Source: http://axl.cefan.ulaval.ca/asie/ouzbekistan-3Politik-lng.htm
Timestamp: 2020-07-07 13:12:37+00:00

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Ouzbékistan: 3) La politique linguistique
Outre les dispositions de la Constitution de 1992, la politique de l’Ouzbékistan est définie essentiellement dans la version de 1995 de la Loi sur la langue officielle (1989). Cependant, il existe aussi une assez grand nombre de lois faisant référence à la langue, c'est-à-dire la langue officielle et/ou parfois les langues des minorités nationales, principalement le russe, le tadjik, le kazakh, le karakalpak, le kirghiz et le turkmène .
1.1 Les dispositions constitutionnelles
La Constitution a été adoptée le 8 décembre 1992. L’article 4 déclare que la langue officielle est l’ouzbek, mais le paragraphe 2 précise que «la république d'Ouzbékistan veille au respect des langues, des coutumes et des traditions de toutes les nationalités et des groupes ethniques vivant sur son territoire, et crée les conditions pour leur développement»:
1) La langue officielle de la république d'Ouzbékistan est l'ouzbek.
2) La république d'Ouzbékistan veille au respect des langues, des coutumes et des traditions de toutes les nationalités et des groupes ethniques vivant sur son territoire, et crée les conditions pour leur développement.
De son côté, la Loi sur la langue officielle déclare également que la langue officielle de la république d'Ouzbékistan est l'ouzbek, mais que «l'octroi du statut de langue officielle à l'ouzbek ne doit pas léser les droits constitutionnels des nations et des peuples résidant sur le territoire de la République dans l'usage de leur langue maternelle»:
La langue officielle de la république d'Ouzbékistan est l'ouzbek.
L'octroi du statut de langue officielle à l'ouzbek ne doit pas léser les droits constitutionnels des nations et des peuples résidant sur le territoire de la République dans l'usage de leur langue maternelle.
Dans la version de 1989, les autorités de la RSS d'Ouzbékistan avaient aussi proclamé l'ouzbek comme langue officielle, mais le russe était dotée du statut de «langue de communication interethnique) qu'il a conservé officiellement jusqu'au 21 décembre 1995. Bien que la nouvelle version de la Loi sur la langue officielle ne mentionne aucunement la langue russe, l'article 3.4 déclare que «les citoyens ont le droit de choisir à leur discrétion la langue des relations interethniques», avec le résultat que certaines langues minoritaires, dont le russe, ont été préservées et continuent de fonctionner normalement dans le pays, que ce soit dans les écoles, les formalités administratives, la publicité, les journaux, etc.
De façon générale, on peut affirmer que la politique linguistique du gouvernement ouzbek correspond à une valorisation de la langue officielle, mais sans en assurer une véritable promotion et sans interdire d’autres langues. Lorsqu’on lit les 24 articles de la Loi sur la langue officielle de 1995, force est de constater que cette loi prône une politique d’affirmation de l’identité nationale, laquelle passe nécessairement par la langue ouzbèke, sans nuire aux autres langues parlée en Ouzbékistan, que ce soit le russe, le tadjik, le kazakh, le karakalpak, etc.
Ainsi, sur le territoire de la République autonome du Karakalpakstan, la langue karakalpak est également officielle avec l'ouzbek, du moins juridiquement. Dans le district de Sokh de la région de Ferghana, laquelle est entourée de tous côtés par le territoire du Kirghizistan, 99,4% de la population (environ 58 000 personnes) sont des Tadjiks de souche. Dans le centre du district de Sokh, un hebdomadaire tadjik, Sadoi Sokh, est publié. Il y a 24 écoles, 2 lycées et 2 collèges dont le tadjik est la langue d'enseignement. Les médias, les écoles, les lycées, les collèges et les départements universitaires fonctionnent en langue tadjike à Surkhandarya, à Samarcande, à Boukhara, à Namangan et dans d'autres régions à population tadjike compacte. Dans les régions de Tachkent et de Navoï, ainsi qu'en Karakalpakie, il existe des écoles et des départements d'universités avec le kazakh comme langue d'enseignement. Les écoles avec la langue d'enseignement turkmène fonctionnent dans la région de Khorezm et en Karakalpakie.
Quant au russe, il existe un réseau d'établissements d'enseignement publics dans cette langue dans près de 850 écoles avec quelque 372 000 élèves. Depuis le 1er novembre 2012, par arrêté du ministère de la Justice, la langue russe a de nouveau été autorisée à être employée dans les formalités administratives. La langue russe est dans les faits largement utilisée même dans les documents et les rapports officiels; elle est dans les faits considérée comme la langue officielle de facto du pays avec la langue ouzbèke. Dans un contexte de concurrence linguistique, plus les langues minoritaires sont protégées, notamment le russe, plus il est difficile pour la langue ouzbèke de s'affirmer.
Il y a quelques années, le gouvernement émettait l'hypothèse que, au lieu du russe, la fonction de la langue de communication interethnique serait assurée par l'anglais, mais cette hypothèse n'est manifestement pas confirmée par la pratique, bien que le nombre de personnes qui connaissent bien l'anglais ait augmenté ces dernières années. Il est vraiment prématuré de parler de la pertinence sociale de l'anglais, au stade actuel, comme langue de communication interethnique en Ouzbékistan. Normalement, la langue commune des citoyens, c'est-à-dire la langue des communications interethniques, devrait être la langue officielle, non une langue étrangère!
1.2 La purification linguistique ou l’ouzbékisation de la langue
La langue ouzbèke est devenue depuis une ou deux décennies le symbole le plus apparent de l’indépendance nationale; elle sert également de point de rupture avec le passé soviétique. Cette valorisation n’aurait pu se faire sans agir sur le code linguistique lui-même, car il allait de soi que le gouvernement ouzbek devait non seulement réglementer le statut de l’ouzbek, mais également la langue elle-même. Ainsi, en plus de la forme standard fixée pour l'ouzbek, l'article 7 de la Loi sur la langue officielle précise que «dans le domaine du fonctionnement administratif de la langue officielle, les règles scientifiques existantes et les normes de la langue littéraire ouzbèke doivent être respectées»:
1) Dans le domaine du fonctionnement administratif de la langue officielle, les règles scientifiques existantes et les normes de la langue littéraire ouzbèke doivent être respectées.
2) L'État assure l'enrichissement et le perfectionnement de la langue ouzbèke, y compris, entre autres, en présentant la terminologie scientifique, technique, sociale et politique universellement reconnue.
4) Les nouveaux termes scientifiques créés sont introduits en ouzbek après discussion publique et avec l'accord des comités respectifs des Chambres du Parlement (Oliy Majlisse).
L’article 7 énonce également que «l'État assure l'enrichissement et le perfectionnement de la langue ouzbèke, y compris, entre autres, en présentant la terminologie scientifique, technique, sociale et politique universellement reconnue.» Les nouveaux termes créés ne seront acceptés dans la langue ouzbèke qu’après discussion publique et l’approbation d’un comité chargé des questions linguistiques et soumis à la juridiction du Parlement.
- Le retour aux sources linguistiques
En fait, l’objectif du gouvernement d'Islam Karimov était de parvenir à une nécessaire «purification» de la langue ouzbèke. Pour ce faire, deux moyens étaient privilégiés: l’élimination ou la réduction des emprunts au russe et le retour à l’alphabet latin.
Nous savons que la langue persane s'est répandue sur le territoire de l'Ouzbékistan entre 500 et 300 avant notre ère au moment où les peuples d’Asie centrale ont été en contact étroit avec l’Iran, berceau de la langue persane. Cette influence a duré longtemps, même lorsque l'ancienne langue turque s'est imposée au VIe siècle dans la région. En même temps, les Arabes ont conquis l'Asie centrale au VIIe siècle en imposant leur religion et leur langue aux peuples conquis. De ce fait, la langue arabe fut prédominante dans les écritures jusqu'aux XIe et XII siècles. Quand on parle de retour aux sources, il s'agit donc des langues persane et arabe, parce que la langue ouzbèke, une langue turque, s'est également développée sous l'influence du persan et de l'arabe, bien avant l'arrivée au XVIIIe siècle de la langue russe.
Pendant environ deux siècles, la langue russe a acquis une position dominante dans les nations de l'ex-Union soviétique. Il était prioritaire de savoir le russe, car c'était une langue de communication entre les différentes ethnies. Dans le cas des emprunts au russe, il a semblé nécessaire de remplacer les mots d’origine russe par de nouveaux mots formés ceux-là à partir des racines de l'ouzbek ou d’éléments perçus comme culturellement proches, par exemple, les termes turcs (ou turciques) ou indo-iraniens. Cependant, plusieurs années après l'indépendance, la plupart des Ouzbeks se sont désintéressés de cette question, l'engouement pour les nouveaux mots turciques ou indo-iraniens s'étant rapidement estompé. Les emprunts au russe sont demeurés encore très nombreux dans la langue parlée.
S'ajoute aujourd'hui le recours aux emprunts à la langue anglaise. Comme la plupart des langues actuelles, l'ouzbek est également sous l'influence constante des emprunts. Nous vivons une époque de développement technologique et scientifique. De nouvelles découvertes, de nouvelles inventions, de nouvelles notions apparaissent dans les langues modernes et l'ouzbek ne fait pas exception. Les mots liés au développement de la technologie ont pénétré dans la langue ouzbèke à partir d'autres langues, en particulier de l'anglais, mais également à partir de n ombreuses langues européennes. Quelques exemples de mots relativement nouveaux en raison des progrès de la science suffit à illustrer l’importance du vocabulaire dit «international»: algorithme, antenne, antibiotique, automatisation, bionique, cybernétique, entropie, gène, génétique, code, graphique, laser, micro-électronique, etc. Tous ces éléments présentent une similitude évidente en anglais, en français, en russe, en ouzbek et en plusieurs autres langues.
Le développement des contacts entre les nations et la domination de la langue anglaise comme langue des affaires a entraîné un grand flux de mots étrangers dans la langue ouzbèke, enrichissant ainsi son stock de mots. Bien sûr, les mots empruntés en ouzbek ont été pris en compte dans de nombreux travaux scientifiques, dans les monographies et les publications, mais une analyse détaillée des mots empruntés en ouzbek à l'anglais, par exemple, n'a pas été entreprise jusqu'à présent.
