Source: http://jesusmarie.free.fr/1a_q_113.htm
Timestamp: 2017-10-21 15:49:07+00:00

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Question 113 : De la protection des bons anges
Après avoir parlé de la mission des anges nous avons à nous occuper des bons anges qui nous gardent et des mauvais qui nous combattent. — A l’égard de la protection des bons anges huit questions se présentent : 1° Les hommes sont-ils gardés par les anges ? (L’existence de l’ange gardien a été connue dos païens eux-mêmes, qui prétendaient que tout homme avait pour compagnon son bon génie. On peut voir à ce sujet : Censorinus (De die natali, chap. 3), Horace (Epist., liv. 2, Epist. 2), le poète Ménandre, dont Eusèbe rapporte les paroles (De præpar. Evang., liv. 12), Plutarque (in Comment. ad Alcib. 1), Plat., Pindare (Olymp. 13), Plotin et Proclus (Eun. 3, liv. 5, chap. 4), etc.) — 2° Dieu donne-t-il à chaque homme individuellement un ange gardien qui lui soit propre ? (Selon l’observation de saint Jérôme, l’Ecriture nous enseigne dans une foule d’endroits que nous avons tous chacun notre ange gardien. Le concile de Florence a approuvé (session 20) une lettre de saint Basile qui renferme le même sentiment. Dans l’Ecriture on peut voir ce qu’il est dit de l’ange qui reprit Agar (Gen., chap. 16), de l’ange de Jacob (Ibid., chap. 31, 32 et 43), de l’ange d’Elie (3 Rois, chap. 13), de Daniel (chap. 14), de Zacharie (chap. 1, 2, 4, 5 et 6), et tout ce que dit Jésus-Christ (Matth., chap. 18). Tous les Pères sont unanimes à ce sujet.) — 3° N’y a-t-il que les anges du dernier ordre qui soient chargés de cette fonction ? (Le sentiment de saint Thomas sur ce point paraît être celui de saint Basile dont le concile de Florence a approuvé les lettres. Voici les expressions de ce grand docteur : Alii ipsorum gentibus propositi sunt, alii verὸ fidelium singulos consequuntur. Quantὸ autem gens uni viro præponenda est ; tantὸ majorem necesse est angeli qui gentis principatum haberet, esse dignitatem dignitate eorum quibus singulorum tutela commissa est.) — 4° Est-il convenable que tout homme ait un ange gardien ? (Nous avons cité l’opinion de saint Chrysostome et de saint Basile, qui paraissent avoir cru qu’il n’y avait que les fidèles qui eussent des anges gardiens Mais tous les autres Pères sont d’un avis différent.) — 5° A quelle époque l’ange gardien commence-t-il à protéger l’homme ? — 6° L’ange gardien est-il toujours avec l’homme qu’il garde ? (Saint Ambroise enseigne que l’ange gardien s’éloigne de l’homme par moments (Ambros. in Ps. 38) ; saint Basile dit aussi la même chose (Hom. in Ps. 33). Mais le sentiment de saint Thomas est celui de la plupart des autres Pères.) — 7° S’afflige-t-il de la perdition de celui qu’il a gardé ? (D’après cet article, on doit prendre dans un sens métaphorique tout ce qu’on lit dans des sermons ou dans certains ouvrages ascétiques, à propos de la douleur qu’éprouvent les anges quand les hommes dont la garde leur est confiée viennent à tomber dans le péché.) — 8° Les anges se disputent-ils entre eux à l’occasion de cette fonction ? (Cet article a pour objet d’expliquer ce que dit Daniel (chap. 10) au sujet de l’ange Gabriel et du prince du royaume des Perses. Tous les Pères ne sont pas d’accord sur ce prince des Perses. Origène croit qu’il s’agit là d’un mauvais ange (Homil. 4 in Gen.). Ce sentiment est celui de Cassien (Col. 8, chap. 15, de Richard de Saint-Victor (liv. 1, De Emman., chap. 17).)
Article 1 : Les hommes sont-ils gardés par les anges ?
Objection N°1. Il semble que les hommes ne soient pas gardés par les anges. Car on donne des gardiens aux êtres qui ne savent pas ou qui ne peuvent pas se garder eux-mêmes, comme les enfants et les infirmes. Or, l’homme peut se garder lui-même par son libre arbitre, et il a toutes les lumières nécessaires à cet égard, puisqu’il connaît la loi naturelle. Donc l’homme n’est pas gardé par l’ange.
Réponse à l’objection N°1 : L’homme peut à la vérité éviter le mal jusqu’à un certain point par son libre arbitre, mais ce secours ne lui suffît pas, parce que les passions nombreuses qui l’agitent rendent cette faculté très faible pour le bien. De même la connaissance générale de la loi naturelle qui existe naturellement dans chaque homme, peut le diriger d’une certaine manière vers le bien, mais elle ne suffît pas non plus. Car dans l’application des principes généraux du droit à des cas particuliers, il arrive que l’homme commet une foule d’erreurs. C’est ce que l’Ecriture exprime par ces paroles (Sag., 9, 14) : Les pensées des hommes sont timides et leurs prévisions incertaines. Il était donc nécessaire que l’homme eût un ange pour gardien.
