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Timestamp: 2020-01-29 21:37:51+00:00

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Belles feuilles The Militant (SWP) Assassinat de Jaramillo
par com_71 » 16 Nov 2019, 11:04
The Militant, février 1963 a écrit : ... « L' après-midi du mercredi 23 mai 1962, un convoi militaire composé de deux voitures, deux jeeps, et d'un camion, a pénétré dans le village de Tlaquiltenango - État mexicain de Morelos - et s'est arrêté devant la maison du leader paysan Ruben F. Jaramillo. Un groupe d'une soixantaine d'hommes, dont certains en uniforme, a entouré la maison plaçant des mitrailleuses en batterie face aux portes.
Jaramillo qui était à l'intérieur en train de scier du bois, reçut l'ordre de sortir parce que le « général » l'attendait. Cet ordre n'ayant pas produit le résultat escompté, les soldats, aidés des civils, envahirent la maison et enlevèrent Jaramillo, sa femme Epifania qui était enceinte, ainsi que ses trois beaux-fils Enrique, Filemon et Ricardo. Ils furent contraints de monter dans les voitures qui les emmenèrent.
Deux heures plus tard, dans un bois éloigné près de la pyramide pré-colombienne de Xochicalco, Jaramillo, sa femme et ses beaux-fils furent abattus. La maison de Jaramillo se trouvant à deux heures de voiture des mines de Xochicalco, il semble bien que les meurtriers aient eu des ordres précis et qu'ils les aient exécutés sans délai.
Il n'y eut pas le moindre essai de faire apparaître ce meurtre comme une tentative de fuite. Les cinq corps furent retrouvés, mitraillés de face et très près les uns des autres. De plus, chacun avait reçu, comme dans une exécution en règle, le coup de grâce.
...Bien que le 25 mai, jour de son enterrement, la troupe ait bloqué les routes menant à Tlaquiltenango, plus de 5.000 personnes suivirent son enterrement, non seulement des paysans de Morelos, mais également de Puebla et de Guerrerro, Le cercueil était recouvert du drapeau mexicain des forces zapatistes de la Révolution...
Qui était Ruben Jaramillo ?
...A l'âge de 15 ou 16 ans, il avait rejoint l'armée de guérilla d' Emiliano Zapata, le chef indomptable de Morelos. Sous la direction de Zapata, Morelos, l'État des vastes plantations de canne à sucre et des paysans dépossédés et exploités, devint le point d'appui de la révolution agraire mexicaine dans cette décade orageuse qui avait commencé par le renversement du dictateur Porfirio Diaz. Le cri de guerre des zapatistes était « Tierra y Libertad » (Terre et Liberté) et leur intransigeance à vouloir conquérir la terre pour les paysans, ainsi que leur insistance à réclamer à tous les régimes qui prenaient le pouvoir à Mexico, une réforme agraire et son application, avaient fait de Morelos durant cette décade, un îlot révolutionnaire face aux programmes fumeux, à l'opportunisme et à la trahison...
...Les années 1915-1919 furent des années de formation pour Ruben Jaramillo. Il n'oublia jamais les enseignements appris, pas plus qu'il n'abandonna les buts pour lesquels mourut Zapata. A la fin de la phase militaire de la Révolution, le jeune Jaramillo se signala dans son district natal comme un chef épris de justice, luttant pour la mise en application de la réforme agraire inscrite dans les lois mexicaines.
...C'est à cette époque [1940] que Jaramillo, voulant réparer les torts causés aux paysans de Morelos, chercha des alliés au dehors de son propre État et prit contact avec la Section mexicaine de la IVe Internationale (trotskyste). Il connaissait le rôle joué par Trotsky au cours de la Révolution russe, depuis le temps de sa guerrilla. La dégénérescence et la bureaucratisation de la Révolution mexicaine lui avaient donné une idée de ce qui était arrivé en URSS. Il avait suivi avec intérêt la question du droit d'asile que devait accorder le Président Cardenas au grand leader bolchevik et il l'avait approuvé. Quand Trotsky fut assassiné, il prit le deuil...
