Source: http://jesusmarie.free.fr/2a2ae_q098.htm
Timestamp: 2017-10-23 06:10:04+00:00

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Question 98 : Du parjure
Après avoir traité de la tentation de Dieu, nous avons à nous occuper du parjure. — A cet égard quatre questions se présentent : 1° La fausseté est-elle requise pour le parjure ? — 2° Le parjure est-il toujours un péché ? (Le parjure que l’on fait par défaut de vérité n’admet pas de légèreté de matière. On pèche mortellement si l’on prend Dieu à témoin du plus léger mensonge. Innocent XI a condamné la proposition suivante : Vocare Deum in testem mendacii levis, non est tanta irreverentia propter quam velit aut possit damnare hominem.) — 3° Est-ce toujours un péché mortel ? (Cet article est une réfutation de l’erreur des priscilliens, qui pensaient le parjure permis : Jura, perjura, secretum prodere noli.) — 4° Celui qui oblige un parjure à jurer pèche-t-il ?
Article 1 : La fausseté de la chose que l’on affirme par serment est-elle requise pour qu’il y ait parjure ?
Objection N°1. Il semble que la fausseté de ce que l’on affirme par serment ne soit pas requise pour le parjure. Car, comme nous l’avons dit (quest. 89, art. 3), si la vérité doit accompagner le serment, le jugement et la justice doivent l’accompagner aussi. Par conséquent, comme on fait un parjure en manquant à la vérité, de même on se parjure par défaut de jugement, comme quand on jure indiscrètement, et par défaut de justice, comme quand on fait serment pour une chose illicite.
Réponse à l’objection N°1 : Comme le dit saint Jérôme (Sup. Hier, chap. 4), toutes les fois que l’une de ces trois choses manque, il y a parjure, mais non au même titre : 1° et avant toutes choses il y a parjure quand la vérité fait défaut, pour le motif que nous avons donné (dans le corps de cet article.) ; 2° il y a parjure quand il n’y a pas de justice ; car de quelque manière qu’une personne fasse serment pour une chose illicite, il tombe par là même dans le faux, puisqu’il est obligé de faire le contraire de ce qu’il jure ; 3° enfin il y a parjure par défaut de jugement, parce qu’en jurant indiscrètement on s’expose par là même au danger de tomber dans une fausseté (Dans le premier cas il y a parjure proprement dit ; dans les deux autres, le parjure n’a lieu secondairement.).
Objection N°2. Ce qui sert à confirmer une chose semble l’emporter sur la chose qu’il confirme ; comme dans un syllogisme les principes sont supérieurs à la conclusion. Or, dans le serment on se sert du nom de Dieu pour confirmer la parole de l’homme. Par conséquent, quand quelqu’un jure par les faux dieux, il semble qu’il se parjure plutôt que quand il affirme par serment une chose qui n’est pas vraie.
Réponse à l’objection N°2 : Dans un syllogisme les principes sont au premier rang parce qu’ils ont la nature du principe actif, comme le dit Aristote (Phys., liv. 2, text. 27). Mais dans les actes moraux la fin l’emporte sur leur principe actif. C’est pourquoi, quoiqu’on fasse un serment condamnable quand on jure une vérité au nom des faux dieux, cependant ce serment, tout criminel qu’il est, ne mérite pas le nom de parjure, parce que le parjure suppose la fin du serment détruite par la fausseté de la chose qu’on a jurée.
Objection N°3. Dans son livre sur les paroles de l’apôtre saint Jacques, saint Augustin dit (Serm. 28, chap. 2) que les hommes font de faux serments, quand ils trompent ou quand ils sont trompés. Et il en donne trois exemples : 1° Faites jurer, dit-il, quelqu’un qui pense que la chose qu’il jure est vraie tandis qu’elle est fausse ; 2° donnez-m’en un autre qui sache qu’elle est fausse et qui la jure comme si elle était vraie ; 3° supposez un troisième qui pense la chose fausse et qui la jure comme si elle était vraie, et qui l’est en réalité. Et il ajoute que ce dernier n’en est pas moins un parjure. La fausseté n’est donc pas requise pour le parjure.
