Source: http://emeraudechretienne.blogspot.com/2016/09/quest-ce-que-leglise-selon-la-doctrine.html
Timestamp: 2018-11-20 14:29:21+00:00

Document:
Emeraude: Qu'est-ce que l'Église selon la doctrine catholique traditionnelle ?
Qu'est-ce que l'Église selon la doctrine catholique traditionnelle ?
Après avoir professé sa foi en la Sainte Trinité, le catholique proclame aussitôt sa croyance en l’Église. « une, sainte, catholique et apostolique ». Mais quelle est cette Église ? Nombreuses sont les voix qui nous décrivent, avec plus ou moins d’assurance, ce qu’elle est. N’est-elle que spirituelle et invisible ? Est-elle en voie de construction ou une réalité attendue ? On la réduit aux élus de Dieu en y excluant les pécheurs. On s’interroge aussi sur son origine. Est-elle divine ou ne serait-elle qu’œuvre purement humaine ? Depuis plus d’un siècle, l'Église fait ainsi l’objet de diverses théories et de remises en cause. On se dispute ainsi inlassablement ; on se défie dans l’indifférence. Depuis quelques années, son image est même devenue encore plus floue tant la voix des autorités de l’Église catholique est devenue confuse, imperceptible, voire inaudible. Le second concile de Vatican a certainement contribué à cette situation en écrivant que l’Église du Christ subsiste dans l’Église catholique. Qu’est-ce que finalement l’Église ?
Mais pour mieux saisir ce qu’elle est, n’écoutons pas les pensées qui naissent un jour, sans aucune racine ni avenir, encore moins celles qui ne font que plaire aux consciences. Lorsque le vent emporte tout, lorsque la tempête se déchaîne, lorsque le ciel fulmine, il est bon de s’attacher à un roc qui a résisté à tant d’autres orages. Dans ces temps où la vérité et le mensonge s’entremêlent, où le sentiment étouffe l’esprit, où la vanité des hommes est si grande quand leur mémoire est si éphémère, il est parfois bon d’entendre la voix profonde de l’Église qui traverse les siècles sans craindre le regard des hommes. Pour connaître ce qu’elle est, nous avons déjà écouté son fondateur et les Apôtres, les premiers pasteurs. La Sainte Écriture nous donne des éléments de réponse qui réfutent toutes les belles théories. Écoutons désormais ce qu’elle nous dit par la voix de ses chefs légitimes et des conciles qui ont parlé avant le dangereux vingtième siècle …
Avant les grandes encycliques des XIXe et XXe siècles, avant le second concile de Vatican II, rares sont en fait les textes qui parlent uniquement de l’Église. Elle est indirectement traitée dans certains de ses aspects qui ont fait l’objet d’attaques et de remises en cause, notamment par les protestants. Parmi ces sujets, nous pouvons citer la primauté du Pape, la hiérarchie ecclésiastique ou encore le sacerdoce. Elle est aussi traitée lorsque sa liberté a dû être défendue face aux autorités politiques. Ainsi nous ne trouvons pas de définition précise de l’Église jusqu’au XIXe siècle.
« Le peuple fidèle répandu dans tout l’univers »
Le Concile de Trente, qui a donné tant de beaux textes sur la doctrine catholique, remarquables par leur concision et leur précision, ne donne pas non plus de véritable définition sur l’Église. Certes, pour la désigner, il reprend un mot de Saint Augustin qui la décrit comme « le peuple fidèle répandu dans tout l’univers »[1]. L’Église est donc avant tout un peuple marqué par son universalité et sa fidélité à l'égard de Dieu.
Mais quels sont les membres de ce peuple ? Le catéchisme issu du Concile de Trente nous les présente : ce sont « ceux qui ont été appelés par la Foi à la lumière de la Vérité et à la connaissance de Dieu, qui ont dissipé les ténèbres de l’ignorance et de l’erreur, qui adorent avec piété et sainteté le Dieu vivant et véritable, et qui Le servent de tout leur cœur. »[2] Elle regroupe les chrétiens qui demeurent dans la vraie foi et servent Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce sont ceux qui savent et adorent le vrai Dieu. Ce sont ceux qui L’aiment. Ce sont ceux qui peuvent demeurer avec Dieu. Or « ils ne peuvent pas demeurer avec Dieu, ceux qui n’ont pas voulu vivre de façon unanime dans l’Église de Dieu »[3]. Une telle définition nous semble peu précise.
