Source: http://jesusmarie.free.fr/3a_q14.htm
Timestamp: 2017-10-23 06:01:38+00:00

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Question 14 : Des infirmités du corps que le Fils de Dieu a prises
Après avoir parlé des perfections de l’âme du Christ, nous devons nous occuper des défauts ou des infirmités qu’il a éprouvés dans la nature humaine. — Nous traiterons : 1° des défauts du corps ; 2° des défauts de l’âme. — A cet égard quatre questions se présentent : 1° Le Fils de Dieu a-t-il dû prendre dans la nature humaine les défauts du corps ? (Cet article est une réfutation de l’hérésie de Julien d’Halicarnasse et de celle des acéphales, qui prétendaient que le corps du Christ avait été incorruptible dès le moment de sa conception. L’empereur Justinien est tombé dans cette erreur sur la fin de sa vie.) — 2° A-t-il épousé la nécessité d’être soumis à ces défauts ? (Il est bon d’observer que le Verbe pouvait prendre un corps exempt de toutes les infirmités de cette vie, comme celui qu’avait Adam avant son péché, ou même en prenant un corps comme le nôtre, il pouvait l’exempter des misères que nous endurons. Ses souffrances n’ont été nécessaires que quand on les considère par rapport à la condition de la nature humaine considérée en elle-même.) — 3° Les a-t-il contractés ? (Cet article roule sur la signification du mot contracter (contrahere), qui, dans la langue de l’Ecole, suppose que l’effet existe simultanément avec sa cause la plus prochaine dans le même sujet. Or, le péché étant la cause prochaine de nos infirmités, pour les contracter il faut que l’on ait commis une faute quelconque ; ce que n’a pas fait le Christ.) — 4° A-t-il pris tous nos défauts corporels ?
Article 1 : Le Fils de Dieu a-t-il dû prendre dans la nature humaine les défauts du corps ?
Objection N°1. Il semble que le Fils de Dieu n’ait pas dû prendre la nature humaine avec les défauts du corps. Car, comme l’âme est unie personnellement au Verbe de Dieu, de même aussi le corps. Or, l’âme du Christ a eu la perfection absolue, et quant à la grâce, et quant à la science, ainsi que nous l’avons dit (quest. 7, art. 9, et quest. 9, art. 1). Son corps a donc dû être parfait de toutes les manières, sans avoir en lui-même aucun défaut.
Réponse à l’objection N°1 : Il faut répondre au premier argument, que la satisfaction pour les péchés d’un autre a pour matière les peines que l’on prend sur soi pour les péchés d’autrui, mais elle a pour principe l’habitude de l’âme qui porte à vouloir satisfaire pour un autre et d’où la satisfaction tire son efficacité. Car la satisfaction n’est efficace qu’autant qu’elle procède de la charité, comme nous le dirons (Voir supplem., quest. 14, art. 2). C’est pourquoi il a fallu que l’âme du Christ fût parfaite quant aux habitudes des sciences et des vertus pour avoir la faculté de satisfaire ; tandis que son corps a été soumis aux infirmités, pour que la matière de la satisfaction ne fît pas en lui défaut.
Objection N°2. L’âme du Christ voyait le Verbe de Dieu de la vision dont le voient les bienheureux, comme nous l’avons dit (quest. 9, art. 2), et par conséquent elle était bienheureuse. Or, le corps est glorifié par suite de la béatitude de l’âme ; car saint Augustin dit dans une lettre à Dioscore (Ep. 118) : Dieu a fait l’âme d’une nature si puissante que la plénitude de sa béatitude rejaillit sur la nature inférieure qui est le corps, non cette béatitude qui est propre à l’être qui jouit et qui est intelligent, mais la plénitude de la santé, c’est-à-dire cette vigueur qui rend incorruptible. Le corps du Christ a donc été incorruptible et absolument sans défaut.
