Source: http://realite-histoire.over-blog.com/article-23403054.html
Timestamp: 2017-08-22 22:25:53+00:00

Document:
Pétain et l'antisémitisme, Partie 2 : La mise en place de la collaboration d'Etats (1941-42) - Realite-Histoire
<< Une femme est-elle montée... Quand Jésus est-il né ? >>
14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 11:08
Pétain et l'antisémitisme, Partie 2 : La mise en place de la collaboration d'Etats (1941-42)
Dès la fin de l'année 1940, deux conceptions de la collaboration vont s'opposer, celle de l'amiral François Darlan et celle de Pierre Laval. L'amiral Darlan pensait qu'à court terme, deux puissances allaient dominer le monde, les Etats-Unis et le IIIème Reich. Cependant, ces deux états entreraient inévitablement en guerre et l'armée française, qui commençait à se restructurer, devait alors choisir le camp du plus fort qui, pour l'amiral, sera les Etats-Unis. Les partisans de ce type de collaboration étaient principalement des officiers militaires, dont le maréchal Pétain faisait partit. Pierre Laval croyait que les Allemands allaient certainement gagner la guerre, donc la France devait tout faire pour s'entendre avec l'occupant afin de gagner au maximum leur confiance, quitte à mettre en place une collaboration idéologique, c'est-à-dire un collaborationnisme. Les partisans de Pierre Laval étaient majoritairement des hommes politiques de diverses tendances. Ces deux conceptions opposées de la collaboration engendrèrent un conflit important qui influa sur la politique du Régime de Vichy.
Il est indispensable de bien faire la distinction entre la collaboration d'Etats qui définissait une entraide entre l'Allemagne et la France, à condition d'obtenir des contreparties, et le collaborationnisme qui est l'acceptation de l'idéologie nazie sans exiger de contreparties. De plus, de nombreux collaborateurs organiseront des actions de résistances, tels que Pétain (voir le thème sur son double-jeu) ou encore l'amiral Darlan, c'est-à-dire l'un des principaux théologiens de la collaboration d'Etats. Il est donc nécessaire d'effectuer quelques repères chronologiques qui permettront de comprendre pourquoi la France entrera, malgré elle, dans le collaborationnisme. A noté que j'ai volontairement mis le mot "Etat" au pluriel, contrairement aux autres historiens, tout simplement parce qu'une collaboration se décide entre deux .partenaires (cela me semble plus logique).
Pétain et la lutte contre les premières traces du collaborationnisme
La fin de l'année 1940 marqua un conflit entre Pétain et Laval, conflit bien connu des historiens mais peu connu parmi la population française. Je me dois donc de le rappeler. Au début du mois de décembre, Adolf Hitler prit la décision de transférer les cendres de l'Aiglon (Napoléon II, c'est-à-dire le fils de Napoléon Ier) aux Invalides. Le dirigeant du Reich avait deux objectifs: accroître sa popularité auprès des Français (Hitler était et restera très impopulaire parmi le peuple français) et améliorer les relations franco-allemandes qui étaient particulièrement tendues à cette période. La France avait réclamé les restes de la dépouille du dauphin de Bonaparte à de nombreuses reprises depuis le XIXème siècle. Le Furher, par un télégramme personnel, avisa le maréchal Pétain de son intention de remettre à la France la dépouille mortelle du fils de l'ancien empereur français, pour qu'elle reposât désormais auprès de lui, sous le même dôme. Le maréchal lui adressa aussitôt ses remerciements "et ceux du peuple Français". La nouvelle fut tenue secrète jusqu'au dernier moment, afin d'éviter les curiosités inopportunes. L'ambassadeur d'Allemagne en France Otto Abetz contacta Pierre Laval en lui expliquant que la présence de Pétain était souhaitée par les Allemands. Avertit de cet évènement exceptionnel, Pierre Laval pensa qu'il s'agissait d'une occasion unique pour fraterniser avec l'Allemagne nazie. Il recommanda au Maréchal d'assister à la cérémonie auprès d'Hitler mais le chef d'état de la France va refuser catégoriquement. Ce dernier déclara à du Moulin de Labarthète : "Si les Allemands croient que je vais m'afficher à Paris, en prisonnier, auprès d'Hitler, ils me connaissent bien mal !". Laval insista à plusieurs reprises mais Pétain finit alors par le renvoyer avec la majeure partie de son gouvernement. Le Maréchal avait, le matin du 13 décembre 1940, mis en place un conseil des ministres improvisé dans lequel il demanda à chacun des ministres de rédiger une lettre de démission. Puis il partit avec les documents et revint peu de temps après pour annoncer qu'il acceptait la démission de Laval, à la grande surprise de ce dernier. Il y avait déjà des tensions entre les deux hommes depuis plusieurs semaines puisque Marcel Peyrouton, l'un des principalux opposants à Laval à cette époque, avait tenter le persuader Pétain de le renvoyer le 10 décembre. Fou de rage, le renvoyé quitte la pièce et jura presque qu'il se vengera. Ensuite, il quitta l'Hôtel du Parc de Vichy, mais nouvelle surprise, des policiers issus des groupes de protection du colonel Groussard l'arrêtèrent, sur demande de Marcel Peyrouton. Le général Huntziger emprisonna Laval sur les ordres du Maréchal. Pourquoi Pétain tenait-il a tout prix renvoyer son numéro 2 de l'époque. La raison est simple et n'a rien à voir avec les récits propagandistes des résistants. Il ne s'agit pas d'une lutte d'ambition ou d'une révolution de palais. N'oublions pas que c'est Laval avec Abetz qui avaient organisé l'entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler, rencontre qui n'a pas abouti à grand chose. C'est aussi Laval et Abetz qui souhaitaient que le Maréchal vienne rencontrer les Allemands lors de la remise des restes de l'Aiglon aux Invalides. Il y a réellement une distinction entre les deux hommes dans la manière de collaborer. Pétain désirait une collaboration donnant-donnant dans laquelle les deux partis trouveraient des intérêts, tandis que Laval voulait que la France se range diplomatiquement au côté de l'Allemagne puisqu'il croyait avec certitude que le IIIème Reich sortirait vainqueur de la guerre. N'est-ce pas Laval qui avait proposé une alliance militaire avec les nazis et fait dresser des plans de reconquète commune au Tchad, dont le gouverneur Félix Eboué se déclara favorable à De Gaulle ? N'est-ce pas Laval qui avait restitué l'or de la Banque nationale de Belgique aux Allemands, que les Belges avaient confié, et cela sans l'accord du Maréchal ? N'est-ce pas Laval qui avait offert à l'Occupant des participations françaises dans les mines de Bor en Serbie (les plus importantes d'Europe), toujours de sa propre initiative ? Etant donné que le Maréchal était en total désaccord avec son principal ministre qui devenait en plus envahissant et semblait vouloir tout diriger, il le renvoya en faisant tout pour qu'il ne puisse plus s'imposer au sein du gouvernement.
