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Timestamp: 2018-10-22 05:49:17+00:00

Document:
Rome souterraine.
Louis le Lun 29 Sep 2014, 8:58 pm
Résumé des découvertes de M. de Rossi dans les Catacombes romaines et en particulier dans le cimetière de Calliste.
Traduit de l’anglais par Paul Allard, Juge suppléant au Tribunal civil de Rouen, Paris, 1874.
Nous éditerons ce fil pour y déposer les liens dès leur parution.
INTRODUCTION — HISTOIRE LITTÉRAIRE DE ROME SOUTERRAINE.
Deuxième partie. — Anciens documents.
LIVRE I — ORIGINE DES CATACOMBES.
Chapitre I. — Description générale.
Chapitre II. — Position sociale et religieuse des premiers chrétiens.
Chapitre III. — Lois et usages funéraires des Romains.
Chapitre IV. — Commencement des catacombes.
LIVRE II — HISTOIRE DES CATACOMBES.
Chapitre I. — Les catacombes pendant les deux premiers siècles.
Chapitre II.— Histoire des catacombes depuis le commencement du IIIe siècle jusqu’à la paix de l’Église en 312.
Chapitre III.— De l'édit de Milan au sac de Rome par les Goths (312-410).
Chapitre IV.— De l’an 410 jusqu’à l’abandon définitif des catacombes.
LIVRE III — CIMETIÈRE DE CALLISTE.
Chapitre I. — Découverte du cimetière de Saint-Calliste.
Chapitre II. — Distinction de ses différentes parties.
Chapitre III. — La crypte papale.
Chapitre IV. — Crypte de Sainte Cécile.
Chapitre V. — L’épitaphe de saint Eusèbe.
Chapitre VI. — Le tombeau de saint Corneille.
LIVRE IV — L'ART CHRÉTIEN.
Chapitre I.— Antiquité et types principaux de l'art chrétien.
Chapitre II.— Sujets symboliques.
Chapitre III.— Sujets allégoriques.
Chapitre IV.— Sujets bibliques.
Chapitre V.— Images de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des saints.
Chapitre VI.— Sujets liturgiques.
Chapitre VII.— Verres dorés trouvés dans les catacombes.
Chapitre VIII.— Sarcophages chrétiens.
LIVRE V — LE TÉMOIGNAGE DES CATACOMBES.
Chapitre I. — Les catacombes rendent témoignage de leur origine chrétienne.
Chapitre II. — Construction et développement des catacombes.
Découvertes faites dans les catacombes depuis 1874.
I. Nouvelles études dans le cimetière de Prétextat.
II. La Basilique de Pétronille au cimetière de Domitille.
§ 1er. Découverte et histoire de la Basilique.
§ 2e. Le tombeau de Nérée et Achillée.
§ 3e. La sépulture de Pétronille.
§ 4e. Les inscriptions des Flaviens chrétiens.
§ 5e. Le christianisme de Flavius Clemens et l'existence de Flavia Domitille la jeune.
III. Fouilles dans le cimetière de Calliste.
IV. Verres chrétiens.
NOTE A. — Découverte du tombeau de saint Hyacinthe, par le P. Marchi.
NOTE B. — Fragments de l'interrogatoire de sainte Cécile, d'après deux manuscrits.
NOTE C.— La Chaire de Saint Pierre.
NOTE D.— De l’intercession des saints, d’après saint Augustin.
NOTE E.— L’autel chrétien primitif.
NOTE F.— Saint-Clément de Rome.
NOTE G.— Description de l'Atlas ou Plan général du cimetière de Calliste et en particulier de l'area V.
Dernière édition par Louis le Dim 04 Oct 2015, 2:26 pm, édité 53 fois (Raison : Déposer un lien.)
Re: Rome souterraine.
Louis le Mar 30 Sep 2014, 6:33 am
INTRODUCTION — HISTOIRE LITTÉRAIRE DE ROME SOUTERRAINE
Deuxième partie — Anciens documents
SOMMAIRE. — Le Martyrologium Hieronymianum. — Almanach de Furius Dionysius Filocalus. — Inscriptions de saint Damase. — Liber pontificalis. — Actes des martyrs. — Itinéraires des pèlerins. — Liste des huiles saintes conservées à Monza.
Le recueil connu sous le nom de Martyrologium Hieronymianum renferme peut-être les plus anciens documents officiels de l'Église romaine. Dans sa forme actuelle, il ne peut remonter au delà du VIe ou du VIIe siècle; mais il contient certainement de nombreuses portions de martyrologes plus anciens, appartenant à l'époque des persécutions. On sait avec quelle sollicitude l'Église persécutée recueillait et les reliques de ses martyrs et les actes de leur procès. Il nous suffira de rappeler saint Clément, avant la fin du Ier siècle, « divisant les sept régions de Rome entre les fidèles notaires de l'Église, chargés, chacun dans sa région, de rechercher avec le plus grand zèle les actes des martyrs (1) ; et saint Fabien, pape au milieu du IIe siècle, « partageant les régions entre les diacres, et chargeant sept sous-diacres de surveiller les sept notaires, afin de recueillir dans tous leurs détails (in integro) les actes des martyrs (2). La plupart de ces précieux recueils périrent dans la terrible persécution de Dioclétien. Quelques-uns, cependant, purent être sauvés ; et ceux-là forment précisément le fond primitif, la première couche, si l'on peut ainsi parler, du martyrologe hiéronymien. Les manuscrits les plus authentiques de ce martyrologe, font remarquer les Bollandistes (1), ne mentionnent aucun martyr postérieur au règne de l'empereur Julien, aucun de ceux, par exemple, qui furent mis à mort en Afrique par les Vandales.
On ne saurait voir là une preuve directe de l'antiquité de ce document : mais de sûrs indices permettent d'assigner une portion, on pourrait peut-être dire une édition du martyrologe hiéronymien aux premières années du IVe siècle, une autre au commencement du Ve. Non-seulement son texte offre à un œil exercé cette « couleur d'antiquité » qu'y a reconnue Mansi; non-seulement le mélange de styles et d'époques s'y montre avec évidence, et permet de conclure, avec le même érudit, qu'il y a là moins un martyrologe composé tout d'une pièce qu'« un assemblage de martyrologes et de calendriers primitifs, plus ou moins bien cousus ensemble ; » mais encore des faits précis ont permis d'y reconnaître avec certitude la main d'un compilateur ou copiste contemporain du pape Miltiade (311-314) et d'un autre contemporain de saint Boniface Ier (418-422). Le martyrologe hiéronymien fixe, en effet, au 2 juillet la fête Ordinationis Miltiadis, et au 29 décembre celle Bonifacii epi, de ordinatione, deux fêtes qui certainement ne furent célébrées que du vivant de ces papes. Nous ne pouvons exposer les répétitions, les contradictions et les erreurs qu'une critique pénétrante a relevées dans l'œuvre de ces différents copistes, et dont elle a souvent tiré un heureux parti pour serrer de plus près la vérité; même en l'absence de preuves directes, les imperfections de toute nature dont il abonde suffiraient à démontrer que, dans son état actuel, le martyrologe hiéronymien est l'œuvre de plusieurs époques et a certainement été composé avec les lambeaux d'écrits plus anciens. Il est inutile d'insister sur la valeur d'une compilation par laquelle ont été sauvés du naufrage des documents échappés à la persécution de Dioclétien.
Immédiatement après le martyrologe hiéronymien …
(1) Liber pontificalis, c. IV.
(2) Ibid., c. IV
(1) [Acta Sanct. oct., t. IX, p. 269.
Rome Souterraine, p. 23-24.
