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Timestamp: 2019-06-25 22:57:36+00:00

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Lettre aux oblats 17 - www.joel-letellier.fr
N° 35 – 4 juin 2017
Lettre aux oblats n°17
Jour de grâce que celui de la Pentecôte, jour où l’Esprit Saint agit plus profondément dans nos cœurs et, on peut l’espérer, dans le monde entier, notre monde qui a tant besoin de paix, d’un nouveau souffle de vie !
Ce matin, à l’abbaye, juste avant la messe de 10h, nous avons eu le bonheur de partager la joie de deux oblats qui ont fait leur promesse d’oblature. D’une part, Catherine Labey entourée de son mari Frédéric, qui est mon neveu, et de leurs quatre enfants Séverine, Camille, François et Christophe. D’autre part, Yves Le Bourg, accompagné de son épouse Virginie et de leur fille Lisandre. Ce fut une cérémonie toute simple mais bien émouvante d’autant plus que nous savons leur dévouement et leur engagement chrétien. De nombreux amis et oblats étaient présents.
Que s’est-il passé au monastère depuis notre dernière Lettre aux oblats datée du 11 décembre 2016 ?
Le samedi 25 mars, en la fête de l’Annonciation, nos quatre frères novices ont émis leurs premiers vœux monastiques : les Frères Nicolas, Théophile-Franck et Matthieu ont prononcé leurs premiers vœux et le Frère Joseph-Marie a fait sa promesse d’oblat régulier. Ce quadruple engagement fut une grande joie pour eux et pour nous tous !
Au début du carême, le samedi 4 mars, est entré au chœur Timothée Meunier et, le lundi 8 mai, le Frère Jonathan a reçu l’habit monastique. C’est dans l’ancienne salle capitulaire du XIIe siècle que la cérémonie de la vêture, au symbolisme très fort, s’est déroulée. Nous ne cessons de rendre grâces pour ce noviciat si bien fourni d’autant plus que d’autres stagiaires se font voir de temps en temps. Dimanche dernier 28 mai, au cours de l’eucharistie, notre Frère Jonathan a reçu le sacrement de confirmation des mains de Mgr François Favreau.
Du côté de l’hôtellerie, juste après l’envoi de la dernière Lettre aux oblats, nous avons eu la visite, le 12 décembre 2016, d’un groupe inhabituel venu de pas très loin puisqu’il s’agissait de 25 enfants de la Maternelle de Ligugé ! Les tout-petits ligugéens en herbe désiraient savoir ce qui se cachait derrière les murs et surtout avoir un bon goûter agrémenté du délicieux Scofa. Cette belle expérience, à la demande de l’Ecole communale, s’est renouvelée dernièrement avec bonheur, le mercredi 24 mai, avec une trentaine d’enfants de CM2 qui n’ont pas manqué de poser une multitude de questions sur la vie des moines.
En janvier, nous avons reçu le samedi 7 une trentaine de participants du groupe Alpha-Poitou sous la conduite de Guillaume de Crécy. La semaine suivante, le samedi 13, c’était au tour d’une soixantaine de jeunes confirmands du collège de La Providence, de Poitiers, de venir nous envahir, accompagnés de Caroline Callaud. Le mardi 17, ce sont 31 pèlerins coréens qui ont visité l’abbaye.
En février, c’est l’équipe pastorale de Vouillé qui s’est réunie le samedi 4 au moment où 50 jeunes accompagnés d’une quinzaine de leurs parents venus de la paroisse Saint-Jean XXIII se préparaient à leur profession de foi avec Odile Urvois et le Père Julien Dupont. Le 6 et le 7 ont séjourné chez nous une vingtaine de prêtres catalans du diocèse de Vic, proche de Barcelone, avec la présence de leur évêque. Le 11, alors que de nombreux enfants du catéchisme encadrés par Mireille Cordier se trouvaient en retraite pour la journée, une cinquantaine d’élus chrétiens de la Vienne se réunissaient comme chaque année autour de notre archevêque Mgr Pascal Wintzer. L’aumônerie catholique de Tours était aussi représentée par son équipe pastorale les 11 et 12. Puis ce fut, du 12 au 17 février, la retraite de 26 prêtres du diocèse de Tours avec la présence, du moins au début, de Mgr Bernard-Nicolas Aubertin. Les 18 et 19 étaient réunis au monastère des membres de l’Hospitalité du Poitou et le 21 sont venus une soixantaine de jeunes professeurs de l’Enseignement Catholique de Tours sous la conduite d’Agnès de Maintenant. C’est sur le thème de la transmission de la foi que je leur ai donné un entretien. Du 11 au 24, de nombreux scouts et guides ont participé à leurs camps de formation à proximité de l’abbaye.
En mars, une trentaine d’oblates et d’oblats sont venus pour les journées de l’oblature du vendredi 3 au dimanche 5. Nous avons continué la lecture commentée de la Règle de saint Benoît agrémentée des remarques et suggestions des participants. Il y a toujours, me semble-t-il, une grâce particulière lors de ces rencontres fraternelles. Durant ces mêmes jours, les animateurs et aumôniers des Scouts de France de Poitou-Charentes se sont réunis à l’abbaye. Les 11 et 12, c’était au tour des membres de l’aumônerie de Saintes de venir se ressourcer. Du 15 au 19, de nombreux groupes étaient présents : une vingtaine de jeunes confirmands de Versailles, 35 pèlerins de Chinon, l’équipe du Rosaire du Poitou, l’équipe Saint-Dominique de Tours, les Equipes Notre-Dame de l’Ile-Bouchard, 52 pèlerins allemands, une quarantaine de personnes venues dans le cadre des « Voix publiques » et même une vingtaine de pèlerins motards. Du 18 au 23, eut lieu la rencontre internationale des Filles de la Charité du Sacré-Cœur appelées plus communément Sœurs de La Salle de Vihiers. Les 24-26, plusieurs groupes ont séjourné chez nous, les Equipes Notre-Dame de Royan et celles de Bressuire, une vingtaine de membres de Fondacio, des lycéens confirmands de Versailles, une vingtaine de retraitants de Tours avec le Père Bour et plus de 120 paroissiens de Saint-Etienne de Grandmont avec le Père Bruno Guicheteau. Enfin, du 29 au 31 une dizaine de Terminales de Saint-Jean-de-Passy, à Paris, ont séjourné à l’hôtellerie pour un temps de retraite.
Au mois d’avril, dès le 1er nous avons accueilli 165 personnes du doyenné d’Amboise conduits par le Père Jean-Pierre Guillard. Du 2 au 5, la communauté des Frères marianistes d’Antony est venue en retraite comme chaque année alors qu’une quinzaine d’étudiants de la région parisienne préparaient leurs concours au monastère. Le vendredi 7, une trentaine d’enfants de l’école Sainte-Faustine, à Poitiers, étaient contents de revenir à Ligugé. Le lendemain, c’était au tour des enfants du catéchisme de la région d’envahir nos locaux. Le dimanche 9, une cinquantaine de paroissiens de Morlaas ont visité l’abbaye. A l’occasion de Pâques, l’hôtellerie affichait complet avec l’ensemble des retraitants individuels et un groupe d’une quinzaine de personnes membres de « La route des monastères » qui ont séjourné du 13 au 17. Le mercredi 19 se sont réunis chez nous les membres de l’équipe pastorale de Quinçay-La Jarrie puis le surlendemain 21 ce sont une cinquantaine de paroissiens de Quimper qui nous ont apporté le bon air du Finistère. Le vendredi 21, ce sont 35 pèlerins venus d’Allemagne qui nous visitaient. Du 24 au 26, une dizaine de confirmands de Jonzac du doyenné de Haute-Saintonge venaient faire leur retraite puis les 29 et 30 ce fut au tour des confirmands de Sainte-Radegonde, de Neuville, de venir puis d’une quinzaine de membres de la communauté Emmaüs de Châtellerault de faire retraite comme ils le font chaque année. Les 29 et 30, nous avons eu la joie d’accueillir les prieures du carmel de Figeac et d’Albi, Sœur Monique de Jésus et Sœur Marie-Bernadette de l’Enfant-Jésus, qui ont fait escale en terre martinienne et bénédictine sur la route qui les menaient à Paris au carmel de Montmartre.
Pour le mois de mai, du 5 au 8, nous avons reçu une dizaine de membres du Mouvement des Cadres Chrétiens. Le samedi 6 se sont réunis à Ligugé les Missionnaires serviteurs des pauvres du Tiers-Monde ainsi que la Fraternité des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie autour du P. Bernard Couronne. Le 9 et le 10, Madame Hervieu-Léger, sociologue qui a dernièrement écrit un livre sur la vie monastique nous a accordé plusieurs entretiens. Le samedi 13, il a fallu élargir les murs pour accueillir des Equipes Notre-Dame, une trentaine de membres de la pastorale des Deux-Sèvres, une trentaine d’enfants de Planty et Saint-Paul se préparant à leur première communion, quarante paroissiens de Notre-Dame des Marais, à Marans, et une cinquantaine de personnes venues surtout de Poitiers pour écouter Mgr François Favreau sur le thème de la Parole de Dieu. Les 15 et 16, nous avons accueilli 24 lazaristes, religieuses, religieux et prêtres d’au moins une vingtaine de pays de tous les continents. Puis ce fut le tour du gouvernement général des picpuciens d’être logés à l’abbaye du 16 au 19. Le Père Javier Alvarez-Ossorio, d’Espagne, supérieur général de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, était entouré de son vicaire général, du Congo-Kinchassa, et de ses conseillers espagnol, indonésien et chilien. Le mercredi 17, ce sont 30 pèlerins brésiliens qui ont visité l’abbaye principalement les fouilles martiniennes. Les 20 et 21, une vingtaine de jeunes de Confolens sont venus se préparer à leur première communion ou à leur profession de foi en même temps qu’une vingtaine d’étudiants de l’aumônerie de Poitiers se retrouvaient à l’abbaye autour de Charles et Lucie Hazet et de leur petite Suzanne. Le mercredi 24, les 30 enfants de CM2 de l’école communale de Ligugé ont découvert l’abbaye et surtout bien apprécié la dégustation de Scofa. Le jeudi 25, le jour de l’Ascension, 50 Allemands ont visité l’abbaye. Ils venaient de Larch, ville jumelée avec Ligugé. 25 autres Allemands sont venus sur les traces de saint Martin le samedi 27. Du 26 au 28, 17 jeunes de l’aumônerie de Châtellerault ont fait retraite chez nous, conduits par Le Père Matthieu Le Merrer et Aude Agnew-Balestic. Le mercredi 31, une cinquantaine de personnes de Linière-Bouton ont visité l’abbaye et surtout les fouilles martiniennes.
