Source: http://renouveaubonapartiste.blogspot.com/2013/01/analyse-debat-sur-le-mariage-gay-quand.html
Timestamp: 2017-05-28 18:36:56+00:00

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Renouveau bonapartiste: [Analyse] Débat sur le mariage gay : quand la politique française se laisse corrompre par le dogme et la peur.
I. Le projet de loi
L'introduction du projet de loi est un important rappel historique qui pose d'emblée le caractère civil et laïque du mariage, précision essentielle qui remet à leurs places les différentes autorités religieuses qui oseraient s'octroyer des pouvoirs que ni la Constitution ni la Tradition ne leur accordent. Il est rappelé ainsi que le mariage est défini comme un contrat civil dès l'article 7 de la constitution de 1791, renforcé par les décrets des 20 et 25 septembre 1792. En clôture de ce regard historique, l'introduction pose la date du 15 novembre 1999 et l'adoption du PACS.
Viennent ensuite les mesures concrètes de la loi, qui modifie le Code Civil, notre ancien Code Napoléon. L'article 1 s'occupe du titre V du Code (Du mariage), et notamment à son chapitre 1er (Des qualités et conditions requises pour pouvoir contracter mariage). Les mesures sont purement fonctionnelles puisqu'elles suppriment toutes les formulations fondées sur la nature hétérosexuelle du mariage. Ainsi de l'article 144 qui évoquait "l'homme et la femme". Dans la même logique, les articles prohibant l'inceste sont réécrits afin de prohiber l'inceste entre personnes de même sexe, ce que les anciennes formulations ne permettaient pas, n'évoquant que le frère et la soeur, l'oncle et la nièce ou la tante et le neveu. Il ne s'agit donc que de mises en adéquation juridiques qui ne bouleversent rien de pseudo-fondamental. Loin des vociférations intégristes de certains qui font des liens ahurissants et insultants entre mariage gay et inceste, le projet de loi réaffirme bien naturellement l'interdiction de cette dernière.
La fin de l'article 1 du projet de loi ajoute un chapitre IV bis après le chapitre IV du titre V, intitulé "Des règles de conflit de loi". Il s'agit d'autoriser un couple de personnes de même sexe ne pouvant se marier selon leur loi personnelle (la loi de leur Nation) à célébrer ce mariage sur le territoire de la République française. Mesure elle aussi banale en ce qu'elle est pratiquée dans presque tous les pays ouvrant le mariage aux homosexuels.
L'article 2 porte sur la question bien plus épineuse de l'adoption, en modifiant les titres VII et VIII du Code Civil, respectivement dédiés à la filiation et à la filiation adoptive. On y trouve là encore que des mises en adéquation juridiques qui ne comportent rien de foncièrement révolutionnaires. On peut être opposé à l'adoption par principe plus ou moins justifié, mais on ne peut l'être en s'appuyant sur une quelconque subversion du projet de loi. Celui-ci se contente ainsi d'assurer la dévolution du nom de famille. L'article 3 poursuit ces modifications juridiques naturelles du moment qu'on accepte le principe de l'adoption par les couples de personnes de même sexe.
La subversion tant redoutée et tant décriée par les opposants au projet de loi intervient au chapitre IV du projet qui rassemble en son sein les articles 4 à 21. La célèbre suppression du père et de la mère. Une suppression hautement exagérée et surtout hautement instrumentalisée par une opposition qui a une légère tendance à prendre les français pour des abrutis qu'on mènera (pour reprendre le mot de Thiers à l'encontre de Louis-Napoléon Bonaparte). Ainsi, Jean-François Copé ne cesse d'affirmer que le projet de loi remplace les termes "père" et "mère" par "parent A" et "parent B". Une affirmation qui ne résiste pas à la simple lecture du projet. Nulle part dans le texte une telle modification n'est instaurée. Le mensonge est pur.
