Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/Dominique.htm
Timestamp: 2017-03-29 09:12:27+00:00

Document:
de Dominique DominiqueCommonwealth of Dominica
Population: 72 660 habitants (est. 2009)
Groupe majoritaire: créole (à base lexicale française)
Groupes minoritaires: créole (à base lexicale anglaise), anglais,
français Système politique: république de type présidentiel
et multipartiste
Articles constitutionnels (langue): art. 3, 8, 15 et 31 de la
Constitution du 3 novembre 1978
Lois linguistiques: Règlement de la Chambre (1990);
Loi sur la Banque nationale de commerce de la Dominique (1990);
Loi sur les banques (2005).
La Dominique (officiellement: Commonwealth of Dominica)
est un petit État insulaire des Petites Antilles d'une superficie de 751 km², soit 40
fois plus petit que la Belgique, situé entre la Guadeloupe au nord et la
Martinique au sud (voir la carte régionale). La
Dominique est divisée en 10 paroisses: Saint Andrew, Saint David, Saint George, Saint John, Saint Joseph,
Saint Luke, Saint Mark, Saint Patrick, Saint Paul et Saint Peter. La capitale
est roseau (24 000 habitants). Le nom de Dominica en espagnol a été donné par
Christophe Colomb qui découvrit l'île un dimanche en 1493. 2
En 2009, la population de la Dominique était estimée à
72 660 habitants. Elle comprend 86,8 % de Noirs, mais 8,9 % de Métis, 2,9 %
d'Amérindiens, 0,8 % de Blancs et 0,7 % d'autres races. Du point de vue
linguistique, on estime que 80 % des Dominiquais parlent le créole comme langue
maternelle. Appelé kwèyòl, il est à
base lexicale française et se rapproche beaucoup du créole martiniquais, ce qui s'expliquerait surtout par l'immigration que par l'occupation française, qui ne dura que quelques années. Il existe
aussi deux petite communautés créolophones à base anglaise (où la langue est appelée cocoy), habitant Marigot
et Wesley au nord-est du pays. Un certain nombre de Dominiquais (peut-être 10 %) résidant dans les centres urbains parlent
l'anglais comme langue maternelle.
On compte aussi une cinquantaine de francophones. Au plan géolinguistique, la Dominique est située à
quelque 30 km de distance de la Martinique et fait partie d'un ensemble de
quatre îles — Sainte-Lucie, Martinique, Dominique et Guadeloupe — représentent un bassin de population de plus d'un million d'habitants créolophones (à base française).
De façon générale, les locuteurs du créole sont en majorité des habitants des villages. Depuis les années cinquante, les parents dans les centres urbains, soucieux de voir leurs enfants s'exprimer en anglais, la langue officielle qui est perçue comme un moyen de mobilité sociale, ont découragé l'utilisation du créole. Afin d'illustrer ce que peut être le créole dominiquais
à base lexicale française, en voici quelques courts exemples:
5. Ba mon tibwen glo souplè.
6. Wela mon sa tapè yon lègliz?
5. Donnez-moi de l'eau, s'il vous plaît.
6. Où puis-je trouver une église?
Les Amérindiens survivants du pays (environ 3000
individus) ont perdu leur langue ancestrale depuis longtemps: le caraïbe ou caribe (famille
arawak) est considéré comme éteint. La plupart des Amérindiens vivent
dans une réserve de 3000 acres créée à leur intention en 1903. De plus en plus de Dominiquais ont l'anglais comme langue maternelle.
