Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/brunei.htm
Timestamp: 2017-09-23 01:56:35+00:00

Document:
Population: 502 717 (est. 2004)
Langue officielle: malais (de jure)
Groupe majoritaire: malais brunei (58,5 %)
Groupes minoritaires: coréen (7,6 %), dusum (4,5 %), lundayeh (4,3 %), tutong 1 (3,7 %), iban (3,4 %), tutong 2 (2,9 %), chinois mandarin (2,6 %), bajau de la côte ouest (2,3 %), min nan (1,9 %), cantonais (1,2 %), anglais (1,2 %), min dong (1,2 %), hindi (0,8 %), min nan (0,6 %), hakka (0,6 %), kiput (0,5 %), népali (0,4 %), kayan busang (0,3 %), belait (0,2 %), cinghalais (0,2 %), malais (0,1 %), bisaya (0,1 %), penan de l'Est (0,0 %), melanau (0,0 %), penan de l'Ouest (0,0 %)
Articles constitutionnels (langue): art. 82 de la Constitution du 29 septembre 1959
Lois linguistiques: Loi sur la citoyenneté de Brunei (1962); Loi sur les tribunaux de la Charia (2000); Code de procédure criminelle (2001); Règlement sur la citoyenneté de Brunei (2002); Règlement sur la circulation routière (2006).
Le Brunei est une petit État de 5765 km² (six fois plus petit que la Belgique) situé sur l'île de Bornéo et entièrement enclavé par un État de la Malaisie, le Sarawak. Officiellement appelé Negara Brunei Darussalam, le pays est limité au nord par la mer de Chine méridionale et au sud par l'État malais de Sarawak qui divise le pays en deux, une bande de terrain appelé le couloir de Limpang appartenant au Sarawak.
Précisons que l'île de Bornéo est la troisième plus grande île du monde (après le Groenland et la Papouasie-Nouvelle-Guinée). Sa superficie est d'environ 740 000 km², pour une population d'environ 12 millions d'habitants.
Au point de vue politique, Bornéo — dont le nom dérive de Brunei — est partagée entre le sultanat de Brunei au nord-est, les États malais de Sarawak et de Sabah, puis la région de Kalimantan, qui appartient à l'Indonésie et englobe la majeure partie de l'île. Le Brunei est divisé en quatre districts: Belait à l'ouest, Tutong au centre, Brunei-et-Muara au nord et, séparé par le Sarawak, Temburong. Chacun des districts est administré par un fonctionnaire responsable devant le gouvernement et les conseils de districts. La ville de Bandar Seri Begawan est la capitale et la principale ville du sultanat avec plus de 70 000 habitants; c’est une ville en partie lacustre, qui possède la plus grande mosquée du Sud-Est asiatique.
Le Brunei comptait une population d'un demi-milion d'habitants en 2004. Les Brunéiens sont malais dans une proportion atteignant les 80 %, les autres étant essentiellement des Coréens, des Chinois et des Indiens. Cependant, il existe plusieurs ethnies malaises: outre les Malais proprement dits, mentionnons les Bukits, les Dusuns, les Muruts, les Bisayans, les Tutoungs, les Bajaus, les Kayans, les Créoles, les Penans, etc. Toutes ces communautés sont assimilées aux Malais.
Les ethnies minoritaires sont d'abord les Coréens (7,6 %), puis les Chinois (8,1 %), les Indo-Pakistanais (1,4 %) et les Britanniques (1,2 %). Au plan religieux, les Brunéiens sont musulmans (67 %), bouddhistes (12 %), chrétiens (9%) ou autres (12 %).
