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Timestamp: 2019-06-25 00:10:27+00:00

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Bible chrétienne Evang. - § 125. Introduction: Mt 13,1-3 ; Mc 4,1-2; Lc 8,4 // Is 4,2 Is 11,10 Is 25,9)
§ 125. Introduction: Mt 13,1-3 ; Mc 4,1-2; Lc 8,4 // Is 4,2 Is 11,10 Is 25,9)
(Mt 13,1-3 Mc 4,1-2 Lc 8,4) // Is 4,2 Is 11,10 Is 25,9)
— En ce Jour-là (Mt) : Pas seulement au sens temporel d'un jour du calendrier, comme en Mc 4,35 ; mais au sens de référence, tant aux « jours primordiaux » dans les religions traditionnelles (Cf. § 5 ) — Lc 1,39*; § 10 ) — Lc 2,18*), qu'aux temps messianiques (comme dans les // D'Isaïe).
Jésus sortit (Mt) : de la maison où avait eu lieu le logion précédent du Christ, sur sa véritable famille — qui n'est pas sans rapport avec la parabole du Semeur, comme on va le voir (§ 126 ) — Mt 13,4-8*). Mais en un sens plus théologique, Jésus est sorti du Père, envoyé par Lui, et venu dans le monde (Jn 16,28 et 3,16). Or chez Mt, la parabole commence aussi par: « Le semeur sortit » (v. 3b). Dans le même sens, cf. Mc 1,38*, au § 36 .
Mt 13,2; Mc 4,1 ; Lc 8,4) — Le cadre, situé plus précisément par Mt-Mc. Mc 3,9 (§ 47 ) et Lc 5,1 (§ 38 ) ont expliqué pourquoi Jésus prêchait d'une barque: pour ne pas être pressé par la foule. Celle-ci se trouve mentionnée par les trois Synoptiques, témoignant ainsi que l'affluence des premiers temps est restée la même (important pour l'explication du § 127 *).
Mt 13,3 Mc 4,2 Lc 8,4b — Jésus enseigne. Beaucoup de choses: C'est comme « pour la multitude » (Mt 26,28*) — même mot en grec — sans restriction. En paraboles : Il n'en avait pas manqué, jusqu'ici : Le médecin et les malades (Mc 2,17), la paille et la poutre (Mt 7,3-5), les deux débiteurs (Lc 7,41-43), etc... De même que l'auditoire — « les foules » — le mode d'enseignement n'est donc pas radicalement changé ; tout au plus devient-il plus systématiquement parabolique (§ 127 *).
// Is — Pour introduire ces paraboles sur le Royaume, dont les 3 premières sont végétales, l'annonce du Messie comme < Germe > et la Joie caractéristique de « ces jours-là ». Car H. Kahlefeld relève avec justesse que la note commune à ces paraboles est aussi de Béatitude, comme le Sermon sur la Montagne, comme la dispense de jeûne (§ 43 *) — et cela pour la même raison: // Est là, celui qui, selon l'occasion, prend le titre d'Époux, de Germe, de Racine de Jessé en même temps que de « Saint d'Israël »: l'Homme-Dieu, le Sauveur attendu! Et de fait, on va voir que c'est l'un des deux thèmes conjugués de ces paraboles : Le Royaume est là, en la Personne du Christ (Paraboles et leçons, n, p. 113-114).
§ 126. Parabole du semeur : Mt 13,3-9; Mc 4,3-9; Lc 8,5-8
(Mt 13,3-9 Mc 4,3-9 Lc 8,5-8)
— Seule de ces paraboles à être retenue par les 3 Synoptiques — comme les vignerons homicides (§ 281 ), dans les paraboles du Jugement — signe d'une importance particulière.
Mt 13,3a — Voici (Mt-Mc) annonce l'événement qui survient, de Dieu. Écoutez! (Mc): appelle l'attention des auditeurs. Or la suite va revenir jusqu'à 9 fois sur cette < écoute > comme condition indispensable (v. 9*. 12*. 15.16.18.20.23.24*.33*). C'est le second thème de ce chapitre.
Le Semeur sortit: Qui est-il? Même l'explication ne le dira pas expressément (Mc 4,14*). Mais « sortit » peut être mis en relation avec l'Incarnation (Mt 13,1*). Le voici, l'événement, l'initiative divine: le Père a envoyé son Fils, au milieu de cette foule.
le semeur... pour semer (Mt-Mc-Lc) la semence (Lc) : Non par redondance, mais expression du Mystère. Non seulement Jésus est venu répandre le « Germe » du Royaume, mais il est ce Germe (// Is 4,2), le grain de blé jeté en terre (§ 309 ) — Jn 12,24), le Verbe incarné, bientôt crucifié et enseveli. Il y a identité entre le Semeur et la semence: la Parole de Dieu proposée à nous (Mc 4,14), c'est le Christ en Personne, mais qui s'est rendu assimilable à nos esprits, tout comme il se fera pain eucharistique. La parabole n'aura plus à parler du Semeur, mais Il reste omniprésent par cette semence, si vivace qu'après 2000 ans, elle est toujours prête à lever —, comme dit-on ces grains de blé retrouvés dans une tombe pharaonique — pourvu qu'une terre la reçoive (Jn 1,12*).
