Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/soudan-Sud.htm
Timestamp: 2016-07-27 21:07:10+00:00

Document:
R�publique du Soudan du Sud
(Republic of South Sudan)
10,3 millions (2011)
environ 80 langues: nuer, dinka, zande, bari, arabe soudanais, shilluk, toposa, otuho, luwo,
mandari, moru, murle, jur modo, kakwa, anuak, lopit, reel, mabaan, didinga, acholi, lokoya, p�ri, m�nd�, etc.
Syst�me politique: r�publique � r�gime semi-pr�sidentiel form� de dix �tats f�d�r�s
Articles constitutionnels (langue): article 6 de la
Constitution provisoire de 2011
Lois linguistiques: Loi sur la nationalit� (2011);
Code de la Loi sur la proc�dure p�nale (2008); Loi sur la proc�dure civile (2003);
Loi sur les assurances (2003);
Loi sur les compagnies (2003);
Loi sur les organisations non gouvernementales (2003).
g�ographique et politique
Situ� au nord-est de l'Afrique, � la charni�re des mondes arabo-musulman et africain, le Soudan du Sud (en anglais: "Republic of South Sudan") est un pays de 619,745 km�,
ce qui en fait un pays plus grand que la France (547 030
km�) et l'un des pays africains les plus importants par sa superficie (Somalie:
637 657 km�;
Zambie: 752 614 km�;
Mozambique:801 590 km�;
Namibie: 825 418 km�; Tanzanie: 948 087 km�; Nigeria: 923 768 km�. En Afrique, l'Alg�rie couvre une superficie de 2,3 millions de km�, le Congo-Kinshasa, 2,3 millions de km�, la Libye, 1,7 million de km�. Toutefois, le trac� des fronti�res du Soudan du Sud est contest� en en moins cinq secteurs par le Nord, dont plusieurs sont occup�s ill�galement soit par les sudistes soit par les nordistes.
Le Soudan du Sud est limit� au nord par le Soudan, � l'ouest par la Centrafrique, au sud par le Congo-Kinshasa, l'Ouganda et le Kenya, � l'est par l'�thiopie (voir la carte de l'Afrique). Parmi les pays voisins, la Centrafrique et le Congo-Kinshasa sont des pays �francophones�.
Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud a d�clar� son ind�pendance, s�parant en deux le Soudan, la partie sud devenant le Soudan du Sud (8,2 millions d'habitants); la partie nord, la
r�publique du Soudan.
Le Soudan du Sud forme un
�tat f�d�ral compos� de 10 �tats f�d�r�s cr��s � partir des trois provinces historiques du
Bahr el-Ghazal, de l'�quatoria et du
Nil sup�rieur : - Bahr el Ghazal du Nord (Northern Bahr el Ghazal)
- Bahr el Ghazal occidental (Western Bahr el Ghazal)
- �quatoria central (Central Equatoria)
- �quatoria occidental (Westerne Equatoria)
- �quatoria oriental (Eastern Equatoria)
- Jonglei - Lacs (Lakes)
- Nil sup�rieur (Upper Nile)
- Unit� - Warab
Le Soudan du Sud est officiellement le 193e �tat membre de l'ONU et le 54e pays membre de l'Union africaine. 2 Donn�es d�molinguistiques
Avec une population de 10 millions d'habitants, le Soudan du Sud compte au moins 80 langues r�parties en trois grandes familles linguistiques: la famille nilo-saharienne, la famille nig�ro-congolaise et la famille afro-asiatique (s�mitique), auxquelles s'ajoute un
cr�ole avec l'arabe soudanais. Th�oriquement, il existe une langue par tranche de 125 000 habitants. Le tableau qui suit pr�sente les ethnies et les langues ayant au moins 10 000 locuteurs. Ethnie SOUDAN DU SUD
Dinka de l'Ouest
dinka du Sud-Ouest
nig�ro-congolaise
Dinka du Sud-Est
Dinka du Nord-Est
Dinka du Centre-Sud
arabe soudanais parl�
Lotuko (Latuka)
160 000 1,9 %
Dinka du Nord-Ouest
M�nd�
Lugbara des Montagnes
belanda-viri
Dinka du Centre
Banda-Nd�l�
Arabe mongallais
8 260 000 (2008)
2.1 Les principales langues
En regroupant les vari�t�s linguistiques quasi identiques (dinka du Sud-Est, dinka du Nord-Est, dinka du Centre-Sud, etc.), le dinka, avec ses 2 190 000 locuteurs, occupe la premi�re place: 26,5 %. Le dinka est suivi par le
nuer (12,3 %), le zande (8,5 %), le bari (6 %), l'arabe soudanais (4,8 %), le shilluk (4,5 %), le taposa (2,4 %) et l'otuho. Presque toutes les langues parl�es dans l'est du Soudan du Sud appartiennent � la famille nilo-saharienne (ou nilotique). Dans l'Ouest, on trouve des
langues nig�ro-congolaises (zande, m�nd�, banda-nd�l�, etc.). Le m�lange des langues est plus �vident dans cette partie du Soudan du Sud. Beaucoup de langues appartenant au groupe Chari-Nil des langues nilo-sahariennes comptent peu de locuteurs, soit moins de 5000, souvent moins de 1000. 2.2 La langue arabe
Contrairement au Soudan situ� au nord, la langue arabe n'est la langue maternelle que d'une infime partie de la population. Il s'agit de l'arabe soudanais parl� surtout dans le Nord par 4,8 % des Sud-Soudanais. � Djouba, la capitale, il existe un arabe cr�olis� appel� �arabe de Djouba� ("Arabic Sudanese Creole"), d�riv� de l'arabe soudanais parl� au nord. L'arabe de Djouba est souvent utilis� comme langue v�hiculaire dans le sud du pays, notamment en �quatoria. Ce cr�ole arabe est incompr�hensible � un locuteur de l'arabe soudanais et totalement inaccessible � un locuteur de l'arabe standard. Quant � l'anglais, il a �t� d�clar� la langue officielle de l'�tat, bien que tr�s peu d'individus puissent parler cette langue de l'ancien colonisateur, une langue �trang�re dans ce pays.2.3 La question religieuse
L'histoire du Grand Soudan a toujours �t� houleuse en raison des nombreux conflits ethniques et religieux. En effet, avant 2011, les Soudanais du Sud se distinguaient traditionnellement de ceux du Nord
par la langue, la religion et la race: le Nord abritait surtout des Arabes
musulmans (70 %), le Sud, des Noirs chr�tiens (15 % dont 3,5 millions de
catholiques) ou animistes (15%). De plus, l'�tat central n'avait reconnu jusqu'en 2005 qu'une seule langue officielle (l'arabe classique) et qu'une seule religion d'�tat (l'islam). Depuis l'ind�pendance du Soudan du Sud, contrairement au Soudan situ� au nord massivement musulman, la plupart des habitants du Sud sont de confession chr�tienne, soit 76,8 %; mais les animistes repr�sentent 21 % de la population et les musulmans 2,2 %. Pr�cisons aussi que les animistes du Soudan du Sud sont fortement impr�gn�s par le christianisme. Bien que les plantes et les animaux aient un caract�re sacr�, la figure de J�sus-Christ demeure fondamentale. 3 Donn�es
historico-linguistiques
L'histoire du Soudan du Sud se confond avec celle de la r�publique du Soudan au nord. En ce sens, elle tient compte des Arabes et de l'islam, mais aussi de la
Grande-Bretagne qui a jou� un r�le important dans la situation actuelle
de ce pays, lequel fut aux prises avec une guerre civile qui a dur� pratiquement quarante
Pendant plusieurs si�cles (du VIe au XVIe si�cle), la
nation soudanaise s'est fa�onn� une double identit�, d'abord chr�tienne,
puis arabo-musulmane. En effet, deux royaumes chr�tiens se constitu�rent vers
le VIe si�cle: le royaume de Dongola qui s'�tendait d'Assouan
� Khartoum et celui d'Aloa, au sud de Khartoum. Vers 640, la conqu�te de l'�gypte
par les Arabes coupa ces royaumes du reste du monde chr�tien. Les catholiques
continu�rent cependant de subsister au sud du Soudan, alors que les autres
communaut�s disparurent partout au Maghreb (Alg�rie-Maroc-Tunisie) et dans la
p�ninsule Arabique.
