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Timestamp: 2020-07-11 01:06:59+00:00

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Bulletin du 28 juillet 2017 - Décisions de la CSC (Lexum)
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July 28, 2017 1172 - 1203 Le 28 juillet 2017
© Supreme Court of Canada (2017) © Cour suprême du Canada (2017)
Les résumés de dossiers publiés dans le bulletin sont préparés par le Bureau du registraire (Direction générale du droit) uniquement à titre d’information.
v. (37660)
Canadian Judicial Council et al. (F.C.)
FILING DATE: 27.01.2017
St. Albert Housing Society et al.
v. (37640)
City of St. Albert Composite Assessment Review Board et al. (Alta.)
FILING DATE: 29.06.2017
v. (37648)
Her Majesty the Queen in Right of the Province of Ontario et al. (Ont.)
FILING DATE: 09.06.2017
Hachmi Hammami
c. (37652)
Diane Daoust et autre (Qc)
DATE DE PRODUCTION : 20.04.2017
Seamus John Neary
v. (37608)
FILING DATE: 26.06.2017
Her Majesty the Queen in Right of Alberta as represented by the Director of Child Welfare
Glenn Epp
v. (37659)
EMP by Her Litigation Representative Philip Tinkler (Alta.)
Krishnan Suthanthiran et al.
v. (37564)
Attorney General of Canada on behalf of the Kingdom of Belgium (Ont.)
Doucette Boni Santoro Furgiuele
v. (37655)
FILING DATE: 05.07.2017
Derrick Miles Henderson
Grant R. Clay
Grant R. Clay Law Office
v. (37646)
Ernest Elder, Coach of the Maynerds Electric 13A Weat Kings (Man.)
Fillmore & Riley LLP
FILING DATE: 30.06.2017
Wayne Daniel Rennie
v. (37632)
Her Majesty the Queen (Man.)
Neil M. Cutler
A.G. of Manitoba
FILING DATE: 27.06.2017
v. (37634)
EnCana Corporation et al. (Alta.)
Rusonik, O’Connor, Robbins, Ross, Gorham & Angelini LLP
v. (37658)
FILING DATE: 14.07.2017
v. (37647)
Jacob Pollice
Michel Morin et autre
c. (37637)
Commission scolaire du Chemin-du-Roy et autre (Qc)
Morency Société d’Avocats, s.e.n.c.
DATE DE PRODUCTION : 28.06.2017
JULY 24, 2017 / LE 24 JUILLET 2017
CORAM: Chief Justice McLachlin and Côté and Brown JJ.
La juge en chef McLachlin et les juges Côté et Brown
Doran Alfred Flock
William McKen, Litigation Representative of the Estate of Arlene Joy Flock
CORAM: Moldaver, Karakatsanis and Wagner JJ.
Les juges Moldaver, Karakatsanis et Wagner
Before/Devant : ABELLA J. / LA JUGE ABELLA
v. (37398)
Gerard Comeau (N.B.)
UPON APPLICATION by the appellant for an order extending the time to serve and file its factum, record and book of authorities to August 18, 2017; an order extending the time within which the intervening Attorneys General and the Minister of Justice of Nunavut may serve and file their factums to November 10, 2017; and an order granting the respondent the right to file a single factum, not exceeding ten (10) pages in reply to the factum of the interveners on or before November 24, 2017, pursuant to Rules 6 and 47 of the Rules of the Supreme Court of Canada;
AND NOTING THAT the respondent consents conditionally to the motion;
1) The appellant shall serve and file its factum, record and book of authorities on or before August 18, 2017;
2) The Attorneys General and the Minister of Justice of Nunavut shall each serve and file a single ten (10) page factum on or before October 13, 2017; and
3) The respondent shall serve and file a single ten (10) page reply factum on or before October 27, 2017.
À LA SUITE DE LA DEMANDE présentée par l’appelante en vue de faire proroger jusqu’au 18 août 2017 le délai imparti pour signifier et déposer ses dossier, mémoire et recueil de sources, en vue de faire proroger jusqu’au 10 novembre 2017 le délai imparti aux procureurs généraux intervenants et au ministre de la Justice du Nunavut pour signifier et déposer leurs mémoires et en vue d’obtenir une ordonnance autorisant l’intimé à déposer un seul mémoire d’au plus dix (10) pages en réplique au mémoire des intervenants, au plus tard le 24 novembre 2017, conformément aux règles 6 et 47 des Règles de la Cour suprême du Canada;
1) L’appelante signifiera et déposera ses dossier, mémoire et recueil de sources au plus tard le 18 août 2017;
2) Les procureurs généraux et le ministre de la Justice du Nunavut signifieront et déposeront chacun un seul mémoire d’au plus dix (10) pages au plus tard le 13 octobre 2017;
3) L’intimé signifiera et déposera un seul mémoire en réplique, d’au plus dix (10) pages, au plus tard le 27 octobre 2017.
v. (37207)
Justine Awashish (Que.)
The motion for leave to intervene is granted and the said intervener shall be entitled to serve and file a factum not to exceed ten (10) pages in length on or before August 30, 2017.
The said intervener is granted permission to present oral arguments not exceeding five (5) minutes at the hearing of the appeal.
À LA SUITE DE LA DEMANDE présentée par le Procureur général de l’Ontario, en vue d’intervenir dans l’appel;
La requête en autorisation d’intervenir est accueillie et cet intervenant pourra signifier et déposer un mémoire d’au plus dix (10) pages au plus tard le 30 août 2017.
Cet intervenant aura le droit de présenter une plaidoirie orale d’au plus cinq (5) minutes lors de l’audition de l’appel.
Conformément à l’alinéa 59(1)a) des Règles de la Cour suprême du Canada, l’intervenant paiera à l’appelante et à l’intimée tous dépens supplémentaires résultant de leur intervention.
CTV, a Division of Bell Media Inc.
Global News, a Division of Corus Television Limited Partnership
Ad IDEM/Canadian Media Lawyers Association (jointly as the “Media Coalition”)
v. (37360)
UPON APPLICATION by CTV, a Division of Bell Media Inc., Global News, a Division of Corus Television Limited Partnership , The Globe and Mail Inc., Postmedia Network Inc., VICE Studio Canada Inc., Aboriginal Peoples Television Network, and Ad IDEM/Canadian Media Lawyers Association (jointly as the “Media Coalition”) for leave to intervene in the above appeal;
À LA SUITE DE LA DEMANDE d’autorisation d’intervenir dans l’appel présentée par CTV, a Division of Bell Media Inc., Global News, a Division of Corus Television Limited Partnership, The Globe and Mail Inc., Postmedia Network Inc., VICE Studio Canada Inc., Aboriginal Peoples Television Network et Ad IDEM/Canadian Media Lawyers Association (appelés conjointement la « Coalition des médias »);
JULY 26, 2017 / LE 26 JUILLET 2017
36692 Hamlet of Clyde River, Nammautaq Hunters & Trappers Organization — Clyde River and Jerry Natanine v. Petroleum Geo-Services Inc. (PGS), Multi Klient Invest As (MKI), TGS-Nopec Geophysical Company ASA (TGS) and Attorney General of Canada - and - Attorney General of Ontario, Attorney General of Saskatchewan, Nunavut Tunngavik Incorporated, Makivik Corporation, Nunavut Wildlife Management Board, Inuvialuit Regional Corporation, and Chiefs of Ontario (F.C.)
2017 SCC 40 / 2017 CSC 40
The appeal from the judgment of the Federal Court of Appeal, Number A-354-14, 2015 FCA 179, dated August 17, 2015, heard on November 30, 2016, is allowed, with costs to the appellants. The National Energy Board’s authorization is quashed.
L’appel interjeté contre l’arrêt de la Cour d’appel fédérale, numéro A-354-14, 2015 CAF 179, daté du 17 août 2015, entendu le 30 novembre 2016, est accueilli, avec dépens en faveur des appelants. L’autorisation de l’Office national de l’énergie est annulée.
36776 Chippewas of the Thames First Nation v. Enbridge Pipelines Inc., National Energy Board and Attorney General of Canada - and - Attorney General of Ontario, Attorney General of Saskatchewan, Nunavut Wildlife Management Board, Suncor Energy Marketing Inc., Mohawk Council of Kahnawà:ke, Mississaugas of the New Credit First Nation and Chiefs of Ontario (F.C.)
