Source: http://bcs.fltr.ucl.ac.be/ENCYC-1/FlaviusJosephe.htm
Timestamp: 2019-03-18 15:37:33+00:00

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Flavius Josèphe (37/38 - c.100)
La vie de Josèphe est assez bien connue, du moins les années qu'il a passées dans son pays, c'est-à-dire jusqu'à la prise de Jérusalem, mais il convient de préciser que ce que nous en savons repose exclusivement sur son propre témoignage. Il est né à la fin de l'année 37 ou au début de 38, quand Caligula accède au pouvoir à Rome. Il est issu d'une grande famille sacerdotale, qui serait même d'ascendance royale, par sa mère (T25). Enfant très doué, il n'a que quatorze ans lorsque les rabbins et les notables commencent à le consulter sur certains points des lois juives ; il poursuit sa formation en étudiant le différentes sectes existant à l'époque, Pharisiens, Sadducéens, Esséniens car il veut adhérer à celle qui lui paraîtra la meilleure ; il va ensuite passer trois ans au désert, auprès d'un maître qui l'initie à la vie ascétique. A dix-neuf ans, il a fait son choix et se rallie aux idées des Pharisiens, proches, dit-il, du stoïcisme (Autobiographie, II, § 9-12).
A vingt-six ans, Josèphe s'embarque pour Rome dans le but d'obtenir la libération de quelques prêtres de ses amis arrêtés par le procurateur Félix et envoyés devant le tribunal de Néron. Le voyage est très mouvementé - Josèphe fait naufrage - mais finalement couronné de succès, grâce à l'intervention de Poppée. Peu de temps après son retour au pays éclate la révolte des Juifs contre l'occupant romain. Josèphe y joue un rôle que ses déclarations contradictoires rendent très ambigu. Dans la Guerre des Juifs (II, 20, § 568-584), il se présente comme un chef militaire chargé de défendre la Galilée. Il juge utile, d'abord, de réorganiser la vie publique puis construit des fortifications, lève des troupes (100.000 hommes !), veille à leur armement et à leur entraînement, à l'instar des Romains. Dans son Autobiographie, rédigée bien plus tard pour répondre aux accusations de Juste de Tibériade, le tableau est tout différent (T 26). Les Juifs, nous dit l'auteur, y sont divisés. Certains entendent rester fidèles à Rome mais la région est troublée par des brigands et des agitateurs armés : Josèphe a pour mission de calmer ces derniers et de les convaincre de déposer les armes. Quoi qu'il en soit, Josèphe finira par se battre contre les Romains, sans grand succès et, à l'arrivée de Vespasien, c'est la déroute : abandonné par une grande partie de ses troupes, Josèphe se réfugie à Tibériade, puis à Jotapata où il est assiégé (T 7). La ville prise, Josèphe, qui s'est caché dans une caverne avec une quarantaine de personnes, est prêt à se rendre à l'ennemi mais ses compagnons l'en empêchent et ils décident de s'entre-tuer, dans un ordre établi par tirage au sort (T 8). Par chance ou par tricherie, Josèphe reste le dernier avec un autre qu'il persuade de renoncer à la mort et de se livrer aux vainqueurs. Amené à Vespasien, Josèphe lui prédit son accession au pouvoir suprême et y gagne d'être traité avec beaucoup d'égards. Lors du siège de Jérusalem, il accompagne Titus et tente, en vain, de convaincre ses compatriotes de capituler. Plus tard, il arrivera à Rome où l'empereur lui accorde la citoyenneté, un logement et une pension : ayant pris le nom de son protecteur, Flavius Josephus peut se consacre à l'écriture (T 29, 33).
C'est probablement dans les années 75/80 que Josèphe compose sa Guerre des Juifs. La première version, destinée aux peuples de l'Asie, Juifs de la diaspora et étrangers, était rédigée en araméen (T 1). Puis, avec l'aide de quelques assistants, l'auteur la traduit, l'adapte (?) en grec (Contre Apion, I, IX, § 50) : c'est le texte qui nous est parvenu. Le récit commence bien avant l'arrivée des Romains en Palestine, à la prise de Jérusalem par Antiochus IV Épiphane en 170 a.C. ; les prodromes de la guerre proprement dite apparaissent vers le milieu du livre II (T 6). Josèphe ne s'intéresse pas qu'aux actions militaires. Manifestement curieux de géographie : il entrecoupe son récit de descriptions détaillées des diverses régions de la Palestine (III, 3), du lac de Tibériade, du Jourdain et des productions des terres avoisinantes (III, 10, 7-8), de la ville de Jéricho et de la mer Morte (IV, 8, 2-4), de l'Égypte (IV, 10, 5). Comme beaucoup de ses devanciers, grecs et romains, il rapporte de beaux et longs discours et ne déteste pas les digressions, sur les sectes religieuses existant chez les Juifs, par exemple (T 5) ou sur l'organisation de l'armée romaine (III, 5). La Guerre des Juifs est un ouvrage à thèse. Josèphe ne veut pas magnifier les exploits de ses compatriotes, pas plus que ceux de l'ennemi mais il entend montrer où sont les responsables du conflit et les trouve dans son camp : ce sont les Juifs, désunis, qui ont attiré les Romains, lesquels souhaitaient épargner le peuple et préserver Jérusalem, et ils l'auraient fait s'ils n'avaient été obligés d'éliminer les tyrans qui avaient pris le pouvoir dans la ville sainte (T 2, 13).
Bien que Josèphe prétende que l'historien digne de ce nom doit privilégier l'époque contemporaine (T 3), il lui a fallu se tourner vers les temps anciens, pour faire connaître aux Grecs le glorieux passé des Juifs (T 13). C'est le but déclaré des Antiquités juives qui couvrent, en vingt livres, toute la période allant de la création du monde au règne de Néron (T 24). L'auteur ne prétend pas faire œuvre originale. Il a simplement, dit-il, traduit en grec les Saintes Écritures, sans rien ajouter ni retrancher (T 17), ce qui est particulièrement vrai dans les dix premiers livres qui vont jusqu'à l'exil à Babylone : ici, le récit de Josèphe correspond largement à ce qu'on lit dans la Bible. La seconde partie de l'ouvrage, du retour d'exil jusqu'à l'époque contemporaine, met en œuvre une documentation plus variée et est donc plus intéressante.