- La romanisation de l’alphabet
Un autre moyen de «purification» consistait à remplacer l’alphabet cyrillique par une autre: l’alphabet latin ou l’alphabet arabo-persan. On sait que, sous le régime soviétique, l’alphabet cyrillique avait été imposé et avait remplacé l’alphabet latin qui avait lui-même remplacé l’alphabet arabo-persan. La décision de retourner à l’alphabet latin fut prise en 1993 par le gouvernement ouzbek. Au moment de l’indépendance, la population de l’Ouzbékistan était presque totalement alphabétisée et il était prévisible que la population puisse éventuellement mal réagir à un changement aussi important dans l’usage de sa langue. De son côté, la Turquie invitait les républiques turcophones (Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan, Kazakhstan, etc.) à suivre son modèle et reprendre sa graphie latine, ce qui aurait été interprété comme un signe important de l’influence de la Turquie dans la région. Mais cette prétention de la Turquie à exercer un tel leadership fut mal perçu en Ouzbékistan.
Le gouvernement de l’Ouzbékistan décida plutôt de remanier l’alphabet à graphie latine, tandis que la durée de la transition fut reportée jusqu’en 2005. Durant l’année scolaire 1993-1994, seuls les enseignants furent touchés par l’apprentissage du nouvel alphabet qui devait remplacer le cyrillique. Finalement, l’arrivée d’une nouvelle version de l’alphabet en juin 1995 est venue compliquer le processus d’implantation. L’alphabétisation des enfants ne commença qu’avec la rentrée de 1996-1997 pour se poursuivre avec les enfants scolarisés lors des années ultérieures, de telle sorte que chaque enfant puisse poursuivre ses études en utilisant l’alphabet avec lequel il avait appris à lire et à écrire.
Le choix du nouvel alphabet latin révèle l’intention du gouvernement de se démarquer pour passer dans la sphère américano-européenne afin de contrer l'influence russe où l’alphabet cyrillique reste toujours en vigueur. Ce choix semble également montrer une certaine distanciation vis-à-vis de la la Turquie dont l’alphabet diffère sensiblement et de l’Iran (très actif en Ouzbékistan), ainsi que des pays musulmans qui ont souvent incité l’Ouzbékistan à réutiliser l’alphabet arabo-persane. Depuis, plusieurs maisons d’édition ont commencé à publier des livres dans le nouvel alphabet latin destinés aux enfants des classes primaires. Mais les adultes se trouvent confrontés avec un nouvel usage qui risque d’ériger des barrières culturelles considérables entre eux et les nouvelles générations.
De son côté, le gouvernement continue d'implanter l'alphabet latin, mais il existe certaines résistances dans la population. Si les plus jeunes ont appris à fonctionner dans les deux alphabets, ce n'est pas le cas pour les gens plus âgés.
3 Les langues de la législation
Le Parlement de l'Ouzbékistan a comme nom Oliy Majlis; il remplace le Soviet suprême depuis 1995 et il est devenu bicaméral en 2005 avec la création d'une seconde chambre, le Sénat. L'Assemblée législative compte 150 députés élus dans des circonscriptions territoriales, alors que le Sénat compte 100 élus : 84 élus au suffrage universel et 16 autres nommés par le président de l'Ouzbékistan.
3.1 La langue officielle
Selon l'article 8 de la Loi sur la langue officielle, les lois de la République, ainsi que tout autre document des pouvoirs publics et de l'administration, doivent être adoptées et publiées dans la langue officielle:
1) Les lois de la république d'Ouzbékistan, ainsi que tout autre document des pouvoirs publics et de l'administration, doivent être adoptées et publiées dans la langue officielle. La traduction de ces documents est également publiée dans d'autres langues.
3.2 Le russe et l'anglais
Cependant, la traduction de la plupart de ces documents est également publiée dans d'autres langues. Sur les 250 députés à la Chambre législative, seule une vingtaine d'entre eux sont des représentants des minorités, dont cinq Russes, trois 3 Ukrainiens, un Arménien, un Kirghiz et un Coréen. Étant donné que certains députés ne connaissent pas la langue officielle, les assemblées sont donc assurées d'une traduction simultanée de l'ouzbek en russe et en anglais. La langue russe ainsi que la langue officielle, parfois l'anglais, sont utilisées dans la publication des lois et de divers documents des autorités de l'État. La plupart des lois et règlements sont encore rédigés en russe et en anglais, mais ces documents n’ont aujourd’hui aucune valeur juridique, car ils ne considérés que comme des traductions. C'est la version ouzbèke des textes législatifs qui prévaut et constitue la seule référence légale. Quant à l’article 23 de la Loi sur la langue officielle, il énonce que «les textes des traités internationaux de la république d'Ouzbékistan sont rédigés dans la langue officielle et dans la langue de la partie contractante, à moins que le traité ne le prévoie autrement».
Les textes des traités internationaux de la république d'Ouzbékistan sont rédigés dans la langue officielle et dans la langue de la partie contractante, à moins que le traité ne le prévoie autrement.
De plus, l'article 3 de la Loi sur les partis politiques (1996-2019) interdit la formation de partis politiques fondés sur l’appartenance ethnique ou religieuse. Plusieurs représentants des minorités nationales, dont les russophones, affirment que cette loi constitue pour le gouvernement un moyen de contrôler les groupes ethniques et de les empêcher d’exprimer publiquement leurs intérêts.
L’article 90 de la Constitution oblige tout candidat à la présidence d’avoir au moins 35 ans et de parler couramment l’ouzbek. On rapporte que l’ancien président Islam Karimov avait dû donner l’exemple — il avait été formé en russe et avait fait toute sa carrière dans cette langue — et suivre des cours en ouzbek. Au début de sa présidence, son manque d’aisance et sa maladresse d’expression lui attiraient bien des plaisanteries, mais il avait fini par manier l’ouzbek avec habileté et prononcer tous ses discours en ouzbek.
4 Les langues de la justice
En matière de justice, rappelons que l’article 115 de la Constitution énonce que la procédure judiciaire dans la république d'Ouzbékistan doit se dérouler en ouzbek, en karakalpak ou dans la langue de la majorité de la population d’une région donnée. Quiconque ignore la langue de la procédure judiciaire est assuré d’obtenir les moyens d’avoir recours à un interprète et a le droit de s'adresser à la cour dans sa langue maternelle.
Toute procédure judiciaires dans la république d'Ouzbékistan doit se dérouler en ouzbek, en karakalpak ou dans la langue parlée par la majorité de la population de la région. Quiconque participant à un procès qui ne parle pas la langue dans laquelle se déroule la procédure a le droit d'avoir pleinement accès aux documents du procès par l'intermédiaire d'un interprète, de participer à la procédure et de s'exprimer dans sa langue maternelle.
Quant au Code pénal (1994-2019), il proclame le principe d'égalité des citoyens devant la loi:
Principe d'égalité des citoyens devant la loi
Les personnes qui ont commis des crimes ont les mêmes droits et obligations, et elles sont égales devant la loi sans distinction de sexe, de race, de nationalité, de langue, de religion, d'origine sociale, de croyances, de statut personnel et social.
Comme c'est souvent le cas, le principe d'égalité des langues et des peuples peut aussi avoir des effets pervers. Puisque toutes les langues sont égales en droit, aucune ne devrait bénéficier de quelque privilège qu'il soit... sauf la langue officielle. Cette égalité juridique peut aussi être un moyen de n'accorder aucun droit aux langues minoritaires. Par exemple, sous prétexte d'égalité juridique proclamée dans la Constitution, la France a toujours relégué l’enseignement de ces langues au domaine strictement privé. C'est pourquoi il n'existe aucun texte accordant un véritable statut aux langues régionales ou minoritaires dans ce pays.
4.1 Le bilinguisme et la traduction
Par ailleurs, l’article 11 de la Loi sur la langue officielle précise également que la procédure judiciaire sera effectuée dans la langue officielle ou dans la langue de la majorité de la population d’une localité donnée. Les citoyens qui ignorent la langue dans laquelle est instruite la procédure sont assurés d’obtenir les services d’un interprète et ont le droit de faire des déclarations devant la cour dans leur langue maternelle.
1) La procédure judiciaire se déroule dans la langue officielle ou dans la langue de la majorité de la population dans une localité donnée. Les participants à une cause ne possédant pas la langue dans laquelle la procédure se déroule sont assurés d'avoir le droit de consulter leur dossier, de participer au litige par le moyen d'un interprète, ainsi que le droit de faire des déclarations au tribunal dans leur langue maternelle.
L'article 20 du Code de procédure pénale (1994-2019) énumère formellement deux langues (l'ouzbek et le karapalpak) dans toute procédure pénale, en plus de la langue de la majorité de la population de la région:
1) La procédure pénale doit se dérouler dans les langues ouzbèke, karakalpak ou dans la langue de la majorité de la population de la région.
2) Les participants au procès, qui ne parlent pas ou ne maîtrisent pas suffisamment la langue de la procédure se voient garantir le droit de faire des déclarations orales ou écrites, de témoigner et d'expliquer, de déposer des requêtes et des plaintes, de s'exprimer en justice dans leur langue maternelle ou dans une autre langue qu'ils connaissent. Dans ces cas, ainsi que lorsqu'ils se familiarisent avec le dossier, les participants au procès, de la manière prescrite par la loi, ont le droit de recourir aux services d'un interprète.
3) Les documents d'enquête et judiciaires à signifier à l'accusé, au défendeur ou aux autres participants au procès doivent être traduits dans leur langue maternelle ou dans une autre langue qu'ils maîtrisent.
L'article 11 du Code de procédure civile (2018) est similaire:
Langue dans laquelle la procédure judiciaire se déroule
1) L'administration civile de la justice en république d'Ouzbékistan doit se dérouler dans les langues ouzbèke, karakalpak ou dans la langue de la majorité de la population de la région.
2) Le droit de connaître pleinement les pièces du dossier, le droit de fournir des preuves et des explications, de comparaître devant le tribunal, de faire des déclarations et de déclarer des requêtes dans sa langue maternelle, ainsi que d'utiliser le service de traduction selon la procédure établie par le présent code sont reconnus aux justiciables qui ne connaissent pas la langue dans laquelle se déroule la procédure judiciaire.
3) Les documents judiciaires sont remis aux personnes participant au procès en cours de transfert dans leur langue maternelle ou dans une autre langue qu'elles connaissent.
