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Timestamp: 2016-10-26 21:27:16+00:00

Document:
4C.324/2005 (05.01.2006)
4C.324/2005 /ech
d�fendeurs et recourants, repr�sent�s par Me Damien Revaz,
demandeur et intim�, repr�sent� par Me Jacques Philippoz.
responsabilit� pour acte illicite; causalit� ad�quate; perte de gain d'un agriculteur ind�pendant; r�duction des dommages-int�r�ts,
recours en r�forme contre le jugement du Tribunal cantonal du canton du Valais, Cour civile II, du
16 ao�t 2005.
N� le 1er septembre 1948, D.________ est agriculteur ind�pendant. Il est mari� et p�re de trois enfants. Le 1er janvier 1994, vers 4 heures du matin, B.________ et C.________, neveux de D.________, ainsi que A.________, ami de la soeur des deux fr�res B.________ et C.________, munis de cagoules, ont rou� de coups D.________ alors qu'il se rendait � l'�table. Par jugement du 16 f�vrier 1995, ils seront reconnus coupables de l�sions corporelles simples et d'omission de porter secours.
Le jour de l'agression, la victime s'est rendue chez son m�decin traitant, le Dr X.________, qui a constat� les l�sions suivantes:
- contusion et h�matome de la face lat�rale droite, de la face externe de la r�gion temporale et de la r�gion p�riorbitaire D;
- fracture de l'os du nez avec contusion nasale et ecchymose de la l�vre sup�rieure;
- traumatisme cranio-c�r�bral avec commotion c�r�brale;
- fracture de l'arc lat�ral de la huiti�me c�te gauche;
- contusion-distorsion de la MP 1 � la main gauche;
- contusions de la cheville gauche;
- contusions lombaires et autres petites contusions multiples.
A la suite d'examens m�dicaux plus approfondis, le Dr X.________ a diagnostiqu� une d�chirure compl�te post-traumatique du LLE de la cheville gauche. Comme D.________ se plaignait de maux de dos, un scanner lombaire a �t� r�alis� le 10 janvier 1994. Cet examen a d�tect� une spondylolisth�sis de L5 sur S1, avec lyse isthmique bilat�rale de L5, ainsi qu'une arthrose post�rieure L4-L5 et L5-S1 mod�r�e. Selon le m�decin traitant, il ne s'agit pas de l�sions d'origine traumatique r�cente, mais d'une affection cong�nitale, silencieuse jusqu'� l'accident.
D.________ a �t� totalement incapable de travailler du 1er au 31 janvier 1994. Sa capacit� de travail �tait de 20% du 1er f�vrier au 23 f�vrier 1994, de 50% du 24 f�vrier au 19 juin 1994 et de 80% d�s le 20 juin 1994. L'agriculteur ressentait toujours des douleurs et une diminution de la force de l'�paule droite; il se plaignait d'instabilit�s de la cheville gauche.
Le 10 juillet 1994, alors qu'il se trouvait sur une �chelle � environ cinq m�tres du sol, D.________ a chut� et s'est bless� � l'�paule droite. Un IRM pratiqu� le 15 septembre 1994 a mis en �vidence une d�chirure compl�te du tendon du sous-scapulaire, un �panchement articulaire et une probable luxation de la partie sup�rieure du tendon du long chef du biceps, voire une tendinite du sus-�pineux. Le 18 novembre 1994, le Dr Y.________, m�decin-chef de l'h�pital de V.________, a pos� le diagnostic de p�riarthrite chronique post-traumatique de l'�paule droite.
D.________ a compens� la diminution de force de l'�paule droite en sollicitant davantage son c�t� gauche. Le 25 juillet 1998, en empilant des bottes de foin avec une fourche, il a ressenti une douleur � l'�paule gauche. Les m�decins de la clinique romande de r�adaptation ont diagnostiqu� une tendinite du sous-scapulaire bilat�rale pr�dominant � gauche. D.________ a �t� totalement incapable de travailler du 25 juillet au 10 ao�t 1998. Depuis le 11 ao�t 1998, sa capacit� de travail dans sa profession est de 50%.
A la suite du d�c�s accidentel de son fils survenu le 17 d�cembre 2001, l'agriculteur a d�velopp� un �tat d�pressif.