Louis le Mar 30 Sep 2014, 5:34 pm
Immédiatement après le martyrologe hiéronymien vient, en ordre chronologique, l'almanach chrétien (car nous ne pouvons le désigner par un meilleur nom) dont la première édition parait avoir été publiée en 336, et la dernière, enrichie de dessins et d'ornements calligraphiques, en 354, par Furius Dionysius Filocalus. Il contient les dates de la mort ou de la depositio des papes depuis Lucius jusqu'à Jules (255-352), une liste des principales fêtes chrétiennes de l'année, particulièrement celles des martyrs, et enfin un catalogue des papes depuis saint Pierre jusqu'à Libère (1) . Dans ce dernier catalogue, la date de la mort des papes ne commence à être marquée qu'à partir d'Anteros, ce qui semble indiquer que la première partie du catalogue est tirée de quelque ouvrage antérieur à ce pape, la chronique d'Hippolyte, par exemple.
Le plus important de ces documents est sans contredit le premier des trois. Il vient immédiatement après une liste des préfets de la ville, et cette liste, qui paraît avoir été soigneusement copiée sur les registres officiels du temps, commence, comme celle des papes, en 254. Ce synchronisme est-il purement accidentel ? ou bien, au contraire, les deux listes n'auraient-elles pas été empruntées l'une et l'autre à des documents officiels, à des registres de police, à des papiers d'État, par exemple aux archives de la préfecture urbaine? A première vue il peut paraître étrange que les noms des papes aient été connus officiellement des gouverneurs de Rome. Il est certain cependant que dès le commencement du IIIe siècle beaucoup d'églises s'accoutumèrent à payer tribut au gouvernement afin d'échapper à la persécution, et furent, en conséquence, immatriculées, pour ainsi dire, sur les registres de la police, où elles se trouvaient, comme Tertullien (2) a soin de le rappeler, en très-singulière compagnie.
Nous lisons encore qu'après la mort du pape Fabien, Dèce défendit expressément de lui nommer un successeur, et entra dans une grande colère quand il apprit l'élection de Corneille. Dans les interrogatoires des martyrs on trouve souvent la question suivante : « A quelle église appartenez-vous? » Quand les propriétés ecclésiastiques sont restituées après une persécution, c'est à l'évêque que la restitution est faite; quand, au contraire, une nouvelle persécution commence, c'est à lui que l'on demande les livres sacrés, c'est contre lui et contre ses clercs que sont quelquefois dirigés les édits. Tout cela semble indiquer une certaine connaissance et même une certaine reconnaissance du rang qui appartient à l'évêque dans la hiérarchie ecclésiastique. Et, remarque curieuse, plusieurs points obscurs du catalogue dont nous parlons s'éclaircissent si l'on admet qu'il a été emprunté à des sources civiles et officielles. Ainsi, par exemple, on y lit qu'en 304 la dignité épiscopale demeura vacante pendant sept ans, six mois et vingt-cinq jours. Ce fait est en contradiction avec l'histoire et avec les dates qui se rencontrent en d'autres parties du même catalogue. Il devient clair, si l'on se rappelle que, précisément pendant l'espace de temps indiqué, les loca ecclesiastica demeurèrent confisqués et la hiérarchie ecclésiastique fut (au moins légalement) supprimée. Le Liber pontificalis en rapporte un curieux exemple : il nous montre l'empereur Maxence voulant contraindre saint Marcel à confesser qu'il n'était point évêque (parce qu'il n'avait pas été reconnu par le gouvernement impérial); et précisément le nom de Marcel ne figure point sur notre liste. Quelle que soit la valeur de ces inductions…
1. Ce dernier catalogue est ordinairement appelé Libérien, ou Buchérien, de son premier éditeur Ægidius Bucherius, S. J. — De doctrina temporum, 1634. — 2. Note de Louis : Le texte de cette note est en latin, et peut être fournie sur demande. Bien à vous.
Rome Souterraine, p. 25-26.
Louis le Mer 01 Oct 2014, 7:57 pm
Quelle que soit la valeur de ces inductions en ce qui concerne l'origine officielle des listes rapportées dans l'almanach philocalien, il est au moins certain qu'elles ont été composées d'après des documents remontant à la plus haute antiquité, et qu'elles sont une des sources les plus utiles auxquelles ait puisé M. de Rossi.
Aux deux sources déjà mentionnées, il faut ajouter les nombreuses inscriptions composées par le pape Damase en l'honneur des martyrs, et gravées par le même Furius Dionysius Filocalus. Quelques-uns de ces monuments, détruits par les Goths, les Lombards, et tous les barbares qui successivement dévastèrent les catacombes, furent plus ou moins correctement restaurés par les papes; beaucoup nous ont été conservés par les copies qu'en ont prises les pèlerins du IXe ou du Xe siècle, plusieurs sont demeurés intacts jusqu'à nos jours, et d'autres ont été très-habilement retrouvés ou recomposés par M. de Rossi. Ces monuments sont, partout où on les rencontre, des documents d'une valeur hors ligne pour l'histoire et la géographie des catacombes.
Nous avons eu déjà, et nous aurons souvent occasion de citer le Liber pontificalis, ou, comme on l'appelle quelquefois, moins correctement, les vies des papes, par le bibliothécaire Anastase. Ce livre fut, dès l'origine, composé d'après des documents plus anciens, comme l'avait été le Martyrologium Hieronymianum. On en compte au moins trois éditions ou versions successives avant celle d'Anastase. Deux d'entre elles remontent au commencement ou au milieu du VIIIe siècle, l'autre au commencement du VIe: une portion de cette dernière peut même être attribuée à l'époque de Damase, sinon à une période plus ancienne. Les renseignements du Liber pontificalis sont souvent en contradiction avec ceux de l'almanach philocalien et du martyrologe hiéronymien, particulièrement en matière de dates; mais ces variantes sont quelquefois utiles, et mettent sur la trace d'événements qui sans elles demeureraient inconnus. Elles s'expliquent souvent par ce fait qu'elles ont trait à quelque translation des reliques d'un pape, dont la date a été confondue par le compilateur avec celle de sa mort ou de sa première depositio. La plupart des contradictions que présentent, comparés entre eux, les anciens documents que nous étudions ont ainsi une raison cachée, se rapportent à un fait ignoré, ou proviennent de quelque autorité dont la trace est perdue : à elles seules, elles fournissent souvent des indications utiles.
Les martyrologes de Bède, d'Adon, d'Usuard, méritent aussi d'être consultés…
Rome Souterraine, p. 26-28.
Louis le Ven 03 Oct 2014, 5:55 am
Les martyrologes de Bède, d'Adon, d'Usuard, méritent aussi d'être consultés ; mais ils sont inférieurs en importance aux actes des martyrs, qui, même lorsqu'ils ne sont pas authentiques, contiennent souvent de très-précieux fragments de vérité. Tillemont et d'autres critiques de la même école ont traité avec trop de dédain ces vénérables monuments de l'antiquité chrétienne. Rebutés par les anachronismes flagrants, la diction barbare, l'exagération légendaire, les difficultés historiques qui s'y rencontrent à chaque page, ils ont trouvé plus facile de les rejeter en bloc que de porter dans ces obscurités la lumière de la critique, et d'y faire les distinctions nécessaires.
Une étude plus exacte et moins défiante réussit souvent, au contraire, à y démêler les traces, la trame d'une histoire vraie, d'un récit sérieux. Les actes de sainte Cécile, par exemple, si complètement rejetés par Tillemont qu'il en vint à se demander s'il avait réellement existé à Rome une vierge martyre de ce nom, et si sa légende n'était pas un mythe venu de Sicile, ne sont pas certainement, dans la forme où nous les possédons, un document authentique et original ; ils ne sont pas contemporains du martyre qu'ils racontent ; au contraire, la préface et le corps même de ces actes trahissent un écrivain du temps de la paix, ayant vécu entre le IVe et le Ve siècle ; mais des indices nombreux, certains, incontestables, démontrent en même temps qu'ils durent être composés sur des renseignements très-minutieux et très-dignes de foi, et un grand nombre des événements qu'ils relatent ont reçu une confirmation décisive de la découverte, à la fin du XVIe siècle, des reliques de sainte Cécile, qui certainement étaient cachées à tout œil humain au moment où ils furent écrits.
