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Timestamp: 2013-05-21 23:53:52+00:00

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Questions sur la foi - Petit catéchisme… - L'Eglise et l'Etat… - Petit Catéchisme… - Petit Catéchisme… - Le christianisme… - La foi et la… - Notre vie a-t-elle… - Il n'est pas de… - Les 10 raisons de… - Chrétiens et… - Totus Tuus
Questions sur la foi	1
Chers amis, Après les débats passionnés du groupe Facebook dédié à Claude Tresmontant, je vous propose un petit catéchisme
sur le péché originel pour nous redonner quelques précieux repères sur ce grand mystère – si important pour notre foi : « On ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du
Christ. » (Catéchisme de l’Eglise Catholique – désigné dans la
suite du texte CEC –, § 389). Je le publie aujourd’hui sous la version 1.0., car le texte est perfectible (il sera retouché progressivement)
et j’attends beaucoup de vos réactions et réflexions. Par faciliter la discussion et les approfondissements à venir, j’ai numéroté les Propositions, de manière à ce que vous puissiez les viser
facilement et précisément. Le présent catéchisme s’articule en 4 parties distinctes :
4. Les avantages et limites de la théologie de Mgr Léonard En voici aujourd’hui la troisième partie.
3. LA THESE ORIGINALE DE MGR LEONARD SUR LE PECHE ORIGINEL 3.1. Notre Univers, issu du Big Bang, est le monde déchu – d’après la Chute d’Adam et Eve.
3.2. Adam et Eve, ainsi que la réalité du Paradis terrestre et du premier péché, échappent complètement à notre expérience.
Il n’existe aucune trace historique de l’existence d’un monde intègre avant l’apparition du premier hominidé.
3.2a. Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire naturelle, on observe le jeu implacable de la sélection naturelle, la
prédation animale, la cruauté et la mort. Les lois de la nature ici-bas se révèlent cruelles,
sanglantes, injustes – elles ont un goût de mort qui ne paraît pas compatible avec la conception biblique du Paradis terrestre. Dès lors : OU BIEN le Paradis terrestre n’a jamais existé (c’est un
pur mythe) et le récit du péché originel ne décrit pas une réalité historique (mais alors : on ne peut plus être catholique…). OU BIEN il faut comprendre ce récit AUTREMENT.
3.3. Adam et Eve, ainsi que la réalité du Paradis terrestre et du premier péché, ne se situent pas dans notre temps
chronologique. Ils se situent dans UN temps, mais non dans NOTRE temps. 3.3a. De même qu’Adam est en même temps un être personnel et un être collectif (à l’image du Christ) ; de même, le péché
originel est un péché qui, à la fois, a eu lieu dans le passé (un passé se situant au-delà de notre réalité historique, mais qui demeure une réalité) et se produit au présent. 3.3a.bis. Cela n'a pas plus de sens de dire que le péché originel s'est produit il y a plus de 14
milliards d'années, que de dire que le Christ a plus de 2000 ans aujourd'hui. Notre temps cosmique ne mesure pas plus la distance qui nous sépare d'Adam que celle qui sépare le Christ ressuscité
de son incarnation. 3.3a.ter. "Jésus ressuscité et Marie glorifiée sont actuellement bien REELS selon la foi
chrétienne, ils existent REELLEMENT MAINTENANT, et pourtant, il ne viendrait à l'esprit de personne de les situer géographiquement ou historiquement, tels qu'ils sont maintenant, à l'intérieur du
monde présent, puisque, avec leur glorification, a précisément commencé un MONDE NOUVEAU, doté d'une nouvelle qualité d'existence. Jésus ressuscité n'est donc pas quelque part dans notre cosmos.
D'une manière comparable, quoique non identique, Adam et son péché ne sont pas à situer à l'intérieur de notre univers avec les lois physiques et biologiques que nous lui connaissons
présentement." (Mgr Léonard) 3.3b. Affirmer que le récit de la Genèse se déroule en un autre lieu et un autre temps que notre
Univers issu du Big Bang n’enlève rien à la REALITE d’Adam et Eve, du Paradis terrestre, du péché originel ; ni à la dimension BIOLOGIQUE des animaux et des hommes créés par Dieu ; ni à
la BONTE foncière de la matière et des corps – qui préexistaient au péché originel et ne sont donc pas des « prisons ». 3.3c. "La chute originelle n'est pas représentable à partir des schèmes de notre expérience
présente. Si donc on est contraint, par les nécessités du langage, à se représenter quand même le péché d'Adam selon les catégories de notre univers et de notre histoire, on aboutira
inévitablement à un scénario mythique comparable à celui qu'utilise la Bible : séduite par les ruses du serpent, Eve mange du fruit défendu et pousse Adam à faire de même, à la suite de quoi ils
constatent la profondeur de leur déchéance. Ce récit est évidemment symbolique, non pas parce qu'il raconterait une illusion, mais parce que la réalité qu'il évoque et qui n'appartient pas au
monde historique présent - puisqu'elle est justement à son origine - est exprimée dans les termes et selon les schèmes de notre expérience actuelle et donc de manière forcément inadéquate."
(Mgr Léonard) 3.3d. Si l’on explique à un athée que le mal vient du péché de l’homme, l’athée va évidemment
répliquer que le mal physique existait dans la nature bien AVANT l’apparition du premier homme. Il ne nous jugera pas crédibles. On n’a alors que trois manières de s’en sortir : OU BIEN on nie la
réalité du péché originel comme évènement situé dans le temps et ayant provoqué une Chute cosmique (mais on se met en dehors de la foi catholique). OU BIEN on nie que la prédation animale soit un
mal (mais on se met en dehors de la foi biblique). OU BIEN on nie la Vérité historique (en maintenant contre toute évidence que le monde d’avant 50.000 ans était le Paradis
terrestre). 3.3d.bis. En affirmant à un athée que le Péché d’Adam est bel et bien REEL et HISTORIQUE, mais situé
EN AMONT de notre histoire cosmique à nous, on restes fidèle : à la foi catholique (qui affirme l’historicité d’Adam et de sa faute), à la foi biblique (qui voit la prédation animale comme un
mal), et aux enseignements de l’Histoire (qui situe la présence du mal physique bien AVANT l’apparition du premier hominidé). 3.3d.ter. On ne convaincra peut-être pas notre interlocuteur athée, mais au moins lui aura-t-on
fourni des RAISONS de croire – ou de penser que la foi catholique n’est pas contraire à la raison. 3.3d.quater. Si l’on tient à affirmer que le premier Adam est né sur cette terre, on doit alors
confesser : OU BIEN que la nature avant le premier homme, il y a 50.000 ans, était foncièrement BONNE – contre les FAITS historiques ; OU BIEN que la prédation animale n'était pas un mal ou
qu'elle était un mal voulu par Dieu – contre la FOI biblique et catholique. La théologie de Mgr Léonard nous sort de ce dilemme impossible.
3.4. La thèse de Mgr Léonard a pour mérite de préserver l'ABSOLUE INNOCENCE DE DIEU EN FACE
3.4a. Dieu ne peut vouloir la mort des êtres qu'il créé, ni leur souffrance – il en est incapable.
Il suffit de VOIR la souffrance dans les yeux d'une gazelle dévorée par un lion pour COMPRENDRE que Dieu N'A PAS PU vouloir cela, et qu'il y a quelque chose de "détraqué" dans le
monde. 3.4a.bis. ‎"Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il
a créé toutes choses pour qu'elles subsistent ; ce qui naît dans le monde est bienfaisant, et l'on n'y trouve pas le poison qui fait mourir." (Sagesse 1. 13-14) 3.4b. C’est par le péché de l'homme que le mal (y compris dans la nature - cf. 2.4) a fait son
entrée dans le monde. Ce n’est pas le fait de Dieu. 3.4c. Que Dieu se serve du mal pour en tirer un plus grand bien : OUI, mais APRES la Chute.
Dieu se sert du mal qui lui est IMPOSE par le péché de l'homme pour sauver l'homme. Mais Dieu n'a pas INVENTE le Mal, il ne l'a pas fait, il en est incapable ; la Création qui est sortie de ses
mains était foncièrement bonne. "Dieu vit tout ce qu'il avait fait, cela était très BON". 3.4d. Réponse à l’argument selon lequel le mal réside dans le caractère INACHEVE de la Création – et
correspond à un MANQUE ontologique, qui ne sera comblé que dans la vie béatifique : « si tout mal traduit un manque, tout manque ne traduit pas un mal. Le manque lié à l'inachèvement de
notre être du fait que celui-ci soit en régime de création n'est pas un "mal". Par contre, la prédation animale (des animaux plus forts qui TUENT des animaux plus faibles ou malades) est un mal.
Elle ne peut donc avoir été voulue par Dieu, ni avoir eu cours au Jardin d'Eden avant la Chute - c'est là une chose IMPENSABLE du point de vue biblique et catholique. » 3.4e. Y aura-t-il encore des mauvais microbes dans le monde à venir, ou des plantes carnivores, et
pourquoi? 3.4e.bis. L'existence des plantes carnivores (ou des fauves carnassiers) n'a rien à voir avec la loi
de l'entropie. Il faut rendre compte de leur existence – et de leur maintien ou non dans le monde à venir.
Note du Saint-Siège sur l'autonomie institutionnelle de
l'Eglise La doctrine de l’Eglise catholique relative aux aspects de la liberté religieuse (…) peut être présentée, en synthèse,
comme fondée sur les quatre principes suivants : 1) la distinction entre l’Eglise et la communauté politique, 2) la liberté à l’égard de l’Etat, 3) la liberté au sein de l’Eglise, 4) le
respect de l’ordre public juste.
1. La distinction entre l’Eglise et la communauté politique L’Eglise reconnaît la distinction entre l’Eglise et la communauté politique qui ont, l’une et l’autre, des
finalités distinctes ; l’Eglise ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique. La communauté
politique doit veiller au bien commun et faire en sorte que, sur cette terre, les citoyens puissent mener une vie calme et paisible. L’Eglise
reconnaît que c’est dans la communauté politique que l’on trouve la réalisation la plus complète du bien commun (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 1910), entendu comme
« l’ensemble des conditions sociales qui permettent tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » (ibid., n.
