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Timestamp: 2017-09-20 23:44:14+00:00

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école : références: Conférences pédagogiques, mode d'emploi (par G. Jost, Paris, 1878)
Conférences pédagogiques, mode d'emploi (par G. Jost, Paris, 1878)
LES CONFÉRENCES D’INSTITUTEURS ET LES BIBLIOTHÈQUES PÉDAGOGIQUES, Par M. G. JOST, INSPECTEUR DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE A PARIS, (23 AOÛT 1878)
Messieurs, J’ai lu dans un auteur suisse que les lois sur l’instruction primaire dans tous les pays ne devraient avoir que ce seul article : « Il y aurait à la tête de chaque école un instituteur excellent. »
Il est certain que si le maître est instruit, s’il a l’aptitude pédagogique nécessaire, s’il sait se mettre à la portée de son jeune auditoire et donner de l’attrait à son enseignement; si, par des études journalières, il complète et fortifie sa propre instruction; si, par sa tenue, par son caractère, par la pratique de toutes les vertus domestiques, il ne cesse de prêcher d’exemple à ses élèves, oh ! alors vous pouvez, comme le dit le plus autorisé de nos écrivains en cette matière, « vous pouvez entasser en un monceau les règlements, les circulaires, les comptes rendus de quinzaine et de trimestre, et toutes les paperasses de la science administrative, et en faire un feu de joie... » Et il ajoute plus loin « C’est que tout est là; c’est tout l’avenir. C’est le maître qui est l’école, » (Applaudissements.)
Puisque donc le maître est ce facteur essentiel dans notre instruction primaire, puisqu’il lui faut tant et de si solides qualités, vous ne devez rien négliger pour devenir des hommes de science en même temps que de dévouement, pour vous donner ce sentiment profond de l’importance morale de vos fonctions, qui seul peut vous soutenir dans la mission délicate et difficile que l’État vous confie.
L’École normale commence la préparation du futur instituteur, mais il faut la continuer sans interruption, Je suppose que l’élève-maître a consciencieusement employé ses trois années d’études. Il ne possède pas seulement toutes les matières du programme; mais il connaît aussi les bonnes méthodes d’enseignement, il a lu les ouvrages de pédagogie de la bibliothèque, il est animé des meilleures résolutions, plein d’une ardeur juvénile, heureux et fier d’être placé à la tête d’une classe. Il a son programme tout préparé ; il veut l’appliquer pour montrer à ses supérieurs et à ses maîtres qu’il a retenu les leçons de l’École et qu’il les met en pratique.
S’il est placé comme adjoint à côté d’un instituteur expérimenté, qui guide ses premiers pas dans le métier, sa situation sera singulièrement améliorée. Le directeur de l’école écoutera son jeune collaborateur et se fera mettre au courant des procédés nouveaux recommandés aux élèves-maîtres ; il modérera, corrigera l’ardeur du jeune homme par les leçons de sa vieille expérience. Le débutant sera à bonne école.
Que si l’école compte un certain nombre de maîtres, la situation sera meilleure encore. Le directeur réunira périodiquement ses adjoints en une conférence dans laquelle chacun rendra compte de la nature et de la gradation des devoirs donnés pendant la semaine; des difficultés qu’il aura rencontrées à tel endroit, dans telle situation; de la tenue des élèves, des résultats obtenus, des progrès réalisés. Ce sera comme un examen de conscience fait en famille, un coup d’œil rétrospectif jeté sur le travail de la semaine. On mesurera le chemin parcouru, on placera des jalons pour le chemin qui reste à faire. Ce sera de toutes les conférences d’instituteurs la pus facile et la plus fructueuse.
Tous les directeurs d’école qui l’ont instituée vous diront quels ont été les heureux effets de ces entretiens hebdomadaires ou mensuels. Les travaux pédagogiques – donnés à tel membre de la conférence pour élucider quelque point douteux sur lequel on n’était pas d’accord, le compte rendu fait par chaque maître sur la marche qu’il croit la plus profitable dans telle faculté, l’examen en commun du système de récompenses et de punitions reconnu le meilleur, l’échange continuel des observations sur la direction à donner à l’enseignement, établissent entre les différents maîtres d’une même école une communauté d’idées, une unité de vues qui tourne au profit de l’école. Le directeur associe tous ses adjoints à l’éducation de la maison ; ils ne sont plus seulement les maîtres de leurs classes, mais ils forment un corps dont chacun accepte sa part de responsabilité dans la marche de l’établissement.
D’une pierre nous aurons fait deux coups : l’instituteur-adjoint complétera son éducation professionnelle, et l’école profitera de ces réunions qui d’abord n’ont été instituées que pour les maîtres.
Mais il arrive bien plus souvent que le jeune instituteur est envoyé d’emblée dans un hameau ou dans une petite commune, où il n’a pas à côté de lui le guide précieux que son camarade trouve dans le directeur d’une grande école. Il est seul, abandonné à ses propres lumières.
J’admets qu’il a vu enseigner à l’école modèle annexe, qu’il a même pris part à l’enseignement. Mais saura-t-il faire l’école ? Saura-t-il manier les différentes divisions de façon à ce que les élèves de forces diverses soient constamment occupés, de façon aussi à ne pas s’épuiser en vains efforts dès les premiers pas ? Ne se heurtera-t-il pas chaque fois à des obstacles qu’il n’avait pas prévus ?
A un autre point de vue, il doit établir des relations avec les autorités locales, avec le maire, avec le ministre du culte, avec les parents qui lui confient l’éducation de leurs enfants. Les uns et les autres ne peuvent-ils pas être tentés de faire de lui l’homme de leur parti, alors qu’il est absolument nécessaire que l’instituteur se mette au-dessus des querelles du village, qu’il soit l’homme de tous, que les discussions communales, comme la politique, s’arrêtent au seuil de l’école, qu’il ait la confiance de tous les pères de famille sans distinction d’opinions ? (Applaudissements.)
Il aurait besoin de voir fréquemment des collègues expérimentés, qui connaissent le pays, les mœurs et le caractère des habitants. Il aurait besoin d’entretenir ses confrères des difficultés qu’il peut rencontrer, de leur demander conseil, afin de mieux satisfaire aux exigences de la situation particulière qui lui est faite dans la commune où il débute.
Il est un autre écueil contre lequel il faut mettre le débutant en garde. Il peut arriver qu’il soit un des plus instruits, peut-être le plus savant parmi ses nouveaux concitoyens. Je suppose qu’il ne tire pas vanité de sa science ; je le classe dans la catégorie de ceux qui, ayant beaucoup appris à l’École normale, savent aussi combien il leur reste encore à apprendre. Mais jugera-t-il bien nécessaire de continuer immédiatement ses études, quand il
se voit et se sent partout le premier ? Et s’il a le désir de se perfectionner, aura-t-il la force de volonté nécessaire ? Il éprouvera le besoin de se reposer, de se récréer après le travail du jour. Il est souvent seul ; il est célibataire ; il n’a pas toujours une mère ou une sœur qui puisse l’accompagner dans son premier poste, conduire son ménage, lui tenir société dans les longues soirées d’hiver, l’encourager dans les moments de défaillance. Saura-t-il alors résister aux instances des parents qui veulent lui être agréables en l’invitant à une fête de famille ou à une séance au café ? — Et vous savez, messieurs, aussi bien que moi, quelles difficultés on se crée, à quels dangers on est exposé dans ces réunions où l’autorité et la dignité risquent si facilement de se compromettre.
Je sais parfaitement qu’il est des natures d’élite qui savent rester sourdes aux appels au dehors, et se renfermer chez elles avec leurs livres, «cette société morte du solitaire ». Mais cela est bien difficile, et exige une dose d’énergie que n’a pas le plus grand nombre. .
Écoutez plutôt ce que disait à ce propos M. Barrau en 1840 :
« Étudier pour étudier, sans but, sans plan, sans méthode, sans contrôle, offre quelque chose de fastidieux dont peu d’esprits parviennent à triompher. Il y a dans l’étude libre de la mollesse, de la négligence, nulle suite, tandis que, quand on étudie sous l’aiguillon d’une contrainte morale, quand, à un jour dit, il faut présenter un travail complet sur un sujet donné, et être en mesure d’en discuter les principes contre des collègues amis, mais sévères, l’esprit prend plus d’énergie, la volonté plus de force. On ne néglige rien ; nulle difficulté n’arrête ni ne rebute ; on travaille avec plus de suite, plus d’amour, plus de fruit, »
Voilà pour le jeune maître. Mais à côté des conscrits se trouvent les soldats déjà aguerris. N’ont-ils pas besoin, eux aussi, d’étudier, d’étudier toujours ? S’ils restent stationnaires, ils ne tardent pas à reculer et à se voir dépasser par leurs collègues plus jeunes.
Quant aux vétérans qui ont blanchi dans la carrière, qui n’ont pas cessé de se tenir au courant des méthodes nouvelles, ils ont acquis des trésors d’expérience dans le métier de l’éducation, dont il importe de faire profiter leurs jeunes collègues.
Eh bien ! si nous pouvions mettre en commun l’instruction des uns, le fruit des observations faites par les autres, l’expérience des plus anciens ; si nous faisions en sorte que les uns apprennent ce qu’ils ignorent, que les autres n’oublient pas ce qu’ils savent, que chacun profite de l’expérience de tous, mous préserverions peut-être le jeune homme de la vanité, l’homme mûr de l’indifférence, le vétéran de la routine. (Applaudissements.)
Engageons donc tous les instituteurs à se réunir de temps à autre le jeudi, dans quelque maison d’école centrale, au chef-lieu de canton, par exemple, et fournissons-leur l’occasion de continuer leurs études, de se former plus complètement à la pratique de leur profession. Provoquons leur travail, corrigeons-le par la discussion, excitons et dirigeons leurs efforts , organisons, en un mot , des conférences d’instituteurs, ou, pour dire plus exactement, rétablissons-les, réorganisons-les en profitant des leçons de l’expérience.
Et, en effet, si je parle de conférences, je ne parle pas d’une innovation. Vous savez, Messieurs, au moins les plus anciens d’entre vous, qu’elles ont existé partout, qu’elles ont été instituées, il y a quarante ans, sous le régime de cette loi de 1833 à laquelle il faut sans cesse revenir quand on veut réaliser de nouvelles améliorations dans notre enseignement primaire. (Applaudissements.)
