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Timestamp: 2020-06-05 23:48:57+00:00

Document:
69 - 2001, DAUC 201 - Substitution de la dénomination "rue du Chevalier de Saint-George" à celle de "rue Richepance" dans les 1er et 8e arrondissements
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l'examen du projet de délibération DAUC 201 relatif à la substitution de la dénomination "rue du Chevalier de Saint-George" à celle de "rue Richepance" dans les 1er et 8e arrondissements...
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Maire...
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Monsieur LEGARET, Président de groupe par intérim...
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je voudrais faire un rappel au règlement.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Je comprends bien que c'était la seule réponse pour laquelle vous pouviez demander la parole.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Maire, je m'interroge et je vous interroge sur l'opportunité de délibérer de cette affaire à cette heure et avec l'assistance que nous constatons.
Je voudrais dire que c'est un sujet sensible, qui concerne la dénomination d'une rue de Paris, de la rue Richepance qu'il s'agit de débaptiser à laquelle il s'agit de donner le nom du Chevalier de Saint-George.
Vous savez que la communauté antillaise de Paris et d'ailleurs est extrêmement sensible, qu'un certain nombre de v?ux ont été déposés par M. LE GARREC et moi-même pour célébrer l'abolition de l'esclavage.
Je trouve que c'est un sujet important. Je regretterai vraiment que cette affaire soit débattue à la sauvette avec si peu de présents. Je considère qu'il serait plus raisonnable -je suis prêt à en débattre maintenant- de le reporter à la prochaine séance et de considérer, si vous en êtes d'accord, Monsieur le Maire, et si le Maire de Paris en était d'accord, qu'il serait opportun de traiter cette affaire comme une affaire prioritaire. C'est en tout cas le sens de ma proposition.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Vous avez posé une question, je vais peut-être demander à ceux qui voulaient intervenir ce qu'ils en pensent....
M. Christophe NAJDOVSKI. - Il s'agit d'un des derniers projets de délibération sur lequel nous avons à nous prononcer. Un certain nombre de personnes ont fait l'effort de venir exprès, d'attendre tardivement pour que nous ayons ce débat.
Je demande à ce que ce débat ait lieu maintenant.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Monsieur le GARREC, vous avez la parole.
M. Alain LE GARREC. - Je remarque effectivement qu'il y a peu de monde dans l'assistance, c'est une question importante, c'est la première fois qu'on débaptise une rue à Paris.
Je rappellerai que le Maire avait demandé à ce que cette délibération...
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Répondez rapidement...
M. Alain LE GARREC. - .. soit inscrite à ce Conseil de Paris. Je regrette effectivement que l'opposition ne soit pas mieux représentée ainsi que la majorité.
Je crois qu'il faut délibérer de cette délibération maintenant.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Nous allons délibérer.
Aujourd'hui, en votant ce projet de délibération, notre Conseil se prépare à réparer une injustice.
Injustice vis-à-vis d'un personnage oublié de l'Histoire de France, le Chevalier de Saint-George à qui il aura été préféré pendant longtemps le nom du général Richepance qui fut l'un des principaux acteurs de la sanglante répression qui eut lieu en Guadeloupe en 1802 pour y rétablir l'esclavage.
Injustice à l'égard de celui qui a été surnommé le "Mozart Noir", victime du racisme de l'époque qui lui interdit de se voir confier la direction de l'Opéra royal.
Le Maire de Paris a renouvelé, il y a quelques mois la commission extra-municipale des DOM-TOM, composée de personnalités qualifiées et présidée par Mme George PAU-LANGEVIN.
Cette commission a pour but notamment de faire respecter le devoir de mémoire des victimes de l'esclavage, esclavage que la loi française a reconnu il y a peu comme crime contre l'humanité.
Notre collectivité n'aurait donc aucune gloire à maintenir le souvenir d'une personne qui, en son temps, massacra des milliers de guadeloupéens pour rétablir l'esclavage, sur ordre de Napoléon.
Je voudrais, puisque l'occasion nous en est donnée aussi, déplorer l'attitude des deux maires d'arrondissement de droite concernés qui, sous prétexte de problèmes administratifs au demeurant réels, refusent le changement de dénomination.
