Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/EtatsNsouverains/inde-Karnataka.htm
Timestamp: 2017-11-20 05:53:00+00:00

Document:
Population: 72,7 millions (2001)
Langues officielles: kannada (de jure) et anglais (de facto)
Groupe majoritaire: kannada (66 %)
Groupes minoritaires: ourdou (10,5 %), télougou (7 %), marathi (3,5 %), tamoul (3,5 %), toulou (2,8 %), hindi (2,5 %), konkani (1,4 %), malayalam (1,3 %), coorgi ou kodagu (0,3 %), gujarati (0,2 %), bengali, tibétain, anglais, oriya, panjabi, etc.
Lois de l'État: Loi sur la langue officielle du Karnataka de 1963; Loi sur les autorités locales (langue officielle) du Karnataka de 1981; Loi sur la Commission des minorités de l'État du Karnataka (1994).
Le Karnataka, l'ancien État princier de Mysore, est un État indien d'une superficie de 191 791 m² (Inde: 3 287 590 km²) situé au sud -ouest du sous-continent. Cet État est limité au nord par l'État de Maharashtra, à l'est par l'État de l'Andhra Pradesh, au sud par le Tamil Nadu et le Kerala, à l'ouest par le Goa et la mer d'Arabie. La capitale de l'État est Bangalore. Le Karnataka est divisé administrativement en 29 districts (voir la carte).
Quelques étymologies ont été suggérées pour la signification du mot Karnataka. L'une de ces étymologies provient du sanskrit : karna signifiant «oreille» et atati «se balader», ce qui donnerait «là où les oreilles aimeraient se balader», par allusion au lieu de naissance de la musique traditionnelle carnatique.
La région a aussi été appelée Karnata desha dans l'histoire indienne. Cependant, historiquement, les mots Karnatak ou Carnatique auraient été mal appliquées pour désigner les régions des Ghats occidentaux (Kodagu et Kerala) ainsi que la région comprenant l'Andhra Pradesh (Telangana).
L'autre sens accepté provient de l’époque dite «du Karnataka» avec les mots karu et nadu signifiant «haut plateau» en langue kannada. Sous l'Empire britannique, les mots Carnatique ou Karnatak ont été employés pour désigner cette partie de la région en général.
En 2001, la population du Karnataka était de 52,7 millions (exactement 52 733 958) d'habitants. Cet État est, comme souvent en Inde, une région multiethnique, multilingue et de confessions religieuses multiples. Les habitants du Karnataka se partagent en deux grandes familles linguistiques: les langues dravidiennes et les langues indo-iraniennes (famille indo-européenne). Cependant, ce sont les locuteurs des langues dravidiennes, qui appartiennent à la population autochtone de cette région, car le Karnataka est un État du Sud, les États du Nord étant indo-iraniens.
Le tableau qui suit illustre les langues parlées par plus de 1000 locuteurs.
kannada 34 838 035 66,0 % famille dravidienne
ourdou 5 539 910 10,5 % langue indo-iranienne
télougou 3 698 657 7,0 % famille dravidienne
marathi 1 892 783 3,5 % langue indo-iranienne
tamoul 1 874 959 3,5 % famille dravidienne
toulou (tulu)) 1 495 273 2,8 % famille dravidienne
hindi 1 344 877 2,5 % langue indo-iranienne
konkani 768 039 1,4 % langue indo-iranienne
malayalam 701 673 1,3 % famille dravidienne
coorgi (kodagu ou kodava) 164 403 0,3 % famille dravidienne
gujarati 102 195 0,2 % langue indo-iranienne
bengali 41 256 0,0 % langue indo-iranienne
tibétain 27 736 0,0 % famille sino-tibétaine
anglais 17 773 0,0 % langue germanique
oriya 16 529 0,0 % langue indo-iranienne
panjabi 15 572 0,0 % langue indo-iranienne
sindhi 14 694 0,0 % langue indo-iranienne
népali 10 038 0,0 % langue indo-iranienne
arabe 2 700 0,0 % famille chamito-sémitique
bhili 1 596 0,0 % langue indo-iranienne
kashmiri 1 586 0,0 % langue indo-iranienne
On peut remarquer que les populations dravidiennes sont nettement majoritaires par comparaisons aux Indo-Iraniens qui parlent des langues du Nord. Il faut considérer que le Karnataka est une région de transition entre le nord et le sud du pays. L'ourdou et le marathi semble constituer des exceptions pour des langues indo-iraniennes parlées dans cet État du Sud. Le marathi s'explique davantage, car c'est la langue de l'État voisin de Maharashtra.