Réponse à l’objection N°2 : Selon le rapport naturel qu’il y a entre l’âme et le corps, il rejaillit de la gloire de l’âme une gloire sur le corps. Mais ce rapport naturel était soumis dans le Christ à la volonté de la divinité elle-même, d’où il est arrivé que la béatitude est restée dans l’âme sans arriver au corps, et que la chair a ainsi souffert ce qui convient à une nature passible, suivant cette pensée de saint Jean Damascène (De orth. fid., liv. 3, chap. 15) : Le bon plaisir de la volonté divine permettait à la chair de souffrir et d’opérer ce qui lui est propre.
Objection N°3. La peine résulte de la faute. Or, il n’y a pas eu de faute dans le Christ, d’après ces paroles de saint Pierre (1 Pierre, 2, 22) : Il n’a pas fait de péché. Les défauts corporels qui sont des peines n’ont donc pas dû exister en lui.
Réponse à l’objection N°3 : La peine suit toujours la faute actuelle ou originelle, tantôt de celui qui est puni, tantôt de celui pour lequel celui qui souffre la peine satisfait. Et c’est ce qui est arrivé à l’égard du Christ, d’après ces paroles du prophète (Is., 53, 5) : C’est pour nos iniquités qu’il a été couvert de plaies, c’est pour nos crimes qu’il a été brisé.
Objection N°4. Aucun homme sage ne prend ce qui l’empêche d’atteindre sa propre fin. Or, il semble que par ces défauts corporels la fin de l’incarnation ait pu être empêchée d’une multitude de manières : 1° parce que ces infirmités ont empêché les hommes de connaître le Messie, d’après ces paroles du prophète (Is., 53, 2) : Nous l’avions désiré, mais il nous a paru méprisable, le dernier des hommes, un homme de douleurs et qui sait par expérience ce que c’est que souffrir. Son visage nous a été caché en quelque sorte, et il a été méprisé ; c’est pour cela que nous ne l’avons pas reconnu. 2° Parce que le désir des saints patriarches ne paraît pas être rempli ; car le prophète leur fait dire (Is., 51, 9) : Levez-vous, levez-vous, bras du Seigneur, armez- vous de force. 3° Parce qu’il paraissait plus convenable que la puissance du démon pût être vaincue et que la faiblesse humaine pût être guérie par la force que par l’infirmité. Par conséquent, il ne paraît pas convenable que le Fils de Dieu ait pris la nature humaine avec les infirmités ou les défauts du corps.
Réponse à l’objection N°4 : L’infirmité prise par le Christ n’a pas été un obstacle à la fin de l’Incarnation, mais elle lui a été au contraire très utile, comme nous l’avons dit (dans le corps de cet article.). Et quoique ces faiblesses aient caché sa divinité (Sa divinité se manifestait par les miracles et par toutes les œuvres surnaturelles qu’il opérait.), elles montraient néanmoins son humanité, qui est le moyen de parvenir à la divinité, d’après ces paroles de saint Paul (Rom., 5, 2) : Nous avons accès près de Dieu par Jésus-Christ. Quant aux anciens patriarches ils désiraient dans le Christ, non la force corporelle, mais la force spirituelle, par laquelle il a vaincu le démon et guéri l’infirmité humaine.
Mais c’est le contraire. L’Apôtre dit (Héb., 2, 18) : C’est parce qu’il a souffert lui-même et qu’il a été tenté, qu’il est puissant pour secourir ceux qui sont tentés aussi. Or, il est venu pour nous aider, d’où le Psalmiste disait (Ps. 120, 1) : J’ai levé les yeux vers les montagnes pour voir d’où il me viendra du secours. Il a donc été convenable que le Fils de Dieu prît un corps soumis aux infirmités humaines, pour pouvoir par là souffrir, être éprouvé et nous venir ainsi en aide.
Conclusion Afin que le Christ satisfît pour les péchés du genre humain, qu’il fît croire à son incarnation, et qu’il fût pour tous les hommes un exemple de patience, il a été convenable qu’il prît un corps soumis aux faiblesses et aux défauts de l’humanité.
