Source: http://relevancy.bger.ch/php/aza/http/index.php?lang=de&zoom=&type=show_document&highlight_docid=aza%3A%2F%2F23-05-2012-4A_760-2011
Timestamp: 2016-10-22 11:48:27+00:00

Document:
4A_760/2011 (23.05.2012)
4A_760/2011
Arr�t du 23 mai 2012
repr�sent�es par Me Marc Mathey-Doret, avocat,
repr�sent� par Me Michel Bergmann, avocat,
responsabilit� du m�decin; transaction extrajudiciaire; reconnaissance de responsabilit�; lien de causalit�,
recours contre l'arr�t de la Chambre civile de la Cour de justice du canton de Gen�ve du 18 novembre 2011.
N� en 1951, B.________ �tait mari� � X.________, avec laquelle il a eu deux filles, Z.________, n�e en 1982, et Y.________, n�e en 1985. Depuis 1987, il �tait suivi par le Dr A.________, m�decin g�n�raliste FMH. D�but 2002, l'�tat de sant� du patient �tait mauvais, en raison notamment d'une hypertension art�rielle, d'un alcoolisme chronique et d'un tabagisme.
Dans la nuit du jeudi 23 mai au vendredi 24 mai 2002, B.________ a ressenti de vives douleurs � la poitrine et au bras droit. Il s'est rendu le vendredi matin au cabinet du Dr A.________, lequel n'a pu le recevoir imm�diatement; un rendez-vous a alors �t� fix� � 17 heures. Lors de cette consultation, le m�decin a not� l'existence de douleurs thoraciques droites irradiant dans le bras droit et dans la nuque � droite, sans sensation d'oppression thoracique; la temp�rature du patient �tait de 38,5 �C, sa tension �tait de 130/85 et son pouls �tait de 66 battements par minute. Le Dr A.________ a demand� � B.________ s'il ressentait une sensation d'�tau dans la cage thoracique, s'il manquait d'air ou s'il �prouvait des douleurs thoraciques en marchant; le patient a r�pondu par la n�gative aux trois questions. Le m�decin a �galement relev� des r�les cr�pitant � la base pulmonaire droite; il a effectu� une radiographie qui a fait appara�tre une l�g�re opacit� � la base droite.
En l'absence de sympt�mes typiques de l'infarctus, le Dr A.________ n'a pas effectu� d'�lectrocardiogramme. Il a diagnostiqu� une bronchite virale d�butante de la base pulmonaire droite et a prescrit un traitement antibiotique et anti-inflammatoire.
Le lendemain, soit le samedi 25 mai 2002, le m�decin, craignant une pneumonie, a t�l�phon� � B.________ pour s'enqu�rir de son �tat. Le patient lui a r�pondu qu'il se sentait mieux et que ses douleurs s'�taient att�nu�es, mais qu'il �tait toujours faible et p�le. Le Dr A.________ lui a alors fix� un nouveau rendez-vous pour le lundi 27 mai 2002.
L'�tat du patient s'est ensuite d�t�rior� durant le week-end. X.________, soutenue par l'une de ses filles, a vivement conseill� � son �poux de se rendre aux urgences ou de contacter SOS M�decin. B.________ a refus�, pr�f�rant attendre la consultation pr�vue lundi chez le Dr A.________.
Le matin du 27 mai 2002, le patient s'est rendu comme pr�vu chez son m�decin. Son �tat de sant� s'�tait fortement d�grad�; il souffrait de douleurs thoraciques gauches irradiant dans le bras gauche et de dyspn�e. Le Dr A.________ a effectu� un �lectrocardiogramme qui a r�v�l� un infarctus ant�rieur �tendu.