Dans la r�gion du centre-nord de l'ancien Soudan (avant 2011), l'apparition au XVIe
si�cle d'un
sultanat fort, musulman et arabis�, �baucha le noyau politique, �conomique et
culturel de ce qui allait devenir le Soudan. Cette entit� arabo-musulmane
n'englobait pas encore le sud du pays, de religion catholique, qui restait alors
En 1821, le Soudan fut envahi par les arm�es de Mehemet-Ali, le vice-roi
d'�gypte. La conqu�te �gyptienne unifia le pays pour la premi�re fois et
entreprit �l'ouverture au sud�, car les �gyptiens avaient besoin de soldats
noirs pour leurs projets de conqu�te de la Syrie et des esclaves pour leurs
grands travaux hydrauliques. L'�gypte imposa l'arabisation dans cette partie du
pays, mais la centralisation autoritaire finit par provoquer des r�actions
anti-�gyptiennes qui d�g�n�r�rent en conflits arm�s. Puis, s'ouvrit la
p�riode dite turque, la Turkiyya, qui dura jusqu'en 1885 et vit
l'unification de l'espace soudanais sous un pouvoir �tranger de plus en plus
soumis aux int�r�ts occidentaux.
En 1898, le Soudan passa sous contr�le de l'Empire britannique, qui h�rita
alors de la violence et des conflits entre Arabes (au nord) et N�gro-Africains
(au sud). C'est ainsi que naquit le Condominium anglo-�gyptien sur le Soudan.
La colonisation britannique, qui perdura jusqu'en 1956, adopta une politique destin�e � �viter les
tensions entre le Nord et le Sud, et administra le pays comme deux entit�s
distinctes. C'est pourquoi la colonisation britannique fut essentiellement militaire. Le pouvoir fut exerc� par le Soudan Political Service, qui adopta une politique en s'appuyant sur les chefferies locales.
- Le Soudan du NordDans le Nord, les Britanniques g�r�rent la r�gion selon le mod�le connu
de l'�administration directe� (Direct Rule), telle que d�velopp�e dans les colonies du
Proche-Orient et en �gypte. Ils mirent en place une structure centralis�e et
unificatrice, notamment dans l'Administration, la formation des cadres locaux,
les r�seau de chemin de fer, de t�l�graphe, etc. Ils impos�rent bien
l'anglais dans l'Administration, mais se gard�rent de combattre l'arabe et la
religion musulmane. Les cadres soudanais apprirent l'anglais, bien que toute la
vie sociale nord-soudanaise continu�t de se d�rouler en arabe. Les �coles coraniques en arabe
furent maintenues. L'anglais ne fut jamais impos� comme seule langue officielle, les membres du Sudan Political Service devaient obligatoirement �tre arabisants, bien que l'anglais f�t la seule langue utilis�e par l'Administration. Seule une petite �lite soudanaise form�e pour servir de cadres � la nation apprenait l'anglais. Les Britanniques favoris�rent le renforcement des relations
entre le nord du Soudan et l'�gypte, de telle sorte que la culture �gyptienne
s'incorpora dans la vie nord-soudanaise.
Cependant, la politique linguistique des Britanniques ne donna pas les
r�sultats escompt�s, dans la mesure o�, pour l'�lite nordiste arabophone
et musulmane, l'imposition de l'anglais heurta certaines susceptibilit�s,
car elle voyait en l'arabe et en l'islam des valeurs authentiquement
Les Britanniques se d�sint�ress�rent du Soudan du Sud, mais voulurent
n�anmoins assurer un minimum d'ordre au moindre co�t possible. Cette
fois-ci, les administrateurs britanniques g�r�rent la r�gion de fa�on
�minimaliste�, selon le mod�le de l'�administration indirecte� (Indirect Rule). Londres
laissa ses gouverneurs administrer cette r�gion du pays comme ils l'entendaient,
c'est-�-dire de fa�on strictement personnelle. Ceux-ci devinrent de
v�ritables �bog barons� (des �barons des marais�) qui r�gnaient en ma�tre
sans rendre vraiment de compte � leur gouvernement imp�rial. En autant qu'ils
faisaient respecter l'autorit� de l'Empire... Les Britanniques
en vinrent � isoler totalement le sud du nord du pays par une politique appel�e �closed
districts�, qui interdisait l'activit� �conomique des commer�ants arabes
du Nord vers le sud. Le Sud resta donc totalement coup� du Nord.
Les Britanniques en poste laiss�rent le syst�me d'�ducation aux mains
des missions chr�tiennes, surtout protestantes, ce qui suscita la concurrence
entre les catholiques et les protestants. On estime que les missionnaires
protestants convertirent environ 15 % des Soudanais � l'�poque. De plus, les
gouverneurs britanniques maintinrent la r�gion dans un certain �tat de
d�pendance infantile � l'�gard des missionnaires et de l'Administration,
ce qui eut pour effet d'entra�ner la population sudiste dans un
sous-d�veloppement �conomique, social et intellectuel. Cette situation n'ira
pas sans causer des pr�judices graves � la future unit� du pays, surtout lors
de l'accession du Soudan � l'ind�pendance.
Par crainte de provoquer le r�veil des sensibilit�s religieuses et
nationalistes, la politique linguistique des Britanniques (pr�conis�e dans la Southern
Policy) fut d'imposer, du moins symboliquement, l'anglais comme langue
officielle et d'enrayer compl�tement l'arabisation et l'islamisation dans la
r�gion du Sud. Par ailleurs, six langues locales furent utilis�es pour servir de
langues administratives, �ducatives et religieuses: le dinka, le bari, le
nubien, le latuko, le shilluk et le zande. L'arabe �tait tout � fait exclu
Dans la pratique, cette politique linguistique s'est r�v�l�e destructrice.
