Source: http://www.viveleroy.fr/Petit-catechisme-des-revelations
Timestamp: 2018-08-18 18:12:49+00:00

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Petit catéchisme des révélations privées - [Vive le Roy]
par Saintclerc
Nature de la révélation privée
Adhésion à la révélation privée
Attitude naturelle du catholique (…)
Annexes : quelques textes
Qu’est-ce que la révélation ?
La révélation, dans un sens large, est l’ensemble des vérités transmises par Dieu à l’homme. Saint Thomas d’Aquin [1] nous dit que la révélation est ordonnée à deux fins principales :
la connaissance des vérités de la foi,
la direction des actes.
Qu’est-ce que la Révélation publique ou apostolique ?
La Révélation publique ou apostolique est celle qui a pour premier but de faire connaître l’ensemble des vérités nécessaires au salut, vérités dont la connaissance a été donnée progressivement par Dieu aux hommes. Ce premier aspect de la révélation est définitif : l’objet de la foi ne peut pas changer ni évoluer et donc, la Révélation est close à la mort du dernier des apôtres. C’est la Révélation publique ou apostolique, qui est la manifestation des vérités nécessaires au salut et qui, donc, concerne l’humanité entière : l’Église universelle en est dépositaire.
Qu’est-ce qu’une révélation privée ?
Une révélation privée est une révélation par laquelle Dieu révèle à certaines personnes ses desseins providentiels, même après l’époque apostolique, afin de leur indiquer la conduite à tenir dans des circonstances données. Il ne s’agit plus alors de donner une connaissance des vérités de foi, connaissance nécessaire à tous et en tout temps ; il s’agit simplement de manifester tel détail du plan divin selon qu’il décide de la conduite particulière de quelques-uns, à une époque donnée. Par conséquent, de leur nature même, les révélations privées ne sauraient concerner l’Église prise dans son universalité et en tant que dépositaire de la foi.
Quelle est la place d’une révélation privée par rapport à la Révélation publique ?
Il est important de noter que, pour l’Église, seule la Révélation apostolique concerne le bien commun ; les révélations privées relèvent du bien particulier. Or, le bien de la partie est pour le bien du tout. Donc, les révélations privées sont pour la Révélation tout court : elles ne doivent ni la contredire ni en diminuer la portée. Ces manifestations particulières ont pour fin de régler les actions personnelles de tel ou tel individu en conformité avec le dépôt de la foi. L’Église, et elle seule, est juge de leur opportunité. La révélation privée se tient donc dans la complète dépendance de la Révélation publique.
Qui peut déterminer l’authenticité d’une révélation privée ?
L’Église seule est maîtresse en cette matière : elle est seul guide en matière de foi, seule interprète authentique de ce qui est conforme ou non au dépôt de la foi. C’est donc l’Église seule qui approuve ou réprouve les révélations privées. Or, il est clairement spécifié par saint Pie X, reprenant un décret de 1877, que les révélations privées ne sont pas approuvées en elles-mêmes par l’Église, mais autorisées.
Y a-t-il une différence entre autoriser simplement une révélation privée et l’approuver ?
Approuver une révélation signifie que l’Église reconnaît publiquement l’origine divine de la révélation, en encourage la divulgation et en fait une référence en matière de foi et de morale.
Autoriser une révélation signifie que l’Église constate simplement qu’elle ne contient rien de contraire à la Révélation publique et au Magistère constant de l’Église.
Que dit le Droit Canon à propos des révélations privées ?
Le code de droit canonique dit formellement que :
sont prohibés de plein droit […] les livres et opuscules qui racontent de nouvelles apparitions, révélations, prophéties ou miracles, ou qui suggèrent de nouvelles dévotions, même sous le prétexte qu’elles sont privées, si ces publications sont faites sans qu’on ait observé les prescriptions canoniques [2].
Qu’ont enseigné les Papes à propos des révélations privées ?
Quand il y a autorisation, c’est ordinairement une simple permission de publier des révélations où l’on n’a rien trouvé de répréhensible ou d’inopportun. Telle est la règle que l’ensemble des souverains pontifes et particulièrement Benoît XIV [3] et saint Pie X ont voulu imposer à l’attention des fidèles. Quand il voudra donner des normes générales en matière de culte, de reliques et de traditions pieuses, saint Pie X se contentera de citer les décisions de ses prédécesseurs en les commentant sommairement :
En ce qui regarde le jugement à porter sur les pieuses traditions, voici ce qu’il faut avoir sous les yeux : l’Église use d’une telle prudence en cette matière qu’elle ne permet point que l’on relate ces traditions dans des écrits publics, si ce n’est qu’on le fasse avec de grandes précautions et après insertion de la déclaration imposée par Urbain VIII (décret Sanstissimus Dominus noster, 13 mars 1625) ; encore ne se porte-t-elle pas garante, même dans ce cas, de la vérité du fait ; simplement elle n’empêche pas de croire des choses auxquelles les motifs de foi humaine ne font pas défaut. C’est ainsi qu’en a décrété, il y a trente ans, la Sacrée Congrégation des Rites (décret du 2 mai 1877) :
Ces apparitions ou révélations n’ont été ni approuvées ni condamnées par le Saint-Siège qui a simplement permis qu’on les crût de foi purement humaine, sur les traditions qui les relatent, corroborées par des témoignages et des monuments dignes de foi.
Qui tient cette doctrine est en sûreté. Car le culte qui a pour objet quelqu’une de ces apparitions, en tant qu’il regarde le fait même, c’est à dire en tant qu’il est relatif, implique toujours comme condition la vérité du fait ; en tant qu’absolu, il ne peut jamais s’appuyer que sur la vérité, attendu qu’il s’adresse à la personne même des saints que l’on veut honorer [4].
Est-on obligé d’adhérer à une révélation privée ?
L’enseignement de l’Église et de ses Papes est clair : on est libre d’adhérer à une révélation privée reconnue, mais on ne peut y être obligé. En effet, les Papes enseignent que croire à une révélation privée est un acte de foi humaine, qui n’a donc aucune comparaison avec la Foi théologale. Il y a cependant une certaine obligation de respect et une obligation morale à accepter ce que l’Église permet : les révélations privées autorisées font partie intégrante de la vie de l’Église et sont des manifestations de sa sainteté qui ne peuvent être négligées.
Attitude naturelle du catholique face aux révélations privées
Pourquoi l’Église ne fait-elle qu’autoriser les révélations privées ?
