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Timestamp: 2019-04-19 20:52:07+00:00

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Historiquement, le mot athée, construit sur un préfixe privatif, définit les personnes négativement dans un monde religieux. Dans l’Antiquité, ce mot désigne non seulement les incroyants complets, mais encore les sceptiques ou celles et ceux qui pratiquent autrement.
« En ce temps-là, un homme était venu dans Athènes, Anaxagore, qu’on appelle Anaxagore l’athée. Il était athée, c’est-à-dire qu’il ne concevait pas Dieu exactement comme on avait fait la veille. Les Hellènes voyaient dans la nature des forces qui se livrent incessamment des combats variés, et ces forces étaient des dieux ». (Barrès, Le Voyage de Sparte, 1906, p. 70).
L’athéisme va également désigner l’impiété. Or, impiété ne signifie pas négation de la divinité.
Assez ironiquement, les premiers chrétiens seront traités d’athées par les tenants des religions non-chrétiennes. Et au cours du débat entre les premiers chrétiens et les païens, chaque camp accuse l’autre d’être « atheos » dans le seul sens péjoratif qui existait à l’époque, qui n’est pas celui d’incroyance ou d’hérésie, mais d’impiété ou de vanité. Athéos étant une condamnation morale extrêmement sévère à l’époque déjà.
Jusqu’à la Renaissance, c’est le mot « incroyant », qui va être utilisé pour désigner toute personne ne se soumettant pas au catholicisme. On retrouve ces mêmes vocables, par exemple, dans l’islam. Sont non croyants, ceux qui ne sont pas musulmans. C’est le même principe.
En fait, en français, le mot athée est utilisé à compter du XVIè siècle, sous la plume de Rabelais, dans une lettre à Erasme (1532). Dérivé du mot grec atheos, mais sur la base seule de la définition platonicienne « qui ne croit pas aux dieux », le christianisme le traduit par atheos, « qui ne croit pas en Dieu ».
Ce faisant, le sens en devient tout aussi restrictif et, de fait, toutes celles et tous ceux qui ne croient pas dans le dieu des chrétiens (et plus spécifiquement des catholiques), est athée. Cette extension étant d’autant plus aisée que l’ensemble des autres dieux, considérés comme faux, ne sauraient avoir d’existence aux yeux des chrétiens. C’est pourquoi, des mots comme athée et païen, sont souvent employés indifféremment par les monothéismes. Et cette confusion a perduré au moins jusqu’au XXIè siècle. Enfin, puisque l’église romaine condamne le naturalisme, rappelons que le naturalisme a été qualifié également de doctrine athée, comme le relativisme.
Cela étant posé, l’athéisme vu par les religions et singulièrement la religion catholique, est toujours un grand moment de palpitantes découvertes sur la nature de ces théories sectaires.
Prenons, par exemple, les articles dédiés à l’athéisme dans le catéchisme de l’église catholique romaine, véritable manifeste de totalitarisme théocratique.
D’emblée, nous voilà dans le bain : la définition de l’athéisme est extrêmement aléatoire, à la limite du pifométrique romain du XXIè siècle. Les accusations sont péremptoires et la menace à peine voilée.
Prenons l’article 2123 pour commencer. Ecrire que quelqu’un ne perçoit pas quelque chose, revient à considérer que cet être est lacunaire, ne dispose pas de toutes les facultés nécessaires à l’entendement de ce qui devrait être une évidence. On attend toujours la démonstration de l’évidence. Mais parvenir à écrire que l’athéisme est l’un des faits les plus graves de notre temps, alors que la planète est à feu et à sang, très régulièrement, du fait des dissensions religieuses, que le réchauffement climatique met en péril notre survie, sans entrer dans le détail des crimes, des meurtres, des viols, etc. est la démonstration manifeste d’une impossibilité chronique des religions et singulièrement de la religion catholique, à tolérer qu’on puisse résister à l’injonction de croire. Et c’est là une intolérance fondamentale et incontournable, que rien ne pourra jamais guérir car elle est intrinsèque aux doctrines religieuses, particulièrement aux doctrines monothéistes.
