Source: http://jesusmarie.free.fr/3a_q69.htm
Timestamp: 2017-10-23 06:08:24+00:00

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Question 69 : Des effets du baptême
Nous devons ensuite nous occuper des effets du baptême. — A ce sujet dix questions se présentent : 1° Tous les péchés sont-ils effacés par le baptême ? (Cet article est une réfutation de tous les hérétiques qui ont nié la nécessité ou l’utilité du baptême, et principalement de Luther et de Calvin, qui ont prétendu que le baptême n’effaçait pas véritablement les péchés, mais qu’il les couvrait seulement ; ce que le concile de Trente a ainsi condamné (sess. 5, can. 5) : Si quis per Jesu Christi Domini nostri gratiam quae in baptismate confertur, reatum peccati originalis remitti negat, aut etiam asserit non tolli totum id quod veram et propriam rationem peccati habet, sed dicit tantum radi, aut non imputari, anathema sit.) — 2° Par le baptême l’homme est-il délivré de toute la peine due à ses péchés ? (In renatis, dit le concile de Trente, nihil odit Deus, quià nihil est damnationis iis qui verè consepulti sunt cum Christo per baptismum in mortem… ità ut nihil prorsùs eos ab ingressu cæli remoretur. Et le concile de Florence, après avoir dit qu’on ne doit point imposer d’œuvres satisfactoires à ceux qui sont baptisés, ajoute : Morientes, antequam culpam aliquam committant, statim ad regnum cælorum et Dei visionem perveniunt.) — 3° Le baptême enlève-t-il les peines de cette vie ? — 4° Le baptême confère-t-il à l’homme la grâce et les vertus ? (Il est de foi que le baptême confère la grâce sanctifiante avec les vertus infuses, puisque nous avons vu (quest. 62) que les sacrements de la loi nouvelle produisent la grâce ex opere operato.) — 5° Des effets des vertus que le baptême confère. — 6° Les petits enfants reçoivent-ils aussi dans le baptême les grâces et les vertus ? (Le concile de Trente a décidé que le baptême conférait à tout le monde sans exception la grâce et les vertus, et, par conséquent, aux enfants comme aux autres (sess. 7, can. 7) : Si quis dixerit non Dei gratiam per hujnsmodi sacramenta semper et omnibus, quantùm est ex parte Dei, etiamsi ritè ea suscipiant, sed aliquandò et aliquibus, anathema sit.) — 7° Le baptême ouvre-t-il à ceux qui sont baptisés la porte du royaume céleste ? (Cet article n’est qu’une conséquence de ce qui a été dit dans les deux premiers articles de cette question.) — 8° Le baptême produit-il un effet égal dans tous ceux qui sont baptisés ? — 9° La fiction empêche-t-elle l’effet du baptême ? (Par fiction on entend ici celui qui s’approche du sacrement de baptême sans la foi ou sans la pénitence, ou avec une certaine affection pour le péché. Ces dispositions mauvaises n’empêchent pas de recevoir le sacrement et son caractère, mais elles empêchent ses autres effets, qui sont la rémission des péchés et de la peine qu’ils ont méritée.) — 10° Quand la fiction n’existe plus le baptême produit-il son effet ? (Le sentiment exposé par saint Thomas dans cet article est le plus communément suivi par les théologiens.)
Article 1 : Tous les péchés sont-ils effacés par le baptême ?
Objection N°1. Il semble que tous les péchés ne soient pas effacés par le baptême. Car le baptême est une régénération spirituelle qui est diamétralement opposée à la génération charnelle. Or, l’homme ne contracte que le péché originel par cette génération. Le baptême n’efface donc que ce péché.
Réponse à l’objection N°1 : Comme le dit l’Apôtre (Rom., 5, 16) : Le péché d’Adam n’a pas autant de puissance que le don du Christ qu’on reçoit dans le baptême. Car nous avons été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. D’où saint Augustin dit (Lib. 1 de Bapt. parvul. seu de peccat. merit. remiss., chap. 15) que par la génération charnelle on ne contracte que le péché originel, tandis que par la régénération du Saint-Esprit on obtient non seulement la rémission du péché originel, mais encore des péchés volontaires.
Objection N°2. La pénitence est la cause suffisante de la rémission des péchés actuels. Or, avant le baptême la pénitence est requise dans les adultes, d’après ces paroles (Actes, 2, 38) : Faites pénitence et que chacun de vous soit baptisé. Le baptême n’opère donc rien pour la rémission des péchés actuels.
Réponse à l’objection N°2 : On ne peut obtenir la rémission d’aucun péché que par la vertu de la passion du Christ. D’où l’Apôtre dit (Héb., 9, 22) : Qu’il n’y a pas de péché remis sans qu’il y ait du sang répandu. Ainsi le mouvement de la volonté humaine qui existe dans celui qui est pénitent ne suffirait pas pour remettre la faute, si l’on n’avait la foi dans la passion du Christ et la volonté d’y participer, soit en recevant le baptême, soit en se soumettant aux clefs de l’Eglise. C’est pourquoi quand un adulte pénitent s’approche du baptême, il obtient la rémission de toutes ses fautes par suite du dessein qu’il a da recevoir ce sacrement ; mais il l’obtient plus parfaitement encore en le recevant réellement.
Objection N°3. Pour des maladies différentes il faut des remèdes différents ; parce que, comme le dit saint Jérôme (alius auctor, sup. illud Marc, chap. 9 : Hoc genus dæmoniorum), ce qui guérit le talon ne guérit pas l’œil. Or, le péché originel qui est effacé par le baptême est un autre genre de péché que le péché actuel. Tous les péchés ne sont donc pas remis par ce sacrement.
Réponse à l’objection N°3 : Cette raison est bonne pour des remèdes particuliers. Mais le baptême opère en vertu de la passion du Christ qui est le remède universel de tous les péchés. C’est pourquoi il efface tous les péchés.
Mais c’est le contraire. Le prophète dit (Ez., 36, 25) : Je répandrai sur vous de l’eau pure et vous serez purifiés de toutes vos souillures.
Conclusion Puisque tout péché appartient à la vie ancienne à laquelle l’homme meurt par le baptême, il est évident que ce sacrement les efface tous.
