Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/chine-5pol-minorites.htm
Timestamp: 2020-02-18 03:42:57+00:00

Document:
Chine-Minorités nationales
5. La politique à l'égard
1 Les minorités nationales: les non-Han
Les autorités chinoises considèrent comme des «minorités nationales» les citoyens de leur pays qui parlent une «langue non chinoise» comme langue maternelle. Les locuteurs du wu, du cantonais, du min, du xiang, du hakka, du gan, etc., parlent une «langue chinoise» et font partie des Han. Les locuteurs des langues chinoises autres que le putonghua ne sont pas considérés comme faisant partie des minorités nationales et, comme les Han, ils ont les mêmes droits que les locuteurs du chinois officiel.
Mais les peuples non sinophones, ceux qu'on appelle les «non-Han», constituent des «minorités nationales». Rappelons que les minorités nationales regroupent au moins 100 millions de personnes (8,4 % de la population) et parlent quelque 55 langues différentes. En dépit de leur faible poids démographique, de leur diversité ethnique et de leur dispersion spatiale, les quelque 55 minorités nationales revêtent une importance géopolitique certaine, dans la mesure où elles occupent plus de 60 % du territoire et où certaines aires d’habitat constituent des zones particulièrement sensibles. Il existe au-delà de 80 millions de représentants des minorités vivant dans les seules régions autonomes de la Chine, formant 78% du total (incluant les provinces) de la population minoritaire dont le nombre s'élevait, selon le recensement national de 2000, à quelque 106 millions de personnes.
Traditionnellement, la Chine se présente comme la mère patrie des «cinq races», c'est-à-dire des Chinois han (très majoritaires à 91,6 %), des Mongols, des Mandchous (pratiquement disparus), des Musulmans (les Ouïgours et les peuples turco-mongols) et des Tibétains.
2 Les dispositions juridiques en matière de protection linguistique
Afin de résumer la situation au point de vue juridique en Chine, trois documents seront retenus: la Constitution de 1982, la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales de la République populaire de Chine de 2001 et la Loi sur l'autonomie des régions ethniques du 31 mai 1984.
2.1 Les dispositions constitutionnelles
La Constitution du 4 décembre 1982 semble avoir fait évoluer le système chinois vers un élargissement des droits linguistiques à l'égard des groupes minoritaires, du moins théoriquement. Cette constitution, la quatrième du régime, a été modifiée à quelques reprises, soit en 1988, 1993, 1999 et 2004; elle compte plusieurs articles portant sur la langue des minorités nationales.
Selon les données du gouvernement chinois, il existait à la fin de l'année 1998 quelque 155 régions d'autonomie ethnique, dont cinq régions autonomes à l'échelon provincial, 30 départements autonomes, 120 districts (ou bannières) autonomes, sans compter les 1256 cantons ethniques. Parmi les 55 ethnies minoritaires du pays, 44 ont créé leurs propres organismes d'administration autonome. Les minorités qui exercent l'autonomie régionale représenteraient 75 % de la population totale des ethnies minoritaires. La superficie des régions d'administration autonome ethnique occuperait 64 % de la superficie globale du pays. Le nombre et la répartition de ces régions correspondraient pour l'essentiel à la répartition et à la composition des ethnies en Chine.
L'article 4 de la Constitution proclame que «toutes les nationalités de la République populaire de Chine sont égales en droits» et que «l'État protège les droits et les intérêts légitimes de toutes les minorités nationales». De plus, il est interdit de pratiquer de la discrimination à l'égard des minorités. Dans le même article, l'article 4 de la Constitution reconnaît le droit aux minorités de conserver et d'enrichir leur langue:
L'une des parties du premier paragraphe est importante, car elle peut servir à limiter ou à supprimer les droits accordés: «Tout acte visant à saper l'unité nationale et établir un séparatisme ethnique est proscrit.»
L'article 119 précise que les organismes d'autonomie des régions ethniques autonomes administrent librement l'éducation, les sciences, la culture, etc., et protègent et collectent le patrimoine culturel ethnique, développent et font rayonner la culture des nationalités:
L'article 120 énonce que les organismes autonomes des régions ethniques peuvent disposer de leur propres forces de sécurité:
Les organismes autonomes des régions ethniques autonomes peuvent, en respectant le système militaire national et les besoins locaux, après approbation du Conseil des affaires d'État, organiser des forces de sécurité publique pour garantir l'ordre social.
Dans les régions où habitent les minorités, celles-ci peuvent utiliser leurs langues et leurs écritures:
En vertu de l'article 122 de la Constitution, l'État chinois entend former des cadres du personnel spécialisé et des techniciens qualifiés à l'intention des régions ethniques autonomes:
1) L'État accorde de l'aide financière, matérielle et technique aux nationalités minoritaires afin d'accélérer leur développement économique et culturel.
2) L'État aide les régions ethniques autonomes à former parmi les ethnies locales un grand nombre de cadres à tous les niveaux, du personnel spécialisé et des techniciens qualifiés de professions différentes.
De plus, l'article 134 de la même Constitution prévoit que «les citoyens des différentes les nationalités du pays ont le droit d'utiliser leur propre langue parlée et écrite au cours des procès»:
Soulignons aussi l'article 12 de la Loi sur l'éducation de 1995, qui énonce clairement que le chinois demeure obligatoire:
Enfin, la République populaire de Chine a signé, le 2 mars 1992, la Convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989. L'article 30 énonce:
La Chine est ainsi obligée de s'assurer que les minorités nationales bénéficient de la protection concernant les «minorités ethniques, religieuses ou linguistiques». La Chine semble aller plus loin, car l'Assemblée populaire nationale a adopté, le 3 avril 1992, la Loi relative aux délégués de l'Assemblée populaire nationale et des assemblées populaires locales, dont l'article 38 énonce que les délégués des minorités doivent recevoir de l'aide dans leur langue:
Dans l'exercice de leurs fonctions, les délégués des minorités nationales devront recevoir l'aide nécessaire et les services concernés devront dûment tenir compte de leurs langues et coutumes respectives.
