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Timestamp: 2017-12-16 07:05:20+00:00

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Édition des textes - CIRDoMoC
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[p. 44] Nous procurons une nouvelle édition des principaux textes mélariens. P a déjà fait l’objet d’une édition scientifique par D.-B. Grémont en 1973, mais nous redonnons le texte en question d’après le manuscrit. Les éditions par Dom F. Plaine en 1886 et H. Le Gouvello en 1887 des deux textes regroupés M et C sont très insuffisantes au regard de nos exigences actuelles ; quant à D, son édition déjà incomplète par Dom H. Morice en 1742 a été partiellement reprise en 1886, avec les lacunes et les fautes de son premier éditeur, par Dom F. Plaine qui l’a de surcroît interpolée. Là encore nous redonnons M, C, et D d’après les manuscrits.
Les textes transcrits en annexe ont également fait l’objet d’éditions inégales, depuis celles, anciennes et à finalité liturgique, des bréviaires des diocèses de Cornouaille et de Léon, imprimés respectivement vers 1500 et en 1516, qui conservaient le texte des leçons historiques de l’office de saint Melar, apparenté sinon identique à B ; jusqu’aux éditions ou rééditions relativement récentes à vocation érudite des textes insulaires procurées par C. Horstman en 1901 (pour ce qui est de T et L) et par S. Baring-Gould et J. Fisher en 1911 (pour ce qui est de G).
Les jugements rapides et souvent sévères que nous sommes amené à porter sur la valeur résiduelle de telle ou telle publication de nos devanciers doivent être évidemment nuancés et complétés. Tout nouveau travail d’édition est en effet tributaire de ceux qui l’ont précédé et il convient de prendre en compte cette dépendance, pour mieux s’en affranchir, au travers de la recension des éditions antérieures, recension d’ailleurs incomplète [1], en gardant présent à l’esprit « qu’une œuvre scientifique n’est jamais définitive, que l’éditeur d’un texte ne peut pas réunir en sa personne toutes les compétences présentes et futures » [2]. Cette discussion critique [p. 45] sera plus particulièrement développée en ce qui concerne les publications de H. Le Gouvello et surtout de Dom F. Plaine qui sont encore les éditions de référence.
Office de saint Melar dans le Breviarium Corisopitense, imprimé vers 1500, f. NN. 4-5 [BHL 5906]. Texte apparenté, sinon identique à B. Ce bréviaire à l’usage du diocèse de Cornouaille n’est plus connu que par un seul exemplaire conservé à la Bibliothèque de la société des bollandistes, à Bruxelles [3].
Office de saint Melar en neuf leçons dans le Breviarium Leonense, imprimé à Paris en 1516 [BHL vacat]. Texte apparenté, sinon identique à B. La partie d’été de ce bréviaire à l’usage du diocèse de Léon ne figure pas dans les deux seuls exemplaires conservés à Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve B 4920, et à la bibliothèque municipale de Rennes, n° 15952, ce qui nous prive de connaître le texte exact de l’office de saint Melar, apparenté de très près à celui du Breviarium Corisopitense [4].
« De sancto Meloro », dans Nova Legenda Anglie, éditée par Wynkyn De Worde, Londres 1516, f. 229-230 : texte T [BHL 5905].
Office de saint Melar en neuf leçons dans le Breviarium Macloviense imprimé en 1537, f. 277-278 (foliotation tardive) : texte S [BHL 5906 c]. — Un exemplaire de la seule partie d’été de ce bréviaire à l’usage de l’évêché de Saint-Malo était encore conservé à la bibliothèque municipale de cette ville avant 1944 ; il a disparu dans l’incendie de 1944. Deux copies de l’office de saint Melar avaient été levées par et/ou pour A. de La Borderie [5].
« De sancto Meloro seu Meliore martyre in Anglia », dans Act. SS, Jan., I, p. 136-137 : texte T [BHL 5905 / BCLL 943].
