conscience que s'ils doivent
commettre des actes idolâtriques ; en ce cas, ils n'hésitent pas à subir le martyre plutôt que trahir
leur engagement baptismal. Naturellement, face à cette majorité tranquille, quelques voix isolées
ont soutenu qu'il existait une incompatibilité entre la foi chrétienne et le métier des armes (la
tradition se maintiendra, même après la conversion de l'Empire).
Tertullien est le premier à poser le problème théologique, et aussi le premier à adopter une
attitude intransigeante. Acceptant d'abord sans réserve la présence des chrétiens dans les camps
(Apol 37, 4 ; 42, 3), il refuse ensuite toute participation au service armé (Idol 19), mais finit par
admettre qu'un soldat converti peut continuer à exercer sa profession s'il évite toute forme
d'idolâtrie (Cor 11). Son rigorisme reparaîtra dans les Acta Maximiliani et dans la Tradition
apostolique, un document d'usage délicat et qui ne saurait représenter les usages romains au IIIe
siècle (p. 95).— Cette vaste étude, qui fera réfléchir, comporte beaucoup d'intéressantes
analyses de détail. En ce qui concerne Tertullien, Waszink et Van Winden me semblent avoir
raison de souligner que la position soutenue en Cor n'est pas si différente de celle a'Idol : les
réserves développées en Cor 11, 1-5 sont telles qu'elles interdisent pratiquement le métier des
armes, mais Tertullien ne tire pas cette conclusion évidente, pour que le traité puisse continuer
(11,7: «ne, si omni ope expulero militiam, frustra iam de corona militari prouocauerim» ;
même "prescription" non poussée à bout en Idol 17, 3 - 18, 1). De Cor 1, 1 «adhibetur quidam
illic magis Dei miles, ceteris constantior fratribus», on peut conclure que l'unité comportait
d'autres soldats chrétiens, mais pas forcément «zu einem größeren Teil» (p. 66).
3 1 . TURCAN (Marie), La prière des animaux chez Tertullien — La lettre de Pallas, 5, 1997, p.
18 (= Note 11)
L'hymne final d'Orat qui évoque notamment la prière des animaux (29, 4) n'a jusqu'alors
guère inspiré les commentateurs. Or, comme le montre M. T., ce texte ne relève pas d'une pure
improvisation poétique, mais s'appuie sur l'Écriture et s'avère solidement structuré. En effet
plusieurs passages bibliques appellent à la prière de louange l'ensemble de la création, des
anges aux êtres inanimés, notamment Ps 103/102, 20-22 ; 148, 2-10 ; mais nous retiendrons
surtout Rom 8, 19s., que Tertullien connaît bien (cf. Herrn 11,3; Cor. 6, 2), et l'hymne des
trois hébreux dans la fournaise (Dan. 3, 57. 80-81), qu'il évoque lui-même en Orat 15, 2. A
cette inspiration biblique principale ont pu se superposer des souvenirs de mirabilia offrant des
cas d'animaux en prière, tels qu'on peut les trouver chez Plutarque (De solertia animalium,
XVII, 2), Pline (H. N., VIII, 3) et Martial (Spect., 17). D'autre part les postures des animaux
en prière décrites dans la péroraison a'Orat - agenouillement des animaux domestiques et
sauvages, ailes des oiseaux étendues en croix comme des mains - correspondent exactement
aux deux attitudes de la prière que Tertullien a précédemment présentées comme principales
(Orat. 23, 1. 3 ; 14 ; 17, 1).
32. BURNS (John Patout), The Role of Social Structures in Cyprian's Response to the Decían
Persecution — Studia Patristica, 31, 1997, p. 260-267.
Pour expliquer l'organisation sociale des Églises du IIIe siècle, J. P. B. avait déjà recouru
à la méthode de la sociologue Mary Douglas (voir CTC 93, 26), qu'il avait appliquée au dossier
baptismal de la Correspondance de Cyprien. C'est le dossier de la persécution de Dèce qui est
soumis ici à un examen analogue.
À Carthage, deux solutions ont été adoptées pour reconstituer la communauté chrétienne,
mise à mal par la persécution. Celle des laxistes conduisait à la perte de l'identité religieuse du
groupe, puisqu'elle intégrait dans celui-ci les apostats qui persistaient dans leur refus de se
séparer de la société impériale, ôtait au peuple chrétien le contrôle de l'appartenance à la
communauté et le transformait en une clientèle dépendant de la largesse de patrons célestes et
terrestres (martyrs et confesseurs délivrant des billets de réconciliation). Celle de Cyprien, au
contraire, renforce le caractère clos et séparé de la communauté : 1) l'évêque dénonce la
responsabilité collective dans la persécution - 2) il propose une distinction nette entre les
chrétiens du dedans et ceux du dehors - 3) il affirme le droit de la communauté à examiner
chaque cas et à décider de l'exclusion définitive ou de la réconciliation - 4) il finit par admettre à
la pénitence tous les lapsi, ce qui les soustrait à l'amnistie des confesseurs et permet l'afflux des
aumônes vers l'Église - 5) le rituel très élaboré de réconciliation renforce, chez tous, fidèles et
pénitents, la conscience de leur engagement chrétien et de leur solidarité. Bref, Cyprien est
parvenu à restaurer dans son statut de groupe volontairement séparé, bien hiérarchisé, uni dans
le respect de son code moral, une communauté que fragilisait sa dépendance économique vis-àvis de l'Empire païen et qu'avait dévastée la persécution.
Cette analyse conduit J. P. B. à donner d'Epist 57, 1, 1, une interprétation très restrictive,
et qui sollicite le texte. Cyprien rapporte une première décision synodale à l'égard des apostats :
en cas de danger de mort, la paix serait accordée à ceux qui auraient fait pleinement pénitence. Il
fonde cette décision sur la loi du Seigneur «ut ligata in terris et in caelis ligata essent, solui
autem possent illic quae hic prius in ecclesia soluerentur» (cf. Matth 18, 18). Donnant à posse
son sens plein et faisant comme s'il y avait nihil aliud nisi devant la relative, J. P. B.
comprend que les décisions de la communauté et de son évêque sont effectives : le Christ
jugera ceux et seulement ceux que l'évêque aura rassemblés dans sa communauté par la
baptême et la réconciliation. Pour une position plus nuancée et plus respectueuse, nous semblet-il, de la pensée et de la langue de Cyprien, voir M. Bévenot, The Sacrament of Penance and
St. Cyprian's De lapsis, dans Theological Studies, 16, 1955, p. 175- 213, notamment p. 207213.
33. PEACHIN (Michael), PREUSS (Gerhard), CIL VI 3836 (= 31747). Die Karriere des
Aspasius Paternus ? — Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 116, 1997, p. 176-192.
Aspasius Paternus est le proconsul qui jugea Cyprien en août 257 et l'exila à Curubis. Sa
carrière antérieure était jusqu'ici mal connue. Les auteurs proposent de la reconstituer à l'aide
d'une inscription mutilée de la catacombe de Callixte. Celle-ci évoque le cursus honorum d'un
sénateur qui vivait dans le second tiers du IIIe s. et avait commencé sa carrière comme ab
epistulis graecis, avant de devenir, entre autres, gouverneur de Coelé Syrie, iudex vice
Caesaris, proconsul et préfet de la Ville. Parmi les candidats possibles, celui qui répond le
mieux aux conditions requises est Paternus, si l'on admet que le proconsul d'Afrique de 257258, le préfet de la Ville de 264-266 et le consul ordinaire de 268 représentent (ce qui est
probable) une seule et même personne. En effet, Paternus était sans doute apparenté au sophiste
Aspasius de Ravenne, qui aurait été, lui aussi, ab epistulis graecis, durant le premier tiers du ffle
s.— Article hautement spéculatif, mais ingénieux et argumenté. Pour la beauté de la
démonstration, on aimerait qu'une trouvaille épigraphique vienne confirmer la reconstruction
des auteurs. Une part du raisonnement repose sur l'extrême rareté du nom Aspasius (p. 190,
n. 92) ; mais qu'en était-il exactement ? Un «Aspasius presbyter doctor», est mentionné en
PPerp 13, 1, de sorte que ce nom existait en dehors et loin de Ravenne.
