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Timestamp: 2017-07-24 16:37:45+00:00

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Bône la coquette, la gazette la Seybouse N° 86, août 2009
N° 86 Août
http://piednoir.net Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE 1er Août 2009 jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD se trouve dans la page: La Seybouse, Les dix derniers Numéros : 77, 78,
85, ,
QUIZAS QUIZAS Par : Inconnu
LA VIDEO DE LEUR VIE Par exemple, lors d'une naissance, d'un mariage ou d'un départ en retraite, l'on offre des petits cadeaux personnels ou un gros cadeau plus onéreux où l'on se met parfois à plusieurs pour le faire.
Ce cadeau peut être celui de la mémoire, des souvenirs ou des témoignages. Souvent nos vieux (et peut-être nous-même) voudraient revisiter leur passé qui leur permettrait d'avoir un sentiment de paix intérieur avant de faire le grand saut dans le futur inconnu. Ils voudraient raconter les grands moments de leurs existences ou de simples anecdotes qui seraient profitables à tous. Surtout aux futures générations, cela générerait que du bonheur.
Alors, à l'occasion d'un anniversaire, pourquoi ne pas se cotiser entre frères, sœurs, cousins ou amis, pour offrir au doyen de la famille la Vidéo de sa Vie.
On dit qu'un vieux qui s'en va, c'est un livre de la bibliothèque de la mémoire des hommes qui brûle. De nombreuses personnes, même les plus timides ou les plus récalcitrants, voudraient laisser une trace de leurs souvenirs ou de leur vie à tous les descendants. Souvent, elles n'osent pas parler car on leur dit 'c'est le passé…. ", ou alors elles ne savent pas comment s'y prendre car il n'est pas donné à tout le monde de savoir écrire ses mémoires, mais chacun à des trésors de souvenirs, d'anecdotes, de témoignages ou de grands moments de vie à partager.
Les descendants ne prennent pas toujours le temps de récolter ces trésors, soit par ignorance de l'importance de la mémoire (surtout Pieds-Noirs), soit parce qu'ils sont eux même pris dans le tourbillon de la vie sans voir les vraies fenêtres de paix et d'échange qui s'offrent à eux.
Avec un caméscope, aujourd'hui c'est plus facile de faire parler nos chers " Vieux Livres ". Même si tout le monde n'a pas de caméscope, on a, tous, un ami qui se fera un plaisir de venir filmer l'Histoire Vivante.
Il ne faut pas dire : "Impossible de tout raconter, les vieux ont tout à dire et ils radotent " ou " oui, mais les vieux n'ont pas de chronologie quand ils racontent ". Peut importe, il suffit de poser des questions, de faire parler, de recueillir, de prendre aussi des notes écrites et ensuite au montage de remettre en ordre les périodes. Tout cela peut-être entrecoupé d'images anciennes et de voix off. S'il le faut, faire plusieurs DVD numérotés. Des copies peuvent être distribuées à la famille et aux amis. Je sais aussi qu'il existe des entreprises qui le font très bien. Cela peut-être très coûteux. Auront-elle le véritable souci de " notre histoire d'exilé " ou de " la mémoire algérienne " ? C'est peut-être la solution et l'occasion de faire un cadeau partagé à plusieurs. Toute cette bibliothèque vivante de Pieds-Noirs est d'une richesse incomparable. Ne la laissons pas brûler comme celle d'Alexandrie sinon il ne nous restera que les yeux pour pleurer sur notre passé. N'oublions pas que d'autres ennemis tout aussi barbares s'efforcent de travestir, de faire disparaître ou de brûler notre mémoire.
Quel bonheur ce cadeau que vous offrirez à vos Vieux. Il sera l'apothéose de leur vie, le moteur de la votre et le carburant de la réserve mémorielle des futures générations.
Jean Pierre Bartolini Diobône, A tchao. LE SOUS-SOL
BÔNE son Histoire, ses HistoiresPar Louis ARNAUD C'est incontestablement, notre département, le département de Bône, qui possède le plus grand nombre de gisements miniers.
Il n'est que de jeter un simple coup d'oeil, même rapide, sur la carte minière de l'Algérie pour s'en rendre compte.
Il n'a pas moins d'une trentaine de ces gisements tout le long de la frontière tunisienne entre Bône et le Djebel-Onk et Bled-El-Hadba.
Quantitativement, c'est le fer qui domine avec les quatre mines de l'Ouenza, Bou-Kadra, Khanguet-El-Mouhad et Djebel-Ballout.
La production du minerai de fer dans le seul département de Bône équivaut au 80 pour cent de la production totale de ce même minerai en Algérie, et son exportation par le port de Bône, a contraint la Chambre de commerce de Bône, en accord avec la Société de l'Ouenza elle-même, à construire des terre-pleins spéciaux avec des dispositifs d'embarquement ultra modernes.
La réalisation de ces nouvelles installations, aujourd'hui en place et fonctionnant à plein rendement, a eu pour résultat de diminuer au strict minimum la durée d'embarquement du minerai, ce qui fait gagner du temps au navire et permet d'intensifier la production de la mine qui est presque exclusivement liée à la capacité d'embarquement du minerai par le port de Bône.
Les plus gros cargos du monde viennent dans notre port, charger, sans aucune gêne, ni retard, de très grosses quantités de ce minerai de fer qui, pour nous, équivaut jusqu'à de l'or.
Rien qu'au cours de la présente année, non encore finie, du 22 janvier au 5 décembre, douze de ces gros navires ont chargé, chacun des quantités, allant de douze à seize mille tonnes et l'an dernier, un S/S anglais le " River Arton ", emporta à destination de l'Angleterre un chargement de dix-sept mille tonnes de minerais de l'Ouenza.
M. Souleyre, ingénieur général en chef des Ponts et Chaussées qui fut l'un des plus actifs et des plus dévoués organisateurs de notre grand organisme portuaire, proclamait, il y a trente ans, dans une brochure qu'il avait fait éditée que l'avenir des transports de minerais appartenait aux services minéraliers d'au moins dix mille tonnes. Cela avait provoqué dans la gent maritime des sourires et des haussements d'épaules.
L'ancien ingénieur en chef dont les terre-pleins sud de notre petite darse portent le nom, doit aujourd'hui, tressaillir d'aise dans sa tombe en voyant que le temps s'est chargé de lui donner raison.
Le minerai de fer du sous-sol bônois est non phosphoreux et c'est pour cette raison qu'il est particulièrement recherché par les métallurgistes. Quel que soit l'importance des besoins à satisfaire, la mine de l'Ouenza sera toujours à même d'assumer cette charge, car la masse métallifère qui la constitue est quasi inépuisable. Même si l'extraction du minerai était, un jour, poussée, comme on en a caressé l'espoir, au rythme annuel de cinq millions de tonnes, chiffre que les installations actuelles, tant à la production qu'à l'embarquement, permettent d'atteindre aisément, la durée de l'exploitation à venir du gisement n'en serait presque pas affectée, et serait encore fort longue.
D'autres gisements de fer, au surplus pourraient encore être découverts et exploités éventuellement, ce qui permet d'espérer que notre port aura la même vitalité pendant de très longues années encore.
Les gisements d'Ouenza étaient connus des Romains qui ne les avaient pas exploités à cause de la faible valeur intrinsèque du métal et la trop grande distance qui séparait la mine de la mer.
L'Ouenza est, en effet, à 158 kilomètres de son port d'embarquement et le Bou-Kadra est à 25 kilomètres plus loin.
Les autres minerais que contient encore le sous-sol bônois, sont nombreux et divers.
II y a du cuivre, du plomb, du mercure, de l'antimoine, de la calamine et bien d'autres choses peut-être. Mais leurs gisements sont loin, très loin, d'égaler, en quantité, ceux des mines de fer dont il vient d'être question.
Ils sont, cependant, presque tous, peu ou prou, exploités et leurs produits viennent s'embarquer au port de Bône aussi, sauf, cependant, les mines d'Aïn-Barbar et de Kef-Oum-Teboul qui ont pour objet des gisements de cuivre.
Ce métal qui sert aux besoins courants de la viticulture est, surtout, utilisé en Algérie, pays viticole par excellence.
Avant l'arrivée des Français en Afrique du Nord, la question minière n'avait jamais intéressé personne, les autochtones moins que quiconque.
C'est à Bône, en 1847, que fut exploité le premier gisement de minerais de fer d'Algérie par le marquis de Bassano qui essaya, par la même occasion, d'implanter dans le pays une industrie lourde sidérurgique qui ne réussit pas.
La Compagnie du Mokta-El-Hadid ayant pris sa suite en 1862 exploita pendant quarante ans, pour le plus grand bonheur de Bône, la mine d'Aïn-Mokra, et quelques autres, de moindre importance, situées dans les alentours de la ville de Bône Karézas, Bou-Hamra, Marouania, El M'Kimen et Sbeïtla qui sont abandonnées aujourd'hui.
Les mines de phosphates du Kouif fournissent au port de Bône un appoint de six cent mille tonnes annuelles dans les quatre millions de tonnes qu'il exporte par année.
C'est vers 1885, que les premiers phosphates ont été découverts, en Tunisie, et, c'est peu après, que la mine du Djebel-Dyr, en Algérie, commença d'être exploitée.
Le Djebel Kouif fut, à son tour, mis en exploitation, en 1892. Il n'a cessé de progresser, tandis que le Djebel-Dyr allait bientôt arrêter sa production.
Mais la mine du Kouif d'aujourd'hui touche à sa fin et l'on songe aux phosphates du Djebel-Onk et du Bled-El-Hadba qui sont plus au sud, au delà de Tébessa, pour prendre, sur le marché mondial, et plus particulièrement, dans le trafic du port de Bône, la place que va laisser vacante la fin de l'exploitation du Kouif.
Le port de Bône a le plus grand intérêt à voir s'accomplir cette substitution, car s'il cessait d'être exportateur de phosphates, un coup sensible serait porté à son activité et à l'économie du pays.