Le catéchisme de Saint Pie X nous définit l’Église catholique par ses membres. Elle « est la réunion de tous ceux qui sont baptisés, croient et confessent la foi du Christ Notre Seigneur Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et reconnaissent pour Vicaire du Christ sur la terre le Souverain Pontife romain »[4]. Elle définit les critères d’appartenance à l’Église. Ils s’appuient sur l’unité de foi, de culte et de gouvernement.
Entrer et demeurer dans l’Église
Nous sommes admis à l’Église par le baptême. Pour devenir membre de l’Église, il faut donc être baptisé mais de manière valide, y compris si le baptême est donné par un hérétique de manière régulière. « Celui qui a reçu le baptême d’un hérétique de façon régulière, devient membre de l’Église catholique en vertu de celui-ci […] dès lors qu’il confère le sacrement selon la foi de l’Église, et qu’il se conforme à la discipline pour ce qui fait partie de la validité du baptême. »[5] Et comme nous le professons, il existe un seul baptême par lequel nous entrons dans l’Église.
Nous rappelons que dans les premiers siècles du christianisme, au temps où la majorité des chrétiens était baptisée à l’âge adulte, la réception du baptême nécessitait au préalable une préparation, sous le nom de catéchuménat en Orient ou auditorat en Occident. Les catéchumènes suivaient des cours sous le contrôle de l’autorité ecclésiastique afin d’assimiler les vérités de la foi chrétienne. Ils étaient initiés à l’Écriture et recevaient une instruction morale. En outre, par leur conduite, ils devaient montrer qu’ils étaient dignes d’être admis au sein des fidèles. Ils étaient alors présentés par les parrains à l’évêque qui examinait si leur vie pendant la période de préparation était conforme aux exigences chrétiennes. La réception du baptême était donc précédée d’une longue préparation intellectuelle, spirituelle et morale, qui pouvait durer trois ans et s’achevait au jour de Pâques au cours duquel ils recevaient le baptême. Nous retrouvons des vestiges de cette cérémonie dans l’office de la nuit pascale. L’entrée dans l’Église nécessitait donc une préparation…
Cependant, le baptême ne suffit pas pour demeurer dans l'Église. Si le baptisé d’un hérétique « adhère aux erreurs de celui qui l’a baptisé, il est rejeté de l’unité de l’Église et privé des biens dont jouissent ceux qui ont leur demeure dans l’Église »[6]. Pour y demeurer ensuite, il faut nécessairement adhérer à la foi qu’elle professe. Mais cela n’est pas encore suffisant.
En effet, comme nous le précise le XVIème concile de Tolède, tenu en 683 : « tous ceux qui maintenant ne se trouvent pas en elle ou qui ne s’y seront pas trouvé, qui en sont séparés ou s’en seront séparés, ou tous ceux qui, dans le mal du manque de foi, auront nié que les péchés y sont remis, ceux-là, s’ils ne reviennent pas à elle à l’aide de la pénitence et s‘ils ne croient pas d’une foi entachée d’aucun doute » que les conciles ont défini ou « encore de tous les saints pères qui ont vécu dans la foi juste, prescrivent de garder »[7] seront alors « châtiés par une sentence de damnation éternelle ». Ce concile régional affirme la nécessité d’appartenir à la Sainte Église catholique. Il traite surtout du sort de ceux qui n’y appartiennent pas. Il définit trois catégories de personnes exclues de l’Église. Le catéchisme de Trente les classe en quatre catégories : les infidèles, ensuite les hérétiques et les schismatiques, enfin les excommuniés.