Les conférences d’instituteurs sont même antérieures à la grande loi. Ainsi, le premier document officiel dans lequel il en est question, c’est un arrêté, — que je trouve dans l’excellent Recueil de M. Gréard, la Législation de l’instruction primaire depuis 1789, — du Conseil royal de l’instruction publique du 30 juin 1829, relatif aux comités chargés de surveiller les écoles primaires protestantes. Cet arrêté porte, en son article 28, ce qui suit :
« Chaque comité, avec l’autorisation du recteur, pourra, dans le courant de l’année, à une époque fixée par lui, convoquer les instituteurs de son ressort à des conférences qui auront pour but le perfectionnement des méthodes d’enseignement primaire. Il sera rendu compte au recteur du résultat de ces conférences. »
Un règlement postérieur, du 27 février 1835, du même Conseil, prescrit aux inspecteurs, en son article 7, de donner « une attention particulière aux conférences d’instituteurs qui auront été dûment autorisées, d’assister quelquefois à ces réunions, de rendre compte de leurs
RÈGLEMENT RELATIF AUX CONFÉRENCES D’INSTITUTEURS
du 10 février 1837,
Vu la loi du 28 juin 1833 sur l’instruction primaire;
Vu les statuts des 19 juillet 1833, 25 avril 1834 et 27 février 1835;
Considérant que les conférences entre les instituteurs ont été reconnues favorables aux progrès et à l’amélioration de l’instruction primaire, que leurs utiles résultats ont été constatés par les rapports des inspecteurs spéciaux, et que plusieurs conseils généraux de départements ont voté des fonds pour indemniser les instituteurs qui se rendent à ces conférences ; qu’il convient d’encourager de pareilles réunions et aussi d’établir quelques règles qui en préviennent les abus;
Sur le rapport du conseiller chargé de ce qui concerne l’instruction primaire;
Des conférences et de leur objet.
ARTICLE PREMIER. – Les instituteurs primaires d’un ou de plusieurs cantons sont autorisés à se réunir, avec l’approbation de l’autorité locale et sous la haute surveillance du comité d’arrondissement, pour conférer entre eux sur les diverses matières de leur enseignement, sur les procédés et méthodes qu’ils emploient, sur les principes qui doivent diriger l’éducation des enfants et la conduite des maîtres.
Tout autre objet de discussion sera sévèrement banni de ces conférences.
Art. 2. — La réunion ne perdra jamais de vue que l’instruction morale et religieuse est un des principaux objets que la loi a recommandés aux instituteurs.
ART. 3. — Le comité supérieur pourra indiquer aux différentes réunions, par l’organe de leurs présidents respectifs, les points sur lesquels l’attention des instituteurs devra être appelée de préférence.
ART. 4. — Chaque instituteur pourra demander à rendre compte de ce qu’il aura lu depuis la dernière séance, à faire des observations sur les ouvrages récemment publiés qui intéressent l’instruction primaire, à lire quelques compositions qu’il aura faites concernant la discipline des écoles ou l’un des objets de l’enseignement.
En toute occasion, les instituteurs s’attacheront avec le plus grand soin à exprimer nettement leurs idées, avec simplicité et correction. ART. 5. — Les instituteurs communaux seront expressément imités à se rendre aux conférences; tous auront le droit d’y assister.
Les instituteurs privés pourront, sur leur demande, être autorisés par le président à assister auxdites conférences,
Pourront également y être admis, avec autorisation du président, les aspirants aux fonctions d’instituteur qui auront obtenu leur brevet de capacité.
ART. 6. — Tout membre délégué du comité supérieur, tout membre du comité local de la commune où se tiendra la conférence, comme aussi tout membre d’une commission d’examen ou de surveillance, aura droit, en justifiant de sa qualité, d’assister aux réunions d’instituteurs.
Des époques et de la police des conférences.
ART. 7. — Les conférences auront lieu une fois par mois dans le semestre d’hiver, et deux fois par mois dans le semestre d’été. Le jeudi leur sera spécialement affecté.
ART. 8. — Le président sera toujours désigné par le recteur de l’académie.
ART. 9. — Dans toute réunion, les instituteurs nommeront, à la majorité absolue des voix, un vice-président, un secrétaire, un caissier et un bibliothécaire, lesquels seront nommés pour un an et pourront être indéfiniment réélus.
ART. 10. - Le président, ou en son absence le vice-président, réglera et indiquera l’ordre du jour pour la séance suivante. Il aura la police de 1’assemblée, et personne ne pourra prendre la parole si le président ne la lui a donnée.
Le président correspondra, au nom de la réunion des instituteurs, avec le comité d’arrondissement, avec l’inspecteur spécial de l’instruction primaire et avec le recteur de l’académie.
ART. B. — Le secrétaire dressera procès-verbal de chaque séance, et tiendra un registre où les procès-verbaux seront exactement transcrits et signés du président et du secrétaire.
Chaque séance s’ouvrira par la lecture du procès-verbal de la séance précédente.
Un extrait sommaire des procès-verbaux sera adressé tous les trois mois au comité supérieur.
ART. 12. — Tous les ans, au mois d’octobre, le recteur, d’après le rapport des divers comités supérieurs, adressera au Ministre de l’Instruction publique un tableau des instituteurs qui auront lait preuve de zèle et d’assiduité relativement aux conférences.
ART. 13. — Dans le cas où des fonds auraient été alloués, soit par le département, soit par les communes, pour indemnité de déplacement en faveur des instituteurs communaux qui suivront les conférences, ces indemnités seront délivrées, de trois en trois mois, seulement à ceux des instituteurs qui n’auront manqué à aucune des réunions du trimestre sans un motif valable et dûment justifié.
Il sera rendu compte au comité d’arrondissement des absences et des motifs allégués par les absents.
ART. 44. — Les menues dépenses de papier, carton, plumes et encre seront acquittées, soit sur les fonds que les communes ou les départements auront alloués à cet effet, soit au moyen d’une cotisation de la part des instituteurs.
ART. 15. — Au moyen des mêmes ressources ou de toute autre qui proviendrait de donations, fondations ou legs, il sera formé d’une bibliothèque que suivront exactement les conférences.
Les livres composant la bibliothèque seront inscrits sur un catalogue qui sera vérifié chaque année. Un double de ce catalogue sera envoyé au Ministre de l’Instruction publique.
Un règlement particulier déterminera sous quelles conditions et dans quel cas les livres pourront être achetés et pourront être prêtés.
ART. 16. — Les conférences se tiendront dans la salle communale du chef-lieu du canton ou dans toute autre salle que l’autorité aurait mise pour cet usage à la disposition des instituteurs.
ART. 17. — S’il y a lieu à l’établissement de quelques cours ou leçons dans lesdites conférences, ces cours ou leçons seront confiés à des maîtres agréés par le recteur de l’Académie, sur la proposition du président.
Le programme de chaque cours sera dressé par le maître chargé du dit cours, examiné par le comité d’arrondissement et soumis à l’approbation du Conseil académique.
ART. 18. — Dans les départements où il existe une École normale primaire, et pendant le temps que l’École normale consacrera à des cours spéciaux en faveur des instituteurs en exercice, l’assistance à ces cours pourra remplacer les conférences mentionnées dans le présent statut.
ART. 19. — Le présent statut sera adressé à tous les recteurs, et transmis à tous les présidents des comités d’arrondissement.
Il servira de règle générale pour les conférences d’instituteurs, sauf les modifications ou additions qui pourront y être faites, sur la proposition des divers comités d’arrondissement, d’après les convenances et les besoins des localités.
Ces conférences étaient considérées comme une institution inséparable de notre système d’enseignement primaire. Ainsi, une proposition de loi de M. Barthélémy Saint-Hilaire, du 1 décembre 1848, — à laquelle le législateur de 1879 pourrait faire plus d’un emprunt, — porte en son article 44 que « des conférences entre les instituteurs et instituteurs-adjoints, directeurs, professeurs et professeurs adjoints des écoles supérieures auront lieu à des époques déterminées, sous la surveillance du comité d’arrondissement et du recteur. Le président sera nommé par le comité. Un règlement du comité national de l’instruction publique fixera le régime et la tenue des conférences, auxquelles tous les instituteurs devront régulièrement assister ».
L’arrêté de 1837 ne resta pas lettre morte. Interrogez vos souvenirs, consultez vos collègues plus anciens, et ils vous diront avec quel entrain toutes ces conférences ont été organisées partout, quel bien elles ont produit, comment elles ont provoqué et entretenu ces sentiments de bonne confraternité qui devraient toujours régner entre les instituteurs. (Applaudissements.)
Vous avez dans vos bibliothèques un volume qui a conservé l’histoire d’une de ces conférences, et dont la lecture a sans doute contribué à l’éducation pédagogique de plus d’un d’entre vous. Je veut parler des Conférences sur les devoirs des instituteurs faites aux instituteurs lorrains par un magistrat, M. Salmon, qui a toujours porté le plus vif intérêt à l’enseignement primaire, et à qui les instituteurs de la Meuse et de la Meurthe ont conservé une grande reconnaissance. (Applaudissements.)
Dans une autre partie de la Lorraine, que de récents et douloureux événements ont enlevée à la famille française, à Metz, un éminent directeur d’École normale, M, Las¬saulce, avait également institué des conférences dont il est parlé comme suit dans un document de l’époque :
« Elles produisent les plus heureux résultats, qui vont toujours en croissant ; ce que nous ne disons pas seulement pour constater un fait, mais pour exciter, s’il est possible, l’émulation de tant d’autres départements qui demeurent en arrière sous le rapport du progrès, et dont les libéralités en faveur de l’enseignement restent stériles, parce que ce n’est pas tout que de donner de l’argent : il faut donner aussi, ce qui est plus rare, du dévouement et du zèle. »
Le rapport de la Moselle constate que « dans les neuf sections de ces conférences il n’y a eu ni trouble, ni désordre,… ni éclat d’amour-propre ou de jalousie dans les discussions... Partout dans les conférences ont constamment régné une tenue grave et digne de l’objet de ces réunions, et une bienveillance mutuelle qui pour le plus grand nombre s’est convertie en de vrais sentiments d’estime et en d’honorables amitiés... 1067 travaux pédagogiques ont été discutés en 1846 ; 84 comptes rendus ont été faits par les secrétaires… On ne s’est occupé que d’améliorations dans les méthodes d’enseignement, et toutes ces discussions ont profité aux écoles».
Voici l’indication de quelques-uns des objets traités dans les huit séances du semestre d’été de 1846. Leur énumération vous dira combien ces réunions ont dû être intéressantes :
- Moyens auxquels il faut recourir pour former les élèves à des mœurs plus douces, plus polies, plus pures, — bienveillance envers les égaux, reconnaissance envers les parents et les supérieurs, égards envers tous, respect des propriétés ;
- Leçon pratique sur l’enseignement du calcul aux jeunes enfants ; - Rapports de l’instituteur avec les autorités, les parents, le public, les élèves;
- Influence de la propreté des livres et des cahiers, de l’ordre matériel dans la classe, de l’exactitude du maître, sur l’esprit et le coeur des élèves ;
- Enseignement de la géographie au moyen de la carte écrite, de la carte muette, du tableau noir ;
- Ne conviendrait-il pas, et dans quelle mesure, d’introduire l’enseignement de l’agriculture et de l’horticulture dans les écoles primaires ?