Objection N°2. Là où il y a une garde plus forte il est inutile d’en supposer une plus faible. Or, les hommes ont Dieu pour gardien, d’après ces paroles du Psalmiste (Ps. 121, 4) : Il ne sommeillera pas, il ne dormira pas celui qui garde Israël. Il n’est donc pas nécessaire que l’homme soit gardé par un ange.
Réponse à l’objection N°2 : Pour faire le bien il faut deux choses. Il faut : 1° que la volonté se porte au bien, ce qui se fait en nous par l’habitude de la volonté morale ; 2° que la raison trouve les moyens convenables pour faire le bien, ce qu’Aristote attribue à la prudence (Eth., liv. 10, chap. 8, et liv. 6, chap. 12). Sous le premier rapport Dieu garde l’homme immédiatement en ornant son âme de grâces et de vertus ; sous le second il le garde encore, parce qu’il est son premier maître, mais il lui envoie sa lumière par l’intermédiaire des anges, comme nous l’avons dit (quest. 111, art. 1).
Objection N°3. Celui qui garde une chose est responsable de sa perte, selon ces paroles qui furent adressées au prophète chargé de la garde d’un fugitif : Gardez-moi bien cet homme-là ; s’il s’échappe, votre vie répond pour la sienne (3 Rois, 20, 39). Or, il y a beaucoup d’hommes qui périssent chaque jour en tombant dans le péché et que les anges pourraient soutenir, soit en leur apparaissant visiblement, soit en faisant des miracles, ou de quelque autre manière semblable. Si les hommes étaient confiés à la garde des anges, on pourrait donc attribuer leur chute à la négligence de ces gardiens, ce qui paraît une erreur. Les anges ne sont donc pas les gardiens des hommes.
Réponse à l’objection N°3 : Comme les hommes s’éloignent de l’instinct naturel qui les porte au bien pour suivre la passion du mal ; de même ils s’écartent de l’impulsion des bons anges qui agissent sur eux invisiblement en les éclairant pour les engager à se bien conduire. Par conséquent si les hommes périssent on ne doit pas imputer leur perdition à la négligence des anges qui les gardent, mais à leur propre perversité. Quant aux apparitions visibles des anges, elles ne peuvent avoir lieu qu’autant qu’ils dérogent à la loi commune, et c’est alors un effet tout spécial de la grâce, comme les miracles que l’on fait en dérogeant à l’ordre de la nature.
Mais c’est le contraire. Car il est dit (Ps. 90, 11) : Il a chargé ses anges de vous garder dans toutes vos voies.
Conclusion Il est nécessaire que les hommes aient des anges pour gardiens et pour guides dans leurs actions, puisqu’il leur arrive de se tromper dans une foule de circonstances.
Il faut répondre que, selon l’ordre établi par la divine Providence, on remarque qu’en toutes choses ce qui est mobile et variable est mû et réglé par ce qui est immobile et invariable. Ainsi tous les êtres matériels sont mus et dirigés par les substances spirituelles et immobiles, et les corps inférieurs le sont par les corps supérieurs qui sont substantiellement invariables. Pour nous, nous avons logiquement pour règles les premiers principes qui sont invariables, et nous en déduisons une foule de conclusions sur lesquelles nos opinions varient. Or, il est évident que dans les choses pratiques l’intelligence et la volonté de l’homme peuvent varier indéfiniment et s’écarter du bien. C’est pourquoi il a été nécessaire de préposer à la garde de l’homme un ange qui le dirige et qui le porte au bien.
Article 2 : Chaque homme est-il gardé personnellement par un ange particulier ?
Objection N°1. Il semble que chaque homme ne soit pas gardé par un ange. Car l’ange a plus de puissance et de vertu que l’homme. Or, un homme suffit pour en garder plusieurs. Donc à plus forte raison un seul ange peut-il garder une foule d’hommes.
Réponse à l’objection N°1 : On peut garder un homme de deux manières. 1° On peut le garder en tant qu’individu ; dans ce cas il ne faut pas pour un homme moins d’un gardien, il en faut même quelquefois plusieurs. 2° On peut le garder comme faisant partie d’une société ou d’une communauté quelconque. Alors il n’y a qu’un homme préposé à la garde de toute la société ; il doit s’occuper de ceux qui en font partie, mais sa surveillance se borne aux actes qui ont rapport à l’ensemble de la communauté, c’est-à-dire aux choses extérieures qui peuvent être des causes d’édification ou de scandale. Mais les fonctions que les anges ont à remplir envers chacun ne s’arrêtent pas là ; elles s’étendent aussi aux choses secrètes et invisibles qui regardent le salut de chaque homme en particulier. C’est pourquoi à chaque homme Dieu a préposé un ange spécial qui a mission de le garder.