« Extraits des actes de saint Melair », dans Dom H. Morice, Preuves de l’histoire de Bretagne, t. 1, col. 223-225 : texte D [BHL 5903 / BCLL 941] (avec 5 lacunes, probablement des coupures volontaires). [p. 46]
V. De Buck, « Notice sur saint Meliau », p. 943 : texte D [BHL 5903] (extrait) ; p. 944 : texte du Breviarium Corisopitense [BHL 5906] (extrait).
- Nova Legenda Anglie, éd. Horstman, t. 1, p. xxv, n. 3 : texte L [BHL 5906 a] ; t. 2, p. 183-185 : texte T [BHL 5905 suppl.].
S. Baring-Gould et J. Fisher, Lives of the British Saints, t. 3, p. 473 : texte G [BHL vacat]. Baring-Gould et Fisher ont donné ce texte d’après le manuscrit original en le qualifiant « inédit » (unpublished) alors que F. Duine signale qu’il avait déjà été publié en 1854 par G. Oliver dans son Additional Supplement to the Monasticon Dioecesis Exoniensis [6].
D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 348-354 : texte P (avec les variantes des textes R et S) [BHL 5906 c] ; p. 354 : texte C (1ere partie) [BHL vacat].
Les éditions Le Gouvello et Plaine
H. Le Gouvello, Vie de saint Méloir, p. 26-27 (§ 1-6) : texte d’origine inconnue [BHL 5903 suppl.] (Inc. Fuit vir Melorus de nobili Britannorum genere / Des. Et legebat scripturas divinas in laetitia) ; p. 27-31 (du § 7 jusqu’à usque in hodiernum diem dans le cours du § 21) : texte M [BHL 5904 suppl.] ; p. 31 (suite du § 21) : texte d’origine inconnue [BHL 5904 suppl.] (Inc. Hic caeci illuminantur, claudi eriguntur / Des. propter eum in terra nostra pro / puis un membre de phrase emprunté à la première partie du texte C [voir C1, lectio Ia] : / glorioso infante in castro Boccido impiorum manibus martyrisato) ; p. 31-32 (suite et fin du § 21) : texte C (2e partie correspondant aux lectiones IIIa, IVa, Va, VIa, VIIa, VIIIa et IXa de C1) [BHL 5904 suppl.].
H. Le Gouvello signale en note, p. 26, l’origine de la Vita S. Melori inédite dont il procure l’édition : « Dom Plaine a collationné le texte de ce document sur le manuscrit de l’évêché de Meaux et la copie qui en existe à la Bibliothèque nationale, n°13789, sauf les six premiers alinéas empruntés à l’imprimé de Dom Morice [souligné par H. Le Gouvello] auxquels il a été obligé de recourir pour combler les lacunes du document inédit que nous lui devons et que nous publions d’après lui. » La phrase relative aux six premiers alinéas reproduit certainement les déclarations faites à H. Le Gouvello par Dom F. Plaine lui-même. Ce dernier révèle à cette occasion sa méthode favorite de travail : en fait, il n’a pas emprunté au texte imprimé de Dom H. Morice, Preuves de l’histoire de Bretagne, t. 1, col. 223-225, celui des alinéas en question et il s’est livré à un véritable travail de combinaison de plusieurs sources, en particulier les [p. 47] textes T et S, comme nous le voyons ci-dessous (En gras, les emprunts au texte T ; en italiques, les emprunts au texte S ; en gras et en italiques, les emprunts communs aux deux textes).
1.- Fuit vir Melorus de nobili Britannorum genere, eorum scilicet qui ducatum ejusdem gentis. Fuit namque sanctissimus vir Joannes tritavus ejus quem Dominus ductu angelico de ultramarinis partibus cum multigena Britannorum gente in Cornubiam transmeare disposuit. Daniel vero abavus B. Melori fuit. Baucus vero avus ejus habuit duos filios, Meliavum patrem B. Melori et Rivoltum fratrem ejus.
