Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/tchad.htm
Timestamp: 2017-06-24 19:02:08+00:00

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Population: 11,1 millions (est. 2009) Langues officielles: arabe classique et français Groupe majoritaire: aucune langue Groupes minoritaires: arabe tchadien (10,3 %), sara
(10,3 %), kanembou (5,3 %), daza (3,8 %), maba (3,4 %), naba (3,2
%), moussei (2,4 %), moundan (2,2 %), peul (1,7 %), marba (1,7 %),
massana (1,5 %), kanouri (1,2 %), toubouri (1,2 %), zagawa (1 %),
etc.Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 9 de la Constitution
du 31 mars 1996Lois linguistiques:
Arrêté ouvrant un concours pour l'hymne national du Tchad (1960);
Décret portant organisation de l'enseignement de la langue arabe dans les ordres du premier et du deuxième degré de l'enseignement public (1962);
Décret portant application du Code de la nationalité tchadienne (1963);
Décret portant création et organisation des tribunaux du travail et de la prévoyance sociale (1966);
Décret portant institution de l'enseignement bilingue dans le système éducatif tchadien (1995); Décret portant statut des notaires (1996);
Décision portant cahier de charges de la Radiodiffusion nationale tchadienne (1999); Décret portant création d'un Comité d'appui aux activités de promotion de l'alphabétisation (2001);
Loi portant orientation du système éducatif tchadien (2006);
Décret portant institution du système licence, master, doctorat dans l'enseignement supérieur au Tchad (2009);
Loi relative à la communication audiovisuelle (2010);
Décision portant règlement intérieur de l'Assemblée nationale du Tchad (2011);
Décret portant organisation et fonctionnement de l'École nationale de formation judiciaire (2011);
Décret portant organigramme du ministère de l'Enseignement primaire et de l'Éducation civique (2011);
Ordonnance portant création de l'Agence tchadienne de presse et d'édition (2012).
Le Tchad, officiellement la
république du Tchad, est un pays enclavé de l'Afrique centrale de 1,2
million de kilomètres carrés (au moins deux fois la France). Ce pays est limité au nord par la Libye, à l'est par le Soudan, au sud par la République
centrafricaine, au sud-ouest par le Cameroun et par le Nigeria, à l'ouest par
le Niger (voir la carte). Vingtième pays au monde par sa superficie, le Tchad est le cinquième
plus grand d'Afrique après le Soudan, l'Algérie, le Congo-Kinshasa et
la Libye. Ce vaste pays est situé dans une zone
qui partage l'Afrique arabe de l'Afrique noire. Le Tchad est divisé en 22 régions ou préfectures: Batha, Chari-Baguirmi, Hadjer-Lamis, Wadi Fira, Barh el Gazel, Borkou, Ennedi, Guéra, Kanem, Lac, Logone-Occidental, Logone-Oriental, Mandoul, Mayo-Kebbi-Est, Mayo-Kebbi-Ouest, Moyen-Chari, Ouaddaï, Salamat, Sila, Tandjilé, Tibesti, ville de Ndjamena (voir
la carte détaillée). La ville de Ndjaména constitue une région régie par un statut spécial. Chacune de ces régions comprend plusieurs départements administrés par des préfets; un départements peut comprendre plusieurs sous-préfectures administrées par des sous-préfets.
La capitale, Ndjamena, est la plus grande ville (553 791 habitants). Les autres agglomérations sont moins importantes: Moundou (99 530), Sarh (75 496), Abéché (54 628), Kélo (31 319), etc. Le nom du pays vient de celui du lac Tchad, une nappe d'eau peu profonde et d'étendue variable partagée entre le Tchad (sud-ouest), le Niger (sud-est), le Nigeria (nord-est) et le Cameroun (nord).
La population tchadienne comptait 11,1 habitants en 2009. Près de la moitié de la population, soit 47 %, est concentrée sur 10 % de la superficie totale du pays. Cette population est majoritairement rurale puisqu'en 2009 elle représentait 78,3 %. Il convient de signaler aussi que près de 57 % de la population a moins de 18 ans: la population est donc majoritairement jeune.
La densité absolue de peuplement est faible (6,9 habitants au km²), mais la majeure partie de la population est concentrée dans les zones fertiles, au sud des fleuves Logone et Chari, ainsi que dans les zones urbaines où vivent 23
% des Tchadiens. Autrement dit, on constate une très forte concentration dans le
Logone occidental, le Mayo-Kebbi, le
Moyen-Chari et le Chari-Baguirmi, ainsi qu'un faible peuplement dans le Biltine, le
Salamat et le Lac, mais surtout dans le Kanem et
le Borou-Ennedi-Tibesti. La population tchadienne est donc très
inégalement répartie dans l’espace géographique national, car il faut
comprendre qu'au Tchad l’occupation humaine obéit aux conditions
climatiques. Par exemple, la zone saharienne (au nord) avec 47 % de la
superficie totale abrite seulement 2 % environ de la population; la zone
sahélienne (au centre) qui représente 43 % du territoire national, concentre
48 % de la population, alors que la zone soudanienne (au sud), avec quelque 10
% des terres, accueille la moitié de la population tchadienne. Cette situation
donne des densités de population qui vont de 0,2 habitant au km² dans le Nord
à 52 habitants au km² dans le Sud, notamment dans le Logone
occidental. Le tableau 1
montre la répartition de la population selon les départements.
Répartition de la population selon les départements
(habitant km2)
Chari­Baguirmi
1 777 284
19,9 % 22,4 Mayo-Kébbi
13,1 % 38,9 Moyen-Chari
1 048 555
11,7 % 23,2 Ouaddai
8,7 % 10,1 Logone occidental
8,6 % 74,3 Tandjilé
7,2 % 35,7 Logone oriental
7,0 % 22,3 Guéra
4,8 % 7,3 Batha
4,4 % 3,4 Lac
4,0 % 16,0 Biltine
2,9 % 5,6 Salamat
Am­Timan
2,9 % 4,1 Borkou­Ennedi­Tibesti
Faya­
1,1 % 0,2 TOTAL
8 915 381
Source : World Gazetteer, 2007.
Les Peuls et les Arabes (très métissés) pratiquent l’élevage dans le
centre du pays. Les Toubou nomadisent des oasis de Libye au lac Tchad et sont
divisés en trois groupes: au nord, les Teda, éleveurs de chameaux; au sud-est,
les Goranes (ou Daza), éleveurs de bovins; au sud de l'Ennedi,
les Zaghawa.
Pour leur part, les populations noires dominantes au sud sont les Sara, un peuple d’agriculteurs, et les
Kirdi. Les Hadjaraï sont installés de très longue date dans le massif de la Guera. À l’ouest, des Haoussa assurent le commerce entre le Nigeria et la Libye.
L'une des caractéristiques marquantes de la population
tchadienne est le clivage Nord/Sud, car le pays résulte de l'assemblage d'un
Nord et d'un Sud très distincts et historiquement antagonistes. Le Nord,
composé d'anciens sultanats a dominé le pays en pratiquant une politique de
razzia à l'encontre du Sud, le Dar El Abid, le pays des esclaves. Le Nord possède à la fois une population nomade et sédentaire, tandis que l'ensemble est très fortement islamisé. Le Sud, moins étendu et plus peuplé, est majoritairement sédentaire, animiste et chrétien.
Le Tchad est composé de nombreux groupes ethniques. Les 12 principaux
sont les Arabes (12,3 %), les Baguirmiens (1,5 %), les Fitri Batha (4,7 %), les Goranes
(6,3 %), les Hadjarai (6,7 %), les Kanem-Bornou(9 %), les Iro (0,5 %), les Mayo-Kébbi
(11,5 %), les Ouaddai (8,7 %), les Peuls (2,4 %), les Sara (27,7 %), les Tandjilé
(6,5 %). Le tableau 2 illustre la répartition de la population par lieu de
résidence, selon le groupe ethnique.