Il faut répondre qu’il a été convenable que le corps pris par le Fils de Dieu fût soumis aux infirmités et aux défauts de notre nature, principalement pour trois raisons : 1° parce que le Fils de Dieu en s’incarnant est venu au monde pour satisfaire pour les péchés du genre humain. Or, un individu satisfait pour le péché d’un autre, quand il prend sur lui-même la peine due au péché de ce dernier. Ainsi les défauts corporels, c’est-à-dire la mort, la faim, la soif, etc., sont une peine du péché qui a été introduit dans le monde par Adam, d’après ces paroles de saint Paul (Rom., 5, 12) : Le péché est entré dans le monde par un seul homme et par le péché la mort. D’où il a été convenable, quant à la fin de l’Incarnation, que le Christ reçût à notre place les peines qui affligent notre nature (C’est-à-dire celles qui sont communes à l’espèce humaine, comme la souffrance, la mortalité, etc., et qui ne proviennent pas de causes individuelles.), selon cette expression du prophète (Is., 53, 4) : Il a véritablement porté nos douleurs. 2° Parce qu’il voulait établir la foi dans son incarnation. Car la nature humaine n’étant connue des hommes que par les infirmités corporelles auxquelles elle est sujette si le Fils de Dieu eût pris la nature humaine sans ces défauts, il semblerait qu’il n’eût pas été un homme véritable, et qu’il n’eût pas eu une véritable chair, mais une chair fantastique, comme l’ont supposé les manichéens. C’est pourquoi, comme le dit l’Apôtre (Phil., 2, 7) : Il s’est anéanti lui-même en prenant la forme de serviteur, en se rendant semblable aux hommes et en se faisant reconnaître comme homme par tout ce qui a paru de lui au dehors. C’est ainsi que saint Thomas a été ramené à la foi par la vue des blessures du Christ, comme le dit saint Jean (Jean, chap. 20). 3° A cause de l’exemple de patience qu’il nous donne, en supportant avec courage les passions et les infirmités humaines. D’où il est dit (Héb., 12, 3) : Il a souffert une si grande contradiction de la part des pécheurs qui se sont élevés contre lui, afin que vous ne vous découragiez point et que vous ne tombiez pas dans l’abattement.
Article : Le Christ a-t-il été nécessairement soumis à ces défauts ?
Objection N°1. Il semble que le Christ n’ait pas été soumis nécessairement à ces défauts. Car il est dit (Is., 53, 7) : Il s’est offert parce qu’il l’a voulu, et il s’agit là de l’oblation qui se rapporte à sa passion, Or, la volonté est opposée à la nécessité. Le Christ n’est donc pas soumis nécessairement aux défauts corporels.
Réponse à l’objection N°1 : Il est dit que le Christ s’est offert, parce qu’il l’a voulu d’une volonté divine et d’une volonté humaine délibérée, quoique la mort fût contraire au mouvement naturel de cette dernière volonté, comme le dit saint Jean Damascène (De orth. fid., liv. 3, chap. 23 et 24).
Objection N°2. Saint Jean Damascène dit (De orth. fid., liv. 3, chap. 20) : Il n’y a rien de contraint dans le Christ, mais tout est volontaire. Or, ce qui est volontaire n’est pas nécessaire. Ces défauts n’ont donc pas existé nécessairement dans le Christ.
Objection N°3. La nécessité est imposée par quelque chose de plus puissant. Or, aucune créature n’est plus puissante que l’âme du Christ à laquelle il appartenait de conserver son propre corps. Ces défauts ou ces infirmités n’ont donc pas existé nécessairement dans le Christ.
Réponse à l’objection N°3 : Rien n’a été plus puissant que l’âme du Christ absolument ; mais rien n’empêche que quelque chose n’ait été plus puissant à l’égard de tel ou tel effet ; ainsi elle ne pouvait empêcher les clous de lui causer de la douleur. Je parle ainsi en considérant l’âme du Christ selon sa nature et sa vertu propre (Car nous avons vu précédemment que l’âme du Christ ne pouvait par elle-même changer l’ordre de la nature et produire des miracles.).
