Source: http://jesus-eucharistie.org/fr/livre/cec/0400_0499.htm
Timestamp: 2017-08-22 20:44:37+00:00

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Catéchisme de l'Église catholique -- §400 à §499
L'harmonie dans laquelle ils étaient, établie grâce à la justice originelle, est détruite; la maîtrise des facultés spirituelles de l'âme sur le corps est brisée (cf. Gn 3, 7); l'union de l'homme et de la femme est soumise à des tensions (cf. Gn 3, 11-13); leurs rapports seront marqués par la convoitise et la domination (cf. Gn 3, 16). L'harmonie avec la création est rompue: la création visible est devenue pour l'homme étrangère et hostile (cf. Gn 3, 17. 19). A cause de l'homme, la création est soumise «à la servitude de la corruption» (Rm 8, 20). Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance (cf. Gn 2, 17) se réalisera: l'homme «retournera à la poussière de laquelle il est formé» (Gn 3, 19). La mort fait son entrée dans l'histoire de l'humanité (cf. Rm 5, 12).
Depuis ce premier péché, une véritable «invasion» du péché inonde le monde: le fratricide commis par Caïn sur Abel (cf. Gn 4, 3-15); la corruption universelle à la suite du péché (cf. Gn 6, 5. 12; Rm 1, 18-32); de même, dans l'histoire d'Israël, le péché se manifeste fréquemment, surtout comme une infidélité au Dieu de l'alliance et comme transgression de la Loi de Moïse; après la Rédemption du Christ aussi, parmi les chrétiens, le péché se manifeste de nombreuses manières (cf. 1 Co 1-6; Ap 2-3). L'Écriture et la Tradition de l'Église ne cessent de rappeler la présence et l'universalité du péché dans l'histoire de l'homme:
Ce que la révélation divine nous découvre, notre propre expérience le confirme. Car l'homme, s'il regarde au-dedans de son coeur, se découvre également enclin au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l'homme a, par le fait même, brisé l'ordre qui l'orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création (GS 13, § 1).
Conséquences du péché d'Adam pour l'humanité
Tous les hommes sont impliqués dans le péché d'Adam. S. Paul l'affirme: «Par la désobéissance d'un seul homme, la multitude (c'est-à-dire tous les hommes) a été constituée pécheresse» (Rm 5, 19): «De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché...» (Rm 5, 12). A l'universalité du péché et de la mort l'apôtre oppose l'universalité du salut dans le Christ: «Comme la faute d'un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l'oeuvre de justice d'un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la vie» (Rm 5, 18).
A la suite de S. Paul l'Église a toujours enseigné que l'immense misère qui opprime les hommes et leur inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché d'Adam et le fait qu'il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est «mort de l'âme» (cf. Cc. Trente: DS 1512). En raison de cette certitude de foi, l'Église donne le Baptême pour la rémission des péchés même aux petits enfants qui n'ont pas commis de péché personnel (cf. Cc. Trente: DS 1514).
Comment le péché d'Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants? Tout le genre humain est en Adam «comme l'unique corps d'un homme unique» (S. Thomas d'A., mal. 4, 1) Par cette «unité du genre humain» tous les hommes sont impliqués dans le péché d'Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu'Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine: en cédant au tentateur, Adam et Eve commettent un péché personnel, mais ce péché affecte la nature humaine qu'ils vont transmettre dans un état déchu (cf. Cc. Trente: DS 1511-1512). C'est un péché qui sera transmis par propagation à toute l'humanité, c'est-à-dire par la transmission d'une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c'est pourquoi le péché originel est appelé «péché» de façon analogique: c'est un péché «contracté» et non pas «commis», un état et non pas un acte.
Quoique propre à chacun (cf. Cc. Trente: DS 1513), le péché originel n'a, en aucun descendant d'Adam, un caractère de faute personnelle. C'est la privation de la sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n'est pas totalement corrompue: elle est blessée dans ses propres forces naturelles, soumise à l'ignorance, à la souffrance et à l'empire de la mort, et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée «concupiscence»). Le Baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché originel et retourne l'homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l'homme et l'appellent au combat spirituel.
La doctrine de l'Église sur la transmission du péché originel s'est précisée surtout au cinquième siècle, en particulier sous l'impulsion de la réflexion de S. Augustin contre le pélagianisme, et au seizième siècle, en opposition à la Réforme protestante. Pélage tenait que l'homme pouvait, par la force naturelle de sa volonté libre, sans l'aide nécessaire de la grâce de Dieu, mener une vie moralement bonne; il réduisait ainsi l'influence de la faute d'Adam à celle d'un mauvais exemple. Les premiers réformateurs protestants, au contraire, enseignaient que l'homme était radicalement perverti et sa liberté annulée par le péché des origines; ils identifiaient le péché hérité par chaque homme avec la tendance au mal (concupiscentia), qui serait insurmontable. L'Église s'est spécialement prononcée sur le sens du donné révélé concernant le péché originel au deuxième Concile d'Orange en 529 (cf. DS 371-372) et au Concile de Trente en 1546 (cf. DS 1510-1516).
La doctrine sur le péché originel -- liée à celle de la Rédemption par le Christ -- donne un regard de discernement lucide sur la situation de l'homme et de son agir dans le monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l'homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne «la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l'empire de la mort, c'est-à-dire du diable» (Cc. Trente: DS 1511; cf. He 2, 14). Ignorer que l'homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l'éducation, de la politique, de l'action sociale (cf. CA 25) et des moeurs.
Les conséquences du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes confèrent au monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par l'expression de Saint Jean: «le péché du monde» (Jn 1, 29). Par cette expression on signifie aussi l'influence négative qu'exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes (cf. RP 16).
Cette situation dramatique du monde qui «tout entier gît au pouvoir du mauvais» (1 Jn 5, 19; cf. 1 P 5, 8) fait de la vie de l'homme un combat:
Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l'histoire des hommes; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l'a dit, jusqu'au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l'homme doit sans cesse combattre pour s'attacher au bien; et non sans grands efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure (GS 37, § 2).
IV. «Tu ne l'as pas abandonné au pouvoir de la mort»
Après sa chute, l'homme n'a pas été abandonné par Dieu. Au contraire, Dieu l'appelle (cf. Gn 3, 9) et lui annonce de façon mystérieuse la victoire sur le mal et le relèvement de sa chute (cf. Gn 3, 15). Ce passage de la Genèse a été appelé «Protévangile», étant la première annonce du Messie rédempteur, celle d'un combat entre le serpent et la Femme et de la victoire finale d'un descendant de celle-ci.
