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Timestamp: 2020-08-12 01:13:50+00:00

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Instruction sur l'ère de la République et sur la division de l'année
décrétée par la Convention nationale, pour être mise à la suite du décret.
Première Partie. — Des motifs qui ont déterminé le décret
La nation française, opprimée, avilie pendant un grand nombre de siècles par le despotisme le plus insolent, s'est enfin élevée au sentiment de ses droits et de la puissance à laquelle ses destinées l'appellent. Chaque jour, depuis cinq ans, d'une révolution dont les fastes du monde n'offrent point d'exemple, elle s'épure de tout ce qui la souille ou l'entrave dans sa marche, qui doit être aussi majestueuse que rapide. Elle veut que sa régénération soit complète, afin que ses années de liberté et de gloire marquent encore plus par leur durée dans l'histoire des peuples que ses années d'esclavage et d'humiliation dans l'histoire des rois.
Bientôt les arts vont être appelés à de nouveaux progrès par l'uniformité des poids et mesures, dont le type unique et invariable, pris dans la mesure de la terre, fera disparaître la diversité, l'incohérence, l'inexactitude qui ont existé jusqu'à présent dans cette partie de l'industrie nationale.
Les arts et l'histoire, pour qui le temps est un élément nécessaire, demandaient aussi une nouvelle mesure de la durée, dégagée de toutes les erreurs que la crédulité et une routine superstitieuse ont transmises des siècles d'ignorance jusqu'à nous.
C'est cette nouvelle mesure que la Convention nationale présente aujourd'hui au peuple français; elle doit porter à la fois et l'empreinte des lumières de la nation, et le caractère de notre révolution, par son exactitude, sa simplicité, et par son dégagement de toute opinion qui ne serait point avouée par la raison et la philosophie.
§1. — De l'ère de la République
L'ère vulgaire, dont la France s'est servie jusqu'à présent, prit naissance au milieu des troubles précurseurs de la chute prochaine de l'empire romain, et à une époque où la vertu fit quelques efforts pour triompher des faiblesses humaines. Mais, pendant dix-huit siècles, elle n'a presque servi qu'à fixer, dans la durée des progrès du fanatisme, l'avilissement des nations, le triomphe scandaleux de l'orgueil, du vice, de la sottise et les persécutions, les dégoûts qu'essuyèrent la vertu, le talent, la philosophie, sous des despotes cruels ou qui souffraient qu'on le fût en leur nom.
La postérité verrait-elle sur les mêmes tables, gravées tantôt par une main avilie et perfide, tantôt par une main fidèle et libre, les crimes honorés des rois et l'exécration à laquelle ils sont voués aujourd'hui; les fourberies, l'imposture longtemps révérées de quelques hypocrites, et l'opprobre qui poursuit, enfin, ces infâmes et astucieux confidents de la corruption et du brigandage des cours? Non: l'ère vulgaire fut l'ère de la cruauté, du mensonge, de la perfidie et de l'esclavage; elle a fini avec la royauté, source de tous nos maux.
La révolution a retrempé l'âme des Français ; chaque jour, elle les forme aux vertus républicaines. Le temps ouvre un nouveau livre à l'histoire ; et, dans sa marche nouvelle, majestueuse et simple comme l'égalité, il doit graver, d'un burin neuf et pur, les annales de la France régénérée.
Tous les peuples qui ont occupé l'histoire ont choisi dans leurs propres annales l'événement le plus saillant, pour y rapporter tous les autres comme à une époque fixe.
Les Français datent de la fondation de la liberté et de l'égalité.
La révolution française, féconde, énergique dans ses moyens, vaste, sublime dans ses résultats, formera pour l'historien, pour le philosophe, une de ces grandes époques qui sont placées comme autant de fanaux sur la route éternelle des siècles.
§2. — Du commencement de l'ère et de l'année
Le commencement de l'année a parcouru successivement toutes les saisons, tant que sa longueur n'a pas été déterminée sur la connaissance exacte du mouvement de la terre autour du soleil.