2.- Et accepit Meliavus uxorem nomine Aurillam de genere Britannorum, de patria quae vocatur Domnonia, filiam scilicet Judoci comitis egregii, ex qua primo sui ducatus anno B. Melorum suscepit.
3.- Tenuit itaque Meliavus ducatum ipsius provinciae septem annis, sed proh dolor ! diabolica discurrente fraude nefaria, sicut de B. Abel legitur quia a Cain fratre iniqua caede interruptus occubuit, ita iste Meliavum, dum permultum concilium ad utilitatem patriae providendum in patria Cornubiae fuisset congregatum, in eo concilio Rivoldus fratrem suum occidit et regnavit pro eo.
4.- Habebat autem Meliavus parvulum annorum septem nomine Melorum, quem post patris ejus necem Rivoldus timuit ne, si superstes esset et ad virilem aetatem perveniret, sibi paternum ducatum et honorem auferret.
5.- Igitur quaesito illo et ab obsequentibus sibi invento detulit eum in patriam Cornubiae ubi maximum quoddam concilium congregatum fuerat episcoporum, clericorum et laicorum, in quo nepotem suum praedictum voluit occidere ; sed nonnulli eorum qui convenerant, multis precibus ab illo impetrarunt ut non occideretur, et ita vivens evaderet ut dextra manu et sinistro pede truncaretur, ut nunquam paterni juris ducatum quaerere posset. Et facta sunt B.Meloro manus argentea et pes aeneus.
6.- Crescebat autem B. Melorus de die in diem meliorando in omni opere bono et nutriebatur in monasterio B. Corentini Cornubiae, et exercebatur in bono opere et legebat scripturas divinas in laetitia. Fama vero ad aures patrui, etc [7].
Dom F. Plaine, « Vita sancti Melori », p. 166-167 (§ 1-2) : texte D [BHL 5903] (incomplet) ; p. 167-173 (§ 4 à 13, à l’exception de la dernière phrase du § 13) : texte M [BHL 5904 / BCLL 942] ; p. 173-174 (dernière phrase du § 13 et totalité du § 14) : texte d’origine inconnue [BHL 5904 / BCLL 942] (Inc. Hic caeci illuminantur, claudi eriguntur / Des. propter eum in terra nostra pro / puis un membre de phrase emprunté à la première partie du texte C [voir C1, lectio Ia] : / glorioso infante in castro Bocciduo impiorum manibus martyrisato) ; p. 174-175 (§ 15 à 17) : texte C (2e partie correspondant aux lectiones IIIa, IVa, Va, VIa, VIIa, VIIIa et IXa de C1) [BHL 5904 / BCLL 942].
[p. 48] L’édition procurée par Dom F. Plaine en 1886 et intitulée Vita inedita sancti Melori martyris est encore aujourd’hui, « faute de mieux » disait déjà en son temps F. Duine [8], l’édition de référence du dossier hagiographique mélarien. Elle consiste en l’assemblage de plusieurs des pièces de ce dossier ; mais hélas « les sources sont trop vaguement signalées » comme le souligne D.-B. Grémont [9] et ne permettent pas une identification et une localisation sûres.
