Source: http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2012/04/index.html
Timestamp: 2017-08-21 13:55:00+00:00

Document:
Le 30 avril 2012, France Soir écrit notamment « Résultat Présidentielle : Pourquoi le "clan Chirac" a décidé d’abattre Sarkozy », alors que Le Figaro diffuse un flash d'actualité « Hollande: "DSK n'a pas à revenir" ». Le Nouvel Observateur annonce « Débat du 2 mai : pourquoi Sarkozy ne va pas "exploser" François Hollande ». La Dépêche rapporte « À Toulouse, Sarkozy exalte la nation et les frontières », et Le Figaro à son tour « Hollande : pas plus de régularisations ». Pour François Hollande, non seulement il est hors de question d'augmenter le nombre de régularisations d'étrangers, mais les décisions sur les demandes de régularisation doivent être prises beaucoup plus rapidement (des expulsions plus expéditives, donc). Au délà des surenchères et du lobbying médiatique, peut-on identifier une quelconque différence sur le fond entre les politiques réelles des deux candidats ? Ceux qui appellent à voter pour François Hollande reprochent à Nicolas Sarkozy des mesures telles que la loi sur les retraites adoptée il y a un an et demi. Mais en même temps, ils « oublient » de préciser que cette loi n'a été que l'application, dans la limite du délai prévu à cet effet, des accords du Conseil Européen de Barcelone (mars 2002) entérinés par l'alors Premier Ministre Lionel Jospin sous un gouvernement dit de « gauche plurielle » dont faisaient partie entre autres Jean-Luc Mélenchon, Marie-George Buffet, Ségolène Royal, Pierre Moscovici... La situation est analogue en ce qui concerne les antécédents de la Loi n°2007-1199 du 10 août 2007 dite « relative aux libertés et responsabilités des universités » (LRU), application directe de la stratégie de Lisbonne également entérinée par le gouvernement Jospin. A cette époque, François Hollande était déjà premier secrétaire du Parti Socialiste prenant la succession de Lionel Jospin. François Hollande, qui a bien rassuré les milieux d'affaires britanniques par des déclarations parues notamment dans The Guardian avec le titre « François Hollande seeks to reassure UK and City of London », est-il autre chose qu'un gardien de la casse sociale organisée au niveau européen par Jacques Delors il y a plus de vingt-cinq ans et poursuivie depuis par tous les gouvernements français et d'autres pays du continent ? En réalité, les dirigeants de multinationales et des milieux financiers proches de François Hollande ne font pas défaut. C'est le cas, par exemple, du PDG d'AXA Henri de Castries dont les médias omettent en général de rappeler qu'il est également l'actuel président du Comité permanent des rencontres de Bilderberg. Un autre participant français à la dernière rencontre de Bilderberg est le « socialiste » Pascal Lamy, actuel directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et ancien bras droit de Jacques Delors.
Le 30 avril 2012, quatre ans après la crise financière mais presque trois décennies après la mise en place de la politique consenseulle de « droites » et « gauches » qui y a conduit, Capital écrit « Pas de sortie de la crise de l'emploi en vue ». C'est « tout simple ». En tout cas, dans le cadre de la politique conventionnelle qu'incarnent Nicolas Sarkozy et François Hollande.
Capital reproduit une dépêche Reuters se référant à son tour à un commniqué de presse de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) où on, peut lire notamment (http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/press-and-media-c...) :
L’OIT avertit: pas de reprise en vue pour les marchés du travail
Le «Rapport sur le travail dans le monde 2012: de meilleurs emplois pour une économie meilleure» de l’OIT affirme que même si la croissance économique montre des signes de reprise dans certaines régions, la situation mondiale de l’emploi est extrêmement inquiétante et ne laisse entrevoir aucun redressement dans un avenir proche, selon l’Organisation internationale du Travail)
Le «Rapport sur le travail dans le monde 2012: de meilleurs emplois pour une économie meilleure» de l’OIT affirme qu’environ 50 millions d’emplois font toujours défaut par rapport à la situation qui prévalait avant la crise. Il met aussi en garde contre l’amorce d’une nouvelle phase encore plus problématique de la crise mondiale de l’emploi.
Les pays dits « occidentaux », où règne toujours une politique récurrente de délocalisations industrielles et financières liée à la tant vantée « mondialisation des échanges », sont de ce fait même les plus directement atteints. Et tout particulièrement les pays européens jadis « riches » dont la politique économique s'est toujours basée sur l'exploitation des matières premières d'autres pays et qui ont les premiers poussé à la création de l'OMC.
Mais la « mondialisation des échanges » et l'exportation de capitaux à une échelle sans précédent, sont-elles autre chose que des conséquences de la politique européenne mise en place par le « socialiste » français Jacques Delors ? Ce n'est rien d'autre que la stratégie de « libéralisation » et de privatisations dont s'est vanté François Hollande sans ses déclarations au Guardian (http://www.guardian.co.uk/world/2012/feb/13/francoise-hol....).
On peut donc comprendre que François Hollande ne manque pas d'amis dans la coupole du milieu patronal. Ce que font remarquer quelques articles de la période récente (Challenges, Le Journal du Net, L'Expansion...) : http://www.challenges.fr/economie/20111016.CHA5741/ces-ec..., http://www.journaldunet.com/economie/magazine/francois-ho..., http://www.journaldunet.com/economie/magazine/francois-ho...,http://lexpansion.lexpress.fr/economie/francois-hollande-..., http://lexpansion.lexpress.fr/economie/francois-hollande-......
Mais dans ce cas, discours à part, existe-t-il une quelconque ligne de démarcation entre la politique de François Hollande et celle de Nicolas Sarkozy ? Tel ne semble pas être le cas, en dehors du fait qu'à différence de François Hollande, Nicolas Sarkozy n'est pas un ancien élève de l'Ecole Nationale d'Administration (ENA) pas plus que de celle des Hautes Etudes Commerciales (HEC).
C'est d'ailleurs à l'ENA, que François Hollande a eu l'occasion de faire la connaissance de son ami personnel, l'actuel PDG d'AXA et président du Steering Committee des rencontres de Bilderberg (http://www.bilderbergmeetings.org/governance.html) Henri de Castries. Lequel, d'après les articles évoqués plus haut, a même versé un don pour sa campagne électorale des présidentielles de 2012 (http://library.madeinpresse.fr/samples/MP2s7oQ73J2j-2). Jacques Chirac, qui soutient ouvertement François Hollande contre Nicolas Sarkozy, est, lui aussi, un ancien de l'ENA.
Et c'est dans la mouvance d'artisans de la « pensée unique » comme Jacques Delors ou Jacques Attali, que s'est déroulée l'essentiel de la carrière politique de François Hollande depuis son accès à la fonction de conseiller de François Mitterrand en 1981.
Sur le fond des véritables enjeux politiques, quelles sont donc les différences réelles entre les deux candidats au second tour des élections présidentielles ?
Ajoutons qu'en ce qui concerne la fiabilité pratique à l'égard des revendications du mouvement populaire, la situation ne paraît guère meilleure du côté de la « gauche de la gauche ». Quelle est vraiment sa stratégie, et quelles sont les intentions réelles de ses dirigeants laissant de côté les mises en scène ?
On peut même craindre le pire, si on pense par exemple à cette page de janvier 2002 sur le site du syndicat Sud Education : http://www.sudeducation.org/10-pages-Lycee-des-Metiers.html, où on lit d'emblée « Lycée des Métiers. Le Medef en rêvait... Mélenchon l’a fait ! ». Rien de moins. Peut-on raisonnablement se fier à ce genre de « tribuns » et anciens ministres de Lionel Jospin, pour « faire pression sur Hollande » ?
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Coût de la connaissance et avenir du CNRS (II)
Le 27 avril 2012, Le Monde écrit « Harvard rejoint les universitaires pour un boycott des éditeurs », évoquant la situation de crise déjà abordée début février dans notre article « Coût de la connaissance et avenir du CNRS (I) ». Même dans des organismes publics comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), les critères bibliométriques dans l'évaluation et les jurys de concours ont toujours été un moyen d'imposer la soumission des chercheurs aux éditeurs marchands. A présent, le coût des abonnements aux revues marchandes dites « avec comité de lecture » commence à dépasser les possibilités financières des universités les plus riches et influentes des Etats-Unis. ActuaLitté souligne « une 'situation intenable' pour les bibliothèques d'Harvard ». La pétition The Cost of knowledge, mettant en cause les prix des revues d'Elsevier, a déjà rassemblé plus de 10.000 signatures de chercheurs de tous pays et disciplines. Les bibliothèques des institutions scientifiques dépensent en effet une partie croissante de leur budget dans l'achat des revues d'Elsevier, Springer et Wiley. Un article de The Carbon Brief du 27 avril intitulé « Open access publishing and how science gets into the media » fait état d'une situation analogue pour les principales universités britanniques. Cette semaine, la profession de foi de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres, chercheur au CNRS, pour le second tour des élections en cours au Comité National de la Recherche Scientifique abordait également la problématique des revues marchandes « avec comité de lecture ». Non seulement en ce qui concerne leur coût, mais aussi sur le nombre croissant de rétractations d'articles dont fait état l'article du New York Times « A Sharp Rise in Retractions Prompts Calls for Reform » et sur la situation tout aussi inquiétante dans le domaine des risques de conflits d'intérêts comme il ressort de l'article « A Drumbeat on Profit Takers » publié par le même journal. Mais comment a-t-on pu en arriver à une telle situation ? De toute évidence, l'hégémonie des revues marchandes convenait aux intérêts des lobbies scientifiques qui en contrôlent la politique éditoriale et qui, par ce biais, exercent de fait une influence sur l'évaluation scientifique au CNRS et dans bien d'autres institutions. Sur la crise du coût des revues scientifiques, un blog du Guardian emploie le titre « Life after Elsevier: making open access to scientific knowledge a reality ». Mais les choses sont-elles si simples ? De toute évidence, le problème des revues marchandes à présent décriées ne se réduit pas à leur coût. Qui contrôlera les sites dits d'accès ouvert et comment fonctionneront-ils ? L'absence de censure lobbiste, « de groupe » ou dictée par des préjugés est également une nécessité. Comment garantir cette transparence ? Et le problème récurrent des resultats erronés ou dénaturés, voire même falsifiés, publiés par les prétendues « meilleures revues » trouve sa source dans des dysfonctionnements institutionnels et collectifs d'une nature clairement plus vaste.
Derrière la problématique d'apparence financière du coût des revues marchandes dites « avec comité de lecture », on voit en réalité émerger une ensemble cohérent de questions d'une portée beaucoup plus large. Elles nous mènent inévitablement vers une critique globale du fonctionnement des institutions scentifiques et des « collectivités » qui s'y sont greffées.
Changer le système de publication des travaux scientifiques est nécessaire. Mais quoi pourra servir un site dit « d'accès ouvert », si la censure scientifique s'y installe au bénéfice de quelques groupes influents, et si un réseau médiatique de fait se constitue sous le contrôle de ces groupes et au détriment d'autres auteurs ?
Et comment empêcher la diffusion « publicitaire » de résultats erronés, voire la dénaturation volontaire de résultats scientifiques, s'il n'est pas mis fin à la course au pouvoir, à l'influence, à l'argent... au sein même du monde scientifique ?
En finir avec l'hégémonie des revues marchandes est une nécessité évidente, mais cela ne suffit pas. En réalité, la question n'a été posée par les institutions elles-mêmes (exemple tout récent, l'Université de Harvard) que lorsque l'involution du système des revues « avec comité de lecture » en est arrivée à mettre en crise le système qui nourrit ces revues. Mais existe-t-il une réelle volonté de changer l'essence de ce système ?
Dans un chapitre de sa profession de foi intitulé L'importance des précautions éthiques, notre candidat Luis Gonzalez-Mestres interroge (http://blogs.mediapart.fr/blog/scientia/270412/luis-gonza...) : « Le Comité National de la Recherche Scientifique peut-il valablement fermer les yeux devant une telle situation et se dérober à un tel débat ? ». Telle est, en effet, la question que nous entendons adresser à l'ensemble des chercheurs.
Et que penser, à cet égard, de l'escalade publicitaire de la période récente autour de l'annonce clairement prématurée d'OPERA sur la possible observation d'une vitesse supraluminale du neutrino ? Voir, par exemple, les articles de Nature « 365 days: Nature's 10 » et « Embattled neutrino project leaders step down ».
Comment préserver la neutralité de l'édition scientifique, des sites et revues professionnels et de la presse scientifique dans de telles situations, où l'escalade médiatique trouve son origine au sein même des institutions et de groupes influents ?
Derrière le débat sur les revues marchandes « avec comité de lecture » apparaît très clairement celui de l'évaluation scientifique, clairement en crise (expertises, médicaments, nucléaire, conflits d'intérêts divers...). Et par là, celui du pouvoir réel et du contrôle même des institutions scientifiques dans les pays « occidentaux » dont la décadence dans ce domaine ne cesse de s'accentuer.
