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Timestamp: 2017-04-23 10:05:33+00:00

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‪Les légendes relatives à l'origine hybride et à la naissance des girafes selon les auteurs arabes‪
?Les légendes relatives à l’origine hybride et à la naissance des girafes selon les auteurs arabes?
2014/1 (Tome LXII) Pages : 280 Affiliation : Revue affiliée à Revues.org ISBN : 9782351594032 Éditeur : Presses de l’Ifpo
Pages 125 - 147 Article suivant
Si l’histoire de la girafe dans l’Antiquité égyptienne ? [1][1] Cannuyer 2010.? , gréco-latine ? [2][2] Gatier 1996 ; Gatier 2005 ; Buquet 2006.? puis au Moyen Âge ? [3][3] Buquet 2008 ; Buquet 2012b.? est aujourd’hui mieux connue, son histoire en terre d’islam a été relativement peu étudiée ? [4][4] Eisenstein 1992 ; Meinecke-Berg 2000 ; Sublet 200...? . Un article récent de Remke Kruk en donne une bonne synthèse, non exhaustive ? [5][5] Kruk 2008.? . La présente étude se propose de développer et de préciser certains points qui y sont abordés, notamment à propos de l’origine des girafes : leur hybridité supposée, les légendes autour de leur naissance et la licéité de la consommation de leur viande selon l’islam. L’article de R. Kruk aborde bien d’autres aspects de l’histoire de cet animal, notamment son statut de cadeau diplomatique et de vedette des ménageries princières ? [6][6] Étienne Quatremère donne de nombreux exemples de ces...? que nous n’évoquerons ici que dans le cadre de la connaissance directe de cet animal par les savants arabes.
La brève notice consacrée à la girafe dans l’Encyclopédie de l’islam ? [7][7] Viré 2005.?
, rédigée par le spécialiste de la chasse et de la fauconnerie François Viré ? [8][8] F. Viré est par ailleurs auteur de nombreuses et très...?
, donne une fausse image de la connaissance de cet animal en terre d’islam. L’auteur y affirme notamment que « les Arabes n’ont guère connu la girafe et ne s’y sont pas intéressés », et que ni al-Dam?r? ni al-Qazw?n? ne la mentionnent, ce qui est également inexact. F. Viré évoque comme seule source arabe al-???i?, qui critique, dans son Kit?b al-?ayaw?n ? [9][9] Al-???i?, Kit?b al-?ayaw?n, éd. H?r?n, I, 38, p. 241-243 ;...?
, ses prétendues origines hybrides. Al-???i? détaille l’explication qu’on a voulu donner à l’origine des girafes, selon lui nommées en persan uštur-g?w-palank,« chameau-vache-hyène ». Pour justifier ce nom composite, certains prétendent, selon al-???i?, que la girafe serait un hybride obtenu au bout de deux générations, d’une chamelle, d’une hyène mâle et d’une vache sauvage (ou un oryx). L’hyène mâle couvre une chamelle, et le fruit de leur union, si c’est un mâle, couvrant une vache sauvage, donnera la girafe. Mais pour al-???i?, la girafe n’est pas un hybride, et il explique que ces unions contre-nature successives sont le fruit des imaginations débordantes d’auteurs peu scrupuleux qui cherchent à expliquer l’origine des animaux par l’étymologie de leurs noms. En persan, le nom de l’autruche, qui est appelée oiseau-chameau ashtarmurgh (aštar : chameau et mur? : oiseau), comme chez les Grecs (struthiokamelos, struthio : oiseau, kamelos : chameau, dromadaire)
? [10][10] Viré 1993 a.?
, subit le même phénomène d’hybridation linguistique. L’hybridité de la girafe dans l’Antiquité
Selon F. Viré, l’hybridité de la girafe aurait été acceptée par la majorité des auteurs antiques, qui la considéraient comme le produit du croisement entre des camélidés, des bovins et des panthères. Pourtant, la plupart des auteurs classiques et médiévaux n’indiquent pas qu’il s’agit d’un animal hybride, mais appuient leurs descriptions sur le nom de l’animal ? [11][11] Gatier 1996, p. 910.?
, en comparant la girafe avec le chameau et la panthère pour ses principaux aspects et avec d’autres animaux pour son comportement ou certaines parties de son anatomie. En effet, le nom donné à la girafe par les Grecs, dès l’époque ptolémaïque, est kamelopardalis, repris ensuite en latin en camelopardalis, ce qui signifie littéralement « chameau-panthère ». Les descriptions antiques de la girafe semblent alors vouloir parfois justifier le nom de l’animal à partir de son apparence physique : apparaissent toujours des éléments évoquant le chameau (son cou, sa démarche) ou la panthère (son pelage tacheté ou bigarré). La majorité des auteurs grecs et latins savent qu’il s’agit d’un animal réel et d’une espèce propre, et non d’une création chimérique issue d’une hybridation. Le géographe Strabon (mort en 19 après J.-C.) insiste notamment sur les différences entre l’animal réel et son nom : il critique la ressemblance supposée avec la panthère à cause du caractère pacifique de la girafe, qui a la douceur d’un animal domestiqué, et par son apparence physique, ne ressemblant en rien à la panthère ; Strabon précise que les taches de son pelage se rapprochent plus de celles d’un cervidé que d’un félin. Il pointe aussi les différences avec le chameau en précisant que son cou est beaucoup plus grand, jusqu’à manger sur le sommet des arbres ? [12][12] Strabon, Géographie, éd. Jones, 17.3, 4-5, p. 336...?
. Le nom composé de l’animal est donc une convention et n’a pas de signification zoologique réelle ? [13][13] Bodson 2005, p. 471-472.?
Seulement trois auteurs grecs présentent la girafe comme un hybride issu de l’accouplement d’espèces distinctes ? [14][14] Gatier 1996, p. 910.?
: Poséidonios d’Apamée (ii
er s. av. J.-C.), transmis par Diodore de Sicile (i
er s. av. J.-C.) ? [15][15] Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, éd. Casevitz,...?
, Oppien d’Apamée dans ses Cynégétiques (iii
e s. apr. J.-C., ? [16][16] Oppien, Cynégétiques, éd. Mair, III, 461-482, p. ...?
et Timothée de Gaza (v
e s. ap. J.-C.) ? [17][17] Timothée de Gaza, Peri zôôn, trad. Bodenheimer, chap....?
Diodore signale la présence en Afrique d’animaux à double nature, dont l’autruche. Ensuite, il passe à la girafe. Dans le passage suivant, il cite le tragelaphos (« chèvre-cerf ») et la bubalis comme des « espèces à double forme ». La girafe de Diodore est décrite comme le mélange des deux animaux présents dans sa désignation, et compare ses caractéristiques physiques avec celles du chameau et de la panthère. Oppien parle lui aussi d’une nature mixte ? [18][18] Une scholie médiévale dans un manuscrit d’Oppien commente...?
, mais va plus loin en précisant que la panthère s’est unie avec le chameau pour la produire. Chez Oppien, l’autruche suit la girafe et est décrite également comme une merveille à double nature, mélange d’oiseau et de chameau, même s’il n’évoque pas une possible origine hybride de l’autruche.
Le texte de Timothée de Gaza est beaucoup plus difficile à établir car il nous est parvenu sous forme de fragments médiévaux incomplets ? [19][19] Zumbo 1996 ; Minniti Colonna 1977 ; Wellmann 1927?
. Des extraits de son traité sur les animaux, le Peri zôôn, ont été inclus dans une encyclopédie zoologique du ix
e siècle, la Syllogé Constantini, écrite à la cour de l’empereur byzantin Constantin VII ? [20][20] Supplementum Aristotelicum, éd. Lambros 1885.?
. Il existe également un résumé (épitomé) byzantin du xi
e siècle ? [21][21] Excerpta (sic) ex Timothei Gazaei libris de animalibus,...?
. Enfin, des passages du Peri zôôn sont cités par al-Marwaz? au xii
e siècle ? [22][22] Kruk 2001.?
. Dans la Syllogé Constantini, la girafe est présentée comme une sorte de mélange entre deux animaux, le chameau et la panthère, réunis en un seul. L’épitomé du xi
e siècle dit plus clairement que la girafe est née de l’union (grec épimixia, « relation mutuelle, commerce », sens moderne : « métissage ») de deux animaux ? [23][23] Buquet 2012 a, § 44.?