L’article 2124 identifie l’athéisme à un phénomène polymorphe. Et le polymorphisme est toujours source d’inquiétudes et de peurs. Mais surtout, l’athée devient ainsi la cause des pires des maux selon une église romaine non seulement en perte de vitesse, mais encore vérolée par les scandales multiples qui ne cessent de ressurgir comme de grosses bulles de ce bouillon de culture qu’est le « Saint » Siège. Car de fait, ce qui est dénoncé ici, c’est le socialisme et plus encore le communisme. Quant aux considérations de fausseté du jugement des athées, elles proviennent tout de même de l’esprit de personnes qui n’ont strictement aucune preuve valide à présenter à l’appui de leur propre jugement. Et surtout, elles n’ont ni validité, ni légitimité, quoi que puissent en penser leurs auteurs.
A quoi s’ajoute le fait que le christianisme est issu d’une secte millénariste, toute entière convaincue de l’imminence de l’apocalypse. C’est donc non seulement dans cette attente, mais encore dans cet espoir, que s’est élaboré son socle. Ce qui exclut tout à fait la construction d’une cité terrestre viable. Ce n’est que sous les coups de boutoirs de la société civile que, peu à peu, la cité terrestre a obtenu une forme de considération. Mais toujours dans l’optique de son usage à destination d’un monde céleste des plus hypothétiques.
L’article 2125, n’a plus rien à voir avec une quelconque divinité, mais tout à voir, en revanche, avec l’orgueil d’une religion. Bien évidemment, en tant que l’athée se passe du dieu des chrétiens (ou de tout autre dieu), il se passe également sans le moindre mal, du clergé qui en a fait sa rente, son fond de commerce.
Le mot vertu maintenant.
La vertu désignait originellement le courage, l’énergie morale et s’employait, plus généralement pour toute espèce de qualité et de mérite masculin. C’est un terme qui a d’abord posé une hiérarchie sexuée de la morale. Et cette définition originelle ne peut être ignorée des si brillants latinistes, tous masculins, qui composent la curie romaine, le clergé et le comité de rédaction de ce catéchisme.
Par analogie, au Moyen Age, le mot va être employé par les religieux pour désigner les miracles, avant de prendre, au XIIè siècle, le sens de « puissance », « pouvoir » et ce, jusqu’au XVIIè siècle.
Depuis le XIIIè siècle, le vocabulaire religieux emploie le mot vertu également pour désigner une disposition particulière pour réaliser une action estimée bonne par la société et donc, singulièrement, par la société ecclésiastique.
Les glissements opérés par la langue au XVIè siècle, demeurent centrées sur l’aspect moral et dès le siècle suivant, la vertu désigne la « force morale » chez l’homme, et « la chasteté » chez la femme (d’où, au demeurant, la locution « femme de petite vertu » pour désigner une femme peu encline à la chasteté de rigueur dans la morale chrétienne)
La religion revêt donc très directement des valeurs viriles et morales, de toute puissance et de pouvoir. La question étant ici, très directement, de savoir si moralité et puissance sont à ce point compatible et si, in fine, les femmes ont vraiment quelque chose à voir dans cette histoire masculiniste...
Si l’on veut élargir un peu le sujet, la vertu supposée de la religion se discute également lorsque l’on fait l’inventaire des exactions de ces si vertueuses théories, dont la trace sanglante et fumante traverse l’histoire de l’humanité sans jamais discontinuer. L’athéisme n’a pas attendu le christianisme pour exister et il lui survivra sans le moindre problème car on ne peut éradiquer toute liberté d’esprit. Que les perversions, turpitudes, violences, meurtres et outrances de ces doctrines aident à la prise de conscience de l’humanité et l’incitent à envisager bien plus favorablement l’inexistence d’une divinité, en revanche, est indéniable. Mais rien n’autorise les adeptes de ces croyances à nous les imposer. Sinon leur immense orgueil et leur incapacité à supporter qu’on ne partage pas leurs superstitions - si on les range au même rang que les croyants païens - ou leurs croyances - si on considère qu’il y a une quelconque raison pour les placer à un rang supérieur.
