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Timestamp: 2019-07-22 09:53:46+00:00

Document:
Haïti, un rendez-vous avec l’Histoire Les poursuites contre Jean-Claude Duvalier | Haïti | Torture
Ce rapport est dédié à toutes les victimes de la dictature des Duvalier, et en particulier à la mémoire de Claude Rosier, qui a été incarcéré pendant 11 années à Fort Dimanche – la plus longue période de détention dans cette prison – et qui est décédé le 11 avril 2011, deux mois après avoir porté plainte contre Jean-Claude Duvalier.
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Les Droits Humains Ou Le Testament Politique de Bajeux
Hati, un rendez-vous avec lHistoire
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ISBN: 1-56432-762-0
I. Rsum et recommandations ................................................................................................... 1 Violations des droits humains commises sous Jean-Claude Duvalier ............................................ 2 Les poursuites intentes contre Duvalier ...................................................................................... 2 Thories relatives la responsabilit pnale de Duvalier ............................................................. 3 Lobligation dHati denquter et de poursuivre les crimes imputs Duvalier ............................. 3 Les dfis institutionnels soulevs par les poursuites .................................................................... 3 Recommandations ....................................................................................................................... 4 Au gouvernement dHati .......................................................................................................4 Aux autorits judiciaires hatiennes ....................................................................................... 5 la communaut internationale et aux tats donateurs......................................................... 5 propos de la mthodologie adopte..........................................................................................6 II. Les violations des droits humains commises sous le rgime de Jean-Claude Duvalier ...................................................................................................................................... 7 a) Les prisonniers politiques et le Triangle de la mort ..................................................................11 b) Disparitions et assassinats politiques .............................................................................. 16 c) Torture ................................................................................................................................... 18 d) Rpression de la presse et de la dissidence politique ............................................................ 19 28 novembre 1980 : Duvalier et larrestation, la torture et le lexpulsion de journalistes et dactivistes .................................................................................................. 23 e) La ncessit denquter sur les violences sexuelles et bases sur le genre ............................. 27 III. Les procdures contre Duvalier ............................................................................................29 IV. Les thories de la responsabilit pnale de Duvalier ............................................................ 31 a) Enquter sur la complicit de Duvalier dans les crimes commis par son gouvernement ........................................................................................................................... 31 b) Enquter sur la responsabilit de commandement quexerait Duvalier concernant certains crimes ........................................................................................................ 34 1. Relations entre suprieur hirarchique et subordonns................................................. 35 2. Le suprieur savait, ou avait des raisons de savoir ........................................................36
Obligation du suprieur hirarchique de prendre des mesures
ncessaires et raisonnables pour empcher la commission des crimes et en punir les auteurs .................................................................................................................39
V. Lobligation dHati denquter et de punir les crimes allgus de Duvalier .......................... 41 a) Lobligation internationale dHati denquter sur les violations graves des droits humains ou les crimes contre lhumanit lemporte sur toute loi sur la prescription ............................................................................................................................... 42 b) La nature continue des disparitions et de la squestration empchent la prescription de courir................................................................................................................. 43 VI. Les dfis institutionnels auxquels sont confrontes les poursuites judiciaires ................................................................................................................................. 47 a) Un soutien international permettrait de pallier ces insuffisances ............................................ 47 b) Des ressources limites peuvent tre utilises efficacement .................................................. 49 c) Les faiblesses en matire dexpertise technique pourraient tre combles grce un soutien appropri en la matire ................................................................................ 49 d) Linstauration dun environnement politique scurisant peut tre obtenu via un soutien politique adapt ....................................................................................................... 50 VII. Conclusion .......................................................................................................................... 53 Remerciements ......................................................................................................................... 55
Ce rapport est ddi toutes les victimes de la dictature des Duvalier, et en particulier la mmoire de Claude Rosier, qui a t incarcr pendant 11 annes Fort Dimanche la plus longue priode de dtention dans cette prison et qui est dcd le 11 avril 2011, deux mois aprs avoir port plainte contre Jean-Claude Duvalier.
I. Rsum et recommandations
Le 16 janvier 2011, lancien Prsident vie dHati, Jean-Claude Bb Doc Duvalier, a retourn dans son pays aprs 25 ans dexil. La raction du gouvernement hatien sest traduite par la rouverture dune enqute, datant de 2008, concernant des accusations de dlits financiers. En outre, plusieurs victimes de violations des droits humains commises sous le gouvernement Duvalier ont dpos plainte auprs du procureur. Lenqute relative aux dlits financiers et aux violations des droits humains reprochs Duvalier est actuellement en cours. Ce rapport offre une vision densemble des violations des droits humains commises sous Duvalier. Il dcrit ltat actuel des poursuites engages contre lui, y compris des obstacles qui se dressent pour les mener bien, et analyse lapplicabilit du droit hatien et du droit international. Notre conclusion est que ltat dHati est tenu, au regard du droit international, denquter et, si ncessaire, dengager des poursuites judiciaires concernant les graves violations des droits humains commises sous le rgime de Duvalier. Bien quil reste des obstacles surmonter, cette affaire reprsente une chance historique pour Hati. Le succs des poursuites contre Duvalier est important non seulement pour ses nombreuses victimes, mais galement pour le dveloppement du systme judiciaire hatien et, plus gnralement, pour la socit hatienne dans son ensemble. Traduire Duvalier en justice, dans le cadre dun procs quitable, permettrait de restaurer la confiance des Hatiens en la justice et en ltat de droit. De plus, de telles poursuites seraient un moyen de dissuader dautres dirigeants, que ce soit en Hati ou ailleurs, de commettre de graves violations des droits humains, en leur montrant quils sont susceptibles dtre tenus pour responsables de tels actes. Toutefois, les dfis quimpliquent des poursuites judiciaires transparentes et quitables contre Duvalier sont normes. En effet, le systme judiciaire hatien est aujourdhui trs affaibli et le recueil des preuves et tmoignages, dans ce dossier, ncessite de longues investigations. En outre, de significatifs obstacles procduraux doivent tre pris en compte, en particulier lide errone selon laquelle les accusations devraient tre prescrites par les lois hatiennes en la matire. Pour autant, ce rapport dmontre que ces obstacles ne sont pas insurmontables. Le succs de cette affaire dpendra nanmoins de la volont politique du gouvernement hatien de respecter ses obligations internationales et de permettre la tenue de ce qui pourrait bien tre le plus important procs criminel de son histoire. Les chances de succs dpendront
Human Rights Watch | Avril 2011
galement de la facult de la communaut internationale dapporter un soutien vital Hati ds prsent, et tant que lvolution du dossier le ncessitera.
Violations des droits humains commises sous Jean-Claude Duvalier
Sous lautorit de Jean-Claude Duvalier, le gouvernement dHati sest appuy sur un vaste rseau de forces de scurit afin dimposer son autorit travers une srie de violations des droits humains, y compris: Prisonniers politiques et le Triangle de la mort : Des centaines de prisonniers politiques dtenus dans un rseau de trois prisons connu sous le nom de Triangle de la mort sont morts des suites de mauvais traitements ou dexcutions extrajudiciaires. Disparitions et assassinats politiques : De nombreux prisonniers politiques pntrrent dans le Triangle de la mort sans en ressortir, et leurs familles ignorent toujours leur sort. Des excutions sommaires de prisonniers ont galement t rapportes, notamment celles des prisonniers dtenus Fort Dimanche, le 7 aot 1974 ; celles de sept personnes excutes le 25 mars 1976 ; huit prisonniers auraient galement t excuts Morne Christophe et Titanyen le 21 septembre 1977. Enfin, les forces de scurit se seraient galement rendues coupables dassassinats politiques. Actes de torture: Les prisonniers politiques taient souvent soumis des tortures brutales lors de leurs interrogatoires. Une mthode de torture couramment utilise le djak, en crole hatien consistait attacher les mains des prisonniers derrire leurs jambes plies, et introduire un bton ou une barre entre leurs jambes et leurs bras. Ainsi attachs, les prisonniers taient frapps avec des btons. Rpression contre la presse et contre les dissidents politiques: Les liberts dassociation, de runion et dexpression firent lobjet de srieuses restrictions. Le gouvernement fit fermer des stations de radio ou des journaux indpendants plusieurs reprises et des journalistes taient constamment passs tabac, emprisonns et contraints de fuir le pays.
Les poursuites intentes contre Duvalier
Peu de temps aprs que Duvalier ait fui le pays, en 1986, le nouveau gouvernement mit en place une commission charge denquter sur la corruption financire du gouvernement Duvalier. Les enqutes conduisirent rapidement lintroduction de poursuites judiciaires contre Jean-Claude Duvalier pour dlits financiers. En 2008, une nouvelle enqute fut ouverte, incluant cette fois les crimes commis contre des personnes. Le gouvernement relana ensuite ces procdures aprs le retour de Duvalier en Hati, en janvier 2011. Depuis
le 16 mars 2011, seize Hatiens victimes de Duvalier ont galement dpos des plaintes pour crimes contre lhumanit et violations des droits humains devant le procureur.
Thories relatives la responsabilit pnale de Duvalier
Human Rights Watch na connaissance daucune preuve permettant dtablir que Duvalier tait physiquement prsent lorsque les meurtres, les actes de torture, les disparitions ou les dtentions arbitraires eurent lieu. Toutefois, la prsence physique sur le lieu dun crime nest pas une condition ncessaire ltablissement de la responsabilit pnale. Au regard du droit international et de la loi hatienne, la responsabilit pnale de Duvalier est susceptible dtre engage en vertu des doctrines de : La complicit pour les crimes commis par des subordonns : Des lments de preuve indiquent que Duvalier a directement ordonn certains crimes, comme par exemple larrestation massive, en novembre 1980, dactivistes dont beaucoup furent torturs et expulss. La responsabilit du suprieur hirarchique: En tant quautorit hirarchique officielle des forces de scurit qui sont lorigine crimes auxquels il est fait rfrence dans ce rapport, Duvalier pourrait tre tenu pour pnalement responsable dans la mesure o, il a t rgulirement tenu inform des crimes en question, sans pour autant prendre de mesures ncessaires pour les empcher ou pour punir leurs auteurs.
Lobligation dHati denquter et de poursuivre les crimes imputs Duvalier
Les crimes imputs Duvalier, y compris le meurtre, la torture et la dtention arbitraire, sont considrs par la loi hatienne comme des crimes graves. En vertu des dispositions du droit international, auxquelles Hati est li et qui ont t intgres au droit national, Hati a lobligation denquter sur les violations graves des droits humains commises sur son territoire national et de punir les auteurs. Les dispositions en matire de prescription, les amnisties ou autres obstacles juridiques dcoulant du droit interne ne sauraient faire chec cette obligation. De plus, le caractre continu de plusieurs des crimes allgus, en loccurrence les disparitions forces et la squestration, cartent largument de la prescription dans la mesure o celle-ci na pas commenc courir.
Les dfis institutionnels soulevs par les poursuites
Enquter sur les prtendus crimes de masse commis il y a 25 40 ans par un ancien chef dtat et juger celui-ci pour ces crimes est une entreprise complexe. Dautant que le systme judiciaire hatien est actuellement confront des dfis qui compliquent davantage cette
dmarche, parmi lesquels des problmes de capacit, de ressources limites et labsence de volont politique. Un soutien international permettrait de pallier ces insuffisances : Le systme judiciaire hatien pourra difficilement conduire ces poursuites sil ne bnficie pas dun large soutien susceptible de pallier la faiblesse de ses infrastructures. Nanmoins, un soutien international concert, permettrait que la tenue en Hati dun procs quitable relance les efforts entrepris pour crer un dtat de droit et contribuerait, par la mme occasion, mettre en place les institutions publiques que les Hatiens mritent. Des ressources limites peuvent tre utilises efficacement : En dfinissant une stratgie efficace et cible des poursuites, il serait possible doptimiser les limites ressources disponibles. Le manque dexpertise technique pourrait tre combl par un soutien en matire dexpertise: Hati na pas lexprience et, de ce fait, ne dispose pas pour le moment du niveau dexpertise requis pour mener bien ce type denqute et de poursuites judiciaires. Aussi, la communaut internationale doit-elle fournir ce pays le soutien technique ncessaire. Un environnement politique scurisant peut tre obtenu grce un soutien politique : Le gouvernement doit sengager davantage pour garantir un environnement scurisant pour les tmoins, les procureurs, les magistrats et les avocats de la dfense. Des mesures de protection doivent tre adoptes pour que les poursuites soient efficaces et justes. Avec larrive prochaine au pouvoir en Hati dune nouvelle administration potentiellement moins engage dans les poursuites contre Duvalier, la communaut internationale a aussi un rle jouer afin de soutenir et dencourager les tmoins et les personnes actuellement charges de laffaire, et garantir ainsi que les poursuites seront menes bien quelle que soit ladministration au pouvoir en Hati.
Au gouvernement dHati Optimiser les ressources disponibles en matire de poursuites judiciaires : o En travaillant avec les donateurs internationaux et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de lhomme pour sassurer que les efforts consentis en matire de rformes judiciaires soient efficacement cibles pour mener bien lenqute et les poursuites judiciaires contre Duvalier.
En dveloppant une stratgie daccusation cible, en slectionnant un chantillon reprsentatif des crimes les plus graves pour lesquels existent des lments de preuve particulirement solides. En affectant les ressources humaines suffisantes lenqute et aux poursuites. En facilitant la capacit des membres de la diaspora porter plainte et tmoigner devant les tribunaux.
Favoriser linstauration dun environnement politique scurisant dans le cadre des poursuites : o En assurant la scurit des victimes, des tmoins, du personnel judiciaire et de toute autre personne susceptible dtre menace, en collaboration avec la police nationale hatienne et les forces de police de la MINUSTAH. o En reconnaissant publiquement lobligation qui incombe Hati, aux termes du droit international, de poursuivre Duvalier pour les crimes qui lui sont reprochs. o En garantissant que les autorits judiciaires pourront agir de manire indpendante et avec des ressources suffisantes. o En garantissant que le droit de Duvalier un procs quitable sera pleinement respect.
Aux autorits judiciaires hatiennes Sassurer que Jean-Claude Duvalier bnficiera dun procs quitable, conformment aux normes internationales.
la communaut internationale et aux tats donateurs Soutenir publiquement la tentative dHati dassumer ses obligations internationales en enqutant et en poursuivant Jean-Claude Duvalier. Apporter un soutien technique et financier au systme judiciaire hatien afin de lui permettre de mener bien lenqute et les poursuites judiciaires contre Duvalier, travers notamment : o Laffectation temporaire dexperts expriments en matire denqute et de poursuites judicaires sur des affaires complexes, afin quils collaborent avec les magistrats et enquteurs hatiens. o Lintgration du soutien apport cette procdure complexe aux programmes existants en matire dtat de droit. Aider le gouvernement hatien rassembler les lments de preuve relatifs cette affaire en mettant la disposition de la justice tout tlgramme diplomatique ou autre pice conviction pertinente dans le cadre des poursuites intentes contre Jean-Claude Duvalier, y
compris des lments dinformation susceptibles de dmontrer que la communaut internationale avait mis Duvalier en garde concernant les crimes commis en Hati.
propos de la mthodologie adopte
Ce rapport est bas sur une recherche approfondie dans les archives et sur des entretiens conduits loccasion de deux missions effectues en Hati par Human Rights Watch, en fvrier et en mars 2011. Certaines recherches ont aussi t effectues dans les archives de la Bibliothque du Congrs, Washington (tats-Unis). Human Rights Watch a rencontr des responsables gouvernementaux avec lesquels nous avons voqu la situation des poursuites judiciaires en question. Nous avons galement eu des entretiens avec des organisations non gouvernementales locales, des avocats, des journalistes et des diplomates. Human Rights Watch a par ailleurs rencontr et interview plusieurs victimes ayant port plainte contre Duvalier devant la justice hatienne. Ce rapport doit beaucoup aux anciens rapports de Human Rights Watch (qui sappelait alors Americas Watch) et dAmnesty International, ainsi quau rapport publi en 1979 par la Commission interamricaine sur les droits de lhomme (CIDH).
II. Les violations des droits humains commises sous le rgime de Jean-Claude Duvalier
Quand Jean-Claude est arriv au pouvoir, je nai pas t libr [] au contraire, nos conditions de dtention, de mon frre et moi-mme, ont empir. Mon frre est dcd en 1972, au Pnitencier national, des suites des mauvais traitements quil avait reus. Mon incarcration a dur huit ans, dont six sous le rgne de Jean-Claude.1
Jean, prisonnier politique arrt sans motif le 23 septembre 1969 et libr le 18 fvrier 1977, Port-au-Prince, Hati, 17 mars 2011.
Durant les quinze annes de prsidence de Jean-Claude Duvalier, des crimes et violations des droits humains grande chelle ont t commis par son gouvernement. Il existe des lments de preuve substantiels indiquant que ces violations ont commises par des soldats, des policiers et des membres des groupes paramilitaires placs sous lautorit de facto et de jure de Duvalier. Dans certains cas, des lments de preuve indiquent mme que ces hommes agissaient sur l es ordres directs de Duvalier. Tout au long de ce rgne de quinze annes, des organisations de dfense des droits humains, des responsables politiques trangers, des gouvernements donateurs, des diplomates, ainsi que la Commission interamricaine des droits de lhomme ont exprim leurs inquitudes concernant ces crimes. Duvalier a ainsi t mis en garde et inform que des violations graves des droits humains taient commises sous son autorit. Jean-Claude Duvalier arriva au pouvoir en 1971, lge de 19 ans. Il succdait alors son propre pre en tant que Prsident vie. Selon des responsables de lambassade amricaine, son pre, Franois Papa Doc Duvalier (qui sera dsign sous le terme Duvalier pre dans la suite de ce rapport), a excut des centaines de personnes, emprisonn des centaines dautres et contraint des milliers dhatiens lexil pendant la priode o il dirigea le pays dune poigne de fer .2 Jean-Claude Duvalier hrita de son pre ce rgime brutal. Son rgne de quinze ans (de 1971 1986) fut marqu par de graves violations des droits humains contre ses adversaires et dtracteurs membres des partis dopposition, syndicalistes, journalistes indpendants, universitaires et militants des droits humains et se caractrisa par labsence de liberts fondamentales.
Human Rights Watch, entretien avec Jean [nom cach pour sa protection], Port-au-Prince, Hati, 17 mars 2011.
Tlgramme de lambassade amricaine en Hati au Dpartement dtat, Les perspectives de la politique amricaine envers Hati ( Perspectives on US policy Toward Haiti ), 14 aot 1972, dclassifi le 4 septembre 2008, para. 2.
La communaut internationale esprait, dans un premier temps, que le gouvernement de Jean-Claude Duvalier savrerait moins brutal que celui de son pre. Lambassadeur des tats-Unis en Hati lpoque de lavnement de Jean-Claude Duvalier, Clinton Knox, avait mis lespoir que le nouveau rgime soriente, de manire gnrale, vers une certaine libralisation .3 En amliorant ainsi son image, le nouveau gouvernement chercha revigorer le flux de laide internationale, qui stait rduit progressivement, et avait mme disparu par moments, sous le gouvernement de Franois Duvalier. Le Secrtaire dtat la Dfense et lIntrieur, Luckner Cambronne, avait galement cherch convaincre les tatsUnis des bonnes intentions de Duvalier. Lors dune runion avec Knox, Cambronne indiqua que le bilan [du gouvernement dHati] pendant la premire anne en fonction de JeanClaude est favorable et donne droit ce pays bnficier de laide trangre .4 Toutefois, lambassadeur avertit quil restait un risque que [l]es attentes [de la population] atteignent un niveau o le gouvernement se sentirait menac et contraint dadopter des mesures rpressives pour maintenir la situation sous contrle.5 Malgr lespoir de la communaut internationale davoir affaire avec un gouvernement moins rpressif, ltendue des abus demeura globalement inchange. Comme son pre avant lui, Duvalier sappuya sur un large dispositif de forces de scurit pour asseoir son contrle sur la population travers des arrestations arbitraires qui conduisirent souvent des dtentions prolonges, lors desquelles les prisonniers taient dtenus secrtement, des disparitions forces , des actes de torture et des excutions extrajudiciaires. Sous le rgne de Jean-Claude Duvalier, des centaines dhatiens furent ainsi victimes dexcutions extrajudiciaires ou prirent sous la torture ou des suites de conditions de dtention inhumaines.6 Beaucoup dautres furent contraints de fuir le pays, alimentant les rangs de la diaspora hatienne, qui avait commenc grossir sous Duvalier pre. En tant que Prsident vie , Jean-Claude Duvalier cumulait les fonctions de chef dtat, de chef du gouvernement et de commandant en chef des forces armes et de la police.7 Un
Tlgramme de lambassade amricaine en Hati au Secrtaire dtat amricain, Les 90 premiers jours du nouveau Duvalirisme , ( First Ninety Days of the New Duvalierism ), juillet 1971, dclassifi le 4 septembre 2008, para. 2.
