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Timestamp: 2017-10-18 00:21:36+00:00

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ARISTOTE : Métaphysique : livre VIII (traduction)
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§ 1. [1042a] [3] Maintenant, il faut tirer les conséquences de tout ce que nous avons exposé, et, après en avoir résumé les parties principales, mettre fin à cette étude.
§ 2. L'objet de nos investigations, avons-nous dit, [5] ce sont les causes, les principes et les éléments des substances. Parmi les substances il en est sur l'existence desquelles tout le monde est d'accord; il en est d'autres, au contraire, qui ne figurent que dans quelques systèmes particuliers. Les substances que tout le monde admet, ce sont les substances naturelles, telles que le feu, la terre, l'eau et les autres corps simples; puis, les plantes et leurs parties; puis encore, les [10] animaux et les parties des animaux; et enfin, le ciel et les parties du ciel. Les substances simples, que quelques philosophes reconnaissent, ce sont les Idées et les entités mathématiques; mais, à ne consulter que la raison, il y a encore certainement d'autres substances, qui sont l'essence et le sujet.
§ 3. C'est aussi, en se plaçant à un autre point de vue, que le genre peut sembler être plus substance que les espèces, et l'universel l'être plus [15] que les individus. Or, les Idées elles-mêmes rentrent dans l'universel et dans le genre ; car c'est au même titre qu'on peut les prendre pour des substances.
§ 4. Mais comme l'essence, qui fait que la chose est ce qu'elle est, peut en être regardée comme la substance, et que l'explication de l'essence, c'est la définition, nous avons dû, pour ce motif, étudier la définition et analyser ce que veut dire être En soi. Puis, comme la définition n'est qu'une explication, et que toute explication a des parties, il nous a été également nécessaire [20] d'examiner ce que c'est que la partie, et quelles parties doivent entrer dans la substance, quelles parties n'y entrent pas ; et si les parties qui sont dans la substance doivent se retrouver également dans la définition. C'est à la suite que nous avons démontré que, ni I'universel, ni le genre, ne sont de la substance.
§ 5. Quant aux Idées et aux entités mathématiques, c'est plus tard que nous nous en occuperons, puisqu'il y a des philosophes qui soutiennent qu'elles existent en dehors des substances sensibles. Pour le moment, nous n'étudierons que les substances [25] qui ne sont contestées par personne.
§ 6. Ce sont les substances sensibles ; et toutes les substances sensibles ont de la matière. La substance, c'est le sujet, le support des qualités. A un point de vue, c'est la matière; et à un autre point de vue. c'est la notion. Quand je dis la Matière, j'entends cette partie des êtres qui, n'étant pas actuellement telle chose individuelle et déterminée, l'est cependant en puissance. Et d'autre part, la notion de l'objet, et sa forme, c'est ce qui, étant une réalité particulière, est séparable pour la raison.
§ 7. En troisième lieu, [30] il faut distinguer le Tout, que compose la réunion de la matière et de la forme ; il n'y a que lui qui soit susceptible de production et de destruction, et qui soit absolument séparable ; car, parmi les substances que la raison conçoit, les unes sont séparables, et les autres ne le sont pas.
§ 8. Il est évident que la matière est de la substance, puisque, dans tous Ies changements opposés les uns aux autres, il faut toujours un sujet qui supporte ces changements. Par exemple, s'agit-il du changement de lieu, il faut un sujet, qui soit tantôt ici, et tantôt [35] ailleurs, et en un autre point. S'il s'agit d'un changement d'accroissement, il faut un sujet qui ait, tantôt telle dimension, et qui ensuite devienne, ou plus petit, ou plus grand. S'agit-il d'un changement par altération, il faut un sujet qui puisse être actuellement en santé, et, plus tard, être malade. [1042b] Enfin, la même observation s'applique à la substance ; il y faut un sujet qui maintenant se produise et qui plus tard disparaisse, un sujet qui soit actuellement sujet en tant qu'être réel et spécial, et qui, plus tard, soit sujet par privation.
§ 9. Les autres changements sont la suite de ce dernier genre de changement; mais celui-là n'est la conséquence, ni d'un [5] seul, ni de deux des autres changements ; car il n'y a pas de nécessité, parce qu'un objet a une matière qui change de lieu, qu'il ait aussi, et par cela seul, une matière qui puisse, et se produire, et périr.
§ 10. C'est du reste dans la Physique qu'a été expliquée la différence d'une production absolue à une production qui n'est pas absolue.
§ 1. Résumé les parties principales, mettre fin à cette étude. Il semblerait que cette déclaration est bien positive et que la Métaphysique doit se terminer avec ce huitième livre. Il n'en est rien ; mais peut-être l'auteur a-t-il voulu dire simplement qu'il veut mettre fin à l'étude sur la substance. Cette assertion ainsi restreinte n'est pas beaucoup plus exacte ; car l'étude de la substance reviendra encore à plusieurs reprises dans les livres suivants.
§ 2. Avons-nous dit. Voir plus haut, liv. VI, ch. I, § 1. Seulement dans ce dernier passage, il n'est pas question des éléments ; on n'y rappelle que les principes et les causes, comme plus loin, liv. XII, ch. I, § 1. - Dans quelques systèmes particuliers. Comme celui de Platon, qui est indiqué un peu plus bas. - A ne consulter que la raison. C'est le sens que donne Alexandre d'Aphrodise.
§ 3. C'est aussi en se plaçant à un autre point de vue. Cette critique s'adresse également à l'école platonicienne. - Plus substance que les espèces. Cette théorie a été réfutée plus haut, liv. III, ch. II, § 8. - L'Universel. Soit genre, soit espèce. - Au même titre. Parce qu'elles s'appliquent à plusieurs êtres, comme le genre et l'espèce s'y appliquent aussi.
§ 4. Qui fait que la chose est ce qu'elle est. Paraphrase de la formule grecque. - Nous avons dû ... étudier. Voir plus haut, liv. VII, ch. IV, § 11. - Quelles parties. Voir plus haut, liv. VII, ch. X et XI.
§ 5. Plus tard. Voir plus loin les livres XIII et XIV. - Il y a des philosophes. Ce sont les Pythagoriciens, et surtout les Platoniciens. - Qui ne sont contestées par personne. Voir plus haut, § 2.
§ 6. Le support des qualités. Paraphrase du mot grec, qui d'ailleurs est au pluriel. - La notion. Le terme qui est employé dans le texte est aussi vague. La notion, c'est la forme conçue par l'esprit, et qui, jointe à la matière, constitue le composé que saisissent nos sens, et qui est l'être total, individuel, et distinct de tout autre. - L'est cependant en puissance. C'est la définition constante de la matière dans Aristote. - La notion de d'objet, et sa forme. Les deux se confondent ; la forme, c'est aussi l'espèce. - Séparable pour la raison. Cette théorie se rapproche beaucoup des Idées platoniciennes; seulement la forme ou l'espèce n'a d'existence que dans notre esprit, tandis que les Idées ont une existence à part des objets qu'elles nous font connaître.