2017 SCC 41 / 2017 CSC 41
The appeal from the judgment of the Federal Court of Appeal, Number A-358-14, 2015 FCA 222, dated October 20, 2015, heard on November 30, 2016, is dismissed, with costs to Enbridge Pipelines Inc.
L’appel interjeté contre l’arrêt de la Cour d’appel fédérale, numéro A-358-14, 2015 CAF 222, daté du 20 octobre 2015, entendu le 30 novembre 2016, est rejeté, avec dépens en faveur de Pipelines Enbridge inc.
JULY 27, 2017 / LE 27 JUILLET 2017
36775 Procureure générale du Québec c. Ronald Guérin - et - Conseil d’arbitrage, Fédération des médecins spécialistes du Québec et Régie de l’assurance maladie du Québec (Qc)
2017 SCC 42 / 2017 CSC 42
Coram: La juge en chef McLachlin et les juges Karakatsanis, Wagner, Gascon, Côté, Brown et Rowe
L’appel interjeté contre l’arrêt de la Cour d’appel du Québec (Montréal), numéro 500-09-024184-145, 2015 QCCA 1726, daté du 21 octobre 2015, entendu le 11 janvier 2017, est accueilli et la sentence du conseil d’arbitrage est rétablie. L’appelante a droit aux dépens devant toutes les cours. La juge Côté est dissidente.
The appeal from the judgment of the Court of Appeal of Quebec (Montréal), Number 500-09-024184-145, 2015 QCCA 1726, dated October 21, 2015, heard on January 11, 2017, is allowed and the award of the council of arbitration is restored. The appellant is entitled to costs in all courts. Côté J. dissents.
JULY 28, 2017 / LE 28 JUILLET 2017
36718 Uniprix inc. c. Gestion Gosselin et Bérubé inc. et Manon Gosselin et Bernard Bérubé, pharmaciens, S.E.N.C. (Qc)
2017 SCC 43 / 2017 CSC 43
Coram: La juge en chef McLachlin et les juges Abella, Moldaver, Karakatsanis, Wagner, Gascon, Côté, Brown et Rowe
L’appel interjeté contre l’arrêt de la Cour d’appel du Québec (Montréal), numéro 500-09-024138-133, 2015 QCCA 1427, daté du 11 septembre 2015, entendu le 12 janvier 2017, est rejeté avec dépens. La juge en chef McLachlin et les juges Côté et Rowe sont dissidents.
The appeal from the judgment of the Court of Appeal of Quebec (Montréal), Number 500-09-024138-133, 2015 QCCA 1427, dated September 11, 2015, heard on January 12, 2017, is dismissed with costs. McLachlin C.J., Côté and Rowe JJ. dissent.
Hamlet of Clyde River et al. v. Petroleum Geo-Services Inc. (PGS) et al. (F.C.) (36692)
Indexed as: Clyde River (Hameau) v. Petroleum Geo Services Inc./
Répertorié : Clyde River (Hameau) c. Petroleum Geo Services Inc.
Neutral citation: 2017 SCC 40 / Référence neutre : 2017 CSC 40
Hearing: November 30, 2016 / Judgment: July 26, 2017
Audition : Le 30 novembre 2016 / Jugement : Le 26 juillet 2017
Constitutional law — Inuit — Treaty rights — Crown — Duty to consult — Decision by federal independent regulatory agency which could impact upon treaty rights — Offshore seismic testing for oil and gas resources potentially affecting Inuit treaty rights — National Energy Board authorizing project — Whether Board’s approval process triggered Crown’s duty to consult — Whether Crown can rely on Board’s process to fulfill its duty — Role of Board in considering Crown consultation before approval of project — Whether consultation was adequate in this case — Canada Oil and Gas Operations Act, R.S.C. 1985, c. 0-7, s. 5(1)(b).
The National Energy Board (NEB), a federal administrative tribunal and regulatory agency, is the final decision maker for issuing authorizations for activities such as exploration and drilling for the production of oil and gas in certain designated areas. The proponents applied to the NEB to conduct offshore seismic testing for oil and gas in Nunavut. The proposed testing could negatively affect the treaty rights of the Inuit of Clyde River, who opposed the seismic testing, alleging that the duty to consult had not been fulfilled in relation to it. The NEB granted the requested authorization. It concluded that the proponents made sufficient efforts to consult with Aboriginal groups and that Aboriginal groups had an adequate opportunity to participate in the NEB’s process. The NEB also concluded that the testing was unlikely to cause significant adverse environmental effects. Clyde River applied for judicial review of the NEB’s decision. The Federal Court of Appeal found that while the duty to consult had been triggered, the Crown was entitled to rely on the NEB to undertake such consultation, and the Crown’s duty to consult had been satisfied in this case by the NEB’s process.
Held: The appeal should be allowed and the NEB’s authorization quashed.
The NEB’s approval process, in this case, triggered the duty to consult. Crown conduct which would trigger the duty to consult is not restricted to the exercise by or on behalf of the Crown of statutory powers or of the royal prerogative, nor is it limited to decisions that have an immediate impact on lands and resources. The NEB is not, strictly speaking, “the Crown” or an agent of the Crown. However, it acts on behalf of the Crown when making a final decision on a project application. In this context, the NEB is the vehicle through which the Crown acts. It therefore does not matter whether the final decision maker is Cabinet or the NEB. In either case, the decision constitutes Crown action that may trigger the duty to consult. The substance of the duty does not change when a regulatory agency holds final decision-making authority.
It is open to legislatures to empower regulatory bodies to play a role in fulfilling the Crown’s duty to consult. While the Crown always holds ultimate responsibility for ensuring consultation is adequate, it may rely on steps undertaken by a regulatory agency to fulfill its duty to consult. Where the regulatory process being relied upon does not achieve adequate consultation or accommodation, the Crown must take further measures. Also, where the Crown relies on the processes of a regulatory body to fulfill its duty in whole or in part, it should be made clear to affected Indigenous groups that the Crown is so relying. The NEB has the procedural powers necessary to implement consultation, and the remedial powers to, where necessary, accommodate affected Aboriginal claims, or Aboriginal and treaty rights. Its process can therefore be relied on by the Crown to completely or partially fulfill the Crown’s duty to consult.
The NEB has broad powers to hear and determine all relevant matters of fact and law, and its decisions must conform to s. 35(1) the Constitution Act, 1982 . It follows that the NEB can determine whether the Crown’s duty has been fulfilled. The public interest and the duty to consult do not operate in conflict here. The duty to consult, being a constitutional imperative, gives rise to a special public interest that supersedes other concerns typically considered by tribunals tasked with assessing the public interest. A project authorization that breaches the constitutionally protected rights of Indigenous peoples cannot serve the public interest. When affected Indigenous groups have squarely raised concerns about Crown consultation with the NEB, the NEB must usually address those concerns in reasons. The degree of consideration that is appropriate will depend on the circumstances of each case. Above all, any decision affecting Aboriginal or treaty rights made on the basis of inadequate consultation will not be in compliance with the duty to consult. Where the Crown’s duty to consult remains unfulfilled, the NEB must withhold project approval. Where the NEB fails to do so, its approval decision should be quashed on judicial review.
While the Crown may rely on the NEB’s process to fulfill its duty to consult, the consultation and accommodation efforts in this case were inadequate and fell short in several respects. First, the inquiry was misdirected. The consultative inquiry is not properly into environmental effects per se. Rather, it inquires into the impact on the right itself. No consideration was given in the NEB’s environmental assessment to the source of the Inuit’s treaty rights, nor to the impact of the proposed testing on those rights. Second, although the Crown relies on the processes of the NEB as fulfilling its duty to consult, that was not made clear to the Inuit. Finally, and most importantly, the process provided by the NEB did not fulfill the Crown’s duty to conduct the deep consultation that was required here. Limited opportunities for participation and consultation were made available. There were no oral hearings and there was no participant funding. While these procedural safeguards are not always necessary, their absence in this case significantly impaired the quality of consultation. As well, the proponents eventually responded to questions raised during the environmental assessment process in the form of a practically inaccessible document months after the questions were asked. There was no mutual understanding on the core issues — the potential impact on treaty rights, and possible accommodations. As well, the changes made to the project as a result of consultation were insignificant concessions in light of the potential impairment of the Inuit’s treaty rights. Therefore, the Crown breached its duty to consult in respect of the proposed testing.
