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Les Procès-Verbaux de l Agence internationale des Prisonniers de Guerre
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Sandrine Rochon
1 Les Procès-Verbaux de l Agence internationale des Prisonniers de Guerre (AIPG)2 Comité international de la Croix-Rouge 19, avenue de la Paix 1202 Genève, Suisse T F CICR, octobre 2014 3 1 Les Procès-Verbaux de l Agence internationale des Prisonniers de Guerre (AIPG) Édités et annotés par Daniel Palmieri4 2 L'Agence internationale des prisonniers de guerre INTRODUCTION a. Naissance du CICR Au moment où éclate la Grande Guerre, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est déjà une institution plus que cinquantenaire. Le CICR est en effet né en février 1863, lorsque cinq citoyens de Genève se réunissent pour discuter des propositions formulées par l'un d'entre eux, Henry Dunant ( ), 1 dans un ouvrage devenu célèbre. Le livre s'intitule un Souvenir de Solferino 2 et il témoigne de l'expérience dramatique vécue par son auteur auprès des victimes de la célèbre bataille du 24 juin Arrivé par hasard sur les lieux après les combats, Dunant ne peut que constater l'abandon quasi-total dans lequel sont laissés les soldats blessés faute d'une bonne organisation des services de santé des armées. En parallèle, Dunant admire le dévouement de la population locale qui tente par des moyens de fortune de venir aide à ces infortunés, avec lesquels le Genevois passe plusieurs jours dans l'église de Castiglione delle Stiviere. Trois ans plus tard, Dunant pose sur le papier le récit de ce séjour traumatique et prend le soin de diffuser largement le livre qui n'est d'ailleurs pas destiné à la vente à ses connaissances à Genève, mais aussi de l'envoyer à différentes personnalités et cours européennes. Son témoignage sur la détresse des victimes de la guerre frappe les lecteurs. Il les émeut d'autant plus que les opinions publiques sont déjà troublées par la tournure qu'a prise la belligérance depuis le milieu des années La guerre de Crimée, puis la Guerre d'italie et, plus tard la guerre civile américaine, se signalent en effet par le retour de batailles excessivement meurtrières que l'on n'avait plus connues depuis les guerres napoléoniennes. Les progrès que connaît l'armement aggravent encore ce phénomène. On redécouvre alors le caractère mortifère de la violence entre États, tout comme le sort peu enviable de ceux qui en sont victimes. L'insuffisance des secours qu'on peut leur apporter, comme l'incompétence de ceux qui en ont la charge, frappe aussi les esprits. Et l'on se plaît alors à mettre en exergue les gestes héroïques de quelques icônes de la charité (Florence Nightingale, la Grande-duchesse Pawlowna, Clara Barton) qui tentent de soulager les souffrances des blessés de guerre. 3 L'ouvrage de Dunant s'inscrit donc pleinement dans les préoccupations de l'époque, ce qui explique d'ailleurs en large partie son succès auprès du public. Si ses lecteurs ont en majorité été sensibles au caractère émotionnel de sa narration, peu d'entre eux, étonnamment, se sont penchés sur les deux propositions plus concrètes qui figurent à la fin du Souvenir de Solferino. Dunant, en effet, ne s'arrête pas au simple compte-rendu de son expérience auprès des soldats blessés et agonisants à Castiglione. Il énonce aussi deux moyens d'éviter, tant se peut, à l'avenir la reproduction d'un tel désastre. Se basant certainement sur l'exemple de la population de Castiglione, le Genevois propose tout d'abord la création, déjà en temps de paix et dans chaque pays, de Sociétés de secours aux militaires blessés, composées de volontaires civils qui, en cas de guerre, viendraient épauler les services de santé nationaux. Une pareille proposition rompt d'avec ce qui se faisait jusqu'alors, car s il n'était pas rare que des groupements de privés se constituent 1 Outre Dunant, les quatre autres fondateurs du CICR sont le juriste et philanthrope Gustave Moynier ( ), les médecins Louis Appia ( ) et Théodore Maunoir ( ), et le général Guillaume-Henri Dufour ( ). 2 Le livre paraît en octobre 1862, à Genève. 3 Voir Daniel Palmieri, "Post Tenebras Lux. New Perspectives on the Foundation of the Red Cross", Wolfgang U. Eckart, Philipp Osten (Hg.), Schlachtschrecken, Konventionen. Das Rote Kreuz und die Erfindung der Menschlichkeit im Kriege, Freiburg, 2011, pp5 3 lors d'un conflit armé pour apporter des secours, c'était toujours une fois que la guerre avait éclatée. Et ces associations disparaissaient au retour de la paix. Deuxièmement, Dunant propose que les gouvernements européens formulent un "principe international, conventionnel et sacré, lequel, une fois agréé et ratifié, servirait de base à des Sociétés de secours pour les blessés dans les divers pays de l'europe". 4 En d'autres termes, il demande que le statut et les principes de travail de ces Sociétés soient uniformisés, pérennisés et reconnus internationalement au travers d'un texte ratifié par les États. L'anticipation et la légitimation forment donc le socle des propositions du Dunant. Or, celles-ci vont immédiatement intéresser le président de la Société genevoise d'utilité publique, Gustave Moynier ( ), qui va chercher le moyen de les concrétiser. Pour ce faire, il réunit, le 17 février 1863, une commission de cinq membres dont Dunant et lui-même issus de la Société d'utilité publique. Dès sa première séance, la Commission se constitue en un "Comité 5 international et permanent". Le CICR était né. 6 b. Les premiers pas du CICR Grâce au travail du Comité, et en particulier de son président Gustave Moynier, 7 les deux propositions de Souvenir vont trouver une concrétisation. En octobre 1863, lors d'une Conférence internationale qu'il a convoquée à Genève, le CICR réussit à faire approuver par les représentants de seize États l'idée de constituer des comités nationaux de secours aux militaires blessés dont le personnel médical volontaire serait identifié par le port d'un brassard à croix rouge sur fond blanc. Et dès la fin de 1863, de tels comités commencent à se former, d'abord en Europe, puis dans le monde. Ces comités prendront au tournant des années 1870 le nom de Sociétés de la Croix-Rouge (ou du Croissant-Rouge, pour l'empire ottoman). Contrairement à une idée courante, une fois créées, ces Croix-Rouge sont et resteront toujours indépendantes du CICR qui ne joue qu'un rôle d'intermédiaire entre elles, tout en les tenant informées de l'évolution de l'œuvre de la Croix-Rouge. Quant à l'idée d'un traité international, elle voit le jour le 24 août 1864 avec l'adoption par une Conférence diplomatique, convoquée par la Suisse, mais toujours à l'initiative du CICR qui a également proposé le texte à discuter, de la Convention pour l'amélioration de sort des blessés et des malades dans les armées en campagne (connue aussi sous le nom de 1 ère Convention de Genève). Ce traité prévoit que les belligérants apporteront des soins aux blessés sans distinction de nationalité. Le personnel soignant et les établissements médicaux, ainsi que les ambulances seront, eux, considérés comme neutres par rapport aux combats. La Convention réaffirme aussi l'emploi de la croix rouge comme signe distinctif des hôpitaux de campagne. En moins de deux ans, le CICR réussit donc à mettre sur pied un système international, permanent et laïc 8 de secours aux blessés militaires. Certes, le projet de créer des sociétés de volontaires n'est ni inédit, et d'autres avant Dunant avaient réfléchi aux moyens de 4 Un souvenir de Solferino, 1 ère édition, p Selon les contextes, la notion de Comité peut désigner l institution dans son entier, mais aussi son organe décisionnel le plus élévé. Nous n emploierons le terme de Comité que dans ce second sens. 6 Jusqu'en décembre 1875, l'institution porte le nom de Comité international de secours aux militaires blessés. L'appellation de Comité international de la Croix-Rouge est adoptée après cette date. Dans les procès-verbaux, il est souvent fait mention du Comité international (abbréviation CI) pour parler du CICR. 7 Le premier président du CICR est le général Guillaume- Henri Dufour. Il cède toutefois ce rôle à Gustave Moynier en mars 1864 pour endosser celui de président honoraire du Comité. 