Source: http://www.abbaye-saint-hilaire-vaucluse.com/Les_cloches_en_temps_de_guerre.html
Timestamp: 2020-02-17 11:58:16+00:00

Document:
Le pire ennemi des cloches et de l'Art campanaire ? Les guerres et leurs cortèges de réquisitions, de saisies et de représailles.
L'ennemi des cloches? Les guerres
Les cloches, à cause de l’usage qu’on en faisait pendant la guerre et surtout les guerres civiles au Moyen Âge et après, ont été continuellement exposées à la destruction. L’artillerie ensuite s’appropria très souvent le métal des cloches pour en couler des canons ou des bombardes.
Les Turcs, en s’emparant de l’empire Byzantin, donnèrent les premiers le triste exemple de briser les cloches dans ce but, et il fut bientôt imité par les Chrétiens, en Occident. Wallenstein, général de l’armée impériale, pendant la guerre de Trente Ans, fit fondre les cloches en Bohême pour refaire son artillerie; et les rois de France Louis XIV et Louis XV ont usé de ce droit du vainqueur en accordant aux grands maîtres de l’artillerie de France, les cloches des villes devant lesquelles le feu était ouvert.
711 - 732 - Invasion de l'Espagne par les Sarrasins
La Conquête par des Sarrasins de la péninsule Ibérique se déroule dans les années 711-732 après celle du Maghreb. Après la mort du roi Rodéric, dernier roi Wisigoth d'Hispanie lors de la bataille du Barbate (19 juillet 711) contre les Sarrasins commandés par Tariq ibn Ziyad, gouverneur de Tanger, les chrétiens se réfugient au Nord, dans les montagnes des Asturies. En 718, les musulmans occupaient toute la péninsule Ibérique à l'exception des montagnes des Asturies (infos) d'où partirait plus tard la reconquête.
De vielles traditions racontent qu'au temps de l'invasion des Sarrasins, les chrétiens cachèrent les images peintes ou sculptées de la Vierge et les cloches des églises, afin de les préserver de la profanation des infidèles. Elle rajoute qu'après l'expulsion des Sarrasins on retrouva partout, en labourant la terre, l'image et la cloche de l'église de la contrée.
Cet épisode de l'histoire hispanique sera le sujet de deux tableaux exécuté par Francisco de Zurbarán (1598†1662). Selon des textes contemporains à leur exécution, le premier des deux tableaux représente le moment où des paysans indiquent à un jeune seigneur le lieu où auraient été cachées une image de la Sainte Vierge et une cloche:
Départ de Pierre de Nolasque pour Barcelone.
Musée Franz Mayer de Mexico.
Dans le second, les mêmes paysans montrent à ce jeune seigneur, qui est accompagné de deux moines, dont Saint Pierre Nolasque (infos), un relief figurant l'image de la Sainte-Vierge et une cloche, qu'ils ont en effet retrouvées dans le lieu qu'ils avaient indiqué. Le jeune seigneur ordonne l'édification d'une église sur cet emplacement, afin de consacrer le souvenir de cette pieuse découverte:
Saint Peter Nolasco recovering the image of the Virgin - 1630.
Couvent de Nuestra Señora de la Merced Calzada - Séville - Spain
Medium : oil on canvas,165.3 cm x 208.8 cm
Cincinnati Art Museum - Cincinnati - Ohio
M. le comte de Montalembert (1810†1870), dans son introduction à l’Histoire de sainte Élisabeth, rapporte que: Saint Ferdinand, après la prise de Cordoue, siège du califat d’occident, dédia la principale mosquée à la Sainte Vierge, et fit reporter à Compostelle, sur les épaules des Sarrasins, les cloches que le calife Almanzor en avait enlevées (1240).
De ce côté des Pyrénées, à Planès (infos), petit village typique de montagne des Pyrénées Orientale, on a retrouvé cette même tradition, et l'église au plan circulaire de Notre-Dame de la Merci (XIe siècle?) a ici aussi la même origine.
