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Timestamp: 2020-01-29 03:41:59+00:00

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Etudes d'oeuvres : Michel Foucault, La volonté de savoir, tome I - Philocours.com
La volonté de savoir, tome I Michel Foucault Tweeter
La volonté de savoir, tome I
- 1946 : normale sup
- 1948 : tentative de suicide, du fait de son homosexualité ; obtient sa licence de philosophie
- 1955 : devient délégué culturel pour la France à l’université d’Uppsala (Suède) ; il y sera lecteur de Français
- 1958 : quitte Uppsala pour Varsovie
La première préface écrite en 1961 tente de définir l’objet du livre : trouver l’origine de ce que nous considérons comme la folie depuis le XVIIIème siècle. Foucault ne cherche pas ici à faire l’histoire de la psychiatrie mais il cherche l’évolution de l’exclusion, de la prise en charge et de l’enfermement des fous. L’objet de sa recherche est donc de montrer le passage de l’exclusion des lépreux au moyen âge à l’enfermement des fous à l’âge classique.
• Au Moyen Age les fous sont encore intégrés dans la vie sociale.
• A la Renaissance, le fou a pris une place prépondérante au sein des marginaux.
• Au XVIIème siècle on en vient à enfermer non seulement les fous mais aussi les pauvres, les oisifs, les libertins débauchés : c’est le « grand renfermement » et ils font tous partie de la partie de la population qu’il convient de corriger. Le fou côtoie alors le criminel et il finit par n’être plus que le seul marginal enfermé, devenant alors sujet d’étude. La folie devient maladie mentale, totalement exclue derrière des apparences de liberté. C’est la naissance de l’asile, la médicalisation et la psychiatrie. Foucault explique que d’un point de vue économique il devient vite évident qu’il y a un grand intérêt à réintégrer dans la société les dépravés et les pauvres.
Ce qui a fait le succès de la pensée de Foucault est d’avoir montré comment le pouvoir s’immisce dans l’homme à travers les normes qu’il institue dans la société. L’évolution de la place du fou dans la société ne montre pas un progrès au sens où il n’est plus enfermé comme au XVIIème siècle pour être pris charge par la médecine et « soigné », mais il devient au contraire aliéné car exclu socialement quand situé hors de la normalité. La rationalité de l’âge classique a déterminé la raison comme caractéristique première de l’homme et l’a par-là même instituée comme norme. Tout ce qui est hors de la raison devient alors anormal. Pour Foucault, est en effet anormal tout ce qui s’écarte de cette société normalisatrice et est puni d’exclusion de la société, du genre humain. Or pour lui, « cet homme normal est une création » écrit-il.
En réfléchissant sur l’évolution du statut de fou, Foucault montre que le pouvoir définit les normes qui aliènent les individus en les poussant à s’intégrer dans la norme et en excluant totalement ceux qui se situent hors d’elle : les fous.
Sources : \Philosophie politique, Communication et cultures Michel Foucault, Histoire de la folie à l'äge classique.mht
Foucault montre comment se constitue le « regard médical » par l’instauration d’un rapport de pouvoir entre le médecin et ses patients.
Selon lui, la rupture est liée aux travaux de F. Bichat qui font basculer l’expérience clinique vers l’expérience anatomique. Avant ce dernier, l’observation ne portait que sur le vivant ; après lui, c’est le cadavre qu’on interroge pour mieux comprendre la vie. C’est donc en référence à une négation radicale (la mort) que la médecine moderne apparaît.
Il s’agit de faire un examen critique des sciences humaines et de la notion d’ « homme » en tant qu’objet scientifique. Foucault part de l’idée que l’ensemble des connaissances scientifiques d’une époque repose sur une structure souterraine, une sorte de socle d’idées préconçues (qu’il appelle épistémè) qui détermine leur forme possible et leurs limites.
L’histoire des idées sur l’homme depuis le Moyen Age est scandée en 3 temps :
- L’époque préclassique (16e), dominée par la pensée de l’analogie
- L’époque de la modernité (à partir de 1800) au cours de laquelle surgit la notion d’histoire.