Tableau 2 Répartition de la
par lieu de résidence, selon le groupe ethnique
Grands groupes ethniques
Fitri Batha
Source : BCR, Ministère du plan et de la coopération,
RGPH/93.
La diversité linguistique est l'une des caractéristiques de la population
tchadienne. On dénombre plus de 130 langues (et de nombreux dialectes)
réparties en trois grandes familles linguistiques (chamito-sémitique,
nilo-saharienne et nigéro-congolaise). Seules 18 des 130 langues sont parlées par 50 000 locuteurs ou plus:
Daza 3,8 %
Massana 1,5 %
Kanouri 1,2 %
Toubouri 1,2 %
Zagawa 1,0 %
Gor (ou
bodo)
Nanchere 0,9 %
Massalit 0,7 %
La plupart des langues de ce pays ne sont donc parlées
que par un petit nombre de locuteurs. On comprendra que cette grande diversité
linguistique impose, au Tchad comme dans d'autres pays, certaines contraintes
fonctionnelles, sans oublier que l'arabe classique (parlé par personne) et le
français (parlé par presque personne) constituent les deux langues officielles
L’apprentissage des deux langues officielles (arabe classique et français) à l’école pose toujours des problèmes puisque ce sont
des langues secondes pour tout élève tchadien. Seulement 10 % des Tchadiens parlent l'arabe tchadien comme langue maternelle, mais 50 % le parlent comme langue seconde ou véhiculaire, pour un total de 60 %.
En tant que langue maternelle, personne ne parle l'arabe classique
enseigné dans les écoles. En général, les Tchadiens parlent plus l'arabe tchadien dans le nord du pays, alors que dans le Sud le
français est plus répandu comme langue seconde, étant donné que c'est la langue de travail du gouvernement et des affaires. La proportion des Tchadiens qui comprennent le français est probablement inférieure à 30 %.
Dans une étude de Henri Coudray («Langue, religion, identité, pouvoir : le contentieux linguistique franco-arabe au Tchad», un évêque catholique français en poste au Tchad, il est mentionné que le taux d'analphabétisme de la population tchadienne âgée de plus de 15 ans atteint les 86,5%. Parmi les 433 775 adultes qui déclarent savoir lire et écrire, 78 % déclarent pouvoir le faire en français, contre 20 % pour l'arabe. Il ne reste que 4945 personnes qui affirment «maîtriser les deux langues».
De plus, quelques autres langues véhiculaires viennent
s'ajouter à cette complexité. Ainsi, dans la région de Sarh, le sara
sert de langue véhiculaire, mais plus au nord, le long du fleuve Chari, on
parle le bagirmi. Mais la langue
véhiculaire la plus populaire est l’arabe tchadien,
la langue des nomades commerçants qui voyagent partout dans le pays; dans les
marchés de la région du Ouaddaï, presque tout le monde n'utilise que l'arabe
tchadien, comme au Guéra et à Ndjamena. Encore là, la situation s'avère
complexe, car on compte beaucoup de variétés dialectales en arabe tchadien:
certaines d'entre elles ressemblent à l’arabe libyen, d’autres à l’arabe
soudanais. Bref, dans l'ordre des pourcentages de leurs locuteurs, arrive en première place l'arabe tchadien dans le Nord et de plus en plus dans le Sud, en second lieu le français à peu près partout et, en troisième lieu, le sara commun dans le Sud. Toutefois, comme langue de prestige, le français occupe le premier rang devant l'arabe et le sara,
2.4 Les religions
En principe, le Tchad est un État laïc, mais la religion demeure un élément important dans ce pays. Plus de la moitié de la population, 55,7 %, est de confession musulmane (sunnite, confrérie soufie tidjane), alors que 20 % des Tchadiens sont catholiques et 15 % protestants. Il existe également une petite communauté orthodoxe. Les autres pratiquent des religions traditionnelles animistes. Il existe des tensions entre les chrétiens et les musulmans, ainsi qu'entre les musulmans modérés et les fondamentalistes. Le Nord est perçu comme musulman et arabophone, le Sud comme chrétien et francophile. Ainsi, le conflit entre le Nord et le Sud est exacerbé par l'opposition entre deux religions et deux langues: l'arabe et l'islam au nord, le christianisme et le français au sud. Musulman à plus de 55 %, le Tchad est le plus méridional et le plus occidental des pays d'Afrique où la communauté arabophone représente une présence significative. C'est pourquoi le débat sur le statut de la langue arabe y est particulièrement sensible, car c'est un pays où l'héritage colonial a légué à la langue française un statut privilégié. Beaucoup de Tchadiens musulmans contestent la Constitution laïque actuelle parce qu'elle institue une christianisation indue de l'État, par exemple, le congé hebdomadaire du dimanche, les vacances scolaires des fêtes de Noël et de Pâques, l'usage privilégié du français aux dépens de l'arabe, l'instauration éventuelle d'un nouveau Code de la famille, etc.
De nombreuses peintures et gravures rupestres dans le Tibesti et l'Ennedi témoignent d'une civilisation de pasteurs de bovidés dans le Nord avant l'assèchement du Sahara par la sécheresse, à partir de 6000 ans avant notre ère. Chassés du Sahara par la sécheresse, les populations se sont déplacées vers le sud pour vivre de la pêche et de l’agriculture en bordure du lac Tchad, provoquant ainsi brassages et migrations. À partir du VIe siècle avant notre ère, les Saos, des pasteurs venus de l’est, se sont installés dans les montagnes de l’Ennedi et du
Tibesti, au nord. 3.1 L’empire de Kanem-Bornou Vers 800, un peuple, qui serait issu du métissage des populations du Sud et des populations du
Nord, fonda en bordure nord-est du lac Tchad le royaume du Kanem. Celui-ci se
développa grâce au contrôle du commerce saharien vers la Méditerranée et au trafic d’esclaves capturés dans le Sud et acheminés vers le Fezzan et Tripoli. À l'exemple de plusieurs pays africains au sud du Sahara, le premier contact du Tchad avec l'islam s'est produit vers le VIe siècle. Toutefois, la pratique de la religion musulmane n'eut lieu que vers le
Xe siècle lors de l'islamisation du royaume du Kanem. Cette islamisation fut suivie par la traite des esclaves, ce qui remit en cause la relative cohabitation qui existait entre les royaumes. Ce phénomène s'est poursuivi de nos jours, car le nord du Tchad considère le Sud comme le berceau des esclaves; les ressortissant du Sud sont appelés «el-abid» en arabe tchadien, ce qui signifie «esclaves». Au
XIe siècle, les souverains de Kanem se convertirent à l’islam, puis au
XIIIe siècle ils étendirent leur domination jusqu’au Bornou (dans l’actuel Nigeria), au Fezzan et au Ouaddaï, en direction du Nil.
