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Timestamp: 2020-08-06 02:08:10+00:00

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dictionnaire:fabula6 [Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin]
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<html><p class="lestitres">fābula, ae (f.)</p></html> <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>
6.1. Evolution des emplois au cours de la latinité
6.1.1. Epoque préclassique : fabula dans la palliata
Comme le montrent les premières occurrences du lexème (cf. § 3.0.1.), fabula a d’abord le sens de « récit raconté plus ou moins véridique » (sens A) et, en cela, reste proche du verbe dénominatif fabulari « dire, parler » (cf. § 5.3.) et du sens « parler » du radical latin fā-, qui lui sert de base de suffixation (cf. § 5.1. et § 6.2.).
De là, il acquiert très vite, dès l’époque archaïque, le sens technique de « pièce de théâtre » (sens D.1.) ainsi que celui, moins fréquent, de « scénario » (sens D.2.). Ainsi, les deux tiers des occurrences relevées dans les comédies palliatae de Plaute et Térence correspondent à cet emploi technique. La valeur technique de « pièce de théâtre » est d’ailleurs sous-jacente dans les autres occurrences du lexème chez ces auteurs, notamment dans la formule récurrenteQuae haec est fabula ? « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » (Pl. Mo. 937 ; Men.1077 ; Per. 788 ; Ru. 355), dont l’effet comique repose sur le double-sens de fabula 1). Malheureusement, l’absence du lexème chez Caton ne permet pas de savoir si le sens A de « récit raconté plus ou moins véridique » se trouve ailleurs que dans la palliata.
6.1.2. Epoque classique : fabula en prose (Cicéron) et en poésie (Ovide)
L’emploi technique de « pièce de théâtre » (sens B.1.) semble être profondément lié au genre de la comédie ; en effet, après l’époque préclassique, on le rencontre moins fréquemment. Mais il perdure néanmoins jusqu’à la fin de la latinité et même au-delà.
Ainsi, Cicéron emploie fabula lorsqu’il évoque le sujet, l’auteur ou encore l’élément caractéristique de telle pièce de théâtre, par exemple dans les syntagmes fabulae Liuianae « les pièces de Livius Andronicus » (Cic. Brut. 71) ou M. Pacuui noua fabula (Cic. Lael. 24) « la dernière pièce de Pacuvius ».
L’emploi technique perdure également à travers des utilisations métaphoriques qui en sont faites, par exemple lorsque Cicéron compare, afin de le flétrir, le comportement de son adversaire avec la pratique de l’acteur, notamment dans les Philippiques et le Pro Caelio (Caec. 64, cf. § 5.3.).
Très régulièrement à partir de l’époque classique, fabula se dit aussi de légendes (sens B.1.), grecques en particulier. Chez Cicéron, il s’agit de l’emploi dominant : les fabulae fonctionnent comme un corpus de documentation, comme le montre le tour ut fabulae ferunt « comme les légendes le rapportent » (Cic. Nat. II, 70 ; Off. III, 9, 38 ; frg V, 50). L’auteur se détache de ces « histoires » (diiungit : Cic. Nat. I, 41 ; repudit: Cic. Nat. II, 7 ; omittamus :Off. III, 99), mais y revient sans cesse (redeo / redemus ad : Cic. Off. III, 25, 94 ; Lae. 75). Le mythe lui-même est rarement identifié, mais le caractère faux des histoires est souvent renforcé par les associations fréquentes avec le verbe fingere (par exemple en Cic. Verr. III, 183), l’adjectif commenticium (Cic. Nat. III, 63), et par l’opposition avec des termes comme historiae (Cic. Fin. 5, 22, 64) ou facta (Cic. Rep. II, 4) : cf. § 5.4..
Cet emploi au sens de « fiction mythologique » domine également chez Ovide (9 occurrences sur 21), notamment dans les Fastes, où il est plus fréquent avec cette valeur que dans les Métamorphoses. Parmi les autres occurrences ovidiennes, cinq (Am. 3, 1, 21 ; M. 10, 561 ; A. A. 2, 630 ; T. 1, 5,80 ; 2, 350) présentent le sens de « récit non conforme à la vérité » (sens C) : l’important n’est plus, comme dans les occurrences de la palliata, que le récit soit « inventé », mais bien qu’il soit « mensonger » ; à ce titre, il entraîne la mauvaise réputation de son auteur, ce qui n’était pas le cas dans la palliata. Enfin, des occurrences isolées présentent les valeurs anciennes de fabula, le sens D dans Ov. T. 2, 369 (fabula Menandri) ou le sens A dans Ov. F. 2, 248.
