Source: https://www.antispeciste.ch/droit-actualite
Timestamp: 2020-04-02 06:41:19+00:00

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Antispéciste | droit | actualité
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INDUSTRIE AVICOLE ET BROYAGE DES POUSSINS
Les poussins dans la loi
Alternatives au broyage
Petite victoire pour les animalistes
Lancée à l’automne 2017 à Saint-Gall, l’initiative « Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine – Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès » a récolté suffisamment de signatures pour être soumise au peuple en votation fédérale.
Tissus et organes in vitro, cellules 3D, puces ADN, nouveaux procédés d’imagerie non-invasives (IRM, SPECT, PET) ou méta-analyses (analyse systématique des données d’études déjà menées) sont autant de méthodes alternatives à l’expérimentation animale qui ont d’ores et déjà prouvé leur efficacité et vers lesquelles il est souhaitable de se tourner. Pourtant, en 2017, 614’651 animaux ont été utilisés pour la recherche dans notre pays. Primates, chiens, chats, animaux de rente (vaches, etc.), petits rongeurs ou amphibiens servent bien malgré eux de cobayes aux industries pharmaceutiques ou laboratoires des hautes écoles.
Derrière un titre prometteur pour les animaux, il est important de bien comprendre ce que prévoit ce projet de loi. Tout d’abord, l’initiative vise aussi bien l’expérimentation animale qu’humaine. Les études cliniques menées actuellement sur des volontaires humains seraient donc interdites. Or, la recherche fonctionne ainsi : lors de la découverte d’une nouvelle molécule présentant un intérêt thérapeutique, la législation internationale impose d’effectuer une étude clinique en trois phases avant de pouvoir commercialiser et administrer le nouveau médicament (la phase 1 consiste à étudier son aspect toxicologique sur un petit nombre de personnes volontaires qui en reçoivent une faible dose afin de vérifier la présence ou l’absence d’effets secondaires ; si la première phase est concluante, la seconde permet d’administrer le produit à un petit groupe de malades, toujours volontaires ; en cas de succès, les tests sont dans un troisième temps étendus à un plus grand groupe).
En cas d’acceptation du nouveau texte, l’interdiction des essais cliniques (phase 1) sur ces volontaires empêcherait tout nouveau médicament d’être produit ou même importé en Suisse. La pilule risque de ne pas passer auprès de la population, avec la crainte de ne plus pouvoir bénéficier de nouveaux traitements.
Toujours permis de tuer des animaux pour la recherche
Par ailleurs, si le texte proposé souhaite épargner les animaux vivants, l’utilisation de cellules ou tissus d’animaux préalablement tués n’est pas abordée. La pratique, qui concerne actuellement la moitié des animaux utilisés dans la recherche, continuerait donc d’être autorisée et plusieurs centaines de milliers de vies animales seraient toujours sacrifiées chaque année dans notre pays.
Malgré une intention louable, un refus par le peuple ne fait aucun doute. Les industries pourront alors se targuer que les Suisses plébiscitent le maintien de l’expérimentation animale, ce qui risque bien de mettre à mal la tenue de débats et démarches futurs sur la question de son abolition.
L’intégralité du texte est consultable ici.
initiative sur les « Vaches à cornes »
avis mitigés parmi les antispécistes
L’écornage en Suisse
L’écornage est une intervention visant à empêcher les cornes de pousser chez un animal en possédant naturellement. Il est principalement effectué sur les vaches, mais également les chèvres, moutons et autres animaux à cornes, à l’exception des buffles et des yaks pour lesquels cette intervention est formellement interdite (Art.17n OPAn). En effet, chez ces derniers, les cornes auraient une réelle fonction physiologique de thermorégulation et l’ablation de celles-ci pourraient avoir des conséquences néfastes sur la vie de l’animal, chose qui n’est pas prouvée chez les autres bovins. En revanche, la (non) possession de cornes a une influence marquée sur le comportement social des animaux. Une vache à cornes s’en sent fière et est plus apte à les utiliser en cas de conflit, mais pas seulement : en tant qu’animaux affectifs et sensibles, les vaches entretiennent de véritables relations amicales entre elles et peuvent se servir de leurs cornes pour gratter leurs congénères en signe d’affection.