En France de 1337 à 1807
1337 - 1453 - Guerre de Cent ans
Françoise Michaud-Fréjaville, dans son étude "Naudin Bouchard, une carrière de fondeur orléanais pendant la guerre de Cent ans", publiée au Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, n.s., 11/92 (1991), p. 23-32, démontre le lien entre le développement de l’artillerie au cours de cette guerre, et certains fondeurs de cloches.
L’importance que prit l’artillerie au cours de la guerre de Cent Ans permit à certains hommes de métier de manifester des capacités de reconversion et d’initiative dont on peut encore aujourd’hui retrouver la trace dans les documents et, dans certains cas, dans les résultats archéologiques. Ainsi les fondeurs de cloches, détenteurs d’une technique très ancienne, très spécifique et, somme toute, très étroite, ont, dans de nombreux cas, su et peut-être, au fond, dû, adapter leur pratique des alliages, de la fusion et de la fonte non plus seulement à ces "saincts" de toute taille qui peuplaient clochers et beffrois, mais à des objets relativement nouveaux, au son beaucoup moins harmonieux: les canons.
Un des plus remarquables exemples de cette adaptation nous est fourni à Orléans par Naudin Bouchard, dont on peut, pour l’instant, suivre l’activité de façon à peu près continue entre 1396 et 1447, soit un bon demi-siècle, ce qui est assez exceptionnel. Outre les nombreuses mentions qui parsèment les comptes de forteresse de la ville et évoquent les commandes livrées entre 1413 et 1430, et les comptes du pont dont il eut la charge, une trentaine d’actes environ le concernant sont lisibles dans les fonds notariaux comme dans les collections Joursanvault et Jarry.
► Accès au texte intégral de Françoise Michaud-Fréjaville - ici -
Guerres du XIVe au XVIIIe siècle
Il existe souvent un lien entre le vol et le vandalisme: car c'est par dépit de ne pas avoir trouvé ce qu'ils cherchent et par rage que les soldats et les soudards prennent tout, forcent tout... cassent tout. De tels actes se justifient ordinairement par le non-paiement de la solde qui rend toute discipline impossible en mettant en lumière l'incompatibilité entre une morale "militaire" et une morale "guerrière". Sont visés en premier lieu les biens particuliers, mais aussi le bien public: on relève fréquemment le fait que l'église n'est pas épargnée et, avec l'enlèvement des cloches, on s'attaque à un symbole.
Celles de Stausebach en Allemagne sont enlevées pendant la guerre de Trente Ans tout comme celles de Guémar (Haut-Rhin) en 1676 (il s'agit de la cloche de l'église qui pèse 400 livres et de deux autres de 100 livres, celle de "la maison de ville et celle de la porte), tandis qu'à la même époque celles de Jebsheim trouvent refuge dans le château des Ribeaupierre à Ribeauvillé... Mais sont en première ligne les hommes, puisque "le droit de la guerre" s'oppose au "droit des gens". On ne respecte rien, ni vivants, ni les morts, ni les états, ni honneurs.
Jusqu'en 1715 : le rachat des cloches
Jusqu'en 1715, sous l'ancienne monarchie, lorsqu'une place était prise après avoir souffert le canon, les cloches des églises, ainsi que tous les ustensiles de cuivre qui se trouvaient dans la ville appartenaient au grand maître d'artillerie, et les habitants étaient obligés de les racheter à prix d'argent.
Décret des 14 et 22 avril 1792 - Fonte générale
Après le vote de la nouvelle Constitution (Constitution Civile du Clergé du 12 juillet 1790), les premières monnaies Constitutionnelles sont émises en 1791 (15 et 30 sols argent puis 12 deniers et 2 sols uniquement) et font suite à la Loi du 9 avril 1791 concernant les nouvelles empreintes et légendes des monnaies. Le reste de la frappe continue aux anciens poinçons jusqu'à la fin du premier semestre 1792.
Face au manque de petite monnaie et la pénurie de matières premières, l'Assemblée Nationale, sur un rapport du Représentant Lecouteulx, fait, le 11 juin 1790, au nom du Comité des finances, ordonna de fondre les cloches et de convertir en monnaie le métal provenant de cette fonte. En même temps, se rendant compte des difficultés de mettre à exécution son décret, parce que ce métal était trop cassant, elle invita "les artistes, les métallurgistes et les fondeurs à faire des essais sur la matière des cloches", et promit une récompense à l'inventeur d'un procédé de monnayage du métal de cloche pur. Si un procédé fut inventé à un graveur lyonnais, Jean-Marie Mouterde, il ne fut jamais utilisé.
