Source: https://www.fidespost.com/index.php/2020/05/14/larcheveque-metropolitain-de-dakar-est-il-le-chef-de-leglise-du-senegal/
Timestamp: 2020-06-02 00:45:55+00:00

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L’Archevêque Métropolitain de Dakar est – il le « Chef de l’Eglise du Sénégal »? – FidesPost
Dans cette chronique, Abbé Aloyse revient, pour les lecteurs de Fidespost, sur la définition d’une province ecclésiastique et les attributions d’un archevêque métropolitain. Il évoque également le titre de «chef de l’Eglise du Sénégal» attribué à l’archevêque de Dakar, notamment par la presse, pour procéder à un rectificatif. Abbé Aloyse Sène, Docteur en Droit canonique, est prêtre du diocèse de Kaolack actuellement en mission dans le diocèse de Thiès, comme Président du Tribunal Ecclésiastique Interdiocésain et Chancelier de ce diocèse. Il est par ailleurs le Président de l’Union du Clergé Sénégalais (UCS).
L’Eglise universelle comporte une constitution hiérarchique qui est une structure par laquelle elle organise son activité pastorale. Cette constitution répond à un besoin d’organisation spécifique qui ne correspond pas à celle de l’Etat. Le concept de l’autorité dans l’Eglise n’est pas, par ailleurs, comparable à celui d’une société, d’une association ou d’un simple regroupement d’hommes. C’est pourquoi, les apparences sont trompeuses et induisent parfois à des conclusions fort douteuses que, malheureusement, l’habitude de l’utilisation finit par légaliser.
Nous cueillons ici une opportunité pour apporter une contribution à une meilleure compréhension de certains termes et enjeux en ce qui regarde l’Eglise en général et celle du Sénégal en particulier. C’est avec intérêt que nous nous engageons à cela.
Une province ecclésiastique, c’est quoi?
La province ecclésiastique est un regroupement d’Eglises particulières voisines, érigée juridiquement par l’autorité suprême. Ce sont des unions de diocèses voisins, sous l’autorité de l’archevêque métropolitain et du concile provincial, dans leur domaine de compétence expressément spécifié par le droit. Elle a comme finalité la communion épiscopale et l’unité d’action pastorale et jouit de plein droit, ipso facto de la personnalité juridique dès son érection. Le diocèse principal s’appelle Diocèse métropolitain ou archidiocèse et les autres sont appelés suffragants. Il peut y arriver qu’un diocèse ne soit pas rattaché à une province ecclésiastique. Là, il est dit diocèse exempt. Tel n’est pas le cas au Sénégal où nous avons un diocèse métropolitain qui est l’archidiocèse de Dakar (ou encore province ecclésiastique de Dakar) et tous les autres diocèses sont appelés suffragants.
Pouvoir et attributions du métropolitain1
L’archevêque qui est à la tête d’une province ecclésiastique s’appelle métropolitain. Il a comme insigne particulier le pallium. Sans pouvoir de gouvernement, en tant que tel, sur les autres diocèses le métropolitain exerce des charges de vigilance, de suppléance et quelques prérogatives de liturgie ou d’administration. C’est bien la teneur des canons 431 et 4322.
L’autorité supérieure dans la province ecclésiastique est donc exercée par le métropolitain et le concile provincial (Cf. can. 432, § 1).
En plus de ses attributions d’évêque diocésain, le métropolitain a un pouvoir de gouvernement très limité et de droit commun, sur les diocèses suffragants.
En effet il a des fonctions de vigilance selon les termes du canon 436 et a la faculté de se substituer au suffragant dans les circonstances prévues au canon 436, § 1, 3°. Au-delà de ces fonctions et facultés et de celles indiquées en matière liturgique par le même canon 436, § 3, le métropolitain ne jouit pas d’autre pouvoir ordinaire quelconque sur les diocèses suffragants, à moins que le Saint-Siège n’en dispose autrement et expressément selon des cas particuliers.
En outre, considérant les pouvoirs de chaque évêque dans son diocèse propre, la coordination de l’activité pastorale est du ressort de tous les évêques de la province en général ou du concile provincial3 en particulier et non du métropolitain.
Peut-on parler alors d’un « chef » de l’Eglise d’une nation ?
Du point de vue juridique, le diocèse est gouverné par un évêque avec la coopération de son presbyterium. Concordant, le canon 381 §1 stipule ce qui suit : « § 1 A l’Evêque diocésain revient, dans le diocèse qui lui est confié, tout le pouvoir ordinaire, propre et immédiat requis pour l’exercice de sa charge pastorale, à l’exception des causes que le droit ou un décret du Pontife Suprême réserve à l’autorité suprême ou à une autre autorité ecclésiastique ».
Une compréhension de la lettre et de l’esprit suggère que l’évêque diocésain est le « chef » et lui seul l’est dans son diocèse en ce qui regarde son diocèse. Il assume entièrement le gouvernement du diocèse qu’il dirige avec une autorité et un pouvoir personnel, propre, ordinaire et immédiat qui lui sont exclusifs, au nom du Christ et en vertu de l’ordination épiscopale, de la communion hiérarchique avec le pape et les membres du collège des évêques. Ce pouvoir lui revient, en soi, dans la mesure requise pour sa fonction de pasteur d’une portion du peuple de Dieu. C’est pourquoi, l’évêque diocésain, ne doit pas être considéré comme un vicaire ni du pape, ni de quelque autre archevêque ou cardinal métropolitain.