Dans notre article « Coût de la connaissance et avenir du CNRS (I) », nous écrivions :
(...) Alors qu'il est de plus en plus question de réduire encore les effectifs et les moyens des établissements publics français à caractère scientifique et technologique (EPST) tels que le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), les dispositions récentes visent à imposer à ces établissements une évaluation scientifique basée sur la bibliométrie. Dans ce système, les revues privées dites « avec comité de lecture » constituent de fait les véritables évaluateurs tout en réalisant d'importants bénéfices. Quelles peuvent être les garanties d'impartialité d'une telle évaluation, et qui peut en contrôler les éventuels conflits d'intérêts ? De surcroît, la contrainte imposée aux chercheurs du secteur public dans le sens d'une publication systématique de leur travail original dans ces revues privées et marchandes auxquelles les scientifiques offrent ainsi leurs résultats et leurs droits d'auteur, se trouve en contradiction avec les difficultés financières croissantes des laboratoires à l'échelle mondiale. (...)
Malheureusement, dans cette problématique, la question du coût des revues n'est pas, loin de là, la seule pertinente. Celle du contrôle de la diffusion des travaux scientifiques l'est tout autant, de même que celle des conflits d'intérêts et du rôle de l'influence. Mais qui, en France, ose évoquer ces questions ?
Quant au problème de la diffusion de résultats erronées ou falsifiés, plusieurs décennies d'expérience ont mis en évidence que ce sont les circuits influents qui portent la principale responsabilité de ce type de dysfonctionnements. L'affaire de l'alors très influent scientifique sud-coréen Hwang Woo-Suk a encore mis en évidence cette réalité qui peut ne pas plaire.
La crise à façade financière des revues marchandes dites « avec comité de lecture » n'est que l'un des reflets d'une crise institutionnelle et collective plus profonde du monde scientifique. Mais quelles institutions, et quels groupes, oseront aborder cette réalité dans la transparence ?
Le problème des revues en tant qu'instrument de pouvoir est très ancien, même si en général on évite d'en parler. Il joua déjà un rôle important dans l'attribution publicitaire de la paternité de la théorie de la relativité, lorsque Henri Poincaré fut contraint d'envoyer son deuxième article aux Comptes Rendus du Cercle Mathématique de Palerme pendant qu'Albert Einstein avait à sa disposition le très influent Annalen de Physik.
Et que penser de l'affaire de la loi dite « de Hubble » où le véritable auteur de cette loi, Georges Lemaître, fut clairement pénalisé pour avoir publié en français son article original ?
De même, comment protéger l'auteur contre un plagiat de son travail pendant que la revue examine l'article qui lui est soumis ? Un problème qui fut maintes fois évoqué en privé avant le développement de l'Internet, mais qui n'a pas vraiment disparu à ce jour. Et même lorsque l'article original a été diffusé, un plagiat de fait peut intervenir par le biais d'une revue plus influente et du lobbying des citations. Qui propose de véritables solutions ?
S'agissant du CNRS, de tels sujets de discussion s'y trouvent malheureusement absents. Même du côté des organisations syndicales. Où va l'institution avec une telle politique ? Et quelle peut être, en matière d'embauches et de promotions, la fiabilité des choix d'un organisme qui ignore cette problèmatique ?
Frères Bogdanoff, CNRS, OPERA (I)
Frères Bogdanoff, CNRS, OPERA (II)
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21:24 Publié dans Administration et administrés, Economie, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, Evaluation, Fonction publique, Indépendance du service public, Institutions, Internet, Mondialisation, Politique, Politique scientifique, Recherche, Services publics, Société, Statut des chercheurs, Université | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : coût de la connaissance, cost of knowledge, cnrs, recherche scientifique, revues avec comité de lecture, france, etats-unis, europe, société, politique, droits d'auteur, opera, neutrino | | Facebook | | Imprimer | | |
Y a-t-il une "menace Bogdanoff" ? (I)
Le Monde du samedi 21 avril 2012 publie, dans son supplément Sciences et Techno, un article intitulé « Les chercheurs et la menace Bogdanov ». De quelle menace s'agirait-il ? L'article est assorti d'une caricature des frères Bogdanoff (nom d'auteurs, Bogdanov) très grands, habillés en noir, et pointant du doigt un chercheur tout petit, habillé en blanc, avec la menace « Thèsez vous ! ». Mais le sujet réel porte sur la condamnation récente du chercheur du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) Alain Riazuelo à une amende délictuelle avec sursis pour contrefaçon au mépris des droits d'auteur de Grichka Bogdanoff. Notre article « Bogdanoff et parquet versus Riazuelo : le jugement (I) » rapelle quelques extraits des minutes du Greffe de la lecture de ce jugement qui conclut explicitement à la « mauvaise foi » du prévenu. En l'absence d'appel, comme tel semble être le cas sauf erreur de notre part, le jugement est devenu définitif de droit et, de ce fait, communicable à tout citoyen qui en ferait la demande auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris (affaire 1117508112, 31ème Chambre correctionnelle). Raison de plus pour s'étonner du ton de l'article de Stéphane Foucart dans Le Monde, ou de celui du 17 avril de Sylvestre Huet dans le blog de Libération Sciences2 avec le titre « Affaire Bogdanov: des scientifiques soutiennent Riazuelo ». Sur le fond, le monde scientifique serait-il au dessus des lois qui s'appliquent au reste de la population ? En l'occurrence, la prétendue « menace Bogdanov » a consisté à introduire une action en justice contre la mise en ligne par Alain Riazuelo d'une ébauche de thèse de Grichka Bogdanoff très ancienne qui n'avait à aucun moment été destinée à ce chercheur du CNRS, pas plus qu'à une quelconque diffusion publique. Quel auteur n'aurait pas agi de la même façon que Grichka Bogdanoff ? Le 21 avril également, JIM écrit « Pas vu à la télé : la légitimité scientifique des frères Bogdanov remise en cause », évoquant une « remise en cause de la légitimité de leurs thèses (au sens cette fois-ci de diplôme) ». Mais la réalité est que l'Université de Bourgogne a très clairement confirmé dans un communiqué la validité des diplômes de thèse de Grichka et Igor Bogdanoff. Quant à la réalité du travail de recherche original et très précoce des frères Bogdanoff sur la problématique de l'énergie noire, elle semble confirmée par un rapport d'étape d'il y a dix-sept ans (octobre 1995) de leur directeur de thèse de l'époque, Moshé Flato, à propos de l'état d'avancement de la thèse de Grichka Bogdanoff. Des réalités qui dérangent, peut-être, certains lobbies professionnels. Tout comme la crise institutionnelle que mettent en évidence le fiasco de l'opération publicitaire autour du neutrino supraluminal d'OPERA ou la montée des retractations d'articles dans les revues dites « avec comité de lecture ». Et si une réforme de la justice française est à envisager dans le cadre de la prévention des conflits d'intérêts, elle devrait notamment opérer une plus grande séparation entre les institutions scientifiques et celles de la justice.
Le 21 avril, Come4News diffuse un article avec le titre particulièrement polémique « Intouchables : un remake des frères Bogdanov ? ». Ignorant que l'ébauche de thèse de Grichka Bogdanoff n'avait jamais été destinée à une quelconque diffusion publique, l'article nous ressert la désinformation habituelle : « les documents publiés dans le cadre universitaire ont toujours été considérés comme relevant du domaine public et susceptibles d'être discutés ». Précisément, il s'agit en l'espèce d'un document préliminaire jamais publié dans le cadre universitaire. Comment une telle désinformation peut-elle se répandre de cette façon ?
Il paraît évident, au vu des articles diffusés par Le Monde et Libération, que les grands médias n'y sont pas pour rien. D'autant plus, que si le document litigieux avait vraiment été publié par Grichka Bogdanoff comme le laisse entendre Come4News, Alain Riazuelo n'aurait pas eu besoin de se le procurer par un conduit privé ni de le mettre lui-même en ligne pour en critiquer le contenu. Pourquoi, dans ce cas, parler de « menace Bogdanov » comme Le Monde, ou de « curieux jugement pour les frères Bogdanov » comme Sylvestre Huet dans Libération ?
Dès lors que la contrefaçon est clairement caractérisée, ce que l'absence d'appel semble confirmer, le jugement rendu par la 31ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris sur l'affaire 1117508112 (Ministère Public c. Riazuelo) paraît parfaitement logique. Si, comme tout semble l'indiquer, le jugement est devenu définitif de droit, tout citoyen peut s'en procurer une copie et s'en faire lui-même une opinion.
Y a-t-il d'ailleurs une quelconque « menace Bogdanov » dans le fait, de la part de Grichka Bogdanoff, de se défendre par voie de justice contre une contrefaçon caractérisée ? Pourquoi les frères Bogdanoff auraient-ils moins de droits que d'autres auteurs ?
Et si Grichka Bogdanoff n'a jamais diffusé cette ébauche de thèse en dehors d'un circuit très restreint de possibles membres d'un jury de thèse, pour quelle raison un tel document devrait-il être rendu public par des tiers sans l'accord de l'intéressé et faire l'objet d'une quelconque débat sur la Toile ?
Curieusement, ces mêmes médias ne paraissent guère pressés d'aborder sur le fond des questions autrement plus importantes et urgentes concernant les institutions scientifiques. Par exemple, le fiasco de la campagne publicitaire autour du prétendu neutrino supraluminal annoncé en septembre dernier par la collaboration OPERA. Voir, à ce sujet, notre article « OPERA, crise du neutrino, éthique des Sciences (I) », ou encore : « Frères Bogdanoff, CNRS, OPERA » (I) et (II) et d'autres articles sur ce blog.
Et que penser de la crise de plus en plus évidente des revues dites « avec comité de lecture », pourtant imposées en tant que repère bibliométrique pour l'évaluation des chercheurs ?
Si la marchandisation de ces revues a récemment donné lieu à une vaste campagne de signatures de scientifiques évoquée dans notre article « Coût de la connaissance et avenir du CNRS (I) », The New York Times écrivait récemment « A Sharp Rise in Retractions Prompts Calls for Reform » à propos de l'avalanche d'articles comportant des résultats erronés, adultérés ou falsifiés qui y sont publiés et qui se soldent par des rétractations.
Inquiet au plus haut point de la montée des comportements relevant de la mauvaise conduite scientifique découverts dans les articles publiés dans les revues « avec comité de lecture, un éditeur évoque d'après The New York Times « a symptom of a dysfunctional scientific climate ». Un deuxième éditeur n'hésite pas à déclarer « This is a tremendous threat ».
Voici donc une réelle menace, d'un sérieux tout autre que la prétendue « menace Bogdanov ». Où sont passés, en l'occurrence, les « journalistes scientifiques » français ?
La diffusion publique de l'ébauche de thèse de Grichka Bogdanoff par Alain Riazuelo a été souvent justifiée par une prétendue nécessité de vérifier des déclarations des frères Bogdanoff, notamment en ce qui concerne leur revendication à propos de l'idée originale de l'énergie noire. Mais force est de constater que ce document de 1992, correspondant d'après Grichka Bogdanoff à la rédaction explicite d'un travail effectué en 1991, ne s'insère point dans un tel débat ni ne permet de clarifier cette question.
En effet, si Igor et Grichka Bogdanoff déclarent avoir conçu cette idée en 1992, la date de l'annonce de leur résultat est celle de 1994 d'après ces mêmes auteurs. On peut lire dans Avant le Big Bang à propos de l'énergie noire :
... si le temps devient bien instable (c'est-à-dire « fluctue ») à l'échelle de Planck comme nous l'avons montré, c'est sous l'action d'une force primordiale (en fait un champ dit scalaire, qu'en physique on appelle « dilaton »). En 1994, lorsque nous avons annoncé son existence, les indices expérimentaux manquaient. Mais aujourd'hui, cette énergie noire que l'on vient d'identifier représente la trace fantomatique de ce champ primordial qui, au voisinage de l'origine, a fait fluctuer le temps.
(fin de l'extrait d'Avant le Big Bang, d'Igor et Grichka Bogdanov, Editions Grasset & Fasquelle, page 116 de l'édition de poche de 2006)
La date dont fait état cet extrait d'Avant le Big Bang paraît cohérente avec le rapport d'étape d'octobre 1995 de Moshé Flato sur la thèse de Grichka Bogdanoff. Moshé Flato conclut :
Ce travail original présente des perspectives nouvelles et importantes, de nature à résoudre certains des problèmes parmi les plus difficiles dans le domaine de la gravité quantique. L’auteur établit, en particulier, l’existence d’un champ scalaire complexe (dilaton+axion issu de la double signature fluctuante (+ + + ± ) dans le domaine quantique Σ h ( 0 < t < 10-43s)) couplé à la 3-géométrie susceptible, selon lui, d’accélérer l’expansion de l’espace temps. Nous recommandons la publication de certains des résultats concernés.