2.1 La langue kannada
La langue officielle du Karnataka est le kannada (parfois appelé kannara), une langue dravidienne parlée par 66 % de la population. En raison de ce statut, le kannada est utilisé à toutes les fins officielles de l'État, ainsi que dans le écoles, les tribunaux et les médias, un statut que le kannada partage souvent avec l'anglais.
Le kannada est l'une des plus vieilles langues dravidiennes de l'Inde (avec le tamoul), car elle est parlée depuis environ 2500 ans. Les locuteurs du kannada sont appelés des Kannadiga: ce sont les véritables «autochtones» du Karnataka. Les Kannadiga disposent de deux organismes voués à la promotion de la langue kannada: le Kannada Sahitya Parishat et la Kannada Sahitya Akademi, dont l'objectif est la promotion du kannada.
Le kannada utilise un système d'écriture appelée alphasyllabaire. Il consiste en un ensemble de signes utilisés pour représenter les sons ou phonèmes de la langue, mais avec des signes représentant des syllabes pourvues d'une voyelle par défaut et d'autres signes modifiant, remplaçant ou supprimant cette même voyelle.
Le kannada est parlée au Karnataka, mais aussi en Andhra Pradesh, au Tamil Nadu et au Maharashtra, où cette langue n'a aucun statut particulier si ce n'est d'être une langue constitutionnelle au sien de l'Union indienne. Dans l'État du Karnataka, le kannada est fragmenté en un certain nombre de variétés dialectales: le bellary, le bijapur, le gulbarga, le kumta, l'aine kuruba, le jeinu kuruba et le nanjangud.
Le kannada est également parlé par des petites communautés immigrantes dans les pays d'accueil comme les États-Unis, le Canada, l'Australie ou le Royaume-Uni.
2.2 Les minorités linguistiques
Les langues des principales minorités linguistiques sont l'ourdou (10,5 %), le télougou (7 %), le marathi (3,5 %), le tamoul (3,5 %), le toulou (2,8 %), l'hindi (2,5 %), le konkani (1,4 %) et le malayalam (1,3 %). Le télougou, le tamoul, le toulou et le malayalam sont des langues dravidiennes; les autres, des langues indo-iraniennes.
L'ourdou, le second groupe linguistique numériquement important (10,5 %) après le kannada (66 %), est parlé surtout par la population musulmane du Karnataka (85,6 % des musulmans de l'État). Les ourdouphones sont réparties inégalement sur le territoire du Karnataka, mais ils sont installés surtout dans les districts suivants: Bellary, Bidar, Bijapur, Gulbarga, Kolar, Raichur et Shimoga. Près de 55 % de la population ourdouphone est bilingue, dont 43,5 % avec le kannada.
Le télougou (7 %) est la troisième langue du Karnataka. La plupart des locuteurs du télougou sont répartis dans les districts de Bangalore, Kolar, Bellary, Raichur, Chitradurga et Tumkur. En général, ils proviennent de l'Andhra Pradesh, l'État voisin du Karnataka, où le télougou a le statut de langue officielle.
Le tamoul (3,5 %) est la langue officielle des États du Tamil Nadu et de Pondichéry, ainsi que l'une des langues officielles du Sri Lanka (avec le cinghalais) et de Singapour (avec le chinois, le malais et l'anglais). Au Karnataka, les Tamouls habitent les environs de Bangalore, notamment les villes de Ulsoor, Shivajinagar, Benson Town, Richard’s Town, Frazer Town, Austin Town, Richmond Town, Cox Town et Murphy Town.
Le marathi (3,5 %) est la langue des Marathes, dont l'État d'origine est le Maharashtra où il est langue officielle. Les locuteurs du marathi au Karnataka sont concentrés principalement dans les districts de Belgaum, Dharwad et Bidar.
Le toulou (2,8 %) ou tulu est une langue majoritaire dans les districts côtiers de Dakshina Kannada et d'Udupi, lesquels forment une région désignée comme étant le Tulu Nadu. Cependant, le toulou ne bénéficie d'aucun statut officiel ni dans l'Union ni au Karnataka.