De plus, si l'on compare avec soin les différentes leçons des manuscrits encore existants…
Rome Souterraine, p. 28-29.
Louis le Ven 03 Oct 2014, 5:20 pm
De plus, si l'on compare avec soin les différentes leçons des manuscrits encore existants, il est aisé de distinguer les additions, les embellissements, les amplifications que les copistes ont fait entrer successivement dans le texte primitif (1). Ces variantes sont en réalité peu nombreuses, elles laissent intact le fond, se bornant à donner à la forme quelque chose de plus oratoire, à remplacer par un équivalent vague des expressions dont on avait perdu le sens légal, à mettre dans le récit et le dialogue un certain mouvement dramatique ; elles sont telles qu'on l'eût pu prévoir avant même de lire et de comparer les manuscrits ; et il est probable que le premier compilateur n'a pas usé d'une liberté plus grande avec les documents originaux que ses successeurs n'ont fait avec son texte. C'est ainsi que dans leur état actuel les actes des martyrs, même les moins purs, les plus altérés, se composent de plusieurs dépôts successifs sous lesquels le fond premier se retrouve presque intact, si l'on écarte avec soin les éléments ajoutés; et comme tous, y compris ceux dont l'authenticité est la moins certaine, furent écrits avant que les reliques des saints dont ils parlent aient été retirées de leurs tombeaux des catacombes, ils ont été d'un grand secours pour aider M. de Rossi à reconstruire l'histoire et la géographie de Rome souterraine. On en peut dire autant de quelques renseignements épars dans les anciens recueils liturgiques de l'Église romaine.
Les prédécesseurs de M. de Rossi ont connu tous ces documents, et en ont plus ou moins heureusement fait usage. À lui appartient l'honneur d'avoir démontré le premier, et par le raisonnement, et surtout par les faits, par ses découvertes, la grande importance des renseignements contenus dans les Itinéraires ou récits de voyage des anciens pèlerins, et dans les Guides écrits pour diriger leurs visites aux principaux sanctuaires de Rome. Un de ces récits de voyage peut se lire (2) dans les œuvres de Guillaume de Malmesbury, racontant le séjour des croisés à Rome, en 1095 ; il parle des saints comme s'ils reposaient encore dans leurs tombes souterraines; cet anachronisme prouve clairement…
(1). Voir à l'Appendice, note B. — (2). Dans l'excellente édition de Duffus-Hardy, t. II, p. 539-544.
Rome Souterraine, p. 29.
Louis le Sam 04 Oct 2014, 6:57 pm
…Guillaume de Malmesbury, racontant le séjour des croisés à Rome, en 1095 ; il parle des saints comme s'ils reposaient encore dans leurs tombes souterraines; cet anachronisme prouve clairement que le chroniqueur a copié quelque ancien document écrit cinq ou six siècles avant lui, et de sûrs indices permettent d'assigner à ce document original une date quelconque entre les années 650 et 680.
Un autre de ces Itinéraires, postérieur à celui-ci d'environ un siècle, fut publié par Mabillon, en 1685, d'après un manuscrit d'Einsiedeln, et un troisième, qui remonte au milieu du VIIe siècle, par Eckart, en 1729, d'après un manuscrit du Xe siècle appartenant à la bibliothèque de Wurtzbourg.
La valeur historique de ces Itinéraires, ou du moins de celui de Malmesbury et de celui d'Einsiedeln, est bien surpassée par celle de deux autres qui ont été découverts, en 1777, dans la bibliothèque de Salzbourg, et publiés en appendice à la suite d'une édition des œuvres d'Alcuin, dont le manuscrit avait été relié avec le leur.
L'examen de ces deux documents permet d'assigner l'un d'entre eux, le plus circonstancié et le plus exact, à la première moitié du VII e siècle, entre les années 625 et 638 ; l'autre lui est un peu postérieur.
Le premier (1) est une relation originale, écrite sur les lieux mêmes ; elle abonde en renseignements topographiques sur tout ce que l'écrivain a vu, sur terre et sous terre, à droite et à gauche, au levant et au couchant. Le pèlerin qui l'écrit part du centre de Rome, et s'avance vers le nord en sortant par la porte Flaminienne ; il visite avec ordre les différentes voies, et passe de l'une à l'autre, non en revenant à son point de départ, mais en prenant des chemins de traverse, dont beaucoup existent encore.
Le second (2), reproduction, avec des variantes, de celui publié par Eckart, suit à peu près le même plan, et visite de même chaque voie l'une après l'autre ; mais ce n'est plus le journal d'un voyageur, décrivant ce qu'il a vu, c'est plutôt une relation de seconde main, l'abrégé d'un ouvrage plus important. L'un et l'autre, du reste, furent écrits avant que l'on ait commencé à transporter dans Rome les reliques des catacombes; les minutieux détails de topographie qui s'y rencontrent se rapportent donc à la condition primitive des cimetières souterrains, et remontent à une époque où toutes leurs traditions étaient encore vivantes.
On peut classer dans la même catégorie que les Itinéraires le catalogue des reliques recueillies par…
1. Notitia ecclesiarum urbis Romæ. — 2. De locis sanctis martyrum qua sunt foris civitatem Romæ.
Rome Souterraine, p. 30-31.
Louis le Dim 05 Oct 2014, 5:17 pm
On peut classer dans la même catégorie que les Itinéraires le catalogue des reliques recueillies par l'abbé Jean, du temps de saint Grégoire le Grand, et envoyées à Théodelinde, reine des Lombards. Cette liste (1), écrite sur du papyrus, est conservée, avec beaucoup de ces reliques et les petits morceaux de parchemin qui y sont attachés, dans le trésor de la cathédrale de Monza. Le mot « relique » a besoin d'être expliqué; il n'est ici question ni des restes mortels des saints, ni de leurs vêtements, ni d'objets leur ayant appartenu. Saint Grégoire explique lui-même quelles reliques on distribuait de son temps aux fidèles. Il écrit à l'impératrice Constantina : « Quand les Romains veulent obtenir des reliques des saints, ils ne touchent pas les corps; ils mettent seulement une pièce d'étoffe dans une boîte, qu'ils posent près du corps saint et qu'ils emportent après... Au temps du pape saint Léon, quelques Grecs, doutant de la vertu de ces reliques, apportèrent des ciseaux et coupèrent l'étoffe, d'où il coula du sang, ainsi que le racontent encore les vieillards (2). »
On recueillait souvent aussi comme reliques des gouttes de l'huile qui brûlait devant les tombes des saints; et saint Grégoire envoyait ces olea, enfermées dans de petites fioles de verre, aux personnes à qui il voulait faire un présent (3). De cette nature sont les reliques recueillies par l'abbé Jean, et, dans le catalogue qu'il en a dressé, il indique avec soin les différents sanctuaires par lui visités, en suivant l'ordre des visites. En comparant cette liste de sanctuaires avec les notions topographiques contenues dans les Itinéraires, M. de Rossi a pu décider avec certitude beaucoup de questions relatives à la situation des plus célèbres tombes souterraines. Nous ne pouvons le suivre dans les détails de ces rapprochements et des déductions qu'il en tire ; il faudrait transcrire des pages entières de son livre, et nous aimons mieux y renvoyer les lecteurs. Ceux qui prendront la peine de s'y reporter en seront promptement récompensés ; ils suivront avec délices le fil de cette critique si fine et si sûre qui, par quelques faits habilement rapprochés, en éclaire d'autres encore mal observés ou inconnus, et, se dégageant à temps de l'étude minutieuse des détails, s'élève souvent, avec une ampleur inattendue, aux plus riches et aux plus belles conclusions.