La première de ces sources, la plus importante en volume car elle a fourni à l’éditeur le texte de dix des seize paragraphes de son travail (§ 4 à 13, à l’exception de la dernière phrase du § 13), est le texte M explicitement désigné puisque l’introduction fait référence au ms. Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds latin 13789. Au texte C, Dom F. Plaine a emprunté les sept dernières leçons de la Translatio sancti Melori dont il a fait les trois derniers paragraphes de son édition (§ 15 à 17). D.-B. Grémont avait acquis la conviction que l’éditeur ne connaissait pas C1 [10] ; l’édition en question ne peut cependant pas avoir été faite d’après C2, texte déficitaire de deux phrases que l’on retrouve dans le texte édité. Les deux premiers paragraphes (§ 1 et 2) de l’édition de 1886 sont quasiment identiques au texte D. Mais doit-on supposer avec D.-B. Grémont [11] que Dom F. Plaine a puisé à une autre source que l’édition lacunaire de Dom H. Morice [12] explicitement désignée, voire même à une autre source que D ? Certes il y a dans le texte édité par Dom F. Plaine — outre un emprunt textuel au texte du Breviarium Corisopitense tel qu’il a été donné par V. De Buck [13] — un passage sur le mariage de Meliavus et Aurilla, les parents de saint Melar, qui ne se retrouve ni dans D ni dans l’édition qu’a donnée Dom Morice de ce dernier texte ; mais il s’agit là à n’en pas douter, comme pour le recours au bréviaire imprimé de Quimper que Dom F. Plaine a par ailleurs utilisé à plusieurs reprises [14], d’une interpolation imputable à l’éditeur, que celui-ci n’a pas jugé bon de signaler et dont le texte est curieusement le même que celui du § 2 et de la première phrase du § 3 de l’édition Le Gouvello. Surtout le texte des § 1 et 2 de l’édition Plaine présente exactement les trois mêmes coupures que celles pratiquées par Dom Morice en 1742 sur le texte correspondant. Aussi, quand bien même il s’agirait d’un manuscrit non identifié qui contiendrait un texte apparenté à D, il faudrait relativiser l’intérêt des variantes de ce texte car son terminus [p. 49] a quo ne saurait être antérieur à 1742. Enfin le texte de la dernière phrase du § 13 et le texte du § 14, à l’exception de son dernier membre de phrase emprunté à C, ne sont jusqu’à présent connus que par l’édition Plaine et ne figurent dans aucun des manuscrits que nous avons inventoriés.
Le procédé de reconstitution de ce que Dom F. Plaine désigne comme la Vita de saint Melar laisse beaucoup à désirer : simple juxtaposition entre D et M, avec un hiatus renforcé par le fait que l’édition de 1886 passe directement et sans explications du § 2 au § 4 ; combinaison entre M et C , avec une continuité textuelle assurée par le § 14, dont la source n’est pas connue et qui est très certainement une interpolation de l’éditeur. En aucune façon ce dernier n’a informé ses lecteurs de ce qu’avaient été sa démarche, ses interrogations, ses choix. On l’a vu pour ce qui regarde l’identification et la localisation des sources ; c’est vrai également en ce qui concerne leur traitement ; et c’est d’autant plus regrettable que Dom Plaine, pour une fois bien inspiré, paraît avoir eu l’intuition de la proximité des textes M et C, lesquels sont à l’évidence sortis de la plume du même hagiographe, en l’occurrence l’auteur de la *vita Ia de saint Melar : cette *vita à proprement parler et la Translatio sancti Melori formaient en effet à l’origine un seul ensemble hagiographique.
[p. 50] Le tableau ci-dessous récapitule la reconstitution opérée par Dom Plaine à l’occasion de son édition de 1886 ; cette édition comporte seize paragraphes numérotés de 1 à 17 ( il n’y a pas de § 3).
a avec interpolations ; mais l’édition Plaine suit celle de Dom H. Morice, Preuves de l’histoire de Bretagne, t. 1, col. 223-225.
b sauf dernière phrase (Hic caeci illuminantur, claudi eriguntur, aegri pristinae sanitati restituuntur) absente de M.
c sauf dernier membre de phrase (… glorioso infante in castro Bocciduo impiorum manibus martyrisato) qui appartient à la première partie de C.
[p. 51] Notre édition
Il serait impropre de qualifier notre travail de véritable édition critique puisque, à l’exception de C dont nous connaissons deux transcriptions, chacun des autres textes n’est connu que par le seul manuscrit auquel il emprunte sa désignation. Certes, il existe une probable copie de la source de D, en l’occurrence le texte F ; mais ce trop court extrait n’apporte aucune variante significative et nous apprend seulement que la source en question, la *Legenda sancti Melarii, comportait un e à la place des diphtongues ae et oe du texte D, conformément à ce qui se faisait au bas Moyen Age.