Si l’Église autorise sans réellement approuver les révélations privées, c’est qu’elle procède ainsi pour de graves raisons. En effet, l’Église est la gardienne de la Foi ; elle veut que ses fidèles fondent leur piété sur la Foi révélée. Les révélations privées peuvent y contribuer et c’est la raison pour laquelle elles sont parfois autorisées. En revanche, l’origine divine d’une révélation privée ne lui garantit pas l’infaillibilité.
Une révélation privée peut-elle contenir des erreurs ?
Nombreux sont les exemples dans l’histoire de l’Église qui nous montrent une certaine contradiction ou incompréhension relativement aux révélations privées.
UNE RÉVÉLATION PRIVÉE PEUT ÊTRE ERRONÉE
Elle est mal interprétée par celui qui la reçoit : saint Vincent Ferrier annonce la fin du monde pour la génération de son temps et appuie cette prophétie sur un miracle.
Elle renferme des faits historiques qui ne sont pas essentiels et qui sont donc donnés de façon approximative (détails de la vie du Christ chez sainte Françoise Romaine).
Diverses révélations peuvent se contredirent (celles de sainte Brigitte et celles de sainte Gertrude).
L’esprit humain du voyant peut mêler de façon plus ou moins consciente ses propres idées à ce qui vient de Dieu (idées préconçues de l’époque ou de l’entourage). Sainte Françoise Romaine parle du ciel de cristal selon la cosmologie héritée d’Aristote ; sainte Catherine de Ricci prône un culte à Jérôme Savonarole qui lui apparaît souvent, qui fait des miracles en sa faveur et qu’elle considère comme un prophète et un martyr, mais Benoît XIV juge que la sœur a péché en invoquant un homme que l’Église avait livré au bras séculier (Benoît XIV, op.cit. L.3, ch.25, § 17-20).
Une révélation véritable peut être altérée après coup : par le voyant lui-même ou par ses secrétaires : en 1377, extase de sainte Catherine de Sienne où la Sainte Vierge dit qu’elle n’est pas immaculée (Benoît XIV, op.cit. L.3, ch.53, § 16) ; cas de Catherine Emmerich ; ou encore Johannes Grossi rapporte plus de 160 ans après la mort de saint Simon Stock qu’il prêchait que tous ceux qui porteraient le scapulaire seraient assurés d’éviter l’enfer (Catholic Encyclopedia, article « Saint Simon Stock »).
UNE RÉVÉLATION PEUT ÊTRE FAUSSE :
Mensonge ou simulation du voyant, avec mauvaise foi.
Bonne foi du voyant, victime de son imagination ou de son déséquilibre psychologique (le bienheureux Alain de La Roche a eu d’authentiques visions mais aussi des hallucinations).
Œuvre du démon : Madeleine de La Croix, Nicole Tavernier [5].
Falsifications opérées aux époques de grands troubles politiques ou religieux (l’An Mil, le Grand Schisme, les Guerres de religion. Et on pourrait ajouter la crise de l’Église après Vatican II). Pour plus de détails sur cette question et ces exemples, consulter les ouvrages du RP Auguste Poulain [6], de Mgr Auguste Saudreau [7] et du RP Ovila Melançon [8].
Pouvez-vous citer un exemple d’une apparition privée autorisée mais dont le message est condamné ?
L’exemple le plus frappant est l’autorisation des apparitions de La Salette alors que le message de La Salette est lui-même condamné !
Il est parvenu à la connaissance de cette suprême Congrégation qu’il ne manque pas de gens, même appartenant à l’ordre ecclésiastique, qui, en dépit des réponses et décisions de la Sacrée Congrégation elle-même, continuent — par des livres, brochures et articles publiés dans des revues périodiques, soit signés soit anonymes — à traiter et discuter la question dite du Secret de La Salette, de ses différents textes et de son adaptation aux temps présents ou aux temps à venir, et cela, non seulement sans l’autorisation des Ordinaires, mais même contrairement à leur défense. Pour que ces abus, qui nuisent à la vraie piété et portent une grave atteinte à l’autorité ecclésiastique, soient réprimés, la même Sacrée Congrégation ordonna à tous les fidèles, à quelque pays qu’ils appartiennent, de s’abstenir de traiter et de discuter le sujet dont il s’agit, sous quelque prétexte et sous quelque forme que ce soit, tels que livres, brochures ou articles signés ou anonymes, ou de toute autre manière. Que tous ceux qui viendraient à transgresser cet ordre su Saint-Office soient privés, s’il sont prêtres, de toute dignité qu’ils pourraient avoir, et frappés de suspense par l’Ordinaire du lieu, soit pour entendre les confessions, soit pour célébrer la Messe ; et s’ils sont laïques, qu’ils ne soient pas admis aux sacrements, avant d’être venus à résipiscence. En outre, que les uns et les autres se soumettent aux sanctions portées, soit par Léon XIII dans la Constitution Officiorum et munerum contre ceux qui publient, sans l’autorisation régulière des supérieurs, des livres traitant de choses religieuses, soit par Urbain VIII dans le décret Sanctissimus Dominus noster, rendu le 13 mars 1625, contre ceux qui répandent dans le public, sans la permission de l’Ordinaire, ce qui est présenté comme révélations. Au reste, ce décret n’est pas contraire à la dévotion envers la Très Sainte Vierge, invoquée et connue sous le titre de Réconciliatrice de La Salette [9].
Quelle est donc l’attitude recommandée aux fidèles par l’Église par rapport aux révélations privées ?
Les quelques exemples cités dans les questions précédentes révèlent l’extrême prudence requise lorsque l’on traite de révélations privées : l’autorisation donnée n’embrasse pas forcément la totalité du message.
Concernant la promotion de ces révélations et messages, l’Église, comme il est clairement exprimé dans le texte de saint Pie X cité plus haut, préfère la discrétion et la réserve.
Comment se fait-il alors que l’Église ait institué des fêtes liturgiques universelles à partir de révélations privées ? N’est-ce pas les prendre comme critères de la Foi ?
L’Église n’engage jamais directement son autorité pour dire que les faits des révélations sont vrais ni que les messages sont d’origine divine ; elle ne fait que prendre en compte et signaler à ses fidèles des témoignages historiques qui fondent une crédibilité humaine. Et c’est pourquoi sa déclaration ne nous donne pas de certitude mais une simple probabilité en faveur des faits invoqués.