Le concile Vatican II note dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium ceci : « Chargés des Eglises particulières (le diocèse en est une) comme vicaires et légats du Christ, les évêques les dirigent par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice du pouvoir sacré, dont l’usage cependant ne leur appartient qu’en vue de l’édification en vérité et en sainteté de leur troupeau,… (cf. Lc 22, 26-27). Ce pouvoir qu’ils exercent personnellement au nom du Christ est un pouvoir propre, ordinaire et immédiat: il est soumis cependant dans son exercice à la régulation dernière de l’autorité suprême de l’Eglise… La charge pastorale, c’est-à-dire le soin habituel et quotidien de leurs brebis, leur est pleinement remise ; on ne doit pas les considérer comme les vicaires des Pontifes romains, car ils exercent un pouvoir qui leur est propre et, en toute vérité, sont, pour les peuples qu’ils dirigent, des chefs. Ainsi, leur pouvoir n’est nullement effacé par le pouvoir suprême et universel ; au contraire, il est affermi, renforcé et défendu par lui, la forme établie par le Christ Seigneur pour le gouvernement de son Eglise étant indéfectiblement assurée par l’Esprit-Saint (L.G 27).
De ce qui précède, il résulte aisément que pour l’Eglise universelle, selon son organisation, sa doctrine et son droit, chaque évêque diocésain est « chef » dans son diocèse.
De l’application au Sénégal qui, malgré sa particularité, n’est pas du tout un cas isolé, mais qui suit bien la norme et la règle juridique et doctrinale, nous estimons qu’il faille juste procéder à une clarification des termes.
D’une part, l’Eglise du Sénégal est formée de l’ensemble des différents diocèses du pays. D’autre part, il est vrai que la configuration de notre Eglise-nation peut porter à confusion au point de vu organisationnel et gouvernemental. Nous ne disposons que d’un archidiocèse et logiquement d’un seul archevêque, mieux encore, que d’une province ecclésiastique : celle de Dakar. Cela ne signifie pas pour autant que l’archevêque est le « chef » de toute l’Eglise du Sénégal et qui est au Sénégal, dans le sens que l’est chaque évêque dans son diocèse. Non ! Il est « chef » de son archidiocèse autant que les autres évêques diocésains le sont dans leurs diocèses respectifs. C’est pourquoi il est inconvenant de parler d’un « chef de l’Eglise du Sénégal ». Il n’y en a pas, parce qu’il en existe pas du tout, même si, nombreux sont ce qui le pensent, le notent et l’affirment parfois avec conviction, comme tel en référence à l’archevêque métropolitain. Et c’est par pur défaut ou insuffisance de maîtrise des termes et de compréhension du sens du fonctionnement de l’Eglise qu’on en arrive à tirer et à s’accommoder de telles conclusions.
Que dirions-nous alors des pays où il y a plusieurs provinces ecclésiastiques et archevêques? Les exemples ne manquent pas. Prenons le cas de l’Italie qui compte une pléthore d’archevêques métropolitains. Il n’y a jamais été question d’un « chef » de l’Eglise d’Italie pour toute l’Italie. Et la même chose peut être dite du Nigéria, du Ghana, de la France, de l’Allemagne, des Etats-Unis d’Amérique, de l’Inde, des Philippines, etc.
En définitive le Concile Vatican II réaffirme que « les évêques sont, chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’unité dans leurs Eglises particulières; celles-ci sont formées à l’image de l’Eglise universelle, c’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Eglise catholique une et unique. C’est pourquoi chaque évêque représente son Eglise, et, tous ensemble, avec le pape, représentent l’Eglise universelle dans le lien de la paix, de l’amour et de l’unité (L.G 23) ».
1 Can. 435 : Le Métropolitain, qui est l’Archevêque du diocèse qui lui a été confié, préside la province ecclésiastique ; cet office est joint au siège épiscopal fixé ou approuvé par le Pontife Romain.
Can. 436 : 1. Dans les diocèses suffragants, il revient au Métropolitain :
3° de désigner l’Administrateur diocésain selon les cann. 21, § 2 et 425, § 3.
2. Quand les circonstances le demandent, le Métropolitain peut recevoir du Siège Apostolique des charges particulières et un pouvoir qui doivent être déterminés dans le droit particulier.
3. Le Métropolitain n’a aucun pouvoir de gouvernement dans les diocèses suffragants ; il peut néanmoins, dans toutes les églises, exercer les fonctions sacrées, comme l’Évêque dans son propre diocèse, après en avoir informé l’Évêque diocésain s’il s’agit d’une église cathédrale.
2 Can. 431 : 1. Pour promouvoir l’action pastorale commune à divers diocèses voisins, selon les circonstances de personnes et de lieux, et pour mieux favoriser les relations mutuelles entre Évêques diocésains, les Églises particulières voisines seront regroupées en provinces ecclésiastiques circonscrites sur un territoire donné.
2. En principe il n’y aura plus désormais de diocèses exempts ; c’est pourquoi chaque diocèse et les autres Églises particulières situées sur le territoire d’une province ecclésiastique doivent être rattachés à cette province ecclésiastique.
3. Il revient à la seule Autorité Suprême de l’Église après avoir entendu les Évêques concernés, de constituer, supprimer ou modifier les provinces ecclésiastiques.
Can. 432 : 1. Le concile provincial et le Métropolitain jouissent de l’autorité sur la province ecclésiastique selon le droit.
2. La province ecclésiastique jouit de plein droit de la personnalité juridique.
3 Le concile provincial est une réunion d’évêques, qui possède un pouvoir de gouvernement. Différemment du concile plénier qui regroupe les évêques d’une même conférence, le concile provincial est cette réunion qui regroupe les évêques d’une province ecclésiastique, sous la présidence du métropolitain.
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