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Timestamp: 2019-11-17 11:18:43+00:00

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BEAUSOBRE | Dictionnaire des journalistes
Né à Niort le 8 mars 1659 ; fils aîné d'Isaac de Beausobre et de Louise Gachet. Son arrière-grand-père, Arnault de Beausobre, était un Français réfugié de Gascogne à Genève (Haag-Bordier, col. 144) ; son grand-père revint en France après l'Edit de Nantes, et se fixa à Niort, où il exerçait la profession d'apothicaire ; son père, ancien de l'église réformée de Niort (Haag-Bordier, col. 126), était fort considéré en Poitou, «avait maison en ville, et des biens-fonds dans le voisinage» (La Chapelle, p. 254). Ses relations attestent encore une solide position sociale : il avait pour ami M. de Villette, lieutenant-général des armées du roi (ibid., p. 257).
B. épousa Claude Louise Arnaudau (ou Arnodot) en 1683 à Châtillon-sur-Indre ; il épousa en secondes noces Charlotte Schwarz, le 22 janvier 1730. Il eut de son premier mariage trois fils et deux filles : Léopold, Charles Louis (1690-1753, littérateur, membre de l'Académie des Sciences de Berlin), Albert, Henriette, Marie ; de son second mariage, deux fils, Louis (1730-1783, membre de l'Académie des Sciences de Berlin, auteur du Pyrrhonisme du sage, 1754, et de plusieurs écrits), Léopold Emile (Haag-Bordier, col. 135-139). B. mourut à Berlin le 5 juin 1738.
Il entra au collège de Niort à l'âge de sept ans, mais rebuté par un régent fort rude, il n'y resta que deux ou trois ans ; admis en pension chez des gentilhommes de la province, amis de la famille, il profita ensuite de l'éducation fournie par des précepteurs (L, p. 254-257). De vieille famille calviniste, où l'on s'était exilé par fidélité à la foi, B. eut très tôt le goût de la prédication et de la théologie ; tout jeune, il étonna ses parents en récitant de mémoire, et avec feu, un sermon entendu au temple (anecdote dans L, p. 255-256). Il rejoignit l'Académie protestante de Saumur, où, comme proposant, il suivit les études de rhétorique, philosophie et théologie. Il soutint sa proposition et passa ses examens lors du Synode de Loudun (juin 1683). Selon Formey, il reçoit l'imposition des mains lors du Synode (Bibliothèque germanique, t. XLIII, p. 74) ; selon La Chapelle (p. 264), il la reçoit à Châtillon-sur-Indre, où il avait été appelé aux fonctions pastorales le 11 juillet 1683.
Il doit fuir Châtillon-sur-Indre après la révocation de l'Edit de Nantes, et arrive à Rotterdam au début de novembre 1685 (il prêche pour la première fois à l'Eglise wallonne de La Haye à la mi-novembre, La Chapelle, p. 271). Accueilli par Jurieu, il devient le chapelain de la princesse d'Anhalt-Dessau (il reçoit sa vocation le 16 mars 1686). Ses fonctions à Dessau durent jusqu'à la mort du prince, dont il prononce l'oraison funèbre (1693). Un voyage à Berlin le fait connaître de la communauté française et de la Cour ; une vocation lui est adressée le 22 septembre 1694 par Frédéric Guillaume, électeur de Brandebourg ; il n'arrive à Berlin qu'au début de 1695 (L, p. 283).
B. restera à Berlin jusqu'à la fin de sa vie. Lorsqu'on assigne un pasteur à chacune des paroisses, qui jusque-là étaient desservies par tous à tour de rôle (1710 selon Formey, Eloge, p. 51 ; 1715 selon Chauffepié, art. «Lenfant», Dictionnaire, t. III, p. 57), il est appelé à celle de la Ville-Neuve. A la mort de Lenfant (1728), il lui succède à celle du Werder, qu'il ne quittera plus.
Il avait exercé en outre les fonctions de chapelain de la cour à Orienbaum, avant d'arriver à Berlin en 1695 (Haag-Bordier, col. 127). La reine Sophie Charlotte le prend comme chapelain : Lenfant et lui prêchaient alternativement, tous les dimanches, dans la chapelle de Charlottenbourg ; ils avaient libre accès à la Cour, et place à la table de la reine (L, p. 287-288).
B. reste chapelain du roi après la mort de la reine (1705). Il était membre du Consistoire supérieur (tribunal eclésiastique pour les affaires de discipline de toutes les églises de Prusse) depuis 1707, directeur de l'hospice appelé Maison francaise, inspecteur du Collège des Français, et depuis 1737, inspecteur de toutes les églises du ressort de Berlin. Il fut souvent chargé de «porter la parole» devant la famille royale de Prusse au nom des réfugiés français (La Chapelle, p. 292-297).
Les communautés françaises d'Utrecht, Hambourg, Londres essayèrent en vain d'attirer B., devenu une des figures éminentes du monde réformé (ibid., p. 298-302, 310).
Situation de fortune
Les ressources de B. consistaient dans les rétributions de ses fonctions de pasteur et de chapelain. Lors de son séjour en Hollande (1685-1686), il reçut une pension destinée aux ministres réfugiés et qui n'avaient pas de vocation dans les églises wallones (L, p. 274). La reine Sophie Charlotte payait de sa bourse privée les pensions de Lenfant et B. (ibid., p. 292).
Calviniste fervent (Voltaire le considère à tort comme un déiste, D 4756), B. a mené une lutte passionnée contre l'intolérance de l'Eglise romaine, mais il a donné aussi des preuves de son zèle contre les libres penseurs.