§ 7. Susceptible de production et de destruction. La forme et la matière, prises chacune séparément, ne peuvent, ni se produire, ni périr, puisque l'une n'est que dans l'esprit et que l'autre n'est qu'en puissance; mais l'être réel, composé des deux, est sujet à naître et a périr. - Qui soit absolument séparable. Il faut sous-entendre : «» De tout autre individu, avec lequel il ne peut se confondre » . Alexandre d'Aphrodise donne aussi ce sens : Éminemment séparable, dit-il, et existant en soi. - Les unes sont séparables. Comme la notion, qui est séparable pour la raison, puisque la raison la distingue de la matière, à laquelle elle est jointe.
§ 8. Changement de lieu.... changement d'accroissement ... changement par altération... changement de substance.... Ce sont les principales espèces du changement: substance, quantité, qualité, lieu ; voir les Catégories, ch. XIV, p. 128 de ma traduction. Si, dans les Catégories, il est parlé de six changements ou mouvements et non de quatre, c'est que l'accroissement et le décroissement sont comptés pour deux mouvements, ainsi que la production et la destruction; au fond, la théorie reste la même. Voir aussi la Physique, où les mouvements sont réduits à trois, à l'exclusion du mouvement dans la substance, liv. VII, ch. III, § 2, p. 420 de ma traduction. - Soit sujet par privation. L'expression peut paraître singulière; mais elle n'est pas fausse.
§ 9. Ce dernier genre de changement. C'est-à-dire, le changement dans la substance. - Une matière qui change de lieu. Alexandre d'Aphrodise donne comme exemple le mouvement du soleil et de la lune, qui changent de lieu, et qui n'ont pas cependant une matière susceptible de naître et de périr, puisque ces astres sont éternels. Ces raisons suffisaient aux Anciens.
§ 10. Dans la Physique, liv. V, ch. I et ch. II, p. 271 de ma traduction; voir aussi le Traité de la Production et de la Destruction des choses, liv. I, ch. III, p. 26 de ma traduction. M. Schwegler remarque, avec raison, que cette théorie de la Physique étant reproduite dans la Métaphysique, liv. XI, ch. II, cela suffit à prouver que la seconde partie de ce livre XI ne fait pas réellement partie de la Métaphysique.
§ 1. Puisqu'on est d'accord pour reconnaître qu'une certaine substance est sujet et matière; et que cette substance [10] n'existe qu'en puissance, nous n'avons plus qu'à exposer ce qu'est la substance effective et réelle des choses sensibles.
§ 2. Démocrite semble croire qu'il n'y a que trois différences possibles dans les choses. Selon lui, en effet, le corps, qui est le sujet, est, sous le rapport de la matière, un et identique; mais les différences que le corps présente sont l'Arrangement, en d'autres termes, la forme ; la Tournure, en d'autres termes, la position; et enfin, le Contact, en [15] d'autres termes, l'ordre.
§ 3. Quant à nous, il nous semble qu'il y a, bien d'autres différences que celles-là. Ainsi, les choses se distinguent, tantôt par la combinaison de la matière, comme toutes celles qui viennent d'un mélange, ainsi qu'en vient l'hydromel ; tantôt par une jointure, comme pour un coffre; tantôt par un lien, comme pour le faisceau; tantôt par un collage, comme pour le livre; tantôt les choses diffèrent par plusieurs de ces conditions réunies. Quelquefois, c'est la position seule qui les distingue, comme le seuil de la porte et son chevet, qui n'ont absolument [20] que la position de différente. D'autres fois, c'est le temps qui est différent, comme il l'est pour le dîner et pour le déjeuner. D'autres fois encore, c'est le lieu, comme pour les vents qui soufflent de différents points.
§ 4. Les choses diffèrent aussi par certaines modifications que subissent les objets sensibles : dureté, mollesse; densité, rareté ; sécheresse, humidité. Les unes n'ont entre elles qu'un petit nombre de ces différences; les autres les ont toutes. Les unes les ont [25] en excès ; les autres les ont en défaut.
§ 5. Par suite, il est évident que l'existence, ou l'Être, s'exprime sous autant d'aspects divers. En effet, telle pierre est un seuil, parce qu'elle est posée à telle place ; et pour elle, Être signifie simplement qu'elle est placée de telle manière; Être de la glace, ce n'est qu'avoir telle densité. Pour certaines choses, leur être est déterminé par toutes ces différences, quand ces choses sont, ou mélangées, ou combinées, [30] ou reliées entre elles, ou solidifiées, ou qu'elles se distinguent mutuellement par les autres différences qu'on vient d'énumérer, comme se distinguent la main et le pied.
§ 6. Il faut donc bien saisir les genres divers des différences ; car ce sont elles qui deviennent les principes de l'Être. Ainsi, les choses qui se distinguent par le plus et le moins, par les qualités de dense et de rare, et par toutes les autres conditions analogues, ne sont toutes en définitive [35] qu'excès ou défaut. Si une chose se distingue par sa forme, par sa surface, qui peut être rude ou polie, toutes ces conditions spéciales se rapportent au droit ou au courbe. Pour d'autres choses, l'Être ne consistera que dans le mélange; et alors, le Non-être consistera pour elles dans un état opposé à celui-là.
§ 7. [1043a] Il ressort clairement de ceci que, la substance étant, pour chaque chose, la cause qui fait qu'elle existe, c'est dans ces différences qu'il faut chercher quelle est la cause qui donne à chaque chose sa façon d'être. La substance n'est proprement aucune de ces différences, ni même la réunion de deux ou de plusieurs. [5] Cependant il y a, dans chacune d'elles, quelque chose qui correspond à la substance.
§ 8. Et de même que, dans les substances particulières, c'est l'attribut qui détermine la matière qui est l'acte même de la chose, sa réalité actuelle, de même, et à plus forte raison, en est-il ainsi dans les autres définitions. Par exemple, si c'est un seuil de porte qu'on veuille définir, on dira que c'est du bois ou de la pierre posés de telle façon ; si c'est une maison, on dira que ce sont des briques et des bois disposés selon tel arrangement. Mais ne définit-on pas aussi certaines choses par le but auquel elles doivent servir? Si c'est de la glace qu'on définit, on dit qu'elle est de [10] l'eau prise, ou solidifiée, de telle manière; s'il s'agit d'un accord musical, on dit que c'est une certaine combinai son de l'aigu et du grave. Même remarque pour toute autre définition.
§ 9. Ceci montre bien évidemment que, pour une matière différente, l'acte est différent aussi, de même que la définition. Ici combinaison, là mélange, ou telle autre des différences dont il vient d'être parlé. Aussi, lorsque, voulant définir ce qu'est une maison, [15] on dit que ce sont des pierres, des briques, des bois, on ne fait là que parler de la maison en puissance, puisque tout cela n'est que de la matière ; mais quand on définit la maison en disant qu'elle est un abri destiné à couvrir les choses et les personnes, ou en ajoutant tel autre détail analogue, on définit l'acte môme de la maison, son existence actuelle. Si l'on réunit les deux définitions, c'est-à-dire l'acte et la matière, on définit la troisième substance composée de l'union de l'un et de l'autre.
§ 10. La définition qui procède ainsi par les différences, [20] semble donc la définition de la forme et de l'acte ; celle qui procède, au contraire, par l'énumération des éléments intrinsèques de la chose, est plutôt la définition de la matière.
