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Timestamp: 2017-06-24 05:24:01+00:00

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Français English La présence de récits de type exemplaire donne à l’Estoire del Saint Graal une place originale dans l’entreprise didactique portée par les romans du Graal en prose (XIIIe siècle), à l’opposé du didactisme catéchétique de la Queste del Saint Graal. Ces récits, déroutants de prime abord car issus d’une matière autre et a priori mal rattachés à la narration principale, ne fonctionnent pas comme des exempla homilétiques ou historiques. Ils prennent sens dans une forme d’intertextualité qui permet de les définir comme des exempla romanesques ou, mieux, comme des exempla poétiques, et qui autorise à les comparer avec les récits pour les gens de cour du De Nugis Curialium de Gautier Map ou du Policraticus de Jean de Salisbury. Cette « poetics of didacticism » (C. Brown) éclaire à la fois la structure déroutante de l’Estoire et la définition, bien plus cléricale que courtoise, de la nouvelle éthique chevaleresque.
2 L’expression est de Jean Frappier (Étude sur La Mort le Roi Artu, Genève, 1973, p. 56). 1Les romans du Graal en prose du XIIIe siècle1 sont connus pour leur aspect didactique et pédagogique, d’abord parce qu’ils se sont fait les champions de l’explication de la merveille et de sa réduction par le discours, ensuite parce qu’ils n’ont pas toujours fait l’unanimité auprès des critiques qui, à trop vouloir y trouver l’expression systématique d’une pédagogie trop peu littéraire (un « catéchisme romancé »2), ont parfois fait peu de cas des ressorts rhétoriques et poétiques de ce didactisme. Il y a pourtant, dans le Lancelot-Graal, une matière riche et variée qui, loin de tout systématisme, déploie des merveilles d’ingéniosité pour enseigner une éthique chevaleresque en pleine mutation. 3 Lancelot, roman en prose du XIIIe siècle, éd. A. Micha, Genève, Droz, 1978-1983, 9 volumes; citati (...)
4 Ibid., IV, 14-16, tome I, p. 39-40. 5 La Queste del Saint Graal, éd. A. Pauphilet, Paris, Champion, 2003. 6 Sur la transformation de la chevalerie, voir l’article de N. Freeman-Regalado, «La chevalerie céle (...)
7 L’Estoire del Saint Graal, éd. J.-P. Ponceau, Paris, Champion, 1997, 2 vol. (désormais ESG). 8 C. Brown parle de «poetics of didacticism» (Contrary Things: Exegesis, Dialectic and the Poetics o (...)
2Le Lancelot propre, plus ancien roman du cycle, donne ainsi la parole à la Dame du Lac pour un exposé sur la chevalerie3, puis à Hélie de Toulouse pour une définition des maladies d’amour dans lesquelles l’enseignement courtois et chevaleresque commence à se colorer de pensée chrétienne4. La Queste del Saint Graal, ajoutée plus tard, se dote d’un personnel spécialisé dans le commentaire (les ermites), et multiplie les occasions de reproduire des pans entiers d’évangiles apocryphes ou d’expliquer les dogmes fondamentaux de la foi chrétienne (Trinité, Incarnation, Virginité)5. C’est, au sein du cycle, le roman le plus achevé quant à la façon dont il répercute ces enseignements, et il constitue en cela non seulement un aboutissement formel pour le roman du XIIIe siècle, mais un sommet pour la définition de la nouvelle éthique chevaleresque, désormais célestielle et non plus terrestre6. L’Estoire del Saint Graal, ajoutée sans doute à la même époque, mais avant le Lancelot en prose cette fois, se donne, au contraire, comme plus confuse dans sa composition comme dans sa matière , si bien que le lecteur moderne a parfois du mal à s’y retrouver7. Son didactisme8, moins systématique, met en œuvre des arguments et des procédés empruntés à des modèles non romanesques pour rapporter la double conversion des rois païens (d’une religion à l’autre, puis de l’extérieur vers l’intériorité la plus intime) et essayer d’emporter le lecteur dans le même mouvement de métanoïa. Face à cet évident paradoxe, on peut se demander comment s’articulent, dans ce roman, courtoisie – ou plutôt éthique chevaleresque –, didactisme et poétique, en particulier lorsque la matière exemplaire affleure dans l’estoire. 9 Voir en particulier §25-26 (un homme est possédé par le diable), §40-57 (guérison de Vespasien), § (...)
