Source: http://www.philagora.net/capes-agreg/bacon-novum2.php
Timestamp: 2018-02-25 13:34:08+00:00

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§41- Les idoles de la tribu ont leur fondement dans la nature humaine elle-même, dans la race, dans la souche des hommes. C’est à tort en effet qu’on affirme que les sens humains sont la mesure des choses ; bien au contraire, toutes les perceptions, des sens comme de l’esprit, ont proportion à l’homme, non à l’univers.
§42- Les idoles de la caverne sont celles de l’homme considéré individuellement. En effet, chacun a une sorte de caverne, d’antre individuel qui brise et corrompt la lumière de la nature, par suite de différentes causes : la nature propre et singulière de chacun ; l’éducation et le commerce avec autrui, la lecture des livres et l’autorité de ceux qu’on honore et admire ; ou encore les différences des impressions, selon qu’elles rencontrent une disposition prévenue et déjà affectée, ou au contraire égale et paisible.
§43- Il y a aussi les idoles qui naissent du rapprochement et de l’association des hommes entre eux ; et à cause de ce commerce et de cet échange nous les appelons les idoles du forum. Car les hommes s’associent par les discours, mais les mots qu’ils imposent se règlent sur l’appréhension du commun. De là, ces dénominations pernicieuses et impropres, qui assiègent l’entendement humain de manière si surprenante. Et les définitions, les explications, dont les doctes usent à l’occasion pour s’en prémunir et s’en dégager, ne rétablissent nullement la situation. Mais il est manifeste que les mots font violence à l’entendement, qu’ils troublent tout et qu’ils conduisent les hommes à des controverses et à des fictions innombrables et vaines.
§44- Il y a enfin des idoles qui, propagées par les systèmes des philosophes et aussi par les règles défectueuses des démonstrations, sont venues s’implanter dans l’esprit des hommes. Nous les appelons les idoles du théâtre. Car autant de philosophies reçues ou inventées, autant, à nos yeux, de fables mises en scène et jouées, qui ont créé des mondes fictifs et théâtraux.
§45- L’entendement humain, en vertu de son caractère propre est porté à supposer dans les choses plus d’ordre et d’égalité qu’il n’en découvre ; et, bien qu’il y ait dans la nature beaucoup de choses sans concert et sans pareil, cependant l’entendement surajoute des parallèles, des correspondances, des relations qui n’existent pas.
§50- Par eux-mêmes les sens sont quelque chose de faible et d’égarant ; et les instruments employés pour les aiguiser et pour en étendre la portée ont peu d’effet. Mais toute interprétation plus vraie de la nature s’obtient à l’aide d’instances et d’expériences convenables et appropriées. Là, les sens jugent de l’expérience seule ; l’expérience (experimentum), de la nature et de la chose même.
§59- Les idoles de la place publique sont de toutes les plus incommodes ; elles se glissent dans l’entendement à la faveur de l’alliance des mots et des noms avec les choses. Les hommes croient en effet que leur raison commande aux mots. Mais il se fait aussi que les mots retournent et réfléchissent leur puissance contre l’entendement ; effet qui a rendu sophistiques et inactives les sciences et la philosophie. Or les mots sont le plus souvent imposés selon l’appréhension du commun et dissèquent les choses selon les lignes les plus perceptibles à l’entendement humain.
§62- En général, quand il s’agit de donner à la philosophie son matériau, on tire beaucoup de peu ou peu de beaucoup, en sorte que, des deux côtés, la philosophie repose sur une base d’expérience et d’histoire naturelle trop étroite, et décide sur l’autorité de trop peu de données. En effet, il est un premier genre de philosophes, le genre rationnel, qui glanent de l’expérience des observations variées et communes, sans les avoir établies avec certitude ni examinées ou pesées avec soin ; et tout le reste, ils le font reposer, dans la méditation et l’agitation de l’esprit.
Il y a aussi un autre genre de philosophie qui, s’étant appliqués avec attention et précision à un petit nombre d’expériences, se sont enhardis jusqu’à former et façonner des philosophies, et tout le reste, de façon singulière, ils le ramènent de force à ces expériences.
Il y a encore un troisième genre : ceux qui mêlent à la philosophie la théologie et les traditions, au nom de la foi et de la vénération. Ainsi la souche des erreurs et la fausse philosophie se divisent en trois genres : sophistique, empirique, superstitieux.
vers: L’entendement humain ...

References: §42

§43

§44

§45

§50

§59

§62