Les cloches des églises qui n'étaient pas déjà tombées lors de la Constitution Civile du Clergé, sont portées dans des ateliers provisoires ouverts dans l'urgence (c'est le cas par exemple à l'ex-couvent des Barnabites).
Médaille servant de laissez-passer au couvent des Barnabites (1791).
On évalue à environ 100.000 le nombre de cloches qui seront fondues en 1792 au titre du Décret des 14 et 22 avril 1792, et moins de 10.000 survivront sur toutes celles du pays. Ce métal de cloche, très cassant, devait être allié à du cuivre pour supporter la frappe.
Décret des 14 et 22 avril 1792
Décret relatif à la fabrication des monnaies de Bronze.
L'Assemblée Nationale, considérant que les fabrications des monnaies de bronze actuellement en activité ne peuvent suffire aux besoins du peuple, et que le moindre retard apporté aux mesures propres à accélérer et à améliorer lesdites fabrications, seraient préjudiciables à la chose publique, décrète qu'il y a urgence.
Article premier. - Les procédés éprouvés par les Commissions du Comité des Assignats et Monnaies, pour la fabrication de la monnaie du bronze des cloches, avec l'addition d'un sixième de cuivre seulement, seront répétés en grand; et il sera rédigé une instruction propre à rendre familière la pratique desdits procédés.
Art. 2. - Ce travail sera terminé sous la direction de la Commission des Monnaies et des commissaires du Comité des Assignats et Monnaies qui s'en sont occupés jusqu'à ce jour.
Art. 3. - La fabrication des flans selon les conditions décrétées par la loi du 6 août 1791, ne pourra être néanmoins suspendue, sous aucun prétexte, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
Art. 4. - Les Directoires de Département et de District seront tenus d'employer tous leurs soins pour faire effectuer, sans délai, le transport des cloches et autres matières de cuivre provenant des biens nationaux, soit aux Hôtels des Monnaies, soit aux Ateliers qui leur seront indiqués.
Art. 5. - Les cloches de toutes les églises paroissiales, des maisons religieuses, et généralement de toutes celles qui n'auront pas été conservées comme paroisses, ou oratoires nationaux, seront sans exception, descendues et portées aux Ateliers de fabrication des monnaies de bronze.
Art. 6. - Quant à celles des églises paroissiales, succursales, ou oratoires nationaux, elles pourront être réduites par un arrêté des Directoires de Département, sur la demande des conseils généraux des communes.
Art. 7. - Il sera remis aux municipalités, en échange des cloches livrées en vertu du présent article, pareille somme en poids d'espèces monnayées; déduction faite des frais d'achat de cuivre, des frais de fabrication et monnayage; et des déchets, lesquels seront évalués à 4/12e du poids des cloches livrées.
Art. 8. - Lesdites sommes seront employées, sous l'inspection des corps administratifs, en travaux de charité et autres objets d'utilité commune.
Art. 9. - Le Ministre des Contributions Publiques est autorisé à traiter avec ceux qui, dans tout le royaume, offriraient d'entreprendre la fabrication des flans à un prix convenable.
Art. 10. - Dans toutes les villes où il sera formé un Atelier propre à fournir plus de 60.000 flans par semaine, il sera établi un ou plusieurs moutons ou balanciers pour leur faire subir le monnayage sans les déplacer.
Art. 11. - Le service des moutons ou balanciers établis hors des Hôtels des Monnaies, se fera sous la surveillance du Commissaire du Roi de l'Hôtel des Monnaies de l'arrondissement, et sous l'inspection d'un Contrôleur monétaire ambulant.
Art. 12. - Lesdits Contrôleurs seront nommés par les commissaires des Monnaies, et pourvus par une Commission du Ministre des Contributions Publiques.
