Source: http://jesus-eucharistie.org/fr/livre/cec/0100_0199.htm
Timestamp: 2018-08-17 17:19:00+00:00

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Catéchisme de l'Église catholique -- §100 à §199
La charge d'interpréter authentiquement la Parole de Dieu a été confiée au seul Magistère de l'Église, au Pape et aux évêques en communion avec lui.
I. Le Christ -- Parole unique de l'Écriture Sainte
Dans la condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en paroles humaines: «En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l'infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes» (DV 13).
A travers toutes les paroles de l'Écriture Sainte, Dieu ne dit qu'une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier (cf. He 1, 1-3):
Rappelez-vous que c'est une même Parole de Dieu qui s'étend dans toutes les Écritures, que c'est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n'y a pas besoin de syllabes parce qu'il n'y est pas soumis au temps (S. Augustin, Psal. 103, 4, 1: PL 37, 1378).
Pour cette raison, l'Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ (cf. DV 21).
Dans l'Écriture Sainte, l'Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force (cf. DV 24), car en elle, elle n'accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu'elle est réellement: la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13). «Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux» (DV 21).
Dieu est l'Auteur de l'Écriture Sainte.«La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l'inspiration de l'Esprit Saint».
«Notre Sainte Mère l'Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l'inspiration de l'Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu'ils ont été transmis comme tels à l'Église elle-même» (DV 11).
Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés. «En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement» (DV 11).
Les livres inspirés enseignent la vérité. «Dès lors, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l'Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut dans les Lettres sacrées» (DV 11).
Cependant, la foi chrétienne n'est pas une «religion du Livre». Le christianisme est la religion de la «Parole» de Dieu, «non d'un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant» (S. Bernard, hom. miss. 4, 11: Opera, ed. J. Leclercq-H. Rochais, v. 4 [Romae 1966] p. 57). Pour qu'elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l'Esprit Saint nous «ouvre l'esprit à l'intelligence des Écritures» (Lc 24, 45).
III. L'Esprit Saint, interprète de l'Écriture
Dans l'Écriture Sainte, Dieu parle à l'homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l'Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles (cf. DV 12, § 1).
Pour découvrir l'intention des auteurs sacrés, il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des «genres littéraires» en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là. «Car c'est de façon bien différente que la vérité se propose et s'exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d'autres genres d'expression» (DV 12, § 2).
Mais puisque l'Écriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l'interprétation juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l'Écriture demeurerait lettre morte: «La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger» (DV 12, § 3).
Le Concile Vatican II indique trois critères pour une interprétation de l'Écriture conforme à l'Esprit qui l'a inspirée (cf. DV 12, § 3):
1. Porter une grande attention «au contenu et à l'unité de toute l'Écriture». En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l'Écriture est uneen raison de l'unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le coeur, ouvert depuis sa Pâque (cf. Lc 24, 25-27. 44-46).
Le coeur (cf. Ps 22, 15) du Christ désigne la Sainte Écriture qui fait connaître le coeur du Christ. Ce coeur était fermé avant la passion car l'Écriture était obscure. Mais l'Écriture a été ouverte après la passion, car ceux qui désormais en ont l'intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées (cf. S. Thomas d'A., Psal. 21, 11).
2. Lire ensuite l'Écriture dans «la Tradition vivante de toute l'Église». Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le coeur de l'Église que dans les moyens matériels de son expression. En effet, l'Église porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c'est l'Esprit Saint qui lui donne l'interprétation spirituelle de l'Écriture («... selon le sens spirituel dont l'Esprit gratifie l'Église «: Origène, hom. in Lev. 5, 5).
3. Être attentif «à l'analogie de la foi» (cf. Rm 12, 6). Par «analogie de la foi» nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.
Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux sens de l'Écriture: le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l'Écriture dans l'Église:
Le sens littéral. C'est le sens signifié par les paroles de l'Écriture et découvert par l'exégèse qui suit les règles de la juste interprétation «Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral» (S. Thomas d'A., s. th. 1, 1, 10, ad 1).
Le sens spirituel. Grâce à l'unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l'Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes.
1) Le sens allégorique. Nous pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en reconnaissant leur signification dans le Christ; ainsi, la traversée de la Mer Rouge est un signe de la victoire du Christ, et ainsi du Baptême (cf. 1 Co 10, 2).
