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Timestamp: 2017-04-27 20:47:14+00:00

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La Chronique d’Ernoul : problèmes et méthode d’édition
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La Chronique d’Ernoul : problèmes et méthode d’édition1
Français English Italiano La Chronique d’Ernoul nous a été transmise par 54 manuscrits qui donnent plusieurs rédactions du texte. Les études précédentes sur les relations entre ces rédactions se fondaient sur un examen partiel de la tradition. Cet article a été écrit en vue de la préparation d’une nouvelle édition de la Chronique, dans le cadre du projet dirigé par P. W. Edbury et financé par l’Arts and Humanities Research Council. Les résultats de l’étude de deux échantillons de texte collationnés sur tous les manuscrits permettent de présenter pour la première fois un stemma codicum qui représente l’histoire de toute la tradition et de poser sur des bases nouvelles les problèmes de l’édition d’un texte historique transmis par plusieurs rédactions.
Ernoul’s Chronicle was transmitted to us through fifty-four manuscripts, which expose several versions of the same text. The previous studies of the relation between those versions were based solely on an incomplete analysis of the literary tradition. This article was written in view of the creation of a new edition of the Chronicle, a project under the direction of P. W. Edbury, and funded by the Arts and Humanities Research Council. The results of the analysis of two textual samples collated on all the manuscripts make it possible for us to present for the first time a stemma codicum able to account for the history of the whole tradition. Moreover, those results allow us to address in a new fashion the problems inherent to the edition of a historical text transmitted to us through several versions.
La Chronique d’Ernoul è tràdita da 54 manoscritti che contengono diverse redazioni del testo. Gli studi pregressi sulle relazioni tra queste versioni si fondavano su un esame parziale della tradizione. L’articolo è stato scritto in vista della preparazione di una nuova edizione della Chronique, nell’ambito di un progetto diretto da P. W. Edbury e finanziato dall’Arts and Humanities Research Council. I risultati dello studio di due campioni di testo, collazionati su tutti i manoscritti, permettono di presentare per la prima volta uno stemma codicum che rappresenta la storia di tutta la tradizione, e di impostare su basi nuove i problemi dell’edizione di un testo storico trasmesso in redazioni multiple.
Mots clés :édition, chronique, stemma
Keywords :edition, chronicle, stemma
Parole chiave :edizione, cronaca, stemma
Œuvres, personnages et lieux littéraires :Alexis III Ange, Alexis Branas, Amaury Ier, Andronic Ier, Balian d’Ibelin, Baudouin IV, Chronique d’Ernoul, Continuation d’Acre, Continuation Rothelin de Guillaume de Tyr, Frédéric II, Godefroy de Bouillon, Gérard de Ridefort , Grégoire IX, Héraclius, Isaac II Ange, Jean de Brienne, Première Continuation de Guillaume de Tyr, Manuel Ier Comnène, Raymond II de Tripoli, Richard Ier Cœur de Lion, Saladin
Index des médiévaux et anciens :Ernoul, Guillaume de Tyr, Bernard Le TrésorierHaut de page
La préparation de l’édition critique de la Chronique, commencée lorsque cet article était déjà sous presse, nous a permis de préciser quelques points douteux, sur lesquels la rédaction de Perspectives médiévales me permet maintenant de revenir brièvement.
Peter Edbury et moi sommes désormais d’accord que F38 est le seul manuscrit à donner la forme de la compilation de l’Eracles telle qu’elle avait été conçue par le rédacteur qui a joint pour la première fois la traduction française de Guillaume de Tyr et la Première Continuation tirée de la Chronique d’Ernoul. Les trois passages de la Chronique relatant des événements antérieurs à 1184 interpolés dans le texte de Guillaume par F38 feraient partie de ce projet original. On pourrait en voir une preuve dans le fait que l’un de ces passages est contenu dans le texte de d, bien qu’à un endroit différent (§ 5.3). Le manuscrit F50, à partir du moment où il quitte la rédaction d (1184), s’est révélé être un témoin très remanié de la rédaction II ; il suit en particulier IIa, et il partage parfois des variantes propres à F38. Ce fait montre tout l’intérêt de ce manuscrit, bien que sa contribution à la reconstruction du texte soit limitée.
En octobre 2011 nous avons pu examiner le manuscrit F66 (cf. n. 3), qui venait d’être restauré, grâce à la disponibilité des conservateurs de la Biblioteca Nazionale di Torino que nous tenons à remercier. Notre analyse montre que ce manuscrit (aujourd’hui difficile à consulter par endroits à cause des dégâts dus à l’incendie de la bibliothèque en 1904) partage pour le texte de la Continuation de Rothelin (qui fait suite à la Première Continuation dans les familles h et i) les variantes de F58 signalées par les éditeurs du RHC aux notes 22, p. 622 et 37 p. 632. Il est donc possible que les deux manuscrits soient aussi proches pour le texte de la Chronique.
1 Une première version de cet article a été présentée à l’International Medieval Conference de Leeds, (...)
Depuis 2009, la Chronique d’Ernoul fait l’objet d’un projet de recherche (The Old French William of Tyre and its Continuations) financé jusqu’en 2012 par l’Arts and Humanities Research Council (AHRC) et dirigé par Peter Edbury, professeur à la Cardiff School of History, Archaeology and Religious Studies, auquel nous participons en tant que research associate. Le but du projet est de donner une nouvelle édition critique de la Chronique et de la Continuation dite d’Acre de Guillaume de Tyr. À cette partie du projet, directement menée par P. Edbury et par nous-même, est liée une étude de la tradition manuscrite de la traduction française de Guillaume de Tyr, qui fait l’objet de la thèse de doctorat de Philip Handyside, dirigée par P. Edbury.
2 Recueil des historiens des croisades. Historiens occidentaux, t. II, Paris, 1859 (dorénavant, RHC) (...)
3 J. Folda, « Manuscripts of the History of Outremer by William of Tyre : a Handlist », Scriptorium 2 (...)
4 P. W. Ebury, « The Lyon Eracles and the Old French Continuations of William of Tyre », Montjoie. St (...)
La Chronique d’Ernoul est un texte aussi important pour les historiens de la littérature que pour les historiens des croisades. L’achèvement de sa rédaction entre 1227 et 1231 en fait un témoin important et méconnu de l’affirmation de la prose historique en ancien français. Les éditions du xixe siècle, publiées avant l’édition de la Vie de saint Alexis par Gaston Paris (1872), se fondaient sur une connaissance partielle de la tradition manuscrite2. En 1973, une liste complète des manuscrits a été publiée par J. Folda3. Par la suite, aucune étude d’ensemble n’a été consacrée à ce corpus. Nous avons entrepris un examen de ce type dans le cadre du projet d’édition du texte, sur la base de l’interprétation des rapports entre les rédactions de la Chronique proposée par P. Edbury4.
Nous présentons ici les premiers résultats de notre étude, les problèmes qui nécessitent des approfondissements, ainsi que des réflexions sur la manière dont nous envisageons l’édition du texte.
1. La tradition de notre texte compte 54 manuscrits, copiés entre la première moitié du xiiie et le xve siècle, que l’on peut diviser en deux sous-ensembles. Dans 46 manuscrits, le texte sert de Première Continuation à la traduction française de Guillaume de Tyr, à partir de la mort de Baudouin IV en 1184 jusqu’en 1231. Dans 8 manuscrits, le texte forme une Chronique indépendante qui commence par la mort de Godefroi de Bouillon en 1100 : le récit, d’abord schématique, devient de plus en plus détaillé au fur et à mesure qu’il s’approche de la chute de Jérusalem aux mains de Saladin en 1187. Il contient aussi des digressions sur la géographie sacrée de la Terre Sainte et une longue description de Jérusalem précédant le récit de la prise de la ville. Les manuscrits donnent de ce texte trois versions qui se terminent en 1227, 1229 et en 1231. Le nom d’Ernoul apparaît dans les deux premières alors que dans deux des trois manuscrits de la troisième un colophon donne le nom de Bernard le Trésorier (cf. § 4).
Les manuscrits de la Continuation présentent la version se terminant en 1231, sauf un groupe de manuscrits copiés à Acre qui donne deux versions plus longues : celle dite de Colbert-Fontainebleau, contenue dans F73 et F57 (ce dernier ayant copié en Occident) et F72 qui donne un texte particulier pour les années 1184-1197, en partie contenu dans le manuscrit F70.
5 RHC, p. IV-IX. Pour l’histoire des études avant cette édition, cf. M. R. Morgan, op. cit., p. 22-40 6 M. L. de Mas-Latrie, « Essai de classification des continuateurs de l’Histoire des croisades de Gui (...)