Enfin, Matthieu 4:10 :
Il est même possible de trouver sur le net actuellement, des propos assez intéressants par leur douceur et dégoulinants d’amour divin et de respect de l’autre :
Or la question n’est jamais posée de la sorte. Ce qui est grand dommage. Car le véritable problème de la religion est en fait beaucoup moins l’athéisme que le théisme, la croyance. Et jamais n’est soulignée l’intrinsèque violence des religions à l’égard de celles et ceux qui ne les pratiquent pas ou n’y adhèrent pas. Car ces menaces et ces dénis, ce mépris, sont autant de manifestations non seulement d’intolérance, mais encore de grande violence. Ce qui ne se dit ou ne s’écrit malheureusement jamais non plus, particulièrement dans ce monde du XXIè siècle qui impose par tous les moyens disponibles, une omniprésence religieuse cacophonique.
L’athéisme était puni de mort par les trois religions dites du Livre (sachant que le bouddhisme s’appuie également sur un livre). Aujourd’hui, judaïsme et christianisme ont un peu plus de mal à poursuivre cette joyeuse pratique et le judaïsme est même nettement plus ouvert à l’athéisme, du fait de son non prosélytisme, que les deux autres religions issues du Livre. En 2015 encore, nous pouvons constater au quotidien que l’islam condamne et exécute sans pitié les incroyants et, plus généralement, tous les athées. Mais ne nous y trompons pas. C’est la société civile et laïque qui, aujourd’hui, empêche le bras des églises chrétiennes de s’abattre pour tuer. Souvenons-nous de l'appel au sang de la Manif pour Tous, soutenue par le clergé français... Ce qui n’empêche pas certains individus d’agir et ce catéchisme archaïque d’exister.
ATHEE - ATHEISME
2123 " Beaucoup de nos contemporains ne perçoivent pas du tout ou même rejettent explicitement le rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu : à tel point que l’athéisme compte parmi les faits les plus graves de ce temps " (GS 19, § 1).
2124 Le nom d’athéisme recouvre des phénomènes très divers. Une forme fréquente en est le matérialisme pratique qui borne ses besoins et ses ambitions à l’espace et au temps. L’humanisme athée considère faussement que l’homme " est pour lui-même sa propre fin, le seul artisan et le démiurge de son histoire " (GS 20, § 1). Une autre forme de l’athéisme contemporain attend la libération de l’homme d’une libération économique et sociale à laquelle " s’opposerait par sa nature même, la religion, dans la mesure où érigeant l’espérance de l’homme sur le mirage d’une vie future, elle le détournerait d’édifier la cité terrestre " (GS 20, § 2).
2125 En tant qu’il rejette ou refuse l’existence de Dieu, l’athéisme est un péché contre la vertu de religion (cf. Rm 1, 18). L’imputabilité de cette faute peut être largement diminuée en vertu des intentions et des circonstances. Dans la genèse et la diffusion de l’athéisme, " les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de la foi, par des représentations trompeuses de la doctrine, et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent " (GS 19, § 3).
2126 Souvent l’athéisme se fonde sur une conception fausse de l’autonomie humaine, poussée jusqu’au refus de toute dépendance à l’égard de Dieu (cf. GS 20, § 1). Pourtant, " la reconnaissance de Dieu ne s’oppose en aucune façon à la dignité de l’homme, puisque cette dignité trouve en Dieu lui-même ce qui la fonde et ce qui l’achève " (GS 21, § 3). L’Église sait " que son message est en accord avec le fond secret du cœur humain " (GS 21, § 7).
Katell Gollet, calvaire de Guimiliau
Katell, nièce du comte Morvan, vit retirée dans son château de la Roche Morvan (La Roche-Maurice), vers l'an 1200. Elle tue ses soupirants en les entraînant dans des danses sans fin. Enfermée par son tuteur en attendant qu'elle accepte de se marier, elle s'évade avec son page, qu'elle fait mourir d'épuisement dans un bal. Déguisé en cavalier, le Diable se présente et entraîne la jeune fille dans la danse jusqu'à la mort.