L'attitude du Maire du 8e arrondissement, M. LEBEL, est même particulièrement choquante. Parler, je cite, de "révisionnisme" quand on connaît la signification de ce terme est, pour tout dire, particulièrement scandaleux.
L'amendement et les v?ux déposés par notre collègue Alain LE GARREC viennent répondre aux problèmes administratifs que j'évoquais plus haut, et qui ne peuvent décemment pas servir de prétexte au refus du changement de dénomination de la rue.
Le changement de dénomination qui nous est proposé aujourd'hui s'inscrit donc à la fois dans le cadre d'un devoir de mémoire mais aussi en réparation d'une injustice à l'égard d'un personnage qui mérite de voir son nom diffusé sur une voie de notre Ville.
En avril 1794, cinq ans après la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'Assemblée décrète à l'unanimité l'abolition d l'esclavage.
En 1802, le Premier consul Bonaparte, répondant ainsi aux planteurs et aux armateurs, décide aux Antilles le retour aux usages d'avant la Révolution, ce qui implique l'esclavage régi, depuis Louis XIV, par le code noir.
Il envoie son beau-frère le général Leclerc à Saint-Domingue et le général Richepance à la Guadeloupe, après que son autre beau-frère Bernadotte eut refusé.
Richepance est accueilli à la Guadeloupe, début mai 1802, avec espoir par ceux qui, depuis 1794, sont des femmes et des hommes libres. En réponse à cet accueil, Richepance humilie les troupes noires sous uniforme de la République en les désarmant, les déshabillant et les faisant jeter à fond de cale.
Il se heurte alors au colonel Delgrés et au commandant Ignace qui ordonnent la résistance, après avoir publié et fait placarder la proclamation suivante, dont je vous lis quelques extraits : "C'est dans les plus beaux jours d'un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie qu'une classe d'infortunés, qu'on veut anéantir, se voit obligée d'élever la voix pour lui faire connaître, lorsqu'elle aura disparu, son innocence et ses malheurs" et qui se termine ainsi : "Et toi postérité ! Accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits".
Après une série d'exécutions sommaires pour impressionner les habitants et les résistants, et aussi pour leur montrer qu'il ne faiblira pas, Richepance encercle le Fort de Matouba, tenu par Delgrés et les siens. Le colonel Delgrés choisit de se faire sauter avec trois cents de ses hommes pour ne pas retomber en esclavage. Le commandant Ignace, fait prisonnier, sera exécuté. La mulâtresse Solitude enceinte, condamnée à mort, ne sera exécutée qu'après sa délivrance, l'enfant appartenant à son maître.
Après ces noms qui résonnent dans la conscience antillaise, je peux aussi citer : Marie-Rose Toto, épouse de Delgrés, blessée, elle fut portée au bourreau sur un brancard. Le commandant Massoteau, Noël Corbet, le capitaine Dauphine, le capitaine Nicolo, le capitaine Mondésir Grippon, le capitaine Doria, le corsaire Jean-Charles et enfin Monnereau aide de camp de Delgrés. Tous furent suppliciés et leurs cadavres exposés jusqu'à putréfaction.
Je ne parle ici que des officiers qui, tous, s'étaient battus pour la République, pour leur liberté, pour notre liberté. Bien des années plus tard, que ce soit en 1914, en 1940, leurs descendants n'hésitèrent pas à traverser l'Atlantique pour de nouveau défendre notre liberté, leur liberté. Qu'ils en soient encore et toujours remerciés.
Le 28 Messidor an X, 17 juillet 1802, le général Richepance publie le texte suivant dont je vous livre quelques mots : "Considérant que les colonies ne sont autre chose que des établissements formés par les Européens, qui y ont amené des noirs comme les seuls individus propres à l'exploitation de ces pays. Qu'entre ces deux classes fondamentales des colons et de leurs noirs se sont formées des races de sang-mêlé toujours distinctes des blancs, qui ont formé les établissements... Jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, le titre de citoyen français ne sera porté dans l'étendue de cette colonie et dépendances que par les blancs. Aucun autre individu ne pourra prendre ce titre ni exercer les fonctions qui y sont attachées. Signé : Richepance. Suivent les 19 articles formant le nouveau code.
