Source: http://axl.cefan.ulaval.ca/europe/gibraltar.htm
Timestamp: 2020-06-04 11:17:44+00:00

Document:
Population: 30 000 (2016)
Groupe majoritaire: anglais (83 %)
Groupes minoritaires: arabe marocain (8,8 %), espagnol (3,7 %), maltais, portugais, italien, hindi, etc.
Système politique: territoire autonome du Royaume-Uni
Articles constitutionnels (langue): art. 3.2, 8.2 et 14.3 de la Constitution du 14 décembre 2006
Lois linguistiques: Règlement sur l'éducation (programme national) (1991) ; Loi sur le système à temps partagé (1997) ; Loi sur les qualifications ou droit de pratique (2009) ; Règlement sur l'aide mutuelle légale (2006) ; Loi sur les services financiers (vérificateurs) (2009); Règlement sur l'échange de casiers judiciaires (2014); Règlement sur la sécurité des matches internationaux de football (2014); Règlement sur le transfert des détenus (2014).
1 Situation générale du territoire
Photo: gouvernement de Gibraltar
Gibraltar est un territoire britannique (PTOM) comprenant le rocher de Gibraltar, appelé «the Rock», qui est situé à l'extrémité méridionale de la péninsule Ibérique et qui contrôle l'entrée occidentale de la Méditerranée. La superficie de Gibraltar n’est que de 5,8 km² (voir la carte), ce qui est très petit dans la mesure où la république de Saint-Marin compte 61 km², mais la principauté de Monaco est encore plus petite avec 2,5 km², ainsi que le Vatican (0,44 km²). La dimension du territoire est d'une longueur de 4,8 km et d'une largeur de 1,2 km. La frontière avec l'Espagne (superficie: 504 782 km²) s'étend sur un kilomètre seulement. Le rocher de Gibraltar est percé de 37 km de tunnel.
Cette péninsule, qu'est Gibraltar, est séparée de l'Afrique, notamment le Maroc, par le détroit de Gibraltar, un point de passage obligatoire entre l’Atlantique et la Méditerranée. Ce détroit possède une longueur de 64 km et une largeur variant entre 13 et 39 km.
Gibraltar forme la «dernière colonie d'Europe» en tant que territoire autonome d'outre-mer du Royaume-Uni. La colonie est communément appelée «la Californie de l'Europe» du fait qu'elle est située à une extrémité géographique et que ses habitants jouissent d'un revenu assez élevé. L'économie est en grande partie basée sur l'activité portuaire, car Gibraltar bénéficie d'une zone franche. Par l'article 10 du traité d'Utrecht (1713), l'Espagne a cédé à la Grande-Bretagne, à perpétuité («pour toujours»), la propriété de Gibraltar, mais «sans aucune juridiction territoriale».
Le territoire de Gibraltar est sous l'administration d'un gouverneur représentant la Couronne britannique, alors que le chef de l'État est la reine Élizabeth II. Le pouvoir législatif est assuré par une Chambre d’assemblée (House of Assembly) dotée d'un président nommé par le gouverneur (appelé officiellement: «Governor and Commander-in-Chief»), de 15 membres élus et de deux membres nommés d'office. Ainsi, Gibraltar possède sa propre assemblée législative (parlement) et un Exécutif avec un «ministre principal» (ministro principal en espagnol et en gilbratarien, et Chief Minister en anglais) et sept autres ministres.
Environ 1800 soldats britanniques étaient généralement stationnés à la base navale de Gibraltar, mais ils ont été réduits depuis 1998 à environ 400, ce qu'on appelle en termes plus diplomatiques du «personnel militaire».
L'origine du mot Gibraltar vient de l'arabe, mais désigne un personnage berbère célèbre, plus précisément amazight, converti à l'islam: Tarik ibn Ziyad. Ce dernier fut, au VIIe siècle, au service des Omeyyades et devint l'un des principaux acteurs de la conquête musulmane de la péninsule ibérique. En raison de sa célébrité, le nom de Tarik ibn Ziyad (décédé en 720) a été donné au détroit de Gibraltar sous la forme abrégée de djibr al Tar(ik), signifiant le «mont de Tarik». Dans l'ensemble des pays du Maghreb, plusieurs établissements d'enseignement, hôpitaux ou hôtels portent aujourd'hui ce nom, ainsi que des rues et des places publiques.
Au recensement de 2005, la population comptait 27 884 habitants contre 30 001 en 2016, dont la plupart sont d'origine gibraltarienne, britannique, marocaine, espagnole, portugaise, italienne ou indo-pakistanaise. Au moins 70 % de la population sont des Gibraltariens et parlent en principe l'anglais; les ancêtres des Gilbraltariens étaient des Espagnols, plus précisément des Andalous parlant la variété andalouse de l'espagnol. Le second groupe est constitué des Britanniques avec 13,3 % de la population, ce qui donne théoriquement un cumul de 83 % pour la langue anglaise.
Mais les 27 800 habitants du Roc reçoivent quelque 7,2 millions de touristes par an, ce qui exige forcément un peu d'adaptation de leur part, surtout en terme de multilinguisme.