Il faut répondre que, comme le dit l’Apôtre (Rom., 6, 3) : Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort. Puis il conclut : Ainsi pensez- que vous êtes morts au péché et que vous vivez de la vie de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur. D’où il est évident que par le baptême l’homme meurt à la vie ancienne du péché et qu’il commence à vivre de la vie nouvelle de la grâce. Et comme tout péché appartient à cette vie ancienne, il s’ensuit que tout péché est effacé par le baptême.
Article 2 : L’homme est-il délivré par le baptême de toute la peine due au péché ?
Objection N°1. Il semble que le baptême ne délivre pas l’homme de toute la peine due au péché. Car l’Apôtre dit (Rom., 13, 1) : Les choses qui viennent de Dieu ont été mises dans leur ordre. Or, la faute n’est mise dans son ordre que par la peine, comme le dit saint Augustin (Retract., liv. 1, chap. 9, et De lib. arb., liv. 3, chap. 18). Le baptême n’efface donc pas la peine due aux péchés antérieurs.
Réponse à l’objection N°1 : La peine de la passion du Christ étant communiquée à celui qui est baptisé, selon qu’il devient membre du Christ, comme s’il l’avait lui-même endurée, il s’ensuit que ses péchés demeurent dans leur ordre par la peine (Cette peine acquitte largement la dette que nous pouvons avoir contractée par nos péchés.) de la passion du Christ elle-même.
Objection N°2. L’effet du sacrement a une ressemblance avec le sacrement lui-même ; parce que les sacrements de la loi nouvelle produisent ce qu’ils figurent, comme nous l’avons dit (quest. 62, art. 1, Réponse N°1). Or, l’ablution baptismale a de la ressemblance avec l’ablution qui efface une tache, tandis qu’elle ne paraît point en avoir avec la remise d’une peine que l’on a méritée. La peine que l’on mérite n’est donc pas effacée par le baptême.
Réponse à l’objection N°2 : L’eau ne purifie pas seulement, mais elle rafraîchit encore. Ainsi par sa fraîcheur elle indique que la peine est remise, comme par son ablution elle signifie que la faute est effacée.
Objection N°3. Du moment que la peine est remise, on ne mérite plus d’être puni et par conséquent il serait injuste qu’on le fût. Si donc le baptême remet la peine, il serait injuste de pendre après son baptême un brigand qui aurait commis un homicide auparavant ; et par conséquent ce sacrement enlèverait aux lois humaines leurs rigueurs, ce qui répugne. Le baptême ne remet donc pas la peine qu’on a méritée.
Réponse à l’objection N°3 : Dans les châtiments que la justice humaine inflige, on ne considère pas seulement de quelle peine le coupable est digne devant Dieu, mais encore à quoi il est tenu envers les hommes qui ont été blessés et scandalisés par la faute qu’il a commise. C’est pour ce motif que, quoique un homicide soit délivré par le baptême de la peine due à sa faute devant Dieu, néanmoins il reste encore obligé envers les hommes, et il est juste qu’il les édifie par sa peine, comme il les a scandalisés par son crime. Cependant le prince pourrait, par piété, faire grâce à ceux qui sont dans ce cas.
Mais c’est le contraire. Saint Ambroise dit (alius auctor super illud Rom., chap. 11 : Sine pænitentiâ sunt dona et vocatio Dei) : La grâce de Dieu pardonne tout gratuitement dans le baptême.
Conclusion Puisque le baptême communique aux hommes le mérite de la passion du Christ, comme s’ils eussent souffert et qu’ils fussent morts, il s’ensuit qu’il les délivre de toute la peine due à leurs péchés.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. 68, art. 5 dans le corps de l’article et Réponse N°1), par le baptême on est incorporé à la passion et à la mort du Christ, d’après ces paroles (Rom., 6, 8) : Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. D’où il est évident que la passion du Christ est communiquée à tous ceux qui sont baptisés à titre de remède, comme s’ils avaient souffert, et qu’ils fussent morts eux-mêmes. — La passion du Christ, comme nous l’avons dit (quest. 68, art. 5), étant une satisfaction suffisante pour tous les péchés de tous les hommes, il s’ensuit que celui qui est baptisé est délivré de toute la peine qu’il avait méritée pour ses péchés, comme s’il eût lui-même suffisamment satisfait pour toutes ses fautes.
Article 3 : Le baptême doit-il enlever les peines de cette vie ?
Objection N°1. Il semble que le baptême doive détruire les peines de cette vie. Car, comme le dit saint Paul (Rom., chap. 5), le don du Christ est plus puissant que le péché d’Adam. Or, par le péché d’Adam la mort est entrée en ce monde, d’après ce même apôtre, et, par conséquent, avec elle toutes les autres peines de la vie présente. A plus forte raison, par le don du Christ, que l’on reçoit dans le baptême, l’homme doit-il être délivré de ces peines.
Réponse à l’objection N°1 : Comme le dit la glose (Pet. Lombard., Rom., chap. 6, super illud : Ut ultrà non serviamus peccato), quand on prend un ennemi redoutable, on ne le fait pas périr immédiatement, mais on le laisse vivre quelque temps dans la honte et la douleur ; de même le Christ a d’abord enchaîné la peine, et il la détruira ensuite dans le siècle futur.
Objection N°2. Le baptême efface le péché originel et le péché actuel, comme nous l’avons dit (art. 1). Or, il efface le péché actuel de manière à délivrer de toute la peine qu’il mérite. Il délivre donc aussi des misères de la vie présente, qui sont la peine du péché originel.
Réponse à l’objection N°2 : Comme le dit la glose (ord. sup. illud : Homo noster crucifixus), il y a pour le péché deux sortes de peines, la peine éternelle et la peine temporelle. Le Christ a complètement effacé la peine éternelle, de telle sorte que ceux qui sont baptisés et véritablement pénitents ne la ressentent pas. Mais pour la peine temporelle il ne l’a pas encore absolument détruite ; car la faim, la soif et la mort subsistent. Cependant il a renversé son royaume et sa domination, de manière que l’homme ne la redoute pas, et il l’exterminera enfin complètement dans les derniers temps.
Objection N°3. En étant la cause, on ôte les effets. Or, la cause de ces misères, c’est le péché originel, qui est effacé parle baptême. Elles ne doivent donc plus subsister, une fois que le péché originel est effacé.