Quelques peuples ont fixé le premier jour de leur année aux solstices; d'autres aux équinoxes; plusieurs, au lieu de le fixer sur une époque de saison, ont préféré de prendre dans leurs fastes une époque historique.
La France, jusqu'en 1584, a commencé l'année à Pâques; un roi imbécile et féroce, le même qui ordonna le massacre de la Saint-Barthélémi, Charles IX, fixa le commencement de l'année au 1er janvier, sans autres motifs que suivre l'exemple qui lui était donné. Cette époque ne s'accorde ni avec les saisons, ni avec les signes, ni avec l'histoire du temps.
Le cours des événements nombreux de la révolution française présente une époque frappante et peut-être unique dans l'histoire, par son accord parfait avec les mouvement célestes, les saisons et les traditions anciennes.
Le 21 sept. 1792, les représentants du peuple, réunis en convention nationale, ont ouvert leur session et ont prononcé l'abolition de la royauté. Ce fut le dernier jour de la monarchie. Il doit être le dernier de l'ère vulgaire de l'année.
Le 22 septembre, ce décret fut proclamé dans Paris ; ce jour fut décrété le premier de la République, et, ce même jour, à neuf heures dix-huit minutes trente secondes du matin, le soleil arriva à l'équinoxe vrai d'automne, en entrant dans le signe de la Balance.
Ainsi, l'égalité des jours aux nuits était marquée dans le ciel au moment même où l'égalité civile et morale était proclamée par les représentants du peuple français, comme le fondement sacré de son nouveau gouvernement.
Ainsi, le soleil a éclairé à la fois les deux pôles, et successivement le globe entier, le même jour où, pour la première fois, a brillé dans toute sa pureté, sur la nation française, le flambeau de la liberté, qui doit un jour éclairer tout le genre humain.
Ainsi, le soleil a passé d'un hémisphère à l'autre, le même jour où le peuple, triomphant de l'oppression des rois, a passé du gouvernement monarchique au gouvernement républicain.
C'est après quatre ans d'efforts, que la révolution est arrivée à sa maturité, en nous conduisant à la République, précisément dans la saison de la maturité des fruits, dans cette saison heureuse où la terre, fécondée par le travail et les influences du ciel, prodigue ses dons et paye avec munificence à l'homme laborieux ses soins, ses fatigues et son industrie.
Les traditions sacrées de l'Egypte, qui devinrent celles de tout l'Orient, faisaient sortir la terre du chaos sous le même signe que notre République, et fixaient l'origine des choses et du temps.
Ce concours de tant de circonstances imprime un caractère religieux et sacré à cette époque, une des plus distinguées dans nos fastes révolutionnaires, et qui doit être une des plus célébrées dans les fêtes des générations futures. La convention nationale vient de décréter que l'ère des Français, et la première année de leur régénération, ont commencé le jour de l'équinoxe vrai d'automne, qui fut celui de la fondation de la République ; et elle a aboli l'ère vulgaire pour les usages civils.
L'ère des Sciences commença aussi à l'équinoxe d'automne, trois cent douze ans avant l'ère vulgaire. Elle fut suivie par les peuples de 'Orient de toutes les croyances, les adorateurs du feu comme les descendants d'Abraham, les Chrétiens comme les Musulmans ; les Juifs ne l'ont abandonnée qu'à l'époque de leur dispersion dans l'Occident, en 1040. L'année ecclésiastique des Russes et l'année moderne des Grec commencent encore au mois de septembre.
La première table donne le jour et l'heure de l'équinoxe d'automne pour plusieurs années.
§3. — De la longueur de l'année
La longueur de l'année a suivi, chez les différents peuples, les progrès de leurs lumières ; longtemps on l'a faite de douze mois lunaires, c'est à dire de trois cent cinquante-quatre jours, tandis que la révolution de la terre autour du soleil, qui seule règle les saisons et le rapport des jours aux nuits, est de trois cent soixante-cinq jours cinq heures quarante-huit minutes quarante-neuf secondes.
