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Timestamp: 2017-04-29 11:16:41+00:00

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MATTHIEU PARIS GRANDE CHRONIQUE : TOME TROISIEME : PARTIE V
tome troisième partie IV - tome quatrième partie I
IMPRIMERIE DE SCHNEIDER ET LANGRAND,
Rue d'Erfurth, 1, près l'Abbaye.
(536) ADDITION.
Année 1219. — Voir la page 202 du volume.
Composition faite entre l'évêque de Lincoln et Saint-Albans, au sujet du vicariat de Luiton.
— «Aux fils de la sainte mère église, tous tant qu'ils sont, à qui le présent écrit parviendra, Richard, par la permission de Dieu, humble ministre de l'église de Salisbury, et Guillaume et Richard, avec la permission du même Dieu, abbés de Westminster et de Waltham, salut dans le Seigneur. — Sachez, tous tant que vous êtes, que des discussions mutuelles au sujet de diverses demandes se sont élevées entre l'évêque de Lincoln, Hugues second, d'une part, et Guillaume, abbé de Saint-Albans, et le couvent du même lieu, d'autre part; par-devant divers juges agissant en vertu de l'autorité des lettres du seigneur pape Honorius III, à savoir: par-devant moi, évêque de Salisbury, et les juges mes collègues, au sujet de l'ordination du vicariat de l'église de Luiton; item par-devant nous, abbés de Westminster et de Waltham, et par-devant (537) le prieur de la Sainte-Trinité à Londres, touchant la sujétion des communautés de Beauvoir, de Hartford et de Beaulieu; touchant la taxation du vicariat de l'église de Luiton; touchant la garde de la même église, quand elle viendrait à vaquer; touchant l'appropriation1 de toutes les églises sur lesquelles les abbés de Saint-Albans n'ont pas les droits pontificaux; touchant l'assignation des vicariats en icelles, ainsi que touchant les gardes des mêmes églises et vicariats, quand elles viendraient à vaquer. Item par-devant l'abbé de Sibeton, et les juges ses collègues, sur la portion que tiennent en usages propres dans l'église de Luiton les susdits abbé2 et couvent. Enfin, les parties ayant accepté jour pour rétablir la paix entre elles, et après une conférence tenue mutuellement et amicalement sous notre médiation, l'évêque de Lincoln, muni de lettres de ratification de son chapitre, qui l'autorisaient spécialement à traiter, et l'abbé de Saint-Albans, muni de semblables lettres de ratification de son chapitre, qui l'autorisaient aussi spécialement à traiter, se sont soumis simplement et absolument, en leur nom et au nom de leur chapitre, à notre décision touchant toutes les demandes et plaintes susdites, pour que la paix fût rétablie à l'amiable entre eux et leurs (538) églises, et ont promis solennellement, par-devant nous et beaucoup d'autres, au nom de Dieu, de s'en tenir irréfragablement, à cet égard, à notre décision. Nous donc, ayant Dieu devant les yeux et veillant pour l'avenir à la paix et à la tranquillité des deux églises, nous avons procuré et réglé la paix à l'amiable, entre les deux parties, aux conditions suivantes, à savoir: en ce qui touche le vicariat de l'église de Luiton (à l'occasion duquel, par-dessus tout, cette controverse s'est élevée), que dans l'église de Luiton un vicariat perpétuel sera établi, en sorte que celui qui sera vicaire selon le temps aura, à titre de vicariat perpétuel, toutes les obventions et toutes les menues dîmes de l'église de Luiton, et de toutes les chapelles dépendantes d'icelle, et toutes autres choses appartenant à la même église, et aux mêmes chapelles, avec une mense convenable, à l'exception des gerbes et de la terre dépendante de ladite église et des chapelles; que par là le vicaire supportera tous les fardeaux de l'église, fardeaux paroissiaux, synodaux, archidiaconaux, ordinaires et accoutumés, comme les [autres] vicaires. Les vicaires qui devront être institués successivement dans l'église de Luiton seront présentés à l'évêque de Lincoln et à ses successeurs par l'abbé et le couvent de Saint-Albans, ou par le couvent, si la dignité d'abbé est vacante. De son côté l'évéque et ses successeurs seront tenus d'admettre, sans délai fâcheux et sans difficulté, les personnes convenables qui leur seront présentées. L'évéque et ses succes- (539) seurs auront pleine juridiction sur l'église de Luiton, et la garde du vicariat d'icelle, quand il viendra à vaquer.
Quant aux autres églises que l'abbé et les moines de Saint-Albans demandaient pour leurs usages propres, et quant à l'assignation des vicariats et aux gardes des églises et des vicariats, lesquelles gardes étaient semblablement revendiquées par l'abbé et par les moines, il en sera ainsi, à savoir que l'évêque de Lincoln et ses successeurs, par notre présent règlement, seront à perpétuité, sans que l'une ou l'autre des parties puisse soulever un procès, dans le même état où le même évêque se trouvait avant la contestation.
Quant aux communautés contestées, il en sera ainsi: lorsqu'un prieur devra y être institué, l'abbé et le couvent auront soin de le présenter à l'évèque de Lincoln et à ses successeurs, pour qu'il reçoive dudit évêque et de ses successeurs, sans difficulté et sans aucun délai fâcheux, l'administration du spirituel, c'est-à-dire des pensions des églises paroissiales, des dîmes et autres choses semblables. A raison de quoi, le prieur fournira audit évêque et à ses successeurs obédience canonique avec respect et honneur, selon qu'il les doit témoigner à son évêque diocésain.
