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Timestamp: 2020-08-11 08:39:54+00:00

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Recherches Augustiniennes Volume IX - 1973 | Augustin d'Hippone | Religions et croyances
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Recherches Augustiniennes Volume XVIII - 1983
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Supplément à la Revue des études augustiniennes
Maître Assistant à l'Université III de Grenoble
LE DOSSIER MARCELLINUS
dans la Correspondance de saint Augustin
ÉTUDE ANALYTIQUE DU DOSSIER
LETTRES EN RELATION AVEC LA CONFÉRENCE DE 4II
I Lettres
II Lettres 133-134 et 139
A Lettres 133 et
B Lettre 139
LetriangleAugustin-Volusianus-Marcellinus
Lettre r 32 d'Augustin à Volusianus
Lettre 135 de Volusianus à Augustin
Lettre 136 de Marcellinus à Augustin
Lettre 137 d'Augustin à Volusianus
Lettre138d'AugustinàMarcellinus
En marge du pélagianisme Lettres 143 et 165
CHAPITRE III.-SURLAMORTDEMARCELI;INUS: I,ettre151
IN'l'ERPRÉ'l'A'l'ION DU DOSSIER
NO'l'ES D'HISTOIRE
I Lemagistratetl'évêque
. Après la Conférence
II Un Romain à Carthage
. Absence du donatisme Le cercle de Volusianus
Contacts pélagiens
L'interlocuteur d'Augustin Éléments prosopographiques
. Collaboration dans l'action Richesse d'un dialogue
. Un« microcosme" augustinien Les stimulationes de Marcellinus
. L'affection d'Augustin
Augustinus Magister. Bibliothèque Augustinienne. Corpus Christianorum, series latina (Turnhout). Corpus Inscriptionum Latinarum (Berlin). Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum. Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines (DAREMBERG-
C.S.E.L.
SAGI,IO-PO'l'IER). Études Augustiniennes. Inscriptiones Latinae Selectae (DESSAU-Berlin). Patrologie Latine (MIGNE). A. I'AUI,Y, G. WISSOWA, RealencyclopâdiederklassischenAltertums- wissenschaft (Stuttgart, 1893 sq.). Recherches Augustiniennes. Revue Bénédictine. Revue des Études Augustiniennes. Revue d'Histoire Ecclésiastique. Revue d'Histoire des Religions. Sources Chrétiennes, Paris, éd. du Cerf.
Nous n'avons pas jugé nécessaire de regrouper les indications bibliographiques qui figurent dans les notes et qu'il est aisé de retrouver dans les études plus générales. Il nous a paru plus utile de présenter à la fin un Index nominum et rerum renvoyant aux points les plus importants de notre travail.
R.E.Aug.
La Correspondance de saint Augustin constitue, on le sait 1 , un document irremplaçable pour la connaissance de l'homme, de sa vie, de son activité, de sa pensée. Elle se présente comme un ensemble imposant 2 , et difficile sans doute à saisir comme un tout. Du fait de son abondance, de son étalement sur plus de quarante années, de la multiplicité des correspon- dants et de la richesse très diverse du contenu, comme aussi de ses évi-
effet se prêter assez mal
à un travail de synthèse4. En revanche, et pour les mêmes raisons, il peut inviter à des recherches circonscrites, visant à en sérier les éléments et les aspects, et permettant d'établir comme autant de dossiers, qu'il conviendra souvent de mettre en relation avec telle ou telle autre partie de l'œuvre d'Augustin, les textes s'éclairant ainsi mutuellement. Un certain nombre de travaux, d'importance et de valeur diverses, ont été menés en ce sens 5 . Ce que nous avons tenté ici rejoint ce type de projet,
dentes lacunes 3 , ce corpus épistolaire semble en
l. Cf. A. MANDOUZE, Saint Augustin, l'aventure de la raison et de la grâce. Troisième
partie, chap. x, p. 537-590; M. PELLEGRINO, in Opere di sant'Agostino-Le Lettere
- Introduzione, t. I, p. vn-crn.
GoLDBACHER), trois volumes représentant plus de 2 ooo pages,
contenant 270 lettres adressées à 170 destinataires environ.
3. Cf. A. MANDOUZE, op. cit., p. 552, n. 2.
4. On peut néanmoins citer: M. E. KEENAN, The Life and Times of St. Augustine as
revealed in his Letters (Washington, 1935); W. THIMME, Augustin: Ein lebens- und
Charakterbild auf Grund seiner Briefe (Gôttingen, l9IO) ; W. SPARROW-SlMPSON, The Letters of St. Augustine (London - New-York, 1919); H. LlETZMANN, Zur
1958. t. I, p. 260-304).
5. Rappelons par exemple J. BUCKLEY, St. Augustine's Correspondance on the
temporal Responsibility of the Christian (Doctoral thesis presented to the Faculty
of Theology of the Institut Catholique de Paris, 1965) ; F. CAVALLERA, in Saint ] érôme, sa vie et son œuvre (Louvain-Paris, 1922) : La correspondance entre Jérôme
et Augustin, (t.
2, p. 47-56) ; P. COURCELLE, Les «Confessions » dans la tradition
Entstehungsgeschichte der Briefsammlung Augustins (in Kleine Schriften. -
littéraire (Paris, Études Augustiniennes, 1963) : La correspondance avec Paulin de Nole et le genèse des Confessions (p. 559-607) ; J. E. P. DuBELMAN, Das Heidentum
Augustin et ses correspondantes (D.É.S. Alger, 1968) ; M. GARIV!ER, Saint Augustin
in Nord-Afrika nach den Brie/en des hl. Augustin (Bonn, 1859) ; R. FAUCON,
limité et prec1s : nous avons «isolé ii un certain nombre de lettres qui, indiscutablement, constituent un ensemble, et nous avons essayé, sans pour autant solliciter les textes, de leur faire dire tout ce qu'effectivement elles contiennent, explicitement et implicitement. La << coupe i> que nous avons ainsi pratiquée dans la correspondance d'Augustin reçoit son unité, non d'un thème que l'on s'appliquerait à suivre à travers l'écoulement du temps et la succession des correspondants, mais de son destinataire principal, en même temps que de la période, assez brève, où se sont situés ces échanges. De surcroît, la diversité des sujets débattus nous a paru de nature à retenir particulièrement l'attention: il s'agit de la correspondance échangée au cours des années 4rr-412 entre Augustin et le tribunus et notarius Marcellinus qui présida la Conférence de Carthage de juin 41I. Nous n'ignorons pas que ces textes sont pour la plupart bien connus. Mais, parce qu'ils ont trait à des questions très diverses, ils ont générale- ment été rattachés à des dossiers différents. Et celà, à coup sûr, était légitime. Mais on s'est moins préoccupé, croyons-nous, de les considérer dans leur ensemble, et en fonction de leur commun destinataire. Ce que nous avons cherché ici, c'est à suivre, dans leur mouvement même, les relations entre le magistrat romain en mission à Carthage et l'évêque africain, à déchiffrer, en les situant aussi concrètement que les textes nous le permettaient, et leur action et le contexte dans lequel elles'exerce, les échanges intellectuels que cette action ou suppose ou provoque, les liens spirituels qui se nouèrent entre les deux hommes. Dans cette perspective, le premier travail consistera évidemment à explorer les textes : c'est-à-dire qu'en nous aidant au maximum des
critique et l'exégèse nous fournissent à leur propos
indications 6 que la
et les Grands d'api,ès leur correspondance (D.É.S. Alger, 1955) ; J. M. KOOPMANS, Augttstinus' Briefwisseling met Dioscorus (Amsterdam, Jasonpers, Universiteitspers,
1949) ; H. HUISMAN, Augustinus' Briefwisseling met Nectarius (Amsterdam, r956) ;
M. MACNAMARA, L'amitié chez saint Augustin (Paris, Lethielleux, 1961) ; A. MERKEN,
Saint Augustin et ses amis (Liège, 1945) ; F. D. MooRREES, De Organisatie van de christelijke Kerk van Noord-Afrika in het licht van de Brieven van Augustinus (Gronin- gen-Hague, 1927) ; C. MOREL, in Saint Augustin parmi nous (Le Puy-Paris, 1954): La vie de prière de saint Augustin d'après sa correspondance (p. 222-258) ; V. NOLTE :
Augustins Freundscha.ftsideal in seinen Brie/en (Wurtzbourg, 1939) ; H. RONDET: La
théologie de la grdce dans la correspondance de saint Augustin (Recherches Augusti- niennes I, 1958, p. 303-315).