2) Le sens moral. Les événements rapportés dans l'Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites «pour notre instruction» (1 Co 10, 11; cf. He 3 -- 4, 11).
3) Le sens anagogique. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec: anagoge) vers notre Patrie. Ainsi, l'Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 1 -- 22, 5).
Un distique médiéval résume la signification des quatre sens: Le sens littéral enseigne les événements, l'allégorie ce qu'il faut croire, le sens moral ce qu'il faut faire, l'anagogie vers quoi il faut tendre (Augustin de Dace, Rotulus pugillaris, I: ed. A. Walz, Angelicum 6 [1929] 256).
«Il appartient aux exégètes de s'efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d'exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement de l'Église. Car tout ce qui concerne la manière d'interpréter l'Écriture est finalement soumis au jugement de l'Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la parole de Dieu et de l'interpréter» (DV 12, 3):
Je ne croirais pas à l'Evangile, si l'autorité de l'Eglise catholique ne m'y poussait (S. Augustin, fund. 5, 6: PL 42, 176).
C'est la Tradition apostolique qui a fait discerner à l'Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres Saints (cf. DV 8, 3). Cette liste intégrale est appelée «Canon» des Écritures. Elle comporte pour l'Ancien Testament 46 (45, si l'on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau (cf. DS 179; 1334-1336; 1501-1504):
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, les deux livres des Chroniques, Esdras et Néhémie, Tobie, Judith, Esther, les deux livres des Maccabées, Job, les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie, les Lamentations, Baruch, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Agée, Zacharie, Malachie pour l'Ancien Testament;
les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, les Actes des Apôtres, les Épîtres de S. Paul aux Romains, la première et la deuxième aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, la première et la deuxième aux Thessaloniciens, la première et la deuxième à Timothée, à Tite, à Philémon, l'Épître aux Hébreux, l'Épître de Jacques, la première et la deuxième de Pierre, les trois Épîtres de Jean, l'Épître de Jude et l'Apocalypse pour le Nouveau Testament.
L'Ancien Testament est une partie inamissible de l'Écriture Sainte. Ses livres sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente (cf. DV 14) car l'Ancienne Alliance n'a jamais été révoquée.
En effet, «l'Économie de l'Ancien Testament avait pour principale raison d'être de préparer l'avènement du Christ Sauveur du monde». «Bien qu'ils contiennent de l'imparfait et du provisoire», les livres de l'Ancien Testament témoignent de toute la divine pédagogie de l'amour salvifique de Dieu: «En eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d'admirables trésors de prière; en eux enfin se tient caché le mystère de notre salut» (DV 15).
Les chrétiens vénèrent l'Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L'Église a toujours vigoureusement repoussé l'idée de rejeter l'Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l'aurait rendu caduc (Marcionisme).
«La Parole de Dieu qui est une force divine pour le salut de tout croyant, se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s'y manifeste de façon singulière» (DV 17). Ces écrits nous livrent la vérité définitive de la Révélation divine. Leur objet central est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, ses actes, ses enseignements, sa passion et sa glorification ainsi que les débuts de son Église sous l'action de l'Esprit Saint (cf. DV 20).
Les Évangiles sont le coeur de toutes les Écritures «en tant qu'ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l'enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur» (DV 18).
Dans la formation des Évangiles on peut distinguer trois étapes:
. La vie et l'enseignement de Jésus. L'Église tient fermement que les quatre Évangiles, «dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel».
. La tradition orale. «Ce que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres après son Ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par l'Esprit de vérité, jouissaient».
. Les Évangiles écrits. «Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises, gardant enfin la forme d'une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères» (DV 19).
L'Évangile quadriforme occupe dans l'Église une place unique, témoins la vénération dont l'entoure la liturgie et l'attrait incomparable qu'il a exercé de tout temps sur les saints:
Il n'y a aucune doctrine qui soit meilleure, plus précieuse et plus splendide que le texte de l'Évangile. Voyez et retenez ce que notre Seigneur et Maître, le Christ, a enseigné par ses paroles et réalisé par ses actes (Ste Césarie la Jeune, Rich.: SC 345, 480).
C'est par-dessus tout l'Évangile qui m'entretient pendant mes oraisons; en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J'y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux (Ste. Thérèse de l'Enfant-Jésus, ms. autob. A 83v).