- Leçon pratique sur l’enseignement de la comptabilité privée; établissement d’un registre de recettes et de dépenses dans les ménages ;
- Avantages de la nouvelle épellation ;
- Moyens à employer pour obtenir des élèves l’attention, fortifier leur mémoire, les habituer à la réflexion.
Il y avait là pour les Mosellans une grande variété de questions à traiter. Toutes avaient été proposées par les instituteurs eux-mêmes dans leur dernière conférence de l’année précédente.
Dans les deux départements du Rhin, chaque canton possédait sa conférence ; les réunions étaient suivies avec une grande assiduité, et dans plusieurs arrondissements, dans celui de Wissembourg entre autres, les rapports annuels rendant compte des travaux étaient autographiés et envoyés à tous les instituteurs.
Dans ces départements, les leçons pratiques alternaient avec les travaux et les discussions pédagogiques, avec la lecture et la critique d’ouvrages scolaires. « La discussion, dit un président dans un de ces rapports, la discussion sur la question comment combattre l’égoïsme chez les enfants, a présenté le plus grand intérêt. Jamais je n’oublierai les heures pleines de recueillement et d’émotion qu’elle m’a fait passer au milieu de mes braves instituteurs. »
Je ne pouvais, Messieurs, ne pas commencer par vous parler d’abord de nos départements de l’Est : nulle part l’enseignement primaire et les instituteurs ne furent, de tous temps, plus en honneur ! C’est de là qu’est partie l’initiative de presque toutes les bonnes innovations sur ce terrain : les plus anciennes écoles primaires, la première salle d’asile, la première école normale de France, les premières conférences d’instituteurs.
Cette Alsace-Lorraine, province d’origine de plus d’un d’entre nous, violemment détachée de la patrie, doit conserver sa place dans notre enseignement scolaire, comme dans nos souvenirs et dans nos espérances ! (Applaudissements prolongés.)
A une autre extrémité de la France, dans le Gers, l’arrondissement de Condom possédait dès 1837 sis conférences cantonales suivies avec assiduité par cinquante instituteurs. Celui de Lectoure en comptait cinq, niais elles étaient, dit un rapport du temps, moins bien fréquentées.
Un rapport officiel constate que dans le Rhône les conférences produisaient cette même année « des résultats remarquables. Aux améliorations positives de l’instruction, continue ce compte rendu, nous devons ajouter l’effet moral produit par les conférences. Le rapprochement des instituteurs de la campagne des maîtres des Écoles Normales, des membres des comités, des fonctionnaires de l’Académie, les relève à leurs propres yeux, leur prouve l’intérêt qui s’attache à leurs fonctions ».
En 1840, nous voyons se réunir dans les Côtes-du-Nord des conférences d’instituteurs qui avaient un but spécial, il est vrai, l’étude approfondie du système des nouvelles mesures. Les conférences étaient faites par des instituteurs – désignés par l’Administration.
D’autres avaient lieu dans le Finistère et dans le Morbihan, sous la direction des inspecteurs.
La même année, des conférences pédagogiques réunissent trente-neuf instituteurs de la Somme à l’École normale du département. Ces entretiens ne se bornaient pas à des cours faits par les professeurs de l’École ; il y avait discussions, leçons modèles et exercices faits par les instituteurs.
Des cours semblables ont lieu également, à partir de 1831, à Versailles et à Poitiers, sous la présidence de MM. Lebrun et Maynard, directeurs des Écoles normales de ces deux villes. Les instituteurs suivaient les cours faits par les professeurs de ces écoles, et étudiaient les méthodes adoptées dans les classes primaires annexes.
Ces cours pédagogiques étaient assez généralement répandus. Ils rendaient certainement des services, mais un trop petit nombre de maîtres pouvaient en profiter, et cet éloignement des instituteurs pendant plusieurs semaines de leurs communes pouvait devenir nuisible au bien du service et onéreux pour les départements qui en faisaient les frais.
C’était l’avis, entre autres, du Conseil général de la Haute-Vienne, qui proposa dès 1840 de remplacer les cours pédagogiques par des conférences cantonales.
En 1843, la Charente a des conférences cantonales, de même que l’arrondissement de Poitiers.
Dans la Somme, une conférence, due uniquement à l’initiative des instituteurs, se constitua en 1845 à Rosières, arrondissement de Montdidier, sous la présidence du curé-doyen. Et, ce qui valait mieux encore, elle créa une bibliothèque pédagogique, à laquelle le Ministre fit un don de 150 francs.
Même initiative et même bon exemple donnés, dès 1837, par les instituteurs de l’arrondissement de Carpentras, stimulés et guidés par le sous-préfet et l’inspecteur de l’arrondissement. Ils formèrent une association qui avait pour objet, aux termes de l’article 1er des statuts, « de tenir les instituteurs au courant des progrès de l’enseignement primaire, d’établir un lien d’amitié qui les attachât entre eux, de faire à des époques fixes des conférences sur les différentes matières du programme et sur les procédés d’enseignement... Dans ces conférences, est-il dit plus loin, les instituteurs pourront s’éclairer et converser sur les divers perfectionnements à introduire dans les écoles, afin que nul ne soit exposé à des tentatives infructueuses, qui le feraient renoncer au progrès pour rentrer de nouveau dans la routine. »
Voilà bien la conférence cantonale constituée telle que je la comprends. En outre, l’arrondissement de Carpentras a réalisé, — n’oublions pas qu’il y a quarante ans de cela, — une autre amélioration essentielle, la création d’une bibliothèque pédagogique, achetée avec le produit des cotisations des membres de la conférence, fixées à 3 francs par an. Un article fort sage, l’article 16, porte que « toute lecture d’écrit politique, tout discours et toute discussion de ce genre sont formellement interdits au lieu des séances ». Le principal et un professeur du collège se joignent aux instituteurs, qui répondent à cette preuve de confraternité en leur conférant la présidence de l’association.
Je dois encore nommer la Société des instituteurs et des institutrices de la Seine fondée en 1846 ; elle ne fut d’abord qu’une très-utile société de prévoyance, de secours mutuels et de retraite; mais elle a aujourd’hui en même temps un caractère pédagogique. Elle traite des questions de méthode et d’enseignement dans ses conférences périodiques.
Comme vous le voyez, il y avait à cette époque des conférences dans un grand nombre de départements, et dans ces conférences une émulation, une activité remarquables, un rapprochement entre les instituteurs, un échange continuel de vues et d’idées dont certainement les écoles et l’enseignement profitèrent largement.
Pourquoi, après avoir pris un si grand développement, ces réunions pédagogiques sont-elles tombées en désuétude ? Mon Dieu, il est arrivé des conférences comme de toutes les institutions humaines, où l’abus se trouve à côté du bien. Après un premier engouement on se relâchait... ll ne faut pas s’exagérer l’importance des conférences, surfaire les résultats qu’elles peuvent promettre; il ne faut pas considérer la conférence comme une panacée qui en peu de temps transformera nos écoles et nos instituteurs. Il y en aura toujours d’utiles, de fructueuses, à côté d’autres qui languiront, qui ne seront pas suivies, qui ne produiront que peu de bien. Mais il ne faut non plus les craindre et les dénigrer quand même.
Le plus souvent elles seront ce que les feront leurs présidents. Voici précisément ce que je lis dans un rapport de 1845 ; « Aussi la plupart des conférences tombèrent bientôt ; les unes étaient mal dirigées, sans utilité pratique réelle pour les Instituteurs ; d’autres donnaient lieu à des déplacements onéreux pour eux ; elles étaient suivies de repas fort coûteux; elles engendraient des abus qui, à leur tour, entraînaient des réprimandes. Celles qui étaient bien organisées, conduites avec méthode et sagesse, purent seules se soutenir et restèrent comme une preuve pratique des avantages sérieux que ces institutions peuvent produire. »
Dans le livre que j’ai déjà cité, M. Salmon réfute les critiques dont elles étaient l’objet. « Depuis deux ans, dit-il, que je suis chargé de diriger les travaux de la conférence de Toul, je dois rendre cette justice aux quarante instituteurs qui la fréquentent, que je les ai toujours vus accourir avec une exactitude et un zèle qui ne se sont jamais démentis, même au milieu des plus mauvais jours de l’année. A peine s’étaient-ils trouvés en présence, à peine l’ami qui arrivait avait-il pressé la main de l’ami moins éloigné qui l’avait devancé, que le travail commençait.... L’auditeur n’interrompait le maître que pour suppléer par de judicieuses remarques aux insuffisances de sa leçon : l’erreur y était relevée avec bonne foi et redressée avec à-propos...,. pas une parole inconvenante, pas une seule observation pouvant blesser par la forme ou par le fond. »
Il faut dire aussi que les conférences, organisées d’après le règlement de 1831, n’étaient pas présidées par des hommes du métier, connaissant les questions pédagogiques comme un président de conférence doit les connaître. Hommes honorables, pleins de dévouement pour les écoles et les instituteurs, consacrant leur temps et leur talent à la surveillance des écoles, et ayant bien mérité de l’enseignement primaire, ils n’étaient cependant pas, en général, assez compétents pour diriger et conduire des discussions essentiellement techniques et pédagogiques.
Vous savez, Messieurs, ce qui est arrivé en 1848. Plusieurs conférences, non peut-être par la faute des instituteurs, sont sorties de leur rôle pédagogique pour s’occuper d’autres questions, On les appelait sur un terrain bien glissant, puisque l’administration supérieure elle-même voulait faire des instituteurs les éducateurs politiques des citoyens.
Mais parce que quelques conférences prêtaient le flanc à des critiques méritées, parce que toutes n’étaient pas conduites avec le même tact, suivies avec la même assiduité, fallait-il les comprendre toutes dans la même proscription ? Faut-il, à cause d’un petit mal isolé, empêcher un grand bien général? Je ne le pense pas.
D’ailleurs l’interruption qui suivit la commotion de 1848 ne fut pas de longue durée. On ne tarda pas à s’apercevoir que les instituteurs ont besoin de se retremper fréquemment, de renouveler leur provision de savoir et de zèle, et que des conférences sont indispensables.
C’est sous forme de retraites pédagogiques qu’elles furent reprises. Un certain nombre d’instituteurs d’un département étaient convoqués et réunis, pendant huit jours ordinairement, à l’Ecole normale du chef-lieu. El là, le directeur de l’Ecole, les inspecteurs de l’enseignement primaire, l’inspecteur d’Académie, quelquefois le préfet et le recteur, traitaient devant eux les différentes questions d’enseignement, de méthodes et d’éducation.
