Source: http://tolkien.aratars.org/essai/dior/traduction/home/recit_ans.php
Timestamp: 2017-10-17 20:20:49+00:00

Document:
V - Le récit des ans
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Le Récit des Ans était une œuvre en évolution qui accompagnait les étapes successives du développement des Annales . Je ne lui ai pas donné de place dans L'Histoire de la Terre du Milieu (mais voir X.49), parce que sa valeur quant à la narration des Jours Anciens est très limitée jusqu'à la fin de la dernière (post- Seigneur des Anneaux ) version, où elle devient un document important; mais un bref compte-rendu doit être donné ici.
La toute première forme est un manuscrit avec ce titre, qui présente d'une manière très concise les événements majeurs des Jours Anciens. Tout du long, les dates sont en parfait accord avec celles données dans les textes pré- Seigneur des Anneaux , "Les Annales tardives de Valinor" et "Les Annales tardives du Beleriand" (AV 2 et AB 2). Étant donné que ce Récit des Ans fut visiblement écrit comme un complément à et durant la même période que ces versions des Annales , ne leur ajoutant rien, je ne l'ai pas inclus dans le Volume V.
Bien plus tard, une nouvelle version du Récit des Ans fut faite, et seule celle-ci nous importera ici. Elle est très clairement reliée au travail majeur effectué sur les Annales en 1951(-2), aboutissant aux dernières versions, les Annales d'Aman et les Annales Grises . Mon père en fit subséquemment un texte tapuscrit, mais il appartient visiblement à la même période.
Le manuscrit de cette version, tel qu'originellement écrit, était un texte très bon et très clair, mais il fut abondamment corrigé, interpolé, et réécrit en plusieurs étapes; et étant donné qu'il était la chronologie de travail de mon père pendant cette période, les dates, plus particulièrement dans la première partie ou partie valinóréenne, furent changées assez souvent, avec des mouvements déroutants d'allées et venues, pour rendre l'évolution de la chronologie extrêmement difficile à comprendre. Le point important, tant que la partie valinóréenne est concernée, est que les dates dans le manuscrit du Récit des Ans , tel qu'originellement écrit, étaient essentiellement les mêmes que celles des Annales d'Aman (AAm), telles qu'originellement écrites; tandis que la modification de cette chronologie se fit pas à pas dans les deux textes. Dans le cas d'AAm, j'ai noté qu'avec autant de modifications au dates, il était irréalisable de faire plus que de donner la chronologie finale, et dans le cas du Récit des Ans , l'évolution est encore plus complexe. En résultat, cette dernière œuvre présente une valeur indépendante très limitée pour cette partie; il y a cependant un petit nombre de sujets qui devraient être rapportés.
Dans le manuscrit tel qu'il était originellement écrit, les Jours Anciens commencent avec l'Éveil des Elfes : "Ici commencent les Jours Anciens, ou le Premier Âge des Enfants d'Ilúvatar"; mais "les Jours Anciens" fut barré et n'apparaît pas dans le tapuscrit. Plus loin dans Le Récit des Ans , une différence est rapportée dans l'application des termes "Jours Anciens" au regard de leur fin (une différence qui, à ma connaissance, ne se retrouve nulle part ailleurs) : après l'entrée pour l'Année 1500 des Valar "Fingolfin et Inglor traversent les Détroits de Glace" (ceci étant la date dans les Annales Grises), il est dit dans le manuscrit :
Ici finissent les Jours Anciens, avec le nouveau comput du temps, selon certains. Mais la plupart des savants donne aussi ce nom aux années de la guerre contre Morgoth, jusqu'à son renversement et son rejet.
Jusqu'à ce point, Quennar Onótimo a compilé ce compte et a computé les années.
Ici vient la suite que Pengoloð réalisa en Eressëa.
Dans le texte tapuscrit, ceci fut retenu, mais avec cette différence : "Ici finissent les Jours Anciens, avec le nouveau comput du Temps, selon les Savants de Valinor. Mais les Savants des Noldor donnent aussi ce nom aux années de la guerre contre Morgoth ..."
Quennar Onótimo apparaît dans les Annales d'Aman , où il est cité comme source pour le passage sur le comput du temps. Ce passage fut marqué en vue de son transfert dans Le Récit des Ans , et apparaît sur des pages manuscrites (dont l'une est reproduite en frontispice du Vol. X, L'Anneau de Morgoth ) d'une nouvelle ouverture de l'œuvre, écrites dans des formes si splendides qu'il n'est guère étonnant que cela n'ait pas été bien loin.
La paternité des Annales subit de nombreux changements. Dans les premières Annales de Valinor (AV 1, IV.263), Pengolod est nommé en tant qu'auteur, ainsi que dans les Annales de Beleriand (AB 1), mais l'idée surgit bientôt selon laquelle Rúmil était l'auteur de la première partie d'AV et que l'œuvre fut seulement complétée par Pengolod : en AV 2, la partie de Rúmil se termine avec le retour en Valinor de ces Noldor, menés par Finrod (Finarfin) qui ne continuèrent pas la route vers le nord après la Malédiction de Mandos (voir V.116, 123). Dans la première forme de l'ouverture des Annales d'Aman , il est dit qu'elles "furent écrites par Quennar i Onótimo qui apprit beaucoup, et emprunta beaucoup aussi, de Rúmil; mais elle furent élargies par Pengoloð". Dans la seconde version de l'ouverture, cependant, Rúmil seul est nommé : "Ici commencent les Annales d'Aman, que Rúmil rédigea". Dans les belles pages manuscrites de l'ouverture du Récit des Ans , auxquelles il est fait référence ci-dessus, il n'y a pas d'attribution de paternité (en dehors de l'évocation de Quennar Onótimo en tant qu'auteur du passage sur le comput du temps).
