Source: http://kauwberg.be/classement.htm
Timestamp: 2020-02-29 01:26:11+00:00

Document:
saga des classements
Ce 27 mai 2004 le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a décidé de classer les 54 Ha du site du KAUWBERG à Uccle
Après une lutte de plus de 17 ans, cette décision est une victoire majeure des associations de protection de l’environnement à Bruxelles !
SOS Kauwberg remercie TOUS les citoyens qui se sont mobilisés pour cette juste cause.
Maintenant, il est temps de gérer le site du Kauwberg et de le léguer aux générations futures…..
Dès 1988 les défenseurs du Kauwberg eurent l'idée de faire classer cet espace semi-naturel afin de le protéger des velléités urbanistiques. Le classement partiel aboutit 6 ans plus tard en 1994 et a été annulé 8 ans après, le 7 mars 2002. Il y a donc déjà 16 ans qu'il est question de classement au Kauwberg ....
Fin du printemps 2004, une nouvelle procédure de classement initiée 2 ans plus tôt a abouti; elle concerne presque toute la zone verte du PRAS, les zones bâties étant exclues.
Ci-dessous : l'arrêté de classement annoncé à la presse le 27 mai 2004.
Le cabinet du Ministre nous a aimablement transmis le texte de l'arrêté qui doit bientôt paraître au Moniteur belge
Les motifs du classement sont précisés dans l'annexe I de l'arrêté. La délimitation du site est reprise sur le plan figurant à l'annexe II.
Vous trouverez aussi en bas de cette page le communiqué de presse du Ministre le jour de l'annonce de la décision gouvernementale
A la page suivante, figurent l'historique des classements du Kauwberg, ensuite le discours de Willem Draps à la fête du 23 juin, enfin la question parlementaire de Marc Cools en commission régionale d'aménagement du territoire suivie par la réponse de Willem Draps, l'arrêté de 2002 et son annexe
ARRETE DU GOUVERNEMENT DE LA REGION DE BRUXELLES-CAPITALE CLASSANT COMME SITE LE KAUWBERG, DELIMITE PAR la ligne de chemin de fer de Bruxelles à Hal, la chaussée de Saint-Job, l'avenue Dolez, l'avenue de la ChEnaie et l'avenue Pastur A UCCLE.
Vu l'ordonnance du 4 mars 1993 relative à la conservation du patrimoine immobilier, notamment l'article 18;
Vu l’arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale du 18 juillet 2002 entamant la procédure de classement comme site du Kauwberg, délimité par la ligne de chemin de fer de Bruxelles à Hal, la chaussée de Saint-Job, l’avenue Dolez, l’avenue de la Chênaie et l’avenue J. Pastur à Uccle ;
Vu l’avis favorable de la Commission Royale des Monuments et Sites émis le 26 mai 2004 ;
Considérant que le Collège des Bourgmestre et Echevins de la commune d’Uccle, propriétaire d’une partie du site, a émis un avis favorable accompagné d’observations qui peuvent être résumées comme suit :
- les parcelles sur lesquelles se trouvent des habitations ne devraient pas être intégrées dans le périmètre de classement ;
- la délimitation de la zone de protection devrait être définie par rapport à la limite du site classé et devrait être ajustée en fonction du parcellaire ;
- l’arrêté de classement devrait interdire totalement l‘allumage de feux ;
- il devrait prévoir un plan de gestion ainsi que des précisions sur les essences à replanter et sur les procédures de demande d’abattage d’arbre ;
- l’arrêté de classement devrait prévoir l’autorisation de maintenir les zones de parking existantes sur le site ;
Considérant que ces observations peuvent être rencontrées de la manière suivante :
Les parcelles sur lesquelles se trouvent des habitations et qui font partie du périmètre proposé, font partie du site du Kauwberg et méritent d’être intégrées dans le périmètre de classement définitif. Le classement du site n’est pas de nature à compromettre le maintien des habitations existantes. De même, les zones de parking existantes peuvent être maintenues. Les conditions particulières de conservation ne visent que les nouvelles interventions et ne peuvent supprimer une situation existante de droit.
La zone de protection est en partie définie par rapport au front de bâti et à la voirie existants. Un agrandissement de la délimitation de la zone de protection sera transmise à l’administration communale d’Uccle.
L’interdiction totale d’allumage de feu a été précisée dans l’article 3
Le présent arrêté n’a pas pour objet de proposer un éventuel plan de gestion du site.
Les observations relatives aux éventuels travaux d’abattage ou de plantations n’ont pas lieu d’être intégrées dans le présent arrêté. Les procédures relatives à ces travaux sont réglées par l’ordonnance du 4 mars 1993 relative à la conservation du patrimoine immobilier, par l’ordonnance du 29 août 1991 organique de la planification et de l’urbanisme, par les ordonnances du 18 juillet 2002 et du 19 février 2004 modifiant celles-ci et par l’ensemble des arrêtés d’applications.
Considérant que des propriétaires ont transmis dans les délais requis leurs observations et que celles-ci peuvent être résumées comme suit :
(1) La parcelle cadastrée section E n°369m devrait être exclue de la zone de classement car il s’agit d’une parcelle bâtie.
(2) Le classement du site dans son entièreté est une bonne chose mais il est important d’organiser une gestion du site sous la direction de l’I.B.G.E., avec la participation active de tous les propriétaires et en collaboration avec la Ligue des Amis du Kauwberg.
(3) Le classement du site risque de faire perdre de la valeur aux terrains privés qui étaient destinés à la construction. Il faudrait prévoir une indemnisation des propriétaires privés ou un rachat de leurs terrains par l’Etat.
(4) La délimitation du périmètre du site du Kauwberg proposé au classement dans l’arrêté du 18 juillet 2002 diffère de la délimitation du site définie dans l’arrêté de classement du Kauwberg du 28 avril 1994 (annulée par arrêt du Conseil d’Etat n°104.505 du 07/03/02) et il n’y a pas d’élément justifiant une extension de la mesure de protection prise en 1994. Or, la Région disposait déjà à l’époque de toutes les études scientifiques adéquates relatives au site.