3 4 . MONTGOMERY (Hugo), The Man with the Net and the Sorrowful Youth : Pictures and
Visions in St Cyprian — Vitra terminum vagari. Scritti in onore di Carl Nylander, Roma :
Quasar, 1997, p. 221-225.
Les contributions offertes au savant archéologue et historien de l'art Cari Nylander ont été
réunies en un très beau livre, dont il faut vanter le format, offrant l'espace nécessaire aux
grandes reproductions, le papier glacé, la qualité de l'impression et de l'illustration. Elles
concernent les productions artistiques de l'Antiquité classique. Celle d'H. M. s'intéresse plus
précisément à l'influence qu'ont pu exercer ces productions sur un écrivain chrétien comme
Dans une lettre (11,4, 1), ce dernier décrit une vision prémonitoire dont il a bénéficié avant
la persécution et qui permet de comprendre celle-ci comme un châtiment de Dieu. Il s'agit d'un
tableau statique, représentant un père de famille assis, ayant à sa droite un homme jeune, le
visage triste et tendu, le menton dans la main, et à sa gauche un personnage debout, tendant un
filet de façon menaçante, comme pour capturer la foule debout alentour. H. M. souligne qu'il
n'y a aucune action, comme dans une peinture ou une sculpture. Le tableau pourrait donc, selon
lui, correspondre à une œuvre d'art vue (on a rapproché l'homme triste de représentations
figurées funéraires), ou encore, comme sans doute dans les Images de Philostrate le Jeune,
imiter l'œuvre d'art. Quoi qu'il en soit, on peut parler d'ekphrasis. H. M. rappelle que le
procédé, conseillé par Quintilien (6, 2, 29), a pour vertus la perspicuitas et Yeuidentia et, en
créant l'émotion, renforce la persuasion. Uekphrasis peut traiter de visions et de rêves comme
de sujets réels. H. M. renvoie au manuel d'Artémidore de Daldis sur les songes, dans lequel
précisément l'auteur donne des exemples de songes, avec vision d'une statue de divinité, et
explique la vision d'un filet comme un mauvais présage.— L'article de H. M. incite à une
approche nouvelle, plus littéraire, des relations de songes ou de visions chez les auteurs
3 5 · FlTSCHEN (Klaus), Geschichte und Zeitgeschichte im Werk Cyprians von Karthago —
Studia Patristica, 31, 1997, p. 296-301.
Malgré l'absence, dans l'œuvre de Cyprien, d'une théologie explicite de l'histoire, K. F.
essaie d'en reconstituer les grands traits. En fait, la pensée de Cyprien est anhistorique.
L'histoire contemporaine n'est pour lui qu'une étape de l'histoire du salut. Le chrétien vit dans
le mépris du monde et l'attente du Jugement - bien qu'il soit inséré dans le monde et y agisse
selon la volonté de Dieu. Le texte le plus net est Y Ad Fortunatum : Cyprien n'y présente pas la
persécution dans sa réalité concrète, mais l'insère dans le plan du salut et l'explique par ses
préfigurations scripturaires et par la loi de la souffrance du juste en proie aux attaques toujours
renouvelées du démon.
3 6 . MONTGOMERY (Hugo), Pontius' Vita S. Cypriani and the ancient biographical tradition
— Studies of Greek and Roman Literature, Essays edited by Jerzy STYKA, Krakow :
Ksiegarnia Akademicka, 1996, p. 109-117 (Classica Cracoviensia, 2).
Version abrégée d'une étude dont il a déjà été rendu compte (CTC 96, 14).
3 7 . W Y P U S T E K (Andrzej), Magic, Montanism, Perpetua, and the Severan Persecution —
Vigiliae Christianae, 51, 1997, p. 276-297.
Avant Dèce, les persécutions avaient un caractère local et résultaient du zèle de certains
gouverneurs ou d'émeutes contre les chrétiens. Avec une érudition notable (notamment en
papyrologie), ΓΑ. entend montrer qu'à l'époque des Sévères deux facteurs se sont conjugués
pour soulever une vague de persécutions d'une ampleur inhabituelle. Le premier est l'hostilité
croissante, à la fois populaire et officielle, contre la magie et les prédictions ; le second est
l'activité des montanistes, qui donnaient du christianisme une image de superstitio visionnaire,
susceptible d'exacerber l'hostilité aussi bien de la foule que des autorités politiques. Vues de
l'extérieur, les pratiques montanistes (transes extatiques, prophéties sur la fin des temps,
jeûnes, abstinence sexuelle) se rapprochaient de celles des sorciers, magiciens ou astrologues,
et pouvaient facilement troubler l'ordre public.
La Passion de Perpétue est à commenter sur cette toile de fond. L'A. postule que non seulement le rédacteur anonyme, mais aussi Perpétue et ses compagnons sont montanistes ou
proches de la secte : «the Montanist redactor» (p. 278), «Montanists called themselves
πνευματικοί to emphasise the importance and intensity of their spiritual gifts. This was also,
it seems, the spiritual environment of Perpetua's group» (p. 277), «Passio Perpetuae, strongly
influenced by Montanism» (p. 281). Les remarques faites à propos de PPerp soulignent à quel
point les actes, paroles et visions des martyrs pouvaient, aux yeux d'un observateur païen,
ressembler à de la sorcellerie. Perpétue, à qui on a demandé de prédire l'avenir (4, 1), intercède
à distance pour son frère défunt (7-8). Saturus donne à un soldat un anneau trempé dans son
propre sang (21, 5), comme un objet magique ayant hérité d'une partie de ses pouvoirs. Les
condamnés menacent publiquement leur juge du châtiment divin (18, 8), ce qui, pour la foule,
en faisait des jeteurs de sort. D'ailleurs, le père de Perpétue se comporte à l'égard de sa fille,
comme s'il la tenait pour envoûtée (3, 3) ; le soldat Pudens est convaincu du 'grand pouvoir'
des prisonniers (9, 1), dont le tribun redoute l'évasion «incantationibus aliquibus magicis» (16,
2).— Lecture discontinue, mais assez originale, d'une œuvre pourtant écrasée sous l'accumulation des gloses modernes. La vertu du sang des suppliciés est bien établie par les papyrus
magiques (cf. p. 282 et n. 49-50) ; il est donc tentant, pour éclairer le geste de Saturus, de se
rallier aux positions de F. J. Dölger, L. Robert et A. Wypustek (en rejetant l'explication
réductrice d'A. Bastiaensen, Atti e Passioni dei martiri, Vicenza, 1987, p. 450). Mais l'hypothèse initiale (lien des martyrs avec le montanisme), qui sous-tend l'interprétation générale,
demanderait à être vérifiée. Nulle part, le clergé de Carthage ne manifeste la moindre réserve à
l'égard du groupe de chrétiens emprisonnés. En 203, une conception charismatique de la vie
chrétienne n'est pas forcément montaniste, et il est anachronique de faire remonter jusqu'à cette
date les durcissements provoqués ensuite dans la grande Église par les excès de la nouvelle
prophétie ou le zèle des hérésiologues. P. 294, n. 70, on aimerait savoir ce qui justifie la date
(milieu du III« s.) et la localisation (en Afrique) de la Passion de Lucianus et Marcianus (BHL
5015), deux ex-magiciens qui avaient tenté de séduire en vain une jeune
38. SALISBURY (Joyce E.), Perpetua's Passion : The Death and Memory of a Young Roman
Woman, New York-London : Routledge, 1997, [IX]-228 p.