à Dijon, le 5 Octobre 1995
Le rapport d'étape de 1995 de Moshé Flato en tant que directeur de thèse de Grichka Bogdanoff établit donc l'existence, au moment de sa rédaction, d'un modèle cosmologique précis du type « énergie noire » de l'accélération de l'expansion de l'Univers élaboré par les frères Bogdanoff avant cette date.
La date de 1994 correspond raisonnablement à la mise en forme du travail de thèse sur lequel Moshé Flato rapporte et qui, de toute évidence, avait fait l'objet d'un examen attentif et de discussions avant la rédaction du rapport.
Ajoutons que Moshé Flato, chercheur de renommé internationale consulté par le Comité Nobel de Physique depuis 1971 jusqu'à son décès en 1998 et fondateur en 1975 de la revue Letters on Mathematical Physics, fut un directeur de thèse exigeant et rien ne permet de penser à un rapport de complaisance de sa part.
Et comment Moshé Flato aurait-il pu connaître, en octobre 1995, l'importance qu'allait prendre plus tard la thématique de l'énergie noire ? Il reste à comparer, dans un article ultérieur plus détaillé sur cette question, le résultat de Grichka et Igor Bogdanoff avec la situation de la cosmologie théorique au moment où ils ont développé leur modèle. Mais d'emblée, l'originalité et le caractère précurseur de leur approche paraissent incontestables.
Le rapport de Moshé Flato, soulignant que Grichka Bogdanoff « établit, en particulier, l’existence d’un champ scalaire complexe (...) susceptible, selon lui, d’accélérer l’expansion de l’espace temps », ne laisse aucun doute quant au contenu de l'idée cosmologique originale avancée par les frères Bogdanoff déjà dans la première moitié des années 1990.
S'agissant de la question de l'indépendance de la justice, souvent évoquée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH), des réformes restent sans doute à effectuer en France dans le domaine de la prévention des conflits d'intérêts et des garanties d'indépendance. Mais les véritables problèmes de la justice française et européenne sont sans rapport avec les insinuations infondées de certaines sources visant le jugement rendu le 14 mars dans l'affaire Ministère Public c. Riazuelo.
Il a souvent été reproché au parquet français et à ses équivalents d'autres pays d'être trop dépendants du pouvoir exécutif. Mais s'agissant des juges du fond, la situation est fondamentalement différente. En particulier, les liens entre la justice et les universités ont donné lieu entre autres à l'arrêt de la CEDH Pescador Valero c. Espagne (Requête no 62435/00), http://cmiskp.echr.coe.int/tkp197/view.asp?action=html&am..., sur lequel le communiqué du Greffe de la Cour du 17 juin 2003 résume (http://cmiskp.echr.coe.int/tkp197/view.asp?action=html&am...) :
Ayant appris que le juge J.B.L. était professeur associé de l’université de Castille-La Manche, M. Pescador Valero demanda qu’il soit récusé. La chambre plénière du tribunal rejeta la demande de récusation du requérant au motif qu’il devait connaître les relations professionnelles du magistrat avec l’université, et qu’il aurait dû introduire sa demande plus tôt. Par un jugement du 10 mai 1999, le tribunal supérieur de justice, présidé par le juge J.B.L., estima conforme en droit la décision ordonnant la cessation des activités de gérant du campus de l’université. Le tribunal constitutionnel rejeta le recours d’amparo formé par le requérant.
Invoquant l’article 6 § 1 (droit à un tribunal indépendant et impartial) de la Convention européenne des Droits de l’Homme, le requérant dénonçait la participation à la procédure du juge J.B.L. en raison de l’existence de liens professionnels et financiers entre celui-ci et l’université.
La Cour européenne des Droits de l’Homme relève que rien ne permet d’établir en l’espèce que le juge J.B.L. a fait preuve de préjugé ou de parti pris.
Selon la Cour, le requérant pouvait estimer que sa situation relevait du cas d’abstention, prévu par la loi organique du pouvoir judiciaire, lorsqu’un magistrat a un lien direct ou indirect avec le litige. A cet égard, elle note que le droit espagnol prévoit que le magistrat concerné par une cause d’abstention ou de récusation prévue par cette loi est obligé de s’abstenir de prendre connaissance de l’affaire. Le requérant a demandé la récusation du juge J.B.L., mais les juridictions nationales ont rejeté sa demande après avoir considéré qu’il devait avoir connaissance des relations professionnelles du magistrat avec l’université. Or l’argumentation des tribunaux et du Gouvernement espagnols se fonde sur une présomption de connaissance ne reposant sur aucune preuve concrète.
Quant aux doutes du requérant sur l’impartialité objective du juge J.B.L., la Cour relève que ce dernier avait des liens professionnels réguliers et étroits avec la partie adverse au procès et que de surcroît, il percevait d’elle un traitement périodique non négligeable (7 200 euros (EUR) annuels selon le Gouvernement). Cette situation pouvait faire naître chez le requérant des craintes légitimes d’un manque d’impartialité du juge. Dès lors, la Cour conclut à l’unanimité à la violation de l’article 6 § 1 (...)
(fin de l'extrait du communiqué du Greffe de la CEDH)
Un sujet de réflexion pertinent également dans le cas de la France, où rien n'empêche actuellement un magistrat d'être en même temps professeur associé ou chercheur associé, ni de se prévaloir de cette fonction dans la publication d'ouvrages de droit. Que penser de cette situation sur le plan de l'apparence d'impartialité et d'indépendance de la justice ? Sans doute, la question de la séparation des institutions et des carrières devra être abordée chez nous dans une future réforme institutionnelle.
Rappelons également, en ce qui concerne le parquet, qu'en décembre dernier une large majorité des procureurs de la République français a adopté une résolution sollicitant une modification de leur statut de façon à garantir leur indépendance. Voir, par exemple (Le Monde, 8 décembre 2011) : http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/12/08/appel-de....
Rien ne permet donc, dans une affaire comme celle jugée le 14 mars, d'estimer que les trois juges du fond pouvaient se trouver sous une pression institutionnelle défavorable au prévenu, défendu de surcroît aux frais du CNRS par un cabinet d'avocats très prestigieux. Le cabinet Granrut, fondé par Bernard du Granrut, compte parmi ses membres actuels le bâtonnier de l'Ordre des Avocats au Barreau de Paris de 2010-2011.
De toute évidence, Alain Riazuelo, à qui le CNRS avait accordé le protection fonctionnelle prenant à sa charge l'ensemble des frais du procès, condamnation comprise, ne se trouvait aucunement dans une situation d'infériorité par rapport à Grichka Bogdanoff.
Pour rappel, cette déclaration de la direction du CNRS reproduite par Les-Mathématiques.net ( http://www.les-mathematiques.net/phorum/read.php?9,737561...) et reprise par Sylvestre Huet dans son article du 15 mars « Un curieux jugement pour les frères Bogdanov », et que le CNRS n'a pas démentie :
« Aussitôt la plainte connue, la direction du CNRS s’est placée aux côtés de son chercheur, en lui accordant la protection fonctionnelle et en le soutenant dans ce procès. Elle continuera à l’épauler autant qu’il le faudra dans les mois qui viennent et prendra en charge les conséquences financières du jugement au titre de cette protection fonctionnelle. »
Voir également, à ce sujet, notre article « Bogdanoff et parquet versus Riazuelo : le jugement (I).
Et contrairement à ce que laissent entendre certains clichés, les revenus de nombre de scientifiques influents sont nettement supérieurs à ceux des frères Bogdanoff. Ils sont d'ailleurs autrement plus stables. Sans oublier que pendant une dizaine d'années, Igor et Grichka Bogdanoff ont consacré l'essentiel de leur temps à la préparation de leurs thèses à titre bénévole.
De quelle « menace » parle-t-on ? Celle de la déchéance de la recherche et de l'information scientifique dont risque d'être porteuse la diffusion sensationnaliste de résultats expérimentaux erronés ? Ou celle que reflète le nombre croissant d'articles publiés dans les revues dites « avec comité de lecture » et faisant par la suite l'objet de rétractations ? Malheureusement, il ne semble pas que de tels sujets attirent outre mesure les « journalistes scientifiques » français. Et que penser de l'implication des scientifiques dans des projets industriels, alors que les allergies ne cessent de se multiplier sur notre territoire ? De toute évidence, Grichka et Igor Bogdanoff constituent une « menace » bien plus commode et une cible efficace pour détourner l'attention du public des véritables problèmes de la recherche scientifique.
Et que penser des conflits d'intérêts dans le monde scientifique lui-même ? La crise des médicaments et des expertises reste à ce jour d'actualité, tout comme celle du nucléaire.
De même, quelles conclusions a-t-on tiré de la crise des vaccins ?
Quant aux revues scientifiques, un autre article du New York Times, du 19 mars dernier et intitulé « A Drumbeat on Profit Takers », nous semble mériter également une sérieuse réflexion.
Le « journalisme scientifique » dominant ne semble pas, non plus, s'inquiéter devant l'emploi du mot DEUS (Dieu, en latin) en tant que titre d'une collaboration scientifique dont le CNRS est à l'origine, avec même un Deus consortium. L'introduction de notre article « Bogdanoff et parquet versus Riazuelo : le jugement (I) » évoquait déjà cette situation, sur laquelle la question de la compatibilité avec le principe de laïcité de la recherche publique nous semble devoir être abordée dans la transparence.
Car, même si le nom DEUS est en l'espèce une abréviation de Dark Energy Universe Simulation, l'ambiguïté paraît trop évidente s'agissant de surcroît d'une simulation de l'évolution de l'Univers depuis ses origines que le service européen CORDIS présente comme « une modélisation informatique de la structuration de tout l'Univers observable, du Big Bang jusqu'à aujourd'hui » (http://cordis.europa.eu/fetch?CALLER=FR_NEWS&ACTION=D...).
Comme déjà souligné, Igor et Grichka Bogdanoff, cibles permanentes d'attaques médiatiques ou à façade professionnelle à cause de leurs références à Dieu dans des livres ou dans des déclarations, n'ont jamais utilisé une telle terminologie dans leurs publications scientifiques. Mais apparemment, les collaborations du CNRS auraient ce droit... L'ont-elles vraiment ?
Bogdanoff et parquet versus Riazuelo : le jugement (I)
Frères Bogdanoff, Wikipédia et désinformation "encyclopédique"
Vitesse de la lu
mière, OPERA et superbradyons (III)
Frères Bogdanoff, cosmologie, pré-Big Bang, Wikipédia... (I)
22:03 Publié dans Administration et administrés, Astrophysique, Cosmologie, Droits et libertés, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, Evaluation, Indépendance du service public, Institutions, Interdisciplinarité, Justice, Physique, Politique, Politique scientifique, Presse et médias, Recherche, Sciences, Services publics, Société, Statut des chercheurs, Université | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : grichka bogdanoff, frères bogdanoff, igor bogdanoff, cnrs, recherche scientifique, justice, france, société, politique, cosmologie, énergie noire | | Facebook | | Imprimer | | |
Le 17 avril, Europe 1 écrit « Bruxelles hérisse Dupont-Aignan ». Nicolas Dupont-Aignan se déclare clairement opposé à l'idée d'un salaire minimum européen instauré par l'Union Européenne. Même si nous ne nous inscrivons pas dans les options politiques de ce candidat aux élections présidentielles de 2012, nous ne pouvons qu'être d'accord avec sa prise de position et nous étonner de celle du candidat de la « gauche de la gauche » supposée qu'est Jean-Luc Mélenchon. Mélenchon soutient l'idée d'un SMIC européen, ce qui revient de fait à cautionner la stratégie du « marché européen de la main d'oeuvre ». EurActiv souligne « Bruxelles veut des salaires minimums dans tous les Etats de l'UE ». Mais à quoi peut conduire une telle politique décidée depuis Bruxelles, si ce n'est à la prise en main par l'Union Européenne du droit du travail des Etats membres et à des uniformisations par le bas ? La position de Jean-Luc Mélenchon n'est cependant pas une surprise, vu son soutien déclaré à l'idée d'une Europe militaire qui comporte une implication à long terme dans la stratégie de l'Union Européenne et dans son « marché du travail ». France Info fait état de la position de Jean-Luc Mélenchon favorable à un SMIC européen basé sur des « critères de convergences sociaux comme il y a eu des critères de convergences économiques ». Un clair soutien politique à la « construction européenne » avec des conséquences sociales lourdes, quelles que puissent être par ailleurs les promesses électorales du candidat Mélenchon. Le 17 avril également, L'Express diffuse à son tour un entretien avec le titre « Interview du Cercle des Européens: "Pour Hollande, l'Europe doit protéger contre la crise" », où la réprésentante de François Hollande, Marisol Touraine, appelle notamment l'Union Européenne (« l'Europe ») à investir dans « l'éducation, la recherche, les services publics et les grandes infrastructures ». En clair, une appropriation par l'Union Européenne des services publics des Etats membres. Que peut-on attendre de ce genre de « gauches » ? Et quel sera, dans un tel contexte, l'avenir des organismes publics de recherche français comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) ? En rapport avec l'avenir très incertain de la recherche française, et sans pour autant reprendre son contenu entièrement à notre compte, il nous a semblé utile de consacrer une série d'articles à un texte de Nicolas Dupont-Aignan qui vient de nous être transmis.