8 Malgré l'emploi de la croix (rouge) comme signe distinctif. La laïcité de l'institution va de pair avec l'universalité de l'œuvre qu'elle prône. Cela ne veut toutefois pas dire que le CICR est perçu comme une organisation laïque par l'extérieur. Ainsi la Bavière, l'autriche et les États pontificaux refusent de participer à la Conférence diplomatique de 1864 à Genève, pour des raisons religieuses liées au caractère protestant tant du CICR que de la ville hôte; Pierre Boissier, Histoire du Comité international de la Croix-Rouge, tome 1, De Solferino à Tsoushima, Genève, 1978 (Paris, 1963), p. 154.6 4 secourir les blessés de guerre. 9 Mais le CICR seul arrive à donner une réalité à ce qui pouvait paraître jusque-là comme une utopie charitable. Car non seulement le CICR provoque la naissance de comités nationaux de secours, mais il leur permet aussi de trouver une reconnaissance politique grâce à l'adoption de la Convention de Genève pour laquelle il joue un rôle central, devenant en quelque sorte l'initiateur du droit international humanitaire moderne. Mieux, n'étant qu'une simple association de citoyens privés, originaires d'un État bien marginal sur l'échiquier international, le CICR parvient à parler d'égal à égal avec les gouvernements et réussit même à influer sur le droit des gens, en concrétisant pas à pas le processus d'élaboration d'un traité international, y compris lors de deux fora diplomatiques qu'il organise et dirige. 10 La reconnaissance obtenue à la suite de ce travail ne peut que renforcer le prestige du CICR et lui donner une assise morale, voire politique sur la scène européenne. Or, ce qui est étonne le plus dans ces réussites, 11 c'est la modestie même de la structure qui en à l'origine. Constitué de cinq membres à ses débuts, le CICR n'en compte que neuf 12 à la vieille de la Première Guerre mondiale. La modicité du personnel va de pair avec celle des moyens, puisque le CICR s'autofinance 13 en achetant des titres et utilise le revenu de ses rentes pour mener à bien son travail. Celui-ci consiste essentiellement en des échanges de correspondance avec les diverses Sociétés de la Croix-Rouge pour lesquelles le CICR joue le rôle de courroie de transmission. Il réfléchit aussi aux améliorations à apporter au droit de Genève comme on le nommera bientôt en regard du droit de La Haye et il s'intéresse aux progrès de la médecine militaire, comme à ceux réalisés dans le domaine des équipements sanitaires. Exception faite de la guerre franco-prussienne ( ) où le CICR a été concrètement à pied d'œuvre, au travers de son Agence internationale de secours aux militaires blessés qu'il crée à Bâle (voir ci-dessous), et de quelques autres conflits 14 où il a envoyé des représentants sur le terrain, le CICR se tient généralement éloigné du théâtre des conflits armés internationaux. 15 Il laisse, en effet, aux Croix-Rouges belligérantes la responsabilité première d'aider les victimes, tout en relayant auprès des Sociétés de secours neutres leurs appels en matériel et en personnel. C'est donc une association, internationale de nom, mais très locale dans sa composition et routinière dans ses pratiques qui aborde le début des hostilités en août c. La constitution de l'agence internationale des prisonniers de guerre (AIPG) 9 Le CICR, par l'intermédiaire d'henry Dunant, sera ainsi accusé d'avoir volé les idées d'autrui. Voir la querelle qui oppose Dunant à Henry Arrault, soutenu par Georges Sand, in Véronique Harouel, Genève-Paris, , le droit humanitaire en construction, Genève, 2003, pp Ce même phénomène de "bottom-up" va se retrouver plus tard dans la protection juridique internationale de la propriété intellectuelle, voir les travaux de Blaise Wilfert à ce propos. 11 Elles sont aussi dues à des facteurs liés au fonctionnement interne du CICR; voir Daniel Palmieri, "Post Tenebras Lux ", art. cit.; "An institution standing the test of time? A review of 150 years of the history of the International Committee of the Red Cross", International Review of the Red Cross, n 888, 2012, pp Gustave Ador (président), Édouard Odier (vice-président), Adolphe d'espine (vice-président), Adolphe Moynier (trésorier), Alfred Gautier, Edmond Boissier, Édouard Naville, Horace Micheli, Frédéric Ferrière. Un secrétaire général, Paul Des Gouttes (qui deviendra plus tard aussi membre du Comité) complète les rangs. 13 Jean-François Golay, Le financement de l'aide humanitaire:l'exemple du Comité international de la Croix- Rouge, Berne, 1990, p La guerre du Schleswig (1864), la Guerre d Orient ( ) et les guerres balkaniques de Exception faite de la Guerre d Orient, où ses délégués s occupent de victimes du conflit, les autres missions du CICR visent essentiellement à évaluer les systèmes de santé des belligérants. Des Agences internationales sont créées en 1877 et en , mais leur direction est déléguée à des tiers. 15 Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le CICR se désintéresse des guerres ou troubles coloniaux, à une exception près, la Guerre du Rif.7 5 Sous la présidence de Gustave Ador (qui occupe ce poste depuis 1910), la petite dizaine de membres du CICR entrent dans la Grande Guerre, de façon familiale et artisanale. De par leurs origines, les membres du CICR forment en effet une grande famille, que ce soit au sens biologique ou social du terme. Si plusieurs d'entre eux entretiennent des liens directs de parenté, ils sont tous unis par leur appartenance à la grande bourgeoisie protestante genevoise. Le CICR se résume donc à un petit groupe socialement très uni et qui partage la même weltanschauung. Si nécessaire, la proximité au CICR est encore accrue par le mode de sélection de ses membres, puisque c'est par cooptation que sont choisis les nouveaux élus. C'est donc bien une élite 16 (masculine) qui se met au service de l'œuvre humanitaire du CICR. Ce trait se retrouve bientôt au sein même de la future AIPG, puisque le CICR fait appel pour la diriger et pour des postes à responsabilité aux parents de ses membres ou à des connaissances proches. Durant les premières cinquante années de son existence, le CICR est resté une institution de milice, avec des membres bénévoles qui s'adonnent à l'humanitaire comme à un passetemps. Elle est uniquement conduite par ses deux présidents successifs (Gustave Moynier, puis Gustave Ador), des hommes énergiques qui abattent une masse de travail considérable. Autant dire que le CICR est peu habitué à une situation de brusque changement et d'intense activité comme va l'être le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Ses procès-verbaux en témoignent. Ainsi, lors de sa séance du 15 août 1914, 17 alors que le conflit est déjà largement enclenché, les délibérations abordent de façon très sommaire les événements en cours dont le CICR ne semble d'ailleurs pas se rendre véritablement compte. Ainsi, il hésite encore à instituer une Agence pour les prisonniers, mais serait prêt à le faire "si cela peut être utile". Dans le même ordre d'idées, la dizaine de membres du CICR estiment qu'ils peuvent seuls dans le petit bureau qui sert alors de siège à l'institution, lire, classer et répondre aux dizaines de lettres reçues quotidiennement et demandant des nouvelles sur un soldat disparu ou capturé. Quant ces demandes afflueront chaque jour par milliers, il faudra vite déchanter et le CICR doit alors se mettre à la recherche de locaux plus vastes et de nouveaux collaborateurs. Il n'est donc pas étonnant que les premiers procès-verbaux de l'aipg (qui est créée le 21 août) traitent longuement des problèmes d'administration et d'organisation du travail du CICR, tant la nouveauté est grande. Ils dévoilent aussi comment se met en place un réseau mondial de renseignements sur les victimes de la guerre, notamment au travers des Sociétés de la Croix-Rouge et des bureaux d'assistance aux prisonniers de guerre qu'elles constituent. La transformation du CICR est sans pareil, puisque moins de deux mois après le déclenchement des hostilités, il a déjà multiplié ses effectifs par douze. A la fin de l'année 1914, ce sont quelque 1'200 personnes dont une part non négligeable de salariés qui travaillent pour lui essentiellement au sein de l'aipg. L'idée de créer une structure à même de secourir les victimes militaires et de renseigner leurs proches date de 1869 déjà. La II e Conférence de Sociétés de secours aux militaires blessés (ancêtres des Croix-Rouges), réunie à Berlin, adopte en effet, dans un souhait d'efficience, une résolution selon laquelle "en cas de guerre, le Comité international [c'està-dire le CICR] veillera à ce qu'il se forme, dans une localité convenablement choisie, un bureau de correspondance et de renseignements qui facilite de toutes manières l'échange des communications entre les Comités et la transmission des secours." 