La majorité des Dominiquais est de religion catholique
(70 %), les autres sont adventistes (4,7 %), pentecôtiste (4,3 %), méthodistes
(4,2 %), baptistes (2,8 %), anglicans (0,7 %), etc. (13,3 %). 3 Données historiques
Christophe Colomb passa au large de l'île en 1493 et lui
donna le nom de Dominica (c'était un dimanche). Contrairement à d'autres îles
des Antilles, la Dominique n'intéressa que peu les Espagnols qui trouvèrent
son accès difficile (avec ses côtes déchiquetées surmontées de falaises) et
sans richesses minières. La petite population d'Amérindiens caraïbes n'y fut
pas inquiétée. Une petite colonie espagnole s'y implanta, mais vécut en
harmonie avec les Arawaks jusqu'au XVIIe siècle. Par la suite, Espagnols, Français et Anglais se disputèrent
la possession de la Dominique. Au siècle suivant, déjà installés à la Martinique et à la Guadeloupe,
s'implantèrent à la Dominique et y introduisirent la culture
du café. Ils importèrent des esclaves noirs pour combler la main-d'œuvre dont
ils avaient besoin. Mais les Britanniques s'approprièrent l'île de la
Dominique en 1759. Quelques années plus tard, le traité
de Paris de 1763 mettait fin à la guerre de Sept Ans et octroyait l'île aux
Britanniques. Ces derniers firent de la Dominique une île à sucre en y faisant venir des esclaves
africains; la culture du café périclita. Reprise deux fois par les Français,
l'île redevint définitivement britannique en 1814. La Dominique reçut en 1898 le statut de Colonie de la Couronne britannique.
Au XXe siècle, la Dominique devint le premier fournisseur de
bananes sur le marché britannique. Intégrée au sein de l'éphémère fédération des Antilles
britanniques en 1956, la Dominique se vit accorder le statut d'«État associé»
par le Royaume-Uni en 1967. Elle accéda à l'indépendance le 3 novembre 1978
tout en restant membre du Commonwealth. La Constitution de 1978 a instauré un
régime parlementaire: le premier ministre est le chef de l'État; l'Assemblée
compte 31 membres (dont 10 non élus). La Dominique est devenue membre de la
Francophonie en décembre 1979. En août précédent, le passage sur l'île du
cyclone David avait fait des milliers de sans-abri et entraîné une grave crise
économique et sociale. Après une période mouvementée (tentatives d'invasions
par des mercenaires, militants «rastafarian», coups d'État manqués, etc.),
la Dominique a retrouvé un certaine stabilité. Le tourisme et les services
financiers sont, depuis la fin des années quatre-vingt-dix, les principaux
moteurs de l’économie dominicaine.
La Dominique doit composer avec trois langues sur son
territoire: le créole, la langue de la
majorité des Dominiquais, l'anglais, la
langue officielle léguées par les derniers colonisateurs, puis le français,
la langue ayant servi de base lexicale au créole dominiquais et celle des îles
voisines que sont la Guadeloupe et la Martinique. 4.1 Les règles
La Constitution de 1978, au lendemain de l'indépendance,
ne traite que de l'anglais, et ce, de façon très ponctuelle. En effet,
les articles 3, 8 et 15 portent sur la détention et les tribunaux, alors que l'article 31 concerne l'élection à la Chambre des représentants ou au Sénat. L'article 3 de la
Constitution prévoit que quiconque est arrêté ou détenu doit être informé, aussitôt que possible, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention, ce qui suppose l'emploi du créole ou de l'anglais, voire du français:
Constitution suppose que, lorsqu'une personne est accusée d'un acte criminel,
elle sera informée dans une langue qu'elle comprend de la nature de
l'accusation portée contre elle, ce qui désigne implicitement le créole: Article 8 Conditions de la protection de la loi 1) Si quelqu'un est accusé d'une infraction pénale, alors, à moins que l'accusation ne soit retirée, il doit lui être accordé un procès équitable dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi. 2) Quiconque est accusé d'un acte criminel: a. doit être présumé innocent jusqu'à ce qu'il soit reconnu ou ait plaidé coupable ; b. doit être informé, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'il comprend et en détail, de la nature de l'accusation; [...]
L'alinéa f) du précédent article implique que, devant le juge qui parle
nécessairement l'anglais, on pourra avoir recours à un interprète sachant
parler le créole. Bref, la Constitution semble légitimer une forme d'usage du créole à l'oral.