. Al-Marwaz? ne reprendra pas ces passages sur la prétendue hybridité, et ce tout à fait volontairement, comme nous le verrons plus loin.
Quoiqu’il en fût des intentions réelles d’Oppien et Timothée, entre « mélange » figuré et « hybridation » réelle, la kamelopardalis est présentée dans leurs textes comme une merveille de la nature. La transformation, à l’époque impériale, de la girafe, animal bien connu et décrit à l’époque hellénistique, et vu notamment à plusieurs reprises à Rome entre le i
er et le iii
e siècle ? [24][24] Gatier 1996.?
, en une merveille « hybride », n’a rien d’étonnant : on connaît le goût pour les prodiges à Rome et dans le reste de l’Empire. Les monstres de la mythologie et les hybrides « linguistiques » sont devenus des réalités admises par la majorité des auteurs. L’étrange, le merveilleux, l’inhabituel, l’hybride et l’exotique trouvent souvent une explication elle-même « merveilleuse » ? [25][25] Li Causi 2008, p. 113 et suiv.?
. Par exemple, Pline l’Ancien parle d’un félin hybride, né de l’adultère d’une lionne et d’un mâle panthère ? [26][26] Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VIII, 17, éd....?
. L’animal n’est pas nommé, mais à la suite de Pline, le leopardus (grec leopardos), dont le nom apparaît aux ii
e et iii
e siècles, sera très souvent présenté comme le fruit de ces amours adultérines ? [27][27] Buquet 2011, p. 20-21.?
? va être également diffusée au Proche-Orient antique sous forme figurée. De nombreuses mosaïques, aujourd’hui conservées en Palestine, Jordanie ou Syrie, représentent, parmi une faune exotique très variée, des girafes. Elles sont figurées tantôt de façon naturaliste, tantôt sous la forme d’un chameau tacheté, comme par exemple sur une mosaïque à Pétra (?
?). Il semble dans ce cas que les artistes, aient alors synthétisé dans le chameau tacheté les deux parties d’un nom d’un animal mal connu, faute de modèle vivant ou pictural ?
? [28][28] Gatier 1996 et 2005.?
?Figure 1 : Deux « caméléopards », mosaïque de l’église Byzantine de Pétra. Non daté (période proto-byzantine ?)?
?Photo Thierry Buquet.?
Oppien d’Apamée et Timothée de Gaza nous intéressent ici tout particulièrement car leurs œuvres ont été connues dans le monde arabe. Sans qu’Oppien ne soit nommément cité, des extraits de ses écrits peuvent être reconnus dans certains traités cynégétiques arabes, comme le Kit?b al-ma??yid wa-l-ma??rid (Traité de chasse avec des animaux et des oiseaux de proie) de Kuš??im (m. avant 971) ? [29][29] Kuš??im, Kit?b al-ma??yid wa-l-ma??rid, éd. Talas, 1954,...?
et dans le livre de chasse d’al-Mans?r (xiii
e s.) ? [30][30] Al-Man??r, On Hunting, éd. Clark & Derhalli, 2001,...?
. Oppien est également repérable dans le ?aba?i? al-?ay?wan d’al-Marwaz? (xii
e s.) ? [31][31] Kruk 2001, p. 369.?
ou encore chez al-Qalqašand? ? [32][32] Viré 1993 b, p. 948, citant al-Qalqašand? ?ub? al-a?š?...?
. Dans ces textes, il est fait mention de deux variétés de panthères (al-namir), l’une corpulente avec une queue courte, l’autre moins forte avec une longue queue. Cette évocation de deux races de panthères (grec pardalis) n’existe que chez deux auteurs antiques : Oppien ? [33][33] Oppien, Cynégétiques, trad. L’Allier, 2009, III, 63,...?
et Timothée de Gaza ? [34][34] Timothée de Gaza, Peri zôôn, § 11, p. 25. ?
. Timothée est avant tout un compilateur et il a notamment beaucoup emprunté à Oppien ? [35][35] Plusieurs emprunts à Oppien sont signalés par les...?
: il est probable qu’il lui ait repris ce passage sur les panthères. 11
Timothée de Gaza a souvent été évoqué comme une source importante de la zoologie arabe ? [36][36] Ullmann 1972, p. 15-17 et 23.?
. Le Peri Zôôn a été traduit en syriaque et en arabe, dont le texte est connu sous le titre Kit?b al-?ayaw?n al-qad?m ? [37][37] Contadini 2003, p. 20.?
, probablement écrit au viii
e ou au ix
e siècle, mais qui ne nous a pas été directement transmis ? [38][38] Lauzi 2012, p. 48-49 ; Wellmann 1927, p. 181.?
. La présence de citations de son œuvre a été conjecturée, par exemple, mais de façon peu certaine, chez Ibn Qutayba ? [39][39] Ibn Qutayba, The natural history section from a 9
ou chez al-Tawh?d? ? [40][40] Al-Taw??d?, The Zoological Chapter of the Kit?b al-Imt??...?
. Le Nu??t al-?ayaw?n, compilation zoologique d’inspiration aristotélicienne, datant du x
e siècle, contient 14 notices d’animaux dont les textes correspondent à ceux de Timothée ? [41][41] Kruk 2007, p. 57. Manuscrit de Saint-Petersbourg,...?
Timothée n’est cité nommément à notre connaissance qu’à deux reprises par des auteurs arabes, chez al-Marwaz?, sous les noms de ??m?tiy?s, ??m?s?s, A?m?niy?s et A?m?n?s ? [42][42] Kruk 2001, p. 358.?
, et chez al-Qazw?n? sous le nom de ?ihm?n (parfois retranscrit ?im?t dans certaines éditions) ? [43][43] A??’ib al-ma?l?q?t, passage traduit par Kruk 2008,...?
. Al-Marwaz? cite explicitement Timothée à propos du lion, du cheval, de la chèvre sauvage, du rhinocéros, du catoblepas, de l’hyène, de l’écureuil, des serpents et de la girafe. Al-Qazw?n? le cite lui aussi à propos de la girafe : il évoque son origine hybride (en reprenant l’histoire rapportée par al-?a?i?) et ajoute ensuite que « ?ihm?n le Sage » rapporte que, près de l’équateur, toutes sortes d’animaux se rendent en été près des points d’eau pour se désaltérer. Parfois, certains s’accouplent avec d’autres espèces, générant des animaux comme la girafe ou d’autres hybrides comme le sim? (croisement d’hyène mâle et de louve) ou le ?isb?r (croisement du loup et de l’hyène femelle). ? [44][44] Kruk 2008, p. 584.?
?Ces rencontres aux abords des points d’eau ne sont pas évoquées ni dans l’?
?, ni dans l’?
? grecs de Timothée de Gaza ?
? [45][45] Ceci pourrait faire douter de l’identification du...?
?. Al-Marwaz? fait mention, lorsqu’il cite Timothée, de la réunion de girafes aux abords des points d’eaux dans les régions désertiques de l’« Inde », mais sans dire que les girafes y rencontrent d’autres animaux et encore moins qu’elles s’y accouplent avec d’autres espèces ?
? [46][46] Kruk 2001, p. 364.?
?. Cette histoire d’hybridations aux abords de point d’eaux se trouve déjà chez Aristote ?
? [47][47] Aristote, Génération des animaux, 746b, éd. Louis,...?
? et chez Pline ?
? [48][48] Pline, Histoire naturelle, éd. Ernout, VIII, 17, ...?
?. Cette information est reprise par plusieurs auteurs arabes, par exemple Ibn Qutayba ?
? [49][49] Ibn Qutayba, « The Natural History Section from a...?
? et Ibn ?allik?n ?
? [50][50] Cité par al-Dam?r?, trad. Jayakar, II, p. 8.?
?, qui donnent une origine abyssine à la girafe à cause de son statut d’hybride supposé, créé au bord des points d’eau dans les régions désertiques, se situant en Abyssinie. Ces rencontres ?
sont également évoquées dans le Nu??t al-?ayaw?n ? [51][51] Tunis, BN, Ms. 16385, f. 16v-17, cité par Kruk 2007,...?
