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Timestamp: 2018-09-21 12:04:09+00:00

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Le Parti Communiste Français 1939-1941: Les Appels aux sabotage du Parti communiste pendant la guerre de 1939-1940
Les Appels aux sabotage du Parti communiste pendant la guerre de 1939-1940
Au cours de la guerre franco-allemande de 1939-1940, le Parti communiste a revendiqué l'honneur d'être le seul parti politique qui se battait pour... la Paix.
Pour mettre fin au conflit, il a "révélé" aux Français que les responsables de la guerre étaient la France et l'Angleterre et qu'Hitler n'était qu'un pacifiste. Il a soutenu à la fin de la Campagne de Pologne les propositions de paix allemandes. Il a appelé au renversement du gouvernement français en l'accusant d'être fasciste parce qu'il refusait de faire la Paix avec les nazis. Il a expliqué aux soldats que les véritables ennemis n'étaient pas les Allemands mais les bellicistes français. Enfin, il s'est engagé dans le défaitisme révolutionnaire en appelant les ouvriers à saboter les fabrications de guerre.
Cette campagne de sabotage a été la réponse du PCF à la décision du gouvernement français de livrer des armes à la Finlande pour la soutenir dans son combat contre l'envahisseur soviétique.
Elle a été déclenchée par la lettre du 5 janvier 1940 dans laquelle Jacques Duclos, réfugié en Belgique, demandait à Benoît Frachon, responsable du Parti communiste clandestin, d'orienter "les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande". (1)
Ce dernier a répondu favorablement dans une lettre du 16 janvier 1940 :
"Nous avons eu votre mot du 5 le 13. [...]
Finlande. D'accord avec propositions, avons fait plusieurs tracts, mais sans poser problèmes précis que vous proposez." (2)
Conformément à cette nouvelle orientation, le Parti communiste a publié au moins trois tracts dans lesquels il encourageait les ouvriers des usines travaillant pour la défense nationale à détruire les matériels qu'ils fabriquaient :
1) un tract de janvier 1940 intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" :
"Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre; contrecarrez ainsi l'action des gouvernants français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme.
2) un Appel au "Peuple de France !" de février 1940 :
"Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandais; mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre".
3) Un tract de février 1940 intitulé "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais" :
"Ouvriers qui travaillez dans les usines de guerre, mettez tout en œuvre pour empêcher l'envoi de matériel de guerre en Finlande et pour rendre ce matériel inutilisable". (3)
Aux textes de la direction centrale sont venus s'ajouter ceux qui relevaient d'initiatives locales. Un exemple, ce papillon diffusé à la fin de février 1940 dans les usines d'Aubervillers de l'aviateur Bréguet :
"Aidez les forbans d'Helsinki
c'est le rôle du capitalisme.
Travailleurs, empêchez, sabotez
Toutes fabrications de guerre." (4)
Après la signature le 12 mars 1940 d'un Traité de paix entre l'URSS et la Finlande, le PCF n'a plus considéré le sabotage des fabrications de guerre comme l'une de ses priorités. Il a même été jusqu'à nier la réalité des appels au sabotage qu'il avait précédemment diffusés. En effet, en réponse aux accusations attribuant aux communistes la responsabilité d'éventuels sabotages, l'Humanité n° 34 du 27 mars 1940 a publié le démenti suivant :
"Eh bien non ! on ne réussira pas à faire croire que notre Parti, fidèle à l'enseignement de Lénine, partisan de l'action de masse, allant de la pétition, de la manifestation et la grève jusqu'à la levée révolutionnaire du peuple, soit subitement devenu partisan de l'action individuelle, de l'attentat." (5)
Soutien à l'effort de guerre soviétique dans sa tentative d'annexion de la Finlande, les sabotages communistes furent aussi un moyen de mettre fin à la guerre en privant l'armée française de matériels en état de marche.
Illustration de ce fait, les sabotages de moteurs d'avions commis à l'usine Farman pour lesquels quatre militants communistes ont été condamnés à la peine de mort en mai 1940.
La police a retrouvé chez le principal accusé - Roger Rambaud - des tracts recopiés de sa main qui permettaient d'expliquer sans aucune équivoque les raisons de son acte :
"Courage on les aura ! Confiance camarade, le parti communiste vivra toujours. Pas de canon, pas d'avion et la guerre finira. Paix immédiate. Le Parti Communiste français. " (6)
L'article 76 alinéa 2 du code pénal stipulait que serait coupable de trahison et puni de mort tout Français qui détruirait ou dégraderait tout matériel susceptible d'être employé pour la défense nationale. L'article 77 précisait que "la provocation à commettre" un des crimes visés à l'article 76 serait punie comme le crime même. L'appel au sabotage était donc aussi un acte de trahison puni de la peine de mort.
Traître à la fois par ses appels au sabotage et par les actes qui les ont suivis, le Parti communiste a même tenté d'être récompensé par les Allemands pour sa trahison.
En effet, le 20 juin 1940 - autrement dit avant même la signature de l'armistice franco-allemand - une réunion s'est tenue au service de presse de la Kommandantur au cours de laquelle une représentante du PCF, Denise Ginollin, a mis en avant le sabotage des fabrications de guerre pour obtenir d'un officier de la Propaganda Staffel, le lieutenant Weber, l'autorisation de faire paraître l'Humanité.