Ce n'est qu'en intercalant tantôt des jours, tantôt des mois à des intervalles irréguliers, qu'on ramenait pour quelque temps la coïncidence de l'année civile avec les mouvements célestes et les saisons. Toutes ces intercalations, faites sans règles fixes, réparaient momentanément les effets d'une computation, vicieuse et en laissant subsister la première cause.
Les Égyptiens, quinze cents ans, et les Babyloniens sept cent quarante-six ans avant l'ère vulgaire, se rapprochèrent des vrais principes, en faisant leur année de trois cent soixante-cinq jours. Jules César, en sa qualité de dictateur et de pontife, appela auprès de lui, deux ans après la bataille de Pharsale, Sosigènes, astronome célèbre d'Alexandrie, et entreprit avec lui la réforme de l'année. Il proscrivit l'année lunaire introduite par Romulus, et mal corrigée par Numa. L'erreur cumulée qu'il attaquait avait produit, après plusieurs siècles, un tel dérangement dans les mois, que ceux d'hiver répondaient à l'automne, et que les mois consacrés aux cérémonies religieuses du printemps répondaient à l'hiver.
Cette discordance fut détruite par Jules-César, qui intercala quatre-vingt-dix jours entre novembre et décembre. Cette année, qui fut en conséquence de quatre cent quarante-cinq jours, fut appelée l'année de la confusion. Il ordonna de plus que tous les quatre ans, on intercalerait un jour après le sixième des calendes de mars. Ce jour fut appelé le second sixième ou bissextes; de là le nom de bissextile, donnée à l'année qui reçoit ce jour intercalaire: ce nom ne convient plus depuis qu'on ne se sert plus des calendes (a). Cette réforme supposait l'année solaire de trois cent soixante-cinq jours et six heures, c'est à dire de onze minutes onze secondes plus longue qu'elle n'est réellement (elle était appelée julienne et fut longtemps suivie chez toutes les nations chrétiennes).
En 1582, cette erreur avait produit, par sa cumulation, un nouveau dérangement dans l'année. Grégoire XIII, alors pontife, entreprit, avec des astronomes, une nouvelle réforme; il ôta dix jours au mois d'octobre de cette année, et ordonna que, sur quatre années séculaires, une seule serait bissextile. L'erreur de la composition julienne avait réellement produit un dérangement de plus de douze jours; mais les astronomes qui dirigèrent cette réforme supposaient l'année plus longue de vingt-trois secondes qu'elle n'est réellement (b). Cette réforme de Grégoire a été cependant adoptée successivement par toute l'Europe, excepté la Russie et la Turquie. Les Grisons ne voulaient que cinq jours de correction ; ils craignaient de compromettre le protestantisme en condescendant à adopter la correction tout entière proposée par la cour de Rome. Aujourd'hui, beaucoup plus éclairés, on sent l'inutilité de ces réformes préparées à l'avance pour plusieurs siècles, et qui ont fait le désespoir des chronologistes, des historiens et des astronomes. En suivant le cours naturel des choses et cherchant un point fixe dans les mouvements célestes bien connus aujourd'hui, il sera toujours facile de faire coïncider l'année civile avec l'année solaire, par des corrections qui se feront successivement, aussitôt que les petites différences cumulées auront produit un jour. C'est dans cet esprit qu'a été rédigé l'article 10 du décret.
