Source: http://lissey.e-monsite.com/pages/annexe/siege-de-damvillers.html
Timestamp: 2018-03-20 15:29:05+00:00

Document:
Suite de la guerre de Trente Ans
Damvillers vers 1600
On avait espéré s'emparer de Damvillers par trahison, mais cette affaire ne réussit pas.
Aussi, le 18 août, le maréchal ordonna à M. de Feuquières de prendre un détachement de 3000 hommes et d'aller sur le champ commencer le siège de Damvillers; lui-même arriva sous les murs de la ville trois jours après.
Comme nous l'avons dit, les chaleurs excessives de l'été 1637 avaient desséchées le sol, habituellement marécageux. Le maréchal voulut en profiter, espérant bien emporter Damvillers avant l'hiver.
Son armée était composée comme suit:
1° Régiments de Navare, Rabure, Turenne, des Suisses de Molandin, en tout, 58 compagnies campées à Wavrille, où était établi le quartier du roi et du maréchal de Chastillon; il avait, auparavant, installé son Q.G. à Peuvillers.
2° Régiments de Watronville, Batilly, Nice, Laugeron, Bellebrune, Aubeterre, formant 63 compagnies à Jubassy (entre Gibercy et Damvillers).
3° Liégeois de Walmont et du marquis d'Eco, des Allemands de Sirept et du colonel Bouillon, des Croates de Rantzeau (Ranzeau) dont les 37 compagnies furent placées tant à Lissey qu'à Peuvillers où était le quartier de Feuquières, maréchal de camp.
4° Une partie de la brigade des cavaliers de Lignon, comprenant un quartier de quinze cornettes de Saint-Aubin, de la Meilleraye, dont 21 compagnies stationnaient à Ecurey.
5° Brigades de Bouchavannes et de Peauboeuf formées de 26 compagnies qui se tenaient à Rumille (Reville).
6° Enfin les chevaux de l'artillerie et les 20 compagnies du régiment d'infanterie de Beauce, plus les 20 escouades des Ecossais d'Hebron à Etraye. D'après Jeantin, le colonel écossais Hébron périt au siège de Damvillers).
L'ensemble de ces troupes formait 185 compagnies d'infanterie et 94 de cavalerie.
Les arrières des assiégeants étaient protégés du côté de Metz et de Monmédy par plusieurs redoutes et un fort que le maréchal de Feuquières avait fait élever pour se mettre à l'abri des sorties que pourrait tenter les garnisons de Stenay et de Montmédy.
<<Un cercle de bouches de feu enserrait la ville de toutes parts: une batterie de mortiers était installé sur la côte d'Horgne; une autre de deux mortiers dans la plaine à côté d'un troisième de cinq canons; puis venaient la batterie royale avec quatorze canons, son magasin et sa place d'armes; une batterie de deux mortiers, une de cinq canons, une autre de quatre gros canon destinée a battre les flans de la citadelle, enfin une batterie de trois pièces de campagne pour battre le bastion de l'Empereur et y pratiquer une brèche assez grande pour y donner l'assaut.
L'artillerie était protégée sur toute la longueur du côté des assiégés par une redoute et une tranchée>>. (A. Pierrot)
La circonvallation fut commencée le 18 août; menée avec les habitants des villages voisins réquisitionnés, elle fut longue à faire, à cause de la quantité de ponts et chaussées qu'il fallut établir. Dom Cassien Bigot écrit: <<On m'a asseuré que bien neuf cents villages contribuoient à ce trou>>. Les voituriers de Verdun et des villages voisins furent également réquisitionnés. C'était Verdun qui fournissait une grande partie de ce qui était nécessaire à l'armée: vivres, munitions, terrassiers qui travaillaient aux tranchées.
Quant à la forteresse, elle formait un trapèze à peu près régulier défendu par cinq bastions du Château de Mondragon, de Sainte Marguerite, de Sante Barbe et de l'Empereur. La défense comprenait en outre quatre talus de contrescarpe avec chemin couvert tout autour du corps de place, quatre demi-lunes armées de canon pour défendre les portes de Verdun et de Montmédy. Le tout était complété par des fossés très profonds et très larges, par des cavaliers de tranchée très élevés et par des glacis. Le gouverneur était un brave soldat du nom de Stassin, successeur de François Ier d'Allamont. La garnison de Damvillers comprenait six à sept cents soldats et autant d'hommes des milices du pays.
Les assiégés, résolus à une grande résistance, envoyèrent demander à Chastillon s'il voulait que les prisonniers qui se feraient de part et d'autre se rachetassent en payant la montre d'un mois pour chacun, selon sa qualité. Cela lui fit juger qu'ils se préparaient à de fréquentes sorties et à <<nous prendre autant de prisonnier qu'on leur en prendrait>>, dit le baron Sirot dans ses Mémoires.
Le maréchal loua leur courage et leur accorda ce qu'ils demandaient. Stassin ayant envoyé une promesse sur cet accommodement; Chastillon lui en adressa une réciproque.
Le 7 septembre, le maréchal, dans des lettres de neutralité écrites du camp de Damvillers, dit qu'on ne recevra à Marville aucun homme de guerre espagnol et que, de part et d'autre, on n'y fera point de courses.
Cependant le 11 septembre; ils sortirent au nombre de 50 chevaux et de 200 hommes de pied et repoussèrent une compagnie de chevau-légers qui était dans le corps de garde avancé. Mais d'autre cavalerie étant accourue pour les soutenir, les ennemis furent repoussés avec pertes. On vit à cette occasion, qu'ils se battaient en braves gens.