Evidemment, les Allemands furent hostiles au renvoie de Laval, surtout qu'ils se doutaient bien du réel motif : "Laval a été la victime des intrigues personnelles de ses propres ministres qui furent confortés dans leur position bien connue contre la collaboration par l'action des milieux chauvins qui se tenaient en coulisses." (Archives Nationales - AJ 413, document rappelé par Bénédicte Vergez-Chaignon dans Le Docteur Ménétrel, Perrin, 2001, p. 136). Dans la matinée du 14 décembre 1940, l'ambassadeur Otto Abetz fit téléphoner par le général de La Laurencie, proche de Pétain, un véritable ultimatum dans lequel les Allemands imposèrent la libération et le retour de Laval, ainsi que la libération du collaborationniste Marcel Déat. L'autorité du gouvernement français reconnue par la convention d'armistice est désormais violée. Néanmoins, le chef de la France cède et s'engage "à ne procéder à aucune arrestation d'homme politique ou de journaliste sans l'approbation des autorités d'occupation." (Jean-Paul Cointet, Histoire de Vichy, Perrin, 2003, p. 173). Malgré tout, dans un message diffusé dans la journée, il informe les Français de sa décision de remplacer Pierre Laval par Pierre-Etienne Flandin, qui reçoit également le ministère des Affaires Etrangères, mais en justifiant que ce souhait "ne retentit en rien sur nos relations avec l'Allemagne" et que "la Révolution nationale continue". Puis Philippe Pétain envoie une lettre à Hitler dans laquelle il précise que le renvoi de Pierre Laval fut causé pour des raisons intérieurs mais qu'il était un ennemi de sa Révolution nationale, tout en ajoutant qu'il entendait bien poursuivre une politique de collaboration. Malgré tout, Otto Abetz n'entend pas en rester là. Il rencontre d'abord l'amiral Darlan qui était venu à Paris pour accueillir les cendres de l'Aiglon. Puis le 16 décembre, l'ambassadeur nazi, franchit la ligne de démarcation et parvint à Vichy tout en se faisant accompner de SS armés de mitrailleuses. Fou de rage, il rencontra Pétain le 17 décembre au matin pour lui demander des explications et lui ordonna la libération de Laval : "Je déclarai à Pétain que j'avais un nombre suffisant de preuves que la presque totalité de son entourage personnel et de son cabinet était hypocrite dans ses assurances en faveur de la politique de collaboration avec l'Allemagne. Il était excellent que ces messieurs se soient maintenant démasqués car le rapport de leur attitude avec les échecs militaires subis par les Italiens en Méditerranée était patent." (télégramme d'Otto Abetz pour le ministre des Affaires Etrangères du Reich, 18 décembre 1940, Archives Nationales - 3 W 347). Il prévint le chef de l'Etat Français que si celui-ci ne libère pas Laval, les Allemands seraient contraints de le faire par la force. Craignant une invasion de la zone Sud, le Maréchal fut contraint de libérer son adversaire politique et justifia ses actes par un simple changement de gouvernement. Néanmoins, le partisan du collaborationnisme fut écarté des places importantes du Régime de Vichy durant plus d'un an. En effet, le Maréchal refusa de le reprendre et bénéficia du le soutien de ses proches, dont un certain nombre sont au gouvernement. Malgré tout, Laval et Pétain se rencontrent également en présence de Darlan et d'Abetz, et le chef de la France confiera à Paul Baudouin l'athmosphère de l'entretien. Ce dernier le restitua : "Le Maréchal m'indique combien désagréable, violent et vulgaire fut son entretien avec Pierre Laval, en présence de l'amiral Darlan et de M. Abetz. Pierre Laval n'a pas hésité à dire que, puisque des Français l'avaient trahi, il se réjouissait d'avoir des amis allemands qui le délivraient. Il a traité le Maréchal de propre à rien." (Paul Baudouin, Neuf mois au gouvernement, Paris, La Table Ronde, 1948, p. 419, repris par Jean-Paul Cointet, Histoire de Vichy, Perrin, 2001, p. 174). Même Otto Abetz fut choqué par la dispute violente entre les deux hommes, et conclua : "L'entretien entre Pétain et Laval, me fit distinctement constater le rôle que jouaient, dans le présent conflit, les différences de tempérament entre le vieux militaire et le civil homme d'Etat." (Otto Abetz, Mémoires d'un ambassadeur, Paris, Delamain et Boutelleau, 1953, p. 190). Enfin, dans l'après-midi du 17 décembre, L'ambassadeur d'Allemagne rendit personnellement visite à Pierre Laval, et se dernier se montra reconnaissant. Il estima non seulement que les nazis l'avaient libéré, mais aussi qu'ils lui avaient sauvé la vie. Puis Laval envoya une lettre de reconnaissance à Adolf Hitler et explique sa volonté de participer à la mise en place d'un nouvelle Europe construite par l'Allemagne :
"Monsieur le Chancelier du Reich,
Par la présente, je voudrais vous exprimer ma reconnaissance... Par son action, le gouvernement français a commis une faute grave, mais j'espère de tout mon coeur que mon pays n'aura pas à en souffrir... La politique de collaboration avec l'Allemagne doit être loyale, sans ambiguïté, sans arrière-pensée... J'aime mon pays et je sais qu'il peut trouver une place digne de son passé dans la nouvelle Europe que vous construisez." (Otto Abetz, Mémoires d'un ambassadeur, Paris, Delamain et Boutelleau, 1953, p. 54-55, document repris par Jean-Paul Cointet dans Histoire de Vichy, Perrin, 2001, p. 175).