...En 1948, il fut décidé qu'il se présenterait au poste de gouverneur de Morelos comme candidat de la Section mexicaine de la IVe Internationale. Toutes les formalités légales furent remplies et Jaramillo se présenta sous cette étiquette, Il entreprit une campagne active et rencontra un accueil enthousiaste auprès des paysans et des ouvriers de cet État. Une affiche électorale fit impression : elle reproduisait le portrait de Zapata avec, à l'arrière-plan, celui de Jaramillo. Au-dessous, étaient inscrits ces mots : « Zapata revient pour prendre la défense de la réforme agraire ».
...Les camarades de Jaramillo du mouvement trotskyste se rappellent parfaitement ses interventions aux réunions annuelles de la Section mexicaine de la IVe Internationale consacrées à la mémoire de Léon Trotsky, assassiné en 1940 par la Guépéou de Staline. Le leader paysan disait en substance : « Les orateurs qui m'ont précédé vous ont dit que Trotsky était un homme de bien, qu'il était toujours du côté des travailleurs. C'est évident - pourquoi sinon l'auraient-ils tué ? C'est ce qui arrive aux dirigeants qui restent fidèles à la Révolution. C'est ce qui est arrivé à Zapata, c'est ce qui est arrivé à Trotsky, c'est ce qui arrivera à d'autres encore jusqu'à la victoire complète des travailleurs ».
Peut-on douter qu'en disant ces mots, l'orateur n'avait pleinement conscience que cela lui arriverait également ?
Presque chaque semaine, il est question de la lutte paysanne au Mexique. Dans chaque État se produisent des heurts avec la police ou l'armée. Des « parachutistes » sont chassés des terres occupées pendant la nuit. Des paysans marchent sur Mexico déposer leurs revendications et réclamer la terre. Une autre grande tempête se prépare. Le vent qui a soufflé sur le Mexique de 1910 à 119 se lève à nouveau.
Sans aucun doute, les hauts fonctionnaires du gouvernement respirent mieux maintenant que Jamarillo n'est plus là pour conduire ces luttes imminentes. Mais les enseignements qu'il a donnés sont encore frais dans la mémoire des paysans ; son esprit anime plusieurs d'entre eux.
Quand les assassins ont tué Zapata, ils ne savaient pas et n'avaient donc pas remarqué dans les rangs zapatistes, un jeune homme nommé Ruben Jaramillo. Les assassins de 1962 ont réparé cet oubli coûteux. Mais parmi les partisans de Jaramillo, combien de jeunes paysans sont oubliés, dont le nom ne signifie rien aux grands propriétaires et aux agents du gouvernement, mais qui demain vont venger leur leader assassiné et continuer son oeuvre ? »
https://mensuel.lutte-ouvriere.org/docu ... ais-zapata
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Belles feuilles, UCI ...VIVE LE COMMUNISME !
par com_71 » 23 Nov 2019, 09:52
Une fois n'est pas coutume, une belle feuille de... l'UCI
édito du 19/10/1964 a écrit : A BAS STALINE, A BAS KROUCHTCHEV, A BAS BREJNEV, VIVE LE COMMUNISME !
Un nouveau un coin du voile se relève et, l'espace d’un instant, on peut voir le véritable visage de la camarilla qui préside aux destinées de ce qui fut le premier — et le seul — État ouvrier du monde.
Qui peut croire encore qu'une quelconque démocratie règne en Union Soviétique ? Qui oserait réellement penser que les travailleurs ont, là-bas plus qu'ici, la possibilité de décider de ce que fera l'Etat ou même de ce qui pourra prétendre les représenter à sa tête.
Les « nouveaux » et peut-être provisoires « Premiers » soviétiques déclarent que c'est pour raisons de santé que Khrouchtchev a démissionné. Mais alors pourquoi, dans les communiqués, n’y a-t-il pas un mot de remerciement pour le dévouement qu’il était sensé avoir déployé précédemment.
Plusieurs partis communistes, ceux d'Italie, d'Allemagne de l’Est, de la Hongrie, de Pologne, de Suède, ont, dans leurs déclarations, plus ou moins protesté. Le P.C. italien a demandé que soient publiés les compte-rendus intégraux des réunions qui ont entraîné la chute de Khrouchtchev. Bien que ce soit de l'hypocrisie — parce que le P.C. italien sait bien que rien de tel ne sera fait car, pratiquement depuis la mort de Lénine, les dirigeants de l'Union soviétique ont renoncé à informer qui que ce soit de leurs intentions et de leurs actes — ou ne peut manquer cependant de comparer l’attitude du P.C. italien et celle du Parti communiste français.
