Source: http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/demosthene/theocrine.htm
Timestamp: 2017-10-24 01:56:39+00:00

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Démosthène, ÉPICHARÈS CONTRE THÉOCRINEE. (traduction française)
table des matières de l'œuvre DE DÉMOSTHÈNE
PLAIDOERS CIVILS
ÉPICHARÈS CONTRE THÉOCRINE
XXIV. Euxithée contre Eubulide TOME II XXVI. Phormion contre Apollodore
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Le père d'Épicharès avait proposé un décret pour accorder au jeune Charidème la nourriture au prytanée, en récompense des services rendus par son père Ischomaque. Le décret fut voté; mais, peu de temps après, Théocrine l'attaqua pour illégalité (γραφὴ παρανόμων), et fit condamner le père d'Épicharès à une amende de dix talents, qui fut bientôt portée au double comme n'ayant pas été payée dans le délai légal.
Épicharès veut venger son père frappé d'atimie et déchu du droit de porter une accusation. II intente à son tour une accusation contre Théocrine. Il soutient que Théocrine est débiteur envers l'État. Or, il était interdit aux débiteurs de l'État de porter la parole, soit pour accuser, soit pour traiter des affaires publiques. Et comme l'existence de la dette était notoire, puisqu'elle résultait ordinairement d'une amende. prononcée en justice, les infractions apportées à cette loi étaient poursuivies au moyen d'une procédure sommaire, c'est-à-dire par ωoie de délation ou de réquisitoire direct (ἔνδειξις). Il n'y avait pas, à proprement parler, de preuve â faire. Elle était toute faite. Il suffisait de constater la condamnation encourue. Plus tard, sans doute, la loi fut étendue à d'autres cas; dans lesquels il s'agissait d'autre chose que d'un fait matériel à vérifier, mais, dans l'origine, c'est évidemment par ce côté que l'ἔνδειξις se distinguait des autres actions criminelles (γραφαί). La preuve étant toute faite, le rôle du poursuivant se bornait à requérir l'application de la loi.
La procédure consistait probablement en ceci : Le poursuivant déposait entre les mains du magistrat une plainte écrite, et le magistrat décernait un mandat contre l'inculpé, qui était mis en état de détention préventive, à moins qu'il ne fournit caution (a). La peine portée par la loi contre l'inculpé était la peine capitale; mais en fait, les juges se bornaient la plupart du temps à prononcer la prison ou l'amende (b).
Voyons maintenant quels sont les faits relevés par Épicharès. Un seul, le premier, était porté dans le réquisitoire. Il est probable que la loi ne permettait pas d'en signaler par cette procédure plus d'un seul à la fois. Mais quoique les autres faits soient en dehors de la poursuite, Épicharès ne les retient pas moins comme moyens de plaidoirie.
Théocrine avait porté une dénonciation contre un nommé Micon, qu'il prétendait avoir exporté du blé. Une loi expresse défendait à tout navire athénien de porter du blé ailleurs qu'à Athènes, et Micon avait contrevenu à cette loi. La dénonciation (φάσις) était la procédure ordinairement employée en matière de contraventions aux lois de finances. Le dénonciateur était récompensé, en cas de condamnation, par une part de l'amende et des confiscations (c). Mais s'il n'obtenait pas la cinquième partie des suffrages, ou s'il se désistait, il payait une amende de mille drachmes. Or, au lieu de suivre sur sa dénonciation contre Micon, Théocrine s'est désisté, sans doute à prix d'argent. Il a donc encouru l'amende. Dans tous les cas, il a enfreint une autre loi qui défend de porter des actions téméraires contre les gens de mer et les marchands.
Outre ces mille drachmes dues â l'État, Théocrine est encore débiteur de sept cents drachmes envers l'éponyme de sa tribu. Chacune des dix tribus athéniennes avait son héros éponyme, et formait une corporation religieuse, ayant ses biens et pour-voyant aux besoins du culte commun. Théocrine a été administrateur de ces biens, et il s'est reconnu en débet de sept cents drachmes.
Enfin, Théocrine est encore débiteur de cinq cents drachmes envers l'État, du chef de son père. Ce dernier avait intenté contre Céphisodore une revendication de liberté en faveur d'une femme que Céphisodore possédait comme esclave. Il a échoué dans son action, et dès lors il a encouru une amende de cinq cents drachmes, soit la moitié de la valeur de l'esclave.
Théocrine n'a pas acquitté ces trois dettes. Il n'a donc pas le droit de parler devant le peuple, et, s'il le fait, tout le monde a le droit de requérir contre lui.
Nous passons sur les personnalités dirigées contre Théocrine et sa famille, et nous arrivons aux moyens de défense.
Théocrine disait d'abord que le procès intenté contre lui était non pas seulement une vengeance personnelle (devant les tribunaux athéniens ce motif était admis), mais encore une manoeuvre politique. Théocrine n'est pas, à proprement parler, un homme politique. Il ne prend pas la parole dans l'assemblée, mais il a une spécialité, c'est celle de faire casser les décrets illégaux. Démosthène, Hypéride, les orateurs au pouvoir, sont fatigués de son opposition et ont suscité le procès actuel, pour se débarrasser d'un adversaire gênant.
Au fond, Théocrine répondait que les noms des débiteurs publics étaient inscrits sur des listes affichées à l'acropole. Son nom, disait-il, ne figurait pas sur ces listes, et n'aurait pu y figurer qu'en vertu d'une condamnation régulière. Or, aucune condamnation n'a été prononcée contre lui. En effet, il y a eu transaction avec Micon, transaction encore avec le receveur au sujet de l'amende encourue dans le procès de Céphisodore, et, quant â la dette envers l'éponyme de la tribu Léontide, le débiteur n'est pas Théocrine, c'est son aïeul, qui portait le même nom.
Ces raisons ne paraissent pas sans force, et on est surtout frappé du peu d'importance des débets imputés à Théocrine. Les trois sommes réunies ne font pas deux mille deux cents drachmes. Si Théocrine les devait réellement, ne les aurait-il pas payées au lieu de s'exposer aux poursuites de ses nombreux ennemis? Quoi qu'il en soit, Épicharès réplique que la dette envers l'État est indépendante de l'inscription, et même de la condamnation, car elle résulte de la loi et se trouve ainsi encourue de plein droit par le seul fait du désistement illicite. La transaction avec le receveur est d'ailleurs inadmissible, car le receveur n'avait pas qualité pour transiger. Enfin, si la dette envers l'éponyme est réellement imputable à l'aïeul de Théocrine, ce dernier n'en est pas moins responsable comme héritier de son aïeul.
Quant à la prétendue manoeuvre politique, Epicharès la nie énergiquement. La prétendue hostilité de Démosthène et d'Hypéride contre Théocrine n'est qu'un leurre. Ils se sont entendus entre eux, et si bien que Démosthène, qui devait parler pour Epicharès et soutenir l'accusation, l'a abandonnée et désertée au dernier moment. Epicharès est ainsi forcé de prendre lui-même la parole, malgré sa jeunesse et son inexpérience, tandis que Théocrine se fait défendre par l'orateur Moeroclès.
On ne sait quel fut le résultat du procès.
Il suffit de lire ce plaidoyer pour comprendre qu'il ne peut pas être de Démosthène. S'il a été joint au recueil des écrits Démosthéniques, c'est évidemment parce que Démosthène s'y trouve nommé. Les anciens critiques, Denys, Harpocration, Libanius, attribuent ce plaidoyer à Dinarque, et, malgré les objections d'A. Schoefer, nous croyons que le plus sûr est encore de se ranger â leur avis.