Quant à la cérémonie du transfert des cendres de l'Aiglon, elle eut lieu le 14 et le 15 décembre. Ni Pétain et ni Hitler n'y assisteront. En tout cas, cet évènement marqua la victoire des partisans de la collaboration d'Etats, avec l'armée à sa tête, face aux collaborationnistes.
La réorganisation gouvernementale de décembre 1940 consacra trois vainqueurs, l'armée et deux anciens partis politiques, c'est-à-dire l'Alliance Démocratique et l'Action Française. Pierre Etienne Flandin, qui était l'un des premiers hommes politiques à avoir milité pour le droit de vote des femmes (durant les années 1910), prit la place de Pierre Laval. Cependant, cet ancien leader de la Droite Libérale fut rapidement remplacé par l'amiral Darlan, en février 1941. Celui-ci engagea alors une politique de collaboration d'Etats dont on connaît la plupart des évènements. L'une des mesures les plus importantes, durant l'année 1941, concerne bien-sûr la création de la Légion des Volontaires Français le 8 juillet 1941 qui était destinée à combattre l'URSS de Staline aux côtés des Allemands, avec le soutien du Maréchal. Darlan va également autoriser les nazis à utiliser temporairement certains aéroports français tels qu'à Alep, à Bizerte ou encore à Dakar. La mise en place du LVF au côté de l'Allemagne démontre la volonté de Pétain de lutter prioritairement contre le bolchevisme plutôt que contre l'Axe. Dans l'article concernant le possible double jeu du Maréchal à Vichy, nous avions évoqué ce qu'il pensait : "Nous sommes, Américains et Français, en présence de deux doctrines dont l'application nous apparait indésirable, le Nazisme et le Bolchevisme. Le Bolchevisme est pour l'Europe le danger le plus grave. Nous ne sommes donc pas fondés, nous Européens, à regretter les coups qui lui sont portés aujourd'hui. Le règne du Nazisme n'est pas non plus à désirer, car il imposerait aux peuples soumis à son emprise des contraintes très lourdes à supporter. On peut prévoir qu'en raison de ces contraintes et l'immensité de l'entreprise, des craquements de tarderaient pas à se produire qui jetteraient par terre l'édifice nazi." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 590, et Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 366). De plus, nous avions évoqué le récit du pétainiste Paul Dungler, créateur du groupe de résistance alsacienne appelée la 7ème colonne d'Alsace. Celui-ci était aussi favorable à une collaboration avec l'Allemagne contre l'URSS. Voici sa pensée en été 40 : "Les Allemands vont perdre la guerre. [...] Lorsqu'ils auront un certain nombre de revers, le régime va s'effondrer intérieurement [...]; il faut que nous, nous nous organisions pour remplacer les Allemands à leur effondrement par une organisation qui tiendra tout le pays pour éviter le jeu communiste." (Paul Dungler, Souvenirs de la guerre de 1939/1945, p. 11). Grâce à cet aveux de l'été 40, la vision de plusieurs pétainistes était claire. L'Allemagne va probablement perdre la guerre, même si on ne peut pas parler de certitude. A l'approche du déclenchement de l'opération Barbarossa contre l'Armée rouge, Pétain s'exclama même : "Les Allemands sont foutus !" (Herbert Lottman, Pétain, Seuil, 1984, p.383). Il faut prendre néanmoins cette phrase avec des pincettes puisque nous savons que le doute parcourrait certains esprits, notamment celui du Maréchal. Cependant, pour empécher les communistes (la plupart étaient admirateurs de Staline) de s'emparer de la France après la chute probable du voisin germain, il était nécessaire de freiner l'avancée possible de l'Union Soviétique, quitte à s'allier provisoirement avec le Reich. Par ailleurs, dans l'article concernant un possible double jeu de Pétain, nous avons constaté que les pétainistes ne voyaient pas deux blocs (Alliés et Axe) dans ce conflit mondial, mais trois (Anglo-Américains, Axe et URSS). si Pétain était disposé à négocier parfois avec l'Axe et les Anglo-Américains, le bolchevisme devait être combattu à tout prix. Et n'oublions pas que nous ne sommes pas uniquement dans une guerre entre nations, mais aussi dans un conflit entre idéologies. Pétain était anti-marxiste et considérait l'URSS comme un Etat ennemi. Enfin, si Vichy a bien soutenu la LVF, une source indique que ce soutien n'était pas inconditionnel mais qu'il restait assez mesuré. En effet, dans une note datée du 11 février 1942, le gouvernement français souligne que si le pouvoir avait décidé d'accorder son appui sur cette organisation, c'était "sans donner de publicité aux mesures prises en sa faveur et sans patronner officiellement la propagande faite pour susciter les engagements" (Pierre Giolitto, Volontaires français sous l'uniforme allemand, Tempus, 2002, p. 17). Et rappelons que le très collaborationniste Marcel Déat avait reproché à Pétain et à Darlan de ne pas financer la LVF, reproche adressé dans le journal L'Oeuvre le 10 aout 1941.