La production phosphatière du Kouif représente le 85 pour cent des exportations algériennes. Avec les gisements du Djebel-Onk et du Bled-El-Hadba, notre département serait assuré de maintenir cette proportion et le port de Bône de continuer à être le premier port exportateur de phosphates d'Algérie.
En résumé, il apparaît nettement que le département de Bône est le plus important de l'Algérie au point de vue minier.
Cargo italien : Atlantide
Chargeant 10.000 tonnes de phosphates en décembre 1937
Par MAXIME RASTEIL (1930) N° 31
DU CALVAIRE A L'APOTHÉOSE Ainsi donc, à travers le temps, les révolutions et l'espace, les fautes se rejoignent et s'accusent pour nous montrer les éternels recommencements de l'histoire.
La raison d'Etat des gouvernants de 48 avait-elle résolu humainement le problème de la Colonisation algérienne? Non. L'Empire pas davantage. Tout au plus notre conquête naissante leur avait-elle servi politiquement de soupape disciplinaire ou pénitentiaire, destinée à évacuer tant les émeutiers " partageux " des journées de juin férocement sabrés par le général Cavaignac, que les " pas déportés, mais... " ou les malheureux proscrits républicains dont les Commissions Mixtes impériales peuplèrent le bled, les geôles et les bagnes de l'Afrique (1). Pendant la longue période de 1870 à 1930, largement ouverte au libre jeu de la démocratie, les choses changeront d'aspect, non toutefois sans que l'Administration n'encoure de graves reproches au sujet des lacunes persistantes ou de l'abandon du peuplement national.
Les cris d'alarme d'hier et d'aujourd'hui sont là qui l'attestent, non moins que l'acte de contrition qui honore son auteur.
II n'est que trop vrai, la petite Colonisation française végète, recule, s'en va au néant. Par contre, la grande Colonisation capitaliste, affairiste, coopératiste, outillée, modernisée, audacieuse et trépidante, a pris un essor que rien n'arrêtera plus.
Faut-il accuser? Faut-il absoudre?
Dans cet ouvrage, qui n'est ni un livre de polémique ni une oeuvre de passion, je prétends qu'il faut excuser les défaillances et admirer l'effort.
A la lumière radieuse des solennités du Centenaire, il ne manquera pas de gens - et non des moindres - qui daigneront enfin apercevoir l'Algérie. Et devant les splendeurs étalées de cette France nouvelle entrevue par Prévost-Paradol, ils n'hésiteront pas à crier au miracle.
Hâtons-nous de le proclamer: le miracle ne s'est pas fait tout seul, il est le résultat d'une longue patience, car en même temps que se battre et conquérir, il a fallu bâtir - et bâtir autrement que sur des mirages et des chimères.
Gigantesque labeur !... Pour donner une base solide à tout monument hardi, regarde-t-on à jeter pêle-mêle dans ses fondations obscures des déchets, des scories, des épaves, des matériaux de toutes sortes et de toutes origines, dans l'espoir que cet agglomérat sans nom servira d'assises inébranlables à l'édifice futur?
La maison algérienne n'a pas été, ne pouvait pas être bâtie d'autre façon. Le dur tassement de ses sous-sols fut constitué par le mélange des éléments ethniques les plus opposés, les plus disparates, les plus confus, les plus divers. Au plus profond, il y a de la " canaille " cosmopolite errante, de la chair à canon française, des citadins, des ouvriers et des paysans de chez nous utilisés aussi comme premiers apports de soutien.
On ne s'occupera de l'harmonie constructive que lorsque l'immeuble sortira de terre et que, sur ses soubassements, on le verra peu à peu s'élever vers le ciel. En attendant, tout ce qui a servi à asseoir sa sécurité s'annonce, aux regards de l'historien, comme une page émouvante par ses misères, ses héroïsmes, ses drames et ses sombres douleurs.
e l'oublions pas, à toutes les époques et sur tous les continents, la Colonisation s'est révélée comme une terrible broyeuse de matériel humain. Longtemps, longtemps, ses enfantements cruels ont réclamé des sacrifices. L'Algérie ne lui a pas refusé les siens, mais à quoi serviraient de nouveaux holocaustes, puisque, demain, c'est l'apothéose d'un siècle - je ne dis pas d'occupation conquérante mais de civilisation réfléchie -- qui va officiellement resplendir d'un bout à l'autre de l'Afrique du Nord française et musulmane.
L'heure n'est plus, en effet, des haines et des méfiances d'autrefois. Le Colon n'a plus peur du burnous et le fellah ne redoute plus le Colon. Bénéficiaire d'une politique généreuse, l'indigène a évolué. Il s'est rapproché, il s'est adapté, il a compris. Oh! Sans doute, nous lui avons accordé des faveurs et consenti des droits politiques considérables, mais, en retour, il a dû se plier à de grands devoirs.
Hygiène, assistance, enseignement public, ports, trafic maritime, réseaux ferroviaires, électrification, forêts, mines, industries, barrages, puits artésiens, production agricole et vinicole, beaux-arts, sports, banques, crédit, exploitations phosphatières formidables, radiodiffusion, aviation, tourisme, embellissement de nos cités, tout affirme par ailleurs le rendement merveilleux de ces initiatives fécondes.
Le prodige algérien, le voilà ! Il a surgi du passé, il rayonne de la poussière des vaillants, des humbles, des inconnus qui dorment tous aujourd'hui dans les vagues nécropoles du bled.
C'est donc entendu. Que de Nemours au bastion de France restauré qui fut notre comptoir de La Calle au temps des écumeurs et des rapines barbaresques, chacun s'apprête à célébrer dans la joie le Centenaire de l'événement historique auquel l'Algérie actuelle doit son incorporation au domaine colonial et la claire beauté de son visage méditerranéen.
Il me reste cependant un voeu à exprimer au nom des descendants des Colons de 48, et, j'en suis certain, au nom également de tous ceux qui, en lisant les souvenirs du " Grand Eugène " auront frissonné au récit de cette voix d'outre-tombe.
On sait qu'au nombre des cérémonies de 1930, figure l'inauguration, à Boufarik, d'un monument élevé à la mémoire du " Colon inconnu ".
Boufarik ! Porte de la verte Mitidja aux cultures vastes, aux moissons magnifiques et profondes. C'est dans tes murs que se dresse déjà le bronze du sergent Blandan (Jean-Pierre Hippolyte) tombé en héros au combat de Beni-Mered, en 1844, et qui, avant d'expirer, cria aux 21 hommes de son détachement cernés par le tourbillon de 200 cavaliers arabes: " Courage, mes amis, défendez-vous jusqu'à la mort I "
Eh bien! Eux aussi les immigrants des convois de 48, 49, 50 et 51, obscurs soldats de la glèbe algérienne, ils ont lutté jusqu'au bout de leurs forces, accablés de malheurs, assaillis d'infortunes, environnés de périls.
L'hommage de nos coeurs leur est dû au seuil de notre histoire Nord-Africaine.
Et c'est pourquoi, ému des étapes de leur calvaire, je demande que sur le portique du " Colon innommé " de Boufarik, on place bien haut la lourde croix de labeur et de sang qu'ils ont portée par les chemins, face à l'avenir !...
(1) Au nombre de ces derniers, l'auteur, s'autorisant de ses liens familiaux, croit devoir citer Eugène Hermitte, maire républicain de 1848 dans les Basses-Alpes, déporté du Coup d'État de 1851, qui devint juge de paix suppléant de Mondovi, premier maire et premier conseiller général de Randon, ainsi que son frère, le colon Hermitte (Auguste), également déporté politique.
FIN de cette formidable histoire Merci à Thérèse Sultana, et Marie-Claire Missud/Maïsto, de nous avoir transmis ce livre de Maxime Rasteil qui a mis en forme les mémoires de son arrière grand-père Eugène François.
J.P. B.	Histoires Corses Envoyées Par Chantal Un corse est embauché par une société d'autoroute.
A la mémoire des Agriculteursde la plaine de Bône par Georges Bailly N°5
L'AGRUMECOOP ET LA FRIGÉCOOP
Pour le stockage et la commercialisation des agrumes, les coopérateurs bônois avaient fait preuve d'initiative et de hardiesse. En 1933, ils décidèrent la constitution d'une coopérative destinée à échelonner l'offre en fonction de la demande de la consommation métropolitaine des fruits et des agrumes. Ils créèrent ainsi une usine dotée de chaînes de triage mécanique et d'installations frigorifiques.
Utilisant les outils mis à leur disposition par les organisations coopératives très dynamiques, les coopérateurs se composaient en 1954 de 10.624 sociétaires, dont 690 d'origine européenne, et 9.934 Français de confession musulmane.
Le grand nombre de sociétaires d'origine musulmane s'expliquait par l'attention manifestée par les Associations Agricoles de Bône à l'agriculture autochtone. D'ailleurs, les Caisses régionales de Crédit Agricole Mutuel les aidaient à préparer leurs récoltes de tabac, coton, tomates et céréales par des avances de crédits de campagnes qui, en 1954, s'élevaient à plus de 7,5 millions de francs.
Cette organisation en coopératives permettait l'exploitation de 43.000 hectares de cultures (18.500 hectares de céréales, 14.000 de tabac, 7.800 de coton, 400 d'agrumes et arbres fruitiers et 600 de cultures maraîchères, la vigne représentant 2.500 hectares).
Les adhérents bénéficiaient, en plus, de la Caisse Régionale d'Assurances Mutuelles, Bône-Assurances, créée par l'Union Agricole de l'Est en 1910, d'une assurance collective les protégeant contre les fléaux de l'agriculture : Grêle, incendie, mortalité du bétail et sinistres divers (risques automobiles, responsabilité civile des exploitants agricoles vis à vis des tiers, des accidents du travail, etc.) Le montant des cotisations en 1954 s'élevait à 1.256.000 francs.