Il reste à mentionner quelques points de contenu dans cette partie. Sous l'entrée pour 1125 (cf. X.83 ), le manuscrit se lit : "L'avant-garde des Eldar atteint le Beleriand. Ils sont pris d'une grande frayeur de la Mer et, pendant longtemps, ils refusent d'aller plus loin. Oromë part pour Valinor chercher conseil." Ceci ne fut pas corrigé, mais dans le tapuscrit, cette entrée apparaît à sa place : "L'avant-garde des Eldar atteint les régions côtières de la Terre du Milieu et ce pays qui fut nommé par après Eglador. Duquel Beleriand était la majeure partie." Ceci doit apparemment être relié à l'une des entrées Eglador ajoutées à la carte : voir p. 186, §14; mais la phrase de conclusion est mystérie use. *
À ce propos, l'entrée pour l'année 1150 se lit ainsi dans le manuscrit : "Les Teleri du groupe d'Olwë prennent enfin aussi la Mer. Les amis d'Elwë restent derrière : ceux-ci sont les Eglath, les Abandonnés, ou les Sindar (les Elfes Gris)." La forme Eglath se trouve dans l'annale pour cette année en AAm (§71); mais dans le manuscrit du Récit des Ans , elle fut corrigée subséquemment en Eglim , tandis que, dans le manuscrit, la forme est Eglir : il semble qu'aucune des deux n'apparaisse ailleurs (voir pp. 365, 379).
Enfin, l'entrée pour 1497 commence avec les mots "Morgoth, depuis une nouvelle forteresse à Angband, assaille les Elfes Gris du Beleriand." A ce stade, l'histoire était toujours qu'Angband avait été bâtie sur les ruines d'Utumno (voir AG §35 et commentaire). Mon père écrivit au crayon sur le tapuscrit (faisant référence à l'intervalle depuis le retour de Morgoth de Valinor en 1495) : "Temps trop court pour que Morgoth construise Angband", et aussi "Temps trop court, devrait être au moins 10 ou 20 Années Valiennes". Ceci aurait requis une modification substantielle de la chronologie; et il semble concevable que cette considération fut un facteur de l'émergence du récit ultérieur selon lequel Utumno et Angband étaient des forteresses distinctes, dans des régions différentes, toutes deux érigées par Morgoth en des temps anciens (X.156, §12).
Au sujet de la dernière partie ou partie beleriandique du Récit des Ans , il y a peu à dire jusqu'à ce que les dernières entrées soient atteintes. La chronologie s'accorde de près avec celle des Annales Grises , y compris les récits révisés sur les origines de Gondolin et sur Eöl, et les brèves entrées (en accord avec AG sur des noms tels que Galion pour Galdor et Glindûr pour Maeglin ) n'ajoutent rien au texte majeur. Il est en fait un point qu'il est nécessaire de noter : sous l'entrée pour 495, mon père ajouta au manuscrit "Tuor quitte Dorlómin, réside un an à Falasquil." Les cinq derniers mots furent subséquemment barrés. Falasquil était le nom de l'anse sur la côte où Tuor demeura un temps dans le conte de La Chute de Gondolin (II.152); et cela fut aussi écrit sur la carte (voir p. 181, §5). Il paraît assez vraisemblable que ces deux ajouts furent faits à l'époque où mon père écrivait le Conte de Tuor postérieur, et où il était en train de relire l'ancien conte (comme il le fit clairement, II.203); mais Falasquil ne réapparaît pas dans le Tuor postérieur.
Subséquemment, des corrections hâtives du tapuscrit intégrèrent la légende radicalement changée de l'Arrivée des Edain, des révisions de noms vers des formes tardives, et des ajouts à l'histoire de Túrin.
Mais à partir de l'endroit où les Annales Grises furent abandonnées, Le Récit des Ans devient une source majeure pour la fin des Jours Anciens, et en effet, à presque tous égards, la seule source provenant de la période suivant l'achèvement du Seigneur des Anneaux , aussi terriblement inadéquat que ce soit. Tel que le manuscrit fut fait originellement (dans la forme que je distinguerai comme " A "), les entrées à partir de 500 jusqu'à la fin, très brèves, suivent de près la première version pré- Seigneur des Anneaux du Récit des Ans (voir p. 342 ) : mon père l'avait clairement devant lui, et ne fit rien de plus que d'en faire une copie nette avec des entrées plus complètes, n'introduisant virtuellement aucun nouveau sujet ou aucune date ne se trouvant pas dans AB 2 (V.141-4). Cela rendra les choses plus claires, toutefois, de donner le texte des entrées de ces années telles qu'elles furent d'abord écrites.
Naissance d'Ëarendil à Gondolin.
Création du Naugla-mír. Thingol se querelle avec les Nains.
Les Nains envahissent Doriath. Thingol est tué et son royaume s'éteint. Melian retourne en Valinor. Beren détruit l'armée des Nains à Rath-lóriel.
Le Deuxième Massacre fratricide.
La Chute de Gondolin. Mort du Roi Turgon.
Le rassemblement des Elfes survivants aux Bouches du Sirion commence.
Tuor et Idril prennent la Mer.
Les voyages d'Ëarendil commencent.
Le Troisième et Dernier Massacre fratricide.
Ëarendil arrive en Valinor.
Les derniers Elfes libres et les survivants des Pères des Hommes sont chassés du Beleriand et se réfugient sur l'Île de Balar.
L'armée des Valar sort de Valinor. Fionwë, fils de Manwë, débarque en Beleriand avec de grandes forces.