Mais c’est le contraire. L’Apôtre dit (Rom., 8, 3) : Dieu a envoyé son Fils revêtu d’une chair semblable à la chair du péché. Or, la chair du péché est dans une condition telle qu’elle supporte nécessairement la mort et les autres souffrances de cette nature. La chair du Christ a donc été dans la nécessité de supporter ces défauts.
Conclusion Le corps du Christ a été soumis à la mort et aux autres infirmités corporelles d’une nécessité naturelle qui résulte de la matière dont il a été composé ; mais il n’y a pas eu dans le Christ de nécessité de coaction absolument contraire à la volonté divine ou humaine, il n’y en a eu que selon le mouvement naturel de la volonté.
Il faut répondre qu’il y a deux sortes de nécessité : l’une de coaction qui est produite par un agent extrinsèque. Cette nécessité est contraire à la nature et a la volonté, dont le principe est intrinsèque. L’autre est la nécessité naturelle qui résulte des principes naturels ; soit de la forme, c’est ainsi qu’il est nécessaire que le feu échauffe, soit de la matière, c’est ainsi qu’il est nécessaire qu’un corps composé d’éléments contraires se dissolve. — Selon cette nécessité qui résulte de la matière, le corps du Christ a été soumis à la nécessité de la mort et des autres infirmités de ce genre ; parce que, comme nous l’avons dit (art. préc., Réponse N°2), le bon plaisir de la volonté divine permettait au corps du Christ de faire et de souffrir ce qui lui est propre. Cette nécessité est l’effet des principes qui constituent le corps humain, comme nous l’avons dit (hic suprà). Mais si nous parlons de la nécessité de coaction selon qu’elle répugne à la nature corporelle, il faut encore reconnaître que le corps du Christ a été soumis selon la condition de sa propre nature à la nécessité des clous qui l’ont perforé et du fouet qui l’a frappé. Mais, selon que cette nécessité répugne à la volonté, il est évident qu’il n’y a pas eu nécessité dans le Christ à l’égard de ces souffrances, ni par rapport à la volonté divine, ni par rapport à la volonté humaine absolument, selon qu’elle suit les délibérations de la raison ; mais seulement selon le mouvement naturel de la volonté, c’est-à-dire selon qu’elle fuit naturellement la mort et tout ce qui nuit au corps (La volonté comme nature se trouve opposée aux souffrances du Christ, mais il n’en est pas le même de la volonté comme raison (Voir plus loin, quest. 18, art. 3).).
La réponse à la seconde objection est évidente, d’après ce que nous avons dit (dans le corps de cet article.).
Article 3 : Le Christ a-t-il contracté ses défauts corporels ?
Objection N°1. Il semble que le Christ ait contracté ses défauts corporels. Car nous disons que nous contractons ce que nous retirons de notre origine simultanément avec notre nature. Or, le Christ a retiré simultanément avec sa nature les défauts et les infirmités corporelles du sein de sa mère dont la chair était soumise aux mêmes imperfections il semble donc qu’il les ait contractés.
Réponse à l’objection N°1 : La chair de la Vierge a été conçue dans le péché originel (Nous réservons nos observations sur ce point de doctrine pour l’article où saint Thomas traite ex professo cette question (Voy. quest. 27, art. 2).), et c’est pour ce motif qu’elle a contracté ces défauts : au lieu que la chair du Christ a reçu de la Vierge une nature sans tache. Il aurait pu également prendre une nature exempte de peine. Mais il a voulu se soumettre à la peine pour accomplir l’œuvre de notre Rédemption, comme nous l’avons dit (art. 1). C’est pourquoi il a eu ces défauts non en les contractant, mais en les assumant sur lui volontairement.
Objection N°2. Ce qui est produit par les principes de la nature, on le reçoit (trahitur) simultanément avec la nature, et par conséquent on le contracte (contrahitur). Or, ces peines résultent des principes de la nature humaine. Par conséquent, le Christ les a contractées.