Quant à la date du plaidoyer, Boeckh et A. Schoefer la placent en 339, et cette opinion paraît assez vraisemblable. L'archontat de Lyciscos est de l'an 344. La défection d'Aenos doit être placée en 342. Enfin, Epicharès parle des invectives de Démosthène contre Eschine. Il s'agit sans doute du procès de l'ambassade. La date de 339 est donc justifiée.
[1] Notre père, juges, a été ruiné par Théocrine que voici, qui l'a fait condamner envers l'État à une amende de dix talents, aujourd'hui portée au double (01). Il n'y a donc plus pour nous aucun espoir de nous relever jamais. J'ai voulu prendre, avec votre aide, ma revanche sur cet homme, et dès lors j'ai cru que c'était un devoir pour moi de me porter délateur (02), sans m'arrêter, ni à ma jeunesse, ni à aucune autre considération. [2] Aussi bien, juges, mon père, sur les conseils de qui j'ai tout fait, se plaignait à tous les gens de sa connaissance. Il craignait, disait-il, que je ne laissasse passer le temps où, ayant encore mon père, j'ai le droit de tirer vengeance de cet homme (03), et que prétextant mon inexpérience et ma jeunesse je ne regardasse avec indifférence, ici lui-même dépouillé de toute sa fortune, là Théocrine se portant accusateur au mépris des lois, et persécutant un grand nombre de citoyens quand cela lui est interdit. [3] Donc, je vous prie tous, Athéniens, et je vous conjure de m'écouter avec bienveillance. Mon premier titre pour l'obtenir c'est que j'engage cette lutte pour venir en aide à mon père et pour obéir à ses conseils; le second, c'est que je suis jeune et sans expérience, à ce point que je devrai m'estimer heureux si, grâce à votre bienveillance, je réussis à vous exposer ce qu'a fait cet homme. [4] Enfin, juges, - il faut bien dire toute la vérité devant vous, je suis abandonné par des hommes en qui nous avions mis notre confiance parce qu'ils étaient ennemis de Théocrine (04). Ils avaient pris connaissance des faits, ils m'avaient promis de venir combattre avec moi, et maintenant ils désertent ma cause et pactisent avec mon adversaire à l'occasion de mon procès. En un mot, je n'aurai plus personne, ne fût-ce que pour porter la parole avec moi, à moins qu'un de mes parents ne vienne à mon secours.
[5] La présente délation n'est pas la seule qui pût être portée contre cet homme. De toutes les infractions qui donnent lieu à ce genre de poursuites, il n'y en a pas une qu'il n'ait commise. Mais, de tous les méfaits, le plus inouï, à notre connaissance, est la dénonciation relative au navire; c'est pourquoi mon père a relevé ce fait dans la délation qu'il m'a donnée. On va d'abord vous lire la loi relative à ceux qui font des dénonciations, et qui au lieu de poursuivre transigent contrairement aux lois, car c'est par là, ce me semble, qu'il convient de commencer mon discours. On vous lira ensuite la dénonciation même que cet homme a portée contre Micon. Lis.
[6] Cette loi, juges, fait connaître, en termes très explicites, à quiconque veut, soit porter une accusation, soit faire une dénonciation, soit employer quelqu'une des voies ouvertes par cette loi même, à quelles conditions est sou-mise chacune de ces procédures. Ces conditions; vous les avez apprises de la loi même. Si le poursuivant n'obtient pas la cinquième partie des suffrages (05), il paye mille drachmes, et celui qui renonce à poursuivre, - entends-tu, Théocrine? - en paye aussi mille (06). C'est une barrière opposée à la calomnie, comme aux spéculations et aux prévarications de ceux qui ont la main dans les affaires de l'État. Je soutiens, par la présente délation, que Théocrine a encouru cette peine parce qu'il a dénoncé Micon de Chollidae (07), et qu'au lieu de poursuivre il a reçu de l'argent pour se désister. [7] C'est ce que je prouverai clairement, je l'espère. Et pourtant, juges, Théocrine et ses amis n'ont épargné aucune démarche, abordant les té-moins, employant tantôt la menace, tantôt la séduction, pour les engager à ne pas parler. Mais, après tout, si vous voulez m'aider â faire valoir mon droit, et si vous commandez à ces témoins, ou plutôt si vous vous joignez à moi pour les contraindre à déposer ou à s'excuser par serment, et si vous ne leur permettez pas de parler hors de la question, la vérité se découvrira. Lis donc d'abord la dénonciation, ensuite les témoignages.
[8] Cette dénonciation, juges, a été donnée par cet homme avec citation à Micon. Elle a été reçue par le greffier des inspecteurs du port marchand (08), Euthyphème. Elle est restée longtemps affichée à la porte de leur lieu de réunion, jusqu'à ce qu'enfin Théocrine, ayant reçu de l'argent, consentit à ce qu'elle fût rayée au moment où les archontes l'appelaient pour procéder à l'instruction. Pour prouver ce que j'avance, appelle d'abord Euthyphème qui était alors greffier de ces inspecteurs.
[9] Lis aussi le témoignage de ceux qui ont vu la dénonciation affichée. Lis.
Appelle aussi les inspecteurs du port marchand et Micon lui-même, dont il a dénoncé le navire. Donne lecture des témoignages.
[10] Ainsi, juges, il est constant que Théocrine a dénoncé le navire de Micon, que la dénonciation est restée longtemps affichée, qu'enfin Théocrine, appelé pour l'instruction, n'a pas obéi à cet ordre et n'a fait aucune poursuite. Vous avez entendu sur tous ces points le témoignage de ceux qui doivent en être le mieux instruits. J'ajoute qu'il n'a pas seulement encouru l'amende de mille drachmes, il s'expose encore à la prise de corps (09), et aux autres mesures permises par cette loi contre celui qui fait de méchants procès aux marchands et aux patrons de navires. C'est ce dont vous vous convaincrez facilement par les termes mêmes de la loi. [11] En effet, le législateur a voulu deux choses : ne pas laisser impunis les marchands qui sont en faute, ne pas exposer aux tracasseries ceux qui n'y sont pas. C'est pourquoi il a tout simplement dé-fendu de porter aucune dénonciation contre cette sorte de personnes, à moins que le dénonciateur ne soit bien assuré de pouvoir faire devant vous la preuve des faits relevés par lui. Si quelque sycophante enfreint cette loi, il est permis d'agir contre lui par voie de délation et de prise de corps. Mais lis plutôt la loi elle-même. Elle instruira les juges bien mieux que moi.
[12] Vous entendez la loi, juges, et les peines dont elle frappe le sycophante. Si donc Micon a commis un seul des faits relevés par Théocrine dans sa dénonciation, celui-ci, en étouffant l'affaire et en transigeant avec Micon, a fait tort à vous tous, et a justement encouru l'amende de mille drachmes. Si, au contraire, Micon avait donné à son navire une destination régulière, - car je laisse à Théocrine le choix entre ces deux hypothèses, - la dénonciation et la citation constituent des poursuites vexatoires contre gens de mer, et ainsi Théocrine a enfreint non seulement la loi qui vous a été lue la première, mais celle qu'on vient de vous lire, et il est convaincu par son propre aveu de n'avoir ni parlé ni agi comme il devait. [13] Car enfin, au lieu de suivre la marche régulière, et de recevoir une part des biens confisqués, comme le veut la loi, a-t-on jamais vu transiger pour un mince profit, et s'exposer par là aux peines portées par les lois, quand on peut, comme je viens de le dire, recevoir la moitié des valeurs exprimées dans la dénonciation? Jamais, juges, à moins qu'on n'agisse méchamment et de mauvaise foi.