Dans l’Humanité, pas un mot, pas un commentaire, pas une question, pas un regret, à défaut de remords.
Nous avons toujours considéré Khrouchtchev comme un digne continuateur de Staline bien que, pour des raisons semblables à celles qui ont entraîné sa chute aujourd'hui, il en ait dénoncé les crimes. Mais, vraiment, le P.C.F. dépasse les bornes de la servilité et de la platitude. Il adorait Staline, il le désadora. Il réadora Khrouchtchev. Il le redésadora ! A plat ventre ! Debout ! A plat ventre ! Debout... On se croirait devant une recrue en train de faire l’exercice.
Et ces gens-là prétendent représenter la classe ouvrière française. Inspirer ses luttes et les organiser ! Ils osent calomnier, injurier, déshonorer ou même rouer de coups les militants qui veulent discuter, comparer, juger les ordres qui viennent d’en haut. Non, ces gens-là, les dirigeants du Parti communiste français, ne représentent pas la classe ouvrière, ils ne défendent pas ses intérêts. Il est grand temps que tous les militants communistes honnêtes s’en rendent compte.
Le visage des dirigeants russes n'est pas celui du socialisme. Ils oppriment la classe ouvrière russe, après lui avoir volé sa révolution. Et leurs valets français ne sont que des serviteurs dociles et intéressés.
Ce qui se passe aujourd’hui est la vérification de ce qu’écrivait dès 1928 un homme comme Léon Trotsky qui, jusqu’à ce qu’il tombe en 1940 sous les coups d’un assassin aux ordres de Staline, ne cessa de défendre les conquêtes de la révolution russe d’octobre 1917 contre ses ennemis les plus perfides : les usurpateurs qui ont là-bas accaparé le pouvoir.
Les organisations trotskystes, dont nous sommes, n’ont peut-être pas toujours été à la hauteur des idées qu’elles défendaient. Nous le savons bien ! Mais à notre décharge il faut dire que les agents staliniens ont fait régner dans le mouvement ouvrier international, pendant des décades, une véritable terreur physique où l’assassinat fut la règle, la calomnie et la corruption faisant le reste. Mais nous revendiquons fièrement ces idées car, pour nous, le socialisme, le communisme, restent les idéaux les plus nobles de l'humanité. Et ce n'est pas parce que les actuels dirigeants de l'URSS en offrent une image déformée et hideuse que nous pouvons y renoncer, car la société bourgeoise qui nous entoure et qui domine le monde est encore plus hideuse et, qui plus est, c'est elle qui est finalement responsable de la dégénérescence réactionnaire de la révolution russe.
Travailleurs, camarades communistes, ce n’est pas sous la direction des oligarques de Moscou ou de leurs valets français que nous détruirons la société capitaliste et que nous construirons de Londres à Paris, de Budapest à Moscou et de New-York à Pékin, une société de travailleurs, humaine et fraternelle, une société socialiste dont l'Union soviétique n’est qu’une caricature monstrueuse.
Belles feuilles, Class Struggle Chili 20 après
par com_71 » 25 Nov 2019, 01:45
Class Struggle (UK) 23 a écrit : On a souvent soutenu, à gauche, que la classe ouvrière chilienne avait été victime d'un complot impérialiste dans lequel la CIA avait joué le rôle principal. Le fait que la CIA ait joué un rôle ainsi que l'État américain lui-même soit incontestable. Que peut-on attendre de plus de la principale puissance impérialiste mondiale que de faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la classe ouvrière de remettre en question sa domination régionale ? Une autre question est de savoir si le rôle joué par l'État américain dans la défaite de la classe ouvrière chilienne a été décisif.