Réponse à l’objection N°3 : Comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 81, art. 1), le péché originel s’est répandu de manière que la personne a souillé d’abord la nature et qu’ensuite la nature a souillé la personne. Mais le Christ intervertissant cet ordre répare d’abord ce qui appartient à la personne, et ensuite il réparera simultanément dans tout le monde ce qui appartient à la nature. C’est pourquoi le baptême délivre immédiatement l’homme de la faute du péché originel et de la peine de la privation de la vue de l’essence divine, qui se rapportent à la personne, au lieu que les misères de la vie présente, comme la mort, la faim, la soif et les autres peines semblables, se rapportent à la nature dont les principes les produisent, selon qu’elle a été privée de la justice originelle. C’est pourquoi ces défauts ne seront détruits que dans la réparation dernière de la nature par la résurrection glorieuse.
Mais c’est le contraire. Sur ces paroles (Rom., chap. 6) : Destruatur corpus peccati, la glose dit (ord. Aug., Lib. 1 de peccat. merit, et rem., chap. ult.) : Le baptême fait que le vieil homme est crucifié et le corps du péché détruit, non de telle manière que la concupiscence de la chair, qui était en lui pendant qu’il vivait et qui lui était innée, se trouve absolument détruite et n’existe plus, mais de telle sorte que cette concupiscence qui était en nous à notre naissance ne nous nuise pas à notre mort. Pour la même raison, les autres peines ne sont donc pas détruites par le baptême.
Conclusion Quoique le baptême ait la vertu d’enlever les peines de la vie présente, cependant il ne les détruit pas avant la résurrection, de manière que les membres incorporés au Christ soient semblables leur chef, et qu’ils remportent la victoire dans le combat spirituel, et qu’on ne s’approche pas du baptême en vue des avantages de la vie présente, mais plutôt pour les avantages de la vie future.
Il faut répondre que le baptême a la puissance de détruire les misères de la vie présente ; cependant il ne les détruit pas ici-bas, mais par sa vertu il en délivrera les justes à la résurrection quand le corps mortel se revêtira d’immortalité, selon l’expression de l’Apôtre (1 Cor., 15, 53). Et c’est avec raison qu’il en est ainsi : 1° parce que par le baptême l’homme est incorporé au Christ et devient un de ses membres, comme nous l’avons dit (art. préc.). C’est pourquoi il est convenable que ce qui s’est passé dans le chef se passe aussi dans les membres qui lui ont été incorporés. Or, le Christ a été plein de grâce et de vérité, dès le commencement de sa conception. Néanmoins il a eu un corps passible, qui, après sa passion et sa mort, est ressuscité pour la vie glorieuse. De là il résulte que le chrétien obtient la grâce dans le baptême, quant à l’âme, et qu’il a cependant un corps passible, dans lequel il peut souffrir pour le Christ, mais ce corps ressuscitera ensuite pour une vie immortelle. D’où l’Apôtre dit (Rom., 8, 11) : Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts vivifiera vos corps mortels, à cause de son esprit qui habite en vous. Et plus loin (8, 17) : Nous sommes les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui. 2° C’est convenable pour l’exercice de la vie spirituelle, c’est-à-dire afin que l’homme combattant contre la concupiscence et les autres misères, il reçoive la couronne de la victoire (Ces peines deviennent ainsi une occasion de mérite ; elles sont un préservatif contre les fautes dans lesquelles nous pourrions tomber, et elles font naître en nous des vertus que nous ne connaîtrions pas, si nous n’avions pas à lutter contre la souffrance.). Ainsi, sur ces paroles (Rom., 6, 6) : Afin que le corps du péché soit détruit, la glose dit (Aug., Lib. 1 de peccat. merit. et remiss., chap. ult.) : Si l’homme vit après avoir été baptisé, il a dans sa chair la concupiscence, contre laquelle il combat, et il la surmonte avec le secours de Dieu. C’est ce que figurent ces paroles (Juges, 3, 1) : Voici les peuples que le Seigneur a laissé vivre, pour servir d’exercice et d’instruction aux Israélites, afin que leurs enfants apprissent après eux à combattre leurs ennemis, et qu’ils s’accoutumassent à ces sortes de combats. 3° Cela a été convenable dans la crainte que les hommes s’approchassent du baptême pour être délivrés des misères de la vie présente, et non pour obtenir la gloire de la vie éternelle. C’est ce qui fait dire à saint Paul (1 Cor., 15, 19) : Si nous n’avons d’espérance dans le Christ que pour cette vie, nous sommes les plus misérables des hommes.
Article 4 : Le baptême confère-t-il à l’homme la grâce et les vertus ?
Objection N°1. Il semble que le baptême ne confère pas à l’homme la grâce et les vertus. Car, comme nous l’avons dit (art. 2, Objection N°2), les sacrements de la loi nouvelle font ce qu’ils figurent. Or, l’ablution du baptême signifie que l’âme est purifiée de ses fautes et non qu’elle est revêtue de la grâce et des vertus. Il semble donc que le baptême ne confère pas à l’homme la grâce et les vertus.
Réponse à l’objection N°1 : Comme l’eau du baptême signifie la purification de la faute par son ablution, et la délivrance de la peine par son rafraîchissement ; de même elle signifie la splendeur de la grâce et des vertus par sa clarté naturelle.
Objection N°2. Ce que l’on possède, on n’a pas besoin de le recevoir de nouveau. Or, il v en a qui s’approchent du baptême et qui ont déjà la grâce et les vertus. Ainsi il est dit (Actes, 10, 1) : Il y avait à Césarée un homme appelé Corneille, qui était centenier d’une cohorte qu’on appelait l’italienne. C’était un homme religieux et craignant Dieu. Néanmoins il fut ensuite baptisé par saint Pierre. La grâce et les vertus ne sont donc pas conférées par le baptême.
