Source: http://terakarandriantsoa.blogspot.fr/2012/05/
Timestamp: 2017-07-28 10:57:35+00:00

Document:
Le pape a vigoureusement défendu mercredi 30 mai ses collaborateurs et fustigé l'image déformée du Vatican livrées, selon lui, par les médias
après les fuites de lettres confidentielles lui étant adressées. Le saint-père, qui paraissait pâle, grave et amaigri, a été chaleureusement
acclamé par les 15 000 fidèles présents sur la place Saint-Pierre. Le Vatican avait officiellement confirmé, le 26 mai, l'arrestation du majordome du pape, Paolo Gabriele, l'un des auteurs présumé des fuites.
Ces évènements "ont provoqué en mon cœur de la tristesse", mais "le Seigneur ne privera jamais l'Eglise de son aide pour la soutenir sur son chemin", a-t-il assuré. Ce message visait à rassurer
ses cadres dans le monde entier, alors que se multiplient les rumeurs sur des rivalités entre cardinaux au Vatican, certains étant même soupçonnés par les médias d'avoir été les "gorges profondes".
"Des hypothèses tout à fait gratuites se sont multipliées, amplifiées par certains médias, et sont allées bien au-delà des faits, donnant une image du Saint-Siège qui ne correspond pas à la réalité, a répondu le pape. Je désire renouveler
ma confiance et mon encouragement à mes plus proches collaborateurs qui
m'aident quotidiennement avec fidélité, esprit de sacrifice et dans le silence, à remplir mon ministère."
Selon le vaticaniste Marco Tosatti, cette expression de confiance s'adresse notamment au cardinal secrétaire d'Etat italien, Tarcisio Bertone. D'après la presse italienne, l'enjeu de la publication des documents aurait été précisément de pousser
vers la sortie ce proche de Benoît XVI, en raison d'une gestion jugée trop autoritaire, centralisée et insuffisamment diplomatique.
Après des jours de silence, la riposte du Vatican avait commencé mardi par un tir de barrage très dur contre les médias italiens, mené par Mgr Giovanni Becciu, substitut à la secrétairerie d'Etat. "Ce
qu'a subi Benoît XVI est brutal : il a vu publiées [...] des confidences qu'il a reçues uniquement en raison de son magistère", a
déclaré le numéro trois du Saint-Siège, soulignant que l'expression d'opinions divergentes auprès du pape était légitime et normale. "On
fustige le caractère absolu et monarchique du gouvernement central de l'Eglise, mais on se scandalise que certains, en écrivant au pape, expriment des idées et des plaintes sur l'organisation de ce gouvernement", avait-il noté.
Les investigations, dans le plus grand secret, sont menées à deux niveaux : par la justice vaticane et par une commission de trois cardinaux qui continue d'auditionner de nombreuses personnes. Des médias italiens ont affirmé que l'enquête
s'oriente vers d'autres suspects. Selon le site Vatican Insider, il s'agirait de trois fonctionnaires laïcs du Saint-Siège, résidant en Italie.
Selon La Repubblica, c'est le secrétaire particulier du pape, Mgr Georg Gänswein, qui, en lisant le livre de Gianluigi Nuzzi, Sua Santita,
aurait demandé des explications à Paolo Gabriele sur la publication dans cet ouvrage d'un document comptable adressé directement au pape sur
le budget de la "Fondation Joseph Ratzinger".
Jeudi 31 Mai 2012 Madagascar
est connu pour être un dépotoir des produits venus de Chine et de l’Inde, mais est surtout célèbre pour divers trafics : héroïne, rubis, or, émeraude, bois précieux…
Sans oublier les trafics d’organes. La Grande Ile est depuis trois ans une destination très prisée des trafiquants européens et africains. Outre l’or ou l’héroïne, Madagascar attire toutes les convoitises de par
ses « terres rares ». Les firmes américaines et françaises sont au courant des réserves dont dispose l’île, et elles sont énormes. Comme toujours, ici ou ailleurs, la Chine est à l’affût. Pour
l’instant, l’or de Madagascar fait l’objet d’un véritable hold-up des prédateurs en tous genres. Aucune statistique sur les dizaines de kilos d’or qui quittent le territoire national illicitement. Ainsi,
tout dernièrement, 65 kg d’or de Madagascar – excusez du peu – sont partis irrégulièrement à l’extérieur… Selon nos informations, près de 680 kg d’or ont été expédiés en cachette depuis mars 2007. Au profit de qui ? Autrement dit, le pays recèle des tonnes et des tonnes d’or dans son sous-sol, à l’abri des regards indiscrets depuis pratiquement l’indépendance. En
tout cas, deux Mauriciens viennent d’être arrêtés par les douaniers comoriens, le 26 mai dernier, en possession de 49,7 kg d’or en provenance de Madagascar, d’après comoresonline.net. Ces deux trafiquants, selon lexpress.mu, sont des Mauriciens, Narad Ramdawan (39 ans) et Bupedra Shah (58 ans). Ils ont été interpellés à l’aéroport Prince Saïd Ibrahim (Comores), alors qu’ils étaient en transit pour Dubaï, un pays connu pour « recycler » l’or, des devises et métaux précieux venant, entre autres, de Madagascar. Pire
: ces Mauriciens ont quitté Ivato à bord d’un avion de location, avant de prendre un vol de la Kenyan Airways pour rallier Dubaï. Selon la presse comorienne, c’est la deuxième saisie d’or en l’espace de… deux jours. En effet, vendredi dernier, deux Malgaches ont été pris avec 15 kilos d’or. « Ils bénéficient de complicités douanières à Madagascar et aux Comores », dit-on. Que
faire afin d’éradiquer ces trafics ? Maintenant que le cours de l’or atteint des sommets, le manque à gagner pour l’Etat malgache est important et s’élèverait à plusieurs centaines de millions de dollars. Dans tous les cas, le gouvernement mauricien se penche sur ce dossier, ô
combien sulfureux, car des personnalités malgaches et mauriciennes y seraient impliquées... Posted by
Réaménagement de sa flotte avec comme ambition affichée de séduire la clientèle affaires tout en conservant les passagers qui ont fait son fonds de commerce attirés par la politique tarifaire, Corsairfly devenue Corsair International fait évoluer son modèle économique avec une contrainte qui pèse sur l’ensemble des compagnies aériennes l’explosion du coût du kérozène.
Pascal Gardin, directeur commercial de la compagnie s’explique.
P.G. : L’impact sur les résultats de Corsair sont liés à la flambée du prix du kérozène. Pour le premier semestre, le coût supplémentaire lié au carburant est de 20 millions d’euros par rapport à l’année dernière. Face à cela nos performances commerciales sont plutôt bonnes. Le taux de remplissage sur la Réunion pour le premier semestre (77%) est
en progression de 1 point. Par rapport à l’année dernière, il atteint même 79% en avril. Malgré une baisse de l’offre de l’ordre de 5% sur le premier semestre nous avons 4% de passagers en plus. Sur l’ensemble de nos lignes, le chiffre d’affaires a progressé de 18% au premier semestre.
La phase de transformation entamée il y a dix-huit mois se poursuit. Nous avons défini un plan stratégique et nous sommes en phase avec notre
calendrier puisque nous attaquons la rénovation de nos appareils (voir encadré). Deux fondamentaux demeurent : l’évolution de notre programme avec le passage à des vols quotidiens de nuit en abandonnant les vols province depuis plus d’un an et le choix de devenir une compagnie régulière. Le trafic avec l’offre TGV Air fonctionne très bien. Nous avons conservé des parts de marché assez fortes au départ de la province. Notre actionnaire TUI est solide. Il vient de recapitaliser la
compagnie à hauteur de 210 millions d’euros. C’était prévu dans le plan
de marche et cela a été fait le 9 mai dernier. La stratégie de Corsair s’en trouve validée. Nous avons pu financer la reconfiguration de la flotte et financer deux nouveaux Airbus A330. Comme tout actionnaire, TUI attend des résultats. Ceux que nous présentons montrent que nous sommes sur la bonne voie. L’engagement vis à vis de notre actionnaire est toujours le même : retour à l’équilibre fin 2013.
Aujourd’hui l’environnement économique avec l’envolée du prix du pétrole donne des limites à la tarification à la baisse. Nous avons toujours été dans une logique d’offrir les meilleurs tarifs. Nous resterons dans cet état d’esprit mais nous ne pouvons pas méconnaître les surcoûts liés au pétrole. Une forte baisse des tarifs sur la Réunion
ne serait pas tenable et ne serait pas sans conséquences pour la compagnie qui s’y risquerait.