6. Pour les Lettres, nos références renvoient à l'édition AL GOLDBACHER (C.S.E.L.,
t. 34-44-57, s. Augustini epistutae; t. 58, Indices). Les lettres de notre dossier
figurant toutes au t. 44, nous indiquons seulement pour ce tome le numéro des pages et lignes. Pour les autres textes d'Augustin, nous nous référons à la Bibliothèque Augusti- nienne (Desclée De Brouwer), ou, à défaut, à la Patrologie Latine. En ce qui concerne la Conférence de Carthage de 41 l, nous renvoyons à la récente édition de S. 1,ANCEL: Gesta conlationis Carthaginiensis anno 4u, accedit s. Augustini
nous tenterons d'en donner une << description » aussi complète que pos- sible : renseignements tirés de la transmission manuscrite, problèmes de dates, rappel de la situation historique qui se trouve à l'origine de cette correspondance, analyse du contenu de chaque lettre, viseront à rendre plus pleinement lisible l'ensemble du dossier. Ce n'est que dans un deuxième temps, une fois les textes élucidés autant qu'il nous aura été possible, que nous serons peut-être en mesure de voir quelques lignes de force se dessiner à travers cet ensemble. Ainsi nous seraient donnés les éléments d'une interprétation qui, cherchant à cerner réalités extérieures - histoire - et réalités intérieures - psychologie -, nous amèneraient à proposer quelques conclusions sur l'importance et la signification de cette correspondance entre Marcellinus et Augustin. Nous ne nous dissimulons pas combien, au terme, cet essai de synthèse risque de demeurer incomplet et insatisfaisant : trop d'incertitudes, de << blancs », demeurent dans nos documents pour que nous puissions res- tituer les faits et leur chronologie de façon parfaitement assurée, saisir et faire revivre avec précision des groupes et des personnes. Nous l'avons tenté cependant, espérant qu'il apparaîtra comme une approche - limitée, certes, mais à quelques égards neuve et recevable - d'une année dont il est certain qu'elle fut particulièrement lourde de signification dans la vie d'Augustin, et, partant, dans la vie de l'Église d'Afrique. Ce travail doit beaucoup à Monsieur le Professeur A. Mandouze, qui, à Alger, m'a ouvert la voie des études augustiniennes, puis qui, de Paris, n'a cessé de suivre et de guider ma recherche avec la plus grande bienveil- lance, au R.P.G. Folliet, qui m'a suggéré le choix du sujet, m'a soutenue de ses conseils, et m'a donné si largement accès à la bibliothèque des Études Augustiniennes, à Mademoiselle La Bonnardière, qui a bien voulu m'encourager à achever ce mémoire et dont les remarques m'ont, sur plus d'un point, permis de préciser ma pensée, à Monsieur S. Lancel, dont la compétence a apporté à ce texte maintes corrections et maints enrichis- sements ; qu'ils veuillent bien trouver ici l'expression de ma vive recon- naissance.
Breuiculus conlationis (C.C.L. t. CXLIX A, 1973) et nous ferons aussi référence à l'édition en cours de publication dans la collection Souices chrétievnes (vol. 194-195) Actes de la Conférence de Carthage en 411, t. I, introduction générale; t. II, texte et traduction des actes de la lre séance, Paris, 1972. Nous avons eu d'autre part constamment recours à la synthèse la plus récente sur Augustin : A. MANDOUZE, Saint Augustin, l'aventure de la rnison et de la grâce (Études Augustiniennes, Paris 1968).
Il s'agit tout d'abord de dresser le catalogue de nos lettres, du corpus sur lequel nous allons travailler. Ce dossier est pour l'essentiel constitué par les échanges épistolaires entre Augustin et Marcellinus ; y figurent donc 1 les lettres 128 et 129, attribuées à Augustin 2 et envoyées au nom de l'épiscopat africain au tribunus et notarius, puis 133, 138, 139, 143, d'Augustin à Marcellinus, et la lettre 136, de Marcellinus, soit six lettres d'Augustin et une seulement de Marcellinus. Mais une simple lecture, même rapide, de ces lettres et des lettres voi- sines nous avertit que ce dialogue à deux personnages, où le rôle le plus long est d'ailleurs, et de beaucoup, celui d'Augustin, s'étoffe de plusieurs autres lettres qu'il y a lieu d'intégrer au dossier. Car, dans la lettre 133, est annoncée la lettre 134 («comme je crois que ce soin [regarde le très illustre et éminent proconsul, je lui ai adressé une lettre à lui aussi >> (133, § 3)), destinée au proconsul Apringius, frère de Marcellinus, et ayant exactement le même objet que la lettre 133· Puis, autour des lettres 136-138- 139 s'articulent les lettres 132, à Volusianus, 135, de Volusianus à Augustin, 137 à Volusianus: cette correspondance, en effet, est mentionnée par Marcel- linus dans la lettre 136 : <<l'illustre Volusianus m'a lu la lettre de ta Béa- titude >> (il s'agit là de la lettre 132); puis, plus loin:« en un style soigné et orné, il t'a demandé que quelques points lui soient éclaircis )), référence évidente à la lettre 135· Enfin, Marcellinus réclame d'Augustin une réponse, tant aux questions qu'il vient de formuler lui-même qu'au problème pré- senté par Volusianus dans la lettre 135 (cc sur tous ces points il convient de faire resplendir la lumière d'une réponse pleinement élaborée >> 136, 3). La réponse, la solutio demandée fait précisément l'objet, non seulement de la lettre 138 à Marcellinus, mais de la lettre 137 à Volusianus.
Conformément à la numérotation uniformément adoptée depuis les Mauristes (cf. C.S.E.L., t. 58, Index III, p. 7-n). 2. Deux d'entre elles, ep. r28 et r29, non signées par lui, semblent devoir lui être légitimement attribuées (cf. infra p. 25 à 27, où nous] croyons avoir avancé un faisceau de vraisemblances qui laissent à penser que le rédacteur en fut bien Augustin, sentiment que nous partageons, contre A.-M. La Bonnardière, avec S. Lance!, cf. Actes de la Conférence de Carthage, t. I, p. 270).