3Le modèle didactique le plus immédiatement identifiable est celui qui structure la première partie du roman. Pour rendre compte de la conversion du royaume de Sarras, il suit en effet la prédication de Josephès, fils de Joseph d’Arimathie et premier évêque consacré, en rapportant ses paroles, ses dialogues avec les rois et les reines, ainsi que ses états d’âme face à l’échec de tout discours explicatif pour dire les mystères principaux de la religion chrétienne (Trinité, Virginité, Incarnation). Parmi les arguments qu’il mobilise, à côté des visions envoyées par Dieu, Joséphès raconte des miracles de type biblique ou apocryphe (directement transposés de l’histoire de Véronique, de la guérison de Vespasien, ou de l’oreille recollée de Malchus9), des vies inspirées de l’hagiographie (conversion des sarrasines : Sarracinte et sa mère ; vies des saints ermites), et des anecdotes qui ne vont pas sans rappeler les exempla qui circulaient à la même époque chez les prédicateurs et qui ont été mis en recueils dès la fin du XIIe siècle10. Les ressorts pédagogiques sont, en l’occurrence, très lisibles, et facilement démontables, en particulier si l’on pense au modèle des dialogues de Grégoire le Grand11 et à celui de la prédication, de plus en plus marqué par la présence des exempla, en particulier chez les ordres mendiants. 12 Tout-en-Tout met en garde Mordrain contre les tentations du diable incarnées dans la femme; le vie (...)
4La deuxième partie, qui porte l’étrange titre de Paours (« les Peurs »), est traversée par un didactisme beaucoup moins facilement identifiable. Elle raconte la dispersion puis le retour des nouveaux convertis à Sarras avant leur départ pour l’évangélisation de la Grande Bretagne (qui fera l’objet de la troisième partie mais que nous laisserons de côté). Chacun des trois personnages principaux (Mordrain, Nascien et Célidoine) est mystérieusement déposé sur une île sur laquelle se poursuit son parcours de conversion – conversion intime, cette fois – à travers diverses épreuves. La figure unificatrice du prédicateur et la forme dialoguée ayant disparu, l’enseignement est confié à des personnages voyageurs venus édifier les nouveaux chrétiens12 ou expliquer des songes13 – l’Estoire suit alors le modèle de la Queste del Saint Graal. À ces paroles, s’ajoutent celles du narrateur qui n’hésite pas à pratiquer longuement la digression, sans que rien ne justifie explicitement, au sein de la diégèse, ces extravagances. Le lecteur est ainsi gratifié, lorsque Mordrain est déposé sur la roche de Port-Péril, du récit de la victoire de Pompée sur les pirates dont ce rocher était le repaire, puis de l’épisode, plus sombre, où le même Pompée profane le Temple de Jérusalem en y installant ses chevaux14. Puis, plus loin, à la fin de la deuxième partie, lorsque les cinq messagers partis à la recherche de Nascien font naufrage sur l’île d’Hippocrate, le narrateur raconte l’histoire de l’île à grand renfort de récits plaisants dont le médecin de Cos est le protagoniste : guérisons extraordinaires, honneurs rendus au grand médecin, mais aussi déboires amoureux du philosophe à la corbeille et fin tragique du médecin empoisonné par sa femme15. Chacun des deux récits s’achève sur une morale plus ou moins explicite et participe de l’entreprise d’édification du roman. 16 Sur la question de la digression, voir les actes du colloque du CUERMA, La digression dans la litt (...)
5Il est pourtant difficile, sauf à s’en tenir au principe de la digression16, de définir les modalités de cette participation. À n’en pas douter, ces deux récits ne se rattachent pas à la trame principale selon le principe de l’analepse ou du récit étiologique, comme c’est le cas pour l’histoire de la nef de Salomon par exemple17. Le rapport qu’ils entretiennent avec le grand roman est beaucoup plus problématique, et c’est sans doute ce qui a dérouté la critique un peu ancienne qui a cru y reconnaître la maladresse de l’auteur. La difficulté vient du fait que, ici, les deux récits apparaissent comme des éléments a priori hétérogènes à la matière romanesque. Trois raisons à cela : d’abord, ces récits se retrouvent ailleurs sous la plume des clercs, dans des recueils d’exempla, des sermons ou des textes patristiques18 ; ensuite, ils mettent en scène des personnages ou des situations étrangères à celles du roman arthurien (personnages sortis de l’Antiquité, en l’occurrence) ; enfin, à en juger par la narration plaisante et débridée des mésaventures des deux personnages et le ton didactique appuyé de la morale finale, ils rompent à la fois avec l’esprit du roman et avec celui de l’exemplum. La nature de ces récits, leur fonctionnement interne, la façon dont ils se rattachent à la trame principale – autrement que par les glissements anaphoriques de la digression – posent problème, autant que les enseignements qu’ils portent et la façon dont ils se situent par rapport à l’enseignement courtois porté par ailleurs dans le Lancelot-Graal (Dame du Lac et Maître Hélie de Toulouse). 19 Ce type d’exemplum vient compléter la liste ouverte de Jean-Yves Tilliette qui, dans son article i (...)
