Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/chili.htm
Timestamp: 2017-11-20 17:17:01+00:00

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Population: 16,3 millions (2006)
Groupe majoritaire: espagnol (93,2 %)
Groupes minoritaires: moins d’une dizaine de langues amérindiennes et une langue polynésienne (le rapanui de l'île de Pâques)
Système politique: république unitaire formée de 13 régions
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition linguistique dans la Constitution de 1980 (modifiée par la loi 20.050 de 2005)
Lois linguistiques: Loi no 17.439 prévoyant que les représentations artistiques exécutées en direct reflètent 85 % des artistes qui doivent s'exprimer en espagnol et être au moins chiliens (1980); Loi organique constitutionnelle sur l'enseignement (1990); Loi no 19.253 sur la protection, la promotion et le développement indigène (1993); Loi no 19.968 créant les tribunaux de la famille (2004); Loi no 19.947 définissant la nouvelle loi sur le mariage civil (2004); Décret no 11 adoptant la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO (2009); Décret no 280 modifiant le décret no 40 de 1996, établissant les objectifs fondamentaux et les contenus minimums obligatoires de l'enseignement fondamental et fixant les règles générales pour son application (2009); Index du décret no 280: Objectifs fondamentaux et contenus obligatoires minimums de l'enseignement fondamental et moyen (2009); Décret no 222 approuvant le règlement d'application du système de classification, de qualité et de sécurité des fournisseurs de services touristiques (2011).
La république du Chili (en espagnol: República de Chile) est un État situé au sud-ouest de l'Amérique du Sud. D'une superficie de 756 950 km² (l'équivalent de la Turquie), le Chili est bordé au nord par le Pérou, à l'est par la Bolivie et l'Argentine, et au sud et à l'ouest par l'océan Pacifique. Plusieurs archipels — Chonos, île Wellington et le secteur occidental de la Terre de Feu — longent le littoral méridional chilien depuis l'île Chiloé jusqu'au cap Horn.
Le Chili possède aussi les îles Juan Fernández, l'île de Pâques et l'île Sala et Gómez, toutes situées dans le Pacifique-Sud, mais l'île de Pâques est la plus éloignée des côtes chiliennes, soit à 3700 km, alors qu'elle fait partie géographiquement de la Polynésie. Le Chili s’étire démesurément du nord au sud entre sa frontière avec le Pérou et la Terre de Feu; d’une longueur de 4300 km entre Arica et le Cap Horn, le Chili n’est large que de 175 km en moyenne (avec des variantes de 350 km et de 15 km dans l’extrême sud). Enfin, il faut y rajouter une portion de 1,2 million de kilomètres carrés de territoire en Antarctique.
Administrativement, le Chili est découpé en 13 régions — Tarapacá, Antofagasta, Atacama, Coquimbo, Valparaíso, Libertador General Bernardo O’Higgins, Maule, Bío-Bío, La Araucanía, Los Lagos, Aysén del General Carlos Ibáñez del Campo, Magallanes y de la Antártica Chilena, Región Metropolitana de Santiago —, elles-mêmes divisées en 51 provinces (et 342 communes). La capitale du pays est Santiago de Chile (4,3 millions d’habitants).
CHILI : RÉGIONS ET CAPITALES
Régions Capitales Provinces Communes
Région 1: Tarapacá Iquique
Région 2: Antofagasta Antofagasta
Région 3: Atacama Copiapó
Région 4: Coquimbo La Serena
Région 5: Valparaíso Valparaíso
Région 6: Libertador General Bernardo O’Higgins Rancagua
Région 7: Maule Talca
Région 8: Bío-Bío Concepción
Région 9: La Araucanía Temuco
Région 10: Los Lagos Puerto Montt
Région 11: Aysén del General Carlos Ibáñez del Campo Coyhaique
Région 12: Magallanes et Antártica Chilena Punta Arenas
Région 13: Región Metropolitana de Santiago Santiago
TOTAL: 13 régions
Pâques (ou Rapa Nui ; en espagnol: Isla de Pascua ; en anglais: Easter Island) est une petite île de forme triangulaire d'une superficie de 162,5 km², et fait 23 km de long sur 12 km de large. Bien que faisant partie géographiquement de la Polynésie, l'île est administrée par le Chili dont elle est éloignée par 3700 km d'océan.
L'île de Pâques constituait un département (''Departemento'') de la région de Valparaíso, l'une des 13 régions administratives du Chili; au 25 juillet 1974, le département a été transformé en «Provincia de Isla de Pascua». Un gouverneur d'origine insulaire représente le gouvernement chilien et un conseil municipal formé de six personnes s'occupent des affaires locales de l'île. Le chef-lieu est Hanga Roa au sud-ouest de l'île de Pâques.
Le Chili comptait 13,3 millions d’habitants en 2006. Au point de vue ethnique, la majorité des Chiliens sont des Métis (66 %); ils sont suivis des Européens (25 %), des Amérindiens (6 %) et d'autres (3 %) tels que des Asiatiques et des «Proche-Orientaux». Les neuf dixièmes de la population vivent dans la région centrale, entre les villes de Concepción et de La Serena, respectivement au sud et au nord de Santiago.
Au plan linguistique, le Chili paraît plus homogène, car 93,2 % des locuteurs parlent l’espagnol comme langue maternelle. Les autres parlent des langues immigrantes (italien, allemand, arabe, etc.) ou des langues autochtones. Mais il existe deux types d'autochtones: les indigènes du continent et les Polynésiens de l'île de Pâques.
Pour ce qui est des indigènes du continent, il faut distinguer les Aymara, les Quechua, les Mapuches, les Araucans et les Alakufs, qui vivent généralement dans des «réserves» à l'extrémité méridionale, en Terre de Feu, où subsistent aussi les Yagans et quelques centaines d'Ona. Selon une enquête de 1996, les Mapuches représenteraient 81,3 % des autochtones. Ils seraient suivis des Aymara (14,1 %) et des autres ethnies (4.36 %) : les Atacameños (1,5 %), les Coya (0,8 %), les Quechua (0,5 %), les Yaganes (0,15 %) et les Qawasqar (0,02 %).
La seule langue autochtone importante est le mapuche (ou mapudungun) parlé par plus de 300 000 locuteurs (sur une population de 900 000) appartenant à la famille araucan; ils vivent au sud de la Région métropolitaine de Santiago, ainsi que dans l’île de Chiloé. Les autres langues sont toutes en voie d’extinction: l’aymara (env. 1000 locuteurs dans la région de Tarapacá, sur une population de 40 000 personnes), le quechua (quelques centaines de locuteurs dans la région de Antofagasta) et le huiliche (quelques milliers de locuteurs dans la région de Los Lagos) de la famille auraucan. Plusieurs autres langues sont disparues depuis une décennie.
Dans l'île de Pâques, vivent encore des Polynésiens parlant le rapanui, une langue de la famille austronésienne (groupe malayo-polynésien oriental (océanien).