APPEAL from a judgment of the Federal Court of Appeal (Nadon, Dawson and Boivin JJ.A.), 2015 FCA 179, [2016] 3 F.C.R. 167, 474 N.R. 96, 94 C.E.L.R. (3d) 1, [2015] F.C.J. No. 991 (QL), 2015 CarswellNat 3750 (WL Can.), affirming a decision of the National Energy Board, No. 5554587, June 26, 2014. Appeal allowed.
Nader R. Hasan, Justin Safayeni and Pam Hrick, for the appellants.
Sandy Carpenter and Ian Breneman, for the respondents Petroleum Geo‑Services Inc. (PGS), Multi Klient Invest As (MKI) and TGS‑Nopec Geophysical Company ASA (TGS).
Mark R. Kindrachuk, Q.C., and Peter Southey, for the respondent the Attorney General of Canada.
Manizeh Fancy and Richard Ogden, for the intervener the Attorney General of Ontario.
Dominique Nouvet, Marie Belleau and Sonya Morgan, for the intervener Nunavut Tunngavik Incorporated.
Written submissions only by David Schulze and Nicholas Dodd, for the intervener the Makivik Corporation.
Marie‑France Major and Thomas Slade, for the intervener the Nunavut Wildlife Management Board.
Kate Darling, Lorraine Land, Matt McPherson and Krista Nerland, for the intervener the Inuvialuit Regional Corporation.
Maxime Faille, Jaimie Lickers and Guy Régimbald, for the intervener the Chiefs of Ontario.
Chippewas of the Thames First Nation v. Enbridge Pipelines Inc. et al. (F.C.) (36776)
Indexed as: Chippewas of the Thames First Nation v. Pipelines Enbridge inc./
Neutral citation: 2017 SCC 41 / Référence neutre : 2017 CSC 41
Constitutional law — Aboriginal rights — Treaty rights — Crown — Duty to consult — Decision by federal independent regulatory agency which could impact Aboriginal and treaty rights — Pipeline crossing traditional territory of First Nation — National Energy Board approving modification of pipeline — Whether Board’s contemplated decision on project’s approval amounted to Crown conduct triggering duty to consult — Whether Crown consultation can be conducted through regulatory process — Role of regulatory tribunal when Crown not a party to regulatory process — Scope of duty to consult — Whether there was adequate notice to First Nation that Crown was relying on Board’s process to fulfill its duty to consult — Whether Crown’s consultation obligation fulfilled — Whether Board’s written reasons were sufficient to satisfy Crown’s obligation — National Energy Board Act, R.S.C. 1985, c. N-7, s. 58 .
The National Energy Board (NEB), a federal administrative tribunal and regulatory agency, was the final decision maker on an application by Enbridge Pipelines Inc. for a modification to a pipeline that would reverse the flow of part of the pipeline, increase its capacity, and enable it to carry heavy crude. The NEB issued notice to Indigenous groups, including the Chippewas of the Thames First Nation (Chippewas), informing them of the project, the NEB’s role, and the NEB’s upcoming hearing process. The Chippewas were granted funding to participate in the process, and they filed evidence and delivered oral argument delineating their concerns that the project would increase the risk of pipeline ruptures and spills, which could adversely impact their use of the land. The NEB approved the project, and was satisfied that potentially affected Indigenous groups had received adequate information and had the opportunity to share their views. The NEB also found that potential project impacts on the rights and interests of Aboriginal groups would likely be minimal and would be appropriately mitigated. A majority of the Federal Court of Appeal dismissed the Chippewas’ appeal.
When an independent regulatory agency such as the NEB is tasked with a decision that could impact Aboriginal or treaty rights, the NEB’s decision would itself be Crown conduct that implicates the Crown’s duty to consult. As a statutory body with the delegated executive responsibility to make a decision that could adversely affect Aboriginal and treaty rights, the NEB acted on behalf of the Crown in approving Enbridge’s application. Because the authorized work could potentially adversely affect the Chippewas’ asserted Aboriginal and treaty rights, the Crown had an obligation to consult.
The Crown may rely on steps taken by an administrative body to fulfill its duty to consult so long as the agency possesses the statutory powers to do what the duty to consult requires in the particular circumstances, and so long as it is made clear to the affected Indigenous group that the Crown is so relying. However, if the agency’s statutory powers are insufficient in the circumstances or if the agency does not provide adequate consultation and accommodation, the Crown must provide further avenues for meaningful consultation and accommodation prior to project approval. Otherwise, a regulatory decision made on the basis of inadequate consultation will not satisfy constitutional standards and should be quashed.
A regulatory tribunal’s ability to assess the Crown’s duty to consult does not depend on whether the government participated in the hearing process. The Crown’s constitutional obligation does not disappear when the Crown acts to approve a project through a regulatory body such as the NEB. It must be discharged before the government proceeds with approval of a project that could adversely affect Aboriginal or treaty rights. As the final decision maker on certain projects, the NEB is obliged to consider whether the Crown’s consultation was adequate if the concern is raised before it. The responsibility to ensure the honour of the Crown is upheld remains with the Crown. However, administrative decision makers have both the obligation to decide necessary questions of law and an obligation to make decisions within the contours of the state’s constitutional obligations.
The duty to consult is not the vehicle to address historical grievances. The subject of the consultation is the impact on the claimed rights of the current decision under consideration. Even taking the strength of the Chippewas’ claim and the seriousness of the potential impact on the claimed rights at their highest, the consultation undertaken in this case was manifestly adequate. Potentially affected Indigenous groups were given early notice of the NEB’s hearing and were invited to participate in the process. The Chippewas accepted the invitation and appeared before the NEB. They were aware that the NEB was the final decision maker. Moreover, they understood that no other Crown entity was involved in the process for the purposes of carrying out consultation. The circumstances of this case made it sufficiently clear to the Chippewas that the NEB process was intended to constitute Crown consultation and accommodation. Notwithstanding the Crown’s failure to provide timely notice that it intended to rely on the NEB’s process to fulfill its duty to consult, its consultation obligation was met.
The NEB’s statutory powers under s. 58 of the National Energy Board Act were capable of satisfying the Crown’s constitutional obligations in this case. Furthermore, the process undertaken by the NEB in this case was sufficient to satisfy the Crown’s duty to consult. First, the NEB provided the Chippewas with an adequate opportunity to participate in the decision-making process. Second, the NEB sufficiently assessed the potential impacts on the rights of Indigenous groups and found that the risk of negative consequences was minimal and could be mitigated. Third, in order to mitigate potential risks, the NEB provided appropriate accommodation through the imposition of conditions on Enbridge.
Finally, where affected Indigenous peoples have squarely raised concerns about Crown consultation, the NEB must usually provide written reasons. What is necessary is an indication that the NEB took the asserted Aboriginal and treaty rights and interests into consideration and accommodated them where appropriate. In this case, the NEB’s written reasons are sufficient to satisfy the Crown’s obligation. Unlike the NEB’s reasons in the companion case Clyde River (Hamlet) v. Petroleum Geo-Services Inc., 2017 SCC 40, the discussion of Aboriginal consultation was not subsumed within an environmental assessment. The NEB reviewed the written and oral evidence of numerous Indigenous groups and identified, in writing, the rights and interests at stake. It assessed the risks that the project posed to those rights and interests and concluded that the risks were minimal. Nonetheless, it provided written and binding conditions of accommodation to adequately address any negative impacts on the asserted rights from the approval and completion of the project.
APPEAL from a judgment of the Federal Court of Appeal (Ryer, Webb and Rennie JJ.A.), 2015 FCA 222, [2016] 3 F.C.R. 96, 390 D.L.R. (4th) 735, [2016] 1 C.N.L.R. 18, 479 N.R. 220, [2015] F.C.J. No. 1294 (QL), 2015 CarswellNat 5511 (WL Can.), affirming a decision of the National Energy Board, No. OH‑002‑2013, March 6, 2014, 2014 LNCNEB 4 (QL). Appeal dismissed.
