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Timestamp: 2017-11-19 21:40:19+00:00

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Victoire de Macron contingence et nécessité – Revue Politique et Parlementaire
Victoire de Macron contingence et nécessité
A la une, N°1083-1084, Politique 0, 9 novembre 2017 Gérard Le Gall
Depuis la première édition en 1965, les élections présidentielles ont réservé maintes surprises dans leur déroulement comme dans leur issue. À l’évidence, la version 2017 restera, pour une génération au moins, gravée dans la mémoire collective. De quelque angle qu’on l’examine elle apparaît très singulière parfois aux confins du réel. Apparemment une seule obéissance à la norme, l’élection survient aux termes d’un quinquennat !
Par ailleurs que de choses inédites. Un président sortant, sans empêchement de santé ou d’ordre judiciaire, qui ne se représente pas. Une apparente consécration du principe des primaires – trois formations politiques s’y conforment mais un vainqueur s’arrête en chemin, deux autres appartenant aux deux grands partis ne parviennent pas à se qualifier au second tour, quand le vainqueur du scrutin voit dans ces primaires une parodie de démocratie.
Autre novation qui bouscule un acquis de notre culture politique, parfois à l’image des États-Unis, l’affirmation fracassante et, in fine, du triomphe d’un néophyte de 38 ans jamais candidat, dès lors jamais élu.
Enfin, une situation sans précédent dans l’histoire française contemporaine, un tour décisif entre un parti quadragénaire, le Front national, et le leader d’une nouvelle formation « En marche ! » qui, d’un coup, relègue les deux forces qui structurent le champ politique depuis l’aube de la Ve République.
L’étrangeté du scrutin se prolonge quand à peine le verdict connu, sourde, ici et là, dans les sphères politiques, intellectuelles, médiatiques et syndicales un parfum de procès en illégitimité à l’adresse du vainqueur. On l’invitera plus tard à une modestie réformatrice le temps d’une alternance de troisième type.
Toute élection s’inscrit dans un environnement idéologique, politique, économico-social particulier qui prédispose le citoyen à s’intéresser au débat ou à l’éviter, à s’abstenir ou à voter. Dans le même temps, les événements et les thèmes de campagne (tableau 1) vont solliciter sa vision du monde et des choses, confirmer ou réorienter ses choix politiques. Alors s’impose un rappel furtif de l’état de l’opinion et de la situation politique durant ce long temps de latence et de structuration que constitue une pré-campagne électorale. Pour la partie idéologique, on puisera dans l’enquête annuelle : « Les fractures françaises 2016 »1.
La dimension idéologique
Si les Français accordent une grande confiance aux PME, à la police, à l’école, aux maires… en revanche, ils sont plus critiques par rapport à la justice, aux grandes entreprises et aux banques. Sans surprise, c’est l’univers politique dans son ensemble, médias et syndicats compris, qui recueille les plus faibles soutiens, jusqu’à 8 % pour les partis politiques.
Le sentiment d’un déclin de la France devient un thème politique qui taraude depuis plusieurs décennies post-gaullistes nos compatriotes. Ces derniers, malgré nombre de démystifications éditoriales, penchent massivement vers les « déclinistes » : 86 % répondent que la « France est en déclin », + 7 % en un an, sans toutefois injurier l’avenir, quand 62 % le jugent « réversible » contre 24 % : « irréversible ». Parallèlement, une demande d’autorité demeure très forte, depuis trois décennies, au sein de la société française. Elle atteint des sommets quand 88 % répondent : « le pays a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre », quand 87 % s’indignent que « l’autorité est trop souvent critiquée ». Cohérence idéologique, sans doute un signe de post-libéralisme culturel observé depuis quelques années, près d’un Français sur deux incline vers un « rétablissement de la peine de mort ».
Enquête après enquête, l’opinion publique manifeste de fortes préoccupations sociétales autour d’interrogations sur le devenir de la civilisation européenne. Ainsi, quand elle juge que le racisme est un phénomène « assez répandu en France » et que face à l’immigration « on peut trouver de la main d’œuvre sans y recourir » (74 %). De même quand, de manière récurrente, les Français estiment qu’il y a « trop d’étrangers » en France (65 %). Plus préoccupant, dans un contexte marqué par un risque permanent d’attentats, 41 % des personnes interrogées déclarent, contrairement à leurs attitudes face aux religions chrétienne ou juive, l’islam « incompatible » avec les valeurs de la France. Ce climat de défiance n’est pas exclusivement dirigé vers telle ou telle part de la population. Il semblerait que dans nos sociétés de plus en plus marquées depuis la fin des années 60 par l’individualisme une attitude globale vis-à-vis de quiconque : « on n’est jamais assez prudent » (80 %).
Tableau 1 – Motivations de vote au premier tour de l’élection présidentielle (en %) (1)
(1) La question posée était « Quels sont, parmi les suivants, les trois thèmes qui compteront le plus dans votre choix de dimanche ? » (total supérieur à 100 car trois réponses possibles).
(2) Et durée du temps de travail en France.
Source : Ipsos « Présidentielle 2017 – 1er tour comprendre le vote des Français » du 19 au 22 avril 2017 sur
4 698 personnes. En gras : plus de dix points en plus dans l’électorat du candidat que dans l’ensemble des électeurs.
Préoccupations internes à notre pays, mais aussi face à l’extérieur. La mondialisation est majoritairement perçue comme « une menace » (58 %). Aussi, il convient de « se protéger » plutôt que de « s’ouvrir » (43 %). L’attitude par rapport à l’Europe emprunte avec ambivalence aux remarques précédentes. L’impératif paraît bien être de « renforcer les pouvoirs de notre pays, même si cela conduit à limiter ceux de l’Europe » (74 %), mais dans une limite, conserver « la monnaie unique » (73 %). Au total, pour une majorité relative (48 %) l’appartenance à l’Union européenne est « une bonne chose » contre 36 % qui la jugent « mauvaise ».
L’étude annuelle du Cevipof « En quoi les Français ont-il confiance aujourd’hui ? » de janvier 20172 va tendanciellement confirmer les orientations de l’opinion évoquées ci-dessus et élargir le champ des interrogations. En cette fin d’année 2016, trois mots, lourds de signification, paraissent caractériser l’état d’esprit des Français : la méfiance (31 %), la lassitude (29 %) la morosité (25 %)3.
Cet état d’âme de la France naît, sans doute, d’une appréciation négative de la situation économique qu’ils jugent « dégradée » (60 %), avec un avenir sombre pour les jeunes. De plus les Français estiment que « la plupart des responsables politiques ne se soucient que des riches et des puissants » (77 %). L’opinion parfois incline vers le libéralisme économique, 63 % souhaitent que l’État fasse « confiance aux entreprises » et leur donnent plus de liberté ». La vision de la politique, une fois encore, apparaît très négative quand « les responsables ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme nous » (89 %) ou « quand la démocratie ne fonctionne pas très bien » (70 %). Pour un nombre croissant, les trois quarts des personnes interrogées confirment que « la notion de gauche et de droite ne veulent plus dire grand chose ».
Au regard de la solidarité, une minorité, 30 % adhérent au principe, mais 70 % observent qu’on évolue « vers trop d’assistanat ». Dans le même sens, 57 % partagent l’idée que « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment ». Toutefois, pour établir une justice sociale, une majorité répond « qu’il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres ».
Pour atténuer la pente dominante, sévère et pessimiste de ces deux grandes enquêtes annuelles, on soulignera que 75 % des citoyens affirment être « fiers d’être Français », que la démocratie « c’est mieux que n’importe quelle autre forme de gouvernement » (85 %) et que pour 79 % une aspiration au compromis, voire à l’union nationale, se fait jour : « il faudrait que les responsables politiques du camp opposé parviennent à s’entendre pour trouver des solutions aux problèmes du pays ».
La dimension politique d’une longue pré-campagne
S’il est un trait propre de notre culture politique nationale, c’est qu’au lendemain de chaque scrutin présidentiel, on questionne le suivant. Le vainqueur, et plus encore le vaincu, souhaite-t-il ou pourra-t-il se représenter ? Plus que par le passé le thème a surplombé le dernier quinquennat : une pièce aux multiples rebonds autour du retour de Nicolas Sarkozy, d’une possible candidature d’un François Hollande confronté à une impopularité proche du rejet et à un jugement sévère sur son bilan. Double interrogation rendue plus aiguë à l’aune des élections intermédiaires et des sondages par la probable présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle4. Paradoxalement cette équation est loin d’apaiser les velléités de candidatures. Latente depuis l’automne 2012, la question de l’offre devient centrale à l’approche de l’échéance. Tout le monde pressent que c’est la clef du scrutin avec comme horizon un « 21 avril ».
Début 2016, un constat s’impose, à droite comme à gauche, d’une absence de candidat naturel. Elle rend la situation plus aléatoire qu’à la veille de tous les précédents scrutins présidentiels. De surcroît la multiplication des sondages, dont la lecture ne peut être univoque, exacerbe plus qu’elle n’inhibe les ambitions.
L’idée d’organiser des primaires salvatrices chemine. Elles seules pourraient conjurer le risque majeur.
À droite Sarkozy, président de l’UMP depuis le 29 novembre 2014, puis des Républicains, paraît renâcler. Il s’y résoudra en avril 2015 par « la primaire ouverte de la droite et du centre »5.
Au PS, une primaire, bien que statutaire, ne sera officialisée que le 18 juin 2016. Après beaucoup d’hésitations autour du principe, de son application pour un président sortant, du calendrier, l’Elysée et le PS parviennent à s’accorder, le président prendra sa décision début décembre. Certains y voyaient un processus « taillé pour le président » ! Des personnalités continuaient parallèlement à se mobiliser pour « une primaire de toutes les gauches ». La proposition va se heurter au leader de la France insoumise (FI), Jean-Luc Mélenchon, et à sa stratégie d’autonomie. Malgré une invitation du premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadelis, à Emmanuel Macron d’y participer, ce dernier la décline pour rendre plus visible sa détermination de rompre avec l’ordre partidaire en place depuis plusieurs décennies. Il annonce sa candidature le 16 novembre 2016 à Bobigny. Le président, faisant face depuis des mois à de nombreuses manœuvres de dissuasion, unanimement critiqué pour des propos livrés avant et tout au long du quinquennat révélés dans le livre « Un président ne devrait pas dire ça » de deux journalistes du Monde6, lâché de toutes parts, François Hollande renonce à se représenter le 1er décembre, lors d’une intervention télévisée.
In fine, trois primaires verront le jour en vue de rationnaliser un jeu politique de plus en plus complexe. La première d’Europe Écologie-Les Verts, organisée les 17 octobre et 16 novembre 2016, voit la victoire au second tour du député européen Yannick Jadot avec 54,3 % des 13 348 suffrages exprimés, face à Michèle Rivasi, après l’élimination de Cécile Duflot au premier tour7.
La seconde, de la droite et du centre, les 20 et 27 novembre 2016, mobilise 4 404 812 votants. Elle enregistre la nette victoire de François Fillon, avec 66,5 %, sur Alain Juppé longtemps favori entre 2014 et 2016, l’ex-président Sarkozy ayant été éliminé dès le premier tour8. Enfin, la dernière, la « primaire citoyenne » dite de la « Belle alliance populaire », qui se déroule les 22 et 29 janvier 2017, mobilise 2 066 628 votants. Elle consacre Benoît Hamon (58,7 %), victorieux de son duel de second tour face à Manuel Valls, l’ancien Premier ministre, Arnault Montebourg ayant été éliminé au premier tour (tableau 2).
Tableau 2 – La primaire citoyenne
(1) Sur 7 208 bureaux de vote, 68 ont vu le scrutin annulé.
(2) Nombre de bureaux de vote centralisés 7 208 (100 % des bureaux).
(3) Blancs et nuls.
À l’issue d’une très longue pré-campagne, pratiquement toute l’année 2016, ponctuée de surprises et de rebondissements, de débats télévisés, d’une hyper mobilisation des chaînes d’information et des réseaux sociaux comme d’une pléthorique production de sondages, chacun des huit instituts publie son baromètre. On connaît désormais le nom des principaux candidats. Citons les par ordre chronologique d’annonce : Marine Le Pen, le 8 février, Jean-Luc Mélenchon, le 109, Nicolas Dupont-Aignan, le 15 mars, tous trois au journal télévisé de 20 h de TF1. Pour Emmanuel Macron, c’est le matin du 16 novembre, dans un centre de formation de Bobigny et pour François Fillon et Benoît Hamon, les 27 novembre et 29 janvier au soir de leurs primaires victorieuses. Le 18 mars 2017, le Conseil constitutionnel publie la liste officielle. Aux six candidats précités s’ajoutent cinq autres : Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jacques Cheminade, déjà candidat en 2012 pour les deux premiers, et en 1995 et 2012 pour le troisième, et deux candidats nouveaux : Jean Lassalle et François Asselineau. Au total, onze candidats, un de plus qu’en 2012, un de moins qu’en 2007 et cinq de moins qu’en 200210.
Le 23 avril : un premier tour inédit
Février – mai 2017 : une campagne sans cristallisation
Interroger une campagne électorale représente un sujet trop vaste pour notre exercice. Aussi nous focaliserons-nous sur une dimension majeure depuis les années 60-70 : le suivi de l’opinion dans sa dimension électorale11. Bien que jamais pleinement légitime aux yeux des acteurs politiques, les sondages vont être de plus en plus utilisés comme un objet de communication par les candidats eux-mêmes. Ils continuent bien sûr à orienter les campagnes et deviennent de plus en plus l’épicentre du commentaire politique. C’est aussi, dans des compétitions incertaines, un sujet d’attention pouvant orienter les électeurs les plus politisés.