[14] Voilà déjà deux lois que cet homme a enfreintes, lui qui intente aux autres des accusations d'illégalité. En voici une troisième, qui donne au premier venu d'entre les citoyens le droit de poursuivre, par voie de délation, soit les débiteurs de l'État, soit les débiteurs d'Athéné ou des autres divinités, ou de quelque éponyme (10). Or, cet homme est bien dans ce cas, comme vous le verrez; car il doit sept cents drachmes qu'il n'a pas payées. C'est le reliquat de son compte envers l'éponyme de sa tribu. Lis-moi le texte de la loi.
[15] Arrête. Entends-tu, Théocrine? Que dit la loi : « ou à quelque éponyme. » Lis maintenant le témoignage des gens de la tribu.
Croyez-vous, juges, que cet homme ait grand souci des petites gens, ou de ceux qui passent la plus grande partie du temps sur mer comme fait Micon, lui qui ne rougit pas de regarder en face les gens de sa tribu? Et pourtant il a administré leurs biens communs de telle sorte qu'ils l'ont fait condamner pour détournements (11). Débiteur public, et parfaitement instruit des lois qui lui interdisent de se porter accusateur avant d'avoir payé, il persécute les autres. Il trouve bon que les autres débiteurs soient exclus de la communauté; mais, pour lui-même, il se croit au-dessus des lois. [16] Il dira là-dessus que c'est son aïeul et non lui, dont le nom figure dans le registre des débets. II parlera longuement au sujet de ce nom pour prouver qu'il désigne son aïeul (12). Quant à moi, je ne saurais dire au juste lequel des deux. Mais, si les choses sont comme il le dit, c'est une raison de plus pour qu'il soit condamné par vous. [17] Eh quoi ! son aïeul était depuis longtemps en débet, la loi voulait qu'il fût l'héritier de cet aïeul (13); depuis longtemps il avait perdu le droit d'accuser, et il accuse! Et il croit se justifier en disant qu'ils sont tous fripons, de père en fils, à la troisième génération (14)! Non, juges, cette excuse n'est pas valable. Pour prouver que Théocrine a lui-même avoué le débet, qu'il a pris tenue avec les gens de sa tribu (15), en son nom et au nom de son frère, et qu'un juge qui veut respecter son serment ne peut pas déclarer la délation mal fondée en ce point, prends-moi le décret que Scironidès a présenté aux gens de la tribu. [18] Théocrine se présenta, reconnut la dette et promit de payer, dans l'assemblée de la tribu, lorsqu'il vit que nous nous approchions, et que nous voulions prendre copie de ce qui était écrit au registre.
Si vous aviez des éloges à donner, Athéniens, ce ne serait certes pas à Théocrine, ce serait bien plutôt aux gens de la tribu Léontide, qui ont contraint Théocrine à payer les sept mines.
[19] Voici maintenant une quatrième loi, - car j'ai recherché presque tous ses actes, je ne le cache pas, - aux termes de laquelle ce même Théocrine est débiteur de cinq cents drachmes. Son père, en effet, n'a pas payé cette amende, quoiqu'il l'eût encourue comme ayant mal à propos agi en revendication de liberté pour la servante de Céphisodore (16). Il s'est arrangé avec Ctésiclès, le logographe (17), qui était l'homme d'affaires de la partie adverse. Il a obtenu de ne pas payer et de n'être pas porté sur les listes à l'acropole (18). [20] Cette somme, à mon sens, n'en est pas moins due par Théocrine, aux termes de la loi. En effet, que Ctésiclès le métèque ait accordé cette faveur à Théocrine, qu'il lui ait promis, de fripon à fripon, de ne pas le livrer aux agents du recouvrement (19), quoique en débet aux termes de la loi, ce n'est pas une raison pour que l'État perde les amendes infligées en verts des lois. Que les plaideurs règlent entre eux leurs intérêts privés, aux conditions qu'ils peuvent faire agréer à leurs adversaires, à la bonne heure! Mais, pour tout ce qui regarde le public, il faut se régler sur les lois. [21] Lis-moi la loi portant que toute action en revendication de liberté, qui sera reconnue mal fondée, emportera contre son auteur condamnation à la moitié de l'estimation (20), envers le trésor public. Lis aussi le témoignage de Céphisodore.
LOI, TÉMOIGNAGE.
Lis aussi cette autre loi, qui dispose que la dette existera du jour de l'amende encourue, qu'il y ait eu ou non inscription sur la liste des débiteurs publics.
[22] Comment s'y prendrait-on, juges, et que ferait un accusateur honnête pour justifier autrement que je ne l'ai fait la délation portée contre Théocrine? Comment prouver autrement qu'il tombe sous le coup d'une délation, non pas seulement à raison des mille drachmes pour lesquelles il est poursuivi, mais encore à raison de beaucoup d'autres dettes?. Pour moi, je ne le vois pas. En effet, il ne faut pas s'attendre à ce que Théocrine vienne de lui-même reconnaître qu'il est votre débiteur, engagé envers le trésor public, et que la délation est bien fondée. Au contraire, il dira tout ce qu'il est possible de dire, il apportera toute sorte d'arguments, pour faire croire qu'il y a une cabale montée contre lui, et que, s'il est réduit à se défendre en ce moment, c'est pour avoir intenté des accusations d'illégalité. [23] C'est la dernière ressource qui reste aux coupables pris sur le fait, de trouver des arguments et des prétextes pour détourner votre attention de l'affaire dont vous êtes saisis, et pour l'attirer sur des discours étrangers au sujet de l'accusation. Pour moi, juges, si dans les lois dont on vous a donné lecture je voyais écrit ceci : « Telles sont les dispositions qui devront être appliquées aux sycophantes, à moins cependant que Théocrine, se voyant sous le coup d'une délation, ne veuille attaquer Thucydide (21) ou Démosthène, ou quelque autre des hommes qui nous gouvernent », alors je me tairais. Mais je ne vois pas qu'aucun de ces moyens soit admis par les lois, ni qu'il soit nouveau, et que vous frappant pour la première fois il mérite votre attention. Non, c'est un langage qui revient sans cesse dans la bouche de tous les accusés. [24] D'autre part, - je tiens cela de nos anciens - juges, en général il ne faut accorder aucune indulgence en cas d'infraction aux lois; mais s'il faut en avoir, ce n'est pas en faveur des fripons de profession, ni des gens qui se font payer pour déserter les lois, - ceux-là ne méritent rien, - c'est uniquement en faveur des hommes qui, par mégarde ou sans intention, ont contrevenu à quelque prescription de la loi écrite. Or, nul assurément ne rangera Théocrine au nombre de ces derniers; au contraire. Rien de ce que contiennent les lois n'échappe à son expérience. [25] Aussi, vous devez vous tenir en garde contre lui, sans avoir égard ni aux discours que je tiens, ni à ceux qui seront prononcés par lui. Le juge qui siège pour venger les lois ne doit pas donner son attention aux longs discours ni aux grands plaidoyers ; il doit s'attacher à ce qui peut être facilement suivi par chacun de vous, aux moyens les plus propres à convaincre tous les habitants de cette ville que vous prononcez sur cette délation comme le veulent les lois. Vous l'interpellerez d'une façon précise : « Que dis-tu, Théocrine, toi et tous ceux qui ont participé aux faits dont tu t'es rendu coupable? Voulez-vous qu'après avoir juré de juger selon les lois, nous allions voter contre elles à cause de vos discours? [26] Mais nous avons entendu le témoignage de Micon, que Théocrine s'est abstenu de poursuivre, après l'avoir dénoncé, et qui vient déposer à ses risques et périls. » Mais le greffier a reconnu qu'il avait reçu la dénonciation des mains de Théocrine, et le témoignage qui vient de vous être lu tout à l'heure le rend aussi responsable. Jusqu'aux inspecteurs du port marchand qui viennent, non sans peine, mais enfin qui viennent, et témoignent conformément aux autres. Il y a encore ceux qui ont vu la dénonciation affichée, et qui étaient présents à l'audience des archontes. Vous avez entendu leur témoignage il n'y a qu'un instant. Non, juges, après tout cela, vous ne devez pas prêter l'oreille aux discours de Théocrine.