Ainsi se présente un ensemble de II lettres, dont g sont d'Augustin, 6 à Marcellinus, l à Apringius, 2 à Volusianus, l de Marcellinus et l de Volusianus : réseau d'échanges assez serré, d'autant qu'il se trouve rela- tivement concentré dans le temps : la première lettre, 128, ne peut être
antérieure à mai 4n, et la dernière, 143, n'est guère postérieure au groupe 132-138, lequel peut être daté avec assez de précision, nous le verrons par
Le dossier semblerait devoir être clos ici, puisque nulle part ailleurs dans le corpus des lettres ne figurent parmi les correspondants d'Augustin ni Marcellinus, ni non plus Apringius ou Volusianus. Deux autres lettres cependant vont devoir y être introduites : il s'agit d'une part d'une lettre adressée par Jérôme à Marcellinus, lettre que la tradition a conservée dans le corpus augustinien sous le n° 165, c'est-à-dire précédant immédiatement une lettre (166) d'Augustin à Jérôme, la longue lettre, aux proportions de traité, sur l'origine de l'âme4. Or, cette lettre 166 est de l'année 415, c'est-à- dire postérieure de deux ans à la mort de Marcellinus. Comment fa lettre de Jérôme à Marcellinus pourrait-elle appartenir à la même époque ? Par contre, et ayant lu dans cette lettre 165 : << Tu as là-bas un homme saint et érudit, l'évêque Augustin, qui pourra t'instruire de vive voix, comme l'on dit, et t'exposer son opinion, et bien plus, à travers lui, la nôtre )) (165, l), si on considère le problème qu'elle évoque : «une petite question sur 1' âme )) (super animae statu memini uestrae quaestiunculae) on ne peut que la mettre en rapport avec la lettre 143, qui est précisément, pour l'essentiel, un exposé d'Augustin à Marcellinus sur l'origine de l'âme. Enfin, la lettre 151, adressée à Caecilianus, ne saurait être omise : elle est le document essentiel sur la mort de Marcellinus et présente, nous le verrons, une importance toute particulière. Elle marque par ailleurs la limite chronologique extrême de notre dossier : la mort de Marcellinus se situant le 13 septembre 413 6 , nous atteignons avec cette lettre la fin de l'année 413, ou le début de 414. Ainsi se trouve constitué notre catalogue: r3 lettres, dont IO d'Augustin, s'échelonnant au cours de deux ans et demi environ, mais qui en fait, si l'on met à part celle qui a trait à la mort de Marcellinus, se regroupent en une année à peine : de mai 4n à la première moitié de 4rz. C'est là, pen- sons-nous, un premier signe de la densité du dossier.
Est-il besoin, d'autre part, de signaler dès maintenant que notre tra- vail, loin d'avoir à se limiter aux textes que nous venons de répertorier, fera intervenir un grand nombre d'autres références, tant il est vrai que
de l'hiver 4n-412 3 .
3. Sur cette datation, cf. GOLDBACHER, t. 58, Inde,; III, p. 36-38, ainsi
détail de la question qui sera traité ci-dessous, p. 49-52.
4. Cette lettre r65 figure d'autre part dans les lettres de Jérôme : Ep. r26.
5. P. 542-43.
6. r3 septembre 413, parce que veille de la fête de saint Cyprien, le 14 septembre
(Prid Id. Sept.), cf. infra p. 94.
<<liée à l'ensemble de son œuvre doctrinale, exégétique et de son activité pastorale et polémique, la correspondance proprement dite d'Augustin en est pratiquement inséparable 7 ». De nombreux textes, des ouvrages entiers viendrontinterférer avec le dossier initial, l'étoffer et finalement lui donner tout son sens.
L'inventaire ainsi dressé était indispensable à une prem1ere approche du dossier. Mais ces indications chiffrées restent très extérieures et ne parlent guère à l'esprit. Si nous voulons maintenant prendre un véritable contact avec les textes, nous aurons, avant d'en aborder la lecture, à rappeler les circonstances qui mirent Augustin et Marcellinus en présence, puisque là est l'origine de cette correspondance. Qu'on interprète la date de 4rr comme un sommet dans la carrière d'Augustin, un «triomphe 8 »consacrant l'autorité d'Augustin en Afrique
et son prestige hors d'Afrique, ou comme une étape, un tournant 9 , le point de départ de nouvelles tâches, ils'agit incontestablement d'une année considérable dans la vie de l'évêque d'Hippone, en même temps que, selon
d'une «époque >> dans l'histoire de l'Église
d'Afrique 10 . Car, année de la Conférence de Carthage, elle voit mettre, au moins officiellement, le point final au schisme donatiste 11 qui depuis cent ans séparait les chrétiens d'Afrique en deux églises adverses, en deux partis hostiles, et souvent, sur le terrain, en deux bandes disposées à la vio- lence. Cette Conférence, qui allait se terminer sur la condamnation sans appel des donatistes par l'autorité impériale et donner à Augustin le sentiment
l'expression de Monceaux,
7. A. MANDOUZE, op. cit., p. 552.
8. Ibid., p. 352, qui cite MONCP~AUX, Histoire Littéraire de l'Afrique Chrétienne,
9. H. I. MARROU, Saint Augustin et l'augustinisme (Paris-Le Seuil, r955). p. 5r :
«Cette année 4rr marque bien un tournant dans la vie de notre évêque ro. MONCEAUX, op. cit., t. IV, p. 82. Le classement traditionnel des lettres reflète très clairement cette impression que l'année 4rr marque un achèvement en même temps qu'un nouveau départ (P.L. 33 : 2e groupe, ep. 3r à r23, de l'épiscopat à la Conférence de Carthage, 3e groupe, ep. r24 à 23r, de la Conférence de Carthage à la mort).
Sur le Donatisme, on renverra évidemment à MONCEAUX, op. cit., t. IV, VI,
plus récentes : G. G. WILLIS, Saint Augustine
VII. , ainsi qu'aux interprétations
and the Donatist Controversy. W. H. C. FREND, The Donatist Church. (Oxford r952) ; J .-P. BRISSON, Autonomisme et Christianisme dans l'Afrique romaine de Septime-Sévère à l'invasion Vandale (Paris 1958) ; H.-J. DIESNER, Die Circumcellionen von Hippo
p. 497-508) ; Kirche und
Regius (Theologische Literaturzeitung, t. LXXXV,
r960,
Staal im spéttromischen Reich (Berlin, 1963, p. 78-90) ; Die Periodis·ierung des Circum- cellionentums (1962); E. L. GRASMÜCK, Cocrcitio: Staat und Kirche im Donatistenstreit
(Bonn.
vol. r94).
1964) ; et sur la Conférence de Carthage,
LANCEL, op. cit.,
de voir aboutir les efforts déployés depuis le début de son épiscopat, résultait, dans son origine même, de l'initiative de l'évêque d'Hippone.
de la politique que les évêques catholiques, et au premier rang d'entre eux Augustin, menaient depuis plusieurs années à l'égard des schismatiques. Or, en même temps qu'il prescrivait la Conférence, l'empereur désignait pour l'organiser, la présider et la mener à bien, un de ses hauts fonction- naires, le tribun 1VIarcellinus 13 . Sans doute n'est-il pas inutile ici afin de mieux mesurer ce qui était en question, pour l'évêque et pour le magistrat, à l'heure ou va s'ouvrir la Conférence, au point donc où s'ouvre notre dossier, de rappeler briève- ment la genèse de ce congrès qui revêtira la double allure d'une contro- verse théologique et d'un procès politique. Depuis près d'un siècle qu'était né le schisme, condamné dès son origine par Constantin (3I6) mais jamais étouffé, la lutte entre les deux églises n'avait cessé de provoquer des démêlés de toutes sortes, polémiques, décisions de conciles, édits officiels, parfois de tolérance, plus souvent de répression, violences, quelquefois aussi rencontres d'intention plus iré- nique, sans aboutir à aucun apaisement, à aucun règlement effectif 14 .
réunion, ordonnée par l'empereur 12 , n'était en fait que le couronnement
Depuis l'accession d'Augustin à l'épiscopat (395), multiples sont encore les épisodes du conflit, et fréquents les Conciles qui, ici et là, à travers l'Afrique, réunissent, les évêques de l'une ou l'autre communauté.
l'initiative d'Augustin 15 ,
Or, à partir de 403, très probablement sur
un effort précis pour négocier va être entrepris : 8U Concile de Carthage réuni le 25 août 403, on prévoit, au niveau de chaque siège épiscopal, la rencontre des deux évêques adverses pour préparer une conférence géné- rale. Cette première tentative se solde par un échec, dû au refus des dona- tistes, dans des conditions qu'il n'intéresse pas notre propos de rappeler. Mais dans la perspective qui est la nôtre, c'est l'existence de ce premier projet de conférence qui est à retenir.