David C. Nahwegahbow and Scott Robertson, for the appellant.
Douglas E. Crowther, Q.C., Joshua A. Jantzi and Aaron Stephenson, for the respondent Enbridge Pipelines Inc.
Jody Saunders and Kristen Lozynsky, for the respondent the National Energy Board.
Peter Southey and Mark R. Kindrachuk, Q.C., for the respondent the Attorney General of Canada.
Martin Ignasiak, W. David Rankin and Thomas Kehler, for the intervener Suncor Energy Marketing Inc.
Francis Walsh and Suzanne Jackson, for the intervener the Mohawk Council of Kahnawà:ke.
Nuri G. Frame, Jason T. Madden and Jessica Labranche, for the intervener the Mississaugas of the New Credit First Nation.
Enfin, lorsque des groupes autochtones touchés soulèvent directement des préoccupations concernant les consultations incombant à la Couronne, l’ONÉ doit habituellement motiver sa décision par écrit. Ce qu’il faut, c’est que l’ONÉ indique qu’il a pris en considération les droits ancestraux et issus de traités invoqués et qu’il a pris des accommodements à leur égard lorsqu’il convenait de le faire. En l’espèce, les motifs écrits exposés par l’ONÉ sont suffisants et permettent de satisfaire à l’obligation de la Couronne. Contrairement aux motifs de l’ONÉ dans l’affaire connexe Clyde River (Hameau) c. Petroleum Geo-Services Inc., 2017 CSC 40, l’analyse de la consultation menée auprès des Autochtones n’était pas intégrée dans une évaluation environnementale. L’ONÉ a examiné les éléments de preuve présentés par écrit et de vive voix par de nombreux groupes autochtones et il a identifié, par écrit, les droits et intérêts en jeu. Il a apprécié les risques que le projet posait à l’égard de ces droits et intérêts et conclu qu’ils étaient minimes. Néanmoins, il a imposé par écrit, sous forme de conditions contraignantes, des mesures d’accommodement en vue de remédier adéquatement à tout effet préjudiciable sur les droits invoqués par suite de l’approbation et de la réalisation du projet.
Procureure générale du Québec c. Ronald Guérin (Qc) (36775)
Indexed as: Quebec (Attorney General) v. Guérin / Répertorié : Québec (Procureure générale) c. Guérin
Neutral citation: 2017 SCC 42 / Référence neutre : 2017 CSC 42
Hearing: January 11, 2016 / Judgment: July 27, 2017
Audition : Le 11 janvier 2016 / Jugement : Le 27 juillet 2017
Présents : La juge en chef McLachlin et les juges Karakatsanis, Wagner, Gascon, Côté, Brown et Rowe.
Droit administratif — Contrôle judiciaire — Norme de contrôle — Arbitrage — Disposition législative prévoyant qu’un différend qui résulte de l’interprétation et de l’application d’une entente conclue aux fins de l’application de la Loi sur l’assurance maladie est soumis à un conseil d’arbitrage — Arbitre rejetant le différend soumis par un médecin spécialiste — Quelle est la norme de contrôle applicable à la décision de l’arbitre concluant à l’absence de différend arbitrable et d’intérêt pour agir? — Le différend soulève‑t‑il une question touchant véritablement à la compétence de l’arbitre? — Loi sur l’assurance maladie, RLRQ, c. A‑29, art. 19, 54.
Droit de la santé — Assurance maladie — Médecins spécialistes — Régime spécialisé de négociation collective — Arbitrage — Nature du différend — Intérêt pour agir — Entente prévoyant la reconnaissance et la désignation des laboratoires d’imagerie médicale admissibles au versement d’un honoraire de numérisation — Médecin spécialiste contestant le refus de déclarer certains laboratoires admissibles au versement de l’honoraire — Le recours formé par le médecin est‑il un différend arbitrable? — Le médecin a‑t‑il l’intérêt requis pour le former? — Loi sur l’assurance maladie, RLRQ, c. A‑29, art. 19, 54.
La Loi sur l’assurance maladie (« Loi ») prévoit que la rémunération et les conditions de travail des professionnels de la santé sont établies par un mécanisme de négociation collective qui a abouti, en l’occurrence, à l’Accord‑cadre entre le ministre de la Santé et des Services sociaux et la Fédération des médecins spécialistes du Québec aux fins de l’application de la Loi sur l’assurance maladie (« Accord‑cadre »). La Fédération et le Ministère (collectivement, « parties négociantes ») ont créé un honoraire de numérisation afin d’encourager les radiologistes à moderniser leurs équipements. Cet honoraire est réservé aux laboratoires qui sont reconnus et désignés conjointement par les parties négociantes, selon le mécanisme et les critères qu’elles ont prévus dans le Protocole concernant la radiologie diagnostique (« Protocole »), l’une des annexes de l’Accord‑cadre. L’article 54 de la Loi dispose qu’un « différend qui résulte de l’interprétation ou de l’application [de l’Accord‑cadre] est soumis à un conseil d’arbitrage, exclusivement à tout tribunal de juridiction civile ». L’Accord‑cadre distingue le « différend en contestation d’honoraires », formé par un médecin, du « différend collectif » formé par la Fédération.
G, un radiologiste membre de la Fédération, demande aux parties négociantes de déclarer certaines cliniques admissibles à l’honoraire de numérisation. Sa demande est rejetée. G conteste cette décision en déposant un différend auprès du conseil d’arbitrage. L’arbitre, mandaté pour exercer seul les fonctions du conseil d’arbitrage, estime qu’il n’a pas la compétence requise pour accorder à G la déclaration recherchée et que ce dernier n’a de toute façon pas l’intérêt requis pour soumettre le différend. La juge de première instance accueille la requête en révision judiciaire de G, estimant que la décision de l’arbitre est déraisonnable. La majorité de la Cour d’appel confirme la décision de la juge de première instance.
Arrêt (la juge Côté est dissidente) : Le pourvoi est accueilli et la sentence du conseil d’arbitrage est rétablie.
La juge en chef McLachlin et les juges Karakatsanis, Wagner et Gascon : Les conclusions de l’arbitre étaient raisonnables. La norme de la décision raisonnable s’impose puisque l’arbitre était appelé à interpréter et à appliquer sa loi constitutive, l’Accord‑cadre et le Protocole, lesquels sont au cœur de son mandat et de son expertise. Les questions en litige ne touchent pas véritablement à la compétence du conseil d’arbitrage. D’une part, il est bien établi que la norme de la décision raisonnable s’applique lorsqu’un arbitre doit déterminer, sur la base de l’interprétation et de l’application de sa loi constitutive et de documents connexes, si un recours peut faire l’objet d’un arbitrage. Appliquer la norme de la décision raisonnable à cette question ne mine ni la primauté du droit ni les autres fondements constitutionnels du contrôle judiciaire. Au contraire, appliquer la norme de la décision correcte saperait la présomption d’application de la norme de la décision raisonnable reconnue et consacrée par une jurisprudence abondante et constante de la Cour. D’autre part, la question de l’intérêt pour agir de G relève elle aussi de l’interprétation par l’arbitre de sa loi habilitante et de l’Accord‑cadre et ne remet pas en cause sa faculté de connaître de la question qui lui est soumise. Enfin, la primauté du droit ne requiert pas d’appliquer ici la norme de la décision correcte. Le fait qu’une question puisse donner lieu à des interprétations contradictoires ne permet pas, à lui seul, de conclure à l’application de cette norme.
La décision de l’arbitre suivant laquelle il ne s’agissait pas d’un différend arbitrable est raisonnable. L’analyse du caractère arbitrable du différend ne peut se limiter à l’art. 54 de la Loi et doit tenir compte des termes pertinents du Protocole. Selon l’interprétation du Protocole adoptée par l’arbitre, les parties négociantes se sont réservé la décision de reconnaître ou non un laboratoire et l’ont par le fait même soustraite au processus d’arbitrage. Or, l’objet du recours de G était de déclarer les laboratoires reconnus pour la période visée par la demande, invitant l’arbitre à statuer sur cette question en lieu et place des parties négociantes. Il était raisonnable pour l’arbitre de conclure que trancher le litige aurait eu pour effet de modifier le contenu négocié du Protocole en privant les parties négociantes de la discrétion que ce dernier leur octroie exclusivement.