Art. 13. - La clef du monnayage sera déposée chaque jour au Greffe de la municipalité, laquelle déléguera un Commissaire à l'effet de surveiller l'usage que feront les monnayeurs des carrés à eux confiés.
Art. 14. - Les soins des Contrôleurs durant leur tournée seront: 1° de faire aux monnayeurs la délivrance de flans, après avoir vérifié s'ils sont à la taille décrétée, et dans les remèdes accordés; 2° de faire aux caisses qui leur seront assignées la délivrance des espèces, après avoir vérifié leurs poids et leurs empreintes. Les pièces fendues et endommagées seront mises au rebut, ainsi que celles qui seront trouvées faibles de poids, et l'entrepreneur de la fabrication sera tenu de les refondre en présence du Commissaire de la municipalité, auquel sera remis le procès-verbal de vérification dressé par le Contrôleur.
Art. 15. - En cas de négligence, les Contrôleurs désignés ci-dessus pourront être destitués par les Directoires de Département, sur l'avis motivé des Directoires de District.
Art. 16. - En cas de fraude par eux faite ou autorisée, ils seront poursuivis devant les tribunaux par le Procureur général Syndic du département.
Art. 17. - Les carrés seront fournis par le Graveur de l'Hôtel des Monnaies de l'arrondissement, remis aux monnayeurs par le Contrôleur monétaire, lequel les fera éprouver en sa présence et en présence du Délégué de la municipalité.
Art. 18. - Les Contrôleurs monétaires recevront pour traitement trois deniers par marc des espèces monnayées sous leur inspection.
Art. 19. - Les particuliers qui voudront fabriquer des flans à leur profit seront admis à les faire monnayer, après que le Contrôleur monétaire en aura fait constater la qualité par des hommes de l'art, qui dresseront de leur examen procès-verbal, dont il sera envoyé copie à la Commission des Monnaies.
Art. 20. - Lesdits particuliers payeront pour droits de monnayage en espèce de la fabrication quatre sols par marc. Leurs flans seront soumis à la vérification des Contrôleurs, qui leur feront aussi la délivrance des espèces; il en sera usé pour les espèces et flans rebutés ainsi qu'il a été dit à l'article 14.
Constitution 1791-1792.
Essai du 15 sols avec du métal de cloche - poids 10.4 g.
Décret du 11 juillet 1793
Ce décret proclamant la Patrie en danger va justifier la récupération des cloches afin d'en fondre le bronze pour le reconvertir en canons.
Décret de l'Assemblée proclamant la Patrie en danger - Archives Nationales.
Proclamation sur le Pont-Neuf, le 22 juillet 1792.
Décret du 23 juillet 1793
La Convention Nationale décrète qu’il ne sera Laissé qu’une seule cloche dans chaque paroisse; que toutes les autres seront mises à la disposition du Conseil exécutif, qui sera tenu de les faire parvenir aux fonderies les plus voisines dans un délai d’un mois, pour y être fondues en canons.
C’est ainsi qu’en 1793, des villages entiers se liguèrent pour soustraire ce qu’il considérait comme un héritage collectif, des cloches parfois multi-centenaires aux investigations des représentants du département. On descendait les cloches tous ensemble, on les enterrait ou le plus souvent, on les « noyait » dans quelque pièce d’eau ou rivière, et le tour était joué.
Le problème vint lorsqu’il fallut, après le Concordat, récupérer ces pièces, généralement altérées, jusque dans leur sonorité, par ces manipulations improvisées. Descendre une cloche d’un clocher par treuils et courroies, la charrier jusqu’à une rivière et l’y pousser, c’est relativement simple. Lui faire faire le chemin inverse, c’est autre chose.
C’est ainsi que la plupart des cloches qui furent noyées ou enterrées, et c’est valable pour la révolution comme pour les périodes précédentes, ne furent finalement jamais récupérées.