Malgré leur nombre limité, les rédactions longues ont longtemps joui des faveurs de la critique, non seulement parce qu’elles ont été rédigées en Terre Sainte mais aussi parce qu’elles donnent un récit plus « complet ». Les éditeurs du RHC, sans démontrer leur théorie, affirment que la rédaction brève ne serait qu’un abrégé de la rédaction contenue dans F73 et F57 (leurs manuscrits A et B)5. Cette idée est également énoncée dans l’article fondamental de Mas-Latrie qui analyse de façon détaillée les rédactions de la Chronique6.
Bien des données de la tradition restent inexpliquées par cette théorie. Par exemple, le fait que le nom de l’auteur n’apparaisse que dans la forme indépendante et « abrégée » du texte, et que le texte de la Continuation s’arrête en 1231, comme la dernière dans l’ordre chronologique des rédactions de la Chronique.
7 M. R. Morgan, The Chronicle of Ernoul and the Continuation of William of Tyre, Oxford, 1973.
8 La Continuation de Guillaume de Tyr (1184-1197), éd. par M. R. Morgan, Paris, 1982.
M. R. Morgan a essayé de répondre à ces questions7 : pour cet auteur, l’œuvre originale d’Ernoul, perdue, ne serait que la source commune à laquelle auraient eu recours, de façon indépendante, plusieurs chroniqueurs. Ceci expliquerait que, par les hasards de la polygenèse, le nom d’Ernoul se retrouve dans l’abrégé alors qu’il n’apparaît pas dans la rédaction longue qui reproduit mieux le texte de l’auteur : pour M. R. Morgan, il s’agit de la section de F72 pour les années 1184-11978.
9 P. W. Edbury, « The Lyon Eracles » art. cit., p. 140-151.
10 Cette interprétation, proposée dans « The Lyon Eracles » art. cit., p. 152-153 est développée dans (...)
M. Edbury a remis en question la théorie de l’abrégé en montrant que le texte de F72 date des années 1240-1250 et qu’il ne donne pas forcément une narration plus précise des événements : les détails ultérieurs donnés par ces textes sont en fait souvent assez douteux et la chronologie en est parfois fausse9. Pour Edbury, les rédactions de la Chronique représenteraient autant de moments de la rédaction du texte. La Première Continuation de Guillaume de Tyr ne serait que la Chronique dont un rédacteur aurait retranché la partie initiale, cette partie du récit faisant double emploi avec celui de Guillaume. Le texte bref de la Continuation aurait ensuite été remanié pour donner les versions longues de F73, F57 et de F7210.
11 Pour un examen des caractéristiques idéologiques des différentes rédactions, cf. P. W. Edbury, « Ge (...)
2. Le temps dont nous disposions pour l’étude des relations entre les manuscrits dans le cadre du projet rendait impossible une collation systématique. La plus grande partie des témoins de la rédaction brève de la Continuation n’ayant jamais été étudiée, il était pourtant nécessaire de dresser un tableau complet des groupes de manuscrits pour orienter nos choix éditoriaux. Les données que nous présentons sont donc tirées principalement de l’examen de deux échantillons de texte : la description de la bataille de Nazareth en 1187 (Mas-Latrie, p. 144-150)11 et l’épisode du départ de la Terre Sainte et de l’emprisonnement de Richard Ier Cœur de Lion (Mas-Latrie, p. 295-299).
L’analyse des échantillons nous a permis d’identifier un nombre limité d’erreurs utiles à la constitution des groupes, la faiblesse de cette méthode étant que les errores significativi, mais aussi les leçons caractéristiques de chaque groupe, ne se manifestent pas de façon uniforme dans chaque partie du texte.
12 Il s’est avéré particulièrement difficile d’assigner une place aux manuscrits les plus tardifs, qui (...)
Nous n’avons pas renoncé à regrouper les manuscrits sur la base des éléments à notre disposition : la constance avec laquelle certains regroupements se manifestent permet d’entrevoir, selon nous, l’existence de familles. L’existence de celles-ci reste pourtant une hypothèse et ne peut pas être prouvée de façon définitive. L’impossibilité de donner des fondations plus solides à notre stemma (annexe 2)12 nous incite donc à nous servir de ce dernier avec prudence dans la correction du texte : il s’agit là d’un des éléments qui ont influencé le choix du modèle d’édition que nous présentons en conclusion de cet article.
13 P. W. Edbury, « New perspectives » art. cit., p. 109-110.
3. La première question à aborder est celle des rapports entre la Chronique et la Continuation. P. Edbury a préféré laisser ouverte la question de l’existence d’un archétype de la Continuation mais il cite des éléments qui font penser qu’un modèle commun a dû exister. Dans tous les manuscrits (exception faite de F50, cf. § 5.3) manque la description de Jérusalem (Mas-Latrie, p. 188-210) qui apparaît dans la Chronique. Tous les manuscrits de la Continuation (excepté, encore une fois, F50) insèrent, dans la narration des événements post-1184 deux passages qui se réfèrent à des événements antérieurs à cette date. Le récit de la succession des empereurs Andronic Ier Comnène, Isaac II Ange et Alexis III Ange et celui de l’élection du patriarche de Jérusalem Héraclius (1180) et la description de ses mœurs sont insérés dans la narration des événements de 1187 (RHC, p. 57-62). Or, la Chronique insère ces deux morceaux dans une narration linéaire des événements qui suit l’ordre chronologique dans la partie consacrée aux années 1100-1184, absente de la Continuation13 (Mas-Latrie, p. 82-87).
La première interpolation nous permet de montrer que la séquence chronologique qu’on trouve dans la Chronique est originelle et que l’arrangement des épisodes dans la Continuation est le fait d’un rédacteur ultérieur. Tous les manuscrits de la Continuation consacrent une digression aux événements qui menèrent, après la mort de l’empereur Manuel Ier Comnène (1143-1180), à l’avènement d’Andronic Ier (1183-1185, Androines dans le texte français), d’Isaac II Ange (1185-1195, Kyrsac) et d’Alexis III Ange en 1195 (RHC, p. 17-25). Cet excursus est inséré au moment où il est fait mention de la révolte d’Alexis Branas (Livernas) contre Isaac II en 1187.
Dans la Chronique, le texte se trouve à sa place dans l’ordre chronologique (Mas-Latrie, p. 89-96), et, qui plus est, il fait immédiatement suite aux pages consacrées à Héraclius. Il paraît peu probable que ces deux interpolations soient le fait de plusieurs scribes qui auraient travaillé indépendamment : il faut donc postuler que tous les manuscrits dérivent d’un même modèle. Le rédacteur de la Continuation a extrait une séquence formée de deux épisodes contigus dans le texte d’origine qu’il a insérés aux deux endroits du texte nécessitant un complément d’information. Il a en outre commis une erreur au moment d’insérer l’épisode sur les empereurs byzantins dans son nouveau contexte. En effet, le récit de la révolte d’Alexis Branas s’ouvre, dans la Chronique, par les mots suivants :
p. 128 : et pour çou se muça il [Alexis Branas] et se destourna que Androines ne le deffigurast, aussi com il fist les autres parens l’empereor Manuel. Quan il oï dire que Androines estoit mors, et que Krysac estoit empereres pour çou qu’il avoit ensi le siecle delivré d’Androine, <il se pourpensa qu’il seroit mieudres drois qu’il fust empereres que Krisac,> pour çou que plus avoit esté proçains l’empereour Manuel. Dont vint, si amassa grans gens (...).
Nous citons la Continuation d’après F38, le manuscrit le plus ancien, en soulignant en italiques les ajouts du rédacteur, et nous donnons en apparat un aperçu complet des variantes des autres manuscrits :
aussi cum il fist les autres parenz [om.], quant il oï dire que Androines estoit morz et que Quirsac estoit empereres et qu’il auoit ainsi le siecle delivré d’Androine si cum je vos diré.Il avint que quant Androines ot la teste coupee a Alexe Prothosevasto, qui avoit l’empire de Costantinople en sa garde et l’enfant qui fu filz l’empereur Manuel, reçut la garde de l’enfant et de la terre. Donc vint Androines, si se porpensa d’une grant traïson [interpolation](...).Et il le garda et norri desi a .i. tens que muete fu de France et d’autres terres qui oltre mer en aloit. [fin de l’interpolation]ALex, qui fist a son frere Quirsac qui empereres estoit (si cum je vos ai dit) les euz crever, fu empereres. Donc vint Livernas de qui je vos parlé devant. pour ce qu’il estoit plus prouchiens a l’empereur Manuel de lignage que Alex, si assembla (...).