Le 10 avril, Nicolas Dupont-Aignan déclarait dans Le Monde : « Je propose de quitter l'Union européenne dans sa forme actuelle ».
Dupont-Aignan se rèfère à l'article 50 du Traité sur l'Union Européenne qui permet à tout Etat membre de l'Union Européenne de s'en retirer volontairement.
En effet, l'article 50 du Traité sur l'Union Européenne prévoit (http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:...) :
Voici un sujet de débat important, et tout particulièrement pour la recherche scientifique et technologique française.
Suit le texte reçu de Nicolas Dupont-Aignan
Les mots « recherche », « savoir » et « innovation » sont souvent associés, en particulier dans les textes européens et dans les réformes françaises ces dernières années. Examiner la place de la recherche, de l’enseignement et de l’innovation dans le contexte européen et dans le système français actuel permet de réaliser pleinement les enjeux et les changements à apporter pour leur donner toute leur importance et leur impact dans une France libre et républicaine.
Ces mots « savoir », « compétences », « innovation », « mobilité », « excellence » ont été beaucoup mis en avant depuis une dizaine d’années avec l’Europe. Mais l’excellence, l’innovation, la mobilité et l’évaluation vont de soi depuis que la recherche existe, depuis des siècles, à travers les collaborations, les publications, les brevets. La découverte est un phénomène complexe, fruit d’une combinaison aléatoire entre intuition, savoir et travail, qui implique une activité seule mais aussi collaborative par le besoin d’expertises complémentaires. La collaboration, l’esprit d’équipe sont des caractères intrinsèques de la recherche. Une de ses conséquences est le besoin de mobilité pour rencontrer les chercheurs sur toute la planète. La confrontation avec les autres est l’évaluation constante des étapes et des fruits de la recherche. Depuis toujours les chercheurs ont collaboré pour argumenter, confronter, mettre en commun, afin de trouver, afin de faire ces petites et grandes découvertes qui sont la base de la connaissance d’aujourd’hui. Depuis toujours l’enseignement a permis de transmettre cette connaissance pour donner le savoir à la société. Et depuis toujours les problèmes de la société ont pu être résolus en puisant dans cette connaissance pour les inventions qui ont permis les innovations.
Le succès et l’efficacité d’un partenariat réside dans la compréhension, la confiance et l’estime mutuelles pour aller ensemble dans la même direction. Pour les acteurs du partenariat, les chercheurs, les enseignants et les industriels, c’est et ce doit rester le bien de la société.
« Recherche », « savoir », « innovation » résonnent depuis longtemps dans les textes et les discours européens. Ces mots participent à l’attrait naturel de tous vers une situation paisible sur le continent européen, attrait pour « l’Europe » souvent issu de la confusion dans la société entre l’Europe des 47+6 et l’Europe des 27.
« Lisbonne » est aussi un nom qui résonne à propos de l’Europe, avec aussi une confusion entre la stratégie et le traité du même nom. En effet, traité de Lisbonne est le dernier en date des traités sur lesquels a été fondée l'Union Européenne, alors que la stratégie de Lisbonne fut définie au cours d’une réunion extraordinaire du Conseil Européen en mars 2000 à Lisbonne dans le but de renforcer l’emploi, la réforme économique et la cohésion sociale dans le cadre d’une économie fondée sur la connaissance.
Les restructurations demandées par cette stratégie eurent des conséquences fondamentales dans tous les pays, car il s’agissait alors d’unifier des systèmes qui reposaient sur des structures différentes. On imposa alors à tous les pays la prédominance des régions pour s’adapter au modèle des Lander allemand, au détriment avéré de la structure française.
Dans le système européen, l’unité de base étant la région, les universités deviennent les unités fondamentales de l’enseignement supérieur et de la recherche européens, sur le modèle des autres pays fédéralistes d’Europe, en particulier l’Allemagne. Ainsi dans les réformes du système français :
- le concept de pôles de compétitivité prend toute sa signification et son ampleur,
- de même que l’autonomie des universités avec pouvoirs forts à ses présidents et conseils d’administration,
- les compétences élargies aux universités et la restriction des organismes de recherche nationaux à être des agences de moyens et de personnels.
- l’uniformisation des diplômes universitaires (le système LMD (Licence-Master-Doctorat)),
- l’évaluation unique européenne en réseau d’agences (AERES),
- la recherche sur projets (ANR, CIFRE, Carnot),
Les organismes de recherche ont ainsi été très fortement restructurés au profit des universités pour « l’élimination des obstacles» à ce système d’échanges de savoirs et de personnels.
Ainsi un partenariat avait été développé dans les années 1990 pour restructurer la recherche universitaire, qui soufrait de la centralisation de l’organisation de la recherche par les organismes, symboles de la recherche française. Ensuite la complexité de la gestion des laboratoires par plusieurs tutelles devint argument de lourdeur pour donner aux universités, dans le cadre européen, toutes compétences de gestion de la recherche et à long terme de tous les acteurs de la recherche. Ces acteurs de la recherche ne devant être plus que des enseignants-chercheurs dans le format européen demandé, les chercheurs sont désormais incités à enseigner pour faciliter la mobilité au niveau européen des personnels. L’incitation s’effectue sous différentes formes : primes d’excellence sur demande incluant de l’enseignement, élargissement de la grille des maîtres de conférence mais pas de celle des chargés de recherche, projet de fusion entre les corps de directeurs de recherche et de professeurs, etc.
Sous influence européenne, la recherche tend donc à se faire sur projets, sur des domaines choisis au niveau européen, avec la stratégie et les efforts pour atteindre l’objectif fixé bien établis à l’avance, et dans les grands centres régionaux que sont les universités, ceci sur un modèle généralisé pour un parfait échange entre pays des personnels et des compétences. Mais lorsque toute recherche ne se fera plus que sur projets, lorsqu’il n’y aura plus de chercheurs dans les organismes, on ne cherchera plus, partout, dans l’obscurité, et tant pis si les problèmes posés auront alors besoin de cette connaissance qui manquera.
La stratégie de Lisbonne a pu apparaître très alléchante pour beaucoup des acteurs du trio recherche-savoir-innovation puisqu’elle parlait en termes de « mobilité », « accroissement de la connaissance », « innovation », « cohésion sociale », « échange des savoirs et des compétences ». En effet, le système de recherche et d’enseignement supérieur est un domaine facile mais aussi privilégié à impliquer dans cette mise à niveau des états puisqu’il est au cœur du développement économique. De plus, le vocabulaire de la stratégie est attrayant pour tous puisqu’il prône constamment comme objectif le bien de la société.
Cependant, dans ce système issu de modèles théoriques d’efficacité et de performances, la mobilité des savoirs et des compétences est planifiée sans tenir compte du facteur humain, ni des différences nationales, fruits du développement individuel et de l’Histoire de chaque nation. Les répercutions commencent à se faire sentir cruellement.
Face à cette situation qui dépossède la France de sa liberté et de son indépendance, les urgences m’apparaissent comme étant les suivantes :
- Donner à l’Etat Français le contrôle de sa recherche, pour qu’elle soit libre des lobbies financiers et européens.
- Valoriser le métier de chercheur, pour que le chercheur, au service de l’Etat, soit libre de ses choix pour chercher et trouver.
- Investir massivement dans la connaissance car le savoir rend libre.
- Etablir la confiance réciproque entre industrie et recherche publique.
Cependant, le système français tel qu’il existe maintenant implique fortement l’ensemble des partenaires économiques (recherche, enseignement et entreprises) dans une ramification allant des régions jusqu’à l’Union Européenne. Dans le domaine de l’Enseignement Supérieur et en particulier de la recherche, les réformes à engager doivent donc tenir compte de cette toile européenne, des partenariats établis, des institutions créées et des modifications sérieuses réalisées récemment afin de reconstruire sans provoquer à nouveau des catastrophes. Par exemple, un des rares résultats positifs des réformes européennes réalisées a été, par la « carotte » des aides et crédits accordés aux différents acteurs, en particulier les entreprises, de pousser les uns et les autres à nouer des partenariats. Le seul aspect positif des projets de recherche est de permettre de soutenir une idée de recherche par un effort budgétaire sur des domaines qui nécessitent en particulier des inventions pour des innovations. Ces initiatives doivent être conservées pour compléter ces ébauches de partenariat par une compréhension et une confiance mutuelles.
La sortie de l’Euro est la clef qui donnera à notre pays la main sur ses choix économiques et budgétaires.
De même que l’Union Européenne au travers de l’Espace Européen de la Recherche et de l’Espace Européen de l’Enseignement Supérieur a modifié considérablement le paysage européen par l’application de quelques principes de base, les principes suivants doivent guider le retour de la France au contrôle de sa recherche, son enseignement et son innovation tout en tenant compte des massacres irréversibles qui ont été implémentés :
Les pôles de compétitivité sont conservés car ils ont permis de débuter une dynamique de partenariat entre tous les acteurs. Cette dynamique doit être renforcée par des passerelles entre les acteurs de la recherche, les entreprises et les acteurs de l’enseignement, mais dans des rôles bien définis et complémentaires.
L’AERES est remplacée par une Agence Européenne, dépendant du ministère et dont le seul rôle est un retour à l’Europe d’un bilan succinct des évaluations nationales par nos pairs et nos organismes.
L’ANR est remplacée par une Agence de R&D à l’intérieur des organismes, avec pour missions de soutenir les initiatives des laboratoires et de contrôler les aides publiques accordées aux entreprises faisant un effort de recherche comme en particulier le Crédit Impôt Recherche. Les financements de cette nouvelle agence dépendant des organismes de recherche ne doivent pas être effectués à la place des crédits donnés aux laboratoires ou des salaires. Cette Agence de R&D doit être une source de financement après évaluation nationale pour des projets de recherche supplémentaires. La possibilité est donc conservée de financer des recherches sur projets pour inciter l’invention et l’innovation.
L’enseignement et la recherche doivent être distincts, tant dans les carrières que dans les évaluations. Les deux Directions Générales, de la Recherche et de l’Innovation d’une part et de l’Enseignement Supérieur d’autre part sont conservées mais largement adaptées au nouveau paysage.
Les organismes retrouvent leur rôle fondamental d’organisation de la recherche, au service de l’Etat, regroupant les instituts créés récemment par thématiques, en leur redonnant la gestion de l’activité de recherche des laboratoires et des personnels.
L’université doit avoir un rôle important dans la transmission de la connaissance mais ne doit pas exclure toutes les autres composantes de notre système national d’enseignement supérieur qui lui sont complémentaires, comme les IUT et les grandes écoles. La loi d’autonomie doit être revue, en particulier en supprimant la mission 5 concernant l’Europe, en réduisant le rôle de son président et de son conseil d’administration à une dimension raisonnable et démocratique.
Les chercheurs et les enseignants doivent être fonctionnaires, avec des grilles de salaires identiques, la proportion de ces deux activités, enseignement et recherche, devant être au choix au cours de la carrière après évaluation. L’évaluation doit procéder de façon similaire aux évaluations des EPST (rapport biennal, quadriennal et feuille annuelle très détaillée de l’ensemble de l’activité). Faire une évaluation distincte de l’enseignement et de la recherche, celle de la recherche par les commissions des organismes, celle de l’enseignement par des commissions et procédure similaire par la Direction Générale de l’ES. Le système de primes doit être supprimé afin de retrouver l’esprit d’équipe de la recherche. A la place, une réévaluation des salaires doit être instaurée pour atteindre des niveaux européens. La légion d’honneur doit être donnée aux lauréats français du prix Nobel et de la médaille Fields.
Les Ecoles Doctorales doivent avoir un rôle très important dans ce partenariat entre les établissements d’enseignement supérieur et les organismes de recherche par l’intermédiaire des laboratoires de recherche.
Le contrat doctoral qui existe dans nombreuses écoles doctorales doit être généralisé. Ainsi, définir le minimum versé, les conditions et la protection sociale devant être garantis et ne pas autoriser la thèse si ce minimum n’est pas garanti. La durée de la thèse dépend aussi des domaines de recherche. Elle doit être de la responsabilité de l’Ecole Doctorale et du laboratoire, avec dans tous les cas la couverture par un contrat.