La dernière guerre des Jours Anciens, et la Grande Bataille, commence. Au cours de cette guerre, le Beleriand est brisé et détruit. Morgoth est enfin totalement vaincu, et Angband est découverte et détruite. Morgoth est enchaîné, et les deux derniers Silmarils sont repris.
Maidros et Maglor, les derniers fils survivants de Fëanor, s'emparent des Silmarils. Maidros périt. Les Silmarils sont perdus dans le feu et dans la mer.
Les Elfes et les Pères des Hommes quittent la Terre du Milieu et prennent la Mer.
Ici finit le Premier Âge des Enfants d'Ilúvatar.
Les seuls points d'importance pour lesquels ceci diverge de ce qui était dit en AB 2 ou dans la version originale du Récit des Ans qui l'accompagnait sont les ajouts sous l'entrée 540 de l'affirmation selon laquelle quand "les derniers Elfes" se réfugièrent sur l'Île de Balar, ils étaient accompagnés des "survivants des Pères des Hommes", et sous l'entrée 600 de celle selon laquelle les Pères des Hommes quittèrent la Terre du Milieu avec les Elfes et prirent la Mer.
Au stade suivant, que j'appellerai " B ", de nombreuses corrections, interpolations et modifications de dates furent effectuées à A; je donne ici le texte sous cette forme, autant que nécessaire :
Retour de Húrin.
Après un service de sept années, Tuor épouse Idril de Gondolin. Création du Naugla-mír. Thingol se querelle avec les Nains.
Les Nains envahissent Doriath. Thingol est tué et son royaume s'éteint. Melian apporte le Nauglamír à Beren et Lúthien, et puis repart en Valinor. Celegorm et Curufin détruisent l'armée des Nains à Sarn-athrad en Rath-lóriel; et sont furieux de ne pas trouver là-bas le Silmaril. Dior se rend en Doriath.
(Printemps) Seconde mort de Beren, et Lúthien meurt aussi. Dior, l'héritier de Thingol, porte le Silmaril [ barré : et retourne en Doriath].
(Printemps) Deuxième Massacre fratricide. Dernier avertissement d'Ulmo à Gondolin.
La chute de Gondolin à la mi-été. Mort du Roi Turgon.
Dans les entrées restantes, certaines dates furent changées mais très peu de changements furent apportés au contenu; le texte de A ne doit donc pas être répété.
La date de l'arrivée d'Ëarendil en Valinor fut changée à plusieurs reprises, apparemment > 536 > 540 > 542.
L'arrivée de l'armée des Valar fut déplacée vers 545.
Les dates de "la dernière guerre des Jours Anciens" furent changées en 545-587, et après les derniers mots de l'entrée originelle, ceci fut ajouté : "Ancalagon est jeté à bas par Ëarendil et tous les dragons sont détruits, sauf deux."
Cette entrée fut changée en 587.
Cette entrée finale fut changée en 590, et ceci lui fut ajouté : "Morgoth est jeté depuis Arda dans les Ténèbres extérieures."
"Ici finit le Premier Âge des Enfants d'Ilúvatar" fut changé en "Ici finissent les Jours Anciens avec le départ de Melkor, selon le comput de la plupart des savants; ici aussi finit le Premier Âge ..."
Les modifications et ajouts hâtivement effectués à l'entrée 503 (502 en A) introduisirent de nouveaux tournants majeurs dans l'histoire telle qu'elle avait été racontée dans toutes les autres versions : le conte du Nauglafring (II.238), l' Esquisse de la Mythologie (IV.33), le Quenta (IV.134), et AB 2 (V.141). Là c'était Beren, après son retour de chez les morts, qui, avec son armée d'Elfes, tendait une embuscade aux Nains à Sarn-athrad, et leur reprenait le Nauglamír dans lequel était serti le Silmaril; maintenant cela devient Celegorm et Curufin qui participent à la bataille de Sarn-athrad - mais le Silmaril n'y est pas, parce que Melian l'a apporté de Menegroth à Beren et Lúthien en Ossiriand. Dans l'ancien conte, Gwendelin (Melian), arrivant au Pays des Morts-Vivants après la bataille, devint furieuse quand elle vit Lúthien portant le Collier des Nains, étant donné qu'il était fait d'or maudit, et que le Silmaril lui-même était désacralisé par le fait qu'il avait été serti dans la couronne de Morgoth; tandis que dans l' Esquisse (probablement) et dans le Quenta (explicitement), ce fut Melian qui prévint Beren de l'approche des Nains venant de Doriath et qui permit à l'embuscade d'être préparée (mettant en garde, par après, lorsque le Collier des Nains fut récupéré, contre le fait que le Silmaril soit gardé).
L'entrée de Celegorm et de Curufin dans le récit semble être apparue durant l'acte de correction du texte; car mon père ajouta d'abord à l'entrée originelle ("Beren détruit l'armée des Nains à Rath-lóriel") les mots "et est blessé au cours de la bataille", faisant référence à Beren (cf. le Conte , II.237 : "Beren y reçut de nombreuses plaies"). Il changea alors soudainement "Beren détruit" en "Celegorm et Curufin détruisent", et "est blessé au cours de la bataille" en "et sont furieux de ne pas trouver là-bas le Silmaril".
Dans l'entrée originelle en A, " à Rath-lóriel" n'était qu'une erreur pour "en"; mais le remplacement par "à Sarn-athrad en Rath-lóriel" est étrange, car Sarn-athrad n'était pas un gué sur cette rivière (Ascar) mais sur le Gelion, et le resta dans les écrits ultérieurs, bien que le nom fût changé (voir p. 335).