La Fédération des Vignerons, fondée en 1933, défendait les intérêts de 450 viticulteurs exploitant près de 10.000 hectares de vigne.
Venait ensuite le Syndicat d'Élevage de la région de Bône, créé en 1921, qui s'attachait à l'amélioration du cheptel et à la diffusion de méthodes modernes d'élevage incluant une meilleure protection sanitaire et alimentation. La station d'élevage du lac Fetzara étudiait ces problèmes, permettant d'accroître la productivité du cheptel et d'assurer plus de ressources et de bien être aux populations rurales.
Enfin, le Syndicat des Producteurs d'Agrumes, contrairement aux précédents, était un groupement obligatoire dont la constitution avait été décidée par un décret de la loi de 1938. Il regroupait environ 800 arboriculteurs possédant 2.400 hectares de vergers.
LES CENTRES D'ÉTUDES DES TECHNIQUES AGRICOLES
Depuis le début des années 1950, il existait deux centres d'études des techniques agricoles (CETA).
Le premier s'occupait de la culture de la tomate, le second de la culture irriguée du trèfle d'Alexandrie et de tous les problèmes touchant à l'irrigation.
Parallèlement à son développement, la Tabacoop, la plus ancienne des coopératives prenait en charge les oeuvres sociales au profit de son personnel.
La Coopérative Ouvrière venait en aide au personnel travaillant dans les docks situés au pied de la basilique Saint-Augustin et trop éloigné du centre ville. Une cuisine modèle, des réfectoires spacieux et d'une propreté exemplaire permettaient de servir chaque jour, des repas copieux à un prix modique.
La garderie d'enfants avait été créée pour que les enfants des femmes musulmanes travaillant aux manipulations du tabac, ne soient pas exposés aux poussières. Tous les matins, accueillis par la directrice de l'oeuvre, les enfants dont les plus âgés avaient dix ans, étaient lavés, soignés, habillés. Ils recevaient une nourriture lactée abondante et saine, tant à midi qu'aux collations du matin et de l'après-midi. Ils disposaient d'un dortoir, d'une salle de bain et de monitrices leur apprenant la langue française, en les amusant. Un médecin leur rendait visite régulièrement.
Sécurité et Prévoyance Sociales
Avant même qu'on en parlât en Métropole et en Algérie, les dirigeants de l'Union Agricole de l'Est avaient institué un système de Sécurité Sociale au profit de leurs employés et de leurs familles. Alimenté par des cotisations de tous les groupements et sociétés de l'Union, une caisse de secours remboursait 80% des frais médicaux et pharmaceutiques. Une clinique moderne, édifiée par la Sécurité Agricole, la clinique Sainte-Thérèse, était ouverte à tout le personnel.
Les organisations agricoles garantissaient également leurs agents permanents contre les risques d'accidents, de décès et de retraite. Elles étaient affiliées à la Caisse Mutuelle Agricole d'Action Sociale d'Alger qui servait une rente en cas d'invalidité, un capital décès à la veuve de l'agent décédé pendant son temps de service ou une retraite lorsque l'employé cessait ses fonctions.
L'Union Agricole de L'Est créait entre 1930 et 1939 deux sociétés pour construire des habitations à bon marché : La Maisoncoop et le Crédit Immobilier.
Cent villas furent construites sur une colline dominant la mer. Le nouveau quartier prit le nom de Maisoncoop.
Après la seconde guerre mondiale, un autre programme fut réalisé : un immeuble en accession à la co-propriété, la Logicoop, pour 45 ménages d'employés.
(Extraits du Livre du 35ème anniversaire de la Coopération Agricole dans la région de Bône)
Edité par l'Union Agricole de l'Est Algérien.
A SUIVRE ALGERIE 2009
Texte envoyé par M. Claude STEFANINI Elyette, une brillante ancienne élève d’AURIBEAU maintenant toulonnaise, Dominique son compagnon et moi, invités par AMOR lui aussi ancien élève (voir son récit « Il était une fois AURIBEAU » dans Skikdamag) sommes retournés en ALGERIE pour une semaine vivante et agréable.
Amor nous attendait à l’aéroport d’Aïn EL Bey : direction CONSTANTINE où il nous offre une collation avec en particulier un véritable jus d’oranges sanguines du Pays : un vrai nectar d’une couleur à faire pâlir d’envie n’importe quel « Joker » ou « Tropicana » et un goût, je ne vous raconte pas… !! accompagné de gâteaux « maison » (makrouds, mantécaos, baklawas, puis direction AZZABA ex JEMMAPES où nous sommes attendus par KAMEL, un agréable et sympathique ami que je ne connaissais pas et qui nous a gentiment et gracieusement hébergés pendant tout ce séjour.
(Kamel, un écolo, a des ruches sur sa terrasse et produit son miel !!)
A AÏN CHARCHAR ex AURIBEAU, un groupe d’anciens élèves, dont Aïssa, Ahmed, Chabane, « Guerroum » Lakhdar, Abderrahmane, Chaouch, Hocine, (ceux que j’oublie, excusez moi !) nous offre le thé à la menthe que nous sirotons en grignotant des cacahuètes et en échangeant nombre de souvenirs ; nous allons d’ailleurs revenir presque tous les jours à AÏN CHARCHAR, ce qui va permettre au boute en train GUERROUM (ici à l’extrême gauche sur la photo) d’évoquer ses souvenirs militaires avec un talent de conteur que ne renierait pas Marcel PAGNOL…
Par le col de Bissy, (qui vient d’être réouvert à la circulation ) où à cette période de l’année, la végétation luxuriante nous oblige à de nombreux arrêts pour photographier les innombrables variétés de fleurs sauvages, nous atteignons SKIKDA ex PHILIPPEVILLE, par les Allées Barot et le Faubourg ; après une visite au cimetière correctement entretenu où je me recueille sur la tombe de mon grand-père et de ma tante puis devant la stèle qui regroupe les restes des défunts d’AURIBEAU, j’ai la chance de surprendre chez elle FARIDA, mon amie d’enfance – qui ne s’attendait pas du tout à ma visite… Elyette et moi bavardons longuement avec elle. Puis je retrouve, au siège de la Ligue de Foot-ball (ancienne Boule Amicale, à l’entrée du port) GUETTAF Souna, le talentueux inter (maintenant je crois qu’on dit milieu offensif) de l‘EJP lui aussi stupéfait de me voir, et qui me gronde gentiment : « Ti aurais pas pu m’avertir, on se serait tapé un bon couscous à la maison… » et non, je n’ai pas pu et je le regrette… ! Enfin CHERIF, l’épicier en face de la Poste, a du mal à me reconnaître. Je l’avais reçu à Tourville il y a bien longtemps avec sa femme Zohra et leur fils Zizou (Non, pas çuila que vous croyez… !!)
Tous sont heureux de me revoir et déplorent la brièveté de la rencontre…
Nous passons, rue Valée, devant le salon de coiffure COLATRELLA qui est maintenant une…poissonnerie !
Apparemment, le vendeur propose des poissons gros « comme ça », dis …; on n’est pas méditerranéen pour rien… !
Au Beni-Melek, Chez SALAH, le frère d’AMOR, nous attendent une chorba maison, des briks dorées et craquantes, un plantureux couscous à la graine légère, aux légumes et à la viande fondants, des gâteaux préparés pour nous par la maîtresse de maison, Samia, et bien sûr un délicieux caoua aux arômes délicats que nous savourons, avec la maman de Salah et Amor, une délicieuse vieille dame qui respire la bonté ; tout dans son comportement est dignité, équilibre, gentillesse…
Retour à AZZABA : Kamel a acheté au marché des sardines fraîches et brillantes - j’allais dire : qui respirent la santé, mais j’ose pas…- que nous préparons sur le grill et dégustons avec un bon vin de Tlemcen…
Le marché de JEMMAPES – AZZABA est très animé ; les étals regorgent de fruits, légumes, épices, confiseries ; des petites gargotes proposent des grillades, brochettes ou merguez ; des artisans confectionnent paniers ou tamis… Les prix sont modestes (mais il faut relativiser..
Le lendemain, AMOR nous embarque pour une longue promenade par GASTU (BEKOUCHE LAKHDAR), ROKNIA et HAMMAM MESKOUTINE, station thermale où l’eau sort à 90° (nous y faisons durcir quelques œufs engloutis séance tenante) et où la légende raconte qu’une noce entière (cadi, invités et cascade compris) qui consacrait l’union incestueuse d’un frère et de sa sœur, fut pétrifiée…On peut encore les voir, figés pour l’éternité… ! (1)
A AÏN Mokra, retrouvailles avec Abdallah, un autre ancien brillant élève excellent au Hand-ball et au saut en longueur, avec qui nous partageons un repas de brochettes – les vraies – kesra, salade de tomates et poivrons, fruits ; puis direction Radjeta, où une sépulture sûrement romaine a été découverte ; Elyette qui est allée à la rencontre d’un jardinier local revient avec une provision de salades et oignons frais, …Offrir, simplement, pour faire plaisir… !
Maintenant, en route pour ANNABA ex BONE où nous sommes accueillis par le Docteur AMARI et son épouse Lilia, gynécologue réputée, dans leur magnifique demeure faisant face à la grande bleue. Le docteur AMARI a un « dada », il adore les objets anciens (matériel agricole : Vieilles charrues, tracteurs, vénérables, semoirs, qu’il collectionne dans sa propriété de Jemmapes ; à Bône, dans le jardin, je découvre tout un assortiment de poteries trouées : des pièges à poulpes,… et une énorme chaîne, sûrement d’ancre… Passion des vieilles choses, quand tu nous tiens… !!
Le soir, sur la terrasse, barbecue de brochettes d’agneau, d’abats ou d’anguille, merguez, préparées par MOURAD le beau frère du docteur et accompagnées de salade de tomates et poivrons , arrosées d’un bon Bordeaux. J’ai l’insigne plaisir de bavarder avec le Professeur AYADI, Président du Conseil de l’Ordre des médecins de la région d’ANNABA : agréable et enrichissante discussion à bâtons rompus.