Il était également raisonnable pour l’arbitre de conclure que G n’avait pas l’intérêt requis pour agir puisque, en vertu de l’Accord‑cadre et de la Loi, seule la Fédération peut faire trancher ce type de différend par le conseil d’arbitrage. La Loi confère à la Fédération un monopole de représentation de ses membres tant pour la négociation que pour l’application de l’Accord‑cadre, sauf s’il s’agit d’un différend en contestation d’honoraires, ce qui n’était pas le cas en l’espèce. L’article 54 ne permet pas à G d’avoir recours à l’arbitrage directement. Cet article a pour principal objectif de définir la compétence exclusive du tribunal, et non de délimiter l’intérêt pour agir ou de déterminer l’identité de ceux qui peuvent former un différend. Le contexte global de la Loi confirme aussi cette interprétation. Les dispositions législatives prévoyant les situations spécifiques dans lesquelles un professionnel de la santé peut avoir recours au mécanisme d’arbitrage n’auraient aucun effet utile si l’art. 54 lui permettait de toute façon de soulever tout différend, quel qu’il soit. Une telle interprétation entraînerait également un accroissement intenable du recours à l’arbitrage. Les milliers de médecins spécialistes et autres professionnels de la santé ainsi que des établissements de santé, voire des tiers comme des entrepreneurs ou des patients, pourraient y avoir recours. L’on ne peut concevoir que telle ait été l’intention du législateur quant au but et à la portée de l’art. 54.
Le médecin qui s’estime lésé conserve un recours en droit commun de la responsabilité civile. Si G est en mesure d’établir que la Fédération a fait preuve de mauvaise foi, de discrimination, d’un comportement arbitraire ou de négligence grave, il peut intenter un recours contre elle devant les tribunaux de droit commun et être indemnisé du préjudice ainsi causé.
Les juges Brown et Rowe : La question du pouvoir de l’arbitre d’entendre la contestation de G en est une de compétence, non d’arbitrabilité, et elle emporte l’application de la norme de la décision correcte en cas de contrôle judiciaire. Le seul fait qu’aucune question de compétence n’a été relevée depuis Dunsmuir c. Nouveau‑Brunswick, [2008] 1 R.C.S. 190, ou que la jurisprudence en la matière est contradictoire, ne signifie pas que ce genre de question a cessé d’exister. Dans la présente affaire, l’arbitre a considéré que son pouvoir de connaître de la contestation de G soulevait une question de compétence, ce dont ont convenu les juridictions inférieures. Une question n’est certes pas arbitrable devant un tribunal administratif dépourvu du pouvoir de statuer sur elle, mais il faut distinguer l’arbitrabilité de la compétence et de l’intérêt pour agir. Tenir à tort une question de compétence pour une question d’arbitrabilité risque de miner la cohérence du cadre analytique propre au droit administratif. L’arbitre a eu tort de conclure qu’il n’avait pas compétence pour entendre l’affaire. L’article 54 de la Loi investit le conseil d’arbitrage du pouvoir exclusif d’entendre tout « différend qui résulte de l’interprétation ou de l’application d’une entente ». Un différend sur l’application à l’établissement de G de l’entente liant la Fédération et le Ministre constituait un tel différend.
Même si la décision de l’arbitre sur l’intérêt pour agir de G était susceptible de contrôle selon la norme de la raisonnabilité et qu’elle était raisonnable, une question d’intérêt pour agir peut constituer une question de compétence. La cour de justice appelée à déterminer la norme de contrôle applicable à la décision d’un tribunal administratif sur l’intérêt pour agir doit examiner le libellé de la disposition habilitante. L’intérêt pour agir peut soulever une question de compétence lorsque le libellé de la disposition qui confère le pouvoir permet seulement au tribunal administratif de se saisir des plaintes d’une catégorie de personnes donnée. En l’espèce, la forme passive employée dans le texte de l’art. 54, la disposition habilitante, indique que le pouvoir d’un conseil d’arbitrage ne se limite pas à entendre les différends soumis par une catégorie de personnes en particulier. Qui plus est, nulle crainte d’un accroissement insoutenable du recours à l’arbitrage ne milite contre la reconnaissance de l’intérêt pour agir. Plus il y a de personnes dans la situation difficile où se trouve G, plus il est impérieux de permettre que les différends de G et de ces personnes soient soumis à un décideur impartial.
La juge Côté (dissidente) : La question de savoir si l’arbitre pouvait entendre l’affaire soulève une question véritable de compétence assujettie à la norme de la décision correcte et l’arbitre a erré en concluant qu’il n’avait pas la compétence requise pour entendre le différend logé par G.
L’arbitre a également erré en concluant que G n’avait pas l’intérêt pour agir. Cette question en est une de compétence puisque l’arbitre ne peut entendre un différend logé par un médecin spécialiste, sauf s’il s’agit d’un différend relatif à une contestation d’honoraires. Même en appliquant la norme de contrôle de la décision raisonnable, la décision de l’arbitre ne se justifie ni au regard des faits ni au regard du droit. La conclusion de l’arbitre est déraisonnable dans la mesure où elle se fonde sur une caractérisation erronée de la nature du différend et sur une interprétation erronée de l’art. 54 de la Loi.
En l’espèce, l’arbitre a conclu que l’objet du recours de G était de déclarer les laboratoires reconnus pour la période visée par la demande et que ce dernier a demandé que soient modifiées les règles que les parties à l’Accord‑cadre ont négociées. Or, il s’agit là d’une qualification erronée de la nature du litige qui fait complètement fi de l’avis de différend qui l’instituait. Au contraire, c’est l’interprétation et l’application des conditions de reconnaissance par la Fédération et la Régie de l’assurance maladie du Québec qui étaient contestées par G.
L’article 54 de la Loi est rédigé en des termes larges et clairs. L’arbitre a interprété celui‑ci restrictivement en se basant sur les termes de l’Accord‑cadre, ainsi faisant fi du principe fondamental de la hiérarchie des normes selon lequel c’est la portée de l’Accord‑cadre qui doit dépendre de la Loi et non l’inverse. De plus, le droit prévu à l’art. 54 de la Loi doit recevoir une interprétation large et libérale. Lorsque les parties négociantes déterminent et désignent les laboratoires de radiologie générale aux fins de l’application de l’honoraire de numérisation, elles interprètent et appliquent l’entente au sens de l’art. 54. Le différend soumis à l’arbitre résulte alors d’une différence d’opinions entre les médecins spécialistes et les parties négociantes. Le monopole représentatif détenu par la Fédération ne s’étend pas jusque‑là. Les principes du droit du travail québécois, tel que celui du monopole de représentation accordé à un syndicat, ne devraient pas être importés dans le régime de négociation collective prévu par la Loi sans que celui‑ci ne le spécifie expressément.
Enfin, les tribunaux de droit commun n’auraient pas été un forum approprié pour G puisque ses allégations ne correspondent à aucun des types de conduites qui peuvent servir de fondement au recours contre la Fédération.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel du Québec (la juge en chef Duval Hesler et les juges Savard et Schrager), 2015 QCCA 1726, [2015] AZ‑51223767, [2015] J.Q. no 10976 (QL), 2015 CarswellQue 9920 (WL Can.), qui a confirmé une décision de la juge Grenier, 2013 QCCS 6950, [2013] AZ‑51046703, [2013] J.Q. no 19116 (QL), 2013 CarswellQue 14437 (WL Can.), accueillant la requête en révision judiciaire d’une décision du conseil d’arbitrage, no 12‑DS‑499, 29 janvier 2013. Pourvoi accueilli, la juge Côté est dissidente.
Patrice Claude et Isabelle Brunet, pour l’appelante.
René Piotte, Stéphanie Lalande et Pierre‑Alexandre Boucher, pour l’intimé.
Francis Meloche et Sylvain Bellavance, pour l’intervenante la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
Personne n’a comparu pour les intervenants le Conseil d’arbitrage et la Régie de l’assurance maladie du Québec.