Le 13, la tranchée fut ouverte en deux attaques, celle de Chastillon et celle de Feuquières.
Le 14, les canons (trente pièces) étaient en batterie (Q).
Le 17, le régiment de Navarre ouvrit la tranchée sous les yeux du maréchal de Chastillon, en avant de Wavrille.(K) Le maréchal voulut réduire la place par la sape et par la mine, mais les sorties des assiégés et les feux des deux canons qui garnissaient la demi-lune de la porte de Verdun gênaient fort les Français et interrompaient leurs travaux à chaque instant. Pour se garantir d'une manière efficace, ils furent forcés de lancer des grenades au-dessus des remparts.
Pendant les premiers jours, l'emploi de ces projectiles fut une cause de discorde entre la garnison et les habitants qui voyaient brûler leurs maisons, mais ils finirent par s'y habituer; leur colère redoubla la vigueur de leurs sorties; ils étaient encouragés par la promesse qu'ils avaient reçue d'une prochaine délivrance. Pendant ce temps, le travail des mines continuait.
Le colonel de Batilly, campé à Gibercy, avait fait attaquer dès le 13 septembre, jour de l'ouverture de la tranchée, une redoute qui protégeait le moulin, au sud de Damvillers; les assiégés furent forcer de l'évacuer le 15, après y avoir mis le feu, voyant qu'ils ne pouvaient le garder.
Le 22 septembre, jour de la Saint Maurice qui est le patron de Damvillers, les assiegez nous ayant voulu rendre tesmoins de la solennité de la feste de leur ville, firent feu par trois fois le long de leurs fortifications: d'où ils tirèrent 30 coups de canons et près de 2000 mousquetades. C'est pourquoi le 27 ensuivant, qui estait le jour de la naissance du Roy, et auquel nostre grand batterie de 14 canons commança à tirer, le Mareschal de Chastillon voulut aussi leur tesmoigner la joye que nous avions d'une si heureuse journée. Pour cet effet le jour s'estant passé en frequentes salves de tous les postes de tranchée et 8 à 900 coups de canons ayans esté tirez; qui ruinèrent tous les parapets opposez, abbatirent les defenses des deux bastions, de la courtine et porte qui regarde cette batterie, demontèrent la plupart des canons des ennemis et renversèrent le seul clocher qui est dans la ville, contre lequel furent tirez 120 coups de canon pour ce qu'il incommodait fort nos tranchées.
Voici ce qu'écrit Dom C. Bigot à ce sujet, op.cit., pp. 70-71: <<Cinq maisons furent réduites en cendre, avec une notable perte de beaucoup de biens réfugiés, notamment de l'abbaye se Saint-Mihiel où estoit le thrésor entier tant d'argenterie que ornements, tiltres, dont y en a eu grande perte, à la réserve des tiltres qui ont esté conservés; car comme une bombe ayant tombé sur la maison, elle en demeura tout embrasé. L'un fut contrainct de rompre les coffres à coup de hache, et jetter le tout au milieu des rues; les passants en praindre à discrétion, et c'est merveille que tout ne fust pas perdu. Deux très belles chapes de draps d'or ont été egarées, le reste des argenteries fort intéressées par le feu, sans compter la perte>>.
Saint-Mihiel avait été pris par les Français en octobre 1635, mais le trésor de l'abbaye avait dû être évacué peu de temps auparavant sur Damvillers.
Le soir l'ordre fut donné de faire feu de partout et fut si bien exécuté qu'à l'instant on vit la ville entourée d'un grand cerne de flammes et dans ce cerne diverses figures bornées par des lignes. Tous nos canons placés sur les avenues respondaient à ceux de la batterie. Et les bombes qui firent le dernier acte de cette solemnité occupèrent les assiégez jusqu'au point du jour, à deviner quel était notre dessein, pendant que nos travailleurs avançaient toujours en besogne
<<Le même jour, 27 septembre, le feu s'étant mis par mégarde dans un sac de poudre, six Suisses furent brûlés et le sieur de Feuquières, qui était près de cette batterie y courait grand risque et fut renversé par un soldat fuyant cet esclandre>>.
<<Il était allé deux jours auparavant chercher quelque cavalerie ennemie commandée par un Espagnol naturel, laquelle se voulait jeter dans la ville assiégée; mais à son abord les ennemis rebroussèrent chemin si promptement qu'il ne les put atteindre. Depuis ce temps-là, on a avancé la tranchée le long d'un chemin couvert pour faire un logement de mousquetaires à la vue du fossé que nous voulons passer, où les ennemis ont un pont pour aller à une demi-lune, qu'on devait attaquer en bref, notre tranchée en étant fort proche. Cependant on jette sans cesse des grenades dans la ville, où un transfuge est venu avertir qu'il y a plus de trois cents malades et blessés et que le reste qui n'est plus qu'au nombre de 700, est grandement incommodé de nos grenades qui ont déjà brûlé force maisons>>.
<<Le 28 septembre, dès le point du jour, notre batterie recommença de plus belle et continua ainsi jusques au soir. Le mesme jour les ennemis ayant remonté la plupart de leurs canons recommencèrent à tirer de plusieurs endroits, mesmes du costé des trois autres bastions qui ne sont point attaquéz: car les cinq bastions qui sont autour de la ville, on n'en a battu que deux du costé de Verdun. La nuit notre travail estant fort avancé et à deux pas de la palissade qui tient lieu de fossé à la contrescarpe à l'endroit où il n'est pas achevé, un ingénieur du sieur de Treville, Marechal de camp, qui travaillait avec le sieur Dutens, aussi ingénieur, fut tué d'un coup de mousquet qui lui traversa la gorge et en tua un autre qui estait baissé derrière luy. Nonobstant (malgré) ces rudes décharges on fit un grand travail sur le glacis de la contrescarpe, d'où l'on voit dans le fond du fossé>>.