Foucault tente de récuser la notion d’auteur ou de sujet dans l’histoire des idées, et de montrer que les discours se produisent en quelque sorte d’eux-mêmes, de manière anonyme, à partir de conditions politiques, économiques, techniques, etc.
L’ordre du discours (1969)
Surveiller et punir : naissance de la prison (1975)
La prison est pour nous une évidence punitive, mais elle n’émerge qu’à l’âge classique, et elle correspond à l’émergence des sociétés disciplinaires. Foucault retrace minutieusement la généalogie de ces manières de punir :
- D’abord ce fut la torture qui se donnait à voir dans l’Ancien Régime comme une cérémonie spectaculaire. Il s’agit avant tout de MARQUER LES CORPS : écartelés, arrosés d’huile bouillante, démembrés, les corps souffraient proportionnellement à l’offense commise, d’où tout un art de quantification des peines polarisé autour d’une ultime référence, la personne royale.
Une telle exhibition ritualisée du pouvoir royal s’explique par l’identité consubstantielle de la loi et du souverain si bien que toute violation juridique était interprétée comme un crime de lèse-majesté, soit une offense à la personne même du roi. C’est parce que l’affront de la transgression de la loi introduisait un déséquilibre entre le sujet et le roi qu’on s’adonnait à une surenchère punitive : le spectacle de la force du pouvoir devait éclater aux yeux de tous à travers ces corps marqués à vif.
Mais les limites d’une telle expression du pouvoir politique se font vite ressentir.
Premièrement, du fait du caractère éphémère du corps supplicié : « Un corps effacé, réduit en poussière et jeté au vent, un corps détruit pièce à pièce par l’infini du pouvoir souverain constitue la limite non seulement idéale mais réelle du châtiment. » (p. 62) Le fonctionnement de la pénalité devait à chaque fois être réactualisé par des liturgies punitives à la ritualisation minutieuse (défilés, haltes aux carrefours, station à la porte des églises, lecture publique de la sentence, agenouillement, déclarations à hautes voix de repentir pour l’offense faite à Dieu et au roi…etc).
Deuxièmement, la répétition de ces marquages conduit à reconsidérer les rapports entre l’âme et le corps car si l’on marque le corps pour mieux atteindre l’âme, cela signifie qu’il existe un rapport entre les deux, et conséquemment la question de la hiérarchie ontologique entre le corps et l’âme n’a plus sa place dans une physique du pouvoir. Le risque était donc de disqualifier la dignité de l’âme en croyant qu’on pouvait l’atteindre par le corps.
- Dans la seconde moitié du 18ème siècle on s’attache à requalifier le sujet de droit :
on rejette la profusion pénale, le gâchis. On cherche non plus à marquer les corps mais à les insérer dans un réseau de représentation de la loi : le signe se substitue à la marque. Ce signe c’est celui de la rédaction de codes qui viennent proportionner la peine au crime. Le signe apparaît alors comme plus efficace et moins arbitraire et surtout il tient compte de l’humanité du corps criminel qu’on n’atteint pas directement. La philosophie réformiste ne se perd donc pas dans le dédale du sens : finis les rites surdéterminés symboliquement, on dépouille le signe de son faste selon « la règle de la certitude parfaite » pour arriver à des équivalences punitives strictes. A tel crime, telle peine.
- Cependant la prison va séparer certains corps du reste de la société ; historique :
Dans l’Ancien Régime, la prison c’était le secret, c’est-à-dire le cachot, symbole justement de l’arbitraire. Donc la prison semblait incompatible avec toute cette technique d’équivalences punitives, de transparence d’un code pénal. D’ailleurs le souci même de proportionnalité qui émane de celui-ci devait impliquer presque logiquement le rejet d’une peine uniforme, modulée seulement par la durée. Et pourtant… La prison au 19è s redistribue les données : son objet n’est plus la circulation de signes, mais la correction des comportements en agissant sur le corps lui-même, non pour le démembrer, le réduire en poussière mais pour le dresser, le remettre dans le droit chemin de la légalité. On revient à une forme de prise en charge directe du corps.
