Source: http://obvil.lip6.fr/Dramagraph/?play=corneillep_agesilas
Timestamp: 2019-03-23 06:13:51+00:00

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AGLATIDE ELPINICE
SPITRIDATE COTYS
MANDANE SPITRIDATE
COTYS LYSANDER
LYSANDER AGÉSILAS
XENOCLES AGÉSILAS
COTYS AGÉSILAS
ELPINICE SPITRIDATE
AGLATIDE SPITRIDATE
AGLATIDE MANDANE
MANDANE COTYS
SPITRIDATE AGÉSILAS
MANDANE SPITRIDATE AGÉSILAS
AGLATIDE AGÉSILAS
Corneille, Pierre Pierre. Agésilas. Table des rôles
[TOUS] 28 sc. 373 répl. 4,1 l. 1 523 l. 1 523 l. 47 % 3 300 l. (100 %) 2,2 pers.
AGÉSILAS 13 sc. 57 répl. 5,8 l. 627 l. (42 %) 331 l. (22 %) 53 % 1 316 l. (40 %) 2,1 pers.
LYSANDER 8 sc. 32 répl. 6,1 l. 515 l. (34 %) 195 l. (13 %) 38 % 1 021 l. (31 %) 2,1 pers.
COTYS 5 sc. 43 répl. 2,5 l. 276 l. (19 %) 109 l. (8 %) 40 % 652 l. (20 %) 2,4 pers.
SPITRIDATE 11 sc. 85 répl. 3,1 l. 567 l. (38 %) 262 l. (18 %) 47 % 1 239 l. (38 %) 2,2 pers.
MANDANE 7 sc. 55 répl. 4,6 l. 473 l. (32 %) 250 l. (17 %) 53 % 952 l. (29 %) 2,3 pers.
ELPINICE 5 sc. 36 répl. 2,8 l. 351 l. (24 %) 100 l. (7 %) 29 % 795 l. (25 %) 2,3 pers.
AGLATIDE 7 sc. 49 répl. 4,4 l. 343 l. (23 %) 218 l. (15 %) 64 % 819 l. (25 %) 2,4 pers.
XENOCLES 4 sc. 11 répl. 4,2 l. 570 l. (38 %) 46 l. (4 %) 9 % 258 l. (8 %) 2,0 pers.
CLÉON 2 sc. 5 répl. 2,2 l. 229 l. (16 %) 11 l. (1 %) 5 % 331 l. (11 %) 2,6 pers.
Corneille, Pierre Pierre. Agésilas. Statistiques par relation
LYSANDER 165 l. (64 %) 10 répl. 16,4 l.
93 l. (37 %) 10 répl. 9,3 l. 3 sc. 257 l. (17 %) 2,0 pers.
COTYS 31 l. (52 %) 6 répl. 5,1 l.
30 l. (49 %) 5 répl. 5,8 l. 2 sc. 60 l. (4 %) 2,3 pers.
SPITRIDATE 42 l. (46 %) 22 répl. 1,9 l.
50 l. (55 %) 18 répl. 2,7 l. 3 sc. 91 l. (6 %) 2,5 pers.
MANDANE 22 l. (28 %) 10 répl. 2,2 l.
58 l. (73 %) 9 répl. 6,4 l. 2 sc. 79 l. (6 %) 2,5 pers.
AGLATIDE 16 l. (43 %) 5 répl. 3,1 l.
22 l. (58 %) 4 répl. 5,3 l. 2 sc. 37 l. (3 %) 2,5 pers.
XENOCLES 83 l. (65 %) 14 répl. 5,9 l.
47 l. (36 %) 11 répl. 4,2 l. 4 sc. 129 l. (9 %) 2,0 pers.
COTYS 36 l. (60 %) 7 répl. 5,1 l.
25 l. (41 %) 7 répl. 3,5 l. 1 sc. 60 l. (4 %) 2,0 pers.
SPITRIDATE 16 l. (72 %) 1 répl. 15,4 l.
7 l. (29 %) 1 répl. 6,0 l. 1 sc. 21 l. (2 %) 2,0 pers.
MANDANE 4 l. (18 %) 3 répl. 1,3 l.
19 l. (83 %) 3 répl. 6,2 l. 1 sc. 23 l. (2 %) 2,0 pers.
ELPINICE 12 l. (61 %) 7 répl. 1,6 l.
8 l. (40 %) 7 répl. 1,1 l. 1 sc. 19 l. (2 %) 3,0 pers.
AGLATIDE 12 l. (19 %) 7 répl. 1,6 l.
51 l. (82 %) 12 répl. 4,2 l. 1 sc. 62 l. (5 %) 3,0 pers.
CLÉON 37 l. (80 %) 4 répl. 9,1 l.
10 l. (21 %) 4 répl. 2,3 l. 1 sc. 46 l. (4 %) 2,0 pers.
SPITRIDATE 32 l. (42 %) 22 répl. 1,4 l.
46 l. (59 %) 21 répl. 2,2 l. 2 sc. 77 l. (6 %) 2,2 pers.
MANDANE 25 l. (32 %) 10 répl. 2,5 l.
54 l. (69 %) 11 répl. 4,8 l. 1 sc. 78 l. (6 %) 3,0 pers.
CLÉON 25 l. (95 %) 10 répl. 2,5 l.
2 l. (6 %) 1 répl. 1,4 l. 1 sc. 26 l. (2 %) 3,0 pers.
MANDANE 81 l. (41 %) 27 répl. 3,0 l.
120 l. (60 %) 30 répl. 4,0 l. 3 sc. 199 l. (14 %) 2,2 pers.
ELPINICE 78 l. (64 %) 16 répl. 4,8 l.