Parmi les communautés d'origine étrangère, citons d'abord les Latino-Américains (143 000) des pays voisins, puis les Italiens (34 000), les Allemands (27 000), les Espagnols (9900), les Basques (6800), les Grecs (6300), les Britanniques (5400), les Français (3300), etc.
Les côtes du Chili actuel reçurent leurs premiers habitants vers 10 000 ans avant notre ère. Ces populations vivaient de cueillette, de chasse ou de pêche et maîtrisaient peu l’agriculture et l’élevage. C’est au nord du pays que se développa, au début du premier millénaire, la civilisation la plus élaborée, celle des Atacameños. On sait peu de choses au sujet de la langue de ce peuple, de ses croyances et de son mode de vie. On sait néanmoins que les Atacameños possédaient des troupeaux de lamas, dont ils mangeaient la viande et tissaient la laine, et qu’ils vivaient dans des maisons de pierres et vivaient regroupés en citadelles.
Avant que les Européens n'envahissent la région, des populations amérindiennes y habitaient, notamment les Mapuches et un certain nombre d’Aymaras. Au XVe siècle, les tribus du Nord furent soumises aux Incas du Pérou. En 1520, l'explorateur portugais Fernand de Magellan fut le premier Européen à visiter l'actuel Chili en débarquant sur l'île Chiloé; il explora le sud du Chili et nomma Patagonia («Patagonie») et Tierra del Humo («Terre de Fumée») les rives du détroit qui lui permit d'atteindre l'océan Pacifique. C’est en apercevant des feux de camp indiens que Magellan aurait appelé ce lieu «Terre de Fumée», mais la région fut rebaptisée par le roi d'Espagne Tierra de Fuego («Terre de Feu»). Quant à Patagonia, la légende rapporte que Magellan aurait vu des indigènes portant des masques à tête de chien; à l’instar d’un personnage de roman, appelé El Gran Patagon (le Grand Patagon), qui portait aussi un masque à tête de chien, il aurait formé le mot Patagonia. Enfin, le territoire du Chili aurait été appelé Tchili, du nom des indigènes qui la peuplaient et qui signifie dans leur langue «neige»; l’origine du mot Chile (en espagnol) proviendrait peut-être d’un mot mapuche, Chilemapu, qui signifie «le pays froid».
C'est à partir de 1535, soit à la fin de la conquête espagnole du Pérou par Francisco Pizarro, que l'un de ses capitaines, Diego de Almagro, commença la conquête des terres du Chili. Après trois années de vaines recherches pour trouver de l’or, l'expédition d’Amalgro, qui s'était heurtée aux redoutables Mapuches, retourna au Pérou. Les Espagnols leur donnèrent le nom de Araucanos (du quetchua auca, qui signifie «insoumis»), un terme qui englobe aussi les Pichunches et les Huilliches.
L'empereur Charles Quint envoya en 1540 Pedro de Valdivia conduire une nouvelle expédition à travers le sud du Chili. Valdivia se heurta à une solide résistance de la part des Mapuches, mais réussit néanmoins à fonder plusieurs colonies, dont Santiago de la Nouvelle-Estrémadure en 1541, Concepción en 1550 et Valdivia en 1552.
Puis les Mapuches se soulevèrent massivement en 1554 et massacrèrent un grand nombre d’Espagnols, dont Pedro de Valdivia lui-même; ils dévastèrent toutes les villes, excepté Concepción et La Serena. Les Mapuches demeurèrent la seule grande tribu indigène à résister aux assauts des Espagnol. Les combats continuèrent de façon intermittente pendant toute la période coloniale qui s'étendit de 1541 jusqu'en 1818. Ce sont d’ailleurs les maladies (typhus, variole, syphilis, etc.) contractées au contact des Européens, qui affaiblirent les Mapuches au point qu'ils ne furent plus considérés comme dangereux. Il n'en demeure pas moins que la résistance mapuche, qui dura plusieurs siècles, détermina jusqu’à un certain point le caractère militaire du Chili.
En 1557, l'Espagne prit officiellement possession du territoire chilien. Le Chili fut d'abord une dépendance de la vice-royauté du Pérou, avant d'avoir son propre gouvernement dirigé par un gouverneur et un tribunal royal. Le développement du pays fut lent, notamment en raison de l'absence de mines d'or ou d'argent susceptibles d'attirer les Espagnols. De plus, le Chili restait éloigné des grands centres péruviens de colonisation et était réputé difficile d'accès. C’est pourquoi le Chili a toujours moins intéressé l’Espagne que les autres territoires de l’empire. Cependant, en 1700, l'avènement des Bourbons au trône d'Espagne amena au Chili une importante immigration de Basques et de Catalans. En 1770, le vice-roi du Pérou prit possession de l’île de Pâques.
Lors de la colonisation espagnole, l'essentiel du pouvoir revenait à la petite élite blanche de propriétaires fonciers. Venaient ensuite les artisans et les petits propriétaires; la classe populaire rassemblait finalement les métis et les indigènes, qui travaillaient à moindre frais dans les mines et sur les exploitations agricoles. Au cours de cette époque, l’Église catholique, responsable de l’évangélisation, joua également un rôle fondamental dans l’éducation et la culture, surtout en implantant la langue castillane.
3.2 La conquête de l'indépendance (1818)
Les premiers mouvements nationalistes survinrent au XVIIIe siècle. L'invasion de l'Espagne par Napoléon en 1808 entraîna à Santiago la formation d'une junte de «patriotes». Deux mouvements principaux se développèrent: les «royalistes», d'une part, et les «patriotes», d'autre part. Leurs combats aboutirent à une première victoire (en 1810), date à laquelle, avec d'autres colonies espagnoles, le pays rompit tout lien politique avec l'Espagne. Le conseil municipal de Santiago destitua le gouverneur colonial du Chili et délégua ses pouvoirs à une Assemblée de sept personnes.
Bien qu'officiellement indépendant de l'Espagne dès ce moment, le Chili resta en guérilla contre les troupes espagnoles envoyées du Pérou, lesquelles entreprirent une reconquête entre 1814 et 1817. Toutefois, sitôt débarrassés de Napoléon en Europe, les Espagnols revinrent en force en profitant des rivalités entre Chiliens. Le vice-roi du Pérou réunit une troupe de 4000 hommes et entreprit la reconquête du Chili. Les «Patriotes», avec Bernardo O’Higgins (fils naturel d'un Irlandais) à leur tête, subirent une cuisante défaite en octobre 1814 à Rancagua, face aux forces royalistes. Réfugié à Buenos Aires, O'Higgins obtint l'appui du général argentin José de San Martin, qui venait de «libérer» l'Argentine. Celui-ci lança son armée des Andes à l'assaut du Chili. Le 12 février 1817, la défaite de l’armée royaliste à la bataille de Chacabuco mit un terme au contrôle des Espagnols sur le nord du Chili. Ce n'est qu'en 1826 que les dernières troupes espagnoles furent définitivement chassées au sud du pays.
