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Timestamp: 2020-08-13 16:50:31+00:00

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Aminata Fall - Histoire des Damels du Cayor
Histoire des Damels du Cayor 1850-1899.
En 1853, la Damel-Teigne Meïssa prétendait encore que ses sujets avaient le droit de piller les navires français à l'entrée du fleuve Sénégal, après deux marées pendant lesquelles il leur permettait de faire le sauvetage; aussi les français étaient obligé d'envoyer des forces à Gandiol pour protéger le sauvetage des navires.
En 1855, à la mort de Meïssa, son petit fils Birima Ngoné Latyr (Fall-Tié-Ndella de Sant, 10ème Gueidj de khêt), âgé de 20 ans, lui succéda comme 25 ème Damel du Cayor.
Macodou le père de celui-ci, revint alors dans le Cayor, et Birima lui promit de le faire nommer Teigne à la place de Tié-Yacine, fils de feu Amady-Dior, qui s'était emparé du trône du Baol, à la mort de Meïssa.
Pendant les quatre années de règne de Birima , le Cayor et le Baol furent constamment en guerre; treize combats furent livrés dont les résultats furent, les uns de rétablir Macodou sur le trône du Baol, les autres de l'en chasser.
En 1856, eut lieu une révolte du Diaoudine Mboul à la tête des Diambours dont ce fonctionnaire était le chef naturel: c'est le Damel qui nommait le Diaoudine Mboul, en suivant l'hérédité dans la famille des Khagans (qui se faisait par la mère), et quand le trône était vacant, c'est le diaoudine Mboul qui nommait le Damel, dans une assemblée générale de la nation. Depuis un certain temps, la place de Diaoudine Mboul revenait de droit à Amady-Ngaye, mais le Damel Meïssa, sachant c'est homme dévoué au Madior, c'est à dire à la famille royale du Cayor que Lat-Soukabé avait supplantée en 1697, n'avait jamais voulu de son vivant, le reconnaitre en cette qualité. Le jeune Birima, croyant rallier à lui ce parti, nomma Amady-Ngaye Diaoudine Mboul, et donna d'autres places importantes à ses parents. Amady-Ngaye profita de sa position pour soulever les Diambours, s'unir à Tié-Yacine Teigne du Baol, proclamer Damel le chef de la branche Madior nommé Madiodio, petit fils par sa mère Déguen-Codou , du Damel Amary Ngoné Ndella Coumba, et chercher à renverser Birima. Les Diambours furent battus à Mboul, leur chef Amary-Ngaye tué, et Madiodio se réfugia du côté de Saint-Louis avec Samba-Maram-Khay, frère d'Amady-Ngaye et les débris de son parti.
Le 12 janvier 1858, le Moniteur du Sénégal publie une lettre de Birima au sujet de la conduite des habitants de Niomré.
De la part de Damel au Gouverneur.
J'ai reçu votre lettre au sujet de l'affaire de Niomré et j'y réponds:
Je pense, comme vous, que les gens du Niambour sont dévoués aux Maures et à Al-Hadji, mais leur espoir en ce dernier ne m'effraye pas. Déjà leurs pères Amadou Fakhoudia, Balla Fakhoudia et Koura Fakhoudia ont trahi mon grand-père Amady Ngoné, en appelant dans le Cayor l'Almany du Fouta Abd-Oul-Kader, le Bour-ba Djiolof et le Brak du Oualo. Tous se sont réunis contre Amady Ngoné, mais dès que celui-ci eut tourné vers eux son visage, ils prirent tous la fuite et Abd-Oul-Kader ainsi que le Bour-ba Djiolof Mbaba Compass furent fait prisonnier.
J'ai envoyé un de mes gens à Sérigné-Niomré pour lui ordonner de faire ce que vous lui demandez, c'est-à-dire de remettre Sidia à son père ou de le chasser du pays. Si les gens de Niomré n'obéissent pas à cet ordre, je vous les abandonne, parce que je vous considère comme mon père et je veux que votre pays et le mien ne fasse qu'un.
Si j'avais agi suivant l'usage de mes pères et de tous les noirs, je n'aurais pas chassé Ely, parce qu'entre nous l'hospitalité est sacrée envers les chefs qui sont exilés de leurs états, et il nous est défendu de nous nuire les uns aux autres dans de pareilles circonstances, attendu que d'un jour à l'autre il peut nous en arriver autant à nous-mêmes. Rien, en effet, n'est durable en ce monde, et Dieu réserve à chacun sa part de bonheur et de malheur.
Mais quoique sachant tout cela, je ne m'y suis pas conformé; j'ai chassé Ely pour accomplir vos désirs et pour resserrer l'amitié qui existe entre nous.
Aujourd'hui si le marabout de Niomré fait ce que nous lui demandons, louanges en soient rendues à Dieu ! Dans le cas contraire, agissez comme vous l'entendez. Je serai pour vous parce que nos coeurs et nos paroles s'accordent.
Lettre du Damel au Gouverneur publié le 12 janvier 1858 dans le numéro 94 du Moniteur du Sénégal et dépendances - Sources Gallica Moniteur du Sénégal et dépendance de l'année 1858 (page 10)
Expédition de Niomré
Compte rendu de l'expédition dirigée sur Niomré dans le Ndiambour. Source:Moniteur du Sénégal et des dépendances du 16 mars 1858.
L'expédition dirigée sur Niomré, dans le Ndiambour (Cayor), avait pour pour but de venger les insultes, les menaces et les commencements de voies de fait, dont la population de ce village s'était rendue coupable il y a deux mois et demi contre nos envoyés.
Nous avons attendu plus de deux mois pour donner aux auteurs de ces méfaits le temps de réfléchir aux conséquences de leur conduite, et de nous accorder les justes réparations que nous exigions; ils en ont conclu que nous ne pouvions ou que nous n'osions aller chez eux, et leur insolence n'a fait qu'augmenter. Il était donc nécessaire, dans l'intérêt de notre dignité et de la sécurité de notre commerce dans ce pays, d'aller les châtier. Comme on le voit, l'affaire de Niomré est un incident en dehors de la ligne politique que nous avons adopté au Sénégal, et qui consiste à protéger, en général, les noirs sédentaires et cultivateurs des Maures nomades et pillards: et, en particulier, chez les noirs, les marabouts et les travailleurs inoffensifs contre les brigandages des Tiédo. Niomré, qui est le plus beau et le plus considérable de tous les villages du pays, est habité par des marabouts pasteurs et cultivateurs, avec lesquels nous eussions n'avais jamais que les relations les plus amicales: mais, le goût de l'indépendance d'une part, et les répugnances religieuses d'une autre, excitent contre nous la défiance et le mauvais vouloir même de certaines populations que nous voulons protéger; de plus, l'orgueil des noirs se trouve un peu froissé d'accepter la prépondérance politique de gens qu'ils s'étaient habitués à considérer comme de simple commerçant. Heureusement, l'hostilité résultant de ces divers sentiments s'éloigne de jour en jour de notre centre d'action: il y a quatre ans elle existait dans toute son arrogance à une portée de canon de Saint-Louis; il y a trois ans, elle s'était éloignée jusqu'à Gandiole et le Toubé, à trois ou quatre lieues de Saint-Louis; il y a deux ans, elle abandonnait ces centres de populations, pour reculer jusqu'à Mpal et Nguik, à dix et quinze lieues. Depuis l'année dernière, Mpal, Nguik, et même aujourd'hui les trois quarts du Ndiambour, se livrent presque entièrement à nous, et la résistance à notre extension n'a pu tenter un nouvel effort qu'en choisissant son théâtre à Niomré et Tanim, à vingt-cinq lieues de Saint-Louis. C'est là que nous sommes allés l'abattre.
Les gens du Ndiambour sont arrivés par l'islamisme à un état social assez avancé. Il y a chez eux beaucoup de gens sachant l'arabe. Voici une des lettres qu'ils nous ont envoyées en réponse aux demandes de réparations que nous leur faisions. Au milieu des beaux sentiments qu'elle exprime, on désirerait un peu plus de bonne foi; car ils déplacent sciemment la question, en feignant de croire que nous exigeons d'eux qu'ils nous livrent le jeune prince du Oualo, Sidia, confié à eux par Ely, lorsqu'il retourna chez les Maures.
" Louange à celui qui a dit: Ne rendez un dépôt qu'à celui à qui il appartient.
Salut de la part du Cheick de Niomré et de ses gens à l'émir de Saint-Louis.
En réponse à votre lettre, nous vous faisons connaître que nous sommes des serviteurs de Dieu et que nous accordons notre appui à tout musulman et à tout malheureux qui l'implore. C'est là ce que Dieu nous a donné en héritage. Dieu nous a créés justes, et nous secourons les malheureux, à cause de Dieu, le miséricordieux. Telle est notre constante habitude.
Sidia est un dépôt, et un dépôt ne doit être remis qu'à celui qui l'a confié.
Quant à vos menaces de faire telle ou telle chose contre nous, laissez cela, cela vaudra mieux pour vous et pour nous. Salut!"
La colonne composée d'un millier d'hommes de troupes régulières, d'un millier de volontaires de Saint-Louis, et de cinq cents volontaires de la banlieue de cette ville se rendit le 2 et le 3 mars 1858, à Dialakhar; l'infanterie par Gandiole, où elle fut transportée par des bateaux à vapeur; la cavalerie, l'artillerie, le train et les volontaires, par Bouëtville et le pont de Leybar. Pendant la journée du 3, des convois de vivres furent expédiés de Dialakhar, où ils avaient été réunis à l'avance, à Mpal, sous l'escorte des Spahis et des compagnies de débarquements, commandées par Me Escarfail, lieutenant de vaisseau.
Les villages soumis, et principalement Gandiole, nous avaient fourni des chameaux, autant que nous désirions, avec leurs conducteurs; c'est la première fois que cela a lieu, et c'est tout un évènement pour nous, car cela ne met plus de bornes à notre mobilité et étend indéfiniment notre sphère d'action, en nous permettant d'entreprendre, grâce à ces ressources nouvelles, les expéditions les plus lointaines, avec des approvisionnements suffisants.
Le 4 mars 1858 à midi, toute la colonne était réunie à Mpal. Des avis réitérés nous apprenaient que l'ennemi, au lieu de nous attendre simplement chez lui, était décidé à nous attaquer en route et nous empêcher d'arriver à Niomré, par une guerre de chicane de jour et de nuit; que dans ce but, il s'était avancé jusqu'à Nguik, dont le chef rendu raisonnable par la leçon que nous lui donnâmes en décembre 1856, refusait de se joindre à eux. On ajoutait que l'ennemi était sur le point d'employer la force pour entrer dans ce village et pour en combler les puits. Il fallait donc se hâter d'aller occuper ce point capital de notre itinéraire, le seul entre Mpal et Niomré qui eût assez d'eau dans ses puits pour la colonne.
On partit à une heure de l'après-midi; le ciel, qui avait été couvert pendant toute la matinée, devint pur vers midi, et un soleil, d'une chaleur excessive, et que la plus légère brise ne tempérait pas, accable nos hommes d'infanterie, dont une partie était arrivés de France depuis six jours seulement, et dont l'autre était affaiblie par quatre ou cinq ans de séjour au Sénégal. Enfin on arriva aux puits de Nguik à la chute du jour; M. le commandant Faron, à l'arrière-garde, ramenant tous les traînards, quatre-vingt hommes environ d'infanterie blanche, qu'on avait laissé derrière, avaient rallié Mpal; 40 chevaux de volontaires furent renvoyé sur la route, pour s'assurer que personne ne s'y trouvait plus.
L'obscurité, la fatigue, et la difficulté de diriger les volontaires, ne nous permirent pas de mettre, dans le bivouac, autant d'ordre qu'on l'eût voulu.
À dix heure du soir, une fusillade assez vive fut dirigée sur le camp; nous étions attaqués par l'ennemi. On riposta vivement des avant-postes, et les assaillants se retirèrent; mais malheureusement, et malgré les ordres donnés, les volontaire, et quelques hommes du front de bandière, éveillés en sursaut du sommeil de plomb qui avait suivi les fatigues de la journée, tirèrent un peu dans toutes les directions, et, sur les deux hommes tués et huit blessés que nous comptâmes, plusieurs avaient certainement reçu des balles du camp même.
À minuit, une bande d'ennemis vint encore tirer quelques coups de fusil sur le camp, elle se retira immédiatement; nous n'eûmes que deux blessés.
À la pointe du jour, le contingent du Oualo, composé de 700 hommes, dont 130 cavaliers, et commandé par M le lieutenant Flize, directeur des affaires indigène, arriva de Merinaghem à notre camp. Nous étions alors forts de 5200 hommes, dont plus de 400 cavaliers.
On nous apprit que l'ennemi occupait trois ou quatre petit villages autour de Nguik; le Gouverneur, avec une colonne légère, composée de tirailleurs sénégalais, des laptots, des spahis, d'un obusier et des volontaires de Saint-Louis, partit pour aller l'en chasser. L'infanterie blanche resta au camp avec le goum du Oualo pour se reposer.
Nous brûlâmes successivement Ouadam, Ntogueul, Keur-Seyni-Diop sans voir l'ennemi, qui s'était retiré à notre approche; il nous restait à détruire Mbirama, Djébi, à deux kilomètres sur notre gauche, un des villages les plus hostiles de tout le pays.
On y envoya l’escadron et les volontaires à cheval, et au bout d’un instant, on vit la fumée s’élever au dessus du village, de sorte que l’on crut que l’affaire était terminée et que l’ennemi renonçait à se montrer. Le Gouverneur envoya alors dire à l’escadron de rallier, et la petite colonne se mit en route pour rentrer à notre bivouac de Nguik avant la forte chaleur. Au bout d’une demi-heure, l’escadron ne revenant pas, le Gouverneur conçut des inquiétudes pour son compte, il retourna au galop vers Mbirama, en donnant l’ordre à tout le monde de rebrousser chemin et de suivre au pas de course, autant que possible. Nous arrivions à temps : à deux kilomètres de Mbirama, on trouva l’escadron en pleine retraite, et poursuivi vivement pas des forces considérables. Voici ce qui était arrivé : l’escadron, après être entré dans le village, avait fait boire et manger ses chevaux , et l’ennemi, qui l’avait aperçu ainsi isolé de la colonne, l’avait presque surpris, lui avait tué trois hommes et tué et blessé six chevaux ; cinq volontaires à cheval avaient également été tués.
Le Gouverneur, ralliant aussitôt tous les spahis, et sachant qu’il pouvait compter sur l’appui de la colonne qui le suivait de près, reprit immédiatement l’offensive ; on poussa une magnifique charge à fond sur les Ndiambours, qui montrèrent un acharnement et un courage inouïs.
Vingt et un des leurs furent tués sur place, et le reste battit en retraite, sous le feu des tirailleurs et des laptots, qui arrivaient successivement pendant la charge, et en tuèrent encore plusieurs. L’artillerie de M. le commandant Sardou avait vivement ramenée au feu, achevant de les faire disparaître au loin.
Nous eûmes dans la charge, deux hommes blessées , un cheval tué et trois autres blessés.
Le fils du chef de Niomré se trouva parmi les morts de l’ennemi, ainsi que plusieurs autres gens marquants.
Cette charge fait le plus grand honneur à l’escadron.
L’ennemi éloigné, on reprit à midi le chemin de Nguik avec toute la colonne légère, et l’ennemi ne nous suivit pas ; il n’osa pas même venir enterrer ses morts après notre départ.
Cette petite affaire ranima tout le monde, mais un autre inconvénient bien grave se présenta dans la journée, l’eau des puits de Nguik ne suffisait pas à la colonne. Il fallait prendre des précautions pour pousser plus avant dans un pays si pauvre en eau où l’on pouvait nous couper la retraite. Les annales du pays racontent, en effet, qu’une armée du Fouta qui envahit le Cayor il y a une cinquantaine d’années fut complètement détruite, parce que l’on combla les puits derrière elle ; une armée Maures eut le même sort à une autre époque. Les puits de ce pays ont jusqu’à 50 mètres de profondeur.
Une journée de réflexion était nécessaire : on employa celle du 6 mars 1858 à prendre des renseignements sur les mouvements de l’ennemi, on fit une reconnaissance avec l’infanterie blanche sur les lieux du combat de la veille, pour y prendre du fourrage, et offrir aux Ndiambour une occasion de faire connaissances avec nos carabines ; mais, en fait d’ennemis, nous ne trouvâmes que les tués de la veille, et nous apprîmes que l’armée de Niomré occupait Ndia, village situé entre nous et Niomré, et qu’elle manifestait l’intention de s’y défendre, pour retarder notre marche sur son propre village.
Comme on avait trouvé à Mbirama un puits très abondant, on se décida à pousser quand même jusqu’à Niomré.
Dans l’après-midi, les troupes régulières furent envoyées bivouaquer à Mbirama, les goums restèrent à Nguik ; de cette manière, l’eau nous était assurée en quantité suffisante.