Mt 13,4-8 Mc 4,4-8 Lc 8,5-8a — Pour chacun des 4 terrains, on suit aussitôt l'aventure de la semence. Ainsi est marquée l'intention principale: le sort de la graine dépend d'où elle tombe (rappel implicite qu'elle vient d'En Haut). Mais en outre, suivant la qualité du terrain il y a progression : de la graine enlevée par les oiseaux, tôt desséchée, étouffée, multipliée. Et s'il semble, pour quelques graines, y avoir 3 échecs, ils s'effacent devant la montée vertigineuse du triple rendement de 30,60,100 pour un, de la grande masse des semences.
Par contre, pas question de la moisson, thème familier, mais réservé à une parabole suivante. Ici, on ne considère que le Semeur, laissant tomber la semence (= le Don de Dieu), le terrain qui la reçoit (= notre coopération) et la prolifération en fonction de l'accueil reçu. C'était déjà l'enseignement commun du Christ, sur la Montagne: « écouter la Parole pour la mettre en pratique, de façon que l'arbre porte ses fruits » (§ 72 -75*); c'est le même avertissement sur sa véritable famille — « ceux qui écoutent la Parole et l'accomplissent » — que Luc va placer en prolongement de cette parabole (§ 140 ) — Lc 8,21). Plus fondamentalement encore, c'est une autre formulation de l'unique < Evangile > ou <Kérygme>*: Le Royaume arrive — convertissez-vous et croyez (§ 28 -Mc 1,15). Jean-Baptiste disait même explicitement: « préparez le chemin », ou le terrain (§ 19 *).
// Dt 28,25 Dt 28,38-39 Jg 6,3-4 Ag 1,5-6 — La loi et l'histoire tout entière d'Israël avertissent également de ce rapport entre l'écoute de la voix (= de la Parole) de Dieu pour l'accomplir, et l'abondance ou non de la récolte. Les 4 premiers parallèles témoignent du peu de fruits que produit l'infidélité, en laissant sur sa faim qui abandonne l'Alliance. Par contre, on retrouve les 100 pour un avec Isaac (// Gn). La merveille est que, si longtemps que l'homme puisse en abuser, Dieu est toujours prêt à faire grâce (// Is 30) ; « sa Parole (Jésus-Christ) subsiste éternellement », toujours donnée, toujours prête à multiplier. Elle ne demande que cela, comme déjà le moindre des végétaux dont c'est la loi constitutive, de par leur création (Gn 1,11-13). Les auditeurs de Jésus étaient donc avertis de toujours. Sur ce point, cf. A. george : Le sens de la parabole des semailles, dans « Sacra Pagina» n, p. 166-168. Plus généralement, X. Léon-Dufour: Et. d'Ev. p. 268-284.
De cette parabole, dans le contexte général biblique, se dégage donc une signification extrêmement générale. Par exemple: « Qu'est-ce que la création? — Le terrain préparé par Dieu pour y jeter la semence : déjà se dessine la distinction entre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel! Le Royaume de Dieu est la présence de Dieu dans le monde, est exactement cette communication qu'il fait de Lui-même, est comme la croissance de Dieu au sein de la création, au sein du temps : croissance de cet arbre qui se nourrit de toutes les sèves de la création pour monter jusqu'au ciel. La semence, pour germer, a besoin d'un terrain: la création est la condition des semailles divines. Le terrain ne vaut que comme condition de l'ensemencement; la création ne vaut que comme substrat de l'ordre surnaturel. L'ordre surnaturel dépend exactement d'une infusion de vie, qui est la vie divine semée ici-bas. Dès le paradis terrestre, il y a l'arbre de vie et l'arbre de la connaissance du bien et du mal : la terre où Dieu introduit l'homme est un jardin plein de fruits. Quand, après le péché, Adam sera éloigné de l'Éden, il vivra dans la steppe. La terre ne produira que ronces et épines...
Or, Dieu sème encore une fois ; et pour ces nouvelles semailles, il irrigue et sarcle le terrain. Il veut que le monde redevienne < son jardin >, où l'arbre de vie grandira et portera du fruit. Si la révélation de Dieu a été confiée à la Sainte Écriture, on peut bien dire que < l'Histoire du Salut > fut la nouvelle semence divine dans le champ du monde. Et l'arbre qui s'éleva dans le champ fut le Christ: la semence de la Parole germa dans le Verbe Incarné, grandit dans l'arbre de la Croix, et donna son fruit dans le sang versé. Mais l'Evangile lui aussi fut semence divine, et de cette semence naquit l'Église.
Aux premières semailles (qui pratiquement s'identifient à l'acte créateur) répondirent les nouvelles semailles (l'Ancien Testament), qui donnèrent leur premier fruit dans l'Incarnation du Verbe ; d'autre part l'Incarnation du Verbe fut la condition d'un nouvel ensemencement sur toute la terre, par la prédication du Christ.
À la grandeur du premier ensemencement répond l'humilité de la seconde semence qui est l'histoire d'Israël, « si petit » par rapport aux autres nations. Et l'humilité de la seconde semence n'est rien, si on la compare à l'humilité du Christ, ce Rabbi de Galilée qui pendant quelques mois, ou peut-être deux ans et demi, a prêché sur les rives du Lac de Génésareth et à Jérusalem... où on le mit à mort!... Mais voici que l'arbre, peu à peu, s'élève : il grandit et remplit toute la terre. Au terme, l'arbre s'identifiera avec la création divine.