Quant au Code de procédure administrative (2018), il va un peu plus loin dans la mesure où il reconnaît aux justiciables, aux témoins et aux experts de s'exprimer dans leur langue maternelle en recourant aux services d'un traducteur:
1) La procédure judiciaire administrative doit se dérouler dans les langues ouzbèke, karakalpak ou dans la langue de la majorité de la population de la région.
2) Le droit de connaissance des documents d’affaires, la participation à des actions judiciaires par l’intermédiaire d'un traducteur et le droit de comparaître devant un tribunal dans sa langue maternelle ou la langue de communication librement choisie sont reconnus aux participants de la procédure judiciaire qui ne connaissent pas la langue dans laquelle se déroule la procédure administrative.
3) Les résolutions des tribunaux adoptées au cours de la procédure judiciaire sont rédigées dans la même langue dans laquelle s'est tenu le procès.
Droits et obligations d'un témoin
Le témoin a le droit de recourir à l'assistance d'un avocat, de témoigner dans sa langue maternelle, s'il ne parle pas ou ne maîtrise pas couramment la langue dans laquelle se déroule la procédure administrative et, dans ce cas, il peut recourir aux services d'un interprète, exprimer son propre témoignage, utiliser des notes et des documents écrits lors de sa déposition. [...]
Droits et obligations d'un expert
L'expert a le droit: [...] de soumettre un avis et de témoigner dans sa langue maternelle s'il ne parle pas ou ne maîtrise pas couramment la langue dans laquelle se déroule la procédure administrative et, dans ce cas, de recourir aux services d'un interprète; [...]
Il faut aussi comprendre que les tribunaux ne sont pas tenus de comprendre une autre langue que l'ouzbek. Autrement dit, un membre d'une minorité nationale le droit de s'exprimer dans sa langue, mais pas celui d'être compris dans cette langue, sauf par le biais de la traduction.
4.2 L'usage des langues minoritaires
En pratique, la langue généralement employée dans les tribunaux demeure l’ouzbek. Les langues des membres des minorités nationales, à l’exception des Russes et des Karakalpaks de la République autonome de Karakalpakstan, demeurent peu utilisées, les justiciables préférant recourir à l’ouzbek qu’ils connaissent déjà. En raison de leur ignorance de la langue ouzbèke, seuls les Russes, les Ukrainiens et les Karakalpaks choisissent davantage leur langue maternelle devant les tribunaux. Précisons encore une fois que le juge n'est pas tenu de connaître une autre langue que l'ouzbek, d'où le recours à l'interprétariat.
Enfin, l'article 11 de la Loi sur le notariat (1997-2020) impose la langue officielle, mais à la demande d'un citoyen le texte de l'acte établi par un notaire doit être émis en russe ou, si possible, dans une autre langue acceptée par les parties:
Langue dans laquelle les actes notariés sont effectués
1) En république d'Ouzbékistan, les actes notariés sont effectués dans la langue officielle.
2) À la demande d'un citoyen, le texte de l'acte établi par un notaire ou une personne habilitée à le faire doit être émis en russe ou, si possible, dans une autre langue acceptée.
En définitive, par le biais de la traduction, plusieurs langues peuvent être employées en matière de justice.
5 Les langues dans l'administration publique
Le domaine de la vie politique et administrative semble la première cible concernée par la Loi sur la langue officielle, parce qu’il constitue un élément essentiel de l'affirmation d'une identité nationale au sein de l'État. En tant que langue officielle, l’ouzbek reste, en principe, la seule langue employée ou au moins privilégiée par les organismes et les institutions du gouvernement de l'Ouzbékistan.
Toutefois, il subsiste des problèmes qui handicapent grandement l'usage de la langue officielle, l'ouzbek. La plupart des hauts fonctionnaires du gouvernement ne maîtrisent pas bien la langue officielle parce qu'ils maîtrisent mieux le russe, une langue dans laquelle ils ont été instruits et formés. En Ouzbékistan, le russe est demeurée une langue administrative quasi sacrée pour la population, car la connaissance de cette langue est devenue un signe d'appartenance à une caste privilégiée spéciale. De plus, en dépit des travaux terminologiques réalisés jusqu'à présent en Ouzbékistan, le processus de modernisation de l'ouzbek n'est pas complété avec le résultat que que celui-ci est encore perçu comme la langue des «simples gens». Par ailleurs, la réforme de l'alphabet latin est restée au point mort et a conduit à la coexistence de deux alphabets dans la vie quotidienne et dans l'administration. Enfin, l'ouzbek doit aussi entrer en concurrence avec le russe, parfois avec l'anglais, et aussi certaines langues des minorités nationales. C'est beaucoup pour une langue qui n'existe administrativement que depuis trois décennies à peine.
5.1 La langue de l'État
L'article 9 de la Loi sur la langue officielle impose l'usage de la langue officielle, mais autorise aussi la traduction en d'autres langues:
1) Le travail de bureau dans les pouvoirs publics et l'administration est effectué dans la langue officielle et, en cas de force majeure, les dispositions sont prises pour la traduction en d'autres langues.
2) Les langues de travail des forums internationaux tenus en Ouzbékistan sont la langue officielle, ainsi que dans les langues choisies par leurs participants eux-mêmes.
Évidemment, les «cas de force majeure» sont nombreux, surtout pour la langue russe. Par le fait même, l'article 14 de la Loi sur la langue officielle garantit aux personnes résidant sur le territoire de l'Ouzbékistan le droit de s'adresser aux institutions et organismes publics dans la langue officielle et en d'autres langues:
Il est garanti aux personnes résidant sur le territoire de la république d'Ouzbékistan le droit de s'adresser aux institutions et organismes publics, ainsi qu'aux associations publiques, avec des demandes, des suggestions, des plaintes dans la langue officielle et en d'autres langues.
L'article 35 de la Loi portant sur les modifications et les additions à la Loi sur les élections à l'Olly Majlis (2019) prescrit l'emploi de la langue officielle sur les bulletins de vote, mais autorise aussi, par décision de la commission électorale de district, l'usage des langues utilisées par la majorité de la population de la circonscription:
2) Le bulletin de vote doit indiquer, dans l'ordre alphabétique, le nom, le prénom, le patronyme du candidat au poste de député avec le nom de l'année de naissance, le poste occupé (profession) et le parti politique qui l'a désigné comme candidat aux élections.
3) Le bulletin de vote doit contenir une explication de la procédure à suivre pour le remplir.
4) Les bulletins de vote sont imprimés dans la langue officielle, ainsi que, par décision de la commission électorale de district, dans les langues utilisées par la majorité de la population de la circonscription.
Dans Loi sur la langue officielle, l'article 19 impose l'usage de la langue officielle dans les sceaux, les tampons, les en-têtes des organisations, des associations et des établissements publics, tout en permettant l'usage d'une autre langue dans les centres culturels:
1) Les textes des sceaux, tampons, en-têtes des organisations, des associations et des établissements publics sont rédigés dans la langue officielle.
2) Les textes des sceaux, tampons et en-têtes des organisations, associations, entreprises et établissements communs installés sur le territoire de la république d'Ouzbékistan, ainsi que des sociétés et centre nationaux et culturels sont rédigés en double dans la langue officielle et une autre langue.
Il existe en Ouzbékistan un organisme appelé «L'Inspection nationale de contrôle dans le domaine de l'informatisation et des télécommunications de la république d'Ouzbékistan» (O'zbekiston Respublikasi Axborotlashtirish va telekommunikatsiyalar). C'est un organisme public doté d'un statut spécial qui contrôle le respect des actes législatifs dans le domaine des communications, des technologies de l'information et des télécommunications, de la distribution des périodiques, des droits d'auteur dans la distribution des phonogrammes, des œuvres audiovisuelles, des programmes pour les ordinateurs électroniques. Selon le Règlement sur l'Inspection nationale de contrôle dans le domaine de l'informatisation et des télécommunications (2019), l'Inspection nationale porte trois appellations officielles: l'une en ouzbek ("O‘zbekiston va telekommunikatsiyalar sohasida nazorat bo‘yicha davlat inspeksiyasi, qisqartirilgan nomi", une autre en russe ("Gosudarstvennaya inspektsiya po kontrolyu v sfere informatizatsii i telekommunikatsiy") et une autre en anglais ("The State Inspection for control in the field of informatization and telecommunication"). De plus, sauf en anglais, l'Inspection nationale porte aussi un nom abrégé.
Le nom officiel de l'Inspection nationale est:
a) dans la langue officielle:
Au complet: O‘zbekiston Respublikasi Axborotlashtirish va telekommunikatsiyalar sohasida nazorat bo‘yicha davlat inspeksiyasi, qisqartirilgan nomi ;
En abrégé : O‘zaloqanazorat
b) en russe:
Au complet: Государственная инспекция по контролю в сфере информатизации и телекоммуникаций Республики Узбекистан;
En abrégé : Госинспекциясвязи;
c) en anglais:
Au complet: The State Inspection for control in the field of informatization and telecommunication of the Republic of Uzbekistan;
Ce qu'il y a de commun dans toutes ces lois, c'est une certaine ambiguïté dans le caractère officiel de l'ouzbek: ou bien l'ouzbek est la langue officielle ou bien il y en a plusieurs. Si tous les administrés ont le droit de s'adresser à l'administration dans une autre langue, on se demande pourquoi il y a une seule langue officielle et non pas deux ou trois, surtout qu'on ne mentionne pas ces langues. S'agit-il du russe, de l'anglais, du tadjik, du karakalpak, du turkmène? Manifestement, le gouvernement encourage le bilinguisme, ce qui incite moins les administrés à maîtriser la langue officielle puisqu'elle ne semble pas nécessaire.
Cette inscription du ministère de l'Éducation est bilingue, en ouzbek et en anglais. La loi permet le bilinguisme à la condition que l'ouzbek soit présent. Or, il n'existe pas d'Ouzbeks anglophones dans le pays!
La traduction et la publication des documents administratifs sont prévues dans d'autres langues, mais la loi ne précise pas lesquelles. Dans les faits, il semble s'agir essentiellement du russe et, par ce moyen, il est possible en théorie de s’adresser également ceux dont la langue n’est ni l’ouzbek ni le russe. La version de la Loi sur la langue officielle de 1995 évite de mentionner explicitement la langue russe, alors que l’ancienne loi de 1989 lui attribuait le rôle de «langue de communication entre les peuples». Les autorités ouzbèkes ne veulent plus accorder au russe un statut particulier et refusent dorénavant de légaliser cet état de fait considéré par plusieurs comme relevant d’une époque coloniale révolue et appelée à disparaître.