[27] Ce ne sont pas du moins les habitudes du prévenu ni ses antécédents qui rendront suspects à vos yeux les témoignages dont vous avez entendu la lecture. A ses habitudes mieux qu'à toutes mes paroles, on reconnaît que Théocrine est tel que je l'ai dépeint. Est-il un seul acte de fripon ou de sycophante qu'il n'ait pas commis? Il avait un frère thesmothète, qu'il gouvernait par ses conseils. La friponnerie bien connue de Théocrine fit à ce frère une telle réputation, qu'il fut destitué lors du vote sur les magistrats, et qu'il entraîna même tous ses collègues dans sa disgrâce (22). Heureusement ils prièrent et supplièrent, disant que Théocrine n'approcherait plus des magistrats: vous vous laissâtes persuader, et vous leur rendîtes les couronnes (23), sans quoi tous ses collègues eussent été frappés de la façon la plus honteuse. [28] Et sur tout cela je n'ai nul besoin de vous produire des témoins. Vous savez tous que les thesmothètes désignés sous l'archontat de Lyciscos furent destitués par un vote du peuple, à cause de cet homme. Rappelez-vous cela, et tenez pour constant qu'il est aujourd'hui ce qu'il était alors. Peu de temps après ce vote, son frère périt de mort violente. Quelle fut alors la conduite de Théocrine? Après avoir recherché les meurtriers, après les avoir découverts, il reçut de l'argent et transigea (24). [29] Son frère était mort remplissant les fonctions de sacrificateur; Théocrine continua ces mêmes fonctions, contrairement aux lois, sans avoir été ni désigné ni substitué par le sort (25). Il allait déplorant le sort du défunt, disant bien haut qu'il citerait Démocharès devant l'Aréopage, et puis il finit par transiger avec les prévenus. Mais, apparemment, il est honnête homme, sa parole est sûre, et l'argent n'a pas de prise sur lui. Lui-même n'oserait pas répondre oui. Quand on veut s'appliquer en tout bien, tout honneur, à l'administration de la chose publique, on ne doit pas avoir tant de besoins. Il faut, au contraire, être assez fort pour repousser toutes les tentations d'employer à son profit l'argent qu'on a reçu. [30] Voilà donc ce qu'il a fait à l'égard de son frère; voyons maintenant comment il s'est gouverné depuis qu'il est entré dans la carrière politique, - car il va vous dire, qu'après les personnes de sa famille, c'est vous qu'il aime le mieux. - Écoutez, cela en vaut la peine. Je commencerai par sa conduite envers nous. Dans son plaidoyer contre mon père, juges, lorsqu'il poursuivit contre lui l'accusation d'illégalité, il disait que le décret rendu sur la proposition de mon père pour accorder à Charidème, fils d'Ischomaque, sa nourriture au Prytanée, était un piège tendu à l'enfant en faveur duquel la décision avait été prise. [31] En effet, disait-il, si l'enfant retourne dans la maison paternelle, il perdra toute la fortune que son père adoptif Eschyle lui a donnée. Eh bien, c'était là un mensonge. Jamais, juges, pareille chose n'est arrivée à un enfant adopté (26). Celui qui avait tout fait, ajoutait-il, c'était Polyeucte, mari de la mère de l'enfant, pour s'emparer des biens de l'enfant (27). Ces paroles firent impression sur les jugés. Ils pensèrent que le décret était légal ainsi que la pension accordée, mais il leur parut qu'en fin de compte, la fortune dont il s'agissait ne pourrait pas être recueillie par l'enfant. En conséquence, ils infligèrent une amende de dix talents à mon père, comme complice de Polyeucte, et furent convaincus que Théocrine avait réellement pris en main la cause de l'enfant. [32] Voilà comment les choses se passèrent au tribunal, ou à peu près. Mais l'honnête Théocrine, sentant que les juges étaient irrités, et qu'on ne l'avait pas considéré, lui, comme absolument indigne, puisqu'on avait ajouté foi à ses paroles, appelle Polyeucte en justice, produit contre lui une accusation, adressée à l'archonte, pour torts faits à un mineur (28), et la donne à l'assesseur Mnésarchide (29), pour qu'elle soit mise au rôle. A ce moment, il reçoit de Polyeucte les trois cents drachmes, et ainsi, abandonnant, pour ce mince profit, les terribles griefs qu'il estimait à la somme de dix talents, à la charge de mon père, il transigea et supprima l'accusation, en trahissant l'orphelin, Appelle-moi les témoins de ces faits.
[33] Ainsi, juges, si mon père eût été riche, et en état de fournir mille drachmes, il se serait complètement libéré de l'accusation d'illégalité. C'est là, en effet, la somme que cet homme lui demandait. Appelle-moi Philippide de Pæania (30), à qui Théocrine a tenu ces propos, et les autres qui savent que ces propos ont été tenus.
[34] Vous le voyez, juges. Si quelqu'un eût donné mille drachmes à Théocrine, ce dernier supprimait l'accusation contre mon père. Vous en êtes tous convaincus, je le crois, et vous n'aviez même besoin d'aucun témoin. Mais il a cité et accusé beaucoup d'autres personnes, et puis il les a relâchées en transigeant pour de faibles sommes. J'appelle devant vous en témoignage ceux-là mêmes qui ont payé, je ne veux pas que vous ajoutiez foi à ses paroles lorsqu'il dit qu'il se tient à l'affût des propositions illégales, et que, si l'on supprimait les accusations d'illégalité, c'en serait fait de la démocratie. C'est en effet là le langage habituel des gens qui trafiquent de tout. [35] Appelle-moi Aristomaque, fils de Clitodème, d'Alopèque (31). C'est lui qui a payé, ou plutôt c'est dans sa maison qu'ont été payées trois demi-mines, à cet homme incorruptible, au sujet du décret proposé par Automédon en faveur des Ténédiens.
Lis encore les autres témoignages tout semblables qui se trouvent à la suite, et celui d'Hypéride, et celui de Démosthène ; en vérité, cela passe toutes les bornes. Voilà des hommes de qui personne n'a rien à recevoir (32); eh bien ! c'est d'eux que Théocrine reçoit le plus volontiers, en trafiquant de ses accusations.
[36] Je sais bien ce qu'il va dire. Il soutiendra que le but de la délation portée contre lui est de l'empêcher de poursuivre l'accusation qu'il a intentée à Démosthène ainsi qu'à Thucydide. Il est habile à trouver des défaites, et à parler sans qu'il y ait rien au fond. Mais nous, juges, nous avons encore examiné ce point, et nous vous montrerons que l'intérêt public n'est nullement compromis, soit qu'il y ait confirmation du décret de Thucydide, soit qu'il y ait annulation. En vérité, il n'est pas permis de présenter de semblables moyens de défense à des hommes qui ont prêté serment de juger selon les lois On va vous lire le texte même de l'accusation, et vous allez voir que l'accusation n'est qu'une feinte pour parer la délation. Lis ces accusations (33).