A l'heure actuelle, il se plaint de douleurs et d'instabilit� de la cheville gauche, ainsi que de douleurs et d'une diminution de la force des deux �paules. Il sollicite l'aide de son �pouse, de ses enfants ou de tiers pour les travaux les plus p�nibles, notamment pour botteler, tondre le b�tail, charger et d�charger la paille des camions, faire les sabots du b�tail, faire monter le b�tail dans la b�taill�re ou poser des cl�tures. En outre, il a cherch� � compenser sa baisse de rendement en modernisant son exploitation. Ainsi, en 2000, il s'est �quip� d'une installation de traite directe d'occasion pour 11'825 fr. et d'une griffe � fourrage pour 36'000 fr.
Le 4 octobre 2000, D.________ a d�pos� une demande de prestations aupr�s des services de l'assurance-invalidit�. L'office AI a appr�ci� l'incapacit� r�sultant de la l�sion de la coiffe des rotateurs des deux �paules, de l'instabilit� chronique du compartiment externe des deux chevilles, des lombalgies sur spondylolisth�sis de L5 sur S1, des troubles d�g�n�ratifs, ainsi que de l'�tat d�pressif r�actionnel depuis le d�but 2002. Par d�cision du 20 ao�t 2003, il a arr�t� le taux d'invalidit� de D.________ � 46% d�s le 25 juillet 1998, ouvrant le
droit � un quart de rente AI � partir du 1er octobre 1999. D�s cette date, D.________ a per�u les rentes mensuelles suivantes:
- du 1er octobre 1999 au 31 d�cembre 2000, une rente simple de 410 fr. et une rente compl�mentaire pour �pouse de 123 fr.;
- du 1er janvier 2001 au 31 d�cembre 2002, une rente simple de 421 fr. et une rente compl�mentaire pour �pouse de 126 fr.;
- d�s le 1er janvier 2003, une rente simple de 431 fr. et une rente compl�mentaire pour �pouse de 130 fr.
Le 2 octobre 2003, la caisse cantonale de compensation a r�clam� � B.________, C.________ et A.________ le montant de 27'050 fr., correspondant au tiers des prestations AI allou�es � D.________ jusqu'au 30 septembre 2003 et des prestations futures capitalis�es jusqu'aux 65 ans de l'assur�.
Par exploit du 26 novembre 1999, D.________ a cit� B.________, C.________ et A.________ en conciliation. Le 6 d�cembre 1999, le mandataire des d�fendeurs a d�livr� un acte de non-conciliation conventionnel, qu'il a prolong� pour un an le 27 mars 2000.
Auparavant, D.________ avait fait notifier des commandements de payer de 500'000 fr. aux auteurs de l'agression en date des 2 f�vrier 1996 et 7 janvier 1997. Par ailleurs, les 24 f�vrier 1995, 9 d�cembre 1997, 30 d�cembre 1998 et 29 novembre 1999, le mandataire de B.________, C.________ et A.________ avait d�clar� renoncer � se pr�valoir de l'exception de prescription pour une ann�e.
Par m�moire-demande du 31 mars 2000, D.________ a ouvert action contre les trois susnomm�s. Il concluait au paiement d'un montant de 310'162 fr.85 avec int�r�ts � 5% d�s le 1er janvier 1994. Par la suite, il a modifi� ses conclusions et demand� que les d�fendeurs soient condamn�s solidairement � lui payer 327'278 fr. dont 35'388 fr.35 avec int�r�ts � 5% d�s le 1er janvier 1995.
B.________, C.________ et A.________ ont reconnu devoir au demandeur 8'000 fr. � titre de r�paration du tort moral; ils ont conclu au rejet de la demande pour le surplus.
En cours d'instance, une expertise a �t� confi�e au Dr Z.________, m�decin au Service d'orthop�die et de traumatologie de l'appareil moteur de l'H�pital orthop�dique de la Suisse romande.
Par jugement du 16 ao�t 2005, la Cour civile II du Tribunal cantonal du canton du Valais a condamn� les d�fendeurs, solidairement entre eux, � verser au demandeur les montants suivants:
- 111'422 fr.80 avec int�r�ts � 5% d�s le 20 octobre 1999, � titre d'indemnisation de la perte de gain jusqu'au 10 ao�t 2005;
- 54'110 fr.80 � titre d'indemnisation de la perte de gain future;
- 11'264 fr.75 avec int�r�ts � 5% d�s le 1er janvier 1995, pour des frais divers et pour l'indemnisation du tort moral � concurrence de 8'000 fr.
A.________, B.________ et C.________ interjettent un recours en r�forme. Ils concluent au rejet de la demande, sauf en ce qui concerne le montant de 8'000 fr. qu'ils reconnaissent devoir � titre d'indemnit� pour tort moral.
Par arr�t de ce jour, la cour de c�ans a rejet�, dans la mesure o� il �tait recevable, le recours de droit public d�pos� parall�lement par les d�fendeurs.