2.1 Le yanito (spanglish)
Cependant, il convient d'apporter quelques nuances, car les Gibraltariens s'expriment dans la vie quotidienne en spanglish, appelé localement le Yanito ou Llanito (forme espagnole prononcée [jɑˈnito]). Il s'agit d'une langue mixte issue de l'espagnol andalou et de l'anglais. C'est la langue véhiculaire de tous les habitants du territoire (sauf pour les Britanniques), même parmi les citoyens les plus «patriotiques». L'anglais est réservé à l'école, pour la lecture et l'écriture, ainsi que pour les communications formelles. Ce spanglish, équivalant au franglais du français, résulte d'un phénomène diglossique (répartition fonctionnelle des langues) propre aux individus bilingues. D'ailleurs, les noms de famille des Gibraltariens sont restés espagnols, mais également italiens, maltais ou anglais.
La plupart des Gibraltariens préfèrent l'orthographe locale yanito, plutôt que la forme espagnole Llanito. Ils se nomment eux-mêmes des Yanitos (hommes) ou des Yanitas (femmes), ou Llanitos ou Llanitas en espagnol. La salutation «Hola, Yanis» est courante entre Gibraltariens lorsqu'ils se rencontrent. De plus, l'expression «los Yanis» est également utilisée dans une petite ville espagnole située juste de l'autre de la frontière, La Línea de la Concepción, pour décrire — généralement dédaigneusement — leurs voisins gibraltariens. À l'opposé, les Gibraltariens appellent les habitants de La Línea «the sloppies» (en français: «négligés») parce que, dans le passé, ces habitants et en particulier leurs soldats à la frontière étaient très mal habillés.
Exemple de yanito: «Vous avez un appel.»
Yanito: Hay call para ti. Espagnol: Tienes una llamada. Anglais: There's a call for you.
Exemples de vocabulaire:
Yanito Espagnol Anglais Français
Chuingam
Gaite Tetera
Cometa Teapot
Licourice bar
Kite Théière
Un Britannique ne comprend généralement pas le yanito (spanglish), surtout s'il ne sait rien de l'espagnol; la communication demeure tout de même malaisé pour un hispanophone, car les particularités locales et les mots anglais, maltais ou italiens embrouillent la compréhension. En fait, le spanglish ou yanito n'est ni de l'anglais ni de l'espagnol, mais un mélange des deux avec des caractéristiques particulières, ce qui en fait techniquement une troisième langue, mixte celle-là, que les linguistes appellent généralement un créole, vieux de trois cents ans.
En somme, les Gibraltariens sont généralement trilingues: ils parlent le yanito entre eux, l'anglais à l'école et avec l'Administration, puis l'espagnol lorsqu'ils quittent leur petit territoire ou communiquent avec les touristes.
2.2 L'anglais gibraltarien
L'anglais des Gibraltariens est relativement différent de celui des Britanniques. En effet, ils parlent l'anglais avec des mots espagnols, italiens et maltais — c'est le résultat de l'histoire de Gibraltar — avec une prononciation nettement andalouse à un point tel que l'anglais gibraltarien ("Gibraltarian English") risque de surprendre, par exemple, un Anglais de Liverpool, qui peut bien se demander s'il s'agit de la même langue. Bref, l'anglais gibraltarien est un anglais très régionalisé. Évidemment, les Britanniques et le personnel militaire s'expriment en anglais d'Angleterre, généralement avec l'accent oxfordien; c'est aussi l'anglais qu'on enseigne dans les écoles.
2.3 L'arabe et l'espagnol
Le troisième groupe linguistique est formé des Marocains qui parlent l'arabe marocain. Les hispanophones constituent la quatrième grande communauté linguistique de Gibraltar. Dans cette colonie britannique, on parle également le portugais, l'italien, le maltais, l'hindi, etc.
La langue officielle est l'anglais, bien que le spanglish soit la langue la plus largement répandue comme langue véhiculaire. Près de 3000 travailleurs espagnols passent la frontière tous les jours. À cela s'ajoutent les touristes (six millions par année), dont beaucoup d'Espagnols, qui se rendent à Gibraltar pour faire le plein de cigarettes et d'alcool à bas prix. Dans ces conditions, il est malaisé de tourner le dos à l'espagnol et à l'anglais, bien que Gibraltar constitue une enclave britannique au sein de l'aire linguistique espagnole.
Le rocher de Gibraltar a été le premier pied-à-terre de la conquête musulmane de l'Espagne et il doit son nom à Jabal al-Tàriq (en arabe: «montagne de Tariq») en l'honneur du général musulman Tàriq ibn-Ziyàd (mort vers 720), qui envahit l'Espagne en 711. Les mots arabes Jabal al-Tàriq ont ensuite formé le nom de Gibraltar. En 1309, Gibraltar tomba aux mains des Castillans, puis fut repris par les Maures (Arabes) en 1333, qui l’ont gardé sous leur domination jusqu'en 1462. En 1502, Gibraltar a été rattaché à la Couronne espagnole.
3.1 La cession de Gibraltar à l'Angleterre
Pendant la guerre de Succession d'Espagne, Gibraltar fut pris par les forces alliées anglaises et hollandaises, le 24 juillet 1704. Le commandant anglais en prit possession au nom de la reine Anne et l'acquisition fut officialisée par le traité d'Utrecht de 1713, qui cédait Gibraltar «à perpétuité» à la Couronne britannique. L'article 10 du traité cédait le territoire «sans aucune juridiction territoriale et sans aucune communication ouverte par terre avec le pays circonvoisin» et précisait que, si la Grande-Bretagne décidait d'abandonner Gibraltar, le sort du Rocher dépendrait de l'Espagne, désignée comme prioritaire pour racheter le territoire (voir l'article 10 du Traité):
[...] S'il paraissait un jour utile à la Couronne de Grande-Bretagne de donner, vendre, aliéner d'une quelconque manière la propriété de ladite Ville de Gibraltar, il est convenu et accordé par ce Traité qu'on donnera à la Couronne d'Espagne la priorité sur d'autres pour la racheter.
