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Timestamp: 2017-01-17 15:10:06+00:00

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⭐LE CONTRAT DE CONSOMMATION : quand est-il permis de changer les règles du jeu? Rapport final du projet présenté au Bureau de la consommation
LE CONTRAT DE CONSOMMATION : quand est-il permis de changer les règles du jeu? Rapport final du projet présenté au Bureau de la consommation
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1 LE CONTRAT DE CONSOMMATION : quand est-il permis de changer les règles du jeu? Rapport final du projet présenté au Bureau de la consommation d'industrie Canada Juin 20092 Rapport publié par : Membres de l Union des consommateurs ACEF Abitibi-Témiscamingue 6226 rue Saint-Hubert ACEF Amiante Beauce Etchemins Montréal (Québec) H2S 2M2 ACEF de l Est de Montréal ACEF de l'île-jésus Téléphone : ACEF de Lanaudière Sans frais : ACEF Estrie Télécopieur : ACEF Grand-Portage ACEF Montérégie-est ACEF du Nord de Montréal ACEF Rive-Sud de Québec Association des consommateurs pour la qualité dans la construction Membres individuels L Union des consommateurs est membre de l'organisation internationale des consommateurs (CI), une fédération regroupant 220 membres en provenance de 115 pays. Rédaction du rapport Me Yannick Labelle Avec la collaboration du comité Protection du consommateur Direction de rédaction Me Marcel Boucher ISBN L Union des consommateurs remercie Industrie Canada pour l aide financière accordée à ce projet de recherche. Les opinions exprimées dans ce rapport ne sont pas nécessairement celles d Industrie Canada ou du Gouvernement du Canada. Dans ce rapport, le masculin a valeur d épicène. Union des consommateurs 2009 Union des consommateurs page 23 TABLE DES MATIÈRES UNION DES CONSOMMATEURS, LA FORCE D UN RÉSEAU 5 INTRODUCTION 6 CADRE JURIDIQUE DES CONTRATS DE CONSOMMATION 8 Aperçu du droit contractuel 8 Règles de formation des contrats : du consentement et de la capacité 8 L offre et l acceptation 9 Principe de la force obligatoire des contrats 10 Autonomie de la volonté des parties 10 Caractéristiques propres au contrat de consommation 10 Déséquilibre des forces des parties 10 Contrat d adhésion 11 MESURES LÉGISLATIVES CANADIENNES VISANT LA PROTECTION DES CONSOMMATEURS 13 Règles générales applicables au contrat de consommation (au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique) et clauses de modification unilatérale. 13 Québec 13 Ontario et Colombie-Britannique 14 Dispositions législatives spécifiques 15 Dispositions législatives régissant spécifiquement la modification unilatérale des contrats de consommation 15 Dispositions législatives concernant la modification unilatérale dans les contrats de services bancaires 18 Traitement jurisprudentiel 21 Arrêt clé : Kanitz c. Rogers Cable 21 Causes québécoises 23 Mesures mises en place par les provinces et territoires 24 Consommateurs ontariens et britanno-colombiens : Recours et mesures de redressement 24 Consommateurs québécois et recours 25 UTILISATION DES CLAUSES DE MODIFICATION UNILATÉRALE AU CANADA 26 Trois secteurs de consommation recourant aux clauses de modification unilatérale 27 A) Huit contrats de la téléphonie cellulaire 27 B) Service Internet 29 C) Télédistribution 30 D) Circonstances donnant lieu à la modification des conventions des cartes de crédit 32 E) Modification unilatérale des comptes bancaires personnels 33 Justification de l usage des clauses de modification unilatérale théorie 34 Exercice des clauses de modification unilatérale pratique 35 A) Facturation des messages textes entrants - Bell et Telus : promesses d une belle vie et d un futur simple 36 B) Videotron et le service Internet haute vitesse : Le pouvoir limité du câble 39 C) Traitement jurisprudentiel et légalité des modifications unilatérales rapportées 41 Union des consommateurs page 34 OBSERVATIONS QUANT À L ENCADREMENT ET L USAGE DES CLAUSES DE MODIFICATION UNILATÉRALE AU CANADA 43 Usage des clauses de modification unilatérale 43 Portée des clauses de modification unilatérale 44 Effet juridique et pratique des clauses de modification unilatérale 44 Consentement et validité de la modification unilatérale 45 Nouveau contrat ou contrat modifié? 