La répression sera alors terrible et aboutira à environ 10.000 victimes, soit 10 % de la population de l'île. Richepance disparaîtra en septembre 1802, victime de la fièvre jaune. En 1807, Bonaparte, devenu Napoléon, dans l'ordre du tableau, donnera le nom de Richepance à une nouvelle rue que l'on vient d'ouvrir.
Il nous est aujourd'hui proposé de remplacer l'actuelle dénomination "rue Richepance" par la rue dénomination "rue du chevalier de Saint-George".
Le nom du colonel Delgrés, inscrit avec Toussaint Louverture au Panthéon, figure depuis 1998 au fronton d'une rue du 20e arrondissement. Il nous est apparu que nous pourrions rendre hommage à un guadeloupéen qui a traversé le siècle des Lumières : Joseph Boulogne dit chevalier de Saint-George, né à la Guadeloupe en 1739, fil d'un planteur et d'une esclave d'origine sénégalaise.
Très jeune, Saint-George est emmené à Paris et est confié aux meilleurs précepteurs. Très vite, il se révèle un excellent escrimeur, un excellent cavalier et aussi un excellent violoniste et musicien.
Il sera tour à tour officier, puis premier violon et batteur de mesure (chef d'orchestre) du Concert des Amateurs, direction qu'il assumera jusqu'en 1780. L'Almanach musical qualifie cette formation de "meilleur orchestre qu'il y ait à Paris et peut-être en Europe". Admiré par Marie-Antoinette, il est nommé directeur de l'Opéra Royal. Mais, suite à des protestations dues à la couleur de sa peau, Louis XVI annule cette nomination. Cette désillusion le marquera profondément.
Johns Adams, futur deuxième président des Etats-Unis, disait pourtant de lui qu'il avait tous les talents.
Voyageant à travers l'Europe, il connaît une grande notoriété pour ses prouesses d'escrimeur. A Londres, le prince de Galles lui organise des duels contre les grands maîtres d'armes européens, dont le chevalier d'Eon.
De retour en France il s'engage dans la Garde nationale avec le grade de capitaine, puis il crée et intègre la légion dite de Saint-George, forte d'un millier de noirs et de métis. Elle fut ensuite commandée par un autre mulâtre, le général Dumas, père d'Alexandre Dumas. Ce régiment, qui se battit dans le nord de la France, refusera de suivre Dumouriez quand, en avril 1793, ce général veut marcher sur Paris.
Saint-George est cependant arrêté et passe dix huit mois en prison. Libéré sans condamnation, il part à Saint-Domingue pour lutter avec Toussaint-Louverture. Il revient en 1796 et se relance dans la musique. Mais l'époque a changé. "Ils ne m'ont pas pendu, mais perdu, car depuis mon séjour, je me cherche partout et ne me trouve pas", rapporte le comte de Grimm.
Il meurt, oublié, dans le Marais, le 12 juin 1799.
IL laisse derrière lui non seulement un grand nom de l'escrime mais aussi nombre de concertos, de symphonies concertantes, quelques opéras et une vie d'aventures qui l'amena à côtoyer en semblable nombre de personnages célèbres de ce siècle, comme Choderlos de Laclos.
Contrairement à ce que disait Voltaire "la race des nègres est une espèce d'hommes différente de la nôtre, on peut dire que si leur intelligence n'est pas d'une autre espèce que notre entendement, elle est très inférieure", Saint-George est la preuve que la couleur de la peau, l'origine s'effacent derrière l'homme et ses talents.
Même si des écrivains, dès 1840 et jusqu'à aujourd'hui, ont mythifié et romancé la vie extraordinaire du chevalier de Saint-George, il reste un musicien à découvrir et sa capacité exceptionnelle à exceller en tout en font un des "honnêtes hommes" du XVIIIe siècle. Il est de ceux que Richepance, par aveuglement, aurait pu assassiner et que Bonaparte aurait souhaité rendre à l'esclavage.