En ce début du mois de juin, l’hôtellerie affiche complet pour la Pentecôte, notamment avec la trentaine de paroissiens de Saint-Séverin, à Paris, guidés par Ariane Chabert, et les autres retraitants dont la famille et les amis des oblats venus pour les deux promesses. De plus, chaque jour ou presque nous apporte son lot de pèlerins de Saint-Jacques, plus nombreux en cette période de l’année. Il s’agit surtout en ce moment de pèlerins cyclistes néerlandais et belges mais pas seulement. Demain et après-demain nous arrivent des étudiants et jeunes professeurs de la célèbre université américaine d’Harvard qui désirent, entre Rocamadour et le Mont-Saint-Michel, faire halte à Ligugé sur les traces de saint Martin.
Ces derniers temps, nous avons accueilli et hébergé pour quelques semaines ou quelques mois des réfugiés notamment un jeune couple russe : Maria et Vladislav qui ont trouvé maintenant un logement près de Poitiers et qui viennent d’avoir une petite fille Sophia, née le 15 février ; une famille arménienne Simbat et Gayané avec leurs trois enfants : Lianna (12 ans), Jora (10 ans) et Narek (2 ans) qui sont maintenant régularisés eux-aussi et établis à Angoulême ; un couple de Slovaques, Vilma et Rasto, en passe de s’établir à Poitiers ; et en ce moment deux jeunes ukrainiens d’origine arménienne, tous deux ingénieurs : Astvatsatur (24 ans) et sa sœur ainée Ani (25 ans) qui n’ont plus de nouvelles de leurs parents ni de leur jeune frère depuis deux ans et demi. Leur disponibilité et leur sourire malgré leurs épreuves sont pour nous un exemple et un beau témoignage de courage et de foi.
La prochaine rencontre des oblats sera un peu particulière. Elle est prévue exceptionnellement, non pas à Ligugé mais au sanctuaire Notre-Dame de Pitié près de Bressuire le dimanche 2 juillet 2017. Il s’agit pour nous et pour les différentes familles religieuses du diocèse qui ont des laïcs associés de répondre à l’invitation de notre archevêque Mgr Pascal Wintzer de rassembler en « une journée fraternelle de partage et de prière », à l’occasion du synode diocésain, les membres laïcs de ces familles spirituelles pour une meilleure visibilité ecclésiale et donc aussi pour mieux se connaître. Nous serons sans doute environ 200 participants autour de Mgr Pascal Wintzer et du P. Jean-Pierre Longeat. Je vous invite donc à vous signaler auprès de moi d’une façon ou d’une autre si vous avez l’intention de venir et, surtout, le dimanche 2 juillet, à vous rendre effectivement au sanctuaire Notre-Dame de Pitié situé à quelques kilomètres de la Chapelle-Saint-Laurent (79430) sur la route départementale Niort-Bressuire. La basilique de Pitié a été construite « sur une ligne de crêtes qui va de Saint-Martin du Fouilloux, point culminant des Deux-Sèvres, à Saint-Michel Mont-Mercure en Vendée (…) Juchée sur le haut de la colline, la basilique de Pitié surprend par son imposante magnificence. Visible de très loin, elle séduit de près par la pureté de son style néo-gothique. Le calvaire avec ses sept fontaines constitue un ensemble architectural unique en Poitou érigé à partir de 1865. Depuis 1873, d’importantes manifestations et pèlerinages ont attiré à Pitié des foules considérables, et encore de nos jours, il est le centre de pèlerinage le plus fréquenté du Poitou ». Ce lieu où la Vierge Marie est vénérée depuis le moyen-âge vous attend ! Le rassemblement est prévu de 9h30 à 18h. L’accueil se fera dans la salle Notre-Dame. Le matin, il y aura la présentation sommaire des vingt groupes (Ligugé sera en treizième position) puis une conférence du P. Jean-Pierre Longeat. L’après-midi, il y aura les témoignages de quatre familles religieuses, celles de membres des communautés de Salvert, de Ligugé, de La Puye et de la famille dominicaine. Pour Ligugé, ce seront une oblate et un oblat qui donneront chacun un petit témoignage de cinq minutes. Nous aurons enfin vers 16h30 la messe présidée par notre archevêque. Prévoir un pique-nique à tirer du sac ainsi qu’une participation libre aux frais de la journée. Le co-voiturage est à favoriser. Les responsables sont Sr Marthe Duhaime duhmarthe@gmail.com et Sr Anne-Marie Lagan 05 49 44 17 62 am.lagan@laposte.net. Tous, oblats ou non, sont conviés à cette journée.
La dernière semaine de juillet, du 25 au 30 juillet 2016, j’ai donné au monastère comme chaque année une session-retraite patristique. Le thème de cette dernière retraite, où il y avait 35 participants, était : « Vie spirituelle, catéchèse mystagogique, exégèse et théologie, chez Saint Cyrille de Jérusalem (v. 315-387) et saint Ambroise de Milan (v. 339-397) ». Je rappelle que l’enregistrement des 12 conférences est disponible, soit environ 16 heures d’audition. La prochaine retraite, du 24 au 29 juillet 2017, a pour thème :
Les conférences seront au nombre de 12, celles du matin auront lieu à 10h et celles de l’après-midi à 16h30. Ne tardez pas à vous inscrire surtout si vous comptez loger à l’abbaye. Une fiche d’inscription a été envoyée avec la précédente Lettre aux oblats.
Du côté de la communauté, nous avons quelques déplacements à signaler. Incontestablement le Père André Ardouin, notre cellérier qui est aussi un conseiller économique apprécié est fort en calcul. De sa propre bouche, il fait chaque année trois fois le tour de la terre soit 120.000 kilomètres environ puisque la circonférence du globe terrestre ne fait que 40.075 kilomètres ! Enumérons les dernières contrées où il a été ces derniers mois dans l’ordre de ses voyages : la Guinée, le Burkina Faso, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire, l’Espagne, la Lituanie, le Bénin, la Martinique, le Canada, le Congo-Brazzaville, les Etats-Unis et le Togo. En 10 ans, il a été dans plus de 30 pays sur 4 continents. C’est sans doute cela la stabilité du cœur !
Beaucoup plus sédentaire en regard est notre Père Jean-Pierre Longeat qui n’a été dernièrement que trois fois au Vietnam puis en Italie à Rome, en Autriche à Vienne et maintenant au Pérou. On attendra un peu pour la Colombie et la Chine.
Si notre Père Philippe, docteur en philosophie, enseigne toujours au Collège bénédictin Saint-Anselme, à Rome, et ne revient à Ligugé que pour les vacances d’été, le Père François, qui vient de recevoir le prix de la Littérature Catholique, continue d’enseigner à l’Institut Catholique de Paris en y allant chaque semaine. Pour ma modeste part, je ne suis pas allé bien loin : plusieurs fois chez les Sœurs d’Amailloux près de Parthenay ainsi qu’au carmel de Niort-Bessines pour y célébrer la messe, à Paris ainsi qu’à Orléans et Sully-sur-Loire pour y donner une conférence sur la transmission de la foi dans notre monde de rupture, enfin au carmel d’Albi pour y prêcher la retraite annuelle des carmélites. En passant par Bordeaux, je n’ai pu m’empêcher d’accomplir mon pèlerinage – qui devient rituel chaque fois que l’occasion se présente – sur les traces de mes grands-parents qui se sont mariés à la cathédrale Saint-André le 25 avril 1914. La maison familiale de ma grand-mère maternelle, fort bien située, se trouve au 36 bis, rue Vital-Carles, juste à mi-chemin entre la célèbre librairie Mollat et le portail royal de la cathédrale, exactement en face de l’hôtel de commandement. Regagnant la gare non sans aller jusqu’à la Garonne je pus admirer de près et avec grande joie le « Belem » qui était à quai, fameux trois-mâts fleuron du patrimoine maritime, classé monument historique en 1984, toujours en service en tant que voilier-école. C’est un vénérable navire plus que centenaire puisqu’il avait été lancé le 10 juin 1896 de Nantes et aussitôt affecté au transport du cacao.
N’oublions pas de prier les uns pour les autres, pour nos malades car beaucoup de santés sont éprouvées. En communauté, le frère Roger se maintient mais le Frère Maurice est dans une passe difficile et plusieurs oblats et oblates se recommandent à nos prières notamment Catherine Labey dont le père vit sans doute ses dernières heures.
Nous avons accompagné de nos prières la famille de notre frère Jean durant la maladie de son papa, Monsieur Pierre Raczynski qui se trouvait dans l’unité de soins palliatifs Jeanne Garnier à Paris. Le Seigneur l’a rappelé à lui le jeudi 17 novembre 2016. Son épouse Sibylle et lui-même était des habitués de la retraite de juillet et si nous aurons la joie de revoir Sibylle cet été puisqu’elle s’est inscrite à nouveau, son époux va bien nous manquer. A ma demande, Sibylle a bien voulu me retracer quelques éléments de sa vie : « Sa famille était très illustre dans la région de Poznam (Ouest de la Pologne). Il est né fin 1944, sous le régime nazi qui occupait cette région. En janvier 1945, ses parents ont pris la décision de fuir vers le Nord de l’Allemagne. Ils ont fait plus de 1.000 kilomètres, dans une calèche avec des chevaux (il n’y avait pas d’essence), avec ce bébé de trois mois, par un hiver très rigoureux. Mon beau-père n’ayant pas trouvé de travail, ils ont quitté l’Europe pour le Chili, en 1947, sur un bateau d’émigrants, où mon beau-père mettait toujours un peu d’alcool dans l’eau de crainte qu’elle ne soit pas potable… Après des débuts difficiles, ils y ont vécu très heureux jusqu’au moment où, en 1966, mon beau-père a eu l’opportunité de venir travailler à Paris. C’est là que nous nous sommes rencontrés en 1967. Pierre avait fait des études de géologie au Chili, avec beaucoup de stages dans cette si belle nature. En France, il est devenu ingénieur. Aux USA, il a fait de la recherche pétrolière. A nouveau en France, il a changé d’orientation et a fait de la finance. Il est devenu directeur financier d’un groupe de métallurgie. Mis à pied trop jeune, à 55 ans, il a offert ses services à l’archevêché de Paris, où il a passé 14 ans comme bénévole. Ce fut pour lui un accomplissement, à la fois au niveau de ses compétences, reconnues et utilisées, et aussi grâce à l’environnement amical et spirituel qu’il y a trouvé. Voilà un bref aperçu de sa vie. Il avait été très marqué par le fait de vivre comme étranger dans un pays, et n’a eu de cesse de se faire naturaliser français. D’origine slave et germanique, il avait été élevé dans la culture espagnole : cela faisait un mélange détonant ! ». Lors des obsèques célébrées à Paris le 22 novembre Eric Seynave a pu lui donner un dernier adieu par ce beau témoignage : « Ce qui a mobilisé ton énergie, c’est une foi inébranlable en Jésus-Christ et le service d’une Eglise, que tu voulais forte, fidèle à l’enseignement du Christ et à ses traditions ».