B.________ a �t� amen� � l'h�pital, o� il a subi un nouvel �lectrocardiogramme et des tests sanguins. Ces examens ont confirm� l'infarctus, qui existait apparemment depuis plus de deux jours. Le responsable des urgences cardiologiques a ordonn� une coronarographie. B.________ est d�c�d� � 14 h. 20, au cours de cet examen. Selon le rapport d'autopsie, la mort a �t� caus�e par une tamponnade du coeur, c'est-�-dire la rupture du muscle cardiaque cons�cutive � un infarctus du myocarde r�cent.
Le 28 juin 2002, X.________ et ses filles se sont port�es parties civiles dans la proc�dure p�nale ouverte d'office par le Minist�re public.
Le 29 ao�t 2002, A.________ a inform� le conseil de X.________ qu'il avait annonc� le cas � son assureur responsabilit� civile, F.________ Assurance.
Le 4 octobre 2002, C.________, inspecteur des sinistres aupr�s de F.________ Assurance, a �tabli un rapport de l'entretien qu'il avait eu avec le Dr A.________. Selon ce document, le m�decin a d�clar� que les signes pr�sent�s par B.________ n'�taient pas typiques d'un infarctus, mais qu'il s'en voulait d'�tre �parti dans la mauvaise direction� et pensait �qu'il aurait tout de m�me d� faire un �lectrocardiogramme en raison de la hausse de la tabagie de son patient�; A.________ s'en remettait � l'assureur pour la suite et a d�clar� qu'il ne reconna�trait pas sa responsabilit� civile directement. Le rapport mentionnait la possibilit� de recourir � une expertise pour d�terminer la responsabilit� �ventuelle du m�decin.
Dans un courrier �lectronique du 22 octobre 2002, D.________, sup�rieur de C.________, a fait savoir au conseil de X.________ que le Dr A.________ �acceptait sur le principe que sa responsabilit� soit engag�e� mais que �cette reconnaissance de responsabilit� ne signifi[ait] pas ipso facto que [l'assureur ne tiendrait] pas compte d'�ventuels facteurs de r�duction�. Dans une lettre du m�me jour �galement adress�e au conseil de X.________, D.________ d�clarait que �le Dr A.________ reconna[issait] avoir commis une erreur de diagnostic lors du traitement de M. B.________ qui a conduit au d�c�s de ce dernier�, mais qu'il �rest[ait] � d�terminer dans quelle mesure elle [�tait] en relation de causalit� avec le d�c�s du patient�.
Selon C.________, A.________ n'admettait pas avoir commis une faute, mais comme il ne souhaitait pas faire face � un proc�s p�nal, il avait demand� � son assureur d'admettre une responsabilit� sur le principe afin de pouvoir entrer en mati�re sur une �ventuelle indemnisation.
Par la suite, des pourparlers ont �t� engag�s entre F.________ Assurance et le conseil de X.________, Z.________ et Y.________. Dans un premier temps, celles-ci ont formul� des pr�tentions � hauteur de 130'000 fr. en indemnisation du tort moral, la perte de soutien �tant r�serv�e. Le 22 avril 2003, les parties se sont mises d'accord sur un montant global de 90'000 fr. � titre de r�paration du tort moral.
Six mois plus tard, F.________ Assurance a pris connaissance des pr�tentions �lev�es par X.________ et ses filles au titre de la perte de soutien. L'assureur a alors fait savoir au conseil des int�ress�es qu'en raison de l'ampleur des pr�tentions formul�es, il devait examiner si le Dr A.________ avait �r�ellement commis une violation des r�gles de l'art ayant entra�n� de mani�re causale le d�c�s de B.________�. Pour ce faire, F.________ Assurance a charg� son m�decin-conseil d'�tablir un rapport. Selon ce document, dat� du 27 mars 2004, la symptomatologie pr�sent�e par le patient le vendredi 24 mai 2002 et son �volution le lendemain sont totalement atypiques d'un infarctus; en revanche, les signes cliniques pr�sents le lundi matin sont cette fois-ci typiques d'un infarctus. Le m�decin-conseil a conclu qu'une erreur de diagnostic commise lors de la consultation du vendredi �tait peu plausible.