1.1 Interjet� par les parties qui ont succomb� dans leurs conclusions lib�ratoires, et dirig� contre une d�cision finale rendue en derni�re instance cantonale par un tribunal sup�rieur (art. 48 al. 1 OJ) sur une contestation civile dont la valeur litigieuse d�passe le seuil de 8'000 fr. (art. 46 OJ), le recours est en principe recevable, puisqu'il a �t� d�pos� en temps utile (art. 54 al. 1 OJ) et dans les formes requises (art. 55 OJ).
Saisi d'un tel recours, le Tribunal f�d�ral conduit son raisonnement juridique sur la base des faits contenus dans la d�cision attaqu�e, � moins que des dispositions f�d�rales en mati�re de preuve n'aient �t� viol�es, qu'il faille rectifier des constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou compl�ter les constatations de l'autorit� cantonale parce que celle-ci n'a pas tenu compte de faits pertinents, r�guli�rement all�gu�s et clairement �tablis (art. 64 OJ; ATF 130 III 102 consid. 2.2 p. 106, 136 consid. 1.4 p. 140; 127 III 248 consid. 2c).
1.3 Au surplus, la juridiction de r�forme ne peut aller au-del� des conclusions des parties; en revanche, elle n'est li�e ni par les motifs d�velopp�s par les parties (art. 63 al. 1 OJ; ATF 128 III 411 consid. 3.2.2 p. 415), ni par l'argumentation juridique suivie par la cour cantonale (art. 63 al. 3 OJ; ATF 130 III 136 consid. 1.4 p. 140; 128 III 22 consid. 2e/cc; 127 III 248 consid. 2c; 126 III 59 consid. 2a).
2.1 Dans un grief qu'il convient de traiter en premier lieu, les d�fendeurs font valoir que la cour cantonale n'aurait pas d� admettre un lien de causalit� ad�quate entre l'agression et les blessures aux �paules subies par le demandeur. A leur avis, il est hautement improbable que la chute du demandeur ayant caus� la blessure � l'�paule droite se soit produite par suite de l'agression de janvier 1994. Le fait de monter sur une �chelle malgr� une cheville instable constituerait au demeurant une faute pr�pond�rante propre � exclure toute relation de causalit� ad�quate entre le passage � tabac et la blessure � l'�paule droite. De m�me, en ce qui concerne la blessure � l'�paule gauche, la premi�re cause serait si �loign�e du dernier r�sultat que la haute improbabilit� excluant un lien de causalit� ad�quate devrait �tre admise.
2.2 Le rapport de causalit� est ad�quat lorsque l'acte incrimin� est propre, d'apr�s le cours ordinaire des choses et l'exp�rience g�n�rale de la vie, � entra�ner un r�sultat du genre de celui qui s'est produit (ATF 129 II 312 consid. 3.3 p. 318; 123 III 110 consid. 3a p. 112). Pour savoir si un fait est la cause ad�quate d'un pr�judice, le juge proc�de � un pronostic r�trospectif objectif: se pla�ant au terme de la cha�ne des causes, il remontera du dommage dont la r�paration est demand�e au chef de responsabilit� invoqu� et d�terminera si, dans le cours normal des choses et selon l'exp�rience g�n�rale de la vie, une telle cons�quence demeure dans le champ raisonnable des possibilit�s objectivement pr�visibles (ATF 119 Ib 334 consid. 5b p. 345; 112 II 439 consid. 1d p. 442). La causalit� ad�quate peut �tre exclue, l'encha�nement des faits perdant alors sa port�e juridique, si une autre cause concomitante, par exemple le comportement de la victime, constitue une circonstance tout � fait exceptionnelle ou appara�t si extraordinaire que l'on ne pouvait pas s'y attendre; l'impr�visibilit� d'un acte concurrent ne suffit pas en soi � interrompre le rapport de causalit� ad�quate; encore faut-il que cet acte ait une importance telle qu'il s'impose comme la cause la plus probable et la plus imm�diate de l'�v�nement consid�r�, rel�guant � l'arri�re-plan tous les autres facteurs qui ont contribu� � l'amener, et notamment le comportement de l'auteur (ATF 131 IV 145 consid. 5.2 p.148; 122 IV 17 consid. 2c/bb p. 23 et les arr�ts cit�s; cf. �galement ATF 130 III 182 consid. 5.4 p. 188).