[37] Que ces décrets restent debout, juges, ou qu'ils soient renversés, peu m'importe. Qu'est-ce que l'État peut gagner ou y perdre? Rien, à mon avis. On dit que les Aeniens (34) ne sont pas nos amis, et que cela est arrivé par le fait de Théocrine. Au temps où il y avait chez eux deux partis, l'un pour Philippe, l'autre pour Athènes, en butte aux persécutions de cet homme, ils apprirent que le décret des subsides présenté par Thucydide avait été l'objet d'une accusation d'illégalité intentée en premier lieu par Charinos, que l'affaire était ensuite restée là, [38] que le peuple avait consenti à fixer le taux du subside dû par eux à la somme précédemment accordée par eux à Charès notre stratège, et qu'alors ce misérable Théocrine s'était chargé de recommencer ce qu'avait fait Charinos. A ce moment, les Æniens prirent la résolution qu'exigeait la nécessité. De deux maux ils choisirent le moindre. Mais voyez ce qu'ils ont dû souffrir de la part de ces hommes qui font ici métier d'accusateurs, pour qu'ils se soient décidés à recevoir garnison, et à se livrer aux barbares, en se détachant dé vous. En vérité, il n'y a que vous, vous seuls entre tous les Grecs, qui puissiez supporter des personnages aussi malfaisants.
[39] Ainsi donc, ni les accusations qu'on vient de lire, ni aucun autre motif ne doivent vous faire oublier les lois sur les délations pour décharger Théocrine. Je crois en avoir assez dit pour que la chose soit évidente. Mais d'ailleurs, juges, vous n'ignorez pas, j'en suis sûr, les simulations qu'emploient ces hommes, leurs accusations concertées, leurs feintes inimitiés.
[40] Plus d'une fois vous les avez vus, soit devant les juges, soit à la tribune, se donner pour ennemis les uns des autres, tandis qu'en particulier ils s'entendent pour agir et partagent leurs profits, tantôt s'injuriant et se déchirant de la façon la plus affreuse, et puis un instant après se réunissant aux mêmes festins, prenant part aux mêmes sacrifices. Et après tout, qu'y a-t-il d'étonnant dans tout cela? Malfaisants par nature, ils voient que vous vous laissez prendre à toutes ces apparences. Dès lors, pourquoi ne s'en serviraient-ils pas pour tâcher de vous tromper? [41] Mais moi, juges, je vous demande autre chose. C'est de vous attacher au fond de l'affaire. Si je dis bien, et selon les lois, venez-moi en aide, sans considérer si au lieu d'un Démosthène c'est un tout jeune homme qui se porte accusateur. Ne croyez pas que les lois soient plus fortes parce qu'on vous les aura présentées sous l'enveloppe d'un beau langage, au lieu de dire tout simplement les choses. Non, ce sont toujours les mêmes lois. Et plus on est jeune et sans expérience, plus on doit trouver de faveur auprès de vous, car il y a d'autant moins de chances pour qu'on vous trompe. [42] Il faut, en, effet, prendre le contre-pied de ce que dit Théocrine. Ce n'est pas lui, c'est moi qu'on a ruiné par une brigue, c'est moi qu'on a trahi, grâce à leurs menées, après m'avoir promis de me soutenir dans ce procès. Écoutez, je vais vous en donner la preuve. Faites appeler Démosthène par ce héraut. Il ne se présentera pas. Pourquoi ? Est-ce parce que j'aurais été suborné pour dénoncer Théocrine ? Non, c'est qu'il a fait un pacte avec ce dernier. Pour prouver que le fait est vrai, je contraindrai à rendre témoignage, et Clinomaque, qui a servi d'intermédiaire, et Eubulide, qui s'est trouvé avec eux au Cynosarge (35). [43] Autre preuve, non moins forte, ou plutôt bien plus forte encore, écoutez et vous direz tous : Oui, cela est vrai. Ce même Théocrine, poursuivant pour illégalité cet infâme, comme il va l'appeler tout à l'heure, cet homme qui lui fait en ce moment tant de mal, l'a ouvertement déchargé de l'accusation, après en avoir lui-même porté l'évaluation à la somme de dix talents. Comment cela? Le moyen n'est pas neuf et plusieurs de ses pareils l'ont employé avant lui. Au moment où l'accusation fut appelée, quelqu'un présenta, sous la foi du serment, l'excuse de Démosthène, soi-disant malade, alors qu'il courait la ville en criant contre Eschine. Théocrine a laissé aller cet ennemi. Il aurait pu, à l'heure même, opposer une dénégation avec serment; plus tard, il aurait pu renouveler la citation (36). Il n'a fait ni l'un ni l'autre. N'est-il pas manifeste que ces gens-là vous trompent en vous faisant croire qu'ils sont ennemis ? Lis les témoignages.
[44] Après cela, juges, ceux qui viendront vous dire qu'ils doivent parler pour Théocrine parce qu'ils sont ennemis de Démosthène, vous ne les écouterez pas et vous ferez bien. Vous leur direz que s'ils sont réellement ennemis de Démosthène, ils l'accusent eux-mêmes et ne le laissent pas proposer des décrets illégaux. Ils sont habiles eux aussi, je le sais bien, et ils ont du crédit auprès de vous, plus que d'autres, mais cette fois ils ne réussiront pas. Pourquoi ? parce qu'ils ont beau dire, la guerre qu'ils se font entre eux n'est pas sérieuse.
[45] Au surplus, pour ce qui est de leur inimitié, vous m'en apprendriez au besoin plus long que je ne saurais vous en dire. Je voudrais seulement adresser une question à Théocrine, en face de vous, si je pouvais attendre de lui une réponse précise. Qu'aurait-il fait, lui qui prétend être là comme un soldat à son poste pour opposer une barrière aux auteurs de décrets illégaux, si quelqu'un, dans l'assemblée du peuple, après avoir discuté la question devant tous les citoyens; et obtenu un vote, avait rédigé un décret ainsi conçu : « Il est permis aux personnes frappées d'atimie et aux débiteurs publics, d'accuser; de dénoncer, de se porter délateurs, [46] en un mot, de faire tous les actes que la loi leur interdit aujourd'hui » ; aurait-il intenté l'accusation d'illégalité contre l'auteur de ce décret, oui ou non ? S'il dit non, quelle confiance peut-on avoir en sa parole lorsqu'il prétend surveiller les auteurs de décrets illégaux? Et s'il eût intenté l'accusation, quelle inconséquence! Quand la proposition émane d'un autre, il empêche que le décret n'aboutisse; pour prévenir les effets d'un tel exemple, il dépose un acte d'accusation dans lequel il écrit que les lois interdisent formellement de faire ce dont il s'agit; [47] et en même temps, sans avoir obtenu un vote du peuple, sans même avoir mis l'affaire en discussion publique, il accuse quand les lois le lui défendent ! Il s'écriera tout à l'heure que c'est une indignité de lui enlever l'exercice de ce droit, il fera l'énumération des amendes légales qu'il encourt s'il succombe (37), et en même temps il désobéit aux lois et prétend obtenir de vous un privilège que personne n'a jamais osé vous demander.
