Source: http://jesusmarie.free.fr/2a2ae_q081.htm
Timestamp: 2018-10-17 01:07:08+00:00

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Question 81 : De la religion
Nous avons maintenant à nous occuper en particulier de chacune des vertus que nous avons distinguées. Nous traiterons : 1° de la religion ; 2° de la piété ; 3° du respect ; 4° de la reconnaissance ; 5° de la vengeance ; 6° de la vérité ; 7° de l’amitié ; 8° de la libéralité ; 9° de l’épikie ou de l’équité. Quant aux autres vertus que nous avons énumérées dans l’article précédent, nous en avons parlé, soit dans le traité de la charité où nous nous sommes occupés de la concorde et des autres vertus de ce genre, soit dans le traité de la justice où il a été question du bon échange et de l’innocence. Pour l’art de légiférer ou de gouverner, il a trouvé sa place dans la prudence (Voy. plus haut, quest. 69). — À l’égard de la religion il y a trois considérations qui se présentent. — Nous devons examiner : 1° la religion considérée en elle-même ; 2° ses actes ; 3° les vices qui lui sont opposés. Sur le premier point il y a huit questions à résoudre : 1° La religion consiste-t-elle uniquement à nous mettre en rapport avec Dieu ? (Billuart définit ainsi la vertu de religion : Virtus per quam homines Deo tanquam rerum, omnium principio debitum cultum exhibent.) — 2° Est-elle une vertu ? — 3° Est-elle une vertu unique ? — 4° Est-elle une vertu spéciale ? (Billuart observe que, quoique la religion soit une vertu spéciale, on peut cependant dire qu’elle est générale, soit parce qu’elle rapporte à son objet les actes de toutes les autres vertus, d’après ces paroles de saint Jacques (1, 27) : La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre Père, est de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, et de se conserver pur des souillures de ce siècle, soit parce que son acte propre exige d’autres vertus, comme la foi, la charité.) — 5° Est-elle une vertu théologale ? — 6° Doit-on la préférer aux autres vertus morales ? — 7° Produit-elle des actes extérieurs ? (Cet article est une réfutation de l’erreur des trinitaires et de celle des déistes, qui voulaient qu’on n’adorât Dieu qu’en esprit, et qui condamnaient le culte extérieur. Voyez à cet égard le concile de Trente (sess. 22, chap. 5).) — 8° Est-elle la même chose que la sainteté ?
Article 1 : La religion met-elle seulement l’homme en rapport avec Dieu ?
Objection N°1. Il semble que la religion ne mette pas seulement l’homme en rapport avec Dieu. Car il est dit (Jacques, 1, 27) : La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre Père, est de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, et de se conserver pur des souillures de ce siècle. Or, visiter les veuves et les orphelins, c’est un acte qui se rapporte au prochain ; quant à l’exemption des souillures du siècle, c’est une chose qui rentre dans les devoirs que l’homme doit remplir envers lui-même. La religion ne se rapporte donc pas seulement à Dieu.
Réponse à l’objection N°1 : La religion a deux sortes d’actes : des actes propres et immédiats qu’elle produit et que l’homme ne rapporte qu’à Dieu, comme le sacrifice, l’adoration et les autres actes de cette nature ; et des actes qu’elle produit par l’intermédiaire des vertus auxquelles elle commande, en les rapportant au respect de la Divinité. Car la vertu qui a pour objet la fin commande aux vertus qui ont pour objet les moyens. C’est ainsi que par voie de commandement, l’acte de la religion peut consister à visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, ce qui est un acte qui émane de la miséricorde, et l’exemption des souillures du siècle appartient aussi impérativement à la religion, mais elle émane de la tempérance ou de quelque autre vertu semblable.
Objection N°2. Saint Augustin dit (De civ., liv. 10, chap. 1) que, quoique le langage habituel mette dans la bouche de l’ignorant et du savant qu’il faut garder la religion des alliances, des affinités humaines et de toutes les relations sociales, ce mot ne sauve pas tellement l’équivoque, quand la question a pour objet le culte de la Divinité, que nous puissions dire avec confiance que la religion ne désigne que le culte de Dieu. Le mot religion ne s’emploie donc pas seulement par rapport à Dieu, mais encore par rapport au prochain.
Réponse à l’objection N°2 : La religion se rapporte aux devoirs que l’on a à rendre envers ses parents, en prenant ce mot dans un sens large, mais non dans son acception propre. C’est pourquoi, un peu avant le passage cité, saint Augustin dit lui-même : que la religion proprement dite signifie non pas toute espèce de culte, mais le culte de Dieu.
Objection N°3. Le mot de latrie paraît appartenir à la religion, car ce mot signifie servitude, comme le dit saint Augustin (De civ. Dei, liv. 10, chap. 1). Or, nous ne devons pas seulement servir Dieu, mais encore le prochain, d’après ces paroles de saint Paul (Gal., 5, 13) : Servez-vous les uns les autres par une charité spirituelle. La religion se rapporte donc aussi au prochain.