Pour autant l’édition de ces textes n’est pas sans présenter une certaine difficulté.
Tout d’abord, dès lors que nous nous en tenions dans notre transcription de ces textes, hors les cas où le lapsus était manifeste, au « ferme principe du respect de l’épel » [15] — et compte tenu du fait que nous ne disposions que d’un témoin pour P, seul texte contenu dans un manuscrit médiéval, mais aussi pour M et D, copies tardives comme le sont d’ailleurs les deux témoins de C — nous furent soulevés quelques points de discussion que nous souhaitons rappeler ici en indiquant la position prise :
— La controverse subsistant quant à la transcription des lettres i et u, nous nous en sommes tenu à l’emploi traditionnel dans l’édition de textes médiévaux des lettres ramistes [16].
— Nous n’avons pas procédé à une normalisation de l’orthographe des groupes ct / tt, cia / tia, cio / tio, mpn / mn, etc, et nous avons édité à chaque fois la forme que nous lisions dans le manuscrit. Un seul cas de flottement c / t nous a posé un vrai problème, le nom du mont *Cuci dans le texte D, parce que la lecture du manuscrit était nettement Cuti et que cette lecture était contraire, non seulement à la tradition des autres textes mélariens qui donnent Coci et Scoci, mais encore au nom ancien du lieu, Chuchi, Cuki, bien attesté dans les chartes du XIe siècle.
— Quant aux diphtongues ae et oe, elles sont dans M et D alors que P et C donnent seulement e, avec d’ailleurs quelques hésitations chez les deux témoins de C qui traduisent, plus encore que l’évolution de l’usage, la difficulté pour les copistes tardifs de ce texte à effectuer une transcription ’diplomatique’ de leur source. Là encore, et pour tous les textes, nous avons édité la forme que nous lisions dans le manuscrit, sans volonté de normalisation. En effet, même si nous avons vu à propos de D que son copiste avait choisi de restituer ae et oe à la place des e qui figuraient bien dans sa source, nous considérons que la présence de ces [p. 52] diphtongues dans les textes concernés ne constitue pas le « contresens linguistique » que dénoncent certains spécialistes [17], puisqu’il s’agit d’une restitution déjà ancienne et qu’elle s’inscrit dans une tradition manuscrite dont nous ignorons presque tout.
Une autre série de difficultés tenait à l’établissement du texte, en particulier pour P et M, désignés comme deux fragments de la *vita Ia du saint, ainsi que pour C, texte très lié à cette même *vita : fallait-il s’efforcer — en combinant ces fragments hétérogènes et lacunaires, qui reflètent plusieurs états d’une composition dont l’original n’est plus connu — de ’reconstituer’ un texte très hypothétique, au mieux « texte composite à l’image de la fluctuance des textes », au pire « texte artificiel qui ne ressemble à aucun » [18] ? Une telle approche n’était guère satisfaisante, limitée par l’absence d’autres témoins susceptibles d’enrichir de leurs variantes un texte de base ; et puis surtout elle ressemblait trop à la méthode discutable de Dom F. Plaine, et d’ailleurs discutée ci-dessus. Pour autant nous n’avons pas renoncé à faire connaître l’état du récit original rapporté dans la *vita Ia de saint Melar : il nous a suffi d’une part de rappeler en note le texte abrégé mais très fidèle de Jean de Tynemouth [19] chaque fois qu’il apportait un élément omis dans P et M ; d’autre part de vérifier si cet élément complémentaire était également donné par la Vie rimée en anglo-normand [20] qui suit elle aussi, mais à la manière d’une traduction, le récit conservé par P et M. Ainsi nous pensons avoir un peu suppléé à la pénurie de témoins existants de la *vita Ia .