Objection N°2. D’après saint Denis (De hier. Eccl., chap. 3), les êtres inférieurs sont ramenés à Dieu par les êtres supérieurs au moyen des êtres intermédiaires. Or, puisque tous les anges sont inégaux, comme nous l’avons dit (quest. 108, art. 3, objection N°1), il s’ensuit qu’il n’y a qu’un seul ange entre lequel et les hommes il n’y ait pas d’intermédiaire. Il n’y a donc que lui qui garde les hommes immédiatement.
Réponse à l’objection N°2 : Comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 3 et 4), tous les anges de la première hiérarchie sont immédiatement illuminés par Dieu pour certaines choses, mais il y en a d’autres que les anges supérieurs apprennent seuls de Dieu immédiatement, et qu’ils révèlent ensuite à ceux qui sont au-dessous d’eux. La même observation est applicable aux anges inférieurs. Ainsi un ange du dernier ordre est illuminé sous certains rapports par un ange supérieur et sous d’autres il l’est par l’ange qui est placé immédiatement au-dessus de lui. Il est donc possible qu’un ange illumine l’homme immédiatement, bien qu’il ait d’autres anges sous lui qu’il éclaire.
Objection N°3. Les anges les plus élevés sont ceux qui sont envoyés pour les ministères les plus importants. Or, ce n’est pas un office plus grand de garder un homme plutôt qu’un autre, puisque tous les hommes sont égaux par nature. Donc puisque parmi les anges l’un est plus grand que l’autre, il semble que, d’après saint Denis (De cœl. hier., chap. 5), pour garder divers hommes il ne faille pas divers anges.
Réponse à l’objection N°3 : Quoique les hommes soient égaux par nature, cependant il y a de l’inégalité entre eux parce que la divine providence destine les uns à de grandes choses et les autres à des choses moins importantes, d’après ces paroles de l’Ecriture (Ecclésiastique, 33, 20) : Le Seigneur par sa sagesse qui se communique en tant de manières différentes a séparé les-hommes : il a béni et élevé les uns, il a maudit et humilié les autres. La garde d’un homme peut donc être un office plus grand que la garde d’un autre.
Mais c’est le contraire. Car à propos de ces paroles de l’Evangile : Leurs anges, dans les cieux (Matth., 18, 10) saint Jérôme dit : Telle est la dignité des âmes humaines, que Dieu délègue à chacune d’elles dès le jour de sa naissance un ange pour la garder.
Conclusion La providence de Dieu ayant principalement en vue les choses immortelles, divers anges ont été préposés aux divers genres de choses qui doivent toujours durer, et comme l’homme a une forme incorruptible, il est conforme à la raison qu’il y ait un ange chargé de garder chaque homme en particulier.
Il faut répondre qu’à chaque homme Dieu a délégué un ange spécial pour le garder (D’après Origène, il y aurait même plusieurs anges préposés à la garde d’un individu. C’est le sentiment qu’il expose (Hom. 20 in Josue). Saint Basile paraît avoir cru qu’il n’y avait que les fidèles qui fussent gardés par les anges (Hom in Ps. 48) ; saint Chrysostome semble être du même sentiment (Homil. 3 in Epist. ad Colos.).). La raison en est que l’ange gardien remplit une fonction qui entre dans le plan que la divine providence s’est tracé à l’égard des hommes. Car la providence de Dieu n’est pas pour les hommes ce qu’elle est pour les autres créatures corruptibles, parce que leur nature n’est pas la même. Ainsi les hommes sont immortels non seulement par rapport à leur espèce en général, mais ils le sont encore individuellement par rapport à leurs propres formes qui sont leurs âmes raisonnables ; ce qu’on ne peut pas dire des autres créatures corruptibles. Or, il est évident que la Providence s’occupe surtout de ce qui dure perpétuellement. Elle ne s’exerce à l’égard des choses qui passent qu’autant qu’elle les rapporte à celles qui sont perpétuelles. Elle est donc par conséquent pour chaque homme ce qu’elle est pour chaque genre ou chaque espèce de choses corruptibles. D’ailleurs, d’après saint Grégoire (Hom. 34 in Ev.), les divers ordres des anges sont envoyés pour satisfaire à divers besoins ; par exemple, les Puissances ont mission de repousser les démons, et les Vertus doivent faire des miracles. Il est donc probable qu’aux diverses espèces du même genre sont préposés divers anges du même ordre. Par conséquent on est en droit de conclure que chaque homme a son ange gardien.
Article 3 : N’y a-t-il que les anges du dernier ordre qui soient nos anges gardiens ?
Objection N°1. Il semble qu’il n’y ait pas que les anges du dernier ordre qui soient délégués pour garder les hommes. Car saint Jean Chrysostome dit (In Matth., hom. 60) que ces paroles de l’Evangile : Leurs anges, dans les cieux (Matth., 18, 10) s’entendent non pas des anges en général, mais des anges les plus éminents. Donc les anges les plus éminents sont nos anges gardiens.