Non seulement cette politique n'a gu�re modifi� les habitudes linguistiques des
populations sud-soudanaises, mais elle a cristallis� les attitudes
linguistiques conflictuelles entre le Nord et le Sud. Pour les sudistes
chr�tiens qui ont continu� � utiliser leurs langues, ce maintien des langues
locales favorisa l'�mergence d'un arabe pidginis� (l'arabe de DJouba ou
�Juba arabic�) qui deviendra une langue v�hiculaire, tandis que la
m�connaissance de l'anglais aura pour effet de sous-scolariser la population
- Vers l'int�gration politique
Apr�s la Seconde Guerre mondiale, pressentant l'accession du pays � l'ind�pendance,
les Britanniques voulurent aider le Sud � rattraper le niveau de d�veloppement
du Nord. Afin de favoriser le principe de l'int�gration du Soudan du Sud et de
constituer un nouvel �tat avec le Nord, le gouvernement colonial adopta une
nouvelle politique linguistique et rendit l'arabe officiel dans
tout le pays. Dans le Sud, un �syst�me local� s'implanta: les enfants
utilisaient leur langue maternelle (locale) comme langue d'enseignement,
l'anglais comme mati�re d'enseignement, l'arabe en troisi�me ann�e du
primaire. Dans le Nord, le �syst�me national� favorisa l'arabe comme seule
langue d'enseignement jusqu'en quatri�me ann�e et l'anglais comme mati�re
d'enseignement � partir de la cinqui�me ann�e.
Pour certains observateurs, cette strat�gie fut une erreur de la part des Britanniques
qui ne comprirent pas que les peuples n�gro-africains du Sud n'avaient jamais
voulus �tre politiquement li�s aux peuples arabophones du Nord. D'ailleurs,
les repr�sentants sudistes avaient plut�t propos� une solution de type f�d�ral.
Toutefois, mal pr�par�s, les d�l�gu�s sudistes furent incapables de d�fendre
les int�r�ts de leurs nations au sein du futur �tat en gestation. Les partis
sudistes furent marginalis�s et le pouvoir fut monopolis� par les partis
En 1954, l'agitation anti-nordiste se r�pandit dans tout le Sud, surtout lorsque les Britanniques commenc�rent � remplacer dans le Sud les fonctionnaires anglais par des fonctionnaires nordistes. En ao�t 1955, les sudistes de la 2e compagnie de l'Equatoria Corps (voir la carte) se mutin�rent et massacr�rent leurs officiers nordistes nomm�s en remplacement des officiers anglais. � la veille de l'ind�pendance, le Soudan se retrouvait avec deux �lites sociales culturellement tr�s diff�rentes: le Nord �tait constitu� d'une �lite arabophone et musulmane; le Sud, d'une �lite anglophile et chr�tienne. Tout �tait en place pour un d�clenchement des conflits linguistiques et d'une guerre civile qui, sauf pour la parenth�se de 1972-1983, n'a jamais cess� depuis.
3.2 L'ind�pendance du Soudan et la politique d'arabisation
Le Soudan devint un �tat ind�pendant le 1er janvier 1956.
L'�lite nordiste, plus nombreuse et mieux form�e, s'empara de l'appareil
administratif du pays et imposa ses options politiques au nom d'une �unit�
nationale� qui n'avait jamais exist�. En vertu de l'id�ologie unitaire, une
seule langue nationale parut alors n�cessaire. Le Nord pr�nait l'int�gration
par l'arabisation et l'islamisation de toute la soci�t�
soudanaise, mais le Sud pr�conisait le pluralisme culturel et religieux du
Soudan (incluant l'abolition de la Charia), tout en favorisant un syst�me
f�d�ral dans un �tat la�c. Mais les r�gimes autoritaires qui se succ�d�rent apr�s l'ind�pendance
favoris�rent naturellement l'id�ologie nordiste: le projet constitutionnel s'est orient� sur un Soudan unitaire, avec l'arabe pour langue officielle et l'islam pour religion d'�tat. � partir de 1965, l'arabe rempla�a progressivement
l'anglais, m�me dans l'enseignement sup�rieur. La dictature militaire du
r�gime du g�n�ral Abboud (1958-1964) imposa l'arabisation et l'islamisation
dans tout le Sud: l'enseignement de l'arabe et de l'islam devint obligatoire.
Toutes sortes de mesures furent instaur�es pour acc�l�rer le processus
d'arabisation et d'islamisation, y compris les menaces, les arrestations et les
massacres. Le r�pression syst�matique envers le Sud aggrava les tensions
jusqu'� ce que les conflits arm�s aboutissent � une v�ritable guerre civile.
En 1964, une �r�volution populaire� mit fin � la dictature et installa un
gouvernement de coalition, qui ne parvint pas
cependant � r�tablir la paix au sud.
3.3 L'accord d'Addis-Abeda (1972) et la
f�d�ralisation du Soudan
En 1969, un autre coup d'�tat militaire instaura un nouveau r�gime
d'inspiration plus socialiste. Le gouvernement d�cida de s'orienter vers une politique progressiste qui tenait compte des aspirations
politiques et culturelles du Sud. Entre 1972 et 1983, sous le gouvernement du
g�n�ral Nimeiry, le Soudan a tent� une exp�rience de large autonomie avec
une d�volution des pouvoirs l�gislatif et ex�cutif � la r�gion du Sud. En 1972, la signature entre la r�bellion sudiste et le gouvernement
de Khartoum de l'accord d'Addis-Abeba conf�ra un statut d'autonomie au
Sud. Cet accord instaurait un �tat f�d�ral au Soudan, ainsi que, pour le Sud,
une Assembl�e r�gionale �lue au suffrage universel et un Haut-Conseil
ex�cutif, tous deux install�s � Djouba, qui devenait la capitale de la r�gion
autonome du Sud. Les forces rebelles du Sud furent int�gr�es dans l'arm�e
nationale et un effort particulier de d�veloppement dut �tre consenti en
faveur du Sud.
Sur le plan linguistique, l'article 6 du chapitre II de la Southern
Regional Self Government Act (�Loi sur l'autonomie r�gionale des provinces
du Sud�) proclamait ce qui suit:
Arabic shall be official language for the Sudan and English the principle language for the Southern Region without prejudice to the use of any language or languages, which may serve a practical necessity for the efficient and expeditious discharge of executive and administrative functions of the Region.
Article 6 [traduction]L'arabe est la langue officielle du Soudan et l'anglais la langue
principale de la r�gion du Sud, sans pr�judice de l'utilisation d'une ou
de plusieurs autres langues, si celle(s)-ci contribue(nt) au fonctionnement
efficace et rapide du gouvernement et de l'administration de la r�gion.
L'accord d'Addis-Abeba ne comportait aucune indication suppl�mentaire sur la
langue, mais laissait toute latitude quant � l'interpr�tation d'une politique
linguistique. Dor�navant, la question linguistique ne relevait plus du seul
gouvernement central. Le gouvernement r�gional du Sud (High Executiv Council)
pouvait fixer les grandes lignes de sa propre politique linguistique.