Le terme "père et mère" est ainsi remplacé par "parents", sachant que le terme déjà présent dans le Code Civil de "parent", au sens de "personne ayant un (quelconque) lien de parenté", est lui remplacé par de nouvelles expressions comme "membre de la famille". Le terme "parent" devient donc beaucoup plus rigoureux, désignant clairement les parents stricto sensu de l'enfant. Loin d'instaurer une différence entre "parent A" et "parent B", le projet de loi subsume les termes de pères et de mère sous le vocable général et égalitaire de "parents". Les parents, qu'il s'agisse d'un père et d'une mère, de deux pères ou de deux mères sont mis sur un même pied d'égalité. Nous devrions d'ailleurs tirer les conséquences logiques de cela dans d'autres domaines : pères et mères étant égaux devant leurs enfants, la justice pourrait enfin cesser de piétiner le droit des pères, trop souvent priver de la garde de leurs fils ou filles lors des divorces selon un principe de supériorité maternelle aussi désuet que le principe patriarcal. Nous avons donc devant nous un vrai texte d'égalité, qui donne des droits et reconnaît des réalités.
Les termes "mari et femme" sont subsumés sous le terme général "époux", "aïeul et aïeule" sous celui de "aïeuls", et "beau-père et belle-mère" par "beaux-parents". En toute logique, le mariage n'étant plus défini par une différence sexuelle, il est normal et naturel que les allusions sexuées soient supprimées, sans quoi le Code Civil deviendrait un monument d'incohérence.
Ce problème qui se posait dans le projet de loi initial ne s'y pose d'ailleurs même plus dans le projet de loi final déposé aujourd'hui devant la représentation nationale. En effet, le 17 janvier dernier, la commission chargée de l'examen du projet a considérablement raccourci la loi en modifiant en profondeur l'article 4. Les occurrences "père" et "mère" du Code Civil ne disparaîtront pas, des précisions indiquant simplement que les dispositions sont étendues aux couples de même sexe. Cet argument fallacieux mais central dans la rhétorique des opposants est complètement neutralisé.
II. L'opposition au projet de loi
De l'autre côté, les opposants nous le promettent, dans un style tout en nuances : cette loi subvertira la société toute entière, et peut-être même, si on en croit certains vieux fous, mènera notre civilisation à sa perte, comme l'homosexualité aurait mené la civilisation grecque à la décadence. Jamais la bêtise humaine ne cessera de nous étonner.
Il est difficile de s'opposer au mariage des couples de personnes de même sexe. Certains affirmeront qu'il faut respecter "l'institution" du mariage, défini par l'alliance d'un homme et d'une femme. Cet argument, repris à l'envie par la Droite, est une rupture de la laïcité. Nous n'avons pas plus à nous plier aux diktats du dogme catholique qu'à ceux du dogme musulman. Que cela soit dit. D'autres affirmeront qu'il suffit d'améliorer le PACS, ne comprenant pas qu'il n'y a absolument aucun argument valable contre le mariage des couples de personnes de même sexe. Le seul argument est religieux, et il n'est pas valable. Vouloir améliorer le PACS ou instituer une union civile c'est hiérarchiser les couples. Et c'est contraire à tout idéal républicain. Pure rupture d'égalité. Certains opposants comme Christine Boutin osent enfin affirmer qu'il s'agit là d'une revendication de quelques lobbys homosexuels et que le peuple n'en a cure. Que Mme Boutin change son disque, elle nous a déjà chanté de telles sornettes lors du débat sur le PACS. Les études sont unanimes : les français sont, à une forte majorité, favorables au mariage homosexuel, et je crois savoir que la majorité des français ne sont pas membres de lobbys homosexuels (enfin, je crois ...).
