Source: https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/search/label/esprits%20asservis
Timestamp: 2018-02-21 14:47:41+00:00

Document:
CONNAISSANCE OUVERTE: esprits asservis
Affichage des articles dont le libellé est esprits asservis. Afficher tous les articles
A / Der Freigeist, der freier Geist
B / LES JOURNALISTES
Voir aussi l'entrée " Esprit libre " du Dictionnaire Nietzsche, par Guillaume Métayer, cc. 303b-306b.
« Les gaillardes élévations d’un esprit libre » (Michel de Montaigne, Essais, II, xii, page 492 de l'édition Villey-Saulnier/PUF/Quadrige)
Fragments posthumes, 1876
N II 1, 1876 : 16[44] l’esprit libre ne voudra saisir qu’un pan d’un événement. [Der Freigeist wird nur einen Zipfel eines Ereignisses fassen, aber es nicht in seiner ganzen Breite haben wollen (z.B. Krieg — Bayreuth).]
16[55] : L’image de l’esprit libre est restée inachevée au siècle dernier. [Das Bild des Freigeistes ist unvollendet im vorigen Jahrhundert geblieben: sie negirten zu wenig und behielten sich übrig.]
U II 5b, été 1876: l’esprit libre tient à la vie active par un lien léger
L’esprit libre vit pour l’avenir de l’homme.
Fonder des instituts sur le modèle des couvents.
L’esprit libre est «divinement jaloux» du stupide bien-être des hommes.
L’esprit libre agit peu; d’où un manque d’assurance devant l’homme de caractère.
U II 5c, oct.-déc. 1876 : 19[77] : Les dix commandements de l’esprit libre
|107] : Les esprits asservis préfèrent une explication quelconque à aucune. [Es ist in der Art der gebundenen Geister, irgend eine Erklärung keiner vorzuziehn; dabei ist man genügsam. Hohe Cultur verlangt, manche Dinge ruhig unerklärt stehen zu lassen: ἐπέχω.]
Mp XIV 1a, hiver 1876 : 20[11] l’esprit libre est utile aux esprits asservis. [Aus dieser ganzen Betrachtung kann der Freigeist den Beweis entnehmen, dass er auch den gebundenen Geistern nützlich ist.]
Mp XIV 1d, : profonde sensibilité d’esprit libre qui nous rend rétifs à la plus légère pression de l’autorité.
Humain, trop humain – Un livre pour esprits libres (1878),
Préface, § 2 : qu’il puisse y en avoir quelque jour […] c’est bien moi qui serais le dernier à en douter.
§ 4: privilège périlleux de vivre à titre d’expérience et de s’offrir à l’aventure. Ce qui le regarde, ce ne sont plus que des choses qui ont cessé de l’inquiéter.
§ 7 :C'est de ce problème de la hiérarchie que nous pouvons dire qu'il est notre problème à nous, esprits libres.
I " Des principes et des fins ", § 30 : l’esprit libre [Der Freigeist] est tenté par les déductions contraires aux paralogismes les plus répandus.
IV " De l'âme des artistes et écrivains ", § 153 : effets de l’art, alors qu’il s’est déjà débarrassé de toute métaphysique.
V " Caractères de haute et basse civilisation ", § 225: L’esprit libre [Der Freigeist], notion relative. Celui qui pense autrement qu’on ne s’y attend de sa part en raison de son origine, de son milieu, de son état et de sa fonction, ou en raison des opinions régnantes de son temps. Il est l’exception, les esprits asservis [die gebundenen Geister] sont la règle. […] Il veut des raisons [Gründe], les autres des croyances.
V, § 227: Du fait que les esprits asservis n’ont de principes que pour leur utilité, ils supposent que chez l’esprit libre les opinions sont aussi un moyen de chercher son avantage et qu’il ne tient pour vrai que tout juste ce qui lui est profitable. [Autrement dit　: aux esprits libres, la science - aux esprits asservis, la sociologie de la science.]
V, § 229: Les esprits libres qui portent leur cause au forum [en latin dans le texte] des esprits asservis ont à démontrer qu’il y a toujours eu des esprits libres, donc que la pensée libre a la durée pour elle, ensuite qu’ils ne cherchent pas à être importuns, et enfin qu’à tout prendre ils procurent bien quelques avantages aux esprits asservis; mais comme ils ne sauraient convaincre ceux-ci de ce dernier point, il ne leur sert de rien d’avoir démontré le premier et le deuxième.