Mes chers collègues, aujourd'hui, nous vous demandons de débaptiser la rue Richepance et de la renommer rue du chevalier de Saint-George.
On ne peut pas voter à l'unanimité, à l'Assemblée et au Sénat, une loi reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité et conserver la rue Richepance, qui est un symbole de barbarie gratuite.
Notre Assemblée a, aujourd'hui, l'occasion de s'exprimer d'une seule voix contre cette sauvagerie passée et, à l'unanimité, en débaptisant la rue Richepance. Son nom inscrit sur l'Arc de Triomphe rappellera qu'avant de sombrer dans une cruauté aveugle, il fut un officier de qualité.
Chacun, ici, pèsera en conscience son vote et prendra ses responsabilités. L'histoire récente, mais aussi l'actualité nous rappelle que les crimes de guerre, la torture, l'esclavage sous toutes ses formes ne peuvent souffrir d'aucune indulgence, d'aucune faiblesse.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens, communiste et "Les Verts").
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur LE GARREC, de nous avoir fait vivre deux pages d'histoire, l'une tragique, l'autre glorieuse.
Peut-être n'avez-vous pas eu le temps de présenter les amendements...75 et les 3 voeux qui portent votre nom mais peut-être l'avez vous fait ?
M. Alain LE GARREC. - Ils sont explicites en fait.
M. Christian SAUTTER, adjoint, Président. - Nous les considérons comme présentés.
M. LEGARET demande la parole comme maire d'arrondissement et peut-être pour présenter l'amendement n° 79.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je vous remercie, Monsieur le Maire.
Je me répète, je regrette que nous soyons amenés à débattre de cette question qui est symbolique et importante dans de telles circonstances. Je crois que cette délibération pose 4 questions.
La première consiste à se demander s'il faut ou s'il ne faut pas débaptiser des rues de Paris pour substituer à des noms contestés, contestables, d'autres noms. C'est la première fois que cela se fait. C'est vrai qu'à l'occasion d'alternances politiques dans tel village, dans telle ville de moindre importance que la Capitale, on voit les conseils délibérer sur de tels sujets.
Je crois qu'à Paris nous avons de ce point de vue d'autres responsabilités vis-à-vis de l'Histoire, et j'ai l'impression que nous entrons ce soir et c'est pourquoi cette date est importante, dans un processus qui aura des suites, d'autres projets sont déjà à l'ordre du jour de nos prochaines séances qui vont consister à débaptiser, ce qui pose d'abord un problème de principe et puis aussi un problème vis-à-vis des habitants des riverains et commerçants des rues dont il s'agit.
Sur ce premier point, je voudrais insister sur un fait, c'est qu'il y a bien une commission qui est chargée de baptiser mais il n'y a pas de commission qui soit chargée de débaptiser. Je considère que les deux démarches ne sont pas de même nature. Je crois qu'il faudrait que nous ayons de ce point de vue une vraie discussion sur les procédures à adopter.
La deuxième question concerne la personnalité du Général Richepance. Le Général Richepance est un soldat qui a été envoyé en opération. Le projet de délibération précise d'ailleurs qu'il a sévi en 1802 à la Guadeloupe et qu'il a rétabli l'esclavage à la demande de Bonaparte. Alors, si l'on veut rendre à César ce qui lui appartient ce n'est pas la rue Richepance qu'il faut débaptiser à Paris ! Il y a de ce point de vue un problème historique qui concerne tous les Français et qui nous interpelle.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que je n'ai aucune sympathie particulière à l'égard de ce Général et notamment au sujet de la répression sanglante qu'il a opérée sur ordre, mais comme le disait M. LE GARREC à l'instant dans sa conclusion, il y a de ce point de vue beaucoup de faits de guerre, de crimes qui ont été commis en d'autres périodes, et je pense qu'à ce moment-là il faudrait que nous ayons un débat très approfondi. Cela risque de débaptiser beaucoup de rues de Paris parce que les militaires ont été fortement honorés par nos prédécesseurs. Il va de soi que dans les opérations militaires il y a eu un certain nombre d'exactions sur lesquelles nous pourrions nous interroger aujourd'hui.