Notre stratégie de desserte de Mayotte, Madagascar et Maurice reste inchangée. Sur Mayotte, nous sommes à 89% de remplissage. Nous passerons
de deux à quatre fréquences en juin toujours appuyées sur Antananarivo.
Sur Maurice nous avons 86% de taux de remplissage et trois fréquences en direct
Il faudra encore attendre avant que l'Airbus A 340 d'Air Madagascar puisse atterrir à Nosy Be. L'aéroport de l'île au parfum nécessite encore quelques réaménagements avant de pouvoir accueillir ce nouveau fleuron de la flotte de la compagnie nationale de transport aérien. Des travaux coûteux, avec un investissement qui s'élève à 24 milliards d’ariary, selon un haut responsable proche du dossier. « Et ce montant ne comprend pas encore le prolongement de la piste. Un fonds qui, pour l'instant, reste encore à trouver », poursuit-il. La
piste d’atterrissage de l'aéroport de Nosy Be mesure 1290 mètres. Une longueur qui permet à l'A 340 d'y atterrir et d’en décoller, même s'il ne peut pas être chargé avec sa capacité maximale. Les travaux à faire comprennent l'élargissement des bretelles de sortie qui va de la piste vers l'aire de parking. À cause de leur envergure, les moteurs de l'appareil arrivent jusque dans les zones gazonneuses qui risquent de les endommager. 14 milliards d’ariary sont nécessaires pour régler ce problème. Par ailleurs, les 10 milliards d’ariary restants serviront à installer les instruments de guidage à l'atterrissage, appelés aussi ILS
(Instrument landing system).Rajoelina va devoir renégocier son contrat avec la France, qui n'attend que cela.
Nosy be revêt une importance capitale pour le tourisme. Les sites touristiques et les infrastructures hôtelières de l'île au parfum sont parmi les plus beaux du pays. Voilà pourquoi les autorités veulent absolument y faire atterrir l'Airbus. Posted by
société ENELEC, fournisseur d’énergie de la JIRAMA souhaite informer les consommateurs de la coupure prochaine de la fourniture d’électricité
à Antsiranana, Mahajanga et Toamasina pour des raisons indépendantes de
En effet, ENELEC produit de l’électricité pour la JIRAMA sans être payé depuis plusieurs mois et faute d’argent, n’est plus capable d’entretenir ses centrales ce qui entraîne des délestages dans ces villes et prochainement l’arrêt forcé des machines faute de pouvoir payer les pièces, les consommables, les lubrifiants et les interventions
techniques des spécialistes étrangers.
Samedi, 26 Mai 2012 De nombreux enfants malgaches errants et abandonnés parfois volontairement par leurs parents sont constatés dans la Grande Ile, comme dans d’autres pays. Il n’est pas rare de trouver un nouveau-né abandonné à la naissance à l’hôpital ou dans un coin de rue ou dans un bac à ordures. 4
339 plaintes ou signalements d’enfants disparus ont été enregistrés entre 2009 et 2012 et dont 3 241 enfants ont été retrouvés ou réunifiés à
Antananarivo, selon le Syndicat des Professionnels Diplômés en travail Social, a communiqué hier, lors de la journée mondiale des enfants disparus hier. En fait, on la célèbre tous les 25 mai. D’autres
enfants s’échappent de leur propre initiative, fuyant un milieu familial trop insécurisant, un milieu où règne, dans certains cas, la violence domestique (maltraitance infantile et maltraitance conjugale): le cas des enfants qui ont fait une fugue. Sans la recherche de leur famille, les enfants abandonnés, égarés, ont tous en commun l’étiquette des enfants abandonnés. Une fois recueillis auprès des centres sociaux ou des familles d’accueil, plusieurs d’entre eux, seront proposés à l’adoption si la recherche de leur famille n’a pas abouti.
effet, cet abandon qui se traduit par l’errance des enfants peut devenir synonyme de trahison, celle de l’enfant qui quitte ses parents, ses frères et sœurs, ou la trahison des parents vis-à-vis de cet enfant qui grandira avec en lui des sentiments de rage ou, pire encore, celui de ne rien valoir, d’être juste bon à être délaissé, oublié sur le bord du chemin. Enfin, les enfants fugueurs sont dans une situation de vulnérabilité totale : l’exploitation par le travail, la prostitution infantile, la situation de dépendance, l’exclusion sociale, la déscolarisation, la malnutrition, l’insécurité et la maltraitance … constituent leur sort. En somme, les enfants disparus, égarés ou abandonnés à Madagascar sont-ils sans famille biologique ou sans famille élargie ?
Portée par une croissance économique très forte, la RPC entend assurer sa modernisation par une ouverture plus grande en direction des autres acteurs du système international. Comme l’indique le
Livre blanc du gouvernement chinois publié le 22 décembre 2005, « emprunter la voie du développement pacifique, c’est lier le développement intérieur à l’ouverture sur le monde extérieur, en arrimant le développement de la Chine à celui des autres parties du monde.» [C’est nous qui traduisons]
A ce propos, note Angel Ubide, «la
conquête de l'Afrique est un projet de politique extérieure marqué par l'usage du pouvoir économique au lieu de la puissance militaire, ainsi que l'offre de concessions politiques pour exercer une influence à l'extérieur[2].»
come back bien pavés, la politique africaine peut désormais se décliner dans plusieurs domaines. Fidèle à sa tradition des « petits pas », la diplomatie chinoise s’est donnée les moyens d’atteindre ses objectifs en instituant, avant tout, des structures politiques
sino-africaines, instances d’expression et de rationalisation de son offensive. Cette étape franchie, elle peut valablement mettre en œuvre sa diplomatie économique et commerciale
centrée sur les ressources pétrolières, objectif majeur de son retour en Afrique. Enfin pour compléter le dispositif, la présence économique balise la voie aux autres formes de coopération,
visant à renforcer l’empreinte chinoise sur le continent.
2 : L’héritage idéologique de la guerre froide
Ce rôle majeur joué par Pékin a contribué à asseoir l’idée d’une troisième voie résolument anticolonialiste et militante. L’héritage idéologique de la guerre froide se trouve ainsi récupéré dans l’optique de fonder une nouvelle légitimité garante de rapports bénéfiques entre le « plus grand pays en voie de développement (la Chine) et le plus vaste continent en développement (l’Afrique)». Toutes les déclarations officielles des autorités chinoises sur le partenariat sino-africain recèlent un fort relent d’histoire commune. Section 3 :
La neutralité et la non-ingérence
compléter son dispositif et mieux rassurer ses partenaires, la Chine entend fonder ses relations sur la non-ingérence et la neutralité. Cette disposition du partenariat stratégique sino-africain s’inscrit dans la panoplie des actes de rupture avec le modèle de développement et de coopération promu par les anciennes puissances coloniales. Elle constitue une perpétuation de la logique de bloc qui veut que la Chine et l’Afrique, même après la fin de la guerre froide, s’identifient au même camp. §1. Le recyclage des principes diplomatiques La pierre angulaire de la nouvelle diplomatie chinoise en Afrique apparait comme un recyclage des cinq principes régissant la politique étrangère chinoise énoncée pour la première fois en 1953 par Chou En-Laï et qui sont :
5. coexistence pacifique. En juillet 1992, la visite africaine du Président chinois Yang Shangkun, au cours de laquelle furent exposées les nouvelles orientations sino-africaines, se conclut en des termes qui rappellent le voyage de Chou En-Laï de1953: « la Chine soutient les pays africains dans le maintien de leur souveraineté et de leur indépendance nationale, ainsi que dans leur lutte contre l’intervention extérieure(…) la Chine respecte les pays africains dans leur choix d’un système politique et d’une voie de développement propre à leurs conditions nationales.» Après plusieurs décennies, ces principes demeurent le socle des relations sino-africaines et s’affirment aux yeux des autorités de Pékin comme une continuité. En 2006, le Président Hu Jintao a réaffirmé la position de la Chine en insistant sur le fait que « le traitement d’égal à égal est la garantie sûre pour le renforcement de la confiance mutuelle sino-africaine. Nous attachons une haute importance aux préoccupations de chacun14.» Dans la vision diplomatique chinoise, la contrainte et l’application de sanctions sont moins efficaces que le contact bilatéral permanent. En outre la coercition est souvent génératrice de conflit, d’où l’impérieuse nécessité de promouvoir une neutralité absolue dans les affaires intérieures d’un pays partenaire. §2. La définition d’un nouveau cadre de partenariat
Cette orientation de la nouvelle diplomatie chinoise a le mérite au moins d’être claire. D’une part, elle dénonce de façon à peine voilée le néocolonialisme. Comme le mentionne la Déclaration de Beijing issue de la réunion des ministres des affaires étrangères, du commerce extérieur et de la coopération internationale de Chine et des pays africains tenue du 10 au 12 octobre 2000,
« tous les états ont le droit de participer, sur un pied d’égalité, aux affaires internationales. Aucun pays ou groupe de pays n’a le droit d’imposer sa volonté à autrui, ni de s’immiscer dans les affaires intérieures des autres sous prétexte quelconque, ni de leur imposer de manière unilatérale des mesures économiques coercitives.»