1802 - La Guerre des bâtons
À cette date, l'administration française avait instauré une taxe de guerre ayant pour objet la réquisition des cloches pour en faire des boulets de canon. Lors de la Guerre des bâtons ou Stecklikrieg, révolte fédéraliste contre la République helvétique durant l'été 1802, Bonaparte envoya ses troupes pour rétablir l'ordre. C’est à ce moment-là que les cloches d'Eschdorf (section de la commune luxembourgeoise de Heiderscheid située dans le canton de Wiltz) furent réquisitionnées. Il s’agissait de deux belles et lourdes cloches que les habitants d’Eschdorf voulaient à tout prix éviter de donner aux Français.
C’est ainsi que les habitants d’Eschdorf et d’Eschsur- Sûre (Luxembourg) conclurent un marché, c’est-à-dire que les deux petites cloches de la Lochkapell furent données à Eschdorf pour les remettre aux Français et, en compensation, Eschsur- Sûre recevrait la plus grande cloche d’Eschdorf.
Marché conclu, on cachait les deux grandes cloches et ramenait à Eschdorf les deux petites pour les remettre aux Français, ces derniers ne se rendant pas compte de l’échange des cloches. Peu de temps après, les habitants d’Esch-sur-Sûre montaient à Eschdorf pour récupérer la grande cloche, tel que le marché avait été conclu.
Mais ils furent déçus car les habitants d’Eschdorf ne voulaient plus remettre la cloche en question. Finalement, après une bagarre musclée, et sous la peur d’une dénonciation auprès de l’occupant français, les habitants d’Eschdorf ont remis la cloche aux habitants d’Esch-sur-Sûre.
1807 - Restauration du rachat des cloches
Cet usage, qui, suivant le P. Daniel, était tombé en désuétude depuis le règne de Louis XIV, fut rétabli par Napoléon lors de la prise par le maréchal Lefebvre, le 19 mai 1807.
Les cloches de cette ville furent alors données à l'artillerie, à qui Lefebvre répétait lors du siège: "Je n’entends rien à votre affaire; mais fichez-moi un trou et j’y passerai". Les habitants les rachetèrent pour une somme assez considérable, qui fut distribuée ainsi qu'il suit aux militaires des différents grades:
• le général de brigade reçut 4.000 fr;
• le colonel 2.000 fr;
• le chef de bataillon 1.200 fr;
• le capitaine 600 fr;
• le lieutenant 300 fr;
• le sergent-major 100 fr;
• le sergent 25 fr;
• le caporal 18 fr;
• le canonnier 12 fr.
Les sapeurs et les miniers furent regardés comme troupes d'artillerie. La moitié de chaque somme fut donnée aux grades correspondant des troupes auxiliaires et du train.
Par un décret du 22 septembre 1810, l'empereur détermina cette répartition du prix du rachat des cloches en nombre de parts de la manière suivante:
• 16 au général de division;
• 12 au général de brigade;
• 8 au colonel;
• 6 au major;
• 4 au chef de bataillon;
• 2 au capitaine;
• 1 au lieutenant;
• 8 au sergent-major, conducteur et garde;
• 4 au sergent;
• 2 au caporal;
• 1 au canonnier.
Le commandant de l'équipage de siège avait les parts de son grade, plus 2.
Pour déterminer le montant de chaque part, on partageait le prix du rachat par moitiés; dont l'une était affectée aux officiers, soldats et employés. Dans cette dernière portion, les auxiliaires et le train avaient demi-part, et les sapeurs et mineurs une part entière comme les canonniers.
1915 - Réquisition générale en Allemagne
Afin de soutenir l'effort de guerre, l'Allemagne est soumise depuis l'été 1915 à la réquisition des objets en métal (bronze, cuivre, laiton, zinc, étain et alliages).
1917 - Réquisition générale en Belgique
Extrait de la thèse de Christina Kott Préserver l'art de l'ennemi? Le patrimoine artistique en Belgique et en France occupée, 1914-1918, publiée en 2006 par P.I.E. PETER LANG S.A. - Éditions scientifiques internationales - Bruxelles, p. 105-110:
La réquisition des cloches en bronze, des objets de culte métalliques et des tuyaux d'orgue en zinc pendant la guerre, à la différence de la France occupée et à des exceptions près, seul un petit nombre de cloches et de tuyaux d'orgue belges fut réquisitionné en Belgique. Jusqu'au début de la quatrième année de guerre, le territoire belge est demeuré à l'abri de ce genre de réquisitions.