1906). Il revient à l’Etat de le défendre et d’assurer la cohésion, l’unité et l’organisation de la société de sorte que le bien commun soit réalisé avec la contribution de tous les citoyens, et
rende accessibles à chacun les biens nécessaires – matériels, culturels, moraux et spirituels – à une existence vraiment humaine. Quant à l’Eglise, elle a été fondée pour conduire ses
fidèles, par sa doctrine, ses sacrements, sa prière et ses lois, à leur fin éternelle. Cette distinction repose sur les paroles du Christ : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui
est à Dieu » (Mt 22, 21). Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. S’agissant des domaines dont
la finalité est à la fois spirituelle et temporelle, comme le mariage ou l’éducation des enfants, l’Eglise considère que le pouvoir civil doit exercer son autorité en veillant à ne pas nuire au
bien spirituel des fidèles. L’Église et la communauté politique ne peuvent pas cependant s’ignorer l’une l’autre ; à des titres divers, elles sont au service des mêmes hommes. Elles
exercent d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération, selon l’expression du Concile Vatican II (cf. Gaudium et
spes, n. 76). La distinction entre l’Eglise et la communauté politique est assurée par le respect de
leur autonomie réciproque, laquelle conditionne leur liberté mutuelle. Les limites de cette liberté sont, pour l’Etat, de s’abstenir de prendre des mesures susceptibles de nuire au
salut éternel des fidèles, et, pour l’Eglise, de respecter l’ordre public. 2. La liberté à l’égard de l’Etat L’Eglise ne revendique pas de privilège, mais le plein respect et la protection de sa
liberté d’accomplir sa mission au sein d’une société pluraliste. Cette mission et cette liberté, l’Eglise les a reçues ensemble de Jésus-Christ et non pas de l’Etat. Le pouvoir civil doit ainsi respecter et protéger la liberté et l’autonomie de l’Eglise et ne l’empêcher en aucune manière de s’acquitter intégralement de sa mission qui
consiste à conduire ses fidèles, par sa doctrine, ses sacrements, sa prière et ses lois, à leur fin éternelle. La liberté de l’Eglise doit être reconnue par le pouvoir civil en tout ce qui concerne sa mission, tant s’agissant de
l’organisation institutionnelle de l’Eglise (choix et formation des collaborateurs et des clercs, élection des évêques, communication interne entre le Saint-Siège, les évêques et les fidèles,
fondation et gouvernement d’instituts de vie religieuse, publication et diffusion d’écrits, possession et administration de biens temporels …), que de l’accomplissement de sa mission auprès des
fidèles (notamment par l’exercice de son magistère, la célébration du culte, l’administration des sacrements et le soin pastoral). La religion catholique existe dans et par l’Eglise qui est le corps mystique du Christ. Dans la considération de la liberté
de l’Eglise, une attention première doit donc être accordée à sa dimension collective : l’Eglise est autonome dans son fonctionnement institutionnel, son ordre juridique et son
administration interne. Les impératifs de l’ordre public juste restant saufs, cette autonomie doit être respectée par les autorités civiles ; c’est une condition de la liberté
religieuse et de la distinction entre l’Eglise et l’Etat. Les autorités civiles ne peuvent pas, sans commettre d’abus de pouvoir, interférer dans ce domaine religieux, par exemple en
prétendant réformer une décision de l’Evêque relative à une nomination à une fonction. 3. La liberté au sein de l’Eglise L’Eglise n’ignore pas que certaines religions et idéologies peuvent opprimer la liberté de leurs fidèles ; quant à elle
cependant, l’Eglise reconnaît la valeur fondamentale de la liberté humaine. L’Eglise voit en toute personne une créature douée
d’intelligence et de volonté libre. L’Eglise se conçoit comme un espace de liberté et elle prescrit des normes destinées à garantir le respect de cette liberté. Ainsi, tous les actes
religieux, pour être valides, exigent la liberté de leur auteur. Pris dans leur ensemble et au-delà de leur signification propre, ces actes accomplis librement visent à faire accéder à la
« liberté des enfants de Dieu ». Les relations mutuelles au sein de l’Eglise (par exemple le mariage et les vœux religieux prononcés devant Dieu) sont gouvernées par cette
liberté. Cette liberté est en dépendance à l’égard de la vérité (« la vérité
vous rendra libre », Jn 8,32) : il en résulte qu’elle ne peut pas être invoquée pour justifier une atteinte à la vérité. Ainsi, un fidèle laïc ou religieux ne peut pas, à
l’égard de l’Eglise, invoquer sa liberté pour contester la foi (par exemple en prenant des positions publiques contre le Magistère) ou pour porter atteinte à l’Eglise (par exemple en créant un
syndicat civil de prêtres contre la volonté de l’Eglise). Il est vrai que toute personne dispose de la faculté de contester le Magistère ou les prescriptions et les normes de l’Eglise. En cas de
désaccord, toute personne peut exercer les recours prévus par le droit canonique et même rompre ses relations avec l’Eglise. Les relations au sein de l’Eglise étant toutefois de nature
essentiellement spirituelle, il n’appartient pas à l’Etat d’entrer dans cette sphère et de trancher de telles controverses. 4. Le respect de l’ordre public juste L’Eglise ne demande pas que les communautés religieuses soient des zones de « non-droit » dans lesquelles les lois
de l’Etat cesseraient de s’appliquer. L’Eglise reconnaît la compétence légitime des autorités et juridictions civiles pour assurer le maintien de l’ordre public ; cet ordre public
devant respecter la justice. Ainsi, l’Etat doit assurer le respect par les communautés religieuses de la morale et de l’ordre public
juste. Il veille en particulier à ce que les personnes ne soient pas soumises à des traitements inhumains ou dégradants, ainsi qu’au respect de leur intégrité physique et
morale, y compris à leur capacité de quitter librement leur communauté religieuse. C’est là la limite de l’autonomie des diverses communautés religieuses, permettant de garantir la
liberté religieuse tant individuelle que collective et institutionnelle, dans le respect du bien commun et de la cohésion des sociétés pluralistes. En dehors de ces cas, il appartient aux
autorités civiles de respecter l’autonomie des communautés religieuses, en vertu de laquelle celles-ci doivent être libres de fonctionner et de s’organiser selon leurs propres
règles. A cet égard, il doit être rappelé que la foi catholique est totalement
respectueuse de la raison. Les chrétiens reconnaissent la distinction entre la raison et la religion, entre les ordres naturel et surnaturel, et ils estiment que « la grâce ne détruit
pas la nature », c’est-à-dire que la foi et les autres dons de Dieu ne rendent pas inutiles ni ignorent la nature humaine et l’usage de la raison humaine, mais au contraire encouragent
cet usage. Le christianisme, à la différence d’autres religions, ne comporte pas de prescriptions
religieuses formelles (alimentaires, vestimentaires, mutilations, etc.) susceptibles le cas échéant de heurter la morale naturelle et d’entrer en conflit avec le droit d’un État religieusement
neutre. D’ailleurs, le Christ a enseigné à dépasser de telles prescriptions religieuses purement formelles et les a remplacées par la loi vivante de la charité, une loi qui, dans l’ordre naturel,
reconnaît à la conscience le soin de distinguer le bien du mal. Ainsi, l’Eglise catholique ne saurait imposer aucune prescription contraire aux justes exigences de l’ordre public.
Chers amis, Après les débats passionnés de ces derniers mois sur le groupe Facebook dédié à Claude
Tresmontant, je vous propose un petit catéchisme sur le péché originel pour nous redonner quelques précieux repères sur ce grand mystère – si important pour notre foi :
« On ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter
atteinte au mystère du Christ. » (Catéchisme de l’Eglise
Catholique – désigné dans la suite du texte CEC –, § 389). Je le publie aujourd’hui sous la version 1.0., car le texte est perfectible (il sera retouché progressivement)
2. LE PECHE ORIGINEL ET LA CHUTE 2.1. Suite à leur péché, Adam et Eve découvrent... non pas qu’ils sont « comme des dieux » ainsi
que leur avait faussement promis le Serpent, mais qu’ils sont nus... 2.1a. Par le péché, Adam et Eve expérimentent qu’ils ne sont pas Dieu – en Qui ne réside aucun mal. Ils sont ramenés à leur
condition de créature, aspirés vers le bas, lorsque Dieu voulait les élever vers la divinisation. 2.1b. « Dans ce péché, l’homme s’est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu :
il a fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de son état de créature et dès lors contre son propre bien. Constitué dans un état de sainteté, l’homme était destiné à être
pleinement divinisé par Dieu dans la gloire. Par la séduction du diable, il a voulu être COMME Dieu, mais SANS Dieu, et AVANT Dieu, et non pas SELON Dieu » (CEC § 398). 2.2. La désobéissance d’Adam et Eve a provoqué leur mort spirituelle. Ils se cachent de Dieu dont ils ont peur (signe
que l’harmonie avec Dieu est brisée). 2.2a. La séparation de l’esprit humain d’avec Dieu est ce en quoi consiste la mort spirituelle de
l’homme. 2.2b. L’esprit de l’homme, mortel par nature (parce que libre par nature de refuser Dieu), mais préservé en son intégrité par
son obéissance au commandement de Dieu, perd, à cause de la désobéissance, la grâce de la sainteté originelle, la grâce sanctifiante qui lui communiquait la vie même de Dieu. 2.2c. Sans la grâce sanctifiante, l’esprit de homme n’est plus habité par l’Esprit de Dieu ; l’homme est séparé de Dieu.
Il ne tombe pas dans le néant, car même après la Chute, l’homme demeure dans la Pensée de Dieu. Pour tomber dans le néant, il faudrait que Dieu cesse de penser à l’homme et de l’aimer – ce qui
est impossible. L’homme vit donc toujours en Dieu, mais à cause du péché, Dieu ne vit plus en l’homme. L’homme est seul et malheureux – quoique Dieu lui garde son amour : l’alliance est
brisée. 2.2d. La mort spirituelle de l’homme conduit, sans le salut, à la damnation éternelle, qui est séparation définitive
d’avec Dieu. Les damnés ne tombent pas dans le néant, car il faudrait pour cela que Dieu cesse de penser aux hommes et de les aimer – ce qui est impossible. L’homme vit donc toujours en Dieu,
mais à cause de son impénitence finale, Dieu ne vivra plus jamais en l’homme. L’homme est seul et malheureux pour toujours – quoique Dieu lui garde éternellement son amour : tel est
l’Enfer. 2.3. La désobéissance d’Adam et Eve a provoqué leur mort biologique. Ils n’ont plus accès à l’arbre de la vie qui
assurait l’union de leur corps, mortel par nature, avec leur âme, immortelle par nature, dans l’unité de leur personne. 2.3a. La séparation du corps et de l’âme, unis depuis la conception de l’homme dans l’unité de sa personne, est ce en quoi
consiste la mort charnelle de l’homme – qui n’est donc pas un anéantissement de tout son être, mais une division douloureuse au sein de sa nature. 2.3b. Le corps de l’homme, mortel par nature, mais préservé en son intégrité par le fruit de l’arbre de vie, fait
l’expérience de la destruction : « Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière » (Gn 3. 19). 2.3c. L’âme de l’homme, immortelle en raison de sa nature spirituelle, demeure pour toujours (cf. CEC § 366). Après la
séparation d’avec le corps, elle s’élève vers Dieu pour être jugée et recevoir de Lui sa fin dernière. 2.3d. L’âme de l’homme est immortelle. Le corps et l’esprit de l’homme sont mortels. La mort charnelle conduit le corps à la
poussière et l’âme au Jugement, puis à sa fin dernière ; la mort spirituelle conduit, sans le salut, à la damnation éternelle. 2.4. Avec le péché originel, le mal, la prédation, la loi de dégradation, le vieillissement, l’usure, la souffrance,
la douleur et la mort entrent dans le monde. 2.4a. Le cosmos tout entier est atteint, jusque dans sa structure la plus intime, jusque dans ses lois les plus
profondes : « La création a été livrée au pouvoir du néant (…). La création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui
dure encore. » (Rom 8. 20. 22) 2.4b. A la loi universelle de croissance par évolution se joint la loi universelle de dégradation par entropie.
