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Timestamp: 2017-03-27 16:19:15+00:00

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Référence(s) :Foray Philippe. La laïcité scolaire. Autonomie individuelle et apprentissage du monde commun. Berne : Peter Lang, 2008, 229 p.
1Dans la somme de publications parues depuis quelques années sur la laïcité, la première originalité de l’ouvrage de Philippe Foray tient en ce qu’il porte sur un objet de prédilection du militantisme laïque, l’école laïque, pour en traiter philosophiquement. La méthode philosophique mise en œuvre par l’auteur l’éloigne toutefois tout autant du discours militant que de la philosophie néo-républicaine de l’école qui fait l’objet d’une critique serrée ; et c’est là une deuxième originalité de l’ouvrage que de discuter avec précision les thèses avancées dans la philosophie néo-républicaine, tant en ce qui concerne ses positions sur le port du foulard à l’école (2e étude, § 19 et 20), que ses arguments en faveur de la méritocratie républicaine (5e étude, § 38) ou son approche de la pédagogie (4e étude, § 32). Dans un paysage intellectuel dominé par les rapports de force idéologiques et la volonté de l’emporter dans le débat, l’ouvrage de Philippe Foray occupe une place singulière par sa manière unique d’exhausser les termes des débats contemporains au rang de discussion philosophique.
2La discussion s’organise autour d’une thématique à la fois constitutive du projet laïque dès son origine et centrale dans les difficultés actuelles de l’École : l’articulation entre production de l’autonomie de l’individu et appartenance à un monde commun. Cette question, et Philippe Foray y insiste, est à l’origine d’une tension constitutive de la laïcité. Elle a trouvé (non sans difficultés toutefois) son point d’équilibre au xixe siècle. Qu’en est-il aujourd’hui ? De quelle manière l’école laïque peut-elle encore contribuer à l’élaboration du monde commun sans sacrifier son projet de production de l’autonomie individuelle, et inversement ? Comment peut-elle prolonger son programme sachant que les problèmes auxquels elle est confrontée aujourd’hui, dans leur formulation comme dans leur hypothétique solution, ne sont pas comparables à ceux qui se posaient aux républicains à la fin du xixe siècle ?
1 En italiques dans le texte.
3C’est à ces questions que l’ouvrage nous invite à réfléchir, à travers cinq études dont le fil conducteur tient dans l’idée que la laïcité, tout en se définissant comme un principe de protection des libertés individuelles, « incarne » indissociablement « l’exigence » de l’édification du monde commun (p. 195), et dont la thèse principale consiste en une approche de l’école laïque comprise comme « le fait qu’une éducation démocratique doit répondre non seulement à l’intérêt particulier des uns et des autres, mais aussi à l’intérêt collectif » (p. 220). Ces thèses amenées et discutées dans l’introduction s’inscrivent d’emblée à l’opposé de cette « laïcité minimale » réduite à sa seule dimension juridique, la neutralité, et garante des libertés individuelles (introduction, § 3 et 4). Pour l’auteur, la laïcité propose et a toujours proposé une représentation de la vie collective ; c’est en ce sens qu’elle est traditionnellement liée au volontarisme républicain : « être laïque, c’est vouloir tenir ensemble deux exigences en tension l’une avec l’autre : la défense des droits individuels d’un côté et la volonté1 de construire un monde commun de l’autre » (introduction, § 4, p. 13) ; « un État laïque est traditionnellement républicain, parce que cette idée [l’idée de République] constitue précisément une désignation explicite du volontarisme qui vient d’être mentionné » (§ 5, p. 13). Le « volontarisme » républicain a ceci de particulier qu’il suppose une éducation ambitieuse « finalisée par l’ambition d’une participation réfléchie au politique » supposant une pratique de la raison, une « croyance en la pensée rationnelle » (§ 5, p. 14). C’est cette culture que l’éducation publique a charge de transmettre aux nouvelles générations.
4En somme, Philippe Foray ratifie les thèses du républicanisme traditionnel, associant en un lien nécessaire laïcité, république et éducation publique, l’originalité de sa démarche consistant à les mettre en discussion avec d’autres thèses pesant, pour chacune d’elles, sa fécondité et ses limites : que gagne-t-on à étendre la laïcité aux pays qui ne connaissent pas le régime de séparation des Églises et de l’État (voir la discussion avec les propositions de Jean Baubérot, § 8, p. 25-30) ? Quelle est la dimension d’universalité de la laïcité ? Quelle légitimité à étendre la laïcité à d’autres champs d’application que les rapports Église/État (voir la discussion sur laïcité et égalité des sexes, § 19, et sur laïcité et égalité, p. 192 sqq. et § 36) ? À quelles conditions l’enseignement des faits religieux a-t-il sa place dans le projet laïque de transmission d’une culture commune (§ 29-31) ?
5L’espace de discussion philosophique circonscrit par Philippe Foray porte donc sur les thèmes au centre des crispations et des inquiétudes : le caractère public de l’enseignement, le port de signes religieux ostensibles, la culture scolaire, le projet d’éduquer, la démocratisation de l’enseignement. De la première étude, je retiendrais la fécondité des développements sur le concept d’autonomie, valeur phare de l’éducation et de l’école aujourd’hui, mais peu traité, si ce n’est sur le mode de la description, notamment psychologique (§ 11, p. 38-46). La deuxième étude retiendra l’attention par la discussion critique qui y est menée des arguments du néo-républicanisme à l’encontre du port du foulard islamique dans les écoles (§ 18 à 21). L’originalité de la troisième étude est d’examiner la part de la culture scolaire dans l’édification du monde commun, tout en questionnant ce projet au regard des nouvelles réalités de l’école (pluralisme culturel, enseignement des faits religieux). La quatrième étude interroge l’éducation scolaire dans toutes ses dimensions (intégration, socialisation, éducation morale, éducation du citoyen), mais aussi les limites de la charge éducative susceptible d’incomber à l’école. De manière assez inhabituelle, la dernière étude confronte la laïcité et la démocratisation de l’enseignement pour montrer de quelle manière la laïcité est concernée par cette question. C’est l’occasion d’une réflexion sur le concept d’égalité et le principe de l’égalité des chances (comment sont-ils articulés ?), et le moment d’une mise à l’épreuve de la « méritocratie républicaine » (§ 38).
6En bref, sur un terrain que l’on croit bien connu, l’ouvrage de Philippe Foray produit du neuf par la méthode philosophique qu’il met en œuvre, par la manière dont il met les concepts en travail, les arguments en présence, s’efforçant, pour chaque position avancée, d’en dégager les lignes de force et les limites, donnant ainsi à chacun les moyens de prendre position de manière éclairée. La bibliographie de fin de volume achève d’en faire un ouvrage de référence pour tous ceux qui souhaitent réfléchir avec rigueur et objectivité à la validité du programme de l’école laïque aujourd’hui.
1 En italiques dans le texte.Haut de page
Laurence Loeffel, « Foray Philippe. La laïcité scolaire. Autonomie individuelle et apprentissage du monde commun », Revue française de pédagogie, 169 | 2009, 146-147.
Laurence Loeffel, « Foray Philippe. La laïcité scolaire. Autonomie individuelle et apprentissage du monde commun », Revue française de pédagogie [En ligne], 169 | octobre-décembre 2009, mis en ligne le 05 octobre 2010, consulté le 27 mars 2017. URL : http://rfp.revues.org/1644 Haut de page
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References: § 19
 § 38
 § 32
 § 3
 § 4
 § 8
 § 19
 § 36