Administrative law — Judicial review — Standard of review — Arbitration — Statutory provision stating that dispute resulting from interpretation and application of agreement entered into under Health Insurance Act to be submitted to council of arbitration — Arbitrator dismissing dispute submitted by medical specialist — Standard of review applicable to arbitrator’s decision that there is no arbitrable dispute and that specialist did not have standing — Whether dispute raises true question of jurisdiction in relation to arbitrator — Health Insurance Act, CQLR, c. A‑29, ss. 19, 54.
Health law — Health insurance — Medical specialists — Specialized collective bargaining scheme — Arbitration — Nature of dispute — Standing — Agreement providing for recognition and designation of medical imaging laboratories that eligible to receive digitization fee — Medical specialist contesting refusal to declare certain laboratories eligible for fee — Whether specialist’s proceeding is arbitrable dispute — Whether specialist has standing to submit dispute — Health Insurance Act, CQLR, c. A‑29, ss. 19, 54.
Held (Côté J. dissenting): The appeal should be allowed and the award of the council of arbitration restored.
Per McLachlin C.J. and Karakatsanis, Wagner and Gascon JJ.: The arbitrator’s conclusions were reasonable. The reasonableness standard necessarily applies, because the arbitrator was called upon to interpret and apply his enabling statute, the Framework Agreement and the Protocol, which are at the core of his mandate and expertise. The issues in this case do not raise a true question of jurisdiction in relation to the council of arbitration. On the one hand, it is well established that the reasonableness standard applies where an arbitrator must determine, by interpreting and applying his or her enabling legislation and related documents, whether a matter is arbitrable. Applying the reasonableness standard to such a question undermines neither the rule of law nor the other constitutional bases of judicial review. In contrast, the effect of applying the correctness standard would be to undermine the presumption in favour of the reasonableness standard that has been consistently recognized and endorsed by the Court in numerous cases. On the other hand, the question of G’s standing, too, relates to the arbitrator’s interpretation of his enabling legislation and of the Framework Agreement and does not cast doubt on his authority to make the inquiry submitted to him. Finally, the rule of law does not require the application of the correctness standard here. The fact that a question might give rise to conflicting interpretations does not on its own support a conclusion that that standard applies.
Per Brown and Rowe JJ.: The issue of the arbitrator’s capacity to hear G’s matter raised a question of jurisdiction, not of arbitrability, reviewable on the standard of correctness. The mere fact that a question of jurisdiction has not been discerned since Dunsmuir v. New Brunswick, [2008] 1 S.C.R. 190, or that the jurisprudence on such questions has been inconsistent, does not mean that they have ceased to exist. In this case, the arbitrator saw his capacity to hear G’s matter as a question of jurisdiction, as did the courts below. While an issue is not arbitrable before a tribunal that has no jurisdiction to hear it, arbitrability is distinct from jurisdiction and standing. Mischaracterizing questions of jurisdiction as questions of arbitrability risks undermining the coherence of the analytical structure in administrative law. The arbitrator erred in concluding that he did not have jurisdiction to hear the matter. Section 54 of the Act gives the council of arbitration exclusive jurisdiction to hear “dispute[s] resulting from the interpretation or application of an agreement”. A dispute concerning how the agreement between the Fédération and the Minister operated with respect to G’s facility was such a dispute.
Per Côté J. (dissenting): The determination of whether it was open to the arbitrator to hear the case raises a true question of jurisdiction, to which the standard of correctness applies, and the arbitrator erred in concluding that he did not have jurisdiction to hear G’s dispute.
APPEAL from a judgment of the Quebec Court of Appeal (Duval Hesler C.J. and Savard and Schrager JJ.A.), 2015 QCCA 1726, [2015] AZ‑51223767, [2015] J.Q. no 10976 (QL), 2015 CarswellQue 9920 (WL Can.), affirming a decision of Grenier J., 2013 QCCS 6950, [2013] AZ‑51046703, [2013] J.Q. no 19116 (QL), 2013 CarswellQue 14437 (WL Can.), allowing the application for judicial review of a decision of the council of arbitration, no 12‑DS‑499, January 29, 2013. Appeal allowed, Côté J. dissenting.
Patrice Claude and Isabelle Brunet, for the appellant.
René Piotte, Stéphanie Lalande and Pierre‑Alexandre Boucher for the respondent.
Francis Meloche and Sylvain Bellavance, for the intervener Fédération des médecins spécialistes du Québec.
No one appeared for the interveners Conseil d’arbitrage and Régie de l’assurance maladie du Québec.
Uniprix inc. c. Gestion Gosselin et Bérubé inc. et autre (Qc) (36718)
Indexed as: Uniprix inc. v. Gestion Gosselin et Bérubé inc./
Répertorié : Uniprix Inc. c. Gestion Gosselin et Bérubé Inc.
Neutral citation: 2017 SCC 43 / Référence neutre : 2017 CSC 43
Hearing: January 12, 2017 / Judgment: July 28, 2017
Audition : Le 12 janvier 2017 / Jugement : Le 28 juillet 2017
Contrats — Interprétation — Intention des parties — Contrat d’affiliation — Durée et modalités de renouvellement — Clause du contrat prévoyant son renouvellement à la discrétion d’une seule partie — Validité d’un contrat aux effets potentiellement perpétuels — Le juge de première instance a‑t‑il erré en concluant que la clause de renouvellement est claire et qu’elle représente fidèlement l’intention commune des parties d’octroyer à l’une d’elles la faculté unilatérale de le renouveler à tous les cinq ans, sans que l’autre partie ne puisse s’y opposer? — L’effet potentiellement perpétuel du contrat d’affiliation est‑il illégal en droit civil québécois, car contraire au Code civil du Québec ou à l’ordre public? — Code civil du Québec, art. 1425, 1512.
En 1998, les sociétés intimées (« pharmaciens‑membres ») décident d’affilier leur pharmacie à la bannière Uniprix. Les parties concluent un contrat d’affiliation pour une durée déterminée de cinq ans. Ce contrat contient une clause prévoyant son renouvellement automatique, à moins d’avis contraire de la part des pharmaciens‑membres. Par l’effet de cette clause, le contrat est renouvelé automatiquement en 2003 et en 2008. Le 26 juillet 2012, Uniprix avise les pharmaciens‑membres que leur relation contractuelle prendra fin le 28 janvier 2013. Les pharmaciens‑membres s’opposent et soutiennent que le contrat d’affiliation se renouvelle automatiquement à moins d’avis contraire de leur part. Selon eux, rien dans la clause de renouvellement ne permet à Uniprix de s’opposer à ce renouvellement. Uniprix affirme pouvoir pour sa part s’opposer au renouvellement et mettre fin au contrat à l’arrivée du terme. Uniprix ajoute que l’interprétation proposée par les pharmaciens‑membres aurait potentiellement pour effet de lier les parties à perpétuité, ce qui serait contraire à l’ordre public. Suivant cette position, le contrat serait alors considéré comme étant à durée indéterminée, et il pourrait être résilié en tout temps moyennant un préavis raisonnable.
La Cour supérieure déclare que le contrat est renouvelé et qu’Uniprix peut seulement résilier le contrat pour cause, et non sans cause comme elle a tenté de le faire. Elle conclut que les clauses de renouvellement unilatérales sont valides en droit québécois, même si elles peuvent donner un effet perpétuel au contrat. Les juges majoritaires de la Cour d’appel confirment ce jugement. À leur avis, le Code civil du Québec n’interdit pas les contrats potentiellement perpétuels et ceux‑ci ne violent aucune valeur fondamentale de la société. La juge en chef, dissidente, est plutôt d’avis d’accueillir l’appel. Selon elle, la clause de renouvellement empêche Uniprix de connaître la date de fin du contrat, ce qui le transforme en un contrat à durée indéterminée. En conséquence, le contrat peut être résilié moyennant un préavis raisonnable, soit six mois en l’espèce.
Arrêt (la juge en chef McLachlin et les juges Côté et Rowe sont dissidents) : Le pourvoi est rejeté.
Les juges Abella, Moldaver, Karakatsanis, Wagner, Gascon et Brown : Le juge de première instance n’a commis aucune erreur manifeste et déterminante dans son exercice d’interprétation du contrat. La faculté de renouvellement unilatérale que le contrat d’affiliation accorde aux pharmaciens‑membres est cohérente avec les autres dispositions du contrat, le contexte entourant sa signature et son objet, ainsi que le comportement des parties dans son application.