46 Conséquences pour le consommateur 47 LÉGISLATION ETRANGÈRE 48 FRANCE, ROYAUME-UNI et AUSTRALIE 48 France et Royaume-Uni 50 Lois britanniques et la modification unilatérale des contrats de consommation 51 Australie: juridiction de Victoria 52 TRAITEMENT JURISPRUDENTIEL : QUELQUES DÉCISIONS 53 CONCLUSION 57 Démarches à entreprendre 58 RECOMMANDATIONS 60 MÉDIAGRAPHIE 63 ANNEXE A Grille d analyse des clauses de modification unilatérale dans les secteurs de la téléphonie cellulaire, du service internet et de télédistirubution et dans le secteur des services bancaires (cartes de crédit et comptes bancaires personnels). 70 ANNEXE B Clauses contractuelles analysées 98 ANNEXE C Avis de modification 116 ANNEXE D Lois canadiennes 119 ANNEXE E Lois étrangères 135 ANNEXE F Questionnaire et correspondance 142 Union des consommateurs page 45 UNION DES CONSOMMATEURS, la force d un réseau Union des consommateurs est un organisme à but non lucratif qui regroupe plusieurs Associations coopératives d économie familiale (ACEF), l Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC) ainsi que des membres individuels. La mission de l Union des consommateurs est de représenter et défendre les droits des consommateurs, en prenant en compte de façon particulière les intérêts des ménages à revenu modeste. Les interventions de l Union des consommateurs s articulent autour des valeurs chères à ses membres : la solidarité, l équité et la justice sociale, ainsi que l amélioration des conditions de vie des consommateurs aux plans économique, social, politique et environnemental. La structure de l Union des consommateurs lui permet de maintenir une vision large des enjeux de consommation tout en développant une expertise pointue dans certains secteurs d intervention, notamment par ses travaux de recherche sur les nouvelles problématiques auxquelles les consommateurs doivent faire face; ses actions, de portée nationale, sont alimentées et légitimées par le travail terrain et l enracinement des associations membres dans leur communauté. Union des consommateurs agit principalement sur la scène nationale, en représentant les intérêts des consommateurs auprès de diverses instances politiques, réglementaires ou judiciaires et sur la place publique. Parmi ses dossiers privilégiés de recherche, d action et de représentation, mentionnons le budget familial et l endettement, l énergie, les questions liées à la téléphonie, la radiodiffusion, la télédistribution et l inforoute, la santé, l alimentation et les biotechnologies, les produits et services financiers, les pratiques commerciales, ainsi que les politiques sociales et fiscales. Finalement, dans le contexte de la globalisation des marchés, l Union des consommateurs travaille en collaboration avec plusieurs groupes de consommateurs du Canada anglais et de l étranger. Elle est membre de l Organisation internationale des consommateurs (CI), organisme reconnu notamment par les Nations Unies. Union des consommateurs page 56 INTRODUCTION «Qui dit contractuel dit juste.» 1 - Alfred Fouillée - Quand de grands principes du droit des contrats tels que la liberté contractuelle et la force obligatoire des contrats se heurtent à la modification unilatérale des contrats de consommation, les questions fusent quant à la protection dont disposent les consommateurs canadiens contre les effets des ces clauses de modification unilatérale et quant à l encadrement d un tel unilatéralisme favorisant les commerçants. Influencé par plusieurs facteurs : Mondialisation, demande de services croissants, standardisation des contrats, l usage des clauses de modification unilatérale est désormais la norme dans la majorité des domaines de consommation. Une telle clause permet à une partie de procéder à la modification de modalités convenues sans le consentement préalable spécifique de la partie cocontractante. Ce type de clause se retrouve de plus en plus systématiquement dans les contrats d adhésion, la clause avantageant évidemment la partie la plus forte, celle qui rédige et impose le-dit contrat. En 2008, la décision des