Au siècle suivant, l’empire de Kanem-Bornou fut affaibli par les raids des nomades boulalas venus de l’est, qui contraignent son souverain à se réfugier au Bornou en 1380. Le
royaume de Bornou réussit à reconquérir le Kanem au XVIe siècle. À partir du
XVIIe siècle, le royaume du Bornou dut céder ses parties périphériques aux Touaregs
du Nord-Ouest. Ce déclin favorisa l’apparition au nord-est de trois sultanats musulmans esclavagistes: le Baguirmi, le Ouaddaï et le Darfour. À la fin du XIXe siècle, la France lança plusieurs expéditions pour
prendre le contrôle du Tchad afin de relier ses possessions d'Afrique
du Nord, du Centre et de l'Ouest. Toutefois, elle rencontra de fortes
résistances de la part des forces de Rabah Zobeir, un Soudanais arabisé et marchand d’esclaves, qui avait conquis le Borkou et le
Baguirmi. En 1890, le lac Tchad fut découpé en trois zones: l'une britannique,
une allemande et une autre française. Dans ses frontières actuelles, le Tchad résulte d'une création du colonialisme européen, à la suite de négociations entre Français, Allemands et Britanniques dans les années 1880. 3.2 La conquête française Les explorations françaises se multiplièrent dans le bassin du Tchad. L'année 1900 marqua le début de la conquête du territoire par l’armée française et la fin de l'indépendance africaine dans cette partie du Sahel.
Un décret de 1900 créa un «Territoire militaire des pays et protectorats du
Tchad», intégré à la colonie de l'Oubangui-Chari. La population du Ouaddaï
résista jusqu’en 1909, tandis que le Nord (Borkou, Ennedi et Tibesti) resta sous administration militaire française jusqu’en 1965. En revanche, les populations du Sud, pays des esclaves
(dar el-abid) pour les trafiquants islamisés du Nord, accueillirent assez favorablement la présence
française. Pour les Tchadiens du Sud, les Français finirent par représenter une délivrance et ils accueillirent favorablement l'école française. L'administration coloniale se heurta, dans les trois royaumes du Nord, à une résistance farouche, car l'arabe était une langue administrative et une langue de l'enseignement religieux.
En 1910, le Tchad fut rattaché à l’Afrique équatoriale française
(AEF) avant de devenir, dix ans plus tard, une colonie autonome dotée d'une administration civile.
Le français était la langue officielle du territoire. C'est pourquoi les autorités françaises furent impitoyables à l'égard de l'arabe et à ceux qui l'enseignaient; non seulement l'arabe pouvait concurrencer le français, mais il était confondu avec la religion musulmane considérée comme un véhicule de la résistance tchadienne contre l'occupant et sa politique d’assimilation. En 1923, la frontière soudano-tchadienne fut fixée avec précision et, en 1929, le Tchad intégra
le Tibesti.
L’Administration coloniale française privilégia la mise en valeur du Sud,
chrétien et animiste, plus peuplé et plus fertile pour la culture du coton, et ce, d'autant plus que les Tchadiens du Sud étaient plus réceptifs à la «civilisation française». En 1935, Pierre Laval, le président du Conseil français,
signa avec le dictateur italien Benito Mussolini un accord prévoyant la cession de la bande d’Aozou (au sud de la frontière tchado-libyenne) à l’Italie, alors présente en Libye. On sait que cet accord ne fut jamais ratifié du fait de l’alliance entre Mussolini et Hitler: Paris n'a jamais ratifié l'accord parce que Mussolini n’a pas rempli ses engagements du fait de sa politique agressive en Afrique (Libye et Éthiopie). Néanmoins, cet «accord» non ratifié servit de prétexte au colonel Kadhafi (le dirigeant libyen), pour occuper ce territoire de 104 000 km². Le Tchad devint la première colonie française qui s'est ralliée à la France libre en 1940; par la suite, le territoire servit de base militaire pour la reconquête de l’Afrique du Nord à partir du Fezzan. Le français servit de langue administrative aux populations locales, qui ignoraient tout du français.
De façon générale, les Français ne développèrent que fort peu leur colonie du Tchad. Ils se contentèrent d'imposer la culture du coton dans le Sud et d'utiliser
les Tchadiens pour construire le chemin de fer Congo-Océan, mais le travail forcé
provoqua de nombreuses révoltes chez les autochtones. La France réussit à
implanter durablement le français au sud, mais échoua au nord, trop arabisé et plus islamisé. On pourrait résumer la politique arabo-musulmane de la France selon le principe suivant : séparer l'islam noir de ses racines arabes. Devant l'attitude de refus radicale des Tchadiens du Nord, les français privilégièrent une élite francisante sudiste habilitée à assumer éventuellement leur succession en cas d'indépendance. C'est parmi cette élite francisée du Sud qu'allait être recrutée la majorité des cadres du futur Tchad indépendant. En 1946, naquit le Parti progressiste tchadien (PPT) dirigé notamment par un enseignant tchadien de l'ethnie sara, François Tombalbaye (1918-1975). En 1956, le PPT remporta les premières élections au suffrage universel, organisées selon les
dispositions de la loi-cadre Defferre, qui renforçait l’autonomie locale. Rappelons que la loi Deferre fut appelée ainsi parce que le ministre de la France d'outre-mer de l'époque, Gaston Defferre, avait élaboré cette loi en juin 1956. Elle créait dans les territoires d'outre-mer des Conseils de gouvernements élus au suffrage universel, ce qui accordait un peu d'autonomie au pouvoir exécutif local (même si le mode de scrutin demeurait défavorable aux «indigènes»). En 1959, un an après que le Tchad
soit devenu une république autonome au sein de la Communauté française, François Tombalbaye
devint premier ministre. 3.3 L’indépendance et la guerre L’année suivante, le 11 août 1960, le Tchad accéda à l’indépendance sous la présidence du dirigeant du
Parti progressiste tchadien, le PPT, François Tombalbaye. Celui-ci reconduisit le français comme langue
officielle. Mais l’indépendance raviva la rivalité séculaire entre le Sud dominé jusqu’à la colonisation française, et le
Nord (Borkou, Ennedi, Tibesti, ou BET), une région où l'administration militaire n'avait jamais cessé de s'exercer durant toute l'époque coloniale.
Les seuls Tchadiens à avoir pu (et voulu) profiter de l'enseignement français
et occuper des postes de responsabilité avaient été les chrétiens
francophiles du Sud. C'est une situation que les musulmans du Nord, plus
arabisés, avaient jugée injuste et inadmissible. D'ailleurs, aussitôt
après l'indépendance, l'ethnie des Sara, à majorité chrétienne, confirma
son emprise sur l'administration et l'armée. Au nord, les Goranes ou Daza, des musulmans
hostiles aux Libyens, formèrent l'essentiel de l'administration française au Tibesti. Héritière de l'État colonial français, l'élite sudiste
francophone se trouva confrontée à une contre-élite arabisante, produit de l'enseignement arabe des Madrasas, les écoles coraniques. Évidemment, les populations du Nord se révoltèrent contre le pouvoir du Sud, alors que la question du statut de la langue arabe devint l'une des principales revendications des rebelles en raison de sa valeur symbolique identitaire.
Le président François Tombalbaye
poursuivit une politique favorable aux populations chrétiennes et animistes du Sud contre les
nordistes de confession musulmane. En pratiquant une politique de marginalisation des populations nordistes,
le président Tombalbaye
suscita des rébellions. En 1963,
Tombalbaye réprima durement la révolte des musulmans du Nord, principales
victimes de sa politique, puis les troubles dégénérèrent en quasi-guerre civile à partir de 1965. L’armée française
intervint en avril 1969 contre la rébellion et indirectement contre la Libye, dont le nouveau dirigeant, le colonel Kadhafi,
apportait son appui logistique au Front de libération nationale du Tchad (Frolinat) et revendiquait des droits sur la bande d’Aozou. En 1973, la Libye annexa la bande d’Aozou. Un coup d'État en 1975 libéra le
Tchad du dictateur assassiné et sonna la fin des «sudistes» au pouvoir, totalement évincés en
Le général Félix Malloum, qui succéda à la tête de l'État, renforça la
dictature de François Tombalbaye. Les rebelles nordistes lancèrent une nouvelle offensive en 1977. L'année suivante, l'arabe devint la langue co-officielle avec le français; depuis, le sujet
revient régulièrement sur le devant de la scène politique nationale et,
occulté ou écarté volontairement, assimilé par certains à l'expansion de la
langue arabe et sujet à controverses, la question de l'islam n'a jamais été
l'objet d'un échange serein au Tchad.