La tradition chrétienne voit dans ce passage une annonce du «nouvel Adam» (cf. 1 Co 15, 21-22. 45) qui, par son «obéissance jusqu'à la mort de la Croix» (Ph 2, 8) répare en surabondance la désobéissance d'Adam (cf. Rm 5, 19-20). Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l'Église voient dans la femme annoncée dans le «protévangile» la mère du Christ, Marie, comme «nouvelle Eve». Elle a été celle qui, la première et d'une manière unique, a bénéficié de la victoire sur le péché remportée par le Christ: elle a été préservée de toute souillure du péché originel (cf. Pie IX: DS 2803) et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de Dieu, elle n'a commis aucune sorte de péché (cf. Cc. Trente: DS 1573).
Mais pourquoi Dieu n'a-t-il pas empêché le premier homme de pécher? S. Léon le Grand répond: «La grâce ineffable du Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que l'envie du démon nous avait ôtés» (serm. 73, 4: PL 54, 396). Et S. Thomas d'Aquin: «Rien ne s'oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin plus haute après le péché. Dieu permet, en effet, que les maux se fassent pour en tirer un plus grand bien. D'où le mot de S. Paul: 'Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé' (Rm 5, 20). Et le chant de l''Exultet': 'O heureuse faute qui a mérité un tel et un si grand Rédempteur'» (S. Thomas d'A., s. th. 3, 1, 3, ad 3; l'Exsultet chante ces paroles de saint Thomas).
«Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants (...). C'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde» (Sg 1, 13; 2, 24).
«Établi par Dieu dans un état de sainteté, l'homme séduit par le Malin, dès le début de l'histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu» (GS 13, § 1).
Par son péché, Adam, en tant que premier homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu'il avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains.
A leur descendance, Adam et Eve ont transmis la nature humaine blessée par leur premier péché, donc privée de la sainteté et la justice originelles. Cette privation est appelée «péché originel».
En conséquence du péché originel, la nature humaine est affaiblie dans ses forces, soumise à l'ignorance, à la souffrance et à la domination de la mort, et inclinée au péché (inclination appelée «concupiscence»).
«Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, 'non par imitation, mais par propagation', et qu'il est ainsi 'propre à chacun'» (SPF 16).
La victoire sur le péché remportée par le Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché nous avait ôtés: «La où le péché a abondé, la grâce a surabondé» (Rm 5, 20).
«Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l'amour du créateur; il est tombé, certes, sous l'esclavage du péché, mais le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l'a libéré...» (GS 2, § 2).
La Bonne Nouvelle: Dieu a envoyé son Fils
«Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l'adoption filiale» (Ga 4, 4-5). Voici «la Bonne Nouvelle touchant Jésus-Christ, Fils de Dieu» (Mc 1, 1): Dieu a visité son peuple (cf. Lc 1, 68), il a accompli les promesses faites à Abraham et à sa descendance (cf. Lc 1, 55); il l'a fait au-delà de toute attente: Il a envoyé son «Fils bien-aimé» (Mc 1, 11).
Nous croyons et confessons que Jésus de Nazareth, né juif d'une fille d'Israël, à Bethléem, au temps du roi Hérode le Grand et de l'empereur César Auguste; de son métier charpentier, mort crucifié à Jérusalem, sous le procureur Ponce Pilate, pendant le règne de l'empereur Tibère, est le Fils éternel de Dieu fait homme, qu'il est «sorti de Dieu» (Jn 13, 3), «descendu du ciel» (Jn 3, 13; 6, 33), «venu dans la chair» (1 Jn 4, 2), car «le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité (...). Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce» (Jn 1, 14. 16).
Mûs par la grâce de l'Esprit Saint et attirés par le Père nous croyons et nous confessons au sujet de Jésus: «Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant» (Mt 16, 16). C'est sur le roc de cette foi, confessée par S. Pierre, que le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16, 18; S. Léon le Grand, serm. 4, 3: PL 54, 151; 51, 1: PL 54, 309B; 62, 2: PL 350C-351A; 83, 3: PL 54, 432A).
«Annoncer l'insondable richesse du Christ» (Ep 3, 8)
La transmission de la foi chrétienne, c'est d'abord l'annonce de Jésus-Christ, pour conduire à la foi en Lui. Dès le commencement, les premiers disciples ont brûlé du désir d'annoncer le Christ: «Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu» (Ac 4, 20). Et ils invitent les hommes de tous les temps à entrer dans la joie de leur communion avec le Christ:
Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie; -- car la vie s'est manifestée: nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue; -- ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l'écrivons pour que notre joie soit complète (1 Jn 1, 1-4).
Au coeur de la catéchèse: le Christ
§426
«Au coeur de la catéchèse nous trouvons essentiellement une Personne, celle de Jésus de Nazareth, Fils unique du Père (...), qui a souffert et qui est mort pour nous et qui maintenant, ressuscité, vit avec nous pour toujours (...). Catéchiser (...), c'est dévoiler dans la Personne du Christ tout le dessein éternel de Dieu. C'est chercher à comprendre la signification des gestes et des paroles du Christ, des signes réalisés par lui» (CT 5). Le but de la catéchèse: «Mettre en communion avec Jésus-Christ: lui seul peut conduire à l'amour du Père dans l'Esprit et nous faire participer à la vie de la Trinité Sainte» (ibid.).
«Dans la catéchèse, c'est le Christ, Verbe incarné et Fils de Dieu, qui est enseigné -- tout le reste l'est en référence à lui; et seul le Christ enseigne, tout autre le fait dans la mesure où il est son porte-parole, permettant au Christ d'enseigner par sa bouche (...). Tout catéchiste devrait pouvoir s'appliquer à lui-même la mystérieuse parole de Jésus: 'Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé' (Jn 7, 16)» (ibid., 6).
Celui qui est appelé à «enseigner le Christ», doit donc d'abord chercher «ce gain suréminent qu'est la connaissance du Christ «; il faut «accepter de tout perdre (...) afin de gagner le Christ et d'être trouvé en lui», et de «le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts» (Ph 3, 8-11).