[48] Ainsi, en ce qui concerne la délation, ni Théocrine, ni aucun de ceux qui parlent pour lui, n'aura rien de sérieux à vous dire. Je crois que vous êtes suffisamment édifiés sur ce point. Peut-être essayeront-ils de soutenir que l'on ne peut pas procéder par voie de délation contre les personnes dont le nom n'est pas porté sur les listes de l'acropole, et qu'on ne doit pas considérer comme débiteurs publics ceux dont les noms n'ont pas été remis aux agents du recouvrement. [49] Ils croient donc que vous ne connaîtrez pas la loi aux termes de laquelle on est constitué débiteur à partir du jour de l'amende encourue ou de la contravention aux lois ou aux décrets. Ne savez-vous pas tous qu'il y a plusieurs manières de devenir débiteur de l'État et de payer lorsqu'on veut obéir aux lois? Cela résulte de la loi elle-même. Prends-moi encore cette loi.
Entends-tu, infâme que tu es, ce que veut la loi ? « Du jour de l'amende encourue et de l'infraction commise. »
[50] Maintenant, ils vont encore, paraît-il, vous citer cette loi qui ordonne d'effacer les noms inscrits sur la liste, et cela au fur et à mesure des payements. Ils vous demanderont comment on peut effacer celui qui n'est même pas inscrit. Ignorent-ils donc que cette dernière loi est faite pour les inscrits, que l'autre au contraire est faite pour ceux qui sont débiteurs sans être inscrits, j'entends celle qui porte qu'on est débiteur à partir du jour de l'amende encourue ou de l'infraction commise soit à la loi, soit au décret. [51] Mais alors, dira-t-il, pourquoi ne m'accuses-tu pas pour défaut d'inscription (38) si je suis débiteur sans être inscrit? Parce que les accusations pour défaut d'inscription sont ouvertes par la loi non contre ceux qui doivent et ne sont pas inscrits, mais contre ceux qui ayant été inscrits ont ensuite été rayés sans avoir payé leur dette à l'État. Prends-moi la loi et lis.
[52] Vous entendez la loi, juges. Elle porte express¢ment que si un débiteur public vient à être rayé sans avoir payé sa dette envers l'État, il pourra être accusé, pour défaut d'inscription, devant les thesmothètes. Mais cette accusation ne se donne pas contre celui qui est débiteur et n'a pas été inscrit. Contre ce dernier, c'est par la voie de la délation et par d'autres encore que l'on procède. Mais qu'as-tu donc à m'enseigner tous les moyens de frapper mes ennemis, au lieu de répondre à l'attaque que j'ai dirigée contre toi ?
[53] Maintenant, juges, Maeroclès, l'auteur du décret porté contre ceux qui rançonnent les commerçants, l'instigateur des mesures que vous avez prises, vous et vos alliés, pour créer une sorte de police contre les malfaiteurs, n'aura pas honte de parler tout à l'heure en faveur de Théocrine, contrairement à ses propres décrets. [54] Il osera vous soutenir que vous devez renvoyer Théocrine et le laisser impuni, lui, si manifestement convaincu de faire de fausses dénonciations contre les commerçants. On dirait qu'en purgeant la mer par ses décrets, il n'a eu d'autre but que de permettre à ces hommes de rançonner dans le port les navigateurs échappés aux périls de la traversée. Qu'importe aux commerçants d'avoir terminé sans encombre un long voyage, si c'est pour tomber dans les mains de Théocrine? [55] Mais, à mon sens, pour les fortunes de mer, ce n'est pas vous qui en répondez, ce sont les stratèges et les commandants des navires de guerre. Pour ce qui se passe au Pirée et devant les magistrats, c'est bien vous, au contraire, car tout cela dépend absolument de vous. Aussi, n'est-ce pas la même chose d'enfreindre la loi ici ou de désobéir à vos décrets au dehors; vous devez veiller au premier cas de plus près qu'au second, si vous ne voulez passer ni pour complaisants, ni pour complices. [56] Qu'en dis-tu, Moeroclès? aux termes de ton décret, nous ferons payer dix talents aux Méliens pour avoir reçu les pirates, et nous acquitterions cet homme qui a enfreint et ton décret et les lois sous la garantie desquelles nous habitons cette ville (39) ! Ainsi, les gens des îles seront mis par nous dans l'impuissance de mal faire ; au besoin, nous armerons des galères pour les contenir dans le devoir, et vous autres, infâmes, traduits devant les juges qui siègent en cette ville pour appliquer les peines portées par les lois, vous seriez acquittés ! Non, pour peu que nos juges soient sages. Lis la stèle.
[57] Je ne vois rien de plus à dire sur les lois et sur le fond de l'affaire. Vous en êtes, ce me semble, suffisamment instruits. Je veux seulement vous adresser une prière légitime en mon nom et au nom de mon père, puis je descends et je cesse de vous être importun. J'ai cru, juges, qu'il me fallait venir en aide à mon père; j'ai pensé que c'était un devoir pour moi. [58] Voilà pourquoi j'ai fait cette délation, comme je l'ai dit en commençant. Il y aura, je le sais, des gens pour me blâmer, et ils trouveront des paroles malveillantes au sujet de ma jeunesse; il y en aura d'autres pour m'approuver et pour dire que je fais bien, quand je cherche à tirer vengeance de l'ennemi de mon père. Mais il en sera ce qu'il pourra dans l'esprit de ceux qui m'entendent. Mon devoir, à moi, c'est d'obéir aux ordres de mon père, alors surtout que ces ordres sont légitimes. [59] En effet, à quel moment dois-je lui venir en aide? N'est-ce pas quand la loi me fournit l'occasion de me venger, quand je me trouve moi-même partager l'infortune de mon père, quand mon père reste seul, abandonné de tous, comme il l'est aujourd'hui? car à tous nos malheurs, juges, il faut encore ajouter celui-là. De tous côtés on nous excite, on déclare ressentir comme nous nos injures, on dit que nous avons été traités indignement, que cet homme tombe sous le coup de la délation ; mais, parmi les gens capables de parler, pas un seul ne veut me prêter son concours ni manifester son opinion, au risque de se faire des ennemis. Bien des gens sont ainsi faits, le bon droit de l'un les touche moins que le franc parler de l'autre (40). [60] Oui, juges, de tous les malheurs que nous avons éprouvés depuis longtemps par le fait de Théocrine, celui que nous éprouvons aujourd'hui n'est pas le moindre. Quand il s'agit du mal qu'a fait cet homme, des infractions qu'il a commises, mon père, qui en a souffert, et qui serait en état de vous faire tout connaître, est contraint de garder le silence, - ainsi le veulent les lois; - et moi, qui ne suis de force à lutter contre aucun de ces hommes, c'est à moi de parler. D'ordinaire, à mon âge, c'est le père qui vient en aide au fils; en ce moment, c'est le contraire, et mon père n'a d'espoir qu'en moi. [61] Engagés dans une lutte périlleuse, nous vous prions de venir à notre secours. Montrez à tous qu'enfant ou vieillard, à tout âge, on peut avoir recours à vous et aux lois et obtenir pleinement justice. En effet, juges, il n'est pas dans l'ordre de mettre ni les lois ni vous-mêmes dans la dépendance de ceux qui parlent. C'est eux au contraire qui doivent dépendre de vous. Surtout, ne confondez pas ceux qui parlent bien et se font clairement entendre avec ceux qui disent des choses justes; c'est à distinguer les uns des autres que votre serment vous oblige. [62] On ne vous fera pas croire, d'ailleurs, que ces beaux parleurs soient sur le point de vous faire défaut, ni que ce doive être là une grande perte pour Athènes. C'est plutôt le contraire qui est vrai, si j'en crois nos anciens. Jamais, disent-ils, la République n'a été plus heureuse que sous le gouvernement des hommes modérés et sages. Et comment pourrait-on trouver en ces hommes-ci d'utiles conseillers ? Eux-mêmes ne parlent jamais devant le peuple, mais ils accusent et rançonnent ceux qui parlent. [63] Et c'est là encore une chose admirable. Eux qui vivent du métier de sycophantes, ils prétendent que la politique ne leur rapporte rien. Avant de se présenter devant vous, ils n'avaient rien; devenus riches aujourd'hui, ils ne vous en savent aucun gré. Ils vont disant que le peuple est inconstant, qu'il est fâcheux, qu'il est ingrat; on dirait vraiment que c'est eux qui font votre prospérité, quand c'est le peuple qui fait la leur. Après tout, cependant, ils ont raison de tenir ce langage, quand ils voient votre faiblesse. Bien loin qu'un seul d'entre eux ait reçu de vous le châtiment proportionné à ses méfaits, vous leur permettez de dire que les sauveurs du peuple sont les gens qui font métier d'accusateurs et de sycophantes, race funeste s'il en fut jamais. [64] Car enfin quels services peuvent-ils rendre à l'État? Ils punissent, dira-t-on, ceux qui font mal, et grâce à eux le nombre de ces derniers est moins grand. Non, juges, ils n'en sont que plus nombreux. En effet, ceux qui veulent commettre quelque mauvaise action savent bien qu'il leur faudra donner à ces hommes une part de leur profit; en conséquence, ils se décident à prendre aux autres davantage, afin d'en avoir assez pour eux-mêmes d'abord, et ensuite pour ces hommes. [65] Moins redoutables sont les malfaiteurs vulgaires, qui dérobent à l'occasion. On peut se préserver d'eux en mettant un gardien dans sa maison. On évite leurs attaques en restant chez soi la nuit. Il y a encore d'autres moyens de se défendre, de repousser l'agression des gens qui ont de mauvais desseins. Mais ces sycophantes, où faut-il aller pour n'avoir plus rien à craindre d'eux ? Où l'on cherche d'ordinaire un refuge en cas d'attaque, lois, tribunaux, témoins, assemblées, ils trouvent, eux, à exercer leur industrie. C'est là qu'ils montrent leur caractère, amis de ceux qui leur donnent, ennemis des pacifiques et des riches.