<<Les 29 et 30, ce travail fut continué, en sorte qu'à droite et à gauche, le Maréchal de Chatillon fit commencer 2 batteries sur le bord du dit fossé, outre celle de 14 pièces, afin d'achever d'abattre les défenses des assiégez pour faciliter la galerie dans le mesme fossé. . Il fit aussi commencer une grand'ligne, droit à la pointe de la demie-lune devant la porte. On n'a perdu, en tous ces travaux, que 20 hommes. Le premier de ce mois, le Mareschal eut avis que quatre mil ennemis avaient fait dessein de lui venir enlever un quartier et jetter du secours dans la place. Il envoya la cavalerie battre l'estrade sur les avenues et fit redoubler les gardes, ordonnant en cas d'allarme, le poste auquel un chacun se devoit trouver: mais la nuit fut si mauvaise que les ennemis ne parurent point>>.
Les assiegez ayant fait trois nuits consécutives, diverses sorties d'une demie-lune qui est entre les deux bastions attaquez, d'où il incommodoient grandement nostre tranchée et destournoient nos travaux: Le Mareschal de Chastillon se resolut de l'emporter de vive force, nonobstant les grandes difficultez qui s'y rencontroient; car les ennemis tenoient en cette demie-lune six vingt hommes choisis qui avaient devant eux un fossé large de vingt pieds, et profond au moins de huit.
L'attaque en avoit esté resolue des la nuit du premier de ce second mois: mais cette mesme nuit les assiegez firent une sortie de trente hommes, qui vinrent brusquement à la teste de nostre tranchée, ou le régiment de l'Isle de France, ci-devant appellé Rambures, estoit en garde, tuèrent notre sentinelle perdue et donnèrent dans la tranchée. Toutesfois le sieur de Scully Lieutenant Colonel de ce régiment avec les sieurs de Merle et de Sicham Lieutenans et quelques autres Officiers de ce régiment se defendirent si bien qu'ils repoussèrent les ennemis jusque dans deux bataillons de cent cinquante hommes qui les soustenoient. En laquelle charge des ennemis ils furent favorisez par le sieur se Sauveboeuf Mareschal de camp assisté de soixante mousquetaires et vingt piquiers, de sorte que les ennemis qui avoient fait cette sortie avec une grande resolution voyans celle des nostres encore plus grande se retirèrent à la faveur de leur canon qui tira sans relasche une heure entiere que dura le combat. Cette retraite ne se pût neanmoins se faire si viste qu'il n'en coustast la vie à plusieurs des ennemis: mesmes le sieur de Mileville blessa celuy qui commandoit à cette sortie, après lui avoir arraché des mains sa pertuisane. De nostre costé le sieur de Sicham fut blessé d'une mousquetade à la teste, six autres soldats furent aussi blessez et trois tuez.
Pour remedier donc à toutes ces sorties le Mareschal de Chastillon assembla son conseil de guerre auquel fut confirmée la resolution de se rendre maistres à quelque prix que ce fust de cette demie-lune, et que l'execution s'en feroit la nuit du quatre au cinquiesme de ce mois. Les ordres en furent aussi par lui donnez au sieur Sauveboeuf qui devoit cette nuit là commander à la tranchée, où c'estoit aussi au régiment de Turenne à se trouver en garde. L'ordre de l'attaque fut tel: le sieur de Bicheris Lieutenant de la compagnie de Dorth du mesme régiment de Turenne, et le sieur de la Margie Enseigne furent commandez avec trente hommes et deux sergens pour donner sur la gauche de la demie-lune qu'on attaquoit, soustenus par les sieurs Dorh Capitaine et la Rosée Enseigne avec cinquante hommes: et les sieurs de Paris Lieutenant et Miseras Enseigne de la compagnie de la Chapelle du mesme régiment eurent ordre avec pareil nombre de trente hommes et deux sergens, de donner sur la droitte soustenus par les sieurs de la Chapelle Capitaine et du Chemin Enseigne, avec autres cinquante hommes.
Le Mareschal de Chastillon avoit fait donner douze eschelles à chacune de ces deux attaques, partie pour descendre dans le fossé et partie pour monter au parapet de la demie-lune. Ces eschelles furent portées par des soldats choisis de leurs Capitaines qui prirent leurs noms pour en respondre. A chaque sergent fut aussi donné un pot de feu d'artifice, avec commandement de le jetter au milieu des ennemis si tost qu'ils paroistroient: pour faciliter à nos soldats le moyen de monter aux eschelles et esblouir les yeux et troubler les esprits des ennemis par une flamme et une fumée à laquelle ils ne s'attendroient pas.
Tous ces ordres furent si punctuellement et genereusement executez par nos Officiers et soldats, qu'en peut de temps les ennemis furent contraints de quitter le parapet. Toutefois estant revenus à eux, ils opiniastrérent un combat de quatre heures, apres lequel en fin nos gens se rendirent maistres de la demie-lune contestée.