Tlgramme de lambassade amricaine en Hati au Secrtaire dtat amricain, Entrevue avec le Prsident Duvalier , ( Meeting with President Duvalier ), mai 1972, dclassifi le 4 septembre 2008, para. 3.
Tlgramme de lambassade amricaine en Hati au Secrtaire dtat amricain, Les 90 premiers jours du nouveau Duvalirisme , ( First Ninety Days of the New Duvalierism ), para. 10. Voir, par exemple, les cas de 151 dcs allgus qui seraient survenus Fort Dimanche entre 1974 et1977, dans Commission interamricaine des droits de lhomme, Rapport sur la situation des droits de lhomme en Hati ( Report on the Situation of Human Rights in Haiti ), 13 dcembre 1979, http://www.cidh.oas.org/countryrep/Haiti79eng/toc.htm (consulte le 2 fvrier 2011), ch. 4. Voir la Constitution de la Rpublique dHati, 1964, articles 188-192 ; voir aussi Les lments qui affectent les relations des tats-Unis avec Hati en matire diplomatique et daide ( Factors Affecting US Diplomatic and Assistance Relations with
rapport du snateur amricain Edward Brooke, faisant suite une de ses visites en Hati en 1977, conclut que [le] pouvoir est concentr entre les mains du Prsident Duvalier et dune petite garde du palais .8 Duvalier exera notamment le commandement du rseau dorganisations militaires et paramilitaires qui se livrrent des violations graves et grande chelle des droits humains, dont des arrestations arbitraires, des actes de torture, des disparitions et des excutions extrajudiciaires. Lappareil de scurit plac sous son commandement comprenait plusieurs units imbriques et aux attributions contradictoires.9 Au sein de larme, il existait cinq units spciales: la Garde prsidentielle, le Corps des Lopards (une unit contre-insurrectionnelle), la police militaire de Port-au-Prince (qui comprenait une police secrte), le bataillon Dessalines et une unit au Pnitencier national.10 Selon lambassade amricaine, chacune de ces units spciales prenait directement ses ordres du Prsident .11 Par ailleurs, six dpartements gographiques militaires taient placs sous la supervision du chef dtat-major, qui tait directement subordonn au Prsident en matire doprations .12 La police tait subordonne larme. Les chefs de section , qui supplaient la police, contrlaient les zones rurales dHati, o vivaient la plupart des habitants. Duvalier contrlait en outre une force paramilitaire de 5 000 7 000 hommes, cense faire contrepoids larme : les Volontaires de la Scurit Nationale (VSN). Il prtendit dabord avoir dissous la milice cre par son pre, dont les membres taient connus sous le nom de Tontons Macoutes, qui taient responsables des entorses ltat de droit, travers des excutions extrajudiciaires, des actes de torture, des arrestations arbitraires, la dtention prolonge et autres violations des droits de lhomme .13 En ralit, Duvalier a reconstitu
Haiti ), rapport soumis par le snateur Edward W. Brooke au Congrs amricain, Commission des Finances du Snat, novembre 1977, p. 35. Power is concentrated in the hands of President Duvalier and a small palace guard. Citation extradite du rapport Les lments qui affectent les relations des tats-Unis avec Hati en matire diplomatique et daide ( Factors Affecting US Diplomatic and Assistance Relations with Haiti ), p. 9. Pour une description plus approfondie de lappareil scuritaire sous Duvalier, voir la Coalition nationale pour les rfugis hatiens, Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), Comit des juristes pour les droits de lhomme, Hati : droits nis , ( Haiti : Rights Denied ), Human Rights Watch, New York, 1985.
Voir la description des forces armes hatiennes ralise par lambassade amricaine en Les lments qui affectent les relations des tats-Unis avec Hati en matire diplomatique et daide ( Factors Affecting US Diplomatic and Assistance Relations with Haiti ), p. 35. Ibid. [took] orders directly from the president . Ibid. directly subordinate to the President for operations .
Comit des juristes pour les droits de lhomme, Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), Ligue internationale des droits de lhomme, Hati : rapport sur une mission des droits de lhomme , ( Haiti : Report of a Human Rights Mission ), Human Rights Watch, New York, 1983.
formellement cette milice travers les VSN14 et, en1983, Human Rights Watch (qui sappelait alors Americas Watch) dcouvrit que les Tontons Macoutes continuaient de violer les droits humains en Hati.15 Toutefois, la force de scurit la plus redoute sous le rgime de Duvalier tait la police civile secrte : le Service dtectif (SD). Bas dans lenceinte du palais prsidentiel, la caserne Dessalines, le SD tait plac sous le commandement du chef de la police de Portau-Prince, qui appartenait par ailleurs larme, et qui tait en charge de la dtention et des interrogatoires de toutes les personnes souponnes de crimes politiques.16 Les crimes politiques taient rprims par une loi anti-communiste datant de 1969, en vertu de laquelle toute activit communiste tait dclare illgale et tous les terroristes dclars hors-la-loi. Toutefois, cette loi sabstenait de dfinir ces termes, permettant ainsi au gouvernement den faire un usage slectif contre ses dtracteurs.17 Cette loi sanctionnait lexpression ou exposition de certaines ides, mme en priv.18 Les individus dtenus en vertu de cette loi taient considrs comme des prisonniers politiques mais, en pratique, tandis que le gouvernement de Duvalier utilisait cette loi comme une excuse pour les placer en dtention, ces derniers ntaient que trs rarement inculps de faon officielle; ils taient en effet privs de tout contact avec lextrieur et dpourvus du moindre recours judiciaire.19 En 1984, le gouvernement de Duvalier adopta une loi interdisant tous les groupes qui se
Coalition nationale pour les rfugis hatiens, Americas Watch, Comit des juristes pour les droits de lhomme, Hati : droits nis , ( Haiti : Rights Denied ).
Comit des juristes pour les droits de lhomme, Americas Watch, Ligue internationale des droits de lhomme, Hati : rapport sur une mission des droits de lhomme , ( Haiti : Report of a Human Rights Mission ).
Loi Anti-Communiste , in Le Moniteur, 28 avril 1969. Larticle 1 de la loi stipule : Sont dclars crimes contre la sret de ltat les activits communistes sous quelque forme que ce soit . Dans son article 2, la loi prvoit que tous ceux qui, un titre quelconque , auront prt assistance aux auteurs de ces crimes seront dclars coupables des mmes crimes . Par ailleurs, les individus poursuivis conformment aux articles 1 et 2 de la prsente loi seront jugs par une Cour Martiale Militaire permanente (article 3). Seront punis de la peine de mort les auteurs et complices des crimes ci-dessus prvus (article 4). Pour lire le texte intgral de la loi, cf. Commission interamricaine sur les droits de lhomme, Rapport sur la situation des droits de lhomme en Hati ( Report on the Situation of Human Rights in Haiti ), 13 dcembre 1979, http://www.cidh.oas.org/countryrep/Haiti79eng/toc.htm (consulte le 2 fvrier 2011), ch. 4.
Voir, par exemple, Amnesty International, Rapport annuel dAmnesty International, 1977 , ( Amnesty International Annual Report, 1977 ), https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=explorer&chrome=true&srcid=0B8cCCGjZffqhZTVkYzJkN2MtZjgxZi00ZjNiLWE1MG YtZGY2YTkxY2E3MzI1&hl=en (consult le 31 mars 2011).
dfinissaient comme des partis politiques et fournit aux forces de scurit de nouveaux motifs pour arrter et dtenir des prisonniers pour leurs convictions politiques.20 Depuis la cration [des Tontons Macoutes], cette zone est devenue un abattoir dtres humains. Les abus qui y ont [t] perptrs ne peuvent tre numrs.21
- 32 citoyens de Galette Potonier, dans une lettre adresse Duvalier, Galette Potonier, Hati, dcembre, 1975.
Rendre compte des violations des droits humains commises sous le gouvernement de Duvalier est une tche difficile.22 La plupart des violences commises quotidiennement par le gouvernement Duvalier hors de la capitale se sont droules labri des regards de la communaut internationale et des dfenseurs des droits humains qui intervenaient en Hati, tant donn que seulement huit villes bnficiaient du rseau tlphonique et que peu de routes taient praticables toute lanne.23 Nanmoins, linformation parvint circuler, permettant de dresser un large ventail des violations des droits humains dont les manifestations les plus notables concernaient le recours un rseau de prisons o taient retenus, dans des conditions dplorables, les prisonniers politiques, lusage de la torture contre les prisonniers politiques, le recours rgulier aux disparitions forces et une rpression systmatique de la libert de la presse et de lopposition politique.
a) Les prisonniers politiques et le Triangle de la mort
Il est important de comprendre que les prisonniers de Fort Dimanche ne mouraient pas seulement en raison des mauvaises conditions de dtention, mais que ces personnes taient condamnes une mort lente pour cause de faim, de maladies ou de dysenterie.24
Patrick Lemoine, prisonnier politique, arrt sans motif le 19 dcembre 1971 et libr le 21 septembre 1977, New York.
Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), Committee to Protect Journalists, Journalistes en pril : la ralit hatienne , ( Journalists in Jeopardy: the Haitian Reality ), Human Rights Watch, New York, octobre 1984.
Amnesty International, La situation en Hati , ( The Situation in Haiti ), 20 avril 1976, citant Lettre ouverte au Prsident , ( Open letter to the President ) in Le Petit Samedi Soir, dcembre 1975, Since [the Tontons Macoutes] existence, this zone has become a human slaughterhouse. The abuses that have [been] perpetrated there cannot be enumerated. Haiti Briefing Amnesty International, 1985, p. 1. Ibid.
Dclaration crite sous serment de Patrick Lemoine, dment signe, tat de New York, date inconnue, disponible dans les archives de Human Rights Watch. It is important to understand that prisoners did not just die of bad conditions at Fort Dimanche, rather persons were condemned to Fort Dimanche to slowly die of starvation, disease or diarrhea.
Le gouvernement de Duvalier dtint des centaines de prisonniers politiques, souvent pour plusieurs annes, grce un rseau de trois prisons cr par Duvalier pre : la Caserne Dessalines, situe dans lenceinte du palais prsidentiel, Fort Dimanche et le Pnitencier national. Ces trois prisons taient connues sous le nom de Triangle de la mort . En effet, sur la base des tmoignages danciens dtenus, Amnesty International a estim quun Hatien incarcr sur dix trouvait la mort durant les premiers jours de son incarcration en raison des conditions de dtention, des maladies, de la brutalit ambiante, de la torture et des excutions, , tandis que huit prisonniers sur dix ne pouvaient esprer survivre plus de deux ans.25 Duvalier eut recours au Triangle de la mort pour museler toute contestation politique. Les prisonniers politiques emprisonns du temps de Papa Doc demeurrent incarcrs au sein du rseau et de nouveaux prisonniers furent et entrrent dans le systme, parmi lesquels beaucoup disparurent ou furent victimes des conditions de dtention inhumaines.26 Ces prisonniers taient privs de tout recours au systme judiciaire et de tout contact avec leur famille. Certains de ceux qui survcurent restrent incarcrs pendant six ou sept ans sans quaucune inculpation ne leur ft notifie.27 Et un prisonnier au moins Claude Rosier passa onze annes dans le Triangle de la mort.28 Le plus souvent, Fort Dimanche servait de lieu de dtention pour les prisonniers politiques effectuant de longues peines. Cette prison devint tristement clbre pour ses conditions de dtentions inhumaines. Dans chaque cellule, denviron trois mtres sur trois, on entassa jusqu trente-trois prisonniers, chacun dentre eux disposant dun espace de seulement 30 centimtres.29 Les dtenus taient parfois contraints de dormir tour de rle, en rang, les uns contre les autres. Un rescap expliqua comment parfois, lorsque larrive dun nouveau dtenu portait leffectif de la cellule un nombre impair, celui-ci devait se serrer dans un coin. Faisant preuve dhumour noir, les prisonniers plaisantaient en expliquant quil suffisait
Amnesty International, La situation en Hati , ( The Situation in Haiti ); voir aussi Amnesty International, Rapport sur la situation des prisonniers politiques en Hati , ( Report on the Situation of Political Prisoners in Haiti ) 1973. Voir encore Dpartement dtat amricain, Rapport sur les droits humains du Dpartement dtat , ( State Department Human Rights Report ), 1978, citant Amnesty International, Amnesty International Report, 1975-1976 1976, en ce qui concerne laffirmation selon laquelleHati dtiendrait lun des taux de mortalit carcrale les plus importants au monde.
Voir, par exemple, la Commission interamricaine sur les droits de lhomme, Rapport sur la situation des droits de lhomme en Hati ( Report on the Situation of Human Rights in Haiti ).
Voir, par exemple, lentretien de Human Rights Watch avec Jean, Port-au-Prince, 17 mars 2011 ; voir aussi Patrick Lemoine, Pour une description du supplice endur par Claude Rosier, voir Claude A. Rosier, Le Triangle de la mort, journal dun
Fort Dimanche, Fort La Morte, ditions du CIDIHCA, Port-au-Prince, 1996.
prisonnier politique, Imprimerie Henri Deschampts, Port-au-Prince, 2003.
Commission interamricaine sur les droits de lhomme, Rapport sur la situation des droits de lhomme en Hati ( Report on the Situation of Human Rights in Haiti )
dattendre quelques jours pour rgler le problme car la mort de lun dentre eux permettrait de revenir leffectif normal.30 De plus, les prisonniers taient sous-aliments, lun dentre eux estimant que la ration quotidienne quils recevaient reprsentait peine un peu plus de 300 calories par jour.31 Lorsquil arrivait que des prisonniers soient librs, leur poids leur sortie ntait quune fraction de celui quils pesaient au moment de leur incarcration Fort Dimanche.32 Par ailleurs, Les installations sanitaires taient quasi inexistantes, permettant aux maladies contagieuses de se rpandre facilement parmi les prisonniers, qui partageaient le plus souvent la mme assiette et le mme verre ; seulement quelques 18 verres, approximativement, servaient une population de 195 prisonniers.33 Il arrivait parfois quun cadavre demeure dans la cellule plusieurs heures aprs sa mort, jusqu ce que le gardien daigne autoriser son retrait. Dautres fois, les prisonniers furent contraints de manger leur maigre repas au-dessus du corps dun codtenu qui venait de mourir. On enroulait alors le dfunt dans la mince paillasse qui lui servait de lit, et les prisonniers le transportaient jusqu la parcelle de terre o les prisonniers de droit commun lenterraient sous une mince couche de terre. Il arrivait parfois que les chiens dvorent sa dpouille.34
- Tmoignage dun prisonnier politique devant la Commission Interamricaine sur les droits de
lhomme, transmis au gouvernement hatien le 11 septembre 1978.
Un seul mdecin, le Dr Trevn, avait la responsabilit dapporter des soins mdicaux aux prisonniers, mais ses visites se limitaient deux ou trois par an.35 Les prisonniers dcdaient de tuberculose pulmonaire, de diarrhes, de dysenterie et dautres maladies qui
Human Rights Watch, entretien avec Boby Duval, prisonnier politique arrt le 20 avril 1976 et libr loccasion de lamnistie du 21 septembre 1997, Port-au-Prince, 8 fvrier 2011.
Human Rights Watch, entretien avec Boby Duval, Port-au-Prince, 17 mars 2011.
Voir Human Rights Watch, entretien avec Boby Duval, Port-au-Prince, 8 fvrier 2011. When I left Fort Dimanche, I weighed less than 100 pounds ( Lorsque jai quitt Fort Dimanche, je pesais moins de 45 kilos) Voir aussi la dclaration crite sous serment de Patrick Lemoine, dment signe, tat de New York, date inconnue, disponible dans les archives de Human Rights Watch (dans laquelle il dclare : Javais perdu prs de 45 kg, je pesais peine 41 kg ). Commission interamricaine sur les droits de lhomme, Rapport sur la situation des droits de lhomme en Hati ( Report on the Situation of Human Rights in Haiti ).
auraient pu tre vites. Boby Duval, un ancien prisonnier qui, en 1977, fut secrtement dtenu pendant prs de 9 mois, recensa 180 dcs de prisonniers pendant sa dtention.36 En 1977, sous la pression exerce par ltranger afin quil mette de lordre dans son bilan en matire de droits humains, Duvalier dclara, dans un discours prononc loccasion du Nouvel An, que la protection des droits humains ne doit pas enfreindre le respect de la souverainet, et encore moins servir de tremplin des manuvres politiciennes .37 Imperturbable, ladministration du Prsident amricain Jimmy Carter entreprit de faire pression sur le gouvernement hatien pour le contraindre amliorer son bilan. Assailli par les tlgrammes et les messages de ressortissants hatiens propos des violations des droits humains, et notamment des conditions dincarcration des prisonniers politiques,38 lambassadeur auprs des Nations unies, Andrew Young, transmit en Hati, en aot 1977, un message du Prsident Carter portant sur le respect des doits de lhomme. Lors dune confrence de presse, il fit savoir que lemprisonnement des opposants politiques et le recours la brutalit, ne contribuaient pas la croissance et au dveloppement dun pays mais plutt, en dernier lieu, sa chute .39 Ultrieurement, au cours dune visite, il ritra ce message au cours dun entretien en tte tte avec Duvalier. De plus, Young arriva en Hati avec une liste de vingt et un prisonniers politiques.40 Selon lui, Duvalier lui promit quil diligenterait une enqute propos de chacun de ces cas afin de savoir si la personne devait tre juge immdiatement ou relche.41 Duvalier aurait galement donn son accord pour quune dlgation de la Commission Interamricaine sur les droits de lhomme puisse effectuer une visite en Hati afin de rtablir lhabeas corpus et de limiter la dure de dtention sans audition judiciaire aux 48 heures officiellement autorises par la Constitution.42 En priv, les tats-Unis considraient que Duvalier [navait] pas lintention dintroduire la moindre rforme significative, pas plus quil ne [comptait] sabstenir davoir recours aux arrestations ou aux menaces darrestation pour carter les
Human Rights Watch, entretien avec Boby Duval, Port-au-Prince, 17 mars 2011. Le Prsident vie de la Rpublique dresse le bilan de laction gouvernementale , Le Nouvelliste, 3 janvier 1977. Young rprimande les Hatiens , ( Young lectures Haitians ), Knight News Service, 16 aot 1977.
Kathleen Teltsch, Young incite le Prsident hatien voluer en matire de droits humains ) ( Young encourages the Haitian President to improve human rights protections ), The New York Times, 16 aot 1977 ; le discours intgral en franais est disponible in La dclaration de lambassadeur Young la confrence de presse du 15 aot , Le Nouvelliste, 1er aot 1977.
Young rprimande les Hatiens , ( Young lectures Haitians ), Knight News Service.
Timothy McNulty, Duvalier affirme quHati autorisera une inspection sur les droits humains , ( Duvalier says Haiti will allow rights inspection ), Chicago Tribune, 16 aot 1977. Bureau of Intelligence and Research Current Reports, Lambassadeur Young en Haiti , ( Ambassador Young in Haitil ), 18 aot 1977, dclass le 25 avril 2005.
personnes quil [considrait] comme des menaces politiques .43 Les services de renseignement amricains indiqurent alors que le gouvernement hatien ne [sopposerait] pas une visite de la Commission interamricaine des droits de lhomme car il [estimait] que tout problme ou violation en matire de droits humains [tait] susceptible dtre dissimul .44 Le 21 septembre 1977, Duvalier libra 104 prisonniers politiques, au moment mme o Hati signait officiellement la Convention amricaine sur les droits de lhomme.45 Le jour suivant, loccasion dun discours, il dclara quil ne restait plus aucun prisonnier politique sur tout le territoire hatien.46 Duvalier dclara quil avait dcid de librer ces prisonniers de sa propre volont, et que personne ne le lui avait demand.47 Selon lambassade amricaine Port-auPrince, le sort des personnes portes disparues demeure inconnu.48 En effet, Amnesty International senquit rapidement du sort des prisonniers hatiens que lon savait toujours dtenus, comme Rochambeau Nestor, Ceres Daccueil et Luc Deslmours.49 Cette exprience a chang ma vie. Jamais plus on ne peut tre la mme personne aprs cela. Tout ce que lon fait est conditionn par ce moment. Je ne suis jamais parvenu le dpasser. Ce fut une exprience pouvantable.50
Boby Duval, prisonnier politique arrt le 20 avril 1976 et libr dans le cadre de lamnistie du 21 septembre 1977, Port-au-Prince, Hati, 17 mars 2011.
Mmorandum lattention du Dr Brzezinski depuis la Salle de situation , ( Memorandum for Dr. Brzezinski from the Situation Room ), 8 septembre 1977, dclassifi le 31 mars 2005.