L'unité de l'Ancien et du Nouveau Testament
L'Église, déjà aux temps apostoliques (cf. 1 Co 10, 6. 11; He 10, 1; 1 P 3, 21), et puis constamment dans sa Tradition, a éclairé l'unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la typologie. Celle-ci discerne dans les oeuvres de Dieu dans l'Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné.
Les chrétiens lisent donc l'Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. Cette lecture typologique manifeste le contenu inépuisable de l'Ancien Testament. Elle ne doit pas faire oublier qu'il garde sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). Par ailleurs, le Nouveau Testament demande d'être lu aussi à la lumière de l'Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (cf. 1 Co 5, 6-8; 10, 1-11). Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, alors que l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau: «Le Nouveau se cache dans l'Ancien et dans le Nouveau l'Ancien se dévoile» (S. Augustin, Hept. 2, 73: PL 34, 623; cf. DV 16).
La typologie signifie le dynamisme vers l'accomplissement du plan divin quand «Dieu sera tout en tous» (1 Co 15, 28). Aussi la vocation des patriarches et l'Exode de l'Égypte, par exemple, ne perdent pas leur valeur propre dans le plan de Dieu, du fait qu'ils en sont en même temps des étapes intermédiaires.
V. La Sainte Écriture dans la vie de l'Église
«La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu'elles constituent, pour l'Église, son point d'appui et sa vigueur et, pour les enfants de l'Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle» (DV 21). Il faut «que l'accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens» (DV 22).
«Que l'étude de la Sainte Écriture soit donc pour la sacrée théologie comme son âme. Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse, et toute l'instruction chrétienne, où l'homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même Parole de l'Écriture, une saine nourriture et une saine vigueur» (DV 24).
L'Église «exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens (...) à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, 'la science éminente de Jésus-Christ' (Ph 3, 8). 'En effet, ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ' (S. Jérôme, Is. prol.: PL 24, 17B)» (DV 25).
Toute l'Écriture divine n'est qu'un seul livre, et ce seul livre c'est le Christ, «car toute l'Écriture divine parle du Christ, et toute l'Écriture divine s'accomplit dans le Christ» (Hugues de Saint Victor, De arca Noe 2, 8: PL 176, 642; cf. ibid. 2, 9: PL 176, 642-643: PL 176, 642C).
«Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et, puisqu'elles sont inspirées, elles sont vraiment cette Parole» (DV 24).
Dieu est l'Auteur de l'Écriture Sainte en inspirant ses auteurs humains; Il agit en eux et par eux. Il donne ainsi l'assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la vérité salutaire (cf. DV 11).
L'interprétation des Écritures inspirées doit être avant tout attentive à ce que Dieu veut révéler par les auteurs sacrés pour notre salut. «Ce qui vient de l'Esprit, n'est pleinement entendu que par l'action de l'Esprit» (Origène, hom. in Ex. 4, 5).
L'Église reçoit et vénère comme inspirés les 46 livres de l'Ancien et les 27 livres du Nouveau Testament.
L'unité des deux Testaments découle de l'unité du dessein de Dieu et de sa Révélation.. L'Ancien Testament prépare le Nouveau, alors que celui-ci accomplit l'Ancien; les deux s'éclairent mutuellement; les deux sont vraie Parole de Dieu.
«L'Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l'a fait pour le Corps même du Seigneur» (DV 21): ces deux nourrissent et régissent toute la vie chrétienne. «Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route» (Ps 119, 105; cf. Is 50, 4).
LA REPONSE DE L'HOMME A DIEU
Par sa révélation, «provenant de l'immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible s'adresse aux hommes comme à ses amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion» (DV 2). La réponse adéquate à cette invitation est la foi.
Par la foi l'homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l'homme donne son assentiment à Dieu révélateur (cf. DV 5). L'Écriture Sainte appelle «obéissance de la foi» cette réponse de l'homme au Dieu qui révèle (cf. Rm 1, 5; 16, 26).
I. L'obéissance de la foi
Obéir (ob-audire) dans la foi, c'est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même. De cette obéissance, Abraham est le modèle que nous propose l'Écriture Sainte. La Vierge Marie en est la réalisation la plus parfaite.