Sous 505, le raturage du retour de Dior en Doriath précéda son inclusion sous 503. Il n'y a jamais eu de mention d'un avertissement supplémentaire d'Ulmo (509) depuis l'arrivée de Tuor à Gondolin. Sur l'ajout sous 545-587 au sujet d'Ancalagon, voir V.329, §18; et avec la référence à la fin des Jours Anciens "selon le comput de la plupart des savants", cf. p. 343 .
Le troisième stade fut le raturage du manuscrit entier à partir de l'année 400, presque jusqu'à la fin, et son remplacement par une nouvelle version (" C "), que je donne ici pour la même période, du retour de Húrin d'Angband : il s'agit d'un texte clair portant certains changements ultérieurs aux dates (changements qui renvoient grandement les dates à celles de B).
Retour de captivité d'Húrin. Il va à Nargothrond et s'empare du trésor de Glaurung.
Création du Nauglamír. Thingol se querelle avec les Nains.
Les Nains de Belegost et Nogrod envahissent Doriath. Thingol est tué, et son royaume éteint. Les Nains emportent l'or du Dragon, mais Melian s'est échappée et a emmené le Nauglamír et le Silmaril, et l'a apporté à Beren et Lúthien. Elle est ensuite repartie en Valinor; mais Lúthien porte le Silmaril. Maintenant Curufin et Celegorm, entendant parler du sac de Menegroth, ont tendu une embuscade aux Nains aux gués de l'Ascar et les ont vaincus; mais les Nains ont jeté l'or dans la rivière, qui est nommée par après Rathlóriel. Grand a été le dépit des Fils de Fëanor de découvrir que le Silmaril n'était pas avec les Nains; mais ils n'osent pas attaquer Lúthien.
Dior se rend en Doriath et s'efforce de rétablir le royaume.
504 [> 502]
Tuor épouse Idril Celebrindal, fille de Turgon de Gondolin.
505 [> 503]
Naissance d'Earendil le Semi-Elfe à Gondolin (Printemps). Ici un messager apporta de nuit le Silmaril à Dior en Doriath, et il le porta; et par son pouvoir Doriath revécut pour un temps. Mais on croit qu'en cette année disparurent Lúthien et Beren, car on n'entendit plus parler d'eux sur terre : peut-être le Silmaril hâta-t-il leur fin, car la flamme de la beauté de Lúthien, quand elle le portait, était trop vive pour des terres mortelles.
511 [> 509]
Le Deuxième Massacre fratricide. Les Fils de Fëanor attaqu(èr)ent Dior; et il fut tué; de même furent tués Celegorm et Curufin et Cranthir. Eldún et Elrún, les fils de Dior, furent abandonnés dans les bois afin qu'ils mourussent de faim. Elwing s'échappa et vint avec le Silmaril aux Bouches du Sirion. Ulmo envoie un dernier avertissement à Gondolin, qui reste seule à présent; mais Turgon ne conclura aucune alliance après le massacre fratricide de Doriath. Maeglin, fils d'Eöl, sœur-fils de Turgon, fut capturé dans les montagnes, et trahit Gondolin en faveur de Morgoth.
512 [> 510]
513 [> 511]
Tuor et Idril emmènent Earendil et les rescapés de Gondolin aux Bouches du Sirion.
527 [> 530]
Earendil épouse Elwing. L'inquiétude d'Ulmo descend sur Tuor. Tuor et Idril prennent la Mer, et l'on n'entend plus parler d'eux sur terre.
528 [> 530 > 534]
Les voyages d'Earendil commencent.
[Entrée ajoutée :] 528 [> 532]
Naissances d'Elros et d'Elrond, les fils jumeaux d'Earendil.
532 [> 534 > 538]
Le Troisième et Dernier Massacre fratricide. Les Havres du Sirion détruits et Elros et Elrond, les fils d'Earendel, capturés, mais sont recueillis avec soin par Maidros. Elwing emporte le Silmaril, et vient à Earendel [> Earendil] sous l'apparence d'un oiseau.
536 [> 540 > 542]
Earendil arrive en Valinor.
Ici, le texte de remplacement C touche à sa fin. Sous les entrées 400-499 en C (non données ici), ce texte est si proche en toute date et en tout détail de narration des Annales Grises qu'il est à peine un document indépendant; et Le Récit des Ans commençait à retourner à lui-même, pour ainsi dire, et à redevenir des "Annales". Dans les entrées données ci-dessus, où nous atteignons la narration non traitée en AG et pour lesquelles AB 2 est la dernière source, il est regrettable que mon père ne se soit pas autorisé cette tendance même à plus grande échelle, et qu'il ne se soit pas plus étendu sur une narration plus substantielle de Celegorm et Curufin à Sarn Athrad, du renouveau de Doriath, et du Deuxième Massacre fratricide.
J'ajoute quelques notes sur des points particuliers.
503 Le gué où les Nains tombent dans l'embuscade, à présent non plus nommé, est toujours situé sur l'Ascar, et non le Gelion (voir p. 347 ). L'affirmation selon laquelle les Nains "ont jeté l'or dans la rivière" varie par rapport à l'histoire racontée dans l' Esquisse et dans le Quenta (dans lesquels cela était fait par Beren et les Elfes Verts), et fut peut-être un retour conscient à l'histoire du Nauglafring (II.327), dans lequel l'or tomba dans la rivière avec les corps des Nains qui le portaient, ou sinon fut jeté à l'eau par les Nains cherchant à atteindre la rive.
505 Avec la datation changée de cette entrée, la narration entière de l'invasion de Doriath, la bataille du gué, l'arrivée de Dior en Doriath, les morts de Beren et Lúthien, et la transmission du Silmaril à Dior, est comprise dans la seule année 503. - La brève restauration de Doriath sous Dior n'a pas auparavant été associée au Silmaril; cf. ce qui est dit au sujet de sa présence aux Havres du Sirion ( p. 351 et p. 354 ). Au sujet de la probable association du Silmaril aux morts de Beren et Lúthien (bien que d'une nature entièrement différente de ce qui est suggéré ici), voir IV.63, 190.