Réponse à l’objection N°3 : Les actes moraux procèdent de la volonté qui a pour objet le bien perçu. C’est pourquoi si on prend une chose fausse pour une chose vraie, ce sera par rapport à la volonté une chose qui sera fausse matériellement, mais vraie formellement. Quand une chose est fausse et qu’on la connaît comme telle, il y a alors fausseté matérielle et formelle. Mais si l’on croit faux ce qui est vrai, l’idée que l’on a est vraie matériellement et fausse formellement. Dans chacune de ces hypothèses il y a une sorte de parjure (Il y a un parjure matériel ou formel.), parce qu’il y a une sorte de fausseté. Mais comme dans tous nos actes le formel doit l’emporter sur le matériel, celui qui jure une chose fausse qu’il croit vraie n’est pas parjure de la même manière que celui qui jure une chose vraie qu’il croit fausse (Le parjure est alors formel sans être matériel, tandis que dans l’hypothèse précédente il était matériel sans être formel. Le parjure matériel n’est pas coupable, à moins qu’on n’ait omis les précautions suffisantes pour s’instruire.). Car, comme le dit saint Augustin (ibid.) : Il importe beaucoup de savoir comment la parole est sortie de l’esprit ; puisque la langue n’est coupable qu’autant que l’esprit l’est lui-même.
Mais c’est le contraire. On définit le parjure un mensonge affirmé avec serment.
Conclusion La fausseté du serment est de l’essence du parjure.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. 92, art. 2, et 1a 2æ, quest. 1, art. 3, et quest. 18, art. 6), les actes moraux tirent leur espèce de leur fin. Or, le serment a pour fin de confirmer la parole de l’homme, et la fausseté est opposée à ce but. Car on confirme ce que l’on dit en montrant que c’est une vérité inébranlable, ce que l’on ne peut faire à l’égard d’une chose fausse. Par conséquent la fausseté détruit directement la fin qu’on se propose en jurant. C’est pourquoi la fausseté est ce qui spécifie principalement la malice de serment qu’on appelle un parjure. Elle est donc de l’essence du parjure.
Article 2 : Tout parjure est-il un péché ?
Objection N°1. Il semble que tout parjure ne soit pas un péché. Car quiconque n’accomplit pas ce qu’il a juré semble être un parjure. Or, toutes les fois qu’on jure que l’on fera quelque chose d’illicite, par exemple, un adultère ou un homicide, si on le fait, on pèche. Si en ne le faisant pas on se rendait coupable de parjure, il s’ensuivrait qu’on serait perplexe.
Réponse à l’objection N°1 : Celui qui jure qu’il fera une chose illicite se parjure en faisant ce serment, parce qu’il manque de justice (Par défaut de justice le parjure est tantôt véniel et tantôt mortel.). Mais s’il ne fait pas ce qu’il a juré de faire, il ne se parjure plus par là, parce que ce qu’il a juré ne pouvait être la matière d’un serment.
Objection N°2. On ne pèche pas en faisant ce qu’il y a de mieux. Or, quelquefois en se parjurant on fait ce qu’il y a de mieux, comme quand on a juré qu’on n’entrerait pas en religion ou qu’on ne ferait pas quelque autre acte de vertu. Tout parjure n’est donc pas un péché.
Réponse à l’objection N°2 : Celui qui jure de ne pas entrer en religion, ou de ne pas donner l’aumône, ou toute autre chose semblable, fait en ce cas un parjure par défaut de jugement (Par défaut de jugement, le serment est plus ou moins coupable en raison de la négligence plus ou moins grande que l’on a mise à s’enquérir de la vérité (Voyez quest. 89, art. 3).). C’est pourquoi quand il fait ce qu’il y a de mieux, son action n’est plus un parjure, mais elle lui est contraire, puisque l’acte opposé ne pouvait être la matière d’un serment.