Il avint que] La nuit quant e F37 F42, Une nuit quant i, La nuit que h F44 l ;Alexe Prothosevasto a = Chronique] Alexe tous les autres manuscrits de la Continuation ;qui outremer aloit] qui outremer aloient vangier la honte nostre seigneur Jhesu Crist p ;ALex, qui fist (...) Donc vint] A.q.f.a s.f.K. les euz crever q.e.e. si comme je vos ai dit [f.e.] Adonques v. e, dit [f.e. A.v.] i, A.q.f.a.s.f.K. [q.e.e.] l.e.c.s.c. vos avez oï [f.e.D.v.] h F44 l, si comme vous orrez ci avant F50 d, A.q.f.a s.f.K. les euz crever q.e.e. si comme je vos ai dit, tint l’empire et governa. Mes F77, A.q.f.a.s.f.K. crever les yeulx q.e.e.s.c.j.v.a. devant dit et se fist lui mesmes couronner a empereur. Et ce fait vint F37 F42 ;Livernas, de qui je vos parlé devant] L. dont j.v. ai p.d. e F37 F42, L. dont je vos ai parlai dessus h l o, L. dont je vous fis mencion p.
La séquence des événements établie par la Continuation est fautive : au début de l’interpolation, la révolte d’Alexis Branas est placée à juste titre sous le règne d’Isaac II alors qu’à la fin de l’interpolation il est désormais question du règne d’Alexis III Ange. Cette erreur n’est pas passée inaperçue aux yeux du rédacteur du texte suivi par F73, F57, F72 et F50, qui a remanié le début de l’interpolation (RHC, p. 17) :
Quant il oï dire que Androines estoit morz, et que Kyr Ysac estoit empereres et que il avoit si delivré le siecle d’Androine, si come je vos dirai, il en fu moult liez, et des adonques porchassa il coment il peüst avoir l’empire de Constantinople ; mais, tant come Kir Ysac fu empereres, ne se mut il en nule chose.
Ce dernier rédacteur est donc intervenu localement pour résoudre la contradiction existant entre le début et la fin de l’interpolation, mais il a laissé subsister une erreur de chronologie qui trouve sa source dans le texte de manuscrits comme F38.
Ce passage confirme donc que la Continuation dérive du texte de la Chronique, que tous les manuscrits de la Continuation remontent à un seul modèle et que ce sont les rédactions longues de F73, F57 et de F72 (avec, ici, F50) qui dérivent de la version brève et non pas l’inverse. La théorie de l’abrégé n’a donc pas de fondement objectif.
4. La forme indépendante de la Chronique est donc le texte qui a été adapté pour servir de Continuation à Guillaume de Tyr. Elle existe pourtant, on l’a vu, dans plusieurs rédactions.
4.1. Les manuscrits qui transmettent la Chronique se divisent en deux groupes sur la base d’une variante d’importance capitale. Vers la fin de l’épisode de la bataille de Nazareth, le groupe I (F16, F17, F18, F19, F20) mentionne Ernoul, écuyer de Balian d’Ibelin, en relation avec la composition de la Chronique :
p. 149 : Dont fist descendre .i. sien varlet, qui avoit a non Ernous : ce fu cil qui cest conte fist metre en escript. Celui Ernoul envoia Balyan de Belin dedens le castel, pour cierkier et pour enquerre s’il avoit nului dedens le ville qui li peüst dire nouveles, que ce pooit estre.
14 Voir surtout les pages de l’ouvrage de M. R. Morgan citées à la note suivante. 15 M. R. Morgan, op. cit., p. 40-46, P. W. Edbury, « New perspectives » art. cit., p. 109.
Les tentatives de retrouver des traces d’Ernoul dans les documents historiques pour la période allant de fin du xiie siècle aux premières décennies du xiiie siècle n’ont pas donné de résultats convaincants14. L’association d’Ernoul avec Balian d’Ibelin cadre pourtant avec la présentation sous un jour très favorable de celui-ci et de son frère Baudouin dans la première partie du texte. Le fait que la famille d’Ibelin disparaisse après le récit du siège de Tyr par Saladin montre qu’il est probable que, dans la Chronique, le récit d’Ernoul ait été intégré dans une narration plus vaste par des rédacteurs successifs15.
F24, F25, F26 (groupe II) omettent du passage cité les phrases qui donnent le nom d’Ernoul (« qui avoit a non Ernous. [...] Balians de Belin ») ; la leçon de II est partagée par les manuscrits de la Continuation de Guillaume de Tyr. 16 Dans F25 F26 la Chronique est suivie par deux descriptions en français de la Terre Sainte et de Jér (...)
17 M. R. Morgan, op. cit., p. 46-50. Le nom de Bernard le Trésorier est lié à la diffusion de la Chron (...)
Mais dans F25 et F26 se trouve un colophon qui donne le nom de Bernard le Trésorier : « Ceste conte de la terre d’outremer fist faire li tresoriers Bernars de saint Pierre de Corbie, en la carnacion millesimo CC.XXXIJ. ». Pour les savants qui nous ont précédé, Bernard serait l’auteur de la rédaction donnée par II. Il faut pourtant remarquer que les manuscrits F25 et F26 donnent un texte presque identique y compris dans sa division en chapitres (ils forment notre groupe IIb). En outre, le nom de Bernard se lit en dehors du texte de la Chronique : même si F25 et F26 ne se terminent pas par notre texte16, nous ne pouvons pas écarter la possibilité que Bernard ne soit que le commanditaire de leur modèle commun. Comme pour Ernoul, il a été impossible de trouver des traces de Bernard dans les documents17.
18 P. W. Edbury, « New Perspectives » art. cit., p. 109, mais aussi M. L. Mas-Latrie, Essai, art. cit. (...)
S’il est difficile de reconstruire exactement les circonstances de la composition du texte et de cerner avec certitude la partie originellement composée par Ernoul18, les manuscrits de la Chronique poursuivent la narration jusqu’à des moments différents entre la seconde moitié des années 1220 et 1231.
F16 et F17 terminent leur récit par l’excommunication de Frédéric II par Grégoire IX en 1227 (éd. Mas-Latrie, p. 457-458). Le texte des manuscrits F18, F19, F20 se prolonge jusqu’au retour de Frédéric II de Terre Sainte en 1229 (Mas-Latrie, p. 466-467). La dernière étape de l’élaboration du texte est franchie par les manuscrits du groupe II, qui poursuivent jusqu’à la prise de pouvoir de Jean de Brienne à Constantinople en 1231. Comme on l’a vu § 2, c’est en 1231 que se termine aussi la Première Continuation de Guillaume de Tyr.
Entre la forme de la Chronique contenue dans F16 et F17 et celle donnée par IIb nous avons donc trois rédactions intermédiaires : F20, Ib et F24. Cette évolution progressive du texte est aussi démontrée par la présence, dans II et dans la Continuation, de passages absents dans les autres rédactions (cf. Mas-Latrie, p. 163-164 et 431-435).
F16, F17, F18, F19, F20, F24 partagent tous le même prologue commençant par « Oiés et entendés comment la tiere de Jherusalem et la Sainte Crois fu conquise de Sarrasins sour Crestiens ». Cet incipit est précédé, dans F25 F26, par un autre prologue, qui reprend de façon très synthétique les événements de la mort de Godefroi de Bouillon jusqu’à l’avènement du roi Amaury Ier (Mas-Latrie, p. 1-4), narrés aussi dans la première partie de la Chronique.
19 Cf. M. R. Morgan op. cit., p. 54-58. Le problème du rôle de Bernard est compliqué par le fait que P (...)
Or, ce passage apparaît aussi dans F18 et F19 où il fait suite à la Chronique en tant que texte indépendant. Comme le dit M. R. Morgan, le responsable de la rédaction dite de Bernard s’est donc limité à changer de position ce morceau indépendant en l’intégrant ainsi à la Chronique. Sa présence en tant que prologue confirme la séparation existante, dans II, entre F24 (IIa) et F25, F26 (IIb) : c’est seulement à ce dernier groupe qu’il faut donner le nom de version de Bernard le Trésorier19.
4.2. On peut diviser les manuscrits de I en deux sous-groupes. Dans Ia figurent F16, F17, F20 alors que dans Ib nous regroupons F18 et F19. Ib est identifié, dans l’épisode de la bataille de Nazareth, par une erreur :
p. 147 : Quant li Crestiien qui devant Tabarie estoient virent que li Crestiien avoient esté desconfit Ib (l. C. estoient e.a.e.d. F19) vs. Q.l.C.q. dedenz T.e.v.q.l.C. a.e.d. Ia II ; la leçon dedenz apparaît dans tous les manuscrits de la Continuation.
Dans ce qui précède, il est dit que le comte Raymond II de Tripoli avait prévenu les Chrétiens de Tibériade que le fils de Saladin passerait le lendemain sur ses terres. Ceux-ci restèrent donc à l’intérieur de l’enceinte de la ville, comme le comte le leur avait commandé. Ce genre d’erreur n’est pas en soi significatif. Pourtant la constance avec laquelle le regroupement apparaît nous semble garantir l’existence de IIb.
