Source: http://homeoint.org/books5/kentconf/conference34.htm
Timestamp: 2018-03-22 00:25:13+00:00

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Conférence n° 34 - L’AGGRAVATION HOMÉOPATHIQUE - Des Conférences de Kent, cent ans plus tard - S. H. N. - Dr Jacques Prat
Conférence n° 34
Organon § 154
"…. Une maladie qui n’existe pas de très longue date cède ordinairement, sans de graves incommodités, à la première dose de ce remède."
Organon § 155
"Je dis sans de graves incommodités, parce que, quand un remède parfaitement homéopathique agit sur le corps, il n’y a que les symptômes correspondants à ceux de la maladie qui soient efficaces, qui travaillent à anéantir ces derniers en prenant leur place. Les autres symptômes, souvent nombreux, que la substance médicinale fait naître, et qui ne correspondent à rien dans la maladie présente, ne se montrent presque pas, et le malade va mieux d’heure en heure. La raison en est que la dose d’un médicament dont on veut faire une application homéopathique n’ayant besoin que d’être très exiguë, la substance se trouve beaucoup plus faible pour manifester ceux de ses symptômes qui ne sont point homéopathiques dans les parties du corps exemptes de la maladie. Elle ne laisse donc agir que ses symptômes homéopathiques sur les points de l’organisme qui sont déjà en proie à l’irritation résultant des symptômes analogues de la maladie naturelle, afin d’y provoquer la force vitale malade à faire naître une affection médicinale analogue, mais plus forte, qui éteint la maladie naturelle."
Dans les maladies aiguës, il est rare d’observer des aggravations frappantes. Font exception des malades dont l’évolution est déjà très avancée et presque terminale, ou dont l’affection très sérieuse depuis plusieurs jours a déjà détruit des tissus. Il est alors possible de constater de violentes aggravations, suites directes de l’action médicamenteuse, et il a été constaté des réactions extrêmement sévères, toutefois jugées nécessaires pour obtenir la guérison. C’est lorsque la progression de l’affection morbide arrive à la période lésionnelle, qu’on peut observer des aggravations frappantes, parfois telles qu’un rétablissement est impossible quand les modifications organiques sont très avancées.
Il importe de bien tenir compte, dans une maladie, s’il s’agit d’une affection aiguë ou chronique. Là où il n’y a pas d’altération tissulaire, le malade peut guérir sans aggravation notable, ni graves souffrances.
Dans un état aigu septique, une réaction digestive (vomissements, diarrhée) peut s’observer, l’organisme procédant à une sorte d’épuration. Cette réaction vient de l’organisme lui-même, à l’inverse des réactions de choc et d’épuisement qu’il peut manifester après des médications allopathiques.
Dans les maladies chroniques, si l’affection n’a pas abouti à des changements tissulaires, on peut n’avoir aucune aggravation, ou si légère qu’elle a un caractère fort différent. Elle représente une sorte "d’élection de domicile" du remède dans l’organisme où il s’introduit, et la maladie artificielle ainsi produite, correspond au processus "d’épuration" déjà évoqué. Dans les cas où il s’est agi de thérapeutique suppressive, des éliminations doivent avoir lieu, et diverses voies sont possibles (digestive, rénale, cutanée, pulmonaire…).
Une aggravation typiquement homéopathique se produit électivement sur l’endroit malade où se manifeste ainsi une sorte de vie nouvelle, le malade reprenant ses sens.
Parfois, cette aggravation devient insupportable, et ce retour à l’ordre, ces tissus qui se revivifient, se fait de façon parfois si violente qu’il faut absolument que le médecin y soit parfaitement préparé. La prévoir et la comprendre, permet de patienter et ne pas prescrire à nouveau trop vite, et donne une aide pour résister aux pressions venant l’y inciter. Cette patience fait partie des principes de la méthode.
Plus l’affection est profonde, plus les manifestations sont organiques, plus aussi la réaction sera surprenante et affligeante, douloureuse à entendre et à voir. L’exacerbation de ces symptômes a quelque chose de profond. Cependant, chez les personnes faibles, il faut s’attendre à de faibles réactions, voire pas de réaction du tout dans les maladies défectives.
La maladie médicamenteuse appartient au remède ingéré, et c’est parce qu’il est parfaitement semblable qu’il est capable de déchaîner de pareilles réactions. Cette violence n’est cependant pas obligatoire, et une aggravation atténuée est tout aussi possible.