En transmettant les r�sultats du rapport au conseil de X.________ et de ses filles, F.________ Assurance a d�clar� qu'elle suspendait toute indemnisation et que le versement de 90'000 fr. susmentionn� devait �tre consid�r� comme une lib�ralit�.
Le 16 septembre 2004, X.________, Y.________ et Z.________ ont ouvert action contre A.________ en paiement de 581'193 fr.55 plus int�r�ts, montant repr�sentant la perte de soutien qu'elles estimaient subir � la suite du d�c�s de B.________(519'589 fr.20 pour l'�pouse; 25'665 fr.15, respectivement 17'239 fr.20 pour chacune des filles) ainsi que les frais extrajudiciaires (18'700 fr.). Par la suite, les demanderesses r�duiront leurs pr�tentions en indemnisation de la perte de soutien � 438'394 fr.90 pour X.________, � 21'037 fr.80 pour Y.________ et � 14'154 fr.30 pour Z.________. A titre principal, elles fondaient leurs pr�tentions sur la transaction extrajudiciaire qu'elles consid�raient avoir pass�e avec A.________, repr�sent� par F.________ Assurance. A titre subsidiaire, elles faisaient valoir que la responsabilit� civile du m�decin �tait engag�e en raison d'une erreur de diagnostic ayant entra�n� le d�c�s de leur mari et p�re.
Par jugement du 22 f�vrier 2007, le Tribunal de premi�re instance du canton de Gen�ve a d�bout� les demanderesses de toutes leurs conclusions. Statuant le 18 avril 2008 sur appel de X.________ et de ses filles, la Cour de justice du canton de Gen�ve a annul� le jugement de premi�re instance et renvoy� la cause au tribunal pour instruction compl�mentaire et nouvelle d�cision. A l'instar du premier juge, la cour cantonale a ni� l'existence d'une transaction extrajudiciaire mais, contrairement � lui, elle a jug� qu'il n'�tait pas possible de trancher la question de la violation des r�gles de l'art en l'�tat du dossier et qu'une expertise judiciaire �tait n�cessaire.
Contre cette d�cision, les demanderesses ont interjet� un recours en mati�re civile, que le Tribunal f�d�ral a d�clar� irrecevable par arr�t du 5 ao�t 2008 (cause 4A_238/2008); en effet, le recours imm�diat contre la d�cision incidente du 18 avril 2008 n'�tait pas ouvert d�s lors que, m�me si la transaction extrajudiciaire all�gu�e - portant uniquement sur la reconnaissance du principe de la responsabilit� du m�decin - devait �tre admise, la cour de c�ans n'aurait pas �t� en mesure de rendre imm�diatement une d�cision finale sur les pr�tentions en dommages-int�r�ts des demanderesses (cf. art. 93 al. 1 let. b LTF).
L'affaire ayant �t� renvoy�e pour instruction compl�mentaire au Tribunal de premi�re instance, ce dernier a d�sign� en qualit� d'expert le Professeur E.________, chef du service de cardiologie de (...), lequel a rendu son rapport le 8 f�vrier 2010. Le contenu de l'expertise sera �voqu� dans la partie �en droit� en tant que n�cessaire.
Par jugement du 30 septembre 2010, le Tribunal de premi�re instance a derechef d�bout� les demanderesses de toutes leurs conclusions.
X.________, Y.________ et Z.________ ont interjet� appel. Par arr�t du 18 novembre 2011, la Chambre civile de la Cour de justice a confirm� le jugement attaqu�. Elle a relev� tout d'abord que, contrairement � ce que les appelantes soutenaient, le juge pr�c�dent n'avait pas � revenir sur la question de la transaction extrajudiciaire, qui avait d�j� �t� tranch�e dans l'arr�t de la Cour de justice du 18 avril 2008. Puis, comme le premier juge, elle a d�duit de l'expertise du Professeur E.________ que A.________ avait commis une erreur de diagnostic constitutive d'une violation des r�gles de l'art, mais qu'il n'�tait pas �hautement vraisemblable� que cette erreur soit en lien de causalit� naturelle et ad�quate avec le d�c�s de B.________.