18 Ces bureaux vont prendre le nom d'agence et la première d'entre elles est organisée par le CICR à Bâle 16 Diego Fiscalini, Des élites au service d'une cause humanitaire: le Comité international de la Croix-Rouge, mémoire de licence dactylographié, Genève, Procès-verbaux des séances du Comité international de la Croix-Rouge, 17 février août 1914, Genève, 1999, p Résolution citée par François Bugnion, Le Comité international de la Croix-Rouge et la protection des victimes de la guerre, Genève, 1994, p. 37.8 6 durant la guerre franco-prussienne de Initialement, l'agence est destinée aux seuls militaires blessés, mais qui pouvaient aussi être en captivité. Pour les milliers de prisonniers valides, qui sont recherchés par leurs familles et dont il ne peut se désintéresser, le CICR constitue, toujours dans la ville rhénane, un organisme spécial, indépendant de l'agence et qui prend le nom de "Comité international de secours aux prisonniers de guerre". 19 En 1914, la distinction entre captifs blessés ou valides n'existe plus et l'aipg s'occupe des deux catégories. C'est aussi la première fois qu'une Agence s'installe à Genève et que le CICR en assume seul la direction. On comprend dès lors pourquoi les questions techniques et pratiques la concernant prennent une telle place dans les PV de l'aipg pour l'année 1914, puis à nouveau en 1918 lorsqu'elle est restructurée avec la création d'un poste de secrétaire général, puis d'une direction. L'AIPG est structurée en 14 services nationaux, au fur et à mesure de l'entrée en guerre des États (franco-belge, britannique, italien, grec, américain, brésilien, portugais, serbe, roumain, russe, allemand, bulgare, turc, austro-hongrois); deux services thématiques concernant les victimes civiles 20 et les sanitaires complètent le dispositif. L'AIPG négocie avec les belligérants et les Croix-Rouges nationales l'obtention de renseignements individuels sur les prisonniers ou les autres catégories de victimes dont elle s'occupe. Ces informations, couplées avec les milliers de requêtes que le CICR reçoit quotidiennement des familles, sont retranscrites au sein d'un système élaboré et complexe de fiches continuellement actualisées. Celles-ci servent à suivre les parcours individuels des victimes comme à répondre aux demandes de renseignements de leurs proches. Au sortir de la guerre, l'aipg à Genève stocke plus de six millions de fiches (qui concernent environ deux millions et demi d'individus), une base de données considérables pour l'époque, même si certains fichiers nationaux restent incomplets. Le CICR a en effet délégué le travail de recherches d'informations pour le front germano-austro-russe à la Croix-Rouge danoise qui a constitué sa propre Agence de renseignements. 21 Les données relatives à des prisonniers sur le front italo-autrichien sont quant à elles échangées directement entre Rome et Vienne, sans passer par l'aipg. Outre les prisonniers de guerre, l'aipg s'occupe aussi des internés civils et des civils des régions occupées. C'est une nouveauté puisque jusqu'alors, les populations civiles ne rentraient pas dans le spectre des activités du CICR. Protégés, en 1914, par le Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre annexé à la Convention de La Haye de 1907, les civils sont pourtant les victimes principales des premiers mois de la guerre, puis des différentes occupations militaires, sur le front de l'ouest comme sur le front oriental ou balkanique. Dès la constitution de l'aipg, le CICR, par l'entremise d'un des membres du Comité, le Dr Frédéric Ferrière, y organise donc une section spéciale, chargée de répondre aux demandes concernant spécifiquement des victimes civiles (déportés, otages, populations occupées). Bien que figurant parmi les plus importants, le CICR n'est pas le seul organisme humanitaire à s'occuper des victimes de la guerre de En plus des Sociétés de la Croix-Rouge, la période voit fleurir de très nombreuses initiatives privées partout en Europe et dans le 19 Pour bien montrer l'indépendance entre l'agence et le Comité de secours, ce dernier se dote d'une croix verte comme emblème; Gradimir Djurovic, L'Agence centrale de recherches du Comité international de la Croix- Rouge. Activité du CICR en vue de soulager les souffrances morales des victimes de guerre, Genève, 1981, pp C'est la 1 ère fois qu'une Agence s'occupe aussi de victimes civiles (populations dans les territoires occupés, internés civils, otages, etc.). La section des civils au sein de l'aipg est créée en septembre 1914 (ACICR, A PV, AIPG, 16 septembre 1914) et elle est redevable à la pugnacité de son fondateur, Frédéric Ferrière qui doit "lutter" contre l'opposition des autres membres du Comité pour la faire exister; Rachad Armanios, Le Dr Frédéric Ferrière. Les années de formation d'un médecin et d'un philanthrope, Mémoire de licence dactylographié, Genève, 2003, pp. 166 et sq. 21 Bent Bludnikow, "Denmark during the First World War", Journal of Contemporary History, vol. 24, n 4 (octobre 1989), pp Nous remercions Cédric Cotter de nous avoir signalé cet article.9 7 monde. En Suisse uniquement, on recense près de 400 œuvres de secours réparties dans une septantaine de localités. Genève en compte, à elle seule, d. le droit et la guerre Au moment où éclate la Grande Guerre, le droit international humanitaire (ou droit de la guerre) se compose, à côté de quelques textes annexes, de deux grands ensembles: les Conventions de Genève et celles de La Haye. On l'a vu, la Convention de Genève de 1864 qui vient d'être révisée en 1906 protège les militaires blessés des armées de terre. En 1899, puis à nouveau en 1907, ce principe sera adapté également à la guerre maritime avec l'adoption d'une convention spécifique signée à la Haye dans le cadre des deux Conférences internationales de la Paix. Les prisonniers de guerre, de même que les populations civiles sous occupation ennemie sont pour leur part au bénéfice des deux conventions concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre adoptée également à La Haye en 1899 et Ce corpus important d'instruments juridiques peut laisser penser qu' "à la veille de la Première Guerre mondiale, la codification du droit de la guerre a atteint son apogée". 23 Mais les belligérants allaient-ils le respecter avec le déclenchement des hostilités en août 1914? Pour certains aspects, oui. Volens nolens, les gouvernements veilleront ainsi à ce que les blessés et malades soient rapatriés même si ces rapatriements ne se font pas facilement ou accepteront leur internement en pays neutre (en Suisse et en Hollande, en particulier). Mais bien des situations vont montrer les limites du droit de la guerre existant. Ces limites peuvent être dues à des problèmes qui n'avaient pas été prévus par les législateurs. Ainsi, par exemple, le droit de la Haye (art. 19) prévoit que les prisonniers décédés en captivité seront inhumés sur place dans les mêmes conditions que les militaires des armées nationales. Mais aucune clause n'aborde la question du transfert des corps en vue de leur inhumation dans leur patrie d'origine. Or, dès 1915, plusieurs sollicitations venues de France arrivent à la Croix-Rouge allemande pour le transfert en terre française des corps des militaires français tombés à la guerre ou décédés dans les hôpitaux, et ensevelis dans le territoire du Reich. Le CICR intercède alors auprès des pompes funèbres de Genève qui se mettront à la disposition de l'aipg afin d'assurer l'exhumation des corps et leur transport en France à la demande des familles. Le droit se heurte aussi à des considérations pratiques avancées par les États, du fait du contexte de guerre. La question du rapatriement du personnel sanitaire, récurrente dans les PV de l'aipg, en est un cas symptomatique. La Convention de Genève de 1906 prévoit qu'en cas de capture, les troupes sanitaires militaires et le personnel qui leur est assimilé (par exemple les volontaires des Croix-Rouges) ne doivent pas être considérés comme étant des prisonniers, mais doivent continuer à remplir leurs fonctions. Une fois leur tâche terminée, ils doivent être renvoyés à leur armée ou à leur pays. Or, les belligérants rechignent à respecter cette dernière obligation qui, pour le CICR, est essentielle, car elle renvoie à la question de la protection du personnel sanitaire, fondement même de la Convention de Genève. Les gouvernements avancent plusieurs motifs, réels ou fictifs, pour justifier cette rénitence. Parmi les premiers, le fait que la guerre entraîne immédiatement la captivité de dizaines, puis de centaines de milliers de prisonniers et que le