Mais le sujet ne concerne pas la position de Pétain face aux communistes ou aux francs-maçons que l'on connait bien, mais traite de ses rapports avec l’antisémitisme. En effet, commençons déjà par la création, à la demande de Pétain, du Service d'Ordre Légionnaire par Joseph Darnand. A travers cette organisation, ce dernier avait émit le souhait de propager la Révolution Nationale. Par ailleurs, ce dernier rédigea le règlement du SOL en 21 points, dont l'un des points est la lutte contre la "lèpre juive". Pétain ne s'opposa pas à ce règlement, mais il faut dire que remettre en cause la lutte contre la "lèpre juive" aurait certainement déplu aux nazis. Toujours en ce qui concerne notre sujet qui est l'antisémitisme, sur la demande des Allemands, Darlan va mettre en place le Commissariat Général des Questions Juives (CGQJ), le 29 mars 1941. Cette organisation doit être chargée de "reconnaître et éliminer les juifs de toutes les interférences dans les domaines vitaux et dans la vie publique, administrer leurs biens, jusqu'à la date de leur évacuation". Elle s'occupera notamment de la législation du statut des juifs et de leur internement dans les camps français (attention, on parle d'évacuation et non de déportation !). Le premier à accéder à ce poste est Xavier Vallat, ancien membre d'Action Française. La législation va progressivement se généraliser, bon nombre d'entre-eux sont exclus de la vie publique, mais aussi quelques-uns y furent épargnés. Le meilleur exemple est le général Weygand qui a été adopté par une famille d'origine juive et dont il avait ensuite prit le nom de famille. De plus, ce collègue d'armes du Maréchal s'efforça même d'appliquer la législation française sur les juifs en Algérie. Weygand, en qualité de Délégué en Afrique du Nord, va contribuer à protéger les 400 000 juifs qui y résidaient; tout en appliquant la législation antijuive. En effet, lors d'un déjeuner dans lequel il discutait de la situation des juifs, il s'était dressé : "J'ai été élevé par un Juif et je n'admets pas que l'on calomnie des Juifs devant moi" (Bernard Destremau, Weygand, Perrin, 1989, p. 669). Mais que pensait Pétain vis-à-vis de la création d'une structure spéciale chargée d'étudier la question juive ? L'historien juif André Kaspi a démontré qu'il n'y était pas favorable, et qu'il souhaitait que les juifs français ne subissent pas le même traitement que les juifs étrangers. Pour cela, il s'appuie sur le rapport du 6 mars 1941 écrit par Otto Abetz : "Quant à la création d'un Office central juif en France, Darlan s'est déclaré d'accord que celui-ci soit institué par le gouvernement français, mais a attiré mon attention sur le fait que le maréchal Pétain avait une attitude fort hésitante à l'égard de la question juive. Le maréchal ne voudrait pas qu'aux juifs résidant depuis longtemps en France et qui se sont distingués pendant la guerre soit appliqué le même traitement qu'aux juifs venus de l'étranger. Malgré cette attitude de Pétain qui ne permet pas d'espérer un travail actif de l'Office central juif crée par le gouvernement français, il est néanmoins souhaitable que la création émane de celui-ci. L'Office central juif trouvera de ce fait une base légale et son travail en zone occupée pourra être activée par l'influence allemande de telle manière que la zone occupée sera forcée de se joindre aux mesures prises." (André Kaspi, La Deuxième guerre mondiale, Editions Complexe, 1995, p. 182). Ce n'est donc pas en plein accord avec le Maréchal que l'amiral Darlan va créer le CGQJ, mais il le laissa faire pour éviter les Allemands de le mettre en place.
Si vous voulez en savoir plus sur les premières dispositions de l'Etat Français sur le peuple juif, je vous conseille de regarder la première partie de Pétain et l'antisémitisme (http://realite-histoire.over-blog.com/article-22916931.html). Enfin, les Allemands imposent une nouvelle ordonnance en France le 26 avril 1941, la troisième soumise sans l'accord de l'Etat Français. Cette ordonnance donne une nouvelle définition du juif et élargit les interdictions d'exercice de professions à tout le secteur des activités commerciales. Cette ordonnance sera suivie des premières rafles avec des juifs et des tziganes qui furent envoyés vers des camps français. Néanmoins, même si une collaboration d’Etats a lieu entre la France et l’Allemagne, il y a une volonté de Vichy d'empêcher l’application de la politique nazie à l'encontre des juifs. Pétain veut garder la main-mise sur la législation alors que les Allemands tentent encore d'imposer la sienne. Le paradoxe, c’est la loi française du 2 juin 1941 qui va le prouver.
Loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant sur le statut des juifs
Article l. - Est regardé comme Juif :
1º Celui ou celle, appartenant ou non à une confession quelconque, qui est issu d'au moins trois grands-parents de race juive, ou de deux seulement si son conjoint est lui-même issu de deux grands-parents de race juive.