Réponse à l’objection N°3 : Le serviteur se rapportant au maître, il est nécessaire que là où il y a une raison propre et spéciale de domination, il y ait une raison propre et spéciale de servitude. Or, il est évident que l’autorité convient à Dieu d’une manière absolument propre et singulière, parce qu’il a fait toutes choses et parce qu’il exerce un empire souverain sur tout ce qui existe. C’est pourquoi il y a une raison toute spéciale de le servir ; c’est cette servitude que les Grecs ont désignée du nom de latrie, et c’est pour ce motif que ce mot appartient à la religion.
Objection N°4. Le culte appartient à la religion. Or, l’homme a un culte non seulement pour Dieu, mais encore pour le prochain, d’après ce mot de Caton : Honorez vos parents (cole parentes). La religion ne nous met donc pas seulement en rapport avec Dieu, mais encore avec nos parents.
Réponse à l’objection N°4 : Nous devons honorer les hommes auxquels nous rendons hommage, dont nous conservons le souvenir ou que nous voyons maintenant. Le mot colere se dit aussi des choses qui nous sont soumises. Ainsi on appelle les habitants de la campagne agricolæ, parce qu’ils cultivent (colunt) les champs, et on leur donne aussi le nom d’incolæ, parce qu’ils cultivent les lieux qu’ils habitent. Cependant parce qu’on doit spécialement honorer Dieu comme le premier principe de toutes choses, on lui doit aussi un culte tout particulier qu’on désigne en grec par les mots d’eusebeia et de theosebeia (Εύσέϐεια, (culte légitime) et θεοσέϐεια. (culte de Dieu).), comme on le voit dans saint Augustin (De civ. Dei, liv. 10, chap. 1).
Objection N°5. Tous ceux qui sont dans l’état de grâce sont soumis à Dieu. Or, on n’appelle pas religieux tous ceux qui sont dans cet état, mais seulement ceux qui s’engagent par des vœux et des règles, et qui promettent obéissance à quelques hommes. La religion ne paraît donc pas impliquer un rapport de soumission de l’homme envers Dieu.
Réponse à l’objection N°5 : Que quoiqu’on donne en général le nom de religieux à tous ceux qui adorent Dieu, cependant on réserve ce mot à ceux qui dédient leur vie entière au culte divin, en se retirant absolument des affaires du monde ; comme on appelle contemplatifs non ceux qui contemplent, mais ceux qui consacrent leur vie entière à la contemplation. Les religieux ne se soumettent pas à un homme pour lui-même, mais pour Dieu, d’après ce mot de l’Apôtre (Gal., 4, 14) : Vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ même.
Mais c’est le contraire. Cicéron dit (Rhet., liv. 2, de invent.) : La religion est une vertu qui rend à une nature supérieure qu’on appelle divine le culte et les honneurs qui lui sont dus.
Conclusion La religion est une vertu par laquelle les hommes rendent à Dieu le culte et le respect qu’ils lui doivent.
Il faut répondre que, comme le dit saint Isidore (Etym., liv. 10, ad litt. R), le mot religieux vient, d’après Cicéron (Cicéron donne cette étymologie (De nat. deorum, liv. 2, chap. 28), mais elle est combattue par Lactance (De instit., liv. 4, chap. 28).), du mot relire (relegere), parce qu’on réapprend et qu’on relit en quelque sorte ce qui regarde le culte divin. Ainsi la religion tirerait son nom de ce qu’on relit ce qui appartient au culte divin, parce qu’on doit souvent le repasser dans son cœur, d’après cette parole de l’Ecriture (Prov., 3, 6) : Pensez à lui dans toutes vos voies. D’ailleurs on peut aussi admettre que la religion a été ainsi appelée parce que nous devons choisir de nouveau (religere) le Dieu que nous avons perdu par notre négligence, selon la remarque de saint Augustin (Saint Augustin a varié sur cette étymologie. Cependant, dans son livre des Rétractions (liv. 1, chap. 15), il préfère l’étymologie de religare. Cette étymologie, suivie par Lactance (loc. cit.), par saint Ambroise (Lib. de virg.), par saint Jérôme (in Amos, chap. 9), est aujourd’hui généralement adoptée.) (De civ. Dei, liv. 10, chap. 3). Ou bien on peut faire venir le mot religio du verbe relier (religare). C’est ce qui fait dire au même docteur (Lib. de ver. relig. ad. fin) que la religion nous relie au seul Dieu tout-puissant. — Mais soit que la religion vienne de ce qu’on doit relire souvent les choses divines, soit qu’elle vienne de la réitération du choix de celui que nous avions perdu par négligence, soit qu’elle vienne du mot relier, elle se rapporte proprement à Dieu. Car c’est à lui que nous devons principalement nous attacher, comme à notre principe indéfectible ; c’est vers lui que notre choix doit constamment se porter comme vers notre fin dernière ; c’est lui que nous perdons par une négligence coupable, et que nous devons recouvrer en croyant et en manifestant notre foi.