Une autre version en fait une jeune servante aux mœurs légères dissimulant ses écarts à son confesseur. Glissant plus avant sur la pente du péché, elle dérobe, sacrilège, une hostie consacrée qu'elle donne au Diable. Celui-ci l'entraîne alors dans les flammes de l'enfer.
L’article 2126 est un modèle du genre. Non seulement l’athée a obligatoirement une conception fausse de l’humanité, mais encore qu’est-ce que cela lui coûterait d’être croyant puisque les religions sont adeptes de la dignité humaine. Autonomie et dignité recouvriraient donc les mêmes concepts ? Mais plus que tout, pouvoir écrire, encore au XXIè siècle que « l’Eglise sait que son message est en accord profond avec le cœur humain » prouve indubitablement, que l’orgueil a définitivement aveuglé cette institution. Le pari de Pascal associé à l’outrecuidance en un seul article.
L’article 2140 nous permet, lui, de nous faire une idée de la définition que donne l’église catholique romaine de l’athéisme.
« En tant qu’il rejette ou refuse l’existence de Dieu, l’athéisme est un péché contre le premier commandement »
Que dit le premier commandement ?
Dans Exode 20:2-5, le premier commandement est ainsi rédigé (Bible de Jérusalem) :
(2)« Je suis Yahvé, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude. (3) Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi. (4) Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici-bas, ou dans les eaux, au-dessous de la terre. (5) Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car moi Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux qui punis la faute des pères sur les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants pour ceux qui me haïssent »
Deutéronome 5:6-9 :
6) « Je suis Yahvé ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude. (7) « Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi. (8) « Tu ne te feras aucune image sculptée de rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur la terre ici-bas, ou dans les eaux au-dessous de la terre. (9) Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux ni ne les serviras. Car moi, Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants, pour ceux qui me haïssent. »
C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte.
Si l’on veut bien laisser de côté cette fâcheuse manie, déjà repérable dans la malédiction dite de Cham et dans les paroles de sinistre mémoire « que son sang retombe sur nos têtes et celles de nos enfants », il convient de noter que ce dieu a une détestation particulière pour les enfants, y compris les enfants à naître, au point de leur faire payer indéfiniment la faute de leurs parents qui, on peut le lire en toute lettre, ne sont pas directement punis. Nul doute que ce déport systématique sur la descendance, des conséquences des fautes des parents, ne porte un nom en psychiatrie. Et tout à sa modération et à sa nuance, il considère que qui ne l’aime pas le hait. Les mots « indifférence » ou bien même « tolérance » ne doivent pas faire partie de son vocabulaire manichéen, ce qui explique l’attitude de ses adeptes des trois monothéismes depuis lors.
Mais revenons à notre sujet. Est donc athée toute personne qui ne croit pas dans le dieu d’Abraham ce qui, globalement, à l’exception des juifs, des chrétiens et des musulmans, nous donne le reste de la planète. La notion d’athéisme n’est donc pas réduite à une totale absence de croyance, elle s’élargit au contraire à l’ensemble des religions non issues de la bible. Ce qui fait en définitive pas mal de monde. Vaste échantillon de population auquel il convient d’ajouter les agnostiques :
2128 L’agnosticisme peut parfois contenir une certaine recherche de Dieu, mais il peut également représenter un indifférentisme, une fuite devant la question ultime de l’existence, et une paresse de la conscience morale. L’agnosticisme équivaut trop souvent à un athéisme pratique. (cathéchisme de l'église catholique romaine)
Ce qui nous ramène donc à la définition initiale du mot « athée » en tant que personne incroyante ou croyant en d’autres dieux que le dieu biblique et ici, spécifiquement, en son dérivé chrétien.