20 Sur ce sujet, voir A. Corbellari, La Voix des clercs, op. cit., p. 28-29. 6L’examen des formes de la mise en récit, des personnages, des thématiques envisagées, et de la manière dont le récit est étroitement lié à l’ambition didactique du cycle, laisse toutefois supposer, a priori, l’existence de liens subtils qui uniraient la matière arthurienne à celle, hétérogène, que nous qualifierons bientôt — non sans poser les limites de cette désignation — d’exemplaire. La comparaison avec les grands recueils d’exempla, de miracula ou de mirabilia, comme le Dialogus miraculorum de Césaire de Heisterbach, les Otia imperialia de Gervais de Tilbury, le Policraticus de Jean de Salisbury ou le De Nugis curialium de Gautier Map, nous laisse supposer qu’il existerait une forme d’exemplarité résurgente dans le roman en dehors du cadre strict des paroles du personnage prédicateur, et qu’il existerait une morphologie spécifique du micro-récit exemplaire (ou de l’exemplum romanesque19). On touche ici, dans l’interpénétration des matières et des formes, au lien ténu qui unit, depuis la fin du XIIe siècle et avant le triomphe de la scolastique, la littérature cléricale latine à l’imaginaire vernaculaire naissant20. C’est dans ce contexte que l’on cherchera réponse à notre question : y a-t-il, finalement, un exemplum courtois dans les romans du Graal en prose du XIIIe siècle ? 21 J. Frappier, Étude sur La Mort le Roi Artu, op. cit., p. 56.
7L’examen du genre de nos deux récits ne désigne pas immédiatement la matière exemplaire. Jean Frappier considère l’épisode d’Hippocrate comme « un authentique fabliau »21, Mireille Séguy écrit qu’« à première lecture, il est évident que l’épisode relève tout à la fois du récit digressif et du fabliau »22, tandis que Michelle Szkilnik va plus loin et affirme que « ce qui se présente d’abord comme un fabliau tourne à l’exemplum »23. La recherche des sources, entreprise dans des travaux antérieurs24, confirme cette dernière proposition, car l’histoire d’Hippocrate se retrouve, avec des situations similaires, sous le nom d’Aristote ou de Virgile, attrapés eux aussi dans la corbeille à philosophe, dans le Lai d’Aristote, dans le Roman des Sept Sages, etdans les recueils d’exempla25 d’Étienne De Bourbon26 ou de Filippo di Ferrara27. Le mariage désastreux et l’empoisonnement final du médecin s’inscrivent, quant à eux, ostensiblement dans la tradition des textes misogynes contre le mariage repris très tôt à l’Adversus Jovinianum de saint Jérôme28, diffusés dans les écrits latins du XIIe siècle (Theologia Christiana d’Abélard, Policraticus de Jean de Salisbury, puis Compendiloquium de Jean de Galles au XIIIe siècle)29, et rassemblés sous la bannière d’exempla philosophorum. C’est d’ailleurs à cette tradition que le narrateur se réfère explicitement quand il annonce son récit : Mais or laisse li contes ci endroit a parler d’els [les messagers] por conter la verité de cele meson que Ypocras fist fere por son manoir : et coment ele fu estoree et atornee si richement et par qel maniere, et qui cil fu qui l’estora, et coment cele meson, qui jadis ot esté si riche et si bele, fu einsint dechaoite. Voirs fu, ce dit li contes et L’Estoire des philosophes le tesmoigne, que Ypocras fu li plus sovereins clers et li plus sage de l’art de fisique (ESG, § 545-546, nous soulignons).
30 Jacobus de Voragine, Sermones aurei, éd. Clutius, 1760, p. 25b. 31 Liber exemplorum, éd. Little, 1908, p. 114. 32 A. Cizek, «Considérations sur la poétique de l’exemplum et de l’anecdote. À propos du Novellino», (...)
33 Sur cette question, voir C. Nicolas, «Las narraciones breves», art.cit., en particulier p. 168-180 8Le cas de Pompée est un peu différent car, même si le personnage apparaît dans les exempla philosophorum pour être tombé dans la lascivité après son mariage, ce n’est qu’a posteriori qu’on le trouve en profanateur de Temple dans les sermons dorés de Jacques de Voragine30 et dans quelques manuels à l’usage des prédicateurs comme le Liber exemplorum ad usum praedicantium31. Dans les deux cas, Pompée apparaît toujours dans un De injuriis Ecclesiae où il est privé de victoire pour avoir utilisé de façon pour le moins inadéquate le Temple de Jérusalem. Ces récits, laconiques, se préoccupent assez peu – pour ne pas dire pas du tout – de la victoire de Pompée sur les pirates. Et il faut se tourner vers la tradition plutarchique des Vies parallèles pour retrouver un Pompée vainqueur des pirates, qui connaît encore une fois une fin peu glorieuse, mais qui ne profane aucunement le Temple. C’est son amour immodéré pour la gloire qui le perdra cette fois. Le lien entre l’infortune de Pompée et la profanation du Temple ne sera établi, à ma connaissance, que par Pierre le Mangeur, dans son Historia Scolastica. Mon propos ne sera pas, ici, de faire l’archéologie de l’histoire de Pompée. La question est plutôt de savoir si cette vie peut être qualifiée de récit exemplaire ou d’exemplum. Le narrateur n’y invite pas, puisqu’il ne s’en remet pas, cette fois, à l’autorité de L’estoire des philosophes et qu’il ne donne aucune indication de source, mais il semble toutefois que nous puissions y reconnaître, avec prudence, un des premiers cas de développement d’une anecdote biographique en récit exemplaire. Dotée d’une morale dans l’Estoire del Saint Graal, et appuyée par l’autorité de Plutarque, l’anecdote devient modèle et nous autorise à nous interroger sur son fonctionnement paradigmatique. L’histoire de Pompée pourrait alors être classée, selon la terminologie d’Alexandre Cizek32, dans la catégorie de l’exemplum novum, autrement dit dans la catégorie des anecdotes devenues exemplaires qui donneront naissance, peu de temps après, au genre de la nouvelle33. Quelle que soit leur différence de forme, on pourra, enfin, ranger nos deux récits dans la catégorie des « exempla historiques » dans lesquels, selon Jacques Berlioz,
les personnages de l’Antiquité représentent, par leur caractère haut en couleurs et souvent spectaculaire, une matière de choix pour les prédicateurs et fournissent à profusion des figures exemplaires ou répulsives s’adaptant aux modèles de comportement exigés par l’Église.34 35 J.-Y. Tilliette, «L’exemplum rhétorique: question de définition», Les Exempla médiévaux: nouvelles (...)
