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Timestamp: 2019-06-27 11:04:49+00:00

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X. Des Nains et des Hommes
Traduit par Dior
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Ce long essai n’a pas de titre, mais mon père écrivit sur une page de garde :
Un commentaire approfondi et historique de l’interrelation des langues dans Le Silmarillion et Le Seigneur des Anneaux, ayant pour origine un examen du livre de Mazarbul, mais tentant de clarifier et, là où c’est nécessaire, de corriger ou d'expliquer les références à des sujets tels que ceux dispersés dans Le Seigneur des Anneaux, en particulier dans l’Appendice F et dans les paroles de Faramir dans LRII.
"les paroles de Faramir" est une référence à la conclusion du chapitre La fenêtre de l'Ouest dans Les Deux Tours. À un synopsis grossier de l'essai, il donna le titre Des Nains et des Hommes, que j'ai adopté.
Le texte a été commencé à la main, mais après trois pages et demi, il devient tapuscrit sur le reste de sa longueur (28 pages en tout). Il fut écrit sur des papiers imprimés fournis par Allen and Unwin, dont la date la plus tardive est septembre 1969. Une partie du texte a été publiée dans Contes et Légendes inachevés, Partie Quatre, Section 1, Les Drúedain, mais il a autrement été très peu employé dans ce livre. Malheureusement la première page du texte est perdue (et était déjà manquante quand j’ai reçu les textes de mon père), et il commence au milieu d’une phrase, dans un passage traitant de la connaissance du parler commun.
En relation avec la première partie de l'essai, qui concerne les Nains Longues-barbes, j’ai pensé qu’il serait utile d'imprimer en premier ce qui est dit au sujet de la langue des Nains dans les deux principales sources antérieures. Ce qui suit se trouve dans le chapitre sur les Nains dans le Quenta Silmarillion tel que révisé et étendu en 1951(XI.205, §6) :
La langue des pères des Nains, Aulë lui-même l'imagina pour eux, et leurs dialectes n'ont ainsi aucune parenté avec ceux des Quendi. Les Nains n'enseignent pas de bon cœur leur langue à ceux d'une race étrangère; et dans son utilisation, ils l'avaient rendue rude et complexe, de telle sorte que parmi ceux, peu nombreux, qu'ils avaient accueillis en grande amitié, moins nombreux encore furent ceux qui l'apprirent correctement. Mais ils apprennent eux-mêmes rapidement les autres langues et, dans la conversation, ils utilisent autant que faire se peut le parler des Elfes et des Hommes avec lesquels ils traitent. Bien qu'en secret ils n'usent que de leur propre parler, et qu'il (est-il dit) n'évolue que lentement; de telle sorte que leurs royaumes et leurs maisons, longtemps séparés par une longue distance, peuvent aujourd'hui bien se comprendre les uns les autres. En des jours lointains, les Naugrim étaient établis dans maintes montagnes de la Terre du Milieu, et ils rencontrèrent là des Hommes mortels (disent-ils), bien avant que les Eldar ne les connussent; d'où le fait que nombre des langues des Orientaux montrent davantage de parenté avec le dialecte des Nains qu'avec les parlers des Elfes.
Le deuxième passage est extrait de l’Appendice F, Les Nains (avec lequel cf. la version originelle, p. 35, §15) :
Mais au Troisième Âge, une étroite amitié liait encore en maints lieux les Hommes et les Nains; et il était dans la nature des Nains que, voyageant, travaillant et commerçant de par le monde, comme ils firent après la destruction de leurs antiques Demeures, ils adoptassent l’usage de la langue qui se parlait autour d’eux. Et cependant en grand secret (et un secret qu’à la différence des Elfes, ils ne révélaient pas volontiers, même à leurs amis), ils utilisaient leur propre parler étranger, peu modifié au cours des années; c’était une langue savante plutôt qu’une langue apprise dans la petite enfance, et ils en prenaient grand soin et en assuraient la garde comme d’un trésor qui leur aurait été légué du passé. Rares, ceux des autres races qui parvinrent à l’apprendre. Dans la présente Histoire, elle n’apparaît que dans les noms de lieux que Gimli révèle à ses compagnons; et dans le cri de guerre qu’il pousse lors du siège de Fort le Cor. Ces cris-là du moins n’étaient nullement secrets; et ils ont retenti sur bien des champs de bataille, depuis la jeunesse du monde. Baruk Khazâd ! Khazâd ai-mênu ! "Les Haches des Nains ! Les nains sont à tes trousses !"
Pour ce qui est de Gimli lui-même, et de sa parenté, leurs noms sont d’origine septentrionale (des noms d’Hommes). Cependant, les Nains avaient aussi en propre des noms secrets, à usage "interne", leurs noms véritables, et qu’ils ne révélaient jamais à un individu d’une autre race. Poussant même les précautions jusqu’à ne point l’inscrire sur leurs tombes.
Suit à présent le texte de l’essai que j’ai appelé Des Nains et des Hommes :
...qu'en parlant avec d’autres de race et de langue différentes, la divergence pouvait être grande, et la communication imparfaite 1. Mais ce n'était pas toujours le cas : cela dépendait de l'histoire des peuples concernés et de leurs relations aux royaumes númenóréens. Par exemple, parmi les Rohirrim, il ne peut y en avoir eu que peu qui ne comprenaient pas le parler commun, et la plupart a dû être capable de le parler relativement bien. La maison royale, et sans aucun doute de nombreuses autres familles, le parlaient (et l'écrivaient) correctement et couramment. C'était en fait la langue maternelle du Roi Théoden : il était né au Gondor, et son père Thengel avait utilisé le parler commun dans sa propre maison même après son retour au Rohan.2 Les Eldar l'utilisaient avec le soin et l'habileté qu'ils appliquaient à tous les sujets linguistiques, et ayant une grande espérance de vie et une mémoire fidèle, ils tendaient en effet, en particulier en parlant de manière formelle ou de sujets importants, à utiliser un langage quelque peu archaïque.3
Les Nains étaient à de nombreux égards un cas spécial. Ils avaient leur propre langue ancienne qu'ils estimaient fortement; et même lorsque, comme parmi les Nains Longues-barbes de l’ouest, elle avait cessé d'être leur langue maternelle et était devenue une "langue livresque", elle était préservée avec attention et apprise à tous leurs enfants à un âge précoce. Elle servait ainsi de lingua franca entre tous les Nains de toutes espèces; mais c'était également une langue écrite utilisée dans tous les récits importants et dans le domaine du savoir, et pour la relation de tous sujets non destinés à être lus par d’autres peuples. Ce khuzdul (comme ils l'appelaient), en partie à cause de leur nature secrète innée, et en partie à cause de sa difficulté inhérente4, était rarement appris par ceux d'autres races.
Cependant, les Nains n'étaient pas d'habiles linguistes - ils étaient incapables de s'adapter à la plupart des problèmes - et parlaient avec un accent "nain" marqué. Ils n'avaient également jamais inventé aucune forme d'écriture alphabétique5. Cependant, ils reconnurent rapidement l'utilité des systèmes elfes, lorsqu'ils devinrent enfin suffisamment amis avec certains des Eldar pour les apprendre. Ceci se produisit principalement durant l'association étroite entre Eregion et la Moria durant le Second Âge. À présent, en Eregion, on connaissait et utilisait non seulement l'écriture fëanorienne, qui était devenue depuis longtemps un mode d'écriture généralement utilisé (avec diverses adaptations) par les gens "lettrés" en contact avec les établissements númenóréens6, mais également l'antique alphabet "runique" de Daeron élaboré [> utilisé] par les Sindar. Ceci était sans aucun doute dû à l'influence de Celebrimbor, un Sinda qui prétendait descendre de Daeron7. Néanmoins, même en Eregion, les runes étaient principalement un "sujet de savoir" et étaient rarement utilisées pour des questions informelles. Elles attirèrent cependant l'attention des Nains; car lorsque les Nains habitaient encore dans leurs propres demeures très peuplées, comme en Moria en particulier, et ne voyageaient que pour visiter leur propre parenté, ils n’avaient que peu d'échanges avec d'autres peuples, excepté leurs voisins immédiats, et n’avaient que peu besoin d'écrire; bien qu’ils fussent férus d'inscriptions, de toutes sortes, gravées dans la pierre. Pour de tels usages, les runes étaient pratiques, ayant originellement été conçues à cette fin.
Les Nains Longues-barbes adoptèrent dès lors les runes, et les modifièrent pour leurs propres usages (en particulier l'expression du khuzdul); et ils leur furent fidèles même tard dans le Troisième Âge, alors qu'elles étaient oubliées par tous, sauf par les savants des Elfes et des Hommes. En effet, il était généralement supposé par les ignorants qu'elles avaient été inventées par les Nains, et elles étaient largement connues comme les "lettres naines"8.
Ici, nous ne nous intéressons qu’au parler commun. À présent, le parler commun, quand écrit, avait été depuis ses origines exprimé dans l'écriture fëanorienne9. Les Elfes descendants des Sindar n'utilisaient les runes de Daeron qu'occasionnellement et pour les inscriptions non écrites au moyen d'une plume ou d'un pinceau, et leur orthographe dépendait alors des usages déjà établis de l'écriture fëanorienne. Les Nains avaient originellement appris le parler commun aussi bien qu'ils le pouvaient en l'écoutant, et ils n'avaient pas d'occasion de l'écrire; mais au Troisième Âge, ils avaient été obligés d'apprendre à lire le parler commun tel qu'écrit, au cours de leur commerce et des autres échanges avec les Elfes et les Hommes, et beaucoup avaient trouvé pratique d'apprendre à l'écrire selon les coutumes alors générales de l'ouest. Mais ils ne le faisaient que dans leurs échanges avec d'autres peuples. Pour leurs propres usages (comme il a été dit), ils préféraient les runes et leur étaient fidèles.
Par conséquent, pour des documents tels que le Livre de Mazarbul - non "secret" mais destiné en premier à des Nains, et probablement destiné plus tard à pourvoir des chroniques en matière10 - ils utilisaient les runes. Mais l'orthographe était mélangée et irrégulière. En général et intentionnellement, il s’agissait d’une transcription de l'orthographe courante du parler commun en termes runiques; mais ceci était souvent "incorrect", à cause de la hâte et de la connaissance imparfaite des Nains; et c'était aussi mêlé à de nombreux cas de mots orthographiés phonétiquement (selon la prononciation des Nains) - par exemple, les lettres qui avaient, dans la prononciation familière de la fin du Troisième Âge, cessé d'avoir quelque fonction étaient parfois omises11.
En préparant un échantillon du Livre de Mazarbul, et en réalisant trois pages déchirées et partiellement illisibles12, j'ai suivi le principe général suivi tout du long : le parler commun devait être représenté par l'anglais d'aujourd'hui, littéraire ou familier selon le cas. En conséquent, le texte a été donné en anglais orthographié comme à présent, mais modifié comme il pourrait l'être par des scribes pressés dont la familiarité avec la forme écrite était imparfaite, et qui étaient aussi (sur les premières et troisièmes pages) en train de transcrire l'anglais dans un alphabet différent - un qui n'employait par exemple aucune lettre en plus d'une valeur distincte, de telle sorte que la distribution des k, c - c, s anglais avait été réduite à k - s; tandis que l'utilisation des lettres pour s et z était variable puisque l'anglais utilise le s fréquemment comme = z. En outre, étant donné que des documents de cette espèce montrent presque toujours l'utilisation de lettres ou de tournures qui sont particulières et n'apparaissent que rarement ou jamais ailleurs, quelques traits de la sorte ont également été introduits : comme les signes pour les paires de voyelles anglaises ea, oa, ou (indépendamment de leurs sons).
Tout cela est très bien, et donne peut-être une idée du type de texte que Gandalf était en train d'essayer de lire en grande hâte dans la Chambre de Mazarbul. Cela s’accorde aussi au traitement général des langues dans Le Seigneur des Anneaux : seuls les mots et les noms de cette période qui sont en langues elfes sont conservés dans ce qui est supposé être leur forme réelle13. Aussi ce traitement a été imposé par le fait que, bien que le véritable parler commun ait été esquissé dans la structure et les éléments phonétiques, et un certain nombre de mots inventés, il a été presque impossible de traduire même de courts extraits dans sa véritable forme contemporaine, s'ils étaient représentés visiblement. Mais c'est bien sûr, en fait, une extension erronée du traitement linguistique général. C’est une chose que de représenter tout le dialogue de l'histoire dans des formes variées d'anglais : ceci doit être supposé être fait par "traduction" - du souvenir de sons non enregistrés, ou de documents perdus ou non imprimés, que cela soit affirmé ou non, toutes les fois que c'est fait dans toute narration traitant de temps passés ou de contrées étrangères. Mais c'est tout autre chose que de fournir des fac-similés visibles ou des représentations d'inscriptions ou de gravures supposées être de l'époque des événements de la narration.14
Le véritable parallèle dans un tel cas est l'aperçu de quenya donné dans l'Adieu de Galadriel - soit dans une transcription dans notre alphabet (pour rendre le style de langage plus facilement apprécié) ou dans l'alphabet contemporain (comme dans The Road Goes Ever On) - suivi par une traduction. Étant donné que, comme noté, la production d'un texte dans le parler commun n'était pas possible, la seule procédure convenable était de fournir une traduction en anglais des mots lisibles présents sur les pages hâtivement examinées par Gandalf15. Ceci a été fait dans le texte; et faute d'une construction du parler commun suffisante pour permettre au texte d'exister dans sa forme contemporaine, tout ceci peut légitimement être fait.