, où elles servent également d’explication à l’origine hybride de la girafe. Le texte explique que cet animal est composé miraculeusement de deux substances, dont celle de la panthère. Les hybridations aux abords des points d’eaux seraient à l’origine d’animaux étranges comme la girafe ? [52][52] Kruk 2007, p. 58.?
. Ce texte cite à tort comme source Aristote (nommé ici « Le Philosophe ») alors que celui-ci n’évoque jamais la girafe dans son œuvre zoologique. La source pourrait être ici un passage perdu de Timothée de Gaza, car Oppien, s’il dit que la girafe est de nature mixte, générée par la panthère et le chameau, n’en donne aucune explication et ne reprend pas l’histoire des rencontres près des points d’eau ? [53][53] Oppien, Cynegetica, éd. Mair, p. 152-153.?
Aristote est également évoqué à propos de la girafe par al-Mas??d? ? [54][54] Al-Mas??d?, Les prairies d’or, trad. Pellat, § 846,...?
, qui dit « qu’une longue notice sur la girafe se trouve dans le grand ouvrage d’Aristote sur les animaux ; cet auteur y explique les fonctions de chaque organe de la girafe et chez tous les animaux en général. Nous avons exposé ? [55][55] La traduction de Barbier de Meynard et de Pavet de...?
dans notre ouvrage intitulé Questions et expériences ? [56][56] Cette œuvre est hélas perdue.?
tout ce qu’il est nécessaire de connaître sur le sujet ». Il est fort probable qu’al-Mas??d? cite un traité pseudo-aristotélicien, comme le Nu??t al-?ayaw?n, texte contemporain du siècle d’al-Mas??d?, qui évoque, comme nous l’avons vu, Aristote à propos de la girafe. Al-Mas??d? a sans doute eu accès au Nu??t ou à sa source et non pas à Aristote, comme l’exemple de la girafe le montre bien ? [57][57] Aristote, Generation of animals. The Arabic translation...?
. Al-Mas??d? mentionne également les accouplements hybrides aux abords des points d’eaux, mais en citant al-???i? ? [58][58] Al-Mas??d?, Prairies d’or, chap. 3, § 845, trad. Pellat,...?
Les auteurs arabes ont également eu accès à la traduction de la zoologie d’Aristote par Ya?y? b. al-Bi?r?q (ix
e siècle). Cet auteur a traduit notamment l’Histoire des animaux et la Génération des animaux où figurent les passages sur les rencontres aux abords des points d’eaux, provoquant la naissance d’animaux hybrides  [59][59] Generation of animals. The Arabic translation…, 746 b,.... Mais l’influence la plus probable demeure celle de sources pseudo-aristotéliciennes : il n’y a en effet que peu de correspondances directes entre le texte du Nu??t al-?ayaw?n et ceux d’Aristote dans leur traduction arabe  [60][60] Contadini 2003, p. 20..
Al-Qazw?n? attribue directement, comme nous l’avons déjà mentionné, l’explication de l’origine hybride de la girafe à Timothée de Gaza. Il évoque également d’autres hybridations à propos de certaines espèces, qui sont également décrites comme telles par Timothée : le mulet, le sim?, le ?isb?r, le daysam (loup-chien), le sul?q?ya (slougi, sorte de lévrier, supposé être le produit de l’union du loup et de l’hyène femelle) ? [61][61] Eisenstein 1992, p. 82.?
. Pour l’hybridation à la deuxième génération de la girafe, al-Qazw?n? semble dépendant de ses prédécesseurs arabes, notamment al-???i?, tant la description de l’origine multiple de la girafe ressemble à la sienne. Al-Qazw?n? n’attribue pas cette légende à Timothée, mais seulement l’explication des rencontres aux abords des points d’eau, en le citant cette fois nommément, comme s’il cherchait à expliquer et à justifier cette génération rocambolesque par l’autorité d’un savant antique (?ihm?n al-?ak?m, le sage, le savant) ? [62][62] Al-Marwaz? qualifie également Timothée avec cette...?
Il est difficile d’affirmer que les autres éléments de la description de la girafe par Timothée de Gaza, notamment son anatomie, ont été repris par les auteurs arabes. Les descriptions zoologiques antiques d’animaux rares ou exotiques procèdent souvent par comparaison avec des animaux mieux connus : ici, pour la girafe sont évoqués le bœuf, le chameau, la gazelle, le cerf pour certaines parties (pattes, tête, cornes, queue, etc.) ou la panthère pour les couleurs de son pelage. On retrouve ce type de comparaisons dans la littérature médiévale, tant en Occident qu’en terre d’islam. Par exemple, Oppien et Timothée comparent la queue de la girafe avec celle de la gazelle ; Timothée ajoute qu’elle est de couleur noire à son extrémité ? [63][63] Syllogé Constantini, § 271, p. 294 : µ???? ? ????,...?
. La plupart des auteurs arabes décrivent aussi la queue de la girafe comme ressemblant à celle de la gazelle (par exemple al-???i?, Nu??t al-?ayaw?n, al-Qazw?n?, al-Dam?r?) ; seul al-Marwaz?, qui cite Timothée, reprend la description de l’extrémité de couleur noire. Il est impossible, sur un détail aussi simple que la comparaison de la queue, de conclure à l’utilisation systématique de la description de Timothée par les auteurs arabes ; les autres parties descriptives relatives au bœuf, au cerf ou au chameau, très génériques, ne sauraient constituer des preuves formelles d’emprunt direct.
Chez Timothée se trouve un élément original : la description de la démarche particulière de la girafe qui va l’amble, c’est-à-dire qu’elle lance en même temps les deux jambes d’un même côté, puis ensuite les deux autres. Cette caractéristique n’a été soulignée que par deux auteurs antiques : Héliodore (iv
e s. apr. J-C.) ? [64][64] Héliodore, Éthiopiques, 10, 27-28, trad. Maillon,...?
et Timothée ? [65][65] Syllogé Constantini, § 271, p. 294.?
. Ce dernier souligne que cette démarche est en contradiction avec celle généralement utilisée par les quadrupèdes qui « lancent à tour de rôle de chaque côté le pied, du côté droit le pied avant, puis à gauche celui de derrière », telle que l’a décrite Aristote ? [66][66] De incessu animalium, 712 a 25. Sur les problèmes...?
. Al-Marwaz? reprend la description de la démarche en la condensant : selon lui, elles lancent leur patte avant droite, puis ensuite l’avant gauche et l’arrière gauche, sans faire mention d’une simultanéité. D’autres auteurs arabes, sans citer Timothée, évoquent cette démarche particulière et cette question de l’ordre du mouvement des pattes : al-???i? ? [67][67] Al-???i?, Kit?b al-?ayaw?n, VII, p. 243.?
, al-Dimašq? ? [68][68] Al-Dimašq? Šams al-D?n, Manuel de la cosmographie,...?
et al-Dam?r? ? [69][69] Al-Dam?r?, Hay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p...?
disent qu’elle avance le pied droit de devant et le pied gauche de derrière, au contraire des autres quadrupèdes. La remarque est zoologiquement fausse mais pourrait s’expliquer par une mauvaise compréhension du texte de Timothée de Gaza : nous avons vu qu’al-Marwaz? lui-même interprète à sa manière le passage sur l’amble, alors qu’il cite explicitement Timothée. Al-???i? et ses compilateurs, comme Šams al-D?n al-Dimašq? et al-Dam?r?, semblent dépendre d’une source indirecte citant Timothée, ce qui pourrait induire une transformation du passage sur l’amble et sa mauvaise compréhension.
En conclusion, Oppien et Timothée sont les deux seuls auteurs à dire que la girafe est hybride ou formée d’une sorte de mélange ; l’œuvre de ces deux auteurs a été transmise aux auteurs arabes : cela a influencé la perception « hybride » de la girafe à laquelle s’est joint le nom persan de l’animal, lui aussi une sorte de composé. Ce zoonyme persan aurait-il lui-même été influencé par les textes grecs ? On peut légitimement se poser la question car l’autruche est aussi par son nom une composition, un mélange de chameau et d’oiseau « uštur-mur? » en persan, mélange que l’on retrouve en grec ancien.