X.________, Y.________ et Z.________ forment un recours en mati�re civile. Elles demandent au Tribunal f�d�ral d'annuler l'arr�t du 18 novembre 2011, puis de condamner A.________ au paiement des sommes, avec int�r�ts, articul�es dans leurs derni�res conclusions cantonales ou de renvoyer la cause � l'autorit� pr�c�dente.
Dans sa r�ponse, A.________ a conclu au rejet du recours.
Les recourantes ont ensuite d�pos� des observations, suivies d'autres observations de la part de l'intim�.
La cour cantonale se r�f�re quant � elle aux consid�rants de son arr�t.
1.1 Le recours est dirig� contre un arr�t final (art. 90 LTF) rendu en mati�re civile (art. 72 al. 1 LTF) par une autorit� cantonale de derni�re instance statuant sur recours (art. 75 LTF) dans une affaire p�cuniaire dont la valeur litigieuse atteint le seuil de 30'000 fr. (art. 74 al. 1 let. b LTF). Dans leur m�moire, les recourantes s'en prennent �galement � l'arr�t du 18 avril 2008 dans lequel la Cour de justice avait notamment ni� l'existence d'une transaction extrajudiciaire entre les parties. Conform�ment � l'art. 93 al. 3 LTF, cette d�cision incidente, contre laquelle les recourantes avaient form� un recours en mati�re civile d�clar� irrecevable, peut �tre attaqu�e par le recours contre la d�cision finale dans la mesure o� celle-l� influe sur le contenu de celle-ci, soit sur le rejet de la demande en paiement.
Exerc� par les parties qui ont succomb� dans leurs conclusions en paiement (art. 76 al. 1 LTF), le recours est en principe recevable, puisqu'il a �t� d�pos� dans le d�lai (art. 100 al. 1 LTF) et la forme (art. 42 LTF) pr�vus par la loi.
Les recourantes font valoir tout d'abord que l'obligation de l'intim� d'indemniser leurs pertes de soutien r�sulte de l'accord transactionnel pass� le 22 octobre 2002 avec F.________ Assurance, dans lequel le m�decin, repr�sent� par son assureur responsabilit� civile, admet sa responsabilit� de principe et son devoir d'indemniser, la seule question ouverte �tant la quotit� du dommage. A leur sens, la cour cantonale a viol� le droit f�d�ral en jugeant que cette transaction extrajudiciaire ne liait pas l'intim�, non valablement repr�sent� par l'assureur qui ne disposait pas des pouvoirs sp�ciaux n�cessaires pour transiger.
2.1 Avant d'aborder, le cas �ch�ant, la question de la repr�sentation de l'assur� par l'assureur lors d'une transaction, il convient d'analyser le courrier �lectronique et la lettre du 22 octobre 2002 de F.________ Assurance, lesquels constitueraient la transaction extrajudiciaire invoqu�e par les recourantes et, apparemment, admise par la cour cantonale.
La transaction est un contrat par lequel les parties mettent fin, par des concessions r�ciproques, � un litige ou � une incertitude touchant un rapport de droit (ATF 132 III 737 consid. 1.3 p. 740; 130 III 49 consid. 1.2 p. 51 et les arr�ts cit�s). En l'esp�ce, dans ses envois du 22 octobre 2002, l'assureur d�clare que l'intim� accepte sur le principe que sa responsabilit� soit engag�e, puis pr�cise que le m�decin reconna�t avoir commis une erreur de diagnostic, tout en r�servant le lien de causalit� entre celle-ci et le d�c�s du mari et p�re des recourantes. Il ne s'agit pas l� d'un contrat, ni m�me d'une offre transactionnelle, mais d'une d�claration unilat�rale, d�pourvue des concessions r�ciproques caract�ristiques de la transaction. Lorsqu'elles pr�tendent avoir renonc�, � titre de concession, � entreprendre ou � soutenir des proc�dures p�nale, administrative ou disciplinaire tendant au prononc� de sanctions � l'�gard de l'intim�, les recourantes avancent ainsi un �l�ment d�nu� de pertinence qui, au demeurant, ne ressort pas des faits �tablis par l'autorit� cantonale et liant la cour de c�ans (cf. consid. 1.3 supra).