La Belgique occupée ainsi que le territoire du Gouvernement général de Varsovie n'étaient pas concernés par l'avis du 26 juillet 1917 stipulant l'élargissement des mesures de réquisition aux objets de culte, jusqu'alors exclus. Or, par décret du 10 janvier 1917, le ministère de la Guerre avait ordonné la réquisition des tuyaux d'orgue en zinc, dans un premier temps, puis dans un deuxième temps, des cloches, non seulement dans toute l'Allemagne, mais aussi dans les territoires occupés dont la Belgique.
► Suite de la thèse de Christina Kott - ici -
26 juillet 1917 - Début des réquisitions générales en France
Extrait de la thèse de Christina Kott: Demmler, conservateur adjoint du musée Frédéric à Berlin, dans sa fonction "d'expert en chef", était chargé de la sélection des cloches dans toute la région du Nord, qui officiellement depuis le 26 juillet 1917 n'étaient plus épargnées par la réquisition. La tâche ne fut pas des plus faciles: le classement des cloches étant en cours d'instruction en juillet 1914, Demmler ne disposait d'aucun inventaire complet.
Pourtant, selon les sources dont nous disposons, des listes de cloches à préserver, dont certaines classées, auraient été établies par les autorités locales ainsi que par Demmler lui-même en mars 1917.
En effet, dans le cas des cloches, il servit de véritable intermédiaire entre les forces occupantes et les responsables locaux. Or, ses interventions étaient couronnées de plus ou moins de succès. À Lille par exemple, il était l'interlocuteur de Max Bruchet, l'archiviste départemental, conservateur des objets mobiliers du département du Nord et membre correspondant de la Commission des Monuments historiques, qui rapporta en octobre 1918 qu'à la suite de conférences que j'ai eues avec Monsieur Th. Demmler, il m'a été possible de sauvegarder un certain nombre de ces monuments. En ce qui concerne la ville de Lille, voici la liste des cloches qui ont pu être sauvées: St Maurice : cloches de 1553, 1587...
► Suite de la thèse de Christina Kott (pages 332 et 333) - ici -
1917 - Réquisition à Marquillies (France)
Marquillies est une commune de 1.752 hab. (2006) du département du Nord, située à environ 21 km au Sud-Ouest du centre de Lille.
Dès sa réquisition par les troupes allemandes, la cloche de l'église de ce village fit l'objet, en raison de son épigraphie partisane, d'une aventure pour le moins remarquable.
Installée dans le clocher vers la fin du XIXe siècle, elle portait l’inscription suivante: "L’an 1897, 18 du mois de juillet, M. Alexandre Coget étant maire de Marquillies, Louis Millecamps, vice-doyen, curé etÉmile Dubart, pro-curé. Je loue le vrai Dieu, j’appelle les fidèles aux offices divins et j’espère sonner un jour la victoire et le retour à la France de l’Alsace et la Lorraine. J’ai été baptisée par M. Carpentier, doyen de La Bassée et nommée Catherine Pauline Louise. Mon parrain a été M. Coget, maire et ma marraine Mme Brame".
Ceci était un texte facilement exploitable par l’encadrement des troupes afin de maintenir un esprit combatif; la promesse d’une guerre courte et joyeuse s’était révélée inexacte.
Petite revanche sur l’esprit et la lettre, chaque victoire allemande fut inscrite sur cette cloche par un soldat de la 13e division d’infanterie (régiment de Westphalie) et fêtée par une sonnerie spéciale ordonnée par l’occupant. Nous avons pu y relever à cette époque: "Cette cloche a sonné le 3 mai 1915, à l’occasion de la victoire de l’armée allemande sur les Russes à West-Galizien. Le 22 juin 1915, à l’occasion de la ville de Lemberg. Le 4 août 1915, à l’occasion de l’annexion de Warschau. Le 18 août 1915 pour Rowno. Le 19 août 1915 pour Nowo-Georgiewst. Le 26 août 1915, pour Brest-Litowsk."
Mais pour répondre aux ordres supérieurs, la Kommandantur dut ordonner son expédition en Allemagne, vers la fin de l’année 1916, ceci afin...
