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Timestamp: 2018-04-24 20:57:56+00:00

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HISTOIRE : Quand les élèves du « Vieux Likès » combattaient l'alcoolisme - Lycée et collège Le Likès - Quimper
HISTOIRE : Quand les élèves du « Vieux Likès » combattaient l’alcoolisme
A partir de 1901, les élèves du Pensionnat Sainte-Marie (Le Likès) sont sollicités pour combattre l’alcoolisme. Il vaut mieux prévenir que guérir !
Le bulletin des anciens qui, depuis 1901, contient une chronique du pensionnat, retrace les différentes étapes de cette lutte dans laquelle nos jeunes likésiens s’engagent avec le soutien des adultes : professeurs, médecins, avocats et même futur évêque.
Voici quelques articles parus entre 1901 et 1903.
yec’hed mat ! comme on dit chez nous.
Conférence antialcoolique à l’assemblée générale des anciens
Lors de l’Assemblé générale de l’Association amicale des anciens élèves du Pensionnat Sainte-Marie, le 16 mai 1901, M. le comte de Vincelles fait une conférence antialcoolique.
Une conférence ?.... antialcoolique par dessus le marché !.... J’avais craint de m’y ennuyer. Mais bien vite je suis rassuré par l’éloquence et le chaleureux entrain du Président de la Section de Quimper.
Quels émouvants tableaux il nous fait des ravages causés par l’alcoolisme. Et comme l’on sent que, dans cette âme d’apôtre, il y a un immense et puissant désir d’arracher sa Patrie aux étreintes mortelles de cet abominable fléau.
L’orateur a produit une très vive et, je l’espère, très salutaire impression. Sa parole est simple, sans apprêts d’aucune sorte, mais animée d’un souffle sublime : le souffle d’une conviction profonde, et d’un amour sans bornes pour sa chère France et sa Bretagne. C’est plutôt son cœur qui nous parle, aussi va-t-il droit à nos cœurs. J’ai compris maintenant que, pour être éloquent, il faut croire et il faut aimer.
Et puis, mes amis, n’avez-vous pas eu la même pensée que moi ? En voyant M. le Comte, véritablement beau quand il nous conjurait de travailler avec lui à refaire la force, la gloire et la prospérité de notre bien-aimée Patrie, je me disais, avec des larmes dans les yeux : que sont donc ces gens qui réclament le monopole du patriotisme ? Est-il vrai que ce soit contre des Français comme celui qui nous parle qu’il faut défendre notre France ?...
Dès ce jour, soyons des auxiliaires dévoués de cette élite d’hommes de bien qui ont entrepris de sauver le pays en luttant de toutes leurs forces contre l’envahissement de l’épidémie gangreneuse qui a nom alcoolisme. Ce sera, comme il nous l’a dit, la plus douce récompense de M. le comte de Vincelles, et la seule qu’il ambitionne.
Fondation de l’Association antialcoolique
Un ami vient nous voir, le 5 Novembre 1902, pour nous édifier : c’est M. le comte de Vincelles, l’apôtre si zélé de l’antialcoolisme dans notre région. Il s’agit d’une conférence avec projections. Elle est d’avance assurée du succès, car il est aussi agréable qu’utile d’entendre le sympathique conférencier. Sa figure jeune, son abandon, sa bonne humeur nous attirent, et sa voix ne nous effraie pas quoi qu’il dise...., car dans l’objet aimé, tout nous paraît aimable.
Mais cette fois M. le Comte a voulu que fussent plus durables les fruits de sa conférence. Et il a fondé parmi nous une Société antialcoolique. Bien que spéciale au Pensionnat, cette Société est affiliée à la Ligue française antialcoolique.
Il ne sera peut-être pas déplacé d’en donner ici les statuts :
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ANTIALCOOLIQUE
établie au Pensionnat Sainte-Marie.
Statuts de la Société antialcoolique 1
ARTICLE 1. - Il est créé à Quimper, Pensionnat Sainte-Marie, une section cadette de la Société française antialcoolique.
ART. 2. - Cette section ne comprend que des membres actifs.
ART. 3. - Pour être membre actif, il faut
1° avoir une bonne conduite ;
2° être âgé de 10 ans au moins ;
3° prendre l’engagement, pour une durée minimum d’un an, de s’abstenir, sauf prescription médicale, d’eau-de-vie, d’absinthe, de toute espèce de boissons fortes, et de ne faire qu’un usage modéré de vin, de bière et de cidre ;
4° s’engager à faire tout ce qui sera en son pouvoir pour recruter des sociétaires et travailler au progrès de l’œuvre.