(5) L’intérêt du site n’est pas suffisamment motivé. L’intérêt biologique du site est contestable d’après une étude réalisée en octobre 2002 par Esher Environnement (mettant à jour une étude réalisée en mai 1991 par Verdi SA). L’intérêt patrimonial invoqué ne justifie en aucun cas un classement du site dans sa totalité.
(6) une mesure de classement est inutile puisque le site du Kauwberg est situé en « zone verte » dans le plan régional d’affectation du sol (PRAS) adopté par l’arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale du 03/05/01. Cette affectation est une protection suffisante.
(7) Les parcelles ont un caractère indéniable de terrain constructible étant donné les aménagements prévus en voirie tels que voirie en pavés naturels, présence d’un égout, de bouches d’incendie, de poteaux d’éclairages, de réseau électrique et de télédistribution.
(8) Le propriétaire de la parcelle cadastrée section H, n°56l9, reconnaît l’intérêt esthétique, scientifique et historique indéniable du site du Kauwberg et demande l’autorisation de pouvoir construire sur son terrain un pavillon en bois à vocation pédagogique destiné à favoriser l’enseignement des sciences, biologie et écologie en particulier.
(1) Les parcelles sur lesquelles se trouvent des habitations et qui ont été intégrées dans le périmètre de classement font partie du site du Kauwberg et méritent d’être classées au même titre que le reste du site. Le classement du site n’est pas de nature à compromettre le maintien des habitations existantes.
(2) Le présent arrêté n’a pas pour objet de proposer un éventuel plan de gestion du site.
(3) Le classement du site ne compromet pas le caractère constructible du terrain car le PRAS adopté le 3 mai 2001 affecte le site en zone verte. L’existence d’un préjudice financier lié au classement n’est donc nullement établi et ne remettrait pas en cause l’intérêt justifiant le classement du site.
(4) Il est inexact d’affirmer que le gouvernement disposait en 1994 de toutes les études relatives au site. La délimitation du site du Kauwberg telle que définie dans l’actuelle procédure de classement se base sur une étude réalisée par M. Tanghe en mai 2002, laquelle définit et motive clairement le périmètre intéressant à protéger. La carte d’évaluation biologique (feuilles 31-39) éditée en 2000 par l’Instituut voor Natuurbehoud et l’I.B.G.E. n’était pas non plus disponible en 1994. Or, cette carte, réalisée sur base de relevés de terrains de 1997-1999, confirme la présence d’éléments de haute et très haute valeur biologique sur le site du Kauwberg.
(5) L’intérêt patrimonial de l’entièreté du site est indéniable et amplement développé. Il est confirmé par l’avis de la Commission Royale des Monuments et des Sites. Le site présente des qualités paysagères et esthétiques remarquables. Il s’agit d’un paysage rural de type bocager de grand intérêt. L’intérêt historique est largement justifié par la présence de témoins d’événements historiques et de traces de l’utilisation du sol passée. L’intérêt scientifique du site est indéniable tant par sa qualité biologique que par sa qualité écologique, , celles-ci ont été mises en évidence par l’étude de M. Tanghe de mai 2002 ainsi que par les études antérieures du même auteur réalisées de 1983 à 1993. Elles ont été confirmées indépendamment par la carte d’évaluation biologique de 2000 mentionnée ci-dessus (voir point (4)). Concernant l’étude réalisée en 2002 par Esher Environnement, il y a lieu de remarquer que cette étude n’a pas été réalisée sur une année complète mais uniquement en automne. Il s’agit donc d’observations ponctuelles qui ne tiennent pas compte de l’évolution de la végétation sur plusieurs saisons. Cette étude est donc certainement moins pertinente que l’étude réalisée par M. Tanghe sur plusieurs saisons et plusieurs années et que la carte d’évaluation biologique.
(6) L’affectation au PRAS est indépendante d’une procédure de classement, laquelle est une reconnaissance d’un intérêt patrimonial.
(7) D’éventuels aménagements en voirie n’impliquent pas que les terrains en front de voirie soient automatiquement constructibles. Le caractère constructible du site est contredit par le PRAS adopté le 3 mai 2001 qui affecte le site en zone verte.
(8) L’article 3 a été précisé en tenant compte de cette observation. Le classement du site n’est pas de nature à empêcher systématiquement toute nouvelle construction, pour autant qu’il s’agisse de constructions défendant un objectif exclusivement didactique ou scientifique. Cette demande pourrait donc faire l’objet d’une autorisation pour autant que la construction s’intègre dans le site et qu’un permis d’urbanisme soit délivré.
Sur la proposition du Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et du Secrétaire d’Etat ayant les Monuments et Sites dans ses attributions,
Article 1er - Est classé comme site le Kauwberg, délimité par la ligne de chemin de fer de Bruxelles à Hal, la chassée de Saint-Job, l’avenue Dolez, l’avenue de la Chênaie et l’avenue J. Pastur à Uccle, connu au cadastre d’Uccle,
2ème division, section D, 5ème feuille, parcelle 164d,
4ème division, section E, 3ème feuille, parcelles n° 306, 376 a², 376 b², 375b,
4ème division, section E, 4ème feuille, parcelles n° 26 (Kauwberg), 351a, 357b, 358 a², 358r, 358s, 358t, 358z, 359d, 360k, 369m, 370, 371f, 371k, 372b, 373a, 373b, 374a, 374b, 374c, 377d, 377e, 377f, 377g, 377h, 377k, 378, 379f,
4ème division, section H, 7ème feuille, parcelles n° 56L9, 56n9, 56m9, 57a4, 57n3, 57p3, 57y3, 57z3, 58f4
4ème division, section H, 12ème feuille, parcelles n° 490f23, 490z22, 56L7, 56s3, 56s7, 56t7 ;
en raison de son intérêt historique , esthétique et scientifique, précisé dans l'annexe I du présent arrêté.