Ce qui restoit là d'ennemis pensoit en estre quitte pour se retirer. Mais le sieur de Balagny Capitaine au régiment de Turenne et la Roche son Lieutenant evec l'Enseigne de la compagnie, avoient esté commandez par le Mareschal de Chastillon de prendre leur poste entre le bastion qui est à notre main gauche et dette demie-lune, tant pour leur couper le chemin de la retraite, que pour leur empescher tout secours: et aussi-tost qu'ils furent chassez par les nostres, ledit sieur de Balagny fut si bon observateur de son ordre, que tous ceux des ennemis qui se voulurent sauver, furent tuez, faits prisonniers, ou contraints de se jetter dans le fossé, dans lequel ils furent noyez: et où ils serviront bien à propos d'autant de fascines pour nous le combler: car il y a en cet endroit plus de douze pieds d'eau.
Si tost que cette demie-lune fut prise, nos soldats firent trois logemens, deux dans le fossé à l'épreuve du canon, et l'autre fut le haut de la demie-lune à l'espreuve du mousquet, et chacun à loger 30 mousquetaires; aussi avions nous cent travailleurs, dont les uns rouloient des gabions, les autres portoient des sacs remplis de terre, et d'autres estoient chargez de pics et pelles; si bien qu'en peu de temps on fut à couvert du mousquet, et la ligne pour joindre cette demie-lune à nos travaux fut si diligemment continuée, que le lendemain matin on n'y entroit pas moins hardiment qu'en tous les endroits plus asseurez de la tranchée. Durant cette attaque et ces travaux les assiegez tirèrent plus de 80 coups de canon, et bien trois mil mousquetades de leurs deux bastions et de la courtine; où toutefois nous perdismes peu de soldats, encore que la nuit fust si claire que chacun pouvoit voir mirer son ennemi comme en plein jour.
Entre ceux qui se sont signalez en cette action: Apres celui deu à l'experience du General, le sieur de Sauvebeuf merite le premier honneur: ayant par tout rendu des preuves de son courage, et fait executer les ordres du Mareschal de Chastillon avec autant de generosité que de bon-heur: Car il y avoit plus de 80 pas à faire depuis la teste de notre tranchée jusques à la demie-lune, toujours à découvert, dont il fit plusieurs fois le chemin, tant pour ordonner du logement, que pour conserver aux nostres ce qu'ils avoient gagné pied à pied avec tant de difficulté: conduisant lui mesme les soldats qui rouloient des gabions aux endroits où ils estoit necessaire. Le sieur de la Garigue Aide de camp, après avoir vivement poursuivi les ennemis, faisant travailler au logement dans la demie-lune, fut tué d'un coup de canon ; duquel coup le sieur de S. Michel volontaire fut aussi tué, et le sieur de Persot eut la main emportée et le pommeau de son épée poussée dans le ventre, dont il est en danger de mort. Le sieur de Margie Enseigne, se signalant entre les plus avancez, fut pareillement tué d'un coup de canon. Le Comte de Pas Mestre de camp d'un régiment et fils ainé du sieur de Feuquiéres, s'estant trouvé des premiers à ce combat, s'est montré digne de la generosité de son pere: il estoit accompagné du sieur d'Andilly. Le sieur de Longueval Major du régiment de Sauvebeuf, a aussi joint les preuves de la prudence à celle de son courage: car ayant aydé à chasser les pourroient avoir fait quelques mines pour nous empescher de la garder: fit tant qu'il les decouvrit et en osta fort à propos les mesches allumées prestes à faire sauter nos gens. Tout le corps du régiment de Turenne qui estoit en garde, commandé par le sieur de Prémartin Lieutenant Colonel, s'est aussi signalé en cette occasion, dont le succès a fort abattu le courage des ennemis: car vingt d'entr'eux, faits prisonniers en cette derniere attaque, ont assuré que les assiégez ne s'éloignent plus, comme ils faisoient, de penser à une honneste capitulation: et leur ayant esté accordé par le Mareschal de Chastillon une petite tréve pour retirer leurs morts, ils l'ont receue à grande faveur : tesmoignans en leur parler et gestes avoir beaucoup rabatu de leurs rodomontades passées: aussi voyent-ils desormais moins d'apparence de secours depuis que nos lignes sont en estat de defence: et nos mineurs ont commencé la nuit du 3 au 4 de ce mois à percer la contrecarpe pour faire la descente dans le fossé à fleur d'eau: en laquelle nuit ils firent une chambre de dix pieds en quarté, et continuent avec telle diligence, que leurs effets autant que leurs paroles promettent qu'ils seront bien-tost souz le bastion et que leur ouvrage sera parfait dans le 15 de ce mois. Peu après lequel terme, ce sera aux assiegez de se resoudre à parler, ou à sentir l'extremité de nos efforts. Du camp devant Damvillers, le 18 octobre 1637. (Extrait de la gazette de France: La Gazette de France est un périodique de l'époque créé par Théophraste Renaudot, avec l'aide de Richelieu; c'était le plus ancien des journaux publics en France).
<<Ce fut la plus belle occasion du siège, dit à ce propos Antoine Arnauld (Les mémoires de l'abbé Arnauld) et presque la seule où je me trouvai heureusement avec le comte de Pas et un gentilhomme de M. de Feuquières, nommé Persode. Nous ne manquions point, toutes les nuits, d'aller visiter les quartiers qui ,étoient depuis celui de la rivière (de la Tinte), ce qui faisoit environ la moitié de la circonvallation et nous finissions d'ordinaire par la tranchée, où nous demeurions jusqu'au jour. Y étant arrivés comme on alloit donner à la demi-lune, nous suivimes les gens détachés et, malgré la grande résistance et le feu continuel de la place, nous nous en rendîmes maître. Jamais il ne fut peut-être tiré plus de coup de canon en une seule attaque. Nous y perdimes aussi assez de monde et nous fumes comme miraculeusement préservés, le comte de Pas et moi , d'un coup de pièce qui emporta toute une file où nous touchions. Je fus tout couvert du sang et des entrailles d'un gentilhomme de Normandie nommé Saint-Michel, que la cuirasse dont il était armé ne garanti pas de ce coup de foudre. Ce qui vérifie bien ce qu'avoit coutume de dire le feu colonel Hebron, écossais, qui est mort depuis maréchal de camps des armées du roi au siège de Saverne: que chaque balle avait sa commission. Le pauvre Persode, dont j'ai parlé, eut le bras droit emporté de ce même coup, et c'est peut-être le seul homme en France que deux coups de canon n'ait pu tuer; car, deux ans après, il en reçut un autre dans l'autre bras, à la bataille de Thionville, et il a encore vécu longtemps depuis>>.