V, § 230: L’esprit libre est toujours faible, surtout dans ses actes.
V, § 291: Prudence des esprits libres; ne vivent que pour la connaissance. Ils peuvent espérer descendre assez bas et peut-être aussi voir jusqu’au fond.
VII " Femme et enfant ", § 426 Esprit libre et mariage. : les esprits libres préféreront voler seuls plutôt que de vivre avec des femmes.
§ 432: les femmes veulent servir et y trouvent leur bonheur: et l’esprit libre ne veut pas être servi et là est son bonheur.
IX " L'homme seul avec lui-même ", § 637: l’esprit libre peut échapper aux convictions (opinions figées par paresse d’esprit)
§ 638 : qui est parvenu à la liberté de la raison se sent voyageur sur la Terre.
§ 11. Le pessimisme de l'intelligence.
" Celui qui est véritablement libre d'esprit réfléchira aussi librement sur l'esprit lui-même et ne se dissimulera pas certains traits effrayants qui en concerne la source et la direction. Aussi les autres le qualifieront-ils peut-être de pire ennemi de la libre pensée et lui donneront-ils, injure et épouvantail, le nom de " pessimiste de l'intelligence " : habitués qu'ils sont à baptiser les gens non pas d'après leur force et leur vertu éminentes, mais bien d'après ce qui leur est le plus étranger en eux. " [Der Pessimist des Intellectes. — Der wahrhaft Freie im Geiste wird auch über den Geist selber frei denken und sich einiges Furchtbare in Hinsicht auf Quelle und Richtung desselben nicht verhehlen. Desshalb werden ihn die Andern vielleicht als den ärgsten Gegner der Freigeisterei bezeichnen und mit dem Schimpf- und Schreckwort „Pessimist des Intellectes“ belegen: gewohnt, wie sie sind, Jemanden nicht nach seiner hervorragenden Stärke und Tugend zu nennen, sondern nach dem, was ihnen am fremdesten an ihm ist.]
§ 113: " Comment pourrait-on, dans un livre pour esprits libres, ne pas citer Laurence Sterne [1713-1768, auteur de Tristram Shandy], lui que Goethe a honoré comme l'esprit le plus libre de son siècle ! Puisse-t-il se contenter ici d'être appelé l’écrivain le plus libre de tous les temps [...] Sterne est le grand maître de l’équivoque [Zweideutigkeit].
§ 55 : " Danger du langage pour la liberté de l'esprit.
Chaque mot est un préjugé. "
§ 87 : Mieux écrire, c'est à la fois mieux penser ; trouver toujours quelque chose qui vaut d'être communiqué et savoir le communiquer vraiment ; se prêter à être traduit dans la langue des voisins ; se rendre accessible à l'intelligence des étrangers qui apprennent notre langue ; œuvrer en sorte que tout bien devienne un bien collectif, que tout soit à la disposition des hommes libres ; enfin, préparer, tout lointain qu'il est encore, cet état de choses où les bons Européens recevront, mûre à point, leur grande mission, la direction et la garde de la civilisation terrestre toute entière. - Qui prône le contraire, ne pas se soucier de bien écrire et de bien lire - ces deux vertus croissent et diminuent ensemble - montre en fait aux peuples un chemin pour arriver à être encore plus nationalistes : il aggrave la maladie de ce siècle et est ennemis des bons Européens, ennemi des libres esprits.
§ 182: pour examiner si quelqu’un fait partie des esprits libres, on examinera son sentiment pour le christianisme. S’il a à son égard une position autre que critique, nous lui tournerons le dos.
Fragments posthumes 1880-1881,
N V 1, début 1880 : les esprits libres expérimentent d’autres façons de vivre, inappréciable! les gens moraux laisseraient le monde se dessécher. Les stations-expérimentales de l’Humanité
N V 2, printemps 1880 : De la servitude de l’esprit (nous transposons les phénomènes de la tyrannie et de la servitude politique dans le domaine de l’esprit)
N V 4, automne 1880: l’intellect est l’outil de nos instincts et rien de plus, il ne sera jamais libre
N V 5, hiver 1880-1881: l’existence de l’Église assure encore aux esprits libres la liberté face à la science
Aurore. Pensées sur les préjugés moraux, 1881,
I, § 56: l’esprit libre estime l’aptitude à changer d’opinion
