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Timestamp: 2019-04-23 04:35:58+00:00

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Bible chrétienne Evang. - § 11. Circoncision et présentation : Lc 2,21-40
§ 11. Circoncision et présentation : Lc 2,21-40
(Lc 2,21-40)
L'annonce aux bergers révélait en Jésus l'Evangile même. La double présentation au Temple (Lc 2,22-40 et 41-52) — § 11 et § 18 ) le désigne comme victime offerte et rédemptrice, et comme grand prêtre éternel. Tandis que le Gloria des anges présageait l'acclamation des Rameaux (§ 10 ) — // Lc 19,37-38 *), Circoncision et Présentation prophétisent la Passion ; puis Jésus perdu et retrouvé dans la maison du Père est le symbole de Pâques et de l'Ascension. Ainsi, ce chapitre 2 constitue un véritable < prélude >, où sont indiqués les principaux thèmes de la prédication et du mystère Pascal, qui seront développés dans toute la suite de l'Evangile de Saint-Luc.
La composition n'est pas moins soigneusement tissée, à l'intérieur de ce ch. 2, comme entre lui et le ch. 1°:
Circoncision et Présentation sont liées par la formule introductive : «Quand furent accomplis les jours... », répétée en finale de la scène, avec variante significative (v. 39 *).
La séquence, spécialement longue, de la 1° Présentation n'est pas sans rappeler celle de la Visitation ou de la Circoncision de Jean-Baptiste: Récit -Hymne — Prophéties.
Entre 1° et 2° Présentations, on peut établir un tableau de concordances (d'après A. Feuillet: Jésus et sa Mère, p. 69-70):
Présentation au Temple Jésus retrouvé au Temple
v. 22 Ses parents apportent Jésus v. 41-42 Ses parents montent avec Jésus
v. 27 au Temple v. 46 le retrouvent au Temple
v. 28-38 Jésus manifesté par Syméon v. 46 Jésus se manifeste lui-même et Anne
v. 33 Ils s'émerveillaient v. 47 Ils étaient stupéfaits
v. 35 « Un glaive te transpercera » v. 48 « Nous te cherchions tout affligés »
v. 34-35 Passion et Résurrection v. 46.49 « Le troisième jour »
annoncées de façon voilée « Il me faut » (nécessité de la
par Syméon passion)
« être dans la maison du Père » (Ascension)
Mais surtout, le rythme est le même, comme syncopé: montée à Jérusalem (v. 22 et 41-42) — scène brève et intense, longuement décrite (v. 23-38 et 46-50) — retour à Nazareth pour 12 et 18 ans de formation, mentionnés chaque fois en deux versets laconiques (v. 39-40 et 51 -52). La Tradition a fort bien compris et ressassé — jamais trop pourtant — que la leçon majeure donnée par Jésus durant les trente premières années de sa vie est dans ce rythme, modèle de notre propre croissance et formation chrétiennes.
Lc 2,21) — La brièveté de la scène, qui tient en un verset, est encore accentuée par comparaison avec la circoncision de Jean-Baptiste, qui en occupe 21. Mais cette disproportion s'annule si l'on tient que Circoncision du Christ et Présentation au Temple s'enchaînent (par le refrain introducteur, comme on a dit), et se rejoignent en présageant toutes deux la Passion, formant donc un < mystère > unique sur une vingtaine de versets.
Pour circoncire : Indication donnée en passant, comme on dirait d'une simple date: « le jour de la circoncision ». La proposition principale (indiquant ce qui est principal dans le propos de Luc), c'est la reconnaissance du nom, encore soulignée par la triple redondance: «fut appelé du nom de Jésus dont l'avait appelé... (référence à Lc 1,31). En outre, on retrouve l'expression: «sera appelé » en introduction de la scène complémentaire (de la Présentation) : « Sera appelé saint, pour le Seigneur » (v. 23 *), tout comme, à l'Annonciation aussi, Gabriel explicitait le nom de Jésus en reprenant: « l'Enfant sera appelé Saint, Fils de Dieu » (Lc 1,31 et 35 *). Saint est son nom divin. Jésus, son nom et sa mission de Verbe divin, mais incarné, rédempteur.
Or cette Rédemption qu'il accomplira sur la Croix s'inaugure pour ainsi dire quand Jésus voit marqué dans sa chair le symbole rituel de l'Alliance que Dieu avait donné à Abraham :
// Gn 17,11 — « Il est circoncis comme véritable fils d'Abraham, dit saint Bernard, Il est appelé Jésus comme Fils de Dieu... C'est avec raison que « l'enfant qui nous est né » (Is 9,5) est appelé Sauveur au moment même où il est circoncis, car, versant pour nous ce sang pur, il commence à opérer notre salut. Et les chrétiens n'ont pas à chercher pourquoi le Seigneur Christ a voulu être circoncis. Il a été circoncis pour le même motif qu'il est né, pour le même motif qu'il a souffert. Il n'a rien fait de cela pour lui, mais tout pour les élus... » (1° et 2° S, sur la Circoncision, Pl, 183, 133 et 136).
Il est né homme pour que nous naissions Fils de Dieu (Jn 1,12-13); Il est mort pour que nous mourions au péché (Rm 6,2-7) ; Il est ressuscité pour que nous ressuscitions à la vie divine (1Co 15,16); Il est monté au ciel pour nous y préparer la place (Jn 14,2).