46 l. (37 %) 15 répl. 3,0 l. 3 sc. 123 l. (9 %) 2,3 pers.
AGLATIDE 24 l. (35 %) 8 répl. 2,9 l.
44 l. (66 %) 8 répl. 5,5 l. 2 sc. 67 l. (5 %) 2,6 pers.
AGLATIDE 15 l. (31 %) 9 répl. 1,6 l.
34 l. (70 %) 10 répl. 3,3 l. 1 sc. 48 l. (4 %) 2,0 pers.
CLÉON 54 l. (98 %) 11 répl. 4,8 l.
2 l. (3 %) 1 répl. 1,4 l. 1 sc. 55 l. (4 %) 3,0 pers.
AGLATIDE 58 l. (28 %) 22 répl. 2,6 l.
152 l. (73 %) 29 répl. 5,2 l. 3 sc. 210 l. (14 %) 2,5 pers.
Par grâce et privilège du Roi en date du vingt-quatrième mars 1666. Signé, par le Roi en son conseil, DE MALON, Il est permis au sieur P. CORNEILLE, de faire imprimer une pièce de théâtre de sa composition, intitulée Agésilas, pendant sept année. Et défenses sont faites à tous autres de l’imprimer, vendre ni débiter sans le consentement dudit Sieur Corneille, à peine de deux mille livres d’amende, de tous dépens, dommages et intérêts, suivant qu’il est porté par lesdites Lettres.
Et ledit sieur Corneille a cédé son privilège à Thomas Jolly, Guillaume de Luynes, et Louis Billaine, suivant l’accord fait entre eux.
Réprésenté pour la première fois le 28 février 1666 à l’Hôtel de Bourgogne.
Il ne faut que parcourir les vies d’Agésilas et de Lysandre chez Plutarque, pour démêler ce qu’il y a d’historique dans cette tragédie. La manière dont je l’ai traitée n’a point d’exemple parmi nos français, ni dans ce précieux restes de l’Antiquité qui sont venu jusqu’à nous et c’est ce qui me l’a ait choisir. Les premiers qui ont travaillé pour le théâtre ont travaillé sans exemple, et ceux qui les ont suivi y ont fait voir quelques nouveautés de temps en temps. Nous n’avons pas moins de privilège. Aussi note Horace nous recommande tant la lecture des poètes grecs par ces paroles ,
Ne laisse pas de louer hautement les Romains d’avoir osé quitter les traces de ces mêmes grecs, et pris d’autre routes.
Les règles sont bonnes, mais leur méthode n’est pas de notre siècle, et qui s’attacherait à ne marcher que sur leurs pas, ferait sans doute peu de progrès, et divertirait mal son auditoire. On court à la vérité quelque risque de s’égarer, et même on s’égare assez souvent, quand on s’écarte du sentier battu ; mais on ne s’égare pas toutes les fois qu’on s’en écarte. Quelques un en arrivent plutôt où ils prétendent ; et chacun peut hasarder à ses périls.
SCÈNE PREMIÈRE. Elpinice, Aglatide §
Ma soeur, depuis un mois nous voilà dans Éphèse,
Et trouvez-vous qu’il montre, attendant ce grand jour
10 Que donne, à ce qu’on dit, le véritable amour ?
15 Ce me doit être assez qu’en secret il soupire,
Que l’autre à retenir mes voeux ?
Il m’obsède à peu près comme l’autre vous sert ;
25 Qu’ils ont juré de n’être importuns l’un ni l’autre :
Ce n’est pas qu’à vrai dire il ne soit excusable,
30 Je préparai pour lui dès Sparte une froideur
Qui dès l’abord était capable
35 Loin de m’offenser il m’oblige,
Et me remet un coeur qu’il n’eût pas obtenu.
40 D’en dissiper une partie.
L’oeil vif, l’esprit aisé, le coeur bon, l’âme belle :
Ma soeur, il n’est pas roi, comme l’est votre amant.
J’ai peut-être le coeur trop haut,
50 Mais aussi bien que vous je sors du sang d’Hercule ;
55 S’il me fallait ramper dans un degré plus bas,
60 Aussi veux-je céder le pas devant à l’âge,
70 J’en aurais un déjà, n’était ce rang d’aînée
75 Peut-être qu’après tout il n’a que différé,
Qu’il attend votre hymen pour rompre son silence :
Et si ce n’était lorsque par reconnaissance
90 Quand il n’a plus pour lui que de l’ingratitude,
95 Ah ! S’il n’avait voulu que par reconnaissance
Et Sparte au lieu de vous l’eût vu me demander ;
Mais pour mettre chez nous l’éclat de sa couronne,
100 Attendre que l’hymen m’ait engagée ailleurs,
C’est montrer que le coeur s’attache à la personne :
Ce coeur qu’il vous donna, ce choix qui considère
Vous voyez cependant qu’à peine il me regarde,
110 Depuis notre arrivée il ne m’a point parlé,
À tous hasards, ma soeur, comme j’en suis mal sûre,
120 Vous venez de parler du mien si dignement…
Aimeriez-vous Cotys, ma soeur ? Moi ? Nullement.
125 M’ont si bien imprimé l’amour du diadème,
Mais sans trône on perd temps, c’est la première idée
Qu’à l’amour en mon coeur il ait plu de tracer ;
130 Il l’a fidèlement gardée,
Moi, je m’éblouis moins de la splendeur du rang,
Son éclat au respect plus qu’à l’amour m’invite.