Le thème de l'arbre embrasse tout, il suffit d'en considérer les images : le terrain est immense — toute la création ; la semence est minuscule — un grain de sénevé. Sa croissance est continuelle — la vie, qui ne s'interrompt jamais. Mais une croissance continuelle implique que les racines s'enfoncent dans le sol et que l'arbre monte vers le ciel. Elle comporte que dans le même temps le fût grandit en hauteur et les branches se déploient en largeur. Et elle comporte l'exubérance des feuilles, la beauté des fleurs, la fécondité des fruits. Avons-nous tout compris avec cela ? Non, certainement pas. Mais l'homme a finalement le sentiment de la densité de l'image, de la richesse et de la profondeur de l'enseignement qu'elle contient. L'image est inépuisable, parce que toutes les choses, mystérieusement, sont liées entre elles et se répondent... (D. Barsotti : La Parole... p. 154-56).
Mt 13,9; Mc 4,9; Lc 8,8b — Conclusion-avertissement, souligné en Mc par l'inclusion avec le « Écoutez » initial (v. 3) et par la reprise du refrain au v. 23 (et en Mt au v. 43). Le de même, en précisant que Jésus « élève la voix » (ce qui nous fait sentir la réalité physique de cette présence de la Parole incarnée) : les moyens diffèrent, le sens est le même. Dans le prolongement de la parabole, c'est un appel à notre responsabilité, donc à notre liberté.
§ 127. Pourquoi Jésus parle en paraboles : Mt 13,10-15; Mc 4,10-12; Lc 8,9-10
(Mt 13,10-15 Mc 4,10-12 Lc 8,9-10)
— Passage des plus difficiles. Prenons comme guide la présentation de Mt, dont il n'est pas sûr qu'elle soit postérieure à celle de Mc (cf. X. Léon-Dufour, p. 269-70, critiquant ce que; J. Jérémias tenait pour prouvé — ainsi va la certitude scientifique). En tous cas, Mt est le plus explicite. Il répartit les auditeurs de la parabole en deux catégories. D'une part les disciples (v. 10) : à eux est donné de connaître... (v. lia); ils ont en surabondance (v. 12); bienheureux sont-ils de voir et à'entendre (§ 128 *) ; à eux l'explication (§ 129 *). D'autre part la foule: Jésus leur parle seulement en paraboles (v. lOb); à ceux-là n'est pas donné... (v. 1 Ib), au risque qu'ils perdent tout (v. 12b) ; par endurcissement du coeur (v. 15), ils ne voient, n'entendent ni ne comprennent (v. 13-15). Par ailleurs, il y a aussi une répartition logique en deux temps : à la question du v. 10, Jésus ne répond, terme à terme, qu'aux v. 13 ss. Les v. 11-12 sont l'énoncé de base.
(Mt 13,10 Mc 4,10 Lc 8,9 — En Mc et Lc, la question porte sur le sens des ou de la parabole. En Mt, c'est la méthode même qui est en cause : pourquoi parler « en paraboles » et non « ouvertement » (Jn 16,25-29)?
// Ez 21,5-6 Ez 17,2 — Exemple, entre cent, de cette méthode < parabolique > familière à la Bible et aux rabbins contemporains du Christ. Autres exemples classiques dans les Livres historiques: Jg 9,8-15; 2S 12,1-4 (Natân à David) etc... Dans les Sapientiaux: Ps 49 (cf. pc III, p. 220 ss.); c'est le titre même des < Proverbes > (1,1; 10,1 ; 25,1). La parabole s'y présente en effet avec un côté énigmatique (// Ez 17,2) comme l'indique son nom hébreu de < Mashal > (BC I*, p. 331). D'où l'avis de bien des commentateurs que Jésus aurait parlé en paraboles exprès pour n'être compris que de ses disciples — comme le présent paragraphe peut amener à le faire penser. On réagit heureusement à présent contre l'excès intolérable d'une telle conclusion: cf. M.J. Lagrange: Le but des paraboles, RB 1910, p. 5-35; A. George, DBS < Parabole >, 1175-76; J. Dupont: Pourquoi... p. 12-14).
En réalité, pour le Christ comme pour les rabbins, la présentation relativement < voilée > est faite pour exciter la curiosité, donc la recherche, et la sagacité pour résoudre l'énigme ainsi proposée. Mais l'image ou le récit < parabolique > sont encore plus une < illustration >, une façon d'éclairer, d'expliquer, de faire voir par un exemple convaincant, la leçon spirituelle que le rabbi veut proposer à la méditation des disciples. Le recours à un récit imagé, loin d'être obscurcissant pour le plaisir, est au contraire la manière la plus profonde et la plus vraie de révéler quelque chose d'inaccessible par un tout autre moyen que ceux de la littérature (et de son affabulation), ou plus généralement de tous les arts (§ 125 *). En fait, la plupart des paraboles évangéliques sont d'un clair-obscur que percent fort bien les enfants et les simples (§ 110 ). Au surplus, les rabbins, comme le font souvent les Évangiles, donnent l'explication (§ 129 , § 136 , § 155 etc.), et parfois même l'application directe, comme pour la parabole des vignerons homicides (§ 281 ). Jésus n'est pas venu aveugler, mais éclairer le monde entier (§ 130 ) — Mc 4,21-22*), sur « les choses cachées depuis le commencement du monde » (§ 135 ) — Mt 13,35)!
