Source: http://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/les-cites-et-les-grands-ensembles-a-rennes/4b846046-de3d-4fb1-b346-bb923db786d6
Timestamp: 2019-03-19 22:55:57+00:00

Document:
Les cités et les grands ensembles à Rennes - Inventaire Général du Patrimoine Culturel
Dossier IA35022552 réalisé en 1998
Cité, 2 à 13 square de Terre-Neuve, dite groupement d'habitations - Vue depuis le sud-est
Ancien stade de La-Tour-d'Auvergne, actuellement cité, dite Résidence de la Tour d'Auvergne
Rennes, 37 à 45 boulevard Georges-Clemenceau, 17 à 19bis rue Leguen-de-Kérangal
Rennes, 1 à 4 rue du 410e-R. I., 81 à 87 boulevard de Verdun, 1, 3 et 2 à 8 rue Perrin-de-la-Touche
Rennes, 125 et 127 rue de Paris, 2 à 10 rue Edmond-Lailler, 13 boulevard Metz
Rennes, le Bois-Perrin, rue du Bois-Perrin
Rennes, Gaillon, 1 et 1bis rue de la Mabilais, 12 et 14 rue Malakoff
Rennes, 43 à 57 rue Francisco-Ferrer, 15 à 23 rue Marc-Sangnier
Rennes, 2 à 18 square Louis-Jouvet, 26 à 30 rue Louis-et-René-Moine, 20 à 24 rue Le Brix
Rennes, 2 à 18 rue d' Exeter, 13 à 31 rue Charpentier-Gustave, 2 à 18 rue Albert-Camus, 2 à 16 rue du Gros-Chêne, 2 à 12 square Saint-Exupéry, 3 à 9 rue Alphonse-Nonclerq, 2 à 16 rue Louvain, 2 à 18 rue Poulart-des-Places
Rennes, 40 et 42 rue Marc-Sangnier, 50 à 56 rue Paul-Bourget
Rennes, 1 à 9 square Général-Aubrée, 1 à 7 square Général-Garnier-du-Plessix, 2 à 8 square Commandant-Christian-Dutertre
Rennes, 2 à 10 place du Souvenir, 5 à 9 rue Victor-Louviot, 2 à 10, 3 à 9 rue Yvonnick-Laurent
Rennes, 27 à 31 rue Ferdinand-de-Lesseps, 1 à 5 square Colmar
Rennes, 23 à 33 boulevard Charles-Péguy, 97 à 101 boulevard Vitré
Rennes, 24 à 28 rue Guy-Ropartz, 10 à 22 rue du Gast, 2 à 8 rue Henri-Dunant
Rennes, 174 rue de Brest
Rennes, le Lambouet, square du Bois-Perrin
Rennes, 62 rue de Saint-Brieuc
Rennes, les Plantes, 8, 10, 12A à 12C, 14, 16 rue des Plantes
Rennes, rue Jean-François Boursault
Rennes, 1 à 41 avenue des Gayeulles, 5 à 17, 20 à 28 rue Alexandre-Lefas, 22 à 28 rue Guy-Ropartz
Rennes, square Alexandre-Lefas, square des Gayeulles, rue Guy-Ropartz
Rennes, 1 à 19, 2 à 12 rue Guy-Ropartz
Rennes, place du Montenegro, allée du Danube, place de Serbie
Rennes, boulevard Albert-Burloud, 1 à 21 square Pierre-Merlat
Rennes, 9 à 23 rue Jules-Lallemand, 74 à 80 boulevard Cleunay
Rennes, 1 à 18 square du Docteur-Quentin
Rennes, 2 à 6 avenue d' Italie, 1 rue d' Andorre
Rennes, 12 à 22 rue du Boberil, 6, 7 square de Londres
Rennes, 2 à 10 rue du Boberil, 1 à 5 impasse de Menou
Rennes, 4 A, B, C, D et 6 rue Bigot-de-Préameneu
Rennes, 1 à 7 rue Jules-Lallemand, 70 et 70bis boulevard Cleunay
Rennes, place de Prague
Rennes, allée de Malmoë, square de Carélie
Rennes, 23 rue de Châteaugiron
Rennes, 5 à 39 square Charles-Dullin, 2 à 20 rue du Général-Nicolet
Rennes, les Clôteaux, 13 à 19 rue Gouverneur-Général-Yves-Chatel, 1 à 12 rue de Nantes
Cité, dit camp provisoire, dit Camp Victor Rault Baraque 5
Cité, dit groupement d'habitations de l'Office Public d'Habitations à Loyer Modéré
Rennes, allée d' Upsala
Rennes, avenue du Canada
Rennes, square de Stockolm
Cité, dite camp provisoire, dit Camp Margueritte
Cité, dite camp provisoire, dit camp Montaigne
Rennes, rue Paul-Langevin, rue Montaigne
Cité, dite camp provisoire, dit du Champ-de-l'Orme
Cité, dite camp provisoire, dit îlot de la Touche
Rennes, rue Jacques-Defermon, rue Pierre-Curie
Cité, dite centre urbain, dit Centre Président-Kennedy
Cité, dite de la Croix-Cohan
Rennes, square Docteur-Arthur-Quentin
Cité, dite groupe d'habitations
Rennes, 2 à 20 place de Serbie, 11 à 18 square Nimègue
Cité, dite Groupement d'habitation de la Ménouriais
Rennes, le Bas-Baud, 72 et 74 rue Auguste-Pavie
Cité, dite groupement d'habitations
Rennes, square des Hautes-Chalais
Rennes, 1 à 6 square de Narvik, 4 à 16 rue de Norvège
Rennes, 2 à 13 square de Terre-Neuve