Abraham -- «le père de tous les croyants»
L'Épître aux Hébreux, dans le grand éloge de la foi des ancêtres, insiste particulièrement sur la foi d'Abraham: «Par la foi, Abraham obéit à l'appel de partir vers un pays qu'il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait» (He 11, 8; cf. Gn 12, 1-4). Par la foi, il a vécu en étranger et en pèlerin dans la Terre promise (cf. Gn 23, 4). Par la foi, Sara reçut de concevoir le fils de la promesse. Par la foi enfin, Abraham offrit son fils unique en sacrifice (cf. He 11, 17).
Abraham réalise ainsi la définition de la foi donnée par l'épître aux Hébreux: «La foi est la garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas» (He 11, 1). «Abraham eut foi en Dieu, et ce lui fut compté comme justice» (Rm 4, 3; cf. Gn 15, 6). Grâce à cette «foi puissante» (Rm 4, 20), Abraham est devenu «le père de tous ceux qui croiraient» (Rm 4, 11. 18; cf. Gn 15, 5).
De cette foi, l'Ancien Testament est riche en témoignages. L'Épître aux Hébreux proclame l'éloge de la foi exemplaire des anciens «qui leur a valu un bon témoignage» (He 11, 2. 39). Pourtant, «Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur «: la grâce de croire en son Fils Jésus, «le chef de notre foi, qui la mène à la perfection» (He 11, 40; 12, 2).
Marie -- «Bienheureuse celle qui a cru»
La Vierge Marie réalise de la façon la plus parfaite l'obéissance de la foi. Dans la foi, Marie accueillit l'annonce et la promesse apportées par l'ange Gabriel, croyant que «rien n'est impossible à Dieu» (Lc 1, 37; cf. Gn 18, 14), et donnant son assentiment: «Je suis la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole» (Lc 1, 38). Élisabeth la salua: «Bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur» (Lc 1, 45). C'est pour cette foi que toutes les générations la proclameront bienheureuse (cf. Lc 1, 48).
Pendant toute sa vie, et jusqu'à sa dernière épreuve (cf. Lc 2, 35), lorsque Jésus, son fils, mourut sur la croix, sa foi n'a pas vacillé. Marie n'a pas cessé de croire «en l'accomplissement» de la parole de Dieu. Aussi bien, l'Église vénère-t-elle en Marie la réalisation la plus pure de la foi.
II. «Je sais en qui j'ai mis ma foi» (2 Tm 1, 12)
La foi est d'abord une adhésion personnelle de l'homme à Dieu; elle est en même temps, et inséparablement, l'assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé. En tant qu'adhésion personnelle à Dieu et assentiment à la vérité qu'il a révélé, la foi chrétienne diffère de la foi en une personne humaine. Il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire absolument ce qu'Il dit. Il serait vain et faux de mettre une telle foi en une créature (cf. Jr 17, 5-6; Ps 40, 5; 146, 3-4).
Pour le chrétien, croire en Dieu, c'est inséparablement croire en Celui qu'Il a envoyé, «son Fils bien-aimé» en qui Il a mis toute sa complaisance (cf. Mc 1, 11); Dieu nous a dit de L'écouter (cf. Mc 9, 7). Le Seigneur Lui-même dit à ses disciples: «Croyez en Dieu, croyez aussi en moi» (Jn 14, 1). Nous pouvons croire en Jésus-Christ parce qu'Il est Lui-même Dieu, le Verbe fait chair: «Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, L'a fait connaître» (Jn 1, 18). Parce qu'il «a vu le Père» (Jn 6, 46), Il est seul à Le connaître et à pouvoir Le révéler (cf. Mt 11, 27).
Croire en l'Esprit Saint
On ne peut pas croire en Jésus-Christ sans avoir part à son Esprit. C'est l'Esprit Saint qui révèle aux hommes qui est Jésus. Car «nul ne peut dire: 'Jésus est Seigneur', que sous l'action de l'Esprit Saint» (1 Co 12, 3). «L'Esprit sonde tout, jusqu'aux profondeurs de Dieu (...) Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l'Esprit de Dieu» (1 Co 2, 10-11). Dieu seul connaît Dieu tout entier. Nous croyons en l'Esprit Saint parce qu'il est Dieu.
L'Église ne cesse de confesser sa foi en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.
