Source: http://www.milah.fr/cicp-1854.htm
Timestamp: 2018-02-25 03:52:09+00:00

Document:
Consistoire Israelite de la Circonscription de Paris, reglement de la Peritomie (circoncision)
Consistoire Israelite de la Circonscription de Paris, reglement de la Péritomie (circoncision)
Arrêté Consistorial Portant Règlement de la Péritomie. 1854.
Les vieux papiers de la Brit Milah.
Ici, un règlement concernant la Péritomie (équivalent grec du mot latin ayant donné circoncision, la Brit Milah).
Ce règlement, adopté en 1854, marque une tentative des cols blancs du Judaïsme français pour mettre fin à la pratique traditionnelle de la Brit Milah. Il fut rectifié dans son passage le plus caustique quelques mois plus tard, puis tomba en désuétude -si tant est qu'il fut respecté par les circonciseurs-
Consistoire Israélite de la Circonscription de Paris
Arrêté Consistorial
Portant Règlement de la Péritomie
Contexte: La loi du 25 mai 1844, édictée par Louis Phillipe, charge le Consistoire de l'organisation du culte, et par là de l'organisation de la pratique de la Brit Milah en France. (Article 19: nomination du mohel; article 52 "nul ne peut exercer les fonctions de mohel et de schohet s'il n'est pourvu d'une autorisation spéciale du consistoire de la circonscription (...) sont soumis aux règlements émanés du consistoire départemental ...)
Cette disposition fut annulée par la loi de 1905 instituant la laïcité de la République.
L'organisation de la pratique de la Brit Milah fut une source de conflit durant tout le 19ème siècle, opposant "laïques et religieux, modernistes et traditionalistes".
Ce conflit a été décrit et analysé dans l'ouvrage de Patricia Hiridoglou "Les rites de naissance dans le judaïsme", Paris, Belles Lettres, 1997.
Le Consistoire,
Vu les diverses plaintes qui lui ont été adressées contre les personnes se livrant, sans qualité, à l'opération de la péritomie,
Vu les articles 19 et 52 de l'ordonnance du 25 mai 1844,
Vu le rapport de la commission médicale appelée à donner son avis sur les dangers de la péritomie et sur le mode opératoire usité jusqu'à ce jour, particulièrement en ce qui concerne la succion,
Vu la délibération du 3 août 1847 prise sur l'avis et avec la participation de feu Mr Marchand Ennery, alors Grand Rabbin,
Vu le projet de règlement de la péritomie en date du 23 avril 1849,
Considérant que si la péritomie est formellement prescrite par la loi de Moyse et le mode opératoire décrit dans les codes religieux, il est néanmoins du devoir de tout péritomiste de se soumettre aux progrès incontestables de la Science chirurgicale;
Considérant que, si le Consistoire s'accorde avec Mr le Grand Rabbin à interdire la succion comme dangereuse, il lui reste encore à proscrire des mesures à l'égard de l'ablation et de la Dénudation, soit en ce qui concerne les précautions préalables et les instruments à employer, soit à l'égard des garanties que doit apporter le péritomiste.
Considérant que, tout en conservant à la péritomie son caractère sacré, le Consistoire ne saurait en laisser la pratique qu'à des hommes réunissant à la fois des conditions incontestables de moralité, de capacité, de prudence et offrant des garanties religieuses.
Considérant qu'il est du devoir d'exercer une incessante surveillance qui n'est que trop justifiée par les accidents que l'on a eu à déplorer de la part de péritomistes incapables ou imprudents;
Considérant que, si l'ordonnance du 25 mai 1844 en prescrivant que les péritomistes doivent être pourvus de l'autorisation du Consistoire a eu évidemment en vue de faire incomber à cette administration la responsabilité morale des conséquences de cette autorisation, qu'il importe, dès lors, que la surveillance des péritomistes soit l'objet de la constante sollicitude du Consistoire;
Considérant que, si toute personne nécessiteuse du Culte israélite peut recourir en cas de maladie aux soins gratuits d'un médecin, elle doit pouvoir réclamer au besoin, sans charge pour elle, le ministère d'un péritomiste;
Considérant enfin qu'apporter la plus scrupuleuse attention et la plus grande réserve dans le choix des péritomistes et dans l'appréciation d'un mode opératoire conforme aux exigences de la Science et à celui de l'humanité, c'est contribuer efficacement à la perpétuité du dogme fondamental de l'antique et sainte religion de Moyse,