Et pourtant, tout le monde ne le comprend pas. C'est ce qu'expliquait précisément la parabole du Semeur, et que Jésus confirme ici d'une autre façon:
Mt 13,11; Mc 4,11; Lc 8,10a // Ep 3,2-6 Col 2,2 — À vous il a été donné: C'est le mot primordial de tout ce passage, comme de tout l'Evangile. Au principe, le Don de Dieu (Jn 4,10 § 206 — Lc 12,32). Le Royaume est le trésor caché qu'on trouve (§ 137 *) ou dont on hérite (Mt 5,4*), préparé pour nous « depuis la création du monde » (Mt 25,34 — c'est-à-dire cela même que, d'après Mt 13,35 déjà cité, Jésus proclame par ses paraboles). L'homme doit chercher le Royaume et sa Justice (Mt 6,33*), prier qu'il arrive (Mt 6,10*), se préparer à l'accueillir (Mt 24,44 et 25,1-46, les paraboles de la vigilance); mais Dieu seul admet au festin (§ 44 ) — Mt 8,11-12. Sur tout ceci, A. Feuillet, DBS < Royaume >, 65-66). Que ce soit donné n'implique pourtant pas que le don soit restreint à des bénéficiaires triés sur le volet, puisque Mt 8,11 annonce au contraire l'admission universelle des païens au banquet (Idem au § 282 *).
Notons encore que ce verbe est au parfait, indiquant un passé qui perdure — parce que ce Don relève du dessein éternel de Dieu sur le monde, dès avant sa création (Ep 1,4 ss), et par conséquent bien avant que puisse être mérité le Don, ou l'exclusion de ceux à qui « ce n'est pas donné ». Mais qu'est-ce qui est ainsi donné ou non?
de connaître: Bien que ce verbe ait dans la Bible un sens extrêmement foit (§ 110 ) — Mt 11,27*), ce n'est toutefois pas directement du sort éternel qu'il est question ici, comme la citation d'Isaï'e (v. 14-15*) risquerait de le faire imaginer.
les mystères du Royaume: La Royauté de Dieu, l'établissement de son Règne, toujours plus effectif jusqu'à constituer le Royaume annoncé par les Prophètes, est au coeur de la prédication de Jésus (§ 19 ) — Mt 3,2*). Et Il l'annonce comme tout proche: c'est le premier point du Kérygme* (§ 28 ) — Mt 4,17). C'est tellement central que pour saint Paul, c'est le Mystère (// Ep-Col).
L'expression « les mystères du Royaume » est fréquente dans les apocalypses ou les textes esséniens, pour désigner soit sa réalité profonde « au-dedans de nous » (§ 242 ) — Lc 17,21*) et « pas de ce monde » (Jn 18,36), soit sa présence du fait de l'Incarnation du Verbe (c'est le Mystère, au singulier, en Mc 4,11), soit l'aspect paradoxal, l'humilité, les résistances etc... dans l'établissement dudit Royaume par le Christ — dont la parabole précédente faisait précisément état (Mt: les mystères, au pluriel). C'est tellement un < mystère > qu'aujourd'hui encore, les exégètes oscillent entre les thèses également excessives de l'< escha-tologisme > (Jésus aurait présenté la manifestation glorieuse du Royaume comme toute proche), ou à l'inverse de l'< eschatologie réalisée > du seul fait de la présence même cachée du Christ (C.H. Dodd — Sur ce double Mirage, cf. J. car-mignac, p. 133-201 : et voilà 150 ans de théories < scientifiques > qui s'avèrent fondées sur le sable; cf. § 50 ) — Mt 5,3b*).
Mt 13,12 (et Mc 4,25, au § 130 ) — Cette sentence déconcertante se retrouve en conclusion de la parabole des talents (§ 306 *). Elle choque notre égalitarisme. Mais c'est tout simplement ce que vient de montrer la parabole du Semeur: à celui qui a de quoi nourrir la semence, surabondance à 30,60 et 100 pour un ! À « ceux du chemin, du roc ou des épines », la perte de la semence elle-même. Mais celle-ci leur avait donc été envoyée d'En Haut », à eux aussi ! La différence ne vient pas de la discrimination de Dieu, qui fait luire son soleil sur tout le monde (Mt 5,45), mais du genre de terrain que chacun de nous offre à la semence.
Mt 13,13-15 Mc 4,11-12 Lc 8,10 // Dt 29,3 Ps 69,24 Si 39,1-3 — Mc (et Lc plus encore, qui le suit) contracte doublement: v. 11 a = Mt 13,lia; v. llb = Mt 13,13a; v. 12 = Mt 13,13 et 14-15. Suivons surtout Mt:
C'est pourquoi: rattache l'explication qui va suivre au principe plus général donné aux v. 11-12: la grâce est donnée à tous, mais certains la perdent (par la faute du terrain). Et ce qui suit est donc une application, dans la même ligne, de ce principe au cas présent. La question du v. 10 était: « Pourquoi parler en paraboles? » — La réponse du v. 13 est: « Voilà pourquoi je... »
ils voient sans voir, entendent sans entendre ni comprendre : C'est le couple antithétique correspondant à « donné... pas donné » (v. 11), « avoir... enlevé » ; il se retrouve jusque dans la parabole, où le grain fructifie... se perd, « emporté par le Malin » dira Mt au v. 20 (le verbe n'est pas le même qu' « enlevé » ; mais les deux se rejoignent comme symbole et réalité). On le voit, parabole, question des disciples, explication, forment 3 anneaux d'une chaîne homogène...