Devant le redoublement de violences qui suivit ce Concile de 403, un nouveau Concile de Carthage, le 16 juin 404, marque une évolution sen- sible dans l'attitude du clergé catholique : on se décide à eu appeler au pouvoir séculier, et une ambassade est envoyée à Ravenne auprès d'Hono- rius, ne demandant pas moins que l'application aux donatistes de la
12. Constitution Inter Imperii du 14 octobre 4rn (cf. Cod. Theod.,
Collat. Carthag., I, 4, col. 53-54, III, 29, col. 186-187; et Breu. Collat., I, l; III, 22, B.A., t. 32).
13. C'est à lui qu'est adressée cette Constitution de 410 : « Imperatores Caesares
Flauii Honorius et Theodosius pii, felices uictores ac triumphatores, semper Augusti,
Flauio Marcellino suo salutem ». Cf. S. LANCE!,, op. cit., p. t. I, p. 9, 25.
Sur le détail de ces faits, cf. MONCEAUX, op. cit., t. IV, chap. II, r-2-3-; chap. III
Cf. MONCEAUX, t. IV, chap. II, 4 et III, 4 ; P. BATIFFOI,, Le catholicisme de
saint Augustin (Paris-Lecoffre, 1929), p. 187-191 ; S. LANCE!,, op. cit., t. I, p. 14-17.
législation existant contre les hérétiques. Et, dans le même temps, il est demandé aux magistrats africains de maintenir l'ordre 16 .
Ces mesures ne semblant pas avoir impressionné les donatistes, un c 1 édit d'unité» du 12 février 405 17 rappelle les édits de Constantin(3r6) et de Constant (347), mettant hors la loi les donatistes, et les aggrave en assimilant le donatisme aux hérésies. Il en résulta une répression fort rude portant sur les personnes et sur les biens (exils - confiscations - amendes). Mais le donatisme, souvent avec ses cadres, demeure en place. Néan- moins, devant l'ampleur de la persécution, les donatistes décident d'envoyer à leur tour une ambassade à Ravenne, en janvier 406. La démarche demeura vaine, sans doute parce qu'elle n'agréait pas aux catholiques, qui, depuis l'édit d'unité, se trouvaient en position de force 18 . En 407 et 408, malgré la disgrâce et la mort de Stilicon (r8) qui appa- raissait comme le grand adversaire des hérétiques auprès d'Honorius, la politique de fermeté est maintenue, sous l'action des évêques catho- liques. Réunis en Concile le r6 juin et le 13 octobre 408, ils dépêchent deux ambassades à l'empereur. Augustin envoie même une lettre à Olym-
pius, successeur
de Stilicon, pour appuyer la démarche officielle 19 . Au
cours de l'année 409, la rigueur redouble, les violences des circoncellions aussi. Augustin, après avoir protesté contre un édit 20 , à ses yeux trop sévère, du proconsul Donatus, n'en est pas moins amené, devant les menaces de l'adversaire, à justifier les lois de répression 21 . Survient alors un changement radical de l'attitude impériale : un «édit de tolérance >>proclame la liberté de toutes les sectes 22 . Quelle qu'ait été la cause de ce revirement 23 , la mansuétude n'eut pas d'effet plus apaisant que la rigueur.
Cf. Cod. Canon. Eccl. A/rie., can. 93 ; Contra Creseonium, III, 43-47-48-53 ;
7 ; Ep.
ro5, 2-4.
Cod. Theod. XVI, 5-6 (3-5)-r r (2) ; Cod. Can. Eecl. A/rie., can. 94-99-rr7-r 19 ;
Ep. 88 (5-ro), 185 (7-26).
18. Cf. S. LANCEL, op. cit., t. I, p. 20-2r.
19. Ep. 97, de novembre 408.
20. Cod. Theod., XVI, 5, 44.
2r. Ep. ro5.
22. Début 4ro, cf. Cod. Theod., XVI, v, 51 ; Cod. Can. Eeel. A/rie. ro7; Ep. 108, 6,
23. Le texte de cet «édit», qualifié d'oraculum par le Cod. Theod., puis par les
Gesta (I, 4, l. 17-20), ne concernait pas particulièrement les donatistes. Sans doute avait-il été promulgué dans un désir d'apaisement devant les menaces qui affluaient
de toute part dans l'Empire, dans un souci de ménager l'Afrique et de marquer la reconnaissance d'Honorius aux Africains pour leur loyalisme. Cf. MONCEAUX, IV,
p. 81-82 ; A. C. de VEER,
XXIV, 1966, p. 189-195, et S. LANCEL, op. cit., p. 22-23).
mesure de tolérance de t' Empereur Honorius, R. É. Byz.
C'est alors que les catholiques revinrent au projet de 403 : un concile tenu à Carthage le I4 juin 410 envoie une ambassade à Honorius ; elle demande, outre l'abrogation de l'édit de tolérance, la réunion d'une confé- rence générale entre les deux parties : c'était reprendre le plan ébauché en 403, à cette différence que, maintenant, au lieu de chercher à régler le débat au seul niveau des deux Églises et dans le cadre de l'Afrique, on s'en remettait à la décision du pouvoir séculier et de l'autorité impériale. La réponse d'Honorius, favorable, fut donnée sous la forme de deux édits : une constitution du 25 août 410, abrogeant l'édit de tolérance et prescrivant des mesures très rigoureuses contre les hérétiques 24 , puis la constitution du 14 octobre décidant la tenue d'une conférence et chargeant Marcellinus d'en régler toutes les modalités 25 . A travers ce rappel un peu long, et pourtant sommaire, des faits et des textes qui nous en ont conservé le souvenir, il semble que nous voyions la « politique n catholique, la politique d'Augustin, se poursuivre selon deux lignes, d'apparence, au prime abord, peu conciliables. D'une part, et c'est une constante chez Augustin, la recherche d'une rencontre, de débats, où une discussion bien menée, par des esprits de bonne foi, ne pourrait aboutir qu'à la manifestation de la vérité, donc au triomphe de l'unité 26 : c'est là le maintien d'une attitude qui avait été celle d'Augus- tin avant 403, dès le moment où, devenu évêque, il avait dû s'affronter aux donatistes. Mais, à partir de 403, rien ne semble plus pom-oir être fait sans le recours au pouvoir séculier: Augustin accepte, justifie, demande la répression, même s'il lui arrive de protester contre ses formes extrêmes 27 • Si bien que, lorsque l'urgence d'un débat général se sera imposée, c'est à l'empereur qu'on remettra le soin de le décider, et, en fait, de le conduire et de le conclure. Ainsi la Conférence de 4rr relè\-e-t-elle à la fois du désir de réaliser l'unité par cc la manifestation de la vérité n, et du besoin d'une sanction officielle, né à n'en pas douter d'un souci d'efficacité. L'on ne saurait s'étonner d'autre part que, après le refus signifié aux donatistes en 406 qui présentaient une requête analogue, l'empereur ait accédé à la requête catholique, si l'on considère que tous les troubles d'Afrique pen-
24. Cod. Theod., XVI, 5, 5r.
Carthag.