Le konkani (1,4 %) est surtout parlé dans le district de l'Uttara Kannada (au sud de Goa) ainsi que dans certains secteurs des districts côtiers d'Udupi et du Dakshina Kannada. De plus, un nombre significatif de locuteurs du konkani est installé dans les districts de Belgaum, Sirsi et Bangalore. La langue konkani n'a pas de statut officiel au Karnataka, mais elle est la langue officielle de l'État de Goa et constitue l'une des 22 langues constitutionnelles en Inde. À Goa, le konkani utilise l'alphabet latin (pour les catholiques) et l'alphabet devanagari (hindous), l'alphabet kannada dans les districts côtiers du Karnataka, malayalam au Kerala et l'alphabet arabe pour les Konkanis musulmans.
Le malayalam (1,3 %) est la langue parlée par les Malayali. Cette langue a un statut officiel dans l'État voisin du Kerala, ainsi que dans les territoires de Laccadive (Lakshadweep) et l'État de (ou Laquedives ou Laccadive en français) et Pondichéry (Pondicherry). Lakshadweep et de Pondichéry. Au Karnataka, les Malayali sont surtout concentrés dans les districts de Dakshina Kannada et de Kodagu, ainsi que dans le Bangalore.
Le coorgi (0,3 %) porte plusieurs noms: coorge, kodagu, kodava, kadagi, kurug en sont les principaux. Le coorgi est parlé par les Kodava et presque exclusivement dans le district de Kodagu.
L'hindi (2,5 %) et l'anglais (17 000 locuteurs) sont des langues à part au Karnataka. Ce sont les deux langues officielles de l'Union, ce qui leur confère un statut particulier, même au Karnataka. De nombreux Indiens hindiphones résident au Karnataka parce qu'ils travaillent pour le gouvernement central (fédéral). Il en est ainsi pour l'anglais. Ce sont donc des langues bénéficiant d'un pouvoir d'attraction disproportionné par rapport au nombre des locuteurs de ces langues, notamment dans le cas de l'anglais. En fait, par ordre d'importance, le kannada demeure la langue la plus forte dans l'État, suivie de l'ourdou, de l'anglais et de l'hindi. C'est l'anglais qui sert de langue véhiculaire entre le gouvernement de l'État et le gouvernement central.
L'histoire du Karnataka est très ancienne, car elle remonte au paléolithique. La région est occupée depuis plus de 2000 ans. Au début du VIe siècle de notre ère, des conquérants venus du Nord fondèrent des villes, dont trois deviendront le centre d'un puissant État : Aiholle (Aryapura : la ville des Aryens), Pattadakal et Vâtâpi (Badami). Ce fut le règne de la première dynastie des Chalukya. La domination des Chalukya constitua une étape importante dans l'histoire de l'Inde du Sud et un âge d'or dans l'histoire particulière du Karnataka. C'est ainsi que la situation politique de cette région de l'Inde se modifia, puisqu'elle passa d'un grand nombre de petits royaumes à un grand empire organisé avec l'ascension des Chalukyas Badami. Puis ceux-ci furent à leur tour renversés (757) par une nouvelle dynastie du Karnataka, les Rashtrakuta de Manyakheta, qui unifièrent le Deccan, ce vaste plateau s'étendant sur la majeure partie de l'Inde centrale et méridionale. Le royaume de Rashtrakuta devint une grande puissance d'ailleurs considérée par les voyageurs arabes à l'égal de la Chine. Le royaume de Rashtrakuta s'enrichit grâce au commerce avec le monde islamique. Sous le règne de Dhruva (780-793), le royaume put financer de grandes campagnes militaires vers le bassin du Gange. Le dernier Rastrakuta, Indra IV (973 - 982), se réfugia auprès du roi Ganga Narasimha II, et mourut en 982. Cette époque connut une riche littérature en langue kannada.
L'histoire du Karnataka s'est poursuivie sous l'empire des Chola, entre 990 et 1210. Les Chola connurent leur apogée sous Rajaraja Chola I et Rajendra Choladeva. C'est aussi sous leurs règnes que l'Inde connut l'unique période de puissance maritime de son histoire. Entre 1026 et 1343, ce fut le règne de la dynastie Hoysala, qui assura sa domination. L'expansion de l'empire Hoysala s'est étendu dans de grandes régions de l'Andhra Pradesh moderne et du Tamil Nadu. La littérature du Karnataka s'est propagée à l'extérieur du royaume.