Ce livre, soigneusement illustré, peut être défini comme un commentaire littéral et
historique de PPerp. La figure de Perpétue, ainsi que cela apparaît dès le sous-titre, y éclipse
celle des autres personnages : ce sont ses liens familiaux, ses références culturelles et
religieuses, ses pensées et ses rêves que l'A. a cherché à restituer de façon vivante pour un
public cultivé, mais pas nécessairement connaisseur des réalités antiques. Les deux premiers
chapitres (intitulés «Rome» et «Carthage») donnent une esquisse du contexte socio-culturel
dans lequel évoluait, vers 200, une jeune femme de la bonne société : l'attachement au foyer et à
la famille, l'importance du culte impérial, l'inquiétude religieuse étaient des traits communs à
l'ensemble du monde romain ; Carthage, alors au comble de la prospérité, procurait tous les
spectacles et raffinements des grandes villes et possédait en propre, du fait de son substrat
punique, une tradition de suicide sacrificiel et d'offrandes humaines consacrées dans la liesse
populaire à la divinité ; les milieux lettrés et hellénophones, comme celui de Perpétue, y
appréciaient grandement les romans qui mettaient en scène de jeunes héroïnes, indépendantes de
caractère et capables de mourir pour des principes. Les trois chapitres suivants («Christian
Community», «Prison», «The Arena») livrent un commentaire continu de PPerp, en respectant
d'habitude l'ordre de l'ouvrage : la traduction anglaise d'H. Musurillo (The Acts of the
Christian Martyrs, Oxford, 1972) y est découpée en petites unités textuelles, imprimées en
italiques, dont la signification est aussitôt dégagée ; dans l'explication des rêves de Perpétue et
de Saturus, l'A. s'attache à dessein aux interprétations données par les intéressés eux-mêmes,
sans ignorer naturellement les autres grilles possibles de lecture. Le sixième et dernier chapitre
(«Aftermath») brosse à grands traits le destin immédiat de la dynastie sévérienne et de ses
fonctionnaires, le futur plus lointain de la communauté chrétienne de Carthage et la célébration
posthume des martyrs (notamment à travers la rédaction des Actes et la prédication d'Augustin
ou de Quodvultdeus). L'A. évite d'ordinaire la simple paraphrase et exploite avec adresse les
données archéologiques, les sources antiques traduites en anglais et la littérature secondaire
(principalement en cette langue).
L'ouvrage est réussi sur le plan technique, mais les limites d'une telle approche sont vite
atteintes. Les textes latins et grecs ne sont pas cités de première main, mais toujours en anglais
et souvent parce qu'ils ont été signalés chez un auteur antérieur : parmi les «Primary sources»
recensées aux p. 209-212, la seule qui ne soit pas traduite est l'édition de R. Braun, Opera
Quodvultdeo Carthaginiensi episcopo tributa, ce qui fait que cet auteur est appelé constamment
Quodvultdeo au datif. En ce qui concerne les Passions, s'en tenir à l'anthologie de Musurillo
est dangereux, car la qualité des textes y est parfois médiocre : c'est ainsi que le commentaire de
la p. 86 (à hauteur de la n. 5) est sans objet, si l'on se reporte à la dernière édition de la Passio
Montani et Lucii (dans RÉAug, 29, 1983, p. 55 et 72). Comme la traduction anglaise de PPerp
est éclatée de la p. 70 à la p. 148, il aurait été utile de la reproduire aussi en annexe, afin d'en
permettre une lecture continue.— Le désir, en soi louable, de restituer la culture de Perpétue
oblige l'A. à beaucoup d'approximations : p. 100, «She [Perpetua] probably knew of Artemidorus's ideas» (l'auteur de YOnirocriticon) ; p. 102, «The Carthaginian community was also
familiar with the visionary work written in the mid-second century called the Apocalypse of St.
Peter» (préservée seulement en éthiopien et par quelques fragments grecs) ; p. 109, «She
[Perpetua] certainly had read Apuleius's Golden Ass» ; p. 110, «Her dream may have drawn
on Heliodorus's romance Ethiopian, in which the protagonist's last test was to fight in the arena
against a gigantic Ethiopian» (mais ce texte peut-il être antérieur à 203 ?). Notons enfin que
Jacques de Voragine n'était pas franciscain (p. 91) et que Pionius fut martyrisé à Smyrne, non à
Carthage, et sûrement pas à trois moments différents (cf. p. 85 : «at the end of the third
century», p. 160 : «in 250», p. 166 : «in 259»).
39. MORIARTY (Rachel), The Claims of the Past : Attitudes to Antiquity in the Introduction to
Passio Perpetuae — Studia Patristica, 31, 1997, p. 307-313.
Analyse serrée du prologue et de l'épilogue de PPerp (§ 1 et 21, 11), qui ne constituent pas
un simple encadrement rhétorique. Le rédacteur anonyme polémique contre des adversaires, qui
récusent, au nom d'un attachement aux veterafidei exempla et d'une praesumpta venerano antiquitatis, la valeur des nova documenta. Sa position ne surprend pas en Afrique et implique une
foi de type 'apocalyptique et prophétique', proche de celle du milieu où Tertullien était actif.
Mais qui étaient les adversaires ? Il se peut que l'attachement aux valeurs anciennes, courant
dans la société païenne, ait été défendu, à l'intérieur de la communauté chrétienne, par des
convertis de fraîche date, qui désapprouvaient la lecture liturgique des Actes de martyrs. D'où
l'insistance du rédacteur sur lectio (1, 1 ; 1,5), legere (21, 11) et repraesentatio (1,1). F. D.
40. ROUSSELLE (Aline), Image et texte : aller et retour — Santità, culti, agiografia. Temi e
prospettive, Roma : Viella, 1997, p. 107-127.
Dans une communication plus large sur la relation entre image et document narratif, ΓΑ.
propose, en guise d'illustration, une analyse des rêves de Perpétue (p. 114-119). Elle souligne
notamment deux détails qui n'ont guère retenu l'attention. En PPerp 7, 1, le fait que le nom
Dinocrates vienne spontanément sur les lèvres de la jeune femme pourrait, chez une hellénophone, s'expliquer par son sens étymologique de «maître de la terreur». En 10, 8, les mala
aurea que porte le laniste ne seraient pas des pommes, mais des coings, c'est-à-dire des fruits
odorants et amers, dans lesquels, selon Plutarque, devaient mordre les jeunes mariées avant de
pénétrer dans la chambre nuptiale ; l'image des coings, ainsi liés à la sexualité, «pouvait se
greffer sur la crainte du poteau {malus) auquel Perpétue imaginait qu'on allait l'attacher pour la
présenter aux bêtes comme on le voit sur la mosaïque de Zliten» (p. 119).
41. STEINHAUSER (Kenneth Β.), Augustine's Reading of the Passio sanctarum Perpetuae et
Felicitatis — Studia Patristica, 33, 1997, p. 244-249.