C'est de cette connaissance amoureuse du Christ que jaillit le désir de L'annoncer, d'«évangéliser», et de conduire d'autres au «oui» de la foi en Jésus-Christ. Mais en même temps se fait sentir le besoin de toujours mieux connaître cette foi. A cette fin, en suivant l'ordre du Symbole de la foi, seront d'abord présentés les principaux titres de Jésus: le Christ, le Fils de Dieu, le Seigneur (article 2). Le Symbole confesse ensuite les principaux mystères de la vie du Christ: ceux de son Incarnation (article 3), ceux de sa Pâque (articles 4 et 5), enfin ceux de sa glorification (articles 6 et 7).
«ET EN JESÚS-CHRIST, SON FILS UNIQUE, NOTRE SEIGNEUR»
Jésus veut dire en hébreu: «Dieu sauve». Lors de l'Annonciation, l'ange Gabriel lui donne comme nom propre le nom de Jésus qui exprime à la fois son identité et sa mission (cf. Lc 1, 31). Puisque «Dieu seul peut remettre les péchés» (Mc 2, 7), c'est lui qui, en Jésus, son Fils éternel fait homme «sauvera son peuple de ses péchés» (Mt 1, 21). En Jésus, Dieu récapitule ainsi toute son histoire de salut en faveur des hommes.
Dans l'histoire du salut, Dieu ne s'est pas contenté de délivrer Israël de «la maison de servitude» (Dt 5, 6) en le faisant sortir d'Égypte. Il le sauve encore de son péché. Parce que le péché est toujours une offense faite à Dieu (cf. Ps 51, 6), c'est Lui seul qui peut l'absoudre (cf. Ps 51, 12). C'est pourquoi Israël, en prenant de plus en plus conscience de l'universalité du péché, ne pourra plus chercher le salut que dans l'invocation du nom du Dieu Rédempteur (cf. Ps 79, 9).
Le nom de Jésus signifie que le nom même de Dieu est présent en la personne de son Fils (cf. Ac 5, 41; 3 Jn 7) fait homme pour la rédemption universelle et définitive des péchés. Il est le nom divin qui seul apporte le salut (cf. Jn 3, 5; Ac 2, 21) et il peut désormais être invoqué de tous car il s'est uni à tous les hommes par l'Incarnation (cf. Rm 10, 6-13) de telle sorte qu'«il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés» (Ac 4, 12; cf. Ac 9, 14; Jc 2, 7).
Le nom du Dieu Sauveur était invoqué une seule fois par an par le grand prêtre pour l'expiation des péchés d'Israël, quand il avait aspergé le propitiatoire du Saint des Saints avec le sang du sacrifice (cf. Lv 16, 15-16; Si 50, 20; He 9, 7). Le propitiatoire était le lieu de la présence de Dieu (cf. Ex 25, 22; Lv 16, 2; Nb 7, 89; He 9, 5). Quand S. Paul dit de Jésus que «Dieu l'a destiné à être propitiatoire par son propre sang» (Rm 3, 25), il signifie que dans l'humanité de celui-ci, «c'était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde» (2 Co 5, 19).
La Résurrection de Jésus glorifie le nom du Dieu Sauveur (cf. Jn 12, 28) car désormais, c'est le nom de Jésus qui manifeste en plénitude la puissance suprême du «nom au-dessus de tout nom» (Ph 2, 9-10). Les esprits mauvais craignent son nom (cf. Ac 16, 16-18; 19, 13-16) et c'est en son nom que les disciples de Jésus font des miracles (cf. Mc 16, 17), car tout ce qu'ils demandent au Père en son nom, celui-ci le leur accorde (Jn 15, 16).
Le nom de Jésus est au coeur de la prière chrétienne. Toutes les oraisons liturgiques se concluent par la formule «par notre Seigneur Jésus-Christ». Le «Je vous salue, Marie» culmine dans «et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni». La prière du coeur orientale appelée «prière à Jésus» dit: «Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur prend pitié de moi pécheur». De nombreux chrétiens meurent en ayant, comme Ste Jeanne d'Arc, le seul mot de «Jésus» aux lèvres (cf. P. Doncoeur et Y. Lanhers, La réhabilitation de Jeanne la Pucelle, p. 39. 45. 56).
Christ vient de la traduction grecque du terme hébreu «Messie» qui veut dire «oint». Il ne devient le nom propre de Jésus que parce que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu'il signifie. En effet en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une mission venant de lui. C'était le cas des rois (cf. 1 S 9, 16; 10, 1; 16, 1. 12-13; 1 R 1, 39), des prêtres (cf. Ex 29, 7; Lv 8, 12) et, en de rares cas, des prophètes (cf. 1 R 19, 16). Ce devait être par excellence le cas du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement son Royaume (cf. Ps 2, 2; Ac 4, 26-27). Le Messie devait être oint par l'Esprit du Seigneur (cf. Is 11, 2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4, 14; 6, 13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61, 1; Lc 4, 16-21). Jésus a accompli l'espérance messianique d'Israël dans sa triple fonction de prêtre, de prophète et de roi .
L'ange a annoncé aux bergers la naissance de Jésus comme celle du Messie promis à Israël: «Aujourd'hui, dans la ville de David vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur» (Lc 2, 11). Dès l'origine il est «celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde» (Jn 10, 36), conçu comme «saint» (Lc 1, 35) dans le sein virginal de Marie. Joseph a été appelé par Dieu à «prendre chez lui Marie son épouse» enceinte de «ce qui a été engendré en elle par l'Esprit Saint» (Mt 1, 21) afin que Jésus «que l'on appelle Christ» naisse de l'épouse de Joseph dans la descendance messianique de David (Mt 1, 16; cf. Rm 1, 3; 2 Tm 2, 8; Ap 22, 16).
§438
La consécration messianique de Jésus manifeste sa mission divine. «C'est d'ailleurs ce qu'indique son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu Celui qui a oint, Celui qui a été oint et l'Onction même dont il a été oint: Celui qui a oint, c'est le Père, Celui qui a été oint, c'est le Fils, et il l'a été dans l'Esprit qui est l'Onction» (S. Irénée, haer. 3, 18, 3). Sa consécration messianique éternelle s'est révélée dans le temps de sa vie terrestre lors de son baptême par Jean quand «Dieu l'a oint de l'Esprit Saint et de puissance» (Ac 10, 38) «pour qu'il fût manifesté à Israël» (Jn 1, 31) comme son Messie. Ses oeuvres et ses paroles le feront connaître comme «le saint de Dieu» (Mc 1, 24; Jn 6, 69; Ac 3, 14).