Telles sont les principales sources d'information dont M. de Rossi a fait usage dans sa Roma sotterranea, et à l'aide desquelles il a pu construire une œuvre historique pleine de mouvement et de vie. Il faut recourir au texte même pour apprécier tout le mérite de sa méthode, sobre, patiente, un peu lente à force de précision et de scrupules, et ne faisant jamais un pas sans avoir à l'avance, par la plus abondante et la plus exacte critique, préparé et assuré le terrain. Nous ne pouvons ici qu'en donner une idée lointaine, obligé de resserrer et d'abréger la trame de raisonnements qui, pour avoir toute leur valeur, auraient besoin de pouvoir s'étendre et se déployer dans leur ampleur et leur élasticité primitives. Même dans les limites étroites de cet abrégé, le lecteur attentif pourra cependant, nous l'espérons, retrouver au moins la substance, non-seulement des beaux résultats auxquels est arrivée en ces derniers temps l'histoire de Rome souterraine, mais encore de la méthode si remarquable, si nourrie de faits et de textes, qui a permis de les atteindre. Il verra que l'étude des catacombes romaines n'est pas seulement un ensemble de notions archéologiques, un tableau sans chaleur et sans vie, qu'elle embrasse toute l'histoire de l'Eglise chrétienne primitive, ses dogmes, sa politique, ses arts, et touche par là aux origines mêmes de la civilisation moderne.
1. Elle a été publiée par Marini, Papir. diplom., p. 327, n° CXLIII. — 2. Epist. lib. III, ep. 30. Ces pièces d'étoffe étaient appelées brandea. — 3. On voit encore à Rome, dans l'église de Saint-Augustin, les fidèles recueillir l'huile qui brûle devant la Madonna del Parto.
Rome Souterraine, p. 31-32.
A suivre : LIVRE PREMIER — Origines des catacombes.
Louis le Mar 07 Oct 2014, 5:22 am
ORIGINE DES CATACOMBES.
SOMMAIRE. — Idée générale des catacombes. — Leur situation et leur étendue. — Leur nombre. — Leurs noms. — Leur origine et leur destination. — Explication de quelques termes techniques. — Les catacombes après la paix de l'Église. — Fréquentées comme lieux de pèlerinage jusqu'en 750. — Abandonnées et oubliées après cette époque. — Découvertes de nouveau en 1578.
La célébrité chaque jour croissante des catacombes romaines a sans doute rendu familières à beaucoup de nos lecteurs les notions élémentaires que leur offrira ce chapitre. Il n'est pas une personne lettrée à qui ses voyages, ses conversations ou ses lectures n'aient fait connaître d'avance les traits principaux de cette merveilleuse cité des morts qu'on a si bien nommée une Rome souterraine. Cependant à cette connaissance générale se mêlent encore, dans les esprits les plus cultivés, beaucoup d'idées vagues et même inexactes; et, d'un autre côté, la science des catacombes a prodigieusement gagné, dans ces derniers temps, en précision et en étendue. A ce double point de vue il nous semble utile, avant d'aborder les détails et les parties neuves de notre sujet, d'en esquisser rapidement les données générales et comme les contours principaux. Nous le ferons très-brièvement, sans aucun appareil scientifique, renvoyant, pour les discussions et les preuves, aux descriptions détaillées que présentera la suite de ce livre.
Les catacombes romaines (pour employer la dénomination consacrée par l'usage) consistent en de vastes labyrinthes de galeries creusés sous les collines qui entourent la ville éternelle. Les sept collines classiques sur lesquelles Rome est bâtie ne recouvrent aucune catacombe. Toutes les nécropoles chrétiennes sont situées hors des murs. Leur développement total atteint des dimensions qui étonnent l'imagination. Ce n'est pas qu'elles forment, comme on l'a quelquefois prétendu, un labyrinthe unique reliant chaque cimetière, s'étendant, en un réseau continu, sous toute la campagne romaine, et communiquant même avec l'intérieur de Rome. Les conditions géologiques du sol romain suffisent à réfuter ces données fabuleuses. Les profondes vallées qui le coupent, les rivières qui le sillonnent, les cours d'eau souterrains qu'il recèle dans ses entrailles, forment des barrières naturelles qui eussent arrêté tout effort pour unir entre elles les diverses catacombes. Isolées, creusées sous les déclivités des collines, séparées les unes des autres par les accidents du sol et les limites des propriétés voisines, elles n'occupent autour de Rome qu'une zone peu étendue. Tous les cimetières suburbains tiennent dans un rayon de trois milles à partir de l'antique enceinte de Servius Tullius. Mais la longueur de leurs galeries, mises bout à bout, est prodigieuse. Une catacombe a trois, quatre, quelquefois cinq étages superposés, et, à chacun de ces étages, les galeries se coupent, s'entre-croisent, se replient les unes sur les autres. De cette manière elles peuvent, sous une superficie de médiocre étendue, réaliser des dimensions considérables. M. Michel de Rossi a calculé qu'une seule catacombe, creusée sous un terrain de 125 pieds carrés, peut contenir de 250 à 300 mètres de galeries pour chaque étage, c'est-à-dire, en supposant trois étages, de 700 à 900 mètres (1).
Les galeries des catacombes ont généralement…
1. Roma sotterranea, t. I, 2e partie, p. 58.
Rome Souterraine, p. 36-37.
Louis le Mar 07 Oct 2014, 7:03 pm
Les galeries des catacombes ont généralement de 0m,70 à 1m, 35 de largeur, et leur hauteur varie selon la nature du sol dans lequel elles sont creusées. Les parois, des deux côtés, sont percées de niches horizontales, que l'on peut comparer aux rayons d'une bibliothèque ou aux hamacs superposés d'une cabine de navire. Chaque niche était destinée à recevoir un ou plusieurs corps. De place en place cette suite de niches est coupée par une porte, qui donne accès dans une petite chambre; les murs de ces chambres sont ordinairement percés de tombeaux, comme les galeries.
Tels étaient, tels sont encore les premiers cimetières chrétiens de Rome. Leur origine date des temps apostoliques, et quoique, à partir de l'année 312, l'usage des cimetières sub dio l’ait emporté, on ne cessa tout à fait d'y enterrer que vers 410, date de la prise de Rome par Alaric. Au III e siècle l'Église de Rome possédait vingt-cinq ou vingt-six cimetières souterrains : chacun d'eux correspondait à un titre ou paroisse de la ville. Outre ces grands cimetières, on en connaît vingt autres de petites dimensions, composés de quelques galeries auxquelles la tombe d'un martyr servait de centre, ou consacrés à la sépulture d'une famille.
Les cimetières chrétiens furent à l'origine des propriétés privées...
Rome Souterraine, p. 37-38.
Louis le Mer 08 Oct 2014, 4:37 pm
Les cimetières chrétiens furent à l'origine des propriétés privées ; plus tard seulement ils eurent pour propriétaire l'Église elle-même. Les premières catacombes ont été creusées dans les jardins ou les villas de riches Romains qui avaient embrassé la foi du Christ et consacré leur fortune à son service. Les plus anciennes portent encore le nom du propriétaire sous le terrain duquel elles s'étendaient : ainsi la crypte de Lucine, qui vivait du temps des apôtres, et les cimetières d'autres Lucines, qui vécurent dans les deux siècles suivants ; le cimetière de Priscille, également contemporaine des apôtres; celui de Flavia Domitilla, nièce de Vespasien; de Commodilla, propriétaire d'un terrain sur la voie d'Ostie ; de Prétextat, qui avait consacré à la sépulture des chrétiens un vaste emplacement sur la voie Appienne ; de Pontien, dont le domaine était sur la voie Portuensis ; les trois cimetières des Jordani, de Trason, de Maximus, situés sur la voie Salaria Nova.