- La langue commune
Comme dans bien d'autres pays, les minorités ont le droit de connaître la langue officielle commune. L'article 19 de la Constitution prévoit que «l'État généralise l'usage de la langue commune (putonghua)»:
1) L'État développe l'éducation socialiste pour élever le niveau scientifique et culturel du peuple tout entier.
2) L'État fonde des établissements d'enseignement de tout genre, généralise l'enseignement primaire obligatoire, développe l'enseignement secondaire, professionnel et supérieur, et promeut l'enseignement préscolaire.
3) L'État développe divers moyens d'enseignement destinés à éliminer l'analphabétisme et à donner aux ouvriers, aux paysans, aux fonctionnaires de l'État et aux autres travailleurs une formation politique, culturelle, scientifique, technique et professionnelle; il apporte son soutien à ceux qui s'instruisent par eux-mêmes.
4) L'État encourage les organisations économiques collectives, les organisations professionnelles des entreprises et institutions de l'État, ainsi que d'autres forces de la société à se livrer, dans le respect des lois, à des activités éducatives en tout genre.
5) L'État généralise l'usage de la langue commune (putonghua).
- Entre le rêve et la réalité
Cependant, l'«autonomie régionale ethnique» doit se soumettre à l'autorité de l'État central, car toutes les régions d'autonomie ethnique font partie intégrante de la République populaire de Chine. En ce sens, les organismes d'administration autonome des régions ethniques constituent des administrations locales sous la direction du gouvernement central. La Loi sur l'autonomie des régions ethniques, promulguée en 1984, énonce de façon systématique les droits et obligations des régions d'autonomie ethnique dans les domaines politique, économique et culturel. Cependant, cette loi n'a jamais été sérieusement mise en oeuvre. Le gouvernement central est la seule clef du pouvoir communiste et contredit en quelque sorte l'autonomie régionale. L'autonomie régionale accordée aux minorités n'a rien à voir avec l'autonomie dont jouissent, par exemple, les habitants des Länder allemands, des Communautés autonomes espagnoles, des Régions autonomes d'Italie, des provinces canadiennes, des États indiens, américains ou sud-africains. En Chine, il s'agit d'une autonomie apparente, factice, destinée à assurer une sorte de camouflage. C'est qu'il existe un écart énorme entre l'autonomie théorique accordée dans les textes et l'autonomie réelle, revue à la baisse, consentie par Pékin.
2.2 La Loi sur la langue et l'écriture communes nationales de 2001
Ajoutons aussi les dispositions les dispositions prévues dans la Loi sur la langue et l'écriture communes nationales de 2001. Tout groupe ethnique a la liberté d'utiliser et de développer sa langue et son écriture, c'est-à-dire de recourir aux dispositions prévues dans la Constitution et la Loi sur l'autonomie des régions ethniques ou d'autres lois. Autrement dit, dans les régions, préfectures, comtés ou districts autonomes à forte concentration ethnique, la langue et l'écriture communes nationales peuvent être utilisées de concert avec les langues et écritures locales. L'article 8 de laLoi sur la langue et l'écriture communes nationales consacre deux paragraphes à ce sujet:
1) Tout groupe ethnique possède la liberté d'utiliser et de développer sa propre langue et sa propre écriture.
2) L'utilisation des langues et écritures des minorités ethniques s'appuie sur les stipulations en la matière qui sont inscrites dans la Constitution, dans la Loi sur l'autonomie des régions ethniques et dans d'autres textes législatifs.
2.3 La Loi sur l'autonomie des régions ethniques de 1984
Il n'y pas que la Constitution chinoise qui traite des minorités, il faut compter également sur les règlements et certains autres textes législatifs. Le document le plus important est la Loi sur l'autonomie des régions ethniques. Cette loi a été adoptée le 31 mai 1984, lors de la deuxième session de la VIe Assemblée populaire nationale, et elle est entrée en vigueur le 1er octobre de la même année. Elle est divisée en sept chapitres et compte 67 articles. C'est la loi chinoise la plus importante qui garantit de façon concrète l'exercice de l'autonomie des régions abritant des minorités nationales.
Les articles 1 à 18 traitent de l'organisation des régions autonomes. En vertu de l'article 2 de la Loi sur l'autonomie des régions ethniques, l'autonomie régionale s'applique aux régions où s'agglomère la population de chaque minorité nationale; une zone d'autonomie nationale peut être une région autonome, un département autonome ou un district autonome; toutes les zones d'autonomie nationale font partie intégrante de la République populaire de Chine. Les organismes supérieurs de l'État et les institutions des régions autonomes sauvegardent et développent les rapports des nationalités socialistes dans l'égalité, la solidarité et l'assistance mutuelle (art. 9). Le mépris ou l'oppression d'une nationalité quelconque, la suppression de la solidarité des nationalités et la désunion des nationalités sont strictement interdites.
L'article 10 de la Loi sur l'autonomie des régions ethniquesprécise que les organismes des régions autonomes doivent protéger leurs nationalités et développer la langue propre à chacune d'elles:
La création d'une région autonome et la définition de ses frontières ainsi que son appellation doivent résulter de la discussion et de la négociation entre les organismes supérieurs de l'État, les organismes locaux de l'État et les représentants des nationalités intéressées. Conformément à la loi, un rapport est soumis pour obtenir ensuite l'autorisation (art. 14). De nombreux articles traitent de l'administration de ces régions.