La victoire de Benoît Hamon, l’un des leaders des frondeurs, portait en elle-même un risque majeur pour le PS, celle de Manuel Valls n’aurait pas été exempte d’aléas. Se jugeant apparemment très fort après une qualification surprise, puis une nette victoire finale (58,7 %), le leader socialiste peut croire en son destin et en la justesse de sa ligne politique. N’est-il pas conforté par les premiers sondages qui le placent autour de 18 % : 2 points de moins que Macron, 3 de moins que Fillon et surtout 9 de plus que Mélenchon. Malgré une entrée tardive en campagne en raison de l’agenda du président, il pense pouvoir temporiser. Il marque une réelle indifférence vis-à-vis de son concurrent du second tour et il privilégie un axe stratégique exclusivement orienté à gauche dans un rassemblement avec Jadot et Mélenchon. Son attitude va contribuer à exacerber une situation de crise interne manifeste au PS depuis plus de deux ans. De son côté le candidat de FI, très tôt parti en campagne, qui n’obtient le soutien officiel du PC que fin novembre 2016, pâtit un temps du relatif succès de la primaire socialiste avec 9 % des intentions de vote, de – 1 à – 2 points par rapport à l’automne. En février, Hamon comme Mélenchon paraissent jouer avec l’idée d’un possible rapprochement. L’opinion s’éloigne un peu du premier au profit du second qui retrouve un palier autour de 11 %. Le 20 mars le premier grand débat organisé par TF1 entre les cinq principaux candidats va bouleverser la donne12. La veille, l’écart n’était plus que d’1,5 point en faveur du socialiste. Le lendemain, c’est l’égalité, puis l’envol de Mélenchon, + 7 points en trois semaines, et parallèlement la chute continue pour Hamon.
Dans le même temps se joue une autre compétition entre Le Pen, Fillon et Macron. Le succès du candidat de la droite est prometteur. Au lendemain de la primaire il connaît un bond de 8 points (28 %). Il détrône Le Pen, ramenée à 24 % (- 5 points), et domine un Macron stable autour de 15 %. En décembre, le candidat, jugeant utile de se distancier un peu du champ politique, accorde, semble t-il, peu d’importance aux quelques voix discordantes qui se font jour dans son camp à propos de la radicalité de son programme évoqué comme thatchérien économiquement et de son projet de réforme de l’assurance maladie.
Au début de l’année, le candidat va vite découvrir des indices de vote et de popularité moins favorables. Ainsi dans la cote d’avenir des personnalités du baromètre Kantar-Sofres réalisé les 5 et 9 janvier 2017, il perd 10 points à 31 % par rapport à la précédente enquête au lendemain de la primaire où il en devint leader. La situation apparaît néanmoins peu préoccupante jusqu’au coup de tonnerre de la publication du Canard enchaîné le 25 janvier. Ce sera le début de l’affaire Fillon. Ce dernier est soupçonné d’un emploi fictif de son épouse durant de longues années. Suivant une ligne de défense parfois sinueuse, il va subir jusqu’à la fin mars un feuilleton quotidien amplement orchestré par les médias. Une partie de son entourage souhaite son renoncement, en vain. Dès le début février, sa cote de « bonne opinion » à l’Ifop s’effondre et les intentions de vote fléchissent nettement (tableau 3). On soupçonne une « rupture d’opinion », de fait, il ne passera plus jamais devant Macron.
Tableau 3 – L’opinion sur François Fillon selon l’Ifop
Question : « Pour chacune des personnalités suivantes, dites moi si vous en avez une excellente opinion (++), une bonne opinion (+), une mauvaise opinion (-), une très mauvaise opinion (–) ou si vous ne la connaissez pas suffisamment »
Source : Le tableau de bord politique, Paris Match/Sud Radio – Ifop/Fiducial – Les personnalités.
Ce fait médiatique devient un fait judiciaire sans précédent en pleine campagne présidentielle. Sa mise en examen, le 14 mars, va annihiler tout espoir de reconquête. L’accident brise l’image qu’il s’était construite. Désormais, ses partisans se concentrent sur l’excellence de son programme. Dupont-Aignan, 2 % avant l’affaire, tente de récupérer des suffrages en redoublant de combativité contre Fillon. Il culmine à 5,5 % d’intentions de vote le 21 mars. Au début de l’affaire, Macron double Fillon, puis fait quasi jeu égal avant de le supplanter définitivement le 22 février après un ralliement décisif de François Bayrou. Il dispose désormais, aux yeux des observateurs et de ses concurrents, d’une forte chance de qualification au second tour. Plus tard, Mélenchon espère le devancer voire parvenir à la première place, tant lui et son entourage ont en commun avec l’équipe Fillon, une confiance dans la publication « d’enquêtes » circulant sur le net, publiées chaque jour sur le site de Valeurs actuelles et qui sont parfois reprises sur certaines radios comme sur certaines chaînes d’informations. Le 21 avril, deux jours avant le scrutin, l’organisme Filteris place Fillon à 21,57 % ! certes derrière Le Pen, mais dans devant Mélenchon et… Macron13.
De son côté, Marine Le Pen, confiante dans la solidité de son implantation électorale lors du dernier quinquennat, peut légitimement éprouver quelques craintes au lendemain de la victoire de Fillon, fin novembre. Mais les controverses autour de son programme et plus encore l’accident de janvier vont la replacer en tête jusqu’à mi-mars. À cette période sont évoquées dans les médias des affaires relatives à des emplois fictifs au Parlement européen et à des dissensions internes.
En toute fin de campagne, les médias vont se focaliser sur des taux « sans précédent » d’indétermination de l’électorat qui engendreraient une incertitude totale sur l’issue du scrutin. Outre le fait que le Rolling quotidien de l’Ifop livre à un point près le même indice qu’en 2012 où la participation fut bonne, notre lecture de l’opinion voit, parmi les quatre personnalités du peloton de tête, deux blocs hiérarchisés, d’un côté Le Pen-Macron ou Macron-Le Pen, et de l’autre, sensiblement décroché, Fillon-Mélenchon ou réciproquement.
Au total, les directeurs d’études des instituts de sondage ont, dans l’ensemble, publié des études convergentes et de qualité. Elles ont clairement souligné chacune des phases d’une campagne dynamique sans véritable cristallisation14, avec des croisements de courbes comme jamais depuis 1965. Les sondages ont confirmé leur emprise sur le champ politique et accru leur influence sur des médias de plus en plus en addiction.
Participation normale
Un citoyen attentif à une production politologique, soulignant régulièrement une défiance de plus en plus affirmée vis-à-vis de la sphère politique, pourrait légitimement s’étonner, au soir du premier tour, d’une abstention somme toute normale : 22,23 % dans la France entière (tableau 4). D’autant que le commentaire dominant, paraphrasant le plus souvent les enquêtes d’opinion, anticipait, comme en 2012, à quelques semaines ou quelques jours du scrutin, un nouveau record autour de 30 %, voire au-delà. Le citoyen peut être indulgent lorsque l’on sait que le comportement abstentionniste est une chose difficile à mesurer par la technique des sondages – il n’y en a pas d’autre – et plus encore à interpréter post-électoralement. Certes, sont clairement identifiées depuis longtemps les variables socio-culturelles qui pèsent sur la participation comme l’âge, le sexe, la qualification professionnelle, les diplômes, l’intégration sociale, la démographie selon les structures administratives. Certes, on connaît les variations de participation selon les types de consultation, l’importance de la place de l’élection en jeu et le rythme des scrutins dans le cycle électoral, l’état de l’opinion à l’endroit des gouvernants et des candidats, la dialectique variable selon les circonstances historiques entre le primat de l’individualisme culturel et le devoir civique… mais ces connaissances ne sauraient constituer un cadre analytique complet une pour prospective électorale, ni pour une analyse de l’élection. La clef d’explication du taux de participation est bien sûr d’ordre politique à l’aune des enjeux. C’est dans une lecture personnelle de la conjoncture, éclairée par le débat public, que le citoyen va arbitrer entre la participation, l’abstention, le vote blanc ou le vote nul.
Tableau 4 – Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle
En 2017, à vrai dire bien avant, la question centrale du scrutin, motivante pour la participation, capitale pour l’orientation du vote, est la question de la qualification pour le second tour. L’électeur, ne voulant pas être surpris, comme en 2002, par l’absence du candidat qui a ses préférences, doit opérer une alchimie entre son vote de premier tour avec ce qu’il souhaite pour le second. Son arbitrage est d’autant plus complexe que règne une incertitude autour de la qualification de Le Pen, Macron, Fillon, Mélenchon. Il faut alors répondre à cette question synthétique : quel est mon meilleur compromis de vote pour élire un président qui satisfasse à la fois l’intérêt et l’avenir du pays, mon intérêt personnel, mes préférences idéologiques, le renouvellement politique, mon acceptation ou un refus de voir Marine Le Pen à l’Elysée… ? Cette question de la qualification, s’intriquant bien sûr avec les variables classiques de la sociologie électorale a sans doute, plus qu’en 2007 ou 2012, été le moteur de la participation malgré la piètre image de la politique.
En toute hypothèse ce scrutin présidentiel demeure au fil du temps le plus mobilisateur. 2017 s’inscrit presque à équidistance entre 1965, 15,2 % d’abstention, et le record de 2002, 28,4 % (tableau 5). Au plan de la démographie électorale, on soulignera la reproduction d’une participation très différenciée selon la taille des communes, une observation depuis 1995 a montré de substantiels écarts entre les petites et les grandes communes (tableau 6). D’un point de vue historique, on observe depuis 1981 une relative stabilité parmi les départements les plus participants. On doit cependant pointer quelques variations très symboliques liées à des mutations humaines et économiques. Ainsi, la Somme, département le plus civique en 1981 (premier tour) est au 47e rang en 2017. Le Pas-de-Calais passe pour sa part du 3e rang au 80e, le Nord du 4e au 91e.
Tableau 5 – L’abstention au premier tour de la présidentielle(1)
(1) France entière.
Tableau 6 – L’abstention au premier tour de la présidentielle
selon la taille des communes 2012-2017
La gauche 2017 : un retournement historique
Les rendez-vous de la gauche avec l’élection des présidents de la République au suffrage universel sous la Ve République, modification constitutionnelle récusée par elle en 1962 avant de s’y adapter rapidement, connurent deux moments difficiles. L’un humiliant en 1969, au lendemain de 1968, l’autre tragique avec l’accident du 21 avril 2002, lorsqu’elle fut spectatrice au second tour. Ce sont aussi de belles victoires avec la double élection de François Mitterrand en 1981 et 1988, et 24 ans plus tard en 2012 avec celle de François Hollande. Comment se présente l’édition 2017, après six échecs et trois victoires ?
Avant la petite primaire de janvier 2017, autour du Parti socialiste, du PRG et de certains écologistes, les choses se profilaient mal : un bilan quinquennal négativement apprécié, une gauche en miettes, « irréconciliable » selon Manuel Valls, des partis eux-mêmes très divisés, sans esquisse de projet commun et, pour compliquer la situation, la candidature d’Emmanuel Macron qui va grandement limiter la latitude du président en vue d’une possible candidature.
Dans une interview au Monde du 9 décembre 2016, le journal titre « La suprématie du PS sur la gauche est en jeu ». À une question « La primaire, telle qu’elle se profile, est-elle vraiment le moyen pour la gauche de se mettre en ordre de bataille comme l’a fait la droite ? », je réponds « … Le verdict du 29 janvier 2017 pour important qu’il soit pourrait n’être que de peu de chose au regard de celui du 23 avril au soir du premier tour de la présidentielle, l’influence respective de chacun des acteurs dans l’actuelle tripartition des gauches, autour du candidat socialiste, de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Macron, pèsera fortement sur l’avenir. Pour le PS, l’enjeu est historique. Il réside dans la réaffirmation ou non de sa suprématie au sein de la gauche, acquise en 1978 lorsqu’il a supplanté le Parti communiste… »15.
De fait, les résultats de l’ensemble de la gauche sont à l’image des élections intermédiaires 2014-2015, où elle est à l’étiage. Le fleuve est terriblement asséché. Pour la première fois depuis 1965, elle passe de peu 20 % selon les inscrits, 20,98 %, et n’atteint que 27,67 % selon les exprimés. C’est très en deçà du précédent record en 1969, 30,95 %, comme de 1965, année où elle partait unie derrière François Mitterrand pour la première fois depuis 1945 pour cheminer victorieusement en 1981, seize ans plus tard (tableau 8). La gauche passe difficilement la barre des 30 % dans cinq régions : Midi-Pyrénées (31,4 %), Limousin (31,3 %) Île-de-France (30,6 %), Aquitaine (30,5 %), Bretagne (30,4 %) et dans vingt-deux départements dont la Seine-Saint-Denis (44,2 %), l’Ariège (36,5 %), le Val-de-Marne (33,6 %), la Haute-Garonne (33,5 %), le Lot et le Finistère (32,7 %), la Haute-Vienne (32,4 %), le Val-d’Oise (32,2 %). Rappelons qu’en 2012 la gauche était majoritaire absolue dans douze départements.
Tableau 7 – Le vote 2017 au premier tour
selon le niveau d’éducation
Source : enquête jour du vote, 1er tour, présidentielle 2017, selon Ifop-Fiducial.
Tableau 8 – Le vote 2017 au premier tour
selon le statut social
Cependant, contrairement à la séquence 2014-2015, désastreuse pour chacune des familles de la gauche, la France insoumise, derrière Mélenchon, tire son épingle du jeu. En l’absence d’une candidature écologiste, pour la première fois depuis 1974, nous allons analyser les résultats des quatre candidats – Arthaud, Poutou, Mélenchon et Hamon – qui se revendiquent de la gauche.
Une extrême gauche électorale hors jeu
Comme paraît lointaine l’époque où trois candidats trotskistes – Besancenot, Laguiller, Gluckstein – parvenaient en 2002 à totaliser un pourcentage supérieur à 10 % des suffrages exprimés, ou encore 7,4 % en 2007. Cette année, Poutou (1,09 %) et Arthaud (0,64 %), les deux seuls candidats authentiquement « anti-système » réunissent, comme en 2012, 1,7 % malgré un contexte socio-économique toujours marqué par un chômage de masse et un accroissement de la pauvreté. La candidate de Lutte ouvrière ne parvient pas à passer le seuil des 1 % dans aucune région, seulement dans deux départements l’Indre (1,1 %) et le Pas-de-Calais (1,0 %). De son côté Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste franchit la barre des 1 % dans dix-huit régions : 1,6 % dans le Limousin, 1,5 % dans sa région d’Aquitaine et dans soixante-treize départements dont quatre avec plus de 1,5 % qui, parfois, ont connu des conflits sociaux très médiatisés comme en Creuse (1,72 %). Ici à eux deux ils totalisent 1,69 %.