« La création (…) a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable... » 2.4c. La nature est soumise à des soubresauts violents, dangereux et mortels pour l’homme (séismes, éruptions volcaniques,
inondations, tsunamis…). « L’harmonie avec la création est rompue :
la création visible est devenue pour l’homme étrangère et hostile. A cause de l’homme, la création est soumise à la servitude de la corruption » (CEC § 400). 2.4d. Les virus ou bactéries deviennent dangereuses et mortelles pour l’homme à raison d’un manque
de mesure et d'harmonie entre parasites et hôtes – d'un dysfonctionnement ou d'un manque d'ajustement entre la virulence du parasite et la réponse de l'hôte. 2.4e. Le monde animal devient féroce et cruel. La loi de la sélection naturelle agit implacablement au profit des plus forts,
en éliminant impitoyablement les plus faibles et les malades. 2.4f. Après la Chute, l’homme reçoit pour nourriture, en plus des végétaux et des fruits, la viande animale. "Tout ce qui se meut et possède la vie vous servira de nourriture, je vous donne tout cela au
même titre que la verdure des plantes" (Gn 9. 3). Cf. supra
1.3b 2.4g. Des plantes aussi deviennent carnivores. 2.4h. Le travail de l’homme devient pénible. Le travail humain n’est pas une malédiction, cf. supra 1.6a – mais sa
pénibilité est une conséquence du péché originel. 2.4i. La femme enfante dans la douleur. La souffrance humaine, qui n’était pas présente à l’origine de la Création, apparaît
dans la Création déchue. L’enfantement, dans le plan de Dieu, était sans douleur, cf. supra 1.6b. Il en sera ainsi de l’enfantement de Jésus par la Vierge immaculée. 2.5. La nature humaine est substantiellement atteinte – la concupiscence (attraction naturelle vers le mal) l’habite
désormais. 2.5a. « L’harmonie dans laquelle [Adam et Eve] étaient, établie grâce à la justice originelle, est
détruite ; la maîtrise des facultés spirituelles de l’âme sur le corps est brisée ; l’union de l’homme et de la femme est soumise à des tensions ; leurs rapports seront marqués par
la convoitise et la domination. » (CEC §
400) 2.5b. « En conséquence du péché originel, la nature humaine est affaiblie dans ses forces,
soumise à l’ignorance, à la souffrance et à la domination de la mort, et inclinée au péché (inclination appelée " concupiscence "). » (CEC § 418) 2.5c. Les épreuves divines deviennent coûteuses pour l’homme ; les tentations (diaboliques ou de notre nature
concupiscente) dures à affronter – comparables à celle d’un grand fumeur qui s’est arrêté de fumer trois jours avant et à qui l’on proposerait une cigarette. Cf. supra
1.15d. 2.5d. « Ce que la révélation divine nous découvre, notre propre expérience le confirme. Car
l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre également enclin au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître
Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport
aux autres hommes et à toute la création (GS 13, § 1). » (CEC § 401) 2.5e. « La doctrine sur le péché originel – liée à celle de la Rédemption par le Christ – donne un
regard de discernement lucide sur la situation de l’homme et de son agir dans le monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce
dernier demeure libre. Le péché originel entraîne la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable. Ignorer que l’homme a une nature blessée,
inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale et des mœurs. » (CEC § 407). 2.5f. « Les conséquences du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes
confèrent au monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par l’expression de Saint Jean : " le péché du monde " (Jn 1, 29). Par cette
expression on signifie aussi l’influence négative qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes. » (CEC
§ 408) 2.6. Le péché d’Adam et Eve atteint leur nature, et donc : tous ceux qui, à leur suite, héritent de leur
2.6a. « Tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. Saint Paul l’affirme : " Par la
désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les
hommes) a été constituée pécheresse " » (CEC § 402) « A la suite de Saint Paul l’Église a toujours enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur
inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est ‘mort de
l’âme’ ». (CEC § 403) 2.6b. L’homme d’après la Chute est pécheur dès le sein de sa mère (cf. Ps 50. 7) – non qu’il soit coupable à ce moment d’un
quelconque péché personnel, mais il est conçu dans un état de déchéance qui fut celui d’Adam et Eve après le péché originel. Sans le salut, il est damné éternellement. « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer
dans le royaume de Dieu. » (Jn 3. 5) 2.6c. « Comment le péché d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants ? Tout le genre
humain est en Adam " comme l’unique corps d’un homme unique " (S. Thomas d’A., mal. 4, 1) Par cette " unité du genre humain " tous les hommes sont impliqués dans le péché
d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la
Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine : en cédant au tentateur, Adam et Eve commettent un péché
personnel, mais ce péché affecte la nature humaine qu’ils vont transmettre dans un état déchu. C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la
transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé " péché " de façon analogique : c’est un péché
" contracté " et non pas " commis ", un état et non pas un acte. » (CEC § 404) 2.6d. « Le péché originel est transmis avec la nature humaine, non par imitation, mais par propagation, (…) il est ainsi propre à chacun »
(CEC § 419) 2.6e. « Quoique propre à
chacun, le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et de la justice originelles » (CEC § 405) 2.7. La Création et la nature humaine restent bonnes malgré tout, foncièrement bonnes. Le péché n’a pas anéanti la
bonté primordiale de la Création divine – mais il l’a blessé, altéré, corrompu. 2.7a. « La nature humaine n’est pas totalement corrompue : elle est blessée dans ses propres
forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et inclinée au péché » (CEC § 405). 2.8. Dieu n’a pas abandonné l’homme à sa condition déchue d’homme pécheur. Dès après la Chute, il lui annonce un
Salut à venir ; il lui promet un Rédempteur. 2.8a. Dieu dit au Serpent : « Je mettrai une hostilité entre la femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa
descendance te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »(Gn 3. 15) 2.8a.bis. « Ce passage de la Genèse a été appelé PROTEVANGILE, étant la première annonce du
Messie rédempteur, celle d’un combat entre le serpent et la Femme et de la victoire finale d’un descendant de celle-ci. » (CEC § 410) 2.8a.ter. « La tradition chrétienne voit dans ce passage une annonce du NOUVEL ADAM qui, par son
obéissance jusqu’à la mort de la Croix répare en surabondance la désobéissance d’Adam. Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l’Église voient dans la femme annoncée dans le protévangile
la mère du Christ, Marie, comme NOUVELLE EVE. Elle a été celle qui, la première et d’une manière unique, a bénéficié de la victoire sur le péché remportée par le Christ : elle a été
préservée de toute souillure du péché originel et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de Dieu, elle n’a commis aucune sorte de péché. » (CEC § 411) 2.8b. Dieu veut offrir à chaque être humain la possibilité d’accéder à la vie éternelle et de parvenir ainsi à la
divinisation à laquelle il était initialement prédestiné. « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité » (1 Tim 2.
4) 2.8c. Lorsque les temps furent accomplis, Dieu envoya son propre Fils, victime propitiatoire offerte pour le pardon de tous
nos péchés. « Dieu a exposé le Christ sur la croix afin que, par l'offrande de son sang, il soit le pardon pour ceux qui croient en lui. Ainsi Dieu voulait
manifester sa justice : lui qui, au temps de sa patience, effaçait déjà les péchés d'autrefois, il voulait manifester, au temps présent, ce qu'est sa justice
qui sauve. Telle est sa manière d'être juste et de rendre juste celui qui met sa foi en Jésus. » (Rm 3. 25-26) 2.8d. C’est par notre foi en Jésus-Christ et notre charité active que nous échappons à l’Enfer et parvenons au
Salut. 2.8e. Notre foi en Jésus-Christ se vit dans son Eglise, de laquelle nous recevons les sacrements du salut, et d’abord le
baptême par lequel nous renaissons à la vie divine. 2.8f. « Le Baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché originel et retourne
l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel. » (CEC § 405) 2.8f.bis. « Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des
hommes ; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien ;
et non sans grands efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure. » (CEC § 409) 2.8g. « La grâce ineffable du Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que l’envie du démon
nous avait ôtés (…). Rien ne s’oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin plus haute après le péché. Dieu permet, en effet, que les maux se fassent pour en tirer un plus grand
bien. D’où (…) le chant de l’‘Exultet’ : ‘O heureuse faute qui a
mérité un tel et un si grand Rédempteur’ » (CEC § 412). 2.8g.bis. « La victoire sur le péché remportée par le Christ nous a donné des biens
meilleurs que ceux que le péché nous avait ôtés : " La où le péché a abondé, la grâce a surabondé " (Rm 5, 20). » (CEC § 420) 2.9. « Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel que celui de Jésus-Christ par lequel nous puissions être
sauvés. » (Actes 4. 12)
Chers amis, Après les débats passionnés de ces derniers mois sur le groupe Facebook dédié à Claude Tresmontant, je vous propose un petit catéchisme sur le péché originel pour nous redonner quelques précieux repères sur ce grand mystère – si
important pour notre foi : « On ne peut pas
toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ. » (Catéchisme de l’Eglise Catholique – désigné dans la suite du texte CEC –, § 389). Je le publie aujourd’hui sous la version 1.0., car le texte est perfectible (il sera retouché progressivement)
Originel et la Chute
originale de Mgr Léonard
et limites de la théologie de Mgr Léonard En voici aujourd’hui la première partie. 1. LE MONDE AVANT LA CHUTE 1.1. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent. 1.2. Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance. Homme et femme, il les créa. 1.2a. « Dieu n’est aucunement à l’image de l’homme. Il n’est ni homme ni femme. Dieu est pur esprit en
lequel il n’y a pas place pour la différence des sexes. Mais les "perfections" de l’homme et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie perfection de Dieu : celles d’une mère et celles
d’un père et époux. » (CEC § 370). 1.2b. « Créés ensemble, l’homme et la femme
sont voulus par Dieu l’un pour l’autre (…). Aucun des animaux ne peut être ce "vis-à-vis" de l’homme (…). L’homme découvre la femme comme un autre "moi", de la même humanité (…). L’homme et la
femme sont faits "l’un pour l’autre" : non pas que Dieu ne les aurait faits qu’"à moitié" et "incomplets" ; Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être
"aide" pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en tant que personnes ("os de mes os...") et complémentaires en tant que masculin et féminin. » (CEC § 371-372) 1.3. La Création sortie des mains de Dieu était BONNE et INTEGRE (« Et Dieu vit que cela était BON »).
Il ne s’y faisait aucune espèce de mal. La matière et les corps biologiques sont des réalités BONNES. La sexualité aussi : le commandement donné par Dieu à Adam et Eve de faire des enfants
est antérieure au péché originel (cf. Gn 1. 22) 1.3a. « Dans le mariage, Dieu les unit de
manière que, en formant "une seule chair", ils puissent transmettre la vie humaine : "Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre". En transmettant à leurs descendants la vie humaine,
l’homme et la femme comme époux et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur. » (CEC §
372) 1.3b. Dans le Paradis terrestre, la nature est en parfaite harmonie. Il n’existe aucune prédation. La vie ne se nourrit pas de la mort.
Aux hommes, Dieu dit : « Je vous donne toutes les herbes portant semence qui sont sur toute la surface
de la terre et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. » (Gn 1. 29) Aux animaux, Dieu donne « la verdure des plantes » (Gn
1. 30). 1.3c. Le livre d’Isaïe, dans une vision eschatologique, nous révèle que la prédation animale est une corruption, un mal. Elle
n’existait donc pas dans la Création intègre sortie des mains de Dieu : « Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le
lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le boeuf, mangera du fourrage. Le
nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de MAUVAIS ni de CORROMPU sur ma montagne sainte ; car la connaissance du
Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. » (Is 11. 6-9) 1.3d. Au Paradis terrestre, il ne règne aucune souffrance, aucune douleur, aucune maladie (aucun mauvais microbe : il
existe sans doute des virus ou des bactéries, mais ils sont inoffensifs pour l’homme). 1.4. Adam et Eve furent nos premiers parents. Ils ne sont pas SEULEMENT une représentation symbolique de l’humanité
intégrale, mais deux êtres réels, de chair et de sang, créés dans le temps. 1.4a. « Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial,
un FAIT QUI A EU LIEU au commencement de l’histoire de l’homme. La Révélation nous donne la CERTITUDE DE FOI que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par
NOS PREMIERS PARENTS » (CEC § 390) 1.4b. Ils sont tous deux indissociablement une âme spirituelle, immédiatement créée par Dieu, et un Corps biologique façonné
et animé par cette âme : « La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois CORPOREL et
SPIRITUEL (…). Le corps de l’homme participe à la dignité de l’"image de Dieu" : il est corps humain précisément parce qu’il est animé par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine
toute entière qui est destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit (…). L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la
" forme " du corps ; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant ; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne
sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature. » (CEC § 362-365) 1.5. Ils
vivaient en harmonie en présence de Dieu (l’état de grâce originelle), dans la pleine conscience de leur destinée éternelle qui était de partager la vie Trinitaire. 1.5a. « Le premier
homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour
de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ. » (CEC § 374) 1.5b.