Mais ce qui vaut des mystères essentiels de l'Incarnation et de la Rédemption vaut des autres faits de la vie de notre Christ : Il a reçu le baptême pour notre baptême (§ 24 *) ; à Cana, il présidait au sacrement nuptial (§ 29 *) ; à la Cène il nous léguait sa messe, après avoir lavé les pieds de ses Apôtres, « en exemple » (§ 316 * et § 318 *). Et de même, il est circoncis dans sa chair pour que nous recevions ce que saint Paul appelle : < La circoncision du Christ > :
// Col 2,11-13 (Cf. Rm 2,28-29) — en // à Jn 1,9 au § 1 ): — On voit comment le mystère pascal, vécu dans sa chair par Jésus, de sa circoncision et du baptême jusqu'à Pâques, est pour que nous ressuscitions avec Lui, le coeur libéré de l'esclavage du péché (ce que signifie l'image de « la circoncision du coeur » en Rm 2,29), et dépouillés de ce « corps de chair » ou de cette « chair incirconcise » (Col 2,11 Col 2,13), c'est-à-dire de ce qu'il y a en nous d'éphémère, de vain et de porté au péché (Sur le sens de < chair >, cf. § 1 ) — Jn 1,14 a *). Transmutation qui se réalise pour nous — comme pour Jésus — tout au long de notre vie, de notre baptême à notre mort.
Comme Origène, dont nous nous inspirons en tout ce qui précède (Hom 14 sur Luc, Pg 13, 1833), Grégoire de Nazianze voit d'ailleurs en cette circoncision du Christ « en quelque manière la figure du baptême donné aux enfants » qui, comme les circoncis, n'ont pas encore l'usage de la raison * (Or 40, PG 28,713).
Lc 2,21-22) — Effacement et Présence de Marie : Gabriel avait dit à Marie : « Tu lui donneras le nom de Jésus » (Lc 1,31). D'actif, le verbe devient ici passif: « Il fut appelé du nom de Jésus ». Ainsi, Marie ne se trouve pas nommée.
Plus curieux encore, au même verset 31 de l'Annonciation, l'Ange avait dit: « Tu concevras dans ton sein ». Cette fois Luc écrit: « avant qu'il fût conçu dans le sein » — formule si étrange que la plupart des traductions escamotent le problème en mettant : « avant sa conception » - - et que nous devons nous-mêmes ajouter: ... (de sa mère). Mais pourquoi cette < mise entre parenthèses > ?
Or ce n'est pas tout. Au verset 22, nouvelle anomalie. Quand Luc parle de la purification qui « suivant la Loi de Moïse », vise la mère, donc Marie, au lieu d'écrire : « Les jours de sa purification (ce qui est tellement normal que la Vul-gate restitue ce singulier), le grec original porte : « le jour de leur purification ». Ainsi l'Évangile évite-t-il de mettre directement en cause la purification de Marie comme si l'Immaculée Conception en avait besoin, après son enfantement virginal.
— Mais, dira-t-on, c'est encore bien pire, puisque le pluriel « leur » revient à imputer cette purification non seulement à Marie mais aussi à Jésus ! Oui, certes ! Mais pour le même mystère de substitution que nous avons déjà remarqué dans le verset parallèle de la circoncision. La formule introductive du verset 22, comme celle du v. 21, est faite pour nous orienter vers ce sens-là:
1) C'est une proposition circonstancielle de temps : « Quand... les jours ». Au surplus, la purification n'est pas nommée pour elle-même, mais comme simple complément de temps, précisant le nombre des jours écoulés: il en fallait 8 pour la circoncision ; il en faut 40 avant le jour de la purification. Par conséquent, si justification il y a (comme nous le verrons), elle passe à l'arrière-plan.
2) « Quand furent accomplis les jours... » : L'expression même est celle du Lévitique (// Lv 12,6). Et Luc insiste sur cette référence et cette conformité légale en répétant par 3 fois : « suivant la Loi du Seigneur ». Mais en quel sens ?
Il est bien vrai que Jésus est « venu accomplir la Loi ou les Prophètes » (Mt 5,17), mais il ne se borne donc pas à une observance matérielle, en se pliant aux dispositions de « la lettre » de la Loi. Il va bien au-delà: il < accomplit > ces prescriptions jusque dans leur sens profond, jusqu'à ce qu'elles annonçaient (typologiquement, symboliquement). Il les réalise enfin « suivant l'Esprit », leur Esprit, l'Esprit qui les avait inspirées prophétiquement à Moïse. Il en ira de même pour le respect du Sabbat, qui sera l'un des griefs majeurs pour l'incompréhension des Pharisiens, rivés à la seule « lettre ». Pour comprendre cela, et par conséquent la portée générale de la scène, il faut suivre point par point le rapport entre la Loi et le récit de l'Évangile :
// Lv 12,3-8; Ex 13,1 (repris et développé en Ex 13,11-16) — La Loi demande la purification de la mère seule, par 2 tourterelles (// Lv 12), et d'autre part, le rachat du Premier-Né (// Ex 13,1), par 5 sicles d'argent comme le précise Nb 18,15-16. La mère doit venir au Temple présenter son offrande, mais il n'est pas précisé que l'enfant doive y être amené.
Or que dit Saint-Luc ? — Il mélange tout ; non sans dessein on peut le présumer, tant le < mixage > est rigoureux, tant son fruit est éclatant:
Au v. 22, après mention de la loi de purification, Luc, évitant cette fois encore de nommer Marie (et Joseph), écrit seulement qu'« ils portent l'Enfant », ce qui n'est pas de cette loi-là. La présentation de Jésus amène, au v. 23, le rappel de l'autre loi, celle du rachat des premiers-nés, mais sans qu'il soit fait la moindre allusion à un rachat de l'enfant au prix des sicles d'argent: par contre, au v. 24 on revient à ce qu'il fallait donner pour la purification: un couple d'oiseaux. Mais là aussi, on se borne à citer la prescription, sans dire formellement que Marie aurait apporté ces colombes. Et par la suite, on ne parlera plus ni de sacrifice, ni des prêtres qui auraient eu à l'offrir, ni des colombes, ni de rachat, ni des 5 sicles. Ce qui est dit, c'est uniquement que Marie et Joseph portent l'Enfant...