En réalité, ce refus symbolique d’une reconnaissance juridique n'empêche pas la traduction régulière de tous les textes officiels et leur publication en russe. Cependant, les documents originaux doivent obligatoirement être rédigés et publiés en ouzbek.
5.2 La citoyenneté et l'état civil
L'Ouzbékistan n'oblige pas les candidats à la citoyenneté de connaître la langue officielle. Tout au plus, l'article 17 de la Loi sur la citoyenneté (1992-2016) interdit toute discrimination à cet égard:
Admission à la citoyenneté de la république d'Ouzbékistan
Les citoyens étrangers et les apatrides peuvent obtenir la citoyenneté de la république d'Ouzbékistan à leur demande conformément à la présente loi, sans distinction d'origine, de race, de nationalité, de sexe, d'éducation, de langue, de religion, de convictions politiques ou autres.
Cependant, l'article 184 du Règlement sur l'enregistrement des actes d'état civil (2016) prescrit l'emploi de la langue officielle avec l'alphabet latin:
1) Les actes sont enregistrés en double exemplaire.
2) Chaque type d'enregistrement des actes est numéroté séquentiellement dans l'ordre, du 1er janvier au 31 décembre de chaque année.
3) Les actes doivent être consignés dans la langue officielle avec des graphismes latins, une écriture manuscrite lisible ou par ordinateur.
1) Si une personne qui a demandé au greffe l'enregistrement d'un acte ne connaît pas la langue officielle, elle peut recourir aux services d'un interprète. Ceci est rapporté dans la colonne "Pour les marques".
De plus, l'article 6 de la Loi sur les actes de l'état civil (2018) reprend les exigences concernant l'emploi de la langue officielle dans les registres d'état civil:
Tenue des registres des autorités de l'état civil
1) La gestion des dossiers par les autorités de l'état civil doit s'effectuer dans la langue officielle.
2) La procédure à suivre pour procéder à l'enregistrement des actes d'état civil est fixée par l'Agence des services publics du ministère de la Justice de la république d'Ouzbékistan.
Bien que la règlementation exige l'emploi de la langue officielle et l'alphabet latin dans les formulaires d'enregistrement civil, les formulaires utilisés pour l'enregistrement des actes de naissance, de mariage, de divorce, de décès, etc., apparaissaient encore jusqu'à récemment en deux colonnes, dont l'une en ouzbek (latin), l'autre en russe (cyrillique). Il fut même un temps où les formulaires n'étaient disponible qu'en ouzbek avec l'alphabet cyrillique.
5.3 La toponymie
Par leur origine, de nombreux toponymes d'Asie centrale indiquent les peuples qui vivaient auparavant sur ce territoire. Pour des raisons historiques, la toponymie iranienne y est abondamment représentée, et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le tadjik-persan dominait parmi les noms géographiques. En Ouzbékistan, il y a eu dans la toponymie l'influence des langues araméenne, sogdienne, turque, chinoise, mongole, arabe, persane et slave, sans oublier des termes hybrides composés de différentes langues. Mais ce ne sont pas les noms géographiques anciens qui font problème, ce sont les termes plus récents d'origine russe. De plus, dans la toponymie de l'Ouzbékistan, la plupart des noms sont associés aux conditions physiques et géographiques du territoire: relief, rivières, montagnes, minéraux, flore, animaux, etc. En général, ces noms sont d'origine ancienne et en langue ouzbèke.
Cependant, l'adoption de l'idéologie communiste dans les espaces ouverts de l'Asie centrale au début et au milieu du XXe siècle a introduit ses propres modifications à la toponymie de l'Ouzbékistan. Beaucoup de rues et de places publiques dans les villes se sont vu octroyer de noms associés à des thèmes ou à des personnages révolutionnaires ou communistes. C'est ainsi que sont apparus des toponyme du genre «place Lénine», «rue Karl-Marx», «rue Engels», etc. Par exemple, la «place de la cathédrale» s'est appelée «place Lénine», la «place Kaufmansky» (du nom de Constantin Petrovitch von Kaufmann, premier gouverneur général du Turkestan russe) est devenue la «place de la Révolution», la «rue Kaufmanskaya» a été renommée «rue Karl-Marx», etc. Après l'indépendance, de nombreux noms de lieux avec la composante «russe» ont été réduits au minimum par décision des autorités. Bien souvent, les changements de nom ont vu réapparaître d'anciens termes inconnus des Ouzbeks.
Ainsi, l'article 22 de la Loi sur la langue officielle exige que les noms des entités géographiques soient rédigés dans la langue officielle:
Les noms des entités géographiques doivent être rédigés dans la langue officielle.
Quant à la Loi sur les noms d'objets géographiques (2011), elle prescrit que les inscriptions sur les panneaux de signalisation, les enseignes et les autres signes des noms d'objets géographiques situés sur le territoire de l'Ouzbékistan soient rédigés dans la langue officielle:
Emploi des noms d'objets géographiques
1) L'emploi usage des noms enregistrés d'objets géographiques est obligatoire:
- pour les organismes du pouvoir et de l'administration de l'État, les organismes autonomes des citoyens, les entreprises, les institutions et les organisations dans la mise en œuvre de leurs activités;
- dans les publications pédagogiques et cartographiques, les références, les encyclopédiques, les annonces, la publicité, la signalisation routière et le courrier.
2) Les noms enregistrés d'objets géographiques peuvent être utilisés dans d'autres cas en conformité avec la loi.
3) Les inscriptions sur les panneaux de signalisation, les enseignes et les autres signes des noms d'objets géographiques situés sur le territoire de la république d'Ouzbékistan doivent être rédigés dans la langue officielle.
4) Les organismes du pouvoir et de l'administration de l'État, les entreprises, les institutions et les organisations, en leur pouvoir, en accord avec le Comité foncier de l'État de la république d'Ouzbékistan, doivent publier des catalogues et des répertoires officiels des noms d'objets géographiques.
Bref, la dérussification entraînait aussi une désoviétisation et une décommunisation afin de parvenir à une plus grande ouzbékisation des toponymes.
5.4 Le matériel religieux
En Ouzbékistan, l'importation de matériel religieux est sévèrement réglementée. Il s'agit de livres, de brochures, de magazines, de journaux, de dépliants, etc., ainsi que des œuvres audiovisuelles (télévision, films cinématographiques et vidéo, clips, enregistrements de programmes de concerts, dessins animés, etc.), de supports d'information électroniques (disquettes, CD, DVD, documents publiés sur Internet, etc.) reflétant les fondements, l'histoire, l'idéologie et la pratique des cérémonies des différentes religions du monde. Le gouvernement vise ainsi à restreindre l'influence de l'islam radical.
Il existe à cet effet un Règlement sur les mesures visant à améliorer la procédure d'exécution des activités dans le domaine de la production, de l'importation et de la distribution de matériel religieux (2014-2019). L'article 3 énonce que la présence sur le matériel d'un contenu religieux d'informations doit être dans la langue officielle :
Le présent règlement détermine la procédure de production, d'importation et de distribution de matériel à caractère religieux sur le territoire de la république d'Ouzbékistan.
La fabrication, l'importation et la distribution de matériel à caractère religieux sur le territoire de la république d'Ouzbékistan ne sont autorisées qu'après un examen religieux de l'État.
La présence sur le matériel d'un contenu religieux d'informations doit être dans la langue officielle en indiquant le nom complet et le contenu du matériel, les données sur l'auteur, le fabricant, la date et le lieu de fabrication, la circulation et d'autres informations obligatoires. [...]
L'importation sur le territoire de l'Ouzbékistan par des personnes morales et des personnes physiques est autorisé pour leurs propres besoins pour un maximum de trois exemplaires de chaque objet du matériel, s'ils ne figurent pas sur la liste des matériaux interdits. Répétons-le, l'une des conditions préalables à l'importation de ce type de matériel est la présence d'informations dans la langue officielle. L'importation de matériel religieux en Ouzbékistan constitue l'est l'un des rares cas à ne pas autoriser le bilinguisme.
5.5 Les sanctions administratives
L'Ouzbékistan a adopté le Code sur la responsabilité administrative en 1994 (et modifié en 2019). C'est un ensemble systématique d'infractions et de sanctions administratives de toutes sortes. L'une de ces infractions concerne la violation de la Loi sur la langue officielle. Ainsi, l'article 42 du Code impose une amende d'une à deux fois le salaire minimum pour le non-respect de la langue officielle et celui des autres langues parlées par les nations du pays:
Violation de la Loi sur la langue officielle
La violation du droit des citoyens au libre choix de la langue dans l'enseignement et la formation, la création d'obstacles et de restrictions dans l'emploi de la langue, le non-respect de la langue officielle, ainsi que d'autres langues des nations et des nationalités vivant en république d'Ouzbékistan doivent être sanctionnés d'une amende d'une à deux fois le salaire minimum.
Dans les conditions actuelles, les services offerts par l’administration de l’État dans une langue minoritaire autre que le russe sont rarissimes, sauf dans la République autonome de Karakalpakstan et, dans certaines villes, pour les Tadjiks. Le gouvernement ouzbek accorde également aux Tadjiks un certain nombre d'avantages; par exemple, là où ils sont majoritaires, ces derniers contrôlent l'administration locale et la gestion des kolkhozes, tout en employant leur langue maternelle. Pour les autres minorités, les services laissent grandement à désirer.
6 La langue et la vie économique
En Ouzbékistan, comme dans les autres États d'Asie centrale, la vie économique a été soviétisée et russifiée. Dans les conditions de l'ancien système totalitaire, la vie économique était subordonnée à des politiques et à des objectifs idéologiques. La base économique de ce système était la propriété dite «sans propriétaire» autre que l'État qui possédait plus de 90% des principaux actifs de production de façon à exercer un monopole sur l'économie.
Après l'indépendance, l'Ouzbékistan a mis en œuvre des réformes fondamentales pour créer une économie de marché. Par voie de conséquence, la vie économique s'est dérussifiée en s'ouzbékisant, mais la Russie représente encore environ 20% du commerce extérieur de l'Ouzbékistan; elle est demeurée aussi le principal partenaire commercial et économique du pays. L'Ouzbékistan reste un marché pour les produits russes, sans oublier que le pays est le plus grand fournisseur de main-d'œuvre bon marché sur le marché russe. Ce n'est pas pour rien que le président Mirziyoyev a déclaré en avril 2029 : "Великая русская культура всегда была и будет неотъемлемой частью духовной жизни узбекского общества", c'est-à-dire «la grande culture russe a toujours été et sera une partie intégrante de la vie spirituelle de la société ouzbèke».