La prison moderne est un dispositif disciplinaire d’abord parce qu’elle est la synthèse de deux grands modèles politico-médicaux du Moyen-Age :
- l’exclusion dans un espace clos qui renvoie à l’exil des lépreux, et
- les procédés de contrôle régulier renvoient au quadrillage d’une ville pestiférée.
Cette synthèse produit donc l’espace disciplinaire par excellence, le panoptique :
« A la périphérie, un bâtiment en anneau ; au centre, une tour ; celle-ci est percée de larges fenêtres qui ouvrent sur la face intérieure de l’anneau ; le bâtiment périphérique est divisé en cellules, dont chacune traverse toute l’épaisseur du bâtiment ; elles ont deux fenêtres, l’une vers l’intérieur[…] l’autre, donnant sur l’extérieur, permet à la lumière de traverser la cellule de part en part. […]Par l’effet du contre-jour, on peut saisir de la tour, se découpant exactement sur la lumière, de petites silhouettes captives dans les cellules de la périphérie. Autant de cages, autant de petits théâtres, où chaque acteur est seul et constamment visible »
Ce gain de lumière par rapport au cachot n’est donc pas nécessairement à applaudir : là où l’ombre permettait de prévoir les incursions dans son intimité, la constante visibilité traque le prisonnier dans ses moindres gestes. Car les surveillés sont vus en permanence ou en tout cas ils croient qu’ils sont toujours vus, ou qu’ils peuvent l’être à tout moment sans prévenir. Certes donc le pouvoir n’est pas immédiatement répressif mais la violence qu’il recèle ne fait que se cacher derrière une fonction, celle du regard omniscient. Et le pire dans l’histoire, c’est que le panopticon est un modèle exportable hors de prison : il peut s’appliquer à toutes sortes d’institutions ayant à gérer des multiplicités humaines. A quand une société gérée sur le modèle de la prison ? Foucault, sombre, répond incisivement : « Notre société n’est pas celle du spectacle mais celle de la surveillance. (…) Nous ne sommes ni sur les gradins, ni sur la scène, mais dans la machine panoptique, investis pas ses effets de pouvoir que nous reconduisons nous-mêmes puisque nous en sommes un rouage. »
Aujourd’hui, on ne punit plus un acte, par exemple, un viol, mais une individualité psychologique, par exemple, un pervers. Cette individualité psychologique n’est qu’une virtualité de comportements, des instincts et des anomalies, une dangerosité. Bref : une « âme criminelle ».
Histoire de la sexualité (La volonté de savoir : 1976, L’usage des plaisirs : 1979, Le souci de soi : 1984)
Il remonte ici aux sources antiques de la civilisation occidentale pour comprendre l’homme comme sujet de désir, et appréhender une histoire de la subjectivité à travers les techniques du corps réglant le gouvernement de soi et donc des autres.
Son problème principal est de savoir pourquoi et comment la société occidentale est passée d’une vérité sur le sexe relevant uniquement d’une « ars erotica » (expérience du plaisir qui n’est en rien liée à une utilité ou à une norme de permissivité) à un savoir sur le sexe (scientia sexualis). Pourquoi la question sexuelle est-elle devenue en Occident une des clés de la connaissance sur nous-mêmes ?
A partir de 1979, il passe ainsi d’une thématique du pouvoir et de la domination à une analyse du gouvernement (entendu comme conduite des autres et de soi).
Comme il le dit lui-même dans L’usage des plaisirs, ses travaux sont des exercices philosophiques, dont l’enjeu est de « savoir dans quelle mesure le travail de penser sa propre histoire peut affranchir la pensée de ce qu’elle pense silencieusement et lui permettre de penser autrement ». L’éclairage historique n’est pas là pour mémoire : il vise à mieux comprendre le présent pour pouvoir peut-être s’en affranchir.
L’histoire n’est pas, selon lui, un écoulement linéaire et cumulatif d’événements. Il existe des ruptures radicales dans l’histoire des idées. C’est-à-dire : les objets que nous choisissons de connaître et le savoir que nous en retirons sont relatifs. Il n’existe pas de vérité qui transcenderait les diverses époques de notre histoire. Toute forme de savoir est relative (cf. ci-dessous concept d’épistémè).