2.4 Les autres textes législatifs
En outre, le droit d'utiliser les langues et les écrits est garanti, pour les différentes nationalités, par des dispositions dans un certain nombre de lois telles que la Loi organique des tribunaux du peuple (art. 6), le Code de procédure pénale (art. 6), la Loi électorale du Congrès national du peuple et du Congrès local du peuple (art. 20), le Code de procédure civile (art. 9), la Loi organique du Congrès national du peuple (art. 19), le Règlement de la République populaire de Chine sur les cartes d'identité du résident (art. 3), la Loi sur l'éducation obligatoire de la République populaire de Chine (art. 6), etc.
3 Les langues en matière de justice
Les citoyens de toutes les minorités de Chine ont le droit d'utiliser leur langue maternelle écrite et parlée dans la procédure judiciaire. Les tribunaux et les procureurs du peuple doivent fournir, à toutes les parties en cause qui ne connaissent pas la ou les langues couramment utilisées dans la localité, des services de traduction. Les article 46 et 47 de la Loi sur l'autonomie des régions ethniques traitent de la langue des tribunaux. Le paragraphe 3 de l'article 46 oblige la Cour du peuple et du parquet à avoir du personnel appartenant à des minorités nationales:
3) Parmi les dirigeants et les fonctionnaires de la Cour du peuple et du Parquet du peuple d'une région autonome, il faut prévoir des personnes des minorités nationales de la région autonome.
Afin de protéger le droit des minorités nationales d'utiliser leur langue, les cours de justice doivent employer la langue commune de la région. Au besoin, il est possible de traduire des textes de lois en une ou plusieurs langues utilisées dans les régions autonomes (art. 47, Loi sur l'autonomie des régions ethniques):
Dans une région peuplée par une minorité nationale, les auditions devant les tribunaux se déroulent dans la ou les langues couramment utilisées dans la localité concernée; les actes d'accusation, les jugements, les avis et autres documents doivent être rédigés, selon les besoins, dans cette langue. Les tribunaux et les procureurs du peuple doivent fournir des services de traduction à toutes les parties en cause, qui ne connaissent pas la langue couramment utilisée dans la localité. Dans une région peuplée par une minorité nationale formant une communauté concentrée ou par un certain nombre de nationalités, les auditions devant les tribunaux doivent se poursuivre dans la langue couramment utilisée dans la localité; les actes d'accusation, les jugements, les avis et autres documents doivent être rédigés, selon les besoins, dans la langue normalement utilisée dans la localité concernée.
Dans la pratique, c'est généralement autre chose. Théoriquement, tous les membres des minorités nationales bénéficient de tous les droits prévus par la loi, mais la connaissance des autres langues n'est pas nécessaire pour les juges et les employés de l'État. Le recours à un interprète demeure incontournable lorsque le justiciable ignore le chinois.
4 Les langues dans l'Administration publique
Bien que le putonghua soit la langue officielle de l'État, les membres des minorités nationales ont le droit en principe d'utiliser leur langue maternelle s'ils résident dans une localité où cette langue est reconnue. L'article 21 de la Loi sur l'autonomie des régions ethniques reconnaît ce droit:
Il est précisé également que la langue de travail doit être celle de la nationalité autonome de la région (art. 21). Selon l'article 49 de la Loi sur l'autonomie des régions ethniques, les fonctionnaires chinois doivent même apprendre la langue des minorités en plus du potunghua:
Il est prévu que les fonctionnaires d'État des régions ou districts autonomes doivent recevoir une prime s'ils peuvent employer couramment plus de deux langues et écritures utilisées dans leur région. Cependant, cette partie de la loi demeure rarement appliquée. Dans les faits, très peu de cadres chinois apprennent une langue locale non chinoise, car tous comptent sur la collaboration d'administrateurs locaux sinisés, ce qui explique en partie pourquoi les Chinois han ne comprennent jamais rien au mécontentement ou aux récriminations des minorités.
Bien que la fonction de président d'une région autonome d'un département autonome ou d'un district autonome doit être assurée par des citoyens de ces localités (art. 17), rien ne garantit que ce soit fait par l'un des membres d'une minorité puisqu'il suffit de résider dans les localités concernées; or, tout Han peut se porter candidat à cette fonction. Dans la plupart des cas, ce sont les Han qui accaparent tous les postes importants, abandonnant ainsi aux membres des minorités nationales les postes subalternes.
Toutefois, lors du recrutement des cadres ou des ouvriers dans les entreprises ou dans les établissements d'une région autonome, les membres des minorités nationales sont, en principe, choisies en priorité (art. 23, Loi sur l'autonomie des régions ethniques):
Néanmoins, il demeure facile d'écarter des candidats autochtones sous prétexte qu'ils ne sont pas suffisamment formés ou qu'ils connaissent mal le chinois standard. Dans l'ensemble, les langues (parlées et écrites) des différentes minorités sont plus couramment utilisées dans les préfectures et les cantons autonomes que dans les provinces et les régions autonomes. De façon générale, ces langues sont davantage en usage dans les zones rurales que dans les centres urbains, et elles ne sont jamais employées au sein du gouvernement central. Même l'administration locale d'une région autonome peine à utiliser une langue autochtone dans une ville moindrement importante. Même lorsque des langues minoritaires sont parlées par une population nombreuse (le tibétain au Tibet, le mongol en Mongolie intérieure, le zhuang au Guangxi, le ouïgour au Xinjiang), il n'est pas certain qu'elles soient utilisées dans les villes. Encore là, il faut que les services gouvernementaux locaux soient offerts dans les petites localités ou dans les villages, sinon le chinois prendra toute la place.