fournisseurs de services sans fil, Telus et Bell Mobilité de modifier unilatéralement les contrats de leurs clients afin de facturer les messages textes entrants (alors que le contrat assurait leur gratuité) a soulevé la colère du public et suscité des demandes aux entreprises de justifier une telle décision, tant de la part des politiciens que de celle des associations des consommateurs. Alors que les groupes de défense des droits des consommateurs déclarent que ces clauses, qui autorisent à l avance les entreprises à modifier à leur gré tout élément du contrat qui ne leur conviendrait plus, ont pour effet d accentuer encore le déséquilibre considérable entre les droits et obligations des consommateurs et ceux des commerçants, ces derniers quant à eux justifient par la nécessité de demeurer compétitifs et de s ajuster à l évolution technologique cette latitude qu ils s autorisent à conserver. La présente recherche dressera le portrait de la situation au Canada en ce qui concerne l inclusion dans les contrats de consommation de clauses qui permettent au commerçant, dans le cadre d un contrat de service, de modifier à sa discrétion les conditions auxquelles le consommateur a consenti au moment de sa conclusion. Nous examinerons les clauses de modification unilatérale utilisées dans certains secteurs de la consommation et tenterons de déterminer ce qui motive les commerçants à en faire usage. Nous serons ainsi en mesure de relever les conséquences que pourra avoir pour le consommateur la mise en œuvre par les commerçants des clauses de modification unilatérale que nous aurons identifiées. Finalement, cette recherche nous permettra de faire une analyse des mesures législatives applicables aux clauses de modification unilatérale et, le cas échéant, de soumettre des recommandations quant aux mesures législatives les plus aptes à protéger les intérêts des consommateurs. La présente recherche ne fera que brièvement état des clauses de modification unilatérale dans le cadre de l achat en ligne et des protections dont bénéficient les consommateurs procédant à l achat de biens et services sur le web, la modification unilatérale des clauses contractuelles 1 Alfred Fouillée, La science sociale contemporaine, Presses universitaires de France, Paris, 1880, p Union des consommateurs page 67 des contrats électroniques faisant déjà l objet de plusieurs recherches, articles et thèses de maîtrise. Union des consommateurs page 78 CADRE JURIDIQUE DES CONTRATS DE CONSOMMATION APERÇU DU DROIT CONTRACTUEL Tant les contrats soumis à la Common Law que ceux soumis au droit civil québécois sont régis par une série de règles visant à encadrer, entre autres, l objet du contrat, le consentement des parties, son contenu, ainsi que les recours judiciaires advenant une dispute entre les parties. Depuis les années 70, qui ont marqué l évolution du droit de la consommation au Canada par l adoption de diverses mesures législatives ayant pour but la protection des consommateurs, s est dressé un cadre législatif pour le contrat de consommation qui diffère, à certains égards, des règles de droit régissant les contrats en général. Depuis, l avènement de la société de consommation a donné lieu à l apparition de nouvelles pratiques et tendances qui ont incité l adoption de dispositions législatives visant à corriger le déséquilibre des forces existant entre consommateur et commerçant. Dans les pages qui suivent, nous exposerons les caractéristiques des contrats en général (Section I) ainsi que celles propres au contrat de consommation (Section II), en prenant soin de soulever les subtilités qui distinguent le régime de la Common Law et celui du droit civil québécois, et ce, afin de répondre à la question suivante : quand est-il permis au commerçant de changer les éléments sur la base desquels a été conclu le contrat de consommation? Les règles de Common Law régissant les contrats s apparentent grandement aux dispositions du droit civil. Notre brève analyse fera état des grandes lignes du droit contractuel : la formation des contrats, leur opposabilité, ainsi que les principes de force obligatoire des contrats et de la volonté des