Le Soudan f�d�ralis� adopta une nouvelle constitution en 1973. Celle-ci
contenait trois dispositions � caract�re linguistique. L'article 10 proclamait
l'arabe comme seule langue officielle:
The Arabic language shall be the official language of the Democratic Republic of the Sudan.
Article 10 [traduction]La langue arabe sera la langue
officielle de la R�publique d�mocratique du Soudan.
La Constitution ne
faisait pas mention de l'anglais. L'article 38 pr�cisait que les Soudanais
�taient �gaux, quelles que soient leur origine, leur langue ou leur religion.
All persons in Democratic Republic of the Sudan are equal before Courts of law. The Sudanese have equal rights and duties, irrespective of origin, race, locality, sex, language or religion. Article 38 [traduction]
Quiconque vit dans la R�publique d�mocratique du Soudan est �gal devant les tribunaux. Les Soudanais ont des droits et des devoirs �gaux, ind�pendamment de leur origine, de leur race, de leur localit�, de leur sexe, de leur langue ou de leur religion.
La troisi�me disposition (art. 139) d�clarait que l'arabe �tait la langue
officielle du Parlement, mais que l'on pouvait faire usage d'une autre langue:
�N�anmoins, toute langue autre que l'arabe pourra �tre utilis�e avec la
permission du pr�sident de l'Assembl�e ou des pr�sidents des comit�s.�
The deliberations of the People's Assembly, business of its Committees and its correspondence shall be conducted in Arabic. Nervertheless, any language other than Arabic may be used with the permission of the Speaker or Chairmen of Commission. Article 139
Les d�lib�rations de l'Assembl�e du peuple, de affaires de ses comit�s et de sa correspondance doivent se d�couler en arabe. N�anmoins, toute autre langue que l'arabe peut �tre utilis�e avec l'autorisation du pr�sident de l'Assembl�e ou des pr�sidents de commission.
Dans les faits, l'anglais redevint la langue administrative et
judiciaire du Soudan du Sud, m�me si l'arabe continuait d'�tre utilis�
concurremment. Le minist�re de l'�ducation nationale opta pour une politique
bilingue, afin de permettre une meilleure int�gration des �l�ves sudistes
dans le syst�me national et de pr�server l'accord d'Addis-Abeba
(reconnaissance des langues locales et de l'anglais).
Dans le Sud, bien que la politique d'arabisation et d'islamisation ait
�t� rejet�e, les tentatives de promouvoir les langues locales n'ont pu
aboutir. D�s 1980, le gouvernement r�gional a d� admettre l'�chec de ses
politiques linguistiques: faute de moyens financiers suffisants, la situation
scolaire s'est d�grad�e et les �l�ves n'ont re�u une instruction
ad�quate ni en anglais ni en arabe. La politique de r�cup�ration des langues
locales n'a pu �tre men�e � terme. Les r�alit�s socio-�conomiques (exode
rural, mariages mixtes, mouvements de population nord-sud, supr�matie des
marchands arabophones, etc.) ont plut�t contribu� � d�stabiliser les
soci�t�s traditionnelles et � faire r�gresser les langues locales.
Au lieu d'implanter l'anglais et les langues locales du Sud, la politique
linguistique a eu pour effet de favoriser l'arabe sud-soudanais,
une vari�t� dialectale distincte de l'arabe nord-soudanais et de l'arabe
officiel, et une langue v�hiculaire appel�e le Juba-arabic (l'�arabe
de Djouba�, ex-capitale du Soudan du Sud), une vari�t� d'arabe cr�olis�.
La guerre entre le Nord et le Sud prit fin en 2005. Au terme du conflit, le Soudan du Sud obtint de Khartoum une certaine autonomie politique, �conomique et religieuse. En majorit� chr�tiens, les Soudanais du Sud se sont affranchis du r�gime islamique et de sa Charia. En janvier 2011, les quelques neuf millions de Sud-Soudanais se sont prononc�s par r�f�rendum sur l'ind�pendance de leur r�gion. Le OUI l'a emport� avec plus de 98 % des votes. L'ind�pendance du Sud �tait donc d�sir�e par la quasi-totalit� des Sud-Soudanais, appuy�s notamment par les �tats-Unis. Juba est devenue la capitale du nouveau pays qui s'appellera le Soudan du Sud (forme longue: r�publique du Soudan du Sud ou
Republic of South Sudan). Quant au pr�sident de la r�publique du Soudan, Omar el-B�chir, depuis le mois de mars 2009, il est sous le coup d'un mandat d'arr�t international, � la suite d'une d�cision de la Cour p�nale internationale (CPI). Le pr�sident soudanais a d�cid� de ne faire aucun cas de ce mandat qui n'est �qu'un complot n�ocolonialiste�. Pour Khartoum, la CPI ne serait
�qu'un instrument d'une guerre� contre le Soudan. 3.4 Le Soudan du Sud et l'ind�pendance
Apr�s cinquante ans de luttes contre le pouvoir central de Khartoum, le Soudan du Sud a acc�d� � l'ind�pendance le samedi 9 juillet 2011. Mais le nouveau pays devait faire face � des d�fis �normes. Apr�s des d�cennies de guerre, les indicateurs sociaux �taient au plus bas, les infrastructures, telles que les routes, demeuraient embryonnaires et les finances de ce nouvel �tat, qui n'avait pas encore de monnaie, d�pendaient des revenus du p�trole et de la bonne volont� des bailleurs de fonds internationaux. De plus, le Soudan du Sud reste parmi les pays les plus pauvres de la plan�te. Selon l'article 6 de la nouvelle Constitution (provisoire), l'anglais est la seule langue officielle, les autres �tant des langues nationales (dont le dinka, le bari, le toposa, le zande et les langues moro-madi) : Section 6
1) All indigenous languages of South Sudan are national languages and shall be respected, developed and promoted.
2) English shall be the official working language in the Republic of South Sudan, as well as the language of instruction at all levels of education.
3) The State shall promote the development of a sign language for the benefit of people with special needs.
1) Toutes les langues indig�nes du Soudan du Sud sont des langues nationales et elles doivent �tre respect�es, promues et d�velopp�es.
2) L'anglais est la langue officielle de travail dans la r�publique du Soudan du Sud, ainsi que la langue d'enseignement � tous les niveaux de l'�ducation.
3) L'�tat doit promouvoir le d�veloppement d'une langue des signes pour le b�n�fice des personnes ayant des besoins sp�ciaux.