Ainsi, le retour africain de Pékin se trouve grandement facilité par la capacité de sa diplomatie à revaloriser son ancrage historique dans le continent et surtout à recycler ses principes fondateurs pour les adapter à ses nouvelles missions. Aux anciennes puissances coloniales qui ont du mal à sortir du néo-colonialisme, Pékin oppose une légitimité historique fondée sur le militantisme et la solidarité. La Chine semble paver les chemins de son offensive par une valorisation constante du passé et une exaltation de l’avenir sino-africain. Pierre angulaire du militantisme et du rayonnement chinois dans les années 1970, la nouvelle diplomatie chinoise a désormais pour rôle de promouvoir cet espace de développement « gagnant-gagnant » entre l’Afrique et la Chine. CHAPITRE II : LES MANIFESTATIONS DE LA POLITIQUE AFRICAINE DE LA CHINE
Depuis son accession aux commandes en 2003, le Président Hu Jintao multiplie les signes d’intérêt en direction du continent. Après sa visite africaine en janvier 2004 en Egypte, au Gabon puis en Algérie, le Président chinois a séjourné au Maroc, au Nigeria et au Kenya en avril 2006. Ce séjour fait suite au périple africain du ministre chinois des affaires étrangères Li Zhaoxing à l’occasion du 50eme anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre la Chine et l’Afrique. Bref, l’année 2006 marque bien l’année de l’Afrique en Chine,
au point que le Président Jintao, le Premier ministre Wen Jiabao et le chef de la diplomatie Li Zhaoxing ont à eux seuls prêché la bonne parole dans quinze(15) pays africains, renforçant ainsi l’intérêt et le sérieux que Pékin entend insuffler à cette nouvelle idylle sino-africaine17. Pour battre le fer pendant qu’il est encore chaud, le Président Jintao a entamé une nouvelle tournée africaine consacrée à dix(10) pays en janvier-février 2007.
L’ardeur de la diplomatie chinoise est à la dimension de l’ambition de Pékin de formaliser ses échanges avec le continent à travers des structures viables. §2. Les espaces de dialogue : le Forum sur la Coopération Sino-Africaine
C’est ainsi que du 10 au 12 octobre 2000, la première conférence du FCSA réunit à Pékin 45 pays africains, de nombreuses organisations internationales et régionales, ainsi que les représentants du secteur privé. Cette première initiative regroupe, outre le Secrétaire Général de l’OUA, quatre chefs d’Etats africains (d’Egypte, de Zambie, du Togo et de Tanzanie). La rencontre est sanctionnée par deux textes importants : la Déclaration de Beijing et le Programme pour la coopération sino-africaine. Elle est marquée également par un geste fort qui ne manquera pas de susciter l’intérêt des chefs d’Etats n’ayant pas fait le déplacement. En effet, Pékin annule une partie de la dette des pays africains à hauteur de 10 milliards de dollars et prend date pour l’avenir. Trois ans plus tard, c’est au tour d’Addis-Abeba d’accueillir le second FCSA du 25 au 26 novembre 2003. En plus d’une participation plus étoffée des chefs d’Etats africains, Pékin réussit à faire admettre la nécessité d’institutionnaliser ce type de rencontre. Un Plan d’Action 2004-2006 est adopté en attendant la messe de 2006 qui verra la Chine récolter les fruits du travail minutieux de sa diplomatie. Quarante-huit pays africains dont quarante et un chefs d’Etat et de gouvernements ont assisté à la troisième session du FCSA du 4 au 5 novembre 2006. Coïncidant avec l’anniversaire du cinquantenaire de l’établissement des relations diplomatiques avec l’Afrique (l’Egypte nassérienne avait établi ses relations diplomatiques en 1956 avec la RPC), ce sommet marque l’apothéose et atteste du succès de l’offensive lancée par la Chine en direction de l’Afrique. C’est le plus grand événement sino-africain depuis la proclamation de la RPC. Qualifié d’historique par la plupart des participants, le sommet est perçu comme l’antithèse des rencontres franco-africaines ou les sommets du Commonwealth. L’objectif semble atteint pour Pékin si l’on en juge par cette déclaration du Président algérien Abdelaziz Bouteflika, à l’issue du sommet : « la Chine et l’Afrique peuvent, en effet, tabler sur un partenariat de type nouveau, mutuellement avantageux et qui n’a pas à pâtir des conséquences de l’histoire coloniale et de celles, dommageables, induites par une aide au développement paternaliste.18 » Le sommet a adopté une Déclaration de Pékin et un plan d’action 2007-2009. Mieux la Chine a comblé ses visiteurs d’une générosité jusque là jamais atteinte19. Ainsi en misant sur la diplomatie pour réussir l’ouverture de la Chine au monde et conforter ses chances de développement, Deng Xiaoping l’artisan de la Chine moderne posait en filigrane les exigences de la politique extérieure chinoise en Afrique. Ses successeurs Zeming et Jintao ont compris que la coopération militante teintée d’idéologie tiers-mondiste devait céder le pas à une approche pragmatique centrée avant tout sur les intérêts de la Chine. Réalisme et pragmatisme semblent être les leviers sur lesquels s’appuie Pékin pour mettre en œuvre sa diplomatie économique et commerciale en Afrique, poumon de sa stratégie de puissance.
En 1993, la Chine devient importatrice de pétrole. Pour faire face à l’accroissement de la production nationale en brut elle doit venir à bout de plusieurs obstacles. En effet, Pékin ne dispose pas de savoir-faire technologique pour exploiter ses réserves naturelles à cause des contraintes géologiques et surtout en raison de ses raffineries inadaptées pour traiter la haute teneur en sulfure du pétrole chinois. A ces contraintes d’ordre technique s’ajoute une raison géopolitique majeure : la Chine, depuis les conséquences énergétiques de la rupture avec l’URSS dans les années 60, a toujours redouté un« energy containement ». Pierre Antoine Braud en conclut que « la croissance économique chinoise pouvant être remise en cause, il s’agit pour Pékin de diversifier ces sources d’approvisionnements, sans recourir au marché international, mais en obtenant un contrôle durable de l’exploitation et de la production20.» Ces raisons expliquent que l’Afrique soit devenue la troisième zone d’internationalisation des compagnies pétrolières chinoises, attirées principalement par les trois grands pays producteurs que sont le Soudan, l’Angola et le Nigeria. Abritant 9% des réserves pétrolières mondiales et assurant 11% de la production, l’Afrique est la terre promise dont rêve la Chine pour diversifier ses approvisionnements. La diplomatie énergétique de la Chine se présente le plus souvent sous la forme d’une offre multidimensionnelle pour les pays d’accueil. Ces derniers ont souvent en commun les caractéristiques suivantes : implantés dans des zones de crise désertées par les
majors pétroliers occidentaux (cas de l’Angola et du Soudan), ils sont souvent engagés dans un bras de fer avec la communauté internationale pour des raisons de politique intérieure; ils disposent, par ailleurs, de réserves pétrolières peu convoitées ou n’offrant aucune rentabilité immédiate. La stratégie d’implantation des compagnies pétrolières chinoises s’adapte au cas de chaque pays. A. Le Soudan : pétrole contre soutien diplomatique
En 1997, dans un Soudan en proie à la guerre civile entre le Nord et le Sud, l’entreprise d’Etat la China National Petroleum Corporation (CNPC) s’engage à exploiter dans le cadre d’une
joint venture (avec une firme malaisienne et une autre canadienne) les gisements du sud de pays, plus exactement dans le bassin de Muglad avec un investissement global d’un milliard de dollars. La CNPC a « importé » 2000 ouvriers chinois21 pour réaliser un oléoduc de 1600 km reliant les champs pétrolifères de Muglad à la Mer Rouge. Aujourd’hui, le Soudan fournit 7,5% des importations totales de la Chine.
Cette belle percée coïncide avec les tentatives du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale (BM) d'amener Luanda, à plus de transparence sur les fonds pétroliers : l'Angola, alors 3éme sur 102 pays les plus corrompus selon
Transparency International, avait vu, en 2001, un tiers des revenus de l'Etat s'évaporer, alors qu'un quart de la population souffrait de famine et attendait une aide alimentaire extérieure. Pékin mit alors à la disposition de Luanda un prêt de 2 milliards de dollars à 1,5% d’intérêts sur 17 ans, en échange de 10.000 barils de pétrole par jour. Les autorités angolaises pouvaient désormais s’opposer au FMI et à la BM.