[66] Donc, juges, songez à la perversité de ces hommes, et en même temps à nos ancêtres. L'un de ces derniers, mon aïeul paternel, Épicharès, fit couronner Athènes aux jeux olympiques, ayant remporté le prix de la course des enfants, et reçut parmi vos pères, jusqu'à sa mort, les honneurs qui lui étaient dus. Et nous, grâce à cet homme maudit, nous avons perdu les droits de citoyens d'Athènes. [67] Pourtant, c'est pour cette ville qu'Aristocrate, fils de Skellios, l'oncle de mon aïeul Épicharès, et dont mon frère que voici porte le nom, après avoir fait beaucoup de belles actions dans la guerre contre les Lacédémoniens, détruisit Éétionée, où les Lacédémoniens allaient être reçus par les partisans de Critias (41), abattit le retranchement, ramena le peuple, s'exposant à des dangers qui ne peuvent être comparés au nôtre, car il est beau même d'y succomber, et mit ainsi un terme aux conspirations formées contre vous. [68] Fussions-nous semblables à ce Théocrine, le souvenir d'Aristocrate devrait nous protéger auprès de vous; que sera-ce si nous valons mieux que cet homme et si notre cause est juste? Nous ne vous fatiguerons pas en répétant plusieurs fois les mêmes choses. Comme je l'ai dit en commençant, cet homme nous a réduits à ce point que nous avons perdu jusqu'à l'espérance de recouvrer cette liberté de parole que vous accordez même aux étrangers. [69] Nous voulons du moins avoir cette consolation, à défaut d'autre, de voir Théocrine réduit comme nous au silence. Venez donc à notre aide, prenez en pitié ceux qui sont morts pour notre patrie, forcez cet homme à se défendre sur le fait même qui fait l'objet de la délation. Soyez pour lui comme juges ce qu'il a été pour nous comme accusateur. [70] Après avoir trompé les juges, il refusa à mon père de réduire l'amende à un taux modéré. J'eus beau le prier, le conjurer en embrassant ses genoux, il traita mon père comme on traite un homme qui a trahi son pays, et fixa l'amende à dix talents. Aussi nous vous en prions, nous vous en supplions, faites justice.
J'appelle ici quelqu'un à mon aide. Qui que tu sois, si tu as quelque chose, à dire, viens le dire pour me seconder. Monte à ma place.
(a) Meier et Schœmann, p. 583.
(b) Demosth., Leptin., p. 504. Meier et Schœmann, p. 246.
(c) Meier et Schumann, p. 247.
(01) Les condamnations prononcées au profit de l'État devaient être payées avant l'expiration de la neuvième prytanie (Démosth. contre Néère, § 7 ; voy. Boeckh, t. I, p. 420). Ce délai passé, elles étaient de plein droit portées au double. Une prytanie est une durée d'environ trente-six jours. C'était la dixième partie de l'année, temps pendant lequel fonctionnait chacune des dix sections du sénat.
(02) Nous traduisons ἔνδειξις pαr délation, φάσις par dénonciation, γραφή par accusation. ἀπαγωγή par prise de corps. Quant au mol d'εἰσαγγελία, que nous avons déjà expliqué, il n'a pas d'équivalent; en français.
(03) L'atimie était héréditaire. Le jour où Épicharès aurait perdu son père, il serait devenu à son tour incapable de porter une accusation.
(04) Épicharès avait compté sur Démosthène et ses amis. Il est très possible que Démosthène, qui était alors au pouvoir et engagé dans la politique, eût d'abord promis son concours et eût ensuite déclaré qu'il ne fallait pas compter sur lui. Théocrine était un personnage qu'on pouvait avoir intérêt à ménager dans une circonstance donnée.
(05) Quand le demandeur n'obtenait pas la cinquième partie des suffrages, au criminel comme au civil, son action était jugée téméraire. Au civil, il payait à son adversaire l'épobélie, c'est-à-dire le sixième de la demande. Au criminel, il encourait une amende de mille drachmes envers l'État et devenait incapable d'intenter à l'avenir aucune accusation du même genre. Voy. Hermann, t. 1, § 144, note 2.
(06) Ceci est encore attesté par Démosthène, contre Midias, § 47.
(07) Chollidae, dème de la tribu Aegéide ou Léontide.
(08) Les ἐπιμεληταὶ τοῦ ἐμπορίου étaient des magistrats de police, au nombre de dix, désignés par le sort. Cf. Dém. contre Lacrite, § 31. Il ne faut pas les confondre avec les ἀγορανόμοι. Les premiers sont les inspecteurs du port de commerce. Les seconds surveillent les marchés de la ville. Voy. Büchsenchütz, p. 530.
(09) Ἀπαγωγή, prise de corps en cas de flagrant délit. Le plaignant met la main sur l'inculpé et le trame devant le juge. C'est la manus injectio des Romains. Voy. Meier et Schoemann, p. 224.
(10) Chaque tribu athénienne portait le nom d'un personnage mythique ou héros éponyme. Les statues de ces dix personnages étaient placées à Athènes, dans l'agora. L'éponyme avait son culte, ses prêtres et ses biens.
(11) Δίκη κλοπῆς, l'action de vol. Voy. Meier et Schoemann, p. 485.
(12) Chez les Athéniens le nom se transmettait habituellement de l'aïeul au petit-fils.
(13) L'atimie était héréditaire et durait jusqu'à l'extinction du débet, soit par un payement, soit par une remise.