III, § 192: luttait en France avec de grands hommes
IV, § 209: on examine au microscope la vie des moralistes à l’esprit libre.
V, § 562: tragédie dont les esprits libres sont les agents : ceux qui voient un être cher abandonner leur foi.
Le Gai Savoir , 1882,
III, § 180 : Le bon temps des esprits libres. Les esprits libres prennent leurs libertés aussi à l’égard de la science – et provisoirement on les leur accorde – tant que l’Église tient debout! –.
V " Nous, sans peur ", § 347: " On pourrait penser un plaisir et une force de l'autodétermination, une liberté de la volonté par lesquels un esprit congédie toute croyance, tout désir de certitude, entraîné qu'il est à se tenir sur des cordes et des possibilités légères et même à danser jusque sur le bord des amîmes. Un tel esprit serait. l"esprit libre par excellence. "[wäre eine Lust und Kraft der Selbstbestimmung, eine Freiheit des Willens denkbar, bei der ein Geist jedem Glauben, jedem Wunsch nach Gewissheit den Abschied giebt, geübt, wie er ist, auf leichten Seilen und Möglichkeiten sich halten zu können und selbst an Abgründen noch zu tanzen. Ein solcher Geist wäre der freie Geist par excellence.]
Ainsi parlait Zarathoustra (1884),
Prologue, § 4: j’aime celui qui est d’un libre esprit et d’un cœur libre ;
II, « Des illustres sages »: ce que hait le peuple, c’est l’esprit libre.
Fragments posthumes, 1885-1886,
W I 6a, juin-juillet 1885 : Où sont de nos jours les esprits libres? Qu’on me montre aujourd’hui un esprit libre! – Eh bien! Ne parlons pas si haut! La solitude est de nos jours plus riche de secrets, plus solitaire que jamais … En fait, j’ai appris entre-temps que l’esprit libre devait nécessairement être ermite.
W I 7a, août-septembre 1885: [59] : "que sont des esprits libres?" Parmi les signes les plus distinctifs d’un esprit libe, je compterais le fait qu’il préfère aller seul, voler seul, ramper seul.
W I 8, automne 1885 – automne 1886: les "esprits libres" – c’est-à-dire immoraux.
Préface : Nous, bons Européens et libres, très libres esprits.
II, « L’esprit libre » [Der freie Geist.]
II, § 29 : Être indépendant est l’affaire d’un très petit nombre, c’est un privilège des forts.
§ 39 : esquisse du philosophe à l’esprit libre : dureté et ruse. Stendhal : il faut être sec, clair, sans illusion.
Nous sommes autre chose que des " libres penseurs ", " liberi pensatori ", " Freidenker " ou quel que soit le nom que ces excellents défenseurs des " idées modernes " aiment à se donner.
III " Le phénomène religieux ", § 61: le philosophe tel que les esprits libres le comprennent se servira des religions pour son œuvre de sélection et d’éducation.
IV, § 87: cœur enchaîné, esprit libre.
§ 105: a la « religion de la connaissance »
V, § 116: nous placerons notre espérance dans de nouveaux philosophes […] puis-je vous le dire tout haut à vous, les esprits libres?
VI, § 211: le vrai philosophe doit avoir été un esprit libre
VII, § 227: La probité [Redlichkeit] - à supposer que ce soit la vertu dont nous ne pouvons nous affranchir, nous, les esprits libres -, cette probité, nous voulons la cultiver en nous avec toute notre méchanceté et tout notre amour, nous ne nous lasserons pas de nous « accomplir » dans notre vertu, qui seule nous est restée ; puisse son éclat s'étendre un jour, comme un rayon vespéral, ironique et doré, sur cette civilisation vieillissante et son morne, son triste sérieux ! Et si notre probité en vient à se lasser et soupire et s'étire et nous juge trop durs, si elle réclame l'existence confortable et douillette d'un vice aimable, restons durs, nous les derniers stoïciens !
§ 230: non pas la cruauté, mais une excessive sincérité, notre sincérité de libres, très libres esprits.
IX, § 270: Il est des esprits libres et insolents qui voudraient cacher et nier qu’ils sont des cœurs brisés.
III, § 7 : pour tout « esprit libre » devrait venir l’heure de la réflexion.