53-54 ; III,
29 (r86-r87) ; Breuic.
Collat., I, I - III, 22. Il y est dit notamment, en ce qui concerne les pouvoirs de Marcellinus : «Nous ordonnons qu'il soit donné suite à cette affaire dans les quatre
Ta Sollici-
Nous nous reposons également sur toi du soin de convoquer les évêques
tude, si tu as connaissance de quelques pratiques tendant à entraver la marche de
qui aura été décidé
« Veritatis
manifestatio » dira le rer édit de Marcellinus organisant la Conférence.
pp. II2-II3.
Nous voulons que tu sois juge du débat et que tu y occupes la première place
l'affaire devra nous en informer par une réponse que tu nous adresseras
nous sera signifié par toi
26. « catholicae legis plenam ueritatem »de la Const. Inter Imperii
Cf. Ep. 97.
dernier siècle 28 venaient d'hommes qui s'étaient appuyés sur les
troupes donatistes : unité de l'Église, unité de l'Empire semblaient passer par les mêmes voies. Tel était le contexte qui amena en Afrique Marcellinus, uir clarissimus et spectabilis, tribunus et notarius, comme substitut de l'Empereur, muni des pleins pouvoirs pour régler tout ce qui avait trait à la Conférence, et pour, à travers elle, mettre fin au conflit qui rompait l'unité catho- lique et l'unité romaine 29 en Afrique. Tel était le contexte qui mit en pré- sence Augustin et Marcellinus.
Structure du ' Corpus '.
Outre qu'il nous éclaire sur les circonstances dans lesquelles Marcelli- nus arrivait en Afrique, le rappel historique qui précède, nous introduisant aux premières pièces du dossier, nous amène à discerner un groupement dans notre catalogue. Nous sommes invités en effet à considérer d'abord tout ce qui dans cette correspondance se rattache à la Conférence et à ses prolongements. Nous sommes alors en présence d'un premier groupe comprenant les lettres 128-129, 133-134 et enfin 139, du moins dans sa majeure partie. A ce groupe s'oppose la série des lettres qui traitent de questions étran- gères au donatisme : c'est-à-dire l'ensemble 132-135-136-137-138, d'une part, puis la lettre 143, à laquelle se rattache la lettre 165 ; nous y join- drons en outre la partie de la lettre 139 qui ne concerne pas les donatistes. Enfin, nous considérerons à part la lettre 151, écrite par Augustin non plus à Marcellinus, mais sur Marcellinus, sur sa condamnation et sa mort. Cette répartition nous impose tout de suite quelques remarques : cinq lettres seulement sont à mettre en rapport avec la Conférence de Carthage et le donatisme ; encore la cinquième (139) aborde-t-elle en plus de tout autres problèmes. Sept, par contre, plus une notable fraction de cette lettre 139, traitent de sujets absolument différents. Si nous tenons compte en outre, non plus seulement du nombre, mais de l'étendue de ces lettres, nous constatons que le groupe consacré au
28. Cf. Ch. COURTOIS, Les Vandales et l'Afrique (Paris-Arts et métiers graphiques
1955), Ie partie, chap. IHV (notamment p. lJl, 139, 144 à 147) à propos des révoltes de Firmus puis de Gildon.
29. Cette dernière, dès lors fortement compromise sur d'autres terrains, puisque,
rappelons-le, Honorius publie la Constitution du 14 octobre 4ro
prise de Rome par Alaric. On s'est étonné de le voir à un pareil moment donner tant d'importance à des « chicanes » de théologiens. En fait, sa foi catholique n'explique pas tout : n'y avait-il pas à préserver en Afrique une cohésion de l'Empire qui n'existait plus en Italie ? L'unification religieuse pouvait apparaître comme un facteur déterminant. Ces considérations ne relèvent pas directement de notre propos :
50 jours après la
mais la chute de Rome et la désagrégation de l'Empire constituent la toile de fond sur laquelle s'inscrit toute une part de notre dossier: il n'est pas inutile de s'en souve-
donatisme n'occupe, dans l'édition du C.S.E.L., que 22 pages, contre 73 pour le reste du dossier 30 . Sans faire dire aux chiffres plus qu'ils ne sau- raient dire, il ressort de ce petit calcul que, si la correspondance entre Augustin et Marcellinus est née à la faveur de la Conférence, ce n'est pas, en définitive, le problème donatiste qui y a tenu la plus grande place. C'est en suivant cette répartition que nous allons maintenant entre- prendre une lecture minutieuse de nos textes; et, comme on peut s'y attendre, en dépouillant d'abord tous ceux qui ont trait à l'affaire dona- tiste. Nous allons voir, au cours de ce travail, chacun des deux grands groupes que nous venons de distinguer se diviser à son tour en « sous- groupes », eux pratiquement indissociables, et pour chacun desquels nous donnerons une présentation d'ensemble.
30. Le décompte est le suivant, dans C.S.E.L., t. 44 :
128 et
ro pages (30-39)
133 et
(149-151, puis 154)
59 pages (89-148)
(250-262)
Lettres en relation avec la Conférence de 411
LETTRES r28-r29
La première mention de Marcellinus dans le corpus des lettres d'Augus- tin (et d'ailleurs dans l'ensemble de l'œuvre) figure dans l'intitulé de la lettre rz8, et sous une formule identique, que nous ne retrouverons plus par la suite, dans celui de la lettre r29. « Honorabili ac dilectissimo filio u(iro) c(larissimo) et spectabili tribuno et notario Marcellino, Aurelius, Siluanus et uniuersi episcopi catholici 1 . )) Le destinataire est désigné ici par la série de ses titres et de ses fonc-
tions : clarissimus, spectabilis, et tribunus, et notarius, qui n'apparaîtront
plus dans les autres lettres où l'on ne lira 2 , joint au filius déjà employé ici, que le terme de dominus, respectueux certes, d'autant qu'il est assorti de qualificatifs tels que eximio et merito insigni, mais d'usage courant et de caractère privé. C'est là une première indication qui invite à consi- dérer à part ces deux textes. D'autre part, elles sont adressées par l'« ensemble des évêques catho- liques )) (uniuersi episcopi catholici) dont deux noms seulement sont mentionnés: ceux d'Aurelius et de Silvanus, c'est-à-dire de l'évêque de Carthage, primat d'Afrique, et celui du primat de Numidie (primae sedis prouinciae Numidiae 3 ). Augustin n'est pas nommé: c'est qu'il n'est, en tant qu'évêque d'Hippone, qu'un évêque parmi d'autres. En fait, nous avons affaire ici, non à des lettres personnelles, mais à
30 et p.
z. Cf. intitulé des lettres 135, 138, 143·
3. Aurelius, episcopus ecclesiae catholicae Carthaginiensis, en tant qu'évêque de Carthage est primat de la Province, tandis que Silvanus, primae sedis prouinciae Numidiae est primat de Numidie; la préséance allait toutefois à l'évêque de Carthage, considéré en fait, sinon en droit, comme primat d'Afrique ; cf. S. LANCEI,, op. cit.,
deux pièces officielles. Cela ressort clairement de la façon même dont elles nous sont parvenues : elles ne figurent dans aucun manuscrit augustinien,
transmises par le Parisinus latinus r546 . Toutefois la Lettre r28 est également citée dans les Gesta cum Emerito, qui nous ont été transmis par un unique témoin, le codex Gratianopolitanus 152. Or elle y est citée par Augustin précisément comme un document officiel 6 . Les deux lettres seront mentionnées et résumées par Augustin dans son Abrégé de la Conférence de Carthage, entrepris pour que soit conservé sous une forme
accessible l'essentiel des débats 7 •
Pièces officielles donc, il convient de les situer dans l'ensemble de la procédure où elles s'insèrent. Au premier jour de la Conférence, le rer juin 4rr, à l'ouverture de la séance, les Actes rapportent que le prési- dent, l\riarcellinus, eut d'abord soin de faire lire toutes les pièces qui avaient précédé, donc préparé la Conférence. Sont donc lus successivement, selon l'ordre chronologique 8 ;
ont été conservées dans les Actes de la Conférence de Carthage 4 , et
- La Constitution impériale cc Inter imperii
» du r4 oct. 4rn (I, 4).