L'Autobiographie semble avoir été, à l'origine, une sorte d'appendice aux Antiquités, annoncée dans la conclusion de l'ouvrage (§ 266) : « Mais peut-être ferai-je une œuvre qui ne provoquera pas l'envie en parlant brièvement de ma famille et de ce que j'ai fait pendant mon existence, tant que vivent encore ceux qui pourraient me réfuter ou témoigner en ma faveur. » Ce qui pourrait confirmer cette hypothèse, c'est l'absence d'introduction et la présence, un peu surprenante, de la particule de au tout début de l'opuscule (Emoi de genos...). Quoi qu'il en soit, cette autobiographie est une œuvre tardive dont la rédaction doit se situer dans les années 95-100 p.C. L'auteur évoque d'abord son ascendance familiale, son éducation, ses premières années - non sans quelque vanité - puis consacre un long développement à son commandement en Galilée, dans lequel il intercale une digression sur son rival Juste de Tibériade (T 28) ; il termine alors le récit de la guerre et conclut par quelques pages sur sa vie de citoyen romain (T 29).
L'opuscule auquel on a donné, d'après saint Jérôme, le titre de Contre Apion est postérieur aux Antiquités et veut répondre aux critiques que ce gros ouvrage avait suscitées (T 30). D'aucuns prétendaient en effet, se fondant sur le silence des historiens grecs, que le peuple juif n'avait pas l'ancienneté que Josèphe lui prêtait, qu'il était un tard venu. L'auteur répond à cette objection dans son premier livre en soulignant que les sources grecques ne sont pas fiables, que leurs contradictions le prouvent (T 31), qu'elles pèchent par ignorance quand il s'agit des choses de la haute antiquité ; que l'histoire juive, au contraire, est d'inspiration divine et digne de foi (T 32), et d'ailleurs confirmée par des auteurs comme l'Égyptien Manéthon, par les annales phéniciennes, par le Chaldéen Bérose et d'autres encore. Le second livre est une réplique aux calomnies contre les Juifs répandues par Apion, un Alexandrin de l'époque de Tibère, reprenant les idées de gens comme Apollonius Molon, un des maîtres de Cicéron (T 35, 36). Il ne s'agit donc pas d'histoire mais d'un plaidoyer pour la cause juive, surtout intéressant pour la masse de citations d'auteurs plus anciens dont le texte a disparu.
Flavius Josèphe se fait une haute idée des devoirs de l'historien. Respect absolu de la vérité (T 12, 16, 20), impartialité (T 2), indifférence à la gloire littéraire (T 13), refus de toute flatterie (T 1), telles sont, selon lui, les exigences du métier. Beau programme, même s'il n'a rien de bien original, mais notre auteur s'y est-il tenu ? La réponse à cette question doit être nuancée. Sans accuser Josèphe de mensonge, il faut bien constater qu'il ne dit pas clairement quel rôle il a joué au début de la guerre, en Galilée, que son penchant pour les Romains est manifeste en bien des passages de son récit (T 21) et que ses Antiquités sont « above all a massive Jewish apologia to the Graeco-Roman world » (Bartlett, Jews in the Hellenistic World, p.80). Inversement, on mettra à son crédit son souci de s'informer, en particulier dans les Antiquités puisque, pour la Guerre, il est témoin direct et souvent acteur. Pour réaliser cette vaste histoire, il a beaucoup lu, des sources littéraires, qu'il ne suit pas les yeux fermés : on le voit critiquer Nicolas de Damas (T 22) et même Polybe (T 19) ; il cite également de très nombreux documents officiels (T 16, 21), ce dont il faudrait le féliciter si l'on était sûr de leur authenticité. Méritent aussi d'être soulignés chez Josèphe son souci de précision en fait de chronologie (T 6, 7, 10) et sa tolérance pour les opinions différentes des siennes (T 14, 18, 19). On n'est guère surpris, enfin, de voir cet historien juif attribuer à Dieu une grande part de responsabilité dans le déroulement des affaires humaines (T 10, 18).
On lira sur ce sujet le très intéressant chapitre X (La destinée posthume) du livre de M. Hadas-Lebel cité ci-dessous. L'auteur y montre que, paradoxalement, l'historien juif Flavius Josèphe doit sa survie aux auteurs chrétiens qui ont vu en lui un auxiliaire précieux dans leur entreprise polémique et apologétique. Voilà en effet un témoignage externe qui, à plusieurs reprises, corrobore le Nouveau Testament : Josèphe parle de Jean Baptiste (Antiquités, XVIII, § 116-119), de Jacques, « frère de Jésus appelé le Christ » et de sa lapidation (Antiquités, XX, § 200) mais surtout, évoque la figure du Sauveur lui-même dans ce passage célèbre - mais sans doute interpolé - qu'on appelle communément le Testimonium Flavianum (T 23). La propagande chrétienne pouvait exploiter aussi le témoignage de la Guerre des Juifs en faisant apparaître la ruine de Jérusalem comme une punition divine infligée aux Juifs coupables de ne pas avoir accueilli le Messie. On ne s'étonne pas, dès lors, d'entendre Eusèbe de Césarée appeler Josèphe « le plus illustre des Juifs » (Hist. eccl., III, 9) et saint Jérôme le comparer à Tite-Live (Lettre XXII, 35, 8 : Josephus Graecus Livius). On ne s'étonne pas davantage de voir Josèphe figurer en tête du catalogue des historiens chrétiens dont Cassiodore conseille le lecture aux moines du Vivarium (Institutions, I, XVII, 1-4) ; c'est là qu'on apprend aussi que la Guerre des Juifs était déjà traduite en latin, mais qu'on hésitait sur le nom du traducteur (saint Jérôme, saint Ambroise, Rufin d'Aquilée ?) et que c'est à Cassiodore lui-même et à ses collaborateurs qu'on doit la première version latine des Antiquités. Désormais accessibles à un large public, les œuvres de Flavius Josèphe allaient, avec quelques autres titres, constituer « pendant mille ans... , pour ce qui est de l'histoire chrétienne, le fondement même de la culture occidentale » (B. Guenée, Histoire et culture historique dans l'Occident médiéval, p.303).
- La guerre des Juifs, trad. P. Savinel. Précédé par P. Vidal-Naquet, Du bon usage de la trahison, Paris, 1977.
- Œuvres complètes de Flavius Josèphe traduites en français sous la direction de Th. Reinach, t. I-IV Antiquités judaïques, Paris, 1900-1929.
- Life of Josephus, Transl. and Comm. by S. Mason, Boston - Leyde, 2003.
