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Timestamp: 2019-09-17 05:22:43+00:00

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On entend aujourd'hui sous ce titre, non pas tous les objets mobiliers (c'est-à-dire mobiles, pouvant être déplacés) qui garnissent une salle de classe, y compris le matériel d'enseignement, mais seulement ceux que l'usage courant appelle des meubles : bureau du maître, tables et bancs pour les élèves, portemanteaux, poêle, etc.
La loi du 15 mars 1850 avait inscrit à son article 27 l'obligation pour la commune de fournir à l'instituteur un mobilier de classe, et cette obligation fut étendue par la loi du 10 avril 1867 aux écoles de filles et aux écoles de hameau. Mais les règlements scolaires ne déterminèrent pas de façon précise, à cette époque, ce que devait être ce mobilier, et beaucoup fut laissé à l'arbitraire des municipalités. Aussi trouvait-on dans les écoles d'un même département, et souvent d'un même canton, les mobiliers les plus disparates.
Il a fallu bien du temps pour qu'on arrivât à reconnaître, en France, combien il importe d'établir le mobilier scolaire dans des conditions qui, en plaçant commodément les jeunes enfants pour lire et pour écrire, les préservent des attitudes vicieuses. Le dédain que le moyen-âge montrait pour le corps continua longtemps d'être la loi de nos établissements d'instruction de tout ordre.
Sans remonter à l'enquête ordonnée en 1833 par Guizot, on trouve encore des plaintes nombreuses sur l'ameublement des écoles dans l'enquête ouverte, en décembre 1860, par le ministre Rouland auprès des instituteurs : 636 mémoires, sur les 1207 réservés, se plaignent d'une façon très vive du mauvais état et de l'insuffisance du mobilier. Le manque de tables en nombre suffisant, et par suite l'obligation pour les petits enfants de rester sur leur banc dans une position gênante, sont fréquemment signalés ; plusieurs mémoires constatent même la défectuosité de certains mobiliers neufs. Voici quelques-uns de ces témoignages recueillis par M. Charles Robert (Plaintes et voeux des instituteurs en 1861) : « Il y a encore des écoles où les tables sont formées de quelques ais mal joints posés sur des tréteaux » (Seine-et-Oise) ; — « Presque partout le mobilier est insuffisant et dans un état déplorable. Il consiste uniquement dans une chaise pour le maître, quelques mauvaises tables sans casiers, ni encriers, et des bancs le long des murs pour les enfants qui ne peuvent venir aux tables » (Deux-Sèvres) — « On voit des écoles somptueuses avec un mobilier misérable. Les tables sont disjointes, ou trop hautes pour les petits ou trop basses pour les grands » (Meurthe).
« Aux Etats-Unis, dès 1854, — dit M. B. Berger, — l'ouvrage de Henry Barnard avait appelé l'attention sur l'importance d'un bon mobilier scolaire. En Allemagne, vers 1858, le Dr Schreber, puis en Suisse, en 1863, le Dr Fahrner à Zurich, et en 1865 le Dr Louis Guillaume à Neuchatel [aujourd'hui directeur du Bureau fédéral de statistique à Berne], avaient provoqué une réforme des bancs-tables en signalant le tort causé à la santé des élèves. La question ne fut réellement posée en France qu'à l'Exposition universelle de 1867. Les modèles d'école présentés au Champ de Mars par la Silésie, par la Suède et par l'Illinois (Etats-Unis) révélèrent dans quelles conditions doivent être placés de jeunes enfants, pendant les six heures qu'ils passent chaque jour à l'école, pour que leurs organes ne reçoivent aucune lésion, aucun affaiblissement.
« Dans les écoles de Paris, M. Gréard fit d'abord répudier les longues tables recevant de neuf à douze élèves, pour y substituer des tables de trois, quatre ou cinq places au plus, « construites de façon à assurer aux enfants la liberté de leurs mouvements, aux maîtres la facilité de la surveillance et de l'enseignement, de façon aussi à obvier à ces entassements qui créent et qui propagent les maladies épidémiques » (Gréard, Rapport au préfet de la Seine, 1871-1872). La reforme fut poursuivie avec vigueur et facilitée par la création d'un magasin scolaire. De nouveaux modèles furent introduits, en même temps qu'on profilait des essais tentés dans d'importants établissements privés, comme l'Ecole Monge et l'Ecole Alsacienne.