D'autres catacombes ont gardé le nom des membres du clergé qui en eurent l'administration : ainsi la célèbre catacombe de Saint-Calliste sur la voie Appienne, et celle de Saint-Marc sur la voie Ardéatine. D'autres prirent, soit immédiatement, soit après la paix de l'Eglise, le nom des principaux martyrs dont elles abritaient le tombeau; celle, par exemple, des saints Hermès, Basilla, Protus et Hyacinthe, sur la voie Salaria Vetus. Des particularités locales, des accidents de situation, la dénomination populaire du lieu où elles étaient creusées, suffirent parfois à désigner des catacombes : ainsi le cimetière appelé ad catacumbas, sur la voie Appienne ; celui ad duos lauros, sur la voie Labicane ; Pontiani ad ursum pileatum, sur la voie Portuensis ; ad septem columbas, sur le Clivus Cucumeris.
Il est aujourd'hui reconnu par tous ceux qui ont examiné de près les catacombes qu'elles furent destinées à la sépulture et aux assemblées religieuses des seuls chrétiens. Les découvertes modernes ont également démontré qu'elles furent originairement creusées dans ce but. Personne ne voit plus en elles des sablonnières ( arenaria) ou des carrières abandonnées, que les chrétiens auraient adaptées à leurs usages. Entre un arénaire et une catacombe il existe des différences essentielles. Le lecteur en peut juger par les deux plans ci-joints (fig. 2 et 3).
L'un représente une portion du cimetière communément appelé de Sainte-Agnès sur la voie Nomentane; l'arénaire qui s'étend au-dessus. Tous deux sont dessinés d'après une même échelle. Les dissemblances sautent aux yeux. La largeur des galeries de l'arénaire contraste visiblement avec les dimensions étroites de celles de la catacombe. Les premières sont d'une extrême irrégularité; tout indique, au contraire, que les galeries de la catacombe ont été creusées d'après un plan régulier et bien défini. Il est impossible de confondre désormais deux choses aussi distinctes.
Pendant les deux premiers siècles…
Rome Souterraine, p. 38-40.
Louis le Jeu 09 Oct 2014, 4:51 pm
Pendant les deux premiers siècles, les chrétiens creusèrent et décorèrent librement leurs catacombes. Personne ne songeait à y mettre obstacle. L'entrée des cimetières souterrains était publique ; elle s'ouvrait sur les grandes routes ou dans le flanc des collines. Même liberté pour leur décoration intérieure. Les galeries et les chambres des catacombes, ainsi accessibles à tous, étaient couvertes de peintures représentant les mystères sacrés du christianisme. Au commencement du IIIe siècle, cette situation changea. Par des raisons qui seront expliquées plus loin, il devint nécessaire, en certains moments, de cacher aux regards l'accès des catacombes. On dut pratiquer de nouvelles entrées, rendre ces entrées difficiles, les entourer de mystère, souvent même les dissimuler dans les dédales de quelque arénaire abandonné.
Le mot catacombe, que nous employons souvent, et dont l'origine sera expliquée plus loin, ne servait pas dans l'antiquité à désigner les sépultures souterraines des chrétiens. On les appelait cœmeterium, lieu consacré au sommeil, mot particulier à la langue chrétienne, que les païens répétaient sans en comprendre sans doute la pieuse signification (1). On les nommait aussi martyrium, mot d'origine grecque, ou confessio, son équivalent latin, l'un et l'autre parfaitement appropriés à la sépulture des martyrs ou confesseurs de la foi (2). Les tombes ordinaires étaient appelées locus (3) si elles ne contenaient qu'un seul corps, locus bisomus, trisomus, quadrisomus, si elles en renfermaient deux, trois ou quatre. Les terrassiers qui les creusaient dans les galeries, et qui creusaient les galeries elles-mêmes, portaient le nom de fossores. L'enterrement s'appelait depositio, mot empreint d'un touchant respect et d'un pieux symbolisme. Les galeries ne paraissent pas avoir reçu…
1. Eusèbe, Hist. Eccl., VII, 2. Cf. S. Jean Chrysost., Homilia in cœmeterii appellationem, I. — 2. C'est ainsi que la crypte qui s'étend sous le maître-autel de la basilique Vaticane est appelée la confession ou tombeau de saint Pierre. — 3. M. de Rossi ne connaît aucun exemple chrétien du mot loculus.
Rome Souterraine, p. 40-41.
Louis le Ven 10 Oct 2014, 5:48 pm
Les galeries ne paraissent pas avoir reçu de dénomination spéciale. Les chambres s'appelaient cubicula. On donnait le nom d'arcosolia à ces tombeaux que l'on rencontre souvent dans les chambres et les galeries des catacombes, et qui diffèrent par le style des tombes ordinaires : ce sont des cavités oblongues, construites en maçonnerie ou creusées dans le roc, couvertes par une table de marbre posée horizontalement, et surmontées d’une niche voûtée en demi-cercle( fig.4).
Quelquefois la niche affecte la forme d'un rectangle (fig. 5). Dans ce cas il n'existait pas ou nous ne connaissons pas de nom spécial à cette sorte de tombe ; nous l'appellerons, pour la distinguer de l'arcosolium, une table funéraire; c'est la traduction du terme italien employé par M. de Rossi, sepolcro a mensa.
Les arcosolia renfermaient souvent le corps d'un martyr…
Rome Souterraine, p. 41.
Louis le Sam 11 Oct 2014, 4:26 pm
Les arcosolia renfermaient souvent le corps d'un martyr. Ils servaient alors, le jour anniversaire de sa mort (le langage toujours symbolique de l'Église primitive appelait ces anniversaires natalitia , jour de la naissance), d'autels sur lesquels on célébrait les saints mystères. Les cubicula ou chambres funéraires pouvaient ainsi se diviser en deux classes. Les unes étaient de vraies chapelles, des lieux consacrés au culte public. D'autres n'étaient que des sépultures de famille. Il est probable, du reste, que les saints mystères étaient également célébrés dans ces lieux de dévotion privée le jour anniversaire de la mort des fidèles qui y étaient enterrés (1). Un cubiculum était assez large pour servir ainsi à la dévotion de toute une famille. Pour qu'il pût, au besoin, servir également au culte public, on creusait souvent l'un à la suite de l'autre deux, trois, ou même quatre cubicula, qui recevaient l'air et le jour par la même ouverture ou luminare communiquant avec la surface du sol (fig. 6).
De cette façon certaines parties des catacombes pouvaient contenir une centaine de personnes réunies dans la participation aux mêmes mystères; un plus grand nombre pouvait même se tenir dans les galeries et les chambres adjacentes, et y recevoir le pain de vie, que distribuaient les prêtres et les diacres. Les plus anciens monuments de la littérature ecclésiastique attestent qu'il en était souvent ainsi.
La vue des lieux suffit du reste à le démontrer…
1. Sacrificium pro dormitione. — S. Cyprianus, Ep. 66.
Rome Souterraine, p. 42-43.
Louis le Dim 12 Oct 2014, 4:12 pm
La vue des lieux suffit du reste à le démontrer : dans certaines
parties des catacombes on voit encore la chaire épiscopale, la chaire du surveillant ou du catéchiste, les bancs des fidèles taillés dans le roc, et retenant jusqu'à ce jour leur disposition primitive ; rien n'y a été changé depuis le moment où la main d'un architecte inconnu leur donna leur première forme.