IHaitian [sic] goverronent [sic] will not oppose a visit by the Inter-American Commission on Human Rights because it feels that any violations of human rights or problems in that reiard [sic] can be hidden. , Memorandum for Zbigniew Brzenzinksi from North-South , Conseil de scurit nationale, 12 septembre 1977, dclassifi le 30 avril 2008. Une autre note dinformation adresse Brzezinski cite une source non identifie qui prtend que nous dissimulerons ce qui doit tre dissimul . Voir; Mmorandum lattention du Dr Brzezinski depuis la Salle de situation , ( Memorandum for Dr. Brzezinski from the Situation Room ). Note dinformation de la Direction du renseignement de la CIA, Significant Developments Related to IHB US Stand on Human Rights (23-29 September 1977) , dclassifi le 30 avril 2008.
Lallocution en crole du Prsident vie de la Rpublique , Le Nouvelliste, 24-25 septembre 1977. Loriginal en crole hatien non standard : Jodi matin an, 22 septembre, aa nan poinyoun sel grain prisonier politicenc, nan prison sou la t dHati. C pas psonne qui mandmf li. C volont pam qui decidl.
Note dinformation de la Direction du renseignement de la CIA, Significant Developments Related to IHB US Stand on Human Rights (23-29 September 1977) . Voir aussi Direction du renseignement, Significant Developments Related to US Stand on Human Rights (September 16-22, 1977) , septembre 1977, dclassifi le 30 avril 2008.
Amnesty International, Lettre dinformation dAmnesty International ,( Amnesty International Newsletter ), juin 1978, volume VIII, numro 6 ; voir aussi ; Un groupe demande ce que sont devenus les prisonniers hatiens , ( Group Questions Fate of Haitian Prisoners )Agence France-Presse, 18 octobre 1977. Human Rights Watch, entretien avec Boby Duval, Port-au-Prince, 17 mars 2011.
Aprs la vague de librations de 1977, le gouvernement annona la fermeture de Fort Dimanche sur ordre de Duvalier,51 alors mme que la Commission interamricaine sur les droits de lhomme continuait recevoir des dnonciations selon lesquelles la prison de Fort Dimanche tait toujours en service.52 Des prisonniers politiques continurent en effet dtre dtenus par le gouvernement Duvalier. Toutefois, les motifs dincarcration au cours des annes suivantes furent davantage cibls sur la rpression de la presse indpendante qui commenait merger, et sur les mouvements politiques dopposition.
b) Disparitions et assassinats politiques
Les rudes conditions de dtention dans le Triangle de la mort entrana la mort de beaucoup de prisonniers et, mme aprs leur dcs, leur sort restait souvent inconnu des membres de leur famille. Pour de nombreuses familles dont les proches ne figuraient pas sur la liste de prisonniers rendue publique par Duvalier en septembre 1977, cette annonce confirma clairement quils demeureraient introuvables. Tandis que de nombreux prisonniers mourraient des suites de ces mauvaises conditions Fort Dimanche ou dans les autres centres de dtentions du Triangle de la mort, dautres faisaient lobjet dexcutions sommaires. Parmi les excutions connues figurent celle de onze prisonniers Fort Dimanche, le 7 aot 1974, et celle de sept personnes tues le 25 mars 1976.53 Des excutions sommaires se seraient mme droules alors que Duvalier stait publiquement engag respecter les droits humains. Ainsi, huit prisonniers auraient t excuts Morne Christophe et Titanyen le 21 septembre 1977, le jour mme o les 104 prisonniers taient librs.54 Les disparitions de prisonniers politiques continurent durant les annes de dclin du rgime de Duvalier. Par exemple, Human Rights Watch (alors Americas Watch) interviewa les membres de la famille de deux personnes Meres Briole et Joseph Pardorany disparues aprs leur arrestation, le 9 septembre 1983.55 Lorsque Human Rights Watch
Commission interamricaine sur les droits de lhomme, Rapport sur la situation des droits de lhomme en Hati ( Report on the Situation of Human Rights in Haiti ).
Bernard Diederich, Le Prix du Sang (tome II), Jean-Claude Duvalier : 1971-1986 : LHritier, (Port-au-Prince, Imprimerie Henri Deschampts, 2011) p. 151, citant une lettre de la Commission interamricaine sur les droits de lhomme au gouvernement hatien, date du 27 dcembre 1978. Le courrier original nest pas disponible. Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), Hati : les droits humains sous la coupe dune dictature hrditaire , ( Haiti : Human Rights Under Hereditary Dictatorship ), Human Rights Watch, New York, octobre 1985, p. 28.
demanda des comptes propos de ces disparitions des reprsentants gouvernementaux devant la Commission nationale hatienne pour les droits de lhomme, ils lui rpondirent quelles navaient jamais exist et que leurs identits avaient t cres de toutes pices par des lments subversifs.56 Les assassinats politiques redoublrent dintensit dans les derniers mois du rgime. Le meurtre de quatre tudiants lors dune manifestation pacifique aux Gonaves, le 28 novembre 1985, indigna profondment la population, donnant naissance un mouvement dont lambition tait de faire tomber le gouvernement Duvalier.57 Cette tuerie dclencha une vague de protestation travers tout le pays, laquelle le gouvernement rpondit par la force, entranant une condamnation lchelle internationale et conduisant les tats-Unis retirer leur aide Hati.58 Le 31 janvier 1986, Duvalier dclara ltat de sige59 et lcha les Tontons Macoutes (la force paramilitaire des VSN) dans le but de terroriser la population.60 Selon Michael S. Hooper, sans doutes le principal expert en matire de droits humains sous le rgne de Duvalier, les Tontons Macoutes turent des centaines de personnes durant les derniers jours du gouvernement Duvalier.61 Human Rights Watch fit tat dau moins six personnes abattues par un Tonton Macoute les 5 et 6 fvrier 1986, Bel Air, dans les environs de Port-au-Prince.62 Au cours de ces journes, des tombes rcemment creuses furent dcouvertes sur un site situ prs du village de Bon Repos.63 Des habitants indiqurent des journalistes qui visitaient la zone au dbut du mois de fvrier 1986, que
Voir Joseph B. Treaster, Une vague de protestation balaie Hati : la rponse brutale du gouvernement mettrait en pril laide trangre venue des USA , ( Wave of Protests Sweeps Over Haiti : Harsh Government Response is Said to Be Jeopardizing Foreign Aid from the US ), The New York Times, 22 dcembre 1985.
Joseph B. Treaster, Les tats-Unis rduisent leur aide Hati, mettant en cause les violations des droits humains , ( US Acts to Reduce Aid to Haiti, Charging Human Rights Abuses ), The New York Times, 31 janvier 1986. Joseph B. Treaster, Duvalier instaure ltat de sige ; il conteste son viction , ( Duvalier Imposes a State of Siege ; Denies his ouster ) The New York Times, 1er fvrier 1986. James Brooke, Once More, Duvalier Lets Loose the Bogeyman , New York Times, 5 fvrier 1986.
Michael S. Hooper, Esq., La queue du singe est encore forte , ( The Monkey Tails Still Strong ), (North American Congress on Latin America ed., Haiti: Dangerous Crossroads (Boston: South End Press,1995). Michael S. Hooper, Esq. a exerc la fonction de directeur excutif de la Coalition nationale pour les rfugis hatiens, une des principales organisations hatiennes de dfense des droits humains, base aux tats-Unis, pendant les annes Duvalier. Il est lauteur de plus de dix rapports portant sur les droits humains, en particulier sur les conditions qui prvalaient en Hati sous Duvalier, y compris des rapports pour Human Rights Watch (Americas Watch) et pour le Lawyers Committee for International Human Rights. Le duvalirisme depuis Duvalier , ( Duvalierism Since Duvalier ), National Coalition for Haitian Refugees et Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), (New York: Human Rights Watch, 1986). Keith B. Richburg, Skulls and Charred Bones Litter a Mass Grave Site in Haiti ( Des crnes et des os carboniss jonchent le site dune fosse commune en Hati ), Washington Post, 4 fvrier 1986.
des camions staient rendus sur le site aprs les manifestations de rue contre le gouvernement Duvalier.64
La peau de mes fesses avait t arrache. Le sang coulait. Mais ils ntaient pas dgots. Au contraire, on aurait dit que la vue de mon sang les excitait. Quand jtais sur le point de mourir, ils me dtachaient et me tranaient vers une cellule sombre65.
Evans Paul, arrt le 16 octobre 1980 et libr le 26 octobre 1980.
Sous le rgime Duvalier, la torture tait monnaie courante. Dans le cadre des transferts de dtenus entre les diffrentes installations carcrales du Triangle de la mort, la Caserne Dessalines (une caserne de larme situe dans lenceinte du palais prsidentiel) faisait souvent office de premier lieu de dtention66. De nombreux prisonniers politiques y ont subi des interrogatoires et des actes de torture brutaux avant leur transfert vers Fort Dimanche67. Les soi-disant agents de la paix [les Tontons Macoutes] lui ont inflig un horrible traitement : le pauvre homme tait matraqu ; ils aimaient le rouer de coups lestomac avec un gourdin, le frapper dans les ctes. Outres des blessures ici ou l, des fractures la colonne vertbrale ont t constates, et le pauvre homme est dcd dans daffreuses souffrances le 4 novembre 8 heures du matin, la vue du public. Tout a parce quil navait pas ce quil fallait pour acheter sa libert.68
Trente-deux citoyens de Galette Potonier, dans une lettre adresse Duvalier, Galette Potonier, Hati, dcembre 1975.
Parmi les cas les plus connus figurent ceux de la torture de Sylvio Claude, t la suite de son arrestation en 1979, qui les forces de scurit infligrent des dcharges lectriques sur les
Ibid. Tmoignage dEvans Paul, 1985, disponible in Amnesty International, Haiti Briefing , mars 1985, pp. 7-8.
Ibid. Amnesty International, La situation en Hati , ( The Situation in Haiti ), citant la Lettre ouverte au Prsident , in Le
Petit Samedi Soir, dcembre 1975.
pieds ;69 et de Richard Brisson, la suite des rafles dactivistes du 28 novembre 1980.70 Peu de temps aprs ces rafles, Joseph Lafontant, avocat et secrtaire gnral de la Ligue hatienne des droits de lhomme, fut arrt de force et aurait t gravement tortur71. En novembre 1981, plusieurs membres de la Centrale autonome des travailleurs hatiens (CATH) et dautres travailleurs qui manifestaient sous les fentres du Palais de justice auraient galement t emmens la Caserne Dessalines pour y tre torturs.72 Les prisonniers ayant subi la torture relatent une mthode de torture similaire, appele djak en crole hatien : comme indiqu ci-dessus, les prisonniers avaient les mains attaches derrire les jambes, et un bton ou une barre tait alors introduit entre leurs jambes et leurs bras73. Ainsi attachs, les prisonniers taient contraints de se tenir recroqueviller autour dun bton, et tandis quils taient dans cette position, ils taient frapps.74
d) Rpression de la presse et de la dissidence politique
travers son rseau complexe de forces militaires, paramilitaires et policires, dont le travail consistait rduire au silence toutes les voix indpendantes ou dopposition, le gouvernement de Duvalier restreignit svrement les liberts dassociation, de runion et
Amnesty International, Amnesty International Annual Report, 1981, 1981, https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=explorer&chrome=true&srcid=0B8cCCGjZffqhYmRiYjFhMTItM2YwMS00MDEzLWI5 MjctNzJjZjk0MjBiODRh&hl=en (consulte le 31 mars 2011).
Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas) et le Comit des juristes pour les droits de lhomme, lection de 1984 : le style Duvalier , ( Election 1984 : Duvalier Style ), Human Rights Watch, New York, 1984, http://www.hrw.org/en/reports/1984/03/31/election-1984-duvalier-style. Voir aussi Amnesty International, Hati : Violations des droits humains, octobre 1980-octobre 1981, ( Haiti : Human Rights Violations, October 1980-October 1981 ), 1981, https://docs.google.com/leaf?id=0B8cCCGjZffqhMzAwMGE3NGEtZTUzOC00OGUwLThkNDItZTljNmJhNTc3N2Jk&sort=name&layout =list&pid=0B8cCCGjZffqhMDYwODcyYTgtMGJhYy00MTY4LTlmMzktODZhM2I5MjkxZDcz&cindex=5 (consulte le 31 mars 2011).
Hati : Violations des droits humains, octobre 1980-octobre 1981, ( Haiti : Human Rights Violations, October 1980October 1981 ) ; voir aussi Karen Payne, Quatre Hatiens exil racontent les passages tabac subis par leurs collgues , ( 4 exiled Haitians tell here of beatings of jailed colleagues ) The Miami News, 3 dcembre 1980 (on peut y lire que les Hatiens exils ont dit que Joseph tait srieusement battu, et quon pouvait lentendre gmir dans sa cellule ). Hati : Violations des droits humains, octobre 1980-octobre 1981, ( Haiti : Human Rights Violations, October 1980October 1981 ). Voir, par exemple, le tmoignage dEvans Paul, en Amnesty International, Hati : Violations des droits humains, octobre 1980-octobre 1981, ( Haiti : Human Rights Violations, October 1980-October 1981 ) , pp. 7-8 ; Amnesty International, Amnesty International Annual Report, 1986 , 1986, https://docs.google.com/leaf?id=0B8cCCGjZffqhMzk4ZTlkMzAtYjNhMS00OTEyLWE2NzItMmExMDBjMjAwOTgy&sort=name&l ayout=list&pid=0B8cCCGjZffqhNmY4ZTA2OGQtMjYzZS00MTcyLWI2NzItZmY2ZjAwYzNlZDA1&cindex=13 (consulte le 21 mars 2011) ; Amnesty International, Amnesty International Annual Report, 1983 , 1983, https://docs.google.com/leaf?id=0B8cCCGjZffqhZTU0ZGY3MGMtZDUxYS00ZDY4LWEyMzItOWI0MWRlODE2ZTdh&sort=name &layout=list&pid=0B8cCCGjZffqhNmY4ZTA2OGQtMjYzZS00MTcyLWI2NzItZmY2ZjAwYzNlZDA1&cindex=11 (la torture de Grard Duclerville) (consult le 21 mars 2011) ; Amnesty International, Amnesty International Annual Report, 1981 (une forme de torture utilise dans les lieux de dtention, selon le tmoignage dun ancien Tonton Macoute) ; et Amnesty International, La torture dans les annes 1980 : une tude mondiale , ( Torture in the 80s : Global Survey ), 1983.
Voir, par exemple, le tmoignage dEvans Paul, Amnesty International, Hati : Violations des droits humains, octobre 1980octobre 1981, ( Haiti : Human Rights Violations, October 1980-October 1981 ). pp. 7-8.
dexpression. De manire rpte, le gouvernement fit fermer des journaux et des stations de radio indpendants. Des journalistes furent passs tabac, emprisonns et contraints de quitter le pays. En dpit des promesses de libralisation formules par Duvalier, lagression physique et larrestation, en dcembre 1977, de Bob Nuree, rdacteur en chef de lhebdomadaire dopposition Jeune Presse, dmontra que lvolution du gouvernement vers la libralisation ntait quillusoire.75 En septembre 1979, des journaux rapportrent que la terreur de Duvalier enserrait Hati, et que Duvalier avait lch ses Tontons Macoutes comme un avertissement tous .76 Au cours des trois premires semaines de septembre 1979, deux cents personnes ont t indiqus comme ayant t arrtes et la police secrte captura, passa tabac et emprisonna les responsables de partis politiques rcemment crs.77 Selon la presse, le gouvernement interdit aussi la presse et la radio, de plus en plus indpendantes, de rendre compte des arrestations et de tout autre grief propos des meurtres et de la brutalit des Macoutes travers le pays .78 Duvalier aurait par ailleurs appel les VSN, les lments de sa force paramilitaire, tre prts se battre pour dfendre son gouvernement.79 Dans un discours prononc le 22 septembre 1979, prononc loccasion de la commmoration du 22e anniversaire du rgime Duvalier, ce dernier dclara quil ne tolrerait aucune critique subversive.80 Le mme jour, il fit rfrence aux VSN comme sa premire ligne de dfense ,81 dclarant : Hommes et femmes de la milice, vous tes la cheville ouvrire de mon gouvernement, la force principale sur laquelle je me fonde moi-mme .82 Le 9 novembre 1979, proccupe par la nouvelle rhtorique de Duvalier, la Ligue hatienne des droits de lhomme organisa une runion pour discuter de ltat des droits humains en
Haiti Paper Closed In Rights Protest The Hartford Courant, 16 dcembre 1977.
Greg Chamberlain, Hati sous lemprise de la terreur de Duvalier, ( Haiti in grip of Duvalier terror ), The Guardian, 21 septembre 1979. Ibid. Ibid. Ibid.
Jean-Claude Duvalier, Limportant discours du Prsident vie de la Rpublique loccasion du 22 septembre 1979 , 2 septembre 1979.
Virginia Hamill, Les tats-Unis protestent contre lattaque subie par un diplomate lors dune runion sur les droits de lhomme en Hati , ( US Protests Attack on Diplomat At Human Rights Meeting in Haiti ), The Washington Post, 11 novembre 1979.
Men and women of the militia, you are the linchpin of my government, the major force on which I base myself. Coalition nationale pour les rfugis hatiens, Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), Comit des juristes pour les droits de lhomme, Hati : droits nis , ( Haiti : Rights Denied ).
Hati.83 Dans ce quallait tre connu sous le nom de Vendredi noir , une unit des Tontons Macoutes84 arme de pistolets, de couteaux et de barres de fer85 et criant le nom de JeanClaude Duvalier 86 interrompit violemment la runion, sen prenant certains membres de lassistance, y compris des reprsentants des tats-Unis, de la France, du Canada et de lAllemagne de lOuest.87 Un dlgu politique amricain, Ints Silins, fut vivement gifl au visage.88 Le responsable de la Ligue des droits de lhomme, Grard Gourgue, ainsi que son pouse et sa fille, furent galement frapps. Georges Michel, journaliste Radio Mtropole, dut tre hospitalis pour blessures la tte.89 Un communiqu du gouvernement dplora ensuite lincident tout en niant y avoir t impliqu, et lattribua une bagarre entre les personnes prsentes () qui dcoule dopinions exprimes lors de remarques introductives et qui ntaient pas partages par le public .90 Au cours de ses dernires annes, le gouvernement Duvalier recourut de manire croissante la rpression afin de contenir la monte de lopposition et lmergence dune presse libre. En 1980, la loi sur la presse fut amende afin de prvoir des peines de 1 3 ans demprisonnement pour les membres de la presse coupable d offenser le chef de ltat ou la Premire Dame de la Rpublique de se livrer toute attaque contre lintgrit de la culture populaire .91 Cette loi imposait par ailleurs aux journalistes de se faire enregistrer auprs du ministre de lIntrieur, de soumettre 72 heures lavance toute publication la censure du ministre de lIntrieur. 92 Aprs la rafle du 28 novembre 1980, la rpression de la presse se poursuivi. En 1982, un prsentateur de Radio Mtropole fut contraint dinterrompre ses missions, tandis que des
Virginia Hamill, Les tats-Unis protestent contre lattaque subie par un diplomate lors dune runion sur les droits de lhomme en Hati , ( US Protests Attack on Diplomat At Human Rights Meeting in Haiti ). 84 Martin-Luc Bonnardot et Gilles Danroc, La Chute de la maison Duvalier, (Paris-Montreal : Karthala-CIDIHCA, 1989), p.309 85 Greg Chamberlain, Le renvoi de Duvalier , ( Duvalier Sacking ), The Guardian, 15 novembre 1979. Jo Thomas, Haitian Dissidents Fear Harsher Line: Attack on Rally Raises Questions Over Duvaliers Commitment to Liberalization Policy, The New York Times, 27 novembre 1979. 87 Virginia Hamill, Les tats-Unis protestent contre lattaque subie par un diplomate lors dune runion sur les droits de lhomme en Hati , ( US Protests Attack on Diplomat At Human Rights Meeting in Haiti ).
88 89 90 86 83
[U]ne rixe entre des assistants () la suite dopinions mises dans les propos dintroduction et que ne partageaient pas des membres de lauditoire. Martin-Luc Bonnardot et Gilles Danroc, La Chute de la maison Duvalier,, p. 309, citant DIAL, n 509, 17 janvier 1980. Voir aussi: Haitis shaky liberalization shows signs of retreat , The Sun, 10 fvrier 1980.
Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), Committee to Protect Journalists, Journalistes en pril : la ralit hatienne , ( Journalists in Jeopardy: the Haitian Reality ), citant Dcret de la Presse , Le Moniteur, 3 avril 1980.
Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), Committee to Protect Journalists, Journalistes en pril : la ralit hatienne , ( Journalists in Jeopardy: the Haitian Reality ), p. 3.
journalistes qui tentaient de produire une lettre dinformation politique furent arrts et interrogs, avant de recevoir une mise en garde leur conseillant dinterrompre leur initiative.93 En 1984, le ministre de lIntrieur, Roger Lafontant, diffusa un communiqu pour rappeler la presse quelle devait ncessairement obtenir une autorisation avant de crer une nouvelle publication, tout manquement aux procdures prvues par la loi sur la presse se traduisant par linterdiction de leur publication par le gouvernement.94 Malgr ces mises en garde, la presse seffora de continuer couvrir les meutes provoques par les pnuries alimentaires qui clatrent dans plusieurs villes en 1984.95 Mais des journalistes furent arrts, interrogs et, dans certains cas, torturs.96 Pierre Robert Auguste, rdacteur en chef dun journal local, subit un interrogatoire pendant 40 heures par la police, avant dtre pass tabac et quon ne lui brise les doigts, en prsence du ministre de lIntrieur et du chef de la police.97 la fin de 1984, environ trente-cinq intellectuels qui avaient pris position contre la corruption du gouvernement furent rafls puis emprisonns. Dtenus sans motif, ils furent finalement librs en avril 1985.98 Les conditions demprisonnement samliorrent lgrement aprs la priode o des dizaines de prisonniers trouvrent la mort Fort Dimanche. Un mdecin emprisonn fut frapp jusqu perdre conscience pour avoir tent de soigner un codtenu souffrant dune maladie gastro-intestinale.99
Ibid., pp. 5-6. Ibid., p. 6. Ibid. Ibid. Ibid., p. 23.
28 novembre 1980 : Duvalier et larrestation, la torture et le lexpulsion de journalistes et dactivistes
Les vnements du 28 novembre 1980, lorsque les forces de scurit arrtrent des centaines de journalistes et dopposants torturant plusieurs dentre eux , illustrent le rle personnel de Duvalier dans les crimes commis par son gouvernement. Sous Duvalier, une priode de libralisation permit le dveloppement dune forme de journalisme indpendant, de quelques partis dopposition et dune Ligue des droits de lhomme100 mais les signes annonciateurs dune vague de rpression commencrent tre perceptibles au dbut lautomne 1980, avec larrestation, le 13 octobre, de Sylvio Claude, responsable Parti dmocrate-chrtien,101 dAnthony Konpe-Filo Pascal, journaliste Radio Hati Inter, et larrestation ultrieure, le 16 octobre 1980, dEvans Paul, dramaturge et prsentateur sur Radio Cacique.102 En novembre 1980, llection de Ronald Reagan la Maison Blanche bouleversa les calculs politiques de Duvalier. La nuit de llection de Reagan, des coups de feu tirs par les Tontons Macoutes, qui ftaient lvnement, furent entendus dans tout Port-au-Prince.103 Les Duvalier organisrent une gigantesque fte pour clbrer la dfaite de Jimmy Carter.104 Un responsable amricain devait dclarer que les Hatiens se sont senti les mains libres lorsque Carter a perdu .105 Le 28 novembre 1980, Hati inaugurait la plus importante campagne de rpression de la contestation depuis la priode de Papa Doc, Franois Duvalier, prs dune dcennie [plus tt] .106 La journe dbuta par la disparition de plusieurs journalistes de Radio Hati Inter. Richard Brisson, le responsable des programmes de Radio Hati Inter, ne se prsenta pas son bureau et le responsable de la station, Jean Dominique, disparut aprs tre parti faire des courses.107 Radio Hati Inter
Aprs lvnement du 9 novembre 1979, Duvalier nommait Georges Salomon ministre des Affaires trangres, lequel allait crer un bureau pour les droits humains. Puis, en dcembre 1979, une commission de journalistes fut mise en place pour rformer le dispositif lgal particulirement strict impos la presse trois mois plus tt. Voir Karen De Young, En Hati, la bataille pour le contrle commence se faire jour : un certaine libralisation apparat tandis que Duvalier est confront des problmes , ( Haiti Battle for Control Begins to Surface : Some Liberalization Appears as Duvalier Faces Problems), Los Angeles Times, 9 octobre 1980.
Lettre adresse au Seor David Padilla, assistant du secrtaire excutif de la Commission Interamricaine sur les droits de lhomme, du Haitian Refugee Project, 2 dcembre 1980. Karen Payne, Un reporter hatien incarcr pour avoir dit la vrit , ( Haitian reporter jailed for telling the truth ) The Human Rights Watch, entretien avec Michle Montas, Port-au-Prince, 16 mars 2011.
Miami News, 18 novembre 1980.
Robert, Nancy et Michael Heinl, crit avec lesang : lhistoire du peuple hatien, 1492-1995, ( Written in Blood: the Story of the Haitian People, 1492-1995 ), University Press of America (Lanham, MD: University Press of America, 1997), pp. 677-678. Marlise Simons, Hati utilise laide trangre des fins politiques , ( Haiti Using Foreign Aid for Political Ends ), The
Washington Post, 21 dcembre 1980.
Lettre adresse au Seor David Padilla, assistant du secrtaire excutif de la Commission Interamricaine sur les droits de lhomme, du Haitian Refugee Project, 2 dcembre 1980.
Human Rights Watch, entretien avec Michle Montas, 16 mars 2011.
commena annoncer ces disparitions sur les ondes, demandant des informations propos de la localisation de Brisson et Dominique.108 En dbut daprs-midi, soudainement, les programmes de la station furent chambouls, lorsque des officiers en civil y firent une descente. Aprs la diffusion en boucle, pendant 30 minutes, dun programme prenregistr, la radio devint muette.109 Le seul son que lon pouvait alors entendre sur la frquence de Radio Hati Inter tait le petit bruit produit par une platine de disques qui tressautait. Les forces de scurit obligrent toutes les personnes prsentes la station monter dans plusieurs camionnettes avant des les emmener la Caserne Dessalines, dans lenceinte du palais prsidentiel.110 A la fin de la journe, entre cent et quatre cents dfenseurs des droits humains, de membres de partis dopposition et de journalistes furent arrts travers Port-au-Prince.111 Le mouvement dmocratique en Hati fut cras dun seul coup.112 Les conditions de dtention furent particulirement dures. Depuis leurs petites cellules, dpouills de leurs vtements, les dtenus communiquaient clandestinement entre eux, essayant de rassembler des informations sur ce qui se passait.113 Un par un, les dtenus furent appels pour tre interrogs par le chef de la police, le colonel Jean Valm, le major Emmanuel Orcel et le colonel Albert Pierre, mieux connu sous le nom de Ti Boul . Valm conduisit les interrogatoires.114 Alors quils attendent leur tour, les prisonniers entendaient les cris des autres dtenus, en train dtre torturs.115 Les prisonniers taient tenus au secret, sans aucun accs un avocat ni leurs familles.116
Vous devez vous souvenir qu lpoque, les tlphones portables nexistaient pas encore ; nous ne pouvions pas leur passer un coup de fil pour savoir o ils se trouvaient. Human Rights Watch, entretien avec Michle Montas, 16 mars 2011. Karen Payne, Hati met les journalistes et les dissidents en prison , ( Haiti Jails Journalists, Dissidents ), The Miami Human Rights Watch, entretien avec Michle Montas, 16 mars 2011.
News, 1er dcembre 1980.
Voir, par exemple, Comit des juristes pour les droits de lhomme, Rapport sur le procs, en aot 1981, et lappel, en novembre 1981, de 26 prvenus jugs pour motifs politiques en Hati , ( Report on the August 1981 Trial and November 1981 Appeal of 26 Political Defendants in Haiti ), mars 1982, enquteur priv ; et Lettre adresse au Seor David Padilla, assistant du secrtaire excutif de la Commission Interamricaine sur les droits de lhomme, du Haitian Refugee Project, , 2 dcembre 1980.
Les tats-Unis se disent inquiets suite larrestation dHatiens , ( US Concerned By Arrest of Haitians ), Atlanta Daily, 2 dcembre 1980. Un porte-parole du Dpartement dtat amricain a exprim de srieuses inquitudes propos des arrestations, dclarant que [les tats-Unis] considreraient toute tentative des autorits hatiennes de museler la libre expression dune opinion politique comme contradictoire avec les dclarations prcdentes du gouvernement hatien en faveur dun systme plus libral .
Ibid. Voir aussi Human Rights Watch, entretien tlphonique avec une victime, 31 mars 2011. Dans un livre contemporain consacr aux prisonniers politiques, Valm et Orcel sont dcrits comme conduisant lquipe anti-communiste, tandis que Pierre est, lui, dcrit comme un tueur sadique. Voir Regroupement des forces dmocratiques hatiennes, Prisonniers politiques en Hati, (Montral : RFDH 1977). Grgoire Eugne a racont au Chicago Tribune une conversation quil avait eue avec Valm aprs son arrestation, le 28 novembre 1980. Selon Eugne, Valm lui a expliqu que la raison pour laquelle il serait contraint lexil tait que [l]es trois derniers numros de [son priodique] Fraternit taient trop durs () [il avait contribu ] dissuader les gouvernements trangers amis dHati daider le peuple dHati. Bernard Nossiter, Visa de sortie pour le rdacteur en chef ( Editors passport Good only for exit ), Chicago Tribune, 7 dcembre 1980. Valm, Orcel et Pierre sont galement dsigns par Lucien Rigaud comme les personnes qui lont interrog en 1978 au quartier gnral du Service dtectif (SD) avant quil soit transfr au Pnitencier national. Voir Wendell Rawls, Jr, La terreur hatienne de Bb Doc ( Baby Docs Haitian Terror ), The New York Times Magazine, 15 mai 1978.
Le lendemain matin, le Ministre de lInformation publia un ditorial dans Le Nouveau Monde, sous le titre : Non, le complot ne passera pas . Il sagissait de mettre en garde les fauteurs de troubles sur le fait que lintrt national prvaudra .117 Le 30 novembre, le colonel Jean Valm fit, quant lui, une dclaration propos des arrestations, dans laquelle il annona le dmantlement dun vaste complot communiste : des agitateurs tant nationaux quinternationaux dobdience communiste lis des mdias se sont livrs depuis quelques mois des activits subversives tant la capitale que dans certaines villes de province en vue de crer un climat propice la perptration dactes terroristes et criminels Fidle sa mission dassurer la scurit des vies et des biens, la police de Port-au-Prince a effectu des rafles qui ont permis de dmanteler un rseau dagitateurs dont certains ont gagn la clandestinit 118 Dans un entretien accord plusieurs annes aprs les vnements, Valm aurait affirm que Duvalier lui avait dit de faire ce que vous voulez avec ces journalistes .119 Valm navait pas vraiment compris cet ordre et il avait cherch obtenir des prcisions auprs dHenri Bayard, ministre la Prsidence120. Bayard lui aurait alors dit de faire [son] boulot et de les arrter 121. Il aurait par ailleurs conseill Valm de ne pas sinquiter : sils nont rien fait, le Prsident les librera le lundi suivant. Le 4 dcembre, le journal progouvernemental Le Nouveau Monde consacra un gros titre clbrant les arrestations : Ils ont chou dans leur tentative criminelle, la Rvolution poursuit sa marche triomphale .122 Sous ce titre, un communiqu officiel annona le dmantlement dun rseau dagitateurs communistes .123 Un autre ditorial, manant du Ministre de lInformation de Duvalier, mit en garde la jeunesse contre le pige des ides subversives. Lditorial se rfra au dsarmement de la rvolution fomente par des groupes de conspirateurs ractionnaires et conseilla aux personnes dge mr de se montrer vigilantes et dempcher les jeunes de se laisser manipuler par des
Ibid. Ministre de lInformation, Non, le complot ne passera pas , Le Nouveau Monde, 29-30 novembre 1980.
Communiqu , Le Nouvelliste, 1er dcembre 1980. Un fonctionnaire de lambassade amricaine a estim que le communiqu ntait pas clair, dclarant que [n]ous disposons dindications selon lesquelles le gouvernement a bien lintention de porter plainte officiellement afin que des procs aient lieu, mais ensuite nous entendons des rumeurs selon lesquelles toute lopration, au fond, a t conue pour mettre des gens leur place et empcher la presse de se montrer si arrogante. Je ne sais laquelle est exacte Je ne sais pas ce que [le communiqu] signifie, mais cest tout ce quils ont dit [Lambassade amricaine] est intervenue auprs de hauts responsables (hatiens). Karen Payne, Hati muet au sujet des rafles , ( Haiti silent on those rounded up ), The Miami News, 2 dcembre 1980.
Faites ce que vous voulez avec ces journalistes. Le texte de linterview nest pas disponible : pour une description de linterview et des citations originales, voir Bernard Diederich, Le Prix du Sang (tome II), Jean-Claude Duvalier : 1971-1986 : LHritier pp. 200-201. Ibid. Ibid.
Ils ont chou dans leur tentative criminelle, la Rvolution poursuit sa marche triomphale , Le Nouveau Monde, 4-5 dcembre 1980. Dmantlement dun rseau dagitateurs communistes , Le Nouveau Monde, 4-5 dcembre 1980, extrait du Bulletin du
DIRP, n 13.
idologues. Cest pour cette raison, affirmait lditorial, que le gouvernement dut dsavouer le comportement de ceux qui, de manire antipatriotique, entranaient les jeunes loin de leur vocation de citoyens.124 Sur la mme une du journal figurait un communiqu du secrtaire dtat aux Affaires sociales invitant les citoyens un rassemblement de soutien Duvalier, le 4 dcembre 1980.125 Lors de ce rassemblement, le 4 dcembre, Duvalier dfendit nergiquement ses actions, affirmant quil y avait des Hatiens qui avaient oubli tout ce quil avait fait pour libraliser le pays.126 Il mit en garde les activistes : ils doivent respecter [son] pouvoir, dans la mesure o mon pouvoir les respectera .127 Faisant allusion aux arrestations, et dclara qu il na pas perdu son sang-froid , mais quil sagissait dun moment o il se devait dagir.128 Dans une interview publie le 8 dcembre, Duvalier indiqua au New York Times que les arrestations taient ncessaires la scurit du gouvernement, dclarant : Nous tions obligs dagir, pour la simple raison que la plupart de ces personnes se trouvaient impliques dans une conspiration contre la scurit du gouvernement La politique nest pas une affaire pour les enfants, parfois il vous faut agir mme si cela va lencontre vos sentiments .129 Dans une interview donne le lendemain un journal hatien, Duvalier maintint que le gouvernement na pas agi la lgre en emprisonnant et en expulsant les dissidents .130 En janvier 1981, dix-sept des journalistes arrts furent contraints lexil, et vingt-six autres se virent accuss dactes de terrorisme.131 Plusieurs des personnes arrtes furent srieusement passes
Ministre de lInformation, Le pige , Le Nouveau Monde, 4-5 dcembre 1980. Communiqu , Le Nouveau Monde, 4-5 dcembre 1980.
Le vibrant message du Prsident Jean-Claude Duvalier , Nouveau Monde, 4 dcembre 1980 (en crole non standard) ; un rsum en franais du discours est disponible dans La grande manifestation de ce matin devant le palais , Le Nouvelliste, 4 dcembre 1980. Le texte de linterview nest pas disponible : pour une description de linterview et des citations originales, voir Bernard Diederich, Le Prix du Sang (tome II), Jean-Claude Duvalier : 1971-1986 : LHritier pp. 200-201.
128 129 127
[W]e were obliged to act for the simple reason [that] most of these people were implicated in a conspiracy against the security of the GovernmentPolitics is not a matter for children, [s]ometimes you have to act even if it is against your feelings. Jo Thomas, Duvalier justifie les arrestations et prvient quHati ne tolrera aucune interfrence , ( Duvalier Defends Arrests, Warns Hati Wont Tolerate Interference ), The New York Times, 10 dcembre 1980; Duvalier a rpt ce point dans une interview accorde six mois plus tard au Miami News, rpondant une question propos du 28 novembre 1980 en dclarant : nous sommes obligs de protger la dmocratisation. Nous avons exil des individus qui ont compromis le processus dmocratique Karen Payne, interview de Duvalier, Duvalier : Je ne peux arrter les boat people , ( Duvalier : I cant stop boat people ), The Miami News, 30 juin 1981.
Duvalier met les tats-Unis en garde contre la perte du monde occidental par lagression victorieuse du communisme ,
Le Matin, 11 dcembre 1980.
Pour une vue densemble du procs criminel qui en a rsult, voir Comit des juristes pour les droits de lhomme, Rapport sur le procs, en aot 1981, et lappel, en novembre 1981, de 26 prvenus jugs pour motifs politiques en Hati , ( Report on the August 1981 Trial and November 1981 Appeal of 26 Political Defendants in Haiti ).
tabac et tortures, notamment le journaliste Richard Brisson et Joseph Lafontant, un militant des droits humains.132 Un journaliste dont lidentit nest pas connue fut si violemment frapp la tte, avec les mains attaches derrire ses jambes, que pendant son retour en cellule, il tait demi conscient et incapable de tenir debout.133 Jai t emmen la Caserne Dessalines, o nous avons t interrogs sous la torture Jtais retenu [] cach sous le Palais national, o la lumire du jour ne pntre pas. Toutefois, grce la lampe de poche du gardien de prison, je pouvais distinguer des squelettes gisant sur le sol, probablement ceux danciens prisonniers. Ctait comme de faire un cauchemar lintrieur dun charnier situ sous le Palais national.134 Yves Richard, secrtaire gnral de la CATH, arrt le 28 novembre 1980 (date et lieu du tmoignage inconnus).
e) La ncessit denquter sur les violences sexuelles et bases sur le genre
Des lments de preuve provenant des tmoignages de femmes victimes de Duvalier doivent tre recueillis afin de dterminer si les violations des droits humains incluent des violences sexuelles. Sous Duvalier pre, beaucoup de gens considraient que les Tontons Macoutes avaient recours aux violences sexuelles contre les femmes comme un moyen de les humilier et que leurs maris se soumettent au rgime, sans jamais encourir de chtiment. cette poque, il arrivait certains parents de ne pas autoriser leurs filles se rendre dans des lieux publics rputs pour tre frquents par les Macoutes, car si un Macoute dcidait quil voulait une fille, il lavait .135 Des cas isols indiquent que des crimes sexuels pour des raisons politiques se sont poursuivis sous Jean-Claude Duvalier. En 1981, Amnesty International signala quune femme rfugie en France affirmait avoir t dtenue pour avoir refus davoir des relations sexuelles avec un Tonton Macoute.136 Sur la base de ce que nous connaissons du traitement rserv par le gouvernement de Duvalier aux prisonnires politiques fminines, cela donne matire
Lettre adresse au Prsident Jean-Claude Duvalier par le Comit des juristes pour les droits de lhomme, 9 dcembre 1980 ; voir aussi Amnesty International, Hati : Violations des droits humains, octobre 1980-octobre 1981, ( Haiti : Human Rights Violations, October 1980-October 1981 . Voir aussi Karen Payne, Quatre Hatiens exil racontent les passages tabac subis par leurs collgues , ( 4 exiled Haitians tell here of beatings of jailed colleagues ) The Miami News, (o lon apprend que les Hatiens exils racontent avoir t forcs couter tandis quau moins deux de leurs collgues taient frapps ). Amnesty International, Hati : Violations des droits humains, octobre 1980-octobre 1981, ( Haiti : Human Rights Violations, October 1980-October 1981 )
Tmoignage dYves Richard, in Amnesty International, Hati : Violations des droits humains, octobre 1980-octobre 1981, ( Haiti : Human Rights Violations, October 1980-October 1981 ). Human Rights Watch, entretien avec Michle Montas, 16 mars 2011. Amnesty International, Amnesty International Annual Report, 1981, 1981.
rflexion. Les prisonnires dtenues la Caserne Dessalines, par exemple, racontent quelles devaient se rendre aux toilettes uniquement vtues de leur culotte, obliges de traverser les btiments ainsi dnudes.137 Les prisonniers hommes, eux aussi, taient obligs de se dplacer en sous-vtements. Mais la nudit des prisonnires, exposes la vue des gardes de la police militaire, exclusivement masculins, et du reste des prisonniers des hommes, en grande majorit , sapparentait une forme dhumiliation sexuelle. La question mrite un supplment denqute car, bien quil existe actuellement peu dlments sur les crimes sexuels commis sous lre Duvalier, il faut savoir qu lpoque, ce ntait pas une pratique courante pour les organisations de dfense des droits humains, ou mme pour les journalistes, de rendre compte des violences sexuelles comme dune violation des droits humains.138
Voir, par exemple, Human Rights Watch, correspondance par courriel avec un militant des droits humains, Port-au-Prince, 16 mars 2011, o celui-ci dclare notamment : Jai rdig beaucoup de rapports concernant les violences et abus commis sous Duvalier et jamais je nai pens, pourtant, celles bases sur le genre.