§ 11. Telles étaient les définitions qu'approuvait Archytas; c'est-à-dire, celles qui se composent des deux procédés réunis. Par exemple, qu'est-ce qu'un temps serein ? C'est le calme dans la masse de l'air. D'une part, l'air est la matière; et d'autre part, le calme est l'acte et l'état substantiel. Qu'est ce que la bonace ? [25] C'est la tranquillité de la mer tout unie. Le sujet en tant que matière, c'est la mer ; l'acte et la forme, c'est l'égalité du niveau des eaux.
§ 12. On doit voir, d'après ce qui précède, ce que c'est que la substance sensible, et de quelle façon elle existe: ici la matière; et là, la forme, quand il s'agit de l'acte de la chose; enfin, la troisième substance, qui est le composé des deux premières, à savoir de la forme et de la matière.
§ 1. Puisqu'on est d'accord. Voir plus haut, ch. I, § 2. - N'existe qu'en puissance. Comme la matière, qu'elle-même n'est qu'en puissance, puisqu'elle doit pouvoir recevoir les qualités contraires. - Effective et réelle. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte.
§ 2. Démocrite. Voir plus haut, liv. I, ch. IV, § 11, ce qui est dit de ces théories de Démocrite. - Le corps. C'est l'expression même du texte grec; peut-être qu'ici une expression plus vague eût été préférable.
§ 3. D'un mélange. Ou « d'une mixtion » ; ce qui ne rapporte mieux à l'exemple cité de l'hydromel. Voir les Topiques, liv. IV, ch. II, § 7, p. 130 de ma traduction. - Par un collage, comme pour le livre. Ceci semble attester que les Anciens connaissaient déjà la reliure à notre manière.
§ 4. Rareté. En ce sens, le mot de « Rareté », n'est pas français; mais il manque à notre langue, et j'ai dû le forger ici afin d'éviter une périphrase. Il est d'ailleurs parfaitement clair.
§ 5 L'existence ou l'Être. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - Qu'elle est placée. Ce n'est pas à proprement parler une substance; voir un peu plus loin, § 7, un développement plus long.
§ 6. Les principes de l'Être. C'est la formule même du texte. L'auteur veut dira simplement que ce sont ces différences qui déterminent la façon d'être de chaque chose; mais elles ne sont pas la substance véritable.
§ 7. Quelque chose qui correspond à la substance. Et qui fait qu'on les prend pour des substances, bien qu'elles n'en soient pas réellement.
§ 8. L'attribut qui détermine la matière. En d'autres termes, c'est la forme. - L'acte même de la chose, sa réalité actuelle. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - En est-il ainsi. C'est-à-dire qu'il faut, dans les définitions, spécifier la forme, comme on la spécifie pour les substances. - Mais ne définit-on pas. Il semble que cette phrase est une interpolation. Un peu plus loin, § 9, l'auteur revient à définir une chose par le but auquel elle est destinée.
§ 9. L'acte est différent. Ou l'actualité. - N'est que de la matière. Qui elle-même n'est jamais qu'en puissance. - Un abri destiné à couvrir. Voir la même définition dans le Traité de Âme, liv. I, ch. I, § 2, p. 103 de ma traduction; et aussi cette même distinction entre les diverses espèces de définitions, employées par le dialecticien ou par le naturaliste. - On définit l'acte même. Cette théorie est vraie; mais elle peut sembler un peu subtile. - La troisième substance. Ceci paraît se rapprocher du Troisième homme de Platon.
§ 11. Archytas. On attribue à Archytas les deux définitions sur la sérénité du temps et le calme de la mer; voir les Fragmenta philosophorum, édit. Firmin-Didot, t. I, . 609. Mais il est fort douteux qu'aucun des ouvrages attribués à Archytas soit authentique. Il était à peu près contemporain de Platon. - La bonace. Le mot est peu usité de nos jours; mais il n'est pas absolument hors d'usage, quoique peu commun.
§ 12. A savoir.... J'ai ajouté cette paraphrase, qui ressort évidemment de tout le contexte. - On peut voir, dans la Dissertation spéciale sur la composition de la Métaphysique, comment j'ai apprécié tout ce Huitième livre. Il traite les mêmes matières que le Septième, qu'il répète assez inutilement, en termes qui sont loin d'être meilleurs. Dans l'état où est l'ouvrage entier, il n'y a pas lieu de s'étonner de ces répétitions et de ce désordre; il règnes partout, bien qu'il soit peut-être plus apparent dans le Huitième livre que dans les autres. En relisant tous ces chapitres, et ce second en particulier, il me semble parfois que, si les idées sont d'Aristote, si même la forme est la sienne au fond, la rédaction proprement dite pourrait bien n'être pas de lui. On dirait la main de quelque élève voulant reproduire la leçon du maître et n'y parvenant qu'en partie. Je ne voudrais pas trop insister sur cette conjecture; mais elle m'est venue plus d'une fois à l'esprit; et je crois devoir la consigner ici, afin d'éveiller sur ce point très délicat l'attention du lecteur.
§ 1. Il faut prendre garde que, dans quelques cas, on ne voit pas bien si [30] le nom de la chose exprime la substance composée de la forme et de la matière, ou s'il exprime l'acte et la forme. Par exemple, on ne voit pas si le mot de Maison signifie, en commun et tout ensemble, un abri formé de briques, de bois et de pierres, arrangés dans telle disposition; ou si ce mot signifie seulement l'acte et la forme, c'est-à-dire que la maison est un abri. Pour la ligne, il y aurait de même à savoir si ce mot représente Deux en longueur, ou s'il représente simplement Deux. Enfin, pour le mot d'Animal, il faut savoir s'il doit signifier une âme [35] dans un corps, ou simplement une âme ; car c'est l'âme qui est la substance et l'acte d'un corps.
§ 2. Le mot d'Animal peut s'appliquer également aux deux, non pas comme exprimant une seule notion, mais comme se rapportant à une seule et même chose. Ces distinctions peuvent, à d'autres points de vue, n'être pas sans importance. Mais elles n'ont aucun intérêt pour notre étude sur la substance sensible; [1043b] car l'essence, qui fait que la chose est ce qu'elle est, ne consiste que dans la forme et dans l'acte.
§ 3. En effet, l'âme et l'essence de l'âme, c'est la même chose; mais l'essence de l'homme et l'homme ne sont pas identiques, à moins qu'on ne veuille donner à l'âme le nom d'homme; et alors l'identité serait vraie à certain égard; et à certain autre, elle ne le serait pas. C'est qu'à y regarder de près, [5] on ne peut pas trouver que la syllabe se compose seulement de lettres et d'une combinaison de lettres, de même que la maison n'est pas seulement un nombre de briques et un certain arrangement de ces briques. Et l'on a raison de penser ainsi; car la combinaison elle-même et le mélange lui-même ne sont pas formés des matériaux dont on fait la combinaison ou le mélange.
§ 4. Il en est absolument de même pour tous les autres cas, où les choses ne se confondent pas davantage. Ainsi, un seuil de porte est ce qu'il est par sa position; mais la position ne vient pas du seuil; [10] c'est bien plutôt le seuil qui vient d'elle. L'homme n'est pas non plus l'Animal et le Bipède; mais comme ce n'est là que de la matière, il doit y avoir encore quelque autre chose en dehors de tout cela, qui ne soit pas un élément, et qui ne vienne pas non plus d'un élément quelconque. C'est là précisément la substance, et l'on désigne ce quelque chose quand on retranche la matière.