Alors, pourquoi toutes ces références aux lois de purification et de rachat? Pourquoi, sinon parce que l'accomplissement de ces lois, c'est Jésus lui-même: à l'offrande légale des colombes et des 5 sicles par les prêtres de cette Ancienne Loi, il substitue ce qu'elle présageait : la véritable et seule rédemption, c'est-à-dire notre rachat au prix de sa vie à Lui, Agneau de Dieu.
3) Que ce soit là l'essentiel, la construction même du v. 22 l'annonçait déjà clairement, puisque après avoir de toute façon, comme nous l'avons vu, remisé le thème de la < purification >, Luc déclare le but de cette montée à Jérusalem, avec l'Enfant:
Lc 2,22 // 1S 1,24-28 Ml 3,1b — Pour le présenter au Seigneur: D'emblée, ce verbe donne le sens de la scène, c'est une action sacrée, liturgique. Car il s'agit d'un terme technique signifiant l'office du prêtre « que Dieu a choisi entre nous pour se présenter devant Yahvé et faire le service divin (<Leïtour-geïn >) et donner la bénédiction au nom de Yahvé » (Dt 18,5). C'est le même verbe aussi qui désigne l'offrande, la présentation de la victime offerte à Dieu, par exemple lorsque saint Paul nous « exhorte à présenter nos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12,1). D'une telle présentation, nous avons une image en Samuel (// 1S 1,24-28). Mais mieux encore, ce qui s'accomplit ici est la prophétie de Malachie Ml 3,1, ce petit enfant qu'il faut « porter », que Syméon va « prendre dans ses bras », sa grandeur est en vérité plus éclatante que la foudre, car c'est le grand prêtre en même temps que la future victime de la Nouvelle Alliance, dont cette < présentation > est le préambule.
Lc 2,23) — < Suivant la loi de Moïse, tout premier-né, étant consacré à Yahvé (// Ex 13,1-2), devait lui être racheté par une victime ou une offrande réputées équivalentes (v. 12-13). Ici, Jésus n'est précisément pas racheté: c'est la solution inverse : il est reconnu par cette < présentation > solennelle comme effectivement consacré; et au lieu des victimes animales, c'est cette consécration, cette offrande, cette présentation qui nous rachète tous.
Pour bien le marquer, là où il était écrit : « Tu me consacreras tout premier-né... », Luc modifie le texte sacré qui devient: « Tout premier-né sera appelé saint... » C'est-à-dire qu'il reprend textuellement la parole de l'Ange à l'Annonciation: « L'Enfant sera appelé Saint, Fils de Dieu » — au sens que nous avons vu (Lc 1,35 *) \ « il sera Saint dans son être même, de par sa nature de Fils de Dieu ». Ainsi l'Évangile rectifie-t-il que Jésus n'avait pas à être consacré : Il test de par son Incarnation même. Sa présentation ne fait que reconnaître et assumer cette consécration originelle, avec une telle plénitude (divine) que d'un seul coup (« Soudain ! ») la Loi de l'Exode se voit enfin « accomplie ». À Lui seul, ce « Premier-Né » par excellence (de Dieu comme de sa mère, Vierge — Lc 2,7 *), consacré, offert à Dieu, est le rachat, la Rédemption suffisante pour tous les hommes de tous les temps, capable de leur valoir une purification parfaite.
Autrement dit, Jésus accomplit effectivement la loi symbolique sur les premiers-nés comme il accomplira sur la croix le sacrifice symbolique d'Isaac et du bélier de substitution (Gn 22,9-14), comme il accomplit le miracle symbolique de la manne du désert en donnant réellement sa chair à manger.
Et nous devinons mieux maintenant ce que Luc nous suggérait en parlant de « leur » purification. De même qu'au v. 21, l'Enfant étant reconnu Sauveur-Né (par l'attribution du Nom de Jésus), accomplit la loi de circoncision pour obtenir désormais à tous les hommes (circoncis de chair ou non) sa circoncision à Lui (// Col 2 *) qui est celle du coeur (Rm 2,29), de même la purification demandée par le Lévitique s'accomplit en Lui pour nous.
Or cette purification active est le fait, le fruit non de Jésus seul, mais de Marie aussi : elle est associée à son Fils, physiquement puisqu'elle « le porte » et l'apporte (v. 22), mais aussi mystiquement, puisque Syméon va lui annoncer qu'elle communiera aux souffrances de la Rédemption (v. 35 *). Cette purification est donc bien « leur », à tous deux, même si Jésus reste le seul Sauveur (v. 21 *) et Saint (v. 23 *) et Rédempteur!
// Is 4,4-5 (et Dn 9,21-26, en // à § 3 ) — Lc 1,19 — C'est Origène (dont s'inspire le commentaire qui précède) qui nous réfère à Is 4,4-5. De fait la prophétie messianique d'Isaïe rejoint celle de Ml 3,1 ss. présentant l'entrée au sanctuaire du Messie comme un feu purificateur. Et certes ! Jésus l'accomplira surtout par son mystère pascal, comme l'expliquent complémentairement He 9 et l'Apocalypse. Mais Luc nous avertit que la Présentation au Temple en est le départ grâce au décompte des jours écoulés depuis l'annonce faite à Zacharie. (§ 3 ) — Lc 1,19 *): Voilà écoulées les « 70 semaines pour faire cesser le péché, pour sceller la faute, pour expier le crime, pour introduire la justice éternelle, pour sceller vision et prophétie, pour oindre le Saint des Saints... » (Da 9,24). Car lorsque Jésus est présenté dans le Temple, il se manifeste le véritable « Saint des Saints » (Jn 2,13-22), parfaitement « Oint » comme le signifie son titre de Christ * et de Messie *.
(Lc 2,25-27 — L'intervention de Syméon va préciser la portée de cette Présentation, comme dans tout sacrement la Parole explicite le Rite :
Et voici: C'est l'annonce d'un événement sur-naturel (cf. § 4 ) — Lc 1,31 *).