► Suite de cette aventure sur le site de Marquillies - ici -
1917 - Réquisition à Martincourt-sur-Meuse (France)
Martincourt-sur-Meuse est une commune de 63 hab. (1999) du département de la Meuse, située à environ 52 km au Sud-Est du centre de la ville de Charleville-Mézière.
La cloche réquisitionnée par les troupes allemandes avait été réalisée par Pierre Courteaux, fondeur dans les Vosges, et pesait 657 kilos. Afin d'assurer sa dépose, les habitants de la commune ont été réquisitionnés afin de percer un trou dans le clocher de l'église, et la cloche fut jetée à terre et emportée vers l'Allemagne pour y être fondue le 7 août 1917.
Enlèvement de la cloche de Martincourt-sur-Meuse par les Allemands.
7 août 1917.
Pendant la première guerre, l’enlèvement des cloches est systématique dans les villages occupés: 123 villages de Meuse perdent ainsi leur sonnerie.
En France de 1935 à 1939
De nouvelles cloches sur la ligne Maginot
La Section technique du génie (STG) a été à l'origine de la conception et de la fabrication, entre 1935 et 1939, de plusieurs modèles de guérites et de cloches de guet ou d'observation destinées à la fortification des intervalles.
Dans les Alpes, la cloche observatoire en éléments dite "Saint-Jacques" existe sur la quasi-totalité des petits ouvrages d'avant-postes du Secteur fortifié des Alpes Maritimes (avant-poste de Castès-Ruines, près de Sospel).
On voit ici l'ensemble de la cloche non installée, avec ses six éléments superposés.
Les quatre éléments du bas sont normalement enfouis dans le béton de la fondation.
► Accès au site Casemate des Vernes de Jean Bernard Wahl - ici -
1943 - Réquisition à Wintzenheim (France)
Wintzenheim est une ville de 7.610 hab. (2007) du département du Haut-Rhin, située à environ 8 km à l'Ouest du centre de Colmar. Wintzenheim dépendit jusqu'à la Révolution française de la seigneurie de Hohlandsbourg.
Dans son livre et son remarquable site Internet sur la période 1939-1945 à Wintzenheim, mis en ligne par son auteur, Guy Frank, pour en faciliter l'accès aux jeunes et aux écoles, une page abondamment illustrée et documentée est dédiée à la réquisition des cloches de l'église Saint-Laurent par les Allemands.
► Accès au site Wintzenheim 1939-1945 de Guy Frank - ici -
La vie des cloches de l'église Saint-Laurent fut de courte durée puisque, bénies le 24 novembre 1919 par l'évêque de Strasbourg, Mgr Ruch, en présence du curé Alphonse Straumann et du maire René Birgy, les Allemands les retirèrent à nouveau du clocher pour fabriquer leurs engins de mort.
Wintzenheim 1943.
Saisie des cloches de l'église Saint-Laurent par les Allemands.
Les quatre plus grandes cloches furent saisies par les autorités d'occupation et enlevées pendant les journées du 13 au 15 décembre 1943. Le poids total des cloches ainsi enlevées était de 4.023 kg. Les quatre cloches furent transportées à Colmar et ensuite à Hambourg où elles ont été fondues à la Norddeutsche Affinerie (fondée en 1866). La Norddeutsche Affinerie est depuis devenue le groupe AURUBIS, plus grand transformateur de cuivre en Europe et plus grand recycleur de ce métal dans le monde.
1943 - Réquisition en Belgique
Au cours de l’année 1943, les autorités allemandes prévoient l’enlèvement des cloches en Belgique. L’opération doit être clôturée pour le mois d’octobre. Le travail se fait méthodiquement selon le calendrier prévu, en commençant par la partie flamande du pays.
C’est parfois avec beaucoup de zèle que l’ordre est exécuté et des destructions non prévues ont lieu. Dépendues, les cloches sont immatriculées à la couleur blanche, avec un numéro reproduit également sur la tête au burin. Cependant l’enlèvement connaît divers sabotages qui ont généré de nombreux retards, ainsi la province du Luxembourg a conservé la presque totalité de ses cloches.