Après la paix de l'Église les catacombes devinrent de véritables lieux de dévotion ; les tombeaux des papes et des martyrs y attiraient en foule les pèlerins. Les jours de la commémoration des martyrs célèbres, d'innombrables fidèles y descendaient. Il devint nécessaire de rendre plus faciles les entrées et les sorties de ces lieux vénérés ; on dut agrandir les chapelles, on voulut les décorer plus richement. Le pape Damase se distingua entre tous dans ce pieux travail. Il posa de place en place des inscriptions, la plupart en vers, gravées toutes, chose remarquable, par le même artiste, et rappelant les triomphes des martyrs ou les travaux exécutés par le pontife dans leurs sanctuaires.
Aussi longtemps que les corps des martyrs restèrent déposés dans leurs tombeaux primitifs, la fête annuelle de chacun d'eux continua d'être célébrée en grande solennité dans les catacombes. Mais des jours mauvais arrivèrent. L'invasion des barbares pénétra jusqu'en ces sanctuaires souterrains. Les Lombards et tous les envahisseurs successifs de Rome les profanèrent et les pillèrent. Les reliques les plus précieuses durent être transportées dans l'enceinte de Rome et déposées dans les églises. Pendant une période de soixante à soixante-dix ans, à partir du milieu du VIIIe siècle, les papes se consacrèrent à ce pieux sauvetage.
Les catacombes, dépouillées ainsi de leurs plus beaux ornements, se virent naturellement négligées…
Rome Souterraine, p. 43-44.
Louis le Lun 13 Oct 2014, 4:20 pm
Les catacombes, dépouillées ainsi de leurs plus beaux ornements, se virent naturellement négligées. Elles finirent par tomber dans l'oubli; leur trace se perdit peu à peu. En 1568, un moine augustin, le savant Onuphrius Panvinius (1), publiant un livre sur « les cérémonies des enterrements chrétiens et les anciens cimetières (2), » dut emprunter les noms de ceux-ci aux actes des martyrs et aux documents écrits : les traditions locales étaient devenues muettes. Il dit expressément que trois cimetières seulement étaient encore accessibles : celui de Saint-Sébastien, celui de Saint-Laurent (ou du moins la galerie unique que l'on voit encore d'une fenêtre de la chapelle de Saint-Cyriaque, dans la basilique de Saint-Laurent), et celui de Saint-Valentin sur la voie Flaminienne, situé sous une propriété de l'ordre des Augustins.
Dix ans après, le hasard remit en lumière une autre catacombe, beaucoup plus intéressante que les portions de médiocre étendue qu'avait pu voir Panvinius. On désira bientôt, dans l'intérêt de la religion comme dans celui de la science, apprendre quelque chose de plus sur de si vénérables monuments de l'antiquité chrétienne. Mais cela n'était possible qu'au prix de beaucoup de travail et de beaucoup de temps. Il fallait retrouver, créer de nouveau une histoire perdue, en comparant, par un examen attentif et minutieux, les parties connues ou nouvellement découvertes des catacombes avec les témoignages des documents écrits.
Nous avons montré, en esquissant l'histoire littéraire des catacombes, comment, pendant les deux derniers siècles, ce travail fut entrepris et poursuivi par différents auteurs avec des succès divers, et comment, de nos jours, M. de Rossi, attiré dès sa jeunesse vers cet immense et admirable sujet d'études, lui consacre depuis trente ans les efforts d'un esprit merveilleusement doué et les ressources d'une érudition infatigable.
Ayant de plus sous la main des appuis et des avantages qui avaient manqué à la plupart de ses devanciers, il a fait faire à l'archéologie chrétienne un pas immense, et a donné à l'étude des catacombes des règles précises, des principes absolus, qui la font sortir du cercle des connaissances conjecturales pour l'élever au rang d'une science proprement dite.
Le livre que nous publions…
(1). « Ce maître illustre, qui n'a presque laissé que des matériaux, mais des matériaux gigantesques, d'où sont sortis les plus savants traités d'antiquités romaines, aussi bien que les premiers essais d'histoire ecclésiastique, mourut de très-bonne heure, à trente-huit ans, comme Raphaël et Mozart, laissant comme eux l'inexplicable énigme d'une fécondité surhumaine. » Vitet, Journal des Savants , 1865, p. 739, 740. — (2). De ritu sepeliendi apud veteres christianos, et de eorum. coemeteriis.
Rome Souterraine, p. 44-45.
Louis le Mar 14 Oct 2014, 4:33 pm
Le livre que nous publions n'a d'autre but que de mettre à la portée de tous les lecteurs le fruit des travaux de M. de Rossi. Marchant fidèlement sur ses traces, nous raconterons d'abord l'histoire des catacombes depuis leur origine ; puis nous décrirons le cimetière de Calliste, qui en embrasse toutes les époques, et peut être considéré comme le type le plus complet du cimetière chrétien primitif; nous exposerons ensuite les lumières si nouvelles et, pour plusieurs, si inattendues que les découvertes modernes ont jetées sur l'histoire de l'art et de la doctrine dans les premiers siècles de l'Église.
Avant d'entrer dans l'étude de ce triple sujet, il est nécessaire d'en bien établir le point de départ historique. Nous consacrerons deux chapitres préliminaires à étudier l'introduction du christianisme à Rome, et à rechercher quelle fut, entre le temps de la prédication apostolique et celui de la paix de l'Église, la position légale et sociale des chrétiens.
Rome Souterraine, p. 45-46.
A suivre : Chapitre II. Position sociale et religieuse des premiers chrétiens.
Louis le Mer 15 Oct 2014, 3:09 pm
Position sociale et religieuse des premiers chrétiens.
SOMMAIRE. Les premiers chrétiens de Rome. — Conversion de plusieurs familles nobles. — Flavius Clemens. — Les deux Flavia Domitilla. — Pomponia Græcina. — Situation politique des premiers chrétiens. — Tolérés d'abord comme une secte juive. — Dénoncés par les Juifs au gouvernement impérial. — La religion chrétienne déclarée illicite (A. D. 64). — Les chrétiens persécutés par Néron. — Par Donatien. — Tolérés par Nerva. — Combien cette tolérance était précaire. — Règles posées par Trajan, dans sa lettre à Pline (A. D. 104). — Comment, même sous les empereurs les plus favorables, le glaive de la loi demeura toujours suspendu sur les chrétiens. — Comment, outre l'accusation de religion illicite, tout le droit pénal romain pouvait, à volonté, être tourné contre eux.
Par qui et dans quelles circonstances fut jetée à Rome la première semence de l'Evangile? Ce point est demeuré assez obscur. Nous possédons cependant quelques données certaines. La prédication de l'Évangile dans la métropole du monde païen dut coïncider avec les premières manifestations extérieures du christianisme. Parmi les témoins du miracle de la Pentecôte il y eut « des étrangers venus de Rome, Juifs et prosélytes (1). »
De retour dans leur ville natale, ces étrangers ne purent point ne pas raconter les choses merveilleuses qu'ils avaient vues ; bientôt, sans doute, les solennels enseignements recueillis par eux circulèrent de bouche en bouche parmi les Juifs de Rome. Ce furent là les premiers prédicateurs de l'Evangile dans la ville éternelle. D'autres les suivirent à peu d'intervalle.