L'abbé Arnauld raconte encore de son style facile l'amusante anecdote qui suit: <<Nous avions pour l'un de nos maréchaux de camp M. de Sauveboeuf, et je ne sais par quel malheur il n'était pas extrêmement estimé dans notre armée. Une nuit qu'il étoit de garde à la tranchée et qu'on devoit faire un logement, il commanda un officier du régiment de Turenne avec cinquante hommes et lui dit: <<Quand vous aurez besoin de dix hommes vous crierez: Sauveboeuf! à moi! Si vous en voulez vingt, vous direz: Sauveboeuf! Sauveboeuf! à moi! Enfin, autant de fois que vous répéterez mon nom, ce sera autant de dix hommes que je vous enverrai>>. Cet officier, qui étoit de ces hommes froids qui n'en disent que plus plaisamment les choses, l'écouta fort tranquillement, puis, avec le plus grand sérieux, lui répondit: <<Monsieur, voilà le plus bel ordre du monde; mais je crains une chose. Vous savez qu'en ces sortes d'occasions les soldats ne demandent pas mieux quelquefois que d'avoir un prétexte pour reculer. Ainsi j'ai peur qu'en répétant si souvent Sauveboeuf, ils n'entendent : Sauve qui peut ! et qu'ils m'abandonnent. S'il vous plaisoit, Monsieur, nous donner le nom de quelque autre de vos terres>>. L'abbé Arnauld nous a laissé ignorer la réponse de ce pauvre Monsieur de Sauveboeuf.
La demi-lune ne fut emportée que le 4 octobre par le régiment de Turenne, grâce à deux pièces de canon qui ruinèrent une traverse qui se voyait par derrière.
La nuit même ce régiment, se coulant tout le long, fit un logement sur le bord du fossé après lequel on travailla incessamment, à la sape, pour percer le fossé et à faire une galerie pour aller au bastion. Les assiégés incommodaient fort les travaux par les flancs bas, tellement qu'il fallut faire deux batteries croisées pour rompre les orillons des bastions. (Monglat).
Le 5 octobre, les Français battirent furieusement, de divers points, la place par 14 machines de guerre; les pièces ne cessèrent de tirer tout le jour, et le maréchal donna l'ordre de créer des difficultés aux assiégés en leur lançant cette nuit des obus, afin d'achever plus aisément les travaux provisoires d'investissement.
<<Pendant cette même nuit, 120 soldats espagnols d'élite étaient accourus, pour essayer de forcer le camp et d'entrer dans la ville, mais en vain; en effet, s'étant approchés à deux portées d'arquebuse du campement des Français où ils virent que l'affaire se décidait par l'artillerie, ils n'osèrent rien tenter et battirent en retraite. Le hasard voulut alors qu'une tour, dont les soldats français qui travaillaient dans les tranchées provisoires étaient fortement incommodés, fut abattue et dévorée par les flammes>> (A. Pierrot, Journal d'un habitant de Marville).
<<Une redoute à six-vingt pas de la place, dit le baron de Sirot, empêchait qu'on ne put rien entreprendre de ce côté-là. Elle fut attaquée avec tant de bonheur et de courage que tous ceux qui étaient dedans prirent la fuite après avoir fait leur décharge.
<<La redoute est incontinent démolie et la tranchée s'ouvre de ce côté. Pour empêcher qu'on les approche de si près, les assiégés font mener toute leur artillerie. Mais nonobstant leur feu continuel, on pousse la tranchée.
<<Nous espérions que cette tranchée couvrirait mieux nos travailleurs à mesure qu'on avancerait. On fait ensuite une grande ouverture dans le glacis de la contrescarpe et nous élevons, de chaque côté, une batterie de canons afin de ruiner toutes les défenses que les ennemis, n'ayant plus couvert, nous puissions plus facilement, et sans crainte, bâtir une galerie dans le fossé.
<<Dès le commencement d'octobre, le maréchal avait fait percer une mine qui éclata seulement le 24 octobre, vers quatre heures du soir, et ouvrit, dans le bastion de l'Empereur, une brèche qui permit de livrer passage à quarante hommes de front.
<<Mai, depuis trois jours, les ennemis s'attendaient à un assaut; ils avaient construit, au-delà, deux retranchements perpendiculaires l'un à l'autre et tellement fortifiés que les Français ne purent emporter. Il fut résolu qu'on préparerait une autre mine.
<<Plusieurs soldats du régiment de Turenne s'étant logés dans la brèche ouverte par la mine pour y passer la nuit furent accablés de projectiles lancés par les assiégés, de sorte qu'une vingtaine d'hommes furent tués et un nombre égal de blessés. <<Le lendemain, M. de Bécherelle, aide de camp, se fit remarquer par le courage dont il fit preuve sur cette brèche: il arracha trois piques aux mains des ennemis qui l'accablèrent de pierres; les femmes, pleines d'admiration, firent cesser cette lutte inégale et l'arrachèrent à une mort certaine, car il était blessé en six endroits>>.