Une société de bons et de méchants
Contrairement aux idées répandues, l’Église ne comprend pas que des saints, c'est-à-dire les fidèles qui jouiront de la béatitude éternelle. Ce n’est pas un peuple de saints mais plutôt d’hommes et de femmes destinés à être saints. Il comprend donc aussi bien les bons que les méchants, les méchants différant des bons par leur conduite et leurs mœurs. Les bons, ce sont ceux qui non seulement professent la foi et participent aux sacrements mais ce sont aussi « ceux qui sont attachés les uns aux autres par l’esprit de grâce et le lien de la charité » [8] Seront en effet sauvés ceux qui sont habités par la grâce et par la charité.
Selon la doctrine catholique, les bons et les méchants demeurant sur la terre forment l’Église militante. Les fidèles sauvés qui vivent de la béatitude éternelle constituent l’Église triomphante. Enfin, ceux qui souffrent dans le purgatoire sont l’Église souffrante. Pourtant, il ne faut pas croire qu’il existe plusieurs églises. L’Église est une et indivise. Si les bons et les méchants appartiennent donc à la même Église lorsqu’ils sont ici-bas, leur condition sera différente au moment du jugement. « Les méchants en effet ne sont dans l’Église que comme la paille confondue dans l’aire avec le bon grain, ou comme les membres morts sur un corps vivant. »[9] À l’heure de la mort, s’ils demeurent dans leur méchanceté, la béatitude éternelle leur sera définitivement fermée. Ainsi l’Église est plutôt constituée de saints en puissance.
Le XVIème concile de Tolède nous dit qu’il faut appartenir à l’Église pour être sauvé. Elle a été instituée pour cela, pour être l’unique porte par laquelle il faut passer pour gagner le ciel. Ce n’est que le rappel de l’adage de Saint Cyprien : « hors de l’Église, point de salut »[10]. Contre les albigeois, le IVème concile de Latran, concile œcuménique, nous l’enseigne clairement : « il n’y a qu’une seule Église universelle des fidèles, en dehors de laquelle absolument personne n’est sauvé »[11]. Au XIVème siècle, dans sa bulle Unam Sanctam, Boniface VIII nous le rappelle aussi que « la foi nous oblige instamment de croire et à tenir une seule et sainte Église catholique […], hors de laquelle il n’y a pas de salut ni de rémission de péché […] »[12].
Pour réintégrer les Coptes et les Éthiopiens dans l’Église, le Concile de Florence définit une profession de foi commune en 1442 :« elle croit fermement, professe et prêche qu’« aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens » mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront dans « le feu éternel qui est préparé par le diable et ses anges » (Matth., XXVI, 41), à moins qu’à la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés »[13]. Il poursuit que rien ne peut les sauver s’ils n’appartiennent pas à l’Église. Inutiles sont donc les aumônes, la piété et les prières, le martyre même, « s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique ». Sans la vie éternelle coulant dans notre âme, le ciel nous est fermé. Et l’Église est ce canal par lequel Dieu nous la donne sans compter.
Une société divine
L’Église forme donc une société extraordinaire, unique, une société « surnaturelle et spirituelle en raison de la fin qui lui y est assignée et des moyens par lesquels elle y tend »[14]. Elle est aussi exceptionnelle car Notre Seigneur Jésus-Christ l’a dotée de tout ce dont elle a besoin pour demeurer et se développer, c’est-à-dire pour mener sa mission jusqu’à la fin des temps. L’Église est en effet « une société parfaite en son genre et en son droit, puisque, de par la volonté et le bienfait de son fondateur, elle possède en elle-même et par elle-même toutes les ressources nécessaires à son existence et à son action. »[15]
L’Église a pour but de poursuivre l’œuvre rédemptrice de Notre Seigneur Jésus-Christ en donnant à ses membres ce dont ils ont besoin pour y parvenir. C’est par elle que le chrétien peut obtenir la vie éternelle. Dans une profession de foi en usage en Afrique lorsque Saint Augustin était évêque, nous pouvons lire qu’il faut croire « en l’Esprit saint, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle par la sainte Église. »[16]
La fin de l’Église, sa raison d’être, est bien de fournir à ses membres les moyens de sanctification dont ils ont besoin pour atteindre leur propre fin, c’est-à-dire la vie éternelle. « De même que Jésus est venu sur terre pour que les hommes « aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jean, X, 10), de même l’Église se propose pour fin le salut éternel des âmes »[17]. Puis le catéchisme de Saint Pie X rappelle qu’elle a été instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ « pour que tous les hommes puissent toujours trouver en elle les moyens de faire leur salut éternel »[18]. Elle est donc l’Église du Christ destinée à perpétuer son œuvre rédemptrice comme nous le dit le premier Concile de Vatican. Il dit en effet que Notre Seigneur Jésus-Christ l’a fondé « pour perpétuer l’œuvre salutaire de la Rédemption perpétuellement durable. »[19]
L’Église a été instituée pour que l’homme puisse adhérer à la véritable religion. Le premier concile de Vatican nous enseigne en effet que « pour que nous puissions satisfaire au devoir d’embrasser la vraie foi et de persévérer constamment en elle, Dieu, par son Fils unique, a institué l’Église »[20]. L’Église est une institution divine. Notre Seigneur Jésus-Christ en est le fondateur.