Constitution reprend les dispositions des articles précédents:
a. Il doit, aussitôt qu'il est raisonnablement possible de le faire, et en tout cas pas plus de sept jours après le début de sa détention, lui être fourni par une déclaration écrite, dans une langue qu'il comprend précisant en détail les motifs pour lesquels il est détenu ; Quant à l'article 31, il oblige tout candidat à une élection législative à lire la langue anglaise avec un degré de compétence suffisant
pour lui permettre de prendre une participation active aux débats de la Chambre des représentants ou du Sénat:
Ce sont là les dispositions d'ordre linguistique les plus importantes dans toute la législation de la Dominique, car ce genre de disposition linguistique est rarissime dans ce pays. 4.2 L'anglais, la
À la Dominique, l'anglais reste la langue
de l'État. C'est la langue des activités parlementaires, de la rédaction et
de la promulgation des lois et des cours de justice. Ainsi, peut-on lire à l'article 8 des Règlement de la Chambre (1990) que les procédures et les débats de la Chambre doivent se dérouler en anglais:
Cependant, compte tenu que
les Dominiquais parlent généralement le créole comme langue maternelle, des
facilités sont accordés aux citoyens en créole dans les tribunaux; l'usage de
cette langue est tolérée, mais les documents écrits et la sentence doivent
être en anglais. Quant aux débats
parlementaires, le gouvernement pense à permettre bientôt l'usage du créole,
mais pour le moment seul l'anglais est autorisé.
Les services gouvernementaux sont tous
offerts en anglais, mais le créole est largement utilisé dans les
communications orales, tant par les fonctionnaires que par les citoyens.
L'affichage public est uniquement en anglais, mais un mouvement s'est formé
afin que le gouvernement de la Dominique accepte d'écrire les panneaux de
signalisation routière «en kweyol». 4.3 L'éducation
Le système d'éducation est régi par la Loi sur l’éducation
("Education Act")
de 1997, mais il n'y existe aucune disposition d'ordre linguistique. Il y a dans ce pays des écoles maternelles («pre-schools education»), toutes
privées et payantes. Ces écoles doivent exiger des frais aux élèves afin de
couvrir le salaires des enseignants. Dans de nombreux cas, les familles sont
incapables de payer ces frais et leurs enfants n'ont pas accès à l'enseignement
préscolaire. On compte des régions plus pauvres où il n'existe aucune école du genre.
Les écoles primaires sont gratuites, universelles et
obligatoires. La seule langue d'enseignement est l'anglais. Conformément à sa
promesse d'élection, le gouvernement a commencé, depuis 1997, à distribuer
gratuitement des livres dans les écoles primaires pour les matières
fondamentales telles que l'anglais et les mathématiques. Quelque 98 % des
enfants fréquentent l'école primaire à la Dominique, mais les faits semblent
démontrer que la qualité de l'enseignement peut varier beaucoup d'une école
à l'autre. Plus de 90 % des enseignants n'ont aucune formation universitaire.
Plus de 50 % des élèves accèdent au secondaire où
l'on enseigne les langues étrangères. Des expériences sont tentées actuellement pour que le
créole (kweyol) soit enseigné dans les établissements secondaires. La Dominique bénéficie de projets régionaux de la part du gouvernement français afin de favoriser l'enseignement du français au secondaire. Le gouvernement envisage d'imposer le français comme langue seconde obligatoire dans toutes les écoles du pays. Selon les statistiques de juin 2004, quelque 25 % des élèves dominiquais suivraient un enseignement en français langue seconde. Comme la Dominique n'a pas de programme national pour ses
écoles, on comprendra que ce sont les établissements d'enseignement eux-mêmes qui déterminent ce
qui doit être enseigné. En principe, tous essaient de se rapprocher des
exigences du Caribbean Examinations Council (auquel participent les gouvernement
des Anguilla, Antigua et Barbuda, Barbade, Belize, les îles Vierges
britanniques, les îles Cayman, la Dominique, la Grenade, Guyana, la Jamaïque,
Montserrat, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les- Grenadines,
Trinité-et-Tobago, les îles Turks-et-Caicos). Le programme d’études du primaire a été réexaminé récemment par l’Unité de développement du programme d’études (CDU). Les écoles ont été pourvues de guides du programme concernant l’enseignement de l’anglais, des mathématiques et des sciences en général. Des manuels de textes pour l’étude de l’anglais sont disponibles depuis septembre 1999. En ce qui concerne les autochtones caraïbes, les enseignants
de la communauté commencent à s'organiser pour intégrer l'histoire, la langue et la culture caraïbe dans le programme des cours officiel et
mieux contrôler l'éducation de leurs élèves. Enfin, les études universitaires se font exclusivement en
anglais. Les cours se donnent essentiellement par la University of the West
Indies (l'Université des Antilles) fondée en 1948. Il s'agit d'un
établissement autonome régional soutenu par 15 pays: Anguilla, Antigua et
Barbuda, le Bahamas, la Barbade, le Belize, des îles Vierges britanniques, les
îles Caïman, la Dominique, la Grenade, la Jamaïque, Montserrat, Kitts/Nevis,
Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, la république du Trinidad et
Tobago. L'Université compte trois campus principaux: à Mona en Jamaïque, Cave
Hill à la Barbade et St. Augustine à Trinidad. Il existe aussi à la Dominique
l'Institute for Tropical Marine Ecology.
