Source: http://jesusmarie.free.fr/sup_q_005.htm
Timestamp: 2018-10-20 23:39:58+00:00

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Question 5 : De l’effet de la contrition
Il nous reste ensuite à considérer l’effet de la contrition. A cet égard : trois questions se présentent : 1° La rémission du péché est-elle un effet de la contrition ? (Cet article est une réfutation de l’erreur de Luther, qui prétendait que la contrition n’était nullement nécessaire pour obtenir la rémission de ses péchés, et qu’il suffisait de croire que l’on avait été absous pour l’être en effet. Confide, dit-il, si sisacerdotis obtinearis absolutioneme et crede fortiter te absolutum et absolutus verè eris, quidquid sit de contritione.) — 2° La contrition peut-elle enlever totalement toute la peine que l’on a méritée ? (Le concile de Trente a défini que la peine n’est pas toujours remise avec la faute (sess. 14, can. 12) : Si quis dixerit totam pœnam simul cum culpa remitti semper à Deo, anathema sit. Ce qui suppose que cela peut arriver quelquefois, comme saint Thomas l’enseigne.) — 3° Une faible contrition suffit-elle pour effacer de grands péchés ? (La contrition, du moment qu’elle est véritable, suffit pour effacer les péchés (Prov., 10, 12) : La charité couvre toutes les fautes ; (1 Pierre, 4, 8) : La charité couvre une multitude de péchés.)
Article 1 : La rémission du péché est-elle un effet de la contrition ?
Objection N°1. Il semble que la rémission du péché ne soit pas un effet de la contrition. Car il n’y a que Dieu qui remette les péchés. Or, nous sommes d’une certaine manière causes de la contrition, parce qu’elle est notre acte. La contrition n’est donc pas cause de la rémission du péché.
Réponse à l’objection N°1 : Dieu seul est la cause efficiente principale de la rémission des péchés ; mais la cause dispositive ou préparatoire peut venir de nous, et il en est de même aussi de la cause sacramentelle, parce que les formes des sacrements sont les paroles que nous prononçons et elles ont la vertu instrumentale de faire venir la grâce par laquelle les péchés sont remis.
Objection N°2. La contrition est un acte de vertu. Or, la vertu est une suite de la rémission du péché ; parce que la vertu et le péché n’existent pas simultanément dans l’âme. La contrition n’est donc pas la cause de la rémission de la faute.
Réponse à l’objection N°2 : La rémission des péchés précède la vertu et l’infusion de la grâce d’une manière et la suit d’une autre ; et selon qu’elle la suit l’acte produit par la vertu peut en être la cause.
Objection N°3. Il n’y a que le péché qui empêche de recevoir l’eucharistie. Or, celui qui est contrit ne doit pas s’approcher de l’eucharistie avant de s’être confessé. Il n’a donc pas encore reçu la rémission de sa faute.
Réponse à l’objection N°3 : La dispensation de l’eucharistie appartient aux ministres de l’Eglise ; c’est pourquoi on ne doit pas s’en approcher avant d’avoir obtenu de ces ministres eux-mêmes la rémission de ses fautes, quand même elles auraient été remises par Dieu (Le concile de Trente s’exprime ainsi à ce sujet (sess. 13, can. 11) : Ne tantum sacramentum indignè atque ideo in mortem et condemnationem sumatur ; satuit atque declarat ipsa sancta synodus illis quos conscientia peccati mortalis gravat, quantumcumque etiam se contritos existiment, habilâ copiâ confessoris, necessariò prœmittendam esse confessionem sacramentalem. Si quis autem contrarium docere, prœdicare, vel pertinaciter asserere, seu etiam publicè disputando defendere præsumpserit, eo ipso excommunicatus existat.).
Mais c’est le contraire. Sur ces paroles du Psalmiste (Ps. 50, 19) : Le sacrifice digne de Dieu, c’est un esprit brisé, etc., la glose dit : La contrition du cœur est le sacrifice par lequel les péchés sont effacés.
Le vice et la vertu sont altérés et produits par les mêmes causes, comme le dit Aristote (Eth., liv. 1, chap. 1 et 2). Or, le péché se commet par un amour déréglé du cœur. Il est donc détruit par la douleur qui résulte de l’amour bien réglé de la charité, et par conséquent la contrition l’efface.
Conclusion La contrition, considérée comme un acte de vertu, prépare la rémission des péchés ; mais selon qu’elle une partie du sacrement elle la produit d’une manière efficiente instrumentale.