La circoncision ne peut être pratiquée qu'en présence d'un médecin. Soit que cette opération ait lieu en présence du médecin de la famille, soit qu'elle ait lieu en présence du médecin spécial Inspecteur de la péritomie, nommé par le Consistoire et dont il est question dans le chapitre suivant.
Du Médecin, Inspecteur de la péritomie.
Un médecin, ayant titre d'Inspecteur de la péritomie, est spécialement chargé d'assister aux opérations de la circoncision.
Ce médecin est nommé par le Consistoire, et il reçoit un traitement de l'administration consistoriale.
Le Médecin Inspecteur de la péritomie a aussi pour mission d'examiner les péritomistes qui sollicitent l'autorisation d'exercer.
Il adresse au Consistoire un rapport sur les résultats de ces examens.
Il aide les péritomistes de ses conseils dans la pratique de la circoncision.
Le Médecin Inspecteur assiste à toutes les opérations de circoncision pour lesquelles sa présence est réclamée, soit par les familles, soit par les péritomistes.
Il peut même assister aux opérations pour lesquelles il n'aurait pas été appelé.
Dès que le Médecin Inspecteur de la péritomie est informé d'une opération à laquelle il doit assister, il visite l'enfant, en présence du Mohel, à l'effet de s'assurer si l'enfant se trouve dans les conditions de santé nécessaire pour que la circoncision puisse être pratiquée.
Dans le cas contraire, il fait ajourner l'opération jusqu'à ce que la position de l'enfant permette d'opérer la circoncision.
Le Médecin Inspecteur veille particulièrement à ce que les opérations de circoncision soient pratiquées d'après les dispositions du présent règlement, dont il est en quelque sorte le gardien.
Il signale immédiatement au Consistoire le Mohel qui se serait affranchi des règles qui lui sont tracées, soit qu'il y ait eu tentative d'infraction en présence de l'Inspecteur, soit qu'il y ait eu infraction en son absence.
Le Médecin Inspecteur adresse au Consistoire, tous les trois mois, un rapport détaillé sur la situation de la péritomie pendant le trimestre écoulé.
Des Péritomistes
Les péritomistes autorisés par le Consistoire pour exercer à Paris ne peuvent dépasser le nombre de Douze.
Nul ne peut exercer les fonctions de péritomiste s'il n'est pas pourvu d'une autorisation du Consistoire.
Cette autorisation n'est donnée qu'aux personnes qui sont reconnues aptes au point de vue scientifique par le Médecin spécial Inspecteur et qui ont, en outre, obtenu de Mr le Grand Rabbin de la circonscription un certificat attestant qu'elles présentent toutes les garanties religieuses et morales nécessaires pour l'exercice de cette fonction.
Le péritomiste, se rappelant qu'il remplit une mission religieuse, ne peut taxer en aucune façon la personne qui réclame son ministère, ni refuser ses services gratuits aux indigents.
Le péritomiste appelé à pratiquer une circoncision fait connaître à la famille les dispositions du règlement en ce qui concerne la présence du médecin pendant l'opération.
Si la famille réclame la présence du médecin spécial, le Mohel en donne avis immédiatement à ce médecin, qui de concert avec le péritomiste, prend les mesures nécessaires pour l'opération à pratiquer.
Si le médecin de la famille doit assister à l'opération, le Mohel confère avec ce médecin au sujet de la position de l'enfant et agit en toute chose comme si l'Inspecteur de la péritomie assistait à l'opération.
En tout état de chose, le Mohel appelé à pratiquer une opération en donne avis au Médecin Inspecteur.
Si par suite de l'opération il se produisait quelqu'accident, le péritomiste en préviendrait immédiatement le Médecin Inspecteur.
En ce qui concerne le mode d'opérer et le mode de pansement, le Mohel se conforme aux dispositions suivantes arrêtées par une commission médicale composée de six médecins et présidée par Mr le Grand Rabbin du Consistoire de la circonscription de Paris.
De l'opération et du Pansement.
§1er Position de l'enfant
Les jambes de l'enfant sont tenues écartées par des aides. Le Mohel doit avoir soin de protéger convenablement le scrotum.