Une difficulté particulière est présentée par l'inscription sur la tombe de Balin. Ceci est efficace à son emplacement : donner une idée du style des Runes lorsque ciselées avec plus de soin pour une occasion solennelle, et fournir un aperçu d'une langue étrange; bien que tout ce qui est vraiment nécessaire pour le conte se trouve dans les six lignes en I.33416 (avec la traduction de l'inscription dans des lettres plus grandes et plus grasses). La représentation de l'inscription a cependant abouti à quelques absurdités.17
L'utilisation dans l'inscription des valeurs et des formes plus anciennes et plus "correctes" de l'Angerthas, et non de l'"usage d'Erebor" plus tardif, n'est pas absurde (bien que peut-être une élaboration non nécessaire); c'est en accord avec l'histoire des Runes telle qu'esquissée dans l'Appendice E. Les Runes plus anciennes seraient utilisées à une telle fin, étant donné qu'elles étaient utilisées dans la Moria avant la fuite des Nains, et apparaîtraient dans d'autres inscriptions de même sorte - et Balin revendiquait être le descendant et le successeur des anciens Seigneurs de la Moria. L'utilisation de la langue naine (khuzdul) est possible dans des inscriptions si courtes, étant donné que cette langue a été esquissée dans un certain détail de structure, même si avec un vocabulaire très restreint. Mais les noms Balin et Fundin sont absurdes dans un tel contexte. Les Nains, comme il est énoncé dans III.41118, avaient des noms dans leur propre langue; ceux-ci, ils ne les utilisaient qu'entre eux (dans des occasions solennelles) et les gardaient strictement secrets des autres peuples, et ne les dévoilaient dès lors jamais dans des écrits ou des inscriptions destinés à ou pouvant être vus par des étrangers. Dans les temps ou les endroits où ils avaient des contacts, en commerce ou en amitié, avec leurs voisins, ils adoptaient des "noms extérieurs" par commodité.19 Ces noms, en forme, étaient généralement adaptés à la structure du parler commun [> la structure de la langue dont ils étaient dérivés]. Très fréquemment ils avaient des sens reconnaissables dans cette langue, ou étaient des noms courants dans celle-ci; parfois il s’agissait de noms [> courants dans celle-ci, étant des noms] utilisés par des Hommes voisins parmi lesquels ils demeuraient, et étaient dérivés de la langue humaine locale dans laquelle ils pouvaient avoir une signification encore connue, bien que ce ne fût pas souvent le cas [cette phrase barrée].20 Si les noms adoptés qui avaient des significations étaient choisis parce que ces significations avaient une relation avec leurs noms "intérieurs" secrets ne peut être déterminé. Les noms adoptés pouvaient être et étaient parfois modifiés - habituellement en conséquence d'un événement, telle la migration soit des Nains soit de leurs amis qui les séparait.
Le cas des Nains de la Moria était un exemple d'adoption de noms des langues humaines du nord, et non du parler commun.21 Il aurait pu être mieux dans ce cas de les avoir donnés dans leur forme réelle. Mais en élaborant la théorie (nécessaire pour la diminution du poids de l'invention de noms dans différents styles de langue), selon laquelle les noms dérivés des langues et dialectes humains de l'ouest historiquement apparentés au parler commun devraient être représentés par des noms trouvés (ou faits d'éléments trouvés dans) des langues apparentées à l'anglais, les noms nains ont été pris du norrois : étant donné que la langue humaine de laquelle ils ont été adoptés était étroitement apparentée à la langue plus méridionale dont est dérivée la langue du Rohan (représentée par le vieil anglais, à cause de son plus grand archaïsme dans la forme comparé à ces éléments du parler commun dérivés des langues de la même famille). En conséquence, des noms tels que Balin, etc. ne seraient pas apparus dans quelque inscription contemporaine utilisant le khuzdul.22
Relations des Nains Longues-barbes et des Hommes23
Dans les traditions naines du Troisième Âge, les noms des endroits où chacun des Sept Pères s'était "éveillé" étaient remémorés; mais seuls deux d'entre eux étaient connus des Elfes et des Hommes de l'ouest : le plus occidental, le lieu de l'éveil des ancêtres des Barbes-de-feu et des Torses-larges; et celui de l'ancêtre des Longues-barbes24, l'aîné de par la création et l'éveil. Le premier était situé dans le nord de l'Ered Lindon, le grand mur oriental du Beleriand, dont les Montagnes Bleues du Second Âge et des suivants étaient le vestige; le deuxième était situé au Mont Gundabad (à l'origine un nom khuzdul), qui était par conséquent révéré par les Nains, et son occupation au Troisième Âge par les Orks de Sauron était l'une des principales raisons de leur grande haine des Orks.25 Les deux autres lieux se trouvaient plus à l'est, à des distances aussi grandes ou plus que celle entre les Montagnes Bleues et Gundabad : le lever des Poings-de-fer et des Barbes-raides, et celui des Tresses-noires et des Pieds-de-pierre. Bien que ces quatre points fussent fort éloignés, les Nains des lignées différentes étaient en communication, et dans les premiers âges tenaient souvent des assemblées de délégués au Mont Gundabad. En périodes de grand besoin, même les plus distants enverraient de l'aide à quiconque de leur peuple; comme ce fut le cas lors de la grande Guerre contre les Orks (de 2793 à 2799 du Troisième Âge). Bien qu’ils fussent réticents à migrer et à établir des demeures permanentes loin de leurs habitations originelles, excepté sous une grande pression d'ennemis ou après une catastrophe telle que la ruine du Beleriand, ils étaient de grands voyageurs, endurcis et habiles à tracer des routes; aussi, toutes les lignées partageaient une langue commune.26
Mais en des jours très éloignés, les Nains étaient secrets [barré : - et aucun plus que les Longues-barbes -] et avaient peu d'échanges avec les Elfes. Dans l'ouest à la fin du Premier Âge, les échanges des Nains de l'Ered Lindon avec le roi Thingol se terminèrent en désastre et par la ruine de Doriath, dont le souvenir empoisonnait encore les relations entre les Elfes et les Nains au cours des âges suivants. À cette époque, les migrations des Hommes à partir de l'est et du sud avaient amené des avant-gardes en Beleriand; mais ils n'étaient pas en grand nombre, bien que plus à l'est, en Eriador et en Rhovanion (en particulier dans les parties septentrionales), leurs parents dussent déjà avoir occupé la majeure partie de la région. Là les échanges entre les Hommes et les Longues-barbes avaient dû commencer tôt. Car les Longues-barbes, bien que les plus fiers des sept lignées, étaient aussi les plus sages et les plus clairvoyants. Les Hommes les considéraient avec un respect mêlé de crainte et étaient avides d'apprendre d'eux; et les Longues-barbes étaient très disposés à utiliser les Hommes pour leurs propres desseins. Ainsi, l'économie se développa dans ces régions, plus tard caractéristique des échanges entre les Nains et les Hommes (incluant les Hobbits) : les Hommes devinrent les principaux fournisseurs de nourriture, comme éleveurs, bergers, et cultivateurs, que les Nains échangeaient contre du travail comme constructeurs, traceurs de route, mineurs, et fabricants d’objets artisanaux, des outils utiles aux armes et à beaucoup d'autres choses très coûteuses et de grande finesse. Au grand profit des Nains. À ne pas compter qu'en heures de travail, bien que dans les temps anciens les Nains aient dû obtenir des biens qui étaient le produit d'un labeur plus grand et plus long que les choses ou services qu'ils donnaient en échange - avant que les Hommes ne devinssent plus sages et ne développassent leurs propres talents. Le principal avantage pour eux était leur liberté de procéder sans entraves à leur propre travail et de raffiner leurs arts, spécialement en métallurgie, jusqu'aux techniques merveilleuses que ceux-ci atteignirent avant le déclin et le dépérissement des Khazâd.
Ce système se développa lentement, et les Longues-barbes ne sentirent qu’après longtemps le besoin d'apprendre la langue de leurs voisins, et plus encore d'adopter des noms par lesquels ils pouvaient être connus individuellement par des "étrangers". Ce processus ne commença pas dans le commerce et l'échange, mais dans la guerre; car les Longues-barbes s'étaient étendus vers le sud dans les Vaux de l'Anduin et avaient établi leur principale "demeure" et forteresse dans la Moria; et aussi vers l'est jusqu’aux Monts de Fer, où les mines étaient leur principale source de minerai de fer. Ils considéraient les Monts de Fer, l'Ered Mithrin et les vaux orientaux des Monts Brumeux comme leur propre pays. Mais ils étaient soumis aux attaques des Orks de Morgoth. Pendant la Guerre des Joyaux et le siège d'Angband, lorsque Morgoth avait besoin de toute sa force, ces attaques cessèrent; mais lorsque Morgoth tomba et qu’Angband fut détruite, des troupes d'Orks fuirent vers l'est à la recherche de demeures. Ils étaient à présent sans maître et sans guidance générale, mais ils étaient bien armés et très nombreux, cruels, sauvages, et téméraires dans l'assaut. Lors des batailles qui suivirent, les Nains furent surpassés en nombre, et bien qu’ils fussent les guerriers les plus redoutables des Peuples Parlants, ils furent contents de conclure alliance avec les Hommes. 27
Les Hommes avec lesquels ils s’associèrent ainsi étaient pour la plupart apparentés par la race et la langue aux gens de la "Maison de Hador", grands et principalement blonds, les plus renommés et nombreux des Edain, qui étaient alliés aux Eldar durant la Guerre des Joyaux. Ces Hommes, semble-t-il, s'étaient dirigés vers l'ouest jusqu'à faire face à Vertbois-le-Grand, et s'étaient alors divisés : certains atteignant l'Anduin et, de là, remontant vers le nord par les Vaux; certains passant entre la lisière septentrionale du Bois et l'Ered Mithrin. Seule une petite partie de ce peuple, déjà très nombreux et divisé en de nombreuses tribus, était alors passée en Eriador et arrivée ainsi enfin en Beleriand. Il s'agissait d'un peuple courageux et loyal, au cœur pur, haïssant Morgoth et ses serviteurs; et au premier abord ils avaient considéré les Nains avec méfiance, craignant qu’ils ne fussent sous l'Ombre (comme ils disaient).28 Mais ils furent contents de l'alliance, car ils étaient plus vulnérables aux attaques des Orks : ils demeuraient principalement dans des fermes et des villages éparpillés, et s'ils se rassemblaient ensemble dans de petites villes, elles étaient pauvrement défendues, au mieux par des digues et des barrières en bois. Ils étaient également légèrement armés, principalement d'arcs, car ils avaient peu de métal et les forgerons parmi eux n'étaient pas très habiles. Les Nains remédièrent à ces choses en retour d'un grand service que les Hommes pouvaient leur offrir. Ils étaient dompteurs de bêtes et avaient appris à maîtriser les chevaux, et beaucoup étaient des cavaliers habiles et sans peur.29 Ceux-ci chevauchaient souvent au loin dans la campagne comme éclaireurs et surveillaient les mouvements de leurs ennemis; et si les Orks osaient se rassembler à découvert pour quelque grand raid, ils assemblaient une grande force d'archers montés pour les encercler et les détruire. De cette manière l'Alliance des Nains et des Hommes dans le nord en vint tôt dans le Second Âge à commander une grande force, rapide à l'attaque et vaillante et bien protégée en défense, et dans cette région, entre les Hommes et les Nains, grandirent respect et estime, et parfois une chaleureuse amitié.
Ce fut à cette époque, lorsque les Nains étaient associés avec les Hommes à la fois dans la guerre et dans l'ordonnancement des terres qu'ils avaient sécurisées30, que les Longues-barbes adoptèrent la langue des Hommes pour communiquer avec eux. Ils n'étaient pas opposés à enseigner leur propre langue aux Hommes pour lesquels ils avaient une amitié particulière, mais les Hommes la trouvaient difficile et étaient lents à apprendre plus que des mots isolés, dont ils en adaptèrent et en intégrèrent beaucoup à leur propre langue. Mais sur un point, les Longues-barbes étaient aussi rigidement secrets que tous les autres Nains. Pour des raisons que ni les Hommes ni les Elfes ne comprirent jamais entièrement, ils ne révélèrent aucun nom personnel aux gens d'une autre espèce31, ni plus tard, lorsqu'ils acquirent les arts de l’écriture, ils ne les laissèrent jamais graver ou écrire. Ils prirent dès lors d'autres noms par lesquels ils pouvaient être connus de leurs alliés, en des formes humaines32. Cette coutume perdura parmi les Longues-barbes jusqu'au Quatrième Âge et au-delà du champ de ces histoires. Il semblerait que lorsqu’ils parlaient aux Hommes avec lesquels ils partageaient une étroite amitié, et discutaient ensemble des histoires et des souvenirs de leurs peuples, ils donnaient également des noms similaires aux Nains retenus dans leurs annales longtemps avant la rencontre des Nains et des Hommes. Mais de ces anciens temps, un seul nom était préservé au Troisième Âge : Durin, le nom qu'ils donnaient au prime ancêtre des Longues-barbes et par lequel il était connu des Elfes et des Hommes. (Il semble avoir été simplement un mot pour "roi" dans la langue des Hommes du Nord du Second Âge.)33 Les noms des Longues-barbes ne sont autrement pas connus dans les listes remontant à avant la ruine de la Moria (Khazad-Dûm), en 1980 du Troisième Âge; mais ils sont tous de la même espèce, sc. dans une langue humaine "morte" depuis longtemps.