Lorsque S. Pierre confesse que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare que cette révélation ne lui est pas venue «de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux» (Mt 16, 17; cf. Ga 1, 15; Mt 11, 25). La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Lui. «Pour prêter cette foi, l'homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. Celui-ci touche le coeur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l'esprit et donne 'à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité'» (DV 5).
Croire n'est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n'en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n'est contraire ni à la liberté ni à l'intelligence de l'homme de faire confiance à Dieu et d'adhérer aux vérités par lui révélées. Déjà dans les relations humaines il n'est pas contraire à notre propre dignité de croire ce que d'autres personnes nous disent sur elles-mêmes et sur leurs intentions, et de faire confiance à leurs promesses (comme, par exemple, lorsqu'un homme et une femme se marient), pour entrer ainsi en communion mutuelle. Dès lors, il est encore moins contraire à notre dignité de «présenter par la foi la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté au Dieu qui révèle» (Cc. Vatican I: DS 3008) et d'entrer ainsi en communion intime avec Lui.
Dans la foi, l'intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine: «Croire est un acte de l'intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce» (S. Thomas d'A., s. th. 2-2, 2, 9; cf. Cc. Vatican I: DS 3010).
Le motif de croire n'est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle. Nous croyons «à cause de l'autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper». «Néanmoins, pour que l'hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation» (ibid., DS 3009). C'est ainsi que les miracles du Christ et des saints (cf. Mc 16, 20; He 2, 4), les prophéties, la propagation et la sainteté de l'Église, sa fécondité et sa stabilité «sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l'intelligence de tous», des «motifs de crédibilité» qui montrent que l'assentiment de la foi n'est «nullement un mouvement aveugle de l'esprit» (Cc. Vatican I: DS 3008-3010).
La foi est certaine, plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu'elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir. Certes, les vérités révélées peuvent paraître obscures à la raison et à l'expérience humaines, mais «la certitude que donne la lumière divine est plus grande que celle que donne la lumière de la raison naturelle» (S. Thomas d'A., s. th. 2-2, 171, 5, obj. 3). «Dix mille difficultés ne font pas un seul doute» (Newman, apol.).
«La foi cherche à comprendre»(S. Anselme, prosl. prooem.: PL 153, 225A): il est inhérent à la foi que le croyant désire mieux connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux comprendre ce qu'Il a révélé; une connaissance plus pénétrante appellera à son tour une foi plus grande, de plus en plus embrasée d'amour. La grâce de la foi ouvre «les yeux du coeur» (Ep 1, 18) pour une intelligence vive des contenus de la Révélation, c'est-à-dire de l'ensemble du dessein de Dieu et des mystères de la foi, de leur lien entre eux et avec le Christ, centre du mystère révélé. Or, pour «rendre toujours plus profonde l'intelligence de la Révélation, l'Esprit Saint ne cesse, par ses dons, de rendre la foi plus parfaite» (DV 5). Ainsi, selon l'adage de S. Augustin (serm. 43, 7, 9: PL 38, 258), «je crois pour comprendre et je comprends pour mieux croire».
Foi et science. «Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l'esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai» (Cc. Vatican I: DS 3017). «C'est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d'une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi: les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. Bien plus, celui qui s'efforce, avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là, même s'il n'en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui soutient tous les êtres et les fait ce qu'ils sont» (GS 36, § 2).
Pour être humaine, «la réponse de la foi donnée par l'homme à Dieu doit être volontaire; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré soi. Par sa nature même, en effet, l'acte de foi a un caractère volontaire» (DH 10; cf. CIC, can. 748, § 2). «Dieu, certes, appelle l'homme à le servir en esprit et vérité; si cet appel oblige l'homme en conscience, il ne le contraint pas. (...) Cela est apparu au plus haut point dans le Christ Jésus» (DH 11). En effet, le Christ a invité à la foi et à la conversion, il n'y a nullement contraint. «Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n'a pas voulu l'imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume (...) s'étend grâce à l'amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes» (DH 11).
Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l'a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir ce salut (cf. Mc 16, 16; Jn 3, 36; 6, 40 e.a.). «Parce que 'sans la foi (...) il est impossible de plaire à Dieu' (He 11, 6) et d'arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne se trouve justifié sans elle et personne à moins qu'il n'ait 'persévéré en elle jusqu'à la fin' (Mt 10, 22; 24, 13), n'obtiendra la vie éternelle» (Cc. Vatican I: DS 3012; cf. Cc. Trente: DS 1532).