Groupe ethnique Langue maternelle Affiliation linguistique Population %
Malais (Kedayans) brunei famille austronésienne 174 400 34,6 %
Bukits orang (Kedayans) brunei famille austronésienne 120 490 23,9 %
Coréens coréen famille coréenne 37 000 7,6 %
Dusuns (Kadazan) dusun famille austronésienne 23 000 4,5 %
Muruts du Sud (Lundayeh) lundayeh famille austronésienne 22 000 4,3 %
Tutong bisayan tutong 1 famille austronésienne 18 700 3,7 %
Iban (Birawut) iban famille austronésienne 17 255 3,4 %
Tutung tutong 2 famille austronésienne 15 000 2,9 %
Chinois han chinois mandarin famille sino-tibétaine 13 200 2,6 %
Bajau de la côte ouest bajau de la côte ouest famille austronésienne 11 745 2,3 %
Chinois min nan min nan famille sino-tibétaine 10 000 1,9 %
Chinois cantonais cantonais famille sino-tibétaine 6 300 1,2 %
Britanniques anglais langue germanique 6 000 1,2 %
Chinois min dong min dong famille sino-tibétaine 6 000 1,2 %
Indo-Pakistanais hindi langue indo-iranienne 4 265 0,8 %
Chinois du Fujian (Tawanais) min nan famille sino-tibétaine 3 300 0,6 %
Chinois hakka hakka famille sino-tibétaine 3 000 0,6 %
Kiputs-Belaits (Jati) kiput famille austronésienne 2 700 0,5 %
Népalais gurkha (Gouroung) népali langue indo-iranienne 2 312 0,4 %
Kayan busang kayan busang famille austronésienne 1 700 0,3 %
Muruts du Sud (Belait) belait famille austronésienne 1 240 0,2 %
Cinghalais cinghalais langue indo-iranienne 1 000 0,2 %
Créoles bazaar malais famille austronésienne 980 0,1 %
Brunei bisaya bisaya famille austronésienne 600 0,1 %
Punan (Penan) penan de l'Est famille austronésienne 280 0,0 %
Melanau (Muka) melanau famille austronésienne 200 0,0 %
Punan nibong penan de l'Ouest famille austronésienne 50 0,0 %
Total = 502 717
Du côté des langues, le brunei est celle qui est la plus parlée comme langue maternelle: elle rassemble 58,5 % des Kedayans (Malais et Bukits orang); les locuteurs de ces langues sont concentrés dans le district de Brunei-Muara. C'est une langue malayo-polynésienne occidentale (famille austronésienne) à l'instar des autres langues malaises. Les langues numériquement moins importantes sont le dusun, le lundayeh, le tutong, l'iban, le bajau, le kiput, le kayan busang, le belait, le malais (officiel), le bisaya, le penan et le melanau. Toutes ces langues comptent pour environ 80 % de la population brunéienne; bine qu'elle soient toutes malaises, l'intercompréhension peut être parfois difficile, voire impossible (un peu comme l'italien par rapport au français). La langue officielle, le malais, n'est parlée que par moins de 1000 locuteurs, mais tous peuvent s'exprimer en malais, car c'est la langue seconde des Brunéiens, qui l'apprennent à l'école et dans les médias.
Le coréen est une langue immigrante (7,6 %), de même que les langues chinoises (mandarin, min, cantonais et hakka), les langues indo-iraniennes (hindi, népali et cinghalais). L'anglais est parlé d'abord par les Britanniques, mais aussi par beaucoup de Chinois qui sont passés à l'anglais (environ 16 % d'entre eux) comme langue maternelle.
Rappelons que le malais est la langue officielle du Brunei, alors que cette langue n'est parlée comme langue maternelle que par un millier de locuteurs. C'est aussi la langue officielle de trois États voisins: l'Indonésie, la Malaysia et Singapour (avec le chinois, le tamoul et l'anglais). Le petit Brunei situé dans l'île de Bornéo fait partie de cet ensemble linguistique malais. Cependant, le malais parlé en Malaisie et en Indonésie est légèrement différent, surtout dans le lexique. On distingue le Bahasa Malaysia et le Bahasa Indonesia; le mot bahasa provient du sanskrit et signifie «langue».
Ce sont des raisons historiques qui expliquent ces différences entre les deux variétés de malais: l'Indonésie a été colonisée par les Hollandais; la Malaisie, par les Britanniques. Alors que le malais indonésien a été influencé par la néerlandais, le malais de Malaisie l'a été par l'anglais.