La question de l'adoption est hautement plus complexe. Les études le montrent d'ailleurs puisque la question divise le peuple en deux camps à parfaite égalité. Nicolas Dupont-Aignan a raison quand il affirme que les deux débats (mariage et adoption) n'auraient pas dû être si fortement liés par le pouvoir en place. Il a tort cependant quand il en tire des conclusions hâtives et fantaisistes sur les intentions supposées du gouvernement et surtout quand il se dit favorable à une union civile, mesure qui transpire l'inégalité et la hiérarchisation discriminatoire. Il a encore plus tort quand il soutient l'investissement de l'enseignement catholique dans le débat : aurait-il oublié la loi de 1905, pourtant fondement de notre République ?
L'adoption mobilise des problèmes plus difficiles à manier, notamment les droits de l'enfant. Actuellement, l'opposition au projet de loi présente les familles homosexuelles comme le creuset d'enfants instables de manière inévitable. Certains députés de l'opposition ont ainsi osé affirmer que les enfants de couples homosexuels deviendraient inévitablement des terroristes ... Ces opposants nous présentent un peu trop vite le cadre du couple hétérosexuel comme un cadre parfait d'épanouissement de l'enfant.
Dans quelle société vivent-ils ? N'ont-ils jamais croisé sur leur chemin des enfants instables pourtant issus de couples parfaitement hétérosexuels ? Ne savent-ils pas le nombre de familles recomposées qui peuplent notre pays ? Ne connaissent-ils pas le nombre de plus en plus élevé de divorces qui scindent le sacro-saint couple hétérosexuel ?
Quant à la question de ne pas avoir de "père" ou de "mère", le problème est réel mais, comme toujours, exagéré de manière outrancière par des opposants trop souvent animés par une opposition systématique et stérile au gouvernement ou par des dogmes, idéologiques ou religieux. En effet, le projet de loi ne va pas réformer l'ordre naturel des choses : tout enfant demeurera le fruit d'un père et d'une mère, biologiquement. Mais nous savons tous que nous sommes bien plus les enfants de ceux qui nous éduquent que des participants de la partie de jambe en l'air initiale. Combien d'entre nous revendiquent, à côté de leurs parents biologiques, des parents spirituels ? La parenté et la filiation sont en effet des questions complexes, et c'est en cela que l'adoption aurait nécessité un débat postérieur au mariage (fin 2013 - début 2014) et peut-être plus long, mais surtout plus apaisé. Car si la filiation est une question complexe, elle est loin des simplifications caricaturales des opposants au projet de loi.
De surcroît, il faut ajouter que les enfants ayant des parents homosexuels sont aujourd'hui nombreux dans notre société : ils sont le fruit de familles théoriquement monoparentales mais en réalité homosexuelles, ou alors de couples hétérosexuels divorcés dont l'un des membres a connu un changement d'orientation sexuelle. Si les opposants au projet de loi veulent être cohérents, qu'ils ne sont pas du tout aujourd'hui, qu'ils interdisent le divorce de couples ayant des enfants, et instaurent une clause de reproduction dans le mariage, en chassant les personnes stériles ! Qu'ils proposent aussi l'interdiction d'adopter aux hommes et aux femmes seules ! Ces enfants adoptés par des personnes seules ne manquent-ils pas d'un parent ? Et pourtant, étrangement, cela ne pose pas problèmes. L'étude du projet de loi et celle des opinions défavorables nous amène à une conclusion : ce débat est absolument ahurissant ! Le projet de loi n'a rien de subversif, il acte des mutations sociétales et pourrait même apporter enfin une véritable égalité entre les deux parents. Alors que les opposants désirent une union civile ou un PACS amélioré, hiérarchisant de fait les couples, le projet de loi détruit toute forme de hiérarchie injustifiée, que ce soit entre les couples ou entre les parents. Pas de parent A et de parent B, comme veut nous le faire croire le malhonnête M. Copé, mais des parents. Point, à la ligne.