En ce qui concerne le culte, il y a l’objet relatif ou occasionnel : c’est un fait quelconque de l’histoire humaine que l’Église n’entend pas canoniser du simple fait qu’elle l’évoque dans sa liturgie. Ce fait pourra être : une apparition, ou un miracle (translation de la maison de la Très Sainte Vierge Marie à Lorette, le 10 décembre ; stigmatisation de saint François d’Assise, le 17 septembre ; le miracle qui valut l’édification de la basilique Sainte-Marie-Majeure, le 5 août), ou encore tel ou tel épisode de la vie d’un saint (fondation d’une congrégation religieuse, martyre, etc.), mais dans tous les cas il ne jouera que le rôle d’une circonstance accidentelle, c’est une occasion à la faveur de laquelle l’Église entend rendre l’honneur dû à la sainteté d’une personne. On veut rendre adoration à la divinité et vénération à la sainteté, divinité et sainteté qui restent ce qu’elles sont indépendamment de toutes circonstances contingentes, au nombre desquelles se trouvent les apparitions et les miracles.
Il y a aussi l’objet absolu du culte, c’est celui qui a pour objet la personne même de Notre-Seigneur, de la Très-Sainte Vierge ou de l’un des saints ou encore tel ou tel mystère de foi divinement révélé. On veut ici professer la foi en un fait qui n’est pas seulement un épisode historique de la vie du Christ ou de la Sainte Vierge, mais qui est, aussi et plus, un mystère dont la reconnaissance est nécessaire au salut.
Y a-t-il un danger pour un catholique à ne pas suivre les indications de l’Église quant aux révélations privées ?
Le plus raisonnable est de s’en tenir aux préceptes si sensés de l’Église et à l’exemple de sa pratique : en l’absence de toute appréciation autorisée émanant de la hiérarchie ecclésiastique, on aura toujours avantage à se montrer prudent et réservé vis-à-vis de ce genre de manifestations, et ce d’autant plus que la crédulité populaire se montre davantage portée à l’excès dans ce domaine aventureux.
Saint Bonaventure se plaignait déjà au XIIIe siècle d’entendre à satiété des prophéties sur les malheurs de l’Église et la fin du monde.
Cajetan fera preuve de la même prudence (sur Ia IIae, q. 80, art. 2 ; sur IIa IIae, q. 178, art. 2 ; sur IIIa, q. 27, art. 6, § 4).
À l’issue du Grand Schisme d’Occident, le concile de Latran V dans sa session 11 du 19 décembre 1516 engagera son autorité à l’appui de cette juste sévérité.
N’oublions pas non plus quel est le sens du jugement ecclésiastique qui autorise ces manifestations : ce n’est certes pas l’intention des autorités que de donner licence à un engouement intempestif. On pourra par exemple tenir compte à ce sujet des sages avertissements prodigués par le cardinal Ottaviani, secrétaire Saint Office sous Pie XII, face à la crédulité superstitieuse des temps modernes (« Chrétiens, ne vous excitez pas si vite », traduction française de la D.C. du 25/03/1951 (col. 353-6) d’un article paru dans l’Osservatore romano du 4/02/1951).
Il y a donc un réel danger pour la foi ; le fait d’adhérer à une révélation privée avec un manque de discernement ou un enthousiasme déplacé peut conduire le catholique, parfois malgré lui, à une piété sentimentale, à une morale formaliste dénuée de principes, à la superstition, voire même à l’hérésie ou au schisme, plaçant un message privé au-dessus de l’enseignement du magistère. Il faut cependant noter que ce que l’Église autorise doit être reçu avec respect et ne peut être dénigré. Un rejet systématique de la révélation privée serait téméraire.
La doctrine de l’Église rappelée par le Concile de Trente
Le saint Concile ordonne qu’il ne soit permis à personne, en aucun lieu ni aucune église, aussi exempte qu’elle puisse être, de placer ou de faire placer une image, à moins qu’elle ne soit approuvée par l’évêque. On ne proclamera aucun miracle ; on ne recevra aucune nouvelle relique qu’après l’examen et l’approbation de l’évêque. S’il arrive quelque chose de cette sorte à sa connaissance, il prendra conseil de théologiens et d’autres hommes pieux appelés, et il décidera ce qui lui paraît le plus conforme à la vérité et à la piété [10].
La doctrine de l’Église rappelée par le cardinal Billot
[…] votre thèse si solidement établie pourra servir à rectifier les idées de beaucoup sur un point qui certes en vaut la peine. Combien en effet qui croient que la dévotion au Sacré-Cœur est tout entière fondée sur les révélations de la Bienheureuse Marguerite-Marie, et que mettre en doute, pour si peu que ce soit, tel ou tel point de ces révélations, c’est ébranler pour autant la dévotion elle-même, c’est remettre en doute la légitimité du culte établi par l’Église ! Tout cela sent le fagot, n’est-il pas vrai, et n’a d’excuse que dans la grande ignorance de ceux qui pensent et parlent de la sorte, car jamais le culte de l’Église ne peut avoir pour fondement des révélations privées. Le culte de l’Église ne s’appuie que sur le dépôt de la foi, ce dépôt depuis longtemps scellé, que lui ont légué les Apôtres, et qui est contenu dans l’Écriture et la Tradition. Si donc quelque révélation privée a aussi sa part dans l’établissement d’un culte public, d’une fête liturgique, d’une dévotion catholique, ce ne sera, ce ne pourra être qu’à titre de cause purement occasionnelle. D’un autre côté, ce n’est pas du bien fondé d’une cause purement occasionnelle que peut dépendre la légitimité de la chose à laquelle elle a donné l’occasion. Voilà ce que beaucoup ont oublié ou n’ont peut-être jamais su ; voilà ce qu’il serait urgent de leur rappeler et de leur faire bien comprendre. Or votre livre servira merveilleusement à cet effet. Le culte du Sacré-Cœur repose si peu, comme sur son fondement, sur les révélations de la Bienheureuse, qu’il existait déjà, approuvé et béni par l’Église, avant les révélations de Paray-le-Monial. Le Père Eudes l’avait établi et l’avait trouvé, non dans une révélation privée faite à lui-même ou à d’autres, mais dans les plus belles pages de l’Évangile et les plus pures sources de la théologie [11].