§ 5. Si donc c'est là réellement la cause de l'Être et que ce soit bien sa substance, il faut que nos philosophes appellent du nom de substance ce quelque chose. Cette substance doit être [15] éternelle, ou du moins elle doit être périssable sans périr, et se produire sans être produite. Ailleurs, nous avons démontré que l'on ne peut jamais créer l'espèce, que l'espèce n'est pas engendrée, mais qu'elle est mise dans telle ou telle chose; et qu'il n'y a de production véritable que pour le Tout, qui est composé de l'union de la matière et de la forme.
§ 6. Quant à savoir si les substances des êtres périssables peuvent en être séparées, c'est une question qui demeure encore obscure. [20] Tout ce qu'on peut affirmer clairement, c'est que cet isolement est impossible pour certaines Idées, et, par exemple, pour toutes celles qui ne peuvent exister en dehors des êtres particuliers, comme est une maison, comme est un vase. Mais peut-être doit-on dire aussi que ce ne sont pas là des substances, et que ces deux objets n'en sont pas plus que toutes les choses que la nature ne fait pas ; car la nature seule, on peut le soutenir avec vérité, est vraiment la substance dans les choses périssables.
§ 7. De là, on peut tirer une réponse décisive à la question que soulevaient les disciples d'Antisthène, et des esprits aussi peu éclairés que les leurs, [25] quand ils prétendaient qu'il est impossible de définir l'essence des choses, parce que la définition n'est qu'une dénomination un peu plus longue, et qu'on ne peut tout au plus qu'indiquer la qualité de la chose. C'est ainsi, par exemple, qu'on définit l'argent en disant ce qu'il n'est pas, et en l'assimilant au plomb.
§ 8. Il y a donc une substance qu'on peut définir et déterminer; c'est la substance composée et concrète, qu'elle soit d'ailleurs sensible [30] ou rationnelle. Mais il n'est pas possible de définir les primitifs dont cette substance est formée, puisque l'énoncé de la définition exprime toujours que telle chose est attribuée à telle chose; et que, par suite, il faut que, d'un côté, il y ait la matière, et que de l'autre côté, il y ait la forme.
§ 9. Ceci nous montre encore comment, si les substances sont des nombres, elles ne peuvent l'être que de cette façon, et non comme des collections d'unités, ainsi que le prétendent certains philosophes. [35] La définition, en effet, est un nombre, si l'on veut, puisqu'elle est divisible, et qu'elle se réduit en éléments indivisibles, les explications ne pouvant pas être infinies; le nombre est aussi dans ces conditions.
§ 10. On peut dire encore que, de même que, si l'on retranche, ou si l'on ajoute, la parcelle la plus petite possible aux éléments dont le nombre est formé, le nombre cesse aussitôt d'être ce qu'il était, pour devenir autre; [1044a] de même, la définition et l'essence cessent également d'être ce qu'elles étaient, pour peu qu'on leur enlève, ou qu'on leur ajoute, quoi que ce soit.
§ 11. Il faut, en outre, qu'il y ait, dans le nombre, quelque chose qui lui donne son unité; mais on ne nous dit pas ce qui donne cette unité au nombre, bien qu'on la lui reconnaisse. Ou, en effet, le nombre n'a pas d'unité, ou [5] il n'en a que comme en a un monceau d'objets réunis; or si le nombre a de l'unité, il faut nous dire la cause qui, de cette pluralité, fait une unité.
§ 12. De même aussi, la définition est Une; mais nos philosophes ne nous disent pas davantage pour elle ce qui constitue son unité incontestable. Du reste, on conçoit sans peine leur embarras; car c'est par la même raison que, pour le nombre; et la substance est Une aussi de la même manière. Mais elle n'est pas, ainsi qu'ils le prétendent, une sorte de monade ou de point; loin de là, son unité consiste en ce qu'elle est une réalité complète et une nature individuelle.
§ 13. Et de même encore que le [10] nombre n'est, ni plus, ni moins, ce qu'il est, de même non plus la substance, considérée dans sa forme, n'est ce qu'elle est, ni plus, ni moins; et si elle a du moins et du plus, ce n'est que quand elle est mêlée à la matière.
§ 14. Pour le moment, nous nous bornerons à ce que nous venons de dire sur la production et la destruction de ce qu'on appelle les substances, nous contentant d'avoir montré comment la production et la destruction sont, ou ne sont pas, possibles, et quels sont les rapports du nombre et de la définition.
§ 1. De la forme et de la matière. J'ai ajouté ce complément pour plus de clarté. Le texte dit simplement : « Composée ». - L'acte et la forme. C'est tout un, et l'auteur aurait pu dire uniquement «» La forme ». - En commun et tout ensemble. Le texte dit précisément: « Signifie le commun » ; et par Commun, il faut entendre le composé de la matière et de la forme. - Un abri formé de briques. Voir plus haut, ch. Il, § 9, la définition de la maison. - Un abri. C'est la notion générale de la maison; mais, en la désignant ainsi, on n'indique pas de quelle matière elle est faite. - Deux en longueur. Voir plus haut la même pensée, liv. VI, ch. II, § 5. D'après Alexandre d'Aphrodise, Deux représente la forme ; et la longueur représente la matière. - Une âme dans un corps. Voir plus haut, liv. VII, ch. II, § 9. L'âme est la forme de l'homme; et sa matière, c'est le corps.
§ 2. Aux deux. C'est-à-dire, à l'âme prise à part et à l'âme unie au corps, qui compose l'animal entier. - Une seule notion. La notion d'Être animé, quand elle s'applique à l'âme seule, n'est pas la même que quand elle s'applique à l'âme jointe au corps. - A une seule et même chose, qui est l'homme. - Ces distinctions. Qui sont en effet un peu subtiles et presque purement verbales. - Dans la forme et dans l'acte. L'un se confond avec l'autre.
§ 3. L'essence de l'âme. L'âme, étant elle-même l'essence, ou l'acte de l'homme, se confond avec sa propre essence ; au contraire, l'homme et l'essence de l'homme sont des choses différentes parce que l'homme est un composé, et que son essence est simple, comme l'âme l'est aussi. - Donner à l'âme le nom d'homme. Et alors, l'homme se confondrait avec l'âme, c'est-à-dire, comme l'âme elle-même avec sa propre essence. - A certain égard. Si l'homme se confond avec l'essence de l'homme. - A certain autre. Si l'homme ne se confond pas avec sa propre essence. - La syllabe. Voir plus haut liv. VII, ch. XVII, § 9.
§ 4. Où les choses ne se confondent pas davantage. J'ai ajouté ces mots, pour plus de clarté. - Un seuil de porte. Voir plus haut ch. II, § 3. - Quand on retranche la matière. Par un simple changement de ponctuation, le texte peut encore signifier « que si l'on retranche ce quelque chose, il ne reste plus que la matière, qu'on désigne par un certain nom ». J'ai préféré le premier sens, qui est adopté aussi par Alexandre d'Aphrodise.
§ 5. Nos philosophes. Le texte n'est pas aussi précis; mais les philosophes qu'Aristote veut désigner ici sont certainement les Platoniciens, comme le fait remarquer Alexandre d'Aphrodise. - Ailleurs. Voir plus haut, liv. VII, ch. VIII, § 3. - Mais qu'elle est mise dans telle ou telle chose. Alexandre d'Aphrodise cite la forme, ou l'espèce, de la sphère qui est mise tantôt dans du bronze, tantôt dans de la pierre ou tantôt dans un morceau de bois.