D’où : pour définir les conditions de possibilité du présent, il utilise une méthode à double versant
Jusqu’en 1970, méthode archéologique (l’archéologie du savoir)
Par analogie avec le travail de fouilles, il s’agit de décrire les conditions d’apparition et de fonctionnement des discours. D’où vient notre discours sur l’homme ? sur la sexualité ? Comment formons-nous un discours vrai sur les choses ?
Exemple : dans Naissance de la clinique (1963), Foucault s’attache à cerner le contexte d’émergence du langage médical moderne à partir de la fin du 18e. Selon lui, la rupture est liée aux travaux de F. Bichat qui font basculer l’expérience clinique vers l’expérience anatomique. Avant ce dernier, l’observation ne portait que sur le vivant ; après lui, c’est le cadavre qu’on interroge pour mieux comprendre la vie. C’est donc en référence à une négation radicale (la mort) que la médecine moderne apparaît.
Puis méthode généalogique (la généalogie du pouvoir)
C’est à l’occasion d’un texte sur Nietzsche que Foucault revient sur le concept : la généalogie, c’est une enquête historique qui recherche « la singularité des événements hors de tout finalité monotone ».
Il étudie les objets sociaux (prison, sexe, santé, etc.) à partir des pratiques qui furent à l’origine de leur institution.
• L’héritage de Nietzsche
Pas de continuité historique : cela s’oppose à la conception hégélienne de l’histoire, selon laquelle l’histoire a un sens. Il n’y a pas « une » Histoire en laquelle se fondraient les événements rétrospectivement reliés par un sens, mais des devenirs, radicalement distincts, sans aucun principe d’unification.
- Savoir et pouvoir :
Pour F., quand il y a du pouvoir, il y a du savoir, il n’existe pas de savoir qui ne suppose pas en même temps du pouvoir.
- Biopolitique :
Terme qui rend compte de la mutation qui a eu lieu, selon Foucault, à la fin du 18e et au début du 19e : le pouvoir ne vise plus alors seulement à gouverner des individus mais des populations à travers la gestion de la santé, de l’hygiène, de la sexualité, de la natalité. La gestion de la « vie » est devenue un objet politique comme l’attestent les mesures dites de santé publique.
On a ici un dépassement de la traditionnelle opposition société/ Etat, au profit d’une économie politique de la vie en général.
Série de mécanismes de surveillance qui apparaissent entre le 18e et le 19e et qui ont pour fonction, non pas tant de punir la déviance, que de la corriger, et surtout, de la prévenir ; dans l’Histoire de la sexualité, le contrôle correspond à une forme de pouvoir différente de la forme disciplinaire (dans laquelle il s’agit de redresser et surveiller le corps des individus) : il y a alors en effet intériorisation de la norme à un tel point que le pouvoir pénètre dans les mailles de la vie (il y a subjectivation, cf. ci-dessous)
- Société disciplinaire : soumission des corps, contrôle des gestes, surveillance ; le pouvoir ne se localise pas dans des institutions ou appareils précis (Etat, etc.) : ainsi, entre la maîtresse et l’enfant, le contremaître et l’ouvrier, le parent et l’enfant…
- Epistémè : cadres de pensée qui forment le soubassement des discours sur le savoir, au sein d’une communauté humaine à une période donnée. Dans Les mots et les choses, il repère, à partir du Moyen Age, 3 grandes périodes dans l’histoire de la pensée occidentale :
Renaissance Age classique (17 et 18e)
Cette pensée repose également sur l’ordre et le classement.
Nouvel objet de connaissance : l’homme = sciences humaines
Par exemple, on considère que, puisque la noix ressemble à une tête, son écorce doit guérir les plaies du péricrâne et son noyau, les maux de tête intérieurs Ainsi, des cartes et des tableaux sont réalisés pour rendre compte du monde environnant Cf. Linné et la première grande classification des animaux et végétaux
- Population : nouvel objet du pouvoir ; ensemble d’êtres vivants et coexistants qui présentent des traits biologiques et pathologiques particuliers, et dont la vie elle-même est susceptible d’être contrôlée afin d’assurer une meilleure gestion de la force de travail
La sexualité est l’un des champs d’application du « bio-pouvoir ». Il s’agit de décrire la manière dont le pouvoir, à partir de la fin du XVIIIe siècle, investit à travers des discours et des pratiques de « médecine sociale » un certain nombre d’aspects fondamentaux de la vie des individus : santé, alimentation, sexualité...