- Bartlett J.R., Jews in the Hellenistic World. Josephus, Aristeas, The Sibylline Oracles, Eupolemus, Cambridge, 1985 [Introductions et textes choisis].
- Cohen Sh.J.D., Josephus in Galilee and Rome. His Vita and Development as Historian, Leyde, 1979.
- Edmondson J. - Mason S. - Rives J. (eds), Flavius Josephus and Flavian Rome, Oxford, 2005 [cf. BMCR 2006.10.45].
- Hadas-Lebel M., Flavius Josèphe, Paris, 1997.
- Lamour D., L'Autobiographie de Flavius Josèphe ou le roman d'une vie, dans RBPh, 77, 1999, p.105-130.
- Id., De l'Histoire au roman d'une vie : la réflexion idéologique de l'histoire chez Flavius Josèphe, dans Lachenaud G - Longrée D. (éds), .Grecs et Romains aux prises avec l'histoire, II, p.579-590.
- Mader G., Josephus and the Politics of Historiography. Apologetic and Impression Management in the Bellum Judaicum, Leyde, 2000 (Mnemosyne, Suppl.205).
- Moehring H.R., The Acta pro Judaeis in the Antiquities of Flavius Josephus. A Study on Hellenistic and Modern Apologetic Historiography, dans J. Neusner (ed.), Christianity, Judaism and Other Greco-Roman Cults. Studies for Morton Smith, III. Judaism Before 70, Leyde, 1975, p.133-158.
- Pucci Ben Zeev M., Caesar's Decrees in the Antiquities : Josephus' Forgeries or Authentic Roman Senatus Consulta ? dans Athenaeum, 84, 1996, p.71-91.
- Schwartz S., Josephus and Judaean Politics, Leyde, 1990 (Columbia Studies in the Classical Tradition. 18).
- Tackeray H.St.J., Flavius Josèphe. L'homme et l'historien, adapté de l'anglais par E. Nodet, Paris, 2000.
- Villalba I Varneda P., The Historical Method of Flavius Josephus, Leyde, 1986 (Arbeiten zur Literatur und Geschichte des hellenistischen Judentums, 19).
Guerre des Juifs (trad. P. Savinel)
T 1 - I, Préface 1, § 1-3 La guerre menée par les Juifs contre les Romains est la plus considérable non seulement de celles de notre temps mais peut-être aussi de celles dont le récit nous est parvenu et qui ont éclaté soit entre cités, soit entre nations; parmi les historiens de cette guerre, les uns n'ont pas pris part aux opérations, ils ont glané au petit bonheur des on-dit contradictoires et rédigé avec les effets de style des sophistes. D'autres ont pris part à la guerre mais, par courtisanerie à l'égard des Romains ou par haine des Juifs, ils déforment les faits: leurs écrits répandent ici le blâme, là des éloges, mais nulle part on n'y trouve la rigueur historique. C'est pourquoi moi, Joseph, fils de Matthias, Hébreu de race, natif de Jérusalem, prêtre, ayant moi-même fait la guerre contre les Romains dans un premier temps et, par la suite, ayant été obligé de suivre les opérations, j'ai décidé d'exposer la suite des événements aux sujets de l'empire romain en traduisant en grec l'œuvre que j'avais d'abord composée dans ma langue maternelle et envoyée aux peuples étrangers de l'intérieur de l'Asie.
T 2 - 4, § 9-12 Mon but n'est certes pas de magnifier les actes de mes compatriotes en rivalisant avec ceux qui exaltent les prouesses des Romains : je rapporterai avec exactitude ce qui s'est passé dans les deux camps, mais, dans mes réflexions sur les événements, je laisserai paraître mes sentiments et je laisserai ma douleur personnelle s'exprimer sur les malheurs de ma patrie. Car ce sont les dissensions intestines qui l'ont détruite, cette patrie, et ce sont les tyrans juifs qui ont attiré sur le Saint Temple les coups et les torches des Romains qui voulaient l'épargner, comme en témoigne l'empereur Titus qui a mis la ville à sac : il n'a cessé pendant toute la guerre de compatir aux souffrances de ce peuple terrorisé par les révolutionnaires ; à plusieurs reprises, il a volontairement différé l'assaut final, faisant durer le siège pour donner aux coupables la possibilité de se repentir. Et si l'on cherche à me calomnier à cause des accusations que je porte contre les tyrans et leurs brigandages, ou bien de mes gémissements sur les malheurs de ma patrie, qu'on veuille bien pardonner à ma douleur cette transgression des lois du genre historique : car de toutes les cités soumises par les Romains, il est échu à la nôtre de s'élever au sommet de la prospérité pour être précipitée ensuite au dernier degré du malheur. En tout cas, de toutes les nations depuis l'origine des temps, j'estime que c'est celle des Juifs qui détient le record du malheur, et comme ce n'est la faute d'aucun étranger, je n'ai pu retenir mes lamentations. Si quelqu'un leur refuse toute indulgence, qu'il porte les faits au compte de l'histoire et les lamentations au compte de l'historien.
T 3 - 5, § 15-16 Indiscutablement, l'historien qui mérite des éloges est celui qui consigne des événements dont l'histoire n'a encore jamais été écrite et qui fait la chronique de son temps à l'intention des générations à venir. Le travailleur n'est pas celui qui apporte des retouches à l'organisation et au plan d'un ouvrage qui n'est pas de lui ; mais c'est celui qui fait le récit d'événements vierges et compose une œuvre historique originale.
T 4 - I, 5, 2 (§ 110-112) Mais, en même temps que son pouvoir, et comme une plante parasite, grandit le pouvoir des Pharisiens, membres d'une sorte de classe, qui passent pour plus pieux que les autres Juifs et plus minutieux dans l'explication des lois. Alexandra [veuve et successeur d'Alexandre Jannée], avec son ardente piété, leur accordait une attention excessive. S'insinuant petit à petit dans l'âme toute simple de cette femme, bientôt ils se retrouvèrent à la tête des affaires, exilant ou rappelant qui bon leur semblait, liant et déliant. En somme, les plaisirs du pouvoir étaient pour eux, les frais et les ennuis pour Alexandra. D'ailleurs, elle se montrait habile dans l'administration des affaires importantes : toujours occupée à recruter, elle doubla ses forces armées, leur adjoignit un corps de mercenaires considérable, de sorte que non seulement elle avait bien en mains sa propre nation, mais se faisait craindre des souverains étrangers. Ainsi elle dirigeait les autres, mais les Pharisiens la dirigeaient.