personnel médical de la puissance détentrice seul ne sera jamais en mesure d'assurer tous les soins. Ils ont donc besoin du personnel sanitaire ennemi. Hypothétiquement, les 22 Les Nouvelles de l'agence internationale des prisonniers de guerre, n 50, 30 décembre 1916; n 8, 24 février Dietrich Schindler, Jiri Toman, Droit des conflits armés. Recueil des conventions, résolutions et autres documents, Genève, 1996, p. VI.10 8 belligérants justifient aussi la rétention du personnel médical, même inactif, pour le cas où des maladies généralisées ou des épidémies éclateraient dans les camps de prisonniers. Dans un premier temps pourtant, les gouvernements semblent se rallier à l'opinion du CICR. Des rapatriements de personnels sanitaires sont alors organisés entre l'allemagne et la France, pour s'interrompre, puis reprendre et s'interrompre à nouveau, dans une sorte de valse à deux temps qui durera toute la guerre. Loin de vouloir complètement nier le droit existant, les gouvernements vont alors l'interpréter en négociant entre eux des accords ad hoc qui fixeront la proportion des sanitaires qui pourront être retenus en fonction du nombre de leurs compatriotes captifs. Bon gré mal gré, le CICR accepte cette solution. Ce genre de pacte bilatéral est loin d'être unique. A partir de 1915, en effet, des conférences, tenues en pays neutre (Hollande, Suède, Danemark, Suisse) réunissent des belligérants pour aborder des questions humanitaires. A Stockholm, entre mai 1915 et décembre 1916, les Croix-Rouge russe, autrichienne et allemande se réunissent à trois reprises pour discuter du rapatriement, de l'échange ou de l'internement en pays neutre des grands blessés et malades. A La Haye, en juin 1917, ce sont des représentants des gouvernements britanniques et allemands qui parlent des améliorations à apporter aux prisonniers de guerre. Tour à tour, Français et Allemands, Serbes et Bulgares, Russes et Puissances centrales, Turcs et Anglais se retrouvent à Copenhague, Genève ou Berne pour des négociations concernant les victimes de la guerre. La dernière grande conférence a lieu dans la capitale de la Confédération, entre plénipotentiaires allemands et américains en septembre Les États réussissent aussi à obtenir des résultats sans l'intervention de tiers. Certes, les négociations portent sur des points très précis, voire anecdotiques au regard des grands problèmes de la guerre. Français et Allemands s'entendent ainsi pour que les prisonniers de guerre du rang qui peuvent, selon le droit de la Haye, être corvéables bénéficient d'une assurance accident! En dehors de tout cadre légal, les États peuvent se montrer étonnamment favorables à l'égard d'initiatives privées. Ainsi, Noëlle Roger, infirmière et écrivain genevois, lance par voie de presse en octobre 1915 l'idée que des neutres s'installent provisoirement dans les camps de prisonniers afin d'en vérifier le fonctionnement. Le CICR communique cette proposition aux belligérants. Contre toute attente, Rome et Berlin l'acceptent, cette dernière même sans condition de réciprocité du côté français. Le refus répété de Paris enterrera toutefois définitivement la proposition de Madame Roger. A défaut d'installation plus ou moins permanente, les belligérants autorisent assez largement les visites de camps de prisonniers. 24 Le CICR est parmi les premiers à utiliser cette possibilité et dès janvier 1915 il va envoyer régulièrement des représentants (délégués) inspecter des camps en Europe, mais aussi en Afrique du Nord et en Asie. Les rapports de visites du CICR sont d'ailleurs publiés. 25 Sur la base des dispositions des Conventions de La Haye, des délégués d'états neutres (Suisse, Hollande, Espagne, États-Unis jusqu'à leur entrée en guerre)ou d organismes internationaux (Unions chrétiennes de jeunes gens) ont également accès aux prisonniers, tout comme du reste certains particuliers, bien introduits chez l'un ou l'autres des gouvernements. Ces gestes de bonne volonté ne doivent toutefois pas masquer la réalité de la guerre et les violations délibérées du droit commises par tous les belligérants tout au long du conflit. Quelques fois celles-ci sont anecdotiques même si elles peuvent avoir des conséquences désagréables pour ceux qui en sont les victimes. Ainsi, quelques semaines avant la fin de la guerre, les États-Unis se plaignent du fait que leurs prisonniers sont dépouillés de leurs chaussures, et cela en violation du droit de la Haye qui prévoit que son équipement reste 24 Cette libéralité s explique bien entendu aussi pour des raisons de propagande. 25 CICR, Documents publiés à l'occasion de la Guerre, 24 séries, Genève, Mars 1915 Janvier 1920.11 9 en possession du captif à l'exception bien entendu des armes. Les Allemands rétorqueront que, pour eux, les godillots sont un butin de guerre! Les négociations, interventions, appels et les protestations du CICR portent pourtant sur des faits plus tragiques et témoignent du combat permanent que doit mener l'institution face à la brutalisation des comportements des belligérants. Le recours aux représailles en est une des preuves les plus flagrantes, raison pour laquelle le mot apparaît régulièrement dans les procès-verbaux de l'aipg. A l'époque toutefois, le principe de représailles n'est pas formellement interdit par la coutume ou le droit international. Cela explique pourquoi le moyen est fréquemment utilisé en réponse à des transgressions, avérées ou imaginaires, commises par la partie adverse. Ainsi, en janvier 1915, le délégué du CICR, Carle de Marval, indique éprouver des difficultés pour visiter des dépôts de prisonniers allemands en France car "Les esprits sont inquiets, on a de mauvais rapports sur les prisonniers français en Allemagne; le Gouvernement français entend user de représailles." 26 Le passage à l'acte est très aisé comme le montre l'affaire des prisonniers allemands du Dahomey qui occupe l'aipg en 1915 et 1916 ; ils sont considérés par Berlin comme étant détenus dans des conditions de climat insalubre. En représailles, l'allemagne enverra des prisonniers français travailler dans des régions marécageuses ou des tourbières. Dans d'autres cas, les captifs sont volontairement postés près des lignes de feu, en contradiction flagrante avec les Conventions de La Haye. Les militaires ne sont pas les seuls à subir le couperet des représailles. Il s'abat aussi sur les populations civiles des régions occupées. Dans le "meilleur" des cas, on leur interdit de pouvoir communiquer avec les leurs ou de recevoir de la correspondance et des colis. Dans le pire, elles deviennent des otages que l'on déporte. En février 1918, mille otages des régions occupées de France sont ainsi envoyés au camp d'holzminden (Basse Saxe) et en Russie occupée "par représailles pour les mesures prises en France à l'égard des Alsaciens [eux aussi retenus en captivité]". 27 Face à gravité de la situation, le CICR lance, en juillet 1916, un appel international contre les mesures de représailles et adjure les belligérants de renoncer à ce principe, jugé barbare. Malheureusement, l'appel du CICR qui reste sans suite ne porte que sur les prisonniers de guerre, laissant de côté les représailles à l'encontre des populations civiles. Cela ne veut pas dire que l'institution ne se préoccupe pas de leur sort. Ainsi en septembre 1915, et à défaut de pouvoir se rendre sur place, le CICR lance "une vigoureuse protestation au Croissant-Rouge contre l extermination systématique des Arméniens, le Croissant-Rouge ne pouvant se désintéresser de cette destruction." 