6.1 La non-discrimination linguistique
Afin de promouvoir la langue ouzbèke, il fallait que le gouvernement intervienne et impose cette langue tout en autorisant néanmoins toute autre langue. Le première mesure consistait à interdire au moyen du Code du travail (1995) toute discrimination dans le domaine du travail:
Tous les citoyens ont des chances égales d'avoir et d'utiliser leurs droits du travail. Le fait d'imposer des restrictions ou des contraintes dans le domaine des relations de travail en fonction du sexe, de l'âge, de la race, de la nationalité, de la langue, de l'origine sociale, des biens et du statut officiel de l'attitude à l'égard de la religion, des croyances, de l'affiliation à des associations publiques, ainsi que d'autres circonstances qui n'ont à voir avec les qualités commerciales des employés et aux résultats de leur travail, est inacceptable et constitue une discrimination.
C'est une chose de déclarer la non-discrimination, c'en est une autre de l'appliquer. Par exemple, ignorer la langue officielle peut compromettre l'avenir de tous les membres des minorités nationales . En matière d'égalité des sexes, la politique de l'Ouzbékistan suit le modèle soviétique. Bien que l'URSS ait été le premier pays au monde à proclamer la pleine égalité des sexes, de nombreuses professions étaient fermées aux femmes uniquement en raison de leur gravité et de leur nocivité. Ainsi, il était interdit aux femmes de réparer les moteurs et les unités fonctionnant à l'essence au plomb. C'était similaire pour d'autres métiers non féminins: fabricant de bitume, fonderie de quartz, producteur d'os, distributeur de métaux non ferreux, sidérurgie, etc. En Ouzbékistan, il existe une discrimination à l'égard des femmes, y compris de la part de l'État et de ses organismes. Les traditions locales exigent que le sexe soi-disant plus faible occupe toujours le deuxième, voire le troisième rôle; il faut placer les intérêts du mari et de sa famille au-dessus des ceux des femmes, tolérer silencieusement toutes les formes de violence conjugale, etc. Il existe aussi plein de petits détails contraignants pour les femmes et non pour les hommes: pour l'obtention d'un passeport, les séjours à l'étranger, les salaires, les pensions de retraite, etc. Généralement, ce genre de mesure de non-discrimination demeure peu efficace il n'y a pas de lois et des pénalités.
6.2 Le bilinguisme autorisé
La pratique du bilinguisme est une donnée courante en Ouzbékistan. Les articles 20 et 21 de la Loi sur la langue officielle prescrivent l'usage de la langue officielle tout en autorisant une autre langue:
Les textes des enseignes, annonces, tarifs et d'autres informations visuelles aussi bien qu'orales sont rédigés et annoncés dans la langue officielle, mais peuvent être faits en double en d'autres langues.
1) Les produits fabriqués par les entreprises doivent être pourvus d'étiquettes, de modes d'emploi et de labels dans la langue officielle et dans d'autres langues.
L'article 13 de la Loi sur la communication (1992-2014) exige que les communications soient conformes aux dispositions de la Loi sur la langue officielle:
Langue de communication officielle, adresse de correspondance, délai de comptabilité et rapport
1) Sur le territoire de la république d'Ouzbékistan, la communication officielle dans les systèmes de gestion opérationnelle et de communication des expéditions, ainsi que l'adressage de tous les types de courrier et de correspondance télégraphique doivent être effectués conformément aux dispositions de la Loi sur la langue officielle de la république d'Ouzbékistan.
Or, la Loi sur la langue officielle déclare ce qui suit au sujet des types de courrier et des correspondances télégraphiques :
Les publications sont tenues dans la langue officielle, mais, compte tenu des besoins, également dans une autre langue.
La poste et les messages de télégraphe sont dans la langue officielle ou, au choix des citoyens, dans une autre langue.
En réalité, le bilinguisme consiste à maîtriser à la fois l'ouzbek et le russe, rarement l'anglais. Quand la loi mentionne une «autre langue», il s'agit généralement du russe, et non du kazakh, du tadjik ou du karakalpak.
6.3 La publicité et l'affichage
La publicité est peut-être un bon moyen de faire utiliser l'ouzbek, mais également un moyen pour perpétuer l'usage du russe. Comme on le constate, l'article 6 de la Loi sur la publicité (1998-2019) autorise le bilinguisme pourvu que l'ouzbek soit employé:
Langue de la publicité
1) Sur le territoire de la république d'Ouzbékistan, la publicité doit être présentée dans la langue officielle de la république d'Ouzbékistan et/ou, à la demande de l'annonceur, en plus dans d'autres langues.
2) La présente disposition ne s'applique pas à la radio, à la télédiffusion, à la presse écrite et à l'Internet exclusivement en langues étrangères, ainsi qu'aux marques (marques de service) enregistrées de la manière établie, aux lettres syllabiques dans un ensemble typographique (logo).
2) La traduction de contenu publicitaire ne doit pas altérer sa signification fondamentale.
Il faut dire que la publicité a toujours été en russe. Il a fallu la loi pour faire changer l'ordre traditionnelle dans l'affichage.
Ce montage illustre que les panneaux d'affichage, les enseignes, les publicités, etc. sont présentés généralement en langue ouzbèke et avec l'alphabet latin, à l'exception des lieux touristiques ou des organismes internationaux. Il subsiste encore des inscriptions en russe ou en ouzbek avec l'alphabet cyrillique, mais elles sont en nette régression.
Il y a quelques années, les panneaux publicitaires, surtout dans la capitale, Tachkent, et dans certaines autres grandes villes étaient principalement en russe. La plupart des entrepreneurs préféraient faire leur publicité en russe afin de couvrir un segment de marché plus important. Toutefois, cette pratique est en régression et l'alphabet latin s'impose lentement, mais sûrement.
Dans les lieux touristiques, c'est l'ouzbek et l'anglais qui priment, non le bilinguisme ouzbek-russe qui semble en voie de disparition.
Bref, en dépit de difficultés d'implanter le nouvel alphabet latin, l'emploi de celui-ci tend à se généraliser d'année en année.
6.4 Les entreprises
L'Ouzbékistan, un pays qui a connu de grandes turbulences politiques tout au long de son histoire, commence enfin à ouvrir ses marchés et à attirer des investissements du monde entier. Le pays bénéficie de ressources naturelles abondantes, avec une population ayant un d'instruction assez élevé, ce qui en fait une occasion d'affaires idéale pour les entreprises nationales ou étrangères. En ce sens, on peut s'attendre à ce que certaines langues puissent jouer un rôle essentiel telles que l'ouzbek, le russe et l'anglais.
L'ouzbek et toute autre langue sont autorisés à l'article 28 de la Loi sur les marchés publics (2018):
Les informations sur les marchés publics doivent être publiées et diffusées dans la langue officielle, ainsi que dans d'autres langues, à la discrétion du client public.
Finalement, cet article 6 de la Loi sur les agences d'emploi privées (2018) préconise aussi le bilinguisme:
Nom commercial et sceau de l'agence d'emploi privée
1) Toute agence d'emploi privée doit avoir un nom commercial et contenir la mention "Xususiy bandlik
2) La marque «Xususiy bandlik agentligi» ne peut être utilisée que conformément aux dispositions de la présente loi. Les personnes morales qui ne satisfont pas aux exigences de l' article 3 de la présente loi ne sont pas autorisées à utiliser l'expression «Xususiy bandlik agentligi» dans leur nom et les expressions formées sur leur base.
3) Une agence d'emploi privée doit avoir un sceau contenant le nom complet de sa société dans la langue officielle et une indication de son emplacement. Le sceau peut indiquer simultanément le nom de l'entreprise dans une autre langue.
Manifestement, le bilinguisme fait partie de la vie économique de l'Ouzbékistan. Il faut également ajouter que l’ouzbékisation du secteur économique se fait avec une extrême lenteur. La langue russe jouit encore d’un prestige qui risque de durer de nombreuses années, à moins que l’anglais n’assure éventuellement la relève, ce qui ne semble pas près d'arriver à court terme. Dans de nombreuses entreprises, dont l'Uzbekistan Airways, la langue de travail demeure le russe.
7 Les langues de l'éducation
En général, le système d'éducation ouzbek comprend les niveaux suivants:
• la formation préscolaire (préscolaire - de trois à six ans);
• l'enseignement secondaire général (de 6 à 15 ans);
• l'enseignement professionnel secondaire (de 15 à 18 ans);
• l'enseignement supérieur (premier cycle et cycle supérieur à partir de 18 ans).
Les filles et les garçons sont légalement considérés comme égaux et étudient dans les mêmes classes et les mêmes écoles. De plus, les écoles sont ouvertes à tous les groupes ethniques et à toutes les minorités.
7.1 La non-discrimination
La Loi sur l'éducation (1997-2018) prescrit l'égalité des droits à l'éducation, sans discrimination, et mentionne que la procédure d'emploi de la langue d'enseignement dans les établissements d'enseignement est régie par la Loi sur la langue officielle:
L'égalité des droits à l'éducation indépendamment du sol, de la langue, de l'âge, de la race, de l'identité nationale, des croyances, de la relation avec la religion, de l'origine sociale, de la profession, du statut social, de la résidence, de la durée de séjour sur le territoire de la république d'Ouzbékistan est garantie à toutes les personnes. [...]
La procédure d'emploi de la langue d'enseignement dans les établissements d'enseignement est régie par la Loi de la république d'Ouzbékistan sur la langue officielle.
Lorsque l’Ouzbékistan faisait partie de l’Union soviétique, le système scolaire prévoyait des établissements où l'enseignement était offert dans plusieurs langues, afin que tout citoyen soviétique puisse recevoir son instruction dans sa langue maternelle. La législation soviétique garantissait ce droit aux populations dont la concentration en une même région permettait l'ouverture d'une ou de plusieurs écoles, mais les enfants des minorités dispersées recevaient généralement leur instruction en russe.