2º Celui ou celle qui appartient à la religion juive, ou y appartenait le 25 juin 1940, et qui est issu de deux grands-parents de race juive. La non-appartenance à la religion juive est établie par la preuve de l'adhésion à l'une des autres confessions reconnues par l'État avant la loi du 9 décembre 1905. Le désaveu ou l'annulation de la reconnaissance d'un enfant considéré comme Juif sont sans effet au regard des dispositions qui précèdent.
Art. 2. - L'accès et l'exercice des fonctions publiques et mandats énumérés ci-après sont interdits aux Juifs :
1. Chef de l'État, membres du Gouvernement, du conseil d'État, du conseil de l'ordre national de la Légion d'honneur, de la cour de cassation, de la cour des comptes, du corps des mines, du corps des ponts et chaussées, de l'inspection générale des finances, du corps des ingénieurs de l'aéronautique, des cours d'appel, des tribunaux de premièreinstance, des justices de paix, des tribunaux répressifs d'Algérie, de tous jurys, de toutes juridictions d'ordre professionnel et de toutes assemblées issues de l'élection, arbitres.
Art. 3. - Les juifs ne peuvent occuper, dans les administrations publiques ou les entreprises bénéficiaires de concessions ou de subventions accordées par une collectivité publique, des fonctions ou des emplois autres que ceux énumérés à l'article 2, que s'ils remplissent l'une des conditions suivantes :
b) Avoir fait l'objet, au cours de la campagne 1939-1040, d'une citation donnant droit au port de la Croix de guerre instituée par le décret du 28 mars 1941;
Art. 4.- Les juifs ne peuvent exercer une profession libérale, une profession commerciale, industrielle ou artisanale, ou une profession libre, être titulaires d'une charge d'officier public ou ministériel, ou être investis de fonctions dévolues à des auxiliaires de justice, que dans les limites et les conditions qui seront fixées par décrets en conseil d'État.
Art. 5. - Sont interdites aux juifs les professions ci-après :
Exploitant, directeur, administrateur, gérant de salles de théâtre ou de cinématographie ; Entrepreneur de spectacles ;
Art. 6. - En aucun cas, les juifs ne peuvent faire partie des organismes chargés de représenter les professions visées aux articles 4 et 5 de la présente loi ou d'en assurer la discipline.
Art. 7. - Les fonctionnaires juifs visés aux articles 2 et 3 sont admis à faire valoir les droits définis ci-après :
1º Les fonctionnaires soumis au régime de la loi du 14 avril 1924 recevront une pension d'ancienneté avec jouissance immédiate s'ils réunissent le nombre d'années de service exigé pour l'ouverture du droit à cette pension.
2º Les fonctionnaires soumis au régime de la caisse nationale des retraites pour la vieillesse obtiendront, s'ils comptent au moins quinze ans de services effectifs, la jouissance immédiate d'une allocation annuelle égale au montant de la rente vieillesse qui leur serait acquise à l'époque de la cessation de leurs fonctions si leurs versements réglementaires avaient été effectués dès l'origine à capital aliéné. Cette allocation cessera de leur être attribuée à compter de la date d'entrée en jouissance de leur rente sur la caisse nationale des retraites ;
3º Les fonctionnaires des départements, communes ou établissements publics qui possèdent une caisse spéciale de retraites bénéficieront, avec jouissance immédiate, de la pension d'ancienneté ou de la pension proportionnelle fixée par leur règlement de retraites, s'ils remplissent les conditions de durée de services exigées pour l'ouverture du droit à l'une de ces pensions ;
4º Les agents soumis au régime de la loi sur les assurances sociales et comptant au moins quinze années de services effectifs recevront, de la collectivité ou établissement dont ils dépendent, une allocation annuelle égale à la fraction de la rente vieillesse constituée par le versement de la double contribution durant toute la période où ils sont restés en service. Cette allocation cessera de leur être attribuée à compter de la date d'entrée en jouissance de ladite rente ;
5º Les fonctionnaires tributaires de la caisse inter-coloniale de retraites ou des caisses locales, et comptant au moins quinze années de services effectifs, bénéficieront d'une pension dans les conditions qui seront déterminées par un règlement d'administration publique ;
6º Les fonctionnaires et agents ne remplissant pas les conditions requises pour pouvoir bénéficier des pensions et allocations ci-dessus recevront leur traitement pendant une durée qui sera fixée par un règlement d'administration publique;
7º La situation des ouvriers des établissements militaires et industriels de l'État sera réglée par une loi spéciale.
Art. 8. - Peuvent être relevés des interdictions prévues par la présente loi, les juifs :
1º Qui ont rendu à l'État français des services exception-nels ;
2º Dont la famille est établie en France depuis au moins cinq générations et a rendu à l'Etat français des services exceptionnels.
Art. 9. -Sans préjudice du droit pour le préfet de prononcer l'internement dans un camp spécial, même si l'intéressé est Français, est puni :
1º D'un emprisonnement de six mois à deux ans et d'une amende de 500 F à 10000 F, ou de l'une de ces deux peines seulement, tout juif qui s'est livré ou a tenté de se livrer à une activité qui lui est interdite par application des articles 4, 5 et 6 de la présente loi :
2º D'un emprisonnement de un an à cinq ans et d'une amende de 1 000 F à 20 000 F, ou de l'une de ces deux peines seulement, tout juif qui se sera soustrait ou aura tenté de se soustraire aux interdictions édictées par la présente loi, au moyen de déclarations mensongères ou de manœuvres frauduleuses.