Rennes, 3, 5, 6 et 12 square des Hautes-Ourmes
Rennes, allée de Moravie, villa Moravie, square Slovaquie
Cité, dite groupement d'habitations de l'Office Départemental d'Habtitations à Loyer Modéré
Rennes, les Hautes Ourmes, 1 et 2 square des Hautes-Ourmes
Cité, dite groupement d'habitations de l'Office Public d'Habitations à Loyer Modéré
Rennes, 10 à 26 parc des Balkans
Rennes, 11 à 13 square de Galicie, 8 place du Landrel
Rennes, 1 à 4 place du Banat, 1 chemin de Thorigné
Cité, dite groupement d'habitations de l'Office Public Municipal d'Habitations à Loyer Modéré
Rennes, 1 et 4 square des Grisons, 14 boulevard Volclair, 1 et2 square Alexis-Le Strat
Cité, dite Habitations à Bon Marché
Rennes, 10 à 20 allée André-Chénier
Rennes, rue Lavoisier
Rennes, rue d' Aiguillon
Rennes, rue La Fontaine
Rennes, rue Oradour-sur-Glane, rue Paul-Langevin, rue du Docteur Ferrand
Rennes, rue Oradour-sur-Glane, rue Paul-Langevin, rue Ernest-Chéreau, rue du Docteur Ferrand
Rennes, 2 à 12 rue Etienne-Pinault
Rennes, allée Marcel-Planiol
Rennes, rue Léon-Ricottier, boulevard de Verdun, square Léon-Jenouvrier, square Le Gall-de-la-Salle, square Paul-Ogée
Rennes, boulevard Charles-Péguy, rue Commandant-Anjot, rue Colonel-Driant, rue Fernand-Kerforne, rue Pierre-Corbineau
Rennes, 3 rue Rabelais
Cité de l'Office Public d'Habitations à Loyer Modéré, dite groupe d'habitations à Loyer Modéré
Cité de l'Office Public Départemental d'Habitations à Bon Marché
Cité de l'Office Public Départemental d'Habitations à Loyer Modéré
Cité de la Coopérative d'Habitations à Loyer Modéré
Rennes, 1 à 27, 2bis à 16 rue Jean-Coquelin, 8 et 10 rue Louis-et-René-Moine
Cité de la Coopérative Régionale d'Habitations à Loyer Modéré
Rennes, 4 à 12 chemin des Ormes
Rennes, 2 à 8 et 1 à 11 square du Dauphiné
Rennes, 42 à 64 boulevard Albert-Ier, avenue du Canada
Cité de la Coopérative Régionale de Construction d'Habitations à Loyer Modéré
Rennes, 3 à 25 boulevard d' Winston-Churchill
Rennes, 8 à 18 rue Marcel-Callo
Cité de la Société Bretonne d'Habitations à Bon Marché
Rennes, 8 à 12ter et 7bis à 9ter rue Pierre-Martin
Rennes, square de l' Europe
Rennes, square du Berry
Cité jardin, dite de Bel-Air
Rennes, rue Monsieur-Vincent, rue Paul-Bourget, rue Jacques-Tarrière, allée Romain-Rolland, rue Gérard-Philipe, rue Pierre-Le Tullier, rue Léon-Mury, rue Pierre-Sémard, square du Docteur-Fernand-Jacq
Cité jardin, dite des Castors
Cité jardin, dite des cheminots
Rennes, rue Louis-Bossière, rue de Vern, rue Monsieur-Vincent
Rennes, le Laurier, rue de la Paix, rue Charles-Bougot, rue Ange-Blaise
Cité jardin, dite Groupement d'habitations
Rennes, allée Frédéric-Chopin
Cité jardin de l'Office Public d'Habitations à Loyer Modéré
Rennes, square Joseph-Arot
Cité jardin des Castors
Cité jardin familiale, dite de Belleville
Rennes, rue Louis-Garin, rue Ernest-Chéreau
Cité jardin familiale, dite de la Poterie
Rennes, square Henri-Mabille
Cité jardin Oberthür
Cité ou résidence du square de Champagne
Rennes, 1 à 10 square de Champagne
Rennes, 171 rue de Saint-Malo
Rennes, 33 à 61 et 67 à 105 avenue de Rochester
Cités de la Coopérative Régionale d'Habitations à Loyer Modéré
Rennes, 37 et 39 avenue Gaston-Berger, 1 à 5 cours Kennedy, 1 à 5 avenue Gaston-Berger, 2 à 6 avenue du Languedoc
Rennes, 105 et 107 boulevard Vitré, 32 rue Joseph-Turmel
Rennes, 1 à 6 place Albert-Bayet, 2 à 14 rue du Gouverneur-Général-Félix Eboué
Selon les définitions du Thésaurus de l´architecture, une cité est un groupe concerté d´habitat, individuel ou collectif, généralement ouvrier ou social. La cité-jardin est définie comme un lotissement concerté, où les habitations et la voirie s'intègrent aux espaces verts publics ou privés, destiné généralement en France à un usage social, alors que la cité ouvrière est un ensemble concerté d'habitat ouvrier, généralement mono familial.