L’écornage est la norme en Suisse : seules 10% des vaches portent encore des cornes, toutes les autres étant écornées dès les premières semaines de vie ou même nées sans cornes. Cette intervention est en général menée sur les veaux. L’écornage est effectué sur des vaches adultes uniquement en cas d’urgence, car souvent traumatique pour l’animal. Les méthodes principales d’écornage sont la cautérisation (destruction de cellules ou de tissus basée sur l’utilisation de la chaleur ou de produit chimique) et la combustion à l’aide de pastilles combustibles. Néanmoins, il est interdit d’utiliser des anneaux élastiques et des substances corrosives pour l’écornage ou l’ablation du cornillon (OPAn Art.17 let.c), tout comme pour les chèvres et les moutons (OPAn Art.19 let.a).
En tant qu’intervention douloureuse, l’écornage ne peut être pratiqué que sous anesthésie générale ou locale par une personne compétente (LPA Art. 16). En plus de cela, des anti-inflammatoires sont administrés afin que la douleur n’apparaisse pas à la fin de l’opération. Malgré cela, certaines études ont prouvé que les veaux souffraient tout de même quelques semaines après l’intervention, ce qui peut notamment mener à des troubles du comportement tels que l’alimentation.
Cette opération ne nécessite pas les compétences d’un médecin vétérinaire. Ainsi, les détenteurs d’animaux sont autorisés à pratiquer l’écornage dès lors qu’ils fournissent une attestation de compétences reconnues et qu’ils sont enregistrés auprès de l’autorité cantonale (OPAn, Art.32 al.2). Cette opération ne peut être faite par le détenteur d’animaux qu’au cours des trois premières semaines de vie de l’animal et uniquement s’il s’agit d’animaux de sa propre exploitation (OPAn, Art.32 al.1).
Les vaches à cornes demandent des adaptations au niveau de la gestion des établissements et du troupeau. En effet, en stabulation libre, les animaux ont besoin de plus d’espace que des animaux sans cornes. Les mangeoires doivent être optimisées pour que la tête de la vache puisse passer entre les barreaux et la largeur des places à la mangeoire doit être agrandie. De plus, les relations des vaches entre elles sont à observer, particulièrement lors de l’intégration d’un nouvel individu dans le troupeau, afin d’éviter tout conflit et/ou blessures. D’autre part, les bovins ne doivent pas être attachés par les cornes ou par la boucle nasale, ni au moyen de ficelles (OPAn, Art.160).
Condition essentielle pour que l’élevage de vaches à cornes se passe dans les meilleures conditions, l’éleveur doit entretenir une excellente relation avec ses animaux, sans laquelle des blessures sont inévitables.
Si l’initiative « Pour la dignité des animaux de rente agricoles (dite pour les vaches à cornes) » avait été acceptée par la population Suisse, la Constitution fédérale aurait été complétée comme suit (en gras) :
Art.104, al.3, let.b
3 Elle [la Confédération] conçoit les mesures de sorte que l’agriculture réponde à ses multiples fonctions. Ses compétences et ses tâches sont notamment les suivantes :
b. elle encourage, au moyen de mesures incitatives présentant un intérêt économique, les formes d’exploitation particulièrement en accord avec la nature et respectueuses de l’environnement et des animaux ; ce faisant, elle veille en particulier à ce que les détenteurs de vaches, de taureaux reproducteurs, de chèvres et de boucs reproducteurs soient soutenus financièrement tant que les animaux adultes portent leurs cornes.