La troisième question concerne la personnalité du Chevalier de Saint-George. Je ne connaissais pas bien cette personnalité, elle était très oubliée. Le journaliste Alain GUEDÉ a écrit un ouvrage intéressant que j'ai lu. Je me suis documenté. Je trouve que c'est une personnalité très attachante et j'ai découvert au surplus qu'il avait habité le 1e arrondissement.
C'est la raison pour laquelle, dans l'amendement que j'ai déposé devant votre Conseil, qui a déjà été débattu devant le Conseil du 1er arrondissement, je souhaite que l'on rende un hommage au Chevalier de Saint-George et qu'on l'accompagne d'un rappel de sa présence dans le 1er arrondissement.
Il se trouve que le maire du 8e ayant fait une proposition de dénomination d'une place du 8e, pour lui donner le nom du Chevalier de Saint-George, il me semble qu'un juste hommage pourrait être rendu au Chevalier de Saint-George sans qu'on ait besoin de débaptiser la rue Richepance.
La quatrième question concerne le problème de l'esclavage. L'esclavage, M. LE GARREC a eu raison de le rappeler est un crime contre l'humanité.
L'abolition de l'esclavage est une idée française. C'est Victor Schoelcher qui a répandu à travers le monde le principe de l'abolition de l'esclavage qui a été aboli en France et dans les anciennes colonies françaises bien avant d'autres grandes nations. Je considère que c'est un fait historique qui honore notre histoire et qui est insuffisamment rappelé.
C'est la raison pour laquelle je souhaite, c'est aussi un des articles de l'amendement que je dépose, que notre Conseil manifeste cette abolition de l'esclavage d'une manière solennelle. J'en terminerai en disant que ce qui me semble discutable, et je regrette que nous n'ayons pas eu une vraie discussion car dans l'affaire le Maire de Paris a décidé seul, et a annoncé qu'il avait décidé de débaptiser la rue Richepance. On a organisé un débat pour savoir quel serait le nom de substitution mais on n'a jamais discuté du fait de débaptiser. Si l'on veut rappeler ce qu'était l'esclavage et ce que représente son abolition, il ne faut pas débaptiser la rue Richepance. Cette rue est une manière de rappeler que l'esclavage a existé et que son abolition est une idée qui s'est répandue à l'initiative des Français à travers le monde.
Voilà un moyen de faire de la pédagogie et de dire exactement la réalité de notre histoire.
Je souhaiterais, pour conclure, que l'amendement que j'ai déposé soit voté par disjonction des articles en précisant sous le contrôle de M. LE GARREC, qu'au Conseil du 1er arrondissement, 3 de ces 5 articles ont été adoptés à l'unanimité. Je vous remercie.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur LEGARET. Nous allons passer au vote... pardon, M. CAFFET n'a pas exprimé le point de vue de l'Exécutif.
Je suis confus, cher collègue, de cette négligence à votre égard qui n'est pas discourtoise.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Je n'en doute pas.
Merci, Monsieur le Maire, je ne vais pas revenir sur les propos de Christophe NAJDOVSKI, je crois qu'il s'agissait de propos émouvants. Je ne peux pas laisser dire M. LEGARET que nous sommes aujourd'hui en présence d'un oukase du Maire de Paris qui aurait décidé tout seul de débaptiser la rue Richepance et que nous sommes contraints à honorer...
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - La promesse électorale !
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Vous dites promesse électorale, Monsieur LEGARET, je voudrais vous rappeler que ce débat sur la rue Richepance ne date pas de ce soir ni de la campagne électorale, mais que c'est un débat qui a occupé et animé le Conseil de Paris au moins à 2 reprises depuis cinq ans, la première fois le 14 octobre 1996 et la seconde fois lors du Conseil du mois de mai 1998. Et d'ailleurs, vous étiez intervenu dans ces débats, Monsieur LEGARET. Cela fait 5 ans que ce problème est posé, que l'ancienne Municipalité pour des raisons diverses, avec des arguments divers d'ailleurs, a refusé de procéder au changement de nom de la rue Richepance. Je ne peux donc pas laisser dire qu'il s'agit d'une révélation qui serait faite au Conseil de Paris. Ce n'est pas vrai. Les Conseillers de Paris en ont discuté au moins à deux reprises depuis 1996.