« L’Église (…) enseigne que nos premiers parents Adam et Eve ont été constitué dans un état "DE SAINTETE
ET DE JUSTICE ORIGINELLE". Cette grâce de la SAINTETE originelle était une "participation à la vie divine" (…). L’harmonie intérieure de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme,
enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé " JUSTICE originelle " » (CEC § 375-376). 1.5c. « La "maîtrise" du monde que Dieu avait
accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme maîtrise de soi. L’homme était intact et ordonné dans tout son être,
parce que libre de la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la
raison. » (CEC § 377) 1.5d. « C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera PERDUE par le péché de nos premiers parents. » (CEC § 379) 1.6. Conformément à leur état de créature spirituelle, il leur fallait se préparer à
entrer dans cette communion d’amour avec Dieu. Ils étaient appelés à participer à l’achèvement de leur propre création – chacun selon sa vocation propre : l’homme, par son travail ; la
femme, par la transmission de la vie (ces deux réalités étant vécues dans la communion). 1.6a. Par son travail, l’homme « ressemble » à Dieu : il « créé »
(fabrique) des choses, il modifie le monde créé. 1.6b. Par la transmission de la vie, la femme « ressemble » à Dieu : elle
« créé » (enfante) des êtres nouveaux. 1.7. Adam et Eve sont des créatures. Comme toutes les créatures, ils n’ont pas le
principe de la vie éternelle en eux-mêmes : ils sont mortels. 1.7a. La mort s’entend de la séparation du corps et de l’âme spirituelle. Elle n’est pas l’anéantissement de tout
l’être : l’âme spirituelle demeure immortelle (ce en quoi aussi elle est à l’image de Dieu). « L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est (…) immortelle : elle ne périt pas lors de sa séparation du
corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale. » (CEC
§ 366) 1.8. Adam et Eve vivent dans une réalité, le Jardin d’Eden, dans lequel se trouve
deux arbres particuliers : l’arbre de la vie, qui est au centre du Jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal – dont on ne sait pas s’il est au centre du Jardin, ou à
l’extérieur (cf. Gn 1. 8). 1.9. Adam et Eve peuvent manger de tous les arbres du Jardin, hormis l’arbre de la
connaissance du bien et du mal (cf. Gn 1. 16-17). Ils ont donc accès à l’arbre de la vie – qui leur assure l’immortalité. 1.9a. Adam et Eve sont mortels par nature (au sens défini dans la proposition 1.7a), mais immortels
de fait – grâce au don que Dieu leur fait de l’arbre de la vie. 1.10. Pour accéder à la vie trinitaire, il leur fallait subir l’EPREUVE de leur
liberté – car la liberté, pour être véritable, doit être éprouvée et trouver à s’exercer. 1.10a. Adam et Eve devaient faire le choix explicite de Dieu – en reconnaissant leur état de
créature, et en demeurant dans une humble et joyeuse obéissance à Dieu et à ses commandements de Sagesse. 1.11. L’entrée d’Adam et Eve dans l’intimité de la vie Trinitaire se serait produite
non par la mort – étrangère au plan de Dieu – mais par une Assomption, comparable à ce que vécue la Vierge Marie, la Nouvelle Eve. 1.11a. Le corps et l’âme d’Adam et Eve – et de tous leurs descendants – auraient été, au temps voulu
par Dieu, élevés ensemble, sans aucune séparation, pour être glorifiés, transfigurés, divinisés (cf. Proposition 1.5a) 1.12. Cette divinisation se serait produite par le Christ et dans le Christ (cf. Proposition 1.5a). Toute la Création a été faite par le Christ, avec le Christ,
dans le Christ, et POUR le Christ (cf. Col 1. 16). 1.12a. L’Incarnation du Verbe se serait donc produite en tout état de cause – car c’est en Lui que l’humanité devait être
épousée ; c’est en Lui qu’elle devait accéder auprès du Père dans le feu de l’Esprit ; c’est par Lui que nous devions devenir, pour Dieu, des fils adoptifs ; c’est Lui qui devait,
en sa Personne, tout récapituler, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre (Ep 1. 3-6 ; 9-10). C’est Lui, dont l’arbre de Vie était la figure au Jardin d’Eden, Lui qui devait donner sa
chair en nourriture pour que les hommes vivent de sa vie, dans l’éternité de Dieu. 1.13. Il est probable que c’est ce Plan de Dieu d’une Union nuptiale avec l’humanité dans l’Incarnation du Verbe, qui ait
suscité la jalousie de Satan et provoqué la Chute des Anges. 1.13a. La présentation aux anges du Plan de Dieu d’épouser l’humanité dans le Christ a sans doute constitué l’EPREUVE de la
liberté des Anges. Eux aussi étaient appelés à reconnaître leur état de créature, en demeurant dans une humble et joyeuse
obéissance à Dieu à ses commandements de Sagesse. 1.13b. La Chute des Anges s’est produite avant celle des hommes. Elle est lui est donc indépendante. La Chute des Anges
n’entraînait pas fatalement la Chute des hommes : ceux-ci auraient pu ne pas tomber. 1.13c. Si la cause de la Chute des Anges réside dans l’Incarnation du Verbe, il faut admettre que l’Incarnation ne devait pas
survenir exclusivement dans l’économie de la Rédemption – puisque si l’homme n’avait pas chuté, un Rédempteur n’aurait pas été nécessaire, mais les Anges, eux, seraient quand même tombés à cause
de l’Incarnation du Verbe. 1.14. Satan est un être angélique personnel – non un principe métaphysique du mal, qui n’existait pas dans la Création de
Dieu. Créé bon, comme toute chose, Satan (appelé Diable ou Démon) s’est corrompu de manière définitive, en raison de sa nature, entraînant avec lui, nous dit la Tradition, le tiers des anges. Il
est damné pour l’éternité, sans aucune possibilité de retour. 1.14a. « L’Écriture parle d’un péché de ces
anges (…).C’est le caractère irrévocable de leur choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges ne peut être pardonné. "Il n’y a pas de repentir pour eux
après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort" (St Jean Damascène). » (CEC §
392-393) 1.14b. « La puissance de Satan n’est (…) pas infinie. Il n’est qu’une
créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. » (CEC § 395) 1.15. Par jalousie, Satan tenta Adam et Eve – voulant les entraîner dans sa Chute. 1.15a. Dieu éprouva Adam et Eve en leur donnant un commandement (celui de ne pas manger du fruit de l’arbre de la
connaissance du bien et du mal) et en laissant Satan les tenter. 1.15b. « Dieu a créé
l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite
à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, "car du jour où tu en mangeras, tu mourras" (Gn 2, 17). "L’arbre de la connaissance du bien et du mal" (Gn 2, 17) évoque
symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la
création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté. » (CEC §
396) 1.15c. Dieu permit la tentation de Satan parce qu’elle offrait à Adam et Eve la possibilité d’exercer leur liberté – mais
Dieu ne tenta pas Adam et Eve. A Dieu l’épreuve (en vue du bien) ; à Satan la tentation (en vue du mal). Dieu ne tente jamais personne (cf. Jc 1. 13). « La permission
divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais "nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment" (Rm 8, 28). » (CEC § 395) 1.15d. Dieu permit cette tentation aussi (et peut-être surtout) parce qu’elle était aisément surmontable. Elle était
comparable à celle d’un non-fumeur à qui l’on proposerait une cigarette : il leur aurait été facile de décliner l’offre. La nature intègre d’Adam et Eve ne comportait aucune concupiscence,
aucune attraction pour le péché (cf. Proposition 1.5c). 1.16. Adam et Eve succombèrent à la tentation du démon, qui utilisa le mensonge pour susciter dans leur âme le désir de
devenir PAR EUX-MÊMES comme des dieux. 1.16a. « Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers
parents : "Vous deviendrez comme Dieu" (Gn 3, 5). Le diable est "pécheur dès l’origine" (1 Jn 3, 8), "père du mensonge" (Jn 8, 44). » (CEC § 392) 1.16b. Le péché d’Adam et Eve est un péché d’orgueil et de désobéissance – et nullement donc, comme on l’a dit, un péché
sexuel. 1.16c. Le commandement qui était fait à Adam et Eve de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal
ne signifiait pas que Dieu ne voulait pas qu’ils demeurent dans l’incapacité de discerner le bien et le mal (l’obéissance à ce commandement, du reste, impliquait cette capacité de
discernement) ; il signifiait que Dieu ne voulait pas qu’Adam et Eve fassent l’expérience du mal (« connaître », au sens biblique, c’est « faire l’expérience »
concrètement) – de la même manière qu’ils faisaient l’expérience du bien au Jardin d’Eden.
Suite à notre article sur la foi et la démarche scientifique, le P. Beukelaer nous répond sur son blog :« Même s’il l’exprime avec délicatesse, l’auteur ne m’en voit pas moins glisser vers le « fidéisme » (la foi sans la
raison). Personnellement, je pense que c’est lui qui risque de verser dans le « rationalisme » en déclarant: « Voilà pourquoi la foi est
fondamentalement un acte de l’intelligence ». Entendons-nous : Les « raisons de croire » sont d’utiles marche-pieds pour inviter notre intelligence à reconnaître que la
foi est raisonnable. Ils constituent donc également souvent une préparation à l’Evangile. Mais ils ne sont pas les prémisses logiques qui conduisent nécessairement en la foi au Ressuscité. Comme
si la nature humaine se suffisait pour devenir chrétien et que l’Esprit était superflu. « Credo ut intelligam » enseignait saint Augustin. »
Je remercie le Père pour cette réponse qui nous permet d’approfondir – en cette Année de la Foi récemment inaugurée par
Benoît XVI – l’importante question des relations de la Foi avec la Raison (qui est au cœur, me semble-t-il, des préoccupations de nos derniers pontifes). Elle me fournit l’occasion également
d’écarter toute équivoque quant à mon propos – et ceux de Claude Tresmontant.
Il est vrai qu’à vouloir trop insister sur l’importance de la raison, on peut donner à penser
qu’il suffit de savoir pour croire. Auquel cas, bien entendu, le reproche de rationalisme serait fondé.
Qu’est-ce en effet que le rationalisme ? Nous avons cité dans notre précédent article la définition du fidéisme selon
Mgr Léonard. Reprenons son ouvrage sur Les raisons de croire pour écouter maintenant ce qu’il nous dit du rationalisme – qui est l’erreur symétrique du fidéisme que nous dénoncions.
« Le rationalisme pur consiste dans le rejet a priori de la révélation ou de certains de ses aspects au nom d’une conception trop étroite de la raison qui interdit à l’avance à Dieu soit d’exister, soit de se révéler
et d’agir de la manière dont la religion (…) se représente qu’il se révèle et agit. Le rationalisme dira par exemple : Dieu est éternel, donc il ne peut entrer dans l’histoire pour s’y
révéler ; il est transcendant, donc il ne peut s’incarner en Jésus ; il est impassible, donc il ne peut souffrir la Croix et ressusciter ; etc… »
En cette acception-là, je pense qu’il n’y a pas la moindre ambiguïté – nous ne sommes pas rationalistes. Comme chrétiens, et
conformément à la pensée de Claude Tresmontant, nous affirmons que Dieu existe ; qu’il s’est révélé à Israël ; qu’il s’est incarné en Jésus-Christ – mort et ressuscité pour notre
Salut ; qu’il est réellement présent à son Eglise, aujourd’hui et jusqu’à la fin du monde – la conduisant peu à peu vers la Vérité toute entière. Nous croyons que les vérités révélées par
Dieu ne sont pas accessibles, de soi, à la seule raison – et que pour les connaître, il fallait que Dieu nous les révélât ; que la Vérité absolue dépasse notre raison.
Mais nous croyons et affirmons tout cela indissociablement au nom de la foi et de la raison – car
nous pensons que toutes ces vérités que je viens d’évoquer peuvent être connues par une analyse rationnelle partant de la considération des phénomènes objectifs que sont : la Création,
le fait de la Révélation, l’évènement Jésus-Christ, et la réalité organique de l’Eglise catholique.
Nous encourons par conséquent le risque d’être considérés comme rationalistes en la seconde acception évoquée par Mgr
Léonard : « Sous une forme plus souple, le rationalisme est moins préoccupé de rejeter la foi que de
se l’annexer en la résorbant dans le champ de la raison. Cela aboutit à la gnose et à sa version contemporaine, l’idéologie (…). Le rationalisme consiste à vouloir enfermer le fait et le
contenu de la révélation dans l’enceinte de la simple – et souvent trop simple – raison, comme si la vérité de la foi était nécessairement à la mesure de l’homme. »
C’est donc là qu’une précision s’impose. Dans mon précédent article, j’écrivais : « Le croyant croit parce
qu’il sait ». Je reconnais que cette formule n’est pas très heureuse – et qu’elle peut prêter à confusion. Ce n’est pas parce que je sais que Dieu existe, que Dieu
s’est révélé au peuple hébreu, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu fait homme, que l’Eglise catholique est guidée infailliblement par l’Esprit Saint ; que nécessairement, obligatoirement,
mécaniquement, je vais croire. Comme le dit à juste titre le P. Beukelaer, les raisons de croire « ne sont pas les prémisses logiques qui conduisent
nécessairement en la foi au Ressuscité. » La preuve ? Elle se trouve en Satan et dans les démons. « Tu crois qu'il y a un seul
Dieu? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur. » (Jc 2. 19)« Pas un dogme dont le
démon ne sache l’exacte vérité » rappelait Fabrice Hadjadj dans un ouvrage saisissant que tout évangélisateur devrait avoir en bonne place dans sa bibliothèque[1] : « L’apologétique s’efforce de montrer la vérité du christianisme, mais cette vérité connue n’empêche pas d’être pire. Elle ouvre la possibilité de la conversion, mais aussi celle d’un refus
consommé. » [2].