parties. Règles de formation des contrats : du consentement et de la capacité L élément essentiel pour la formation du contrat est l échange de consentement de personnes qui ont la capacité de contracter, et ce, tant en Common Law qu en droit civil. Le contrat est en effet une expression de la volonté des parties d être liée par un acte juridique librement consenti. L échange de consentement a lieu par la manifestation, expresse ou tacite, par une personne de son désir d accepter une offre de contracter 2. Une telle manifestation peut se faire tant par une déclaration que par un comportement qui indique l acceptation de l offre. Le consentement est au cœur même de la validité des contrats. Afin qu un contrat soit valide, les parties doivent se mettre d accord sur les mêmes dispositions contractuelles. Cet élément essentiel est connu sous le terme de consensus ad idem en Common Law 3. Le droit civil québécois quant à lui adopte la notion du consentement libre et éclairé 4. Bien que la notion du consentement libre et éclairé n est pas définie au Code civil du Québec, elle a été abondamment développée par la jurisprudence 5 et la doctrine : «en premier lieu, le 2 Code civil du Québec, Art Gowling, Strathy & Henderson, «Consumer Protection rights in Canada in the Context of Electronic Commerce», Canda, 31 juillet Rapport soumis au Bureau de la consommation d Industrie Canada, [En ligne] 4 Art. 1399, al. 1 C.c.Q. 5 Banque Nationale c. Soucisse, [1981] 2 R.C.S. 339; Air Canada c. Mc Donnell Douglas Corp., [1989] 1 R.C.S. 1554; Baril c. Industrielle Co. d assurances, [1991] R.R.A. 196 (C.A.); Banque de Montréal c. Bail Ltée, [1992] 2 R.C.S Union des consommateurs page 89 consentement doit être donné librement et être exempt de toute influence ou menace, crainte ou contrainte. [ ] Pour donner un consentement éclairé, le contractant doit posséder toute l information nécessaire pour lui permettre de bien juger des éléments essentiels du contrat» 6. Pourra contracter toute personne qui a la capacité légale de le faire. La pleine capacité d exercer tous ses droits civils, y compris celui de conclure un contrat, est acquise à l âge de la majorité 7. L âge de la majorité au Canada varie entre 18 et 19 ans 8. Le droit contractuel balise également la capacité des mineurs ainsi que celle des adultes qui se trouvent sous des régimes de protection à conclure des contrats. À titre d exemple, au Québec : les mineurs sont en mesure de conclure des contrats afin de satisfaire leurs besoins usuels et ordinaires 9. Quant aux majeurs inaptes, une fois ces derniers sous un régime de protection, tout acte accompli seul par ces derniers peut être annulé ou les obligations qui en découlent réduites 10. L offre et l acceptation En matière contractuelle, tout débute par une offre de contracter, qui sera acceptée ou refusée par un cocontractant potentiel. Une offre de contracter est l expression, par l entremise d une «proposition qui comporte tous les éléments essentiels du contrat envisagé 11», d un désir de conclure un contrat. Dans les deux régimes juridiques que l on retrouve au Canada, il est possible de révoquer une offre avant son acceptation 12 ; une fois l offre acceptée, elle équivaut à contrat. En vertu de la Common Law, il y aura acceptation quand la conduite ou la déclaration à l offrant exprime le désire de former un contrat aux conditions identiques à celles qui se retrouvent dans l offre de contracter ; toute altération à l offre constitue une contre-offre et l acceptation relèvera du cocontractant potentiel. Le droit civil, quant à lui, prévoit que l acceptation est valide dans la mesure où elle correspond aux éléments essentiels de l offre 13. Finalement, il existe également une distinction quant au mode d acceptation d une offre. En Common Law, le mode adopté pour communiquer une acceptation à une offre influe sur le lieu et le moment où la conclusion du contrat sera réputée avoir eu lieu : en général, l offre est acceptée au lieu de sa réception et l acceptation prend effet, dans le cas des modes d envoi traditionnel (ceux qui impliquent un délai, comme la poste, par exemple) dès son expédition. Cependant, il existe une règle particulière aux modes de communication dits instantanés, tels que le téléphone et le télécopieur : l acception sera effective au moment de sa réception par l offrant 14. Le droit civil québécois ne comporte pas de règle d acceptation différente pour les modes de communication instantanés. 