L'Espagne a bien tenté à au moins à au moins 15 reprises de reprendre cette enclave stratégique, seul point de passage entre l'océan Atlantique et la mer Méditerranée, mais Gibraltar est demeuré une forteresse imprenable. L'expression «As safe as the Rock» est d'ailleurs connue dans la langue anglaise, ce qui correspond en français à l'expression «solide comme le roc de Gibraltar». La Grande-Bretagne fit venir des travailleurs de l'Italie (Gênes), de Malte, du Portugal, du Maroc, etc. Ce mélange d'immigrants a permis la création du spanglish appelé en espagnol Llanito. Le territoire devint officiellement une colonie britannique en 1830.
Pendant la guerre civile d'Espagne (1936-1939), la ville de Gibraltar fut un port d'accueil pour de nombreux réfugiés espagnols. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la population civile fut évacuée en Angleterre, à la Jamaïque et dans les îles Madère. Des kilomètres de tunnels furent creusés dans le calcaire du Rocher. En novembre 1942, Gibraltar servit de base d'opération aux troupes d'intervention en Afrique du Nord. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les femmes et les enfants furent évacués en Angleterre. Après la guerre, à leur retour à Gibraltar, beaucoup de mots du Llanito avaient été perdus pour des mots d'origine anglaise (tipa, grinláin, incamtax, etc.). Néanmoins, la langue typique des Gibraltariens s'est perpétuée.
3.2 Le statut remis en question
En 1963, le statut de Gibraltar fut étudié par un comité des Nations unies sur la décolonisation et l'Espagne a évidemment profité de l'occasion pour revendiquer à nouveau le territoire. Madrid accrut ses restrictions contre la colonie britannique et ferma totalement la frontière, puis coupa toute communication direct avec l'Espagne. La général Franco avait également coupé les liens maritimes directs et téléphoniques; l'indispensable main-d'œuvre espagnole de la colonie s'est retirée du jour au lendemain. En 1964, la Grande-Bretagne remit presque la totalité de la gestion des affaires internes au gouvernement local de Gibraltar.
- Le référendum de 1976
En 1967, lors d'un référendum tenue le 10 septembre, la population de Gibraltar vota massivement (12 138 voix contre 44) pour le maintien de la domination britannique et rejeta les liens avec l'Espagne. Trois ans plus tard, la colonie adopta une constitution qui lui donnait un droit de regard sur son avenir, une assemblée nationale et un gouvernement responsable. En 1980, un accord de principe fut négocié sur la réouverture de la frontière sans toutefois entrer en vigueur. En 1984, Margaret Tatcher, alors première ministre du Royaume-Uni, lança le «processus de Bruxelles» entre le Royaume-Uni et l'Espagne dans l'espoir de régler l'épineuse question de Gibraltar, mais les négociations échouèrent. La frontière hispano-gilbraltarienne a été rouverte en 1985, mais la colonie n'a jamais oublié les seize longues années d'isolement imposées par sa puissante voisine. Pour presque tous les Gilbraltariens, l'Espagne est restée un pays gouverné par un dictateur et représente encore le diable en personne. Les sentiments anti-Espagne sont très présents au sein de la population. Précisons que les Gibraltariens en ont contre les prétentions de l'État espagnol, non contre les Espagnols eux-mêmes avec lesquels ils entretiennent généralement de bons rapports.
Mais Gibraltar est devenu avec le temps un abri fiscal. Londres s'en inquiète aujourd'hui, car les paradis fiscaux ne sont pas bien vus dans la nouvelle Europe. Gibraltar constitue même une épine au pied de l'Europe entière. Au grand dam des Gibraltariens, les Européens se sont prononcés en faveur de nouvelles négociations, exaspérés par l'interminable querelle qui retarde leurs affaires. Le ministre britannique des Affaires étrangères, probablement influencé par Madrid, aurait émis des soupçons sur les finances du gouvernement local, en laissant entendre que le «Rock» servait de centre de blanchiment d'argent.
- Le nationalisme gibraltarien
Cependant, le nationalisme gibraltarien ne pèse pas lourd dans l'Europe du XXIe siècle, en tout cas pas pour le gouvernement britannique qui tente de tisser des liens avec l'Espagne. En effet, 300 000 Britanniques habitent l'Espagne, des millions d'autres y brassent des affaires ou y prennent des vacances. Pour le quotidien britannique The Independent (qui appartient en fait à une société espagnole), l'intérêt du Royaume-Uni est clair: «L'Espagne est grande, riche et représente potentiellement un immense atout pour le Royaume-Uni au sein de l'Union.» Alors, il n'est pas question de laisser «30 000 Gibraltariens prendre en otage la politique étrangère de 60 millions de Britanniques». L'Espagne pourrait être une alliée de taille pour le Royaume-Uni au sein de l'Europe à la condition de régler cette vieille querelle tricentenaire qui ternit les relations entre les deux pays.