La foi n’est donc pas simplement affaire de connaissance intellectuelle. Elle est plus que du savoir. Elle
implique un consentement à la vérité qui se révèle, une humble soumission à Dieu, une filiale obéissance à sa Parole – à laquelle nos
cœurs endurcis par l’orgueil ne se plient pas facilement.
Pour croire en Dieu, il ne suffit pas de savoir QUI il est et ce qu’il fait : il faut encore accepter de remettre notre
vie entre Ses mains ; reconnaître sa seigneurie dans toutes les dimensions de notre existence ; renoncer à nos propres vues lorsqu’elles contredisent les Siennes ; remettre en
cause certains de nos comportements auxquels nous sommes attachés, lorsqu’ils nuisent à notre relation vitale avec Dieu et avec nos frères – ce qui suppose une conversion de
tout notre être, un choix de notre volonté, l’exercice de notre liberté : un Amour de Charité, tout simplement.
Ce n’est pas parce qu’une chose est vraie que nous l’acceptons volontiers ni facilement ; que nous
l’aimons ; surtout lorsqu’elle bouscule nos habitudes, dérange notre confort, contrarie nos convictions premières. Nous pouvons préférer suivre nos voies plutôt que celles de
Dieu... en toute connaissance de cause.
Un tel déni du réel est possible, selon Tresmontant, parce que « L’intelligence est une action, elle procède d’un choix, d’une disposition originelle, elle naît dans les secrets du cœur » [3] : « Il n'y a pas de double comptabilité, cloisons étanches entre la pensée et la liberté, l'action première et
essentielle qui définit un être. La pensée ne se joue pas dans un lieu pur, séparé de l'option du coeur et de ses desseins obscurs. Le
contraire de la vérité n'est pas l'erreur, mais le mensonge. Il y a mensonge et non pas seulement erreur, à cause de l’inhabitation dans le secret de l'homme, de la vérité qui le travaille. La
relation entre cette vérité et l’homme constitue la conscience morale. L'homme a le pouvoir de refouler, de se cacher à soi-même l'exigence de cette vérité qui opère en
lui. »[4].
Aussi : « La connaissance n’est pas un luxe, un épiphénomène inutile.
Elle est une question de vie ou de mort (…). Le progrès dans la connaissance est un cheminement vers la vie(…). L’intelligence est notre acte principal ; nous en sommes responsables. » [5]
C’est en ce sens que je disais que la foi est un « acte de l’intelligence ». Le P. Beukelaer me
reproche fraternellement l’usage de cette expression. Elle n’est cependant pas de moi, mais… de Saint Thomas d’Aquin. Himself !
« Croire, nous
dit le Docteur Angélique, est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au
moyen de la grâce » [6].
Il y a donc dans la foi une double part : celle de Dieu – qui révèle une vérité inaccessible à la raison humaine (mais
non inintelligible) et qui communique sa grâce. Et celle de l’homme – dont l’intelligence choisit d’adhérer à la vérité divinement révélée.
La part de l’homme, c’est l’intelligence. C’est par son intelligence (des vérités naturelles) qu’il est conduit à la
foi ; et c’est à l’intelligence (des vérités divines) que la foi le conduit. Quoiqu’il en soit, on voit bien que, comme le disait Benoît XVI en 2008 à Paris : « Jamais Dieu ne demande à l'homme de faire le sacrifice de sa raison ! Jamais la raison n'entre en contradiction
réelle avec la foi ! L'unique Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, a créé notre
raison et nous donne la foi, en proposant à notre liberté de la recevoir comme un don précieux. C'est le culte des idoles qui détourne
l'homme de cette perspective, et la raison elle-même peut se forger des idoles. »
Puisqu’il n’y a pas contradiction entre la raison et la foi – mais au contraire fécondation mutuelle –, tous les moyens
humains que nous pouvons prendre pour développer notre intelligence du réel disposera notre cœur à l’accueil de la foi – qui est la plénitude de la
Connaissance. « La foi, c’est l’intelligence (…) rappelait Claude Tresmontant à la suite du Docteur Commun. La foi est adhésion à la
vérité » [7]. Encore faut-il la connaître... C’est tout
l’enjeu, me semble-t-il, de l’apologétique chrétienne qui,en dépit de ses limites justement soulignées plus haut par Fabrice Hadjadj, reste un outil majeur d’apostolat : la
mission de l’Eglise est de donner au monde la Vérité.
Non pas, je le répète, que l’intelligence de la Vérité soit suffisante pour croire – la foi
n’est pas le fruit naturel d’une raison qui sait – la raison qui sait a aussi le pouvoir de se perdre... Mais elle est fondamentale et nécessaire pour croire. Une foi sans
fondement rationnel, pour aussi admirable qu’elle soit lorsqu’elle manifeste un attachement sincère au Christ et à l’Eglise, est comparable à une maison bâtie sur le sable… A la première tempête,
elle s’effondrera. Le croyant sera alors ‘l’homme d’un moment’, comme dit Jésus au sujet de ceux qui croient sans comprendre.
Voilà pourquoi il faut inciter ceux qui ne croient pas à approfondir la question de l’existence de Dieu et de sa Révélation à
Israël ; voilà pourquoi il faut aider nos contemporains à connaître Jésus-Christ, à réfléchir sur le mystère de sa personne et sur l’évènement de sa résurrection (dont notre histoire porte
la marque) ; voilà pourquoi nous devons présenter l’Eglise catholique pour ce qu’elle est : le foyer de la présence divine d’où jaillit la sainteté – qui est l’humanité nouvelle
régénérée dans le Christ. Non par des proclamations sentencieuses. Mais avec des arguments rationnels.
« Le motif de croire, dit le Catéchisme de l’Eglise
catholique, n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle (…). Néanmoins
(…)Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation. C’est ainsi que les
miracles du Christ et des saints, les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité sont des signes certains
de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous, des "motifs de crédibilité" qui montrent que l’assentiment de la foi n’est nullement un mouvement aveugle de l’esprit. » (CEC § 156).
Il est donc capital de retrouver la raison de notre foi si l’on veut entrer en dialogue
avec les non-chrétiens, puisque là précisément se situe le terrain propice à l’évangélisation du monde moderne : « En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l’Église exprime sa confiance en la
possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec
les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées. » (CEC, § 39).
Ce que je regrette un peu dans la réponse du P. Beukelaer aux propos de Christian de Duve, c’est qu’il n’ait pas provoqué le
vénérable prix Nobel dans son domaine de prédilection qui est… la connaissance scientifique. Car au fond, le problème de Christian de Duve, ce n’est pas
d’être trop scientifique ; c’est de ne l’être pas assez. Comment un scientifique de son envergure peut-il affirmer que le Pape assène au monde
des « vérités révélées, et donc non contestables » comme autant « de certitudes qui
ne se fondent sur aucune réalité démontrable » ? Comment un savant peut-il porter un jugement aussi péremptoire, sans
avoir pris la précaution d’examiner objectivement, scientifiquement, sans préjugés ni a
priori, la réalité qu’il critique – et que manifestement, il ne connaît pas. Dire que l’Eglise ne fonde ses certitudes théologiques sur aucune réalité
démontrable, c’est tout simplement faux ! – c’est contraire à la réalité objective qu’est censée scruter le scientifique. L’Eglise a toujours tenu à « rendre raison » de
l’espérance qui est en elle – elle ne s’est jamais contenté d’asséner des vérités inintelligibles. L’Eglise, dans son annonce de l’Evangile, a toujours sollicité l’intelligence, le raisonnement,
la logique, le bon sens. Jamais elle ne nous a demandé d’avaler des couleuvres indigestes et inassimilables.
La parole de Saint Augustin (« Credo ut intellegam») que m’oppose aimablement le P. Beukelaer, est celle d’un
théologien qui n’a accès aux vérités qu’il contemple que par la foi. Augustin rappelle que l’intelligence des vérités révélées trouve sa source dans la foi – ce qui est très juste. Mais cette
parole n’a de valeur que dans l’ordre théologique – chez ceux, donc, qui croient déjà. Elle est inopérante pour des non-croyants qui n’ont pas accès aux vérités révélées, et à qui on ne peut pas
demander de renoncer à la raison pour croire ! « Que voulez-vous que pense un savant, habitué à la pratique des sciences expérimentales, en
présence d’un théologien qui lui dit qu’il faut partir de la Parole de Dieu, mais qui a bien
pris soin de préciser auparavant qu’il est impossible d’établir l’existence de Dieu par l’analyse rationnelle et qu’il est impossible aussi d’établir que Dieu a parlé ? Le tout est remis à
la « foi », comprise par la force des choses comme un assentiment aveugle. » [8].
C’est à la raison de nos contemporains qu’il faut s’adresser – c’est elle que nous devons interpeller, questionner, stimuler.
Ce n’est pas du rationalisme dans la mesure où nous savons bien que pour aussinécessaire que soit ce travail, il ne sera jamais suffisant – et qu’il doit être
suppléé par des moyens surnaturels qui attirent la grâce de Dieu (la prière, les sacrements, des expériences d’Eglise, le jeûne, la lecture de la Bible…). Les seuls vrais
évangélisateurs, nous le savons, ce sont les saints. C’est par notre sainteté personnelle que nous pourrons toucher le cœur et l’intelligence de nos contemporains, plus que par nos grands
Il reste que nous ne pouvons pas renoncer à l’intelligence – puisqu’elle a partie liée avec la foi ; et qu’il n’y a pas
de foi authentique sans la raison ; que c’est mutiler la foi que de lui soustraire la raison : « L’Eglise veut et elle
tient à ce que l’ordre intellectuel et rationnel conserve sa consistance propre, son autonomie. Elle ne veut pas qu’on tente d’établir l’ordre surnaturel sur des soubassements friables, sans
consistance, sans solidité. Elle ne veut pas qu’on affaiblisse l’ordre naturel, l’ordre de la Création, pour introduire l’ordre surnaturel de la grâce (…). L’ordre surnaturel,
l’ordre de la grâce, n’abolit pas l’ordre naturel, ne le détruit pas, au contraire, il l’achève, le réalise, le conduit à son terme ultime et à sa
perfection. » [9]
Distinguer foi et raison de manière à ce pas les confondre n’implique nullement de
les séparer – car de fait : elles sont inséparables. La foi présuppose la raison ; la foi contient la raison ; la foi surélève la raison et la porte à son
sommet. Foi et Raison sont inséparables du fait de l’unité de la personne qui pense et qui croit. On ne peut pas plus séparer la Foi et la
Raison que l’Âme et le Corps. Ce serait la mort assurée... La dialectique entre la foi et la raison n’est pas dualisme, mais articulation et communion.
Alors en ce sens là, oui peut-être : nous sommes rationalistes. Mais ce rationalisme-là, nous le revendiquons,
nous l’assumons. Nous sommes même, à la vérité, les seuls vrais rationalistes au monde, les rationalistes authentiques – puisque nous conférons à la
Raison humaine un pouvoir exorbitant que les rationalistes athées eux-mêmes lui dénient : celui de connaître Dieu et de pénétrer ses mystères. « La seule chose, en réalité, que nos frères athées et rationalistes, auprès de qui nous sommes déshonorés, pourraient reprocher à la théologie chrétienne catholique, serait
d’être rationaliste à l’excès, d’être rationaliste d’une manière intempérante, puisque, comme nous l’avons vu, aux yeux de la théologie catholique, la métaphysique est une science de ce qui est,
et à ses propres yeux, la théologie catholique est une science. » [10].
Il convient donc de reconnaître, avec le Cardinal Joseph Ratzinger – futur pape Benoît
XVI – que : « Par son option pour le primat de la raison, le christianisme est encore aujourd’hui un rationalisme
philosophique. » [1] Fabrice Hadjadj, "La foi des démons, ou l'athéisme
dépassé", Salvador 2009, p. 153.
[8] Claude Tresmontant, in "L'histoire de l'univers et le sens
de la Création", François-Xavier de Guibert 2006, p. 55.
[11] Joseph Ratzinger, in "Est-ce que Dieu existe?", Payot 2006, p.