Bien entendu, pour que l'antithèse ne soit pas pure contradiction, il faut que le second « voir ou entendre » ne soit pas le même que le premier: de fait, on passe des sensations extérieures à l'acte intérieur qui devrait s'ensuivre, comme l'indique le prolongement: «... sans entendre ni comprendre ». « Ils entendent (de leurs oreilles) de façon à ne pas comprendre », comme le prophétise plus expressément Isaïe. Celui-ci donne la cause de cette cécité ou surdité sprituelle: l'endurcissement du coeur, auquel Jésus s'était heurté dès ses premiers miracles (§ 45 ) — Mc 3,5*). Comme pour Pharaon lui-même (BC I*, p. 214-217), l'expression n'implique pourtant ni la négation de la liberté humaine (puisqu'au contraire, tout dépend des réactions du terrain), ni que le Christ ne veuille pas donner sa Lumière à tout le monde (cf. Rec. Cer-faux II, p. 5-15). Mais il n'en reste pas moins que, du seul fait que la Lumière luise, que la semence tombe en terre, que le Royaume soit là, le coeur de l'homme se révèle en s'ouvrant ou se fermant à la Lumière, à la Parole, au Règne. Par sa seule Présence, Jésus est « signe de contradiction » (§ 11 -Lc 2,34*), et provoque un < Jugement > tranchant — qui deviendrait définitif s'il l'on s'obstinait dans le refus contre lequel Dieu nous met en garde.
Irénée : Adv. Hoer. IV, 29,7 (SC 700, p. 767): Un seul et même Seigneur inflige l'aveuglement à ceux qui ne croient pas et le méprisent — comme le soleil, créé par lui, aveugle ceux qui ne peuvent contempler sa lumière à cause de l'infirmité de leurs yeux... L'Apôtre dit la même chose dans la seconde Épître aux Corinthiens (2Co 4,4) : « Dieu a aveuglé l'esprit de ceux qui ne croient pas »... et dans l'Épure aux Romains (1,28) : « Et comme ils n'ont pas jugé utile de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur intelligence pervertie... »!
Is 6,9-10, cité par Mt, et // Dt, Ps — Une telle catastrophe spirituelle n'est pas chimérique, hélas ! Moïse la dénonce déjà chez les Hébreux de l'Exode (// Dt 29,24), et c'est l'une des pires malédictions contre des ennemis (// Ps 69,24). Quant à Is 6,9-10, dans le texte hébreu, il y a un impératif, comme si le prophète recevait de Dieu cet ordre : « Appesantis (litt. < rend gras >) le coeur de ce peuple... » La Septante en fait une simple constatation (comme en Mt 13,15). Or n'est-ce pas symptomatique si non seulement Mt, et Mc et Lc, mais aussi Ac 28,26 choisissent unanimement la version adoucie des lxx? Il ne faut pas laisser soupçonner Dieu de provoquer cet endurcissement! Nous en avons au surplus, la confirmation, par le choix d'une conjonction:
pour que ou parce que : Là où Mc et Lc écrivent en effet : « Tout se fait en paraboles afin que... » Mt, lui, met: « parce que... » Dans le 1° cas, le but des paraboles est « qu'ils ne comprennent pas ». Dans le 2° cas, c'est au contraire l'aveuglement qui est la cause antécédente, exigeant de recourir aux paraboles. Dans le 1° cas, la volonté du Christ, le but qu'il se donne: aveugler; dans le 2° cas, la cause c'est nous. Les Évangélistes se contrediraient-ils ? Et Luc, chantre de la Miséricorde inépuisable de Dieu, soutiendrait-il ici cette abomination d'un Sauveur (de quelques-uns) qui voudrait la perte des autres ? — Sûrement pas puisque ce serait l'inverse de ce que dit non seulement tout l'Évangile, mais précisément le contexte immédiat de la Parabole du Semeur et son explication.
On peut d'abord supposer que, comme dans tout le reste de ce paragraphe, Mc et Lc plus encore contractent ce que Mt dit plus explicitement. Ainsi, Mc sous-entend la formule habituelle pour les citations de l’A.T. : afin que s'accomplisse la prophétie... (comparer Mc 4,12 à Mt 13,14). Nous restituons, entre crochets, ce sous-entendu. Dès lors, le but du Christ n'est plus « afin d'endurcir les coeurs » — ce qu'à Dieu ne plaise ! — mais bien qu'en accomplissant les prophéties, Il fasse passer par les étapes prévues le Dessein éternel du Père, jusqu'à ce qu'en Lui et par Lui, l'Amour de Dieu soit enfin par-fait (§ 24 -Mt 3,17*), en s'étendant progressivement à tous les hommes, Israël compris (Rm 11, dont la finale est une hymne à ces « voies incompréhensibles » de la Sagesse et de l'Amour divins).