Article 2 : La religion est-elle une vertu ?
Objection N°1. Il semble que la religion ne soit pas une vertu. Car il semble appartenir à la religion de faire révérer Dieu. Or, révérer est un acte de crainte, et la crainte est un don, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (quest. 19, art. 9). La religion n’est donc pas une vertu, mais un don.
Réponse à l’objection N°1 : Révérer Dieu est un acte du don de crainte. Mais il appartient à la religion de faire quelque chose en vue de le révérer. D’où il ne résulte pas que la religion soit la même chose que le don de crainte, mais qu’elle se rapporte à lui comme à quelque chose de plus élevé qu’elle ; car les dons l’emportent sur les vertus morales, ainsi que nous l’avons vu (quest. 9, art. 1, Réponse N°3, et 1a 2æ, quest. 68, art. 8).
Objection N°2. Toute vertu consiste dans la libre volonté ; ce qui la fait définir une habitude élective ou volontaire. Or, comme nous l’avons dit (art. préc., Réponse N°3), la latrie, qui implique une certaine servitude, appartient, à la religion. La religion n’est donc pas une vertu.
Réponse à l’objection N°2 : Le serviteur peut volontairement rendre à son maître ce qu’il lui doit, et il fait ainsi de nécessité vertu quand il accomplit son devoir de lui-même. En rendant à Dieu la soumission qu’on lui doit, on peut aussi faire un acte de vertu, selon qu’on le fait volontairement.
Objection N°3. D’après Aristote (Eth., liv. 2, chap. 1), l’aptitude de la vertu est mise en nous par la nature ; par conséquent les choses qui appartiennent aux vertus sont du dictamen de la raison naturelle. Or, il appartient à la religion d’honorer la Divinité par des cérémonies ; cependant les préceptes cérémoniels, comme nous l’avons vu (1a 2æ, quest. 99, art. 3, Réponse N°2, et quest. 101), ne dépendent pas du dictamen de la raison naturelle. Par conséquent la religion n’est pas une vertu.
Réponse à l’objection N°3 : La raison naturelle nous dit que l’homme doit faire quelque chose pour honorer Dieu ; mais elle ne détermine pas s’il doit faire une chose ou une autre ; ceci est réglé par le droit divin ou humain (Le droit divin comprend les prescriptions qui ont été établies par Dieu sous l’ancienne loi, et par Jésus-Christ sous la loi nouvelle, et le droit humain les prescriptions de l’Eglise à l’égard des cérémonies du culte et de la liturgie en général.).
Mais c’est le contraire. Car elle est comptée parmi les autres vertus, comme on le voit (quest. préc.).
Conclusion Puisqu’il appartient à la religion de rendre à Dieu l’honneur et le respect qui lui sont dus, on doit la compter nécessairement parmi les vertus.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. 58, art. 3, et 1a 2æ, quest. 55, art. 3 et 4), la vertu est ce qui rend bon celui qui la possède et qui rend bonnes aussi ses œuvres. C’est pourquoi il est nécessaire de dire que tout acte bon appartient à une vertu. Or, il est évident que c’est une bonne chose de rendre à quelqu’un ce qu’on lui doit ; parce que, par là même qu’on rend à un autre ce qu’on lui doit, on se trouve dans une juste proportion à son égard et convenablement ordonné par rapport à lui. Or, l’ordre appartient à l’essence du bien comme le mode et l’espèce, ainsi qu’on le voit dans saint Augustin (Lib. de nat. boni, chap. 3). Par conséquent, puisqu’il appartient à la religion de rendre à quelqu’un, c’est-à-dire à Dieu l’honneur qui lui est dû, il est évident que la religion est une vertu.
Article 3 : La religion est-elle une vertu qui soit une ?
Objection N°1. Il semble que la religion ne soit pas une vertu qui soit une. Car la religion nous met en rapport avec Dieu, comme nous l’avons vu (art. 1). Or, en Dieu il y a trois personnes et une foule d’attributs qui différent au moins rationnellement. Or, la diversité rationnelle de l’objet suffit pour rendre les vertus diverses, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (quest. 1, art. 2, Réponse N°2). La religion n’est donc pas une vertu unique.
Réponse à l’objection N°1 : Les trois personnes divines sont un seul principe de la création et du gouvernement de l’univers ; c’est pourquoi on les sert par une seule religion. Les différentes raisons des attributs divins reviennent à la raison du premier principe ; car Dieu produit et gouverne tout par la sagesse, la volonté et la puissance de sa bonté. C’est ce qui fait que la vertu de religion est une.
Objection N°2. Une même vertu n’a qu’un acte ; car les habitudes se distinguent d’après les actes. Or, il y a beaucoup d’actes de religion, comme l’adoration, les vœux, la prière, le sacrifice, etc. La religion comme vertu n’est donc pas une.