En l’état où le ciel nous range
Pour l’un, je ne sais quoi m’en flatte,
Pour l’autre je n’en réponds pas,
155 N’eût pour lui des attraits plus forts que vos appas.
Ma soeur, auparavant engagez l’entretien,
165 Que je vous aide à m’en défaire.
SCÈNE II. Spitridate, Elpinice, Aglatide. §
170 Un vertueux amour n’a rien d’incompatible
Avec les regards d’une soeur :
Je sais bien que j’ai tort, j’avoue et hautement,
190 En doutez-vous, Madame, et peut-on concevoir…
Je vous entends, Seigneur, et vois ce qu’il faut voir.
D’unir par notre hymen votre sang et le sien :
200 Vous ne m’aviez point vue, et facile ou cruelle,
205 Ma soeur vous aurait plu s’il vous l’eût proposée,
J’eusse agréé Cotys s’il me l’eût proposé,
210 Les tendresses des coeurs n’eurent aucune part,
Vous m’en vouliez convaincre, il n’en est plus besoin,
J’en ai fait comme vous ma soeur juge et témoin :
Je consens qu’elle vous la fasse,
SCÈNE III. Spitridate, Elpinice. §
Si votre âme avec elle était assez d’accord
Quoi ? Seigneur, j’aurais part… C’est trop dissimuler
240 La vaine douceur d’en parler.
245 Quand je quittai la Perse, et brisai l’esclavage
Où m’envoyant au jour le ciel m’avait soumis,
D’un protecteur puissant assurer l’avantage ;
250 Et quand pour l’attacher lui-même à nos familles
Par déférence au trône il lui promit l’aînée,
On m’avait dit qu’à Sparte elle savait charmer,
260 Je me répondais de l’aimer.
Que l’amour aime peu ces folles confiances,
Sur qui promet son coeur sans l’aveu de ses yeux !
Et le trouble aussitôt s’empara de mon coeur ;
Et ses regards aux miens n’offrirent rien de doux,
Il faut pourtant l’aimer, du moins il faut le feindre,
C’est un malheur sans doute égal au trépas même,
290 Voudraient rendre à ma soeur l’hommage qu’il me rend.
N’y refuse l’aveu qui vous est nécessaire,
295 C’est notre souverain.
C’est notre souverain. S’il en dédit un père,
Peut-être ai-je une soeur qu’il n’en dédira pas.
Qu’à sa moindre prière il ne refuse rien,
Et si son coeur voulait s’entendre avec le mien…
Qu’aussi bien que ma soeur j’écoute mon devoir.
SCÈNE IV. Cotys, Spitridate. §
Ah, s’il n’était honteux de manquer de promesse !
Qu’une autre de mon coeur serait bientôt maîtresse !
Souffrez donc qu’avec vous tout mon coeur se déploie.
Elpinice me charme. Et si je vous la cède ?
335 Aglatide, Seigneur ? Ce n’est pas là m’entendre,
Oui, mais l’amour ici me fait une autre loi.
L’échange des deux soeurs n’a rien qui l’intéresse,
Seigneur, auprès d’Agésilas,
350 Je vois qu’assez souvent il ne l’écoute pas :
365 Ma soeur n’a qu’à parler, je m’en tiens sûr par elle.
Seigneur, l’aimerait-il ? Il la trouve assez belle,
Je tâche d’affermir ces douces apparences,
Prenez-y part, Seigneur, pour l’intérêt commun ?
Ce roi s’allie à vous, s’il devient mon beau-frère,
Et Mandane y consent ? Mandane est trop bien née
Elpinice ne rend votre foi qu’à sa soeur,
385 Hélas ! Et si l’amour autrement en ordonne,
Le moyen d’y forcer mon coeur ?
Rendez-vous-en le maître. Et l’êtes-vous du vôtre ?
J’y ferai mon effort, si je vous parle en vain,
400 J’ose, j’ose vous faire une plus juste loi.
SCÈNE PREMIÈRE. Spitridate, Mandane. §
Qu’écrasent d’un coup d’oeil les têtes souveraines.
Et ne laisse aujourd’hui que les coeurs abattus
Et même en ses plaisirs elles n’ont autre part,
Que celle qu’à son coeur brutalement inspire
440 N’eût à sa tyrannie arraché ma Province.
N’y laisse aucun droit au caprice.
L’hymen de ses Rois même y donne coeur pour coeur ;
Je veux bien l’espérer : tout est facile aux Dieux,
460 Il en est d’attachés aux ordres d’un Sénat ;
Et quoiqu’en ma faveur j’aie encor vu paraître,
465 Je doute si l’on m’aime ou non :
475 Puisque vous m’ordonnez qu’ici j’espère un Roi,
N’y pensez-vous point trop ? Je sais que c’est à vous
À régler mes désirs sur le choix d’un époux,
D’un choix que vous m’aviez vous-même tant loué
485 Et si j’ai, comme vous, quelques pentes secrètes,
Et votre coeur, instruit par le malheur d’un frère
Parlez, il n’est désirs, ni tendres sentiments,
500 Cotys me la demande, Agésilas l’espère.
505 Qui font beaucoup d’éclat, et ne produisent rien.
510 Qu’au simple nom d’hymen vous verriez disparaître
Ne veut point être à moi qu’il ne soit à sa soeur !
Que ce sera beaucoup s’il en obtient un gendre,
SCÈNE II. Lysander, Spitridate, Mandane, Cléon. §
530 Avant que demander l’aveu d’Agésilas
S’ils laissent votre coeur d’accord de vos promesses,
Que j’estimerai peu de chose,
540 Et n’appréhendez point l’emportement d’un père :
545 La plupart des feux qu’il excite ;
Il ne l’attache pas toujours au vrai mérite,
550 Ma seule ambition est d’être votre gendre ;
N’a pour objet… Seigneur, je tremble à vous le dire,
555 Ma soeur vous l’expliquera mieux.
SCÈNE III. Lysander, Mandane, Cléon. §
560 Et je l’en vois fort satisfait :
565 Ce n’est pas qu’il n’aspire à se voir votre gendre,
Qu’il n’y mette sa gloire et borne ses plaisirs ;
570 Je sais qu’il n’est plus temps de vous la demander,
575 N’aura point fait au sien même supercherie ?
S’il n’y préfère point Aglatide à sa soeur ?