Réponse à l’objection N°1 : Ce passage de saint Chrysostome peut s’entendre des anges qui occupent le premier rang dans le dernier ordre. Car, comme le dit saint Denis (De cœl. hier., chap. 4), dans chaque ordre il y a les premiers, les derniers et ceux qui tiennent le milieu. Et il est probable que ce sont les anges les plus élevés qui sont chargés de ceux qui doivent parvenir au plus haut degré de gloire dans le ciel.
Objection N°2. Saint Paul dit (Héb., 1, 14) que les anges sont envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut. D’après ces paroles il semble que la mission des anges ait pour but de garder les hommes. Or, il y a cinq ordres qui sont envoyés pour exercer un ministère extérieur, comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 4). Donc tous les anges des cinq derniers ordres sont délégués pour être des anges gardiens.
Réponse à l’objection N°2 : Tous les anges qui sont envoyés n’ont pas pour fonction de garder chaque homme individuellement. Il y a des ordres qui gardent ou qui protègent des communautés ou des nations plus ou moins étendues (Ce sont les archanges qui ont la garde de l’Eglise catholique entière, des royaumes, des églises particulières ou de toute autre société considérable. Les Pères sont unanimes sur ce point.).
Objection N°3. Pour garder les hommes il semble qu’il est surtout nécessaire de repousser les démons, ce qui, d’après saint Grégoire (Hom. 34 in Ev.), est la fonction propre des Puissances, et de faire des miracles ce qui appartient aux Vertus. Donc ces ordres sont aussi délégués pour garder les hommes, et par conséquent il n’y a pas que le dernier.
Réponse à l’objection N°3 : Les anges inférieurs exercent le ministère des anges supérieurs, selon que ceux-ci les rendent participants de leurs dons, et ils sont alors les exécuteurs de leur volonté. De cette manière tous les anges du dernier ordre peuvent repousser les démons et faire des miracles.
Mais c’est le contraire. Car, d’après le Psalmiste (Ps. 90), la garde des hommes est attribuée aux anges, et suivant saint Denis l’ordre des anges est le dernier (De cœl. hier., chap. 6 et 9).
Conclusion Les anges du dernier ordre sont chargés de la garde spéciale de chaque homme ; quant à la garde générale de l’humanité elle est dévolue à tous les anges.
Il faut répondre que comme nous l’avons dit (art. préc., Réponse N°1), l’homme peut être gardé de deux manières. Il peut l’être individuellement, et c’est dans ce sens qu’on dit que chaque homme a son ange gardien. C’est aux anges du dernier ordre à remplir cette fonction, parce que, comme le dit saint Grégoire (loc. cit.), c’est à eux à annoncer les choses de moindre importance. Et il semble que l’office des anges le moins élevé est celui qui consiste à pourvoir à ce qui intéresse le salut d’un individu. — L’homme peut être aussi gardé d’une manière générale, et dans ce sens cette fonction peut être attribuée à des anges de divers ordres ; car plus un agent est universel et plus il est élevé. Ainsi les Principautés sont chargées de veiller sur l’humanité entière, ou bien cette fonction est peut-être plutôt départie aux archanges, qui sont appelés les princes des anges. Car Daniel dit que saint Michel, dont nous faisons un archange, est l’un des princes (Dan., chap. 10). D’ailleurs nous avons vu que les Vertus ont la garde de toutes les choses corporelles (Ce sont elles qui sont envoyées pour faire des miracles.), que les Puissances ont celle des démons. Les Principautés et les Dominations, d’après saint Grégoire, ont la direction des bons anges.
Article 4 : Tous les hommes ont-ils leur ange gardien ?
Objection N°1. Il semble que tous les hommes n’aient pas leur ange gardien. Car l’Apôtre dit du Christ (Philipp., 2, 7) : Qu’il s’est rendu semblable aux hommes et qu’il a été reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui au dehors. Si tous les hommes ont leur ange gardien, le Christ aurait donc eu le sien, ce qui paraît répugner, parce que le Christ est au-dessus de tous les anges. Donc tous les hommes n’ont pas leur ange gardien.
Réponse à l’objection N°1 : Le Christ, comme homme, était immédiatement régi par le Verbe de Dieu ; il n’avait donc pas besoin d’être gardé par les anges. De plus son âme était en possession de l’essence divine, bien que par son corps, qui pouvait souffrir et mourir, il fût voyageur comme nous. Sous ce rapport il ne lui fallait donc pas non plus d’ange gardien, car l’ange au lieu d’être au-dessus de lui était au contraire au-dessous, d’après ces paroles de saint Matthieu (4, 11) : que les anges s’approchèrent et le servirent.