Pour résoudre le désaccord entre les parties, il faut interpréter les termes du contrat, et plus particulièrement la clause qui en fixe la durée et les modalités de renouvellement. La première étape de l’exercice d’interprétation d’un contrat est de déterminer si ses termes sont clairs ou ambigus. Si les termes du contrat sont clairs, le rôle du tribunal se limite à les appliquer à la situation factuelle qui lui est soumise. À l’inverse, si le tribunal décèle une ambiguïté, il doit la résoudre en procédant à la seconde étape de l’interprétation du contrat. Le principe cardinal qui guide la seconde étape consiste à « rechercher quelle a été la commune intention des parties plutôt que de s’arrêter au sens littéral des termes utilisés » (art. 1425 C.c.Q.). Cet exercice d’interprétation permet de déterminer la durée et les modalités de renouvellement du contrat en cause.
La qualification et l’interprétation du contrat sont deux opérations distinctes. En droit civil québécois, c’est la classification du contrat — selon sa réglementation, ses conditions de formation, son objet et son mode d’exécution — qui permet d’en préciser la nature et d’ainsi cerner la qualification qui lui est propre. Autrement dit, on qualifie un contrat selon sa nature, en le rattachant à une catégorie de contrats nommés ou à une espèce particulière de contrats, mais on ne qualifie pas la durée du contrat, qui relève plutôt de l’interprétation de ses termes.
L’interprétation des contrats implique l’examen d’une multitude d’éléments factuels. Il s’agit d’une question mixte de fait et de droit et le rôle de la Cour se limite à déterminer si le juge de première instance a commis une erreur manifeste et déterminante à cet égard. En l’espèce, l’interprétation du juge de première instance suivant laquelle la clause de renouvellement confère aux pharmaciens‑membres le droit de renouveler le contrat d’affiliation à leur gré, tous les cinq ans, n’est entachée d’aucune erreur manifeste et déterminante. Au contraire, elle est parfaitement compatible avec les autres engagements prévus au contrat et avec le contexte dans lequel il a été conclu.
Tout d’abord, la clause de renouvellement elle‑même ne souffre d’aucune ambiguïté. Elle prévoit spécifiquement la possibilité pour les pharmaciens‑membres de transmettre un avis à Uniprix pour l’aviser de leur intention de renouveler ou non le contrat. Cependant, elle ne prévoit aucunement qu’Uniprix puisse envoyer un avis similaire aux pharmaciens‑membres. En outre, le second paragraphe indique clairement qu’à défaut pour les pharmaciens‑membres d’envoyer l’avis prescrit à Uniprix, la convention sera réputée renouvelée. Or, suivant l’art. 2847 C.c.Q., l’utilisation du terme « réputée » dans le contrat crée une présomption absolue et irréfragable. En conséquence, lorsque les pharmaciens‑membres n’envoient aucun avis à Uniprix, le renouvellement s’opère automatiquement, sans qu’Uniprix ne puisse s’y opposer. Les autres clauses traitant de la fin du contrat reflètent uniquement la faculté de résiliation pour cause conférée à Uniprix. Toutes ces dispositions font partie intégrante de l’entente conclue entre les parties et elles doivent être lues et interprétées comme un tout.
En outre, il n’est pas inapproprié d’interpréter un contrat par ailleurs clair pour conclure, de façon subsidiaire, que cette interprétation confirme le sens limpide de ses termes. En l’espèce, l’analyse du contexte entourant la conclusion du contrat confirme la volonté des parties de laisser son renouvellement à la discrétion des pharmaciens‑membres. D’abord, Uniprix a été créée pour le bénéfice de pharmaciens‑membres qui se sont associés pour le développement de leur pratique commerciale et professionnelle respective. La raison d’être d’Uniprix est de servir ses membres. Partant, il est logique qu’Uniprix soit au service de ces derniers jusqu’à ce qu’ils décident eux‑mêmes de se retirer du regroupement, et qu’il ne lui soit donc pas possible de mettre fin au contrat sans cause. Ensuite, la conduite même des parties appuie cette interprétation puisqu’à deux reprises, Uniprix a reconnu que le silence des pharmaciens‑membres liait les parties pour un terme additionnel de cinq ans. Interpréter le contrat d’affiliation de façon à donner à Uniprix la faculté de s’opposer au renouvellement souhaité par les pharmaciens‑membres serait en conséquence contraire aux termes de la clause de renouvellement, à l’économie générale du contrat d’affiliation, au contexte dans lequel il a été conclu, et à l’application qu’en ont fait les parties.
Le fait que la durée des obligations d’Uniprix aux termes du contrat d’affiliation dépende de la volonté des pharmaciens‑membres de le renouveler ne transforme pas le contrat en un contrat à durée indéterminée. En l’espèce, les parties se sont entendues sur un terme clair de cinq ans, qu’elles ont assorti d’un mécanisme de renouvellement tout aussi clair leur permettant de poursuivre leur relation commerciale pour des périodes déterminées de cinq ans. Conclure que le contrat en serait un à durée indéterminée choquerait la logique et l’intention clairement exprimée par les parties. De la même manière, il est impossible de recourir à l’art. 1512 C.c.Q. pour fixer un terme au contrat d’affiliation. Cet article s’applique en l’absence d’un terme ou devant un terme incertain, mais pas pour faire échec au renouvellement automatique d’un contrat dont le terme est clairement défini, comme c’est le cas en l’espèce. À tout événement, aucune des parties n’a demandé que ce recours autonome soit appliqué. La Cour supérieure et la majorité de la Cour d’appel ont conclu à bon droit que les parties ont voulu se lier par un mécanisme de renouvellement dont les effets peuvent être perpétuels.
Rien dans le Code n’interdit les effets potentiellement perpétuels d’un contrat tel que le contrat d’affiliation. Rien ne permet non plus de conclure que ces contrats sont contraires à l’ordre public. En effet, au moment d’adopter le Code, le législateur a décidé de n’encadrer que certains types de contrats particuliers, refusant d’adopter une disposition générale qui aurait interdit tout contrat à portée perpétuelle. Ni les dispositions du Code, ni la doctrine, ni la jurisprudence n’appuient la position selon laquelle un contrat d’affiliation ayant potentiellement des effets perpétuels est contraire au droit civil québécois. Il est vrai que les tribunaux ont le pouvoir d’élever au rang de principe d’ordre public toute règle non écrite qui s’accorde avec les valeurs fondamentales de la société. Néanmoins, il faut dans tous les cas être en mesure de lier la notion d’ordre public à des valeurs ou à des principes précis auxquels pourraient contrevenir les stipulations contractuelles en cause. Les obligations perpétuelles ne choquent en elles‑mêmes aucune valeur fondamentale de notre société, et ne sont pas contraires à l’ordre public de façon générale. Dans certaines circonstances, l’imposition d’obligations perpétuelles dont la nature mettrait en jeu la personne même et la liberté d’un individu pourrait choquer l’ordre public. Or, dans un contexte de partenariat corporatif et commercial comme celui qui unit Uniprix et les pharmaciens‑membres, la liberté individuelle des contractants n’est pas en jeu et l’ordre public ne saurait faire échec à la volonté des parties.
Rien ne permet d’écarter la conclusion du juge de première instance selon laquelle le contrat d’affiliation est à durée déterminée et permet uniquement aux pharmaciens‑membres de le renouveler à l’arrivée de chaque terme. En conséquence, l’avis de non‑renouvellement envoyé par Uniprix est contraire aux termes du contrat d’affiliation et est inopposable aux pharmaciens‑membres. Puisque ce contrat n’est pas à durée indéterminée, Uniprix ne pouvait pas le résilier sans cause moyennant un préavis raisonnable, comme elle a tenté de le faire.
La juge en chef McLachlin et les juges Côté et Rowe (dissidents) : Un contrat sans ambiguïté doit être appliqué, et non interprété. La conclusion du juge de première instance portant que le contrat d’affiliation est clair et n’a pas besoin d’être interprété constitue néanmoins une erreur manifeste et déterminante. Une lecture du contrat dans son intégralité révèle des ambiguïtés qui auraient dû le mener à interpréter la commune intention des parties comme le prescrit l’art. 1425 du Code civil du Québec.