Art. 10. - Les fonctionnaires ayant cessé leurs fonctions par application de la loi du 3 octobre 1940 et qui peuvent se prévaloir des dispositions de la présente loi, sont admis à solliciter leur réintégration dans des conditions qui seront fixées par décret en conseil d'État.
Art. 11. - La présente loi est applicable à l'Algérie, aux colonies, pays de protectorat, en Syrie et au Liban.
Art. 12. - La loi du 3 octobre 1940, modifiée par les lois du 3 avril et du 11 avril 1941, est abrogée ; les règlements et les décrets pris pour son application sont maintenus en vigueur jusqu'à ce qu'ils soient modifiés s'il y a lieu par des règlements et des décrets nouveaux.
Art. 13. - Le présent décret sera publié au Journal officiel et exécuté comme loi de l'État.
Source : Journal officiel, 14 juin 1941, p. 2475.
Observation personnelle de la Loi et nouvelles dispositions
- Les juifs ne peuvent plus exercer dans la fonction publique ou l’administration (Art. 2 et 3), et ne peuvent plus pratiquer une activité libérale et commerciale (Art. 4 et 5) conformément à la volonté allemande. Néanmoins, par cette loi française, Vichy tente de garder le contrôle de la législation antijuive.
- Certains juifs ne sont pas concernés par la loi sur le statut, c’est-à-dire ceux qui ont accomplis des services exceptionnels envers la nation (ex : être décoré de la Croix de guerre suite à la participation dans un fait de guerre) ou qui ont obtenu une dérogation (Art. 3 et 8). De nombreux juifs bénéficièrent de cette protection.
- Des subventions sont accordées à des juifs expulsés de l’administration et de la fonction publique, et un statut est réservé pour les ouvriers (Art. 7).
- L’Etat Français donne l'autorisation au préfet d’enfermer les juifs dans les camps français (Art. 9), mais empêche légalement, par la même occasion, les Allemands de les déporter vers les camps nazis. Cette mesure existait déjà auparavant.
En réalité, la loi de juin 1941 a surtout précisé le statut des juifs et une part importante des membres issus de cette communauté sera même épargnée par la loi selon les articles 3 et 8. En parallèle, les juifs bénéficieront d'une certaine protection vis-à-vis des Allemands et de leur législation, même si l'Etat Français aida la feldgendarmerie allemande a organiser les premières rafles. Beaucoup sont internés dans des camps en France, mais certains dépendent des nazis. Le plus important fut celui de Drancy qui devint un camp d'internement de juifs à partir du 20 aout 1941, puis qui fut administré respectivement par les chefs SS Theodor Danneker, Heinz Röthke et Alois Brunner. Il est aussi important de signaler que celui de Royallieu à Compiègne (ouvert de juin 1941 à aout 1944) était entièrement géré par l'occupant.
Les bénéfices nationaux de la collaboration d'Etats
Comme je l'ai dit, la collaboration d'Etats sous-entend une obtention de contreparties avec le vainqueur de 1940. Les intellectuels de notre époque évoquent peu les lourdes contreparties obtenues des Allemands et on laisse souvent croire que la France n'a rien obtenue. Encore une fois, les sources prouvent le contraire. En effet, de 1940 à 1942, environ 900 000 de prisonniers de guerre français furent libérés, mais ce sont près de 600 000 hommes qui seront libérés durant le "règne" de l'amiral Darlan. N’oublions pas que 50 à 60 % des prisonniers polonais ou soviétiques moururent dans leurs camps, alors que 98 % des détenus français sont rentrés sains et saufs. Cela, le maréchal Pétain y a grandement contribué. De plus, à cette époque, les Allemands ne pouvaient pas exercer une imposante pression sur la France puisque les collaborationnistes français étaient encore peu nombreux et demeuraient écartés du régime vichyste depuis le renvoie du gouvernement Laval. Lors d'une rencontre, le 1er décembre 1941, avec le maréchal Goering à Saint-Florentin, Pétain s'est même permis de faire pression auprès des autorités allemandes. En effet, le maréchal de France avait remis au maréchal du Reich un mémorandum en sept points pour obtenir une collaboration politique sincère sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté française sur l’ensemble du territoire, de la fin de l’Ostland, de la disparition de la ligne de démarcation, d'assouplissements économiques et de la libération des prisonniers. Ce mémorandum est refusé par Goering. La collaboration d'Etats tournait donc à l'avantage de la France qui finalement obtenait plus de contreparties que l'Occupant, même si ce dernier était enclin à alléger les charges financières. Par ailleurs, beaucoup de Français ne le savent pas mais l'année 1941 fut marqué par une reconstruction importante des infrastructures françaises détruites lors de la débâcle :
- pour les chemins de fer, sur 540 ponts et ouvrages détruits, 74 % sont réparés
- en ce qui concerne les P.T.T, sur 3576 centraux et 300 immeubles détruits (9.500.000 m 3 sont à déblayer) ainsi que 250 Km d'artères téléphoniques, 94 % des centraux sont rétablis et 68% des immeubles détruits sont déblayés
- pour les voies navigables, 114 ouvrages et 5200 Km de voies étaient inutilisables mais 92 % sont remis en état et 96 % redeviennent utilisables
- 88 % des chômeurs retrouvèrent un travail
Ces données viennent du Bureau de Documentation du Cabinet Civil du Maréchal (1941).
J'ajouterai également :
- Le développement des différentes organisations militaires qui serviront à la libération de la France, comme par exemple les Chantiers de la Jeunesse
- La main-mise de l'Etat Français sur le statut des juifs, certes antisémite, mais empêchant provisoirement les Allemands d'exercer une quelconque autorité sur cette communauté.