Dans l'argumentaire qu'elle avait préparé la veille avec un dirigeant communiste, Maurice Tréand, on pouvait notamment lire :
"Juif M [Mandel] après Dal [Daladier] nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat [nationale]" / "Je répète avons lutté contre Dal [Daladier] contre M [Mandel] R [Reynaud] avons au poteau d'exécution amis fusillés". (7)
Dernier élément, dans son discours prononcé à l'Assemblée nationale le 18 juillet 1946, l'ancien président du Conseil, Edouard Daladier, a été le premier, après la Libération, à dénoncer publiquement les sabotages que les communistes avaient commis pendant la guerre de 1939-1940 et que d'aucuns voulaient oublier en raison de la participation du PCF à la Résistance après juin 1941 :
"Mais il y a eu aussi des sabotages. Il y a eu le sabotage des moteurs d'avions aux usines Farman, à Boulogne-Billancourt, dans des conditions vraiment affreuses. [...]
Il y a eu un certain nombre de sabotages dans les poudreries, notamment à la poudrerie de Sorgues, où l'ingénieur Muret les a relevés. Il y a eu des sabotages dans les casemates de la région fortifiée de Boulay, des sabotages de fusées d'obus et de balles anti-tank en pleine bataille de France." (8)
(1) Transcription dactylographique de la lettre manuscrite de Jacques Duclos du 5 janvier 1940 (archives de l'IC).
(2) Lettre manuscrite de Benoit Frachon du 16 janvier 1940 / Transcription dactylographique de cette lettre.
(3) Exemplaire conservé dans les archives de l'IC.
(4) Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Les Français de l'an 40 (Tome 2), 2013.
(5) Stéphane Courtois, le PCF dans la guerre, 1980, p. 102.
(6) Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage, 2016.
(7) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, 2006 p. 10.
(8) Journal officiel du 19 juillet 1946 p. 2683.
Agression soviétique de la Finlande
Après le refus du gouvernement finlandais de satisfaire ses revendications territoriales, l'Union soviétique envahit la Finlande le 30 novembre 1939 en invoquant un incident de frontière... qu'elle a elle-même organisé. Cette agression se fait avec l'accord tacite de l'Allemagne puisqu'aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole additionnel secret la Finlande appartient à la sphère d'influence soviétique.
Le 3 décembre, le gouvernement finlandais saisit la Société des Nations (SDN) dans le but qu'elle prenne "toutes mesures utiles pour enrayer l'agression".
Convoquée par la SDN, l'Union soviétique refuse toute médiation en expliquant que son intervention en Finlande répond à la demande du gouvernement de la République démocratique de Finlande.
Le gouvernement de la République démocratique de Finlande a été constitué le 1er décembre par le pouvoir soviétique dans la ville frontalière finlandaise de Terijoki. Sa direction a été confiée à un communiste finlandais qui était réfugié à Moscou depuis près de 20 ans : Otto Kuusinen. Pour justifier l'intervention soviétique, le jour même de sa constitution, ce gouvernement fantoche a publié une Déclaration dans laquelle "le gouvernement du peuple Finlandais invite le gouvernement de l'URSS a accorder à la République démocratique de Finlande, tout le concours nécessaire des forces de l'Armée Rouge". Autre preuve de sa servitude, le lendemain, il signe avec l'URSS un Pacte d'assistance mutuelle et d'amitié qui satisfait les revendications territoriales soviétiques.
Le 11 décembre, le comité spécial chargé d'étudier la requête finlandaise adresse un message au gouvernement soviétique pour lui demander de cesser les hostilités et d'entamer sans délai des négociations de paix. Dans sa réponse envoyée le lendemain, l'URSS renouvelle son refus de toute médiation de la SDN.
Finalement, le 14 décembre, l'Assemblée de la SDN adopte un texte dans lequel elle "condamne solennellement" l'URSS pour son agression de la Finlande et décide en conséquence, premièrement, d'appeler ses membres à soutenir le gouvernement finlandais et, secondement, de recommander au Conseil d'exclure l'Etat soviétique. Le jour même, l'exécutif de la SDN vote une résolution dans laquelle elle "constate que, par son fait, l'Union des républiques socialistes soviétiques s'est exclue de la Société des nations. Il en résulte qu'elle ne fait plus partie de la Société."
Après les décisions de l'Assemblée et du Conseil de la SDN du 14 décembre 1939, la France s'engage à apporter une aide militaire à la Finlande. Dans son discours prononcé le 22 décembre à la Chambre des députés, le président du Conseil, Edouard Daladier, confirme ce choix de politique étrangère :
"Et voici l'héroïque Finlande à son tour menacée dans des conditions peut-être encore plus répugnantes et plus abjectes [...]
La résistance de quatre millions de Finlandais a duré davantage que celle de l'héroïque Pologne et j'espère qu'elle triomphera. [...]
J'entends bien que l'on dit : ce pays héroïque, il ne suffit pas de le saluer, il faut l'aider.
Je répondrai que, le soir même où la Société des nations, réunie à Genève, a prononcé la condamnation de l'agresseur, nous avons, suivant les formes et dans le cadre des articles du pacte [Pacte de la SDN], assumé, en ce qui concerne la France, notre entier devoir. Sous la forme précise d'assistance que prévoit le pacte, nous avons, dans toute la mesure où nous le pouvions, accompli notre devoir envers ce pays, et nous continuerons à le faire dans toute la mesure de nos possibilités". (1)
A la séance de la Chambre du 12 mars 1940, le président du Conseil s'exprime à nouveau sur la Finlande à la suite des interpellations qui ont été déposées par plusieurs parlementaires quelques jours plus tôt à l'annonce que des pourparlers de paix avaient été engagés entre l'URSS et la Finlande.