Les envois du 22 octobre 2002 peuvent se comprendre comme une reconnaissance de responsabilit�, soit une d�claration par laquelle une personne admet le principe de sa responsabilit� � la suite d'un �v�nement dommageable (PIERRE TERCIER/PASCAL G. FAVRE, Les contrats sp�ciaux, 4e �d. 2009, n� 8120 p. 1228). La port�e de la reconnaissance de responsabilit� est discut�e en doctrine. Pour certains, il s'agit le plus souvent de d�clarations portant sur des faits, qui ne fondent aucun engagement juridique; en cas de proc�s, elles peuvent uniquement valoir comme indice lors de l'appr�ciation des preuves (INGEBORG SCHWENZER, in Basler Kommentar, OR I, 5e �d. 2011, n� 4 ad art. 17 CO; BRUNO SCHMIDLIN, Berner Kommentar, 1986, n� 40 � 43 ad art. 17 CO). Selon SILVIA TEVINI DU PASQUIER, la reconnaissance de responsabilit� constitue une reconnaissance de dette au sens de l'art. 17 CO, car une dette peut �tre reconnue quant � son principe seulement (in Commentaire romand, Code des obligations I, 2003, n� 6 ad art. 17 CO). Dans l'arr�t publi� aux ATF 96 II 25, le Tribunal f�d�ral n'a pas exclu qu'une reconnaissance de responsabilit� puisse comprendre une reconnaissance de dette; la question n'avait toutefois pas besoin d'�tre tranch�e, d�s lors que la d�claration en cause, entach�e d'une erreur essentielle, ne liait pas son �metteur (consid. 2b p. 27). En tout �tat de cause, la d�claration de responsabilit� doit �tre interpr�t�e pour d�terminer si elle contient une reconnaissance de dette (TERCIER/FAVRE, op. cit., n� 8120 p. 1228; SCHMIDLIN, op. cit., n� 44 et n� 45 ad art. 17 CO).
En l'esp�ce, ni l'arr�t du 18 avril 2008, ni l'arr�t du 18 novembre 2011 ne contiennent de constatations sur la volont� r�elle de l'�metteur des d�clarations du 22 avril 2002, qui aurait �t� re�ue comme telle par les recourantes. Il faut par cons�quent interpr�ter le courriel et le courrier du 22 avril 2002 selon le principe de la confiance, c'est-�-dire rechercher comment ces d�clarations pouvaient �tre comprises de bonne foi en fonction de l'ensemble des circonstances (interpr�tation objective; ATF 136 III 186 consid. 3.2.1 p. 188; 135 III 295 consid. 5.2 p. 302).
�manant de la m�me personne et r�dig�es le m�me jour, les deux missives doivent �tre analys�es comme un tout, la lettre confirmant et pr�cisant le courrier �lectronique. Ce dernier contient une reconnaissance de responsabilit�, sans plus amples d�veloppements, alors que la lettre pr�cise que le m�decin reconna�t une �erreur de diagnostic�, tout en r�servant le lien de causalit� entre celle-ci et le d�c�s de B.________. Or, une erreur de diagnostic n'�quivaut pas encore � une violation des r�gles de l'art m�dical, qui est l'une des conditions de la responsabilit� civile du m�decin. De plus, l'assureur r�serve express�ment une autre condition de la responsabilit�, soit la causa-lit� entre l'erreur de diagnostic et le d�c�s. C'est dire que, de bonne foi, le courriel et le courrier du 22 octobre 2002 ne peuvent �tre compris comme une reconnaissance de responsabilit� pure et simple, soit une reconnaissance de dette portant l'engagement de r�parer le pr�judice cons�cutif au d�c�s de B.________, seuls les montants � verser �tant encore en jeu.
