Source: http://encyclopedie_universelle.fracademic.com/48565/il
Timestamp: 2019-03-22 00:31:26+00:00

Document:
il [ il ] pron. pers. m.
• 842; du lat. ille « celui-là » REM. Dans la prononciation familière : il dit [ idi ]; ils ont dit [ izɔ̃di ].
1 ♦ Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier (il) et du pluriel (ils), du genre masculin, représentant un nom masculin qui vient d'être exprimé ou qui va suivre (⇒ lui; eux, 1. leur). « Il est si beau, l'enfant... » (Hugo). « Il classait des articles, décachetait des lettres, alignait des comptes » (Flaubert). Inversion dans l'interrogation Viendront-ils ? (Avec un t euphonique) Viendra-t-il ? — En incise Dit-il, pense-t-il.
2 ♦ Représente l'être à qui l'on parle, dans un registre affectif. « Vous voilà mon beau chéri ! Comme il est en retard ! » (Romains).
3 ♦ Au plur., désigne des personnes qu'on préfère ne pas mentionner mais qu'on tient pour responsables de l'action désignée par le verbe (gouvernement, administration, riches...). « On disait “Ils l'ont arrêté”, et ce “Ils” [...] désignait à peine des hommes » (Sartre).
II ♦ IL, pron. pers. neutre 3e pers. (lat. illud « cela »)
1 ♦ Sert à introduire les verbes impersonnels. (Phénomènes naturels) Il neige. Il fait chaud. Littér. « Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville » (Verlaine). Il était une fois. Il y a. Il faut. Il convient. Il arrive que. (Verbes d'état) Il semble qu'il se soit trompé. Il paraît. Il est temps. Quelle heure est-il ? Il en est question. (Verbes intr.) Il ne tient qu'à vous de. « S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là ! » (Hugo). (Pronominaux impers.) Il s'agit de réagir. Il se peut qu'elle n'ait pas compris.
♢ Impers. pass. Il ne sera pas dit que. Il sera satisfait à votre demande. Il sera procédé à la vente. Il a été décidé que. REM. Cette construction peu élégante est très employée afin de ne pas nommer le responsable.
⊗ HOM. Hile, île.
● il pronom personnel masculin de la 3e personne (latin ille, celui-là) ils pronom personnel masculin de la 3e personne (latin ille, celui-là) Sujet d'un verbe à la 3e personne, représentant un nom masculin singulier (il) ou pluriel (ils), qui a été ou qui va être exprimé, ou désignant une (ou des) personne(s) présente(s) ou non dans la situation : Votre frère ne viendra pas, il est malade. Au singulier, sujet des verbes impersonnels ou employés dans des constructions impersonnelles : Il s'agit de votre avenir. Il tombe des grêlons. Au singulier, comme pronom neutre, a la valeur de ce, cela (dans quelques expressions) : Il est vrai. Il n'importe. Au pluriel, représente des noms de genres différents : La colle, les ciseaux ? Ils sont dans le tiroir. Au pluriel, peut être utilisé comme indéfini et représenter un nombre indéterminé de personnes : Ils ont encore augmenté les prix. ● il (difficultés) pronom personnel masculin de la 3e personne (latin ille, celui-là) ils pronom personnel masculin de la 3e personne (latin ille, celui-là) Prononciation Dans le registre courant, il est aujourd'hui prononcé le plus souvent comme i : il vient, il me l'a dit, il y a sont prononcés comme i vient, i m'la dit, i'a. Recommandation Dans le registre soigné, articuler distinctement le l. Emploi 1. Il sous-entendu. Il impersonnel peut être sous-entendu ; dans ce cas, le verbe est au singulier : reste les problèmes que mon prédécesseur n'a pas résolus (pour : il reste les problèmes...) ; manque les observations du contrôleur (pour : il manque...). On peut également écrire, sans sous-entendre il : restent les problèmes... ; manquent les observations... (les verbes rester, manquer, ont dans ce cas pour sujets : les problèmes, les observations). 2. Il est employé pour il y a. Dans le registre poétique, dans les proverbes, il est est parfois employé à la place de il y a : il est une fontaine au creux d'un vallon ; il n'est pire eau que l'eau qui dort. Accord Il n'y a de... que, il n'y a pas plus... que. Dans ces expressions, l'adjectif s'accorde avec il, et reste au masculin singulier : il n'y a de beau que la vérité. «Il n'y a pas plus puritain que certains de leurs libres penseurs»(A. Gide). Construction Il n'y a pas de... qui, que (+ subjonctif) ; il n'est pas jusqu'au... qui, que (+ subjonctif) : il n'y a pas d'excuse qui vaille ; il n'est pas jusqu'au directeur qui ne soit au courant. ● il (homonymes) pronom personnel masculin de la 3e personne (latin ille, celui-là) ils pronom personnel masculin de la 3e personne (latin ille, celui-là) hile nom masculin île nom féminin ● il, iller nom masculin Division administrative de la Turquie.