Un homme: L'attente de toute l'humanité. « À cet homme, ce vieillard, vient le Christ, Lui qui renouvelle ce monde invétéré dans le mal... Le vieillard eut foi en ce bébé vagissant et, à son image, devint lui-même de ces petits enfants à qui est promis le Royaume (Augustin: S. 228, sur la Nativité, Éd. Vives, 20,184).
Syméon: Ce nom signifie: « Yahvé a entendu » (Gn 29,33 — BC I *, p. 148).
Juste et pénétré de la crainte de Dieu : et tout aussi bien < pieux > ( Bj -Osty) ou < observantv> (Daniélou), ce qui rappelle Elisabeth et Zacharie (Lc 1,6) et Anne (Lc 2,37). À la naissance de Jésus, ces 4 vieillards l'entourent comme ultimes et vénérables représentants de l'Ancienne Alliance.
// Ps 119,166 Gn 49,18 — Ils attendent depuis toujours! Depuis Jacob (Gn 49), depuis les promesses faites à Abraham (Gn 12,2-3), et même depuis nos premiers parents (Gn 3,15 *)...
Cabasilas: La vie dans le Christ, I, 4 (PG 150,508) ; L'Écriture mentionne beaucoup de justes et d'amis de Dieu avant la venue de Celui qui justifie et réconcilie. Ils furent justes, en se préparant au futur. Ils étaient prêts à accourir au-devant de la Justice quand elle se lèverait, à se dégager des chaînes, une fois payée la rançon, à voir la Lumière dès qu'elle apparaîtrait, à s'éloigner des figures quand se révélerait la Vérité.
// Gn 5,28-29 Is 49,13 Is 51,12 (Cf. Is 40,1-5 — au § 19 ): Cette consolation, c'est Noé, le premier sauveur du genre humain au déluge (// Gn 5), en cela type du Christ (1P 3,18). Car la véritable Consolation comme le seul Salut et Sauveur, c'est Dieu en personne (// Is 49,13 Is 51,12). Si Jésus réalise l'attente de l’A.T., s'il est ce < Paraclet > (transcription du mot grec ici employé), c'est qu'il est Dieu, tout comme « l'autre Paraclet » qu'il promettra à ses Apôtres comme un autre lui-même quand il devra les quitter (Jn 14,16).
L'Esprit Saint était sur lui: Comme dans l'A.T. (// Nb 11,16 et passim dans les Livres prophétiques), comme précédemment Elisabeth (1,41) ou Zacharie (1,67), et comme à un degré suréminent la Vierge Marie (1,35 *), Syméon est à la fois éclairé par l'Esprit sur l'imminence de la venue du Messie (v. 26), poussé par l'Esprit à rejoindre au Temple la Sainte Famille (v. 27) et inspiré par l'Esprit à chanter un « Nunc dimittis » prophétique (v. 29-32) avant de prophétiser sur la mission de l'Enfant lui-même (v. 33-35).
Ne pas voir (la mort) avant de voir (le Christ du Seigneur) : Comme le Prologue de Saint-Jean, comme Saint-Matthieu avec l'épisode des Mages, Luc insiste sur ce qu'il y a d'épiphanique, de manifestation éclatante, révélatrice, en Jésus dans les premiers jours. Mais comme < voir la mort > est plus que d'y penser de loin, Syméon ne se contentera pas seulement de voir le Messie : il le prendra dans ses bras...
Le Christ du Seigneur: et non plus « le Christ, Seigneur » comme disait l'Ange aux bergers (v. 11 *). Car ce qu'attendaient les justes de Ta.T., c'était le Messie, l'Envoyé du Seigneur, sans savoir encore que cet Envoyé du Père serait Dieu lui-même (// Is 49,13 Is 51,12) en la personne de son Fils, puis de 1’Esprit. Sur le respect qui s'attachait à ce titre de « l'Oint du Seigneur », fût-il aussi possédé par l'esprit mauvais que SaIIl, cf. le battement de coeur de David après avoir seulement coupé un pan de son manteau (§ 143 — // 1S 24).
Les parents de Jésus: Marie et Joseph, désormais « tenu pour son père » (v. 33 ; cf. Lc 3,23à).
Lc 2,28 — Il le prit dans ses bras: AMBROISE: Sur Luc II,59: Qui veut chanter le « Nunc dimittis », qu'il entre dans l'Église, qu'il aille au devant de la Jérusalem céleste, qu'il espère le Christ, Seigneur, qu'il prenne en mains le Verbe de Dieu et l'embrasse par des oeuvres accomplies sous l'emprise de sa foi: alors, lui sera donné de ne pas voir la mort, lui qui aura vu la Vie .
Origène: Hom. 15 sur Luc (PG 13,1838) : Que gagna Syméon à voir le Christ ? Si une femme qui toucha la frange du manteau de Jésus, fut guérie, qu'en fut-il de Syméon, qui reçut l'enfant dans ses bras ? Il portait l'enfant qui était venu délivrer les captifs, et il voyait que lui-même serait délivré des liens du corps. Il savait que seul l'enfant qu'il tenait dans ses bras pouvait congédier quelqu'un de la clôture du corps avec l'espérance de la vie éternelle. C'est pourquoi il lui dit : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton serviteur, dans la paix. » Aussi longtemps que je ne tenais pas le Christ, j'étais enfermé, je ne pouvais échapper à mes liens.
Et ceci vaut non seulement pour Syméon mais pour tout le genre humain : si quelqu'un sort de ce monde, est congédié de la prison [du corps], qu'il prenne Jésus dans ses bras s'il veut aboutir au Royaume de Dieu : alors il pourra, exultant, aller au bout de ses désirs.