Les Actes nous racontent que plusieurs soldats de la cohorte italienne se convertirent en même temps que le centurion Corneille (1). Il est probable que cette cohorte revint à Rome peu de temps après l'élévation d'Hérode Agrippa au trône de Judée, au commencement du règne de Caligula. Le retour des soldats convertis donna sans doute de nouvelles forces, une nouvelle impulsion au mouvement déjà commencé. Saint Pierre, qui, à ce moment, venait d'être miraculeusement délivré de prison, les accompagna peut-être depuis Césarée. Cette conjecture est d'autant plus plausible, qu'elle coïncide avec la tradition selon laquelle saint Pierre serait venu à Rome dès l'an 42 (2). Un fait, au moins, est hors de doute : c'est que, vers l'an 57, la foi des chrétiens de Rome « était célèbre dans tout l'univers (3) ; » c'est le mot de saint Paul dans l'épître qu'il leur adresse. L'Église romaine, dès lors si célèbre, compta sans doute de bonne heure des fidèles d'un rang élevé. « Dès le temps de César, dit un historien, les Juifs étaient mêlés à toutes les classes de la société romaine, et ils avaient accès dans les familles les plus illustres. Aussi, quand une partie des Juifs de Rome abandonna la loi de Moïse pour embrasser l'Évangile, ce ne sont pas seulement des Juifs d'origine qui entrèrent alors dans les rangs des chrétiens, mais un nombre presque égal de Grecs et de Romains (4). »
Nous n'avons garde d'oublier ce mot de l'apôtre sur les chrétiens de Corinthe : …
1. Act. apost., x, I. — 2. Euseb., Chronic. ad ann. 2 Claudii ; Hist. Eccl., II, 14; Hieronym., De viris illustr., I. — 3. Rom., I, 8. —4. Merivale, History of the Romans under the empire , VII, 308. Cf. VI, 436 et seq.
Rome Souterraine, p. 47-48.
Louis le Jeu 16 Oct 2014, 4:06 pm
Nous n'avons garde d'oublier ce mot de l'apôtre sur les chrétiens de Corinthe : « II n'y a parmi eux ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles (5). »
Mais tout concourt à prouver qu'au moins à Rome le nombre des fidèles appartenant aux classes élevées, et même à la famille impériale, fut dès les premiers jours de la prédication chrétienne plus considérable que ne l'indiquent les documents de l'histoire ecclésiastique. Ces documents, et même les récits légendaires, si riches en renseignements de toute sorte, demeurent, sur ce point spécial, bien au-dessous de la vérité. Nous ne savons rien de ces chrétiens « de la maison de César (1) » que saint Paul saluait avec tant de distinction.
Un consul, un parent de l'empereur Domitien, Flavius Clemens, scella sa foi de son sang : nous ne connaissons presque rien de lui en dehors du fait de son martyre. On n'a sur le sénateur Apollonius, martyrisé sous Commode, d'autres renseignements que les quelques mots écrits par Eusèbe un siècle et demi après les faits, et si loin des lieux où ils se passèrent. Une ancienne inscription en vers a été trouvée, célébrant la mémoire d'un patricien nommé Liberalis, qui occupa la plus haute charge de l'État et donna sa vie pour la foi (2) : c'est le seul vestige qui demeure d'une existence qui fut sans doute illustre selon les hommes et précieuse devant Dieu.
Récemment encore on a découvert des inscriptions relatant la sépulture, par les soins de leurs maris, de nobles dames romaines de rang sénatorial ( clarissimæ ). Elles avaient été inhumées dans les humbles loculi d'une des plus anciennes parties d'un cimetière chrétien (3). Les Philosophumena , retrouvés il y a peu d'années, sont le seul document chrétien qui mentionne le fait, rapporté par Dion, de la conversion probable au christianisme de Marcia, concubine de Commode (4). Tertullien lui-même…
5. I Cor., 1, 26.
Rome Souterraine, p. 48-49.
Dernière édition par Louis le Sam 18 Oct 2014, 5:13 pm, édité 1 fois (Raison : orthographe)
ROBERT. le Jeu 16 Oct 2014, 7:24 pm
Nous n'avons garde d'oublier ce mot de l'apôtre sur les chrétiens de Corinthe : « II n'y a parmi eux ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles (5). » 5. I Cor., 1, 26.
J'ai hâte de lire le commentaire de Saint Jean Chrysostôme à ce sujet.
Louis le Ven 17 Oct 2014, 4:52 pm
Tertullien lui-même, écrivant au commencement du IIIesiècle, nous dit bien que Septime Sévère protégea contre la rigueur des lois des sénateurs chrétiens et leurs femmes (1) ; mais il ne nous apprend ni combien ils étaient, ni quels étaient leurs noms, détails qu'il serait aujourd'hui si intéressant de connaître. Le seul renseignement qu'il nous donne, c'est cette éloquente parole jetée comme un défi en face du monde païen : « Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout, vos villes, et jusqu’à votre sénat et au palais de votre empereur (2). »
A quoi doit-on attribuer cette pénurie de documents sur les plus illustres chrétiens? Sans doute à deux causes.
D'une part, Dioclétien, pendant la dernière et la plus terrible persécution, ordonna la destruction de tous les registres appartenant aux églises. Que de beaux noms, que de nobles mémoires périrent alors pour la postérité chrétienne !
D'autre part, il n'y avait peut-être ni dans la nature, ni dans les dogmes, ni dans les pratiques du christianisme rien qui dût attirer d'une façon particulière l'attention des annalistes païens, en général peu curieux des secrets de la conscience et de l'histoire cachée des âmes.
Nous savons cependant par Eusèbe (3) que quelques-uns l'étudièrent et en parlèrent, mais leurs ouvrages ne nous sont pas parvenus. En présence de la rareté des documents chrétiens et païens, on désespérerait vraiment d'avoir jamais l'histoire exacte des premiers siècles de l'Église chrétienne, si les découvertes de l'archéologie ne venaient chaque jour lui restituer quelque chapitre ou quelque nom perdu.
Si, en dehors de l'archéologie, nous possédons un petit nombre de renseignements sur les plus nobles convertis des premiers siècles, nous n'avons pu, bien souvent, les recueillir qu'en interprétant, en comparant, en lisant, en quelque sorte, entre les lignes certains textes obscurs des écrivains païens.
Voici, par exemple, un événement d'une extrême importance…
1. Ad Scap., 4. — 2. Apolog., 37. Cf. Ad Scap., 2; Apol., I; Ad nat., I, 1 : « omnem sexum, omnem ætatem, omnem denique dignitatem transgredi a vobis quasi detrimento doletis. » — 3. Hist. Eccl., III, 18.
Rome Souterraine, p. 49-50.
Louis le Sam 18 Oct 2014, 5:12 pm
Voici, par exemple, un événement d'une extrême importance, qui vient naturellement à sa place au début d'une histoire des catacombes. Nous voulons parler de la conversion, dès les premiers jours de la prédication chrétienne, de plusieurs membres de cette famille des Flaviens (1), qui devait donner Vespasien au trône impérial. Le frère aîné du futur empereur, Titus Flavius Sabinus, fut préfet de Rome l'année même du martyre de saint Pierre et de saint Paul. Les devoirs de sa charge durent le mettre en rapport avec eux, et il entendit certainement parler de la foi nouvelle. Or le grand historien de l'empire trace de lui ce portrait remarquable.
C'était, dit Tacite, un homme juste, d'une pureté de vie irréprochable; un homme doux, qui détestait la violence et avait horreur du sang inutilement versé. Vers la fin de sa vie, quelques-uns l'accusèrent de se laisser aller à l'indolence, et lui reprochèrent de devenir indifférent aux affaires publiques. D'autres le considéraient seulement comme un homme modéré, désireux d'épargner la vie de ses concitoyens. D'autres enfin virent dans son existence retirée l'effet des infirmités d'un âge avancé, et cet amour du repos qui est naturel à la vieillesse (2).