Mais il y a aussi une question de langage, donc de forme d'esprit. Les Grecs (et secondairement les Latins, donc les Français de l'âge classique) construisent leurs phrases en articulant admirablement leurs différentes propositions les unes aux autres, suivant leur intelligence suprêmement analytique et logique, de telle sorte que, pour bien com-prendre une < période >v de Démosthène, Cicéron ou Bossuet, il suffit d'en faire < l'analyse logique >. À l'inverse, le style sémitique est raide, entier, absolu dans ce qu'il énonce, tandis que par contre les conjonctions aux articulations de la phrase sont d'une imprécision qui permet à leur auditeur de deviner les nuances qu'il convient d'apporter. Ainsi la signification profonde du < Ina > grec - - à fin que... - - serait tout aussi bien ici: « finalement »... ou « le résultat c'est que... » Nous essayons de garder ouverts en Lc 8,10b les deux sens, avec « de sorte que... ». Car cette conjonction a l'avantage de signifier soit le but à atteindre si le verbe est au subjonctif, soit le résultat obtenu si c'est l'indicatif. Et il se trouve que dans le cas présent, la forme de ces deux modes étant la même, donc indiscernable, « de sorte qu'ils ne voient ni ne comprennent » peut être lu dans un sens ou dans l'autre.
Or ce flottement de la conjonction est précieux, car il exprime au plus juste le Mystère proprement ineffable auquel Jésus essaie d'initier ses disciples. C'est le même que dans la parabole : les rapports entre le Don du Dieu Tout-Puissant, et la liberté humaine pourtant si réelle que la croissance et la multiplication du « Germe » en dépend < finalement >. C'est un Mystère aussi du fait que le savoir de Dieu est éternel, et que par là même il nous échappe à nous qui ne savons penser que sous le mode du temporel.
Dieu est-il cause de l'endurcissement (ce que nous imaginons comme le précédant), ou bien est-ce l'endurcissement qui oblige (comme après coup) Jésus à parler en paraboles ? — Nous l'avions déjà constaté dans le cas de la pécheresse de Lc 7,36-50 (qui précède tout juste Le Semeur: § 123 -124 et § 125 -126): il est vrai que l'Amour de Dieu pardonnant suscite en cette femme un plus grand amour, en même temps que ce plus grand amour permet le pardon. Dieu ou le Christ doit bien en tenir compte comme après coup ; mais Il le sait en réalité de toute éternité. C'est pourquoi d'ailleurs il peut l'annoncer par l'oracle d'Isaïe. Ce faisant, « Yahvé ne prétend pas nier la liberté des auditeurs d'Isaïe. Il annonce seulement que la résistance des habitants de Jérusalem et de Samarie à la prédication d'Isaïe est prévue » (J. Steinmann, cité par e. delebecque, Luc, p. 46). Et de même ici, tout en le sachant de par la vision éternelle de sa divinité, Jésus tente, avant, et même pendant, et jusqu'au dernier moment comme pour Judas (§ 338 ) — Mt 26,50*), de proposer sa Lumière, même sous forme tamisée pour la rendre plus assimilable.
De par la corrélation constitutive de toute connaissance entre la faculté de perception et son objet, nous ne pouvons en effet recevoir un message que dans la mesure où nous sommes sur la longueur d'ondes correspondante à celle de l'émission. « Pour entendre les paroles de Dieu, il faut être de Dieu... né de Dieu », dira Saint-Jean (8,47* et 1,12-13*). « La Sagesse est reconnue par ses enfants », nous a dit Luc (§ 108 ) — Lc 7,35*). Cette filiation dépend à lofais de Dieu et de nous; et ce qu'enseigne cette parabole est que le manque ne vient ni du semeur ni de la semence, mais du terrain...
Jésus ne parle donc pas en paraboles par ésotérisme volontaire, mais par nécessité d'adapter le degré de son initiation à la capacité de ses auditeurs (cf. le dernier paragraphe de notre Introduction Générale). Il doit donc l'employer également pour hausser l'esprit de Nicodème ou de la Samaritaine jusqu'au Mystère qu'il essaie de leur révéler (cf. § 78 ) — Jn 3,1-2 Chrysostome; § 81 ) — Jn 4, 7-9 et 25 Ratzinger et Chrysostome in fine).
Le logion* des paraboles obscures à la suite de celle des semailles n'est pas très généreux envers cette parabole du grain jeté à tout vent ni à l égard de la méthode des paraboles, ce merveilleux moyen pédagogique. Mais il constate le fait de l'aveuglement d'Israël et il a bien senti une des propriétés des paraboles : en livrant à tous le message, elles le livrent à chacun suivant sa réceptivité (A. George: DBS 1176) — finale de cet article).
C'est qu'ici, le Christ parle en fonction du drame précis qui est en train de se jouer entre les foules et Lui. Comme s'en plaindra saint Paul (1Co 3,1-3), elles ne pourraient « supporter la nourriture solide » ; il doit donc s'en tenir au « lait » des paraboles. Mais le fait décisif n'en est pas moins là, de par le Semeur, la Semence jetée en terre, le Royaume proposé; seulement, c'est sous une forme paradoxale, opposée à l'appétit des foules pour le spectaculaire. Accepteront-elles de lui faire confiance au-delà des apparences, d'accéder de la vue des miracles au don de leur foi? C'est donc bien « l'Heure du Jugement », Jugement éternel: « Dans la prédication du Christ, reçue sans être comprise, s'accomplit le Jugement divin annoncé au v. 12 » (marquerai: le Jugement... p. 421). Le jugement c'est — dès maintenant et chaque jour — de croire ou non en Lui (§ 149 ) — Jn 5,24*), de voir et d'entendre fructueusement ou non, d'avoir sans perdre, de recevoir le Don de Dieu, la Semence, la Parole, le Verbe incarné.