Considérez comment Dieu a préparé les choses pour que Syméon eût le bonheur de porter le Fils de Dieu: d'abord, l'Esprit Saint lui avait fait savoir qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. Ensuite, ce n'est pas par hasard que Syméon est entré dans le Temple, mais il vint au Temple sous la motion de l'Esprit: l'Esprit Saint lui-même le conduisit dans le Temple. Et toi, si tu veux tenir dans tes bras Jésus, efforce-toi d'avoir pour guide l'Esprit Saint et de venir au Temple de Dieu. En ce moment, tu te trouves dans le temple du Seigneur Jésus, c'est-à-dire dans son Église, temple bâti de pierres vivantes. Mais tu peux dire que tu te tiens dans le Temple du Seigneur, à condition que ta vie et ta manière d'être soient dignes d'être appelées < Eglise >. Si tu viens dam le temple sous la motion de l'Esprit, tu trouveras l'Enfant Jésus et tu lui diras: «Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton serviteur... » Attention: imite Syméon, qui demande en outre < la paix >, comme Dieu la promit à Abraham en disant : « Et toi, tu rejoindras tes pères, dans la paix. »
Lc 2,29-32 — Le < Nunc dimittis > : Il tient en une phrase, dont les propositions s'enchaînent comme, à la rencontre du rivage, la vague s'étale:
Nunc: < Et maintenant >, c'est l'adverbe généralement introducteur de la décision, c'est-à-dire du passage des considérations à l'action. Par exemple, à Moïse: « Maintenant, va... » (Ex 3,10). « Et maintenant, Israël, écoute... » (Dt 4,1). « Et maintenant, Israël, que demande de toi Yahvé ton Dieu... » (Dt 10,12). Cf. encore Né 9,32, ou dans le N.T.2Co 8,11 et Je 4,13.
// Tb 3,6 2Tm 4,6-8 — Ce qu'il y a de caractéristique dans ces < maintenant > comme dans celui du < Nunc dimittis >, c'est que la décision n'est plus d'agir soi-même, mais de s'en remettre à Dieu: spiritualité de l'abandon qui seule convient en tous cas devant la mort. La tonalité est pourtant bien différente ici et là:x Tobie, « l'âme affligée et désolée », demande la fin de ses maux, comme Élie (1R 19,4). Saint Paul par contre, tout comme Syméon, remet à Dieu en toute sérénité une vie qui n'a plus rien à désirer que de voir s'éterniser en plénitude < l'Apparition > et le < Retour > du Christ Seigneur.
Seigneur... ton serviteur : La corrélation entre les deux termes est marquée par le mot grec d'où nous avons tiré < despote >. C'est accentuer l'abandon en < soumission >: s'en remettre, se soumettre, se mettre entre les mains de Celui qu'il porte entre ses bras.
Laisse aller: C'est comme un soupir, le < dernier souffle > rendu à Dieu. Vie comblée, désir enfin obtenu.
Dans la paix, selon ta Parole: Correspond au Gloria: « Paix sur la terre... » (avec entrée dans la Gloire au v. 32), ainsi qu'à la réponse de la Vierge: « Servante du Seigneur... selon ta Parole » (1,38 *). La vague croule doucement en cette double confiance: d'être dans la paix (de Dieu), garantie par la Promesse éternelle... Elle va s'étaler à perte de vue aux versets suivants:
Mes yeux ont vu: Toujours la dialectique < voir - croire > (Lc 2,15 *).
Ton Salut: comme au Benedictus (Lc 1,69 Lc 1,71 Lc 1,77) et comme l'Ange l'annonçait aux bergers (Lc 2,11).
que tu prépares : La Présentation, préambule de la Croix (Lc 2,22 * et 23 *).
face à tous les peuples : par contraste avec le Benedictus tellement centré sur Israël, ce qui frappe ici c'est l'universalisme, correspondant aux annonces prophétiques d'Isaïe:
// Is 52,10 Is 49,6 Is 45,25 — Les expressions mêmes de Syméon reprennent celles du prophète : « Verront le Salut » (les yeux cette fois étant ceux de toutes les nations — nous autres !) ; « Lumière des nations et Gloire d'Israël ». Lumière et Gloire se retrouvent aussi au Prologue de Saint-Jean (Is 1,4-5 Is 1,9 Is 1,14) — et aussi Jn 2,11 Jn 8,12 Jn 9,5 Jn 11,4 Jn 11,40 Jn 12,35-36 Jn 12,46 Jn 17,24). Or Salut, Lumière, Gloire sont des noms propres de Dieu, en particulier < Gloire >, employé comme à l'absolu (Ps 3,4 Jr 2,11). En donnant à ce bébé qu'il porte entre ses bras ces 3 titres divins, Syméon fait acte de foi dépassant de beaucoup ce que « ses yeux ont vu ».
Pour la révélation : En grec: Apocalypse. Comment la Lumière illuminant le monde « révélera les coeurs », Syméon le précisera dans sa prophétie (v. 34-35 *). Mais c'est dit également au Prologue de Saint-Jean, Jn 1,9-13 *.
Lumière aux nations, Gloire d’Israël : Le parallélisme discerne bien les nations, à qui Dieu se propose comme Lumière (Is 9), dans le Christ « Lumière des nations » (// Is 49,6), et « toute la descendance d'Israël » entrée dans la Gloire (// Is 45,25). Car c'est à « son peuple » que Dieu a donné « l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et aussi les patriarches de qui le Christ est issu selon la chair » (Rm 9,4-5). Il y a donc universalisme, mais à partir d'Israël (comme en Is 2,2-5). « Le Salut vient des Juifs » (Jn 4,22).
En Syméon s'explique donc la mystérieuse parole du Christ sur l'exultation d'Abraham « à voir son jour » (Jn 8,56 *): il le verrait par les yeux de son descendant :
Irénée: Adv. Hoer 4,7,1 (SC 100,457): Par le Verbe, Abraham fut instruit de l'avènement du Fils de Dieu parmi les hommes, et il sut que sa descendance, grâce à cet avènement, deviendrait comme les étoiles du ciel. Il désira voir ce jour, pour embrasser, lui aussi, le Christ ; par l'Esprit, il le vit prophétiquement et exulta. C'est pourquoi Syméon, qui était de sa descendance, accomplissait la joie du patriarche et disait : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton serviteur selon ta parole, dans la paix; car mes yeux ont vu ton Salut, que tu as préparé face à tous les peuples : Lumière pour la révélation aux païens, et Gloire de ton peuple Israël...»