6.1.3. Epoque postclassique : fabula chez Sénèque, Lucain, Tacite
L’époque postclassique voit apparaître, à côté des valeurs préclassiques et classiques du lexème qui perdurent, une nouvelle valeur « minimale », celle de « conversation ».
La plupart des 37 occurrences du lexème chez Sénèque présente l’une de ses valeurs antérieures. Un petit nombre dénote la pièce de théâtre, comme dans Sén. Ep. 115,16, où le syntagme in illa fabula « dans cette pièce » reprend le tour in tragoedia Euripidis « dans cette tragédie d’Euripide » cinq lignes plus haut. L’emploi technique se rencontre aussi en Sén. Ep. 88, 2, mais avec la valeur très rare de sujet ou d’argument (sens D.2). Ailleurs, principalement dans les Questions naturelles, fabula dénote le récit mythologique (par exemple celui des bœufs du Soleil, Sén. Nat. 26, 7, 9). Enfin, on retrouve le sens de « récit non conforme à la vérité » (sens C) en Sén. Marc. 12, 4 et Tro. 371.
Toutefois, dans une occurrence isolée (Sén. Ben. 7, 21), fabula dénote une anecdote que l’on va raconter, sans lien avec la mythologie et sans qu’il y ait de doute exprimé sur le caractère véridique du récit : si l’emploi au sens de « conversation » (sens E) n’est pas encore affirmé à cette époque, on peut néanmoins considérer qu’il est en germe dans cette occurrence, même si l’on reste encore dans le cadre du récit d’un fait.
De même, chez Lucain, même si la valeur dominante est celle de « récit mythologique » (6 occurrences sur 10), suivie par celle de « récit non conforme à la vérité », l’apparition de ce nouvel emploi minimal, au sens de « récit », se confirme lorsque fabula est complété par bellorum (Luc. 4, 194)et dénote le récit de guerres. Cependant, cette occurrence peut aussi mobiliser la valeur de « récit mythologique » bien connu.
L’observation des neuf occurrences tacitéennes apporte une nouvelle confirmation de l’apparition de la valeur minimale de « récit » à l’époque postclassique. En effet, à côté de l’emploi dominant de fabula au sens de « récit mensonger » ou « fiction mythologique » entraînant la croyance populaire (par exemple en Tac. D. 3 : Gaeculorum fabulis « les fictions des Grecs »), cette nouvelle valeur est réalisée au moins trois fois dans le Dialogue des orateurs. Les paragraphes 2 et 3 de cette œuvre présentent ainsi une organisation nouvelle des valeurs du lexème : dans ce passage évoquant une tragédie lue par son auteur, Maternus, ce n’est pas fabula (employé une seule fois avec le sens D chez Tacite) mais tragoedia qui est utilisé pour faire référence à la pièce de théâtre : in eo tragoediae argumento (Tac. D. 2), hanc enim tragoediam (Tac. D. 3), tragoediae istae (Tac. D. 3). En revanche, fabula y est employé avec la nouvelle valeur « minimale » de « conversation », comme dans l’exemple suivant ainsi qu’en Tac. D. 3, où il est question des fabulae malignorum « les propos des méchants » :
Tac. D. 2 : Vt fabulas quoque eorum et disputationes et arcana semotae dictionis penitus exciperem.
« Au point que je recueillais dans leurs moindres détails jusqu’à leurs conversations familières, leurs entretiens sérieux et les plus secrets de leurs exercices privés. » (traduction M. Burnouf, 1863, Hachette)
En général, cette valeur minimale de fabula est mentionnée au début de l’article des dictionnaires, parce qu’elle contient, du point de vue logique, l’élément de signification de base, celui de « récit », conforme à son étymologie. Mais, du point de vue chronologique, cet emploi est second : apparaissant au Iers. de notre ère chez Lucain, il se réalise pleinement par la suite, chez Apulée, Minucius Felix et Corippe par exemple.