Pour les Espagnols, le nationalisme des Gibraltariens, en majorité de descendance espagnole, ne serait qu'une pure façade. La colonie voudrait rester britannique parce qu'elle prétend conserver ses privilèges et son statut de centre financier de «zone franche», ce qui lui procure une large part de ses revenus. Les Gilbraltariens voudraient, selon Madrid, le meilleur des deux mondes: la livre sterling et les coutumes britanniques, puis le vin et le soleil espagnols. De leur côté, les journaux espagnols décrivent la colonie comme un «repaire de bandits» abritant la mafia et les gros bonnets (environ 200 millionnaires) qui souhaitent échapper à l'impôt. Pour le ministre espagnol des Affaires extérieures, Gibraltar constitue «une économie parasitaire» de l'Espagne («una economía parasitaria de España»), «une invitation permanente à l'évasion fiscale du pays» le plus proche, qui est l'Espagne («una invitación permanente a la evasión fiscal del país más cercano, que es España» et permet le blanchiment d'argent provenant du trafic de la drogue («permite el blanqueo de dinero proviniente del narcotráfico». Madrid considère que 50 000 sociétés fantômes se sont installées à Gibraltar, sans rendre aucunement compte de leurs activités. En 1998, l'Espagne disait avoir compté 64 banques à Gibraltar! Pour les Gibraltariens, ce sont là des faussetés! Il n'y a pas 64 banques, loin de là! Il s'agirait d'une campagne de dénigrement destinée à les forcer à négocier la rétrocession de leur territoire. Ils s'estiment trahis par la mère patrie, eux, qui se perçoivent avant tout comme des Britanniques. D'ailleurs, le gouvernement britannique a enquêté sur la situation en 1999 et a fait connaître cette conclusion:
We conclude that the series of allegations which Spain makes against Gibraltar appear almost wholly to be without substance. In many cases, it is not just the Government of Gibraltar but the British Government as well which is traduced. It is deeply regrettable that allegations are made that cannot be sustained by a basis in fact. If concrete evidence of wrong-doing were produced, the British Government should act promptly to deal with the problem. But so long as allegations are unsubstantiated, the British Government should continue to rebut them promptly and decisively. (Paragraph 57). [Nous concluons que la série d'allégations que l'Espagne fait contre Gibraltar semble presque être complètement sans substance. Dans de nombreux cas, ce n'est pas seulement le gouvernement de Gibraltar qui est calomnié, mais aussi le gouvernement britannique. Il est profondément regrettable que les allégations faites ne peuvent pas être appuyées par des faits. Si la preuve concrète des méfaits avait été produite, le gouvernement britannique aurait agi immédiatement afin de régler ce problème. Mais tant que les allégations sont non fondées, le gouvernement britannique doit continuer de les réfuter ponctuellement et de façon décisive.] (Paragraphe 57).
Pour le moment, les deux parties, le Royaume-Uni et l'Espagne, acceptent le principe d'une co-souveraineté sur le Rocher, mais il n'est pas question pour les Britanniques de partager leur joyau militaire: la base navale qui contrôle l’accès à la Méditerranée. Pour sa part, le gouvernement de l'Espagne propose de reconnaître les libertés et les droits démocratiques garantis par la Constitution espagnole de 1978, d'accepter un régime d'autonomie gouvernementale pour Gibraltar, de protéger sa singularité culturelle et linguistique et, en particulier, sa juridiction, d'envisager les spécificités du régime fiscal et économique, de permettre à la population actuelle du territoire de garder sa citoyenneté britannique et de bénéficier, si elle le désire, d'une double nationalité. Dans certains milieux londoniens, on se demande s'il n'est pas absurde de partager la souveraineté d'une colonie de 30 000 personnes avec un autre pays démocratique, alors qu'il était «politiquement correct» de céder Hong-Kong et ses cinq millions d'habitants à une dictature communiste. Ce serait deux poids deux mesures?
- Le référendum de 2002
Le 12 juillet 2002, le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, dans une déclaration formelle à la Chambre des communes, a affirmé qu'après douze mois de négociation les gouvernements britannique et espagnol étaient largement d'accord sur un grand nombre de principes permettant d'en arriver à un règlement durable pour la revendication de la souveraineté de l'Espagne, ce qui signifie que la Grande-Bretagne et l'Espagne doivent partager la souveraineté du Rocher de Gibraltar. Le 8 novembre 2002, le gouvernement a proposé un référendum aux Gibraltariens avec la question suivante: «Approuvez-vous le principe que la Grande-Bretagne et l'Espagne doivent se partager la souveraineté sur Gibraltar?» Avec un taux de participation de plus de 88 %, quelque 99 % de l'électorat gibraltarien n'a pas soutenu la position prise par M. Straw, le ministre des Affaires étrangères. Il y eut 187 OUI et 17 900 NON (et 89 bulletins rejetés). Autrement dit, ce vote massif est le résultat de la volonté des Gibraltariens et témoigne que le concept de la «souveraineté commune» mène à un impasse.