Le malais a traditionnellement été écrit avec l'alphabet arabe, mais l'écriture a été latinisée dans les années soixante-dix. Il a fallu aussi développer une norme commune aux deux grandes variétés de malais. La norme linguistique officielle, définie par le Dewan Bahasa dan Pustaka (ou Conseil de la langue et de l'écriture), a été acceptée par l'Indonésie, la Malaysia et le Brunei; il s'agit de la variété dite Bahasa Riau, c'est-à-dire la langue de l'archipel de Riau (face à Singapour), celui-ci étant considéré comme «le berceau du malais». Malgré les divergences, l'intercompréhension demeure aisée entre les variétés de malais (à l'exemple de l'anglo-américain et l'anglo-britannique). Il est vrai que les Brunéiens sont malais dans une proportion de 80 % et que le malais standard est pour eux la forme la plus prestigieuse des langues malaises, incluant le brunéi perçu comme une forme locale du malais.
Dans le tableau qui suit, on peut comparer quelques mots en bahasa malaysia (malais de Malaisie) et en bahasa indonesia (malais indonésien) de façon à évaluer quelque peu l'influence soit de l'anglais (bahasa malaysia) et du néerlandais (bahasa indonesia), dans la mesure où des mots ont été empruntés à l'une ou l'autre de ces langues (E):
On peut constater que certains mots malais ont été empruntés à l'anglais et au néerlandais: Mac/Maret, Ogos/Agustus, tiket/karcis, farmasi/apotik, televisyen/televisi, universiti/universitas. Au cours de l'histoire du malais, les mots d'origine européenne (néerlandais, anglais, portugais et espagnol) et arabe ne représentent qu'environ 5 % du total des mots; ceux d'origine sanskrite, près de 2 %. Tous les autres mots proviennent de diverses souches locales (malaises).
L'histoire de Brunei se confond avec celle de l'île de Bornéo dans laquelle le pays fait géographiquement partie. Les archéologue ont trouvé des traces d'humains datant d'au moins 40 000 ans. Des inscriptions laissent croire aussi qu'il y aurait eu une présence indienne sur l'île. Les premiers habitants que l'on connaisse appartenaient à des groupes austronésiens arrivés lors de périodes d'immigration massive il y a environ 5000 ans. Ils se sont installés en Malaysia, en Indonésie, aux Philippines, à Madagascar et en Micronésie. On sait qu'ils pratiquaient le commerce à une échelle assez étendu, puisqu'on a même retrouvé des artefacts romains dans l'île.
3.1 L'islamisation
Le royaume de Srivijaya, à Sumatra (Indonésie), exerça pendant longtemps une influence sur les régions côtières de l'ouest. Au XIVe siècle, l'islam, propagé par des commerçants musulmans, avait gagné un point d'appui dans les secteurs côtiers de Bornéo. En 1341, le premier Sultanat de Brunei, vassal de l'empire hindo-javanais du Majapahit, fut instauré par les Arabes. Le deuxième sultan, du nom de Ahmad, fut le premier à nommer le pays Brunei à partir du mot Barunah; il construisit la ville de Brunei, maintenant Bandar Seri Begawan. Le sultan installé à Brunei contrôlait la plus grande partie du littoral nord de l'île, incluant ce qui constitue aujourd'hui le Sarawak. En revanche, l'empire de Majapahit, à Java (Indonésie), revendiquait le contrôle d'une grande partie du sud de l'île de Bornéo. Le troisième sultan de Brunei, d'origine persane, Sharif Ali, contribua à diffuser l'islam en construisant des mosquées et des barrière de défense dans le pays. Par la suite, surtout après le règne du neuvième sultan, Hassan (1605-1619), des événements entraînèrent le déclin du sultanat de Brunei.
3.2 L'arrivée des Européens
À partir du XVIIe siècle, les Britanniques et les Hollandais firent des tentatives sporadiques pour contrôler le commerce de l'île, en particulier celui du poivre. Au milieu du XVIIIe siècle, des immigrants chinois établirent des communautés d'exploitation de l'or dans l'ouest de Bornéo, mais ces établissements furent détruits par les Hollandais en 1854. De nombreux Chinois se tournèrent alors vers l'agriculture et le commerce. Au cours du XIXe siècle, les Hollandais imposèrent des traités aux souverains des côtes sud et ouest, qui leur cédèrent de vastes territoires; néanmoins, le pouvoir hollandais à l'intérieur des terres demeura très limité.