Je suis logé dans une chambre avec suite où, délicate attention, un bouquet de roses fraîchement cueillies me souhaite la bienvenue…
Cours Bertagna (Je crois que maintenant, c’est le Cours de la révolution) nous dégustons en compagnie de M. BARTOLINI (voir son site « La Seybouse ») un vrai Créponnet, qui me ramène 60 ans en arrière chez FIDANZA, devant la Place Marqué aux incessants « andar et venir », par une douce soirée d’été qui n’en finissait plus de mourir…
BRAHIM et sa nombreuse famille nous reçoivent le lendemain : place à la convivialité et encore à la gastronomie : tomates et artichauts mayonnaise, tajine pruneaux-abricots ; pâtes (Fter) préparées sur un drôle de moule sphérique que je n’avais encore jamais vu, gâteaux « maison »… Ouf, on est « Chbat »…
A CONSTANTINE, longue promenade à pieds depuis la Place de la Brêche par le Bd de l’Abîme et le Pont, qui est toujours suspendu… d’où l’on peut voir le nouveau téléphérique qui conduit du Mansourah au centre ville ; dans la rue Caraman se presse toujours une foule grouillante et colorée ; nous sommes passés devant le lycée d’Aumale : il y a à peine… 58 ans, j’y ai subi les épreuves du bac en compagnie du regretté Dédé QUILICI, mon ami, trop tôt disparu…
Avant le départ, AMOR nous mène rue des artisans pour admirer les dinandiers martelant et repoussant le cuivre, créant plateaux ou tableaux représentant bien sûr Constantine et son fameux Pont, véritable vedette locale…Remarquez que nous, on avait le Pont Romain… !! Alors… ? Match nul…
Et c’est le départ; AMOR nous conduit à Aïn El Bey, nous évite quelques formalités à la douane, et nous laisse attendre l’embarquement après un dernier au revoir.
Le vol est sans histoire et à 16 heures, nous reprenons contact avec la réalité; le rêve est passé…
De ce périple il me faut surtout retenir le chaleureux accueil reçu partout, l’amabilité des amis qui nous ont hébergés, la gastronomie locale et surtout la disponibilité d’AMOR : sans lui, rien n’eut été possible; au nom de nous trois, je l’en remercie sincèrement.
(1) Cliquez ICI pour voir la légende sur la Seybouse N° 51	LE MONOLOGUE DE HAMMAMET (SHAKESPEARE chez les pieds noirs)	Envoyé par Daniel DARDENNE To be or not to be,
Et'ou ne pas zêt ; rien qu'j'm'interroge.
Qués c'est pluss' mieux ? D'rester comme un' bova,
Sans rien fair' ; aussinon d's'monter l'boeuf,
D's'taper un' rabbia et d'leur donner l'compte ? Mais alors là, adios la casserole :
Mourir, dormir pas pluss',
Au moinss' quand tu dors,
Manco tu t'occuppes de rien.
Qui mieux qu'tôa ? Mourir, dormir
Dormir awah : Balek à même temps tu rêves ;
Alors là fisse, entention !
Que quand tu rêves, assa'oir où tu vas.
Régarre, reufleuchis :
Tu veux finir a'c les misères,
'Vec les patchos qui s'croyent des chefs,
Les tchiquettes qu'elles s'croyent des stars,
Les bureaucrates qui t'casent l'habbat ?
Rien qu'tu prends l'manche
D'la cuiller aux oursins, tu t' l'avales,
Et oilà ! Terminus la fatigue,
L'emphitate, la habouba, l'mauvais sang, tout.
Mais alors là, au lieu qu'ça finit, ça commence. Passque, poc à poc, tu t'penscs à tôa mêm' :
Et comment qu'j'reviens d'c'oyage ?
Un'fois qu'jai salpé, khlass :
Là où j'vais c't'un bled,
Que pa'un y repasse la frontière.
Tu pars, bessif tu restes,
Tu t'tapes la perpet' c'est kif-kif
A force qu'tu fais marcher ta cabesse, Manco tu t'décides.
Au pluss' tu penses au pluss' tu fais tchoufa. Tu restes axe au lieu qu'ti agis,
Au lieu d' montrer qu'ti as des klawis, Tu restes comm'un babaô,
Et pis tu fais gantcho.
LE MUTILE N° 207, 21 août 1921 Ceux qui pieusement sont morts...
Les Tombes Profanées
APRES QUE LES FOSSOYEURS IVRES SE FUSSENT BATTUS SUR LES TOMBES LES PARENTS EXHUMERENT EUX MÊME LEURS ENFANTS.
Je viens d'avoir un douloureux entretien avec une mère.
Elle s'en est allée le 19 juillet dernier, à Chaumont-sur-Aire, un tout petit village de la Meuse, où est enterré, depuis le 29 août 1917, son gars Edmond-Pierre Brunet, du 268° régiment A. C.. Croix de guerre, médaille utilitaire, mort pour la France.
Elle avait reçu une convocation officielle longtemps attendue qui l’invitait à venir reconnaître les restes de son fils qu'elle avait réclamés.
Et elle avait entrepris le triste voyage accompagnée de son autre fils, de sa fille, de sa bru et d'un frère de celle dernière.
La bataille sur les tombes
Nous arrivons à 8 heures du soir, a t-elle commencé, après un pénible voyage. Nous sommes environ deux cents personne à venir chercher les corps de nos chers disparus. Le pays est en révolution. Les gendarmes sont là, capitaine en tête. Les hommes chargés des travaux d’exhumation se sont mis en révolte, abandonnant le travail. Il a eu bataille sur les tombes entr'ouvertes, entre gens ivres, profanant ces lieux sacrés.
Une grève macabre
Voici les causes qui ont motivé la grève des fossoyeurs et la pénible bataille sur les tombes.
A cause de la chaleur tropicale, on avait déridé, en haut lieu, de surseoir aux exhumations jusqu'à l’automne, ce qui était nécessaire d'ailleurs. Il fallait donc que tout fût terminé pour le 14 juillet.
Pour satisfaire l'entreprise civile qui ne voulait pas interrompre son travail dans ce secteur et voulait en même temps obéir aux décisions ministérielles, on mit les bouchées doubles, triples, sans se rendre compte des inconvénients.
Le premier fut de laisser les ouvriers qui travaillaient 12 à 15 heures par jour, sous un soleil de feu, dans un terrain difficile et rempli d'eau et ce pour un salaire moindre. L'entreprise leur donne, en effet, 18 francs de fixe, plus 3 francs par tombe creusée; or, ici, les tombes ont 2 mètres de profondeur, alors que dans certains endroits elles n'ont que 6o ou 8o centimètres: résultat : les terrassiers ne creusent que 3 tombes par jour au lieu de 5 ou 6, et, par conséquent, touchent moins de primes et aussi moins de gratifications des familles.
Les ouvriers se mirent donc en grève, et se battirent avec leurs camarades non syndiqués qui voulaient continuer.
Des familles convoquées étaient là depuis 3 jours; elles ont assisté à ces scènes. Ce sont elles qui ont appelé les gendarmes..
Dans le village, on ne peut ni coucher, ni manger. La gérante d'un familistère Mme A. Pierre, loge et nourrit tous ceux qu'elle peut, pour presque rien.
Le lendemain, à l'aube, nous nous retrouvons au cimetière. Quelques habitants dévouée sont là. Il y a aussi une demi-douzaine de Polonais et de sidis, couchés, ceux qui restent de la bataille de la veille ; eux seuls ne travaillent pas.
Vous n'êtes pas ici au Cinéma
Sept heures. Aucun officiel. Mon gendre enlève son veston et se met à piocher la terre, qui recouvre mon enfant. Huit heures, rien. Enfin, à huit heures et demie, arrive un camion qui amène quelques travailleurs: il y a 130 corps à exhumer avant la nuit !..
Neuf heures. Voici un jeune homme de 23 ou 24 ans, impeccable, avec au bras un brassard tricolore: un officiel. Deux soldats l'accompagnent. Ordre est donné d'évacuer le cimetière, sous menace d'arrêter les travaux (?) Pleurs. Supplications. Chacun veut en finir et comprend bien que s'il ne fait lui-même sa besogne, jamais on n'en sortira. Les gendarmes eux-mêmes, soutiennent la population contre l'homme au brassard qui, s'adressant à des mères et, à des veuves ose dire :
Vous n'êtes pas ici au cinéma... F... le camp !... Une petite femme...
Dix heures 3o. Arrivent quelques hommes juchés sur un chargement de bières vides, dont beaucoup sont démolies. Avec ces hommes et sur ces cercueils une femme dont on devine la vie galante, et, dont la présence ici est un scandale..
On commence la triste relève des ossements. Bientôt les restes de mon petit bien aimé, retirés de l'eau qui inonde le fond des fosses, reposent dans le cercueil que j'ai choisi. D'antres corps, dans des bois éventrés et pourris, attendent au soleil de plomb, qu'on vienne les recueillir...
Et l'on exploite tous ces malheureux Parents. Une mère ne réussit pas à faire creuser la fosse où dort son fils. Personne ne veut s'en occuper. Ce n'est que lorsqu'elle donnera 20 ou 30 francs qu'on consentira à creuser la terre pour elle.
Midi. Rien à manger. Ceux qui n’ont pas prévu ce dénuement doivent s'en retourner !
On peint des numéros d'ordre sur et sous les bières. Sur celle de mon fils on se trompe et les deux numéros ne concordent pas; heureusement que nous sommes là.
Je m'en fous !...
Nous apportons nous-mêmes notre cercueil auprès du camion qui va les emporter. On en empilera une quarantaine, au petit bonheur. Et sur les genoux d'un des Marocains de l'équipe qui quitte les lieux la femme s'assied, non sans rire et crier....
