Source: http://doctrinesocialeeglise.org/documents/articles-et-ou-travaux-d-auteurs/article/doctrine-sociale-vision-chretienne
Timestamp: 2018-02-25 04:03:31+00:00

Document:
Doctrine sociale, vision chrétienne du travail et développement de la (...) - Doctrine sociale de l'Eglise
Accueil > Documents > Articles et/ou travaux d’auteurs - dont ceux trouvés sur le net > Doctrine sociale, vision chrétienne du travail et développement de la (...)
Académie d’Education et d’Etudes sociales Travaux cycle 2004-2005
Jean-Marie SCHMITZ - Directeur général de Lafarge-Maroc
Si « l’Église trouve dès les premières pages du livre de la Genèse la source de sa conviction que le travail constitue une dimension fondamentale de l’existence humaine sur la terre » (JP II - Encyclique « Laborem exercens »), l’on comprend alors que « la privation d’emploi à cause du chômage est presque toujours, pour celui qui en est victime, une atteinte à sa dignité et une menace pour l’équilibre de la vie. » (Catéchisme de l’Église catholique).
Mais dans notre société mondialisée, la véritable question est celle de la valeur du travail. Cette notion, qui a fondé notre monde occidental, peut-elle toujours en être le moteur ? Est-il encore possible « non seulement que l’homme sache ce qu’il fait, mais si possible qu’il perçoive l’usage, qu’il perçoive la nature modifiée par lui. Que pour chacun son propre travail soit un objet de contemplation. » (S. Weil, Journal d’usine 4 XII 1934)
De ce point de vue, Jean-Marie Schmitz a en effet de réelles références. Il suffit, pour s’en convaincre, de résumer brièvement sa carrière professionnelle ; nous pouvons le faire en distinguant deux grandes périodes. _ De 1969 à 1978, le C.N.P.F., devenu depuis le MEDEF : d’abord comme attaché à la Direction des études économiques, ensuite comme Chef de cabinet du Président François Ceyrac, enfin comme Secrétaire général adjoint. _ Depuis 1979, le Groupe Lafarge : il y exerce de nombreuses fonctions de direction, aux Relations extérieures, à l’Information, à l’Organisation et aux Ressources humaines. En avril 1988, il devient Directeur général adjoint, plus particulièrement responsable, n’est-ce pas un beau titre, des Hommes et de la Communication.
Dans mon exposé, je voudrais aborder trois points : _ La vision chrétienne du travail. _ Comment cette vision a permis à des chefs d’entreprise et des hommes politiques chrétiens d’améliorer progressivement les conditions de vie effroyables des ouvriers des débuts de l’ère industrielle. _ Puis, en tant que responsable d’entreprise, je vous montrerai le réalisme de la doctrine sociale de l’Église et comment les théories modernes du management rejoignent ses enseignements et ses intuitions les plus constantes.
I. La vision chrétienne du travail
De là découlent les quatre traits essentiels de la vision chrétienne du travail : Le travail est un devoir de l’homme Mais, du fait de la dignité de l’homme, le travail est fait pour lui et non l’inverse. Pour la même raison, le travail est prioritaire par rapport au capital Enfin le travail est source de droits pour le travailleur.
2) Mais du fait de la dignité éminente de l’homme, « seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même12 », le « travail est avant tout pour l’homme et non l’homme pour le travail [...] Le but du travail, - fut-ce le plus humble [...] reste toujours l’homme lui-même13 ».
3) Toujours en raison de cette dignité de l’homme, l’Église a toujours enseigné le principe de la priorité du travail par rapport au capital17 : « c’est un postulat qui appartient à l’ordre de la morale sociale18 ».
4) Le travail est aussi une source de droits pour le travailleur. Le premier de ces droits est d’avoir un emploi puisque c’est par là qu’il devient plus homme.
Le second est une juste rémunération de son employeur direct, c’est-à-dire « celle qui sera suffisante pour fonder et faire vivre dignement sa famille et pour en assurer l’avenir25 ». La troisième a trait aux prestations sociales : soins de santé, repos, retraite, assurance pour les accidents de travail.
II. Les initiatives des Catholiques sociaux face à « la loi d’airin, 27 » du libéralisme économique du XIXe siècle
2) L’efficacité d’une entreprise apparaît en effet liée à trois éléments principaux : La qualité des compétences diverses qu’elle réunit. La façon dont est organisé leur travail commun. L’implication, la motivation de chacun de ses collaborateurs.
a. Parce que l’entreprise a des tâches très diverses à accomplir - produire, vendre, acheter, investir, gérer, embaucher, former et développer les hommes et les femmes qui y travaillent - elle réunit des savoir-faire très divers.
Un enjeu majeur pour son efficacité est que ces savoir-faire s’additionnent et se complètent effectivement. Cela suppose que l’on substitue aux structures pyramidales et cloisonnées des organisations et des modes de fonctionnement ouverts, qui acceptent les apports venant d’autres départements et favorisent le travail entre des personnes appartenant à des hiérarchies différentes.
Le deuxième enjeu, en termes d’organisation, est que les collaborateurs de l’entreprise soient encouragés à développer leur capacité d’initiative et à exercer leurs responsabilités, plutôt qu’à protéger leur tranquillité grâce à l’application docile de procédures et à l’anonymat que peuvent générer les entreprises d’une certaine taille.
b) L’implication, la motivation des collaborateurs de l’entreprise sont décisives pour sa réussite. Le tout est de savoir comment les susciter.