III. Les procdures contre Duvalier
Peu de temps aprs que Duvalier ait fui le pays, en 1986, le nouveau gouvernement a cr une commission charge denquter sur la corruption financire du gouvernement Duvalier. Par la suite, une procdure a t intente contre Duvalier pour dlits financiers. En 2008, une autre enqute a t ouverte, concernant cette fois des crimes contre les personnes. Laffaire a t rouverte par le gouvernement au moment o Duvalier est retourn en Hati, en janvier 2011. Aux termes de la loi hatienne et des rgles de procdure, le juge a jusquau 19 mai 2011 pour achever son enqute et inculper Duvalier. La procdure ouverte en 1986 a commenc le 18 avril 1986, lorsque le Commissaire du gouvernement, Ulrick Rosarion, a donn des instructions pour quune enqute soit ouverte sur des membres du gouvernement Duvalier dsigns sous lappellation organisation criminelle de Duvalier . Le juge dinstruction Emmanuel Dutreiuil a t dsign pour instruire laffaire. La mme anne, des poursuites ont t intentes pour diffrents crimes dont le meurtre et la torture contre plusieurs membres de son gouvernement, dont Luc Dsir, un dignitaire du gouvernement de Duvalier qui avait par ailleurs exerc les fonctions de chef de la police secrte sous Duvalier pre. Le 15 janvier 1987, le gouverneur de la Banque de la Rpublique dHati rendit public un rapport concluant que des lments de preuve suffisants existaient pour affirmer que Duvalier, lui seul, avait drob plus de 120 millions de dollars des coffres de ltat hatien et que des membres de sa famille avaient dtourn plusieurs millions de dollars supplmentaires. Le 9 juin 1999, une instruction complmentaire, numrant les accusations contenues dans linstruction originale de 1986, tait confie un nouveau juge dinstruction, Pierre Josiard Agnant, qui a prsent des charges contre Duvalier et Frantz Merceron pour subornation et corruption, contre lpouse de Duvalier, Michle Duvalier, pour corruption et, en tant que tmoin, pour subornation, ainsi que contre quelques autres personnes nommment dsignes, pour corruption.139 Le 29 avril 2008, le Commissaire du gouvernement, Claudy Gassant, ouvrit une enqute contre Duvalier. Celle-ci visait les accusations de dlits financiers, mais aussi des crimes contre les personnes, y compris de potentiels crimes contre lhumanit. Cette affaire, confie au juge dinstruction Bernard Saint Vil, a t ouverte lorsque Duvalier est revenu en Hati aprs vingt-cinq ans dexil.
Dans le cadre dun appel prjudiciel, la Cour de Cassation, la plus haute juridiction hatienne, sest prononce, le 24 juillet 2001, en faveur des appelants, Jean Sambour et Alexandre Paul, qui ont fait valoir que la Cour ne disposait pas de la comptence ncessaire concernant cette affaire tant que la Cour suprieure des comptes et du contentieux administratif navait pas rendu un avis de dbit dans ce dossier.
Le Commissaire du gouvernement, Harycidas Auguste, a rouvert ce dossier criminel en suspens lors du retour de Duvalier, en janvier 2011. Le juge Saint Vil ntant plus disponible pour linstruire, le dossier fut confi au juge dinstruction Carvs Jean le 19 janvier 2011. Ce dernier a reu pour instructions denquter la fois sur les dlits financiers prsums et sur les crimes contre les personnes, y compris le meurtre, la torture, les cas de squestration et les disparitions. Le 19 janvier 2011, Duvalier se soumit un interrogatoire portant sur les faits de corruption et de dtournements de fonds qui auraient t commis durant ses quinze annes au pouvoir. Par ailleurs, plusieurs victimes du gouvernement Duvalier dposrent une plainte devant le procureur. Leurs plaintes constituent le fondement des instructions complmentaires donnes par le Commissaire pour quune enqute soit mene sur les violations des droits humains, et notamment pour crimes contre lhumanit imputes Duvalier. Depuis le 28 mars 2011, seize victimes hatiennes de Duvalier ont port plainte auprs du Commissaire du gouvernement pour crimes contre lhumanit et violations des droits humains, en particulier pour des excutions extrajudiciaires, des actes de torture et des disparitions forces.140 Le point de dpart procdural de lenqute date du 19 janvier 2011, lorsque le juge dinstruction sest vu donner trois mois pour dterminer si des charges suffisantes existent contre Duvalier. Le magistrat a la possibilit de solliciter un dlai supplmentaire dun mois, bien quen pratique, ces limitations soient rarement respectes. Au cours de cette priode, il peut interroger des tmoins et conduire dautres actes dinstruction. Depuis le 19 mars 2011, un certain nombre de victimes se sont prsentes devant le juge pour tre auditionnes, de mme que deux anciens ministres des Finances. Au terme de la priode fixe pour lenqute, le magistrat instructeur doit notifier au Commissaire une ordonnance de soit-communiqu pour linformer quil a achev son enqute. Le Commissaire peut alors transmettre au juge son rquisitoire dfinitif concernant les accusations faisant lobjet de lenqute. En dernier ressort, cest au juge de dcider, au vu des lments de preuve rcolts, si des personnes seront ou non poursuivies.
Selon le reprsentant du gouvernement dHati, Andr Antoine, devant la Commission interamricaine des droits de lhomme, 28 mars 2011. Voir Impunit pour les violations commises durant la dictature de Duvalier en Hati , ( Impunity for Human Rights Violations during the Duvalier Dictatorship in Hati ), audition de la Commission interamricaine des droits de lhomme, disponible ladresse suivante : http://www.cidh.oas.org/prensa/publichearings/Hearings.aspx?Lang=En&Session=122&page=1(consult le 1er avril 2011).
IV. Les thories de la responsabilit pnale de Duvalier
Human Rights Watch ne dispose daucun lment de preuve indiquant que Duvalier ait t personnellement prsent au moment o les meurtres, les actes de torture, les disparitions ou les squestrations eurent lieu. Toutefois, tant au regard du droit international que de la loi hatienne, des suprieurs hirarchiques sont susceptibles dtre poursuivis de diverses faons pour les actes commis par leurs subordonns.
a) Enquter sur la complicit de Duvalier dans les crimes commis par son gouvernement
La responsabilit dun haut responsable peut tre engage sil est tabli quil existe un lien de causalit entre les ordres quil a donns et les crimes commis par ses troupes contre des civils. Sa responsabilit peut galement tre engage sil a incit, facilit, ou sest rendu complice de la commission de ces crimes. Selon le droit pnal hatien,141 une personne peut tre juge et condamne en tant que complice trois conditions : dabord, lexistence dun acte principal, cest--dire dun crime principal ; ensuite, un acte de complicit pralable ou concomitant la commission du crime principal ; et enfin, la mens rea, cest--dire lintention criminelle, qui suppose que lindividu a conscience de participer un acte criminel. Le code pnal distingue trois types de complicit. La premire est la complicit par instigation, qui consiste avoir directement incit lauteur principal commettre le crime par des instructions, des promesses, des menaces ou autre ; le second type de complicit consiste avoir fourni les moyens ncessaires pour commettre le crime ; et le troisime consiste avoir encourag ou aid le commettre. Le Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR) a considr que la seule assistance ou le seule encouragement, pouvait suffire tablir la responsabilit dun individu.142 Le TPIR a
Voir Art. 45. Du code pnal haitien qui stipule que : seront punis comme complice d'une action qualifie crime ou dlit: Ceux qui, par dons, promesses, menaces, abus d'autorit ou de pouvoir, machinations ou artifices coupables, auront provoqu cette action ou donn des instructions pour la commettre; Ceux qui auront procur des armes, des instruments ou tout autre moyen qui aura servi l'action sachant qu'ils devaient servir. Ceux qui auront, avec connaissance, aid ou assist l'auteur ou les auteurs de l'action, dans les fait qui l'auront consomme, sans prjudice des peines qui seront spcialement portes par le prsent Code contre les auteurs de complots ou de provocations attentatoires la sret intrieure ou extrieure de l'tat, mme dans le cas o le crime qui tait l'objet de conspirateurs ou de provocateurs, n'aurait pas t commis . Larticle 6 (1) du Statut du Tribunal pnal international pour le Rwanda prvoit : Quiconque a planifi, incit commettre, ordonn, commis ou de toute autre manire aid et encourag planifier, prparer ou excuter un crime vis aux articles 2 4 du prsent Statut est individuellement responsable dudit crime. Conseil de scurit des Nations unies, Statut du Tribunal pnal international pour le Rwanda (tel quil a t amend pour la dernire fois, le 13 octobre 2006), 8 novembre 1994, art.
par ailleurs considr que laide et lencouragement la commission dun crime taient deux concepts juridiques distincts.143 Il a galement retenu que la prsence du complice sur le lieu du crime ntait pas ncessaire.144 De plus, le fait daider ou dencourager la commission dun crime peut tre constitu ds lors que lindividu sabstient dagir, lorsque cette abstention produit un effet dcisif sur la perptration du crime ou si elle saccompagne de lintention requise ou mens rea.145 Toutefois, il nest pas ncessaire que le complice partage la mme intention ou mens rea que lauteur principal du crime ; en effet, lintention requise sera rpute tre prsente si lintress agit de faon volontaire, en sachant quil influence lauteur commettre le crime ou facilite sa ralisation .146 De plus, le mens rea peut stablir de manire circonstancielle, notamment en prouvant des agissements antrieurs, limpunit garantie lauteur ou des encouragements verbaux.147 Lorsque Duvalier accda au pouvoir, la Constitution hatienne faisait du Prsident le chef suprme et le commandant en chef des forces armes et des VSN, lui confrant ainsi le pouvoir de les commander.148 La Constitution de 1983 a confirm ce pouvoir.149 En outre
6(1) ; Le Procureur contre Akayesu, Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), affaire n ICTR-96-4-T, Jugement (chambre de jugement), 2 septembre 1998, par. 484 ; voir aussi Le Procureur contre Rutaganda, TPIR, affaire n ICTR-96-03-T, Jugement (Chambre de jugement), 6 dcembre 1999, par. 43. Aider , cest apporter son soutien quelquun. Encourager , cest favoriser, conseiller ou provoquer la perptration dun crime. . Le Procureur contre Semanza, Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), affaire n ICTR-97-20-T, Jugement (chambre de jugement), 15 mai 2003, para. 384. Voir, par exemple, Le Procureur contre Akayesu, Jugement (chambre de jugement), 2 septembre 1998, par. 484 : [P]eu importe que la personne qui aide ou encourage autrui commettre linfraction soit prsente ou non lors de la commission de linfraction ; Procureur contre Rutaganda, Jugement (chambre de jugement), 6 dcembre 1999, par. 43 : [P]eu importe que la personne qui aide ou encourage autrui commettre une infraction soit prsente ou non lors de la commission de ladite infraction. Lacte concourant la perptration et lacte constituant la perptration proprement dite peuvent tre spars dans le temps et dans lespace. ; Procureur contre Bagilishema, Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), affaire n ICTR-95-1A, Jugement (chambre de jugement), 7 juin 2001, par. 33 : [L]a participation la commission dun crime ne ncessite ni la prsence physique ni laide matrielle du participant. ; Procureur contre Kayishema et Ruzindana, Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), affaire n ICTR-95-01, Jugement (chambre de jugement), 21 mai 1999, para. 200 : Il nest pas ncessaire que laccus soit prsent sur le lieu du crime, ou quil ait directement contribu la commission du crime pour tre dclar coupable. Autrement dit, [] le rle de lindividu dans la commission de lacte criminel peut ne pas tre tangible. Il en est particulirement ainsi lorsque laccus est inculp davoir aid ou encourag commettre le crime. Dans laffaire Le Procureur contre Blaskic, la chambre de premire instance du Tribunal pnal international pour lexYougoslavie (TPIY) a estim que llment matriel de la complicit par aide ou encouragement peut tre commis par omission, condition que cette omission ait eu un effet dcisif sur la perptration du crime et quelle se soit accompagne de llment intentionnel requis. cet gard, la simple prsence sur les lieux du crime dun suprieur hirarchique, comme un commandant militaire, constitue une indication probante lorsquil sagit de dterminer si celui-ci a encourag ou soutenu les auteurs du crime. Procureur contre Blaskic, Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie (TPIY), affaire n IT-95-14-T, Jugement (chambre de jugement), 3 mars 2000, para. 284.
146 147 148 149 145 144 143
Procureur contre Semanza, Jugement (chambre de jugement), 15 mai 2003, paras. 387-389.
Ibid. Voir la Constitution de la Rpublique dHati, 1964, articles 188-192. Voir la Constitution de la Rpublique dHati.
beaucoup des actes de torture et des squestrations ont eu lieu dans lenceinte mme du palais prsidentiel, la Caserne Dessalines. Les discours comme les actes publics de Duvalier font rfrence au contrle quil exerait sur les rouages de lappareil dtat lorigine de ces crimes. Dans un discours prononc devant Fort Dimanche le 22 juin 1971, il se dclarait chef suprme et effectif des Forces armes, des forces de police et des Volontaires de la scurit nationale [Tontons Macoutes] , tout en tant dsormais le seul superviseur de la Milice . Il mettait par ailleurs en garde les individus qui se mettront ouvertement ou de faon dissimule en travers des chemins de Notre Rvolution seront emports et balays systmatiquement par cette grande force de lHistoire .150 Lors de la libration, le 21 septembre 1977, de 104 prisonniers, Duvalier dclara quune libration de prisonnier relevait de sa propre dcision.151 En dcembre 1980, suite la rafle et aux tortures subies par des journalistes et des opposants politiques, Duvalier trancha de manire abrupte : nous avions lobligation dagir. Dans cette affaire, son chef de la police aurait dclar que Duvalier lui avait dit de faire ce qu [il voulait] avec ces journalistes .152 Par ailleurs, Duvalier est accus davoir ordonn la dtention de lhomme daffaires Lucien Rigaud au Pnitencier national.153 Le chef de ltat doit tout faire. Il est comme un pre de famille qui doit prendre soin de chacun154
Jean-Claude Duvalier, Prsident dHati, Port-au-Prince, Hati, 30 juin 1981.
Outre les discours et les actes publics de Duvalier, des lments de preuve provenant d insiders ou initis , autrement dit de personnes qui travaillaient au sein du systme Duvalier, seront dterminants pour permettre de dtailler le rle exact de Duvalier. Dimportants
Voir, par exemple, Jean-Claude Duvalier, Allocution du 21 juin 1971 du chef de ltat (Jean-Claude Duvalier) au nouveau commandant de la milice de Fort Dimanche (Port Au Prince :Imprimerie Henry Deschamps, 22 dcembre 1978), o il se prsente comme le Chef suprme et effectif des Forces Armes, des Forces de Police et des Volontaires de la Scurit Nationale et souligne quil est dsormais le seul Superviseur de la Milice () les individus qui se mettront ouvertement ou de faon dissimule en travers des chemins de Notre Rvolution seront emports et balays systmatiquement par cette grande force de lHistoire .. Cit in Contribution collective HATI De plaignants et plaignantes contre lex Prsident vie de la Rpublique dHati Jean-Claude DUVALIER et consorts (22 avril 1971 - 7 fvrier 1986) Et Dorganisations hatiennes de dfense des droits humains. Limpunit en Hati Soumission la Commission interamricaine des droits de lHomme (CIDH) De lOrganisation des tats amricains (OEA) Audience 141e session 28 mars 2011.
Lallocution en crole du Prsident vie de la Rpublique , Le Nouvelliste, 24-25 septembre 1977.
Le texte de linterview nest pas disponible : pour une description de linterview et des citations originales, voir Bernard Diederich, Le Prix du Sang (tome II), Jean-Claude Duvalier : 1971-1986 : LHritier, pp. 200-201. Laffaire Rigaud est longuement examine en Wendell Rawls, Jr, La terreur hatienne de Bb Doc ( Baby Docs Haitian Terror ), The New York Times Magazine, 15 mai 1978.
The chief of state must do everything. He is like the father of a family who must take care of everyone. Karen Payne, interview de Duvalier, Duvalier : Je ne peux arrter les boat people , ( Duvalier : I cant stop boat people ), The Miami News.
initis sont toujours aujourdhui en vie, comme le colonel Jean Valm, directeur de la police secrte et chef de la police de Port-au-Prince, ainsi que Emmanuel Orcel. Tous deux ont t identifis dans des rapports dorganisation des droits humains ainsi que par des victimes comme tant les auteurs dactes de torture et darrestations arbitraires.
b) Enquter sur la responsabilit de commandement quexerait Duvalier concernant certains crimes
La responsabilit de Duvalier pourrait galement tre souleve au titre dune doctrine de droit international coutumier: la responsabilit de commandement ou responsabilit du suprieur hirarchique . Ce principe prvoit que des individus, quils dpendent dune autorit civile ou militaire, sont susceptibles, dans certaines circonstances, dtre tenus pnalement responsables non seulement pour les actes quils ont eux-mmes commis, mais aussi pour les crimes commis par des personnes places sous leur autorit.155 Ce principe de responsabilit a t appliqu par les tribunaux hatiens lors des poursuites engages dans le cadre du massacre de Raboteau, commis en avril 1994.156 Cela sest traduit par la condamnation rforme en appel pour vices de forme- dun certain nombre de suprieurs hirarchiques, dont Raoul Cdras, qui tait la tte de la junte militaire entre 1991 et 1994, et Emmanuel Toto Constant, le fondateur de lorganisation paramilitaire baptise Front pour lavancement et le progrs hatien.157 Trois conditions doivent tre runies pour tablir la responsabilit pnale du suprieur hirarchique : 1. Lexistence dune relation hirarchique suprieur-subordonn ;
Voir Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie (TPIY), Le Procureur contre Delalic, et al. : Que les chefs militaires ou autres puissent tre tenus responsables des actes de leurs subordonns est un principe bien tabli en droit conventionnel et coutumier . (That military commanders and other persons occupying positions of superior authority may be held criminally responsible for the unlawful conduct of their subordinates is a well-established norm of customary and conventional international law). Procureur contre Delalic, et al. (affaire Celebici), Tribunal pnal international pour lexYougoslavie (TPIY), affaire n IT-96-21-A, Jugement (chambre des appels), 20 fvrier 2001, para.195 ; voir aussi Procureur contre Kajelijeli, Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), affaire n ICTR 98-44A-A (chambre des appels), 23 mai 2005, para. 85 ; Procureur contre Muvunyi, Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), affaire n ICTR 2000-55A-T (chambre de jugement), 12 septembre 2006, para. 473. Ordonnance de Jean Snat Fleury, juge et juge dinstruction prs le tribunal de premire instance des Gonaves, 27 aot 1999, p. 42 : Attendu que comme principe gnral de droit et de la coutume militaire, un militaire suprieur qui exerce le Commandement est responsable et est oblig en tant que commandant de sassurer de la conduite correcte de ses subordonns. Dans le mme ordre dides, aprs avoir ralis une action et mis un ordre, un commandant doit rester vigilant et faire les ajustements ncessaires et requis par la situation changeante. En outre, un commandant est responsable sil sait que les troupes ou les personnes sous ses ordres ont commis ou sont en train de commettre un crime et il sabstient de faire ce qui est ncessaire et raisonnable pour que le droit soit respect.
La junte hatienne est condamne in absentia ,( Haitian Junta is Sentenced in Absentia ), The New York Times, 19 novembre 2000.
2. Le suprieur doit avoir eu connaissance ou avoir eu des raisons de savoir que son subordonn tait sur le point de commettre un crime ou quil avait commis un crime. 3. Le suprieur sest abstenu de prendre les mesures ncessaires et raisonnables pour empcher le crime ou pour sanctionner son auteur.158 Dans laffaire Raboteau, la cour a estim que ces lments taient constitutifs dun crime par omission .159 1. Relations entre suprieur hirarchique et subordonns Les relations entre suprieur hirarchique et subordonns deviennent plus claires lorsque des rgles formelles sont dictes, par exemple lorsquune loi ou une hirarchie militaire prcise lexistence dune telle relation. Toutefois, mme en labsence de rgles formelles, un suprieur peut avoir un contrle rel et effectif sur un subordonn.160 A ce titre, les suprieurs civils et politiques, ainsi que ceux du commandement militaire, peuvent tre tenus responsables en vertu de cette doctrine.161
Procureur contre Delalic, et al. (affaire Celebici), Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie (TPIY), affaire n IT-96-21-T, Jugement (chambre de jugement), 16 novembre 1998, para. 347 ; Procureur contre Kordic et Cerkez, TPIY, affaire n IT-95-14/2A, Jugement (chambre des appels), 17 dcembre 2004, para. 839. Voir aussi larticle 28 du Statut de la Cour pnale internationale : En ce qui concerne les relations entre suprieur hirarchique et subordonns non dcrites au paragraphe a) [chane de commandement militaire], le suprieur hirarchique est pnalement responsable des crimes relevant de la comptence de la Cour commis par des subordonns placs sous son autorit et son contrle effectifs lorsquil ou elle na pas exerc le contrle qui convenait sur ces subordonns dans les cas o : (i) Le suprieur hirarchique savait que ces subordonns commettaient ou allaient commettre ces crimes ou a dlibrment nglig de tenir compte dinformations qui lindiquaient clairement ; (ii) Ces crimes taient lis des activits relevant de sa responsabilit et de son contrle effectifs ; et (iii) Le suprieur hirarchique na pas pris toutes les mesures ncessaires et raisonnables qui taient en son pouvoir pour en empcher ou en rprimer lexcution ou pour en rfrer aux autorits comptentes aux fins denqute et de poursuites. Statut de Rome de la Cour pnale internationale, adopt le 17 juillet 1998, Doc. UN. A/CONF. 183/9, entr en vigueur le 1er juillet 2002, art. 28.