6 Vincent Karim, Les obligations: Volume 1 articles 1371 à 1496, Les éditions Wilson & Lafleur, Montréal, 2002, p Art. 153, al. 2 C.c.Q. 8 Québec: Art. 153, al.1 C.c.Q; Colombie-Britannique: Age of Majority Act, R.S.B.C. 1979, c.5, c. 1; Manitoba: Art. 1, Loi sur l âge de majorité, C.P.L.M. c. A-7. 9 Art. 157 C.c.Q. 10 Art. 283 C.c.Q. 11 Art C.c.Q. 12 Arts et 1391 C.c.Q. 13 Didier Lluelles et Benoît Moore, Droit des Obligations, Éditions Thémis, Montréal, 2006, p Entores v. Miles Far East Corporation, [1995] 2 Q.B. 327 (C.A.). Union des consommateurs page 910 Principe de la force obligatoire des contrats L article 1434 du Code civil du Québec fait état de la force obligatoire des contrats. Qu ils soient à durée indéterminée ou déterminée, les contrats sont soumis aux principes de la force obligatoire et du caractère irrévocable. Le contrat est un acte immuable en plus d être un acte de prévision 15 qui permet aux parties de gérer les rapports entre eux et d anticiper, d une certaine manière le futur en convenant des règles qui s appliqueront entre elles pour une période donnée, soit la durée du contrat. Une fois le contrat conclu, les parties sont tenues à l exécution des obligations qui en découlent. La stabilité des démarches économiques entreprises quotidiennement, tant par les entreprises que par les consommateurs en dépend. Le contrat constitue une convention obligatoire que les parties s engagent à respecter, et ce, tant en Common Law qu en droit civil. Autonomie de la volonté des parties Tel que le mentionne l honorable Pierre Gagnon, juge de la Cour Supérieure du Québec : «l'autonomie de la volonté des parties à un contrat fait partie essentielle du droit civil québécois 16». Le principe est le même en Common Law. Toute personne qui en a la capacité est libre de conclure un contrat portant sur tout objet non contraire à l ordre public. Le professeur Claude Masse fournit la définition qui suit de la liberté contractuelle : «[...] c est la liberté pour toute personne dotée de la capacité juridique de s engager par contrat comme elle l entend, sans aucune limitation de la part des lois ou interventions de la part de l État, sous forme de contrôle judiciaire ou autrement.» 17 CARACTÉRISTIQUES PROPRES AU CONTRAT DE CONSOMMATION Déséquilibre des forces des parties Le contrat de consommation se distingue des autres types de contrats par la présence d un déséquilibre de force considérable entre les parties. Le professeur Benoît Moore attribue l intensification de ce déséquilibre à divers évènements, tels que l urbanisation, l industrialisation, le développement du crédit à la consommation et à la prolifération des contrats de masse 18. L apparition de règles spécifiques applicables au contrat de consommation, un droit de la consommation distinct du droit commun, avait pour but de rétablir l équilibre entre les parties en offrant une protection accrue au consommateur, partie vulnérable au contrat. Le déséquilibre en question se traduit par le fait que le consommateur ne détient pas la force économique ainsi que les connaissances nécessaires pour lui permettre de négocier de 15 Aurélie Taieb, La modification unilatérale des contrats de communications électroniques. Master 2 Droit des Nouvelles Technologies de l Information et de la Communication et Master 2 Droit privé des contrats. Mémoire réalisé sous la direction de M. Vincent Vigneau, Université de Versailles Saint-Quentin, France, juin Mega Blocks Inc. c. American Home Insurance Company, [2006] J.Q. no 17279; 2006 QCCS Claude Masse, Fondement historique de l évolution de droit québécois de la consommation, dans Mélanges Claude Masse : En quête de justice et d équité, sous la direction de Pierre-Claude Lafond, Éditions Yvon Blais, Cowansville, 2003, p Benoît Moore, Sur l avenir incertain du contrat de consommation, dans