La garnison, qui n'était pas découragée, attendant du secours, voulait se défendre jusqu'au dernier homme; mais les habitants, qui connaissaient le sort réservé aux villes emportées de vive force, la forcèrent à capituler le 25 octobre. Chastillon leur accorda une capitulation honorable (voir, plus loin, le texte de la capitulation) et permet à la garnison de se retirer avec ses bagages et ses blessés; le gouverneur obtient en outre un jour, afin de préparer plus facilement son départ.
La garnison devait sortir de la place le 27, pour se rendre à Virton, accompagnée d'une escorte française.
Or le gouverneur du Luxembourg, qui ignorait la reddition de la place, avait envoyé un officier espagnol, don Andrea Cantelmi, avec un petit corps de troupes, vers Damvillers, pour y jeter du secours et faire ainsi durer le siège jusqu'au moment des pluies. Cantelmi qui craignait de ne pas arriver assez tôt, fait prendre les devant à une troupe choisie, forte de cinq cents hommes, et leur ordonne de pénétrer dans la place à tout prix. Ils arrivent précisément le jour où la garnison devait sortir; mais ils tiennent quand même à remplir leur mission. Grâce au bois de Mangiennes et l'aide de paysans sujets d'Espagne, ils atteignent l'armée assiégeante sans être aperçus et se portent le plus vite possible sur la place. Ils pénètrent dans la contrescarpe, après quelques pertes insignifiantes. Les français, les voyant s'avancer en si petit nombre et si près d'eux, ne pouvaient supposer avoir affaire à des ennemis; ils pensaient plutôt que c'était un renfort qui leur arrivait des places voisines.
Mais le gouverneur, qui a donné sa parole et livré des otages, ne veut pas leur ouvrir la porte.
<<Ce qui causa l'alarme générale dans le camp du roi, capable de faire livrer un assaut général pour faire passer le tout au fil de l'espée. L'on se saisit de tous ces gens de pied; et, désarmés, furent conduicts prisonniers dans l'église de Wavrille. Cela fit que la sortie fut différée au lendemain. Monsieur de Chastillon les rendit tous à la réserve d'aulcuns chef qui furent arrestés jusqu'a ce qu'en eschange on rendit ceux qui avoient esté faicts prisonniers en la reprise d'Ivoy>>.( Don Cassien Bigot)
<< Cette action du gouverneur, rapporte l'abbé Arnauld, fut diversement expliquée. Ce qui est certain, c'est qu'il nous fit fort, grand plaisir; car, avec ce nouveau secours, il auroit encore pu tenir quelque temps et comme la saison étoit fort avancée, les pluies dans ce pays marécageux nous auroient pu faire de la peine>>.
Voici, d'autre part, les paroles que le baron de Sirot prête, en cette circonstance, au gouverneur: << Ma parole est donnée; les otages sont échangés de part et d'autre; on m'a fourni toutes les choses nécessaires pour emporter le bagage, les blessés et les autres malades. A Dieu ne plaise que je me rende infâme à jamais, en violant une convention faite. Quand j'introduirois même ce secours dans la ville contre la foi donnée, je ne suis pas en état de disputer la place aux Français. On leur a remis deux bastions entre leurs mains; leur mine a fait une brèche où cinquante hommes peuvent passer de front. Dois-je exposer ma garnison à être pendu ? Cela ne manquera pas d'arriver. Car enfin ; la place sera infailliblement emportée d'assaut. Je suis obligé de conserver les braves gens qui me restent>>.
Comme on le remarque, la capitulation fut aussi honorable que possible, après soixante-huit jours de tranchée ouverte; <<elle fut telle que le méritait l'énergie de la défense, la valeur des officiers du duc Charles et le courage du prince François de Lorraine qui s'était enfermé dans la place, et le dévouement de leurs soldats secondés par les habitants, en tête desquels étaient les sires de Muraut et de la Horgne et autres chevaliers du pays>>.
Louis XIII et Richelieu éprouvèrent une grande satisfaction lorsqu'ils connurent la nouvelle.
Le baron de Dannevoux reçut le gouvernement de Damvillers et le lieutenant du roi fut accordé au sieur de Becherelle. Tous deux y demeurèrent jusqu'en 1649 où la place fut donnée au prince Conti par le traité de Rueil.
Voici le texte de la capitulation acceptée par les assiégés:
Article 1er. - Le gouverneur, les officiers et soldat de la garnison sortiront le 27 dudit mois, avec leurs armes, chevaux et bagages, tambours battants, enseignes déployées, balle en bouche, mèche allumée par les deux bouts.
Art. 2. - Ils emmèneront avec eux deux pièces de canons de six livres de balles avec l'attirail pour les conduire et de quoi tirer deux coups de chaque pièce.
Art. 3. - Pour le transport des bagages des officiers, des soldats blessés et malades, sera fourni de la part du roi la quantité de chariots nécessaires, bien attelés pour aller jusqu'à Virton.
Art. 4. - Il leur sera donné escorte pour les conduire jusqu'au dit Virton, pour sûreté de laquelle seront laissés de la part du gouverneur deux otages jusqu'au retour d'icelle, après quoi les dits otages seront renvoyés avec passeport et sûreté.
Art. 5. - Il sera libre à tous les habitants de la ville, tant ecclésiastiques que séculiers et aux officiers du duc Charles et du prince François de sortir où bon leur semblera avec armes et bagages, sans qu'il leur soit fait aucun tort.