La doctrine de l’Église rappelée par le cardinal Ottaviani
Aucun catholique ne met en doute non seulement la possibilité mais même l’existence du miracle. La mission et la nature divine du Christ ont été ainsi prouvées par les grands et multiples miracles que le Seigneur a accompli ici-bas. Puis l’Église naissante a surmonté les premières difficultés et les persécutions grâce à une assistance particulière de l’Esprit-Saint, rendue comme tangible par les charismes dont jouissaient les Apôtres et la multitude des âmes choisies des premières générations chrétiennes. L’Église une fois établie, les charismes, comme il est compréhensible, ont diminué, mais n’ont pas disparu. L’assistance du Saint-Esprit et la présence du Christ dans son Église dureront jusqu’à la fin des siècles, et cette assistance se manifeste encore par des signes surnaturels : par des miracles. Pour ne pas multiplier nos exemples, il suffit de citer les miracles qui sont soumis à l’examen pour procéder à la béatification des serviteurs de Dieu et à la canonisation des bienheureux. Ils sont rigoureusement approuvés, tant au point de vue scientifique qu’au point de vue théologique. Tout le monde sait avec quelle rigueur scrupuleuse sont examinées les guérisons miraculeuses qui arrivent à Lourdes. Par conséquent, qu’on ne vienne pas ici nous accuser d’être ennemis du surnaturel, si nous venons maintenant mettre en garde les fidèles contre les affirmations non vérifiées de prétendus événements surnaturels qui de nos jours pullulent un peu partout et risquent de jeter le discrédit sur le vrai miracle. C’est un droit et un devoir du Magistère de l’Église de donner un jugement sur la vérité et sur la nature des faits ou révélations qu’on affirme un effet d’une intervention spéciale de Dieu. Et c’est un devoir de tous les vrais fils de l’Église de se soumettre à ce jugement. Il y a cinquante ans, qui se serait imaginé que l’Église devrait aujourd’hui mettre en garde ses fils et même des prêtres contre des racontars de visions, de prétendus miracles, en somme contre tous ces faits qualifiés de préternaturels qui d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre, un peu de tous les côtés attirent et excitent les foules ? Aujourd’hui, l’Église doit conseiller à ses fils, par la bouche de ses évêques et en répétant les paroles du divin Maître (Mt, 24/24) de ne pas se laisser égarer facilement par des événements de ce genre et à ne pas y croire, si ce n’est avec les yeux bien ouverts et après avoir fait les enquêtes les plus sérieuses, avec des preuves à l’appui. Nous assistons depuis des années à une recrudescence de passion populaire pour le merveilleux, même en fait de religion. Des foules de fidèles se rendent aux endroits d’apparitions présumées ou de prétendus miracles et en même temps désertent l’Église, les sacrements, les sermons. Des personnes qui ignorent les premiers mots du Credo se font les apôtres d’une ardente piété. Tel n’a pas honte de parler du Pape, des évêques, du clergé en termes de nette réprobation qui ensuite s’indigne s’ils ne prennent point part à tous les échauffements et à toutes les fureurs de certains mouvements populaires. La chose, tout en étant déplaisante, ne cause pas d’étonnement. Dans la nature de l’homme, il y a même le sentiment religieux, l’homme étant un animal raisonnable et un animal politique, est aussi un animal religieux. Le péché originel, mettant le désordre et le bouleversement dans la nature de l’homme et dans tous les sentiments, a attaqué pour ainsi dire aussi le sentiment religieux. On explique par là les déviations et les erreurs de tant de religions naturelles, ni plus ni moins comme on explique tant d’autres perversions de l’histoire de l’homme. […] Il ne faut pas croire qu’on est religieux de n’importe quelle façon, on doit l’être comme il faut. Il peut y avoir et il y a en effet des déviations du sentiment religieux comme il y a des autres sentiments. Le sentiment religieux doit être guidé par la raison, alimenté par la grâce, gouverné par l’Église, comme toute notre vie et plus sévèrement. Il y a une instruction, il y a une éducation, il y a une formation religieuse. L’Église ne veut certainement pas mettre dans l’ombre les prodiges accomplis par Dieu, mais elle veut seulement tenir les fidèles attentifs à ce qui vient de Dieu et à ce qui ne vient pas de Dieu, et qui peut venir de notre adversaire, qui est aussi le sien. Elle est ennemie du faux miracle. Un bon chrétien sait et le sait par son catéchisme que la vraie religion est dans la vraie foi, qu’elle est dans la Révélation, laquelle est close avec la mort du dernier Apôtre et est confiée à l’Église qui en est l’interprète et la gardienne. Rien d’autre ne peut nous être révélé qui soit nécessaire à notre salut ; nous n’avons rien à attendre, nous avons, à la condition de nous en servir, tout complet. Quand même les visions les plus estimables pourraient nous fournir de nouveaux motifs de ferveur, elles ne nous donneraient point de nouveaux éléments de vie et de science. Un bon chrétien sait que même dans les saints la sainteté ne consiste pas par sa nature dans les dons préternaturels de visions, prophéties, miracles, mais est toute entière dans l’exercice héroïque de la vertu. Autre chose est que Dieu authentifie d’une certaine façon la sainteté par le miracle ; autre chose est que la sainteté consiste dans le miracle. Nous ne devons pas troquer ce qui est la sainteté avec ce qui peut en être et qui en est régulièrement une marque infaillible, mais pas toujours assez claire pour pouvoir se passer du contrôle de l’autorité religieuse. L’enseignement de l’Église n’a jamais été équivoque sur ce point et celui qui suit de préférence à la parole de Dieu des événements d’interprétation douteuse préfère le monde à Dieu. Même quand l’autorité de l’Église canonise un saint, cela ne suffit pas pour qu’elle garantisse le caractère préternaturel de toutes ses actions extraordinaires et encore pour qu’elle approuve toutes ses opinions personnelles ; encore moins garantit-elle tout ce que racontent souvent avec une impardonnable légèreté des biographes plus riches d’imagination que de jugement. […] Au bon croyant, la crédulité est aussi nuisible que l’incrédulité. Depuis une dizaine d’années, pendant que l’autorité religieuse reste hésitante, le peuple n’attend plus et se précipite en masse vers les faits merveilleux, lesquels sont incontrôlés. Nous devons dire sincèrement que les phénomènes de ce genre sont peut-être des manifestations de religiosité naturelle. Ce ne sont cependant pas des actes chrétiens, et ils fournissent un terrible prétexte à ceux qui veulent dans le christianisme (et surtout dans le catholicisme) découvrir à tout prix des infiltrations ou des persistances de superstition et de paganisme. « Chrétiens, soyez moins pressés de vous agiter », écrivait en son temps Dante, « Ne soyez pas comme la plume à tout vent ». Il en donnait la même raison que nous : « Vous avez l’Ancien et le Nouveau Testament et le pasteur de l’Église qui vous guide ». Et il concluait comme nous le faisons : « Que cela suffise à vous sauver » (Paradis, V, 73-77) [12].