9C’est pourtant avec la plus grande prudence que nous utiliserons le terme d’« exemplum historique » pour désigner ces deux récits, non seulement parce qu’ils apparaissent hors du cadre homilétique qui est celui de l’exemplum, mais parce que le roman ne leur donne pas même le nom de chose qu’il réserve aux récits exemplaires plus canoniques de la première partie35. On s’en tiendra à dire qu’ils sont de type exemplaire par leur contenu autant que par leur structure interne qui croise la forme narrative et l’expression d’une « morale salutaire ». Sans cesser de « mesurer le danger qu’il y a à enrôler tout récit sous la bannière de l’exemplum »36, on pourra les ranger dans la catégorie de l’« exemplum rhétorique », ou de « l’« exemplum romanesque », en retenant d’abord comme critère définitoire le contexte d’énonciation – comme le suggère Jean-Yves Tilliette37 –, ensuite en étudiant la façon dont le texte prend sens au sein du roman et participe de la structure didactique d’ensemble, entre rhétorique et poétique. 38 J.-M. David, «Maiorum exempla sequi: l’exemplum historique dans les discours judiciaires de Cicéro (...)
10Un premier élément de réponse apparaît dans la comparaison du fonctionnement de nos récits exemplaires avec celui des exempla homilétiques. Du point de vue rhétorique, en effet, il est difficile d’attribuer à l’exemplum romanesque une fonction similaire à celle que l’exemplum homilétique occupait dans le sermon ou à celle que Cicéron octroie à l’exemplum historique (« la petite histoire courte qui rappelle un fait passé de la vie d’un grand homme »38). Dans le sermon, en effet, l’exemplum est un « moyen de susciter l’intérêt et l’adhésion du public », et de réveiller ou d’attirer l’attention du lecteur lassé par l’homélie39. Il vaut donc, comme figure, pour sa force perlocutoire qui sert « non pas le discours de la conviction mais celui de la séduction »40. On peut reconnaître la même force perlocutoire et le même pouvoir de séduction à nos exempla romanesques, mais il est difficile de soutenir que le récit exemplaire vienne « réveiller » le lecteur ou l’auditeur lassé par le récit enchâssant, dans la mesure où les deux textes, enchâssant et enchâssé, relèvent également de la narration41 (et non pas du discours pour l’un et de la narration pour l’autre). Le dispositif n’est plus le même. 42 J.-M. David, «Maiorum exempla sequi, […]», art.cit., p. 67-68.
11Le procédé pourrait donc être rapproché, peut-être avec plus de bonheur, de celui de l’exemplum historique que l’on trouve dans la stratégie de l’orateur antique et qui met en parallèle deux narrations, avec pour fonction de permettre « l’identification entre les deux personnalités du héros [historique] et de celui que l’on met en cause ». Dans ce cas, « l’anecdote devient modèle et (…) l’on peut s’interroger sur son fonctionnement paradigmatique », « en tant qu’[elle] se constitue en unité de sens moral et induit ainsi un comportement conforme au système de pensée dont [elle] est issu[e] »42. Toutefois, là encore, la déception est au rendez-vous, car il est difficile de superposer le fonctionnement de nos récits, qui pourtant sont assimilables à des vies, avec le modèle cicéronien. À la limite, dans le cas de Mordrain, il n’est pas impossible de faire coïncider grossièrement l’histoire du roi nouvellement converti qui résiste plusieurs jours aux tentations du diable et finit par accepter de monter dans sa nef, et l’histoire de Pompée qui, après ses exploits guerriers, profane le Temple de Jérusalem, et retourne sa victoire en défaite comme le lui explique Syméon (§ 317). Le combat moral de l’un pourrait renvoyer au combat guerrier de l’autre, tandis que leur défaite offenserait également Dieu. À la limite, donc, dans ce premier cas, l’hypothèse d’un fonctionnement paradigmatique peut être soutenue. Dans le cas d’Hippocrate, en revanche, il est bien difficile de superposer les récits, car la composition même du texte hippocratique ne s’y prête pas. Le dédoublement du récit (Hippocrate en fisicien orgueilleux piégé dans le panier par la gauloise qui lui promet l’amour ; Hippocrate en mari empoisonné par sa mauvaise femme) rend les figures instables43, et coupe court à toute possibilité de superposition avec les personnages du grand roman44. Il semble donc difficile, dans ce cadre, de postuler que le fonctionnement paradigmatique à la façon de l’exemplum antique préside à l’insertion de nos deux récits dans le grand roman. 