... L'exultation d'Abraham descendait en ceux de sa race qui veillaient, qui contemplaient le Christ et croyaient en Lui ; mais elle remontait aussi des fils vers le père, vers Abraham, qui avait dès longtemps désiré voir le jour de l'avènement du Christ.
On ne saurait mieux dire qu'en Syméon figure l'attente de tous les hommes, avant lui et après lui, auxquels il va tendre ce bébé, « Lumière pour la révélation des peuples » et des coeurs (v. 34-35 *).
Lc 2,33) — Son père (Lc 3,23) et sa mère s'émerveillaient: Si déjà les voisins s'émerveillent de < l'Évangile > retransmis par les bergers (Lc 2,18 *), à combien plus forte raison Marie et Joseph devant l'hymne de Syméon. Ce n'est pas de < l'étonnement > puisque, par l'Ange, Marie (Lc 1,34-35) et Joseph (Mt 1,20) ont appris que l'Enfant est Sauveur, Saint, Fils de Dieu. Ils sont plutôt « dans l'émerveillement » (Osty), ravis de voir Jésus ainsi reconnu dans le Temple. Mais l'Incarnation est rédemptrice; et comme l'ange Gabriel des chapiteaux romans présente à Marie la Croix, Syméon va prophétiser quelle « révélation » apporte avec Lui le Christ :
Origène: Hom. 16 sur Luc (PG 13,1840): Déjà, les pasteurs et les anges avaient parlé de l'Enfant Jésus ; mais les paroles de Syméon furent le sommet de tout ce que l'on disait de lui et que ses parents admiraient. Car il ne se borna pas à prendre l'enfant dans ses bras et à prophétiser sur soi-même; mais il bénit le père et la mère, et il prophétisa au sujet de l'enfant lui-même.
Lc 2,34-35) — La prophétie de Syméon: « Il les bénit et il dit à Marie, sa mère » : Il est clair que le propos vise Marie, comme telle, comme « la mère » de l'Enfant dont le sort va être annoncé. Sa part dans le drame ne sera précisée qu'au v. 35 a *, mais tout le reste de la prédiction, qui porte sur son Fils, s'adresse également à elle, comme à la mère. Et si Luc avait discrètement laissé dans l'ombre Marie pour mieux mettre en valeur le mystère caché dans « la présentation » de son Enfant (v. 21-22 *), à présent il va l'inclure dans le < rachat >, la Rédemption que cette Présentation annonçait.
La prophétie est obscure, comme elle le fut sans doute pour Marie elle-même. Luc, en cela bon historien, ne projette pas sur ces paroles énigmatiques la lumière et le sens qu'elles prendront seulement plus tard, au pied de la Croix (A. George : Sur Luc, p. 448-449) — avec bibliographie plus complète. Nous nous en tenons ici à R. Laurentin et A. Feuillet). Analysons d'abord les 4 propositions dont se compose la prophétie: Les 1°, 2° et 4° concernant le Christ; la 3°, sa mère, l'ensemble étant ouvert sur un solennel : « Voici » (cf. § 4 ) — Lc 1,31 *).
Lc 2,34 a — Cet enfant est posé: C'est le même verbe qu'à la crèche et au tombeau (Lc 2,7 // Lc 23,53). D'emblée, la perspective est celle de la Rédemption.
pour la chute et le relèvement: Il y a deux types d'interprétation. Appelons la première < historique >, puisqu'elle retrouve dans la vie de Jésus les prédictions de Syméon, et la seconde < mystique >, puisqu'elle montre que les disciples, à commencer par Marie, ont à passer par la même voie. Double interprétation non pas contradictoire par conséquent, mais bien plutôt complémentaire:
1) Implicitement l'expression réfère à l'image classique de la pierre: annoncée par Isaïe comme pierre d'achoppement pour les deux maisons d'Israël (// Is 8,14 Rm 9,32-33), cette pierre que l'on a rejetée deviendra pierre d'angle (Ps 118,22). Le Christ lui-même s'est appliqué cette parabole (Lc 20,17 Ac 4,11 Ep 2,20); et saint Pierre oppose déjà les deux effets contraires de la pierre: pierre de scandale ou de fondation (1P 2,6-9). En ce sens, Syméon annonce que Jésus fera le départage, suivant que l'on croira ou non en Lui : par le seul fait qu'il existe, Il provoque la < Krisis >, la crise, le jugement, le glaive qui sépare (et que l'on va trouver au v. 35 a *). Non que le Christ nous juge: le jugement c'est nous-mêmes qui le faisons, par notre décision (// Jn 9,39).
Origène: Hom. 16 sur Luc (PG 13,1840): Que signifient ces mots: il est établi pour la chute et le relèvement de beaucoup, en Israël ? J'ai trouvé quelque chose d'analogue dans l'Évangile de saint Jean: « Je suis venu en ce monde pour le jugement: afin que ceux qui ne voient pas, voient; et que ceux qui voient deviennent aveugles. » De même qu'il vint pour un jugement, afin que les nations qui ne voyaient pas voient, et que ceux d'Israël qui d'abord voyaient deviennent aveugles, ainsi est-il venu pour la chute et le relèvement d'un grand nombre.
2) Mais on peut tenir compte aussi de ce que Luc n'écrit pas : de chute ou de relèvement, comme s'il s'agissait d'un choix, mais : « pour la chute et le relèvement », comme d'une double étape, qui fait d'autant plus songer à la double face du Mystère Pascal que le < relèvement > est dit en grec : < Anastasis >, résurrection. Jésus, le premier, sera « posé » dans le tombeau et la mort, pour ressusciter et devenir « pierre de faîte » (Ps 118,22). Et suivant cette seconde interprétation, ce sont les disciples aussi qui ont à passer par le scandale (< la chute >) de Gethsé-mani et du Calvaire (comme les Apôtres en firent l'expérience), pour s'en relever à Pâques, en un mystère de mort et de résurrection.