Mais ce qui semble intéresser Foucault à partir de la fin des années 70, c’est davantage le problème posé par « les techniques de soi » et par la possibilité des processus de subjectivisation que l’histoire que l’histoire de la sexualité comme objet de véridiction : l’érotique grecque présente la sexualité plus comme un problème de choix qu’un lieu de vérité de soi. Le passage par la culture antique a par conséquent permis à Foucault de développer son analyse du pouvoir hors du champ de la connaissance au sens strict, c’est à dire au contraire dans un rapport à soi qui se donne avant tout comme expérience de soi, comme ethos
- Technologies du soi : concept élaboré dans les tomes 2 et 3 de L’histoire de la sexualité ;
Désignent les modes d’interaction entre les formes de discipline exercées par la société et d’autres opérations que les individus accomplissent sur eux-mêmes ; il décrit ces dernières comme des techniques : « celles qui permettent à des individus d’effectuer, par eux-mêmes, un certain nombre d’opérations sur leur corps, leur âme, leurs pensées, leurs conduites, et ce de manière à produire en eux une transformation, une modification ».
II- Analyse du chapitre
- Comment évolue-t-il dans l’histoire ?
Première partie (§§ 11 à 12) :
les transformations du pouvoir souverain
en bio-pouvoir
But : montrer que le pouvoir moderne fonctionne différemment du pouvoir souverain. C’est un pouvoir de gérer la vie. La manière dont il exerce le pouvoir de tuer est par conséquent différente de la forme juridique du droit de mort.
A- Pouvoir juridique et pouvoir disciplinaire (§§ 1 à 4)
Modèle du pouvoir souverain (pénalité judiciaire) –du moyen-âge à l’âge classique
La société est un corps unifié par un pouvoir venu d’en haut
La société est constituée de la hiérarchie de différents pouvoirs : élèves/ enseignants, détenus/ gardiens, etc. Ainsi les dispositifs de classement à l’école sont apparus au 17e et sont une technique de pouvoir
Ce pouvoir moderne est paradoxalement moins coercitif que le premier (en termes juridiques) mais en fait beaucoup plus invasif (en termes normatifs).
En effet la norme tente d’atteindre l’intériorité des conduites individuelles : elle ne se manifeste pas à l’occasion d’actes précis et ponctuels, mais s’applique à la totalité de l’existence. Elle est par conséquent, diffuse, sournoise, indirecte.
Elle s’accompagne d’un dispositif du savoir qui les présente comme vérités de nature. C’est la médecine qui s’est ainsi instituée progressivement comme instance majeure de diffusion des normes.
- Ainsi le premier espace disciplinaire complet est l’hôpital. On a ici une répartition rigoureuse des malades dans l’espace ; une architecture ordonnée à des principes de surveillance et de classification ; des visites régulières du médecin.
- On a aussi le pouvoir grandissant de la psychiatrie : elle est l’instance sociale de diffusion des normes ; elle est science de l’anormalité dangereuse ; un instrument d’hygiène sociale
B- Le pouvoir disciplinaire
1) Société disciplinaire et capitalisme
Cf. Surveiller et punir, Chapitre 1, les corps dociles : « Ce qu’on peut appeler les « disciplines » sont ces méthodes qui permettent le contrôle minutieux des opérations du corps, qui assurent l’assujettissement constant de ses forces et leur imposent un rapport de docilité-utilité ».
Cette discipline moderne n’utilise pas la violence physique ; elle opère sur le corps des individus afin d’augmenter leur productivité.
b) Les procédés de discipline
(technique de pouvoir, et procédure de savoir)
- La clôture : spécification d’un lieu hétérogène à tous les autres et fermé sur lui-même ; exemple : le modèle du couvent s’impose peu à peu dans les collèges (=l’internat), le modèle de la caserne à l’armée, les grands espaces manufacturiers dans les usines. Il faut isoler, enfermer, les individus pour les discipliner
- Le quadrillage (« espace analytique ») : l’espace disciplinaire est divisé en autant de parcelles qu’il y a de corps ou d’éléments à répartir ; à chaque individu sa place, et en chaque emplacement, un individu. Il faut pouvoir à chaque instant contrôler la conduite de chacun.