Réponse à l’objection N°2 : L’homme sert Dieu et lui rend son culte par un même acte ; car le culte se rapporte à l’excellence de Dieu, à qui l’on doit le respect, et la servitude se rapporte à l’abaissement de l’homme, qui, par sa condition, est obligé de témoigner son respect à Dieu. Tous les actes qu’on attribue à la religion appartiennent à ces deux choses ; parce que par tous ces actes l’homme reconnaît l’excellence de la Divinité et sa dépendance à son égard, soit en lui offrant quelque chose, soit en s’unissant à quelque chose de divin.
Objection N°3. L’adoration appartient à la religion. Or, on n’adore pas les images de la même manière qu’on adore Dieu. Par conséquent, puisqu’on distingue les vertus selon la diversité des rapports, il semble que la religion ne soit pas une vertu qui soit une.
Réponse à l’objection N°3 : On ne rend pas un culte religieux aux images selon qu’on les considère en elles-mêmes comme des êtres, mais selon qu’elles se rapportent au Dieu incarné. Ainsi le mouvement qui se porte vers l’image, en tant qu’image, ne s’arrête pas à elle, mais il s’élève à celui qu’elle représente. C’est pourquoi, de ce qu’on rend un culte religieux aux images du Christ (Voyez ce que saint Thomas dit du culte qu’on doit rendre aux images des saints (quest. 94, art. 2, Réponse N°1) et aux images du Christ (3a pars, quest. 25).), ni la raison de latrie, ni la vertu de religion ne sont pour cela diverses.
Mais c’est le contraire. Il est dit (Eph., 4, 5) : Il n’y a qu’un Dieu, qu’une foi. Or, la vraie religion fait profession de la foi en un seul Dieu. Cette vertu est donc une.
Conclusion La religion se rapportant à un seul Dieu, comme au seul principe de la création et du gouvernement de l’univers, elle est une vertu absolument une.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 54, art. 2 et 3), l’habitude se distingue selon la nature diverse de l’objet. Or, il appartient à la religion de révérer un seul Dieu sous un seul rapport, c’est-à-dire selon qu’il est le premier principe de la création et du gouvernement de l’univers. C’est pourquoi il dit lui-même (Mala., 1, 6) : Si je suis votre Père, où est l’honneur que vous me rendez ? Car c’est au père à produire et à gouverner. Il est donc évident pour ce motif que la religion est une vertu qui est une.
Article 4 : La religion est-elle une vertu spéciale distincte des autres ?
Objection N°1. Il semble que la religion ne soit pas une vertu spéciale distincte des autres. Car saint Augustin dit (De civ. Dei, liv. 10, chap. 4) : Le vrai sacrifice est tout ce qu’on fait pour être uni à Dieu par une sainte société. Or, le sacrifice appartient à la religion. Toute œuvre de vertu appartient donc aussi à la religion, et par conséquent elle n’est pas une vertu spéciale.
Réponse à l’objection N°1 : On dit que toute œuvre de vertu est un sacrifice, dans le sens qu’elle a pour but de révérer Dieu. Mais il ne s’ensuit pas que la religion soit une vertu générale, cela prouve seulement qu’elle commande à toutes les autres vertus, comme nous l’avons dit (art. 1, Réponse N°1).
Objection N°2. L’Apôtre dit (1 Cor., 10, 31) : Faites tout pour la gloire de Dieu. Or, il appartient à la religion de faire certaines choses pour le révérer, comme nous l’avons dit (art. 1, Réponse N°1, et art. 2). Elle n’est donc pas une vertu spéciale.
Réponse à l’objection N°2 : Toutes les choses qu’on fait pour la gloire de Dieu appartiennent à la religion, non comme à la vertu dont elles émanent, mais comme à la vertu qui les commande. Les actes qui par la nature de leur espèce ont pour objet de révérer Dieu, sont les seuls qui émanent d’elle.
Objection N°3. La charité par laquelle on aime Dieu n’est pas une vertu spécialement distincte de la charité par laquelle on aime le prochain. Or, comme le dit Aristote (Eth., liv. 8, chap. 8), l’honneur et l’amour ont la plus grande affinité. La religion par laquelle on honore Dieu n’est donc pas une vertu spécialement distincte du respect, de la soumission ou de la piété, qui sont les vertus par lesquelles on honore le prochain. Elle n’est donc pas une vertu spéciale.
Réponse à l’objection N°3 : L’objet de l’amour est le bien, tandis que l’objet de l’honneur ou du respect est ce qui excelle. La bonté de Dieu se communique à la créature, mais l’excellence de sa bonté est incommunicable. C’est pourquoi la charité par laquelle on aime Dieu n’est pas une vertu distincte de la charité par laquelle on aime le prochain ; tandis que la religion par laquelle on l’honore se distingue des vertus par lesquelles nous honorons nos semblables.
Mais c’est le contraire. La religion est une partie de la justice distincte de toutes les autres.
Conclusion La religion est une vertu spéciale, distincte des autres, puisque par elle on rend à Dieu un honneur spécial.