On pourrait donc imaginer qu’il suffit d’être catholique, au regard de ces textes catéchiques, pour cesser d’être athée. Ce serait bien trop facile. En effet, dès que le croyant moyen s’éloigne de la stricte doctrine émise par le Vatican qui détient l’autorité magistérielle, il devient idolâtre, donc polythéiste, éventuellement agnostique, si ce n’est - selon les tenants intégristes ou traditionnalistes de cette religion - « protestant ». Chacun de ces mots étant bien évidemment conçu comme une injure, une marque d’infamie. A ce titre, la première encyclique de l’actuel pape (Lumen fidei, 29 juin 2013) a rappelé le bon peuple catholique à l’ordre en la matière en se retranchant derrière l’autorité du Magistère, au moyen d’un rappel aux paroles prononcées par Paul VI lors de l’audience générale du 8 mars 1967, le Magistère étant la seule source valable de la parole divine et seul vecteur de la vraie foi avec un grand vé et un grand feu, car on ne saurait croire isolément.
« Cela nous montre l’importance capitale que le Concile, en conformité avec la tradition doctrinale de l’Église, attribue à la foi, à la vraie foi, celle qui a pour source le Christ et pour canal le Magistère de l’Église ». (Paul VI, Audience générale, [8 mars 1967] : Insegnamenti V [1967], 705)
Il est impossible de croire seul. La foi n’est pas seulement une option individuelle que le croyant prendrait dans son intériorité, elle n’est pas une relation isolée entre le « moi » du fidèle et le « Toi » divin, entre le sujet autonome et Dieu. Par nature, elle s’ouvre au « nous », elle advient toujours dans la communion de l’Église. (Lumen Fidei, 29 juin 2013, p. 53-54)
Autant dire qu’il existe bien des athées qui s’ignorent actuellement et l’on sent presque dans ces propos, l’appel désespéré au rassemblement, d’une institution en plein délitement.
Cette définition catholique de l’athéisme explique bien évidemment la connivence qui existe entre ces trois monothéismes, dont la tolérance est à peu près équivalente. A ceci près que le judaïsme a l’avantage de n’être pas prosélyte. Surtout, elle exprime toute la haine que ces trois religions, plus particulièrement aujourd’hui les religions chrétienne et musulmane expriment invariablement envers tout ce qui n’est pas elles, tous ceux qui ne se plient pas à leur volonté et n’adhèrent pas à leurs théories et croyances.
La même encyclique précise au demeurant qu’il ne peut y avoir aucune concession et que porter atteinte à l’Eglise, à sa vision de ce que doit être la foi, c’est porter atteinte à dieu lui-même. En toute modestie. Toute ressemblance avec une autre religion monothéiste serait bien évidemment fortuite.
Chaque époque peut rencontrer plus ou moins de difficultés à admettre certains points de la foi : il est donc important de veiller, afin que le dépôt de la foi soit transmis dans sa totalité (cf. 1 Tm 6, 20), et pour que l’on insiste opportunément sur tous les aspects de la confession de foi. Et puisque l’unité de la foi est l’unité de l’Église, retirer quoique ce soit à la foi revient à retirer quelque chose à la vérité de la communion. Les Pères ont décrit la foi comme un corps, le corps de la vérité, avec plusieurs membres, par analogie avec le Corps du Christ et son prolongement dans l’Église (Irénée de Lyon). L’intégrité de la foi a été aussi liée à l’image de l’Église vierge, à sa fidélité dans l’amour sponsal pour le Christ : porter atteinte à la foi revient à porter atteinte à la communion avec le Seigneur (Cf. Augustin, De sancta virginitate, 48, 48 : PL 40,424-425)
(Lumen fidei, p. 65-66)
Enfin, quand on pense aux accusations de polythéisme portées par une institution qui le pratique aussi ostensiblement (culte impérial au travers de la personne des papes et plus encore des papes canonisés, culte des idoles si l’on compte le foisonnement de la statuaire, culte des divinités intermédiaires, au moyen d’une liste de saints ayant existé ou purement inventés…) on comprend mieux qu’elle s’empresse de préciser qu’elle est un grand bain purificateur de tout ce qu’elle touche, au point même de se virginiser :