On peut résumer ainsi les langues minoritaires employées théoriquement dans les bureaux de l'Administration:
1) Au gouvernement central (rarement):
Écrit: mongol, tibétain, ouïgour, kazakh, coréen, zhuang et yi;
Oral: mongol, tibétain, ouïgour, kazakh et yi.
2) Dans les provinces et régions autonomes (plus ou moins régulièrement):
Écrit: ouïgour, kazakh, mongol, tibétain, kirghiz, xibe et yi;
Oral: tibétain, ouïgour, kazakh, mongol, kirghiz, etc. Ces langues écrites et parlées sont aussi celles en usage dans les préfectures autonomes et les comtés autonomes habités par chaque nationalité;
3) Dans les préfectures et cantons autonomes (régulièrement):
Oral: ouïgour, kazakh, mongol, tibétain, kirghiz, xibe, yi, xishuangbanna dai, dehong dai, jingpo, zaiwa, lisu, lahu et va.
Il faut surtout retenir, répétons-le, que les langues des minorités sont davantage employées dans les petites unités administratives (préfectures et comtés ou cantons) que dans les grandes (provinces et régions autonomes). Soulignons que, même au Tibet ainsi qu'on Mongolie intérieur et dans le Xinjiang, les fonctionnaires chinois doivent en principe apprendre à lire et à écrire le tibétain, le mongol ou le ouïgour, voire à restreindre leurs privilèges. Dans les faits, ce n'est pas le cas puisque les Chinois imposent leur langue dans toutes les grandes villes aux dépens de toutes les langues minoritaires.
D'après des informations provenant de l'ambassade de Chine en France, le nombre de cadres des minorités ethniques, depuis les 40 dernières années, serait passé de 10 000 (en 1950) à plus de 2,3 millions actuellement. Ces cadres travailleraient dans les organismes du Parti communiste chinois (PCC) et de l’Administration publique, de même que dans les domaines économique, scientifique, technique, culturel, pédagogique, sans oublier la santé. Les principaux postes de direction des 156 autorités autonomes locales seraient occupés par des cadres de minorités ethniques. Parmi les dirigeants provinciaux et des ministères, 24 seraient membres de minorités ethniques. Au Tibet, selon les autorités chinoises, plus de 70 % des cadres seraient des Tibétains ou des membres d’autres minorités ethniques. Dans la Région autonome du Xinjiang-Ouïgour, plus de 270 000 fonctionnaires, soit 48,1 % du total, appartiendraient aux groupes minoritaires. Dans la Région autonome de la Mongolie intérieure, où les minorités représentent 19,3 % de la population, 23 % des fonctionnaires locaux appartiendraient à des minorités; la proportion serait de 51 % au niveau régional, de 50 % dans les administrations et de 50,77 % au Congrès régional du peuple.
En réalité, les membres des minorités nationales occupent plus souvent qu'autrement des postes administratifs symboliques ou subalternes, et très peu de postes impliquant un réel pouvoir. Et, lorsqu'ils occupent un poste de pouvoir, c'est parce qu'ils sont complètement sinisés et peuvent jusqu'à ignorer leur langue maternelle. Autrement dit, le bilinguisme officiel en vigueur dans les régions autonomes telles que la Mongolie intérieure (mongol-chinois), le Guangxi (zhuang-chinois), le Tibet (tibétain-chinois) et le Xinjiang (ouïgour-chinois) n'est qu'une façade commode pour camoufler l'unilinguisme chinois généralement en usage. Seul le personnel local autochtone peut répondre aux administrés dans leur langue maternelle. Lorsqu'un Chinois est bilingue, il parle l'anglais, pas une langue qu'il considère comme «barbare». Il arrive même que des fonctionnaires membres d'une minorité nationale soient tellement sinisés qu'ils s'expriment difficilement dans leur langue d'origine.
5 Les langues en éducation
Pour tous les Han, le putonghua est obligatoire dans tous les établissements d'enseignement du pays. Pour les minorités nationales, l'État a promulgué plusieurs lois et décrets, comme la Loi sur l'éducation obligatoire, la Loi touchant relatives aux enseignants, les Règlements sur les cours par correspondance dans l'enseignement supérieur, les Règlements pour aider à résoudre le problème de l'analphabétisme, etc., sans oublier la Loi sur l'autonomie des régions ethniques.
5.1 Les droits reconnus
Conformément à l'article 36 de la Loi sur l'autonomie des régions ethniques, les organismes autonomes peuvent décider de la langue enseignée dans les écoles de leur région ou district:
En 1992, le Conseil d'État a promulgué un programme pour la réforme et le développement de l'enseignement en Chine. L'article 25 des Directives sur l'application de la loi relative à l'enseignement obligatoire (avril 1992) confirmait l'autonomie des organismes administratifs autonomes:
Les zones autonomes assureront l'enseignement obligatoire conformément à la loi relative à l'enseignement obligatoire et à d'autres dispositions législatives. Les équipements, les structures, les moyens pédagogiques, les programmes du système d'enseignement obligatoire, ainsi que la langue d'enseignement, seront déterminés par les organismes administratifs autonomes, dans le cadre de la législation pertinente.
Cependant, c'est une arme à deux tranchants, qui peut laisser place à l'interprétation dans la mesure où les organismes administratifs sont généralement contrôlés par les Han. Or, ceux-ci peuvent non seulement décider du choix de la langue d'enseignement, mais aussi de l'importance accordée à celle-ci.