Selon ces définitions, la cité est un type de lotissement concerté, en particulier dans le cas où elle est formée de logements individuels disposant d´une parcelle indépendante. Cette configuration spatiale, qui se confond avec celle du lotissement, est remise en cause par l´apparition du logement collectif qui remplace peu à peu les logements individuels, puis par ce qu'il est convenu d'appeler les grands ensembles et dont Yves Lacoste donne une définition (cf. annexe 6).
Ces grands ensembles sont étudiés ici dans le contexte des opérations d'urbanisme qu'ils ont généré. On se reportera également au dossier sur les secteurs urbains et plus particulièrement les ZUP et les opérations de rénovation urbaine.
La cité apparaît comme une forme de logement social qui sera le critère discriminant pour la distinguer du lotissement.
L´étude des cités est documentée par l´ouvrage de Monique Eleb, pour la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle, mais également par l´ouvrage de François Loyer qui rappelle que le logement social est d´abord une création d´architectes et le lieu de novations techniques importantes - emploi du béton armé, de la brique à décor industrialisé, mais également le vecteur de la modernisation et du développement du confort, enfin l'occasion de la mise en place d´un urbanisme d´îlot et d´une continuité intérieur/extérieur en lien avec l´importance des espaces collectifs (Loyer, p. 440), qui semblent constituer le deuxième critère discriminant, dans le cas des cités-jardins.
Pour l´entre-deux-guerres, les modèles anglais et belges sont abondamment documentés mais l´ouvrage de Sellier, fondateur de l´Ecole des Hautes Etudes Urbaines, en 1919, pose le problème de l´habitation dans le contexte nécessaire d´un espace raisonné. Le plan d´aménagement urbain étant pour lui la garantie et l´expression de la solidarité qui doit permettre de rompre avec les espaces hiérarchisés qui sont l´expression de la lutte des classes. L´aménagement raisonné de l´espace implique les mêmes droits pour tous aux nécessités élémentaires esthétiques, hygiéniques et morales. Analysant les exemples américains et allemands, il propose une conception dominée par la nature et les accidents du terrain, préconise les maisons individuelles ou à deux unités d´habitation superposées pour limiter la densité et la hauteur des gabarits, et pour « se dégager des formules américaines des lignes droites sans tomber dans l´obsession allemande de la superstition des rues fermées ». Il recommande également de s´inspirer du style local, de s´inscrire dans une harmonie d´ensemble, d´éviter monotonie et uniformité, et de produire des types d´immeubles cadrant avec les besoins locaux, répondant aux besoins de toutes les catégories sociales qui doivent y être représentées, ainsi que les fonctions marchandes. C´est donc une conception basée sur l´intégration à un espace urbain existant.
Le congrès de Londres en 1920 préconise qu´un plan méthodique soit élaboré par chaque gouvernement, propose de définir les conditions minimales d´habitation, et d´établir une réglementation dans le cadre des plans d´extension.
HenriSellier observe que la loi du 14 mars 1919, sur l´aménagement et l´embellissement des villes, et la loi Loucheur (1928) qui a pour conséquences d´accorder des crédits aux HBM et aux particuliers propriétaires d´un terrain, ont entraîné une augmentation des prix des terrains, de la main d´oeuvre et des matériaux de construction. Des normes de standardisation (cuisine, salle, 1 chambre pour 2 personnes) lui semblent nécessaires pour réduire les coûts.