3.3 Le point de vue des Gibraltariens
L’essentiel de la position des élus de Gibraltar est la suivante: le peuple de Gibraltar n’acceptera jamais de compromis et n’abandonnera jamais son droit à l’autodétermination. Gibraltar souhaite entretenir de bonnes relations avec l’Espagne basées sur un dialogue raisonnable, le respect mutuel et le respect de ses droits au sein de la Communauté européenne et ailleurs. De plus, Gibraltar appartient au peuple de Gibraltar (les Gibraltariens), l’Espagne n’a pas à le revendiquer ni le Royaume-Uni à «s’en débarrasser». Pour les Gibraltariens, une entente avec Madrid équivaudrait à un «pacte avec le diable». Le point de vue des Gibraltariens est donc différent autant de celui des Britanniques que de celui des Espagnols. Pour les Gibraltariens, ce n'est pas une question d'argent, mais une question d'identité: ils sont britanniques, non espagnols. Échaudés par l'attitude de la Métropole, ils revendiquent maintenant le droit à l'autodétermination. Pour le «ministre principal» (nom donné au premier ministre de Gibraltar), Peter Richard Caruana, le rejet par référendum d'une souveraineté partagée signifie que «le peuple gibraltarien a écarté l'option d'être espagnol et a signifié clairement que la co-souveraineté n'est pas possible sans le consentement de Gibraltar». Selon les Gibraltariens, le Rock doit être décolonisé et il ne leur plaît guère d'être «la dernière colonie d'Europe».
La question est maintenant de savoir comment mener à bien cette décolonisation. L'ex-ministre principal de Gibraltar, Joe Bossano, affirmait: «Nous allons dire aux gouvernements anglais et espagnol que Gibraltar n'appartient pas à Londres et n'appartiendra jamais à Madrid. Gibraltar est nôtre et nous n'aurons de cesse de lutter jusqu'à ce qu'on reconnaisse que nous sommes un peuple souverain.»
- L'intégrité territoriale contre le droit à l'autodétermination
De son côté, Madrid estime que le droit à «l'intégrité territoriale» doit primer sur le droit à l'autodétermination. Pour Londres, l'autodétermination des Gibraltariens est conditionnée au traité d'Utrecht de 1713, qui rend théoriquement impossible l'indépendance de Gibraltar sans le consentement de l'Espagne. Quant aux Gilbraltariens, la référence au traité d'Utrecht leur paraît anachronique, car en 1713 les droits de l'homme et des peuples n'étaient pas encore codifiés. Devant le Comité spécial des Nations unies, le ministre principal de Gibraltar a affirmé que les habitants de Gibraltar constituent le peuple d'un territoire colonisé et c'est en vertu de ce statut qu'ils réclament le droit de revendiquer l'application de la Déclaration sur l'application de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux : «L'Espagne pourtant continue de refuser d'admettre nos origines coloniales. Il n'y a pas d'option au principe de l'autodétermination qui est un principe universel.» Selon le ministre principal, quelle que soit l'interprétation du traité d'Utrecht, le droit à l'autodétermination est proclamé dans la Charte des Nations unies. En fait, les habitants de Gibraltar n'acceptent pas davantage que le gouvernement britannique parvienne, sans leur avis, à des accords avec l'Espagne dans des domaines qui touchent leur nationalité.
Londres affirme que la volonté des Gibraltariens sera respectée et qu'une éventuelle entente avec Madrid sera soumise à leur approbation par référendum. Mais les journalistes du Gibraltar Chronicle n'y croient pas! Comment une petite nation de 30 000 personnes espère-t-elle dicter la conduite de deux grands pays comme le Royaume-Uni et l'Espagne? Gibraltar n'a pas le force politique et militaire de s'interposer entre les deux États. C'est donc une histoire à suivre, mais il y a fort à parier que l'intérêt du Royaume-Uni et de l'Espagne devrait primer sur celui de Gibraltar.
Une nouvelle constitution est entrée en vigueur le 2 janvier 2007, à la suite d'un référendum tenu en 2006. Depuis, Gibraltar est considéré comme un territoire britannique d'outre-mer, et non plus comme une colonie. Parallèlement, le gouvernement de Gibraltar a entrepris des pourparlers avec l'Espagne pour régler certains différends, en mettant de côté la question de la souveraineté. Au fil des années, Gibraltar est resté une «bulle de prospérité» dans son «environnement espagnol en crise», grâce à son statut unique et particulier au sein de l'Union européenne depuis l'entrée du Royaume-Uni dans l'Union en 1973. Si, comme le Royaume-Uni, Gibraltar ne faisait pas partie de l'union douanière européenne, le territoire bénéficiait de l'accès au marché unique, de la liberté de mouvements de ses ressortissants, du fameux «passeport financier» sans appliquer de TVA, ce qui lui a permis de bâtir une économie prospère fondée sur quatre piliers: les services bancaires et financiers, le tourisme, les jeux en lignes et le port.
- Le Brexit de 2016
Toutefois, le 24 juin 2016, le Royaume-Uni a choisi de mettre fin à quarante-trois années d’appartenance à l’Union européenne (UE). Le camp du "Leave" («sortie»), favorable à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’a emporté avec 51,9 % des voix, contre 48,1 % pour le "Remain" («maintien»), camp pro-européen. On peut consulter des résultats plus détaillés par région en cliquant ici , s.v.p. Les habitants de Gibraltar ont voté massivement contre le Brexit, soit à 96 %, mais ils ne se sentent pas pour autant moins britanniques. Le premier ministre britannique de l'époque, David Cameron, a dû démissionner. Nommée en juillet 2016, la nouvelle première ministre, Theresa May, devait mener les discussions sur la sortie de son pays de l’Union face à une équipe de négociateurs représentant l'UE. L'article 50 du traité sur l'Union européenne (TUE) prévoit l'hypothèse d'une sortie d'un État membre de l'Union européenne.