Pron. pers. de la 3e pers.
rI./r Pron. pers. m.
d1./d Employé comme sujet de la 3e pers. Il me fuit, le lâche. Où sont-ils?
d2./d Plur. Fam. et souvent péjor. (Désignant ceux que le locuteur tient pour responsables de l'action qu'indique le verbe.) Ils ont encore augmenté les impôts. Qu'est-ce qu'ils ne vont pas chercher maintenant!
rII./r Pron. pers. neutre. Employé comme sujet des verbes impers. Il pleut. Il neige. Il est évident que...
|| Avec le sens de ce, cela. Il est vrai.
⇒IL2, pron. pers., 3e pers., neutre sing., forme atone
Pronom personnel de la troisième personne du singulier, neutre, de forme atone, toujours sujet, introducteur d'un verbe ou d'une locution verbale à la forme impersonnelle.
A. — [En tournure impers., sans qu'il y ait de « séquence » de « sujet réel »]
1. [Avec des verbes exprimant un phénomène naturel] Il pleut; il fait beau, chaud, froid, sec, sombre. Alors il était nuit et Jésus marchait seul (VIGNY, Destinées, 1863, p. 164). Il neigea ce jour-là. Dans les îles de la Manche, un hiver où il gèle à glace est mémorable, et la neige fait événement (HUGO, Travaill. mer, 1866, p. 55).
Rem. 1. Pop. Ça remplaçant il (ça pleut). Cf. cela I B 3. 2. Les verbes météor. peuvent, p. anal. (infra B), être suivis d'une séquence suj. réel, notamment dans des loc. verbales au fig. Il pleut des balles, des cordes, des hallebardes.
2. Littér. ou figé. [En concurrence avec ce, c', cela, ça, dans des loc. figées] S'il en est ainsi; il en est de même de; ainsi soit-il. Il n'empêche, il n'importe (cf. GREV. 1975, § 472). Eh! qu'importe, Seigneur, la parole à ma lyre? Je l'entends, il suffit; tu réponds c'est assez! (LAMART., Harm., 1830, p. 292). Vous avez été (...) laissé pour mort sur la route? — Il est vrai. — Vous avez été relevé par une patrouille (...)? — C'est encore vrai (VIDOCQ, Vrais myst. Paris, t. 7, 1844, p. 96). Que M. Émile Zola ait eu jadis, je ne dis pas un grand talent, mais un gros talent, il se peut (A. FRANCE, Vie littér., 1888, p. 23). S'il vous plaît... dessine-moi un mouton! (SAINT-EXUP., Pt Prince, 1943, p. 413) :
• 1. ... ceux-ci (...) y époussetaient alors, en se jouant, du bout de leurs sorties-de-bal, les têtes espiègles et mutines. C'était une attention qui, pour être délicate, n'en n'était pas moins sensible. Le lendemain, il n'y paraissait plus.
VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 9.
— En partic. [Dans des loc. impers. avec être ou un verbe d'état suivi d'un adj. ou d'un subst.; dans ces emplois, il correspond au ce, c', cela, ça de la lang. fam.] Il est l'heure/c'est l'heure; il est midi/c'est midi. Cf. aussi être1 3e section II C. Ah! dans trois mois j'aurai cinquante ans, est-il bien possible! (STENDHAL, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 12).
3. [Après ainsi que ou comme qui tiennent lieu de séquence (de suj. réel) ou après une compar.] Ainsi qu'il ressort de; ainsi qu'il était convenu; ainsi qu'il a été mentionné précédemment; comme il se doit. Comme il arrivait quelquefois, elle avait les traits d'une femme que j'avais connue dans la vie (PROUST, Swann, 1913, p. 5). Le peuple applaudira (...) avec moins de haine que de contentement poli, ainsi qu'il convient aux époques intelligentes et douces (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 11) :
• 2. Qui tiendra l'emploi de la scrofulaire?... Parfois c'est une plante de la même famille, une proche parente, comme il advient pour la balsamine.
GIDE, Retour Tchad, 1928, p. 868.
B. — [En tournure impers. comportant une séquence (un suj. réel); selon les verbes, la séquence est un groupe nominal, un inf., une prop. conjonctionnelle]
1. [Avec des verbes essentiellement impers., avec des verbes intrans. ou trans. indir.]
a) [Avec séquence nom.] Il fait du vent, de l'orage, un temps merveilleux; il me vient une idée. On ne voit que des morts et des mourans (...); il meurt les deux tiers des malades (LATOUCHE, L'HÉRITIER, Lettres amans, 1821, p. 142). L'époque la plus éloignée dont il me souvienne, c'est celle où je quittai la jaquette (MICHELET, Mémorial, 1822, p. 182). Il soufflait un vent chaud chargé de pluie (ALAIN, Propos, 1926, p. 670) :
• 3. Il tombait une de ces pluies fines qu'on avale à pleins poumons, qui vous descendent jusqu'au ventre.
BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p. 1031.
b) [Avec séquence inf.] Il s'agit de, il convient de, il vous appartient de, il lui répugne de, il me tarde de, il m'en coûte de + inf.; il vaut mieux + inf. Il vaut mieux obéir à un de nos compatriotes riche et éclairé, qu'à une multitude ignorante, qui nous accablera de tous les maux (CHATEAUBR., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 79). Il vous sied bien de sourire quand je parle; si je n'avais pas vendu du guingan à Anvers, vous seriez maintenant à l'hôpital (MUSSET, Il ne faut jurer, 1840, p. 97). Il me faut déclarer tout net que je ne me suis jamais senti plus jeune et même jamais si jeune (DUHAMEL, Notaire Havre, 1933, p. 12) :
• 4. LE PÈRE JÉSUITE : Seigneur, je vous remercie de m'avoir ainsi attaché! Et parfois il m'est arrivé de trouver vos commandements pénibles et ma volonté en présence de votre règle perplexe, rétive.
CLAUDEL, Soulier, 1929, 1re journée, 1, p. 652.
c) [Avec une séquence propositionnelle] Il va de soi que, il va sans dire que, il arrive que, il est apparu que, il en découle que, il demeure que; il lui passe par l'esprit que, il me revient à l'esprit que. Les préfaces doctrinales de Leconte de Lisle, d'où il appert que l'esthétique parnassienne repose sur l'hellénisme de Ménard (BARRÈS, Voy. Sparte, 1906, p. 3). J'éclate tellement dans ma création. Que pour ne pas me voir vraiment il faudrait que ces pauvres gens fussent aveugles (PÉGUY, Porche Myst., 1911, p. 172) :
• 5. Il résulte de notre entretien que le gouvernement des États-Unis envisage maintenant de prendre une position nouvelle à l'égard du Comité national français.
DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 332.
2. [Avec des verbes pronom.]
a) [Avec séquence nom.] Il se passe quelque chose d'extraordinaire chez Clodius (BOSCO, Mas Théot., 1945, p. 194) :
• 6. C'était l'heure (...) où il se fait dans les églises un léger bruit de prières à la seule lueur des cierges...
ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. 187.
b) [Avec séquence inf. ou propositionnelle] Il s'ajoute que, il s'avère que, il se conçoit que, il se confirma que, il s'ensuit que, il se révèle que, il se trouve que, il se vérifie que. Il s'en faut de beaucoup que la totalité de notre vie intérieure se laisse exprimer par le langage (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 235) :
• 7. C'est ainsi qu'un passant s'arrête sur un pont de Paris, et contemple; ce n'est point une promesse du beau temps qu'il contemple; il se peut qu'un beau ciel annonce la pluie ou l'orage.
ALAIN, Propos, 1929, p. 835.
3. [Avec des verbes trans. au passif, en partic. dans la lang. jur. et admin.]
a) [Avec séquence nom.] :
• 8. La résolution doit être demandée en justice, et il peut être accordé au défendeur un délai selon les circonstances.
Code civil, 1804, art. 1184, p. 213.
b) [Avec séquence inf.] Tu sais bien qu'il est défendu d'entrer dans le cabinet de ton père (MAURIAC, Mal Aimés, 1945, I, 1, p. 155). Comme dans un miroir, il nous est commandé d'apprendre à regarder (CLAUDEL, Jet de pierre, 1949, p. 1305) :
• 9. Il doit être permis, en effet, aux philosophes comme aux physiciens, de faire des théories générales...
RUYER, Esq. philos. struct., 1930, p. I.
c) [Avec séquence propositionnelle] J'insistai auprès de lui pour qu'il fût stipulé que notre distingué confrère ne continuerait pas parmi nous sa vaillante campagne pour la réhabilitation de Dreyfus (CLEMENCEAU, Iniquité, 1899, p. IV) :
• 10. Il s'agit du général Giraud, dont il est désormais reconnu par tous, lui compris, que ses fonctions militaires sont incompatibles avec l'exercice du pouvoir...
DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 150.
4. Rare. [Avec des verbes trans.]
a) [L'obj. dir. est un pron. pers.] Il ne la gênait pas du tout de me laisser entendre qu'elle ne pouvait pas voir le Docteur à Paris (BOYLESVE, Souvenir du jardin détruit, p. 89 ds M. HÉRIAU, Le Verbe impers. en fr. mod., Lille, 1980, p. 633) :
• 11. Là-bas, au-delà de la mer, au-delà de ce désert qui en sont le vestibule, il t'attend un pays ruisselant de lait et de miel.
CLAUDEL, t. 23, Emmaüs, p. 173 ds M. HÉRIAU, Le Verbe impers. en fr. mod., Lille, 1980, p. 626).
b) [L'obj. dir. est un pron. indéf.] Il ne signifie rien de dire que la sexualité a envahi le roman (MAURIAC, Mém. intérieurs, 1959, p. 351 ds M. HÉRIAU, Le Verbe impers. en fr. mod., Lille, 1980, p. 638) :
• 12. Il n'arrange rien que l'Italie ait des difficultés économiques.