Art. 6. - Les bourgeois qui demeureront dans ladite ville jouiront de leurs mêmes privilèges, de leurs us et coutumes dont ils ont de tout temps joui, en prêtant serment de fidélité au roi.
Art. 7. - Toutes les franchises et immunités de ladite ville seront conservées sans rien innover.
Art. 8. - Il ne sera fait aucun tort aux bourgeois réfugiés, les veuves et les enfants et autres qui voudront demeurer dans ladite ville, soit en leurs personnes, soit en leurs biens.
Art. 9. - Toutes personnes ecclésiastiques, tant de la ville prévôté que village voisin, prêteront serment de fidélité au roi, comme ci-dessus, demeureront dans la paisible jouissance de leurs bénéfices sans qu'on les en puisse priver, autrement que de droit.
Art. 10. - Tous les bourgeois et soldats réfugiés pourront emporter tous et chacun leurs meubles de quelque qualité qu'ils soient, s'ils ne veulent pas demeurer dans la dite ville.
Art. 11. - Ledit gouverneur pourra faire emporter parmi ses meubles, hardes et bagages, un coffre, un tonneau, un paquet de tapisserie, laissant le reste d'iceux en bonne foi en la maison où sont lesdits meubles.
Art. 12. - Pour ce qui s'est passé par droit de guerre tant sur le fait des contributions qu'autre chose, nul n'en pourra être recherché de part ni d'autre, de quelque autre personne que ce soit.
Art. 13. - Aucun ne sera semblablement recherché de part ni d'autre pour avoir servi l'un ou l'autre parti.
Art. 14. - Les prisonniers seront rendus de l'un et de l'autre côté entre les assiégés sans payer de rançon.
Art. 15. - Les meubles que laisseront aucuns officiers, soldats et réfugiés dans la ville pourront être par eux y demeurant vendus dans six semaines et les immeubles dans un an.
Art. 16. - Toutes les femmes desdits officiers, soldats et réfugiés qui, par quelques empêchements, ne pourront demeurer un mois en la ville dans leur maison, lequel mois expiré elles seront obligées de sortir et d'aller trouver leurs maris et à cet effet il leur sera donné sauf-conduit.
Art. 17. - Les soldats de ladite garnison qui se trouveraient blessés pourront demeurer en ladite ville jusqu'à leur entière guérison, après quoi il leur sera donné passe-port pour se retirer où bon leur semblera, c'est-à-dire où ils voudront.
Art. 18. - Pour sûreté de ces articles et qui seront de part et d'autres observés de bonne foi selon leur forme et teneur en seront faites deux copies, l'une signée de M. le maréchal de Chastillon et l'autre du sieur Stattin, gouverneur de ladite ville.
Fait au camp, devant Damvillers, le 24 octobre 1637.
Signé Chastillon et contresigné Delahaye.
Damvillers fut cédée définitivement à la France par le traité des Pyrénées en 1659.
Mais nous n'irons pas plus loin dans l'histoire de la place après ce siège.
Il nous faut, par contre, parler de l'état de la campagne environnante. Le siège fut un désastre pour nos villages.
Déjà marqués par la peste des années précédentes, les coups de main des " cravates", "des loups des bois", les paysans eurent à subir l'occupation militaire.
En fait, il faut faire la distinction entre "Croates" et "Cravates", ce que ne font pas toujours les chroniqueurs de l'époque. René Muffat, dans l'introduction de son ouvrage "Les aventures de Madame de Saint Baslemont (L'amazone chrétienne)" en fait bien la différence.
Le terme de "Cravates" ne convient qu'à une maudite engeance de pillards et de meurtriers, toujours armés contre les lois de la paix et de la guerre et contre les personnes amies ou ennemies.
Ce dangereux rebut des nations se composait des pires soudards de toutes les armées et même de quelques gens du duc Charles IV (donc Lorrains) lesquels ne voulaient plus avoir d'autres intérêts que ceux de leurs appétits, bien qu'ils invoquassent la fidélité due à ce prince, dans leurs discours et leurs entreprises. Nombres de paysans aussi, chassés de leurs terres, par la famine et les déprédations des militaires, avaient trouvés refuge dans les forêts et s'étaient organisés en bande qui, pour survivre, s'adonnèrent au brigandage et aggravaient la situation. Depuis leurs cachettes sylvestres (forêt de Haye, près de Nancy, ou de la Montagne, de la Woëvre, ils écumèrent toute la Lorraine. Seule la misère la plus extrême pouvait expliquer la formation de telles bandes et leurs férocités. Monstres vomis ou déchaînés de l'enfer; impies, avides d'argent et de débauche, capables des dernières cruautés; au demeurant, plein d'une sinistre hardiesse, et beaucoup plus redoutables que les Croates, les Hongrois, les Bohêmes et les Suédois des troupes régulières.
Leur origine semble plus facile à déterminer que leur scélératesse à décrire. Les généraux de Louis XII, en reprenant peu à peu du terrain et des places en Lorraine, s'aperçurent bientôt qu'il en était quelques-unes singulièrement fortes d'assiettes et de murailles, et qu'ils ne pouvaient emporter, quoiqu'ils les eussent regardés d'abord comme de méchants réduits insignifiants. Or ce furent les premiers nids de ces vautours dont je viens de parler. Le duc les leur avait abandonnés, sans nulle prévoyance. De là, ils fondaient sur les campagnes où ils mirent tout à contribution pendant plus de trente ans. Le menu peuple, qui les appela dès lors "Cravates", fut traité de telle façon, qu'il se trouva dans l'impossibilité de labourer, de garder du bétail, de faire négoce, de cheminer, ni de vivre; de sorte que l'émigration, la famine et la peste en emportèrent les trois quarts.