Dans son intervention, Edouard Daladier dresse l'inventaire du matériel de guerre livré à la Finlande, évoque les préparatifs relatifs à l'envoi d'un corps expéditionnaire franco-anglais, rend hommage aux efforts diplomatiques de son gouvernement et enfin réaffirme que la France s'engagera militairement aux côtés de la Finlande si le gouvernement finlandais en fait la demande :
"Je comprends très bien la hâte que vous pouvez avoir d'instituer ce grand et large débat. Je comprends et je partage l'émotion du Parlement et du pays lorsqu'ils ont appris les récents événements. Cela m'incite à dire, en quelques mots, quelles ont été, dans ces conjonctures, la position et l'action du Gouvernement français.
[Matériel de guerre]
Je voudrais rappeler, en quelques minutes seulement et sans aborder le fond même du débat, que nous n'avons pas cessé, depuis l'agression russe contre la Finlande, c'est-à-dire depuis les premiers jours du mois de décembre, de faire parvenir au Gouvernement, au peuple finlandais le matériel de guerre qu'il a bien voulu demander à la France.
C'est ainsi qu'au total, depuis cette date jusqu'à aujourd'hui, la France, je peux le dire, se classe en tête pour ces fournitures d'armes et de matériel de guerre que divers pays ont consenties à la Finlande.
La France, pour sa part, a fourni 175 avions, 496 canons, 5 000 fusils mitrailleurs, 400 mines sous-marines, 200 000 grenades et 20 millions de cartouches.
Elle n'a pas borné son effort à cela. Elle vient encore il y a quelques jours, à la demande pressante du gouvernement finlandais, et quelles que soient les nécessités militaires si lourdes et si rudes auxquelles nous sommes obligés de faire face, de faire parvenir à la Finlande des avions de bombardement modernes, qui sont certainement arrivés sur le front finlandais.
Sur ce point, messieurs, d'ailleurs, le meilleur juge n'est-il pas le gouvernement finlandais lui-même ?
C'est le 2 janvier que le ministre des affaires étrangères de Finlande recevait le ministre de France à Helsinki en lui disant que sa visite lui apportait les plus belles étrennes que la Finlande puisse recevoir et qu'il le chargeait de remercier chaleureusement le gouvernement français.
C'est beaucoup plus tard, le 7 mars, que le maréchal Mannerheim me faisait parvenir, lui aussi, ses remerciements chaleureux pour l'aide que la France avait bien voulu apporter à son pays, dont le gouvernement finlandais et l'armée finlandaise avaient pleinement apprécié l'importance.
Enfin, alors même que les négociations se poursuivaient à Moscou, répondant à l'appel du gouvernement finlandais, ou plutôt de certains membres du gouvernement finlandais qui demandaient, dans cette épreuve si cruelle que traversait la Finlande, un nouveau gage d'amitié du gouvernement français, j'ai fait parvenir à la Finlande les avions de bombardement dont je vous ai parlé il y a un instant.
Et M. Tanner, le 11 mars, c'est-à-dire hier, à quatorze heures, remerciait le ministre de France du soin que nous avions mis à envoyer, dans le plus bref délai possible, les avions demandés et à répondre ainsi à un des désirs les plus vifs du gouvernement et des autorités finlandais.
Voici ce que me fait savoir le ministre de France :
« J'ai fait entendre au ministre des affaires étrangères que nous marquions de cette façon notre volonté d'aider la Finlande sans réserve et sans hésitation. Il m'a répondu qu'il était sûr de notre décision et de notre loyauté et il m'a chargé de vous transmettre ses entiers remerciements. »
Voilà pour le matériel. Je pourrais être plus complet, mais je passe.
[Envoi d'un corps expéditionnaire franco-anglais]
Cependant, le matériel ne saurait suffire à sauver la Finlande. Ici même, dans un récent comité secret, on a demandé au Gouvernement français : Enverrez-vous aussi des hommes ?
J'ai répondu, à cette même tribune : Nous enverrons aussi des hommes.
En réalité, c'est le 5 février que la décision a été prise par la Grande-Bretagne et la France de donner à la Finlande le concours en hommes, en effectifs, qui lui était indispensable.
Je peux dire, sans craindre d'être démenti, qu'en ce qui concerne la France, dès le 26 février, les troupes françaises destinées à secourir la Finlande étaient organisées, spécialement équipées et rassemblées et qu'à cette date du 26 février, les bateaux destinés au transport de ces effectifs étaient rassemblés. (Applaudissements.)
Messieurs, voilà ce que nous avons fait; à cette date, nous étions prêts à apporter ce concours en hommes que nous jugions nécessaire.
Je dois dire que le gouvernement britannique, auquel incombe la plus grande partie de ce concours en hommes et qui, d'autre part, était chargé de la protection navale du corps expéditionnaire, protection navale dont on ne saurait sous-estimer l'importance si l'on songe que près de 3 000 kilomètres séparent les côtes anglaises des côtes de Norvège, le gouvernement britannique avait aussi multiplié les efforts, en ce qui le concerne, afin que des secours en hommes fussent envoyés à la Finlande.