Certes, l'assureur et les recourantes sont entr�s en n�gociation par la suite et ont r�gl� � l'amiable la r�paration du tort moral. Cependant, il ne r�sulte pas de cette convention d'indemnisation - et les recourantes ne le pr�tendent du reste pas - que l'assureur, repr�sentant l'intim�, a promis � cette occasion d'indemniser �galement la perte de soutien et donc reconnu purement et simplement la responsabilit� du m�decin. C'est le lieu de rappeler qu'un assureur peut accepter d'entrer en mati�re sur une indemnisation sans pour autant que la responsabilit� de son assur� soit reconnue ou �tablie, afin, par exemple, d'�viter un proc�s.
Au demeurant, m�me une promesse n�e d'une reconnaissance de dette n'aurait pas emp�ch� le d�biteur d'invoquer la non-validit� de la dette reconnue et de se pr�valoir de toutes les objections et exceptions affectant le rapport de base (TEVINI DU PASQUIER, op. cit., n� 8 ad art. 17 CO). Certes, les parties auraient pu conclure une convention d'exclusion des exceptions ou une novation, laquelle ne se pr�sume pas (art. 116 al. 1 CO) (ibid., n� 9 ad art. 17 CO; cf. �galement SCHMIDLIN, op. cit., n� 45 ad art. 17 CO). Dans le cas pr�sent, rien de tel ne ressort toutefois de l'�tat de fait des deux arr�ts cantonaux.
2.2 Il r�sulte de ce qui pr�c�de que, ind�pendamment de la question de la repr�sentation de l'intim� par son assureur, les recourantes ne peuvent pas se pr�valoir des missives du 22 octobre 2002, ni du r�glement extrajudiciaire du 22 avril 2003 pour fonder leurs pr�ten-tions en perte de soutien.
Cette conclusion rend sans objet les griefs des recourantes dirig�s contre certains faits pr�tendument �tablis ou omis de mani�re arbitraire par la cour cantonale. En effet, ceux-ci concernent les relations entre l'intim� et son assureur, lesquelles sont sans pertinence vu le raisonnement adopt� par la cour de c�ans.
3.1 Selon les recourantes, la cour cantonale a �galement viol� le droit f�d�ral, voire �tabli les faits de mani�re arbitraire, en niant le lien de causalit� naturelle et ad�quate entre l'erreur de diagnostic commise par l'intim� - constituant une violation des r�gles de l'art - et le d�c�s de B.________. Premi�rement, les juges genevois se seraient m�pris sur le degr� de preuve requis, qui est la vraisemblance pr�pond�rante, et non la haute vraisemblance. En second lieu, sur la base de l'expertise judiciaire, ils auraient d� retenir que l'important retard dans la prise en charge m�dicale de B.________, d� � l'erreur de diagnostic, �tait, selon la r�gle de la vraisemblance pr�pond�rante, la cause naturelle du d�c�s.