De nombreux juifs et même certains païens qui partageaient leur espérance ont reconnu en Jésus les traits fondamentaux du «fils de David» messianique promis par Dieu à Israël (cf. Mt 2, 2; 9, 27; 12, 23; 15, 22; 20, 30; 21, 9. 15). Jésus a accepté le titre de Messie auquel il avait droit (cf. Jn 4, 25-26; 11, 27), mais non sans réserve parce que celui-ci était compris par une partie de ses contemporains selon une conception trop humaine (cf. Mt 22, 41-46), essentiellement politique (cf. Jn 6, 15; Lc 24, 21).
Jésus a accueilli la profession de foi de Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en annonçant la passion prochaine du Fils de l'Homme (cf. Mt 16, 16-23). Il a dévoilé le contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans l'identité transcendante du Fils de l'Homme «qui est descendu du ciel» (Jn 3, 13; cf. Jn 6, 62; Dn 7, 13) et dans sa mission rédemptrice comme Serviteur souffrant: «Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude» (Mt 20, 28; cf. Is 53, 10-12). C'est pourquoi le vrai sens de sa royauté n'est manifesté que du haut de la Croix (cf. Jn 19, 19-22; Lc 23, 39-43). C'est seulement après sa Résurrection que sa royauté messianique pourra être proclamée par Pierre devant le Peuple de Dieu: «Que toute la maison d'Israël le sache avec certitude: Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié» (Ac 2, 36).
Fils de Dieu, dans l'Ancien Testament, est un titre donné aux anges (cf. Dt 32, 8; Jb 1, 6), au peuple de l'Élection (cf. Ex 4, 22; Os 11, 1; Jr 3, 19; Si 36, 11; Sg 18, 13), aux enfants d'Israël (cf. Dt 14, 1; Os 2, 1) et à leurs rois (cf. 2 S 7, 14; Ps 82, 6). Il signifie alors une filiation adoptive qui établit entre Dieu et sa créature des relations d'une intimité particulière. Quand le Roi-Messie promis est dit «fils de Dieu» (cf. 1 Ch 17, 13; Ps 2, 7), cela n'implique pas nécessairement, selon le sens littéral de ces textes, qu'il soit plus qu'humain. Ceux qui ont désigné ainsi Jésus en tant que Messie d'Israël (cf. Mt 27, 54) n'ont peut-être pas voulu dire davantage (cf. Lc 23, 47).
Il n'en va pas de même pour Pierre quand il confesse Jésus comme «le Christ, le Fils du Dieu vivant» (Mt 16, 16) car celui-ci lui répond avec solennité: «Cette révélation ne t'est pas venue de la chair et du sang mais de mon Père qui est dans les cieux» (Mt 16, 17). Parallèlement Paul dira à propos de sa conversion sur le chemin de Damas: «Quand Celui qui dès le sein maternel m'a mis à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l'annonce parmi les païens...» (Ga 1, 15-16). «Aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu'il est le Fils de Dieu» (Ac 9, 20). Ce sera dès le début (cf. 1 Th 1, 10) le centre de la foi apostolique (cf. Jn 20, 31) professée d'abord par Pierre comme fondement de l'Église (cf. Mt 16, 18).
Si Pierre a pu reconnaître le caractère transcendant de la filiation divine de Jésus Messie, c'est que celui-ci l'a nettement laissé entendre. Devant le Sanhédrin, à la demande de ses accusateurs: «Tu es donc le Fils de Dieu», Jésus a répondu: «Vous le dites bien, je le suis» (Lc 22, 70; cf. Mt 26, 64; Mc 14, 61). Bien avant déjà, Il s'est désigné comme «le Fils» qui connaît le Père (cf. Mt 11, 27; 21, 37-38), qui est distinct des «serviteurs» que Dieu a auparavant envoyés à son peuple (cf. Mt 21, 34-36), supérieur aux anges eux-mêmes (cf. Mt 24, 36). Il a distingué sa filiation de celle de ses disciples en ne disant jamais «notre Père» (cf. Mt 5, 48; 6, 8; 7, 21; Lc 11, 13) sauf pour leur ordonner «vous donc priez ainsi: Notre Père» (Mt 6, 9); et il a souligné cette distinction: «Mon Père et votre Père» (Jn 20, 17).
Les Évangiles rapportent en deux moments solennels, le Baptême et la transfiguration du Christ, la voix du Père qui Le désigne comme son «Fils bien-aimé» (cf. Mt 3, 17; 17, 5). Jésus se désigne Lui-même comme «le Fils Unique de Dieu» (Jn 3, 16) et affirme par ce titre sa préexistence éternelle (cf. Jn 10, 36). Il demande la foi «au nom du Fils unique de Dieu» (Jn 3, 18). Cette confession chrétienne apparaît déjà dans l'exclamation du centurion face à Jésus en croix: «Vraiment cet homme était Fils de Dieu» (Mc 15, 39). Dans le mystère pascal seulement le croyant peut donner sa portée ultime au titre de «Fils de Dieu».
C'est après sa Résurrection que sa filiation divine apparaît dans la puissance de son humanité glorifiée: «Selon l'Esprit qui sanctifie, par sa Résurrection d'entre les morts, il a été établi comme Fils de Dieu dans sa puissance» (Rm 1, 4; cf. Ac 13, 33). Les apôtres pourront confesser: «Nous avons vu sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité» (Jn 1, 14).
Dans la traduction grecque des livres de l'Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s'est révélé à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, est rendu par Kyrios («Seigneur»). Seigneur devient dès lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d'Israël. C'est dans ce sens fort que le Nouveau Testament utilise le titre de «Seigneur» à la fois pour le Père, mais aussi, et c'est là la nouveauté, pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu lui-même (cf. 1 Co 2, 8).
Jésus lui-même s'attribue de façon voilée ce titre lorsqu'il discute avec les Pharisiens sur le sens du Psaume 109 (cf. Mt 22, 41-46; cf. aussi Ac 2, 34-36; He 1, 13), mais aussi de manière explicite en s'adressant à ses apôtres (cf. Jn 13, 13). Tout au long de sa vie publique ses gestes de domination sur la nature, sur les maladies, sur les démons, sur la mort et le péché, démontraient sa souveraineté divine.