Ceci peut seulement être expliqué en supposant que ces noms du début du Second Âge avaient été adoptés par les Nains, et préservés avec aussi peu de changements que leur propre langue, et continués à être donnés (et souvent répétés) depuis quelques quatre mille ans ou plus depuis que l'Alliance fut détruite par le pouvoir de Sauron ! De cette manière, ils devinrent bientôt pour les Hommes d'après des noms spécifiquement nains34; et les Longues-barbes acquirent un lexique de noms traditionnels propres à eux-mêmes, tout en gardant leurs vrais noms "intérieurs" complètement secrets.
Nombre de grands changements advinrent au fur et à mesure que le Second Âge avançait. Les premiers navires des Númenóréens apparurent au large des côtes de la Terre du Milieu vers 600 du Second Âge, mais aucune rumeur de ce fait très important n'atteignit le nord lointain. À la même époque, cependant, Sauron cessa de se dissimuler et se révéla sous une belle forme. Pendant longtemps, il prêta peu d'attention aux Nains et aux Hommes et s'efforça de gagner l'amitié et la confiance des Eldar. Mais lentement il revint de nouveau à son allégeance envers Morgoth et commença à chercher le pouvoir par la force, rassemblant et dirigeant à nouveau les Orks et d'autres choses maléfiques du Premier Âge, et construisant secrètement sa forteresse dans la région entourée de montagnes dans le sud qui fut connue par après sous le nom de Mordor. Le Second Âge avait seulement atteint la moitié de son cours (c. 1695 Second Âge) lorsqu'il envahit l'Eriador et détruisit l'Eregion, un petit royaume formé par les Eldar ayant migré depuis la ruine du Beleriand et qui avait également formé une alliance avec les Nains Longues-barbes de la Moria. Ceci marqua la fin de l'Alliance des Longues-barbes avec les Hommes du Nord. Car bien que la Moria restât inexpugnable durant de nombreux siècles, les Orks, renforcés et commandés par des serviteurs de Sauron, envahirent de nouveau les montagnes. Gundabad fut repris, l'Ered Mithrin infesté et les communications entre la Moria et les Monts de Fer interrompues pendant un temps. Les Hommes de l'Alliance furent impliqués dans la guerre, non seulement contre des Orks, mais aussi contre des Hommes étrangers et de type maléfique. Car Sauron avait acquis la domination sur de nombreuses tribus sauvages de l'est (jadis corrompues par Morgoth), et les poussait maintenant à chercher des terres et du butin dans l'ouest. Quand la tempête fut passée35, les Hommes de l'ancienne Alliance étaient diminués et éparpillés, et ceux qui restèrent dans leurs anciennes régions étaient appauvris, et vivaient principalement dans des cavernes et en bordure de la Forêt.
Les savants elfes considéraient qu’en matière de langue, les changements dans le langage (comme dans tous les autres domaines de leurs vies) des Peuples Parlants étaient de loin plus lents durant les Jours Anciens que ce qu'ils devinrent plus tard. La langue des Eldar changea principalement délibérément; celle des Nains résista aux changements de par leur propre volonté; les nombreuses langues des Hommes changèrent de manière insouciante avec le passage rapide de leurs générations. Toute chose changeait sur Arda, même dans le Royaume Béni des Valar; mais là le changement était si lent qu'il ne pouvait être observé (sauf peut-être par les Valar) sur de grandes périodes de temps. Le changement dans la langue des Eldar aurait ainsi été arrêté en Valinor36; mais dans leurs premiers jours les Eldar continuaient à élargir et raffiner leur langue, et à la modifier, même dans la structure et les sons. Cependant, un tel changement, pour rester uniforme, requérait que les locuteurs restassent en communication. Ainsi arriva-t-il que les langues des Eldar qui restèrent en Terre du Milieu divergèrent tant de la langue des Hauts Eldar de Valinor qu'aucun ne pouvait être compris par les locuteurs de l'autre; car ils avaient été séparés pendant une grande durée, pendant laquelle même le sindarin, la mieux préservée d'entre elles en Terre du Milieu, avait été sujet aux changements insouciants dus aux années qui passent, changements que les Teleri étaient moins préoccupés à restreindre ou à diriger délibérément que les Ñoldor.
II Les Atani et leurs langues37
Les Hommes entrèrent en Beleriand tard au Premier Âge. Ceux qui nous concernent ici et dont certaines traces des langues furent préservées ultérieurement appartenaient principalement à trois peuples, différant par la langue et la race, mais communément connus par les Eldar sous le nom d'Atani (sindarin Edain)38. Ces Atani étaient l'avant-garde de troupes bien plus grandes des mêmes espèces se déplaçant vers l'ouest. Lorsque le Premier Âge prit fin et que le Beleriand fut détruit, et que la plupart des Atani ayant survécu furent passés par-delà la mer en Númenor, leurs parents trainards étaient soit en Eriador, certains établis, d'autres errant toujours, soit n'avaient jamais passé les Montagnes Brumeuses et étaient éparpillés dans les régions entre les Monts de Fer et la Mer de Rhûn vers l'est et la Grande Forêt, aux bordures de laquelle, vers le nord et l'est, beaucoup étaient déjà établis.
Les Atani et leur espèce étaient les descendants des peuples qui, durant les Âges Sombres, avaient résisté à Morgoth ou avaient renoncé à lui, et avaient erré sans fin vers l'ouest depuis leurs demeures loin dans l’est, cherchant la Grande Mer, dont une lointaine rumeur les avait atteints. Ils ne savaient pas que Morgoth lui-même avait quitté la Terre du Milieu;39 car ils étaient sans cesse en guerre contre les viles choses qu'il avait élevées, et particulièrement contre les Hommes qui en avaient fait leur Dieu et qui croyaient qu'ils ne pouvaient lui rendre de meilleur service que de détruire les "renégats" par toute sorte de cruautés. Ce fut dans le nord de la Terre du Milieu, semble-t-il, que les "renégats" survécurent en nombre suffisant pour maintenir leur indépendance comme un peuple brave et hardi; mais de leur passé, ils ne préservaient que des légendes, et leur histoire orale ne remontait pas plus loin qu'à quelques générations d'Hommes.
Lorsque leurs avant-gardes atteignirent enfin le Beleriand et les Rives Occidentales, ils furent consternés. Car ils ne pouvaient aller plus loin, mais ils n’avaient pas trouvé la paix, seulement des terres engagées dans la guerre contre Morgoth lui-même, qui, fugitif, était revenu en Terre du Milieu. "À travers des âges oubliés" disaient-ils, "nous avons erré, cherchant à fuir les territoires du Seigneur Ténébreux et son Ombre, seulement pour le trouver ici devant nous."40 Mais étant un peuple à la fois brave et désespéré, ils s’allièrent immédiatement aux Eldar, et ils furent instruits par eux, s’ennoblirent et avancèrent dans la connaissance et dans les arts. Durant les dernières années de la Guerre des Joyaux, ils fournirent beaucoup des plus vaillants guerriers et capitaines dans les armées des rois elfes.
Les Atani étaient trois peuples, indépendants en organisation et en gouvernement, dont chacun différait des autres par la langue et aussi par la forme et les traits physiques - bien que tous montrassent des traces de mélanges dans le passé avec des Hommes d'autres espèces. Ces peuples, les Eldar les appelaient le Peuple de Bëor, le Peuple de Hador, et le Peuple de Haleth, d'après les noms des chefs qui les commandaient lorsqu'ils arrivèrent pour la première fois en Beleriand.41 Les gens du Peuple de Bëor furent les premiers Hommes à entrer en Beleriand - ils furent rencontrés dans les vallons du Beleriand oriental par le Roi Finrod Ami des Hommes, car ils avaient trouvé un chemin à travers les montagnes. C'était un petit peuple, ne comptant pas plus, dit-on, de deux mille hommes adultes; et ils étaient pauvres et mal équipés, mais ils étaient habitués aux épreuves et aux voyages épuisants à porter de lourds fardeaux, car ils n'avaient pas de bêtes de somme. Peu de temps après, la première des trois troupes du Peuple de Hador arriva du sud, et deux autres d'à peu près la même force suivirent avant la fin de l'année. Ils formaient un peuple plus nombreux; chaque troupe était aussi grande que tout le Peuple de Bëor, et ils étaient mieux armés et équipés; ils possédaient également de nombreux chevaux, et quelques ânes et de petits troupeaux de moutons et de chèvres. Ils avaient traversé l'Eriador et atteint les pieds orientaux des Montagnes (Ered Lindon) un an ou plus avant tous les autres, mais n'avaient pas essayé de trouver de passe, et s'étaient détournés, à la recherche d’une route contournant les Montagnes, qui, comme leurs éclaireurs montés l'avaient rapporté, s’abaissaient sans cesse à mesure qu'elles allaient vers le sud. Quelques années plus tard, quand les autres peuples furent établis, le troisième peuple des Atani entra en Beleriand.42 Ils étaient probablement plus nombreux que le Peuple de Bëor, mais aucun compte précis n'a jamais été effectué à leur sujet; car ils vinrent secrètement et en petits groupes et se cachèrent dans les bois d'Ossiriand où les Elfes ne leur montrèrent aucune amitié. De plus ils connaissaient des querelles internes, et Morgoth, maintenant conscient de l'arrivée d'Hommes hostiles en Beleriand, envoya ses serviteurs pour les accabler. Ceux qui migrèrent finalement vers l'ouest et devinrent amis et alliés des Eldar furent appelés le Peuple de Haleth, car Haleth était le nom de leur dirigeante qui les conduisit vers les forêts au nord de Doriath où ils furent autorisés à s'établir.
Le Peuple de Hador fut toujours le plus important par le nombre des Atani, et le plus renommé (sauf seulement Beren, fils de Barahir et descendant de Bëor). Pour la plupart, c'était des gens grands, aux cheveux de lin ou d'or et aux yeux bleu-gris, mais ceux qui avaient les cheveux foncés n'étaient pas rares parmi eux, bien que tous eussent la peau claire.43 Néanmoins ils étaient apparentés au Peuple de Bëor, comme le montrait leur langue. Nul savoir linguistique n'était nécessaire pour percevoir que leurs langues étaient étroitement apparentées, car bien qu'ils ne pouvaient se comprendre l'un l'autre qu'avec difficulté, ils avaient de très nombreux mots en commun. Les savants elfes44 étaient d'avis que ces deux langues descendaient d'une seule qui avait divergé (du fait de quelque division des peuples qui l'avaient parlée) au cours de, peut-être, un millier d'années du changement plus lent au Premier Âge.45 Bien que le temps puisse avoir été bien plus court, et le changement accéléré par un mélange des peuples; car la langue de Hador était apparemment moins altérée et plus uniforme dans le style, alors que la langue de Bëor contenait de nombreux éléments qui étaient de caractère étranger. Ce contraste dans la langue était probablement connecté à la différence physique visible entre les deux peuples. Il y avait des hommes et des femmes blonds parmi le Peuple de Bëor, mais la plupart d'entre eux avaient les cheveux bruns (accompagnant habituellement des yeux bruns), et beaucoup avaient la peau moins claire, certains en effet étant basanés. Des Hommes aussi grands que chez le Peuple de Hador étaient rares parmi eux, et la plupart étaient de constitution plus large et plus forte.46 Dans leur association avec les Eldar, en particulier avec les suivants du Roi Finrod, ils devinrent aussi habiles dans les arts et les manières que le Peuple de Hador, mais si ceux-ci les surpassaient dans la rapidité d'esprit et de corps, dans l'audace et la noble générosité,47 les gens du Peuple de Bëor étaient plus constants dans l'endurance des épreuves et des peines, lents aux larmes et au rire; leur force d'âme n'avait pas besoin d'espoir pour la soutenir. Mais ces différences de corps et d'esprit devinrent moins marquées à mesure que leurs courtes générations passaient, car les deux peuples devinrent fort mélangés par des mariages et par les désastres de la guerre.48
Le Peuple de Haleth était étranger aux autres Atani, parlant une langue non apparentée; et bien qu'ultérieurement unis à eux au sein de l'alliance avec les Eldar, ils restèrent un peuple à part. Entre eux, ils restaient fidèles à leur propre langue, et bien que, par nécessité, ils apprissent le sindarin pour la communication avec les Eldar et les autres Atani, beaucoup le parlaient de façon hésitante, et certains de ceux qui n’allaient que rarement au-delà des bordures de leurs propres forêts ne l'utilisaient pas du tout.49 Ils n'adoptaient pas volontiers de nouvelles choses ou coutumes, et gardèrent beaucoup de pratiques qui semblaient étranges aux Eldar et aux autres Atani, avec lesquels ils avaient peu d'échanges, excepté en guerre. Néanmoins ils étaient estimés en tant qu'alliés loyaux et redoutables guerriers, bien que les compagnies qu'ils envoyaient à la bataille au-delà de leurs frontières fussent petites. Car ils étaient et restèrent jusqu'à leur fin un peuple peu nombreux, principalement préoccupés par la protection de leurs propres forêts, et ils excellaient dans la guerre en forêt. En effet, pendant longtemps, même les Orks spécialement entraînés pour cela n'osèrent poser le pied près de leurs frontières. Une des étranges pratiques évoquées était que beaucoup de leurs guerriers étaient des femmes, bien que peu d'entre celles-ci sortissent combattre dans les grandes batailles. Cette coutume était évidemment ancienne;50 car leur dirigeante Haleth avait été une amazone renommée avec une garde du corps féminine de choix.