Ib se trouve parfois isolé entre F16, F17, F20 d’un côté, et de l’autre le groupe II, dont descend, on l’a dit, la Continuation :
p. 149-150 : « Et li varlés [Ernoul] i entra, et huça et cria aval et amont le castiel, ne ainc ne vit homme ne femme qui li peüst dire noveles, fors seulement .ii. hommes qui gisoient malade en une cambre, et cil ne li sorent rien a dire de cose qu’il li demandast Ib. fors seulement… demandast] manque dans F16 F17 F20, f.s. .ii. malades qui gisoient en .i. lit c.n.l.s. r.d. F24 Continuation, f.s. .ii. malades [q.g.e. .i. l.] IIb.
Le lien entre les trois manuscrits qui composent Ia n’est pas prouvé par des erreurs mais plutôt par le fait que leur leçon s’oppose à Ib et à II alors que souvent, comme dans le cas qu’on vient de citer, les variantes de Ib font le lien entre les groupes I, II et la Continuation :
p. 145 : et fist porter les letres a Nazaret as chevaliers qui la estoient en garnisons de par le roi [Ib]F18 [IIa] F24 IIb [a] F38 F45 F51 e.f.p.l.l.a N.a. Crestiens q.l.e.e.g.d.p.l.r. Ia.
p. 146 : que tantost qu’il aroient oï son commandement montaissent et venissent a lui Ib F24 IIb [a] F38 [e] F48 q.t.qu’i.a.o.s.c. qu’il [m.e.] venissent a li a esperon Ia.
À l’intérieur de Ib, F19 est utile pour contrôler si la leçon de F18 est isolée ou si elle remonte au modèle commun. Cependant F19 donne en général un texte fortement remanié, surtout en ce qui concerne la syntaxe.
Le groupe II se divise aussi, comme on l’a vu § 4.1, en deux sous-groupes, avec F24 d’un côté et IIb (F25 F26) de l’autre :
p. 145 : et s’on les tenoit as cans, on les prenderoit et ocirroit, et quanque il trouveroient as cans. [Ib] F18.e.s.o.l. trouvoit (troveroit F17 F20) a.c.o.l.p.e.o.e.q.i.t.a.c. Ia F24 a, et s’il les trouvoient a.c. que il seroient ochis et pris et q. on troveroit a.c. [Ib] F19.et fise nos les tenroit as chans on (ou ?) les prendroit et ocioit et quant il trouerent as chans IIb.
p. 146 : Tantos que li couvens oï le mandemen (commandement F24 F38 F41 d1 F50 h F74) de maistre. Ia [Ib] F18 F24 a d1 F50 e h o [l] F49 F74 F88T. com li quens o.l. comandement del m. IIb.
20 L’influence du contexte rend l’erreur inutile pour la constitution du stemma, parce que plusieurs s (...)
Dans le premier passage, à la position isolée de F18 fait pendant un texte corrompu dans IIb alors que F24 partage la leçon d’Ia et F19, qui remonte donc à l’original. Dans le second, la leçon quens de IIb est une erreur dérivant d’une mauvaise interprétation de la graphie couens à la lumière de la mention fréquente du comte de Tripoli dans le premier échantillon20.
Dans bien de cas, F24 présente (parfois avec Ib) des leçons qui se trouvent dans la Continuation alors que IIb, tout comme Ia, est isolé :
p. 296 : Li rois prist congié au conte Henri et as Templiers et a ceus de le tiere et entra en une nef Ib F24 Continuationa ceus de le tiere] au barons d.l.t. Ia, a ses genz IIb.
p. 299 : et semonst ses os por aler sor le roi de France por rescorre se perte, s’il poïst F24 Continuation.si se moust [sic] ses os por aler sor le roi de France por secorre son domaige s’il peüst IIb.
21 P. W. Edbury, « New Perspectives » art. cit., p. 109, remarque déjà que les textes de F24 et F38 so (...)
Les variantes des sous-groupes de la Chronique confirment le rôle de transition joué par les rédactions de F20, mais surtout de Ib et F24. Si F20 poursuit la narration jusqu’en 1229, il reste pourtant encore lié à la rédaction contenue dans F16 et F17. En revanche Ib est une véritable rédaction intermédiaire entre Ia et II. Son rôle se précise pourtant ultérieurement puisque Ib s’inscrit aussi dans le mouvement qui mène vers la Continuation. Les accords entre F24 et la Continuation semblent indiquer que ce dernier texte serait adapté d’après un manuscrit semblable plutôt à F24 qu’à IIb. Cette rédaction, la seule à contenir le nom de Bernard le Trésorier, s’en trouve d’autant plus isolée21.
Par ailleurs, l’examen des échantillons ne nous a pas permis de trouver une erreur qui prouverait que tous les manuscrits de la Chronique dérivent d’un seul modèle. En l’absence d’une telle preuve, nous ne sommes pas autorisés à utiliser les différentes rédactions pour reconstruire un texte critique qui se rapprocherait de celui de l’auteur.
5. Les variantes de nos échantillons nous permettent de postuler l’existence de plusieurs sous-groupes entre lesquels se répartissent les manuscrits de la Continuation de Guillaume de Tyr.
5.1. On peut opérer une première division entre a et b. Celle-ci apparaît déjà dans le cas de l’interpolation sur les empereurs byzantins analysée plus haut, mais peut être confirmée par des variantes tirées du premier échantillon :
p. 147-148 : si orent grant duel c’onques si grans deuls ne fu veüs (ne fu [v.] F24 a) en une cité Ia [Ib] F18 F24 IIb a.si en orent gran duel [c’o.s.g.d.n.f.v.e.u.c.] d1 e h l ; trop orent grant duel i [l] F77 ; Ilz en e.g.d. [h] F65 F37 F42.
p. 144-145 : par tel convent que de solel luisant passeroit le flun et iroit en le tiere as crestijens, et dedens solail esconsant rapasseroit le flun ariere et iroit en se tierre, ne que dedens ville ne dedens maison nulle cose ne prenderoit, ne damage n’i feroit. Chronique a.et dedens... tiere as Crestijens] la phrase a été omise par b – cf. par. 5.5 pour la variante de h l.
La division entre a et b est confirmée, dans le second échantillon, par une des rares erreurs qu’il est possible d’identifier avec certitude. Le roi d’Angleterre décide de quitter la Terre Sainte déguisé en templier pour échapper à ses adversaires. Le bateau dans lequel il se trouve avec un groupe de templiers (et avec un espion qui va le remettre dans les mains du duc d’Autriche) arrive sur les côtes de l’Adriatique : « Il arriverent pres d’Aquilee, si est en la terre d’Alemaigne par devers le mer de Gresse » (F18, Mas-Latrie, p. 296). Les témoins de la Continuation se partagent entre trois leçons différentes :
I.a.p.d’A. Aquilee s.e. a l’entree d’A., p.d.l.m.d.G. a ; I.a.p.d’A. qui est pres d’A. a l’entree p.d.l.m.d.G. d1.I.a. en Aquilee, c’est l’entree d’A.p.d.l.m.d.G. [e] F33, I.A. en Aquilee : ce est une des maistres citez d’A. a l’entree p.d.l.m.d.G. F72 F70.
I.a. en Galylee, s.e. a l’entree d’A.p.d.l.m.d.G. e (exception faite par F33) h.
I.a. a .i. port a l’entree d’Alemaingne p.d.l.m.d.G. o l (qui est a l’e.) ; I.a. a .i. port a l’entree du rivaige p.d.l.m.d.G. p.
La leçon « Aquilee » est confirmée par les manuscrits de la Chronique : a et d (y compris, pour cette section, F70) reflètent donc le texte original. En revanche, « Galylee » de e et h est une erreur manifeste. Il nous semble probable que l’erreur se soit produite dans b et que les variantes d’o, l et p soient des essais de correction de la part d’un scribe qui n’avait pas accès à la leçon originale. Il a donc banalisé le texte, selon une tendance encore plus poussée chez p, qui élimine presque toute précision géographique.
Dans les passages cités, l’innovation est toujours du côté de b alors que le groupe a est plus proche du texte de la Chronique. Si le regroupement de plusieurs manuscrits dans b se fonde sur des raisons positives, l’existence d’a n’est donc pas assurée puisque les manuscrits ne font que reproduire le texte du modèle de la Continuation.
F38 est souvent plus proche de la Chronique et se trouve isolé à l’intérieur de a :
p. 146-147 : la eut li maistres de l’Ospital la tieste copee, et tout li chevalier del Temple et de l’Ospital ensement fors seulement li maistres del Temple, qui en escapa li tierç de chevaliers Ia Ib F24 IIb [a] F38 ; fors seulement… chevaliers] qu’il n’i remest f. [s.] l.m.d.T. qui s’en ala soi t.d.c. [a] F41 F45 F51 F43, que ne remés quel m.d.T.q. c’en ala foi [sic] t.d.c. [a] F34.