102. Plus
Après avoir déploré (à juste titre) la « religiosité sociale » de certains catholiques – l’attitude de ceux qui
vont à la messe sans avoir vraiment conscience de ce qu’ils font et de ce que cela implique dans le concret de leur vie (qu’il appelle, non sans humour, les « pratiquants non
croyants ») –, le Père rapporte un extrait de l’interview donnée dans le quotidien belge « La Libre » du jour, par le prix Nobel Christian de Duve : « Les gens, déclare ce
dernier, n’ont pas appris à raisonner avec la rigueur
et l’honnêteté intellectuelle qu’essaient d’observer les scientifiques, à pratiquer le doute méthodique dont parlait Descartes. Ils manquent d’objectivité et sont obnubilés
par des croyances et des certitudes qui ne se fondent sur aucune réalité démontrable. C’est vrai du Pape
qui parle de “vérités révélées” et donc, non contestables et qui est pourtant suivi par 1,5 milliard de
Cette « sortie » du prix Nobel de
médecine lui vaut cette réplique cinglante du Père Eric de Beukelaer :« Comment un homme aussi intelligent et respectable, qui a baigné bien plus que moi dans un catéchisme à l’ancienne, peut-il sortir une phrase aussi énorme du point de vue
épistémologique? Comment peut-il tomber à pieds joints dans le piège du « rationalisme concordiste », qui consiste à prétendre que la méthode scientifique est la seule qui fasse sens?
Comment peut-il à ce point confondre une affirmation scientifique visant la réalité finie et quantifiable avec une adhésion de foi, touchant à l’infini et donc à l’indémontrable? Et quid de la
poésie et de la danse? Leur vérité sont-elles démontrables? Je pense que le professeur de Duve a longtemps été un pratiquant non croyant, avant de se reconnaître agnostique. Il a adhéré durant sa
jeunesse à des « preuves de l’existence de Dieu » et des « raisons de croire », avant de les laisser tomber comme peu crédibles. Mais jamais, sans doute, ne fit-il
l’expérience intime du Ressuscité. »
Le Père de Beukelaer a tout à fait raison de rappeler au scientifique que les sciences modernes ne sont pas la seule voie
d’accès au réel – que la science a ses limites, et qu’elle est impuissante à appréhender des réalités non
matérielles comme l’amour, la beauté, la liberté, le bien et le mal, la pensée, « la poésie et la danse ». La science aujourd’hui reconnaît elle-même qu’elle ne pourra jamais atteindre le fond du réel – validant du même coup la pertinence d’un regard de nature
philosophique et/ou religieux sur le monde. Le scientisme du XIXe siècle a vécu : on sait aujourd’hui que les sciences « dures » ne regardent le monde que sous un aspect
particulier qui ne dit pas TOUT du réel et n’exclut pas d’autres angles d’approches, complémentaires, et tout aussi valables, qui en appellent au sens profond des
Il me semble toutefois qu’il y a quelque chose de très juste dans la critique de Christian de Duve, que le Père ne relève pas
dans son billet – mais qu’il me paraît important de considérer si l’on veut vraiment entrer en dialogue avec la pensée contemporaine. C’est que « Les gens n’ont pas appris à raisonner avec la rigueur et l’honnêteté intellectuelle qu’essaient d’observer les scientifiques
(…). Ils manquent d’objectivité et sont obnubilés par des croyances et des certitudes
qui ne se fondent sur aucune réalité démontrable. »
C’est un constat que l’on est bien obligé de
poser, avec Christian de Duve. Une réalité dénoncée par un grand prélat de l’Eglise catholique, Mgr André Léonard, dans son maître-ouvrage « Les raisons de
croire » : « La moyenne des croyants, écrit-il, est (…) exposée à l’erreur du
fidéisme » qui consiste à concevoir la foi en Dieu comme une « pure affaire d’expérience ou de sentiment, une question de conviction personnelle », une croyance aveugle et inconditionnelle n’ayant rien à voir avec la raison.« Même dans la jeunesse universitaire – celle que je connais le mieux –, il me semble que le péril qui menace le plus directement
les chrétiens sur le plan intellectuel est celui du fidéisme. Il se présente sous les traits d’une foi généreuse mais insuffisamment éclairée et risquant, par là même, de n’être qu’un feu de
paille vite étouffé par la compétence acquise en matière profane et par les soucis professionnels et familiaux de l’âge adulte. »
Plutôt que de répondre au prix Nobel en lui
montrant à quel point il se trompe lorsqu’il critique le Pape, à qui il reproche d’enseigner à une part importante de l’humanité des « “vérités révélées” et donc, non
contestables » – sans voir que, dans la pensée des Papes, cette foi dans les vérités
révélées s’appuie sur des preuves très solides, échappant du même coup au reproche adressé aux « croyances
et (…) certitudes qui ne se fondent sur aucune réalité démontrable » –, le Père de Beukelaer préfère
opposer à la pensée scientifique du Nobel de Médecine « l’expérience intime du Ressuscité » : comme s’il
fallait choisir entre la raison raisonnante du savant et la vie spirituelle du croyant – comme s’il y avait une cloison étanche entre la raison naturelle et
la foi surnaturelle – comme s’il n'existait aucune relation entre l'une et l'autre.
Quand on lit le Père de Beukelaer, on
n’échappe pas à la fâcheuse impression que lui-même ne croit pas vraiment dans les « preuves de l’existence de Dieu » et [les]
« raisons de croire » » que Christian de Duve a, selon lui, laissé « tomber comme peu
crédibles ». Le Père joue sur la dialectique entre la science – qui viserait une « réalité finie et
quantifiable » – et la foi, qui toucherait, elle, à l’infini « et donc à l’indémontrable ». Si l’on suit le Père dans cette logique, on sera amené à penser que Dieu étant une réalité infinie et non quantifiable, il échappe
à toute démonstration ; qu’on ne peut Le connaître qu’en croyant en lui, à son existence, et dans les vérités qu’il nous révèle ; que pour devenir croyant, il faut faire
le saut : de la raison à la
foi. Ce saut est justifié, nous dit le Père, par le fait qu’il existe des vérités indémontrables (la poésie, la danse…) auxquels le scientifique croit sans difficultés quand il sort de son
laboratoire. Si le scientifique est capable de connaître ces réalités qui n’entrent pas dans son champ d’analyse professionnel, rien ne l’empêche a priori de croire en Dieu. Car autre chose est la
science (qui appartient au domaine rationnel de ce qui est démontrable – et relève d’une analyse objective) ; autre chose est la foi (qui appartient au domaine spirituel indémontrable – et
relève de l’expérience intime, subjective). L’important est de savoir faire épistémologiquement la part des choses.
Le problème, c’est que, si l’on peut
justifier, sur le principe, la croyance en des vérités non matérielles – transcendantes en quelque manière – (au nom de l’expérience que tout le monde fait, y compris les scientistes les plus endurcis), cela ne suffit
pas pour fonder notre foi dans le Dieu d’Israël, le Dieu de Jésus-Christ. Pourquoi croire en ce Dieu là plutôt qu’en un autre ? Pourquoi choisir Jésus-Christ, plutôt que Mahomet ou
Bouddha ? Pourquoi choisir l’Eglise catholique, plutôt que la franc-maçonnerie, ou une philosophie de vie athée ? Après tout, nous sommes dans le domaine des choix intimes et personnels
– de la liberté de chacun d’orienter sa vie comme il l’entend. Il est des croyants d’autres religions qui font aussi une « expérience intime » de
Dieu – et dont il est impossible de dénier l’authenticité. Et il est des non croyants qui développent une éthique de vie remarquable, qui les comble d'un bonheur naturel et dont beaucoup de
chrétiens pourraient s’inspirer.
On ne peut donc échapper à
la vérité objective de la
foi chrétienne – sauf à tomber dans le subjectivisme et le relativisme ; dans le
Que le foi ouvre la raison humaine à
des horizons qui dépassent infiniment ses capacités naturelles, c’est une évidence ; qu’elle donne accès à des vérités révélées qui ne sont pas démontrables et que l’on ne peut
que croire pour les connaître, voilà qui est absolument certain (comment démontrer rationnellement, par exemple, la présence réelle de
Jésus-Christ dans l’eucharistie ? ou le mystère de sa naissance virginale ? ou l’existence de l’enfer ? des anges, bons et mauvais ?....). Mais il est important ici de
considérer que, si le croyant adhère à ces vérités de foi qu’il tient pour révélées, c’est qu’il a des raisons de le faire. Il a
des raisons de penser que Dieu existe ; qu’Il s’est révélé à Israël ; qu’Il s’est incarné en Jésus-Christ ; qu’Il a fondé
l’Eglise catholique en l’assurant de son assistance infaillible dans l’enseignement des vérités de la foi et de la morale. Le
croyant croit parce qu’il sait. Il sait que la Vérité existe ;
il sait qu’elle s’est manifestée en Jésus-Christ ; qu’elle a été confiée à l'Eglise ; qu'elle le dépasse infiniment ; et il
accepte humblement de se laisser enseigner par elle. Mais il n’y consent que dans la mesure où il l’a préalablement reconnue
pour ce qu’elle est : la Vérité absolue, indépassable. Voilà
pourquoi la foi est fondamentalement un acte de l’intelligence.
Un commentateur de l’article du
Père de Beukelaer rappelle très opportunément les fondements rationnels de la foi
chrétienne : « d’abord, je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu, et par conséquent aussi, démontré à la lumière naturelle de la raison « par ce
qui a été fait » Rm 1, 20, c’est-à-dire par les œuvres visibles de la création, comme la cause par les effets.
« Deuxièmement, j’admets et je reconnais les preuves extérieures de la
Révélation, c’est-à-dire les faits divins, particulièrement les miracles et les prophéties comme des signes très certains de l’origine divine de la religion chrétienne et je tiens qu’ils sont
tout à fait adaptés à l’intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d’aujourd’hui.
« Troisièmement, je crois aussi fermement que l’Eglise, gardienne et maîtresse
de la Parole révélée, a été instituée immédiatement et directement par le Christ en personne, vrai et historique, lorsqu’il vivait parmi nous, et qu’elle a été bâtie sur Pierre, chef de la
hiérarchie apostolique, et sur ses successeurs pour les siècles. »
L’esprit scientifique trouve donc à
s’appliquer dans la démarche de foi : il en est le préambule naturel. Sans cette démarche préalable de la raison scientifique, le croyant n’est pas vraiment croyant,
mais fidéiste. C’est la raison
pour laquelle la formation des prêtres catholiques commence par deux années de philosophie, où le futur homme de Dieu est introduit dans la pensée de Saint Thomas d’Aquin, qui reprend et
développe celle d’Aristote – qui n’est autre que l’inventeur… de la méthode scientifique ! Pour découvrir la vérité sur le
monde et sur nos vies, il n’est d’autre moyen que de partir de l’observation du réel perçu dans l’expérience sensible, et d’utiliser notre raison pour déchiffrer les informations que nous y
trouvons. C’est cela la démarche scientifique ; et c’est cela aussi la démarche initiale du croyant. La raison scientifique, loin d’être un lieu de division, d’opposition, entre le savant et
le croyant, me paraît tout au contraire un lieu privilégié de rencontre et de dialogue : un point de convergence fondamental.
« L’humanité est de plus en plus formée par
les sciences expérimentales, et c’est un grand bien pour elle. L’intelligence humaine apprend à distinguer le réel du fantasme, l’expérience du mythe, la pensée rationnelle du délire. Elle
apprend quels sont les critères de la vérité et les critères de la certitude. Non seulement le message que constitue le monothéisme chrétien doit être présenté en sorte qu’il soit désirable, mais
de plus il doit être exposé de telle sorte que l’intelligence humaine puisse s’assurer qu’il est vrai » (Claude Tresmontant,
in L’histoire de l’Univers
et le sens de la Création).
c’est parce qu’il regarde l’Univers. Il voit que l’Univers n’est pas éternel – il en induit qu’il n’est pas incréé. Il
voit que l’Univers est ordonné, structuré mathématiquement– il en induit qu’il a été créé par une Intelligence.
Il voit que l’Univers contient des êtres personnels, capables de dire JE et TU – il en induit que l’Intelligence créatrice de l’Univers est de nature personnelle. Il a démontré ainsi
rationnellement l’existence de Dieu, et constaté qu’il n’existe aucune alternative rationnelle à l’existence de
Dieu – car le
néant et le hasard ne sont pas des explications convaincantes pour rendre compte de l’existence de
l’Univers et de chacun de nous.