Étude fondée sur la thèse, déjà soutenue par nombre d'auteurs (dont T. D. Barnes), que
PPerp est un document montaniste. Comment se fait-il alors qu'Augustin s'en soit servi sans
faire allusion à son origine hétérodoxe ? À une telle objection, l'A. croit pouvoir répondre
ainsi : Augustin était conscient de cette réalité et abordait PPerp, selon le contexte, de façon
différente. Dans un cadre liturgique, il reconnaissait la sainteté du groupe des martyrs et ne
pouvait élever aucune objection contre la lecture traditionnelle de leur Passion. En contexte
polémique, c'est-à-dire dans le De natura et origine animae dirigé contre le montaniste
Vincentius Victor, il n'était plus en mesure d'écarter entièrement le témoignage de PPerp
comme hérétique, mais il cherchait à en relativiser l'autorité et rejetait les positions doctrinales
qu'en déduisait son adversaire.— Le De natura et origine animae est rangé traditionnellement
parmi les ouvrages antipélagiens d'Augustin. K. B. S., à la suite d'Albert de Veer, a raison
d'affirmer que ce classement, commode d'un point de vue chronologique, est peu justifié sur le
plan doctrinal. Mais Victor était-il vraiment montaniste (ou tertullianiste) ? Sa théologie semble
plutôt teintée d'archaïsme, ce qui est compatible avec le fait qu'avant de revenir à la grande
église, il avait appartenu, comme disent les sources (cf. A. Mandouze, Prosopographie de
VAfrique chrétienne, Paris, 1982, p. 1173-1174), à une fraction schismatique de la communauté donatiste, à savoir les rogatistes. La démonstration de K. B. S. repose en partie sur des
arguments spécieux : Victor doit être considéré comme tertullianiste, notamment parce qu'il
invoque PPerp, ce qui ne peut convaincre que les lecteurs déjà persuadés du caractère
montaniste de cette Passion ; d'autre part, si Augustin tait le caractère hétérodoxe de PPerp,
c'est par tactique et respect de la tradition liturgique : pour un historien sans préjugés, il est
risqué d'interpréter les silences.
42. OSBORN (Eric), Tertullian, First Theologian of the West, Cambridge : Cambridge
University Presss, 1997, 300 p.
Cette étude d'ensemble de la pensée et de l'œuvre de Tertullien expose et analyse ses
positions sur les principaux sujets théologiques que les circonstances l'ont amené à traiter. L'A.
peut ainsi considérer successivement la relation des chrétiens avec l'Empire, le débat avec
Marcion, les questions trinitaire et christologique, la réflexion sur la prière chrétienne et la
Bible, l'anthropologie et l'ecclésiologie, les controverses avec Hermogène et les valentiniens,
l'eschatologie et la morale. Si les raisons qui ont amené l'historien à adopter cet ordre des
matières n'apparaissent pas toujours clairement, certains chapitres proposent des
rapprochements féconds : ainsi dans le chapitre 8 la réflexion anthropologique sur le mal est
mise en relation avec la conception de l'Église ; de même le chapitre 9, en envisageant à la suite
Herrn et Val, met en évidence la différence de méthode selon l'adversaire. Mais on est surtout
sensible dans cet ouvrage à l'effort de l'A. pour mettre en lumière les principes et les notions
qui jouent un rôle déterminant dans la réflexion de T., à commencer par celle de simplicité, dont
l'analyse ouvre cette étude. On retrouve d'ailleurs dans cette recherche de l'unité d'une pensée
une préoccupation constante d'E. O., notamment perceptible dans son ouvrage The Emergence
of Christian Theology, Cambridge, 1993 (CTC 75-94, C 71). Récusant le prétendu
antirationalisme de T. (cf. également supra, n° 12), il voit en lui un "stoïcien héraclitéen",
comme en témoignent non seulement son réalisme matérialiste et sa confiance dans une
connaissance naturelle de Dieu, mais surtout son attention pour ce qui change et évolue, ainsi
que pour les oppositions : T. est sensible à la présence de celles-ci dans le monde, dans
l'homme, dans le raisonnement (paradoxe) et même en Dieu, et à leur résolution dans la
simplicité de la vérité chrétienne (cf. déjà l'art, recensé dans CTC 95, 42). Par l'originalité de
cette approche, par la diversité de ses centres d'intérêt, mais aussi par la cohérence de sa
pensée, ordonnée autour de l'affirmation de la perfection de l'économie divine dans le Christ
crucifié, Tertullien se présente comme un novateur puissant (p. 255 more than Augustine...) et
4 3 . OSBORN (E. F.), Tertullian's ethics of paradox. Natural law and Apocalypse - Love and
Fear - World affirmation and denial — L'etica cristiana nei secoli III e IV : eredità e confronti.
XXIV incontro di studiosi dell'antichità cristiana, Roma, 4-6 maggio 1995, Roma : Institutum
patristicum Augustinianum, 1996, p. 171-179.
E. F. O. relève dans l'éthique de Tertullien trois paradoxes dans la mesure où elle unit le
respect de la loi naturelle et la visée apocalyptique ou eschatique, l'amour et la crainte, l'acceptation du monde et son rejet. L'auteur entend le mot paradoxe au sens stoïcien du terme (harmonie des contraires) ; peut-être vaudrait-il mieux parler de «tensions». Mais il montre comment
sur ces trois plans, Tertullien concilie les deux termes «contradictoires» et résout les antinomies
dans la référence à l'Économie divine et la doctrine de la récapitulation.
4 4 . TUREK (Waldemar), La speranza in Tertulliano, Roma : LAS, 1997, 136 p. (Biblioteca di
Scienze Religiose, 126).
Conçu pour combler une lacune - rares sont encore les études sur l'espérance dans les
premiers siècles chrétiens - , et préfacé par P. Siniscalco, ce petit livre s'articule en quatre
chapitres. Le premier fait le point sur les recherches antérieures et définit à grands traits le
concept d'espérance chez les païens, dans les Écritures et chez les premiers chrétiens. Le
second, le plus intéressant, même s'il n'est pas neuf, insiste sur le concept de resurrectio carnis
chez Tertullien et le lien entre l'espérance et ce point de doctrine essentiel. Il rappelle la place de
caro dans l'anthropologie de l'auteur chrétien, l'insistance avec laquelle celui-ci affirme, contre
les docètes, la réalité de la chair, donc de l'humanité du Christ, la manière dont il situe la
résurrection de la chair à la fin des temps, comme le second pôle de la Création. Le troisième
chapitre reprend la distinction proposée par B. Studer (Reallexikon für Antike und Christentum,
art. Hoffnung) entre espérance passive et espérance active. La première est attente du salut et de
la résurrection personnels (p. 75 : Τ a affiné la notion de "personne") et a pour composantes
exspectatio, fiducia et patientia. La seconde, inséparable de la crainte du châtiment éternel,
détermine tout le comportement. Destiné à montrer, comme le souligne P. Siniscalco dans la
Préface, que l'espérance, chez Tertullien, est moins une vertu qu'une modalité investissant
chaque aspect de la vie chrétienne, le dernier chapitre met à nouveau l'accent sur le lien entre
l'espérance, la foi et le comportement, donc la discipline (spes,fideset disciplina).
L'exposé est illustré de très nombreux extraits de Tertullien, pris notamment dans Res, avec
leur traduction en italien. L'interprétation s'appuie sur les travaux des plus éminents spécialistes
(R. Braun, J.-C. Fredouille, P. Siniscalco, Β. Studer). W. T. part toujours d'une étude de
termes ou d'expressions qui lui paraissent fondamentaux pour son propos et lui permettent de
montrer comment Tertullien a su se démarquer des emplois païens (resurrectio, resurrectio
carnis, resurrectio mortuorum, restitutio, redintegrano, reformatio, resuscitatio dans le second
chapitre). Mais le lecteur se sent plutôt submergé par l'abondance des "fiches de vocabulaire",
non dépourvues d'utilité sans doute, mais dont certaines interrompent le développement plus
qu'elles ne le servent, entraînent des redites, éloignent du sujet (sur refrigerium, p. 83-85, ou
même sur l'emploi de disciplina chez les auteurs païens, p. 112-113).