7.2 Le libre choix de la langue
Aujourd'hui, en Ouzbékistan, la plupart des écoles primaires et secondaires offrent un enseignement en ouzbek, bien qu’il existe des établissements où sont enseignées d'autres langues d'Asie centrale, dont le kazakh ou le tadjik, mais l'ouzbek demeure toujours une matière obligatoire. Pour ce qui est du russe, son enseignement comme langue étrangère reste obligatoire dans toutes les écoles du pays. Dans les zones urbaines, des parents ouzbèks préfèrent même inscrire leurs enfants dans des écoles russes en raison du prestige encore associé à une bonne maîtrise de cette langue. Néanmoins, le gouvernement de l’Ouzbékistan cherche à modifier cette tendance: il a ainsi recommandé d'ouvrir des classes en ouzbek dans les écoles dont l'enseignement est exclusivement en russe; souvent, ces écoles sont situées dans des quartiers à forte population ouzbèke.
Il ne faut pas oublier que l’article 6 de la Loi sur la langue officielle n’impose pas l’ouzbek comme unique langue d’enseignement, bien au contraire, puisque les citoyens ont le libre droit de choisir leur langue d’enseignement :
1) Les citoyens résidant dans la république d'Ouzbékistan ont le libre droit de choisir leur langue d’enseignement.
2) La république d'Ouzbékistan assure la formation générale, professionnelle, spécialisée et l'enseignement supérieur dans la langue officielle ainsi que dans d'autres langues.
Les autorités ouzbèkes perpétuent le principe du libre choix de la langue d'enseignement, parce que celui-ci est implanté dans les mentalités depuis fort longtemps. D’ailleurs, personne ne semble considérer que ce principe entre en contradiction avec l'affirmation de la primauté de la langue officielle. Le paragraphe 2 de l’article 6 de la loi stipule par ailleurs que la république d'Ouzbékistan assure la formation générale, professionnelle, spécialisée et l'enseignement supérieur dans la langue officielle ainsi que dans d'autres langues. Interdire le libre choix dans l'enseignement entraînerait probablement des réactions incontrôlables dans la population qui y verrait une façon de restreindre les facilités d'emploi.
L’article 4 de la Loi sur la langue officielle prévoit que la république d'Ouzbékistan assure les conditions à tous les citoyens d'apprendre la langue officielle et le respect pour les langues des nations et des peuples résidant sur son territoire, et crée les conditions pour le développement de ces langues; il est bien précisé également que «l’enseignement de la langue officielle pour les citoyens est gratuit»:
1) La république d'Ouzbékistan assure les conditions à tous les citoyens d'apprendre la langue officielle et le respect pour les langues des nations et des peuples résidant sur son territoire, et crée les conditions pour le développement de ces langues.
Selon l'article 5 de la Loi sur la langue officielle, les établissements préscolaires doivent offrir un enseignement dans la langue officielle,
La république d'Ouzbékistan assure la création d'établissements d'enseignement préscolaires employant la langue officielle, ainsi que dans leur langue pour les groupes nationaux résidant dans des zones compactes de peuplement.
En ce qui a trait aux minorités, il est possible pour les enfants appartenant à ces communautés de faire leurs études dans leur langue maternelle. Si l’on fait exception des Russes, les minorités les plus aptes à recevoir un enseignement au primaire et au secondaire dans leur langue sont les suivantes: les Karakalpaks, les Tadjiks, les Kazakhs, les Turkmènes et les Kirghizes. Cependant, l’offre d’enseignement dans ces langue varie beaucoup d’une municipalité à l’autre; dans certains cas, le nombre des élèves demeure si peu important qu'il est préférable de supprimer ces écoles. Pour les autres minorités, il vaut mieux ne pas en parler. Il faut dire que la plupart des membres des minorités nationales sont au moins bilingues et connaissent tous l’ouzbek, sinon le russe, et que beaucoup d’entre eux ne manifestent pas d’empressement considérable à l’égard de leur langue.
7.3 L'enseignement du russe
Au début des années 1990, le pays comptait 312 écoles russophones et 1505 écoles mixtes russo-ouzbèkes, dont l'enseignement est offert en deux langues. Au total, 636 000 écoliers étudiaient en russe à la veille de l'effondrement de l'URSS. Après 20 ans, tous ces chiffres ont changé. Au tournant des années 2010, on comptait 119 écoles russes et 580 écoles mixtes, dans lesquelles 221 000 écoliers étudiaient. Pendant que la population russe diminuait, la demande pour les écoles russes augmentait.
En 2013-2014, il existait un peu moins de 10 000 écoles en Ouzbékistan. Selon le ministère de l'Éducation, on compte 9628 établissements d'enseignement dans le pays, dont 903 avec un enseignement en russe, ce qui correspond à 524 000 étudiants. De plus, la plupart de ces écoles sont mixtes, alors que les Russes représentent un petit pourcentage. Quant à l'enseignement secondaire spécial, dans 1195 lycées et collèges, les groupes russes représentent respectivement 90% et 50%.
Dans les écoles publiques d'Ouzbékistan, la langue russe est étudiée de la première à la deuxième année pour une durée de deux heures par semaine; le même nombre d'heures est alloué à l'apprentissage de la langue officielle dans les écoles russes. Selon les souhaits des parents, un cours facultatif de russe peut être ajouté dans les écoles ouzbèkes en raison d'une heure supplémentaire par semaine. Dans les communautés minoritaires autres que les Russes, l'étude obligatoire de la langue russe a été réduite, puis complètement annulée, au profit de l'ouzbek.
Pour l'année scolaire 2013-2014, on comptait 886 écoles de langue russe, alors que 8,95% des écoliers du pays y avaient étudié cette langue. Pour l'année scolaire 2017-2018, il y avait 903 écoles en russe, tandis que 10% des écoliers du pays y ont étudié. En fait, il faudrait distinguer les écoles mixtes et les écoles proprement russes. Dans les écoles mixtes, il y a deux langues d'enseignement, l'ouzbek et le russe. Dans les écoles dites «russes», l'étude de la langue et de la littérature russes est allouée de 8 à 10 heures par semaine dans les classes inférieures et de 5 heures dans les classes supérieures, ce qui représente en moyenne une à deux heures par semaine de moins que le programme russe pour les écoles dans la fédération de Russie.
Voici comment se présentait la répartition des écoles mixtes et des écoles russes selon les régions en 2010 (voir la carte de l'Ouzbékistan):
Région Écoles mixtes Écoles russes Région Écoles mixtes Écoles russes
Navoï 44
8 Kachkadaria
Khorezm 22
Total 227 38 535 114
Au total, on compte 762 écoles mixtes et 152 écoles russes. Étant donné que les russophones représentent 2,3 % de la population, il s'agit bien de 914 écoles où l'on offre un enseignement en russe, ce qui correspond à 9,4 % des écoles. Cela signifie que ce sont les jeunes ouzbeks qui remplissent les écoles russophones.
7.4 L'enseignement supérieur
Pour accéder à l'enseignement supérieur et obtenir certains emplois, la connaissance de l'ouzbek demeure aujourd’hui obligatoire. Il est possible que certains citoyens non ouzbékophones aient souffert d’une certaine discrimination, mais dans les faits il semble que celle-ci ait touché uniquement les russophones qui ignorent encore la langue officielle. En général, on estime que quiconque ignore l’ouzbek ou n'a pas été scolarisé dans cette langue aura certaines difficultés à postuler un emploi. Dans les établissements universitaires, la pensée du président Karimov, appelée «karimologie», constitue aujourd'hui une discipline obligatoire sanctionnée par des examens oraux. Cet enseignement est complété par une autre discipline dite de «spiritualité nationale», censée exalter le sentiment national et la fierté pour la culture ouzbèke.
Dans 68 universités d'Ouzbékistan (sur un total de 96), l'instruction est donnée en langue ouzbèke pour 81,2% des étudiants (20 602 étudiants), mais 66 universités offrent des cours en russe (14,2% des étudiants), puis six universités les offrent en karakalpak (3,6% des étudiants), sept en kazakh (0,5%), quatre en tadjik (0,3%), une en kirghiz (0,003%) et une en turkmène (0,02%). Soulignons que les élèves tadjiks ont l'obligation de poursuivre les études supérieures en ouzbek ou en russe depuis que le gouvernement de Tachkent a décidé de ne plus reconnaître les diplômes émis par l'Université de Douchambé au Tadjikistan.
Les plus grands établissements d'enseignement supérieur, dans lesquels fonctionnent des facultés de philologie russe ou des groupes russophones, sont situés à Tachkent (ville), puis dans les régions de Tachkent, de Samarcande, de Navoï, d'Andijan et de Ferghana (voir la carte de l'Ouzbékistan).
7.5 Les difficultés du système d'éducation
Le manque d'investissement dans l'éducation affecte négativement la base matérielle et technique des établissements d'enseignement. Selon les experts, le manque d'eau et d'électricité, ainsi que le manque de cours d'informatique dans les établissements d'enseignement de toutes les régions plus éloignées des centres urbains, constituent des problèmes importants. Entre 2008 et 2015, le coût moyen de l'éducation par élève a augmenté de plus de deux fois, mais il reste nettement inférieur à des indicateurs similaires dans d'autres pays développés. En Ouzbékistan, il existe une tendance générale à réduire le nombre d'établissements d'enseignement et la nécessité de leur refonte, ce qui affecte négativement le potentiel pédagogique. Au cours des huit dernières années, 72 établissements d'enseignement ont été fermés en Ouzbékistan. Dans certaines écoles, le nombre d'élèves dans les classes atteint 45 à 50 individus, ce qui empêche de recevoir une instruction de qualité. Ajoutons aussi qu'un grand nombre d'écoles n'ont pas été rénovées depuis 35 à 45 ans, ce qui signifie que la plupart des écoles n'ont pas les conditions de vie de nécessaires pour mener leurs activités pédagogiques à bien.
Le système scolaire en ouzbek accuse des retards en raison du manque de manuels et d'enseignants formés dans cette langue. De plus, malgré l'existence de programmes de soutien de l'État aux enseignants et d'un examen annuel du montant des salaires, ceux-ci sont inférieurs de 20 à 30 fois à ceux des autres pays.
La proportion de la population étudiante dans le système d'enseignement supérieur en Ouzbékistan est d'environ 9,5 %, ce qui apparaît relativement faible par rapport aux normes internationales. Si la tendance mondiale est d'augmenter l'offre de l'enseignement supérieur, le processus inverse est observé en Ouzbékistan: une baisse de 9% sur les 25 dernières années. À titre de comparaison: les inscriptions dans l'enseignement supérieur en Russie est de 79% et de 46% au Kazakhstan. Il faut relever aussi le manque d'indépendance des universités dans la définition des programmes, l'acceptation des étudiants, la répartition des ressources financières.
