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الرئيسية Catéchisme de l'Eglise catholique de 1992 1ère partie
Catéchisme de l'Eglise catholique de 1992 1ère partie
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CATÉCHISME de L ÉGLISE catholique
” Père, (…) la vie éternelle, c est qu ils Te connaissent, Toi, le seul véritable Dieu, et Ton envoyé, Jésus-Christ ” (Jn 17, 3). ” Dieu notre Sauveur (…) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ” (1 Tm 2, 3-4). ” Il n y a sous le ciel d autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés ” (Ac 4, 12) que le nom de JÉSUS.
I. La vie de l homme connaître et aimer Dieu
1 Dieu, infiniment Parfait et Bienheureux en Lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C est pourquoi, de tout temps et en tout lieu, Il se fait proche de l homme. Il l appelle, l aide à Le chercher, à Le connaître et à L aimer de toutes ses forces. Il convoque tous les hommes que le péché a dispersés dans l unité de sa famille, l Église. Pour ce faire, Il a envoyé son Fils comme Rédempteur et Sauveur lorsque les temps furent accomplis. En Lui et par Lui, Il appelle les hommes à devenir, dans l Esprit Saint, ses enfants d adoption, et donc les héritiers de sa vie bienheureuse.
2 Pour que cet appel retentisse par toute la terre, le Christ a envoyé les apôtres qu Il avait choisis en leur donnant mandat d annoncer l Évangile : ” Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu à la fin du monde ” (Mt 28, 19-20). Forts de cette mission, les apôtres ” s en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l accompagnaient ” (Mc 16, 20).
3 Ceux qui à l aide de Dieu ont accueilli l appel du Christ et y ont librement répondu, ont été à leur tour pressés par l amour du Christ d annoncer partout dans le monde la Bonne Nouvelle. Ce trésor reçu des apôtres a été gardé fidèlement par leurs successeurs. Tous les fidèles du Christ sont appelés à le transmettre de génération en génération, en annonçant la foi, en la vivant dans le partage fraternel et en la célébrant dans la liturgie et la prière (cf. Ac 2, 42).
II. Transmettre la foi la catéchèse
4 Très tôt on a appelé catéchèse l ensemble des efforts entrepris dans l Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ (cf. CT 1).
5 ” La catéchèse est une éducation de la foi des enfants, des jeunes et des adultes, qui comprend spécialement un enseignement de la doctrine chrétienne, donné en général de façon organique et systématique, en vue d initier à la plénitude de la vie chrétienne ” (CT 18).
6 Sans se confondre avec eux, la catéchèse s articule sur un certain nombre d éléments de la mission pastorale de l Église, qui ont un aspect catéchétique, qui préparent la catéchèse ou qui en découlent : première annonce de l Évangile ou prédication missionnaire pour susciter la foi ; recherche des raisons de croire ; expérience de vie chrétienne ; célébration des sacrements ; intégration dans la communauté ecclésiale ; témoignage apostolique et missionnaire (cf. CT 18).
7 ” La catéchèse est liée intimement à toute la vie de l Église. Non seulement l extension géographique et l augmentation numérique mais aussi, et davantage encore, la croissance intérieure de l Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d elle ” (CT 13).
8 Les périodes de renouveau de l Église sont aussi des temps forts de la catéchèse. Ainsi voit-on à la grande époque des Pères de l Église de saints évêques y consacrer une part importante de leur ministère. Tels sont S. Cyrille de Jérusalem et S. Jean Chrysostome, S. Ambroise et S. Augustin, et bien d autres Pères dont les Suvres catéchétiques demeurent des modèles.
9 Le ministère de la catéchèse puise des énergies toujours nouvelles dans les Conciles. Le Concile de Trente constitue à cet égard un exemple à souligner : il a donné à la catéchèse une priorité dans ses constitutions et ses décrets ; il est à l origine du Catéchisme Romain qui porte aussi son nom et constitue une Suvre de premier ordre comme abrégé de la doctrine chrétienne ; il a suscité dans l Église une organisation remarquable de la catéchèse ; il a entraîné, grâce à de saints évêques et théologiens tels S. Pierre Canisius, S. Charles Borromée, S. Toribio de Mogrovejo, S. Robert Bellarmin, la publication de nombreux catéchismes.
10 Il n est pas étonnant, dès lors, que, dans le mouvement à la suite du deuxième Concile du Vatican (considéré par le Pape Paul VI comme le grand catéchisme des temps modernes), la catéchèse de l Église ait de nouveau attiré l attention. Le ” Directoire général de la Catéchèse ” de 1971, les sessions du Synode des évêques consacrées à l évangélisation (1974) et à la catéchèse (1977), les exhortations apostoliques qui leur correspondent, ” Evangelii nuntiandi ” (1975) et ” Catechesi tradendæ ” (1979), en témoignent. La session extraordinaire du Synode des évêques de 1985 demanda ” que soit rédigé un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale ” (rapport final II B a 4). Le Saint-Père, Jean Paul II, a fait sien ce vSu émis par le Synode des évêques en reconnaissant que ” ce désir répond tout à fait à un vrai besoin de l Église universelle et des Églises particulières ” (Discours 7 décembre 1985). Il mit tout en Suvre pour la réalisation de ce vSu des pères du Synode.
11 Ce Catéchisme a pour but de présenter un exposé organique et synthétique des contenus essentiels et fondamentaux de la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale, à la lumière du Concile Vatican II et de l ensemble de la Tradition de l Église. Ses sources principales sont l Écriture Sainte, les saints Pères, la liturgie et le Magistère de l Église. Il est destiné à servir ” comme un point de référence pour les catéchismes ou compendia qui sont composés dans les divers pays ” (Synode des Évêques 1985, rapport final II B a 4).
12 Ce Catéchisme est destiné principalement aux responsables de la catéchèse : en premier lieu aux évêques, en tant que docteurs de la foi et pasteurs de l Église. Il leur est offert comme instrument dans l accomplissement de leur charge d enseigner le Peuple de Dieu. A travers les évêques, il s adresse aux rédacteurs de catéchismes, aux prêtres et aux catéchistes. Il sera aussi d utile lecture pour tous les autres fidèles chrétiens.
13 Le plan de ce Catéchisme s inspire de la grande tradition des catéchismes qui articulent la catéchèse autour de quatre ” piliers ” : la profession de la foi baptismale (le Symbole), les sacrements de la foi, la vie de la foi (les Commandements), la prière du croyant (le Notre Père).
14 Ceux qui par la foi et le Baptême appartiennent au Christ doivent confesser leur foi baptismale devant les hommes (cf. Mt 10, 32 ; Rm 10, 9). Pour cela, le Catéchisme expose d abord en quoi consiste la Révélation par laquelle Dieu s adresse et se donne à l homme, et la foi, par laquelle l homme répond à Dieu (première section). Le symbole de la foi résume les dons que Dieu fait à l homme comme Auteur de tout bien, comme Rédempteur, comme Sanctificateur et les articule autour des ” trois chapitres ” de notre Baptême la foi en un seul Dieu : le Père Tout-puissant, le Créateur ; et Jésus-Christ, son Fils, notre Seigneur et Sauveur ; et l Esprit Saint, dans la Sainte Église (deuxième section).
15 La deuxième partie du Catéchisme expose comment le salut de Dieu, réalisé une fois pour toutes par le Christ Jésus et par l Esprit Saint, est rendu présent dans les actions sacrées de la liturgie de l Église (première section), particulièrement dans les sept sacrements (deuxième section).
16 La troisième partie du Catéchisme présente la fin ultime de l homme, créé à l image de Dieu : la béatitude, et les chemins pour y parvenir : par un agir droit et libre, avec l aide de la loi et de la grâce de Dieu (première section) ; par un agir qui réalise le double commandement de la charité, déployé dans les dix Commandements de Dieu (deuxième section).
17 La dernière partie du Catéchisme traite du sens et de l importance de la prière dans la vie des croyants (première section). Elle s achève sur un bref commentaire des sept demandes de la prière du Seigneur (deuxième section). En elles, en effet, nous trouvons la somme des biens que nous devons espérer et que notre Père céleste veut nous accorder.
V. Indications pratiques pour l usage de ce Catéchisme
18 Ce Catéchisme est conçu comme un exposé organique de toute la foi catholique. Il faut donc le lire comme une unité. De nombreux renvois en marge du texte (numéros en italique se référant à d autres paragraphes traitant du même sujet) et l index thématique à la fin du volume permettent de voir chaque thème dans son lien avec l ensemble de la foi.
19 Souvent, les textes de l Écriture Sainte ne sont pas cités littéralement mais avec la seule indication de leur référence (par ” cf. “) en note. Pour une intelligence approfondie de tels passages il convient de se reporter aux textes eux-mêmes. Ces références bibliques sont un instrument de travail pour la catéchèse.
20 L emploi des petits caractères pour certains passages indique qu il s agit de remarques de type historique, apologétique ou d exposés doctrinaux complémentaires.
21 Les citations, en petits caractères, de sources patristiques, liturgiques, magistérielles ou hagiographiques sont destinées à enrichir l exposé doctrinal. Souvent ces textes ont été choisis en vue d un usage directement catéchétique.
22 A la fin de chaque unité thématique, une série de textes brefs résument en des formules ramassées l essentiel de l enseignement. Ces ” En bref ” ont pour but de donner des suggestions à la catéchèse locale pour des formules synthétiques et mémorisables.
23 L accent de ce Catéchisme porte sur l exposé doctrinal. En effet, il veut aider à approfondir la connaissance de la foi. Par là même il est orienté vers la maturation de cette foi, son enracinement dans la vie et son rayonnement dans le témoignage (cf. CT 20-22 ; 25).