Il faut répondre que puisque la vertu se rapporte au bien, là où il y a une raison spéciale de bien, il faut qu’il y ait aussi une vertu particulière. Le bien auquel la religion se rapporte consiste à rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû. Comme on doit honorer les êtres en raison de leur excellence, et que d’ailleurs Dieu a une excellence toute singulière, puisqu’il surpasse infiniment tout ce qui existe sous tous les rapports, il s’ensuit qu’on doit l’honorer tout spécialement. C’est ainsi que dans les choses humaines on honore diversement les personnes selon la nature diverse de leur supériorité. Les honneurs qu’on rend à son père ne sont pas les mêmes que ceux qu’on rend à son roi, et ainsi des autres. D’où il est manifeste que la religion est une vertu spéciale.
Article 5 : La religion est-elle une vertu théologale ?
Objection N°1. Il semble que la religion soit une vertu théologale. Car saint Augustin dit (Ench., chap. 3) qu’on rend un culte à Dieu par la foi, l’espérance et la charité, qui sont des vertus théologales. Or, il appartient à la religion de rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Elle est donc une vertu théologale.
Réponse à l’objection N°1 : La puissance ou la vertu qui opère pour une fin commande toujours la puissance ou la vertu dont l’action se rapporte aux moyens qui mènent à cette fin. Les vertus théologales, qui sont la foi, l’espérance et la charité, produisent un acte qui a Dieu pour objet propre ; il s’ensuit qu’elles commandent l’acte de la religion, dont les œuvres se rapportent à Dieu. C’est ce qui fait dire à saint Augustin qu’on honore Dieu par la foi, l’espérance et la charité.
Objection N°2. On appelle théologale la vertu qui a Dieu pour objet. Or, la religion a Dieu pour objet, puisqu’elle ne se rapporte qu’à lui, comme nous l’avons dit (art. 1). Elle est donc une vertu théologale.
Réponse à l’objection N°2 : La religion met l’homme en rapport avec Dieu, considéré, non comme son objet, mais comme sa fin.
Objection N°3. Toute vertu est ou théologale, ou intellectuelle, ou morale, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (1a 2æ, quest. 57, 58 et 62). Or, il est évident que la religion n’est pas une vertu intellectuelle, parce que sa perfection ne se considère pas d’après la perception du vrai ; elle n’est pas non plus une vertu morale dont le propre est de tenir un milieu entre deux extrêmes ; car on ne peut pas trop honorer Dieu, d’après ce mot de l’Ecriture (Ecclésiastique, 43, 33) : Vous qui bénissez le Seigneur, exaltez-le autant que vous le pouvez, car il est au-dessus de toute louange. Il faut donc qu’elle soit une vertu théologale.
Réponse à l’objection N°3 : La religion n’est ni une vertu théologale, ni une vertu intellectuelle, mais une vertu morale, puisqu’elle est une partie de la justice. Son milieu se considère, non relativement aux passions, mais d’après l’égalité qui doit régner dans les œuvres que l’on fait pour Dieu. Toutefois je n’emploie pas ce mot d’égalité dans un sens absolu, parce qu’on ne peut pas rendre à Dieu autant qu’on lui doit, mais on doit l’entendre d’après la nature des forces humaines et de la bonté de Dieu qui les accepte. En ce qui regarde le culte divin, il peut y avoir excès (Les vices ainsi opposés à la vertu de religion se rapportent à la superstition.), non sous le rapport de la quantité, mais d’après d’autres circonstances, par exemple, parce qu’on rend un culte divin à celui auquel on ne doit pas le rendre, ou quand on ne le doit pas, par suite d’autres circonstances qui empêchent de le faire.
Mais c’est le contraire. Elle est une partie de la justice, qui est une vertu morale (La religion est à Dieu ce que la justice est au prochain. La justice ne se rapporte pas au prochain immédiatement, mais à la chose qui lui est due ; de même la religion ne se rapporte pas à Dieu immédiatement, mais elle a pour objet propre le culte qui lui est dû.).
Conclusion Dieu étant plutôt la fin de la religion que son objet ou sa matière, il s’ensuit qu’elle n’est pas une vertu théologale, mais morale.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. préc.), la religion est la vertu qui rend à Dieu le culte qui lui est dû. On considère donc dans la religion deux choses : 1° ce que la religion rend à Dieu, c’est-à-dire le culte qui est, par rapport à cette vertu, sa matière et son objet ; 2° l’être auquel ce devoir est rendu, c’est-à-dire Dieu que nous honorons, sans que les actes par lesquels nous lui rendons un culte l’atteignent, comme nous l’atteignons par la foi, quand nous croyons à lui. C’est pour cela que nous avons dit (quest. 1, art. 1, 2 et 4) que Dieu est l’objet de la foi, non seulement en tant que nous le croyons, mais en tant que nous croyons à lui. Au contraire, nous rendons à Dieu le culte qui lui est dû, dans le sens que les actes par lesquels nous l’honorons ont pour but de le révérer, tels que les oblations des sacrifices et les autres actes semblables. D’où il est manifeste que Dieu ne se rapporte pas à la vertu de religion, comme sa matière ou son objet, mais comme sa fin. C’est pourquoi la religion n’est pas une vertu théologale dont l’objet est la fin dernière ; mais elle est une vertu morale ayant pour objet ce qui mène à cette fin.