Dans le cas du Nigeria,
« la Chine a abouti à un lien où se mêlent commerce, matières premières et soutien politique »,
selon Chung-lian Jiang.23 Au cours de sa visite d’avril 2006 au Nigeria, le président Hu Jintao a finalisé un accord portant sur quatre licences d’exploitations pétrolières. Des investissements de l’ordre de 4 milliards de dollars dans l’infrastructure, les centrales électriques et les services téléphoniques sont annoncés. Parallèlement, la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) a déjà acquis 45% des parts de la concession pétrolière d’Apko dont la production est prévue pour 2008, illustrant la stratégie chinoise basée sur le long terme. Enfin, depuis 2005, le Nigeria s’est engagé à fournir 30 000 barils de pétrole par jour durant cinq (5) ans à
Petrochina, une compagnie publique chinoise.
La Chine, tirant les leçons de sa coopération avec le continent à l’issue d’une réunion de tous les Ambassadeurs chinois en poste en Afrique en 1995, a profondément modifié sa politique d’aide au développement. Cette nouvelle politique de l’aide découle de l’importance de ses réserves estimées à plus d’un milliard de dollars. Alors que jusque là la Chine s’était limitée à les convertir en bons de trésor américain ou en rentes libellées en dollars, elle a décidé de les utiliser à des fins géostratégiques, en se lançant dans une politique d’investissements, notamment en Afrique, pour renforcer son indépendance énergétique. D’après le département Afrique du Ministère chinois des Affaires étrangères, l’aide extérieure chinoise se fait sous les trois formes suivantes : le prêt bonifié préférentiel, les projets d’entreprises à cogestion ou à capitaux mixtes, et l’aide sans contrepartie. La pratique du prêt préférentiel a déjà fait ses preuves en Angola où des investisseurs chinois, malgré l’ire du FMI et de la BM, ont mis à la disposition de ce pays 5 millions de dollars. Avec la politique des projets d’entreprises, Pékin étend sa politique énergétique à l’acquisition des matières premières autres que le pétrole en combinant le développement des infrastructures et l’extraction des minerais. C’est ainsi que des sociétés chinoises sont activement engagées dans l’exploitation du cuivre et du cobalt en Zambie et en République Démocratique du Congo, du charbon au Mozambique25. Cette exploitation s’accompagne le plus souvent du développement d’infrastructures faisant accepter l’idée que Pékin contribue au développement du tissu industriel comme l’illustre la réfection des infrastructures routières ou ferroviaires, en Angola, au Zimbabwe, au Nigeria, en Ethiopie et au Gabon. Quant à l’aide sans contrepartie, elle se traduit le plus souvent par des réalisations de prestige, ces « éléphants blancs » souvent dénoncés par la coopération occidentale à cause des énormes budgets de maintenance qu’ils impliquent pour les pays d’accueil. Il s’est engagé, à l’issue du sommet sino-africain de novembre 2006, de construire gratuitement un siège pour l’Union Africaine à Addis-Abeba. L’aide sans contrepartie s’accompagne également d’annulation périodique de dettes et de la mise en place de coopérants chinois dans divers secteurs. En 2004, on dénombrait environ 61 000 coopérants chinois en Afrique. Au total Pékin consacre 45% de son aide au développement à l’Afrique grâce à une politique d’investissement multiforme qui a, selon le président algérien Abdelaziz Bouteflika, permis à l’Afrique d’atteindre un taux de croissance de l’ordre de 6%, son taux le plus élevé de ces trente dernières années26. Le modèle chinois semble faire des émules au point que Jawad Kerdoudi pense que
« l’Afrique pourra prendre exemple sur la Chine pour son développement. Le modèle chinois a fait ses preuves, puisqu’il permet un taux de croissance le plus élevé du monde, et qu’il a tiré de la pauvreté des millions de personnes27.» La nouvelle logique commerciale demeure toujours portée par le concept clé du « gagnant-gagnant », si chère à la Chine. C’est d’ailleurs la principale arme brandie par les autorités chinoises contre les « donneurs de leçons » de l’Occident, mais surtout pour présenter sa coopération avec l’Afrique comme dénuée de tout esprit d’exploitation et de mercantilisme. Comme le souligne Valérie Niquet « la Chine offre un partenariat stratégique fondé sur le respect sourcilleux de la non-ingérence, le rejet de toute légitimité morale de l’Occident et la mise en avant du concept de spécificité des valeurs, opposé à l’universalisme des principes occidentaux28.»
modus operandi en matière d’investissement est souvent invariable. Il commence par le montage d’une joint-venture avec une entreprise locale ou internationale pour acquérir des droits d’exploration et d’exploitation (cas au Soudan) puis s’enchaîne avec l’importation du matériel et de la main d’œuvre de Chine pour la réalisation des infrastructures (routes et oléoducs) nécessaires à l’acheminement du pétrole vers les sites portuaires. Cette politique d’investissement s’inscrit dans une stratégie globale de sécurité énergétique et ne se soucie guère de rentabilité immédiate, ce qui accroît d’avantage les chances de la Chine de supplanter les institutions financières classiques occidentales. Pour mieux promouvoir les investissements, la Chine est maintenant présente dans le secteur bancaire. C’est ainsi qu’en 2000 Eximbank (une banque d’import-export chinoise) a implanté sa première filiale à Khartoum au Soudan. Lors du dernier FCSA de novembre 2006, environ seize(16) contrats commerciaux pour un montant de deux (02) millions de dollars ont été signés. Enfin, la politique d’investissement mise en place par Pékin n’est pas du tout neutre. Elle vise à créer les conditions d’expansion et d’exportation des firmes chinoises sur le continent africain. En effet, les prêts consentis sont généralement destinés à la construction ou à la réfection d’infrastructures. L’appel d’offre pour la réalisation de ses marchés est souvent favorable aux entreprises chinoises soumissionnaires en raison de leur capacité à importer la main d’œuvre de leur pays. En Algérie, par exemple, la China State Construction and Engineering Corporation (CSCEC) remporte fréquemment les contrats publics. La boucle est bouclée, car Pékin retrouve indirectement une partie de sa mise initiale à travers ses entreprises de Bâtiment et Travaux Publics (BTP), se fait rembourser son prêt par les états débiteurs tout en donnant du travail à ses ressortissants. Parallèlement, le marché africain, moins exigeant que le marché occidental sur la qualité des produits, devient progressivement un marché-test pour l’industrie chinoise. Depuis quelques années, les entreprises chinoises se signalent dans la construction de centrales électriques (Soudan et Mozambique), s’initient à l’aéronautique au Zimbabwé et au nucléaire civil en Afrique du Sud.
Il s’y ajoute que des milliers de produits manufacturés à bon prix inondent tout le continent africain, devenu pour les firmes chinoises un marché à haut potentiel29.A ce propos, note François Lafargue, « même si les entreprises chinoises cristallisent le mécontentement, accusées de fraudes douanières et de livrer une concurrence déloyale à l’économie locale et informelle, les gouvernements africains restent bienveillants, estimant que l’intrusion de la Chine est un moyen de dynamiser la concurrence en permettant de contourner les circuits commerciaux traditionnels.»30 Ainsi, la mise en place de structures politiques aptes à « institutionnaliser » le dialogue sino-africain, conjuguée à l’offensive économique basée sur la sécurisation de la politique énergétique chinoise à long terme, offrent à la Chine des leviers d’instaurer une coopération bilatérale ou multilatérale avec l’Afrique dans d’autres domaines et de renforcer progressivement sa présence
La Chine n’a pas hésité à vendre au Soudan des avions de surveillance F-7 et des avions de transport Y-8 en pleine guerre civile, pendant la période où ses compagnies pétrolières étaient engagées dans l’exploitation des gisements pétroliers de Muglad. Ces ventes sont réalisées le plus souvent par la North Industry Corporation (NORINCO) et Polytech Industries, la plus importante firme de vente d’armes de l’armée chinoise. Le marché africain, comme dans le domaine des BTP, est l’occasion de tester un matériel souvent rustique et peu prisé sur les marchés occidentaux. C’est en Afrique que la RPC trouve un débouché pour ses avions d’entraînement K8, fournis à la Namibie, au Soudan et au Zimbabwe. La Chine pourvoit des hélicoptères au Mali, à l’Angola et au Ghana, de l’artillerie légère et des véhicules blindés à la quasi-totalité des pays de la région australe, ainsi que des camions militaires, des uniformes, du matériel de communication. La coopération est particulièrement étroite avec le Zimbabwe depuis le début des années 1980 et s’est renforcée en 2004. Pékin lui fournit des chars, de l’artillerie, des blindés ainsi que des camions, des vedettes rapides et des batteries de défense antiaérienne. Dans le domaine de la formation, on assiste depuis quelques années à une augmentation significative du nombre de stages de formation militaire dans tous les domaines, à un moment où les portes des académies militaires européennes sont de plus en plus fermées aux élites africaines. La Chine s’est même engagée à former dans les trois prochaines années, environ 15000 africains, dont une bonne partie de militaires. Cette politique d’armement n’est pas sans inquiéter les organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International. Dans un rapport publié en juin 2006, Amnesty épingle les fournitures d’armes chinoises dans les zones en conflit comme la RDC où 17% des armes recensées à Bunia, dans la région de l’Ituri, sont d’origine chinoise. Le même rapport présente la Chine comme « l’un des pays les plus secrets et les plus irresponsables en matière d’exportations d’armes ».