Objection N°2. Le premier de tous les hommes fut Adam. Or, il ne devait pas avoir d’ange gardien, du moins dans l’état d’innocence, parce qu’alors il n’était pressé par aucun péril. Donc il n’y a pas des anges préposés à la garde de tous les hommes.
Réponse à l’objection N°2 : L’homme dans l’état d’innocence, n’avait pas à redouter les dangers qui nous viennent maintenant de nous-mêmes, puisque toutes ses facultés étaient intérieurement bien ordonnées, comme nous l’avons dit (quest. 95, art. 4). Mais il avait à craindre les périls extérieurs que le démon lui pouvait susciter par ses embûches, et c’est ce que l’événement a prouvé. C’est pourquoi il avait également besoin d’un ange gardien.
Objection N°3. Dieu a donné aux hommes des anges gardiens pour que ces anges les mènent à la vie éternelle, en les excitant à faire le bien et en les protégeant contre les attaques des démons. Or, les hommes qui, suivant la prescience de Dieu, doivent être damnés, ne parviennent jamais à la vie éternelle. Il en est de même des infidèles qui peuvent faire des bonnes œuvres, mais qui ne les font jamais bien, parce que leur intention n’est pas droite. Car c’est la foi qui donne la droiture d’intention, comme le dit saint Augustin (In præf. Ps. 31). Suivant saint Paul l’arrivée de l’antechrist sera même l’œuvre de Satan (2 Thess., chap. 2). Donc tous les hommes n’ont pas leur ange gardien.
Réponse à l’objection N°3 : Comme les damnés, les infidèles et l’antechrist lui-même ne sont pas privés du secours intérieur delà raison naturelle, de même ils ne sont pas privés non plus du secours extérieur que Dieu accorde à l’humanité tout entière, c’est-à-dire de la protection des anges. Si cette protection ne leur sert pas pour mériter la vie éternelle par des bonnes œuvres, elle leur est du moins utile pour les éloigner des fautes qui pourraient être nuisibles à eux et aux autres. Car les bons anges empêchent les démons de nuire autant qu’ils le veulent, et l’antechrist lui-même ne nuira pas autant qu’il le voudra.
Mais c’est le contraire. Car saint Jérôme dit que Dieu envoie un ange à chaque âme pour la garder.
Conclusion Tous les hommes ont en cette vie un ange gardien pour les protéger contre les divers périls qu’ils courent, mais arrivés à la fin de leur carrière ils ne doivent plus avoir besoin d’anges gardiens, ils règnent avec ces esprits célestes ou bien ils ont avec eux un démon qui les punit.
Il faut répondre que l’homme est dans cette vie comme dans le chemin qui doit le conduire à sa patrie. Sur sa route il y a bien des dangers qui le menacent au dedans comme au dehors, suivant ces paroles du Psalmiste (Ps. 141,4) : Dans le sentier où je marchais ils m’ont dressé un piège caché. C’est pourquoi, comme on donne une garde au voyageur qui marche dans une route qui n’est pas sûre, de même Dieu a donné à chaque homme un ange gardien pour tout le temps qu’il serait voyageur ici-bas. Mais une fois arrivé au terme de sa carrière, il n’aura plus de gardien, il régnera dans le ciel avec les esprits célestes, ou il aura avec lui dans l’enfer un démon qui sera le ministre des vengeances du Tout-Puissant.
Article 5 : L’ange gardien garde-t-il l’homme dès l’instant de sa naissance ?
Objection N°1. Il semble que l’ange gardien ne garde pas l’homme dès l’instant de sa naissance. Car, d’après saint Paul (Héb., 1, 14), les anges sont envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui reçoivent l’héritage du salut. Or, les hommes commencent à recevoir l’héritage du salut quand ils sont baptisés. Donc l’homme n’a un ange gardien qu’à dater de son baptême et non depuis sa naissance.
Réponse à l’objection N°1 : Les anges ne sont envoyés pour exercer efficacement leur ministère qu’en faveur de ceux qui possèdent l’héritage du salut, si on considère la fin dernière de leur mission qui est la vie éternelle. Mais ils n’en ont pas moins une mission à remplir envers les autres. Et si la protection qu’ils exercent à leur égard n’est pas assez efficace pour leur faire faire leur salut, elle a du moins la vertu de leur faire éviter une foule de fautes dans lesquelles sans cela ils seraient tombés.
Objection N°2. Les hommes ont des anges gardiens afin d’en retirer les lumières dont ils ont besoin. Or, les enfants qui viennent de naître ne sont pas capables d’être éclairés parce qu’ils n’ont pas l’usage de raison. Donc les enfants n’ont pas d’ange gardien immédiatement après leur naissance.
Réponse à l’objection N°2 : A la vérité l’office de gardien a pour effet principal et dernier de répandre la lumière et d’éclairer. Cependant il en a encore beaucoup d’autres qui sont applicables aux enfants, comme de repousser les démons et d’écarter tout ce qui pourrait leur nuire dans leur corps et dans leur âme.