Réponse à l’objection N°2 : Comme nous l’avons dit (quest. 68, art. 3), on obtient la rémission de ses péchés avant le baptême, selon qu’on a la volonté implicite ou explicite de recevoir ce sacrement. Cependant, quand on le reçoit réellement, la rémission est plus complète quant à la délivrance de la peine entière. Ainsi avant leur baptême, Corneille et ceux qui lui ressemblaient ont obtenu la grâce et les vertus par la foi du Christ et le désir du baptême qu’ils avaient implicitement ou explicitement ; mais en recevant ce sacrement ils ont eu une plus grande abondance de grâce et de vertus. C’est pourquoi sur ces paroles (Ps. 22, 2) : Il m’a amené près d’une eau fortifiante, la glose dit (interl. et ord. implic.) : Il nous a fortifiés dans le baptême par un accroissement de vertu et de bonnes œuvres.
Objection N°3. La vertu est une habitude qui par son essence est une qualité qui change difficilement, par laquelle on agit d’une manière facile et agréable. Or, après le baptême il reste dans l’homme le penchant au mal par lequel la vertu est détruite, et qui rend difficile le bien qui est l’acte de la vertu. L’homme n’obtient donc pas la grâce et les vertus par le baptême.
Réponse à l’objection N°3 : On trouve dans ceux qui sont baptisés de la difficulté pour le bien et du penchant pour le mal, non parce qu’ils manquent de l’habitude des vertus, mais à cause de la concupiscence qui n’est pas détruite dans le baptême. Toutefois comme le baptême affaiblit cette passion pour l’empêcher de dominer ; de même il affaiblit ces deux dispositions mauvaises, dans la crainte qu’elles ne triomphent de l’homme.
Mais c’est le contraire. Saint Paul dit (Tite, 3, 5) : Il nous a sauvés par l’eau de la régénération, c’est-à-dire par le baptême, et par le renouvellement de l’Esprit-Saint qu’il a répandu sur nous abondamment ; c’est-à-dire pour la rémission des péchés et l’abondance des vertus, comme le dit la glose (interl.). On reçoit donc dans le baptême la grâce de l’Esprit-Saint et l’abondance des vertus.
Conclusion Puisque les hommes sont incorporés au Christ par le baptême, ils obtiennent, en recevant ce sacrement, non seulement la grâce, mais encore les vertus.
Il faut répondre que, comme le dit saint Augustin (Lib. 1 de bapt. parvul. seu de peccator. merit. et remiss., chap. 26), le baptême a la puissance d’incorporer au Christ ceux qui le reçoivent comme ses membres. Or, la plénitude de la grâce et de la vertu découle du Christ, qui est le chef, sur tous ses membres, d’après ces paroles (Jean, 1, 16) : Nous avons tous reçu de sa plénitude. D’où il est évident que par le baptême on acquiert la grâce et les vertus.
Article 5 : Est-il convenable d’attribuer au baptême certains actes de vertus ?
Objection N°1. Il semble qu’on attribue à tort au baptême, comme ses effets, certains actes de vertus, tels que l’incorporation au Christ, l’illumination et la fécondité. Car on ne donne le baptême à un adulte qu’autant qu’il a la foi, d’après ces paroles (Marc, 24, 16) : Celui qui aura cru et qui sera baptisé sera sauvé. Or, on est incorporé au Christ par la foi, suivant la pensée de saint Paul qui dit (Eph., 3, 17) : que le Christ habite dans nos cœurs par la foi. On n’est donc baptisé qu’autant qu’on est déjà incorporé au Christ, et par conséquent cette incorporation n’est pas un effet du baptême.
Réponse à l’objection N°1 : Les adultes qui croient d’abord dans le Christ lui sont incorporés par la pensée ; mais ensuite une fois qu’ils sont baptisés ils lui sont incorporés pour ainsi dire corporellement, c’est-à-dire par le sacrement visible, et s’ils n’avaient pas eu l’intention de le recevoir, ils n’auraient pas pu lui être incorporés mentalement.
Objection N°2. L’illumination est produite par l’enseignement, d’après saint Paul qui dit (Eph., 3, 8) : Moi qui suis le plus petit d’entre tous les saints, j’ai reçu la grâce d’illuminer tous les hommes. Or, l’enseignement qui consiste dans le catéchisme précède le baptême. Il n’en est donc pas l’effet.
Réponse à l’objection N°2 : Le docteur éclaire extérieurement par son ministère en catéchisant ; tandis que Dieu éclaire intérieurement ceux qui ont été baptisés en préparant leurs cœurs à recevoir la doctrine de vérité, d’après ces paroles (Jean, 6, 45) : Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu.
Objection N°3. La fécondité appartient à la génération active. Or, on est régénéré spirituellement par le baptême. La fécondité n’est donc pas un effet de ce sacrement.
Réponse à l’objection N°3 : On met parmi les effets du baptême la fécondité par laquelle on produit les bonnes œuvres, mais non la fécondité par laquelle on engendre d’autres hommes dans le Christ, selon cette expression de saint Paul (1 Cor., 4,1 5) : Je vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile.
Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (loc. cit., art. préc.) que le baptême a la vertu d’incorporer au Christ ceux qui le reçoivent. Saint Denis (De eccles. hier., chap. 2) attribue l’illumination à ce sacrement ; et sur ces paroles (Ps. 2, 2) : Près d’une eau fortifiante, la glose ajoute (interl.) que l’âme que le péché a rendue aride et stérile devient féconde par le baptême.
Conclusion Puisque les hommes sont incorporés au Christ par le baptême, il est évident que ceux qui sont baptisés reçoivent du Christ, leur chef, un sentiment spirituel et un mouvement ; l’un quand ils sont éclairés à l’égard de la connaissance de la vérité, et l’autre quand ils sont enrichis par l’infusion de la grâce de la fécondité des bonnes œuvres.
Il faut répondre que par le baptême on est régénéré à la vie spirituelle, qui est produite par la foi du Christ, selon ces paroles de l’Apôtre (Gal., 2, 20) : Si je vis maintenant dans la chair, j’y vis en la foi du Fils de Dieu. Or, la vie n’appartient qu’aux membres qui sont unis au chef dont ils reçoivent le sentiment et le mouvement. Et c’est pour cela qu’il est nécessaire que par le baptême on soit incorporé au Christ, comme un de ses membres. — Mais comme dans l’ordre naturel la tête communique aux membres le sentiment et le mouvement, de même c’est du chef spirituel, qui est le Christ, que découle sur ses membres le sentiment spirituel qui consiste dans la connaissance de la vérité et le mouvement spirituel qui est produit par l’action de la grâce. D’où il est dit (Jean, 1, 14) : Nous l’avons vu plein de grâce et de vérité. C’est pourquoi il s’ensuit que ceux qui sont baptisés sont éclairés par le Christ à l’égard de la connaissance de la vérité, et fécondés par lui de la fécondité des bonnes œuvres par l’infusion de la grâce (C’est pour ce motif que parmi les effets du baptême on met l’incorporation, par laquelle nous sommes incorporés au Christ comme ses membres ; l’illumination, qui est l’effet de la foi dans l’intelligence ; la fécondation, qui nous fait multiplier les bonnes œuvres.).