À cet endroit, un titre est écrit au crayon sur le tapuscrit : III Les Drúedain (Púkel-men); après ceci, il n'y a pas de division supplémentaire insérée avec sous-titre. Avec le paragraphe de conclusion de la section II reproduit ci-dessus, le récit des Drúedain qui suit à présent est donné dans Contes et Légendes inachevés, pp. 377-82, en se concluant avec l'histoire intitulée La Pierre fidèle; et il n'est pas besoin de répéter ceci ici.51 À la fin de l'histoire se trouve un passage mettant en contraste les Drûgs et les Hobbits, qui, vu qu'il fut donné sous forme restreinte dans Contes et Légendes inachevés (p. 382), est reproduit ici en entier; le texte présent se poursuit alors jusqu'à la fin, ou plutôt l'abandon, de l'essai.
Ce long essai sur les Drúedain a été donné car il jette quelque lumière sur les Hommes Sauvages survivant encore à l'époque de la Guerre de l'Anneau à l'extrémité orientale des Montagnes Blanches, et sur leur reconnaissance par Merry en tant que formes vivantes des sculptures des Púkel-men de Dun Harrow. La présence de membres de la même race parmi les Edain du Beleriand fait ainsi un lien vers le passé entre Le Seigneur des Anneaux et Le Silmarillion, et permet l'introduction de personnages quelque peu similaires aux Hobbits du Seigneur des Anneaux dans quelques-unes des légendes du Premier Âge (comme le vieux serviteur (Sadog) de Húrin dans la légende de Túrin).52
Les Drûgs ou Púkel-men ne doivent cependant pas être confondus avec ou pensés comme une simple variante sur le thème hobbit. Ils étaient assez différents par leur forme physique et leur apparence. Leur taille moyenne (quatre pieds) n'était atteinte que par des Hobbits exceptionnels; ils étaient d'une constitution forte et lourde; leurs traits étaient déplaisants (à en juger par les standards humains généraux). Physiquement, ils partageaient le caractère imberbe du bas du visage; mais tandis que la chevelure des Hobbits était abondante (mais drue et bouclée), les Drûgs n'avaient qu'une chevelure clairsemée et raide sur leurs têtes et absolument aucune pilosité sur leurs jambes ni sur leurs pieds. Dans le caractère et le tempérament, ils étaient parfois joyeux et gais, comme les Hobbits, mais leur nature avait aussi un côté plus sinistre et ils pouvaient être sardoniques et impitoyables; et ils avaient ou étaient crédités de pouvoirs étranges ou magiques. (Les contes, comme "La Pierre fidèle", qui parlent de leur transfert d'une partie de leurs "pouvoirs" à leurs artefacts, rappellent en miniature le transfert de pouvoir de Sauron aux fondations de Barad-dûr et au Maître Anneau.)53 Aussi, les Drûgs étaient un peuple frugal, et mangeaient peu même en temps de paix et d'abondance, et ne buvaient rien d'autre que de l'eau. Par certains côtés, ils ressemblaient plutôt aux Nains : par la constitution, la stature et l'endurance (quoique pas par la pilosité); par leur habileté à sculpter la pierre; par le côté sinistre de leur caractère; et par les "pouvoirs étranges". Bien que les talents "magiques" qui étaient attribués aux Nains fussent très différents; les Nains étaient aussi plus sinistres; et ils avaient une longue durée de vie, alors que les Drûgs en avaient une courte en comparaison avec d'autres espèces d'Hommes.
Les Drûgs qu’on rencontre dans les contes du Premier Âge - cohabitant avec le Peuple de Haleth, qui était un peuple forestier - étaient heureux de vivre dans des tentes ou des abris légèrement construits autour des troncs de grands arbres, car ils étaient une race robuste. Dans leurs anciennes demeures, selon leurs propres contes, ils avaient utilisé des grottes dans les montagnes, mais principalement comme entrepôts, servant d'habitation et de lieux de repos uniquement par mauvais temps. Ils avaient des refuges similaires en Beleriand, dans lesquels tous, sauf les plus robustes, se réfugiaient en cas de tempête ou de froid mordant; mais ces endroits étaient gardés et pas même leurs meilleurs amis parmi le Peuple de Haleth n'y étaient les bienvenus.
De l'autre côté, les Hobbits étaient à presque tous égards des Hommes normaux, mais de très petite stature. Ils étaient appelés "Semi-Hommes"; mais ceci se réfère à la taille normale des hommes d'ascendance númenóréenne et aux Eldar (particulièrement ceux d'ascendance ñoldorine), qui semble avoir été d’environ sept de nos pieds.54 Leur taille durant les périodes concernées était habituellement de plus de trois pieds pour les hommes, bien que très peu dépassassent jamais trois pieds six; les femmes excédaient rarement trois pieds. Ils n'étaient pas aussi nombreux et changeants que les Hommes ordinaires, mais manifestement plus nombreux et adaptables à différents modes de vie et d’habitat que les Drûgs, et quand on les rencontre pour la première fois dans les récits, ils montraient déjà des divergences dans leur couleur, leur stature et leur constitution, et dans leurs modes de vie et préférences pour différents types de contrées où demeurer (voir le Prologue du Seigneur des Anneaux, p.12). Dans leur passé non rapporté, ils ont dû être un peuple primitif, en vérité "sauvage",55 mais quand nous les rencontrons, ils avaient (à des degrés variables) acquis de nombreux arts et coutumes au contact des Hommes, et à un moindre degré à celui des Nains et des Elfes. Avec les Hommes de stature normale, ils reconnaissaient leur proche parenté, alors que les Nains et les Elfes, amicaux ou hostiles, étaient des étrangers, avec lesquels leurs relations étaient peu aisées et obscurcies par la peur.56 La déclaration de Bilbo (Le Seigneur des Anneaux, I.162)57 sur le fait que la cohabitation des Grandes Gens et du Petit Peuple dans un établissement à Bree était particulière et non observable ailleurs était probablement vraie à son époque (la fin du Troisième Âge);58 mais il semblerait qu’en fait les Hobbits avaient aimé vivre avec ou près de Grandes Gens d'une espèce amicale, qui, avec leur plus grande force, les protégeaient de beaucoup de dangers et d'ennemis et d'autres Hommes hostiles, et recevaient en échange de nombreux services. Car il est remarquable que les Hobbits occidentaux ne préservèrent aucune trace ni souvenir d'une quelconque langue propre. La langue qu'ils parlaient lorsqu'ils entrèrent en Eriador fut manifestement adoptée des Hommes des Vaux de l'Anduin (apparentés aux Atani, / en particulier à ceux de la Maison de Bëor [> des Maisons de Hador et de Bëor]); et après leur adoption du parler commun, ils conservèrent beaucoup de mots de cette origine. Ceci indique une association étroite avec des Grandes Gens; bien que l'adoption rapide du parler commun en Eriador59 montre les Hobbits comme ayant été particulièrement adaptables à cet égard. Comme le montre également la divergence des Forts, qui s’étaient associés avec des Hommes d'une autre sorte avant qu'ils n'arrivassent en Comté.
La vague tradition préservée par les Hobbits de la Comté était qu'ils étaient jadis demeurés dans des terres auprès d'une Grande Rivière, mais qu’ils les avaient quittées il y a longtemps, et qu’ils trouvèrent leur chemin à travers ou autour de hautes montagnes, quand ils ne se sentirent plus à l’aise chez eux du fait de la multiplication des Grandes Gens et d'une ombre de peur qui était tombée sur la forêt. Ceci reflète évidemment les difficultés du Gondor durant la première partie du Troisième Âge. L'accroissement des Hommes n'était pas l'accroissement normal des Hommes avec lesquels ils vivaient en amitié, mais l'accroissement régulier des envahisseurs de l'est, plus au sud tenu en échec par le Gondor, mais au nord harassant les habitants "ataniques" plus anciens au-delà des limites du Royaume, et occupant même la Forêt par endroits et la traversant jusqu’à la vallée de l'Anduin. Mais l'ombre dont parlait la tradition n'était pas uniquement due aux invasions humaines. Les Hobbits avaient manifestement senti, même avant que les Mages et les Eldar n'en fussent complètement conscients, le réveil de Sauron et son occupation de Dol Guldur.60 Sur les relations entre les différentes espèces d'Hommes en Eriador et au Rhovanion avec les Atani et les autres Hommes rencontrés dans les légendes du Premier Âge et de la Guerre des Joyaux, voir Le Seigneur des Anneaux II.286-7 [dans le chapitre La fenêtre de l'Ouest]. Faramir y donne un bref compte-rendu de la classification contemporaine des Hommes au Gondor en trois espèces : les Hauts Hommes, ou Númenóréens (d'ascendance plus ou moins pure); les Hommes Médians; et les Hommes des Ténèbres. "Hommes des Ténèbres" était un terme général appliqué à tous ceux qui étaient hostiles aux Royaumes, et qui étaient (ou semblaient être au Gondor) dirigés par quelque chose de plus que l'avidité humaine pour les conquêtes et le pillage, une haine fanatique des Hauts Hommes et de leur alliés comme ennemis de leurs dieux. Le terme ne tenait aucunement compte des différences de race, de culture ou de langue. Au regard des Hommes Médians, Faramir parlait principalement des Rohirrim, le seul peuple de cette sorte bien connu en Gondor à cette époque, et leur attribuait une véritable ascendance directe du Peuple de Hador au Premier Âge. Il s'agissait d'une croyance générale en Gondor à cette époque,61 et elle était retenue pour expliquer (pour ménager la fierté des Númenóréens) le don d'une si grande partie du Royaume au peuple d'Eorl.
Le terme d’Hommes Médians était cependant d'origine ancienne. Il avait été conçu au Second Âge par les Númenóréens lorsqu'ils commencèrent à établir des ports et des colonies sur les rives occidentales de la Terre du Milieu. Il apparut parmi les colons au nord (entre Pelargir et le Golfe de Lune), au temps d'Ar-Adûnakhôr; car les habitants de cette région avaient refusé de se joindre à la rébellion contre les Valar, et furent renforcés par beaucoup d'exilés des Fidèles qui fuirent la persécution par lui et les Rois ultérieurs de Númenor. Elle était par conséquent calquée sur la classification des Elfes par les Atani : les Hauts Elfes (ou Elfes Lumineux) étaient les Ñoldor qui retournèrent en exil hors de l'Ouest lointain; les Elfes Médians étaient les Sindar, qui, bien que d'une espèce proche des Hauts Elfes, étaient restés en Terre du Milieu et n'avaient jamais vu la lumière d'Aman; et les Elfes Sombres étaient ceux qui n'avaient jamais voyagé vers les Rives Occidentales et ne désiraient pas voir Aman. Ceci différait des classifications effectuées par les Elfes, qui ne sont pas ici concernées, excepté pour noter que "Elfes Sombres" ou "Elfes des Ténèbres" était utilisé par eux, mais ne suggérait aucunement quelque mal ni quelque subordination à Morgoth; cela ne se référait qu’à l'ignorance de la "lumière d'Aman" et incluait les Sindar. Ceux qui n'avaient jamais effectué le voyage vers les Rives Occidentales étaient appelés "Ceux du Refus" (Avari). Il est douteux qu’aucun des Avari n'atteignît jamais le Beleriand62 ou fût en fait connu des Númenóréens.
Aux jours des premières colonies de Númenor, il y avait beaucoup d'Hommes de différentes espèces en Eriador et au Rhovanion; mais pour la plupart, ils demeuraient loin des côtes. Les régions de Forlindon et Harlindon étaient habitées par des Elfes et formaient la partie principale du royaume de Gil-galad, qui s'étendait, au nord du Golfe de Lune, pour inclure les terres à l'est des Montagnes Bleues et à l'ouest de la rivière Lune aussi loin que le confluent de la Petite Lune63. (Au-delà de ceci était un territoire nain.)64 Au sud de la Lune, il n'avait pas de limites claires, mais les Collines de la Tour (comme elles furent appelées plus tard) étaient entretenues en tant qu'avant-poste65. Le Minhiriath et la moitié occidentale de l'Enedhwaith entre le Flot-Gris et l'Isen étaient encore recouverts d'une forêt dense66. Les côtes de la Baie de Belfalas étaient encore principalement désertes, excepté pour un havre et une petite colonie d'Elfes à l'embouchure du confluent du Morthond et du Ringló.67 Mais il se passa longtemps avant que les colons númenóréens de l'embouchure de l'Anduin ne s'aventurassent au nord de leur grand port de Pelargir et n'entrassent en contact avec les Hommes qui demeuraient dans les vallées des deux côtés des Montagnes Blanches. Leur terme Hommes Médians était ainsi à l'origine appliqué aux Hommes d'Eriador, les plus à l'ouest de l'Humanité au Second Âge et connus par les Elfes du royaume de Gil-galad.68 À cette époque, il y avait beaucoup d'hommes en Eriador, principalement, semble-t-il, apparentés par l'origine au Peuple de Bëor, bien que certains fussent apparentés au Peuple de Hador. Ils demeuraient près du lac Evendim, dans les Hauts du Nord et les Collines du Temps, et dans les terres entre ces reliefs aussi loin que le Brandevin, à l'ouest duquel ils erraient souvent, bien qu'ils n'y demeurassent point. Ils étaient amicaux envers les Elfes même, bien qu''ils les regardassent avec un respect mêlé de crainte, et des amitiés intimes entre eux étaient rares. Aussi redoutaient-ils la Mer et ne poseraient pas les yeux sur elle. (Sans aucun doute des rumeurs de sa terreur et de la destruction du Pays au-delà des montagnes (Beleriand) les avaient atteints, et certains de leurs ancêtres avaient en effet pu être des fugitifs des Atani qui ne quittèrent pas la Terre du Milieu mais fuirent vers l'est.)