Toutes les écoles primaires et secondaires sont, d'après la loi, aux frais de l'État chinois. C'est le troisième paragraphe de l'article 37 de la Loi sur l'autonomie des régions ethniques, qui semble le plus révélateur de la politique du gouvernement à ce sujet:
La politique linguistique prévoit que la langue d'enseignement est celle de la minorité nationale. Cependant, le chinois officiel est obligatoire à partir du primaire (la quatrième année) ainsi que durant tout le secondaire. La Loi sur l'autonomie des régions ethniques n'en dit pas plus, mais elle témoigne d'une certaine ouverture (théorique) accordée aux minorités nationales. Cela dit, la politique linguistique appliquée en éducation en est une au mieux d'enseignement bilingue, un peu comme on le conçoit, par exemple, aux États-Unis.
L'article 11 des Directives sur l'application de la loi relative à l'enseignement obligatoire (avril 1992) énonçait quelques grands principes:
Il faudra veiller en priorité à favoriser l'éducation des minorités. Le Gouvernement central et les administrations locales devront progressivement augmenter les crédits en faveur des étudiants appartenant à des minorités. Des politiques et des mesures préférentielles devront être introduites en faveur des régions où vivent des minorités en butte à des difficultés particulières. Un certain pourcentage des subventions de l'État et des fonds affectés à la lutte contre la pauvreté devra être consacré à l'éducation des membres des minorités. Les diplômés de l'enseignement supérieur et secondaire qui se porteront volontaires pour travailler dans des régions reculées devront bénéficier d'un traitement préférentiel. Il faudra activement encourager les provinces et municipalités de l'intérieur à fournir une assistance de communauté à communauté aux zones où vivent des minorités. Ces zones devront, quant à elles, étudier les moyens d'adapter leur système éducatif aux conditions locales.
5.2 Les pratiques réelles
Il est difficile d'apporter des chiffres précis en matière de fréquentation scolaire et de langue maternelle employée. Au début des années quatre-vingt-dix, soit six ans après l'adoption de la Loi sur l'autonomie des régions ethniques, on a dénombré près de 14 millions d'élèves issus des minorités dans les différentes écoles, ce qui représentait environ 10 % de l'effectif total de la Chine. Il faut se souvenir que 80 % des enfants étaient analphabètes en 1949. En 1998, le nombre des élèves minoritaires atteignait 18 millions, alors que le nombre des enseignants était de 888 400, soit 35 fois plus qu'en 1949. De plus, aujourd'hui, 98 % des enfants fréquent l'école primaire. On trouve des écoles dispensant un enseignement dans une langue minoritaire dans 241 comtés autonomes pour 90 704 écoles primaires, 11 486 écoles secondaires et 92 établissements d'études supérieures. Malgré les droits acquis, les nombreuses langues des minorités ne sont pas utilisées de façon égale. En effet, l'enchevêtrement des nationalités dans les régions, préfectures, comtés et districts autonomes fait en sorte que la loi ne peut s'appliquer selon une répartition équitable.
- Les disparités régionales
Ainsi, on constate que les minorités vivant dans le nord de la Chine utilisent davantage leur langue maternelle dans les écoles primaires que les minorités vivant dans le Sud. Les régions ou provinces les plus privilégiées du point de vue de l'accès à l'école dans la langue maternelle des élèves sont les suivantes: la Mongolie intérieure, le Ningxia, le Xinjiang (Ouïgour), le Guangxi, le Tibet et des districts du Guizhou, du Yunnan et du Gansu. De fait, les minorités suivantes utilisent leur idiome comme langue d'enseignement et le putonghua comme matière d'enseignement: Mongols, Tibétains, Ouïgours, Kazakhs, Coréens, etc. Encore là, il faut apporter des réserves. L'un des problèmes provient du fait que, malgré la législation en vigueur, l’école obligatoire n'est pas gratuite. En raison de la grande pauvreté des familles issues des nationalités, la plupart des filles ne peuvent fréquenter l'école, alors que la priorité est accordée aux garçons. De plus, beaucoup de garçons délaissent l'école avant d'arriver au secondaire: ils occuperont des emplois peu rémunérés toute leur vie.
Certaines administrations régionales ont néanmoins accordé une priorité à l'instruction dans les langues minoritaires pour les écoles destinées à l'agriculture et à l'élevage des moutons et autres animaux de bergerie. Des manuels ont été traduits dans les langues minoritaires, disponibles seulement dans le réseau du primaire. De plus, les écoles chinoises reçoivent un financement gouvernemental considérablement plus élevé que les écoles des minorités ethniques. Mentionnons aussi que le gouvernement chinois fait en sorte que les jeunes les plus doués poursuivent leur scolarité loin de leur région natale, à l'extérieur de leur milieu familial, dans le but de leur inculquer une éducation en chinois plus conforme aux dogmes du Parti communiste chinois.
- Les langues enseignées
Les principales langues enseignées dans les écoles primaires et secondaires sont en principe le mongol, le ouïgour, le coréen, le tibétain, le kazakh et le kirghiz. Les langues écrites partiellement employées au primaire et au secondaire demeurent le jingpo, le xibe, le yi sichuannais et le zhuang. Quant aux langues écrites partiellement utilisées dans les écoles primaires, ce sont le buyei, le xishuangbanna dai, le dehong dai, le dong, le hani, le lahu, le lisu nouveau et le vieux lisu, le xiangxi miao, le qiandong miao, le chuanqlandian miao, le naxi, le va et le zaiwa.