2.3 Les juges cantonaux ont retenu en fait que l'�paule droite du demandeur avait subi un premier traumatisme lors de l'agression, puis un second traumatisme lors de la chute de l'�chelle de juillet 1994, provoqu�e par l'instabilit� de la cheville gauche bless�e lors du passage � tabac de janvier 1994. Il n'est gu�re contestable que l'agression en r�gle dont le demandeur a �t� victime �tait propre, selon le cours ordinaire des choses et l'exp�rience g�n�rale de la vie, � provoquer un traumatisme d�g�n�rant par la suite en p�riarthrite de l'�paule. En outre, le fait que le demandeur soit tomb� de l'�chelle en raison de l'instabilit� de sa cheville gauche doit �galement �tre consid�r� comme entrant dans le champ raisonnable des possibilit�s objectivement pr�visibles. A ce propos, une �ventuelle faute concomitante du demandeur consistant � monter tout de m�me sur l'�chelle ne saurait rev�tir une telle importance qu'elle rel�guerait � l'arri�re-plan l'agression � l'origine de l'instabilit� de la cheville. Aucune violation du droit f�d�ral ne peut ainsi �tre reproch�e � la cour cantonale pour avoir admis un lien de causalit� ad�quate entre l'agression de janvier 1994 et la p�riarthrite de l'�paule droite dont souffre le demandeur.
2.4 Selon les constatations de la cour cantonale, l'utilisation syst�matique du membre sup�rieur gauche pour les travaux p�nibles, en raison de l'atteinte � l'�paule droite, a provoqu� une usure plus rapide des tendons des muscles de l'�paule gauche et, par cons�quent, contribu� � l'apparition de la p�riarthrite. A cet �gard, il est conforme au cours normal des choses et � l'exp�rience g�n�rale de la vie de solliciter davantage le c�t� gauche du corps � la suite d'une blessure � l'�paule droite. Comme cette atteinte-ci se trouve dans un lien de causalit� ad�quate avec l'agression, une telle relation doit �galement �tre admise entre l'�v�nement de janvier 1994 et la p�riarthrite de l'�paule gauche. Le fait de continuer � effectuer certains travaux p�nibles ne saurait constituer une faute si d�terminante qu'elle ferait appara�tre comme lointaine la cause dont r�pondent les d�fendeurs. Une interruption du lien de causalit� ad�quate est donc exclue. L� aussi, le grief est mal fond�.
3.1 Dans un autre moyen, les d�fendeurs critiquent la m�thode adopt�e par la cour cantonale pour d�terminer la perte de gain actuelle et la perte de gain future du demandeur. Ils reprochent aux juges valaisans d'avoir m�connu les principes d�duits de l'art. 46 al. 1 CO en mati�re de calcul du dommage r�sultant de l�sions corporelles. A leur avis, apr�s avoir constat� que l'agriculteur ind�pendant ne subissait pas de perte de gain effective gr�ce � des investissements en machines et � l'aide b�n�vole de tiers, la Cour civile II aurait d� examiner si le demandeur �tait atteint dans son avenir �conomique selon les crit�res pos�s par la jurisprudence. Au lieu de cela, les juges valaisans se seraient content�s d'un calcul abstrait qui ne tiendrait pas compte des r�elles cons�quences de l'invalidit� sur la capacit� �conomique et l'avenir �conomique du l�s�. Du reste, la comparaison arithm�tique entre la perte de gain annuelle admise par la cour cantonale pour une invalidit� m�dicale th�orique de 50% (1030 heures x 19 fr. = 19'570 fr.) et le revenu r�alis� l'ann�e pr�c�dant l'agression (22'432 fr.) d�montrerait l'inad�quation de la m�thode choisie. En raisonnant par analogie avec le dommage m�nager, la cour cantonale n'aurait cherch� qu'� corriger l'incurie du demandeur dans la formulation de son dommage. Seule l'analyse des cons�quences concr�tes de l'agression sur la structure de l'exploitation agricole, notamment par une expertise que le demandeur devait requ�rir, aurait permis de respecter les prescriptions de droit f�d�ral sur le calcul du dommage.
3.2 En vertu de l'art. 46 al. 1 CO, la victime de l�sions corporelles a droit � la r�paration du dommage qui r�sulte de son incapacit� de travail totale ou partielle, ainsi que de l'atteinte port�e � son avenir �conomique. La loi fait une distinction entre la perte de gain actuelle, qui est �prouv�e au jour de la d�cision de la juridiction cantonale devant laquelle on peut all�guer pour la derni�re fois des faits nouveaux (ATF 125 III 14 consid. 2c), et la perte de gain future, pour l'�ventualit� o� l'incapacit� de travail dure toujours parce que le l�s� est devenu totalement ou partiellement invalide. Cette distinction n'a d'autre fonction que celle de faciliter le travail de calcul du juge, car il s'agit en fait de deux postes du m�me pr�judice. Les principes pr�sidant au calcul de ces deux postes du dommage sont donc les m�mes (arr�t 4C.101/2004 du 29 juin 2004, consid. 3.2.1; arr�t 4C.252/2003 du 23 d�cembre 2003, consid. 2.1).