Nous statuons cependant que l'abbé et ses successeurs conserveront sans atteinte la cure des âmes sur les moines demeurant dans les communautés dépendantes de Saint-Albans, par tout l'évéché de (540) Lincoln; sauf aussi, pour le même abbé et pour ses successeurs, le plein pouvoir de placer les moines dans |les communautés et de les en ôter, et de corriger leurs excès en ce qui touche à l'ordre et à l'observance régulière. Qu'il soit aussi permis à l'abbé et à ses successeurs de révoquer, selon qu'ils le jugeront convenable, sans aucune contradiction, les mêmes prieure admis dans la forme prescrite. Nous ordonnons aussi que tous procès et toutes plaintes soulevés au sujet de toutes les choses susdites soient éteints à perpétuité, et qu'aucun rescrit obtenu sur les choses susdites, ou devant être obtenu par la suite, n'ait de force ni d'effet contre la présente ordination. Pour lui donner vigueur et en témoignage d'icelle, nous, aussi bien que le susdit évêque et le chapitre de Lincoln, et que l'abbé susdit et le couvent de Saint-Albans, avons apposé nos sceaux au présent écrit. Fait dans le chapitre de Westminster, l'an de l'incarnation du Seigneur 12193.»
(541) NOTES.
Note I. Voir la page 7 du volume.
Plusieurs critiques, en parlant de la grande charte, n'y ont vu qu'un acte rédigé dans l'intérêt de quelques barons ambitieux; mais, comme le remarque Hallam, les noms d'Étienne Langton et de Guillaume Maréchal seraient une garantie suffisante de la noblesse de l'entreprise, si d'ailleurs cet acte solennel, qui contient en germe presque toutes les libertés anglaises, ne protestait assez haut par lui-même contre une pareille assertion. En effet, on y découvre facilement l'intention non-seulement d'assurer les droits de la haute société féodale, mais aussi de stipuler des garanties pour toutes les classes, tenanciers inférieurs, bourgeois, marchands, colons et serfs.
L'arbitraire extravagant que les rois normands avaient établi en Angleterre devait tôt ou tard amener la nécessité d'une constitution plus libérale. Hallam, dans son traité de la Constitution d'Angleterre, 2e partie, rapporte plusieurs exemples des exigences bizarres et des vexations des rois. Tout fournissait matière à l'avidité des successeurs de Guillaume. On allait (542) jusqu'à payer pour manger: De licentia comedendi. L'assise des tailles était aussi incertaine et illimitée que le pouvoir législatif lui-même était indéterminé et sans mesure. Le droit de prisage du vin, le danegeld et une foule d'autres étaient exercés sans contrôle par les rois. Il n'y avait de sécurité ni dans la propriété ni dans la liberté individuelle. La charte de Henri Ier, dont l'existence même est révoquée en doute par Hallam, ne contenait guère qu'une diminution des reliefs, des gardes et autres charges féodales excessives. Les statuts de Clarendon n'étaient au fond que la confirmation de l'arbitraire des rois. D'autre part, le souvenir vague et confus des lois d'Edouard sur lesquelles on n'avait que des notions imparfaites, et qui, par cela même, présentaient à l'esprit des hommes un idéal de liberté, fournissait un motif de réclamations continuelles à tous ceux qui souffraient de tant d'abus. Déjà, sous Richard, l'expulsion du chancelier Guillaume de Longchamp avait été un acte significatif et la première tentative régulière et apparente de l'intervention des barons dans la politique. Les désordres et les brutalités de Jean, plus encore peut-être que ses exactions, devaient faire cesser cet état de choses.
La première charte, celle qui, à proprement parler, doit être appelée grande charte, contient soixante-six dispositions d'après la division que nous avons adoptée; et ces dispositions sont relatives:
1° Aux relations féodales ainsi qu'à l'administration politique, judiciaire et financière. Tels sont les articles 14, 17, 18, 19, 20, 22, 23, 24, 31, 32, 42, 44, 53, 59, 60, 61, 62, 65;
2° A la liberté individuelle. Art. 7, 9, 21, 29, 36, 47, 48, 54, 58;
3° A la nature et au maintien de la propriété pour tous les hommes libres, ainsi qu'à la législation sur les créances et dettes. Art. 3, 4, 5, 6, 8, 10, 11, 12, 13, 25, 27, 33, 34, 35, 394, 40, 45, 46, 56, 57, 63, 64;
(543) 4°
Aux garanties données aux ecclésiastiques. Art. 1, 28;
5° Aux droits accordés aux marchands, aux colons, aux serfs territoriaux. Art. 25, 26, 38, 43, 50, 51;
6° Aux libertés et aux garanties générales. Art. 2, 15, 16, 30, 41, 49, 52, 55, 66.