Très souvent, dans les Évangiles, des personnes s'adressent à Jésus en l'appelant «Seigneur». Ce titre exprime le respect et la confiance de ceux qui s'approchent de Jésus et qui attendent de lui secours et guérison (cf. Mt 8, 2; 14, 30; 15, 22; e.a.). Sous la motion de l'Esprit Saint, il exprime la reconnaissance du mystère divin de Jésus (cf. Lc 1, 43; 2, 11). Dans la rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration: «Mon Seigneur et mon Dieu!» (Jn 20, 28). Il prend alors une connotation d'amour et d'affection qui va rester le propre de la tradition chrétienne: «C'est le Seigneur!» (Jn 21, 7).
En attribuant à Jésus le titre divin de Seigneur, les premières confessions de foi de l'Église affirment, dès l'origine (cf. Ac 2, 34-36), que le pouvoir, l'honneur et la gloire dus à Dieu le Père conviennent aussi à Jésus (cf. Rm 9, 5; Tt 2, 13; Ap 5, 13) parce qu'il est de «condition divine» (Ph 2, 6) et que le Père a manifesté cette souveraineté de Jésus en le ressuscitant des morts et en l'exaltant dans sa gloire (cf. Rm 10, 9; 1 Co 12, 3; Ph 2, 11).
Dès le commencement de l'histoire chrétienne, l'affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l'histoire (cf. Ap 11, 15) signifie aussi la reconnaissance que l'homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ: César n'est pas «le Seigneur» (cf. Mc 12, 17; Ac 5, 29). «L'Église croit (...) que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître» (GS 10, § 2; cf. 45, § 2).
La prière chrétienne est marquée par le titre «Seigneur», que ce soit l'invitation à la prière «le Seigneur soit avec vous», ou la conclusion de la prière «par Jésus-Christ notre Seigneur» ou encore le cri plein de confiance et d'espérance: «Maran atha " («le Seigneur vient!») ou «Marana tha " («Viens, Seigneur!») (1 Co 16, 22): «Amen, viens, Seigneur Jésus!» (Ap 22, 20).
Le nom de Jésus signifie «Dieu qui sauve». L'enfant né de la Vierge Marie est appelé «Jésus» «car c'est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés» (Mt 1, 21): «Il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés» (Ac 4, 12).
Le nom de Christ signifie «oint», «Messie». Jésus est le Christ car «Dieu L'a oint de l'Esprit Saint et de puissance» (Ac 10, 38). Il était «celui qui doit venir» (Lc 7, 19), l'objet de «l'espérance d'Israël» (Ac 28, 20).
Le nom de Fils de Dieu signifie la relation unique et éternelle de Jésus-Christ à Dieu son Père: Il est le Fils unique du Père (cf. Jn 1, 14. 18; 3, 16. 18) et Dieu lui-même (cf. Jn 1, 1). Croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu est nécessaire pour être chrétien (cf. Ac 8, 37; 1 Jn 2, 23).
Le nom de Seigneur signifie la souveraineté divine. Confesser ou invoquer Jésus comme Seigneur, c'est croire en sa divinité. «Nul ne peut dire 'Jésus est Seigneur' s'il n'est avec l'Esprit Saint» (1 Co 12, 3)
«JESUS-CHRIST A ETE CONÇU DU SAINT-ESPRIT, IL EST NE DE LA VIERGE MARIE»
Paragraphe 1. LE FILS DE DIEU S'EST FAIT HOMME
I. Pourquoi le Verbe s'est-il fait chair
Avec le Credo de Nicée-Constantinople, nous répondons en confessant: «Pour nous les hommes et pour notre salut Il descendit du ciel; par l'Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s'est fait homme».
Le Verbe s'est fait chair pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu: «C'est Dieu qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés» (1 Jn 4, 10). «Le Père a envoyé son Fils, le sauveur du monde» (1 Jn 4, 14). «Celui-là a paru pour ôter les péchés» (1 Jn 3, 5):
Malade, notre nature demandait à être guérie; déchue, à être relevée; morte, à être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière; captifs, nous attendions un sauveur; prisonniers, un secours; esclaves, un libérateur. Ces raisons-là étaient-elles sans importance? Ne méritaient-elles pas d'émouvoir Dieu au point de le faire descendre jusqu'à notre nature humaine pour la visiter, puisque l'humanité se trouvait dans un état si misérable et si malheureux? (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 15: PG 45, 48B).
Le Verbe s'est fait chair pour que nous connaissions ainsi l'amour de Dieu: «En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui» (1 Jn 4, 9). «Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle» (Jn 3, 16).
Le Verbe s'est fait chair pour être notre modèle de sainteté: «Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi...» (Mt 11, 29). «Je suis la voie, la vérité et la vie; nul ne vient au Père sans passer par moi» (Jn 14, 6). Et le Père, sur la montagne de la Transfiguration, ordonne: «Écoutez-le» (Mc 9, 7; cf. Dt 6, 4-5). Il est en effet le modèle des Béatitudes et la norme de la Loi nouvelle: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés» (Jn 15, 12). Cet amour implique l'offrande effective de soi-même à sa suite (cf. Mc 8, 34).
Le Verbe s'est fait chair pour nous rendre «participants de la nature divine» (2 P 1, 4): «Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s'est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l'homme: c'est pour que l'homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu» (S. Irénée, haer. 3, 19, 1). «Car le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu» (S. Athanase, inc. 54, 3: PG 25, 192B). «Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu» (S. Thomas d'A., opusc. 57 in festo Corp. Chr. 1).
II. L'Incarnation
Reprenant l'expression de S. Jean («Le Verbe s'est fait chair «: Jn 1, 14), l'Église appelle «Incarnation» le fait que le Fils de Dieu ait assumé une nature humaine pour accomplir en elle notre salut. Dans une hymne attestée par S. Paul, l'Église chante le mystère de l'Incarnation:
«Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus: Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même prenant condition d'esclave et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et la mort sur la Croix!» (Ph 2, 5-8; cf. LH, cantique des Vêpres du samedi).
L'épître aux Hébreux parle du même mystère:
C'est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit: Tu n'as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m'as façonné un corps. Tu n'as agréé ni holocauste ni sacrifices pour les péchés. Alors j'ai dit: Voici, je viens (...) pour faire ta volonté (He 10, 5-7, citant Ps 40, 7-9 LXX).
La foi en l'Incarnation véritable du Fils de Dieu est le signe distinctif de la foi chrétienne: «A ceci reconnaissez l'esprit de Dieu: Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu» (1 Jn 4, 2). C'est là la joyeuse conviction de l'Église dès son commencement, lorsqu'elle chante «le grand mystère de la piété «: «Il a été manifesté dans la chair» (1 Tm 3, 16).