24 Par sa finalité même, ce Catéchisme ne se propose pas de réaliser les adaptations de l exposé et des méthodes catéchétiques exigées par les différences de cultures, d âges, de maturité spirituelle, de situations sociales et ecclésiales de ceux à qui s adresse la catéchèse. Ces adaptations indispensables relèvent des catéchismes appropriés, et plus encore de ceux qui instruisent les fidèles :
Celui qui enseigne doit ” se faire tout à tous ” (1 Co 9, 22), pour gagner tout le monde à Jésus-Christ. (…) Surtout qu il ne s imagine pas qu une seule sorte d âmes lui soit confiée, et que par conséquent il lui est loisible d enseigner et de former également tous les fidèles à la vraie piété, avec une seule et même méthode et toujours la même ! Qu il sache bien que les uns sont en Jésus-Christ comme des enfants nouvellement nés, d autres comme des adolescents, quelques-uns enfin, comme en possession de toutes leurs forces. (…) Ceux qui sont appelés au ministère de la prédication doivent, en transmettant l enseignement des mystères, de la foi et des règles des mSurs, proportionner leurs paroles à l esprit et à l intelligence de leurs auditeurs (Catech. R. préface 11).
Par dessus tout la Charité
25 Pour conclure cette présentation, il est opportun de rappeler ce principe pastoral qu énonce le Catéchisme Romain :
Toute la finalité de la doctrine et de l enseignement doit être placée dans l amour qui ne finit pas. Car on peut bien exposer ce qu il faut croire, espérer ou faire ; mais surtout on doit toujours faire apparaître l Amour de Notre Seigneur afin que chacun comprenne que tout acte de vertu parfaitement chrétien n a pas d autre origine que l Amour et pas d autre terme que l Amour (Catech. R. préface 10).
” JE crois ” ” Nous croyons “
26 Lorsque nous professons notre foi, nous commençons par dire : ” Je crois ” ou ” Nous croyons “. Avant d exposer la foi de l Église telle qu elle est confessée dans le Credo, célébrée dans la liturgie, vécue dans la pratique des Commandements et dans la prière, demandons-nous donc ce que signifie ” croire “. La foi est la réponse de l homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui, en apportant en même temps une lumière surabondante à l homme en quête du sens ultime de sa vie. Nous considérons dès lors d abord cette quête de l homme (chapitre premier), ensuite la Révélation divine, par laquelle Dieu vient au devant de l homme (chapitre deuxième), enfin la réponse de la foi (chapitre troisième).
L homme est ” capable ” de Dieu
27 Le désir de Dieu est inscrit dans le cSur de l homme, car l homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d attirer l homme vers Lui, et ce n est qu en Dieu que l homme trouvera la vérité et le bonheur qu il ne cesse de chercher :
L aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l homme de dialoguer avec Lui commence avec l existence humaine. Car si l homme existe, c est que Dieu l a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l être ; et l homme ne vit pleinement selon la vérité que s il reconnaît librement cet Amour et s abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).
28 De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu à aujourd hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu elles peuvent comporter, ces formes d expression sont si universelles que l on peut appeler l homme un être religieux :
Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d un seul ; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour l atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver ; aussi bien n est-elle pas loin de chacun de nous. C est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l être (Ac 17, 26-28).
29 Mais ce ” rapport intime et vital qui unit l homme à Dieu ” (GS 19, § 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21) : la révolte contre le mal dans le monde, l ignorance ou l indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).
30 ” Joie pour les cSurs qui cherchent Dieu ” (Ps 105, 3). Si l homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d appeler tout homme à Le chercher pour qu il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l homme tout l effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, ” un cSur droit “, et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu.
Tu es grand, Seigneur, et louable hautement : grand est ton pouvoir et ta sagesse n a point de mesure. Et l homme, petite partie de ta création, prétend Te louer, précisément l homme qui, revêtu de sa condition mortelle, porte en lui le témoignage de son péché et le témoignage que Tu résistes aux superbes. Malgré tout, l homme, petite partie de ta création, veut Te louer. Toi-même Tu l y incites, en faisant qu il trouve ses délices dans ta louange, parce que Tu nous a fait pour Toi et notre cSur est sans repos tant qu il ne se repose en Toi (S. Augustin, conf. 1, 1, 1).
II. Les voies d accès à la connaissance de Dieu
31 Créé à l image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l homme qui cherche Dieu découvre certaines ” voies ” pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi ” preuves de l existence de Dieu “, non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d ” arguments convergents et convaincants ” qui permettent d atteindre à de vraies certitudes.
Ces ” voies ” pour approcher Dieu ont pour point de départ la création : le monde matériel et la personne humaine.
32 Le monde : A partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l ordre et de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l univers.
S. Paul affirme au sujet des païens : ” Ce qu on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu il y a d invisible depuis la création du monde se laisse voir à l intelligence à travers ses Suvres, son éternelle puissance et sa divinité ” (Rm 1, 19-20 ; cf. Ac 14, 15. 17 ; 17, 27-28 ; Sg 13, 1-9).
Et S. Augustin : ” Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (…) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent : Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (confessio). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Pulcher), non sujet au changement ? ” (Serm. 241, 2 : PL 38, 1134).
33 L homme : avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l infini et au bonheur, l homme s interroge sur l existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle. ” Germe d éternité qu il porte en lui-même, irréductible à la seule matière ” (GS 18, § 1 ; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu en Dieu seul.
34 Le monde et l homme attestent qu ils n ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin ultime, mais participent à l Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par ces diverses ” voies “, l homme peut accéder à la connaissance de l existence d une réalité qui est la cause première et la fin ultime de tout, ” et que tous appellent Dieu ” (S. Thomas d A., s. th. 1, 2, 3).
35 Les facultés de l homme le rendent capable de connaître l existence d un Dieu personnel. Mais pour que l homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s oppose pas à la raison humaine.
III. La connaissance de Dieu selon l Église
36 ” La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées ” (Cc. Vatican I : DS 3004 ; cf. 3026 ; DV 6). Sans cette capacité, l homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. L homme a cette capacité parce qu il est créé ” à l image de Dieu ” (Gn 1, 27).
37 Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, l homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison :
Bien que la raison humaine, en effet, à parler simplement, puisse vraiment par ses forces et sa lumière naturelles arriver à une connaissance vraie et certaine d un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d une loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des obstacles empêchant cette même raison d user efficacement et avec fruit de son pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les hommes dépassent absolument l ordre des choses sensibles, et lorsqu elles doivent se traduire en action et informer la vie, elles demandent qu on se donne et qu on se renonce. L esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la part des sens et de l imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché originel. De là vient qu en de telles matières les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l incertitude des choses dont ils ne voudraient pas qu elles soient vraies (Pie XII, enc. ” Humani Generis ” : DS 3875).
38 C est pourquoi l homme a besoin d être éclairé par la révélation de Dieu, non seulement sur ce qui dépasse son entendement, mais aussi sur ” les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, afin qu elles puissent être, dans l état actuel du genre humain, connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d erreur ” (ibid., DS 3876 ; cf. Cc. Vatican I : DS 3005 ; DV 6 ; S. Thomas d A., s. th. 1, 1, 1).
39 En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l Église exprime sa confiance en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées.
40 Puisque notre connaissance de Dieu est limitée, notre langage sur Dieu l est également. Nous ne pouvons nommer Dieu qu à partir des créatures, et selon notre mode humain limité de connaître et de penser.
41 Les créatures portent toutes une certaine ressemblance de Dieu, tout spécialement l homme créé à l image et à la ressemblance de Dieu. Les multiples perfections des créatures (leur vérité, leur bonté, leur beauté) reflètent donc la perfection infinie de Dieu. Dès lors, nous pouvons nommer Dieu à partir des perfections de ses créatures, ” car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur ” (Sg 13, 5).
42 Dieu transcende toute créature. Il faut donc sans cesse purifier notre langage de ce qu il a de limité, d imagé, d imparfait pour ne pas confondre le Dieu ” ineffable, incompréhensible, invisible, insaisissable ” (Liturgie de S. Jean Chrysostome, Anaphore) avec nos représentations humaines. Nos paroles humaines restent toujours en deçà du mystère de Dieu.
43 En parlant ainsi de Dieu, notre langage s exprime, certes, de façon humaine, mais il atteint réellement Dieu lui-même, sans pourtant pouvoir l exprimer dans son infinie simplicité. En effet, il faut se rappeler qu ” entre le Créateur et la créature on ne peut marquer tellement de ressemblance que la dissemblance entre eux ne soit pas plus grande encore ” (Cc. Latran IV : DS 806), et que ” nous ne pouvons saisir de Dieu ce qu Il est, mais seulement ce qu Il n est pas, et comment les autres êtres se situent par rapport à Lui ” (S. Thomas d A., s. gent. 1, 30)
44 L homme est par nature et par vocation un être religieux. Venant de Dieu, allant vers Dieu, l homme ne vit une vie pleinement humaine que s il vit librement son lien avec Dieu.
45 L homme est fait pour vivre en communion avec Dieu en qui il trouve son bonheur : ” Quand tout entier je serai en Toi, il n y aura plus jamais de chagrin et d épreuve ; tout entière pleine de Toi, ma vie sera accomplie ” (S. Augustin, conf. 10, 28, 39).
46 Quand il écoute le message des créatures et la voix de sa conscience, l homme peut atteindre la certitude de l existence de Dieu, cause et fin de tout.
47 L Église enseigne que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, peut être connu avec certitude par ses Suvres grâce à la lumière naturelle de la raison humaine (cf. Cc. Vatican I : DS 3026).
48 Nous pouvons réellement nommer Dieu en partant des multiples perfections des créatures, similitudes du Dieu infiniment parfait, même si notre langage limité n en épuise pas le mystère.
49 ” La créature sans le Créateur s évanouit ” (GS 36). Voilà pourquoi les croyants se savent pressés par l amour du Christ d apporter la lumière du Dieu vivant à ceux qui l ignorent ou le refusent.