Au cours de cette période, le colonel Kadhafi, en plus d'avoir annexé la bande d'Aozou, en profita pour occuper le nord du Tchad entre 1983 et 1987, tandis que les Forces armées françaises avaient stoppé les Libyens à la «ligne rouge». En 1994, à la suite d'une décision de la Cour internationale de justice de La Haye, la Libye rendit la fameuse bande d'Aozou au Tchad. Idriss Déby Itno
À compter de 1979, le Tchad fut dirigé par des hommes du Nord: d'abord Goukouni
Weddeye (1979-1982), puis Hissène Habré (1982-1990), dont la dictature a fait des
milliers de victimes, et ensuite Idriss Déby Itno (depuis 1990). Tous ces assoiffés de pouvoir
ont conquis leur présidence par la force et ont exercé leurs prérogatives en
s'appuyant sur leur ethnie d'origine, forcément très minoritaire dans leur
pays. Durant trois décennies, le Tchad fut un bateau qui prenait l'eau de toutes parts, sans commandant et livré à une bande de pillards et de guerriers impitoyables. En 1982, afin de tenter un rééquilibrage des langues en présence, un compromis fut trouvé et l'arabe fut adopté comme «seconde langue officielle». Toutefois, dans une situation politiquement troublée, cette décision fut aussitôt contestée par une bonne partie des populations non musulmanes, et ce, d'autant plus que l'identité de l'arabe tchadien n'a jamais été clairement établie. En 1996, Idriss
Déby Itno, après avoir promulgué une Charte nationale garantissant la liberté
d'expression, le multipartisme et une nouvelle constitution, organisa enfin l'élection présidentielle et la remporta. En mai 2001, Idriss Déby Itno fut reconduit à la présidence du pays avec plus de 60 % des suffrages. Pour le moment, le Tchad vit une démocratie pluraliste en trompe-l'œil, tout en rêvant de l'exploitation de son pétrole. Le pays est complètement lessivé en raison des effets
conjugués de la guerre, de la sécheresse et de la famine, sans compter que les
institutions et les infrastructures du pays se sont gravement dégradées. L’opposition entre le Nord musulman et le Sud animiste et chrétien menace toujours l’unité nationale.
Le Tchad compte environ 80 % d'analphabètes, lesquels sont soumis à toutes les
précarités alimentaires à cause du climat et les précarités dues aux
maladies épidémiques. Les guerres civiles à répétitions ont
été causées par les antagonismes ethniques qui ont débouché sur une
fracture Nord-Sud et un «imbroglio politique» où se sont entremêlés des
conflits armés, des chefferies traditionnellement hostiles à la démocratie,
un «banditisme généralisé», des blocages économiques divers, en somme une
sorte de violence chronique figée dans le temps. En avril 2011, après plus de vingt ans de pouvoir, Idriss Déby Itno fut réélu pour un quatrième mandat dès le premier tour de l'élection présidentielle par 88,7 % des voix, contre Albert Pahimi Padacké (6 %) et Madou Nadji (5,3 %). Le Tchad demeure aujourd'hui l'un des pays les plus pauvres de la planète et l'un des plus corrompus. En 2010, il était classé 163e sur 169 pays sur l'échelle de l’Indice de développement humain (IDH). Le Tchad vit une fin de régime. Il faudra reconstruire le pays à partir des décombres de la longue présidence d'Idriss Déby.
La Constitution du 31 mars 1996
reconnaît, à l'article 9, que le français et l'arabe sont les langues
officielles du Tchad:
Article 9 1) Les langues officielles sont le français et l'arabe. 2) La loi fixe les conditions de promotion et de développement des langues nationales. La Constitution ne mentionne pas de quelle langue arabe il s'agit : est-ce l'arabe classique ou l'arabe tchadien? Rappelons que l'arabe classique et le français ne sont parlés par pratiquement personne dans ce pays : ce sont deux langues étrangères. Bien que le texte constitutionnel ne le précise pas, il s'agit vraisemblablement de l'arabe classique ou littéraire, qui sert de langue co-officielle avec le français, puisque l'arabe tchadien ne s'écrit que très rarement. De plus, pour l'élite arabisante, seul l'arabe coranique ou littéraire mérite le nom de «langue», car l'arabe dialectal, c'est-à-dire l'arabe tchadien, est perçu par eux comme «un acte de sabotage». Néanmoins, beaucoup de Tchadiens arabophones prônent le prédominance de l'arabe tchadien sur l'arabe littéraire.
Rappelons-le, la présence de deux langues officielles «étrangères» suscite des débats acrimonieux depuis l'indépendance. Dans la pratique, le français s'est implanté dans l'Administration aux dépens de l'arabe. Pour une partie des Tchadiens, l'arabe est intimement associé à l'islam; pour d'autres, le français se rapporte à tout ce qui est étranger à l'islam. Comme à l'époque coloniale, beaucoup de Tchadiens confondent arabe et islam. Bien que les liens entre l'arabe et l'islam soient manifestes et que l'islamisation d'une population ait souvent entraîné son arabisation, certaines populations islamisées n'ont pas adopté l'arabe et
certaines populations arabisées ne se sont jamais islamisées. Les autres peuples de religion musulmane (sunnite ou chiite) non arabophones habitent la Turquie, l'Iran, le Pakistan, le Bangladesh et l'Indonésie. En Afrique, les musulmans non arabophones couvrent le Mali, le Niger, la Somalie et les Comores. Le Tchad est coupé en deux: le Nord est arabophone, le Sud, «francophone» de
langue nilo-saharienne. On comprendra pourquoi les Tchadiens forment deux groupes antagonistes: les arabisants et les francisants. Les arabisants du Nord défendent l'usage de l'arabe (classique ou tchadien?), alors que les francisants prônent l'usage du français. Les dirigeants politiques ont choisi une solution qui ne satisfait personne: le bilinguisme franco-arabe. D'une part, les francisants considèrent que le bilinguisme signifie la francisation des arabophones sans arabisation des francisants, tandis que les arabisants estiment que le bilinguisme entraîne l'arabisation des francisants, sans la francisation des arabisants. On n'en sort pas. En même temps, les arabisants font valoir que l'introduction de l'arabe est très ancien au Tchad, tandis que le français est plus récent (moderne?). Pour beaucoup d'arabisants, seuls les arabophones francisants ignorent l'arabe littéraire ou coranique: ils appartiennent en fait à la «constellation» francophone. Toutefois, l'arabe classique ou littéraire qui est prôné est tout aussi étranger aux Tchadiens que peut l'être le français. En général, le choix de l'arabe coranique ou littéraire, par opposition à l'arabe tchadien, est perçu au Tchad comme une «option militante». Quant au point de vue des francophones, ils considèrent que l'introduction de l'arabe dans le Sud est une forme d'«impérialisme arabo-islamique». Finalement, il existe une catégorie importante: les arabisants francisants, qui occupent de nombreux postes dans l'enseignement tant public que privé. Dans les faits, les débats portant sur la langue et le bilinguisme ne concernent que les cercles étroits du monde politique, car ils ne touchent l'opinion publique que dans les périodes de crise. 4.1 Les langues de la législation
En vertu de la Constitution, le français et l'arabe
(classique) sont devenus les langues de l'État, non celles de la population,
puisque personne ne parle spontanément ces langues. Le français et l'arabe
sont les langues de la législation,
c'est-à-dire de la rédaction et de la promulgation des lois. En vertu de l'article 151 de la
Décision portant règlement intérieur de l'Assemblée nationale du Tchad (2011), le français et l'arabe sont les langues de travail à l'Assemblée nationale du Tchad:
Les langues de travail sont : le français et l'arabe. Un service de traduction est mis en place.
lois sont rédigées en français, puis traduites en arabe (classique). Dans les débats,
les parlementaires s'expriment soit en français soit en arabe tchadien,
pratiquement jamais en arabe classique.