Il faut répondre qu’on peut considérer la contrition de deux manières, selon qu’elle est une partie d’un sacrement ou selon qu’elle est un acte de vertu. De ces deux manières elle est la cause de la rémission du péché, mais diversement. Car selon qu’elle fait partie d’un sacrement, elle contribue à la rémission des péchés d’une manière instrumentale, comme on le voit à l’égard des autres sacrements (Sent., 4, dist. 1, quest. 1, art. 4), et selon qu’elle est un acte de vertu, elle est, en quelque sorte, la cause matérielle de la rémission des fautes ; parce que la disposition est nécessaire d’une certaine manière à la justification (Ainsi, comme acte, la contrition est une disposition. Si la contrition est parfaite, la rémission des péchés lui est adjointe, mais elle doit renfermer implicitement le vœu ou la volonté de recevoir le sacrement. Si elle est imparfaite, c’est une disposition qui a besoin d’être jointe au sacrement pour produire la rémission des péchés. Comme partie du sacrement, elle la contrition produit la rémission d’une manière instrumentale, et elle revient à la cause matérielle puisqu’elle est un des actes qui constitue la matière du sacrement de pénitence.), et la disposition revient à la cause matérielle, quand il s’agit de la disposition qui a pour but de préparer la matière à recevoir la forme. Mais il en est autrement de la disposition qui prépare l’agent à agir, parce que celle-ci revient au genre de la cause efficiente.
Article 2 : La contrition peut-elle totalement effacer la peine due au péché ?
Objection N°1. Il semble que la contrition ne puisse pas totalement enlever la peine due au péché. Car la satisfaction et la confession ont pour but de nous délivrer de cette peine. Or, on n’est jamais si parfaitement contrit que l’on ne soit encore obligé de se confesser et de satisfaire. La contrition n’est donc jamais assez grande pour effacer toute la peine due au péché.
Réponse à l’objection N°1 : On ne peut être certain que la contrition qu’on a suffise pour effacer la peine et la faute (C’est ce qu’exprime ainsi le concile de Trente (sess. 6, chap. 9) : Nullus scire valet certitudine fidei cuinon potest subesse falsum, se gratiam Dei esse consecutum.). C’est pour cela qu’on est tenu de se confesser et de satisfaire ; surtout parce que la contrition n’est véritable qu’autant qu’elle est jointe au dessein de se confesser (C’est encore l’observation du concile de Trente (sess. 14, chap. 4), et on en comprend de soi-même la justesse, car la contrition ne peut être sincère et parfaite qu’autant qu’elle renferme la volonté de se soumettre aux moyens que Dieu a établis pour notre justification.). Et on doit aussi exécuter ce dessein en raison du précepte qui fait de la confession une obligation.
Objection N°2. Dans la pénitence il doit y avoir compensation entre la peine et la faute. Or, il y a des fautes que l’on commet au moyen des membres du corps. Par conséquent, puisqu’il faut qu’y ait une compensation complète du côté de la peine et qu’on soit tourmenté par où l’on a péché (Sag., 11, 17), il semble qu’on ne puisse jamais s’acquitter de la peine due à un pareil péché par la contrition.
Réponse à l’objection N°2 : Comme la joie intérieure rejaillit aussi sur les parties extérieures du corps, de même la douleur intérieure réagit aussi sur les membres extérieurs, d’où il est dit (Prov., 17, 22) : La tristesse de l’esprit dessèche les os.
Objection N°3. La douleur de la contrition est finie. Or, un péché mortel mérite une peine infinie. Donc on ne peut d’aucune manière avoir une contrition assez grande pour effacer toute la peine due au péché.
Réponse à l’objection N°3 : La douleur de la contrition, quoiqu’elle soit bornée quant à l’intensité, comme la peine due au péché mortel est bornée elle-même, néanmoins elle tire une vertu infinie de la charité qui l’anime ; et, sous ce rapport, elle peut avoir la puissance d’effacer la faute et la peine.
Mais c’est le contraire. Les sentiments du cœur sont plus agréables à Dieu que les actes extérieurs. Or, l’homme est absous de la peine et de la faute par ces actes. Donc il l’est également par les sentiments du cœur ou par la contrition.
On peut citer pour exemple le bon larron, auquel il a été dit (Luc, 23, 43) : Vous serez aujourd’hui avec moi dans le paradis, pour un acte unique de pénitence.