La doctrine de l’Église rappelée par le cardinal Pie
[…] Ce qui s’explique plus difficilement, c’est que des chrétiens qui admettent la parole de Dieu, bien mieux, ceux-là surtout qui basent leur croyance sur cette parole librement et individuellement interprétée, aient posé en principe que Dieu s’est interdit de parler dorénavant aux hommes, et que toute vision et révélation privée est désormais chimère ou mensonge […]
Or, l’enseignement authentique de l’Église, l’enseignement des docteurs, des conciles et des papes n’a pas été muet sur cette question. Sans doute, le dépôt sacré de la révélation a été clos avec l’ère apostolique […] Mais il ne suit pas de là que la révélation privée ait été exclue de l’économie de la loi nouvelle. La raison toute seule nous enseigne qu’il est toujours libre à Dieu de se mettre en rapport avec sa créature ; et les annales de l’Église nous montrent de siècle en siècle de grands fruits de sainteté obtenus, de grandes lumières et de grandes grâces octroyées aux âmes, des consolations et des directions très opportunes offertes au peuple chrétien par la voie de ces communications extraordinaires.
À toutes les époques, dit Saint Thomas d’Aquin, il y a toujours eu quelques personnes favorisées de lumières surnaturelles, non pour révéler une nouvelle doctrine de foi mais pour la direction de la conduite humaine [13].
Le cinquième concile œcuménique de Latran, en réponse aux diatribes anticipées de l’école luthérienne, dont Mélancthon et les centuriateurs de Magdebourg allaient se faire les porte-voix, a solennellement affirmé et vengé cette permanence de l’inspiration dans l’Église, et il n’a pas fait difficulté de l’appuyer sur l’autorité de l’ancien et du nouveau Testament :
Le Seigneur lui-même, dit-il, s’est engagé à cela par le prophète Amos : Ut per Amos prophetam ipse promittit.
Je vois sourire l’incrédule. Mon frère, ne récusez pas trop légèrement cet oracle. En fait de science politique, vous avez le vôtre, et c’est peut-être Machiavel. Or Machiavel, c’est-à-dire, je veux le reconnaître, l’un des écrivains qui ont porté dans l’étude de l’histoire des sociétés humaines un flair très fin et très exercé, Machiavel a écrit que :
jamais il ne s’est produit dans le monde de grands événements qui n’eussent été prédits de quelque manière.
Savait-il qu’il traduisait le verset d’Amos auquel la constitution conciliaire du pape Léon X semble avoir fait allusion ?
Le Seigneur ne fait rien sans qu’il ait révélé son secret à ses serviteurs, les prophètes (Amos, III, 7).
Mais, me dites-vous, on peut être conduit loin par cette doctrine ; et ne voyez-vous pas naître des milliers de visionnaires ? Assurément, s’il y a des visions vraies, il y en a de fausses, j’accorde même, étant donnée la disposition des esprits, à certaines époques surtout, qu’une vision vraie devient le signal d’une multitude de visions fausses. Que conclure de là ? qu’il faut mettre en même catégorie ce qui est vrai et ce qui est faux ? C’est ce que le concile nous défend […] et il nous le défend, armé de l’autorité de l’apôtre, lequel, à côté du principe, établit la règle et le moyen de discernement.
Donnez-vous bien garde, dit saint Paul, d’éteindre l’esprit, et de mépriser départi pris toute espèce de révélations. Mais soumettez-les à l’épreuve, et retenez ce qui est bon (I Thess, V 19 à 21).
Ainsi fait l’Église. Elle a appris de saint Jean « qu’il ne faut pas se fier à tout esprit, mais qu’il faut éprouver si les esprits proviennent de Dieu » (I Jean, IV, 1).
[…] L’Église, quand elle a formé sa conviction sur la valeur de la révélation, si elle en autorise la croyance, ainsi que les actes de piété qui s’y rattachent, ne fait pourtant de commandement et n’impose d’obligation à personne [14].
Le cas de Nicole Tavernier : même les plus hautes autorités religieuses peuvent être trompées
Dans son Histoire littéraire du sentiment religieux en France l’abbé Brémond rappelle l’affaire Nicole Tavernier pour illustrer les cas de fausse apparition :
Voici un exemple que j’emprunte à l’historien de Mme Acarie :
Nicole Tavernier, native de Reims, vivait à Paris pendant les troubles de la Ligue, et elle avait la réputation d’être une très sainte fille et d’opérer des miracles. Elle expliquait les passages difficiles de l’Écriture de manière à étonner les plus fameux docteurs. Elle avait des extases, des visions et des révélations ; elle prédisait les choses figures, et avertissait les moribonds des péchés qu’ils n’avaient pas confessés ; et ce qu’elle avait dit se trouvait véritable […] Un prêtre qui avait eu intention de consacrer un pain pour la communion, ne trouva pas l’hostie qu’il lui destinait, quand le moment de la communion fut venu ; elle assura qu’un ange la lui avait apportée. Étant à côté de Mme Acarie, dans l’église des capucins de Meudon, elle disparut pendant plus d’une heure. Lorsqu’elle revint, cette sainte femme lui demanda ce qu’elle était devenue ; elle répondit qu’elle était allée à Tours pour détourner quelques grands seigneurs d’exécuter un projet qui devait nuire à la religion.
On la consultait de toutes parts ; les grands du royaume se recommandaient à ses prières ; les ecclésiastiques et les religieux l’estimaient beaucoup ; et personne n’avait encore remarqué en elle […] aucune imperfection […] Elle annonçait que, si on se repentait de ses péchés, bientôt on verrait cesser les calamités publiques. Sur sa parole, le peuple se confessait et communiait […] ; on ordonna même des processions dans plusieurs villes de France. Elle en fit faire une à Paris, à laquelle assista le Parlement, accompagné des autres cours souveraines et d’une grande multitude de citoyens ; elle avait osé dire à l’évêque que, si cette procession ne se faisait pas, il mourrait avant la fin de l’année.