L’influence de la notice de Timothée de Gaza sur les auteurs arabes, ne peut être totalement démontrée – sauf pour al-Marwaz? et en partie pour al-Qazw?n? –, faute d’avoir à notre disposition un témoin intermédiaire de son œuvre en terre d’islam (traduction arabe perdue, ou compilation pseudo-aristotélicienne citant nommément Timothée). Néanmoins, plusieurs aspects originaux du texte de Timothée, repris par les auteurs arabes, laissent présumer de son utilisation directe ou indirecte (par exemple à travers le Nu??t al-?ayaw?n, directement influencé par Timothée) : l’histoire des rencontres entre espèces différentes aux abords des points d’eau (passage perdu de Timothée qui lui est attribué par certains auteurs arabes) et, surtout, la description de la marche à l’amble. Ainsi, nous pouvons affirmer que les légendes arabes autour de l’hybridité de la girafe trouvent très probablement leur source chez Timothée de Gaza.
Al-???i?, dans le Kit?b al-Tarb?? wa-l-tadw?r, où il propose à un personnage fictif de « lui poser sur le mode ironique cent questions destinées a révéler au monde l’étendue de son ignorance » ? [70][70] Adad 1966, p. 269 et 275.?
, utilise l’exemple de l’hybridité de la girafe comme une de ces questions supposées embarrasser la fausse science : « Renseigne-moi sur la girafe : est-elle le produit d’une hybridation entre chamelle et hyène mâle ? » ? [71][71] Al-?????, Kit?b al-Tarb?? wa-l-tadw?r, trad. Adad,...?
. Comme si cette question avait, parmi d’autres, valeur d’exemple pour mettre en scène l’ignorance habituelle de son temps, telle une « idée reçue » à combattre.
Selon al-???i?, certains veulent expliquer le nom de l’animal en persan, composé de trois éléments, pour aboutir à une hybridation impliquant trois espèces animales, en deux générations successives :
« Appeler la girafe du nom persan uštarkawbalank aboutit à en faire le produit hybride d’une chamelle sauvage, d’une vache sauvage (oryx) et de l’hyène mâle, dans la mesure où les Persans nomment les choses par procédé de dérivation (ištiq?q?t ) ; c’est ainsi qu’ils appellent l’autruche (na??ma) aštarmurgh, comme pour sous entendre que cet animal est un oiseau (???ir) et un chameau (?amal) à la fois, mais cela ne nous oblige pas à déduire que cet animal est le produit d’un croisement entre oiseau et chameau et à conclure que l’autruche, comme la girafe, est un produit hybride. Mais nos gens se fondant sur la similitude (šabah) entre deux animaux voisins (mutaq?rib), les ont nommés en partant du nom de ces deux espèces. »  [72][72] Al-?????, Kit?b al-?ayaw?n, trad. Souami, p. 209.
Selon al-???i?, cette double hybridation n’existe uniquement que pour « justifier » l’existence de zoonymes formés de plusieurs noms d’espèces, sur la base de la ressemblance entre celles-ci et l’animal ainsi nommé.
Al-???i? utilise l’argument que deux animaux créant un hybride doivent avoir la même taille, selon les explications d’Aristote : « l’union est féconde quand la durée de la gestation est la même et que la taille des animaux n’est pas trop différente » ? [73][73] Aristote, Histoire des animaux, 606 b 19, éd. Louis,...?
. Al-???i? ne reprend pas l’argument de la durée de gestation, mais donne celui de la taille de la matrice pour porter le petit d’un animal plus grand. Ainsi il semble impossible que l’hyène mâle puisse monter une chamelle ou qu’une panthère femelle puisse porter en elle le petit d’un chameau ? [74][74] Al-?????, Kit?b al-?ayaw?n, VII, 241-243.?
. Une autre critique a été portée par Ibn al-Faq?h : bien qu’il répète dans sa description de la girafe les histoires sur sa génération hybride, il conclut pourtant que c’est une erreur, et que cet animal ne peut avoir été engendré par plusieurs mâles, car le chameau ne couvre pas la vache ? [75][75] Ibn al-Faq?h, Abrégé du livre des pays, trad. Massé,...?
Al-Marwaz? ne reprend pas l’idée de l’origine hybride qui est chez Timothée, sa compilation est sélective et il ne conserve que ce qui s’accorde à sa pensée. En effet, al-Marwaz? a vu à Ispahan en 1081-1082 une girafe offerte au sultan Malik Š?h, qu’il a attentivement observée à la demande du vizir Niz?m al-Mulk. Il se sert de cette observation pour affirmer qu’elle ne peut être l’hybride d’un chameau et d’une panthère, comme l’affirment certains ? [76][76] Eisenstein 1992, p. 131 ; Iskandar 1981, p. 272 ;...?
. L’observation a également fourni des arguments à al-Nuwayr?, témoin d’une naissance de girafe en captivité, qui se sert de cette génération « naturelle » pour confirmer les dires d’al-???i? s’opposant à l’hybridité de la girafe ? [77][77] Al-Nuwayr?, Nih?yat al-‘arab f? fun?n al-adab, vol. 9,...?
. D’autres auteurs ont affirmé que la girafe pouvait procréer par elle-même : al-Wa?w?? (m. 1318) parle d’un « fait qui a été observé » ? [78][78] Al-Wa?wa?, Man?hi? al-fikar wa-mab?hi? al-?ibar, éd. Szegin,...?
. Al-Dam?r? précise que la girafe est une espèce propre, au même titre que le cheval ou l’âne, que cela a été prouvé par le fait qu’elle donne naissance à ses petits, et que cela a été observé de façon certaine ? [79][79] Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p...?
Un tel événement s’est effectivement produit au Caire, en 1271, dans le Château de la Montagne (Qal?at al-?abal) : selon al-Maqr?z?, une girafe donna naissance à un petit girafon qui fut nourri par une vache. Cette naissance est confirmée par plusieurs sources ? [80][80] Al-Maqriz?, Histoire des sultans mamelouks, éd. Quatremère,...?
Al-Nuwayr? affirme qu’il a été lui-même le témoin d’une telle naissance au Caire, et que le girafon vivait toujours à l’époque où il écrit ? [81][81] Al-Nuwayr?, Nih?yat al-‘arab f? fun?n al-adab, vol. 9,...?
. Né en 1279, il ne peut avoir été témoin de la naissance du Château de la Montagne en 1271 : ceci laisse supposer que ces naissances en captivité ne devaient pas être rares.
Ces girafes étaient gardées dans les ménageries du sultan et de nombreux témoignages confirment leur présence en captivité au Caire et dans d’autres grandes cités arabes ou perses ? [82][82] Al-Maqriz?, Histoire des sultans mamelouks, éd. Quatremère,...?
. La plus ancienne mention concerne la ménagerie du prince tulunide ?umar?way, à la fin du ix
e siècle, qui consistait en un vaste ensemble d’écuries, d’étables et d’enclos divers réservés pour chaque espèce captive. Al-Maqr?z?, qui nous a transmis la description de cette ménagerie, nous dit qu’un espace spécifique y était réservé aux girafes ? [83][83] Al-Maqr?z?, Description historique et topographique...?
. Outre les sources arabes, il faut mentionner les nombreuses descriptions des voyageurs occidentaux, qui lors de leur visite du Caire, ne manquent pas de décrire les girafes ? [84][84] Buquet 2013.?
. Citons, à titre d’exemple, parmi la trentaine de témoignages que nous avons repérés, du xiv
e siècle (inventaire sans doute non exhaustif), Giorgio Gucci, en 1384 ? [85][85] Viaggi in Terra Santa, di Lionardo Frescobaldi e d’altri...?
, et Ogier d’Anglure, en 1395 ? [86][86] Le saint voyage de Jherusalem du seigneur d’Anglure,...?
, qui décrivent des enclos comprenant jusqu’à huit girafes, mâles, femelles et girafons compris. Les petits ne naissaient d’ailleurs pas toujours en captivité, car il était d’usage de les capturer en bas âge dans leur milieu naturel, selon le témoignage de Léon l’Africain ? [87][87] Léon l’Africain, Description de l’Afrique, trad. Temporal,...?
, pour les domestiquer plus facilement. Al-Mas??d? dit d’ailleurs qu’il existe selon lui deux types de girafes, celles qui sont sauvages et les autres, domestiquées, comme chez les éléphants ? [88][88] Al-Mas??d?, Les prairies d’or, trad. Pellat, p. 3...?