L'événement unique et tout à fait singulier de l'Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu'il soit le résultat du mélange confus entre le divin et l'humain. Il s'est fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l'Église a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des hérésies qui la falsifiaient.
Les premières hérésies ont moins nié la divinité du Christ que son humanité vraie (docétisme gnostique). Dès les temps apostolique la foi chrétienne a insisté sur la vraie incarnation du Fils de Dieu, «venu dans la chair» (cf. 1 Jn 4, 2-3; 2 Jn 7). Mais dès le troisième siècle, l'Église a dû affirmer contre Paul de Samosate, dans un Concile réuni à Antioche, que Jésus-Christ est Fils de Dieu par nature et non par adoption. Le premier Concile oecuménique de Nicée, en 325, confessa dans son Credo que le Fils de Dieu est «engendré, non pas créé, de la même substance (homousios -- DS 125) que le Père» et condamna Arius qui affirmait que «le Fils de Dieu est sorti du néant» (DS 130) et qu'il serait «d'une autre substance que le Père» (DS 126).
L'hérésie nestorienne voyait dans le Christ une personne humaine conjointe à la personne divine du Fils de Dieu. Face à elle S. Cyrille d'Alexandrie et le troisième Concile oecuménique réuni à Ephèse en 431 ont confessé que «le Verbe, en s'unissant dans sa personne une chair animée par une âme rationnelle, est devenu homme» (DS 250). L'humanité du Christ n'a d'autre sujet que la personne divine du Fils de Dieu qui l'a assumée et faite sienne dès sa conception. Pour cela le Concile d'Ephèse a proclamé en 431 que Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu dans son sein: «Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d'elle sa nature divine, mais parce que c'est d'elle qu'il tient le corps sacré doté d'une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair» (DS 251).
Les monophysites affirmaient que la nature humaine avait cessé d'exister comme telle dans le Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. Confronté à cette hérésie, le quatrième Concile oecuménique, à Chalcédoine, a confessé en 451:
A la suite des saints Pères, nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d'une âme rationnelle et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité, «semblable à nous en tout, à l'exception du péché» (He 4, 15); engendré du Père avant tout les siècles selon la divinité, et en ces derniers jours, pour nous et pour notre salut, né de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l'humanité.
Un seul et même Christ, Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence des natures n'est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule hypostase (DS 301-302).
Après le Concile de Chalcédoine, certains firent de la nature humaine du Christ une sorte de sujet personnel. Contre eux, le cinquième Concile oecuménique, à Constantinople en 553, a confessé à propos du Christ: «Il n'y a qu'une seule hypostase [ou personne], qui est notre Seigneur Jésus-Christ, un de la Trinité» (DS 424). Tout dans l'humanité du Christ doit donc être attribué à sa personne divine comme à son sujet propre (cf. déjà Cc. Ephèse: DS 255), non seulement les miracles mais aussi les souffrances (cf. DS 424) et même la mort: «Celui qui a été crucifié dans la chair, notre Seigneur Jésus-Christ, est vrai Dieu, Seigneur de la gloire et Un de la sainte Trinité» (DS 432).
L'Église confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de Dieu qui s'est fait homme, notre frère, et cela sans cesserd'être Dieu, notre Seigneur:
«Il resta ce qu'Il était, Il assuma ce qu'il n'était pas», chante la liturgie romaine (LH, In Solemnitate Sanctae Dei Genetricis Mariae, antiphona ad «Benedictus»; cf. S. Léon le Grand, serm. 21, 2: PL 54, 192A). Et la liturgie de S. Jean Chrysostome proclame et chante: «O Fils unique et Verbe de Dieu, étant immortel, tu as daigné pour notre salut t'incarner de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, qui sans changement es devenu homme, et qui as été crucifié, O Christ Dieu, qui, par ta mort as écrasé la mort, qui es Un de la Sainte Trinité, glorifié avec le Père et le Saint-Esprit, sauve-nous!» (Tropaire «O monoghenis»).
IV. Comment le Fils de Dieu est-il homme?
Parce que dans l'union mystérieuse de l'Incarnation «la nature humaine a été assumée, non absorbée» (GS 22, § 2), l'Église a été amenée au cours des siècles à confesser la pleine réalité de l'âme humaine, avec ses opérations d'intelligence et de volonté, et du corps humain du Christ. Mais parallèlement, elle a eu à rappeler à chaque fois que la nature humaine du Christ appartient en propre à la personne divine du Fils de Dieu qui l'a assumée. Tout ce qu'il est et ce qu'il fait en elle relève «d'Un de la Trinité». Le Fils de Dieu communique donc à son humanité son propre mode d'exister personnel dans la Trinité. Ainsi, dans son âme comme dans son corps, le Christ exprime humainement les moeurs divines de la Trinité (cf. Jn 14, 9-10):
Le Fils de Dieu a travaillé avec des mains d'homme, il a pensé avec une intelligence d'homme, il a agi avec une volonté d'homme, il a aimé avec un coeur d'homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l'un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché (GS 22, § 2).
L'âme et la connaissance humaine du Christ
Apollinaire de Laodicée affirmait que dans le Christ le Verbe avait remplacé l'âme ou l'esprit. Contre cette erreur l'Église a confessé que le Fils éternel a assumé aussi une âme raisonnable humaine (cf. DS 149).
Cette âme humaine que le Fils de Dieu a assumée est douée d'une vraie connaissance humaine. En tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée: elle était exercée dans les conditions historiques de son existence dans l'espace et le temps. C'est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme «croître en sagesse, en taille et en grâce» (Lc 2, 52) et de même avoir à s'enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit apprendre de manière expérimentale (cf. Mc 6, 38; Mc 8, 27; Jn 11, 34; etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire dans «la condition d'esclave» (Ph 2,7).
Mais en même temps, cette connaissance vraiment humaine du Fils de Dieu exprimait la vie divine de sa personne (cf. S. Grégoire le Grand, ep. 10, 39: DS 475: PL 77, 1097B). «La nature humaine du Fils de Dieu, non par elle-même mais par son union au Verbe, connaissait et manifestait en elle tout ce qui convient à Dieu» (S. Maxime le Confesseur, qu. dub. 66: PG 90, 840A). C'est en premier le cas de la connaissance intime et immédiate que le Fils de Dieu fait homme a de son Père (cf. Mc 14, 36; Mt 11, 27; Jn 1, 18; 8, 55; etc.). Le Fils montrait aussi dans sa connaissance humaine la pénétration divine qu'il avait des pensées secrètes du coeur des hommes (cf. Mc 2, 8; Jn 2, 25; 6, 61; etc.).