Une petite redoute en terre fut rapidement construite au milieu du village de Nguik pour laisser nos blessés, nos malades et nos bagages avec 200 volontaires et un obusier ; cette occupation devait en outre empêcher de rien tenter derrière nous contre les puits. Dans le nuit du 6 au 7 mars 1858, à 3 heure du matin, les goums nous ayant rejoint à Mbirama, nous nous mîmes en marche pour Niomré.
L’ennemi évacua Ndia à notre approche, les habitants de ce village ne lui étant pas favorable. Nous dépassâmes Ndia, et, à la pointe du jour, nous aperçumes Niomré au fond de la plaine. L’ennemi avait pris position à portée de canon devant nous, au petit village de Mpakha, à une lieue en avant de Niomré ; son plan qui nous était connu par le rapport de nos espions, consistait, comme toujours, à nous attaquer à la fois de tous côtés, et surtout par derrière ; mais il fut poussé si vivement, qu’il ne put le mettre en entier à exècution.
La plaine, autour de Niomré, est coupée dans tous les sens par des haies qui séparent les champs de mil : mais les plantes qui les forment, en sont d’une espèces d’euphorbiacée qui n’ont aucune rigidité, de sorte qu’on traverse ces haies avec la plus grande facilité et sans autre inconvénient que de se tacher avec le suc corrosif qui découle des branches cassées.
Deux pelotons d’infanterie furent déployés en tirailleurs, à l’avant-garde, sous les ordres de M. le lieutenant Pipy, et soutenu par un obusier marchant avec leur réserve.
Les tirailleurs sénégalais furent envoyés en flanqueur à gauche, et les compagnie de débarquement à droite ; l’arrière-garde fut renforcée d’un obusier, et les volontaires se déployèrent sur notre flanc droit.
Nous marchâmes vivement sur le village, repoussant les tirailleurs ennemis de haie en haie, et éloignant leurs cavaliers de nos flancs par un feu très nourri.
Nous arrivâmes ainsi, et sans temps d’arrêt, au village même, d’où nous eûmes encore quelques groupes d’ennemis à déloger et que nous traversâmes dans son immense longueur, de plus de 2000 mètre, en y mettant le feu. Tout était fini, l’ennemi avait disparu.
Grâce à la vivacité de notre attaque et à la rapidité de notre marche en avant, nos pertes furent très peu considérable. M. le lieutenant Pipy, excellent officier, ayant déjà rendu bien des services au Sénégal, et commandée d’une manière remarquable le poste de Bakel , en 1856, fut tué presque à bout portant d’une balle dans le ventre.
Un spahis fut tué d’une balle en pleine poitrine, une quinzaine d’hommes furent en outre blessés, presque tous légèrement.
L’ennemi a perdu une cinquantaine d’hommes tués, et, dans cette affaire de tirailleurs, il dut avoir beaucoup de blessés par nos armes à grande portée.
Les compagnies du 4ème de marine montrèrent le plus grand entrain, il en fut de même pour l’artillerie, qui les appuya parfaitement.
Les tirailleurs sénégalais montrèrent le même aplomb que de vieilles troupes, et les compagnies de débarquement firent preuve, comme en toutes circonstances, de beaucoup de bravoure.
Nous bivouaquâmes aux puits de Niomré, après avoir fait un butin assez considérable,et, vers le soir, les volontaires allèrent brûlé le village de Tanim, résidence de Mokhtar-Binta, seul cause de toute cette affaire : car c’est lui qui consrilla au Sérigné-Niomré de nous braver jusqu’au bout. Niomré était un très beau village, qui devait avoir au moins 5.000 habitants ; il était soutenu dans sa lutte contre nous par quelques populations voisines. Le fameux Tanor se trouvait à l’affaire avec les cavaliers ; il y perdit son homme de confiance, chefs de ses esclaves, et prit la fuite un des premiers. À la nuit, nous avions une soixantaine de prisonniers entre nos mains. Nous apprîmes que tous les villages, à six lieues à la ronde, et y compris Goki, étaient en fuite, et, dès le jour même, nous reçûmes des envoyés et des demandes de paix des chefs de tous ces villages.
Nous leur répondîmes qu’ils savaient bien pourquoi nous étions venus chez eux: que c’était pour venger une insulte qui nous avait été faite : que la punition ayant été infligée, tout était fini, et qu’ils n’avaient pas à se sauver de leurs villages ; de plus, nous n’avions pas mission de conquérir leur pays, quelque facile que cela pût être pour nous, mais d’exiger qu’ils se conduisent convenablement envers nous.
Voici les conditions qui leur furent imposées:
1° Tout sujet français, quelles que soient sa couleur et sa position, sera protéger chez, comme vous l’êtes à Saint-Louis;
2° Nos envoyés, quels qu’ils soient, seront reçus dans tous les pays voisins, comme doivent l’être les envoyés d’un roi puissant
; 3° Vous ne donnerez plus asile à nos ennemis Maures ou noirs.
De notre côté, nous prenons l’engagement suivant:
Nous promettons d’user de notre influence sur le roi du Cayor, pour qu’il ne fasse plus piller vos villages par ses tiedos, mais que, suivant nos conseils, il se procure des revenus par des moyens moins barbares et moins ruineux pour son propre pays.
Le but de l’expédition était rempli, et toute résistance anéantie, nous revinmes le 8 mars 1858 de Niomré à Nguik, et le 9, la colonne se dirigea vers Saint-Louis, par Mpal et Dialakhar. Le Gouverneur alla avec les tirailleurs sénégalais, les compagnies de débarquement et le goum du Oualo, faire une tournée par Méringhen, Nder et Richard-Toll. Nous avons quelques hommes fatigués, mais pas de malades ; le pays pays que nous avons parcouruest excessivement sain.
M. le capitaine du génie Fulerand a fait la reconnaissance du pays parcouru.
M. l’enseigne de vaisseau Gaillard a déterminé astronomiquement les points principaux de l’itinéraire.
Nos pertes totales, pendant l’expédition, montent à neuf hommes tués et quelques blessés légèrement, et douze chevaux tués, perdus ou blessés, tant dans les troupes que dans les volontaires. L’impuissance du village de Niomré, si renommé par sa bravoure, contre les forces du Sénégal, a produit immédiatement le meilleur effet. Les traitants, qui se trouvent dans les villages du Ndiambour et du Cayor, n’ont rien eu à craindre un seul instant.
Béquio, le chef du Oualo central, qui, depuis trois ans, hésitait à faire sa soumission entière, est venu, le jour même où il a appris la prise de Niomré, s’établir à Ross, pour y reconstruire son village et rappeler tout le monde.
Pendant l’expédition de Niomé, les gens de Mérinaghen ont enlevé une caravane de Maures qui traversait le Oualo ; ils ont fait beaucoup de butin.
Le 5 mars 1858, une partie des gens de Niomré avait cherché à faire diversion, en allant faire une razzia dans le cercle de Dagana. Ils avaient surpris un troupeau du chef poul, Salif, et deux bergers ; mais le troupeau leur fut repris, et ils retournèrent chez eux les mains vides, après avoir fait inutilement quarante lieues.
En somme, cette expédition n’aura fait que ralentir pendant trois ou quatre jours l’arrivage des produits du Cayor, et nous pose admirablement dans le pays.
Les troupes vont maintenant être envoyées dans des camps, pour y faire des travaux d’utilité publique,et principalement, ouvrir des voies de communications.
Nos braves volontaires, qui ont marché avec tant d’empressement lors de notre expédition dans le Ndiambour, et qui se sont si bien conduits à l’affaire de Niomré, ont faits quelques pertes sensibles. Séga Fal et Madiop, notre chef de Toubé, qui n’ont jamais manqué une expédition depuis le commencement de la guerre, ont été tués à Mbirama. On a perdu dans cette même journée, Babakar Ndiaye, fils du chef de Dialajhar, Amadou Ndiaye, Sato, traitant à Niomré, et Diam, de Bouëtville.
1865 Carte des pays situés entre Gorée et Saint Louis: comprenant le Diambour, le Cayor, le Saniokhor, le Diander et le Baol par M. Regnault - Source Gallica - BNF Clic...
À la suite de l’expédition du Niomré, Damel, le roi du Cayor, nous a écrit la lettre suivante:
« De la part de Damel à son ami le Gouverneur du Sénégal, Salut !
Je vous écrit cette lettre pour vous apprendre que je suis très content de l’expédition que vous venez de faire dans le Ndiambour. J’étais, du reste, disposé à tirer moi-même vengeance de l’insulte qui vous avait été faite, à Niomré, dans la personne de votre envoyé ; mais c’est inutile aujourd’hui, vous avez accompli votre dessein, et forcé, comme vous l’aviez juré, les gens de Niomré à vous respecter.
J’en suis très content, comme je le serai toujours, quand il vous arrivera quelque chose d’heureux. Nos pays ne font qu’un, et je pense comme vous pour toute chose.
Soyer bien assuré que tout ce que l’on peut vous dire pour vous indisposer contre moi est faux. Ce sont mes ennemis qui inventent des mensonges pour nous séparer. Ne le croyez pas. »
Moniteur du Sénégal et des dépendances du 23 mars 1858.
Les gens de Niomré, à la suite de notre expédition et de la destruction de leur village, sont venus faire leur soumission à notre allié Sérigné-Louga, en le reconnaissant comme chef de tout le Ndiambour. Sérigné-Niomré voulait revenir comme chef du village, mais ses gens ont refusé de l’accepter et ont dévlaré à Sérigné-Louga, en lui demandant la permission de rétablir leurs cases, que pendant trois ans ils ne reconnaîtraient pas d’autre chef de Niomré que lui-même. Tanor n’a pas encore osé revenir dans son village. Mokhtar-Binta a été trouvé Damel pour l’engager à marcher contre notre partie, Damel a refusé.
Les réfugiés du Oualo sont à Ndiob, mais ils seront probablement obligés de s’en aller dans le Djiolof avec Sidia. C’est Yougo-Fali qui les empêche de se rallier à nous.
Mokhtar-Binta et Yougo-Fali, à la nouvelle que nous devions entrer dans le Ndiambour, envoyèrent demander des secours à Mohammed-El-Habib.
Celui-ci, espérant que tout le Cayor allait se soulever contre nous, réunit tout son monde et ses alliés du Nord, les Ouled-Delim, les Ouled-Iaya-ben-Othman et une partie des Brakna. Mais avant qu’ils se fussent réunis, Niomré était déjà détruit, et les forces de la colonie disponibles pour recevoir les Maures au besoin.
Le roi des Maures forma, dit-on, deux armées : l’une commandée par Ould-Ely-Khamlech, devait passer le fleuve à Gaé et aller détruire Mpal.
D’après les nouvelles venues du fleuve, cette bande aurait été repoussée à coups de fusil par les gens de Gaé et de Bokol, mais nous manquons de détails. L’autre armée, sous les ordres de Mohammmed-el-Habib et de ses fils, était, dit-on, il y a quelques jours, à moins de vingt lieues de Saint-Louis, sur le bord de la mer. Des précautions sont prises pour qu’elle ne puisse pas venir nous voler quelques bœufs, seul exploit dont elle soit capable. Elle n’a pas encore donné signe de vie. Il paraît, du reste, que ces misérables Trarza ont à peine aujourd’hui quelques fusils en état de servir. On n’a plus à craindre d’eux que des assassinats isolés ou des vol, ce qu’on peut éviter en se tenant sur ses gardes.
Ainsi, la confusion de nos ennemis est complète, et les populations qui ont le bon sens de se mettre de notre côté sont maîtresses du pays.
Le commerce continue à être très actif dans tout le bas du fleuve.
Nous sommes sans nouvelles de l’arrondissement de Bakel.
Extrait Croquis de la reconnaissance militaire, de la route suivie par la colonne expéditionnaire commandée par le lieutenant-colonel du génie L. Faidherbe, gouverneur du Sénégal, du 11 au 17 mai 1857. Source Gallica
En décembre 1859, Samba-Maram-Khay, qui voulait à tout prix, devenir Diaoudine Mboul, se mit pendant plusieurs années, à exciter, de Saint-Louis, tous les mécontents du Cayor. il parvint à faire se révolter la grande province du Ndiambour, peuplée entièrement de musulmans ayant en sainte horreur le Damel et ses fidèles, les plus grands ivrognes du monde, et qui, outre cela, pillaient continuellement les villages musulmans. L'armée des rebelles s'avança dans la province du Guet, brûlant et détruisant tout. Le prince Silmakha-Diop, chef de cette province, pour le Damel, se sauva devant eux. Le Damel Birima était mourant des suites de ses débauches. Le roi du Baol, Tié-Yacine était, comme toujours, favorable aux révoltés, mais le père du Damel, le vieux Macodou, ayant réunis tous les Tiedos, attaqua l'armée du Ndiambour, la battit, tua son chef Ali-Tioubé, et brûla leur village principal, Louga.
Avant la mort de Birima en 1859, l'ancienne coutume payée par le gouvernement français fut supprimée par le gouverneur Louis Faidherbe et il établit à la place de celle-ci et d'une foule d'autres droits arbitraires, un droit de sortie fixe et régulier sur les produit du Cayor, perçut par un agent du Damel, à ses frontières, du côté de Saint-Louis et du côté de Gorée. Birima avait aussi consenti, a accordé au Gouverneur du Sénégal, l'autorisation d'établir, à travers ses États, une ligne de télégraphie électrique entre Saint-Louis et Gorée, alors qu'ils n'avaient aucun droit sur cette côte; il est vrai qu'en 1679, c'est à dire sous le Damel Biram Yacine Boudou, Monsieur Ducasse, plus tard lieutenant général, avait imposé aux rois du Cayor, du Baol et du Sine, un traité qui cédait à la France une bande de six lieues de profondeur, depuis la presqu'île du Cap-Vert jusqu'à la rivière du Saloum; mais il n'était pas question de la côte Nord de Gorée, et d'ailleurs, ce traité n'avait jamais été qu'une lettre morte.
Expédition du Cayor 1861-1883
Sources Annales sénégalaises 1854-1885
Au commencement de 1861, le Cayor était le seul État du Sénégal avec lequel nous n'eussions pas de traité de paix; cependant il s'étend entre Saint-Louis et Gorée, nos deux principaux établissements de la côte occidentale d'Afrique, auxquels il fournit, comme pays agricole, une grande quantité de produits. Un courrier à pied desservait la correspondance entre nos deux villes, avec une sécurité, sinon avec une rapidité suffisante, en longeant la mer sur la grève même; il mettait 3 jours pour faire les 50 lieues environ qu'il avait à parcourir.
Nos traitants qui allaient dans l'intérieur du Cayor avec des marchandises étaient exposés à être pillés ou rançonnés par les Tiédos, satellites armés des chefs de ce pays. Mais le plus grand reproche qu'on ait toujours eu à faire au gouvernement du Cayor, c'est que le roi ou Damel, quand ses revenus ordinaires ne suffisent pas pour subvenir à ses besoins, et qu'il veut se procurer des chevaux, de l'eau-de-vie, de la poudre, des fusils ou tout autre chose, s'arroge le droit de faire enlever par ses Tiédos, non seulement les troupeaux de bœufs et les biens de ses sujets, mais ses sujets eux-mêmes, libres ou captifs pour les vendre, soit dans le pays, soit aux Maures, soit dans le Fouta.
De là une effrayante dépopulation et un manque de sécurité pour les producteurs, également nuisibles à notre commerce.
Depuis longtemps nous nous contentions de gémir sur ce régime sauvage, souvenir du temps de la traite des noirs et que les rois Ouolof ou Serrère ont seuls conservé parmi tous les chefs sénégalais.
Le désir d'établir une ligne télégraphique entre Saint-Louis et Gorée, d'y avoir des relais de courriers à cheval et des caravansérails pour rendre commodes les voyages par terre entre les deux villes, nous amenèrent à proposer, en 1859, au Damel Birima Ngoné Latyr un traité dans lequel il nous faisait toutes ces concessions.
À peine l’avait-il signé qu'il mourut, et son père et successeur Macodou, malgré les promesses qu'il nous avait faites pour nous rendre favorables à son élection, déclara formellement, une fois au pouvoir, que nous ne ferions aucun établissement sur son territoire, parce qu'il n'y on avait jamais eu du temps de ses pères.
Après avoir patienté un an, Son Excellence le Ministre des colonies donna l’ordre d'exiger l'exécution du traité passé avec Birima Ngoné Latyr.
Une lutte avec le Cayor, passant dans les idées reçues pour sérieuse, tant à cause des forces qu'on supposait au Damel qu'à cause des difficultés d'un pays où nul cours d'eau ne peut servir au ravitaillement des colonnes, quelques renforts furent envoyés d’Algérie au gouverneur, à la fin de décembre 1860.
Afin de les garder le moins de temps possible dans la colonie, on commença immédiatement les opérations: la colonne du Sénégal, partie de Gandiol le 2 janvier 1861 au matin, arriva le 6 à Benou-Mboro, après avoir passé par Ker, Potou, Veindi-Bourli, Mbar, Tiakhmat, Mbétet et Guelkouy.