Ainsi il arriva que le terme númenóréen Hommes Médians était confus dans son utilisation. Son critère principal était l'amitié pour l'Ouest (les Elfes et les Númenóréens), mais il n'était en fait appliqué habituellement qu'aux Hommes dont la stature et l'apparence étaient similaires à celles des Númenóréens, bien que cette distinction des plus importantes concernant "l’amitié" ne fût pas historiquement limitée aux peuples d'une seule espèce raciale. Il s'agissait d'une marque de toutes les espèces des Hommes qui étaient des descendants de ceux qui avaient abjuré l'Ombre de Morgoth et de ses serviteurs et erré vers l'ouest pour lui échapper - et ceci incluait certainement les deux races de petite stature, les Drûgs et les Hobbits. Il doit également être dit que la "non amitié" envers les Númenóréens et leurs alliés n'était pas toujours due à l'Ombre, mais dans des jours ultérieures aux actions des Númenóréens eux-mêmes. Ainsi de nombreux habitants des forêts des régions côtières au sud de l'Ered Luin, en particulier dans le Minhiriath, étaient, comme les historiens le reconnurent plus tard, les parents du Peuple de Haleth; mais ils devinrent d'âpres ennemis des Númenóréens, à cause de leur traitement impitoyable et de leur destruction des forêts69, et cette haine resta inapaisée chez leurs descendants, les poussant à s'allier avec tous les ennemis de Númenor. Au Troisième Âge, leurs survivants étaient le peuple connu au Rohan sous le nom de Dunlendings.
Il y avait aussi le problème de la langue. Ce fut six cents ans après le départ des survivants des Atani par delà la mer vers Númenor qu'un navire revint pour la première fois en Terre du Milieu depuis l’Ouest et pénétra dans le Golfe de Lune.70
L'histoire qui suit, rendant compte de la rencontre des marins númenóréens et de douze Hommes d'Eriador dans les Collines de la Tour, de leur reconnaissance mutuelle d'une antique parenté, et de leur découverte que leurs langues, bien que profondément changées, avaient une origine commune, a été donnée dans Contes et Légendes inachevés, pp. 213-14.71 Suivant la conclusion de cet extrait (se terminant par les mots "ils découvrirent qu’ils avaient en commun encore de nombreux mots, aisément reconnaissables, et d’autres qu’avec un peu d’attention, on pouvait comprendre; et tant bien que mal, ils en vinrent à converser ensemble de choses simples"), l'essai continue comme suit.
Ainsi arriva-t-il qu’une parenté par la langue, même si elle n'était reconnaissable qu'après une connaissance étroite, fut ressentie par les Númenóréens comme l’une des marques des "Hommes Médians".72
Les savants des jours ultérieurs considéraient que les langues des Hommes en Terre du Milieu, ou en tout cas des Hommes "non ombrés", avaient changé moins rapidement avant la fin du Second Âge et le changement du monde lors de la Submersion de Númenor. Alors qu’à Númenor, en raison de la longévité des Atani, elle avait changé bien plus lentement encore. Lors de la première rencontre des Marins et des Hommes d'Eriador occidental, cela faisait seulement six cents ans que les Atani étaient passés par delà la mer, et l'adûnaïque qu'ils parlaient pouvait difficilement avoir un tant soit peu changé; mais cela faisait mille ans ou plus que les Atani qui atteignirent le Beleriand s'étaient séparés de leur parenté. Pourtant, même aujourd’hui dans un monde plus changeant, les langues qui ont été séparées pendant mille cinq cents ans et plus peuvent être reconnues comme apparentées par ceux qui ne sont pas instruits dans l'histoire des langues.
Comme les longues années passaient, la situation changea. L'ancien adûnaïque de Númenor devint miné par le temps - et par la négligence. Car, du fait de la désastreuse histoire de Númenor, il ne fut plus tenu en estime par les "Fidèles" qui contrôlaient tous les rivages, depuis la Lune jusqu’à Pelargir. Car les langues elfes étaient proscrites par les Rois rebelles, et seul l’usage de l'adûnaïque était permis, et beaucoup des anciens livres en quenya ou en sindarin furent détruits. Les Fidèles, donc, utilisaient le sindarin, et conçurent dans cette langue tous les noms des endroits qu'ils rebaptisèrent en Terre du Milieu.73 L'adûnaïque fut abandonné aux changements ignorés et à la corruption en tant que langue de la vie quotidienne, et la seule langue des illettrés. Tous les hommes de haute lignée et ceux à qui furent enseignées la lecture et l'écriture utilisaient le sindarin, même comme langue quotidienne entre eux. Dans certaines familles, est-il dit, le sindarin devint la langue maternelle, et la langue vulgaire d'origine adûnaïque n'était apprise qu'informellement, en cas de besoin.74 Le sindarin n'était cependant pas enseigné aux étrangers, à la fois parce qu'il était considéré comme une marque d'ascendance númenóréenne et parce qu'il se montrait difficile à apprendre - beaucoup plus que la "langue vulgaire". Ainsi il arriva que, comme les colonies númenóréennes grandissaient en pouvoir et en étendue et établissaient des contacts avec les Hommes de la Terre du Milieu (dont beaucoup passèrent sous la loi des Númenóréens et accrurent leur population), la "langue vulgaire" commença à se répandre largement comme une lingua franca parmi des peuples d’espèces très différentes. Ce processus commença à la fin du Second Âge, mais acquit une importance générale principalement après la Submersion et l'établissement des "Royaumes en Exil" en Arnor et au Gondor. Ces royaumes pénétraient profondément dans la Terre du Milieu et leurs rois étaient reconnus comme suzerains au-delà de leurs frontières. Ainsi au nord et à l'ouest, toutes les terres entre l'Ered Luin et le Flot-Gris et la Fontgrise75 devinrent des régions sous influence númenóréenne dans lesquelles la "langue vulgaire" devint largement courante. Au sud et à l'est le Mordor resta impénétrable; mais bien que l'extension du Gondor fût ainsi entravée, il était plus puissant et plus peuplé que l'Arnor. Les limites de l'ancien royaume contenaient toutes ces terres figurant sur les cartes de la fin du Troisième Âge comme le Gondor, l’Anórien, l’Ithilien, l’Ithilien du Sud, et le Rohan (jadis appelé Calernadhon) à l'ouest de l'Entalluve.76 Sur son extension à l’apogée de sa puissance, entre les règnes de Hyarmendacil Ier et de Rómendacil II (de 1015 à 1366 du Troisième Âge), voir Le Seigneur des Anneaux, Appendice A p. 325.77 Les vastes terres entre l'Anduin et la mer de Rhûn ne furent cependant jamais effectivement colonisées ou occupées, et la seule véritable frontière nord du Royaume à l'est de l'Anduin était formée par l'Emyn Muil et les marais à l'ouest et au sud de celui-ci. Cependant l'influence númenóréenne s’étendit loin même au-delà de ces frontières élargies, remontant les Vaux de l'Anduin jusqu’à sa source, et atteignant les terres à l'est de la Forêt entre les rivières Celon (Flot-Vif)78 et Carnen (Flot-Rouge).
À l'intérieur des limites originelles des Royaumes, la "langue vulgaire" devint bientôt la langue courante, et finalement la langue maternelle de presque tous les habitants de quelque origine, et les immigrants qui furent autorisés à s'établir à l’intérieur des limites l'adoptèrent. Ses locuteurs l'appelaient généralement occidentalien (en fait Adúni, et en sindarin Annúnaid). Mais elle se répandit loin au-delà des limites des Royaumes - au début dans les échanges avec les "peuples des Royaumes", et plus tard comme un "parler commun" commode pour les rapports entre des peuples qui conservaient de nombreuses langues de leurs crûs. Ainsi les Elfes et les Nains l'utilisaient dans les échanges entre eux et avec les Hommes.
Le texte s'achève abruptement ici (sans point final après le dernier mot, bien que ça puisse ne pas être significatif), en milieu de page.
Un cas remarquable est celui de la conversation entre Ghân, chef des Hommes Sauvages, et Théoden. Probablement peu d'Hommes Sauvages, et peut-être aucun, autres que Ghân utilisaient le parler commun, et il n'avait qu'un vocabulaire limité de mots utilisé selon les tournures de sa langue maternelle.
Les Rois et leurs descendants après Thengel connaissaient également la langue sindarine - la langue des nobles au Gondor. [Cf. Appendice A (II), dans la liste des Rois de la Marche, au sujet du séjour de Thengel au Gondor. Il est dit que, après son retour au Rohan, "on parl[a] la langue du Gondor dans sa demeure, et il y en avait qui n’approuvaient point."]
L'effet sur les locuteurs contemporains du parler commun du Gondor étant comparable à celui que nous devrions ressentir si un étranger, à la fois lettré et linguiste expérimenté, devait, lorsque étant courtois ou traitant de questions importantes, utiliser avec aisance un anglais de, disons, environ 1600 A.D., mais adapté à notre prononciation moderne.
Structurellement et grammaticalement, il différait largement de toutes les autres langues de l'ouest de cette époque; bien qu'il présentât certains points communs avec l'adûnaïque, l'antique langue "maternelle" de Númenor. Ceci suscita la théorie (probable) selon laquelle, dans un passé non rapporté, certaines des langues des Hommes - y compris la langue de l'élément dominant chez les Atani, dont est issu l'adûnaïque - avaient été influencées par le khuzdul.
Ils avaient, est-il dit, une écriture complexe pictographique ou idéographique qui leur était propre. Mais ils l'ont gardée résolument secrète.
Y compris leurs ennemis comme Sauron, et ses serviteurs de haut rang qui étaient en fait partiellement d'origine númenóréenne.
[Comme Gil-galad, Celebrimbor était un personnage apparaissant en premier lieu dans Le Seigneur des Anneaux, dont mon père modifia l'origine encore et encore. L'affirmation la plus ancienne sur le sujet se trouve dans le texte post-Seigneur des Anneaux, L'histoire de Galadriel et Celeborn, où il est dit (cf. Contes et Légendes inachevés, p. 235) :
Galadriel et Celeborn avaient dans leur entourage un artisan noldorin nommé Celebrimbor. Il était d’origine noldorine, l’un des survivants de Gondolin, et l’un des maîtres artificiers de Turgon - mais il avait ainsi acquis quelque tache d’orgueil et une obsession à la façon des Nains pour les travaux d’artisanat.
Il réapparaît comme orfèvre de Gondolin dans le texte L'Elessar (voir Contes et Légendes Inachevés, pp. 248 et suivantes); mais contrairement au passage dans L'histoire de Galadriel et Celeborn, mon père nota qu'il serait mieux de "faire de lui un descendant de Fëanor". Ainsi, dans la seconde édition (1966) du Seigneur des Anneaux, à la fin des remarques préliminaires aux Annales [NdTr : Appendice B] du Second Âge, il ajouta la phrase : "Celebrimbor était seigneur d’Eregion et un grand orfèvre, le plus grand parmi les siens; il descendait de Fëanor."
Sur une de ses copies du Retour du Roi, il souligna le nom Fëanor dans cette phrase, et écrivit les deux notes suivantes sur la page opposée (le début de la première signifie, je pense : "Quels étaient donc ses parents? Il devait descendre de l'un des fils de Fëanor, dont rien n'a été dit au sujet de sa progéniture").
Comment pourrait-il l'être ? Les seuls descendants de Fëanor étaient ses sept fils, dont six atteignirent le Beleriand. Jusqu'à présent, rien n'a été dit sur leurs femmes et leurs enfants. Il semble probable que Celebrinbaur (poing d'argent, > Celebrimbor) était le fils de Curufin, mais tout en ayant hérité de ses dons, il était un Elfe d'un caractère complètement différent (sa mère refusa de prendre part à la rébellion de Fëanor et resta en Aman avec le peuple de Finarfin). Lors de leur séjour à Nargothrond en tant que réfugiés, il en était venu à aimer Finrod et ^ son épouse, et fut atterré par le comportement de son père et ne partit donc pas avec lui. Plus tard, il devint un grand ami de Celeborn et de Galadriel.