Les départements qui ont pris l’initiative de ces retraites pédagogiques sont, si je ne me trompe, le Jura en 1851, et le Bas-Rhin en 1858.
Dans le premier, elles ont été provoquées et organisées par M. Hébert-Duperron, inspecteur d’académie, qui réunissait chaque année un tiers à peu près des instituteurs du département. Quatre conférences leur étaient données par jour par les inspecteurs, outre deux autres conférences religieuses faites par le curé-archiprêtre de la ville…… Six leçons par jour, dans lesquelles le conférencier seul avait la parole, c’était peut-être demander beaucoup à des auditeurs habitués à une vie moins passive !
Dans le Bas-Rhin, l’inspecteur d’académie, M. Duval-Jouve, donna à ces retraites une allure un peu plus libre. Les instituteurs n’étaient pas auditeurs seulement, ils prenaient une part active aux travaux. Une ou deux conférences au plus par jour. Avant et après, les instituteurs se réunissaient dans leurs sections pour discuter la question exposée par le conférencier; deux secrétaires étaient désignés par eux ; le lendemain, la discussion était ouverte sous la direction du conférencier; toutes les opinions étaient écoutées, admises, combattues ou rectifiées, et les comptes rendus de ces intéressants entretiens étaient publiés dans le Bulletin académique, afin d’en faire profiter tous les instituteurs du département.
Vous voyez qu’on a cherché là-bas, dans notre pays d’Alsace, à tirer le meilleur parti possible des retraites pédagogiques, et vous ne m’en voudrez pas d’en avoir parlé avec quelques détails. Elles ne me rappellent pas seulement de bonnes journées passées avec d’anciens amis et compatriotes dont je vois quelques-uns au milieu de nous, mais encore cette chère province vers laquelle nous ne pouvons jamais nous reporter sans une douloureuse émotion, et à laquelle nous avons dû nous arracher pour conserver notre patrie, pour rester français ! (Applaudissements.)
Un grand nombre de départements ont organisé ces retraites pédagogiques. Partout où les ressources le leur permettaient, les conseils généraux ont voté les fonds nécessaires pour les instituer. Elles ont été certainement fort utiles; elles ont rapproché les instituteurs entre eus ; elles les ont mis en présence des autorités qui souvent ne les connaissaient pas, et qui alors pouvaient les juger et les apprécier. Plus d’une opinion erronée a été ainsi redressée, et je sais plus d’un instituteur qui a été distingué par ses chefs pendant ces conférences, et qui plus tard a été appelé à l’inspection.
Avant de franchir cette douloureuse année 1871, qui a été pour la France ce qu’avait été 1806 pour la Prusse, le signe d’un réveil en faveur de la diffusion de l’enseignement, il faut parler encore de l’enquête ouverte par M. Rouland en 1860, qui constituait comme une grande conférence, et dans laquelle il invitait les instituteurs à traiter cette question : « Quels sont les besoins de l’instruction primaire dans une commune rurale au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ? »
C’était là une initiative généreuse et hardie; mais la façon dont les 1017 instituteurs ont répondu à la question posée a dû montrer au ministre qu’il avait bien fait de s’adresser directement à ceux qui s’occupent de l’éducation morale et intellectuelle des classes laborieuses.
« Tous les mémoires, a pu dire le président de Royer, tous sans exception ont révélé de la part de leurs auteurs un profond sentiment du devoir, une intelligence souvent élevée de la mission de l’instituteur et de l’abnégation qu’elle comporte. »
Vous savez, Messieurs, que plus d’une amélioration signalée dans ces mémoires, plus d’un vœu émis ont été réalisés et introduits dans la loi par les pouvoirs publics, (Applaudissements.)
A partir de 1871, les instituteurs voulurent, eux aussi, contribuer au relèvement de la patrie. On leur avait dit que c’était le maître d’école prussien qui avait battu les Autrichiens à Sadowa, les Français à Frœschwiller et à Sedan, et, sans examiner ce que cette assertion pouvait avoir de fondé, ils sentaient que c’est par l’éducation et le travail qu’un peuple se remet d’une secousse aussi terrible. (Applaudissements.)
Si nous ne nous trompons pas, c’est dans une ville qui, un moment, passait par de grandes angoisses patriotiques, qui est restée cependant à la France, mais en devenant ville frontière, Nancy, que les conférences pédagogiques furent reprises après la guerre.
Leur but était, aux termes du règlement approuvé par le recteur de l’Académie, « de discuter les questions d’éducation et d’instruction, de développer la science pédagogique, de perfectionner les méthodes et les procédés d’enseignement, d’entretenir parmi les instituteurs des relations amicales et fraternelles ».
On se réunissait tous les deux mois. Le bureau était composé de l’inspecteur de l’enseignement primaire, président, d’un vice-président et d’un secrétaire élus par les instituteurs et pris parmi eux.
Un ou deux travaux étaient lus et discutés à chaque séance.
Voici, prises au hasard, quelques-unes des questions traitées par les conférences nancéennes :
« Conditions que doit remplir une maison d’école construite, aménagée et meublée suivant les exigences de l’hygiène et de la pédagogie;
Utilité et organisation des bibliothèques et des musées scolaires;
L’enseignement intuitif et les leçons de choses;
L’enseignement du français, de l’histoire, de la géographie dans l’école;
Rédaction des programmes d’enseignement et du tableau de la distribution du temps dans les écoles de la ville. »
Des leçons modèles faites aux élèves d’une école par l’un des membres, devant ses collègues, étaient analysées, critiquées, commentées après le départ des enfants.
Les copies des procès-verbaux étaient régulièrement envoyées à l’inspecteur d’Académie,
L’organisation est la même dans la deuxième ville de France, et j’ai recueilli de la bouche des instituteurs lyonnais ce témoignage dont notre collègue, que je vois là devant moi, peut être justement fier, que les conférences ont donné une impulsion nouvelle aux maîtres et aux écoles Les réunions sont trimestrielles. Voici comment elles fonctionnent. Une question est donnée à traiter par le président. Les instituteurs ont environ deux mois pour faire leurs travaux, qui doivent être envoyés à leurs inspecteurs respectifs. L’un des inspecteurs est chargé de faire un rapport d’appréciation sur chacun des mémoires présentés, et qui n’est désigné que par un numéro d’ordre. Cet ensemble de rapports est lu en séance publique. Un deuxième inspecteur traite, dans la même séance, le sujet qui a été proposé; il le fait avec toute l’autorité que lui donnent son expérience et ses lumières. Les conclusions des différents travaux sont ensuite discutées dans la séance suivante, et adoptées s’il y a lieu.
A Paris, les conférences pédagogiques ont dû se borner jusqu’ici au personnel de chaque école, sous la présidence du directeur. Dans ces réunions, on s’occupe de questions d’ordre général et de direction commune, des difficultés particulières à quelques points de discipline et d’enseignement. « Tout le monde, dit M. Gréard, gagne à ces rapprochements, lorsque chacun y apporte le sincère désir du bien. » Dans certains arrondissements de la capitale, des travaux pédagogiques sont rédigés par les instituteurs, puis lus et discutés en séance; des leçons modèles sont faites par l’un des maîtres de l’école sur un sujet préparé à l’avance et écrit, mais à une autre classe que la sienne. Le travail est repris après le départ des élèves, la leçon est analysée par les collègues et chacun profite des critiques ou des éloges que mérite le conférencier.
Je retrouve les mêmes conférences, restreintes à un petit nombre d’instituteurs dans les Ardennes. On se réunit dans l’école d’un collègue, on assiste à la classe faite par l’un des maîtres, et, les élèves partis, on critique les procédés d’enseignement. « Un tel mode de conférences, écrit,
ce propos un instituteur, est éminemment pratique; et il a l’avantage d’éviter les exposés prétentieux et les phrases inutiles... Pour juger d’une méthode ou d’un procédé, voir faire la classe et entendre les réponses, tout est là. » (Applaudissements.)
Dans le département de la Savoie, un crédit de 1800 fr. est affecté par le Conseil général à des conférences cantonales, comme frais de déplacement aux instituteurs qui assisteront à ces réunions, et 600 francs à titre d’encouragement à ceux qui feront les meilleurs résumés des séances.
Mêmes conférences cantonales dans plusieurs autres départements, dans les Vosges, dans l’Ardèche dans l’arrondissement de Tulle, où l’on s’occupait d’une question qui en ce moment est l’objet des discussions les plus vives et les plus passionnées dans la presse pédagogique de l’Allemagne : du meilleur système disciplinaire à employer dans les écoles».
Au Havre, nous voyons les instituteurs se réunir en un cercle ouvert le dimanche à partir de 2 heures, dans la semaine de 7 heures à 10 heures du soir, et pourvu d’une belle et bonne bibliothèque. Le but du cercle havrais est, aux termes des statuts approuvés par le préfet du département, de fournir aux instituteurs les moyens de se rencontrer souvent, d’examiner en commun les différentes questions concernant l’enseignement.
Dans la Haute-Savoie, une société pédagogique fondée en 1872 réunit tous les instituteurs de l’arrondissement de Saint-Julien, et tient des réunions semestrielles.
Les instituteurs de chacun des arrondissements de Thonon et de Bonneville ont fondé, en 1873, une société semblable, et ces deux associations ont créé en même temps des bibliothèques pédagogiques auxquelles le Ministère a fait des dons de livres.
Dans l’Aube, même institution pour l’arrondissement de Nogent-sur-Seine, sous la présidence et le haut patronage de M. Casimir Périer, sous-secrétaire d’État au Ministère de l’Instruction publique.
Dans l’Isère, on combina les deux systèmes, conférences cantonales et retraites pédagogiques; mais on fit une large part à l’initiative individuelle et à l’initiative collective des instituteurs. Des travaux pédagogiques leur furent demandés. Un choit fut fait, et cinq de ces mémoires obtinrent l’honneur d’une lecture publique dans la conférence des instituteurs du département réunis à l’École normale de Grenoble. Ces lectures furent suivies de discussions, et certains conférenciers improvisés, — je cite le compte rendu officiel, — ont révélé une facilité d’exposition et une autorité de parole qu’on ne se fût pas attendu à rencontrer, à ce degré, chez de modestes instituteurs de village. L’enseignement de la langue française, de la lecture, une nouvelle méthode de triangulation, l’horticulture, le chant et l’organisation des chœurs, telles étaient les questions traitées par ces instituteurs.
Les conférenciers ordinaires, inspecteurs, directeur de l’École normale et professeurs spéciaux traitaient de l’arboriculture, de l’hygiène, de l’enseignement élémentaire des sciences à l’école primaire, du matériel de classe, de l’éducation, du travail personnel des instituteurs, etc.