Objection N°3. Celui qui jure de faire la volonté d’un autre, s’il ne la fait pas, semble être un parjure. Or, il peut arriver qu’on ne pèche pas en manquant à cet engagement, comme quand on commande quelque chose de trop dur et de trop pénible. Il semble donc que tout parjure ne soit pas un péché.
Réponse à l’objection N°3 : Quand on jure ou que l’on promet de faire la volonté d’un autre on sous-entend toujours cette condition, c’est que la chose commandée soit licite, honnête, supportable ou qu’elle n’ait rien d’exagéré.
Objection N°4. Un serment promissoire regarde l’avenir, comme un serment affirmatif regarde le passé et le présent. Or, il peut arriver que l’obligation du serment soit détruite par ce qui survient ensuite. Ainsi une ville jure de conserver une chose, et il arrive ensuite dans cette ville de nouveaux citoyens qui ne l’ont pas juré ; ou bien un chanoine jure d’observer les statuts d’une église, et il arrive que postérieurement à son serment on en fait de nouveaux. Il semble qu’en ce cas celui qui transgresse son serment ne pèche pas.
Réponse à l’objection N°4 : Le serment étant un acte personnel, celui qui devient citoyen d’une ville n’est pas obligé par le serment à conserver ce que la ville a juré de conserver, mais il y est tenu par la fidélité qui l’oblige du moment où il participe aux biens de la cité à participer également aux charges. Quant au chanoine qui jure d’observer les statuts, promulgués dans un chapitre, il n’est pas tenu par son serment à observer les statuts qu’on peut faire ensuite ; à moins qu’il n’ait eu l’intention de s’obliger pour tous les statuts faits ou à faire. Néanmoins il est tenu de les observer par la force même de ces statuts qui ont une puissance coactive, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (1a 2æ, quest. 96, art. 4).
Mais c’est le contraire. Dans son livre sur les paroles de l’apôtre saint Jacques, saint Augustin, parlant du parjure (Serm. 28, chap. 2), s’écrie : Vous voyez combien on doit détester ce monstre et combien on doit faire d’efforts pour l’exterminer et le bannir des choses humaines.
Conclusion Tout parjure est un péché, puisqu’il est opposé à la vertu de religion.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. 89, art. 1), jurer c’est prendre Dieu à témoin. Or, c’est manquer de respect envers Dieu que de le prendre à témoin pour une chose fausse ; car c’est donner à entendre que Dieu ne connaît pas la vérité ou qu’il veut attester le mensonge. C’est pourquoi le parjure est un péché manifestement contraire à la vertu de religion, qui nous fait un devoir d’honorer Dieu.
Article 3 : Tout parjure est-il un péché mortel ?
Objection N°1. Il semble que tout parjure ne soit pas un péché mortel. Car il est dit dans le droit (in Decret., part. 2, tit. 24, chap. 15) : A l’égard de la question qu’on nous fait lorsqu’on nous demande si ceux qui font serment malgré eux, pour sauver leur vie et leurs biens, sont délivrés du lien qu’ils ont formé, nous répondons que nous n’avons pas d’autre sentiment que celui de nos prédécesseurs les souverains pontifes qui ont délié de leur serment ceux qui se sont trouvés dans ce cas. Au reste, pour agir avec plus de prudence et éloigner la matière du parjure, il ne faut pas leur dire expressément de ne pas tenir leur serment ; mais s’ils ne le tiennent pas, on ne doit pas les punir pour cela, comme pour un péché mortel. Tout parjure n’est donc pas un péché mortel.