Malgré l’estime générale dont jouissait cette fille, Mme Acarie et M. de Bérulle n’avaient aucune confiance en elle. La bienheureuse avait dit dès le commencement que cette âme était dans l’illusion ; que le démon était l’auteur de tout ce qui se voyait en elle et qu’il savait perdre un peu pour gagner beaucoup ; que l’extase et les ravissements pouvaient avoir lieu dans une pécheresse ; que l’esprit de ténèbres avait pu enlever l’hostie qui avait disparu de dessus l’autel ; que le prétendu voyage à Tours n’était nullement prouvé et que d’ailleurs il ne surpassait pas le pouvoir du malin esprit ; enfin que cette personne paraissait absolument dépourvue de l’esprit de Dieu (J. B. A. Boucher, Vie de la B. Marie de l’Incarnation, Édition Bouix, Paris, 1873, p. 187-189.)
Laissons de côté les explications qu’elle donne de ces faits étranges. Au surplus, la raison foncière et décisive, c’est la dernière : en cette personne excentrique, elle n’a pas reconnu l’esprit de Dieu.
Mme Acarie persistait à dire cela avec tant d’assurance qu’on commença d’avoir des doutes sur la vertu de cette fille ; et ses doutes se changèrent en une entière certitude, lorsque la bienheureuse qui l’avait reçue dans sa maison, l’eut mise à différentes épreuves, et convaincue de plusieurs mensonges (J. B. A. Boucher, Vie de la B. Marie de l’Incarnation, Édition Bouix, Paris, 1873, p. 187-189.) [15]
Le frère Michel de la Trinité souligne de son coté :
Nicole Tavernier, femme laïque douée de dons préternaturels, vécut en France au début du XVIIe siècle. Tous les théologiens qui l’examinèrent la tinrent pour dirigée par l’esprit de Dieu. Seule la bienheureuse Marie de l’Incarnation (Madame Acarie) avait vu, par une grâce spéciale, que cette fille était vide de Dieu et animée par Satan . Madame Acarie mit Nicole Tavernier à l’épreuve et la convainquit de curiosité et de mensonge. Satan, furieux d’être ainsi démasqué, pris congé de Nicole Tavernier qui perdit aussitôt son esprit relevé et ses apparences de hautes vertus, pour redevenir ce qu’elle était : fort grossière, rude et imparfaite [16].
Saint François de Sales ne s’exprime pas autrement sur cette affaire :
Il y eut du temps de la bienheureuse sœur Marie de l’Incarnation, une fille de bas lieu qui fut trompée d’une tromperie la plus extraordinaire qu’il est possible d’imaginer. L’ennemi, en figure de Notre Seigneur, dit fort longtemps ses Heures avec elle, avec un chant si mélodieux qu’il la ravissait perpétuellement. Il la communiait fort souvent sous l’apparence d’une nuée argentée et resplendissante, dedans laquelle il faisait venir une fausse hostie dedans sa bouche. Il la faisait vivre sans manger chose quelconque […] Cette fille avait tant de révélations qu’enfin cela la rendit suspecte envers les gens d’esprit. Elle en eut une extrêmement dangereuse, pour laquelle il fut trouvé bon de faire faire essai de la sainteté de cette créature ; et pour cela on la mit avec la bienheureuse sœur Marie de l’Incarnation, lors encore mariée, où étant chambrière et traitée un peu durement par feu M. Acarie, on découvrit que cette fille n’était nullement sainte et qu’il n’y avait chose du monde en elle qu’un amas de visions fausses. Et quant à elle, on connut bien que non seulement elle ne trompait pas malicieusement le monde, mais qu’elle était la première trompée, n’y ayant de son côté aucune autre sorte de faute, sinon la complaisance qu’elle prenait à s’imaginer qu’elle était sainte et la contribution qu’elle faisait de quelque simulation et duplicité pour maintenir la réputation de sa vaine sainteté. Et tout ceci m’a été raconté par la bienheureuse Marie de l’Incarnation [17].
Le cas de Madeleine de la Croix
Le frère Michel de la Trinité — déjà cité — rappelle à propos de cette affaire :
Madeleine de la Croix, religieuse franciscaine espagnole, née en 1487, bénéficiait depuis l’âge de cinq ans de nombreuses apparitions de Notre-Seigneur et des saints. Élue abbesse des franciscaines de Cordoue, elle fut vénérée par l’Espagne tout entière à cause de ses extases, stigmates, guérisons miraculeuses etc. Au comble de sa gloire, en 1542, des religieuses de son couvent découvrirent qu’elle utilisait à son gré les dons qui étaient faits au couvent. Madeleine de la Croix persuadait aussi que plusieurs prêtres et moines entretenaient des concubines sans offenser Dieu, parce que ce n’était pas un péché d’en avoir, etc. Ces dénonciations furent repoussées comme étant des calomnies. Ce n’est qu’au moment de mourir que Madeleine de la Croix fit ses aveux : à l’âge de cinq ans le démon lui était apparu sous la forme d’un ange de lumière, lui annonçant qu’elle serait une grande sainte. À l’âge de 13 ans le diable lui révéla sa véritable identité, et elle accepta alors de le prendre pour conseil et se lia à lui en toute connaissance de cause […] Le cas de Madeleine de la Croix est un des plus monstrueux de toute l’histoire de l’Église : cinquante ans de tromperies diaboliques et de supercherie qui abusèrent les plus grands théologiens d’Espagne, les inquisiteurs et les cardinaux [18].
Manfred Hauke enseigne la dogmatique et la patristique à Lugano ; il est président de l’Association allemande de mariologie et montre combien sont fragiles les convictions personnelles fondées sur une révélation privée, y compris la conviction des plus hauts dignitaires de l’Église.