[Action diplomatique]
Enfin, l'action diplomatique du Gouvernement français s'est exercée chaque jour sur les gouvernements neutres, sur les gouvernements amis. Je dis : chaque jour.
Je devrais dire, pour être plus exact, que c'est de jour et de nuit que l'action diplomatique du Gouvernement français n'a cessé de s'exercer en faveur de la Finlande.
Mais je voudrais ajouter que l'intervention militaire en Finlande, que l'apport d'un secours en hommes à ce pays n'est possible que si la Finlande fait appel à ce concours militaire. (Interruptions à droite.)
Messieurs, vous ferez connaître vos opinions, vous soutiendrez le contraire de ce que je dis. Je vous déclare, très sincèrement et très loyalement, que je ne conçois pas que, dans la réalité des choses, le concours militaire de ces milliers d'hommes soit possible si la Finlande n'adresse pas un appel public à la France et à l'Angleterre pour qu'elles viennent à son secours. [...]
[Intervention de la France conditionnée à un appel de la Finlande]
Il n'est pas possible d'aller, avec une expédition par terre, au secours de la Finlande, si l'on n'est pas appelé par la Finlande elle-même à son secours.
Or, ainsi que je vous l'ai dit, cet appel ne nous a jamais été adressé.
Il y a quelques jours encore, le je remettais moi-même à M. Holma, ministre de Finlande à Paris, le message suivant, à l'adresse du gouvernent finlandais :
« Depuis plusieurs jours déjà, nous n'attendons que l'appel de la Finlande pour venir à son aide avec tous nos moyens. Il nous est difficile de comprendre que cet appel ait été encore ajourné...
« ...Je vous affirme, une fois de plus que nous sommes prêts à vous fournir immédiatement notre aide. Les avions sont prêts à partir, le corps expéditionnaire est prêt à partir... »
« ...Je demande donc à votre gouvernement de de bien vouloir nous faire connaitre d'extrême urgence sa décision ». [...]
Aujourd'hui, je n'ai pas encore reçu cet appel. Cependant, M. Tanner, ministre des affaires étrangères de Finlande, a voulu m'informer qu'une réponse décisive, dans un sens ou dans l'autre, nous serait adressée, aujourd'hui même, après la réunion du Parlement finlandais.
Je renouvelle, une fois de plus, cette déclaration que, aujourd'hui ou ou demain, si la Finlande adresse un appel aux Alliés, les Alliés iront à secours avec toute les forces qui lui ont été promises.
Voilà, ce que je voulais dire à la Chambre." (2)
(1) Journal officiel du 23 décembre 1939
(2) Journal officiel du 13 mars 1940.
Après trois mois de guerre, l'URSS et la Finlande décident d'entamer des négociations de Paix.
La décision du pouvoir soviétique s'explique par la résistance finlandaise et la menace d'une intervention franco-anglaise. Quant à celle du gouvernement finlandais, elle est motivée par le fait que sa principale ligne de défense dans l’Isthme de Carélie - la ligne Mannerheim - a cédé et que la Suède a non seulement refusé par avance de laisser les troupes alliés transiter par son territoire mais aussi menacé de suspendre son aide militaire si le conflit devait perdurer.
Ces négociations débutent le 6 mars 1940 avec l'arrivée à Moscou d'une délégation finlandaise menée par le premier ministre, Risto Ryti.
C'est dans la soirée du 12 mars 1940 et après avoir obtenu l'accord de leur Parlement que les négociateurs finlandais signent avec les dirigeants soviétiques un traité de Paix qui marque la fin du conflit russo-finlandais.
Plus importantes que celles exigées par le pouvoir soviétique pendant les négociations d'octobre-novembre 1939, les concessions territoriales finlandaises permettront à l'URSS de célébrer le traité de Moscou comme un succès éclatant alors que son objectif premier était l'annexion de la Finlande.
Dernier élément, n'ayant plus aucune utilité, la République démocratique de Finlande et son gouvernement populaire seront dissous.par le pouvoir soviétique.
"Bas les pattes devant l'URSS"
Dans le conflit soviéto-finlandais, le Parti communiste s'est mobilisé en faveur de l'URSS en justifiant son intervention en Finlande, en combattant le soutien de la France au gouvernement finlandais avec des appels au sabotage et à la mutinerie et enfin en célébrant le Traité de Moscou.
Cette mobilisation s'est faite sous le mot d'ordre suivant : "Bas les pattes devant l'URSS".
1) Justification de l'intervention soviétique.
Pour le PCF, l'Union soviétique est intervenue en Finlande à la demande du peuple finlandais pour le libérer d'un gouvernement soumis à la tutelle des impérialistes franco-anglais.
Illustration de cet argumentaire, le salut du "Parti communiste français au Parti communiste de l'URSS" de décembre 1939 :
"Le peuple finlandais savait que son appel à l'Union Soviétique ne resterait sans réponse et aujourd'hui, tandis que la glorieuse armée rouge est venue à leur secours, les travailleurs finlandais ont conscience de lutter pour leur indépendance et pour faire échec aux plans antisoviétiques des fauteurs de guerre impérialistes et leurs valets socialistes.
Et aujourd'hui, répondant à l'appel du peuple finlandais et de son gouvernement populaire de la République démocratique de Finlande, l'Union Soviétique a donné son concours aux victimes des provocateurs finlandais à la solde des impérialistes étrangers."