L'usage du bourrelet, du coussin et la ligature du membre inférieur sont interdits.
La pratique de la Brit Milah l'enfant emmailloté dans un lange qui ne laisse à nu que le pubis est encore pratiquée, sans incident dans certaines communautés. Certains la qualifie de "pratique de Jérusalem" d'autres de "pratique hongroise".
§2è Soins préliminaires à l'opération
Le péritomiste doit s'assurer, au moyen d'un stylet boutonné introduit entre le prépuce et le gland, s'il existe des adhésions de ces deux organes. En cas d'adhérence il doit détruire ces dernières en promenant avec précaution l'instrument autour du gland.
§3è Ablation du prépuce
Le péritomiste doit se servir d'une pince propre à protéger le gland contre l'action de l'instrument. Il se sert, pour couper le prépuce, d'un bistouri dont la longueur de la lame sera proportionnée, comme la longueur de la pince, à l'exiguïté du prépuce de l'enfant.
§4è Priah
Le passage suivant a été rayé:
Le déchirement du feuillet muqueux du prépuce est formellement rejeté. Des ciseaux courts, à pointe émoussée (xxx) pour diviser la lamelle interne du prépuce. Les ongles ne serviront qu'à pousser les portions divisées par l'instrument vers la base du gland.
Le péritomiste est tenu de se munir de ciseaux à pointes émoussées afin de s'en servir dans les cas particuliers où le médecin ou le péritomiste lui même reconnaîtra la nécessité de recourir à cet instrument pour opérer la dénudation (Pria)
§5è Succion (Metzitza)
La succion est et doit rester abolie; on se servira pour étancher le sang d'une éponge imbibée de gros vin.
On consultera à ce propos l'article de Klein. De la succion dans la circoncision.
§6è Pansement
Les rondelles d'amadou et les diverses poudres employées par les péritomistes sont formellement rejetées.
Les péritomistes emploieront comme mode de pansement une petite compresse trouée vers le centre, à travers laquelle passe le sommet du gland.
Cette disposition permet à l'urine d'être évacuée.
Les "coffrets de Brit Milah" que nous connaissons dans les musées et documentations d'époque comportent tous un flacon de poudre. Voir Instruments du Musée d'Art Juif de Paris.
Il circulait encore des pansements d'écorce d'amadou à Paris et surtout en Afrique du Nord dans les années 1960.
La poudre de Dermatol (sous gallate de Bismuth est décrite dans le "Zokher Habrit" manuel de circoncision de 1933.
Montaigne décrivant une circoncision, parle d'une poudre rouge dite "sang de dragon" extraite d'un résineux.
Le XXème siècle français fut marqué par les poudres d'Exoseptoplix, sulfamide antiseptique, puis Ektogan, l'Adrénolone Tétracaïne, au puissant effet antihémorragique aujourd'hui disparu, et plus récemment le Madécassol, lui aussi passé dans les oubliettes de l'histoire. Sont également utilisés la ouate d'alginate de calcium, diverses ampoules aux vertus hémostatiques.
Tous produits typiquement franco-français, que nous envient les Mohalim de tous les continents.
Les péritomistes sont invités à se conformer strictement aux dispositions du présent arrêté.
Ils doivent se rappeler que les articles 19 et 52 de l'ordonnance du 25 mai 1844 les placent sous l'autorité immédiate du Consistoire. En conséquence, le Mohel qui contreviendrait aux règles consacrées par l'arrêté précité du 12 Juillet 1854 serait révoqué sur le champ; l'exercice de la péritomie lui serait interdit, et, s'il n'obtempérait point aux ordres du Consistoire il serait poursuivi devant les tribunaux.
Fait à Paris le 22 Juillet 1854
J. Kahn Le Président du Consistoire
Le présent Règlement, dont nous avons modifié l'article 18 dans les termes relatés ci dessus a été approuvé par nous, membres du Consistoire Central.
Paris, 19 Décembre 1854.
Max Cerfbeer
Arrêté Consistorial Portant Règlement de la Péritomie.
Paris, signé le 12 Juillet 1854 par le secrétaire J. Kahn et le Président Halphen, modifié le 19 décembre 1854 par le Consistoire central des israélites, Paris, 12 pages.
An Inventory to the French Jewish communities, rédigé par Roger Kohn.
Copie microfilm déposée à l'AIU par Commission française des Archives Juives, travée 33, carton 1.

References: §1

§2

§3

§4

§5

§6
 l'article 18