28 A leur tour, les Bulgares seront accusés de poursuivre "systématiquement l'extermination" 29 des populations en Serbie occupée. Les nouvelles méthodes de guerre inquiètent également. Dès 1915, l'apparition des gaz de combat marque une étape dans le processus de guerre totale à laquelle se livrent les belligérants; mais on a encore du mal à saisir les potentialités désastreuses de cette nouveauté. Ce n'est qu'à partir de 1918, au moment où les belligérants semblent prêts à utiliser tous les moyens pour obtenir une victoire, que le CICR saisit l'ampleur de la menace de la guerre chimique. L'institution a d'ailleurs reçu des informations de première main sur la dangerosité des gaz de combat et surtout sur la facilité d'en produire à large échelle. En février 1918, le CICR lance aux belligérants un appel solennel contre l'emploi des gaz vénéneux qui reçoit une "belle et unanime" 30 réponse de l'entente, mais peu utile en réalité, puisque les Alliés conditionnent leur refus d'utiliser "ces procédés condamnés par les lois humaines" à celui de l'allemagne. Bien que son appel reste symbolique, le 26 AIPG, procès-verbal du 12 janvier AIPG, procès-verbal du 27 février/4 mars AIPG, procès-verbal du 14/15 septembre AIPG, procès-verbal du 20 mai AIPG, procès-verbal du 13 mai 1918.12 10 CICR ouvre pourtant la voie à une prise de conscience publique qui amènera en 1925 les États à prohiber l'emploi à la guerre des gaz asphyxiants ou toxiques (Protocole de Genève). Les violations ne concernent pas uniquement le droit de La Haye, mais touchent aussi la Convention de Genève de Le CICR avait pourtant pris soin, dès le début des hostilités, de rappeler les gouvernements au strict respect de ce texte. Mais c'est peine perdue, car bientôt affluent à Genève des plaintes concernant le bombardement d'hôpitaux terrestres ou le torpillage de navires-hôpitaux pourtant dûment signalés par les emblèmes protecteurs de la croix rouge ou du croissant rouge. Aux plaintes succèdent les justifications des États incriminés, réponses qui, à leur tour, peuvent prendre la forme d'accusations. Si tel navire-hôpital a été coulé, n'était-ce pas parce qu'il transportait, en contradiction flagrante avec le droit, des troupes et des munitions à côté de blessés? La Croix-Rouge elle-même, en tant qu'organisation, subit les affres de la guerre. Au printemps 1915, le Comité central de la Croix-Rouge belge est purement et simplement supprimé par l'occupant allemand, provoquant une vive protestation de la part du CICR. Face à toutes les dérives de la guerre, le CICR prévoit, en avril 1918, de réunir à Genève les Croix-Rouges belligérantes dans le but avoué de préparer une révision du droit de La Haye. Les accords bilatéraux ou tripartites entre les gouvernements en guerre ont en effet ouvert la voie à une nouvelle codification quasi officielle, en particulier sur la question des prisonniers de guerre. La conférence n'ayant pu se tenir, le CICR se lance alors seul dans un projet de rédaction d un nouveau code idéal des prisonniers de guerre. Il faudra toutefois attendre 1929 pour que, sur la base des expériences de la Première Guerre mondiale, une nouvelle et très complète convention relative au traitement des prisonniers de guerre soit adoptée. e. Le rôle diplomatique du CICR On est étonné, à la lecture des PV de l'aipg, par la forte activité diplomatique que déploie le CICR tout au long de la guerre. Cette diplomatie dite humanitaire, qui débute avec les hostilités et se poursuivra après la fin de la guerre, ne se cantonne pas uniquement à une correspondance soutenue avec les gouvernements ou leurs états-majors. Elle se caractérise aussi par une présence physique du CICR sur le terrain. On l'a vu, à partir du début de 1915, l'institution peut envoyer ses délégués visiter des camps de prisonniers de guerre. Entre janvier 1915 et décembre 1919, le CICR effectue ainsi plus de cinq cents visites. Mais les membres du Comité ne sont pas en reste. Ainsi, dès septembre 1914, le quasi septuagénaire Gustave Ador, président du CICR, se rend personnellement à Bordeaux pour négocier avec le gouvernement français en exil des points relatifs à la Convention de La Haye de La diplomatie du CICR est donc essentiellement une diplomatie basée sur la recherche de résultats concrets, y compris pour des sujets apparemment secondaires. Des missions similaires se répéteront en France, mais aussi en Allemagne, en Scandinavie, en Italie, en Autriche-Hongrie, etc. Autre fait intéressant, malgré son caractère associatif, le CICR est en mesure de discuter non seulement avec les gestionnaires des dossiers qui l'intéressent, mais aussi avec les plus hautes autorités de l'état. En mars 1918, ses représentants sont ainsi reçus à Paris à la fois par le président Poincaré et par le président du Conseil des ministres Clemenceau. Le CICR est donc une institution reconnue pour son vaste travail humanitaire à moins qu'il ne soit perçu comme une antenne de la diplomatie suisse. Les procès-verbaux de l'aipg témoignent en effet des liens très étroits qui existent entre le CICR et les autorités fédérales suisses. Officiellement, l'institution est neutre, et se proclame indépendante de tout pouvoir politique. Dans les faits pourtant, ne serait-ce par13 11 la proximité qu'entretiennent les élites du CICR avec celles de la Confédération, les choses sont moins claires. Des rencontres régulières ont lieu à Berne entre le CICR et les autorités fédérales. Celles-ci n'hésitent d'ailleurs pas à transmettre à l'institution genevoise des renseignements confidentiels glanés dans les légations suisses sur des affaires qui la concernent en premier lieu. En retour, le CICR tient étroitement informé le gouvernement suisse de ses activités et discute avec lui de ses projets et plans d'action. Il est vrai que, pour leurs déplacements à l'étranger, ses délégués ont besoin des laissez-passer octroyés par Berne. Chacun des partenaires trouve donc son compte, car si le CICR peut bénéficier du réseau diplomatique et consulaire suisse pour ses activités, les autorités fédérales utilisent à leur tour la réputation et le travail de l'institution pour la promotion de la neutralité de la Suisse, doublant sa légendaire neutralité armée d'une neutralité humanitaire que lui offre le CICR. Cette étroite connivence va aller encore en s'accentuant avec la nomination de Gustave Ador au poste de conseiller fédéral en juin 1917 et surtout par le fait que ce dernier décide de conserver, en parallèle, la présidence du CICR. L'institution peut donc compter sur un des siens au cœur même de la politique suisse, et elle n'hésitera pas à le solliciter quant il s'agira de favoriser l'une ou l'autre de ses initiatives humanitaires. Enfin, pour la population suisse, le CICR devient, grâce à la guerre, un symbole national dont elle va pouvoir s'approprier les valeurs et les accoler à celles de la Nation helvétique. f. Une institution d'hommes et de femmes A côté de ses dirigeants formels les membres du Comité, l'aipg est avant tout l'affaire quotidienne de centaines d'hommes et de femmes qui viennent y travailler, souvent pour toute la durée de la guerre. Les procès-verbaux de l'aipg fournissent au détour d'une page quelques informations fragmentaires sur ce personnel bénévole ou salarié de l'agence. Si de rares célébrités s'en détachent (Romain Rolland, Camille Schlumberger), la plupart des collaborateurs et collaboratrices conservent, eux, leur anonymat. Ainsi par exemple, et à l'exception des personnes engagées des tâches particulières, comme les dactylographes professionnelles, il est impossible de connaître les raisons profondes pour lesquelles des centaines de Genevois, mais aussi d'étrangers ont offert leurs services et leur temps à l'aipg. Il existe toutefois quelques exceptions à la règle, comme le démontre les cas de Max Dollfus ( ) ou de Renée-Marguerite Cramer ( ). Deux trajectoires diamétralement opposées dans la petite histoire de l'aipg. Industriel français originaire de Mulhouse, et actif dans cette ville jusqu'en 1913 en tous cas, Max Dollfus participe à la création de l'aipg dont il devient un des directeurs, en charge du bureau de dépouillement de la correspondance, soit le pivot stratégique de tout le travail de l'agence. Les raisons de la présence de Max Dollfus à Genève sont inconnues (il avait toutefois acquis la nationalité suisse dans les années 1890), de même que la nature de ses liens avec les membres du CICR, et en particulier son président. Max Dollfus acquière rapidement un rôle de premier plan dans le fonctionnement de l'agence. Il est ainsi l'interlocuteur clé entre celle-ci et le Comité; il sert également de "porte-parole" de l'aipg dans ses relations avec la presse locale. Homme d'initiative, Dollfus entraîne de suite le CICR dans le sillage du mouvement des marraines de guerre qui vient juste de naître en France en janvier Mais sa position et l'écoute qu'il a des responsables du CICR lui valent aussi des inimitiés féroces qui vont le pousser à la démission en septembre C'est autour de sa nationalité française, incompatible avec le poste à très haute responsabilité qu'il occupe et avec la neutralité affichée du CICR, que se cristallisent les rancoeurs, et ce point semble être la raison de son départ de l'aipg. C'est du moins ce qu'affirmeront nombre de 31 ACICR, C G1 A14 12 journaux français mis au courant de l'affaire, peut-être par l'intéressé lui-même. Après avoir quitté l'aipg, Max Dollfus reste à Genève où il préside un comité de soutien aux prisonniers roumains constitué dans cette ville. A l'opposé, l'aipg offre une chance extraordinaire de promotion pour une femme, Renée-Marguerite Cramer. Appartenant à la bourgeoisie genevoise, licenciée en droit et docteur en histoire, Renée-Marguerite Cramer a déjà créé un précédent à la veille de la Première Guerre mondiale en devenant la première femme à obtenir un poste de professeur à l'université de Genève. Elle le quitte pourtant bientôt pour entrer à l'aipg, quelques jours aprèss sa fondation. A-t-elle été appelée par le CICR? C'est possible, puisque Renée-Marguerite Cramer est apparentée à plusieurs membres du Comité, vivants ou décédés. A l'agence, elle occupe immédiatement le poste de co-directrice des services de l'entente qui gèrent les informations sur les prisonniers de guerre alliés. Elle est également la première femme à effectuer des missions diplomatiques pour le compte du CICR, en France, en Allemagne et en Scandinavie, et surtout à négocier seule avec des autorités politiques et militaires. Devenu conseiller fédéral, Gustave Ador la fait spécialement venir à Berne "pour aider aux négociations relatives au rapatriement et à l internement entre les Français et les Allemands." 