Article 6 : Les enfants reçoivent-ils la grâce et les vertus dans le baptême ?
Objection N°1. Il semble que les enfants ne reçoivent pas dans le baptême la grâce et les vertus. Car on n’a pas la grâce et les vertus sans la foi et la charité. Or, la foi, comme le dit saint Augustin (De Prœd., chap. 5), consiste dans la volonté de ceux qui croient ; de même la charité consiste aussi dans la volonté de ceux qui aiment. Les enfants n’ayant pas l’usage de cette faculté, il s’ensuit qu’ils n’ont ni la foi, ni la charité. Ils ne reçoivent donc ni la grâce, ni les vertus dans le baptême.
Réponse à l’objection N°1 : La foi et la charité consistent dans la volonté des hommes, mais de telle sorte que les habitudes de ces vertus, aussi bien que celles des autres, requièrent la puissance de la volonté qui existe dans les enfants ; au lieu que les actes des vertus demandent l’acte de cette faculté, ce qui n’existe pas en eux. C’est ce qui fait dire à saint Augustin (loc. cit.) que le sacrement de la foi, c’est-à-dire celui qui produit l’habitude de la foi, fait un fidèle d’un petit enfant, quoiqu’il n’ait pas encore la foi qui consiste dans l’acte de la volonté de ceux qui croient.
Objection N°2. Sur ces paroles (Jean, chap. 14, Majora horum faciet), saint Augustin dit (Tract. 72 in Joan.) : Que pour faire d’un impie un juste le Christ opère en lui, mais non sans lui. Or, l’enfant, quand il n’a pas l’usage du libre arbitre, ne coopère pas avec le Christ pour sa justification, et même quelquefois il résiste de tout son pouvoir. Il n’est donc pas justifié par la grâce et les vertus.
Réponse à l’objection N°2 : Comme le dit saint Augustin (Lib. de char., tract. 3, sup. Epist. 1 Joan.), on ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint qu’autant qu’on le veut ; ce qui ne doit pas s’entendre des petits enfants, mais des adultes. C’est aussi des adultes que l’on parle, quand on dit que le Christ ne justifie pas l’homme sans lui. Quant aux enfants que l’on baptise, s’ils s’y opposent de toutes leurs forces, on ne le leur impute pas ; parce qu’ils ignorent tellement ce qu’ils font qu’ils ne semblent pas agir, selon la pensée du même docteur (Lib. de præsc. Dei ad Dardan., ep. 287).
Objection N°3. Saint Paul dit (Rom., 4, 5) : Lorsqu’un homme, sans faire des œuvres, croit en celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice, suivant le décret de la grâce de Dieu. Or, l’enfant ne croit pas en celui qui justifie l’impie. Il n’obtient donc ni la grâce sanctifiante, ni les vertus.
Réponse à l’objection N°3 : Comme le dit encore saint Augustin (Serm. 10 de verb. apost., chap. 2) : L’Eglise, comme une bonne mère, prête aux petits enfants les pieds des autres pour marcher, le cœur des autres pour croire, la langue des autres pour confesser le Christ. Ainsi les enfants ne croient pas par leur acte propre, mais par la foi de l’Eglise qui leur est communiquée, et c’est en vertu de cette foi que la grâce et les vertus leur sont conférées.
Objection N°4. Ce que l’on fait avec une intention charnelle ne paraît pas produire un effet spirituel. Or, quelquefois les enfants sont présentés au baptême avec une intention charnelle ; par exemple, on le fait pour qu’ils soient guéris corporellement. Ils n’obtiennent donc pas l’effet spirituel de la grâce et des vertus.
Réponse à l’objection N°4 : L’intention charnelle de ceux qui présentent des enfants au baptême ne leur nuit pas ; comme la faute de l’un ne nuit pas à l’autre, s’il n’y consent. D’où saint Augustin dit (Epist. 98 ad Bonifac.) : Ne soyez pas inquiet, s’il y en a qui présentent leurs enfants au baptême, non dans un sentiment de foi, en vue de les faire régénérer pour la vie éternelle par une opération toute spirituelle de la grâce, mais uniquement parce qu’ils regardent ce sacrement comme un moyen de rendre la santé à leurs enfants ou de la leur conserver. Car les enfants n’en sont pas moins régénérés, bien que ce ne soit pas dans cette intention qu’on les ait présentés au baptême.
Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (Ench., chap. 52) : Les enfants meurent en renaissant au péché qu’ils ont contracté en naissant, et par conséquent c’est à eux que se rapportent ces paroles : Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir au péché. Aussi l’Apôtre ajoute : Afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une vie nouvelle. Or, cette vie nouvelle est produite par la grâce et les vertus. Les enfants reçoivent donc dans le baptême la grâce et les vertus.
Conclusion Puisque les enfants deviennent les membres du Christ dans le baptême, il s’ensuit qu’ils reçoivent du Christ, leur chef, non seulement son caractère, mais encore l’influence de la grâce et de la vertu.