Bien que les langues française et arabe soient toutes
deux officielles, le français est resté la langue de travail de l'Administration,
surtout dans le Sud. Les fonctionnaires répondent oralement en arabe tchadien
ou en sara dans le Nord, en arabe tchadien ou en français dans le Sud. Les
formulaires administratifs sont disponibles normalement en français et en arabe
classique, parfois uniquement en français dans le Sud (par exemple, dans le Logone
occidental). En juillet 2012, le ministre de l'Enseignement secondaire (M. Oumar Ben Moussa) a procédé, dans le cadre de la promotion de l'arabe, au lancement d'un programme de formation en langue arabe pour quelque 1280 cadres francophones de l'administration publique tchadienne.
Il convient de noter l'omniprésence des panneaux et autres pancartes en français, par opposition à la rareté des écriteaux en arabe.
Il n'existe que fort peu de textes juridiques concernant l'emploi des langues officielles dans l'Administration. Il est possible d'en mentionner quelques-uns seulement. Ainsi, l'article 3 de l'Arrêté ouvrant un concours pour l'hymne national du Tchad (1960) précise que les paroles de l'hymne national sont en français et qu'elles sont «susceptibles d'être traduites ou adaptées ultérieurement en arabe ou en sara»:
L'hymne comportera deux couplets et un refrain. Il aura de préférence l'allure d'une marche au rythme énergique, ce qui n'en exclut pas pour autant l'utilisation de tams-tams et d'instruments locaux. Les paroles seront en langue française et seront susceptibles d'être traduites ou adaptées ultérieurement en arabe ou en sara.
Selon l'article 10 du
Décret portant application du Code de la nationalité tchadienne (1963), l'un des critères pour accéder à la nationalité tchadienne est la connaissance de la langue française ou d'un dialecte en usage au Tchad:
Dans tous les cas où la déclaration est souscrite en vue d'acquérir la qualité de tchadien, l'autorité qui la reçoit :
- Procède à une enquête sur la moralité et le loyalisme du déclarant. - Constate dans un procès-verbal, de modèle joint en annexe II, le degré d'assimilation de l'intéressé aux mœurs, usages et coutumes du Tchad, sa connaissance de la langue française ou dialecte en usage au Tchad.
Au Tchad, le notion de «dialecte» demeure ambiguë. Certains croient qu'il s'agit de l'arabe tchadien, parlé par beaucoup de Tchadiens, d'autres réfèrent aux dialectes arabes locaux, tous parlés par un petit nombre de locuteurs. L'article 74 du
Décret portant statut des notaires (1996), autorise en principe l'emploi de n'importe laquelle langue pour rédiger des contrats ou des actes devant notaire: Article 74 Toutes les fois qu'une personne ne parlant pas la langue dans laquelle l'acte est dressé y est partie ou témoin, le notaire doit être assisté d'un interprète assermenté, qui explique l'acte rédigé, le traduit littéralement et signe comme témoin additionnel. Les signatures qui seraient écrites en caractères étrangers sont transcrites, et la transcription en est certifiée et signée au pied de l'acte par l'interprète.
Ainsi, les documents juridiques concernant l'emploi des langues ne sont pas d'une grande clarté. Plusieurs langue sont théoriquement possibles, mais dans les faits l'arabe tchadien est employé dans le Nord, le français dans le Sud, l'arabe classique et le français dans les textes de loi. 4.3 Les langues de la justice
Les seuls documents
écrits permis sont en français ou en arabe dialectal. En vertu de l'article 9 du
Décret portant création et organisation des tribunaux du travail et de la prévoyance sociale (1966), les assesseurs doivent posséder une connaissance suffisante du français:
Article 9 Peut remplir les fonctions d'assesseur toute personne âgée de 25 ans domiciliée dans la république du Tchad, ayant exercé depuis trois ans, apprentissage compris, une profession entrant dans une catégorie énumérée à l'article précédent et exerçant cette profession dans le ressort du tribunal depuis un an au moins.
Les assesseurs ne doivent pas avoir encouru de condamnations à une peine correctionnelle à l'exception toutefois des condamnations visées à l'article 42 du Code du travail.
Ils doivent posséder une connaissance suffisante de la langue française.
Les assesseurs sont des citoyens adjoints au juge chargés de s'occuper de la justice. En réalité,
les procès se déroulent en arabe dialectal ou en sara, parfois en français
dans le Sud, mais le juge doit rendre sa sentence en français. 4.3 Les langues des médias
La grande majorité des journaux sont en langue
française, rarement en arabe classique. On dénombre plus d'une quarantaine de publications, dont un quotidien en français, deux bi-hebdomadaires en français, une quinzaine d'hebdomadaires (dont trois en arabe classique), plus d'une dizaine de bi-mensuels (dont sept en arabe), une douzaine de mensuels (en français). L'article 3 de l'Ordonnance portant création de l'Agence tchadienne de presse et d'édition (2012) prescrit l'emploi du français, de l'arabe (lequel?) et des langues nationales: Article 3
L'Agence tchadienne de presse et d'édition a pour missions de :
- Assurer la confection, l'impression et la vente du quotidien national en français et en arabe, la diffusion de toutes les informations en langues nationales ; [...]
Dans les médias électroniques, la situation est
différente, particulièrement à la radio où les langue nationales prennent le
dessus, surtout l'arabe tchadien, le sara et parfois le kanembou, en plus de
l'arabe classique et du français. À la télévision, le français prend aussi le
dessus, mais il est suivi de l'arabe classique et de l'arabe tchadien. Les citoyens tchadiens des zones rurales ne reçoivent que sporadiquement des journaux en raison des difficultés de
transport et de la faiblesse du pouvoir d'achat. Plus de 70 % de la population tchadienne n'a pas accès à la presse écrite. Les médias audiovisuels comptent plus de 60 stations de radios et de télévisions.
La plupart des émissions des stations nationales sont diffusées en français; des tranches horaires sont consacrées aux langues nationales et à l'arabe. Les radios privées d'informations générales et parfois des radios dites «associatives»
ou «communautaires» diffusent leurs en française, avec des
tranches horaires pour les principales langues nationales. Ainsi, ce système semble conforme à l'article 12 de la
Décision portant cahier de charges de la Radiodiffusion nationale tchadienne (1999) au sujet de la RNT (Radio nationale tchadienne): Article 12
La RNT par ses programmes valorise le patrimoine culturel en puisant essentiellement aux sources nationales.
Les stations régionales veillent et contribuent à l'expression des langues et de la culture locale.