Par exemple, ce n’est pas la CIA qui a empêché Allende de réquisitionner les richesses de la bourgeoisie chilienne alors que l’économie s'effondrait dangereusement, entraînant une inflation galopante. Ce n’est pas non plus la CIA qui a obligé Allende à gaspiller les ressources limitées de son gouvernement pour acheter les parts d’industries nationalisées. Et pourtant, c’est la détérioration rapide de la situation économique qui a poussé des couches entières de la petite bourgeoisie dans les bras de l’extrême droite, donnant ainsi à l’armée la confiance nécessaire pour organiser son coup d’État.
On a aussi souvent dit, cette fois à droite, que c'était le "socialisme" qui avait échoué au Chili. Mais en réalité, c’est le réformisme et le respect qu’il implique pour les institutions de la démocratie bourgeoise, qui ont échoué au Chili. Le régime d'Allende a montré - une fois de plus, après de nombreuses manifestations de ce type dans l'histoire - que l'état de la bourgeoisie ne peut pas changer de caractère, pas plus que son armée ne peut défendre des intérêts autres que ceux des classes possédantes. Ceux qui préconisaient la prétendue "voie pacifique vers le socialisme" avaient en fait choisi de ne rien changer à l'ordre social existant. Mais une fois que cet ordre social a été mis en question, dans la pratique, par la mobilisation de plus en plus consciente de la classe ouvrière, leur "pacifisme"était en fait un moyen de se ranger du côté de la bourgeoisie contre les classes laborieuses. Défendre le "pacifisme" dans ce contexte, c'était en réalité préconiser le suicide pour la classe ouvrière. Carlos Altamirano, alors dirigeant du parti socialiste, écrivait plus tard : "Le développement et la mise en œuvre d'une stratégie armée au milieu du processus révolutionnaire étaient très difficiles à mener (...) Mais pour la voie pacifique au Chili, en 1970-73, c'était tout simplement impossible" .
La machine d'État et l'armée sont des instruments conçus pour la dictature de la bourgeoisie. Tant que l'armée est sous le contrôle d'une caste d'officiers formés par la bourgeoisie pour servir ses intérêts sociaux, elle ne peut que rester une menace permanente sur la tête des classes laborieuses. Vouloir séparer les officiers "démocratiques" des officiers "non démocratiques", c'est-à-dire créer à partir de l'armée bourgeoise une armée "démocratique" qui ne prendrait pas parti dans la société, est voué à l'échec - un échec qui a coûté la vie à une génération de militants chiliens.
Tout programme ou parti ayant pour but de défendre les intérêts de la classe ouvrière devrait clairement indiquer que le démantèlement de l'armée et de la police de la bourgeoisie sera la première tâche du prolétariat mobilisé, dès que le rapport de forces le permettra. Ne pas énoncer clairement cet objectif devant la classe ouvrière ne fait que préparer sa désillusion et, pire, sa défaite sanglante.
https://www.union-communiste.org/en/199 ... after-1049
Belles feuilles Marx-Engels 1850
par com_71 » 10 Déc 2019, 12:50
Statuts de la Société Universelle des Communistes Révolutionnaires signés par le dirigeant chartiste anglais J. Harney, les blanquistes Adam et J. Vidil et Willich, Marx et Engels pour les communistes allemands.
K. Marx - F. Engels, etc. 1850 a écrit : Statuts de la Société Universelle des Communistes Révolutionnaires
art. 1. Le but de l'association est la déchéance de toutes les classes privilégiées, de soumettre ces classes à la dictature du prolétariat en maintenant la révolution en permanence jusqu'à la réalisation du communisme, qui doit être la dernière forme de constitution de la famille humaine.
art. 2. Pour contribuer à la réalisation de ce but, l'association formera des liens de solidarité entre toutes les fractions du parti communiste révolutionnaire en faisant disparaître conformément au principe de la fraternité les divisions de nationalité.
art. 3. Le Comité fondateur de l'association est constitué en comité central ; il établira partout où besoin sera, pour l'accomplissement de l'œuvre, des comités qui correspondront avec le comité central.
art. 4. Le nombre des membres de l'association est illimité, mais aucun. membre ne pourra être admis, s'il n'a pas réuni l'unanimité des suffrages. Dans aucun cas l'élection ne pourra avoir lieu au scrutin secret.
art. 5. Tous les membres de l'association s'engagent par serment de maintenir dans les termes absolus l'article premier du présent règlement. Une modification pouvant avoir pour conséquence l'affaiblissement des intentions exprimées dans l'article premier délie les membres de l'association de leur engagement.
art. 6. Toutes les décisions de la société sont prises à la majorité de deux tiers des votants.
par Cyrano » 10 Déc 2019, 15:22
Ça a l'air d'être sympa cette Société Universelle des Communistes Révolutionnaires.