511 Sur le sort des fils de Dior, cf. AB 2 (V.142), où il est dit qu'ils "furent faits prisonniers par les hommes mauvais de la suite de Maidros, et ils furent abandonnés dans les bois afin qu'ils mourussent de faim; mais Maidros regretta l'acte cruel, et les chercha en vain." - Il semble possible que "Turgon ne conclura aucune alliance" devait être "aucune alliance avec nul fils de Fëanor"; cf. le Quenta (IV.140) : "Des nouvelles Turgon entendit-il de Thorndor au sujet du meurtre de Dior, l'héritier de Thingol, et par après il ne voulut plus entendre un mot des malheurs au dehors; et il jura de ne jamais marcher aux côtés d'aucun fils de Fëanor."
528 (entrée ajoutée) Sur l'affirmation selon laquelle Elros et Elrond étaient jumeaux, voir V.152. Il est mentionné dans La Lignée d'Elros ( Contes et Légendes inachevés , p. 218) qu'Elros naquit 58 ans avant que le Second Âge ne commençât : cela concorde avec la date changée ici (532) et avec la fin du Premier Âge en 590 ( p. 346 ).
Finalement, nous arrivons au stade " D ", le tapuscrit du Récit des Ans ; mais avant d'aborder les entrées commençant avec le retour de Húrin, il y a deux entrées écrites au crayon sur le tapuscrit, à un point légèrement antérieur, qui doivent être mentionnées :
Dior épouse ... des Elfes Verts > Dior épouse Nimloth.
Naissance des fils jumeaux de Dior, Elrún et Eldún.
En connexion avec la première d'entre elles, il y a une note isolée (elle fut écrite en fait au dos d'une seule page au sujet du Heaume du Dragon de Dorlómin à laquelle il est fait référence aux pp. 140, 143) :
Dior né (à Tol Galen ?) vers 470. Il apparaît en Doriath après sa ruine, et est accueilli par Melian avec sa femme Elulin d'Ossiriand.
Sur cette note, voir p. 353 , année 504. La quatrième lettre d' Elulin n'est pas entièrement certaine. - En plus, le nom de l'épouse de Dior est aussi donné comme Lindis : voir p. 351 et p. 353 .
Le nom Nimloth a été adopté dans le Silmarillion publié (voir p. 234, où elle est dite être "une parente de Celeborn") sur la base de son apparition dans les séries de généalogies elfes qui peuvent être datées de décembre 1959 (p. 229). Ce tableau donne les descendants d'Elwë (Thingol) et de son frère cadet Elmo, dont il est dit qu'il était "aimé d'Elwë avec qui il resta". D'un côté du tableau (descendance d'Elwë), l'épouse de Dior Eluchil (héritier de Thingol) est Nimloth "sœur de Celeborn". De la même façon, sur l'autre côté, le fils d'Elmo est Galaðon, et Galaðon a deux fils, Galathil et Celeborn "prince de Doriath", et une fille, Nimloth, épouse de Dior Eluchil. Mais dans le même tableau, Nimloth, l'épouse de Dior, apparaît aussi en tant que fille de Galathil (donc dans le premier cas, elle était cousine au second degré de Dior, et dans le dernier la cousine au troisième degré d'Elwing). Il est clair, d'après des notes grossières au crayon sur cette page, que mon père était incertain à ce sujet, et il semble que Nimloth en tant que nièce de Celeborn était sa seconde pensée. Je me suis référé à cette généalogie dans Contes et Légendes inachevés mais n'ai pas mentionné le placement alternatif de Nimloth en tant que sœur de Celeborn.
Sur le second de ces ajouts tardifs au tapuscrit, la naissance d'Eldún et Elrún au cours de l'année 500, voir pp. 257 et 300, note 16.
Je donne à présent le texte du tapuscrit du Récit des Ans dans ses entrées de conclusion. À la fin, le tapuscrit devient manuscrit, et il convient d'en distinguer les deux parties en " D1 " et " D2 ".
Húrin est relâché. Il va à Nargothrond et s'empare du trésor de Glaurung. Il amène le trésor à Menegroth et le jette aux pieds de Thingol.
Le Nauglamír est forgé à partir du trésor de Glaurung, et le Silmaril y est accroché. Thingol se querelle avec les Nains qui avaient forgé le Collier pour lui.
Les Nains de Belegost et de Nogrod envahissent Doriath. Le Roi Elu Thingol est tué et son royaume s'éteint. Melian s'échappe et emporte le Nauglamír et le Silmaril, et les apporte à Beren et Lúthien. Elle quitta alors la Terre du Milieu et retourna en Valinor.
Curufin et Celegorm, apprenant le sac de Menegroth, tendirent une embuscade aux Nains aux Gués de l'Ascar alors qu'ils cherchaient à amener l'or du Dragon dans les montagnes. Les Nains furent défaits avec de grandes pertes, mais ils jetèrent l'or dans la rivière, qui fut à partir de ce moment-là appelée Rathlóriel. Grande fut la colère des fils de Fëanor de découvrir que le Silmaril n'était pas avec les Nains; mais ils n'osèrent pas attaquer Lúthien. Dior se rend en Doriath et s'efforce de recouvrer le royaume de Thingol.
En cette année, ou selon d'autres, au cours de l'année précédente, Tuor épousa Idril Celebrindal, la fille de Turgon de Gondolin; et au printemps de l'année d'après naquit en Gondolin Eärendil le Semi-Elfe. [ Ce paragraphe fut barré par après, avec les mots Doit être placé en 502.]