6.1.4. Epoque tardive : fabula chez les auteurs chrétiens (Augustin)
Augustin, chez qui l’on dénombre environ 200 occurrences du lexème, emploie encore fabula dans son sens technique de « pièce de théâtre » notamment quand, au début de La Cité de Dieu, il relate l’histoire des nations païennes ; il évoque alors souvent les pièces de théâtre, fabulae, que les Romains, à la suite des Grecs, affectionnaient. En outre, fabula est souvent accompagné d’autres lexèmes techniques relevant du vocabulaire spécifique du théâtre : agere au sens de « jouer »,actor,scaenicae. Mais l’auteur tend à substituer figmentum à fabula, par exemple lorsqu’il évoque les poeticorum figmentorum actores (Aug. Ciu. II, 14, 4) que B. Combès traduit par « acteurs des fictions des poètes ». De même, au début du livre III, lorsqu’il évoque son ancien amour pour le théâtre, ce n’est pasfabula qu’il utilise :
Aug. Ciu. III, : Rapiebant me spectacula theatrica […].
« Les spectacles théâtraux me ravissaient […]. »
C’est que la connotation péjorative de fabula, manifeste dans ses autres emplois aux livres suivants, doit bloquer son emploi mélioratif ici, dont l’aspect fallacieux est provisoirement mis entre parenthèses. En effet, dans les livres suivants, Augustin utilise fabula de manière polémique, dans le but de discréditer les païens et leurs croyances mensongères (Aug. Ciu. III, 2). Le lexème est alors fréquemment associé avec mendacium ou avec uanitas, comme dans le livre VII (Aug. Ciu. VII, 29 ; 33 ; 35). Ces croyances mensongères ou ces « fables » sont principalement celles des païens, comme le montre la liste, non exhaustive, qu’il en donne au livre XVIII (cf. § 4, sens B.1). Mais Augustin qualifie aussi de fabulae les apocryphes (Aug. Ciu. XV, 23).
Lorsque fabula possède la valeur de « récit non conforme à la vérité », il faut alors lui associer le complément theatrorum pour lui redonner son sens technique, indice qui montre que son sens a évolué. Les occurrences les plus intéressantes sont d’ailleurs celles où se superposent les deux valeurs de « récit non conforme à la vérité » et de « pièce de théâtre » et qui sont, pour cela, difficiles à traduire :
Aug. Ciu. 18, 12 : ubi etsi fabula cantat crimen numinum falsum
« Lorsque la fable chante les crimes imaginaires des divinités. » (traduction B. Combès)
Ou : « Lorsqu’une pièce de théâtre chante les crimes imaginaires. » (traduction M. Crampon)
La présence du verbe technique cantat rend tout à fait vraisemblable la seconde interprétation. De même, en Aug. Ciu. 18, 12, 25, le mot peut avoir les deux valeurs : uanitas fabularum dénote la fausseté des légendes, mais l’environnement lexical est tel que l’on peut aussi traduire ce syntagme par « le caractère mensonger des pièces de théâtre » et retrouver ainsi la valeur encore plus technique de « argument de pièce de théâtre » (sens D.2).
Chez Augustin, l’emploi technique de « pièce de théâtre » se trouve donc coloré par l’emploi péjoratif qu’il possède de plus en plus nettement. Ce blâme, très sensible dans la Cité de Dieu, est plus clairement exprimé encore dans le traité Contra ad uersarium legis et prophetarum, dans lequel fabulae est toujours accompagné de l’épithète aniles : l’expression fabulae aniles correspond ainsi à l’expression française « contes de bonnes femmes ». Sans doute à cause de la coloration péjorative qu’a le lexème chez lui, Augustin ne l’emploie jamais au sens minimal de « conversation ».
Fābula est un substantif dans lequel se retrouve la racine *bheh2- « parler », racine bien connue dans les langues indo-européennes. En latin, cette famille est bien représentée, par des formes nominales principalement, ainsi que par un verbe primaire, for, fārī. C’est un verbe défectif2) , archaïque, qui appartient au vieux formulaire religieux et juridique, et signifie « commencer à parler, dire », avec un sens inceptif, selon P. Flobert (1975 : 51-52). Fārī a été inclus dans la première conjugaison à cause du /ā/ du radical. C’est une situation comparable à celle de stā-re, bâti sur *steh2-.