Il faut répondre qu’il y a des auteurs anciens qui ont supposé que les enfants ne recevaient pas dans le baptême la grâce et les vertus ; mais que ce sacrement leur imprimait le caractère du Christ, en vertu duquel, quand ils sont arrivés à l’âge mûr, ils obtiennent la grâce et les vertus. Or, il est évident que ce sentiment est faux pour une double raison : 1° Parce que les enfants, comme les adultes, deviennent les membres du Christ dans le baptême ; par conséquent, il est nécessaire qu’ils participent à l’influence de la grâce et de la vertu qui découle de leur chef. 2° Parce que, d’après ce sentiment, les enfants qui meurent après avoir reçu le baptême ne parviendraient pas à la vie éternelle ; puisque, selon l’expression de l’Apôtre (Rom., 6, 23), la grâce de Dieu est la vie éternelle. Il n’aurait donc pas été utile pour leur salut qu’ils fussent baptisés (Absit, dit le pape Innocent III, ut universi parvuli pereant, quorum quotidiè tanta multitudo moritur : quin et ipsis misericors Deus, qui neminem vult perire, aliquod remedium procuraverit ad salutem. Extrav. de bapt. et ejus effect., chap. Majores.). — Ce qui a été la cause de cette erreur, c’est qu’ils n’ont pas su distinguer entre l’habitude et l’acte. Comme ils ont vu que les enfants étaient incapables de produire des actes de vertus, ils ont cru qu’ils ne possédaient la vertu d’aucune manière après leur baptême. Mais cette impuissance d’action n’existe pas dans les enfants parce qu’ils manquent des habitudes nécessaires, elle résulte seulement d’un empêchement corporel. C’est ainsi que ceux qui dorment, quoiqu’ils aient les habitudes des vertus, sont cependant empêchés par le sommeil d’en produire les actes.
Article 7 : Le baptême a-t-il pour effet d’ouvrir la porte du royaume céleste ?
Objection N°1. Il semble que le baptême n’ait pas pour effet d’ouvrir la porte du royaume céleste. Car on n’a pas besoin d’ouvrir ce qui est ouvert. Or, la porte du royaume du ciel a été ouverte par la passion du Christ. C’est pourquoi il est dit (Apoc., 4, 1) : Après cela j’ai vu une grande porte ouverte dans le ciel. Le baptême n’a donc pas pour effet d’ouvrir la porte du royaume céleste.
Réponse à l’objection N°1 : Le baptême ouvre à celui qui est baptisé la porte du royaume céleste, en tant qu’il l’incorpore à la passion du Christ en lui en appliquant les mérites.
Objection N°2. Le baptême a produit son effet en tout temps depuis qu’il a été établi. Qu’il y en a qui ont reçu le baptême du Christ avant sa passion, comme on le voit (Jean, chap. 3). Cependant, s’ils étaient morts alors, ils n’auraient pas encore trouvé ouverte la porte du royaume céleste, dans lequel personne n’est entré avant le Christ, d’après ces paroles du prophète (Mich., 2, 13) : Il est monté ouvrant le chemin devant eux. Le baptême n’a donc pas eu pour effet d’ouvrir le royaume du ciel.
Réponse à l’objection N°2 : Quand la passion du Christ n’était pas encore parfaite en réalité, mais qu’elle ne l’était que dans la foi de ceux qui croyaient, le baptême ouvrait proportionnellement la porte du ciel, c’est-à-dire qu’il ne le faisait pas en réalité, mais en espérance. Car ceux qui étaient baptisés attendaient énamourant avec une espérance assurée leur entrée dans le royaume céleste.
Objection N°3. Ceux qui sont baptisés sont encore soumis à la mort et aux autres peines de la vie présente, comme nous l’avons dit (art. 3). Or l’entrée du ciel n’est ouverte à personne tant qu’il est soumis à la peine, comme on le voit à l’égard de ceux qui sont dans le purgatoire. Le baptême n’a donc pas pour effet d’ouvrir la porte du royaume céleste.
Réponse à l’objection N°3 : Celui qui est baptisé n’est pas sujet à la mort et aux misères de la vie présente, parce que la personne le mérite, mais à cause de l’état de notre nature. C’est pourquoi cela n’empêche pas d’entrer dans le royaume céleste, quand l’âme est séparée du corps par la mort, comme ayant satisfait à ce qu’on devait à la nature.
Mais c’est le contraire. Sur ces paroles (Luc, 3, 21) : Il advint que le ciel s’ouvrît, la glose dit (ord.) : On voit par là la vertu du baptême ; pour celui qui en sort la porte du royaume céleste est ouverte.
Conclusion Puisque le baptême efface toutes les fautes et toute la peine qu’elles méritent, on doit croire qu’il ouvre la porte du royaume du ciel.
Il faut répondre qu’ouvrir la porte du royaume céleste, c’est écarter l’obstacle qui empêche d’y entrer. Or, cet obstacle, c’est le péché et la peine qu’il mérite. Et comme nous avons démontré (art. 1 et 2) que le baptême efface toutes les fautes et toute la peine qu’elles ont méritée, il s’ensuit que ce sacrement a pour effet d’ouvrir la porte du royaume céleste.
Article 8 : Le baptême produit-il dans tous les hommes un effet égal ?
Objection N°1. Il semble que le baptême ne produise pas dans tous les hommes un effet égal. Car il a pour effet d’effacer la faute. Or, il efface plus de péchés dans certains individus que dans d’autres. Car il n’efface que le péché originel dans les enfants, tandis qu’il efface encore les péchés actuels dans les adultes, et parmi eux il y en a qui en ont plus et d’autres moins. Il ne produit donc pas le même effet dans tous les hommes.
Réponse à l’objection N°1 : La moindre grâce baptismale est suffisante pour effacer tous les péchés. Par conséquent si le baptême efface plus de péchés dans les uns et qu’il en efface moins dans les autres, ceci ne résulte pas de l’efficacité plus ou moins grande du sacrement, mais de la condition du sujet ; parce qu’il efface dans chaque individu toutes les fautes qu’il y trouve.
Objection N°2. Le baptême confère à l’homme la grâce et les vertus. Or, il y en a qui après leur baptême paraissent avoir une grâce plus grande et des vertus plus parfaites que d’autres qui ont été baptisés comme eux. Le baptême ne produit donc pas le même effet dans tout le monde.
Réponse à l’objection N°2 : Si l’on voit se manifester une grâce plus grande ou moindre dans ceux qui sont baptisés, cette différence peut résulter de deux causes : 1° de ce que l’un reçoit dans le baptême une grâce plus grande qu’un autre, parce qu’il s’en est approché avec plus de dévotion, comme nous l’avons dit (dans le corps de l’article.) ; 2° de ce que, bien qu’ils aient reçu une grâce égale, ils n’en ont pas usé également. L’un en a profité avec plus de zèle, et l’autre a manqué d’y correspondre par négligence.