Dont l’idée en secret vous flatte ;
585 J’ai dit à Lysander celui de Spitridate,
SCÈNE IV. Lysander, Cotys, Cléon. §
Une autre qu’Elpinice à mes yeux a su plaire,
590 Et l’aimer est un crime en l’état où je suis.
Et comme un beau désir ne peut bien s’allumer,
S’ils n’instruisent le coeur de ce qu’il doit aimer ;
595 C’est ôter à l’amour tout ce qu’il a d’aimable,
600 Seigneur, ce n’est point par mépris,
On m’a volé ce coeur que j’apportais pour elle.
605 Et ma foi s’est armée en vain pour ma défense,
Ce lâche, qui s’est mis de leur intelligence
Quand un autre pour elle a d’autres yeux que vous ;
Qu’elle cède ce coeur à celle qui le vole,
615 Lui dérobait celui qu’elle vous destinait.
Surtout, ne craignez rien du côté d’Aglatide,
620 Ah, Seigneur, pour ce vol je ne me plains pas d’elle.
Et de qui donc ? L’amour s’y sert d’une autre main.
L’amour ! Oui, cet amour qui me rend infidèle…
Dites d’Agésilas la haine insatiable.
625 C’est elle dont l’aigreur auprès de vous m’accable,
630 Je la tiendrai, Seigneur, jusqu’au dernier soupir ;
D’un crime de mon coeur, que même il ne sait pas.
L’amour lui donne sur ce coeur.
640 L’amour le fera mieux ; ce que j’en viens d’apprendre
645 Que votre exemple n’aide à lui trouver un Roi ;
650 Et Spitridate, à moins que de m’en assurer,
655 Sa haine apparemment ne m’en avouera pas :
660 Ah, que Mandane et moi n’avons-nous mille vies,
665 Et pardonnez, de grâce, à mon impatience…
SCÈNE V. Lysander, Cléon. §
Seigneur, n’êtes-vous point d’une humeur bien facile,
670 Je prends pour l’attacher à moi
675 Ce n’est qu’en vouloir faire un ennemi secret.
Je veux me l’acquérir, je veux, s’il m’est possible,
Je m’ouvre dans son âme une infaillible voie,
685 À m’en faire à mon tour servir avec chaleur.
690 Qu’à ses voeux mon tyran l’accorde ou la refuse,
695 Ou j’aigris puissamment ce rival contre lui.
J’ai même à souhaiter que son feu se déclare ;
Sitôt qu’il aura mis ma patience à bout :
Le fruit de mes travaux, l’effet de mon crédit :
Un reste d’amitié tient mon âme en balance,
715 Et me force à regret à ce que je t’ai dit.
720 Il n’appartient qu’à vous de former ces pensées ;
Aglatide est d’humeur à rire de sa perte,
725 Son esprit enjoué ne s’ébranle de rien ;
Les voici, laisse-nous, afin qu’avec franchise
SCÈNE VI. Lysander, Elpinice, Aglatide. §
735 Mes filles, qu’on vous manque à toutes deux de foi.
Seigneur, notre devoir s’en remet à vos soins,
740 Je ne sais qu’obéir…
Je ne sais qu’obéir… J’en sais donc davantage.
Je sais que Spitridate adore d’autres yeux,
Je sais que c’est ma soeur à qui va cet hommage,
Ma soeur, qu’aurais-je à dire ?
Ma soeur, qu’aurais-je à dire ? À quoi bon ce mystère ?
745 Dites ce qu’à ce nom le coeur vous dit tout bas,
750 Qu’il faut souffrir de vous, ma soeur !
Qu’il faut souffrir de vous, ma soeur ! Le grand supplice
755 Et vous en dirai plus, Seigneur, qu’elle n’en sait.
Si pour toucher son coeur j’étais assez bien faite :
N’est pas plus à moi qu’à ma soeur.
760 Peut-être ce malheur d’assez près te menace.
765 Je sais l’art de m’en consoler.
770 Donc à moins que d’un Roi tu ne veux plus te rendre ?
Que ma soeur n’a rien à m’apprendre
775 C’est l’ordre, et je lui garde un coeur assez fidèle,
785 Lorsque Cotys devait l’y mettre,
Et quand j’en contemplais la gloire et la douceur
Mutinait mes désirs et me soulevait l’âme,
C’est l’ordre, et du devoir la scrupuleuse idée…
795 Que dites-vous, ma soeur, qu’osez-vous hasarder,
Vous qui tantôt…
Vous qui tantôt… Ma soeur, laissez-moi vous aider,
Pour bien m’aider à dire ici mes sentiments
J’acceptais Spitridate avec quelques ennuis,
Quoi que vous m’ordonniez, j’obéirai sans peine :
810 Achevez donc, ma soeur, dites qu’Agésilas…
Ah, Seigneur, ne l’écoutez pas,
Ce qu’elle vous veut dire est une bagatelle,
Dis donc, Agésilas ? M’aimait jadis un peu.