La girafe a souvent été louée en terre d’islam pour la douceur de son caractère ? [89][89] Al-Mas??d?, Les prairies d’or, trad. Pellat, p. 3...?
. Mais une légende relayée par les auteurs arabes et persans vient contredire cette observation. Ibn Ba?t?š?? (xi
e siècle), dans son traité Man?fi? al-?ayaw?n (Utilité des animaux) ? [90][90] New York, Pierpont Morgan Library, M 500, f. 16.?
, nous livre l’histoire suivante, conservée dans un manuscrit daté de la fin du xiii
e siècle ? [91][91] Hillenbrand 1991, p. 155-156. Le manuscrit, produit...?
: avant leur mise bas, les petits broutent l’herbe en sortant leur tête du ventre de leur mère, puis y retournent une fois rassasiés. Après la naissance, les girafons s’enfuient immédiatement, car la langue de leur mère leur arracherait la peau en les léchant ! Ainsi, les petits se tiennent éloignés pendant quelques jours. Un témoignage occidental reprend cette légende arabe, avec quelques variantes. Félix Fabri, visitant la ménagerie du Caire en 1483, résume ainsi la légende rapportée par Ibn Ba?t?š?? :
« Lorsqu’elle conçoit, le petit ne grossit pas dans ses flancs ; elle ne gonfle pas comme les autres animaux en grossesse, mais le fœtus se trouve suspendu à la matrice et grandit au dehors, au point que le petit, ainsi suspendu, lape sa nourriture à terre et mange des herbes. La mère, à l’encontre de la nature de presque tous les animaux, a son petit en horreur, mais elle ne peut lui faire de tort, bien qu’elle supporte beaucoup de tourments tout le temps qu’elle le porte. Lorsque le moment de la parturition est venu, [le petit] tombe de lui-même comme le fruit de l’arbre, lorsqu’il est parvenu à une maturité suffisante. Dès qu’il est tombé à terre, il prend aussitôt la fuite, car la mère, dès qu’elle se sent libérée, se retourne et cherche à le tuer. »  [92][92] Félix Fabri, Voyage en Égypte, trad. Masson, II, ...
Alors que cette légende semble inconnue en Occident, étant notamment absente des encyclopédies médiévales latines, le fait qu’elle ait été rapportée à un voyageur occidental démontre qu’elle était bien connue et diffusée en terre d’islam.
Cette histoire trouve peut-être son origine dans l’observation de la naissance des girafons : la girafe met bas debout, et le nouveau né fait donc une chute assez brutale de près de deux mètres. Rapidement, la mère le débarrasse de la poche placentaire en le léchant. La naissance pouvant être assez longue, jusqu’à plusieurs heures, il n’est pas rare d’observer les pattes et la tête sortant du ventre de la mère, pouvant donner l’impression d’une « grossesse externe » ? [93][93] Dagg et Foster 1976, p. 134.?
(voir figure 3). La vision d’une girafe mangeant et arrachant le placenta avec sa longue langue noire, a dû certainement impressionner les témoins d’une telle scène, sans doute vue dans une ménagerie plutôt que dans la nature. La naissance d’un girafon à la citadelle du Caire au xiii
e siècle, déjà évoquée, confirmerait cette idée. D’autre part, il n’est pas rare que des girafons soient blessés lors de leur chute et qu’ainsi assommés, leur mère essaie de les « réveiller » en leur donnant des coups de patte, ce qui a pu passer pour de la violence envers son petit ? [94][94] Dagg et Foster 1976, p. 135-137.?
. Il peut arriver que la mère rejette violemment son petit. En février 2012, le sort d’un girafon né dans un zoo en Belgique, le parc de Bellewaerde à Ypres, avait ému le public : grièvement blessé par sa mère après la mise bas, et souffrant d’une fracture ouverte à la patte avant droite, il dut être euthanasié ? [95][95] Voir site de la RTBF (http://www.rtbf.be), « Un girafon...?
??s? Salm?n?, ?A??’ib al-Ma?l?q?t, Bagdad, 1388.
Paris, BnF, suppl. persan 332, f. 234. © BnF Gallica.Lien image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8422994d/f481
Ces histoires autour de la naissance des girafons peuvent être rapprochées de légendes relatives au rhinocéros. Selon al-Dam?r?, qui nomme le rhinocéros al-sin?d, le petit sortirait sa tête de temps en temps pour brouter durant la grossesse ; à la naissance, le jeune rhinocéros s’enfuit car la langue de la mère est trop rugueuse et peut lui arracher les chairs par léchage quand elle parvient à le rattraper ? [96][96] Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p...?
. Al-?a??? dit que la gestation dure sept ans, attribue cette légende aux Hindous, et ne reprend pas l’anecdote de la langue « arracheuse de chair » ? [97][97] Al-???i?, Kit?b al-?ayaw?n, VII, 123-124, trad. Souami,...?
. Al-Mas??d? critique Al-?a??? pour avoir repris ces légendes, et dit s’être renseigné sur le sujet auprès d’habitants de l’Inde et de négociants d’Oman et de Siraf fréquentant ces régions : tous lui ont affirmé que le rhinocéros porte et met bas comme la vache et le buffle ? [98][98] Al-Mas??d?, Les praires d’or, éd. Barbier de Meynard...?
. Al-Zuhr? mentionne la parturition du rhinocéros (al-karkadd?n) et attribue cette anecdote au géographe andalou al-???r? (m. 1086) : « al-???r? prétend que, du sein de sa mère, cet animal sort sa tête par la vulve pour brouter l’herbe puis rentre et cela jusqu’à sa naissance. ? [99][99] Al-Zuhr?, Kit?b al-?a‘r?fiyya, p. 35 et texte arabe...?
» Un autre auteur d’origine andalouse, Ab? ??mid al-?arn??? (m. 1170), parle, à propos du rhinocéros (al-karkadd?n), d’une gestation de quatre ans et précise que le petit, au bout d’un an de gestation, se nourrit en sortant la tête du ventre pour paître au milieu des arbres à sa portée ; à la naissance il s’enfuit pour échapper à sa mère, dont la langue possède un grand piquant qui lui arracherait la peau si elle léchait. Al-?arn??? ajoute même que les rois de Chine livrent un prisonnier au rhinocéros « pour que celui-ci le lèche et que les os du supplicié ne conservent plus aucune chair. »  [100][100] Ab? ??mid al-?arn???, Tu?fat al-alb?b, éd. et trad....
Il n’y a pourtant que peu de rapport entre rhinocéros et girafe et il est difficile d’expliquer pourquoi cette légende est partagé par ces deux animaux ; à notre connaissance, un seul auteur rapproche les deux espèces, Ibn Qutayba, qui traduit le mot persan désignant la girafe ušt?r-gaw-palank en un mélange de chameau et de rhinocéros ? [101][101] Ibn Qutayba, ?Uy?n al-a?b?r, éd. Qam?ša, II, 83, cité...?
L’observation attentive de la nature, nous l’avons vu, n’exclut pas, bien au contraire, la création de légendes et leur croyance sur le long terme. Alors que l’origine hybride de la girafe a été très tôt dénoncée, elle va portant être reprise par de nombreux auteurs, et ce jusqu’au xix
e siècle : un savant marocain, Mu?ammad al-?aff?r, visitant le jardin des Plantes à Paris en 1846, décrit la girafe qu’il observe au zoo, mais en y ajoutant des références à son hybridité supposée, même s’il la remet en question. Cette anecdote témoigne du succès sur la longue durée des livres des merveilles médiévaux comme, par exemple, le ?A???ib al-ma?l?q?t d’al-Qazw?n?, dont al-?aff?r tire peut-être la légende de l’origine hybride de la girafe ? [102][102] Kruk 2008, p. 570 et 580.?
Bien loin du scepticisme et du rationalisme d’al-???i? et d’al-Mas??d?, de nombreux auteurs vont reprendre cette histoire sans la mettre en doute. Le premier est Ibn Qutayba (m. 889-890), qui reprend l’hybridation « au carré » décrite par al-???i? – croisements successifs entre la chamelle, la vache sauvage (baqara wa?šiyya) et l’hyène mâle (?ib??n) – et la justifie par l’étymologie du mot zar?fa, qui signifie « groupe ». Selon Ibn Qutayba, la girafe porte le nom de zar?fa car elle forme en une seule espèce tout un groupe d’animaux ? [103][103] Al-Qutayba, ?Uy?n al-a?b?r, II, 83, cité dans The...?