La délimitation du site est reprise sur le plan figurant à l'annexe II du présent arrêté.
Art. 2 - La zone de protection relative au site décrit dans l'article 1er comprend l'ensemble des parcelles et des voiries ainsi que les parties de parcelles et de voiries reprises dans le périmètre délimité sur le plan figurant à l'annexe II du présent arrêté.
Art. 3 - Les conditions particulières de conservation sont les suivantes :
1) tout travail de terrassement, construction, fouilles, ouverture de carrière ou travaux quelconques d'exploitation, sondages, creusements de puits, en général, de nature à modifier l'aspect du terrain ou de la végétation sont interdits;
2) il est interdit de modifier l'écoulement des eaux;
3} de déverser dans les cours d'eau ou dans le sous-sol par puits perdu ou autre artifice, toute substance de nature à altérer et influencer l'environnement et son site ;
4) Il est interdit de poursuivre, chasser, capturer ou troubler de façon quelconque toute espèce d'animaux sauvages;
5) il est interdit de prendre ou détruire les nids ou les oeufs;
6) il est interdit de faire la cueillette des fruits sauvages et des fleurs dans un but commercial;
7) de modifier le relief, le revêtement, les talus et leur végétation, l'alignement de la voirie;
8) de planter des poteaux ou des pylônes destinés au transport de l'énergie électrique ou à tout autre usage ;
9) l'allumage de feux est interdit ;
10) le dépôt et le stockage de matériaux, débris, détritus et déchets de toute nature, sont prohibés ;
11) de mettre en stationnement ou de parquer tout véhicule, même sur les voies carrossables, sauf dans les endroits réservés à cette fin.
12) la pose de panneaux publicitaires est interdite.
13) il est interdit d’ériger de nouvelles constructions (à l’exclusion des constructions défendant un objectif exclusivement didactique ou scientifique);
14) l'entretien normal des arbres (enlèvement des branches mortes, cassées, soins aux plaies) est obligatoire ;
15) l'utilisation, l'entreposage, ou la fabrication de substances nocives au développement et à la croissance des plantations, de la faune et de la flore ou nuisibles à la qualité des eaux sont prohibés.
Art. 4 - Le ministre qui a les monuments et sites dans ses attributions est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Bruxelles, le 27 mai 2004
Le Secrétaire d’Etat à la Région de Bruxelles-Capitale chargé de l’Aménagement du Territoire, des Monuments et Sites et du Transport rémunéré des personnes,
ANNEXE I A L'ARRETE DU GOUVERNEMENT DE LA REGION DE BRUXELLES-CAPITALE CLASSANT COMME SITE LE KAUWBERG, DELIMITE PAR la ligne de chemin de fer de Bruxelles à Hal, la chaussée de Saint-Job, l'avenue Dolez, l'avenue de la Chênaie et l'avenue Pastur A UCCLE.
Réf. cadastrale : 2ème division, section D, 5ème feuille, parcelle 164d ; 4ème division, section E, 3ème feuille, parcelles n° 306, 376 a², 376 b², 375b ; 4ème division, section E, 4ème feuille, parcelles n° 26 (Kauwberg), 351a, 357b, 358 a², 358r, 358s, 358t, 358z, 359d, 360k, 369m, 370, 371f, 371k, 372b, 373a, 373b, 374a, 374b, 374c, 377d, 377e, 377f, 377g, 377h, 377k, 378, 379f ; 4ème division, section H, 7ème feuille, parcelles n° 56L9, 56n9, 56m9, 57a4, 57n3, 57p3, 57y3, 57z3, 58f4 ; 4ème division, section H, 12ème feuille, parcelles n° 490f23, 490z22, 56L7, 56s3, 56s7, 56t7.
Situé au Sud d'Uccle, ce vaste plateau participe au paysage ancestral bruxellois. Il faisait partie de l'ancienne forêt charbonnière. Dès l'époque de Charles Quint, on entreprit l'abornement de la forêt domaniale pour prévenir les empiétements toujours possibles des propriétaires riverains et surtout des nombreuses communautés religieuses établies dans la forêt. Une de ces bornes, extrêmement rares, se retrouve au Kauwberg, près de l'avenue de la Chênaie.
Défriché et exploité de manière intensive dès la première moitié du XIXe siècle, le site du Kauwberg occupe une colline de 100 mètres d'altitude qui descend progressivement vers le Geleytsbeek, petit affluent de la Senne. Cette colline de sable fut exploitée comme carrière de 1920 à 1960 laissant une profonde excavation, colonisée localement par une intéressante végétation pionnière. Livré aux cultures et au pâturage, ce site fut peu à peu abandonné et évolua vers un milieu semi-naturel constitué de fourrés, de friches à hautes herbes, de prairies fauchées ou pâturées, de prairies humides, de prairies pauvres, de landes à genêts et de jardins potagers. Sa faune et sa flore sont largement composées d'espèces indigènes parfois fort rares. De nombreux mammifères peu communs, tels le rat des moissons, le campagnol souterrain ou le renard qui réinvestit progressivement la ville, trouvent ici un site particulièrement propice. Le site abrite également une importante population d'oiseaux qui y trouvent tantôt une halte migratoire tantôt un lieu de reproduction et de nourrissage.
Le périmètre du site du Kauwberg englobe non seulement le pentagone compris entre la ligne de chemin de fer n°26, la chaussée de Saint-Job, l'avenue Dolez et l'avenue de la Chênaie, mais aussi le triangle situé à l'est de l'avenue Dolez et limité par les avenues du Directoire, Bonaparte et Pastur. L'ensemble forme un quadrilatère couvrant une surface d'environ 50 ha.