45. MORESCHINI (Claudio), Tertulliano e la salvezza della carne — Liturgia e incarnazione, a
cura di Aldo Natale TERRIN, Padova : Edizioni Messaggero, Abbazia di Santa Giustina, 1997,
p. 93-111 (Caro Salutis Cardo - contributi 14).
C'est contre Platon et surtout contre les gnostiques que Tertullien a élaboré, dans le sillage
d'Irénée, sa doctrine du salut de la chair. Pour le montrer, C. M. analyse Marc I, 24, 3-5, puis
examine chacun des trois «titres de noblesse» de la chair qu'il y a découverts : 1) La chair est
patiente : c'est elle qui souffre dans l'ascèse comme dans le martyre ; elle est l'instrument pour
obtenir la sainteté. 2) Elle est la servante de l'âme (ministra, fámula) et mérite donc de partager
avec elle le salut. Tertullien concilie les valeurs de l'ascèse et la dignité de la chair en distinguant
la réalité physique de la chair, qui n'est pas mauvaise, et les œuvres de la chair, mauvaises en
raison du péché et non de la chair par elle-même. 3) Le Christ a pris chair. Sa chair n'est pas
une apparence, ce qui rendrait vaine la Passion. Loin d'être une enveloppe, elle constitue, dans
le Christ, une unité indissoluble avec la réalité divine.
C. M. insiste sur l'importance de la notion de "corporéité" dans la doctrine de Tertullien et
sur le fait que sa méfiance à l'égard du mariage et de la sexualité, dans les œuvres sur le
mariage, vient de son souci de défendre la dignité de la chair, mais selon les voies du montanisme. En Marc I, 28, 4, il suit le texte de Kroyman - autant que la traduction italienne autorise
à le dire -, bien qu'il bouleverse l'ordre des manuscrits (voir la note critique de R. Braun dans
son édition, SC, 365, p. 279).
46. ROSSIN (Elena), «Caro salutis cardo». Una promessa di salvezza a partire della «carne» di
Tertulliano — Liturgia e incarnazione (voir n° 45), p. 113-164.
Dans le recueil d'articles intitulé Liturgia e incarnazione, après C. Moreschini (voir n° 45),
E. R. expose à son tour l'anthropologie de Tertullien. Les mêmes thèmes sont abordés : la
chair instrument de l'âme ; l'union intime des deux éléments et leur solidarité dans le péché ; la
vocation de la chair au salut, dès ici-bas, par l'ascèse et l'imitation du Christ ; la résurrection de
la chair ; l'Incarnation qui fait de la chair le "pont idéal" entre la première et la seconde
création, et la force de l'espérance chrétienne (voir aussi le livre de W. Turek, présenté cidessus, n° 44). L'approche est légèrement différente. Dans une première partie, E. R. s'attache
à montrer l'ascendance scripturaire de la doctrine de Tertullien (p. 113-120). Dans la seconde,
beaucoup plus longue (p. 120-158), elle se propose de partir d'une analyse linguistique et
sémantique, menée dans Marc, Carn et Res. Dans cette perspective, elle insiste sur la polyvalence du mot caro et reprend les observations de R. Braun, p. ex. sur carneus, sur in carne
esse-carnaliter uiuere {Deus christianorum, p. 300-304). Mais, en fait, l'étude de la langue fait
place, dans cet article, à un simple exposé des idées, illustré d'abondants extraits de l'auteur
latin en traduction italienne.
47. HOFFMANN (Daniel L.), The Status of women and gnosticism in Irenaeus and Tertullian,
Lewiston, Ν. Υ. : Edwin Mellen, 1995, X-239 p. (Studies in Women and Religion, 36).
Edition d'une thèse jusqu'alors diffusée par UMI (cf. CTC 94, 40).
48. ΟΤΤΕΝ (Willemien), Christ's Birth of a Virgin who Became a Wife : Flesh and Speech in
Tertullian's De carne Christi — Vigiliae Christianae, 51, 1997, p. 247-260.
Dans le contexte des débats théologiques contemporains, ΓΑ. veut proposer une lecture de
Cam qui échappe au reproche de «logocentrisme», souvent formulé par le «criticisme postmoderne». Il s'agit alors d'éviter une analyse trop exclusivement rhétorique du traité, en
montrant que c'est bien la chair du Christ, dans sa réalité concrète, qui est au cœur de
l'ouvrage. L'examen des chapitres 2-5, où l'on voit la stultitia chrétienne apparaître non pas
seulement avec la résurrection du Christ, mais dès l'Incarnation du Verbe, et surtout 17-23, qui
expliquent que la naissance du Christ incarné transforma Marie de vierge en femme, révèle que
chez T. ce n'est pas le fonctionnement naturel du corps qui est suspendu par la venue du Verbe,
mais plutôt le Verbe divin qui se soumet de lui-même au fonctionnement ordinaire de la constitution humaine.
49. NORELLI (Enrico), Marcion, Tertullien et le lépreux — Nomen latinum. Mélanges ...
André Schneider (voir n° 21), p. 171-180.
La guérison du lépreux racontée en Luc 5, 12-16 a dû faire l'objet d'une des Antithèses qui
accompagnaient Y instrumentum de Marcion (Luc révisé et 10 lettres pauliniennes). En tout cas,
en Marc IV, 9, 3-15, Tertullien discute trois moments de l'exégèse marcionite : 1. Si Jésus a
touché le lépreux, ce qu'interdit la Loi, c'est pour montrer sa puissance (§ 5 : ex ostentatione
uirtutis), qui se révèle supérieure à celle de la Loi. Tertullien fait, lui, une lecture allégorique de
l'événement : il s'agit d'un exemple montrant l'interdiction de tout contact avec un homme
souillé par le péché, et démontrant que la Loi a une signification spirituelle par-delà son
application matérielle.— 2. En II Rois, 5, 9-18, le prophète du Créateur, Elisée, n'a pu guérir
qu'un lépreux syrien, Naaman, avec l'eau du Jourdain, alors que le Christ, plus puissant (§ 8 :
potentior) a soigné un Israélite par la seule force de sa parole ; pour Tertullien, il s'agit d'une
figure de la purification des gentils par le Christ.— 3. Pourquoi Jésus enjoint-il à l'ancien
lépreux de se présenter au prêtre, avec l'offrande prescrite par la Loi ? Selon Marcion, en
répétant un précepte bien connu (dont le respect conditionne le retour à une vie normale), il le
fait sien, et par là-même "court-circuite" la Loi. Pour Tertullien, l'identité de préceptes prouve
que Jésus approuve la Loi, or «Jésus est bon ; Jésus approuve la Loi ; donc il confirme que la
Loi est bonne» (p. 178).— De cet article intéressant et subtil, ressort entre autres le fait que
dans ce passage Marcion n'avait (semble-t-il) apporté aucune modification au texte de
l'Évangile : le travail essentiel a consisté à retrouver «la logique interne de sa position». Quelle
que soit l'importance des recherches textuelles, c'est là le moyen de faire progresser notre
connaissance de Marcion.
50. VANDERJAGT (A. J.), Sensual evidence in Tertullian and Lactantius — Studia patristica,
31, 1997, p. 363-368.
Dans cette communication, trop brève pour être vraiment convaincante, A. J. V. s'emploie
à montrer que, pour Tertullien et Lactance, le témoignage des sens (par exemple, dans la
contemplation de la création) est moins incertain que la spéculation philosophique.
5 1 . MERDINGER (J. E.), Rome and the African Church in the Time of Augustine, New
Haven and London : Yale University Press, 1997, XVI-287 p.