Objection N°3. Les enfants qui existent dans le sein de leur mère ont, à une époque donnée, une âme raisonnable, aussi bien qu’après leur naissance. Or, tant qu’ils sont dans le sein de leur mère, ils n’ont pas d’ange gardien, puisqu’ils ne peuvent recevoir les sacrements. Donc ils n’en ont pas non plus immédiatement après leur naissance.
Réponse à l’objection N°3 : L’enfant, tel qu’il est dans le sein de la mère, n’est pas absolument séparé d’elle. Il lui est uni et il fait en quelque sorte partie d’elle-même, comme le fruit qui est attaché à l’arbre fait partie de cet arbre. Il est donc probable que l’ange chargé de la garde de la mère, garde aussi l’enfant qu’elle porte dans son sein. Mais au moment de sa naissance, quand l’enfant se sépare d’elle, alors, d’après saint Jérôme, Dieu lui donne un ange gardien.
Mais c’est le contraire. Saint Jérôme dit expressément (loc. cit., art. 2.) que tous les hommes ont un ange gardien immédiatement après leur naissance (Saint Jérôme n’est pas le seul de ce sentiment. Nous citerons encore Théophilacte dans son commentaire sur ce même passage de saint Matthieu ; Gennade (Lib. de prædest.), Tertullien (De an., chap. 57), Paschase Radbert (Comment. in Matth.). Les Grecs exprimaient la même pensée en admettant des génies qui présidaient à la naissance.).
Conclusion La protection des anges étant un bienfait général que Dieu accorde à l’humanité, il s’ensuit que chaque homme a son ange gardien non depuis son baptême, mais depuis sa naissance.
Il faut répondre que, comme le dit Origène (in Matth., hom. 6), il y a sur ce point deux opinions. Les uns ont dit que l’homme n’avait un ange gardien qu’après son baptême ; les autres ont prétendu qu’il en avait un depuis sa naissance. Saint Jérôme est de ce dernier sentiment et avec raison. Car les bienfaits que Dieu accorde à l’homme comme chrétien ne datent que du moment de son baptême ; telle est la réception de l’Eucharistie et les autres sacrements (Saint Thomas a voulu dire que le baptême mettait l’enfant en voie de recevoir l’Eucharistie, mais il n’a pas voulu dire que l’Eucharistie fût nécessaire ; ce que le concile de Trente a condamné (sess. 21, chap. 4).). Mais pour les avantages que l’homme reçoit de Dieu en tant qu’être raisonnable, il en jouit aussitôt qu’il est né. La protection de l’ange étant un bienfait de ce dernier genre, comme nous l’avons dit (art. 1 et 4), il s’ensuit que dès le premier instant de sa naissance l’homme a un ange gardien.
Article 6 : L’ange gardien abandonne-t-il l’homme quelquefois ?
Objection N°1. Il semble que l’ange gardien abandonne quelquefois l’homme à la garde duquel il a été préposé. Car Jérémie fait dire aux anges (Jér., 51, 9) : Nous avons traité Babylone, et elle n’a point été guérie ; abandonnons-la. Et Isaïe fait dire au Seigneur (Is., 5, 5) : J’enlèverai la haie qui protège ma vigne, et elle sera foulée aux pieds. D’après la glose cette haie désigne les anges gardiens.
Objection N°2. Dieu garde l’homme plus principalement que l’ange. Or, Dieu abandonne l’homme quelquefois, d’après ces paroles du Psalmiste (Ps. 21, 1) : Dieu ! mon Dieu ! abaissez sur moi vos regards, pourquoi m’avez-vous abandonné ? Donc à plus forte raison l’ange gardien abandonne-t-il l’homme.
Objection N°3. D’après saint Jean Damascène (De orth. fid., liv. 2, chap. 3), les anges, quand ils sont ici avec nous, ne sont pas dans le ciel. Or, ils sont quelquefois dans le ciel. Donc ils nous abandonnent quelquefois.
Réponse à l’objection N°3 : Si l’ange n’est pas toujours dans le même lieu que l’homme qu’il garde, il ne l’abandonne pas pour cela, il continue au contraire toujours à le protéger. Car quand il est au ciel il sait ce que devient l’homme qu’il avait à garder, il peut instantanément se rendre près de lui.
Mais c’est le contraire. Les démons nous combattent toujours, d’après ces paroles de saint Pierre (1 Pierre, 5, 8) : Le diable, votre ennemi, tourne autour de vous comme un lion rugissant qui cherche une proie à dévorer. Donc à plus forte raison les bons anges sont-ils toujours avec nous pour nous garder (Saint Clément d’Alexandrie croit que l’homme peut s’élever ici-bas à un si haut degré de perfection qu’il n’ait plus besoin d’ange gardien (Strom., liv. 7). Saint Jean Climaque dit la même chose, et il ajoute que les anges s’éloignent des pécheurs (Grad. 5).).