On pose pour l’indo-européen une racine *bheh2- « parler », dont on trouve des produits en slave, arménien, grec, germanique :
-v.r. baju « je raconte », basnĭ « récit » ;
-v.angl. bōian « se vanter » ;
-arm. bay « inquit », ban « discours », bay « parole ».
Cette racine *bheh2- « parler » est homonyme de *bheh2- « montrer, manifester, mettre en lumière », qu’on retrouve dans les formes grecques φάος (> att. φῶς), φαίνω. Les deux racines n’en faisaient probablement qu’une à l’origine, le sens de « parler » provenant de celui de « mettre en lumière, expliquer, exposer ». Le grec est la seule langue qui présente à la fois les deux emplois de la racine.
En latin, presque toutes les formes reposent sur un degré plein invariable fā- < *bhā-, y compris le participe fātus, alors qu’on attendrait le degré zéro dans le participe en *-to-. Toutefois, un degré zéro se rencontre dans le dérivé făteor, dont la formation n’est pas claire dans le détail. Il est assez probable3) qu’il s’agisse du dénominatif, avec suffixe de verbe d’état -ē-, d’un participe ancien *fătus, remplacé par fātus, sur la base normalisée fā-. Făteor serait alors comparable à lăteō, lătēre, dénominatif d’un participe *lătus. Un radical făt- se retrouve dans le nom *infitiae, connu exclusivement dans la locution infitiās īre « nier ».
Fābula4) est un dérivé à « suffixe médiatif » *-dhlā-, selon la terminologie de G. Serbat5). Fābula appartient à la série des dérivés en *-bulo-, -bula le plus anciennement attestés, dès les premiers documents.
Le sens primitif de fābula est « ce par quoi s’accomplit l’acte de parler », « propos », « paroles », « récit ». Le mot s’est spécialisé fortement par la suite.
Si fābula était un dérivé très ancien bâti directement sur la racine, on attendrait le degré zéro (*bhh2- > *bhă-), donc *făbula. Comme on l’a déjà vu précédemment, dans la plupart des formes a été généralisé le radical fā-, qui est l’ancien degré plein de la racine. On peut considérer cette extension de fā- comme une marque de cohésion étroite de la famille étymologique.
Un cas comparable à cet égard est celui d’arātrum, dont le pendant grec est ἄροτρον, sur une racine *h2erh3-. On admet aujourd’hui que la forme latine, héritée sous la forme *arătrom, a été refaite en arātrum sur la base du verbe arāre6). En revanche, stăbulum affiche un /ă/ qui laisse apparaître que le mot a été formé directement sur la racine au degré zéro, et non sur le thème d’infectum stā-.
1) A. Ernout, traducteur de Plaute dans la CUF, rend finement ce double-sens en traduisant cette formule par « Qu’est-ce que cette comédie ? » dans Pl. Men. 1077, Mo. 937 et Ru. 355.
2) Voir les formes attestées dans P. FLOBERT (1975, 52). La première personne du singulier *for n’est pas attestée dans les textes, il n’est pas sûr qu’elle existait.
3) C’est le point de vue retenu par M. LEUMANN, Lateinische Grammatik, 555.
4) Cf. G. SERBAT (1975, 18-19) pour plus de détails.
5) G. SERBAT (1975, 14) : « Les suffixes instrumentaux sont en réalité des suffixes médiatifs. Le dérivé formé par leur adjonction à une racine ou à un thème verbal désigne ‘ce grâce à quoi tel processus s’opère’, ‘ce qui permet la réalisation de tel processus’. »
6) G. SERBAT (1975, 317-318) range arātrum parmi les dérivés secondaires. Si cela est juste en synchronie, il n’en reste pas moins que, historiquement, arātrum est la réfection d’une forme héritée. En écrivant que « le latin et l’arménien présentent quant à eux le thème arā-: lat. arāre, arm. arawr ‘charrue’, qui résulte manifestement d’une réfection de *arH- », G. SERBAT (1975, 318) n’a qu’à moitié raison : ce n’est pas la racine qui a été retouchée, mais le mot qui a été remotivé en synchronie.
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