L’organisateur de ces utiles conférences ne songea pas seulement au travail. Une part fut faite également au plaisir : séance publique, distribution de récompenses et concert, et, le jour de la clôture, le premier magistrat du département ouvrit les salons de la préfecture aux membres de la conférence.
Dans le même département, les institutrices, elles aussi, ont dans leur École normale de Saint-Égrève leurs conférences pédagogiques ; et, pour ne pas laisser perdre le souvenir et le fruit de ces conférences départementales et cantonales , des prix de 25 , de 20, de 15 francs, donnés sous forme de livres sans doute, — sont distribués chaque année aux meilleurs résumés ou comptes rendus de ces réunions et aux autres travaux pédagogiques faits par les institutrices et par les instituteurs de l’Isère.
Je dois une mention spéciale aux conférences cantonales de l’arrondissement de Rambouillet, créées dès 1867 et réglementées depuis 1871. On m’assure, et je le crois sans peine, qu’elles ont transformé l’esprit des instituteurs, les méthodes d’enseignement, les écoles de l’arrondissement. Vous étudierez le compte rendu de ces conférences au Champ-de-Mars.
Ainsi les conférences d’instituteurs existent, peu nombreuses sans doute ; mais si toutes celles que nous possédons avaient envoyé à l’Exposition leurs règlements et leurs comptes rendus, comme l’ont fait la Belgique et quelques cantons français, nous aurions trouvé là toute une mine de science pédagogique pratique qui aurait offert le plus vif intérêt.
Généralisons donc ce qui se fait dans un certain nombre de départements, rétablissons les conférences pédagogiques, donnons-leur une organisation pratique bornons-les au canton d’abord ou à l’arrondissement, Ne les prescrivons nulle part; mais laissons-les se former, vivre, grandir partout où il se trouve des inspecteurs et des instituteurs convaincus que l’institution est bonne. Ne les coulons pas toutes dans le même moule, ne les réglementons pas, laissons-les se donner la forme et les statuts qui paraissent le mieux appropriés aux mœurs du département, au caractère et aux habitudes des instituteurs.
Nous avons un président tout trouvé. C’est l’inspecteur, qui réunit la double condition d’avoir votre confiance et celle de vos autorités. Inspecteur de l’enseignement primaire, il est le guide naturel des instituteurs; il a été instituteur lui-même à un degré quelconque. Inspecteur d’Académie, il sort du professorat, et connaît, par expérience aussi, les labeurs pénibles de l’enseignement et les besoins des maîtres
L’inspecteur est le président né de la conférence, mais il a à côté de lui un vice-président et deux secrétaires élus chaque année par leurs collègues. Chaque fois que l’inspecteur est empêché de prendre part à la conférence, elle est présidée par le vice-président.
Voici comment, à notre avis, la conférence fonctionnera :
Une question de méthode, d’enseignement, d’éducation, de discipline scolaire, est donnée par l’autorité ou proposée par la conférence elle-même. Chaque membre arrive à la réunion avec son travail sur la question proposée, ou, ce qui vaut mieux, il envoie ce travail au président quinze jours avant la réunion. Un rapporteur est désigné pour exposer ou lire son étude ; les auditeurs prennent des notes, et, lorsque l’exposé est terminé, la discussion est ouverte.
Ou encore on peut suivre les habitudes de la Suisse, où les travaux sont envoyés un mois à l’avance par le président à un rapporteur choisi par le bureau; ce rapporteur les analyse, les commente et les résume dans un travail d’ensemble dont il est donné lecture. Chacun alors loue, blâme, critique, complète les propositions du collègue. Le président dirige les débats, résume les opinions émises et les résolutions adoptées par la conférence ; les secrétaires sont chargés de la rédaction du compte rendu des discussions, dont une copie est envoyée au chef de l’Académie. L’administration scolaire est tenue ainsi au courant de toutes les questions traitées dans ces réunions.
En outre, chaque membre fait part à la conférence du fruit de ses lectures et de ses observations, entretient de telle modification introduite par lui dans telle matière du programme, des difficultés qu’il aura rencontrées dans son système disciplinaire et des moyens qu’il a employés pour les surmonter, etc.
Tous apprennent peu à peu à exprimer leur pensée clairement, avec précision, à défendre leur opinion avec courtoisie. La diversité même des caractères tournera au profit de tous. La douceur de l’un tempérera la rudesse de l’autre. Tel qui est un peu lent et mou sera aiguillonné par la vivacité d’un collègue. On ne rentrera jamais d’une conférence sans avoir appris quelque chose de nouveau, sans s’être retrempé, sans avoir fait une nouvelle provision d’idées. (Applaudissements.)
Je ne parle que pour mémoire d’un genre spécial de conférences, de celles que provoquera l’inspecteur après la visite des écoles d’un canton ou d’un groupe de communes car je sais qu’elles se font à peu près partout. Avant de retourner dans sa résidence, l’inspecteur aura besoin d’entretenir les maîtres des écoles visitées de l’état de leurs classes, de la marche suivie, des résultats constatés depuis la précédente visite, des observations auxquelles son inspection aura donné lieu, des points faibles sur lesquels les instituteurs devront porter leurs efforts. Il provoquera les objections et y répondra, de manière à ce que tous profitent des conseils donnés et des recommandations faites individuellement. Les conférences de cette nature, dont il est conservé procès-verbal comme des autres, sont peut-être les meilleures, les plus profitables ; seulement, comme elles sont nécessairement plus rares, elles ne peuvent remplacer les réunions périodiques.
Les questions traitées ne se bornent pas aux méthodes d’enseignement.
La lecture occupera une large place dans les conférences. Un rapporteur fera la critique du livre lu ; son exposé remettra aux uns en mémoire les principales pensées de l’ouvrage et donnera aux autres le désir de le lire à leur tour.
C’est ainsi, pour ne citer que cet exemple, que dans une conférence dont j’ai déjà parlé, on s’est occupé des comptes rendus des ouvrages de Barrau, de Roger de Guimps, de Jules Paroz, de Michel Bréal, de Jules Simon, de Willm, de Mariotti, de Charbonneau, puis des Essais de Montaigne, des ouvrages du père Girard, de Fénelon, de Mme Necker, de Mgr Dupanloup, et tous ces comptes rendus ont fait connaître, lire et apprécier des livres que la plupart des auditeurs ne connaissaient pas encore.
Ce que je viens de dire des ouvrages spéciaux de pédagogie s’applique également aux livres d’instruction générale, à nos auteurs classiques, aux grands ouvrages aliment des études patientes, aux publications géographiques, aux nombreux livres dans lesquels on cherche à vulgariser la science.
Mais, pour cela, il faut l’annexe indispensable de la conférence cantonale, je veux dire la bibliothèque pédagogique. Peu d’instituteurs ont les ressources nécessaires pour se constituer, à leur entrée dans la carrière, la bibliothèque de leurs rêves. Plus tard les charges de famille réclament la part qui, dans le modeste budget, était réservée à la nourriture de l’intelligence, et alors on se passe de cette nourriture, on n’est pas tenu au courant des découvertes nouvelles, on est étranger aux publications qui accroissent journellement le bagage intellectuel d’une nation, on reste stationnaire, on recule.
On peut bien aller à la conférence, on peut profiter des lectures et des travaux des autres; mais on n’y prend plus soi-même une part active, et la conférence cesse d’être fructueuse.
Or, ce qui est impossible à l’instituteur isolé devient facile par l’association. On ne peut pas donner 40 francs par an pour sa bibliothèque personnelle ; mais on peut donner 4 ou 5 francs pour la bibliothèque pédagogique du canton. Si les 20 ou 30 instituteurs de la conférence cantonale s’imposaient cette modeste cotisation, ils se trouveraient à la tête d’un budget annuel très-suffisant pour constituer et alimenter la bibliothèque. Des éditeurs ou des amis des écoles, que vous nommerez membres honoraires, viendront l’agrandir, sans parler des subventions possibles des communes ou du département, et des concessions certaines du Ministère.
L’article 15 de l’arrêté ministériel du 10 février 1837 prescrivait expressément ces bibliothèques pédagogiques. Nous en en avons, comme je l’ai montré plus haut, dans la Somme, dans le Vaucluse, dans l’Aude, à Saint-Julien, à Bonneville, à Thonon, à Nancy, à Dunkerque, etc.
Ici encore l’arrondissement de Rambouillet doit être cité avec honneur, Sous l’impulsion intelligente de notre collègue M. Monget, des statuts uniformes ont été adoptés dans tous les cantons, et approuvés par M. l’inspecteur général, Léon Puiseux, alors inspecteur d’Académie à Versailles. Est fondateur toute personne qui souscrit pour une somme de 90 francs, Sont donateurs les membres qui versent 8 francs. Les adhérents, instituteurs et institutrices, ne paient qu’une cotisation de 50 centimes par trimestre. La durée du prêt d’un volume ne peut dépasser un mois. Une amende de 5 centimes par volume et par jour de retard sera exigible après ce délai écoulé. Comme à Nancy, la bibliothèque est administrée par un conseil composé de l’inspecteur primaire, de l’instituteur bibliothécaire et de trois instituteurs élus par leurs collègues.
Nancy ne demandait qu’une cotisation de 2 francs par an aux membres titulaires et 10 francs aux membres fondateurs, et au bout de 20 mois la bibliothèque comptait 350 volumes. Nogent-sur-Seine demande 0 fr. 50 c. par trimestre aux premiers, 20 francs aux seconds, 5 francs aux donateurs; à Saint-Julien, la cotisation annuelle est de 4 francs pour tous les membres indistinctement.
D’ailleurs les statuts se ressemblent partout. Le catalogue comprend les journaux d’éducation, les ouvrages de pédagogie, des livres ou des publications d’instruction générale. La bibliothèque est administrée par le bureau de la conférence.
La conférence cantonale se bornerait à la création de cette bibliothèque, qu’elle aurait déjà rendu un immense service aux instituteurs de la circonscription. C’est même par là que les cantons devraient commencer.
Entendez-vous avec vos inspecteurs. Ouvrez une souscription, constituez un comité d’achat, faites appel aux membres honoraires et à nos grands éditeurs : vous les savez généreux ! fondez la bibliothèque et établissez-la dans une salle de l’école du chef-lieu de canton. La première pierre de votre conférence pédagogique sera posée,
Conférences périodiques entre les maîtres d’une même école, présidées par le directeur de l’école ;
Conférences de l’inspecteur d’arrondissement à la suite d’une tournée faite dans un canton ou un groupe de communes ;
Conférences cantonales périodiques présidées par l’inspecteur de l’enseignement primaire, assisté d’un bureau élu par les instituteurs et pris parmi eux ;
Questions de pédagogie et de méthodes données par l’autorité académique ou proposées par la conférence ; lecture et critique des livres lus; leçons modèles; travaux écrits faits par les membres; procès-verbaux régulièrement tenus et conservés dans les archives;
Mais avant tout, création d’une bibliothèque cantonale, sans laquelle les conférences ne dureront ni ne prospéreront.