§ 24 : Ils sont encore loin d’être des esprits libres, car ils croient encore à la vérité… Lorsque les Croisés se heurtèrent en Orient à l’ordre invincible des Assassins, à cet ordre des esprits libres par excellence […] cette devise réservée aux seuls grades supérieurs comme leur secretum : " Rien n’est vrai, tout est permis "; voilà ce qui s’appelle la liberté de l’esprit.
L’Antéchrist (1894),
§ 13 : nous les esprits libres, nous sommes déjà une réévaluation [Umwertung] de toutes les valeurs, une vivante et triomphante déclaration de guerre aux anciennes notions de "vrai" et de "faux".
" Humain, trop humain ", § 1: esprit libre : esprit qui s’est libéré, qui a repris possession de lui-même. [In keinem andren Sinne will das Wort „freier Geist“ hier verstanden werden: ein freigewordner Geist, der von sich selber wieder Besitz ergriffen hat.]
" Le Gai savoir ": unité du troubadour, du chevalier et de l’esprit libre, qui distingue si nettement de toutes les cultures équivoques cette admirable culture provençale de haute époque.
INDEX NIETZSCHE (3/13) : LES SOCIALISTES
Voir aussi la très brève entrée " Journalisme " du Dictionnaire Nietzsche, cc. 513a-513b, par Fabrice de Salies ; elle ne situe pas le point de vue de Nietzsche dans l'anti-journalisme de son époque (voir en bas de cette page).
La Naissance de la tragédie à partir de l'esprit de la musique, (1872),
§ 20 : « le "journaliste", cet esclave en papier du jour, a pu triompher du professeur dans tous les domaines de la culture »[der „Journalist“, der papierne Sclave des Tages, in jeder Rücksicht auf Bildung den Sieg über den höheren Lehrer davongetragen hat]
Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement [Conférences], 1874,
I [16 janvier 1872] : cette couche de colle visqueuse qui s’est glissée à présent entre les sciences, le journalisme, croit y remplir sa tâche [celle de l'homme de science]
Le journalisme est le confluent de deux directions : élargissement et réduction se donnent ici la main ; le journal se substitue à la culture
Le journaliste, le maître de l’instant, a pris la place du grand génie, du guide établi pour toujours, de celui qui délivre de l'instant
Le monde hellénique, la véritable patrie de la culture
II [6 février 1872] : le gymnasium enseigne non pour la culture [Bildung] mais seulement pour l’érudition ; il prend depuis peu l’allure de ne plus enseigner pour l’érudition, mais pour le journalisme [die Journalistik].
V [23 mars 1872] : œuvre de séduction du peuple que poursuivent les journalistes.
§ 4 : « L'on n'a même plus idée de ce qui sépare le sérieux de la philosophie du sérieux d'un journal. C'es gens-là [aussi des hommes réputés pensants et honorables] ont perdu le dernier vestige, non seulement de toute pensée philosophique, mais aussi de toute pensée religieuse, et en lieu et place, ce qu'ils ont acquis, ce n'est pas l'optimisme, c'est le journalisme, l'esprit — et l'absence d'esprit — du jour et des journaux. » [ja die alles Ernstes davon sprechen, dass seit ein paar Jahren die Welt corrigirt sei [...] ein Beweis dafür, dass man gar nicht mehr ahnt, wie weit der Ernst der Philosophie von dem Ernst einer Zeitung entfernt ist. Solche Menschen haben den letzten Rest nicht nur einer philosophischen, sondern auch einer religiösen Gesinnung eingebüsst und statt alle dem nicht etwa den Optimismus, sondern den Journalismus eingehandelt, den Geist und Ungeist des Tages und der Tageblätter.]
§ 8 : C’est l’esprit des journalistes qui se presse toujours plus à l’Université, et il n’est pas rare que ce soit sous le nom de philosophie.
Langage et opinions de nos répugnantes gazettes littéraires.
Fragments posthumes, 1872-1874,
P I 20b, été 1872 – début 1873 : 19[22] : " Aujourd’hui, personne ne sait à quoi ressemble un bon livre, il faut le leur montrer : ils ne comprennent pas la composition. La presse [Die Presse] ruine de plus en plus le sens [Gefühl] de ces choses-là. "
27[28] : Interdiction policière de toute page de journal contenant la moindre faute de langage.[Polizeiliches Verbieten eines Zeitungsblattes, das den geringsten sprachlichen Fehler hat.]