// Dt 32,39 — À l'appui de cette interprétation, ce // également cité par Origène, où l'on voit conjuguées comme venant de Dieu, mort et vie, blessure et guérison.
de beaucoup en Israël: Comme au v. 35 où < beaucoup > se retrouve, comme à propos de Jean-Baptiste (Lc 1,14 *), cet adverbe a un sens illimité lorsqu'il s'agit de la mission du Christ (Is 53,11-12 Mt 20,28 Mt 26,28); et saint Paul n'hésite pas à le traduire par: tous (1Tm 2,6). Dans la perspective universaliste du < Nunc dimittis > (v. 31-32 *), < en Israël > ne doit donc pas être restreint au seul peuple juif. Est-ce pour quoi Luc écrit curieusement: « en l'Israël », avec l'article, comme pour désigner le peuple élu de Dieu, désormais ouvert à tous?
Lc 2,34b — Et comme un signe de contradiction : dépend aussi de posé qui réfère, avons-nous vu, au Christ dans sa passion. Il y a donc parallélisme avec la première partie du verset, et l'on retrouve les deux types d'interprétation:
1) Signe devant qui l'on se divisera et s'opposera, se contredisant mutuellement, comme on le voit littéralement en Jn 7,12 Jn 7,42-43. Jésus dira lui-même qu'il est venu apporter non la paix mais la division (Lc 12,51) ou le glaive (suivant la version de Mt 10,34 — cf. § 102 ). Cette image du glaive qui apparaît précisément au v. Lc 2,35a *.
2) Ou bien c'est le signe lui-même qui est contredit, lorsque l'on se dresse contre — < anti > — Jésus. En ce sens, He 12,2-3 nous exhorte à « fixer nos yeux sur Celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle contradiction » et par suite a enduré la Croix... La contemplation de ce signe nous donnera la constance dans la tentation (). Cette seconde interprétation prolonge donc le sens mystique du v. 34 a: à la suite du Christ, les disciples ont à « lui devenir conformes dans la mort (et la résistance inflexible aux tentations), afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts » (Ph 3,10-11).
// Is 8,17-18 — On retrouve cette association de « moi et les enfants que Yahvé m'a donnés » (= Jn 17,6): ainsi, ceux qui « sont nés de Dieu » ont à « devenir signes et présages pour Israël », à l'image du Christ de la Présentation ; ainsi les saints ont-ils été souvent signes de contradiction et présages des voies de Dieu pour l'Église entière.
Lc 2,35 b (Réservons la parenthèse de 35 a pour après) — C'est la conclusion directe du v. 34. Le Christ est « posé » (pierre et signe) pour... Le but visé par le dessein de Dieu (« Il fallait »... cf. § 78 *), c'est que chacun ait à choisir. Par son attitude vis-à-vis du Christ, chacun révèle ainsi, et à lui-même d'abord, où est son coeur: révélation qui est aussi le jugement annoncé globalement au v. 32 *. L'Apocalypse, c'est tout cela.
Lc 2,35 a — Et toi... L'apostrophe vise bien Marie, personnellement. Un glaive transpercera ton âme: Voici le résumé qu'A. Feuillet (Jésus et sa mère, p. 101) donne de l'étude du Père J.M. Alonso sur La espada de Simeon en la Exegesis de los Padres : « Il ramène à cinq les explications symboliques qui en ont été proposées: 1) le doute ou le scandale (Origène, abandonné à partir du v° s.) — 2) le jugement final de Dieu (Hilaire) — 3) la parole de Dieu qui sonde les coeurs (Basile) — 4) le glaive des chérubins mis à l'entrée du paradis à cause de la faute d'Eve, glaive que la nouvelle Eve a écarté (Ephrem) — 5) la douleur maternelle qu'a causée à Marie la Passion de Jésus (vient de saint Augustin surtout, qui lui a assuré la prépondérance).
Aujourd'hui, on se trouve devant deux types d'interprétation qui, comme c'est normal, se rattachent à ceux du v. 34 * :
1) Le Christ, étant signe sur lequel on se divise, est cette Parole à deux tranchants comme un glaive (He 4,12), discriminatoire et révélatrice des coeurs. C'est ce glaive qui sort de sa bouche et provoque le jugement apocalyptique (Ap 19,15). Cette même image se trouvait déjà au sujet de la 1° Pâque, pour les Egyptiens refusant la Parole de Yahvé transmise par Moïse (Ex 12,12-13 Ex 12,29 Sg 18,14-16 donné en // au début de § 10 ). Marie, certes! ne connaît pas cette division intime en elle-même, ni ce châtiment. Mais elle est « la Fille de Sion » (§ 4 — Lc 1,26 // So 3,14-18), la mère de tous les hommes; et elle souffre de ceux qui rejettent son Fils (cf. P. Benoit: Exégèse et Théologie III, p. 216-227).
2) De façon beaucoup plus générale, la Tradition voit en cette prédiction l'annonce de la participation de Marie à la Rédemption. Non pas seulement au sens psychologique de la souffrance mortelle qu'éprouva cette mère devant les contradictions qu'endura son Fils jusqu'à la Croix — cela va de soi, n'est pas négligeable, et se trouve reconnu par l'Église dans l'oraison de la Fête des Sept Douleurs, sous la figure du « glaive des douleurs » — mais il y a plus et, comme le reste de la prédiction de Syméon, ce qui concerne plus particulièrement Marie prend un sens théologique, pour annoncer à la mère du Rédempteur qu'elle serait mystiquement associée à la mort vivifiante d'où naît l'Église:
// Ap 12,1-5 Jn 16,21 Jn 19,34-37 — A. Feuillet (Jésus et sa mère, p. 60-69) rapproche lumineusement d'une part le glaive de Lc 2,35 du coup de lance de Jn 19,34; et d'autre part, la naissance de l'Église par l'eau et le sang (les sacrements) jaillissant du Côté transpercé (§ 356 *) de l'enfantement du Messie par la Femme couronnée d'étoiles, en dépit du Dragon (Ap 12 et Jn 16,21).