Les arguments des opposants sont fallacieux et ne résistent guère à la réalité. Pourquoi s'opposent-ils à ce projet de loi sur l'adoption alors qu'ils ne dénoncent pas l'adoption par des personnes seules ? Simplement car un vieux fond d'homophobie refoulée porte leurs arguments. Pourquoi ne veulent-ils pas ouvrir le mariage civil et laïque aux homosexuels ? Simplement car des opinions religieuses portent leurs arguments, dans une violation éhontée de la loi de 1905. Cette violation me choque autant que les prières de rue. La laïcité n'est pas une mesure contre l'Islam mais contre l'irruption du religieux dans la vie publique. Que les arguments religieux demeurent dans les églises, les temples, les synagogues et les mosquées, ils n'ont aucune place dans les débats et les parlements de la République. En soutenant l'enseignement catholique, M. Dupont-Aignan signe une violation grave des principes républicains. Etonnant paradoxe quand on préside Debout la République.
L'opposition au projet de loi est soutenue par des tactiques bassement politiciennes, par des dogmes religieux ou par de vieux relents écoeurants d'homophobie. Rien de sérieux ne transparaît de cette opposition, si ce n'est encore l'instrumentalisation, le mensonge, l'outrance et l'exagération. Quant au projet de loi, il est difficile de s'opposer au mariage des couples de personnes de même sexe, au nom de l'égalité et la laïcité, et pour l'adoption, considérant la réalité et la faiblesse des arguments défavorables, on ne sait pas vraiment quoi en penser et on aurait aimé un débat plus serein sur cette question plus complexe nous donnant davantage matière à réfléchir. Mais, faire réfléchir les citoyens, les rendre libres et souverains, voilà un projet qui n'est pas d'actualité pour les lobbys et les factions.
Le débat sur le mariage et l'adoption par les couples homosexuels nous montre le modèle d'un débat entièrement irrigué par des dogmes, des idéologies et de purs a priori. On se demande parfois dans quel monde vivent les opposants au projet de loi tellement on a l'impression que leur monde est peuplé de mariages hétérosexuels heureux assurant une parfaite éducation à leurs enfants : bienvenue chez les Bisounours de l'intolérance.
De plus, quand on entend certains opposants affirmer unilatéralement qu'un enfant doit grandir avec un père et une mère, alors même que la réalité est toute autre bien des fois et que cette affirmation n'est rien de plus qu'un dogme, on se demande si l'Eglise a bien été séparé de l'Etat.
Le christianisme se grandirait d'ailleurs à sortir de ce débat où il n'a pas sa place sinon pour appeler à la sérénité et à l'apaisement. Si l'enseignement catholique et les autorités ecclésiastiques veulent s'investir dans ce débat publique, qu'elles s'investissent pour attaquer et détruire les agissements de minorités intégristes qui salissent la République à longueur de journées avec leurs propos de haine et d'intolérance. Je pense bien sûr à Civitas, qui, par exemple, a publié sur son site, le 2 janvier, une vidéo qui nous laisse sans voix. On y voit des passages de la Genèse et de la Saint-Luc évoquant Sodome et Gomorrhe, allusions toujours appuyées par des images d'orages apocalyptiques et renforcées par des musiques retentissantes. Quand le passage de l'évangile selon Luc évoque Sodome, la vidéo affiche tout simplement un drapeau LGBT.
Ces outrances nous devons les combattre, au même titre que cette politique dogmatique qui salit notre République et nous ramène trop souvent à des peurs médiévales.
Que chacun reprenne la seule place légitime qui soit la sienne dans ce débat. Les catholiques dans leurs églises et l'enseignement catholique dans ses écoles. La politique politicienne dans l'opprobre populaire. Les homophobes au commissariat. Les parlementaires au parlement. Le peuple tout entier dans sa souveraineté.
Et les homosexuels à la mairie.
Anonyme23 mars 2013 à 15:15une petite faute d'ortograf quatrième paragraphe en partant de la fin, "s'investir dans ce débat public"RépondreSupprimerAjouter un commentaireCharger la suite...

References: l'article 7
 L'article 1
 l'article 144
 l'article 1

L'article 2
 L'article 3
 l'article 4