Comment qu'on fait pour en être membre, même si y'a beaucoup d'étrangers?
Inscription : 03 Fév 2004, 17:26
par com_71 » 10 Déc 2019, 16:25
Je ne vois pas y figurer la notion d'"étranger". Au contraire : "l'association formera des liens de solidarité... en faisant disparaître conformément au principe de la fraternité les divisions de nationalité".
Belles feuilles, Trotsky sur Jaurès, Bebel, Guesde...
par com_71 » 13 Déc 2019, 11:59
...Jaurès n'était plus. Je visitai le restaurant du "Croissant" où il avait été assassiné. J'aurais voulu retrouver ses traces. Au point de vue politique j'étais éloigné de lui, mais il était impossible de ne pas éprouver l'attraction exercée par cette puissante figure. Le monde spirituel de Jaurès, qui se composait de traditions nationales, d'une métaphysique des principes moraux, d'amour pour les misérables et d'imagination poétique, avait des traits tout aussi nettement aristocratiques que de son aspect moral Bebel apparaissait simplement plébéien. Tous deux, cependant, dépassaient de toute la tête ceux qui ont recueilli leur succession.
J'ai entendu Jaurès dans des meetings à Paris, dans des congrès internationaux, dans des commissions. Et chaque fois, ce fut comme si je l'entendais pour la première fois. Il n'accumulait pas les routines; pour le fond, il ne se répétait jamais; toujours il faisait une nouvelle découverte de lui-même, toujours il mobilisait à nouveau les sources cachées de son inspiration. Doué d'une vigueur imposante, d'une force élémentaire comme celle d'une cascade, il avait aussi une grande douceur qui brillait sur son visage comme le reflet d'une haute culture. Il précipitait des rochers, grondait tel un tonnerre, ébranlait les fondations, mais jamais il ne s'assourdissait lui-même, il se tenait toujours sur ses gardes, il avait l'oreille assez fine, pour saisir la moindre interpellation, pour y répliquer, pour parer aux objections, parfois en termes impitoyables, balayant les résistances comme un ouragan, mais aussi sachant parler avec générosité et douceur, comme un éducateur, comme un frère aîné.
Jaurès et Bebel ont été les antipodes et, en même temps, les sommets de la IIe Internationale. Ils furent profondément nationaux : Jaurès avec son ardente rhétorique latine, Bebel avec sa sécheresse de protestant. Je les ai aimés tous deux, mais différemment. Bebel épuisa ses forces physiques. Jaurès tomba en pleine floraison. Mais tous deux ont disparu en temps opportun. Leur fin marque la limite à laquelle s'est achevée la mission historique, progressiste, de la IIe Internationale.
Le parti socialiste français était dans un état de complète démoralisation. La place de Jaurès ne pouvait être occupée par personne. Vaillant, ancien "antimilitariste", sortait chaque jour des articles imprégnés du plus violent chauvinisme. Je rencontrai par hasard ce vieil homme au comité d'action qui se composait de délégués du parti et des syndicats. Vaillant ressemblait à son ombre: l'ombre du blanquisme avec les traditions des guerres de sans-culottes, à l'époque de Raymond Poincaré. La France d'avant-guerre, où la croissance de la population était trop lente, où le conservatisme dominait dans la vie économique et dans la pensée, semblait être, pour Vaillant, le seul pays de mouvement et de progrès, la nation élue, émancipatrice, la seule au contact de laquelle les autres peuples pourraient s'éveiller à une vie spirituelle. Son socialisme était chauvin, son chauvinisme était messianique.