Conclusion La garde de l’ange n’étant que l’exécution des décrets de la divine providence qui n’abandonne jamais l’homme totalement, l’ange gardien n’abandonne jamais non plus d’une manière absolue celui qu’il est chargé de garder, bien que quelquefois pour se conformer aux ordres de la justice divine il lui laisse subir les douleurs du châtiment ou les misères du péché.
Il faut répondre que la fonction de l’ange gardien, comme nous l’avons dit (art. 2), n’est que la réalisation des desseins que la divine providence a sur l’homme. Or, il est évident que l’homme, pas plus que toute autre créature, ne peut être complètement délaissé par la Providence. Car, par là même qu’une créature participe à l’être, elle est soumise à la Providence universelle qui embrasse tout ce qui existe. Lors donc qu’on dit que Dieu abandonne l’homme selon l’ordre de sa providence, on entend seulement par là qu’il permet qu’il souffre quelque douleur ou qu’il tombe dans quelque péché. On doit dire également que l’ange gardien n’abandonne jamais l’homme totalement, mais qu’il le laisse seulement à lui-même sous certains rapports. Ainsi, il ne l’empêche pas d’éprouver quelques tribulations ou de tomber dans le péché, et il ne fait en cela que se soumettre à l’exécution de la volonté de Dieu. C’est en ce sens qu’on dit que Babylone et la maison d’Israël ont été abandonnées par les anges, parce que leurs anges gardiens ne les ont pas empêchées de subir les tribulations qu’elles avaient méritées.
Par là la réponse à la première et à la seconde objection est évidente.
Article 7 : Les anges s’affligent-ils des maux de ceux dont ils sont les gardiens ?
Objection N°1. Il semble que les anges s’affligent des maux de ceux dont ils sont les gardiens. Car Isaïe dit (Is. 33, 7) : Les anges de la paix pleureront amèrement. Or, les larmes sont le signe de la douleur et de la tristesse. Donc les anges s’attristent des maux des hommes dont ils sont les gardiens.
Réponse à l’objection N°1 : Ces paroles d’Isaïe peuvent s’entendre des anges, c’est-à-dire des envoyés du roi Ezéchias, qui versèrent des larmes en entendant les paroles de Rapsacès que le prophète rapporte lui-même (Is., chap. 37). C’est là leur sens littéral. Dans le sens allégorique les anges de la paix sont les apôtres et les prédicateurs qui pleurent pour les péchés des hommes. Si on les entend des bons anges dans le sens anagogique, alors ces expressions sont une métaphore qui indique que les anges veulent en général le salut des hommes. Car on attribue ordinairement à Dieu et aux anges des passions de cette nature.
Objection N°2. La tristesse, comme le dit saint Augustin (De civ. Dei, liv. 14, chap. 15), est produite par les choses qui nous arrivent malgré nous. Or, la perdition de l’homme est contraire à la volonté de l’ange qui le garde. Donc les anges s’en attristent.
Objection N°3. Comme la tristesse est contraire à la joie, de même le péché est contraire à la pénitence. Or, d’après saint Luc (chap. 15) les anges se réjouissent à propos du pécheur qui fait pénitence. Donc ils s’attristent à l’occasion du juste qui tombe dans le péché.
Réponse à l’objection N°3 : Quand les hommes font pénitence, aussi bien que quand ils pèchent, les anges n’ont toujours qu’une raison pour se réjouir, c’est l’accomplissement des ordres de la providence divine.
Objection N°4. Origène dit (Sup. Num., liv. 18) que les anges sont traduits au tribunal de Dieu pour que l’on sache si c’est leur négligence qui est cause de la chute des hommes, ou si on ne doit l’imputer qu’à leur propre lâcheté. Or, la raison veut qu’on s’afflige des maux pour lesquels on est cité en jugement. Donc les anges s’affligent des péchés des hommes.
Réponse à l’objection N°4 : Si les anges sont cités au jugement des hommes ce n’est point comme des coupables, mais comme des témoins pour convaincre ces derniers de leur lâcheté.
Mais c’est le contraire. Où il y a tristesse et douleur il n’y a pas de félicité parfaite. C’est ce qui fait dire à saint Jean (Apoc., 21, 4) : Il n’y aura plus de mort, ni de deuil, ni de cri, ni de douleur. Or, les anges sont parfaitement heureux. Donc ils ne s’affligent de rien.
Conclusion Rien de ce qui se passe en ce monde n’étant absolument opposé à la volonté de l’ange, il s’ensuit qu’ils ne s’affligent point des maux des hommes dont ils sont les gardiens.