Pour la 2e moitié du 20e siècle, l´ouvrage de Joseph Abram rappelle le contexte de l´après-guerre en France, où le problème du logement est lié aux destructions mais également à l´insalubrité et à l´exode rural. Le logement devient une priorité du Deuxième Plan : 3 millions de logements vétustes sont démolis, 100 000 logements sont construits en 1953, selon une progression continue qui atteindra 445 000 logements en 1968.
L´objectif est là encore la généralisation du confort moderne. Le MRU se dote de nouveaux outils urbanistiques qui lui permettent de lancer de nombreux programmes de logements suivant des standards de construction définis par un concours lancé en 1947. Le procédé Camus est breveté en 1948. Cette architecture normalisée est encore « régionaliste », entre 1945 et 1955. La reconstruction du Havre, sur les plans de Perret, apparaît comme une réalisation précoce par sa modernité.
Les années cinquante sont cependant marquées par le style des ingénieurs, Lurçat et Le Corbusier ou encore Jean Prouvé.
Dans les années 1950, la loi Courant (1953) permet l´expropriation pour cause d´utilité publique et crée un nouveau standard dit logécos. En 1957 sont créées les ZUP qui doivent encadrer tous les programmes de plus de 100 logements (1958). En 1958 débute la préfabrication lourde et les grands ensembles.
On y applique les normes architecturales mais également urbanistiques, préconisées par le CIAM en particulier pour la liaison avec les espaces verts. Ces programmes définissent des qualités esthétiques, des types de logement, pas plus de 3 appartements par palier, position centrale du bloc sanitaire admise.
Les réalisations sont considérées comme des échecs en raison des difficultés à qualifier les espaces publics, de l'insuffisance des équipements et de problèmes de population.
Joseph Abram rappelle les dispositifs récurrents :
Typologie : barres, tours, plots, plaques avec combinaisons d´immeubles bas et de tours
Standard : immeuble de faible hauteur, parc, appartements traversants, loggias
Valeur d´usage : orientation est-ouest, plan ouvert, baies vitrées, balcon
Répartition discontinue du bâti dans des espaces verts
Découpages constructifs, processus de production, organisation du chantier (refends porteurs, préfabication lourde, coffrages tunnels).
Les exemples rennais sont documentés par les publications et les archives de l´office public d'HLM qui en donne un historique. Les HBM de la ville de Rennes (création en 1919) et l´Office Public départemental d´Habitations à Bon Marché (création en 1921) succèdent à l´association la Ruche ouvrière, créée en 1902 (annexe 1), et à la société de crédit immobilier, créée en 1912. En 1950, les HLM remplacent les HBM.
L´architecte W. Guillaume est président de l´Office de 1920 à 1925, E. Le Ray en est l'architecte, en 1928 ; enfin Yves Lemoin est l'auteur de plusieurs des cités construites dans les années 1950.
Trois cités sont attestées par cet ouvrage, pour l´entre-deux-guerres, celle de la rue de Nantes, dite Foyer-Rennais (1922), celle de la Thébaudais (1929) et celle du boulevard Villebois-Mareuil (1931).
La production de logements sociaux est très importante entre 1950 et 1960. L´ouvrage mentionne la construction de 64 logements en 1952 (cité de la Touche), de 125 logements en 1955 (cité de la Croix-Cohan), de 147 logements en 1956 (dont 64 dans la cité d'urgence de Cleunay et 83 rue Rabelais), de 893 logements en 1957 (dont 614 à Maurepas), 70 en 1958 (près de l'hôpital Pontchaillou), 120 en 1959 (rue Champion-de-Cicé), 1054 en 1960 (dont 910 dans la cité du Gros-Chêne à Maurepas).
Un document conservé dans le fonds de l´architecte Georges Maillols présente les normes minimales des logements des cités de transit ou cités provisoires construites au début des années 1950 (annexe 2) et l´ouvrage d´Henri Fréville présente l´action de la municipalité entre 1947 et 1977 (annexes 3 à 5).
On sait par ailleurs que plusieurs de ces cités sont autorisées sous forme de lotissement, entre 1929 et 1960, comme le montrent les autorisations conservées aux archives communales (série 717 W).
Le dépouillement des sources conservées aux archives communales permet de dresser la liste des principaux commanditaires :
- La Ruche Ouvrière, société coopérative d´Habitations à Loyer Modéré, fondée en 1902, devient la coopérative régionale d´Habitations à Loyer Modéré.
- L´association Notre-Foyer
- Les Castors Rennais
- L´association de lutte contre les Taudis
- L´Office Public d´Habitations à Bon Marché qui devient l´Office Public d´Habitation à Loyer Modéré en 1950.