Le pr�judice s'entend au sens �conomique; est d�terminante la diminution de la capacit� de gain. Le dommage cons�cutif � l'invalidit� doit, autant que possible, �tre �tabli de mani�re concr�te. Le juge partira du taux d'invalidit� m�dicale (ou th�orique) et recherchera ses effets sur la capacit� de gain ou l'avenir �conomique du l�s� (ATF 131 III 360 consid. 5.1 p. 363; 129 III 135 consid. 2.2 p. 141 et les arr�ts cit�s).
Dire s'il y a eu dommage et quelle en est la quotit� ressortit en principe au juge du fait. Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral n'intervient que si l'autorit� cantonale a m�connu la notion juridique du dommage ou s'est laiss� guider par des crit�res erron�s (ATF 130 III 145 consid. 6.2 p. 167; 129 III 135 consid. 4.2.1 p. 153 et les arr�ts cit�s). Le taux d'invalidit� m�dicale (degr� de l'atteinte m�dico-th�orique � l'int�grit� corporelle) rel�ve du fait. En revanche, le Tribunal f�d�ral revoit librement en instance de r�forme si l'autorit� cantonale est partie de crit�res justifi�s pour appr�cier la diminution de la capacit� de gain, si elle n'a pas �cart� � tort certains facteurs ou, inversement, si elle n'a pas pris en consid�ration des �l�ments d�nu�s de pertinence (ATF 129 III 135 consid. 4.2.1 p. 153). Pour appr�cier l'incidence du taux d'invalidit� m�dicale sur la capacit� de gain, le juge doit se fonder sur la situation personnelle de l'int�ress�, son m�tier et son avenir professionnel (arr�t 4C.197/2001 du 12 f�vrier 2002, consid. 3b, reproduit in SJ 2002 I p. 414; arr�t 4C.237/2000 du 24 janvier 2001, consid. 1a).
Pour d�terminer les cons�quences p�cuniaires de l'incapacit� de travail, il faut tout d'abord estimer le gain que le l�s� aurait obtenu de son activit� professionnelle sans l'�v�nement dommageable (ATF 131 III 360 consid. 5.1 p. 363; 129 III 135 consid. 2.2 p. 141). En cas d'invalidit� partielle, une capacit� de gain r�siduelle �gale ou sup�rieure � 30% doit �tre prise en compte dans la d�termination du dommage. La perte de gain correspond alors � la diff�rence entre le revenu de valide (revenu hypoth�tique sans l'�v�nement dommageable) et le revenu d'invalide (revenu qui peut �tre r�alis� apr�s l'accident) (arr�t pr�cit� du 23 d�cembre 2003, consid. 2.1).
Par ailleurs, le fait que la victime dispose d'une capacit� de travail totale et r�alise ainsi un gain �quivalent � celui qu'elle aurait obtenu sans l'�v�nement dommageable n'exclut pas qu'elle soit atteinte dans son avenir �conomique. En effet, d'autres facteurs que la capacit� de travail sont propres � influer sur les possibilit�s de gain futures d'une personne invalide. C'est ainsi par exemple qu'une personne handicap�e sera d�savantag�e sur le march� du travail; elle aura plus de difficult�s qu'une personne valide � trouver et � conserver un emploi avec une r�mun�ration identique; le risque de ch�mage se trouve �galement accru. L'infirmit� peut �galement entraver un changement de profession ou r�duire les perspectives de promotion dans l'entreprise. La personne invalide doit en outre d�ployer des efforts plus intenses pour conserver son gain, ce qui est de nature notamment � r�duire la dur�e de son activit� lucrative (arr�t pr�cit� du 29 juin 2004; arr�t 4C.278/1999 du 13 juillet 2000, consid. 3a/bb; arr�t 4C.318/1990 du 22 mai 1991, consid. 2c, reproduit in SJ 1992, p. 4).