Dieu à la rencontre de l homme
50 Par la raison naturelle, l homme peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses Suvres. Mais il existe un autre ordre de connaissance que l homme ne peut nullement atteindre par ses propres forces, celui de la Révélation divine (cf. Cc. Vatican I : DS 3015). Par une décision tout à fait libre, Dieu se révèle et se donne à l homme. Il le fait en révélant son mystère, son dessein bienveillant qu Il a formé de toute éternité dans le Christ en faveur de tous les hommes. Il révèle pleinement son dessein en envoyant son Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et l Esprit Saint.
I. Dieu révèle son ” dessein bienveillant “
51 ” Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine ” (DV 2).
52 Dieu qui ” habite une lumière inaccessible ” (1 Tm 6, 16) veut communiquer sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui, pour en faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs (cf. Ep 1, 4-5). En se révélant Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître et de L aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient capables d eux-mêmes.
53 Le dessein divin de la Révélation se réalise à la fois ” par des actions et par des paroles, intimement liées entre elles et s éclairant mutuellement ” (DV 2). Il comporte une ” pédagogie divine ” particulière : Dieu se communique graduellement à l homme, Il le prépare par étapes à accueillir la Révélation surnaturelle qu Il fait de lui-même et qui va culminer dans la Personne et la mission du Verbe incarné, Jésus-Christ.
S. Irénée de Lyon parle à maintes reprises de cette pédagogie divine sous l image de l accoutumance mutuelle entre Dieu et l homme : ” Le Verbe de Dieu a habité dans l homme et s est fait Fils de l homme pour accoutumer l homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l homme, selon le bon plaisir du Père ” (Hær. 3, 20, 2 ; cf. par exemple 3, 17, 1 ; 4, 12, 4 ; 4, 21, 3).
Dès l origine, Dieu se fait connaître
54 ” Dieu qui a créé et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur Lui-même ; voulant de plus ouvrir la voie d un salut supérieur, Il se manifesta aussi Lui-même, dès l origine, à nos premiers parents ” (DV 3) Il les a invités à une communion intime avec Lui-même en les revêtant d une grâce et d une justice resplendissantes.
55 Cette Révélation n a pas été interrompue par le péché de nos premiers parents. Dieu, en effet, ” après leur chute leur promit une rédemption, leur rendit courage en les faisant espérer le salut ; sans arrêt, Il montra sa sollicitude pour le genre humain, afin de donner la vie éternelle à tous ceux qui par la constance dans le bien cherchent le salut ” (DV 3).
Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de Toi, tu ne l as pas abandonné au pouvoir de la mort. (…) Tu as multiplié les alliances avec eux (MR, prière eucharistique IV, 118).
L alliance avec Noé
56 Une fois l unité du genre humain morcelée par le péché, Dieu cherche tout d abord à sauver l humanité en passant par chacune de ses parties. L alliance avec Noé d après le déluge (cf. Gn 9, 9) exprime le principe de l Économie divine envers les ” nations “, c est-à-dire envers les hommes regroupés ” d après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans ” (Gn 10, 5 ; cf. 10, 20-31).
57 Cet ordre à la fois cosmique, social et religieux de la pluralité des nations (cf. Ac 17, 26-27) est destiné à limiter l orgueil d une humanité déchue qui, unanime dans sa perversité (cf. Sg 10, 5), voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel (cf. Gn 11, 4-6). Mais, à cause du péché (cf. Rm 1, 18-25), le polythéisme ainsi que l idolâtrie de la nation et de son chef menacent sans cesse d une perversion païenne cette économie provisoire.
58 L alliance avec Noé est en vigueur tant que dure le temps des nations (cf. Lc 21, 24), jusqu à la proclamation universelle de l Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des ” nations “, tels qu ” Abel le juste “, le roi-prêtre Melchisédech (cf. Gn 14, 18), figure du Christ (cf. He 7, 3) ou les justes ” Noé, Daniel et Job ” (Ez 14, 14). Ainsi, l Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l alliance de Noé dans l attente que le Christ ” rassemble dans l unité tous les enfants de Dieu dispersés ” (Jn 11, 52)
59 Pour rassembler l humanité dispersée, Dieu élit Abram en l appelant ” hors de son pays, de sa parenté et de sa maison ” (Gn 12, 1), pour faire de lui Abraham, c est-à-dire ” le père d une multitude de nations ” (Gn 17, 5) : ” En toi seront bénies toutes les nations de la terre ” (Gn 12, 3 LXX ; cf. Ga 3, 8).
60 Le peuple issu d Abraham sera le dépositaire de la promesse faite aux patriarches, le peuple de l élection (cf. Rm 11, 28), appelé à préparer le rassemblement, un jour, de tous les enfants de Dieu dans l unité de l Église (cf. Jn 11, 52 ; 10, 16) ; il sera la racine sur laquelle seront greffés les païens devenus croyants (cf. Rm 11, 17-18. 24).
61 Les patriarches et les prophètes et d autres personnages de l Ancien Testament ont été et seront toujours vénérés comme saints dans toutes les traditions liturgiques de l Église.
62 Après les patriarches, Dieu forma Israël comme son peuple en le sauvant de l esclavage de l Égypte. Il conclut avec lui l Alliance du Sinaï et lui donna, par Moïse, sa Loi, pour qu il Le reconnaisse et Le serve comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu il attende le Sauveur promis (cf. DV 3).
63 Israël est le Peuple sacerdotal de Dieu (cf. Ex 19, 6), celui qui ” porte le nom du Seigneur ” (Dt 28, 10). C est le peuple de ceux ” à qui Dieu a parlé en premier ” (MR, Vendredi Saint 13 : oraison universelle VI), le peuple des ” frères aînés ” dans la foi d Abraham (cf. Jean-Paul II, allocution dans la synagogue de Rome [13 avril 1986], 4).
64 Par les prophètes, Dieu forme son peuple dans l espérance du salut, dans l attente d une Alliance nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2, 2-4), et qui sera inscrite dans les cSurs (cf. Jr 31, 31-34 ; He 10, 16). Les prophètes annoncent une rédemption radicale du Peuple de Dieu, la purification de toutes ses infidélités (cf. Ez 36), un salut qui incluera toutes les nations (cf. Is 49, 5-6 ; 53, 11). Ce seront surtout les pauvres et les humbles du Seigneur (cf. So 2, 3) qui porteront cette espérance. Les femmes saintes comme Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé vivante l espérance du salut d Israël. La figure la plus pure en est Marie (cf. Lc 1, 38).
III Le Christ Jésus
” Médiateur et Plénitude de toute la Révélation ” (DV 2)
65 ” Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils ” (He 1, 1-2). Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n y aura pas d autre parole que celle-là. S. Jean de la Croix, après tant d autres, l exprime de façon lumineuse, en commentant He 1, 1-2 :
Dès lors qu Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n a pas d autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d un seul coup en cette seule Parole et il n a rien de plus à dire ; car ce qu Il disait par parties aux prophètes, Il l a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté (Carm. 2, 22, 3-5).
Il n y aura plus d autre Révélation
66 ” L Économie chrétienne, étant l Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ ” (DV 4). Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n est pas complètement explicitée ; il restera à la foi chrétienne d en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles.
67 Au fil des siècles il y a eu des révélations dites ” privées “, dont certaines ont été reconnues par l autorité de l Église. Elles n appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n est pas d ” améliorer ” ou de ” compléter ” la Révélation définitive du Christ, mais d aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l histoire. Guidé par le Magistère de l Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l Église.
La foi chrétienne ne peut pas accepter des ” révélations ” qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l achèvement. C est le cas de certaines religions non chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles ” révélations “.
68 Par amour, Dieu s est révélé et s est donné à l homme. Il apporte ainsi une réponse définitive et surabondante aux questions que l homme se pose sur le sens et le but de sa vie.
69 Dieu s est révélé à l homme en lui communiquant graduellement son propre mystère par des actions et par des paroles.
70 Au delà du témoignage que Dieu donne de Lui-même dans les choses créées, Il s est manifesté Lui-même à nos premiers parents. Il leur a parlé et, après la chute, leur a promis le salut (cf. Gn 3, 15) et leur a offert son alliance.
72 Dieu a élu Abraham et a conclu une alliance avec lui et sa descendance. Il en a formé son peuple auquel il a révélé sa loi par Moïse. Il l a préparé par les prophètes à accueillir le salut destiné à toute l humanité.
73 Dieu s est révélé pleinement en envoyant son propre Fils en qui Il a établi son Alliance pour toujours. Celui-ci est la Parole définitive du Père, de sorte qu il n y aura plus d autre Révélation après Lui.
74 Dieu ” veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ” (1 Tm 2, 4), c est-à-dire du Christ Jésus (cf. Jn 14, 6). Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu ainsi la Révélation parvienne jusqu aux extrémités du monde :
Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu elle demeurât toujours en son intégrité et qu elle fût transmise à toutes les générations (DV 7).
75 ” Le Christ Seigneur en qui s achève toute la Révélation du Dieu très haut, ayant accompli Lui-même et proclamé de sa propre bouche l Évangile d abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins ” (DV 7).
La prédication apostolique…
76 La transmission de l Évangile, selon l ordre du Seigneur, s est faite de deux manières :
Oralement ” par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit ” ;
Par écrit ” par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut ” (DV 7).
… continuée dans la succession apostolique
77 ” Pour que l Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l Église, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques, auxquels ils transmirent leur propre charge d enseignement ” (DV 7). En effet, ” la prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu à la consommation des temps ” (DV 8).
78 Cette transmission vivante, accomplie dans l Esprit Saint, est appelée la Tradition en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle. Par elle, ” l Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération tout ce qu elle est elle-même, tout ce qu elle croit ” (DV 8). ” L enseignement des saints Pères atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique et la vie de l Église qui croit et qui prie ” (DV 8).