Objection N°3. La nature est perfectionnée par la grâce, comme la matière par la forme. Or, la forme est reçue dans la matière selon sa capacité. Par conséquent, puisque parmi les enfants qui sont baptisés, il y en a qui ont une capacité naturelle plus grande que d’autres, il semble qu’ils reçoivent une grâce plus grande.
Réponse à l’objection N°3 : La différence des capacités naturelles dans les hommes ne provient pas de la diversité de leur âme qui est renouvelée par le baptême (puisque tous les hommes étant de La même espèce ont la même forme), mais elle résulte de la diversité des dispositions de leur corps. Or, il en est autrement pour les anges qui diffèrent d’espèce. C’est pourquoi les dons gratuits que les anges reçoivent varient selon la diversité de leurs capacités naturelles, tandis qu’il n’en est pas de même des hommes.
Objection N°4. Dans le baptême il y en a qui obtiennent non seulement le salut de leur âme, mais encore celui de leur corps ; comme on le voit à l’égard de Constantin (Ce fait se trouve emprunté aux actes de saint Sylvestre, que Baronius regarde comme authentiques. D’après ces actes, le pape saint Sylvestre aurait baptisé Constantin à Rome, l’an 324. Voyez les Annales de Baronius à cette année. Mais la plupart des historiens modernes sont d’un sentiment opposé. Ils croient qu’il a été baptisé à Nicomédie sur la fin de sa vie. Voyez Papebroch, Acta sanctorum, ad 21 maii ; Critica Pagi, ad an. 321 ; Noël Alexandre, Hist. Ecdes., sæc. 4, Dissertât., les Bénédictins de Saint-Maur dans leurs notes sur le discours de saint Ambroise, à l’occasion de la mort de Théodose, Tillemont, Fleury, etc.), qui fut guéri de la lèpre dans son baptême. Le baptême ne produit donc pas le même effet dans tout le monde.
Réponse à l’objection N°4 : La santé du corps n’est pas par elle-même un effet du baptême, mais elle est une opération miraculeuse de la providence divine.
Mais c’est le contraire. Saint Paul dit (Eph., 4, 5) : Il n’y a qu’une foi, qu’un baptême. Or, une cause uniforme produit un effet qui est uniforme aussi. Par conséquent le baptême produit le même effet dans tout le monde.
Conclusion Le baptême produit le même effet dans tous ceux qui le reçoivent de la même manière par rapport au but pour lequel il a été établi, c’est-à-dire par rapport au renouvellement de la vie spirituelle ; quant aux autres effets ils ne sont pas les mêmes, ils sont plus grands dans les uns et moindres dans les autres, selon l’ordre de la divine providence.
Il faut répondre que le baptême produit deux sortes d’effets, l’un par lui-même, et l’autre par accident. L’effet qu’il produit par lui-même est celui pour lequel il a été établi, c’est-à-dire la régénération des hommes à la vie spirituelle. Il produit également cet effet dans tous ceux qui le reçoivent de la même manière. Ainsi tous les enfants recevant le baptême de la même manière (parce qu’ils ne sont pas baptisés dans leur propre foi, mais dans la foi de l’Eglise), ils reçoivent tous également le même effet dans ce sacrement. Mais les adultes qui s’approchent du baptême par leur propre foi ne le reçoivent pas tous de la même manière. Car les uns le reçoivent avec plus et les autres avec moins de dévotion ; c’est pourquoi la grâce de la régénération est plus vive dans les uns et l’est moins dans les autres, comme le même feu donne plus de chaleur à celui qui s’en approche davantage, quoique, considéré en lui-même, il répande également sa chaleur vers tout le monde. — L’effet que le baptême produit par accident est celui pour lequel ce sacrement n’a pas été établi, mais que la vertu divine opère en lui miraculeusement. Comme le dit la glose (August., lib. 1 De peccat. merit. et rem., chap. 39) sur ces paroles de saint Paul (Rom., chap 6) : Ut ultra non serviamus peccato : Le baptême ne fait pas que la loi du péché qui est dans nos membres se trouve complètement éteinte, sinon par un miracle ineffable du Créateur. Tous ceux qui sont baptisés ne reçoivent pas également ces effets, quoiqu’ils s’approchent de ce sacrement avec une égale dévotion ; mais ces faveurs sont dispensées selon l’ordre de la providence divine.
Article 9 : La fiction empêche-t-elle l’effet du baptême ?
Objection N°1. Il semble que la fiction n’empêche pas l’effet du baptême. Car l’Apôtre dit (Gal., 3, 27) : Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Or, tous ceux qui reçoivent le baptême du Christ sont baptisés dans le Christ. Ils revêtent donc tous le Christ ; ce qui consiste à percevoir l’effet de ce sacrement, et par conséquent la fiction ne le rend pas nul.
Réponse à l’objection N°1 : On peut entendre que l’on est baptisé dans le Christ de deux manières. 1° On peut être baptisé dans le Christ, c’est-à-dire lui ressembler. Tous ceux qui sont ainsi baptisés en lui, lui ressemblent par la foi et la charité et revêtent le Christ par la grâce. 2° On dit que l’on est baptisé dans le Christ selon qu’on reçoit son sacrement. Tous ceux qui revêtent le Christ de la sorte reçoivent le caractère, mais ils ne lui sont pas conformes par la grâce.
Objection N°2. La vertu divine qui peut changer la volonté de l’homme en la tournant au bien, opère dans le baptême. Or, l’effet de la cause qui agit ne peut être empêché par l’obstacle que cette cause peut enlever. La fiction n’empêche donc pas l’effet du baptême.
Réponse à l’objection N°2 : Quand Dieu change la volonté de l’homme de mal en bien, alors l’homme ne s’approche pas du sacrement par feinte, mais Dieu ne le fait pas toujours. D’ailleurs le sacrement n’est pas établi pour que celui qui est dissimulé ne le soit plus, mais pour que celui qui s’en approche franchement soit justifié.
Objection N°3. L’effet du baptême est la grâce à laquelle le péché est opposé. Or, il y a beaucoup d’autres péchés plus graves que la fiction, et on ne dit pas qu’ils empêchent l’effet du baptême. La fiction ne l’empêche donc pas non plus.