Au cours de l'automne de cette année, un messager apporta, de nuit, le Silmaril à Dior en Doriath.
Ici s'arrête le texte dactylographié D1, abruptement, près du haut d'une page, mais il continue quelque peu en un manuscrit très grossier (D2), bien que pas aussi loin que la fin de la version C (qui elle-même n'allait en aucun cas aussi loin que B).
Elwing la Blanche, fille de Dior, née en Ossiriand.
Dior retourne en Doriath, et avec le pouvoir du Silmaril le restaure; Mais Melian partit en Valinor. Dior porta à présent le Nauglamír et le Joyau en public.
Les fils de Fëanor, apprenant que le Silmaril est en Doriath, tiennent conseil. Maidros contient ses frères, mais un message est envoyé à Dior réclamant le Joyau. Dior ne renvoie aucune réponse.
Celegorm enflamme les frères, et ils préparent un assaut sur Doriath. Il se présentent à l'improviste en hiver.
À Yule, ** Dior combattit les fils de Fëanor sur les marches orientales de Doriath et fut tué. Là tombèrent aussi Celegorm (de la main de Dior) et Curufin et Cranthir. Les cruels serviteurs de Celegorm s'emparent des fils de Dior (Elrún et Eldún) et les abandonnent dans les bois afin qu'ils meurent de faim. (Rien de certain n'est connu de leur sort, mais certains disent que les oiseaux les secoururent, et les menèrent en Ossir.) [ En marge : Maidros, se repentant, cherche en vain les enfants de Dior.] La Dame Lindis s'échappa avec Elwing, et arriva difficilement en Ossir, avec le Collier et le Joyau. De là, entendant la rumeur, elle fuit vers les Havres du Sirion.
Maeglin capturé par des espions de Melkor (Sauron ?).
Mi-été. Assaut et sac de Gondolin, à cause de la trahison de Maeglin qui révéla sa position.
Les Exilés de Gondolin (Tuor, Idril et Eärendil, etc.) atteignent le Sirion, qui maintenant prospère sous le pouvoir du Silmaril.
Les fils de Fëanor apprennent l'érection des Nouveaux Havres, et que le Silmaril s'y trouve, mais Maidros abjure son serment.
L'Inquiétude d'Ulmo descendit sur Tuor, et il construisit un bateau Ëarámë , et partit dans l'Ouest avec Idril (et Voronwë ?), et il n'apparaît plus dans aucun conte depuis. Eärendil épousa Elwing et devint Seigneur des hommes des Havres.
Le Tourment accabla Maidros et ses frères (Maglor, Damrod et Diriel) en raison de leur serment inaccompli.
Ici se termine le texte, au milieu de la dernière page. Un commentaire à son sujet suit.
501 Dans l'histoire originelle de l'arrivée de Húrin à Menegroth dans le Conte de Turambar (II.114-15), lui et sa "bande" ou "troupe" d'"Elfes sauvages" amenèrent le trésor de Nargothrond en un énorme assemblage de sacs et de boîtes, et ils "jetèrent ce trésor aux pieds du roi". Ainsi aussi dans l' Esquisse de la Mythologie (IV.32) "Húrin jeta l'or aux pieds de Thingol", sans toutefois aucune indication de comment le trésor fut apporté en Doriath; mais dans le Quenta (IV.132) "Húrin vint à Thingol et requit son aide, et le peuple de Thingol amena le trésor aux Mille Voûtes" (sur la nature insatisfaisante de cette version, voir IV.188). En AB 2 (V.141), "Húrin amena l'or à Thingol." Voir en plus p. 258.
503 À côté de "Les Nains de Belegost et de Nogrod envahissent Doriath", mon père traça au crayon un X et écrivit "pas possible" : i.e. Les Nains ne pouvaient pas passer la Ceinture de Melian. Dans les vieilles sources, la magie protectrice était vaincue par le fait d'un Elfe traître (dans le Conte ) ou d'Elfes traîtres (dans l' Esquisse et le Quenta ), mais depuis le Quenta , la question n'était plus jamais remontée à la surface. En rapport avec ceci, il y a une page de notes grossières, telles qu'en faisait souvent mon père en méditant sur une histoire dans son ensemble, concernant la "Saga de Túrin" (tel que "Un récit de Beleg et de son arc doit être inséré au moment où Túrin le rencontre pour la première fois", et "Túrin doit être déloyal envers Gwindor - car son personnage est tout du long celui d'un homme de bonne volonté, gentil et loyal, qui est emporté par l'émotion, en particulier par la colère ..."); et parmi celles-ci, et écrite en même temps, bien qu'absolument pas connectée, figure la suivante :
En Doriath ne peut pénétrer une armée hostile ! D'une manière ou d'une autre, il faut s'arranger pour que Thingol soit attiré dehors ou incité à partir en guerre au delà de ses frontières et est tué là par les Nains. Alors Melian part, et la Ceinture étant enlevée, Doriath est ravagé par les Nains.
Les mots "pas possible" pourraient bien avoir été écrits à côté de l'entrée pour 503 du Récit des Ans au même moment que ceci.
L'histoire selon laquelle ce furent Celegorm et Curufin qui tendirent une embuscade aux Nains aux "Gués de l'Ascar" est répétée sans changement par rapport à la version précédente C ( p. 348 ). Il y a une référence passagère à une histoire similaire (car dans ce cas, ce fut Caranthir, et non Celegorm et Curufin) dans le texte post- Seigneur des Anneaux L'Histoire de Galadriel et de Celeborn . Il fut publié dans Contes et Légendes inachevés dans une "redite", une forme quelque peu sélective pour les desseins de cette section du livre; et dans le passage (p. 235) disant que Celeborn n'avait pas d'amour pour les Nains, et ne leur pardonna jamais pour leur rôle dans la destruction de Doriath ("passant outre le rôle de Morgoth en cela (en fâchant Húrin), et les propres fautes de Thingol"), mon père proposa plutôt qu'il n'affirma que seuls les Nains de Nogrod prirent part à l'assaut, et qu'ils furent "presque entièrement anéantis par Caranthir".