Mon beau-fils signale à un contremaître que des bières, mal équilibrées, vont tomber en cours de route. Le contremaître le renvoie au chauffeur « seul maître de sa voiture ». Le chauffeur, avisé, répond :
- Je m'en fous... !
Et, le camion partit pour 30 kilomètres de route...
Le soir à minuit, de pauvres gens creusaient encore la terre dans le petit cimetière de Chaumont-sur-Aire. Toute la journée le curé avait aidé ces malheureux. On m'avait promis l'arrivée du cercueil de mon fils à Aubervilliers trois ou quatre jours après. Onze jours ont passé ; je n'ai encore été avisée de rien.... Tout cela est affreux !....
M. Maginot a reçu, sur ces faits, une pétition signée d'une centaine de noms. Il sera le premier à penser avec nous que la douleur et la pitié des familles des morts pour la Patrie doivent être davantage respectées.
Hector GHILINI. ANECDOTE Envoyé par Mme PAGANO
PENSEES CHINOISES Pensée du philosophe chinois Chang Ying Yue
MŒURS ET COUTUMES DE L'ALGÉRIE 1853 Par LE GÉNÉRAL DAUMAS N° 10 Conseiller d'Etat, Directeur des affaires de l'Algérie TELL - KABYLIE-SAHARA
Institutions kabyles. Politiquement parlant, la Kabylie est une espèce de Suisse sauvage. Elle se compose de tribus indépendantes les unes des autres, du moins en droit, se gouvernant elles-mêmes comme des cantons, comme des états distincts, et dont la fédération n'a pas même de caractère permanent, ni de gouvernement central. Autant de tribus, autant d'unités; mais ces unités se groupent diversement selon les intérêts politiques du jour. Il en résulte des ligues offensives et défensives qui portent le nom de soff (rang, ligne). Les tribus ainsi alliées disent : nous ne faisons qu'un rang, qu'une seule et même ligne. Des intérêts communs, des alliances anciennes ou nouvelles, des relations de voisinage, de transit, de commerce, telles sont les causes qui déterminent la formation d'un soff.
Le soff oblige les tribus contractantes à partager la bonne et la mauvaise fortune. Il se proclame dams une assemblée générale de leurs chefs. On, y règle aussi le plan des opérations militaires, le nombre, l'ordre des combattants, leur point de réunion; enfin on élit un chef. Quand c'est une tribu qui a particulièrement réclamé le soff pour se garantir ou se venger d'un ennemi, c'est elle qui fournit en général le chef de l'expédition. Toutefois les auxiliaires qui viennent combattre sur le territoire et pour la cause d'un allié n'en apportent pas moins leurs vivres et leurs munitions. La tribu secourue ne les fournit que dans le cas où, la guerre se prolongeant au delà des prévisions, elle prierait ses défenseurs de demeurer chez elle, après qu'ils auraient consommé leur approvisionnement.
Certaines tribus passent fréquemment d'un soff dans un autre, soit par inconstance d'humeur, soit par une mobilité politique inhérente à leur situation, quelquefois parce qu'elles se laissent gagner à prix d'argent. Dans ce dernier cas, elles perdent beaucoup dans l'estime publique; on s'en sert en les méprisant. II se forme des soffs par suite d'inimitiés communes à plusieurs tribus. Ceux-là se font la guerre entre eux. C'est l'image de la ligue des cantons catholiques contre les cantons protestants en Suisse.
Il y a des soffs accidentels, momentanés; d'autres ont des motifs si stables qu'ils durent depuis des siècles. En cas de péril universel, il se constitue spontanément de grands soffs pour assurer la défense commune. Que les marabouts prêchent le djehad (guerre sainte), que l'on redoute l'invasion des chrétiens, et toute la Kabylie ne forme plus qu'un soff. Il en naîtra plusieurs, mais animés du même esprit, si l'on apprend que l'ennemi doit déboucher par un certain nombre de points à la fois. Les tribus menacées dans chaque direction se concentrent alors en autant de soffs particuliers qui cherchent, autant que possible, à lier leurs opérations ensemble. Mais l'égoïsme et les rivalités s'y opposent presque toujours. Dans les réunions trop nombreuses, certaines familles rivales aspirent au commandement ; l'amour-propre et l'intrigue se mettent de la partie. Tantôt on se sépare sans avoir rien pu décider, tantôt des dissidents abandonnent la cause commune.
Il existe en effet chez les Kabyles (étrange disparate au milieu des moeurs les plus républicaines), il existe quelques grandes familles d'origine religieuse ou militaire, dont l'influence incontestée domine plusieurs tribus tout à la fois. Ce sont elles qui fournissent des chefs à tous les soffs un peu considérables ; devant leurs membres, tout autre candidat se retire. C'est aussi dans leur sein que tous les gouvernements prétendant à la domination sur les Kabyles se sont efforcés de prendre leurs intermédiaires; ils ont alors conféré à ceux-ci des titres de khalifas (1), d'aghas (2), etc. Cette politique fut celle des pachas turcs et ensuite d'Abd-el-Kader; elle est devenue la nôtre par la force des choses.
Il importe ici de constater, c'est le caractère essentiellement mobile des confédérations, l'absence de tout lien permanent, de toute administration centrale, et d'en conclure qu'il faut descendre au sein de la tribu proprement dite, pour commencer à trouver l'apparence d'un gouvernement régulier.
On appelle arch ou kuebila une tribu entière. Les fractions, ferka, de la tribu se nomment encore krarouba, fekhed, arey, caroube, cuisse, veine.
Ces fractions se décomposent quelquefois à leur tour en déchera, villages.
Au dire du Kabyle, la tribu, arch, est le corps de l'homme; fekhed, arey, en sont les membres ou les veines; et déchera, les doigts qui terminent les pieds ou les mains.
La tribu et ses fractions trouvent également leur image dans le fruit du caroubier, car il se compose d'une cosse où sont contenues plusieurs graines, krarouba.
Chaque déchera se nomme un chef, que l'on appelle amine. (3) Cette élection repose sur le suffrage universel : tout Kabyle y prend part, et la volonté générale ne s'y voit renfermée dans aucune limite ; cependant on sait, là comme ailleurs, l'influencer en faveur des droits de la naissance, l'intimider par l'entourage, la séduire par les richesses, la captiver par l'éloquence.
Ces grandes assemblées sont des djemmâs (4); mais, dans un sens plus spécial, la djemma d'une tribu est l'assemblée de tous les amines élus, comme il vient d'être dit, par ses diverses fractions, et délibérant en commun sur les intérêts nationaux, rendant les jugements, prenant des mesures générales, etc.
Cette même djemma procède à l'élection d'un président parmi les membres qui la composent ; celui-ci porte le nom d'amin el oumena, amine des amines. Il devient ainsi le chef régulier de toute la tribu, et le commandement des guerriers qu'elle met sur pied lui appartient dans un jour de combat. Ses prérogatives restent d'ailleurs fort limitées, à moins qu'une illustre naissance ne lui en confère d'autres fondées sur l'appui moral de l'opinion publique. Dans tous les cas, et ne fût-ce que pour la forme, il prend l'avis de la djemmâ sur les moindres affaires. En elle, à proprement parler, réside le gouvernement.
La durée du pouvoir dévolu aux chefs n'est pas la même dans toutes les circonscriptions territoriales. Chez certaines tribus ils sont renouvelés tous les six mois, chez d'autres tous les ans; mais, dans toutes, une mauvaise conduite peut appeler leur destitution immédiate, de même que les services signalés autorisent souvent une prolongation. Dans tous les cas, c'est le peuple qui prononce.
Les amines sont chargés du maintien de l'ordre public, ainsi que de l'observance des lois et des coutumes. Ici, nous allons constater une série de faits toute particulière aux Kabyles.
Seuls parmi les nations musulmanes ils possèdent un code à eux, dont les prescriptions ne dérivent ni du Koran, ni des commentaires sacrés, mais d'usages antérieurs qui se sont maintenus à travers les siècles, à travers même les changements de religion. C'est ce droit coutumier que les amines consultent en toute occasion. Les vieillards, les savants l'ont reçu traditionnellement ; ils en conservent le dépôt pour le transmettre intact à leurs enfants. Voici les dispositions pénales pour les délits les plus fréquents :
1° Tirer son yatagan sans frapper 2° Tirer son yatagan et frapper 3° Armer son fusil sans tirer 4° Armer son fusil et tirer 5° Lever son bâton sans frapper 6° Lever son bâton et frapper 7° Brandir une faucille sans frapper 8° Brandir une faucille et frapper 9° Faire le geste de frapper avec une pierre 10° Frapper avec une pierre 11° Frapper à coups de poings 12° Injures sans motifs 13° Être convaincu de vol 14° Entrer dans une maison dont le maître est absent 15° Ne pas monter sa garde 16° Paraître au lavoir des femmes 8 boudjous
Toutes ces amendes, ce sont les amines qui les imposent et les perçoivent jusqu'à un certain taux, au-dessus duquel ils doivent en déposer le montant chez l'amine des amines. Ce dernier l'emploie à acheter de la poudre. Le jour du combat, cette poudre sera distribuée aux plus nécessiteux de la tribu. Le reste est employé à secourir les pauvres. Rien n'en demeure jamais abandonné au gaspillage des chefs, comme dans l'administration arabe.
On a pu remarquer qu'il existe une pénalité pour le vol; il n'en existe pas pour le recel. Des receleurs autorisés, qu'on nomme oukaf, vendent publiquement les effets dérobés. Il semble que le but de cette législation blessante soit de faciliter au propriétaire lésé le rachat de son bien à bas prix. On conçoit qu'autrement, vu les petites dimensions de chaque État, tous les produits du vol seraient exportés de suite, et leur recouvrement deviendrait impossible.