Dans ce texte le Parti communiste réussit l'exploit de présenter la victime de l'agression - la Finlande - comme une puissance belliciste servant les intérêts des impérialistes franco-anglais et l'agresseur - l'Union soviétique - comme une puissance libératrice.
Autre élément, il soutient que l'URSS est intervenue en Finlande à l'appel du peuple finlandais. Cet appel fait référence à la Déclaration diffusée le 1er décembre 1939 par le gouvernement populaire de Finlande.
On notera la célérité de la réponse de l'URSS puisque son intervention en Finlande a précédé l'appel du peuple finlandais !!!
2) Appels au sabotage et à la mutinerie.
Après la décision du gouvernement français de fournir des armes à la Finlande, le Parti communiste s'est engagé dans la voie du défaitisme révolutionnaire en appelant au sabotage des fabrications de guerre.
Touchant les usines travaillant pour la défense nationale, cette campagne de sabotage a été déclenchée par la lettre du 5 janvier 1940 de Jacques Duclos à Benoît Frachon :
Secrétaire du PCF, Jacques Duclos s'était réfugié à Bruxelles en octobre 1939 où il avait mis en place une direction communiste. Particularité de la capitale belge : la présence d'une antenne de l'IC qui était dirigée par Eugen Fried et dont la mission était de contrôler les partis communistes d'Europe occidentale.
Secrétaire de la CGT, membre du bureau politique du PCF, Benoît Frachon assumait depuis octobre 1939 la direction clandestine du Parti communiste. Sa nomination à ce poste s'expliquait par les absences de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et de Jacques Duclos qui avait tous les deux quitté le territoire français. Le premier avait rejoint Moscou après sa désertion. Le second, recherché par la justice militaire pour infraction au décret de dissolution du PCF, avait fui en Belgique.
Benoît Frachon a répondu favorablement aux instructions de Jacques Duclos dans une lettre du 16 janvier 1940 :
1) un tract de janvier 1940 intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII".
2) un Appel au "Peuple de France !" de février 1940.
3) un tract de février 1940 intitulé "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais"
Toutes fabrications de guerre." (3)
Le gouvernement français a aussi formé le projet d'envoyer un corps expéditionnaire en Finlande. Il a pris cette décision le 5 février 1940. Dès le 26 février un premier contingent était prêt à partir. Ce départ était subordonnée à une demande formelle du gouvernement finlandais. Cette demande n'a pas été formulée puisque la Finlande a préféré s'engager au début de mars dans des négociations de Paix.
En réaction à cette initiative de la France, le Parti communiste a appelé les soldats français à se mutiner s'ils étaient envoyés en Finlande pour combattre l'Armée Rouge.
3) Célébration du Traité de Moscou.
Dans un article intitulé "Vive l'URSS ! Vive Staline !", l'Humanité n° 32 du 15 mars 1940 a célébré le Traité de Moscou comme un succès de l'URSS et un échec des impérialistes franco-anglais :
"Les travailleurs de France ont appris avec enthousiasme la nouvelle de la conclusion du traité de Paix entre l'URSS et la Finlande. Quel réveil pour les pauvres bougres trompés par les mensonges de la presse aux gages, par les histoires sur les skis cloués sur les chaussures, les avions détruits par centaines, les tanks par milliers, les divisions anéanties chaque semaine ! La vérité leur apparaît subitement : pour la première fois dans l'histoire une armée, celle du peuple soviétique, a percé une ligne fortifiée sur le modèle de la ligne Maginot, la Ligne Mannerheim réputée imprenable. En débordant le flanc de l'armée finlandaise en retraite, prenant largement pied sur la rive ouest de la baie de Viborg, l'Armée Rouge dirigée par l'ancien métallo VOROCHILOV a obligé le gouvernement des gardes-blancs à venir demander grâce à Moscou où, en novembre, excités par leurs maîtres de Paris et de Londres, ils avaient repoussé les propositions modestes de l'URSS !
Si l'URSS faisait une politique de prestige ou de conquête, elle aurait pu parachever la déroute finlandaise et occuper l'ensemble du pays en sacrifiant quelques dizaines de milliers d'hommes. Mais la sage politique de Staline a arrêté la guerre dès qu'il fut possible "d'assurer la sécurité de Leningrad et de ses 3 millions 1/2 d'habitants, celle de Mourmansk et du chemin de fer entre Mourmansk et Leningrad". Ainsi se termine piteusement le rêve des impérialistes de Paris et de Londres qui espéraient entraîner les pays scandinaves dans la guerre et attaquer le pays du socialisme à la fois par la Finlande et la Mer Noire et le Caucase. En 1919, le TIMES écrivait que la Finlande est la clef de Leningrad et Leningrad la clef de Moscou.
Eh bien, Messieurs les capitalistes, vous ne tendrez plus vos doigts rapaces vers ce trousseau de clefs ! L'Armée Rouge des paysans, propriétaires de leur terre, et des prolétaires, propriétaires de leurs usines, le tient en bonne garde ! En renforçant encore ses positions dans la Baltique, l'URSS a compromis fortement tous vos espoirs en un nouveau Munich, vos désirs d'entraîner l'Allemagne dans une Sainte-Alliance antisoviétique !"