32 Tant de compétences et d'intelligence poussent des membres du CICR à vouloir la nommer, en tant que toute première femme, au Comité, la plus haute instance de l'institution. Après bien des débats et quelques remous en interne, ce sera chose faite en novembre Si le cas de Renée-Marguerite Cramer est exceptionnel, il ne doit toutefois pas masquer le rôle important que jouent les femmes dans l'aipg. Tout d'abord par leur nombre, puisque les deux tiers des collaborateurs de l'agence sont en fait des collaboratrices. C'est grâce aux femmes que l'énorme travail quotidien de dépouillement des correspondances, de retranscription des renseignements sur fiches, de compilation et de collationnement de celles-ci peut se faire dans des proportions considérables. A côté de Renée-Marguerite Cramer, d'autres femmes accèdent, elles aussi, à des postes à responsabilités dans l'aipg, à l'image d'evelyn Brooke, directrice du service anglais. En 1918, une trentaine de femmes sont chefs de service ou de section dans l'agence, ayant du personnel sous leurs ordres. Les femmes ont donc fait leur entrée dans le monde de l'humanitaire de guerre, un domaine jusque-là réservé aux seuls hommes. Cette tendance se poursuit encore dans l'immédiat après-guerre avec l'engagement de quelques déléguées sur le terrain, dans les opérations de secours et d'assistance que mène l'institution en Europe. g. Argent et publicité Comme pour la guerre, l'argent est aussi le nerf de l'humanitaire. On ne s'étonnera donc pas que les questions financières occupent souvent les procès-verbaux de l'aipg et qu'au début de chaque année on y trouve le rapport de sa trésorerie. Celle-ci, dirigée par Alphonse Moynier fils de l'ancien président du CICR, a non seulement la charge de gérer les fonds qui font vivre l'agence, mais aussi et surtout d'exécuter les paiements et de transmettre aux prisonniers de guerre et aux internés civiles les sommes d'argent qui leur sont envoyées par des proches. Au 31 décembre 1918, ce sont plus de 17 millions de francs suisses qui sont transmis à des victimes de la guerre par l'aipg. Pour se financer, l'agence fait appel dans un premier temps aux Sociétés de la Croix-Rouge, en particulier celles qui sont impliquées directement dans le conflit et donc qui bénéficient les premières du travail de l'aipg; celles-ci ont en effet une obligation morale de supporter les frais occasionnés au CICR par la constitution d'une Agence de renseignements en faveur des 32 AIPG, procès-verbal du 18 décembre 1917.15 13 prisonniers de guerre. 33 En octobre 1914, et à nouveau en février 1916, le CICR lance ainsi deux appels à financement aux Comités centraux des Croix-Rouge. Ces derniers répondront "très généreusement de leurs subventions". 34 L'institution bénéficiera aussi du soutien pécuniaire de quelques gouvernements, surtout à la fin de la guerre. Mais c'est avant tout grâce à la générosité publique que l'aipg pourra mener à bien son travail. Dès ses débuts, l'agence recevra régulièrement des dons spontanés venant du monde entier. Avec la prolongation de la guerre, le CICR lancera aussi, en 1918, un appel financier au public suisse, tout en organisant une politique ciblée de recherche de fonds auprès de certaines entreprises helvétiques. La démarche sera couronnée de succès, puisque près d'un million de francs sont récoltés à cette occasion; ce qui représente le 80% des recettes pour 1918 et qui va permettre de couvrir l'entier des dépenses de l'année. Le CICR va aussi générer ses propres revenus par le biais de différentes initiatives. Certaines sont le fait de l'aipg elle-même. Ainsi Renée-Marguerite Cramer monte au printemps 1916 avec quelques collaborateurs de l'agence une pièce de théâtre intitulée le Château historique et dont les représentations rapportent 3000 francs, somme coquette à l'époque. 35 Pour les philatélistes, et grâce à l'abondant courrier qu'il reçoit quotidiennement, le CICR met en vente les enveloppes de guerre, les cachets de censure et les timbres qu'il a collectés. Ces "curiosités philatéliques" sont présentées aux collectionneurs au travers d'un catalogue qu'il publie. Chose impensable aujourd'hui, les rapports de visites de camps de ses délégués sont publiés, puis vendus eux aussi au profit de l'aipg. 36 Celle-ci édite également, sous forme de cartes postales, des vues de camps de prisonniers en Europe, au Japon, en Russie et en Turquie. Enfin, entre janvier 1916 et décembre 1918, le CICR fait paraître un hebdomadaire, les Nouvelles de l'agence. Ce fascicule, souvent illustrés de photos et de cartes, comprend de nombreux renseignements sur les prisonniers de guerre et les internés civils de toutes les nationalités. Il rend aussi compte des visites et des initiatives du CICR en faveur des victimes de la guerre, comme des conférences qui ont lieu entre les belligérants en vue d'améliorer leur sort. Il analyse enfin les principales publications officielles parues dans toutes les langues sur les questions des prisonniers. Vendues au numéro ou par abonnement annuel, les Nouvelles ont 900 abonnés dès novembre 1916 et "font leurs frais". 37 Outre à apporter une source de revenus vraisemblablement modestes, même si on ne peut pas les chiffrer, les diverses publications du CICR autour du travail de l'aipg vont avoir un autre effet: celui de la faire connaître largement au-delà du seul cadre genevois et du seul public des amis de la Croix-Rouge. Il est indéniable que la "publicité" ainsi faite à l'agence 38 va alors servir les démarches diplomatiques du CICR, lui permettant en particulier un accès aux sphères décisionnelles dans les États belligérants. La récolte de fonds parmi les privés est certainement également due à l'aura dont il bénéficie grâce à l'aipg. L'action de l'agence obtiendra d'ailleurs une reconnaissance universelle grâce à l'attribution au CICR du Prix Nobel de la Paix en h. Après l'armistice 33 Cette obligation est récente puisqu'elle date de la Conférence internationale de la Croix-Rouge de Washington en 1912 (résolution VI Assistance aux prisonniers de guerre). 34 CICR, Rapport général du Comité international de la Croix-Rouge sur son activité de 1912 à 1920, Genève, 1921, p AIPG, PV du 2/4 mai La publication des rapports de visites du CICR vise surtout à rendre l information accesible à tous, et éviter ainsi qu elle ne soit utilisée à des fins de propagande par les belligérants. 37 AIPG, PV du 3/5 novembre D'autres se chargeront également de mettre en exergue le travail de l'aipg, à l'image de l'écrivain autrichien Stefan Zweig qui publie un récit élogieux (Le cœur de l Europe ; une visite à la Croix-Rouge internationale de Genève, Genève, 1918) sur sa visite à l'agence.16 14 La présente édition des procès-verbaux de l'aipg s'achève le 11 novembre 1918, date de l'armistice sur le front occidental. L action de l'agence va toutefois se poursuivre après cette entrée, car la fin officielle des hostilités ne met pas un terme au travail humanitaire du CICR, bien au contraire. Deux tâches principales vont alors le mobiliser: le rapatriement des prisonniers de guerre et le secours aux populations civiles des pays vaincus. Dès 1917, le CICR avait lancé un appel public en faveur du retour progressif dans leur foyer du plus grand nombre possible de prisonniers de guerre, valides ou non. Conscient que la guerre prendrait fin un jour, le CICR avait anticipé les besoins en particulier ceux d'ordre logistique et matériel qui se poseraient lors de la libération de millions de captifs. Cette idée restera pourtant lettre morte avant l'armistice. Ce n'est qu'au sortir de la guerre que le CICR peut agir concrètement pour les prisonniers des Puissances centrales ou russes. 