Le Congrès chilien se réunit le 18 février 1817 et proclama le Libertador, José de San Martín, gouverneur du Chili; celui-ci déclina le poste et Bernardo O’Higgins fut désigné «Directeur suprême du Chili», avec des pouvoirs extraordinaires. Au moment de son investiture, il promulgua le décret suivant:
Près de soixante jours après la bataille de Maipú, nous qui sommes nés au Chili commençâmes à nous nommer Chiliens. Ce fut notre première lettre de citoyenneté et s'étendit à tous les indigènes ou indiens du pays.
Ainsi, le stipule un décret daté du 3 juin 1818 à Santiago et publié dans la Gazette ministérielle du Chili, le 20 de ce même mois.
«Après la glorieuse proclamation de notre Indépendance, obtenue grâce au sang de ses défenseurs, il serait honteux de permettre l'usage de formules inventées par le système colonial.
L'une d'entre elles est de désigner par Espagnols ceux qui, par leur sang, ne sont pas liés à d'autres races, jusqu'à maintenant dites mauvaises [Indiens]. Étant donné que nous ne dépendons plus de l'Espagne, nous ne devons pas nous appeler Espagnols, mais Chiliens. Par conséquent, j'ordonne que dans tout texte juridique, qu'il s'agisse de preuves dans des procès criminels, de pureté du sang [lignage], de publications de bans de mariage, de certificats de baptême, de confirmation, d'union matrimoniale ou d'enterrement, en lieu et place des termes Espagnol originaire de tel endroit, en vigueur jusqu'à présent, on substitue ceux-ci : Chilien originaire de tel endroit; on remarquera en outre, au sujet de la formule qui distingue les classes, qu'il n'y a pas lieu de faire de différence par rapport aux Indiens, que l'on doit nommer Chiliens, conformément à ce qui a été dit plus haut.
Que ce droit soit transcrit à Monseigneur le Gouverneur de l'Évêché, afin qu'il le communique aux cures de ce diocèse, en les chargeant de le faire observer; qu'il soit aussi communiqué aux corporations et juges d'État concernés; étant bien entendu que toute infraction représentera une adhésion déficiente au système de l'Amérique et constituera un motif suffisant pour ouvrir un procès infamant sur le comportement politique du contrevenant et lui appliqué les sanctions qu'il mérite.»
Promulgué par Bernardo O'Higgins Riquelme
La première préoccupation de O'Higgins fut la lutte contre les royalistes, ainsi que la préparation de l’expédition de libération du Pérou; il se soucia aussi d’organiser l’État et l’administration publique. L’une des réformes les plus significatives fut l’ouverture des relations commerciales «avec tous les pays du monde», par réaction au monopole exigé jusqu’alors par l’Espagne. L’esclavage fut aboli. On établit la liberté de la presse et le premier journal chilien, Aurora de Chile, vit le jour. Des députés furent désignés par les «conseils locaux» de différentes régions et de réunirent en congrès. Un Tribunal suprême de justice fut créé, qui permit d’en finir avec les procédures résolues en Espagne.
3.3 La réaction anti-espagnole
Bernardo O’Higgins O'Higgins dirigea le pays en dictateur jusqu'en 1823, puis il fut obligé de démissionner face à l'hostilité populaire. Le Chili connut ensuite une période de dictatures et d'agitations politiques où alternèrent libéraux et conservateurs. Plusieurs fois, les libéraux échouèrent dans des tentatives de renverser les conservateurs (1835, 1851 et 1859). Les diverses républiques se succédèrent les unes aux autres, avec des périodes de guerres civiles, d'alternance politique entre les conservateurs, les libéraux et les radicaux.
Mais, ce qui demeure frappant au cours de cette période, c’est que, de façon générale, les Chiliens développèrent de forts ressentiments contre l’Espagne, pour ne pas dire une «haine farouche». Les intellectuels parlaient souvent d’«obscurantisme colonial» et du «Royaume madrilène des Ténèbres» lorsqu’ils faisaient allusion à l’Espagne. Bref, les Chiliens se souvinrent de la période coloniale comme d’un moment sombre de leur histoire. Voici ce que déclarait, en 1885, José Victoriano Lastarria, un ministre chilien, lors de son Discours inaugural (Discurso Inaugural) au Parlement:
Quand l’Espagne commença à perdre les privilèges et les garanties de sa liberté, quand elle commença à ériger en crimes le culte des beaux-arts et des sciences qui ne se présentait plus enveloppé dans les attraits de la scolastique et que le Saint-Office se mit à menacer de mort les propagateurs de vérités qui n’étaient plus théologiques, alors, Messieurs, s’établit solidement au Chili le règne du Conquérant: celui des Philippe, si funeste à l’humanité comme à la civilisation par son despotisme brutal et absurde; celui de Charles II avec son fanatisme imbécile et sans nuances; celui des Ferdinand et des Charles ses successeurs, défenseurs obstinés de leur pouvoir discrétionnaire, d’une autorité, d’une autorité épouvantable et d’une monstrueuse Inquisition qui leur servait de soutien en même temps qu’elle les terrorisait. Tels furent les monarques dont le sceptre ignominieux s’imposa durant trois siècles au Chili, domination ignorante, oppressive et punissante.
Puisque la classe politique et intellectuelle chilienne prétendait récuser tout l'héritage ibérique, il fallait emprunter les modèles étrangers: ce fut avec la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne.
- L'influence britannique
Les dirigeants chiliens favorisèrent d’abord les rapprochements avec la Grande-Bretagne, qui devint un partenaire commercial incontournable. La quasi-totalité des navires qui transitaient au Chili battait pavillon britannique. Un voyageur européen qui arrivait au Chili pouvait aussi constater l’omniprésence britannique par les tramways hippomobiles, les romans anglais vendus partout, les crieurs de journaux qui offraient aussi bien le Chilean Times que l’Unión ou le El Mercurio, ou encore le Club de la Unión fondé en 1843 par une loi rédigée en anglais et que lisaient très majoritairement les sujets de Sa Très Gracieuse Majesté britannique. Autrement dit, le Chili pouvait paraître, jusqu’en 1885, une véritable colonie anglaise, même si les Allemands étaient très présents.
- L'influence allemande
De fait, l'immigration allemand fut particulièrement importante entre 1840 et 1860, surtout lors de l'expansion de l'empire colonial allemand. Beaucoup d'Allemands s'installèrent dans le sud du Chili, notamment dans les territoires mapuches. Un visiteur français, C. de Cordemoy, écrivait avec raison: «Les Allemands remplacent peu à peu les Anglais.» À partir de 1890, les échanges commerciaux avec l'Allemagne dépassaient de beaucoup ceux d'avec la France. K. Krebs et G. Pommerenke, deux commerçants allemands, en témoignent: «Nous vendons ici couteaux et charrues, jouets de Nuremberg et locomotives Borsig, bas et confections, soldats de plomb et canons Krupp.» C'est l'Allemagne prussienne qui habilla l'armée chilienne. Pendant de longues décennies, les Allemands assurèrent la formation militaire des Chiliens. Aujourd'hui encore, l’uniforme des gardes des palais et monuments nationaux rappellent étrangement la garde-robe de la Wehrmacht, dont le fameux casque de la Wehrmacht, modèle 1940. Le livre de Adolf Hitler, Mein Kampf, est encore étudié à l’École militaire chilienne (Escuala Militar) et se trouve en vente chez tous les bouquinistes de Santiago.