Il ne s'agissait pas, cependant, de son opinion finale, comme il apparaît. Dans une lettre de 1963 ( Lettres n° 247, p. 334), il écrivit qu'il pouvait "prédire" un événement durant les Jours Anciens auquel les Ents prirent part :
C'est en Ossiriand ... que vécurent quelques temps Beren et Lúthien après le retour de Beren d'entre les Morts. Beren ne se montra plus jamais parmi les mortels, sauf à une occasion. Il intercepta une armée de Nains qui étaient descendus des montagnes, avaient mis à sac le Royaume de Doriath et massacré le Roi Thingol, le père de Lúthien, emportant un formidable butin qui comprenait le collier de Thingol auquel le Silmaril était accroché. Il y eut un combat près d'un gué traversant l'une des sept rivières d'Ossir, et le Silmaril fut recouvré ... Il paraît clair que Beren, qui n'avait pas d'armée, reçut l'aide des Ents - ce qui n'allait pas favoriser l'amour entre Nains et Ents.
Dans ceci, on peut aussi remarquer que la vieille histoire selon laquelle les Nains emportèrent le Nauglamír de Menegroth réapparaît (voir pp. 346-7 ).
Sous le -lóriel de Rathlóriel , mon père écrivit au crayon : lórion ( Rathlórion était la forme originelle du nom de cette rivière), mais il le barra et écrivit alors mallen , sc. Rathmallen (cf. Rathmalad (?) sur la carte, p. 191, §69).
504 Le retour de Dior en Doriath a déjà été donné sous 503 en D1, la partie tapuscrite du texte. - Dans les versions B et C ( pp. 346-7 ), Melian apporta le Silmaril à Beren et Lúthien en Ossiriand et partit ensuite en Valinor, et cela est aussi dit en D1 ( p. 350 ). La présente entrée en D2, une année plus tard, répète que Melian alla en Valinor, et il est suggéré qu'elle était en Doriath quand Dior arriva; cf. la note citée p. 350 : "Dior ... apparaît en Doriath après sa ruine, et est accueilli par Melian". Cela semble clairement avoir été l'histoire en AB 1 (IV.307) et en AB 2 (V.141-2). Mais il est impossible d'être certain de quoi que ce soit avec des entrées ainsi compressées.
506-507 Ossir : Ossiriand. - Au sujet de la recherche infructueuse d'Elrún et Eldún par Maidros, voir p. 349 , année 511.
La Dame Lindis : Lindis apparaît ailleurs comme le nom de l'épouse de Dior (voir p. 257). La phrase "De là, entendant la rumeur, elle fuit vers les Havres du Sirion" signifie vraisemblablement que Lindis entendit la rumeur selon laquelle les survivants de Gondolin avaient atteint les Havres (un événement rapporté dans ce texte sous l'année 511).
510 L'histoire selon laquelle le site de Gondolin fut révélé à Morgoth par Maeglin fut changée ultérieurement : voir pp. 272-3 et note 30.
511 Cf. le Quenta (IV.152) : "car il leur sembla que dans ce joyau reposait le don de félicité et de guérison qui avait recouvert leurs maisons et leurs bateaux"; aussi AB 2 (V.143).
512 Que Maidros "abjura son serment" est affirmé en AB 2 (V.142); dans cette entrée et les entrées suivantes, mon père suivait ce texte de très près (en effet, D2 est basé dessus tout du long).
525 La suggestion selon laquelle Voronwë était le compagnon de Tuor et Idril durant leur voyage dans l'Ouest est à remarquer. Il (Bronweg / Voronwë) était à l'origine un des marins compagnons d'Eärendil (IV.38, 150). Cf. les mots que Tuor lui adresse dans le Conte de Tuor postérieur ( Contes et Légendes inachevés , p. 33) : "loin de l'Ombre ta longue route te conduira; et ton espérance fera retour à la Mer."
Il serait intéressant de savoir quand la conclusion de ce manuscrit D2 fut rédigée. Elle a l'air de s'accorder avec quelques uns des changements et ajouts faits au tapuscrit pour ses premières entrées, particulièrement celles appartenant à l'histoire de Túrin, et dans celles-ci, il est suggéré qu'elles proviennent de la période du travail de mon père sur le Narn . Mais c'est très incertain; et si c'est le cas, il est des plus remarquables qu'il aurait dû baser ces entrées si étroitement sur les vieilles annales pré- Seigneur des Anneaux .
Une note sur le Chapitre 22, La Ruine de Doriath,
dans le Silmarillion publié
À part quelques points de détail dans des textes et des notes qui n'ont pas été publiés, tout ce que mon père a jamais écrit sur la ruine de Doriath est à présent publié : de l'histoire originale présentée dans le Conte de Turambar (II.113-15) et le Conte du Nauglafring (II.221 et suivantes), via l' Esquisse de la Mythologie (IV.32-3, avec le commentaire pp. 61-3) et le Quenta (IV.132-4, avec le commentaire pp. 187-91), avec le peu qui peut être récupéré du Récit des Ans et de quelques rares références tardives (voir en particulier pp. 352-3 ). Si ces textes sont comparés avec l'histoire présentée dans Le Silmarillion , on s'aperçoit immédiatement que cette dernière est fondamentalement changée, en une forme pour laquelle, sur certains points essentiels, il n'y a absolument aucune autorité fondée sur les propres écrits de mon père.