. Ibn ?allik?n justifie également le nom de la girafe, dont il donne le sens de « collection », car cette espèce est le produit de plusieurs animaux ? [104][104] Kruk 2008, p. 581.?
. Cette explication est également avancée par Ibn al-Faq?h al-Hama??n? ? [105][105] Ibn Al-Faq?h al-Hama??n?, Abrégé du Livre des pays,...?
et par al-Wa?w??, qui pourtant mettent en doute la véracité de cette légende. Al-Wa?w?? justifie alors le sens du mot zar?fa par sa ressemblance avec d’autres animaux : cou de chameau, cornes de gazelle, peau de panthère, dents de vache, tête de cerf, justifiant ainsi l’idée de « groupe » ou d’ « assemblée » présente dans l’étymologie ? [106][106] Al-Wa?w??, Man?hi? al-fikar wa-mab?hi? al-?ibar, éd....?
D’autres auteurs arabes ne reprennent pas cette hybridation au bout de deux générations et se contentent d’une hybridité « simple » entre un camélidé et un animal tacheté (panthère ou hyène), ou de dire simplement qu’elle est le produit de plusieurs animaux, sans en détailler ni le processus ni les espèces en cause, comme al-Zuhr? (« On dit qu’elle est née de deux espèces d’animaux » ? [107][107] Al-Zuhr?, Kit?b al-?a‘r?fiyya, éd. Hadj-Sadok, § 328,...?
). Al-Qazw?n? (m. après 1340) pense que la girafe est le produit d’une vache sauvage et d’un chameau ? [108][108] ?amd All?h al-Mustawf? al-Qazw?n?, The zoological...?
Le reprise continuelle de la légende de l’origine hybride de la girafe, sans toujours beaucoup de distance critique, est le fruit des compilations successives mais aussi d’un goût du merveilleux, notamment dans les traités de géographie ou les livres des merveilles, comme celui d’al-Qazw?n?. La persistance de cette légende, sur la longue durée, jusqu’au xviii
e siècle, va avoir une influence importante sur le statut alimentaire de la viande de girafe, dans le cadre des lois islamiques sur la consommation de chair animale.
Son statut d’animal bien connu ? [109][109] Al-Qazw?n? et al-Dam?r? affirment que cet animal est...?
, à la fois par sa présence dans les ménageries arabes et par les nombreuses descriptions dans les encyclopédies (figures 2 et 4), a été logiquement interrogé par les juristes : la consommation de viande de girafe est-elle licite selon l’islam ? Pour certains, sa viande est illicite car venant d’un animal hybride, issu d’une espèce pure et d’une autre impure : l’âne (illicite) et le chameau (licite) ? [110][110] I?w?n al-?af?? (xe s.), Ras???l, II, 218, cité par...?
ou, comme nous l’avons vu, entre l’hyène (illicite en général mais qui a un statut ambigu ? [111][111] Benkheira 2000, p. 95 et 111-112, note 2.?
), la chamelle et la vache (licites).
Figure 2 : Girafe. al-Qazw?n?, ?A???ib al-Ma?l?q?t (Merveilles de la Création), xiii
e siècle (1274 ?).
Bordeaux, Médiathèque, ms. 1130, f. 147. © Banque numérique du savoir d’Aquitaine. Lien image : http://manuscrits-drac.bnsa.aquitaine.fr/imageZoom.aspx?i=285155&n=1256
Figure 4 : al-???i?, Kit?b al-?ayaw?n (Livre des animaux).
Syrie, fin du xiv
?Milan, Biblioteca Ambrosiana, ms. arab. B 54, f. 36.?
D’autres juristes la considèrent comme licite car c’est une bête à cornes assimilable à un bovidé ? [112][112] Benkheira 2000, p. 95. Voir par exemple al-Qazw?n?...?
, enfin un troisième groupe la considère comme une espèce propre, suivant ainsi al-???i?, al-Mas??d?, ou al-Dam?r?. De fait, les auteurs arabes l’ont souvent comparée aux camélidés ou aux bovidés : Ibn Qud?ma (m. 1223) la rapproche du dromadaire ? [113][113] Ibn Qud?ma, Al-Mu?n?, XIII, 324, no 1738, cité par...?
; al-Bašar? (xviii
e s.), des bovidés et des bêtes à cornes en général ? [114][114] Al-Bašar?, Makn?n-az??in, III, 11, cité par Benkheira 2000,...?
; al-Nuwayr? classe la girafe parmi les herbivores sauvages et les antilopes, avec l’éléphant, le rhinocéros, l’addax, le cerf, l’onagre, le chamois, la gazelle, le singe et l’autruche ? [115][115] Benkheira 2005, p. 34.?
; al-Dam?r? la rapproche du bœuf et du chameau ? [116][116] Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p...?
. La plupart des auteurs s’accordent sur son statut de ruminant ? [117][117] Par exemple al-Qazw?n?, qui la classe dans les ruminants...?
, produisant des crottes comme un chameau ? [118][118] Al-Dimašq?, éd. Mehren, II, p. 215 ; Planhol 2004,...?
. Al-Dam?r? précise même qu’elle fait des petites crottes rondes ? [119][119] Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p. 8-11....?
, ce qui correspond bien aux déjections des girafes. Il ajoute qu’elle est facile à apprivoiser. Al-Mas??d? précise que dans cette espèce, comme parmi les éléphants, il y a des individus sauvages et d’autres domestiqués ? [120][120] Al-Mas??d?, Les praires d’or, éd. Pellat, § 846, ...?
. Cette classification est confirmée au xvi
e siècle par Prosper Alpin, qui affirme que les Égyptiens « ont raison de ne pas classer la girafe parmi les animaux sauvages » ? [121][121] Prosper Alpin, Histoire naturelle de l’Égypte (1581-1584),...?
. En l’absence de témoignages sur la domestication des girafes à des fins d’élevage, les remarques d’al-Mas??d? et d’al-Dam?r? semblent se référer aux spécimens captifs des ménageries princières qui ont, la plupart du temps, été capturés très jeunes, donc domestiqués et apprivoisés tôt par l’homme.
Al-Dam?r? s’interroge sur le statut alimentaire de la girafe, comme il le fait pour tous les animaux de son encyclopédie ? [122][122] Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p...?
. Reprenant la thèse d’al-???i?, il réfute l’hybridité supposée de la girafe, seul argument proposé par les juristes pour déclarer illicite sa viande. La girafe n’est pas non plus un prédateur carnivore, et elle ressemble aux animaux licites comme les bovidés ou les camélidés. Le long passage d’al-Dam?r? sur le statut alimentaire de la girafe nous renseigne sur les débats entre juristes. Al-Dam?r? cite de nombreux auteurs qui argumentent pour l’une ou l’autre position, pureté ou impureté de la viande de la girafe ? [123][123] Viande impure : al-Nawaw? ; l’auteur du al-Tanb?? ;...?
. Aucun des auteurs cités par al-Dam?r? – qui discute surtout du statut hybride – ne signale que la girafe est une espèce propre, un herbivore ruminant à cornes, ce qui rendrait inutile tout débat, car ces éléments désignent sans ambiguïté des animaux propres à la consommation. Au contraire, la suspicion d’hybridité avec l’hyène, le tigre ou la panthère, ferait d’elle un carnassier portant des canines, type d’animal dont la consommation est interdite. Al-Dam?r? cite à ce propos Ibn-Ab? al-Dam al-?amaw? (m. 1244), auteur de commentaires sur divers traités juridiques ? [124][124] Rosenthal 1986.?
: si la girafe était le fruit d’un animal carnassier obtenant sa nourriture par ses canines, elle serait impure. Mais il n’a jamais entendu dire en Égypte que la girafe était un prédateur, et ajoute que tous ceux qui en ont fait l’hypothèse avant lui n’avaient certainement jamais vu cet animal ? [125][125] Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p...?
Rien n’interdisant nommément la girafe dans les écrits coraniques, la girafe fait partie de ces animaux où il n’y a pas de déclaration distincte entre licéité et illicéité. Al-Dam?r? déclare à ce propos que cette espèce entre dans la catégorie des animaux où il n’y a pas de statut clairement défini, et que l’on peut alors revenir à la permission originelle : ce qui n’est pas interdit nommément est déclaré légal ? [126][126] Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p. 11....?