Réponse à l’objection N°2 : Il y a dans la nature humaine deux sortes de cause qui produisent la mort et les autres infirmités corporelles. L’une éloignée qui se considère par rapport aux principes matériels du corps humain, selon qu’il est composé d’éléments contraires. Cette cause était empêchée par la justice originelle. C’est pourquoi la cause la plus prochaine de la mort et des autres infirmités est le péché par lequel la justice originelle a été détruite. C’est pour cette raison que le Christ ayant été sans péché, on ne dit pas qu’il a contracté ces défauts, mais qu’il les a pris volontairement.
Objection N°3. Par ses infirmités corporelles le Christ ressemble aux autres hommes, comme le dit saint Paul (Héb., chap. 2). Or, les autres hommes les contractent. Il semble donc que le Christ les ait aussi contractées.
Réponse à l’objection N°3 : Le Christ par ces défauts a été rendu semblable aux autres hommes quant à la nature des peines qu’il a souffertes, mais non quant à leur cause. C’est pourquoi il ne les a pas contractés, comme les autres hommes.
Mais c’est le contraire. Ces imperfections proviennent du péché, d’après ces paroles de saint Paul (Rom., 5, 12) : Par un seul homme le péché est entré en ce monde et par le péché la mort. Or, le péché n’a pas existé dans le Christ (C’est ce que le concile de Florence a ainsi défini : Sacrosancta romana Ecclesia firmiter credit, quod Christus sine peccato conceptus, natus et mortuus humani generis hostem, peccata nostra delendo, solus suâ morte prostravit.). Il n’a donc pas contracté ces défauts.
Conclusion Le Christ n’a pas contracté ses défauts corporels par la dette du péché, mais il les a acceptés par sa volonté propre.
Il faut répondre que par le verbe contracter on comprend le rapport de l’effet à la cause, de telle sorte qu’on dit qu’une chose est contractée par la même qu’on la possède nécessairement avec sa cause. Or, la cause de la mort, et des défauts qui existent dans la nature humaine, c’est le péché ; parce que c’est par le péché que la mort est entrée en ce monde, d’après l’Apôtre (Rom., 5, 12). C’est pourquoi on dit proprement que ces imperfections sont contractées par ceux qui méritent de les subir à cause de leur péché. Le Christ n’a pas eu ces défauts par suite de son péché ; parce que, comme l’observe saint Augustin en expliquant ce passage (Jean, chap. 3) : Qui de sursum venit, super omnes est (hab., in glos. ord.), le Christ est venu d’en haut, c’est-à-dire de la hauteur que la nature humaine a eue avant le péché du premier homme. Car il a reçu la nature humaine sans le péché avec la pureté qu’elle avait dans l’état d’innocence, et il aurait pu également la prendre sans ses défauts. Par conséquent il est évident que le Christ n’a pas contracté ces défauts, comme s’il les eût mérités par son péché, mais il les a reçus par sa volonté propre.
Article 4 : Le Christ a-t-il dû prendre tous les défauts corporels des hommes ?
Objection N°1. Il semble que le Christ ait dû prendre tous les défauts corporels des hommes. Car saint Jean Damascène dit (De orth. fid., liv. 3, chap. 6) : Ce qui ne peut être pris par le Verbe est incurable. Or, le Christ était venu guérir toutes nos infirmités. Il a donc dû les prendre toutes sur lui.
Réponse à l’objection N°1 : Tous les défauts particuliers des hommes sont produits par la corruptibilité et la passibilité du corps, en y surajoutant certaines causes particulières. C’est pourquoi le Christ ayant guéri la passibilité et la corruptibilité de notre corps, par là même qu’il l’a prise, il s’ensuit qu’il a guéri tous nos autres défauts.
Objection N°2. Nous avons dit (art. 1) que pour satisfaire pour nous, le Christ a dû avoir des habitudes perfectives dans l’âme et des défauts dans le corps. Or, le Christ a pris absolument la plénitude de la grâce par rapport à l’âme. Il a donc dû prendre tous les défauts pour ce qui est du corps.