T 5 - II, 8, 2 (§ 119-121) Il existe en effet chez les Juifs trois formes de philosophie : ceux qui s'attachent à la première sont appelés Pharisiens, à la seconde Sadducéens, à la troisième (qui a la réputation d'exiger une vie particulièrement pieuse) Esséniens. Ces derniers, de naissance juive, se portent un amour mutuel plus grand que dans les autres sectes. Ils se détournent du plaisir comme d'un crime et considèrent que la vertu réside dans la maîtrise de soi et la résistance aux passions. Ils dédaignent de se marier mais recueillent les enfants d'autrui quand ils ont encore l'esprit assez souple pour les études, et alors ils les considèrent comme de leur famille et les imprègnent de leur doctrine. D'ailleurs, ils ne condamnent pas le mariage en lui-même ni la procréation, mais ils veulent se protéger du dévergondage des femmes, car ils sont convaincus qu'aucune ne peut garder sa foi à un seul homme.
T 6 - II, 14, 4 (§ 284-286) Entre-temps, les Grecs de Césarée avaient gagné leur procès devant Néron et obtenu le droit de gouverner la cité. Ils rapportèrent avec eux le texte du jugement et c'est ce qui marqua le commencement de la guerre, la douzième année du principat de Néron, la dix-septième du règne d'Agrippa, au mois d'Artémisius. Cette guerre eut un prétexte sans rapport avec l'immensité des malheurs qu'elle causa. Les Juifs de Césarée avaient une synagogue jouxtant un terrain qui appartenait à un Grec de cette ville : ils s'étaient souvent efforcés d'acquérir cet emplacement en offrant un prix plusieurs fois supérieur à sa valeur. Le Grec ignora leurs propositions et, pour leur être désagréable, il fit même bâtir sur cet emplacement et y aménagea des ateliers, ne laissant aux Juifs qu'un passage étroit et très incommode.
T 7 - III, 7, 3 (§ 142-144) Le cinquième jour (qui était le vingt et unième du mois d'Artémisius), Josèphe arriva de Tibériade à Jotapata en toute hâte et remonta le moral des Juifs qui était au plus bas. Un déserteur vint annoncer à Vespasien la bonne nouvelle de ce changement de résidence du personnage, et le pressa d'attaquer la ville, lui disant qu'avec Jotapata il aurait toute la Judée, pourvu qu'il s'assure de la personne de Josèphe. Vespasien se saisit de cette nouvelle comme d'une très grande chance : il pensa que c'était par un effet de la divine providence que l'homme qui passait pour le plus intelligent des ennemis fût venu de son propre mouvement se mettre en prison ; il envoya aussitôt Placidus avec le décurion Aébutius, homme remarquable tant par son intelligence que par son courage, et mille cavaliers, avec ordre de bloquer étroitement la ville pour empêcher Josèphe de s'échapper secrètement.
T 8 - III, 8, 7 (§ 387-391) Mais, dans cette situation critique, Josèphe ne manquait pas d'idées. Se confiant à la protection divine, il risqua sa vie sur un coup de chance et dit aux autres : « Puisque nous avons décidé de mourir, eh bien, tirons au sort l'ordre d'égorgement : que celui qui tirera le premier numéro tombe sous le bras de celui qui aura le numéro suivant. Ainsi le sort nous atteindra tous successivement sans que personne meure de sa propre main : car il serait injuste que, les autres ayant quitté ce monde, l'un de nous, se ravisant, échappe à la mort. » Cette proposition leur inspira confiance ; ils acceptèrent, et Josèphe tira au sort avec eux. Chaque homme dont le tour sortait tendait sa gorge à celui qui avait le tour suivant, convaincu que son général aussi allait bientôt mourir ; car ils trouvaient plus de douceur à partager la mort avec Josèphe qu'à vivre. Josèphe, lui - faut-il dire par l'effet du hasard ou de la providence divine ? - resta le dernier avec un autre. Désirant éviter d'être condamné par le sort et aussi, s'il restait le dernier, d'avoir à souiller sa main du meurtre d'un compatriote, il réussit à convaincre également cet homme de se garder en vie, en lui donnant sa parole.
T 9 - V, 1, 3 (§ 19-20) [Jérusalem] O la plus infortunée des cités ! Quoi de comparable as-tu souffert de la part des Romains qui entrèrent pour te purifier par le feu, de tes souillures ? Car tu n'étais plus le lieu de Dieu et tu ne pouvais pas continuer d'exister après être devenue le tombeau de tes propres enfants et avoir fait de ton Temple un charnier de guerre civile. Puisses-tu retrouver un meilleur sort, si toutefois tu parviens un jour à te rendre propice le Dieu qui t'a dévastée ! Mais la loi de l'histoire nous oblige à contenir même nos sentiments, car ce n'est pas le moment de se lamenter pour son propre compte et il s'agit de raconter les événements. je vais donc relater les faits qui suivirent dans la guerre civile.
T 10 - VI, 4, 5 (§ 249-250) Titus se replia sur l'Antonia, ayant décidé d'attaquer le jour suivant à l'aube avec la totalité de ses forces et d'investir le Temple. Dieu, certes, avait depuis longtemps condamné le bâtiment à être brûlé, mais le jour fatal, du fait de la révolution des temps, était maintenant arrivé, ce dixième jour du mois Loüs où, déjà auparavant, il avait été incendié par le roi de Babylone...
VI, 4, 8 (§ 267-270) On peut certes gémir abondamment sur l'édifice le plus admirable de tous ceux que nous avons pu voir et dont nous avons entendu parler, tant sous le rapport de sa conception d'ensemble que de ses dimensions, et aussi de la richesse du détail comme de la réputation de ses lieux saints : pourtant, ce qui peut nous être d'un grand réconfort, c'est le Destin, que les monuments ou les lieux ne peuvent pas plus éviter que les êtres vivants, et qui est digne d'admiration pour l'exactitude du cycle qu'il décrit. Car il a respecté, comme je l'ai dit, la date qui était la même que celle où, auparavant, le Temple avait été incendié par les Babyloniens. Et depuis sa première fondation par le roi Salomon jusqu'à la présente destruction qui eut lieu la deuxième année du règne de Vespasien, il s'est écoulé mille cent trente ans, sept mois et quinze jours ; depuis la deuxième fondation, due à Aggée, dans la deuxième année du règne de Cyrus, jusqu'à la prise de la ville par Vespasien, il s'écoula six cent trente-neuf ans et quarante-cinq jours.