L’Église, gardienne de la foi
Le premier concile de Vatican insiste aussi sur le rôle de l’Église comme gardienne de la foi. Elle est encore « le dépositaire et la maîtresse de la parole révélée »[21]. Elle est ainsi une voix qui juge en matière de foi, condamne et exclue. Dans les canons du premier concile œcuménique, celui de Nicée en 324, il est en effet écrit : « l’Église catholique et apostolique anathématise » ceux qui professent des erreurs sur la nature du Fils de Dieu. Et tous les autres conciles, sauf celui de Vatican II, useront de ce pouvoir.
Au concile de Nicée, c’est la première fois que l’ensemble des évêques sont convoqués pour discuter de points doctrinaux et disciplinaires. Il est un « acte éminemment communautaire de l’Église et une manière extraordinaire pour sa hiérarchie d’exercer l’autorité. »[22] Avant cet « acte », les évêques avaient l’habitude de se réunir en diverses occasions pour régler notamment des désaccords, condamner des hérésies et terminer des schismes, et cela dès le IIe siècle. « Après avoir condamné l’hérésie, ils chassèrent de l’Église ses sectateurs et les retranchèrent de la communion. »[23] Lorsqu’une église locale prononçait une sentence d’excommunication contre un fauteur d’hérésie, elle envoyait aux autres églises une lettre les informant de leur décision et des circonstances. Elles devaient alors à leur tour exprimer leur adhésion formelle à leur décision et rejeter le condamné de la communion. Ainsi l’hérésiarque sera considéré excommunié par l’ensemble des évêques de partout.
Les évêques convoqués de partout lors des conciles dits œcuméniques déclarent ce qu’il faut croire et condamnent les erreurs. Au concile de Nicée, les Pères du concile ont nettement conscience qu’ils donnent à l’Église une définition valable pour tous. C’est une sentence définitive et universelle. Le symbole qui y est défini « doit être conservé fermement et constamment. Il est une gloire aussi bien pour nous que pour les Orientaux qui se reconnaissent comme catholiques, et pour les Occidentaux. »[24] C’est la mise en œuvre de l’unité de foi. Ceux qui n’y adhèrent pas « se sépareront de notre communion et perdront le nom de fils. »[25]
Le concile de Nicée est l’exemple formel et incontesté du pouvoir de magistère de l’Église catholique. C’est elle qui enseigne ce qu’il faut croire et ne pas croire. Elle juge la vérité ou la fausseté d’une doctrine. Elle formule par écrit des articles de foi avec des mots auxquels tout chrétien doit adhérer. Dans le décret sur la justification, le Concile de Trente dit que l’Église catholique « sous l’inspiration de l’Esprit Saint, a toujours conservé » ce que « les apôtres nous ont transmis ». Elle enseigne les vérités de la foi en les scellant par un jugement définitif et solennel auquel la foi est due. C’est aussi cela l’Église catholique. Et au IVème siècle, personne ne met en doute le droit de l’Église à définir sa propre loi.
Mais le Concile de Nicée ne dicte pas uniquement des formules dogmatiques. Il délibère aussi sur l’élaboration de la date de Pâques, sur les structures de l’Église, sur la dignité des prêtres, sur les conditions de la pénitence, sur des prescriptions liturgiques, etc. Elle est une société visible qui nécessite une organisation et des règles pratiques.