Avant la charte du roi Jean, nous trouvons en Angleterre un grand centre d'administration, la Cour du roi. C'est un conseil permanent chargé de percevoir et d'administrer le revenu, de rendre la justice aux plaideurs, et d'expédier toutes les affaires publiques. La Cour de l'échiquier, section de la Cour du roi, s'en sépara complètement, quand cette dernière eut la connaissance des affaires civiles et un greffe pour enregistrer ses décisions; mais ce qui dominait encore dans la distribution de la justice, c'était l'habitude féodale de recourir aux Cours provinciales. Henri II, pour encourager ses sujets à se faire juger à la Cour du roi5, créa, vers la vingtième année de son règne, les justiciers in cyre, qui semblent renouvelés des commissaires envoyés par Guillaume pour dresser dans les provinces le grand rôle territorial. L'article 22 de la grande charte confirme ces tournées annuelles, et l'art. 23 donne à la Cour du roi la décision définitive, en même temps que l'art. 59 ordonne la te- (544) nue régulière des Cours provinciales. On voit que les barons ne s'opposent point à l'action uniforme de la juridiction royale. Une autre section de la Cour du roi s'était établie sous Richard Ier; elle était chargée de la décision des affaires privées, et portait le nom de Cour des communs plaids, ou Cour du banc commun; le même art. 22 lui donne plus de force en la rendant sédentaire dans un lieu qui n'est pas nommé, mais qui est Westminster. La Cour du roi a même droit de juger certaines affaires ecclésiastiques (Art. 24). Tout ce qui regarde les amendes, les fermes, les gardes6, etc., est réglé avec modération. Le vicomte, qui administre le shire (comté), le prévôt, qui administre l'hundred ou le wapentack7 (centurie), ne peuvent ni em- (545) piéter sur les coutumes du pays (Art. 60), ni outrepasser les limites de leur juridiction, ni augmenter les fermes (Art. 31 et 32).
Si maintenant nous considérons la liberté individuelle, nous trouvons le jugement par les pairs, origine du jury, scrupuleusement garanti. (Art. 27, 48, etc.) Hallam, commentant ce dernier article, y trouve la preuve que le jugement par les pairs était établi avant la conquête, et considère le jugement par les pairs, et le jugement d'après les lois du pays (lois saxonnes), comme des expressions équivalentes. De sages précautions arrêtèrent l'abus de la saisie mobilière, acheminement vers la violation de la liberté individuelle (Art. 29, 36, etc.); et le bailli ne put, sans raison valable, user du droit de desteind (distringere, attachiare catalta. Voy. Spelman). La preuve par témoins fut maintenue et devint obligatoire en certains cas. (Art. 47, etc.) Depuis que les décrets de l'église romaine avaient interdit partout les jugements du feu et de l'eau, le combat judiciaire avait également perdu de son importance, et déjà longtemps avant saint Louis, Henri II, dans les causes civiles, laissait le choix au défendeur. Glanvil préfère les preuves par témoins, et le combat judiciaire est condamné dans le Fleta. Cependant la loi anglaise n'a jamais formellement abrogé l'épreuve par le combat, et les juges l'ordonnèrent encore au commencement du dix-septième siècle.
Nous ne suivrons pas Blakstone et Richard Thomson dans les longs développements qui peuvent servir de commentaire complet à cet acte important. Notre but est seulement de faire remar- (546) quer l'esprit général de la grande charte. Nous trouvons par exemple que les articles relatifs à la propriété et aux dettes sont les plus nombreux; ce qui n'a pas lieu de nous étonner à une époque où la stabilité de la propriété était entourée de faibles garanties contre l'arbitraire des rois et des puissants, à une époque aussi où l'argent était entre les mains des caursins et des juifs. L'art. 46, entre autres, est destiné à protéger les tenanciers inférieurs qui doivent seulement petite sergeantie contre la tendance trop fréquente des rois ou des hauts barons à confondre ce droit féodal avec le service militaire plus pesant et plus rigoureux. Pour les dettes, voyez les art. 10 et 11; et en particulier 12 et 13.
La grande charte parle peu des garanties données aux ecclésiastiques, puisqu'un acte précédent confirmé par le pape s'expliquait formellement à cet égard. De même la charte des forêts, qu'on l'attribue à Jean ou à Henri III, est dans sa spécialité entièrement relative, soit à la liberté individuelle, soit à la propriété. (Voyez les nouveaux statuts de Henri III, Additam. de Matt. Pâris.) Mais les articles de la grande charte qui traitent du commerce, des marchands et des serfs, sont des preuves remarquables des progrès de la civilisation. Unité de mesure, unité de poids (Art. 43); liberté d'aller et de venir (Art. 52); protection aux marchands indigènes, et même aux marchands étrangers (Art. 50, 51), adoucissement du sort des colons et des serfs territoriaux. (Art. 58, 26.)
Cet article 26 a besoin d'explication. «Tenure en villenage (ou vilenie, villenagium, villagium), est plus proprement quand un villein tient de son seignior à que il est villeine certein terres ou tenementes solon que le custome del manor, ou autrement à la volunt son seignior, et de faire à son seignior villeine service; come de porter et de carier le fyme le seignor hors des citie ou del manor son seignor jesques à la terre son seignor en gissent ceo sur le terre et hujus modi, etc.» Instit. de Littleton, chap. 2, § 172. Cet hujus modi comprenait une foule de droits plus ou moins abusifs. La grande charte, éten- (547) dant aux vilains une ancienne disposition de la loi normande, qui défendait de saisir pour dettes, chez un homme, les objets sans lesquels il ne pouvait tenir son état, comme les chevaux d'un comte, ou l'armure d'un chevalier, voulut que dans ce cas le serf conservât semblablement ses bœufs de labour, et ses instruments de travail qui étaient son gagne-pain ou son gagnage. Wannagium n'est pas sans analogie avec le peculium de l'antiquité.