La cité se présente donc comme une forme de logement social qu'on peut étudier en termes de recherches sur l´unité d´habitation, d´équipements et d´intégration à l´espace urbain.
Les paramètres définissant la cité sont :
- les commanditaires et le type de réglementation
- les types de logements
- le mode d´intégration à l´espace urbain
- la place des équipements collectifs
- les innovations techniques et spatiales.
Considérant que les critères discriminants sont les commanditaires (organismes sociaux) et la présence d´espaces à usage collectif (square, place), la typologie sera basée sur la nature des logements (collectifs ou individuels) et des parties constituantes mais également sur le mode d´implantation et la disposition des logements.
Les repères chronologiques seront la date de création de l´Office d´HBM (1919), la Seconde Guerre mondiale (1939), puis 1960, après la création des ZUP.
Dans le cadre du recensement effectué hors secteur sauvegardé, 130 cités ont fait l´objet d´un dossier.
Le corpus est compris dans une fourchette chronologique allant de 1905 à 1975.
- Avant 1919, date de la création de l´Office d´HBM, une seule cité a été identifiée, bien que plusieurs cas isolés d´habitations à Bon Marché apparaissent dans les permis de construire.
- Entre 1919 et 1939, 7 cités ont été identifiées. On observe que la répartition des types de logements est relativement homogène : logements collectifs (2), individuels (1) et type mixte (3).
- Entre 1939 et 1959, 54 cités ont été identifiées, dont 10 camps provisoires et cités d´urgence. On observe que, durant cette période, le corpus est également constitué de logements individuels (26) ou collectif (23) mais que le type mixte (3) est proportionnellement faible.
- Entre 1960 et 1975, 67 cités ont été identifiées. Durant cette période, qui représente 51% du corpus, le logement collectif est dominant (85%).
Les cités sont toujours construites en position périphérique, plutôt au sud de la ville, en particulier les cités de logements individuels. Durant l´après-guerre, elles sont plus nombreuses au sud de la ville (cités du ministère de la Reconstruction et initiatives municipales au sud du quartier Sainte-Thérèse). A partir de 1960, elles sont principalement construites dans les ZUP, où elles forment des groupes d´habitation.
L´emplacement des terrains disponibles, le plus souvent des terres agricoles, fait qu´elles sont même situées en limite extrême de la ville, au moment de leur construction. Elles sont toujours positionnées par rapport à un réseau existant, en général une voie primaire, à l´exception des premières cités HBM (rue André-Chénier, rue Docteur-Ferrand) et de quelques cités provisoires (square Joseph-Arot, rue Oradour-sur-Glane).
Elles peuvent être intégrées à un plan d´aménagement urbain comme c´est le cas du lotissement du MRU puis des ZUP.
Plan d´ensemble
L´absence de réseau généré par la construction de la cité est le cas le plus fréquent (100) en particulier à partir de 1950. L´habitat collectif y est dominant. Elles forment alors une
- composition isolée, hors site programmé, qui s´adapte à la forme du parcellaire disponible.
- composition en unités disjointes formant square (19), formant rue et place/square (3), ce sont alors des barres ou des assemblages barres/tours, disposées sur plusieurs îlots (3), ce sont alors des tours, comme c´est le cas dans la ZUP du Blosne.
- composition en unités jointives formant square/place et/ou rue moins nombreuses.
Dans les cas où l´on observe la création d´un réseau de desserte (27), 13 sont en impasse et 14 en rue. L´habitat individuel y est dominant, suivant une implantation de type poche. Elles forment alors :
- des unités jointives en rangées ou en bandes
- des unités disjointes de type bloc (logis jumelés)
- une composition mixte à immeuble écran avec desserte en rue.
Dans le cas des cités composées de logements individuels ou mixte, le parcellaire est identique à celui d´un lotissement, en particulier la cité rue Docteur-Ferrand, desservie par une impasse, qui la rapproche des lotissements de type poche ou la Cité des Castors, rue Sous-Lieutenant-Yves-Berger (1954). C´est également le cas des cités construites dans les lotissements du MRU, à partir de 1946, et de la ville (lotissement Badault) en 1953 où elles s´inscrivent dans un plan d´ensemble à trame orthogonale ou en rues parallèles.
Dans le contexte des ZUP, le parcellaire est différent. Des parcelles sont attribuées à l´assise de l´immeuble, d´autres aux espaces libres qui appartiennent à la ville. On observe ainsi de nombreux immeubles parcelles mais également des immeubles formés d´autant de parcelles qu´il y a de cages d´escalier (ZUP de Maurepas).