(14) Pour être apte à être archonte, il fallait prouver qu'on était Athénien par son père et par sa mère, à la troisième génération, ἑκατερῶθεν ἐκ τριγονίας.
(15) Κατετάξατο, c'est ce que les Romains appelaient Pactum constitutæ pecuniae.
(16) L'ἀφαίρεσις εἰς ἐλευθερίαν est exactement la Vindicatio in libertatem du droit romain. Voy. Meier et Schoemann, p. 395.ait conservée sous scellés.
(17) Le logographe était celui qui écrivait des plaidoyers pour les parties. Voy. Egger, Mémoires de littérature ancienne (1862), Si les Athéniens ont connu la profession d'avocat.
(18) Tous les débiteurs de l'État étaient inscrits sur des listes conservées dans le Parthénon. Voy. Boeckh, t. I, p. 509.
(19) Sur les πράκτορες, voy. Boeckh, t. I, p. 210. Il s'agissait de savoir quelle devait être l'influence de la transaction sur l'amende due à l'État. Cf. Eschine, contre Timarque, p. 85.
(20) L'estimation dont il s'agit ici, τίμημα, n'est pas l'estimation de l'esclave. Le prix ordinaire d'un esclave était de 200 drachmes et ne pouvait guère s'élever au-dessus de 500. Il faut entendre par τίμημα l'estimation du litige, c'est-à-dire le montant total de la condamnation prononcée, y compris l'amende encourue au profit de l'État. En d'autres termes, l'amende était égale au montant des restitutions. Voy. Boeckh, t. I, p. 99, et Meier et Schoemann, p. 398.
(21) Ce Thucydide était un des orateurs du parti de Démosthène. Nous ne le connaissons que par le présent plaidoyer.
(22) A la première assemblée de chaque prytanie, ἐκκλησία κύρια, c'est-à-dire dix fois par an, le peuple recevait les motions faites par tout citoyen pour la destitution d'un magistrat. La question était posée en ces termes : « un tel remplit-il bien ses fonctions? » Εἰ δοκεῖ καλῶς ἄρχειν. Le vote avait lieu à main levée. Voy. Pollux, VIII, 87, et Hermann, t. I, § 154, note 1.
(23) Les archontes portaient des couronnes de myrte, symbole d'inviolabilité. Voy. Hermann, t. 1, § 124, note 5.
(24) Le droit et l'obligation de poursuivre les auteurs d'un meurtre appartenaient aux plus proches parents du défunt, dans un certain ordre. Hors le cas de meurtre prémédité, la transaction était admise et même favorisée par la loi. Ce n'était autre chose que le prix du sang, qui se retrouve dans toutes les législations primitives. Mais au siècle de Démosthène, la vieille tradition commençait à n'être plus comprise, et d'autres idées se faisaient jour.
(25) Les fonctions de ἱεροποιός, ou sacrificateur, étaient conférées par le sort, κληρωτὸς ἀρχή. Les remplaçants devaient donc être désignés de la même manière.
(26) Le décret rendu sur la proposition du père d'Épicharès accordait au jeune Charidème la nourriture su Prytanée, aux frais de l'État, en récompense des services rendus par son père Ischomaque; mais Charidème avait été adopté par Eschyle, il avait donc cessé d'être le fils d'Ischomaque, et il ne pouvait profiter du décret qu'en reprenant cette qualité, c'est-à-dire en renonçant à l'adoption et en revenant dans la maison paternelle. En général, l'adopté ne pouvait renoncer à l'adoption qu'en laissant un fils, né de lui, dans la maison adoptive, mais la résolution de l'adoption pouvait se faire d'un commun accord. Seulement l'enfant qui rentrait dans sa famille d'origine perdait tout droit sur les biens de son père adoptif. Le droit était certain, et Épicharès lui-même ne le conteste pas, il prétend seulement qu'en fait, et d'après ce qui se passe généralement, l'enfant ne courait aucun risque. Mais les juges furent d'un autre avis, et avec raison. Voy. Caillemer, droit de tester, p. 30, Hermann, t. III, § 65.
(27) On peut se demander quel était dans cette affaire l'intérêt de Polyeucte, mari de la mère de Charidème. On peut supposer que celle-ci était la fille d'Eschyle, et qu'à défaut de son fils Charidème elle devait hériter de la fortune paternelle, que par là Polyeucte aurait été maître de cette fortune, à titre de mari, κύριος.
(28) La γραφὴ κακώσεως avait pour objet de réprimer les délits commis par les enfants envers leurs parents, par les maris envers leurs femmes, par les tuteurs envers leurs pupilles, enfin par toutes personnes envers des filles héritières ou des mineurs. Elle s'appliquait à toute atteinte portée soit à la personne soit aux biens. La peine était laissée à l'estimation du juge, et se réduisait habituellement à l'amende et aux dommages-intérêts, avec l'atimie. Voy. Meier et Schoemann, p. 287. Dans l'espèce, Théocrine accusait Polyeucte pour torts faits au mineur Charidème.
(29) Les trois premiers archontes (éponyme, roi, polémarque) avaient chacun deux assesseurs. Ces assesseurs étaient choisis par les archontes, et en général habitués à la pratique des lois. Ils exerçaient par délégation une partie des pouvoirs des archontes. La γραφὴ κακώσεως se portait devant l'archonte éponyme. C'est donc à ce dernier qu'était attaché l'assesseur Mnésarchide.
(30) Paeania, dème de la tribu Pandionide.
(31) Alopèque, dème de la tribu Antiochide.
(32) C'est-à-dire qu'Hypéride et Démosthène n'ont pas besoin de se faire défendre par d'autres, ni par conséquent de payer des défenseurs.
(33) Il y avait en effet deux accusations, γραφαὶ παρανόμων, une contre Thucydide et une autre contre Démosthène.
(34) Il s'agit de la ville d'Ænos, sur la côte de Thrace. Il parait que la contribution payée par cette ville à la confédération athénienne avait été réglée par Charès à un taux modéré, et que Thucydide avait fait passer un décret qui approuvait ce règlement. Mais ce décret fut attaqué comme illégal par Charinos d'abord, et ensuite par Théocrine. Les Æniens mécontents se donnèrent à Philippe. Du reste, nous ne connaissons ces faits que par le présent discours.
(35) Le Cynosarge était avec le Lycée et l'Académie un des trois gymnases d'Athènes, et en même temps un lieu de réunion. Voy. Barthélemy, Anacharsis, chap. 8.
(36) Ὑπωμοσία, ἀνθυπωμοσία, ἐπαγγελία sont des termes techniques de la procédure athénienne. Voy. Meier et Schoemann, p. 695.
(37) L'accusateur qui n'obtenait pas la cinquième partie des voix était condamné à une amende de mille drachmes; en outre, il encourait l'atimie. Dans la phasis il encourait l'épobélie. Voy. Meier et Schoemann, p. 729.
(38) C'est la γραφὴ ἀγραφίου. Voy. Meier et Schoemann, p. 352, et Caillemer, dans le Dict. de Daremberg et Saglio.
(39) Nous ne connaissons d'ailleurs ni Moeroclès, ni son décret sur la police de la mer, ni sa poursuite contre les habitants de l'île de Mélos.
(40) Parce qu'on a peur du second.
(41) Éétionée était un des forts qui protégeaient le Pirée. Sur Aristocrate et son combat contre la faction des oligarques, voy. Thucydide, VIII, 88-92.

References: § 7
 § 144
 § 47
 § 31
 § 154
 § 124
 § 65