815 Du moins lui-même à Sparte il m’en fit confidence,
820 Mais s’il attendait là que mon tour arrivé
D’un pareil changement ne cherche point la cause,
Sa haine pour ton père à cet amour s’oppose,
830 Mais n’importe, il est bon que j’en sois averti :
J’agirai d’autre sorte avec cette lumière,
SCÈNE PREMIÈRE. Agésilas, Lysander, Xénoclès. §
840 Mais s’il vous peut donner un titre légitime
C’est pour l’une et pour l’autre une espèce de crime,
845 Où l’amour paternel près d’elles m’eût réduit,
855 Ni l’obscurité de ma mort.
870 Mais je m’étonne fort que les ayant prévus
L’assiette en est heureuse, et l’accès difficile,
À beaucoup espérer, à craindre beaucoup d’eux,
885 Et c’est mettre en leurs mains une étrange balance
C’est vous qui les donnez l’un et l’autre à la Grèce,
L’un fut ami du Perse, et l’autre son sujet ;
890 Qu’on peut ne pas bien voir tout le fond du projet.
Votre intérêt s’y mêle en les prenant pour gendres,
900 N’immoleront-ils point une amitié nouvelle
910 Vous avez jusqu’ici fait paraître un vrai zèle,
Que par toute la Grèce on vous loue à l’envi :
Et si jusqu’à ce point on me croit important,
Seigneur ? Et s’il est vrai qu’un homme tel que moi
925 Pourquoi me forcez-vous à l’être ?
Quelque avis que je donne, il n’est point écouté,
Quelque emploi que j’embrasse, il m’est soudain ôté,
Me choisir pour appui c’est courir à sa perte,
Vous changez en tous lieux les ordres que j’ai mis,
930 Et comme s’il fallait agir à guerre ouverte,
Il leur coûte l’honneur, l’autorité, le bien :
950 Et quand je sens dans l’âme une ardeur qui me presse
955 Ou s’il se peut que je m’en taise,
960 On s’empresse à vous voir, on s’efforce à vous plaire,
On croit lire en vos yeux ce qu’il faut qu’on espère,
965 M’érige sous votre ordre en fantôme éclatant,
S’il les fallait porter, moins comme Agésilas,
975 En ma propre grandeur l’ouvrage de vos mains ?
Si vous m’avez fait Roi, Lysander, je veux l’être ;
Ni la puissance, ni l’emploi.
980 Si vous croyez qu’un sceptre accable qui le porte,
985 Quand vous pourrez m’en laisser faire,
Je passe à vos amis qu’il m’a fallu détruire,
990 Et d’un pouvoir surpris saper les fondements.
995 Et j’y verrais encor mes ordres inutiles,
1005 À l’empire de vos esclaves.
J’ai tiré de ce joug les peuples opprimés,
En leur premier état j’ai remis toutes choses,
1010 J’ai fait, à votre exemple ici des créatures,
1015 Ce qu’ils vous semblent mériter,
1020 Changez, si vous pouvez, de conduite et d’humeur,
L’action la plus belle a diverses couleurs,
Que j’ai près de trente ans commandé nos armées,
Sparte pour qui j’allais de victoire en victoire
1035 M’a toujours vu pour fruit n’en vouloir que la gloire,
1040 Tant il est vrai, Seigneur, qu’en un si long emploi
M’ont assez estimé pour y borner leur choix,
Vous semblez m’envier un bien,
Qu’amenant avec nous Spitridate et Cotys
Assez pour les payer des services d’un père,
SCÈNE II. Agésilas, Xénoclès. §
1070 D’un peu d’amour que j’eus Aglatide a parlé,
Son père qui l’a su dans son âme s’en flatte,
Du refus que j’en fais aux voeux de Spitridate :
1080 Lui vend une harangue à renverser l’État,
1090 À moins que d’en choisir de trois ans en trois ans,
1095 J’ignore quels sont les complices,
Mais il pourra d’Éphèse écrire à ses amis,
Cependant j’ai fait mon devoir,
Votre perte en dépend, c’est à vous d’y pourvoir.
À te dire le vrai l’affaire m’embarrasse,
Lysander m’a servi, j’aurais une âme ingrate,
Ne cherche qu’un moyen de le mettre à couvert :
Ce que veut l’intérêt, la prudence ne l’ose.
Qui ne donne à ses Rois qu’un pouvoir limité,
Cet espoir y pourra toucher plus d’un courage,
1135 Ainsi de toutes parts le péril m’environne,
Si je veux le punir, j’expose ma couronne,
Je dois craindre… Cotys, Seigneur, vous veut parler.
1140 S’il nous faudra lancer ou retenir la foudre.
SCÈNE III. Agésilas, Cotys, Xénoclès. §
Mais vous m’êtes trop cher pour souffrir aisément
1145 Non qu’entre un si grand homme et moi
Ce qu’on voit de froideur prépare aucune haine :
Mais c’est assez pour voir cet hymen avec peine,
D’ailleurs je n’ai pas cru votre âme fort éprise.
1150 Sans l’avoir jamais vue, elle vous fut promise ;
1155 Je promis de l’aimer avant que de la voir,
1160 Non que j’ose après vos refus
1165 Il faut l’engager à quelque autre.
Tenez-vous sûr d’un prompt effet,
1180 Que pressé d’un amour, qui ne vient pas de naître
Mon amour en ces lieux ne cherchait qu’Elpinice,
1185 S’est voulu pour vous plaire attacher autre part,
Que j’ai cru devoir rendre à votre aversion,
1200 Sans trône il a d’un roi le pouvoir en partage,
Que l’amour où sa soeur m’engage
1205 Se peut-il qu’en l’aimant ma gloire se hasarde
Qui tout grand Roi qu’il est, l’estime et la regarde
Si ce bruit n’est point faux, mon mal est sans remède,
1210 Car enfin c’est un Roi dont il me faut l’appui :
SCÈNE IV. Agésilas, Xénoclès. §
Je ne l’ai dit qu’à toi, m’aurais-tu découvert ?