Au début du XIVe siècle, les conquêtes musulmanes entraînèrent la la chute de tous les royaumes hindous de l'Inde méridionale, sans occuper ces régions de façon permanente. Les envahisseurs ont eu pour effet de susciter une forte réaction de nationalisme chez les hindous. Harihara Ier fonda la première dynastie vijayanâgara des Sangama (1336-1486), pendant que son frère Bukka s'emparait du Hoysala en 1343. Bukka I (1356-1377) finit par devenir le véritable maître du pays tamoul. Il proclama l'égalité des religions dans le royaume de Vijayanâgara, que ce soit le le judaïsme, le christianisme ou l'islam.
Harihara II (1377-1404) succéda à son père Bukka et fit la conquête des ports occidentaux de Goa, Chaul et Dabhol sur la côte de Malabar. Il étendit son royaume vers le golfe du Bengale. C'est sous le règne de Devarâya II (1422-1446) que l'empire des Vijayanâgara connut sa plus grande extension.
Puis, en 1429, les fermiers, les commerçants et les artisans tamouls amènent le pays à s'unir et se révolter contre les dirigeants Vijayanagâra. Pour renforcer son armée contre les attaques des Bahmani, Devarâya II autorisa l'intégration de soldats musulmans et la pratique de l'islam. Il renforça aussi le pouvoir central en contrôlant les chefs locaux. Le pouvoir royal de Vijayanâgara diminua sous les règnes de son fils Mallikarjuna (1446-1465) et de son cousin Virupaksha (1465-1485), lesquels durent se départir de territoires au bénéfice des Bahmani, tandis que les gouverneurs locaux firent preuve d'indépendance. Krishna Deva Râya prit le pouvoir (1509-1529) et devint le plus grand roi de Vijayanâgara. En 1565, le royaume de Mysore devint indépendant du Vijayanâgara, soit après la bataille de Talikota devant les sultanats du Dekkan. Cette bataille mit un terme au dernier grand empire du sud de l'Inde. En 1614, commença une désastreuse guerre de succession qui perdura plusieurs années, ce qui entraîna la fin du royaume de Vijayanâgara; Sriranga, son dernier roi, décéda en 1672.
Au cours du XVIIIe siècle, ce furent les Odeyâr qui prirent le pouvoir dans ce qui était la principauté de Mysore. En 1755, le mercenaire marathe Haidar Ali accapara le pouvoir pour le transmettre ensuite à son fils, Tipû Sâhib, qui s'installa sur le trône de Mysore avec le titre de Padshâh (sultan). Il entra en guerre contre les Britanniques qu'il considérait comme une menace pour l'Inde. C'est pourquoi il il se tourna vers la France qui, de son côté, avait mené une politique coloniale agressive en Inde quelques décennies plus tôt. Mais Tipû Sâhib fut défait par les Britanniques à Seringapatam en 1799 et la dynastie Odeyâr fut réinstallée sur le trône. Mysore passa aussitôt sous protectorat britannique. À partir de 1831, ce sont les régents britanniques qui contrôlèrent le pouvoir à Mysore, jusqu'à ce que, en 1881, ils remirent les destinées de la principauté entre les mains de la dynastie des Odeyâr. Dès lors, le Mysore devint le premier État hindou en importance de l'empire des Indes.
Au cours du régime britannique, Mysore connut des rébellions périodiques. Celles-ci ont coïncidé avec la guerre d'indépendance en 1857 et dirigées par Mundargi Bhimarao, Bhaskar Rao Bhave, etc. À la fin du XIXe siècle, les mouvements de liberté avaient gagné toute la principauté de Mysore; ils se poursuivirent jusqu'à l'indépendance de l'Inde en 1947.