3.3 En l'esp�ce, la cour cantonale se r�f�re � diff�rents taux d'incapacit� fix�s par les m�decins, en particulier par l'expert judiciaire, selon les p�riodes consid�r�es. Depuis le 11 ao�t 1998, la capacit� de travail du demandeur s'est stabilis�e. D'apr�s les avis m�dicaux, le taux d'incapacit� de l'agriculteur s'�l�ve � 50%. Il est �tabli que le demandeur est g�n� dans son travail par un manque de force global des membres sup�rieurs, ainsi que par des douleurs et des difficult�s � utiliser la cheville gauche en terrain in�gal. Cet �tat de fait a pour cons�quence que le demandeur ne parvient plus � effectuer tous les travaux agricoles qu'il accomplissait avant l'agression de janvier 1994. Il s'agit l� d'une constatation de fait dont il ressort que le l�s� est bel et bien atteint dans sa capacit� de travail. Contrairement � ce que les d�fendeurs soutiennent, il ne s'agit donc pas en l'esp�ce de rechercher, selon les crit�res �num�r�s plus haut au consid�rant 3.2 in fine, si le demandeur est atteint dans son avenir �conomique malgr� une capacit� de travail et de gain intacte.
En principe, la diminution de la capacit� de travail, comprise comme une atteinte au potentiel de cr�ation de valeurs, doit �tre assortie d'un pr�judice, soit d'un revenu plus bas ou d'une augmentation des charges, pour �tre indemnis�e au titre de la perte de gain (Marc Schaetzle, in M�nch/Geiser (ed), Schaden - Haftung - Versicherung, n. 9.20, p. 407/408). Or, dans le cas particulier, la cour cantonale a constat�, en comparant les b�n�fices d'exploitation de 1993 � 2000, que le demandeur n'a pas subi de baisse de revenu. En fait, l'agriculteur a pu maintenir sa situation gr�ce � l'aide b�n�vole de son entourage, en particulier de son �pouse et de ses enfants, ainsi qu'en modernisant son exploitation. Les travaux accomplis par les membres de la famille du demandeur ne constituent pas non plus une augmentation des charges puisqu'ils ont �t� effectu�s � bien plaire. La question se pose ainsi de savoir si un dommage au sens de l'art. 46 al. 1 CO peut �tre admis en pareil cas.
3.4 Selon la cour cantonale, il serait inique de rejeter toute pr�tention en dommages-int�r�ts au motif que le demandeur a conserv� son gain notamment en recourant � une aide ext�rieure gratuite. Les juges valaisans rel�vent du reste que l'indemnisation du pr�judice m�nager et des soins prodigu�s gratuitement par des proches est reconnue par la jurisprudence alors que, dans ces cas-l�, la victime ne subit aucune perte effective.
De mani�re g�n�rale, l'estimation du revenu d'un ind�pendant pose plus de probl�mes que celle du gain d'un salari� (Werner E. Ott, Erwerbsausfall von Selbstst�ndigerwerbenden, in Alfred Koller (ed), Haftpflicht- und Versicherungsrechtstagung 2001, p. 104; Oftinger/Stark, Schweizerisches Haftpflichtrecht, Allgemeiner Teil, tome I, n. 155, p. 300). Chaque cas est particulier et il n'existe pas de m�thode unique pour calculer la perte de gain dans cette hypoth�se (Ott, op. cit., p 101 ss et p. 120). Une expertise peut fournir des renseignements sur les gains pass�s et sur les revenus futurs que l'ind�pendant aurait pu escompter sans l'�v�nement dommageable (Oftinger/Stark, op. cit., n. 155, p. 300). Dans une affaire concernant pr�cis�ment un l�s� qui exploitait un domaine agricole de mani�re ind�pendante, le juge a pu se r�f�rer � une expertise pour conclure que l'abandon de l'�levage du b�tail n�cessit� par l'accident n'avait pas pour cons�quence une perte de gain future de l'agriculteur (arr�t 4C.167/2000 du 28 septembre 2000, consid. 4). La question ne se pose toutefois pas dans les m�mes termes dans le cas pr�sent. En effet, il ne s'agit pas tant de comparer les revenus d'avant et d'apr�s l'�v�nement dommageable selon la th�orie de la diff�rence, mais bien plut�t de d�terminer si l'aide gratuite qui a permis au demandeur de conserver son revenu peut �tre prise en consid�ration dans le calcul du dommage.
A cet �gard, Oftinger/Stark voient notamment dans les d�penses consenties pour remplacer la personne ind�pendante un indice � prendre en compte pour le calcul de la perte de gain (op. cit., p. 300). Selon d'autres auteurs, il convient �galement d'indemniser de mani�re appropri�e l'assistance pr�t�e b�n�volement par des proches, en particulier par le conjoint (Ott, op. cit., p. 121; Alfred Keller, Haftpflicht im Privatrecht, tome II, 2e �d., p. 59).