ART. 4. - Les engagements sont pris publiquement, à la première séance qui suit la demande d’admission. Chaque récipiendaire prononce à haute et intelligible voix, devant tous les assistants, le texte de l’engagement et appose ensuite sa signature sur le registre de la Société.
ART. 5. - La cotisation est de un sou par mois.
ART. 6. - Sont considérés comme membres bienfaiteurs, et enregistrés comme tels, ceux qui par des dons contribuent à la prospérité de la section.
Statuts de la Société antialcoolique 2
ART. 7. - Les sommes provenant des dons et des cotisations sont employées, en outre des dépenses ordinaires de la section, à payer l’abonnement ou l’acquisition de brochures et autres publications contre l’alcoolisme.
ART. 8. - Les publications que la Société reçoit ou achète sont distribuées aux membres à tour de rôle pour être lues par eux, ou répandues par leurs soins, à titre de propagande, en dehors de la section.
ART. 9. - Un professeur a la direction générale de la section ; mais elle est administrée par son président, assisté d’un secrétaire et d’un trésorier.
ART. 10. - Le bureau a la responsabilité morale de la section. Il veille à ce que les engagements soient respectés et prend l’initiative des demandes de radiation quand ils ont été violés. Les associés eux-mêmes se doivent une mutuelle surveillance.
ART. 11. - La section se réunit en séance générale tous les mois, au jour le plus favorable. On y procède à la réception des nouveaux membres et une conférence y est faite par un militant de l’antialcoolisme.
ART. 12. - Le secrétaire tiendra la Société-mère au courant du développement de la section.
Il restait, à constituer le bureau : Président, Secrétaire, Trésorier.
Le 16 Novembre, les membres de la ligue se réunirent à cette fin dans la salle des fêtes du Pensionnat. J’emprunte au Secrétaire le compte-rendu de cette première séance :
Le cher Frère Sous-Directeur préside.
Après avoir exhorté les électeurs à ne considérer dans l’émission de leurs votes que le bien de leur Association, il fait procéder à l’élection.
Président : M. Jean Caër, de Pont-l’Abbé.
Secrétaire : M. Paul-Émile Guénault, de Morlaix.
Trésorier : M. Maurice Le Brun, de La Roche-Bernard (Morb.).
L’élection du Trésorier est particulièrement mouvementée. Un premier scrutin donne un même nombre de voix à MM. Maurice Le Brun et Théophile Chaplais.
La chaleur du milieu et la diversité des opinions ont échauffé quelque peu les têtes, le diapason des voix s’est sensiblement élevé : les uns veulent Le Brun, les autres réclament Chaplais. Tout à coup le Président fait cesser le tumulte : les partisans de Le Brun se rangent d’un côté de la salle, et de l’autre les partisans de Chaplais. Après dénombrement, M. Maurice Le Brun est proclamé Trésorier, et la séance est levée sans autre incident.
Le jeune Trésorier - bien choisi n’est-il pas vrai - me prie d’attirer l’attention de nos Anciens sur l’article 6 des statuts, qui les concerne très spécialement.
Conférence de M. le Docteur Renault
Avec quel plaisir et quel profit tous nous l’eussions écouté ! Mais les règles sont les règles, et M. le Docteur est venu le 1er Février 1903, pour la seule section antialcoolique. J’ai la bonne fortune d’y assister, au banc de la presse.
Le conférencier est simple, gai, très intéressant et très documenté. Il nous dit :
1° Comment on devient alcoolique. Les ivrognes peuvent n’être pas alcooliques - il ne s’agit point évidemment des ivrognes invétérés . Par contre, peuvent l’être, des gens qui ne sont jamais ivres. Il suffit, pour devenir alcoolique, d’absorber trop régulièrement de l’alcool. Mais diront les amis de l’alcool, les médecins le conseillent bien quelquefois aux malades ? Oui, mais pas aux alcooliques. D’ailleurs les contrepoisons peuvent être des poisons. La digitale est une excellente plante médicinale et pourtant, boit-on de la liqueur de digitale ?
2° Ce qui conduit à l’alcoolisme : goût dépravé, désœuvrement, prétendues nécessités du commerce, et même chagrins à noyer, car trop souvent on fait de l’alcool une morphine de douleurs.
3° Effets de l’alcool. Et c’est sur ce point surtout que M. le Docteur s’étend ; il parle en médecin et par conséquent d’expérience : maux de tête, troubles stomachiques, hallucinations, vertiges, congestions, épilepsie.... Voilà quelques intéressantes silhouettes du cortège de l’alcoolisme. Puis il précise, et envisage les ravages que cause l’alcool sur les différents systèmes de notre organisme.