En effet, depuis huit ans, Pékin ne publie aucune information sur ses activités de transfert d’armes à l’étranger sur le registre des armes classiques des Nations Unies. Elle tarde également à ratifier le traité international sur le commerce des armes. §2. Les échanges socioculturels
Conscient de la place de la culture dans l’affirmation et la pérennisation des relations sino-africaines, Pékin n’a pas voulu que ce secteur soit en reste. Comme le note Renaud Delaporte, « la reconnaissance de l’identité culturelle du continent constitue un aspect inhérent de la politique chinoise. Si le G8 ou l’OMC n’ont jamais songé à inviter des groupes de danses folkloriques ou d’exposer quelque 300 pièces de sculpture, de la peinture de la poterie, à l’occasion de leurs arides conférences d’experts, les Chinois, eux, ont tout de suite compris la nécessité31 .»C’est ainsi qu’en 2004, trois manifestations à caractère culturel ont été organisées, en l’occurrence un festival international intitulé « Rendez-vous à Beijing », une tournée dite de la culture chinoise et un festival des jeunesses chinoise et africaine. Parallèlement, une implantation linguistique est amorcée avec la création de la première station radio chinoise, Radio Chine International (CRI), au Kenya depuis février 2006. A coté de cet outil de vulgarisation et d’échange, s’ajoute la création de centre culturel Confucius, au Cameroun, au Zimbabwe et au Kenya. Le dialogue culturel ainsi prôné renforce l’opposition de la Chine aux règles traditionnelles du partenariat Nord-Sud dans lequel les cultures africaines sont reléguées au second plan. Il demeure toujours au service d’une logique commerciale bien pensée car « au lieu des copies de marques occidentales sur des polos, c’est bientôt des boubous ornés de logos de marques chinoises que les africaines s’arracheront sur les marchés.32 » Cette promotion culturelle s’appuie également sur une diaspora chinoise évaluée à 130 000 personnes en Afrique, et pouvant atteindre officieusement 500 000 ressortissants.33La présence de chinois sur le continent remonte à plusieurs siècles. Toutefois, leur installation massive dans plusieurs pays africains est consécutive à l’ouverture sur le monde extérieur voulue par les autorités chinoises, depuis l’application des mesures de la réforme initiée par Deng Xiaoping. Présents en Afrique du Sud, à Madagascar, à l’île Maurice, au Kenya, en Tanzanie et en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mali etc.…) la communauté chinoise essaime de plus en plus sur le continent, portée surtout par la vague commerciale. Très généralement, il s’agit de coopérants ou d’ouvriers chinois qui sont restés dans les pays pour s’y adonner à une activité commerciale. Entreprenants, ils réussissent en quelques années à se signaler dans le petit commerce de produits manufacturés et à se regrouper dans des quartiers qu’ils finissent par contrôler (développement du phénomène des China towns). Diffuseurs de la culture chinoise, les ressortissants de la diaspora constituent avant tout les relais économiques pour la distribution des produits chinois, ce qui les expose aux protestations des industriels et commerçants locaux. Pékin songe à compenser le déficit de son image par la promotion de la coopération touristique. Le Livre blanc
sur la politique de la Chine en Afrique promet « d’appliquer effectivement le programme des voyages organisés de citoyens chinois dans des pays africains ; d’augmenter, à la demande des pays africains et en fonction de la faisabilité, le nombre de destinations touristiques agréées pour les citoyens chinois. » Selon le Bureau d’Administration des Entrées et Sorties du ministère chinois de la sécurité publique, le nombre de chinois visitant l’Afrique a doublé entre 2005 et 2006 et se chiffre aujourd’hui à 110 000 personnes. Le projet d’implantation de dix villages industriels intégrés en Afrique, dédiés aux entreprises chinoises, permettra d’accroitre le nombre de coopérants et de commerçants chinois sur le continent. §3. La présence militaire sous mandat de l’ONU L’Afrique constitue pour la Chine un nouveau champ d’action de son rayonnement diplomatique grâce à sa participation aux opérations de maintien de la paix. En investissant un tel créneau, Pékin signe en même temps son entrée dans un domaine jusque là réservé aux anciennes puissances coloniales, la France et la Grande Bretagne. Signe de son ouverture et de la place qu’elle accorde au couple paix-développement, la Chine a envoyé en janvier 2003 un premier contingent en RDC dans le cadre de la Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC) destiné à assurer un soutien médical. En 2005, un second contingent a participé à la Mission des Nations Unies au Liberia (MINUL), après la reconnaissance de Pékin par ce pays. A ce jour, environ 1500 soldats chinois sont présents en Afrique dans le cadre du maintien de la paix. Il s’y ajoute que Pékin a aidé financièrement l’Union Africaine (UA) pour le déploiement des casques blancs au Darfour. Cette présence pour le moment symbolique pourrait être naturellement appelée à croitre au fur et à mesure que les intérêts chinois se renforceront. En somme, la politique africaine de la Chine est désormais rentrée dans un cycle majeur à travers une présence multidimensionnelle suffisamment visible, au point de soulever de multiples interrogations dont la plus importante demeure l’avenir des relations sino-africaines. L’engagement et la détermination des autorités chinoises à prendre pied sur le continent, le dynamisme économique de ses firmes pétrolières et commerciales, la coopération militaire et culturelle, autant de jalons posés dont les impacts, déjà perceptibles, sont annonciateurs de profonds bouleversements dans l’univers des relations sino-africaines.
TITRE II: PERSPECTIVES SINO-AFRICAINES L’ampleur de l’offensive chinoise sur le continent africain ne laisse pas indifférent tant les enjeux qu’elle suscite sont multiples. En effet, le retour remarqué de la Chine intervient dans un contexte géopolitique mondial caractérisé par la redéfinition d’un nouvel ordre politique et économique dans lequel l’Afrique peine à trouver des repères. Cette situation survient également à un moment critique où le continent, bien que traversé par de multiples conflits, amorce un mouvement de démocratisation sous l’œil « vigilant » des anciennes puissances coloniales, mais également sous la poussée significative des populations, dont les aspirations à un peu plus de citoyenneté ne cessent de se faire valoir. Au plan économique, la prise de conscience d’un développement collectif se fait de plus en plus vive et mobilise déjà le leadership africain à travers la promotion du NEPAD. Dans ce cadre, la stratégie de puissance déployée par Pékin ne peut manquer d’entrainer de profonds bouleversements au triple plan politique, économique et sécuritaire. Quels sont les impacts politiques de la diplomatie chinoise sur l’avenir de la démocratie en Afrique ? Est-elle synonyme d’opportunités économiques ou de périls pour le développement du continent ? Quels sont les risques sous-jacents à la présence chinoise en Afrique dans le domaine de la paix et de la sécurité collective? Autant de questions qui jalonnent les nouvelles relations sino-africaines et qui exigent sinon des réponses urgentes, du moins une approche prospective afin d’esquisser les grandes tendances.