§ 6. Les substances. Suivant Alexandre d'Aphrodise, « les substances désignent ici les Idées. » - Cet isolement. C'est-à-dire, l'existence séparée des Idées, au sens platonicien. - Une maison... un vase. Qui sont des produits de l'art et qui ne peuvent avoir d'Idée proprement dite, que ne fait pas la nature et que l'homme seul fait et produit.
§ 7. Antisthène. Voir plus haut, liv. V, ch. XXIX, § 6, cette opinion d'Antisthène à savoir que la définition est impossible. - Une dénomination un peu plus longue. Voir plus loin, liv. XIX, ch. III, § 10.
§ 8. Composée et concrète. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. La substance concrète est celle qui est composée de la matière et de la forme. - Les primitifs. L'auteur entend ici par Primitif la forme et la matière, qui sont les deux éléments de la réalité.
§ 9. Si les substances sont des nombres. Comme le soutiennent les Pythagoriciens; voir plus loin, Liv. XIII, ch. VI, § 9. - Que de cette façon. J'ai conservé l'indécision du texte, bien qu'il eût été plus clair de dire : « de la façon suivante »; et c'est ainsi qu'il faut entendre ce passage d'après Alexandre d'Aphrodise : « Si l'on peut dire que les substances sont des nombres, c'est en ce sens que les définitions des substances et les nombres ont quelques rapports de ressemblance qu'on peut noter. » - La définition, en effet... le nombre est aussi. Première ressemblance de la définition et du nombre; de part et d'autre, les éléments sont indivisibles.
§ 10. Le nombre cesse... la définition et l'essence cessent. Seconde ressemblance du nombre et de la définition; on n'y peut rien retrancher, ou ajouter, sans en faire un tout autre objet.
§ 11. Il faut en outre. Propriété du nombre, analogue à la propriété de la définition signalée au § suivant. - On ne nous dit pas. Cette critique ne rapporte sans doute encore aux Pythagoriciens. - La cause. Aristote lui-même n'indique pas précisément ce qu'est cette cause.
§ 12. Incontestable. J'ai ajouté ce mot. - La même raison. Il aurait fallu indiquer cette raison, pour que la critique fût parfaitement claire et complète. — Une réalité complète. Le texte dit précisément : « Entéléchie ».
§ 13. Et de même encore. Nouvelle ressemblance entre le nombre et la définition. — Le nombre n'est ni plus ni moins ce qu'il est. Voir les Catégorie, ch. VI, § 25, p. 79 de ma traduction. Aristote veut dire sans doute qu'un nombre, quel qu'il soit, n'est ni plus ni moins nombre que tel autre nombre, plus petit ou plus grand que lui. — Que quand elle est mêlée à la matière. La boule de bronze ou de pierre peut être plus ou moins grosse; mais la forme qui est la rondeur, n'est ni plus ni moins forme dans un cas que dans l'autre.
§ 14. Du nombre et de la définition. Le texte n'est pas aussi formel; mot à mot il faudrait traduire : « et quelle est la réduction au nombre ». Le sens d'ailleurs ne peut être douteux.
§ 1. [15] Pour ce qui regarde la substance matérielle, il faut bien remarquer que, même en supposant que tout vienne d'un même élément primitif, ou des mêmes éléments considérés comme primitifs, et qu'une même matière soit le principe de tous les phénomènes qui se produisent, néanmoins chaque chose a sa matière propre. Par exemple, la matière première du phlegme, ce sont les particules douces ou grasses; la matière première de la bile, ce sont les particules amères, [20] ou telles autres particules de ce genre.
§ 2. Mais il se peut aussi que ces éléments divers viennent d'une seule et même source. Il peut y avoir, pour un seul et même objet, plus d'une matière, à condition que l'une des deux matières vienne de l'autre. Par exemple, le phlegme pourrait venir du doux et du graisseux, si la graisse elle-même vient du doux; mais l'on ne dit du phlegme qu'il vient de la bile, que si le phlegme peut se résoudre dans la bile, comme en sa [25] matière première.
§ 3. C'est qu'en effet, quand on dit qu'une chose vient d'une autre, cette expression peut avoir deux sens et signifier, ou que la chose vient immédiatement de l'autre, ou qu'elle en vient seulement après que cette seconde chose a été dissoute en son principe. Il est possible encore que, la matière restant une et la même, les choses deviennent tout autres sous l'influence de la cause qui les met en mouvement : ainsi, d'un morceau de bois, on peut faire un lit ou un coffre. [30] Pour certaines choses, la matière est nécessairement autre, parce que les choses sont autres aussi. Par exemple, une scie ne peut jamais être faite de bois, et la cause motrice qui fait la scie y serait bien impuissante; car jamais avec de la laine, ou du bois, on ne pourra faire une scie qui coupe.
§ 4. Si donc [30] on peut faire la même chose avec une matière autre, il est clair que l'art ou le principe qui crée alors le mouvement doit être aussi le même; car si la matière est différente, ainsi que le moteur, il faut que le produit soit également différent.
§ 5. Quand on recherche la cause d'une chose, comme le mot de Cause a plusieurs acceptions diverses, il faut énumérer toutes les causes qui peuvent être celles de l'objet en question. Par exemple, quelle est la cause qui, en tant que [35] matière, produit l'homme? Ce sont les flux mensuels de la mère. Quelle cause, en tant que cause motrice, produit l'homme ? C'est la semence du père. Quelle cause, en tant que cause formelle? C'est sa forme et son espèce. Quelle cause, en tant que cause finale? C'est son but. Il est possible, d'ailleurs, que ces deux dernières causes se réunissent et n'en fassent qu'une.
§ 6. [1044b] Il ne faut en outre recourir qu'aux causes les plus prochaines. Si l'on demande quelle est la matière de l'homme, il ne faut pas répondre : la terre ou le feu; mais il faut indiquer la matière propre et spéciale à l'être dont on s'occupe.
§ 7. Voilà donc bien la méthode qu'il faut suivre, en ce qui concerne les substances qui sont naturelles, et celles qui sont produites, si l'on veut procéder régulièrement, puisque ce sont là les diverses espèces de causes, [5] et que toujours ce sont les causes qu'il nous faut connaître. Mais quand les substances, tout en étant naturelles, sont éternelles aussi, la question est toute différente. Il y a en effet de ces êtres qui probablement n'ont pas de matière, ou dont la matière n'est pas comme celle que nous voyons, mais est simplement soumise au mouvement dans l'espace.
§ 8. Les phénomènes qui, tout en étant produits par la nature, n'ont pas cependant de substance, n'ont pas non plus de matière; ou plutôt, dans ces phénomènes, c'est le sujet même du phénomène qui en est la substance. Par exemple, [10] en cherchant la cause de l'éclipse, on demande quelle est sa matière? Mais là, il n'y a pas de matière; il n'y a là que la lune subissant ce phénomène. La cause qui met ici la lumière en mouvement et qui la dérobe, c'est la terre; et quant au pourquoi du phénomène, il n'y en a peut-être pas. Enfin, en ce qui concerne la cause formelle, c'est la définition de l'objet qui la donne. Mais cette définition elle-même reste obscure, tant qu'on n'y joint pas l'indication précise de la cause. Qu'est-ce donc que l'éclipse? C'est la disparition de la lumière. Si l'on ajoute que cette occultation vient [15] de l'interposition de la terre entre le soleil et la lune, cette explication alors renferme la cause du phénomène qu'on étudie.