Le niveau du doctorat doit être relevé. La valeur du doctorat doit être reconnue comme diplôme garant d’une formation professionnelle et l’échelle de la fonction publique modifiée en conséquence.
Du doctorat doit disparaître tout enseignement, le doctorant devant se consacrer à la recherche et à la formation, sans cumul d’emplois sauf cas exceptionnel. Les Contrats à Durée Déterminée et les vacations ne doivent être utilisés que pour des postdocs d’enseignement ou de recherche, après le doctorat, ou pour des emplois temporaires sur des projets de recherche, mais pas en substitut des emplois permanents de la recherche et de l’enseignement.
L’habilitation à diriger les recherches doit être une garantie d’aptitude au compagnonnage et au management. La soutenance actuelle doit par conséquent être remplacée par un examen devant une commission après soumission d’une notice élargie de titres, travaux, contrats, collaborations, activités et management.
Enfin, il est essentiel d’établir des passerelles entre entreprises, laboratoires et établissements d’enseignement de façon à instaurer la confiance réciproque par la connaissance mutuelle. Par exemple, après évaluation des commissions concernées, ouvrir l’enseignement et la recherche publique, à des chercheurs industriels d’une entreprise privée souhaitant être en détachement temporaire dans le public. Réciproquement, ouvrir, sur évaluation par les commissions concernées, un détachement temporaire d’enseignement ou de Recherche & Développement en entreprise à un ingénieur ou un chercheur du public.
Avec ce système la France retrouvera la confiance entre ses acteurs du trio « recherche, savoir, innovation » tout en restant dans le système européen si l’ensemble de ses pays partenaires souhaitent malgré tout conserver celui-ci.
L’éducation et la recherche sont, à mon sens, les défis majeurs que doit relever la France durant le prochain quinquennat. Mon engagement n’est pas gratuit, mais les prévisions économiques effectuées par mes soins et les planifications budgétaires me permettent de garantir : une augmentation de 2012 à 2017 de 5.9 milliards pour l'enseignement et une augmentation de 6.7 milliards pour l'enseignement supérieur et la recherche.
(fin du texte de Nicolas Dupont-Aignan sur la recherche)
Un texte qui nous semble aborder un certain nombre de questions essentielles, et que nous analyserons à notre tour dans des articles ultérieurs.
20:49 Publié dans Education, Europe, Evaluation, Fonction publique, Indépendance du service public, Institutions, La France vue d'ailleurs, Politique, Politique scientifique, Recherche, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Statut des chercheurs, Université, « Réforme » de la recherche | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nicolas dupont-aignan, présidentielles 2012, présidentielle 2012, jean-luc mélenchon, europe, recherche scientifique, cnrs, france, société, politique | | Facebook | | Imprimer | | |
Le 13 avril 2012, Techno-Science écrit « 1er modèle de l'Univers observable du Big-Bang jusqu'à aujourd'hui », se référant au projet Deus : full universe run qui a fait hier l'objet d'un communiqué du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Le communiqué du CNRS, intitulé rien de moins que « Première modélisation de la structuration de tout l'Univers observable du Big-Bang jusqu'à aujourd'hui », renvoie même à une structure appelée Deus consortium. Mais est-ce bien compatible avec le principe de laïcité, que d'intituler Deus (Dieu, en latin) un projet scientifique ? En l'occurrence, le mot Deus est une abréviation de Dark Energy Universe Simulation, mais l'ambiguïté n'a pas pu échapper aux chercheurs concernés, pas plus qu'aux responsables du CNRS et des autres institutions. A fortiori, s'agissant d'une simulation globale de l'évolution de l'Univers depuis ses origines. Précisément, force est de constater que des auteurs comme Igor et Grichka Bogdanoff, souvent victimes d'attaques très médiatisées leur reprochant explicitement leurs références à Dieu dans des livres ou dans des déclarations, n'ont jamais introduit une terminologie de cette nature dans leurs publications scientifiques. Pas plus que dans leurs thèses de doctorat, que l'on a également cherché à démolir. En même temps, le jugement rendu il y a un mois par la 31ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris dans l'affaire Ministère Public c/ Riazuelo, avec Grichka Bogdanoff comme partie civile, semble bien être devenu définitif de droit. Il est de ce fait public et accesible à tout citoyen dans la transparence. Un membre de notre collectif en ayant reçu communication du Tribunal, il nous apparaît indispensable d'apporter des précisions à propos de ce jugement du 14 mars qui condamne le chercheur du CNRS Alain Riazuelo pour un délit de contrefaçon faisant grief à Grichka Bogdanoff en tant qu'auteur. Wikipédia en français, qui en date du 13 avril 2012 persiste toujours à évoquer une prétendue « affaire Bogdanoff », fait état de ce jugement de manière très partiale et incomplète. Alain Riazuelo (Alain_r) est un éditeur influent de Wikipédia et a souvent fait partie de son comité d'arbitrage.
La Cosmologie théorique actuelle en serait-elle vraiment à des réponses « ultimes » et définitives sur l'origine de l'Univers ? C'est ce qu'une publicité de plus en plus répandue cherche à « faire passer » depuis quelque temps. Mais faut-il croire un certain type de propagande institutionnelle et lobbiste ? Et que penser, dans ce contexte, d'un projet de la recherche publique française portant le nom de Deus, mot latin qui désigne Dieu ?
Précisément, l'exemple tout récent de la débâcle publicitaire du prétendu neutrino supraluminal de l'expérience OPERA a de quoi inciter scientifiques et observateurs à la prudence. Voir, entre autres, nos articles « OPERA, crise du neutrino, éthique des Sciences (I) » et « Frères Bogdanoff, CNRS, OPERA » (I) et (II). Mais qu'en est-il dans le domaine de la Cosmologie, très proche de celui de la Physique des neutrinos ? Et peut-on valablement afficher des certitudes théoriques dans ce domaine ?
Laissant de côté la question des éventuelles références à connotation « déiste », qu'ils ont toujours évitées dans leurs travaux scientifiques, Igor et Grichka Bogdanoff ne sont pas les seuls à avoir considéré des possibles scénarios cosmologiques antérieurs au Big Bang. De telles théories présentent un intérêt certain et sont susceptibles de modifier en profondeur notre interprétation des données observationnelles.
Cette thématique n'a rien de « farfelue », contrairement à ce que des médias ont cherché à faire croire à propos des thèses de doctorat des frères Bogdanoff contre lesquelles des procédés pour le moins très contestables ont été employés de manière récurrente. Elle peut conduire à des prédictions originales et à des interprétations différentes de celles de la Cosmologie standard.
Des travaux de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres depuis 1996 suggèrent même que l'expansion de l'Univers avec un rapport entre vitesses rélatives et distances égal à l'inverse de son âge pourrait être d'origine purement géométrique et inhérente à la structure de l'espace-temps. Elle serait naturellement générée dans la théorie à l'échelle primordiale, avant toute introduction de la matière conventionnelle et des phénomènes gravitationnels.
Tel serait le cas avec un espace-temps spinoriel, où le temps cosmique serait donné par le module d'un spineur avec deux composantes complexes. Voir, par exemple, la contribution de Luis Gonzalez-Mestres aux comptes rendus de la conférence HEP 2011 (Grenoble, juillet 2011) : http://pos.sissa.it/archive/conferences/134/479/EPS-HEP20... et les articles qui y sont cités.
S'agissant du jugement récemment rendu par la 31ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris dans l'affaire opposant le Ministère Public (citation à la requête du Procureur de la République) et Grichka Bogdanoff (partie civile) au chercheur du CNRS Alain Riazuelo, Wikipédia écrit en date du 13 avril (http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Bogdanoff) :
Procès contre Alain Riazuelo
En mars 2012, les frères Bogdanoff ont obtenu la condamnation de l'astrophysicien Alain Riazuelo à 1 euro de dommages et intérêts pour avoir publié un brouillon de leur thèse sur son site personnel. Pour Ciel et Espace, le geste était toutefois salutaire, mettant en avant « l'absence de crédibilité de leurs thèses »16,17. Le journaliste scientifique Sylvestre Huet critique cette condamnation essentiellement basée sur le droit d'auteur, « puni pour avoir dit la vérité », estimant que la juge « méconnait le fonctionnement réel de la science » qui nécessite l'évaluation par les pairs18. C'est selon lui, justement pour échapper à cette vérification, que les Bogdanoff cherchent à cacher ce texte. Un communiqué du CNRS indique : « Le chercheur a soutenu qu'il pensait ce document public, puisque toutes les thèses le sont, il avait agi dans le cadre habituel du débat scientifique et n'avait évidemment tiré aucun avantage financier de cette publication: dans un débat scientifique normal, on ne serait d'ailleurs jamais arrivé devant un tribunal. »18
(fin de l'extrait, licence Creative Commons de Wikipédia)
Une présentation très partiale et inexacte de cette affaire de justice, qu'il conviendra de commenter plus en détail dans un article ultérieur. Mais il paraît indispensable d'apporter dès à présent des informations plus précises sur le contenu réel du jugement du 14 mars 2012 (dossier 1117508112) de la 31ème chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris.
Soulignons d'emblée qu'en réalité, Alain Riazuelo a été condamné plus sévèrement que ne le laisse entendre l'article de Wikipédia dans sa version en date du 13 avril 2012. En attestent ces extraits du jugement du 14 mars dernier (minutes du Greffe) :
Le Tribunal statuant publiquement, en matière correctionnelle, en premier ressort et par jugement contradictoire à l'encontre d'Alain RIAZUELO, prévenu, à l'égard de Grégoire BOGDANOFF, partie civile :
DECLARE ALAIN RIAZUELO COUPABLE pour les faits qualifiés de :
CONTREFAÇON PAR EDITION OU REPRODUCTION D'UNE OEUVRE DE L'ESPRIT AU MEPRIS DES DROITS DE L'AUTEUR (...)
CONTREFAÇON PAR DIFFUSION OU REPRESENTATION D'UNE OEUVRE DE L'ESPRIT AU MEPRIS DES DROITS DE L'AUTEUR (...)
CONDAMNE Alain RIAZUELO à une amende délictuelle de DEUX MILLE EUROS (2 000 euros)
DIT qu'il sera sursis totalement à l'exécution de cette peine dans les conditions prévues par ces articles.
Et aussitôt, le président, suite à cette condamnation assortie de sursis simple, à donné l'avertissement, prévu à l'article 132-29 du Code Pénal, au condamné que s'il commet une nouvelle infraction, il pourra faire l'objet d'une condamnation qui sera susceptible d'entraîner l'exécution de la première peine sans confusion avec la seconde et qu'il encourra les peines de la récidive dans les termes des articles 132-9 et 132-10 du Code Pénal.
DIT qu'en application des dispositions de l'article 775-1 du Code de procédure pénale, il ne sera pas fait mention au bulletin n° 2 du casier judiciaire de Alain RIAZUELO de la condamnation qui vient d'être prononcée.
SUR L'ACTION CIVILE :
CONDAMNE Alain RIAZUELO à payer à Grégoire BOGDANOFF, partie civile, la somme de UN EURO (1 euro) à titre de dommages-intérêts, et en outre la somme de MILLE CINQ-CENTS EUROS (1500 euros) au titre de l'article 475-1 du Code de procédure pénale.
DEBOUTE Grégoire Bogdanoff du surplus de ses demandes.
(fin des extraits du jugement rendu le 14 mars 2012 par la 31ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris sur le dossier 1117508112, minutes du Greffe)
Alain Riazuelo a donc été condamné le 14 mars dernier à une amende délictuelle avec sursis.
Quant à l'euro symbolique, il correspond à la demande indemnitaire de Grichka Bogdanoff dans ce litige.
Outre des frais d'avocat plus élevés, le surplus initial des demandes de Grichka Bogdanoff que le Tribunal n'a pas souhaité accorder à l'intéressé tendait à la publication du jugement dans Le Monde, Ciel et Espace, La Recherche et Sciences de Vie, aux frais exclusifs d'Alain Riazuelo et dans la limite de 5000 euros par insertion. Des frais, donc, très supérieurs à l'amende infligée.
De toute évidence, ces dépenses ont été jugées très élevées par rapport au contenu très modéré des autres demandes de Grichka Bogdanoff et aux revenus d'Alain Riazuelo.
En effet, non seulement Grichka Bogdanoff s'est borné à demander un euro symbolique au titre du préjudice découlant de la contrefaçon, mais au cours de l'audience son avocat a explicitement acquiescé à la demande du conseil de la défense sollicitant du Tribunal que la condamation éventuelle d'Alain Riazuelo ne figure pas dans le casier judiciaire de l'intéressé.