Si le croyant maintenant croit que Dieu
s’est révélé à Israël, c’est parce qu’il regarde l’histoire du peuple hébreu. Il voit que « le Dieu
d’Israël ne demande pas aux enfants d’Israël de ‘croire’ en Lui aveuglément, sans raison, sans justification, sans certitude fondée, sans connaissance. Le Dieu d’Israël ne demande pas aux enfants
d’Israël de ‘croire’ en Lui au sens moderne du mot ‘croire’ : sans la connaissance, sans la certitude fondée sur une expérience analysée d’une manière
rationnelle » – qui est la méthode scientifique. « Au contraire, il leur propose, depuis l’élection d’Israël, depuis la sortie d’Egypte, une expérience historique, et le prophète
est chargé d’interpréter aux yeux du peuple cette expérience, de la lire, de la rendre intelligible. L’expérience historique dont Israël est le témoin vivant atteste qu’en effet,
Celui qui parle par la bouche des prophètes est aussi Celui qui opère dans l’histoire. C’est bien là une connaissance, avec des arguments, des preuves, une expérience fondamentale qui demande à
être interprétée, et qui ne peut pas être interprétée de n’importe quelle façon. »
« Le fait de la manifestation, de la
révélation, de l’opération du Dieu vivant en Israël n’est pas une question de ‘foi’ au sens contemporain du terme, mais une question de CONNAISSANCE – connaissance fondée, comme toute
connaissance authentique, sur une expérience interprétée par la
raison. » Donc sur la méthode scientifique. « Le
fait que Dieu s’est manifesté en Israël et qu’il a opéré dans l’histoire, cela est CONNU, si l’on veut bien examiner le donné, en l’occurrence l’histoire d’Israël et le phénomène
prophétique. » (Claude Tresmontant, in le Problème de la
Révélation, p. 320)
La même analyse scientifique peut-être
effectuée sur la personne de Jésus-Christ, en considérant son histoire, ses paroles, ses actes, les fruits visibles de sa vie ; et sur l’Eglise catholique. Nous avons des raisons de croire
en la divinité de Jésus-Christ, en sa
résurrection et
dans la présence de l’Esprit de Dieu dans l’Eglise catholique.
Bien sûr, si le christianisme est vrai, si
Jésus est bel et bien vivant aujourd’hui, ressuscité, il peut se manifester de manière particulière aux hommes dans une « expérience intime ». Je dirais
même que c’est cette expérience intime qui est fondatrice de la foi – et c’est sans doute ce que voulait exprimer le P. de Beukelaer. La foi provient d’une rencontre personnelle avec le Ressuscité. Mais cette rencontre ne se fait pas
toujours de manière mystique, sensible. Tous les « croyants pratiquants » authentiques ne peuvent pas dire : « J’ai rencontré le Christ tel jour à telle heure ». La
divine rencontre prend diverses formes, emprunte divers chemins. Et la raison en est un – important. On pourrait dire ainsi que l’observation de l’Univers, chez le scientifique croyant, est une « expérience intime du Ressuscité », puisque qu’elle est écoute d’une Parole (d’un Verbe) qui se dit dans le Livre de la Nature ; perception
d’un Logos immanent au créé qui
lui donne sens. Quoiqu’il en soit de cette rencontre personnelle avec le Christ, la foi ne nous fait pas entrer dans un ordre où la raison n’a pas
cours. Même celui qui fait l’expérience mystique du Christ ne peut
se convertir que s’il a des RAISONS de croire que c’est bien lui, le Christ, qui s’est manifesté à lui. S’il n’est pas habité par cette conviction rationnelle (étayé par des « signes »
qui le persuaderont – même si ces « signes » ne font sens que pour lui), sa démarche spirituelle ne durera pas, faute de racines. L’homme a besoin d’être rationnellement convaincu pour
orienter sa vie dans telle direction. Cela fait partie de sa nature – il est fondamentalement un être rationnel ; la négation de la raison est négation de notre
On comprend mieux pourquoi l’attitude de nombreux
croyants, adhérant aveuglément à la foi catholique sans la penser de manière rigoureuse, objective et honnête (ces fameux « pratiquants non croyants »), irritent profondément les
scientifiques de formation pour qui un tel comportement (fidéiste) n’est pas digne de l’homme. Mais que ces savants soient assurés que telle est aussi la pensée de l’Eglise
Voici quelques extraits d’un petit échange récent avec un ami sur Facebook, un catholique que nous
appellerons Henri (prénom de son théologien favori) pour préserver son anonymat.
Henri : La philosophie absurde est ma seule vérité pour le moment. Merci à Camus, Kieerkegaard, Kafka,
Cioran, Heidegger, Platon, Chestov et Jaspers.
Matthieu : ‎???
Henri : Oui Matthieu, en effet, je crois que la vie est un non-sens absolu. Même si cela n'éloigne pas la
question de l'Être Premier, du Premier Moteur comme dirait Aristote.
Matthieu : Je suis étonné de cette drôle d'affirmation, qui me paraît contradictoire avec ta foi et ta formation en philosophie
Henri : Matthieu il n' y a pas de contradiction. En fait, il suffit de relire Kierkegaard. Si je
refuse le suicide, si je refuse l'espoir, j’exalte l'espérance. On trouve des débris d'absurdité même chez Simone Weil ; quand celle-ci dit Pesanteur, c'est Absurdité qu'elle voulait dire.
La philosophie de l'absurde enlève tout ce qui paralyse, elle seule dit la vérité au vivant.
Matthieu : Dieu seul dit la vérité au vivant. Et ce que Dieu nous dit (son Logos, la Raison
Créatrice) a du sens - EST le sens.
Notre vie a un sens. Le monde a un sens. Nous savons qui nous sommes, d'où nous venons et où nous
allons. Même si ce que nous serons ne paraît pas encore parfaitement, comme dit Saint Jean.
Nous sommes, nous chrétiens, les gens du mystère, non pas de l'absurde.
Henri : Dieu, s'il existe, respecte le caractère sacré de notre intelligence. Rappelle toi St Thomas
d'Aquin, l'homme est capax Dei. On ne sait d'où l'on vient, ni on l'on va. C'est faux! L'homme a seulement foi en Dieu. Il croit,
c'est tout! C'est cette imperfection, cette obscurité qui constitue le non-sens.
Matthieu : D'abord, Dieu existe – il me semble que c'est le B.A-BA pour un croyant. Tu en doutes? Ensuite : le chrétien
sait parfaitement d'où il vient et où il va dans la mesure où Dieu l'a révélé. Nous savons que
nous avons été créé par Amour, que nous sommes fait pour l'Amour et que nous allons à l'Amour. Cela n'enlève certes pas le voile sur la réalité concrète que nous vivrons dans l'éternité (qui reste un Mystère),
mais enfin : nous savons clairement que notre existence n'est pas absurde et qu'elle est ordonnée à l'Amour (de Dieu, de nous même et de nos frères humains) – qui servira de mesure à notre
Henri : Matthieu. Je crois en Dieu. Je suis catholique. Mais je suis aussi foncièrement un être
Matthieu : Mais...c'est absurde! Henri : En plus tu as parlé de doute : je te rappelle que le doute est nécessaire à la foi.
Matthieu : Non, le doute n'est pas nécessaire à la foi. Où as-tu vu cela?? Le doute est la NEGATION de
Henri : Le doute quand il s'agit de la foi est à la fois nécessaire et précieux. Après sa conversion, St Augustin écrit
dans les confessions : « Je suis devenu une question pour moi même. »
L'homme qu'il soit de religion ou d’indifférence, sait qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il
ne voit pas pourquoi il vit. Cet adolescent qui rentre à reculons dans l’existence, ce vieillard qui ne vit que de passions nostalgiques, ce passéisme est de tout les temps. L'homme ne sait pas
où il va. Il y a une vie éternelle, certes c'est ma foi. Mais il y aussi comme le soulignerait un Nietzsche, l'éternelle vivacité. On me dit, maintenant, ici-bas, mais c'est pas évident pour moi.
Puisque pour toujours cette vie me sera étrange et amère. Jamais je la comprendrai. Et ça, c'est encore l'absurde.
Matthieu : Ce n'est pas parce que l'homme non croyant ne sait pas où il va que sa vie n'a pas de sens. Elle en a un, mais
il l'ignore – comme la chrysalide ignore qu'elle va devenir papillon (ce n'est pas parce qu'elle l'ignore qu'elle ne va pas le devenir). Le rôle des chrétiens est de révéler prophétiquement aux
non-croyants que leur vie n'est pas absurde, mais qu'elle est habitée par une Présence qui donne sens à tout ce qui existe.
Tu dis : "pour toujours cette vie me sera étrange et amère. Jamais je la comprendrai. Et ça, c'est encore
l'absurde." C'est absurde SI c'est vrai. Mais c'est un présupposé. C'est absurde s'il est
vrai que POUR TOUJOURS cette vie te sera étrange et amère. C'est absurde si JAMAIS tu ne la comprendras. Mais précisément, dans la foi nous SAVONS que cette vie ne nous sera pas éternellement
étrange et amère, et qu'un jour, nous comprendrons tout.
Cela me rappelle un passage de Bernanos : "Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où, une maman qui cache pour la dernière fois son visage au creux d'une
petite poitrine qui ne battra plus, une mère près de son enfant mort qui offre à Dieu le gémissement d'une résignation exténuée, comme si la Voix qui a jeté les soleils dans l'étendue ainsi
qu'une main jette le grain, la Voix qui fait trembler les mondes, venait de lui murmurer doucement à l'oreille : 'Pardonne-moi. Un jour, tu sauras, tu comprendras, tu me rendras
grâce. Mais maintenant, ce que j'attends de toi, c'est ton pardon, pardonne.'" ("Nos amis les
Saints", Conférence à Tunis, 1947)
Tu es aimé d'un amour éternel Henri. Depuis toujours et pour toujours, tu es dans le coeur de Dieu. Si
tu savais à quel point tu es aimé, tu en pleurerais de joie. Ta vie est en marche vers son plein accomplissement, dans l'Amour.
Dieu te garde, mon bien cher frère.
Il n'est pas de laïcité authentique sans liberté religieuse
Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale du
gouvernement Fillon, vient de commettre un petit texte publié le 29 août sur le
Il s’agit d’une réflexion sur le mariage homosexuel – mais qui comprend une incise sur la question de la laïcité, que je
souhaiterais commenter ici.
Mme la Ministre écrit ceci : « Il est bien entendu légitime que les religions émettent des préconisations, mais dans un
république laïque, celles-ci ne peuvent constituer une référence et la "prière du 15
août" instituée par l'épiscopat français a suscité malaise et
interrogations y compris chez beaucoup de catholiques pratiquants qui
l'ont ressentie comme une intrusion maladroite dans l'espace public. Il convient donc de laisser les religions dans la sphère privée et de mener sur ce sujet une réflexion où (…) l'anthropologie
a toute sa place. »
1. La prière du 15 août, une « intrusion maladroite dans l’espace public » ?
Qu’est-ce à dire ? Que les catholiques n’ont plus le droit de prier pour leurs gouvernants, ni pour leur pays ?
Qu’ils ne peuvent plus exprimer, dans leurs églises, leur volonté d’intercéder pour les enfants et pour les jeunes ? Qu’il leur est interdit désormais de demander à Dieu ce qu’ils estiment
le meilleur pour la société et pour les hommes et femmes de ce temps ?
Mais n’y a-t-il pas là un étonnant renversement de perspective ?
N’est-ce pas plutôt ici la société qui, à travers ses médias officiels et la plume d’une de ses anciennes ministres,
s’ingère dans les prières de l’Eglise, au mépris du principe de la laïcité ?
Rappelons que la laïcité n’est pas à sens unique. Elle implique certes que l’Eglise n’ait aucun pouvoir politique et
temporel, mais aussi et réciproquement : que l’Etat n’impose rien à l’Eglise dans le domaine religieux et spirituel !
En sommant l’Eglise de s’abstenir de toute « intrusion dans l’espace public » (entendez : de se mêler de ce
qui ne la regarde pas – y compris dans le cadre « privé » de sa liturgie…), Mme Bachelot émet une vision de la laïcité qui ne laisse pas de susciter « malaise et
interrogations »…
L’Eglise n’aurait pas le droit d’émettre la moindre opinion au sujet de questions touchant la société et son avenir ?
