Source: http://jesusmarie.free.fr/2a2ae_q170.htm
Timestamp: 2018-10-19 13:45:36+00:00

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Question 170 : Des préceptes de la tempérance
Nous avons enfin à nous occuper des préceptes de la tempérance. — Nous traiterons : 1° des préceptes qui regardent la tempérance elle-même ; 2° des préceptes qui concernent ses parties.
Article 1 : Les préceptes qui regardent la tempérance sont-ils convenablement exprimés dans la loi de Dieu ?
Objection N°1. Il semble que les préceptes de la tempérance ne soient pas convenablement exprimés dans la loi de Dieu. Car la force est une vertu plus noble que la tempérance, comme nous l’avons dit (quest. 141, art. 8, et 1a 2æ, quest. 66, art. 4). Or, il n’y a aucun précepte à l’égard de la force parmi les préceptes du Décalogue, qui sont les premiers préceptes de la loi. C’est donc à tort que parmi les préceptes du Décalogue se trouve la défense de l’adultère, qui est contraire à la tempérance, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (quest. 154, art. 8).
Réponse à l’objection N°1 : Parmi les espèces de vices opposés à la force, il n’y en a pas qui soit aussi directement contraire à l’amour du prochain que l’adultère, qui est une espèce de luxure opposée à la tempérance. Cependant le vice de l’audace, qui est opposé à la force, est quelquefois cause de l’homicide, qui est défendu dans les préceptes du Décalogue. Car il est dit (Ecclésiastique, 8, 18) : Ne vous engagez pas à aller avec l’homme audacieux, de peur que le mal qu’il fera ne tombe sur vous.
Objection N°2. La tempérance n’a pas seulement pour objet les jouissances charnelles, mais encore celles de la table. Or, parmi les préceptes du Décalogue, il n’y a pas de défense qui se rapporte au vice qui regarde le boire et le manger, ni qui appartienne à aucune autre espèce de luxure. Il ne doit donc pas non plus y avoir de précepte qui défende l’adultère, ce qui appartient à la délectation charnelle.
Réponse à l’objection N°2 : La gourmandise n’est pas directement opposée à l’amour du prochain, comme l’adultère, et on en peut dire autant de toute autre espèce de luxure. Car on ne fait pas à un père en séduisant sa fille, qui ne lui a pas été donnée en mariage, autant d’injures qu’on en fait à un mari en s’emparant par l’adultère de la femme dont le corps est en sa puissance.
Objection N°3. Le législateur a plutôt l’intention d’exciter à la vertu que de défendre le vice. Car on ne défend les vices que pour détruire ce qui fait obstacle aux vertus. Or, les préceptes du Décalogue sont les principaux préceptes de la loi de Dieu. On aurait donc dû mettre, parmi ces préceptes, plutôt un précepte affirmatif, qui porte directement à la vertu de la tempérance, qu’un précepte négatif défendant l’adultère qui est un vice directement opposé à cette vertu.
Réponse à l’objection N°3 : Les préceptes du Décalogue, comme nous l’avons dit (quest. 122, art. 1), sont des principes universels de la loi de Dieu, et par conséquent il faut qu’ils soient généraux. Or, on ne pouvait pas donner des préceptes généraux affirmatifs sur la tempérance, parce que son usage varie selon les temps, comme le dit saint Augustin (Lib. de bon. conj., chap. 45), et selon les lois diverses et les coutumes différentes des hommes.
Mais l’autorité de l’Ecriture établit le contraire (Ex., chap. 20).
Conclusion Parmi les préceptes du Décalogue, on a dû mettre un précepte de tempérance qui se rapporte principalement à l’adultère, et qui en défende non seulement l’acte, mais encore le désir.
Il faut répondre que, comme le dit l’Apôtre (1 Tim., 1, 5), la fin de la loi est la charité, à laquelle nous sommes portés par deux préceptes qui appartiennent à l’amour de Dieu et du prochain. C’est pourquoi on a mis dans le Décalogue les préceptes qui ont un rapport plus direct avec ce double amour. Or, parmi les vices opposés à la tempérance, celui qui paraît le plus opposé à l’amour du prochain, c’est l’adultère, par lequel on s’approprie la chose d’autrui, en abusant de la femme du prochain. C’est pour cette raison que dans les préceptes du Décalogue on défend principalement l’adultère, non seulement par rapport à l’acte, mais encore par rapport au désir qu’on en conçoit dans son cœur (Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur (Matth., 5, 27-28).).