Au cours de ces débats d'ailleurs, ceux de 1996 et 1998, beaucoup d'arguments ont été échangés : ceux de M. LE GARREC qu'il a rappelés ce soir car ce n'est pas la première fois qu'il intervient sur ce sujet, et auxquels je veux ajouter les propos de conseillers qui ne siègent plus dans cet hémicycle tels M. WLOS ou M. MALBERG, qui sont intervenus à plusieurs reprises dans ce débat et auxquels je veux rendre hommage ce soir.
Les arguments de ceux qui s'opposaient au changement de nom de la rue Richepance étaient divers. Il y avait les plus simples, j'oserai dire les plus triviaux, ceux consistant à dire par exemple, que M. Richepance n'était qu'un militaire, qu'il était aux ordres du pouvoir politique et donc qu'il n'y était pour rien, que s'il fallait changer de nom, c'étaient celui des politiques.
Or il y a des moments, dans l'Histoire, où les personnes portent des responsabilités particulières. Richepance en porte une en ayant rétabli l'esclavage même si c'était sur un ordre lointain du pouvoir politique.
De mon point de vue personnel, si l'on s'en tenait à cette argumentation, il aurait fallu, au procès de Nuremberg, acquitter l'amiral Doenitz et le Maréchal Goering. Cet argument n'est pas acceptable.
Autres types d'arguments, ceux forts érudits de Mme Anne-Marie COUDERC tendant à montrer, par des travaux historiques savants, que celui qui avait rétabli l'esclavage n'était pas Richepance, mais le Contre-amiral Laclos.
C'est une question qui reste en suspens. En tout cas, pour l'Histoire et aux yeux d'une communauté très sensible à ce sujet, celui qui a rétabli l'esclavage, fut-ce sur ordre, est bien le Général Richepance.
J'ai envie de répondre en les prenant en ordre dispersé, enfin pas dans le même ordre que vous, Monsieur LEGARET, aux questions que vous posez. Le Chevalier de Saint-George, je suis ravi que vous conveniez du caractère exceptionnel de sa personnalité.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Sans la moindre hésitation !
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - En effet. La deuxième question que vous posez concerne la personne de Richepance. C'est là que vous introduisez, vous aussi, "à la demande de Bonaparte, le futur Napoléon".
Sur la personne de Richepance, vous essayez de dire qu'il a toujours agi sur ordre, en essayant de dégager sa responsabilité. Mais convenez qu'il y a des personnages dont la dimension historique ne se situe pas au même niveau. On ne peut pas comparer le Général Richepance, qui était peut-être un soldat de qualité, un militaire de qualité comme l'a dit Monsieur LE GARREC avec celui de Bonaparte, futur Napoléon. J'ai entendu dire, par exemple, que Richepance était le vainqueur d'Hohenlinden. Il n'en est rien, c'est le Général Moreau qui en est le vainqueur.
C'est d'ailleurs probablement l'une des raisons pour lesquelles Richepance figure sur la partie est de l'Arc-de-Triomphe. En effet, le Général Moreau, le véritable vainqueur d'Hohenlinden le 3 décembre1800, s'est dressé très rapidement contre Napoléon, a fui aux Etats-Unis et a fini sa vie en 1813 à Dresde en commandant des troupes russes qui combattaient les troupes françaises. Si le Général Moreau n'est pas à l'Arc-de-Triomphe et que le Général Richepance y est, c'est peut-être pour cette raison.
Dans cette dimension historique, il y a un certain nombre de considérants qu'il faut garder en tête.