§ 9. On ignore, dans le phénomène du sommeil; quelle est la partie qui est primitivement affectée. Sans doute, on sait bien ce que c'est que l'animal qui l'éprouve ; soit; mais l'animal, dans laquelle de ses parties est-il affecté? Quelle est cette partie qui est affectée la première? Est-ce le coeur, ou tel autre organe? Mais encore, par quoi cet organe est-il affecté? Puis, quelle est l'affection propre de cet organe, qui n'est pas l'affection de l'animal tout entier? Dira-t-on que le sommeil est une immobilité d'un certain genre? C'est vrai ; mais cette immobilité même n'a lieu qu'autant que la partie première souffre elle-même une certaine affection.
§ 1. Tout vienne d'un intime élément primitif. Il ne faut pas prendre ceci dans un sens absolu ; il faut au contraire restreindre cette théorie à l'ensemble du fait dont on s'occupe; il ne s'agit pas ici de la constitution générale des choses, mais seulement do certaines choses, comme le prouvent bien tous les exemples qui suivent. — Chaque chose a sa matière propre. Ainsi la phlegme a sa matière; la bile, qui vient du phlegme, n'en a pas moins la sienne, qui peut être un dérivé de l'autre; mais qui lui appartient spécialement. — Du phlegme. Voir sur le Phlegme, Hippocrate, édition et traduction de M. Littré, t. VI, p. 209 et suiv., et t. VII, p. 213 et suiv. Dans la doctrine hippocratique, le phlegme et la bile passent pour la cause de toutes les maladies.
§ 2. Comme en sa matière première. Et immédiate.
§ 3. Qu'une chose vient dune autre. Voir l'explication détaillée de cette formule, plus haut, liv. V, ch. XXIV. — De la cause qui les met en mouvement. Ici, c'est la main de l'ouvrier ou de l'artiste qui se trouve être la cause motrice. — La cause motrice qui fait la scie. Même remarque. — Qui coupe. J'ai ajouté ces mots.
§ 4. Il faut que le produit soit également différent. Alexandre d'Aphrodise cite le fondeur et le potier; tous les deux font des vases; mais l'un les fait en bronze, l'autre les fait en terre; et les deux arts sont tout â fait différents, comme les moteurs le sont individuellement.
§ 5. Le mot de Cause a plusieurs acceptions. Voir plus haut, liv. V, ch. II, et liv. 1, ch. III. — Les flux mensuels de la mère. Destinés à nourrir le foetus. — Que cause motrice. Les détails qui précèdent et qui suivent, expliquent suffisamment la formule dont Aristote se sert. Ces théories physiologiques sont d'ailleurs plus ou moins exactes; mais ici cette considération importe peu. — Son but. Ceci aurait mérité une plus ample explication. — Ces deux dernières causes. La cause formelle et la cause finale, qui, en effet, se confondent pour l'homme.
§ 6. Les plus prochaines. C'est-à-dire, immédiates; pour l'homme, le père et la mère par exemple, sans essayer de remonter jusqu'aux éléments dont le père et la mère peuvent être eux-mêmes composés.
§ 7. Qui sont produites. Par la main de l'homme, ou de toute autre manière, trais sans être éternelles. — Sont éternelles. Comme les astres. — Qui... n'ont pas de matière. Aujourd'hui la Physique et l'Astronomie en savent beaucoup plus long sur les grands corps qui peuplent l'espace. — Celle que nous voyons. Le texte n'est pas aussi formel. Alexandre d'Aphrodise entend qu'il n'agit ici des substances produites et périssables.
§ 8. Le sujet même du phénomène. Le texte n'est pas aussi explicite; mais l'exemple qui suit en détermine clairement le sens. — La cause de l'éclipse. Aristote est revenu plusieurs fois sur cette question; voir notamment les Derniers Analytiques, liv. II, ch. II, § 2, p. 194 de ma traduction, et liv. II, ch. VIII, p. 227. Aristote voit bien la vraie cause de l'éclipse de lune, qui est l'interposition de la terre; mais il croit la terre immobile, comme l'a cru presque toute l'Antiquité.
§ 9. On ignore. Il n'est pas sûr qu'on en sache aujourd'hui sur le sommeil plus qu'on n'en savait au temps d'Aristote; et cette ignorance sur un phénomène qui nous est personnel et qui se répète sans cesse, doit nous donner à réfléchir sur les limites du savoir humain. On se rappelle qu'Aristote a fait un traité spécial sur le sommeil; voir Psychologie d'Aristote, t. II, Opuscules, p. 145 et suiv. de ma traduction. D'ailleurs. la question du sommeil n'est étudiée ici que très incidemment.
§ 1. On a vu qu'il y a des choses qui sont ou qui ne sont pas, sans qu'il n'y ait cependant pour elles, ni production, ni destruction : tels sont, par exemple, les points mathématiques, si' toutefois on peut dire que les points existent. D'une manière générale, les espèces et les formes sont dans le même cas, puisqu'en effet ce n'est pas le Blanc lui-même qui devient, mais que c'est le bois qui devient blanc. Or, comme tout [25] ce qui devient vient de quelque chose et devient quelque chose, il s'ensuit que tous les contraires ne peuvent pas sans exception venir les uns des autres. Et ainsi, c'est d'une façon toute différente que de noir l'homme devient blanc, et que le blanc vient du noir.
§ 2. Il n'y a pas non plus de matière pour toute espèce de choses; mais il n'y en a que pour les choses qui peuvent se produire et se changer les unes dans les autres, tandis que, pour celles qui sont, ou ne sont pas, sans éprouver de changement, il n'y a pas de matière.
§ 3. En ceci, une question assez difficile se présente: c'est de savoir comment, en ce qui regarde les contraires, [30] se comporte la matière de chaque objet. Par exemple, si le corps se porte bien en puissance et que la maladie soit le contraire de la santé, est-ce que les deux, santé et maladie, sont en puissance dans le corps? Est-ce que l'eau est en puissance vinaigre et vin? Ou bien, l'eau est-elle la matière de l'un, selon son état naturel et sa forme spécifique, tandis qu'elle n'est la matière de l'autre que par privation, et par destruction contre nature?
§ 4. Mais on peut se demander aussi pourquoi le vin n'est pas la matière du vinaigre, ni même le vinaigre en puissance, bien que ce soit du vin que vienne le vinaigre. Peut-on dire encore que le vivant soit un mort en puissance? Ou bien ne l'est-il pas? Mais les destructions ne sont-elles pas toujours accidentelles? [1045a] La matière de l'être vivant devient-elle, par la destruction, la puissance et la matière du mort, comme l'eau devient celle du vinaigre? Car l'un vient de l'autre, comme du jour vient la nuit.
§ 5. Toutes les choses qui se changent ainsi les unes dans les autres doivent revenir à leur matière ; et, par exemple, si le vivant vient du mort, il faut d'abord que le mort retourne à sa matière pour devenir ensuite un être animé; et le vinaigre doit se changer en eau, qui, à son tour, devient du vin.
§ 1. On a vu. Voir plus haut, ch. I, § 7, et ch. III, § 14. Le texte d'ailleurs n'est pas aussi formel. — Si toutefois on peut dire... La restriction est exacte; car, d'après la définition ordinaire,le point géométrique étant sans longueur, ni largeur, ni épaisseur, on peut se demander si en effet il a une véritable existence. — Les espèces et les formes. Qui permettent de donner aux choses leur détermination, et de les reconnaître. - Qui devient. Et qui existe réellement; le blanc n'existe que dons l'objet qui est blanc. — L'homme devient blanc. L'homme est le sujet qui demeure et subsiste, tandis que la qualité de sa couleur peut varier et faire place à une couleur contraire. — Le blanc vient du noir. Le blanc et le noir peuvent changer de l'un à l'autre; mais il leur faut toujours un sujet dans lequel puisse se passer le changement.