Un premier édit de Marcellinus, du r9 janvier 4rr (I, 5). Un deuxième édit de Marcellinus (I, rn). La réponse des donatistes, connue sous le nom de Notoria (I, r4). Une réponse des catholiques, qui est précisément la lettre r28 (I, r6). -· Une seconde lettre des catholiques, ripostant à la Notoria donatiste, texte qui constitue la lettre r29 (I, r8). Quel est donc maintenant le contenu de ces deux lettres ? La première, la lettre r28, est une réponse aux deux édits de Marcellinus. Le premier indiquait la date et les modalités d'ensemble de la Conférence, proposant aussi des mesures de nature à rendre évidents le souci d'équité et la bienveillance du représentant impérial. Quant au second, il fixait avec beaucoup plus de précision les modalités pratiques de la procédure, et, en rappelant la date de l'assemblée, il en prescrivait aussi le lieu 9 .
4. Actes de la Conférence
5. Cf. GOI,DBACHER, C.S.E.L., t. 44, p. 30.
I, 16, 1. l-rr4 et 18, 1. 1-175.
6. En 418, lors de sa controverse avec Emeritus, évêque donatiste de Césarée. Ne
pouvant rappeler l'ensemble des débats de la Conférence, Augustin fait néanmoins lire un texte qui est précisément la lettre 128 ; cf. De gestis cum Emerito, B.A., t. 32, p. 461-462. Le texte est intégralement celui du Parisinus, moins deux mots : hoc,
C.S.E.L., 44, p. 30, 8; et Aurelius, ibid., p. 34, r.
7. Cf. Breu. Colt., Ier jour, V et VII, B.A., t. 32, p. 98-100.
8. Ordre restitué par S. LANCEL, op. cit.,
t. I, p. 338·339.
9. Notons les concordances entre le texte de ce 2• édit et celui de l'ep. 128. l\farcelli-
nus déclare : «cum patientia disputandi, quae soli amica est silentio, omnem caterua- tim agminis strepitum perhorrescat » (I, ro, 1. 33-35), « Nullus ergo uel laicus uel episcopus ultra numerum praestitutum in illum tranquillissimum concilii locum
contra prohibitum moliatur accedere
» (ibid., 1. 46-48); « Nihil turbidum, nihil
tumultuosum, nihil denique intempestiuum debere prorsus obstrepere « (ibid.,
« admonituri quoque populum christianum ut a
1. 54-56), et les évêques d'acquiescer
conlationis loco quietis et tranquillitas gratia suum
abstineat omnino conuentum
(p. 30, 16-17). L'ep. 129 reprendra ce thème en y insistant davantage.
Or la lettre r28 apparaît bien comme une réponse globale à ces deux textes. Elle exprime d'abord, point par point, (§ r), une adhésion à toutes les dispositions prévues par Marcellinus, et très particulièrement à celles
du deuxième édit : «A l'édit de ton Excellence
notre accord sur tous les points, c'est-à-dire sur le lieu et la date de cette
Conférence, et sur le nombre de ceux qui devront y être présents. Nous sommes d'accord aussi pour que ceux à qui nous confierons la charge des
débats signent leurs interventions
ii ; il y est fortement insisté sur tout ce
qui pourra favoriser cc la paix et la tranquillité )), en particulier sur l'interdiction des rassemblements 10 .
Puis un paragraphe beaucoup plus long ( § 2) évoque ce qui constitue
le fond!même des débats : le problème de la catholicité, de la véritable
Église du Christ,
fut à l'origine même du schisme, mais qui est depuis longtemps une
cause jugée 11 .
d'une part, et, d'autre part, l'cc affaire Crecilianus ii, qui
Enfin les évêques s'attachent avec insistance à préciser ce que sera leur attitude une fois rendne la sentence impériale : en cas de victoire dona- tiste, ils s'effaceront (§ z), en cas de victoire catholique, ils proposent un partage des pouvoirs avec les évêques donatistes qui rentreront dans
l'unité (§ 3) 12 . Et la lettre s'achève sur un appel à
appel fondé sur l'Évangile, mais non dénué de fermeté : on y revient sur le point fondamental du cc second baptême ii pour souligner les contra- dictions qui apparaissent dans l'attitude des donatistes qui n'ont pas réitéré le baptême aux maximianistesrn ralliés, et qui voudraient, ô para- doxe, le réitérer à la terre entière ! Appel à la concorde, certes, mais aussi
souci de conclure sur un argument d'une portée polémique évidente.
Ainsi la lettre rz8 s'inscrit-elle dans le déroulement de la procédure offi- cielle préparatoire à la Conférence, puisqu'elle est la réponse d'une des parties aux édits du représentant impérial ; mais déjà elle soulève le sujet même du débat, et définit brièvement la position catholique (§ 3). Cela très intentionnellement, puisqu'au début du § 4 on lit cette déclaration significative: cc Nous avons eu le souci d'écrire ces choses à ton Excellence, afin que par toi elles soient aussi connues de tous. ii
catholiques donnent entier agrément aux prescriptions de Marcellinus,
la concorde (§ 4),
maintenant instauré.
P. 30, 5-19. l r. Sur l'origine
du schisme et sa
condamnation par l'édit de
Milan en 316,
cf. MONCEAUX, op. cit. IV, p. 8-25.
12. Cf. LAMIRANDE, L'offre conciliatrice des catholiques aux donatistes relativement à
l'épiscopat (Gesta collationis Carthaginiensis, I, 16) dans Église et Théologie, 2 (1971),
p. 285-308 ; et S. LANCEI., op. cit., t.
13. Dissidents de l'église donatiste, qui en 392, avaient suivi le diacre Maximianus,
en opposition avec Primianus, et avaient été excommuniés (cf. MONCEAUX, t. IV,
p. 57-62). Or, par une inconséquence flagrante, les donatistes admettaient dans leur
église les maximianistes qui se ralliaient sans leur administrer le second baptême,
I, p. 42-43.
les donatistes, eux, s'empressent de les contester ; ils s'élèvent d'une part contre l'exigence d'une réponse écrite : << Ce n'est ni l'usage public, ni une habitude des juges >1, d'autre part contre le deuxième édit qui prescrit le choix d'un petit nombre de délégués, seuls habilités à participer aux débats, soulignant la contradiction entre le deuxième édit et le premier, qui appelait tous les évêques à Carthage et aux exigences duquel ils s'étaient si exactement pliés 14 .