Au moment de l'Indépendance, Jayachamaraja Wodeyar Bahadur de la dynastie des Odeyâr, ou Jayachamorâjendra Odeyâr (1919-1974), était le 25e maharaja de la principauté de Mysore; il sera le dernier prince en fonction de Mysore. Il signa l'Instrument d'adhésion de son royaume à l'Union indienne et devint en 1950 le premier chef de l'État de Mysore, avec le titre de Rajpramukh. En 1956, l'État de Mysore fut réorganisé en incluant des régions voisines (Madras, Hyderabad et Bombay) où l'on parlait le kannada. L'ancien maharaja devint le premier gouverneur de l'État unifié (1956-1964). L'État a adopté en 1963 la Loi sur la langue officielle. En 1973, le nom de Mysore pour l'État fut changé en Karnataka. Le 23 septembre 1974, décédait le dernier maharaja de Mysore.
L'État du Karnataka a élaboré une politique linguistique destinée à valoriser la langue officielle locale, le kannada, tout en assurant des droits importants à la population d'une minorité linguistique de plus de 15 % dans le territoire d'installation d'une collectivité locale donnée. Bref, bien que la langue officielle de l'État soit le kannada, certaines langues minoritaires ont été reconnues par l'Administration dans plusieurs districts. Généralement, il s'agit de l'ourdou, du marathi, du tamoul, du télougou, du malayalam et du gujarati. En général, les communautés de langue toulou, konkani et kodagu (coorgi) sont exclues de la liste des langues minoritaires.
4.1 Le kannada comme langue officielle
La Loi sur la langue officielle du Karnataka de1963 définit la politique linguistique de l'État. L'article 2 proclame que «la langue officielle de l'État du Karnataka est le kannada».
Le kannada comme langue officielle de l'État
La langue officielle de l'État du Karnataka est le kannada.
L'article 5 de la Loi sur la langue officielle prescrit les domaines d'emploi du kannada de la part de la Législature ("Lok Sabha") et du gouvernement de l'État:
Langue employée à la Législature
1) Nonobstant l'expiration de la période de quinze ans à partir de l'adoption de la Constitution, l'anglais peut, à partir du 26 janvier 1965, continuer d'être employé en plus du kannada et de l'hindi pour la transaction des affaires de la Législature de l'État. (Loi 6 de 1982 w.e.f. 9.3.1982).
2) Le kannada peut également être employé :
(a) dans un projet de loi présenté ou dans des modifications afférentes pour être proposé dans une loi adoptée par la Législature de l'État du Karnataka; ou
(b) dans une ordonnance promulguée par le gouverneur de l'État du Karnataka; ou
(c) dans un décret, une ordonnance, un règlement ou un décret-loi publié par le gouvernement de l'État en vertu de la Constitution ou de toute loi adoptée par le Parlement ou la Législature de l'État du Karnataka. (Loi 6 de 1982 w.e.f. 9.3.1982).
Ces dispositions impliquent que le kannada est la langue des débats parlementaires, y compris pour les députés élus parmi les minorités. En général, les communautés minoritaire réussissent à faire élire trois ou quatre membres parmi toutes les communautés, mais le résultat n'est jamais garanti. Il peut arriver que, dans certaines élections, il n'y ait aucun membre élu.
Cependant, malgré ces dispositions à l'égard du kannada, l'anglais doit continuer à être employé pour toutes les fins officielles de l'État pour lesquelles il a été utilisé avant la mise en vigueur de la présente loi (art. 3 de la Loi sur la langue officielle):
L'anglais doit continuer à être employé à des fins officielles jusqu'à ce que le gouvernement en décide autrement
Nonobstant les dispositions de l'article 2 et sans préjudice des dispositions des articles 346 et 347 de la Constitution, l'anglais doit continuer à être employé pour toutes les fins officielles de l'État pour lesquelles il a été utilisé avant la mise en vigueur de la présente loi jusqu'à ce que le gouvernement de l'État, par un avis en vertu de l'article 4, décider quand même des fins précisées tel qu'il est mentionné dans cet avis.
Dans les faits, la législation implique une forme de bilinguisme kannada-anglais pour l'État. Le Karnataka est un État du Sud, donc un État de culture dravidienne et traditionnellement réfractaire à la langue de l'Union, l'hindi. C'est donc l'anglais, également une langue de l'Union, qui sert de communication avec le gouvernement central. D'ailleurs, l'article 2 de la Loi sur les autorités locales (langue officielle) du Karnataka (1981) précise cette particularité en ce qui concerne le gouvernement central (fédéral):
Le kannada comme langue officielle de toutes les autorités locales
La langue officielle de toutes les autorités locales dans l'État du Karnataka doit être le kannada :
(a) la langue anglaise puisse être employée dans les communications:
(i) adressées aux bureaux fédéraux du gouvernement, à ceux des autres gouvernements des États et au comptable général;
(ii) relatives aux décrets rendus en vertu d'une loi assujettie au rappel ou à la révision par une autorité.