Intérêt présenté par le bien selon les critères définis à l'article 2, 1o de l'ordonnance du 4 mars 1993 relative à la conservation du patrimoine immobilier
Bref historique du Kauwberg et statut écologique actuel
Comme en témoignent les cartes topographiques du XVIIIe siècle et les toponymes de « Coudenberge Bosch » (« Bois de Froidmont ») et « Heyde » (lande ou bruyère) qu'elles mentionnent, le Kauwberg était un espace boisé entrecoupé de landes. Il faisait partie de la zone de forêt secondaire précédant la forêt domaniale de Soignes. Contrairement toutefois à cette dernière, constituée de hautes futaies (hêtraie mélangée), il s'agissait d'un peuplement ligneux bas et clair, selon toute vraisemblance un taillis de chêne-bouleau soumis aux usages de la population rurale environnante.
Peu après 1830, le plateau du Kauwberg est défriché et livré à la culture qui persistera jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale.
La végétation de friche postculturale ainsi que les terrains déblayés et remaniés par l'industrie d'extraction du sable et de l'argile à briques évolueront soit vers la prairie sous l'influence d'un pâturage plus ou moins intensif, soit vers les fourrés et bosquets feuillus en l'absence d'intervention humaine.
Mis en attente d'une utilisation différée par son statut de « zone de réserve » au plan de secteur, le Kauwberg a évolué spontanément vers un paysage végétal à nouveau plus sauvage par abandon ou desserrement de l'intervention humaine.
Si l'on se réfère à la classification proposée par WESTHOFF (1972)1 des degrés d'artificialisation (ou, au contraire, de naturalité) du paysage végétal, celui du Kauwberg peut être qualifié de semi-naturel dans la mesure où sa structure a été fortement modifiée par rapport à la végétation forestière originelle, mais sa flore est composée en grande partie d'espèces sauvages, indigènes, de même ailleurs que la faune qui y est subordonnée.
Par ailleurs, le Kauwberg est un espace rural relictuel englobé dans le tissu urbain puisqu'il a conservé en partie sa structure paysagère et son utilisation du sol anciennes, étrangères à celles de la ville proprement dite.
[1] Cette classification qui utilise les critères qualitatifs de structure et de composition floristique de la végétation, comporte trois degrés principaux: est considérée comme naturelle, une végétation qui n'a pas été perturbée par l'homme ; une végétation artificielle est caractérisée par une structure différente de celle de la végétation naturelle et par une flore exotique maintenue uniquement grâce à la culture intensive ; et on qualifie de semi­naturelle, une végétation dont la structure a été modifiée mais dont la flore, bien que différente de l'originelle, est composée d'espèces indigènes favorisées par les modalités de l'agriculture extensive.
Les fonctions écologiques du Kauwberg
Les caractéristiques définies ci-dessus font que le Kauwberg , comme d'autres « restes de campagne » dans la ville, exerce un nombre particulièrement élevé de fonctions essentiellement écologiques.
Quelles sont- elles dans le cas d'un espace vert en partie rural et semi-naturel en milieu urbain et en quoi diffèrent-elles de celles d'un parc ou d'un jardin publics ?
Dans une vision anthropocentrique de notre monde, les fonctions de l'environnement naturel sont les diverses manières suivant lesquelles celui-ci satisfait aux besoins individuels et collectifs de la société humaine. VAN DER MAAREL, & DAUVELLIER (1978) en dressent un inventaire détaillé bien que non exhaustif et montrent qu'elles se rapportent finalement à quatre types fondamentaux : production, support, régulation et information.
L'utilisation de l'environnement naturel à la réception de l'habitat, de l'industrie, des voies de communication et aires de stationnement, spécifique du milieu urbain, de même que l'extraction de matériaux dans des carrières à ciel ouvert, représentent des aspects « durs » et destructeurs des fonctions de support et de production abiotique. Le premier ne concerne encore qu'une faible surface au Kauwberg ; quant au second, il appartient au passé du site et ses traces, aujourd'hui partiellement cicatrisées, font partie de la mémoire du site, au même titre d'ailleurs que les fosses ayant abrité les unités de défense antiaérienne de l'armée britannique en 1945.
Par contre, la production biotique, l'information, la régulation et même le support à la récréation peuvent être qualifiés d'écologiques, puisque directement en rapport avec l'exploitation des ressources naturelles renouvelables, propres au site.
Dans son état actuel, îlot de campagne dans la ville, espace vert non organisé, le site du Kauwberg assume simultanément et sans interférence majeure, l'ensemble des fonctions écologiques.
Fonction de production biotique :
. Horticulture de loisir: localisée en périphérie du site, elle répond actuellement aux besoins de la population uccloise locale, mais pourrait intervenir au niveau de la fonction éducative sous forme de « jardins scolaires » permettant aux enfants de s'initier à l'environnement naturel par la pratique du jardinage, suivant les modèles du «Delftse Hout» et de « Haagse Kindertuinen » aux Pays-Bas.
. Elevage de loisir: si l'élevage économique n'a pas sa place dans l'environnement urbain, le maintien d'une certaine production herbagère sous forme de prairies pâturées et fauchées, peut très bien se justifier par le désir d'une partie de la population citadine d'entretenir des chevaux d'équitation, poneys, moutons et chèvres; ici aussi, à défaut d'une « ferme pédagogique », le lien avec la fonction éducative est évident au travers des contacts entre les enfants et les animaux domestiques.
. Production sylvicole et de biomasse : pour interrompre par endroits la recolonisation forestière spontanée et assurer le maintien de la structure bocagère du site conditionnant la richesse et l'abondance de son avifaune, il est indispensable de couper périodiquement les fourrés et taillis ce qui, par la même occasion, peut conduire à la production de bois de feu et de compost de broussailles.
. Production fruitière : le Kauwberg produit quantité de fruits sauvages, mûres, framboises, noisettes, etc., mais l'arboriculture fruitière pourrait y être développée par la création de vergers de variétés anciennes y compris le cerisier de Schaerbeek qui existe déjà dans le site.
. Production de plantes médicinales: sur les quelque deux cents plantes sauvages recensées, beaucoup ont des propriétés médicinales et sont gratuitement à la disposition de ceux qui sont capables de les reconnaître et de les utiliser.