Un tel acquiescement de la partie civile adverse suggérait clairement une condamnation modérée d'Alain Riazuelo, dans le sens d'un avertissement. Telle est la ligne que la formation de jugement semble avoir suivie dans sa décision du 14 mars.
Cependant, l'avertissement est clair, comme le montrent les considérants du jugement. Le Tribunal relève que « Alain RIAZUELO fait plaider sa relaxe » :
- d'une part, en contestant l'originalité du document mis au point en 1992
- d'autre part, en soulignant que le dit document avait déjà été diffusé par son auteur
- enfin, en excipant de sa bonne foi.
(fin de citation de l'exposé du Tribunal dans sa décision du 14 mars 2012, d'après les minutes du Greffe)
Ces trois arguments de la défense seront explicitement réfutés par le Tribunal, aboutissant à la condamnation d'Alain Riazuelo.
Le Tribunal écrit notamment dans ses considérants (minutes du Greffe) :
Sur le premier point, « le tribunal retient que lors de la diffusion du travail de Grégoire BOGDANOFF le prévenu avait mis en doute le mérite et / ou la pertinence de l'analyse de celui-ci, ce qui laissait supposer que le travail considéré se démarquait des ouvrages antérieurs ayant porté sur le même thème. Ce qui, en définitive, témoignait d'un apport personnel de l'auteur et démontrait son originalité ». Le document est donc original.
Sur le deuxième point, « lors de la mise en ligne de l'ouvrage litigieux, le prévenu avait fait part d'une "exclusivité mondiale", admettant ainsi lui-même l'absence de diffusion antérieure du document ». L'argument de la défense n'est donc pas fondé.
Sur le troisième point, « le tribunal observe que la présentation faite du travail "c'est gros c'est moche ça fait plus de 200 pages et c'est complètement nul" manifestait davantage une vive animosité, voire le dénigrement, qu'une invitation à un débat serein ». Le Tribunal conclut de ce fait que « la mauvaise foi est caractérisée » de la part d'Alain Riazuelo.
Un avertissement et pas plus du point de vue matériel, mais qui de toute évidence devra être sérieusement pris en considération par l'intéressé et par le CNRS.
Pour rappel, d'après l'article de Sylvestre Huet du 15 mars dernier « Un curieux jugement pour les frères Bogdanov » dans le blog de Libération Sciences2 et qui ne semble pas avoir reçu de démenti, la direction du CNRS aurait notamment déclaré qu'elle « s'est placée aux côtés de son chercheur, en lui accordant la protection fonctionnelle et en le soutenant dans ce procès. Elle continuera à l'épauler autant qu'il le faudra dans les mois qui viennent et prendra en charge les conséquences financières du jugement ».
La même déclaration, également sans démenti, figure dans un texte attribué au cabinet de la présidence du CNRS, diffusé très rapidement sur le forum Les-Mathématiques.net : http://www.les-mathematiques.net/phorum/read.php?9,737561... et aussitôt cité par des médias comme 20 minutes. Il s'agirait d'un « message de la direction du CNRS aux directeurs d’unité de l’INP, de l’INSMI et de l’INSU ainsi qu’aux présidents et membres des sections 1, 2 et 17 du comité national » adressé aussitôt après le jugement.
(INP = Institut de Physique, INSMI = Institut National des Sciences Mathématiques et de leurs Inetractions, INSU = Institut National des Sciences de l'Univers. Les actuelles sections 1, 2 et 17 du Comité National correspondent respectivement aux Mathématiques, à la Physique Théorique et à l'Astrophysique.)
Une évidence semble s'imposer. Si l'information diffusée par Sciences2 et Les-Mathématiques.net est exacte, il convient d'en conclure que la direction du CNRS estime, ou a estimé, que dans les faits litigieux Alain Riazuelo avait agi dans le cadre de ses fonctions de chercheur titulaire de cet établissement public.
Autrement, le CNRS n'aurait en aucun cas été, ni ne serait, fondé à « se placer aux côtés de son chercheur » dans une telle affaire, ni à lui accorder la « protection fonctionnelle ». Encore moins, à prendre en charge les « conséquences financières du jugement », toujours au titre de la « protection fonctionnelle ».
Mais dans quelle mesure, et dans quelles circonstances spécifiques, peut-on valablement assimiler un délit de contrefaçon avec « mauvaise foi caractérisée » à l'exercice des fonctions d'un chercheur titulaire d'un établissement public pouvant à ce titre bénéficier de la protection fonctionnelle aux frais des contribuables ?
S'agissant des faits incriminés, les minutes du Greffe précisent :
Le 19 mai 2011, Grégoire BOGDANOFF portait plainte contre Alain RIAZUELO en précisant avoir été informé que la première ébauche de sa thèse, établie par lui en 1992, était diffusée sur internet sur le site www.Epiphysique.org.
Le plaignant soulignait que le document considéré était confidentiel et n'avait, à l'époque, été confié qu'à son directeur de thèse (...)
Grégoire BOGDANOFF analysait ces faits comme une violation du droit d'auteur. Son frère Igor se joignait, à l'époque, à sa plainte.
A la date du 1er octobre 2011, les enquêteurs constataient que le document était toujours disponible sur le site www.Epiphysique.org.
Au terme de l'enquête, Alain RIAZUELO a été cité devant le tribunal pour avoir reproduit et diffusé une oeuvre de l'esprit en violation des droits de son auteur.
(fin de l'extrait des minutes du Greffe)
Or le site privé www.Epiphysique.org, qui renvoie actuellement à http://ybmessager.free.fr/wp/, n'est pas un site du CNRS, ni d'une quelconque entité associée à cet organisme.
18:10 Publié dans Cosmologie, Education, Ethique, Europe, Evaluation, Fonction publique, Indépendance du service public, Informatique, Institutions, Interdisciplinarité, Justice, Physique, Politique scientifique, Presse et médias, Recherche, Sciences, Services publics | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : frères bogdanoff, igor bogdanoff, grichka bogdanoff, cosmologie, cnrs, wikipédia, recherche scientifique, justice, france, société, politique | | Facebook | | Imprimer | | |
Le 7 avril 2012, Ouest France écrit « Le Marché de l'éthique déballe rue de l'Horloge », se référant à la Semaine du développement durable qui se tient à Orthez. Sans chercher à aborder ici le débat de fond sur l'écologie, le bio et le développement durable, nous constatons l'importance accordée à « l'éthique de l'étiquette » des produits d'origine agricole, laitière... Mais quelle catégorie de produits peut valablement échapper à cette exigence ? Y compris, voire même surtout, la diffusion au public des informations à caractère scientifique et technologique. Sous peine de rentrer dans la logique « les étiquettes n'éngagent que ceux qui consomment les produits ». S'agissant de l'information scientifique, les précautions en la matière apparaissent particulièrement difficiles à adopter et à contrôler dans la pratique. Elles sont pourtant indispensables. Le 7 avril également, Ne rien louper commente « Sondage présidentielle 2012 : 39% des français pas intéressés par la campagne ! ». Précisément, les citoyens semblent reprocher au monde politique un trop-plein d'informations et promesses fallacieuses. Un danger que l'information scientifique doit à tout prix éviter. A fortiori, compte tenu de la situation de plus en plus délicate des organismes publics de recherche comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). C'est notamment pourquoi le fiasco de la campagne médiatique engagée depuis l'automne dernier autour de l'annonce de la collaboration OPERA (Oscillation Project with Emulsion-tRacking Apparatus) sur un possible neutrino supraluminal ne doit pas être oublié sans en analyser les causes et la portée. Autant pour le CNRS et l'ensemble de la recherche française, que pour des collègues d'autres pays. C'est ainsi, par exemple, que quelques jours après la diffusion récente de l'article de la collaboration ICARUS (Imaging Cosmic And Rare Underground Signals) infirmant le résultat d'OPERA, le directeur de l'office scientifique du Department of Energy (DOE) de l'administration des Etats-Unis a adressé au directeur du Fermi National Accelerator Laboratory (Fermilab) un courrier rejetant, dans sa version actuelle, le projet Long Baseline Neutrino Experiment (LBNE). Il paraît difficile de ne pas conclure à une corrélation entre la « crise du neutrino » d'OPERA et la décision du DOE rejetant un projet de Physique des neutrinos directement corrélé avec les mesures d'OPERA et crucial pour l'avenir de la Physique des Particules outre-Atlantique. Pourtant, les avertissements sur le possible défaut de cohérence du résultat d'OPERA n'avaient pas manqué dès le départ. A commencer par le travail déjà évoqué de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres, chercheur au CNRS, que la communication du CNRS et les médias français ont ignoré. A présent, ces mêmes médias se montrent très laconiques sur la déroute de la campagne publicitaire autour du prétendu neutrino supraluminal d'OPERA. Ils gardent également le silence, pour l'essentiel, sur la démission récente de la fonction de coordinateur pour la Physique au sein d'OPERA d'un chercheur du CNRS qu'ils avaient placé au premier plan pendant des mois dans leur propagande. Mais à quoi peut mener à terme la politique de l'autruche ? Même un site des milieux d'affaires US comme Forbes répercute cette information. Plus que jamais, la réflexion éthique et la transparence à l'égard des citoyens paraissent indispensables.
Le 7 mars 2012, un article diffusé par Le Monde sur la campagne électorale en cours porte le titre « Nucléaire, OGM, pesticides : les candidats face au défi écologique ». Mais peut-on croire les discours des candidats, à deux semaines du premier tour des présidentielles ? Plus globalement, l'un des grands problèmes des coupoles de la société actuelle est celui de la crédibilité, souvent indissociable de la question des conflits d'intérêts potentiels.
Où en est la France dans le domaine de la prévention des conflits d'intérêts, après le rapport émis il y a plus d'un an par la Commission de réflexion pour la prévention des conflits d'intérêts dans la vie publique ? Voir, pour rappel : http://www.conflits-interets.fr/, http://www.conflits-interets.fr/pdf/rapport-commission-co.... La réalité est que des associations comme Transparence International France ou Anticor (http://anticor.org/) se montrent toujours très critiques sur la situation dans notre pays. A quand un réel progrès dans ce domaine ?
La recherche et l'information scientifiques peuvent difficilement échapper à ce type de questionnements. L'évaluation et l'information émanant de la recherche publique peuvent être influencées, notamment, par des rapports avec le secteur privé, par des enjeux de financements et des intérêts de groupe, par des pratiques de lobbying, par des politiques de « servez-vous » à l'adresse des groupes influents... La gestion elle-même nécessite une transparence sans faille. Que fait-on, concrètement ?
Par le passé, le CNRS n'a pas ignoré ces problèmes et d'autres de bien plus graves. C'est ainsi que, devant le processus déclenché par le rapport de 1991 de l'Inspection Générale des Finances et qui a précédé l'éclatement au grand jour de l'affaire de l'ARC avec la détention et mise en examen de Jacques Crozemarie (ingénieur de recherche hors classe retraité du CNRS) en 1996, la direction du CNRS a mis en place en 1994 le COMETS (Comité d'Ethique pour les Sciences, devenu Comité d'Ethique du CNRS), http://www.cnrs.fr/fr/organisme/ethique/comets/index.htm.
Même si les institutions scientifiques n'ont pas été directement mises en cause par les rapports officiels sur l'ARC, un certain nombre d'observateurs se sont interrogés sur la passivité apparente de leurs représentants au sein des instances de l'ARC devant le mode de gestion imposé par Jacques Crozemarie.
Dans un avis de 1997 intitulé Ethique et institutions scientifiques, http://www.cnrs.fr/fr/organisme/ethique/comets/docs/ethiq..., le COMETS abordait la question des « liens qui peuvent exister entre l’éthique scientifique d’une part, la nature et le fonctionnement des institutions scientifiques d’autre part ». Il plaidait d'emblée que « les institutions peuvent contribuer à éviter ou contrôler des déviations ou, a contrario, engendrer des effets pervers dans le domaine de l’éthique ». Souvent sans concessions, ce rapport du COMETS évoque les dangers de dérives dans les comportements institutionnels, individuels, collectifs, « de groupe »...
Depuis, les institutions scientifiques françaises ne semblent plus s'être retrouvées « à proximité » d'une affaire de la gravité de celle de l'ARC. Mais doit-on conclure pour autant que tous les problèmes ont été convenablement abordés et résolus ?
La récente « crise du neutrino » d'OPERA nous semble constituer une excellente occasion pour un nouvel examen critique du fonctionnement de la recherche publique française, avec un « état des lieux » actualisé. Un tel examen paraît d'ailleurs urgent.
D'autant plus, que l'Institut National de Physique Nucléaire et de Physique des Particules (IN2P3), acteur direct de l'affaire du neutrino d'OPERA, a constitué un modèle explicitement évoqué par Valérie Pécrésse en mai 2008 pour justifier le démembrement du CNRS en instituts (http://www2.cnrs.fr/journal/3880.htm). Quel bilan convient-ll de tirer d'une telle politique ?