(iii) adressées à d'autres tribunaux que ceux des villages;
(iv) lorsque l'anglais ne peut pas être invalidé pour des raisons administratives ou lorsque ces communications sont de nature purement technique et scientifique;
Il s'agit ainsi d'un bilinguisme officiel de facto, bien que le kannada soit, de jure, la seule langue officielle. Il est vrai que l'anglais est utilisé pour la plupart des communications entre entre les bureaux fédéraux et ceux de l'État du Karnataka, l'hindi étant perçu comme une langue rivale, mais le kannada demeure la langue dominante dans l'État. D'ailleurs, le gouvernement local a pris depuis longtemps des mesures en faveur de sa langue officielle, la Loi sur la langue officielle du Karnataka de1963 en étant un premier témoignage.
Le 6 août 1970, alors que le Karnataka était encore appelé Mysore, le Comité de la langue kannada ("Kannada Language Committee") a été désigné par le gouvernement du Karnataka «pour faire des recommandations au gouvernement quant aux mesures à prendre pour employer le kannada comme langue de l'Administration dans tous les bureaux au niveau des subdivisions de l'État à partir du 1er novembre 1970 et aussi pour l'usage progressif du kannada à tous les niveaux de l'Administration».
Les comités de fonctionnaires ont alors suggéré au Comité de la langue kannada d'équiper les bureaux de machines à écrire et des lexiques en kannada, d'obliger les secrétariats du gouvernement à rédiger les documents en kannada et que ceux-ci soient reconnus comme les seuls autorisés, sous réserve des dispositions relatives à l'anglais. La préférence devait être accordée aux locuteurs du kannada dans les entrevues pour l'accès aux postes de la fonction publique, les questions devant être en kannada et le candidat étant tenu de répondre dans cette langue. Il fut proposé d'équiper l'Administration du matériel approprié pour l'emploi du kannada et de le rendre disponible au public, en accordant la priorité aux requêtes reçues en kannada. Il fut aussi proposé d'utiliser le kannada dans les affiches publiques et tous les tribunaux. Le kannada fut imposé comme langue de l'instruction dans toutes les écoles et comme discipline obligatoire. Bref, le kannada devait être utilisé à tous les niveaux de l'administration de l'État, tout en mettant en œuvre les garanties des prescriptions exigées à l'égard des minorités linguistiques.
En plus du kannada, l'article 2-b) de la Loi sur les autorités locales (langue officielle) du Karnataka (1981) prévoit des mesures à l'intention des minorités ou collectivités locales situées dans des zones ou districts où leurs membres constituent au moins 15 % de la population:
b) la population d'une minorité linguistique dans la zone d'installation d'une collectivité locale concernée ne soit pas moins de 15 %:
(i) les requêtes sont acceptées dans la langue de cette minorité et si possible les réponses sont données dans cette langue;
(ii) des prospectus et du matériel publicitaire sont aussi donnés dans la langue de cette minorité;
(iii) les avis des autorités locales sont aussi émis dans la langue de cette minorité.
Dans le présent article, «collectivité locale» désigne une société statutaire établie par ou en vertu d'une loi adoptée par la Législature de l'État en ce qui concerne chacune des questions énumérées dans la Liste II de l'Annexe VII de la Constitution et une société corporative enregistrée en vertu de la Loi sur les sociétés corporatives du Karnataka de 1959 (Loi 11 du Karnataka de 1959)
Ces minorités «reconnues» bénéficient donc en principe de services dans leur langue maternelle auprès de l'Administration de l'État. Cela signifie aussi que l'Administration répond «si possible» dans la langue du requérant. Dans la pratique, le gouvernement du Karnataka s'est engagé à traduire tous les documents importants (avis, règlements, ordonnances, etc.) dans les langues des minorités, en plus du kannada et de l'anglais, pour le bénéfice des minorités linguistiques lorsque celles-ci constituent 15 % ou plus de la population locale.