L'année 1941 correspondait donc à la mise en place d'une collaboration d'Etats, mais aussi à un début reconstruction de la France suivant, bien-sûr, le concept de Travail-Famille-Patrie et l'idée de Révolution nationale. Elle ne doit donc pas être perçu comme étant négative, car elle fut une année de regain pendant l'Occupation. Cependant, 1941 est en réalité la seule année dans laquelle il y a eut une reconstruction de la France puisque le régime nazi va ensuite en décider autrement.
Le début d'une pression des Allemands et des collaborationnistes
Voyant que la collaboration d'Etats était profitable à la France, l'Allemagne décida d'influer sur la scène politique française. Les nazis n'avaient aucune confiance en Pétain, détestaient Weygand et Darlan et se méfiaient du général Colson et de l'amiral Auphan. En novembre 1941, Hitler exige auprès de Pétain le renvoie de Weygand qui était commandant des troupes d'Afrique du Nord. Ce dernier, également en conflit avec Darlan, va devoir démissionner de toutes ses fonctions mais va malgré tout garder secrètement un certain rôle en Afrique du Nord. Nous savons que Pétain a exigé sa démission à contre coeur, et le témoignage de Benoist-Méchin en est la preuve : "Mais jamais il [Darlan] n'arrivait à lui [Pétain] arracher une décision, et au lieu de lui remettre la démission promise [celle de Weygand], il redescendait dans son bureau avec des aires de chien battu." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 355). Néanmoins, il va continuer à y restructurer l'armée française en épaulant son successeur, le général Alphonse Juin. Il retournera en France plusieurs fois mais se fera arrêter et déporter par la Gestapo le 12 novembre 1942. Cependant, les pétainistes vont surtout être mis sous pression à partir du début 1942. En avril 1942, l'Allemagne exige le renvoie de Darlan et le retour au pouvoir de Pierre Laval. Pétain cède encore une fois, mais sans avoir vraiment le choix. L'amiral quitte également la France pour l'Afrique du Nord, suivant les ordres du Maréchal. Les grands officiers de l'armée française étaient hostiles au retour de Laval, le 18 avril, notamment le général Colson, ministre de la guerre. Ce dernier avait eu un rôle important puisqu'il avait organisé un trafic d'armement pour l'armée française. Il avait également soutenue l'Organisation de Résistance Armée, tout comme de nombreux pétainistes. Par ailleurs, plusieurs milliers de membres issus des Chantiers de la Jeunesse et une partie de l'Armée de l'Armistice se rendront également en Afrique du Nord après le retour de Laval. Quelques politiciens proches du Maréchal seront aussi victimes de ce comeback comme le tennisman basque d'origine juive Jean Borotra, commissaire général à l’Éducation générale et aux Sports, qui perda son poste. Début 1942 avait donc marqué le retour au pouvoir de politiciens partisans du collaborationnisme et la perte d'influence des pétainistes, principalement militaires. De plus, dès son retour, Laval s'attribuera le ministère de l'Intérieur, des Affaires Etrangères, de l'Information et celui de chef de gouvernement. Il peut donc déterminer à politique de la France à l'intérieur et à l'extérieur du pays, et peut émettre ses propres décisions (décrets et ordonnances) sans l'autorisation du Maréchal, mais tout en se servant de son image. Le retour de Laval va marquer le début du collaborationnisme et la perte de la main mise de Pétain sur la France.
Par ailleurs, les Allemands vont mettre la main sur le camp de Drancy au cours de l'année 1941. Conformément aux lois antijuives, la police parisienne cerne le XIe arrondissement et arrête 2 894 juifs le 20 août 1941. Pendant les trois jours suivants, des rafles sont effectuées dans les autres quartiers de Paris et le bilan s'élève à 4 232 juifs arrêtés, dont environ 1 500 français. Ils sont tous internés à Drancy, constitué en camp d'internement le même jour. Ils sont rejoints par 52 membres du barreau de Paris, arrêtés à leur domicile. Les premiers internés juifs du camp de Drancy arrivent à la suite de la rafle dénommée "rafle du 11e arrondissement ", car la plupart des 4 232 juifs arrêtés habitaient ce quartier. Au camp de Drancy, rien n'a été prévu pour accueillir un si grand nombre d'hommes. Les bâtiments ne sont pas achevés et les internés doivent coucher sur le béton armé pendant les premières semaines. La famine sévit et un marché noir se développe, à l'initiative des gendarmes français du camp. La famine provoque des décès et 800 personnes très affaiblies sont libérées début novembre. Les internés sont alors autorisés à recevoir un colis alimentaire et ont droit à une correspondance par la volonté de l'Etat Français qui n'avait aucune attention de donner les juifs au Allemands. Pendant la première année, Drancy est placé sous l'autorité suprême de Danneker, un homme violent qui menaça de son revolver les internés derrière les fenêtres, qui demanda qu'on affame les internés et qui interdisa ces derniers de circuler dans le camp. Un fonctionnaire français, nommé par la Préfecture de police, assure le commandement du camp et fait appliquer le règlement, mais qui est l'œuvre de Danneker. La garde extérieure et la surveillance intérieure sont assurées par un détachement de gendarmes français. Plusieurs services sont créés, assurés par les internés, sous la surveillance des gendarmes ou des représentants de la Préfecture de police. Le bureau des effectifs est placé sous la surveillance des inspecteurs de police. Cependant, le bureau militaire administré par les internés fournit des attestations en qualité d'anciens combattants pour les faire sortir et, à partir de juillet 1942, de femmes de prisonniers de guerre. Malgré tout, la pression de Danneker est manifeste. Le service des cuisines est administré par un économe nommé par la Préfecture de police, qui place également un médecin "aryen" chargé de surveiller le service médical assuré par les internés. Par ailleurs, à la suite d'un attentat contre un officier, les Allemands exécutent 70 otages au Mont-Valérien le 15 décembre 1941. Parmi les otages, 53 sont juifs, dont 44 emmenés de Drancy. Toutes ces actions sont effectuées sans la demande ni même la consultation du Maréchal, mais par la direction du camp contrôlée par les Allemands.