§ 2. Qui sont ou ne sont pas, sans éprouver de changement. Telles sont les formes et les espèces ; ce ne sont pas elles qui changent; ce sont les sujets dans lesquels elles s'actualisent.
§ 3. En ce qui regarde les contraires. Il semble que les contraires se passent dans un sujet qui leur sert de support commun, et qui, en puissance, est les deux contraires, c'est-à-dire qui peut avoir successivement les qualités que les contraires déterminent. — Est-ce que les deux... Il paraît évident, en effet, que le sujet est en puissance, sain et malade, puisque tour à tour il peut présenter la santé on la maladie. Seulement la santé est son état naturel et positif, tandis que la maladie est un état contre nature et par privation. — Santé et maladie. J'ai ajouté ces mots pour plus de clarté. — L'eau est en puissance vinaigre et vin. Mais ce n'est pas de la même manière; l'eau devient directement et naturellement du vin; et c'est par la disparition du vin qu'elle devient du vinaigre; le vinaigre est précédé de la destruction du vin; et il ne devient ce qu'il est que par privation. On peut trouver ici encore que cette analyse est bien subtile.
§ 4. On peut se demander. D'après Alexandre d'Aphrodise, le vin n'est pas la matière du vinaigre, parce que c'est l'eau qui est cette matière; le vin n'est pas davantage en puissance le vinaigre, parce qu'il faut que le vin disparaisse pour que l'eau puisse devenir du vinaigre. Il faut laisser ces théories chimiques pour ce qu'elles sont, et ne pas y attacher plus d'importance qu'il ne convient. — Le vivant soit un mort en puissance. On pourrait traduire aussi : « Que le corps vivant soit un cadavre en puissance ». La réponse doit être négative, comme pour le vin par rapport au vinaigre; le corps vivant n'est pas en puissance un cadavre, parce qu'il faut que d'abord le vivant disparaisse pour que le cadavre soit possible. Le corps n'est donc pas la matière du cadavre. — Comme l'eau devient celle du vinaigre. Par la destruction préalable du vin, que l'eau avait d'abord composé. — Comme le jour vient de la nuit. Sans que le jour soit cependant la matière de la nuit.
§ 5. Doivent revenir à leur matière. Comme le vinaigre, dans les théories qu'on expose ici, doit revenir à l'eau avant de redevenir dit vin. Ainsi qu'on l'a déjà dit, il ne faut pas attacher trop d'importance à ces étranges théories chimiques.— Le vinaigre doit se changer en eau. Il semble qu'il voudrait plutôt dire que l'eau se change en vin; et le vin, eu vinaigre.
§ 1. Mais, pour revenir à la question que nous avons soulevée sur les définitions et sur les nombres, à quelle cause tient leur unité? En effet, pour toutes les choses composées de plusieurs parties, et où le Tout qu'elles forment n'est pas simplement un amas, [10] mais où il y a un total qui est quelque chose indépendamment des parties, il faut bien qu'il y ait une cause à l'unité qu'elles présentent. Ainsi, dans les corps, c'est tantôt le contact qui fait leur unité; tantôt, c'est leur viscosité, ou telle autre condition analogue.
§ 2. Quant à la définition, l'unité de l'explication qu'elle fournit ne consiste pas dans l'enchaînement fies parties, comme y consiste l'Iliade; mais cette explication est une, parce qu'elle s'adresse à un seul et unique objet. Quelle est, par exemple, la cause qui fait l'unité de l'homme, qui fait [15] qu'il est un et non plusieurs, comme le seraient l'Animal et le Bipède? Question qui peut surtout se poser, s'il est vrai, comme le prétendent quelques philosophes, qu'il y ait un Animal en soi, et un Bipède en soi.
§ 3. Pourquoi, en effet, l'homme ne serait-il pas ces deux choses à la fois, puisque les individus hommes doivent l'être aussi par participation? Et pourquoi ne viendrait-il pas, non d'un seul être en soi, mais de deux, l'Animal en soi et le bipède en soi ? L'homme [20] alors ne serait plus un; mais il serait plusieurs, bipède et animal tout ensemble.
§ 4. Il est donc clair qu'avec cette méthode, habituelle à nos philosophes, de définir les choses et de les exprimer, il n'est pas possible de répondre à la question et de la résoudre. Mais s'il faut distinguer, comme nous le soutenons, la matière et la forme d'une part, et d'autre part la puissance et l'actualité, la question que nous cherchions à résoudre [25] n'offre plus de difficulté sérieuse.
§ 5. En effet, la difficulté est absolument la même que si l'on allait définir un vêtement en disant que c'est de l'airain arrondi, puisque le nom même représenterait la définition de la chose ; et que la question serait également de savoir ce que serait l'unité de la rondeur et de l'airain. Mais il n'y a plus de difficulté quand on dit que l'un est la matière, et que l'autre est la forme.
§ 6. [30] Quelle est donc la cause qui fait que ce qui était en puissance passe à l'acte, si ce n'est l'agent qui a réalisé la chose, dans les cas où la production est possible ? Il n'y a pas d'autre cause ici que celle qui fait que la sphère qui est en puissance devient une sphère en acte, une sphère réelle; et c'est là uniquement, comme nous l'avons vu, l'essence propre de l'un et de l'autre, de l'homme et de la sphère.
§ 7. C'est qu'en fait de matière, il faut distinguer la matière intelligible et la matière sensible; et dans toute définition, il y a d'un côté la [35] matière, et, de l'autre côté, il y a l'acte, comme dans cette définition : « Le cercle est une figure plane, etc. » Mais pour les choses qui n'ont pas de matière, ni intelligible ni sensible, on a immédiatement l'unité que chacune d'elles représente essentiellement, [1045b] c'est-à-dire, un être substantiel et particulier, une qualité, une quantité.
§ 8. Et voilà comment on ne fait jamais entrer dans les définitions, ni l'Être, ni l'Un. On y donne immédiatement l'essence de la chose, qui la fait être ce qu'elle est; et l'on y fait entrer son unité tout aussi bien que son existence réelle. Il n'y a donc, pour toutes ces choses, aucune autre cause [5] qui en constitue l'unité, ni aucune autre qui leur confère l'existence; chacune d'elles est immédiatement un être réel et une unité, sans que, pour elles, l'existence et l'unité consistent seulement dans le genre, et sans qu'elles soient séparées et indépendantes des individus.
§ 9. Pour résoudre cette même question, il y a des philosophes qui nous parlent de participation, sans d'ailleurs nous expliquer la cause de cette participation, ni même nous dire ce qu'ils entendent par ce mot. D'autres nous parlent de l'association [10] de l'âme, comme Lycophron, qui nous dit que la science est l'association du savoir et de l'âme; comme d'autres nous assurent que la vie est la combinaison et l'enchaînement de l'âme avec le corps.
§ 10. La même explication pourrait s'appliquer â tout; et, par exemple, se bien porter serait l'association, ou l'enchaînement, ou la combinaison, de l'âme et de la santé ; un triangle d'airain [15] serait la combinaison de l'airain et du triangle; un objet blanc serait la combinaison de la surface et de la blancheur.