Réponse à l’objection N°1 : Comme nous l’avons dit (quest. 89, art. 7, Réponse N°3), la contrainte (Il y a controverse sur ce point, comme nous l’avons observé (quest. 89, art. 7).) n’empêche pas le serment promissoire d’obliger quand il s’agit d’une chose qu’il est permis de faire ; c’est pourquoi si l’on ne fait pas ce que l’on a juré par contrainte, on n’en est pas moins parjure et l’on pèche mortellement. Cependant le souverain pontife a le pouvoir de délier de ces sortes de serments, surtout si la violence a eu pour cause une crainte (Si la crainte avait été de nature à jeter l’homme hors de lui-même, de telle sorte qu’il n’ait pas su ce qu’il faisait en faisant le serment, il est évident que dans ce cas il ne serait tenu à rien.) capable d’agir sur un homme ferme et constant. Si le droit décide qu’on ne doit pas punir ces parjures comme ceux qui auraient fait un péché mortel, cela ne signifie pas qu’ils ne pèchent pas mortellement ; on a seulement eu l’intention de mitiger leur peine.
Objection N°2. Comme le dit saint Chrysostome (Alius auctor, hom. 94 in op. imperf.) : Jurer par Dieu c’est plus que de jurer par l’Evangile. Or, celui qui jure par Dieu pour une chose fausse ne pèche pas toujours mortellement ; tel est, par exemple, celui qui en riant et sans y penser a l’habitude dans la conversation d’employer cette sorte de serment. Il n’y a donc pas non plus toujours péché mortel quand on manque à un serment que l’on a fait solennellement par l’Evangile.
Réponse à l’objection N°2 : Celui qui fait un serment par manière de plaisanterie (jocosè) manque de respect envers la Divinité, et sous un rapport sa légèreté d’esprit aggrave sa faute ; par conséquent on ne l’excuse pas de péché mortel (Ceux qui sont dans l’habitude de prendre fréquemment le nom de Dieu à témoin doivent faire tous leurs efforts pour se corriger de ce défaut, parce que les fautes dans lesquelles cette habitude entraîne peuvent être plus graves qu’on ne pense.) Celui qui échappe (ex lapsu linguæ) un serment à propos d’une chose fausse, s’il remarque qu’il jure et que ce qu’il atteste avec serment est faux, il n’est pas non plus excusable de péché mortel, ni de mépris envers Dieu. Mais s’il n’y fait pas attention, en ce cas il ne paraît pas avoir eu l’intention de jurer, et c’est ce qui l’excuse du parjure. C’est donc un péché plus grave de jurer solennellement par l’Evangile que de jurer par Dieu, comme on le ferait dans une simple conversation, soit parce que le scandale est plus grand, soit parce qu’on agit avec plus de délibération. Mais, toutes choses égales d’ailleurs, c’est une plus grande faute de se parjurer quand on jure par Dieu que quand on jure par l’Evangile.
Objection N°3. D’après le droit pour un parjure on est réputé infâme, comme on le voit (6, quest. 1, chap. Infames). Or, il ne semble pas que pour tout parjure on encoure la note d’infamie. Ainsi le droit ne déclare pas infâme celui qui viole un serment affirmatif. Par conséquent tout parjure ne paraît pas être un péché mortel.
Réponse à l’objection N°3 : L’on n’est pas déclaré infâme par le droit pour un péché mortel quelconque. Par conséquent, de ce que celui qui fait un faux serment affirmatif n’est pas infâme de droit, et qu’il ne l’est qu’après une sentence définitive portée contre lui, il ne s’ensuit pas pour cela qu’il ne pèche pas mortellement. C’est pourquoi on regarde plutôt comme infâme ipso jure celui qui manque à un serment promissoire qu’il a fait solennellement, parce que celui qui fait cette sorte de serment peut toujours, après qu’il l’a fait, le rendre véritable en tenant sa promesse, tandis qu’il n’en est pas de même du jugement affirmatif.
Mais c’est le contraire. Tout péché qui est contraire au précepte divin est un péché mortel. Or, le parjure est contraire au précepte divin. Car il est dit (Lév., 19, 12) : Vous ne jurerez point faussement en mon nom. Il est donc un péché mortel.