Jules Guesde, leader de l'aile marxiste, qui s'était dépensé jusqu'au bout dans une longue lutte épuisante contre les fétiches de la démocratie, ne se trouva capable que d'abandonner son autorité morale, jusque-là jamais entachée, devant "l'autel" de la défense nationale. Ce fut un mélange de tout. Marcel Sembat, auteur du livre Faites un roi sinon faites la paix fut un des collègues de Guesde dans le cabinet... Viviani !... Pierre Renaudel se trouva pour un temps "dirigeant" du parti. En fin de compte, il fallait bien mettre quelqu'un à la place de Jaurès. Avec grand effort, Renaudel tâchait, par le geste et les roulements de sa voix, d'imiter le leader assassiné. Longuet se traînait à sa suite, mais non sans quelque gêne qu'il tâchait de faire passer pour de l'esprit de gauche. Par toute sa conduite, il rappelait que Marx n'a pas à répondre pour ses petits-fils. Le syndicalisme officiel, représenté par Jouhaux, secrétaire général de la C.G.T., perdit ses couleurs en vingt-quatre heures. Il avait rejeté "l'étatisme" en temps de paix ; il se mît à genoux devant l'Etat en temps de guerre.
Le bouffon révolutionnaire Hervé, qui, la veille encore, était antimilitariste, retourna sa veste, et, en qualité d'extrême chauvin, resta ce qu'il avait toujours été: un bouffon content de lui-même. Comme pour railler plus brillamment les idées qu'il avait défendues naguère, son journal continuait à s'appeler : La Guerre sociale.
Le tout, pris ensemble, avait l'air d'une mascarade de deuil, d'un carnaval de la mort. Il était impossible de ne pas se dire : non, vraiment, nous sommes plus sérieusement bâtis, nous n'avons pas été surpris par les événements, nous en avions prévu quelque chose, nous prévoyons d'autres choses maintenant et nous sommes prêts à bien des rencontres.
Que de fois n'avons-nous pas fermé les poings lorsque des Renaudel, des Hervé et autres gens de même espèce essayaient à distance de fraterniser avec Karl Liebknecht ! Les quelques éléments d'opposition étaient dispersés, çà et là, dans le parti et les syndicats, mais ils ne donnaient presque pas signe de vie...
https://www.marxists.org/francais/trots ... e/mv21.htm
Belles feuilles Goethe Faust
par com_71 » 13 Déc 2019, 20:57
Le Vieux a écrit "L'homme ne vit pas que de politique..." (Dans les questions du mode de vie).
Alors, une belle feuille de Goethe :
Goethe (Faust, 1ère partie, la nuit ) a écrit :
O sähst du, voller Mondenschein,
Zum letzenmal auf meine Pein,
Den ich so manche Mitternacht
An diesem Pult herangewacht:
Dann über Büchern und Papier,
Trübsel'ger Freund, erschienst du mir !
Ach! könnt ich doch auf Bergeshöhn
In deinem lieben Lichte gehn,
Um Bergeshöhle mit Geistern schweben,
Auf Wiesen in deinem Dämmer weben,
Von allem Wissensqualm entladen,
In deinem Tau gesund mich baden !
traduction de G. de Nerval a écrit :
Astre à la lumière argentée, lune silencieuse daigne pour la dernière fois jeter un regard sur ma peine !... j’ai si souvent, la nuit, veillé près de ce pupitre ! C’est alors que tu m’apparaissais sur un amas de livres et de papiers, mélancolique amie ! Ah ! que ne puis-je, à ta douce clarté, gravir les hautes montagnes, errer dans les cavernes avec les esprits, danser sur le gazon pâle des prairies, oublier toutes les misères de la science, et me baigner rajeuni dans la fraîcheur de ta rosée !
Parmi les éditions de la traduction de G. de Nerval consultable sur Gallica, la magnifique édition illustrée par F. L. Schmied :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k ... f237.image
Re: Belles feuilles, Blanqui : la comédie des programmes
par com_71 » 16 Déc 2019, 10:22
« Allons-nous revoir les scènes de Février [1848] ? – Non, non », répondent en chœur les fripons et les dupes. La leçon a porté ses fruits : le peuple voit clair ; il a maintenant des formules, des programmes, phares des prochaines tempêtes, feux sauveurs qui le conduisent au port.