Nous n'avons point parlé du meurtre : la loi kabyle, à ce sujet, mérite bien l'attention d'un peuple civilisé. On sait que le Koran prescrit d'une manière absolue la peine du talion : " Dent pour dent, oeil pour oeil. " Cependant la djemmâ kabyle ne prononce jamais une sentence de mort : l'exécuteur des hautes oeuvres n'est pas connu dans cette société barbare. Le meurtrier cesse d'appartenir à sa tribu; sa maison est détruite, ses biens sont confisqués, un exil éternel le frappe : voilà la vindicte publique. Mais le champ reste encore libre à la vengeance particulière : c'est aux parents de la victime à appliquer le talion dans toute sa rigueur. La loi ferme les yeux sur ces sanglantes représailles ; l'opinion les exige, et le préjugé les absout.
Il ne nous reste plus qu'une remarque à faire sur le code précédent : la bastonnade n'y figure point. Contrairement aux idées reçues chez les Arabes, cette punition est infamante aux yeux des Kabyles ; aucun amine n'oserait l'ordonner dans l'étendue de son commandement. On juge par là combien il pourrait être dangereux d'employer des agents peu familiarisés avec les moeurs des différentes races algériennes.
On a dû remarquer que le rôle des amines se borne à la police intérieure des tribus ; leurs privilèges sont assez restreints ; leur influence ne suffirait pas pour maintenir l'ordre et la paix publique dans le pays. Aussi n'ont-ils point à sortir de leurs petites attributions. Pour les grandes affaires, il existe un vaste pouvoir, fort au-dessus de leur autorité précise : c'est le pouvoir des marabouts.
Marabout (5) vient du mot mrabeth, lié. Les marabouts sont des gens liés à Dieu. Lorsque des inimitiés s'élèvent entre deux tribus, les marabouts seuls ont le droit d'intervenir, soit pour rétablir la paix, soit pour obtenir une trêve plus ou moins longue. A l'époque de l'élection des chefs, ce sont les marabouts qui ont l'initiative pour proposer au peuple ceux qui lui paraissent les plus dignes. Il disent ensuite le Fatah (6) sur les élus.
Lorsqu'une tribu considérable a remporté un avantage sur une autre plus faible, et que cette dernière est résolue à périr plutôt que de se rendre, les marabouts obligent la tribu victorieuse à se déclarer vaincue. Admirable entente du coeur humain qui a su donner à chacun sa part de vanité. Les faits de ce genre ne sont pas rares ; et tel est le caractère de ce peuple, qu'il n'est pas d'autre moyen d'empêcher le faible orgueilleux de se faire anéantir.
Lorsque des circonstances graves nécessitent une réunion de tribus , les chefs en ordonnent la publication dans les marchés ; à l'exception des malades, des vieillards, des femmes et des enfants, personne ne manque au rendez-vous, si grande que soit la distance à parcourir. Au jour fixé, les tribus étant groupées séparément, les marabouts s'avancent au centre et font expliquer par le crieur public le but de la réunion, en demandant le conseil à suivre. Chacun a la parole, chacun est écouté, quelle que soit sa classe. Les opinions diverses étant recueillies, les marabouts se réunissent en comité, et le crieur public fait connaître au peuple leur décision. S'il ne s'élève aucune voix pour faire de nouvelles réclamations, on invite l'assemblée à battre des mains en signe de consentement. Cela fait, tous les Kabyles déchargent leurs armes, ce que l'on nomme et meïz : la décision.
Les choses que l'on raconte de l'influence des marabouts dans le pays kabyle sont tellement surprenantes, qu'on hésite à les croire. Les montagnards, dit-on, ne craindraient pas d'égorger leurs propres enfants, s'ils en recevaient l'ordre d'un marabout. Le nom de Dieu, invoqué par un malheureux que l'on veut dépouiller, ne le protége pas; celui d'un marabout vénéré le sauve.
Les marabouts commandent aux marchés; et l'autorité des amines s'efface devant la leur.
Les marchés sont libres, exempts d'impôts, de taxes ou de droits, et de plus, ils sont inviolables. Chez les Arabes, un homme qui a commis un délit ou un crime peut être arrêté en plein marché ; sur le leur, les marabouts ne tolèrent ni arrestation, ni vengeance, ni représailles, pour quelque motif que ce soit.
Cette influence des marabouts est d'autant plus remarquable, que le peuple kabyle est bien loin des idées religieuses du peuple arabe. Il ignore les prières, il observe mal le jeûne et les ablutions ; il borne à peu près toute sa religion à ceci : " Il n'y a qu'un seul Dieu, et Mahomet est son prophète. " On dit qu'il y a des tribus kabyles où les gens pauvres ne craignent point de manger du sanglier. Ils boivent presque tous de l'eau-de-vie de figue fabriquée par les juifs qui sont en grand nombre dans le pays. Les préceptes de la religion ne sont suivis que par les chefs, les marabouts et les tolbas.
La cause de cette obéissance passive du peuple est donc tout entière dans son esprit industriel, qui lui fait comprendre à quel point l'ordre et la paix importent au commerce.
Les marabouts, du reste, ont profité de ce respect général pour instituer une des belles coutumes du monde, l'anaya, que nous ferons connaître un peu plus loin.
La vénération publique pour les marabouts ne se traduit pas seulement en honneurs, en déférence, en privilèges. Ils vivent sur le peuple et par le peuple; on pourrait dire que tous les biens de la nation leur appartiennent. Leurs zaouïas ou habitations communes, dont nous parlerons ailleurs, sont réparées, pourvues, sans qu'ils aient à s'en occuper, sans qu'ils aient besoin même d'exprimer un désir. On prévient tous leurs voeux, on s'occupe de tous les détails de leur vie privée ; on leur apporte l'eau, le bois, la nourriture, etc. Vont-ils quêter dans les villages, chacun s'empresse au-devant d'eux, s'enquiert de leurs besoins, leur offre des montures, les comble de présents.
Les Kabyles paient des impôts. Ce sont la zekkat et l'achour, prescrits par le Koran, et fixés au centième pour les troupeaux, au dixième pour les grains. Mais, contrairement aux Arabes qui donnent ces contributions à leur sultan, les Kabyles, organisés en républiques, les apportent à leurs mosquées. On les emploie à défrayer les écoles, à secourir les pauvres, à nourrir les voyageurs, à entretenir le culte, à donner l'hospitalité, à acheter de la poudre et des armes pour les malheureux de la tribu qui sont appelés, comme les autres, à marcher le jour du combat.
Car, chez le peuple kabyle, dès qu'il s'agit de venger une injure ou de repousser une agression, tous doivent se lever, armés ou non. Ceux qui n'ont point de fusil prennent des bâtons, lancent des pierres, et se tiennent à portée des combattants ; leur devoir est d'emporter les morts ou les blessés. Les femmes môme, quelquefois, assistent à ces drames sanglants, afin d'encourager leurs frères, leurs maris ; elles leur apportent des munitions, et si l'un des guerriers vient à fuir, elles lui font avec du charbon une large marque sur son burnous ou sur sa chemise de laine, pour le désigner au mépris de tous.
On régularise le concours général à la défense publique par une formalité qui se rapproche beaucoup de notre recrutement. Lorsqu'un garçon a accompli son premier rhamadan, c'est-à-dire 14 ou 15 ans, suivant sa constitution, il se présente à la djemmâ. Alors il est déclaré bon pour porter un fusil. On l'inscrit au nombre des défenseurs de la tribu, dont il aura désormais à courir les bonnes ou les mauvaises chances. On lit sur lui le fatale, et, si son père est pauvre, on lui achète un fusil sur les fonds publics.
Par conséquent, tout homme doit être considéré comme un soldat qui sert depuis quinze ans jusqu'à soixante au moins. C'est donc une méprise étrange, et trop commune pour être tue, que celle d'évaluer la population kabyle d'après la quantité de fusils, ou réciproquement, sur le pied d'un guerrier par six personnes, comme on fait en Europe. Les combattants, dans ce pays, doivent former le tiers de la population complète, en calculant sur cette base, on se trompera peu.
Les Kabyles sont en outre assujettis à la corvée, touiza, mais non point comme les Arabes qui la doivent pour faire valoir les biens du beylik. Le Kabyle ne connaît la touiza que pour sa mosquée, ses marabouts, la fontaine commune, les chemins qui peuvent être utiles à tous. H fait encore la corvée pour creuser la tombe de l'un de ses compatriotes.
Voilà toutes les dettes du Kabyle envers l'État. On voit comment il contribue de sa personne et de sa bourse au maintien de la chose publique ; mais ce qu'on cherche vainement, c'est une administration capable de régulariser tous ces efforts et d'en tirer le meilleur parti possible ; ce qu'on ne trouve pas non plus, c'est la force publique en mesure de les exiger au besoin. Il semble que l'opinion soit le seul tribunal auquel puissent être renvoyés tous les délits contre l'État.
Telle est la fierté kabyle, tel est son penchant instinctif pour l'égalité absolue et peut-être aussi son ombrageuse défiance, qu'il a pris à tâche, pour ainsi dire, de supprimer tous les dépositaires du pouvoir social. Les marabouts qui en possèdent la principale part, l'exercent avec ménagement et par voie de persuasion. Quant aux amines, le moindre abus d'autorité se heurte promptement à un refus d'obéissance exprimé dans les termes les plus énergiques : enta cheikh, ana cheikh; littéralement : toi chef, moi chef.
Si l'on se brisait une idée de la vie réelle des Kabyles d'après les conséquences vraisemblables d'un gouvernement comme celui qui vient d'être esquissé, quel effrayant tableau n'aurait-on pas sous les yeux? Point d'unité dans le pouvoir, point de cohésion dans les masses ; partout l'intrigue et les rivalités politiques, partout la prérogative privée bravant l'intérêt général; nulle hiérarchie sociale, nulle autorité préventive, prévoyante, douée d'initiative; l'opinion sans consistance, l'impunité du fort, l'oppression du faible, tous les désordres à leur comble : voilà ce que l'on attendrait. Mais heureusement cette société primitive se sauve par un phénomène inverse de celui qui caractérisa les vieilles nations. Tandis que nos formes gouvernementales les plus savantes, les plus sages, sont faussées scandaleusement par l'atteinte de nos mauvaises moeurs, ici tout au contraire, des institutions religieuses, des coutumes inviolables, corrigent admirablement l'insuffisance du rouage politique. Ainsi, ce peuple républicain jusqu'à l'individualisme a cependant une providence terrestre et un sultan. Sa providence, c'est l'institution des zaouïas; et son sultan, c'est une coutume sacrée qui porte le nom d'anaya. Nous nous efforcerons de les mettre au grand jour.