79 Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l Église : ” Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l Épouse de son Fils bien-aimé, et l Esprit Saint, par qui la voix vivante de l Évangile retentit dans l Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance ” (DV 8).
II. Le rapport entre la Tradition et l Écriture Sainte
Une source commune…
80 ” Elles sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux jaillissent d une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu un tout et tendent à une même fin ” (DV 9). L une et l autre rendent présent et fécond dans l Église le mystère du Christ qui a promis de demeurer avec les siens ” pour toujours, jusqu à la fin du monde ” (Mt 28, 20).
… deux modes distincts de transmission
81 ” La Sainte Écriture est la parole de Dieu en tant que, sous l inspiration de l Esprit divin, elle est consignée par écrit. “
” Quant à la sainte Tradition, elle porte la parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l exposent et la répandent avec fidélité ” (DV 9).
82 Il en résulte que l Église à laquelle est confiée la transmission et l interprétation de la Révélation, ” ne tire pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation. C est pourquoi l une et l autre doivent être reçues et vénérées avec égal sentiment d amour et de respect ” (Ibid).
83 La Tradition dont nous parlons ici vient des apôtres et transmet ce que ceux-ci ont reçu de l enseignement et de l exemple de Jésus et ce qu ils ont appris par l Esprit Saint. En effet, la première génération de chrétiens n avait pas encore un Nouveau Testament écrit, et le Nouveau Testament lui-même atteste le processus de la Tradition vivante.
Il faut en distinguer les ” traditions ” théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. Elles constituent des formes particulières sous lesquelles la grande Tradition reçoit des expressions adaptées aux divers lieux et aux diverses époques. C est à sa lumière que celles-ci peuvent être maintenues, modifiées ou aussi abandonnées sous la conduite du Magistère de l Église.
III. L interprétation de l héritage de la foi
L héritage de la foi confié à la totalité de l Église
84 ” L héritage sacré ” (cf. 1 Tm 6, 20 ; 2 Tm 1, 12-14) de la foi (depositum fidei), contenu dans la Sainte Tradition et dans l Écriture Sainte a été confié par les apôtres à l ensemble de l Église. ” En s attachant à lui le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières, si bien que, dans le maintien, la pratique et la confession de la foi transmise, s établit, entre pasteurs et fidèles, une singulière unité d esprit ” (DV 10).
Le Magistère de l Église
85 ” La charge d interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l Église dont l autorité s exerce au nom de Jésus-Christ ” (DV 10), c est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l évêque de Rome.
86 ” Pourtant, ce Magistère n est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n enseignant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l assistance de l Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu il propose à croire comme étant révélé par Dieu ” (DV 10).
87 Les fidèles, se souvenant de la parole du Christ à ses apôtres : ” Qui vous écoute, m écoute ” (Lc 10, 16 ; cf. LG 20), reçoivent avec docilité les enseignements et directives que leurs pasteurs leur donnent sous différentes formes.
88 Le Magistère de l Église engage pleinement l autorité reçue du Christ quand il définit des dogmes, c est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou bien quand il propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire.
89 Il existe un lien organique entre notre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cSur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi (cf. Jn 8, 31-32).
90 Les liens mutuels et la cohérence des dogmes peuvent être trouvés dans l ensemble de la Révélation du mystère du Christ (cf. Cc. Vatican I : DS 3016 : ” nexus mysteriorum ” ; LG 25). Il faut, en effet, se rappeler que ” la diversité de leurs rapports avec les fondements de la foi chrétienne marque un ordre ou une hiérarchie des vérités de la doctrine catholique ” (UR 11).
91 Tous les fidèles ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont reçu l onction de l Esprit Saint qui les instruit (cf. 1 Jn 2, 20. 27) et les conduit vers la vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).
92 ” L ensemble des fidèles (…) ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu au dernier des fidèles laïcs , il apporte aux vérités concernant la foi et les mSurs un consentement universel ” (LG 12).
93 ” Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l Esprit de vérité, et sous la conduite du Magistère sacré, (…) le Peuple de Dieu s attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément en l interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en Suvre ” (LG 12).
La croissance dans l intelligence de la foi
94 Grâce à l assistance du Saint-Esprit, l intelligence tant des réalités que des paroles de l héritage de la foi peut croître dans la vie de l Église :
” Par la contemplation et l étude des croyants qui les méditent en leur cSur ” (DV 8) ; c est en particulier ” la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la vérité révélée ” (GS 62, § 7 ; cf. 44, § 2 ; DV 23 ; 24 ; UR 4).
” Par l intelligence intérieure que les croyants éprouvent des choses spirituelles ” (DV 8) ; ” les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble ” (S. Grégoire le Grand, hom. Ez. 1, 7, 8 : PL 76, 843D).
” Par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité ” (DV 8).
95 ” Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l Église, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l action du seul Esprit Saint, contribuent efficacement au salut des âmes ” (DV 10, § 3).
96 Ce que le Christ a confié aux apôtres, ceux-ci l ont transmis par leur prédication et par écrit, sous l inspiration de l Esprit Saint, à toutes les générations, jusqu au retour glorieux du Christ.
97 ” La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu ” (DV 10) en lequel, comme dans un miroir, l Église pérégrinante contemple Dieu, source de toutes ses richesses.
98 ” Dans sa doctrine, sa vie et son culte, l Église perpétue et transmet à chaque génération tout ce qu elle est elle-même, tout ce qu elle croit ” (DV 8).
99 Grâce à son sens surnaturel de la foi, le Peuple de Dieu tout entier ne cesse d accueillir le don de la Révélation divine, de le pénétrer plus profondément et d en vivre plus pleinement.
100 La charge d interpréter authentiquement la Parole de Dieu a été confiée au seul Magistère de l Église, au Pape et aux évêques en communion avec lui.
I. Le Christ Parole unique de l Écriture Sainte
101 Dans la condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en paroles humaines : ” En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes ” (DV 13).
102 A travers toutes les paroles de l Écriture Sainte, Dieu ne dit qu une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier (cf. He 1, 1-3) :
Rappelez-vous que c est une même Parole de Dieu qui s étend dans toutes les Écritures, que c est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n y a pas besoin de syllabes parce qu il n y est pas soumis au temps (S. Augustin, Psal. 103, 4, 1 : PL 37, 1378).
103 Pour cette raison, l Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ (cf. DV 21).
104 Dans l Écriture Sainte, l Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force (cf. DV 24), car en elle, elle n accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu elle est réellement : la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13). ” Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux ” (DV 21).
105 Dieu est l Auteur de l Écriture Sainte. ” La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l inspiration de l Esprit Saint “.
” Notre Sainte Mère l Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l inspiration de l Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu ils ont été transmis comme tels à l Église elle-même ” (DV 11).
107 Les livres inspirés enseignent la vérité. ” Dès lors, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut dans les Lettres sacrées ” (DV 11).
108 Cependant, la foi chrétienne n est pas une ” religion du Livre “. Le christianisme est la religion de la ” Parole ” de Dieu, ” non d un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant ” (S. Bernard, hom. miss. 4, 11 : Opera, ed. J. Leclercq-H. Rochais, v. 4 [Romae 1966] p. 57). Pour qu elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l Esprit Saint nous ” ouvre l esprit à l intelligence des Écritures ” (Lc 24, 45).
III. L Esprit Saint, interprète de l Écriture
109 Dans l Écriture Sainte, Dieu parle à l homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles (cf. DV 12, § 1).
110 Pour découvrir l intention des auteurs sacrés, il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des ” genres littéraires ” en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là. ” Car c est de façon bien différente que la vérité se propose et s exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d autres genres d expression ” (DV 12, § 2).
111 Mais puisque l Écriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l interprétation juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l Écriture demeurerait lettre morte : ” La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger ” (DV 12, § 3).
Le Concile Vatican II indique trois critères pour une interprétation de l Écriture conforme à l Esprit qui l a inspirée (cf. DV 12, § 3) :
112 1. Porter une grande attention ” au contenu et à l unité de toute l Écriture “. En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l Écriture est une en raison de l unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le cSur, ouvert depuis sa Pâque (cf. Lc 24, 25-27. 44-46).
Le cSur (cf. Ps 22, 15) du Christ désigne la Sainte Écriture qui fait connaître le cSur du Christ. Ce cSur était fermé avant la passion car l Écriture était obscure. Mais l Écriture a été ouverte après la passion, car ceux qui désormais en ont l intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées (cf. S. Thomas d A., Psal. 21, 11).
113 2. Lire ensuite l Écriture dans ” la Tradition vivante de toute l Église “. Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le cSur de l Église que dans les moyens matériels de son expression. En effet, l Église porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c est l Esprit Saint qui lui donne l interprétation spirituelle de l Écriture (” … selon le sens spirituel dont l Esprit gratifie l Église ” : Origène, hom. in Lev. 5, 5).
114 3. Être attentif ” à l analogie de la foi ” (cf. Rm 12, 6). Par ” analogie de la foi ” nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.
Les sens de l Écriture
115 Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux sens de l Écriture : le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l Écriture dans l Église :
116 Le sens littéral. C est le sens signifié par les paroles de l Écriture et découvert par l exégèse qui suit les règles de la juste interprétation ” Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral ” (S. Thomas d A., s. th. 1, 1, 10, ad 1).
117 Le sens spirituel. Grâce à l unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes.
2. Le sens moral. Les événements rapportés dans l Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites ” pour notre instruction ” (1 Co 10, 11 ; cf. He 3 4, 11).
3. Le sens anagogique. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec : anagoge) vers notre Patrie. Ainsi, l Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 1 22, 5).