C'est la ligne des Niayes, bas-fonds formant des lacs doux et saumâtres, et des marais entourés de charmantes oasis de verdure, où les palmiers (sor) dominent et sont exploités pour leur vin de palme, par des gardiens placés là par les chefs du pays.
Cette zone, peu large, se trouve à une ou deux lieues de la côte; elle ne renferme pas de villages, mais seulement quelques groupes de cases et des troupeaux. On y trouve de l'eau douce en toute saison, presqu'au niveau du sol. Si, à partir des Niayes, on marche deux ou trois lieues vers l’intérieur, on est alors dans le vrai Cayor, qui renferme beaucoup de villages, dont quelques-uns sont très grands, mais où l’on ne trouve d'eau que dans des puits généralement assez profonds.
600 hommes des goums du Oualo, sous les ordres du capitaine Azan, avaient été mis en observation à Mérinaghen, pour le cas où des hostilités sérieuses s'engageraient avec le Cayor, et 300 volontaires de la banlieue de Saint-Louis avaient pris position à Ker, pour contenir, au besoin, la population du Mbaouar et assurer les communications de la colonne en arrière.
La colonne de Gorée, sous les ordres du commandant Laprade, était partie de Rufisque, le 4 janvier 1861 à 3 heures du matin, et elle fit sa jonction à Benou-Mboro, le 7, avec celle de Saint-Louis, après avoir passé par Gorom et Din-Birandao, dans la province de Diander, et par Cayar, Ouasso-Bérep, Ouasso-Tieb, et Ouasso-Diadia, sur la côte.
Les avisos l’Étoile, capitaine Aube, l’Africain, capitaine Lescaze et le côtre l’Écureuil, capitaine Hamon, déjà arrivés à Benou-Mboro, commencèrent à mettre à terre, le jour même, les vivres et le matériel dont ils étaient chargés, avec l’aide des pirogues de Guet-Ndar, malgré les brisants qui couvrent cette côte.
Le gouverneur prit le commandement général des troupes au nombre de 2200 hommes: 380 hommes d'infanterie de marine étaient commandés par le capitaine Hopfer; 3 compagnies de tirailleurs algériens, par les capitaines Bechade, du 1er régiment; Girard, du 2ème; et Pontécoulant du 3ème; l'escadron de spahis (100 chevaux), par le capitaine Baussin. La milice mobile de Saint-Louis avait fourni 250 hommes, celle de Gorée, 125 hommes.
Il y avait en outre 300 volontaires de la banlieue de Gorée. L'artillerie avec 2 canons rayés, 4 obusiers de montagne, 2 chevalets de fusées et 200 hommes, était commandée par M. le chef d'escadron Dutemps ; un peloton du train des équipages envoyé d'Algérie par le lieutenant Combalot. M. le capitaine de spahis de Négroni faisait les fonctions de chef d'état-major; M. le médecin en chef Chassaniol dirigeait le service de santé; M. le capitaine sous-directeur Maritz, celui du génie; M. l'aide-commissaire Liautaud était commissaire d'armée et M. le capitaine Flize était chargé des affaires indigènes, des guides et des réquisitions.
La colonne étant plus forte qu'il n'était nécessaire, les volontaires de Gorée furent envoyés par Taïba, dans le Diander, pour y prendre position et assurer nos communications avec Gorée.
Déjà depuis trois ou quatre jours, le Damel Macodou, apprenant l'arrivée du gouverneur à Tiakhmat, et l’approche par le sud de la colonne de Gorée, avait quitté sa capitale Mekhey et s'était rendu à Ndiande, à huit lieues dans le nord-est. Il appelait tous ses guerriers autour de lui, en déclarant que ce n'était pas pour combattre les blancs, mais pour aller conquérir le Baol, pays voisin, qu'il voudrait réunir au sien, comme cela a eu lieu du temps de plusieurs de ses prédécesseurs.
De Ndiande, il écrivit au gouverneur pour lui dire qu'il s'étonnait de le voir entrer dans son pays avec une armée, que s'il désirait quelque chose, il eût à le demander et non pas à le prendre de force, et que si ces observations ne lui convenaient pas, on se rencontrerait, s’il plaisait à Dieu.
Après avoir répondu à cette lettre en reprochant au Damel d'avoir manqué à ses promesses et violé un traité signé par son prédécesseur, le gouverneur s'empressa d'installer le poste de Mboro, pour y laisser ses approvisionnements, ses malades et une garnison et en partit, le 12 janvier 1861, à cinq heures du matin, pour Mekhey, résidence de Macodou, où il arriva le 13, après avoir bivouaqué la nuit du 12 au 13 à Diati. De Diati à Mekhey, il n'y a que deux heures de marche. L'eau est abondante dans l'un comme dans l'autre de ces villages qui ont plusieurs grands puits.
Mais dans cette même nuit du 12 au 13 janvier 1861, Macodou apprenant notre arrivée à Diati et croyant que nous marchions vers lui, se sauva en toute hâte de Ndiande et se réfugia à Ntaggar, en passant par Ndiakher et par Gat.
Ntaggar est à huit lieues dans le sud-sud-est de Ndiande. S'éloigner de huit lieues chaque fois que nous faisions un mouvement vers lui, ce n'était pas le moyen de nous rencontrer: en effet, Macodou avait complètement changé d'idée et de ton; il écrivit au gouverneur Louis Faidherbe qu'il lui accorderait tout ce qu'il voudrait, mais qu'il le priait de ne pas aller plus loin dans le pays et d'attendre ses envoyés à Mekhey ou plutôt à Mboro.
En même temps arrivaient à Pire, village situé à une dizaine de lieues dans le sud de Mekhey, le roi du Djolof, Silmakha-Dieng et Beur-Guet, prétendant au trône du Cayor, avec leurs forces pour révolutionner le pays contre Macodou. Cela menaçait de compliquer singulièrement la situation; aussi le gouverneur, croyant suffisamment constaté que Damel ne voulait pas nous attendre et redoutant de plonger le Cayor dans une guerre civile, d'où ne pouvaient résulter que de grandes pertes pour le commerce sans grands avantages en compensation, fit dire à ces deux derniers chefs qu'il n'était pas en guerre avec Damel et qu'il n'encourageait nullement leur entreprise; et il écrivit au Damel que puisqu'il avouait qu'il ne pouvait pas nous résister et nous accordait toutes nos demandes, la colonne retournait vers la mer pour continuer la construction des postes.
En une marche de huit heures, le 13 janvier 1861, de quatre heures du soir à minuit, la colonne revint à Mboro. On s'y reposa le 14 et le 15, Silmakha-Dieng et Beur-Guet rentrèrent dans le Baol et le premier retourna peu de temps après dans le Djolof.
Le 16 janvier 1861, à cinq heures du matin, la colonne se mit en route pour Mbidjen où devait se faire le deuxième poste et l'on y arriva le 19, à neuf heures du matin, après avoir passé par les villages de Taïba, Saou et Guellek. La colonne n'était plus que de 1500 hommes, le reste avait été laissé à Mboro comme superflu.
Le 19 et le 20 janvier 1861, l'aviso l’Étoile mit à terre à Cayar, avec l'aide des pirogues d'Yof, malgré les dangers de ce mouillage, les vivres et le matériel. Le tout fut transporté de Cayar à Mbidjen (6 kilomètres) par la colonne et par les bêtes de somme.
Le 21 janvier 1861, à six heures du matin, jugeant que le commandant Laprade n'avait plus besoin de son concours, le gouverneur Louis Faidherbe repartit pour Mboro avec la moitié de la colonne, laissant les troupes de la garnison de Gorée et les tirailleurs algériens, construire le poste sous la direction du capitaine Fulcrand, ce qui prit deux jours.
Le 22 janvier 1861, à neuf heures, le gouverneur Louis Faidherbe arrivait à Mboro, et considérant la paix comme assurée, il renvoyait immédiatement la milice mobile à Saint-Louis. On apprit que le Damel, avec toutes ses forces réunies, s'était rendu à Batal dans le sud-ouest de Ntaggar, vers le Baol qu'il voulait attaquer; mais que les chefs de son armée témoignaient presqu'autant de répugnance pour faire la guerre au Baol que pour nous la faire à nous-mêmes.
Du reste, tout le pays était parfaitement tranquille et les caravanes n'avaient pas cessé de le parcourir.
On laissa donc 50 hommes de garnison à Mboro, et le 25, à quatre heures du soir, on partit au nombre de 700 hommes pour retourner à Saint-Louis, par la route de Niayes, et choisir en passant, l’emplacement du troisième poste.
On se décida pour Lompoul qui est à peu près à moitié chemin entre Gandiol et Mboro, à 10 kilomètres de la mer, et dans de très bonnes conditions.
Le 27 janvier 1861, à 2 heures 1/2 de l'après-midi, on était de retour à Gandiol. L'escadron du capitaine Baussin, avec M. le capitaine Flize, faisant un détour, avait passé par Dianaour, chef-lieu du Mbaouar, pour menacer ce canton qui se montre quelquefois turbulent.
La colonne du commandant Laprade, après avoir passé par le village sérère de Sognofil, dans un but analogue, était rentrée à Dakar, le 26.
Cette expédition faîte pendant le mois de janvier, présenta, sous le rapport sanitaire, l’inconvénient de l’extrême fraîcheur et de l’extrême humidité des nuits. Les hommes qui n'avaient pas de pantalons de drap ni de couvertures, en souffrirent beaucoup et contractèrent de nombreuses diarrhées.
Dans les mois de décembre et de janvier, les pantalons de drap sont de toute nécessité quoiqu'ils puissent être un peu gênants au moment de la grande chaleur du jour. Quant aux couvertures, elles chargent trop les hommes qui ont déjà à porter leurs armes, leurs munitions et quelques jours de vivres.
Dans la plupart des grands villages du Cayor, il y a des puits pouvant suffire à une colonne de 1500 hommes. En tous cas, on trouve toujours à petite distance d'autres puits où l’on peut aller faire boire les animaux. Une remarque que nous avons déjà pu faire et qui peut être très utile, à l'occasion, c'est qu'il faut très longtemps au Damel pour réunir ses forces.
À la suite de cette expédition, un projet de traité de paix fut envoyé à Macodou, qui le renvoya signé, le 9 janvier, avec une lettre pleine de protestations d'amilié et de promesses d'exécuter scrupuleusement les conditions stipulées.
Le 12 janvier, M. le lieutenant-colonel Faron, ayant sous ses ordres 200 hommes d'infanterie de marine, 300 tirailleurs sénégalais, 100 hommes d'artillerie, 100 hommes du génie et du train, fut envoyé pour faire construire le 3ème poste, celui de Lompoul, sous la direction du capitaine du génie Gazel.
L’Étoile alla débarquer le matériel sur la côte et les transports, par terre, sur une longueur de près de 3 lieues, furent assez pénibles; mais les difficultés furent heureusement surmontées et la colonne était rentrée à Saint-Louis, le 21, sans malades.
Grâce à ces postes et aux communications de plus en plus fréquentes que nous allions avoir avec le Cayor, on pouvait espérer que nous arriverions progressivement à l'exécution complète des conditions du traité de paix et à des réformes dans le gouvernement de ce pays, sans être obligés d'en venir à une guerre sérieuse qui le dévasterait complètement et pour longtemps, à cause de la haine profonde qu'éprouvent contre les Tiédos les populations qui s'empresseraient de s'allier à nous, et profiteraient de l'occasion pour venger des siècles d'injures et de violences de toute nature.
Traité de paix et de délimitation conclu à Saint-Louis, le 1er février 1861, entre la France et le roi du Cayor.
Au nom de Sa Majesté Napoléon III, Empereur des Français,
Entre le général de brigade FAIDHERBE, gouverneur du Sénégal et dépendances et MACODOU, Damel (roi) du Cayor, ont été arrêtées les conventions suivantes :
Article 1er.- Le Gouverneur assure à Damel, sur toutes les frontières du Cayor, la perception de ses droits de sortie sur les produits de ce pays, tels qu’ ils sont fixés par le tarif en usage.
Art.2.- La frontière du Cayor est à Vindé-Bourli dans le Nord et Tanma dans le Sud.
Art.3.- Toute la côte, entre Niayes et le mer, est française. Les Naiayes, entre Vindé-Bourli et la Tanma, reste la propriété du Damel.
Art.4.- Damel garantit toute sécurité sur la route de Saint-Louis à Gorée, en passanr par Lampoul, Mboro et Mbidjem, aux courriers, aux voyageurs isolés, aux caravanes et aux détachements de troupes.
Art.5.- Les sujets français et leurs alliés trouvereont dans tout le Cayor, pour eux et pour leurs biens, la même protection que trouvent les sujets de Damel dans nos établissements.
Art.6.- Damel promet de ne plus vendre aucun de ses sujets et de ne plus laisser enlever et détruire un seul village par ses Tiédos, dans le seul but de le piller. Il ne fera plus esclaves les étrangers qui traversent son pays.
Art.7.- Comme compensation pour les territoires que nous annexons et qui comprennent les salines de Gandiole (ces salines fourniront à la colonie un revenu annuel assez considérable). Damel recevra : 1° Quittance de toutes les sommes qu’il doit pour pillages antérieurs faits dans le Cayor;
2° Trois beaux chevaux;
3° 10.000 francs en argent ou en marchandise.
Art.8.- Si Damel gouverne sagement ses États, le gouverneur l’assure de son appui contre ses sujets qui se révolteraient et même contre ses ennemis extérieurs.
Signé : L. FAIDHERBE
Signé : Damel MACODOU
Traité de paix conclu entre la France et le roi du Cayor, le 1er février 1861. Source Annuaire du Sénégal et des dépendances page 407 (Gallica-BNF).
Opérations militaires dans le Cayor 1861-1863
Les postes de Mboro, Mbidjem et Lompoul, construits en 1861, nous assuraient une bonne base d'opérations pour le cas où une guerre éclaterait avec le Cayor: cela ne devait pas tarder à arriver.
Le roi de ce pays, après avoir signé en février un traité de paix avec nous, et reçu le prix de certaines concessions de terrains, violait presque immédiatement ce traité de la façon la plus indigne, et faisait piller partout nos sujets qui commerçaient dans le pays.
Après ces brigandages et les bravades et provocations qu'il nous avait adressées, il ne restait plus qu'à aller immédiatement le châtier.
M. le commandant de Gorée opérait alors de son côté au Sine et au Saloum avec ses forces augmentées des tirailleurs algériens. Le gouverneur Louis Faidherbe partit donc de Saint-Louis le 5 mars 1861 avec les seules troupes de la garnison de cette ville auxquelles il adjoignit 300 hommes de la milice mobile; cela formait un total de 1200 hommes.
Le temps se montra tout à fait défavorable; pendant dix jours, un vent brûlant de l’est accabla nos troupes d'une manière incessante. Cependant, en deux jours de marche, on arriva au poste de Lompoul. Près de là, les Tiédos avaient, deux jours auparavant, enlevé un troupeau à nos Pouls en tuant ou blessant trois hommes, et M. le lieutenant Joyau, commandant de Lompoul, avait, de son côté, fait fusiller quatre espions armés qui étaient venus rôder autour de son poste.
Partie la nuit de Lompoul, la colonne se dirigea droit sur la capitale du Cayor, Nguiguis, où Damel nous avait écrit qu'il nous attendait. On ménagea les premiers villages, Kab et Robnan, qui sont habités par des gens inoffensifs. Après Robnan commençaient les villages des Tiédos coupables on les incendia. La colonne arriva, le 9 mars 1861, au puits de Nkel, centre du Cayor, à deux kilomètres de Nguiguis.
Ce puits très abondant, de trente mètres de profondeur, sert à une foule de villages voisins.
Le Damel s'était éloigné dans le sud-est, à Niasse, au lieu de nous attendre comme il l'avait promis.
Ce jour là et le lendemain, dans la marche de Nkel à Mekhey, résidence habituelle du Damel, nous brûlâmes tous les villages à notre portée, au nombre de vingt-cinq, y compris Nguiguis, sans trouver de résistance. Les Tiédos pris les armes à la main furent fusillés par les volontaires.
Arrivés à Mekhey le 10 mars 1861, à huit heures du matin, nous pillâmes le village, entre autres les habitations du Damel où nous primes son parasol, et nous y fîmes 400 prisonniers que le gouverneur Louis Faidherbe fit relâcher immédiatement pour la plupart. Là, ayant appris que les Tiédos s'étaient réunis autour de leur roi, on commença à se tenir en garde contre une attaque, mais elle n'eut pas lieu sur ce point.
Dans l’ après-midi, continuant notre itinéraire sur Mboro, nous campâmes à Diati. Le soir, au moment où l’on commençait à placer les grandes gardes, nous fûmes attaqués brusquement par une reconnaissance de cavaliers ennemis. Après le moment de trouble qui se produit souvent aux premiers coups de fusil dans chaque expédition, nos jeunes soldats reprirent leur calme. Les spahis chargèrent vigoureusement l'ennemi et le chassèrent définitivement, après lui avoir tué de 20 à 30 hommes. L'escadron eut 3 hommes blessés, dont un mortellement, et 2 chevaux perdus. Nous avions eu un homme tué et un autre blessé dans le camp, au premier moment de l’ attaque. Quelques prisonniers que nous voulions conserver avaient profité de l’ occasion pour se sauver.