Cependant, on parvenait, de temps à autre, à détruire quelqu'un de ces repaires. Il fallut six semaines et près de 5000 hommes à du Hallier (Maréchal de l'Hôpital) pour s'emparer du château de Moyen, tenu par les cravates, à six lieues de Nancy. Ils avaient rassemblés dans ce fort, des munitions de tous genres, pour plusieurs années. Ils ne furent enfin réduits, comme on voit, que par des forces très supérieures. Mais à mesure qu'on les dénichait de leurs principales retraites, ils trouvaient encore le moyen de giter dans les masures des champs devenus déserts, et dans les forêts; d'où naquirent la nouvelle espèce et le nouveau nom de "Cravates de bois" ou "Loup des Bois". Il en est fort question, mais sans détails précis touchant leur origine et leur nature, dans les mémoires du temps. Ceux-ci, non moins farouches que leurs congénères des forteresses désolèrent de plus vastes pays: on en rencontrait, en 1638, jusque sur les frontières du Luxembourg (soit dans notre région). Armés de carabine et de mousquets, montés sur des chevaux fort vites, et se couvrant du nom de gens de guerre, ils allaient à l'affut des convois, des courriers, des vedettes et des arrière-gardes de l'armée française. Rarement ils manquaient de rançonner, ou de tuer, étant d'ordinaire vingt contre quinze. Si leurs courses ne rendaient pas, ils se contentaient d'assassiner un gentilhomme dans sa maison, sous prétexte qu'il était rebelle au duc; et, là, faisaient, en repos, bon feu et chère lie.
Dans notre secteur, comme nous l'avons dit plus haut; Claude-Charles de Housse, seigneur du fief de Housse, près de Juvigny, ainsi qu'un certain Fourcasse à Louppy, semaient la terreur dans toute la région. Je n'ai, cependant, trouvé plus de détails en ce qui les concerne.
A l'époque, les armées n'étaient pas régulières. Etaient recrutés, des mercenaires qui allaient au plus offrant, souvent mal ou pas payés du tout, plus ou moins encouragés par les capitaines à vivre sur la population des villages environnants: réquisitions ou vol des chevaux et bœufs de labour pour les convois, des charrettes et chariots, échappés aux incendies, pour les corvées, occupation des maisons pour les officiers, foin et avoine pour les chevaux, etc.On dut même remettre, cette année-là, dans la région de Verdun, la vendange faute de moyens de transport
Pierre Vuarin, nous en donne un aperçu dans son journal: "Les soldats dudit siège, pendant iceluy, couroient és environs jusqu'à dix ou douze lieues et en ce faisant, achevé la ruyne des bourgs et villages, qui en seroient demeurés inhabités, tellement qu'on n'auroit labouré ni ensemencé du voyen en aucun lieu desdits environs, comme on n'auroit fait presque par toute la Lorraine; car lesdits coureurs prenoient chevaux et bétails et toutes autres choses qui pouvoient leur servir, rompant et ruynant les maisons pour en tirer les fers et barreaux des fenêtres, et les bois des maisons des villages proche dudit Dampviller pour s'en chauffer et accommoder leurs loges et cabanes".
Dom Cassien Bigot ne dit pas autre chose: " Cependant les Allemans continuant leurs vols et pilleries courent à dix lieux à l'entour par trois ou quatre cents, n'espargnent quoy que ce soit à desoler la païs. Aussitost qu'ils arrivent à un village, c'est de battre tous les grains; puis les emmenent, tuent, frappent les païsans qui, comme pauvres sauvages, se retirent aux bois dénués de toute commodité: la plus grande partie meurent, l'aultre, réduicte au desespoir attend la mort, dénués de leur bestail et commodités, en telle sorte qu'il ne se faict aulcun labourage, ce qui causera une entiere ruine en toute ceste frontière; oultre les feux journaliers des villages qui demeurent entièrement déserts, le siège de Damvillers, consommant le peu de vivres qui reste dans les villes voisines. Ce qui estonne grandement tout le païs, chacun demeurant comme estourdi d'un tel désordre non encore jamais oüy, de manière que si le bon Dieu ne regarde le monde d'un œil de pitié, ce sera à l'advenir encore pire sans aucune ressource".
Le marquis de Beauvau nous dit que dès 1635, les gens de guerre réduisirent la population des campagnes à "une si déplorable misère, que personne n'osant plus labourer pour n'y trouver aucune sureté, toutes les terres restèrent en friches". Il ajoute: " La désolation vint à un tel point, que la mesure de blé qui ne se vendait que neuf ou dix francs, ne se pouvait trouver à moins de quatre-vingt. Ce qui apporta une si grande famine dans tout le pays, que le menu peuple ne trouva plus le moyen de se nourrir que de glands et de racines. Ce désordre causa tant de maladies et de pauvreté qu'en fort peu de temps, les trois quart du peuple de la campagne périrent ou désertèrent le pays".
A titre d'exemple: en 1636, Jametz compte 26 chefs de famille, en 1640, 6 ménages seulement. Maltraités par une insolente soldatesque, les habitants pliaient sous le joug des corvées et des réquisitions
1. Jean Noel Marlier 16/08/2015
Bonjour, j'aimerai connaitre le nombre des troupes restées après la prise de Damvillers, la garnison ayant pris part à la prise de Montmédy en 1657. Merci de votre coopération.
Jean Noel Marlier

References: Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12

Art. 13

Art. 14

Art. 15

Art. 16

Art. 17

Art. 18