Infraction par omission. Ordonnance de Jean Snat Fleury, p. 97, citant larticle 86 du premier Protocole additionnel aux Conventions de Genve : Le fait quune infraction a t commise par un subordonn nexonre pas ses suprieurs de leur responsabilit pnale ou disciplinaire, sils savaient ou possdaient des informations leur permettant de conclure, dans les circonstances du moment, que ce subordonn commettait ou allait commettre une telle infraction, et sils nont pas pris toutes les mesures pratiquement possibles en leur pouvoir pour empcher ou rprimer cette infraction.
Le Procureur c Delalic, et al. (Procs Celebici), Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie (TPIY), affaire n IT-96-21A, Arrt (Chambre dappel), 20 fvrier 2001 Par. 197: Pour dterminer les questions de responsabilit, il est ncessaire de se tourner vers lexercice effectif du pouvoir ou du contrle et non vers les titres officiels . Un contrle effectif signifie le fait davoir la capacit matrielle dempcher ou de punir un comportement criminel, paragraphe 256; Procureur c Blaskic, Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie, affaire n IT-95-14, Jugement (Chambre dappel), 29 juillet 2004 Par. 375, Le Procureur c Bagilishema, Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), Affaire No. ICTR-95-1A-A (Chambre dappel), 3 juillet 2002, para. 50: En vertu de larticle 6(3) un commandant ou suprieur hirarchique est celui qui dtient le pouvoir ou lautorit, de jure ou de facto, dempcher un subordonn de commettre un crime ou de len punir aprs coup . Le Procureur c Kajelijeli, Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), affaire n ICTR-98-44A-A, Arrt (Chambre dappel), 23 mai 2005, par. 85: [I] Selon la jurisprudence du TPIR et du TPIY la dfinition dun suprieur ne se limite pas la hirarchie militaire, elle peut aussi stendre aux suprieurs civils de jure ou de facto. Le Procureur c. Delalic, et al. (affaire Celebica), Jugement (Chambre de premire instance) 16 Novembre 1998, par. 377: [I] Selon la conclusion de la Chambre de premire instance un suprieur, militaire ou civil, peut tre tenu responsable en vertu du principe de la responsabilit du suprieur hirarchique sur la base de sa position dautorit de facto Le Procureur contre Kordic and Cerkez, Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie, affaire n IT-95-14/2-T, jugement (Chambre de premire instance), 26 fvrier 2001, par.
En tant que Prsident, Duvalier exerait un commandement et un contrle de jure et de facto sur larme, la police et les autres forces de scurit irrgulires,162 qui ont commis des arrestations arbitraires, des actes de tortures, des disparitions et des excutions. Ces groupes rendaient compte directement Duvalier.163 La prison dtat Fort Dimanche o les prisonniers prissaient sous la torture tait place sous le contrle de larme.164 2. Le suprieur savait, ou avait des raisons de savoir La responsabilit du suprieur hirarchique peut tre prouve soit en dmontrant quil avait une connaissance effective du fait que ses subordonns commettaient ou allaient commettre des crimes ou quil avait des raisons de savoir que ses subordonns allaient commettre ou avaient commis des crimes.165 Si lon peut dmontrer par des preuves directes que le suprieur hirarchique avait une connaissance relle de la situation, on peut galement tablir cette connaissance et cest souvent le cas par des preuves circonstancielles ou indirectes, cest--dire des preuves partir desquelles lon peut dduire que le suprieur devait savoir que ses subordonns ont commis des actes criminels.166 Ces preuves peuvent inclure le nombre, le type et la porte des actes illgaux, la priode durant laquelle ils se sont produits, le lieu gographique des actes, le caractre gnralis des actes illgaux similaires, les officiers
416: [Un] fonctionnaire du gouvernement ne sera tenu responsable en vertu de la doctrine de la responsabilit du suprieur hirarchique sil faisait partie dune relation entre suprieur hirarchique et subordonn, mme si cette relation est indirecte. 93e Congrs des tats-Unis, le Comit snatorial sur les crdits, laide exterieure amricaine pour Hati ( U.S. foreign assistance for Haiti,), Rapport 93-620, Juillet 1974; voir aussi Facteurs affectant les relations diplomatiques et dassistance des E.U avec Hati , ( Factors Affecting U.S. Diplomatic and Assistance Relations with Haiti ), Rapport prsent par le snateur Edward Brooke W. aux tats-Unis Congrs, le Comit du Snat sur les crdits, Novembre 1977. Comit des juristes pour les droits de lhomme, Americas Watch (rebaptis depuis Human Rights Watch/Americas), Ligue internationale des droits de lhomme, Hati : rapport sur une mission des droits de lhomme , ( Haiti : Report of a Human Rights Mission ).
93e Congrs des tats-Unis, le Comit snatorial sur les crdits, "laide exterieure amricaine pour Hati ( U.S. foreign assistance for Haiti,), Rapport 93-620, Juillet 1974; voir aussi Facteurs affectant les relations diplomatiques et dassistance des E.U avec Hati , ( Factors Affecting U.S. Diplomatic and Assistance Relations with Haiti ), Rapport prsent par le snateur Edward Brooke W. aux tats-Unis Congrs, le Comit du Snat sur les crdits, novembre 1977.
Le Procureur contre. Limaj et al., Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie, affaire n IT-03-66-T, Jugement (Chambre de premire instance), 30 novembre 2005, para 523; Nahimana, Barayagwiza et Ngeze, au Tribunal pnal international pour le Rwanda (TPIR), Affaire No. ICTR 99-52-A, Arrt (Chambre dappel), Novembre 28, 2007, para.791; et, Le Procureur contre. Bagilishema, Arrt (Chambre dappel), 3 juillet 2002, para. 37. Limaj et al., (Chambre de premire instance), 30 novembre 2005, para. 524, Le Procureur contre. Galic, Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie, affaire n IT-98-28-T, Arrt (Chambre de premire instance), 5 dcembre, 2003, paras. 174 et 427; Le Procureur contre. Kordic et Cerkez, Arrt (Chambre de premire instance), Fvrier 26, 2001, par. 427; Ntagerura, Bagambiki et Imanishimwe, Tribunal pnal international pour le Rwanda, Affaire No. ICTR 99-46-T, Jugement (Chambre de premire instance), 25 fvrier 2004, para. 629.
ainsi que le personnel impliqus.167 Les tribunaux internationaux ont galement dclar que la connaissance dun suprieur pouvait tre prsume si celui-ci avait les moyens dobtenir des informations sur la commission dun crime et sest dlibrment abstenu de le faire.168 Le terme avait des raisons de savoir ne ncessite pas que le suprieur ait eu une connaissance relle, mais exige seulement quil ait eu sa disposition des informations qui auraient pu lui permettre dtre au courant des infractions commises.169 En effet, il faut que le suprieur hirarchique ait en sa possession des informations gnrales sur lventualit de commission de crimes mais pas ncessairement des indications prcises ou spcifiques ;170 ou que ces informations soient disponibles sous diverses formes, tel que par un rapport spcifique ou toute autre support crit, ou mme verbalement.171 Il sagit essentiellement de savoir si le suprieur hirarchique est en possession dinformations, et non de savoir sil a effectivement pris connaissance des infractions,172 car un suprieur hirarchique ne peut rester volontairement aveugle face aux actes commis par ses subordonns.173 Comme indiqu ci-dessus, les crimes commis sous le rgime de Duvalier taient suffisamment notoires pour quil ait d en avoir connaissance . dfaut, il en a t personnellement averti plusieurs reprises par, entre autres : Lambassadeur amricain Andrew Young, qui a soulev la question des droits humains avec Duvalier en aot 1977 et lui a remis une liste de 21 prisonniers politiques ;
Limaj et al., (Chambre de premire instance), 30 novembre 2005, para. 524; Ntagerura, Bagambiki et Imanishimwe, (Chambre de premire instance), 25 fvrier 2004, para. 648.
Blagojevic et Dragan Jokic, Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie, affaire n IT-02-60-T, Jugement (Chambre de premire instance), 17 janvier 2005, para. 792; et Brdjanin, Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie, affaire n IT99-36-T, jugement (Chambre de premire instance),1er Septembre 2004, para. 278. Delalic et al., (Chambre dappel), 20 fvrier 2001, para. 241, Ntagerura, Bagambiki et Imanishimwe, (Chambre de premire instance) 25 fvrier 2004, para. 629.
Delalic et al., (Chambre dappel), 20 fvrier 2001, para. 238, This information does not need to provide specific information about unlawful acts committed or about to be committed. Nahimana, Barayagwiza and Ngeze (Chambre dappel), 28 novembre 2007, para. 791; Prosecutor c. Halilovic, Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie (TPIY), affaire n . IT01-48, Jugement (Chambre de premire instance) ,16 novembre, 2005, para. 65.
Quant la forme des informations sa disposition, elle peut tre crite ou orale, et na pas besoin davoir la forme de rapports spcifiques conformment soumis un systme de surveillance .
Delalic et al., (Appeals Chamber), February 20, 2001, para. 239; Galic, (Trial Chamber), December 5, 2003, para. 175.
La Chambre dappel considre que llment moral avait des raisons de savoir tel qunonc dans le Statut, nimplique pas automatiquement lobligation dobtenir des informations. La Chambre dappel souligne que la responsabilit peut tre impute sil (le suprieur) sest dlibrment abstenu de sinformer et non pour avoir nglig de se renseigner . Delalic, et al., (Chambre dappel), 20 fvrier 2001, para. 226.
Le snateur amricain Edward Brooke, qui a discut de la question des droits humains avec Duvalier en avril 1974 et en 1977.174 la demande de Duvalier, Brooke rdigea en 1974 un rapport sur la situation des droits humains, lequel a t distribu tous les membres du gouvernement.175 Durant la conversation tenue en 1977 [Brooke] souligna la ncessit pour le gouvernement hatien de prendre rapidement des mesures ncessaires lamlioration de son bilan en matire de respect des droits humains .176 Selon Brooke, [Duvalier] a dit quil tait conscient des graves problmes dans ce domaine et se proposait dy remdier. Il a mentionn que lon sefforait damliorer la situation des prisonniers par la construction dune nouvelle prison moderne pour remplacer les installations actuelles de lancienne prison Fort Dimanche .177
Plusieurs librations de prisonniers que Duvalier surveillait personnellement ont montr quil avait pleinement connaissance de lemprisonnement des dissidents politiques. Il a galement t averti par des acteurs internationaux de son bilan en matire de droits humains. Par exemple, en 1974, un sous-comit du Snat amricain a accus le gouvernement hatien de perptuer les pratiques de Duvalier pre en dtenant des prisonniers politiques et en sengageant dans la rpression politique.178 Lorsque le snateur amricain Edward W. Brooke rencontra Duvalier en avril 1974, ce dernier tenta de rfuter les allgations contenues dans le rapport, dont il avait ainsi connaissance.179 Duvalier affirmait quHati, contrairement dautres pays dAmrique latine, navait pas de prisonniers politiques.180 En contradiction directe avec
Telegramme de lAmbassade des Etats-Unis Hati au Dpartement dEtat des Etats-Unis, Le snateur Edward W. Brooke rend visite au prsident Jean-Claude Duvalier , ( Senator Edward W. Brooke Calls on President Jean-Claude Duvalier ), avril 1974, dclassifi en juin 2005, paras. 1, 3.
Voir Tlgramme de lambassade amricaine en Hati au Dpartement dEtat amricain, Grce de Duvalier accorde 26 prisonniers politiques ; ( Duvalier pardons 26 political prisoners janvier 1975 ) dclassifi en juillet 2006, para. 7.
Facteurs influant sur les relations diplomatiques et dAssistance des tats-Unis Aide Hati , ( Factors Affecting U.S. Diplomatic and Assistance Relations with Haiti ), Rapport prsent par le snateur Edward W. Brooke devant le Congrs amricain et le Comit snatorial sur les crdits, Novembre 1977, p. 10.
[Duvalier] said that he was aware of the serious problems in this area and was moving to rectify them. As proof of the latter he mentioned that the attempt was being made to improve the situation of prisoners by the construction of a new and modern prison to replace the present facilities of the ancient Fort Dimanche. Ibid.
93e Congrs des tats-Unis, le Comit snatorial sur les crdits, laide exterieure amricaine pour Hati ( U.S. foreign assistance for Haiti,), Rapport 93-620, Juillet 1974; voir aussi Facteurs affectant les relations diplomatiques et dassistance des E.U avec Hati , ( Factors Affecting U.S. Diplomatic and Assistance Relations with Haiti ), Rapport prsent par le snateur Edward Brooke W. aux tats-Unis Congrs, le Comit du Snat sur les crdits, novembre 1977.; v. galement; Telegramme de lAmbassade des Etats-Unis Hati au Dpartement dEtat des Etats-Unis, Edward W. Brooke appelle le prsident Jean-Claude Duvalier ( Senator Edward W. Brooke Calls on President Jean-Claude Duvalier ), April 1974, declassified June 2005, paras. 1, 3. et Telegramme de l'ambassade amricaine en Hati au Dpartement d'Etat amricain, Grce de Duvalier accorde 26 prisonniers politiques , ( Duvalier pardons 26 political prisoners ), montrant que Duvalier avait partag ce rapport avec son cabinet. Tlgramme de lambassade amricaine en Hati au Dpartement dEtat amricain, Le snateur Edward W. Brooke rend visite au prsident Jean-Claude Duvalier , (Senator Edward W. Brooke Calls on President Jean-Claude Duvalier ,) paras.1, 3.
cette dclaration, en septembre 1974, environ une douzaine de prisonniers politiques hatiens de premier plan, aprs une dtention de deux ans sans jugement, [taient] condamns la rclusion perptuit par un tribunal militaire secret .181 Au cours des annes suivantes, Duvalier gracia plus de 100 prisonniers politiques,182 entrant nouveau en contradiction avec ses affirmations. Bien que Duvalier ait promulgu des lois damnistie au cours des annes suivantes,183 la Commission interamricaine des droits de lhomme envoya au gouvernement, le 11 septembre 1978, une liste de 151 personnes qui, selon les allgations des accusateurs, furent excutes alors quelles taient en dtention ou sont dcdes en prison, entre 1974 et 1977, faute de soins mdicaux appropris.184 3. Obligation du suprieur hirarchique de prendre des mesures ncessaires et raisonnables pour empcher la commission des crimes et en punir les auteurs Les suprieurs hirarchiques ont le devoir de prvenir et de rprimer les crimes commis par leurs subordonns. Ces devoirs constituent des obligations juridiques distinctes et indpendantes et non alternatives, cest--dire que le suprieur hirarchique qui a des raisons dtre au courant de la commission dune infraction ne peut pas attendre que celleci soit commise pour en punir les auteurs.185 On peut admettre que les suprieurs se sont acquitts de leur devoir dempcher les crimes commis par leurs subordonns lorsquils auront employ tous les moyens matriellement disponibles.186
Greg Chamberlain, 12 gaoled in snub to the US , The Guardian, 18 Septembre 1974.
Duvalier a graci 26 personnes que l'ambassade des Etats-Unis considrait comme des prisonniers politiques en janvier 1975, v. Telegramme de l'ambassade amricaine en Hati au Dpartement d'Etat amricain, para. 1. Le 24 dcembre1976, Duvalier remis en libert 140 prisonniers, dont 84 que le ministre de la Justice Aurelien Jeanty a prsent comme des prisonniers politiques.. V. Arrt de grace de S. Ex. Le Prsident vie de la Rpublique , ( Order of Grace of his excellency the President for Life of the Republic ), Le Nouvelliste, 27 dcembre, 1976; et The liberation of 140 political and common law detainees (La libration des 140 dtenus politiques et de droit commun), Le Nouvelliste, 27, dcembre 1976; et, enfin, LAFP commente ( The AFP comments ), Le Nouvelliste, December 27, 1976. Selon Jeanty, cette decision du Prsident Duvalier [d'accorder l'amnistie] faisait partie de la politique d'apaisement et d'unit Ibid. See, e.g., Telegramme de l'ambassade amricaine en Hati au Dpartement d'Etat amricain, Grce de Duvalier accorde 26 prisonniers politiques , ( Duvalier pardons 26 political prisoners ), para. 6; Telegram from US Embassy in Haiti to US State Department, Duvalier releases Additional Political and other Prisoners in an Act of Christmas Clemency, December 1975, declassified July, 2006, para. 1.
184 185 183
Commission interamricaine des droits de lhomme, Rapport sur la situation des droits humains en Hati .
Procureur c. Limaj et al. Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie (TPIY), affaire n IT-03-66-T, Jugement (Chambre de premire instance),30 novembre 2005, para. 527; Procureur c Halilovic, Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie, affaire n IT-01-48, Jugement (Chambre de premire instance), 16 Novembre, 2005, paras. 72, 93, 94, Le Procureur c. Bagilishema, le Tribunal pnal international pour le Rwanda, Affaire No. ICTR-95-1A, Arrt (Chambre de premire instance) 7 Juin 2001, para. 49. Le Procureur c Delalic, et al. (contre Celebici), Jugement (Chambre de premire instance)16 Novembre 1998, para. 935; Blaskic, (Chambre dappel), 29 juillet 2004, para. 41 7; Procureur c. Jean de Dieu Kamuhanda, Tribunal pnal international pour le Rwanda, affaire n ICTR-95-54A-T Jugement (Chambre de premire instance) 22 Janvier 2004, par. 610; Bagilishema, Jugement (Chambre de premire instance) 7 juin 2001, para. 47-48.
La commission dune infraction entraine pour le suprieur hirarchique une obligation de punir et inclut au moins un devoir denquter sur les crimes prsums, dtablir les faits et de veiller ce que leurs auteurs soient punis.187 Les deux Tribunaux pnaux internationaux ad hoc, celui pour le Rwanda et celui pour lex-Yougoslavie, ont dclar que le dfaut de sanction peut dcouler de lincapacit tablir ou maintenir un environnement de discipline et de respect de la loi.188 Human Rights Watch na connaissance daucune preuve indiquant que Duvalier ait pris des mesures pour empcher ou endiguer la commission des crimes dcrits dans le prsent rapport, ou quil ait sanctionn leurs auteurs.
Jugement, Halilovic, (Chambre de premire instance) 16 Novembre 2005, par. 100.
Jugement, Bagilishema (Chambre de premire instance) Juin 7, 2001, para. 50. La Chambre est davis que, dans le cas de dfaut de sanction, la responsabilit dun suprieur peut dcouler de son incapacit crer ou maintenir chez les personnes qui sont sous son contrle, un environnement de discipline et de respect de la loi. Par exemple, contre Celebici, la Chambre de premire instance a cit des preuves que Mucic, le gardien de prison accus, na jamais puni les gardes, il tait souvent absent du camp durant la nuit, et a omis de faire respecter toutes les instructions quil lui arrivait de donner. Dans laffaire Blaskic, laccus avait laiss croire ses subordonns que certains types de conduite illgale taient acceptables et nentraneraient pas de sanction. Mucic et Blaskic ont tous deux tolr lindiscipline chez leurs subordonns, les amenant croire que les actes en totale violation des principes du droit humanitaire resteraient impunis. Il sensuit que la responsabilit du commandement sur lincapacit de punir peut tre dclenche par un modle de conduite largement fond dun suprieur, lequel en fait encourage la perptration datrocits commises par ses subordonns .