§ 11. Ce qui produit cette erreur, c'est que nos philosophes veulent trouver une définition qui unifie la puissance et l'acte, et qu'ils cherchent en même temps une différence entre les deux. Mais, ainsi que nous l'avons dit, la matière dernière et la forme des choses se confondent; seulement, l'une est en puissance, et l'autre est en acte. C'est tout à fait la même recherche que [20] de demander la cause de l'être qui est Un, et de demander la cause qui le fait être Un. Toute chose est Une; et, à un certain point de vue, l'être en puissance et l'être en acte n'en font également qu'un.
§ 12. En résumé, il n'y a donc pas d'autre cause de l'unité que la cause motrice, qui fait passer l'être de la puissance à l'acte. Mais pour toutes les choses qui n'ont pas de matière, elles sont toujours absolument et simplement ce qu'elles sont.
§ 1. Que nous avons soulevée. Voir plus haut, ch. III, §§ 9 et suivants. — Un amas. C'est-à-dire, une chose où les parties prises séparément n'ont aucune relation entre elles qu'un contact sans régularité et sans ordre. — A l'unité qu'elles présentent. J'ai dû ajouter ces mots pour plus de clarté.
§ 2. Comme y consiste l'Iliade. Voir plus haut, liv. VII, ch. XV, § 16. C'est un grand éloge de l'Iliade, et l'unité du poème, si étrangement mise en doute par quelques modernes, n'a jamais fait question pour les Anciens. — A un seul et unique objet. Tandis que, dans les théories qui Aristote combat un peu plus bas, la définition s'égare sur plusieurs objets, qui ne peuvent former un tout et une unité. — L'Animal et le Bipède. Voir plus haut, liv. VIl, ch. XII, § 1. C'était la définition courante de l'homme dans l'école platonicienne; et comme, selon Aristote, cette école reconnaissait aux Idées une existence indépendante et actuelle, l'Animal on soi, le Bipède en soi, ne pouvaient jamais former une unité d'où la définition pût sortir. — Quelques philosophes. Les Platoniciens.
§ 3. Pourquoi, en effet. L'objection semble, en effet, insoluble dans la théorie platonicienne, à moins qu'elle ne renonce à l'indépendance des Idées qu'Aristote prétend toujours lui imposer; et qu'elle ne fasse disparaître l'Animal en soi et le Bipède en soi pour ne conserver que l'Homme en soi.
§ 4. A nos philosophes. Les Platoniciens. — A la question. Celle de savoir en quoi consiste l'unité de la définition; voir plus haut, § 1. - Comme nous le soutenons. Voir plus haut, ch. I, § 6 et passim, et liv. VII, ch. XII, § 12.
§ 5. C'est de l'airain arrondi, En effet, cette définition du vêtement serait bien singulière. — De la rondeur et de l'airain. Voir plus haut, liv. VII, ch. ar, § 2. — L'un est la matière. C'est l'airain. — L'autre est la forme. C'est la rondeur.
§ 6. Qui a réalisé la chose. C'est une paraphrase, que j'ai ajoutée, pour rendre toute la force de l'expression grecque. —Où la production est possible. Voir plus haut, ch, v, § 1. — Une sphère réelle. Paraphrase des mots précédents. La sphère est en puissance dans l'airain, tant que le fondeur n'a pas donné à l'airain la forme sphérique. — Comme nous l'avons vu. Le texte n'est pas aussi explicite; mais le verbe qui est mis au passé indique une allusion à une théorie précédente. — De l'homme et de la sphère. J'ai ajouté cette paraphrase, d'après le commentaire d'Alexandre d'Aphrodise; elle se rapporte à ce qui a été dit pans haut, ch. IV, § 5. Par « De l'un et de l'autre », M. Bonitz comprend la matière et la forme.
§ 7. La Matière intelligible. C'est-à-dire, la forme. — La matière sensible. La matière, dans le sens ordinaire du mot. — L'acte. Ou la forme, qui permet de classer et de dénommer l'objet. — Le cercle est une figure plane. J'ai mis un et caetera pour indiquer que la définition est incomplète. On ne voit pas d'ailleurs très bien le sens de cet exemple, qu'Alexandre d'Aphrodise n'a pas commenté. Dans celte définition, le genre Figure peut être considéré comme la matière, et la notion de Cercle est la forme. — Les choses qui n'ont pas de matière, ni intelligible, ni sensible. Il est assez difficile de comprendre ce que peuvent être ces choses absolument immatérielles; la suite prouve qu'Aristote veut indiquer par là les catégories, c'est-à-dire, les genres les plus élevés, la substance, la quantité, la qualité, etc.; les formes de l'Être dans toute leur universalité. Mais peut-on dire que, là même, il n'y ait pas de matière intelligible? C'est bien douteux. — Substantiel et particulier. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte, C'est lu première des catégories, sur laquelle s'appuient toutes les autres. — Une quantité. Il n'y a que les trois premières catégories d'énumérées; les autres suivent tout naturellement, au nombre de Dix, comme on sait.
§ 8. Ni l''Être, ni l'Un. C'est-à-dire que, dans les définitions, on suppose toujours et l'existence de l'objet et son unité; il n'est que faire de les exprimer, comme on le fait pour la quantité, la qualité de cet objet, et pour les autres catégories auxquelles on peut le rapporter. — Aucune autre cause. Tandis que, pour les autres choses, il y a besoin de l'union de la matière et de lu forme. Pour les catégories, au contraire, lu notion est immédiate, parce qu'elle ne peut pas titre rapportée à un genre supérieur.— Et indépendantes des individus. Ce sont, en effet, les individus eux-mêmes; et il n'est pas possible de descendre plus bas qu'eux.
§ 9. Cette même question. La question de l'unité dans la définition; voir plus haut, § 4. — Il y a des philosophes. Ce sont les Platoniciens. — De participation. Voir plus haut, liv. I, ch. VI, § 6. — Ce qu'ils entendent par ce mot. C'est une critique assez juste, en ce sens que Platon n'explique pas formellement ce qu'il entend par l'expression de Participation; mais Platon pouvait trouver ce mot assez clair par lui seul. — Lycophron. Le sophiste, dont Aristote a parlé plusieurs fois : Réfutations des Sophistes, ch. XV, § 16, p. 384 de ma traduction; Physique, Liv. I, ch. III, § 11, p. 442; Politique, liv. ch. V, § 11, p. 133; et Rhétorique, liv. Ill, ch. IX, § 1, p. 22 de ma traduction; Aristote parle encore d'un Lycophron, Rhétorique, liv. Ill, ch. IX, § 43, p. 53 de ma traduction; mais il ne paraît pas que ce soit le même que le Sophiste dont il est question qu'ici.
§ 10. La même explication. Les exemples qui suivent prouvent qu'il ne s'agit ici que « de l'association », ou si l'on veut : « la combinaison ».
§ 11. Cette erreur. Le texte n'est pas aussi formel; mais tout le contexte justifie le mot du blâme que j'ai cru pouvoir employer. — La matière dernière. Celle au-delà de laquelle on ne peut pas remonter, et qui se confond avec la forme essentielle des choses; voir liv. VII, ch. X, § 17. Un peu plus haut, § 7, Aristote a semblé refuser le mot même de Matière la forme, ou essence, des objets. — L'une est en puissance. C'est la matière. — L'autre est en acte. C'est la forme.
§ 12. De l'unité. De la définition; voir plus haut, § 1. — Qui n'ont pas de matière. Voir plus haut, § 7.

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§ 3

§ 4

§ 5

§ 6

§ 7

§ 8
 § 2

§ 9

§ 1

§ 2

§ 3

§ 4

§ 5

§ 1
 § 7
 § 14

§ 2

§ 3

§ 4

§ 5

§ 1

§ 2

§ 3

§ 4

§ 5

§ 6

§ 7

§ 8

§ 9

§ 10

§ 11

§ 12

§ 1

§ 2
 § 16
 § 1

§ 3

§ 4
 § 1
 § 6
 § 12

§ 5
 § 2

§ 6
 § 1
 § 5

§ 7

§ 8

§ 9
 § 4
 § 6
 § 16
 § 11
 § 11
 § 1
 § 43

§ 10

§ 11
 § 17
 § 7

§ 12
 § 1
 § 7