Avant les années 1950, les cités ne disposent pas d´espace collectif, à l´exception des deux cités construites dans le lotissement du MRU comprenant des places (place de Bir-Hakeim et place du Souvenir). A partir de cette date, des espaces libres sont mis à la disposition des habitants, espaces plantés et aires de stationnement.
Le square est l´espace commun dans les cités des années 1950 et 1960, à l´exemple du groupe Saint-Cyr (1955) ou du square Louis-Jouvet, vers 1960. Les espaces plantés sont moins clairement qualifiés quand ils ne sont pas cernés par les immeubles (généralement des barres). Les tours sont disposées sur des espaces ouverts qui constituent un jardin d´agrément mais, dans la ZUP du Blosne en particulier, on observe que le square, placé en coeur d´îlot peut être commun à plusieurs cités.
Dans la ZUP du Blosne également, les tours abritent au rez-de-chaussée des espaces mis à la disposition des habitants ; ils sont parfois devenus des centres socioculturels dans les années 1980.
Typologie du bâti
Le corpus est constitué de cités regroupant des logements individuels (26%), principalement entre 1939 et 1960, de cités formées de logements collectifs (63%), principalement entre 1960 et 1975, enfin de cités de type mixte (5%), proportionnellement plus nombreuses entre 1929 et 1939.
Logement collectif : immeubles à logements ou immeubles à appartements.
Les premiers exemples identifiés sont des immeubles à plusieurs cages d´escalier préfigurant les barres, comme c´est le cas de la cité conçue par Georges-Lefort, rue Pierre-Martin (1929). Les barres et les tours sont plus tardives, souvent combinées comme c´est le cas dans les ZUP de Villejean et de Maurepas, en particulier dans le groupe du Gros-Chêne. Dans la ZUP du Blosne, les barres articulées des années 1960, à l´exemple du groupe d´habitations des Hautes-Chalais de Prunet (1963), sont remplacées par des tours autour de 1970, dans la ZUP du Blosne (cité de Terre-Neuve par Maillols 1970) ou dans la ZUP de Villejean (square du Dauphiné par Prunet 1963). En 1950, Yves Le Moine réalise cependant des compositions à unités disjointes de petits immeubles (cité de la Touche, rue Jacques-Defermon (1950), et cité de la Croix-Cohan, square Docteur-Arthur-Quentin (1955).
Logement semi-collectif : maisons à plus de deux unités d´habitation, à l´exemple des cités des Cheminots, de la Poterie, du square Joseph-Arot mais également de la cité HBM, allée André-Chénier (1905).
Logement individuel : maisons individuelles ou jumelées (à deux unités d´habitation), comme c´est le cas de la cité HBM de la Thébaudais, rue Docteur-Ferrand (1929), des cités de Cleunay, rue Eugène-Pottier (1953), rue Jean-Marcel-Châtel (1953), ou encore de la ZUP de Maurepas square de l´Europe et square Alexandre-Lefas (1963).
Mixte : immeuble et maisons dont on trouve des exemples avec les compositions à immeuble écran : boulevard Villebois-Mareuil (1929), rue de Saint-Malo (1937), et cité Oberthür rue de Paris (1953).
Les cités construites à Rennes sont peu nombreuses avant le milieu du 20e siècle. Cette rareté peut s´expliquer par l´absence d´un bassin d´emploi industriel. La construction des logements dans la deuxième moitié du 19e siècle aux abords des grandes usines est encore peu importante. Après la Seconde Guerre mondiale, la problématique hygiéniste et philanthropique à l´origine de la création des cités est remplacée par une production de masse qui doit permettre de faire face à une crise aiguë du logement.
Ainsi, jusqu´à la création des ZUP, les cités, principalement formées de maisons individuelles, ne se distinguent pas des lotissements qui permettent aux ruraux venus s´établir dans la ville de se construire des logements disposant d´un jardin, avec l´aide des organismes comme la Ruche Ouvrière qui traitent des demandes isolées. La construction de logements standardisés est une nécessité dès l´origine. Les normes changeront au fil du temps mais également la place disponible et la disparition importante du nombre de propriétaires (les cités HLM n´offrent que des logements locatifs) même si la mixité est l´un des objectifs des ZUP.
Décompte des œuvres repérées 130
Extrait des statuts de le société coopérative anonyme La Ruche Ouvrière Rennaise, constituée conformément à la loi du 30 novembre 1894 (A. C. Rennes 1 O 158)
Formation et objet de la société
Art. 1. Il est formé [...] une société anonyme à capital variable, pour la construction d´habitations à bon marché [...].
Art. 2. La société a pour but exclusif :
De procurer à des personnes n´étant propriétaires d´aucune maison, notamment à des ouvriers ou employés vivant principalement de leur salaire ou de leur travail, des maisons salubres à bon marché, construites ou acquises par elles à Rennes et dans son rayon.