La langue et l'écriture de certaines minorités, comme le miao, le hani, le naxi, le va, etc., ne sont utilisées que dans les trois ou quatre premières années du primaire. Le putonghua est principalement utilisé dans les écoles par les minorités qui ne possèdent pas leur propre écriture ou dont l'écriture n'est pas encore très répandue. Il en est ainsi pour tous les peuples minoritaires du Sud (sauf pour les Tibétains), qui emploient presque tous le putonghua comme principale langue d'enseignement, alors que les langues maternelles sont utilisées comme un moyen supplémentaire dans l'enseignement oral. La situation la plus fréquente est celle-ci: les élèves apprennent principalement leur langue maternelle dans les trois premières classes du primaire, puis passent progressivement au putonghua avant de délaisser complètement la langue maternelle. C'est, à l'exemple des États-Unis, le système généralisé de l'enseignement bilingue destiné aux petites minorités nationales.
- La pénurie du personnel enseignant
Dans les cas des nationalités dispersées dans différentes provinces et régions, des programmes d'échanges d'étudiants ont été organisés afin d'aider à remédier aux problèmes liés à la pénurie des enseignants aptes à enseigner dans la langue des minorités. Le ministère de l'Éducation prépare du matériel didactique dans la langue des minorités. Le gouvernement tend de plus en plus à populariser l'enseignement dans la langue parlée et écrite des minorités, et particulièrement l'enseignement bilingue un peu selon le modèle américain, ce qui a amené un développement considérable de l'éducation chez les minorités.
Même si la Constitution et la loi reconnaissent l'usage des langues nationales dans les régions et préfectures autonomes, il reste que près de la moitié des langues des minorités nationales ne sont pas enseignées. Ces langues minoritaires sont pratiquement exclues du système scolaire parce qu'elles ne seraient pas encore dotées d'écriture ou parce qu'il manque d'élèves, ou pour toutes sortes d'autres raisons qui ne changent rien à la réalité. Certains groupes minoritaires reprochent au gouvernement de les alphabétiser en pinyin dans le but de leur faire apprendre le putonghua.
5.3 L'analphabétisme
Enfin, il faut mentionner le problème de l'analphabétisme en Chine, un problème chronique, malgré les prétentions des autorités centrales. Selon les statistiques publiées par le ministère de l'Éducation, près de 10 % des analphabètes du monde sont des Chinois. Quatre-vingt-dix pour cent d'entre eux vivent dans des régions rurales, dont 50 % dans les régions de l'Ouest et du Nord, là où sont concentrées la plupart des minorités nationales; de plus, 70 % des analphabètes du pays sont des femmes. Le taux d'analphabétisme chez les adultes s'est tout de même amélioré, car il est passé de 22,2 % en 1992 à 8,7 % en 2002. Mais la Chine compte encore 85 millions d'analphabètes, dont 20 millions de personnes âgées entre 15 et 50 ans. Ainsi, ce sont surtout les régions rurales qui souffrent le plus de l'analphabétisme, ce qui concerne presque toutes les minorités nationales, notamment les filles et les femmes. La Chine connaît une sorte de déscolarisation des filles depuis que la décentralisation administrative du système scolaire a entraîné une hausse des frais de scolarité et des frais de service. Les familles des nationalités, qui ont le droit d'avoir deux enfants, scolarisent les garçons aux dépens des filles. En réalité, 20 % à 25 % des membres des minorités nationales habitant dans les campagnes seraient analphabètes.
Les données du recensement de 2000 révèlent que les minorités nationales, prises dans leur ensemble, souffrent généralement d'un niveau d'analphabétisme supérieur à la moyenne nationale. En même temps, dans une province donnée ou une région autonome particulière, il ne semble pas y avoir des correspondances systématiques entre la proportion des analphabètes et la présence des nationalités. Ainsi, dans la province du Jilin, le taux d'analphabétisme est de 7 % chez les Coréens, mais de 15 % chez les Hans. Dans le Ningxia, le taux d'analphabétisme est de 26 % pour les Han, mais de 50 % pour les Hui, contre 7,5 % pour l'ensemble de la Chine (mais 21 % pour les femmes). La Chine compte chaque année environ 500 000 nouveaux analphabètes, surtout en raison de la pénurie des écoles primaires dans plus de 200 districts et du décrochage scolaire à la fin du primaire. En somme, la Chine a encore beaucoup de travail à faire avant d'atteindre l'égalité entre ses citoyens. Les disparités sont encore énormes entre les Hans et les minorités, les urbains et les ruraux, les hommes et les femmes.
5.4 L'enseignement supérieur
Pour ce qui a trait à l'enseignement supérieur, le gouvernement a créé une douzaine d'universités à l'intention des minorités (environ 50 000 étudiants), le tout réparti dans 11 provinces, municipalités et régions autonomes. D'après le gouvernement chinois, plus d'une centaine d'établissements d'enseignement supérieur ont été ouverts depuis 1950 dans les régions où vivent des minorités nationales. De nombreux collèges et universités offrent un programme préparatoire ou spécial aux étudiants appartenant aux minorités ethniques.
Ces universités n'acceptent que des candidats issus des minorités ethniques et offrent des programmes spéciaux correspondant aux besoins des régions ou districts ethniques. La mission principale de ces universités est surtout de former des cadres et des enseignants «ethniques» destinés aux divers établissements, institutions et entreprises régionales. La plupart des cours sont dispensés en chinois standard ou en anglais, sauf pour les cours de langue et de pédagogie liés à un groupe spécifique. Les spécialités concernent surtout les secteurs de l'agriculture et de l'élevage, parfois la médecine et la médecine vétérinaire.
Dans la Région autonome ouïgoure du Xinjiang, l’utilisation des langues minoritaires (ouïgour, kazakh, etc.) a été bannie de toutes les universités depuis 2002; dorénavant, seuls le chinois et l'anglais sont admis comme langues d'enseignement. Il n'existe que deux universités coraniques dans le Xinjiang (à Urumqi et à Kashgar), qui scolarisent en arabe quelques centaines d'étudiants triés sur le volet.