Les contrats des consommateurs, Rapport national québécois, Partie I. Union des consommateurs page 1011 manière égalitaire avec le commerçant 19. Qui plus est, la relation qu entretiennent consommateur et entreprise se caractérise, depuis les années 70, par un écart entre les connaissances ainsi que les ressources disponibles à chacun pour faire valoir ses droits en cas de litige 20. En outre la longueur et la complexité des contrats de consommation, les pratiques de vente des entreprises, la qualité et la quantité de l information divulguée par le commerçant aggravent le déséquilibre. Dans les provinces de Common Law, les gouvernements ont utilisé le droit statutaire afin de tenter de régler les problèmes marquants en matière de consommation et de rétablir un certain équilibre entre consommateurs et commerçants. Le Québec a pour sa part bonifié le Code civil du Québec en adoptant des mesures de protection et a adopté des lois spécifiques, telle la Loi sur la protection du consommateur (LPC), afin de mieux protéger les consommateurs. Ces lois viennent tempérer les principes de liberté contractuelle et d autonomie de la volonté des parties. Contrat d adhésion Le déséquilibre contractuel mentionné auparavant est renforcé par l usage à grande échelle des contrats d adhésion (appelés «standard form contracts» dans les provinces de Common Law), qui se caractérisent par l imposition ou la rédaction unilatérale des clauses essentielles par le commerçant et l impossibilité pour la partie la plus faible d en négocier les termes 21. L usage des contrats d adhésion est un effet de l industrialisation, de l accroissement du pouvoir d achat des consommateurs, de la demande grandissante pour des services et produits ainsi que de la déshumanisation des rapports commerçants-consommateurs et, bien sûr, de la publicité de masse 22. Le contrat d adhésion (que sont aujourd hui presque tous les contrats de consommation) bénéficie à celui qui en impose les conditions, soit aux entreprises qui détiennent le pouvoir économique. Sans interdire le contrat d adhésion dans les transactions de consommation, les législateurs ont adopté des dispositions visant à tempérer l accroissement du déséquilibre des forces qu engendre son utilisation. L article 1432 du Code civil du Québec prévoit par exemple qu en cas de doute, le contrat s interprétera en faveur de l adhérent ou du consommateur. Alors qu en vertu du principe de la force obligatoire des contrats, la clause externe à laquelle renvoie le contrat lie les parties, le Code civil prévoit que dans le cadre d un contrat d adhésion ou de consommation, elle sera nulle si elle n est pas expressément portée à la connaissance du consommateur ou de l adhérent 23. La clause illisible ou incompréhensible d un contrat d adhésion ou de consommation sera nulle si le consommateur ou l adhérent en souffre un préjudice 24. Nous ne retrouvons toutefois pas de dispositions concernant l interprétation des contrats de consommation dans le droit statutaire de toutes les provinces de Common Law. L Alberta a adopté une disposition qui impose, en cas d ambiguïté, une interprétation en faveur 19 Daniel Germain et Jorge Passalacqua, La protection du consommateur une mission essentielle de l État québécois, dans Pour une réforme du droit de la consommation au Québec. Acte du colloque des 14 et 15 mars Sous la direction de Françoise Maniet, Éditions Yvon Blais, Cowansville, 2005, p Nicole L heureux, Droit de la consommation, 5 e édition, Éditions Yvon Blais, Cowansville, 2000, p Op. Cit., note 18 (Moore-Avenir Incertain) p. 9. L article 1379 du Code civil du Québec comme étant un contrat celui dont «les stipulations essentielles qu il comporte ont été imposées par l une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu elles ne pouvaient être librement discutées.» 