Troisième question, faut-il débaptiser des rues de Paris ? Pour moi, la réponse est oui et pour la raison même que vous évoquez. Je pense qu'effectivement la Capitale de la France a une responsabilité historique et que, dans un certain nombre de cas significatifs, nous ne devons pas hésiter à débaptiser des rues de Paris pour les rebaptiser. C'est la conclusion à laquelle je voulais aboutir. Monsieur LEGARET, je reconnais l'intelligence de votre v?u et une certaine forme de sensibilité. Mais nous ne pouvons pas le retenir parce qu'il est toujours dans la contradiction : "Le nom de la rue Richepance est conservé afin de ne pas effacer le souvenir du général". Vous essayez ainsi de réhabiliter Richepance.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - On ne peut pas dire ça.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - D'excuser Richepance.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Si cela vous choque, je suis prêt à le retirer.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je demande un vote par disjonction.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Du point de vue de l'Exécutif, votre v?u ne peut pas être retenu.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur CAFFET pour cette réponse aussi érudite qu'éloquente. Nous allons maintenant passer au vote.
Je vais commencer par l'amendement n° 75 pour lequel l'Exécutif a émis un avis implicitement favorable.
Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition d'amendement n° 75 déposée par M. LE GARREC, au nom du groupe socialiste et radical de gauche, visant à ce que la mention "ancienne rue Richepance" figure sous la nouvelle dénomination "rue du Chevalier Saint-George".
La proposition d'amendement n° 75 est adoptée.
Nous passons au v?u n° 76 déposé par M. LE GARREC, au nom du groupe socialiste et radical de gauche, avec avis favorable de l'Exécutif.
Je mets aux voix, à main levée, la proposition d'amendement n° 76 concernant l'apposition d'une borne informative rappelant l'Histoire de l'esclavage.
La proposition d'amendement n° 76 est adoptée.
Le v?u n° 77 M. LE GARREC, au nom du groupe socialiste et radical de gauche, avis favorable l'Exécutif.
Je mets aux voix, à main levée, la proposition d'amendement n° 77 visant à ce qu'un temps soit consacré dans les écoles (CM2), collèges et lycées parisiens à l'Histoire de l'esclavage.
La proposition d'amendement n° 77 est adoptée.
J'arrive maintenant à l'amendement n° 79 présenté par M. LEGARET. Vous avez souhaité qu'il soit voté article par article. Il y en a 5. C'est de droit comme Président de groupe, et je pense que c'est courtois de le faire.
Je mets aux voix, à main levée, l'article 1 de la proposition d'amendement n° 79 déposée par M. LEGARET relative à la rue Richepance et à sa nouvelle dénomination.
L'article 1 est repoussé.
Je mets aux voix, à main levée, l'article 2 de la proposition d'amendement n° 79 déposée par M. LEGARET relative à la rue Richepance et à sa nouvelle dénomination.
L'article 2 est repoussé.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - M. LE GARREC a voté pour au Conseil du 1er.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - M. LE GARREC, comme toujours, vote en son âme et conscience.
Je mets aux voix, à main levée, l'article 3 de la proposition d'amendement n° 79 déposée par M. LEGARET relative à la rue Richepance et à sa nouvelle dénomination.
Je mets aux voix, à main levée, l'article 4 de la proposition d'amendement n° 79 déposée par M. LEGARET relative à la rue Richepance et à sa nouvelle dénomination.
L'article 4 est repoussé.
Je mets aux voix, à main levée, l'article 5 de la proposition d'amendement n° 79 déposée par M. LEGARET relative à la rue Richepance et à sa nouvelle dénomination.
Sachant que deux articles ont été adoptés et trois ne l'ont pas été, sur l'amendement n° 79, je demande un vote global puisqu'il a été partiellement accepté et partiellement rejeté.
Un intervenant. - Cela n'a pas de sens. Pourquoi dissocie-t-on ? Il faut être clair au niveau du règlement. A quoi cela sert-il de dissocier quand il y a des votes globaux ?
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci de m'avoir remis dans le droit chemin.
Vous me dites que le v?u n° 78 n'avait pas été soumis au vote.
Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u n° 78 déposée par M. LE GARREC au nom du groupe socialiste et radical de gauche.
La proposition de v?u n° 78 est adoptée.
Je mets maintenant aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 201 complété par les amendements, v?ux et articles qui ont été votés par notre Conseil.
Le projet de délibération amendé est adopté. (2001, DAUC 201).

References: l'article 1

L'article 1
 l'article 2

L'article 2
 l'article 3
 l'article 4

L'article 4
 l'article 5