Avant la guerre, la Belgique possédait 12.000 cloches dont le poids total était évalué à six millions de tonnes. Fin juillet 1944, les 4.566 cloches dépendues représentent un poids de 3.794.825 kg. Dans le Diocèse de Liège, 840 cloches sont enlevées, pour un poids de 1.205.599 kg.
La situation s’aggrave au fil du temps. Les autorités allemandes qui, au départ, avaient accepté l’échange de cloches contre du plomb refusent désormais ce genre de marchés. En décembre 1943, des cloches qui avaient échappé jusqu’alors sont enlevées. Seules, sont sauvées certaines, plus anciennes, qui font l’objet d’une négociation ou d’un échange contre des métaux.
► Sauvetage des cloches en Belgique par Micheline Zanatta - ici -
À la suite de la réquisition des cloches, il fut institué au sein du ministère de l'Instruction publique belge une Commission interdépartementale pour la Sauvegarde des Cloches (Moniteur belge, 18 mai 1943), présidée par Monsieur Joseph De Beer, conservateur du Musée de l’argenterie de Sterckshof (infos) à Deurne - province d'Anvers.
► Inventaire du Fonds de Beer par Thibault Boudart - ici -
► Inventaire du Fonds de Beer par Vincent Duseigne - ici -
1943 - Réquisition à Gougnies (Belgique)
Gougnies est une section de la commune belge de Gerpinnes de 1.037 hab. (2005), située en Wallonie dans la province du Hainaut, située à environ 13 km au sud-est de la ville de Charleroi.
Ainsi que le rappelle une brochure éditée à l'époque, comme le discours, reproduit ci-après, du bourgmestre Gérard Delfosse, une photo, prise certainement "à la sauvette" par Mme Lea Dissy-Pouleur lors de l'enlèvement de la cloche de l'église Saint Remi fut largement utilisée par la Résistance et au profit de celle-ci.
1945 - Berlin - Stade olympique de 1936
Le clocher fut aussi endommagé lors des derniers jours de la guerre, lorsque des archives de films stockées sous la tour prirent feu. La fumée et la chaleur extrême montèrent dans le clocher comme dans une cheminée, firent fondre l’acier et le tout s’effondra. La cloche Olympique, déjà endommagée par une grenade se fendit, perdant son carillon à jamais. Après la guerre, la cloche fut enterrée, et redécouverte en 1947, la Swastika et les dégâts de la grenade sont encore bien visibles.
1947 - Stock de cloches non fondues à Hambourg
L'Archigénéral Morzileuil de Cassepipe de Marchoucraive est opposé au Mortéchal Morhsiehlöl von Kaspipp von Marschukreeve et tous leurs soldats se font obstinément la guerre. Ils se tirent dessus jour et nuit, sans répit, jusqu'au moment où les soldats manquent de matériel. Plus de bronze, ni de fer...
Bien déterminé à gagner la guerre, le Maréchal trouve une solution diabolique: faire fondre toutes les cloches du pays pour en faire un seul énorme canon qui anéantira l'ennemi d'un seul tir. Quelle n'est pas sa rage quand il s'aperçoit qu'au lieu de tirer des boulets, l'énorme canon n'envoie que des DING-DANG-DONG assourdissants!
Un album ironique qui dénonce à sa manière les absurdités de la guerre. Le ton humoristique employé ne fait que tourner encore plus au ridicule les comportements cruels et inhumains de ceux qui dirigent la guerre.
Il souligne également la fraternité des soldats qui la subissent plus qu'ils ne la font. L'intérêt de cet ouvrage est d'être capable de faire rire de choses qui ne sont pourtant pas drôles.
Auteurs : Gianni Rodari & Pef
Traducteur : Roger Salomon
Album jeunesse, dès 3 ans.
ISBN : 2-87767-484-3
Format : 23,5cm x 30,5cm, 24 pages, broché
• La fabrication d'une cloche en Occident - ici -

References: Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12

Art. 13

Art. 14

Art. 15

Art. 16

Art. 17

Art. 18

Art. 19

Art. 20
 l'article 14