Les marchands britanniques s'établirent le long de la côte septentrionale, en se plaçant sous l'autorité du sultanat de Brunei. Lorsqu'un aventurier britannique du nom de James Brook aida le sultan à étouffer une rébellion en 1841, celui-ci lui octroya le titre de «raja de Sarawak de Brunei». Mais Brooke mena sa propre politique d’expansion aux dépens du sultanat: il revendiqua l'indépendance de Sarawak en 1853, puis lui et son dauphin étendirent les frontières de l'État aux dépens de Brunei. À partir de 1881, une compagnie instituée par le Royaume-Uni administra le nord de Bornéo (maintenant Sabah), qui devint en 1888, avec Brunei et Sarawak, un protectorat britannique. En 1877, le sultan de Brunei avait cédé le nord de Bornéo à un homme d'affaires britannique originaire de Hong-Kong, qui y fonda la Compagnie britannique du Nord de Bornéo. Puis un décret britannique (1882) fixa les frontières de Brunei, du nord de Bornéo et du Sarawak. À partir de 1906, un résident britannique fut placé auprès du sultan dont le pouvoir était limité aux affaires coutumières. De plus, l'État de Brunei ne correspondait plus qu'à une municipalité d'environ 10 000 habitants, et les possessions du sultan se limitaient à l'actuelle capitale et à une petite partie du Sarawak. C'était aussi un repaire de pirates où le pouvoir du sultan était nécessairement contesté. C'est à titre de «protectorat britannique» que le Brunei survécut à l'érosion territoriale.
Les Japonais occupèrent une grande partie de Bornéo de 1942 à 1945, après quoi les trois protectorats devinrent des colonies du Royaume-Uni. Pour leur part, les Hollandais transmirent la souveraineté des régions sud (Kalimantan) à l'Indonésie à la fin de 1949. En 1953, des écoles anglaises du gouvernement ont été fondées et la mosquée dans Bandar Seri Begawan fut été construite; quelques années plus tard, en 1957, le premier programme radiophonique de Brunei était en opération. En 1963, le Sarawak et le Sabah fusionnèrent avec la Malaisie péninsulaire pour former la fédération de Malaysia, mais le sultanat de Brunei resta sous le protectorat britannique. L'Indonésie s'opposa bien à la constitution de la Malaysia et soutint des attaques de guérilleros dans le Sarawak et le Sabah jusqu'en 1966. Le pétrole ne devint le pilier de l'économie brunéienne qu'au début des années soixante; puis de très importantes réserves de gaz naturel furent découvertes au début de 1963. En janvier 1979, le gouvernement britannique signa un nouveau traité avec le sultan Muda Hassanal Bolkiah qui fixait l’indépendance du pays au 1er janvier 1984.
Par la suite, le Brunei est devenu une monarchie malaise islamique, le sultan exerçant une fonction royale et religieuse. Mais la Constitution de 1959 continua de demeurer en vigueur après le 1er janvier 1984.
Sultan Hassanal Bolkiah Depuis 1986, le nouveau sultan Haji Hassanal Bolkiah Mu’izzadin Waddaulah est au pouvoir et dirige le pays en solitaire. Le sultanat est une monarchie absolue, plutôt qu'une monarchie constitutionnelle. Le conservatisme du sultan Hassanal Bolkiah s'est à nouveau exprimé en 1991 avec l’interdiction de la consommation publique d’alcool.
La Constitution fut suspendue en 1992, ce qui permit au sultan de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. En réalité, c'est depuis 1962 que le sultan assume tous les pouvoirs et cumule les postes de premier ministre, ministre de la Défense, ministre des Finances, recteur de l'Université, chef de la police et commandeur des croyants. Le seul parti autorisé, le Parti national de la solidarité, est aux ordres du souverain et n’a pas d’existence réelle. La police religieuse reste très présente et veille au respect de nombreuses interdictions dans le domaine des mœurs.
La vie politique semble se poursuivre sans relief particulier. Dans le but de réduire le taux de chômage, le gouvernement pratique une politique de «brunéisation», qui encourage les entreprises à accorder la préférence aux Brunéiens en matière d'emploi, surtout dans le secteur public et l'industrie pétrolière. Le pétrole et le gaz naturel représentent les secteurs les plus importants de l'économie brunéienne; leur production a représenté près de 37 % du PIB en 2000 et 89 % des exportations totales de marchandises. On imagine ce que cela représente comme source importante dans les recettes fiscales! Par ailleurs, le Brunei entretient de bons rapports avec son unique voisin, la Malaisie, en grande partie grâce à la religion islamique, le richissime sultan Hassanal Bolkiah misant sur le caractère musulman de l'État.