Nous avons d’ailleurs déjà examiné si toute la peine due au péché était toujours enlevée par la contrition, en faisant la même question au sujet de la pénitence (Sup., dist. 15, liv. 4, quest. 2, art. 1 et 2, et 3a pars, quest. 86, art. 4).
Conclusion La contrition, si on la considère soit du côté de la charité, soit du côté de la douleur sensible, peut être si grande qu’elle suffise pour effacer pleinement la faute et la peine.
Il faut répondre que l’intensité de la contrition peut se considérer de deux manières : 1° du côté de la charité qui produit le déplaisir. Sous ce rapport il peut se faire que la charité en acte soit vive que la contrition qui en résulte produise non seulement l’éloignement de la faute, mais encore la délivrance de toute la peine. 2° Du côté de la douleur sensible que la volonté excite dans la contrition. Et comme sous ce rapport elle est une peine, elle peut être si forte qu’elle suffise pour effacer la faute et la peine.
Article 3 : Une faible contrition suffit-elle pour effacer de grands péchés ?
Objection N°1. Il semble qu’une faible contrition ne suffise pas pour effacer de grands péchés. Car la contrition est le remède du péché. Or, une médecine corporelle qui guérit une faible maladie du corps ne suffit pas pour en guérir une plus grande. Donc la moindre contrition ne suffit pas pour effacer les plus grands péchés.
Réponse à l’objection N°1 : Les remèdes spirituels tirent une efficacité infinie de la vertu infinie (C’est-à-dire de la grâce divine.) qui opère en eux. C’est pourquoi un remède qui suffit pour guérir un petit péché, suffit aussi pour en guérir un grand ; comme on le voit à l’égard du baptême qui détruit les fautes graves et légères. Il en est de même de la contrition pourvu qu’elle soit véritable.
Objection N°2. Nous avons dit (quest. 3, art. 3) qu’il faut qu’on soit contrit davantage des plus grands péchés. Or, la contrition n’efface le péché qu’autant qu’elle est aussi grande qu’il faut. Donc la moindre contrition n’efface pas tous les péchés.
Réponse à l’objection N°2 : Il arrive nécessairement que le même homme a plus de regrets pour un grand péché que pour un péché moindre, en raison de ce qu’il répugne davantage à l’amour qui est la cause de sa douleur. Mais si un autre avait autant de douleur pour un péché plus grave que celui-ci en a pour un péché moindre, cela suffirait pour qu’il obtînt la rémission de sa faute.
Mais c’est le contraire. Toute grâce sanctifiante efface tous les péchés mortels puisqu’elle est incompatible avec eux. Or, toute contrition est revêtue de la grâce sanctifiante. Donc toute contrition, quelque faible qu’elle soit, efface toutes les fautes.
Conclusion La douleur, quelque faible qu’elle soit, pourvu qu’elle suffise à l’essence de la contrition, efface toutes les fautes.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit souvent (quest. 1, art. 2, Réponse N°1, et quest. 3 et 4, art. 1), la contrition produit une double douleur. L’une qui appartient à la raison consiste dans le déplaisir que l’on a du péché qu’on a commis. Cette douleur peut être si faible qu’elle ne suffise pas à l’essence de la contrition, comme dans le cas où le péché déplairait moins que ne doit déplaire l’acte par lequel on est séparé de sa fin (Il est difficile de se rendre compte jusqu’où doit aller ce sentiment et si on le possède véritablement. C’est pourquoi nous ne devons jamais trop présumer de nos dispositions, et il importe de faire notre salut avec crainte et tremblement.). C’est ainsi que l’amour peut aussi être tellement faible qu’il ne suffise pas à la nature de la charité (Dans ce cas la contrition peut n’être que de l’attrition, et alors elle ne remet les péchés qu’autant qu’elle est jointe au sacrement.). L’autre douleur existe dans les sens ; sa faiblesse n’empêche pas la contrition d’exister, parce qu’elle ne lui est pas essentielle, mais qu’elle lui est unie comme par accident. De plus elle n’est pas en notre pouvoir (Nous ne pouvons à volonté verser des larmes, ni produire tous les autres phénomènes qui résultent de l’excitation de la sensibilité physique.). On doit donc dire que, quelque faible que soit la douleur, pourvu qu’elle suffise à l’essence de la contrition, elle efface toute les fautes.

References: art. 4
 art. 1
 art. 4
 art. 3
 art. 2
 art. 1