Le problème était différent en ce qui concerne la *vita IIa car, au-delà de leur parenté évidente, d’une part a) le texte de Jean de Grandisson, d’autre part b) les quelques bribes conservées d’un vieux ms. autrefois à l’église de Lanmeur et c) la composition d’Yves Arrel, dont l’essentiel de la matière est justement tirée de ce vieux ms., n’offrent pas les mêmes possibilités de compléter, ou plus exactement de ’complémenter’, le texte D — dont nous avons dit qu’il constitue le principal vestige de la *Legenda sancti Melarii, elle même issue de cette *vita IIa — sinon pour ce qui touche à la trame du récit et à quelques détails généalogiques et/ou onomastiques.
Enfin demeurait le problème de la présentation du texte, avec la définition de quelques règles éditoriales simples qui permettent évidemment sa meilleure compréhension possible par [p. 53] le lecteur et donne à ce dernier les points de repère suffisants pour s’orienter dans le dossier littéraire de saint Melar.
Ponctuation et découpage en paragraphes relèvent de notre responsabilité : en ce qui concerne la ponctuation, nous avons choisi, tout en la limitant, de la calquer sur l’usage moderne plutôt que de chercher à retrouver, pour des textes majoritairement contenus dans des manuscrits tardifs, la ponctuation médiévale, même si celle-ci est « désormais mieux connue » [21] ; néanmoins en ce qui concerne les textes P, L et G contenus dans des manuscrits du XIVe siècle, nous avons respecté l’usage que les copistes ont fait de la majuscule après chaque point final, usage que nous avons seulement complété si nécessaire par d’autres signes de ponctuation. Le découpage en paragraphes obéit essentiellement à la logique de reconstitution des *vitae disparues : il est destiné à faciliter des comparaisons avec les abrégés insulaires T, G et L et ne prétend pas aménager des volumes proportionnés entre ces paragraphes. A l’intérieur de chaque paragraphe nous avons évidemment signalé la division en différentes lectiones (lect. Ia , lect. IIa , etc) lorsque cette division existe.
Suivant les conseils donnés par P. Bourgain [22], nous avons utilisé les crochets droits [ ] pour toutes les restitutions et insertions effectuées dans le texte par l’éditeur notamment pour signaler les menus incidents du manuscrit (mot rayé, mot illisible, mot corrigé, rature, tache, etc) ; les crochets obliques < > marquent une interpolation ou une addition de l’auteur ou du copiste, qu’elle soit en marge, ou interlignée. Quant aux parenthèses ( ) elles conservent leur usage de ponctuation.
Il nous a paru évident que l’édition du dossier littéraire mélarien ne rendrait pas le service escompté si elle n’était accompagnée de la traduction en français des principales pièces de ce dossier. Nous rejoignons ainsi la préoccupation des récents éditeurs de la Vie latine de saint Lunaire : comme eux, nous avons essayé d’obtenir une traduction fidèle à défaut d’être élégante, mais naturellement « ce que nous n’avons pas fait apparaître (le tenter aurait rendu la traduction illisible) c’est l’état de la langue latine dans cette Vita » [23]. Comme eux également, nous avons bénéficié de conseils éclairés, en l’occurrence ceux de Dom M. Simon et de Monsieur Gw. Le Duc, qui ont bien voulu apporter au premier jet de notre traduction quelques correctifs que nous avons presque toujours suivis. De manière plus globale, nous avons également bénéficié, pour établir cette édition, des avis et des remarques de Monsieur J.-L. [p. 54] Lemaître, notre directeur d’études, et des rapporteurs de notre thèse à la IVe section de l’École pratique des Hautes Études, Monsieur P. Flobert et Monsieur F. Dolbeau.
Nous donnons en annexe les textes B, T, L et G. La parenté du premier avec le texte D est telle que sa propre traduction eût été largement redondante. Pour ce qui concerne T et G, on se reportera à la traduction anglaise de G.H. Doble [24] ; en outre les § 4a à 4k de T sont empruntés presque mot pour mot à la *vita Ia et à son appendix dont P, M et C nous ont gardé l’essentiel du texte. Quant au très court L, sa comparaison avec G fera suffisamment ressortir leur proximité pour justifier l’absence d’une traduction spécifique.