Nous avons appris avec peine le décès de Madame Marie-François Bourmault Espinouse, qui a fréquenté l’abbaye depuis sa jeunesse et qui a voyagé pratiquement dans tous les pays du monde. On se souvient particulièrement de la lecture qu’elle faisait du Livre de la Genèse lors de la Vigile Pascale. Elle y mettait tout son cœur avec des intonations qui lui étaient propres et que nous garderons longtemps en mémoire. Elle est entrée dans l’oblature le samedi 28 juillet 2012, a fait sa promesse d’oblature le 1er janvier 2014, est décédée le mardi 24 janvier 2017, dans sa 85e année je crois bien.
Confions au Seigneur par l’intercession de la Vierge Marie tous les défunts de nos familles et nos malades. Jésus sait tout. Et confions-lui plus largement notre monde et notre pays.
Nous vous proposons ici une étude que le Frère Jean a rédigée dans le cadre du parcours du STIM (Studium Théologique Inter-Monastères) qu’il suit depuis quatre ans. Ce travail de théologie morale peut nous apporter bien des éléments utiles dans le débat de société actuel sur cette question aussi délicate que fondamentale.
De la pertinence de la dignité de la personne
au regard du débat sur l’euthanasie
I Quelles sont les raisons du débat sur l’euthanasie et les questions qu’il suscite ?
A. « La mort a changé » ou les raisons de l’émergence du débat sur l’euthanasie
B. Quand peut-on considérer qu’il y a euthanasie ?
C. De quelques questions que l’on ne se pose pas forcément sur l’euthanasie ?
II Quels sont les fondements théologiques et philosophiques de la dignité en christianisme ?
A. La nouveauté de la vision chrétienne sur l’origine de l’homme
B. La création à « l’image de Dieu » ou le fondement théologique de la dignité
C. La dignité de l’homme et le devoir de rechercher la vérité
III Quelle est la mort digne et alternative à l’euthanasie en christianisme ?
A. Les conséquences de la condition de créature, ou les raisons du refus de l’euthanasie
B. De quelques répercussions sociales de la dépénalisation de l’euthanasie ?
C. Quels critères d’accompagnement digne de la personne en fin de vie ?
L’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 déclare : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Pourtant, alors même que les droits de l’homme reconnaissent une dignité inaliénable à toute personne humaine, si on regarde le cas de l’euthanasie, la même expression peut être alléguée pour défendre l’euthanasie (le « droit de mourir dans la dignité ») ou au contraire pour la condamner (« égale dignité de toute vie »). Ainsi, deux interprétations de la notion de dignité lui font donc dire la chose et son contraire. La dignité est-elle un sentiment individuel que l’homme seul détermine ou une reconnaissance mutuelle du caractère inaliénable de l’homme ? Est-elle un droit, un alibi, une couverture pour justifier n’importe quelle revendication ou attente subjective ? Parce que la notion de dignité apparait un concept « fourre-tout », Paul Valadier[1] ose une question radicale : faut-il faire son deuil de ce concept flou ?
Aussi, la problématique sera la suivante : La dignité de la personne a-t-elle encore un sens dans une société pluraliste comme la France ? Le débat sur l’euthanasie permettra d’illustrer et d’interroger les bien-fondés des différentes conceptions de la dignité humaine.
Notre devoir articulera ces trois questions :
- Quelles sont les raisons du débat sur l’euthanasie et les questions qu’il suscite ?
- Quels sont les fondements théologiques et philosophiques de la dignité en christianisme ?
- Quelle est la mort digne et alternative à l’euthanasie en christianisme ?
Quelles sont les raisons du débat sur l’euthanasie
et les questions qu’il suscite ?
Pour entrer dans le débat sur l’euthanasie, il est intéressant d’écouter l’argumentation d’un partisan de l’euthanasie : Jacques Pohier, ancien président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD)[2]. Celui-ci commence par porter un regard historique sur la mort. « La mort a changé », explique-t-il, car en moins d’un siècle, en raison de l’amélioration des conditions de vie et des progrès de la médecine, « la sénescence tue désormais plus tard et bien plus lentement »[3]. Honorer la grandeur de l’homme, à savoir sa liberté, implique que « mourir à la suite d’une euthanasie volontaire est une façon de vivre humainement puisqu’on y prend en charge sa mort avec sa liberté et sa responsabilité »[4]. Ce plaidoyer met en avant les motifs qui conduisent à l’euthanasie. « Mourir dans la dignité », c’est considérer qu’il appartient à l’homme, et à lui seul, de décider de sa manière de mourir, quand il estime que sa vie n’a plus de valeur, est inutile, ou qu’il ne veut pas être une charge pour la société. C’est aussi éviter des souffrances insupportables et choisir de mourir de manière lucide.
Plusieurs facteurs[5] expliquent cette demande d’euthanasie. Tout d’abord, la perte de la familiarité avec la mort « taboue »[6]. En outre, la peur d’un inutile « acharnement thérapeutique ». On peut penser, par exemple, à l’émotion suscitée par l’affaire Vincent Humbert. Après un long et douloureux coma, ce jeune homme de 19 ans victime d’un très grave accident de voiture est décédé en septembre 2003 après injection d’une substance toxique. Enfin, les conditions jugées « indignes » des derniers moments de la vie peuvent être invoquées[7]. Ainsi, le contexte actuel de la mort la rend insupportable. L’euthanasie par « cocktails lytiques »[8] pouvait paraître légitime puisque dans les années 1980 où l’ADMP voit le jour, on ne savait pas soulager la douleur. Mieux valait une injection létale qu’une douloureuse agonie !
Trente ans plus tard, le contexte a radicalement changé. La douleur n’est plus une fatalité grâce au développement des soins palliatifs reconnus en France en 1986 et dont l’une des missions principales est de soulager toutes les douleurs. Cela est même une obligation car l’article 1er de la loi Kouchner du 9 juin 1999 stipule le droit d’accès à des soins palliatifs. Par ailleurs, l’article 1er de la loi Léonetti de 2005 interdit l’acharnement thérapeutique. Si ce principe avait été respecté, certaines affaires médiatiques auraient pu s’apaiser sans le recours à l’euthanasie. Ainsi, en vertu du refus de l’obstination déraisonnable, Vincent Humbert n’aurait sans doute pas été maintenu artificiellement en vie à l’issue de son accident.
Enfin, les droits des malades ont été renforcés dans la loi Claeys-Léonetti de 2015. Les « directives anticipées » permettent d’exprimer le plus clairement possible ce que la personne désire lors de sa fin de vie, notamment en ce qui concerne la limitation des soins, la mise ou non sous respiration artificielle. Elles revêtent un caractère contraignant et s’imposent au médecin (cf. art. 8). La « personne de confiance » permet de faire respecter la volonté de la personne quand elle n’est plus en mesure de le faire par elle-même. Mais si la législation française semble répondre aux questions soulevées par la fin de vie, elle n’est bien souvent pas suffisamment connue ni appliquée[9]. D’autre part, la faible diffusion de la culture palliative peut s’expliquer par le manque de formation des professionnels de santé qui ont parfois tendance à opter pour le « tout-curatif »[10]. Enfin, on peut aussi souligner le manque de temps des professionnels de la santé écartelés entre les tâches multiples, et le caractère éprouvant, aussi bien pour la famille que pour les soignants, de la relation avec celui qui meurt.
Parce que les affaires médiatiques, abusivement réunies sous le terme d’ « euthanasie »[11], n’aident pas à clarifier un terme ambigu, précisons ce que l’on entend par euthanasie.
La polysémie[12] du mot euthanasie a des racines historiques. Le philosophe Francis Bacon l’emploie en premier en 1605 dans le sens d’une bonne mort : « mort douce et paisible ». Cette définition conforme à l’étymologie évolue à la fin du XIXe siècle. Le mot euthanasie prend un nouveau sens : procurer une mort douce, en mettant fin délibérément à la vie du malade, dans le but de lui épargner des souffrances. C’est le sens de l’euthanasie retenu par l’ADMD. Voici une définition du mot euthanasie communément admise :
« L’euthanasie consiste dans le fait de donner sciemment et volontairement la mort au patient dans le but de mettre fin à ses souffrances ; est euthanasique le geste ou l’omission qui provoque délibérément la mort du patient dans le but de mettre fin à ses souffrances »[13].
Le refus de l’acharnement thérapeutique, les soins palliatifs, l’euthanasie ont tous pour issue la mort. C’est l’intention de provoquer la mort qui est capitale dans la définition de l’euthanasie[14].
Les adjectifs utilisés pour qualifier l’euthanasie ne font qu’ajouter de la confusion. Par exemple, on emploie l’expression « euthanasie passive » pour désigner l’abstention ou l’arrêt de traitement en phase terminale. Il s’agit en fait du refus de l’acharnement thérapeutique. On distingue aussi l’euthanasie « volontaire » et l’euthanasie dite « involontaire » : l’euthanasie est volontaire quand elle est pratiquée à la demande du patient, le médecin administrant le produit mortel ; l’euthanasie est involontaire quand elle est faite sans demande ni consentement du malade. Il est plus juste de la qualifier « d’euthanasie subie ». Sous couvert d’acceptation du suicide, les partisans de l’euthanasie prônent le terme de « suicide médicalement assisté »[15].
La question de l’opportunité de pratiques thérapeutiques soulève différents problèmes que met en avant Patrick Verspieren : « A partir de quand serait-il disproportionné de recourir à telle technique médicale ? De quels facteurs tenir compte ? Qui peut prendre la décision, et comment ? [16] ». Autrement dit, quand et comment limiter ou arrêter les traitements ? Ne croyons pas que la loi dispense le discernement éthique en situation concrète! L’article 1er de la loi Léonetti 2005 ne donne pas de définition des actes et thérapeutiques « disproportionnés » mais définit trois critères : inutilité, caractère disproportionné et le seul maintien artificiel de la vie. Le médecin doit suivre les « directives anticipées » ou à défaut consulter la « personne de confiance ». La difficulté se renforce dès lors que le patient est atteint de plusieurs pathologies chroniques et que se pose la question de la réanimation. Jusqu’où traiter ces personnes particulièrement fragiles ? Comment faire pour bien faire ? Comment « respecter la vie, accepter la mort »? Prenons un exemple : faut-il poser un pacemaker à une dame de 86 ans atteinte d’une démence d’Alzheimer ? Le poser est-il un acte d’acharnement thérapeutique ou un respect de la vie ? Ne pas le poser, est-ce de l’euthanasie ou une acceptation de la mort ?