Toutefois cette protection accordée aux gens de métier et aux serfs ne fut pas durable, et la dureté du joug des seigneurs devait déterminer la formidable insurrection des bondes en 1381. (Voyez M. Aug. Thierry, Conclus. V, page 534, et plus loin, pages 349 et suivantes, 5e édit.) Le même oubli vint frapper souvent les libertés et les garanties générales, telles que les gages royaux, le décret d'expulsion des étrangers, etc.; mais la grande charte n'en eut pas moins des résultats importants. 1° Elle fut considérée comme loi fondamentale et générale, puisque les rois étaient astreints à la confirmer fréquemment, et qu'elle était obligatoire pour les vassaux à l'égard de leurs tenanciers. (Art. 66.) 2° Toute aide, tout escuage, si ce n'est dans le cas des trois aides féodales, ne put être imposé sans le consentement du grand conseil {parlement); et Henri III, en accablant ses domaines de tailles, ne prétendit jamais au droit de taxation générale. 3° Le vote des subsides fut entièrement réservé au parlement, et cet état ds choses, souvent violé, mais légal, amena les statuts d'Oxford, quand Henri III, outre l'abus du nonobstant, se fut obéré d'une dette énorme envers la cour romaine. (Matt. Pâris, ad ann. 1238.)
Aussi voyons-nous, dès la fin du treizième siècle, le jurisconsulte Bracton limiter la prérogative royale, mettant le roi au-dessous de la loi et même au-dessous de sa cour des comtes et barons, par cette raison singulière qu'ils sont les associés du roi, et que quiconque a un associé a un maître. Il commente même le texte des Pandectes et la fameuse loi royale, pour y voir ce qui n'y est pas, c'est-à-dire que la simple volonté du prince est (548) au-dessous de la volonté de son conseil. Quoi qu'il en soit, la limitation de la prérogative royale et l'introduction des communes dans le parlement sont les deux bases du système constitutionnel en Angleterre.
Note II. Voir les pages 112, 176 du volume.
Les deux intercalations que nous rassemblons et traduisons. ici sont fournies par le manuscrit de Cotton. On pourrait, il est vrai, ne les considérer que comme des variantes; mais, outre qu'elles contiennent plusieurs détails spéciaux et curieux, elles présentent sous un jour nouveau le caractère de Hubert de Bourg, et expliquent à quels services réels le grand justicier dut sa longue faveur. Henri III fut gouverné toute sa vie, et le jour où Pierre des Roches renversa Hubert de Bourg, Henri III oublia aussi que Richard Maréchal était le fils du vainqueur de Lincoln.
«...... Un jour Louis, croyant fléchir la fidélité de Hubert de Bourg et triompher de sa fermeté par de grandes promesses, lui fit dire qu'il voulait avoir avec lui une conférence pacifique. Hubert y ayant consenti, Louis députa une ambassade qui fut reçue à l'entrée d'une porte dérobée, lieu convenable pour l'entrevue. Ceux qu'il envoya étaient, outre trois des plus nobles seigneurs français, Guillaume, comte de Salisbury, surnommé Longue-Épée, qui avait auprès de lui et comme otage le frère dudit Hubert, Thomas de Bourg, qui était prisonnier de Louis, étant tombé entre ses mains au château de Norwich. Hubert, en paraissant à la porte, avait derrière lui cinq arbalétriers, le trait posé sur l'arbalète, afin de ne pas ménager les ennemis dans le cas où il faudrait en venir là. Le comte Guillaume lui dit: «Hubert, tu n'ignores pas, je crois, la mort du roi Jean, ton ancien seigneur, ni le serment irrévocable que le seigneur Louis a prononcé en jurant que, quand il aurait pris le château d'assaut, il en ferait périr par la corde toute la garnison.
(549) Pourvois donc à ton salut et à ta fortune. Tu ne pourras tenir longtemps ce château; car les forces du seigneur Louis augmentent de jour en jour; tandis que chaque jour aussi des attaques suivies de succès font décroître évidemment celles du seigneur roi. Tu finiras du moins par périr de faim, si tu ne réfléchis et ne cèdes à mes conseils. Ne vois-tu pas que tout espoir de secours s'est évanoui pour toi? Rends donc le château sans aucun délai fâcheux et sans aucun obstacle au seigneur Louis. Tu ne seras pas accusé d'infidélité, puisque tu ne peux tenir la place plus longtemps. Tu vois d'ailleurs combien s'empressent de venir jurer fidélité à Louis.» Thomas s'adressa ensuite à son frère et lui dit en pleurant: «O mon frère chéri, aie pitié de toi, de moi et de tous les nôtres, en cédant à ces conseils. C'est le seul moyen de nous tirer tous du péril qui nous menace.» Le comte insista encore: «Cède, Hubert, à notre conseil; cède à la volonté du seigneur Louis, et il te donnera en possession héréditaire les provinces de Norfolk et de Suffolk, et tu seras le premier parmi ses amis et ses conseillers. Sinon Thomas ton frère, que voici, sera pendu, et bientôt tu souffriras toi-même pareil sort.» Hubert lui répondit: «Comte traître et méchant, quand bien même le roi Jean, notre seigneur et votre frère, serait mort, il laisse des héritiers, et entre autres votre neveu (Henri); si tous les autres l'abandonnent, devriez-vous l'abandonner vous qui êtes son oncle paternel et qui devriez lui servir de père! Que venez-vous me proposer, homme dégénéré et criminel?» Puis, le regardant de travers et haussant la voix avec colère, il s'écria: «Ne prononcez pas une parole de plus; car par la lance de Dieu, si vous ouvrez encore la bouche, je vous ferai tous percer à coups de traits, sans épargner mon propre frère.» Le comte et ceux qui l'avaient accompagné voyant que leur sort dépendait d'un coup d’œil, parce que les arbalétriers étaient prêts à tirer, se retirèrent aussitôt, s'estimant fort heureux d'avoir échappé vivants et sans blessure. En entendant le rapport des ambassadeurs, Louis (550) conçut un violent dépit; mais il ne put s'empêcher de donner des louanges à la fermeté de Hubert.»