Cette mani�re de voir doit �tre approuv�e. En effet, l'aide apport�e � une entreprise repr�sente une valeur �conomique m�me si elle est fournie � bien plaire. Cette valeur est reconnue par la jurisprudence notamment en mati�re d'aide d'un �poux dans l'entreprise de son conjoint. Ainsi, le dommage r�sultant de l'atteinte port�e � la capacit� de collaborer dans l'entreprise de l'�poux doit �tre r�par�, m�me si l'aide apport�e par le conjoint ne constitue pas une contribution extraordinaire donnant droit � une indemnit� �quitable au sens de l'art. 165 al. 1 CC (ATF 127 III 403 consid. 4c p. 408/409). Dans le m�me ordre d'id�es, il est admis que les soins � domicile prodigu�s gratuitement � la victime par un proche donnent lieu � une indemnisation du l�s� par le responsable; en effet, d�s lors que le fournisseur de l'aide b�n�vole entend favoriser la victime, et non le responsable, il ne s'agit pas de prestations de tiers que le principe de l'imputation des avantages permettrait de porter en d�duction de la cr�ance du l�s� (arr�t 4C.276/2001 du 26 mars 2002, consid. 6b et les r�f�rences, reproduit in Pra 2002, n. 212, p. 1127; Franz Werro, La responsabilit� civile, n. 1000, p. 252/253; Heinz Rey, Ausservertragliches Haftpflichtrecht, 3e �d., n. 263, p. 59; cf. �galement ATF 97 II 259 consid. 3 p. 266).
Il s'ensuit que la cour cantonale n'a pas m�connu la notion juridique du dommage en admettant une perte de gain actuelle et future dans le cas pr�sent.
3.5 Il reste � examiner la m�thode adopt�e par les juges valaisans pour calculer la perte de gain subie par le l�s�. La cour cantonale a fix� de mani�re concr�te les heures de travaux agricoles que le demandeur ne pouvait plus effectuer en raison des probl�mes de sant� li�s � l'agression de janvier 1994 et pour lesquelles il avait besoin de l'aide de tiers. Elle a retenu le chiffre de 1030 heures par an, correspondant � une invalidit� m�dicale de 50%. Par ailleurs, la Cour civile II a jug� que les heures de travail fournies b�n�volement par des tiers devaient �tre indemnis�es � raison de 19 fr. par heure, correspondant au niveau le plus haut du salaire horaire pr�conis� pour un travailleur agricole qualifi�.
En proc�dant ainsi en deux temps, la cour cantonale s'est inspir�e � bon droit de la m�thode utilis�e pour le calcul du pr�judice m�nager (ATF 131 III 360 consid. 8.1 p. 369) et du dommage li� aux soins � domicile fournis par des proches (arr�t pr�cit� du 26 mars 2002, consid. 6b/aa). Le chiffre de 1030 heures par an r�sulte d'un calcul concret, �tabli sur la base d'une appr�ciation des preuves qui ne peut �tre revue dans le cadre d'un recours en r�forme. A juste titre, la cour cantonale n'a pas tenu compte dans son calcul des cons�quences de l'�tat d�pressif du demandeur, lequel ne se trouvait pas dans une relation de causalit� naturelle avec l'agression de janvier 1994.
Les d�fendeurs ne critiquent pas en tant que tel le salaire horaire de 19 fr. appliqu� dans le jugement attaqu�. Comme la cour cantonale le rel�ve pertinemment, il est notoire que le revenu d'un agriculteur ind�pendant peut varier fortement d'une ann�e � l'autre. Il ne serait d�s lors pas justifi� de fixer la r�mun�ration par heure sur la base du b�n�fice d'exploitation r�alis� l'ann�e pr�c�dant l'�v�nement dommageable, comme les d�fendeurs semblent le sugg�rer. M�me s'il introduit un certain sch�matisme, le recours � un montant constant, repr�sentant le salaire d'un ouvrier agricole qualifi�, appara�t ainsi �tre le mieux � m�me de garantir une indemnisation correcte de la perte de gain de l'agriculteur. Vu la qualit� de l'aide apport�e par les proches, il n'appara�t pas non plus contraire au droit f�d�ral de prendre en compte la fourchette sup�rieure du salaire pr�conis� pour un ouvrier agricole qualifi�.