T 11 - VI, 5, 3 (§ 288-292) C'est ainsi que ce malheureux peuple était à ce moment abusé par des trompeurs et des individus qui se déclaraient mensongèrement envoyés par Dieu, alors qu'il ne prêtait ni attention ni foi aux prodiges qui annonçaient la dévastation à venir : comme s'il avait été frappé par le tonnerre et se trouvait privé d'yeux et d'entendement, il ne tenait aucun compte des avertissements divins. Il en fut ainsi lorsqu'un astre en forme de sabre se tint au-dessus de la ville, lorsqu'une comète persista à briller pendant une année ; et aussi avant la révolte et le soulèvement qui conduisit à la guerre, quand, le peuple étant rassemblé pour la fête des Azymes, le huit du mois Xanthicus, à la neuvième heure de la nuit, une lumière si intense brilla au-dessus de l'autel et du Sanctuaire que l'on se serait cru en plein jour ; et elle se prolongea pendant une demi-heure. Cela sembla de bon présage aux ignorants mais les spécialistes des Ecritures saintes l'interprétèrent immédiatement en conformité avec les événements futurs. Au cours de la même fête, une vache, amenée par quelqu'un pour le sacrifice, mit bas un agneau en plein milieu du temple.
T 12 - VII, 11, 5 (§ 454-455) Ici prend fin l'histoire que nous avons promis de transmettre avec toute l'exactitude possible, à ceux qui veulent apprendre comment cette guerre a été menée par les Romains contre les Juifs. Pour le style, que les lecteurs en soient juges ; mais, pour ce qui est de la vérité, je n'hésiterai pas à affirmer hardiment qu'à travers tout mon récit je n'ai eu pour but qu'elle seule.
T 13 - I, Préambule, § 1-5 (trad. J. Weill) Ceux qui se proposent d'écrire l'histoire ne m'y semblent pas déterminés par une seule et même raison, mais par plusieurs, très différentes les unes des autres. Certains, en effet, voulant faire briller leur talent littéraire et avides du renom qu'il procure, s'adonnent avec ardeur à ce genre d'études ; d'autres, pour flatter les personnages dont il sera question dans leur récit, y dépensent une somme de travail qui va jusqu'à passer leurs forces ; d'aucuns se voient contraints par la nécessité même des événements auxquels ils ont pris part à les montrer sous leur vrai jour par une narration d'ensemble ; enfin, pour beaucoup, c'est l'ignorance où l'on est de certains grands faits utiles à connaître qui les a déterminés, dans l'intérêt général, à en publier l'histoire. Parmi les raisons que je viens de dire, ce sont les deux dernières qui m'ont moi-même entraîné. En effet, la guerre que nous, Juifs, nous avons soutenue contre les Romains, les événements de cette guerre et son issue m'étant connus par expérience, j'étais forcé de la raconter en détail, pour réfuter les gens qui dans leurs écrits en ont altéré le véritable caractère.
Quant au présent ouvrage, si je l'ai entrepris, c'est que j'ai cru qu'il paraîtrait à tous les Grecs digne d'attention : il contiendra, en effet, toute l'histoire de notre antiquité ainsi que l'exposé de notre constitution politique, traduits des livres hébraïques.
T 14 - II, § 347-348 Quant à moi, tout ce que j'ai raconté, je l'ai trouvé tel quel dans les livres saints. Que personne ne juge étrange et contraire à la raison le fait que des anciens, exempts de tout vice, aient pu être sauvés en passant à travers la mer [Rouge], soit par la volonté divine, soit par l'effet du hasard, alors que les soldats d'Alexandre, roi de Macédoine, ont vu naguère reculer devant eux la mer de Pamphylie et, à défaut d'autre route, leur offrir elle-même un passage, quand Dieu voulut détruire la puissance des Perses. C'est ce qu'affirment d'un commun accord ceux qui ont raconté les hauts faits d'Alexandre. Aussi bien, chacun peut en penser ce que bon lui semblera.
T 15 - VII, § 389-391 Après avoir fait ces recommandations à son fils concernant le gouvernement, ses amis et ceux qu'il savait mériter un châtiment, David mourut âgé de soixante-dix ans, ayant régné sept ans et six mois à Hébron sur la tribu de Juda, et trente-trois ans à Jérusalem sur tout le pays. Ce fut un homme excellent et doué de toutes les vertus que devait posséder un roi de qui dépendait le salut de tant de peuples. Il fut brave, en effet, comme nul autre ; dans les combats livrés pour ses sujets il s'élançait le premier au danger, encourageant ses soldats dans les mêlées en partageant leur peine et leur effort, plutôt qu'en leur commandant comme un maître ; très habile à saisir une situation, à pourvoir à l'avenir et aux difficultés du moment, prudent, doux, bon pour les affligés, juste, humain, qui sont toutes vertus dignes des plus grands princes, enfin, malgré un si haut degré de puissance, n'ayant jamais abusé de son autorité si ce n'est au sujet de la femme d'Urie. Il laissait des richesses comme nul autre roi des Hébreux ou des autres nations.
T 16 - VIII, § 55-56 Il subsiste encore aujourd'hui des copies de ces lettres [Salomon - Hiram, roi de Tyr], conservées non seulement dans nos livres, mais aussi chez les Tyriens, en sorte que si quelqu'un désirait savoir la chose en toute certitude, il n'aurait qu'à s'informer auprès des conservateurs des archives publiques de Tyr et trouverait leurs documents conformes à ce que nous avons dit. Si je m'étends là-dessus, c'est pour que mes lecteurs sachent que nous n'avons rien à dire en dehors de la vérité ; comprenant l'histoire autrement que certaines gens qui, se contentant d'hypothèses plausibles, ne cherchent qu'à en imposer ou à plaire, nous ne prétendons pas échapper à la critique et ne tenons pas à être cru sur parole ; nous n'avons reçu aucune immunité qui nous permette de manquer à nos devoirs dans le traitement de notre sujet, et nous prions, au contraire, qu'on ne nous accorde aucune approbation à moins d'obtenir de nous une démonstration et des témoignages solides pour la manifestation de la vérité.
T 17 - X, § 218 Que personne ne me reproche de rapporter tous ces détails [à propos de Nabuchodonosor et de Daniel] dans mon ouvrage comme je les trouve dans les Livres antiques : car, dès le début de cette histoire, je me suis mis en garde contre ceux qui voudraient apporter quelque critique ou quelque blâme à mon récit, en disant que je ne faisais que traduire en grec les Livres des Hébreux et en promettant de tout exposer sans ajouter aux faits nul détail inventé et sans en rien retrancher.
