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Timestamp: 2018-05-25 16:57:09+00:00

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Quine | Épistémologie de la psychologie
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Le mot et la chose (W. Quine)
Peut-on faire de l’épistémologie de la psychologie de son mieux tout en contournant cet ouvrage ? Je crois que non donc prenons le temps de cheminer dans le texte — ardu — de Quine (1960/1977). Question non résolue : Quine ne cite-t-il pas (ignore-t-il) les travaux de Popper parce que celui-ci rejette (logiquement) que l’épistémologie soit une psychologie (contrairement à Piaget, qui développe une épistémologie comme une théorie du développement cognitif comme forme mentale d’équilibration (assimilation/accommodation), ou à Quine qui analyse la connaissance comme un apprentissage — par association — du langage) ? Le problème est qu’en s’appuyant sur une théorie de la formation des associations verbales, pour moi vague, l’appui est fragile, contrairement au choix poppérien de s’appuyer sur A => B.
§ 1. Argument. Prémisse : pour acquérir le langage, nous dépendons entièrement (c’est radical) d’indices accessibles intersubjectivement (d’indices accessibles à au moins deux personnes ? comment fait-on pour établir qu’un « indice » est accessible à deux personnes ?) relativement à ce qu’il y a lieu de dire et au moment de le dire (il faudra trouver quelques exemples de telles situations ; on doit partir de la situation sociale de deux interlocuteurs qui ont la capacité de se mettre d’accord, capacité qui se présente à moi comme un problème parce qu’elle implique qu’on soit d’accord sur ce qui fait qu’on est d’accord ou pas d’accord, ce qui montre qu’on a affaire à une sorte de régression à l’infini — qu’est-ce qui fait qu’on soit d’accord sur le fait qu’on soit d’accord sur le fait, par exemple, qu’un verre d’eau se trouve maintenant sur la table ?).
Conséquence en forme d’énoncé d’inexistence : il n’existe pas de justification pour conférer des significations (je ne vois pas ce qu’apporte l’adjectif « linguistique ») sauf en termes de dispositions à répondre ouvertement à des stimulations observables (la question de l’intersubjectivité : comment fait-on pour savoir qu’une stimulation est « observable », puisqu’une observation, i.e., l’énoncé de quelque chose qui cause cet énoncé — la stimulation — n’est pas identique à la stimulation qui est par définition autre chose que ce qui est signifié ?). Résultat : l’argument m’est obscur. Sans doute faut-il s’appuyer sur le constat que les deux interlocuteurs conviennent de ce qu’un énoncé est vrai, sans qu’on sache ce que « vrai » signifie réellement (il suffit que « vrai » soit le contraire de « faux ») ; je dis « il est vrai qu’il y a un verre d’eau sur la table » et tu dis « il est vrai qu’il y a un verre d’eau sur la table » ; je sais (crois) que nous sommes d’accord et je suppose que tu sais (crois) que nous sommes d’accord ; la connivence est la symétrie de cette croyance : tu sais (crois) que nous sommes d’accord et tu supposes que je sais (crois) que nous sommes d’accord. Mais nous n’avons rien pour fonder cette connivence ailleurs qu’en nous-mêmes : il faut une sorte de foi créatrice, une volonté de connivence pour palier le fait que nous ne pouvons pas vivre, expérimenter, éprouver, ce que le l’autre vit, expérimente, éprouve, pour vérifier que nous sommes d’accord.
Bizarrerie de traduction : « for collating linguistic meanings » est traduit par « pour conférer des significations linguistiques ». To collate m’évoque plutôt la collecte des « linguistic meanings », comme si les linguistic meanings avaient une existence autonome, telle qu’on puisse les isoler et les stocker (comme des objets). La manière dont on apprend à parler ne permet pas de déduire que le sens des énoncés existe indépendamment d’un « tas d’énoncés ». Quine rejetterait-il la notion saussurienne de signifié — laquelle notion évoque pour moi un ensemble d’objets ? Je dirais oui ! D’où, aussi, selon Quine, une « certaine indétermination systématique » de la traduction (traduction que je comprends comme relation ternaire entre langage de départ, langage d’arrivée et ensemble — mythique, donc — des significations qui puissent être reliées à tout langage).
§ 2. Décidément et ironiquement, la traduction laisse encore à désirer : « The indetermincay of traduction invests even the question what objects to construe a term as true of » est traduite par « L’indétermination de la traduction affecte même la question de savoir quels objets il y a lieu — jusqu’ici pas de problème — de donner à un terme comme corrélat : la notion de valeur de vérité est évacuée au profit de celle, vague, de corrélat. Il aurait fallu traduire en conservant l’idée d’objet dont un terme est vrai, au sens de la théorie de la vérité comme correspondance — « ceci est un chat » est un énoncé vrai si ceci (objet, référence, ou corrélat) est un chat. Continuons donc la lecture en utilisant le texte anglais dès que le texte français paraît obscur.
Quine déduit que les études de la sémantique de la référence n’ont de sens qu’à l’intérieur de notre langage — j’ignore ce que sont les études de la sémantique de la référence. Notion d’appareil référentiel (referential apparatus).