Ces explications diverses d'un changement de vie qui étonna si vivement les contemporains nous donnent le droit d'émettre à notre tour de nouvelles conjectures auxquelles ils ne paraissent pas a voir songé. Il est impossible de n'être pas frappé de la similitude entre le blâme dirigé contre la vie retirée de Sabinus (3) et ces accusations d'inertie, de haine du genre humain, d'indifférence pour les affaires publiques (4), qui furent si souvent portées contre les chrétiens. Sabinus fut-il donc chrétien? Nous hésiterions à proposer cette hypothèse, si elle ne recevait un grand poids de ce fait certain, que ses descendants immédiats furent chrétiens.
Flavius Sabinus paraît avoir eu quatre enfants. Le plus célèbre est…
Rome Souterraine, p. 51.
Louis le Dim 19 Oct 2014, 4:08 pm
Flavius Sabinus paraît avoir eu quatre enfants. Le plus célèbre est ce Titus Flavius Clemens qui fut consul et mourut martyr. Il épousa sa cousine, nièce de l'empereur Domitien, appelée comme sa mère Flavia Domitilla. Cette seconde Domitilla donna au consul Clemens deux fils qui reçurent les noms des deux empereurs de la gens Flavia, Vespasien et Domitien. L'empereur les considérait comme ses héritiers présomptifs et leur donna Quintilien pour précepteur (1). A quelle époque Clemens et sa femme se firent-ils chrétiens? quels furent l'instrument, les causes, l'histoire de leur conversion ? Ces renseignements, qui eussent jeté un jour précieux sur l'histoire intérieure de l'Église primitive, ne sont pas venus jusqu'à nous.
Nous savons seulement par Dion Cassius que Clemens souffrit le martyre et que Domitilla fut bannie (2). « Domitien, dit-il, fit mettre à mort plusieurs personnes, parmi lesquelles le consul Flavius Clemens, quoiqu'il fût son neveu et qu'il eût épousé Flavia Domitilla, parente de l'empereur. Les deux époux furent accusés d'athéisme. Ce même crime avait fait condamner beaucoup d'autres personnes qui avaient embrassé les coutumes et le genre de vie des Juifs. Plusieurs avaient eu leurs biens confisqués. Domitilla ne fut pas condamnée à mort, mais reléguée à Pandataria, » île située en face du golfe de Gaëte, à moitié route entre Ponza et Ischia, et connue maintenant sous le nom de Santa-Maria.
Dion ne prononce pas dans le passage que nous venons de citer le mot de christianisme; mais tout le monde sait que l'athéisme et l'adoption des coutumes juives en étaient synonymes aux yeux peu exercés d'un grand nombre de contemporains. Jamais les Juifs ne furent accusés d'athéisme, tandis que ce crime fut toujours reproché aux chrétiens par la haine aveugle de leurs ennemis (3). Il est donc certain que l'année du consulat de Clemens fut marquée par l'exil et la mort d'un grand nombre de confesseurs de la foi, parmi lesquels le consul lui-même et sa femme. Clemens avait mené la vie modeste, retirée, dont son père lui donna l'exemple; il avait mérité que ses contemporains, étonnés de trouver sans ambition un si proche parent de l'empereur, l'accusassent, lui aussi, de mollesse et d'inertie (1).
Les actes des saints Nérée et Achillée…
1. Instit. Orat., IV, 1, § 2. — 2. Hist., LVXIII, 13. — 3. Minuc. Fel., Octavius, 8, 10; Eusèbe, Hist. Eccl. IV, 15 — 1. Contemptissimæ inertiæ. — Suet., In Domit., xv.
Rome Souterraine, p. 52-53.
Louis le Lun 20 Oct 2014, 3:18 pm
Les actes des saints Nérée et Achillée (2), confirmés, en ce point, par ceux du martyre de saint Paul (3), donnent à Clemens une sœur, nommée Plautilla, qui aurait été, disent-ils, convertie par l'apôtre saint Pierre. La racine du cognomen Plautilla ne se retrouve point dans ce que nous connaissons de la généalogie des Flaviens : peut-être la femme demeurée inconnue de Titus Flavius Sabinus, père de Clemens et de Plautilla, portait-elle le nom de Plautia, d'où l'on aurait fait dériver, selon l'usage, le cognomen de sa fille : si cette conjecture était vraie, la mère de Plautilla eût été parente du mari de la célèbre Pomponia Græcina
Plautilla, dont le mari est inconnu, fut mère d'une troisième Flavia Domitilla, qui, comme sa tante, fut punie de la relégation, dans la quinzième année du règne de Domitien (an 97), pour avoir confessé la foi chrétienne. C'est à propos d'elle qu'Eusèbe écrit ces lignes célèbres, qui établissent en termes si remarquables le merveilleux développement de la foi chrétienne avant la fin du Ier siècle.
« Notre foi avait déjà à cette époque jeté un si grand éclat, que même les historiens païens ont fait mention dans leurs récits de la persécution dirigée contre nos frères et des supplices auxquels ils furent condamnés. Quelques-uns même en ont marqué avec soin la date, citant, par exemple, dans la quinzième année du règne de Domitien, Flavia Domitilla, nièce de Flavius Clemens, un des consuls de Rome, qui, pour avoir confessé le Christ, fut reléguée dans l'île de Pontia (Ponza) (4). »
« Brutius, dit saint Jérôme…
2. Acta SS. maii, III, p. 7. — 3.Ibid. V, p. 4. — 4. Hist. Eccl.., III, 18.
Rome Souterraine, p. 53.
Louis le Mar 21 Oct 2014, 4:34 pm
« Brutius, dit saint Jérôme, d'après la Chronique d'Eusèbe, écrit que sous Domitien un grand nombre de chrétiens souffrirent le martyre, parmi lesquels Flavia Domitilla, fille de la sœur de Flavius Clemens, consul, qui fut reléguée dans l'île de Pontia parce qu'elle s'était proclamée chrétienne. (1) »
Ce Brutius, chroniqueur contemporain de Domitilla, était probablement Brutius Praesens, l'ami de Pline le jeune et l'aïeul de Crispina, femme de l'empereur Commode (2) : il paraît avoir possédé un terrain funéraire dans le voisinage de la catacombe à laquelle la troisième Flavia Domitilla a donné son nom, car M. de Rossi a découvert, aux environs de cette catacombe, des fragments d'un monument sépulcral de la gens Brutia, et, dans la catacombe même, l'inscription funéraire d'un enfant nommé Brutius Crispinus (3).
Saint Jérôme, dans une de ses belles lettres à Eustochium, fait encore allusion à Flavia Domitilla; il raconte que la sainte veuve Paula, se rendant en Palestine, « descendit dans l'île de Pontia, ennoblie, sous Domitien, par l'exil de la plus illustre des femmes, Flavia Domitilla, et, visitant les chambres étroites (cellulas) dans lesquelles elle avait passé son long martyre, sentit son âme s'élever sur les ailes de la foi, et crut voir déjà Jérusalem et les saints lieux (4). »
Nous avons cité les actes des saints Nérée et Achillée : ce document, dont beaucoup de détails semblent légendaires, n'est pas cependant sans valeur pour la généalogie de la branche chrétienne des Flaviens. Il raconte la sépulture dans un domaine appartenant à la troisième Flavia Domitilla, sur la voie Ardéatine, des deux cubicularii martyrs de celle-ci, Nérée et Achillée : ils furent déposés, disent leurs actes, « près du tombeau dans lequel avait été ensevelie Petronilla, fille de l'apôtre Pierre (5). »
Quelle était cette …
Rome Souterraine, p. 54.

References: § 1

§ 2

§ 3

§ 4

§ 5
 § 2