Ainsi, distinguer de manière précise l’euthanasie de l’acharnement thérapeutique et des soins palliatifs se révèle complexe. D’une part, les qualificatifs accolés au terme euthanasie, au lieu d’éclaircir le débat, ajoute de la confusion au débat et aux réflexions éthiques. D’autre part, dans la pratique, la frontière est délicate entre « laisser vivre » et « provoquer la mort ». Parce que l’euthanasie n’est pas un acte anodin, il est important de prendre la mesure des questions que suscite cette pratique.
C. De quelques questions que l’on ne se pose pas forcément sur l’euthanasie
La modernité apprécie la notion d’autonomie[17]. Elle y voit un légitime besoin de réalisation personnelle. Si être maître de sa vie, c’est aussi contrôler sa mort, sous-entend Jacques Pohier, l’homme est-il vraiment maître de sa propre vie et de sa propre mort ? Faut-il, sous le motif de respecter la liberté du malade, agréer nécessairement sa demande d’euthanasie ? N’est-elle pas plutôt ambivalente[18] ? N’y-a-t-il pas le risque d’enfermer le malade dans un des stades évolutifs de la mort[19] ? Par ailleurs, à la suite de Valadier[20], on peut se demander si le malade répond aux critères du consentement « libre, exprès et éclairé ». Cette décision constitue-elle vraiment « l’ultime liberté » [21] ? Enfin, on peut se demander si l’autonomie comme absolu n’oublie pas le caractère relationnel de l’homme[22].
Il va de soi que tout le monde est favorable à une mort digne. Mais est-il si sûr que l’euthanasie soit la mort douce et digne désirée [23]? Et puis, délivrance pour qui [24] ? Mourir dans la dignité, n’est-ce pas plutôt vivre de manière accompagnée[25] et apaisée les derniers moments de sa vie ?
Si les demandes d’euthanasie persistent, faut-il aller plus loin et invoquer une « exception d’euthanasie »[26] ? N’est-ce pas plutôt les conditions de mourir et l’accueil des personnes fragilisées par la vieillesse qu’il faut changer, et non la loi ?
Le droit a-t-il pour vocation à honorer toutes les demandes individuelles ? Ne faut-il pas prendre en compte les répercussions sociales de l’euthanasie ?
Quand on aime quelqu’un, on souffre de ses souffrances. On voudrait qu’elles n’existent plus. Certains estiment alors qu’il faut accélérer la mort dans un geste de « charité ». Mais est-ce vraiment de la compassion [27] ?
Si la vieillesse effraie[28], c’est parce qu’elle symbolise la perte d’autonomie. La hantise de la déchéance (par exemple la maladie d’Alzheimer) conduit à réduire l’autonomie seulement aux capacités rationnelles[29]. Dès lors la vieillesse est perçue sur le registre de la perte. La vieillesse ne peut-elle pas aussi se révéler comme un don[30], n’a-t-elle pas une utilité sociale[31] ? Et si la vieillesse avait quelque chose à nous apprendre à vivre ?
Après avoir dressé un état des lieux du débat complexe sur l’euthanasie, il va s’agir maintenant d’interroger la tradition chrétienne sur sa compréhension de la dignité humaine. Au nom de quoi la tradition chrétienne affirme-t-elle que la dignité est inaliénable ?
Quels sont les fondements théologiques et philosophiques
de la dignité en christianisme ?
L’histoire des religions est particulièrement précieuse pour comprendre ce qu’il en est de la dignité humaine[32]. En effet, elle va nous permettre de prendre conscience de la nouveauté de la vision chrétienne sur l’origine de l’homme.
Prenons l’exemple du récit de la création babylonienne (énuma élish[33]).
A l’origine, les grands dieux faisaient travailler sur terre les petits dieux pour qu’ils fabriquent des digues afin de contenir les fleuves. Les petits dieux finissent par se révolter. Ils perdent. Le chef de la révolte (Kingou) est mis à mort. Avec son sang, mélangé à de la terre, on « fabrique » les hommes qui vont être chargés de porter les paniers de terre à la place des petits dieux. C’est Mardouk qui prend la parole :
Les Igigou (dieux adversaires) lui répondirent :
C’est Kingou (Qingu) qui a causé le combat, a fait se révolter Tiamat et a organisé la bataille !
L’ayant capturé, ils le tiennent en présence d’Ea (Ayat, Enki) ; ils lui imposèrent le châtiment et lui tranchèrent le sang ; de son sang ils modelèrent l’humanité, Ea obligé d’accepter, redonna leur liberté aux dieux. Ensuite Ea, le sage, créa l’humanité ; il lui imposa le service envers les dieux. »
Dans ce climat de guerre des dieux (une « théomachie »), l’homme est créé comme la conséquence d’une punition et pour souffrir à la place des petits dieux. Réduit à l’état d’esclave, il n’a pas de dignité ni de noblesse.
Quel contraste avec le récit de Gn 2 ! Point de théomachie, mais un Dieu unique. L’homme est mis dans le jardin pour le cultiver et y vivre en paix. Il est voulu pour lui-même et non pour pallier une révolte des dieux et souffrir à leurs places. Il a une dignité immense au point que le psalmiste s’exclame : « A peine le fis-tu moindre qu’un dieu !» (Ps 8, 6). Mais au nom de quoi ?
Quatre affirmations bibliques peuvent nous aider à comprendre que la dignité de la personne provient de son statut de créature[34] à « l’image de Dieu »[35]. Seule la créature humaine ressemble au Créateur (Gn 1, 6), seule elle est modelée par la main divine (Gn 2, 7), seule elle bénéficie de l’insufflation dans ses narines de l’haleine de vie (Gn 2, 7), seule elle reçoit l’ordre de maitriser la Création (Gn 1, 28).
Dans la suite de la Bible, de la tradition des Pères et de Gaudium et Spes[36], le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise[37] synthétise ainsi la pensée magistérielle sur la dignité de la personne humaine : « parce qu’il est à l’image de Dieu, l’individu humain a la dignité de personne : il n’est pas seulement quelque chose, il est quelqu’un ».
« L’image de Dieu » ne doit pas être comprise au sens faible comme un pâle reflet du Créateur dans la créature, mais au sens fort, comme la présence de Dieu en l’homme.
Ce qui est fondamental à retenir, c’est que la dignité de la personne humaine, à l’inverse de l’utilitariste Peter Singer[38] qui considère que le respect de la vie dépend des performances ou des capacités de la personne, est inaliénable[39], irréversible. Elle fait partie de son être propre, ineffaçable comme le caractère baptismal.
Cette affirmation est lourde de conséquence. On va le manifester avec la figure du Christ, Nouvel Adam, qui révèle l’homme à son propre mystère (GS n° 22 § 1).
Dans le christianisme, Dieu n’est pas ce dieu jupitérien surplombant de sa superbe les hommes. Au contraire c’est un Dieu d’alliance qui ne désespère pas de l’homme, de ses misères. Une alliance qui le conduit à « se mouiller », à s’engager. C’est pourquoi il envoie son Fils, Jésus, pour nous sauver, un salut qui passe par la « folie » de la Croix librement acceptée par amour pour ses amis[40].
Un moment particulièrement important de la kénose[41] du Christ mérite notre attention. Alors que son visage est de souffrance, couronné d’épines, flagellé, torturé, méconnaissable (loque humaine), voici que Pilate ose le désigner au peuple comme étant l’homme : Ecce Homo[42].
Cette parole ironique[43] dans la bouche de Pilate est prophétique, même si Pilate ne soupçonne pas à quel point il a raison.
On comprend alors que l’Ecce Homo permet d’affirmer que la dignité humaine ne relève pas d’une question de mérite[44], mais constitue une propriété intrinsèque à toute personne, inconditionnelle. Même le pire des criminels possède une dignité humaine !
Si on applique cette affirmation de la dignité dans le cadre de la bioéthique, cela implique que la souffrance et la maladie ne compromettent pas la dignité de la vie humaine. Toute vie humaine a du prix, de l’importance, de la dignité, parce que nous sommes créés à l’image de Dieu crucifié, vulnérable.
Ainsi la dignité de la personne humaine repose sur la création à l’image de Dieu. Voilà ses fondements théologiques. Voyons maintenant son fondement philosophico-théologique dans la tradition chrétienne du Concile Vatican II.
Le préambule de la déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis Humanae s’ouvre par le « signe des temps » de la conscience grandissante de la « dignité » de la personne. L’expression revient à huit reprises pour éclairer la notion de liberté religieuse[45].
Puisque « le droit à la liberté religieuse a son fondement réel dans la dignité de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même » (DH 2§1), voyons ci-dessous le fondement philosophique de la dignité. Il est ainsi exposé :
« En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés, par leur nature même, et tenus, par obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi d’adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité. Or, à cette obligation, les hommes ne peuvent satisfaire, d’une manière conforme à leur propre nature, que s’ils jouissent, outre de la liberté psychologique, de l’exemption de toute contrainte extérieure ». (DH 2 § 2)
La dignité humaine, qui découle de la raison et de la volonté qui fait de l’homme une personne, confère à l’homme une responsabilité. C’est cette responsabilité qui fonde le devoir moral de chercher la vérité[46]. En effet, l’homme est créé pour connaître Dieu, c’est sa plus grande dignité[47].
De cette recherche religieuse qui s’impose en conscience à tout individu humain en raison de sa dignité, le Concile déduit le droit imprescriptible[48] à la liberté religieuse.
Ainsi, sans nier le devoir de se soumettre à la vérité dès qu’on l’appréhende, DH soutient que l’homme ne saurait accéder à la vérité sans avoir la liberté[49] de le faire. La liberté est la condition de la recherche de la vérité. Vérité et liberté sont mutuellement solidaires et non contradictoires.
La vérité suppose la liberté et la liberté s’accomplit dans la vérité.
Ce devoir (ou obligation morale) ne doit pas être confondu avec la contrainte[50]. En effet, ce serait contraire à la dignité de la personne qui implique une réponse libre (« liberté de l’acte de foi », DH 10) à l’appel de Dieu. C’est pourquoi, « si l’appel de Dieu oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas » (DH 11 § 1). La vérité révélée s’impose par sa force persuasive : « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance » (DH préambule § 2).