1215 Si j’ose vous parler, Seigneur, à coeur ouvert,
De si brillants dehors font un grand jour dans l’âme,
1225 Quoi, La civilité, l’accueil, la déférence,
Ce qu’on lui rend d’honneur, tout passe pour amour !
1230 Et c’est l’en avouer assez ouvertement,
Que refuser Mandane aux voeux d’un autre amant.
1235 Non, et même avec gloire on s’en laisse charmer :
Mais un Roi que son trône à d’autres soins engage
Doit n’aimer qu’autant qu’il lui plaît,
1240 Sparte ne permet point aux fils d’une étrangère
Empêcher son hymen c’est lui faire injustice,
1245 L’épouser, c’est blesser nos lois,
Et même il n’est pas sûr que j’emporte son choix ;
La donner à Cotys, c’est me faire un supplice,
M’opposer à ses voeux c’est le joindre au parti
1250 Et s’il a le bonheur de ne lui pas déplaire,
Je me défends d’aimer, et j’aime,
1255 Entre l’orgueil du diadème
En qualité d’amant je vois mon sort à plaindre,
1265 Le plus sûr, Xénoclès, n’est pas le plus facile.
Cherche-moi Spitridate, et l’amène en ce lieu,
SCÈNE PREMIÈRE. Spitridate, Elpinice. §
Agésilas me mande, il est temps d’éclater,
Pour vous fermer le coeur et l’oreille à tous autres,
1280 Regarde-t-elle plus la jeune que l’aînée ?
S’il n’eût point à Cotys refusé votre soeur,
J’eusse osé présumer qu’il eût aimé la mienne,
Et m’aurais dit moi-même, avec quelque douceur ,
« Il se l’est réservée et veut bien qu’on m’obtienne. »
N’a pour lui qu’une haine obstinée et sévère,
Puisqu’il aime ma soeur, cet amour est un gage
« J’aime et je suis aimé, vous aimez comme j’aime ;
Achevez mon bonheur, j’ai le vôtre en ma main. »
1300 Vos voeux se tiennent sûrs d’un prompt et plein effet ;
1305 D’ailleurs que pourra-t-il, si contre Agésilas
Que vous n’obtiendrez rien à moins qu’il soit content,
1315 Je suis sujette et fille, et j’ai promis ma foi,
Dites donc, m’aimez-vous ? Que ma soeur est heureuse !
1325 Elle est indifférente, et ne s’attache à rien.
Et vous ? Que n’ai-je un coeur qui soit comme le sien !
Le devoir et l’amour… Ah ! Madame, achevez,
1330 Le devoir et l’amour, que vous feraient-ils faire ?
J’en dois rougir. Adieu. Voyez avec Madame
L’un hautement l’adore, et l’autre au fond de l’âme,
SCÈNE II. Spitridate, Mandane. §
Si j’avais le coeur d’Elpinice.
1350 Et si je n’obtiens pas le reste,
Mais vous répondez-vous que ce don vous l’obtienne,
1355 Et qu’il mette d’accord de si fiers ennemis ?
1365 L’amour d’Agésilas à son amour s’oppose.
1370 Mais vous m’avez promis un entier sacrifice.
Oui, s’il peut être utile aux voeux que vous formez.
Que ne peut point un Roi ? Quels droits n’a point un père ?
Inexorable soeur ! Impitoyable frère,
Hélas, considérez…
Hélas, considérez… Considérez vous-même…
N’égalez point au mien un feu mal allumé,
Dites qu’il nous apprend à renfermer nos flammes,
Dites que votre ardeur à force d’éclater
1385 Dont le joug odieux ne sert qu’à l’irriter.
Si quand l’amour domine elle était de saison…
Qu’ils s’accordent sans nous, s’ils peuvent s’accorder,
1400 Dirai-je tout ? Cessons d’aimer et de prétendre,
N’aimer plus ! Ah, ma soeur !
N’aimer plus ! Ah, ma soeur ! J’en soupire à mon tour,
Mais un grand coeur doit être au-dessus de l’amour.
1410 Ne cherchons-nous ici que d’illustres tyrans,
Faisons des protecteurs sans faire d’ennemis.
Oui, ma soeur, et j’en suis d’accord,
S’il faut que sa colère à nous perdre s’applique :
Qu’il retient, qu’il combat ses désirs à regret,
Veut croire ainsi que vous qu’on en juge assez bien :
1445 Mais enfin c’est un feu sans aucune étincelle,
Qu’il craint Sparte et ses dures lois,
Que sa gloire… Ma soeur, l’amour vaincra sans doute,
Ce héros est à vous, quelques lois qu’il redoute,
1455 Ces lois, ces mêmes lois s’imposeront silence
À l’aspect de tant de vertus,
1465 N’est-ce point hautement lui demander sa haine,
Si vous saviez, ma soeur, aimer autant que j’aime…
SCÈNE III. Spitridate, Mandane, Aglatide. §
Moi, des mépris pour vous ! C’est ainsi que j’appelle
1495 Si vous n’en avez point par qui me satisfaire,
1500 Et m’accommoderais bientôt de ses refus.
De tout mon coeur je l’en conjure :
Ma soeur, et prenez soin d’apaiser ce murmure
SCÈNE IV. Aglatide, Mandane. §
Hélas ! Je n’entends pas des mieux
Comme il faut qu’un hélas s’explique,
1515 Et lorsqu’on se retranche au langage des yeux,
Ils sont tous deux à vous. Je n’y suis pas moi-même.