L’unité de la foi est donc celle d’un organisme vivant, comme l’a bien remarqué le bienheureux John Henry Newman lorsqu’il comptait, parmi les notes caractérisant la continuité de la doctrine dans le temps, sa capacité d’assimiler tout ce qu’elle trouve dans les divers milieux où elle est présente et les différentes cultures qu’elle rencontre (Cf. An Essay on the Development of Christian Doctrine, Uniform Edition Longmans, Green and Company, London 1868-1881, pp. 185-189), purifiant toute chose et la portant à sa parfaite expression. Ainsi la foi se montre universelle, catholique, parce que sa lumière grandit pour illuminer tout le cosmos et toute l’histoire. (Lumen fidei, p. 66-67)
Eh oui, le cosmos et l’histoire… rien que ça. Ca fait presque modeste si l’on se prend à imaginer qu’il pourrait y avoir plusieurs cosmos…
En outre, cette auto-qualification virginale provoque un glissement dont on ne sait s’il relève ou pas du lapsus révélateur, vers une identification à Marie, la mère de son dieu. De là à dire que l’église catholique romaine est la mère de dieu… donc sa créatrice, il y a peut-être une forme de lucidité qui s’exprime involontairement au détour de cette phrase
A ce point de la présentation de la vision de l’athéisme, il convient toutefois de préciser que son rejet viscéral par le christianisme n’est pas unique en son genre. Sans être mentionné tout à fait spécifiquement par le Coran sous la forme d’une condamnation d’un incroyant total, les autres formes d’athéisme consistant à ne pas être musulman sont également condamnées et les punitions telles que la mort ou quelque chose qui ressemblerait à la notion de damnation de la panoplie punitive chrétienne s’appliquent bien évidemment. La compilation coranique étant du même tonneau que la compilation évangélique, les contradictions sont légions et l’appel à la violence et à la tuerie se trouve contrebalancé par une forme d’appel à tolérer l’impie, l’infidèle, l’hypocrite (apostat).
Le fait est que l’actualité nous rappelle que l’athéisme et l’apostasie sont punis de mort par décapitation au sabre en Arabie Saoudite, notamment, où d’ailleurs les athées sont considérés comme de potentiels terroristes, au terme de la loi antiterroriste du royaume, de prison dans le Maghreb et les formes de violence et de contrainte induites ne manquent pas. L’islam n’étant pas unifié, les peines sont assez diverses, mais en aucun cas clémentes.
Alors que la Tunisie vient d’inscrire la liberté de conscience dans sa Constitution, l’Arabie saoudite – qui reçoit cette semaine la visite du président américain Barack Obama – a pris un pas dans l’autre sens. Comme le fait remarquer Human Rights Watch dans un communiqué de presse :
Loi nouvelle antiterroriste saoudienne et une série de décrets royaux connexes créent un cadre juridique qui criminalise quasiment toute pensée ou expression dissidentes en les qualifiant de terrorisme. [...] La nouvelle définition du terrorisme comprend entre autres « tout soutien pour la pensée athée sous quelque forme que ce soit ainsi que toute remise en cause des fondements de la religion islamique sur laquelle se fonde ce pays. »
Peter Cross (de Londres, pour Réalités)
RSF demande l’annulation de la condamnation à mort d’un jeune blogueur pour apostasie
Un jeune blogueur de 29 ans, Mohamed Cheikh Ould Mohamed, incarcéré depuis près d’un an à Nouadhibou a été condamné à mort le 24 décembre 2014 pour apostasie, à la suite d’un article jugé blasphématoire envers le prophète Mahomet, publié sur le site d’informations Aqlame le 2 janvier 2014 et retiré quelques minutes plus tard. Ses avocats ont interjeté appel vendredi 26 décembre.
“Reporters sans frontières demande aux autorités judiciaires compétentes de se prononcer, en appel, contre cette sentence injuste, déclare Lucie Morillon, directrice des programmes de Reporters sans frontières. Les propos tenus par Mohamed Cheikh Ould Mohamed, critiquant le système des castes, relèvent de la liberté de l’information et d’expression, garantie par l’Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.”