22 Le texte interpolé se lit dans Guillaume de Tyr et ses continuateurs. Texte français du xiiie siècl (...)
F38 se distingue aussi de tous les manuscrits de la Continuation car il est le seul à interpoler, dans la partie finale de la traduction de Guillaume de Tyr, trois épisodes tirés de la partie de la Chronique omise par le rédacteur de la Continuation : p. 25-31, 35-41 et 11422. Nous nous proposons de revenir ailleurs sur la valeur de ces interpolations.
5.2. Pour e, nous retrouvons une situation semblable à celle de a. Le groupe partage les variantes communes aux groupes dérivant de b que nous venons de citer. En revanche il est difficile d’indiquer des leçons propres au seul e qui se distingue donc notamment parce qu’il ne partage pas les variantes introduites par h, i et l. En outre, comme c’était le cas pour F38, il arrive assez souvent que F33 (parfois avec F48) soit isolé par rapport au reste du groupe :
p. 144 : Or vous lairai atant des messages, et si vous dirai d’un des fiex Salehadin qui nouvelement estoit adoubés Ib F24 a [e] F33 F48 i.Uns des filz salehadin qui novelement estoit adoubez manda au conte de Triple (...) [e] F40 F31 F35 F46 F47.
p. 298 : Or vos dirai del roi de France, qu’il fist quant il oï que li rois d’Engleterre avoit passé le mer Chronique a d [e] F48 F33 (q.i. sot).Quant li rois de France o.d.q.l.r.d’E.a.p.l.m. [e] F40 F31 F35 F46 F47 h.Quant li rois Felipes o.d.q.l.r. d’A. (Richarz i) a. mer passee i l.
F33 ne partage pas non plus la leçon « Galylee » de b citée au § 5.1. Comme nous ne pouvons prouver l’existence de e, ni indiquer des variantes propres à F33 F48, nous ne sommes pas en mesure de dire s’il existe deux groupes distincts (F33, F48 vs F40, F31, F35, F46, F47) ou s’il faut plutôt penser à l’existence de deux sous-groupes à l’intérieur de e.
23 Pour une concordance entre les rédactions longues et brève, cf. M. R. Morgan, op. cit., p. 10-11, e (...)
5.3. Le groupe d est celui dont la composition interne change le plus souvent selon les différentes parties du texte, mais est aussi le mieux connu. F73 et F57 (d1) constituent la base de l’édition du RHC. F72 (d2), proche de d1, s’en éloigne dans la section correspondant aux années 1184-1197 éditée par M. R. Morgan. À partir du § 107 de l’édition Morgan, F72 est rejoint par F70 jusqu’à la fin de la section23.
Dans l’épisode de la bataille de Nazareth d1 et d2 sont proches : leur texte est caractérisé par l’insertion de deux nouveaux passages, avant de Mas-Latrie, p. 146 (RHC, p. 40 « Li devant dit maistre... come mauvais recreant ») et 149 (RHC, p. 41 : « Ce fu por l’achaison de la carevane que li princes Renaus avoit prise en la terre dou Crac. Et ce fu li comencemens de la perte do roiaume »).
Dans l’épisode de l’emprisonnement de Richard Ier, le groupe d1 est proche de la rédaction brève alors que d2 (ici F72 et F70) s’en éloigne considérablement, en donnant des renseignements ultérieurs, comme le nom du maître des Templiers et les raisons de la haine du duc d’Autriche pour Richard Ier (éd. Morgan, p. 154-157).
24 P. W. Edbury, « New Perspectives » art. cit., p. 110.
F50 (Acre) donne la rédaction longue, jusqu’à RHC, p. 38 ( = Mas-Latrie, p. 145). Puis il enchaîne un texte différent, tiré probablement d’un manuscrit de la Chronique appartenant au groupe II24. Le texte en a été pourtant profondément remanié, si bien qu’il est impossible, pour l’instant, de lui assigner une place précise dans le stemma.
Nos échantillons montrent que d occupe dans le stemma deux positions différentes selon les parties du texte examinées. Dans l’épisode de la bataille de Nazareth, d1 et d2 (F72), très proches dans cette partie du texte, partagent les variantes du groupe b de la Continuation citées au début de ce paragraphe. Que l’on voie aussi :
p. 146 : qui (qu’il F41 F45) retornerent ariere pour passer le flun sans damage faire les Crestijens [Ib] F18 cf. F19 F24 IIb a.q. retornoient a. [p.p.l.f.] s.d.f. aus C. et s’en aloient vers le flun Ia F50. Cil (C. s’en F37 F42) tornerent a.p.p.l.f. sans faire damage (d.f. e, f. aucun d. F37) aus C. d e.
Dans le second échantillon, le passage analysé au § 5.1 montre que, tout en donnant un texte remanié, le groupe d conserve, avec a, la leçon « Aquilee ». Les rédactions longues sont en outre les seules à présenter le troisième passage interpolé par F38. Ce passage qui explique la haine du maître du Temple, Gérard de Ridefort, est inséré par F38 à l’intérieur du livre XXII de Guillaume de Tyr ; dans le groupe d, il est interpolé à l’intérieur de la narration de 1187 (cf. RHC, p. 50-52, éd. Morgan, p. 45-46). Les rapports entre d et a sont difficiles à confirmer, étant donné que le premier groupe n’intervient pas beaucoup sur le texte et que d donne souvent un texte réécrit. Quelques variantes nous permettent peut-être d’entrevoir un lien entre d (dans cette section, surtout d1) et les manuscrits de a hormis F38 :
p. 296 : et si sai bien se je pas le mer c’on mi sace que je n’arriverai en cel leu que je ne soie ou mort ou pris Chronique F50 [a] F38 e f g.que je... pris] que je ne venrai en cel le ou je ne soie ou mort ou pris [a] F41 F45 F51 F43 d1.
p. 298 : que por Dieu le feïst metre a reançon (...) Chronique [a] F38 e f m F37 F42, que por Dieu le meïst a raençon n.que por Dieu li aidast et feïst metre a reançon [a] F41 F45 F51 F43 F34 d1.
Il est difficile d’évaluer correctement la position de d. Il est pourtant possible que les manuscrits de ce groupe aient eu accès à plusieurs modèles.
5.4. Il n’est pas aisé d’indiquer des variantes qui individualisent h, i et l. Chacun de ces groupes est, dans nos échantillons, associé à un des autres et présente peu de variantes individuelles. Les relations entre les groupes changent, par ailleurs, d’une partie à l’autre du texte et constituent un autre point douteux dans notre reconstruction.
Le groupe h est identifié par une erreur dans le passage sur la bataille de Nazareth :
p. 147 : Or vous dirai que li maistres del Temple ot fait quant il ot passé Nazareth, et il aloit encontre les Sarrazins Chronique a d e ;Li mestres de l’Ospital q.i.o.p.N. au matin quant il aloient contre l.S. h.
Dans le contexte, il ne peut être question que du maître de l’Ordre des Templiers, Gérard de Ridefort. L’erreur est due au fait que le maître de l’Hôpital apparaît lui-même dans cet épisode.
Il est par ailleurs difficile de situer ce groupe isolé dans les deux échantillons : dans le premier échantillon, il se montre étroitement lié au groupe l alors que, dans le second, il reproduit de façon fidèle les variantes de b.
25 M. R. Morgan, « The Rothelin Continuation of William of Tyre », Outremer. Studies in the history of (...)
À l’intérieur de h, l’ensemble F60, F61, F62, F63, F65 forme un groupe très reconnaissable. Chacun de ses éléments insère, après la Première Continuation, la Continuation dite de Rothelin25. À ce groupe de manuscrits, véritable édition de l’Éracle, on peut ajouter le manuscrit F52 : tous ces manuscrits ont en commun des rubriques qui résument de façon très détaillée le texte. Nous en donnons un exemple, en prenant F60 comme base pour la comparaison :
Comment li roys d’Engleterre se mist en mer por retourner et sa femme et sa sereur et la femme au roy de Chipre qui mors estoit. Et comment li Templier le conduirent. Mais ne pot partir si celeement que en sa propre galie n’alast cis qui le fist prendre.retourner] om. F61, retraire F63 ; et sa femme et sa sereur et la femme] et sa fame et s’alerent et la fame F61 ; et la femme au roy de Chipre qui mors estoit] et la femne au roy de Chipre un mari eslut ( ?) F63 ; Mais ne pot (...) prendre om. F65 ; Mais... prendre] om. F52.