Dans les �coles, l'anglais a d�j� commenc� � remplacer l'arabe impos� par Khartoum. Le gouvernement s'est engag� � traduire la Constitution �dans les langues nationales� et de diffuser aussi largement que possible les diff�rentes versions. �videmment, les cartes de la r�gion devront �tre redessin�es. Le Soudan du Sud compte dix �tats, eux-m�mes subdivis�s en 86 comt�s.- Les affrontementsLes affrontements avec la r�publique du Soudan ne sont pas n�cessairement termin�s, en raison des points non encore r�solus comme le trac� des fronti�res, le partage des ressources p�troli�res et la question de la dette. Pr�cisons que le Soudan du Sud d�tient d�sormais 75 % de la production p�troli�re soudanaise, alors que les infrastructures pour acheminer le p�trole sont dans le Nord. Or, le trac� des fronti�res est un probl�me de taille, car le p�trole se trouve justement pr�s de la fronti�re qui s�pare les deux �tats, celui du Nord et celui du Sud. On peut comprendre pourquoi le gouvernement de Khartoum tient � des fronti�res qui lui accorderaient le plus de revenus dus au p�trole. Les r�gions comme comme Heglig, pr�s de l'�tat d'Unit�, et Kaka, dans l'�tat du Nil sup�rieur, l� o� il y a une forte production p�troli�re, sont des zones hautement disput�es. De plus, des Des responsables soudanais ont indiqu� que le Soudan pr�l�verait une part du p�trole sud-soudanais destin� � l'exportation en compensation (23 % des recettes) de l'utilisation par Djouba des infrastructures p�troli�res de Khartoum. Pour le Soudan, il s'agit de compenser la perte des trois quarts de ses recettes p�troli�res apr�s la partition. Actuellement, 98 % des recettes du Soudan du Sud proviennent du p�trole. D'ailleurs, un rapport publi� le 17 septembre 2011 par la CEPO ("Community Empowerment for Progress Organization"), r�v�lait que les communaut�s situ�es sur la fronti�re entre la r�publique du Soudan et le Soudan du Sud �taient fortement militaris�es et qu'elles �taient constamment confront�es � une grande ins�curit� et � la violence. Autrement dit, cette situation pourrait finalement conduire � une autre guerre. - La reconstruction
Comme si cela ne suffisait pas, le Soudans du Sud est un pays extr�mement d�muni, malgr� ses r�serves p�troli�res. Non seulement les revenus du p�trole sont exploit�s par des entreprises �trang�res, mais les �coles et les h�pitaux sont rares, l'industrie inexistante, l'�conomie limit�e � l'agriculture familiale. De plus, Il n'existe aucune route en dehors de la capitale, Djouba. Finalement, l'administration du gouvernement dans les r�gions (ou les �tats f�d�r�s) se r�sume souvent � un petit poste militaire. Apr�s des d�cennies de guerre sanglante et brutale, presque tout doit �tre construit ou reconstruit. Pour un gouvernement d�j� bien �tabli, ces probl�mes repr�senteraient des d�fis �crasants. Pour le Soudan du Sud, aux prises avec un disfonctionnement de l'�tat et faisant face � des accusations de mauvaise gouvernance, de corruption et d'autoritarisme, c'est une t�che plus qu'hercul�enne. Mais le pays n'�tait pas au bout de ses peines. Le 31 ao�t 2012, le gouvernement sud-soudanais annon�ait la cr�ation d'une nouvelle capitale qui co�terait dix milliards de dollars US, la d�pense �tant �tal�e sur vingt ans, et ce, alors que la moiti� de la population vit sous le seuil de pauvret�. Une ann�e plus tard, le 23 juillet 2013, le pr�sident Salva Kiir cong�diait son vice-pr�sident, Riek Machar, apr�s que celui-ci eut manifest� son intention de postuler pour la fonction de pr�sident de la R�publique lors des prochaines �lections pr�vues en 2015. Un nouveau conflit �clata le 15 d�cembre 2013, tandis que de violents combats �clataient dans la capitale, Djouba, entre les partisans du pr�sident Salva Kiir et ceux du vice-pr�sident Riek Machar. En somme, le pays est encore d�chir� par des tensions ethniques : d'un c�t�, les Dinkas, l'ethnie majoritaire de Salva Kiir, de l'autre, les Nuers, l'ethnie de Riek Machar. Les rebelles appuient Machar qui est maintenant un fugitif recherch� par l'arm�e. Comme si ce malheureux pays avait besoin d'un conflit aussi futile que co�teux ! Des m�diateurs africains tentent de r�unir � la m�me table les repr�sentants des deux rivaux. De son c�t�, l'ONU a d�clar� avoir d�couvert au moins un charnier et annonc� que 120 000 Soudanais du Sud ont d�j� �t� d�plac�s par le conflit. Les probl�mes linguistiques ne constituent certainement pas l'une des priorit�s de l'�tat sud-soudanais.
Il y a trois ans, les Sud- Soudanais votaient leur ind�pendance apr�s plus de cinquante ans de guerre civile contre leur voisin du Nord, le Soudan. En 2011, lors de l'annonce du r�sultat du vote d'ind�pendance, tous les m�dias du monde �taient pr�sents � Djouba, et tous s'attendaient � des sc�nes de chaos dans ce pays nouvellement n�. Les Sud-Soudanais pouvaient prouver au monde entier qu'ils �taient un peuple pacifique pr�t � gouverner leur pays. Quatre ans apr�s l'ind�pendance, la plus jeune nation du monde n�a plus rien � c�l�brer. - Les rivalit�s ethniques
Le conte de f�es du pays opprim� par le Soudan du Nord, qui devient enfin libre, a tourn� au cauchemar, alors que les tensions ethniques continuent de ravager les espoirs d'un avenir meilleur pour ce pays r�cemment qualifi� d'��tat le plus fragile du monde� par le "Fund for Peace". Au lieu de se d�velopper, le Soudan du Sud s'est embourb� dans une guerre futile. En d�cembre 2013, la guerre a �clat� entre les partisans des deux �h�ros de l'ind�pendance�, le pr�sident Salva Kiir et les partisans de l'ex-vice-pr�sident, Riek Machar, entra�nant avec eux la population des ethnies dinka (proche de Salva Kiir) et nuer (de Riek Machar). Les deux principaux rivaux politiques, issus de ces deux principales ethnies, se font la guerre et pr�tendent tenir des discussions pour un accord de paix qui n'aboutit jamais. La querelle d�ego et la lutte pour le pouvoir ont ainsi d�g�n�r� en conflit ethnique. En r�alit�, chacun se bat sans trop savoir pourquoi. Apr�s s'�tre battus pour l'ind�pendance pendant vingt ans, les Sud-Soudanais se battent aujourd'hui pour �difier un clivage ethnique, qui n'avait jamais eu lieu auparavant. Pendant que Riek Machar est qualifi� de �nullit� intellectuelle�, Salva Kiir est qualifi� d'�imb�cile heureux� et d'�alcoolique au dernier degr�.