§4. — De la Franciade
C'est après quatre ans de révolution, et dans l'année bissextile que la nation, renversant le trône qui l'opprimait, s'est établie en République. La première année de l'ère nouvelle commencerait une nouvelle période de quatre ans, si Jules César et Grégoire XIII, en plaçant la bissextile, avaient moins consulté leur orgueil que la rigueur de la concordance astronomique, et si, jusqu'à présent, nous n'avions été les serviles imitateurs des Romains (c). La raison veut que nous suivions la nature plutôt que de nous traîner servilement sur les traces erronées de nos prédécesseurs. Nous devons donc fixer invariablement notre jour intercalaire dans l'année que la position de l'équinoxe d'automne comportera. Après une première disposition, que la concordance avec les observations astronomiques rend nécessaire, la période sera de quatre ans. Ce n'est qu'après cent vingt-neuf ans environ, qu'on devra retrancher le jour intercalaire à l'une de ces périodes. En mémoire de la Révolution, la période de quatre ans est appelée la Franciade, et le jour intercalaire qui la termine, jour de la révolution; c'est le sixième des sans-culottides; de là le nom de sextile donné à l'année qui le reçoit. Le décret consacre ce jour à des fêtes républicaines, qui rappelleront les principaux événements de la révolution. Les belles actions y seront proclamées et récompensées d'une manière digne de la patrie qu'elles honorent. La seconde table fait connaître l'ordre des Franciades; on y voit que nous sommes à la troisième année de la première Franciade.
§5. — De la division et de la sous-division de l'année
Du mois. — La succession de la nuit et du jour, les phases de la lune et les saisons, présentent à l'homme des divisions naturelles du temps. Le retour d'une même phase de la lune marque une lunaison ou un mois lunaire ; le retour d'une même saison marque l'année naturelle. La route de la terre autour du soleil est divisée par les deux équinoxes et les deux solstices en quatre parties qu'elle ne parcourt pas dans des temps égaux ; de même les quatre saisons que cette division détermine n'ont pas une durée égale.
De l'équinoxe d'automne au solstice d'hiver, se compte quatre-vingt dix jours. ; du solstice d'hiver à l'équinoxe du printemps, quatre-vingt-neuf ; de l'équinoxe du printemps au solstice d'été, quatre-vingt-treize ; de là à l'équinoxe d'automne, quatre-vingt treize.
Les quatre saisons, considérées comme divisions de l'année, présenteraient trop d'inconvénients pour les usages domestiques et civils, à raison de leur inégalité et de leur longueur ; l'esprit, pour s'élever de la petite unité du jour à la grande unité de l'année, a besoin de plusieurs unités intermédiaires et croissantes qui lui servent à la fois d'échelle et de repos. La lune se meut autour de la terre, et dans ses différentes positions, elle reçoit et réfléchit la lumière du soleil ; c'est ce qui détermine ses phases. Le retour de la même phase se répète douze fois dans l'année et forme douze lunaisons ; chacune est à peu près de vingt-neuf jours douze heures et demie, ou, en compte rond, trente jours. Les douze lunaisons font trois cent cinquante-quatre jours, c'est à dire onze jours de moins que l'année ordinaire. La lune ne nous offre donc pas, par ses mouvements, une division exacte de l'année ; mais elle est trop utile aux marins, dont elle dirige souvent la marche, au voyageur, à l'homme laborieux des champs, et surtout à l'habitant du Nord, pour qui elle supplée au jour dans les longues nuits d'hiver, pour ne pas appeler toute leur attention sur ses mouvements. Le mois est donc une division utile : aussi tous les peuples l'ont-ils adoptée ; mais, pour être commode, elle doit toujours être la même, et se rapprocher d'une lunaison autant que le permet l'unité du jour, qui est la plus petite qu'on puisse employer ; or, vingt-neuf jours et demi sont plus près de trente que de vingt-neuf, et le nombre décimal trente permet beaucoup plus de facilités dans les calculs. Jusqu'à présent nos mois ont été inégaux entre eux, et discordants avec les mouvements de la lune. L'esprit se fatigue à chercher si un mois est de trente ou trente-et-un jours ; cette inégalité a pris naissance chez les peuples qui, faisant leur année trop courte, et ne trouvant pas dan la ressource des intercalations un moyen suffisant de correction, ajoutèrent un jour ou deux à quelques-uns de leurs mois. Les Égyptiens, les plus éclairés des peuples de la haute antiquité, faisaient leurs mois égaux chacun de trente jours, et complétaient l'année, en la terminant par cinq jours épagomènes (d), qui n'appartenaient à aucun mois. Cette division est simple : c'est celle que la convention a décrétée pour l'annuaire des Français.