Dans le cerveau, c’est l’affaiblissement de l’intelligence, 75/100 des cas de folie sont dus à l’alcoolisme de l’individu ou de ses ascendants.
Les oreilles entendent du bruit où il n’y en a pas, ce qui n’est pas subtilité mais affolement ;
l’odorat devient nul, le goût dépravé, et la sensibilité s’émousse jusqu’au point de cet homme qui, sur son lit de douleur, battait sa femme agonisante.
L’alcool agit sur la muqueuse digestive comme l’acide sulfurique sur la main, il le corrode et c’est la gastrite chronique, c’est la pituite... multicolore ; l’estomac ne fonctionnant pas, les intestins ne fonctionnent pas non plus ou fonctionnent mal ; les reins se granulent, la vessie s’ulcère et ne fonctionne qu’au prix d’intolérables souffrances ; le foie se gonfle comme une éponge qui s’imbibe on devient hydropique et il faut se faire vider, tous les mois, comme un tonneau ou bien il s’atrophie et se dessèche.
Le larynx irrité ne rend bientôt plus que des sons rauques, caverneux, les bronches sont attaquées et bientôt les poumons. L’asthme, la phtisie, la congestion pulmonaire n’ont souvent pas d’autre cause.
Pour montrer comme le zélé conférencier sait se mettre à notre portée, voici comment en trois mots il explique la phtisie alcoolique : l’estomac s’ulcère, on ne peut plus manger. Mais c’est un ouvrier, un homme de peine, il faut bien travailler... et l’on travaille sans manger... et l’on dépense des forces que l’on ne refait pas.
Seulement, comme pour travailler il faut au moins un semblant de forces, on se crée des forces factices, on s’excite en buvant. Et cela jusqu’à ce que l’on tombe enfin épuisé ou, comme l’on dit vulgairement, et très proprement, sinon très délicatement, « cuit ».
Le cœur grossit, devient graisseux, c’est un « cœur de veau » ; les artères, qui devraient être élastiques, deviennent dures et cassantes comme des tuyaux de pipe ; etc...
M. le Docteur nous fait ensuite remarquer que, chez l’alcoolique malade, la maladie est toujours plus grave et se complique généralement.
Et, pour nous le mieux faire comprendre, il cite le cas d’un bourg voisin de Quimper où, sur sept débitants, cinq sont mort dans l’année, entre 30 et 40 ans.
Faut-il ne pas boire ? Ce moyen serait radical, mais il ne faut pas y compter.
Le mieux serait, pour les habitués du petit verre, d’employer un moyen moins radical en apparence, mais pourtant très sûr comme serait, par exemple, à chaque fois qu’ils boivent un verre, d’y couler une goutte de cire, après avoir pris l’engagement d’honneur de boire toujours dans ce verre et de ne plus boire quand la cire l’aura rempli.
Ou bien encore de mêler chaque fois un peu d’ipéca à l’alcool que l’on boit. On en est vite dégoûté.
En prenant l’un ou l’autre des moyens ci-dessus, il est permis de désirer que l’État distribue les débits d’alcool comme les débits de tabac - sauf que le bénéfice ne devrait pas entrer dans ses caisses, mais dans celles des sociétés antialcooliques. Mais il ne serait pas sage d’attendre, pour se convertir, que nous en soyons à ce point.
M. le Docteur ne veut pas paraître intransigeant et il ne nous dit pas que l’eau sera pour nous la meilleure boisson.
Le vin soutient, et l’on en peut prendre modérément ; à plus forte raison peut-on boire sans trop de scrupules notre bon cidre de Bretagne.
Mais pas d’alcool, pas d’apéritifs surtout, ce sont des poisons.
Cependant, il nous est encore concédé sur ce point qu’aux grands anniversaires, après avoir bien mangé, l’on peut, à la rigueur, se permettre de prendre un petit verre de fine Champagne.
Conférence de M. l’abbé A. Cogneau
La section antialcoolique se réunit le 1er Mars 1903, à 6 heures, pour entendre une conférence de M. l’abbé A. Cogneau, directeur au Séminaire qui, en sa qualité d’ancien élève, s’intéresse à tout ce qui se fait de bien au Pensionnat.
Voir la conférence dans le portrait de Mgr Cogneau
Conférence de M. Charles de Kerangal, avocat
Il nous est désormais prouvé qu’un même sujet peut être traité cent fois, devant le même auditoire, sans le fatiguer. D’abord, chaque orateur a son charme spécial, et sa façon d’envisager et de traiter les questions.
Deux mois passés, nous avons reçu, gratuitement, une excellente et très pratique consultation médicale ; aujourd’hui, 5 Avril 1903, nous recevons, donnée avec la même générosité, une consultation juridique de haute valeur.