Un exemple connu de l’œuvre du démon dans les phénomènes pseudo-mystiques, dans l’Espagne du XVIe siècle, c’est le cas de la religieuse Madeleine de la Croix (1487-1560). Depuis l’âge de cinq ans, elle avait de très nombreuses extases et visions. Elle racontait que saint Dominique et saint François l’avaient préparée à recevoir la première communion. Trois mois avant d’être admise à la communion eucharistique, elle recevait quotidiennement la communion « d’une manière mystique », et à cette occasion, elle poussait chaque fois un cri. Elle est entrée à 17 ans dans le couvent des clarisses de Cordoue. Elle reçoit des stigmates et sait retrouver par clairvoyance des objets cachés. Lors de sa profession solennelle, les religieuses s’étonnent de la présence d’une colombe qui s’attarde et qui est interprétée comme un signe du Saint-Esprit. Charles 1er, roi d’Espagne, fait bénir par Madeleine, entre autres, les insignes royaux et l’habit de son fils Philippe. Le Cardinal Cisneros et de nombreux autres responsables d’église sont également enchantés de la charismatique religieuse. Même le Saint Père en personne se recommande aux prières de la clarisse espagnole. Des sceptiques, il ne reste que quelques contemporains pensifs, comme Saint Ignace de Loyola ou Saint Jean d’Avila. Leurs doutes sont confirmés lorsqu’en 1542, les clarisses de Cordoue s’étonnent de la conduite laxiste de leur supérieure et en élisent une autre pour lui succéder. La « nonne-miracle » souffre alors d’attaques de convulsions. Après qu’un exorcisme pratiqué à ce sujet eut mis en évidence une présence démoniaque, l’Inquisition a intenté un procès à Madeleine. Elle a avoué avoir conclu en 1504 un pacte avec le diable pour 40 ans, qui a pris fin en 1544. Ses pouvoirs paranormaux ont cessé. Après avoir renoncé à ses erreurs, elle a fait pénitence pendant plusieurs années, n’a pu être élue à aucune charge dans l’ordre, et a terminé sa vie de façon exemplaire. En d’autres termes, le démon peut berner pendant des décennies même les plus hauts dignitaires de l’Église. Un tel exemple appelle à la prudence en ce qui concerne les événements contemporains [19].
Avertissement du Saint-Office concernant les révélations de sainte Brigitte
On répand en diverses régions un opuscule traduit en plusieurs langues qui a pour titre : « Le secret du bonheur. Les quinze oraisons révélées par Notre-Seigneur à sainte Brigitte dans l’église Saint-Paul à Rome » et est édité à Nice ou ailleurs. Comme cette brochure affirme que Dieu aurait fait à sainte Brigitte certaines promesses dont l’origine surnaturelle n’est nullement prouvée, les Ordinaires des lieux doivent veiller à ce que ne soit pas accordé le permis d’éditer des opuscules qui contiendraient ces promesses [20].
Réprobation pontificale des « prétendus faits de Loublande » (révélations de Claire Ferchaud)
Dans l’assemblée plénière du mercredi 10 mars 1920, relation faite des prétendues visions, révélations, prophéties, etc., vulgairement connues sous les noms de faits de Loublande, et les écrits qui s’y rapportent ayant été examinés, les Éminentissimes et Révérendissimes Cardinaux Inquisiteurs Généraux en matière de foi et de mœurs, après le vote préalable des Consulteurs, ont décrété : Toutes choses mûrement pesées, la S. Congrégation déclare que les prétendues visions, révélations, prophéties, etc., vulgairement comprises sous le nom de faits de Loublande, ainsi que les écrits qui s’y rapportent, ne peuvent être approuvés.
Et le jeudi suivant, 11 du même mois, Notre Très Saint Père le Pape Benoît XV, dans l’audience ordinaire accordée au Révérendissime Assesseur du S.O., a approuvé et confirmé la résolution des Éminentissimes et Révérendissimes Pères, et en a ordonné la publication dans les Acta Apostolicae Sedis.
Donné à Rome, du Palais du Saint-Office, le 12 mars 1920.
L. Castellano, notaire de la Sup. Congr. du Saint-Office [21].
Précision de la S. Congrégation sur la traduction française précédente
Après la promulgation, dans les Acta Apostolicae Sedis, du décret du Saint-Office du 12 mars dernier, touchant les prétendues visions, révélations, prophéties, etc., connues vulgairement sous l’appellation de « faits de Loublande », ainsi que les écrits s’y rapportant — décret porté le 10 du même mois et, le jour suivant 11, approuvé et confirmé par le Saint-Père, — certains journaux et périodiques français ont publié des traductions, interprétations et explications de ce décret, qui s’efforcent d’exclure absolument un sens de réprobation de ces faits et écrits, sens énoncé et expressément voulu par la S. Congrégation, ou tâchent de le restreindre au simple défaut d’approbation juridique de la suprême autorité ecclésiastique.
Afin que les traductions, interprétations, explications arbitraires et fausses de ce genre ne risquent point d’induire en erreur les fidèles sur le véritable sentiment de la S. Congrégation, les Éminentissimes Cardinaux inquisiteurs en matière de, foi et de mœurs ont, avec l’approbation du Saint-Père, ordonné de publier la traduction française authentique suivante du susdit décret [22].
La pensée de Mgr Lefebvre sur ce sujet
Mgr Lefebvre s’est lui-même toujours conformé à cette sagesse et n’hésitait pas à mettre en garde les prêtres et les fidèles contre le danger que pouvait représenter une dévotion mal entendue. Avec son sens profond de l’Église et de la foi, Mgr Lefebvre a toujours fait preuve d’une grande prudence, même vis-à-vis des « grandes » apparitions de l’époque moderne. Il souligne le fait que la dévotion envers ces manifestations doit être personnelle et qu’on ne doit pas l’imposer à son entourage.