Après avoir montré les fondements théologiques et philosophiques de la dignité humaine en christianisme, il va s’agir maintenant de se demander quelle est la mort digne et alternative à l’euthanasie en christianisme.
Quelle est la mort digne et alternative à l’euthanasie
en christianisme ?
Etre maître de sa vie, c’est contrôler sa mort soutient Jacques Pohier. Il est intéressant de questionner cette affirmation en approfondissant ce que veut dire le christianisme en soutenant que « l’homme est créé ». Soutenir que l’homme est un être créé, c’est considérer que l’homme doit son être à ses parents et n’est pas sa source. Son origine ne lui appartient pas. On ne lui a pas demandé s’il voulait naître ! La vie de l’homme dépend d’une dépendance encore plus radicale, à savoir de Dieu son Créateur[51].
La condition de créature entraine deux conséquences sur lesquelles s’appuie le magistère[52] catholique pour refuser l’euthanasie.
La première conséquence est que la vie est un don et qu’elle est sacrée.
La vie est un don car elle ne dépend pas de nous. Nous l’avons reçue. La vie est le « don de l’amour de Dieu »[53]. Cela implique la responsabilité de l’homme, devant Dieu, de prendre soin de la vie.
La vie est sacrée[54] car le Seigneur est le maître[55]absolu de la vie.
La seconde conséquence est que le fait pour l’homme d’être créé à l’image de Dieu induit que la dignité de la personne ne dépend pas de ses capacités ou performances (relationnelles par exemple) mais de l’amour personnalisant de Dieu. Elle est donc inaliénable.
Ainsi, puisque la vie ne dépend pas de nous, on n’a pas le droit de disposer de sa propre vie. C’est Dieu qui est le maître de la vie, l’homme n’est que son intendant (Gn 1, 26-36). La condamnation ferme[56] de l’euthanasie se fonde donc sur le principe de la dignité inaltérable de tout homme créé à l’image de Dieu.
B. De quelques répercussions sociales de la dépénalisation de l’euthanasie
Parce que l’homme est un être social en relation avec d’autres (« tout est lié » Laudato Si, pape François), la question de l’euthanasie ne se limite pas au niveau interpersonnel des relations soignants-malades. Examinons maintenant les répercussions sociales de l’euthanasie.
Dépénaliser l’euthanasie constituera un mauvais signal pour les personnes dépendantes, les personnes handicapées. Dans une société à mentalité utilitariste, la pression sociale risque d’entrainer que le droit de mourir soit ressenti comme un devoir de mourir pour ces personnes qui se sentent déjà culpabilisées d’être inutiles et à charge de la société, mais qui ont encore le goût de vivre.
Cela détruira le pacte de confiance avec le médecin. Que se passerait-il si les soignants se reconnaissaient le droit de donner la mort ? Les personnes en fin de vie craindraient de ne pas être bien prises en charge, écoutées, entendues.
C’est une solution plus simple et moins coûteuse financièrement et humainement qui dispensera les soignants et l’ensemble de la société de déployer des efforts pour soulager les personnes en fin de vie. C’est se résigner et laisser les personnes en fin de vie à leurs douleurs, leur détresse mentale et à leur solitude. Cela ne résoudra pas le « mal vieillir ».
Cela découragera ou rendra marginaux les soins palliatifs.
Cela privera la personne en fin de vie du temps nécessaire pour se réconcilier avec sa famille, ses proches, Dieu et de partir le cœur en paix.
Cela risque de favoriser « l’acharnement thérapeutique » dans la mesure où son arrêt par l’euthanasie sera simplifié.
Si l’on autorise l’euthanasie pour le malade en phase terminale en se fondant sur ses souffrances, son autonomie et son droit de regard sur sa vie même, comment pourrait-on la refuser aux déprimés, aux personnes dépendantes, aux personnes souffrants d’un handicap lourd, aux mineurs ? C’est la porte ouverte à des dérives potentielles[57].
Ainsi, si dépénaliser l’euthanasie est revendiqué au nom d’une conception individualiste de la dignité et de la liberté, c’est méconnaître la dimension sociale de l’homme et les répercussions sociales négatives que engendrera pour toute la société. Au lieu d’être le prétendu « nouveau droit de l’homme », l’euthanasie conduira plutôt à une régression anthropologique et sociale. Des pays l’ont compris[58].
Contestant les idées[59] reçues à propos de la morphine et la tendance de la médecine moderne devenue si technique à réduire le malade à sa seule maladie, le médecin anglais Cisely Saunders[60] (1918-2005) à découvert que soulager la douleur en phase terminale suppose de prendre en compte la réalité pluridimensionnelle de la souffrance avec ses composantes physiques, psychologiques, sociales, spirituelles en interaction (« souffrance totale », total pain).
La loi relative aux droits des malades (4 mars 2002) définit ainsi les soins palliatifs :
« Les soins palliatifs sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe interdisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne et à soutenir son entourage ».
Parce que la douleur chronique intense écrase la personne et l’enferme en elle-même, c’est une priorité de commencer par lutter contre la douleur physique.
Pour apaiser la souffrance psychique, Marie de Hennezel suggère des attitudes, des gestes de confort : « créer une ambiance, chaleureuse et calme autour d’un malade angoissé. Masser, leur raconter une histoire, ou tout simplement les laisser parler[61] ».
Par l’accompagnement spirituel[62], il s’agit principalement de la question du sens de sa vie. Parce que la souffrance fragmente et introduit de la brisure chez la personne en fin de vie, le récit de vie[63] permet d’unifier sa vie et de donner du sens à sa mort.
Pour le croyant, la présence d’aumôniers ou de laïcs formés permet de partir le cœur en paix. Le sacrement de l’onction des malades contribue à donner de la force, encourage à accepter la mort à venir. C’est la caresse de Dieu (pape François), l’assurance de la proximité de Dieu qui n’abandonne pas le malade (Mt 28, 20).
Parce que les soins palliatifs ne visent pas seulement à administrer de la morphine, ils accompagnent également les proches de la personne en fin de vie. Ce soutien consiste par exemple à répondre à leurs questions vis-à-vis de la mort intime dont la plupart n’ont pas d’expérience. Comment parler à un jeune enfant de la fin de vie d’un proche ? Que dire, que partager en fin de vie ? Comment dire « au revoir » ? C’est aussi faire découvrir « les phases du deuil[64] ». Enfin, cela passe par un soutien aux proches en deuil.
Ainsi, par la prise en charge holistique de la personne (« besoins fondamentaux[65] »), par l’alliage de la compétence technique et de la qualité humaine (attention, soins, gestes de confort), par leur refus de l’acharnement thérapeutique et l’option de privilégier la meilleure qualité de vie possible, les soins palliatifs honorent dignement la personne en fin de vie. Ils attestent que, s’il n’y a rien à faire médicalement, « le temps du mourir » a de la valeur. Le témoignage de Marie de Hennezel à propos de son accompagnement avec le sidéen Bernard[66] révèle que, « sans diminuer la douleur d’un chemin fait de deuils, de renoncements, le temps qui précède la mort peut être aussi celui d’un accomplissement de la personne et d’une transformation de l’entourage[67] ».
On est parti du paradoxe selon lequel la notion de dignité appliquée au cas de l’euthanasie conduit à deux interprétations de la dignité qui lui font dire à la fois la chose et son contraire. Un état des lieux de la question de l’euthanasie a permis de prendre la mesure de la complexité du débat, les raisons de la demande de l’euthanasie, sa définition et les questions que cela suscite. On a découvert que c’était en raison du fait que tous les hommes sont créés à l’image de Dieu qu’ils sont égaux en dignité, attribut inaliénable de l’homme. Parce que l’euthanasie n’est plus une fatalité depuis que les soins palliatifs soulagent la douleur en phase terminale, on a montré la pertinence et la fécondité des soins palliatifs. Au lieu d’être un « mouroir », l’expérience d’accompagnement des personnes en fin de vie se révèle au contraire comme un lieu de vie qui peut transformer les soignants, la personne accompagnante et la personne en fin de vie.
Faut-il congédier la dignité sous prétexte qu’elle serait aujourd’hui un concept « fourre-tout » ? Deux raisons invitent à conserver la notion de dignité. Premièrement, parce que la dignité structure[68] la doctrine sociale de l’Eglise ; elle est le concept englobant qui se déploie dans les principes que sont par exemple le bien commun, la destination universelle des biens, la solidarité. Elle est donc incontournable. Deuxièmement, si l’Eglise catholique insiste tant pour assister les malades[69], c’est parce que « la personne vulnérable constitue la pierre d’angle de l’éthique »[70]. La mission prophétique de l’Eglise consiste à alerter les consciences. Ecoutons l’avertissement de Jean-Paul II[71] : « la qualité d’une société ou d’une civilisation se mesure au respect qu’elle manifeste envers les plus faibles de ses membres ». En définitive, c’est parce que la dignité est un concept incontournable, indispensable, qu’il est nécessaire de le garder, fût-ce au prix d’interprétations différentes.
Etre conscient des limites de ce concept oblige d’en préciser le sens en christianisme, d’en rappeler ses fondements et de pointer les conséquences sociales négatives qu’entraînerait une conception individualiste de la dignité.
Parce que cette étude mériterait bien des développements complémentaires, on pourrait la poursuivre par ces quelques pistes :
- Quel est le fondement de la dignité pour Emmanuel Kant ?
- N’y-a-t-il pas derrière le déni de la mort le refus d’être dépendant, limité, vulnérable ?
- Le témoignage de Marie de Hennezel à propos de son accompagnement avec Bernard ne peut-il pas contribuer à changer notre regard sur la personne en fin de vie, sur la vie, sur la mort ?
- N’y-a-t-il pas urgence à faire respecter l’accès au droit des soins palliatifs ?
« Tu sais, Bernard, tu es l’une des personnes qui m’ont le plus appris. Je t’ai regardé vivre et te battre contre cette maladie, je t’ai vu te transformer. Tu m’as montré qu’on peut regarder sa mort en face et continuer à vivre en donnant un sens à sa vie. Je me souviens de ce jour où, venant de me casser le bras, tu es venu me chercher en taxi pour m’emmener chez ton ostéopathe. Dans la salle d’attente, devant le regard ébahi de deux dames d’un certain âge, tu m’as parlé de tes désirs concernant le devenir de ton corps. Les deux dames regardaient sans y croire cet homme de quarante ans, un peu amaigri mais rayonnant d’énergie, évoquer tranquillement sa mort, et le lieu où il aimerait que ses cendres soient dispersées, dans ce coin d’Italie qu’il aime, sous les oliviers. Je t’ai regardé. Tu respirais la vie, ce matin-là, et tu me parlais comme d’une chose naturelle de la mort. Je t’ai profondément et intimement remercié, Bernard, de me faire témoin d’une pareille chose. ‘Tu comprends, j’ai tout réglé maintenant, et je crois que je suis en paix avec tout le monde, je peux continuer à vivre ou mourir d’un moment à l’autre, je suis prêt’, m’as-tu dit. C’était il y a trois mois. Tu en as fait du chemin, en dix-huit mois, depuis ce jour où tu as basculé dans le désespoir parce que tu venais d’apprendre que tu avais le sida »[72].