La seconde note se lit :
Maedhros, l'aîné, semble ne pas avoir été marié, comme les deux plus jeunes (des jumeaux, dont l'un fut brûlé par malchance avec les navires); Celegorm non plus, étant donné qu'il complotait de prendre Lúthien pour épouse. Mais Curufin, le plus cher à son père et principal héritier des dons de son père, était marié, et avait un fils qui partit en exil avec lui, bien que son épouse (non nommée) ne le fît pas. Les autres, Maelor et Caranthir, étaient également mariés.
Sur la forme Maelor pour Maglor, voir X.182, §41. La référence dans la première de ces notes à l'épouse de Finrod Felagund est remarquable, étant donné que longtemps avant, dans les Annales Grises, était apparue l'histoire selon laquelle Felagund n'avait pas d'épouse, et que "celle qu’il avait aimée était Amárië des Vanyar, et il ne lui fut pas permis de l’accompagner dans l’exil". Cette histoire avait en fait été abandonnée, ou oubliée, mais elle reviendrait : voir la note sur Gil-galad, p. 350.
Ces notes sur Celebrimbor fils de Curufin furent la base des passages introduits par édition dans le Silmarillion publié, p. 176 (voir V.300-1), et dans Les Anneaux de pouvoir, ibid., p. 286. Mais dans des écrits postérieurs (1968 ou plus tard), au sujet des mots eldarins pour 'main', mon père dit ceci :
L'eldarin commun contenait une base KWAR "presser, serrer". Un dérivé était *kwāra : quenya quár, telerin pār, sindarin paur. On peut le traduire par 'poing', bien qu'il soit principalement employé en référence à la main étroitement fermée comme en utilisant un instrument ou un outil plutôt que le "poing" tel qu'utilisé pour frapper. Cf. le nom Celebrinbaur > Celebrimbor. C'était une forme sindarisée du telerin Telperimpar (quenya Tyelpinquar). C'était un nom fréquent parmi les Teleri, qui, en plus de la navigation et de la construction de navires, étaient également renommés en tant qu'orfèvres sur argent. Le fameux Celebrimbor, défenseur héroïque de l'Eregion dans la guerre du Second Âge contre Sauron, était un Teler, un des trois Teleri qui accompagnèrent Celeborn en exil. Il était un grand orfèvre sur argent, et vint en Eregion attiré par les rumeurs du merveilleux métal trouvé en Moria, l'argent de la Moria, auquel il donna le nom mithril. Dans le travail de celui-ci, il devint un rival des Nains, ou plutôt un égal, car il y avait une grande amitié entre les Nains de la Moria et Celebrimbor, et ils s'échangeaient leurs techniques et leurs secrets. De même, Tegilbor était utilisé pour quelqu'un d'habile en calligraphie (tegil était la forme sindarisée du quenya tekil "plume", inconnue chez les Sindar avant la venue des Noldor).
Lorsque mon père écrivit ceci, il ignorait l'ajout à l'Appendice B dans la seconde édition, affirmant que Celebrimbor "descendait de Fëanor"; sans doute avait-il oublié que cette théorie était apparue en publication, car s'en serait-il souvenu qu'il se serait indubitablement senti lié par elle. - Sur l'affirmation selon laquelle Celebrimbor était "un des trois Teleri qui accompagnèrent Celeborn en exil", voir Contes et Légendes inachevés, pp. 231-3.
Pourtant, ici dans le présent essai, appartenant à peu près à la même époque que celui sur les mots eldarins pour "main" juste cité, un compte-rendu radicalement différent des origines de Celebrimbor est donné : "un Sinda qui prétendait descendre de Daeron".]
Cependant, elles n'apparaissaient pas dans les inscriptions sur la porte occidentale de la Moria. Les Nains disaient que c'était par courtoisie envers les Elfes que les lettres fëanoriennes étaient employées sur cette porte, car elle s'ouvrait sur leur pays et était principalement utilisée par eux. Mais les portes orientales, qui furent détruites durant la guerre contre les Orks, s'ouvraient sur le vaste monde, et étaient moins accueillantes. Elles portaient des inscriptions runiques en plusieurs langues : des sorts d'interdiction et d'exclusion en khuzdul, et des ordres à quiconque n'avait pas l'autorisation du Seigneur de la Moria de quitter les lieux, inscrits en quenya, sindarin, parler commun, langues du Rohan, de Dale et du pays de Dun.
[Dans la marge à côté de ce paragraphe dans le texte à cet endroit, mon père écrivit au crayon :
N.B. En fait, il est dit par Elrond dans Bilbo le Hobbit que les runes furent inventées par les Nains et étaient écrites avec des pinceaux d'argent. Elrond était un Semi-Elfe et un maître du savoir et de l'histoire. Donc nous devons soit tolérer cette divergence, soit modifier l'histoire des runes, en faisant largement des Angerthas Moria l'invention des Nains.
Dans des notes associées à cet essai, on peut le voir pondérer cette dernière solution, considérant la possibilité que c'était les Nains Longues-barbes qui étaient les créateurs originels des runes; et que ce fut d'eux que Daeron s'inspira, mais étant donné que les premières runes n'étaient pas bien organisées (et différaient d'une demeure des Nains à une autre), il les organisa en un système logique.
Mais évidemment, dans l'Appendice E (II), il avait très explicitement affirmé l'origine des runes : "Ce furent les Sindar, au Beleriand, qui les premiers inventèrent les Cirth". Ce fut Daeron de Doriath qui développa l'alphabet "le plus riche et le mieux ordonné" des Cirth, l'alphabet de Daeron, et son emploi en Eregion conduisit à son adoption par les Nains de la Moria, d'où son nom Angerthas Moria. Ainsi l'incohérence, si incohérence il y avait, pouvait à peine être levée; mais en fait, il n'y en avait aucune. Les runes qu'Elrond déclarait (à la fin du chapitre Courte pause) avoir été créées par les Nains et écrites avec des pinceaux d'argent étaient les runes lunaires, pas les runes en tant que forme d'alphabet - comme mon père le nota en long et en large avec soulagement. Je mentionne tout ceci en tant qu'illustration de son souci intense d'éviter la divergence et l'incohérence, même si dans ce cas son inquiétude n'était pas fondée. - Pour un précédent compte-rendu de l'origine des runes, voir VII.452-5.]
[Le texte manuscrit s'achève à cet endroit, et le tapuscrit débute.]
Comme les choses empiraient en Moria et que même l'espoir de fuir avec la vie sauve s'envolait, les dernière pages du Livre n'ont pu être écrites que dans l'espoir que le Livre puisse être trouvé plus tard par des amis, et qu'il puisse les informer du sort de Balin et de son impétueuse expédition en Moria - ce qui se passa effectivement.
Des cas étaient la réduction de consonnes (longues) doubles en simples médialement entre voyelles, ou l'altération de consonnes dans certaines combinaisons. Les deux sont illustrés dans le terme familier du Troisième Âge tunas "garde", i.e. un groupe d'hommes agissant en tant que gardes. Il s'agissait d'un dérivé de la racine TUD "surveiller, garder" + nas "personne" : un groupe organisé ou un rassemblement de personnes pour quelque fonction. Mais tudnas, bien qu'il soit souvent conservé dans son orthographe "correcte", avait été changé en tunnas et était généralement ainsi orthographié : tunas, qui apparaît à la première ligne des trois pages conservées, était "incorrect" et de langage familier. (Incidemment, ce nas est probablement un exemple des nombreux emprunts à l'elfe qui apparaissaient déjà en adûnaïque et qui augmentèrent dans le parler commun des Royaumes. Il est probablement < quenya nossë, sindarin nos, "parenté, famille". Le o court de l'elfe devint a dans de tels mots empruntés.)
[Les trois pages ont été reproduites dans Pictures by JRR Tolkien, 1979, n° 23 (deuxième édition, 1992, n° 24).]
Quelques mots d'une forme pervertie de noir parler font exception; quelques noms de lieux ou de personnes (non interprétés); le cri de guerre des Nains. Également quelques noms de lieux supposés être d'origine ou de signification oubliée; et un ou deux noms de personnes de la même espèce (voir l'Appendice F).
Le fragment d'Amenartas était en grec (fourni par Andrew Lang) de la période depuis laquelle il était supposé avoir survécu, pas en anglais écrit aussi bien que faire se peut en lettres grecques. [Pour le fragment d'Amenartas, voir H. Rider Haggard, She, chapter 3.]
Le premier chant de Galadriel est traité de la sorte : il n'est donné qu'en traduction (comme l'est tout le reste de ses paroles). Parce que dans ce cas, une traduction en vers fut tentée, pour représenter autant que possible le dispositif métrique de l'original - une composition réfléchie, effectuée sans aucun doute longtemps avant la venue de Frodo, et indépendante de l'arrivée en Lórien de l'Anneau unique. Alors que l'Adieu était adressé directement à Frodo, et était un épanchement improvisé en style rythmique libre, reflétant l'accroissement submergeant de son regret et de son languissement, et son désespoir personnel après avoir survécu à la terrible tentation. Il fut traduit fidèlement. La traduction du premier doit être présumée être bien plus libre pour permettre aux dispositifs métriques d'être représentés. (En fait, il prouva que ce fut l'abnégation par Galadriel de la fierté et de la confiance en ses propres pouvoirs, et son refus absolu de toute augmentation illégale de ceux-ci, qui fournirent le navire pour la ramener chez elle.) [Voir le passage d'une lettre de mon père de 1967, citée dans Contes et Légendes inachevés, p. 229; Lettres n° 297, à la fin.]
[Ceci se réfère aux six dernières lignes (y inclus l'interprétation de l'inscription sur la tombe) du chapitre Un voyage dans l’obscurité, débutant par : "Ce sont des runes de Daeron, telles qu'on les employait jadis dans la Moria, dit Gandalf", qui, dans la seul édition cartonnée en trois volumes du Seigneur des Anneaux, apparaît à cette page.]
Probablement observées par les plus orientés en linguistique et en histoire; bien que je n'aie reçu aucun commentaire sur elles.
[Ceci se réfère à la fin de l'Appendice F, I ("Pour ce qui est de Gimli…"), mentionnée ci-dessus, p. 296.]
Dans les époques ultérieures, quand leur propre khuzdûl fut devenu une langue savante, et que les Nains eurent adopté le parler commun ou une langue locale des Hommes, ils utilisèrent naturellement ces noms "extérieurs" à toutes fins informelles. [khuzdûl est dans ce cas écrit avec un accent circonflexe sur la deuxième voyelle.]
[Au même moment où les modifications indiquées furent apportées au texte de ce passage, mon père inscrivit dans la marge : "Mais sur ce point voir ci-dessous - ils furent dérivés d'une langue des Hommes du Nord depuis longtemps oubliée." Voir pp. 303-4, et note 23 ci-dessous.]
Les références (dans l'Appendice A [au début de III, Le Peuple de Durin]) aux légendes de l'origine des Nains de l'espèce connue comme Longues-barbes (khuzdul Sigin-tarâg, traduit par le quenya Andafangar, sindarin Anfangrim), ainsi qu'à leurs "demeures" à Khazad-Dûm (Moria) sont trop brèves pour clarifier la situation linguistique. L’"aurore du temps" ne fait (bien sûr) pas référence au temps géologique - sur lequel seuls les Eldar avaient des légendes, issues et transformées à partir des informations telles que celles que leurs savants reçurent des Valar. Elles se réfèrent aux légendes des Âges de l'Éveil et de l'arrivée des Peuples Parlants : d'abord les Elfes, deuxièmement les Nains (comme ils le prétendent), et troisièmement les Hommes. À la différence des Elfes et des Hommes, les Nains semblent dans les légendes s'être éveillés dans le Nord de la Terre du Milieu. [Cette note continue comme suit, mais sa suite fut subséquemment barrée.] Le lieu plus occidental, l'endroit de la naissance ou de l'éveil de l'ancêtre des Longues-barbes, était selon les traditions du Troisième Âge une vallée dans l'Ered Mithrin. Mais c'était en des jours très éloignés. C'était longtemps avant que les migrations des Hommes de l'Est n'atteignissent les régions nord-ouest. Et c'était également longtemps avant que les Nains - parmi lesquels les Longues-barbes semblent avoir été les plus secrets et les moins intéressés par les échanges avec les Elfes et des Hommes - n'éprouvassent encore le besoin d'apprendre toutes langues de leurs voisins, encore moins de créer des noms sous lesquels ils pouvaient être connus des "extérieurs".
[Le point de mon père était que Balin et Fundin sont de vrais noms en vieux norois, utilisés comme "traductions" pour les besoins du Seigneur des Anneaux. Ce qu'il aurait dû faire dans une représentation visuelle de l'inscription de la tombe était utiliser, non pas leurs noms "intérieurs" en khuzdul, bien sûr, mais leurs véritables noms "extérieurs", qui sont représentés dans le texte du Seigneur des Anneaux par Balin et Fundin.]
[Il semble que ce fut lorsque mon père arriva à cet endroit dans l'essai qu'il apporta les modifications au texte en p. 300 avec l'observation marginale donnée en note 20, et qu'il barra la fin de la note 21.]