Un grave problème relève de l'inadéquation du système d'éducation en regard des besoins de l'économie. Selon une étude de la Banque mondiale, 35% des entreprises en Ouzbékistan ont du mal à trouver des spécialistes qualifiés dans l'enseignement supérieur. Le déficit atteint près de 50% dans les entreprises industrielles. La principale raison de la difficulté, selon les employeurs, est le «nombre insuffisant de spécialistes» sur le marché du travail.
8 Les langues des médias
L'état de la presse en Ouzbékistan doit être considéré dans le contexte d'un régime russe répressif vieux d'un siècle. Il y eut d'abord un régime tsariste autoritaire, lequel a été suivi par l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) tout aussi autoritaire. Le 1er septembre 1991, l'Ouzbékistan s'est détaché de l'Union soviétique et s'est proclamé une république souveraine. Bien que la Constitution de l’Ouzbékistan et la Loi sur les médias interdisent la censure, celle-ci demeure relativement présente dans le pays. Le Comité pour la protection des secrets d’État, dirigé par de vieux bureaucrates soviétisés, agit comme censeur officieux et a autorité pour approuver les projets de journaux avant qu'ils ne soient diffusés.
L'Ouzbékistan possède donc la particularité d'être l'un des pays les plus autoritaires de l'Asie centrale, sans réelle opposition intérieure; ses médias sont en général étroitement contrôlés malgré les dispositions constitutionnelles pour une presse libre sans censure. Tous les journaux qui ont tenté de critiquer les autorités ont été réprimés et leur personnel emprisonné. En fait, le pays n'a jamais connu la liberté de presse depuis l'accession à l'indépendance. Le système a simplement perduré jusqu'à aujourd'hui.
8.1 La censure et la liberté d'expression
La Constitution de l'Ouzbékistan prévoit clairement la liberté de pensée et de parole. L'article 67 proclame que «les médias sont libres et agissent conformément à la loi» et que «la censure est interdite».
Les médias sont libres et agissent conformément à la loi. Ils sont responsables de l'exactitude des informations selon la manière prescrite.
La loi fondamentale régissant les médias a été adoptée le 14 juin 1991, soit trois mois avant l'indépendance de l'Ouzbékistan de l'Union soviétique. Cette loi fut complété par plusieurs décrets et règlements, dont le décret n° 244, qui fixait les règles d'enregistrement. Le 26 novembre 1996, le Parlement ouzbek promettait de libéraliser la presse pour la mettre en conformité avec les normes internationales. En février suivant, celui-ci a adopté plusieurs lois sur les relations entre le gouvernement et les médias.
Ainsi, la Loi sur les médias (2007) semble très claire en ce qui concerne la liberté des médias (art. 2), la liberté d'expression (art. 3) et l'irrecevabilité de la censure (art. 4):
1) En république d'Ouzbékistan, les médias sont libres et exercent leurs activités conformément à la Constitution de la république d'Ouzbékistan, à présente loi et à d'autres actes législatifs.
2) Les médias ont le droit de rechercher, de recevoir, de diffuser des informations et sont responsables de la véracité et de la fiabilité des informations publiées, conformément à la manière prescrite par la loi.
Chacun a le droit de s'exprimer dans les médias, d'exprimer ouvertement ses opinions et ses convictions.
Irrecevabilité de la censure
En république d'Ouzbékistan, la censure des médias est interdite. Nul n'a le droit d'exiger le consentement préalable des messages ou des documents publiés, ainsi qu'une modification du texte ou leur suppression complète de l'impression (diffusion).
Pourtant, dans les faits, la presse et les autres médias subissent la censure. De plus, il existe des conditions d'inscription qui sont utilisées dans le but de «filtrer» les individus ou les entreprises qui veulent créer un journal ou un magazine, ou renouveler leur permis.
Bien que la Constitution et les lois sur les médias interdisent la censure, le gouvernement impose une «censure virtuelle». Le Comité pour la protection des secrets d’État contrôle le Comité d'État de l’impression, lequel agit comme un censeur non officiel, ayant le pouvoir d’approuver les textes des journaux avant qu’ils ne soit imprimés. De manière significative, la Loi sur les médias ne prévoit pas la résolution des litiges devant les tribunaux; elle confère ce pouvoir au Comité d'État de l'impression, plaçant en fait ce dernier au-dessus des procédures d'appel ou d'arbitrage. En fait, ce comité censure les journaux avant leur publication, ainsi que les textes et les images radiophoniques et télévisés avant leur diffusion. Les stations de télévision et de radio pratiquent si bien l'autocensure que le Comité, dans l'ensemble, ne juge pas nécessaire de censurer quotidiennement les émissions.
Même les journaux et les magazines du secteur privé ne sont pas exempts de «contraintes éditoriales». Les journaux d'opposition ont cessé d'exister en 1993, lorsque de sévères restrictions furent imposées aux médias. Par le fait même, l'autocensure est fortement encouragée par un certain nombre de mesures administratives. En effet, la «susceptibilité» du gouvernement se manifeste par des retards interminables dans l'enregistrement et le renouvellement des permis, par la non-disponibilité du papier-journal, par des décrets judiciaires ou par des obstacles au moment de l'achat des journaux. Par conséquent, il n'existe guère d'opposition dans le pays et les médias indépendants du secteur privé s'abstiennent simplement de faire des reportages politiques. Les médias s'en tiennent généralement à rester «fidèle aux autorités».
En matière de langue, la Loi sur les médias (2007) s'en remet à la Loi sur la langue officielle:
Les médias doivent effectuer leurs activités conformément à la Loi sur la langue officielle.
Or, la Loi sur la langue officielle fait des médias une obligation concernant le multilinguisme:
La transmission de la télévision et des émissions radiophoniques est produite dans la langue officielle ainsi que dans d'autres langues.
Cela ne signifie pas que les médias soient bilingues, mais qu'ils doivent permettre la publication ou la diffusion de produits d'information ou de produits culturels ou sportifs dans n'importe quelle langue.
Quant à la Loi sur la radiodiffusion (2018), elle concerne notamment le traitement d'examen des demandes de licences individuelles dans le domaine de la radiodiffusion, dont le temps prévu dans la langue officielle:
Traitement d'examen des demandes de licences individuelles dans le domaine de la radiodiffusion
1) Les demandes d'obtention de licences individuelles dans le domaine de la radiodiffusion sont examinées avec un rendez-vous dans une période ne dépassant pas un mois de l'année civile.
2) Au moment de l'évaluation des propositions sur la création, les techniques, le personnel et les finances et l'économie, le Conseil prend en compte les critères suivants:
1. les aspects créatifs de la radiodiffusion, tels que le volume de diffusion des émissions du titulaire de licence, le temps de diffusion (quotidien, 24h/24), le ratio linguistique de la diffusion, le temps de diffusion prévu dans la langue officielle;
2. la disponibilité d'options supplémentaires de transfert d'informations utilisant diverses méthodes et divers moyens (télétexte, accompagnement sonore bilingue, langue des signes, etc.);
8.2 Les journaux
Avant l’indépendance, les journaux en russe et en ouzbek étaient nombreux. Beaucoup d’organismes de presse avaient une version russe et une version ouzbèke, et ce système s'est maintenu pour les principaux journaux dits «officiels». Depuis, la presse a subi un effondrement général des tirages, quelle que soit la langue utilisée.
On compterait aujourd'hui plus de 400 journaux en Ouzbékistan et environ une vingtaine sont lus à travers tout le pays. La plupart sont en ouzbek ou en russe, mais peu de journaux diffusent à plus de 20 00 exemplaires, en général 5000 à 10 000 exemplaires. Les journaux publiés en ouzbek sont les suivants: Ouzbékistan Ovozi, Ouzbekistan Adabieti Va Sanati, Marifat, Adolat, Turkiston, Toshkent Hakikati, Mulkdor, Hurriyat, Savdagor, Fidokor, Respiblika. Les journaux russes les plus connus sont les suivants: Pravda Vostoka, Tashkentsaya Pravda, Business Partner Uzbekistana, Golos Uzbekistana, Uchitel Uzbekistana, Norodnoe Slovo, Molodyozh Uzbekistana, Vechernij Tashkent, Business-vestnik Vostoka, Novly Vek, Chastnaya Sobstvennost.
D'autres journaux sont bilingues (ouzbek-russe): Narodnoe, Biznes Vestnik Vostoka, Novosti Nedeli, Na postu / Postda, Soliqlar va Bojhona I Tamojennie Vesti et Vechernly Tashkent / Tashkent Oqshomi. Quelques-uns sont en anglais: Good Morning, Uzbekistan Ovozi Times, Business Partner et Business Review. Le Delovoy Partner est un journal bilingue publiée en russe et en anglais.
Le gouvernement, les sociétés d'État, les partis politiques et quelques organismes possèdent des journaux. Il existe quelques journaux privés, surtout dans le domaine des affaires, mais dans l’ensemble presque tous les journaux sont publiés d’une façon ou d’une autre par l’État ou l’une de ses entreprises, surtout en ouzbek, mais également en russe relativement omniprésent. Il n'y a que deux journaux régionaux: Tashkent Truth et Tashkentskaya Pravda. De façon générale, les revenus engendrés par la publicité demeurent peu importants.
Les journaux des minorités ethniques importantes, telles que le Avaz-i Tadjik, un tri-hebdomadaire en tadjik, et le Nurli Djol en kazakh, sont entièrement financés par l'État, sans considération de rentabilité. Le gouvernement espère ainsi assurer la cohésion du pays et respecter la diversité ethnique et linguistique. Bref, les journaux en langue minoritaire sont peu nombreux, et plusieurs publications russes ont cessé, surtout depuis 1996 et 1997.
8.3 La radio
Il existe des stations de radio publiques et indépendantes en Ouzbékistan. La radio nationale propose des transmissions FM, à ondes moyennes et à ondes courtes; elle compte quatre chaînes, chacune ayant sa propre spécialité: la Chaîne Radio 1 (Ouzbékistan) est la chaîne la plus importante, parallèlement à Uzbek TV 1 dans sa programmation (fréquences; LW, MW, SW, FM); la Chaîne Radio 2, populairement connue sous le nom de "Mashal" (MW et FM), s'adresse aux jeunes et propose plus de programmes de divertissement que les autres. La Chaîne Radio 3, connue sous le nom de "Dostlik" (MW et FM) se concentre sur les minorités du pays; La Chaîne Radio 4, connue sous le nom de "Yoshlar" (MW et FM), s'adresse aux jeunes. Pourtant, une autre station de radio appartenant au gouvernement, Radio Tachkent, diffuse sur une courte longueur d'onde dans de nombreux pays en 12 langues.