V. Lobligation dHati denquter et de punir les crimes allgus de Duvalier
Les crimes imputs Duvalier, notamment les assassinats, la torture et la squestration, sont des crimes graves aux termes de la loi hatienne, ceux-ci ont t commis dans le cadre dun appareil dtat dirig par Duvalier. Au regard du droit international, qui sapplique en Hati et qui a t incorpor dans sa lgislation, Hati a le devoir denquter et de punir les auteurs de graves violations des droits humains, un devoir qui ne saurait tre infirm par la prescription, lamnistie, ou dautres obstacles juridiques internes. En outre, les crimes commis dans le cadre dattaques systmatiques ou gnralises contre les populations civiles constituent des crimes contre lhumanit.189 Larticle 466 du code pnal hatien prvoit un dlai de prescription de 10 ans commenant courir la date de perptration du crime pour les poursuites engages contre la plupart des crimes allgus de Duvalier. Aprs la chute du rgime de Duvalier, un dcret prolongeant de 10 ans le dlai de prescription pour les crimes commis contres des personnes (notamment les homicides, les assassinats, les viols, les arrestations arbitraires et la dtention illgale) durant les 25 ans de rgne de Duvalier (du 22 octobre 1957 au 7 fvrier 1986) a t adopt le 18 juin 1986. Ce dlai a pris effet compter de la date de sa publication, permettant ainsi douvrir une enqute et dengager des poursuites contre tous les auteurs de crimes commis sous lre Duvalier (Duvalier pre ainsi que Jean-Claude Duvalier) jusquau 18 juin 1996.190 Les avocats de Jean-Claude Duvalier et de lancien ministre de la Justice, Bernard Gousse, soutiennent que ce dcret fait obstacle la prsente enqute et aux poursuites contre Duvalier puisque cette date est passe.191 Cette interprtation ne tient pas compte des obligations internationales dHati en matire de droits humains et de la jurisprudence qui dfinit certains des crimes allgus , savoir les disparitions forces , comme des crimes continus, et, par consquent, imprescriptibles (la prescription ne commenant courir que lorsque le crime a pris fin).
Voir le Statut de Rome de la Cour pnale internationale (Statut de Rome), adopt le 17 juillet 1998, Doc. Des Nations Unies. A / CONF. 183 / 9, entr en vigueur le 1er Juillet 2002, art. 7. Decret, Le Moniteur, 141me Anne No. 51, 26 juin 1986.
Bernard H. Gousee, Haiti et la Notion de Crime Contre lHumanit , Le Nouvelliste, 24 fvrier 2011, http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=88934 (consult le 1er avril 2011). Voir aussi Un procs contre Duvalier pas possible , selon ses avocats , Le Nouvelliste, 22 fvrier2011, http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=89488 (consult le 1er avril 2011).
a) Lobligation internationale dHati denquter sur les violations graves des droits humains ou les crimes contre lhumanit lemporte sur toute loi sur la prescription
Larticle 276 (2) de la Constitution hatienne stipule que : Les Traits ou Accords Internationaux, une fois sanctionns et ratifis dans les formes prvues par la Constitution, font partie de la Lgislation du Pays et abrogent toutes les Lois qui leur sont contraires.192 Ainsi, comme indiqu, les traits internationaux ratifis abrogent toutes lois contraires. Hati a ratifi au moins deux traits relatifs aux droits humains, la Convention amricaine relative aux droits de lhomme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui imposent aux tats parties lobligation denquter et de punir les auteurs de graves violations des droits humains. Hati est devenu partie la Convention amricaine des droits de lhomme en 1977. La Cour interamricaine des droits de lhomme, dont les interprtations de la Convention font autorit et sappliquent en Hati, a soutenu maintes reprises quau vu des obligations des tats enquter sur les crimes et enclencher dventuelles poursuites en vertu de la Convention, la prescription nest pas recevable en matire de violations graves des droits humains proscrites par le droit international. La Cour a jug que toutes les dispositions concernant les grces, la prescription, et ltablissement de mesures permettant dexclure la responsabilit sont irrecevables au regard de la convention, car elles sont destines empcher denquter et de sanctionner les violations graves des droits de lhomme telles que la torture, lexcution extrajudiciaire, sommaire ou arbitraire, et la disparition force, toutes sanctionnes car elles violent les dispositions impratives reconnues par le droit international des droits de lhomme 193. Ainsi, dans la mesure o les crimes attribus Duvalier constituent des violations graves des droits humains, ils ne sauraient tre prescrits par le droit national.
Constitution de la Rpublique dHati de 1987, art. 276 (2), http://pdba.georgetown.edu/constitutions/haiti/haiti.html (consult le 1 avril 2011). Cour interamricaine des droits de lhomme, Barrios Altos-, Arrt du 14 mars 2001, Inter-Am. C. H.R. (Ser. C) n 75 (2001), par. 41 (traduction non-officielle fournie par le Cour.); voir aussi la Cour interamricaine des droits de lhomme, tuango Massacres, arrt de 1 juillet 2006, Inter-Am. Ct. H.R. (Ser. C) n 148 (2006); Cour interamricaine des droits de lhomme, La Cantuta, Arrt du 29 Novembre 2006, Inter-Am. Ct. RH (Ser. C) n 162 (2006); Cour interamricaine des droits de lhomme, Le Massacre de Rochela, le 11 mai 2007, Inter-Am. Ct. H.R. (Ser. C) n 163 (2007).
En outre, depuis 1946, divers instruments internationaux ont raffirm que les responsables de crimes contre lhumanit doivent tre sanctionns et que les tats ne doivent pas adopter de lois ou de mesures, telle que la prescription, visant empcher la mise en uvre de lobligation internationale de poursuivre les personnes souponnes davoir commis des crimes contre lhumanit. En effet, la Convention sur limprescriptibilit des crimes de guerre et des crimes contre lhumanit (1970) fut adopte juste avant la prise de pouvoir par Jean-Claude Duvalier, et la Convention europenne sur limprescriptibilit des crimes contre lhumanit (1974) fut quant elle adopte peu aprs. Ces deux traits tablissent le principe selon lequel il ny a aucune limite de temps pour poursuivre les auteurs de crimes contre lhumanit, un principe qui est codifi larticle 29 du Statut de Rome de la Cour pnale internationale. Bien quHati nait ratifi aucun trait international sur la prescription, ces instruments sont la preuve de la pratique des tats et lopinio juris que la prescription ne doit pas tre interprte en vue dempcher les poursuites contre les auteurs de crimes contre lhumanit. La Cour interamricaine des droits de lhomme, un organisme dont les jugements sappliquent en Hati, a galement affirm que la prescription ntait pas applicable aux crimes contre lhumanit.194 Dans cette affaire, la Cour a dclar que lauteur dun assassinat commis en 1973 devait faire lobjet de poursuites, nonobstant le fait que le Chili nest devenu partie la Convention qu1990, au motif quen 1973, les assassinats commis dans le cadre dune attaque gnralise ou systmatique dirige contre certains secteurs de la population civile constituait un crime contre lhumanit et, de ce fait, violait une rgle imprative du droit international au moment des faits. tant donn que linterdiction de commettre des crimes contre lhumanit est une rgle de jus cogens, la punition de ces crimes est obligatoire en vertu des principes gnraux du droit international, et les lois sur la prescription ne leur sont pas applicables.
b) La nature continue des disparitions et de la squestration empchent la prescription de courir
Comme dcrit ci-dessus, beaucoup de personnes emmenes par les forces de Duvalier nont plus jamais donn signe de vie. Le Groupe de travail de lONU sur les disparitions forces ou involontaires a enregistr un certain nombre de cas datant de la priode 1981-1985: parmi tous les cas de privation injustifie de libert des dtenus dont ont a pris connaissance les
Voir, par exemple, la Cour interamricaine des droits de lhomme, Almonacid Arellano, arrt du 26 septembre 2006, InterAm. Ct. H.R. (Ser. C) n 154 (2006).
membres du groupe de travail, en aucun de ces cas le sort ou le lieu de dtention de ces personnes nont t rvls. Selon le Groupe de travail, la plupart des cas survenus pendant la premire priode [1981-1985] concerne des membres ou des partisans du Parti dmocrate-chrtien hatien qui auraient t arrts par des membres des forces armes ou par les Tontons Macoutes .195 Le droit franais sur lequel est bas le droit hatien et le droit international prvoient que le dlai de prescription pour de tels actes ne court qu partir du moment o le crime prend fin, cest--dire lorsque la personne dtenue est libre ou que son lieu de dtention est identifi. En outre, limage du droit franais, le droit hatien punit le crime de squestration .196 La Cour de cassation franaise a toujours soutenu que la squestration est un crime continu .197 Pour un tel crime, le dlai de prescription ne court que lorsque tous les lments du crime ont t runis, cest--dire, lorsque la victime est libre ou que son sort a t clarifi.198 Dans les plaintes dposes en France au nom des victimes franaises disparues au Chili sous Augusto Pinochet, le juge a estim lors du procs que le dlai de prescription ne pouvait commencer courir tant que le lieu de dtention des victimes restait inconnu.199 Mme dans le cas dun assassinat, le dlai de prescription ne commence courir que lorsque la date et la cause du dcs des victimes sont connues.200 De mme, le droit international pnalise les disparitions forces , dfinies comme larrestation, la dtention, lenlvement ou toute autre forme de privation de libert par
Groupe de travail de lONU sur les disparitions forces ou involontaires, Rapport du Groupe de travail sur les disparitions forces ou involontaires , E/CN.4/2006/56 et Corr. 1 et A/HRC/4/41, 25 janvier 2007, para 200. Selon larticle 289 du code pnal haitien, Seront puis d'un emprisonnement d'un an cinq ans au plus, ceux qui, sans ordre des autorits constitues et hors les cas o la loi ordonne de saisir les prvenus, auront arrt, dtenu ou squestr des personnes quelconques , voir galement larticle L 224-1 du code pnal franais le fait, sans ordre des autorits constitues et hors les cas prvus par la loi, d'arrter, d'enlever, de dtenir ou de squestrer une personne, est puni de vingt ans de rclusion criminelle .
[L]a dtention et la squestration illgales sont des infractions continues consistant retenir contre son gr une personne illgalement arrte , Cour de cassation, Chambre criminelle, 4 novembre 1988, pourvoi n 88-82121 http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?idTexte=JURITEXT000007517556&fastReqId=878884624&fastPos=24&oldAc tion=rechExpJuriJudi). Voir, Cour de cassation, Chambre criminelle, 26 juillet 1966 Bull.crim. n 211 p.479.
Voir Juris classeur procdure pnale, Action publique, prescription, Art. 7 9, n 25; F. Desportes, L. Lazerges-Cousquer, Trait de procdure pnale, Economica, 2009, n 987 p. 638. A titre dexemple, la construction sans permis de btir est une infraction continue par consquent la prescription ne court qu partir du moment o la construction est acheve. Voir Cour de cassation, chambre criminelle, 20 mai 1992, B. n 202, pourvoi n 90-87350 http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&idTexte=JURITEXT000007065688&fastReqId=143 409432&fastPos=1 (consult le 1er avril, 2010). Tribunal de Grande Instance de Paris, ordonnance du 2 Novembre 1998, AJIL. Vol.93. n3. July 1999.
Cour de cassation, Chambre criminelle, 19 septembre 2006 pourvoi n06-83963 http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechExpJuriJudi&idTexte=JURITEXT000007075007&fastReqId=192 4165478&fastPos=1 ).
des agents de ltat ou par des personnes ou groupes de personnes qui agissent avec lautorisation, lappui ou l acquiescement de ltat, suivi du refus de reconnatre la privation de libert ou de la dissimulation du sort rserv la personne disparue ou du lieu o elle se trouve, la soustrayant la protection de la loi .201 La Dclaration des Nations Unies sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forces dclare que les lments constitutifs de la disparition force sont considrs comme un crime aussi longtemps que ses auteurs dissimulent le sort rserv la personne et le lieu o elle se trouve et que les faits nont pas t lucids .202 Le Groupe de travail de lONU sur les disparitions forces ou involontaires, dans une observation gnrale rcente, a not que les disparitions forces sont le prototype mme dactes continus. Laction commence au moment de lenlvement et stend sur toute la priode de temps durant laquelle le crime na pas cess, cest--dire jusqu ce que ltat reconnaisse la dtention ou communique les renseignements se rapportant ce quil est advenu de lindividu . En consquence, le groupe de travail ajoute: Autant que possible, les tribunaux et autres institutions doivent donner effet une disparition force comme une infraction continue ou violation des droits de lhomme aussi longtemps que tous les lments de linfraction ou la violation ne sont pas runis. Lorsquune loi ou une rgle de procdure semble nuire la doctrine de la violation continue, lorgane comptent doit interprter une telle disposition de faon aussi restrictive que possible de sorte quune rparation soit fournie ou que des personnes soient poursuivies pour la perptration de la disparition. 203 La dclaration prvoit galement que tous les tats devraient prendre toutes les mesures lgales appropries leur disposition pour traduire en justice toute personne prsume responsable dun acte de disparition force, et qui se trouve lintrieur de leur juridiction ou sous leur contrle .204
Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forces, 20 dcembr 2006, A.G. rs. 61/177, U.N. Doc. A/Res/61/177 (2006), art. 1. Haiti a sign mais non pas ratifi la Convention.
Art. 17 1. Dclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forces adopte par lAssemble gnrale des Nations Unies dans sa rsolution 47/133 du 18 dcembre 1992 art. 17 1.
Groupe de travail sur les disparitions forces ou involontaires, observation gnrale sur les disparitions forces en tant que crime continu, paragraphes 1, 6 et 7. Traduction non-officielle (observation non encore traduite). Dclaration des Nations Unies sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forces, art. 14.
La Cour interamricaine des droits de lhomme a galement reconnu le caractre permanent et continu des disparitions forces. Depuis son arrt dans laffaire Velsquez Rodrguez, en 1988, la Cour a ritr que la disparition force des tres humains est une violation multiple et continue de nombreux droits en vertu de la convention que les tats parties sont tenus de respecter .205 Une conception similaire de la nature des disparitions forces est reflte dans la jurisprudence nationale des pays dAmrique latine : en Argentine, en Bolivie, au Mexique, au Prou, en Uruguay ou au Venezuela, les tribunaux ont trait des disparitions forces comme des infractions continues et des crimes contre lhumanit.206 La Cour suprme du Mexique a jug, par exemple, que le dlai de prescription ne devait tre calcul qu partir du moment o a dpouille de la victime est retrouve.207 Dans les affaires chiliennes impliquant le gnral Augusto Pinochet, la Cour suprme et la Cour dappel de Santiago ont tabli limprescriptibilit.208 Aussi, en raison de la nature continue du crime, les allgations contre Duvalier pour disparitions ne sont prescrites par aucune loi nationale hatienne, y compris le dcret de 1986.
Cour interamricaine des droits de lhomme, Velsquez Rodrguez, Arrt du 29 Juillet 1988, Inter-Am. Ct. H.R., (Ser. C) n 4 (1988), par. 155; voir aussi la Cour interamricaine des droits de lhomme, Heliodoro Portugal, arrt du 12 aot 2008, InterAm.. Ct. HR, (Ser. C) n 186 (2008); Cour interamricaine des droits de lhomme, Tojn Tiu, Arrt du 26 novembre 2008, InterAm. Ct. H.R., (Ser.C) n 190 (2008). Voir Cour suprme de la Rpublique bolivarienne du Venezuela, Marco Antonio Prez Monasterios, arrt du 10 aot 2007, Cas Vitela et al, chambre fdrale des appels en matire pnale et correctionnelle de lArgentine, arrt du 9 septembre 1999; Cour constitutionnelle de la Bolivie contre Jos Carlos Trujillo, arrt du 12 novembre 2001; Cour constitutionnelle du Prou, Castillo Pez, arrt du 18 Mars, 2004; Cour suprme de lUruguay, Juan Carlos Blanco et Gavasso et al, arrts du 18 octobre 2002 et du 17 avril 2002. Cour suprme du Mexique contre Jess Piedra de Ibarra, arrt du 5 novembre, 2003; la plus haute juridiction autorise les poursuites pour les cas de sale guerre , Communiqu de Human Rights Watch du 4 Novembre 2003, http:// www.hrw.org/en/news/2003/11/04/mexico-highest-court-authorizes-prosecution-dirty-war-cases. Voir Chambre criminelle de la Cour suprme du Chili contre Caravana, arrt du 20 Juillet, 1999; Affaire de la leve de limmunit de Pinochet, Plnire de la Cour suprme du Chili, arrt du 8 aot 2000, Cour dappel de Santiago du Chili, Sandoval, arrt du 4 Janvier 2004.
VI. Les dfis institutionnels auxquels sont confrontes les poursuites judiciaires
Le droit international exige quHati enqute sur et poursuive les crimes de Duvalier. Lenqute et le procs dun ancien chef dtat accus de crimes de masse commis il y a 25 40 ans sera une entreprise complexe. Viennent sajouter cela les difficults que connat actuellement le systme judiciaire hatien. Le tremblement de terre de janvier 2010 a affaibli encore plus des infrastructures dj fragiles. Les ressources judiciaires consacrer cette affaire sont minces. La magistrature et le barreau hatiens ne bnficient pas dune expertise et ne possdent pas une exprience ncessaire des poursuites dune telle nature. De plus, tous les acteurs de cette affaire, y compris les tmoins, les victimes, le personnel judiciaire et le dfendeur courent des risques de harclement et, dans certains cas, de violences physiques qui requirent lattention des autorits hatiennes.
a) Un soutien international permettrait de pallier ces insuffisances
Le systme juridique hatien ne parviendra pas instruire cette affaire sans un soutien international. Mme avant le tremblement de terre, le systme judiciaire hatien rencontrait des difficults pour juger les affaires criminelles courantes. Dans ce contexte, un procs complexe impliquant un ancien chef dtat est impensable. Daprs un rapport de lONU avant le sisme, des arrestations arbitraires, des dtentions illgales par la police, des mauvais traitements et lusage excessif de la force continuent dtre signals. Le manque de comptence technique, une mauvaise communication, la ngligence et la corruption apparente des autorits judiciaires seraient lorigine de nombreuses arrestations illgales, de dtentions provisoires prolonges et du faible taux de dcisions de justice. La mfiance des populations vis--vis du systme judiciaire a conduit de nombreux Hatiens se tourner vers des mthodes informelles par exemple, le vigilantisme qui fragilisent encore davantage la scurit.209 Le tremblement de terre en Hati a affaibli davantage la capacit de ltat et a presque totalement sap sa facult sauvegarder les droits fondamentaux. Des problmes chroniques, tels que les violences faites aux femmes et les conditions de dtention inhumaines, ont t exacerbs. La plupart des prisonniers (dont la presque totalit na jamais t juge) qui se sont vads la faveur du tremblement de terre sont toujours en
Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de lhomme, HCDC en Hati ( OHCHR in Haiti (2008-2009) , 2009, (il sagit dune traduction) http://www.ohchr.org/EN/Countries/LACRegion/Pages/HTSummary0809.aspx (consult le 21 mars 2011)
fuite.210 Par ailleurs, les checs de la reconstruction et les lections confuses ont encore plus altr la lgitimit du gouvernement. Conseiller spcial du Prsident dHati pour les questions juridiques, Ren Magloire a clairement indiqu que le systme judiciaire hatien, et je pense que ce nest pas un secret, est trs faible .211 Nanmoins, avec des efforts internationaux concerts, le procs de Duvalier en Hati pourrait permettre de poser les jalons dun tat de droit et de commencer construire les institutions tatiques que les Hatiens mritent. Engager des poursuites dans des affaires complexes exige des comptences particulires en matire denqutes sur les violations de masse, la comprhension du rseau criminel responsable de telles violations, et la connaissance des liens entre Duvalier et dautres hauts fonctionnaires, officiers ou agents qui ont commis des crimes sur le terrain. Cela requiert, entre autres, la protection des tmoins de laccusation et de la dfense, et lassurance dune scurit adquate pour les personnes impliques dans les procdures. Renforcer les capacits nationales pour traiter les crimes les plus graves relevant du droit pnal international permettrait galement de faire avancer significativement les efforts de rformes judiciaires. Cela mrite et ncessite la fois un financement cibl et laide de bailleurs de fonds internationaux. Des ressources doivent aussi tre mises disposition pour garantir le droit de Duvalier un procs quitable. La Constitution hatienne consacre les droits fondamentaux dune procdure rgulire, y compris le droit un procs quitable, comme le fait la Convention amricaine relative aux droits humains et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). En vertu de larticle 14 du PIDCP, Duvalier jouit dun certain nombre de garanties procdurales lies au principe du droit un procs quitable, dont la prsomption dinnocence jusqu ce que sa culpabilit soit tablie, le droit dtre inform rapidement et en dtail de la nature et des raisons des accusations portes contre lui, le droit de disposer du temps et des moyens ncessaires pour prparer sa dfense et de communiquer avec un avocat de son choix, le droit dtre jug sans retard indu, et le droit de ne pas tre contraint de tmoigner contre lui-mme ou de savouer coupable. Tout procs contre Duvalier doit donc veiller ce que ces droits soient scrupuleusement respects.