Tableau 9 – Les suffrages présidentiels par blocs politiques(1)
premier tour – 1965-2012
(1) En % des suffrages exprimés pour la France entière.
(2) Bayrou candidat autonome du centre.
(3) Macron candidat d’En marche !.
(4) Totalisation des candidats Fillon 20,01 ; Dupont-Aignan 4,70 ; Lassalle 1,21 ; Asselineau 0,92.
(5) Tixier-Vignancour.
(6) Jean-Marie Le Pen pour le FN.
(7) Le Pen 16,86 + Mégret 2,34 = 19,2.
(8) Marine Le Pen.
Succès de Mélenchon mais toujours quatrième
En 201216, nous qualifions le score de Mélenchon (11,3 %) de « demi-succès ». Lui-même montrait à l’époque une déception malgré des résultats nettement supérieurs à ses prédécesseurs proches de sa sensibilité politique : Buffet (1,9 % en 2007), Hue (3,1 % en 2002 et 8,6 % en 1995), Lajoinie 6,7 % en 1988). Il dépasse aussi le score de Georges Marchais en 1981 (15,5 %), mais pas celui de Jacques Duclos en 1969 (21,05 %) (tableau 10).
Tableau 10 – Le vote communiste-Front de gauche-France insourmise(1)
premier tour – 1965-2017
(1) En métropole.
(2) Le PCF soutient la candidature de François Mitterrand.
(3) Le PCF soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon.
Dans la perspective de la prochaine présidentielle, il veut tirer les leçons du précédent scrutin et faire de 2017 son grand rendez-vous avec le peuple. En ce sens, il va chercher patiemment à mobiliser toutes les ressources de l’action politique. Convaincu que le Parti communiste est un handicap, il veut s’autonomiser par rapport à la place du Colonel Fabien comme par rapport à la rue de Solférino. Il crée un mouvement, la France insoumise, le 10 février 2016, en rupture avec le Front de gauche, et refuse d’entrer dans le jeu d’une primaire avec tous les candidats de la gauche. Politique d’abord certes, mais ne jamais oublier l’idéologie, dimension assurément capitale pour l’ancien militant trotskyste. Il va ainsi, tout au long de la campagne, décliner une synthèse éco-socialiste, mûrement réfléchie17 autour des fondamentaux du socialisme historique teintés d’un marxisme soft, d’un appel à une VIe République parlementaire, d’une écologie politique affirmée, d’emprunt à l’alter-mondialisme, d’une rupture avec les « politiques d’austérité », d’une vive critique de l’Union européenne dans la lignée de la campagne référendaire de 2005, d’une politique internationale réorientée, plus défiante à l’égard des États-Unis, compréhensive vis-à-vis de la Russie et en soutien de mouvements et gouvernements progressistes sud-américains.
Dans le même temps que la reformulation de sa stratégie, de son organisation et de son assise idéologique, Mélenchon rénove sa communication. En effet, après un travail approfondi sur son image, il apparaît à l’opinion plus apaisé, moins agressif, moins méprisant à l’égard de ses concurrents et des journalistes. Bref, plus à l’écoute et respectueux des autres. Cette métamorphose personnelle comme la densification de son discours, gages de crédibilité, vont lui permettre, à l’issue des grands débats télévisés, une puissante remontée dans les intentions de vote. Il saura, contrairement à 2012, les conserver jusqu’à la fin de la campagne. Une enquête « le jour du vote » montre qu’il a réalisé « la meilleure campagne » (Ifop). Il parvient nettement en tête avec 43 %, devant Macron : 20 %, Le Pen : 14 % et Fillon : 7 %. Cette appréciation positive est partagée dans toutes les catégories sociales et par tous les électorats sauf celui de Le Pen : 27 % contre 49 % pour elle-même.
Une lecture rapide de ses résultats par ordre décroissant, au niveau départemental, illustre une structure de vote qui rappelle les bastions historiques du PCF, surtout urbains : Seine-Saint-Denis (34 %), Val-de-Marne (24,5 %), Val-d’Oise (24 %), il réalise aussi ses meilleures performances dans les 127 communes de plus de 3 500 habitants en métropole répertoriées dirigées par le PCF, parfois le Front de gauche. Ici, il est au-delà des 30 % à 43 reprises dont onze fois au-delà des 40 %. La performance n’est cependant pas circonscrite aux seules terres communistes présentes ou passées, on y retrouve aussi une forte implantation dans les bastions de la gauche : Ariège (26,8 %), Haute-Garonne (23,7 %), Lot (23,5 %), Haute-Pyrénées (23 %)… et, nous y reviendrons, dans les villes où le maire est socialiste.
Dans l’ensemble des 235 communes de plus de 30 000 habitants il parvient en tête du scrutin à 66 reprises contre 113 à Macron, 39 à Le Pen et 17 à Fillon. Plus précisément dans les 76 grandes villes d’Île-de-France, il est leader à 40 reprises devant Macron (30) et Fillon (6).
La dynamique Mélenchon peut mieux se comprendre en comparant les deux scrutins où il fut candidat. La comparaison va éclairer et relativiser, comme en 2012, l’apport d’un électorat communiste, au demeurant faible, ou des résurgences d’une culture communiste. Ainsi dans les régions jadis de forte implantation communiste et de gauche (Limousin, Nord-Pas-de-Calais, Languedoc-Roussillon, Picardie, Paca, Haute-Normandie), l’indice de progression de Mélenchon est toujours inférieur à sa progression nationale (indice 174), sauf en Île-de-France (184). C’est contrairement à des régions de droite, l’Alsace (200) où autrefois orientée à droite : Poitou-Charentes (185), Pays de la Loire (182), Bretagne (175). Une approche départementale confirme le constat régional18 à l’exception de la Corse (140) peu sensible à l’image jacobine du candidat.
On le voit, si la dynamique est générale, elle n’obéit pas au même rythme selon la démographie des communes, ni à leur géographie. Une étude, selon le niveau de population des communes, montre que Mélenchon a été d’autant plus performant entre 2012 et 2017 que les villes étaient plus peuplées. Une observation semblable, à partir des inscrits et par région, confirme cette tendance, malgré de très fortes disparités de structure démographique entre régions.
La déroute socialiste
À la rentrée de septembre 2016, à huit mois de l’élection, malgré l’horizon de la défaite, rien ne laissait supposer qu’un candidat socialiste, dont on ignorait le nom, connaitrait une situation telle qu’il ne pourrait rassembler, le 23 avril, que 2 991 288 électeurs, 4,82 % des inscrits, 6,36 % des exprimés, soit seulement 250 000 de plus que lors de la participation du second tour de la primaire. Le temps d’un quinquennat le candidat socialiste a perdu 7 981 477 suffrages, malgré un accroissement du nombre des inscrits : 1 553 641.
Dans le passé, en 1969, Gaston Defferre n’avait recueilli que 5,01 % des exprimés et, plus près de nous, Lionel Jospin 16,18 % en 2002 (tableau 11). Il est vrai que pour Benoît Hamon, grand vainqueur de la primaire, la période n’est guère porteuse. Le quinquennat s’achève par une non-candidature du président sortant dont le bilan global est jugé négativement au regard de la gouvernance et des résultats socio-économiques. Sans oublier un bilan électoral catastrophique19. Rappelons aussi que le PS a souvent alterné des moments de puissance électorale, 34 % pour Mitterrand en 1988 et, quatre ans plus tard, des niveaux très bas en 1992-1993. Sa fragilité électorale se mesure encore lors des européennes en 1994 (14,5 %) et en 2009 (16,4 %). Sa place sur l’axe gauche-droite, – à gauche, au centre gauche et au centre – peut le rendre vulnérable à une offre politique qui peut paraître séduisante à sa périphérie : Tapie en 1994, Cohn Bendit en 2009, Bayrou en 2007 conduisant l’électeur de gauche non socialiste à un vote utile en faveur de Ségolène Royal au détriment des autres candidats de gauche, au risque d’un nouveau « 21 avril ».
Tableau 11 – Le vote socialiste(1) – premier tour
(2) Candidat unique de la gauche.
(3) En duo avec Mendès-France.
(4) Candidat commun de la gauche soutien du PCF.
(5) Candidat du PS, Crépeau MRG 3,7 et 2,2 %.
(6) Candidat du PS, Chevènement 3,7 et 5,3 %, Taubira PRG 1,6 et 2,3 %. L’ensemble L. Jospin + J.-P. Chevènement + C. Taubira = 16,50 et 23,83 %.
D’un point de vue historique, le tropisme vers le centre gauche ou le centre est une constante de l’électorat socialiste. Il n’est qu’à se référer à la forte attraction qu’exerce Michel Rocard, à la fin des années 70 et plus tard, à l’élan vers Jacques Delors à l’approche de 1995, à l’engouement en faveur de Dominique Strauss Kahn dans la perspective de 2012. L’inconstance de l’électeur socialiste, qui a sa rationalité, allait encore se manifester avec la tentation Juppé 2015-2016 comme, de manière fulgurante, avec l’émergence d’Emmanuel Macron. À l’évidence, le sympathisant socialiste paraît manifester une forme de quête permanente de réassurance, notamment dans le domaine économique. Benoît Hamon20, bien qu’ancien proche de Michel Rocard et ancien ministre, pouvait néanmoins difficilement incarner cette demande dans un monde en pleine mutation.
La convocation du passé, la relativisation par la crise de la sociale démocratie, par de graves échecs récents de beaucoup de partis socio-démocrates et socialistes européens peuvent expliquer une défaite, même lourde, mais plus difficilement une déroute. À l’évidence, bien avant 2016-2017, les sympathisants socialistes avaient intériorisé la défaite. À la direction du PS, beaucoup espéraient en une candidature Hollande pour parer aux risques de scission après une probable casse électorale. Le parti comme ses couronnes extérieures ont beaucoup souffert des coups de boutoir des « frondeurs » à l’Assemblée nationale comme dans les médias. Manifestations souvent à la limite de la rupture. Malgré l’onction d’une victoire à la primaire, pour les électeurs de Hollande de 2012, le candidat investi incarnait aussi le « frondeur », positivement pour les uns, ils seront au fil des semaines attirés par Mélenchon, négativement pour beaucoup d’autres et ils lorgneront vers Macron. En fin de campagne, selon le Rolling le candidat socialiste ne pourra réunir sur son nom qu’un tiers des électeurs de Hollande quand 15 à 20 % voteront Mélenchon et 45 à 50 % Macron.
Malgré un projet à tonalité novatrice, à l’instar du revenu universel, de plus en plus à géométrie variable, d’une réelle préoccupation autour de la vie quotidienne, d’un nouveau projet de réforme de l’Europe, d’une défiance idéaliste vis-à-vis de l’argent, c’est sans doute la ligne politique en forme de reconstitution de l’union de la gauche privilégiant Mélenchon, ex-socialiste, le plus farouche opposant du quinquennat, qui a pu paraître inopportune voire, pour certains, anachronique. De même, sa manière de présenter sa candidature le jour de l’investiture, le 5 février 2017, précisant « je ne suis pas l’homme providentiel » ne laissait guère entrevoir une volonté d’incarnation d’un futur président de la République. Les enquêtes d’image furent particulièrement sévères à son endroit durant le dernier mois de campagne (tableau 12).
Tableau 12 – Les Français et l’image des candidats
Source : « Les Français et l’image des candidats à l’élection présidentielle », sondage Elabe pour BFM TV réalisé les 11-12 avril 2017 auprès de 1 010 personnes.
Le total ne fait pas 100, seuls les pourcentages des six premiers du premier tour sont retenus.
Au total, deux mois et demi durant, le candidat connaît un fort déficit de crédibilité, des ministres souvent peu actifs ou embarrassés, des leaders, dont Valls, appelant à voter Macron ou inclinant vers lui, des meetings guère enthousiastes et peu mobilisés, une image du Parti socialiste très affaiblie (tableau 13), des courbes d’intentions de vote en forme de descente d’escalier et, in fine, 6,4 %. Aussi, la lecture des résultats selon les critères traditionnels de la sociologie électorale par rapport à 2012 pourrait confiner à l’absurde.
Tableau 13 – L’image du PS selon Kantar Sofres(1)
(2011-2017)(2)
Question : « Avez-vous une opinion très bonne (++), plutôt bonne (+), plutôt mauvaise (-) ou très mauvaise (–) de chacune des formations suivantes ? »
(1) Pour le Figaro Magazine.
(2) Moyenne annuelle à partir des quatre vagues trimestrielles : mars, juin, septembre, décembre. En 2017 la vague de mars est réalisée du 23 au 27 février 2017.
(3) Résultats des deux vagues précédant les scrutins présidentiels de 2012 et de 2017.
Mars 2012 : ++ 6 %, + 45 % = 51 % ; – 29 %, — 9 % = 38 % ; 11 % sans opinion.
Mars 2017 : ++ 2 %, + 25 % = 27 % ; – 36 %, — 24 % = 60 % ; 13 % sans opinion.
L’essentiel est ailleurs, quand 2017 témoigne d’un retournement historique qui ne s’est jamais produit, malgré de lourds échecs électoraux. Pour la première fois, en effet, depuis les législatives de 1978, le Parti socialiste est dominé sur sa gauche par un candidat soutenu par le Parti communiste. On nous permettra ici de rappeler que dans l’entre-deux guerres, la SFIO, au lendemain du congrès de Tours (1920), a toujours dominé électoralement le PCF. En 1936, l’année du Front populaire, le PCF réalise sa plus haute performance 15,2 %, la SFIO recueille 20,8 % et les radicaux 20,1 %21. Sous la IVe République et durant deux décennies sous la Ve République, le PCF domine le courant socialiste. La création du PS (Épinay, 1971) puis la signature du programme commun (1972) et la candidature commune autour de Mitterrand à la présidentielle en 1974 vont modifier les rapports de force au sein de la gauche en la rééquilibrant puis en l’inversant. Aux législatives de 1978 le PS obtient 22,8 %, les radicaux 2,2 %, et le PCF 20,6 %. Inversion confirmée aux européennes de 1979 (23,7 % contre 20,6 %) puis amplifiée lors de la présidentielle de 1981 quand Mitterrand obtient au premier tour 25,85 % et Georges Marchais 15,35 %.