27[62] : Il [David Strauss] parle comme un homme qui lirait les journaux tous les jours. [Er redet wie ein Mensch, der täglich die Zeitungen liest.]
1. Cf Vigny : " Il n’y a qu’une devise pour tous les journaux. Je n’en ai lu un dans ma vie qui n’y fût soumis : Médiocrité, mensonge, méchanceté. " Alfred de Vigny, Journal d’un poète, 14 mai 1832.
II " Histoire des sentiments moraux ", § 81 : le journaliste qui égare l’opinion publique par de menues malhonnêtetés. [welcher mit kleinen Unredlichkeiten die öffentliche Meinung irre führt.]
V " Signes de haute et de basse culture ", § 261 : jugements des journalistes et feuilletonistes qui agissent sur la masse. [die Urtheile der auf die Masse wirkenden Tages- und Zeitschriftsteller]
VIII " Coup d'œil sur l'État ", § 447 : La puissance de la presse vient de ce que chaque individu à son service ne se sent que fort peu de liens et d’obligations […] quiconque a de l’argent et de l’influence peut, de toute opinion, faire une opinion publique. [Die Macht der Presse besteht darin, dass jeder Einzelne, der ihr dient, sich nur ganz wenig verpflichtet und verbunden fühlt. [...] kann Einer, der Geld und Einfluss hat, jede Meinung zur öffentlichen machen.]
N II 5, printemps-été 1878 : 27[2] : " On fait du bruit autour d'événements tout à fait insignifiants comme l'attentat [contre l'Empereur Guillaume Ier]. La presse est la fausse alarme permanente. " [Über ganz leere Ereignisse wie das Attentat, wird Lärm gemacht. Die Presse ist der permanente falsche Lärm.]
§ 321. La presse.
« Si l'on considère comment tous les grands événements politiques, de nos jours encore, se glissent de façon furtive et voilée sur la scène, comment ils sont recouverts par des épisodes insignifiants à côté desquels ils paraissent mesquins, comment ils ne montrent leurs effets en profondeur et ne font trembler le sol que longtemps près s'être produits, quelle signification peut-on accorder à la presse, telle qu'elle est maintenant, avec ce souffle qu'elle prodigue quotidiennement à crier, à étourdir, à exciter, à effrayer ? — est-elle plus que la fausse alerte permanente qui détourne les oreilles et les sens dans une fausse direction ? » [Die Presse. — Erwägt man, wie auch jetzt noch alle grossen politischen Vorgänge sich heimlich und verhüllt auf das Theater schleichen, wie sie von unbedeutenden Ereignissen verdeckt werden und in ihrer Nähe klein erscheinen, wie sie erst lange nach ihrem Geschehen ihre tiefen Einwirkungen zeigen und den Boden nachzittern lassen, — welche Bedeutung kann man da der Presse zugestehen, wie sie jetzt ist, mit ihrem täglichen Aufwand von Lunge, um zu schreien, zu übertäuben, zu erregen, zu erschrecken, — ist sie mehr als der permanente blinde Lärm, der die Ohren und Sinne nach einer falschen Richtung ablenkt?
Z I 1, été-automne 1882 : 3[1], 168. Encore un siècle de journaux — et tous les mots pueront. [168. Noch ein Jahrhundert Zeitungen — und alle Worte stinken. Cf AsZ I : Noch ein Jahrhundert Leser — und der Geist selber wird stinken. Encore un siècle de lecteurs — et l’esprit lui-même puera.]
W I 1, printemps 1884 : [134] : Mépris profond pour ceux qui travaillent dans la presse.
N VII 1, avril-juin 1885 : 34[65] : l’accroissement général de la grossièreté de l’esprit européen […] effet de la lecture des journaux.
On veut le confort et l’ébriété quand on lit : la plupart des choses qu’on lit relèvent du journalisme ou du genre journalistique.