118 Un distique médiéval résume la signification des quatre sens : Le sens littéral enseigne les événements, l allégorie ce qu il faut croire, le sens moral ce qu il faut faire, l anagogie vers quoi il faut tendre (Augustin de Dace, Rotulus pugillaris, I : ed. A. Walz, Angelicum 6 [1929] 256).
119 ” Il appartient aux exégètes de s efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement de l Église. Car tout ce qui concerne la manière d interpréter l Écriture est finalement soumis au jugement de l Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la parole de Dieu et de l interpréter ” (DV 12, 3) :
Je ne croirais pas à l Evangile, si l autorité de l Eglise catholique ne m y poussait (S. Augustin, fund. 5, 6 : PL 42, 176).
120 C est la Tradition apostolique qui a fait discerner à l Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres Saints (cf. DV 8, 3). Cette liste intégrale est appelée ” Canon ” des Écritures. Elle comporte pour l Ancien Testament 46 (45, si l on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau (cf. DS 179 ; 1334-1336 ; 1501-1504) :
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, les deux livres des Chroniques, Esdras et Néhémie, Tobie, Judith, Esther, les deux livres des Maccabées, Job, les Psaumes, les Proverbes, l Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie, les Lamentations, Baruch, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Agée, Zacharie, Malachie pour l Ancien Testament ;
les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, les Actes des Apôtres, les Épîtres de S. Paul aux Romains, la première et la deuxième aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, la première et la deuxième aux Thessaloniciens, la première et la deuxième à Timothée, à Tite, à Philémon, l Épître aux Hébreux, l Épître de Jacques, la première et la deuxième de Pierre, les trois Épîtres de Jean, l Épître de Jude et l Apocalypse pour le Nouveau Testament.
121 L Ancien Testament est une partie inamissible de l Écriture Sainte. Ses livres sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente (cf. DV 14) car l Ancienne Alliance n a jamais été révoquée.
122 En effet, ” l Économie de l Ancien Testament avait pour principale raison d être de préparer l avènement du Christ Sauveur du monde “. ” Bien qu ils contiennent de l imparfait et du provisoire “, les livres de l Ancien Testament témoignent de toute la divine pédagogie de l amour salvifique de Dieu : ” En eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d admirables trésors de prière ; en eux enfin se tient caché le mystère de notre salut ” (DV 15).
123 Les chrétiens vénèrent l Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L Église a toujours vigoureusement repoussé l idée de rejeter l Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l aurait rendu caduc (Marcionisme).
124 ” La Parole de Dieu qui est une force divine pour le salut de tout croyant, se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s y manifeste de façon singulière ” (DV 17). Ces écrits nous livrent la vérité définitive de la Révélation divine. Leur objet central est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, ses actes, ses enseignements, sa passion et sa glorification ainsi que les débuts de son Église sous l action de l Esprit Saint (cf. DV 20).
125 Les Évangiles sont le cSur de toutes les Écritures ” en tant qu ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur ” (DV 18).
1. La vie et l enseignement de Jésus. L Église tient fermement que les quatre Évangiles, ” dont elle affirme sans hésiter l historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu au jour où il fut enlevé au ciel “.
2. La tradition orale. ” Ce que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres après son Ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par l Esprit de vérité, jouissaient “.
3. Les Évangiles écrits. ” Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises, gardant enfin la forme d une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères ” (DV 19).
127 L Évangile quadriforme occupe dans l Église une place unique, témoins la vénération dont l entoure la liturgie et l attrait incomparable qu il a exercé de tout temps sur les saints :
Il n y a aucune doctrine qui soit meilleure, plus précieuse et plus splendide que le texte de l Évangile. Voyez et retenez ce que notre Seigneur et Maître, le Christ, a enseigné par ses paroles et réalisé par ses actes (Ste Césarie la Jeune, Rich. : SC 345, 480).
C est par-dessus tout l Évangile qui m entretient pendant mes oraisons ; en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux (Ste. Thérèse de l Enfant-Jésus, ms. autob. A 83v).
L unité de l Ancien et du Nouveau Testament
128 L Église, déjà aux temps apostoliques (cf. 1 Co 10, 6. 11 ; He 10, 1 ; 1 P 3, 21), et puis constamment dans sa Tradition, a éclairé l unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la typologie. Celle-ci discerne dans les Suvres de Dieu dans l Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné.
129 Les chrétiens lisent donc l Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. Cette lecture typologique manifeste le contenu inépuisable de l Ancien Testament. Elle ne doit pas faire oublier qu il garde sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). Par ailleurs, le Nouveau Testament demande d être lu aussi à la lumière de l Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (cf. 1 Co 5, 6-8 ; 10, 1-11). Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l Ancien, alors que l Ancien est dévoilé dans le Nouveau : ” Le Nouveau se cache dans l Ancien et dans le Nouveau l Ancien se dévoile ” (S. Augustin, Hept. 2, 73 : PL 34, 623 ; cf. DV 16).
130 La typologie signifie le dynamisme vers l accomplissement du plan divin quand ” Dieu sera tout en tous ” (1 Co 15, 28). Aussi la vocation des patriarches et l Exode de l Égypte, par exemple, ne perdent pas leur valeur propre dans le plan de Dieu, du fait qu ils en sont en même temps des étapes intermédiaires.
V. La Sainte Écriture dans la vie de l Église
131 ” La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu elles constituent, pour l Église, son point d appui et sa vigueur et, pour les enfants de l Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle ” (DV 21). Il faut ” que l accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens ” (DV 22).
132 ” Que l étude de la Sainte Écriture soit donc pour la sacrée théologie comme son âme. Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse, et toute l instruction chrétienne, où l homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même Parole de l Écriture, une saine nourriture et une saine vigueur ” (DV 24).
133 L Église ” exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens (…) à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, la science éminente de Jésus-Christ (Ph 3, 8). En effet, ignorer les Écritures, c est ignorer le Christ (S. Jérôme, Is. prol. : PL 24, 17B) ” (DV 25).
134 Toute l Écriture divine n est qu un seul livre, et ce seul livre c est le Christ, ” car toute l Écriture divine parle du Christ, et toute l Écriture divine s accomplit dans le Christ ” (Hugues de Saint Victor, De arca Noe 2, 8 : PL 176, 642 ; cf. ibid. 2, 9 : PL 176, 642-643: PL 176, 642C).
135 ” Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et, puisqu elles sont inspirées, elles sont vraiment cette Parole ” (DV 24).
136 Dieu est l Auteur de l Écriture Sainte en inspirant ses auteurs humains ; Il agit en eux et par eux. Il donne ainsi l assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la vérité salutaire (cf. DV 11).
137 L interprétation des Écritures inspirées doit être avant tout attentive à ce que Dieu veut révéler par les auteurs sacrés pour notre salut. ” Ce qui vient de l Esprit, n est pleinement entendu que par l action de l Esprit ” (Origène, hom. in Ex. 4, 5).
138 L Église reçoit et vénère comme inspirés les 46 livres de l Ancien et les 27 livres du Nouveau Testament.
140 L unité des deux Testaments découle de l unité du dessein de Dieu et de sa Révélation.. L Ancien Testament prépare le Nouveau, alors que celui-ci accomplit l Ancien ; les deux s éclairent mutuellement ; les deux sont vraie Parole de Dieu.
141 ” L Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l a fait pour le Corps même du Seigneur ” (DV 21) : ces deux nourrissent et régissent toute la vie chrétienne. ” Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route ” (Ps 119, 105 ; cf. Is 50, 4).
La réponse de l homme à Dieu
142 Par sa révélation, ” provenant de l immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible s adresse aux hommes comme à ses amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion ” (DV 2). La réponse adéquate à cette invitation est la foi.
143 Par la foi l homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l homme donne son assentiment à Dieu révélateur (cf. DV 5). L Écriture Sainte appelle ” obéissance de la foi ” cette réponse de l homme au Dieu qui révèle (cf. Rm 1, 5 ; 16, 26).
I. L obéissance de la foi
144 Obéir (ob-audire) dans la foi, c est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même. De cette obéissance, Abraham est le modèle que nous propose l Écriture Sainte. La Vierge Marie en est la réalisation la plus parfaite.
Abraham ” le père de tous les croyants “
145 L Épître aux Hébreux, dans le grand éloge de la foi des ancêtres, insiste particulièrement sur la foi d Abraham : ” Par la foi, Abraham obéit à l appel de partir vers un pays qu il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait ” (He 11, 8 ; cf. Gn 12, 1-4). Par la foi, il a vécu en étranger et en pèlerin dans la Terre promise (cf. Gn 23, 4). Par la foi, Sara reçut de concevoir le fils de la promesse. Par la foi enfin, Abraham offrit son fils unique en sacrifice (cf. He 11, 17).
146 Abraham réalise ainsi la définition de la foi donnée par l épître aux Hébreux : ” La foi est la garantie des biens que l on espère, la preuve des réalités qu on ne voit pas ” (He 11, 1). ” Abraham eut foi en Dieu, et ce lui fut compté comme justice ” (Rm 4, 3 ; cf. Gn 15, 6). Grâce à cette ” foi puissante ” (Rm 4, 20), Abraham est devenu ” le père de tous ceux qui croiraient ” (Rm 4, 11. 18 ; cf. Gn 15, 5).
147 De cette foi, l Ancien Testament est riche en témoignages. L Épître aux Hébreux proclame l éloge de la foi exemplaire des anciens ” qui leur a valu un bon témoignage ” (He 11, 2. 39). Pourtant, ” Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur ” : la grâce de croire en son Fils Jésus, ” le chef de notre foi, qui la mène à la perfection ” (He 11, 40 ; 12, 2).