12Face au double échec de ces deux modèles rhétoriques (exemplum historique, exemplum homilétique), il nous faut revenir à la composition du roman et au système d’enchâssement qu’il met en place, pour l’envisager, cette fois du point de vue poétique. Comme on l’a remarqué plus haut, dans l’Estoire del Saint Graal, les exempla romanesques ne viennent pas divertir (ou réveiller) un auditeur ou un lecteur lassé par une homélie un peu longue. La narration n’est pas enchâssée dans un discours, au contraire, la narration vient dans la narration pour le plus grand bonheur du destinataire car, loin d’amoindrir le plaisir du lecteur par l’introduction d’un récit édifiant, elle le redouble. La situation est alors proche de celle des recueils de contes pour les gens de cour où un récit en appelle un autre, à la manière du Policraticus de Jean de Salisbury ou du De Nugis curialium de Gautier Map. Les deux narrations (enchâssée / enchâssante) sont interdépendantes, montées en système, plutôt que subordonnées l’une à l’autre dans un rapport de dépendance étroite. Elles se complètent et se donnent sens mutuellement pour servir une même cause, la définition de l’éthique de la nouvelle chevalerie. 45 Pour la définition de l’intertextualité et l’étude des relations qui unissent les différents disco (...)
47 J.-Y. Tilliette, art.cit., p. 64. 48 Ibid.. J.-Y. Tilliette ajoute, en citant Michel Zink, que «la différence est que le roman de type (...)
13Pour définir ce rapport en termes de poétique, on pourrait dire qu’il y a là une forme d’intertextualité, au sens où la narration principale se donne comme le « contexte intertextuel »45 qui dote la narration enchâssée de sens en lui permettant, comme l’explique Susan Suleiman, de « baigner dans un contexte qui l’investit, en quelque sorte d’intentionnalité »46. Il semble que nous ayons là un cas spécial d’intertextualité, car la mise en roman, aussi problématique soit-elle, permet à ces récits de composer une collection, et d’acquérir ainsi une cohérence poétique. Ainsi constitués en collection, nos deux récits s’ajoutent à la série, plus large, des choses exposées par Joséphès et aux enseignes montrées aux rois, pour recomposer la cohérence interne d’une estoire (historia) au sein de laquelle les exempla romanesques, comme les sections sur la foi chrétienne, participent de l’édification des lecteurs. Les petites histoires ne sont pas des digressions illustratives à l’intérieur du discours historique qui relie la Judée christique à la Bretagne arthurienne ; ce ne sont pas non plus des récits de second plan ; ce sont les matériaux qui font l’estoire, avec leur leçon finale, pour situer les figures non seulement dans le temps chronologique, mais surtout dans l’histoire du Salut. Or, ici, la difficulté vient du fait que la morale exposée à la fin de chaque récit crée un conflit entre les deux fonctionnements possibles – et antagonistes – de nos récits. Du point de vue du fonctionnement interne, la morale exposée fait du récit exemplaire un texte « rhétorique », qui « ne prend sens que par rapport à une vérité située en dehors de lui-même, qu’il l’énonce ou non de façon explicite »47, alors que, du point de vue externe, au sein de l’Estoire, le récit exemplaire se donne comme un « texte romanesque », qui « produit les instruments de son propre décryptage »48. Et c’est précisément dans le conflit du rhétorique et du poétique, de l’exemplaire et du romanesque, que se joue le fonctionnement de l’exemplum, la complexification du sens et la définition de la nouvelle idéologie chevaleresque. 49 ESG, §578.
51 J.-Y. Tilliette retrouve la même «entreprise de démolition» chez Gautier Map (art. cit., p. 57). 52 L’expression est empruntée à P. Zumthor. 53 L’expression de C. Brown, «poetics of didacticism», est difficile à rendre en français. La traduct (...)