Si l’initiative « Vaches à cornes » ne réclamait pas l’interdiction de l’écornage, elle visait tout du moins à encourager les éleveurs à laisser leurs cornes aux vaches en les dédommageant des dépenses nécessaires à l’adaptation de leurs installations pour l’élevage d’animaux à cornes, comme citées ci-dessus. Le peuple suisse a voté le 25 novembre 2018 et bien que l’initiative ait été rejetée, la décision n’a pas été unanime. Seuls 54,7% des Suisses se sont opposés à l’initiative, contre 45,3% de votes favorables ; un bulletin de vote que les défenseurs des droits animaux eux-mêmes ont trouvé difficile à remplir. Voyons ce qui a tant divisé les antispécistes dans la prise de cette décision.
Arguments en faveur de l’initiative
L’écornage est une mutilation et une atteinte à la morphologie de l’animal. L’homme, n’étant pas supérieur aux autres espèces animales, n’a aucun droit d’intervenir sur la nature en la modifiant pour son propre confort et dans son seul intérêt. Si la vache pouvait parler, inutile de dire que leur réponse à la question « voudrais-tu que l’on t’enlève tes cornes ? » serait non. L’écornage est une question essentiellement anthropocentrique : l’homme retire ses cornes à une vache pour se protéger lui-même de blessures.
L’écornage est douloureux, pas seulement pendant l’opération, mais aussi pendant les semaines – voire les mois – qui suivent, ce qui affecte très probablement la vie des veaux de manière négative et porte atteinte à leur bien-être.
L’initiative n’est pas parfaite, mais elle peut représenter un premier pas dans la question du bien-être animal. Plus ce genre d’initiatives est accepté, plus d’autres émergeront, pour peut-être un jour atteindre cet idéal qu’est l’abolition de l’élevage (de masse) pour le respect des animaux.
L’exploitation, c’est de l’exploitation. Le fait pour une personne végane de ne pas acheter de produits animaux au quotidien montre une volonté de ne pas soutenir cette industrie peu importe à quoi elle ressemble. Un financement dans le domaine de l’élevage contredirait cette volonté de ne pas participer à l’exploitation d’êtres sentients en vue de leur abattage. Ce que souhaite finalement un antispéciste abolitionniste, ce ne sont pas de plus belles ou de plus grandes cages, mais bien la disparition de ces cages, donc la fin de l’exploitation animale.
Il n’y a aucune raison de subventionner un comportement « normal » avec les animaux. Leur laisser toutes les parties de leur corps devrait être une évidence et non une source de récompense.
Les espaces sont trop petits et les vaches pourraient se blesser entre elles par manque de place si elles avaient des cornes.
Si la fait de laisser leurs cornes aux vaches contribue à leur bien-être, nombres d’entre elles vont devoir être tenues à l’attache pour des raisons de sécurité et par manque de place. Cela est contre-productif et nuit au bien-être de l’animal, tout autant que les douleurs causées par l’écornage.
Le financement additionnel pour les éleveurs de vaches à cornes supposerait de faire des économies dans d’autres domaines de l’agriculture, comme la subvention faite aux éleveurs qui détiennent des animaux en stabulation libre plutôt qu’à l’attache, ce qui nuirait également au bien-être des animaux d’élevage.
« C’est un peu comme choisir le mieux du pire, en gros »
S’il est indiscutable que les antispécistes s’opposent fondamentalement à l’écornage, il n’a pas été si évident de répondre à l’initiative en question. Si pour les uns le bien-être des animaux passe avant tout, d’autres sont plus critiques et estiment que c’est une subvention qui n’a pas lieu d’être, affirmant que l’exploitation sous toutes ses formes n’a d’autre destin que d’être purement et simplement abolie. Dans le cas qui nous occupe, les antispécistes n’ont pas dû choisir le bien, mais plutôt « le mieux du pire ».
Sarah Lopez, décembre 2018
« Ethologie und Tierhaltung: Rinder » de Nina Keil & Katharina Friedli
Débats sur les groupes facebook menés par des véganes

References: Art.17
 Art.19
 Art. 16
 Art.32
 Art.32
 Art.160

Art.104