§ 128. Bienheureux... de voir: Mt 13,16-17; (Lc 10,23-24)
(Mt 13,16-17 Lc 10,23-24)
— Comme indiqué dans l'introduction au § 127 , ces deux versets viennent en contrepartie de Mt 13,13-15: après le Jugement de ceux qui, voyant et entendant n'ont pas compris, la Béatitude des yeux qui voient et comprennent (= les disciples, comme le souligne Lc, v. 23a). Mc ignore ce parallélisme ; Lc le tronque en rapportant cette Parole du Christ après le logion sur l'Évangile révélé aux simples, non aux savants — auquel ces deux versets s'ajustent en effet fort bien (§ 188 -189). Mais Le généralise (« les yeux ») ce qui en Mt s'adresse aux disciples (« vos yeux ») par opposition à la foule.
Mt 13,17; (Lc 10,24) // Tb 13,16 Is 52,15 1P 1,10-12 — Ceci montre que le § 128 et la parabole du Semeur elle-même visaient premièrement « cette génération »*. Même si ce n'est, hélas ! que pour ceux qui savent « voir et entendre », la longue attente de l’A.T. est donc finie. La Béatitude est ici au présent.
Prophètes et justes (Mt) : Tobie en est un exemple, dans son admirable cantique. Prophètes et rois (Lc) : plus en rapport avec le // Is 52,15, qui est l'introduction à la grande prophétie du Serviteur souffrant pour nos péchés (Is 53) : ce que le Mystère du Royaume a de plus inouï, et de plus difficile à accepter, dans la foi et l'espérance... Les Apôtres avaient conscience de ce privilège (// 1P). Comme le souligne Origène. (Sur Jn 10,sc \51, p. 56%), c' est encore plus grand de < voir et croire >* que de « croire sans avoir vu » (Jn 20,29) ; et ce n'est pas plus facile: à preuve les foules, qui « ont vu » sans aller jusqu'à l'engagement inconditionnel de la foi (cf. Foi / signes de crédibilité*).
§ 129. Explication du semeur: Mt 13,18-23; Mc 4,13-20; Lc 8,11-15
(Mt 13,18-23 Mc 4,13-20 Lc 8,11-15)
— Elle a été obscurcie à plaisir depuis la thèse de Julicher, posant comme un dogme intangible que la parabole n'a rien à voir avec l'allégorie, et que par conséquent, même si la parabole était de Jésus, l'explication allégorisante ne pouvait être que l'invention de l'Église des premiers temps, comme certains aspects du vocabulaire sembleraient le confirmer (voir la critique de ce dernier point en X. Léon-Dufour: Et. d'Ev. p. 286-287).
Mais une séparation si tranchée entre parabole et allégorie n'existe pas en milieu biblique. Il y avait même une espèce de fonds traditionnel des thèmes: « Lorsque Jésus les emploie, il faut d'abord les interpréter dans le même sens que l'A. T. et les rabbins. Le roi, le maître, le père représentent Dieu. Les fils, les serviteurs, la vigne, le troupeau: son peuple. Le tribunal, les comptes à rendre, la moisson: son jugement. La prison, les ténèbres, l'exclusion, le feu: les châtiments eschatologiques. Le festin, les noces: les temps messianiques. L'époux: le Messie... Ces images dont le sens est fixé une fois pour toutes introduisent donc dans les paraboles une multiplicité de traits figuratifs, et donc une tendance à l'allégorisme (A. George : DBS: < Parabole >, 1168).
En fait, J. pépin n'a pas de peine à montrer que ces paraboles évangéliques sont « d'authentiques allégories, au sens le plus classique du terme ; elles rassemblent en effet tous les éléments nécessaires et suffisants à la définition de l'expression allégorique, dans quelque civilisation qu'on la rencontre : existence d'un récit dont le sens apparent est médiocre, mais dissimule un enseignement de grand prix... Nécessité d'une initiation morale et intellectuelle pour dépasser la lettre du récit et parvenir à sa signification, etc. » (Mythe et allégorie, p. 256). Si les paraboles inventées à plaisir par le Christ pour notre édification se distinguent de l'allégorie au sens le plus strictement rhétorique de ce mot, c'est qu'au lieu de partir d'images conventionnelles, pour en faire un langage chiffré, où chaque réalité spirituelle est désignée sous le truchement de l'image appropriée — ce qui ne va pas sans une certaine sécheresse — le Christ tire parti du symbolisme naturel de la création. C'est moins précis (puisque la signification est polyvalente), mais d'autant plus riche de sens, et combien plus savoureux puisque tiré de la chair même de la réalité. Mieux que tout poète, Jésus savait ainsi mettre en valeur la portée spirituelle des moindres choses, puisque c'est Lui-même qui avait créé ce monde pour qu'il nous soit langage de Dieu (cf. Introduction aux § 125 -139).