Dites plutôt feux follets de perdition qui vont le rejeter sur les brisants. Parlons-en un peu, de ces recettes, de ces panacées qui s'étalent dans les colonnes de la presse, grande et petite ! Parlons un peu du gouvernement du peuple par le peuple et de toutes ces balivernes, fantaisies de la parade que le pauvre travailleur prend au sérieux et dont les acteurs pouffent de rire dans la coulisse. À l'indifférence et au dédain qui accueillent ces beaux chefs-d'œuvre chez nos seigneurs et maîtres, si jaloux de leurs privilèges, si ombrageux pour leur domination, comment le prolétaire ne voit-il pas que ces prétendus évangiles ne sont que des prospectus de charlatans ? Des programmes ? A-t-on perdu si vite la mémoire des harangues de MM. Ledru-Rollin et Louis Blanc avant Février ? Est-ce que dans les banquets de Lille, Dijon, Chalons, les journaux n'avaient pas formulé, par la bouche de ces tribuns, le Code magnifique de l'Égalité que devait inaugurer le lendemain de la Révolution ?
Que sont devenus ces solennels engagements ?
On ignore la comédie des programmes ; voici comment elle se joue : En montant à l'Hôtel de Ville, on les jette au coin de la borne ; et le jour où l'on redescend les escaliers sous les coups de pied du royalisme, la botte du royalisme dans les reins, on ramasse dans le ruisseau ces lambeaux souillés ; on les essuie, on les défripe, on les retape, on les rajuste, on les promène à grand orchestre devant la foule ébahie. Qu'importe à la réaction ? Elle connaît trop la valeur de ces chiffons de papier pour en prendre souci. Elle sait d'où ils viennent et où ils retournent à un moment donné. Elle laisse tranquillement les saltimbanques en faire étalage sur les champs de foire pour la mystification des badauds.
Mais qu'un homme sincère, laissant là ce mirage fantastique des programmes, ces brouillards du royaume d'Utopie, sorte du roman pour rentrer dans la réalité, qu'il prononce une parole sérieuse et pratique : « Désarmer la bourgeoisie, armer le peuple,c'est la première nécessité, le seul gage de salut de la révolution. »
Oh ! alors l'indifférence s'évanouit ; un long hurlement de fureur retentit d'un bout de la France à l'autre. On crie au sacrilège, au parricide, à l'hydrophobe. On ameute, on déchaîne les colères sur cet homme, on le voue aux dieux infernaux pour avoir épelé modestement les premiers mots du sens commun.
Eh quoi ! A-t-on oublié le drame de Juin ? A-t-on oublié Paris fouillé tout entier de la cave au grenier, Paris désarmé, garrotté, bâillonné, frémissant, se tordant sous l'outrage que lui avaient épargné les hordes étrangères, maîtresses de ses murs ! Quoi ! une once de poudre, la poignée d'un sabre, la crosse d'un pistolet trouvées dans la pauvre mansarde d'un ouvrier, envoient ce malheureux pourrir au fond des cachots !
Et, victorieux, vous hésitez ! Vous reculez devant le désarmement d'une caste implacable qui ne procède avec le peuple que par extermination ! Le prestige de sa longue puissance vous en impose, et le souvenir de ses violences assure son inviolabilité. Allez, race d'esclaves, qui n'osez lever les yeux ni la main sur vos tyrans ! Rebelles d'un jour, repentants et prosternés le lendemain, restez accroupis dans votre misère et votre servitude! Ne tentez pas de briser vos chaînes ! Il vous faudrait les ressouder de vos propres mains. Ne faites plus de révolutions pour vous sauver du moins la honte d'en demander pardon à genoux.
https://www.marxists.org/francais/blanq ... propos.htm
Belles feuilles, Engels sur la tombe de Marx
par com_71 » 27 Déc 2019, 16:28
FE, 13 mars 1883 a écrit : Discours sur la tombe de Karl Marx
Le 14 mars, à trois heures moins un quart de l'après-midi, le plus grand des penseurs vivants a cessé de penser. Laissé seul deux minutes à peine, nous l'avons retrouvé, en entrant, paisiblement endormi dans son fauteuil, mais pour toujours.
Ce qu'a perdu le prolétariat militant d'Europe et d'Amérique, ce qu'a perdu la science historique en cet homme, on ne saurait le mesurer. Le vide laissé par la mort de ce titan ne tardera pas à se faire sentir.