Le groupe i est identifié assez clairement dans le passage cité au § 5.1 par la variante « .i. port a l’entree d’Alemaigne (du rivaige) ». On peut aussi citer la variante de i dans les lignes qui précèdent :
Mas-Latrie, p. 296 : Or ne seut si coiement faire li rois d’Engletiere qu’il ne fust aperceüs, et fu apparelliés qui entra en le galye aveuc lui, et pour lui faire prendre, et ala aveuc lui tant qu’il furent arivé et plus encore. Il arriverent (...) I ; O.n.s.s.c.f.l.r.d’E.qu’i.n.f. [a.e.f.] a.q.e.e.l.g.a. l.e.p.l.f.p. II ContinuationO.n.s.s.c.l.r.d’E. fere son afere, que cil n’entrast avec li en sa galie qui le vouloit fere penre [et ala avec lui tant qu’il furent arrivé et plus encore.] Il arriverent (...) i.
Ce groupe se caractérise par un abrègement systématique du texte qui supprime des détails sans affecter l’ensemble de la narration. L’une des caractéristiques de i, dans le premier échantillon, est la tendance à remplacer Sarrazin par Turc, tendance qui n’est pourtant pas systématiquement suivie, puisque l’on observe un flottement entre les deux substantifs, parfois dans un même paragraphe :
p. 146, leçon de i et F77 : Lors se feri li mestres deu Temple et li chevalier qui avec lui estoient es Sarradins. Li Turc les reçurent hardiement et les enclostrent si que li Crestian ne parurent entr’eus, quar li Turc estoient bien viim et li Cretian n’estoient que .vii.xx (...) Quant li escuier deu Temple et de l’Ospital virent que li chevalier s’estoient feru entre les Sarradins si tornerent en fuie a tout le hernois.li chevalier] leur [.] et leur genz F54, lor maistres F77 ; entre les S.] en la terre entre les S. F55 F58 F64 F53.
Comme dans ce dernier passage, les variantes d’i sont partagées par F77 dans le premier échantillon, alors que dans le second i semble être associé à l dans son ensemble (cf. § 5.5.).
Dans l nous regroupons F49, F69, F71, F78 (provenant d’Acre), F67 F68 (provenant de France) et F74 (provenant d’Italie du Nord). Ces manuscrits donnent la version commune de la Continuation, suivie par la Continuation dite d’Acre. En revanche, l’affiliation à ce groupe de F77 (daté de 1295, Rome) ne va pas de soi : comme on l’a vu, dans le premier échantillon F77 ne partage pas les leçons de l, mais plutôt celles de i.
Tout l omet par saut du même au même (« Tabarie... Tabarie ») le début d’un paragraphe :
26 La leçon de F68 nous présente un cas complexe : « que les xpiens quant [ceulx de Tabarie virent que (...)
p. 147 : et passerent devant Tabarie. Quant li Crestijen qui dedenz Tabarie estoient virent que li Crestijen avoient esté desconfit Chronique : cf. par. 4.3.e.p.p.d.T. [Q.l.C.q.d.T.e.] q.l.C.a.e.d. l sauf F6826 F77.
Le début de la phrase éliminé par l mentionne les habitants de Tabarie, ce qui prive de sujet la description du deuil éprouvé à la vue des prisonniers chrétiens.
Comme nous l’avons déjà observé, l apparaît souvent lié à h ou i plutôt que de présenter des leçons isolées. Nous en citons deux à titre d’exemple. À la p. 147 de Mas-Latrie, l partage la réécriture du début du paragraphe avec h, sans en partager l’erreur citée plus haut : « Li maistre du Temple, quant il ot passé Nazareth au matin quant il estoient contre les Sarrazins (...) ». Une tendance à l’abrègement se manifeste aussi chez l :
p. 297 : Il pourquisent cevauceüres assés et monterent sus et alerent par Alemaigne ; et cil qui dedens le galie estoit entrés pour le roi faire prendre estoit aveuc aus adiés I a [Ib] F18 cf. F50.I.p.c.a.e.m.s. ; e.c.q. en l.g.e.e. por jaus f.p.e.a.j.a. II a (quistrent c), I.p.c.a.e.m.s. ; e.c. qui estoit en la galie entrez por els e.a.e.a. e h (chevaucheeurs), i. porchacierent c.e. errerent p.A. [et] c.q. le roi vouloit f.p. [e.a.e.a.] ii. p.. c. [a.] puis m.e.a.p.A. [e.c.q.d.l.g.e.e.p.e.f.p.e.a.e.a.] l.
Comme on le voit, l est ici le seul groupe à avoir complètement retranché du passage la mention de l’espion chargé de faire capturer le roi d’Angleterre.
5.5. Nos échantillons présentent deux tableaux différents pour les rapports existant entre h, i et l. Dans le passage cité au § 3, h et l vont ensemble contre i. Cette relation est confirmée par les variantes de l’épisode de la bataille de Nazareth :
p. 144-145 variantes de h l – cf. par. 5.1 : par tel couvant que il a soleil levant passeroit le flun [e.i.e.l.t.a.C.e.d.s.e.r.l.f.a.e.i.e.s.t.], ne que dedens vile ne que dedens maison nule chose ne prenroit ne damage ni feroit. Et dedens soleil estant (couchant F67 F68) s’en retourneroit.
p. 148 : Or vous dirons de Balyan de Belin qui a Naples estoit. Quant ce vint la nuit si mut si com il ot en couvent al maistre del Temple et al maistre de l’Hospital pour aler apriés iaus Chronique et Continuation ;Baliens d’Ibelin ne fu pas en cele bataille, ains remest la matinee a Naples por .i. pou de besogne qu’il avoit a fere, et ot convent a ses compagignons qu’il seroit au soir avec els au chastel de la Feve. Il mut de Naples h l.
Comme nous l’avons dit plus haut, dans cet épisode F77 apparaît constamment lié à i :
p. 146 : Dont vint li maistres del Temple et li chevalier qui estoient aveuques lui, si ferirent entre les Sarrazins a l’encontre, et li maistres de l’Hospital ensement Chronique Continuation.Lors se feri li mestres deu Temple et li chevalier qui avec lui estoient es Sarradins i F77.
27 La même date est donnée par F44, daté du xve siècle : « jour de la fest s.J.e.s.P.l.p.j.d.m. l’an d (...)
p. 148 : et cel jour fu il feste saint Phelippe et saint Jakeme le premier jor de Mai Chronique a d e.le jor de f.s.J.e.s.P.l.p.j.d.m. h.en l’an de l’incarnacion nostre seigneur .m.c.iiiixx.x. (.m.c. et .iiiixx. F54 F30) le jor de feste s.J.e.s.P.l.p.j.d.m. i F7727.
On retrouve, dans le premier exemple, la tendance à l’abrègement de i dans les passages cités plus haut. Il est intéressant d’observer que, dans le deuxième passage, i et F77 sont les seuls à donner la date de 1190 (d’ailleurs erronée) pour la bataille de Nazareth.
En revanche, dans le second échantillon F77 se rallie à l et les indices montrant la parenté de ce groupe avec h disparaissent, peut-être aussi parce que ce dernier groupe présente moins de variantes par rapport à b. La leçon « .i. port » que l et o ont en commun (cf. § 5.1) montre que l est plus proche de i que de h. Des variantes où i et l sont associés apparaissent (cf. § 5.2), mais elles sont trop ténues pour donner des indications fiables.
Il est donc difficile de définir avec plus de précision les relations changeantes entre les trois groupes. On peut pourtant remarquer que, dans les deux échantillons que nous avons étudiés, une série de variantes semblent indiquer un lien entre les trois groupes :
p. 145 : Aprés ala li messages a le Feve al maistre del Temple et al maistre del Hospital, et a l’arcevesque de Sur, et si lor porta les letres de par le conte de Triple. Chronique et Continuation.Ces texte est remplacé par : Aprés manda as mesajes qui a lui venoient qui estoient cele nuit au chastel de la Feve qu’il ne se remuassent, car einsi devoient entrer l’endemain en la terre li Sarrazin h l ;Aprés envoia au chastel de la Feve là ou li mesage le roi Guion estoient que l’endemain ne se meüssent i.
Il serait donc possible d’expliquer les rapports entre les trois groupes dans le cadre de l’hypothèse d’un modèle commun à h, i et l. La preuve de l’existence de ce modèle, ainsi que la position de F77, nécessitent cependant des recherches ultérieures.
28 P. W. Edbury, « The French Translation » art. cit., p. 75-78.
6. Un dernier problème demeure pour l’instant : une comparaison entre notre stemma et les deux groupes que P. Edbury a identifiés d’après l’étude de la division en chapitres de la traduction de Guillaume de Tyr montre que les deux systèmes ne se recoupent que partiellement. Le plus grand nombre des manuscrits du groupe β de P. Edbury se retrouve dans b. En revanche quelques manuscrits occupent deux places différentes dans les deux classifications : dans notre b figurent n et F31, F35, F52 qui font partie d’α pour la traduction de Guillaume de Tyr. Nous regroupons, dans notre a F45, F51 et F43 qui appartiennent au groupe β d’Edbury.28.