Il y avait des problèmes très évidents dans l'ancienne histoire. Se serait-il à nouveau penché dessus, que mon père aurait sans aucun doute trouvé quelque solution à la question, autre que celle du Quenta . Comment le trésor de Nargothrond fut-il amené en Doriath ? Là, la malédiction que Mîm jeta sur l'or à sa mort "toucha les possesseurs de cette façon. Chaque membre de la compagnie de Húrin mourut ou fut tué lors de querelles sur la route; mais Húrin vint à Thingol et sollicita son aide, et le peuple de Thingol amena le trésor aux Mille Voûtes." Comme je l'ai dit en IV.188, "cela ruine le geste, si Húrin doit amener le roi lui-même à envoyer des gens pour l'or avec lequel il est ensuite humilié". Il me semble très probable (mais ce n'est que spéculation) que mon père aurait réintroduit les hors-la-loi des vieux Contes (II.113-15, 222-3) en tant que porteurs du trésor (mais pas la bataille féroce entre eux et les Elfes des Mille Voûtes); dans les notes confuses à la fin de Les Errances de Húrin , Asgon et ses compagnons réapparaissent après le désastre en Brethil et vont avec Húrin à Nargothrond (pp. 306-7).
Comment il aurait traité le comportement de Thingol vis-à-vis des Nains est impossible à dire. Cette histoire fut seulement contée en entier une seule fois, dans le Conte du Nauglafring , dans lequel la conduite de Tinwelint (précurseur de Thingol) différait complètement de la conception ultérieure du roi (voir II.245-6). Dans l' Esquisse , rien n'est dit de plus sur ce sujet que le fait que les Nains furent "éconduits sans paiement", alors que dans le Quenta , "Thingol ... rendit insuffisante sa récompense promise pour leur labeur; et des mots amers s'élevèrent entre eux, et il y eut bataille dans les halls de Thingol". Il semble n'y avoir ni indice ni allusion dans les écrits ultérieurs (dans Le Récit des Ans , la même simple phrase est utilisée dans toutes les versions : "Thingol se querelle avec les Nains"), à moins qu'on ne voit quelque chose dans les mots cités de L'Histoire de Galadriel et de Celeborn en p. 353 : Celeborn, dans son idée de la destruction de Doriath, ignorait le rôle de Morgoth "et les propres fautes de Thingol".
Dans Le Récit des Ans , mon père semble ne pas avoir considéré le problème du passage de l'armée naine en Doriath en dépit de la Ceinture de Melian, mais en écrivant les mots "pas possible" en marge de la version D ( p. 352 ), il montrait qu'il considérait l'histoire, dont il avait dressé les grandes lignes, comme impossible pour cette raison. Ailleurs, il ébaucha une possible solution ( ibid. ) : "D'une manière ou d'une autre, il faut s'arranger pour que Thingol soit attiré dehors ou incité à partir en guerre au delà de ses frontières et soit tué là par les Nains. Alors Melian part, et la Ceinture étant enlevée, Doriath est ravagé par les Nains."
Dans l'histoire qui apparaît dans Le Silmarillion , les hors-la-loi qui vinrent avec Húrin à Nargothrond furent retirés, tout comme la malédiction de Mîm; et le seul trésor que Húrin prit de Nargothrond était le Nauglamîr - qui était ici supposé avoir été fait par les Nains pour Finrod Felagund, et avoir été le plus estimé par lui de tout le trésor de Nargothrond. Húrin fut représenté comme étant enfin libéré des illusions inspirées par Morgoth lors de sa rencontre avec Melian en Menegroth. Les Nains qui sertirent le Silmaril dans le Nauglamîr étaient déjà à Menegroth, engagés dans d'autres travaux, et ce furent eux qui tuèrent Thingol; à ce moment, le pouvoir de Melian fut retiré de Neldoreth et Region, et elle disparut de la Terre du Milieu, laissant Doriath sans protection. L'embuscade et l'anéantissement des Nains à Sarn Athrad fut attribuée à nouveau à Beren et aux Elfes Verts (selon la lettre de mon père de 1963 citée en p. 353 , dans laquelle il disait cependant que "Beren n'avait pas d'armée"), et, de la même source, les Ents, "Bergers des Arbres", furent introduits.
Cette histoire ne fut pas légèrement ni facilement conçue, mais fut le résultat de longues expérimentations parmi des conceptions alternatives. Guy Kay prit une part majeure dans ce travail, et le chapitre que j'ai finalement écrit doit beaucoup à mes discussions avec lui. Il est, et il était, clair qu'une étape était franchie, d'un ordre différent de toute autre "manipulation" des propres écrits de mon père tout au long de ce livre : même dans le cas de l'histoire de La Chute de Gondolin, à laquelle mon père n'était jamais revenu, quelque chose pouvait être fait sans introduire de changements radicaux dans la trame narrative. Il sembla à ce moment qu'il y avait des éléments inhérents dans l'histoire de la Chute de Doriath, telle qu'elle existait, qui étaient radicalement incompatibles avec "Le Silmarillion" tel qu'il était projeté, et qu'il y avait là un choix inévitable : soit abandonner cette conception, soit altérer l'histoire. Je pense à présent qu'il s'agissait d'une vue erronée, et que les difficultés indéniables auraient pu être, et auraient dû être, surmontées sans autant outrepasser les limites de la fonction éditoriale.
* [NdTr : en ce qu'Eglador est censé être la partie centrale et occidentale du Beleriand.]
** [NdTr : dernier et premier jours de l'année]

References: §14
 §35
 §12
 §5
 §18
 §69