39 Le CICR intercède ainsi auprès de la Conférence de la paix pour que les militaires austro-allemands détenus par l'entente puissent regagner leurs foyers rapidement. Le CICR peut d'ailleurs en visiter certains dans le Nord de la France, mais ce genre d'autorisation reste exceptionnel. Malgré ses démarches pressantes, les rapatriements de prisonniers allemands ne commencent qu'à l'automne 1919, l'affaire étant gérée sans une intervention directe du CICR sur le terrain. L'essentiel de son action va donc porter pour les prisonniers de guerre austro-allemands retenus en Russie et pour les prisonniers de guerre russes aux mains des ex-puissances centrales. Formellement libérés après la paix de Brest-Litovsk, ces captifs sont totalement abandonnés à leur sort au milieu des désordres politiques d alors en Europe centrale et en Russie. Au mieux, ils végètent dans des camps de fortune dans des pays qui connaissent déjà de graves crises sociales et économiques, et qui ne peuvent ainsi pas les nourrir. Au pire, ces prisonniers tentent de regagner leurs foyers par leurs propres moyens ; cette aventure se termine souvent tragiquement. Le CICR va se lancer dans une vaste action de secours en faveur de ces anciens prisonniers de guerre, opération soutenue par des appels publics à l'aide. Il s'agit aussi de trouver des voies d'acheminements possibles pour des évacuations. Des missions d'information du CICR sont ainsi envoyées depuis Genève à Berlin, Prague, Budapest, Varsovie, puis en Turquie, en Russie méridionale, au Caucase, mais aussi, dès mars 1919, en Extrême-Orient et en Sibérie. Une fois sur place, le CICR installe une représentation et noue des contacts à même de favoriser ses desseins, tant sur un plan politique que logistique. Des voies de rapatriement terrestres ou maritimes sont organisées et des camps de transit sont installés. Ce système est opérationnel à partir du printemps 1920 et fonctionne jusqu'au 30 juin 1922, date qui marque la fin officielle des opérations de rapatriements du CICR et qui est contemporaine de celle de la fermeture de l'aipg. 40 Au total, on estime à près de 500'000 les ex-prisonniers qui peuvent retourner dans leur (quelque fois toute nouvelle) patrie, grâce à l'intervention du CICR. Créées initialement pour le secours aux prisonniers à rapatrier, les missions et délégations du CICR en Europe vont très vite assumer d'autres fonctions. Se trouvant bien souvent dans des pays dont l'économie a subi de plein fouet la guerre, le CICR s'occupe d'assurer un ravitaillement à des populations civiles affectées par des crises alimentaires. Dans ce travail d'assistance, une attention particulière est portée aux enfants affamés pour lesquels une organisation humanitaire particulière a été créée l'union internationale de secours aux enfants (UISE) et dont le CICR est l'un des co-fondateurs, aux côtés de Save the Children Fund. Au vu des conditions sanitaires désastreuses en Europe orientale et des 39 Le CICR n'intervient pas pour les prisonniers alliés dont les conventions d'armistice prévoient le rapatriement immédiat, dans le délai d'un mois. 40 Le dernier procès-verbal de l'aipg date cependant du 30 décembre Ses activités sont ensuite reprises par le Comité et se reflètent dans les procès-verbaux de cet organe.17 15 risques de diffusion de maladies contagieuses (en particulier le typhus), le CICR propose également la constitution d'un Bureau central de lutte contre les épidémies; ce bureau est installé à Vienne dès l'été 1919 et placé sous la direction du Dr Ferrière. Des missions médicales sont organisées dans plusieurs pays alentour. Le CICR vient également en aide, notamment au travers de ses délégations à Constantinople et Athènes, aux réfugiés russes et arméniens, en aidant à leur approvisionnement, mais aussi en intercédant pour leur émigration et leur installation dans des pays tiers. Enfin, en proie à des troubles sociaux et politiques, plusieurs États connaissent dans l'entre-deux-guerres des situations révolutionnaires ou de guerre civile. Sortant de ses attributions traditionnelles qui consistaient jusqu'ici à n'aider que les victimes de guerres interétatiques, le CICR se lance, dès 1919, dans des visites à des personnes détenues pour des motifs politiques ou dans le cadre de guerres intestines. En 1921, l'institution obtiendra un mandat légal de la Conférence international de la Croix-Rouge pour venir aussi en aide aux victimes de ce genre de violence armée. i. Conclusion La Grande Guerre a radicalement et durablement modifié le visage du CICR. Petite association philanthropique à l'été 1914, recluse dans ses bureaux, le CICR a été obligé de se repenser au vu du cataclysme mondial qui venait de se déclencher. Si jusque-là le CICR réfléchissait à la guerre, il allait désormais en devenir un des acteurs. La mue a été rapide et, en quelques mois à peine, le CICR est sorti de son habit de groupement de bénévoles pour endosser celui d'une grande organisation internationale agissant directement sur le terrain, auprès des victimes. La guerre et l'après-guerre lui donnent alors un ancrage mondial que le petit CICR genevois n'avait jusqu'ici jamais connu. La transformation n'a pas uniquement touché les méthodes de travail du CICR, elle a également profondément modifié l'esprit dans lequel il se faisait. Le CICR s'est ainsi ouvert à la souffrance d'autres victimes de la guerre ou de ses suites, les civils en premier lieu, mais aussi tous ceux frappés par la violence politique. Ce faisant, l'institution a ajouté à sa palette de nouvelles activités (visites de détenus, distribution de vivres, soins de santé) qui lui ont forgé une nouvelle identité. Certainement idéalistes quant à la valeur du droit et des pactes internationaux, les membres du Comité ont perdu leurs illusions face à la brutalité du conflit qui se déroulait sous leurs yeux et au non respect des principes humanitaires. Dès la fin de la guerre, et sur la base de ses expériences, le CICR s'attellera donc à réviser et à compléter le corpus juridique existant. Ce travail aboutira en particulier à l adoption de la Convention relative au traitement des prisonniers de guerre de juillet Né une première fois au XIXe siècle dans le sillage des utopies charitables, le CICR a commencé une nouvelle existence après le drame de Sarajevo; une vie qui, sous bien des aspects, se poursuit aujourd'hui encore, 100 ans après la création de l'aipg. LES PROCÈS-VERBAUX DE L AGENCE INTERNATIONALE DES PRISONNIERS DE GUERRE Les procès-verbaux de l AIPG sont constitués de deux registres de 38 x 26 cm. Ils portent, sur leur tranche, les numéros séquentiels 7 et 8, indiquant ainsi une continuation d avec les procès-verbaux antérieurs du Comité. 41 Le premier registre couvre les séances tenues entre le 21 août 1914 et le 8 septembre 1917; le second les séances entre le 10 septembre 1917 et le 30 décembre Ces deux registres sont manuscrits. A quelques exceptions, les procès-verbaux sont tous de la main de Paul Des Gouttes ( ), secrétaire 41 Les procès-verbaux du Comité entre 1863 et 1914 ont été publiés : Procès-verbaux des séances du Comité international de la Croix-Rouge, 17 février août 1914, édités par Jean-François Pitteloud, avec la collaboration de Caroline Barnes et de Françoise Dubosson, Genève, 1999.18 16 général du CICR depuis 1910, puis membre du Comité à partir de Des documents imprimés ou dactylographiés sont quelques fois insérés ou collés dans les deux registres. Nous n avons reproduit que ceux qui étaient utiles à la compréhension des procèsverbaux. Les registres de l AIPG comportent plus de 650 entrées chronologiques, sous forme de séances réunissant des chefs de service de l AIPG ou des membres du Comité 42 ; ou sous celle d un journal récapitulant les faits importants d une journée. 