Il en est ainsi de l'article 14 de la
Loi relative à la communication audiovisuelle (2010): Article 14
Les opérateurs des médias audiovisuels exercent leurs activités dans les limites fixées par la loi et dans le respect des droits d'autrui, de la dignité de la personne humaine, de l'ordre public, des bonnes mœurs, de la diversité des langues, des courants de pensée et d'opinion, des droits des consommateurs et dans le respect de l'éthique de leur profession. Dans les faits, la situation est plus complexe. D'une part, les stations de télévision sont toutes localisées à Ndjamena. D'autre part, en raison de la faiblesse de la couverture du réseau électrique, de la précarité de l'approvisionnement en électricité et des coûts élevés
des équipements (téléviseurs, antennes, décodeurs, etc.), moins de 5 % de la population peut y avoir accès. Quant à la vie économique, elle se déroule en français pour les affaires, en arabe tchadien mais aussi en sara pour les commerces, jamais en arabe classique. Pour
schématiser, l'affichage est généralement en français et en arabe classique
pour le gouvernement, mais en français pour les commerces du Sud et en arabe
pour le Nord. 4 Les langues dans le système d'éducation
Il existe trois types d’écoles au Tchad: les écoles publiques, les écoles communautaires et les écoles privées, qui représentaient ensembles près de 8800 établissements d'enseignement lors de l'année scolaire 2010-2011. Les écoles publiques sont administrées en partie par l’État et elles sont de deux types : confessionnelles ou laïques. Mais ces écoles sont très peu répandues dans le pays (7 %) et elles sont exclusivement situées dans les villes. Les écoles communautaires, les plus nombreuses, sont créées et gérées directement par la communauté locale (association des parents d’élèves). Depuis l'indépendance, le système d'éducation primaire s'est principalement développé sous l'initiative des communautés locales qui assurent la construction des salles de classes en matériaux traditionnels et contribuent à la prise en charge des enseignants communautaires (près de 70 %). Quant aux écoles privées, leur nombre reste faible par rapport aux autres types d’écoles. Il faut dire que l'instauration des écoles privées est due à une stratégie politique destinée à faire contrepoids aux organisations syndicales qui favorisaient les grèves générale: la création des établissements privées fut considérée comme solution aux problèmes de grève. On espérait ainsi éliminer le problème des grèves qui menaçaient constamment la scolarité des élèves. 4.1 Le système scolaire
De plus, le système scolaire tchadien comprend deux modalités d'enseignement: l'enseignement formel et l'enseignement non formel. L'enseignement formel comprend le préscolaire, le fondamental (primaire et moyen), le secondaire (secondaire général et technique) et le supérieur. Pour ce qui est de l'enseignement non formel, il comprend l'alphabétisation et l'éducation de base non formelle. L’enseignement primaire, c'est-à-dire le premier cycle de l’enseignement fondamental, est dispensé dans les écoles primaires pour les enfants de 6 à douze 12 ans autour des apprentissages fondamentaux que sont l'écriture, la lecture et le calcul dans les langues officielles (français et arabe). Mais cet enseignement est aussi dispensé dans les langues nationales du Tchad. L'enseignement secondaire est d'une durée de trois ans et est organisé en deux filières : l'enseignement général et l'enseignement professionnel débouchant sur le baccalauréat. L'enseignement technique professionnel est dispensé dans les collèges techniques pour une formation de trois ans.
L'enseignement supérieur comprend des formations diversifiées dont la durée d'études varie de 2 à 7 ans. Ces formations sont organisées principalement au sein des universités, des instituts universitaires et des grandes écoles.
Le français a toujours été l'unique langue
d'enseignement depuis 1900. Après l'indépendance, le système est resté le
même, bien que les programmes aient été «réactualisés» en 1962. Cette
année-là, une première législation a été adoptée
sous de la présidence
de François Tombalbaye, afin d'introduire l'arabe classique dans
l'enseignement. Il s'agit du Décret
portant organisation de l'enseignement de la langue arabe dans les ordres du
premier et du deuxième degré de l'enseignement public
(6 janvier 1962).
L'article 1er précisait que «dans l'enseignement public, qui se donne en langue française, une place
particulière est faite à la langue arabe». Cela signifiait que l'enseignement
de l'arabe classique était moins important que celui du français. Selon l'article
2, l'enseignement de la langue arabe à tous les niveaux était facultatif: il ne
pouvait être dispensé qu'en dehors des horaires officiels. 4.2 La législation sur les langues
Cependant, depuis 1978,
l'État a rendu le bilinguisme obligatoire dans tous les établissements d'enseignement
où l'apprentissage du français et de l'arabe classique est nécessaire. Mais dans
les écoles l’apprentissage de ces deux langues pose des problèmes,
puisqu'elles ne sont la langue maternelle de personne. Le texte le plus important en matière d'enseignement est le
Décret portant institution de l'enseignement bilingue dans le système éducatif tchadien (1995). L'article 1er déclare que le français et l'arabe sont les langues d'enseignement en république du Tchad, et que l'enseignement de la langue arabe est laïc et obligatoire:
L'article 2 précise que tous les établissements publics d'enseignement arabe sont bilingues. Selon l'article 3, les établissements du premier et du second degré de l'enseignement public sont divisés en deux catégories : les
établissements bilingues et les établissements francophones. Dans les établissements dits bilingues, toutes les matières sont dispensées en arabe aux cours préparatoires première et deuxième année (art. 4). Pour les cours du primaire, l'enseignement du français est exclusivement consacré à l'étude de la langue parlée et écrite selon les horaires et programmes actualisés (art. 5). De la sixième jusqu'en classe terminale, toutes les matières scientifiques sont enseignées en français (art. 8). Dans les établissements de l'enseignement technique, professionnel et supérieur enseignements sont dispensés en arabe ou en français (art. 12).
En 2006, le gouvernement a adopté une nouvelle loi qui ne modifiait pas réellement le système en place. De fait, les articles 5, 25 et 26 de la
Loi portant orientation du système éducatif tchadien (2006) reprend les principales dispositions de la loi de 1995:
Le Tchad demeure l'un des dix pays parmi les plus pauvres du monde : il occupe le rang 163 sur 169 pays selon le classement de l'Indicateur de développement humain. En 2010, les enfants en âge de fréquenter l'école primaire représentaient seulement 18 % de la population totale. Le système éducatif primaire était, cette année-là, à 93 % francophone, à 4 % arabophone et à 3 % bilingue. Bref, le système d'éducation tchadien favorise nettement le français plutôt que l'arabe. C'est ce qui explique que, dans le formation judiciaire, le
Décret portant organisation et fonctionnement de l'École nationale de formation judiciaire (2011) précisait que l'École nationale de formation judiciaire a notamment pour missions la formation ou perfectionnement en langue française :
L'École nationale de formation judiciaire a pour missions :
- La formation initiale et continue des magistrats, des greffiers, des notaires, des avocats, des huissiers et des autres personnels de justice; - La formation initiale et continue des magistrats et futurs magistrats d'États étrangers dans les conditions fixées entre le gouvernement du Tchad et le gouvernement du pays des postulants; - La coopération internationale, notamment par des conventions d'échanges ou départenariats avec d'autres écoles de formation ; - La conduite des activités de recherches dans le domaine juridique et toute forme d'enseignement dispensé ; - L'organisation des concours et examens professionnels pour le recrutement des magistrats, des greffiers, des notaires, des avocats, des huissiers et des autres personnels de justice ; - La formation ou perfectionnement en langue française ;
- Toute mission confiée par le conseil d'administration.
L'École est dotée d'un laboratoire de langues rattaché à la Direction des études et des stages.