Au niveau départemental, Hamon dépasse le seuil des 8 % qu’à neuf reprises dont deux avec plus de 10 % : Paris (10,2 %) et le Finistère (10,9 %) son département de naissance. Dans deux départements symboliques où il est historiquement bien implanté, le Nord et le Pas-de-Calais, le PS passe entre 2012 et 2017, sous la double pression d’un Front national en forte expansion et de Mélenchon en progrès, respectivement de la 44e à la 59e place et de la 34e à la 71e dans la hiérarchie du socialisme électoral au niveau départemental. Rappelons qu’en 1981, ces deux départements figuraient parmi les quinze meilleures performances de François Mitterrand et de la gauche.
Dans les vingt-deux ex-régions métropolitaines, il réalise 9 % en Bretagne, 7,6 % en Île-de-France, 7,5 % en Midi-Pyrénées, 7,4 % en Aquitaine, 7,3 % en Limousin et connaît des pourcentages inférieurs à l’extrême gauche des années 2002 à 2007 en Champagne-Ardenne et Picardie (4,5 %), en Paca (4,1 %) et en Corse (3,7 %), désormais terres de mission. À défaut de comparaisons raisonnables, terme à terme entre 2012 et 2017,on peut observer des permanences structurelles. Ainsi dans le premier quartile de 2017, on retrouve les vingt meilleurs scores de Hollande en 201222.
La lecture de la présidentielle selon les résultats dans les villes dirigées par un maire socialiste montre que Hamon n’a pas pu rassembler. Il franchit la barre des 10 % que dans 24 des 185 communes étudiées, ailleurs il réalise le plus souvent de 1 à 3 points de plus que sa moyenne nationale. Dans ces municipalités, a priori favorables au candidat socialiste, il n’arrive jamais en tête quand ce statut privilégié est d’abord partagé par Macron (84), puis par Le Pen (55), enfin par Mélenchon (46). Plus globalement, dans les communes comme dans les départements on vérifie une permanence structurelle quand Hamon réalise, comme tous ses prédécesseurs depuis 1995, ses meilleures performances dans les grandes villes de plus de 100 000 habitants (8,8 %) et ses plus faibles scores dans les plus petites de moins de 1 000 habitants (5,1 %).
Macron, vainqueur du premier tour
Il est toujours instructif, à l’issue d’une élection, de se projeter dans le passé. L’exercice sur les dix scrutins présidentiels, plus d’un demi-siècle, montre que jamais un quasi-inconnu de la grande opinion n’est parvenu en tête au premier tour. Tous avaient un solide et long cursus gouvernemental, parlementaire ou partidaire et un enracinement électoral local à l’exception du général de Gaulle23. Emmanuel Macron, en réalisant l’exploit en un temps record, fait entrer la présidentielle 2017 dans la catégorie des « élections surprises ».
Secrétaire général adjoint à l’Elysée de 2012 à 2014, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique de 2014 à 2016, il eut de nombreuses occasions de se faire connaître par les médias et de voir ainsi accroître sa notoriété et sa popularité24. Le 6 avril 2016, il fonde à Amiens, sa ville natale, son mouvement En marche !. Il le veut « transpartisan ». Et il laisse ce jour-là deviner une forte ambition politique, peut-être présidentielle. Plus tard, le 30 août, il démissionne du gouvernement. L’hypothèse d’une candidature en 2017 prend corps. Le 16 novembre 2016, il officialise sa marche vers l’Elysée. Les médias et le corps politique demeurent sceptiques sur la pérennité de son engagement, plus encore sur son issue victorieuse. Cependant, les plus avertis perçoivent un risque majeur de turbulence du système politique. En bon stratège Macron s’est lancé dans l’aventure, avant la primaire de la droite et surtout avant la décision de Hollande, à la surprise de beaucoup. À l’époque l’Ifop le crédite de 15 %, Hamon d’environ 10 %, Mélenchon de 13 %, Fillon de 20 % et Le Pen de 29 %25.
Triomphe d’une analyse
Le 23 avril, Emmanuel Macron rassemble 8 656 346 suffrages dans la France entière, soit 18,19 % des inscrits, 24,01 % des exprimés. Il peut être utile de préciser, que c’est 977 933 voix de plus que Le Pen, 1 443 529 de plus que Fillon et… 1 596 441 de plus que Mélenchon.
Ce succès est d’abord l’aboutissement d’une juste analyse de la situation politique, fruit d’une lecture attentive des lignes de fractures au sein de la droite, de la gauche et du centre et d’une intuition que les tropismes, lointains ou plus récents, des Français vers Rocard, Delors, Bayrou, Strauss Kahn et Juppé étaient porteurs d’avenir. Elle imposait un profond renouvellement des idées, des modes d’action et des acteurs politiques eux-mêmes après les quinquennats de Sarkozy et de Hollande. La déception née dans leurs deux camps allait fluidifier le jeu politique. Face au danger du Front national, majoritairement perçu dans le pays26, face au risque d’un éternel retour de la droite ou de la gauche, les Français font le pari de la nouveauté en la personne d’Emmanuel Macron.
L’analyse électorale
Depuis le début de la Ve République, la liste est relativement longue des candidats parvenus en tête pour leur primo-candidature, on citera Pompidou (1969), Jospin (1995), Sarkozy (2007), Hollande (2012). C’est cependant la première fois qu’un candidat hors parti, en position centrale, défiant toutes les formations en place, réalise la prouesse. L’analyse des résultats d’un nouveau candidat créant un nouveau parti, de surcroît « et de gauche, et de droite » présente un défi, faute de comparaison d’une séquence à l’autre, d’un même candidat et d’un candidat du même parti. Il est toutefois permis de restituer la nouvelle donne dans la période contemporaine. Ainsi dans le passé, Lecanuet en 1965 (15,6 %), Poher en 1969 (23,3 %), Barre en 1988 (16,5 %) ont réalisé des scores honorables comme plus récemment Bayrou, candidat de l’hyper-centre en 2007 (18,6 %). Si l’un d’entre eux a pu se qualifier – Poher – ce dernier n’a pu l’emporter dans le duel final malgré des soutiens venant de la gauche27. On peut aussi objecter la victoire de Giscard d’Estaing, en 1974, candidat du centre, mais il incarnait plus la tradition de la droite libérale non gaulliste. On le voit, l’histoire n’est pas muette, mais à défaut de comparaisons rigoureuses dans le temps, on peut convoquer la géographie, par exemple celle du centrisme de l’après-guerre à nos jours28, mais aussi celle de l’écologie politique dans sa phase « ni à gauche, ni à droite » et ses succès en 1992-1993. Ou plus près de nous l’exploit de Daniel Cohn Bendit, leader de la campagne des européennes de 2009, quand l’écologie fait jeu égal avec le socialisme et qui, avec l’appoint des divers écologistes, dépasse le PS dans quatorze des vingt-deux régions29. Même si cette géographie électorale, au niveau départemental ou régional, parle encore en 2017, il serait très réducteur de ramener le macronisme électoral à ces deux seules sources.
Les nombreuses enquêtes réalisées le jour du vote ou durant les jours qui précèdent confirment la diversité du phénomène. Macron parvient en effet à rassembler beaucoup d’électeurs de Hollande en 2012, environ un sur deux, qui, pour partie, avaient voté Bayrou en 2007 et s’étaient dispersés en 2002. Sans oublier plus de la moitié des électeurs du maire de Pau et une part non négligeable du vote Sarkozy, 15 à 20 %, 4 points au minimum qui vont assurer à Macron sa qualification au second tour30. Cette diversité des origines se retrouve géographiquement. On peut ainsi lire dans la liste des vingt-quatre meilleurs départements du candidat d’En marche !, que treize appartenaient au premier quartile de Hollande, six au deuxième, quatre au troisième et un au quatrième, la Vendée. Les plus fortes performances du vainqueur du premier tour sont le plus souvent situées en Île-de-France et dans le Grand Ouest du pays31. En Île-de-France il réalise 28,6 % et dans le Grand Ouest (Basse-Normandie, Bretagne, son record avec 29 %, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Aquitaine) 26,3 %. Ces deux blocs géographiques, où les taux d’immigration sont historiquement très différenciés, illustrent la complexité du lien entre l’immigration et le vote32. Ainsi dans les territoires où le Front national est fort et où se mêlent la question sociale et la question de l’immigration, le vote Macron est le plus faible (19,2 %) que ce soit dans le Sud – Corse, Languedoc-Roussillon, Paca – ou dans le grand quart Nord-Est – Hauts de France, Haute-Normandie, Grand Est – 20,5 % (tableau 14).
Tableau 14 – Le vote Macron par région au premier tour
de la présidentielle 2017(1)
(1) Emmanuel Macron totalise 23,83 %. Dans dix régions, il dépasse sa moyenne nationale.
La référence récurrente dans le débat public au référendum du 29 mai 2005, qui vit le rejet du projet de nouvelle constitution européenne, nous invite à jeter un pont entre ce vote et 2017. En distinguant les départements métropolitains par quartiles selon l’intensité du vote « non » au référendum et le vote pour les quatre premiers candidats du premier tour, on remarque que Macron, candidat ouvertement pro-européen, réalise des scores d’autant plus favorables que le niveau du « non » est plus faible : de 22,2 % dans la France la plus favorable au « non » à 27,3 %. Le vote Fillon connaît, lui aussi, son meilleur résultat dans la France du « oui » du dernier quartile. C’est l’exact inverse du vote Le Pen qui passe de 27,6 % à 15,8 %. On soulignera encore le fait que Mélenchon, l’un des héros de 2005, ne réalise qu’un point de plus que Macron dans le premier quartile de la France du « non » et que son score – c’est une surprise « apparaît faiblement corrélé avec le vote de 2005 (tableau 15).
Tableau 15 – Le vote au premier tour selon le vote « non »
au référendum de 2005
(1) Les 96 départements de métropole sont divisés en quatre strates, du plus favorable au « non » : 69,49 % (Pas-de-Calais) au moins favorable : 33,55 % (Paris). Nous avons retenu ici les quatre premiers au soir du premier tour, les autres candidats connaissent peu de variations selon les quartiles y compris Nicolas Dupont-Aignan : 4,6 % dans les quartiles 1 et 4. Benoît Hamon progresse un peu avec l’affaiblissement du « non » : de 5,5 % à 7,1 %, ici grâce à son score sur Paris : 10,91 %
À droite : une alternance attendue avortée
La droite et l’Elysée furent, un quart de siècle durant, chose naturelle. Il a fallu attendre 1981 pour connaître l’alternance. La droite ne reconquiert le pouvoir central qu’en 1995, qu’elle conserve jusqu’en 2012, après l’avoir partagé le temps d’une cohabitation de 1997 à 2002. Peu après sa défaite en 2012, l’hypothèse d’une nouvelle alternance vers la droite se fait jour. Elle s’impose au lendemain des municipales de 2014 et des scrutins de 2015.
En 2002, la droite veut tirer les enseignements du « 21 avril » qui aurait pu voir l’élimination de Jacques Chirac, président sortant33. En ce sens, elle crée l’Union pour un mouvement populaire (UMP) rassemblant le RPR et une partie du centre. En 2012, au lendemain de la défaite de Nicolas Sarkozy, l’UMP connaît une série de crises internes, notamment à l’occasion du congrès de novembre 2012. François Fillon, favori de la compétition, est battu de très peu par Jean-François Copé. Il conteste activement le verdict, sans succès. L’affaire laissera des blessures profondes. En novembre 2014, Sarkozy, de retour, est élu lors d’un congrès par 64,63 % des voix à la présidence du parti, plus tard l’UMP devient Les Républicains.
Si pour beaucoup d’adhérents, le leader du parti n’est pas contesté, une candidature à la présidentielle en 2017 ne va pas de soi. L’opinion paraît dans la même disposition d’esprit, ne voulant pas d’un « remake » Hollande versus Sarkozy. Non sans obstacle, le principe d’une primaire ouverte de la droite et du centre est acquis en juin 2015. En vérité, une compétition interne avait déjà commencé dès 2013-2014, notamment avec Juppé et Fillon34. À la surprise quasi générale, Fillon l’emporte nettement sur le favori Juppé. Cette élimination directe de Sarkozy, comme la défaite du maire de Bordeaux, vont laisser des regrets profonds dans le parti, comme dans une opinion très attentive à l’issue d’une bataille qui devait désigner le futur président de la République. La primaire va régler la question de la désignation du candidat au plan juridique, mais sans doute pas pleinement politiquement. Fillon, par sa personnalité, le soutien visible de Sens commun, et surtout par la radicalité de son programme social et économique qui ont permis sa victoire, n’a pas su ou voulu se rapprocher ultérieurement du centre de gravité de la droite modérée. Un certain malaise pouvait se lire dans les déclarations des leaders du parti, comme dans l’opinion publique, avant même l’impromptu du Canard enchaîné du 25 janvier.
À l’issue d’une campagne inédite où taraudait la recherche d’un plan B, le candidat fait front face aux adversités. La réussite d’un meeting au Trocadéro, le 5 mai, met sans doute fin à toutes les spéculations alternatives, mais pas au doute. Juppé se retire définitivement du jeu. Le 23 avril au soir, Fillon, avec 20,01 %, termine en troisième position. Comme lors de la primaire, le « vote caché », argument des proches de Sarkozy, n’était pas au rendez-vous et les algorithmes de Filteris et autres organismes ont failli par incompétence peut être plus que par souci de manipulation. Pour la première fois depuis 1965, la droite parlementaire est absente de la finale d’une compétition présidentielle.
La droite à l’étiage
Le score du candidat Les Républicains figure ainsi parmi les moins élevés de la droite depuis 1965. Il marque un net recul – 7,2 points par rapport au vote Sarkozy en 2012 et plus encore en regard de celui de 2007 – 11,2 points. L’énoncé post Canard enchaîné de l’existence d’un « socle » pour Fillon entre 17-20 %, fréquemment évoqué par les médias et les proches du candidat, résistait mal à l’analyse. En fait de socle ce n’était qu’un plancher. Ce présupposé de « socle » suggérait en effet plusieurs choses : un rebond possible pour une qualification, une réminiscence des votes Chirac victorieux en 1995-2002 avec seulement 20,8 et 19,8 %, mais à l’époque une qualification était assurée, une connaissance de l’implantation des droites en France suggérant un futur élan comme l’interrogation d’un éminent politologue pour qui « la droite ne s’est pas évaporée ». Ceci me rappelle des politologues qui, avant 1981, ne pouvaient concevoir un Parti communiste en deçà de 20 %. Fin janvier, il y avait bien eu une « rupture d’opinion » entre Fillon et les Français.