Mais de nombreux intellectuels, sensibles au culte des Lumières et nourris des œuvres des Rousseau, Michelet, Hugo, Lamartine, Lamennais, etc., propagèrent les idées françaises. Dès 1850, tout Chilien cultivé lisait le français. Les journaux chiliens diffusaient de larges extraits des écrivains français, dont Alexandre Dumas, Eugène Sue, George Sand, Jules Verne, Émile Zola, Guy de Maupassant, etc. Le système d'éducation reprit les règlements napoléoniens des écoles, l'institution du baccalauréat, les manuels scolaires et autres stéréotypes français. À la Bibliothèque nationale de Santiago, selon les décennies, entre 35 % et 45 % des volumes prêtés étaient des œuvres françaises. Le poète romantique français Alphonse de Lamartine, dont l'œuvre sembla bouleverser une partie de la société chilienne, inspira toute une génération de jeunes qui luttaient pour le libéralisme. Ils prenaient d'ailleurs souvent des pseudonymes tirés des œuvres de Lamartine. Ainsi, Lastarria s'appelait Brissot; Francisco Bilbao, Vergniaud; Pedro Urgate, Danton; Manuel Bilbao, Saint-Just; Santiago Arcos, Marat, etc.
Ce rayonnement du français était appuyé par une base démographique. Selon les statistiques officielles de l'époque, 8413 Français (sur un total de 35 528 immigrants européens) seraient entrés entre octobre 1888 et fin 1890, ce qui donne une idée de l'importance de l'immigration à cette époque. À la fin du XIXe siècle, les recensements révélaient que les Français constituaient la «quatrième colonie étrangère» du Chili après l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne. Au point de vue économique, les Français installés au Chili investissaient surtout dans le commerce de luxe (parfumerie, coiffure, joaillerie, mode, etc.), les ameublements, les grands magasins — les Casas Francesas étaient des succursales du Printemps ou des Galeries Lafayette — et les établissements vinicoles. Les Français et les Franco-Chiliens disposaient de leurs propres écoles (privées), dont plusieurs sont encore vivantes aujourd'hui. Cette influence eut des conséquences sur le vocabulaire, tant chilien que franco-chilien, dont l'apparition d'une forme de français inspiré de l'espagnol, le fragnol. Mme Amanda Labarca, une universitaire qui a œuvré pour la cause de l'émancipation des femmes dans les années soixante, écrivait dans El Mercurio de Santiago, le 3 avril 1968: «Nourris du lait de la Révolution française, nous avons reçu et copié du lexique français les noms de tous les phénomènes socio-économiques dont nous débattons.»
Évidemment, cet amour du fait français ou d’une certaine France était une autre façon pour bien des Chiliens de raviver leur aversion pour l’Espagne. Après 1910, l'influence française se fit moindre au profit des influences espagnoles, italiennes et allemandes.
Au moyen de leurs écoles bilingues, cette sorte de «colonies» britanniques, allemandes et françaises aurait contribué à la constitution d'une «offre de programmes scolaires multilingues», ce qui eut à son tour une influence dans le choix des différentes langues européennes pour l'apprentissage des langues étrangères. Comme il faut s'y attendre, cette offre multilingue traditionnelle, qui entretenait plusieurs options dans les langues étrangères, est aujourd'hui menacée par la domination grandissante de l'anglais comme unique langue étrangère. Les langues les plus affectées par ce processus sont, comme sur les autres continents, le français en premier lieu, mais aussi l'allemand et l'italien.
3.4 L’agrandissement du territoire
Au temps de la colonie espagnole, les frontières avaient été délimitées de manière assez aléatoires dans des régions qui paraissaient alors sans intérêts. Durant cette période du XIXe siècle, la politique extérieure du Chili fut marquée par une série de conflits avec les pays voisins: d’abord avec le Pérou et la Bolivie en 1839 (bataille de Yungay), puis avec l'Argentine en 1843. Ce dernier conflit prit fin en 1881, avec un traité qui accorda la moitié de la Terre de Feu au Chili. À partir de 1840, le gouvernement chilien livra le territoire des Mapuches à la colonisation européenne (Allemands, Anglais, Italiens, Yougoslaves, Français, etc.), ce qui entraîna le déclin définitif des populations indigènes. En 1865, le Chili fut entraîné dans une nouvelle guerre contre l'Espagne (1865-1866). Par la suite, les Espagnols ne remirent plus jamais en cause la souveraineté chilienne.
En 1879, le Pérou (encouragé par les Britanniques qui avaient de forts intérêts économiques dans la région), allié à la Bolivie, déclara la guerre au Chili et l'entraîna dans la guerre du Pacifique (1879-1883). Vainqueur de ce conflit en 1883, le Chili agrandit considérablement son territoire en annexant la province bolivienne d'Antofagasta et la province péruvienne de Tarapacá. Le Pérou lui céda également Tacna et Arica, à la condition d'organiser un référendum dix ans plus tard. Bien que ne parvenant pas à se mettre d'accord sur les conditions du plébiscite, les deux pays signèrent néanmoins les clauses régissant le territoire en 1928: Tacna devint possession du Pérou et Arica revint au Chili.
En 1888, le Chili annexa l'île de Pâques (164 km²), le capitaine Dom Policarpo Toro ayant pris possession de l’île au nom de son pays. Après l'annexion chilienne, les terres des Pascuans furent louées à une compagnie écossaise basée au Chili pour favoriser l'élevage intensif des moutons. La population polynésienne fut parquée dans le village de Hanga Roa, entouré de barbelés; la liberté de circuler fut considérablement réduite. Ce n'est qu'en 1966 que les Pascuans devinrent des citoyens chiliens, avec droit de vote; l'île fut alors rattachée à la province de Valparaiso du Chili. Les premières liaisons commerciales Chili-Pâques-Tahiti commencèrent en 1967.
3.5 Le XXe siècle et les aléas de la politique
Dès le début du XXe siècle, le pays bénéficia d’un grand développement industriel dû à l’exploitation des mines de cuivre en grande partie financées par des sociétés nord-américaines. Pendant ce temps, les problèmes sociaux s’accumulèrent et des partis ouvriers virent le jour. En 1925, l’armée rétablit un régime présidentiel à la place du régime parlementaire qui avait été instauré en 1891. La crise mondiale de 1929 toucha durement l’économie. En 1938, un gouvernement de Front populaire s’installa; il alterna avec celui des chrétiens sociaux. En dépit de la mise hors-la-loi du communisme, (1948-1958), le Chili sut se faire la réputation d’«un pays de tradition démocratique et progressiste». L’expérience de démocratie chrétienne tentée par E. Frei Montalva (1964-1970) fut observée avec intérêt par les pays d’Amérique latine.