T 18 - X, § 280-281 En présence de ces prédictions de Daniel, il me semble que ceux-là pêchent singulièrement contre la vraie doctrine, qui prétendent que Dieu n'a aucun souci des choses humaines, car si le monde se dirigeait d'une manière automatique, nous n'aurions pas vu toute chose s'accomplir selon sa prophétie.
Quant à moi, j'ai écrit sur ce sujet suivant ce que j'ai trouvé et lu. Que si quelqu'un pense autrement sur ces matières, je ne lui fais pas un reproche de son dissentiment.
T 19 - XII, § 357-359 (trad. J. Chamonard) La maladie se prolongeant et ses souffrances augmentant, il [Antiochus IV Épiphane] comprit qu'il allait mourir ; il appela alors ses amis, leur dit combien sa maladie était douloureuse et donna à entendre qu'il souffrait tous ces maux pour avoir maltraité les Juifs, pillé le Temple et méprisé Dieu ; à ces mots il expira. Aussi je m'étonne de voir Polybe de Mégalopolis, qui était un honnête homme, dire qu'Antiochus mourut pour avoir voulu piller en Perse le temple d'Artémis : car une simple intention, non suivie d'exécution, ne mérite aucun châtiment. Si Polybe croit qu'Antiochus est mort pour une raison de ce genre, il est beaucoup plus vraisemblable de penser que c'est le pillage sacrilège du temple de Jérusalem qui causa la mort du roi. Mais sur ce point je ne veux pas engager la discussion avec ceux qui croient l'explication de l'historien mégalopolitain plus proche que la nôtre de la vérité.
T 20 - XIV, § 1-3 Nous avons rapporté dans le livre précédent l'histoire de la reine Alexandra et sa mort ; nous raconterons maintenant les événements qui suivirent et s'y rattachent, attentif avant tout à n'en omettre aucun, soit par ignorance, soit par paresse. Car si le récit et l'explication de faits inconnus de la plupart, en raison de leur ancienneté, réclament, dans l'exposition, tout le charme qui peut résulter du choix des mots, de leur arrangement, et de ce qui peut ajouter au style quelque ornement, afin que le lecteur trouve à s'instruire agrément et plaisir, toutefois les historiens doivent avant tout viser à l'exactitude et considérer comme leur premier devoir de dire la vérité à ceux qui, ignorant les faits, s'en rapportent entièrement à eux.
T 21 - XIV, § 265-267 Il existe encore bon nombre de décrets analogues du Sénat et des généraux romains en faveur d'Hyrcan et de notre nation, de décrets des villes, d'actes des magistrats en réponse aux lettres des gouverneurs relatives à nos droits. De tous ces documents le lecteur impartial peut se faire une idée d'après ceux que nous avons cités. Car, maintenant que nous avons fourni des preuves évidentes et frappantes de l'amitié des Romains pour nous et montré ces preuves inscrites sur des tables de bronze et dans des actes qui existent encore et resteront au Capitole, je m'abstiens d'en reproduire toute la série, ce qui serait inutile et fastidieux ; je ne crois pas, en effet, que personne soit d'assez mauvaise foi pour refuser de croire à la bienveillance des Romains à notre égard, alors qu'ils l'ont témoignée par de nombreux décrets, et pour nous soupçonner de n'avoir pas dit la vérité après les preuves que nous avons fournies. J'ai donc démontré que les Romains à cette époque avaient été pour nous des amis et des alliés.
T 22 - XVI, § 182-184 Comme monument expiatoire de sa terreur [à l'ouverture du tombeau de David], il [Hérode] éleva à la porte du sépulcre un monument de marbre blanc d'un grand prix. Nicolas [de Damas] l'historien, son contemporain, mentionne bien cette construction, mais non pas la descente du roi dans le tombeau, parce qu'il se rendait compte que cet acte lui faisait peu d'honneur. D'une manière générale, c'est ainsi qu'il en use constamment dans son ouvrage : comme il vivait dans le royaume d'Hérode, et était de ses familiers, il a écrit pour le servir et le flatter en ne racontant que ce qui importait sa gloire et en travestissant beaucoup de ses actes manifestement injustes, ou en s'efforçant avec le plus grand soin de les cacher.
T 23 - XVIII, § 63-64 Vers le même temps vint Jésus, homme sage, si toutefois il faut l'appeler un homme. Car il était un faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. Et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. C'était le Christ. Et lorsque sur la dénonciation de nos premiers citoyens, Pilate l'eut condamné à la crucifixion, ceux qui l'avaient d'abord chéri ne cessèrent pas de le faire car il leur apparut trois jours après ressuscité, alors que les prophètes divins avaient annoncé cela et mille autres merveilles à son sujet. Et le groupe appelé d'après lui les Chrétiens n'a pas encore disparu.
T 24 - XX, § 259-262 Je terminerai donc ici mes Antiquités Judaïques, après lesquelles j'ai raconté aussi la Guerre. Elles comprennent les traditions qui vont de la naissance du premier homme jusqu'à la douzième année du règne de Néron et tout ce qui nous est arrivé à nous, Juifs, en Égypte, en Syrie et en Palestine, tout ce que nous avons subi du fait des Assyriens et des Babyloniens, comment les Perses et les Babyloniens nous ont traités et, après eux, les Romains. Tout cela, je crois l'avoir mis en ordre avec une précision absolue. J'ai même essayé de conserver la liste des grands pontifes qui se sont succédé pendant ces deux mille ans. J'ai également marqué sans erreur la liste des rois, en rapportant leurs actions, leur gouvernement et la puissance des Juges, selon ce que les Livres Saints nous racontent sur tous ; car j'avais promis de le faire en commençant cette histoire. Et maintenant, je dis hardiment, après avoir achevé ce que je m'étais proposé, que nul autre, Juif ou étranger, n'aurait pu, même s'il l'avait voulu, présenter avec autant d'exactitude cette histoire au public grec.
Autobiographie (trad. A. Pelletier)
T 25 - I, § 1-2 Ma famille n'est pas sans gloire, issue qu'elle est de prêtres. Les divers peuples ont chacun leur manière propre de fonder sa noblesse ; chez nous ce sont les affinités avec le sacerdoce qui attestent l'illustration d'une famille. Or, dans mon cas, non seulement la famille est de race sacerdotale, mais encore de la première des vingt-quatre classes - distinction déjà appréciable - et qui plus est de la plus illustre de ses tribus. Je suis même, par ma mère, de race royale, car les descendants d'Hasmon, ses ancêtres, furent durant une très longue période grands prêtres et rois de notre peuple.