Conclusion Le parjure impliquant par sa nature le mépris de Dieu est manifestement un péché mortel.
Il faut répondre que, comme le dit Aristote (Post., liv. 1, text. 5), c’est surtout d’après la fin ou le but d’une chose qu’on la juge. Ainsi nous voyons que ce qui n’est en soi que péché véniel ou même que ce qui est bon en son genre devient péché mortel, si on le fait par mépris pour Dieu. Donc à plus forte raison tout ce qui tend par sa nature au mépris de Dieu est-il péché mortel. Et comme le parjure implique essentiellement ce mépris, et que ce n’est même une faute, ainsi que nous l’avons dit (art. préc.), que parce qu’il suppose un défaut de respect envers Dieu, il en résulte que par sa nature il est une faute mortelle.
Article 4 : Pèche-t-il mortellement celui qui fait faire un serment à quelqu’un qui se parjure ?
Objection N°1. Il semble que celui qui fait faire un serment à un parjure pèche. Car il sait qu’il jure vrai ou qu’il jure faux. S’il sait qu’il jure vrai, il lui fait faire un serment pour rien ; ou s’il croit qu’il jure faux, il le porte, autant qu’il est en lui, à pécher. Il semble donc qu’on ne doive d’aucune manière enjoindre le serment à quelqu’un.
Réponse à l’objection N°1 : Cette objection se rapporte au cas où l’on exige le serment pour soi-même. Alors on ne sait pas toujours si celui qui jure atteste une vérité ou un mensonge ; mais quelquefois on doute d’un fait et l’on croit que celui qui jure attestera la vérité. En ce cas, pour plus de certitude, on exige le serment.
Objection N°2. C’est une chose moins grave de recevoir le serment de quelqu’un que de le lui imposer. Or, il ne paraît pas licite de recevoir de quelqu’un le serment et surtout s’il fait un parjure, parce que dans ce cas on paraît consentir à son péché. Il semble donc qu’il soit encore beaucoup moins permis d’exiger le serment de quelqu’un qui fait un parjure.
Réponse à l’objection N°2 : Comme le dit saint Augustin (Ep. 154), quoiqu’il nous soit défendu de jurer, cependant on ne trouve dans aucun endroit des saintes Ecritures qu’on ne doive pas recevoir le serment de quelqu’un. Par conséquent celui qui reçoit ce serment ne pèche pas, sinon dans le cas où de lui-même il obligerait à jurer quelqu’un qu’il saurait prêt à faire un faux serment.
Objection N°3. Il est écrit (Lév., 5, 1) : Si un homme pèche, parce qu’ayant entendu quelqu’un faire un serment et ayant été témoin de ce qui s’est passé soit pour l’avoir vu, soit pour l’avoir su, il n’a pas voulu publiquement les dénoncer, il portera la peine de son iniquité. D’où il résulte que celui qui sait qu’un autre fait un faux serment est tenu de l’accuser. Il ne lui est donc pas permis d’exiger de lui ce serment.
Réponse à l’objection N°3 : Comme le dit encore le même docteur (Lib. quæst. sup. Levit., quest. 1), Moïse ne dit pas en cet endroit à qui il faut dénoncer le parjure ; c’est pourquoi on entend qu’on doit le dénoncer plutôt à ceux qui peuvent lui être utiles qu’à ceux qui peuvent lui nuire, il ne dit pas non plus dans quel ordre on doit le faire connaître ; c’est pourquoi il semble qu’on doive suivre l’ordre de l’Evangile, quand le péché du parjure est caché et surtout qu’il ne tourne point au dommage d’autrui. Car s’il devait nuire à quelqu’un, on ne devrait plus observer cet ordre, comme nous l’avons dit (quest. 68, art. 1).