1° l´acquisition des terrains nécessaires à la construction de maisons à bon marché, avec leurs annexes ou dépendances, bains, lavoirs, etc., et à l´établissement, s´il est besoin, de rues, égouts ou autres accessoires qui pourront être reconnus utiles ;
2° la construction de petites maisons, possédant autant que possible une cour et un jardin, à l´usage d´une seule famille ;
3° la construction de grandes maisons à plusieurs logements ne donnant lieu qu´à de simples locations ;
4° l´acquisition et l´amélioration de tous immeubles ;
5° l´attribution desdits terrains ou dites maisons à ses actionnaires, en échange de leurs droits sociaux après libération d´un nombre d´actions égal à la valeur de l´habitation ;
6° les prêts hypothécaires destinés à faciliter la construction ou l´acquisition de maisons à bon marché ;
7° la location desdites maisons et dépendances ;
8° la vente desdites maisons à des tiers, soit au comptant, soit par paiements fractionnés ;
9° et généralement toutes opérations et transactions, quoique non prévues, auxquelles lesdites acquisitions, constructions, attributions et ventes pourront donner lieu.
Art. 5. La durée de la société est de 20 années, à compter du jour de sa constitution [...].
Art. 26. La société s´interdit toute opération commerciale.
Les terrains ne peuvent être acquis qu´en vue de la construction de maisons.
Art. 27. Aucune maison ne peut être construite ou achetée et mise en état que sur la demande d´un sociétaire ou d´un groupe de sociétaires possédant un nombre d´actions dont le capital nominal soit égal au prix de revient de ladite maison.
Les maisons sont construites ou transformées suivant les plans et devis choisis par le sociétaire ou groupe de sociétaires et approuvés par le conseil d´administration. Ces maisons peuvent être isolées ou réunies par groupe.
Art. 28. Un sociétaire seul ne peut demander la construction que d´une maison, distribuée pour l´habitation de sa famille.
Un groupe de sociétaires peut demander la construction d´une maison à plusieurs ménages, à condition que ces sociétaires l´habiteront eux-mêmes et seront solidairement responsables vis-à-vis de la société.
Les sociétés de prévoyance régulièrement constituées peuvent demander la construction d´une ou plusieurs maisons mais à l´usage de leurs sociétaires seulement, et à la condition de demeurer tenu des obligations de tout sociétaire.
Art. 29. Aucune construction ne pourra être commencée tant que la Société n´aura pas en caisse la totalité du prix d´estimation.
Si les fonds disponibles ne permettent pas de satisfaire à toutes les demandes de lotissement ou de constructions formulées par des sociétaires, il sera procédé à un tirage au sort des demandes [...].
Art. 30. Les maisons construites ou achetées par la société sont données à bail aux sociétaires ou groupes de sociétaires qui en ont demandé la construction ou l´achat, pour une période égale à à celle de la libération des actions représentatives du prix de revient, le bail finissant le jour même du dernier versement de libération.
Les baux sont consentis moyennant un loyer fixe comprenant :
1° l´intérêt de 5% du prix de revient de la maison [...].
Art. 31. Le loyer est payable par trimestre, par mois ou par semaine, selon qu´il est stipulé dans le bail [...].
Cité d´urgence. Notice de principe, février 1954, document extrait du fonds Maillols (A. C. Rennes ; 14 Z 118).
« Les cités d´urgence sont destinées à recueillir aussi vite que possible les familles ne disposant que de ressources extrêmement faibles. Elles ne doivent être en aucun cas considérées comme des refuges permanents pour asociaux ni former des zones ou ghettos, ou des quartiers réservés. Il n´est pas douteux cependant qu´un certain nombre d´asociaux irrécupérables les habitent [ceux-ci ne doivent alors pas représenter plus de 20% des habitants]. »
« Le plan de masse de chaque cité [qui ne devra jamais compter plus de 100 à 150 logements groupés] devra permettre des possibilités de cloisonnements permettant aux organismes d´assistance sociale chargés du contrôle, d´opérer certains cloisonnements et d´éviter que des familles socialement « arrêtées » soient en contact trop direct avec les familles ayant conservé le sens de leur avenir.
Il faut rechercher des terrains en bordure d´une voie existante équipée (eau/électricité) si possible à moins d´un kilomètre d´un groupe scolaire et des commerces de base.
Il ne peut être question de créer des cités jardins en accolant à chaque logement un potager car on finirait par construire des logements dont le coût serait inférieur à celui des terrains et des aménagements de voirie, ce qui est un non-sens. En outre, il importe de prendre des dispositions draconiennes pour empêcher la prolifération de constructions annexes [...] qui transformeraient ces cités en « bidonvilles ».