Le gouvernement du Karnataka a également adopté en 1994 la Loi sur la Commission des minorités nationales du Karnataka. Cette loi créait la Commission des minorités nationales ("Karnataka State Minorities Commission"), dont les fonctions principales sont d'étudier le fonctionnement des diverses garanties prévues dans la Constitution et dans les lois adoptées par la Législature de l'État pour la protection des minorités; de faire des recommandations en vue d'assurer une application effective de toutes les garanties; d'entreprendre des études, des recherches et des analyses sur les questions destinées à éviter les discriminations contre les minorités; de faire une évaluation factuelle de la représentation des minorités dans les services associés aux entreprises et organismes gouvernementaux et de suggérer des moyens d'atteindre le niveau souhaité; de rédiger des rapports périodiques selon des délais prescrits par le gouvernement; d'examiner les griefs des minorités et suggérer des solutions appropriée; et d'étudier les plaintes spécifiques concernant le déni des droits et des garanties à l'encontre des minorités et tenir compte de ces problèmes avec les autorités compétentes.
À la suite de cette loi, la Commission des minorités nationales ("Karnataka State Minorities Commission") a réussi à créer divers organismes reliés à la protection des minorités:
- la Karnataka Minorities Development Corporation Ltd (Société de développement pour les minorités du Karnataka ltée): destinée à fournir de l'aide financière aux membres des communautés minoritaires qui ont été affectés par des inondations récentes;
- la Directorate of Urdu and Other Minority Languages Schools (Direction de l'ourdou et des autres écoles de langue minoritaire): destinée à faciliter l'accès à l'école aux membres des minorités;
- Directorate of Minorities (Direction des minorités): aide aux minorités telles que les musulmans, les sikhs, les chrétiens, les femmes, etc.
- Department of Minorities Welfare (ministère du Bien-être social des minorités): assurer une aide financière aux minorités.
Depuis l'année 1999-2000, le gouvernement a créé un ministère distinct à l'intention des minorités: le Department of Minorities (ministère des Minorités). Enfin, presque toutes les langues parlées dans l'État du Karnataka reçoivent des encouragements de la part d'organismes gouvernementaux et quasi gouvernementaux: la Urdu Sahitya Academi pour la promotion de l'ourdou, la Karnataka Konkani Sahitya Akademi pour la promotion du konkani, la Tulu Sahitya Akademi pour la promotion du toulou, la Kodava Sahitya Akademi pour la promotion du kodava, etc.
Cela étant dit, les minorités linguistiques du Karnataka sont relativement bien protégées dans les districts où elles constituent au moins 15 % de la population. Par exemple, les districts ourdouphones sont les mieux pourvus en matière de services gouvernementaux, ainsi que le district de Belgaum pour le marathi. Cependant, de nombreux représentants des communautés minoritaires et le gouvernement central remettent en question le critère du 15 % dans un district, car plusieurs groupes n'atteignent pas cette proportion, alors qu'ils forment plus de 15 % de la population dans les tahsils ou talukas, ces plus petites subdivisions administratives dans les districts. En recourant au critère du tahsil, d'autres langues pourraient être reconnues comme le konkani, le toulou, le coorgi (Kodagu), etc. Malheureusement, il n'y a aucune déclaration sur ces zones par le gouvernement, ni de promotion sur les garanties auxquelles ces minorités linguistiques auraient droit. Le gouvernement local semble même pressé de faire disparaître les panneaux publicitaire informant le public des garanties dans les secteurs identifiés. La proposition est toujours à l'étude du gouvernement central.
À la fin des années quatre-vingt-dix, l'Inde a adopté une série de politiques et de programmes pour améliorer la qualité de son système d'éducation. Ces politiques prévoient un droit à l'instruction pour tous les citoyens. Le gouvernement du Karnataka doit autoriser l'instruction au primaire dans la langue d'une minorité s'il existe une demande de la part d'au moins 10 élèves dans une classe ou 30 élèves dans une école.
En 2006, le Karnataka comptait 54 500 écoles primaires pour 8,4 millions d'élèves et 252 875 enseignants. Dans toutes les écoles, l'enseignement du kannada est obligatoire. Une exemption pour éviter de recevoir un enseignement en kannada comme matière obligatoire est possible pour les élèves dont les parents résident dans l'État sur une base provisoire.