. Si la consommation de viande de girafe devait être très rare au Maghreb et au Machrek, il en était tout autrement en Afrique noire. La chasse à la girafe semble avoir été courante chez les tribus islamisées. L’animal était tué surtout pour le commerce de sa peau ? [127][127] Lombard 1969, p. 580.?
de son cuir ? [128][128] Kruk 2008, p. 571, qui cite Y?q?t (Mu??am al-buld?n,...?
et de sa queue ? [129][129] Niccolo de’ Conti (xve s.) dans son récit de voyage,...?
, mais également pour sa viande. Al-Qazw?n? raconte que les habitants musulmans ou idolâtres de la région de Takr?r (ville située sur le fleuve Sénégal, à la frontière de l’actuel Sénégal et de la Mauritanie) chassent la girafe dans ce pays, où elle abonde, et qu’ils l’égorgent exactement comme un bœuf ? [130][130] Cuoq 1985, p. 200 ; Kruk 2008, p. 571.?
. Selon les récits de voyageurs occidentaux au xix
e siècle, les Arabes ont chassé depuis des siècles la girafe à dos de chameau ou à cheval : ne disait-on pas, chez les Arabes, d’un cheval rapide qu’il était capable de dépasser une girafe ? [131][131] Dagg et Foster 1976, p. 8-9.?
? Jean Thenaud, qui voyage en Égypte en 1512, raconte qu’un riche juif du Caire, « grand ami du Sultan », fit tuer une girafe « pour sumptuosité » pour les noces d’une de ses filles ? [132][132] Jean Thenaud, Voyage d’outremer, éd. Schefer, p. ...?
. Cette anecdote montre que pour un juif (qui partage avec les musulmans des interdits alimentaires assez semblables), la girafe pouvait être consommée à l’occasion et même constituer un plat de fête, même loin des régions où elle pouvait constituer un gibier naturel.
Al-Dam?r? signale que la viande de girafe est fruste et grossière et provoque la bile noire (atrabile, qui corrompt l’humeur mélancolique) ? [133][133] Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p...?
. C’est peut-être pour lui une façon de clore la polémique sur la pureté : cette viande n’est pas très agréable au goût et mauvaise pour la santé. On retrouve ici les anciennes croyances sur la viande d’animaux sauvages, réputée sèche, froide et atrabilaire, comme le mentionne, par exemple, Ibn ?al??n au xiii
e siècle ? [134][134] Ibn ?al??n, Kit?b al-a??iya, 5e partie, 4, § 41, éd....?
L’intérêt que les juristes musulmans ont porté à la question de la girafe et à son origine montre que son cas était toujours débattu et son statut d’hybride demeuré incertain jusqu’à l’époque ottomane. On ne peut qu’être frappé par la persistance d’une telle « erreur » sur la longue durée, malgré une bonne connaissance de l’animal et son observation fréquente en captivité, malgré l’autorité d’al-????? et d’al-Mas??d? qui ont très tôt démenti cette hybridité supposée. La zoologie médiévale, tant en Orient qu’en Occident, présente souvent un savant mélange d’influences antiques (dont la reprise de mythes et de légendes) et de savoirs vernaculaires contemporains. Dans le cas de la girafe, il s’agit de l’appropriation d’une croyance grecque, mentionnée dans de très rares œuvres, dont celle de Timothée de Gaza, dont nous avons montré qu’elle avait pu être à l’origine de l’hypothèse de l’hybridité de la girafe chez les savants arabes. La permanence, au fil des siècles, des débats à propos de cette hybridité, malgré la contradiction avec les savoirs du temps, par le gré des compilations successives des encyclopédies et des traités de droit, a ainsi formé une croyance communément reprise jusqu’au xix
Nous avons vu comment l’observation de naissances de girafes en captivité avait pu, d’une part, infirmer la théorie de l’origine hybride de cet animal et, d’autre part, être à l’origine d’autres légendes sur la gestation et la mise bas des girafons. L’observation de la nature, dans le cas de la girafe, peut à la fois fournir des arguments rationnels sur l’origine de l’animal, tout en permettant l’invention de nouvelles fictions. La description de la girafe, à l’aspect spectaculaire et aux formes si étonnantes a pu fournir des arguments aux tenants de l’hybridité et à leurs opposants ; la description médiévale, sous forme de puzzle zoologique, a pu renforcer l’idée de mélange et d’assemblage, présente dans la racine arabe zar?fa ; l’observation directe a pu au contraire permettre à d’autres auteurs d’affirmer qu’elle ne ressemble en rien à ses pères et mères supposés (chameau, hyène ou panthère) et confirmer que la girafe forme une espèce propre.
L’observation régulière de la naissance de girafons en captivité n’a que très rarement fourni des arguments contre l’origine hybride de la girafe : là encore le goût de la merveille et de la compilation encyclopédique prend la plupart du temps l’avantage sur l’observation de la nature. Il est d’ailleurs très frappant de remarquer que la deuxième légende relative à la naissance de la girafe, mettant en scène une gestation difficile, débouchant sur une naissance où la mère met en danger la vie de son petit, n’est jamais mise en relation avec l’histoire plus courante de l’origine hybride de cet animal. Ces deux légendes semblent d’ailleurs avoir des origines différentes voire opposées, philologique pour l’une, vernaculaire et zoologique pour l’autre. De fait, la naissance des girafons, à la façon habituelle des mammifères, examinée dans une ménagerie ou relatée à travers une histoire mélangeant observation zoologique et conte surnaturel, n’a pas affaibli la légende de l’hybridité sur la longue durée.
Un dernier point vient renforcer cette longue croyance en l’origine hybride des girafes. Al-Mas??d? explique qu’il y a, comme chez les éléphants, des girafes sauvages et d’autres domestiques ? [135][135] Al-Mas??d?, Les prairies d’or, trad. Pellat, p. 3...?
. Dans l’épître 22 des I?w?n al-?afâ?, un ?inn conteste au porc son appartenance au bétail domestique, critiquant sa sauvagerie : c’est un prédateur portant des défenses et mangeant de la chair. Un second ?inn affirme au contraire que c’est une bête herbivore portant des sabots. Cette dispute se résout par l’affirmation d’un troisième ?inn qui définit le porc comme étant le produit d’un croisement entre bête sauvage et bétail, tout comme l’éléphant et la girafe  [136][136] The Case of the Animals versus Man before the King.... Ces trois animaux sont à la fois des espèces domestiques et sauvages : vivant entre deux mondes, celui de l’homme et celui de la nature, ils semblent demeurer dans un entre-deux à l’origine indécise. Il était alors tentant pour certains savants arabes, comme les I?w?n al-?af??, d’expliquer cette indécision par une origine hybride, entre domestique et sauvage, la girafe pouvant provenir du croisement d’un âne, d’un chameau ou d’un bœuf et d’une hyène ou d’une panthère.
Dans l’étude de l’histoire naturelle médiévale, il faut le plus possible tenter de confronter philologie, transmission des textes et reprise de légendes anciennes, en tenant compte de la place « réelle » de l’animal, observable directement, en captivité ou dans son milieu naturel. Le traitement de l’animal dans les textes zoologiques anciens n’est pas seulement « philologique », il est aussi le reflet des relations complexes entre les compilations, parfois serviles, des autorités antiques ou médiévales, la répétition de croyances et de légendes, et l’observation directe de la nature. Les débats autour de l’origine et la naissance des girafes nous en ont donné des exemples frappants.
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Étienne Quatremère donne de nombreux exemples de ces cadeaux diplomatiques de girafe, dans son édition de l’Histoire des sultans mamelouks d’al-Maqr?z? (Paris, 1837), note 128 p. 106-108 et addenda p. 273.
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F. Viré est par ailleurs auteur de nombreuses et très précieuses notices zoologiques dans l’Encyclopédie de l’islam.
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Une scholie médiévale dans un manuscrit d’Oppien commente ce passage, à propos du mot « mixta » : « Girafe : un monstre naturel et en même temps une merveille, unifiant d’une certaine manière deux espèces en une. » (Scholia et Paraphrases in Nicandrum et Oppianum, p. 266, no 462).