Sans mettre en cause pour autant la qualité scientifique et logistique de cet institut du CNRS, peut-on vraiment en faire un exemple sur le plan du fonctionnement institutionnel et collectif ?
En réalité, la mise en place de l'IN2P3 dans les années 1970 s'était heurtée à un certain nombre de réticences de la part de chercheurs et de « petites équipes » au fur et à mesure que son fonctionnement se concrétisait par un pouvoir « gestonnaire » de plus en plus « fort » et centralisé. Ces réticences étaient-elles vraiment infondées ? Il paraît difficile d'éluder cette question.
Dans une lettre datée du 19 mars dernier et rendue publique par Fermilab, http://www.fnal.gov/pub/today/images12/031912-brinkman-od..., le directeur de l'Office of Science du DOE W.F. Brinkam écrit au directeur de Fermilab Pier Oddone :
We have considered both the science opportunities and the cost and schedule estimates for LBNE that you have presented to us. We have done so in the context of planning for the overall Office of Science program as well as current budget projections.
Based on our considerations, we cannot support the LBNE project as it is currently configured. The decision is not a negative judgement about the importance of the science, but rather it is a recognition that the peak cost of the project cannot be accomodated in the current budget climate or that projected for the next decade.
Une fort mauvaise nouvelle, dans la situation déjà précaire de la Physique des Particules aux Etats-Unis.
Cette notification est intervenue quatre jours après la diffusion du résultat d'ICARUS par un article posté le 15 mars 2012. Quel aura été le résultat du forcing publicitaire clairement injustifié autour de l'annonce d'OPERA ? Et à quoi aura conduit la politique de certains responsables de l'IN2P3, du CNRS, d'OPERA... consistant à ignorer systématiquement le travail de Luis Gonzalez-Mestres (http://arxiv.org/abs/1109.6308, http://arxiv.org/abs/1109.6630, http://arxiv.org/abs/1202.1277) et d'autres auteurs ?
Certes, croire à titre définitif le résultat de la collaboration ICARUS (http://arxiv.org/abs/1203.3433) au détriment de celui d'OPERA (http://arxiv.org/abs/1109.4897) serait une attitude partiale. OPERA doit effectuer de nouvelles mesures dans un mois, et il conviendra de tenir compte de ce nouveau résultat. Mais là n'est pas la question essentielle.
Dans les conditions de l'annonce préliminaire d'OPERA de septembre dernier, rien ne justifiait le forcing de propagande institutionnelle, pas plus que le suivisme des médias.
A présent, à différence des médias d'autres pays, la presse scientifique française a très peu évoqué la démission, il y a une semaine, d'un chercheur du CNRS de la fonction de coordinateur pour la Physique de la collaboration OPERA. Or ce même chercheur avait bénéficié d'une médiatisation intense depuis septembre dernier, à propos de l'annonce d'OPERA concernant un possible caractère supraluminal du neutrino associé au muon.
En effet, si quelques médias français évoquent la démission du porte-parole d'OPERA, actuellement professeur à l'Université de Berne, celle du coordinateur d'OPERA pour la Physique, chercheur au CNRS français, reste entourée chez nous par une sorte de mini-secret. Que devient la transparence de l'information ? La démission du porte-parole a eu lieu le 29 mars dernier. Celle du coordinateur pour la Physique, le 30 mars.
Evoquant cette deuxième démission, ainsi que celle du porte-parole d'OPERA, Nature News (http://www.nature.com/news/embattled-neutrino-project-lea...) fait état de la critique adressée par des membres d'OPERA aux responsables démissionnaires de cette collaboration. A savoir, pour quelle raison les vérifications récentes et celles envisagées pour le mois de mai n'ont-elles pas été menées à terme avant toute diffusion d'un résultat ? Une question sur laquelle les médias français ne se montrent guère explicites mais qui paraît néanmoins pertinente.
Nature News souligne également que le 28 mars (treize jours après la diffusion du résultat d'ICARUS), une réunion (http://agenda.infn.it/conferenceDisplay.py?confId=4896) dont le matériel a été rendu public le 30 mars (http://agenda.infn.it/materialDisplay.py?materialId=slide...) avait conclu à la probable existence d'un baiais d'origine technique dans le résultat d'OPERA. Raison de plus pour s'étonner du silence médiatique français autour de la démission du coordinateur d'OPERA pour la Physique, responsable de l'analyse des données expérimentales.
Quel est le degré d'indépendance de ce type de « journalisme scientifique » français de transmission, par rapport à des intérêts de groupes, d'institutions, de personnes influentes... ?
Et que penser de cette publicité médiatique sensationnaliste, menée pendant des mois à coups de portraits d'Einstein ?
Comme nous l'avons déjà exposé à plusieurs reprises, le rôle de la vitesse de la lumière en tant que vitesse critique impossible à dépasser fut clairement proposé bien avant Albert Einstein dans les travaux du scientifique français Henri Poincaré, avec une importante contribution du néerlandais Hendrik Antoon Lorentz. Voir, à ce sujet, nos articles « CNRS, OPERA, Einstein, Poincaré, Lorentz, relativité » et « Henri Poincaré : centenaire de sa mort » (I), (II) et (III). Pourquoi ignorer cette réalité ?
La référence permanente à Albert Einstein à propos du résultat annoncé par OPERA a été un moyen hors-sujet d'attirer à tout prix l'attention du lecteur. On ne peut que le regretter.
Plusieurs articles seront nécessaires pour analyser complètement les causes et les conséquences de ces erreurs manifestes de gestion et de communication, du manque d'esprit critique de la part des médias français, d'une certaine incapacité récurrente de rectification et d'autocritique... Si s'en prendre aux individus serait parfaitement stérile, l'analyse des dysfonctionnements du système apparaît comme une nécessité incontournable.
Le 30 mars, Le Monde écrivait : « Démission à la tête de l'expérience "Opéra", sur la vitesse des neutrinos » (avec l'AFP), évoquant la démission du porte-parole d'OPERA. Mais, sauf méprise de notre part, aucune information de ce journal n'a fait part de la démission du coordinateur pour la Physique de la même expérience. Le Monde a également passé outre au travail de Luis Gonzalez-Mestres, dont sa rédaction avait été prévenue.
L'article du Figaro du 30 mars « Neutrinos: démission d'un physicien » évoque également la démission du porte-parole d'OPERA. Mais sauf erreur de notre part, il ne semble pas avoir été suivi d'un complément d'information évoquant la démission du coordinateur d'OPERA pour la Physique.
Le 31 mars, Médiapart a fait état de la double démission intervenue à la tête d'OPERA dans un article intitulé « Démission de deux physiciens associés aux neutrinos supraluminiques ».
D'après cet article de Médiapart, la démission du coordinateur pour la Physique aurait obéi à un « désir de réduire les divisions au sein de l’équipe ». Mais au vu de la gravité du fiasco publicitaire de l'annonce sur le prétendu neutrino supraluminal, peut-on sérieusement croire l'explication basée sur des « conflits personnels » ou sur des difficultés pour « diriger » OPERA ?
De son côté, Futura Sciences a signalé cette double démission de manière ambiguë le 2 avril, dans un article intitulé « Dimanche 1er avril : un banc de poissons sur Futura ! ».
Le 2 avril, Maxisciences a rapporté « Neutrinos ultrarapides : le physicien italien à la tête de l'expérience Opera démissionne », se référant uniquement à la démission du porte-parole d'OPERA. Les médias suisses utilisant le matériel de l'AFP ont diffusé le même type d'information incomplète, mais n'ont pas passé sous silence la démission du porte-parole d'OPERA, pourtant professeur et directeur de laboratoire à l'Université de Berne.
D'autres médias français ont tout simplement gardé le silence sur ces démissions de deux responsables d'OPERA dont ils n'avaient pas hésité à faire une large publicité depuis septembre dernier. Déjà, le résultat d'ICARUS de mars 2012 contredisant OPERA a fait l'objet d'une diffusion médiatique très modeste à côté de la propagande lancée il y a quelques mois sur l'annonce d'OPERA.
Quant au rejet, dans son état actuel, du projet LBNE par le DOE des Etats-Unis, il semble pour l'essentiel avoir été passé sous silence par les médias français. Pourtant, dès le 1er octobre 2011, un article publié par The Economist avec le titre « The future of physics (1). So long, and thanks for all the quarks » présentait le projet LBNE comme une possible suite d'OPERA dans l'étude des propriétés d'un neutrino supraluminal. Une mauvaise publicité.
La situation est différente dans les médias anglophones.
S'agissant du rejet du projet LBNE, Nature News écrit « US physicists fight to save neutrino experiment. Budget cuts mean rethink for long-baseline project ».
Physics World rapporte à son tour « Fermilab told to rein in planned neutrino experiment ». Science Insider, « DOE Scraps Plans for Neutrino Experiment in Mine ».
Symmetry Breaking évoque la mobilisation des chercheurs avec le titre « Physicists mobilize to rescue U.S. neutrino experiment ».
Crains Chicago Business souligne « Fermilab loses federal funds for experiments », se référant au rejet par l'administration US des projets International Linear Collider et LBNE.
Sur les responsables d'OPERA, Los Angeles Times évoquait les deux démissions le 2 avril dans un article intitulé « 'Faster-than-light neutrino' scientist steps down », avec un lien vers l'article de Science Insider du 30 mars « Leaders of Faster-Than-Light Experiment Step Down ».
Dans un article mis à jour le 31 mars, New Scientist fait état de ces démissions avec le titre « Leaders of controversial neutrino experiment step down ».
Rapportant également les deux démissions, Smart Planet se focalise sur celle du coordinateur d'OPERA pour la Physique dans son article du 3 avril « Another neutrino firing: Faster-than-light physicist quits under pressure ». Du même jour est l'article de Science World « ‘Faster-than-Light’ Project Leaders Quit ».
Le 5 avril, un article de Discovery News annonçait « 'Faster-Than-Light' Neutrino Team Leaders Resign », faisant à son tour état des deux démissions à la tête d'OPERA. Le même jour, French Tribune écrivait sur le même sujet « OPERA Facing a Major Setback », et The Cutting Edge : « ‘Faster-than-Light’ Project Team Leads Quit » reprenant l'information de Science World.
19:16 Publié dans Administration et administrés, Cosmologie, Culture, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, Evaluation, Indépendance du service public, Institutions, Interdisciplinarité, Physique, Politique, Politique scientifique, Presse et médias, Recherche, Sciences, Services publics, Société du XXI siècle, Statut des chercheurs, « Réforme » de la recherche | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : cnrs, in2p3, opera, neutrino, cern, europe, lbne, fermilab, recherche scientifique, luis gonzalez-mestres, france, etats-unis, société, politique, neutrino supraluminal, présidentielle 2012, présidentielles 2012 | | Facebook | | Imprimer | | |
Le 3 avril 2012, Gazette Info et Infos-Dijon évoquent la Légion d'Honneur décernée à la présidente sortante de l'Université de Bourgogne, Sophie Béjean. Sous sa présidence, cette université émit à juste titre un communiqué confirmant la validité des thèses de Grichka et Igor Bogdanoff. L'Université de Bourgogne répondait ainsi à la campagne médiatique déclenchée il y a un an et demi autour de prétendus extraits d'un rapport des Sections de Mathématiques et de Physique Théorique du Comité National de la Recherche Scientifique (CoNRS) sur ces deux thèses. Le 3 avril également, il apparaît, sauf méprise de notre part, qu'aucun recours en appel n'ait été introduit dans le délai légal contre le jugement rendu le 14 mars par la 31ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris condamnant pour contrefaçon un chercheur du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Ce chercheur avait mis en ligne une version préliminaire, ancienne et nullement destinée à la diffusion publique, de la thèse de Grichka Bogdanoff sans même prévenir l'intéressé. Voir notre article « Frères Bogdanoff, CNRS, OPERA (I) ». Nous constatons aussi la disparition d'une rubrique intitulée Bogdaneries du site professionnel de ce chercheur. On ne peut que se féliciter de cette évolution très récente de la position du CNRS, quoi qu'ait pu écrire Sylvestre Huet dans Sciences2 le lendemain du jugement. Cependant, la question la plus grave reste à régler : celle qui découle de la diffusion publique d'un texte présenté par des médias comme provenant d'un rapport d'évaluation sur les thèses de Grichka et Igor Bogdanoff. La Commission d'Accès aux Documents Administratifs (CADA) a souligné le caractère confidentiel d'un rapport de cette nature. La confidentialité des évaluations à caractère individuel, qui peuvent être influencées par des situations de tensions diverses, de concurrence, de lobbying... est un principe de simple bon sens. Et quelle conclusion tirer du fiasco de la campagne médiatique lancée depuis septembre dernier autour du résultat préliminaire de la collaboration OPERA sur la vitesse critique du neutrino associé au muon ? De toute évidence, les plus grandes précautions sont également indispensables en matière de communication institutionnelle dans de nombreux cas. En l'espèce, pour quelle raison les informations émanant de responsables du CNRS ont-elles systématiquement ignoré le travail critique de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres qui formulait de claires réserves sur la cohérence du résultat annoncé par OPERA ? Et le texte anonyme diffusé par des médias sur les thèses d'Igor et Grichka Bogdanoff, même à le supposer authentique, présenterait-il davantage de garanties d'objectivité que la propagande récurrente qui a entouré l'annonce préliminaire d'OPERA ? Evoquant des changements dans la coordination d'OPERA, Maxisciences rapporte « Neutrinos ultrarapides : le physicien italien à la tête de l'expérience Opera démissionne ». De son côté, Nature News emploie le titre « Embattled neutrino project leaders step down », se référant aussi à la démission d'un chercheur du CNRS de la fonction de coordinateur d'OPERA pour la Physique. Mais s'agit-il d'une question de personnes, ou de fonctionnement institutionnel ?