De même que Darwin a découvert la loi du développement de la nature organique, de même Marx a découvert la loi du développement de l'histoire humaine, c'est-à-dire ce fait élémentaire voilé auparavant sous un fatras idéologique que les hommes, avant de pouvoir s'occuper de politique, de science, d'art, de religion, etc., doivent tout d'abord manger, boire, se loger et se vêtir : que, par suite, la production des moyens matériels élémentaires d'existence et, partant, chaque degré de développement économique d'un peuple ou d'une époque forment la base d'où se sont développés les institutions d'Etat, les conceptions juridiques, l'art et même les idées religieuses des hommes en question et que, par conséquent, c'est en partant de cette base qu'il faut les expliquer et non inversement comme on le faisait jusqu'à présent.
Mais ce n'est pas tout. Marx a également découvert la loi particulière du mouvement du mode de production capitaliste actuel et de la société bourgeoise qui en est issue. La découverte de la plus-value a, du coup, fait ici la lumière, alors que toutes les recherches antérieures aussi bien des économistes bourgeois que des critiques socialistes s'étaient perdues dans les ténèbres.
Deux découvertes de ce genre devraient suffire pour une vie entière. Heureux déjà celui auquel il est donné d'en faire une seule semblable ! Mais dans chaque domaine que Marx a soumis à ses recherches (et ces domaines sont très nombreux et pas un seul ne fut l'objet d'études superficielles), même dans celui des mathématiques, il a fait des découvertes originales.
Tel fut l'homme de science. Mais, ce n'était point là, chez lui, l'essentiel de son activité. La science était pour Marx une force qui actionnait l'histoire, une force révolutionnaire. Si pure que fut la joie qu'il pouvait avoir à une découverte dans une science théorique quelconque dont il est peut-être impossible d'envisager l'application pratique, sa joie était tout autre lorsqu'il s'agissait d'une découverte d'une portée révolutionnaire immédiate pour l'industrie ou, en général, pour le développement historique. Ainsi Marx suivait très attentivement le progrès des découvertes dans le domaine de l'électricité et, tout dernièrement encore, les travaux de Marcel Deprez.
Car Marx était avant tout un révolutionnaire. Contribuer, d'une façon ou d'une autre, au renversement de la société capitaliste et des institutions d'Etat qu'elle a créées, collaborer à l'affranchissement du prolétariat moderne, auquel il avait donné le premier la conscience de sa propre situation et de ses besoins, la conscience des conditions de son émancipation, telle était sa véritable vocation. La lutte était son élément. Et il a lutté avec une passion, une opiniâtreté et un succès rares. Collaboration à la première Gazette rhénane en 1842, au Vorwärts de Paris en 1844,48 à la Deutsche Zeitung de Bruxelles en 1847, à la Nouvelle Gazette rhénane en 1848-1849, à la New York Tribune de 1852 à 1861, en outre, publication d'une foule de brochures de combat, travail à Paris, Bruxelles et Londres jusqu'à la constitution de la grande Association internationale des travailleurs, couronnement de toute son œuvre, voilà des résultats dont l'auteur aurait pu être fier, même s'il n'avait rien fait d'autre.
Voilà pourquoi Marx a été l'homme le plus exécré et le plus calomnié de son temps. Gouvernements, absolus aussi bien que républicains, l'expulsèrent ; bourgeois conservateurs et démocrates extrémistes le couvraient à qui mieux mieux de calomnies et de malédictions. Il écartait tout cela de son chemin comme des toiles d'araignée, sans y faire aucune attention et il ne répondait qu'en cas de nécessité extrême. Il est mort, vénéré, aimé et pleuré par des millions de militants révolutionnaires du monde entier, dispersés à travers l'Europe, et l'Amérique, depuis les mines de la Sibérie jusqu'en Californie.
Et, je puis le dire hardiment : il pouvait voir encore plus d'un adversaire, mais il n'avait guère d'ennemi personnel.
Son nom vivra à travers les siècles et son œuvre aussi !

References: art. 1

art. 2

art. 3

art. 4

art. 5

art. 6