Le sultanat de Brunei n'a pas de politique linguistique très radicale à l'égard de sa langue officielle. Le malais est la langue officielle, mais l'anglais et, à un degré moindre, le chinois jouent aussi un rôle non négligeable. L'État compose avec trois langues parlées par peu de locuteurs. En effet, sur une population d'un demi-million d'habitants, le malais est la langue maternelle d'un millier de locuteurs, l'anglais, celle de 6000 locuteurs, le chinois mandarin, celle de 13 000 locuteurs.
4.1 Les langues de l'État: le malais et l'anglais
Lors de l'adoption de la Constitution du 29 septembre 1959, le malais avait été proclamé comme langue officielle. En effet, le paragraphe 1 de l'article 82 précisait: «La langue officielle de l'État est le malais, lequel doit être écrit selon l'alphabet prévu par la loi.» Donc, il était très clair que le malais était la langue officielle. D'ailleurs, le paragraphe 3 du même article mentionnait: «La langue officielle des délibérations du Conseil privé, du Conseil des ministres et du Conseil législatif est le malais.» Évidemment, on aurait pu choisir le brunei comme langue officielle, mais on a plutôt choisi le malais parce que c'était la «langue continentale» officialisée non seulement sur toute l'île de Bornéo, mais également dans toute l'Indonésie (sous le nom de Bahasa Indonesia ou malais indonésien) et à Singapour.
De plus, étant donné que l'anglais avait été la langue administrative du protectorat de Brunei sous le régime britannique et que l'État était encore sous ce régime en 1959 l'anglais pouvait aussi être utilisé, que ce soit dans les affaires parlementaires, gouvernementales ou administratives. L'article 82, dans son intégralité, se lisait comme suit:
1) La langue officielle de l'État est le malais, lequel doit être écrit selon l'alphabet prévu par la loi.
2) Nonobstant le paragraphe 1, pendant cinq ans après l'entrée en vigueur du présent article et, par la suite, jusqu'à ce qu'il en soit décidé autrement par une loi écrite, la langue anglaise pourra être utilisée à toutes les fins officielles.
3) La langue officielle des délibérations du Conseil privé, du Conseil des ministres et du Conseil législatif sera le malais:
a) tout membre pourra parler anglais pourvu qu'il en ait obtenu la permission de la personne qui préside; et
b) lorsqu'un membre de l'un ou l'autre des conseils mentionnés ci-dessus ne connaît pas suffisamment bien le malais, s'il le juge nécessaire pour des raisons de commodité, il peut, avec la permission de la personne qui préside, utiliser les services d'un interprète au cours des délibérations du conseil dont il est membre; tout interprète employé à cette fin devra, avant d'entreprendre ses fonctions pour la première fois, prêter serment ou faire une déclaration, ayant la forme prescrite par le formulaire 7 en annexe, devant la personne qui préside.
4) Tout document qui, en vertu de la présente Constitution, d'une loi écrite ou d'un règlement, doit être imprimé ou écrit fera l'objet d'une version officielle anglaise, qui sera acceptée comme texte authentique tout comme la version officielle malaise.
5) Nonobstant le paragraphe 1, pendant cinq ans après l'entrée en vigueur du présent article, et par la suite jusqu'à ce qu'il en soit décidé autrement par une loi, le texte faisant autorité de:
a) tous les projets de loi ou amendements à des projets de loi soumis au Conseil législatif; et
b) toutes les lois écrites et tous les instruments, seront imprimés en malais et en anglais; mais en cas de doute ou de conflit entre les versions malaise et anglaise:
i) sous réserve de l'alinéa ii), si ce conflit ou ce doute porte sur un projet de loi, une loi écrite ou un instrument autre que la présente Constitution, la proclamation concernant la succession et la régence, ou la loi sur la nationalité (S.121/61), le texte anglais fait foi; et
ii) si le conflit ou le doute porte sur la présente Constitution, la proclamation concernant la succession et la régence, ou la loi sur la nationalité, mais non sur un règlement afférent à ces documents, le texte malais fait foi.