Dans son article, Mohamed Cheikh Ould Mohamed avait critiqué le système inégalitaire des castes en Mauritanie en faisant allusion aux enseignements du prophète Mahomet. Il lui est reproché d’avoir “parlé avec légèreté du prophète et enfreint les ordres divins”. Le blogueur n’a eu de cesse de se repentir pour cet article tout en niant avoir voulu porter atteinte au prophète ou à l’Islam et en expliquant qu’il souhaitait seulement défendre la caste des forgerons « maalemines » dont il est issu, située au bas de l’échelle sociale.
http://fr.rsf.org/mauritanie-rsf-demande-l-annulation-de-la-31-12-2014,47434.html
En dépit de tout cela, l'athée, qui nie et démentit l'existence d'Allah, de Ses messagers et du jour dernier, fait preuve d'une mécréance plus grave et exprime une idée plus odieuse que le fondement de l'attitude de celui qui croit en Allah et reconnait le Retour, tout en associant d'autres créatures à Allah. L'athée fait preuve d'un entêtement inconcevable et inacceptable par la nature saine. Une telle personne se permet tout ce qui est interdit et commet toute sorte de péché. Son intelligence se détériore à un niveau impensable. Pourtant bon nombre de ceux qui ont traité du phénomène de l'athéisme mettent en doute l'existence réelle d'une telle conviction dans la profondeur des âmes des athées. Ils disent que l'athée ne fait qu'afficher l'athéisme, alors qu'en réalité il croit au fond de lui-même en un dieu unique.
http://islamqa.info/fr/113901
L'islam en questions et réponses, Superviseur général : Cheikh Muhammad Salih al-Munadjdjid
Assez étonnamment, on retrouve aisément de tels propos chez les catholiques intégristes ou traditionnalistes, qui n’hésitent pas à considérer que quelle que soit l’intelligence d’un athée, celui-ci ne peut qu’être dans l’erreur. Suivent régulièrement un certain nombre de considérations plus ou moins psychologisantes, voire axées sur la négation, par les athées, de leur cerveau gauche…
Plus généralement, cette idée de la punition qui attend l’athée, ainsi que l’incapacité complète d’un croyant à considérer que quelqu’un puisse ne pas croire en son dieu, est on ne peut plus partagée et il n’est qu’à citer une interview de Croire, publiée le 11 mars 2014, intitulée «Peut-on se passer de Dieu ?»
Non seulement nous voilà aux prises avec la sidération d’une fervente catholique qui ne comprend absolument pas comment quelqu’un qui ne croit pas en une divinité peut se conduire aussi normalement que n’importe quel autre être humain, tant dans le bien que dans le mal, considérant même qu’il s’agit là d’un véritable problème, mais encore rebondit-on immédiatement sur la menace ecclésiastique de la sanction. Et tout l’article est à l’encan pour s’achever sur la conviction de ce brave jésuite qu’un athée est en fait un croyant qui s’ignore. Et singulièrement, sans doute pense-t-il tout simplement un catholique qui s’ignore.
Une telle négation de la possibilité que l’autre ait une pensée qui ne se coule pas dans le moule religieux est, pour le coup, un véritable problème, car d’emblée il rend définitivement impossible un rapport égalitaire entre une personne qui ne croit pas et une personne imbue de la toute puissance religieuse, certaine de détenir la vérité et que l’autre, de ce fait, est dans l’erreur. Une telle volonté, une telle imprégnation mentale de supériorité ne pourra jamais être que l’expression la plus totale d’irrespect envers tout ce qui n’est pas soi. Et cette attitude quasi-maladive consistant à vouloir convertir à tout prix, considérer que l’autre doit plier pose un problème bien plus profond, qui est celui de l’image que l’incroyant renvoie au croyant de lui-même. Et plus ces sentiments de supériorité par rapport à l’incroyant, ou de détestation de celui-ci sont grands, plus la question se pose de savoir ce que le croyant est alors amené à voir de lui, au point d’en arriver, dans les cas les plus extrêmes aujourd’hui, mais régulièrement il y a finalement si peu de temps, à vouloir tout simplement faire disparaître l’autre, l’anéantir en le tuant et en le maudissant dans le même temps pour l’éternité. Ce qui fait quand même long.

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