(Voyez le texte pour la suite des faits.)
«...... Lorsque Hugues de Bourg fut averti de l'arrivée de cette flotte formidable, il dit à l'évêque de Winchester, au maréchal et aux autres seigneurs: «Si cette race de malheur entre en Angleterre, sans nul doute, c'est fait de nous. Allons donc intrépidément à leur rencontre: Dieu sera de notre côté, puisque ce sont gens excommuniés.» Ceux-ci lui répondirent: «Nous ne sommes pas gens de mer, nous autres chevaliers; nous ne sommes ni pirates, ni pêcheurs. Va mourir là, si tu veux.» Alors Hubert se retira à l'écart, et ayant mandé Lucas, son chapelain, il se prémunit du saint viatique. Puis, enflammé d'une audace de lion, il s'adressa ainsi à ceux qui étaient sous son commandement spécial et qui gardaient le château de Douvres: «Si je viens à être pris, laissez-moi pendre, je vous le demande par le sang du Christ, plutôt que de rendre ce château à aucun Français: car c'est la clef de l'Angleterre.» Ceux-ci le lui promirent en pleurant, y engagèrent leur foi et en firent le serment. Hubert, ayant pris avec lui quelques chevaliers d'élite, tels que Henri de Turbeville et Richard Suard avec plusieurs autres, mais en petit nombre, monta sur un excellent vaisseau, et se fit accompagner par quelques habiles marins des cinq ports. Sur sa demande, on lui donna environ seize navires bien équipés, sans compter de petits vaisseaux, dont le nombre pouvait s'élever à vingt. S'étant donc mis en route audacieusement, ils tournèrent le gouvernail en allant au lof8, comme s'ils se dirigeaient vers Calais. Le moine Eustache,qui commandait la (551) flotte française, s'apercevant de cette manœuvre: «Je sais, s'écria-t-il, que ces misérables veulent aller à Calais, pour y piller comme des brigands; mais c'est en vain, on les recevra bien là-bas.» Mais voici que les Anglais, s'apercevant qu'ils avaient pris le vent, tournèrent brusquement le gouvernail, et ayant en travers un vent favorable, se lancèrent avec vigueur sur les ennemis. Puis, quand ils furent à distance des vaisseaux de leurs adversaires, ils les tirèrent à eux en y jetant des grappins de fer; et, abordant sur-le-champ, ils coupèrent, avec des haches bien affilées, lés cordages et les antennes qui supportent le mât9, en sorte que les voiles déployées tombèrent sur les Français qui se trouvèrent pris comme des oiseaux sous le filet. Les plus nobles Français furent réservés pour la prison, les autres furent mis en pièces. Eustache avait cherché à se rendre méconnaissable, et s'était caché dans la sentine d'un vaisseau. Les Anglais l'y découvrirent, l'en tirèrent et lui coupèrent la tête. Cet homme était natif de Flandre. Ses frères étant morts sans enfants, il avait rejeté l'habit de moine afin de recueillir leur héritage, et il avait renoncé, comme apostat, à l'ordre dans lequel il était entré; depuis, il s'était fait pirate et chef de pirates, avait causé bien des dommages, s'était souillé de bien des crimes; mais enfin celui qui avait pris les autres fut pris10, et recueillit le digne fruit de ses œuvres. Lorsque Hubert, miraculeusement vainqueur, eut débarqué sur le rivage, tous les évêques qui se trouvaient dans le pays marchèrent au devant de lui et de ses compagnons de gloire, accompagnés des chevaliers et du peuple, revêtus de leurs habits sacrés, portant croix et bannières, et chantant en procession les louanges du Seigneur.»
(553) TABLES DES MATIÈRES
SUITE DE JEAN-SANS-TERRE.