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Timothée de Gaza, Peri zôôn, § 11, p. 25. [35]
Plusieurs emprunts à Oppien sont signalés par les éditeurs du traité cynégétique d’al-Man??r (p. 8), à propos du croisement entre le renard et la chienne produisant un lévrier, et de l’ichneumon, capable de tuer un crocodile. Ces anecdotes sont également reprises par Timothée (Peri zôôn, § 5, p. 21 et § 42, p. 42-43).
Ullmann 1972, p. 15-17 et 23.
Contadini 2003, p. 20.
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Kruk 2001, p. 358.
A??’ib al-ma?l?q?t, passage traduit par Kruk 2008, p. 583-584.
Kruk 2008, p. 584.
Ceci pourrait faire douter de l’identification du « Tihman » d’al-Qazw?n? à Timothée de Gaza. [46]
Kruk 2001, p. 364.
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Cité par al-Dam?r?, trad. Jayakar, II, p. 8.
Tunis, BN, Ms. 16385, f. 16v-17, cité par Kruk 2007, p. 58-59.
Kruk 2007, p. 58.
Oppien, Cynegetica, éd. Mair, p. 152-153.
Al-Mas??d?, Les prairies d’or, trad. Pellat, § 846, p. 322.
La traduction de Barbier de Meynard et de Pavet de Courteille (1864, t. III, p. 5) donne « Nous lui avons emprunté… », ce qui semble plus logique dans le contexte de compilation d’Aristote. Le verbe arabe ata peut signifier « suivre » ou « venir de ». Une traduction alternative donnerait : « Nous l’avons suivi… ». [56]
Cette œuvre est hélas perdue.
Aristote, Generation of animals. The Arabic translation commonly ascribed to Yahya ibn al-Bitriq, introduction, p. 42.
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Eisenstein 1992, p. 82.
Al-Marwaz? qualifie également Timothée avec cette épithète : ??m?s?s, A?m?niy?s al-?akim (Kruk 2007, p. 363-364).
Syllogé Constantini, § 271, p. 294 : µ???? ? ????, ??????? ?????????? ??? ??? ???? ?? ????? µ??????µ???. Ce texte permet d’expliquer ce même passage chez al-Marwaz?, difficile à transcrire dans le manuscrit (Kruk 2008, p. 575, note 25).
Héliodore, Éthiopiques, 10, 27-28, trad. Maillon, t. III, p. 108-109.
Syllogé Constantini, § 271, p. 294.
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Al-Maqriz?, Histoire des sultans mamelouks, éd. Quatremère, t. II, p. 106, note 128, où Quatremère cite de nombreuses sources relatives à la présence et l’exhibition de girafes en terre d’islam.
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Al-Qazw?n? et al-Dam?r? affirment que cet animal est bien connu ; les géographes, comme al-Idris?, qui la citent parmi la faune des pays africains, ne prennent pas toujours soin de la décrire, comme si elle était connue de façon évidente par les lecteurs. [110]
I?w?n al-?af?? (xe s.), Ras???l, II, 218, cité par Benkheira 2000, p. 95 ; The Case of the Animals versus Man before the King of the Jinn [I?w?n al-?afâ?, Épitre 22, chap. 5], trad. L. E. Goodman et R. McGregor, 2009, p. 120.
Benkheira 2000, p. 95 et 111-112, note 2.
Benkheira 2000, p. 95. Voir par exemple al-Qazw?n? qui assure que sa chair peut être mangée car la girafe est le produit du chameau et de la vache des montagnes (The zoological section of the Nuzhatu, éd. Stephenson, p. 16).
Ibn Qud?ma, Al-Mu?n?, XIII, 324, no 1738, cité par Benkheira 2000, p. 95.
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Benkheira 2005, p. 34.
Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p. 8-11.
Par exemple al-Qazw?n?, qui la classe dans les ruminants (an??m) avec les camélidés, bovidés, ovicapridés, antilopes et cervidés). Voir Benkheira (2005) sur les classifications animales dans la zoologie arabe dans (p. 19-42, sp. p. 29) pour les classements d’al-Qazw?n?. [118]
Al-Dimašq?, éd. Mehren, II, p. 215 ; Planhol 2004, p. 569.
Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p. 8-11. Le mot utilisé est ba?ara qui, selon le dictionnaire de Kazimirski, signifie « crotter », plus particulièrement en parlant des crottes orbiculaires rondes des bêtes à sabots. [120]
Al-Mas??d?, Les praires d’or, éd. Pellat, § 846, p. 322.
Prosper Alpin, Histoire naturelle de l’Égypte (1581-1584), II, éd. Sauneron et De Fenoyl, p. 236-237.
Viande impure : al-Nawaw? ; l’auteur du al-Tanb?? ; Ab? al-?att?b. Viande pure : al-?amaw?. Benkheira (2000, p. 95 et 111-112) cite, outre al-Nawaw?, dans le camp de « l’impureté » : al-Ba?aw? (m. avant 1122), Ibn ?a?ar al-Haytam? (m. 1567), Šams al-D?n al-Raml? (m. 1595) ; dans le camp de la « pureté », Ibn Qud?ma (m. 1223) et al-Bašar? (xviiie s.).
Rosenthal 1986.
Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p. 10.
Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p. 11. [127]
Lombard 1969, p. 580.
Kruk 2008, p. 571, qui cite Y?q?t (Mu??am al-buld?n, II, 100), mentionne des chaussures faites en Perse à partir de peaux de girafes.
Niccolo de’ Conti (xve s.) dans son récit de voyage, rapporté par Le Pogge, raconte que les longs poils de girafes (sans doute ceux de leur queue) étaient portés en Éthiopie comme parure au bras de femmes (Poggio Bracciolini, De l’Inde.
Les voyages en Asie de Niccolò de’ Conti. De Varietate Fortunæ, Livre IV, éd. Guéret-Laferté, p. 176-177).
Cuoq 1985, p. 200 ; Kruk 2008, p. 571.
Dagg et Foster 1976, p. 8-9.
Jean Thenaud, Voyage d’outremer, éd. Schefer, p. 48.
Al-Dam?r?, ?ay?t al-?ayaw?n, trad. Jayakar, II, p. 11.
Ibn ?al??n, Kit?b al-a??iya, 5e partie, 4, § 41, éd. Gigandet, p. 110 (trad.) et 85 (texte arabe, pagination arabe). Ibn ?al??n ne mentionne pas ici la girafe mais les espèces suivantes : al-wa?il (bouquetin), al-ayyal (cerf), al-?az?l (gazelle).
The Case of the Animals versus Man before the King of the Jinn [I?w?n al-?af??, Épitre 22, chap. 5], trad. L. E. Goodman et R. Mc Gregor, 2009, p. 120.
zoologie arabe
?Two legends concerning the hybrid nature and the birth of giraffes are frequently cited in Arabic sources. The first legend explains that the giraffe is a hybrid of the camel, the ox and the hyena, sometimes appearing after two generations. This legend was probably influenced by Ancient Greek zoology, especially that of Timotheus of Gaza. Because of the supposedly hybrid nature of the camel, its alimentary status under Islamic dietary laws was a subject of long debate amongst religious scholars. As the hybrid off-spring of a hyena, the giraffe would be unclean; as the off-spring of a ruminant such as cattle, its flesh would be pure and fit to be eaten. Another legend, related to the dangerous birth of baby giraffes, indicates that they may be attacked and killed by their mothers just after giving birth. The legend was not seen as a contradiction to the story of their hybrid nature. Observation of the birth of giraffes in captivity in Cairo menageries did not undermine the theory that giraffes were hybrids which had a long afterlife in ‘books of marvels’, encyclopaedias and geographic treaties up until the Ottoman period.?
Arabic zoology
‫العربية‪
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Buquet Thierry, « ‪Les légendes relatives à l'origine hybride et à la naissance des girafes selon les auteurs arabes‪ », Bulletin d’études orientales, 1/2014 (Tome LXII), p. 125-147.URL : http://www.cairn.info/revue-bulletin-d-etudes-orientales-2014-1-page-125.htm

References: § 44
 § 11
 § 846
 § 845
 § 271
 § 271
 § 328
 § 846
 § 41
 § 44
 § 11
 § 5
 § 42
 § 846
 § 845
 § 271
 § 271
 § 49
 § 25
 § 328
 § 846
 § 41