De même un autre défaut c’est celui d’insister beaucoup sur les apparitions. Il y en a qui se croient obligés de faire état de toutes les apparitions même celles qui ne sont pas reconnues officiellement par l’Église et leur prédication est constamment appuyée par cela. Il semble que s’il n’y avait pas cela, ils auraient de la peine à étayer disons la prédication qu’ils font. C’est dommage parce que c’est fausser un peu l’esprit des fidèles. Les apparitions sont des suppléments que le Bon Dieu veut bien nous donner par l’intermédiaire souvent de la Très Sainte Vierge pour aider, mais ce n’est pas cela qui va faire le fondement de notre spiritualité, ce n’est pas cela qui va faire le fondement de notre foi. S’il n’y avait pas l’apparition, la foi resterait la même et les fondements de notre foi resteraient les mêmes. Alors il est dangereux de donner l’impression que sans les apparitions on ne pourrait pas tenir devant les difficultés actuelles. C’est dommage, c’est dangereux. Et puis vous le savez bien aux apparitions dans lesquelles il peut peut-être y avoir une probabilité des interventions de la Sainte Vierge, des interventions miraculeuses, il y a une foule, une foule de messages de communications invraisemblables, invraisemblables […] les plus extravagantes les unes que les autres n’est-ce pas, on dirait presque que plus c’est extravagant plus on y croit. Alors, c’est très dangereux, très dangereux. Certainement le démon profite de cela c’est un des moyens pour le démon de détourner les âmes des fondements de la foi, de les entraîner comme ça vers des sentimentalismes vers une piété qui n’est plus fondée vraiment sur la foi et sur Notre Seigneur. Moi j’ai toujours été, je me suis efforcé vraiment, je vous assure, au séminaire de donner toujours ces principes fondamentaux de la foi et d’éviter cette introduction trop insistante des différentes apparitions, n’est-ce pas. Qu’on aille à Fatima, qu’on aille à Lourdes, éventuellement et individuellement. Qu’on aille prier à San Damiano, ou à Garabandal, bon ; ou à La Salette, bien. Mais qu’on en fasse encore une fois une espèce de conviction et que si quelqu’un n’y va pas ou si quelqu’un qui y va ne suivrait pas ce qu’une personne a entendu ou un message qu’elle a reçu là où elle se trouvait dans ces apparitions, dès qu’on ne suit pas alors on n’est plus catholique on n’est plus chrétien si on ne suit pas ces injonctions qui sont données soi-disant par la Sainte Vierge, par telle personne qui a été là-bas ça devient impossible, c’est inadmissible, on ne peut pas se laisser guider par ces choses là. Ce n’est pas possible. Alors, il faut être très, très prudent. Et malheureusement, il faut bien le dire, cette maladie si on peut dire se développe énormément dans les milieux traditionalistes ; même peut être encore plus même dans les milieux d’Allemagne et de Suisse allemande. Pourquoi est-ce que c’est comme ça, je ne sais pas, j’en sais rien ; mais il y a certainement une attention plus grande à recevoir tous ces messages et toutes ces choses extraordinaires. Alors prenons bien garde dans nos prédications de ne pas nous lancer dans ce domaine et de ne pas détourner un peu les gens de l’effort qu’ils doivent faire appuyés sur les principes traditionnels de l’Église. Il faut mettre dans l’esprit des gens cette conviction que toute la rénovation de la société, des individus, des familles ne viendra que par Notre Seigneur Jésus-Christ ; c’est vraiment le principe de saint Pie X et c’est pourquoi le patronage de saint Pie X nous est si utile. « Instaurare omnia in Christo ». Il ne faut pas chercher midi à quatorze heure, c’est inutile d’aller chercher ailleurs, il faut tout restaurer dans le Christ et si on prêche le Christ, tout viendra tout, tout jusqu’aux dernières conséquences, jusqu’à la christianisation de la société tout entière, ça viendra par Notre Seigneur Jésus-Christ [23].
[1] IIa IIæ, q.174, art. 6.
[2] CIC1917, c1399, §5.
[3] Benoît XIV, De Servorum Dei beatificatione et Beatorum canonizatione, livre 2, ch 32, § 11.
[4] Pie X, Pascendi, § 6 « Des mesures à prendre contre le modernisme ».
[5] Fr Michel de la Trinité, Medjugorje en toute vérité, selon le discernement des esprits, 1991, p. 164-192.
[6] Auguste Poulain, Des Grâces d’oraison, Traité de théologie mystique, partie 4, 21-23, p. 334-418.
[7] Mgr Auguste Saudreau, Les faits extraordinaires de la vie spirituelle, § 8-10, p. 240-340.
[8] RP Ovila Melançon, Jésus appelle Sa Messagère, F.-X. de Guibert, p. 21-34.
[9] Donné à Rome, au palais du Saint-Office, le 21 décembre 1915, Acta Apostolicae Sedis, 1915 p. 594.
[10] Concile de Trente, Session 25, 2e décret.
[11] Cardinal Billot, « Lettre au Père Lebrun » sur son livre Le bienheureux Jean Eudes et le culte public du Sacré-Cœur de Jésus, lettre citée par l’abbé Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, tome III, Paris, 1923, p. 588, en note.
[12] Cardinal Ottaviani, « Chrétiens, ne vous excitez pas si vite », Osservatore romano, 4 février 1951.
[13] IIa IIæ, q. 174, art.6, ad tertium.
[14] Cardinal Pie, « Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de Notre-Dame de Lourdes par Mgr le nonce apostolique, délégué de Pie IX », Œuvres Épiscopales, T. IX, p. 330.
[15] Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, tome II, Editeur Bloud et Gay, Paris, 1916, p. 69-71.
[16] Fr. Michel de la Trinité, ibid.
[17] Saint François de Sales, Œuvres, « Lettre à la mère de Chastel », T. XVII, p. 325.
[18] Fr. Michel de la Trinité, ibid.
[19] « Le phénomène de Medjugorje et le discernement des esprits : une entrevue avec le dogmaticien Manfred Hauke », article traduit du journal catholique allemand Die Tagespost.
[20] Avertissement du Saint-Office concernant les révélations de sainte Brigitte, Acta Apostolicae Sedis, 1954, p. 64.
[21] Actes de Benoit XV, Encycliques, Motu-Proprio, Brefs, Allocutions, Actes des dicastères, etc., Maison de la Bonne Presse, Tome 2, Paris, 1918-Septembre 1920, (Traduction française officielle), p. 234.
[22] Actes de Benoit XV, Encycliques, Motu-Proprio, Brefs, Allocutions, Actes des dicastères, etc… , Maison de la Bonne Presse, Tome 2, Paris, 1918-Septembre 1920, (Traduction française officielle), p. 234.
[23] Conférence de Mgr Lefebvre donnée lors de la retraite d’ordination de juin 1989.
Décret de Réprobation des faits de Loublande
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Abbé Christian-Philippe Chanut Adolf Hitler Alexandre Soljenitsyne Alexis de Tocqueville Alfred Nettement Alphonse II Arthur Kœstler Augustin Cochin Benoit XV Bossuet Cardinal Billot Charles Maurras Cicéron Clive Staples Lewis Confucius Franck Bouscau Frantz Funck-Brentano François Bluche Georges de Cadoudal Gracchus Babeuf Guy Augé Henri V Jean Barbey Jean Foyer Jean Jaurès Joseph de Maistre Karl-Ferdinand Werner Louis de Bonald Louis XIII Louis XVI Louis XX Louis-Marie Prudhomme Mgr Freppel Paroles de roi Paul del Perugia Paul Watrin Pie XI Pie XII Pierre de Ronsard Pierre Manent Richelieu Roger Mucchielli Saint Thomas d’Aquin Sixte de Bourbon Th. Derisseyl Éric Vœgelin
Action Apologie Biographie Communiqué Discours Décret Encyclique Enquête Entrevue Homélie Lettre ouverte Littérature Miroir de prince Pamphlet Plaidoirie Poésie Recension Testament Thèse Vidéo

References: § 17
 § 16
 art. 2
 art. 2
 art. 6
 § 4
 art. 6
 §5
 § 11
 § 6
 § 8
 art.6