14On retiendra, en effet, à un premier niveau, que Pompée, aussi bon guerrier soit-il, n’a plus jamais connu la victoire après avoir profané le Temple, et qu’Hippocrate aurait mieux fait de s’éloigner des femmes, car « deable chose et mout dotable avoit en feme, car encontre son enging ne puet sens d’ome durer »49. Mais on retiendra surtout, dans l’intertexte de l’Estoire del Saint Graal, que le guerrier n’est rien s’il n’est pas poussé par le désir de Dieu, et que le philosophe perd en dignité et en crédibilité s’il reste dans la compagnie des femmes. Il n’y a donc rien de très courtois ici. On retrouve plutôt, surtout dans le dernier exemple, l’esprit de l’anecdote philosophique, empruntée à des sources anciennes (Cité de Dieu de saint Augustin ; Adversus Jovinianum de saint Jérôme) et reprise dans le Policraticus (De nugis curialium et vestigiis philosophorum) de Jean de Salisbury, le De Nugis de Gautier Map puis le De Vita et moribus philosophorum de Walter Burley, pour ne citer que les plus connus. Le philosophe y est toujours confronté à la femme, soit dans une optique anti-matrimoniale ou misogyne, soit pour montrer que « la virginité est une valeur typiquement philosophique, dans la mesure où elle élimine radicalement toute entrave à la philosophie et préserve le philosophe du contact avec les faiblesses »50. On rejoint, ici, sans solution de continuité, les valeurs et les vertus nouvelles des chevaliers de l’Estoire del Saint Graal, car l’intertexte permet de préciser le sens de l’anecdote hippocratique et d’intégrer celle de Pompée dans la même perspective : replacés dans le cadre du grand roman qui célèbre l’éthique nouvelle de la chevalerie célestielle, les deux récits enchâssés résonnent comme des arguments supplémentaires pour soutenir l’idée d’une chevalerie qui n’est plus celle, courtoise, de Lancelot, mais celle, chrétienne, de Galaad. La courtoisie est mise à distance par la parodie dans le cas d’Hippocrate, et disqualifiée par l’exemple négatif dans celui de Pompée. Il y a là, à l’évidence, un travail de sape systématique, bien que subtil, de l’idéologie courtoise51 et un renouvellement des valeurs de l’ancienne chevalerie. Le public aristocratique, pour qui l’idéologie courtoise et chevaleresque modèle peut-être encore les discours et les comportements dans les premières années du XIIIe siècle, peut donc se mirer dans ces récits et en saisir la leçon : affirmative dans le cas du bon chevalier et de ses vertus, elle apparaît en négatif dans l’exemple des deux personnages antiques. Les récits exemplaires de l’Estoire del Saint Graal s’inscrivent donc, à côté des « contes pour les gens de cour », dans la perspective d’un « didactisme diffus »52, ou plutôt d’un « didactisme poétique »53, qui, sous couvert de littérature, vise encore le Salut. 15Y a-t-il, en définitive, un exemplum courtois dans les romans du Graal en prose du XIIIe siècle ? Sans doute non. Certes, il y a bien des récits de type exemplaire dans ces romans, et ils participent, par leur extravagance et leurs rebondissements, à l’expression romanesque du plaisir de raconter. Mais, malgré tout, loin de toute idéologie courtoise, ces récits servent la morale ascétique, misogyne et anti-courtoise d’un chevalier désormais chaste, vierge, et finalement très proche de la figure du clerc. En renversant la proposition, on peut même aller jusqu’à dire que, si le roman peut accueillir des récits de type exemplaire, c’est précisément parce que l’idéologie qui le sous-tend n’est plus courtoise mais plutôt cléricale. On n’a donc, en définitive, ni exemplum au sens strict, ni courtoisie au sens strict, mais une poétique nouvelle qui fait de l’estoire le lieu même de la définition d’une nouvelle éthique chevaleresque, contre la vanité du monde et les frivolités de la cour. Le monde courtois n’est plus invité à se contempler pour s’aimer, mais à s’examiner pour s’amender. 1614 L’île sur laquelle Mordrain a débarqué était jadis le repaire d’un pirate, Foucaire, qui attirait les bateaux dans une anse périlleuse pour les dépouiller. Pompée, de retour de campagne en Orient, avait entendu parler de ces événements et décidé de débarrasser l’empire de ce larron. À l’issue d’une formidable bataille navale, Pompée et ses hommes poussent donc les pirates à se retrancher dans les cavités de la roche et engagent le combat terrestre. Après quelques péripéties, le duel s’engage finalement entre Foucaire et Pompée qui, victorieux, jettera son ennemi à la mer. C’est là «uns des plus honerables fais ke il onques fesist» (ESG, §316). Après cet épisode glorieux, Pompée, désormais à Jérusalem, installe ses chevaux dans le Temple, réveillant les foudres du père de Syméon qui lui reproche d’avoir adopté une conduite digne de Foucaire. À partir de là, Pompée ne connaît plus que des défaites honteuses et interdit que l’on raconte sa victoire contre les pirates (ESG, §305-318, p. 187-196).
1 On se limitera, ici, au cycle du Lancelot-Graal dont l’édition complète a été donnée par O.Sommer (The Vulgate Version of Arthurian Romances, éd. O. Sommer, Washington, The Carnegie Institution of Washington, tome VI, 1908-1913, 6 volumes). 2 L’expression est de Jean Frappier (Étude sur La Mort le Roi Artu, Genève, 1973, p. 56). 3 Lancelot, roman en prose du XIIIe siècle, éd. A. Micha, Genève, Droz, 1978-1983, 9 volumes; citation XXIa, 10-20, tome VII, p. 248-257.