Évidemment, la question de Gibraltar se pose à nouveau dans la mesure où Bruxelles envisage de donner à l’Espagne un droit de veto sur l’avenir post-Brexit de Gibraltar pour qu'un accord puisse s'appliquer au «Rocher», territoire britannique. La première ministre britannique, Theresa May, a alors affirmé qu'elle ne conclurait «jamais d'accord qui laisserait passer les habitants de Gibraltar sous une autre souveraineté sans leur volonté, librement et démocratiquement exprimée». Son ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, avait déjà prévenu : «Gibraltar n'est pas à vendre. Gibraltar ne peut pas se marchander. Gibraltar ne sera pas soldé.»
De son côté, Madrid a vite aperçu dans le vote gibraltarien de 95,9 % contre le Brexit un formidable levier. Le gouvernement espagnol a alors formellement proposé à Gibraltar une souveraineté partagée entre l'Espagne et le Royaume-Uni, donc une double nationalité, qui lui permettrait de rester dans l'Union européenne et de continuer à profiter de ses nombreux avantages.
Impliqué contre son gré dans l'aventure du Brexit, le territoire britannique de Gibraltar voit ainsi se profiler deux gros risques au plan économique. Soit qu'il est coupé de la ressource des quelque 10 000 Espagnols qui passent chaque jour la frontière pour venir y travailler, soit qu'il est privé d'un vaste marché de plus de 500 millions d'habitants pour sa florissante industrie des services financiers et obligatoirement recentré sur des relations commerciales plus conventionnelles. En juin 2016, le ministre espagnol des Affaires étrangères a déclaré que le fait de voir «le drapeau espagnol sur le Rocher est désormais beaucoup plus proche qu’avant». Le ton monte entre Londres et Madrid au point de brandir à demi-mot la menace d'une intervention militaire... comme aux Malouines. Certes, la guerre ne sera pas au rerndez-vous, mais l'Histoire nous rappelle que la guerre des Malouines a commencé par une escalade diplomatique et un contexte similaire de vieille revendication territoriale. En somme, Gibraltar vient de s'ajouter à la formidable liste des problèmes auxquels Theresa May devra répondre dans le cadre du Brexit.
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé officiellement à Madrid en novembre 2018 que l'Espagne avait obtenu « un accord sur Gibraltar» et voterait «en faveur du Brexit». Quelques jours auparavant, les exigences espagnoles étaient apparues comme un obstacle inattendu à l'approbation unanime de l'accord. Madrid exigeait d'obtenir formellement un droit de veto à l'application de tout accord futur entre l'UE et Londres à Gibraltar. Finalement, il y aura des négociations séparées, directement entre Londres et Madrid, avec évidemment la présence du gouvernement de Gibraltar qui réclame à cor et à cri d’être impliqué dans ces négociations.
Le gouvernement de Gibraltar n’a pas de politique linguistique proprement dite. Il applique librement les directives et les lois anglaises du Royaume-Uni à ce sujet. Même la Constitution de Gibraltar du 27 février 2002 ne proclamait pas l'anglais comme langue officielle de la colonie; il en est encore ainsi dans la Constitution de 2006. L'anglais a néanmoins acquis ce statut dans les faits : c'est la langue officielle de facto.
L'article 14.3 de cette constitution interdit toute discrimination pour des raisons de race, de lieu d'origine ou sociale, d'opinions politiques ou autres, de couleur, de langue, de sexe ou de croyance, de propriété, de naissance ou de tout autre statut. Aucun article de la Constitution ne mentionne même le mot "English language" («langue anglaise»).
Protection contre la discrimination fondée sur la race, la langue, etc.
3) Dans le présent article, l'expression «discriminatoire» signifie accorder un traitement différent totalement ou principalement à plusieurs personnes en raison de leur caractéristiques respectives fondées sur la race, la caste, la fonction ou l'origine sociale, les opinions politiques ou autres affiliations, la couleur, la langue, le sexe, la croyance, la propriété, la naissance ou tout autre statut, ou d'autres motifs tels que la Cour européenne des droits de l'Homme peut, à tout moment, déterminer être discriminatoires, selon lesquelles les personnes en fonction de ces caractéristiques sont soumises à des handicaps ou à des restrictions auxquelles les personnes d'un autre caractéristique ne sont pas soumises ou, au contraire, se voient accorder des privilèges ou des avantages qui ne sont pas accordés aux personnes d'une autre caractéristique.
On parle de «langue employée» ("language used") ou d'une «langue comprise» ("a language that he understands"), sans jamais désigner laquelle il s'agit.
3.1 La langue de l'État
La Chambre d’assemblée (House of Assembly) de Gibraltar n’utilise que l’anglais, la langue officielle, de même que tous les organismes gouvernementaux de Gibraltar, ce qui n'exclut pas le Yanito (spanglish) dans les communications informelles.
Toute la terminologie politique et administrative ne porte que des noms anglais: Chief Minister, Gibraltar, Attorney General, Financial and Development Secretary, Deputy Fortress Commander, Chief Justice, Magistrates Court, Court of First Instance, Supreme Court, etc. C'est un «pays anglais».
Il n'existe pas de loi linguistique à Gibraltar, mais quelques rares lois mentionnent néanmoins la langue anglaise: Loi sur le système à temps partagé (1997) ; Loi sur les qualifications ou droit de pratique (2009) ; Règlement sur l'aide mutuelle légale (2006) ; Loi sur les services financiers (vérificateurs) (2009).