Les chapitres consacrés à Tertullien (p. 28-35 : «Tertullien et la discipline ecclésiastique») et
à Cyprien (p. 36-49 : «Cyprien», «Cyprien et le concept d'origo») appartiennent à la première
partie de l'ouvrage, dans laquelle J. E. M. se propose, en analysant les écrits de ces deux
auteurs, de retracer les liens qui unissent l'Église d'Afrique à Rome. Le développement sur
Tertullien est fondé essentiellement sur Ρ rae s et Pud ; l'auteur conclut sur cette «claire
évidence» : la conception que Tertullien se faisait de l'autorité ecclésiastique a radicalement
changé (p. 34). En ce qui concerne Cyprien, J. E. M. se rallie à la thèse selon laquelle, pour
l'évêque de Carthage, le primat de Pierre et de l'Église de Rome assure l'unité de l'Église, mais
n'implique pas une supériorité de prérogatives.
52. HAMILTON (Α.), Cyprian and Church Unity — Pacifica, 8, 1995, p. 9-21.
Pour refaire son unité, l'Église d'aujourd'hui, notamment en Australie, a intérêt à consulter
l'ecclésiologie de Cyprien. Celui-ci, en effet, ne conçoit pas l'unité de l'Église, unité sacramentelle, en dehors de la fidélité à l'Évangile et de l'imitation du Christ. L'unité actuelle
pourrait se construire dans une fidélité commune au projet ecclésial d'evangelisation.
53. OSCULATI (Roberto, La teologia cristiana nel suo sviluppo storico. I. Primo millennio,
Cinisello Balsamo : Edizioni San Paolo, 1996, 333 p.
L'A. se propose de présenter l'histoire des idées chrétiennes avec une méthode et dans un
langage qui puissent être compris par ceux qui ont été formés selon «les canons de la culture
littéraire, philosophique, artistique et historique» et n'ont bien souvent qu'une «idée assez
vague et superficielle» de la théologie chrétienne (p. 8). Dans un parcours dont il revendique le
caractère personnel, il regroupe les penseurs par chapitres : le chap. 8 étudie Basilide, Valentin,
Marcion et Montan ; le chap. 9 la littérature néotestamentaire apocryphe, le judéo-christianisme
et les Actes des martyrs (on pourrait discuter la cohérence de ce regroupement). Tertullien,
Hippolyte, Novatien et Cyprien, qui occupent le chap. 11 (p. 171-186), ont été réunis pour leur
origine occidentale et leur appartenance à une même époque, mais aussi, semble-t-il, pour
l'influence du stoïcisme qu'ils ont tous reçue. De Tertullien, l'A. retient les traits suivants : la
place importante qu'il a réservée au monde matériel et corporel dans tous les domaines de sa
réflexion théologique ; son rigorisme moral, qui le conduit à proposer un idéal trop élevé pour
la masse des fidèles et, finalement, sous l'influence du montanisme, à former sa propre
communauté ; sa réflexion théologique sur la Trinité et l'Incarnation. Pour Novatien, la
présence du divin dans le monde, dans l'Histoire et dans la vie du Christ culmine dans
l'expérience vivante de la communauté des fidèles et les met en communion avec le Père : cette
vision globale du système de l'univers sera, selon R. O., un des héritages majeurs du
christianisme occidental. Il souligne enfin l'activité pastorale de Cyprien, dont le rigorisme
moral s'adresse aussi bien à la communauté tout entière qu'à chacun de ses membres.
54. MARKSCHIES (Christoph), Nochmals : Valentinus und die Gnostikoi : Beobachtungen zu
Irenaeus, Haer I, 30, 15 und Tertullian, Val. 4,2 — Vigiliae Christianae, 51, 1997, p. 179187.
Dans un article récent (CTC 96, 51), G. Quispel contestait les résultats de l'enquête de C.
Markschies (CTC 92, 42), selon lesquels le caractère gnostique du valentinisme ne serait né
qu'après Valentin et que celui-ci serait resté un théologien chrétien. G. Q. en appelait aux témoignages d'Irénée, Adu. Haereses, I, 30, 15, et de Tertullien, Val 4, 2. C. M. se propose de lui
répondre, mais rappelle en préliminaire leur différence d'approche : à la différence de G. Q., il
n'accorde guère de crédit au témoignage des hérésiologues et préfère s'appuyer sur les
fragments de Valentin. Il accepte toutefois de reprendre l'analyse des deux passages, sans
cacher son scepticisme sur la valeur de telles analyses de l'exposé hérésiologique. A propos du
texte d'Irénée, il souligne que l'image de la semence (a quibus) et de la matrice (de Valentini
scola) qu'y relève G. Q. ne repose que sur l'emploi de generare ; or le Lexique comparé de B.
Reynders révèle que ce mot peut traduire des verbes grecs très divers. Quant au rapprochement
avec Val 4, 2, il reste très incertain : en particulier dans l'expression quaedam uetus opinio,
l'adjectif uetus rend peu probable une allusion aux théories gnostiques, trop récentes ; en outre
le contexte du passage ne permettrait guère au lecteur de Tertullien de saisir l'allusion.
5 5 . C H A P O T (Frédéric), L'hérésie d'Hermogène. Fragments et commentaires — Recherches
Augustiniennes, 30, 1997, p. 3-111.
La thèse que F. C. a soutenue en novembre 1994 à l'Université de Paris-IV, «La création
du monde et la matière. Hermogène et les controverses aux IIe et IIIe siècles», comportait, outre
l'édition de VAduersus Hermogenem, qui va paraître dans la collection Sources Chrétiennes,
une importante première partie sur «L'hérésie d'Hermogène». C'est elle qui, retravaillée et
restructurée, fournit la matière du présent mémoire. Après une introduction sur la personnalité,
mal connue, d'Hermogène, et un résumé fort clair de sa doctrine, F. C. regroupe 71 textes
qu'on peut attribuer à l'hérétique ou mettre en relation avec lui (59 de Tertullien, 4 d'Hippolyte,
1 de Clément d'Alexandrie, 1 d'Origène, les autres d'auteurs postérieurs). Les textes sont
donnés dans leur langue originale, mais sans apparat, et sont suivis d'une traduction française,
le plus souvent due à F. C. lui-même. Ils sont regroupés sous quatre thèmes (1. La création du
monde et l'essence de la matière. 2. Le mal. 3. L'âme humaine. 4. La christologie), qui vont
aussi structurer le commentaire philosophique, extrêmement fouillé, qui constitue l'essentiel de
ce mémoire (p. 33-92). En conclusion, replaçant Hermogène dans la pensée de son temps, F.
C. le définit comme un chrétien platonicien, qui s'oppose à la doctrine de la création ex nihilo
avec les arguments du moyen-platonisme, mais aussi un chrétien sensible aux aspirations du
gnosticisme, «l'homme d'une époque de transition et de spéculation».
5 6 . PÉPIN (Jean), A propos du platonicien Hermogène. Deux notes de lecture de VAdversus
Hermogenem de Tertullien — Studies in Plato and the Platonic Tradition. Essays presented to
John Whittaker, Aldershot : Ashgate, 1997, p. 191-200.
J. Pépin nous offre une de ces études fines et minutieuses dont il est coutumier et qui allient
avec bonheur, à propos d'un fait de langue, l'analyse philologique et la science philosophique.