J. GRANDMOUGIN, Ex. oral, France-Inter, 15 déc. 1971 ds M. HÉRIAU, Le Verbe impers. en fr. mod., Lille, 1980, p. 638).
c) [L'obj. dir. forme avec le verbe une loc. verb.] Voyons, ne crève-t-il pas les yeux que c'est le grand duc qui est à plaindre et à aimer! (BENOIT, Koenigsmark, p. 116 ds M. HÉRIAU, Le Verbe impers. en fr. mod., Lille, 1980, p. 641) :
• 13. Il lui effleura l'esprit que le serment d'absolue discrétion qu'il avait échangé avec le petit monsieur ne comportait pas d'exception en faveur du professeur.
ROMAINS, Une Femme singulière, p. 160 ds M. HÉRIAU, Le Verbe impers. en fr. mod., Lille, 1980, p. 641).
5. [Avec des verbes attributifs]
a) [Avec séquence inf.] Il paraît aventuré, indiqué, justifié, permis de; il semble risqué de; il est bon, mauvais, utile de. Il est de bon goût chez les Pallicares de se serrer la taille outre mesure (ABOUT, Grèce, 1854, p. 43).
b) [Avec séquence propositionnelle] Il demeure acquis, démontré, entendu que; il reste établi que; il semble prouvé, reconnu que; il est remarquable à quel point, combien, comme. Il est probable que je ne retrouverai ce repos avant-naître, que dans les entrailles de notre mère commune après-mourir (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 5) :
• 14. On me remit vivement une chemise, parce qu'il n'est pas décent qu'un Rezeau, même si jeune, reste nu devant des domestiques.
H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 11.
c) Il est, il y a
— Il est signifiant « il y a » dans le style recherché, littéraire (cf. aussi être1 3e section II B). Il n'est donc point de mère à ces petits enfants, De mère au frais sourire, aux regards triomphants? (RIMBAUD, Poésies, 1871, p. 35). Il est des lieux où souffle l'Esprit. Il est des lieux qui tirent l'âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère (BARRÈS, Colline insp., 1913, p. 71) :
• 15. Il est certaines rencontres qui ne m'apportent pas seulement des raisons de vivre que je puis évaluer, approuver, mais qui vraiment opèrent comme au cœur du vouloir une conversion qui a la portée d'un véritable engendrement spirituel.
RICŒUR, Philos. volonté, 1949, p. 123.
— Il y a, gallicisme servant à exprimer l'existence, la présence de quelqu'un ou de quelque chose, ou à exprimer une durée passée, un laps de temps écoulé (cf. avoir1 IV). Il y a huit jours de cela; c'était il y a huit jours. Où allez-vous donc de si bonne heure? — Il y a fête de congrégation, ce matin, à Saint-Louis de Gonzague (ESTAUNIÉ, Empreinte, 1896, p. 2). Je m'enfonce dans mon opinion qu'il n'y a rien à faire, et me méfie de plus en plus des deux petites rides sur les coins de sa bouche (GIDE, Journal, 1905, p. 164). V. cela ex. 12.
Rem. 1. Omission de il. a) Littér. (dans certains tours recherchés de la lang. écrite). Peu me chaut; peu s'en faut que; point n'est besoin de; n'importe. M'est avis qu'il est l'heure De renaître moqueur (LAFORGUE, Imit. Lune, 1886, p. 239). Qu'importe? Je n'avais pas besoin de femme. Je n'ai point possédé de femme corruptible (CLAUDEL, Annonce, 1912, p. 16). b) Fam. Faut pas t'en faire; n'empêche; y a. Faut le coucher, Monsieur, rien autre chose, il dormira, et d'main n'y paraîtra plus (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Masque, 1889, p. 1162). Ils ne purent se revoir sans rire : — Nous sommes donc « morts » tous les deux? — Paraît (D'ESPARBÈS, Demi-soldes, 1899, p. 72). 2. Pour les mécanismes syntaxiques, cf. il1 C. 3. Pléonasme de il dans l'interr., renforçant un suj. neutre, et ajout d'un t épenthétique, euphonique entre deux voyelles. Eh bien! ça va-t-il ce matin? (ERCKM.-CHATR., Conscrit 1813, 1864, p. 133). 4. La forme pop. est y ou i. Ça va-t-y? V'là Andoche... C'est-i' jà l'angélu? (MARTIN DU G., Gonfle, 1928, I, 1, p. 1171).