« L'ameublement introduit par l'enseignement mutuel existait encore dans bon nombre d'écoles de Paris ; il consistait en de longues tables pour dix élèves, ayant tout au plus 25 centimètres de large, avec des bancs de 10 à 12 centimètres, assez écartés de la table pour permettre les mouvements d'entrée et de sortie. Ailleurs, dans les écoles des frères, c'étaient de lourdes tables, plus larges, mais non plus commodes, faites toutes sur le même modèle, qu'il s'agit d'enfants de six à sept ans ou d élèves de treize à quatorze ans. Partout les élèves étaient dans des conditions gênantes, les plus jeunes obligés de s'asseoir sur le bord du banc et d'élever l'avant-bras pour atteindre la table, les plus âgés se courbant sur des tables très basses en repliant leurs jambes sous le banc.
« L'étude si complète présentée par M. F. Buisson sur les 47 modèles de bancs-tables figurant à l'Exposition de Vienne (1873) acheva de démontrer que, comme l'avait dit M. Gréard, rien n'est indifférent, rien n'est insignifiant dans ce détail de l'organisation matérielle des classes ; qu'une classe bien aménagée, bien ordonnée, où l'élève entre avec un sentiment de plaisir mêlé de respect, le dispose et le contraint moralement, pour ainsi dire, à l'application et au travail.
« Il fut établi que la table-banc devait s'accommoder à l'enfant, et non l'enfant à la table, et les observations de Fahrner, de Louis Guillaume, de Hermann Cohn devinrent le point de départ des recherches des constructeurs.
« Le Rapport sur l'Exposition de Philadelphie (1876) fit connaître alors quel soin on apportait, de l'autre côté de l'Océan, à l'ameublement des écoles ; et l'Exposition universelle de 1878 nous montra, dans les écoles de la Belgique, de la Suisse, de l'Autriche, du grand-duché de Luxembourg, des bancs-tables mieux appropriés q<:e les nôtres. Enfin la conférence si pleine de faits que M. de Bagnaux fit à la Sorbonne porta la conviction dans tous les esprits sur l’urgence de reformer le mobilier de toutes nos écoles, depuis la salle d'asile jusqu'à l'école normale. Les recherches se poursuivirent de toutes parts, et l'on finit par arriver à des types satisfaisants. »
Nous consacrons un article spécial à la question des tables, et des différents systèmes qui ont été tour à tour proposés et expérimentés : Voir Tables.
Il nous reste à indiquer ici quelles sont les prescriptions actuellement en vigueur en France à l'égard du mobilier scolaire.
Lorsque la création d'une école a été décidée conformément aux lois et règlements, les frais d'acquisition, d'entretien et de renouvellement du mobilier scolaire constituent pour les communes une dépense obligatoire (Loi du 20 mars 1883, art. 9 ; loi du 19 juillet 1889, art. 4).
Si en conséquence une commune refusait ou négligeait « de pourvoir à une installation convenable du service scolaire », il appartiendrait au préfet de «prendre toutes les mesures utiles à celle installation et à l'acquisition du mobilier scolaire nécessaire » (Loi du 10 juillet 1903, art. Ier).
La subvention accordée par l'Etat à une commune en vertu de la loi du 20 juin 1885 pour l'installation d'une école peut d'ailleurs s'appliquer à l'achat du mobilier scolaire. Il doit être produit, dans ce cas, pour le paiement de la subvention, un certificat délivré par l'inspecteur d'académie et constatant que la commune est en possession du mobilier tel qu'il a été détaillé au devis. (Décret du 7 avril 1887, art. 15.)
Quand un instituteur prend la direction d'une école, il doit, de concert avec le maire ou son délégué, faire le récolement du mobilier scolaire.
Le procès-verbal de cette opérai ion, signé par les deux parties, constitue l'instituteur responsable des objets désignés à l'inventaire. En cas de changement de résidence, l'instituteur doit provoquer, avant son départ, un nouveau récolement du mobilier.
Il a été publié, le 18 janvier 1887, une Instruction spéciale concernant la construction, le mobilier et le matériel d'enseignement des écoles maternelles et des écoles primaires élémentaires. Voici les neuf articles (articles 28-36) de cette Instruction qui concernent le mobilier des écoles maternelles publiques :
« ART. 28. — Le mobilier des salles d'exercices comprend des tables d'une hauteur, au-dessus du sol, de 0m, 42 pour la section des petits, de 0m, 45 pour les plus grands.
« Elles auront de préférence, surtout pour la section des petits, la forme ovale, soit 1m, 30 sur 0m, 90, et recevront un groupe de huit enfants, à 0m, 45 par place.
« Chaque enfant aura sa petite chaise, dont le siège sera élevé de 0m, 22 pour les petits, de 0m, 25 pour les plus grands.