Lui seul n'avait pas de compagnons; cf. "il dormit solitaire" (III.352). [La référence est au début de l'Appendice A, III. Le passage dans le texte est difficile à interpréter. Mon père y fait référence à quatre lieux d'éveil des Sept Ancêtres des Nains : ceux "des Barbes-de-feu et des Torses-larges", "de l'ancêtre des Longues-barbes", "des Poings-de-fer et des Barbes-raides", et "des Tresses-noires et des Pieds-de-pierre". (Aucun de ces noms des six autres espèces des Nains n'a été donné auparavant. Étant donné que les ancêtres des Barbes-de-feu et des Torses-larges s'éveillèrent dans l'Ered Lindon, ces espèces doivent être présumées être les Nains de Nogrod et Belegost.) Il semble qu'il faisait ici référence à Durin ayant "dorm solitaire", à la différence des autres espèces, dont les Pères furent disposés pour dormir par paires. Si c'est le cas, il s'agit d'une version différente de celle citée en XI.213, où Ilúvatar "ordonna à Aulë de déposer les pères des Nains dans des lieux profonds, séparément et chacun avec sa compagne, hormis Durin, l'Aîné, qui n'en avait pas." Sur le sujet des compagnes des Pères des Nains, voir XI.211-3. - Dans la marge du tapuscrit, mon père écrivit plus tard (à côté de la présente note) : "Il erra au loin après son éveil : son peuple était composé de Nains qui le rejoignirent, venant des espèces de l'est et de l'ouest"; et en tête de la page il suggéra que la légende de la Création des Nains devrait être modifiée (et en effet très radicalement modifiée) en une forme dans laquelle d'autres Nains furent disposés pour dormir aux côtés des Pères.]
[Dans la conclusion rejetée de la note 21, le lieu d'éveil de l'ancêtre des Longues-barbes était "une vallée dans l'Ered Mithrin" (les Montagnes Grises dans le lointain nord). Il n'y a bien sûr eu aucune référence préalable à cette signification ancienne du Mont Gundabad. Cette montagne apparut à l'origine dans le chapitre Les nuées éclatent dans Bilbo le Hobbit, où il est dit que les Gobelins "se mirent en marche et s'assemblèrent par collines et vallées, passant toujours par des tunnels ou sous le couvert de la nuit jusqu'à ce qu'autour et sous le mont Gundabad du Nord, où se trouvait leur capitale, fût réunie une vaste armée"; et il est indiqué sur la carte des Terres sauvages dans Bilbo le Hobbit comme une grande masse isolée à la limite nord des Monts Brumeux, là où les Montagnes Grises obliquent vers eux. Dans Le Seigneur des Anneaux, Appendice A (III), Gundabad apparaît dans le récit de la Guerre des Nains et des Orcs à la fin du Troisième Âge, où les Nains "attaquèrent et mirent à sac, l’une après l’autre, toutes les fortes places des Orcs [qu’ils purent] [trouver], depuis Gundabad et jusqu’à la Rivière des Iris" (le mot '[qu’ils purent] trouver" fut omis par erreur dans la seconde édition)].
D'après leurs légendes, leur concepteur, Aulë le Vala, l'avait créée pour eux et l'avait enseignée aux Sept Pères avant qu'ils ne fussent disposés pour dormir jusqu'à ce que le moment de leur éveil dût venir. Après leur éveil, cette langue (comme toutes les langues et toutes les autres choses en Arda) évolua dans le temps, et de manière divergente dans les demeures qui étaient séparées de loin. Mais l'évolution fut si lente et la divergence si petite que même au Troisième Âge, la conversation entre tous les Nains dans leur propre langue était aisée. Comme ils disaient, l'évolution du khuzdul, comparé à la langue des Elfes, et plus encore à celles des Hommes, était "comme l'érosion d'une roche dure comparée à la fonte de la neige."
Les Nains se multipliaient lentement; mais les Hommes, dans la prospérité et la paix, plus rapidement que même les Elfes.
Car ils en avaient rencontrés loin dans l'est qui avaient un esprit mauvais. [Ce fut une note au crayon plus tardive. Sur la page précédente du tapuscrit, mon père écrivit au même moment, sans indication de sa référence au texte, mais peut-être à partir de la mention (p. 301) de l'éveil des espèces orientales des Nains : "Hélas, il semble probable que (comme le firent les Hommes plus tard) les Nains des demeures orientales lointaines (et quelques-unes des plus proches?) tombèrent sous l'Ombre de Morgoth et se tournèrent vers le Mal."]
Aucun nain ne monterait jamais un cheval volontairement, pas plus qu'il n'abriterait des animaux, pas même des chiens.
Pour un temps. Les Númenóréens n'étaient pas encore apparus sur les rivages de la Terre du Milieu, et les fondations de Barad-dûr n'avaient pas encore été posées. Ce fut une période brève dans les sombres annales du Second Âge, mais pendant de nombreuses vies d'Hommes, les Longues-barbes contrôlèrent l'Ered Mithrin, Erebor et les Monts du Fer, et tout le versant oriental des Monts Brumeux, jusqu'aux confins de la Lórien; pendant que les Hommes du Nord demeuraient dans toutes les contrées adjacentes, aussi loin au sud que la Grande Route des Nains, qui coupait à travers la Forêt (la Vieille Route de la Forêt n'en était que les restes en ruine au Troisième Âge) et se dirigeait alors vers le nord-est jusqu'aux Monts du Fer. [Comme beaucoup d'autres éléments de ce récit, l'origine de la Vieille Route de la Forêt dans "la Grande Route des Nains", qui après la traversée de Vertbois-le-Grand menait aux Monts du Fer, n'a jamais été rencontrée auparavant.]
Uniquement les noms personnels ou individuels. Le nom de leur race, et les noms de leurs familles, et de leurs demeures, ils ne les celaient pas.
Soit des noms humains courants parmi les Hommes du Nord, soit des noms faits de la même manière à partir d'éléments de la langue humaine, soit des noms sans signification qui étaient simplement formés avec des sons utilisés par des Hommes, assemblés de manière naturelle selon leur langue.
[Mon père pourrait sembler écrire ici comme si Durin était le véritable nom humain du Père des Longues-barbes; mais il s'agit bien sûr d'un nom dérivé du vieux norois, et donc d'une "traduction".]
Quelque peu semblable à la manière dont les "runes" d'origine elfe étaient généralement considérées par les Hommes durant le Troisième Âge comme un mode d'écriture nain.
Sauron fut vaincu par les Númenóréens et repoussé en Mordor, et pendant longtemps ne troubla plus l'ouest, tout en étendant secrètement ses possessions vers l'est.
Bien que des changements et une divergence tels que ceux qui étaient déjà apparus avant qu'ils ne quittassent la Terre du Milieu auraient persisté - telle la divergence de la langue des Teleri par rapport à celle des Noldor.
[Ce titre et le titre de la section subséquente, ainsi que leurs numéros, furent ajoutés au crayon ultérieurement. Le titre de la section I est perdu avec la perte de la première page de l'essai.]
Ce nom est dit avoir été dérivé de atan, 'homme, être humain en tant que distinct des créatures', un mot utilisé par cette espèce que les Eldar rencontrèrent en premier lieu en Beleriand. Celui-ci fut emprunté et adapté au quenya et au sindarin; mais plus tard, quand des Hommes d'autres espèces devinrent connus des Eldar, il devint limité aux Hommes des Trois Peuples qui étaient devenus des alliés des Eldar en Beleriand.
[Un brouillon dactylographié de la page de l'essai sur laquelle cette seconde section débute est préservé (bien que sans le titre de section ou le numéro, voir la note 37) : dans ce brouillon, la présente note commence de la même façon, mais diverge ainsi après les mots 'et adapté au quenya et au sindarin' :
Il fut cependant associé par les Elfes à leur propre mot atar (adar) "père", et souvent traduit par "Pères des Hommes", bien que ce titre, en entier atanatar, n'appartînt en propre qu'aux guides et chefs des peuples au moment de leur entrée en Beleriand. En sindarin adan était encore souvent employé pour "homme", particulièrement dans les noms de race avec un préfixe précédant, comme dans Dúnadan, pluriel Dúnedain, "Hommes de l'Ouest", Númenóréens; Drû-edain, "Hommes Sauvages".
L'affirmation ici selon laquelle Atani fut dérivé d'un mot de la langue bëorienne, atan "homme", contredit ce qui était dit dans le chapitre De la venue des Hommes dans l'Ouest qui a été ajouté au Quenta Silmarillion, XI.219, note de bas de page : "Atani était le nom donné aux Hommes en Valinor dans les traditions parlant de leur venue; selon les Eldar il signifiait 'Second', car le peuple des Hommes était le deuxième des Enfants d'Ilúvatar"; cf. Quendi et Eldar, XI. 386, où il est dit essentiellement la même chose (la création du nom Atani y est attribuée aux Noldor en Valinor).]
[Ceci se réfère à la captivité de Morgoth en Aman. Voir X.423, note 3.]
[Cf. les mots d'Andreth, X.310, et ceux de Bereg et Amlach, XI.220, §18.]
[Haleth n'est pas le nom du chef qui dirigeait le peuple de Haleth lorsqu'ils arrivèrent pour la première fois en Beleriand : voir XI.221-2 et l'arbre généalogique, XI.237. Mais cela n'est probablement pas significatif, au regard de ce qui est dit à la fin du paragraphe : ces gens "furent appelés le Peuple de Haleth, car Haleth était le nom de leur dirigeante qui les conduisit vers les forêts au nord de Doriath où ils furent autorisés à s'établir." D'un autre côté, l'affirmation selon laquelle Hador était le nom du chef qui mena le Peuple de Hador en Beleriand semble ignorer cette histoire grandement enrichie et modifiée qui était apparue dans le chapitre De la venue des Hommes dans l'Ouest (cf. note 38), selon laquelle c'était Marach qui mena ce peuple à travers les Montagnes, et Hador lui-même, bien qu'il donnât son nom au peuple, était un descendant de Marach à la quatrième génération (voir XI.218-19 et l'arbre généalogique, XI.234). Dans ce texte, la division du Peuple de Hador en trois troupes, à laquelle il est fait référence un peu plus loin dans le présent paragraphe, n'est pas mentionnée - en effet, il était dit (XI.218, §10) que Bëor rapporta à Finrod qu’"ils sont un peuple nombreux, et pourtant ils restent ensemble et se déplacent lentement, tous dirigés par un chef qu'ils appellent Marach."]
[Dans d'autres récits, le Peuple de Haleth était le deuxième peuple des Edain à entrer en Beleriand, pas le dernier; ainsi, en QS §127 (V.275), quand Haleth était encore Haleth le Chasseur, et n'avait pas été transformé en la Dame Haleth, "Après Bëor vint Haleth, père de Hundor, et plus tard encore vint Hador aux cheveux d'or", et dans De la venue des Hommes dans l'Ouest §13 (XI.218) : "Tout d'abord vinrent les Haladin ... L'année suivante, cependant, Marach mena son peuple par-delà les Montagnes". Dans ce texte (§10), Bëor dit à Felagund que ceux du Peuple de Marach "nous devançaient dans la marche vers l'ouest, mais nous les avons dépassés", et il n'y a pas de suggestion du récit ici raconté selon lequel ils atteignirent l'Eredlindon, les premiers de tous les Edain, mais que "à la recherche d’une route contournant les Montagnes", ils " arriv[èrent] du sud" en Beleriand. - Des querelles internes parmi le Peuple de Haleth, auxquelles il est fait référence quelques lignes plus loin dans ce paragraphe, il n'y a pas eu de mention préalable.]
Sans doute était-ce dû à un mélange avec des Hommes d'une autre espèce dans le passé; et il était aussi remarqué que la chevelure sombre était courante dans les familles ayant plus d'adresse et d'intérêt pour l'artisanat et le savoir.
Avec une connaissance de la langue de Bëor qui fut perdue ultérieurement, excepté quelques noms de personnes et de lieux, et quelques mots ou expressions conservés dans les légendes. Un des noms communs était atan. [Avec la dernière phrase, cf. note 38.]
[À ceci doit-on peut-être comparer ce que mon père écrivit ailleurs à cette époque (p. 373, note 13) concernant la longue période durant laquelle les "Bëoriens" et les "Hadoriens" furent séparés au cours de leur migration vers l'Ouest et demeurèrent sur les rives opposées d'une grande mer intérieure.]
Beren le Renommé avait les cheveux d'un brun doré et les yeux gris; il était plus grand que la plupart de ses parents, mais il était large d'épaules et très fort de ses membres.
Les Eldar disaient, et se rappelaient dans les chansons qu'ils chantaient encore dans les jours ultérieurs, qu'ils ne pouvaient pas être aisément distingués des Eldar - pas tant que durait leur jeunesse, dont le rapide étiolement était une peine et un mystère pour les Eldar.
[À ce compte-rendu du Peuple de Bëor et du Peuple de Hador peut être comparée la description que mon père écrivit de nombreuses années auparavant dans le Quenta Silmarillion, V.276, §130.]
[Sur la modification de la relation entre les trois langues des Atani, par laquelle celle du Peuple de Haleth remplaça celle du Peuple de Hador en tant que la langue isolée des autres, voir p. 368 et note 4.]
Non en raison de leur situation particulière en Beleriand, et peut-être plutôt une cause de leur faible nombre que son résultat. Ils croissaient en nombre bien plus lentement que les autres Atani, à peine plus que ce qui était nécessaire pour remplacer les ravages de la guerre; pourtant, nombre de leurs femmes (qui étaient moins nombreuses que les hommes) restaient célibataires.