La Constitution du 29 septembre 1959 a été modifiée en 1984. L'article 82 est devenu le suivant:
Constitution [S 65/04]
1) The official language of Brunei Darussalam shall be the Malay language.
2) An official version in the English language shall be provided of anything which, by this Constitution or by any written law or by the Standing Orders, is required to be printed or in writing, and such version shall, in addition to the official Malay version, be accepted as an authentic text.
3) In the case of any doubt, conflict or discrepancy between the Malay and the English texts of this Constitution, or anything printed or written in accordance with Clause (2), the Malay text shall prevail.
1) La langue officielle de Brunei Darussalam est le malais.
2) Une version officielle dans la langue anglaise doit être prévu de tout ce qui, par la présente Constitution, par une loi écrite ou par règlement, est nécessaire pour être imprimé ou écrit, et cette version, en plus de la version malaise officielle, doit être acceptée comme un texte authentique.
3) Dans le cas d'un doute, d'un conflit ou d'une divergence entre le malais et la version anglaise de la présente Constitution, ou tout imprimé ou document conformément au paragraphe 2, le texte malais prévaudra.
Aujourd'hui, le système juridique du Brunei est encore basé sur la Common Law britannique et les lois en sont tributaires. La plupart des lois et de règlement sont adoptés en anglais et en malais; ils ont une même valeur légale. Cependant, en cas de conflit d'interprétation, la version malaise prévaut. En général, les lois sont rédigées en malais, traduites en anglais, puis promulguées dans les deux langues, même si les lois ne sont débattues qu'en malais. Il arrive que certaines lois n'ont qu'une version anglaise; il s'agit généralement de loi concernant des traités avec d'autres pays.
Les services gouvernementaux sont offerts partout en malais; ils peuvent l'être parfois en anglais. Les documents sont diffusés dans les deux langues, mais certains ne le sont qu'en malais, d'autres, qu'en anglais. Dans les faits, le malais officiel demeure plus important que l'anglais. Par exemple, l'article 5 de la Loi sur la citoyenneté de Brunei (1962) privilégie la connaissance du malais comme l'une des conditions pour obtenir la citoyenneté brunéienne:
L'article 9 du Règlement sur la citoyenneté de Brunei (2002) précise ce qu'est une connaissance suffisante du malais: c'est lorsqu'une personne, de l'avis du Conseil de la langue, est capable de dire et de comprendre en malais, dans des relations normales, une personne d'une communauté différente:
3) A person shall be deemed to have the prescribed knowledge of the Malay language and able to speak the Malay language with proficiency if, in the opinion of the Language Board, he is able to say and understand what a person of his standing is likely to wish to say or understand in Malay in normal intercourse with a person of a different community. Article 9
En 1961, le gouvernement du Brunei avait approuvé la formation d'un conseil appelé le Conseil de la langue (Lembaga Bahasa). Son objectif était de promouvoir le statut du malais, la langue officielle de l'État. Le 28 juin 1962, sur l'avis du Conseil de la langue, le Secrétariat d'État a émis une circulaire (36/1962) pour implanter officiellement l'usage de la langue malaise au sein de tous les ministères du gouvernement. Le 1er janvier 1965, le Conseil de la langue est devenu le Bureau de la langue et de la littérature (Language and Literature Bureau ou en malais: Dewan Bahasa Dan Pustaka; littéralement «Institut de la langue et de l'écriture»). Malgré le changement de nom, le nouvel organisme a conservé les mêmes objectifs: le développement et la diffusion de la langue et de la littérature, la recherche culturelle, la documentation et la publication de livres en plus pour fournir des services de bibliothèque dans tout le pays. Il est en relation avec le Dewan Bahasa Dan Pustak de Kuala Lumpur (Malaisie). Le gouvernement a émis de nouvelles circulaires (8/1960, 52/1963, 38/1964, 26/1965 et 22/1981) qui imposaient que la langue malaise allait être employée partout dans les ministères du gouvernement.