« ART. 29. — Si l'on emploie les tables scolaires à deux places et à bancs fixes avec dossier, les dimensions sont ainsi déterminées pour les deux sections :
« Hauteur au-dessus du sol, 0m, 42 et 0m, 45 ; Largeur, 0m, 40 ; Longueur, 0m, 90 ; Hauteur du siège, 0m, 22 et 0m, 25 ; Distance entre le siège et les tables, 0m, 05.
« Le dessus sera horizontal, si un système simple et économique ne permet pas de l'incliner au besoin pour quelques-uns des exercices des plus grands.
« Le dossier du banc est formé par une traverse droite de 0m, 08 de large ; la hauteur de la partie supérieure du dossier au-dessus du siège est de 0m, 18 et 0m, 19.
« Le banc a 0m, 20 de large.
« ART. 30. — Quelle que soit la forme de tables adoptée, leur disposition dans la salle devra permettre la facile exécution des mouvements et des évolutions.
« Le long des murs les passages auront au moins 0m, 80.
« ART. 31. — Une table avec tiroirs servira de bureau pour la maîtresse.
« ART. 32. — Des tableaux noirs seront disposés sur les parois de la salle ; placés à 0m, 50 du parquet, ils s'élèveront jusqu'à 1m, 20 au-dessus.
« ART. 33. — Une armoire renfermera le matériel d'enseignement et d'éducation.
« ART. 34. — Le mobilier du préau couvert comprend des portemanteaux pour les vêtements et des rayons à claire-voie, disposés le long des parois, pour les paniers ; la hauteur en sera calculée pour que les enfants puissent eux-mêmes placer et reprendre leurs affaires ;
« Des bancs fixes avec dossier établis au pourtour ;
« Des tables et bancs mobiles pour les repas des enfants ; la largeur de la table sera d'au moins 0m, 60 ;
« Des lits de repos : un pour dix enfants de la section des petits ;
« Des lavabos pourvus de serviettes ; ils seront disposés à l'une des extrémités du préau dans un entourage à claire-voie de 1 mètre de haut, avec portes d'entrée et de sortie. Le sol de cette partie du préau sera carrelé, dallé ou bitumé.
« Les cuvettes des lavabos seront établies à raison d'au moins une pour dix enfants. Leur hauteur au-dessus du sol ne dépassera pas 0m, 50.
« ART. 35. — Une armoire renfermera le linge de service et quelques vêtements de dessous pour les enfants, en cas de besoin.
« ART. 36. — Des bancs en bois, à lames et avec dossier, seront établis au pourtour de la cour de récréation.
« Une fontaine d'eau potable sera installée dans la cour. »
Pour ce qui regarde les écoles primaires élémentaires, l'énumération des objets constituant le mobilier et des objets constituant le matériel d'enseignement forme une seule et même section intitulée Mobilier et matériel d'enseignement. Ne pouvant séparer du mobilier les objets relatifs à l'enseignement, nous reproduisons tels quels les cinq articles (articles 46-50) de cette section de l'Instruction spéciale :
« ART. 46. — Les objets qui, dans toute école primaire élémentaire, doivent composer le mobilier de classe et le matériel d'enseignement et être fournis par les communes, sont :
« 1° Pour chaque classe :
« Un bureau avec estrade pour le maître ou la maîtresse ;
« Des bancs-tables en nombre suffisant pour tous les élèves fréquentant la classe ;
« Un tableau noir, craie et éponges ;
« Une méthode de lecture en tableaux (pour les classes de la division élémentaire seulement) ;
« Un tableau de système métrique ou un compendium métrique ;
« Des cartes géographiques : le département, la France, l'Europe, la mappemonde ou le planisphère ;
« Un poêle ou un calorifère avec grille, un seau pour le charbon ;
« 2° Les outils les plus simples des principaux métiers ;
« Les objets et les matières premières nécessaires pour l'enseignement des travaux manuels, conformément aux programmes ;
« Des fusils scolaires et un râtelier pour ces fusils (pour les écoles de garçons) ;
« Des agrès et appareils de gymnastique : portique, petit mât, gros mât, haltères, anneaux, échelles, corde à noeuds, barres à suspension, barres parallèles fixes, poutre horizontale, perches, bâtons, trapèze ;
« 3° Tous les objets indispensables pour la propreté de l'école, tels que balais, seaux, plumeaux, arrosoirs, pelles à main ;
« 4° Une armoire-bibliothèque ;
« 5° Des portemanteaux pour les vêtements et des rayons pour les paniers et les sacs à provisions ;
« 6° Les registres et imprimés scolaires, tels que registre matricule, registre d'appel ou de présence, registre d'inventaire du mobilier de l'école et du matériel d'enseignement, catalogue des livres de la bibliothèque scolaire, registre des entrées et des sorties, registre des recettes et des dépenses.