Il faut répondre que les anges ne s’affligent ni des péchés, ni des peines des hommes. Car la tristesse et la douleur, d’après saint Augustin (loc. cit.), ne viennent que des choses qui sont contraires à la volonté. Or, en ce monde il n’arrive rien qui soit contraire à la volonté des anges et des autres bienheureux, parce que leur volonté adhère pleinement à la justice divine et qu’il ne se passe rien ici-bas que la justice divine ne l’ordonne ou ne le permette. C’est aussi pour cette raison, qu’absolument parlant, il ne se fait rien en ce monde de contraire à la volonté des bienheureux. Car, comme le dit Aristote (Eth., liv. 3, chap. 1), on appelle purement volontaire ce que l’on veut en particulier quand il s’agit d’agir, c’est-à-dire d’après les circonstances dans lesquelles on se trouve ; quoique ce que l’on veut alors soit contraire à la volonté qu’on a en général dans les circonstances ordinaires. Ainsi, le nautonnier ne veut pas en général jeter ses marchandises à la mer ; cependant, que le péril devienne imminent, que ce soit une condition nécessaire de salut, il le veut alors. Son action est, par suite des circonstances, plutôt volontaire qu’involontaire. De même les anges ne veulent pas, généralement et absolument parlant, que les hommes tombent dans le péché et qu’ils soient en proie aux souffrances, mais par là même que la justice divine éprouve les uns par la douleur, et laisse les autres tomber dans le péché, ils se conforment à cet ordre.
La réponse à la seconde objection est évidente d’après ce que nous avons dit (dans le corps de l’article.).
Article 8 : Peut-il y avoir lutte ou discorde entre les anges ?
Objection N°1. Il semble qu’il ne puisse y avoir ni lutte, ni discorde entre les anges. Car il est dit dans Job (25, 2) que c’est Dieu qui fait régner la concorde dans les hauteurs des cieux. Or, la lutte est opposée à la concorde. Donc il n’y a pas lutte parmi les anges.
Objection N°2. Là où le commandement est juste et la charité parfaite il ne peut pas y avoir de combat. Or, tout cela existe parmi les anges. Donc il n’y a pas lutte parmi eux.
Objection N°3. Si on dit que les anges combattent pour ceux dont ils sont les gardiens, il faut qu’un ange soutienne un parti et un autre ange un autre. Or, si un parti est juste il est évident que l’autre ne l’est pas. D’où il suit qu’un bon ange sera le défenseur de l’injustice ; ce qui répugne. Donc il n’y a pas de lutte entre les bons anges.
Mais c’est le contraire. Car le prophète Daniel fait dire (10, 13) à l’ange Gabriel : Le prince du royaume des Perses m’a résisté vingt et un jours. Or, ce prince des Perses était l’ange préposé à la garde du royaume des Perses. Donc un bon ange résiste à un autre et il y a entre eux combat.
Conclusion Il peut y avoir lutte entre les anges, non parce que leurs volontés sont en désaccord, mais par suite de l’opposition des mérites de ceux pour lesquels ils combattent.
Il faut répondre qu’on a soulevé cette question à propos des paroles de Daniel que nous venons de citer. Saint Jérôme les interprète en disant que le prince du royaume des Perses est l’ange qui s’opposa à la délivrance du peuple d’Israël pour lequel Daniel faisait offrir à Dieu ses prières, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel (Saint Jérôme paraît avoir été d’un avis contraire (De mort., ad chap. 15, Is), ou du moins il n’est pas aisé de dire clairement quelle a été à cet égard son opinion.). Le motif de cette lutte c’est qu’un prince des démons avait entraîné dans le péché les Juifs qui étaient en captivité, et que c’était là ce qui faisait obstacle à la prière que le prophète adressait à Dieu pour le peuple. Mais d’après saint Grégoire (Mor., liv. 17, chap. 8) le prince du royaume des Perses était un bon ange chargé de la garde de cette nation. Pour comprendre comment un bon ange peut résister à un autre il faut observer que ce sont des anges qui exercent les jugements de Dieu à l’égard des différentes nations aussi bien que des divers individus. Or, les anges sont dirigés dans leurs actions par l’ordre de Dieu. Comme il arrive quelquefois que les mérites et les intérêts des hommes et des empires sont réciproquement opposés, de telle sorte que l’un doit commander et l’autre obéir, et que les anges ne peuvent d’ailleurs connaître ce que la divine sagesse a décrété à ce sujet, si elle ne le leur révèle elle-même, il faut nécessairement qu’ils la consultent. Alors quand ils consultent la volonté divine sur des intérêts qui sont contraires et qui se combattent, on dit qu’ils se résistent mutuellement ; non parce que leurs volontés sont contraires, puisqu’ils sont tous d’accord sur ce point, c’est que les desseins de Dieu doivent s’accomplir, mais parce que les intérêts sur lesquels ils le consultent sont opposés (Indépendamment de saint Grégoire, nous trouvons encore le sentiment de saint Thomas, soutenu par Théodoret (Comment. ad Dan.), saint Basile (Cont. Eunom., liv. 3), saint Isidore de Péluse (liv. 2, Ep. 85).).
Par là la réponse à toute les objections est évidente.

References: art. 1
 art. 3
 art. 3
 art. 4
 art. 4
 art. 2