Dans bien des cas nos groupes devront être confirmés par des études ultérieures. Une explication est pourtant possible. Dans F52 la Continuation a été ajoutée après coup à un manuscrit qui ne contenait que la traduction de Guillaume de Tyr, ce qui explique pourquoi ce manuscrit occupe deux positions différentes dans les deux classifications. Il se peut qu’un tel cas de figure se soit rencontré dans d’autres manuscrits ou dans leurs modèles. Malheureusement nous sommes mal renseignés sur les aspects paléographiques et codicologiques de la tradition. Une première série de contrôles sur les manuscrits nous a donné des résultats intéressants que nous entendons approfondir dans le futur.
7. La Chronique d’Ernoul, dans sa forme indépendante, se situe à l’origine de la tradition dont la Continuation fait aussi partie. C’est donc elle qui fera l’objet de notre édition. La rédaction des manuscrits F57 et F73 ainsi que la Continuation d’Acre qui lui fait suite seront publiées dans un volume indépendant par P. Edbury. L’étude des variantes de la Chronique et de la Continuation de Guillaume de Tyr nous a permis, pour la première fois, de dresser un tableau complet des rapports entre les manuscrits dont les groupes sont pourtant établis avec différents degrés de certitude selon la nature des indices à notre disposition.
L’absence d’erreur qui remonterait à l’archétype de la Chronique rend impossible une édition qui viserait à reconstruire un texte original, à moins de forcer les données de la tradition manuscrite. Toutefois, on a vu au § 4 que la Chronique elle-même est probablement le résultat d’un remaniement avec continuation du récit original d’Ernoul. Ce texte est par la suite resté ouvert à l’intégration de données ultérieures et à de véritables mises à jour par des rédacteurs successifs.
Pour ces raisons, qui tiennent autant à la configuration de la tradition manuscrite qu’aux problèmes de l’édition d’un texte historique médiéval, il nous a paru nécessaire d’adopter un modèle d’édition qui permettrait de présenter l’évolution du texte. Nous avons donc choisi d’établir notre édition à partir d’une des rédactions intermédiaires de la Chronique, celle de Ib dans le texte de F18. Mas-Latrie avait déjà choisi F18 en y intégrant les passages qui se trouvent dans les autres rédactions de telle façon que les ajouts ne sont pas toujours perceptibles et que leur source n’est pas toujours reconnaissable.
Notre choix de F18 tient au fait que, d’après notre examen, ce manuscrit est celui qui présente le nombre le plus réduit de variantes individuelles. Celles-ci sont en revanche nombreuses dans les manuscrits de Ia et dans F24.
F18 n’est pas, selon nous, le bon manuscrit, mais plutôt un point d’observation stratégiquement efficace sur la tradition de la Chronique, sa rédaction faisant le lien entre I, II et la Continuation. Nous envisageons de corriger F18 à chaque fois que sa leçon n’est pas confirmée par F19, ou par un manuscrit des groupes I ou II, c’est-à-dire lorsque le manuscrit présente une lectio singularis (erreur ou variante). Si en revanche F18 est confirmé par F19, sa leçon, représentant Ib, sera maintenue en tant que témoignage de cette étape de l’élaboration du texte.
Chronique d’Ernoul et de Bernard le Trésorier, éd. M. L. de Mas-Latrie, Paris, 1871.
Continuation de Guillaume de Tyr (1184-1197), éd. M. R. Morgan, Paris, 1982.
Peter W. Edbury, « The Lyon Eracles and the Old French Continuations of William of Tyre », Montjoie. Studies in Crusade History in Honour of H. E. Mayer, éd. B. Z. Kedar, J. Riley-Smith et R. Hiestand, 1997, p. 139-153.
Peter W. Edbury,« The French Translation of William of Tyre’s Historia : the Manuscript Tradition », Crusades 6, 2007, p. 69-105.
Peter W. Edbury, « New Perspectives on the Old French Continuations of William of Tyre », Crusades 9, 2010, p. 107-113.
Peter W. Edbury, « Gerard of Ridefort and the Battle of Le Cresson (1 May 1187) : The Developing Narrative Tradition », On the Margins of Crusading : The Military Orders, the Papacy and the Christian World, éd. Helen Nicholson, Ashgate, 2011, p. 45-60.
Jaroslav Folda, « Manuscripts of the History of Outremer by William of Tyre : a Handlist », Scriptorium 27, 1973, p. 90-95.
Guillaume de Tyr et ses continuateurs. Texte français du xiiie siècle, revu et annoté par P. Paris, 2 tomes, Paris, 1879-1870.
Monica Longobardi, « Un frammento inedito dell’Estoire d’Eracles », Studi Mediolatini e Volgari 33, 1986, p. 113-129.
Monica Longobardi, « Ancora otto frammenti dell’Eracles dall’Archivio di Stato di Bologna », Studi Mediolatini e Volgari 40, 1994.
M. Louis de Mas-Latrie, « Essai de classification des continuateurs de l’Histoire des croisades de Guillaume de Tyr », Bibliothèque de l’École de Chartes 2, 1860, p. 38-72 et 140-178.
Margaret R. Morgan, The Chronicle of Ernoul and the Continuation of William of Tyre, Oxford, 1973.
Margaret R. Morgan, « The Rothelin Continuation of William of Tyre », Outremer. Studies in the history of the Crusading Kingdom of Jerusalem presented to J. Prawer, éd. B. Z. Kedar, H. E. Mayer et R. C. Smail, Jerusalem, 1982, p. 244-257.
Recueil des historiens des croisades. Historiens occidentaux, t. II, Paris, 1859.
Paolo Rinoldi, « La tradizione dell’Estoire d’Eracles in Italia : note su un volgarizzamento fiorentino », Studi su volgarizzamenti italiani due-trecenteschi, dir. P. Rinoldi et G. Ronchi, Roma, Viella, 2004, p. 65-97
Annexe 1. Liste des manuscrits de la Chronique d’Ernoul et de la Continuation de Guillaume de Tyr.
Nous donnons ici la liste des manuscrits tirée de l’article de Folda (art. cit.), ainsi que la concordance avec les sigles utilisés par le RHC, Mas-Latrie et Morgan. Nous indiquons par √ les manuscrits que ces savants ont cités, mais qui n’ont pas reçu de sigle, et n’ont pas été utilisés dans leurs éditions.
Ernoul, Chronique
2nde ½ xiiie s.
Bruxelles, BR, 11142
2e ¼ xive s.
Paris, BnF, fr. 781
Saint-Omer, BM, 722
Paris, BnF, Arsenal, 4797
Guillaume de Tyr continué jusqu’à 1231
Arras, BM, 651 Début xive s.
Baltimore, Walters Art Gallery, 137
4e ¼ xiiie s.
Bern, Burgerbibliothek, 112
3e ¼ xiiie s.
Bern, Burgerbibliothek, 163
Besançon, BM, 163
Épinal, BM, 45
dernier 1/3 xiiie s. F36
Genève, Bibliothèque Publique et Universitaire, 85
3e ¼ xve s.
London, British Library, Royal 15.E.1
London, British Library, Yates Thompson 12
mi-xiiie s.
Paris, BnF, Arsenal, 5220
Paris, Bibliothèque du Ministère des Affaires Étrangères, Mémoires et Documents, 230bis
3e xiiie s.
Paris, BnF, fr. 67
2 ½ XIIIe s.
Paris, BnF, fr. 68
Paris, BnF, fr. 779
Paris, BnF, fr. 2629
1460 ca
Paris, BnF, fr. 2630
Paris, BnF, fr. 2754
Paris, BnF, fr. 2824
Paris, BnF, fr. 2827
Paris, BnF, fr. 9085
1280 ca
Paris, BnF, fr. 9086
3e 1/3 xiiie s.
Paris, BnF, fr. 24208
Guillaume de Tyr continué jusqu’à 1261
Baltimore, WAG, 142
1ère ½ xive s.
Bruxelles, KBR, 9045
Bruxelles, KBR, 9492-3
dernier 1/3 xiiie s.
Lyon, BV, Palais des Arts, 29
Paris, BnF, fr. 352
Paris, BnF, fr. 2634
1er ¼ xive s.
Paris, BnF, fr. 2825
Paris, BnF, fr. 9083
Paris, BnF, fr. 22495
Paris, BnF, fr. 22496-7
Paris, BnF, fr. 24209
3e ¼ xive s.