Deux expressions de T. sont étudiées successivement : materia coaequalis deo (8, 3 ; 9, 1) et
terra rudis (23-29 passim). Pour la première, la question se pose en ces termes : l'adjectif
coaequalis désigne-t-il seulement, selon le point de vue d'Hermogène, la commune perpétuité
de Dieu et de la matière, ou, d'après l'amplification critique de T., l'égalité de substance ? La
première occurrence (8, 3) est assez claire : T. décrit les vues de son adversaire et donne à
coaequalis le sens de «contemporain, du même âge». En revanche, dans le chapitre suivant,
l'interprétation est plus délicate. J. P. montre que l'adjectif garde le même sens, à condition de
rapprocher ce passage du débat du chapitre 3 : T. y expliquait que si Dieu n'est devenu
Seigneur qu'avec la création, il se devait de toute façon d'être antérieur aux choses dont il était
destiné à être le Seigneur (3, 4). Cet axiome acquis, on saisit la dimension critique de la
remarque de T. en 9, 1, sans modifier le sens de coaequalis : la phrase «Dieu n'a pas pu être
Seigneur d'une substance du même âge que lui» vise à disqualifier la matière comme objet
justificatif de la Seigneurie de Dieu et de ce fait à ébranler la position d'Hermogène. La
deuxième expression concerne la traduction de Gen 1, 2a dans laquelle le texte de T. substitue
rudis au traditionnel incomposita utilisé dans ses autres ouvrages. Il est alors possible que ce
soit là la version utilisée par Hermogène. En effet, l'adjectif rudis était couramment appliqué à
une terre délaissée en jachère et encore inculte, et pouvait constituer une traduction valable au
mot αργός qu'emploie Symmaque dans sa Bible grecque.Si l'on se rappelle qu'Apulée, Plat. I,
5, 191, fait un emploi philosophique du même adjectif rudis pour qualifier la matière
préexistante, on comprend qu'Hermogène ait retenu une traduction propice aux rapprochements
qu'il souhaitait établir.
57. KlRKLAND (Α.), Liturgical time in Tertullian —Acta Patristica et Byzantina, 6, 1995,
La question du temps liturgique chez Tertullien a déjà fait l'objet de nombreuses études, qui
se sont efforcées de clarifier des allusions et une terminologie parfois peu claires pour nous. A.
K. considère qu'un article de Dom P. Salmon (paru en 1963 dans les Mélanges offerts à
Christine Mohrmann) règle le problème de la prière des heures, et il consacre donc son article
aux célébrations hebdomadaires (stationes du mercredi et du vendredi ; jeûne du vendredi [?] ;
fête du dimanche) et annuelles (jeûne de la pascha et exultation des cinquante jours de la
pentecoste). Le sujet avait été longuement traité par Dom E. Dekkers, Tertullianus en de
geschiedenis der liturgie, Brüssel-Amsterdam, 1947, p. 126-156 (que l'A. ne semble pas
connaître).— Il est difficile d'admettre en lei 14, 2 («cur stationibus quartam et sextam sabbati
dicamus et ieiuniis parasceuen ?») la synonymie entre sexta sabbati et parasceue, qui ferait du
vendredi un jour à la fois de statio et déjeune (on notera que le TLL, t. X, 1, p. 314, 71 et 315,
22, rapporte cette occurrence de parasceue à la semaine pascale). La ponctuation proposée p. 72
pour lei 13, 1, «ecce enim conuenio uos et praeter, pascha ieiunantes etc.») ne convainc pas.
58. ADKIN (Neil), Tertullian and Jerome again — Symbolae Osloenses, 72, 1997, p. 155163.
De ce long article consacré à deux brèves remarques, on retiendra surtout que N. A.
reconnaît implicitement avoir omis de signaler, dans son étude «Tertullian's De idololatria and
Jerome» (CTC 93, 49), un parallèle incontestable. Ses remarques sur l'emploi de ruere et de
rhetoricari (p. 156, n. 4) sont intéressantes, et méritent l'examen. L'idée qu'on préfère parfois
ne pas étaler tout ce qu'on sait (ou suppose savoir) ne semble pas effleurer l'A. (cf. p. 155, n.
3). Nous avions relevé une autre réminiscence, portant justement sur la phrase qu'il commente :
Idol 6, 3 : negas te quod facis colere (sc. HIER., In 1er. 1, 31 (CSEL, 59, 29, 15) :
idolum)
idololatriae polluta es sordibus, et impudenter
negas te coluisse idolum Bahalim
et lui laissons le soin de la commenter, développer ou réfuter, mais de grâce brièvement.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPR1ANEA
5 9 . A D K I N (Neil), Some Alleged Echoes of Cyprian in Jerome—
1997, p. 151-170.
Wiener Studien,
Dans Présence de Cyprien dans les œuvres de Jérôme sur la virginité — Jérôme entre
l'Occident et l'Orient. Actes du Colloque de Chantilly (septembre 1986), Paris, 1988 (voir CTC
88, 56), nous avions relevé un certain nombre de passages de Jérôme dans lesquels la présence
de Cyprien nous semblait possible. N. A. s'efforce ici de montrer, sur vingt pages, qu'aucun
de ces rapprochements n'est valable. Ce faisant, il donne une excellente leçon de prudence à
tous ceux qui se consacrent à la recherche des influences. Mais on aimerait que, dans ses
propres travaux sur Jérôme, il tire lui-même un meilleur parti de cette leçon.
6 0 . L A B H A R D T (André), Dialectique et Christiana simplicitas. Tertullien et saint Augustin —
Nomen latinum ... André Schneider (voir n° 21), p. 161-170.
Selon A. L., l'opposition entre «dialectique» et «simplicité chrétienne» chère à Tertullien
sera levée par Augustin, qui distinguera l'usage légitime et l'abus de la dialectique. Mais n'étaitce pas déjà, ne fût-ce qu'implicitement, le cas de Tertullien ? L'auteur doit présenter prochainement une étude plus fouillée sur le sujet, qui lui donnera sans doute l'occasion de proposer
une analyse plus précise et plus nuancée.
6 1 . ADKIN (Neil), The Use of Scripture in the Pseudo-Cyprianic
Giornale italiano di filologia, 47, 1995, p. 219-248.
«De duplici martyrio» —
Le De duplici martyrio fut édité pour la première fois par Érasme, en 1530, avec les Opera
omnia de Cyprien. Plusieurs anachronismes le firent considérer, dès 1544, comme pseudépigraphe et sans doute érasmien, mais c'est seulement en 1895 que Friedrich Lezius prouva avec
rigueur qu'il s'agissait bien d'un texte fabriqué par l'humaniste de Rotterdam. Face aux
réticences des spécialistes d'Érasme, Silvana Seidel Menchi revint à la charge en 1978 et
confirma la démonstration de Lezius (Un'opera misconosciuta di Erasmo ? Il trattato pseudociprianico 'De duplici martyrio', dans Rivista storica italiana, 90, 1978, p. 709-743). Le
combat est maintenant gagné : l'attribution à Érasme est fournie par les répertoires patristiques
(cf. CPL, 67° ; CPPMII 3232), et l'ouvrage figure désormais au programme des Opera omnia
Desidera Erasmi Rote rodami et des Collected Works of Erasmus (éditées respectivement à
Amsterdam et Toronto).
Ν. Α., pour qui le De duplici martyrio est «to a considerable degree no more than a cento of
scriptural allusion and citation», enfonce à nouveau le clou, à partir d'une étude systématique
du matériel biblique. Son travail comporte deux aspects : la rectification des références proposées par ses prédécesseurs (renvois à des passages vétéro-testamentaires connus en fait à
travers le Nouveau Testament, confusions entre synoptiques, identifications discutables ou
erronées des allusions, etc.) ; la confrontation, au fur et à mesure, avec les citations bibliques et
explications d'Érasme, surtout dans ses Paraphrases in Novum Testamentum.— Le plan adopté
ne facilite pas la tâche du lecteur : a. critique des renvois scripturaires de l'édition la plus accessible (Hartel, 1871) ; b. citations et allusions omises par Hartel, mais fournies par Latinius
(Rome, 1563), Castrucci (Florence, 1567), Pamelius (Anvers, 1568), Lezius (1895) ;
c. nouvelles références proposées par l'auteur. Tout ce matériel ne sera vraiment accessible que
lorsqu'il sera disposé dans l'ordre du texte et sous la forme codée d'un apparat scripturaire. Au
sujet du rôle d'Érasme, l'étude s'achève sur une note triomphale : «the enquiry has also
provided decisive evidence to show that this work is by Erasmus». En critique d'attribution,
une preuve forte vaut mieux que cent parallèles discutables : j'avoue ne pas voir aussi nettement
que l'A. en quoi la plupart des minuties ici discutées renforcent les arguments contraignants que
Lezius et Seidel Menchi avaient déjà tirés des œuvres exégétiques d'Érasme.