De la décade. —Les quatre phases de la lune présentent une division naturelle de la lunaison en quatre parties ; mais, comme on ne pouvait diviser ni trente ni vingt-neuf par quatre sans fractions, on a divisé vingt-huit, et le nombre sept, qui en est résulté, a été pris pour la sous-division du mois ; on en a fait la semaine, à laquelle les astrologues et les mages de l'Égypte ont attaché toutes les erreurs, toutes les combinaisons cabalistiques dont elle était susceptible. La superstition a transmis jusqu'à nous, au grand scandale des siècles éclairés, cette fausse division du temps, qui ne mesure exactement ni les lunaisons, ni les mois, ni les saisons, ni l'année, et qui n'a pas peu servi, dans tous les temps, les vues ambitieuses de toutes les sectes. La fête du septième jour avait lieu chez les païens comme chez les juifs : c'était un jour de prosélytisme et d'initiation. L'annuaire d'un peuple qui reconnaît la liberté des cultes doit être indépendant de toute opinion, de toute pratique religieuse, et doit présenter ce caractère de simplicité qui n'appartient qu'aux productions d'une raison éclairée. La numération décimale adoptée pour les poids et mesures, ainsi que pour les monnaies de la République, à raison de ses grands avantages pour le commerce et les arts, vient s'appliquer naturellement à la division du mois. Les trente jours qui le composent, divisés en trois parties égales, forment trois divisions de dix jours, que nous appelons, pour cette raison, décade. Ainsi l'année ordinaire est de trois cent soixante-cinq jours. Ou de douze mois et cinq jours. Ou de trente-six décades et demie. Ou de soixante-treize demi-décades. Dans les usages familiers les cinq doigts de la main peuvent être affectés à désigner ordinairement les cinq jours de la demi-décade.
Du jour. — Les limites du jour et de la nuit, et le milieu de l'un et de l'autre, divisent naturellement le jour en quatre. Le chant du coq a servi longtemps aux Perses et sert encore à quelques peuples des bords de la mer Glaciale et de la mer Blanche à diviser le jour. Les Romains le partageaient, du lever au coucher, en quatre parties de trois heures chacune, qu'ils nommaient prime, tierce, sexte et none. Quelques peuples de l'Orient divisaient le jour et la nuit séparément chacun en douze parties, qui croissaient et décroissaient suivant l'état du jour ou de la nuit, de sorte que les parties du jour n'étaient égales à celles de la nuit qu'aux équinoxes. On abandonna cet usage et l'on fit toutes les heures égales. La division du jour en douze heures a aussi eu lieu, mais celle en vingt-quatre a prévalu : les uns les comptent de suite depuis une jusqu'à vingt-quatre, les autre comptent deux fois douze heures, c'est ce que font les Français. On n'a pas toujours été d'accord sur la position du commencement du jour. Dans l'Orient, on le plaçait au lever du soleil ; les astronomes le placent à midi ; les Juifs et les Athéniens le plaçaient au coucher du soleil ; les Italiens le commencent une demi-heure après le coucher. La plupart des peuples de l'Europe comptent le jour de minuit à minuit. À Bâle, on commence le jour une heure plus tôt qu'ailleurs, en mémoire du service que rendit à cette ville celui qui rompit un complot de ses ennemis, en faisant sonner à l'horloge minuit pour onze heures. La division d'une heure en soixante minutes, et de la minute en soixante secondes, est incommode dans les calculs, et ne correspond plus à la nouvelle division des instruments d'astronomie, si utile pour la marine et la géographie, division décimale qui donne au travail plus de célérité, de facilité et de précision. La convention, pour rendre complet le système de numération décimale, a décrété en conséquence que le jour serait divisé en dix parties, chaque partie en dix autres, et ainsi de suite jusqu'à la plus petite portion commensurable de la durée. Cependant, comme les changements que cette division demande dans l'horlogerie ne peuvent se faire que successivement, elle ne sera obligatoire qu'à compter du premier jour du premier mois de la troisième année de la République.