4 Ibid., IV, 14-16, tome I, p. 39-40. 5 La Queste del Saint Graal, éd. A. Pauphilet, Paris, Champion, 2003. 6 Sur la transformation de la chevalerie, voir l’article de N. Freeman-Regalado, «La chevalerie célestielle. Spiritual transformation of secular romance in la Queste del Saint Graal», Romance. Generic transformation from Chrétien de Troyes to Cervantes, Hanovre – Londres, Univ.Press of New England, 1985, p. 91-113.
7 L’Estoire del Saint Graal, éd. J.-P. Ponceau, Paris, Champion, 1997, 2 vol. (désormais ESG). 8 C. Brown parle de «poetics of didacticism» (Contrary Things: Exegesis, Dialectic and the Poetics of Didacticism, Stanford University Press, 1998).
10 Voir par exemple l’anecdote de la punition du clerc outrecuidant qui, jouant les raisonneurs face à Joséphès, perd la parole et se met à mugir comme un taureau. Le clerc privé de la parole ou de la vue, ou qui se met à pousser des cris d’animaux fait partie des entrées du Thésaurus des Exempla du Moyen Âge (THEMA, GAHOM) et renvoie à deux autres occurrences. La première apparaît dans un manuscrit du De Fide (Londres, BL, add.27909 B, fol.4v, éd. Klustein, sous presse): un hérétique, discutant de la foi, devient muet et ne retrouve l’usage de la parole qu’après avoir reconnu la Vérité. La seconde occurrence apparaît dans la Scala Caeli de Jean Gobi (éd. M.-A.Polo de Beaulieu, 1991, p. 527). 11 Sur le rapport entre exemplum et formes dialoguées, voir les actes de la journée d’étude du GAHOM (dir.M.A.Polo de Beaulieu), à paraître chez Champion en 2012. 12 Tout-en-Tout met en garde Mordrain contre les tentations du diable incarnées dans la femme; le vieil homme rencontré sur le rivage explique à Nascien les merveilles du lit de l’île Tournoyante (ESG, §402-406).
13 Salluste et le rêve de Mordrain sur les neuf fleuves; Célidoine et les rêves du roi Label (ESG, §482-488). 15 ESG, §545-577, p. 349-363. Premier épisode: Hippocrate rappelle à la vie le neveu de l’empereur Auguste que les médecins avaient condamné, et guérit de nombreux habitants de Rome qui lui vouent, en retour, un véritable culte et lui érigent une statue au sommet de la plus haute tour de la Ville. 2°Irritée par cet orgueil, une Gauloise se charge de ridiculiser Hippocrate, en le faisant succomber à ses charmes, pour montrer qu’«il n’est nus engins que feme ne porpenssast, ne onques hom terriens ne fu si sages que feme nel peüst decevoir». 3°Hippocrate part vers l’Orient à la rencontre du «povres hom» qui non seulement fait voir les aveugles, entendre les sourds et marcher les boiteux, mais encore a ressuscité Lazare –autrement dit le Christ. Cette fois, c’est le fils de l’empereur Antoine qu’Hippocrate ramène à la vie. 4°Hippocrate repart s’installer dans son île et succombe, pour la deuxième fois, à la perfidie des femmes: sa propre épouse, par orgueil, l’empoisonne en lui faisant manger la chair hautement toxique d’une truie en rut. Et le narrateur de rappeler la morale de l’histoire: «Voirement ne se porroit nus garder d’enging de feme» (ESG, §576.8, p. 369).
16 Sur la question de la digression, voir les actes du colloque du CUERMA, La digression dans la littérature et l’art du Moyen Âge, études réunies par C. Connochie-Bourgne, Senefiance, 51, Université de Provence, 2005. 17 Dans la partie consacrée à Nascien, le narrateur explique la nature du portique qui enjambe le lit merveilleux de la nef de Salomon (ESG, §428-460, p. 266-290). Le portique est fait de trois fuseaux de bois de couleur naturelle non peinte (blanc, vert, rouge). Ce bois serait issu d’un rameau de l’arbre de la connaissance, ramené sur terre par Ève qui aurait obtenu un arbre tout blanc en le plantant. Après la naissance d’Abel, il serait devenu vert, puis rouge et sans rejetons après le meurtre d’Abel. Beaucoup plus tard, Salomon aurait fait construire un navire sur lequel il aurait installé un lit pour déposer sa couronne et l’épée de David. Sa compagne fait adapter au lit un portique fait de trois barres taillées dans le bois de chacun des arbres. Un homme entouré d’anges vient y déposer une inscription et une voix lui révèle que seul son dernier descendant montera à bord. 18 Sur la postérité de l’histoire d’Hippocrate en langue vernaculaire, voir l’ouvrage d’A.Corbellari intitulé La Voix des clercs. Littérature et savoir universitaire autour des dits du XIIIe s., Genève, Droz, 2005, en particulier le chapitre II. 19 Ce type d’exemplum vient compléter la liste ouverte de Jean-Yves Tilliette qui, dans son article intitulé «L’exemplum rhétorique: question de définition», parle, «par analogie [avec l’exemplum homilétique], d’exemplum juridique, théologique, historiographique, etc. en se référant aux diverses «situations de parole» qui en font usage» (Les Exempla médiévaux: nouvelles perspectives, sous la direction de J.Berlioz et M.-A. Polo de Beaulieu, Champion, 1998, p. 43-65; citation p. 47-48).