De par son union à la Sagesse divine en la personne du Verbe incarné, la connaissance humaine du Christ jouissait en plénitude de la science des desseins éternels qu'il était venu révéler (cf. Mc 8, 31; 9, 31; 10, 33-34; 14, 18-20. 26-30). Ce qu'il reconnaît ignorer dans ce domaine (cf. Mc 13, 32), il déclare ailleurs n'avoir pas mission de le révéler (cf. Ac 1, 7).
De manière parallèle, l'Église a confessé au sixième Concile oecuménique (Cc. Constantinople III en 681) que le Christ possède deux volontés et deux opérations naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes, de sorte que le Verbe fait chair a voulu humainement dans l'obéissance à son Père tout ce qu'il a décidé divinement avec le Père et le Saint-Esprit pour notre salut (cf. DS 556-559). La volonté humaine du Christ «suit sa volonté divine, sans être en résistance ni en opposition vis-à-vis d'elle, mais bien plutôt en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante» (DS 556).
§476
Puisque le Verbe s'est fait chair en assumant une vraie humanité, le corps du Christ était délimité (cf. Cc. Latran en 649: DS 504). A cause de cela, le visage humain de Jésus peut être «dépeint» (Ga 3, 2). Au sixième Concile oecuménique (Cc. Nicée II en 787: DS 600-603) l'Église a reconnu comme légitime qu'il soit représenté sur des images saintes.
En même temps l'Église a toujours reconnu que, dans le corps de Jésus, «Dieu qui est par nature invisible est devenu visible à nos yeux» (MR, Préface de Noël). En effet, les particularités individuelles du corps du Christ expriment la personne divine du Fils de Dieu. Celui-ci a fait siens les traits de son corps humain au point que, dépeints sur une image sainte, ils peuvent être vénérés car le croyant qui vénère son image, «vénère en elle la personne qui y est dépeinte» (Cc. Nicée II: DS 601).
Jésus nous a tous et chacun connus et aimés durant sa vie, son agonie et sa passion et il s'est livré pour chacun de nous: «Le Fils de Dieu m'a aimé et s'est livré pour moi» (Ga 2, 20). Il nous a tous aimés d'un coeur humain. Pour cette raison, le Coeur sacré de Jésus, transpercé par nos péchés et pour notre salut (cf. Jn 19, 34), «est considéré comme le signe et le symbole éminents... de cet amour que le divin Rédempteur porte sans cesse au père éternel et à tous les hommes sans exception» (Pie XII, Enc. «Haurietis aquas «: DS 3924; cf. DS 3812).
Au temps établi par Dieu, le Fils unique du Père, la Parole éternelle, c'est-à-dire le Verbe et l'Image substantielle du Père, s'est incarné: sans perdre la nature divine il a assumé la nature humaine.
Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, dans l'unité de sa Personne divine; pour cette raison il est l'unique Médiateur entre Dieu et les hommes.
§481
Jésus-Christ possède deux natures, la divine et l'humaine, non confondues, mais unies dans l'unique Personne du Fils de Dieu.
Le Christ, étant vrai Dieu et vrai homme, a une intelligence et une volonté humaines, parfaitement accordées et soumises à son intelligence et sa volonté divines, qu'il a en commun avec le Père et le Saint-Esprit.
L'Incarnation est donc le mystère de l'admirable union de la nature divine et de la nature humaine dans l'unique Personne du Verbe.
Paragraphe 2. «... CONÇU DU SAINT-ESPRIT, NE DE LA VIERGE MARIE»
L'Annonciation à Marie inaugure la «plénitude des temps» (Ga 4, 4), c'est-à-dire l'accomplissement des promesses et des préparations. Marie est invitée à concevoir Celui en qui habitera «corporellement la plénitude de la divinité» (Col 2, 9). La réponse divine à son «comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme?» (Lc 1, 34) est donnée par la puissance de l'Esprit: «L'Esprit Saint viendra sur toi» (Lc 1, 35).
§485
La mission de l'Esprit Saint est toujours conjointe et ordonnée à celle du Fils (cf. Jn 16, 14-15). L'Esprit Saint est envoyé pour sanctifier le sein de la Vierge Marie et la féconder divinement, lui qui est «le Seigneur qui donne la Vie», en faisant qu'elle conçoive le Fils éternel du Père dans une humanité tirée de la sienne.
Le Fils unique du Père en étant conçu comme homme dans le sein de la Vierge Marie est «Christ», c'est-à-dire oint par l'Esprit Saint (cf. Mt 1, 20; Lc 1, 35), dès le début de son existence humaine, même si sa manifestation n'a lieu que progressivement: aux bergers (cf. Lc 2, 8-20), aux mages (cf. Mt 2, 1-12), à Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 31-34), aux disciples (cf. Jn 2, 11). Toute la vie de Jésus-Christ manifestera donc «comment Dieu l'a oint d'Esprit et de puissance» (Ac 10, 38).
Ce que la foi catholique croit au sujet de Marie se fonde sur ce qu'elle croit au sujet du Christ, mais ce qu'elle enseigne sur Marie éclaire à son tour sa foi au Christ.
«Dieu a envoyé son Fils» (Ga 4, 4), mais pour lui «façonner un corps» (cf. He 10, 5) il a voulu la libre coopération d'une créature. Pour cela, de toute éternité, Dieu a choisi, pour être la Mère de Son Fils, une fille d'Israël, une jeune juive de Nazareth en Galilée, «une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie» (Lc 1, 26-27):
Le Père des miséricordes a voulu que l'Incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l'oeuvre de mort, de même une femme contribuât aussi à la vie (LG 56; cf. 61).
§489
Tout au long de l'Ancienne Alliance, la mission de Marie a été préparée par celle de saintes femmes. Tout au commencement, il y a Eve: malgré sa désobéissance, elle reçoit la promesse d'une descendance qui sera victorieuse du Malin (cf. Gn 3, 15) et celle d'être la mère de tous les vivants (cf. Gn 3, 20). En vertu de cette promesse, Sara conçoit un fils malgré son grand âge (cf. Gn 18, 10-14; 21, 1-2). Contre toute attente humaine, Dieu choisit ce qui était tenu pour impuissant et faible (cf. 1 Co 1, 27) pour montrer sa fidélité à sa promesse: Anne, la mère de Samuel (cf. 1 S 1), Débora, Ruth, Judith et Esther, et beaucoup d'autres femmes. Marie «occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. Avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s'accomplissent les temps et s'instaure l'économie nouvelle» (LG 55).