C'est à ces réserves hostiles de la Notoria que riposte, peu de jours après, la lettre rz9. Elle montre d'abord à quel point Augustin et ses frères tenaient
à une conférence à effectifs réduits, dans l'intérêt de «la tranquillité n
Augustin l'occasion de revenir
sur le fond du problème, celui de la catholicité de l'Église ( § z) prouvée par une réflexion sur les Écritures (§ 3), l'occasion aussi de répondre au grief des donatistes touchant le recours à l'autorité temporelle : il ne manque pas sur ce point de précédents, et de surcroît parmi les donatistes,
à l'origine même du schisme, puisqu'ils furent les premiers, dans l'affaire
Cœcilianus, à en appeler au jugement de l'empereur. Par ce biais, s'intro- duit un nouveau rappel des origines du schisme, puis de l'attitude des donatistes à l'égard des maximianistes 16 . On en revient enfin au problème du nombre des participants, qui avait été le point de départ de la lettre. La participation générale désirée par les donatistes apparaît aux catho- liques comme génératrice de troubles, de ce désordre qu'ils semblent redouter par-dessus tout ; il était nécessaire de rassembler à Carthage le corps épiscopal tout entier, afin d'élire les représentants de tous, mais non pour tenir, tous ensemble, de tumultuaires assises ; néanmoins, s'il s'agit de parvenir ainsi plus vite et plus complètement à l'unité, les évêques catholiques acceptent de se présenter tous ensemble. <c Nous serons tous là
et du cc calme n 15 . Elle est d'autre part pour
quand ils le voudront 17 >1.
Cette analyse conduit à quelques remarques importantes :
Ces deux lettres, très voisines dans le temps puisqu'elles sont à situer entre le zo mai, date du deuxième édit de Marcellinus, et le rer juin, ouverture de la Conférence, sont aussi très proches par le contenu, le ton, les intentions. Toutes deux affirment l'adhésion du corps épiscopal catho- lique aux mesures édictées par Marcellinus. A ce titre, elles constituent deux chaînons de la procédure préparatoire à la Conférence. Toutes deux affirment la volonté irénique des évêques catholiques, non pas seulement
q. Cf. la Notoria donatiste dans Actes de la Conférence
I, I4, 1. I-32.
edicto nobilitatis tuae quo ipsius disputationis nostrae tranquillitati quietique
prouidisti consentire noluerunt », ep. 129, p. 34, 9-r3.
r5. « Multum nos sollicitos reddidit notoria uel litterae fratrum nostrorum
r7. « cum uoluerint, omnes aderimus », p. 39, r-10.
Cf. supra, p. II, n. I2 et r3.
par des paroles de paix, appuyées sur l'Écriture, mais par la proposition de mesures concrètes, destinées à favoriser l'apaisement. A ce titre, elles sont déjà des éléments de la stratégie du combat qu'on s'apprête à livrer:
on suit aussi loin que possible l'adversaire dans ses exigences; on est prêt à ne pas afficher l'insolence du triomphe en cas de victoire, et à s'incliner complètement devant une victoire adverse 18 .
L'une comme l'autre des deux lettres contiennent déjà un exposé succinct de la thèse qui va être soutenue par les catholiques, et l'essentiel de l'argumentation qu'utiliseront Augustin et ses collègues, Augustin surtout, tout au long des débats : argumentation qui portera, d'une part, sur une définition de la catholicité s'appuyant sur des références scripturaires, et, d'autre part, à l'aide de textes et de témoignages (humanis documentis), sur la démonstration de l'innocence de Caecilianus et sur la validité de la succession épiscopale à Carthage 19 . Cette dernière remarque nous conduit tout naturellement au problème de l'attribution de ces lettres à Augustin lui-même. Rédigées au nom du corps épiscopal tout entier (souvent désignées de ce fait du nom de<< syno- dales ))) et signées seulement des chefs de l'épiscopat africain, Aurelius et Silvanus, elles ont pourtant été généralement considérées comme l'œuvre d'Augustin. Rien, effectivement, ne s'oppose à cette attribution, bien au contraire : la fermeté de la forme, cette façon d'imposer sa pensée en saisissant les points faibles de l'adversaire, et par ailleurs en se fondant sans cesse sur l'Écriture, d'en venir d'emblée au fond même de la question, et de mettre en évidence, quitte à se répéter, les deux points essentiels du débat, enfin d'allier l'intransigeance du jugement et la préoccupation de charité, tout cela est bien dans la manière d'Augustin. En outre, il appa- raît clairement, à lire les Actes de la Conférence que, lorsqu'il s'est agi de traiter les points qui touchaient au fond, c'est Augustin qui prend la parole, oriente de ce fait l'ensemble des débats et joue ainsi un rôle déter- minant. Il est donc assez naturel de lui supposer une responsabilité de premier plan aussi dans la préparation même du congrès 20 , et de penser que les deux «synodales>> sont de lui 21 . D'ailleurs, lorsque, sept ans plus
tard, il entrera en discussion avec
l'évêque Emeritus de Césarée 22 , doua-
r8. « nullos apud eos honores episcopalis muneris requiremus sed eorum sequemur pro sola aeterna salute consilium quibus tanti gratiam beneficii pro cognita ueritate debebimus », ep. 128, p. 3r, 5-8. r9. Sur l'ensemble des débats, dont le compte rendu nous estparvenuincomplet,
consulter S. LANCE!,, C.C.L., t. CXLIX A ( Gesta (S.C. vol. 194-195).
20. Sur le rôle d'Augustin, cf. LENAIN de TII,I,EMON'I', Mémoires poiw servir à l'Histoire ecclésiastique, XIII, p. 551; LAMIRANDE, Introduction dut. 32 de la B.A.,
p. 4r-48 ; LANCE!,, op. cit., t.
2r. Augustin sera en outre, et nous le tenons de ses propres déclaratlons (Retracta- tiones, II, 67, B.A., t. I2, p. 52I), l'auteur d'une autre «synodale », du r4 juin 412 (ep. r41), nouvelle indication invitant à lui attribuer expressément les deux premières.
et Breuiculus) et Actes
I, p. 253-273.
supra, p. 22 n.
tiste impénitent, il s'appuiera sur la première de ces lettres, qu'il fait lire publiquement dans son texte intégral : ne peut-on voir là un signe supplé- mentaire que ce texte, émanant en principe de tout le corps épiscopal, est d'abord <<son >>texte ? Nous pouvons sans doute aller plus loin. Plus fortement que de simples impressions, ou que les arguments de vraisemblance que nous venons d'examiner, c'est la comparaison de nos deux lettres avec des textes liés à la Conférence qui peut venir confirmer l'attribution traditionnelle des deux synodales à l'évêque d'Hippone. De tels textes, on le sait, ne man- quent pas : le Breuiculus d'abord, dont nous avons déjà fait état, et qui fut composé à la fin de 4rr, puis le traité Ad Donatistas post collationem, composé, comme le Breuiculus, à la fin de l'année 4rr, ainsi que la lettre 141, adressée en juin 412 à des donatistes ralliés 23 , enfin trois sermons, l'un (Sermon 359) prononcé sans doute au début de l'automne 4rr, et les deux autres, les sermons 357 et 358, datant l'un du 17 mai, l'autre de la dernière semaine de mai 24 . Ce sont ces trois textes que nous avons particulièrement consultés, parce que leurs dates indiquent clairement qu'ils ont été compo- sés dans le climat même de la Conférence. Augustin s'y fait immédiatement l'écho, auprès du peuple, de ce qui va être, ou a déjà été, l'objet des débats au niveau de la hiérarchie. Or la lecture parallèle de nos deux lettres et de ces trois sermons révèle des concordances frappantes, qui nous paraissent le signe indéniable d'nne parenté entre ces textes. Dans le sermon 359, nous voyons Augustin revenir sur quelques éléments importants des deux lettres. Au paragraphe 5 on retrouve dans le passage:
<< non posse enim esse duos episcopos ; diximus ut ambo sedeant in una
simplici basilica : ille in cathedra, ille ut peregrinus
ll, les dispositions
envisagées dans l' ep. 128 sur le sort à réserver aux évêques des deux parties
une fois l'unité revenue : << poterit unusquisque nostrum honoris sibi socio copulato uicissim sedere eminentius sicut peregrino episcopo iuxta consi-
dente collega
>> (p. 32, l-3). Puis l'affaire Crecilianus y est évoquée, en
des termes voisins de ceux de la lettre 129 : c< Inuentus est innocens
lutus est ab ecclesiastica ueritate )) (sermo 359, § 6), rappelant le passage
suivant : <<
tam post ecclesiastica iudicia, quibus absolutus est Caecilianus
30 ; p. 37, 2-3). Enfin l'appel à la concorde fraternelle a les mêmes accents
et appareat
illis in iucunditate
quam bonum sit et iucundum fratres habitare in
que dans l'ep. 129: ici figure une citation du Psaume 132 <<
totamque ipsam causam potuerunt
inuenire olim esse fini-
>> (p. 36,
unum >> (p. 39, 14-17), tandis que le sermon commente : << Diximus posse in una Ecclesia pacis causa esse fratres concordes : speciosa enim est
concordia fratrum >> (sermo 359, § 5).