1215 Les barons assiègent Northampton. — Londres leur ouvre ses portes. — Le roi Jean est forcé de négocier. 1
Grande charte. 7
(554) Excommunication générale des barons d'Angleterre. — Élection de Simon de Langton à l'archevêché d'York. — Elle est cassée par le pape. — Suspension d'Étienne, archevêque de Cantorbéry. 67
Le roi Jean dévaste le nord de l'Angleterre. — Les provinces du midi sont dépeuplées par ses lieutenants. — Faits divers. 82
1216 Le château de Beauvoir est livré au roi. — Détails sur les atroces cruautés exercées par Jean et par ses mercenaires. 86
Excommunication nominale et spéciale des barons d'Angleterre. — Exécution de la sentence. — L'île d'Ély dépeuplée. 92
Lettre de Louis de France aux habitants de Londres. — Tournoi. — Le pape défend à Louis de descendre en Angleterre. — Négociation du légat à ce sujet avec Philippe-Auguste. 105
Louis entre en Angleterre. — Le légat du pape l'y suit. — Louis subjugue le midi du royaume. 110
1217 Couronnement de Henri III. — Louis abandonne le siège du château de Douvres. — Il s'empare de la forteresse (555) de Hartford. — Il est repoussé devant le château de Berkamsted. — Miracle du voile de sainte Véronique. — Le château de Berkamsted se rend à Louis. 139
Siège du château de Montsorell. — Miracle opéré par la croix du Sauveur à Redburn. 158
Fin du siège de Montsorell et siège du château de Lincoln. — Henri lève une armée. — Le légat du pape excite les soldats contre les Français et leurs adhérents. 161
1218 Siège et reddition du château de Newark. 184
Les croisés passent de Saint-Jean-d'Acre à Damiette. — Phénomènes. — Lettre du pape Honorius à Henri III. — Siège de la tour de Damiette. — Prise de la tour. 186
1219 Mort de Guillaume Maréchal. — Siège de la ville de Damiette. — Attaque des Sarrasins contre les assiégeants. Deuxième attaque. — Troisième attaque. — Combat en plaine. — Retraite de quelques croisés. — Histoire de sainte Elisabeth. — Misère des assiégés à Damiette. 201
Le soudan fait des propositions de paix aux assiégeants. — (556) Prise de Damiette. — Dépouilles précieuses. — Importance de la ville de Damiette. — Prise du château de Taphnis. 216
1220 Second couronnement de Henri III. — Canonisation de saint Hugues, évèque de Lincoln. — Faits divers. — Translation de saint Thomas, archevêque de Cantorbèry. 224
1221 Troubles en Angleterre. — Querelle entre l'évêque de Durham et les moines de cette église. — Lettre du pape aux évêques d'Angleterre. — Appel de l'évêque de Durham au pape. 227
Construction d'un nouveau château à Montgommery. — Nouvelles désastreuses de la Terre-Sainte. — Faits divers. 233
1222 Faits divers. — Philippe d'Albiny part pour la Terre Sainte. — Sa relation touchant la perte de Damiette. — Autre lettre du grand-maître des Templiers. — Faits divers. 238
Lutte entre les habitants de Londres et ceux de la banlieue. — Suites de ce combat. — Sédition excitée par Constantin. — Tempêtes mémorables. — Faits divers. — Fin de la querelle entre l'évêque de Londres et l'abbé de Westminster. 246
1223 Henri III confirme les libertés et coutumes. — Combat entre les Gallois et Guillaume Maréchal. — Mort de Philippe-Auguste. — Réclamations de Henri III. — L'antipape des Albigeois. 252
1224 Les châteaux sont rendus au roi en dépit des barons. — Louis VIII, roi de France, s'empare de La Rochelle. 262
Siège du château de Bedfort. — Prise du château par le roi. — Châtiment des révoltés. — Falcaise dépouillé de ses biens. 265
Retour en Flandre de Baudouin, empereur de Constantinople. — Il est mis à mort par sa fille. 275
1225 La contribution du quinzième des biens mobiliers accordée au roi. — Renouvellement de la grande charte. — Ri- (557) chard, frère du roi, envoyé en Gascogne. — Défaite du comte de la Marche à la Réole. — Mort de l'évêque d'Ély. 277
Exil de Falcaise. — Libertés relatives aux forêts. — Concubines des prêtres. 282
Le comte de Salisbury sauvé du naufrage par un miracle. — Autre péril du comte à l'île de Rhé. — Othon, nonce du pape, en Angleterre. — Il essaie de faire la paix de Falcaise avec le roi. — Impôt levé au nom du pape. 285
Histoire d'une jeune fille réfugiée dans l'ordre des Mineurs. — Elle est délivrée parle démon des attaques d'un libertin. — Une religieuse jeûne pendant sept ans. — Noble refus de la comtesse de Salisbury. 288
1226 Le pape réclame des contributions au profit de l'église romaine. — Les prélats éludent la demande. 295
Mort de Guillaume de Salisbury. — Concile de Bourges. — Le légat du pape veut obtenir par ruse la contribution réclamée par le pape au profit de l'église romaine. — Résistance et objections. 298
Othon, nonce du pape, est rappelé malgré lui à Rome. — Croisade contre le comte de Toulouse. — Henri III ajourne son projet de descente en Guyenne. 306
Mort de Richard du Marais, évèque de Durham. — Vision d'un moine à son sujet. — Dissentiment au sujet de l'élection de son successeur. 314
Siège d'Avignon par le roi de France. — Mortalité et famine. — Mort du roi de France à Montpensier. — Prise de la ville par ruse. 315
Couronnement de Louis IX. — Mécontentement des grands vassaux. — Faits divers. 323
Mort de Falcaise. — Présage. — Faits divers. 326
1227 Henri III lève des impôts injustes. — Exactions. — Mort du pape Honorius; Grégoire lui succède. — Les ambassadeurs envoyés par Henri III aux seigneurs français reviennent sans avoir réussi dans leur mission. 328
Querelle entre les barons et le roi d'Angleterre. — Prophétie. — Grande levée de croisés pour la Terre-Sainte. — Lettre du pape Grégoire sur l'expédition qui en fut la suite. — Cette expédition manque par la faute de l'empereur Frédéric. 332
Miracles de saint François d'Assise. — Confirmation par
(558) le pape de la règle de saint François. — Prédication et mort admirable de saint François. — Concours du peuple à ses funèrailles. — Le pape confirme la règle des frères Mineurs. — Règle des frères Mineurs. 342