Prononc. et Orth. : [il]. V. il1. Étymol. et Hist. et Stat. V. il1. Bbg. BAARSLAG (A.F.). Le Suj. neutre il, ce, cela. R. des lang. vivantes. 1964, t. 30, pp. 3-14. - CRESSOT (M.). Répét. nécessaire du pron. on suj. et du pron. il suj. impers. Fr. mod. 1948, t. 16, pp. 249-251. - HENRY (A.). À propos du il y a temp. du fr. R. Ling. rom. 1967, t. 31, pp. 105-123; C'était il y a des lunes. Paris, 1968, passim; Il y a prép.? In : [Mél. Grevisse (M.)]. Gembloux, 1966, pp. 207-213. - HÉRIAU (M.). Le Verbe impers. en fr. mod. Lille-Paris, 1980, pp. 10-14, 37-115, 1055-1122. - JEANJEAN (C.). Ét. de la constr. il y a ds la synt. du fr. Rech. sur le fr. parlé. 2. Aix-en-Provence, 1979, pp. 121-160. - PIELTAIN (P.). La Constr. impers. en fr. mod. Mél. Delbouille (M.) t. 1, 1964, pp. 469-487.
il, ils [il] pron. pers. masc.
ÉTYM. 842, Serments de Strasbourg; du lat. ille « celui-là », devenu illi sous l'infl. de qui; le plur. a pris un s analogique au XIVe. REM. Dans la langue classique, il se prononçait devant consonne : [i]il dit [idi]; ils ont [izɔ̃]; marquer le l étant considéré comme provincial ou pédant (cf. Hindret, in Brunot). De nos jours, au contraire, la prononciation du l de il devant une consonne appartient au langage soigné ou à la lecture (cf. Damourette et Pichon, §2335; Nyrop, Manuel phonétique du langage parlé, p. 35; Martinon, Comment on prononce le français, p. 259) et la transcription graphique de la prononciation i ou y connote un usage familier (→ ci-dessous, cit. 0.1). Dans les interrogations, l'usage normal fait sonner le [i]l (où va-t-il ? [uvatil]), ce qui n'était pas encore le cas du temps de Littré : Quelle heure est-il [ɛti] ? Quel temps fait-il [fɛti] ?
0.1 — Alors, l'est content Dominique ?— Oh oui, y a bien la crise, mais i compte quand même s'acheter bientôt un claque. Ça fait qu'son gosse, i pourra aller au lycée. Dominique y voudrait que son Clovis i soye ingénieur.
R. Queneau, le Chiendent, p. 64.
1 Pronom personnel masculin, représentant un nom masculin de personne ou de chose qui vient d'être exprimé, ou qui va suivre. — À la différence de elle, il (ils) ne peut être que sujet. Pour les autres fonctions (attribut, complément, apposition), → Lui; eux, leur.
1 En un mot, l'homme connaît qu'il est misérable : il est donc misérable, puisqu'il l'est, mais il est bien grand, puisqu'il le connaît.
Pascal, Pensées, VI, 416.
2 Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire
Hugo, les Feuilles d'automne (→ Enfant, cit. 4).
3 Ils ne sont pas morts, ces obscurs enfants du hameau (…)
Renan, l'Avenir de la Science, XII, Œ. compl., t. III, p. 904.
4 Ils s'en revenaient joyeusement, les contrebandiers, leur entreprise terminée.
Loti, Ramuntcho, I, II.
REM. 1. (Emploi pléonastique de il [ils]). La langue classique employait souvent il pléonastiquement.|| « Quiconque ne résiste pas à ses volontés, il est injuste au prochain » (Bossuet); || « Un noble, s'il vit chez lui dans sa province, il vit libre, mais sans appui » (La Bruyère). Cette construction se rencontre encore si le nom et le verbe sont assez éloignés ou s'il convient d'insister fortement sur le nom sujet. — À noter que des formes de français régionaux (français d'Afrique du Nord, par exemple) utilisent systématiquement cette construction. La langue parlée a tendance à ajouter le pronom il même quand le nom sujet est tout proche du verbe : Le patron, il va en faire une tête !
5 Il faut que le bœuf, il devienne comme une éponge (…)(…) les soufflés ils avaient bien de la crème
Proust, À la recherche du temps perdu, t. III, p. 73.
2. (Place de il [ils]). a) Le pronom il ne peut se séparer du verbe auquel il sert de sujet qu'en phrase négative (il ne viendra pas), avec un pronom complément (il vous parle, il en a), et les adverbes en et y (il y est, il en vient).
b) Dans certains tours interrogatifs, et dans toutes les phrases qui admettent l'inversion du sujet, il (ils) se place immédiatement après le verbe. D'où viennent-ils ? À peine était-il parti qu'il revint sur ses pas. Si grand soit-il. Dût-il en mourir. Peut-être le croit-il vraiment.
N. B. Si la troisième personne du verbe se termine par une voyelle, on ajoute un « t », dit euphonique : Ira-t-il ? A-t-il fini ? Puisse-t-il ne pas s'en repentir ! De quoi demain sera-t-il fait ? Voilà-t-il pas ? Cette combinaison t-il souvent prononcée [ti], en est venue dans l'usage populaire de la 1re moitié du XXe s. (car cette construction semble avoir vieilli) à former une particule interrogative qui s'emploie même avec un autre sujet que il : on y va-ti ? J'y va-ti, j'y va-ti-pas ?
c) Il (ils), peut s'employer comme substantif et être disjoint du verbe (pour préciser la personne; etc.) « Il vous a parlé ? — Qui, il ? ».