22 Nathalie Croteau, Le contrat d adhésion : De son émergence à sa reconnaissance, Éditions Wilson & Lafleur, Montréal, 1996, p Art C.c.Q. 24 Art C.c.Q. Union des consommateurs page 1112 du consommateur 25 et l Ontario énonce ce même principe à l article 11 de la Loi de 2002 sur la protection du consommateur 26. Notons cependant qu on retrouve en Common Law l application du principe de contra proferentem : dans un contrat d adhésion conclu entre un consommateur et un commerçant, l interprétation qui favorisera le moins la partie qui a rédigé le contrat sera celle qui trouvera application en cas d ambiguïté 27. Ce bref survol du droit contractuel et des particularités du contrat de consommation nous permet d avoir un aperçu de certaines de ses caractéristiques ainsi que de certaines des règles qui régissent les rapports entre les commerçants et les consommateurs. Il se trouve pourtant que, malgré les principes qui sont à la base même du droit contractuel, les entreprises, que leur pouvoir économique autorise à imposer aux consommateurs des contrats d adhésion, vont jusqu à se réserver le droit d inclure, dans le cadre de ces contrats que ne pourront négocier les consommateurs, une clause qui leur permet de modifier à leur gré, en cours de contrat et sans requérir l accord préalable du consommateur, les droits et obligations des parties. Une partie à un contrat pourrait ainsi modifier ce à quoi l autre avait consenti et cette dernière serait liée par les nouvelles conditions? Et, qui plus est, ce droit de modifier unilatéralement pourrait être prévu, au bénéfice exclusif du commerçant, dans le contrat d origine, un contrat d adhésion dont le consommateur ne peut négocier aucune condition, sans aucune spécification des éléments qui pourraient être modifiés par ce biais? Nous procéderons dans la section qui suit à l étude de l encadrement par les dispositions législatives canadiennes susceptibles de s appliquer à la modification unilatérale des contrats de consommation par le commerçant. 25 Article 4(b), Fair Trading Act, R.S.A. 2000, c. F Loi de 2002 sur la protection du consommateur, L.O. 2002, c. 30, ann. A, art. 11(Loi de 2002) 27 Op. Cit., note 3 (Gowling, Strathy & Henderson) p. 16. Union des consommateurs page 1213 MESURES LÉGISLATIVES CANADIENNES VISANT LA PROTECTION DES CONSOMMATEURS RÈGLES GÉNÉRALES APPLICABLES AU CONTRAT DE CONSOMMATION (AU QUÉBEC, EN ONTARIO ET EN COLOMBIE-BRITANNIQUE) ET CLAUSES DE MODIFICATION UNILATÉRALE. Les dispositions législatives d application générale régissant les contrats et celles que l on retrouve dans les lois de protection des consommateurs contiennent des principes généraux qui s appliquent aux clauses de modification unilatérale. Nous avons choisi, pour la présente recherche, de nous concentrer sur les législations du Québec, de l Ontario et de la Colombie-Britannique, des dispositions législatives y ayant été adoptées au courant des dernières années relativement aux clauses de modification unilatérale dans le contrat de consommation ou étant sur le point de l être. Québec Bonne foi, abus de droit, clauses abusives et protection du consommateur Le Code civil du Québec prévoit que chacun est tenu d exercer ses droits civils selon les exigences de la bonne foi (art. 6) et qu «aucun droit ne peut être exercé en vue de nuire à autrui ou d une manière excessive et déraisonnable, allant ainsi à l encontre des exigences de la bonne foi» (art. 7). La partie qui rédige un contrat et qui, par la suite, exerce le droit de modifier unilatéralement toute clause de ce contrat qu une autre partie aura acceptée est tenue de le faire de manières raisonnable sans intention malveillante de prendre avantage de son cocontractant. Cette exigence de respect de la bonne foi est un pilier du droit contractuel québécois, au point que le législateur juge bon de la rappeler à l article 1375 «la bonne foi doit gouverner la conduite des parties, tant au moment de la naissance de l obligation qu à celui de son exécution ou de son extinction». Comme nous le mentionnions précédemment, le Code civil du Québec contient également une disposition concernant l interprétation des contrats de consommation en cas d ambiguïté qui vise à protéger la partie la plus faible, celle qui n a pas rédigé le contrat, soit le consommateur. 