La proclamation de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats africains, même fondée en droit, pose problème dans le contexte de déficit démocratique du continent. A ce titre, à l’étape actuelle de l’insertion de l’Afrique dans le concert des nations démocratiques, le partenariat chinois étale une insuffisance de taille comparée à l’AGOA ou aux Accords (UE-ACP) de Cotonou. L’AGOA est une loi visant à promouvoir le commerce entre l’Afrique et les Etats-Unis sous la bannière de la promotion de critères politiques très sélectifs allant de la démocratisation, à la libéralisation, en passant par la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme. Quatorze pays africains ont été exclus de cette nouvelle loi qui autorise l’entrée aux États-Unis en franchise de douane et sans quota jusqu’en 2008 des produits provenant du continent africain. Il s’agit de l’Angola, du Burkina, du Burundi, des Comores, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, de la Guinée Équatoriale, du Liberia, de la Namibie, de la République Démocratique du Congo, de la Somalie, du Soudan, du Togo, du Zimbabwe. Quand à l’Union Européenne, elle n’avait pas hésité à suspendre sa coopération en 1990 avec le Soudan (signataire des accords de Lomé Europe-ACP) pour non respect des droits de l’homme, de la démocratie et du processus de paix. Elle a réitéré, en mars 2007, sa volonté de suspendre son aide au Soudan face au refus des autorités de ce pays d’autoriser un déploiement de casques bleus au Darfour. Le forum sino-africain de novembre 20006 a proposé une initiative similaire sans aucune condition politique, offrant ainsi une alternative à des pays récalcitrants ou poussifs dans le respect des droits de l’homme. Comme le faisait remarquer le sous-secrétaire d'État américain adjoint aux affaires africaines, M. Michael Ranneberger, le 28 juillet 2006 devant la sous-commission des affaires africaines de la Chambre des représentants:« La Chine, a une influence croissante sur le continent africain, et on peut craindre qu'elle ait l'intention d'aider les dictateurs africains, d'obtenir une mainmise sur les richesses naturelles précieuses de l'Afrique et de détruire la plupart des progrès que les pays africains ont réalisés ces quinze dernières années en matière de démocratisation et de gestion des affaires publiques38. » §2.La remise en cause de l’intégration politique du continent
En appelant à accroître la place de l’Afrique dans les institutions internationales, la Chine cherche plutôt à développer un réseau d’alliés pour maintenir un vivier de partenaires susceptibles de contrebalancer l’influence des puissances concurrentes. La perspective de l’élargissement du conseil de sécurité de l’ONU a déjà donné un avant goût avec le duel diplomatique engagé par la Chine et le Japon en Afrique. Pékin apprécie tout le poids des voix africaines qui lui ont permis en 1971 de retrouver son siège de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU, au détriment de Taiwan. La récente nomination d’une Chinoise à la tête de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est venue rappeler l’importance du vote des 48 pays africains, représentant 25% des voix aux Nations Unies. Au demeurant, il n’est pas exclu que la division des pays africains s’accentue au niveau des instances internationales autour des questions liées aux droits de l’homme par exemple, un domaine ou Pékin excelle dans l’immobilisme. En outre, même si la question taïwanaise n’est plus au centre de son action en Afrique, Pékin, à la faveur de sa réussite économique, use désormais de la diplomatie du portefeuille pour isoler Taiwan, avec une certaine réussite. Après le rétablissement des rapports diplomatiques du Sénégal avec la RPC en 2004, il ne reste plus que quatre (4) pays africains (Burkina Faso, Gambie, Sao Tome et Principe, Tchad) sur 53 à soutenir Taipei. L’opportunisme de certains Etats africains aidant, la série Taipei-Pékin est loin de connaitre son épilogue et entrainera, à coup sûr, une accentuation de la division du continent dans les instances internationales. Au total, la non-ingérence chinoise élevée au rang de principe immuable menace dangereusement l’avenir politique du continent africain. Comme le fait remarquer Valérie Niquet, «Pékin utilise de sa condition de membre du conseil de sécurité de l’ONU pour offrir des garanties politiques à des régimes corrompus. La Chine a beau jouer sur la fibre tiers-mondiste, cette pratique rappelle les stratégies que les pays occidentaux avaient mises en place juste après la décolonisation ; elle retarde les évolutions démocratiques nécessaires en Afrique.
§1. Les opportunités économiques A. Si le développement venait de l’Orient ?
La pénétration économique de Pékin s’accompagne de la promotion du modèle chinois basée sur l’idée d’une compatibilité sino-africaine, presque naturelle. En effet, à coté du passé d’humiliation et de privatisation jugé commun, la Chine insiste sur la nécessaire complémentarité sino-africaine. Au cours de sa visite au Nigeria, en avril 2006, le Président Hu Jintao n’a pas manqué de la mettre en évidence devant les parlementaires en déclarant: « l’Afrique a de riches ressources et un grand potentiel de marché, tandis que la Chine a accumulé dans sa modernisation une expérience profitable et des techniques pratiques. La coopération sino-africaine a donc de vastes perspectives. » L’argumentaire chinois repose sur l’adaptation des techniques chinoises au substrat social et économique des pays africains, en raison de leur simplicité et de leur rusticité. Cette vision ne manque pas de faire des émules au point que certains pensent que le partenariat sino-africain offre des perspectives de développement réel à l’Afrique. De plus,
«l’autoritarisme politique doublé d’une ouverture économique, source de croissance [6]» ne laisse pas indifférents les dirigeants africains.
C. Une aide publique variée et un partenariat moteur du développement Dans le domaine de l’aide publique, le ton a déjà été donné par le Président chinois, Hu Jintao qui, lors de sa tournée africaine de 2004, avait promis une coopération économique tournée vers les infrastructures, l’agriculture et le développement des ressources humaines.
Le premier péril induit par la présence chinoise en Afrique découle de l’absence d’un cadre structuré propre à assurer dans la durée une rentabilité aux investissements. En effet, en mettant en avant le principe de non-ingérence et la culture du bilatéralisme, la Chine tourne indirectement le dos aux initiatives collectives comme le NEPAD qui a clairement établi la nécessité d’insérer les gros investissements sur le continent africain, dans des projets collectifs et complémentaires. Par exemple, dans le domaine du développement des infrastructures, les investissements chinois sont généralement tournés vers la construction d’un réseau de communications (routes, chemins de fer, oléoduc) seulement utile à l’extraction et à l’acheminement du pétrole ou des matières premières (cas du Soudan) et souvent déconnecté du projet d’intégration envisagé par les experts du NEPAD. Comme le souligne à juste titre Yves Ekoué Amaizo « Si l’UA et les gouvernements africains ne se décident pas à dresser une carte exhaustive des actions multidimensionnelles de la Chine en Afrique, ils auront laissé l’essentiel de leur coopération avec la Chine s’opérer sans stratégie d’ensemble[7] ». Cette mise en garde rejoint celle du président de la commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré, qui n’a pas manqué de faire part de ses inquiétudes, au lendemain du sommet de Pékin de 2006, quant à la capacité de l’Afrique à tirer un grand profit du partenariat avec la Chine sous la seule bannière du bilatéralisme. A ce manque de vision stratégique, s’ajoute la tendance à encourager la mal gouvernance économique par l’apport d’investissements sans aucune condition. Une telle attitude, outre qu’elle favorise l’émergence de pratiques clientélistes, freine l’arrivée d’autres investisseurs potentiels et retarde, de fait, l’avènement d’un environnement des affaires propice à la croissance des économies africaines. B. La persistance de la détérioration des termes de l’échange Dans le domaine des échanges commerciaux, le partenariat sino-africain est dominé par l’inégalité des échanges. Il s’avère que la Chine importe essentiellement des matières premières du continent et ne favorise pas la diversification des exportations africaines. Au contraire, elle inonde le marché africain de produits manufacturés et concurrence même l’industrie locale. Dans le domaine textile par exemple, l’industrie sud-africaine a été ébranlée par les produits chinois au point que les entrepreneurs locaux réclament des mesures de protection pour faire face aux pratiques de dumping chinois. Au cours de sa récente visite dans ce pays en janvier-février 2007, le Président Hu Jintao a pu mesurer le climat antichinois véhiculé par les organisations patronales et syndicales. Depuis le démantèlement des accords multifibres en 2005, toute l’industrie textile du continent est menacée; les firmes chinoises dans ce domaine ne peuvent être concurrencées par les entreprises africaines et il est à craindre un déclin prochain de l’industrie textile au Maroc(45% de l’emploi industriel), en Tunisie, à Madagascar(30% des salariés du secteur industriel) et dans de nombreux pays de l’Afrique de l’Ouest producteurs de coton ; une situation porteuse, très probablement, de chômage et de tensions sociales. Outre le démantèlement de tissu industriel embryonnaire, les exportations chinoises de produits manufacturés en Afrique étouffent les Petites et Moyennes Entreprises(PME) ainsi que de larges secteurs de l’économie informelle. Au Sénégal, l’Union Nationale des Commerçants et Industriels (UNACOIS) a manifesté à plusieurs reprises, en 2004 et 2005, pour dénoncer la concurrence déloyale chinoise. Les mêmes récriminations sont perceptibles en Afrique du Sud, en Guinée équatoriale, au Zimbabwe et en Zambie où le sujet a occupé une partie du débat lors de l’élection présidentielle, amenant même certains candidats à promettre l’expulsion pure et simple des hommes d’affaires chinois du pays. Le déséquilibre de la balance commerciale des pays africains (sauf pour les pays producteurs de pétrole), évoque la situation des années 70, années durant lesquelles l’économie africaine était réduite à une économie de rente dont les revenus épars n’étaient pas orientés à l’édification d’une industrie et à l’amélioration des conditions socio-économiques des populations. «
La Chine apparaît donc en Afrique comme essentiellement prédatrice, selon le modèle hier mis en œuvre par les puissances coloniales. [Une] stratégie…qui permet aux régimes les plus contestables de la région de reconstituer une économie de rente fondée sur l’exploitation massive des ressources naturelles, sans réel transfert de richesse ou de savoir-faire vers les populations locales[8]. » C. Un partenariat non générateur de richesses Le partenariat chinois n’est pas générateur de croissance durable et de richesses en raison des procédés généralement mis en œuvre dans les investissements. De fait, outre le constat que ces derniers sont essentiellement tournés vers l’exploitation des matières premières, la Chine se singularise par sa propension à ne pas créer d’emplois en Afrique. Dans les grands travaux comme la construction des infrastructures, Pékin n’hésite pas à importer de la main d’œuvre chinoise et sous traite rarement avec les entreprises locales[9]. Cette capacité à bénéficier d’une main d’œuvre à bon marché rend les entreprises chinoises beaucoup plus compétitives que leurs homologues du secteur privé africain. Par ailleurs, les investissements chinois ne s’accompagnant d’aucun transfert de technologie pour les entreprises locales africaines, il est difficile pour ces dernières de développer des capacités productives endogènes, seules sources de création de richesses durables.