Avec l'arrivée de l'élection présidentielle de 1970, l'opposition de gauche réussit à s'unifier et fonda l'Unité populaire. Le parti désigna Salvador Allende comme candidat. Allende devient alors le premier président élu à partir d'un programme socialiste au sin d'un pays non communiste. Le président Allende mit rapidement en application les promesses faites durant sa campagne.
Il transforma son pays en «État socialiste». Une partie importante de l'économie passa sous le contrôle de l'État, comme les mines, les banques étrangères et les entreprises monopolistiques, qui furent toutes nationalisées. Mais l'opposition de droit mena un dur combat contre le gouvernement socialiste de Salvador Allende, sans oublier la mainmise des États-Unis dans les rouages politiques. À Washington, Henry Kissinger, alors secrétaire d'État, déclara: «Je ne vois pas pourquoi nous nous croisons les bras sans agir en regardant un pays devenir communiste par l'irresponsabilité de son propre peuple.»
Le 11 septembre 1973, les militaires s'emparèrent du pouvoir, et le président Allende trouva la mort lors de l'assaut du palais présidentiel par l'armée. Aujourd'hui, on évoque officiellement le «suicide» d’Allende dans le tristement célèbre palais de la Moneda! Comme il est d'usage dans presque tous les coups d'État en Amérique du Sud, les États-Unis avaient trempé dans l'affaire.
3.6 Le régime Pinochet
Le général Pinochet devint, en juin 1974, le «chef suprême de la nation». Aussitôt, il suspendit la Constitution et le Parlement, imposa une censure totale et interdit tous les partis politiques. Il lança le pays dans un régime de répression et une campagne de terreur. Des milliers de personnes furent arrêtées; beaucoup de Chiliens furent torturés, exécutés ou contraints à l’exil, tandis que d'autres furent emprisonnées durant des années ou «disparurent» à tout jamais. La dictature militaire ne donna des signes symboliques de relâchement qu'à la fin des années soixante-dix, tout en demeurant un État policier.
À la suite d'un attentat auquel il échappa en septembre 1986, Pinochet renforça encore la répression («Plan Condor»). Un premier signe de retour à la démocratie apparut en février 1987 avec le retour des partis politiques. Le 5 octobre de la même année, Pinochet organisa un plébiscite visant à reconduire son mandat après mars 1989 jusqu'en 1997, mais le NON l'emporta majoritairement. Pinochet annonça qu'il prolongeait son mandat jusqu'en mars 1990.
Durant le régime autoritaire de Pinochet, les autochtones subirent, eux aussi, une forte répression, car de nouvelles lois de 1979-1980 — les décrets-lois nos 2568 et 2750 — réduisirent leur liberté d’action et leurs mauvaises conditions de vie, ce qui constitua une menace manifeste pour leur survie, ainsi que pour le maintien de leurs terres et de leurs cultures.
3.7 Un retour à la démocratie
En décembre 1989, des élections démocratiques amenèrent à la présidence de la République le démocrate-chrétien Patricio Aylwin. Son gouvernement de «concertation nationale» réussit à normaliser les rapports entre l’armée et la société chilienne, et travailla à la consolidation de la croissance économique. Lors de l'élection présidentielle de 1993, le candidat démocrate-chrétien de la Concertation nationale pour la démocratie, Eduardo Frei Ruiz-Tagle, fut élu président. Mais le gouvernement chilien dut pourtant faire face à un développement de la pauvreté dans certaines catégories de la population, ainsi qu'à une augmentation de la violence et de l'insécurité dans les villes. Une nouvelle loi indigène, la loi no 19.253, fut promulguée en 1993: elle reconnaissait le droit historique des communautés indigènes du Chili à leurs terres ancestrales et créait la CONADI, la Corporación Nacional de Desarrollo Indígena (la Corporation nationale de développement indigène) chargée de faire respecter les droits des peuples indigènes.
Après avoir intégré l'APEC (Coopération économique Asie-Pacifique) à la fin de l'année 1994, le Chili envisagea de rejoindre l'ALENA, l’Accord de libre-échange nord-américain, qui regroupe aujourd'hui les États-Unis, le Mexique et le Canada. Le 25 juin 1996, le pays devint membre associé du Mercosur. Le 10 mars 1998, le général Pinochet quitta le commandement de l'armée de terre pour entrer dans un climat hostile au Sénat et y occuper un siège à vie («senador vitalicio»). En octobre 1998, le général Pinochet fut arrêté par la police britannique, à la suite d’un mandat d’Interpol présenté par le juge espagnol Baltasar Garzón. Ce dernier réclamA l’extradition vers l’Espagne de l’ancien chef de la junte militaire, afin de le juger pour des délits de «génocides», «tortures» et «disparitions» commis pendant la dictature. À l’issue d’une «saga» judiciaire de dix-sept mois, le ministre britannique de l’Intérieur rejeta la demande d’extradition du général Pinochet vers l’Espagne; ce dernier put ainsi retourner dans son pays, où la Cour d’appel de Santiago du Chili vota, le 23 mai 2000, la levée de son immunité parlementaire, ouvrant ainsi la voie à un procès de l'ex-dictateur pour des crimes et violations des droits de l'homme, commis sous son régime entre 1973 et 1990.
Il faut souligner que les Forces armées chiliennes sont restées étroitement impliquées dans les structures économiques du pays, depuis les participations financières dans les grandes unités productives jusqu’à la perception d’un impôt direct sur toutes les matières premières exportées. À l'heure actuelle, il paraît invraisemblable que l'ancien dictateur soit jugé dans son propre pays. Le vieux général Pinochet pouvait toujours compter sur l'appui de milliers de militants néo-nazis et «pro-pinochetistes» et même la complicité de l'État en la matière.
Le 16 janvier 2000, Ricardo Lagos, membre du Parti socialiste, candidat de la Concertation démocratique de centre-gauche, au pouvoir depuis dix ans, fut élu président du Chili avec 51,3 % des voix. Il s'est engagé à faire des droits de l'homme une priorité de son gouvernement et s'est prononcé en faveur d'un jugement d'Augusto Pinochet et en faveur d'un plébiscite pour l'adoption d'une nouvelle constitution. Celle-ci devrait «achever» la construction de la démocratie au Chili qui semble avoir définitivement tourné la page de l'ère Pinochet.
En mars 2006, Verónica Michelle Bachelet Jeria, une socialiste chilienne, est devenue présidente de la République. Mme Bachelet était la fille du général de l'armée de l'air Alberto Bachelet, de lointaine ascendance française, qui fut détenu et torturé par la dictature du général Pinochet. Parlant couramment l'espagnol, le portugais, le français, l'anglais, l'allemand et un peu de russe, Michelle Bachelet est ainsi devenue la première femme de l'histoire à accéder au poste de chef de l'État dans son pays et la sixième en Amérique latine. Ancienne ministre de la Défense, elle fut torturée et exilée sous la dictature du général Augusto Pinochet. Son père, un général de l'armée chilienne, a été tué sous la dictature. Le gouvernement de Mme Bachelet s'est caractérisé par l'égalité entre les hommes et les femmes. Quant à Pinochet, il perdit son immunité et dut faire face à des poursuites judiciaires, dont trois procès pour des assassinats d'opposants à son régime. Il est décédé à 91 ans, le 10 décembre 2006, sans qu'aucune des procédures judiciaires intentées contre lui n'aient pu aboutir.