1228 Nouveaux règlements du roi d'Angleterre. — Mort de Roger de Thony. — Faits divers. 360
Excommunication de l'empereur Frédéric II. — Lettre du pape à l'archevêque de Cantorbéry. — Colère, protestation et révolte de l'empereur Frédéric. — Lettre du pape au sujet de ces violences. 363
Le peuple de Rome se soulève contre le pape. — Victoire du comte de Toulouse contre les Français. — Mort d'Étienne, archevêque de Cantorbéry. — Irruption des Gallois. — Ils sont repousses. — Détails. 382
L'empereur Frédéric se rend en Terre-Sainte. — Un archevêque arménien vient à Londres. — Histoire de Joseph, contemporain de Jésus-Christ, condamné à vivre jusqu'à la seconde venue du Sauveur. — Roger succède à Eustache comme évêque de Londres. — Hugues, évèque d'Ély. 388
1229 Les seigneurs d'Aquitaine, de Gascogne, de Poitou et de Normandie invitent Henri III à venir en France. — Le pape fait envahir les états de l'empereur. — Lettre, à ce sujet, du comte d'Acerra à Frédéric II. 395
Sédition à Paris entre les étudiants et les citoyens. — Insolence des étudiants envers la reine Blanche. — Rétablissement de la paix. 399
Les députés du roi d'Angleterre sollicitent à Rome l'annulation de l'élection faite à Cantorbéry. — Elle est cassée par le pape. — Nouvelle élection de Richard. — Lettre du pape. 402
La Terre-Sainte est rendue à l'empereur Frédéric — Lettre de l'empereur au roi d'Angleterre. — Description de la bulle d'or de l'empereur. — Entrée des chrétiens à Jérusalem. — Orgueil et jalousie des Templiers et des Hospitaliers. — Leur trahison. — Elle est découverte. — Lettre de Gérold, patriarche de Jérusalem, contre Frédéric. 408
Griefs du pape contre l'empereur Frédéric. — Impôt du dixième levé en Angleterre au profit du pape. — Exac- (559) tions dans la levée de cet impôt. — Refus du comte de Chester. — Faits divers. 426
Grand concours de seigneurs anglais pour passer dans les provinces françaises. — Mort d'un usurier en Bretagne. — Sévérité de Pierre Mauclerc. — Retour de l'empereur Frédéric. 435
1230 Henri III tient sa cour à York. — Mémorable coup de tonnerre à Londres. — Succès de Frédéric II en Apulie. — Mort de Guillaume de Brause. — Impôts levés en Angleterre. 440
Le roi d'Angleterre débarque en Bretagne. — Divisions parmi les barons français. — Éclipse de soleil. — Faits divers. — Haine des barons contre le comte de Champagne. 442
Révolte des Irlandais. — Ils sont battus; leur roi fait prisonnier. — Trahison de quelques seigneurs français. — Henri III reçoit l'hommage de la Gascogne. — Réconciliation entre l'empereur Frédéric et le pape. — Paix entre le roi de France et ses barons. — Retour de Henri III en Angleterre. — Courses des seigneurs anglais en Anjou. 446
1231 Exaction de l'escuage. — Discorde entre le roi et l'archevêque de Cantorbéry. — Invasion des Gallois. — Sanglantes représailles. — Départ du roi pour le pays de Galles. — Punition des moines de Chirbury. — Reconstruction du château de Mathilde. 452
Le roi de France tombe dans une embuscade. — Trêve entre la France et l'Angleterre. — Faits divers. — Richard Maréchal succède à son frère Guillaume. 458
Richard, archevêque de Cantorbéry, se plaint à Rome de Henri III. — Il meurt au retour. — Le roi renonce au projet d'épouser la sœur du roi d'Écosse. 460
Élection de Raoul de Nevil à l'archevêché de Cantorbéry. — Sa cassation. — Conjuration en Angleterre contre les clercs romains. — Consistoire tenu à Saint-Albans. 463
1232 Commencement d'exécution du complot contre les clercs romains. — Le roi d'Angleterre demande une aide à tous les seigneurs du royaume. — L'évêque de Rochester a une vision relative au roi Richard. — Détails à ce sujet. — Traits de vertu de Richard. 470
Les greniers des clercs romains sont mis au pillage. — Enquête sur ces violences. 481
(560) Élection du prieur de Cantorbéry réprouvée à Rome. — Le roi d'Angleterre destitue de leurs charges quelques-uns de ses officiers. — Le roi demande au grand justicier, Hubert de Bourg, compte de son administration et de ses actes. — Crimes reprochés au justicier. 484
L'impôt du quarantième est accordé au roi. — Hubert de Bourg, grand justicier, s'enfuit à Merton. — Il est poursuivi et arrêté dans une chapelle à la violation du droit de l'église. — Conduit à la Tour de Londres, puis ramené dans la chapelle. — Il y est cerné par des hommes d'armes. 492
Mort de Ranulf, comte de Chester. — Hubert de Bourg se livre au roi. — Levée de l'impôt du quarantième. — Lettres du roi à ce sujet. 501
Le roi s'empare du trésor de Hubert de Bourg. — Faits divers. — Nomination d'inspecteurs pour les ordres religieux. — Effets de la Visitation; règlement du pape à ce sujet. — Visitation des églises exemptes. 505
1233 Le roi dépouille de leurs charges les officiers indigènes. — Richard, grand maréchal, réprimande le roi. — Phénomènes. — Faits divers. 518
Cassation de Jean, élu archevêque de Cantorbéry. — Discorde entre le roi et les grands du royaume. — Influence des Poitevins et de Pierre des Roches. — Le roi éloigne quelques nobles de la cour. — Le grand maréchal est averti d'une trahison contre sa personne. — Pierre, évèque de Winchester, séduit plusieurs de ses adhérents. 524
Violence exercée contre l'évêque de Carlisle. — Le roi défie le comte maréchal. — Hubert de Bourg s'échappe sort de sa prison. — Il est enlevé de force d'un lieu de refuge et y est ramené. 531
Addition. — Composition faite entre l'évêque de Lincoln et Saint-Albans, au sujet du vicariat de Luiton. 536
(1) C'est-à-dire la fixation in proprios usus des services dus par les églises sur lesquelles Saint-Albans n'avait point une autorité directe et immédiate. Les sens d'appropriatio sont nombreux, et nous renvoyons à Ducange.