6 Et il était bien étonné d'apprendre qu'il ou elle avait jugé à propos d'écrire tout spécialement au présentateur (…) et qu'il ou elle espérait bien vous revoir.
Proust, le Côté de Guermantes, t. II, p. 124.
7 — Il n'est plus bien loin, n'est-ce pas, Électre — Oui. Elle n'est plus bien loin. — Je dis Il. Je parle du jour.
Giraudoux, Électre, II, 1.
8 — Il travaille au bout du grand pré, avec son fils Claude. « Il », c'était le beau-frère, le mâle survivant.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XXI, XI, p. 203.
3. (Omission de il [ils]). Jusqu'au XVIIe s., le pronom il (ils) pouvait s'omettre, en particulier après et et tant. — Dans la langue d'aujourd'hui, cette omission est régulière dans les citations à l'ordre du jour et les motifs de punition, où le nom de l'intéressé est généralement placé en tête et détaché du contexte : || « Médecin de bataillon…, n'a pas cessé de donner des soins aux blessés. S'est imposé par son dévouement et son patriotisme à l'admiration de tous… » (Journ. off. 5-6 oct. 1953).
4. (Non-répétition de il [ils] en phrases juxtaposées ou coordonnées). Quand deux ou plusieurs verbes ont le même sujet de la troisième personne, on ne répète généralement pas le pronom si les verbes sont coordonnés ou s'ils expriment des actions successives, surtout s'ils sont au même temps. Il ferma la fenêtre et alluma le feu. Ils descendirent, prirent un taxi et arrivèrent bientôt chez l'avocat. On répète généralement le pronom sujet si les verbes sont assez éloignés l'un de l'autre, ou s'ils sont à des temps différents, ou si l'un est positif et l'autre négatif. Il allait sortir, mais il changea d'idée.
9 (…) il classait des articles, décachetait des lettres, alignait des comptes; au bruit du marteau dans le magasin, sortait pour surveiller les emballages, puis reprenait sa besogne : et, tout en faisant courir sa plume de fer sur le papier, il ripostait aux plaisanteries.
10 (…) les spectateurs n'auraient pu dire s'il souffrait, dormait, nageait, était en train de pondre ou respirait seulement.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. VI, p. 51.
11 Il ne dit pas un mot; il regarde.
G. Duhamel, Vie des martyrs, p. 53.
5. Ils peut représenter plusieurs noms de personnes ou d'objets masculins, ou un masculin et un féminin.
12 Il en est de notre esprit comme de notre chair : ce qu'ils sentent de plus important, ils l'enveloppent de mystère, ils se le cachent à eux-mêmes.
Valéry, Variété, Au sujet d'Adonis, p. 68.
13 — Et votre bon papa et votre bonne maman ? — Ils sont morts.
Maeterlinck, l'Oiseau bleu, I, 1.
6. Représentant la personne à qui l'on parle (pour exprimer la tendresse, la moquerie…). → On.
14 — Vous voilà, mon beau chéri. Comme il est en retard ! Déjà en retard. Entrez vite.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. II, X, p. 103.
2 Au plur. || Ils, désigne un nombre indéterminé de personnes qu'on préfère ne pas mentionner, ou qu'il est inutile de nommer, mais qu'on tient pour responsables de l'action désignée par le verbe (gouvernement, administration, riches, etc.). || Ils veulent encore nous avoir.
15 Vous ne changerez pas ses idées (celles du monde). Conformez-vous-y donc. — Ils auront tout renversé, tout gâté, subordonné la nature à leurs misérables conventions, et j'y souscrirais ?
Diderot, le Père de famille, II, 6.
16 La Science !… Elle est jolie, leur science ! (…)Quand ils auront tout démoli, ils seront bien avancés !
Zola, le Docteur Pascal, p. 18.
17 Il se disait vaguement : « Ils ont peur ». « Ils auront peur ». Qui, ils ? tout le monde : les ennemis, les faibles, ceux qu'il faut écraser (…) Qui, ils ? Clanricard, lui-même; ses ancêtres, ses descendants, à travers les siècles.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. I, XVI, p. 172.
18 On disait « Ils l'ont arrêté », et ce « Ils » semblable à celui dont usent parfois les fous pour nommer leurs persécuteurs fictifs, désignait à peine des hommes : plutôt une sorte de poix vivante et impalpable qui noircissait tout, jusqu'à la lumière. La nuit, on les entendait.
Sartre, Situations III, p. 22.