Le 17 janvier 2010, Sebastián Piñera fut élu président de la République avec 51,6 % des suffrages; il a pris officiellement ses fonctions le 11 mars 2010. Surnommé le «Berlusconi chilien», Piñera est un homme d'affaires très riche; la composition de son gouvernement est marquée par la présence d'anciens responsables du régime militaire de Pinochet. Sebastián Piñera s'est fait connaître au monde entier lors de son implication personnelle, entre août et octobre 2010, pour sauver 33 mineurs bloqués à 688 mètres de profondeur à la suite d'un éboulement dans la mine de cuivre et d'or de San José. Depuis, la popularité du président a énormément régressé; elle se situe aux alentours de 30 %, soit le plus bas score pour un chef de l'État depuis le retour de la démocratie au Chili. Le gouvernement de Piñera a maintenant une composition plus politique afin d'apaiser les mécontentements populaires.
4 La politique de non-intervention à l'égard de l'espagnol
Il n’existe guère de loi linguistique au Chili, à l'exception de la loi 19.253 du 5 octobre 1993 (dite «Loi indigène»), qui contient plusieurs dispositions concernant les langues indigènes. Même la Constitution de 1980 (modifiée par la loi 20.050 de 2005) ne contient aucune disposition d'ordre linguistique, ce qui est très significatif. Ainsi, l’espagnol est de facto la langue officielle du Chili, car il n’y a pas de document juridique qui le proclame formellement. Il existe bien des lois qui, sans être des «lois linguistiques» mais des lois ordinaires, contiennent certaines clauses portant sur la langue espagnole.
Le pays semble ne connaître de problème de préséance linguistique avec ses langues minoritaires, toutes autochtones, puisque celles-ci ne sont parlées que par fort peu de locuteurs et qu’elles ne jouissent d’aucun prestige. Bref, le Chili ignore les problèmes de préséance linguistique entre des langues en conflit, puisqu'il n'y a guère de conflit.
Toute la vie publique ne se déroule qu’en espagnol, que ce soit au Parlement, dans l’Administration publique, les cours de justice, les services de santé, l’économie, les médias, etc. C’est pour cette raison que le Chili n’a d’autre politique linguistique que la non-intervention à l’égard de la langue officielle.
L’un des très rares documents juridiques à mentionner la langue espagnole est la Loi organique constitutionnelle sur l'enseignement du ministère de l'Éducation (10 mars 1990). L’article 13 mentionne les objectifs généraux que les élèves doivent atteindre, dont celui de «s'exprimer correctement en espagnol sous forme orale et écrite» :
a) Savoir lire et écrire ; s'exprimer correctement en espagnol sous forme orale et écrite, et être capable d'évaluer les autres modes de communication;
L'article 1er de la Loi no 17.439 prévoyant que les représentations artistiques exécutées en direct reflètent 85 % des artistes qui doivent s'exprimer en espagnol et être au moins chiliens (1980) stipule que 85 % des représentations artistiques présentées en direct doivent être en espagnol et les artistes, «à tout le moins chiliens»:
Dans la Loi no 19.968 créant les tribunaux de la famille (2004), l'article 43 énonce que si un témoin «ignore l'espagnol, il doit être examiné par l'intermédiaire d'un interprète majeur âgé de plus de dix-huit ans, qui doit prêter serment ou promettre de remplir fidèlement sa fonction; grâce à cet intermédiaire, le témoin pourra être interrogé et répondre aux questions».
Selon la Loi no 19.947 définissant la nouvelle loi sur le mariage civil (2004), une personne ne peut être témoin ni dans la préparation ni dans la célébration du mariage, si elle ne comprend pas l'espagnol:
Il existe un décret concernant la connaissance de l'espagnol, le Décret no 222 approuvant le règlement d'application du système de classification, de qualité et de sécurité des fournisseurs de services touristiques (2011). Selon les termes de l'article 28 du décret, tout fournisseur de services touristiques doit apposer certaines informations dans un endroit bien visible et «au moins rédigées en espagnol et en anglais».:
Ce sont là les principales dispositions en ce qui concerne l'emploi de l'espagnol au Chili. C'est peu, mais suffisant pour témoigner du statut de cette langue dans l'administration de l'État.
5 Une politique linguistique ou indigéniste?
Pour ce qui est des autochtones, le Chili a adopté une politique dûment décrite dans la Loi no 19.253 sur la protection, la promotion et le développement indigène, promulguée le 27 septembre 1993, qui reconnaît le droit historique des communautés indigènes à leurs terres ancestrales et qui créait en même temps la CONADI, la Corporación Nacional de Desarrollo Indígena (la Corporation nationale de développement indigène) chargée de faire respecter les droits des peuples indigènes. La loi, dans son libellé espagnol, est intitulée Ley 19.253 sobre Protección, Fomento y Desarrollo Indígena. Il ne s’agit pas d’une loi linguistique, mais d’une loi indigéniste comptant quelque 80 articles. Les dispositions concernant la langue sont peu nombreuses.
L’article 1er de la Loi no 19.253 sur la protection, la promotion et le développement indigène proclame que l'État reconnaît que les indigènes du Chili sont les descendants des groupes autochtones vivant sur le territoire national depuis la période précolombienne, qui conservent des caractéristiques ethniques et culturelles propres en fixant la terre comme le fondement principal de leur existence et de leur culture :
L'État reconnaît comme principales ethnies indigènes du Chili, en les nommant expressément, les Mapuches, les Aymara, les Rapanuis (ou Pascuans), les Atacameña, les Quechua et les Colla du nord du pays, les Kawashkar ou Alacalufe et les Yámana ou Yagán des régions australes. Dans le même article, l'État s’engage à respecter, protéger et promouvoir le développement des indigènes, de leurs cultures, familles et communautés, en adoptant des mesures adéquates et en protégeant les terres indigènes, en veillant à leur exploitation adéquate, à leur équilibre écologique et en veillant à leur expansion.
L’article 2 considère comme «indigènes» ceux qui sont nés de père ou de mère indigène, ceux qui descendent des ethnies indigènes habitant le territoire national, même s’ils ne possèdent pas un nom de famille indigène, ceux qui maintiennent les caractéristiques culturelles d'une certaine ethnie indigène, ce qui comprend la pratique d’un mode de vie, des coutumes ou une religion.
Mais c'est l'article 28 de la loi 19.253 qui semble le plus important en matière de langue: il est consacré à la reconnaissance, au respect et à la protection des cultures indigènes.