La liberté de la presse met le style et finalement l’esprit à terre. Galiani le savait déjà il y a cent ans. [Die allgemeine Vergröberung des europäischen Geistes, ein gewisses täppisches Geradezu, welches sich gerne als Geradheit, Redlichkeit oder Wissenschaftlichkeit rühmen hört: das gehört der Herrschaft des Gedankens des demokratischen Zeitgeistes und seiner feuchten Luft: noch bestimmter — es ist die Wirkung des Zeitungslesens. Bequemlichkeit will man oder Betrunkenheit, wenn man liest: bei weitem das Meiste, was gelesen wird, ist Zeitung oder Zeitungs-Art. Man sehe unsere Revuen, unsere gelehrten Zeitschriften an: jeder, der da schreibt, redet wie vor „ungewählter Gesellschaft“, und läßt sich gehn, oder vielmehr sitzen, auf seinem Lehnstuhle. — Da hat es Einer schlimm, welcher am meisten Werth auf die Hinter-gedanken legt und mehr als alles Ausgesprochene die Gedankenstriche in seinen Büchern liebt. — Die Freiheit der Presse richtet den Stil zu Grunde und schließlich den Geist: das hat vor 100 Jahren schon Galiani gewußt. — Die „Freiheit des Gedankens“ richtet die Denker zu Grunde. — Zwischen Hölle und Himmel, und in der Gefahr von Verfolgungen Verbannungen ewigen Verdammnissen und ungnädigen Blicken der Könige und Frauen war der Geist biegsam und verwegen geworden: wehe, wozu wird heute der „Geist“!]
W I 3a, mai-juillet 1885 : 35[9] : ironie à l’égard du « Journalisme » et de sa culture. Souci que les hommes de science ne deviennent pas des littérateurs. Nous [les bons Européens] méprisons toute culture qui va de pair avec la lecture des journaux ou même avec le fait d’écrire dans les journaux. [Abseits, wohlhabend, stark: Ironie auf die „Presse“ und ihre Bildung. Sorge, daß die wissenschaftlichen Menschen nicht zu Litteraten werden. Wir stehen verächtlich zu jeder Bildung, welche mit Zeitungslesen oder gar -schreiben sich verträgt.]
Préface : " L' Européen ressent cette tension [produite par le combat contre l'oppression millénaire de l'Église chrétienne] comme un état de détresse, et l'on compte déjà deux tentative de grande envergure pour détendre l'arc : d'abord le jésuitisme, ensuite les Lumières démocratiques, qui grâce à la liberté de la presse et à la lecture des journaux, pourraient bien aboutir en fait à ce que l'esprit ne se sente plus si aisément lui-même comme une " détresse ". (Les Allemands ont inventé la poudre — saluons ! Mais ils se sont rachetés — ils ont inventé la presse.) "
III " Que signifient les idéaux ascétiques, § 26 : dépérissement de l'esprit allemand, dont je cherche la cause dans une nourriture trop exclusivement faite de journaux, de politique, de bière et de musique wagnérienne,
W II 3, nov. 1887 – mars 1888 : [218] : Tout journal donne les signes de la perversité humaine la plus épouvantable : un tissu d’horreurs. C’est de ce dégoûtant apéritif que l’homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sur le crime : le journal, la muraille et le visage de l’homme. – Comment une main pure peut-elle toucher un journal sans une convulsion de dégoût ? [Note de lecture de Charles Baudelaire (*), Mon cœur mis à nu, XLIV]
* Dégoût bien partagé :
"La plupart des journalistes qui s’érigent en arbitres font souvent eux-mêmes les plus violents actes d’hostilité." Voltaire, Préservatif, I (1738)
"Il n’y a qu’une devise pour tous les journaux. Je n’en ai lu un dans ma vie qui n’y fût soumis : Médiocrité, mensonge, méchanceté." Alfred de Vigny, Journal d’un poète, 14 mai 1832.
« La presse est une bouche forcée d'être toujours ouverte et de parler toujours. De là vient qu'elle dit mille fois plus qu'elle n'a à dire, et qu'elle divague souvent et extravague.» Alfred de Vigny, Journal d'un poète, septembre 1834
BALZAC : « Il [Lucien] ne se savait pas placé entre deux voies distinctes, entre deux systèmes représentés par le Cénacle et par le Journalisme, dont l’un était long, honorable, sûr ; l’autre semé d’écueils et périlleux, plein de ruisseaux fangeux où devait se crotter sa conscience. Son caractère le portait à prendre le chemin le plus court, en apparence le plus agréable, à saisir les moyens décisifs et rapides. Il ne vit en ce moment aucune différence entre la noble amitié de d’Arthez et la facile camaraderie de Lousteau. Cet esprit mobile aperçut dans le Journal une arme à sa portée, il se sentait habile à la manier, il la voulut prendre. Ébloui par les offres de son nouvel ami dont la main frappa la sienne avec un laissez-aller qui lui parut gracieux, pouvait-il savoir que, dans l’armée de la Presse, chacun a besoin d’amis, comme les généraux ont besoin de soldats !