Article 6 : Doit-on préférer la religion aux autres vertus morales ?
Objection N°1. Il semble qu’on ne doive pas préférer la religion aux autres vertus morales. Car la perfection de la vertu morale consiste en ce qu’elle atteint le milieu, comme on le voit (Eth., liv. 2, chap. 6). Or, la religion ne peut atteindre le milieu de la justice, parce qu’elle ne rend pas absolument à Dieu autant qu’il lui est dû. La religion n’est donc pas meilleure que les autres vertus morales.
Réponse à l’objection N°1 : L’excellence de la vertu consiste dans la volonté, mais non dans la puissance. C’est pourquoi si l’on est dans l’impuissance d’atteindre le milieu que la justice requiert, la vertu de religion n’en est pas moins noble, pourvu qu’il n’y ait pas eu défaut de la part de la volonté.
Objection N°2. A l’égard de ce qu’on donne aux hommes, l’acte paraît d’autant plus louable qu’il se rapporte à quelqu’un qui est davantage dans le besoin. Ainsi il est dit (Is., 58, 7) : Rompez votre pain avec celui qui a faim. Or, Dieu n’a pas besoin que nous lui, rendions quelque chose, d’après ce mot du Psalmiste (Ps., 15, 2) : J’ai dit au Seigneur : vous êtes mon Dieu, puisque vous n’avez pas besoin de mes biens. La religion paraît donc moins louable que les autres vertus par lesquelles nous secourons nos semblables.
Réponse à l’objection N°2 : Dans les services qu’on rend aux autres pour leur utilité, l’acte est plus louable quand il s’adresse à un indigent, parce qu’il est plus utile. Mais on n’offre rien à Dieu pour son utilité ; tout ce que nous faisons pour lui est dans notre intérêt et pour sa gloire.
Objection N°3. Plus on agit par nécessité et moins l’acte que l’on fait est louable, d’après ce mot de l’Apôtre (1 Cor., 9, 16) : Si je prêche l’Evangile ce n’est point pour moi un sujet de gloire ; puisque c’est pour moi une nécessité. Or, où la dette est la plus grande, la nécessité est la plus pressante. Par conséquent puisque l’homme rend à Dieu ce qui lui est dû absolument, il semble que la religion soit la moins louable de toutes les vertus humaines.
Réponse à l’objection N°3 : Quand il y a nécessité, on ne peut avoir la gloire de faire une œuvre de surérogation ; mais le mérite de la vertu n’est pas exclu pour cela, si on agit volontairement. Par conséquent l’objection n’est pas concluante.
Mais c’est le contraire. Dans la loi ancienne (Ex., chap. 20) on place en premier lieu les préceptes qui appartiennent à la religion, comme les plus importants. Or, l’ordre des préceptes est proportionné à l’ordre des vertus, parce que les préceptes de la loi ont les actes des vertus pour objet. La religion est donc la principale des vertus morales.
Conclusion La religion étant de toutes les vertus morales celle qui se rapproche le plus de Dieu, elle est aussi nécessairement la plus excellente.
Il faut répondre que les moyens tirent leur bonté de leur rapport avec la fin. C’est pourquoi ils sont d’autant meilleurs qu’ils s’en rapprochent davantage. Or, les vertus morales, comme nous l’avons vu (art. préc., dans le corps de l’article et Réponse N°1, et quest. 4, art. 7), ont pour objet des moyens qui se rapportent à Dieu, comme à leur fin. La religion approchant plus de Dieu que les autres vertus morales, dans le sens qu’elle fait ce qui regarde directement et immédiatement le culte divin (Les actes des vertus morales se rapportent à Dieu par l’intermédiaire de la religion ou de la charité qui préside à la religion.), il s’ensuit qu’elle l’emporte sur elles.
Article 7 : La religion produit-elle des actes extérieurs ?
Objection N°1. Il semble que la religion ne produise pas d’actes extérieurs. Car saint Jean dit (Jean, 4, 24) : Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent le fassent en esprit et en vérité. Or, les actes extérieurs n’appartiennent pas à l’esprit, mais plutôt au corps. La religion à laquelle appartient l’adoration ne produit donc pas d’actes extérieurs, mais seulement des actes intérieurs.
Réponse à l’objection N°1 : Le Seigneur parle des actes intérieurs comme étant ce qu’il y a de principal et ce qu’on se propose absolument dans le culte divin (Le Seigneur s’élève contre les juifs et les samaritains, qui faisaient peu de cas du culte intérieur, et qui ne s’attachaient qu’au culte extérieur.).