Fonction de support à la récréation :
Le Kauwberg assure cette fonction lorsqu'il sert uniquement de cadre paysager et de substrat pour les activités récréatives des citadins, soit, dans un ordre d'incidence croissante sur l'environnement naturel, le repos, la promenade, les jeux et les sports ; d'un part l'étendue du site qui favorise une récréation diffuse, d'autre part le caractère relativement peu vulnérable de la majeure partie du tapis végétal permet d'éviter dans une large mesure l'interférence de cette fonction avec la conservation de la nature.
Comme le Scheutbos et d'autres espaces ruraux relictuels, le Kauwberg acquiert d'ailleurs une importance particulière à cet égard dans l'optique du développement durable. En effet, ils permettent de décharger d'une partie de leur fréquentation, des espaces verts classés plus sensibles comme les parcs historiques et la forêt de Soignes.
Au Kauwberg, elle est liée d'une part à l'importance de la surface occupée par la végétation et à la biomasse de celle-ci, d'autre part à la composition du sol largement sablo-limoneux et filtrant; elle s'exerce de diverses manières, notamment
. purification de l'atmosphère urbaine, non seulement grâce à la filtration des poussières et polluants par la végétation, mais aussi grâce à la production d'oxygène par la photosynthèse ;
. stabilisation: le couvert végétal du Kauwberg protège évidemment le sol contre l'érosion, mais il joue aussi un rôle de tampon climatique grâce à la production de vapeur d'eau, la régulation de la température et le ralentissement du vent.
. infiltration de l'eau: grâce à son couvert végétal continu et ses sols perméables, le site du Kauwberg permet l'infiltration d'un quart à un tiers des précipitations (R. ROSSEELS, 1988)(1). De la sorte, il contribue non seulement à la limitation du ruissellement, mais aussi à la conservation des ressources aquifères de la région.
[1]Plus précisément la pluviométrie efficace équivalent à la pluviométrie totale moins l'évapotranspiration
. Education : concernant tous les niveaux de formation, de la vulgarisation grand public à l'enseignement supérieur, la fonction éducative du Kauwberg a trait non seulement à ses ressources naturelles spécifiques et différentes de celles des espaces verts urbains classiques (parcs et jardins publics), à savoir ses flore, végétation et faune sauvages, ses écotopes semi-naturels variés, ses sols et son sous-sol, mais elle se rapporte aussi à l'histoire de son utilisation par l'homme et la genèse du paysage brabançon dont l'évolution est jalonnée par des témoins matériels sur le terrain (anciens chemins et bornes, chapelles, vieilles fermes, etc.) et des documents écrits comme les cartes topographiques de diverses époques (par exemple: FERRARIS, 1775 ; WAUTIER, 1801 ; I.C.M., 1880).
Mieux que les réserves naturelles, refuges fragiles de flores et faunes rares dont la sauvegarde est indispensable, mais que l'on ne peut ouvrir sans risque de dommages irréparables à un public non averti, l'écosystème du Kauwberg, plus ou moins fortement influencé par l'homme, répond aux besoins d'une pédagogie active qui n'est efficace que si elle permet de toucher, récolter et analyser. C'est à ce titre aussi, c'est-à-dire pour l'enseignement des sciences naturelles, en particulier la biologie et l'écologie, que le Kauwberg constitue véritablement un espace vert utilitaire.
Enfin, comme laboratoire de plein air, le Kauwberg bénéficie d'un avantage essentiel par sa situation dans l'agglomération urbaine même où la densité des utilisateurs, c'est-à-dire les institutions d'enseignement, est la plus forte ; elle apporte une solution économique et pratique au problème de l'organisation de déplacements en groupe.
. Recherche scientifique : outre l'intérêt qu'il revêt dans le cadre des programmes de recensement cartographique permanent de la flore, de la fonge et de la faune sauvages comme ceux de l'Amicale Européenne de Floristique (A.E.F.) et de la Fédération des Banques de Données (FBDB), de même que comme objet de la recherche en écologie (communautés végétales, succession dynamique, relations plantes-sols, etc.), le Kauwberg représente aussi un ensemble de populations locales de plantes sauvages dont l'originalité génétique pourrait être d'autant plus marquée qu'elles sont isolées géographiquement (cas notamment des espèces les plus rares comme Polygala vulgaris, Trifolium medium, Pimpinella saxifraga, Valeriana repens,etc.) ; dans l'optique de la recherche en génétique fondamentale (spéciation) ou appliquée (amélioration de plantes médicinales), le Kauwberg assure donc la fonction de réservoir génétique.
. Orientation: le paysage végétal du Kauwberg offre au citadin le moyen de se repérer dans le temps, en particulier dans le déroulement des saisons, grâce à la succession immuable des divers événements déterminant ce que les écologues appellent les phénophases ; par exemple, pour des espèces dominant le paysage, la séquence des floraisons des prunellier, merisier, aubépine, genêt, sureau noir, épilobe en épi ; mais le simple spectacle de la campagne et des activités agricoles et pastorales qui s'y exercent encore et pourraient y être redeveloppées peuvent aider aussi l'habitant de la ville à retrouver ses racines.
. Source d'inspiration à l'expression artistique : au Kauwberg, elle découle non seulement de ses richesses naturelles, flore, faune, mais aussi du pittoresque de ses perspectives paysagères, lié au mouvement du relief, à la structure diversifiée de sa végétation et peut-être par-dessus tout à l'altitude et à l'étendue du site qui protègent son paysage visuel des constructions en hauteur indiscrètes et conservent son ambiance campagnarde.
L'examen qui précède des différentes fonctions passées et présentes du site du Kauwberg permet de mettre en évidence les divers éléments de sa valeur patrimoniale. Logiquement, ils relèvent tous de la fonction d'information.