Réponse à l’objection N°3 : On dit que l’on use de fiction par là même qu’on a l’air extérieurement de vouloir ce qu’on ne veut pas. Or, quiconque se présente au baptême montre par là qu’il a la vraie foi du Christ, qu’il est pénétré de respect pour ce sacrement, et qu’il veut se conformer au Christ et s’éloigner du péché. Ainsi tout homme qui veut rester attaché au péché et qui se présente au baptême, le fait avec dissimulation, parce qu’il n’a pas la dévotion que ce sacrement exige. Mais ceci doit s’entendre du péché mortel qui est contraire à la grâce et non du péché véniel. Par le mot de fiction on comprend donc ici en quelque sorte tout péché (Tout péché mortel auquel on ne veut pas renoncer.).
Mais c’est le contraire. Le Sage dit (Sag., 1, 5) : L’Esprit-Saint, qui est le maître de la science, fuit le déguisement. Or, l’effet du baptême vient de l’Esprit-Saint. Par conséquent le déguisement l’empêche.
Conclusion Puisque Dieu ne contraint pas les hommes à être justes, il est évident que ceux qui s’approchent du baptême avec dissimulation n’en reçoivent pas l’effet.
Il faut répondre que, comme le dit saint Jean Damascène (Orth. fid., liv. 2, chap. 30), Dieu ne contraint pas l’homme à être juste. C’est pourquoi, pour que quelqu’un soit justifié par le baptême, il faut que la volonté de l’homme embrasse ce sacrement et l’effet qu’il produit. Or, on dit que quelqu’un use de fiction par là même que sa volonté est en contradiction avec le baptême ou avec son effet. Car, d’après saint Augustin (Lib. 1 de Bapt. cont. Donat., chap. 4, liv. 7, cap. 53), on use de fiction de quatre manières : 1° quand on ne croit pas, puisque le baptême est le sacrement de la foi ; 2° parce qu’on méprise le sacrement lui-même ; 3° parce qu’on l’administre d’une autre façon sans observer le rite de l’Eglise (Il peut se faire alors que le sacrement soit invalide, si on manque à quelque chose d’essentiel dans la matière ou la forme. Il en est de même pour la seconde condition, si le mépris se traduit par des actes qui montrent qu’on agit dérisoirement, mimicè, en le conférant on en le recevant.) ; 4° parce qu’on s’en approche indévotement. D’où il est évident que la fiction empêche l’effet du baptême.
Article 10 : Une fois que la fiction a cessé, le baptême opère-t-il son effet ?
Objection N°1. Il semble que la fiction cessant, le baptême n’opère pas son effet. Car une œuvre morte qui existe sans la charité ne peut jamais être vivifiée. Or, celui qui s’approche du baptême avec feinte reçoit ce sacrement sans la charité. Il ne peut donc jamais être vivifié au point de conférer la grâce.
Réponse à l’objection N°1 : Le sacrement de baptême est l’œuvre de Dieu et non de l’homme. C’est pourquoi ce n’est pas une œuvre morte dans celui qui dissimule et qui reçoit ce sacrement sans la charité.
Objection N°2. La fiction paraît être plus forte que le baptême, puisqu’elle en empêche l’effet. Or, le plus fort n’est pas enlevé par le plus faible. Par conséquent le péché de fiction ne peut être effacé par le baptême que la fiction empêche : et par suite le baptême n’obtient pas son effet qui consiste dans la rémission de tous les péchés.
Réponse à l’objection N°2 : La fiction n’est pas détruite par le baptême, mais par la pénitence que l’on fait ensuite. Dès qu’elle a cessé, le baptême efface tous les péchés et la peine méritée par ceux qui ont précédé le baptême et qui existaient simultanément avec lui. C’est ce qui fait dire à saint Augustin (loc. sup. cit.) : Le jour d’hier est pardonné et tout ce qui précède, l’heure même et le moment avant le baptême et pendant le baptême est aussi pardonné ; ensuite on commence à redevenir coupable. Par conséquent le baptême et la pénitence concourent à produire l’effet du baptême ; le baptême comme la cause qui agit par elle-même, et la pénitence comme la cause par accident, c’est-à-dire qui écarte l’obstacle.
Objection N°3. Il arrive qu’on s’approche du baptême avec feinte, et qu’après l’avoir reçu on commette beaucoup de péchés. Ces péchés ne sont cependant pas effacés par ce sacrement, parce qu’il efface les péchés passés et non les péchés à venir. Le baptême dans ce cas n’obtiendra donc jamais son effet qui est la rémission de tous les péchés.
Réponse à l’objection N°3 : L’effet du baptême n’est pas d’effacer les péchés futurs, mais les péchés présents ou passés. C’est pourquoi, quand la fiction cesse, les péchés qui suivent sont remis, mais ils le sont par la pénitence et non par le baptême. Par conséquent ils ne sont pas remis complètement quant à la peine qu’ils ont méritée, comme les péchés qui précèdent le baptême.
Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (De Bapt., liv. 1, chap. 12) : Alors le baptême commence à être utile pour le salut, quand une confession franche et vraie remplace cette fiction qui, tant que le cœur persévérait dans sa malice ou son sacrilège, ne permettait pas que les péchés fussent effacés.
Conclusion Une fois que la pénitence a fait cesser la fiction, le baptême obtient toujours son effet.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. 66, art. 9), le baptême est une régénération spirituelle. Or, quand une chose est engendrée, elle reçoit tout à la fois avec la forme l’effet de la forme, à moins qu’il n’y ait un obstacle ; et quand cet obstacle est enlevé, la forme de la chose engendrée produit son effet. Ainsi quand un corps grave est engendré, il est en même temps porté à descendre de haut en bas, à moins que quelque chose ne l’en empêche. Et dès que cet obstacle est détruit, il commence alors à se mouvoir de cette manière. — De même, quand on est baptisé, on reçoit le caractère qui est comme la forme, et on obtient son effet propre, qui est la grâce qui remet tous les péchés. Mais cet effet est quelquefois empêché par la fiction. Par conséquent il faut que dès que la pénitence a fait cesser cette dernière, le baptême obtienne immédiatement son effet.

References: art. 1
 art. 5
 art. 5
 art. 1
 art. 3
 art. 9