Un remède ne peut provoquer que des symptômes qu’il possède dans sa pathogénésie, sauf dans le cas de patients hypersensibles qui expérimentent toutes les substances qu’elles prennent ; il y a une différence à reconnaître entre quelqu’un d’hypersensible chez qui toutes les réactions médicamenteuses sont exagérées, et quelqu’un de robuste qui fait une aggravation.
Le paragraphe 155 complète bien ce qui vient d’être dit : "Je dis sans de graves incommodités, ……".
Grâce à la similitude parfaite du remède, il n’est jamais nécessaire d’en donner une nouvelle prise. Toutefois, et c’est une chose délicate à expliquer par des règles fixes, il est des situations où l’on est dans l’obligation de répéter la prise. Pour plus de sûreté, il est toujours préférable de commencer les prescriptions par une dose unique, sans la répéter, et d’en surveiller patiemment les effets. Pour des patients vigoureux et résistants, on peut donner la médication dans l’eau en la répétant, et interrompre, aussitôt que le moindre signe d’activité se manifeste. Par contre, chez des sujets faibles souffrant d’affection fébrile, c’est une chose à ne jamais faire, surtout en croyant qu’on obtiendra une réaction plus immédiate. La réaction peut se faire en quelques heures, et la prise unique doit être la règle ; si la réaction est plus tardive, la répétition est admissible.
Plus la constitution est vigoureuse et résistante, plus le remède coopérera avec cette vigueur pour produire une action rapide et sans risque. Plus le malade est faible, plus il faut redoubler de prudence. Il existe certainement des principes fondamentaux régissant cela, qui restent à découvrir. Il faut vraiment retenir que, dans les cas sérieux et graves, lorsqu’une réaction commence à apparaître et qu’elle dure, il ne faut pas répéter le remède. Ce n’est qu’une fois que la manifestation réactive a cessé, et que la maladie reprend son cours au lieu de s’amender, qu’il peut être nécessaire de répéter.
Une des questions les plus essentielles est d’être capable de reconnaître, de comprendre et de savoir interpréter les diverses manifestations réactives par le seul langage des symptômes.
"Cette petite aggravation homéopathique du mal durant les premières heures, heureux présage qui la plupart du temps annonce que la maladie aiguë cédera à la première dose…"
Une maladie naturelle peut en détruire une autre en la surpassant en puissance et en intensité, mais aussi, et surtout par sa similitude. Si cette aggravation ne se produit pas, le médicament, quoiqu’ayant agi, n’a pas touché la racine du mal. Dans les cas aigus, si le soulagement qui se développait ne continue plus, la réaction s’arrête, et c’est le moment de donner une nouvelle dose.
Une sédation sans aggravation ne dure jamais aussi longtemps qu’avec cette dernière. La moindre manifestation réactive, même légère, d’un médicament au-delà, et en plus de la maladie, est toujours un signe favorable.
Si le remède n’est pas parfaitement similaire, l’aggravation est improbable, et seuls les sujets hypersensibles manifestent alors une réaction de type aggravation médicamenteuse. Si l’on n’observe pas d’aggravation, que la similitude est imparfaite, deux ou trois remèdes seront nécessaires pour arriver à guérir le cas (cure en zigzag), au lieu d’un seul dans le meilleur des cas.
L’affection morbide est intensifiée et vraiment aggravée par le médicament si celui-ci est vraiment similaire. Plus la dose du médicament est minime, quand il n’y a pas de manifestations lésionnelles ou de blocage fonctionnel, plus l’aggravation sera courte et amoindrie, dès les premières heures.
Quand la dilution est basse, il a été observé des aggravations vraiment graves, et il s’agit alors plutôt d’une aggravation extrinsèque, d’une intoxication, plutôt que d’une maladie véritable. La maladie pathogénésique (la maladie du remède) s’ajoute à la maladie naturelle.
Il est vrai cependant que le malade, en dépit de cette sorte d’aggravation, affirme quelquefois se sentir mieux. Cette aggravation prolongée sans nécessité s’observe quand on donne des dilutions trop basses, ou après une répétition intempestive de la prise. Ces additions morbides sont tout simplement des provings involontaires. Il suffit d’arrêter la prise, et, en général, le rétablissement suit rapidement.
Lorsque la similitude n’est pas parfaite, elle peut être néanmoins suffisante pour guérir, sans observer ce proving pour autant. Seules les prescriptions exactes et précises, chez les personnes les plus robustes, donnent des réactions de proving semblables.