- Les emplacements fonctionnels : on distribue et on cloisonne l’espace avec rigueur
On hiérarchise (individualise) et homogénéise.
2) Caractéristiques du pouvoir
On peut parler d’un pouvoir en réseau. Il ne se détient pas comme une chose, mais fonctionne comme une machinerie. Cf. Foucault, Surveiller et punir, chapitre 2, « les moyens du bon dressement » : « Il s’organise comme un pouvoir multiple, automatique et anonyme ».
Son fonctionnement est celui d’un réseau de relations de haut en bas, mais aussi jusqu’à un certain point de bas en haut et latéralement ; ce réseau fait tenir l’ensemble, et le traverse intégralement d’effets de pouvoir qui prennent appui les uns sur les autres : surveillants perpétuellement surveillés…. Le pouvoir fonctionne comme une machinerie : c’est l’appareil tout entier qui produit du pouvoir ; ce pouvoir se soutient lui-même par ses propres mécanismes Il est discret car il fonctionne en permanence et pour une bonne part en silence ; il s’exerce en se rendant invisible… … par contre il impose à ceux qui s’y soumettent une visibilité obligatoire (d’où les « examens » : médicaux, scolaires) –l’examen constitue le cas, objet pour une connaissance et une prise pour un pouvoir : c’est l’individu tel qu’on peut le décrire, le mesurer, le comparer à d’autres, et cela, dans son individualité même ; c’est aussi l’individu qu’on a à dresser, redresser, normaliser, exclure, etc.
3) La biopolitique
Cette nouvelle forme de la politique permet à la fois d’homogénéiser le corps social et de mesurer l’éventail des différences individuelles en fonctions des écarts à la norme : « une société normalisatrice est l’effet historique d’un pouvoir centré sur la vie » (La volonté de savoir).
La norme : moyenne permettant de mesurer ce qui s’en approche (le normal) et ce qui s’en éloigne (l’anormal)
§1 Pouvoir souverain = droit de vie et de mort (cf. Hobbes ; symbole = le glaive)
§2 Transformation des mécanismes de pouvoir :
- Gestionnaire de la vie
§3 Exemple : peine de mort : pourquoi l’avoir abandonnée ?
§4 Faire vivre ; conséquence : rejet de la mort
§5 Depuis 17e, le pouvoir sur la vie a pris deux formes
§6 Administration des corps et gestion calculatrice de la vie
§7 Bio-pouvoir = élément indispensable du capitalisme
§8 Suite ; critique thèse M. Weber : pas morale ascétique mais « vie dans histoire »
A- L’enjeu politique du sexe
La sexualité est le révélateur de la forme de pouvoir moderne. Ce n’est pas le rapport à la loi mais le rapport à la norme qui constitue notre expérience moderne de la sexualité.
Pour Foucault, le sexe n’est pas la cause et la signification première des plaisirs corporels. Le sexe n’est pas une réalité physique, ni un invariant anhistorique et universel de la nature humaine, mais une catégorie régulatrice et normalisatrice. C’est un système historique de discours et de pouvoir qui a produit ce qu’on appelle sexe (dispositif de sexualité). Le pouvoir PRODUIT la sexualité.
« Preuve » par l’histoire :
Sexualité au 18e = problème juridique
On invente des perversions relativement à une norme naturelle
o l’homosexualité = nature viciée
Comment, historiquement, le dispositif de sexualité a-t-il pris son essor ?