23. Breuiculus, cf. supra, p. 16 n. 12, p. 18 n. 25 ; Ad Donatistas post collationem
liber unus, B.A., t.
32, p. 248-393 ; Lettre
141, C.S.E.L., t. 44, p. 235-246.
24. Sermo 357, P.L., 39, col. 1582-1586 ; Sermo 358, P.L., 39, col. 1586-1590;
Sermo 359, P.L., 39, col. 1590-1593. Pour la datation de ces sermons, cf. O. PERLER
et J. L. MAIER, Les voyages de saint Augustin (E.A., Paris 1969), p. 287-288, 298.
Mais c'est dans les deux sermons antérieurs à la Conférence qu'appa- raissent les similitudes à notre sens les plus significatives. Y sont en effet repris, avec l'insistance que permet, ou requiert, le style oral de l'homélie, les thèmes majeurs de nos deux lettres : le sermon 357, cc De laude pacis >>n'est qu'une ardente exhortation à la paix, où les termes de requies et de pax reviennent comme un leitmotiv, où l'évocation de la
catholica mansuetudo (§ 4) rejoint la catholica dilectio de l'ep. 128 (p. 32,
19), où l'attente de l'unité (unitas uenit - § 3) répond au souci d'union exprimé constamment tant dans l'ep. 128 (cf. p. 33, 23-25) que dans l'ep.129 (cf. p. 39, 10-16). Plus précisément encore, comment ne pas être sensible aux parallélismes d'expression tels que le cc non humanis opinionibus, sed diuinis testimoniis >> du sermo 358 (§ 1) et le cc humanis documentis uel diuinis >> de l'ep. 128 (p. 31, 20) et par le cc ad pacem et concordiam >>
358 § l) symétrique du cc ingrediamur concordes et pacati >>de l'ep. 129
34, 19 ?) Puis c'est la même citation de l'Écriture (Col. 1-6) cc Ecclesiam
catholicam toto orbe terrarum fructificantem atque crescentem >> qui inter- vient et dans l'ep. 128 (p. 31-12) et dans le sermo 358 (§ 2). Enfin, au § 6 de ce même sermon, Augustin adresse à ses ouailles la même injonction qui, dans l'ep. 128 était adressée avec tant d'instance aux deux commu- nautés : cc ad collationis locum nullus uestrum irruat ; uitemus omnes seditiones, omnes causas seditionis >> ordonne le pasteur, tandis que les paragraphes 1, des ep. 128 et 129 (cf. p. 30 et 34) exprimaient, plus lon- guement, la même exigence. De telles rencontres, portant à la fois sur les thèmes, les références scripturaires, la coloration du vocabulaire, ne sauraient être fortuites 25 . Le prédicateur qui harangue son peuple à la veille de la Conférence est bien l'homme qui, dans le même temps, adresse à Marcellinus les lettres présentant les positions, les intentions de l'épiscopat catholique. Personne à Carthage ne devait s'y tromper : Augustin, au premier rang depuis longtemps de la lutte antidonatiste et du combat pour l'unité, ne pouvait qu'être l'interlocuteur privilégié de l'envoyé impérial.
II I,ETTRES 133-134 et 139
Lorsque la Conférence eut trouvé sa conclusion, le soir du 8 juin 4II,
s'achevant sur la condamnation du
mesures légales pour que ce verdict entrât dans les faits. Ces mesures,
c'était encore à Marcellinus qu'il revenait d'abord de les promulguer
donatisme 26 , il restait à prendre les
A l'appui de cette thèse, voir les arguments que S. Lance! tire de l'examen
stylistique de ces deux textes dans Actes de la Conférence
t. I, p. 332-335.
Cf. MONCEAUX, t. IV, p. 83-86,
- ce qu'il fit dans un édit conservé sous le nom de Sententia Cognito-
exécuter 28 •
Pas plus que nous n'avions à reprendre ici, dans le détail, la genèse de la Conférence, ni à en suivre le déroulement, nous n'avons à revenir maintenant sur le détail, ni d'une répression qui fut certainement rigou- reuse et systématique, ni de la résistance adverse, résistance nombreuse, multiforme et souvent violente 29 . Mais trois lettres d'Augustin nous appor- tent, dans ce cadre du «dossier Marcellinus )), des témoignages impor- tants sur ce chapître de la persecutio antidonatiste menée par l'autorité civile à la suite de la Conférence, et sur l'attitude d'Augustin devant cette répression. Ces trois lettres, 133, 134 et 139, sont certainement très proches dans le temps, proches aussi de la Conférence, proches enfin par leur contenu. Toutefois, il convient d'examiner ensemble les lettres 133 et 134, puis à part, 139·
A - Lettres 133-134 Conservées dans les mêmes manuscrits 30 , ces deux lettres 133
ont très évidemment été rédigées et adressées en même temps, l'une à Marcellinus, l'autre au proconsul Apringius, qui était le frère de Marcelli- nus. Cela ressort clairement du passage suivant de la lettre 133 : <<Je sais que les causes ecclésiastiques concernent particulièrement ton Excellence, mais comme je pense que la responsabilité (curam) en revient au très illustre et éminent proconsul, je lui ai adressé une lettre à lui aussi, lettre
que je te prie de bien vouloir lui remettre,
d'appuyer 31 ii. Elles sont certainement de l'hiver 4n-412. Augustin dut regagner Hippone au début d'octobre 32 , et Apringius d'autre part sortit de charge le 28 février 33 ; sans doute faut-il les situer assez tôt dans l'hiver, puisque la lettre 139, qui semble assez nettement postérieure à ces deux lettres, est elle aussi antérieure à la sortie de charge du proconsul 34 .
et, s'il est nécessaire,
27. Sur les problèmes que soulève cette Sententia, cf. LAXCEr,, op. cit., t. I, p. 28
29. Cf. MONCEAUX, t. IV, p. 87-92.
30. Goldbacher (C.S.E.L., t. 44, p. 80 et 84) en indique huit. La lettre I34 figure
en outre dans l' Indiculum de Possidius, où elle a été identifiée par Dom de Bruyne ;
cf. Les anciennes collections et la chronologie des lettres de saint Augustin, R.B., 43
(r93r) p. 290, et aussi PERI,l'~R, Les voyages
352 et n.
28. Encore que l'édit Inter imperii (cf. supra, p. I6, n. I2) ne soit

References: § 3
 § 2
 § 4
 § 6
 § 5
 § 3
 § 6