Elle n’aurait plus le droit de choisir librement ses intentions de prière ?
Qu’arrivera-t-il donc si elle persiste dans cette attitude ? – comme il est prévisible.
Faudra-t-il aller jusqu’à instituer un contrôle administratif a priori des « préconisations de l’épiscopat
français », ou infliger des sanctions a posteriori à l’Eglise de France, chaque fois qu’elle contreviendra à la « laïcité » ainsi entendue par Mme Bachelot ?
L’Eglise sous tutelle de l’Etat : voilà une idée qui ferait grandement avancer la cause de la
laïcité ! Et si l’on redevenait un peu sérieux, Madame la Ministre ?
2. « Laisser les religions dans la sphère
privée » ?
Non bien sûr. Ce n’est pas cela la laïcité. La laïcité ne signifie pas le mépris des religions, mais au
contraire : le respect de toutes les religions. Dans l’espace public même ! Ce qui signifie qu’une place leur soit reconnue.
C’est du reste le sens de l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »
principe fondamental de la République est donc la liberté des opinions religieuses, et d’expression publique de ces opinions, pourvu qu’elles ne provoquent pas de désordres susceptibles
de menacer la sécurité des citoyens ou la sûreté nationale – c’est la seule limite.
y avoir de laïcité authentique sans liberté religieuse. La liberté religieuse est ce qui garantit précisément la neutralité de l’Etat à l’égard des religions.
négation de la liberté religieuse nous ferait entrer dans un autre régime que celui de la laïcité : celui de l’athéisme d’Etat – qui ne serait plus la laïcité, puisque l’Etat ne
serait plus neutre à l’égard des religions s’il les jugeait toutes indésirables dans la sphère publique.
J’ajoute une dernière chose : il est dans la dynamique même de la foi
chrétienne qu’un témoignage public soit rendu au Christ et à l’Eglise. Tout chrétien est invité à être missionnaire – à évangéliser son entourage. Avec prudence et délicatesse ;
dans le respect de la liberté de chacun. Mais sans honte et sans peur. C’est dans la logique même du baptême qu’il a reçu, et de sa confirmation. On ne peut donc lui demander de n’être chrétien
qu’à titre privé et personnel. On ne peut attendre de lui qu’il se taise sur des sujets essentiels à sa vision de l’homme et de la société, comme l’avortement, l’euthanasie, le mariage
homosexuel, la contraception… Le chrétien a son mot à dire, puisqu’il a un témoignage à rendre sur ce qui lui paraît être la vérité. Il ne cherche pas à imposer ses vues, ni même d’ailleurs à
convaincre (ce n’est pas sa mission, en tous les cas) : il cherche simplement à dire et rendre compte de son point de vue, librement. Pas plus, pas moins. C’est cette liberté qu’il
revendique pour lui-même : le droit de s’exprimer et d’être entendu – y compris par les dirigeants politiques. Ceux-ci ont tout à gagner – rien à perdre, en tous les cas – à écouter ce que
les religions ont à dire sur tel ou tel sujet. D’autant que celles-ci ne font pas valoir seulement des arguments d’autorité tirés de leurs textes sacrés. Elles avancent aussi des arguments
rationnels que tout être humain peut comprendre et recevoir (sur le plan anthropologique par exemple, dont Mme Bachelot n’a pas le monopole). Voilà pourquoi elles ont une contribution utile
à apporter au débat public – une contribution qu’il conviendra d’évaluer, de garder ou de rejeter, en toute liberté, pourvu qu’elle ait été entendue.
Après les deux derniers dossiers du Point consacrés à l'existence de Dieu, c'est au tour de L'Express de s'interroger sur les "10 raisons de croire", dans son édition du 1er août 2012. Un numéro nettement plus intéressant que ceux de son concurrent - que l'on doit pour
l'essentiel à l'érudition du journaliste Philippe Chevallier. "L'homme n'est pas un animal religieux, il est un animal intelligent qui se pose des questions
intelligentes. Et parmi ces questions intelligentes, il y a celle de Dieu".
Le dossier commence mal pourtant, avec les quelques lignes d'introduction de Christian
Makarian qui sort de son chapeau trois citations de Pascal, qui laissent augurer le pire pour la suite du reportage. La 1ère : "Douter de Dieu, c'est y croire". La 2e : "La vraie morale se moque de la morale". La 3e : "Le vrai se conclut souvent du faux". Les deux premières
propositions pourraient se justifier, à condition d'être longuement expliquées – afin d'éviter tout malentendu. Mais elles sont livrées là, "brutes de décoffrage", au lecteur qui doit se
débrouiller avec... On le devine : ce sont des journalistes athées qui vont nous exposer les raisons de croire...
Dans son article d'ouverture, Philippe Chevallier présente loyalement le problème : "Qu'on se le dise avant de discuter des bonnes ou mauvaises raisons de croire : l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un être éternel à l'origine du monde, n'a jamais été
une évidence." C'est ce qu'écrit aussi Roger Verneaux dans son Introduction générale à la
philosophie : "Les causes premières ne sont pas évidentes. En particulier, Dieu ne l'est pas, ni quant à son existence, ni quant à sa nature ; de
sorte que, avant de le contempler, POUR arriver à le contempler, des RAISONNEMENTS sont nécessaires".
"Penser l'existence de Dieu est une affaire sérieuse, dans la mesure où
l'on peut aussi penser son absence." J'aime beaucoup cette phrase - et ce qu'elle implique. Cela dit, Tresmontant a très bien montré que l'on ne peut pas penser l'absence de Dieu
(pas plus qu'on ne peut penser le néant), et que penser COMME SI Dieu n'existait pas, ce n'est pas, à proprement parler, "penser l'absence de Dieu".
Chevallier cite aussi Pyrrhon : "Les doctrines se contredisent, il faut donc suspendre son jugement". C'est une pensée très répandue chez nos contemporains – j'ai pu le vérifier sur ce blog. Mais la réponse est : Non. Il faut les examiner chacune, et évaluer leur
rationalité (selon la définition qu'en donne Tresmontant). On verra alors
que toutes les doctrines ne se valent pas – et qu'un certain nombre peuvent être aisément écartées.
On entre ensuite de plain-pied dans l'exposition des 10 raisons de
1ère raison de croire : "Parce qu'à l'horloge il faut un horloger". C'est certainement l'argument le plus fort – celui auquel Tresmontant consacra toute son oeuvre. L'univers existe, il est structuré mathématiquement, intelligemment ; son ordre est admirable, en même temps que sa complexité qui
dépasse les possibilités de l'humain (il n'y a qu'à observer la structure de notre propre cerveau...). Il
n'est pas raisonnable de penser que le néant puisse produire de l'être, ni le hasard de l'organisation complexe et géniale de manière systématique. "Il
m'est arrivé de dire, et c'est vrai, que c'est la seule des trois "preuves" classiques qui me paraisse forte, la seule qui, parfois, me fasse vaciller. Pourquoi? Parce que la contingence est un
abîme"... (André Comte Sponville)
2e raison de croire : "Parce qu'une particule porte son nom". Le fameux boson de Higgs. C'est une raison dérivée de la 1ère : le boson de Higgs accrédite la théorie du Big Bang et l'idée selon laquelle tout ce qui existe dans l'univers a commencé d'être – est né, et a
donc un âge. Rien de ce qui est, dans l'Univers, n'est éternel. Pas même les atomes – comme on l'a longtemps cru. L'Univers lui-même ne l'est pas. Et sa naissance reste un grand
Chevallier cite ensuite le chanoine Lemaître, qui aurait dit au Pape Pie XII au sujet de sa
découverte du Big Bang : "J'ai dit commencement, je n'ai pas dit création. Personnellement, j'estime
que [la théorie du Big Bang] reste entièrement en dehors de toute question métaphysique ou
religieuse". Ce propos montre assez bien que, si Lemaître était sans aucun doute un scientifique de tout premier rang, il était un bien piètre
philosophe... Aucune théorie scientifique ne se trouve "en dehors" des questions métaphysiques, puisque par nature, la métaphysique porte sur la réalité physique telle que nous la présentent les
sciences positives. Par ailleurs : la notion de "commencement" implique nécessairement l'idée de "création". Car tout ce qui commence d'être et qui ne préexistait pas est une création. Une
chose qui commence d'être ne peut être incréée. C'est aussi simple que cela.
3e raison de croire : "Sinon tout est permis". Si Dieu n'existe pas, il n'existe pas de Juge devant qui rendre compte de nos actes. Il n'est pas juste cependant de dire que sans
Dieu, "tout est permis" – car il existe un ordre naturel que tout homme peut découvrir par sa raison. Pas besoin d'être croyant pour savoir qu'il est des actes qui nous
détruisent – d'autres qui nous édifient. Cela est affaire d'expérience – et de vérité objective. La nécessité d'une loi morale pour grandir en humanité n'est donc pas une preuve de l'existence de
Dieu – mais elle ouvre la question de l'origine fondamentale de cette mystérieuse nature existante et de son ordre immanent.
4e raison de croire : "Parce que le Diable existe". Paradoxalement, le
mystère du mal peut nous conduire à Dieu – car la souffrance, en un sens, nous révèle que nous ne sommes pas faits pour cette existence périssable ; que nous aspirons, au plus
profond de notre être, à la vie et au bonheur sans fin. Nous "montons" vers Dieu comme le nageur qui, au fond de l'eau, "monte" vers l'oxygène pour ne pas périr noyé. Spontanément, lorsque nous
sommes au fond de la souffrance, de la peur, de l'angoisse, nous prions... – comme une poussée d'Archimède spirituelle qui fait jaillir de notre âme un cri vers le ciel lorsque nous sommes
plongés dans la détresse.
5e raison de croire : "Chaque fois que j'écoute Bach". Il est amusant ici de relever que Claude Tresmontant compare souvent la création de l'univers à une symphonie de Bach en train d'être
composée... Oui, l'expérience de la Beauté nous fait éprouver une réalité qui n'est pas de ce monde, et qui n'est pas réductible à la matière.
J'aime beaucoup la citation de Karl Barth : "Je ne suis pas sûr que les anges, quand ils cherchent à glorifier Dieu, jouent de la musique de Bach. Je suis certain, en revanche,
que lorsqu'ils sont entre eux, ils jouent du Mozart." 6e raison de croire : "Parce que Dieu me l'a dit". C'est le mystère de
la rencontre avec Dieu, que beaucoup expérimentent. Ce sont des expériences personnelles, éminemment subjectives, et difficilement vérifiables – quoiqu'on en voit les effets quand elles
transforment des vies de manière spectaculaire. Mais l'accumulation de ces expériences, elle, est un fait objectif qui pose question.
7e raison de croire : "Parce que nous pensons à lui". C'est l'argument ontologique de St Anselme qui ne prouve rien, sinon les capacités de l'esprit humain à penser des réalités qui
transcendent la réalité matérielle. En fait, St Anselme a surtout démontré la nature spirituelle de notre âme – ce qui est déjà bien. Mais que nous pensions à Dieu ne le fait pas nécessairement
exister – pas plus que d'imaginer le PSG champion ne fait de lui le futur champion! 8e raison : "Parce que je tiens à garder mes jours fériés". C'est en effet un argument essentiel! Tous les gens deviennent étrangement pratiquants quand il s'agit de prendre leurs
9e raison : "Parce que les livres de Michel Onfray sont vraiment trop mauvais". Un des passages les plus savoureux de ce dossier de l'Express... Le plus décisif à mon avis. La citation que l'on prête à Tertullien est heureusement corrigée par Philippe Chevallier. Il
est plus rationnel de croire (quoique cela soit mystérieux) qu'un Être éternel, intelligent et tout puissant a créé notre univers, que de penser que l'univers ait pu se
faire tout seul, comme un grand, de rien jusqu'à nous et notre prodigieux cerveau. Bach et Einstein seraient le fruit conjugué du néant et du hasard aveugle? Absurde! - c'est de
l'ordre du conte de fée (un conte de fée qui attribue à la nature des propriétés magiques...). Nous avons donc à choisir entre le mystère (d'une création par
un Être transcendant) et l'absurde (d'une auto-création de l'univers). Le croyant croit, non parce que c'est absurde, mais parce que l'absurdité de l'absurde le conduit au

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