Objection N°2. La religion a pour fin de rendre à Dieu le respect et l’honneur qui lui sont dus. Or, c’est manquer de respect à un supérieur que de lui rendre ce qui appartient, à proprement parler, à des inférieurs. Par conséquent, puisque ce que l’homme fait par des actes corporels paraît se rapporter proprement aux besoins de ses semblables, ou aux honneurs qu’on rend à des créatures inférieures, il semble par là qu’on ne puisse pas convenablement l’employer pour rendre un culte à la Divinité.
Réponse à l’objection N°2 : On n’offre pas à Dieu ces actes extérieurs, comme s’il en avait besoin, d’après ces paroles du Psalmiste (Ps., 49, 13) : Mangerai-je la chair des taureaux ou boirai-je le sang des boucs ? mais on les offre à Dieu en signe des actes intérieurs et spirituels qu’il agrée. C’est ce qui fait dire à saint Augustin (De civ. Dei, liv. 10, chap. 5) : Le sacrifice visible est le sacrement, c’est-à-dire le signe sacré du sacrifice invisible.
Objection N°3. Saint Augustin (De civ. Dei, liv. 6, chap. 10) loue Sénèque de ce qu’il blâme ceux qui offraient aux idoles ce qu’on a coutume d’offrir aux hommes, parce que ce qui convient aux mortels ne convient pas aux immortels. Or, ces choses conviennent encore beaucoup moins au vrai Dieu, qui est au-dessus de tous les dieux. Il semble donc répréhensible d’honorer Dieu par des actes corporels, et par conséquent la religion ne produit aucun de ces actes.
Réponse à l’objection N°3. Il faut répondre au troisième, qu’on se moque des idolâtres parce qu’ils offraient aux idoles ce qui appartient aux hommes, non comme des signes qui les excitaient à des œuvres spirituelles, mais comme des choses qui étaient par elles-mêmes agréables à leurs dieux et aussi parce que ces choses étaient vaines et honteuses (Saint Augustin fait avec énergie le tableau de toutes ces turpitudes (De civ. Dei, liv. 6, chap. 7).).
Mais c’est le contraire. Il est dit (Ps., 83, 3) : Mon cœur et ma chair se sont élevés vers le Dieu vivant. Or, comme les actes intérieurs appartiennent au cœur, de même les actes extérieurs appartiennent aux membres de la chair. Il semble donc qu’on ne doive pas seulement honorer Dieu par des actes intérieurs, mais encore par des actes extérieurs.
Conclusion La vertu de religion est perfectionnée non seulement par des actes intérieurs, mais encore par des actes extérieurs, non principalement, mais secondairement et selon qu’ils se rapportent aux actes intérieurs.
Il faut répondre que nous rendons à Dieu honneur et respect, non pour lui-même, parce que par lui-même il est rempli d’une gloire à laquelle la créature ne peut rien ajouter, mais à cause de nous, parce que, par là même que nous révérons et que nous honorons Dieu, notre esprit lui est soumis, et c’est en cela que consiste sa perfection. Car une chose est parfaite par là même qu’elle est soumise à son supérieur, comme le corps par là même qu’il est vivifié par l’âme, et l’air par là même qu’il est éclairé par le soleil. Mais l’âme humaine a besoin pour s’unir à Dieu d’y être amenée par les choses sensibles ; parce que selon l’expression de l’Apôtre (Rom., 1, 20) : Les choses invisibles de Dieu nous sont manifestées par la connaissance que les créatures nous en donnent. C’est pourquoi dans le culte divin il est nécessaire d’employer des choses corporelles et de s’en servir comme de signes, pour exciter l’âme humaine aux actes spirituels qui l’unissent à Dieu. C’est ce qui fait que la religion produit principalement des actes intérieurs qui se rapportent par eux-mêmes au culte : tandis qu’elle produit des actes extérieurs secondairement et selon qu’ils se rapportent aux actes intérieurs.
Article 8 : La religion est-elle la même chose que la sainteté ?
Objection N°1. Il semble que la religion ne soit pas la même chose que la sainteté. Car la religion est une vertu spirituelle, comme nous l’avons vu (art. 4). Or, il est dit que la sainteté est une vertu générale, puisque c’est elle qui rend fidèle observateur des choses justes qui se rapportent à Dieu, d’après Andronic. La sainteté n’est donc pas la même chose que la religion.
Réponse à l’objection N°1 : La sainteté est une vertu spéciale dans son essence, et sous ce rapport elle est en quelque sorte la même que la religion. Mais elle est générale en ce sens que par l’empire qu’elle exerce sur tous les actes des vertus, elle les rapporte au bien divin ; comme on dit que la justice légale est une vertu générale dans le sens qu’elle rapporte les actes de toutes les vertus au bien général.
Objection N°2. La sainteté paraît impliquer la pureté ; car saint Denis dit (De div. nom., liv. 12) que la sainteté est exempte de toute souillure, qu’elle est la pureté parfaite et absolument sans tache. Or, la pureté paraît appartenir surtout à la tempérance qui exclut les souillures corporelles. Puisque la religion appartient à la justice, il semble donc que la sainteté ne soit pas la même chose que la religion.