19 Le pronom ILS a été aussi très anciennement pris dans un sens indéterminé : (…) Ils ont laissé par escrit de l'orateur Curio que… (Mont., III, 9, note 4) […] Il faut remarquer toutefois que souvent l'idée des personnes représentées par le pronom ils n'est pas complètement indéterminée : Mais Pied d'Alouette parla et dit : — Ils m'ont pris mon couteau. — Qui cela ? Le chemineau, levant le bras, tourna la main du côté de la ville et ne fit point d'autre réponse. Cependant il suivait le cours de sa lente pensée, car un peu de temps après, il dit : Ils ne me l'ont pas rendu (A. France, Mannequin, 65) […]
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 275.
19.1 L'autre en général, c'est « ils ». Ils ont fait ça, ils sont venus. « Ils », c'est l'intervention, l'autorité, l'administration, la bureaucratie, les pouvoirs (devant lesquels les mots se désarment et deviennent à l'avance suppliants).
Henri Lefebvre, la Vie quotidienne dans le monde moderne, p. 229.
II Pron. pers. neutre, 3e pers. (du lat. illud « cela »; el, al, ol, en anc. français).
1 Il, sert à introduire les verbes impersonnels, et tous verbes employés impersonnellement. — REM. Pour les grammairiens classiques, il est alors « sujet apparent », « pseudo-sujet » (Bruneau), ce qui suit le verbe (la « séquence ») étant le sujet logique ou « sujet réel ». Ce point de vue est contesté par Le Bidois.
20 Si le sujet, c'est comme l'a dit Vaugelas (…) « ce qui donne la loi au verbe », nul doute qu'en ce genre de phrases le nominal personnel il ne soit véritablement le sujet. Et nous n'en exceptons pas même les tours du type « il est des circonstances, il y a des occasions ». M. Brunot est d'avis que, dans la phrase « il y a un Dieu », il n'est pas le sujet, que là « ce mot ne joue aucun rôle véritable » (Pensée, p. 13). Ce n'est pas notre opinion. Il, en cette phrase, joue un rôle véritable, et des plus utiles : c'est le sujet nécessaire, et, croyons-nous, incontestable, du groupe verbal qui suit.
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, t. I, §320, p. 178.
a Introduisant des verbes impersonnels énonçant des phénomènes naturels, c'est-à-dire qui n'ont pas proprement d'agent. || Il a neigé toute la nuit. || Il ventait. || Il tonne. || Il fait froid (⇒ 1. Faire, V., 1.). || « Il pleut, il pleut bergère… ». || « Il pleure dans mon cœur (cit. 40) comme il pleut sur la ville » (Verlaine).
b Introduisant des verbes énonçant l'existence, la nécessité, l'opportunité. || Il faut (⇒ Falloir, III. et IV.), il convient (cit. 22, 23 et 24), il sied, il importe. || Il est (⇒ 1. Être, I., 2.). || Il était une fois. || Il y a. ⇒ 1. Avoir (7.). — Il y va de. ⇒ 1. Aller (IV., 5.). || Il ne manquerait plus que.
c Introduisant des verbes d'état (être, paraître, devenir, sembler, etc.) construits avec un adjectif et suivis d'un infinitif ou d'une proposition conjonctive. || Il est bon (cit. 103, 104 et 105) de. || Il est beau, il est vrai, il est probable que. || Il semble naturel que vous acceptiez. || Il fait bon (cit. 121 et 122) se promener (⇒ 1. Faire, V., 2.).
21 Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste
22 Il paraît que vous avez été étonnant d'esprit.
♦ → aussi Il est temps, il est l'heure, il est question, il n'est bruit (cit. 36) que…
d Introduisant des verbes intransitifs, suivis d'un nom, pronom (ou d'une préposition). || Il est venu deux personnes pour vous voir. || Il arrive tous les jours des touristes. || Il ne tient qu'à vous de. || Il me déplaît que.
23 Il vint à Genève un charlatan italien (…)
24 S'il en demeure dix, je serai le dixième;
Hugo, les Châtiments, VII, XVI.
25 Nous savons qu'il naît sans cesse et qu'il meurt des astres.
26 (…) il est venu alors la nuit, la vieille nuit qu'ils connaissent, celle qu'ils aiment (…)
J. Giono, Regain, p. 199.
27 Alors voilà qu'il arrive des balles (…)
G. Duhamel, Récits des temps de guerre, I, p. 120.
e Introduisant des verbes pronominaux impersonnels. || Il s'agit de s'entendre (⇒ Agir, cit. 35, 36 et 37). || Il se peut qu'elle n'ait pas compris. || Il se fait tard (⇒ 1. Faire, VII., 2.). || Il s'en faut. ⇒ Falloir (I., A., 2.).
28 Il ne se parlait parmi eux que des faux Christs.
Bossuet, Disc. sur l'Hist. universelle, p. 348, in Brunot.
29 Il se fit un bruit de pas sur le trottoir.
30 Se peut-il imaginer rien de plus morne que Port-Vendres ?
31 Nous sommes entrés dans la grande quinzaine des prix littéraires. Au 18 décembre, il s'en sera donné six (…)
A. Billy, in le Figaro, 30 nov. 1948.
f Introduisant des impersonnels passifs. || Il ne sera pas dit que je vous ai abandonné.