— L’influence et le pouvoir du journal n’est qu’à son aurore, dit Finot, le journalisme est dans l’enfance, il grandira. Tout, dans dix ans d’ici, sera soumis à la publicité. La pensée éclairera tout.
— Aussi, dit Blondet, si la Presse n’existait point, faudrait-il ne pas l’inventer ; mais la voilà, nous en vivons. » (Honoré de Balzac, Les Illusions perdues, 2e partie, " Un Grand homme de province à Paris ", 1839. (Merci au Déclinologue de m'avoir signalé ces passages).
" [...] les vastes et rapides conquêtes de l'erreur, la renommée des mauvaises œuvres ; car ceux qui font profession de prêter des opinions, les journalistes et autres, ne donnent en général que de la fausse marchandise. Ils sont comme les marchands à la toilette, qui pour le carnaval ne louent que de faux bijoux." (Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et représentation, Suppléments, chapitre VII). Je remercie Jean-Baptiste Morizur de m'avoir rappelé ce passage.
" Vous avez dû être satisfait du public dont l’instinct a été bien supérieur à la mauvaise science des journalistes " (Charles Baudelaire, lettre à Richard Wagner, 17 février 1760).
" On croirait jusqu'à présent que la formulation des mythes chrétiens dans l'Empire romain n'avait été possible que parce que l'imprimerie n'était pas encore inventée. C'est tout le contraire. la presse quotidienne et le télégraphe qui répand ses inventions en un clin d'œil dans tout le globe fabriquent plus de mythes en un jour qu'on ne pouvait en fabriquer autrefois en un siècle (et ces veaux de bourgeois les gobent et les diffusent). " ((Karl Marx, lettre au médecin Ludwig Kugelman, 27 juillet 1871).
" Le nom moderne du Mal ? Le journalisme. " (Søren Kierkegaard)
"Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n'importe quel jour, ou quel mois, ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation. Tout journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d'atrocité universelle.Et c'est de ce dégoûtant apéritif que l'homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l'homme.Je ne comprends pas qu'une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût" (Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu).
Gustave Flaubert : " Toutes les fois qu’on a à faire avec la Presse, il faut s’attendre à des sottises, se presser étant le seul principe de ces messieurs. ", lettre à Guy de Maupassant, 22 février 1880.
" Quels laboratoires de mensonges que les journaux ! " Edmond Huot de Goncourt, Journal littéraire ..., 8 novembre 1891.
" Journalistes toujours prêts et prêts à tout n’importe quand. " André Gide, Journal, 9 février 1916.
Et ça ne s'est pas arrangé depuis !
L'esprit de démocratie radicalisé (alias correction politique) est royalement servi par " l'incroyable muflerie des journalistes qui jugent de tout, sans rien lire, sans rien comprendre, avec une ignorance heureuse et en se disant que là ils sont dans le bien ; [mais] le bien n'est jamais donné " (Alain Finkielkraut). Il y a près de quarante ans, Guy Hocquenghem (1946-1988) déplorait déjà que règnent, au sujet de la nouvelle droite et d’Alain de Benoist, un maximum de confusion et un minimum d’enquête dans un dossier écrit par « des journalistes qui n’ont visiblement jamais lu une ligne des théoriciens de la "nouvelle droite" » (" Nouvelle droite : l’Impossible universel ", Libération, 5 juillet 1979).
Publié par Claude Courouve à 12:47
Libellés : esprits asservis, esprits libres, journalisme, Nietzsche, philosophie, Voltaire

References: § 2

§ 4

§ 7
 § 30
 § 153
 § 225
 § 227
 § 229
 § 230
 § 291
 § 426

§ 432
 § 637

§ 638

§ 11

§ 113

§ 55

§ 87

§ 182
 § 56
 § 192
 § 209
 § 562
 § 180
 § 347
 § 4
 § 29

§ 39
 § 61
 § 87

§ 105
 § 116
 § 211
 § 227

§ 230
 § 270
 § 7

§ 24

§ 13
 § 1

§ 20

§ 4

§ 8
 § 81
 § 261
 § 447

§ 321
 § 26