Marie ” Bienheureuse celle qui a cru “
148 La Vierge Marie réalise de la façon la plus parfaite l obéissance de la foi. Dans la foi, Marie accueillit l annonce et la promesse apportées par l ange Gabriel, croyant que ” rien n est impossible à Dieu ” (Lc 1, 37 ; cf. Gn 18, 14), et donnant son assentiment : ” Je suis la servante du Seigneur, qu il m advienne selon ta parole ” (Lc 1, 38). Élisabeth la salua : ” Bienheureuse celle qui a cru en l accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ” (Lc 1, 45). C est pour cette foi que toutes les générations la proclameront bienheureuse (cf. Lc 1, 48).
149 Pendant toute sa vie, et jusqu à sa dernière épreuve (cf. Lc 2, 35), lorsque Jésus, son fils, mourut sur la croix, sa foi n a pas vacillé. Marie n a pas cessé de croire ” en l accomplissement ” de la parole de Dieu. Aussi bien, l Église vénère-t-elle en Marie la réalisation la plus pure de la foi.
II. ” Je sais en qui j ai mis ma foi ” (2 Tm 1, 12)
150 La foi est d abord une adhésion personnelle de l homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé. En tant qu adhésion personnelle à Dieu et assentiment à la vérité qu il a révélé, la foi chrétienne diffère de la foi en une personne humaine. Il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire absolument ce qu Il dit. Il serait vain et faux de mettre une telle foi en une créature (cf. Jr 17, 5-6 ; Ps 40, 5 ; 146, 3-4).
151 Pour le chrétien, croire en Dieu, c est inséparablement croire en Celui qu Il a envoyé, ” son Fils bien-aimé ” en qui Il a mis toute sa complaisance (cf. Mc 1, 11) ; Dieu nous a dit de L écouter (cf. Mc 9, 7). Le Seigneur Lui-même dit à ses disciples : ” Croyez en Dieu, croyez aussi en moi ” (Jn 14, 1). Nous pouvons croire en Jésus-Christ parce qu Il est Lui-même Dieu, le Verbe fait chair : ” Nul n a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, L a fait connaître ” (Jn 1, 18). Parce qu il ” a vu le Père ” (Jn 6, 46), Il est seul à Le connaître et à pouvoir Le révéler (cf. Mt 11, 27).
Croire en l Esprit Saint
152 On ne peut pas croire en Jésus-Christ sans avoir part à son Esprit. C est l Esprit Saint qui révèle aux hommes qui est Jésus. Car ” nul ne peut dire : Jésus est Seigneur , que sous l action de l Esprit Saint ” (1 Co 12, 3). ” L Esprit sonde tout, jusqu aux profondeurs de Dieu (…) Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l Esprit de Dieu ” (1 Co 2, 10-11). Dieu seul connaît Dieu tout entier. Nous croyons en l Esprit Saint parce qu il est Dieu.
L Église ne cesse de confesser sa foi en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.
153 Lorsque S. Pierre confesse que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare que cette révélation ne lui est pas venue ” de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux ” (Mt 16, 17 ; cf. Ga 1, 15 ; Mt 11, 25). La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Lui. ” Pour prêter cette foi, l homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. Celui-ci touche le cSur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l esprit et donne à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité ” (DV 5).
154 Croire n est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n est contraire ni à la liberté ni à l intelligence de l homme de faire confiance à Dieu et d adhérer aux vérités par lui révélées. Déjà dans les relations humaines il n est pas contraire à notre propre dignité de croire ce que d autres personnes nous disent sur elles-mêmes et sur leurs intentions, et de faire confiance à leurs promesses (comme, par exemple, lorsqu un homme et une femme se marient), pour entrer ainsi en communion mutuelle. Dès lors, il est encore moins contraire à notre dignité de ” présenter par la foi la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté au Dieu qui révèle ” (Cc. Vatican I : DS 3008) et d entrer ainsi en communion intime avec Lui.
155 Dans la foi, l intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine : ” Croire est un acte de l intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce ” (S. Thomas d A., s. th. 2-2, 2, 9 ; cf. Cc. Vatican I : DS 3010).
La foi et l intelligence
156 Le motif de croire n est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle. Nous croyons ” à cause de l autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper “. ” Néanmoins, pour que l hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation ” (ibid., DS 3009). C est ainsi que les miracles du Christ et des saints (cf. Mc 16, 20 ; He 2, 4), les prophéties, la propagation et la sainteté de l Église, sa fécondité et sa stabilité ” sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l intelligence de tous “, des ” motifs de crédibilité ” qui montrent que l assentiment de la foi n est ” nullement un mouvement aveugle de l esprit ” (Cc. Vatican I : DS 3008-3010).
157 La foi est certaine, plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir. Certes, les vérités révélées peuvent paraître obscures à la raison et à l expérience humaines, mais ” la certitude que donne la lumière divine est plus grande que celle que donne la lumière de la raison naturelle ” (S. Thomas d A., s. th. 2-2, 171, 5, obj. 3). ” Dix mille difficultés ne font pas un seul doute ” (Newman, apol.).
158 ” La foi cherche à comprendre ” (S. Anselme, prosl. proSm. : PL 153, 225A) : il est inhérent à la foi que le croyant désire mieux connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux comprendre ce qu Il a révélé ; une connaissance plus pénétrante appellera à son tour une foi plus grande, de plus en plus embrasée d amour. La grâce de la foi ouvre ” les yeux du cSur ” (Ep 1, 18) pour une intelligence vive des contenus de la Révélation, c est-à-dire de l ensemble du dessein de Dieu et des mystères de la foi, de leur lien entre eux et avec le Christ, centre du mystère révélé. Or, pour ” rendre toujours plus profonde l intelligence de la Révélation, l Esprit Saint ne cesse, par ses dons, de rendre la foi plus parfaite ” (DV 5). Ainsi, selon l adage de S. Augustin (serm. 43, 7, 9 : PL 38, 258), ” je crois pour comprendre et je comprends pour mieux croire “.
159 Foi et science. ” Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai ” (Cc. Vatican I : DS 3017). ” C est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi : les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. Bien plus, celui qui s efforce, avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là, même s il n en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui soutient tous les êtres et les fait ce qu ils sont ” (GS 36, § 2).
160 Pour être humaine, ” la réponse de la foi donnée par l homme à Dieu doit être volontaire ; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré soi. Par sa nature même, en effet, l acte de foi a un caractère volontaire ” (DH 10 ; cf. CIC, can. 748, § 2). ” Dieu, certes, appelle l homme à le servir en esprit et vérité ; si cet appel oblige l homme en conscience, il ne le contraint pas. (…) Cela est apparu au plus haut point dans le Christ Jésus ” (DH 11). En effet, le Christ a invité à la foi et à la conversion, il n y a nullement contraint. ” Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n a pas voulu l imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume (…) s étend grâce à l amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes ” (DH 11).
161 Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir ce salut (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 36 ; 6, 40 e.a.). ” Parce que sans la foi (…) il est impossible de plaire à Dieu (He 11, 6) et d arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne se trouve justifié sans elle et personne à moins qu il n ait persévéré en elle jusqu à la fin (Mt 10, 22 ; 24, 13), n obtiendra la vie éternelle ” (Cc. Vatican I : DS 3012 ; cf. Cc. Trente : DS 1532).
162 La foi est un don gratuit que Dieu fait à l homme. Ce don inestimable, nous pouvons le perdre ; S. Paul en avertit Timothée : ” Combats le bon combat, possédant foi et bonne conscience ; pour s en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi ” (1 Tm 1, 18-19). Pour vivre, croître et persévérer jusqu à la fin dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu ; nous devons implorer le Seigneur de l augmenter (cf. Mc 9, 24 ; Lc 17, 5 ; 22, 32) ; elle doit ” agir par la charité ” (Ga 5, 6 ; cf. Jc 2, 14-26), être portée par l espérance (cf. Rm 15, 13) et être enracinée dans la foi de l Église.
La foi commencement de la vie éternelle
163 La foi nous fait goûter comme à l avance, la joie et la lumière de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu ” face à face ” (1 Co 13, 12), ” tel qu Il est ” (1 Jn 3, 2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle :
Tandis que dès maintenant nous contemplons les bénédictions de la foi, comme un reflet dans un miroir, c est comme si nous possédions déjà les choses merveilleuses dont notre foi nous assure qu un jour nous en jouirons (S. Basile, Spir. 15, 36 : PG 32, 132 ; cf. S. Thomas d A., s. th. 2-2, 4, 1).
164 Maintenant, cependant, ” nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ” (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu ” comme dans un miroir, d une manière confuse, (…), imparfaite ” (1 Co 13, 12). Lumineuse par Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans l obscurité. La foi peut être mise à l épreuve. Le monde en lequel nous vivons semble souvent bien loin de ce que la foi nous assure ; les expériences du mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire la Bonne Nouvelle, elles peuvent ébranler la foi et devenir pour elle une tentation.
165 C est alors que nous devons nous tourner vers les témoins de la foi : Abraham, qui crut, ” espérant contre toute espérance ” (Rm 4, 18) ; la Vierge Marie qui, dans ” le pèlerinage de la foi ” (LG 58), est allée jusque dans la ” nuit de la foi ” (Jean-Paul II, RM 18) en communiant à la souffrance de son Fils et à la nuit de son tombeau ; et tant d autres témoins de la foi : ” Enveloppés d une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l épreuve qui nous est proposée, fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus ” (He 12, 1-2).
166 La foi est un acte personnel : la réponse libre de l homme à l initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s est donné la foi à lui-même comme nul ne s est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.
167 ” Je crois ” (Symbole des Apôtres) : c est la foi de l Église professée personnellement par chaque croyant, principalement lors du baptême. ” Nous croyons ” (Symbole de Nicée-Constantinople, dans l original grec) : c est la foi de l Église confessée par les évêques assemblés en Concile ou, plus généralement, par l assemblée liturgique des croyants. ” Je crois ” : c est aussi l Église, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire : ” Je crois “, ” Nous croyons “.
