Source: http://www.juricaf.org/arret/FRANCE-CONSEILDETAT-19931008-139671
Timestamp: 2017-04-23 14:42:10+00:00

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France, Conseil d'État, President de la section du contentieux, 08 octobre 1993, 139671
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Sens de l'arrêt : AnnulationType d'affaire : AdministrativeType de recours : Recours pour excès de pouvoirNumérotation : Numéro d'arrêt : 139671Numéro NOR : CETATEXT000007834796 Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;1993-10-08;139671 Analyses : ETRANGERS - RECONDUITE A LA FRONTIERE - LEGALITE INTERNE - LEGALITE DE LA DECISION FIXANT LE PAYS DE DESTINATION DE L'ETRANGER RECONDUIT A LA FRONTIERE - Risques encourus dans le pays de destination - Absence - Etranger invoquant la situation politique de son pays d'origine mais aucun fait relatif à sa situation personnelle - Légalité de l'arrêté ordonnant sa reconduite à destination de ce pays.335-03-02-05 Légalité de l'arrêté ordonnant la reconduite d'un étranger vers son pays d'origine, alors qu'il fait état de la situation politique dans ce pays, de son appartenance ethnique et de son engagement politique mais ne produit aucun élément relatif à sa situation personnelle permettant de regarder comme établies les circonstances de nature à faire légalement obstacle à cette reconduite.Texte : Vu la requête, enregistrée le 24 juillet 1992 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentée par le PREFET DE LA SEINE-MARITIME ; le PREFET DE LA SEINE-MARITIME demande au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat :
1°) d'annuler le jugement du 20 juin 1992 par lequel le conseiller délégué par le président du tribunal administratif de Rouen a annulé l'arrêté du 18 juin 1992 ordonnant la reconduite à la frontière de M. Y... Erkan et la décision du même jour décidant la reconduite de l'intéressé à destination de la Turquie ;
Vu l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée, notamment par la loi du 2 août 1989, la loi du 10 janvier 1990 et la loi du 26 février 1992 ; Vu le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel ; Vu l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1963 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ; Après avoir entendu en audience publique :
- les conclusions de Mme Denis-Linton, Commissaire du gouvernement ;Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que M. Y... Erkan, à qui la qualité de réfugié a été refusée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 27 avril 1990, confirmée le 8 novembre 1990 par la commission des recours des réfugiés, puis par une nouvelle décision de l'office du 18 janvier 1991, s'est maintenu sur le territoire au-delà d'un mois à compter de la notification, le 23 octobre 1991, de la décision du 13 mai 1991 du PREFET DE LA SEINE-MARITIME lui refusant le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour et l'invitant à quitter le territoire dans le délai d'un mois ; que l'intéressé se trouvait donc dans le cas prévu par l'article 22-I-3° de l'ordonnance du 2 novembre 1945 où le préfet peut décider qu'un étranger sera reconduit à la frontière ;
Considérant que la circonstance qu'après la seconde décision de rejet par l'office français de protection des réfugiés et apatrides de la demande d'admission au statut de réfugié présentée par M. X..., les deux frères de celui-ci ont obtenu le statut de réfugié est par elle-même sans effet sur la situation de l'intéressé ; qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le PREFET DE LA SEINE-MARITIME n'aurait pas procédé à l'examen de l'ensemble de la situation de M. X... avant de prendre à son encontre une mesure de reconduite à la frontière ni qu'il se soit fondé sur des éléments de fait incomplets ou inexacts ; que, par suite, le PREFET DE LA SEINE-MARITIME est fondé à soutenir que c'est à tort que le conseiller délégué par le président du tribunal administratif de Rouen s'est fondé sur la circonstance ci-dessus mentionnée pour annuler l'arrêté en date du 18 juin 1992 ordonnant la reconduite de M. X... à la frontière comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du préfet ordonnant la reconduite de M. X... à destination de son pays d'origine ;Considérant toutefois qu'il appartient au juge d'appel, saisi par l'effet dévolutif, d'examiner les autres moyens soulevés par M. X... ; En ce qui concerne l'arrêté du 18 juin 1992 ordonnant la reconduite à la frontière de M. Y... Erkan :
Considérant qu'il résulte de l'ensemble des dispositions de l'ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée que les dispositions de l'article 8 du décret du 28 novembre 1983 ne sont pas applicables aux arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière pris en application de l'article 22 de ladite ordonnance ; qu'ainsi, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions dudit article 8 ne peut en tout état de cause être accueilli ;
Considérant que l'arrêté attaqué qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de reconduite à la frontière, est suffisamment motivé ; Considérant que M. X... ne justifie pas d'une vie familiale sur le territoire français à laquelle porterait atteinte la mesure de reconduite attaquée ; qu'il n'est, par suite, pas fondé à invoquer les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Considérant qu'il ne résulte pas des pièces du dossier et notamment du bulletin d'hospitalisation produit par l'intéressé, que M. X... ait été hors d'état de supporter un voyage sans danger pour sa santé ; que le PREFET DE LA SEINE-MARITIME a donc pu, sans commettre d'erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de l'intéressé, décider qu'il sera reconduit à la frontière ; En ce qui concerne la décision ordonnant la reconduite de M. X... dans son pays d'origine :
Considérant que la demande de M. X... tendant à ce que lui soit reconnue la qualité de réfugié politique a été, comme il a été dit ci-dessus, rejetée par des décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la commission des recours des réfugiés ; que si M. X... invoque la publicité faite sur sa participation à une grève de la faim, cette circonstance n'est pas par elle-même de nature à établir l'existence des risques allégués par l'intéressé en cas de retour dans son pays d'origine ; que si M. X... fait état par ailleurs de la situation actuelle en Turquie, de son appartenance ethnique et de son engagement politique, l'intéressé ne produit aucun élément relatif à sa situation personnelle permettant de regarder comme établies des circonstances de nature à faire légalement obstacle à sa reconduite à destination de son pays d'origine ; que M. X... n'est par suite, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 2.2 du protocole n° 4 à ladite convention auraient été méconnues ; Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que le PREFET DE LA SEINE-MARITIME est fondé à demander l'annulation du jugement attaqué et le rejet des conclusions de M. Y... Erkan dirigées tant contre l'arrêté du 18 juin 1992 que contre la décision ordonnant la reconduite de M. X... vers son pays d'origine ; Article 1er : Le jugement susvisé du conseiller délégué par le président du tribunal administratif de Rouen en date du 20 juin 1992 est annulé.
Article 2 : Les conclusions de la demande présentée par M. X... devant le tribunal administratif de Rouen sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée au PREFET DE LA SEINE-MARITIME, à M. X... et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire.Références : Convention européenne 1950-11-04 sauvegarde des droits de l'homme art. 6Décret 83-1025 1983-11-28 art. 8Ordonnance 45-2658 1945-11-02 art. 22, art. 8, art. 2, art. 3protocole n° 4 art. 2-2Publications :Proposition de citation: CE, 08 octobre 1993, n° 139671Mentionné aux tables du recueil LebonTélécharger au format RTFComposition du Tribunal :Président : M. CombarnousRapporteur public : Mme Denis-LintonOrigine de la décision Pays : FranceJuridiction : Conseil d'ÉtatFormation : President de la section du contentieuxDate de la décision : 08/10/1993Fonds documentaire : Legifrance Haut de page

References: l'article 22
 l'article 8
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 l'article 8
 l'article 2
 art. 6
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 art. 22
 art. 8
 art. 2
 art. 3
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