Déjà M. l’abbé Cogneau nous avait dit quel ferment de désordre était l’alcool dans la famille et la société, et M. le docteur Renault ses ravages dans l’individu, surtout dans la pauvre carcasse humaine.
M. de Kerangal nous montre, aujourd’hui, ses victimes sur la sellette où, bien que jeune encore, il les a déjà étudiées tant de fois. Combien de clients l’avocat tente de décharger en chargeant l’alcool ! C’est le bouc émissaire du tribunal, on l’écrase de tous les vilains pavés. Et l’on n’a que trop raison. Le proverbe veut qu’on ne prête qu’aux riches. Quel riche criminel que l’alcool ! Chaque jour, les gazettes nous coulent ses exploits, chaque jour, les cours de justice condamnent ses méfaits.
Conférence de M. Trémintin, avocat à Quimper
D’abord, il répond à quelques tenants de l’alcool qui disent : « J’ai connu tels et tels qui buvaient ferme et, cependant, ils ont vécu jusqu’à un âge très avancé. »
C’est possible, il y a des tempéraments très robustes et qui boivent de l’alcool sans en éprouver de mal apparent, à peu près comme ce Mithridate qui, à force d’absorber du poison, finit, dit on, par ne pouvoir plus s’empoisonner. Mais il n’est peut-être pas prudent de compter sur un tel résultat : 999 fois sur 1,000, ce n’est pas ce que produit l’alcool. Et d’ailleurs, est-il prouvé que, s’ils se fussent abstenus d’alcool, ces hommes n’eussent vécu davantage ?
Puis, ayant expliqué l’assimilation de l’alcool, qui pénètre directement dans le sang et le brûle, le conférencier parle de l’alcoolisme en Bretagne.
Que les Bretons seraient donc de braves gens s’ils ne buvaient pas ! Chose curieuse, chez nous, être sage est synonyme de ne pas boire. Si l’on demande à une femme : Votre mari est-il sage ? C’est une façon de lui demander : Est-il sobre ? D’où, le Breton qui est sobre est sage.
L’orateur expose ensuite l’œuvre néfaste de l’alcool dans la famille et dans la société. Je ne me hasarderai pas à le suivre sur ce terrain ; je serais captivé par les souvenirs comme je le fus par la parole et j’encourrais le reproche d’être trop long. Cependant, quelle intéressante série de tableaux, les uns comiques, les autres lamentablement tristes, quelques-uns tragiques, il fait défiler sous nos yeux.
L’histoire des deux vieux amoureux qui portaient aussi bien la toile l’un que l’autre et rentraient au logis chaque soir pleins de tendresse et d’alcool, nous a fait bien rire, du moins jusqu’au dénouement. Hélas ! L’homme s’éveille un matin et ne voit plus à ses côtés sa compagne ; il cherche et la trouve dans la ruelle du lit, morte et portant la trace des blessures qu’il lui a faites inconsciemment sous l’empire de l’ivresse.
Et la morale est écrite en lettres de feu au bas de chaque tableau : Défiez-vous du verre d’alcool ; le diable est au fond et peut-être le crime.
En terminant, le sympathique avocat nous dit que pour résister à la funeste passion de l’alcool comme à toutes les autres passions mauvaises, il faut être capable de vouloir. Et il nous montre, dans le Christianisme, la meilleure école de volonté.
Merci, cher Monsieur Trémintin, des excellents moments que vous nous avez fait passer et des excellents conseils que vous nous avez donnés. Vous eussiez voulu, disiez-vous, être marchand de bonheur comme feu A. Daudet pour nous en distribuer une large part à chacun.
Eh bien, nous savons que Dieu est le seul dépositaire authentique de cette denrée si rare, et c’est à lui que nous demandons pour vous, pour votre famille, et pour l’honorable famille, à laquelle vous avez depuis uni votre destinée, tout le bonheur qu’il est possible de goûter sur cette terre, et le bonheur éternel du ciel.
15 Décembre 1903 : Élection pour le renouvellement du Bureau de la section antialcoolique établie au Pensionnat. Le scrutin, que dépouillent les membres de l’ancien Bureau, donne les résultats suivants :
Président : Théophile Chaplais, de Châteaulin
Secrétaire : Jean Charuel, de Guingamp
Trésorier : Marc Quentel, de Trégunc.
D’unanimes acclamations saluent les nouveaux élus et leur prouvent qu’ils ont bien réellement l’estime et la confiance de tous.
Publié le : vendredi 30 novembre 2012

References: ART. 2

ART. 3

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ART. 5

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ART. 7

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ART. 10

ART. 11

ART. 12