Abbates. Nous lisons abbas.
(3) Cette addition à laquelle Matt. Pâris, renvoie dans le texte, ne se trouve pas au livre des Additamenta; nous l'avons traduite de la Vie des vingt-trois abbés, pag. 85 de l'éd. De 1644.
(4) Cet article et le précédent étaient dirigés contre un abus qui était, sans contredit, une source fréquente d'arbitraire. Quelque chose d'analogue existait en France au douzième siècle, comme dérivation du mentionaticum. En 1165, Louis VII abolit le droit qu'avaient les officiers royaux de prendre à Paris des matelas et des lits de plume pour l'usage du roi. (Recueil des ordonnances de Paris.) Ici la loi défend de prendre des voitures aux propriétaires sans leur consentement, et fixe un tarif pour ces voitures qui ne seront plus prises, mais louées. Toutefois cette disposition, comme tant d'autres, sera violée, et nous verrons plus tard les pourvoyeurs royaux parcourir les marchés, mettre la main sur les denrées à leur convenance, enlever aux marchands bordelais leurs vins fins, le tout sans rien payer.
(5) Saint Louis, préoccupé de la même pensée, allait aussi augmenter la juridiction royale aux dépens des cours féodales en multipliant les appels et les cas royaux.
(6) Pour compléter cet aperçu sur l'administration de la justice, disons quelques mots de l'organisation financière. En recueillant les documents épars dans Matt. Pâris et dans les chroniqueurs qui le suivirent, nous trouvons que l'échiquier était administré par deux officiers principaux: le trésorier du roi, officier supérieur qui devint dans la suite le grand trésorier d'Angleterre siégeant à l'échiquier proprement dit. Le secrétaire, officier inférieur, qui devint dans la suite le chancelier de l'échiquier, siégeait à la chambre secrète (secretum Scaccarii). Dans cette chambre secrète était gardé le sceau de l'échiquier, où quelques-uns voient le grand sceau du royaume à cette époque. Cet officier inférieur recevait les comptes des délégués provinciaux (vicomtes ou shérifs), les fines, les amerciamenta, et les revenus du fisc (finances); en sorte que ce chancelier, autant du moins qu'il est permis de déterminer l'étendue de ses fonctions, était aussi receveur de l'échiquier. Le trésorier, de son côté, entre autres provenances qui appartenaient à la couronne, recevait les échutes ou biens caducs, et administrait les gardes nobles, c'est-à-dire celles des héritiers mineurs dont les pères tenaient leurs terres du roi, soit en chef, soit en service militaire. Plus tard, cette administration fut donnée à un officier particulier, institué sous le nom de maître de la cour des gardes et libérations, et cette section fut séparée de la chancellerie d'Angleterre. Le grand trésorier retint seulement l'office de recevoir les provenances des gardes et d'en donner quittance. (Voy. Richard d'Ély, Dial. de Scacc., et la note de Guill. Wats, Advers.)
(7) Wappntack
comme hundred, signifie district, centurie, c'est-à-dire portion du shire qui peut fournir au roi cent cautions de la paix. Ce terme était usité au delà de la Trent et venait de weapon tack, toucher les armes. C'était, en effet, un ancien usage que quand quelqu'un recevait la prévôté, tous les habitants les plus âgés du district s'assemblassent au lieu ordinaire, et vinssent au devant du nouveau magistrat. Celui-ci descendant de cheval, élevait sa lance en signe de paix. Tous s'approchaient et touchaient sa lance avec leurs lances. Le prévôt était dès lors confirmé et le contrat de paix accepté par les habitants.
(8) Le texte donne: obliquando dracenam 1. loof. Nous lisons: in lof. Dracena est pris souvent dans le sens de gouvernail par les chroniqueurs anglais. (Voy. Thomas Otterbourne, pag. 253.) C'est sans doute un reste de l'ancien nom des vaisseaux normands, les dragons. Quant au reste du passage, de l'interprétation duquel nous ne répondons pas, il est curieux de voir ce terme de marine usité dès le commencement du treizième siècle.
(9) C'est-à-dire la voile, car l'antenne est en travers du mât. Aussi proposerions-nous vélum au lieu de malum.
(10) Prado preeda fuit. Nous n'avons pu recueillir sur ce personnage des renseignements plus circonstanciés que ceux qui sont fournis par Matt. Pâris. Nos recherches ne nous ont pas conduit à pouvoir préciser les motifs qui avaient fait quitter à Eustache le service de l'Angleterre.

References: Art. 7
 Art. 3
 Art. 1
 Art. 25
 Art. 2
 L'article 22
 art. 22
 art. 10
 § 172