Qui des deux est l’aimé ? Qu’importe lequel j’aime,
1525 Si le plus digne amour, de quoi qu’il soit d’accord,
C’en serait un peu trop, leur mérite est si rare
1540 Ne voulez que ce qu’ils voudront,
Et sans prendre d’attache ou d’idée importune,
Il m’en pourrait coûter mes plus belles années,
Avant qu’ainsi deux rois en devinssent le prix,
1545 Et j’aime mieux borner mes bonnes destinées
1550 Laissez-m’en le rebut, et prenez-en le choix.
Et les plus enflammés s’efforcent de haïr,
Et quoi qu’au plus heureux le coeur veuille accorder,
L’oeil règne avec plaisir sur deux si grandes têtes ;
Mais craignez que je n’use aussi de tous mes droits,
1565 Sur l’un et l’autre de ces Rois,
Bien qu’à l’envi pour vous l’un et l’autre soupire :
SCÈNE V. Cotys, Mandane. §
Son coeur l’en désavoue, et murmurant tout bas…
1585 Ne me portait dans l’âme une plus juste crainte.
Pourrez-vous l’aimer ? Non.
Pourrez-vous l’aimer ? Non. Pourrez-vous l’épouser ?
Vous-même, dites-moi, puis-je m’en excuser,
Lorsqu’un frère me donne et qu’un amant me cède ?
1590 N’imputez point à crime une civilité
1595 Faire voir qu’on pénètre au coeur du plus puissant,
Et montrer qu’à ses voeux hautement on s’oppose.
1600 Que sert de s’opposer aux voeux d’un tel rival,
Serait-il d’un grand coeur de chercher à périr,
1605 À régner avec gloire aux dépens d’un soupir ?
Ah ! Le change vous plaît. Non, Seigneur, je vous aime,
1610 L’espoir d’un renouement de la vieille alliance
C’est ce que je saurai prévenir par ma mort,
Que sert que vous l’aimiez, et que fait votre flamme
Armez-vous de dédains, rendez, s’il est possible,
Et par pitié d’un coeur trop ardemment épris
1640 L’éteindre ! Ah, se peut-il que vous m’ayez aimée ?
Jamais si digne flamme en un coeur allumée…
Non, non, vous m’en feriez des serments superflus,
Vouloir ne plus aimer, c’est déjà n’aimer plus,
1645 D’une passion véritable.
L’amour au désespoir fait gloire encor d’aimer,
Voyant l’objet aimé partager la souffrance.
De l’union des coeurs qui ne saurait finir,
Et comme n’aimer plus quand l’espoir abandonne
Succède au doux espoir qui m’osait tout offrir.
1660 Si vous perdez l’objet de votre passion
Attache-t-on vos jours à d’aussi rudes chaînes,
Je veux qu’il ait la joie en recevant ma main
D’entendre que du coeur vous êtes souverain,
1675 L’art de ne plus aimer dès qu’on perd ce qu’on aime.
1680 Que dites-vous, Madame, et par quel sentiment…
SCÈNE PREMIÈRE. Agésilas, Xénoclès. §
Il lui donne deux lettres dont il lit l’inscription.
1690 Spitridate et Cotys sont de l’intelligence ?
Non, il s’est caché d’eux en cette conférence,
1695 D’obtenir que de vous ce qui ferait leur joie.
Il entre ici. Gardons qu’à ses yeux rien n’éclate.
SCÈNE II. Agésilas, Spitridate, Xénoclès. §
Non, Seigneur, mais enfin ils ne vont pas loin d’elle,
Elpinice ? Elle-même.
Elpinice ? Elle-même. Ainsi toujours pour gendre
À peine attaque-t-il qu’on brûle de se rendre,
Et j’ai trouvé ma foi plus facile à reprendre,
Si vous considériez… Seigneur, que considère
Un coeur d’un vrai mérite heureusement charmé ?
1715 Seigneur, j’aimais à Sparte et j’aime dans Éphèse.
La Grèce a des vertus qu’on ne voit point en Perse,
1725 Permettez qu’un Persan n’ose vous imiter,
De votre ennemi ! Non, Lysander ne l’est pas ;
Ne m’ordonnez-vous rien sur l’hymen de ma soeur ?
Cotys l’aime. Il est Roi, je ne suis pas son maître,
L’aime-t-elle ? Il se peut. Lui ferai-je connaître
1740 Que vous auriez d’autres projets ?
C’est me connaître mal, je ne contrains personne.
Peut-être qu’elle n’aime encor que sa couronne,
1745 Vous l’avez jusqu’ici de tant d’honneurs comblée,
Qu’à vos ordres ses voeux sans peine assujettis…
L’ingrate ! Je réponds de sa reconnaissance,
Les plus dignes objets ne l’ont pas chaque jour :
1760 Qu’elle ne peut sans crime en rien mettre au hasard.
1765 Si je l’ai jusqu’ici de tant d’honneurs comblée,
Elle les entendait trop bien en dépit d’elle,
Mais l’ingrate, mais la cruelle…
1770 Seigneur, à votre tour vous m’entendez trop bien.
Qu’elle aille chez Cotys partager sa couronne,
Je n’y mets point d’obstacle, et n’en veux rien savoir,
1775 Si pourtant vous m’aimiez…
Si pourtant vous m’aimiez… Soyez sûr de mon zèle,
SCÈNE III. Agésilas, Spitridate, Mandane, Xénoclès. §
1785 Ne partez pas, Madame. Ô ciel, j’en vais trop dire.
Moi partir ! Oui, partez, encor que j’en soupire.
1790 J’aime trop à vous voir et je vous ai trop vue,
Partez, partez de grâce. Où me bannissez-vous ?