Deuxième Partie. — Exécution et usage de l'annuaire des Français, ou du calendrier républicain.
La rigueur des principes développée dans la première partie demande que le calendrier de la République soit dégagé de tout ce qui n'appartient pas strictement à la division de l'année, ou à la position des astres qui, par leur lumière, intéressent le plus les premiers besoins de l'homme, soit en secondant son travail, soit en réglant les époques. On voit, à la suite de cette instruction, l'annuaire dans toute sa simplicité. Les douze mois de l'année, à compter du 22 sept. 1793, les jours qui les composent, depuis un jusqu'à trente (e). Toutes les indications relatives aux mouvements célestes qui peuvent le plus nous intéresser, sont marquées en divisions décimales du temps, ou en parties décimales du cercle (f). Une table servira à faire la concordance entre les heures décimales et les anciennes.
§2. — De l'usage du nouveau calendrier
Lorsqu'on a une date à exprimer, on n'a pas plus besoin de parler de décade que dans l'ancienne computation on ne parlait de semaine. Quelquefois à la date, on ajoutait le nom du jour de la semaine. Dans cette nouvelle division, le quantième seul du mois indique en même temps et le rang de la décade dans le mois, et le rang du jour dans la décade. Si une date est exprimée par un seul chiffre, comme 7 vend., il est évident qu'on indique ainsi le septième jour de la première décade. Mais si le quantième du mois est exprimé par deux chiffres, comme 13, 25, il est aussi évident que le chiffre du rang des dizaines apprend, dans le premier nombre 13, que la première décade est écoulée, et qu'on indique le troisième jour de la deuxième décade ; et dans le second nombre 25, les dizaines 2 apprennent que les deux premières décades sont écoulées, et qu'on indique le cinquième de la troisième décade. La manière la plus simple et la plus courte d'écrire une date est celle-ci : 21 vendémiaire an 2 de la République. La date pour les sans-culottides est encore plus simple, puisqu'elle n'appartiennent à aucun mois: 4e des sans-culottides, 2e année de la République. Au lieu de ces expressions: dans deux semaines, trois semaines, ou dans quinze jours, vingt jours, on dira dans une décade et demie, dans deux décades (g), etc.
§3. — De l'épacte
Au commencement de l'année, c'est à dire au 22 septembre dernier (vieux style), l'épacte ou l'âge de la lune était 17. Veut-on savoir l'âge de la lune pour le 23 du neuvième mois de la seconde année ? À l'épacte 17 ajoutez le quantième 23 et autant de demi-jours qu'il s'est écoulé de mois, ce qui fait 4, vous aurez 44 ; retranchez-en pour une lunaison de 29 1/2, il restera pour l'âge de la lune 14 1/2. Quel sera l'âge de la lune à la troisième des sans-culottides ? Épacte, dix-sept jours ; date, trois jours ; pour douze mois, six jours. Réponse, vingt-six jours. Cette méthode est facile et suffisante pour les usages domestiques.
§4. — De la concordance de la nouvelle computation avec l'ancienne
Pour faciliter la transition de l'ancienne computation à la nouvelle, on a annexé à cette instruction une table de concordance, à l'aide de laquelle on pourra sans peine traduire une ancienne date dans la nouvelle, et réciproquement. On peut aussi trouver cette correspondance en sachant à quel jour d'un mois ancien répond le premier de chaque mois nouveau. Si l'on n'a pas sous les yeux la table dont on vient de parler, on peut, par de simples additions, résoudre toutes les difficultés qui se présenteront.
Premier exemple. — On veut savoir à quoi correspond le 17 déc. 1793 dans le nouveau calendrier. Septembre donne au premier mois neuf jours ; du 1er octobre au 1er décembre, deux mois de trente, et un jour ; décembre donne 17 jours. Total, deux mois et vingt-sept jours. La date donnée répond donc au 27 du troisième mois.