Après la signature du Traité de Moscou, le PCF n'a plus considéré le sabotage des fabrications de guerre comme l'une de ses priorités. Il a même été jusqu'à nier la réalité des appels au sabotage qu'il avait précédemment diffusés. En effet, en réponse aux accusations attribuant aux communistes la responsabilité d'éventuels sabotages, l'Humanité n° 34 du 27 mars 1940 a publié le démenti suivant :
"Eh bien non ! on ne réussira pas à faire croire que notre Parti, fidèle à l'enseignement de Lénine, partisan de l'action de masse, allant de la pétition, de la manifestation et la grève jusqu'à la levée révolutionnaire du peuple, soit subitement devenu partisan de l'action individuelle, de l'attentat." (4)
(3) Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Les Français de l'an 40 (Tome 2), 2013.
(4) Stéphane Courtois, le PCF dans la guerre, 1980, p. 102.
1er Appel au sabotage du PCF
A la fin de janvier 1940, le Parti communiste a publié un tract intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" dans lequel on pouvait lire un appel au sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande :
soutiennent la clique des fascistes finlandais contre l'URSS. [...]
A la Chambre des Députés, Daladier avait dit : "Il faut aider la Finlande. Dès la décision de la SDN la France a rempli son devoir dans une proportion qui n'est pas médiocre". Elle continuera à le faire et dans un télégramme à la SDN, le même Daladier a écrit : "La France entend assurer son devoir d'assistance envers la Finlande". [...]
Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe; par tout les moyens appropriés, en mettant en œuvre toutes vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retardez, rendez inutilisable les fabrications de guerre : contrecarrez ainsi l'action des gouvernements français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme.
Quand à vous docker, refusez carrément de charger les bateaux d'armes et de munitions destinés aux réactionnaires finlandais. [...]
Les travailleurs français ne permettront pas que les armes françaises soient envoyées aux ennemis de l'Union Soviétique, entourée de la haine des capitalistes mais aussi de la confiance des exploités de l'univers. [...]
On peut affirmer que le tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" correspondait au tract joint à la lettre de Jacques Duclos du 5 janvier 1940 et qu'il a donc été le premier Appel au sabotage du PCF.
Pour justifier cette affirmation, on s'appuiera sur le constat que ce tract citait le discours prononcé par Daladier à la "Chambre des députés" ainsi que son "télégramme à la SDN" et que ces deux éléments étaient mentionnés dans le projet de tract décrit dans la lettre de Jacques Duclos du 5 janvier 1940.
Précisons que la citation du discours prononcé par Daladier le 22 décembre 1939 était en fait tirée du Matin du 23 décembre 1939 dans lequel ce discours avait été reproduit sous une forme réduite.
Concernant la datation de ce tract, certains auteurs avancent le mois de février 1940. On peut fait l'hypothèse que sa diffusion a débuté en janvier 1940 en s'appuyant sur un exemplaire conservé dans les archives de l'IC qui porte les mentions suivantes : "Tract PCF/janvier 1940/(Ronéotypé)".
Pour justifier son appel au sabotage, le Parti communiste a mis en avant l'argument suivant :
"DALADIER CHAMBERLAIN MUSSOLINI FRANCO et PIE XII soutiennent la clique des fascistes finlandais contre l'URSS."
En d'autres termes, dans le conflit soviéto-finlandais, l'URSS était la victime d'une agression de la Finlande fasciste qui était soutenue par une alliance anti-soviétique rassemblant la France, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne et le Vatican. On fera remarquer qu'un acteur important n'était pas mentionné dans cette alliance née de l'imagination du Parti communiste : l'Allemagne d'Hitler. Un oubli sûrement...
Conséquence de cette situation, il était du devoir des travailleurs français de défendre leur patrie - l'URSS - et donc de détruire les matériels destinés aux "fascistes finlandais". Leurs actions ne relevaient pas de la trahison. Elles illustraient au contraire leur engagement antifasciste.
Signalons que pour justifier le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne, les communistes ont aussi accusé les polonais d'être des fascistes !!!
Arrêtés en mars 1940, Robert Blache, ancien secrétaire de rédaction de l'Humanité, et plusieurs de ses camarades ont été poursuivis pour avoir diffusé le tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII".
Ces poursuites ont été engagées sur la base de l'article 77 du code pénal qui prévoyait que "la provocation à commettre" un des crimes visés à l'article 76 serait punie comme le crime même. Le second alinéa de cet article 76 stipulait que serait coupable de trahison et puni de mort tout français qui détruirait ou dégraderait tout matériel susceptible d'être employé pour la défense nationale. L'appel au sabotage était donc aussi un acte de trahison puni de la peine de mort.
Prévu pour le 10 juin, leur procès ne s'est pas tenu en raison de l'offensive allemande sur la capitale et de la décision consécutive du gouvernement d'évacuer au sud de la Loire la prison militaire de Paris.
Appel au Peuple de France de février 1940
En février 1940, le Parti communiste a publié un Appel au "Peuple de France" dans lequel il dressait un long réquisitoire contre le gouvernement français en raison de son refus de faire la Paix avec les nazis.