6 Les langues dans les médias
Les membres des minorités nationales bénéficient du soutien de l'État dans le domaine de l'accès aux médias dans leur langue. Dans la Loi sur l'autonomie des régions ethniques, l'article 38 prévoit que les institutions autonomes doivent développer la radio et la télévision à l'intention des minorités:
6.1 La presse écrite
Les minorité disposent en principe de journaux et magazines publiés en mongol, en tibétain, en ouïgour, en kazakh, en coréen, en zhuang, en yi, en kirghiz, en xibé, en xishuangbanna dai, en dehong dai, en jingpo, en zaiwa, en lisu, en miao, en naxi, en lahu, en monguor, etc. Les langues écrites dans lesquelles paraissent les différents quotidiens sont le mongol, le tibétain, l'ouïgour, le kazakh, le coréen, le yi, etc. Pour les magazines, mentionnons le mongol, le tibétain, l'ouïgour, le kazakh, le coréen, le xishuangbanna dai, le dehong dai, le kirghiz, le xibé, le zhuang, le jingpo, le zaiwa, le lisu, le miao, etc. Les langues écrites employées dans les journaux mensuels, hebdomadaires ou ceux de parution irrégulière sont le mongol, kazakh, lahu, lisu, naxi et le monguor.
Il est vrai que toutes ces langues peuvent être employées dans la presse, mais il faut comprendre que ces mêmes langues n'occupent qu'un très faible tirage qui ne se compare aucunement avec la presse sinophone. De plus, la plupart des quotidiens dans les régions autonomes sont en chinois, non en tibétain, en ouïgour, en zhuang, en mongol, etc. Depuis les années quatre-vingt, la politique linguistique chinoise à l'égard des médias a eu pour effet d'entraîner le déclin du nombre des journaux écrits dans toutes les langues minoritaires. Aujourd'hui, la plupart des journaux publiés dans les langues minoritaires sont des traductions des éditions chinoises, sauf les journaux très locaux à faible diffusion. Dans les journaux de grande diffusion, on trouve généralement des traductions littérales diffusant une sorte de «langue de bois gouvernementale» sinisée souvent éloignée de la langue en usage par les nationalités. Ces journaux encouragent même la substitution de termes existants dans les langues nationales par des mots chinois. C'est en ce sens qu'on parle de sinisation de la langue des nationalités.
6.2 La presse électronique
Les stations radiophoniques centrales diffusent quotidiennement des programmes de deux heures ou plus dans chacune de ces langues: le mongol, le tibétain, l'ouïgour, le kazakh et le coréen, etc. Dans les préfectures et districts autonomes, plusieurs stations radiophoniques diffusent partiellement des programmes dans la langue des minorités. Dans les régions autonomes, des stations diffusent en mongol (Mongolie intérieure), en ouïgour au Xinjiang (Ouïgour), en tibétain (Tibet). Dans la région autonome du Guangxi et dans les provinces du Yunnan, du Sichuan et d'autres, on diffuse des programmes en kazakh, xibé, kirghiz, zhuang, dai, jingpo, zaiwa, hani, lisu, lahu, yi, miao, etc.
Dans le cas de la télévision, le putonghua est diffusé dans toutes les stations de télévision en Chine. La plupart des stations qui diffusent des programmes dans une langue minoritaire offrent une programmation bilingue. Les langues les plus utilisées, en raison de quelques heures par mois, sont le mongol, le tibétain, l'ouïgour, le kazakh, le kirghiz, le coréen et le dai. Soulignons que la majorité des auditeurs possibles dans les langues minoritaires vivent dans les zones rurales ou désertiques et ils ne peuvent capter les ondes des émetteurs. De toute façon, on peut se demander avec quel argent ils pourraient bien se procurer le matériel électronique nécessaire.
Enfin, la Chine contrôle étroitement le réseau Internet. Les internautes chinois ont accès à une version «allégée» de la Toile avec des sites censurés, notamment les sites d'information, ceux appartenant à des organisations de défense des droits de l'Homme et tous ceux jugés «subversifs» par les autorités centrales. Or, tout ce qui n'est pas conforme aux dogmes communistes est considéré comme subversif, surtout lorsqu'il est question de revendiquer des droits de la part d'une minorité.
7 Les systèmes d'écriture pour les minorités
Le gouvernement a depuis longtemps développé une politique concernant l'utilisation de l'écriture chez les minorités nationales. La République populaire de Chine entend favoriser la création d'une langue écrite chez toutes les minorités qui n'en possèdent pas et qui en ont besoin. Lors du Symposium de Pékin (Beijing) de décembre 1955 portant sur les langues parlées et écrites des minorités, il a été décidé de fournir une aide aux membres des minorités qui auraient besoin d'un système d'écriture pour leur langue. Dans l'ensemble, 14 systèmes d'écriture basés sur l'alphabet latin ont pris naissance au profit de douze minorités, et cinq systèmes d'écriture ont été développés pour quatre minorités. Aujourd'hui, il existe probablement plus d'une trentaine d'écritures propres aux nationalités.
Les langues minoritaires écrites sont utilisées uniquement par des populations nombreuses, ce qui exclut les petites minorités. Celles qui comptent un nombre important de locuteurs (p. ex., plus de 100 000) sont utilisées dans l'administration provinciale ou au sein du gouvernement central dans les régions où sont concentrées certaines minorités. Les écritures qui réunissent un nombre plus restreint de locuteurs sont le plus souvent employées dans les préfectures et les comtés ou cantons autonomes. Les alphabets tibétain, mongol, kazakh, coréen et zhuang sont les plus courants; ils sont même utilisés à l'échelle nationale, car il existe des bureaux de traduction et de publication au gouvernement central pour le traitement de ces langues.