Human Rights Watch, Rapport mondial 2011 (New York: Human Rights Watch, 2011), Haiti, http://www.hrw.org/en/worldreport-2011/haiti.
Voir la dclaration de M. Ren Magloire (conseiller spcial du Prsident dHati pour les questions juridiques, titre personnel), 40me lgislature du Canada, 3me session, Comit permanent des affaires trangres et du dveloppement international, lundi 7 Mars 2011.
b) Des ressources limites peuvent tre utilises efficacement
Une enqute et des poursuites de cette nature requirent dimportantes ressources humaines. Actuellement, seuls un juge dinstruction et un procureur sont en charge de laffaire. Le gouvernement devrait envisager daffecter au dossier Duvalier du personnel supplmentaire. En droit hatien, le recours plus dun juge dinstruction pour une mme affaire ne serait pas une nouveaut. Les ressources limites du gouvernement pourraient tre maximises afin de mettre en uvre une stratgie de poursuites cible et efficace. Bien que les crimes prsums de Duvalier puissent tre nombreux et de nature diverses, le gouvernement ne devrait pas tenter de le poursuivre pour tous les crimes dont est accus son rgime. Il serait plus judicieux que les poursuites se concentrent sur les crimes perus comme tant les plus graves et pour lesquels il existe des preuves solides.212 Laccusation devrait galement sassurer que sa stratgie mette suffisamment laccent sur les preuves relatives la chane de commandement. Il serait crucial de peser les tmoignages des victimes et des tmoins afin dtablir quels crimes ont t commis et ce avec suffisamment de preuves pour dmontrer le contrle de Duvalier sur les forces de scurit officielles et non officielles qui ont pu commettre des crimes aussi graves et sa connaissance des crimes en question.213
c) Les faiblesses en matire dexpertise technique pourraient tre combles grce un soutien appropri en la matire
Les violations de masse des droits humains supposent un rseau criminel qui facilite la perptration gnralise des crimes et, dans le cas de Duvalier, dun rseau de forces de scurit officielles et officieuses. Mettre jour ce rseau criminel et prouver les liens entre Duvalier et ses forces sur le terrain, vont ncessiter des efforts considrables et une certaine expertise en la matire. A lheure actuelle, bien quil existe de nombreux juristes spcialiss en Hati, ceux-ci nont pas lexprience ni lexpertise ncessaires pour mener ce type denqutes et de poursuites. Ren Magloire, conseiller spcial du Prsident dHati pour les
Sinon, il ya un risque rel que des poursuites qui ne soient pas suffisamment limites conduisent un processus long et coteux. Ce fut le cas du dossier Slobodan Milosevic devant le Tribunal Pnal International pour lex-Yougoslavie. Laccus est dcd pendant le procs. Voir, Human Rights Watch, Weighing the Evidence : Lessons from the Slobodan Milosevic Trial ( Apprciation de la preuve: les leons du procs Slobodan Milosevic ), vol 18, no. 10 (D), dcembre 2006, http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/milosevic1206webwcover.pdf. En tirant les leons de laffaire Milosevic, Human Rights Watch a conclu que dans le cas o un responsable de haut rang ne serait pas prsent sur les lieux du crime, les poursuites devraient, ds le dpart, mettre laccent sur la responsabilit dans la chane de commandement et moins sur le nombre de tmoignages des victimes des scnes de crime .
questions juridiques, a not que ce sera la premire fois quun cas de crimes contre lhumanit sera port devant les tribunaux hatiens.214 Le 1er fvrier 2011, Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de lhomme a propos aux autorits hatiennes une assistance technique en vue de la poursuite des crimes commis sous le gouvernement de Jean Claude Duvalier. Selon Pillay, Hati a lobligation denquter sur ces violations graves des droits de lhomme commises pendant le rgne de M. Duvalier qui sont bien documentes. Hati a galement lobligation de poursuivre ceux qui sont responsables . De telles violations systmatiques des droits ne peuvent rester sans rponse. Les milliers d'Hatiens qui ont souffert sous ce rgime mritent justice. J'appelle les autorits hatiennes envoyer un message au monde en montrant que leurs tribunaux nationaux ne laisseront pas ces violations graves des droits de l'homme impunies, mme dans un contexte humanitaire et politique difficile.215 La dclaration de la Haut-Commissaire arrive point nomm. De faon gnrale, les experts internationaux possdant un savoir-faire dans le traitement des dossiers complexes denqutes criminelles, les poursuites et les procs peuvent aider renforcer les capacits de leurs homologues nationaux et promouvoir des procdures garantissant un procs quitable. Du personnel international peut aussi contribuer mettre en place des procdures pouvant juguler toute ingrence politique et favoriser ainsi lindpendance judiciaire, notamment dans les dossiers sensibles comme celui de Duvalier. En plus de lexpertise fournie par lOHCHR, les bailleurs internationaux peuvent fournir un soutien vital aux autorits hatiennes -y compris travers les efforts de rformes judiciaires en cours de diverses manires. Ils pourraient, par exemple, envisager de financer des experts internationaux pour assister, dans les coulisses , les procureurs, les magistrats et les avocats de la dfense. Ce soutien pourrait galement prendre la forme du financement ou du dtachement temporaire de personnel international qui travaillerait ct des hatiens et attnuerait certaines contraintes en matire de ressources humaines identifies ci-dessus.
d) Linstauration dun environnement politique scurisant peut tre obtenu via un soutien politique adapt
Lassistance technique est importante, mais elle aura peu dimpact moins que les autorits hatiennes sengagent poursuivre avec dtermination les investigations et juger
Voir la dclaration de M. Matre Ren Magloire, conseiller spcial du Prsident dHati pour les questions juridiques, titre personnel) 40me lgislature du Canada, 3me session, Comit permanent des affaires trangres et du dveloppement international, le lundi 7 Mars 2011.
Communiqu de presse du Bureau du Haut-Commissaire aux droits de lhomme, 1er fvrier 2011. http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx ? = 10696 & NewSID ID_langue = E (site consult le 21 mars 2011).
Duvalier et potentiellement les autres personnes impliques de manire quitable et efficace. Malheureusement, les deux candidats llection prsidentielle du 20 mars 2011 nont pas pas dmontr de volont politique en ce sens. Mirlande Manigat, a indiqu que poursuivre Duvalier ntait pas [son] affaire .216 Michel Martelly a salu le retour de Duvalier, tout en indiquant quil serait heureux de lavoir comme conseiller.217 Ces positions sont incompatibles avec les obligations juridiques internationales dHati telles quelles sont dcrites plus haut. Mme sous ladministration du Prsident Ren Prval, favorable aux poursuites judiciaires, le gouvernement na pas fait assez pour crer un environnement sr favorisant linstruction et les poursuites contre Duvalier. Plusieurs victimes ont en effet exprim des craintes pour leur scurit. Un groupe de victimes avait mme envoy une lettre ouverte au Prsident Prval et plusieurs ministres, dans laquelle elles demandaient au gouvernement que Duvalier soit plac en dtention provisoire durant le temps de la procdure.218 Ces victimes protestaient contre le fait que Duvalier soit libre de se dplacer dans le pays et dy tenir des discours, en compagnie de personnes identifies comme tant des Tontons Macoutes, et de ractiver son rseau d hommes de main , pendant que les victimes faisaient face des intimidations et ne bnficiaient daucune protection.219 Le 24 mars 2011, alors que Duvalier tait hospitalis, le juge dinstruction avait rendu une ordonnance dassignation rsidence.220 Plusieurs personnes en contact direct avec les victimes et les tmoins ont dclar Human Rights Watch que certaines victimes, ainsi que des tmoins, ne se manifesteraient pas dans le contexte actuel, compte tenu notamment de la probabilit que le nouveau gouvernement soit moins enclin que ne ltait ladministration Prval se saisir de laffaire. Pour rpondre ces proccupations, la protection efficace des tmoins et la garantie dune scurit adquate au bnfice des procureurs, du personnel judiciaire et des avocats de la dfense doit tre obtenue pour que les procdures se rvlent efficaces et quitables. Les bailleurs internationaux ont un rle jouer en soutenant les programmes de protection des tmoins, ainsi que ceux qui, en Hati, sont engags dans le processus de poursuite. Les
Trenton Daniel, Le professeur, la premire dame et (peut-tre) le prsident, . Miami Herald, 13 fvrier 2011,http://www.miamiherald.com/2011/02/13/2062937_p2/professor-first-lady-and-maybe.html (site visit le 1er Avril 2011) Michel Martelly approuve le retour de Duvalier, Le Nouvelliste, 20 janvier 2011, http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=&ArticleID=88050 (site visit le 21 mars 2011). Lettre ouverte au Prsident de la Rpublique, au Premier Ministre et au Ministre de la Justice, Le Nouvelliste, February 14, 2011, http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=&ArticleID=89315 (site visit le 21 mars 2011).
219 220 218 217
Ibid. Voir, l ordonnance , en date du 22 mars 2011, signifie Duvalier le 24 mars 2011.
dclarations publiques des bailleurs et des hauts responsables trangers reconnaissant limportance de laffaire et les obligations dHati de rendre la justice sont indispensables. Alors que le Haut-Commissaire Pillay et le Secrtaire gnral des Nations unies Ban Ki Moon221 ont fortement soutenu la ncessit de poursuivre les crimes commis sous lre Duvalier, dautres acteurs internationaux cls nont pas fait montre du mme soutien. PJ Crowley, alors porte-parole du Dpartement dEtat amricain, a dclar que ce qui arrivait Duvalier concernait le gouvernement dHati et le peuple hatien .222 Cela est videmment vrai, mais Hati a galement des obligations juridiques internationales et aura besoin dun soutien international fort pour sen acquitter et aider linstallation dun climat national favorable aux poursuites. La protection et la scurit des tmoins, des victimes et des autorits judiciaires pourraient tre renforces si la communaut internationale manifestait son engagement dans cette affaire et dcourageait tout acte dintimidation ou menace visant empcher les poursuites.
Conseil de scurit de lONU, Rapport du Secrtaire gnral sur la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Hati, S/2011/183 24 mars 2011, par. 82.
Briefing quotidien (de la presse) du Dpartement dEtat amricain, 18 janvier 2011, http://www.state.gov/r/pa/prs/dpb/2011/01/154747.htm (site visit le 21 mars 2011).
La justice, ce nest rien dautre que lclatement de la vrit, et que tout ce qui sest pass ne demeure pas impuni Je ne veux pas tre indemnis partir de [largent] qui ma t vol. 223
Michle Montas, plaignante dans laffaire Duvalier, Port-au-Prince, Hati, 16 mars 2011.
Les poursuites contre Duvalier surviennent lune des pires priodes de lhistoire dj difficile dHati. En peine plus dune anne, Hati a fait face dinnombrables dfis, avec les ravages causs par le tremblement de terre du 12 janvier 2010, louragan Tomas, lpidmie de cholra et le premier tour contest de llection prsidentielle. Malgr les obstacles, nous sommes convaincus que les poursuites contre Duvalier devraient reprsenter une priorit, dans la mesure o il sagit dune occasion unique pour Hati de rompre avec limpunit des temps passs. Le retour de Jean-Claude Duvalier a ramen lhistoire houleuse de la violence tatique en Hati sur le devant de la scne. Il est capital que les autorits hatiennes prennent toutes les mesures juridiques et judiciaires pour rgler cette affaire. Traduire en justice ceux qui se livrent des crimes contre leur propre peuple, est un message clair aux Hatiens que limpunit nest pas de mise dans le pays. 224
Ban Ki Moon, Secrtaire gnral de lONU, Rapport au Conseil de scurit, 24 mars 2011.
Selon un proverbe hatien si une constitution est faite de papier, les baonnettes, elles, sont faites dacier. 225 Ce fut lhritage de la plupart des gouvernements hatiens, pas seulement celui de Jean-Claude Duvalier. Bien quayant t lune des premires colonies gagner son indpendance, le parcours de la Rpublique dHati pour tablir la primaut de ltat de droit a t tortueux. Tout au long de lhistoire du pays, des leaders rpressifs et leurs hommes de main ont saign blanc le pays et ses citoyens.226 La loi a t utilise pour renforcer la domination dune petite lite sur la grande masse des paysans et des travailleurs pauvres. Elle na presque jamais fonctionn, mme pour punir les pires
Entretien de Human Rights Watch avec Michle Montas, le 16 mars 2011.
Rapport du Secrtaire gnral sur la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Hati, S/2011/183 24 mars 2011, par. 82. Konstitusyon se papye, bayonet se fe. Pour en savoir plus, voir Heinl et al., Written in Blood: the Story of the Haitian People, 1492-1995
massacres.227 En consquence, les hatiens dmunis prouvent, juste titre, peu de foi dans leur tat en gnral, et dans leur systme judiciaire en particulier.228 Un procs quitable et transparent de Duvalier en Hati, o les victimes sont en mesure de raconter leur histoire et dtre parties prenantes en tant que parties civiles 229 pour lune des premires fois de lhistoire,230 et dans lequel les avocats de Duvalier prsenteraient une dfense srieuse pourrait contribuer renforcer la confiance des hatiens en leur systme judiciaire. Cela apparatrait alors comme une formidable leon de civisme, en faisant la lumire sur lune des priodes les plus sombres de lHistoire hatienne, que la plupart des jeunes Hatiens ne connaissent pas. En se confrontant sa propre histoire, Hati a la possibilit de mettre fin au cycle dimpunit qui a laiss la majorit de ses citoyens en dehors de la protection de la loi. La justice, pour moi, cest seulement la mme lutte que jai toujours mene mais au plus profond de moi, je sentais que quelque chose nallait pas et que cela devait changer. Cent quatre-vingts personnes sont mortes physiquement devant moi, en huit ou neuf mois. Deux ou trois personnes mouraient chaque jour La justice ne peut rparer ce que jai vu, mais peuttre, je ne sais pas, que ce sera dj un dbut Pour moi, cestpourquoi je voulais que cette histoire ce sache.231
Boby Duval, plaignant dans laffaire Duvalier, Port-au-Prince, Hati, 17 mars 2011.
Jusqu prsent, les gens ne font pas confiance au systme judiciaire. Lorsque Human Rights Watch a demand aux femmes qui ont t victimes de violences sexuelles et ont vcu dans des camps de fortune depuis janvier 2010, si elles ont port plainte auprs de la police, elles ont rpondu : il ny a personne ici pour prendre soin de nous. Seul Dieu veille sur nous. Voir lentretien anonym de Human Rights Watch, des rsidents du camp du Champs-Mars, Port-au-Prince, Hati, 15 novembre 2010.
La partie civile est constitutive des systmes juridiques btis sur le modle franais. Elle permet une victime dun dlit de dposer une plainte auprs du procureur, ou directement auprs de la cour, et de participer en tant que partie en cas de procs.
Le procs relatif au massacre davril 1994 dans le bidonville de Raboteau, dans la ville de Gonaves est le seul procs complexe, comparable en termes de violations des droits humains en Hati. Le plus important procs en matire de violations des droits humains dans lhistoire hatienne a abouti la condamnation de 53 officiers et soldats. Cinq ans plus tard, sous un gouvernement intrimaire, un tribunal a annul les condamnations prononces. Cette dcision a t condamne au niveau international. Pour plus dinformations, consultez lInstitut pour la dmocratie et la justice en Hati, Justice pour Hati: le procs de Raboteau , non dat, http://ijdh.org/articles/article_justice-for-haiti_raboteau-trial.php.
Human Rights Watch, entretien avec Boby Duval, 17 mars 2011.
Ce rapport a t rdig par Amanda M. Klasing, titulaire dune bourse de recherche auprs de la division Droits des femmes de Human Rights Watch, et Reed Brody, conseiller juridique et porte-parole de Human Rights Watch Bruxelles. Il est bas sur des recherches documentaires et des recherches conduites en Hati en fvrier et mars 2011. Fred Abrahams, conseiller spcial au Bureau du programme, a contribu la recherche darchives supplmentaires. Le rapport a t dit par Daniel Wilkinson, directeur adjoint pour les Amriques ; Param-Preet Singh, conseillre principale, Programme Justice internationale ; Aisling Reidy, conseillre juridique principale ; et Joe Saunders, directeur adjoint de programme. Les associs Laura Graham et Guillermo Farias, de la Division des Amriques, ont contribu la ralisation du rapport. Primum Africa Consulting (Sngal) a assur la traduction du rapport en franais. Le cabinet davocats Mayer, Brown LLP (Paris) a rvis la traduction en collaboration avec Diane Douzill et Alvine Temfack (stagiaires), ainsi que Peter Huvos, de Human Rights Watch. Dany Khayat et Jos Caicedo de Mayer, Brown LLP, ainsi que Beatrice Bartoli du Barreau de Paris ont apport leur analyse juridique. Human Rights Watch tient remercier les nombreuses organisations et individus qui ont contribu ce rapport, et dont certain(e)s ont prfr ne pas tre cit(e)s. Nous sommes particulirement reconnaissants envers le soutien apport par Paul Seils, Luc Ct et Marieke Wierda, du Centre international pour la justice transitionnelle ; Brian Concannon, Jeena Shah et Corey Sullivan, de lInstitut pour la justice et la dmocratie en Hati ; Mario Joseph, du Bureau des Avocats Internationaux ; Pierre Esperance et Marie Yolne (Lelene) Gilles, du Rseau national de dfense des droits humains ; Danile Magloire, de Droits et dmocratie en Hati ; Bill ONeill, du Social Science Research Council ; Ben Majekodunmi et Antonio Maldonado Paredes, du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de lhomme ; Rodolofo Matarollo, Reprsentant spcial de lUNASUR (Union des nations sudamricaines) en Hati ; et Michel Forst, expert indpendant des Nations Unies sur les droits de lhomme en Hati. Karin Ryan, du Centre Carter, nous a permis daccder aux fichiers du Centre. Nous tenons galement remercier les reprsentants du gouvernement hatien que nous avons interrogs. Nous sommes particulirement reconnaissants Me Ren Magloire, conseiller spcial du Prsident dHati pour les questions juridiques, et son personnel pour les informations fournies pour les besoins de ce rapport.
Nous sommes profondment reconnaissants aux victimes de violations des droits humains qui ont partag des informations avec nous. Human Rights Watch assume lentire responsabilit des ventuelles erreurs ou omissions contenues dans le prsent rapport.
Le 16 janvier 2011, lancien Prsident vie dHati, Jean-Claude Bb Doc Duvalier, rentrait dans son pays au terme de prs de 25 ans dexil. La raction du gouvernement hatien sest traduite par la rouverture dune enqute datant de 2008, et concernant des accusations de dlits financiers. En outre, plusieurs victimes de violations des droits humains commises sous le gouvernement Duvalier ont dpos plainte auprs du procureur. Lenqute relative aux dlits financiers et aux violations des droits humains reprochs Duvalier est actuellement en cours. Le rapport Hati : Le procs de Jean-Claude Duvalier, un rendez-vous avec lHistoire offre une vision densemble des violations des droits humains commises sous Duvalier. Ce rapport dcrit ltat actuel des poursuites engages contre lui, en soulignant les obstacles qui se dressent pour les mener bien, et analyse lapplicabilit du droit hatien et du droit international. Nous concluons que ltat dHati est tenu, au regard du droit international, denquter et, si ncessaire, dengager des poursuites judiciaires concernant les graves violations des droits humains commises sous le rgne de Duvalier. Bien quil reste des obstacles surmonter, cette affaire reprsente une chance historique pour Hati. Traduire Duvalier devant la justice, dans le cadre dun procs quitable, permettrait de restaurer la confiance des Hatiens en la justice et en ltat de droit. De plus, de telles poursuites seraient un moyen de dissuader dautres dirigeants, que ce soit en Hati ou ailleurs, de commettre de graves violations des droits humains, en leur montrant quils sont susceptibles dtre tenus pour responsables de tels actes. Les enjeux dun procs juste et transparent pour Jean-Claude Duvalier sont considrables. Le succs de cette affaire dpendra nanmoins de la volont politique du gouvernement hatien de respecter ses obligations au regard du droit international et de permettre la tenue de ce qui pourrait bien tre le plus important procs criminel de son histoire. Les chances de succs dpendront galement de la facult de la communaut internationale dapporter son soutien Hati ds prsent, et tant que lvolution du dossier le ncessitera.
Des visiteurs examinent des photographies de personnes portes disparues lors dune exposition au sujet de lancien Prsident hatien Jean-Claude Bb Doc Duvalier Port-au-Prince, Hati, le 11 fvrier 2011. 2011 AP Photo/Ramon Espinosa
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Achou Mah
Denis Apalategui

References: Art. 45
 art. 28
 art. 7
 art. 276
 Art. 7
 art. 1

Art. 17
 art. 17
 art. 14