In fine, en totalisant un ensemble de suffrages Fillon, Lassalle, 1,2 %, Asselineau, 0,9 %, mais aussi Dupont-Aignan, 4,7 % (qui rejoindra Le Pen entre les deux tours), la droite ne rassemble que 26,8 % contre 29 % en 2012, 33,4 % en 2007 (sans tenir compte, à ces deux derniers scrutins, de Bayrou qui recueillait respectivement 9,4 % et 19,7 %). C’était encore en 2002, 31,8 % sans Chasse, pêche, nature et tradition (4,2 %) et Lepage (1,9 %) et 44,2 % en 1995. Cette fois la conjonction du phénomène Macron et la poussée Le Pen vont profondément altérer la traditionnelle prééminence de la droite modérée lors des élections présidentielles. En 2017, elle partage avec la gauche un même destin, elle se retrouve à l’étiage (tableau 9).
Dans ce contexte, Fillon, qui résiste mieux dans les grandes villes ou arrondissements traditionnellement de droite en Île-de-France ou en province, ne passe jamais la barre des 30 % au niveau départemental comme au niveau régional. Il retrouve ses meilleures performances dans les territoires de la droite urbaine ou semi-rurale35. Au niveau régional, la palme revient à la Corse : 25,6 %, devant les Pays de la Loire : 23,6 %, Paca : 22,4 %, l’Île-de-France : 22,2 %, l’Alsace : 22,1 % (tableau 16).
Tableau 16 – Le vote Sarkozy 2007-2012 et le vote Fillon 2017
par région(1)
(1) En métropole. Sarkozy y réalise 31,0 % et 27,04 %, Fillon : 19,89 %.
L’indice national 2017-2007 est : 64.
Une approche sociologique confirme le rétrécissement géographique, mais le candidat conserve la plupart des traits de la droite observés sous la Ve République mais de manière atrophiée. Les permanences d’abord, avec une surcote chez « les 65 ans et plus » : 39 %, « les travailleurs indépendants » : 25 %, « les retraités » : 34 %, « les plus diplômés » : 26 %, mais aussi chez les catholiques : 28 %. Parmi ces derniers, on compte 46 % chez les « pratiquants » dont 55 % chez « les pratiquants réguliers », 37 % chez « les occasionnels » et 25 % parmi « les non pratiquants »36. Par contre, Fillon accuse un très fort déficit parmi « les moins de 35 ans » : 12 %, « les 35-64 ans » : 15 %, comme parmi « les actifs » en général : 13 % dont 12 % chez « les employés » et seulement 6 % chez « les ouvriers ». Rien d’étonnant, dès lors, qu’il ne recueille que 9 % chez les « proches d’un syndicat » et 13 % chez ceux « proches d’aucun syndicat »37.D’un point de vue politique, le candidat connaît une plus forte décote par rapport au vote Sarkozy 2012 chez les moins de 50 ans, chez les « travailleurs indépendants » – 18 points et « les professions intermédiaires » – 11 points. Il ne peut récupérer que 13 % du vote Bayrou, 8 % du vote Le Pen et surtout seulement 60 % des suffrages de l’ex-président dont une partie a préféré le vote Le Pen ou Macron.
Le Front national : progression mais déception
2017 s’annonçait comme l’année électorale du Front national. Non seulement, pour la première fois, il devait virer en tête au premier tour et montrer au second, quelque soit l’adversaire, qu’il pouvait franchir nettement la barre des 40 %. Il est vrai que beaucoup d’éléments de conjoncture nationale et internationale plaidaient pour de telles hypothèses qui répondaient aux vœux des dirigeants et des électeurs frontistes. Au plan national, après les échecs de Chirac, de Sarkozy et de Hollande, notamment au plan économique – faible croissance et chômage de masse – pouvait enfin s’ouvrir une alternative d’un type nouveau jamais tentée en France. Le FN pouvait aussi compter sur un climat anxiogène lié à l’acuité des questions migratoires comme à la multiplication des attentats « islamistes » en France, comme dans plusieurs pays européens. Le FN pouvait aussi s’appuyer sur de bons succès électoraux lors de la séquence 2014-2015. Ils lui ont permis un approfondissement sans précédent de son implantation territoriale et une sorte d’accréditation d’image de parti en phase avec le peuple. Il pouvait aussi continuer à se prévaloir abusivement du statut de « premier parti de France ». Statut qui ne se mérite qu’à l’issue d’une consultation nationale.
De plus, on pouvait lire, durant l’année pré-électorale, maintes enquêtes, notamment « Les fractures sociales »38, évoquant des craintes autour de l’immigration, de l’islam, d’une demande de chef pour établir l’ordre et un rétablissement de la peine de mort… autant de thèmes interprétables en faveur du FN. D’autant que le journal Le Monde du 7 mai 2017 informait, et alertait, à la « une » le grand public qu’ « Un Français sur trois est en accord avec les idées du FN et est prêt à voter pour lui ».
Au plan international, outre les poussées de l’extrême droite en Europe, le succès du Brexit qui accrédite l’idée qu’un grand pays peut se retirer de l’Union européenne, comme la victoire de Trump aux États-Unis, sur des thèmes en résonnance avec ceux du FN, paraissent ouvrir une voie à la France. Le nouveau paysage idéologique 2016/2017 s’inscrit parfaitement dans une rhétorique éditoriale bien huilée, depuis plus d’une décennie, selon laquelle : « tout profite au FN ». Ainsi, va apparaître, ici et là, l’instrumentalisation d’une victoire possible de Marine Le Pen en 2017. Beaucoup pensaient qu’elle était impossible en 2017.
Le verdict des urnes allait être plus nuancé. Marine Le Pen rassemble 7 678 491 suffrages, 16,1 % des inscrits, 21,3 % des exprimés, la meilleure performance du FN selon les trois critères. La progression est importante depuis 2012 : + 3,4 points, et plus encore si on prend en compte 2007 : + 10,9 points. Toutefois, deux considérations nuancent la nouvelle impression. D’une part, le FN ne vire pas en tête, n’est que second derrière le jeune candidat des « élites » et est talonné de près par deux autres candidats. D’autre part, pour prendre la juste mesure des choses, sans doute convient-il d’effectuer une rétrospective à l’aune du succès de 2002. Dès lors, la poussée apparaît moins flatteuse. Entre 2017 : 21,3 %, et 2002 : 19,2 % (Le Pen + Mégret), la progression n’est que de 2 points. Encore peut-on rappeler qu’en 2002, Chasse, pêche, nature et tradition (4,2 %) partageait, dans certaines régions, le même électorat que le Front national39. Notons encore que, par rapport au 21 avril 2002, il recule aussi dans dix-sept départements dont sept des huit d’Île-de-France et avec plus ou moins d’intensité – 4 points en Île-de-France, la plus grande région de France, – 1,6 en Rhône-Alpes, la seconde, et – 2,1 en Alsace.
En toute hypothèse, il y a plus que des nuances entre le vote réel et les commentaires pré-électoraux, le FN est, à cet égard, une source inépuisable depuis plus de trente ans. N’oublions pas non plus que des élections intermédiaires à faible enjeu national, et le plus souvent à faible participation, ont un rapport ténu avec une élection présidentielle. Quant aux mesures dites de potentiel électoral, on ne les manie jamais avec suffisamment de prudence. Le Front national comme l’étude des électorats en général étant largement traités dans cette livraison de la Revue Politique et Parlementaire40, on souhaitera prolonger ici les propos sur le FN à travers leurs seules dimensions géographique et de démographie électorale.
Le déploiement du Front national dans les régions
La lecture du tableau 17 montre une progression linéaire entre la présidentielle de 1988, date de la première vraie présence du Front national, au cœur du système politique, et 2002, année de consécration avec une qualification au second tour. Le processus, interrompu en 2007 par usure de Jean-Marie Le Pen et une forte dynamique de Nicolas Sarkozy, reprend son cours. Une plongée au niveau départemental (tableau 18) illustre l’approfondissement de la nationalisation de son influence électorale. En 1988, le FN ne parvenait à passer le seuil des 20 % que dans neuf départements, en 2012 dans quarante-trois et en 2017 dans soixante-deux. Parallèlement, le FN connaissait une implantation inférieure à 10 % dans vingt départements et encore dans vingt-deux en 2012, quinze ans plus tard Paris (5 %) et les Hauts-de-Seine (7,6 %) rencontrent une telle situation. Aujourd’hui, Le Pen devance les autres candidats dans quarante-sept départements et franchit le seuil des 30 % dans douze, tous situés dans ces deux blocs géographiques que forment un espace nord-est et un espace sud-est41. Ici le FN réalise respectivement 28,34 % et 27,93 %. Ces deux vastes territoires, qui comptent respectivement dix-sept et treize départements et 22,24 % de la population électorale nationale, vont assurer la qualification de Marine Le Pen au second tour. Ils ne connaissent toutefois pas la même intensité de croissance entre 2002-2017, le Sud enregistrant une faible croissance, sauf en Corse, contrairement au Nord-Est, sauf en Alsace42.
Tableau 17 – Le vote Front national à l’élection présidentielle(1)
(2) Jean-Marie Le Pen candidat en 1974, 1988, 1995, 2002, 2007.
(3) Il s’agit des suffrages obtenus au 1er tour par Le Pen et Mégret, respectivement 11,57 et 16,86 ; 1,62 et 2,34. Le Pen obtient pour sa part 4 804 772 suffrages.
(4) Marine Le Pen candidate en 2012 et 2017.
Tableau 18 – Implantation départementale du Front national
premier tour de la présidentielle 1988-2017(1)
(1) Métropole – 96 départements.
(2) Pyrénées Orientales : 30,01 ; Aube : 30,3 ; Somme : 30,4 ; Var : 30,4 ; Vaucluse : 30,5 ; Oise : 30,9 ; Haute-Savoie : 31,4 ; Meuse : 32,3 ; Ardennes : 32,4 ; Haute-Marne : 33,2 ; Pas-de-Calais : 34,3.
(3) Aisne : 35,7.
Ces évolutions de niveau d’implantation comme de croissance électorale s’observent plus nettement dans les territoires selon la taille des communes. Cette approche illustre, en les localisant, les mutations sociologiques de l’électorat du Front national vers les couches populaires selon les catégories socioprofessionnelles et les niveaux d’éducation.
Aux élections européennes de 1984, premier succès national pour le FN (11,2 %), Jean-Marie Le Pen obtenait 15,3 % des suffrages dans les métropoles de plus de 100 000 habitants, trente-trois ans plus tard, sa fille, malgré le doublement du score national, n’y rassemble que 12,3 %. Le basculement de tendance s’est opéré après 2002. Entre 2012 et 2017, le FN y stagne malgré une poussée nationale. À l’inverse des très grandes villes, les communes de moins de 3 500 habitants43, où les populations sont plus populaires se sentent parfois plus isolées voire abandonnées que dans les métropoles ou les villes moyennes, le FN passe de 9 % en 1984 à 25,8 % en 2017. C’est à l’évidence la conséquence d’un développement économique et social inégal comme d’une relative provincialisation d’une immigration, variable selon les territoires, mais omniprésente dans les médias nationaux, notamment télévisuels.
Sans doute très attentive aux résultats électoraux de Chasse, pêche, nature et tradition comme ceux de son père en 2002 dans la France rurale, Marine Le Pen porte depuis quelques années une attention particulière à la question de la ruralité et du sort des petites communes afin, aussi, de mieux l’opposer aux banlieues qui seraient trop privilégiées par les pouvoirs publics. Cette préoccupation stratégique vers la « France des oubliés » est symbolisée, chaque année depuis 2012, par une réunion publique à Brachay petit village de 63 habitants de Haute-Marne, où elle avait lancé sa campagne, qui figure au 34 885e rang des communes françaises. Soulignons que Jean-Marie Le Pen y obtenait 54,8 % au premier tour et 42,9 % au second. En 2017, Marine Le Pen y obtient respectivement 83,7 et 90,2 %.
À la seule aune des présidentielles, le phénomène des petites villes apparaît, à l’exception de la parenthèse 2007, parfaitement linéaire : 14,3 % en 1995, 19,9 % en 2002, 21 % en 2012. Il connaît un bond en avant en 2017 avec 25,8 %. C’est ici que Le Pen creuse l’écart, sans doute décisif, pour parvenir au second tour avec un surplus de 4,3 points avec Macron, et surtout de 6,2 avec Fillon et plus encore de 8,4 avec Mélenchon. On rappellera que les communes de moins de 3 500 habitants, cœur de cible de Marine Le Pen, comptent 20 989 811 habitants, 36,71 % des inscrits en métropole44.
Nouveau rapport de force entre les droites
L’ensemble des droites métropolitaines – droites parlementaires + FN – majoritaire depuis 1995 dans le pays, comme dans toutes les régions, sauf en 2012 dans le fief de Hollande, le Limousin (45,5 %), ne rencontre ce statut en 2017 qu’à douze reprises. La droite parlementaire, en position très affaiblie, n’est majoritaire dans aucune région, ni dans aucun département doit affronter un Front national plus puissant que jamais. Pour la première fois dans un scrutin présidentiel, décidément inédit, le FN devient majoritaire au sein des droites dans six régions très nettement dans le Nord-Pas-de-Calais, en Picardie, en Languedoc-Roussillon et en Lorraine, moins en Haute-Normandie et Champagne-Ardenne et à quasi égalité en Paca et en Franche-Comté. La droite parlementaire demeure en revanche majoritaire face au FN dans treize régions notamment en Bretagne, Pays de la Loire et Île-de-France (tableau 19). Au niveau départemental, elle conserve la majorité dans soixante-et-onze départements. Toutefois si on faisait abstraction du vote Dupont-Aignan (4,7 %), eu égard à son comportement entre les deux tours, la droite perd alors son leadership dans cinq autres régions : l’Alsace, la Bourgogne, le Centre-Val de Loire, la Franche-Comté et Paca, mais le conserve encore dans la moitié des régions. Sans le leader de Debout la France, la droite perd son ascendant sur le FN dans vingt-six départements, devenant ainsi minoritaire dans l’ensemble des départements.