L'État chinois pratique une politique linguistique apparemment assez libérale à l'égard de ses minorités nationales. Mais la législation chinoise est trompeuse, car elle correspond davantage à une façade juridique destinée à maquiller les pratiques réelles. Dans ce pays, il n'y a pas beaucoup de place pour ceux qui refusent de se mouler dans le conformisme chinois: c'est l'assimilation ou la sinisation tant linguistique que culturelle des uns (Miao, Zhouan, etc.) et la colonisation massive des autres (Mongols, Tibétains, Mandchous, etc.). Les petites minorités qui se tiennent tranquilles peuvent vivre sans crainte d'être inquiétées, mais il n'en est pas toujours ainsi au Tibet, en Mongolie intérieure et dans le Xinjiang (Ouïgour). La politique chinoise semble avoir moins réussi chez les Tibétains et les Ouïgours qui ont développé une forte résistance à l'égard de Pékin. Ces peuples se montrent particulièrement peu assimilables et font preuve d'une obstination et d'une ténacité qui étonnent les dirigeants chinois après 2000 ans de domination, de répression, de déportations et de purges. De façon générale, les minorités nationales de Chine réclament un élargissement de leurs droits pendant que les revendications autonomistes se développent, notamment chez les Tibétains et les Ouïgours. Toutes les minorités nationales, en particulier les Tibétains, sont dans leur pays en résidence surveillée.
Par ailleurs, la politique d'éducation bilingue n'est pas toujours destinée à assurer le maintien des langues locales. Le système chinois prévoit qu'on enseigne d'abord la langue minoritaire, puis le chinois (putonghua) est introduit progressivement jusqu'à ce qu'il devienne l'unique langue d'enseignement. On part du principe (l'intégration) que les non-sinophones doivent finir par s'intégrer à la société chinoise et par maîtriser le putonghua comme langue principale. Autrement dit, dans de nombreux cas, la politique linguistique tend à favoriser l'intégration (c'est-à-dire l'assimilation) plutôt que la conservation. C'est là toute l'ambiguïté de la politique chinoise! Il n'en demeure pas moins que la Chine s'en tire passablement bien par comparaison à certains de ses voisins tels que le Vietnam, le Cambodge, la Birmanie, le Japon, la Corée du Nord, etc.
Par comparaison, on pourrait dire que la Chine a quand même fait un «Grand Bond en avant» en cette matière, mais il reste encore un long chemin à parcourir. La plus grande réussite dans la politique linguistique de la Chine consiste à avoir éliminé presque toutes les revendications de la part des nationalités, sauf dans les régions autonomes du Tibet, du Xinjiang (avec les Ouïgours) et de la Mongolie intérieure. Pour une quarantaine d'autres petits peuples, les seuls attributs nationaux demeurent une langue méprisée et parlée uniquement à la maison, de même qu'un habillement folklorique peu porté et quelques danses locales. On peut ranger dans cette catégorie les Yi, les Bouyei, les Mandchou, les Li, les Lisu, les Va (Wa), les She, les Gaoshan, les Lahu, les Shui, les Naxi et quelque 35 autres peuples de moins de 100 000 locuteurs.
En somme, la Chine moderne ne semble pas avoir réussi à trouver une solution satisfaisante à la question des minorités. Les Han qui administrent les régions éloignées — les zones reculées — ne sont pas toujours le nec plus ultra de la société chinoise. Ce sont souvent des fonctionnaires de second ordre, des soldats et des bagnards, tous attirés par l'argent facile et les primes à l'éloignement. Ils ne font à peu près jamais un quelconque effort d'adaptation et se comportent en colonisateurs conquérants à qui les autochtones doivent obéissance. Rappelons que toute l’histoire de la Chine a consisté à assimiler les «barbares» qui l’environnaient : les Mongols, les Ouïgours, les Kazakhs, les Tibétains, les Miao-Yao, les Zhuang, les Yi, etc. Cette perception des peuples voisins considérés comme de dangereux barbares qu’il faut civiliser constitue une idéologie profondément ancrée dans la conscience chinoise, qui se transmet de génération en génération depuis plusieurs siècles.
La Chine a encore du travail à faire en matière de droits humains. Bien que les politiques linguistiques sur papier aient des objectifs louables de protection, elles cachent aussi une stratégie de contrôle destinée à intégrer de force les nationalités dans la Grande Nation chinoise. Là, il s'agit d'une politique d'assimilation et de sinisation. N'oublions pas que le bilan de la Chine en matière de respect des droits de la personne est presque lamentable. Selon Amnistie internationale, on compte davantage d'exécutions en Chine que dans tous les pays de la planète réunis, sans parler des programmes de rééducation par le travail, du harcèlement et de la persécution observés dans ce pays. Lors de l'obtention des Jeux olympiques de 2008, la Chine s'était engagée à ce que la situation des droits de l'homme s'améliore. Nous sommes encore loin du compte. Pourtant, la législation chinoise contient des dispositions interdisant tout acte enfreignant les droits fondamentaux des minorités ou teintés de discrimination ethnique.
(2) Données démolinguistiques (3) Histoire de la Chine et ses incidences linguistiques (4) La politique linguistique à l'égard du chinois officiel
(5) La politique linguistique à l'égard des minorités nationales
Région autonome du Tibet Région autonome du Ouïgour

References: L'article 4
 l'article 4

L'article 119

L'article 120
 l'article 122
 l'article 134
 l'article 12
 L'article 30
 l'article 38
 L'article 19
 L'article 8
 l'article 2

L'article 10
 l'article 46
 L'article 21
 l'article 49
 l'article 36
 L'article 25
 l'article 37

L'article 11
 l'article 38