Intérêt esthétique (paysager):
En première approche, il s'agit du paysage rural bocager dont l'intérêt scénique est lié non seulement au mouvement du relief et à la structure du couvert végétal, alternance de prairies ouvertes, haies, bosquets et chemins creux, mais aussi certainement à l'altitude (100 m à hauteur du cimetière d'Uccle) et l'étendue qui protègent les perspectives visuelles des constructions en hauteur et conservent l'ambiance campagnarde.
En outre, à quelques km à peine du centre urbain densément bâti et dans un contexte d'urbanisation soutenue, le paysage rural relictuel que constitue le Kauwberg acquiert une valeur ajoutée d'espace rare et précieux, au même titre d'ailleurs que les sites clasés du Scheutbos (Molenbeek), Zavelenberg (Berchem-Sainte-Agathe), Hof-ter-Musschen (WoluweSaint-Lambert), Val du Bois des Béguines ( Neder-Over-Heembeek).
Intérêt scientiffique (biologique et écologique) :
En deuxième analyse, la flore, la végétation et la faune qui est inféodée à celles-ci constituent un autre élément patrimonial du site.
Suivant un inventaire non exhaustif de la fin des années 1980 (TANGHE,1986), les plantes vasculaires, c'est-à-dire les plantes à fleurs (phanérogames) et les cryptogames vasculaires (fougères et prêles) totalisent 170 espèces. Compte tenu des parties non investiguées du site, des espèces nouvelles recensées entre 1986 et 2002, mais aussi de la perte temporaire de certaines espèces en l'absence de gestion conservatoire, on peut évaluer la flore totale des plantes vasculaires à environ 200 espèces. Une trentaine d'entre-elles, soit environ 15%, peuvent être considérées comme rares à assez rares pour la Région de Bruxelles-Capitale.D'après la « liste rouge » en projet (SAINTENOY-SIMON, 2002), une quinzaine d'espèces qui ne comptent que de 1 à 10 localités dans la Région faisaient partie de l'inventaire de 1986 complété des données de 2002 ; il s'agit de Carex disticha, Cerastium arvense*, Cerastium semidecandrum*, Festuca filiformis*, Gnaphalium sylvaticum, Jasione montana*, Ornithopus perpusillus*, Polygala vulgaris, Ranunculus bulbosus*, Solidago virgaurea*, Salix atrocinerea*, Trisetum flavescens*, Trifolium medium, Juncus subnodulosus*, Myosotis ramisissima*, auxquelles il faut ajouter Pimpinella saxifraga et Scleranthus annuus. Les espèces marquées d'un astérisque sont toujours présentes suivant un recensement partiel du printemps 2002, soit 10 sur 15 ; tandis que celles non observées et apparemment disparues du site sont, au moins en partie, récupérables grâce à des mesures de gestion appropriées (débroussaillage, fauche fréquente, étrépage superficiel, etc.), susceptibles de remettre en évidence le potentiel grainier du sol.
Quant aux autres groupes systématiques de plantes chlorophylliennes, seuls les bryophytes ont fait l'objet d'un survey général sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale (VANDERPOORTEN, 1997). Au lieu d'être fournis par site individuel, les résultats de l'inventaire sont donnés sous forme de cartes en réseau à mailles kilométriques. Sous réserve de l'incertitude liée au mode cartographique, le nombre d'espèces de mouses et hépatiques qu'abrite le Kauwberg avoisinerait les 80, soit 3 5 % du nombre total d'espèces rencontrées sur les 55% du territoire de la Région.
D'une part, les sols de texture variée, tantôt sableux, tantôt argilo-limoneux, associés à l'existence de sources et criques de suintement, d'autre part, les modalités et l'intensité variables de l'intervention humaine, engendrent une grande variété de stations écologiques auxquelles correspondent autant de groupements végétaux. Suivant la typologie non exhaustive. dégagée d'une cinquantaine de relevés phytosociologiques complets effectués entre 1973 et 1996, plus de 20 associations végétales ont été identifiées dont les plus remarquables et caractéristiques, parmi les formations herbacées, sont les suivantes, selon un gradient croissant d'humidité du milieu
1. pelouse maigre, arénicole, xérophile et acidophile à Festuca filiformis, Agrostis capillaris, Rumex acetosella et Jasione montana;
2. prairie fauchée-pâturée assez maigre, limonicole, mésohygrophile et acidophile à Agrostis capillaris, Anthoxanthum odoratum, Festuca rubra et Luzula campestris;
3. prairie pâturée assez grasse, limonicole, mésohygrophile et neutrocline à
Lolium perenne, Trifolium repens, Trifolium pratense, Anthoxanthum odoratum et Ranunculus bulbosus ;
4. prairie fauchée-pâturée assez grasse, limonicole, hygrocline et acidocline à Holcus lanatus, Lolium perenne, Trifolium repens et Ranunculus acris;
5. magnocariçaie ou prairie marécageuse, humicole et neutrocline à Carex acutiformis, Cirsium oleraceum, Equisetum palustre, Juncus effusus et Lychnis flos-cuculi ;
6. jonçaie humicole, rhéohygrophile et neutrocline à Juncus subnodulosus, Carex acutiformis et Equisetum telmateia.
7. groupements rhéohygrophile d'eau claire courante à Glyceria notata, Veronica beccabunga et Nasturtium officinale ; et d'eau courante eutrophisée à Glyceria maxima;
8. éléments de roselière marécageuse à Typha latifolia ;
9. groupement hydrophytique à Lemna minor et Lemna trisulca ;
10. Saulaie marécageuse et rhéohygrophile à Salix alba et Equisetum telmateia
Les deux premiers groupements ont ceci de remarquable, non seulement dans le contexte de la Région, mais aussi celui de la Belgique, c'est qu'ils sont soustraits à l'eutrophisation généralisée de l'environnement et que, comme herbages peu productifs, caractéristiques des sols assez maigres ou méso-oligotrophes, ils sont les témoins du paysage écologique passé, soumis à l'exploitation extensive. Ce type de prairie est en voie de régression généralisée, à telle enseigne qu'il est repris dans la liste des habitats naturels visés à l'annexe I de la Directive européenne 92/43/CEE, sous la dénomination «38.2. Prairies maigres de fauche de basse altitude».