Je n’aurais pas dû quitter le chapitre des bibliothèques pédagogiques sans vous dire un mot des bibliothèques de nos écoles, des bibliothèques scolaires.
En donnant à votre élève l’instruction élémentaire, vous mettez un instrument entre ses mains. « L’éducation reçue, — je cite une lettre écrite par le comité métropolitain des bibliothèques anglaises, l’éducation reçue à
l’école n’est que le point de départ d’une éducation qui doit se prolonger à travers la vie. Ouvrir à l’école l’intelligence de l’enfant et la mettre en mouvement; puis, quand elle marche, lui refuser les moyens d’étudier, équivaut à apprendre à un ouvrier comment on se sert d’un outil et à lui refuser la matière sur laquelle il pourrait l’utiliser. » (Applaudissements,)
Pour cela, il faut que l’élève ait un bibliothécaire à sa portée ; je dis un bibliothécaire, car il faut lui choisir les livres qui conviennent le mieux à son intelligence, à son caractère, à ses besoins, à sa future profession. C’est vous qui serez ce bibliothécaire, et par le prêt continuel de vos livres vous continuerez, vous compléterez l’œuvre commencée à l’école primaire. Vous instruirez et vous moraliserez la famille en même temps que l’enfant.
Il faut donc dans chaque école une bibliothèque qui renferme un choix aussi varié qu’irréprochable de livres. Il faut que l’agrandissement continuel de cette bibliothèque scolaire soit l’une de vos plus sérieuses préoccupations. Vous ne dépenseriez que 40 à 50 francs par an pour l’alimenter, que ce serait un immense résultat; mais il ne faut à aucun prix interrompre les achats annuels. Et il me semble qu’avec un peu de bonne volonté, il est possible dans les plus petits villages d’obtenir chaque année cette somme, soit de la commune par un vote, soit des habitants aisés par une souscription. Il faut ne pas craindre de recourir chaque année à ces souscriptions, d’abord pour avoir des ressources, puis pour rappeler que la bibliothèque existe, pour y intéresser les habitants, pour affirmer sa vitalité et son développement.
Ne vous contentez pas de prêter les livres à vos élèves et à vos adultes. Lisez-les avec eux. Vous savez que la plus grande récompense que vous puissiez donner à vos élèves c’est une lecture on une histoire racontée. De même pour les adultes, consacrez deux séances par mois, dans votre classe du soir, à la lecture. Lisez avec l’intonation voulue ; soulignez les principaux alinéas; arrêtez-vous pour commenter ce que vous lisez, pour expliquer les passages les plus difficiles ; faites sentir les beautés du style, admirer la noblesse de caractère, le courage, l’abnégation du héros de votre livre; faites ressortir tout ce que le livre renferme de beau, et tous voudront le lire. Vous donnerez ainsi à vos élèves adultes le goût de la lecture, qu’ils transporteront dans leur famille; vous adoucirez leurs mœurs, vous les aiderez à échapper aux tentations de la rue, vous continuerez à les élever.
Pour le choix des livres, vous avez les excellents catalogues du Ministère et de la Société Francklin; vous avez surtout les conseils et les indications de vos inspecteurs
Les conférences d’instituteurs à l’étranger.
Je pourrai maintenant vous faire voir comment cette institution s’est développée dans les pays voisins, où elle est acclimatée et appréciée depuis longtemps, où elle fait partie intégrante de tout le système d’instruction primaire.
La Belgique, notre parente par la langue et par les mœurs, a institué les conférences d’instituteurs il y a 36 ans. Voici comment les définit la loi du 23 septembre 1842.
ART. 14. — L’inspecteur cantonal réunira en conférence, sous sa direction, au moins une fois par trimestre, les instituteurs de son ressort ou de chaque canton.
Les instituteurs libres peuvent aussi être admis à ces conférences, si l’inspecteur le juge convenable;
Des jetons de présence seront accordés aux instituteurs qui y assistent.
Ces conférences auront pour objet tout ce qui peut concerner les progrès de l’enseignement primaire, et spécialement l’examen des méthodes et des livres employés dans les écoles.
Les arrêtés royaux de 1817 et de 1862 entrent dans le détail de leur fonctionnement. J’en extrais ce qui suit.
ART. 3. — Les instituteurs réunis en conférence s’occupent, sous la direction de l’inspecteur président, ou d’un instituteur spécialement désigné par lui à cet effet, des objets suivants :
1° De l’examen et de l’application des méthodes d’enseignement primaire;
2° De l’appréciation des livres et des instruments employés dans les écoles ;
3° De l’étude théorique et pratique des différentes branches qui font partie de l’éducation des enfants et de l’instruction primaire.
Les travaux de la conférence sont de trois espèces :
Lecture et développements oraux;
Exercices pratiques de pédagogie.
Un programme, arrêté à la fin de chaque conférence, règle l’ordre du jour de la réunion suivante, afin que les instituteurs puissent s’y préparer dans l’intervalle,
A la fin de chaque année, l’inspecteur provincial fait un programme sommaire des conférences de l’année suivante, et l’adresse, avant le 13 décembre, aux inspecteurs cantonaux placés sous ses ordres.
ART. 4. — Chaque instituteur rédige à domicile un compte rendu des travaux de la dernière conférence à laquelle il a assisté ; il envoie sa rédaction à l’inspecteur cantonal, quinze jours au moins avant la réunion suivante.
La rédaction jugée la meilleure est adoptée pour servir de procès-verbal; elle est inscrite dans le registre à ce destiné.
Puis viennent l’excellent article 10 relatif aux bibliothèques et l’article 11 relatif aux récompenses décernées aux instituteurs pour leur assiduité aux conférences.
ART. 10. — Une bibliothèque, composée d’ouvrages relatifs à l’enseignement primaire, sera formée dans chaque cercle de conférences au moyen de dons et de subsides du gouvernement
ART. 11. – Des encouragements seront accordés par M. le Ministre de l’Instruction publique, sur la proposition des inspecteurs provinciaux, aux instituteurs fréquentant ces conférences qui se distinguent dans l’accomplissement de leurs devoirs : gratifications de 180 francs ; récompenses en livres ; mentions honorables.
Des conférences semblables spécialement destinées aux institutrices ont été instituées également depuis 1847. Elles sont semestrielles ; mais pour tout le reste même organisation, même fonctionnement, mêmes travaux, mêmes encouragements que pour les instituteurs.
Vous avez trouvé à l’exposition belge des procès-verbaux de ces utiles conférences.
En voici d’ailleurs quelques-uns que j’extrais des feuilles pédagogiques.
C’est la conférence prise sur le fait et qui vous montre quel en est le caractère essentiellement pédagogique et pratique.
Province de Brabant. 1878
A. Partie pratique. — Classe moyenne ; Une leçon d’écriture.
Classe supérieure : Une leçon de géographie de Belgique ayant pour objet les lignes internationales de chemins de fer.
B. Partie théorique. — Qu’est-ce que le jugement ? Quelles sont les branches du programme de l’école primaire dont l’enseignement est le plus propre à former le jugement des enfants ? Tracez les règles à observer par l’instituteur en vue du développement de cette faculté.
A. Partie pratique. — Classe inférieure : Exercice d’intuition (le sujet au choix de l’instituteur).
Classe supérieure : Exercice d’orthographe (le choix du texte sera fait en vue de l’enseignement de quelque connaissance utile aux élèves).
B. Partie théorique. — Dissertation sur la possibilité d’introduire dans l’enseignement primaire des notions de connaissances utiles sans que le programme de l’école s’en trouve chargé davantage.
A. Partie pratique. — Classe inférieure : Leçon de lecture élémentaire suivie d’exercices d’orthographe.
Classe moyenne : Exercice de rédaction,
B. Partie théorique. — De l’influence de l’école primaire sur l’éducation morale des élèves. — Exposé des devoirs à remplir à ce sujet par l’instituteur.
A. Partie pratique. — Classe moyenne : Une leçon de système métrique. — (Le sujet sera indiqué par M. l’inspecteur cantonal.)
Classe supérieure : Arithmétique. Problèmes à résoudre.
Partie théorique. — Étude sur la nature du sol en Belgique et sa division en zones agricoles.
N. B. — L’instituteur de l’endroit où la conférence a lieu, exposera les cahiers de devoirs des élèves de la classe supérieure.
Province de Hainaut, 1878.
I. Notions d’agriculture : de l’ameublissement du sol.
Conférence d’une heure faite pour MM. les instituteurs par un professeur spécial.
II. Exercices didactiques. — A. Leçon de calligraphie, à donner pendant vingt minutes à toutes les divisions de l’école, par l’instituteur du lieu où se tient la conférence.
B. Leçon de géographie d’une demi-heure au plus, à donner par un instituteur qui sera désigné séance tenante.
Sujet : Première leçon sur la Flandre Occidentale.
III. Discussion des leçons pratiques.
IV. Appréciation du travail rédigé à domicile par les instituteurs sur le sujet suivant : Montrer combien il importe que les enfants acquièrent à l’école primaire une bonne écriture, et indiquer les moyens à employer pour arriver, sous ce rapport, à un résultat satisfaisant.
N. B. — Dans un résumé net et concis, le président donnera, avec ses propres observations, la substance des travaux qui lui auront été envoyés; puis il signalera les meilleurs de ces travaux et en lira les passages les plus remarquables.
V. Lecture du compte rendu de la précédente conférence.
VI. Communications de l’inspection.
VII. Examen des cahiers des élèves.
Province de Flandre. 1878.
I. Travail à domicile. — Éducation. — Quels sont les devoirs imposés aux instituteurs par les articles 4 et 10 du règlement général des écoles primaires en date du 15 août 1846 ? Faites connaitre plus spécialement : 1° en quoi consiste la surveillance que l’instituteur doit exercer sur ses élèves pendant les récréations; 9° les jeux qu’il importe de défendre ; 3° ceux qui peuvent avoir une influence salutaire sur l’éducation,
II. Exercices didactiques. — Première demi-heure : Instruction religieuse.
Deuxième demi-heure : Division supérieure. — Arithmétique. De l’escompte en dehors. Application au commerce.
Division inférieure, — Exercices faciles de dessin à main levée en rapport avec les leçons données, d’après modèle au tableau noir,
Troisième demi-heure : Division inférieure. — Examen des dessins. — Entretien sur la politesse : Conduite de l’enfant dans les rues. Exercices pratiques sur la manière de saluer dans les rues et en entrant en classe.