T 26 - VII, § 28-29 Donc, après la défaite de Cestius dont je viens de parler, les notables de Jérusalem, voyant d'un côté, que les bandits ainsi que les agitateurs étaient très bien pourvus d'armes, craignant, d'autre part, au cas où ils resteraient eux-mêmes désarmés, de tomber aux mains des ennemis - et c'est bien ce qui arriva ensuite - apprenant, d'ailleurs, que la Galilée ne s'était pas encore soulevée tout entière contre les Romains et qu'une partie du pays restait encore tranquille, m'envoient, ainsi que deux autres prêtres distingués, Joazar et Judas, avec mission de convaincre les brigands de déposer les armes et de leur faire comprendre qu'il vaut mieux les réserver aux notables du peuple. A ce qui fut décidé, ces derniers garderaient les armes toujours prêtes pour tout besoin immédiat, mais ils attendraient de savoir ce que les Romains allaient faire.
T 27 - XV, § 80-83 Environ mes trente ans, âge où même si l'on ne cède pas aux passions coupables, il est difficile d'échapper aux calomnies de l'envie, spécialement quand on occupe un poste qui confère une grande autorité, j'avais respecté l'honneur de toutes les femmes et j'avais méprisé tous les cadeaux qu'on m'offrait, en homme qui n'en a que faire. Bien plus, je n'acceptais même pas des mains de ceux qui me les apportaient les dîmes qui m'étaient dues comme prêtre. Toutefois, après ma victoire sur les Syriens des villes environnantes, j'ai accepté une part du butin et je reconnais l'avoir envoyée à Jérusalem à mes proches. Et quand deux fois j'ai pris de force Sephoris, quatre fois Tibériade, une fois Gabara, et quand si souvent j'ai tenu à ma merci Jean, qui avait comploté contre moi, je n'ai tiré aucune vengeance ni de lui, ni d'aucune des populations susdites, comme la suite du récit le montrera. C'est pour cela, je pense, que Dieu, de son côté, lui au regard de qui n'échappent pas ceux qui font le bien, m'a délivré de leurs mains et m'a gardé sain et sauf d'une foule de dangers que je raconterai dans la suite.
T 28 - LXV, § 336-339 Arrivé à ce point de mon récit, je tiens à donner quelques brèves indications au sujet de Juste [de Tibériade], qui a écrit, lui aussi, le récit de ces événements, et au sujet de tous les autres qui prétendent écrire une histoire, mais se soucient peu de la vérité et, par haine ou partialité, n'hésitent pas à mentir. Ce qu'ils font ressemble à ce que font les faussaires qui fabriquent de faux contrats, avec cette différence que, n'ayant pas à craindre les mêmes châtiments, ils se moquent de la vérité. Juste, donc, ayant entrepris d'écrire l'histoire de cette guerre, pour se donner l'air d'un auteur consciencieux, m'a calomnié et n'a rien dit d'exact, même sur sa ville natale. C'est pourquoi, obligé de me justifier après le tort que me font ses faux témoignages, je vais dire ce que jusqu'ici j'ai passé sous silence. Qu'on ne s'étonne pas que j'ai attendu si longtemps pour faire ces révélations. Quand on écrit l'histoire, il faut dire la vérité, mais on a le droit de ne pas se montrer acerbe en dénonçant les fourberies de certains, non par égard pour eux, mais par souci de garder soi-même la mesure.
T 29 - LXXVI, § 423 Après notre arrivée à Rome, je fus l'objet de toutes les attentions de Vespasien. Il me fit loger dans la maison qui avait été la sienne avant son accès à l'empire, il m'honora du droit de cité romaine, me fit servir une pension et ne cessa de me montrer son estime jusqu'à la fin de ses jours, sans jamais se relâcher de sa bonté envers moi, ce qui provoqua la jalousie et me mit en danger.
Contre Apion (trad. L. Blum)
T 30 - I, I, § 1-5 J'ai déjà suffisamment montré, je pense, très puissant Épaphrodite, par mon Histoire ancienne, à ceux qui la liront, et la très haute antiquité de notre race juive, et l'originalité de son noyau primitif, et la manière dont elle s'est établie dans le pays que nous occupons aujourd'hui ; en effet, 5000 ans sont compris dans l'histoire que j'ai racontée en grec d'après les Livres sacrés. Mais, puisque je vois bon nombre d'esprits, s'attachant aux calomnies haineuses répandues par certaines gens, ne point ajouter foi aux récits de mon Histoire ancienne et alléguer pour preuve de l'origine assez récente de notre race que les historiens grecs célèbres ne l'ont jugée digne d'aucune mention, j'ai cru traiter brièvement tous ces points afin de confondre la malveillance et les mensonges volontaires de nos détracteurs, redresser l'ignorance des autres, et instruire tous ceux qui veulent savoir la vérité sur l'ancienneté de notre race. J'appellerai, en témoignage de mes assertions, les écrivains les plus dignes de foi, au jugement des Grecs, sur toute l'histoire ancienne ; quant aux auteurs d'écrits diffamatoires et mensongers à notre sujet, ils comparaîtront pour se confondre eux-mêmes. J'essaierai aussi d'expliquer pour quelles raisons peu d'historiens grecs ont mentionné notre peuple ; mais, d'autre part, je ferai connaître les auteurs qui n'ont pas négligé notre histoire à ceux qui les ignorent ou feignent de les ignorer.
T 31 - I, III, § 15-18 N'est-il point absurde que les Grecs s'aveuglent ainsi en croyant être seuls à connaître l'antiquité et à en rapporter exactement l'histoire ? Et ne peut-on point facilement apprendre de leurs historiens mêmes que, loin d'écrire de science certaine, chacun d'eux n'a fait qu'émettre des conjectures sur le passé ? Le plus souvent, en tout cas, leurs ouvrages se réfutent les uns les autres et ils n'hésitent pas à raconter les mêmes faits de la façon la plus contradictoire. Il serait superflu d'apprendre aux lecteurs, qui le savent mieux que moi, combien Hellanicos diffère d'Acousilaos sur les généalogies, quelles corrections Acousilaos apporte à Hésiode, comment sur presque tous les points les erreurs d'Hellanicos sont relevées par Éphore, celles d'Éphore par Timée, celles de Timée par ses successeurs, celles d'Hérodote par tout le monde. Même sur l'histoire de Sicile Timée n'a pu s'entendre avec Antiochos, Philistos ou Callias ; pareil désaccord sur les choses attiques entre les atthidographes, sur les choses argiennes entre les historiens d'Argos. Et pourquoi parler de l'histoire des cités et de faits moins considérables, quand sur l'expédition des Perses et sur les événements qui l'accompagnèrent les auteurs les plus estimés se contredisent ? Sur bien des points, Thucydide même est accusé d'erreurs par certains auteurs, lui qui pourtant passe pour raconter avec la plus grande exactitude l'histoire de son temps.