Le partenariat stratégique sino-africain présente donc de nombreux écueils dans le domaine économique et ne garantit pas une croissance durable pour la plupart des économies africaines comme le constate Moeletsi Mbeki, vice-président de l’Institut sud-africain des affaires étrangères de l’université de Witwatersrand, à Johannesburg : «
En échange des matières premières que nous leur vendons, nous achetons leurs produits manufacturés(…), N’assiste-t-on pas à la répétition d’une vieille histoire ?[10]
présence chinoise en Afrique se déroule dans un contexte géopolitique porteur de risques réels pour l’avenir de la sécurité du continent. En effet, d’une part l’importance des investissements consentis par la Chine à travers plusieurs pays africains, notamment dans le secteur pétrolier, pourrait se traduire concrètement sur le plan de la sécurité par un engagement plus marqué de Pékin. D’autre part, l’offensive chinoise est en voie de relancer les rivalités de Pékin avec les autres puissances concurrentes, en l’occurrence les Etats-Unis et les anciennes métropoles coloniales, dont la France.
Section 1. Le poker pétrolier : facteur de déstabilisation La boulimie pétrolière chinoise est un facteur susceptible d’attiser les rivalités politiques dans un continent africain connu pour la fragilité de ses structures politiques et économiques. En consentant des investissements colossaux en Afrique, dans des pays souvent instables, il est légitime de s’interroger jusqu’à quand la Chine respectera scrupuleusement le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats africains. L’attitude de Pékin au Tchad, en Angola, en Cote d’ivoire et au Soudan laisse croire que la Chine n’hésiterait pas dans un proche avenir à intervenir militairement ou à encourager des initiatives armées en Afrique pour sécuriser ses investissements.
§1. Une présence de plus en plus ouverte dans les zones de conflit Au Tchad, nouveau pays pétrolier convoité par Pékin malgré ses relations diplomatiques avec Taiwan, la crise institutionnelle progressive a connu son paroxysme en 2006 avec la crise au Darfour et les offensives répétées des mouvements rebelles. La montée des mouvements d’opposition armée s’est traduite par de nombreuses attaques visant à renverser le pouvoir du Président Idriss Deby.
Au Soudan, devant les risques de sabotage et d’attaque des infrastructures pétrolières au Sud du pays par les mouvements rebelles en 2000, le gouvernement n’a pas lésiné sur les moyens à travers une véritable politique de terreur et de déplacement forcé des populations
Dinka et
Nuers vivant à proximité des gisements. Ces méthodes employées pour créer un périmètre de sécurité ont multiplié les exodes massifs de population et alimenté les tensions dans le sud du pays.
Le besoin de sécurité autour des puits pétroliers a transformé littéralement cette partie du pays en un immense
« far west » où se côtoient de multiples forces de sécurité. Si certaines compagnies ont recours aux structures privées telle
d’autres comme la
China Petroleum Engineering and Construction Group font officiellement appel aux forces armées gouvernementales. Toutefois, souligne Jennifer Hery, « la population locale soutient que les travailleurs chinois sont armés et semblent prompts à faire usage de leurs armes.[11] » Dans une de ses livraisons d’août 2000, le quotidien britannique le
Daily Telegraph accusait la Chine d’être prête à envoyer des contingents de soldats au Soudan pour sécuriser ses investissements pétroliers. Cette accusation faisait suite à la capture d’un groupe de chinois par les rebelles de l’Armée de Libération des Peuples du Sud Soudan (SPLA) au cours des combats contre les forces gouvernementales. Pire, d’après un Rapport
d’Amnesty International,[12] les travailleurs de l’oléoduc de la GNPOC auraient bénéficié de la protection de combattants afghans et malais liés à des réseaux terroristes internationaux.
Ce projet qui va de la Mauritanie au Pakistan consacrerait, en cas de succès, la mainmise par les Etats-Unis d’une zone recélant 65% des réserves pétrolières mondiales. Un tel contrôle placerait les Etats-Unis dans une position favorable par rapport à la Chine qui, consciente du danger, semble prendre les devants en accélérant son implantation en Afrique. Dans sa lutte contre le terrorisme, il s’agit pour l’administration américaine de faire du Grand Moyen Orient une zone pacifique et fermée à toute liberté d’action des groupes armés incontrôlés. Comme l’a souligné Brett Schaefer, spécialiste des questions de réglementation à l'«Heritage Foundation» de Washington, lors d'une conférence tenue le 7 mars 2006, sur l'influence grandissante de la Chine en Afrique et en Amérique latine : «véritable champ de bataille de la guerre contre le terrorisme, l'Afrique subsaharienne est de plus en plus vulnérable face à l'extrémisme islamique, qui essaie d'étendre son influence à travers le Sahel et l'Afrique de l'Est. »
L’avenir des relations sino-américaines pourrait connaître un tournant décisif en Afrique, à la lumière de cette analyse de Drew Thompson:
« les Etats-Unis pourraient voir en la Chine un concurrent et s’intéresser de plus en plus au développement progressif des sphères d’influence chinoises. Dans le même temps, la Chine pourrait interpréter les efforts américains pour promouvoir la stabilité et la démocratie en Afrique comme des entraves à l’accès aux matières premières et une volonté de freiner son prétendu développement pacifique[14]. » [C’est nous qui traduisons].