[À part quelques modifications légères et largement non nécessaires du texte originel (n'en changeant en aucun cas le sens), il y a quelques points à mentionner à propos de celui présenté dans Contes et Légendes inachevés. (1) l'orthographe Ork(s) a été changée en Orc(s), et celle de la rivière Taiglin en Teiglin (voir XI.228, 309-10). (2) Un passage à propos de l'amour des Drûgs pour les champignons comestibles a été omis en raison d'une note au crayon de mon père à son côté : "Tout supprimer à propos des champignons. Trop semblable aux Hobbits" (une référence, bien sûr, à Frodo et aux champignons du père Maggot). Ceci suivait le passage sur la connaissance des Drûgs sur les plantes, et se lit :
À l'étonnement des Elfes et des autres Hommes, ils mangeaient des champignons avec plaisir, dont de nombreux paraissaient laids et dangereux pour d'autres; quelques espèces qu'ils aimaient particulièrement, ils les faisaient pousser près de leurs demeures. Les Eldar ne mangeaient pas ces choses. Le Peuple de Haleth, instruit par les Drúedain, les employait parfois en cas de nécessité; et s'ils étaient invités, ils mangeaient ce qui était proposé par courtoisie, et sans crainte. Les autres Atani les évitaient, à part en cas de grande faim quand ils étaient égarés dans les terres sauvages, car peu d'entre eux avaient la connaissance pour distinguer le sain du mauvais, et les moins sages les appelaient les plantes-orcs et supposaient qu'ils avaient été maudits et gâchés par Morgoth.]
[Voir Contes et Légendes inachevés, p. 386, note 8. Ailleurs, le serviteur de Húrin est nommé Sador, non Sadog.]
[Cette phrase est citée dans Contes et Légendes inachevés, p. 387, note 11.]
Voir la discussion sur les mesures linéaires et leur équivalence avec nos mesures dans la légende du Désastre des Champs d'Iris. [Cette discussion (qui, avec le texte lui-même, appartient à la période très tardive - 1968 ou plus) apparaît dans Contes et Légendes inachevés, pp. 285 et suivantes, où une note sur la taille des Hobbits est également donnée.]
Au sens premier de "sauvage" : ils étaient par nature de bonne disposition, ni cruels ni vindicatifs.
De différents types. Ils trouvaient les Nains de tempérament incertain et dangereux s'ils étaient contrariés; ils considéraient les Elfes avec un respect mêlé de crainte, et les évitaient. Même dans la Comté au Troisième Âge, où les Elfes étaient plus faciles à croiser que dans d'autres régions où les Hobbits vivaient ou avaient vécu, la plupart des habitants de la Comté n'auraient pas de contacts avec eux. "Ils errent en Terre du Milieu," disaient-ils, "mais leurs esprits et leurs cœurs ne sont pas là."
["Nulle part ailleurs dans le monde, ne pouvait se rencontrer cet arrangement particulier (mais excellent)" : ouverture du chapitre À l'enseigne du Poney fringant. Cette observation est ici attribuée à Bilbo, en temps qu'auteur ultime du Livre Rouge de la Marche de l'Ouest.]
En effet, il est probable que seulement à Bree et en Comté survivaient des communautés de Hobbits à l'ouest des Monts Brumeux. Rien n'est connu de la situation dans les terres plus à l'est, d'où les Hobbits avaient dû migrer dans les âges non rapportés.
Quand ils entrèrent en Eriador (tôt au deuxième siècle du Troisième Âge), les Hommes y étaient encore nombreux, à la fois des Númenóréens et d’autres Hommes apparentés aux Atani, à côté des restes des Hommes d'espèces maléfiques, hostiles aux Rois. Mais le parler commun (d’origine númenóréenne) y était généralement employé, même après le déclin du Royaume du nord. À l’époque de Bilbo, de grandes régions d’Eriador étaient vides d'Hommes. La désertification avait débuté lors de la Grande Peste (peu après l’occupation de la Comté par les Hobbits), et fut hâtée par la chute finale et la disparition du Royaume du nord. Durant la Peste, il semblerait que les seules communautés de Hobbits à survivre furent celles dans le lointain nord-ouest à Bree et en Comté. [La phrase d'ouverture de cette note, situant l’entrée des Hobbits "tôt au deuxième siècle du Troisième Âge", est manifestement une erreur accidentelle : vraisemblablement, mon père voulait dire "millénaire" pour "siècle" (dans l’Appendice B, la date de la venue des Forts est donnée sous 1050 du Troisième Âge, et celle des Pâles et des Pieds Velus sous 1150).]
Les invasions étaient également sans doute en grande partie dues à Sauron, car les "Orientaux" étaient pour la plupart des Hommes cruels et mauvais, descendants de ceux qui avaient servi et rendu un culte à Sauron avant sa défaite à la fin du Second Âge.
Bien que les traditions maternelles des Rohirrim ne conservassent nul souvenir de l'antique guerre en Beleriand, ils acceptaient la croyance, qui fit beaucoup pour renforcer leur amitié avec le Gondor et leur loyauté ininterrompue au serment d’Eorl et de Cirion. [En relation avec cette note et le passage dans le texte auquel elle se réfère, mon père écrivit dans la marge du tapuscrit :
Cela pourrait effectivement avoir été vrai de ces Hommes en Terre du Milieu que les Númenóréens de retour rencontrèrent en premier (voir ci-dessous); mais d'autres Hommes au nord leur ressemblant par leurs traits et leur tempérament ne peuvent qu'avoir été apparentés en tant que descendants de peuples dont les Atani avaient été l'avant-garde.]
[Dans Quendi et Eldar (XI.377), il y a une référence aux Avari "qui s'étaient infiltrés par petits groupes secrets en Beleriand depuis le sud", et aux rares cas d’un Avar "qui se joignait aux ou était admis parmi les Sindar"; tandis que, dans cet essai, Eöl de Nan Elmoth était un Avar (XI. 409 et note 33).]
[La Petite Lune apparaît pour la première fois sur la troisième et dernière des cartes générales de l’ouest de la Terre du Milieu de mon père (celle sur laquelle ma carte originelle publiée dans Le Seigneur des Anneaux est fortement basée), mais ceci semble être la première fois qu’elle a été nommée.]
[Avec cette affirmation selon laquelle la région au-delà du confluent de la Petite Lune était "territoire nain", cf. l’Appendice A (I, iii), où il est dit qu'Arvedui, le dernier roi d’Arthedain, "se cacha dans les galeries de mine, exploitées anciennement par les Nains, aux confins nord des Monts".]
Les gens de Gil-galad étaient principalement ñoldorins; bien qu'au Second Âge les Elfes de Harlindon fussent surtout sindarins, et que la région fût un fief contrôlé par Celeborn. [Dans la note préliminaire des Annales du Second Âge dans l’Appendice B, il est dit : "Au Lindon, au sud de la Lune, vécut un certain temps du moins Celeborn, parent de Thingol"; voir Contes et Légendes inachevés p. 233 et note 2, où il est fait référence à la présente note.]
[Voir Contes et Légendes inachevés, pp. 262-3 (extrait d'un essai tardif sur les noms des rivières et des feux d'alarmes du Gondor).- Le nom fut tapé Enedwaith, avec un h ajouté subséquemment, mais plus tard dans cet essai (note 76), la forme tapée est Enedhwaith; de même dans celui sur les noms des rivières précédemment cité, bien que dans les extraits donnés dans Contes et Légendes inachevés, j’aie indiqué Enedwaith pour accord avec les textes publiés.]
Celui-ci, selon les traditions de Dol Amroth, avait été établi par des Sindar marins des Havres de l’ouest du Beleriand, qui fuirent dans trois petits navires quand le pouvoir de Morgoth submergea les Eldar et les Atani; mais il fut ultérieurement augmenté par des aventuriers des Elfes Sylvains à la recherche de la Mer dans laquelle se jetait l’Anduin. Les Elfes Sylvains étaient des Elfes Médians selon la classification des Númenóréens, bien qu'inconnus des Atani jusqu'à des jours ultérieurs : car ils étaient comme les Sindar des Teleri, mais étaient les traînards des dernières compagnies qui n’avaient jamais traversé les Monts Brumeux et avaient établi de petits royaumes sur les deux rives des Vaux de l’Anduin. (De ceux-ci, la Lórien et le royaume de Thranduil dans la Forêt Noire étaient les survivants au Troisième Âge). Mais ils ne furent jamais complètement libres d'un trouble et d'un languissement pour la Mer, qui parfois en poussaient quelques-uns à errer loin de leurs demeures. [Sur ce port (Edhellond), voir Contes et Légendes inachevés, pp. 246-7 et note 18 en p. 255.]
Les premiers voyages des Númenóréens en Terre du Milieu furent vers les terres de Gil-galad, avec qui leur grand marin Aldarion fit alliance.
Alors que la puissance de Númenor dépendait de plus en plus des grandes flottes, pour lesquelles leur propre pays ne pouvait plus fournir assez de bois de construction sans être ruiné, leur coupe d'arbres et le transport du bois jusqu’à leurs chantiers navals en Númenor ou sur la côte de la Terre du Milieu (particulièrement à Lond Daer, le grand port à l’embouchure du Flot-Gris) devinrent irresponsables. [Voir Contes et Légendes inachevés, p. 262, concernant l’abattage des arbres par les Númenóréens en Minhiriath et en Enedhwaith. Sur la parenté des habitants des forêts de ces régions avec le Peuple de Haleth, il n'y a pas de suggestion ailleurs (voir également la note 72 ci-dessous). Pour la phrase suivante dans le texte, "Au Troisième Âge, leurs survivants étaient le peuple connu au Rohan sous le nom de Dunlendings", voir Contes et Légendes inachevés, p. 263 : "Ils [les peuples indigènes fuyant devant les Númenóréens] trouvèrent refuge dans les montagnes de l’Est où plus tard fut le pays de Dun".]
[Il s’agissait du voyage de Vëantur le Númenóréen, grand-père d’Aldarion le navigateur : voir Contes et Légendes inachevés, pp. 171 et 174-5.]
[Aux mots dans le texte donné dans Contes et Légendes inachevés "comme s’ils parlaient à des amis et des parents après une longue séparation", il y a une note dans l'essai que je n’ai pas incluse :
Les Atani avaient appris la langue sindarine en Beleriand, et la plupart d’entre eux, en particulier les hommes de haut lignage et les lettrés, l'avaient parlée avec familiarité, même entre eux; mais toujours en tant que langue apprise, enseignée dans la petite enfance; leur langue maternelle restait l’adûnaïque, la langue humaine du Peuple de Hador (excepté dans quelques districts de l’ouest de l’île, où les gens rustiques utilisaient un dialecte bëorien). Ainsi le sindarin qu’ils employaient était resté inchangé à travers de nombreuses vies d’Hommes.
Avec ceci, cf. Contes et Légendes inachevés, p. 215 note 19. Je ne sais pas comment la mention d’"un dialecte bëorien" survivant à l’ouest de Númenor doit être reliée à la perte totale de la langue du Peuple de Bëor à laquelle se réfère la note 44; voir également p. 368 et note 5.]
Ceci peut avoir été une des raisons pour lesquelles les Númenóréens échouèrent à reconnaître les Hommes des bois du Minhiriath comme des "parents", et les confondirent avec des Hommes de l'Ombre, car, comme on l'a noté, la langue maternelle du Peuple de Haleth n’était pas reliée à la langue des Peuples de Hador et de Bëor.
Et ceux qu’ils adoptaient des habitants plus anciens, ils les modifiaient habituellement pour convenir au style sindarin. Leurs noms de personnes étaient également presque tous de forme sindarine, sauf quelques-uns qui étaient issus des légendes des Atani au Premier Âge.
Il devint ainsi naturellement quelque peu corrompu par rapport au véritable sindarin des Elfes, mais ceci fut entravé par le fait que le sindarin était tenu en haute estime et était enseigné dans les écoles, selon les formes et la structure grammaticale des jours anciens.
Le royaume elfe fut diminué lors des guerres contre Sauron, et par la fondation d’Imladris, et il ne s'étendait plus à l’est de l’Ered Luin.
L’Enedhwaith (ou Terres sauvages centrales) était partagé entre les Royaumes du nord et du sud, mais ne fut jamais colonisé par les Númenóréens en raison de l’hostilité des Gwathuirim (Dunlendings), excepté dans la ville et le port fortifiés aux abords du grand pont sur le Flot-Gris à Tharbad. [Le nom Gwathuirim des Dunlendings n’est pas apparu auparavant.]
[Il était dit dans l’Appendice A (I, iv) qu’au sommet de sa puissance, le royaume de Gondor "s’étendait vers le nord jusqu’au Celebrant", et une longue note dans l'essai à cet endroit, commençant par "Mais pour 'Celebrant', lire 'Champ du Celebrant'", constitue un exposé de la signification de ce dernier nom (Parth Celebrant). Cette note est donnée dans Contes et Légendes inachevés, p. 260).]
[Le Flot-Vif est nommé Celduin dans l’Appendice A, III (RR p. 353). Celon était la rivière qui, au Premier Âge, naissait dans la Colline de Himring et traversait Nan Elmoth pour rejoindre l’Aros; et étant donné que Celduin, en tant que nom du Flot-Vif, apparaît dans le texte très tardif Cirion et Eorl (Contes et Légendes inachevés, p. 289), Celon ici n’est probablement rien de plus qu’une confusion fortuite des noms.]
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References: §6
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