3.2 Un fait est une cause naturelle d'un r�sultat dommageable s'il constitue une condition sine qua non de la survenance de ce r�sultat. Le constat d'un lien de causalit� naturelle rel�ve du fait (ATF 133 III 462 consid. 4.4.2 p. 470; 133 IV 158 consid. 6.1 p. 167; 128 III 174 consid. 2b p. 177, 180 consid. 2d p. 184). Lorsque le fait g�n�rateur de responsabilit� consiste en une omission, il convient de s'interroger sur le cours hypoth�tique des �v�nements (ATF 129 III 129 consid. 8). Dans ce cas, le Tribunal f�d�ral est en principe li� (cf. art. 97 al. 1, art. 105 al. 1 et 2 LTF) par les constatations cantonales concernant la causalit� naturelle, d�s lors qu'elles ne reposent pas exclusivement sur l'exp�rience de la vie, mais sur des faits �tablis par l'appr�ciation des preuves (cf. ATF 132 III 715 consid. 2.3 p. 718 s.; 127 III 453 consid. 5d p. 456; 115 II 440 consid. 5b p. 448 s.). Un fait est �tabli si le juge a pu se convaincre de la v�rit� d'une all�gation. Cependant, lorsqu'une preuve stricte n'est pas possible ou ne peut �tre raisonnablement exig�e (��tat de n�cessit� en mati�re de preuve�), le degr� de preuve requis se limite � la vraisemblance pr�pond�rante. Tel est le cas lorsqu'il s'agit d'�tablir l'existence d'un lien de causalit� naturelle, respectivement hypoth�tique (ATF 133 III 81 consid. 4.2.2 p. 88 s., 462 consid. 4.4.2 p. 470 s. et les arr�ts cit�s). La vraisemblance pr�pond�rante suppose que, d'un point de vue objectif, des motifs importants plaident pour l'exactitude d'une all�gation, sans que d'autres possibilit�s ne rev�tent une importance significative ou n'entrent raisonnablement en consid�ration (ATF 133 III 81 consid. 4.2.2 p. 88 s. et les arr�ts cit�s). Il y a violation du droit f�d�ral si le juge impose � la partie charg�e de la preuve d'�tablir les faits avec certitude alors que le degr� de preuve requis est la vraisemblance pr�pond�rante (ATF 133 III 81 consid. 4.2.3 p. 89).
3.2.1 La cour cantonale a ni� un lien de causalit� �naturelle et ad�quate� entre l'erreur de diagnostic de l'intim� et le d�c�s de B.________, car elle ne pouvait pas retenir que �si l'intim� n'avait pas commis d'erreur de diagnostic, qu'il avait d�cel� l'infarctus d�s la consultation du 24 mai 2002 et qu'il avait fait proc�der aux examens ad�quats, il aurait �t� hautement vraisemblable que B.________ ne succombe pas des suites de [l']infarctus�. Le degr� de preuve appliqu� par les juges pr�c�dents est ainsi la haute vraisemblance, qui correspond � la vraisemblance pr�pond�rante (FABIENNE HOHL, Proc�dure civile, tome II, 2e �d. 2010, nos 1562 et 1564 p. 284). Contrairement � ce que les recourantes pr�tendent, la Chambre civile n'a d�s lors pas viol� le droit f�d�ral sur ce point.
3.2.2 Les recourantes devaient �tablir qu'une prise en charge m�dicale ad�quate de l'infarctus juste apr�s la consultation du 24 mai 2002 aurait, avec une vraisemblance pr�pond�rante, emp�ch� le d�c�s de leur mari et p�re. En d'autres termes, il s'agissait de d�terminer si l'omission de l'intim�, qui n'a pas effectu� les examens permettant de d�celer l'infarctus le 24 mai 2002, est en lien de causalit� naturelle avec le d�c�s.