L’article 39 de la loi 19.253 traite de la Corporation nationale du développement indigène (Corporación Nacional de Desarrollo Indígena). Cet important organisme est chargé de promouvoir, coordonner et exécuter, le cas échéant, l'action de l'État en faveur du développement «intégral» des personnes et des communautés indigènes, notamment dans les aspects économique, social et culturel, et de promouvoir leur participation à la vie nationale. En outre, la Corporation nationale du développement indigène dispose des obligations suivantes:
- Promouvoir la reconnaissance et le respect des ethnies indigènes, de leurs communautés et des membres qi en font partie, et leur participation à la vie nationale ;
- Promouvoir les langues indigènes, les cultures et les systèmes d'éducation interculturelle bilingue, en coordination avec le ministère de l'Éducation ;
- Assurer la préservation et la diffusion du patrimoine archéologique, historique et culturel des groupes ethniques et promouvoir les études et les recherches dans ce domaine ;
- Suggérer au président de la République les projets de réformes juridiques et administratives nécessaires pour protéger les droits des indigènes; et
Depuis la colonisation espagnole, le Chili a entretenu une relation de marginalisation et d'exclusion avec les peuples indigènes. Les membres de ces peuples ont généralement été relégués aux travaux manuels, sans possibilité d'accès aux décisions des puissants patrons et des compagnies internationales. La société chilienne semble avoir refusé l'inclusion des peuples autochtones comme partie intégrante du pays, avec le résultat que les langues indigènes ne bénéficient d'aucun prestige et que plusieurs sont en voie de disparition. Bien que le Chili se targue d'être un pays multilingue et multiculturel, les faits démontrent qu'il en est encore loin.
Essentiellement, la politique linguistique du Chili se résume à l'éducation interculturelle bilingue, dont on été exclus les peuples indigènes lors de son élaboration. En ce sens, c'est une politique de type sectoriel, puisqu'elle porte que sur le seul domaine de l'enseignement. Elle a commencé en 1996 par des expériences pilotes, avec l'appui des universités régionales, pour une période de trois ou quatre ans grâce à une présence significative des populations autochtones.
Cette politique n'est pas énoncée dans une loi spécifique, mais dans un petit nombre de lois non linguistiques contenant des dispositions sur les langues indigènes. De plus, l'instruction dans une langue indigène n'est pas obligatoire, mais facultative. Le Décret no 280 modifiant le décret no 40 de 1996, établissant les objectifs fondamentaux et les contenus minimums obligatoires de l'enseignement fondamental et fixant les règles générales pour son application (2009) précise cet aspect de l'éducation interculturelle bilingue:
Malgré cette disposition, l'article 5 du décret no 280 précise que les établissements d'enseignement qui ont à la fin de l'année scolaire des inscriptions avec 20 % ou plus d'élèves d'ascendance indigène sont dans l'obligation d'offrir le secteur «Langue indigène»:
Nonobstant les dispositions de l'article précédent, les établissements d'enseignement qui ont à la fin de l'année scolaire des inscriptions avec 20 % ou plus d'élèves d'ascendance indigène, conformément à la loi no 19.253, sont dans l'obligation d'offrir le secteur «Langue indigène» à partir de l'année scolaire suivante et de la date indiquée ci-dessous:
Les écoles sont tenues d'offrir ce programme, mais les élèves et leurs parents ne sont pas dans l'obligation de le choisir. Le décret 280 est accompagné d'un index ("índice"), dans lequel est décrit en détail le programme de l'instruction en «langue indigène». On y trouve aussi une «introduction» décrivant le Chili comme un «pays multiculturel et multilingue, dans lequel convergent une diversité de cultures et de systèmes linguistiques». Le document cite huit peuples indigènes bénéficiant de la protection de l'État pour qui l'existence de des peuples «est considérée comme étant une partie essentielle des racines de la nation chilienne» :
Ce sont là des objectifs tout à fait valables, mais il reste à voir ce qu'il en est de leur application?
Les organisations indigènes du Chili ne semblent guère apprécier la politique linguistique de leur pays. Du moins, c’est qui ressortait des conclusions du Congrès national mapuche (Congreso Nacional Mapuche), tenu du 15 au 17 novembre 1997, à Temuco (Chili). depuis, la politique du Chili n'a guère évolué, à part le fait le gouvernement, par le Décret no 11 de 2009, à la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO ("Convención para la Salvaguardia del Patrimonio Cultural Inmaterial"). Au paragraphe 2 de l'article 2, le «patrimoine culturel immatériel» doit comprendre «les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel»:
2) Le «patrimoine culturel immatériel», tel qu'il est défini au paragraphe 1 ci-dessus, se manifeste notamment dans les domaines suivants :
Il s'agit encore là de vœux pieux qui ne se transforment pas nécessairement dans la réalité.
Dans le domaine juridique, les Mapuches ont demandé que le gouvernement reconnaisse leur identité dans la Constitution. Ils ont sollicité l’autorisation d’installer des bureaux communaux mapuches, interculturels et bilingues, dans chaque municipalité où ils sont concentrés, afin de promouvoir et de développer la culture mapuche. Ces bureaux communaux mapuches devraient être reliés au réseau informatique des peuples indigènes, avec la CONADI et les services publics. Ils ont aussi demandé que la CONADI (Corporación Nacional de Desarrollo Indígena) soit transformée en «ministère des Indigènes» afin de bénéficier de plus d’autonomie dans les politiques gouvernementales. Malheureusement, rien ne s'est concrétisé, ni dans la Constitution dans dans un éventuelle création d'un «ministère des Indigènes».
- Les langue autochtones
En ce qui a trait à la langue elle-même, les Mapuches ont réclamé l’adoption d'une réelle politique linguistique qui commencerait par officialiser un alphabet et une grammaire standardisée de la langue mapudugun. Ils ont demandé, de concert avec le ministère de l'Éducation et le Conseil national de la culture (Consejo Nacional de la Cultura), la publication d’une série de documents en mapudugun et du temps d’antenne à la radio pour informer leurs concitoyens autochtones sur la loi 19.253 de 1993, ainsi que les nouvelles du mouvement mapuche. Les Mapuches voulaient également élaborer un programme officiel d’enseignement et d’apprentissage du mapudugun dans les écoles autochtones.
Le gouvernement chilien a officialisé en 2003 l'alphabet dit "azünchefe" destiné à uniformiser l'écriture des langues indigènes. Encore une fois, les peuples indigènes ne furent pas consultés et se sont trouvés devant un fait accompli. C'est le ministère de l'Éducation et la CONADI (Corporación Nacional de Desarrollo Indígena), qui ont reconnu le nouvel alphabet. Pour les communautés concernées, cet alphabet imposé par décret présidentiel représenterait l'option politique du gouvernement et non pas la volonté des indigènes. La responsabilité des politiciens et des linguistes devrait accompagner les peuples indigènes dans leurs décisions et non leur imposer d'autres intérêts qui n'ont rien à voir avec eux. Pour les autochtones, l'alphabet dit "azünchefe" souffrirait de limites linguistiques rendant difficile l'utilisation de leurs langues et dénaturant leurs caractéristiques naturelles, y compris leur représentation phonétique. Cet alphabet repose essentiellement sur les structures de l'espagnol.