Second exemple. — À quoi répond la date du 14 juin 1794 ? Du 1er octobre au 31 mai, huit mois, donc cinq de trente et un jours et un de vingt-huit ; faisant tous les mois de trente, il reste après la compensation trois jours ; septembre fournira neuf jours ; juin 14 jours. Total, huit mois vingt-six jours. La date correspond donc au 26 du neuvième mois.
Troisième exemple. — Traduire en nouveau style la date du 12 déc. 1794. Du 22 septembre au 1er décembre 1793, deux mois dix jours ; du 1er décembre 1793 au 1er décembre 1794, un an et douze jours. Total, un an, deux mois, vingt-deux jours. La date donnée répond donc au 22 du troisième mois de la troisième année.
Quatrième exemple. — À quelle date répond, dans l'ancien calendrier, cette date nouvelle : 19 du septième mois de la troisième année ? La troisième année de la République commence au 22 sept. 1794. C'est à partir de là qu'on doit compter six mois, dix-neuf jours, ce qui conduit au 10 avril 1795.
§5. — Des nouvelles montres et horloges
Perfectionner l'horlogerie et rendre les productions de cet art utiles et accessibles pour le prix au plus grand nombre des citoyens, c'est ce qui doit résulter de la nouvelle division du jour. Le problème consiste à diviser le jour de minuit à minuit en dix, en cent, en mille, dix mille ou cent mille parties, selon les besoins. C'est au génie des artistes à s'exercer pour obtenir ce résultat par les moyens les plus simples, les plus expéditifs, les plus exacts et les plus économiques. Pour les usages les plus ordinaires, on pourra se contenter d'une montre à une seule aiguille. Pour ceux qui voudront des dix millièmes ou des cent-millièmes du jour, suivant la nature des opérations dont ils chercheront à mesurer la durée, on pourra faire des montres à plusieurs aiguilles.
Jusqu'à présent on n'a pas tiré parti des ressources qu'offriraient : 1º un bon système de division du cadran ; 2º la forme de l'aiguille, qui, au lieu d'indiquer par son extrémité, pourrait indiquer à la fois sur plusieurs cercles concentriques par son côté aligné au centre du cadran ; 3º le nombre des tours qu'une aiguille qui serait solitaire pourrait faire dans le jour entier : ce qui fournirait un moyen de sous-diviser, sans multiplier les cadrans. Il importe surtout que les horlogers cherchent le moyen de faire servir à la nouvelle division décimale les anciens mouvements de montres ou de pendules, en y faisant le moins de changement possible. Pour faciliter le passage de la division en vingt-quatre heures à la division nouvelle, on pourrait partager le cadran en deux parties, dont l'une porterait la division en douze heures, et l'autre la division en cinq heures ; une même aiguille à deux branches diamétralement opposées indiquera à la fois les deux divisions. Les tables 3 et 4 présentent une concordance des divisions du jour.
Dans les grandes pendules et dans les horloges, on peut supprimer la minuterie, agrandir le cadran, en laissant subsister l'ancienne division, et sur l'enture présenter la division nouvelle en dix heures décimales, formant deux tours en spirales, pour correspondre aux douze heures anciennes ; de manière que 1 et 6, 2 et 7, 3 et 8, 4 et 9, 5 et 10 se trouvent de deux en deux sur le même rayon ; 1, 2, 3, 4, 5 feraient le premier tour de la spirale pour le matin ; 6, 7, 8, 9, 10 feraient le second tour pour le soir. Chaque heure décimale serait divisée en cinq minutes ; l'aiguille des heures étant droite et posée de champ marquerait à la fois l'heure ancienne et l'heure nouvelle. C'est aux grandes communes à donner l'exemple, et l'on doit attendre de leur patriotisme qu'elles s'empresseront à faire construire des horloges décimales. Un seul cadran, divisé en cent parties, marquées de dix en dix, peut servir à donner : 1° la décade dans le tour entier, le jour dans le dixième du tour, l'heure dans le centième de tour pour la même aiguille ; 2° une seconde aiguille indiquerait la minute, et une troisième indiquerait la seconde décimale sur le même cadran.