Article 2 : Les préceptes qui regardent les vertus annexées à la tempérance sont-ils convenablement exprimés dans la loi de Dieu ?
Objection N°1. Il semble que les préceptes qui regardent les vertus annexées à la tempérance ne soient pas convenablement exprimés dans la loi de Dieu. Car les préceptes du Décalogue, comme nous l’avons dit (art. préc., Réponse N°3), sont les principes Universels de toute la loi divine. Or, l’orgueil est le commencement de tout péché, d’après l’Ecriture (Ecclésiastique, 10, 15). On aurait donc dû mettre dans le Décalogue un précepte qui défendît ce vice.
Réponse à l’objection N°1 : L’orgueil est le commencement du péché, mais il est caché dans le cœur ; son dérèglement n’est pas non plus saisi communément par tout le monde. On n’a donc pas dû mettre sa défense parmi les préceptes du Décalogue, qui sont des premiers principes évidents par eux-mêmes.
Objection N°2. On doit surtout mettre dans le Décalogue les préceptes qui portent le plus l’homme à l’accomplissement de la loi ; parce que ce sont ceux-là qui paraissent les plus importants. Or, il semble que ce soit principalement par l’humilité, qui rend l’homme soumis à Dieu, que l’on soit disposé à observer la loi divine, puisqu’on compte l’obéissance parmi les degrés de cette vertu, comme nous l’avons vu (quest. 161, art. 6). On doit raisonner de même sur la douceur, qui fait que l’on ne se met pas en opposition avec l’Ecriture sainte, comme le dit saint Augustin (De doct. christ., liv. 2, chap. 7). Il semble donc qu’on aurait dû mettre dans le Décalogue des préceptes sur l’humilité et la douceur.
Réponse à l’objection N°2 : Les préceptes qui portent par eux-mêmes à l’observance de la loi présupposent la loi préalablement existante. On ne peut donc pas les placer dans le Décalogue à titre de premiers préceptes.
Objection N°3. Nous avons dit (art. préc.) que l’adultère est défendu dans le Décalogue, parce qu’il est contraire à l’amour du prochain. Or, le dérèglement des mouvements extérieurs, qui est contraire à la modestie, est aussi opposé à l’amour du prochain. C’est ce qui fait dire à saint Augustin (Ep. 212) : Qu’il n’y ait rien dans tous vos mouvements qui blesse les regards de quelqu’un. Il semble donc que ce dérèglement doive être défendu par un précepte du Décalogue.
Réponse à l’objection N°3 : Le dérèglement des mouvements extérieurs n’est pas une offense envers le prochain d’après l’espèce même de l’acte, comme l’homicide, l’adultère et le vol que le Décalogue défend : il ne s’y rapporte qu’autant qu’il est le signe d’un dérèglement intérieur, comme nous l’avons vu (quest. 168, art. 1, Réponse N°4).
Mais l’autorité de l’Ecriture nous suffit pour affirmer le contraire.
Conclusion Il a été convenable qu’il y eût des préceptes, non seulement pour la tempérance, mais encore à l’égard des vertus qui lui sont annexées.
Il faut répondre que les vertus annexées à la tempérance peuvent être considérées de deux manières : en soi et dans leurs effets. 1° En soi, elles n’ont pas de rapport direct avec l’amour de Dieu ou du prochain ; mais elles ont plutôt pour objet la modération des choses qui appartiennent à l’homme lui-même. 2° Quant à leurs effets, elles peuvent se rapporter à l’amour de Dieu ou du prochain. Ainsi il y a dans le Décalogue des préceptes qui ont pour but de défendre les effets des vices opposés aux parties de la tempérance. C’est ainsi que la colère qui est contraire à la mansuétude mène quelquefois à l’homicide que le Décalogue défend, ou elle nous empêche aussi de rendre à nos parents l’honneur qui leur est dû ; ce qui peut aussi provenir de l’orgueil qui est cause qu’une foule d’hommes transgressent les préceptes de la première table.

References: art. 8
 art. 4
 art. 8
 art. 1
 art. 6
 art. 1