Il n'est pas contest� que la cause directe du d�c�s de B.________ est une rupture myocardique suivie d'une tamponnade cardiaque. Selon l'expertise judiciaire, cette complication survient typiquement trois � quatre jours apr�s un infarctus frais et se r�v�le fatale dans la tr�s grande majorit� des cas. A la question de savoir si l'erreur de diagnostic de l'intim� est causale dans le d�c�s de B.________, l'expert r�pond qu'il �est tr�s difficile d'affirmer de fa�on cat�gorique que si M. B.________ avait �t� hospitalis� dans les premi�res heures de son infarctus du myocarde, [la] perforation ventriculaire n'aurait pas eu lieu� (r�ponse n� 2), que �si le patient avait �t� hospitalis� et l'art�re occluse recanalis�e plus t�t, une tamponnade aurait possiblement pu �tre �vit�e, sans qu'[il puisse] l'affirmer de fa�on absolue� (r�ponse n� 22) et que �si le patient avait pu �tre pris en charge de fa�on optimale dans les premi�res heures de l'infarctus, une tamponnade avec une rupture myocardique aurait pu �galement se produire, mais certainement avec une fr�quence moindre� (r�ponse n� 24). L'expert observe que la prise en charge de l'infarctus, impliquant une coronarographie et une re-canalisation de l'art�re bouch�e, peut permettre de �diminuer la taille et l'�tendue de l'infarctus� (r�ponse n� 2) et que �diminuer la taille de l'infarctus revient � minimiser le risque de perforation myocardique, m�me si l'on ne peut pas l'exclure de fa�on absolue� (r�ponse n� 4). En ce qui concerne le d�lai dans lequel cette prise en charge m�dicale doit intervenir pour �tre efficace, le Professeur E.________ mentionne une dur�e de six � douze heures depuis le d�but de l'infarctus (r�ponses n� 2 et n� 20), �voire davantage chez les patients pr�sentant une persistance des douleurs� (r�ponse n� 20), tout en pr�cisant qu'�apr�s 12 heures, [le] b�n�fice devient difficile � d�montrer� (r�ponse n� 4) et que la prise en charge doit intervenir �id�alement dans les trois premi�res heures� (r�ponse n� 4).
Fond�e sur l'expertise, la cour cantonale a retenu comme d�terminant, pour r�duire le risque de perforation myocardique, un d�lai maximal d'intervention de douze heures d�s le d�but de l'infarctus. Or, comme B.________ a ressenti les premi�res douleurs dans la nuit du 23 au 24 mai 2002 et que la consultation chez l'intim� a d�but� le 24 mai � 17 heures, une prise en charge m�dicale n'aurait, selon l'arr�t attaqu�, de toute mani�re pas pu intervenir dans ce d�lai de douze heures, compte tenu du temps n�cessaire aux examens et au transfert du patient � l'h�pital.
Ce faisant, la Chambre civile n'a pas appr�ci� arbitrairement l'expertise judiciaire. Le d�lai maximal de douze heures ressort ainsi de trois r�ponses fournies par le Professeur E.________. Certes, ce dernier envisage, �ventuellement, un d�lai plus long chez des patients pr�sentant une persistance des douleurs, ce qui, rel�vent les recourantes, �tait le cas de B.________ au cours du week-end du 25 au 26 mai 2002. Cependant, interrog� sur le cas pr�cis de B.________, l'expert reste tr�s prudent, d�clarant notamment qu'une intervention effectu�e �plus t�t� - sans autre pr�cision de temps - aurait �possiblement� - m�me pas �vraisemblablement� - permis d'�viter la perforation myocardique suivie de la tamponnade. Sur la base de ces �l�ments, la cour cantonale pouvait, sans arbitraire, retenir que les recourantes n'avaient pas d�montr�, au degr� de preuve requis, soit la vraisemblance pr�pond�rante, qu'une prise en charge m�dicale ad�quate, au d�but de la soir�e du 24 mai 2002, aurait emp�ch� le d�c�s de leur mari et p�re.
Les recourantes prendront � leur charge les frais judiciaires (art. 66 al. 1 et 5 LTF) et verseront des d�pens � l'intim� (art. 68 al. 1, 2 et 4 LTF).
Les frais judiciaires, arr�t�s � 8'000 fr., sont mis � la charge des recourantes, solidairement entre elles.
Les recourantes, d�bitrices solidaires, verseront � l'intim� une indemnit� de 9'000 fr. � titre de d�pens.

References: art. 93
 art. 17
 art. 17
 art. 17
 ATF 
 art. 17
 ATF 
 art. 17
 art. 17
 art. 17
 art. 97
 art. 105
 ATF