Il existe des stations de radio privées et des stations appartenant à l’État. On compte sept stations de radio à Tachkent et une station indépendante dans la vallée de Ferghana, qui émet dans trois régions (Andijan, Ferghana et Namangan). Cinq stations de Tachkent sont indépendantes; elles diffusent en ouzbek, mais des bulletins de nouvelles sont transmis à toutes les heures en russe et en anglais. La radio d’État diffuse sur ondes courtes des émissions en une douzaine de langues. La radio Dostlik (Chaîne Radio 3) émet en diverses langues parlées par les nationalités résidant en Ouzbékistan. Il arrive que le gouvernement ouzbèke brouille les ondes lorsque les stations en provenance de la Russie critiquent trop les politiques ouzbèkes. Parmi les autres stations FM privées, il y a la radio Sezum, une coentreprise ouzbèke-américaine.
Certains médias étrangers sont représentés en Ouzbékistan: Reuters, la BBC, la VOA, l'Associated Press, l’Agence France-Presse, l’United Press International, ainsi que des agences de nouvelles russes, chinoises, et le bureau des nouvelles de l’ORT.
8.4 La télévision
De façon générale, la télévision sert d'instrument d'information et de propagande pour le gouvernement, et joue un rôle fondamental dans la diffusion de la langue et de la culture ouzbèkes. Sous l’Union soviétique, la télévision diffusait déjà des émissions en ouzbek, mais la majorité d'entre elles étaient en russe.
Les chaînes nationales émettent presque exclusivement en ouzbek, à l'exception d'un journal d'informations en russe en raison d'une demi-heure par jour. Ces stations copient beaucoup de films occidentaux (américains) et russes pour les doubler en ouzbek avant de les rediffuser sur leurs réseaux. La télévision d'État dispose de quatre chaînes, chacune avec une couverture, une langue de diffusion et un contenu différents.
La chaîne ouzbèke 1 est la chaîne principale et ressemble à C-SPAN, en mettant l'accent sur toutes les activités gouvernementales, les discours et les événements publics, avec un parti pris politique et économique prononcé. Elle diffuse en ouzbek (à l'exception des informations en russe) et est la plus censurée de toutes les chaînes de télévision d'État. La Chaîne ouzbèke 2 s'appelle «Yoshlar», ou «chaîne jeunesse»; elle couvre la moitié de l'aire géographique du pays. Bien que la chaîne soit censée concurrencer la Chaîne 1, sa couverture, outre l'accent mis sur le «divertissement des jeunes», couvre des événements politiques tels que les élections présidentielles et parlementaires, des événements politiques et des "talk-shows" sur des questions politiques et économiques. La chaîne utilise à la fois l'ouzbek et le russe dans ses émissions. Elle est, comme la chaîne 1 soumise à une censure stricte. Les chaînes 3 et 4 sont axées sur le divertissement avec des films et des sports; la chaîne 3, également connue sous le nom de TTV en raison de sa couverture axée sur Tachkent, crée parfois ses propres programmes. Les quatre chaînes retransmettent des films et autres programmes occidentaux et russes piratés en les téléchargeant depuis des satellites et en les doublant en ouzbek et/ou en russe. Les violations du droit d'auteur sont monnaie courante en Ouzbékistan malgré l'appartenance du pays à l'Organisation internationale de la propriété intellectuelle.
Afin de ne pas priver les personnes qui souhaitent continuer à regarder la télévision russe ainsi que pour répondre à la population russophone importante dans les villes, le gouvernement a encouragé la croissance de la télévision par câble, qui fonctionne comme de petites stations offrant aux individus un tel service pour une redevance mensuelle. Ces chaînes de télévision par câble fournissent souvent des programmes internationaux avec des chaînes telles que CNN, TNT, ESPN et BBC. La plus grande des chaînes de télévision par câble est Kamalak TV, avec pas moins de 10 chaînes russes et internationales.
De plus, les médias basés à Moscou, notamment la télévision publique russe (ORT), sont disponibles partout et sont presque toujours plus populaires que la chaîne de télévision nationale contrôlée par l'État. La chaîne russe 1, RTR, ainsi que les chaînes privées TV-6 et NTV, sont assez populaires grâce à la plus grande liberté de diffusion de leurs émissions d'information et d'actualité, principalement politiques. Une autre raison de leur popularité est que l'ORT et le RTR incluent tous les deux des feuilletons américains dans leur programmation, ce qui rend les chaînes populaires auprès d'un large public. Certains membres de la CEI, cependant, comme l'Ouzbékistan, ont pris des mesures pour retarder et censurer la transmission russe parce qu'ils craignent l'impact des discussions sur les affaires courantes qui ne sont pas acceptables pour le régime au pouvoir en Ouzbékistan.
Selon l'organisation non gouvernementale américaine Internews, il existe environ 35 chaînes de télévision indépendantes en Ouzbékistan. Les stations indépendantes diffusent principalement dans les zones provinciales. Même ainsi, ils pratiquent l'autocensure, moins que la télévision d'État. La plupart des stations indépendantes ont un équipement dépassé et dépendent des Internews américains, qui les aident en leur fournissant du matériel et une formation. Parce que la plupart des stations indépendantes ne disposent pas et ne peuvent pas se permettre une rédaction sophistiquée, Internews recueille les informations de la plupart de ces stations, les développe en programme, puis redistribue le programme d'actualités aux stations prêtes à être diffusées en ouzbek et en anglais.
Bien que toutes les stations indépendantes soient, par définition, financièrement indépendantes, certaines d'entre elles, comme celles de Samarkand et d'Andijan, sont bien financées et peuvent se permettre des plans d'expansion et d'amélioration de la qualité. Ils ont leurs propres programmes d'information au niveau local et ne sont pas, dans cette mesure, totalement dépendants des Internews. En outre, ils ont leurs propres talk-shows, qu'ils diffusent également sur leurs propres stations de radio FM.
La politique d’ouzbékisation entreprise dans le pays était probablement nécessaire. La langue ouzbèke avait en effet toujours été reléguée à l’arrière-plan après le russe. Aujourd’hui, les russophones s'estiment victimes d'un «favoritisme tribal» au profit des Ouzbeks et s'interrogent sur leur avenir dans un pays qu’ils croyaient le leur. Beaucoup sont partis (environ le quart de l’effectif), mais un fort groupe est resté. La communauté russe, à laquelle sont assimilés les Ukrainiens ainsi que les Tatars de Kazan et ceux de Crimée, de même que les individus issus de mariages mixtes, échappe difficilement à un certain sentiment de «supériorité» qu’elle a acquis au sein de l’Empire soviétique. Dans ces conditions, les russophones et ceux qui leur sont associés éprouvent beaucoup de difficulté à apprendre une langue qu’ils méprisaient jadis — on ne compterait parmi eux qu’environ 5 % de bilingues. C’est pourquoi les citoyens ouzbeks de «nationalité russe» n’ont le choix qu'entre deux solutions: soit le retour en Russie où ils devront affronter les difficultés d'une réinsertion problématique, soit l'adaptation à une ouzbékisation sûrement peu enthousiasmante, mais probablement incontournable.
Bien qu'elle ne soit pas toujours apparente au départ, l'Ouzbékistan a adopté par divers moyens une politique d'ouzbékisation de l'État et de ses institutions, ce qui a conduit les Russes et d'autres minorités russophones à ne plus se sentir à leur place et à se croire exclus ou désavantagés dans un certain nombre des sphères publiques, notamment en raison des exigences linguistiques. Toutefois, la volonté de faire de l'Ouzbékistan la langue d'enseignement dans les universités d'État et celle de la plupart des postes au sein du gouvernement reste l'un des principaux obstacles aux possibilités d'éducation et d'emploi de nombreux Russes. Certaines des revendications culturelles des membres de la minorité russe comprennent un plus grand usage de la langue russe dans les médias d'État, depuis que presque tout le contenu des principales chaînes de télévision d'État est en ouzbek.
Il n’en demeure pas moins que la politique d’ouzbékisation se fait en partie au détriment des langues minoritaires. Celles-ci sont plus ou moins discriminées, jamais ouvertement il est vrai, mais la politique linguistique ne favorise pas leur promotion et leur valorisation. Bien que l’article 24 de la Loi sur la langue officielle déclare solennellement que «dans la république d'Ouzbékistan une attitude méprisante et hostile vers la langue officielle ou d'autres langues est interdite», toutes les langues minoritaires sont en train de reculer. Ce n’est pas un hasard si le Comité international de la Croix-Rouge a recommandé au gouvernement de l’Ouzbékistan de prendre des mesures appropriées en ce qui concerne le droit des minorités et la formation (en matière des droits de l’homme) du personnel chargé de l’application des lois. Heureusement, le gouvernement a quand même évité de développer des frictions entre les ethnies, ce qui est déjà beaucoup. Le problème, c'est qu'accorder plus de droits linguistiques aux minorités, c'est en concéder aux russophones.
En général, le sentiment qui semble prévaloir en est davantage un d’impuissance à résister à l’ouzbékisation qu’à l'injustice de l'histoire, les principaux intéressés n'utilisant pas toujours les facilités, notamment d’ordre scolaire, qui leur sont offertes. Surtout, la plupart des membres des minorités non russophones ne conçoivent pas leur avenir séparé des Ouzbeks, et ce, d’autant plus que ces groupes accusent une faiblesse numérique considérable. On peut donc affirmer que, malgré tout, les minorités nationales de l’Ouzbékistan autres que les russophones ne semblent pas poser, à court ou à moyen terme, un grave problème de coexistence.
4) La République autonome du Karakalpakstan

References: l'article 3
 l'article 7
 l'article 8
 l'article 3

L'article 20

L'article 11
 l'article 11

L'article 9
 l'article 14

L'article 35
 l'article 19
 l'article 17
 l'article 184
 l'article 6
 l'article 22
 L'article 3
 l'article 42

L'article 13
 l'article 6
 l'article 28
 l'article 5
 L'article 67