Vous avez aussi une chance plus élevée de pouvoir faire passer vos collaborateurs d’une logique d’obéissance à une logique de responsabilité. Experts en management, coachs et consultants, expliquent et vendent cela aux responsables d’entreprise. Pour beaucoup moins cher, ceux-ci en trouveraient la substance dans les réflexions de Jean-Paul II : « La doctrine sociale de l’Église [...] reconnaît la légitimité des efforts des travailleurs pour obtenir [...] une participation plus large à la vie de l’entreprise, de manière que, tout en travaillant avec d’autres et sous la direction d’autres personnes, ils puissent en un sens travailler “à leur compte” en exerçant leur intelligence et leur liberté. » Le développement intégral de la personne humaine dans le travail ne contredit pas, mais favorise plutôt une meilleure productivité et une meilleure efficacité du travail lui-même35 ».
Commentant ces Principes d’action, Bertrand Collomb expliquait : « Les valeurs de Lafarge se sont forgées à partir de références chrétiennes, puis se sont laïcisées. Il nous paraît important que ces valeurs soient affirmées partout dans l’entreprise et même là où la réalité sociale ou les références culturelles semblent les rendre singulières. » C’est important pour la cohésion et l’identité de l’entreprise. Mais c’est aussi important pour son succès ». [...] « L’expérience confirme en effet que ces valeurs ont une portée universelle. Respect de l’autre, honnêteté, dialogue, libèrent les énergies et l’efficacité de l’action, même lorsque les modèles culturels historiques ne les ont pas privilégiés ».
Comme la vie n’est pas un long fleuve tranquille, et la vie économique encore moins, un dirigeant aura à prendre des décisions difficiles sur le plan humain : contractions d’effectifs et changements d’hommes. Un court document interne du groupe Lafarge, destiné aux patrons d’unités, dit ceci : « Votre responsabilité sera de le faire sans brutalité, » Votre courage sera de le faire sans aucune faiblesse ». « Vous les managerez dans le respect des principes et de l’éthique du groupe : honnêteté et franchise dans l’information, anticipation, recherche attentive des meilleures solutions pour les personnes concernées, accompagnements ».
Michel Godet, professeur au CNAM disait que « l’esprit d’entreprise est cousin de l’esprit de famille ». Dans son dernier ouvrage il montre que l’atonie de l’Europe est liée à son effondrement démographique. J’en ai la conviction la plus ferme. Sur votre première question : comment donner envie aux gens de travailler, il me semble qu’il y a deux éléments de réponse :
Francis Jacques : J’ai beaucoup apprécié le déploiement de la logique de la vision chrétienne du travail. Je ne veux pas tempérer l’optimisme ou l’euphorie du propos, c’est ce à quoi je crois. Mes remarques tendent à le soutenir.
Aujourd’hui encore, l’idée reçue (l’erreur mille fois répétée ne fait pas une vérité) est là : c’est le socialisme qui a installé dans notre pays, pour ne pas dire dans notre continent, le progrès social. J’ai deux questions :
1 Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 5 2 Ibid., § 3 3 Jean-Paul II, “Laborem exercens” in Discours du Pape et chronique romaine numéro spécial 397, septembre 1981, p. 15 4 Ibid. p. 9 5 Ibid. pp. 3 et 4 6 « La domination de l’homme sur la terre se réalise dans et par le travail », Ibid. p. 22 7 Ibid. p. 52 8 Ibid. p. 118 : « L’homme créé à l’image de Dieu participe par son travail à l’œuvre du Créateur ». 9 Ibid. p. 81 10 Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 6 11 II Thess., 3,10 12 Ibid. § 11 13 Jean-Paul II, Laborem exercens, pp. 30 et 31 14 Ibid. p. 43 15 Ibid. p. 46 16 Ibid. pp. 47-48 17 Ibid. p. 57 18 Ibid. p. 77 19 Ibid. p. 65 20 Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 42 21 Jean-Paul II, Laborem exercens, pp. 70 et 71 22 Ibid. pp. 78-79 23 Jean-Paul II, Laborem exercens, p.96 24 Ibid. § 15 25 Jean-Paul II, Laborem exercens, p. 96 26 André Piettre, Les Chrétiens et le socialisme, éd. France Empire, p. 76 27 L’expression est du futur Léon XIII, alors jeune évêque de Pérouse (en 1846, il avait 36 ans), cité par André Piettre, Le libéralisme et l’Église, p. 113 28 François Hollande, le Monde, 20 octobre 2002 29 A. Piettre, Les Chrétiens et le socialisme, pp. 73 et 74. Les exemples qui suivent sont cités par lui pp. 74 à 78. 30 Ibid. p. 77 31 Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 35 32 Bertrand Collomb, Communication à l’Académie des SciencesMorales et Politiques, printemps 2001 33 Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 31 34 Ibid. § 25 35 Ibid. § 43 36 Abraham Zaleznik (Professeur à Harvard)

References: § 5
 § 3
 § 6
 § 11
 § 42
 § 15
 § 35
 § 31
 § 25
 § 43