Dans le domaine scolaire, les autochtones ont demandé une réforme de l’éducation, de telle sorte que leurs enfants ne soient plus l’objet de discrimination dans les établissements d’enseignement. Ils soulignent que le bilinguisme scolaire et normalisé en fonction de la similitude à l'espagnol, qui utilise la langue autochtone comme un «pont pour imposer la culture dominante», est un système inégalitaire et aliénant. Cette éducation tente de folkloriser les langues autochtones, de sorte que celles-ci perpétuent les préjugés ethnocentriques et racistes. Il faudrait que les programmes nationaux incorporent dans les écoles autochtones des éléments de la culture indigène et appliquent une réelle politique d’éducation interculturelle bilingue.
Pour le moment, l’éducation bilingue consiste à passer progressivement de la langue maternelle à l'espagnol. Quant au concept d’«interculturalité» (ou interculturalidad), il correspond à l'intégration des communautés autochtones dans un environnement où l'espagnol est la langue commune de la vie publique. Dès lors, l'enseignement est orienté vers la perte de la culture ancestrale pour promouvoir celle de la majorité hispanophone.
Bref, l’éducation interculturelle n’implique aucune échange entre des cultures différentes, car elle se fait à sens unique: c’est la transmission aux autochtones de la culture hégémonique. En outre, l'«interculturalité» est conçue pour un cadre essentiellement rural et confiné dans des «réserves». Selon les Mapuches, le gouvernement réduit ainsi l'existence d'un peuple distinct à une simple modalité éducative, celle qui demeure marginale dans un système centralisé dont les objectifs sont à l’opposé des préoccupations autochtones. Or, l’éducation interculturelle est davantage qu’un enseignement rudimentaire de la langue et d’une culture «exotique» destinée à être exhibée comme on objet d’artisanat, de religion ou de coutume. En somme, l'éducation interculturelle bilingue est une éducation ethnocide et colonisatrice ("educación etnocida y colonizante").
Pour les associations autochtones, il faut redéfinir le concept d'«interculturalité» (interculturalidad) en considérant celle-ci comme une relation égalitaire entre des cultures différentes et des peuples différents qui ont en commun un projet de coexistence dans le respect et la solidarité. Autrement dit, les Chiliens devraient apprendre des éléments de la culture autochtone.
- Les réactions aux demandes des indigènes
Dans un communiqué de presse daté du 5 juin 1997, les Mapuches affirmaient que rien n’indique que, dans un futur immédiat, il se produira au Chili des changements significatifs à leur égard. Les conditions sociales de la population indigène restent toujours les mêmes depuis des décennies. Par rapport aux normes internationales, la situation des autochtones du Chili semblent mettre en évidence le double niveau de détérioration des conditions de vie des populations indigènes du pays.
Avec regret, les autochtones disent constater une attitude intransigeante de la part du gouvernement face à la demande assidue de diverses organisations représentant les intérêts de la nation mapuche. Néanmoins, les associations autochtones mapuches formulent les demandes suivantes:
Tout juge chargé de la procédure d'une cause indigène, à demande de la partie intéressée et dans le cadre des activités dans lesquelles la présence personnelle d’indigène est requise, devrait accepter l'emploi de la langue maternelle en se faisant conseiller par un traducteur agréé, celui qui sera désigné par la Corporación Nacional de Desarrollo Indígena (Corporation nationale du développement indigène).
Quant aux autochtones (Pascuans) de l'île de Pâques, ils revendiquent depuis un certain temps le droit à une plus grande autonomie et veulent s'affranchir d'une partie du pouvoir central chilien. L'ancien président Patricio Aylwin avait déposé au Parlement un projet d'autonomie pour l'île de Pâques et freiner l'immigration venant du Chili, mais le projet est encore en attente. Des Pascuans plus radicaux réclament maintenant l'indépendance.
La politique linguistique du Chili s'inscrit dans une politique indigéniste, dont elle ne constitue qu'une infime partie. Elle se limite à l'éducation interculturelle bilingue et à quelques privilèges occasionnels dans les tribunaux, comme la traduction, et à quelques émissions radiophoniques communautaires. En somme, la politique réellement appliquée se résume à accorder une instruction dans la langue maternelle de l’élève autochtone, puis d'introduire l’espagnol progressivement comme langue seconde. L’objectif est de passer entièrement à la langue seconde, une fois rendu au secondaire. Cependant, beaucoup d'autochtones, surtout parmi les Mapuches, ont dénoncé cette politique «politiquement correcte», où l'espagnol est ajouté aux langues indigènes. Ils croient qu’il s’agit d’une autre tentative, secrète celle-là, de remplacer leur langue par l'espagnol et d’assimiler les enfants indigènes.
Le système actuel ne semble pas répondre aux besoins des autochtones, parce que ce sont des programmes nationaux qui n’intègrent aucun élément de la culture indigène. Les élèves indigènes sont toujours tenus d'apprendre une autre langue que leur langue maternelle, ce qui n’est pas le cas des autres Chiliens (Metizos). Autrement dit, les indigènes sont obligés de recevoir une éducation bilingue et de développer des habiletés de bilinguisme, alors que les autres Chiliens s’en tiennent à la seule langue espagnole.
En somme, la politique chilienne ressemble en cela aux autres pays du continent. L'État laisse entendre que la langue officielle est l'espagnol et que sont reconnues dans la Loi no 19.253 sur la protection, la promotion et le développement indigène (1993) les langues aymara, mapuche et rapanui. C'est une façon de présenter les choses qui ne correspond en rien à la réalité. D'ailleurs, les associations mapuches demandent justement au gouvernement chilien d'officialiser, au même titre que l'espagnol, le mapudungun, la langue propre du peuple mapuche et de la région, et de l'utiliser dans les médias, et de l'intégrer dans le système éducationnel régional par une éducation bilingue interculturelle. Dans l'état actuel des choses, les autochtones risquent fort d'attendre encore longtemps!
CONGRESO NACIONAL DEL PUEBLO MAPUCHE. Conclusiones, Temuco (Chili), du 15 au 17 novembre 1997, Centro de Documentación Ñuke Mapu,
[http://www.soc.uu.se/mapuche/].
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Chili», pour la partie historique.
MELGAREJO, Luz Alejandra. «Enseñanza del mapudungun en el aula: Para aprender y valorar el ser Mapuche» dans El Sur in Internet, 1998, Centro de Documentación Ñuke Mapu,
[http://linux.soc.uu.se/mapuche/news01/dsur980920.htm].
TANZI, Lisandro. Los Derechos de los Pueblos Indigenas en Argentina, Rosario, Universidad Nacional de Rosario, 1993,
[http://www.geocities.com/RainForest/Andes/8976/deorig.html].

References: L'article 1
 l'article 43
 l'article 28
 l'article 28
 l'article 5
 l'article 2