« ART. 47. — Une table avec tiroirs, posée sur une estrade de 0m, 30 à 0m, 32 (hauteur de deux marches), servira de bureau pour le maître.
« ART. 48. — Les tables-bancs seront à une ou deux places, mais de préférence à une place.
« Quatre types seront établis pour les écoles des communes dans lesquelles il n'existe pas d'école maternelle (écoles à classe unique) ;
« Le type I, pour les enfants dont la taille varie de 1 mètre à 1m, 10 ;
« Le type II, pour ceux de 1m, 11 à 1m, 20 ;
« Le type III, pour ceux de 1m, 21 à 1m, 35 ;
« Le type IV, pour ceux de 1°, 36 à 1m, 50.
« Trois types seulement, les types II, III et IV, seront adoptes dans les écoles qui ne reçoivent les enfants qu'à six ans, c'est-à-dire au sortir de l'école maternelle (écoles à plusieurs classes).
« Un cinquième type pourra être établi pour les enfants dont la taille excèderait 1m, 50.
« On inscrira sur chaque table-banc le numéro du type auquel elle appartient, avec indication de la taille correspondante. Exemple : III, 1m, 21 à 1m, 35.
« Les instituteurs devront mesurer leurs élèves, une fois par an, à l'époque de la rentrée des classes.
« La tablette à écrire aura au-dessus du plancher, mesures prises au bord de la table, les dimensions ci-dessous :
« La tablette dite à bascule, formée de deux parties se repliant l'une sur l'autre au moyen de charnières, est interdite.
« Table-banc à tablette fixe.
« La distance entre le banc et la tablette sera nulle, c'est-à-dire que la verticale tombant de l'arête de la table rencontrera le bord antérieur du banc.
« Un casier pour les livres sera ménagé sous la tablette à écrire.
« Un encrier mobile de verre ou de porcelaine à orifice étroit sera adapté à la table et placé à la droite de chaque élève.
« Les traverses, barres d'attache, barres d'appui pour les pieds, reposant les unes et les autres sur le plancher, sont interdits.
« ART. 49. — Il ne sera fait usage que du tableau ardoisé.
« ART. 50. — Dans les classes de dessin, les tables seront simples, les élèves devant être placés sur une même ligne et recevoir le jour de gauche à droite.
« Elles seront à deux places ; elles auront 1m, 30 de longueur, 0m, 65 de largeur et 0m, 85 de hauteur (0m, 75 seulement pour la taille inférieure). Elles seront horizontales, afin de pouvoir servir au dessin géométrique. Elles porteront, au bord opposé à l'élève, une tablette horizontale fixe et continue, d'une largeur de 0m, 12 environ, et d'une élévation au-dessus de la table de 0m, 07.
« Cette tablette est destinée à recevoir le matériel nécessaire au travail et permet à l'élève, suivant les besoins, d'incliner sa planche.
« Au milieu de la tablette et sur le bord antérieur sera placée verticalement une planche de 0m, 30 de largeur, sur 0m, 48 de hauteur, ayant en avant une saillie circulaire de 0m, 05 de rayon. Cette planche servira de support au modèle graphié pour le dessin géométrique, ou au bas-relief pour le dessin d'art.
« Elle sera soutenue à sa partie supérieure par une tige en fer fixée aux extrémités de la table.
« Pour le dessin à main levée, l'élève, assis sur un tabouret, posera l'une des extrémités du carton sur ses genoux, l'autre sur le bord de la table ; il se trouvera ainsi à une distance convenable de l'objet à reproduire, distance qu'on évalue approximativement à deux fois la plus grande dimension du modèle.
« Les tables devront être fixées au sol. Les tabourets seront au contraire mobiles et de trois hauteurs différentes : 0m, 35, 0m, 45 pour le dessin d'art, 0m, 70 pour le dessin géométrique.
« A l'extrémité de la salle sera aménagé l'hémicycle pour dessin d'après relief, bas-relief et ronde bosse. Il sera formé de deux ou de trois rangs de gradins ou demi-cercles concentriques, avec barres d'appui, de préférence en fer.
« Un tableau, destiné aux explications et aux leçons orales, sera placé au fond de l'hémicycle. »

References: art. 9
 art. 4
 art. 15
 ART. 28
 ART. 29
 ART. 30
 ART. 31
 ART. 32
 ART. 33
 ART. 34
 ART. 35
 ART. 36
 ART. 46
 ART. 47
 ART. 48
 ART. 49
 ART. 50