Cela étant dit, le chinois mandarin n'est pas toujours exclus. Par exemple, l'article 116 du Règlement sur la circulation routière (2006) stipule que le libellé de la signalisation routière doit être en anglais, mais à la condition que la traduction du libellé puisse être ajoutée dans les langues chinoise et malaise, en dessous du texte anglais, avec la même taille:
(b) in a convenient position on other signs, the dimensions of such being varied to allow of such addition. Règlement sur la circulation routière (version 2006)
4.2 La langue des tribunaux
En principe, les tribunaux fonctionnent en malais avec les Brunéiens et en anglais avec les étrangers. En somme, l'État de Brunei fonctionne en deux langues, comme un véritable État bilingue. Toutefois, ce n'est pas aussi simple, car la cour peut s'adresser à des interprètes lorsqu'un témoin ou l'accusé ne comprend ni le malais ni l'anglais. Les articles 234 et 235 du Code de procédure criminelle (2001) sont suffisamment précis à ce sujet: il faut que le justiciable soit informé dans une langue qu'il comprend.
2) When documents are put in for the purpose of formal proof it shall be in the discretion of the Court to interpret as much thereof as appears necessary. Article 234
Qui plus est, selon les articles 237 et 241 du même code, la sentence du juge doit être transmise en malais ou en anglais, et dans une langue comprise par l'accusé:
Autrement dit, le juge devrait en principe connaître le malais, l'anglais et le brunéi; pour les autres langues, il fait traduire sa sentence. Il convient de citer également la Loi sur les tribunaux de la Charia (2000). L'article 7 stipule que le malais est la langue des tribunaux de la Charia, mais ceux-ci peuvent permettre l'usage d'une autre langue dans l'intérêt de la justice. Tous les documents ou comptes rendus des procédures peuvent être rédigés avec l'alphabet jawi ou rumi. Le jawi est du malais transcrit en alphabet arabe, alors que le rumi est du malais en alphabet latin.
L’enseignement est largement développé et financé par les recettes de la production pétrolière. Il est gratuit tout le long du cycle des études, y compris dans l’enseignement supérieur, qu’elles soient poursuivies au Brunei ou à l’étranger. Après la mise en oeuvre d'un programme national d'éducation en 1985, on a intégré l'apprentissage des deux langues, l'anglais et le malais.
Toutes les écoles primaires et secondaires adoptent depuis lors un programme d'études commun prescrit par le ministère de l'Éducation nationale. Du niveau préscolaire jusqu'à la troisième année du primaire, la langue d'enseignement est le malais, alors que l'anglais reste une matière d'enseignement. En quatrième année du primaire et au secondaire, les élèves suivent une filière bilingue où le malais et l'anglais sont les deux langues d'enseignement. Le malais est généralement employée pour l'enseignement du malais, l'éducation islamique, la culture physique, les arts et les métiers; l'anglais est surtout employé pour l'enseignement de disciplines comme les sciences, les mathématiques, la géographie, l'histoire et la langue anglaise elle-même. Les langues étrangères enseignées dans les écoles secondaires sont, outre l'anglais et l'arabe, le français, le japonais, l'allemand et le mandarin, et parfois le thaï ou le tagalog.
À l'heure actuelle, on compte près de 150 écoles publiques (69 %) et près de 70 écoles privées (31 %), incluant trois écoles internationales. Dans les écoles privées, la langue d'enseignement est l'anglais, mais il existe aussi plusieurs écoles primaires chinoises où les langues d'enseignement sont généralement le chinois mandarin, le malais et l'anglais. Voici la répartition des écoles publiques et privées par district, pour l'année 1999-2000:
Écoles (1999) Brunei-et-Muara Tutong Belait Temburong Total
Primaires publiques 60 33 16 13 122
Primaires privées 40 6 16 2 64
Secondaires publiques 16 5 4 1 26
Secondaires privées 5 0 0 0 5
Total 121 44 36 16 217
Il n'existe pas d'établissement scolaire français; les enfants français fréquentent une école internationale de langue anglaise et ont recours au CNED (Centre national d'enseignement à distance) pour les programmes spécifiquement français.
L’université de Brunei Darussalam (1985), située à Bandar Seri Begawan, accueille environ 3000 étudiants; le malais et l'anglais sont les langues d'enseignement. Beaucoup de Brunéiens vont poursuivre leurs études supérieures à l'étranger.