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[1] P. VALADIER, Morale en désordre. Un plaidoyer pour l’homme (Seuil, Paris, 2002, p. 152).
[2] On s’appuiera sur le livre de J. POHIER, La mort opportune. Les droits des vivants sur la fin de vie (Seuil, Paris, 1988).
[5] Les paragraphes suivant s’inspirent du livre du professeur L. PUYBASSET et M. LAMOUREUX, Euthanasie, le débat tronqué (Calmann-Lévy, Paris, 2012, p. 25-153) et V. LECLERCQ, Fin de vie, Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire (éd Atelier, Paris, 2013, p. 11-80).
[6] P. ARIES, Essais sur l’histoire de la mort en Occident du moyen âge à nos jours (Seuil, Paris, 1975, p. 61). Le déni de la mort dans les sociétés modernes est l’aboutissement d’une longue évolution : l’individualisme avec la solitude qui en résulte, les aspirations au bonheur marqués par un attachement aux valeurs matérielles, les progrès biomédicaux qui ont entrainé une généralisation de la mort hospitalière (70% des 520 000 décès par an en France ont lieu en établissement hospitalier), la sécularisation de la société qui n’aide pas à accepter l’idée de sa propre mort. Le tabou de la mort ne consiste pas dans la mort lointaine (spectaculaires, les morts des autres, par exemple en Syrie) omniprésente sur nos écrans de télévisions. Le tabou touche à la mort intime, la mort de nos proches, de nos amis. La mort intime est occultée parce qu’elle nous blesse.
[7] Le Rapport de la Commission de réflexion sur la fin de vie en France ou rapport Sicard a dénoncé en 2012 le « mal vieillir » : solitude des personnes âgées, suicides, cas de maltraitance.
[8] Les cocktails lytiques sont un mélange de drogues données en perfusion à des doses telles qu’ils plongent le malade dans l’inconscience et accélèrent le processus de la mort. Patrick Verspieren alerte contre cette pratique généralisée qui est un acte euthanasique puisque l’intention est de mettre fin délibérément à la vie consciente du sujet. Cf. P. VERSPIEREN, « Sur la pente de l’euthanasie », Etudes, 360/1, 1984, p. 43-54.
[9] Un sondage réalisé en septembre 2016 par la Fondation Adréa révèle que 62% des Français n’ont jamais entendu parler de la loi Claeys-Léonetti de 2015 ; le rapport Sicard de 2012 révèle que 80% des médecins n’ont reçu aucune formation à la prise en charge de la douleur. Ce paragraphe s’appuie sur le livre de L. PUYBASSET et M. LAMOUREUX, Euthanasie, le débat tronqué (Calmann-Lévy, Paris, 2012, p. 99-112).
[10] Malgré des progrès dans la diffusion des soins palliatifs, le rapport 2011 de l’Observatoire de la fin de vie mentionne que seules 7, 5% des 64% de personnes décédant dans les services d’urgence et qui avaient besoin de soins palliatifs en avaient bénéficié. La prise en charge de la douleur suppose que les médecins soient formés. En 2005, seulement 2 500 médecins généralistes (sur plus de 93 000) ont été formés en soins palliatifs.
[11] On peut différencier le cas des personnes en pleine possession de leurs moyens intellectuels de personnes privées de tout ou partie de leurs facultés intellectuelles. Dans le premier cas, Mireille Jospin, 92 ans, « fatiguée de vivre » et non malade, entend éviter une déchéance à venir. Dans le second cas, Hervé Pierra, un jeune homme de 20 ans, sauvé in extremis en 1998 d’une tentative de suicide par pendaison, est réduit pendant 8 ans à un état végétatif chronique, maintenu en vie par la nutrition artificielle au prix de terribles souffrances.
[12] P. VERSPIEREN, Face à celui qui meurt, Euthanasie, acharnement thérapeutique, accompagnement (Desclée de Brouwer, Paris, 1984, p. 140-147).
[14] On peut distinguer trois formes d’euthanasie : par injection de substance à potentiel lytique explicitement recherché ; par omission (ne pas faire de traitement ou un soin de base alors que ce dernier reste proportionné et non dangereux pour le malade) ; par excès (utilisation de drogue analgésiante ou sédative à des doses plus fortes que le nécessiterait le soulagement du malade). La sédation qui permet d’obtenir une diminution de l’état de conscience du patient si des symptômes insupportables persistent et qu’il ne reste aucune autre solution thérapeutique n’est pas une euthanasie comme les « cocktails lytiques » car son intention n’est pas de provoquer la mort. Cette partie s’inspire de P. VERSPIEREN, Face à celui qui meurt, Euthanasie, acharnement thérapeutique, accompagnement (Desclée de Brouwer, Paris, 1984) et de F. NIESSEN et O de DINECHIN, Repères chrétiens en bioéthique. La vie humaine du début à la fin (Salvator, Paris, 2015).
[15] Un malade se donne la mort par une drogue qui lui a été prescrite et mise à disposition par un médecin. La différence est inexistante avec une euthanasie : le médecin pratique un acte d’euthanasie. F. NIESSEN et O de DINECHIN, Repères chrétiens en bioéthique. La vie humaine du début à la fin (Salvator, Paris, 2015, p. 394).
[16] P. VERSPIEREN, Face à celui qui meurt, Euthanasie, acharnement thérapeutique, accompagnement (Desclée de Brouwer, Paris, 1984, p. 147).
[17] Le mot autonomie, d’inspiration kantienne comme le rappelle Valadier, est la capacité d’être, selon son étymologie, sa propre norme, c’est-à-dire d’être « une fin en soi » et de décider soi-même de sa propre vie. Voir P. VALADIER, Morale en désordre. Un plaidoyer pour l’homme (Seuil, Paris, 2002, p. 152).
[18]L’expérience des soins palliatifs révèle que le malade demande rarement la mort. En réalité, il s’agit plutôt d’un appel au secours, un signal d’une double peur : peur d’être abandonné et peur de souffrir. C’est pourquoi, dans la plupart des cas, une fois la douleur chronique traitée, le malade se rétracte.
[19] On approfondira les cinq différentes étapes du mourir dans la troisième partie du devoir. La phase de dépression peut être à l’origine de la demande d’euthanasie. Elle constitue souvent une phase transitoire.
[20] On peut se demander si le malade submergé par la douleur est vraiment en pleine possession de sa liberté, c’est-à-dire apte et lucide à prendre des décisions raisonnées concernant sa fin de vie. Ne subit-il pas plutôt les pressions de son entourage ? Ibid., p. 147.
[21] On peut se demander si elle n’est pas plutôt l’aveu d’une impasse dans laquelle les conditions d’un véritable choix n’existent plus. A. KAHN, L’ultime liberté (Plon, Paris, 2008).
[22] Pour remédier à l’individualisme, Paul Valadier appelle de ses vœux un « personnalisme authentique », c’est-à-dire une morale de solidarité, reprenant l’expression forgée par Michel de Certeau, « du jamais l’un sans l’autre ». P. VALADIER, Morale en désordre. Un plaidoyer pour l’homme (Seuil, Paris, 2002, p. 173. L’autonomie se tricote avec l’interdépendance.
[23] La mort n’est ni facile, ni agréable pour personne. Elle est par définition pénible, difficile, exigeante. Voir les 7 peurs de la mort F. NIESSEN et O de DINECHIN, Repères chrétiens en bioéthique. La vie humaine du début à la fin (Salvator, Paris, 2015, p. 430).
[24] Selon un sondage mené en 2009, 83% des personnes de plus de 75 ans refusent l’euthanasie. (M. de HENNEZEL, Nous voulons tous mourir dans la dignité. Pour comprendre le débat sur la fin de vie (Robert Laffont, Paris, 2013, p. 61). C’est avant tout une demande des biens-portants. Elle ajoute que les médecins sont les moins favorables à l’euthanasie. Ce n’est pas injecter une simple piqûre ! C’est un acte psychologiquement très violent. Cela va à l’encontre de la vocation du métier de médecin : soigner, guérir, sauvegarder la vie.
[25] Une femme de 90 ans décrit ce qu’elle entend par mourir dans la dignité : « Je voudrais une mort apaisée, dans mon lit à moi, pas à l’hôpital. Je voudrais que l’on soit autour de moi et que l’on me dise des mots d’amour, qui me donnent la force de mourir, qu’on me touche avec des gestes doux et calmes, qu’on me laisse glisser dans la mort sans me forcer à manger si je n’en ai pas envie ». Ibid., p. 15
[26] Cette proposition consiste dans le fait qu’une personne poursuivie pourrait demander la soumission de son cas à une commission d’experts. Elle émane du Comité consultatif national d’éthique (C.C.N.E, Rapport n° 63, 27 janvier 2000 « Fin de vie, arrêt de vie, euthanasie »). La mission parlementaire préalable à la loi Léonetti 2005 s’est interrogée. Cette proposition a été rejetée car elle consisterait à changer profondément les règles du droit, tout en masquant ce fait. P. VERSPIEREN, « La loi sur la fin de vie. De l’émotion à la pondération » Etudes, octobre 2005, p. 334. On verra dans la 3e partie que l’Eglise catholique adopte la même position.
[27] La parabole du « bon Samaritain » (Lc 10, 29-37) illustre que la vraie compassion rend solidaire de la douleur d’autrui et acteur. Le Bon Samaritain ne se contente pas d’émotion et de compassion. Il porte les premiers secours à l’homme blessé. La compassion ne signifie pas qu’il faille supprimer celui dont on ne peut supporter la souffrance. Il serait plus juste d’avouer : « il fait pitié ! ».
[28] Faire le deuil de son autonomie est une des souffrances les plus pénibles qui soient. Ce paragraphe s’appuie sur l’article de F. DAMOUR, « La vieillesse, un âge politique » Etudes, avril 2016, p. 39-49.
[29] On peut aussi reconnaître d’autres formes d’autonomie : les capacités désirantes ou affectives.