On comprendra que, dans ces conditions, règne l'unilinguisme anglais dans les
4.4 Les médias et les affaires
Tous les médias écrits (The New Chronicle,
The Tropical Star, etc.) paraissent en anglais à la Dominique. La radio
et la télévision d'État diffuse également en anglais, de même que plusieurs
stations émettant des États-Unis et captées par des antennes. Cependant, le
créole est aussi très présent depuis plusieurs années. Des stations de radio
et de télévision transmettent de nombreux programmes en créole. Beaucoup de Dominiquais choisissent des fréquences guadeloupéennes et martiniquaises en français ou en créole. La télévision des DOM français, surtout RFO émettant en français, est facilement accessible. Dans le secteur des affaires bancaires, deux lois prévoient l'emploi de l'anglais de façon très ponctuelle. L'article 7 de la
Loi sur la Banque nationale de commerce de la Dominique (1990) précise qu'un document d'affaire doit doit être signé par l'emprunteur et attesté par deux témoins, si l'emprunteur peut lire et écrire l'anglais:
Tout document apportant une responsabilité en vertu de la présente loi doit être signé par l'emprunteur et attesté par deux témoins, si l'emprunteur peut lire et écrire l'anglais, et dans le cas d'un emprunteur qui ne pourrait ni lire ni écrire l'anglais, le document doit être indiqué par l'ajout de la signature de l'emprunteur concerné en présence de deux témoins ou d'un magistrat, d'un juge de paix ou d'un agent de police devant attester ledit document après avoir lu et avoir expliqué le contenu de celui-ci à l'emprunteur. Lorsqu'un emprunteur ne peut ni lire ni écrire l'anglais, le document doit être indiqué par l'ajout de la signature de l'emprunteur concerné en présence de deux témoins ou d'un magistrat, d'un juge de paix ou d'un agent de police devant attester ledit document après avoir lu et avoir expliqué le contenu de celui-ci à l'emprunteur. Par ailleurs, l'article 6 de la Loi sur les banques (2005) énonce qu'aucune institution financière autre que celles autorisées ne peut utiliser les mots «banque», «institution financière», «épargne» et «prêt» ou l'un de leurs dérivés ou une modification de ceux-ci dans une autre langue que l'anglais: Article 6
Pour le reste, il n'existe aucune loi de ce pays impliquant l'emploi de l'anglais ou de toute autre langue. La politique linguistique de la Dominique est relativement
simple. C'est une politique de non-intervention qui consiste à perpétuer les
pratiques en vigueur lors du colonialisme britannique. Les affaires publiques se
déroulent en anglais, mais le peuple continue de parler son créole local à base de français. Diverses
tentatives sont actuellement en cours afin de promouvoir l'usage du créole au
Parlement, dans l'enseignement et dans les médias. Pour le moment, les
réalisations tardent encore, mais les locuteurs du créole dominiquais
constituent la majorité linguistique dans le pays. S'il y tiennent vraiment,
ils peuvent faire ce qu'ils veulent à la condition de bousculer les forces de
l'inertie favorables à l'anglais. Néanmoins, on ne voit pas comment la
Dominique pourrait changer de cap à court terme. Dernière révision
Organización de los Estados Americanos, Washington, 1997,[http://www.cidh.oas.org/Default.htm].

References: art. 3
 l'article 31
 L'article 3
 l'article 31
 l'article 8
 L'article 7
 l'article 6