Rédigé par Jacques Duclos, ce tract faisait aussi référence au conflit soviéto-finlandais. Dans ce conflit, le PCF apportait son soutien à l'URSS en appelant les soldats susceptibles d'être envoyés en Finlande pour combattre l'armée Rouge à se mutiner et les ouvriers des usines travaillant pour la défense nationale à saboter les matériels destinées au gouvernement finlandais :
"Si toute la réaction nourrit de profonds sentiments de haine à l'égard de l'Union soviétique, c'est parce que ce pays symbolise la victoire des travailleurs sur le capitalisme, parce qu'il montre aux exploités du monde entier, la voie à suivre pour se libérer de leurs chaînes.
Une armée de 400 000 hommes commandée par le général le général Weygand est en Syrie dans le but d'intervenir éventuellement, de concert avec l'Angleterre et la Turquie contre le pays du socialisme. Ces messieurs auraient voulu, grâce à. la complicité des provocateurs finlandais se ménager la possibilité d'attaquer l'URSS à la fois par le Sud et par le Nord, comme ils le firent il y a vingt ans.
De même que tous les hommes de progrès de tous les pays étaient, il y a 150 ans, aux côtés de la Révolution Française, contre le despotisme féodal, de même tous les travailleurs sont aujourd'hui et seront demain aux côtés de 1'Union soviétique, où l'homme n'est plus exploité par l'homme, contre les exploiteurs et oppresseurs impérialistes. [...]
Vous dockers, n'hésitez pas à refuser de charger les bateaux destinés à transporter du matériel de guerre en Finlande pour combattre le pays du socialisme, objet de la haine du capitalisme international."
Outre les appels à la mutinerie et au sabotage, on retiendra de cet extrait l'approbation enthousiaste de la politique extérieure de l'URSS sur les points suivants :
- l'annexion de la partie orientale de la Pologne ("le retour des populations de la Biélorussie et de l'Ukraine occidentales à la grande partie socialiste"). Le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne a été organisé par Traité de frontières et d'amitié germano-soviétique du 28 septembre 1939
- l'installation de bases militaires soviétiques en Estonie, en Lituanie, et en Lettonie en vertu de Pactes d'assistance mutuelle signés avec chacun de ces pays en septembre et octobre 1939.
- l'intervention soviétique en Finlande en novembre 1939.
Un 3e Appel au sabotage
A la fin de février 1940, le Parti communiste a publié un 3e Appel au sabotage sous le titre "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais". On citera de ce tract l'extrait suivant :
"Mannerheim, la brute sinistre qui fait peser sa criminelle dictature sur le peuple finlandais a déclarer le 17 février dernier : « L'aide de l'étranger nous parvient en quantité appréciable ».
En même temps le gouvernement Daladier faisait savoir qu'il avait envoyé à Mannerheim, des avions, des canons anti-chars ultra modernes, de l'artillerie lourde, des munitions de grenades et des fusils mitrailleurs; Daladier a fait savoir en outre que Mannerheim a été autorisé à puiser dans le matériel dont dispose l'armée française. [...]
Travailleurs socialistes et syndiqués, dressez-vous contre le crime de Blum et de Jouhaux qui après avoir assassiné l'Espagne Républicaine, voudraient sauver la Finlande réactionnaire et combattre le grand pays du socialisme.
L'heure du règlement de compte va bientôt sonner pour Mannerheim, elle sonnera aussi pour Daladier, pour Blum, pour Jouhaux etc... et pour hâter cette heure :
Dockers, refusez de charger les bateaux à destination de la Finlande;
Ouvriers qui travaillez dans les usines de guerre, mettez tout en œuvre pour empêcher l'envoi de matériel de guerre en Finlande et pour rendre ce matériel inutilisable.
Soldats, si on vous envoie en Finlande, refusez de combattre l'Armée rouge, détachement armé du prolétariat international; souvenez-vous de l'exemple d'André Marty et des marins de la mer Noire."
(Un exemplaire du tract "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais" est publié sur le site Pandor)
Condamnation à mort de saboteurs communistes
Illustration de ce fait, les sabotages de moteurs d'avions commis dans l'usine de Boulogne-Billancourt de la Société Nationale de Construction Aéronautique du Centre (SNCAC), anciennement l'usine Farman, pour lesquels six militants communistes ont été mis en cause par la justice militaire : Roger et Marcel Rambaud, Léon et Maurice Lebeau, Raymond Andrieu et Roger Leroux.
Il était reproché à Roger Rambaud, 17 ans et demi, ouvrier ajusteur à la SNCAC, d'avoir saboté entre février et mai 1940 des dizaines de moteurs d'avion en coupant le fil de laiton servant de frein à l'écrou maintenant le tuyau d'arrivée d'essence. Ces accusations étaient d'autant plus fondées que ce militant des Jeunesses communistes avait été arrêté alors qu'il venait de saboter dans un atelier 17 des 20 moteurs prêts à être livrés. (1)
Les tracts recopiés de sa main que la police a retrouvés à son domicile permettaient d'expliquer sans aucune équivoque les raisons de son acte :
"Courage on les aura ! Confiance camarade, le parti communiste vivra toujours. Pas de canon, pas d'avion et la guerre finira. Paix immédiate. Le Parti Communiste français. " (2)
Les conséquences de ces sabotages ont été mortelles. En effet, les fuites d'essence consécutives à la perte de l'écrou saboté provoquaient l'explosion en plein vol de l'appareil. Une quête fut d'ailleurs organisée à la SNCAC en faveur des pilotes militaires victimes d'accident en plein vol à laquelle participa... Roger Rambaud.