Pour le reste, la cour cantonale n'a pas englob� dans le calcul du dommage li� aux l�sions corporelles les investissements en machines agricoles qui ont �galement permis au demandeur de maintenir son revenu. Ce point n'ayant pas fait l'objet d'un recours du demandeur ni d'un recours joint, il n'y a pas lieu de l'aborder dans le pr�sent arr�t.
Sur le vu de ce qui pr�c�de, force est de conclure que l'autorit� cantonale est partie de crit�res justifi�s pour appr�cier la diminution de la capacit� de gain du demandeur. Le moyen fond� sur une violation de l'art. 46 al. 1 CO doit �tre �cart�.
4.1 Dans un dernier grief, les d�fendeurs se plaignent d'une mauvaise application de l'art. 44 al. 1 CO. Les fautes du demandeur consistant � monter sur une �chelle malgr� l'instabilit� de sa cheville gauche et � effectuer des travaux p�nibles en utilisant syst�matiquement son c�t� gauche, ainsi que les pr�dispositions constitutionnelles en cause auraient d� conduire la cour cantonale � r�duire le montant des dommages-int�r�ts dans une proportion plus importante que 35%.
4.2 Aux termes de l'art. 44 al. 1 CO, le juge peut r�duire les dommages-int�r�ts ou m�me n'en point allouer notamment lorsque des faits dont le l�s� est responsable ont contribu� � cr�er le dommage ou � l'augmenter. La mesure de la r�duction repose largement sur le pouvoir d'appr�ciation du juge au sens de l'art. 4 CC (ATF 128 III 390 consid. 4.5. p. 399; 127 III 453 consid. 8c p. 459). Le Tribunal f�d�ral ne revoit qu'avec r�serve la d�cision d'�quit� prise en derni�re instance cantonale. Il intervient lorsque celle-ci s'�carte sans raison des r�gles �tablies par la doctrine et la jurisprudence en mati�re de libre appr�ciation, ou lorsqu'elle s'appuie sur des faits qui, dans le cas particulier, ne devaient jouer aucun r�le, ou encore lorsqu'elle n'a pas tenu compte d'�l�ments qui auraient absolument d� �tre pris en consid�ration; il sanctionnera en outre les d�cisions rendues en vertu d'un pouvoir d'appr�ciation lorsqu'elles aboutissent � un r�sultat manifestement injuste ou � une iniquit� choquante (ATF 128 III 390 consid. 4.5 p. 399 et les arr�ts cit�s).
4.3 Au titre des faits � charge du l�s�, la cour cantonale a retenu une fracture de la jambe gauche ant�rieure � l'agression, une l�sion de la coiffe des rotateurs de l'�paule gauche intervenue avant janvier 1994, l'activit� professionnelle particuli�rement astreignante du demandeur ainsi que le fait que l'�paule gauche n'avait pas �t� bless�e lors du passage � tabac. A bon droit, elle n'a pas imput� de fautes concomitantes � l'agriculteur. En effet, on ne saurait consid�rer comme une faute le simple fait de monter sur une �chelle, m�me en connaissant l'�tat instable de l'une de ses chevilles. Quant � la sollicitation accrue du c�t� gauche du corps pour des travaux p�nibles, elle est comprise dans le facteur de r�duction li� � l'activit� professionnelle sp�cialement contraignante du demandeur. La cour cantonale n'a donc pas omis de prendre en compte des �l�ments qui auraient d� l'�tre absolument.
Cela �tant, la Cour civile II a r�duit la pr�tention en dommages-int�r�ts du demandeur dans une mesure de plus d'un tiers. Une telle proportion est relativement importante et, sur la base des facteurs de r�duction consid�r�s, ne consacre ni un r�sultat injuste, ni une iniquit� choquante. En d�finitive, la r�duction op�r�e par les juges pr�c�dents peut �tre confirm�e.
En conclusion, tous les moyens soulev�s par les d�fendeurs se r�v�lent mal fond�s de sorte que le recours doit �tre rejet�.
Les d�fendeurs, qui succombent, prendront solidairement � leur charge les frais judiciaires (art. 156 al. 1 et 7 OJ). En outre, ils verseront des d�pens au demandeur (art. 159 al. 1 et 5 OJ).
Un �molument judiciaire de 6'000 fr. est mis solidairement � la charge des d�fendeurs.
Les d�fendeurs, d�biteurs solidaires, verseront au demandeur une indemnit� de 7'000 fr. � titre de d�pens.
Le pr�sent arr�t est communiqu� en copie aux mandataires des parties et au Tribunal cantonal du canton du Valais, Cour civile II.

References: ATF 
 ATF 
 ATF 
 ATF 
in fine
 ATF