I. ” Regarde, Seigneur, la foi de ton Église “
168 C est d abord l Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C est d abord l Église qui, partout, confesse le Seigneur (” C est toi que par tout l univers la Sainte Église proclame son Seigneur “, chantons-nous dans le ” Te Deum “), et avec elle et en elle, nous sommes entraînés et amenés à confesser, nous aussi : ” Je crois “, ” Nous croyons “. C est par l Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême. Dans le ” Rituale Romanum “, le ministre du baptême demande au catéchumène : ” Que demandes-tu à l Église de Dieu ? ” Et la réponse : ” La foi “. ” Que te donne la foi ? ” ” La vie éternelle ” (OICA 75 et 247).
169 Le salut vient de Dieu seul ; mais parce que nous recevons la vie de la foi à travers l Église, celle-ci est notre mère : ” Nous croyons l Église comme la mère de notre nouvelle naissance, et non pas en l Église comme si elle était l auteur de notre salut ” (Faustus de Riez, Spir. 1, 2 : CSEL 21, 104). Parce qu elle est notre mère, elle est aussi l éducatrice de notre foi.
170 Nous ne croyons pas en des formules, mais dans les réalités qu elles expriment et que la foi nous permet de ” toucher “. ” L acte (de foi) du croyant ne s arrête pas à l énoncé, mais à la réalité (énoncée) ” (S. Thomas d A., s. th. 2-2, 1, 2, ad 2). Cependant, ces réalités, nous les approchons à l aide des formulations de la foi. Celles-ci permettent d exprimer et de transmettre la foi, de la célébrer en communauté, de l assimiler et d en vivre de plus en plus.
171 L Église qui est ” la colonne et le soutien de la vérité ” (1 Tm 3, 15), garde fidèlement ” la foi transmise aux saints une fois pour toutes ” (Jude 3). C est elle qui garde la mémoire des Paroles du Christ, c est elle qui transmet de génération en génération la confession de foi des apôtres. Comme une mère qui apprend à ses enfants à parler, et par là même à comprendre et à communiquer, l Église, notre Mère, nous apprend le langage de la foi pour nous introduire dans l intelligence et la vie de la foi.
172 Depuis des siècles, à travers tant de langues, cultures, peuples et nations, l Église ne cesse de confesser sa foi unique, reçue d un seul Seigneur, transmise par un seul baptême, enracinée dans la conviction que tous les hommes n ont qu un seul Dieu et Père (cf. Ep 4, 4-6). S. Irénée de Lyon, témoin de cette foi, déclare :
173 ” En effet, l Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (…) garde [cette prédication et cette foi] avec soin, comme n habitant qu une seule maison, elle y croit d une manière identique, comme n ayant qu une seule âme et qu un seul cSur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d une voix unanime, comme ne possédant qu une seule bouche ” (hær. 1, 10, 1-2).
174 ” Car, si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est un et identique. Et ni les Églises établies en Germanie n ont d autre foi ou d autre Tradition, ni celles qui sont chez les Ibères, ni celles qui sont chez les Celtes, ni celles de l Orient, de l Égypte, de la Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde… ” (ibid. 1, 10, 1-2) ” Le message de l Église est donc véridique et solide, puisque c est chez elle qu un seul chemin de salut apparaît à travers le monde entier ” (ibid., 5, 20, 1).
175 ” Cette foi que nous avons reçue de l Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l action de l Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient ” (ibid., 3, 24, 1).
176 La foi est une adhésion personnelle de l homme tout entier à Dieu qui se révèle. Elle comporte une adhésion de l intelligence et de la volonté à la Révélation que Dieu a faite de lui-même par ses actions et ses paroles.
177 ” Croire ” a donc une double référence : à la personne et à la vérité ; à la vérité par confiance en la personne qui l atteste.
179 La foi est un don surnaturel de Dieu. Pour croire, l homme a besoin des secours intérieurs du Saint-Esprit.
180 ” Croire ” est un acte humain, conscient et libre, qui correspond à la dignité de la personne humaine.
181 ” Croire ” est un acte ecclésial. La foi de l Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L Église est la mère de tous les croyants. ” Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n a pas l Église pour mère ” (S. Cyprien, unit. eccl. : PL 4, 503A).
182 ” Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l Église propose à croire comme divinement révélé ” (SPF 20).
183 La foi est nécessaire au salut. Le Seigneur lui-même l affirme : ” Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné ” (Mc 16, 16).
184 ” La foi est un avant-goût de la connaissance qui nous rendra bienheureux dans la vie future ” (S. Thomas d A., comp. 1, 2).
Symbole des Apôtres (DS 30)Credo de Nicée-Constantinople (DS 150)
Je crois en Dieu,Je crois en un seul Dieu,
le Père Tout-Puissant,le Père Tout-Puissant,
Créateur du ciel et de la terre.Créateur du ciel et de la terre
de l univers visible et invisible.
Et en Jésus-Christ, son Fils uniqueJe crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ
notre Seigneur,le Fils unique de Dieu,
qui a été conçu du Saint-Esprit,par l Esprit Saint,
est né de la Vierge Marie,Il a pris chair de la Vierge Marie,
et S est fait homme.
a souffert sous Ponce Pilate,Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mortIl souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Le troisième jour est ressuscité des morts,II ressuscita le troisième jour,
est monté aux cieux,et Il monta au ciel;
est assis à la droite de Dieu le PèreIl est assis à la droite du Père.
d où Il viendra juger les vivants et les morts.Il reviendra dans la gloire,
et son règne n aura pas de fin.
Je crois en l Esprit Saint,Je crois en l Esprit Saint,
à la sainte Eglise catholique,Je crois en l Eglise,
à la communion des saints,une, sainte, catholique et apostolique.
à la rémission des péchés,pour le pardon des péchés.
à la résurrection de la chair,J attends la résurrection des morts,
à la vie éternelle,et la vie du monde à venir.
La profession de la foi chrétienne
185 Qui dit ” Je crois “, dit ” J adhère à ce que nous croyons “. La communion dans la foi a besoin d un langage commun de la foi, normatif pour tous et unissant dans la même confession de foi.
186 Dès l origine, l Église apostolique a exprimé et transmis sa propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9 ; 1 Co 15, 3-5 ; etc.). Mais très tôt déjà, l Église a aussi voulu recueillir l essentiel de sa foi en des résumés organiques et articulés, destinés surtout aux candidats au Baptême :
Cette synthèse de la foi n a pas été faite selon les opinions humaines ; mais de toute l Écriture a été recueilli ce qu il y a de plus important, pour donner au complet l unique enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la connaissance de la vraie piété contenue dans l Ancien et le Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5, 12 : PG 33, 521-524).
187 On appelle ces synthèses de la foi ” professions de foi ” puisqu elles résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle ” Credo ” en raison de ce qui en est normalement la première parole : ” Je crois “. On les appelle également ” Symboles de la foi “.
188 Le mot grec symbolon signifiait la moitié d un objet brisé (par exemple un sceau) que l on présentait comme un signe de reconnaissance. Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier l identité du porteur. Le ” symbole de la foi ” est donc un signe de reconnaissance et de communion entre les croyants. Symbolon signifie ensuite recueil, collection ou sommaire. Le ” symbole de la foi ” est le recueil des principales vérités de la foi. D où le fait qu il sert de point de référence premier et fondamental de la catéchèse.
189 La première ” profession de foi ” se fait lors du Baptême. Le ” symbole de la foi ” est d abord le symbole baptismal. Puisque le Baptême est donné ” au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ” (Mt 28, 19), les vérités de foi professées lors du Baptême sont articulées selon leur référence aux trois personnes de la Sainte Trinité.
190 Le Symbole est donc divisé en trois parties : ” d abord il est question de la première Personne divine et de l Suvre admirable de la création ; ensuite, de la seconde Personne divine et du mystère de la Rédemption des hommes ; enfin de la troisième Personne divine, source et principe de notre sanctification ” (Catech. R. 1, 1, 3). Ce sont là ” les trois chapitres de notre sceau (baptismal) ” (S. Irénée, dem. 100).
191 ” Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre elles. D après une comparaison souvent employée par les Pères, nous les appelons articles. De même, en effet, que dans nos membres, il y a certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de même, dans cette profession de foi, on a donné avec justesse et raison le nom d articles aux vérités que nous devons croire en particulier et d une manière distincte ” (Catech. R. 1, 1, 4). Selon une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi coutume de compter douze articles du Credo, symbolisant par le nombre des apôtres l ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8 : PL 17, 1158D).
192 Nombreux ont été, tout au long des siècles, en réponse aux besoins des différentes époques, les professions ou symboles de la foi : les symboles des différentes Églises apostoliques et anciennes (cf. DS 1-64), le Symbole ” Quicumque “, dit de S. Athanase (cf. DS 75-76), les professions de foi de certains Conciles (Tolède : DS 525-541 ; Latran : DS 800-802 ; Lyon : DS 851-861 ; Trente : DS 1862-1870) ou de certains papes, tels la ” Fides Damasi ” (cf. DS 71-72) ou le ” Credo du Peuple de Dieu ” [SPF] de Paul VI (1968).
193 Aucun des symboles des différentes étapes de la vie de l Église ne peut être considéré comme dépassé et inutile. Ils nous aident à atteindre et à approfondir aujourd hui la foi de toujours à travers les divers résumés qui en ont été faits.
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place toute particulière dans la vie de l Église :
194 Le Symbole des apôtres, appelé ainsi parce qu il est considéré à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est l ancien symbole baptismal de l Église de Rome. Sa grande autorité lui vient de ce fait : ” Il est le symbole que garde l Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il a apporté la sentence commune ” (S. Ambroise, symb. 7 : PL 17, 1158D).
195 Le Symbole dit de Nicée-Constantinople tient sa grande autorité du fait qu il est issu des deux premiers Conciles Scuméniques (325 et 381). Il demeure commun, aujourd hui encore, à toutes les grandes Églises de l Orient et de l Occident.