Mt 13,18; Mc 4,13-14; Lc 8,11-12a — Mc dit bien que nous est livrée ici la méthode pour déchiffrer « Toutes les paraboles ». Tant pis pour Julicher! Mt, lui, rappelle que c'est la parabole du Semeur = de l'événement messianique, même si l'on y parle surtout de la Semence « Germe » et de son accueil par les différents terrains. Lc, et Mc au v. 14, nomment directement cette Semence comme « La Parole ». Ainsi employée à l'absolu, sans autre complément, celle-ci désigne, dans l'Église primitive, l'Évangile (J. Jérémias: Paraboles, p. 83).
// Is 55,10-11 — Cette célèbre < parabole > prophétique rappelle d'abord que, parmi les auditeurs du Christ, au moins les scribes habitués à « scruter les Écritures » (§ 150 ) — Jn 5,39*, cf. Si 39,1-3, en // au § 127 ), auraient dû se reconnaître dans la parabole parallèle du Semeur, de la Semence et du Fruit qu'on est en droit d'en attendre. Mais nous pouvons désormais y reconnaître la même annonce imagée de la venue du Christ, de son Incarnation à son Ascension.
Mt 13,19; Mc 4,15; Lc 8,12b — La parole du Règne (Mt): C'est le Kérygme*. Et ne la saisit pas : aux deux sens de « comprendre » (mis en valeur au § 127 ) et de « s'en saisir » en la faisant sienne, en s'y engageant. C'est pourquoi la Parole est dite semée dans le coeur. Cela fait alternative avec la suite : si vous ne la saisissez pas, le Malin la prend et l'emporte. C'est nous représenter le démon comme aux aguets, « cherchant qui dévorer » (1P 5,8) dès qu'il nous prend en défaut, comme un « Satan » (= un accusateur) qu'il est (Mc).
Mt 13,20-21 ; Mc 4,16-17; Lc 8,13 // Is 40,24 — Là encore, l'image est parlante. Mais il se produit une sorte de symbiose entre la Semence et ceux qui la reçoivent, même imparfaitement; car ce sont maintenant les auditeurs de la Parole qui sont eux-mêmes semés, la diversité des terrains étant celle des circonstances :
reçue, et même avec joie : Ce n'est pourtant pas encore suffisant, car foi et vertus doivent être < éprouvées > (BC I*, p. 242, urs von balthasar). Inconstant (Mt 13,21) prépare l'appel à la constance de Lc 8,15*. Pour produire son fruit, il faut aussi la durée, le temps de maturation.
la tribulation ou la persécution (Mt-Mc), le temps de l'épreuve (Lc) : Tribulation désigne les bouleversements et les affres des derniers temps (voir Table de pc ni, < Tribulation >) ; la persécution est celle que l'Église a connue dès les premières années; Y épreuve est un terme beaucoup plus général, substitué par Saint-Luc pour qu'il s'applique à la vie chrétienne plus ordinaire que celle des martyrs ou des témoins de la fin du monde: cela prépare sa prédication de l'endurance (Lc 8,15 — cf. L. Cerfaux: Fructifiez en supportant l'épreuve, dans RB 1957, p. 489-491).
Mt 13,22; Mc 4,18-19; Lc 8,14 // Jr 4,3 1Tm 6,9-10 — Les soucis du monde sont écartés par la confiance dans le Père des cieux qui sait (§ 67 ) — Mt 6,25-34*) l'attrait mensonger de la richesse, par la pauvreté « évangélique » (§ 50 ) — Mt 5,3* et passim). Mc ajoute: et les convoitises de toutes sortes...
Mt 13,23; Mc 4,20; Lc 8,15 // Si 6,18-19 — À l'écoute, répond le bon accueil (Mc-Lc), qui est de « saisir » (Mt — cf. v. 19*) en « comprenant » (v. 13), pour s'y engager, et mettre en pratique l'Évangile (§ 140 ) — Lc 8,21).
c'est précisément celui-là: insistance bien marquée, en grec, par la particule. «Celui qui comprend (ou saisit), commente J. Dupont, est précisément celui qui porte fruit. On reconnaît celui qui a compris au fruit qu'il porte » (dans BETL 29, p. 238). C'est parfaitement conforme à la finale du Sermon sur la Montagne (introd. aux § 72 -75*). Luc, lui, insiste davantage sur l'intériorisation: « dans un coeur noble et bon » (comme Mt 13,19, dans son coeur*).
cent, soixante, trente pour un (Mt). L'ordre ascendant de Mc rend mieux l'accent triomphal que, pour finir, prend la parabole, dissipant ainsi le triple échec antécédent. Le centuple évoque la promesse à qui laissera tout « à cause de moi et de l'Évangile » (§ 251 ) — Mc 10,30).
par l'endurance (Lc): implique non seulement la constance, mais qu'elle soit soutenue à travers l'épreuve (Lc 8,13*) — au sens de l'épreuve du désert (de l'Exode) et plus généralement de « toute épreuve capable de vérifier et d'affirmer la fidélité de l'homme religieux », dont Abraham est le type (L. Cerfaux : Fructifiez... p. 482 ss).

References: § 125

§ 125
 § 5
 § 10
 § 36
 § 127

§ 126

§ 127
 § 136
 § 155
 § 206
 § 282
 § 50
 § 130
 § 123
 § 125
 § 78
 § 81
in fine

§ 128
 § 127
 § 128

§ 129
 § 125
 § 127
 § 127
 § 72