L'instruction a mis en évidence que ce dernier avait agi sur les instructions de Léon Lebeau et les conseils de son frère ainé Marcel Rambaud. Le premier l'avait incité à commettre ces sabotages. Quant au second, il lui avait expliqué comment les réaliser.
Léon Lebeau, 33 ans, menuisier, était membre du PCF. Il fut notamment condamné en 1930 pour le sabotage des turbines d'un navire de guerre sur lequel il effectuait son service militaire. Condamné à 7 ans de travaux forcés il bénéficia d'une amnistie. Il participa par la suite à des meetings anti-militaristes organisés par le Parti communiste où il était présenté comme un modèle à suivre. (3)
Agé de 24 ans, Marcel Rambaud était aussi ajusteur à la SNAC avant d'être relevé de son affectation spéciale pour avoir saboté plusieurs bains de chromage. Il alors été envoyé par punition dans une compagnie spéciale. C'est au cours d'une permission qu'il a fourni à son frère des croquis indiquant la manière d'effectuer les sabotages. (4)
Enfin, Maurice Lebeau, 17 ans et demi, coursier, ainsi que Raymond Andrieu et Roger Leroux, deux plombiers âgés de 18 ans, ont été mis en cause pour leur participation à des discussions au cours desquelles avaient été évoquées ces sabotages.
Jugés le 27 mai 1940 par le 3e Tribunal militaire de Paris, les frères Rambaud et les frères Lebeau ont été condamnés à la peine de mort. Les deux autres accusés ont été condamnés à 20 ans de travaux forcés.
Cette décision s'appuyait sur l'article 76 alinéa 2 du code pénal :
2° Tout Français qui détruira ou détériorera volontairement un navire, un appareil de navigation aérienne, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation susceptibles d'être employés pour la défense nationale, ou pratiquera sciemment, soit avant, soit après leur achèvement, des malfaçons de nature à les empêcher de fonctionner, ou à provoquer un accident."
C'était la première application de cette disposition qui avait été introduite dans le code pénal par le décret-loi du 29 juillet 1939.
Le lendemain, la décision du tribunal militaire a fait la une des journaux : "Quatre saboteurs d'avion condamnés à mort" (Le Petit Parisien), "La mort pour les saboteurs" (Le Matin), "Quatre saboteurs sont condamnés à mort" (L'Epoque).
Le 10 juin 1940, les quatre condamnés à mort ont été transférés à la prison militaire de Bordeaux. Maurice Lebeau, 17 ans et demi, a été gracié le 18 juin 1940 par le président de la République, Albert Lebrun. Quant à Roger Rambaud, Marcel Rambaud et Léon Lebeau, ils ont été exécutés à Pessac, près de Bordeaux, le 22 juin 1940.
La mémoire communiste n'a pas retenu les noms de ces morts et pour cause...
(1) Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage, 2016.
(2) A. Rossi, Les communistes français pendant la drôle de guerre, rééd 1972, p. 242.
"Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat"
En effet, au cours des négociations qu'il a menées avec les autorités allemandes les 18, 19 et 20 juin 1940, il a mis en avant son sabotage de la défense nationale pour obtenir de la puissance occupante l'autorisation de reprendre la publication de l'Humanité dont la publication avait été suspendue en août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.
Ces négociations ont été confiées à une militante, Denise Ginollin, qui a rendu compte de son action à Maurice Tréand, principal adjoint de Jacques Duclos.
A son premier contact avec la Propaganda Staffel Frankreich le 18 juin, l'envoyée du PCF n'a obtenu aucune réponse à sa requête. On l'a simplement invitée revenir le lendemain.
Le 19 juin, elle a été reçue par un officier - le lieutenant Weber - qui lui a indiqué qu'en principe rien ne s'opposait à la publication de l'Humanité. Il lui a toutefois précisé qu'il ne pouvait se prononcer de son propre chef et il lui a demandé en conséquence de se présenter le lendemain pour connaître sa décision.
A ce stade des négociations, Maurice Tréand a décidé de préparer avec Denise Ginollin l'argumentaire que la militante communiste devrait soumettre le lendemain à l'officier de la Propaganda Staffel pour le convaincre d'autoriser la parution de l'Humanité sous censure allemande.
Dans le texte qu'elle a rédigé au cours de cette conversation, on peut notamment lire :
"Juif M [Mandel] après Dal [Daladier] nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat [nationale]" / "Je répète avons lutté contre Dal [Daladier] contre M [Mandel] R [Reynaud] avons au poteau d'exécution amis fusillés". (1)
Ainsi, au nombre des arguments devant emporter la conviction de l'officier allemand figuraient la revendication du sabotage des fabrications de guerre et la dénonciation de Georges Mandel, ministre de l'Intérieur dans le Gouvernement Reynaud, pour son action contre les communistes en soulignant sa qualité de "Juif".
Le 20 juin, Denise Ginollin a obtenu du lieutenant Weber l'autorisation de faire paraître l'Humanité sous censure allemande. On peut donc supposer que ces arguments ont été... convaincants.
L'organe central du PCF n'a finalement pas paru en raison de l'arrestation dans la soirée de Maurice Tréand et de Denise Ginollin par la police française.
(1) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, 2006 p. 10.
Libellés : Appel, Guerre russo-finlandaise, Occupation 1940-1941, Sabotage

References: L'article 76
 L'article 77
 l'article 76
 l'article 77
 l'article 76
 l'article 76