Il y a lieu de citer ce proverbe africain: �Quand il y a deux �l�phants qui se battent, c'est l'herbe qui prend.� C'est ce qui se passe au Soudan du Sud : Riek Machar et Salva Kiir se font la guerre, mais c'est toute la population qui en paie les frais. Ces violences d�montrent la difficult� de la part du gouvernement central de maintenir la paix parmi la cinquantaine d'ethnies qui composent le plus r�cent pays du monde. Le plus triste de cette d�plorable histoire, c'est que les Sud-Soudanais n'ont jamais voulu cette guerre ethnique ou plut�t clanique, entre les Dinka et les Nuer. La rivalit� se joue davantage au niveau des clans pour le contr�le de territoires d��levage. Les Sud-Soudanais esp�raient sans doute pouvoir vivre en paix apr�s vingt ans de guerre civile, sans avoir peur d'�tre coinc�s dans un champ de bataille. Aujourd'hui, l'ethnie la plus importante du pays, les Dinka, est accus�e de confisquer le pouvoir � son profit. �videmment, les massacres ethniques et claniques sont commis par les deux camps. C'est pourquoi des milliers de Sud-Soudanais se sont r�fugi�s en �thiopie et en Ouganda, alors que des milliers d'autres se sont plac�s sous la protection des Nations unies dans des camps de protection de civils. Cette trag�die ne compte plus ses morts. Les d�plac�s s'�l�vent � 1,5 million, soit 10 % de la population totale. Comme si ce n'�tait pas suffisant, la r�cente apparition du chol�ra fait craindre une �pid�mie et la p�nurie alimentaire, sinon la famine. Pr�s de 4,6 millions de personnes souffrent de faim aigu� et sont menac�es par la famine, soit 40 % de la population. De plus, la violence contre les enfants au Soudan du Sud a atteint un nouveau sommet dans la brutalit� et la cruaut�. Les enfants sont viol�s, ch�tr�s et br�l�s. Plus de 13 000 enfants-soldats ont �t� enr�l�s de force par les bellig�rants. Aujourd'hui, les informations qui �manent d�sormais de ce pays ravag� par la guerre civile sont plus horrifiantes les unes que les autres. 4 La politique linguistique du Soudan du Sud
Il est encore bien t�t pour d�crire la politique du Soudan du Sud. � la lumi�re des dispositions constitutionnelles de 2011, on sait que l'anglais remplacera l'arabe impos� par le Nord (r�publique du Soudan). Bien que l'anglais ne soit pas parl� par la population, il a �t� choisi comme langue officielle dans le but de s'opposer � l'arabe et � l'islam, et de se rapprocher des ses voisins anglophones, soit l'Ouganda et le Kenya. � l'ouest, deux �tats �francophones�, la Centrafrique et le Congo-Kinshasa. Le nouvel �tat aurait pu th�oriquement choisir le fran�ais, mais l'anglais, la langue de l'ancien colonisateur britannique, s'est r�v�l� plus appropri�. 4.1 La l�gislation sud-soudanaise
Les lois du pays demeurent pour l'essentiel celles adopt�e en 2003, alors que le Soudan du Sud faisait encore partie de la r�publique du Soudan. La "Southern Sudan Legislative Assembly" (ou Assembl�e l�gislative du Soudan du Sud) ne fut cr��e que le 9 janvier 2005 et, en 2011, elle fut d�sign�e comme la "National Legislature of South Sudan" (ou Assembl�e l�gislative nationale du Soudan du Sud). Depuis l'ind�pendance, il existe un parlement national � deux chambres, constitu� de l'Assembl�e l�gislative nationale et du Conseil des �tats, une sorte de Chambre haute �quivalant � un S�nat.
Les lois sont r�dig�es et promulgu�es en anglais, mais les d�put�s peuvent s'exprimer oralement en arabe soudanais. Le Soudan du Sud a laiss� tomber le Code p�nal soudanais bas� sur le droit islamique (Charia). Dans tous les tribunaux, l'anglais et l'arabe sud-soudanais sont admis dans les tribunaux, ce qui inclut la Cour supr�me, les cours civiles normales et les cours criminelles, les tribunaux militaires et les cours tribales. En cas de n�cessit�, les juges font appel � des interpr�tes. La langue �crite des cours de justice est
g�n�ralement l'anglais ou l'arabe sud-soudanais (parfois certaines langues locales).
4.2 Les services publics Depuis sa fondation le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud n'a adopt� aucune loi traitant de la langue, hormis la Constitution provisoire. M�me la
Loi sur la nationalit� de 2011 dans son article 8 ne fait pas mention de la langue, mais de l'appartenance pour un individu ��
l'une des communaut�s ethniques autochtones du Soudan du Sud� pour �tre consid�r� comme un ressortissant du pays:
Article 8Conditions d'admissibilit�
1) Toute personne n�e avant ou apr�s l'entr�e en vigueur de la pr�sente loi est consid�r�e comme un ressortissant soudanais du Sud par la naissance si celle-ci satisfait aux conditions suivantes :
a) tous les parents, grands-parents ou arri�re-grands-parents de cette personne, de descendance masculine ou f�minine n�s au Soudan du Sud; ou
b) cette personne appartient � l'une des communaut�s ethniques autochtones du Soudan du Sud.
2) Toute personne doit �tre consid�r� comme un ressortissant du Soudan du Sud par la naissance, si au moment de l'entr�e en vigueur de la pr�sente loi:
a) elle a �t� domicili�e au Soudan du Sud depuis le 1er janvier 1956 ; ou
b) si l'un de ses parents ou grands-parents a �t� domicili� au
Soudan du Sud depuis le 1er janvier 1956.
3) Toute personne n�e apr�s l'entr�e en vigueur de la pr�sente loi doit �tre un ressortissant du Soudan du Sud par la naissance si son p�re ou sa m�re �tait un ressortissant du Soudan du Sud par la naissance ou par naturalisation au moment de la naissance cette personne.
4) Toute personne qui est ou a �t� d'abord trouv� au Soudan du Sud comme enfant abandonn� de parents inconnus est, jusqu'� preuve du contraire, r�put�e pour �tre un ressortissant du Soudan du Sud par la naissance
Il ne semble donc pas �tre n�cessaire de conna�tre la langue officielle (l'anglais), ni une quelconque langue nationale, pour �tre citoyen sud-soudanais. Dans les services publics, l'anglais est la langue normale de l'Administration, mais l'arabe sud-soudanais et certaines langues locales (nuer, dinka, zande, shilluk, etc.) sont couramment utilis�es.
4.3 Le syst�me judiciaire
En vertu de l'article 66 de la Loi sur la proc�dure civile (2003), la langue officielle des tribunaux est l'anglais, mais un tribunal peut autoriser l'emploi d'une autre langue par l'interm�diaire d'un interpr�te asserment�, sous r�serve d'une loi pr�voyant des dispositions � ce sujet dans certains cas ou dans certaines localit�s:
La langue officielle des tribunaux est l'anglais, mais un tribunal peut entendre des parties ou des t�moins qui ignorent l'anglais dans une autre langue gr�ce � un interpr�te asserment�, sous r�serve d'une loi pr�voyant des dispositions � ce sujet dans certains cas ou dans certaines localit�s.
Dans les faits, les citoyens du Soudan du Sud ne connaissent pas l'anglais. Par cons�quent, le recours � un interpr�te demeure incontournable. Cela signifie que le droit � l'usage de la langue maternelle n'existe pas sans la pr�sence d'un interpr�te et que le juge n'est pas tenu de conna�tre la langue du justiciable. En mati�re p�nale, le Code de la Loi sur la proc�dure p�nale (2008) pr�voit plusieurs dispositions concernant l'emploi des langues. Ainsi, l'article 196 prescrit normalement l'usage de l'anglais de la part des t�moins et des accus�s: Article 196
(1) Sauf disposition contraire pr�vue dans la pr�sente loi, tous les �l�ments de preuve dans les proc�s doivent �tre pris en pr�sence de l'accus� ou, lorsque sa pr�sence personnelle est autoris�e, en pr�sence de son d�fenseur ou de son avocat.