La nuit fut tranquille. Voyant que les Tiédos se décidaient à combattre, au lieu de partir le lendemain pour Mboro, le gouverneur Louis Faidherbe resta à Diati à les attendre.
Dès le matin, nous eûmes des cavaliers en vue de tous les côtés. L'artillerie leur envoyait des obus quand les groupes étaient assez nombreux et assez
approchés. Au milieu de la journée, nos miliciens étant au second puits de Diati, à un kilomètre du camp, on les crut menacés par les cavaliers ennemis dont le nombre augmentait. L'escadron fut envoyé pour leur porter secours au besoin. Il rencontra les Tiédos qui l'attendirent bravement, les chargea et leur tua une quinzaine de cavaliers. Le capitaine Baussin, dont les hommes étaient trop dispersés, fit alors sonner le ralliement en voyant deux pelotons de tirailleurs sénégalais arriver à lui pour l'appuyer.
Il avait 3 hommes blessés et 2 chevaux passés à l'ennemi; le lieutenant Merlet avait eu son képi traversé par une balle.
Les pelotons de tirailleurs, sous les ordres du capitaine Ringot, poussèrent l'ennemi avec l'aide des miliciens qu'on envoya pour les renforcer jusqu'à près d'une lieue du camp, et lorsque le lieutenant-colonel Faron, envoyé lui-même avec le reste du bataillon et une pièce d'artillerie pour aller les chercher, arriva près d'eux, l'ennemi avait complètement disparu. Un milicien avait été tué; l'ennemi laissait quelques morts sur le lieu du combat.
Vers cinq heures et demie du soir eut lieu l'attaque sérieuse de notre camp par l’armée du Damel, commandée par le Fara-Seuf, Dao-Coumba-Dior et par d'autres chefs.
Des masses de cavaliers, venant de Mekhey, défilèrent à portée de canon, vis-à-vis de la première face de notre camp, celle de l’infanterie de marine, et se portèrent, en se rapprochant, vis-à-vis la deuxième face, celle des tirailleurs sénégalais.
Là, ils s'avancèrent résolument sur nous. Le lieutenant-colonel Faron reçut l’ordre de porter son bataillon en avant à deux cents mètres du front de bandière et commença un feu terrible sur l’ennemi, à petite portée, pendant qu'un canon rayé lui lançait des paquets de mitraille dont les effets étaient visibles pour tout le monde.
Après trois-quarts d'heure d'engagement, l'ennemi dispersé disparut au moment où la nuit tombant ne permettait pas de le poursuivre.
Deux pelotons de carabiniers du 4ème de marine ayant fait un changement de front à gauche, avaient pris part à la fin de cette fusillade, pendant laquelle nous n'eûmes que 3 hommes blessés. L'ennemi se retira à Mekhey et il y eut, pendant toute la nuit, des transports de morts et de blessés entre Diati et ce village.
L'état de nos approvisionnements et la fatigue des troupes ne permettant malheureusement pas de faire un retour offensif vers l'intérieur du Cayor, le gouverneur Louis Faidherbe, croyant du reste la leçon donnée aux Tiédos suffisante, ordonna le départ le lendemain matin de très bonne heure, suivant notre habitude, pour Mboro, où nous n'arrivâmes qu'à onze heures, après huit heures de marche.
Un coup de fusil pouvant jeter le désordre dans une colonne qui s'organise pour se mettre en marche la nuit, on évita de sonner au moment du départ, mais, une fois en route, les sonneries ordinaires eurent lieu, la colonne en marche ne craignant nulle attaque.
Au moment où la colonne arrivait à Mboro, on aperçut sur les hauteurs une dizaine de cavaliers ennemis observant notre marche. Quelques-uns de nos Pouls allèrent leur tirer deux ou trois coups de fusil et les chassèrent; nous sûmes ensuite que le lendemain du combat du 11, des cavaliers revinrent de Mekhey rôder du côté de Diati. Malmenés comme ils l'avaient été la veille, ils ne se seraient certes pas approchés de nous s'ils nous y eussent encore trouvés, mais ne rencontrant plus personne, ils en profitèrent pour aller raconter au Damel des choses incroyables: ils se vantèrent de nous avoir battus, massacrés et jetés à la mer; le gouverneur Louis Faidherbe était tué avec ses principaux chefs. Ce pauvre Damel, complètement dupe de ces inventions, divisa aussitôt son armée en deux corps pour couper la retraite sur Gorée et Saint-Louis aux quelques blancs échappés de Diati.
Ces deux corps devaient, en outre, prendre les deux postes de Mboro et de Lompoul et les détruire. Mais les Tiédos chargés de faire toutes ces belles choses étaient les mêmes que nous avions si rudement maltraités à Diati, et pas plus la colonne à son retour de Mboro à Saint-Louis que nos deux postes n'en virent paraître un seul. En revanche, tous les villages du Cayor pleuraient leurs morts. Le village de Mekhey seul en comptait 25, et Diati 13; on peut juger par là de leur perte totale; on citait plusieurs chefs marquants parmi les rapports, entre autres le chef de l’armée, qui avait été tué ou du moins grièvement blessé.
La colonne, après s'être reposée un jour à Mboro, revint à Saint-Louis par Lompoul; les troupes étaient bien fatiguées, les chevaux manquèrent d'orge les trois derniers jours et souffrirent beaucoup. En revenant nous prîmes environ 500 bœufs, mais les Tiédos en avaient, quelques jours auparavant, enlevé presque le même nombre à nos alliés, près de Ker, à quatre lieues de Gandiol; ce n'était donc qu'une compensation.
Nous avions eu dans toute l'expédition 20 hommes tués ou blessés. Les corps qui avaient eu l'occasion de se distinguer plus particulièrement furent les spahis dans leurs deux belles charges, les tirailleurs sénégalais qui repoussèrent là principale attaque, et l'artillerie commandée par le chef d'escadron Dutemps, par la justesse de son tir. L'infanterie de marine brûlait du désir de prendre une plus grande part à l'affaire, mais on n'eut pas besoin d'engager sérieusement cette bonne réserve. Les miliciens se conduisirent très bien dans la journée du 11.
Le génie, qui avait déjà fait construire les postes avec une rapidité extraordinaire, avait dressé les reconnaissances du pays et assuré le service des puits, très important dans une expédition dans le Cayor. Le détachement du train d'Algérie avait été du plus précieux secours.
Après cette expédition, qui avait coûté si cher au Cayor, nous espérions qu’on s'en tiendrait là de part et d'autre, et le gouverneur Louis Faidherbe était décidé, d'accord avec la majorité du conseil d'administration de la colonie, à ne plus rien entreprendre contre le pays sans nouvelles provocations de sa part.
Malheureusement cette inaction ne fit qu'enhardir le Damel et son parti.
Établi à Ndiakher, qui est à moins de vingt lieues de Gandiol, il proclama qu'il y réunissait son armée pour nous combattre si nous entrions de nouveau dans son pays, et pour venir détruire Gandiol dans le cas contraire. Malgré une forte garnison mise à Gandiol, ces menaces influençaient d'une manière déplorable nos sujets et nos alliés.
Bientôt on apprit que le Damel avait fait nettoyer le puits de Guéoul, annonçant qu'il allait s'y rendre avec son armée pour entrer dans le Ndiambour et s'établir à Nguik. Ceci, rapproché des demandes d'alliance faites aux Trarza et d'une petite manifestation séditieuse qui avait eu lieu à Nder, dans le Oualo, en faveur de l'ancien état de choses, et dont un partisan d'Ely avait été le principal promoteur, dénotait une certaine gravité dans la situation.
Aussi notre inaction commençait à paraître dangereuse, et si l'on n'en sortait pas encore, c'était dans la crainte que toutes ces menaces ne fussent pas sérieuses, et par la répugnance qu'on éprouvait à recommencer les ravages par suite de craintes peut-être chimériques.
Mais bientôt il n'y eut plus moyen d'hésiter:
le 3 avril 1861, jour même où le gouverneur Louis Faidherbe avait été à Gandiol pour avoir des nouvelles du Cayor et ordonner le départ d'un convoi de ravitaillement pour nos nouveaux postes, trois chefs ennemis , Fara-Bir-Keur, Djaraf-Mbaouar et Ardo-Labba, vinrent, par ordre du Damel, avec une soixantaine d'hommes dont quatre cavaliers, enlever un troupeau de Gandiol (cent quatre-vingt-dix bœufs) à une lieue du village, incendier une case, tuer un homme, en blesser un second et en enlever un troisième.
Dès le lendemain 4 avril 1861, au matin, les troupes de la garnison et les trois compagnies de tirailleurs algériens partaient de Saint-Louis avec le gouverneur Louis Faidherbe, prenaient, en passant, la garnison de Gandiol, allaient bivouaquer à Ker la nuit même, et le jour suivant, à 9 heures du matin, on atteignait à Keur-Alimbeng (15 lieues de Saint-Louis) la bande coupable on lui tuait 16 hommes et on lui faisait 5 prisonniers.
En même temps, on pillait et incendiait les villages voisins, depuis longtemps complices des méfaits des Tiédos et déjà avertis et menacés plusieurs fois par nous. Les Tiédos qui purent s'échapper se sauvèrent vers Guéoul.
La colonne partit la nuit suivante pour ce village où elle arriva vers 10 heures; on n'y trouva personne: les forces que Damel y avait réunies, s'étaient sauvées avec les débris de la bande battue à Keur-Alimbeng. En moins de deux jours, la colonne se trouvait à vingt-trois lieues de Saint-Louis.
C'était donc à nous que servait le puits nettoyé pour l’armée ennemie. Nous étions dans une excellente position, couvrant le Ndiambour et espérant avoir, une affaire décisive avec Damel, puisqu'il était à une demi-journée de marche de nous, à Ndiakher, où il prétendait réunir son armée depuis plus de trois semaines, pour nous combattre quand même.
Pour lui donner la partie plus belle encore, le gouverneur Louis Faidherbe envoya nos 1000 volontaires détruire les villages des environs de Guéoul et la province de Mbaouar, ne gardant avec lui que les troupes au nombre de 1000 hommes, mais ce fut en vain; nous apprîmes que les chefs des hommes libres du Cayor, Tialao-Demba-Niane , oncle du Damel, Lamane-Diamatil et Diaoudine-Madjior-Diagne, avaient déclaré au Damel qu'ils ne voulaient pas nous faire la guerre, et que, par conséquent, celui-ci était réduit à l’impuissance et s'était retiré vers l’est, à Tiaggar.
D'un autre côté, les circonstances ne permettaient pas d'engager la colonne plus avant, pour le moment, les renseignements sur les puits n'étant pas assez certains, non plus que les données sur les distances et la nature du terrain. Pendant trois jours que nous passâmes à Guéoul, les volontaires firent des prises considérables dans le Mbaouar et aux environs, entre autres plus de 1000 bœufs et des prisonniers. Ils emportèrent tout leur butin vers Gandiol.
À Guéoul, le puits de quarante mètres de profondeur donnait à peine assez d'eau pour la colonne.
Les soldats étaient rationnés et les animaux n’avaient qu'une quantité d'eau tout à fait insuffisante. Tout le monde souffrait de la soif.
Aussi le 8 avril 1861 au soir, on se remit en route pour revenir à Keur-Alimbeng. Au moment du départ, quelques cavaliers s'approchèrent du bivouac, soit qu'ils l'eussent fait avec intention soit qu'ils nous crussent partis. Quand ils se trouvèrent près d'une de nos grand'gardes, ils tirèrent deux ou trois coups de fusil. Les spahis leur donnèrent la chasse et ramenèrent un de leurs chevaux.
La colonne arriva à deux heures du matin à Keur-Alimbeng, bien fatiguée, mais surtout souffrant horriblement de la soif. On s'y reposa le lendemain ayant encore quelque espoir d'y voir l'ennemi, à qui on y avait donné rendez-vous par un prisonnier renvoyé la veille. Mais on ne vit rien et on revint le jour suivant à Ker. Une partie des troupes retourna ensuite à Saint-Louis et à Gandiol, et la construction d'un poste à Potou, à cinq lieues en avant de Gandiol, fut commencée immédiatement.
Les renseignements venus postérieurement du Cayor nous annonçaient que la discorde était parmi les chefs de ce pays. Le Damel reprocha aux chefs des hommes libres de ne pas défendre leur pays.
Ceux-ci reprochèrent au Damel de ne pas se mettre à leur tête, de même que le gouverneur Louis Faidherbe marchait toujours à la tête de sa colonne. Damel répondit que ce n'était pas l'usage, que les rois de Cayor devaient toujours être loin du champ de bataille et que, s'ils lui disaient de marcher à leur tète, c'était pour le trahir, l’abandonner et se débarrasser de luî; il est de fait qu'il était bien détesté. Les envoyés des chefs des hommes libres arrivèrent bientôt à Saint-Louis et il sembla résulter de tout cela qu'une solution ne pouvait pas tarder beaucoup.
Le Cayor comprenait enfin qu'il était impuissant contre nous, il n'eut donc qu'un parti à prendre, celui de faire la paix. L'entêtement de Macodou était le seul obstacle à ce résultat. Il fallait amener le pays à se nommer un autre Damel ; Madiodio Deguene Codou avait été choisi par le gouvernement, mais Macodou, appuyé par un assez grand nombre de partisans, dont le noyau formé de 200 cavaliers dévoués et aguerris, était décidé à n'abandonner le pays que par la force.
De notre côté Madiodio, entouré d'un nombre au moins égal d'hommes armés, se tenait à Lompoul, n'attendant que notre appui pour se mettre en marche contre son compétiteur.
Les habitants du Cayor comprenant cette situation demandaient de tous côtés l'envoi d'une colonne à Mboul.
Le conseil d'administration, réuni à ce sujet, déclara à l'unanimité qu'espérant que notre Damel, une fois conduit par nous jusqu'à Mboul et reconnu par les chefs du Cayor, pourrait s'y maintenir même après le rappel de nos troupes, que Macodou serait forcé de quitter définitivement le Cayor, il fallait faire encore cet effort pour arriver à une solution satisfaisante des affaires.
Le colonel Faron fut donc envoyé à Mboul à la tête d*une colonne d'environ 1200 hommes dont 100 de milice mobile. Elle était composée ainsi qu'il suit:
L'infanterie, commandée par le chef de bataillon Mayer, les tirailleurs, par le capitaine Ringol; l’ artillerie, par le capitaine Allier; le génie, par le capitaine Lorans; M. Liautaud était commissaire d'armée; M. Barthélemy-Bènoît, chef d'ambulance, et M. Flize, chargé des affaires indigènes.
Partie de Gandiol le 24 mai 1861, la colonne passa par Potou, Dianaour, Diokoul et Ndande où la rejoignit notre candidat Madiodio avec 500 hommes dont une centaine de cavaliers.
Le 18 mai 1861, à neuf heures du matin, le bivouac fut établi à Rouré, à deux kilomètres de Mboul dans la direction de Ntagar, où, d'après les nouvelles, se tenait le Damel Macodou et son armée. On se disposa à recevoir l'ennemi qui était annoncé.
En effet, vers neuf heures et demie, des cavaliers vinrent escarmoucher avec les avant-postes. Le colonel Faron donna l'ordre de tirer très peu pour ménager les munitions, pour encourager l'ennemi dans ses attaques et amener Macodou à déployer toutes ses forces.
Vers dix heures et demie, l'ennemi devenant de plus en plus nombreux, le colonel Faron prit des dispositions pour le repousser définitivement. Il donna l'ordre à l'escadron de spahis de monter à cheval et se porta de sa personne à la grand'garde du capitaine Villain où se trouvait aussi le capitaine d'artillerie Allier; il fit sortir des faces du camp deux colonnes d'attaque de trois pelotons chacune; l’une de tirailleurs, capitaine Ringot, et l'autre du 4ème de marine, capitaine Millet. Ces deux colonnes devaient être suivies de l’escadron et des deux pièces rayées qui se trouvaient déjà aux avant-postes.
Les pelotons devaient se déployer devant l’ennemi, s'engager avec lui pour préparer aux spahis l'occasion d'une charge enveloppante ; mais, l'élan de nos soldats fut tel que l'ennemi battit en retraite et échappa à l'action de l'escadron. Il faut dire que la seule vue des spahis et la précision du tir des deux pièces d'avant-postes avaient, dès le principe, influencé l'armée de Macodou.
À trois kilomètres du camp, en plein midi et par une chaleur accablante, le colonel Faron dut renoncer à poursuivre l'ennemi et ramena les troupes au camp. L'ennemi avait éprouvé de grandes pertes, car sur le trajet de nos colonnes on trouva le chemin parsemé de cadavres d'hommes et de chevaux. De notre côté, nous avions neuf hommes hors de combat, tant soldats que volontaires.