Nous voyons ainsi le rôle joué par l‘Église pour préserver l’unité de foi et de charité. Elle est bien le bercail de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui« a résolu de construire la Sainte Église dans laquelle, comme dans la Maison de Dieu vivant, tous les fidèles seraient réunis par lien d’une seule foi et d’une seule charité »[26].
Se manifeste ainsi le caractère visible de l’Église. Si elle est spirituelle par le but qu’elle poursuit et les causes qui opèrent la sainteté, elle est aussi « extérieure et nécessairement visible », « si on considère ceux dont elle est composée et les réalités qui conduisent aux dons spirituels »[27]. Elle est donc visible comme « un corps vivant, actif et plein de sève ».
L'Église dans les professions de foi
Dans une liturgie du milieu du IVe siècle, nous pouvons lire une profession de foi, plus ancienne que cette liturgie, dans laquelle il est dit de « croire en Dieu […] dans la sainte Église catholique »[28].
Dans la professions de foi d’Hippolyte de Rome (170-235), nous pouvons aussi lire qu’il faut croire « une seule divinité, une seule puissance, un seul règne, une seule foi, un seul baptême dans la sainte Église catholique et apostolique »[29]
Dans une profession de foi attribuée à Quodvultdeus, évêque de Carthage (427-vers 453), il dit qu’il faut croire « en vue de la vie éternelle par la sainte Église »[30].
Enfin, les symboles de foi, définissant qu’il faut croire en l’Église catholique, sont partagés par les Occidentaux et les Orientaux. Qu’il soit arménien, éthiopien ou romain, tous adhèrent à l’Église catholique.
Ainsi l’Église catholique apparaît donc comme celle qui définit ce qu’il faut croire pour être sauvé. Elle seule définit la foi catholique dans les symboles. « Telle est la foi catholique : si quelqu’un ne croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra pas être sauvé. »[31]
S’affirmer face à l’hérésie et au schisme
Dès les premiers temps, les chrétiens se sont confrontés à des hérétiques et à des schismatiques qui prétendent aussi être l’Église. Leur préoccupation était de définir les traits qui permettaient de reconnaître la véritable Église. Ainsi ont-ils défini les quatre notes que nous connaissons aujourd’hui : l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité. Ensuite, face aux erreurs et aux attaques, provenant des orientaux et des protestants, l’Église a réaffirmé les points suivants :
l’institution divine de l’Église : « Notre Seigneur Jésus-Christ a lui-même fondé l’Église en tant que Messie envoyé de Dieu et Sauveur du Monde »[32] ;
la nécessité d’appartenir à l’Église pour être sauvé: « il est nécessaire à tous les hommes d’appartenir à l’Église pour obtenir le salut »[33] ;
le pouvoir d’enseignement infaillible de l’Église, c’est-à-dire le magistère, dans l’annonce de la vérité divine, pouvoir confié aux Apôtres puis transmis à l’ensemble des évêques en union avec le Pape [34] ;
l’infaillibilité du Pape : « l’évêque de Rome possède, en tant que successeur de Saint Pierre, en sa qualité de chef suprême de l’Église, le magistère suprême infaillible »[35] ;
l’existence du pouvoir de gouvernement établi par le Christ Lui-même, autrement dit une hiérarchie[36] ;
la primauté du Pape : « le Christ Lui-même a conféré le pouvoir de gouvernement aux Apôtres de telle sorte que l’un d’entre eux, Pierre, reçut le premier rang ou la primauté »[37].
Puis au XIXe siècle, un effort a été entrepris pour mieux défendre le double caractère de l’Église. Elle n’est ni purement divine, ni purement humaine. Elle est à la fois divine et humaine.