Città del Vaticano, BAV, Reg. Lat. 737
Turin, BN, L. I. 5
Turin, BN, L. II. 17
Guillaume de Tyr suivi par la Continuation dite d’Acre
Amiens, BM, 483
mi-xve s.
Bern, Burgerbibliothek, 25
1ère ½ xve s.
Boulogne-sur-Mer, BM, 142
Florence, BML, Plu. LXI. 10
1290-1er ¼ xive s.
St. Petersburg, NLR, fr. f◦ v. IV.5
Lyon, BV, 828
Paris, BnF, fr. 2628
1260 et 1280 ca
Paris, BnF, fr. 2631
1295 ca
Paris, BnF, fr. 9082
Paris, BnF, fr. 9084
Annexe 2. La tradition manuscrite de la Chronique d’Ernoul
1 Une première version de cet article a été présentée à l’International Medieval Conference de Leeds, 12-15 juillet 2010.
2 Recueil des historiens des croisades. Historiens occidentaux, t. II, Paris, 1859 (dorénavant, RHC) ; Chronique d’Ernoul et de Bernard le Trésorier, publiée, pour la première fois, d’après les manuscrits de Bruxelles, de Paris et de Berne, avec un essai de classification des continuateurs de Guillaume de Tyr par M. L. de Mas-Latrie, Paris, 1871. Dans le corps de l’article, les numéros de page renvoient à cette dernière édition sauf indication contraire.
3 J. Folda, « Manuscripts of the History of Outremer by William of Tyre : a Handlist », Scriptorium 27, 1973, p. 90-95 ; cf. aussi M. Longobardi, « Un frammento inedito dell’Estoire d’Eracles », Studi Mediolatini e Volgari 33, 1986, p. 113-129 et « Ancora otto frammenti dell’Eracles dall’Archivio di Stato di Bologna », Studi Mediolatini e Volgari 40, 1994, p. 43-90 et P. Rinoldi, « La tradizione dell’Estoire d’Eracles in Italia : note su un volgarizzamento fiorentino », Studi su volgarizzamenti italiani due-trecenteschi, dir. P. Rinoldi et G. Ronchi, Roma, Viella, 2004, p. 65-97. Nous n’avons pas cru nécessaire de créer un nouveau système de sigles, et nous indiquons donc chaque manuscrit par un F suivi de son numéro dans la liste de Folda. Le lecteur trouvera dans l’annexe 1 une liste complète des manuscrits et la correspondance avec les sigles des éditeurs précédents. Nous n’avons pas pu utiliser F66, endommagé par l’incendie de la Bibliothèque Nationale de Turin en 1904.
4 P. W. Ebury, « The Lyon Eracles and the Old French Continuations of William of Tyre », Montjoie. Studies in Crusade History in Honour of H. E. Mayer, éd. B. Z. Kedar, J. Riley-Smith et R. Hiestand, 1997, p. 139-153 et « New Perspectives on the Old French Continuations of William of Tyre », Crusades 9, 2010, p. 107-113.
5 RHC, p. IV-IX. Pour l’histoire des études avant cette édition, cf. M. R. Morgan, op. cit., p. 22-40.
6 M. L. de Mas-Latrie, « Essai de classification des continuateurs de l’Histoire des croisades de Guillaume de Tyr », Bibliothèque de l’École de Chartes 2, 1860, p. 38-72 et 140-178 , repris aux p. 473-565 de l’édition de la Chronique.
10 Cette interprétation, proposée dans « The Lyon Eracles » art. cit., p. 152-153 est développée dans « New Perspectives » art. cit.
11 Pour un examen des caractéristiques idéologiques des différentes rédactions, cf. P. W. Edbury, « Gerard of Ridefort and the Battle of Le Cresson (1 May 1187) : The Developing Narrative Tradition », On the Margins of Crusading : The Military Orders, the Papacy and the Christian World, éd. Helen Nicholson, Ashgate, 2011.
12 Il s’est avéré particulièrement difficile d’assigner une place aux manuscrits les plus tardifs, qui donnent souvent un texte fortement abrégé : il s’agit de F36 et F44. F37 F42, en revanche, ne réécrivent pas le texte, mais ne présentent pas de variantes qui permettent de préciser leur position dans b. 13 P. W. Edbury, « New perspectives » art. cit., p. 109-110.
16 Dans F25 F26 la Chronique est suivie par deux descriptions en français de la Terre Sainte et de Jérusalem.
17 M. R. Morgan, op. cit., p. 46-50. Le nom de Bernard le Trésorier est lié à la diffusion de la Chronique en Italie : un manuscrit contenant son nom a été utilisé par Francesco Pipino dans son Chronicon (Muratori, RIS, t. VII ; cf. l’Avertissement de l’éd. Mas-Latrie, p. i-xiv et Morgan, op. cit., p. 51-54). Bernard est en outre cité par Matteo Maria Boiardo dans son Istoria imperiale, qui en fait le trésorier de l’empereur Frédéric II (RHC, p. V). Aucun manuscrit de la Chronique n’a été localisé en Italie ; d’après M. R. Morgan, pourtant, Francesco Pipino disposait à la fois d’un témoin de l’Eracles et d’un de la Chronique.
18 P. W. Edbury, « New Perspectives » art. cit., p. 109, mais aussi M. L. Mas-Latrie, Essai, art. cit., p. 496-503 ainsi que les chapitres centraux de la monographie de M. R. Morgan.
19 Cf. M. R. Morgan op. cit., p. 54-58. Le problème du rôle de Bernard est compliqué par le fait que Pipino utilisait, apparemment, un manuscrit arrivant seulement jusqu’à 1230. M. R. Morgan, op. cit., p. 54, en arrive à postuler deux rédactions de Bernard, l’une s’arrêtant en 1230, l’autre poursuivie jusqu’en 1231. Elle ne tient pas compte du fait que le même Pipino (RIS, VII, col. 766) mentionne la possibilité que sa copie ait été incomplète.
20 L’influence du contexte rend l’erreur inutile pour la constitution du stemma, parce que plusieurs scribes auraient pu commettre la même erreur indépendamment : c’est ce qui arrive dans ce passage, où F71 F69 F67 F68 lisent conte.
21 P. W. Edbury, « New Perspectives » art. cit., p. 109, remarque déjà que les textes de F24 et F38 sont très proches l’un de l’autre.
22 Le texte interpolé se lit dans Guillaume de Tyr et ses continuateurs. Texte français du xiiie siècle, revu et annoté par P. Paris, 2 tomes, Paris, 1879-1870, t. II, p. 289-292, 306-310, 466-467. L’édition de P. Paris n’est qu’une édition de la traduction de Guillaume de Tyr publiée dans le t. I du RHC, corrigée d’après deux manuscrits appartenant à Firmin-Didot (t. I, p. XVI-XVII), dont l’un est sans doute notre F38 (Folda, art. cit., p. 94).
23 Pour une concordance entre les rédactions longues et brève, cf. M. R. Morgan, op. cit., p. 10-11, et P. W. Edbury, « The Lyon Eracles » art. cit., p. 144-145.
25 M. R. Morgan, « The Rothelin Continuation of William of Tyre », Outremer. Studies in the history of the Crusading Kingdom of Jerusalem presented to J. Prawer, éd. B. Z. Kedar, H. E. Mayer et R. C. Smail, Jerusalem, 1982, p. 244-257.
26 La leçon de F68 nous présente un cas complexe : « que les xpiens quant [ceulx de Tabarie virent que les xpiens] avoient esté desconfis ». Il semble que le scribe a commencé par copier la leçon du reste des manuscrits de la Chronique et de la Continuation et qu’il l’a ensuite barrée pour revenir à celle de son groupe, tout en ajoutant quant dans l’interligne. Les manuscrits F67 F68, datés du xve siècle, sont deux copies directes de F69 (XIIIe s.), comme l’a montré P. W. Edbury, « The French Translation of William of Tyre’s Historia : the Manuscript Tradition », Crusades 6, 2007, p. 69-105 et p. 81-82. L’analyse de nos échantillons montre pourtant que F68 a eu accès aux variantes d’autres manuscrits, ici et à la p. 296 de Mas-Latrie (variante de F78 F74 F77).
27 La même date est donnée par F44, daté du xve siècle : « jour de la fest s.J.e.s.P.l.p.j.d.m. l’an de l’incarnacion nostre seigneur M.C.iiiixx et x », ce qui pourrait indiquer son appartenance à i ou l : cf. par. 3.
28 P. W. Edbury, « The French Translation » art. cit., p. 75-78.Haut de page
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Massimiliano Gaggero, « La Chronique d’Ernoul : problèmes et méthode d’édition », Perspectives médiévales [En ligne], 34 | 2012, mis en ligne le 01 septembre 2012, consulté le 27 avril 2017. URL : http://peme.revues.org/1608 ; DOI : 10.4000/peme.1608 Haut de page
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