Dans les faits, l'adoption du français langue officielle a été favorisée dans l'enseignement. En fait, c'est l'un des moyens qu'a trouvé le Tchad, comme pour beaucoup d'autres pays arabophones, pour demeurer compétitif dans le monde contemporain, entre autres, pour des raisons économiques et scientifiques. De plus, le gouvernement tchadien veut aussi augmenter les heures d'enseignement pour las langue anglaise pour les mêmes raisons. Évidemment, dans un pays aussi pauvre que le Tchad, cette mesure est perçue comme autre façon supplémentaire de diminuer la qualité de l'enseignement, et ce, d'autant plus que le français, l'arabe classique et l'anglais constituent tous des langues étrangères, alors que els langues nationales sont laissées pour compte. 4.3 La langue arabe
Dès l'accession à l'indépendance, le Tchad a utilisé l'enseignement de la langue arabe à des fins politiques. L'arabe classique a été choisi comme langue d'enseignement afin de mieux correspondre aux réalités nationales et de mieux adapter l'école aux élèves tchadiens. En 1962, le gouvernement adoptait le
Décret portant organisation de l'enseignement de la langue arabe dans les ordres du premier et du deuxième degré de l'enseignement public : Article 1er
Dans l'enseignement public, qui se donne en langue française, une place
particulière est faite à la langue arabe. Cet enseignement est laïc.
L'enseignement de la langue arabe à tous les niveaux est facultatif. Il ne
peut être dispensé qu'en dehors des horaires officiels. Dans la limite des
moyens disponibles et sous réserve des nécessités du service, il est assuré
partout où un nombre suffisant de demandes émanant des parents d'élèves
justifie l'ouverture d'un cours.
Article 3 Nul ne peut suivre un cours de langue arabe dans un établissement
d'enseignement public s'il n'est régulièrement inscrit dans cet établissement
en qualité d'élève. La demande d'inscription au cours facultatif de langue
arabe doit être faite dans la semaine de la rentrée scolaire. Cette demande
agréée, l'élève est tenu de suivre assidûment les cours. La mauvaise
conduite ou la fréquentation irrégulière entraînent les mêmes sanctions que
pour les disciplines obligatoires, notamment l'exclusion à temps ou
Évidemment, personne n'a semblé constaté que l'arabe classique, à l'instar du français, n'était la langue maternelle de personne, et que l'enseignement de cette langue n'avait rien à voir les réalités nationales et les élèves tchadiens. C'est ce qui explique en partie pourquoi le français a finalement pris le dessus sur l'arabe: il était ancrée dans l'enseignement plus profondément que l'arabe classique. La situation aurait été sûrement pus différente si l'arabe tchadien avait été intégré dans l'enseignement, mais le gouvernement a préféré s'aligner sur les autres pays arabes qui ont choisi l'arabe classique comme langue d'enseignement. Dans les faits, la langue arabe ne fut jamais obligatoire avec le résultat que le français a pris presque toute la place. Cependant, en 2010, le chef de l'État, Idriss Déby Itno, a décidé de rendre l'enseignement de l'arabe obligatoire, dès l'année scolaire de 2010-2011,
dans tous les établissements scolaires primaires et secondaires, les lycées, les collèges et les universités du pays. S'adressant aux Tchadiens depuis la ville de Sarh, le chef de l'État voulait ainsi redonner à l'arabe, langue nationale inscrite dans la Constitution, la place qu'il mérite pour renforcer la cohésion nationale : «L’enseignement de l'arabe doit être systématique dans tous nos établissements scolaires pour les intégrations à la fonction publique. Les cadres arabophones doivent être traités comme leurs collègues francophones et doivent accéder à toutes les fonctions administratives.» Les élèves qui maîtrisent le français devront apprendre l'arabe et ceux qui maîtrise l'arabe devront apprendre le français pour que le bilinguisme serve comme élément de cohésion nationale entre les Tchadiens. Pour beaucoup de Tchadiens, cette mesure consiste à faire imposer l'arabe de la part de 3 % d'arabophones à 97 % de la population tchadienne. Pour les opposants, l'arabisation du système d'éducation ne constitue pas en soi un problème, mais la façon dont les autorités perçoivent cette arabisation en est un. Celle-ci consiste à faire connaître les deux langues officielles à tous les Tchadiens.
Quoi qu'il en soit, le Tchad manque cruellement d'enseignants qualifiés. En si peu de temps (quelques mois), il est impossible de trouver un nombre suffisant d'enseignants arabes, à moins d'aller les chercher dans les autres pays arabes. Ensuite, il faudrait les payer avec des salaires décents, de l'argent que le Tchad n'a manifestement pas. Quoi qu'il en soit, tout le monde sait qu'au Tchad l'imposition des deux langues officielles pour tous les Tchadiens est impossible, mais le discours politique sur ce sujet est, lui, rentable au plan électoral. 4.4 La scolarisation
était officiellement de 50 % en 1995-1996, mais dans les faits il était beaucoup
plus élevé en raison des incessantes guerres civiles. Lors du recensement général d'avril 1993, l’effectif de la population résidante
totale au Tchad était de 6,2 millions d'habitants. Or, environ 11 personnes sur
100 avaient déclaré savoir lire et écrire dans une langue quelconque. Il s'agit
d'un taux d’alphabétisation au niveau national de 10,8 %. Autrement dit, la
population tchadienne était alors majoritairement analphabète dans une proportion de 89
% environ. En 2001, le gouvernement adoptait le
Décret portant création d'un Comité d'appui aux activités de promotion de l'alphabétisation (2001), qui créait le Comité d'appui aux activités de promotion d'alphabétisation (CAPAL): Article 1er
Article 2 Le Comité d'appui aux activités de promotion d'alphabétisation CAPAL a pour attributions de :
Cependant, la situation ne semble pas s'être grandement améliorée depuis les années 1990. En effet, d'après le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le taux brut de scolarisation au Tchad était de 36,5 % en 1010, ce qui classe le pays parmi les moins avancés dans le domaine. Au pal national, les dépenses du gouvernement tchadien pour l'éducation représentaient seulement 2 % du PIB, l’un des taux les plus bas du monde. Cela signifie que 10,4 % du budget général de l'État en 2012 a été consacré à l'éducation. Pendant que le système d'éducation scolarise 10 garçons, seulement 7 filles sont scolarisées. De nombreuses difficultés affectent le niveau primaire, car en moyenne moins de quatre élèves sur dix qui fréquentent ce cycle vont terminer leurs cours. Les filles achèvent encore moins l’école primaire que les garçons. De plus, le taux de redoublement est élevée au Tchad avec 23 %. En 5e année, plus de six élèves sur dix ont déjà redoublé au moins une fois.
Par ailleurs, l'analphabétisme est plus marqué chez les femmes (86 %) que chez les hommes (69 %). En milieu rural, les femmes sont encore plus touchées avec un taux d’analphabétisme de 92 %. Au plan international, Le Tchad appartient aux 25 % des pays n’ayant pas atteint la parité garçon/fille dans le système d'éducation. 4.5 La promotion des langues nationales
Selon la Société internationale de linguistique (SIL) présente au pays depuis 1990, il y aurait environ 120 langues au Tchad. Le département des sciences du langage de l'Université de N'Djaména avance, pour sa part, le nombre de 170 langues. Mais la Direction de la promotion des langues nationales du ministère tchadien de l'Enseignement primaire et de l'Éducation civique, quant à elle, se contente des résultats de la SIL. En septembre 2012, le président de la république du Tchad, Idriss Déby Itno, déclarait que l'école tchadienne devait retrouver ses «lettres de noblesse» dans l'édification de la nation tchadienne: «Il est impératif de renverser les tendances négatives existantes. Le système éducatif tchadien dans son ensemble se doit de parvenir à l’excellence.» Et l'un des moyens consiste à enseignement les langues nationales. La Direction générale de l'alphabétisation et de la promotion des langues nationales (DGAPLAN) est chargée de la conception, de l’élaboration, du suivi en évaluation et du contrôle de l’exécution de la politique du gouvernement en matière d’alphabétisation, d’éducation non formelle et de promotion des langues nationales. S'Il est facile de trouver des enseignants pour le français, voire l'arabe, ce n'est pas le cas dans les langues nationales. La quasi-totalité des cours pour les enfants et les jeunes sont donnés en français ou en rabe, seuls les adultes peuvenr recevoir d un enseignants dans certaines langues locales: en arabe tchadien, en sara, en ngambaye, en mabaye, en gor, en moundag, etc. Pourtant, l'article 20 du Décret portant organigramme du ministère de l'Enseignement primaire et de l'Éducation civique (2011) assurait la promotion des langues nationales:
Article 20 Placée sous l'autorité d'un directeur, la Direction de la promotion des langues nationales est une structure technique chargée de l'organisation, de l'animation, du suivi et du contrôle de la mise œuvre de la politique du gouvernement en matière de promotion des langues nationales.