Dans la suite, les paragraphes du texte de Quine seront appelés « sections » pour pouvoir conserver la notion de paragraphe (§) en vue du repérage des paragraphes dans le texte. Les phrases seront numérotées pour chaque paragraphe.
Ch 1, section 1.
§ 1. Nouvelle surprise de traduction : le texte français ne respecte pas les paragraphes du texte anglais, peut-être à cause de la plus grande longueur des phrases française ? Pour me référer au paragraphes du texte français, j’utiliserai la lettre « f ». Notion « d’entification » et non pas de chosification mise entre guillemets : je préfère le terme d’entité parce que justement, il me pose un problème ontologique et logique (cf. 24a).
La présence du pupitre comme manifestation résultant de mes pressions et de la déflexion de la lumière vers mes yeux — alternative : le pupitre comme cause (réalisme naïf), je perçois le pupitre parce qu’il existe, ou comme effet (manifestation), je construis l’entité « pupitre » pour identifier les effets que je perçois par mes surfaces sensorielles (sensory surfaces) ? A noter que l’analyse s’appuie sur un tas de notions : cette remarque servira de prémisse inévitable : l’analyse de ce qui se passe dans la connaissance de l’objet ne peux pas partir d’un « point zéro » — le bateau de Neurath (§ 8).
Bien qu’il n’utilise pas le terme, Quine est-il sensible au constructivisme des objets/entités qui se trouvent « at arm’s length » (distance idéale pour la mise au point) ? « … the things in sharpest focus are the things that are public enough to be talked of publicly, common and conspicuous enough to be talked of often, and near enough to sense to be quickly identified and learned by name ». Les choses/entités sont-elles placées du côté de la cause ou de l’effet ? J’opterais pour l’idée d’un flux qui cause les entités perçues grâce au langage (qui implique l’intersubjectivité) ; cf. « le mot est le meurtre de la chose » qu’on impute à Lacan (Lacan cite-t-il Quine ?) : le langage nous met d’accord sur ce qui se passe (par exemple, il y a là un pupitre) sans nous permettre de décrire exactement ce qui se passe.
Ch 1, section 2
Dernier §. Poésie de jardin : « Plusieurs individus élevés dans le même milieu linguistique se ressembleront entre eux comme ces arbustes qu’on taille en forme d’éléphant. Autant d’arbustes, autant d’arrangements différents de branches maîtresses et de rameaux aboutissant en gros à la même silhouette éléphantine : le détail anatomique diffère avec chaque buisson, mais de l’extérieur le résultat est le même. »
Ch 1, section 3
§ 11f. Notion de « théorie de seconde nature », reprise § 1.3.14f. La résistance provoquée par la mise à l’épreuve critique de certaines phrases « savantes » en psychologie, peut être interprétée comme l’indice que cette phrase est devenue une théorie de seconde nature par la force du consensus (dressage social, cf. § 1.2.12f).
§ 12f. Analogie de l’arche : « Le contact de bloc à bloc est l’association de phrase à phrase, et les blocs de base sont les phrases conditionnées à la manière (1) ou (2) par des stimuli non verbaux. »
Il me semble qu’on bute sur une certaine circularité : les stimuli non verbaux sont évoqués comme des causes alors même qu’il est dit que les mots n’ont pas de référent (mais seulement du sens). Quine en est conscient. Le sens « émerge » d’un processus qui demeure non-décrit. D’où peut-être cette impression de flottement (et la pertinence du bateau de Neurath).
Dernier §. Exemple d’énoncé d’ignorance : « … il n’y a pas moyen de dire dans quelle mesure il [le conditionnement non verbal] est original et dans quelle mesure il résulte d’un court-circuitage, par la transitivité du conditionnement, de vieilles connections de phrases à phrases. »
Réminiscence des arbustes éléphantins (cf. citation). Concernant la volonté de responsabilité lorsqu’on s’exprime, Quine se contente d’un principe de conformité à la censure sociale (notion de censeur utilisée § 1.2.5f) : on apprend à parler via l’approbation ou la désapprobation sociale. Comme si la seule volonté du sujet était de recevoir l’approbation sociale ; la réflexion critique (ce que je dis est-il vrai ?) semble hors sujet.
Remarque hors sujet : il n’est pas question, pour l’instant, d’assumer un discours qui susciterait la désapprobation ou, au minimum, l’affranchissement de l’approbation sociale. Un individu peut-il survivre au sein d’une société s’il suscite systématiquement la désapprobation lorsqu’il s’exprime ? On peut aussi imaginer un individu qui, pour attirer l’attention de ceux dont il dépend, n’aurait d’autre moyen que de susciter leur désapprobation — mode de survie paradoxal.
Ch 1, section 4
§ 4. Apprentissage par analogie (cf. Papert, 1981).
Ch 1, section 5
Ch 1, section 6
Pour l’instant c’est vague… Je suis un peu perdu dans l’impressionnisme du style ; il me manque les repères d’argument et de validité logique d’un argument. Tout se passe comme si la vérité n’était pas encore différenciée en vérité logique d’un côté et force de conviction d’un autre côté. Il faut se motiver pour poursuivre la lecture…
Cette entrée a été publiée dans Notes de lecture, et marquée avec analogie, constructivisme, langage, Le mot et la chose, Quine, théorie de seconde nature, traduction, le 08/08/2017 par Stéphane Vautier.

References: § 1

§ 2

§ 1

§ 11
 § 1
 § 1

§ 12
 § 1

§ 4