Ces appréciations politologiques, pour éclairantes qu’elles soient, utiles pour des réflexions stratégiques en vue de prochaines élections départementales ou régionales, nous enseignent peu sur la droite strito sensu, celle qui a voté Fillon dans une opposition directe avec Le Pen pour l’accès au second tour. Alors au niveau régional comme au niveau départemental, la bataille Front national devient très inégale. Malgré un faible écart au niveau national, Le Pen emporte nettement son duel dans dix-huit régions et dans soixante-dix départements. L’explication tient à la démographie en raison, notamment, du poids considérable de l’Île-de-France où le Front national ne recueille que 12,6 %.
Tableau 19 – La part du Front national dans l’ensemble des droites
au premier tour de la présidentielle 2017(1)
(1) L’ensemble des droites en métropole : Fillon : 19,89 %, Dupont-Aignan : 4,80 %, Lassalle : 1,23 %, Asselineau : 0,90 %, soit un total de 26,82 % + Front national : 21,52 % = 48,34 %. La part du Front national est de 44,52 %.
Un second tour de confirmation
Lors de chaque élection présidentielle, les premiers tours ont tous été caractérisés par un fort particularisme tenant au contexte, aux personnalités en présence, aux dynamiques de campagne et à la hiérarchie finale. Aucun n’a constitué le tour décisif, même en 1965 avec le Général de Gaulle et une candidature unique de la gauche avec François Mitterrand, la présence de Jean Lecanuet l’ayant empêché. Bien qu’ils n’aient produit aucune surprise majeure, les seconds tours, avec toujours les deux premiers du premier tour, même si la constitution laisse place à un retrait, ont nécessairement laissé une trace plus forte dans les mémoires. Une exception cependant, en rapport avec la prévisibilité de victoire, avec la totale incertitude à la veille du 19 mai 1974 pour savoir qui de Giscard d’Estaing ou de Mitterrand serait le vainqueur.
Six semaines avant le scrutin de 201745, l’opinion publique apparaît lucide quand 61 % des personnes interrogées ne souhaitent pas voir Le Pen présente au second tour, mais que 76 % pensent qu’elle le sera, quand 75 % ne souhaitent pas sa victoire et seulement 36 % la jugent probable, dont 26 % à gauche, 23 % chez Les Républicains et 48 % au FN. Mais c’est en réponse à une question sur la perception de Le Pen que l’on va entrevoir des éléments susceptibles d’éclairer le second tour. 49 % voient en elle « une extrême droite nationaliste et xénophobe », contrairement à une « droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles » 40 %. Ici la gauche et Les Républicains se séparent. À gauche : 75 % penchent vers la première réponse, la plus dure, contre 49 % à droite. Remarquons aussi qu’à gauche, 17 % la perçoivent en « droite patriote ». Autres éclairages selon l’attitude des Républicains à l’égard du FN. Ces derniers penchent à 31 % pour faire « des alliances électorales avec lui selon les circonstances », 7 % pour « le traiter désormais comme un allié… » contre 26 % pour qui « il faut le combattre » et 29 % pour « refuser tout accord politique avec lui sans le combattre ».
La question de la qualification
De 1965 à 2012, l’ordre d’arrivée des candidats, dès lors la qualification pour le second tour, ne soulevaient aucun doute dès l’annonce des résultats des estimations à 20 h à la télévision. En 2017, la relative étroitesse des scores entre les quatre premiers n’explique pas à elle seule une nouvelle attitude. On peut ici rappeler qu’en 1969, l’écart entre Duclos et Poher n’était que de 2 points, en 1995 entre Chirac et Balladur de 2,3 points et en 2002 de 0,7 point entre Le Pen et Jospin. À l’époque, tous les candidats ou leurs représentants actaient sur les plateaux de télévision les estimations.
En 2017, Jean-Luc Mélenchon et ses proches vont manœuvrer laissant éclater leur déception et en dévoilant une ambition qu’aucun sondage sérieux ne laissait espérer, se qualifier au second tour. Ce ressentiment, peut-être légitime, se prolongera par des reproches ultérieurs adressés à Hamon d’avoir maintenu sa candidature ou, plus ou moins explicitement, en développant urbi et orbi la thèse d’un Macron mal élu. En vérité, si Mélenchon n’est pas finaliste c’est parce qu’il a largement perdu son duel, comme en 2012, avec Le Pen parmi les catégories sociales qu’il espérait convaincre, les ouvriers, les employés et les personnes les moins diplômées. Parallèlement, il avait en Fillon et Macron des concurrents redoutables auprès des classes moyennes, des professions intermédiaires et des cadres et professions intellectuelles où il obtint néanmoins de bons résultats (tableau 8).
Une étude selon la taille des communes, lors des cinq derniers scrutins, va souligner des particularités instructives généralement analysées en termes nationaux. Ainsi, en 1995, Lionel Jospin, qui l’emporte au premier tour, est majoritaire dans toutes les strates de population de moins de 3 500 habitants à plus de 100 000, Chirac est toujours deuxième, Balladur toujours troisième et Le Pen quatrième. Le 21 avril 2002, Jospin est éliminé par Le Pen principalement dans les plus petites communes, l’écart est ici de – 3,3 points, il l’est encore, dans une moindre mesure, dans celles de 3 500 à 30 000. Il parvient à reprendre l’ascendant, sans toutefois combler son retard, dans les communes de 30 000 à 100 000 : + 0,5 point sur Le Pen et nettement au-delà : + 3,1 points. En 2017, Macron est qualifié selon toutes les strates de population tandis que Le Pen l’est nettement jusqu’à 9 000 habitants. Pour sa part Mélenchon n’y parvient qu’à partir de 9 000 habitants. À cette aune, Fillon n’est jamais qualifié, il est partout dominé soit par Le Pen dans les petites villes, soit par Mélenchon dans les grandes où ce dernier réalise 23 % dans celles de plus de 30 000 habitants. Dès lors on peut affirmer que le candidat de la France insoumise, en concédant 8,4 points dans les petites communes, sociologiquement plus populaires, et en cédant du terrain à Fillon dans celles de moins de 9 000 habitants, a été éliminé dans la France des terroirs et non des métropoles mondialisées.
Tableau 20 – Les résultats du second tour de l’élection présidentielle
7 mai 2017 (1)
Par delà ces observations générales, il est possible de régionaliser les écarts entre Le Pen et Mélenchon. Ainsi dans les communes de – de 1 000 inscrits, des villages et des petits bourgs, le FN domine largement son concurrent de la FI : Champagne-Ardenne : + 21,7, Picardie : + 20,4, Alsace : + 19,7, Nord-Pas-de-Calais : + 17,7.
Un entre-deux-tours et un débat sans précédent
L’entre-deux-tours est rituellement marqué par quelques temps forts, les prises de position des candidats non qualifiés à l’égard des finalistes et quelques grands meetings et interviews généralement non susceptibles de changer le cours des choses. C’est aussi, à partir de 1974 – à l’imitation du fameux débat Nixon/Kennedy en 1960 – qu’intervient un débat télévisé entre les deux qualifiés. Le grand rendez-vous démocratique connaît une interruption en 2002 quand Chirac refuse de débattre avec Le Pen. C’est encore, pour les observateurs politiques, l’analyse de l’équation du premier tour et sa projection sur le second en convoquant l’histoire électorale, les prises de position des uns et des autres et en mobilisant son attention sur la publication des reports et des transferts de voix. L’analyse peut être simple quand, en 1969 et 2002, la gauche est absente. Le pourcentage du vainqueur, et corrélativement celui du vaincu, suscitant l’intérêt des seuls experts. 2017 va, une nouvelle fois, produire de l’inédit avec l’éviction simultanée de la gauche et de la droite au bénéfice d’un duel Macron-Le Pen, entre le tenant du « et à gauche, et à droite » et l’avocate « des patriotes ».
Le soir du premier tour, la qualification de Le Pen, cette fois sans surprise, devait normalement accélérer la clarification des positions. Les choses n’allaient pas se passer aussi aisément, sauf pour Fillon, Hamon et les grands battus des primaires : Sarkozy, Juppé et Valls qui appellent immédiatement à voter Macron comme Hollande et Cazeneuve de même que les partis, PS, PCF, PRG et EELV, tous les syndicats de salariés et de chefs d’entreprise et les grandes associations. Mais, derrière les propos et le caractère binaire de la situation, beaucoup d’arrière-pensées liées à l’avenir des formations politiques, comme aux législatives à venir, vont rendre la situation plus complexe.
Du côté des Républicains, habitués à débattre autour du « ni ni » et du « front républicain » depuis quelques années, ce n’est toujours pas le règne de l’unanimité. Certaines personnalités, tels Laurent Wauquiez ou Éric Ciotti, vont infléchir la position des grands leaders, en excluant de voter Le Pen ou de s’abstenir, et en laissant la liberté de vote entre Macron et le vote blanc. Sens commun, l’une des familles associées aux Républicains, très active durant la campagne de Fillon, récuse le vote Macron. Jean Lasalle, ex-MoDem, appelle à voter blanc comme Nathalie Arthaud. Philippe Poutou et François Asselineau comme Jacques Cheminade ne donnent aucune consigne de vote, mais excluent de voter Le Pen.
C’est surtout du côté de la France insoumise que règne un manque de clarté. 2002 n’est pas 2017. Mélenchon, meurtri semble-t-il de son élimination, s’exprime à titre personnel pour déclarer que le vote Le Pen serait une « terrible erreur » et qu’il ira voter. Comme son leader, la FI refuse de donner une consigne de vote et innove en consultant ses adhérents. Le vote en ligne de près de 250 000 adhérents voit un vote Macron minoritaire (34,8 %), une nette majorité de blancs ou nuls (36,12 %) et d’abstentions (29,1 %). La question d’un possible vote Le Pen n’est pas proposée.
Coté socialiste, si la position officielle est d’une grande clarté, elle n’est pas dénuée de considérations tactiques et stratégiques face à un futur très préoccupant pour sa survie. Entre le soutien actif de Manuel Valls, engagé dès le premier tour, celui de Martine Aubry pour qui voter Macron c’est d’abord « faire barrage » à Le Pen et les socialistes qui veulent prioritairement sauver le maximum de sièges en vue des législatives, malgré la position inflexible de Macron, il y a plus que des nuances.
Chez Les Républicains, on balance entre un souhait plus ou moins actif d’incliner vers Macron et En marche !, pour affaiblir Le Pen, de plus en plus dominante dans les territoires, et un vif désir de victoire aux législatives ouvrant une quatrième cohabitation, contradictoire avec un plébiscite pour Macron.
Dans le camp d’en face, chez Marine Le Pen, l’espoir était faible de voir des ralliements de poids lourds nationaux ou locaux venant des Républicains. La surprise pour l’opinion viendra du ralliement de Nicolas Dupont-Aignan contredisant ses déclarations antérieures, après la signature d’un accord le 29 avril qui amodie le programme frontiste, notamment à propos de l’Union européenne et d’une sortie de l’euro.
Outre ces prises de position, l’entre-deux-tours va être rythmé par de nombreuses enquêtes d’opinion. Toutes annoncent une nette défaite de Le Pen. Défaite qui sera d’autant plus lourde que, pour la première fois, un débat de second tour, le mercredi 3 mai, tourne à sa déconvenue46.L’analyse spontanée des médias, confirmée ultérieurement par les sondages, va désigner Macron net vainqueur de l’échange47. Ce dernier, en bon stratège, avait, auparavant, dressé le cadre politique et idéologique de l’affrontement en inscrivant son adversaire dans la lignée de l’extrême droite48 et en repoussant l’extrême gauche en refusant la demande de Mélenchon de renoncer à sa réforme du Code du travail par ordonnances. Pour sa part Le Pen, agressive tout au long du débat, va reprendre ses principaux axes de campagne en profilant Macron dans sa filiation Hollande, en le peignant en mondialiste, au plan économique comme sur l’immigration, en soulignant des liens avec les milieux financiers et en le décrivant bon élève de l’Allemagne et de Bruxelles. Peu crédible dans la forme, avec un recours permanent à ses fiches, comme sur le fond, notamment sur la sortie de l’euro, et toujours plus en posture syndicale que politique sur les questions économiques et sociales, la candidate va naufrager. Elle va perdre beaucoup de crédit dans le pays sous le regard des dirigeants du FN et de son électorat et peut-être hypothéquer son avenir national.
Nette victoire de Macron
À l’issue du scrutin où 65 % des personnes interrogées jugent qu’Emmanuel Macron « a mené « la meilleure campagne entre-les-deux-tours » (Ifop). Ce dernier recueille 20 743 128 suffrages, soit 43,61 % des inscrits et 66,10 % des exprimés contre 10 638 475 pour son adversaire. Au regard des pourcentages ramenés aux inscrits, le vainqueur (43,6 %), se situe à un niveau semblable à celui de Giscard en 1974, Mitterrand en 1981 et 1988, Sarkozy en 2007. C’est mieux que Pompidou en 1969, Chirac en 1995 et Hollande en 2012, mais en deçà du président de Gaulle en 1965 (39,4 %) et, dans des conditions exceptionnelles, du président Chirac en 2002 (62 %). Par rapport aux exprimés, il est le deuxième mieux élu après Chirac (tableau 21).
Tableau 21 – Le pourcentage du vainqueur (1)
Après une âpre compétition quadripolaire relativement ouverte au premier tour, l’offre du second tour va une nouvelle fois frustrer les électeurs de Fillon et décevoir ceux de Mélenchon (39,6 %), beaucoup croyant possible le passage au tour décisif. Rien d’étonnant que, face à une issue connue d’avance et lorsque près de huit électeurs sur dix disent « s’être affranchis des consignes de vote » (BVA), le taux d’abstention soit, pour la première fois de l’histoire présidentielle, à la hausse par rapport au premier tour, + 3,2 points. Il est aussi avec 25,4 % le plus élevé depuis 1969 (31,1 %). L’abstention comme le record des blancs et nuls (8,6 % sur les inscrits, 11,5 % sur les votants), toutes compétitions confondues, s’expliquent par le refus des électeurs des candidats non qualifiés de voter pour des finalistes « qu’ils rejettent », dont ils disent « ne pas partager leurs idées » (Ipsos) et qui ne « défendent ou ne représentent pas mes idées » (Ifop). 2017 se singularise une nouvelle fois par rapport aux scrutins bipolaires gauche/droite où, peu ou prou, les électorats d’un même camp se rassemblaient au second tour.