Quel trône, et quel époux ? Cotys…
Quel trône, et quel époux ? Cotys… Je crois qu’il m’aime :
1800 Et mon âme…
Et mon âme… Ah, c’est trop déférer et trop peu.
Jusque-là mon bonheur n’aura qu’incertitude,
1805 Le Roi s’est plaint à moi de votre ingratitude.
Vous me l’avez, Seigneur, et sur l’heure accordé,
1810 Et pour mes intérêts ce qu’on a demandé
Ces refus obligeants veulent qu’on les entende,
1820 M’en désavouerez-vous, Seigneur ?
M’en désavouerez-vous, Seigneur ? Non, Spitridate.
C’est inutilement que ma raison me flatte,
Madame, parlez donc. Seigneur, l’obéissance
1835 S’exprime assez par le silence :
SCÈNE IV. Agésilas, Mandane, Xénoclès. §
J’ai vu que vous m’aimiez, et sans autre interprète
1845 J’en ai cru vos faveurs qui m’ont si peu coûté,
1855 De l’oeil dont il faut voir ce que vous vous devez
C’est pour elle une étrange et dure nouveauté,
Ils m’arrachent d’un trône où votre choix m’élève,
1870 Vous les voyez si bien que j’ai mauvaise grâce
1875 Ma gloire est sans pareille aux yeux de l’Univers,
Donne à son tour des lois et l’arrête en ses fers.
1880 Mon amour peut vous perdre, et je m’attache ailleurs
1885 Quand peut-on être ingrat, si c’est là reconnaître ,
Et que puis-je sur vous si le coeur n’y consent ?
Seigneur, il est donné, la main n’est pas donnée,
J’en donne à son grand coeur un assez haut exemple.
1900 Qu’il se fasse grâce, ou justice,
SCÈNE V. Agésilas, Xénoclès. §
1905 Et méprisons jusqu’à ses rois,
Que plus elle mérite, et moins je dois l’aimer,
Du moins vous rendre heureux ce n’est plus hasarder.
1915 Il n’a plus lieu de se contraindre :
Et ce grand homme à vous, vous n’avez plus à craindre,
1920 J’aime, mais après tout je hais autant que j’aime,
Ont au fond de mon coeur si peu d’intelligence,
Ne se peut, ni dompter, ni croire qu’à demi ;
Qu’il est temps de choisir. Qu’il serait magnanime
Ah, si je pouvais tout, dans l’ardeur qui me presse
1940 D’obéir à toutes les deux.
SCÈNE VI. Agésilas, Lysander, Xénoclès. §
1945 J’en ai donné parole, il y va de ma gloire.
1950 Ma fille vous doit plus qu’à moi :
1955 De souffrir qu’il emporte au tombeau cet honneur,
On a votre parole, et j’ai donné la mienne,
1960 Et pour faire aujourd’hui que l’une et l’autre tienne,
Un amour dont l’espoir ne voyait plus d’obstacle :
1965 Et de s’accorder ce miracle,
1970 Dompte jusqu’à ses passions,
1975 Pour venger son amour de ce moment d’ennui,
SCÈNE VII. Agésilas, Lysander. §
Oyez de plus… Et bien, vos mécontentements
Je vous ai dit, Seigneur, que j’étais tout à vous,
Et j’y suis d’autant plus, que malgré l’apparence
Je trouve des bontés qui passent l’espérance
Seigneur… Nous sommes seuls, j’ai chassé Xénoclès,
1990 Je vous défère assez pour n’en vouloir rien lire,
Tout est encor fermé, voyez. Je suis coupable,
Que parce qu’il est sans effet,
2000 Tout devient glorieux pour qui peut l’obtenir,
Non, non, j’aurais plus fait peut-être en votre place.
2005 Et vous m’offenseriez de douter de ma grâce.
Vous m’avez trop servi pour m’en trouver ingrat,
2010 Et d’un trop grand soutien je priverais l’État
Ne me laissent point d’yeux pour voir votre entreprise,
Quand j’en sus ménager les coeurs avec adresse
La magnanimité de ce coeur généreux…
2035 Vos services payés d’un traitement si rude,
J’y veux par mon hymen faire seoir votre fille,
2040 Seigneur, à ces bontés que je n’osais attendre
Que puis-je… Jugez-en comme il en faut juger,
Et surtout commencez d’apprendre,
2045 Que rien à leurs sujets n’acquiert l’indépendance,
Qu’ils règlent à leur choix l’emploi des plus grands coeurs,
2050 Les devoirs qu’il faudra l’un à l’autre nous rendre,
SCÈNE VIII. Agésilas, Lysander, Aglatide conduite par Xénoclès. §
2055 De voir que tout d’un coup un roi m’en favorise,
2060 Si mon père y consent, mon devoir me l’ordonne,
Ce me sera trop d’heur de le tenir de vous :
2065 Alors qu’il vous plaisait, ou m’aimer, ou me dire
Qu’en votre coeur mes yeux s’étaient fait un empire ?
Non que j’y pense encor, j’apprends de vous, Seigneur,
Qu’on change avec le temps d’âme, d’yeux et de coeur.
Ce serait sans raison que j’oserais m’en plaindre,
2080 Quiconque m’offrirait un moindre rang que vous.
Il n’en faut accuser que votre trop d’estime.
Après cela parlez ; c’est à moi d’obéir.
À dédaigner les voeux de tout autre qu’un Roi,
J’aime cette hauteur en un jeune courage,
SCÈNE IX. Agésilas, Lysander, Cotys, Spitridate, Mandane, Elpinice, Aglatide, Xénoclès. §
Qui par un triple hymen couronnera l’amour.

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530
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560
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735
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840
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1070
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1785
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1905
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1945
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2055