L'année 1941 a donc été marquée par une collaboration active menée par l'amiral Darlan et souvent soutenue par le maréchal Pétain. Même si la France a reçu quelques contraintes, la collaboration d'Etats se révéla finalement plus profitable à cette dernière plutôt qu'à l'Allemagne. La nation se reconstruisit très rapidement et les différents documents de l'époque pour l'année 1941 le prouvent. De plus, Vichy met en place un nouveau statut des juifs, mais tout en tentant de protéger ces derniers de la volonté de l'Occupant de mettre la main sur la politique antijuive. Néanmoins, on a constaté que cette reconstruction allait durer peu de temps puisque dès le milieu de l'année, les nazis commencèrent à accentuer la pression sur l'Etat collaborateur. La pression allemande entraînera le retour au pouvoir de Laval le 18 avril 1942, qui s’empara en plus des fonctions de chef du gouvernement et des ministères de l’intérieur et des affaires étrangères. Par conséquent, il coordonnera la politique du gouvernement, nommera les hommes qu’il souhaite au sein des ministères, il gèrera la police et la sécurité intérieur, et il sera responsable des relations avec l’Allemagne nazie. Alors la collaboration s'orientera progressivement vers le collaborationnisme. Ce thème sera l'objet de la troisième partie de Pétain et l'antisémitisme (http://realite-histoire.over-blog.com/article-23879774.html).
Publié par VSA - dans Contemporaine
Tabuteau Denys 26/08/2013 14:33
Il y a un point capital que l'on ne mentionne jamais par ce qu'il est ignoré, Voila plus de 20 ans que j'en ai conaissance et que j'essaie de le faire connaitre, seul Amouroux me répondit en me disant que c'était un évènement capital mais qu'il était trop tôt pour en parler.
le 19 Juin 1940 Churchill demandat qu'une mission diplomatique prioritaire conduise Lord Lloyd auprès du gouvernement Pétain . Le Cdt de la mission était l'Australien Sqd leader W Garring.
La mission ne revint que le lendemain 20 Juin 1940.
Le but de la mission était de définir le modus operandi et de s'assurer qu'il n'y ait pas de retour d'alliance. Le Maréchal Pétain assurat que tant qu'il serait au gouvernement la situation serait la même, armistice, suspension des combats, pas de paix séparée ( c'est ce que auraient voulu les allemands). Documents à votre disposition. J'ai personellement connu Garing
D.Tabuteau, (citoyen australien comme Garing)
François 20/10/2016 19:20
Pardonnez-moi d'intervenir indument sur ce site. Je cherche depuis longtemps à vous contacter. Je suis, comme vous, descendant direct de Didier Alfred TABUTEAU et je fais des recherches généalogiques. Pourriez-vous me donner quelques précisions sur vos parents et sur vous-même? Etes-vous bien l'auteur de la biographie de Maurice Tabuteau ? Il va de soi que je saurai observer la plus grande discrétion quant aux informations que vous voudrez bien me donner. Cordialement à vous
VSA 12/09/2013 00:34
Bonjour Tabuteau Denys,
Tout d'abord, désolé de ne pas avoir répondu plus tôt, je suis actuellement en Guyane et j'ai internet avec difficulté.
Effectivement, je ne connais pas cet épisode. Il serait intéressant que le public puisse en avoir connaissance. Je pense que les gens doivent connaître cette vérité plus de 70 ans après les faits.
Je suis à votre disposition si vous souhaitez m'envoyer les copies des documents, et je les accepterai avec joie, car ces écrits chambouleraient la vision sur les rapports franco-britanniques.
Mon adresse pour me contacter e-mail : saintvalt@aol.com
sophie 06/02/2009 12:44
Merci, merci beaucoup pour votre site.
Me documentant pour comprendre les enjeux et les conflits français pendant la seconde guerre mondiale, je n'arrivais pas à comprendre.
Vous ne pouvez pas savoir comme vous me rendez service avec vos articles sur Pétain et Laval, car on ne parle jamais de ça. Maintenant j'y vois plus clair. Pourtant c'est difficile de comprendre les conflits d'intérêts et les conflits entre les deux camps de la Résistance à cette époque.
Tiens, il y a l'affaire de l'assassinat de Darlan aussi sur laquelle j'ai énormément de mal à discerner le vrai du faux et surtout le juste de l'opportunisme...
Merci, vaiment !
Comment connaissez-vous tout cela ?
pour me répondre : mon mail : lamariane83@yahoo.com
Blog : Realite-Histoire
Description : Ce blog a avant tout pour objectif de faire découvrir au monde des faits historiques oubliés en gardant une certaine objectivité, ce qui est rare à notre époque. Je veux ainsi donner un regard différent sur l'histoire de l'humanité, se soustrayant des préjugés et des mythes.
Moyen-Age et Ancien Régime (4)

References: Art. 2

Art. 3
 l'article 2

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12

Art. 13