En l'absence d'entretien, c'est-à-dire d'interventions interrompant l' embroussaillement, l'enfrichement ou l'extension de plantes envahissantes et compétitives, tant indigènes (laîche des marais, épilobe hérissé, prunellier, etc.) qu'exotiques (cerisier tardif), certains de ces groupements ont évolué vers des stades dynamiques floristiquement appauvris et moins caractéristiques. C'est le cas surtout des associations 1, 2 et 5. Les groupements 1 et 5 occupant des surfaces bien localisées, peuvent certainement être restaurés et retrouver leur composition caractéristique grâce à la mise en oeuvre d'interventions comme la fauche fréquente rétablissant les relations concurrentielles et autorisant l'expression du stock grainier du sol.
Quant au groupement 2, s'il a disparu des localités d'où proviennent ses observations remontant à 10 ou 20 ans, il est toujours bien représenté en d'autres endroits, tant dans la partie extrême sud (avenue de la Chênaie) pâturée par les chevaux, que dans la vaste zone herbeuse pâturée par les bovins au nord-ouest où il occupe systématiquement les bombements, crêtes et ressauts soumis à la dessiccation estivale et soustraits à l'eutrophisation.
La littérature déjà abondante consacrée au site du Kauwberg renferme bien entendu des données sur les différents groupes systématiques d'animaux présents dans le site, comme les mammifères, les oiseaux et les invertébrés [araignées , myriapodes, diptères, hyménoptères, hémiptères, coléoptères, orthoptères, lépidoptères ou papillons]. Mais seule l'avifaune, sans doute la plus perceptible, a fait l'objet d'une étude suivie dans le temps et suffisamment approfondie. Selon de WAVRIN (1991), qui prend en compte les oiseaux qui nichent dans le site, ceux qui s'y nourrissent même en vol et ceux qui s'y arrêtent, le Kauwberg compte pas moins de 73 espèces. Cette richesse remarquable est liée non seulement à l'étendue de l'espace vert et à sa relative tranquillité, mais aussi à la diversité structurale de son couvert végétal, mosaïque de jardins potagers, prairies, friches, ronciers, fourrés épineux et bosquets offrant à la fois nourriture, lieu de repos et abri pour les nichées.
Le Kauwberg, zone centrale du réseau écologique
Les points précédents relatifs au paysage visuel et aux ressources biologiques et écologiques du Kauwberg ont trait à la valeur intrinsèque de celui-ci. Mais le site revêt aussi une valeur extrinsèque qu'il doit à son intégration à une structure spatiale atteignant et dépassant le niveau régional, à savoir le réseau vert écologique.
La volonté exprimée dans les textes du PRD de la Région de Bruxelles-Capitale dès 1994 (Avis de la CRD relatif au projet de PRD - 29-10-1994) de promouvoir le réseau vert à fonction écologique et sociale fut traduite dans une carte indicative accompagnant le PRAS, version 2002. Dans les principes, le réseau écologique conçu comme un « réseau interconnecté d'écotopes » (TANGHE , 1993) est constitué d'un ensemble de zones centrales ou zones noyaux reliées entre elles par des éléments de liaison plus ou moins linéaires s'appuyant éventuellement sur des éléments relais ou des zones de développement.
Il apparaît que le Kauwberg, à l'instar des autres espaces verts semi-natures, de quelque étendue comme le Kinsendael, le Vogelzang, le Zavelenberg, le Scheutbos, le Val du Bois de Béguines, le Hof-ter-Musschen, le plateau de la Foresterie, etc., exerce la fonction capitale de zone noyau du réseau écologique régional. Son intérêt écologique s'en trouve donc amplifié.
Si le Kauwberg ne peut se prévaloir d'aucun élément construit ancien de quelque importance et digne d'intérêt, il recèle cependant un certain nombre de restes et d'artefacts, témoins de l'utilisation du sol passée et d'événements historiques.
L'élément le plus remarquable est sans doute la borne de pierre marquée de la croix de Bourgogne, reste rarissime de l'abornement de la forêt domaniale de Soignes ordonné par Charles Quint dès 1520. Elle marque encore la limite de la forêt avant qu'elle ne fut lotie et défrichée à partir de 1831 (PIERRARD, 1991). Parmi les anciens sentiers qui traversent le site et qui semblent converger vers l'a chapelle Hauwaert construite en 1760, le long de l'avenue Dolez, l'un d'eux orienté nord-sud s'enfonce profondément en un chemin creux ombragé par une double haie de charme. Son origine est très ancienne, puisqu'il est déjà mentionné sur une carte topographique levée en 1650 à la demande du baron de Carloo (BARTIER-DRAPIER et al., 1958).
Enfin, hormis les traces de l'industrie extractive, c'est-à-dire la sablière et les excavations de la briqueterie, on ne peut négliger les vestiges de la guerre de 1940-45 qui parsèment les Kauwberg sous la forme de petits cratères entourés de buttes circulaires. Il s'agit des trous, au nombre d'une douzaine, ayant abrité les batteries de défense anti-aérienne de l'armée britannique, dirigée contre les bombes volantes VI et V2 de l'offensive allemande, de fin 1944 à début 1945 (DE BROUWER 2002).
Le site du Kauwberg est un espace vert semi-naturel et comme tel, nécessite une intervention humaine soutenue (fauche, pâturage extensif, contrôle du boisement spontané), seule capable de garantir la conservation non seulement de ses ressources en vie sauvage, mais aussi de l'intérêt qu'il revêt comme paysage rural de type bocager.