Après cette défaite, la désertion se mit dans l'armée de Macodou; dans la journée, un très grand nombre des siens vint faire acte de soumission et se mettre sous les ordres de Madiodio.
Dans la soirée, on apprit que Macodou n'ayant plus avec lui que son frère et quelques partisans s'était retiré à Diouck (à cinq lieues dans l'est environ).
Le 20 mai 1861, la colonne laissa dans une redoute construite à Kouré, ses bagages et ses malades avec deux pièces d'artillerie; le tout, sous les ordres du capitaine Ochin, se mit en marche pour aller à Kantiakh où, d'après de nouveaux renseignements parvenus dans la nuit, s'était réfugié Macodou avec le reste de ses forces.
En route, la nouvelle armée de Madiodio s'augmenta d'une soixantaine de cavaliers accompagnant Laman-Diamatil , Guerna-Diambour et Ardo-Laba- Djerri, chefs très importants ralliés à son parti depuis le combat de Kouré.
À peu près à un kilomètre de Kantiakh, l’avant-garde dut s'arrêter pour répondre au feu de l’ennemi qui avait pris position dans un endroit très accidenté et très boisé. Le colonel Faron fit répondre par la section de canons rayés et par les fusées pendant que les troupes se massaient et que l'escadron se formait en colonne, pour charger s'il en avait la possibilité.
L'artillerie suffit pour déloger l'ennemi qui fut vivement poursuivi par l'armée de Madiodio, sans qu'il fût nécessaire, après une marche longue et pénible, à onze heures et demie du matin, d'engager les troupes régulières dans un terrain boisé où il eût été très difficile de diriger et d'arrêter leurs mouvements. La colonne fit halte et s'établit au bivouac abandonné par Macodou, près du puits du village qui fut immédiatement incendié.
Dans cette affaire, Macodou perdit encore bon nombre des siens; trente prisonniers, dont quelques cavaliers, furent faits par les volontaires.
De notre côté, nous eûmes quelques volontaires blessés.
Après ce dernier combat, quoique l'abandon de Macodou fut bien assuré, il importait de ne pas lui laisser la faculté d'un retour offensif, il fallait donc l'obliger à passer la frontière.
À cet effet, il fut convenu que le lendemain matin Madiodio et son armée se mettraient en route pour le poursuivre et que la colonne les accompagnerait jusqu'à Kantar, à douze kilomètres S.-E. de Kantiakh sur la route du Saloum, ce qui eut lieu.
À partir de Kantar, la poursuite continua dans la même direction jusqu'à Keur-Maldoumbé, où on apprit que Macodou n'avait osé s'arrêter un peu plus loin que pour faire rafraîchir les quelques chevaux de ses compagnons d'infortune avec lesquels il avait continué sa route vers le Saloum.
En conséquence, le lendemain 22 mai 1861, la colonne revenait à Kouri, et le 23, Madiodio, reconnu Damel par les principaux chefs du Cayor, recevait le manteau d'investiture en prenant envers nous l'engagement d'exécuter fidèlement les conditions du traité du 1er janvier 1861.
Le 24 mai 1861, le colonel Faron laissait Madiodio à Mboul à la tête des affaires de son pays, revenait à Ndande où il passa la journée du 25, envoyant l'escadron avec M. le capitaine Flize à Mboul pour aider le nouveau Damel à affermir son autorité et à recevoir la soumission de Beurguet.
Celui-ci et ses gens étaient arrivés dans le Cayor juste pour tomber sur les derrières de l'armée de Macodou, au moment où elle quittait le pays. Ils déclarèrent lui avoir fait éprouver des pertes nombreuses et ramenèrent des prisonniers assez importants.
Le 26 mai 1861, la colonne se mettait en route pour rentrer à Saint-Louis par Lompoul et arrivait à Gandiol le 28 dans la journée, sans malade, ayant accompli intégralement la mission dont elle avait été chargée.
Quant à Macodou, il ne trouva pas dans le Saloum le refuge qu'il y cherchait, il en fut repoussé par son propre fils, qui en était roi et craignait de nous déplaire en lui accordant un asile; il fut également chassé du Baol où on retint prisonniers une partie de ses compagnons.
Les derniers opposants rentrèrent dans le Cayor pour se rallier à Madiodio.
Telle était la situation de cette province lorsque le capitaine de vaisseau Jauréguiberry prit le gouvernement de la colonie, en décembre 1861.
En janvier 1862, Beurguet-Lat-Dior, malgré sa soumission à Madiodio, en présence de nos troupes, ralliait autour de lui d'anciens partisans de sa famille qui ne manquaient pas de lui rappeler souvent les droits que sa naissance lui donnait au titre de chef du Cayor. Il était en effet le onzième descendant de dix anciens Damel. Marchant à leur tête, il battit Madiodio dans une rencontre à Coki. Celui-ci vint se réfugier près de notre poste de Lompoul.
Une colonne de 550 hommes, sortie de Saint-Louis le 28 janvier 1862, sous le commandement du gouverneur Jauréguiberry, allait à Mboul rétablir le Damel Madiodio.
Devant notre puissante intervention, Lat-Dior et ses partisans déposaient les armes au milieu des chefs réunis et faisaient de nouveaux serments de soumission au gouvernement français et à l’autorité de Madiodio.
Du reste, pour nous permettre de surveiller plus facilement nos intérêts et pour ouvrir au commerce une nouvelle voie de communication avec l’intérieur, le gouverneur conclut avec le Damel un traité par lequel ce dernier s'engageait à faire ouvrir entre Ndande et Podon une route de trente mètres de largeur, et à céder à la France, en toute propriété, près du puits de Ndande, un carré de cinq cents mètres de côté pour y construire les établissements jugés nécessaires par l’administration de la colonie.
Traité avec le damel Madiodio du 2 février 1862.
Traité conclu entre la France et le Damel Madiodio le 2 février 1862.
Entre M. JAURÉGUIBERRRY, capitaine de vaisseau, commandeur de la Légion d'honneur, gouverneur du Sénégal et dépendances,
et Damel MADIODOD, assisté du diaoudine-mboul, SAMBA-MARAM-KHAYZ, Laman-diamatil MADÉGUÈNE et des principaux chefs du Cayor,
Article 1er. — Damel fera ouvrir, entre Ndand et Potou, une route de 30 mètres de largeur passant par Ndiobougour, Tiari-Mbay, Bay-Guignakh, Diokoul, Dara-Andal, Tibbe, Mérina-Ngay, Ndianaour, Ngari et Ndiam.
Art. 2. — Cette route une fois ouverte pourra être améliorée par le gouverneur.
Abt. 3. — Damel s'engage à faire respecter sur cette route, comme partout ailleurs, dans son pays, les propriétés et les personnes de tous les Français ou de toutes les caravanes qui la fréquenteront.
Art. 4. — Le Cayor cède à la France, en toute propriété, à 200 mètres du puits de Ndand, un carré de terre de 500 mètres de côté pour y construire des magasins ou autres établissements jugés nécessaires aux opérations que la France peut être amenée à faire pour l’exécution de ses engagements vis-à-vis de Damel.
Art. 5. — Il n'est du reste rien changé, en dehors de cette cession de terrain, aux limites du Cayor telles qu'elles sont déterminées par le traité du mois de février 1861.
Fait à Ndand, le 2 février 1861.
Signé: MADIODO, diaoudine-mboul SAMBA-MARAM-KHAYE et laman-diamatil MADÉGUÈNE.
Signé: JAURÉGUIBERRRY
Sources: Annuaires du Sénégal et dépendance pour l'année 1861 page 407 (Gallica-BNF).
Dans cette dernière sortie, le gouverneur jugea que le Damel n'avait pas toutes les qualités nécessaires à un chef de populations aussi turbulentes.
Son manque d'autorité, son intempérance faisaient craindre déjà qu'on ne pût avoir en lui une confiance bien durable. Il montrait un manque d'énergie très préjudiciable à notre influence; deux de ses chefs venaient encore de lui refuser impunément l'obéissance et l'avaient menacé de l’abandonner bientôt.
Ce commencement de rébellion avait pris en mai des proportions assez grandes pour qu'il fut nécessaire de préparer une colonne forte de 600 hommes et soutenue par une réserve de 250 tirailleurs et spahis. Le pays était en même temps prévenu par des circulaires que nous n'interviendrions pas dans le choix d'un Damel, mais que nous voulions le maintien des traités et que nous étions résolus au besoin à l'exiger par la force.
Privé de notre appui, Madiodio se trouva en présence de tous les partis Tiédos qui constituaient la véritable force du pays et qui avaient vu d'un mauvais œil notre intervention, puisqu'elle avait pour but de mettre un terme à leurs pillages.
Aussi tous ces mécontents s'empressèrent-ils de rallier Lat-Dior, et quelques jours après ce dernier fut proclamé Damel à Mboul et protestait une fois de plus de sa soumission envers les Français.
Madiodio chassé de Mboul se retirait à Ker avec un petit nombre de parents.
Quant à Macodou, rallié à Maba, marabout de la Gambie, il envahissait le Saloum et faisait pressentir des projets sur le Baol.
Lat-Dior, dont le premier devoir était, d'après ses promesses, de protéger les cultivateurs contre les pillages des Tiédos l'oubliait au point que nous fûmes obligés de lui rappeler quelquefois à quelles conditions nous le laisserions sans contrôle gouverner ses sujets. Tenant peu de compte de ces observations, et non content de laisser subsister ce brigandage, dont lui-même recueillait en partie les bénéfices, il noua des intrigues avec quelques chefs de la province du Diander, détachée du Cayor et annexée à la colonie en vertu des traités de 1861, pour provoquer une révolte qui replacerait cette province sous son autorité.
Voici dans quelles circonstances cette révolte fut tentée et comment la répression qui la suivit en arrêta la réussite.
Notre prise de possession du Diander, en 1861, avait eu pour effet de faire cesser les pillages que les Tiédos du Cayor commettaient sur les paisibles habitants de cette province et sur les caravanes qui sont obligées de la traverser pour se rendre au comptoir de Rufisque. Ces changements froissèrent naturellement les intérêts de Lat-Dior et de quelques chefs du Diander qui donnaient asile aux Tiédos et partageaient avec eux les dépouilles des voyageurs; cependant, deux années s'étaient écoulées sans qu'aucun acte de violence se manifestât, lorsque vers le mois de janvier 1863, Maïssa-Yssa, nommé par le Damel Fara de Ndoute, province limitrophe du Diander à l'est, prit possession de son commandement.
Il parut certain que des rapports entretenus par des messagers secrets s'établirent aussitôt entre Fara-Ndoute et les chefs mécontents du Diander, principalement avec Diogo-Maye , chef de Gorom, et que l' un de ces derniers enlevait des bœufs au village de Ndiéguem.
Le commandant supérieur de Gorée infligea une amende aux coupables, qui refusèrent de la payer et même de restituer les objets volés.
Quinze jours auparavant, le commandant de Mbidjem s'était présenté à Gorom pour faire le recensement de la population ; il avait réclamé le concours de Diogo-Maye , celui-ci répondit: « Je suis Diogo-Maye et ne connais point le nom des habitants de mon village. » À Bir-Tialam, les chefs répondirent: « Nous payerons l'impôt si Diogo-Maye le paye. »
Ces faits éveillèrent l'attention du commandant de Mbidjem, qui découvrit peu de jours après que Diogo-Maye avait convoqué, tous ses partisans, pour le 12 février 1863, dans la plaine de Mangol-Fal, pour prendre un parti sur ce qu'il convenait de faire.
Nos espions assistèrent à cette réunion où il fut décidé qu'on exciterait les populations à ne plus reconnaître notre autorité, qu'on résisterait par la force et qu'on inviterait Damel à reprendre possession du Diander.
Le châtiment ne se fit pas longtemps attendre ; le lieutenant-colonel Laprade, commandant de Gorée, partit le 14 mars 1863 avec une colonne de 200 hommes.
Le 17 mars 1863, au matin, le quartier de Gorom, habité par Diogo-Maye, fut surpris et cerné; les femmes et les enfants seuls sortirent du village, défense fut faite aux troupes d'engager le combat.
Le fils de Diogo-Maye se présenta au commandant de Gorée qui lui demanda son père: « Si le commandant de Gorée veut voir Diogo-Maye , répondit-il fièrement, qu'il entre dans sa case, car il ne sortira pas. » Pendant ce temps, les hommes du village prirent leurs fusils et revêtirent leurs gris-gris ; l'un d'eux s'empara du tamtam de guerre, malgré les représentations du commandant de Gorée, qui voulait à tout prix éviter l'effusion du sang sans renoncer, cependant, à l’arrestation du coupable.
Le chef de Rufisque fut envoyé à Diogo-Maye pour l'engager à sortir, mais il ne put y réussir et courut même de grands dangers. Le chef de Deen-y-Dack, qui voulut se présenter en parlementaire dans le village, fut presque assommé par le fils de Diogo-Maye.
Quelques coups de fusil furent à ce moment tirés sur la colonne ; tous ces faits démontrèrent la nécessité d'avoir recours aux armes. Ne voulant pas engager nos soldats dans les rues étroites du village, ce qui eût donné trop d'avantage à l’ennemi, le commandant de Gorée ordonna de mettre le feu aux cases et d'attendre les défendeurs à leur sortie ; ils se jetèrent presque tous sur la face occupée par l'artillerie, c'est ce qui explique les pertes sensibles faites par cette arme ; une lutte corps à corps, courte, mais très vive, s'engagea ; les rebelles ne voulurent pas se rendre, ils étaient décidés à sauver Diogo-Maye ou à mourir.
Dans le désordre du combat, quelques-uns percèrent notre ligne ; mais le plus grand nombre succombèrent et parmi ces derniers Diogo-Maye, son fils et ses neveux, qui montrèrent jusqu'au dernier moment un courage digne d'une cause plus juste.
Dans cette opération, nous eûmes un artilleur tué, deux morts des suites de leurs blessures; M. le sous-lieutenant d'artillerie Hirtz reçut un coup de feu à la face ; deux autres artilleurs furent blessés légèrement et le capitaine Laberge, commandant l'artillerie de la colonne, eut un cheval tué sous lui.
Dans l'infanterie, deux hommes furent grièvement blessés et trois autres légèrement. Ces pertes sensibles ne furent pas sans compensation ; nous donnâmes au Diander un grand exemple de justice, de bienveillance et de fermeté car les intrigues de Diogo-Maye , les efforts faits pour épargner ses complices et le châtiment suprême qu'il reçut furent connus et appréciés de toute la population.
Les braves gens en grand nombre furent rassurés et confiants, la minorité factieuse renonça à ses projets.
Pendant que ces événements se passaient dans le Diander, une bande de pillards venue jusqu'à Ker, près de Gandiol, fut surprise par l'escadron de spahis (capitaine Baussin) qui lui reprenait une partie de ses razzias, lui tuait deux hommes et en blessait quatre.
Conquête du Cayor 1863-1864.
Le général Faidherbe avait repris le gouvernement de la colonie en juillet 1863.
En présence des pillages continuels de Lat-Dior dans le Cayor et des intrigues dangereuses par lesquelles il cherchait à violer nos traités, il était urgent d'apporter un remède radical à cette situation.
Le ministère de la marine était d'ailleurs disposé à entrer dans cette voie, car il avait accordé un crédit de 30.000 francs , en 1863 , destiné à la construction du poste de Thiès, et un autre de 70.000 francs pour occuper trois autres points dans l'intérieur du Cayor.
Le gouverneur pensa que, pour rétablir l'ordre, il fallait nommer et réinstaller un Damel, quel qu'il fût, dans la partie centrale de cette province, et détacher du Cayor le Ndiambour, le Mbaouar, du côté de Saint-Louis, et le Sagnokhor, du côté de Corée, pour les ajouter à nos possessions; il pensa aussi que, pour soutenir et surveiller le Damel dans le gouvernement du Cayor central, il importait d'établir un poste solide au cœur même de cette province, à Nguîguis, dans une contrée fertile.
L'exécution de ces projets fut immédiatement entreprise.
Le gouverneur, à la tête des troupes de la colonie, partît pour Nguiguis, où l’on voulait construire le poste fortifié qu'on devait, d'après les traités, établir d'abord à Ndande. Nguiguis avait été préféré à ce dernier point comme étant plus central. C'était d'ailleurs la résidence du Damel Madiodio..
La colonne, composée des troupes de la garnison, se mît en route le 23 novembre 1863, suivie d'un convoi considérable de vivres, et, quatre jours après, elle rejoignit le lieutenant-colonel Laprade, parti également de Gorée avec ses troupes; en même temps, des bâtiments venaient débarquer à Mboro, à moitié chemin entre Saint-Louis et Gorée, des matériaux de construction.