La foi est un don gratuit que Dieu fait à l'homme. Ce don inestimable, nous pouvons le perdre; S. Paul en avertit Timothée: «Combats le bon combat, possédant foi et bonne conscience; pour s'en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi» (1 Tm 1, 18-19). Pour vivre, croître et persévérer jusqu'à la fin dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu; nous devons implorer le Seigneur de l'augmenter (cf. Mc 9, 24; Lc 17, 5; 22, 32); elle doit «agir par la charité» (Ga 5, 6; cf. Jc 2, 14-26), être portée par l'espérance (cf. Rm 15, 13) et être enracinée dans la foi de l'Église.
La foi -- commencement de la vie éternelle
La foi nous fait goûter comme à l'avance, la joie et la lumière de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu «face à face» (1 Co 13, 12), «tel qu'Il est» (1 Jn 3, 2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle:
Tandis que dès maintenant nous contemplons les bénédictions de la foi, comme un reflet dans un miroir, c'est comme si nous possédions déjà les choses merveilleuses dont notre foi nous assure qu'un jour nous en jouirons (S. Basile, Spir. 15, 36: PG 32, 132; cf. S. Thomas d'A., s. th. 2-2, 4, 1).
Maintenant, cependant, «nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision» (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu «comme dans un miroir, d'une manière confuse, (...), imparfaite» (1 Co 13, 12). Lumineuse par Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans l'obscurité. La foi peut être mise à l'épreuve. Le monde en lequel nous vivons semble souvent bien loin de ce que la foi nous assure; les expériences du mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire la Bonne Nouvelle, elles peuvent ébranler la foi et devenir pour elle une tentation.
C'est alors que nous devons nous tourner vers les témoins de la foi: Abraham, qui crut, «espérant contre toute espérance» (Rm 4, 18); la Vierge Marie qui, dans «le pèlerinage de la foi» (LG 58), est allée jusque dans la «nuit de la foi» (Jean-Paul II, RM 18) en communiant à la souffrance de son Fils et à la nuit de son tombeau; et tant d'autres témoins de la foi: «Enveloppés d'une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l'épreuve qui nous est proposée, fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus»(He 12, 1-2).
La foi est un acte personnel: la réponse libre de l'homme à l'initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n'est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s'est donné la foi à lui-même comme nul ne s'est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d'autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.
«Je crois» (Symbole des Apôtres): c'est la foi de l'Église professée personnellement par chaque croyant, principalement lors du baptême. «Nous croyons» (Symbole de Nicée-Constantinople, dans l'original grec): c'est la foi de l'Église confessée par les évêques assemblés en Concile ou, plus généralement, par l'assemblée liturgique des croyants. «Je crois «: c'est aussi l'Église, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire: «Je crois», «Nous croyons».
I. «Regarde, Seigneur, la foi de ton Église»
C'est d'abord l'Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C'est d'abord l'Église qui, partout, confesse le Seigneur («C'est toi que par tout l'univers la Sainte Église proclame son Seigneur», chantons-nous dans le «Te Deum»), et avec elle et en elle, nous sommes entraînés et amenés à confesser, nous aussi: «Je crois», «Nous croyons». C'est par l'Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême. Dans le «Rituale Romanum», le ministre du baptême demande au catéchumène: «Que demandes-tu à l'Église de Dieu?» Et la réponse: «La foi». «Que te donne la foi?» «La vie éternelle» (OICA 75 et 247).
Le salut vient de Dieu seul; mais parce que nous recevons la vie de la foi à travers l'Église, celle-ci est notre mère: «Nous croyons l'Église comme la mère de notre nouvelle naissance, et non pas en l'Église comme si elle était l'auteur de notre salut» (Faustus de Riez, Spir. 1, 2: CSEL 21, 104). Parce qu'elle est notre mère, elle est aussi l'éducatrice de notrefoi.
Nous ne croyons pas en des formules, mais dans les réalités qu'elles expriment et que la foi nous permet de «toucher». «L'acte (de foi) du croyant ne s'arrête pas à l'énoncé, mais à la réalité (énoncée)» (S. Thomas d'A., s. th. 2-2, 1, 2, ad 2). Cependant, ces réalités, nous les approchons à l'aide des formulations de la foi. Celles-ci permettent d'exprimer et de transmettre la foi, de la célébrer en communauté, de l'assimiler et d'en vivre de plus en plus.