(2) Sauf disposition contraire pr�vue dans la pr�sente loi, le t�moignage de chaque t�moin ainsi que l'examen et la d�claration (le cas �ch�ant) de l'accus� doivent �tre enregistr�e par �crit en anglais, ou lorsqu'il est n�cessaire, dans une autre langue courante dans le Soudan du Sud.
Cependant, dans un pays o� la quasi-totalit� de la population ignore l'anglais, il est peu probable qu'un tribunal puisse se restreindre � cette unique langue. C'est pourquoi l'article 203 du Code de la Loi sur la proc�dure p�nale pr�voit un syst�me de traduction afin que l'accus� comprenne les t�moignages qui le concernent:
Langue incomprise par l'accus�
Lorsqu'un t�moignage est donn�e dans une langue incomprise par l'accus� et que celui-ci est pr�sent dans la cour, il doit lui �tre traduit dans une langue qu'il comprend.
L'article 233 de la m�me loi impose que l'acte d'accusation soit r�dig� en anglais ou, lorsque c'est n�cessaire, dans une autre langue qui pr�vaut dans la r�gion:
Accusation � une infraction de l'�tat
(4) L'acte d'accusation doit �tre r�dig� en anglais ou, lorsque c'est n�cessaire, dans une autre langue qui pr�vaut dans la r�gion.
Cela ne signifie pas que le personnel judiciaire connaisse la langue du justiciable, mais qu'un traduction � partir de l'anglais soit faite de fa�on � ce que ce dernier comprenne les motifs de l'accusation. Il en est ainsi pour le prononc� de la sentence qui doit �tre rendue en anglais; mais si c'est n�cessaire, le jugement peut aussi �tre rendu dans une autre langue qui pr�vaut dans la r�gion (art. 248):
Langue et modalit� de rendre un jugement
(1) En vertu de la pr�sente loi, le jugement doit �tre r�dig� en anglais dans chaque proc�s ; en cas de n�cessit�, il peut cependant �tre rendu aussi dans une autre langue qui pr�vaut dans la r�gion.
Enfin, l'article 256 du Code de la Loi sur la proc�dure p�nale pr�cise que, � la demande de l'accus�, une copie du jugement doit lui �tre donn�e avec, si possible, une traduction dans sa propre langue, sans d�lai et gratuitement: Article 256
Copie du jugement � donner � l'accus� sur demande
� la demande de l'accus�, une copie du jugement ou, lorsqu'il le d�sire et cela est possible, une traduction de celui-ci dans sa propre langue doit lui �tre transmise sans d�lai. Cette copie doit �tre offerte sans frais.
Compte tenu du nombre consid�rable des langues dans le pays, il est peu probable que la traduction soit toujours possible.
Quoi qu'il en soit, la mise en application de ces lois au Soudan du Sud constitue un v�ritable d�fi pour le nouvel �tat, car le syst�me judiciaire est pr�sentement quasi inexistant. En effet, les juges manquent de formation, de mat�riel, de place, tandis que la majorit� de la population a recours � la justice traditionnelle pour r�gler les conflits, notamment familiaux. Ainsi, dans le centre ville de Djouba, un vieux b�timent abrite � la fois la Cour supr�me, la plus haute juridiction du pays, ainsi que la Cour d'appel, la Haute Cour de justice et les tribunaux de premi�re instance de l'�tat d'Equatoria-occidental. Apr�s des d�cennies de guerre civile, la mise en place d'un syst�me judiciaire ne semble pas, dans ce situation d�solante, faire partie des priorit�s du gouvernement, du moins pour l'instant. 4.4 L'�ducation
En �ducation, la guerre civile a
provoqu� l'effondrement complet du syst�me d'�ducation. Les seules �coles encore
debout durant la guerre civile �taient celles dirig�es par les �glises chr�tiennes, car le gouvernement
soudanais interdisait de construire de nouveaux b�timents. On estime que le taux
d'analphab�tisme dans le Sud �tait de 90 % chez les femmes et de 80 % chez les
hommes. Une g�n�ration compl�te de Soudanais du Sud fut sacrifi�e, faute
d'avoir pu s'instruire suffisamment. De plus, l'�tat des �tablissements scolaires s'est consid�rablement d�grad� durant les ann�es de guerre civile; la plupart des villages du Sud (et du Darfour) manquent d'enseignants. Sous l'ancien r�gime, lorsque les �coles fonctionnaient, les
�l�ves des deux premi�res ann�es du primaire recevaient un enseignement dans
leur langue maternelle (locale). Par la suite, l'arabe ou l'anglais
devenaient des mati�res d'enseignement. Au secondaire, la langue qui n'avait
pas �t� enseign�e comme comme mati�re d'enseignement devenait un sujet d'enseignement.
Environ, la moiti� des classes du secondaire recevait un enseignement moiti� en arabe et moiti� en anglais. Cependant, l'emploi de l'arabe comme un mati�re d'enseignement
dans les �coles du Sud reste un probl�me d'ordre politique, car beaucoup de
sudistes consid�rent l'arabe comme un �l�ment de la domination culturelle
Aujourd'hui, le gouvernement du Soudan du Sud impose l'enseignement obligatoire de l'anglais langue seconde, dans les �coles primaires et secondaires. Mais quelques langues nationales, selon les r�gions, sont enseign�es comme langue premi�re dans les m�mes �coles. Les �tudiants des �coles secondaires continueront de recevoir des examens en arabe au cours des trois prochaines trois ann�es. L'anglais est aussi devenu une langue seconde enseign�e aux deux cycles du secondaire et un v�hicule d'enseignement dans certaines universit�s. Il est probable aussi que le fran�ais devienne une langue �trang�re obligatoire dans l'enseignement secondaire.
En ce qui a trait aux langues nationales, la diversit� culturelle et linguistique doit �tre prot�g�e, notamment avec le dinka, le nuer, la zande, le shilluk, le bari, le toposa, l'otuho, le luwo, le mandari, etc. Certains Soudanais du Sud consid�rent que le gouvernement devrait �laborer une politique plus ouverte aux langues indig�nes nationales comme moyens d'enseignement, au lieu d'adopter une langue �trang�re, l'anglais, une politique qui est loin d'avoir r�ussi dans la plupart des pays africains. Des �tudes r�centes d�montreraient que les taux d'instruction en Afrique sont parmi les plus bas au monde en raison de l'utilisation des langues �trang�res comme l'anglais ou le fran�ais comme moyens d'instruction dans les �coles. Pour plusieurs Africains, ces politiques linguistiques, comme celle du Soudan du Sud, constituent un h�ritage du colonialisme, une h�ritage que les gouvernements locaux n'ont pas voulu changer. 4.5 Les entreprises priv�es
Depuis plusieurs ann�es, le Soudan du Sud a pr�vu des dispositions l�gislatives afin d'assurer l'usage de la langue anglaise de la part des entreprises priv�es: Loi sur les assurances (2003); Loi sur les compagnies (2003); Loi sur les organisations non gouvernementales (2003).