Premièrement, il ne ressort pas clairement du libellé de la clause de renouvellement que celle‑ci est stipulée uniquement en faveur des pharmaciens‑membres. Selon ce libellé, il est évident qu’Uniprix est la bénéficiaire de l’obligation de donner un avis. Cependant, rien dans le libellé de la clause ne précise que la présomption de renouvellement qui y est énoncée au deuxième paragraphe est stipulée en faveur d’une partie ou de l’autre. Deuxièmement, le renvoi à d’autres parties du contrat ne résout en rien cette ambiguïté. Troisièmement, l’ambiguïté est amplifiée par l’interaction entre la stipulation expresse d’un terme de 60 mois et la clause de renouvellement. La présence d’une clause contractuelle qui prévoit expressément un terme de 60 mois signifie habituellement que les obligations des deux parties prendront fin à l’expiration de ce terme. Or, lorsqu’on la lit à la lumière de la disposition portant sur le renouvellement, la clause semble fonctionner de façon asymétrique en liant Uniprix, mais non les pharmaciens‑membres, potentiellement à perpétuité. Quatrièmement, lorsque l’interprétation présentée par les pharmaciens‑membres — selon laquelle Uniprix est liée à perpétuité à leur seule discrétion — est placée dans le contexte des autres stipulations de la convention, le résultat déraisonnable qui en découle justifie un examen pour savoir si les parties avaient l’intention d’être liées de cette façon. La possibilité que les intérêts d’un membre précis soient en conflit avec ceux du groupe soulève la question de savoir si les parties avaient l’intention qu’Uniprix soit toujours redevable envers chaque membre individuel. En dernier lieu, la mesure dans laquelle le renouvellement est automatique est une question qui demeure entière. Le texte de la clause donne à penser que le renouvellement est conditionnel, et non automatique. La clause de renouvellement ne s’applique que si les pharmaciens‑membres ne donnent pas un avis de leur intention de mettre fin à l’entente ou de la renouveler.
Toutefois, même si on tient pour acquis que la lecture par le juge de première instance de la clause de renouvellement était correcte, le contrat d’affiliation devrait être qualifié de contrat à durée indéterminée et l’appel accueilli sur ce fondement. La qualification d’un contrat détermine la catégorie juridique dont il relève, et, donc, les conséquences juridiques qui s’y rattachent. La qualification et l’interprétation d’un contrat sont des démarches distinctes qui ne devraient pas être confondues. Si, à l’étape de l’interprétation, le juge de première instance recherche l’intention commune des parties, à l’étape de la qualification, il n’est pas lié par celle que les parties ont donnée au contrat, ni même par celle que les parties préfèrent. La qualification est plutôt une question de droit qui est réservée au tribunal. La détermination du terme d’un contrat est une question de qualification juridique, car elle porte sur les effets juridiques recherchés par la convention, et la présence ou l’absence d’un terme extinctif est essentielle à la nature des contrats à exécution successive d’une durée déterminée.
En l’espèce, l’effet juridique de la clause de renouvellement est de proroger le contrat pour une durée additionnelle. Puisque seuls les pharmaciens‑membres peuvent s’opposer au renouvellement, eux seuls bénéficient d’un terme certain qui éteindra leurs obligations. En réalité, le contrat d’affiliation aurait donc un terme hybride : un de cinq ans qui s’applique aux pharmaciens‑membres, et un potentiellement perpétuel ou d’une durée indéterminée, qui s’applique à Uniprix. Toutefois, le terme d’un contrat doit fonctionner de façon symétrique pour les deux parties et il ne convient pas d’entériner la possibilité qu’un terme soit hybride. Par conséquent, cette entente peut être qualifiée de deux façons. Soit le contrat est d’une durée perpétuelle — c’est‑à‑dire qu’il est d’une durée déterminée pour toujours et que les pharmaciens‑membres ont l’option périodique de s’en retirer, auquel cas l’analyse de la question de l’ordre public devient pertinente —, soit le contrat est d’une durée indéterminée, parce qu’il n’y a pas de terme extinctif clair. La qualification appropriée est la deuxième. Cette conclusion est compatible avec le principe bien établi portant que les contrats qui ont prétendument un terme extinctif certain doivent être qualifiés de contrats à durée indéterminée lorsque la réalisation du terme est dépendante de la décision d’une seule partie. Cette conclusion est également compatible avec la réticence du droit à ce que la perpétuité soit inférée en l’absence d’une stipulation expresse des parties en ce sens.
Un contrat à durée indéterminée peut être résilié moyennant un préavis raisonnable. Le caractère raisonnable de l’avis de résiliation dans un cas donné repose en grande partie sur les faits et sur le contexte. Comme Uniprix a envoyé un avis de résiliation le 26 juillet 2012, les pharmaciens‑membres auront bénéficié d’un préavis raisonnable à la date de la présente décision. En conséquence, il y a lieu de déclarer que le contrat d’affiliation prend fin à cette date.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel du Québec (la juge en chef Duval Hesler et les juges Levesque et Émond), 2015 QCCA 1427, [2015] AZ‑51213425, [2015] J.Q. no 8478 (QL), 2015 CarswellQue 8578 (WL Can.), qui a confirmé une décision du juge Dugré, 2013 QCCS 6251, [2013] AZ‑51027703, [2013] J.Q. no 17551 (QL), 2013 CarswellQue 12767 (WL Can.). Pourvoi rejeté, la juge en chef McLachlin et les juges Côté et Rowe sont dissidents.
Hubert Sibre, Julien Archambault et Jean‑Yves Fortin, pour l’appelante.
André Joli‑Cœur, Nathalie Vaillant et Bénédicte Dupuis, pour les intimées.
Contracts — Interpretation — Intention of parties — Contract of affiliation — Term and renewal procedure — Contract clause stipulating that contract renewable at discretion of only one party — Validity of contract whose effects could be perpetual — Whether trial judge erred in finding that renewal clause was clear and that it faithfully represented parties’ common intention of granting one of parties unilateral option to renew contract every five years, which other party would be unable to oppose — Whether possibility of contract of affiliation having perpetual effect is unlawful in Quebec civil law on basis that it is contrary to Civil Code of Québec or to public order — Civil Code of Québec, arts. 1425, 1512.
Held (McLachlin C.J. and Côté and Rowe JJ. dissenting): The appeal should be dismissed.
Per Abella, Moldaver, Karakatsanis, Wagner, Gascon and Brown JJ.: The trial judge made no palpable and overriding error in interpreting the contract. The unilateral renewal option granted to the member pharmacists in the contract of affiliation is consistent with the other provisions of the contract, with the circumstances surrounding its signature and its object, and with the parties’ conduct in applying it.
Per McLachlin C.J. and Côté and Rowe JJ. (dissenting): A contract without ambiguity is to be applied, not interpreted. But the trial judge’s conclusion that the contract of affiliation is clear and need not be interpreted is a palpable and overriding error. A reading of the entire contract reveals ambiguities which should have led the trial judge to go on to interpret the parties’ common intention under art. 1425 of the Civil Code of Québec.
APPEAL from a judgment of the Quebec Court of Appeal (Duval Hesler C.J. and Levesque and Émond JJ.A.), 2015 QCCA 1427, [2015] AZ‑51213425, [2015] J.Q. no 8478 (QL), 2015 CarswellQue 8578 (WL Can.), affirming a decision of Dugré J., 2013 QCCS 6251, [2013] AZ‑51027703, [2013] J.Q. no 17551 (QL), 2013 CarswellQue 12767 (WL Can.). Appeal dismissed, McLachlin C.J. and Côté and Rowe JJ. dissenting.
Hubert Sibre, Julien Archambault and Jean‑Yves Fortin, for the appellant.
André Joli‑Cœur, Nathalie Vaillant and Bénédicte Dupuis, for the respondents.
CALENDRIER D’AOÛT 2017
The next Bulletin of Proceedings will be published on September 1, 2017.
Le prochain Bulletin des procédures sera publié le 1 septembre 2017.
88 sitting days / journées séances de la cour
2 holidays during sitting days / jours fériés durant les sessions

References: CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC 
 art. 19
 art. 19
 CSC 
 art. 1425
 art. 1425