Réponse à l’objection N°2 : La tempérance opère la pureté, cependant elle n’a la nature de la sainteté qu’autant qu’elle se rapporte à Dieu. C’est ce qui fait dire à saint Augustin, à l’égard de la virginité (Lib. de virg., chap. 8), qu’on l’honore, non pour elle-même, mais parce qu’elle est consacrée à Dieu.
Objection N°3. Les choses qui se divisent |par opposition ne sont pas identiques. Or, dans une énumération des parties de la justice, la sainteté se divise par opposition à la religion, comme nous l’avons vu (quest. 80). La sainteté n’est donc pas la même chose que cette dernière vertu.
Réponse à l’objection N°3 : La sainteté est distincte de la religion comme nous l’avons expliqué. Elles ne diffèrent donc pas en réalité, mais rationnellement, ainsi que nous l’avons dit (dans le corps de cet article.).
Mais c’est le contraire. Il est dit (Luc, 17, 5) : Servons-le dans la sainteté et la justice. Or, le service de Dieu appartient à la religion, comme nous l’avons vu (art. 1, Réponse N°3, et art. 3, Réponse N°2). La religion n’est donc pas la même chose que la sainteté.
Conclusion Quoique la religion et la sainteté soient essentiellement une même chose, cependant elles sont rationnellement distinctes, parce que l’esprit de l’homme s’applique à Dieu par la sainteté, tandis que par la religion on le sert dans ce qui appartient spécialement à son culte.
Il faut répondre que le mot de sainteté paraît impliquer deux choses : 1° La pureté, et le mot grec se rapporte bien à cette signification, car on dit « άγιος » (agios) comme s’il y avait sans terre (Origène indique cette interprétation (Hom. 2 in Levit.), mais il ne la fait pas reposer sur l’étymologie de ce mot.) (« α » privatif, « γή », terre). 2° Il implique la fermeté. C’est ainsi que les anciens appelaient saint ce qui était protégé par les lois et qu’on ne devait pas violer. D’où il est arrivé que l’on a appelé sanctionné (sancitum) ce qui a été confirmé par une loi. D’après les Latins le mot saint peut aussi se rapporter à la pureté (C’est le sens que lui donnent Cicéron (De offic., liv. 1) : Pietate ac sanctitate deos placatos reddi, et Virgile (Eneid., liv. 12) : Sancta ad vos anima atque istius inscia culpæ descendam.). Ainsi sanctus peut signifier teint de sang (sanguine tinctus), parce qu’autrefois ceux qui voulaient être purifiés étaient marqués du sang de la victime (Saint Isidore fait sans doute allusion à ces paroles de saint Paul : Et omnia penè in sanguine secundum legem mundantur, et sine sanguinis effusione non fit remissio.), comme le dit saint Isidore (Etym., liv. 10, ad litt. S). — Dans ces deux sens il est convenable d’attribuer la sainteté à tout ce qui sert au culte divin ; de telle sorte qu’on dit non seulement que les hommes, mais encore que le temple, les vases et toutes les autres choses semblables sont sanctifiés par là même qu’on les a employés au culte divin. Car la pureté est nécessaire pour que l’âme s’élève à Dieu, parce qu’elle est souillée du moment qu’elle s’attache aux choses inférieures, comme tout être se souille en se mêlant à ce qui vaut moins que lui ; tel que l’argent mêlé avec du plomb. Puisqu’il faut que l’âme se dégage des choses inférieures pour pouvoir s’unir à ce qui est plus élevé, il s’ensuit que sans la pureté elle ne peut pas s’attacher à Dieu. C’est ce qui fait dire à l’Apôtre (Héb., 12, 14) : Tâchez d’avoir la paix avec tout le monde et de vivre dans la sainteté sans laquelle personne ne verra Dieu. La fermeté est nécessaire pour que l’âme adhère à Dieu ; car elle s’attache à lui comme à sa fin dernière et à son premier principe, et il faut que ces bases soient absolument immuables. D’où l’Apôtre disait (Rom., 8, 38) : Je suis certain que ni la mort, ni la vie ne me séparera de la charité de Dieu. — Si donc on appelle sainteté la vertu par laquelle l’âme humaine s’unit à Dieu par elle-même et par ses actes, elle ne diffère pas de la religion essentiellement, elle n’en diffère que rationnellement. Car on appelle religion la vertu d’après laquelle on rend à Dieu le service qui lui est dû en ce qui concerne spécialement le culte divin, comme les sacrifices, les oblations, etc. ; tandis qu’on donne le nom de sainteté à la vertu d’après laquelle l’homme ne rapporte pas seulement à Dieu ces choses, mais encore les œuvres des autres vertus, ou bien la vertu d’après laquelle l’homme se dispose au culte divin par des bonnes œuvres.

References: art. 9
 art. 1
 art. 8
 art. 3
 art. 3
 art. 3
 art. 2
 art. 2
 art. 2
 art. 2
 art. 1
 art. 7
 art. 3