Toute zaouïa se compose d'une mosquée, d'un (Mine (koubba) qui couvre le tombeau du marabout dont elle porte le nom, d'un local où on ne lit que le koran, d'un second réservé à l'étude des sciences, d'un troisième servant d'école primaire pour les enfants, d'une habitation destinée aux élèves et aux tolbas qui viennent faire ou perfectionner leurs études; enfin, d'une autre habitation où l'on reçoit les mendiants et les voyageurs ; quelquefois encore d'un cimetière destiné aux personnes pieuses qui auraient sollicité la faveur de reposer près du marabout. La zaouïa est tout ensemble une université religieuse et une auberge gratuite : sous ces deux points de vue, elle offre, avec le monastère du moyen âge, une multitude d'analogies dont il est impossible qu'on ne soit pas frappé à la lecture des détails suivants.
Tout homme riche ou pauvre, connu ou inconnu clans le pays, qui se présente à la porte d'une zaouïa quelconque, y est reçu et hébergé pendant trois jours. Nul ne peut être éconduit : l'exemple d'un refus de ce genre n'existe même pas. Ni le matin, ni le soir, les gens de la zaouïa ne prendront leur repas sans s'être assurés que les hôtes ont eu leurs besoins satisfaits. Le principe d'hospitalité s'étend même si loin dans ce lieu, qu'un cheval, un mulet égarés, y arrivant sans conducteur et par hasard, seront toujours reçus, installés et nourris jusqu'à ce qu'on vienne les réclamer.
Cet accueil absolu dans la maison de Dieu fait que les tourments de la faim et le vagabondage proprement dit restent ignorés des Kabyles. La vie du pauvre devient un long pèlerinage de zaouïas en zaouïas. 1) Khalifa: lieutenant. Employé seul, ce mot signifie lieutenant du chef suprême, ou même du Prophète. Dans ce dernier sens, nous l'avons traduit par: Calife.
2) Agha, chef immédiatement inférieur, presque toujours militaire.
3) Ce titre répond à celui de caïd chez les Arabes.
4) Djemma veut dire aussi mosquée.
5) Les Français ont donné par extension le nom de marabout aux petits monuments qui renferment des tombeaux de marabouts, et qui s'appellent en réalité koubbas : dômes.
6) Fatah: prière spéciale pour appeler le succès sur une entreprise quelconque. A SUIVRE Histoires Corses (suite) Envoyé Par Chantal Pourquoi les Corses sont-ils petits ?
- Alors maintenant tu vas revenir faire le docteur ici ?
Envoyé par M. Daniel Dardenne N°6
LES ALMORAVIDES 1055 - 1146
XIe-XIIe SIECLES
Les Lemtoûna étaient une puissante tribu de Touareg (1) nomades, ils se déplaçaient entre le Sud Marocain et le pays des Noirs.
- Ils portaient sur le visage un voile ou litham, d'où leur surnom de «voilés».
- Ils se nourrissaient de dattes, de lait, des produits de la chasse.
- Désireux de s'instruire dans l'Islam, ils firent venir un cheikh du Sud-Marocain et se retirèrent dans un couvent militaire ou ribât, de là leur nom : « Al-Mora bi toûn», les marabouts, Almoravides.
(1) Touareg est le pluriel de TARGUI. LA DOCTRINE : le malékisme.
C'est le plus strict des quatre rites musulmans. Il exige une observance rigoureuse des prescriptions et rejette toute interprétation spéculative. LE CHEF : Yoûsof ibn Tâchfîn, un Saharien pieux, remarquable guerrier et organisateur. LES CONQUETES :
Alors que les Beni Hilâl envahissent l'Ifriqiya, les Almoravides conquièrent le Sud maro­cain.
En 1062, Yoûsof jette les bases de Marrakech, destinée sans doute à surveiller les montagnards du Haut Atlas.
Puis il s'empare de TLEMCEN, ORAN, TENES, ALGER (1082), s'arrête aux frontières du Royaume hammâdite.
b) Au pays du Cid
En 1084, les Musulmans d'Espagne, inquiétés par la reconquête chrétienne appellent les « Voilés » à leur secours.
- Grâce à l'action d'un parti religieux gagné à la Secte et à l'appui des masses populaires qui en attendent une amélioration de leur sort, les Almoravides sont accueillis avec enthousiasme.
YOUSOF bat les armées chrétiennes puis s'installe en maître dans la Péninsule.
Il lègue à son fils ALI un vaste Empire comprenant :
Les 2/3 de l'Espagne - le Maroc - la moitié de l'Algérie.
LE RÉGNE D'ALI IBN YOUSOF :
Dès son avènement, son nom était répété le vendredi sur deux mille trois cents chaires de mosquées maghrébines et andalouses ».
- Il s'entoure d'écrivains, d'artistes andalous qui viennent vivre à Marrakech.
- Une milice chrétienne surveille la population et assure la perception des impôts.
ROLE DES ALMORAVIDES
- A leur actif : diffusion de la culture andalouse en Berbèrie :
Les premiers remparts de Marrakech 1131-32 grande Mosquée d'ALGER grande Mosquée de Tlemcen 1135
« Si l'Espagne reçut d'Afrique les soldats de la foi, elle fournit, en retour, des architectes et des artisans» (Julien).
Faiblesse de ce vaste Empire : Les montagnards du Haut Atlas ont échappé à l'autorité des Emirs Almoravides. « C'est de la montagne du Sud de Marrakech que devaient partir de nouveaux conquérants, qui, tels une avalanche humaine briseraient sur leur passage tout l'édifice que (Yoûsof) avait si glorieusement construit »•
« Les chefs Almoravides, dotés par leur maître de commandements importants, cherchent à ne plus lui reconnaître qu'un vague : droit de suzeraineté ».
- L'attachement des Almoravides à une « interprétation littérale des textes sacrés ».... aboutit à une représentation anthropomorphique de la divinité, à une reconnaissance d'attributs corporels d'Allah ». (Lévi-Provençal)
Au contraire, la réaction, almohade qui se prépare avec IBN TOUMERT sera tournée vers une « divinité toute spirituelle et immatérielle »
- En 1143, à la mort d'Alî, l'Empire almoravide est en pleine décomposition, sous les coups des Almohades au Maroc, et des Chrétiens en Espagne.
LA VIE DANS UN RIBAT ALMORAVIDE
Les membres de la communauté se nourrissaient de fruits, du produit de leur chasse ou de leur pêche, et de viande séchée, puis pilée et recouverte de graisse fondue ou de beurre ; ils buvaient presque exclusivement du lait. Sous la rigoureuse direction du chef spirituel, ils travaillaient sur le pied d'égalité, au triomphe de l'Islam.
A l'entrée dans la secte, il fallait, au dire d'El-Bekri (1), subir de dures épreuves pour être lavé des souillures. Le buveur ou le menteur recevaient 80 coups de fouet, le fornicateur 100. Parfois même Ibn Yassin (2) augmentait la dose. Les manquements au devoir religieux entraînaient des sanctions tarifiés : 5 coups pour le retard à la prière publique, 20 pour l'omission d'un des prosternements rituels, mais autant que le désirait le juge, si le coupable élevait la voix à la mosquée. Pour rattraper les prières omises dans le passé le néophyte était tenu de répéter quatre fois celle de midi avant la célébration publique.
Ch. A. JULIEN
(Payot - édit.)
(1) Géographe arabe contemporain des Almoravides mort en 1094.
(2) Chef almoravide, fondateur du ribât.
FONDATION DE MARRAKECH
La capitale du Sud du Maroc ne fut à l'origine, qu'un grand camp militaire, le quartier général de la puissance lamtunienne à l'affût d'une descente possible des hordes montagnardes du Haut-Atlas. Sans doute, une grande ville, proche, à la lisière même du massif, avait d'abord attiré les Almoravides : Aghmat Urika, dont la prospérité est attestée par tous les géographes arabes de l'époque. Mais les habitants de cette ville et de la région furent les premiers à souhaiter voir s'installer hors de chez eux les nouveaux maîtres du pays.
En tout cas, dit fort nettement Ibn Khaldoun, quand en 1062 (424) Yusuf Ibn Tashufin décida la fondation de Marrakech, « il envisagea cet établissement comme une simple position militaire d'où ses troupes pourraient harasser les tribus masmudiennes de Deren (1) ». Marrakech ne fut donc au début qu'un grand camp permanent, où l'on creusa des puits pour le ravitaillement en eau. Puis on y construisit une mosquée et une petite kasbah, destinée à abriter les armes et le trésor de guerre. Ce ne fut que bien plus tard, en 1131-32 (526) que la capitale almoravide, ayant pris l'aspect d'un ensemble urbain, et sans doute aussi à cause de la menace almohade, fut fermée de murs par Ali Ibn Yusuf il éleva en même temps à son propre usage une citadelle avec un palais et une mosquée. La kasbah de son père était restée pendant longtemps le seul édifice de la ville qui fut construit en vraie maçonnerie et non en simple briques de boue séchée d'où son nom, que nous ont conservé quelques auteurs arabes, de « maison » ou «citadelle de pierre ». Autour de ce réduit, la ville peu à peu s'étendit à son aise. A l'époque du règne d'Ali Ben Yusuf, elle ne méritait déjà pas sa superficie, sa population, son titre de capitale. Mais les Almohades, plus tard encore, devaient travailler à leur tour à en faire une véritable et splendide métropole et la doter de la plupart des monuments qu'on y peut admirer aujourd'hui.