Cependant, les enfants ont le droit de recevoir leur instruction dans leur langue maternelle à la condition de recueillir un minimum de 10 élèves dans chacune des classes de V à VII ou plus de 30 élèves dont on a demandé un enseignement dans une langue minoritaire. L'ourdou, le marathi, le télougou, le tamoul, le malayalam, le gujarati et l'hindi sont actuellement reconnus comme des langues d'enseignement. Voici le portrait témoignant d'un enseignement minoritaire pour l'année 2005:
Langues du primaire (2005) Nombre d'écoles Élèves
Ourdou 4 097 574 152
Marathi 1 008 168 920
Tamoul 175 29 264
Télougou 92 13 747
Langues du secondaire (2005) Nombre d'écoles Élèves
Ourdou 297 64 768
Marathi 181 35 026
Tamoul 16 2 206
Télougou 2 302
C'est depuis 1977 que le gouvernement du Karnataka a autorisé l'enseignement de certaines langues minoritaires sur son territoire.
De façon générale, le système d'éducation fonctionne selon la "three-language formula", c'est-à-dire la «formule des trois langues» ou encore mieux la «formule trilingue»:
1) le kannada, l'ourdou, le télougou, le tamoul, le marathi, l'hindi, l'anglais ou malayalam comme première langue;
2) le kKannada, le tamoul, le télougou, le malayalam, le marathi, l'hindi, l'ourdou ou anglais comme langue seconde;
3) le kannada, le tamoul, le télougou, le marathi, l'hindi, le malayalam, l'ourdou, l'anglais, le sanskrit, l'arabe ou le persan comme troisième langue.
Ce sont les parents qui décident du choix de la langue d'enseignement qu'ils désirent pour leurs enfants.
Il n'y a pas de législation restreignant l'utilisation de la langue dans les médias dans le Karnataka. La plupart des journaux sont publiés en kannada (Vijaya Karnataka, Kannada Prabha, Prajavani, etc.) et en anglais (Times of India), mais la majorité des hebdomadaires sont en kannada: Udayavani, Kannadaprabha, Samyukta Karnataka, Vaartha Bharathi, Sanjevani, Eesanje, Hosa digantha, Karavali Ale. Le plus ancien journal anglophone du Karnataka est le Deccan Herald. D'autres journaux, tels le Star of Mysore et The New Indian Express, sont également populaires. Sahilone est le seul journal en ourdou et son lectorat concerne principalement la population musulmane du Karnataka.
Doordarshan est le diffuseur du gouvernement central de l'Inde et son canal DD Chandana est diffusé en kannada. Les canaux importants en kannada sont ETV Kannada, Zee Kannada, Udaya TV, U2, TV 9, Asianet Suvarna et Kasturi TV. AIR Bangalore est la station de radio la plus populaire et diffuse en plusieurs langues. Le Karnataka compte beaucoup de stations radiophoniques privées, dont certaines sont en ourdou, en tamoul, en hindi en marathi, etc.
L'État du Karnataka a élaboré une politique de valorisation de la langue officielle, tout en permettant aux membres des communautés minoritaires d'utiliser leur langue dans les régions ou districts où leurs locuteurs comptent pour plus de 15 % de la population locale. C'est une politique linguistique qui respecte les dispositions de la Constitution de l'Union. Le Karnataka témoigne qu'il est possible de concilier les intérêts de la majorité parlant le kannada et ceux des autres communautés minoritaires. Les locuteurs des plus petites langues (tribales) ne se voient pas reconnaître de droits, cette situation étant généralisée dans toute l'Inde. Il n'en demeure pas moins que l'État du Karnataka semble pratiquer une politique linguistique plutôt égalitaire dans le respect des droits des minorités. Le Karnataka est considéré comme un modèle en Inde, bien que, dans les faits, la Commission des minorités nationales du Karnataka (Karnataka State Minorities Commission) considère qu'il existe de nombreuses lacunes dans le maintien des garanties accordées à plusieurs de ces minorités. La situation des minorités dans cet État démontre que, malgré les avancées dans ce domaine, il sera toujours difficile d'harmoniser les droits de tous et chacun.

References: L'article 2

L'article 5
 l'article 2
 l'article 4
 l'article 2
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