Réponse à l’objection N°2 : Toute la plénitude de la grâce et de la science était due par elle-même à l’âme du Christ par cela seul que le Verbe de Dieu l’avait prise. C’est pourquoi le Christ a pris absolument toute la plénitude de la sagesse et de la grâce. Mais il a pris nos défauts volontairement pour satisfaire pour nos péchés, et non parce qu’ils lui convenaient par eux-mêmes. C’est pour ce motif qu’il n’a pas fallu qu’il les prît tous, mais qu’il prît seulement ceux qui suffisaient pour satisfaire pour les péchés de toute la nature humaine.
Objection N°3. Parmi tous les défauts corporels la mort tient le premier rang. Or, le Christ a pris la mort. A plus forte raison a-t-il dû prendre tous les autres défauts.
Réponse à l’objection N°3 : La mort est arrivée dans tous les hommes par le péché d’Adam ; mais il n’en est pas de même des autres défauts (Ils peuvent résulter des péchés actuels des individus.), quoiqu’ils soient moindres que la mort. Il n’y a donc pas de parité.
Mais c’est le contraire. Les contraires ne peuvent pas être produits simultanément dans le même sujet. Or, il y a des infirmités qui sont contraires à elles-mêmes, selon qu’elles résultent de principes opposés. Il n’a donc pas pu se faire que le Christ prit sur lui toutes les infirmités humaines.
Conclusion Puisqu’il a fallu que le Christ satisfît pour tout le monde, il était convenable qu’il fût parfait en science et en grâce, mais il n’a pas été nécessaire qu’il prît tous les défauts corporels, il a seulement dû prendre ceux qui ont affligé la nature entière tombée par le péché.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 1 et 2), le Christ a pris les misères humaines pour satisfaire pour le péché de notre nature. Pour cela il était nécessaire que son âme eût la perfection de la science et de la grâce. Ainsi il a donc dû prendre les défauts qui résultent du péché qui est commun à toute la nature, et qui ne répugnent point à la perfection de la science et de la grâce. Par conséquent il n’eût pas été convenable qu’il prît tous les défauts ou toutes les infirmités humaines. Car il y en a qui répugnent à la perfection de la science et de la grâce, comme l’ignorance, le penchant pour le mal, et la difficulté que l’on a pour le bien. Il y a aussi des défauts qui n’affectent pas en général toute la nature humaine et qui ne sont pas une conséquence du péché de notre premier père, mais qui sont produits dans quelques individus par des causes particulières, comme la lèpre, le mal caduc, etc. Ces défauts proviennent Quelque fois de la faute de l’individu ; par exemple, ils peuvent être l’effet d’une conduite déréglée ; d’autres fois ils résultent de l’imperfection de la puissance formatrice qui n’a pas eu assez d’énergie (Parmi les misères qui affligent l’humanité, il y en a un très grand nombre qui proviennent des péchés actuels des individus ou des fautes de leurs parents. C’est ce que le comte de Maistre fait parfaitement ressortir dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg.). Ces deux choses ne peuvent convenir au Christ ni l’une ni l’autre. Car la chair a été conçue de l’Esprit-Saint qui est d’une sagesse et d’une vertu infinie, et qui ne peut ni errer, ni défaillir ; et il n’y a rien eu de déréglé dans la conduite du Christ. Enfin il y a une troisième espèce de défauts qui se trouvent en général dans tous les hommes par suite du péché d’Adam, comme la mort, la faim, la soif (Ainsi il est dit qu’il eut faim après avoir jeûné pendant quarante jours (Matth., chap. 4), qu’il demanda à boire à la Samaritaine, et qu’il eut soif sur la croix (Jean, chap. 4 et 19), qu’étant fatigué il s’assit sur le puits de Jacob (Jean, chap. 4).), et les autres souffrances semblables. Le Christ a pris sur lui tous, ces défauts que saint Jean Damascène (Orth. fid., liv. 1, chap. 14, et liv. 3, chap. 20) appelle des défauts naturels et des passions irrépréhensibles ; des défauts naturels, parce qu’ils sont généralement une conséquence de la nature humaine entière ; des passions irrépréhensibles, parce qu’elles n’impliquent ni un défaut de science, ni un défaut de grâce.

References: art. 9
 art. 1
 art. 2
 art. 2
 art. 3
 art. 2