G. P. Maisonneuve et Cie, 198, Bd St Germain
(1) C'est-à-dire du Haut Atlas.
LES RITES ORTHODOXES DE L'ISLAM
Les Almoravides nous ont amenés à parler du rite malékite. Nous citerons, dans les commentaires des gravures, à propos de la Mosquée de la Pêcherie à Alger, le rite hanéfite. Voici quelques précisions au sujet de ces rites extraites de l'ouvrage de M. Gaudefroy-Demombynes « Les Institutions-Musulmanes » (FLAMMARION, éditeur), page 69:
« Les écoles juridiques, fondées au IX° siècle sur les bases orthodoxes ont conservé aujourd'hui leurs divergences : elles se partagent le gouvernement du monde musulman orthodoxe. Leurs différences, qui se manifestent dans les tendances, ont une importance pratique réelle mais ces madhâhib (sing. madhab) sont des rites de l'orthodoxie, non des sectes qui s'en séparent : un musulman peut passer de l'un des quatre madhâhib à un autre sans commettre un péché. Il est même possible de suivre, dans un cas déterminé, les règles d'un rite auquel on n'appartient point : un malékite par exemple pourra, en contractant mariage, déclarer qu'il se conformera aux règles du droit hanéfite en ce qui concerne les conséquences juridiques de ce mariage, mais à la condition qu'il en accepte toutes les décisions, qu'elles lui soient ou non favorables.
Le rite HANEFITE, fondé par l'imam Abou-Hanifah (m. 767), est le rite le moins rigide de l'Islâm. Il a été adopté par les Turcs et est resté dominant en Asie, centrale et dans l'Inde : il en existe des traces dans les pays qui ont été soumis aux Turcs, par exemple en Tunisie et en Algérie.
Le CHAFEISME, école de Mohammed ben Idris ech Chaféi, né à Baghdâd, mort en 820, a été le rite officiel du califat abbasside...
Le MALEKISME, issu de l'imam médinois Malek ibn Anas (m. 795), est dominant au Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc) et en Afrique centrale. Il est l'objet de travaux importants de l'école française...
Le rite HANBALITE, fondé par Ahmed ibn Hanbal (m. 855) n'a qu'un petit nombre d'adeptes dans l'Arabie centrale et sur les côtes du Golfe Persique ; il est le plus strict des rites orthodoxes...
L'ensemble des règles qui résultent de ce grand effort de traditionnisme et de raisonnement constitue le droit musulman (fiqh), et les juristes (fuqahâ sing, faqih) formaient dans l'Etat musulman un corps considérable, dans lequel se recrutaient les principaux fonctionnaires et qui, à certaines heures troubles, su ameuter la foule. Le fiqh est, en somme la connaissance méthodique du droit (charia) contenu dans le Coran et dans la Sunna et coordonné et expliqué par l'opinion raisonnée il peut, suivant le tempérament des docteurs, incliner vers l'interprétation personnelle, ou s'en tenir à la Tradition.
Le .plus ancien traité juridique, actuellement connu est le Muwatta (l'Aplani) de: Malik ben Anas.
Editions Flammarion (P. 9)
« On peut résumer les tendances de ces systèmes en disant que les Malékites et les Hanbalites s'en tiennent davantage à la lettre tandis que les Hanéfites et les Châféites s'attachent davantage à l'esprit de la Loi ».
MASSE : « L'Islam » Page 98 - Armand Colin, Editeur
TRADUITES DE L'ARABE PAR A. P. PIHAN LES VOLEURS ET LE JEUNE HOMME. Sept voleurs formèrent un jour le projet d'aller dérober des noix vertes sur un arbre. Chemin faisant, ils rencontrèrent un jeune orphelin déjà vigoureux. " Jeune homme, lui dirent-ils, veux-tu venir avec nous à cet arbre, tu mangeras des noix et tu en feras provision. " Il consentit à les suivre. Un des voleurs dit alors à ses camarades : " Examinez quel est le plus leste et le plus adroit d'entre nous, et faites-le grimper. " Ils répondirent : " Nous ne voyons parmi nous personne de plus leste ni de plus adroit que ce jeune homme. " Puis ils l'aidèrent à monter à l'arbre et lui firent cette recommandation : " Garde-toi bien de porter la main sur aucun de ces fruits et d'en manger, car ce serait une grande honte pour toi. " - " Que faut-il faire?" demanda le jeune homme. - " Monte, répondirent-ils, et assieds-toi au milieu de l'arbre, tu secoueras fortement les branches afin d'en faire tomber les noix; nous autres, nous les ramasserons, et, quand tu descendras, tu prendras ta part. " Le jeune homme, monté dans l'arbre, se mit à secouer chaque branche, les noix tombèrent, et les voleurs s'empressèrent de les recueillir et d'aller les cacher. Sur ces entrefaites arriva le propriétaire, et déjà toute la bande s'était rassasiée de noix vertes. " De quel droit, s'écria-t-il, touchez-vous à cet arbre? Pourquoi l'avez-vous dépouillé de toutes ses noix? " - " Nous n'avons rien à nous reprocher, repartirent les voleurs. En passant de ce côté, nous avons trouvé ce jeune homme qui s'est dit le propriétaire de l'arbre; c'est lui qui nous a régalés et qui a fait tomber les noix ; nous ne sommes point coupables. - " Le propriétaire dit au jeune homme : " Et toi, quelle raison as-tu à me donner? " - " Ce sont des menteurs, nous sommes venus ici ensemble; ils m'ont ordonné de monter pour faire tomber les noix, et ils en ont rempli leurs sacs. " - " Tu t'es jeté dans le mal, lui dit le propriétaire ; as-tu gagné quelque chose à cela? " - Mon Dieu ! non, je n'ai rien mangé du tout, je vous assure ; je n'y ai pas même goûté. - " Oh! si je ne connaissais pas ta bêtise, s'écria le propriétaire	- Mais assurément tu t'es perdu au profit d'autrui. " Puis il dit aux autres : " Je n'ai pas de preuve pour vous accuser. "
RECUEIL OFFICIEL DES ACTES De la Préfecture de Constantine 20 Juillet 1988
École pratique d'Agriculture de Bouïra.
ARRÊTÉ No 130. – 3ème BUREAU.
Le Préfet du département d'Alger, chevalier de la Légion d'honneur,
Vu l'arrêté ministériel du 12 août 1882, qui institue une Ecole pratique d'agriculture à Rouïba;
Considérant qu'il y a lieu de procéder aux examens d'entrée de cette École,
Article premier. - Ses examens d'entrée à l'École pratique d'agriculture de Bouïra auront lieu le 6 septembre prochain, dans une des salles de la Préfecture d'Alger.
Art. 2. - Les candidats auront à fournir les pièces suivantes :
1° Lettre des parents demandant l'admission à l'examen au concours pour les bourses (sur timbre) ;
2° Engagement du père de famille ou d'un répondant d'acquitter régulièrement le prix de la pension ;
3° Acte de naissance du candidat ;
4° Certificat de vaccination;
5° Pour les candidats aux bourses, délibération du Conseil municipal de la commune où réside la famille constatant l'état de ses ressources et de ses charges.
Art. 3. - Le concours pour l'admission des élèves et pour l'attribution des bourses portera sur les matières suivantes : 1° Langue française ;
2° Arithmétique et système métrique ;
3° Histoire et géographie de la France, de l'Algérie et de ses colonies.
Il sera tenu compte aux candidats des connaissances qu'ils pourraient avoir en géométrie, sciences naturelles et langues vivantes qui ne sont pas exigées pour l'examen.
Art. 4. - Sont dispensés des épreuves d'entrée, comme élèves payants, les candidats pourvus soit d'un diplôme de bachelier, soit d'un diplôme de l'enseignement primaire.
Les demandes accompagnées, s'il y a lieu, des diplômes ou brevets, devront parvenir à la Préfecture dix jours au moins avant l'époque fixée pour les examens.
Tous les aspirants aux bourses, sans distinction, devront prendre part au concours.
Art. 5. - La durée des études est de deux ans.
L'Ecole ne reçoit que des élèves internes dont le nombre est fixé à vingt-cinq par année d'études.
Ils ne sont admis qu'après examen, sauf les exceptions prévues ci-dessus à l'article 4.
Ils doivent être âgés de 14 ans au moins et 18 ans au plus, à l'époque de leur admission.
Art. 6. - Le prix de la pension est fixé à 600 fr. par an, payables par trimestre et d'avance, conformément aux dispositions de l'article 9 de l'arrêté organique du 12 août 1882, susvisé.
Art. 7. - Les élèves qui, après avoir régulièrement accompli le temps de leurs études, ont satisfait aux examens de sortie, reçoivent un certificat d'instruction délivré, au nom du Ministre, par le Président du Comité de surveillance et de perfectionnement.
Les élèves classés les premiers pourront recevoir, en outre, s'ils en sont jugés dignes : le premier, une médaille d'or ; le deuxième, une médaille d'argent; le troisième, une médaille de bronze. Ces médailles seront décernées par le Ministre de l'Agriculture, sur la proposition du Comité.
Art. 8. - Le présent arrêté sera inséré au Recueil des actes administratifs de la Préfecture d'Alger et affiché partout où besoin sera.
Alger, le 20 juillet 1888.
Pour le Préfet, en congé :
LÉON GENELLA.
Le gouvernement de Sarkozy n'a rien inventé pour les médailles
De M. Mon adresse : De M. Pierre Jarrige
cliquez ICI pour d'autres messages. Histoires Corses (suite) Envoyé par Chantal Un touriste à Ajaccio prend contact avec l'autochtone :
- Vous me surprenez. Je suis moi-même agriculteur sur le continent et je suis sûr qu'ici, si on plante.

References: Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5
 l'article 4

Art. 6
 l'article 9

Art. 7

Art. 8