Ces divers mouvements et transports ne furent possibles que grâce à 300 ou 400 chameaux requis à Gandiol , moyennant paiement , car les mulets du train suffisaient à peine pour l'artillerie et l'ambulance.
Le Damel Lat-Dior, coupable de tant de violations aux traités, n'attendit pas le gouverneur; quoiqu'ayant réuni toutes ses forces, il battit en retraite devant la colonne qui le suivit jusqu'à la frontière du Cayor , d'où il se réfugia dans le Baol.
Revenu à Nguiguis et croyant que Lat-Dior renonçait au pouvoir qu'il avait usurpé par sa révolte de 1862, le gouverneur reconnut, pour roi du Cayor, notre ancien allié Madiodio, et fit avec lui un traité qui nous abandonnait le Diambour, le Mbaouar, l’Andal et le Sagnokhor.
Traité avec le Cayor du 4 décembre 1863.
Traité d'amitié conclu à M'boul le 4 décembre 1963 entre la France et le Cayor.
Entre le général de brigade FAIDHERBE, gouverneur du Sénégal et dépendances et MADIODO a été conclu le traité suivant:
Article 1er. — Le gouvernement français nomme Madiodio roi du Cayor.
Art. 2. — Le roi du Cayor reconnaît la suzeraineté de l'Empereur des Français et se place sous la protection de la France.
Art. 3. — Les provinces du N'diambour, du Mbaouar, de l'Andal et du Saniokhor sont séparées du Cayor et annexées, sur leur demande, à nos possessions immédiates.
Art. 4. — Le gouverneur assure au roi du Cayor, sur toutes les frontières de ses États, la perception des droits de sortie sur les produits de son pays, tels qu'ils sont fixés par les tarifs en usage.
Art. 5. — Le roi du Cayor renonce formellement aux droits que s'arrogeaient les damels ses prédécesseurs, de vendre leurs sujets libres et de faire attaquer les villages parles Tiédos dans le seul but de les piller. Il ne fera plus esclaves les étrangers qui traversent son pays.
Art. 6. — Le roi du Cayor promet de gouverner son pays avec justice, de protéger les cultivateurs, les bergers, et, en général, les gens paisibles qui vivent de leur travail. Il assure, dans l'intérêt du commerce, toute sécurité aux caravanes de Gandiole ou autres. Il nommera pour chefs de ses provinces les hommes les plus capables do les administrer sagement. Enfin, il fera tout son possible pour assurer la prospérité de son pays, reconnaissant qu'il n'est roi que pour cela.
Art. 7. — Tant que le roi du Cayor remplira fidèlement ses engagements, le gouvernement français lui promet son appui contre ses sujets qui se révolteraient, et contre ses ennemis extérieurs. À cet effet, il va ôtre immédiatement construit un fort occupé par une garnison française à Nguiguis, capitale du pays. Le roi du Cayor jure de joindre, à la première réquisition ses forces aux nôtres contre les agressions des Maures nomades de la rive droite, contre les fauteurs de guerre sainte et contre les rois Tiédos voisins qui pratiquent ou laissent encore pratiquer dans leurs États le brigandage à main armée par les Tiédos.
Fait à Mboul, le 4 décembre 1863.
Signé: L. FAIDHERBE.
Signé: MADIODO.
Nota. — À la suite d'une séance du conseil d'administration, tenue le 17 février 1865, la partie centrale du Cayor fut annexée à la colonie.
Traité d'amitié conclu à M'boul le 4 décembre 1963 entre la France et le Cayor. Sources : Recueil des Traités de la France (Jules de Clerq) Tome 8 page 619 – Gallica-BNF (Gallica-BNF).
Le général Faidherbe partit alors pour Saint-Louis, afin de pouvoir s'occuper des Maures chez lesquels il y avait une certaine agitation. Il laissait à M. le lieutenant-colonel Laprade, pour poursuivre Lat-Dior, une colonne composée comme il suit:
100 hommes d'infanterie de marine, 100 de la compagnie disciplinaire, 40 de la compagnie indigène du génie, 250 tirailleurs, sénégalais, 75 artilleurs (train), 35 spahis, en tout 600 hommes. La colonne s'augmenta en outre de 100 volontaires de Gorée et de 150 Poul de Saint-Louis.
Les volontaires, commandés par le sous-lieutenant Beccaria, occupaient la droite; la compagnie disciplinaire et le bataillon de tirailleurs formaient le centre et étaient appuyés par un obusier.
L'ennemi s'enfuit alors dans toutes les directions; Lat-Dior s'était retiré vers l'ouest, une partie de son armée avait fui dans l’est. Linguëre, sa mère, prise en croupe par un de ses cavaliers, se sauvait dans le sud. Quant à Samba-Maram-Khay, son allié, il l'abandonna et vint à Ndiouki et à Khaoulou où il fit sa soumission à Madiodio, devant toutes nos troupes. Après un court séjour à Khaoulou, la colonne ne pouvant poursuivre plus longtemps un ennemi dispersé qui se retirait sans cesse devant elle, rentra à Nguiguis le 14 au matin. Le poste était achevé et bien approvisionné.
Le lieutenant-colonel Laprade rentra donc à Gorée; à Taïba, sur sa route, il trouvait tous les chefs du Sagnokhor qui venaient confirmer leur acceptation aux conditions du traité qui les plaçait sous l'autorité française: paiement de l'impôt personnel, promesse de se défendre mutuellement contre les pillards et de joindre leurs forces à celles de la colonie contre ses ennemis.
On laissa alors une garnison suffisante à Nguiguis pour protéger au besoin les travailleurs, et les troupes étaient toutes rentrées dans leurs garnisons respectives le 20 décembre 1863.
Lat-Dior s'éloigna aussitôt du Ndiambour, mais il se dirigea vers Nguiguis, annonçant qu'il allait y attaquer son rival Madiodio. La colonne de Gorée reçu l'ordre de rentrer immédiatement dans le Cayor, sous les ordres du lieutenant-colonel Laprade, et le chef de bataillon d'infanterie de marine de Barolet partit aussi avec des troupes de Saint-Louis. De son côté, le capitaine Flize marcha également sur Nguiguis avec sa colonne.
Pendant ce temps, le capitaine du génie Lorans, chargé de la direction des travaux à Nguiguis et commandant la garnison, persuadé par Madiodio et Samba-Maram-Khay que, s'il les appuyait avec une partie de sa garnison, ils seraient assez forts pour battre l’ennemi commun, sortît le 29 décembre 1863,dans la nuit, avec une compagnie de tirailleurs, un obusier et 8 canonniers, vingt-cinq spahis, vingt ouvriers du génie, et suivi des forces de Madiodio, il alla attaquer Lat-Dior à Ngolgol, à trois lieues de distance. La rencontre eut lieu à la pointe du jour.
Tout le monde comprit qu'il n'y avait plus qu'à mourir dignement. Le capitaine Lorans et le capitaine des tirailleurs Chevrel démontés tous deux, et ce dernier blessé, assistèrent stoïquement, jusqu'à ce qu'ils fussent tués eux-mêmes, à la destruction de leurs hommes, tirailleurs et ouvriers, qui combattaient jusqu'au dernier soupir. Les sept canonniers et l'adjudant Guichard se firent hacher sur leur pièce. Le peloton de spahis, perdu au milieu d'une affreuse bagarre où il ne reconnaissait plus ni amis ni ennemis, dégagea notre Damel Madiodio, et tout en perdant son chef, le sous-lieutenant Duport de Saint- Victor et quatre spahis, il parvint à atteindre Nguiguis, ramenant le Damel et huit spahis blessés. les vainqueurs poursuivirent les fuyards jusqu'à la redoute d'où ils se firent repousser en faisant des pertes sensibles. (30 décembre 1863.)
Le lieutenant-colonel Laprade passa quatre jours à punir les villages où il trouva les dépouilles de nos soldats , et à intimider le roi du Baol pour qu'il ne permît plus à nos ennemis de se réfugier chez lui, d'y laisser leurs biens et leurs familles pour venir commettre des agressions dans le Cayor.
Partie de Kbaoulou le 9 au soir, la colonne arrivait le 10 à Ngaye, le 11 à Mbasine.
Là on apprit que l’ennemi n était qu*à une lieue de nous et bien disposé à nous attendre. Dans ces conditions, et afin de pouvoir tirer le meilleur parti possible de l’affaire qui devait avoir lieu, le lieutenant-colonel Laprade fit bivouaquer les troupes jusqu'au lendemain. On évitait ainsi d'arriver devant l'ennemi à une heure trop avancée de la journée avec des troupes atiguées et sans eau, ce qui aurait eu lieu si on avait continué le jour même.
Le 12 janvier 1864 au matin, la colonne se mit en marche dans l'ordre suivant:
Un peloton de 50 laplots déployés en tirailleurs ;
200 hommes d'infanterie de marine, sous les ordres du commandant de Barolet ;
L'ennemi ripostait, mais sans nous atteindre. Bientôt sa cavalerie s'ébranla et menaça nos flancs et nos derrières, mais de ces côtés elle fut contenue par le feu de la compagnie disciplinaire et par les deux obusiers placés à la gauche de la colonne.
Lorsque l’ennemi parut suffisamment ébranlé par notre feu, les clairons sonnèrent la charge et la colonne s'avança dans Tordre le plus imposant jusqu'à deux cents mètres des positions de l’ennemi. Alors les trois pelotons d'infanterie de marine, qui marchaient déployés en tête, prirent le pas de course, sous les ordres du chef de bataillon d'infanterie de marine de Barolet, et enfoncèrent le centre de l’armée de Lat-Dior aux cris de Vive l’Empereur !
Le capitaine Baussîn, commandant l’escadron de spahis, reçut l'ordre de charger à fond par la trouée qu'avait pratiquée l'infanterie ; à sa suite s'élancèrent avec un élan indicible nos 3000 auxiliaires.
L'ennemi terrifié fuyait dans toutes les directions ; son infanterie fut écrasée, et sa cavalerie ne dut son salut qu*à la rapidité de ses chevaux.
La poursuite fut poussée jusqu'à quatre lieues du champ de bataille. L'horizon était embrasé par l'incendie de tous les villages de la contrée. À trois heures du soir, nos auxiliaires rentraient encore au camp chargés de butin.
À la suite de ce combat, où l'ennemi laissa plus de 500 cadavres sur le terrain, Lat-Dior s'enfuit avec ses cavaliers vers le sud. La colonne en rentrant à Nguiguis, ne trouva sur sa route que des villages abandonnés, et lesvolontaires, répandus à plusieurs lieues à la ronde, parcoururent en maîtres celle contrée qui, quelques jours auparavant, était le foyer d'un vaste complot formé contre l’influence française.
Après le brillant fait d'armes du 12 janvier 1864, il restait à la colonne expéditionnaire un dernier et pieux devoir à remplir. Le lieutenant-colonel Laprade là conduisit sur le champ de bataille du 29 décembre, pour rendre les derniers honneurs aux victimes de cette triste journée. Cette cérémonie touchante eut lieu le 15 janvier 1864, à 5 heures du soir, au bruit du canon.
Immédiatement après notre victoire diu 12 janvier à Loro, le 13, au matin, Lat-Dior, suivi de ses cavaliers, était déjà sorti du Cayor, et rentré dans le Baol ; il ne tarda pas à pénétrer dans la partie sud-est de ce pays. Le roi du Baol, fidèle à la promesse qu'il nous avait faite, après quelques jours de pourparlers, chassa, le 20 janvier, les réfugiés de Ten-ou-Mekhey, vers le Sine. Penda-Tioro, puissant chef du Baol, dont l'autorité balance celle du roi, s'était mis avec lui dans cette circonstance.
Lat-Dior fut encore abandonné de quelques-uns de ses partisans, et Madiodio, établi près de Nguiguis, reçut un assez grand nombre d'adhésions.
Le 25 janvier 1864, Lat-Dior, réfugié à Ngagniam, sur la frontière, entre le Baol et le Sine, n'avait plus avec lui qu'un petit nombre d'hommes, et éprouvait un refus de la part du Roi de Sine à qui il demandait un refuge dans ses États.
Lat-Dior, ses gens et leurs familles, aux abois, mourant de faim, sans abri, revinrent à Tchirounguène, point extrême du Cayor, vers le sud-est, et pressés par le besoin, ses cavaliers, commandés par Maïssa-Mbay, tentèrent quelques razzias dans le pays. On s'empressa d'envoyer une petite colonne d'observation, et le 8 février 1864, le capitaine Ringot, qui la commandait, arrivait à Nguiguis. Lat-Dior était toujours à Tchirounguène, qu'on appelle dans le pays la porte du Baol. La colonne du capitaine Ringot se porta droit sur lui et arriva le 12 février 1864 à Keur-Mandoumbé. Les uns disaient que Lat-Dior viendrait se rendre, d'autres, qu'il se ferait tuer avec ses fidèles. Il ne fit rien de tout cela, il se sauva, comme toujours, mais cette fois, les derniers chefs du Ndiambour et du Cayor qui l'avaient accompagné jusque-là l'abandonnèrent, emportant les dioundioung ou tamtams de guerre, signe de l’autorité du Damel, et vinrent faire à Madiodio leur soumission définitive. Lat-Dior, avec une trentaine de cavaliers, se réfugia du côté de Mbaké ; nos alliés les poursuivirent jusqu'à la frontière du Saloum. La colonne considérant les affaires comme terminées, revint à Nguiguis, le 19 février, et le 23 elle arriva à Saint-Louis.
L'état sanitaire ne laissait rien à désirer.
Ce qu'il y a de remarquable dans cette dernière expédition, c'est que sur notre simple appel 6000 volontaires , armés de fusils , se sont joints à notre petit noyau de troupes. Jamais auparavant plus de 2000 volontaires n'avaient marché avec nous.
Un commissaire du gouvernement près le Damel était nommé à Nguiguis, et le Cayor entrait dans une ère de paix qui allait lui permettre de réparer les dégâts commis par les bandes de Tiédos , et de reprendre les cultures ravagées presque entièrement par les sauterelles pendant deux années consécutives.
Mais Madiodio , désormais protégé contre ses ennemis extérieurs, ne tarda pas à se livrer de nouveau à tous les vices qui caractérisent le Tiédos. Retombé dans ses anciennes erreurs , malgré la présence de notre représentant, il était redevenu incapable de faire respecter notre autorité. Le gouvernement résolut alors de le révoquer définitivement. L'ancien poste de Potou devint une habitation pour lui et sa famille , et une pension viagère de six mille francs lui fut servie par la colonie.
Bientôt après, le commandant supérieur de Gorée parcourut tout ce pays, investissant du manteau vert les chefs de notre choix, chargés désormais, sous l'autorité du gouverneur, de commander les cantons dont les limites sont dé- terminées.
Cet acte de bienveillance fut d'un excellent effet sur l’esprit des habitants; il leur prouvait que si nous savions protéger leurs travaux contre les pillages des Tiédos, nous pouvions aussi réparer les ravages bien plus terribles encore d'un insaisissable ennemi: le fléau des sauterelles.
Guerre contre Lat-Dior et Ahmadou-Cheikou 1869-1871
Maba venait à peine de disparaître qu'un autre prêcheur de guerre sainte allait, de concert avec Lat-Dior, susciter de nouvelles difficultés au gouvernement de la colonie et cela presque aux portes mêmes de Saint-Louis.
La famine, et le choléra qui s'était déclaré dans la colonie en novembre 1868, avaient produit une grande exaltation religieuse parmi les indigènes du Cayor, du Oualo et des États riverains du bas Sénégal. Un marabout du Toro, nommé Ahmadou-Cheikhou, affilié à la secte de Tidjani, d'Aïn-Madi (Sud de l'Algérie), exploita habilement ces dispositions. Il annonça que ceux-là seuls qui embrasseraient sa cause seraient protégés contre le redoutable fléau. Le nombre de ses prosélytes devint bientôt assez considérable pour qu'il crût pouvoir entreprendre une guerre sainte et soulever les populations.
Ce fut dans le Cayor qu'il tenta de porter ses premiers coups. Le Cayor, annexé à la colonie depuis 1865, souffrait encore d'une famine provenant de l’invasion des sauterelles et d'épidémies sur les troupeaux. De plus il était travaillé par les intrigues des partisans de Lat-Dior. Les difficultés d'administration de cette grande province étaient donc considérables; aussi le gouverneur Pinet-Laprade s'était-il décidé, au commencement de 1869, à permettre à Lat-Dior de rentrer dans le Cayor. Il l’avait même nommé chef de son canton natal, celui de Guet. Il espérait ainsi calmer les esprits et ramener la confiance au sein de ces populations si éprouvées.
Mais Lat-Dior, à peine rentré, oublia les engagements pris vis-à-vis du gouverneur et chercha à rallier à son parti tous les chefs de canton. Il saisit avec empressement l'offre qui lui était faite par le chef toucouleur de se joindre à lui contre les Français.
Le gouverneur, averti des menées de Lat-Dior et des projets d'Ahmadou-Cheikhou, prit de suite des dispositions militaires en conséquence.
C'était d'Ouoro-Madiou, son village natal, situé sur le marigot de Doué, qu'Ahmadou-Cheikhou était parti avec ses partisans, se dirigeant vers le Cayor. Le gouverneur envoya, le 27 juin 1869, 200 hommes, sous le commandement de M. le capitaine de frégate Vallon, avec ordre de détruire ce village. Il voulait, par cet acte, effrayer les populations turbulentes du Fouta et les empêcher de se soulever. L'opération fut effectuée dans la nuit du 28 au 29 juin.