[Le projet mentionne trois types de logements adaptés à la situation familiale].
Type A : 4 personnes
Type B : 5 personnes
Type C : 7 personnes
Il faut cependant avoir constamment présent à l´esprit que ces logements sont créés pour des cas d´urgence et qu´en aucun cas ils ne doivent être considérés comme une solution omnibus et définitive au problème du logement du plus grand nombre.
[L´architecte rappelle que l´objectif est de] mettre les occupants à l´abri des intempéries [et que] les normes spéciales adoptées sont à la limite au-dessous de laquelle il n´est plus possible de descendre sans compromettre les possibilités physiques et morales d´existence.
[Il lui semble donc impératif] de faire respecter à la lettre le programme [lors de la construction] et de faire respecter la bonne tenue des abords en s´opposant à tout dépôt, [de veiller au] ramassage d´ordures, d´interdire le linge au fenêtres, de construire une laverie et un séchoir. ».
Extrait du discours de réception de M. Roche, président du conseil Economique et Social, 5 mai 1955. In FREVILLE, Henri. Un acte de foi. Trente ans au service de la Cité, Rennes : éditions Sepes, 1977, tome 2, p. 448.
"Dans l'immédiat, il nous faut, en effet, prévoir d'abord le logement de près de 8000 ménages qui sont, en ce moment, pratiquement sans abri. Pour cela, nous avons obtenu l'aide de l'Etat et, dans quelques semaines, sera posée la première pierre d'un ensemble de 1200 appartements qui constitueront le secteur de constructions industrialisées dit "de Maurepas".
Avec le concours du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme [...] nous avons lancé plusieurs opérations d'acquisition et de lotissement de terrains, lesquelles prennent en ce moment définitivement forme : Castors, particuliers désirant accéder à la propriété, société coopératives d'H. L. M., chacun ici fait preuve d'activité [...], en vue du bien commun et nous espérons que, d'ici quelques années, la crise du logement ne sera plus, en notre ville, qu'un mauvais souvenir, d'autant plus que nous passons maintenant, suivant en cela l'exemple de la ville de Troyes, à la destruction progressive et au remplacement des îlots insalubres.
Les mesures législatives et administratives prises depuis quelques années pour tenter de résoudre le problème du logement n'ont pas permis, jusqu'à présent, d'assurer des conditions suffisantes de salubrité et de confort, le logement d'un nombre considérable de familles de travailleurs ».
Définition des grands ensembles proposée par Yves Lacoste
"Le grand ensemble apparaît donc comme une unité d'habitat relativement autonome formée de bâtiments collectifs, édifiés dans un assez bref laps de temps, en fonction d'un plan global qui comprend plus de 1000 logements environ. Théoriquement, seraient à exclure de ces grands ensembles véritables, voulus comme tels, les nombreux conglomérats inorganiques formés de la coalescence fortuite ou non de plusieurs petites opérations immobilières juxtaposées. Aucun plan d'ensemble n'a présidé à la réalisation anarchique de cette masse de logements qui est provée, le plus souvent, des équipements nécessaires."
LACOSTE, Yves. "Un problème complexe et débattu : les grands ensembles". Bulletin de l'association des géographes français, 1963. In RONCAYOLO, Marcel, PAQUOT, Thierry (dir). Villes et civilisation urbaine XVIIIe-Xxe siècle. Paris : Larousse, 1992, 500-501.
A. C. Rennes. Fonds Maillols ; 14 Z 118.
SELLIER, Henri. Une cité pour tous. Paris : éditions du Linteau, 1998.
Cités-jardins (1920-1940) en Belgique. Bruxelles : Archives d'Architecture Moderne, 1994.
ELEB, Monique. L'apprentissage du "chez-soi". Le groupe des maisons ouvrières, Paris, avenue Daumesnil, 1908. Paris : éditions Parenthèses, 1994.
ABRAM, Joseph. L'architecture moderne en France. Tome 2. Du chaos à la croissance 1940-1966. Picard, 1999.
Une politique du logement. Ministère de la reconstruction et de l'urbanisme 1944-1954. Paris : I. F. A. Plan Construction et Architecture, [s. d.].
BATY-TORNIKIAN, Ginette (dir.).Cités-jardins. Genèse et actualité d'une utopie. Paris : éditions Recherches / Ipraus, 2001.
RONCAYOLO, Marcel, PAQUOT, Thierry (dir). Villes et civilisation urbaine XVIIIe-XXe siècle. Paris : Larousse, 1992.

References: Art. 1

Art. 2

Art. 5

Art. 26

Art. 27

Art. 28

Art. 29

Art. 30

Art. 31