L'Église qui est «la colonne et le soutien de la vérité» (1 Tm 3, 15), garde fidèlement «la foi transmise aux saints une fois pour toutes» (Jude 3). C'est elle qui garde la mémoire des Paroles du Christ, c'est elle qui transmet de génération en génération la confession de foi des apôtres. Comme une mère qui apprend à ses enfants à parler, et par là même à comprendre et à communiquer, l'Église, notre Mère, nous apprend le langage de la foi pour nous introduire dans l'intelligence et la vie de la foi.
Depuis des siècles, à travers tant de langues, cultures, peuples et nations, l'Église ne cesse de confesser sa foi unique, reçue d'un seul Seigneur, transmise par un seul baptême, enracinée dans la conviction que tous les hommes n'ont qu'un seul Dieu et Père (cf. Ep 4, 4-6). S. Irénée de Lyon, témoin de cette foi, déclare:
«En effet, l'Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu'aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (...) garde [cette prédication et cette foi] avec soin, comme n'habitant qu'une seule maison, elle y croit d'une manière identique, comme n'ayant qu'une seule âme et qu'un seul coeur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d'une voix unanime, comme ne possédant qu'une seule bouche» (haer. 1, 10, 1-2).
«Car, si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est un et identique. Et ni les Églises établies en Germanie n'ont d'autre foi ou d'autre Tradition, ni celles qui sont chez les Ibères, ni celles qui sont chez les Celtes, ni celles de l'Orient, de l'Égypte, de la Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde...» (ibid. 1, 10, 1-2) «Le message de l'Église est donc véridique et solide, puisque c'est chez elle qu'un seul chemin de salut apparaît à travers le monde entier» (ibid., 5, 20, 1).
«Cette foi que nous avons reçue de l'Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l'action de l'Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient» (ibid., 3, 24, 1).
La foi est une adhésion personnelle de l'homme tout entier à Dieu qui se révèle. Elle comporte une adhésion de l'intelligence et de la volonté à la Révélation que Dieu a faite de lui-même par ses actions et ses paroles.
«Croire» a donc une double référence: à la personne et à la vérité; à la vérité par confiance en la personne qui l'atteste.
Nous ne devons croire en nul autre que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
La foi est un don surnaturel de Dieu. Pour croire, l'homme a besoin des secours intérieurs du Saint-Esprit.
«Croire» est un acte humain, conscient et libre, qui correspond à la dignité de la personne humaine.
«Croire» est un acte ecclésial. La foi de l'Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L'Église est la mère de tous les croyants. «Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n'a pas l'Église pour mère» (S. Cyprien, unit. eccl.: PL 4, 503A).
«Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l'Église propose à croire comme divinement révélé» (SPF 20).
La foi est nécessaire au salut. Le Seigneur lui-même l'affirme: «Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné» (Mc 16, 16).
«La foi est un avant-goût de la connaissance qui nous rendra bienheureux dans la vie future» (S. Thomas d'A., comp. 1, 2).
1.2) La profession de la foi chretienne
Qui dit «Je crois», dit «J'adhère à ce que nous croyons». La communion dans la foi a besoin d'un langage commun de la foi, normatif pour tous et unissant dans la même confession de foi.
Dès l'origine, l'Église apostolique a exprimé et transmis sa propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9; 1 Co 15, 3-5; etc.). Mais très tôt déjà, l'Église a aussi voulu recueillir l'essentiel de sa foi en des résumés organiques et articulés, destinés surtout aux candidats au Baptême:
Cette synthèse de la foi n'a pas été faite selon les opinions humaines; mais de toute l'Écriture a été recueilli ce qu'il y a de plus important, pour donner au complet l'unique enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la connaissance de la vraie piété contenue dans l'Ancien et le Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5, 12: PG 33, 521-524).
On appelle ces synthèses de la foi «professions de foi» puisqu'elles résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle «Credo» en raison de ce qui en est normalement la première parole: «Je crois». On les appelle également «Symboles de la foi».