Division supérieure. — Les élèves font un devoir d’arithmétique en rapport avec la leçon précédente. — Correction de ce devoir.
I. Travail à domicile. — Préparer par écrit, pour la division supérieure, deux leçons sur le sujet suivant : Géographie : Voyage en chemin de fer de Bruges à Paris : aspect du pays, grandes villes à traverser, douanes, particularités sur Paris. Ce que c’est que l’Exposition universelle. Dessin de l’itinéraire à suivre.
Deuxième demi-heure : Division supérieure. — Géographie : Voyage en chemin de fer de Bruges à Paris. (1re ou 2e leçon),
Division moyenne. — Les élèves font un exercice grammatical par écrit.
Troisième demi-heure : Division moyenne. — Correction du devoir précédent. — Grammaire : Une première leçon sur la préposition. Dictée sur le Coléoptère du Colorado (Doryphora decemlineata), comme exercice d’application sur la leçon donnée.
Division supérieure. — Les élèves font un devoir de géographie en rapport avec la leçon précédente.
Quatrième demi-heure : Exercices de gymnastique pour les enfants de 7 à 10 ans. Exercices libres : position, flexions, extensions. Exercices d’ordre. (Voir le Manuel de Doex, p. 224
I. Travail à domicile. — Rédiger le programme détaillé des matières à enseigner dans la division supérieure d’une école d’adultes.
Indiquer les moyens pratiques de favoriser la fréquentation des écoles d’adultes.
II. Exercices didactiques. — Division supérieure. Notions élémentaires de physique : L’aiguille aimantée. La boussole.
III. Leçons spéciales d’agriculture et de physique. —
A. Physique. — Un instituteur à désigner séance tenante répétera devant ses confrères la leçon expérimentale donnée par un professeur spécial dans la troisième conférence de 1875 sur le sujet suivant : Pile électrique de Bunsen, ses effets; — électro-aimant.
B. Agriculture. — Le fumier de ferme, leçon à donner par M. Deleu, d’après l’ouvrage intitulé : Conférences agricoles par G. Fouquet, professeur et sous-directeur à l’Institut agricole de Gembloux.
IV. Visite du jardin de l’instituteur du siège de la conférence.
Ces conférences existent et fonctionnent régulièrement en Belgique depuis 1842. Elles n’ont jamais donné lieu à aucune réclamation, et j’ai recueilli de la bouche de hauts fonctionnaires de l’enseignement à Bruxelles ce témoignage qu’elles ont fait faire de grands progrès aux écoles et qu’elles entretiennent une bonne et utile émulation parmi les instituteurs.
A côté de ces réunions officielles, les instituteurs belges ont créé des conférences libres, sous le nom de cercles cantonaux, qui se réunissent quatre fois par an. L’administration n’a mis aucune entrave à ces réunions, qui d’ailleurs ont la plupart du temps pour objet la préparation, l’étude préalable des questions portées à l’ordre du jour de la conférence officielle.
Pour mettre plus d’harmonie dans leurs travaux et relier ces cercles entre eux, vos collègues belges ont organisé, également de leur propre initiative, des conférences provinciales composées des délégués des cercles cantonaux.
De là au congrès de tous les instituteurs belges il n’y avait qu’un pas. Ils n’y sont cependant pas arrivés sans transition, Les instituteurs des provinces flamandes se réunissent en congrès libres amincis depuis 1857 ; leurs collègues de langue française, des provinces wallonnes, depuis 1810. Un inspecteur provincial assiste régulièrement à leurs délibérations au nom du gouvernement.
Enfin en 1872 les deux associations se sont fusionnées en une assemblée unique sous le nom de fédération des instituteurs belges, qui s’est réunie successivement à Liège, à Anvers, à Namur, à Bruxelles, à Gand et à Mons. C’est un instituteur de Bruxelles, M. Van den Dungen, qui en est le président.
Il va sans dire que le congrès ne traite que des questions scolaires. Ainsi, dans les dernières réunions, les discussions ont porté sur les questions suivantes :
Institution d’une caisse générale de prévoyance;
Réformes à introduire dans l’enseignement pour généraliser le progrès de l’enseignement à l’école primaire ;
Adjonction d’un second maître à chaque instituteur dont la classe compte plus de 60 élèves;
Moyens à employer pour développer le sentiment artistique chez les enfants;
Enseignement de la langue maternelle;
Enseignement des ouvrages manuels dans les écoles de filles ;
Avantages des expositions scolaires ; leur organisation.
Plusieurs de ces questions touchent à des mesures d’organisation. Non-seulement le gouvernement ne s’opposa pas à ce qu’elles fussent discutées dans les congrès; mais il prit note des désidérata exprimés, fit étudier ces questions à son tour, et provoqua une modification de la législation conformément aux vœux des instituteurs.
Il n’est pas besoin de vous dire qu’une autre proche voisine, la Suisse, possède dans tous ses cantons des conférences d’instituteurs.
Tantôt ce sont des conférences pédagogiques comme dans les autres pays, tantôt ce sont des synodes scolaires, c’est-à-dire des assemblées de délégués des instituteurs de tous les degrés, chargés de par la loi, de participer officiellement à l’étude et à la solution de toutes les questions qui touchent à la législation de l’enseignement primaire.
Six cantons, parmi lesquels je me contente de citer Zurich et Berne, possèdent ces synodes, qui sont nécessairement consultés chaque fois qu’une nouvelle loi est élaborée.
On ne peut nier, me dit un jour un membre du conseil d’éducation de Berne, les bons résultats que produit le synode : il oblige le gouvernement indifférent à s’occuper des besoins de l’école; il tient le gouvernement bien disposé au courant des expériences d’hommes du métier; enfin il exerce une action très-salutaire sur ses propres membres, dont il aiguillonne le zèle, et parmi lesquels il entretient un bon esprit. C’est l’organe légal et utile de l’école, Malgré les erreurs dans lesquelles il peut tomber, il est une garantie de progrès, et les cantons qui ne possèdent pas encore cette institution, imiteront certainement Zurich et Berne. Il y a des synodes qui ont demandé des droits plus étendus; ailleurs les droits dont ils jouissent ont été attaqués ; mais le gouvernement pense que leur compétence (loi générale, programmes et livres d’enseignement) est rationnelle et suffisante. Il peut arriver sans doute que tel synode demande trop, propose de trop fréquentes modifications à un programme, déploie un zèle trop irréfléchi ; mais l’autorité, circonspecte, sait toujours distinguer quelles sont les propositions opportunes, et l’opinion publique approuve ses résolutions. »
Comme en Belgique, les instituteurs suisses se sont réunis en deux grandes associations, l’une de langue française, l’autre de langue allemande
Ainsi la première Société pédagogique remonte à 1810. Vous devinez qu’elle a été fondée par le pauvre maître d’école suisse, comme il aimait à s’intituler, par l’illustre Pes¬tallozzi.
La Suisse française, qui nous touche de plus près, n’organisa son congrès scolaire qu’en 1863 ; il se réunit successivement à Fribourg, à Lausanne, à Neuchâtel, à Genève, à Saint-Imier, sous la présidence de M. Daguet, de Neuchâtel. Un de nos journaux pédagogiques, dont le rédacteur a assisté au dernier de ces congrès, nous a donné récemment un compte rendu aussi fidèle qu’intéressant de ces séances de Saint-Imier.
« L’un des plus grands bienfaits de cette association de la Suisse romande, m’écrit M. Daguet, c’est d’apprendre aux instituteurs à se connaître, à s’aimer, à se soutenir dans le besoin. Aussi avons-nous commencé par la création d’une société de secours mutuels, à laquelle nous avons donné pour devise ces mots qui résument nos principes : Dieu et Patrie ! » (Applaudissements.)
Il me resterait à vous parler de l’Allemagne; car nulle part les conférences ne se sont multipliées en aussi grand nombre et sous les formes les plus diverses que dans ce pays.
Les plus anciennes qu’on y rencontre sont celles du Schleswig-Holstein, où une ordonnance royale de 1747 prescrit des conférences hebdomadaires et cantonales. Aujourd’hui encore ces réunions, devenues trimestrielles, ont lieu régulièrement dans tout le pays, et les instituteurs holsteinois croient avec raison — je cite un procès-verbal de 1877 — « qu’après les années de préparation à l’école normale, les véritables études de l’instituteur ne font que commencer. »
En Prusse, elles remontent à 1763, à ce fameux Règlement général des écoles promulgué par le grand Frédéric au lendemain de la conquête de la Silésie.
Tous les autres États ont provoqué ou favorisé l’établissement des conférences d’instituteurs. Je cite au hasard l’une des circulaires ministérielles qui les recommandaient : « L’École normale ne peut donner aux élèves-maîtres que les matériaux de l’enseignement; c’est aux instituteurs en exercice à les travailler, à les pétrir, à se les assimiler, et à en tirer parti au profit de leurs écoles. Et pour cela il faut qu’ils soient encouragés et stimulés par des conférences avec leurs collègues, sous peine de voir dégénérer leur aptitude pédagogique en une funeste routine.»
L’Autriche est entrée la dernière dans cette voie. Mais depuis Sadowa les diverses provinces de l’empire rivalisent d’efforts et de sacrifices pour la diffusion de l’enseignement populaire. C’est à qui aura les plus belles, les plus nombreuses, les meilleures écoles.
L’ordonnance ministérielle du 8 mai 1872 élargit singulièrement les programmes des conférences. Voici comment les définit l’article 2:
« Les conférences, en général, ont pour but d’arriver à l’unité et à l’harmonie dans l’organisation intérieure des écoles, d’examiner les moyens propres à favoriser l’éducation et l’instruction dans les écoles primaires, de faire à ce sujet des propositions à l’autorité du district et de donner leur avis sur les questions d’intérêt scolaire qui leur sont soumises.
« Elles devront, en particulier :
« 1° Remplir la tâche que leur impose le règlement scolaire relativement aux plans d’enseignement), aux branches d’instruction, à la classification des élèves, etc.;
« 2° Examiner les livres d’instruction et de lecture usités dans les écoles, et faire des propositions sur leur perfectionnement et sur l’introduction de nouveaux moyens d’instruction et d’enseignement ;
« 3° Examiner à fond les méthodes d’enseignement reconnues utiles par la théorie et par la pratique ;
« 4° Porter principalement leur attention sur les salles d’asile, les ouvroirs de jeunes filles, les bibliothèques scolaires, les jardins d’école, les champs d’expériences agricoles, les établissements de gymnastique, ainsi que sur tout ce qui concerne l’éducation physique des enfants;
« 5° Examiner attentivement les obstacles qui peuvent entraver le développement de l’instruction publique, et proposer des moyens de les faire disparaître;
« 6° Examiner les moyens à employer pour arriver à la plus grande harmonie possible entre l’éducation domestique et l’éducation scolaire;
« 7° Examiner les moyens propres à l’extension des écoles et de l’instruction, et principalement à la création de cours de perfectionnement et d’écoles spéciales, autant que l’exigent les besoins du district;
« 8° Etudier les mesures à prendre pour le perfectionnement des maîtres dans leur vocation, et, notamment la création d’une bibliothèque de district pour les instituteurs.