L’analyse des mouvements d’un tour à l’autre est l’une des questions les plus complexes pour le sondeur comme pour l’analyste électoral. Afin de mieux comprendre, observons que le 23 avril on décompte une abstention de 10 578 455 d’inscrits et le 7 mai de 12 101 366, soit un solde net de + 1 522 911. Cette évaporation de la participation est nettement inférieure aux enseignements des instituts de sondage lorsque l’on applique leurs coefficients de « transferts » d’abstention. Ainsi selon Ipsos Sopra Stera qui, pour sa part, distingue les blancs-nuls de l’abstention, on obtiendrait un supplément de refus de vote de l’ordre de 3,5 à 4 millions49. Outre les marges d’erreurs inhérentes à l’exercice, on peut supposer, comme lors de chaque scrutin à deux tours, que l’on a connu un turnover important. D’autres études, fondées sur une analyse statistique, montreront qui abstent au premier tour s’est déplacé au second, très probablement pas dans un rapport 50/50. Cette remarque méthodologique formulée, on peut considérer ici que l’essentiel tient moins dans la précision des choses que dans leur ordre de grandeur. Ainsi selon Ipsos Sopra Stera pour le Cevipof et Le Monde qui distingue les blancs et nuls de l’abstention, sur cent électeurs de Fillon au premier tour, quarante-huit ont voté Macron, vingt Le Pen, quinze blancs et nuls et dix-sept n’ont pas voté. Sur cent électeurs de Mélenchon, on compte respectivement cinquante-deux pour Macron puis sept pour Le Pen, dix-sept blancs et nuls et vingt-sept n’ont pas voté. Pour l’Ifop, l’électorat Fillon s’est reporté à raison de 51 % pour Macron, 23 % pour Le Pen, le reste dans l’abstention, blanc/nul. Celui de Mélenchon vote à 54 % pour Macron, à 14 % pour Le Pen quand 32 % s’abstiennent ou votent blanc/nul. Observons que Le Pen ne rassemble pas au second tour la totalité de son capital de premier tour, seulement 91 %. Peut-être l’effet négatif du débat. Au total environ un électeur sur deux de Fillon vote Macron au second et environ un sur cinq pour Le Pen.
Tableau 22 – Le vote Macron le 7 mai – selon l’intensité du score
au niveau communal(1)
Tableau de l’auteur. Source : fichier au niveau communal du ministère de l’Intérieur.
(1) Communes où Emmanuel Macron réalise plus de 50 % des suffrages exprimés (66,0 % des suffrages exprimés en métropole).
Tableau 23 – Le vote Le Pen le 7 mai – selon l’intensité du score
(1) Communes où Marine Le Pen réalise plus de 50 % des suffrages exprimés (33,8 % des suffrages exprimés en métropole).
L’approche géographique va confirmer, en les amplifiant, les lignes de force du premier tour. Macron l’emporte dans les vingt-deux régions et dans quatre-vingt-quatorze des quatre-vingt-seize départements. Sa domination sur son adversaire est nette en Île-de-France : 78,7 %, en Bretagne : 75,4 %, dans les Pays de la Loire : 72,4 % et en Limousin : 70,1 %. Elle est moins ample en Picardie : 51,9 %, en Corse : 51,48 %, dans le Nord-Pas-de-Calais : 53,4 %. Une comparaison avec 2002 montre que Jean-Marie Le Pen n’atteignait jamais le seuil des 30 %, seulement 27,7 % en Paca, et parvenait à dépasser 20 % que dans treize régions. En 2017, sa fille connaît son plus bas score en Île-de-France : 21,3 % et en Bretagne : 24,6 % tandis qu’elle tangente la majorité en Picardie : 48,1 % et en Champagne- Ardenne : 48,5 %. Au niveau départemental, le Pas-de-Calais et l’Aisne se singularisent en offrant une majorité de suffrages à Le Pen, respectivement 52,1 % et 52,9 %, tandis qu’en Haute-Marne, en Corse-du-Sud, dans les Ardennes, le Var, la Meuse et la Haute-Saône elle dépasse les 48 %. Une étude de second tour selon la taille des communes montre une domination générale et graduelle de Macron selon les strates de population : de 57 % dans les communes de moins de 1 000 habitants à 79,5 % dans celles de plus de 100 000. On rappellera à ceux qui se réfèrent quasi exclusivement aux grandes villes qu’un tiers de nos compatriotes réside dans des communes de moins de 3 500 habitants, c’est-à-dire plus que ceux des villes de plus de 30 000 habitants qui n’en totalisent que 31,1 %. Une autre lecture, cette fois par commune au niveau des régions et des départements, illustre que Macron est majoritaire absolu dans 25 799 (73,1 %) des 35 281 communes françaises. Ce mode d’observation confirme la surreprésentation du vote Le Pen dans les petites communes qui, précisons le, sont les plus nombreuses. Il illustre aussi la diversité des territoires quand dans sept régions Macron est majoritaire dans plus de 90 % des communes pour atteindre 99,7 % en Bretagne et même 100 % dans trois départements de la région (Finistère, Côte d’Armor, Ille-et-Vilaine) comme dans toutes les communes de Corrèze. À l’inverse, Le Pen est majoritaire absolue et domine largement Macron au niveau des communes dans les trois régions du grand Nord-Est, Picardie : 69,5 %, Nord-Pas-de-Calais : 56,4 %, Champagne-Ardenne : 58,6 %.
Tableau 24 – Le vote Macron et Le Pen selon la taille des communes
L’approche sociologique selon les instituts de sondage montre qu’après le passage de onze à deux candidats chaque finaliste élargit, plus ou moins fortement, son assise électorale dans toutes les catégories d’analyses. Le vainqueur est partout le premier à deux notables exceptions près, chez les ouvriers où il obtient néanmoins 40 % contre 15 % au premier tour et chez les chômeurs : 49 %. Le vote en sa faveur est un peu plus féminin que masculin : 67/64 %, plus âgé que jeune : 76 % chez les plus de 65 ans, 67 % chez les 18-24 ans, mais 58 % chez les 50-64 ans. D’un point de vue social, comme au premier tour, on retrouve un fort clivage entre les catégories supérieures (CSP +) : 77 % et les CSP – : 48 %, mais, à mes yeux, il est difficile d’y lire un « vote de classe » entre deux France antagonistes tant le président est majoritaire chez les actifs comme dans le salariat : 62 %, comme chez les retraités : 74 %, catégorie minoritairement issue « des cadres et professions intellectuelles supérieures. L’orientation électorale selon le niveau d’éducation comme selon l’appartenance subjective de classe mérite d’autant plus de considération que le duel opposait deux personnalités idéologiquement et politiquement très typées. Le niveau d’éducation qui renvoie plus ou moins à un statut social, mais pas mécaniquement à un niveau de revenu ou de patrimoine, permet une lecture enrichissante. Elle restitue l’autonomie de la dimension intellectuelle dans le comportement électoral. En ce sens, cela confirme ce que l’on sait, depuis deux ou trois décennies, à savoir que plus on fait d’études supérieures, plus forte est la propension à récuser le vote Le Pen. À part les « catégories aisées », autour de 2 à 5 % du corps électoral, si l’on élargit le critère des ménages payant l’ISF50 et qui votent à 83 % Macron, les « classes moyennes supérieures », plus nombreuses, votent comme la France : 68 %. Ensuite le vote Macron décline : 61 % pour les « classes moyennes inférieures », 57 % pour les catégories « modestes » pour atteindre 55 % parmi les catégories « pauvres » (Ifop).
Tableau 25 – Les pourcentages de Marine Le Pen le 7 mai
par départements(1)
(1) En métropole, selon les suffrages exprimés.
(2) Trois de 10 à 20 %, Paris : 10,3 ; Hauts-de-Seine : 14,4 ; Val-de-Marne : 19,7 %.
(3) Cinq de 20 à 25 %, Seine-Saint-Denis : 21,2 ; Ille-et-Vilaine : 22,3 ; Finistère : 22,7 ; Loire-Atlantique : 22,8 ; Yvelines : 22,8.
(4) 15 départements dont 7 à plus de 47,5 % : Haute-Corse : 47,7 ; Haute-Saône : 48,3 ; Meuse : 48,4 ; Var : 49,1 ; Ardennes : 49,3 ; Corse-du-Sud : 49,4 ; Haute-Marne : 49,5.
(5) Pas-de-Calais : 52,1 ; Aisne : 52,9.
La comparaison, selon les variables traditionnelles des instituts de sondage, entre le vote Le Pen du premier et du deuxième tour montre dans l’ensemble une avancée homothétique autour de + 13 points. On pointera néanmoins une progression de Le Pen plus forte chez les 34-49 ans (+ 16), les PCS – (+ 18 dont + 21 chez les ouvriers), chez les « chefs d’entreprise (+ 19) et les salariés d’entreprises publiques (+ 17) et, fait à souligner, + 31 chez les « agents de la fonction publique »51. Le caractère accentué du vote Front national parmi les couches populaires, illustré plus haut, se vérifie encore parmi les personnes qui n’ont « pas de diplôme ou le CEP » (+ 18).
Réflexions : 2017 une année uchronienne
À l’issue de cette plongée dans le dixième scrutin présidentiel de la Ve République, on recense une somme d’observations qui, par leur ampleur ou leur fréquence, font de 2017 une consultation unique. Certes, depuis les années 90, on a pu rencontrer, au fil du temps, une succession de performances, de contreperformances, d’étrangetés, des records en tout genre, des surprises majeures, des candidatures atypiques bousculant l’ordre des choses. Cette fois cependant, tout se passe dans une temporalité courte.
En moins d’un an, on découvre un nouveau candidat mu en président, une attente classique d’alternance au bénéfice de la droite qui se transforme en bouleversement du système politique, un parti au pouvoir – c’est la différence avec 1969 – qui tombe à 6 %, un ex-favori éliminé au premier tour, une gauche radicale, la FI, qui rompt quatre décennies de suprématie socialiste, une extrême droite désormais majoritaire au sein des droites au premier tour dans beaucoup de régions et qui recueille un tiers des suffrages au premier tour, une carte électorale qui obéit à des continuités bipolaires mais qui, au sein des grands blocs politiques, voit des rééquilibrages brutaux. Enfin, l’émergence d’un nouveau parti En marche ! sorti du néant qui tend à l’hégémonie.
Aucun homme politique, politologue, essayiste, observateur ou réseau social n’avait prévu l’ouragan hors des considérations générales partagées sur la crise du politique. Beaucoup vont perdre leurs repères. On dénonce, par exemple, le maléfisme du « vote utile », pourtant consubstantiel au jeu démocratique, et habituel système de défense au soir des déconvenues électorales, ainsi le PCF en 1981 par rapport à Mitterrand et Mélenchon en 2012 par rapport à Hollande, comme aujourd’hui chez certains socialistes. On devrait pourtant savoir où a conduit des votes non-utiles lors d’un « 21 avril 2002 ». On évoquera un « complot d’État » dont Fillon fut victime, un « complot médiatique » dont Macron, peut-être bénéficiaire, serait l’organisateur. Plus globalement, on va convoquer « la-chance-de-monsieur-Macron » qui, sans doute par magie, jamais par talent, lui aurait permis d’éviter tous les obstacles, de profiter de toutes les occurrences politiques ou autres. On cite alors, comme « divine surprise », son maintien au gouvernement malgré des incartades réitérées qui ont valu à d’autres leur exclusion, l’élimination de Juppé, la non-candidature de Hollande, puis celle de Bayrou, la victoire d’un « frondeur » à l’issue de la primaire citoyenne, le maintien de Fillon contre vents et marées, la domination à la mi-mars de Mélenchon sur la gauche, et enfin la polarisation d’un jeu d’associés-ennemis, Macron-Le Pen, pour mieux marginaliser leurs concurrents.
Si tout ceci n’est pas totalement indigent, beaucoup relève d’une rationalisation et d’un déterminisme univoque. Aussi, peut-être est-il utile de rappeler, par respect des faits et de la chronologie, que dans un univers très codifié, très conformiste « il sait ce qu’il me doit » avait dit le président le 14 juillet 2016, que le néophyte a su faire preuve d’audace – d’ingratitude diront certains – en affrontant Hollande. Mais aussi a-t-il fait preuve d’un talent de stratège en annonçant sa candidature avant l’échéance fixée par l’Elysée pour le président, en défiant le PS en récusant sa participation à la primaire citoyenne, en toisant la droite avant son rendez-vous démocratique interne, montrant, par là même, que lui Macron n’attendait pas, pour se déterminer, le sort des urnes chez ses adversaires. On ajoutera qu’il fit preuve de beaucoup de force en affrontant d’emblée Marine Le Pen, au zénith dans les sondages, comme ennemie de notre civilisation. On rappellera encore la manifestation d’une ferme éthique de conviction en s’avançant dans le débat en « pro-européen » dans un pays où sur cette question la pusillanimité passe pour une habileté52.
On le sait, c’est lui qui a empêché Hollande d’être candidat, comme plus tard par un rapport de force Bayrou de l’être. C’est encore lui qui a maintenu une ligne de distinction avec « le système politique » en place, sans jamais nier que le système global, le vrai, allait bien au-delà du champ politique. Après un ordre politique bousculé qui, contrairement à 1958, n’engendre pas une rupture, certains paraissent se réfugier malgré la force du résultat – un président bien élu selon les inscrits et les exprimés, avec un taux normal de participation au premier tour – dans un univers hyper-uchronique.