- L'organisation, l'orientation et l'harmonisation des activités des comités des langues nationales ; - L'élaboration, la production, l'impression et la diffusion des matériels didactiques d'alphabétisation et d'éducation non formelle. - Le recensement, la codification et à la transcription des langues nationales ;
- L'appui à l'expérimentation des programmes d'alphabétisation et d'éducation non formelle dans les langues nationales ; - L'évaluation des matériels didactiques produits par les différents partenaires dans les langues nationales ;
- L'étude des dossiers des associations linguistiques en vue de leur reconnaissance ; - L'application des règles et modalités de gestion des emplois des personnels ; - La tenue à jour d'une banque de données sur les langues nationales ;
- L'élaboration et le suivi de l'exécution du budget de fonctionnement de la direction ; - L'élaboration des rapports périodiques sur l'état des activités de développement des langues nationales.
La multiplicité des langues au Tchad rend difficile toute politique visant à protéger à la fois le patrimoine culturel et favoriser l'ouverture au monde extérieur. Bref, ce n'est pas pour demain la veille que l'on verra un système d'enseignement dans les langues nationales. Il faudrait commencer au moins par l'enseignement de l'arabe tchadien, ce qui n'est même pas le cas.
4.6 Les enseignants
En plus du faible taux de scolarisation et
d'alphabétisation des adultes, le système d'éducation du Tchad souffre de graves
lacunes. Par exemple, plus 48 % des enseignants du primaire sont sans formation
professionnelle. Les programmes de l’enseignement primaire datent de
l'indépendance et n'ont été en partie «réactualisés» qu'en 1987, alors
que des réformes urgentes seraient nécessaires. De plus, les conditions
matérielles dans lesquelles se déroulent l'enseignement demeurent très
précaires, tant pour les élèves que pour les maîtres. Bref, le rendement du système d'éducation demeure faible. Les principales
faiblesses concernent la mauvaise formation du personnel
enseignant, l'absence de contrôle sur les programmes, la pénurie de matériel
pédagogique, l'insuffisance des infrastructures et des équipements, sans oublier
le manque d'appui presque total de la part du ministère de l'Éducation
nationale. Dans de nombreuses régions, les écoles fonctionnent en toute
indépendance et liberté, parfois sans aucun encadrement ni supervision
pédagogique, notamment dans les écoles coraniques.
Sauf dans les plus grandes villes, les écoles manquent cruellement d'enseignants. C'est pourquoi on trouve des écoles sans salles de classe, où des élèves prennent des cours à même le sol sous des hangars en paille ou en tiges de mil. On trouve des effectifs de 100 à 200 élèves par classe, avec trois ou quatre élèves par banc, tandis que d’autres sont assis ou debout à l’extérieur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le système d'éducation tchadien n'est pas au point. D'ailleurs, les données statistiques gouvernementales révèlent
aussi que seulement 47,9 % des Tchadiens étaient scolarisés au primaire,
contre seulement 17,9 % au secondaire et 0,5 % à l'université. Pire, 41 % des
enfants entrant à l'école primaire ne terminent pas leurs études. Les problèmes sont nombreux, notamment le manque ou l’insuffisance du personnel enseignant qualifié, le faible niveau de l'enseignement et le manque de matériels pédagogiques. Ajoutons aussi que les moyens financiers sont nettement insuffisants. L’État
accorde 20 % de son budget annuel à l’éducation, et cette part est affectée
exclusivement aux salaires des enseignants (environ 90 %). Cela signifie que
tout investissement dans le domaine de l’éducation repose essentiellement sur
l'aide internationale ou extérieure.
4.7 Les universités
L'Université de Ndjamena, créée en 1971 sous le nom d'«université du Tchad», fut longtemps le seul établissement d'enseignement supérieur du pays, mais depuis ce temps de nombreux autres établissements ont vu le jour. Malgré tout, moins de 1 % des Tchadiens ont accès aux études supérieures. L'enseignement se donne normalement en français, à l'exception des cours dispensés en arabe classique. L'un des rares textes juridiques mentionnant la question des langues est le Décret portant institution du système licence, master, doctorat dans l'enseignement supérieur au Tchad (2009) instituant le système LMD dans l'enseignement supérieur (licence, master et doctorat). L'article 2 ne parle que la «maîtrise des langues», sans autre précision: Article 1er
- faciliter la lisibilité et la comparaison des diplômes délivrés par les établissements d’enseignement supérieur ; - accroître l’attractivité et la crédibilité des offres de formation ; - développer la professionnalisation des études supérieures ; - intégrer l’acquisition des compétences transversales, notamment la maîtrise des langues et de l’outil informatique ; - favoriser la mise en œuvre de méthodes d’enseignement et d’évaluation adaptées et faisant éventuellement appel aux technologies de l’information et de la communication ; - permettre la prise en compte et la validation des acquis de formation antérieure ; - favoriser la mobilité des enseignants-chercheurs au niveau sous régional, africain et international.
Le bilinguisme officiel de la république du
Tchad est un bilinguisme inégalitaire à l'avantage du français. Il est normal
qu'il en soit ainsi puisque, d'une part, le français est la langue coloniale, d'autre part, personne ne parle l'arabe classique et que cette
langue n'a été introduite qu'au début des années 1980 (mais près
d'un siècle pour le français). Ce sont des
raisons symboliques et religieuses — stratégiques — qui ont introduit l'arabe classique. En
réalité, il aurait été plus approprié que l'État proclame plutôt l'arabe
tchadien en tant que langue officielle, mais manifestement les dirigeants ont
préféré s'aligner sur les autres États arabes en choisissant l'arabe
classique. Le problème, c'est que l'arabe classique est totalement artificiel
au Tchad, comme il l'est dans la plupart des pays arabophones. On peut même dire que l'arabe a été choisi
comme langue officielle avant tout pour calmer les revendications nordistes, car
dans les faits c'est une langue officielle de second ordre, bien loin après le
français. Or, une langue est officielle ou ne l'est pas. Dans le cas du Tchad,
l'une des deux est plus officielle que l'autre. C'est pourquoi on peut dire que
le bilinguisme du Tchad correspond à un bilinguisme déséquilibré. En ce
sens, ce n'est probablement pas un modèle dont pourraient s'inspirer d'autres États.
Enfin, les langues nationales sont restées à peu près oubliées dans cette
politique. On ne peut même pas parler d'une politique de récupération
linguistique, puisqu'une telle politique n'a jamais été entamée ni même désirée.
jour: 24 déc. 2015
CAPRILE, Jean-Pierre. «Situation respective du
français et des langues africaines en Afrique centrale», dans Les
relations entre les langues négro-africaines et la langue française,
Paris, Conseil International de la langue française, 1977, p.
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 L'article 3
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 l'article 14

L'article 1
 l'article
2
 L'article 1

L'article 2
 l'article 3
 l'article 20
 L'article 2