Objection N°4. Mais c’est le contraire. Comme celui qui fait un faux serment pèche, de même celui qui jure par les faux dieux. Or, il est permis de faire usage du serment de celui qui jure par les faux dieux, selon saint Augustin (Ep. 154). Par conséquent il est permis d’exiger le serment de celui qui fait un parjure.
Réponse à l’objection N°4 : Il est permis de se servir du mal pour le bien, comme Dieu le fait, mais il n’est pas permis de porter quelqu’un au mal. Ainsi on peut recevoir le serment de celui qui est disposé à jurer par les faux dieux, mais il n’est pas permis de l’engager à jurer de la sorte (Si on exigeait de lui qu’il jurât par les faux dieux, ce serait exiger de lui formellement et directement un péché, ce qui n’est jamais permis.). L’état de celui qui fait un faux serment au nom du vrai Dieu, paraît être tout différent, parce que dans un serment de cette nature il n’y a pas la bonne foi qu’on peut mettre à profit dans le serment de celui qui prend les faux dieux à témoin pour une chose vraie, comme le dit saint Augustin (Ep. 154). Par conséquent, dans le serment de celui qui jure par le vrai Dieu une chose fausse, il n’y a rien de bon dont il soit permis de faire usage (C’est pourquoi saint Thomas permet l’un sans vouloir permettre l’autre.).
Conclusion Si quelqu’un, comme homme privé, exige le serment d’un autre qu’il ne saurait pas prêt à faire un parjure, il ne pèche pas, mais il en serait autrement s’il le savait : pour une personne publique qui exige le serment conformément à la loi sur la demande d’un tiers, quelque connaissance qu’il ait des dispositions de celui qui jure, il est absolument exempt de péché.
Il faut répondre qu’à l’égard de celui qui exige d’un autre le serment il y a une distinction à faire. Car ou il exige le serment pour lui-même, de son chef, ou il l’exige pour un autre, selon qu’il y est contraint par les devoirs de la charge qu’il remplit. Si on exige le serment pour soi-même, comme homme privé, il faut encore distinguer, comme le dit saint Augustin (Serm. 28 de verb. apost., chap. 10). Car s’il ne sait pas qu’il va faire un faux serment (Dans le cas où il y aurait doute sur la fidélité de celui qui fait le serment, on pourrait toujours l’exiger, parce que le doute ne suffit pas pour détruire un droit acquis.) et qu’il lui dise de jurer afin d’être plus sur de sa parole, il n’y a pas de péché à demander ce serment, mais il y a là une tentation humaine, parce qu’on agit ainsi d’après les conseils de notre faible nature qui doute toujours de la véracité des autres. C’est de ce serment dont parle Notre-Seigneur quand il dit (Matth., 5, 37) : Que ce qui va plus loin vient du mal. Mais s’il sait que celui qui jure a fait le contraire de ce qu’il affirme avec serment et qu’il le force néanmoins à jurer, il est un homicide (Saint Thomas compare le parjure à l’homicide, et il montre qu’en lui-même et d’après son objet il est plus grave (Quolibet., 1, art. 18).). Car le parjure donne à son âme la mort, et celui qui l’a contraint de jurer lui a mis le poignard à la main et l’a poussé à se le plonger dans le sein (Cependant si le serment était un moyen de faire triompher la justice, saint Alphonse de Liguori reconnaît qu’on aurait droit de l’exiger malgré le parjure (Theolog. mor., liv. 2, n° 77).). — Pour une personne publique, si elle exige le serment conformément à la loi sur la demande d’un tiers, il n’y a pas faute pour elle d’obliger au serment, quelque connaissance qu’elle ait préalablement de la fausseté ou de la vérité du serment. Car ce n’est pas elle qui exige le serment, elle ne l’exige que sur les instances de l’autre partie dont les intérêts sont en cause.

References: art. 3
 art. 2
 art. 3
 art. 6
 art. 3
 art. 4
 art. 1
 art. 7
 art. 7
 art. 1
 art. 18