L’Église s’est ainsi affirmée en tant que société parfaite, à la fois divine et humaine, instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ pour poursuivre son œuvre rédemptrice, et dotée des moyens pour mener à bien sa mission. Elle est la demeure de Dieu dans laquelle il faut nécessairement demeurer pour espérer un jour vivre de la béatitude éternelle. Il est donc essentiel à ses yeux de définir les critères d’appartenance à l’Église. C’est pourquoi certainement et avec pertinence elle s’est définie par ses membres. Mais elle a aussi dû lutter contre toutes les erreurs qui affaiblissaient son rôle ou pouvaient détourner les fidèles de leur salut. Ainsi a-t-elle défini ses caractéristiques, notamment ses origines divines, sa visibilité, sa hiérarchie, etc., et les critères qui la font reconnaître comme tant la vraie Église. C’est surtout par nécessité qu’elle s'est définie progressivement.
Dans toutes les affirmations que nous avons pu lire, l’Église catholique ne se distingue pas de l’Église du Christ. Elle s'affirme comme étant l'Église du Christ. En outre, si elle définit la foi nécessaire au salut, c’est-à-dire la règle de foi - Saint Augustin nous dit qu'elle est la règle de foi - si elle juge, « lie et délie », pouvons-nous dire alors que l’Église subsiste dans l’Église catholique au sens qu’elles ne sont pas exactement identiques ? Ce que Notre Seigneur a fondé, c’est bien l’Église catholique. Comme le précise la congrégation de la foi, dans sa note explicative de la constitution Lumen Gentium, les moyens qu’Il a dotés à l’Église demeure pleinement dans l’Église catholique.
Mais le second concile de Vatican ne voit pas l’Église de manière traditionnelle car elle ne cherche pas à justifier sa mission ou à défendre une de ses qualités. Il cherche avant tout à unir les chrétiens par le bien des communautés séparées. Il doit donc élaborer un discours unifiant qui évite toute discrimination. La vue de l’Église en tant que société n’est donc pas pertinente puisque cela conduit nécessairement à déterminer les critères d’appartenance et par conséquent de séparation. Ainsi change-t-il l’angle de vue au risque d’appauvrir le regard que nous devons porter sur l’Église et finalement de perdre l’essentiel. Il définit ainsi l’Église par les moyens dont elle dispose, moyens que nous retrouvons aussi chez les « frères séparés », moyens qui incontestablement peuvent être bons et même salutaires. Le baptême par un hérétique selon les conditions que nous avons rappelées reste par exemple efficace. Cependant, l’Église telle qu’elle est définie de manière traditionnelle demeure aussi vraie. Elle est une société parfaite, faite de bons et de méchants, une société visible et invisible, qui enseigne, définit, juge et condamne. Elle est enfin garante de l’unité de foi et de charité. Cette définition demeure essentielle même si elle ne semble pas être complète et adaptée aux objectifs du concile, aux « besoins du temps ».
Pourtant la définition traditionnelle de l'Église répond à la véritable question que nous devons nous poser : est-ce que nous appartenons à la véritable Église ? C’est aussi la question que les chrétiens se posaient au premier temps du christianisme où les hérésies et les schismes étaient nombreux. La situation n’a pas changé. Au contraire. Les confessions et communautés ne sont jamais autant multipliées. Le fidèle a besoin d’affermir sa foi que peut fragiliser la profusion religieuse comme l’incroyant a aussi besoin de déceler le vrai du faux dans ce véritable supermarché du religieux qu’est devenu le monde.
Certes, les communautés séparées ont quelques « trésors » que rappellent avec justice les Papes mais que sont-ils ces « trésors » s’ils sont vains pour notre salut ? Que sont-ils si « nos frères séparés » ne s’intègrent pas dans l’ensemble des trésors de l’Église ? C’est justement parce que parfois ils ont été mis en exergue au détriment du reste ou mal utilisés qu’ils se sont séparés de l’Église. Et à quoi servent ces « trésors » puisqu’ils ne les conduisent pas à l’Église ?! Ces trésors devraient plutôt nous faire rougir et nous inciter à les redécouvrir au sein de l’Église catholique puisqu’elle détient ces trésors de manière parfaite et équilibrée. Nous comprenons alors l’attitude méfiante voire hostile des incroyants sensés en écoutant les voix de l’Église qui la voient d’une façon si réductrice... Et les églises ont fini par se vider…
« Nous croyons que la Sainte Église catholique, rachetée au prix de son sang, régnera avec lui pour toujours. »[38]
[1] Saint Augustin, Enarr. In Ps. CXLIX dans Catéchisme du Concile de Trente, chapitre X, §1..