Malgré la dérive de certaines parties du site soustraites au pâturage et livrées à la colonisation débridée de plantes herbacées ou ligneuses envahissantes, à cause de l'opposition des propriétaires à la mise en oeuvre du plan de gestion (COUVREUR, 1994), le site a conservé sa valeur patrimoniale. Celle-ci s'exprime principalement en termes historiques (évolution de l'utilisation du sol, témoins du passé,...), esthétiques (scénographie paysagère), biologiques (diversité de la flore et de la faune sauvages) et écologiques (valeur intrinsèque par la diversité des écosystèmes ; valeur extrinsèque comme zone centrale du réseau écologique régional). En ce qui concerne les éléments momentanément perdus du patrimoine biologique, en particulier certaines espèces et communautés végétales rares pour la Région, l'expérience a prouvé qu'ils sont récupérables grâce à des interventions de gestion restauratoire et l'expression du potentiel semencier du sol.
Vu pour être annexé à l'arrêté du 27 mai 2004,
ANNEXE II A L' ARRETE DU GOUVERNEMENT DE LA REGION DE BRUXELLES-CAPITALE CLASSANT COMME SITE LE KAUWBERG, DELIMITE PAR LA LIGNE DE CHEMIN DE FER DE BRUXELLES À HAL, LA CHAUSSÉE DE SAINT-JOB, L'AVENUE DOLEZ. L'AVENUE DE LA CHÊNAIE ET L'AVENUE PASTUR A UCCLE
DELIMITATION DE LA ZONE DE PROTECTION
Partie hachurée = objet du classement
Ligne noire = zone légale de protection
pour information : ci-dessous le communiqué à la presse du Ministre Draps ce 27 mai 2004
Ce texte n'émane pas de SOS Kauwberg et sera remplacé par l'arrêté de classement officiel lorsqu'il paraîtra au Moniteur belge
Kauwberg : la procédure de classement a abouti – fin d’une trop longue saga
Willem Draps offre un protection en béton à ce site semi-naturel
Ce jeudi 27 mai 2004, à l’initiative du Secrétaire d’Etat en charge des Monuments et Sites, Willem Draps, le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a définitivement classé comme site le Kauwberg, délimité par la ligne de chemin de fer de Bruxelles à Hal, la chaussée de Saint-Job, l’Avenue Dolez, l’Avenue de la Chênaie et l’Avenue Jacques Pastur à Uccle. L’ouverture de la procédure de classement remonte à juillet 2002.
Un premier classement comme site intervient en avril 1994 et porte sur 32 ha. Sur recours de propriétaires estimant que la délimitation de la zone d’étendue de classement n’avait pas suffisamment tenu compte de la richesse et de la biodiversité du lieu , le Conseil d’Etat annule l’arrêté de classement le 7 mars dernier. En sus du classement contesté, le PRAS définit, en juin 2001, une zone verte de 54 ha. Cette affectation au PRAS, qui constitue un premier verrou contre les projets immobiliers qui menacent le site, fait l’objet de recours en suspension ou en annulation : les 5 recours en suspension ont tous été rejetés par le Conseil d’Etat. , présage positif pour les recours pendants en annulation.
Une étude a immédiatement été commandée par Willem Draps, au lendemain de l’annulation du classement par le Conseil d’Etat. Réalisée en mai dernier par le professeur Martin Tanghe, membre de la Commission Royale des Monuments et Sites, elle a été transmise au Service des Monuments et Sites. La conclusion est sans appel, et largement argumentée tant au niveau historique, qu’esthétique ou scientifique : le Kauwberg est un site exceptionnel et mérite d’être classé.
‘Les espaces verts (bois, réserves naturelles et parcs) représentent 25 % de la superficie du territoire bruxellois, soit 3.965 hectares sur les 16.140 hectares que compte la Région. Préserver ces espaces, c’est agir sur un des facteurs déterminants pour la qualité de vie du citoyen bruxellois. En ce qui concerne le site du Kauwberg, j’ai toujours eu la conviction que le combat mené tant par les mandataires communaux que par le milieu associatif ou les riverains était un combat légitime. Ces 20 ans d’opiniâtreté aboutissent aujourd’hui au verrouillage complet de toute initiative visant à réduire à néant leurs attentes. C’est avec fierté que je prends le relais pour accomplir le dernier tronçon de cette course d’obstacles. Le Kauwberg réputé pour sa biodiversité, ses qualités esthétiques, sa richesse écologique ou son intérêt paysager, est aujourd’hui doublement protégé par le PRAS et le classement de l’ensemble de sa superficie (54h)’ souligne Willem Draps .
Situé au Sud d'Uccle et faisant partie de l’ancienne forêt charbonnière, ce vaste plateau participe au paysage ancestral bruxellois. Dès l'époque de Charles Quint, on entreprit l'abornement de la forêt domaniale pour prévenir les empiétements toujours possibles des propriétaires riverains et surtout des nombreuses communautés religieuses établies dans la forêt. Une de ces bornes, extrêmement rares, se retrouve au Kauwberg, près de l'avenue de la Chênaie. Défriché et exploité de manière intensive dès la première moitié du XIXe siècle, le site du Kauwberg occupe une colline de 100 mètres d'altitude qui descend progressivement vers le Geleytsbeek, petit affluent de la Senne. Cette colline de sable fut exploitée comme carrière de 1920 à 1960 laissant une profonde excavation, colonisée localement par une intéressante végétation pionnière. Livré aux cultures et au pâturage, ce site fut peu à peu abandonné et évolua vers un milieu semi-naturel constitué de fourrés, de friches à hautes herbes, de prairies fauchées ou pâturées, de prairies humides, de prairies pauvres, de landes à genêts et de jardins potagers. Sa faune et sa flore sont largement composées d'espèces indigènes parfois fort rares. De nombreux mammifères peu communs, tels le rat des moissons, le campagnol souterrain ou le renard qui réinvestit progressivement la ville, trouvent ici un site particulièrement propice à leur développement. Le Kauwberg abrite également une importante population d'oiseaux qui y trouvent tantôt une halte migratoire tantôt un lieu de reproduction et de nourrissage.

References: l'article 18

Art. 2
 l'article 1

Art. 3

Art. 4
 l'article 2