Le mot grec symbolon signifiait la moitié d'un objet brisé (par exemple un sceau) que l'on présentait comme un signe de reconnaissance. Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier l'identité du porteur. Le «symbole de la foi» est donc un signe de reconnaissance et de communion entre les croyants. Symbolon signifie ensuite recueil, collection ou sommaire. Le «symbole de la foi» est le recueil des principales vérités de la foi. D'où le fait qu'il sert de point de référence premier et fondamental de la catéchèse.
La première «profession de foi» se fait lors du Baptême. Le «symbole de la foi» est d'abord le symbole baptismal. Puisque le Baptême est donné «au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit» (Mt 28, 19), les vérités de foi professées lors du Baptême sont articulées selon leur référence aux trois personnes de la Sainte Trinité.
Le Symbole est donc divisé en trois parties: «d'abord il est question de la première Personne divine et de l'oeuvre admirable de la création; ensuite, de la seconde Personne divine et du mystère de la Rédemption des hommes; enfin de la troisième Personne divine, source et principe de notre sanctification» (Catech. R. 1, 1, 3). Ce sont là «les trois chapitres de notre sceau (baptismal)» (S. Irénée, dem. 100).
«Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre elles. D'après une comparaison souvent employée par les Pères, nous les appelons articles. De même, en effet, que dans nos membres, il y a certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de même, dans cette profession de foi, on a donné avec justesse et raison le nom d'articles aux vérités que nous devons croire en particulier et d'une manière distincte» (Catech. R. 1, 1, 4). Selon une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi coutume de compter douze articles du Credo, symbolisant par le nombre des apôtres l'ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8: PL 17, 1158D).
Nombreux ont été, tout au long des siècles, en réponse aux besoins des différentes époques, les professions ou symboles de la foi: les symboles des différentes Églises apostoliques et anciennes (cf. DS 1-64), le Symbole «Quicumque», dit de S. Athanase (cf. DS 75-76), les professions de foi de certains Conciles (Tolède: DS 525-541; Latran: DS 800-802; Lyon: DS 851-861; Trente: DS 1862-1870) ou de certains papes, tels la «Fides Damasi» (cf. DS 71-72) ou le «Credo du Peuple de Dieu» [SPF] de Paul VI (1968).
Aucun des symboles des différentes étapes de la vie de l'Église ne peut être considéré comme dépassé et inutile. Ils nous aident à atteindre et à approfondir aujourd'hui la foi de toujours à travers les divers résumés qui en ont été faits.
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place toute particulière dans la vie de l'Église:
Le Symbole des apôtres, appelé ainsi parce qu'il est considéré à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est l'ancien symbole baptismal de l'Église de Rome. Sa grande autorité lui vient de ce fait: «Il est le symbole que garde l'Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il a apporté la sentence commune» (S. Ambroise, symb. 7: PL 17, 1158D).
Le Symbole dit de Nicée-Constantinople tient sa grande autorité du fait qu'il est issu des deux premiers Conciles oecuméniques (325 et 381). Il demeure commun, aujourd'hui encore, à toutes les grandes Églises de l'Orient et de l'Occident.
Notre exposé de la foi suivra le Symbole des apôtres qui constitue, pour ainsi dire, «le plus ancien catéchisme romain». L'exposé sera cependant complété par des références constantes au Symbole de Nicée-Constantinople, souvent plus explicite et plus détaillé.
Comme au jour de notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée «à la règle de doctrine» (Rm 6, 17), accueillons le Symbole de notre foi qui donne la vie. Réciter avec foi le Credo, c'est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, c'est entrer aussi en communion avec l'Église toute entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons:
Ce Symbole est le sceau spirituel, il est la méditation de notre coeur et la garde toujours présente, il est, à coup sûr, le trésor de notre âme (S. Ambroise, symb. 1: PL 17, 1155C).
Notre profession de foi commence par Dieu, car Dieu est «Le premier et Le dernier» (Is 44, 6), le Commencement et la Fin de tout. Le Credo commence par Dieu le Père, parce que le Père est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité; notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce que la création est le commencement et le fondement de toutes les oeuvres de Dieu .
«JE CROIS EN DIEU LE PERE TOUT-PUISSANT CREATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE»
«Je crois en Dieu «: cette première affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s'il parle aussi de l'homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu'il s'est révélé progressivement aux hommes. «Les fidèles font d'abord profession de croire en Dieu» (Catech. R. 1, 2, 2).

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