Le 3 avril 2012, Les Echos publie un article intitulé « L’évaluation de la culture managériale : un nouvel enjeu des dispositifs d’écoute interne ». Mais peut-on réduire les problèmes du travail de notre époque à des questions de « management » ?
Depuis plus de vingt-cinq ans, on ne cesse de parler de gestion, d'administration, de « coordination » et de « management » dans la recherche. Au détriment de la créativité et de l'indépendance des scientifiques, des initiatives personnelles, de la critique interne... Quel en est le bilan ? Et l'affaire du résultat d'OPERA a bien été, avant tout, celle d'une opération publicitaire foireuse.
Les mesures expérimentales en Physique des neutrinos ont toujours été très difficiles, et l'erreur a toujours éte possible. C'est une situation connue de longue date et avec un certain nombre de précédents. Mais dans ce cas, pour quelle raison des responsables du CNRS et d'autres institutions ont-ils lancé une telle campagne médiatique sur la base d'un résultat préliminaire ?
Pourtant, les avertissements sur le plan scientifique à propos des données d'OPERA n'ont pas manqué depuis septembre dernier.
Pour rappel, dès le 28 septembre 2011, Luis Gonzalez-Mestres écrivait :
http://arxiv.org/abs/1109.6308
Avant d'aborder les principaux sujets discutés dans cet article (superbradyons et géométrie de l'espace-temps), quelques remarques préliminaires paraissent indispensables. S'agissant des neutrinos attendus des sursauts gamma, il convient de remarquer que dans le domaine d'énergie autour de 100 TeV et même très en dessous de cette énergie, une vitesse critique du neutrino qui dépasserait de manière significative celle des photons et des autres secteurs de la matière standard impliquerait des désintégrations spontanées du neutrino par émission de paires électron-positron et d'autres particules. De surcroît, étant donné que l'énergie supplémentaire requise pour qu'un pion puisse se désintégrer en un neutrino plus un lepton chargé ne peut provenir que du terme de masse du pion incident, la désintégration du pion peut s'avérer impossible. Le calcul numérique pertinent pour ce type de processus réside dans la comparaison entre la différence relative des vitesses critiques fois l'échelle d'énergie et les termes de masse à haute énergie des particules concernées. Plus précisément :
- Si cπ est la vitesse critique du pion dans le vide et cν celle du neutrino, une différence relative (cν - cπ) c−1 ≈ 2 x 10−5 (c = vitesse de la lumière) impliquerait l'impossibilité pour des pions dans leur couche de masse d'émettre des neutrinos avec des énergies supérieures à ≈ 20 GeV, une borne qui doit être comparée avec les énergies considérées par OPERA. Si à la place, le pion possède lui-même une anomalie de vitesse critique analogue à celle du neutrino (prenant la vitesse de la lumière comme la vitesse critique de référence) neutrino, l'effet se propagera tout naturellement à l'ensemble des hadrons et produira des signatures observables dans la physique des rayons cosmiques et dans les expériences de haute énergie auprès des accélérateurs. Nous aborderons ce sujet plus en détail dans un autre article mais, simplement pour donner un exemple, un proton de 500 GeV avec (cp - c) c−1 ≈ 10−5 (cp = vitesse critique du proton) se désintégrerait spontanément émettant un photon.
- Une autre possibilité serait que le signe de l'anomalie de vitesse critique varie avec la particule considérée de manière plus ou moins aléatoire. Même dans ce cas, des problèmes de consistance phénoménologique subsistent. Par exemple, si (cπ - c) c−1 ≈ 2 x 10−5 et les baryons n'ont pas d'anomalie de vitesse critique, un pion chargé de 400 GeV peut se désintégrer en une paire baryon - antibaryon.
- Des considérations analogues s'appliquent à la production de neutrinos dans les sources astrophysiques. Des pions sur la couche de masse avec (cν - cπ) c−1 ≈ 2 x 10−5 ne pourraient pas produire de tels neutrinos à des énergies supérieures à ≈ 20 GeV. Des neutrinos de ≈ 100 TeV peuvent être produits par des pions sur la couche de masse seulement si (cν - cπ) c−1 est inférieur à ≈ 10−12.
On peut trouver dans [4] une discussion de la possible phénoménologie de temps de vol pour des neutrinos produits par les sursauts gamma dans des modèles de LSV [violation de la symétrie de Lorentz]. L'existence de désintégrations spontanées (de type « Cherenkov ») dans le vide pour des particules supraluminales avec masse et énergie positives fut soulignée pour la première fois dans nos articles de la période 1995-96 (voir, par exemple, [5, 6]). La désintégration « Cherenkov » d'un neutrino de ≈ 100 TeV émettant une paire e+ e− ne peut être évitée que si la différence de vitesse critique entre l'électron et le neutrino est inférieure à ≈ 10−16 c. Il s'agit sans doute de l'outil le plus puissant à notre portée en ce qui concerne les possibles effets de la LSV pour de tels neutrinos.
(fin de l'extrait traduit de l'article de Luis Gonzalez-Mestres du 28 septembre 2011, voir pour plus de détails nos articles « Vitesse de la lumière, OPERA et superbradyons », (II) et (III), ainsi que les sources originales)
Le lendemain même (29 septembre 2011), des articles de Luis Gonzalez-Mestres (http://arxiv.org/abs/1109.6630, voir aussi http://arxiv.org/abs/1202.1277) et d'Arthur Cohen et Sheldon Glashow (http://arxiv.org/abs/1109.6562) développaient davantage ce type d'objections au résultat annoncé par OPERA.
Malgré de tels avertissements scientifiques, la propagande médiatique autour de ce résultat dès le départ mis en cause avec des arguments sérieux s'est poursuivie pendant des mois. Et même lorsque la collaboration OPERA a commencé à s'interroger sur la fiabilité de son dispositif expérimental.
S'il est normal que des collaborations de Physique des Particules aux budgets très élevés fassent connaître périodiquement l'état de leur travail, rien ne justifiait pour autant la campagne médiatique clairement sensationnaliste lancée autour de données qui, de toute évidence, nécessitaient des vérifications plus poussées.
Six mois après l'annonce hypermédiatisée sur la possible vitesse supraluminale du neutrino, la collaboration ICARUS mettait en ligne le 15 mars dernier un article infirmant les données initiales d'OPERA. Intitulé « Measurement of the neutrino velocity with the ICARUS detector at the CNGS beam », http://arxiv.org/abs/1110.3763, il présente une mesure dont le résultat est jugé par les auteurs « compatible with the simultaneous arrival of all events with equal speed, the one of light » et « in a striking difference with the reported result of OPERA ».
L'article du 2 avril d'Eugenie Samuel Reich dans Nature News (http://www.nature.com/news/embattled-neutrino-project-lea...) rappelle également que la collaboration OPERA prévoit une nouvelle série de mesures expérimentales pendant le mois de mai. Voici qui est bien préférable à toutes les opérations publicitaires, a fortiori dans la Physique des neutrinos où les annonces erronées n'ont pas manqué depuis les années 1980.
Et comment comprendre le maintien à ce jour d'une campagne médiatique diffusant des textes attribués à un prétendu rapport d'évaluation sur les thèses de Grichka et Igor Bogdanoff, alors que les rapports d'évaluation son censés être confidentiels ?
Pour rappel aussi, la CADA a estimé notamment (http://www.cada.fr/conseil-20104191,20104191.html) :
La situation actuelle paraît difficilement compréhensible, car :
- D'une part, la direction du CNRS déclare avoir apporté son soutien au chercheur condamné dans l'affaire de la contrefaçon sur la version préliminaire de la thèse de Grichka Bogdanoff ; voir l'article de Sylvestre Huet http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/03/un-curie..., et le texte mis en ligne à l'adresse http://www.les-mathematiques.net/phorum/read.php?9,737561....
Pourquoi un tel soutien institutionnel, et à quel titre ? Quel rapport entre un délit de contrefaçon et l'exercice des activités statutaires d'un chercheur du CNRS ?
- D'autre part, le CNRS ne semble avoir entrepris aucune action concrète pour exiger le retrait par les médias des articles produisant des prétendus extraits du rapport des Sections de Mathématiques et de Physique Théorique du Comité National sur les thèses de Grichka et Igor Bogdanoff.
Pourtant, peut-on ignorer que le CNRS est avec l'Université de Bourgogne le « propriétaire » légal dudit rapport ?
Si, comme tel semble être le cas sauf erreur de notre part, le jugement rendu le 14 mars par la 31ème Chambre /2 (correctionnelle) du Tribunal de Grande Instance de Paris sur le dossier 1117508112 n'a pas à ce jour fait l'objet d'appel, alors le jugement est devenu définitif de droit. Il s'ensuit que tout citoyen peut en obtenir une copie auprès du Tribunal.
A cette instance, les demandes de Grichka Bogdanoff en tant que partie civile ont été très modestes : un euro symbolique et publication du jugement. A l'audience, son avocat a même souligné explicitement qu'il ne souhaitait pas l'inscription du jugement au casier judiciaire du prévenu.
Cette modération de la plaidoirie de la partie civile semble être la raison essentielle de la « petite » condamnation (par rapport à ce type de délits) prononcée par le Tribunal qui a néanmoins conclu à l'existence d'une contrefaçon par édition ou reproduction d'une oeuvre de l'esprit au mépris des droits de l'auteur et d'une contrefaçon par diffusion ou représentation d'une oeuvre de l'esprit au mépris des droits de l'auteur. Le Tribunal a estimé que « la mauvaise est caractérisée ».
Le chercheur du CNRS a été condamné à une amende délictuelle de 2000 euros avec sursis et sans inscription au casier judiciaire, et à verser à Grichka Bogdanoff un euro à titre de dommages-intérêts ainsi que 1500 euros au titre des frais d'avocat. Suite à ce jugement également très modéré, à l'instar de la plaidoirie de la partie civile, l'ébauche de thèse de Grichka Bogdanoff qui avait fait l'objet de la contrefaçon a été aussitôt retirée de la Toile.
Le lundi 2 avril, une semaine après la date limite pour un recours en appel qui ne semble pas avoir été introduit, l'ensemble de la rubrique Bogdaneries a disparu du site professionnel du chercheur condamné le 14 mars dernier. C'était la moindre des choses.
Cependant, le problème créé par la publication d'un texte anonyme que des journalistes présentent comme étant tiré d'un rapport du CoNRS sur les thèses de Grichka et Igor Bogdanoff persiste avec toute sa gravité. Y compris, sur le plan des possibles conséquences professionnelles et morales pour les intéressés.
Et au vu du contexte conflictuel qui avait méné à l'élaboration de ce rapport du CoNRS, alors que l'activité professionnelle des frères Bogdanoff heurtait de toute évidence des intérêts corporatif à la fois dans la presse dite « scientifique » et dans la recherche, que penser des garanties d'impartialité dudit rapport ?
Précisément, le défaut d'impartialité et l'intensité du forcing médiatique récent autour de l'annonce d'OPERA sur un possible neutrino supraluminal devraient nous inciter à une réflexion plus large. Notamment, en ce qui concerne les précautions à adopter en matière d'évaluation et de communication scientifiques.
22:12 Publié dans Administration et administrés, Astrophysique, Cosmologie, Culture, Education, Ethique, Europe, Evaluation, Fonction publique, Indépendance du service public, Institutions, Interdisciplinarité, Justice, Physique, Politique scientifique, Recherche, Sciences, Services publics, Société du XXI siècle, Statut des chercheurs, Université | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : frères bogdanoff, igor bogdanoff, grichka bogdanoff, cnrs, recherche scientifique, luis gonzalez-mestres, france, société, politique, contrefaçon, droits d'auteur | | Facebook | | Imprimer | | |

References: § 1
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 l'article 50
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 l'article 132
 l'article 775
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