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French Revolution Digital Archive: Tome 43 : Du 4 au 22 mai 1792 - page 572
Tome 43 : Du 4 au 22 mai 1792 » Séance du lundi 19 mai 1792, au matin » page 572
572 [Assemblée nationale législative.] ARCHIVES P
vous avez trahie; vous ne remplissez plus que les vœux des lâches et des scélérats. Dans le second cas, qu'hésitez-vous à faire tout à la fois, et des efforts, et des dépenses que vous serez irrésistiblement forcés de faire successivement, et qu'alors vous ferez peut-être sans succès, comme sans gloire.
Doit-on parler d'économie quand il s'agit du salut public? La nation calcula-t-elle ses ressources pécuniaires, lorsqu'elle se leva tout à coup contre un despote et quelques tyrans? Faudrait-il s'exposer à la défaite, parce que les moyens d'assurer la victoire seraient trop dispendieux? Que-vous demande la nation française, est-ce de l'or ou des fers? Groyez-vous qu'elle aime plus l'un qu'elle n'abhorre les autres? Des hommes qui ont déclaré, qui ont juré mille fois qu'ils préféreraient la mort à la servitude, peuvent-ils, penseriez-vous, préférer l'or à la liberté? Rendez-les triomphants et ils vous bénissent; que la France soit libre et c'est assez. Avec la liberté on peut toujours reconquérir la fortune, mais avec la fortune on ne peut point reconquérir la liberté. La nation, après la guerre, aura bientôt réparé ses dettes, quelque énormes qu'elles puissent être. La seule chose qui lui importe dans ce moment, c'est de vaincre, c'est de forcer les détracteurs au silence, les rebelles à la soumission et les ennemis à la paix.
La France fut sans doute bien belle le jour de la Fédération, le jour où tous les citoyens juraient à la fois de vivre libres ou de mourir, mais ce n'étaient que des vœux, il faut des actes. Elle sera bien belle dans chacun de ces jours ou'tous les citoyens s'exerceront par le maniement des armes à se mettre à même d'accomplir leur vœu. D'ici, vous pourrez apercevoir tous les dimanches ce mouvement universel: du fond de l'Europe, vos ennemis en entendront le bruit effrayant.
Voulez-vous qu'ils soient immobiles, que les Français soient en action. Voulez-vous qu'ils restent assis, que les Français se lèvent, mais qu'ils se lèvent en masse? Il ne faut pas que la France fasse la guerre, comme elle fait les lois. Représentés sous les voûtes de ce temple, les Français ne doivent pas l'être sous les armes; la nation fait la loi par ses représentants, mais il faut qu'elle fasse la guerre par elle-même. Il ne faut pas lancer à coups de fronde quelques pierres sur vos ennemis; il faut élever tout à coup un colosse énorme, qui les écrase en tombant sur eux. Ce n'est pas un roseau que je veux planter, disait Mirabeau ; c'est un chêne. Et moi, Messieurs, je vous dis, ce n'est pas un ruisseau, c'est un torrent que je veux voir couler pour entraîner les obstacles que la liberté rencontre. Plus de serment si souvent répété de vivre libres ou de mourir : les Français ne doivent plus en prêter d'autres que celui des soldats de Fabius; mais, pour n'être pas parjures, il faut, sinon que tous combattent, du moins que tous sachent combattre et y soient toujours prêts.
Alors que le fanatisme en délire, que l'égoïsme en courroux, que l'orgueil en fureur conspirent, que des rois se coalisent, que des armées menacent nos frontières; toutes ces folies auront un terme, et les Droits de l'homme n'en auront point. Tous ces chimériques projets périront, et la liberté restera.
Encore un mot, et je me tais. Hors des frontières, dans chaque voisin, la France a un jaloux; dans l'intérieur du royaume, à côté de chaque concitoyen est un ennemi de la patrie. Pénétrez-vous un instant de ce double danger,
LEMENTAIRES. [19 mai 1792.J
vous jugerez s'il faut promptement de grandes mesures. J'abandonne à votre sagesse celles que je vous ai présentées, et pour vous les offrir dans leurs termes les plus simples, j'ai l'honneur de vous proposer le projet de décret suivant :
« L'Assemblée nationale, considérant qu'il importe au salut de l'Etat de prendre de promptes mesures pour contenir^ les ennemis intérieurs par l'appareil de la force ; considérant qu'il est, à la fois, de l'intérêt et de l'honneur de la nation française de déployer, dans la guerre qu'elle a été forcée d'entreprendre des moyens si imposants qu'ils intimident leurs ennemis secrets qui pourraient former des projets hostiles et des forces puissantes, si puissantes qu'elles contraignent bientôt à la paix l'ennemi ouvert qui combat contre elle, décrète qu'il y a urgence.
« Art. 1er. Il sera fait aux Français une déclaration des complots et des dangers qui menacent la patrie au dedans et au dehors, et une invitation à prendre les armes pour la défendre.
« Art. 2. Dans toutes les municipalités de l'Empire, immédiatement après la réception du présent décret, les citoyens seront exercés au maniement des armes, tous les dimanches régulièrement, et se réuniront en bataillon, tous les 15 jours, dans chaque chef-lieu de canton, l'Assemblée nationale dérogeant, quant à présent à l'article de la loi du
« Art. 3. Indépendamment des troupes actuellement sur pied, ou dont le Corps législatif a déjà décrété la levée, il sera fait, sans délai, un nouveau recrutement de 200,000 hommes, destinés à former, soit une seconde ligne, soit des camps dans divers endroits du royaume, d'après la distribution qui en sera ordonnée par le pouvoir exécutif.
« Art. 4. Pour seconder les vœux des anciens défenseurs de l'Etat, qui demandent à servir encore leur patrie, il sera levé des corps de vétérans qui ne pourront excéder le nombre de 10 bataillons.
« Art. 5. Toute société, tous particuliers qui fourniront des fusils conformes au modèle de 1777, recevront, après l'essai, une prime de 40 sols par fusil, jusqu'à 10,000, de 50 sols, depuis 10,000 jusqu'à 20,000, de 3 livres depuis 20,000 jusqu'à 40,000, de 3 1. 10 sols, depuis 40,000 jusqu'à 60,000, et de 4 livres depuis 60,000 jusqu'à 100,000.
« Art. 6. Il sera pris des armes qui ont été distribuées aux départements, celles qui seront nécessaires à l'armement des nouveaux bataillons, dont la formation est ordonnée par le présent décret; elles seront incessamment remplacées par le pouvoir exécutif, si elles n'ont pu l'être de la manière qui sera déterminée dans l'article suivant.
« Art. 7. Les administrations des départements sont autorisées à se procurer, par toutes les voies qu'elles jugeront convenables, les armes qui seront nécessaires pour les gardes nationales de leur arrondissement, pourvu que ces armes soient conformes au modèle désigné dans l'article 5. Les dépenses faites pour ces achats leur seront remboursées par le Trésor public.
« Art. 8. Le pouvoir exécutif est chargé de pourvoir sans délai à l'établissement de 2 nou-

References: Art. 1
 Art. 2
 Art. 3
 Art. 4
 Art. 5
 Art. 6
 Art. 7
 l'article 5
 Art. 8