43 Dans la présente édition, nous avons choisi de ne traiter que les entrées rédigées durant la guerre ; les procès-verbaux débutent donc le 21 août 1914, avec l ouverture de l AIPG, et se terminent avec l entrée datée du 7/12 novembre 1918, où il est fait mention à l encre rouge de l armistice du 11 novembre. A partir de l entrée suivante, en date du 13 novembre 1918, l AIPG est déjà occupée par des activités d après conflit, en particulier par la question du rapatriement des prisonniers. Au total, 561 entrées sont abordées dans cette édition de sources. Dans la mesure du possible, l orthographe et la forme grammaticale originaux ont été respectés ; nous n avons corrigé que des fautes ou des coquilles évidentes. Malgré plusieurs relectures, certains mots demeurent encore illisibles ; 44 nous les avons signalés entre parenthèses carrées, symboles qui nous ont aussi servi pour indiquer les ajouts ou les corrections, de fonds ou de forme, que nous apportons au texte original. L absence de ces quelques mots ne nuit pas à la compréhension générale du propos. Nous avons également signalé les rares erreurs manifestes commises par le rédacteur, ou ses tournures de phrase quelques fois alambiquées. Le lecteur sera ainsi peut-être étonné par l emploi de mots de la langue française aujourd hui tombés en désuétudes. Quelques helvéticismes ou «genevoicismes» peuvent aussi se retrouver sous la plume de Paul Des Gouttes. Nous avons aussi respecté l orthographe des noms propres qui peut changer d une entrée à l autre. Lorsque nous avions la certitude qu il s agissait d une seule et même personne, nous avons signalé à la première mention de son nom, les autres orthographes utilisées par la suite. Pour les collaboratrices et collaborateurs «non célèbres» de l AIPG dont le nom apparaît dans les procès-verbaux, nous avons, lorsque cela était possible, ajouté leur prénom, sur la base d une liste (incomplète) des personnes ayant travaillé pour l Agence; 45 ce sont souvent les seules indications biographiques dont nous disposons sur ces «travailleurs de l ombre». Pour les personnages plus connus de l AIPG, de même que pour les personnalités étrangères citées au détour d une entrée, nous avons quand nous le pouvions et quand nous la trouvions - donné une très courte biographie en notes de bas de page. Cet appareil critique qui mériterait d être complété sert également à expliquer des termes ou des événements propres au monde «Croix-Rouge» ou en lien avec une situation particulière exposée dans une entrée du procès-verbal. Pour les noms de localités allemandes, nous avons indiqué leur appartenance géographique en fonction des États qui existaient au sein durant du Reich allemand jusqu à la fin de la Première Guerre mondiale. 42 Durant la guerre, le Comité se fond en quelque sorte dans l AIPG. Il n en continue pas moins de tenir des procès-verbaux propres, même si peu nombreux (dix-sept au total entre fin 1914 et 1919). Ces procès-verbaux traitent en général de questions de personnel (nominations, démissions de membres du Comité) ou financières. Ils ne sont pas reproduits dans cet ouvrage. De même, à partir du 12 août 1918 (et jusqu au 11 avril 1919), la (nouvelle) commission de direction de l AIPG tient ses propres procès-verbaux ; ces documents ne sont, eux aussi, pas reproduits dans la présente édition de sources. 43 En ce sens, la dénomination de procès-verbaux pour ces deux registres de l AIPG est quelque peu abusive. Toutefois, ils sont classés dans les archives du CICR avec l ensemble des autres procès-verbaux de l institution. 44 L auteur remercie Irène Herrmann pour son aide dans le déchiffrage du manuscrit, ainsi que Cédric Cotter et Jean-Luc Blondel pour la relecture du manuscrit. 45 Cette liste figure dans l ouvrage du CICR L'Agence internationale des prisonniers de guerre, Genève, , Genève, 1919, pp19 17 Les procès-verbaux de l AIPG ne fournissent qu une sorte de résumé du travail du CICR pendant la Grande Guerre. Pour compléter cet aperçu, le chercheur intéressé se reportera aux archives générales du CICR sur la Première Guerre mondiale, 46 ainsi qu à la littérature institutionnelle produite durant ou sur ce conflit. 47 Daniel Palmieri CICR 46 Il s agit des fonds ACICR, C G1 et ACICR, A, CS (Comité Secrétariat), consultables, sur rendez-vous, dans la salle de lecture des archives publiques du CICR à Genève. 47 Outre le Bulletin international des Sociétés de la Croix-Rouge et les Nouvelles de l Agence internationale des prisonniers de guerre cités précédemment, signalons encore les ouvrages suivants : CICR, Documents publiés à l'occasion de la Guerre, 24 séries, Genève, Mars 1915 Janvier CICR, Organisation et fonctionnement de l Agence internationale des prisonniers de guerre à Genève, 1914 et 1915, Genève, février CICR, Renseignements complémentaires sur l activité de l Agence internationale des prisonniers de guerre à Genève en 1915 et 1916, Genève, mars CICR, Actes du Comité international de la Croix-Rouge pendant la Guerre , Genève, CICR, L'expérience du Comité international de la Croix-Rouge en matière de secours internationaux, Genève, s.d. (mais après mars 1925), CICR, L'Agence internationale des prisonniers de guerre, Genève, , Genève, CICR, Rapport général du Comité international de la Croix-Rouge sur son activité de 1912 à 1920, Genève, 30 mars CICR, Rapport général du Comité international de la Croix-Rouge sur son activité de 1921 à 1923, Genève, 28 août André Durand, Histoire du Comité international de la Croix-Rouge, tome 2, de Sarajevo à Hiroshima, Genève, 1978, pp20 18 AIPG août 1914 Ouverture de l Agence 48 internationale des Prisonniers de guerre [AIPG], 49 en conformité des résolutions de Washington. 50 Télégrammes envoyés aux Croix-Rouges allemande, française, belge, 51 annonçant l ouverture de l Agence. Communiqué aux journaux de Genève annonçant cette ouverture. Avisé par lettre les Croix-Rouges des belligérants, les invitant à nous communiquer la liste des prisonniers. Reçu de la Croix-Rouge française l avis que leur commission spéciale est prête à fonctionner. L Agence fonctionne provisoirement au local du Comité international, [rue de l'] Athénée 3. Un écriteau sur la porte l indique. La direction reste en mains du Comité international dont les membres se répartissent les heures de présence. Deux éclaireurs font le service. M. Marc Cramer, 52 étudiant, prête bénévolement son concours. Reçu dépêche de la Croix-Rouge de Pékin demandant si l Agence fonctionne. Répondu télégraphiquement. Reçu du Département politique 53 la même demande, de la part du consul de Mannheim. Répondu id[em]. 24 août 1914 L Agence fonctionne régulièrement, reçoit des demandes de renseignements de toute sorte, par lettres et par dépêche, les classe et y répond. Dépêche à l État-major suisse annonçant l ouverture de l Agence et demandant la liste des intéressés en Suisse. Dépêche au Département politique à Berne lui annonçant le fonctionnement de l Agence. Reçu lettre de M. Romberg-Nisard 54 de Paris annonçant son intention de fonder une Agence de prisonniers à La Haye. 48 Les mots signalés en italique ont été soulignés dans les procès-verbaux originaux. 49 En 1869, à Berlin, la 2 ème Conférence internationale de la Croix-Rouge (qui réunit des représentants des gouvernements ayant ratifié la Convention de Genève de 1864 et des représentants des Sociétés de la Croix- Rouge) confie au CICR la responsabilité d'organiser en cas de guerre une Agence de correspondance et de renseignements pour faciliter l'échange de communications entre les Croix-Rouges, ainsi que la transmission des secours. La 1 ère Agence est ouverte à Bâle à l'occasion de la guerre franco-prussienne ( ). 50 La 9 e Conférence internationale de la Croix-Rouge se tient à Washington en Elle exprime le vœu que les Sociétés nationales de la Croix-Rouge organisent, en temps de paix, une Commission spéciale chargée en temps de guerre de recueillir et de confier au CICR les secours destinés aux prisonniers de guerre. 51 Suivant les idées d'henry Dunant, le CICR propose la constitution dans chaque pays d'une société de secours aux militaires blessés qui viendrait épauler les services sanitaires de l'armée en temps de guerre. La première société est créée en décembre 1863, au Wurtemberg. En 1914, la majorité des États possèdent une telle société de secours. A partir de la fin des années 1870, ces sociétés uniformisent leur nom pour devenir des Sociétés de la Croix-Rouge (française, allemande, belge, ). 52 Marc Cramer ( ), chimiste suisse, fondateur, puis directeur du Musée genevois d'histoire des sciences. 53 Le département politique fédéral était l'homologue suisse des ministères des Affaires étrangères. 54 André Romberg Nisard (?-?), docteur en droit français, secrétaire général des congrès internationaux d'assistance en temps de guerre de 1889 et 1900, à Paris. Montrer encore
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References: art. 54
 Art. 1
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