32 Je donnai à dîner, il y a deux jours (…) et il fut très affectueusement et très solennellement bu à votre santé.
Boileau, Lettre à Brossette, 27 sept. 1703.
33 Et comme il avait été dit, il fut fait baron de Fierdrap !
Barbey d'Aurevilly, le Chevalier des Touches, VII, p. 185.
34 Il fut donné notamment, le quatre août, une très belle réunion dans la vieille halle aux grains (…) Il était venu là deux mille personnes, à l'estimation des républicains, et six mille au compte des dracophiles.
France, l'Île des pingouins, p. 214.
35 On ne prend que les orphelins, lui fut-il répondu.
G. Duhamel, les Plaisirs et les Jeux, p. 201.
♦ (Avec des intransitifs). || Il sera satisfait à votre demande (tournure fréquente dans la langue administrative et juridique).
36 Hors de cas il sera procédé de suite à la lecture de l'arrêt de l'envoi à la cour d'assises (…)
Code d'instruction criminelle, art. 470.
37 Jusqu'à la réunion de l'Assemblée de l'Union française (…) il sera sursis à l'application des articles 71 et 72 de la présente Constitution.
Constitution du 27 oct. 1946, art. 104.
2 Employé avec une valeur démonstrative, concurremment avec ce (⇒ 2. Ce, I., 8.), cela, ça (ex. : le tour populaire ça pleut, pour il pleut).
REM. 1. La langue littéraire emploie encore à peu près indifféremment il ou ce dans certains tours (c'est vrai, il est vrai; c'est possible, il est possible; il me semble, ce me semble, etc.). On comparera de même : il est honteux de mentir ainsi et mentir ainsi, c'est honteux; il en est ainsi et c'est ainsi… D'une façon générale, on pourrait dire que ce est plus affectif, plus insistant, il plus abstrait, plus objectif. — Dans l'ancienne langue, l'emploi de il, en valeur de démonstratif était beaucoup plus fréquent qu'aujourd'hui. Jusqu'au XVIIe s., il pouvait renvoyer à un pronom neutre (ce qui, ce que), à un indéfini (tout, rien) : cet archaïsme est encore fréquent dans la langue littéraire.
38 Je sens qu'il m'ennuie de ne vous plus avoir.
39 On doit louer ce qu'ils disent autant qu'il mérite d'être loué.
La Rochefoucauld, Réflexions diverses, V, De la conversation.
40 Un dernier point détruit tout comme si jamais il n'avait été.
41 Ce qu'ils prisaient le plus, peut-être nous échappe-t-il.
Valéry, Variété, Au sujet d'Adonis, p. 89.
42 Mais il me vexait que, dans une lettre de rupture, Marthe ne me parlât pas de suicide.
43 Ce et Il ont été longtemps en concurrence devant les impersonnels. Aujourd'hui encore on peut dire : ce me semble et : il me semble. Mais jamais on n'emploie ce quand il y a un objet qui vient après sembler : il me semble que vous vous trompez.
2. En ancien français et jusqu'au XVIIe s., il, neutre, était souvent omis. || « De tous côtés lui vient des donneurs de recettes » (La Fontaine, Fables, VIII, 3). Cet usage s'est perpétué, en français moderne, dans de nombreuses locutions figées : tant y a (→ Avoir, cit. 91), m'est avis (cit. 18 à 21), pas (point) n'est besoin, peu me chaut (→ Chaloir, cit. 1, à 3), advienne que pourra, comme si de rien n'était (→ Être, III.), n'empêche (cit. 26, 27 et supra), peu importe, n'importe, mieux vaut (→ Valoir), peu (tant) s'en faut (→ Falloir, I., 2.), si bon vous semble (→ 1. Bon, cit. 115 à 117), à Dieu ne plaise, ne vous en déplaise, reste que, d'où vient que ?, à quoi sert (rien ne sert de; → Servir).
3. L'usage parlé familier supprime souvent il devant l'impersonnel il faut : Faut pas s'en faire; faut réfléchir avant de parler (→ Falloir, IV.).
III N. m. (emploi autonyme). || Un il, les il. → ci-dessus, Ce « ils » (cit. 18).
44 Affinité possible de la paranoïa et de la distanciation, par le relais du récit : le « il » est épique. Cela veut dire : « il » est méchant : c'est le mot le plus méchant de la langue : pronom de la non-personne, il annule et mortifie son référent; on ne peut l'appliquer sans malaise à qui l'on aime; disant de quelqu'un « il », j'ai toujours en vue une sorte de meurtre par le langage, dont la scène entière, parfois somptueuse, cérémonielle, est le potin.
R. Barthes, Roland Barthes, p. 171.
DÉR. et COMP. V. Elle, 1. le, 2. le, oui.
HOM. Hile, île, iles.

References: § 472
 art. 1184
 §2335
 §320
 art. 470
 art. 104