Pour être la Mère du Sauveur, Marie «fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d'une si grande tâche» (LG 56). L'ange Gabriel, au moment de l'Annonciation la salue comme «pleine de grâce» (Lc 1, 28). En effet, pour pouvoir donner l'assentiment libre de sa foi à l'annonce de sa vocation, il fallait qu'elle soit toute portée par la grâce de Dieu.
§491
Au long des siècles l'Église a pris conscience que Marie, «comblée de grâce» par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C'est ce que confesse le dogme de l'Immaculée Conception, proclamé en 1854 par le pape Pie IX:
§492
Cette «sainteté éclatante absolument unique» dont elle est «enrichie dès le premier instant de sa conception» (LG 56) lui vient tout entière du Christ: elle est «rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils» (LG 53). Plus que toute autre personne créée, le Père l'a «bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ» (Ep 1, 3). Il l'a «élue en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être sainte et immaculée en sa présence, dans l'amour» (cf. Ep 1, 4).
§493
Les Pères de la tradition orientale appellent la Mère de Dieu «la Toute Sainte» (Panaghia), ils la célèbrent comme «indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l'Esprit Saint, et formée comme une nouvelle créature» (LG 56). Par la grâce de Dieu, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.
«Qu'il me soit fait selon ta parole...»
§494
A l'annonce qu'elle enfantera «le Fils du Très Haut» sans connaître d'homme, par la vertu de l'Esprit Saint (cf. Lc 1, 28-37), Marie a répondu par «l'obéissance de la foi» (Rm 1, 5), certaine que «rien n'est impossible à Dieu «: «Je suis la servante du Seigneur; qu'il m'advienne selon ta parole» (Lc 1, 37-38). Ainsi, donnant à la parole de Dieu son consentement, Marie devint Mère de Jésus et, épousant à plein coeur, sans que nul péché la retienne, la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement à la personne et à l'oeuvre de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce de Dieu, au mystère de la Rédemption (cf. LG 56):
Comme dit S. Irénée, «par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut» (Haer. 3, 22, 4). Aussi, avec lui, bon nombre d'anciens Pères disent: «Le noeud dû à la désobéissance d'Eve, s'est dénoué par l'obéissance de Marie; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l'a dénoué par sa foi» (cf. ibid.); comparant Marie avec Eve, ils appellent Marie «la Mère des vivants» et déclarent souvent: «par Eve la mort, par Marie la vie» (LG 56).
§495
Appelée dans les Évangiles «la mère de Jésus» (Jn 2, 1; 19, 25; cf. Mt 13, 55), Marie est acclamée, sous l'impulsion de l'Esprit, dès avant la naissance de son fils, comme «la mère de mon Seigneur» (Lc 1, 43). En effet, Celui qu'elle a conçu comme homme du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils selon la chair, n'est autre que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de la Sainte Trinité. L'Église confesse que Marie est vraiment Mère de Dieu (Theotokos) (cf. DS 251).
Dès les premières formulations de la foi (cf. DS 10-64), l'Église a confessé que Jésus a été conçu par la seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, affirmant aussi l'aspect corporel de cet événement: Jésus a été conçu «de l'Esprit Saint sans semence virile» (Cc. Latran en 649: DS 503). Les Pères voient dans la conception virginale le signe que c'est vraiment le Fils de Dieu qui est venu dans une humanité comme la nôtre:
Ainsi, S. Ignace d'Antioche (début IIe siècle): «Vous êtes fermement convaincus au sujet de notre Seigneur qui est véritablement de la race de David selon la chair (cf. Rm 1, 3), Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu (cf. Jn 1, 13), véritablement né d'une vierge, (...) il a été véritablement cloué pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate (...) il a véritablement souffert, comme il est aussi véritablement ressuscité» (Smyrn. 1-2).
Les récits évangéliques (cf. Mt 1, 18-25; Lc 1, 26-38) comprennent la conception virginale comme une oeuvre divine qui dépasse toute compréhension et toute possibilité humaines (cf. Lc 1, 34): «Ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint», dit l'ange à Joseph au sujet de Marie, sa fiancée (Mt 1, 20). L'Église y voit l'accomplissement de la promesse divine donnée par le prophète Isaïe: «Voici que la vierge concevra et enfantera un fils» (Is 7, 14, d'après la traduction grecque de Mt 1, 23).
On a été parfois troublé par le silence de l'Évangile de S. Marc et des Épîtres du Nouveau Testament sur la conception virginale de Marie. On a aussi pu se demander s'il ne s'agissait pas ici de légendes ou de constructions théologiques sans prétentions historiques. A quoi il faut répondre: La foi en la conception virginale de Jésus a rencontré vive opposition, moqueries ou incompréhension de la part des non-croyants, juifs et païens (cf. S. Justin, dial. 66, 67; Origène, Cels. 1, 32. 69; e.a.): elle n'était pas motivée par la mythologie païenne ou par quelque adaptation aux idées du temps. Le sens de cet événement n'est accessible qu'à la foi qui le voit dans ce «lien qui relie les mystères entre eux» (DS 3016), dans l'ensemble des mystères du Christ, de son Incarnation à sa Pâque. S. Ignace d'Antioche témoigne déjà de ce lien: «Le prince de ce monde a ignoré la virginité de Marie et son enfantement, de même que la mort du Seigneur: trois mystères retentissants qui furent accomplis dans le silence de Dieu» (Eph. 19, 1; cf. 1 Co 2, 8).
Marie -- «toujours Vierge»
L'approfondissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l'Église à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie (cf. DS 427) même dans l'enfantement du Fils de Dieu fait homme (cf. DS 291; 294; 442; 503; 571; 1880). En effet la naissance du Christ «n'a pas diminué, mais consacré l'intégrité virginale» de sa mère (LG 57). La liturgie de l'Église célèbre Marie comme la Aeiparthenos, «toujours vierge» (cf. LG 52).

References: §400
 §499
 § 1
 § 2
 § 1
 § 2

§426

§438
 § 2
 § 2
 § 2
 § 2

§476

§481

§485

§489

§491

§492

§493

§494

§495