Après la révocation de l'Edit de Nantes, il fut obligé de quitter à la hâte Chatillon-sur-Indre pour avoir brisé le sceau du roi apposé sur la porte du temple (Formey, B.G., t. XLIII, p. 70, défend cette assertion contre les critiques de La Chapelle, Eloge, p. 48) ; selon La Chapelle, il était menacé d'une prise de corps uniquement pour avoir reçu chez lui des fidèles, et y avoir chanté en commun des psaumes (p. 267-269). Une fois à Berlin, il prit une part active à toutes les démarches engagées par obtenir de Louis XIV le rappel des protestants réfugiés ou l'adoucissement du sort de ceux qui étaient restés en France (1704, 1712 ; Haag-Bordier, col. 128).
B. s'illustra à Charlottenbourg par une dispute savante avec Toland, sur l'autorité des livres du Nouveau Testament (oct. 1701 ; relation de cette controverse dans B.G., t. VI, art. 2, p. 39 et suiv. ; voir aussi Chauffepié, art. «Toland», rem. Q, t. IV, 451a-452a).
Quelques lettres ont été publiées : voir B.S.H.P., XXIX (1880), p. 236 ; E. de Budé, Lettres inédites adressées à J.A. Turettini, t. I, p. 237-240 (lettre du 14 avr. 1736, sur sa réponse aux jésuites de Trévoux). Voir également le dossier Beausobre (en allemand) dans les archives de la Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaft, I. V, 46.
Toute l'oeuvre de B. est celle d'un écrivain profondément engagé au service de la foi protestante : contre la tradition romaine, contre les jésuites, contre les intolérants, il proclame sans cesse les droits de la conscience et de la libre critique.
L'activité de B. journaliste consiste en comptes rendus anonymes dans la Bibliothèque germanique (B.G.), et en dissertations savantes ou polémiques publiées dans le même journal.
Il faisait partie de la «société des anonymes» qui s'assemblait tous les lundis chez Lenfant, pour élaborer la Bibliothèque germanique (Formey, B.G., t. XLIII, p. 74 ; Eloge, p. 53). Il y a participé comme auteur à partir du t. III (1721) jusqu'à sa mort (dernier article, t. XLIII, 1738, art. 4). On trouvera la liste des articles dans Chauffepié, art. «Beausobre», rem. E, t. I, p. 176 ; il faut seulement y ajouter les pièces de la polémique contre les Mémoires de Trévoux : t. XXXVlII, 1737, art. 1 , p. 1-73 ; t. XXXVlII, art. 2, p. 24-93 ; t. XXXIX, art. 2, p. 34-92 ; t. XL, art. 2, p. 20-66 ; t. XLI , 1738, art. 7, p. 97-129 ; t. XLII, art. 4, p. 34-75 ; t. XLIII, art. 4, p. 80-144.
Les dissertatons de B. présentent toutes un caractère anti-romain très prononcé ; elles prennent place dans l'enquête générale qu'il a menée sur les origines du protestantisme, sur l'innocence des hérétiques, odieusement accusés par l'Eglise catholique depuis les Pères, enquête qui aboutit à l'Histoire critique de Manichée et du manichéisme. La plus significative et la plus intéressante de ces pièces est la «Dissertation sur les Adamites de Bohême» (B.G., t. IV, art. 3 ; t. XIX, art. 3 ; t. XXI, art. 6 ; t. XXII, art. 1).
On peut consulter la liste des ouvrages de B. dans Haag-Bordier, col. 129-134. Le plus célèbre, et qui établit sa réputation dans l'Europe littéraire et philosophique (on ne parle plus dès lors que du «grand Beausobre» )est l'Histoire critique de Manichée et du manichéisme, t. I ( 1734), t. II posthume (édité par Formey en 1739). Voltaire (D 4756), Frédéric II (D 1515) et d'Argens admirèrent cette somme d'histoires ecclésiastiques, où se prolongeaient et se concentraient quelques thèmes essentiels de la critique protestante, avec des résonances très philosophiques.
L'oeuvre de B. appartient à l'histoire, qui reste à écrire, des rapports qui unissent protestantisme et lumières.
Formey S., «Mémoire abrégé sur la vie et les ouvrages de M. de Beausobre», B.G., t. XLIII (1738) , art. 3, p. 68-81; repris presque mot pour mot dans les Eloges des Académiciens de Berlin et de divers autres savants, Berlin, 1757, t. II, p. 45-62.– (L) La Chapelle A. de, «Vie de Monsieur de Beausobre» à la suite des Remarques historiques, critiques et philosophiques sur le Nouveau Testament, de B., 2 t. en un vol. in-4°, La Haye, 1742, t. II, p. 253-320 (presque tous les renseignements sur B. viennent de ces deux sources, que nous avons indiquées, quand elles ne sont pas utilisées par Haag–Bordier, ou qu'elles se contredisent). – Chauffepié J.G. de, Nouveau Dictionnaire historique et critique, art. «Beausobre (Isaac de)»,t. I (1750), p. 172-178. – Les études de Ch. Bartholmess («Le Grand Beausobre et ses amis, ou la société française à Berlin entre 1685 et 1740», B.S.H.P., t. II (1854), p. 667-682, et de F. Faivre, Isaac de Beausobre, 1659-1738, sa vie et ses oeuvres, Mazamet, 1890, in-8°) n'apportent rien de nouveau et utilisent négligemment les sources.

References: art. 2
 art. 4
 art. 1
 art. 2
 art. 2
 art. 2
 art. 7
 art. 4
 art. 4
 art. 3
 art. 3
 art. 6
 art. 1
 art. 3