« Ce qui, dans les conférences, contribue le plus au perfectionnement des maîtres, ce sont des rapports sur un sujet scientifique ou pédagogique, l’exposé de procédés pratiques pour l’enseignement de matières déterminées, et des expositions scolaires, »
J’ai voulu, comme pour la Belgique, prendre les conférences allemandes sur le fait, et j’ai parcouru les procès-verbaux de toutes celles qui ont eu lieu en 1877. Vous dire toutes les questions, plus ou moins pratiques, qui ont été discutées, serait une énumération fastidieuse. Il y a là toute une mine de matériaux pédagogiques dans laquelle il n’est pas toujours très-facile de démêler le métal pur des matières étrangères avec lesquelles il est mélangé.
J’ai cependant trouvé un assez grand nombre de travaux sérieux, et quelques bonnes et instructives dissertations, comme par exemple :
« Qualités que doit posséder le surveillant pédagogique, l’inspecteur des écoles primaires (et ces messieurs nous en demandent beaucoup !) ;
« Organisation des comités scolaires locaux, dont devra nécessairement faire partie l’instituteur, ou l’un des instituteurs désigné par ses collègues ;
« L’école primaire rend-elle les services que la société en attend ?
« Les examens du brevet de capacité, » etc., etc.
Cette dernière question a été traitée par une conférence d’inspecteurs et de directeurs des séminaires d’instituteurs.
Toutes ces conférences sont essentiellement libres; mais le gouvernement les suit d’un œil attentif, et s’y fait représenter par un fonctionnaire de l’État. Il prend note de toutes les questions traitées, il recueille toutes les indications, examine les vœux émis, et réalise ce qui est
Réalisable. (Applaudissements.)
Au-dessus de toutes ces réunions locales se trouvent les deux grandes conférences dont l’action s’étend sur tout le pays.
La première, l’assemblée générale des instituteurs allemands (Lehrerversammlung), a été créée en 1850; elle s’est réunie pour la 22e fois en 1877. Elle a puissamment contribué à développer dans les écoles l’idée nationale d’une patrie unie et forte, à la place de l’Allemagne morcelée et divisée. J’ai eu l’honneur d’assister à plusieurs de ces grandes réunions. Tout n’y est pas à louer, ni surtout à imiter; mais, je le répète, elles ont donné une impulsion considérable aux études pédagogiques en même temps qu’au sentiment patriotique.
La seconde est l’association des conférences d’instituteurs (Lehrerverein), qui n’a été fondée qu’en 1811. J’ai égale¬ment été chargé d’assister à son deuxième congrès, il y a quelques semaines, à Magdebourg. Elle ne date que d’hier, mais elle exerce déjà une grande influence sur toutes les conférences cantonales et provinciales, qu’elle se propose de réunir en un seul faisceau compact.
Ainsi en ce moment elle étudie la création d’une caisse d’assurances sur la vie qui n’admettrait que des instituteurs, qui serait gérée à peu de frais par des instituteurs, et qui, de la sorte, s’éviterait une très-grande partie des dépenses d’administration des compagnies ordinaires.
Je ne vous ai pas parlé des sociétés de secours mutuels car ce ne sont pas des sociétés pédagogiques ; elles doivent en être l’annexe, comme la bibliothèque cantonale.
Mais l’idée de cette caisse générale par tout le pays, de nos collègues d’outre-Rhin, m’amène à vous dire un mot d’une société analogue qui existe et fonctionne depuis vingt ans déjà en France, et dont plusieurs représentants sont au milieu de nous. Je veux dire l’association libre des membres de l’enseignement, fondée en 1858 par le baron Taylor.
De créer une caisse de secours entre tous les sociétaires;
De constituer en leur faveur des pensions de retraite ;
De venir en aide à chacun de ses membres, par tous les moyens en son pouvoir, et, surtout de se consacrer à la défense des intérêts et de la dignité de l’enseignement et de secourir les orphelins,
Le nombre des sociétaires est de 5000, parmi lesquels d’anciens ministres de l’instruction publique, des fonctionnaires de l’enseignement supérieur, secondaire et primaire, recteurs, professeurs, inspecteurs, instituteurs. Les recettes annuelles s’élèvent à 90 000 francs. « Voilà donc,
— je cite textuellement la note que me remet le vice-président de cette Société ; voilà donc une association qui, à elle seule, a déjà un revenu aussi considérable que les cinquante-six sociétés de secours mutuels d’instituteurs de toute la France.
« Notre capital, constitué en obligations de chemins de fer, garanties par l’Etat, évalué au taux de remboursement, s’élève actuellement à 300,000 francs.
« Mais l’association n’a pas songé seulement aux intérêts matériels de ses membres; leurs intérêts moraux ont été l’objet de ses constantes préoccupations ; le Comité a cherché, par tous les moyens son pouvoir, à rendre à ses co-associés ces services que la discrétion commande de taire, mais que la reconnaissance ne saurait oublier.
« L’association réunit dans une même famille tous ceux qui, à quelque degré qui ce soit, concourent au développement intellectuel et moral de la nation, depuis le membre de l’Institut, qui est l’honneur du pays, jusqu’à l’instituteur de village, qui .est le fonctionnaire le plus utile de l’Etat. »
De tout ce qui précède, il vous a été facile de conclure, messieurs, que je suis un partisan convaincu des conférences d’instituteurs.
Une occasion vous est offerte d’étudier autour de vous les dispositions de vos collègues au sujet de ces conférences cantonales. Nos réunions ici, à la Sorbonne, comme vos entretiens à l’Exposition ; toutes les questions traitées dans cette salle, ainsi que vos visites au Champ de Mars et au Trocadéro, feront l’objet, à votre retour dans vos cantons, de rapports et de conférences avec vos collègues et vos inspecteurs ; ils donneront lieu à des appréciations, à des vœux, à des indications que l’administration accueillera avec la bienveillance que vous lui connaissez.
M. Casimir Périer, Sous-Secrétaire d’État, vous l’a dit et vous avez acclamé ses paroles « S’il nous arrive ainsi des idées généreuses, sages et pratiques qui vous soient dues, nous en ferons notre profit. » (Applaudissements.)
Mes chers et honorables collègues, les directeurs d’école normale et les inspecteurs profitent, eux aussi, de leur séjour à Paris pour échanger leurs idées sur les questions de méthodes, de programmes et d’organisation qui sont plus spécialement de leur compétence : part à faire à chaque faculté, à l’enseignement littéraire surtout, dans nos programmes des écoles normales ; examens du brevet obligatoire maintenus à la fin de la troisième année ou avancés facultativement à la fin de la deuxième année ; addition d’une quatrième année d’étude à nos pépinières d’instituteurs, etc., etc. : voilà autant de questions qui méritent d’être examinées et discutées, et pour lesquelles personne n’est plus compétent que nos hôtes d’Auteuil.
Si je recommande les conférences d’une manière si pressante, j’ajoute cependant le conseil de ne les décider que lorsque vous serez sûrs de trouver autour de vous les éléments nécessaires pour réussir et pour les faire durer. Non-seulement l’autorisation dont vous avez besoin ne vous sera pas refusée, mais l’administration vous encouragera et vous aidera dans cette voie. Ce qu’elle veut, ce sont de bonnes et sérieuses conférences, où l’on s’occupe de l’amélioration des méthodes. Les autres tomberont d’elles-mêmes ; inutile de les interdire. Ce qu’il vous faut, avant tout, c’est de la persévérance.
Je compte aussi beaucoup sur la contagion de l’exemple : les conférences se multiplieront quand on les verra fonctionner avec succès dans d’autres départements. Cette institution s’implantera avec d’autant plus de fruit qu’on l’aura laissée s’établir successivement dans les différents cantons, au lieu de l’organiser d’un seul coup partout, par engouement ou par ordre. Il faut qu’elle vienne de l’initiative des inspecteurs et des instituteurs, au lieu d’être ordonnée par l’autorité. (Applaudissements.)
Une fois le wagon bien placé sur les rails, il ne faut plus pour le faire marcher que la vapeur, je veux dire l’âme, la conscience, le feu sacré que vous mettez dans l’accomplissement de vos fonctions.
Quand on fait appel à votre dévouement, on est toujours sûr d’être écouté et entendu.
Vous êtes chargés de faire l’éducation de vos élèves, de développer chez eux le sens moral, l’amour de la patrie, tous les sentiments nobles et généreux. Vous voulez en faire des hommes de bien et de bons Français. Faites-en aussi, et tout d’abord, des hommes de travail ! (Applaudissements.)
Et pour cela, comme je le disais en commençant, prêchez d’exemple
L’instituteur français jouit de l’estime de l’opinion publique. Il faut qu’il s’élève de plus en plus dans cette estime par son travail, par son instruction, par son enseignement. Il faut que l’on sache que vous ne vous occupez pas seulement de vos élèves pendant les six heures d’école, mais avant et après. Il faut qu’on sache, et qu’on voie que si vous assistez périodiquement à des réunions d’instituteurs, ce n’est pas pour passer quelques heures agréables, avec des amis, mais pour travailler.
Les gouvernements qui se sont succédé en France dans ce siècle, mais surtout depuis 1833, ont fait beaucoup pour la diffusion de l’instruction primaire.
Par sa nature et son essence, le gouvernement de la République devait se préoccuper d’une manière toute particulière de toutes les questions qui touchent à cette ÉDUCATION NATIONALE comme l’appelaient nos pères de 89. (Applaudissements.)
Vous savez s’il l’a fait. Les lois déjà votées, les projets de lois à l’étude, votre présence à Paris, sont autant de preuves de la sollicitude qu’il porte aux écoles et aux maîtres. (Applaudissements.)
Vous y répondrez, Messieurs, comme vous avez habitude de le faire, en redoublant d’efforts, en aidant le gouvernement dans son oeuvre patriotique, en bonne voie, Dieu merci ! de l’apaisement et du relèvement de notre chère France, et vous vous rappellerez toujours la parole de Montesquieu par laquelle je terminerai cet entretien : « C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. » (Applaudissements répétés.)

References: Art. 2

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 ART. 5

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ART. 19

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ART. 10

ART. 11