[30] La vieillesse n’est pas forcément un « naufrage ». Elle peut être vécue de façons très différentes. Elle possède des ressources : le sens de la gratuité, la mémoire, l’expérience, l’interdépendance, une vision plus complète de la vie (sens de la simplicité, patience). Document du Conseil pontifical pour les Laïcs, Les personnes âgées. Dignité et mission dans l’Eglise et dans le monde (Parole et Silence, Paris, 1999, p. 28-33).
[31] Que serait notre monde sans les personnes âgées ? En 2013, 36% des plus de 65 ans sont bénévoles associatifs, contre 25% des actifs. La moitié des structures associatives sont dirigées par des retraités.
[32] Cette partie s’inspire de l’article de Bruno Feuillet « la dignité humaine, entre nature et conquête », site Internet www.discernement.com.
[33] Enuma Elish est un poème babylonien datant de la fin du IIe millénaire avant Jésus-Christ. La recherche historico-critique a démontré que le récit de la création biblique en a repris des matériaux.
[34] Pour ne pas tomber dans une lecture littéraliste créationniste, il s’agit de lire le récit de la création biblique non pas comme un récit scientifique, mais comme un récit de sagesse. Voir P. BEAUCHAMP, Etudes sur la Genèse : l’Eden, les sept jours, les patriarches (Ad instar manuscripti, Lyon-Fourvière, 1971, p. 10). Il est intéressant de remarquer que le discours scientifique et théologique n’emploie pas le terme de création dans le même sens. Les savants cherchent à percer les mystères du commencement du monde et de l’humanité (c’est-à-dire le point de départ du monde, le Temps O) ; la révélation chrétienne nous parle de son origine (c’est-à-dire le pourquoi et le sens de notre existence). B. SESBOUE, L’homme merveille de Dieu. Essai d’anthropologie christologique (Salvator, Paris, 2015, p. 125-126). Cette partie s’inspire de ce livre.
[35] Gn 1, 26-27. On peut indiquer aussi Gn 5, 1 ; 9, 6.
[36] Gaudium et Spes n° 12-22, « la dignité de la personne humaine ». Voir GS n° 12 § 3.
[37] Compendium de l’Eglise catholique (Cerf, Paris, 2006, p. 61).
[38] L’australien Peter Singer, à partir de son principe de valorisation de la vie sensible (et le refus de la souffrance) en arrive à mettre au même niveau l’homme et l’animal (les grands singes par exemple). Dès lors, une personne humaine handicapée mentale n’est plus pour lui une personne puisqu’ayant perdu sa conscience de soi et sa rationalité. Cela légitime l’euthanasie. Voir P. SINGER, Questions d’éthique pratiques (Bayard, Paris, ouvrage publié en 1993, traduit en Français en 1997). Je m’inspire ici de P. VALADIER, Morale en désordre. Un plaidoyer pour l’homme (Seuil, Paris, 2002, p. 75-81).
[39] Outre le statut de dignité inaliénable de la personne, on peut ajouter avec Alain Thomasset que la personne humaine est « incarnée » donc en relation avec l’environnement et « à l’image de Dieu-trinité », donc qu’elle est relationnelle. Voir l’article d’Alain Thomasset « dignité de la personne humaine », sur le site internet du CERAS www.doctrine-sociale-catholique.fr.
[40] Jn 10, 11-18.
[41] Philippiens 2, 8.
[42] Jn 19, 5.
[43] Le récit de la Passion est traversé par de l’ironie. Ainsi par exemple les moqueries qui tournent Jésus en dérision - « Salut, roi des juifs ! » (Mc 15, 18) – ou encore l’inscription placée sur la croix (Mc 15, 26).
[44] La dignité comprise comme mérite (ou honneur, noblesse, grandeur d’âme) est la conception stoïcienne de la dignité. L’apport du christianisme sera de dépasser l’étroitesse aristocratique, le caractère d’élite de cette conception pour aboutir à un modèle d’éthique universelle, où tous les hommes sont égaux en dignité, indépendamment de leur mérite personnel, mais en raison d’être « image de Dieu ». Dictionnaire encyclopédique d’éthique chrétienne, « article dignité » par Michel Dupuis (Cerf, Paris, 2013, p. 598).
[45] Suivant DH 2 § 1, le droit à la liberté religieuse est un droit négatif qui implique l’exemption de toute contrainte dans un double sens : une liberté de contrainte (aucun homme ne doit être forcé d’agir contrairement à sa conscience, conformément à « la liberté de l’acte de foi » DH 10) et une liberté d’empêchement (aucun homme ne doit être empêché d’agir en accord avec ses croyances). Le sous-titre de la Déclaration précise qu’il s’agit d’une liberté limitée à la dimension civile. Elle ne porte pas sur le contenu mais sur les relations entre sujet de droit et ainsi ne valide pas un relativisme religieux comme « si tout se valait en matière de religion ».
[46] La vérité ne doit pas être comprise au sens de dogme, ensemble de vérités révélées, (sans quoi il devient impossible d’articuler liberté religieuse et devoir de rechercher la vérité) mais de manière plus large, à savoir l’acte de communication de Dieu à l’homme, qui rend l’homme capable de cette recherche. Voir D. GONNET, La liberté religieuse à Vatican II. La contribution de John Courtney Murray (Cerf, Paris, 1994, p. 210-211). Cette partie s’inspire de ce livre.
[47] « L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec lui commence avec l’existence humaine. Car si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par amour et, par amour, ne cesse de lui donner l’être ; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet amour et s’abandonne à son Créateur » (GS n ° 19).
[48] En raison du caractère ontologique de la personne, le droit de la liberté religieuse persiste même pour ceux qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité (DH 2 § 2).
[49] La liberté ne doit pas être ici comprise comme négative (indépendance, affranchissement), mais comme un droit pour un devoir, le devoir de rechercher Dieu. Voir aussi GS 19 sur la grandeur de la liberté.
[50] « L’obligation morale n’est pas une contrainte extérieure qui exercerait comme une violence sur notre liberté, mais les conséquences d’une responsabilité à laquelle nous avons consenti. Par exemple, ‘j’ai des obligations envers quelqu’un’ signifie que j’ai un devoir de reconnaissance vis-à-vis d’une personne qui m’a donné beaucoup ». J.-M. ECHIVARD, Les premiers mots philosophiques. Repères conceptuels (F-X de Guibert, Paris, 2005, p. 198).
[51] Dieu est la source de la vie. Dieu façonna de ses propres mains et « insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 1, 7).
[52] Le document principal et officiel de l’Eglise catholique sur l’euthanasie est la « Déclaration sur l’euthanasie » publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 1980. Il s’agit d’une synthèse de la morale catholique en regard de la maladie et de la mort. Il est important d’ajouter la condamnation de l’euthanasie formulée dans l’encyclique Evangelium vitae (1995, n° 65-67). Cette partie s’inspire du livre H. DOUCET, Les promesses du crépuscule. Réflexions sur l’euthanasie et l’aide médicale au suicide (Labor et Fides, Québec, 1998, p. 77-99) et de F. NIESSEN et O de DINECHIN, Repères chrétiens en bioéthique. La vie humaine du début à la fin (Salvator, Paris, 2015, p. 408-421).
[53] « Si la plupart des hommes estime que la vie a un caractère sacré et que personne ne peut en disposer à son gré, les croyants y voient plus encore un don de l’amour de Dieu qu’ils ont la responsabilité de conserver et de fructifier ». Congrégation pour la Doctrine de la Foi, « Déclaration sur l’euthanasie » dans P. VERSPIEREN (Textes du Magistère catholique, réunis et présenté par), Biologie, Médecine et éthique (Le Centurion, Paris, 1987, p. 416).
[54] « Dieu se proclame Seigneur absolu de la vie de l’homme, formé à son image et ressemblance (cf Gn 1, 26-28). Par conséquent, la vie humaine présente un caractère sacré et inviolable, dans lequel se reflète l’inviolabilité du créateur » (J-P. II, Evangelium Vitae, n° 53).
[55] « C’est moi (Dieu) qui fais mourir et qui fais vivre » (Dt 32, 39. La véritable maîtrise de Dieu sur la mort est exprimée dans la parole de Jésus en Jean 11, 25-26 : « je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». Que Dieu soit le maître de la vie n’implique pas de court-circuiter les responsabilités humaines à faire fructifier la vie (Gn 1, 28) ! Un Dieu qui fait alliance avec les hommes ne saurait être un concurrent ou jaloux des hommes.
[56] Parce que le Magistère n’engage pas son autorité toujours de la même façon, ses documents et affirmations n’ont pas tous le même poids. L’autorité de la condamnation de l’euthanasie est forte puisque « Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu. Elle est transmise par la Tradition de l’Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel » (Evangelium vitae n° 65). Elle renvoie donc à l’exercice du charisme infaillible (Lumen Gentium n° 25). On peut préciser que la gravité morale de l’euthanasie est un jugement sur un comportement mais n’est, en aucun cas, un jugement de condamnation sur les personnes qui ont pu commettre un tel acte. A une personne qui fait repentance, la miséricorde de Dieu lui est offerte.
[57] En Belgique, l’euthanasie a été étendue aux mineurs en 2014, des nouveau-nés ont été euthanasiés.
[58] Ces dernières années, des pays ont refusé l’euthanasie : Ecosse (2009), Canada (2010), Australie du Sud (2010) Israël (2011). Seuls trois états européens ont légalisé l’euthanasie : Pays-Bas (2001), Belgique (2002), Luxembourg (2009). La Suisse (1942), la Colombie (2015), le Québec (2015) et trois Etats américains ont légalisé seulement le suicide médicalement assisté, mais pas l’euthanasie active. www.plusdignelavie.com.
[59] Cisely Saunders a contesté deux peurs infondées vis-à-vis de l’emploi de la morphine : le patient va devenir dépendant de la morphine, prescrire de la morphine va tuer le malade. L’Eglise catholique s’est positionnée sur la légitimé de l’emploi des antalgiques, et cela dès 1957 (pape Pie XII). P. VERSPIEREN (Textes du Magistère catholique, réunis et présenté par), Biologie, Médecine et éthique (Le centurion, Paris, 1987, p. 347-364).
[60] C’est la pionnière des soins palliatifs. Elle a fondée en 1967 près de Londres le Saint Christopher’s Hospice. Le terme palliatif vient du latin pallium (manteau). Cela ne guérit (cure) pas le malade, mais vise à le soigner (care). Cette partie s’inspire du livre de F. NIESSEN et O de DINECHIN, Repères chrétiens en bioéthique. La vie humaine du début à la fin (Salvator, Paris, 2015, p. 463-469). V. LECLERCQ, Fin de vie, Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire (éd Atelier, Paris, 2013, p. 77-99).
[61] M. de HENNEZEL, La mort intime. Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre (Robert Laffont, Paris, 1995, p. 33).