Avec l’expérience, les dynamisations utilisées s’élèvent, et ces réactions proches de l’intoxication sont moins fréquentes. Dans les plus hautes dynamisations, le patient se sent incontestablement mieux, les réactions sont courtes, rapides, décisives, et seuls les symptômes caractéristiques de la maladie sont aggravés : il n’y a pas d’addition morbide. Certes, certains symptômes peuvent néanmoins se manifester, mais à travers cet imbroglio, le malade dit : "je sens que je vais mieux…", même si certains symptômes sont un peu plus accusés.
Organon § 160
"Cependant, comme il est presqu’impossible d’atténuer assez la dose d’un remède homéopathique pour que celui-ci ne soit plus susceptible d’amender, de surmonter et de guérir parfaitement la maladie naturelle qui lui est analogue, pourvu que celui-ci n’existe pas depuis longtemps, et qu’elle ne soit pas sans ressources (V. note 249); on conçoit sans peine que toute dose de ce médicament qui n’est pas la plus petite possible, puisse encore occasionner une aggravation homéopathique durant la première heure qui s’écoule après que la maladie l’a prise."
Organon § 279
"Or les expériences pures établissent d’une manière absolue que quand la maladie ne dépend pas manifestement d’une altération profonde d’un organe important, fût-elle même de la classe des affections chroniques les plus compliquées, et qu’on a soin d’éloigner du malade toute influence médicinale étrangère, la dose du remède homéopathique ne saurait jamais être assez faible pour le rendre inférieur en force à la maladie naturelle, et pour l’empêcher de dominer, d’éteindre et de guérir cette dernière tant que cette dose conserve l’énergie nécessaire pour provoquer, immédiatement après avoir été prise, des symptômes pareils à ceux de la maladie et un peu plus intenses."
Les dilutions ne sont jamais trop élevées. On peut monter les dilutions à CM, voire MM et au-delà, les remèdes ont toujours les mêmes vertus thérapeutiques, sauf s’ils ne sont plus à même de déterminer une aggravation visible des symptômes : alors ils ne possèdent plus aucun pouvoir médicinal. L’aggravation vraiment positive et définie des symptômes est la meilleure preuve de l’action de la dynamisation : le principe homéopathique est respecté.
Il n’existe plus la moindre incertitude quant à la nécessité de ces plus petites dynamisations possibles, avec le paragraphe 278 :
Organon § 278
"…On conçoit aisément que ce n’est pas aux conjectures théoriques qu’il faut s’adresser pour obtenir la solution de ce problème, que ce n’est pas par elles qu’on peut établir, eu égard à chaque médicament en particulier, à quelle dose il suffit de le donner pour produire l’effet homéopathique et procurer une guérison aussi prompte que douce. Toutes les subtilités imaginables ne serviraient à rien ici. Ce n’est que par des expériences pures, par des observations exactes, qu’on peut arriver au but."
Hahnemann insiste encore dans la note du paragraphe 249 :
Organon § 249, note
"L’expérience ayant prouvé qu’il est presque impossible d’atténuer assez la dose d’un remède parfaitement homéopathique pour qu’elle ne suffise point à produire une amélioration prononcée dans la maladie contre laquelle on la dirige, ce serait agir en sens inverse du but qu’on se propose, et vouloir nuire au malade, que d’imiter la médecine vulgaire, qui, lorsqu’elle n’obtient pas d’amendement, ou voit même les choses empirer, répète le même médicament, en redouble même la dose, dans la persuasion où elle est qu’il n’a pu servir parce qu’on l’avait donné en trop petite quantité".
Cette notion qualitative d’infinitésimalité de la dynamisation n’offre aucune comparaison possible avec la notion de quantité mesurable par nos sens. Les critères allopathiques des médicaments, calculés un peu au-dessous du seuil toxique, sont mesurables, visibles, palpables. L’action d’une dynamisation infinitésimale est basée sur sa capacité à produire une légère aggravation des symptômes. Il n’y a pas de limite à l’atténuation.
La première chose et la plus importante à considérer est la similitude du médicament ; en second lieu seulement vient la dynamisation.
Aucune règle fixe n’a encore été arrêtée, et il existe une très grande latitude dans la détermination mathématique de la meilleure dynamisation à utiliser. Il est souhaitable de suivre des séries graduelles ascendantes, pour arriver à développer, par cette dynamisation, toutes les possibilités des médicaments, et afin de pouvoir agir le plus en profondeur possible. On ne débutera jamais une cure avec une dose (quantité) trop faible. Dès le début de la pratique, ces notions de qualité et de quantité de médicament à prescrire doivent être présentes à l’esprit.

References: § 154
 § 155
 § 160
 § 279
 § 278
 § 249