62. BÜHLER (Pierre), Credo quia absurdum. La réception du «paradoxe de Tertullien» chez
Kierkegaard — Nomen latinum. Mélanges ... André Schneider (voir n° 21), p. 453-461.
Après avoir rappelé le contexte de la formulation exacte de Tertullien en Carn 5,4 («credibile est quia ineptum est... certum est quia impossibile») et les échos que l'on en décèle chez
Luther, P. B. analyse la place que tient le «paradoxe» sous son expression médiévale forcée
(credo quia absurdum) dans la pensée de Kierkegaard, lecteur de Tertullien. Pour le philosophe
danois, ce paradoxe ressortit à une démarche propre à l'humour (et non à l'ironie), qui met en
relation l'homme et Dieu, en faisant apparaître la distance infinie qui les sépare (p. 458). La foi
est foi «par la force de l'absurde» ; c'est elle, par exemple, qui fait accéder Abraham, acceptant
le sacrifice de son fils, à un rapport absolu à l'absolu. Pour autant, «le renvoi à l'absurde
comme moment constitutif de la foi n'implique pas pour cette dernière de basculer dans
l'irrationalité» (p. 460).— Peut-être l'analyse de P. B. aurait-elle gagné à montrer la distance
(abolie naguère par Jankélévitch) entre le quia absurdum et un quamuis absurdum.
63. BAUER (Johannes B.), Studien zu Bibeltext und Väterexegese, hrsg. von Anneliese
FELBER, Stuttgart : Katholisches Bibelwerk, 1997, 288 p. (Stuttgarter biblische Aufsatzbände,
Dans ce troisième volume d'œuvres mineures de J. B. Bauer (après les Scholia Biblica et
Patristica de 1972 et les Opuscula Latina de 1979), on trouvera la réimpression d'un article déjà
recensé dans cette revue : «Was las Tertullian 1 Kor 7, 39 ?» (CTC 86, 19) et d'un autre qui
aurait mérité de l'être : «Vidisti fratrem, vidisti dominum tuum (Agraphon 144 Resch und 126
Resch)», Zeitschrift für Kirchengeschichte, 100, 1989, p. 71-76 [le rapprochement entre cette
citation à'Orat 26, 1 (=Agr. 144) et la littérature monastique grecque avait déjà été fait par M.
Starowieyski (CTC 90, 41) ; J. B. se demande si le chaînon manquant ne serait pas le περί
φιλοξενίας, perdu, de Méliton de Sardes]. On y fera d'autres découvertes ; l'index permet en
effet de retrouver des pages pénétrantes où J. B. a parlé incidemment de Tertullien, par exemple
à propos du sens de speculator (p. 261-262) ou d'un parallèle entre le Carthaginois et le
Libellus du Pseudo-Hilaire (CPL 470) sur la question du voile des vierges (p. 87-88).
64. FRANZ (Marie-Louise von), Passio Perpetuae. // destino di una donna tra due immagini di
Dio : sogni e visioni di una martire cristiana [prefazione di Ida Regina ZOCCOLI FRANCESINI ;
traduzione di José F. PADOVA], Milano : TEA, 1997, H i p . (TEAdue, 577).
Réimpression du livre recensé dans CTC 94, 56.
65. POUDERON (Bernard), D'Athènes à Alexandrie. Études sur Athénagore et les origines de
la philosophie chrétienne, Louvain-Paris : Éd. Peeters ; Québec : Les Presses de l'Université
Laval, 1997, XXII-415 p.
P. 197-228 : «Athénagore et Tertullien sur la résurrection» (= REAug, 35, 1989, p. 209230 : CTC 89, 47).
ADDENDA NOVISSIMA AD CTC 1975-1994
66. BEIKIRCHER (Hugo), Patristische Kleinigkeiten — Philologia sacra. Biblische und
patristische Studien für Hermann J. Frede und Walter Thiele zu ihrem siebzigsten Geburtstag,
Freiburg : Herder, 1993, Bd II, p. 613-621 (Aus der Geschichte der lateinischen Bibel, 24/2).
La première de ces "bagatelles" concerne Scorp 13, 12 «sicubi ab idololatria diuellit, quid ei
magis quam martyria praeuellit». Le sens de praeuellere (arracher par devant) ne cadre pas avec
le contexte ; il y a corruption (par écho de diuellit ?). Un verbe comme praestruit donnerait du
sens à la phrase ; cf. Bapt 20, 1 : «temptationibus munimenta praestruimus».
67. JEHASSE (Jean), Religion et politique : le Tertullien de Nicolas Rigault (1628-1648) —
Les Pères de l'Église au XVIIe siècle. Actes du colloque de Lyon (2-5 octobre 1991), publiés
par Emmanuel BURY et Bernard MEUNIER, Paris : I. R. H. T. ; Éditions du Cerf, 1993, p. 227235.
Après avoir présenté Nicolas Rigault (1577-1653), grande figure de la République des
Lettres et important personnage du monde politique (il finira sa vie comme intendant de Toul),
J. J. explique son intérêt pour un Père de l'Église qui constituait la «plateforme commune d'une
conciliation espérée, attendue, entre catholiques et protestants, sous la bannière des Politiques
gallicans». Rigault tire de Tertullien une triple leçon : méfiance devant toute forme de dogmatisme ; réalisme en théologie ; unité de l'Église, mais sans primauté au siège de Rome.— Il est
dommage que l'A. n'ait pas du tout étudié l'œuvre philologique, si importante, de Rigault (on
notera que l'édition de 1628 ne concerne que neuf traités, édités d'après YAgobardinus
récemment arrivé à la Bibliothèque du Roi, dont Rigault était alors le garde). À propos de la
laideur du Christ, un thème abordé rapidement ici, on verra maintenant l'étude de J. Le Brun
{CTC 75-94, C 83).
68. Le 15 décembre 1998 est mort à Steenbrugge Dom Eligius Dekkers, qui a tant mérité des
Pères, et en particulier de Tertullien.
69. M. Lester Pearse, qui se présente comme «un amateur intéressé par la tradition du texte de
Tertullien», a ouvert un site internet, «The Tertullian Home Page» (adresse : http://www.
chieftainsys.demon.co.uk/tertullian), qu'il tient à jour régulièrement. On y trouve pour le
moment les pages suivantes :
Never heard of him ? — His Life - various versions — His Writings and comments on them —
Lists of Manuscripts — Manuscripts [y compris mss perdus] — Editions — Montanists and
Tertullianists — Other [Works condemned, Decretum Gelasianum, Theology, Links,
Bibliography and articles, Who read Tertullian in antiquity ? etc.] — Wit and Wisdom [A
selection of quotations] — Feedback ["Please contribute constructive comments"]
Nous souhaitons bonne chance à cette initiative originale.
Chronica Tertullianea et Cyprianea 1993 Revue des Études Augustiniennes,
Chronica Tertullianea et Cyprianea 1990 Revue des Études Augustiniennes,

References: § 472
 § 1

§474
 § 659

§ 475

§ 477
 § 5
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