On va de la loi du sang à la norme du sexe ; pour cela, il a fallu s’arracher au pouvoir de la noblesse ; la sexualité ne sera plus le signe distinctif de la bourgeoisie.
a) A l’origine, le système d’alliances régissait les relations sexuelles
b) Ensuite les bourgeois ont inventé la sexualité, pourquoi ?
a. La bourgeoisie doit affirmer son rang social car :
c. Diffusion de la sexualité :
i. Contrôle qui se développe au sein de la bourgeoisie, par la bourgeoisie
ii. Puis diffusion dans les classes populaires
c) Aujourd’hui : démultiplication des sexualités et contrôle médical
§12 L’importance du sexe comme enjeu politique (car il est accès à la fois à la vie du corps et à la vie de l’espèce)
§13 La politique du sexe = 4 grandes lignes d’attaque depuis 2 siècles
§15 Le sexe chez Sade
§17 Alliance sexualité et loi
ce qui est nouveau c’est qu’elle est rapportée au sexe
construction produite à des fins de régulation sociale et de contrôle de la sexualité
§19 « histoire des corps »
§20 L’idée de sexe s’est formée à travers des stratégies de pouvoir
§22 L’idée de sexe permet de ne le penser que comme loi et interdit
§23 Sexe et identité
§24 Désir du sexe
Sexualité, aveu, et pouvoir
- C’est un domaine saturé par les interdictions et les censures ;
cf. le capitalisme qui refuse au corps la jouissance et la dépense inutile afin d’en extraire une puissance maximale de travail. (Ainsi la bourgeoisie a réprimé la sexualité des ouvriers pour que leur libido soit au service de la production dans les usines… En réponse, la bourgeoisie s’est d’ailleurs inventé une sexualité afin de s’en distinguer socialement !)
On n’en parle pas, on ne le met en pratique que dans la discrétion.
- En même temps, c’est-à-dire, paradoxalement, la mise en discours de la sexualité dans notre culture s’est accompagnée d’une traque systématique (et d’une invention) de nouvelles formes de sexualité : à force de vouloir les détecter, on les suscite ! (cf. fait que le pouvoir ne réprime et n’interdit pas : au contraire, il incite et produit). On recherche partout le sexe, même où il pourrait ne pas se loger… et il finit par s’y trouver !
FOUCAULT: SEXUALITE, AVEU ET POUVOIR ( Référence : site internet « Et in Arcadia Ego »)
- continuation de l’établissement de la « sexualité » comme dispositif de contrôle social plutôt que comme limitation de son pouvoir ; pouvoir basé sur la visibilité : exemples : les homosexuels, la pornographie, la mode des sextoys… et Facebook !
Mais nous ne sommes pas vraiment libres ! Le pouvoir contrôle en nous donnant l’impression de ne pas être contrôlés ! (ultime exemple : l’éducation sexuelle dans les écoles ?! –dit à quel âge on a nos premiers rapports sexuels, etc.). C’est donc bien la forme moderne de pouvoir que l’on retrouve ici : cette forme de pouvoir est basée sur
- l’incitation à l’aveu, sur la visibilité, plutôt que sur la censure et la répression
- il entretient un sentiment de liberté
Bref : on m’encourage à identifier la liberté à la liberté de ma sexualité, et pendant ce temps, je pense à autre chose qu’à ce qui se passe dans le monde réel, ce qui laisse le champ libre aux dominations politiques et économiques.
Mais pourquoi le sexe est-il devenu si important dans nos sociétés selon F. ?
Cf. article de C. Chevalley : le désir n’a pas d’explication, il survient ; à partir de cette émotion sans référence, nous construisons un monde que nous croyons être un monde privé. Si le sexe a pris une importance démesurée c’est parce que nous avons l’illusion du caractère privé de notre expérience de la sexualité.
Cf. Freud : pour lui le sexe n’est pas un besoin purement physiologique ; la sexualité est rapportée à l’histoire singulière du sujet : elle est par conséquent l’indice du succès ou de l’échec à nous constituer comme individus. La sexualité est devenue pour nous, en conséquence, une sorte de marqueur de notre personnalité
Or le sexe est un langage commun déterminé par bien autre chose que l’histoire du sujet ; elle varie avec : les lieux géographiques, les périodes historiques, les couches sociales. Cf. gestes de la drague, vêtements, allures de filles, trucs pour susciter la jalousie, etc.
Cf. aussi amplification libertaire de 1968 : hypothèse selon laquelle une société non répressive est possible (cf. Marcuse, Eros et civilisation)

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