20 Sur ce sujet, voir A. Corbellari, La Voix des clercs, op. cit., p. 28-29. 21 J. Frappier, Étude sur La Mort le Roi Artu, op. cit., p. 56.
23 M. Szkilnik, L’Archipel du graal, Genève, Droz, p. 122. La critique ajoute que «L’histoire d’Hippocrate rappelle les contes des Vies des Pères, ces récits souvent comiques, voire farcesques, qui ont cependant une dimension édifiante mise en évidence, le plus souvent à la fin, par une morale» (ibid.). 24 Voir C. Nicolas, «Las narraciones breves en los Romans del Grial en prosa: el ejemplo de Pompeyo en la Estoire del Saint Graal», De los origenes de la narrativa corta en Occidente, Ginebra Magnolia (Univ.Barcelona), 7, 2007, p. 159-181; et «Fabrique du personnage et fabrique du roman: Hippocrate dans l’Estoire del Saint Graal», Fabriquer son personnage au Moyen Âge, Senefiance 53, 2007, p. 255-271. A. Corbellari voit dans l’ESG le plus ancien témoin vernaculaire de l’histoire d’Hippocrate. Il la retrouve, avec Aristote comme protagoniste, dans Renart le contrefait et dans la 231e ballade d’Eustache Deschamps (La voix des clercs, op. cit., p. 41).
25 Contrairement à Hippocrate, Virgile apparaît dans les exempla et dans les sermons. Voir à ce sujet l’article de J. Berlioz, «Virgile dans la littérature des exempla (XIIIe-xve)», Lectures médiévales de Virgile. Actes du colloque organisé par l’École Française de Rome (Rome, 25-28 nov.1982), Collection de l’École Française de Rome, 80, 1985, p. 65-120. 26 Hippocrate de retour chez ses parents envoie à sa mère un messager pour dire qu’il est un peu malade afin que la douleur tempère la joie (Stephanus de Borbone, Tractatus de diversis materiis praedicabilibus, éd. J. Berlioz, 2002, p. 284).
29 Voir article de Ph. Delhaye sur «Le dossier anti-matrimonial de L’Adversus Jovinianum et son influence sur quelques écrits latins du XIIesiècle», Medieval Studies, 13, 1951, p. 65-86. 30 Jacobus de Voragine, Sermones aurei, éd. Clutius, 1760, p. 25b. 31 Liber exemplorum, éd. Little, 1908, p. 114. 32 A. Cizek, «Considérations sur la poétique de l’exemplum et de l’anecdote. À propos du Novellino», Le Récit bref au Moyen Âge, Actes du colloque des 27-29 avril 1979, éd. D.Buschinger, Champion, 1979, p. 343.
34 J. Berlioz, «Héros païen et prédication chrétienne: Jules César dans le recueil d’exempla du dominicain Étienne de Bourbon», p. 123-143; citation p. 133. 35 J.-Y. Tilliette, «L’exemplum rhétorique: question de définition», Les Exempla médiévaux: nouvelles perspectives, sous la direction de J. Berlioz et M.-A. Polo de Beaulieu, Champion, 1998, p. 43-65; citation p. 64.
47 J.-Y. Tilliette, art.cit., p. 64. 48 Ibid.. J.-Y. Tilliette ajoute, en citant Michel Zink, que «la différence est que le roman de type arthurien (on peut sans doute en dire autant du lai breton) crée son propre sens dans l’immanence de son écriture, tandis que les autres genres recherchent la coïncidence d’un sens préexistant et d’un récit qui le justifie (M. Zink, «Le temps du récit et la mise en scène du narrateur dans le fabliau et dans l’exemplum», Le récit bref, éd.D.Buschinger, Paris, Champion, 1979, p. 27-44; citation p. 44)». Ces deux types de fonctionnement posent les bases théoriques nécessaires pour mettre à l’épreuve nos deux récits et essayer d’en décrire le fonctionnement, entre rhétorique et poétique.
51 J.-Y. Tilliette retrouve la même «entreprise de démolition» chez Gautier Map (art. cit., p. 57). 52 L’expression est empruntée à P. Zumthor. 53 L’expression de C. Brown, «poetics of didacticism», est difficile à rendre en français. La traduction la plus juste serait «poétique du didactisme», mais nous préférons la paraphraser en «didactisme poétique» en réponse au «didactisme diffus» de Paul Zumthor.Haut de page
Catherine Nicolas, « Nature et sens des exempla dans l’Estoire del Saint Graal », Cahiers de recherches médiévales et humanistes [En ligne], 23 | 2012, mis en ligne le 30 juin 2015, consulté le 23 juin 2017. URL : http://crm.revues.org/12809 ; DOI : 10.4000/crm.12809Haut de page
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