Cette sentence sans équivoque annonce des mesures hardies qui ne seront pas sans susciter une rivalité franco-chinoise au niveau de continent, surtout dans les pays ou les intérêts pétroliers français sont aujourd’hui menacés par la percée chinoise. En effet, les firmes pétrolières françaises Total et Elf sont de plus en plus concurrencées par leurs homologues chinois au Gabon, au Congo. Le Gabon, dont plus de 80% du bois est exporté en Chine, est passé en l’espace d’une décennie au rang de deuxième client de la Chine. Le Congo a conclu en mars 2005 avec la société pétrolière chinoise
Sinopec un accord d’exploitation de deux blocs off-shore. Sur fond de rivalités économiques, il n’est pas exclu que la concurrence entre firmes chinoises et françaises débouche sur une remise en cause de la fragile stabilité de ces deux pays. De par le passé, la firme française ELF a été accusée d’avoir financé des factions rebelles pour renverser en 1998 le gouvernement du Président Pascal Lissouba au Congo, peu favorable à l’époque à leurs intérêts, car encourageant l’arrivée de nouveaux investisseurs tels Occidental Petroleum, Shell ou Exxon. La volonté chinoise d’ancrer sa présence en Afrique centrale pourrait à long terme se traduire par un soutien à une faction armée plus sensible à son expansion. Au Gabon, les intérêts financiers français qui pourraient constituer des leviers pour assurer la stabilité et la démocratisation du régime d’Omar Bongo, sont de plus en plus fragilisés par la percée chinoise. La cour assidue de la Chine à ce dirigeant africain, qui a du reste multiplié ses déplacements à Pékin, laisse penser que ce dernier pourrait se retourner vers la Chine pour faire face à d’éventuelles conditionnalités françaises. Dans le pré-carré africain, la présence chinoise remet très nettement en cause l’esprit de la Baule sur lequel comptait, en premier, la France pour inscrire ses anciennes colonies sur les chemins de la bonne gouvernance. Force est de constater aujourd’hui qu’une reprise en main de la politique africaine de la France passe par un affrontement ouvert avec le partenariat sino-africain. Cette lutte a déjà commencé dans les instances internationales où la Chine use de toute son influence pour protéger ses alliés économiques contre d’éventuelles sanctions. La durée du conflit ivoirien souligne à quel point la France ne dispose plus à sa guise de leviers dont l’efficacité ne faisait aucun doute dans la gestion des conflits africains. Dans tous les cas, l’instauration de structures politiques sino-africaines viables inquiète déjà au point que Renaud Delaporte annonce l’échec des ambitions françaises en Afrique en ses termes: « En plaçant délibérément le sommet sino-africain dans le cadre d’un dialogue sud-sud, la Chine s’impose comme étant la seule puissance capable d’offrir à l’Afrique l’espoir d’une politique de développement réaliste, pragmatique et par conséquent applicable. Elle entérine l’échec de trente-trois ans de politique africaine française49. » L’UE dont 20% des importations pétrolières proviennent de l’Afrique ne tardera probablement pas à se positionner face à la stratégie chinoise en Afrique. En effet, la perte progressive de concessions pétrolières, le recul des entreprises européennes du BTP vont éventuellement obliger l’UE à envisager l’avenir économique sur le continent lors du prochain sommet euro-africain prévu pour le second semestre 2007. Même si le pétrole africain ne constitue pas un enjeu stratégique pour la majorité de ses membres, il reste que la guerre du gaz de décembre 2005 livrée par la Russie (qui fournit 25% du gaz et 42% du pétrole à l’UE) incite à s’intéresser à d’autres sources d’approvisionnement, dont l’Afrique. Enfin, au moment où l’UE entend insuffler un nouveau dynamisme à sa coopération avec l’Afrique par la promotion d’une démarche multilatérale50 la Chine acceptera-t-elle de la rejoindre autour du « partenariat de valeurs » dont parle Louis Michel, Commissaire Européen au Développement et à l'Aide humanitaire ? CONCLUSION
Le choix de l’Afrique n’est point fortuit car le continent a toujours représenté une pièce maitresse dans le rayonnement de la Chine. Mieux le partenariat stratégique sino-africain, du coté de Pékin, se veut un modèle éloigné des sentiers battus du colonialisme et de l’exploitation érigés en règle par les anciennes puissances. Cette phraséologie angélique qui caractérise le discours officiel chinois a pourtant du mal à cacher les mutations intrinsèques de la politique africaine de la Chine: les impératifs du marché l’emportent désormais sur le discours militant des années 70. Au plan économique, même s’il est encore prématuré de parler de péril, les tendances lourdes laissent clairement voir que le modèle de coopération chinois en vigueur n’est pas sans rappeler la politique d’exploitation des matières premières par les puissances occidentales au lendemain des indépendances africaines. En ce sens, il s’apparente à une logique de prédation et ne garantit aucune croissance à long terme des économies africaines. Il est symptomatique que la troisième visite du président chinois en Zambie en février 2007 se soit déroulée sous haute surveillance policière, en raison des risques de manifestations violentes des travailleurs du secteur minier contrôlé par les firmes chinoises. Dans la plupart des capitales africaines, les protestations, contre la concurrence déloyale au secteur privé national et le non-respect des droits syndicaux des entrepreneurs chinois, s’amplifient de jour en jour.
Comme le note Lionel Vairon, « la Chine se trouve dans une situation semblable à celle des anciennes puissances coloniales (…) qui ont apporté leur soutien à des régimes autocratiques (…). L’ingérence dans les affaires de ces Etats était alors la règle, mais nul ne s’en offusquait, et surtout les dirigeants africains qui bénéficiaient en échange de leur soumission d’une rente et d’une impunité confortables51. » Loin d’assurer le développement de l’Afrique, le partenariat stratégique sino-africain soulève également des interrogations légitimes sur l’avenir de la paix et de la sécurité. Le soutien militaire inconditionnel de Pékin à des régimes politiques décriés, la vente incontrôlée d’armes par les firmes chinoises et les tentatives d’une implication militaire directe de Pékin dans la sécurisation de ses investissements pétroliers sont autant de sujets préoccupants. A un moment où les puissances occidentales semblent délaisser le continent africain ou n’y ont maintenu qu’un seuil de présence minimale, la Chine a fait montre de sa capacité à assumer son nouveau rôle de puissance émergente. Faisant preuve d’un dynamisme impressionnant, elle a mis en œuvre une stratégie globale pour trouver de nouvelles frontières à ses populations et à son économie. Acteur à part entière de la mondialisation, Pékin a compris le bénéfice qu’il pouvait tirer de l’Afrique en usant d’une des armes les plus redoutables de l’après guerre froide : la puissance économique. Cette puissance en œuvre à travers tout le continent n’a pas encore dévoilé toutes ses intentions. Dans tous les cas, au delà des questions qu’elle continue de soulever, elle interpelle l’Afrique sur sa capacité à prendre en charge son destin et à considérer l’aide extérieure, d’où qu’elle vienne, comme un appoint et non le principal pivot de son développement. En effet, plus qu’une entreprise de diabolisation du péril rouge, l’Afrique devrait se mettre en ordre de bataille pour présenter une stratégie d’ensemble au partenaire chinois, et contourner ainsi le bilatéralisme déstructurant de la Chine. C’est par la force de ses propositions politiques, économiques, sociales et sécuritaires qu’elle sera à même de jauger de l’utilité du partenariat gagnant-gagnant proposé par la Chine. Le NEPAD pourrait être le point de départ et le cadre institutionnel de relations multilatérales sino-africaines.
L’Université Panthéon-Assas-Paris II n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans ce mémoire ; ces opinions doivent être considérés comme propres à leur auteur.
Pour profiter pleinement de la mondialisation, la Chine a déployé des efforts titanesques pour adhérer à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2001. Pékin rappelle sans cesse la nécessité de respecter les
règles par tous les acteurs. Par ailleurs la décision de la Chine de fusionner le ministère de la coopération et celui du commerce extérieur
est édifiante sur la volonté des autorités chinoises de faire de la coopération extérieure et commerciale une priorité d’ordre stratégique. Voir, à ce propos, Jean Christophe Servant : « La Chine à l’assaut du marché africain », Le Monde diplomatique, mai 2005.
Concept lancé par Zheng Bijian en octobre 2003, Président du Forum de réforme de la Chine et ancien vice président de l’Ecole Centrale du Parti communiste chinois (PCC)
La Chine se plait à rappeler les expéditions sur la côte orientale africaine de la dynastie des Ming qui se sont limitées à des échanges avec l’Afrique, sans aucune volonté de domination. Voir à ce propos, Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances, Editions Payot & Rivages, 2004 pp 39-44.
Discours du Président Hu Jintao à la cérémonie d’ouverture du Forum de
Coopération sino-africain, 4 novembre 2006.
10 Adama GAYE, Chine-Afrique le
dragon et l'autruche : Essai d'analyse de l'évolution contrastée des relations sino-africaines : saint ou impie alliance du XXIe siècle, Harmattan, 2006 p.52
La demande quotidienne en pétrole est passée de 2,12 millions de barils
par jour en 1990 à 3, 95 millions de b/j en 1999. Elle est estimée à 7millions de b/j à l’horizon 2010. Source Agence Internationale de l’Energie OCDE 2004
Le président du Nigeria Obasanjo a demandé le soutien officiel de Pékin
pour l’obtention d’un siège permanent au Conseil de Sécurité.
Jawad Kerdoudi, Consultant et économiste et président de l’Institut Marocain des Relations Internationales (IMRI), « Sommet sino-africain, quels enjeux ? », www.menara.ma, décembre 2006
29 Voir annexe VI p 64. 30 F. Lafargue. « La Chine et l’Afrique : un mariage de raison », Diplomatie, sept-oct 2005
31 Renaud Delaporte, « la Chine a lancé une OPA amicale sur l’Afrique », Agora Vox novembre 2006 32 Ibid.
43 Les Chinois se défendent en invoquant le manque de qualification de la main d’œuvre locale et les contraintes de délais de livraison. Il y a
également, de leur part, une volonté de contourner les entraves d’ordre
syndical. Entretien avec M Lionel Vairon, 12 février 2007.
[14] 48 Drew Thompson, “Economic growth and soft power: China’s Africa strategy”: Volume 4, publié par la Foundation Jamestown; Décembre 2004 49 Renaud Delaporte, op.cit. p.30
50 Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire « Il est temps de remettre l'Afrique au centre de la politique extérieure européenne » op. cit. 51 Lionel Vairon, Défis chinois, introduction à une géopolitique de la Chine, Ellipses 2006. p.97

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