T 32 - I, VIII, § 37-38 Par une conséquence naturelle, ou plutôt nécessaire - puisqu'il n'est pas permis chez nous à tout le monde d'écrire l'histoire et que nos écrits ne présentent aucune divergence, mais que seuls les prophètes racontaient avec clarté les faits lointains et anciens pour les avoir appris par une inspiration divine, les faits contemporains selon qu'ils se passaient sous leurs yeux - par une conséquence naturelle, dis-je, il n'existe pas chez nous une infinité de livres en désaccord et en contradiction, mais vingt-deux seulement qui contiennent les annales de tous les temps et obtiennent une juste créance.
T 33 - I, IX, § 47-52 Moi, au contraire, et sur l'ensemble de la guerre et sur le détail des faits, j'ai écrit une relation véridique, ayant assisté en personne à tous les événements. Car j'étais général de ceux qu'on appelle chez nous les Galiléens tant que la résistance fut possible, puis, capturé, je vécus prisonnier dans le camp romain. Vespasien et Titus, me tenant sous leur surveillance, m'obligèrent à être toujours auprès d'eux, enchaîné au début ; plus tard, délivré de mes liens, je fus envoyé d'Alexandrie avec Titus au siège de Jérusalem. Pendant ce temps pas un fait n'a échappé à ma connaissance. En effet, je notais avec soin non seulement ce qui se passait sous mes yeux dans l'armée romaine, mais encore les renseignements des déserteurs que j'étais seul à comprendre. Ensuite, dans les loisirs que j'eus à Rome, la préparation de mon histoire entièrement terminée, je me fis aider pour le grec par quelques personnes et c'est ainsi que je racontai les événements pour la postérité. Il en résulta pour moi une telle confiance dans la véracité de mon histoire qu'avant tous les autres je voulus prendre à témoin ceux qui avaient commandé en chef dans la guerre, Vespasien et Titus. C'est à eux les premiers que je donnai mes livres et ensuite à beaucoup de Romains qui avaient participé à la campagne ; je les vendis d'autre part à un grand nombre des nôtres, initiés aux lettres grecques ... Toutes ces personnes ont témoigné que je m'étais appliqué à défendre la vérité, eux qui n'auraient point caché leurs sentiments ni gardé le silence si, par ignorance ou par faveur, j'avais travesti ou omis quelque fait.
T 34 - I, X, § 53-55 Cependant certains personnages méprisables ont essayé d'attaquer mon histoire, y voyant l'occasion d'un exercice d'accusation paradoxale et de calomnie, comme on en propose aux jeunes gens dans l'école ; ils devraient pourtant savoir que, si l'on promet de transmettre à d'autres un récit véridique des faits, il faut d'abord en avoir soi-même une connaissance exacte pour en avoir suivi de près les événements par soi-même ou en se renseignant auprès de ceux qui les savent. C'est ce que je crois avoir fait très bien pour mes deux ouvrages. L'Archéologie, comme je l'ai dit, est traduite des Livres saints, car je tiens le sacerdoce de ma naissance et je suis initié à la philosophie de ces Livres. Quant à l'histoire de la guerre, je l'ai écrite après avoir été acteur dans bien des événements, témoin d'un très grand nombre, bref sans avoir ignoré rien de ce qui s'y est dit ou fait.
T 35 - II, I, § 1-4 Dans le cours du premier livre, très honoré Épaphrodite, j'ai fait voir la vérité sur l'antiquité de notre race, m'appuyant sur les écrits des Phéniciens, des Chaldéens et des Égyptiens, et citant comme témoins de nombreux historiens grecs ; j'ai, en outre, soutenu la controverse contre Manéthôs, Chærémon et quelques autres. Je vais commencer maintenant à réfuter le reste des auteurs qui ont écrit contre nous. Pourtant je me suis pris à douter s'il valait la peine de combattre le grammairien Apion ; car dans ses écrits, tantôt il répète les mêmes allégations que ses prédécesseurs, tantôt il ajoute de très froides inventions ; le plus souvent ses propos sont purement bouffons et, à dire vrai, témoignent d'une profonde ignorance, comme émanant d'un homme au caractère bas et qui toute sa vie fut un bateleur. Mais puisque la plupart des hommes sont assez insensés pour se laisser prendre par de tels discours plutôt que par les écrits sérieux, entendent les injures avec plaisir et les louanges avec impatience, j'ai cru nécessaire de ne point laisser sans examen même cet auteur, qui a écrit contre nous un réquisitoire formel comme dans un procès.
T 36 - II, XIV, § 145-147 Mais puisque Apollonios Molon, Lysimaque et quelques autres, tantôt par ignorance, le plus souvent par malveillance, ont tenu, sur notre législateur Moïse et sur ses lois, des propos injustes et inexacts, accusant l'un de sorcellerie et d'imposture, et prétendant que les autres nous enseignent le vice à l'exclusion de toute vertu, je veux parler brièvement, et de l'ensemble de notre constitution et de ses détails, comme je le pourrai. Il apparaîtra clairement, je pense, qu'en vue de la piété, des rapports sociaux, de l'humanité en général, et aussi de la justice, de l'endurance au travail et du mépris de la mort, nos lois sont fort bien établies. J'invite ceux qui tomberont sur cet écrit à le lire sans jalousie. Ce n'est point un panégyrique de nous-mêmes que j'ai entrepris d'écrire, mais après les accusations nombreuses et fausses dirigées contre nous, la plus juste apologie, à mon avis, est celle qui se tire des lois que nous continuons à observer.
[ 27 avril 2010 ]

References: § 9
 § 568
 § 50
 § 116
 § 200
 § 1
 § 9
 § 15
 § 1
 § 347
 § 389
 § 55
 § 218
 § 280
 § 357
 § 1
 § 265
 § 182
 § 63
 § 259
 § 1
 § 28
 § 80
 § 336
 § 423
 § 1
 § 15
 § 37
 § 47
 § 53
 § 1
 § 145