Au même moment Ibrahima-Penda, lieutenant d'Ahmadou, pénétrait dans le Cayor, battait le chef de Coki et faisait assassiner le chef du canton de Nguéoul. Une colonne expéditionnaire sous les ordres de M. le chef de bataillon du génie Brunon, fut immédiatement dirigée sur N'diagne, Cette colonne, outre l'escadron de spahis, en position d'observation à N'diagne depuis quelques jours, comprenait 500 hommes d'infanterie et 2000 volontaires de la province de N'diambour.
La colonne quitta N'dîagne le 3 juillet 1869 et se dirigea vers le sud où Ibrahima-Penda et Lat-Dior avaient fait leur jonction. Le 9 juillet, elle s'arrêta à Khisso et le commandant Brunon envoya l'escadron de spahis et les volontaires en reconnaissance vers Mékhey, où les bandes de Lat-Dior étaient signalées.
Arrivés devant les tapades du village, les volontaires ouvrirent un feu désordonné contre les défenseurs bien abrités, puis, saisis de panique, s'enfuirent en désordre à travers la brousse. L'escadron, ainsi abandonné, fut entouré par les cavaliers de Lat-Dior. Les spahis les chargèrent vigoureusement à plusieurs reprises, mais chaque fois qu'ils arrivaient contre les cases du village, ils étaient criblés de balles. M. Audibert, capitaine en second, est tué; le sous-lieutenant Couloumy est blessé; un grand nombre d'hommes sont mortellement atteints.
Le capitaine Canard, commandant l'escadron, jugeant la place intenable pour ses cavaliers devant des ennemis embusqués dans des cases, se résout à battre en retraite. Pendant que la plus grande partie des survivants de l’escadron rentraient au camp sous la conduite du sous-lieutenant Couloumy, une quinzaine de spahis avec le capitaine Canard, les sous-lieutenants Bancal et Faidherbe, le vétérinaire Sorbière protégeaient la retraite et luttaient pied à pied contre les cavaliers de Lat-Dior. Poursuivis sans relâche par ceux-ci, ces courageux officiers voyaient leurs hommes tomber un à un ; bientôt ils furent réduits à six, égarés dans la brousse, démontés, séparés les uns des autres, épuisés de fatigue et mourant de soif, le capitaine Canard et ses compagnons purent néanmoins rejoindre, dans la soirée, la colonne à son camp de Khaoulou.
En résumé l’escadron, qui comptait 73 hommes, eut dans cette affaire de Mékhey, 24 hommes tués, dont un officier et 3 sous-officiers, 13 blessés, 3 prisonniers et 42 chevaux tués.
Après la destruction de l'escadron et la fuite des volontaires, le commandant de la colonne, ne se croyant plus assez fort, rentra à Saint-Louis.
À la suite du combat de Mékhey, Lat-Dior s’était retiré vers l’est, mais il rentrait bientôt dans le Cayor à la tète de forces plus nombreuses. À la fin du mois d'août il était signalé aux environs de Louga et de N'diagne où nous avions un poste, bloqué alors par les indigènes insurgés.
Partie de Saint-Louis, le 11 septembre 1869, la colonne arriva le 15 près de Louga où l'ennemi semblait vouloir lui disputer le passage. Pendant que les hommes établissaient le camp et dégageaient les puits obstrués par l'ennemi, le lieutenant-colonel Le Camus envoya 150 hommes sous le commandement du capitaine d'état-major Bois pour reconnaître les positions occupées par les guerriers de Lat-Dior.
Le village de Louga fut traversé sans qu'un seul coup de fusil révélât la présence de l'ennemi, lorsque longeant une haie épaisse, au delà du village, les tirailleurs furent assaillis à bout portant par un feu si violent, que 80 des leurs furent tués, y compris le capitaine Salmont qui les commandait. La reconnaissance dut battre en retraite et rejoindre le camp, où l'on prit des dispositions pour résister aux attaques que Lat-Dior, enhardi par ce succès, ne manquerait pas de tenter. En effet, aussitôt le jour tombé et pendant une partie de la nuit, les noirs vinrent tirailler contre le camp, mais du reste sans succès.
Le lendemain, à six heures du matin, le lieutenant-colonel Le Camus forma sa troupe en carré autour du convoi et se dirigea sur Louga. Le carré, bientôt entouré par près de 7000 ennemis, continua sa marche tout en faisant feu des quatre faces. Pendant trois heures et demie il résista à toutes les charges des cavaliers de Lat-Dior, aux assauts furieux de ses fantassins qui venaient se faire tuer jusque sur la pointe des baïonnettes. Enfin on atteignit Louga dont on s'empara. Lat-Dior s'enfuit abandonnant plus de 700 cadavres sur le terrain et emmenant un plus grand nombre de blessés. La colonne n'avait eu que 25 hommes mis hors de combat.
Le 18 septembre 1869, elle atteignait le poste de N'diagne et le ravitaillait. Le 26, sa mission accomplie, elle rentrait à Saint-Louis sans avoir été inquiétée depuis les brillants combats de Louga.
Malgré ces défaites successives et les pertes considérables qu'il avait subies, et quoique Ahmadou-Cheikhou eut rappelé à lui ses partisans pour combattre dans le Toro, Lat-Dior tenait toujours dans le Cayor.
Une colonne expéditionnaire, sous les ordres du capitaine. Canard fut lancée contre lui au mois de décembre 1869. Elle l'atteignit le 17 à Salen, petit village situé près de Mékhey, lui tua 90 hommes et l'obligea à battre en retraite. Lat-Dior se retira dans le Rip. Il ne devait pas tarder à en revenir.
Enfin, en 1871, le gouvernement de la colonie, espérant clore l'ère des hostilités , le reconnut comme Damel et lui rendit le Cayor , sauf les banlieues de Saint-Louis et de Dakar et la province de Diander.
Traité conclu à Saint-Louis le 12 janvier 1871, entre la France et le Cayor. (Moniteur du Sénégal et des dépendances, du 7 février 1871).
Entre le colonel VALIÈRE, gouverneur du Sénégal et dépendances, et LAT-DIOR, damel du Cayor, a été conclu le traité suivant:
Article 1er. — La France abandonne, en toute souveraineté à Lat-Dior, toutes les provinces composant l'ancien royaume du Cayor, à l’exception de la province du Diander, celle du Gangoune, celle du Pankey, comprenant les territoires de Gandiole, celle du Toubé, celle du Khatet et celle du M'Pal, qui restent sous sa souveraineté.
Lat-Dior reconnaît en conséquence et accepte que le royaume actuel du Cayor est borné au Nord par les territoires du Pankey, du Gangouné, de Khatet et de M'Pal qui appartiennent à la France, et au Sud par la province du Diander qui, également, reste sous la souveraineté de la France.
Art. 2. — Lat-Dior s'engage à protéger la ligne télégraphique de Saint-Louis à Gorée contre toute violence dans toute l'étendue de son territoire. Il garantit également, dans tous les pays soumis à sa domination, sécurité complète à tout sujet français et à tout commerçant en général.
Art. 3. — Tout sujet français pourra faire le commerce, cultiver, voyager et faire paître ses troupeaux dans le Cayor sans être assujetti à aucune redevance.
Saint-Louis, le 12 janvier 1871.
Signé: VALIÈRE.
Delà part de LAT-DIOR, roi du cayor, au gouverneur VALIÈRE,
salut le plus complet.
Je vous fais savoir que moi, Lat-dior, j'accepte les conditions ci-dessus que vous m'imposez pour ce pays du Cayor, sachez cela sûrement.
Signé: LAT-DIOR.
Traité conclu à Saint-Louis le 12 janvier 1871, entre la France et le Cayor. (Moniteur du Sénégal et ds dépendances, du 7 février 1871) Source Annales sénégalaises 1854-1885 page 411 (Gallica-BNF).
Guerre contre Ahmadou-Cheikhou
Un seul chef, le Lam Toro Samba-Oumané, était resté fidèle à notre cause et subissait dans Guédé les assauts répétés des partisans d'Ahmadou-Cheikhou.
Âpres le combat de Salen et la retraite de Lat-Dior dans le Rip, qui en fut la conséquence, le gouverneur rappela toutes les troupes du Cayor et les dirigea sur le Toro. Le 31 janvier 1870, 500 hommes, sous le commandement du lieutenant- colonel Trêve, s'embarquèrent à Saint-Louis. Le 6 février ils débarquèrent sur la rive gauche du marigot de Doué, près de Diawara.
Ralliée par les gens de Samba-Oumané, la colonne rencontrait le jour même de son débarquement, à Mbantoul, un parti d'insurgés qu'elle mit en fuite presque sans combat.
Le lendemain 7, à Fanao, la lutte fut plus chaude, Ahmadou-Cheikhou, qui disposait d'environ 1500 hommes, en perdit une centaine.
Le 8 février 1870, les tirailleurs et les volontaires s'emparent, près de Saéré, de 150 bœufs et de 2000 moutons. Le 9, Ahmadou-Cheikhou, à la tête de 2000 hommes, tente, près de Diawara, une attaque infructueuse contre la colonne pour reprendre ses troupeaux. Il laisse 200 cadavres sur le terrain.
Pendant ce temps, les gens de Podor opéraient de leur côté une razzia de 2500 moutons.
Le 12, la colonne qui s'était reposée quelques jours à Dîawara reprend sa marche en avant à la poursuite du marabout; le 15 elle aperçoit les forces ennemies massées près de N'dioum. La bataille allait s'engager, déjà quelques coups de fusils avaient été échangés, quand un grand mouvement se produisit dans les rangs ennemis ; le drapeau parlementaire fut hissé et Ahmadou-Cheikhou, abandonné par les siens, s'enfuit suivi seulement de quelques cavaliers.
Les jours suivants furent employés parles troupes de la colonne à brûler les villages les plus compromis dans les troubles et à dissiper les derniers groupes d’insurgés qui s'étaient retirés dans l’île à Morphil.
Le 1er mars 1870 , tout étant rentré dans l'ordre, la colonne se rembarquait pour Saint-Louis, laissant Samba-Oumané comme chef du Toro.
Ahmadou-Cheikhou s'était réfugié dans le Fouta; mais bientôt il pénétra dans le Djolof où il avait de nombreux partisans. En peu de temps il s'y rendit assez puissant pour en chasser le roi et prendre sa place.
Tous les ans, à la tête de ses bandes, Ahmadou-Cheikhou faisait des incursions dans le Toro, pillant les villages et razziant les troupeaux. Il n'osait s'aventurer dans le Cayor dont le Damel Lat-Dior, devenu notre allié, avait cessé tout rapport avec lui et lui interdisait l'entrée de ses États. Cependant par des émissaires habiles il recrutait dans les provinces environnantes et jusque dans Saint-Louis des adhérents à la confrérie de Tidjani, dont il s'était proclamé le chef pour le Soudan.
Le nombre de ces adhérents allait toujours en croissant et en 1875, Ahmadou-Cheikhou se crut assez fort pour avouer hautement que le but qu'il poursuivait était la délivrance de son pays par l'extermination des blancs. Il comptait qu'une insurrection éclaterait à Saint-Louis même et l’aiderait dans l’accomplissement de ses desseins.
Le gouvernement de la colonie ne se laissa pas surprendre . Apprenant qu'Ahmadou - Cheikhou avait fait irruption dans le Cayor et s'y livrait aux violences, pillages et incendies qui signalaient d'ordinaire sa présence, il y envoya aussitôt une forte colonne de 580 combattants avec deux pièces d'artillerie, pour y agir de concert avec Lat-Dior. Le lieutenant-colonel Bégin en reçut le commandement.
Le 4 février 1875, la colonne expéditionnaire quittait Saint-Louis. Elle ralliait bientôt l'armée de Lat-Dior et, dans la nuit du 10 au 11, elle campait à Pété, village situé à 11 kilomètres au nord de Coki. C'est sur ce point qu' Ahmadou-Cheikhou se trouvait en ce moment avec toutes ses forces.
Des renseignements précis représentaient les ennemis comme très nombreux et très décidés ; on devait s'attendre à une résistance sérieuse.
Combat de Boumdou.
Le 11 février 1875 au matin, la colonne, éclairée par toute sa cavalerie, s'ébranla, marchant sur Coki.
Le convoi, fortement massé (train, bagages,ambulances, chameaux), était encadré par les pelotons d'infanterie de marine et de tirailleurs, habilement disposés ; les troupes de Lat-Dior flanquaient la queue de la colonne, à gauche.
On s'avançait ainsi dans le plus grand ordre, sur un terrain couvert de broussailles, lorsque l'ennemi fut signalé sur le flanc gauche par la cavalerie.
L'ordre est aussitôt donné de former le carré autour du convoi, l'armée de Lat-Dior marchant derrière nos troupes. Bien qu'exécuté avec la plus grande célérité, le mouvement est à peine terminé que le combat s'engage de très près, à une distance de cent pas environ. Le nombre des assaillants augmente dans une proportion considérable ; les ennemis, cachés dans les herbes, se rapprochant rapidement, visant bien, gagnent du terrain et dessinent un mouvement tournant vers la gauche dans le double but de nous couper de la ligne de retraite, et, en évitant la première face du carré occupée par l'infanterie de marine, de s'attaquer aux tirailleurs et aux volontaires pour atteindre plus facilement le convoi.
Malgré un feu très nourri de notre part, les gens d'Ahmadou, protégés par un pli de terrain, continuent leur mouvement, et, bientôt, ils ne se trouvent qu'à 40 ou 50 pas. Le feu si terrible de nos chassepots et de nos canons semble impuissant à les arrêter. Beaucoup d'hommes sont tués ou blessés, et parmi eux un grand nombre d'officiers.
Les assaillants se montrent de plus en plus audacieux, ils ont complètement tourné une des faces du carré, et le feu s'est engagé depuis quelques minutes entre les gens d'Ahmadou et ceux de Lat-Dior. Il est à craindre que ceux-ci, repoussés, ne viennent se jeter sur nous et porter dans nos rangs un désordre compromettant pour la sécurité générale.
Dès lors il est évident qu'un mouvement offensif seul peut nous dégager. Le commandant de la colonne donne l’ordre à l’escadron de spahis commandé par le capitaine Lasmlles et le lieutenant Faidherbe de charger, et alors toute l'armée de Lat-Dior, entraînée par l'exemple, se précipite sur l’ennemi qui est mis en complète déroute et poursuivi avec acharnement, à travers la brousse, par les partisans de Lat-Dior qui massacrent sans pitié tous ceux qu'ils rejoignent.
Après s'être assuré qu'il n'y avait pas de retour offensif à redouter de la part de l’ennemi, M. le lieutenant-colonel Bégin fit reformer la colonne dans l'ordre primitif pour marcher sur Coki, distant de 5 kilomètres.
Des dispositions avaient été rapidement prises, pour l'attaque du Sagné , sorte de petite redoute qu'Ahmadou avait fait établir en avant du village, lorsque les éclaireurs vinrent annoncer qu'il était abandonné. Nos troupes purent donc, sans coup férir, y pénétrer et l’occuper militairement.
Cependant la poursuite du marabout se continuait par l'armée de Lat-Dior sur la route du Djolof.
Des nouvelles apportées successivement purent faire apprécier à la colonne l’étendue de sa victoire. Ahmadou-Cheikhou était tué, son armée anéantie.
Le nombre d'ennemis trouvés morts sur le champ de bataille s*élevait à 450; tous les principaux lieutenants du prophète avaient succombé.
Ainsi notre succès était complet; la question grosse de menaces de la domination du marabout dans le Cayor était vidée en trois quarts d'heure.
Nos pertes, il est vrai, étaient considérables ; nous comptions 88 hommes blessés dont 9 officiers, parmi lesquels les capitaines de Kersabiec, Lambert, Chaumont, de Comeiras, les sous-lieutenants Michaud , Brémond , Herrewyn , Bel-Kreir , et 14 hommes tués, dont un officier indigène, M. Ahmady-Samba.
Depuis 1871, et surtout depuis 1875, époque où nous lui avions prêté un appui efficace dans sa lutte contre Ahmadou-Cheikhou, Lat-Dior vivait en bonne intelligence avec le gouvernement de la colonie, lui donnant même, quand l'occasion s'en présentait, des preuves non équivoques de son bon vouloir et de sa soumission. En 1879, il avait signé un traité nous autorisant à construire un chemin de fer au travers de ses États. Les études préliminaires étaient presque achevées et les travaux allaient commencer, lorsque Lat-Dior, poussé par les Tiédos de son entourage et cédant à leurs mauvais conseils, revint sur l'autorisation qu'il avait accordée et déclara qu'il s'opposait à la construction du chemin de fer. Il chercha, mais en vain, à entraîner dans sa campagne de résistance contre nous le Bourba-Djolof, le roi des Trarza et l’almamy du Fouta.
Convention passée à Keur-Amadou, le 10 septembre 1879, entre la France et le Cayor, pour la construction d'un chemin de fer.
Entre Lat-Dior, damel, roi du Cayor, et le gouverneur du Sénégal et dépendances, G. BRIÈRE DE L’ISLE, colonel d'infanterie de marine, commandeur de la Légion d'honneur, représenté par le cadi et tamsir SI EL HADJ BOU-EL-MOGHDAD, officier de la Légion d'honneur, a été passée la convention suivante:
Article 1ER. — Le Cayor tel qu'il existe en ce jour, d'après le traité du 12 janvier 1871, étant la propriété du damel, est garanti par les Français à la famille régnante des Gueidj. C'est-à-dire, si des étrangers venaient à attaquer ce pays, le gouverneur du Sénégal enverrait son armée, comme en 1875, prêter main-forte à l'armée du damel pour chasser ces étrangers du Cayor et les punir. Aucune indemnité quelconque ne serait demandée au Cayor pour le service qui lui serait ainsi rendu.
Art. 2. — En échange des avantages stipulés dans l'article 1er ci-dessus, le damel s'engage de son côté à accorder aux Français la jouissance d'une route commerciale qui, venant du poste français de Thiès, passera par Tewaouane, Kelle, Louga et Sakal appartenant au Cayor, pour arriver au canton français de M'Pal.
Art. 3. — Il ne sera jamais placé de poste de soldats français ni de soldats du Cayor sur cette route.
Si des troubles nécessitaient la présence de quelques détachements provisoires sur la route ou à côté, la question se réglera d'un commun accord entre les deux parties contractantes.
Art. 4. — Tous les frais de construction de la route seront supportés par les Français. Le damel donne gratuitement le terrain nécessaire pour la route et pour tous les établissements qui en dépendent.
Art. 5. — Cette concession n*est faite qu'à la condition que les Français arrangeront le chemin pour faciliter le commerce, le transport rapide des marchandises, des produits du sol et des voyageurs au moyen de grandes voitures traînées par des machines à vapeur (locomotives).
Le travail devra être terminé la troisième année après qu'il aura été commencé.
AhT. 6. — Le damel, avec une suite de vingt personnes au plus, aura le droit de circuler gratuitement sur cette route.
Les sujets du Cayor seront traités pour le prix des places dans les voitures et pour le prix du transport de leurs marchandises, produits du sol, bestiaux, etc., comme les sujets français eux-mêmes. Les puits qui seront creusés sur le parcours pourront être frèquentés par les habitants.
Art. 7. — Dans tous les endroits reconnus nécessaires pour que la locomotive fasse de l’eau et qui sont marqués au rouge sur la carte annexée au présent traité, il sera élevé des constructions, dites gares, où les voyageurs et les marchandises pourront être embarqués et débarqués.
Art. 8. — Pour faciliter le voyage des gens qui veulent aller sur des points situés à droite ou à gauche de la route ou bien qui veulent s'arrêter entre les gares, des baraques ou petites maisons seront construites aux points d'arrêts marqués à l’encre bleue sur la carte.
Art. 9. — La carte annexée à la présente convention donne le tracé général de la route. Mais il reste entendu que lors des études définitives pour l’exécution des travaux, il pourra y être porté des changements que nécessiteraient ces nouvelles études portant sur la facilité des travaux.
Art. 10. — La concession du terrain soit pour le passage de la route, soit pour les gares, soit pour les points d'arrêts ne peut en aucun cas constituer des droits sur les alentours en faveur des Français, ni servir de lieu de refuge aux sujets du damel qui voudraient se soustraire à son autorité.
En conséquence, aucun sujet du Cayor ne pourra résider à l’intérieur des limites des concessions sans l'autorisation expresse du damel, la présente convention ne pouvant toucher en rien aux droits du damel dans l’exercice de sa souveraineté.
Art. 11. — La police des gares et des points d'arrêts sera faite exclusivement par les Français, mais, sauf le cas prévu par le § 2 de l’article 4 ci-dessus et conformément aux stipulations du § 1er dudit article 4, il ne sera jamais placé de garnison dans les gares ni dans les points d'arrêts, pas plus que sur le reste de la route.
Tous les employés et fonctionnaires qui résideront sur cette route seront exclusivement de l’ordre civil, et il leur sera absolument interdit de s'immiscer dans les affaires du Cayor.
Art. 12. — Conformément aux traités antérieurs qui assurent aux sujets de tout?s les nations la libre circulation des voyageurs et commerçants dans l'intérieur du Cayor sans qu'ils aient à payer aucun droit ni redevance, aucun payement ne sera demandé par le damel, ni par les chefs du Cayor, sur cette route, soit pour les marchandises et produits du sol, soit pour les animaux, ainsi que pour les personnes qui viendront pour y être transportées ou pour commercer dans les gares.
Art. 13. — Une convention ultérieure réglera l'indemnité fixe qui sera payée chaque année au damel ou aux personnes qu'il désignera pour compenser les droits que ses alcatys touchent à Leybar, Dialakar, Gandiole et M'Bidjem.
Art. 14. — La présente convention est faite exclusivement à l'avantage des deux pays pour assurer l'indépendance du Cayor contre tous les envahisseurs, pour faire que la paix et l'amitié qui existent entre le gouverneur du Sénégal et le damel deviennent perpétuelles et pour donner aux habitants du. Cayor toutes les richesses que possèdent les peuples qui ont des chemins de fer dans leur pays et qui peuvent vendre leurs produits tout près de l'endroit où ils les récoltent.
Nous, représentant du gouverneur, cadi tamsir, déclarons être complètement d'accord avec LAT-DIOR sur toutes les conditians contenues dans la présente convention.
Dans le Cayor, à Keur-Amadou-Yella, le 10 septembre 1879.
Signé: BOU-EL-MOGHDAD.
Par ordre de LAT-DIOR, en sa présence, nous, cadi du Cayor déclarons qu'il accepte toutes les conditions contenues dans cette convention, présentée par l'envoyé du gouverneur SI EL HADJ-BOU-EL-MOGHDAD.
Signé: MADIAKA-KALLA (Cachet de Lat-Dior).
Ratifié sauf approbation ministérielle.
Signé: G. BRIÈRE DE L’ISLE.
Convention passée à Keur-Amadou, le 10 septembre 1879, entre la France et le Cayor, pour la construction d'un chemin de fer. Source Annales sénégalaises 1854-1885 page 413 (Gallica-BNF).
12 septembre 1879, acte additionnel à la convention du 10 septembre 1879 entre la France et le Cayor.
Pour exécuter la route concédée par la convention signée par nous le 10 septembre du présent mois. Nous, LAT-DIOR, damel, roi du Cayor, et le cadi et tamsir SI EL-HADJ-BOU-EL-MOGHDAD, agissant au nom du gouverneur du Sénégal et dépendances;
Avons convenu ce qui suit:
Article 1er. — Lorsque des études nouvelles auront permis aux ingénieurs d'arrêter définitivement le tracé de la route le damel enverra sur le parcours de la voie, aux points qui seront indiqués, le nombre d'hommes qui sera demandé par le gouverneur, afin qu'ils coupent les arbres et les herbes et travaillent la terre pour la confection de cette voie. Tous les outils seront fournis par les Français.
Art. 2.— Il sera payé pour chaque journée de travail 1 fr. 23 cent, comme à Saint-Louis, et si la ration de riz est fournie, 0 fr.75 cent, seulement. Les enfants de moins de douze ans ne pourront être employés sur ces travaux.
Art. 3. — Les travailleurs ne pourront être demandés chaque année, avant le 1er décembre et seront renvoyés le 15 mai au plus tard. Dans le cas où il seraient nourris, ils recevraient trois rations de riz le jour de leur départ.
Art. 4. — Les Français s'engagent à fournir de l’eau douce en abondance sur tous les chantiers soit en creusant des puits, soit en faisant porter l'eau.
Partout où les puits seront creusés, ils seront disposés pour pouvoir desservir les populations voisines ou celles qui voudraient venir s'établir aux alentours avec l'autorisation du damel.
Art. 5. — Les bois de roniers et autres, ainsi que tous autres matériaux qui seraient nécessaires à la construction de la voie et à tous les travaux se rapportant au chemin de fer, seront donnés gratuitement aux Français qui payeront seulement la main- d'œuvre pour l'exploitation de ces bois et matériaux. Les roniers femelles ne pourront pas être coupés.
Art. 6. — a la fin de chaque campagne, après que les travailleurs auront été renvoyés, le gouverneur donnera au damel douze beaux chevaux arabes en témoignage de sa satisfaction pour la manière dont ses sujets ont travaillé. Il sera fait facultativement des cadeaux aux chefs directs des provinces traversées ainsi qu’à tous ceux qui auront envoyé sur les travaux, pendant toute la durée de la campagne, une moyenne déplus de soixante hommes parmi leurs administrés.
Nous, représentant du gouverneur, cadi tamsir, déclarons être d'accord avec LAT-DIOR sur les conditions contenues dans le pré- le 1er que les gens du Cayor ne travailleront que dans la limite de leurs forces.
Dans le Gayor, à Keur-Amadou-Yella, le 12 septembre 1879.
Nous, cadi du Cayor, au nom de LAT-DIOR et en sa présence,déclarons qu'il accepte les conditions contenues dans le présent acte, mais avec cette restriction formelle à inscrire dans l'article 1er de n'exiger des gens du Cayor qui seront employés comme travailleurs, qu'une somme de travail dans la limite de leurs forces.
Dans le Cayor, à Keur-Amadou-Yella, le 12 septembre 1879.
Signé: MADIAKATÉ-KALLA (Cachet de Lat-Dior).
Ratifié sauf approbation ministérielle,
12 septembre 1879, acte additionnel à la convention du 10 septembre 1879 entre la France et le Cayor. Source Annales sénégalaises 1854-1885 page 415 Gallica-BNF.
À la fin de décembre 1882, comme il annonçait qu'il allait se mettre à la tête de ses troupes pour marcher contre les Français, une colonne expéditionnaire, commandée par le colonel Vendling, entra dans le Cayor et chercha à l'atteindre ; mais Lat-Dior n'osa pas livrer bataille et s'enfuit dans le Baol, poursuivi par la colonne presque jusqu'à Mandoumbé-Kari.
Le gouverneur de la colonie, M. René Servatius, le déclara déchu du pouvoir ainsi que son neveu, Samba Laobé, et proclama Damel un autre neveu de Lat-Dior, Samba Yaya (ou Amady-Ngoné-Fall II). Celui-ci vint à Saint-Louis et signa un traité qui confirmait celui de 1879, en ce qui concernait nos droits à la construction de la voie ferrée et par lequel, en outre, le Cayor était placé sous le protectorat de la France et la province de N'diambour annexée à la colonie.
Cependant Lat-Dior et son neveu n'avaient pas perdu tout espoir de ressaisir le pouvoir; Samba Laobé profita du retour du corps expéditionnaire à Saint-Louis pour envahir le Cayor, à la tête de ses partisans. Trois petites colonnes très mobiles se mirent à sa poursuite. Grâce aux habiles dispositions prises par M. le chef de bataillon d'infanterie de marine Dodds qui dirigeait l'expédition, grâce à la rapidité de marche du capitaine Dupré qui, à la tête de ses spahis et de tirailleurs sénégalais, montés à dos de chameau, pourchassa sans arrêt Samba Laobé, celui-ci, qui avait tenté plusieurs fois de se jeter, soit dans le Baol, soit dans le Djolof, avait toujours vu sa retraite coupée. Il finit par être acculé dans le nord du Cayor. Dans l’impossibilité de s'échapper, entouré de tous côtés, il renonça à la résistance et capitula avec tout son monde, le 2 mai 1883.
Samba Laobé, par sa naissance, était le véritable héritier des Damels du Cayor. La nomination de Samba Yaya (ou Amady-Ngoné-Fal) n'avait été qu'un expédient imposé par les circonstances. Le Cayor pacifié, Lat-Dior en fuite, Samba Laobé repentant et soumis, il était d'une bonne politique de rendre à l'assemblée des diambours du Cayor, son droit d'élection du Damel: c'est ce qui fut fait. Samba Laobé fut élu par cette assemblée au mois d'août 1883, et reconnu par le gouvernement français. En prenant le pouvoir, il approuva par traité (voir à la fin du volume) la construction de la ligne ferrée, accorda à la France la propriété du terrain sur lequel devaient être établis la voie et les forts destinés à la protéger, promit des travailleurs pour les travaux et s'engagea à interdire à jamais l'accès du Cayor à Lat-Dior.
Traité passé à M'Betète le 28 août 1883 avec le Damel du Gayor pour la reconnaissance du protectorat de la France (Approuvé et promulgué par décret du 28 septembre 1883).
Entre le colonel d*artillerie BOURDIAUX, officier de la Légion d'honneur, gouverneur du Sénégal et dépendances, représenté par M. Victor BALLOT, directeur des affaires politiques du Sénégal et dépendances, d'une part;
Et Samba Laobé, damel du Cayor, d'autre part;
À été conclu le traité suivant:
Article 1er. — Tous les traités antérieurs conclus avec les damels du Cayor sont annulés. Les habitants de ce pays se placent sous le protectorat de la France et acceptent avec reconnaissance sa suzeraineté.
Art. 2. — La province du Cayor comprendra désormais le Saniokhor, le Denbanian, le Khatta, le M'bakol, le Guet, le N'guiguis, le M'bawar et le Guéoul.
Le poste de Bétète et le terrain qui l'entoure dans un rayon de un kilomètre ainsi que cinquante mèlres de chaque côté de la voie ferrée qui traversera le Cayor, et un rayon de cent mètres de terrain autour de chaque gare ou station, appartiennent au gouvernement français.
Art. 3. — Le damel Samba Laobé s'engage à reconnaître et à faire respecter comme diambour Samba Yaya (ou Amady-N'goné-Fall) et à lui conserver en toute propriété le M'bawar, le N'gourane et le Bédienne qui lui sont dévolus par droit de naissance.
Art. 4. — Lat-Dior est à jamais exclu du Cayor. Samba Laobé, les diambours et les captifs de la couronne s'engagent à lui en interdire formellement l'accès.
Art. 5. — Le damel s'engage à donner toutes les facilités possibles pour la construction du chemin de fer sur son territoire et à fournir au besoin des travailleurs qui recevront de nous un salaire et une ration fixés par le gouverneur.
Art. 6. — Des postes fortifiés pourront être construits par la France sur toute la ligne ferrée, ligne dont la pleine propriété appartiendra à la France, ainsi que le terrain des forts dans un rayon de un kilomètre.
Art. 7. — La France aura droit de construire dans toute l’étendue du Cayor, des routes, des chemins de fer, lignes télégraphiques, postes fortifiés qui seront sa propriété. Le damel sera tenu de les faire respecter.
Art. 8. — Le commerce est entièrement libre; le damel fera respecter les commerçants et leurs propriétés ; il pourra percevoir les droits habituels de trois pour cent sur les produits du sol et les bestiaux qui feront l'objet des transactions commerciales, mais ses percepteurs ne pourront opérer que dans la province du Cayor.
Art. 9. — Samba Laobé, les diambours et les captifs de la couronne, représentés par leurs chefs, s'engagent solidairement à respecter le présent traité.
Art. 10. — Toutes les questions intéressant les relations entre la France et le Cayor et dont il n'est pas parlé dans ce traité seront réglées ultérieurement.
Le présent traité ne recevra son exécution qu'après avoir obtenu l'approbation du gouverneur du Sénégal et dépendances.
Fait au fort de Bétet, le 28 août 1883.
Victor BALLOT ; Damel SAMBA-LAOBÉ-FAL.
Ont signé comme témoins:
LAUDE, commandant de cercle, résident du gouvernement français dans le Cayor;
LE MARÉCHAL, chef du poste de Bétet.
ADOULAYE-KANE, interprète du gouvernement;
MANDAO-OUSMANE, interprète du gouyernement ;
MODY, chef du village de Bétet;
IBRA-FATIM-SA, DEMBA-WAR, SANGONÉ-DIOR, MOUSSÉ-BOURY, DEMBA-SALY, THIÉYACINE-FAL, captifs de la couronne du Cayor;
DESSEMBA-MAÏSSA , Diaoudine des princes du Cayor; MA-DEGUÈNE, Lamane-Diamatil ; MODDOU-KOUDOU, Lamane-Khatta ; DAOUR-FALL, Lamane Palmé; MOUTOUFA-FALL, Lamane N'dande ; N’DOUR DIR, Ba-Diagaté; MODY-GUAYE, Motol-Diop; MAKHONE-N’DELLA, Demba-Niang, Diambours grands électeurs du damel du Cayor.
Le Gouverneur du Sénégal et dépendances p. i.,
BOURDIAUX.
Traité passé à M'Betète le 28 août 1883 avec le Damel du Cayor pour la reconnaissance du protectorat de la France (Approuvé et promulgué par décret du 28 septembre 1883). Source Annales sénégalaises 1854-1885 page 420 (Gallica-BNF).
Le 6 octobre 1886, décès à Tivaouane de Samba Laobé, lors d'un affrontement avec le lieutenant de Spahis Chauvet. Annexion du Cayor à la France.

References: Art.2

Art.3

Art.4

Art.5

Art.6

Art.7

Art.8

Art. 2

Art. 4

Art. 5

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 2

Art. 3

Art. 2
 l'article 1

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11
 § 2
 § 1

Art. 12

Art. 13

Art. 14

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6
 l'article 1

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10