[2] Catéchisme du Concile de Trente, chapitre X, §1.
[3] Pélage II, pape de 579 à 590, lettre Dilectionis vestrae aux évêques schismatiques d’Istrie (585 ou 586), Denzinger 469.
[4] Le Catéchisme de Saint Pie X, chapitre V, 2000.
[5] Benoît XV, Bref Singulari nobis au Cardinal Henry, duc d’York, 9 février 1749, Denzinger 2567.
[6] Benoît XV, Bref Singulari nobis au Cardinal Henry, duc d’York, 9 février 1749, Denzinger 2567.
[7] Profession de foi, XVIème concile de Tolède, commencé le 2 mai 693, Denzinger 575.
[8] Catéchisme du Concile de Trente, chapitre X, §1.
[9] Catéchisme du Concile de Trente, chapitre X, §1.
[10] Le sujet sera traité dans le prochain article de l'Émeraude.
[11] 4ème concile de Latran, 11-30 novembre 1215, chapitre 1, Denzinger 800.
[12] Boniface VIII, bulle Unam Sanctam, 18 novembre 1302, Denzinger 870.
[13] Bulle sur l’union avec les Coptes et les Éthiopiens, Cantate Domino, 4 février 1442, Concile de Florence, Denzinger 1351.
[14] Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885, Denzinger 3166.
[15] Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885, Denzinger 3166.
[16] Saint Augustin, Sermon 215, Denzinger 22.
[17] Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885, Denzinger 3166.
[18] Le Catéchisme de Saint Pie X, chapitre V, 2000.
[19] Concile de Vatican, Constitution dogmatique Pasto Aeternis sur l’Église du Christ, 18 juillet 1870, Denzinger 3050.
[20] Constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, chap. 3, 3ème session, 24 avril 1870, premier concile de Vatican (1869-1870), Denzinger 3012.
[21] Concile de Vatican, Constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, 24 avril 1870, chap.III, Denzinger 3012.
[22] Ignacio Ortiz de Urba, Nicée et Constantinople, Histoire des conciles œcuménique, tome I, chap. I, Fayard, 1963.
[23] Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 15 dans Nicée et Constantinople, Ignacio Ortiz de Urba.
[24] Pape Damase dans Histoire ecclésiastique, Sozomène, VI, 23 dans Nicée et Constantinople, Ignacio Ortiz de Urba.
[25] Pape Damase dans Histoire ecclésiastique, Sozomène, VI, 23 dans Nicée et Constantinople, Ignacio Ortiz de Urba.
[26] Concile de Vatican, Constitution dogmatique Pasto Aeternis sur l’Église du Christ, 18 juillet 1870, Denzinger 3050.
[27] Léon XIII, encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896, Denzinger 3300.
[28] Papyrus liturgique de Dêr-Balyzeh, Fragment du VIème siècle découvert en Égypte, Denzinger 2.
[29] Constitution de l’Église égyptienne, vers 500, qui remonte à la Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome, composée vers 215 ou 217, version copte, Denzinger 3.
[30] Semons sur le symbole, Denzinger 22.
[31] Saint Athanase, symbole Quicumque, dit d’Athanase, sans-doute entre 400 et 500, n°42, Denzinger 75.
[32] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §138. Voir Concile de Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternis.
[33] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §139. Voir Latran IV et Concile de Florence (Bulle Cantate Domino).
[34] Voir Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §140 à 142. Voir Concile de Vatican I, Concile de Trente.
[35] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §142. Concile de Vatican I.
[36] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §143. Concile de Trente.
[37] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §144. Voir Concile de Vatican, Concile de Trente, constitution dogmatique Auctorem Fidei de Pie VI (1503).
[38] Profession de foi, n°63, IIème concile de Tolède (675), Denzinger 540.
Publié par Emeraude à samedi, septembre 03, 2016

References: §1
 §1
 §1
 §1
 §138
 §139
 §140
 §142
 §143
 §144