[62] Honorer les « besoins spirituels » de la personne n’est pas réservé seulement aux croyants mais à tout homme. Le jésuite Bernard Matray a beaucoup travaillé la question. B. MATRAY, La présence et le respect. Ethique du soin et de l’accompagnement (DDB, Paris, 2004).
[63] Le théologien moraliste American Alasdair MacIntre évoque «l’unité narrative d’une vie » dans son ouvrage publié en 1981 After virtue. A Study in moral theory, traduit en français, Après la vertu, en 1997. Paul Ricœur en parle aussi. Voir Temps et récit III, Le temps raconté, Soi-même comme un autre. Pour le chrétien, les psaumes, la méditation des paroles de Jésus sur la croix peuvent donner des mots et permettre de relire sa vie comme une histoire sainte (Jean Vanier).
[64] A partir de son expérience, la psychiatre américaine Elisabeth Kübler-Ross a décrit les cinq étapes du mourir : le déni, la révolte, la dépression, le marchandage et l’acceptation (Les derniers instants de la vie, 1969, traduit en français en 1975). Il ne s’agit pas d’un chemin obligatoire, chaque personne est unique, mais le travail de dessaisissement de la part de la personne en fin de vie exige du temps et des étapes à franchir.
[65] L’infirmière américaine Virginia Henderson (1897-1996) a élaboré et exposé dans son ouvrage de référence (Principes fondamentaux des soins infirmiers, 1969) les « 14 besoins fondamentaux » de la personne. Ce sont des besoins universels, commun à toute personne, malade ou en bonne santé. Elle distingue trois catégories : besoins physiologiques (respirer, manger et boire, éliminer, dormir, être propre, se vêtir, être en sécurité) ; besoins psychiques et relationnels (besoin d’appartenance, de communication, d’approbation, d’estime de soi et de bien être émotionnel) ; besoins spirituels (pratiquer sa religion, et agir selon sa conception du bien et du mal). Permettant de donner une bonne grille de lecture pratique à des soignants, ils sont repris dans les manuels contemporains des soins infirmiers.
[66] Annexe.
[67] M. de HENNEZEL, La mort intime. Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre (Robert Laffont, Paris, 1995, p. 19).
[68] Le plan du Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise est bâti autour de la dignité de la personne humaine. Après deux chapitres récapitulant le dessein de Dieu et la mission de l’Eglise de féconder la société grâce à l’Evangile, (conforme à sa mission évangélisatrice), la dignité de la personne est situé avant les principes de la doctrine sociale de l’Eglise. L’index vérifie la centralité de la dignité de la personne. Elle est omniprésente : on la retrouve en lien avec des domaines aussi différents que la question de la famille, du travail, de la solidarité, de la paix, du développement, des migrants, etc.
[69] Catéchisme de l’Eglise catholique n° 2447 la présente comme une des sept œuvres de miséricorde corporelle que le pape François a remises en honneur dernièrement lors de l’année de la miséricorde.
[70] Mgr P. d’ORNELLAS et les évêques du groupe de travail sur la bioéthique, Bioéthique : propos pour un dialogue (Lethielleux/ Desclée de Brouwer, Paris, 2009, p. 11).
[71] § 3 du Document pour l’année internationale des personnes handicapées du 4 mars 1981.
[72] M. de HENNEZEL, La mort intime. Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre (Robert Laffont, Paris, 1995, p. 27-28).
Partout où tu iras !
le dimanche 22 janvier 2017-3e dim. ord (année A)
Is 8, 23-9, 3 ; 2 Co 1, 10-17 ; Mt 4, 12-23
Jésus s’adresse d’abord à ceux qui sont humiliés et qui ont faim et soif de justice
Jésus quitte Nazareth, une bourgade isolée et bien protégée au creux des collines environnantes, pour aller non pas en Judée à Jérusalem mais un peu plus au nord en Galilée, à Capharnaüm, une ville foisonnante, multiraciale, cosmopolite. Il n’entend pas rester au milieu des siens comme dans un cocon agréable et confortable, diront certains, ou dans un milieu replié sur ses propres convictions et donc fermé et hostile à tout ce qui le dérangerait, peu réceptif, diront d’autres. Jésus entend bien accomplir sa mission, celle d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous les hommes, surtout à ceux qui ont été méprisés, humiliés, aux éloignés, à ceux qui n’ont plus d’espoir humain. Et si ces habitants de contrées plus lointaines se montrent plus affamés de liberté et de justice, plus réceptifs à l’annonce du Royaume, c’est par là qu’il faut commencer la mission.
L’évangéliste saint Mathieu nous montre ainsi Jésus, après l’arrestation de Jean-Baptiste, quittant Nazareth pour aller vers Capharnaüm, « dans les territoires de Zabulon et de Nephtali », faisant lui-même remarquer qu’en se rendant ainsi dans cette région éloignée et assez méprisée par les Juifs intègres de Jérusalem et de Judée, Jésus accomplissait une prophétie d’Isaïe qui avait dit : « Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée » (Is 8, 23).
La lumière assurément est celle que le Christ manifeste en lui-même, par sa parole et par ses actes, par les guérisons, par l’espoir qu’il suscite pour tous ces cœurs humiliés et rejetés, malades. Ne perdons pas de vue que précisément les habitants des régions de Zabulon et de Nephtali avaient été déportés du temps d’Isaïe par l’Assyrie dominatrice qui avait annexé leur territoire, d’où une humiliation très forte, d’autant plus forte que les Juifs « purs et durs, intègres » de la Judée les soupçonnaient d’avoir été contaminés dans leur foi par leurs contacts avec le monde des païens. Double humiliation donc qui traumatisait les Galiléens : souvenirs cuisant de la déportation chez les païens, non reconnaissance de leur fidélité par leurs faux frères du sud.
Capharnaüm était une grande ville commerçante au carrefour de grandes voies de communications qui la mettait constamment en relation avec des non-Juifs, « route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens » ; réputation donc d’une ville cosmopolite ouverte à tous vents donc souillée dans sa foi par d’incessantes contaminations culturelles et religieuses.
L’aurore d’une vie nouvelle et sans déclin
C’est là que Jésus commence sa mission, c’est là qu’il entend bien faire lever l’aurore d’une lumière nouvelle, c’est là que le soleil qu’il est lui-même a reçu mission de se lever pour illuminer le monde d’un jour nouveau et sans déclin. Paradoxe étonnant que celui-là. Les ténèbres de la contamination et des multiples souillures donnent au soleil de justice un espace où ses rayons de lumière peuvent exercer ses bienfaits et sa miséricorde envers tous les cœurs assoiffés. En revanche, la lumière de la Ville sainte et de la Terre sainte se suffit en sa pureté native et n’a pas besoin d’être dérangée par une autre lumière plus radieuse, par une prédication qui remettrait en cause la manière d’agir et de penser de ses habitants.
Lorsqu’on est dans les ténèbres du péché ou de la déréliction, on ne peut qu’être désireux de la venue d’une lumière secourable et salvatrice alors que si l’on croit qu’on a tout ce qu’il faut, on rejette comme superflue l’aide de toute main secourable. La lumière du monde, celle qui est venue pour illuminer tout homme en ce monde, sera engloutie dans la Ville Sainte et pieuse, elle y sera anéantie, éteinte. Du moins pour un temps très court car personne ne saurait emprisonner la lumière incorruptible. Enténébrée et enfermée dans un tombeau, elle jaillit plus resplendissante que jamais et sa force divine peut désormais transpercer les cœurs les plus obscurcis, traverser nos blindages secrets, nos forteresses si bien construites, si savamment et rationnellement agencées.
Offrons-nous, Frères et Sœurs, à cette action libératrice du Sauveur qui vient nous trouver là où nous en sommes, en nos langueurs et misères, en nos cœurs parfois si compliqués et enténébrés. Laissons-le agir et illuminer notre vie, notre pays, notre monde entier. Entendons son appel à le suivre : « Venez derrière moi (…) Venez et vous verrez ! ». C’est dans la lumière que nous verrons la lumière. Tournons-nous vers cette lumière et accueillons-la ! « Seigneur, viens illuminer mon cœur, tourne vers moi ton regard et fais-moi te suivre partout où tu iras ! »
Oh toi Abbaye Saint-Martin de Ligugé
Oh toi Abbaye, le plus vieux monastère d’Europe
Oh toi Abbaye, centre du monde, sur ma terre natale
Tu m’as accueillie à bras ouverts, un enfant de Dieu
Cher Père, vous m’avez ouvert votre porte
J’y ai vu votre sourire heureux
Nous avons visité votre lieu
Merci, Cher Père, de m’avoir accueillie chaleureusement, comme enfant de Dieu
Beauté des lieux, beauté de l’âme, beauté de Dieu
Beauté de vos robes noires effleurant le sol
Beauté de vos pas et de vos gestes
Beauté de votre grâce exceptionnelle
Vos voix qui nous transportent dans l’au-delà
Vos chants sublimés d’une spiritualité à nous émerveiller
Vos prières à nous perdre dans l’imaginaire
Nous y abandonnons nos corps, pour faire place à nos esprits et communier ensemble
Je reviendrai pour retrouver votre beauté, votre spiritualité
Je reviendrai communier et faire grandir ma foi, auprès de Dieu
Je reviendrai prier et chanter à vos côtés
Je reviendrai car vous m’avez apaisé.
Sylvie Vaucelle
Le chant, le corps et l’Esprit Saint
Le chant, son de Laudes qui vous éveille au soleil levant du jour nouveau
Le chant, les psaumes de Tierce qui viennent vous bercer lentement dans les prières du matin
Le chant, Sexte, None, qui nous rappelle que nous sommes à nos heures du jour dans la maison de Dieu
Le chant, Vêpres, douce prière du soir qui nous assagit au soleil couchant et lumière dans la nuit
Le chant, Complies, Vigiles, chants sublimés de spiritualité offerte en ce jour qui prend fin, pour l’abandon de nos corps dans la nuit
Le corps, abandon de cette chair par les chants des moines sacrés
Le corps, délaissé car empli de cette infinie spiritualité
Le corps, que vous avez donné à Dieu
Le corps, sublimé par l’Esprit Saint
L’Esprit Saint, nourri comme le corps de vos chants grégoriens
L’Esprit Saint, une grâce infinie embellie par les notes de vos prières
L’Esprit Saint, comme une source de profonde sagesse
L’Esprit Saint ou le Saint Esprit, qui réunit à lui seul le spirituel, l’intellectuel, l’émotionnel, l’harmonie avec Dieu

References: art. 8
 § 1
 § 2
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 § 3
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