Signalons que le Brunei a fondé un Centre linguistique (Language Centre) à la fin de 2000, dont les objectifs sont de coordonner l'enseignement des langues étrangères, notamment à l'université, et concevoir et fournir des instruments pédagogiques efficaces pour l'apprentissage des langues locales, régionales et internationales. Dans l'état actuel des choses, il s'agit du malais, de l'anglais, de l'arabe, du français, du japonais, de l'allemand et du mandarin, auxquels on ajoutera, lorsque les ressources le permettront, le tagalog, le thaï et l'espagnol.
En septembre 2001, la sultanat de Brunei a adopté sa première loi sur la presse, qui prévoyait, pour la publication de «fausses nouvelles», des peines de prison allant jusqu'à trois ans et des amendes pouvant s'élever à 40 000 dollars de Brunéi (environ 24 800 $ US). De plus, tous les responsables d'un groupe de presse doivent être «des sujets du sultanat de Brunéi». Cette loi interdit aussi aux médias de Brunéi de recevoir des financements étrangers sans l'accord du gouvernement. Une loi sur la sécurité intérieure permettait déjà à la police d'incarcérer pour deux ans renouvelables sans jugement, toute personne suspectée d'activités antigouvernementales.
Le sultanat ne compte que trois quotidiens privés : Borneo Bulletin (en anglais), proche des autorités, et Pelita Brunei (en malais), plus indépendant. Depuis 1998, un nouveau journal malais a été lancé: le Media Permata. Le Borneo Bulletin reste de loin la source principale d'information sur les affaires locales et les nouvelles de la région, sans oublier les rapports des marchés boursiers en provenance de Singapour et de Kuala Lumpur.
Le gouvernement possède un canal de télévision et trois stations radiophoniques, le tout diffusé par la Radio Televisyen Brunei (la Radio-Télévision de Brunei) ou RTB. Deux des stations d'émission émettent en malais, et une troisième en anglais, en chinois mandarin et en hindi plusieurs fois du jour. Le canal de télévision télédiffuse, en malais et en anglais, des documentaires et des reportages sur les activités du gouvernement, puis des programmes religieux (en malais et en arabe). Des longs métrages étrangers sont d'habitude prévus plus tard pendant la nuit (anglais, malais, hindi). Une station d'émission privée, Kristal FM, et une station de télévision par câble de Kristal Astro sont aussi disponibles; les émissions sont en malais, mais des petits bulletins d'informations (des «up-to-the-minute English news») sont présentés en anglais.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que le Brunei ignore complètement ses minorités coréennes et chinoises. Celles-ci, comme le reste de la population, sont soumises à une politique de brunéisation. On espère sûrement que le malais remplacera progressivement toutes les langues locales et immigrantes. On ne voit pas comment, en réalité, la langue brunei pourra être liquidée, car c'est la langue malaise la plus importante auprès de la population locale. Le Brunei pratique une politique linguistique valorisant deux langues qui ne sont parlées par fort peu de personnes comme langue maternelle: le malais et l'anglais. Ce sont des langues secondes pour presque tous les Brunéins. On pourrait dire que le sultanat pratique une politique de bilinguisation (malais-anglais) et en même temps une politique d'assimilation à l'égard de toutes les langues locales.
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2007, art. «Brunei», pour la partie historique.
JONES, G. M. «Language planning in Brunei Darussalam : the role of accommodation and acculturation» dans Multilingua, Berlin-New York, Mouton de Gruyter, 1997, vol. 16, nos 2-3, p. 217-231.
MARTIN, P. W. «A sociolinguistic perspective on Brunei» dans International Journal of the Sociology of Language, Berlin-New York, Mouton de Gruyter, 1998, p. 130. 5-22.
NG, Seok Moi. 1994. «Improving English language learning in the upper primary levels» dans Brunei Darussalam. Research in reading and writing : a Southeast Asian Collection, ed. by M. L. Tickoo, 41-54. (RELC Anthology series ; 32); Singapour : SEAMEO Regional Language Centre, RELC/AP/AS/32.
NG, Seok Moi. «Innovation, survival and processes of change in the bilingual classroom in Brunei Darussalam» dans Journal of Multilingual and Multicultural Development, Antigonish (Nouvelle-Écosse, Canada), Multilingual Masters, 1996, vol. 17, nos 2-4, p. 149-162.

References: art. 82
 l'article 82
 L'article 82
 L'article 82
 l'article 5

L'article 9
 l'article 116
 L'article 7