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[1] Il ne nous a pas été possible en effet de consulter les deux éditions de l’ouvrage de Grandisson [BHL 9038 g], respectivement données par M.E. Reynolds, Londres, 1880 et par J.N. Dalton, Londres, 1926.
[2] C. Sirat, « Les éditions critiques : un mythe ? », dans Les problèmes posés par l’édition critique des textes anciens et médiévaux, Louvain-la-Neuve, 1992 (Publications de l’Institut d’études médiévales, 13), p. 166.
[3] Pour une description rapide de ce bréviaire que nous n’avons pu consulter : V. De Buck, « Notice sur saint Meliau », p. 943 ; Dom F. Plaine dans BSAF, t. 13 (1886), p. 64-66, t. 14 (1887), p. 121 et t. 17 (1890), p. 27, n. 2 ; F. Duine, « Bréviaires et missels… », notice n° 56 ; BHL, p. xix.
[4] Pour une description rapide de ce bréviaire : L. Delisle dans BEC (1904) p. 537-540 ; J. Le Hir dans MSAIV, t. 35 (1906), p. 389-401 ; F. Duine, « Bréviaires et missels… », notice n° 60.
[5] Pour une description rapide de ce bréviaire : Dom Plaine dans BSAF, 1887, t. 14, p. 124-125 ; F. Duine, « Bréviaires et missels… », n° 26. — A. Carrée et B. Merdrignac, La Vie latine de saint Lunaire…, p. 20-21 inclinent pour la date de 1517.
[6] Memento des sources hagiographiques…, p. 100, n. 1.— L’ouvrage en question de G. Oliver n’a pu être consulté.
[7] Cette dernière phrase est précisément empruntée au texte M qui constitue l’essentiel de la matière publiée par Le Gouvello.
[8] Memento des sources hagiographiques…, p. 100.
[9] « Recherches sur saint Mélar… », p. 346.
[10] « Recherches sur saint Mélar… », p. 341, n. 249.
[11] « Recherches sur saint Mélar… », p. 345.
[12] Preuves de l’histoire de Bretagne, t. 1, col. 223-225.
[13] « Notice sur saint Meliau », p. 944.
[14] Notamment à l’occasion de ses éditions des Vies de saint Corentin et saint Goulven dans le BSAF, respectivement t. 13 (1886) et t. 17 (1890) ; cf. supra n. 3.
[15] P. Bourgain, « Sur l’édition des textes littéraires latins médiévaux », p. 19.
[16] La conclusion du débat en cours paraît cependant s’orienter plutôt vers « une adaptation des usages antiques : V majuscule, consonne ou voyelle, opposé à u minuscule , consonne ou voyelle, et i ou I dans tous les cas » (P. Bourgain, « Sur l’édition des textes littéraires latins médiévaux », p. 22).
[17] P. Bourgain, « Sur l’édition des textes littéraires latins médiévaux », p. 29.
[18] P. Bourgain, « Sur l’édition des textes littéraires latins médiévaux », p. 37.
[19] Nova Legenda Anglie, éd. Horstman, t. 2, p. 183-185.
[20] A.H. Diverrès, « The Life of Saint Melor ».
[21] P. Bourgain, « Sur l’édition des textes littéraires latins médiévaux », p. 39.
[22] « Sur l’édition des textes littéraires latins médiévaux », p. 47, n. 114.
[23] A. Carrée et B. Merdrignac, La Vie latine de saint Lunaire…, p. 135.
[24] Saint Melor…, respectivement p. 3-10 et p. 11-13.
Bibliographie et sources imprimées par André-Yves Bourgès (56 %)
Édition des textes par André-Yves Bourgès (21 %)
Les éléments du dossier par André-Yves Bourgès (21 %)
Introduction par André-Yves Bourgès (21 %)
Textes P, M et C par André-Yves Bourgès (21 %)

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