196 Notre exposé de la foi suivra le Symbole des apôtres qui constitue, pour ainsi dire, ” le plus ancien catéchisme romain “. L exposé sera cependant complété par des références constantes au Symbole de Nicée-Constantinople, souvent plus explicite et plus détaillé.
197 Comme au jour de notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée ” à la règle de doctrine ” (Rm 6, 17), accueillons le Symbole de notre foi qui donne la vie. Réciter avec foi le Credo, c est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, c est entrer aussi en communion avec l Église toute entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons :
Ce Symbole est le sceau spirituel, il est la méditation de notre cSur et la garde toujours présente, il est, à coup sûr, le trésor de notre âme (S. Ambroise, symb. 1 : PL 17, 1155C).
198 Notre profession de foi commence par Dieu, car Dieu est ” Le premier et Le dernier ” (Is 44, 6), le Commencement et la Fin de tout. Le Credo commence par Dieu le Père, parce que le Père est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité ; notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce que la création est le commencement et le fondement de toutes les Suvres de Dieu .
” Je crois en Dieu le Père Tout-puissant
Créateur du ciel et de la terre “
199 ” Je crois en Dieu ” : cette première affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s il parle aussi de l homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu il s est révélé progressivement aux hommes. ” Les fidèles font d abord profession de croire en Dieu ” (Catech. R. 1, 2, 2).
I. ” Je crois en un seul Dieu “
200 C est avec ces paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople. La confession de l Unicité de Dieu, qui a sa racine dans la Révélation Divine dans l Ancienne Alliance, est inséparable de celle de l existence de Dieu et tout aussi fondamentale. Dieu est Unique : il n y a qu un seul Dieu : ” La foi chrétienne confesse qu il y a un seul Dieu, par nature, par substance et par essence ” (Catech. R. 1, 2, 8).
201 A Israël, son élu, Dieu S est révélé comme l Unique : ” Écoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cSur, de tout ton être, de toute ta force ” (Dt 6, 4-5). Par les prophètes, Dieu appelle Israël et toutes les nations à se tourner vers Lui, l Unique : ” Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car Je suis Dieu, il n y en a pas d autre (…). Oui, devant Moi tout genou fléchira, par Moi jurera toute langue en disant : en Dieu seul sont la justice et la force ” (Is 45, 22-24 ; cf. Ph 2, 10-11).
202 Jésus Lui-même confirme que Dieu est ” l unique Seigneur ” et qu il faut L aimer ” de tout son cSur, de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces ” (cf. Mc 12, 29-30). Il laisse en même temps entendre qu Il est Lui-même ” le Seigneur ” (cf. Mc 12, 35-37). Confesser que ” Jésus est Seigneur ” est le propre de la foi chrétienne. Cela n est pas contraire à la foi en Dieu l Unique. Croire en l Esprit Saint ” qui est Seigneur et qui donne la Vie ” n introduit aucune division dans le Dieu unique :
Nous croyons fermement et nous affirmons simplement, qu il y a un seul vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et ineffable, Père et Fils et Saint Esprit : Trois Personnes, mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple (Cc. Latran IV : DS 800).
203 A son peuple Israël Dieu s est révélé en lui faisant connaître son nom. Le nom exprime l essence, l identité de la personne et le sens de sa vie. Dieu a un nom. Il n est pas une force anonyme. Livrer son nom, c est se faire connaître aux autres ; c est en quelque sorte se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d être connu plus intimement et d être appelé, personnellement.
204 Dieu s est révélé progressivement et sous divers noms à son peuple, mais c est la révélation du nom divin faite à Moïse dans la théophanie du buisson ardent, au seuil de l Exode et de l alliance du Sinaï qui s est avérée être la révélation fondamentale pour l Ancienne et la Nouvelle Alliance.
205 Dieu appelle Moïse du milieu d un buisson qui brûle sans se consumer. Dieu dit à Moïse : ” Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d Abraham, le Dieu d Isaac et le Dieu de Jacob ” (Ex 3, 6). Dieu est le Dieu des pères, Celui qui avait appelé et guidé les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et compatissant qui se souvient d eux et de Ses promesses ; Il vient pour libérer leurs descendants de l esclavage. Il est le Dieu qui par delà l espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute Puissance en Suvre pour ce dessein.
” Je suis Celui qui suis “
Moïse dit à Dieu : ” Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis : Le Dieu de vos pères m a envoyé vers vous . Mais s ils me disent : quel est son nom ? , que leur dirai-je ? ” Dieu dit à Moïse : ” Je Suis Celui qui Suis “. Et il dit : ” Voici ce que tu diras aux Israélites : Je suis m a envoyé vers vous. (…) C est mon nom pour toujours, c est ainsi que l on m invoquera de génération en génération ” (Ex 3, 13-15).
206 En révélant Son nom mystérieux de YHWH, ” Je Suis Celui qui Est ” ou ” Je Suis Celui qui Suis ” ou aussi ” Je Suis qui Je Suis “, Dieu dit Qui Il est et de quel nom on doit L appeler. Ce nom Divin est mystérieux comme Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom révélé et comme le refus d un nom, et c est par là même qu il exprime le mieux Dieu comme ce qu Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons comprendre ou dire : Il est le ” Dieu caché ” (Is 45, 15), son nom est ineffable (cf. Jg 13, 18), et Il est le Dieu qui Se fait proche des hommes :
207 En révélant son nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui est de toujours et pour toujours, valable pour le passé (” Je suis le Dieu de tes pères “, Ex 3, 6), comme pour l avenir : (” Je serai avec toi “, Ex 3,12). Dieu qui révèle son nom comme ” Je suis ” se révèle comme le Dieu qui est toujours là, présent auprès de son peuple pour le sauver.
208 Devant la présence attirante et mystérieuse de Dieu, l homme découvre sa petitesse. Devant le buisson ardent, Moïse ôte ses sandales et se voile le visage (cf. Ex 3, 5-6) face à la Sainteté Divine. Devant la gloire du Dieu trois fois saint, Isaïe s écrie : ” Malheur à moi, je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures ” (Is 6, 5). Devant les signes divins que Jésus accomplit, Pierre s écrie : ” Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur ” (Lc 5, 8). Mais parce que Dieu est saint, Il peut pardonner à l homme qui se découvre pécheur devant lui : ” Je ne donnerai pas cours à l ardeur de ma colère (…) car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint ” (Os 10, 9). L apôtre Jean dira de même : ” Devant Lui nous apaiseront notre cSur, si notre cSur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cSur, et Il connaît tout ” (1 Jn 3, 19-20).
209 Par respect pour sa sainteté, le peuple d Israël ne prononce pas le nom de Dieu. Dans la lecture de l Écriture Sainte le nom révélé est remplacé par le titre divin ” Seigneur ” (Adonaï, en grec Kyrios). C est sous ce titre que sera acclamée la Divinité de Jésus : ” Jésus est Seigneur “.
” Dieu de tendresse et de pitié “
210 Après le péché d Israël, qui s est détourné de Dieu pour adorer le veau d or (cf. Ex 32), Dieu écoute l intercession de Moïse et accepte de marcher au milieu d un peuple infidèle, manifestant ainsi son amour (cf. Ex 33, 12-17). A Moïse qui demande de voir Sa gloire, Dieu répond : ” Je ferai passer devant toi toute ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH ” (Ex 33, 18-19). Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame : ” YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité ” (Ex 34, 5-6). Moïse confesse alors que le Seigneur est un Dieu qui pardonne (cf. Ex 34, 9).
211 Le nom divin ” Je suis ” ou ” Il est ” exprime la fidélité de Dieu qui, malgré l infidélité du péché des hommes et du châtiment qu il mérite, ” garde sa grâce à des milliers ” (Ex 34, 7). Dieu révèle qu Il est ” riche en miséricorde ” (Ep 2, 4) en allant jusqu à donner son propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du péché, Jésus révélera qu Il porte Lui-même le nom divin : ” quand vous aurez élevé le Fils de l homme, alors vous saurez que Je suis ” (Jn 8, 28).
212 Au cours des siècles, la foi d Israël a pu déployer et approfondir les richesses contenues dans la révélation du nom divin. Dieu est unique, hormis Lui pas de dieux (cf. Is 44, 6). Il transcende le monde et l histoire. C est Lui qui a fait le ciel et la terre : ” Eux périssent, Toi tu restes ; tous, comme un vêtement ils s usent (…) mais Toi, le même, sans fin sont tes années ” (Ps 102, 27-28). En Lui ” n existe aucun changement, ni l ombre d une variation ” (Jc 1, 17). Il est ” Celui qui est “, depuis toujours et pour toujours, et c est ainsi qu Il demeure toujours fidèle à Lui-même et à ses promesses.
213 La révélation du nom ineffable ” Je suis celui qui suis ” contient donc la vérité que Dieu seul EST. C est en ce sens que déjà la traduction des Septante et à sa suite la Tradition de l Église, ont compris le nom divin : Dieu est la plénitude de l Être et de toute perfection, sans origine et sans fin. Alors que toutes les créatures ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même et Il est de Lui-même tout ce qu Il est.
III. Dieu , ” Celui qui est “, est Vérité et Amour
214 Dieu, ” Celui qui est “, s est révélé à Israël comme Celui qui est ” riche en grâce et en fidélité ” (Ex 34, 6). Ces deux termes expriment de façon condensée les richesses du nom divin. Dans toutes ses Suvres Dieu montre sa bienveillance, sa bonté, sa grâce, son amour ; mais aussi sa fiabilité, sa constance, sa fidélité, sa vérité. ” Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité ” (Ps 138, 2 ; cf.

References: § 1
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 § 2
 § 7
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 § 3
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