L'article 23 de la Loi sur les assurances impose l'usage de l'anglais dans l'enregistrement des livres et des comptes des institutions financi�res:
Toutes les entr�es dans les livres et tous les comptes, qui sont d�tenus par une institution financi�re, doivent �tre conserv�s et enregistr�s en anglais en utilisant le syst�me de num�ration employ� dans les syst�mes de compte ferm�s de notification (CANS).
En vertu de l'article 36 de la Loi sur les organisations non gouvernementales, tout document provenant d'une organisation non gouvernementale doit �tre r�dig� en anglais et, si un tel document est dans une autre langue, il doit �tre accompagn� d'une traduction conforme certifi�e, la version anglaise pr�valant en cas de conflit d'interpr�tation: Article 36Si un document ou une constitution d'une ONG est dans une autre langue que l'anglais, une traduction authentifi�e en langue anglaise doit �tre pr�vue, et la version anglaise pr�vaudra en cas de contradiction.
Enfin, la Loi sur les compagnies compte de nombreuses dispositions concernant la langue anglaise aupr�s des compagnies locales ou �trang�res. En r�alit�, tout ce qui peut �conomiquement fonctionner au Soudan du Sud appartient � des entreprises �trang�res, notamment dans l'industrie p�troli�re et dans le domaine du transport a�rien. Les compagnies �trang�res sont donc extr�mement pr�sentes dans le pays. Elles sont en principe tenues d'employer l'anglais dans leurs documents officiels. Ainsi, l'article 365 de la
Loi sur les compagnies impose aux compagnies �trang�res l'usage de l'anglais dans leur charte, leurs statuts ou les circulaires et les dispositions concernant la compagnie ou tout autre instrument constituant ou d�finissant la constitution de ladite compagnie:
Documents devant �tre envoy�s au greffier par les compagnies �trang�res faisant affaire au Nouveau Soudan
(1) Les soci�t�s �trang�res qui, apr�s le jour d�sign�, �tablissent une place d'affaires au sein du Nouveau Soudan doivent, dans les trente jours de la cr�ation de la place d'affaires, envoyer au greffier d'enregistrement:
(a) une copie certifi�e conforme de la Charte, des statuts ou des circulaires et des dispositions concernant la compagnie ou tout autre instrument constituant ou d�finissant la constitution de ladite compagnie et, si le texte n'est pas r�dig� en anglais, une traduction certifi�e conforme � celui-ci.
Il en est de m�me pour les comptes rendus (art. 369):
Comptes rendus d'une soci�t� �trang�re
(2) Si lesdits documents mentionn� au paragraphe 1 ne sont pas r�dig�s en anglaise, une traduction certifi�e conforme doit �tre annex�e � ceux-ci. Il faut comprendre que, selon l'article 370, l'usage de l'anglais est �tendu au nom des compagnies, ainsi que dans les imprim�s � en-t�te, les papiers � lettre, les avis et toute autre publication officielle :
Obligation du nom de l'entreprise �trang�re, l� o� elle est limit�e et incorpor�e dans un pays
(1) Toute soci�t� �trang�re doit:
(c) produire le nom de la compagnie et du pays dans lequel l'entreprise est constitu�e et utiliser des lettres romaines lisibles dans tous les imprim�s � en-t�te et papiers � lettre, ainsi que dans tous les avis et autres publications officielles de la compagnie ; et (d) si la responsabilit� des membres de la compagnie est limit�e, elle doit produire des avis r�dig�s en anglais avec des lettres romaines lisibles dans tous les notes d'information, tel qu'il est susmentionn�, ainsi que dans les imprim�s � en-t�te, les papiers � lettre, les avis et toute autre publication officielle de la compagnie au Nouveau Soudan et les afficher en chaque lieu o� elle exerce ses activit�s.
Le plus difficile pour le gouvernement sud-soudanais, c'est de faire respecter la loi, car il ne dispose d'aucun moyen r�el pour v�rifier si les compagnies �trang�res se soumettent � cette loi. 4.6 Les m�dias
Dans les m�dias, la presse �crite est surtout d'origine �trang�re. Elle para�t en anglais dans la plupart des cas: Afrik, All Africa, EIN News, Gurtong. Moreover, News Now, etc. Il existe des versions en fran�ais et en espagnol de Afrol News et d'Afrik. Le Juba Post est un journal local en anglais. La
Soudan Radio Service (SRS) est le premier fournisseur de diffusion du Soudan ind�pendant; les �missions sont diffus�es en anglais et dans onze langues nationales (arabe et arabe de Djouba, dinka, zande, moru, nuer, bari, shilluk, toposa, fur, masalit et zagawa. La South Sudan Television pr�sente g�n�ralement ses �missions en anglais, mais certaines �missions sont en arabe soudanais et dans une dizaine de langues nationales.
Au Soudan du Sud, on ne peut pas parler encore d'une v�ritable politique linguistique, puisqu'elle est en d�but d'�laboration. Il est certain que l'anglais remplacera l'arabe, mais il semble tout aussi probable que l'arabe sud-soudanais soit l� pour rester. Cette vari�t� d'arabe est employ�e dans les commerces et
m�me par des repr�sentants des partis politiques lorsqu'ils s'adressent � des auditoires urbains mixtes qui ne pourraient pas �tre comprendre l'anglais ou l'arabe classique. Par ailleurs, certaines langues nationales africaines devraient �tre prot�g�es, bien qu'on ne sache pas encore jusqu'o� cette protection pourrait s'�tendre et surtout comment la politique linguistique serait appliqu�e. Le Soudan du Sud est un pays en construction, qui pourrait profiter de l'occasion pour s'affranchir du colonialisme linguistique du pass�, y compris l'anglais. Mais il est fort � parier que le gouvernement sud-soudanais ne fera rien en ce sens, tant peut �tre grande la force de l'inertie en mati�re de langue, car toute politique linguistique est aussi une question de gros sous. Or, le Soudan du Sud est l'un des pays les plus pauvres de toute l'Afrique. Au cours des prochaines ann�es, les priorit�s seront ailleurs. Il n'en demeure pas moins que le Soudan du Sud risque de frapper un mur en am�nagement linguistique, s'il ne fait pas plus de place � ses langues nationales. Des conflits sont � pr�voir entrer les principales ethnies du pays. Il est �vident que le Soudan du Sud a choisi l'anglais pour s'opposer au Soudan (du Nord) qui a choisi l'arabe (l'arabe classique), en esp�rant que le poids de l'anglais sera plus fort que celui de l'arabe. Dans les deux pays, ce sont deux langues officielles que personne ne parle. Derni�re mise � jour: 24 d�c. 2015
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 l'article 196
 l'article 203

L'article 233
 l'article 256

L'article 23
 l'article 36
 l'article 365
 l'article 370