Ainsi, l'article 23 du Règlement sur l'aide mutuelle légale de 2006 ne traite que de la langue des communications dans les accords ou conventions entre les autorités compétentes et les autorités requérantes; si le destinataire est résident de Gibraltar, l'accord doit être rédigé en anglais en plus d'une autre langue :
L'information et toute autre indication communiquées par les autorités compétentes à une autorité requérante doivent être transmises en anglais ou dans une autre langue convenue entre le requérant et les autorités compétentes.
Quant à la Loi sur le système à temps partagé (Timeshare Act) de 1997, elle ne prévoit aucune disposition particulière sur les propriétés de vacances à temps partagé, si ce n'est qu'il est possible d'utiliser la langue officielle ou l'une des langues officielles d'un État de l'Espace économique européen (EEE):
Forme de la convention et langue de la brochure et d'un accord
1) Nul ne doit conclure, dans le cours d'une affaire à temps partagé, un accord comme soumissionnaire, à moins que l'accord ne soit rédigé par écrit et qu'il respecte les paragraphes 3 à 5, en autant que c'est possible.
5) Si le destinataire est résident de Gibraltar, l'accord doit être rédigé en anglais en plus d'une autre langue dans laquelle celui-ci peut être rédigé, conformément aux paragraphes 3 ou 4.
De son côté, la Loi sur les qualifications ou droit de pratique exige que les individus bénéficiant de la reconnaissance des qualifications professionnelles doivent posséder une connaissance nécessaire de l'anglais pour exercer leur profession à Gibraltar:
Les personnes bénéficiant de la reconnaissance des qualifications professionnelles en vertu de la présente loi doivent posséder une connaissance nécessaire de l'anglais pour exercer leur profession à Gibraltar.
Enfin, l'article 20 de la Loi sur les services financiers (vérificateurs) exige que les informations inscrites dans le registre public doivent être rédigées en anglais par les autorités compétentes, mais le ministre peut, par règlement, permettre que les informations soient inscrites dans le registre public dans toute autre langue officielle de la Communauté. En ce cas, les autorités compétentes peuvent, à leur discrétion, exiger une traduction conforme des informations:
1) Les informations inscrites dans le registre public doivent être rédigées en anglais par les autorités compétentes.
2) Le ministre peut, par règlement, permettre que les informations soient inscrites dans le registre public dans toute autre langue officielle de la Communauté.
3) Les autorités compétentes peuvent, à leur discrétion, exiger une traduction conforme des informations. Le registre doit indiquer si oui ou non la traduction est conforme.
L'article 7 du Règlement sur la sécurité des matches internationaux de football (2014) précise que l'anglais ou une traduction en anglais doit être utilisée par le Bureau d'information sur le football de Gibraltar:
Le GFIP communique –
(a) en anglais ; et
(b) là où la langue d'un autre bureau national d'information sur le football n’est pas l'anglais aussi par une traduction dans une langue de travail commune; ou
(c) dans une autre langue qui a été convenue entre le GFIP et les autres bureaux nationaux d'information sur le football.
GFIP signifie "Bureau d'information sur le football de Gibraltar".
Ces quelques textes juridiques démontrent que l'anglais bénéficie d'un traitement privilégié et fonctionne comme une langue officielle dans les faits (de facto), bien qu'il ne le soit pas par la loi (de jure).
3.2 Les tribunaux
Même si l'anglais est la langue officielle, des accommodements sont prévus dans les tribunaux. L'article 3.2 de la Constitution de 2006 précise la disposition suivante au sujet du droit à la liberté personnelle:
2) Quiconque est arrêté ou retenu doit être informé dans un délai raisonnable, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention.
L'article 8.2 de la Constitution (2006) ajoute ce qui suit pour garantir la protection de la loi:
2) Quiconque est accusé d'un délit [...]
(b) doit être informé dans un délai raisonnable, dans une langue qu'il comprend et en détail, de la nature de l'infraction;
(f) peut disposer gratuitement de l'aide d'un interprète, s'il ne peut comprendre la langue employée au cours du procès relatif à l'infraction,
Et, sauf avec son propre consentement, le procès ne peut avoir lieu en son absence, à moins qu'il ne se conduise ainsi pour rendre inutilisable en sa présence la durée de la procédure [...].
Il faut comprendre que la plupart des Gibraltariens parlent également une autre langue que l'anglais: le yanito. La Constitution le reconnaît implicitement. Dans les faits, il est rare qu'un Gibraltarien ne puisse s'exprimer en anglais ou exige d'être entendu en yanito. Le problème se pose surtout pour les nouveaux immigrants.
L'article 14 du Règlement sur l'échange de casiers judiciaires (2014) énonce que le commissaire doit accepter les demandes concernant l'échange de casiers judiciaires si celle-ci sont rédigées en anglais:
Le commissaire doit accepter les demandes en vertu de l’article 6,1 de la décision-cadre si celles-ci sont rédigées en anglais.
Règlement sur le transfert des détenus (2014):
1) Le secrétaire général doit s'assurer que, lorsqu'un certificat est envoyé à un État d'exécution, il soit envoyé dans une langue officielle de cet État membre ou dans une traduction dans la langue officielle de cet État membre.