28 Dans la même optique de protection du consommateur, le législateur transpose pour les contrats d adhésion et les contrats de consommation, le concept de lésion («La lésion résulte de l'exploitation de l'une des parties par l'autre, qui entraîne une disproportion importante entre les prestations des parties» art. 1406) au droit de la consommation. L article 1437 se lit comme suit : «La clause abusive d un contrat de consommation ou d adhésion est nulle ou l obligation qui en découle, réductible. Est abusive toute clause qui désavantage le consommateur ou l adhérent de manière excessive ou déraisonnable, allant ainsi à l encontre de ce qu exige la bonne foi ; est abusive, notamment, la clause si éloignée des obligations essentielles qui découlent des règles gouvernant habituellement le contrat qu elle dénature celle-ci». 28 Art C.c.Q. Union des consommateurs page 1314 Le tribunal qui aura à décider si une clause est abusive devra «s interroger non seulement sur sa portée et sa justification par rapport à la nature du contrat et à l ensemble de son contenu, mais aussi sur les conséquences qui découlent de son application». 29 Une clause de modification unilatérale, même si elle prévoit des critères objectifs qui permettent de connaître à l avance les circonstances qui pourront donner lieu à une modification, aussi bien que la mise en œuvre de la modification peuvent être sanctionnées par le tribunal si ce dernier est d avis qu il peut en résulter un abus. 30 Le Code civil prévoyant, en cas de doute, une interprétation en faveur de l adhérent ou du consommateur, une clause qui n indiquerait pas, à sa face même, un désavantage excessif en défaveur du consommateur pourrait être déclarée abusive si les conséquences que peut entraîner son application risqueraient d avoir cet effet. L abus de droit, soit l exercice abusif d un droit prévu au contrat, rejoindrait donc ici la notion de clause abusive, qui indiquerait un droit ou une obligation conférés abusivement. Sans les nommer, le législateur québécois a aussi inclus dans la Loi sur la protection du consommateur (LPC) une protection contre la lésion et, indirectement, contre les clauses abusives. L article 8 de la Loi permet en effet au consommateur de demander aux tribunaux «la nullité du contrat ou la réduction des obligations qui en découlent lorsque la disproportion entre les prestations respectives des parties est tellement considérable qu'elle équivaut à de l'exploitation du consommateur, ou que l'obligation du consommateur est excessive, abusive ou exorbitante». 31 La LPC indique également que : «Lorsqu'un tribunal doit apprécier le consentement donné par un consommateur à un contrat, il tient compte de la condition des parties, des circonstances dans lesquelles le contrat a été conclu et des avantages qui résultent du contrat pour le consommateur.» 32 Ontario et Colombie-Britannique Outre les principes de Common Law rapportés ci-avant concernant la formation du contrat, le consentement, l acceptation, etc., le droit statutaire ontarien et britanno-colombien ainsi que les lois de protection du consommateur de ces provinces ne contiennent que très peu de dispositions générales susceptibles de s appliquer à la clause de modification unilatérale dans un contrat de consommation. La Loi de 2002 sur la protection du consommateur de l Ontario contient l article 11 qui prévoit une interprétation du contrat favorable au consommateur en cas d ambiguïté. Le droit anglais, plutôt que de parler de «clauses abusives», s attaque au problème par le biais du concept de «unconscionable act», une conduite qui ne se conforme pas aux dictats de la conscience. En droit contractuel : «an unconscionable contract is one that is unjust or extremely one-sided in favor of the person who has the superior bargaining power.» 33 La Business Practices and Consumer Protection Act, de la Colombie-Britannique prévoit ce qui suit à l article 8(3)e): 29 Op. Cit., note 6 (Karim) p Op. Cit., note 13 (Lluelles et Moore) p Loi sur la protection du consommateur, L.R.Q., ch. P-40.1, art Ibidem, art Gale Thompson, «Unconscionable», West's Encyclopedia of American Law, The Gale Group, New York, États-Unis, s. d. [En ligne] (dernière consultation le 15 juin 2009). Union des consommateurs page 14 Montrer encore
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