De fait, < Le Transpercé > est un des noms du Christ Rédempteur (Is 53,5 Za 12,10 Ps 22,17). Comme le répètent à l'envi les Pères: « La lance a percé le Côté de Jésus ; mais du même coup la Sainte Vierge, debout au pied de la Croix, qui en a été atteinte en son âme ». Et c'est elle, à qui Jésus vient de confier Jean, représentant de tous les disciples à venir (Jn 19,25-27), c'est elle, indissolublement associée, clouée à son Fils « par la communion à ses souffrances », qui enfantera douloureusement (Ap 12) cette Église, gagnée par la Passion de son Fils, née de son sang. L'Heure de Jésus (qui chez Saint-Jean est celle de sa Passion — cf. § 29 *) sera aussi l'Heure de la Femme (Jn 16,21) qui est celle de l'enfantement. Marie accomplit de façon suréminente ce que pouvait signifier le v. Lc 2,34 suivant son interprétation < mystique > : Passant par la « chute », la mort, blessée des contradictions et des souffrances de son Fils, Marie sera par le fait même associée au « relèvement », à l'Anastasis, à la Résurrection communicative. Unie au Nouvel Adam, elle deviendra la Nouvelle Eve, mère de tous les vivants (Gn 3,20), ayant détourné sur elle le glaive qui interdisait aux hommes le Paradis (Gn 3,24).
Lc 2,36-38 — Anne la prophétesse représente les prophétesses de l’A.T. : Myriam et le cantique guerrier du passage de la Mer (Ex 15), Débora et son hymne féroce de victoire (Jg 4-5), Hulda et son implacable prophétie de la chute de Jérusalem, malgré le repentir et la réforme de Josias (2R 22-23).
Il y a parallélisme entre Syméon et Anne, deux vieillards, tous deux prophétisant: lui, est de ceux « qui attendent la consolation d'Israël » (Lc 2,25 *); elle, parle à ceux « qui attendent la délivrance de Jérusalem » (Lc 2,38 *). Toutefois son rôle est beaucoup plus discrètement présenté.
Fille de Phanouel : Ce nom signifie : < Face de Dieu >. Mais ce n'est plus le terrible face-à-face de la lutte de Jacob (Gn 32,25-32): Dieu a pris le visage de cet « enfant », qui rachètera Jérusalem (Lc 2,38 *).
de la tribu d'Aser: d'une tribu bien lotie (Gn 49,20 Dt 33,24 Jos 19,24-31) et qui — pour cela même ? — ne s'était guère illustrée durant l’A.T...
veuve: si jeune et si persévéramment: l'était-elle demeurée volontairement (Qumran ayant prouvé que la vocation du célibat consacré était reconnue au temps du Christ) ? En tous cas, elle représente ici le rôle si important des veuves, en Israël puis dans l'Église.
// Jdt 8,4-6 1Tm 5,5 — Mission de prière et de pénitence. « Nuit et jour » dit saint Paul — tout comme fait Anne ; mais son assiduité au Temple est plus caractéristique de l’A.T. (Ps 23,6 Ps 27,4 Ps 85,4 Ps 85,11). 1Tm 5,10 ajoute les oeuvres de la charité chrétienne (Cf. Dorcas, Ac 9,36-39).
servant Dieu : ce serait sans doute trop particulariser que de traduire comme Tob : « participant au culte ». Car s'il y a bien dans le verbe grec l'idée de culte ou plus généralement d'adoration, il y a aussi dévotion et dévouement.
84 ans = 12 fois 7, dont 7 ans mariée. On retrouvera ce nombre de 7 dans les généalogies de Mt et de Lc. Ici, la rencontre de ces deux nombres parfaits est bien faite pour évoquer une certaine plénitude d'âge.
Lc 2,38 — Survenant à cette heure même: conjonction aussi inspirée de Dieu que pour Syméon (Lc 2,27).
La délivrance de Jérusalem: C'est le terme < Lutrôsis > qui signifie à la fois Rédemption, Libération, Délivrance. Le complément < Jérusalem > a fait préférer < délivrance >. Mais comme en tous les cas similaires, il faut garder jalousement à ces mots leur sens fort d'un rachat au prix de la vie du Christ, rachat que signifie précisément toute la scène de sa < présentation > au Temple (Lc 2,22-23 *).
Jérusalem : n'est plus seulement la capitale où se rend la Sainte Famille (Lc 2,22) — sous son nom profane de < lérosolyma >, mais la < lérousalem > sacrée, incluant tout l'Israël de Dieu, comme la Jérusalem céleste est la cité de tous les élus: « Consolez mon peuple... parlez au coeur de Jérusalem » (Is 40,2 — en // au § 19 ). Sur l'aimantation de Jésus vers Jérusalem comme lieu de la Rédemption, cf. Lc 9,31 * (§ 169 ).
Lc 2,39-40) — Contraste voulu de l'humilité après les merveilles racontées dans cette scène (cf. Introd. à § 11 ), comme précédemment entre l'apparition des anges et le signe de la crèche (Lc 2,12 *), et comme dans le refrain similaire en Lc 2,51-52 * (§ 18 ), où nous reportons l'analyse comparée avec ces v. 39-40.

References: § 11

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 § 11
 § 18
 § 318
 § 1
 § 1
 § 3
 § 4
 § 19
 § 4
 § 102
 § 78
 § 10
 § 29
 § 19
 § 11