2) Le secrétaire général doit n'accepter qu'un certificat d'émission transmis en anglais.
3) Sous réserve de la disposition du paragraphe 4, aucun traduction d'un jugement ne doit être acceptée en anglais.
4) Le secrétaire général peut demander sans délai, après avoir reçu le jugement et le certificat dans les cas où il estime le contenu du certificat insuffisant pour décider de l’exécution de la peine, que le jugement ou ses parties essentielles doivent être accompagnés d’une traduction en anglais ou dans une autre langue officielle des institutions de l’Union européenne.
Compte tenu de ces dispositions, il est bine clair que l'anglais est incontournable à Gibraltar.
3.3 L'éducation et les médias
Le cursus scolaire est le même que celui du Royaume-Uni. Il peut commencer par le Pre-compulsory education (enseignement pré-obligatoire ou préscolaire dans une ''Nursery'') et destiné aux enfants de moins de cinq ans. Il est suivi du Compulsory education (enseignement obligatoire) pour les élèves de 5 à 16 ans, et comprend la ''Primary school'' (école primaire) et la ''Secondary school'' (école secondaire). À système il faut ajouter le Sixth Form education (enseignement général de deux ans équivalant au lycée) qui mène au Higher education (enseignement supérieur). Quant au Further education (formation continue), il correspond à un enseignement pratique ou professionnel et est destiné aux 16-18 ans. Dans les écoles, seul l’anglais est enseigné comme «langue maternelle». Les langues secondes sont d'abord l'espagnol, puis le français et ensuite l'allemand. L'article 2 du Règlement sur l'éducation (programme national) de 1991 ne mentionne toutefois que l'espagnol, mais une autre langue étrangère (sans mention) est obligatoire.
Gibraltar ne dispose pas d'établissement pour l'enseignement universitaire. En général, il faut aller au Royaume-Uni. Le Gibraltar College of Further Education (Institut d'éducation permanente de Gibraltar) correspond à une école technique fondée en 1949 sous les auspices du ministère de la Défense nationale (Marine royale).
Tous les médias locaux sont en anglais, notamment le quotidien The Gibraltar Chronicle, mais les Gilbraltariens peuvent se procurer et lire les journaux espagnols et capter les ondes des stations espagnoles. Cependant, en général, ils préfèrent la BBC et les émissions britanniques transmises par satellites. En somme, les Gibraltariens vivent une situation de triglossie où le spanglish, l'espagnol et l'anglais sont utilisés conjointement selon les circonstances de la communication.
Dans le territoire de Gibraltar, l'affichage est massivement en langue anglaise, que ce soit sur les panneaux routiers, les sites comme l'aéroport ou le port, les enseignes de restaurants ("The Angry Friar") ou d'hôtels ("O'Callaghan Eliott Hotel"), et d'autres commerces.
Seules quelques inscriptions bilingues peuvent apparaître de temps en temps, surtout en direction de l'Espagne. Dès lors, on peut lire occasionnellement des inscriptions en espagnol et en anglais. Cependant, il n'y a pas de réglementation à ce sujet; c'est le libre choix pour l'anglais.
La vie économique se déroule surtout en anglais, mais aussi en espagnol et en spanglish; toutefois, seul l’anglais apparaît dans les documents écrits officiels.
Bref, Gibraltar est un territoire britannique soumis en principe aux lois anglaises. En réalité, Gibraltar n’a pas de politique linguistique si ce n’est l’utilisation exclusive de le langue officielle de facto, l’anglais, considérée souvent comme une langue seconde pour la majorité des habitants du territoire. Il s'agit donc d'une politique de non-intervention. Mais les habitants ne semblent pas en souffrir puisqu'ils mènent une bataille de tous les instants pour demeurer britanniques, alors que peu de Gilbraltariens parlent vraiment l'anglais dans leur vie quotidienne. Les Gibraltariens se disent des Britanniques, mais pas des Anglais, encore moins des anglophones! En somme, l'identité collective se veut à la fois britannique et gibraltarienne, ce qui n'en fait pas nécessairement des Anglo-Gibraltariens. Il ne faut jamais oublier que la petite colonie vit dans l'aire linguistique ibérophone. Il est possible d'espérer que les Gilbraltariens deviennent davantage, un jour, des Yanitos/Yanitas et parviennent à accorder un statut légalement reconnu à leur langue particulière, le yanito.
AB. «Un Rocher dans le jardin de l'Espagne et du Royaume-Uni» dans Courrier international, Paris, 22 mai 2002.
ALTAFAJ, Amadeu. «España y Gran Bretaña se enfrentan por Gibraltar» dans El Mundo, Lunes (Espagne), 22 février 1999.
HACHEY, Isabelle. «Le Trafalgar de Gibraltar» dans La Presse, Montréal, 29 juin 2002, p. B-1.
HACHEY, Isabelle. «Un centre financier qui ne veut pas couler» dans La Presse, Montréal, 29 juin 2002, p. B-2.
SUMMER INSTITUT OF LINGUISTICS. Ethnologue: Languages of the World, 13e édition, Barbara F. Grimes, Editor; Summer Institute of Linguistics, 1996,
[http://www.sil.org/ethnologue/]

References: art. 3
 l'article 10
 L'article 10
 l'article 10
 L'article 50

L'article 14
 l'article 23
 l'article 20

L'article 7
 L'article 3

L'article 8

L'article 14
 L'article 2