2017 restera l’année uchronienne par excellence. À l’évidence plus qu’en 1965, avec « et si de Gaulle ne s’était pas présenté », plus qu’en 1974 « et si Pompidou avait pu achever son mandat en 1976 » ou qu’en 1988 « et si Mitterrand n’avait pas été candidat », pour ne pas trop parler de 2002 « et si un tel n’avait pas été candidat à gauche », « et si Pasqua l’avait été », « et si… ». En 2012 « et si la campagne avait duré une semaine de plus », aux dires des amis de Nicolas Sarkozy. En 2017, l’espace ouvert à l’uchronie est sans limite. Quid si Hollande avait été candidat face à Macron ou sans ce dernier, si le Canard enchaîné…, si Fillon s’était effacé devant Juppé, si Hamon s’était retiré au profit de Mélenchon, s’il n’y avait pas eu de débat télévisé avant le premier tour, comme jusqu’à présent, et que Mélenchon réalise un score de l’ordre de 15 à 16 %, et si Mélenchon avait, in fine, affronté Le Pen au second tour et que par hypothèse il l’emporte avec 52 %, quel président eût-il été en regard de ce qu’il déclare aujourd’hui ?
L’uchronie, indiscipline intellectuelle, est stimulante pour l’esprit, parfois à valeur heuristique, à condition de ne pas en abuser politiquement. Ce fut, faut-il le rappeler, le jeu de société sans doute le plus pratiqué en France au premier semestre 2017. Il s’est mué ensuite, ici et là, en procès en illégitimité. Le temps effacera les ressentiments, les remords et les regrets tout azimut par un retour au réel et par la force du vote dans une société démocratique. Emmanuel Macron est bien le huitième président de la République. « Social libéral » pour les uns, « centriste libéral » pour d’autres, « libéral » pour la gauche traditionnelle, il est à nos yeux un président « inclassable » sui generis, dont l’identité se précisera dans la confrontation au réel. Au demeurant, qui peut sérieusement penser, sauf à détourner le sens des mots, que l’on peut être en France, en 2017, un authentique libéral dans l’ordre économique et social ?
Il y a certainement une part non rationnelle dans l’explication du succès d’Emmanuel Macron, mais un espace de contingence ne saurait se ramener à une occurrence politico-judiciaire. Seule l’Histoire aidera à élucider l’intrication des causes. Cependant, la part de la nécessité me paraît majeure. D’abord à travers un profond désir de renouvellement d’un système jugé très majoritairement épuisé – je n’évoque pas la Constitution de la Ve République – qui a survécu et survivra à ses contempteurs. Ensuite, par la poursuite d’un puissant refus de victoire de Marine Le Pen. Enfin, peut-être, la conjonction d’un talent personnel et d’un moment, durable ou éphémère, de la société française. Ces trois dimensions m’apparaissent les clefs de la victoire du nouveau président. Elles constituent aussi autant de défis à surmonter.
Résultats du vote Macron au second tour de la présidentielle 2017(1)
par région(2)
(1) En métropole, selon les suffrages exprimés : 65,72 % pour Emmanuel Macron.
(2) Les 22 régions par ordre alphabétique, résultats et rang de classement.
Le vote au second tour de l’élection présidentielle selon le vote
au référendum sur l’Europe du 29 mai 2005
(1) Métropole. Les 96 départements de métropole sont divisés en quatre strates du plus favorable au « non » : 69,49 % (Pas-de-Calais) au moins favorable : 33,55 % (Paris).
L’abstention et les blancs et nuls à l’élection présidentielle – 1965-2017(1)
(2) Blancs et nuls sur les inscrits.
(3) Sur les votants au second tour.
(4) Duel de second tour, 1969 : Pompidou-Poher, 2012 : Chirac-Le Pen, 2017 : Macron-Le Pen.
(5) En 2017, le ministère de l’Intérieur distingue les blancs et nuls. Au premier tour respectivement : 1,39 et 0,61 ; au second tour : 8,52 et 3,0 sur les votants.
« Les fractures françaises 2016 », enquête réalisée par Ipsos/Sopra Steria auprès de 1 000 personnes les 16-19 avril 2016 pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et Sciences Po. ↩
« Enquête OpinionWay pour Sciences Po, Cevipof. Vague 8 du baromètre de la confiance politique, janvier 2017 réalisée les 16-30 décembre 2016. ↩
Devant six autres items : « bien être » (21 %), « sérénité » (19 %), « confiance » (16 %), « enthousiasme (11 %), « peur » (11 %), « NSP » (1 %). ↩
Gérard Le Gall, « Les élections européennes du 25 mai 2014 en France. Prolégomènes à 2017 ?, Revue Politique et Parlementaire, n°1071-1072, avril-septembre 2014 ; « Leçon des départementales 2015 : nouvel avertissement pour le pouvoir », Revue Politique et Parlementaire, n°1075, avril-juin 2015 ; « Les régionales 2015 des élections de confirmation », Revue Politique et Parlementaire, n°1078, janvier-mars 2016. ↩
Florence Haegel, « La primaire à l’UMP : génèse et enjeux », Pouvoirs n°54-2015. ↩
Gérard Davet et Fabrice Lhomme, « Un président ne devrait pas dire ça. Les secrets d’un quinquennat », Stock, 2016. ↩
Au premier tour, qui commence le 17 octobre, Jadot obtient 35,6 %, Rivasi 30,2 %, Duflot 24,4 % et Delli 9,8 %. Plus tard, Jadot ne décolle pas dans les sondages, se désiste le 23 février pour Benoît Hamon (qui côte 14 % dans le rolling de l’Ifop) après de longues discussions aboutissant à un accord sur le programme et sur les élections législatives entre le PS et EELV. ↩
Pour les résultats de la primaire de la droite et du centre, voir l’article de Guillaume Tabard « François Fillon, du triomphe de la primaire au fiasco de la présidentielle » dans ce numéro. ↩
Jean-Luc Mélenchon annonce qu’il entend être candidat à la présidentielle le 5 juillet 2015. ↩
On rappellera qu’en 1995 on en comptait neuf comme en 1988, dix en 1981, douze en 1974, sept en 1969 et seulement six en 1965. ↩
On se fonde ici sur le « Rolling 2017 » de l’Ifop-Fiducial-Paris Match-C-News et Sud Radio. Enquête quotidienne qui débute le 1er février 2017. ↩
Dans l’enquête Sofres-Kantar, réalisée les 23-27 mars, Mélenchon gagne 17 points et passe en tête du baromètre du Figaro Magazine. Il engrange ainsi son succès du débat de TF1 et du rassemblement à la Bastille du 18 mars 2017. ↩
Lire à ce sujet Le Figaro Magazine du 14 avril 2017 « Ces algorithmes qui rassurent les fillonistes » et M le magazine du Monde du 6 mai 2017 « Filteris, le grand bluff du big data » par François Krug. ↩
La seule campagne avec cristallisation des intentions de vote, confirmée par le vote final, est celle de 1988. RPP, n°934, mars-avril 1988. ↩
Interview de Gérard Le Gall dans Le Monde du 9 décembre 2016 (annexe 1). ↩
Gérard Le Gall, « Présidentielle 2012, une victoire politique de François Hollande à contre courant idéologique », Revue Politique et Parlementaire, n°1063, août-septembre 2012. ↩
« L’avenir en commun », programme de Jean-Luc Mélenchon – France insoumise sur LAEC.fr ↩
Les plus fortes progressions entre 2012 et 2017 : Bas-Rhin (2005) Haut-Rhin (192), Deux- Sèvres et Ille-et-Vilaine (190), Loire-Atlantique (189), Vienne, Côte-d’Or et Moselle (188), Calvados (178). Les plus faibles : Sarthe (164), Landes (161), Aveyron, Nièvre (160), Ariège (159), Ardèche (155) Hautes-Pyrénées (152), Alpes-de Haute-Provence (149) Allier (147), Cher (141), Corse (140). ↩
Perte de 171 villes de plus de 9 000 habitants en 2014, perte de 27 départements en 2015, et seulement 13,9 % aux européennes en métropole. ↩
Président du Mouvement des jeunesses socialistes de 1993 à 1995. Ministre délégué à l’Économie sociale, solidaire et à la Consommation de 2012 à 2014 et ministre de l’Éducation nationale d’avril à août 2014. ↩
Le PCF a obtenu aux élections législatives 8,4 % en 1932, 11,4 % en 1928 et 9,5 % en 1924. ↩
Les quatre départements qui n’y figurent pas sont la Corrèze et deux départements limitrophes ou proches du fief de l’ex-président : la Dordogne et la Charente…, mais aussi la Nièvre de Mitterrand qui passe du 17e rang au 31e en cinq ans. ↩
Georges Pompidou a été conseiller municipal de Cajarc (Lot) de mars 1965 à juin 1969. ↩
Emmanuel Macron entre dans le Baromètre de la Sofres pour Le Figaro magazine en septembre 2014 (18 %), il passe la barre des 20 % en janvier 2015 et des 30 % fin 2015. ↩
Enquête Ifop-Fiducial du 16-17 novembre pour Paris Match et Sud Radio. ↩
Baromètre annuel Kantar-Sofres réalisé pour Le Monde du 23-27 février 2017 auprès de 1 006 personnes. Le FN est perçu en parti « d’extrême droite » : 78 %, « dangereux pour la démocratie » : 61 % et « xénophobe » : 60 %. ↩
Poher a obtenu au second tour de la présidentielle de 1969 41,79 % après avoir recueilli 23,31 % au premier tour. ↩
En 2007, par exemple, François Bayrou totalise 22,5 % en Bretagne, 21,4 % en Aquitaine, 21,2 % dans les Pays de la Loire, 20,2 % en Basse-Normandie, 20,1 % en Rhône-Alpes, 20 % en Île-de-France. L’Alsace sera l’exception avec 21,4 % en 2007 contre 21,3 % pour Macron en 2017. ↩
Aux élections européennes de 2009, l’ensemble des courants écologistes totalisait 19,8 % quand le PS n’obtenait que 16,4 %. Cohn Bendit réalise 29,7 % à Paris. ↩
Rappelons ici les scores de Hollande : 28,13 %, Bayrou : 9,19 %, Sarkozy : 27,4 % en 2012. ↩
Paris : 34,8 %, Hauts-de-Seine : 32,3 %, Ille-et-Vilaine : 30,3 %, Finistère : 29,4 %, Yvelines : 29,9 %, Loire-Atlantique : 28,7 %, Val-de-Marne : 28,3 %, Côtes-d’Armor : 28 %, Morbihan : 27,9 %, Puy-de-Dôme : 27,1 %, Deux-Sèvres : 27 %, Corrèze : 26,9 %. ↩
Gérard Le Gall, « Élections 2012 : enseignements stratégiques », Revue Politique et Parlementaire, n°1063-1064, avril-septembre 2012. ↩
Elle eût été probable si Charles Pasqua avait confirmé sa candidature annoncée en janvier 2000. Ce dernier renonce le 3 avril 2002, ne disposant que de 440 parrainages. Telle est la version officielle. ↩
Juppé annonce sa candidature le 20 août 2016. ↩
Hauts-de-Seine : 29,1 %, Sarthe : 28,6 %, Alpes-Maritimes : 27,4 %, Yvelines : 27,2 %, Mayenne : 27,1 %, Paris : 26,4 %, Corse-du-Sud : 25,7 %, Vendée : 25,5 %, Haute-Corse : 25,4 %, Haute-Savoie : 24,9 %. ↩
Sondage Ifop pour Le Pelerin, auprès de 7 520 personnes, 23 avril 2017. ↩
Vote selon la proximité syndical, Ifop pour L’Humanité, auprès de 3 668 personnes, 23 avril 2017. ↩
Opus cit. ↩
Michel Bussi, « Le vote Saint-Josse : la protestation en campagne », Le vote de tous les refus, Presses de Sciences Po, 2003. ↩
Voir les articles de Gilles Ivaldi et de Frédéric Dabi dans ce numéro. ↩
L’espace nord-est est formé de la Haute Normandie, du Nord-Pas-de-Calais, de la Picardie, de la Champagne-Ardenne, de la Lorraine et de l’Alsace. Pour sa part l’espace sud-est est formé de Paca, du Languedoc-Roussillon et de la Corse. ↩
En Paca le FN progresse entre 2002 et 2017 de 0,9 point, en Languedoc-Roussillon de 2,6 points et en Corse de 10,7 points. Dans le grand Nord-Est, le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie progressent de 9,1 points ; la Haute-Normandie de 6,3 ; la Champagne-Ardenne de 6,1 ; la Lorraine de 3,8 ; l’Alsace de – 2,1. ↩
Dans les communes de moins de 1 000 habitants, parfois de minuscules villages de quelques dizaines d’habitants, l’écart entre Le Pen et ses concurrents directs est encore plus important : + 6,7 points avec Macron, + 7,2 avec Fillon, + 9,8 avec Mélenchon. Ces communes représentent 16,3 % des inscrits en métropole. ↩
Sondage Kantar Sofres pour Le Monde, opus cit. ↩
Échange organisé par TF1, France 2 et BFM suivi, selon Médiamétrie, par 16,5 % de téléspectateurs. Preuve supplémentaire d’une mauvaise image de la politique, c’est historiquement la plus mauvaise audience. Rappelons les records de 1974 : 25 millions de téléspectateurs, 1981 et 1988 : 30 millions, 2007 avec Sarkozy et Royal : 20 millions et en 2012 entre Sarkozy et Hollande : 17,8 millions. ↩
Selon Elabe dans un sondage pour BFMTV, Emmanuel Macron a été jugé le plus convaincant par 63 % des Français. ↩
Emmanuel Macron visite symboliquement, quelques jours avant le débat, Oradour-sur-Glane, le 28 avril, et se rend au Mémorial de la Shoah à Paris le 30 avril. ↩
17 % de l’électorat Fillon déclarent s’être abstenus, 24 % de celui de Mélenchon, 17 % de celui d’Hamon + la part des autres petits candidats. ↩
En 2015, 342 942 contribuables payaient l’ISF. ↩
Luc Rouban, « Les fonctionnaires face à l’élection présidentielle 2017 », Cevipof, vague 11, février 2017. ↩
Emmanuel Macron développe le 10 janvier à Berlin, dans la prestigieuse université d’Humboldt, une conception ambitieuse de l’Europe. ↩
élection présidentielle, Macron
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Abstention et vote blanc : un comportement modéré au premier tour présidentiel, en forte hausse au second
0, 30 octobre 2017 Alain Meininger

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sui generis