§6. — De la décade
La loi laisse à chaque individu à distribuer lui-même ses jours de travail et de repos, à raison de ses besoins, de ses forces, et selon la nature de l'objet qui l'occupe. Mais, comme il importe que les fonctionnaires, les agents publics, qui sont comme autant de sentinelles placées pour veiller aux intérêts du peuple, ne quittent leur poste que le moins possible, la loi ne tolère de vacances pour eux qu'au dernier jour de chaque décade. Les caisses publiques, les postes et messageries, les établissements publics d'enseignements, les spectacles, les rendez-vous de commerce, comme bourses, foires, marchés, les contrats et conventions, tous les genres d'agence publique qui prenaient leur époque dans la semaine, ou dans quelques usages qui ne concorderaient pas avec le nouveau calendrier, doivent désormais se régler sur la décade, sur le mois ou sur les sans-culottides. Le conseil exécutif, les corps administratifs, les municipalités, doivent s'empresser de prendre toutes les mesures que peut leur suggérer l'amour de l'ordre et du bien public, pour accélérer les changements que demande la nouvelle division de l'année, dans leurs fonctions respectives. C'est aux bons citoyens, aux sociétés populaires, aux soldats de la patrie, qui se montrent les ennemis implacables de tous les préjugés, à donner l'exemple dans leurs correspondances publiques ou privées, et à répandre l'instruction qui peut faire sentir les avantages de cette loi salutaire. C'est au peuple français tout entier à se montrer digne de lui-même, en comptant désormais ses travaux, ses plaisirs, ses fêtes civiques sur une division du temps créée pour la liberté et l'égalité, créée par la révolution même qui fait honorer la France dans tous les siècles.
(À la suite de cette instruction se trouve le nouveau calendrier, rapporté à la date du 3 brumaire, contenant, outre les indications qu'il renfermait d'abord, celles du lever et du coucher du soleil, du temps moyen au midi vrai, de la distance du soleil à l'équateur, des jours, du lever et du coucher, des phases de la lune, des équinoxes, des solstices et des éclipses ; de quatre tables, les deux premières présentant des rapprochements entre les années de l'ère nouvelle et de l'ère ancienne ; la troisième, pour réduire les heures, minutes et secondes anciennes, en heures, minutes et secondes décimales ; et la quatrième, pour réduire les heures, minutes et secondes décimales, en heures, minutes et secondes anciennes).
(a) Le mot calendrier, qui vient de calendes, serait aussi très impropre si un très long usage ne l'avait consacré au point de faire oublier son origine. Les mots almanach ou annuaire seraient plus exacts.
(b) Il faut une période de 86400 ans, pour que la différence exacte de l'année solaire à l'année civile ordinaire fasse un nombre de jours sans fraction. Ce nombre est de 20989 ; c'est celui des jours intercalaires ou des années bissextiles, qui doivent réellement avoir lieu pendant cette longue période. Or la réforme julienne donne 22350 bissextiles, et la réforme grégorienne en donne 21679 : toutes les deux s'écartent de la vérité ; la première de 1421 jours, la seconde de 750.
(c) La deuxième table fera connaître la discordance qui règne entre les années bissextiles et les mouvements célestes. Cette discordance est corrigée dans la nouvelle computation, comme on voit dans la même table.
(d) Ou surajoutés.
(e) Les noms de jours et des mois, les fêtes des sans-culottides y sont placés.
(f) Le quart de cercle se divise en cent degrés, chaque degré en cent minutes, chaque minute en cent secondes.
(g) Les noms des jours fournissent une nouvelle manière d'exprimer une date, qui peut avoir son application, tous les tridis, tous les décadis du mois. Le premier octidi de brumaire, ou le 8 du mois ; le deuxième tridi, ou le treize ; le troisième septidi, ou le 27, etc., etc.

References: §1

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§3
 l'article 10

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§5

§6