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Timestamp: 2018-10-22 16:42:07+00:00

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CAMPAGNE DE L'ARMÉE DE RÉSERVE EN 1800: PARTIE 1, CHAPITRE PREMIER
Research | Napoleonic | Cugnac | Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 | French | Partie 1 Chapitre 1
SITUATION DE LA FRANCE APRÈS LE 18 BRUMAIRE
Forces de la République. – Projets de campagne d'hiver. – Dispositions défensives. – Dénuement des armées. – Améliorations à l'organisation militaire. – Première idée d'une armée de réserve. – Pacification de la Vendée. – Négociations en vue de la paix. – Situation militaire au commencement du mois de mars 1800.
Au lendemain du coup d'État des 18 et 19 brumaire an 8 (9 et 10 novembre 1799), le nouveau Gouvernement devait, malgré de nombreuses et graves préoccupations d'ordre intérieur, porter toute son attention sur la lutte engagée par la France contre la seconde coalition formée en 1798 entre l'Angleterre, l'Autriche, la Russie, la Sicile et la Turquie.
Les débuts de la campagne de 1799 avaient été malheureux. Tandis que les Anglais et les Russes débarquaient en Hollande, les défaites de Stockach, de Magnano, de Cassano, de la Trebbia et de Novi avaient entraîné l'abandon de la rive droite du Rhin et de la majeure partie de l'Italie.
La situation s'était améliorée en automne. La résistance de Brune à Bergen, le 19 septembre, puis dans les lignes de Castricum, le 6 octobre, amenait le duc d'York à traiter au Helder de l'évacuation de la Hollande, qui se terminait le 19 novembre. Par les habiles {p.4} manoeuvres exécutées du 24 septembre au 17 octobre, entre les lacs de Zurich et des Quatre-Cantons, Masséna rejetait hors de Suisse les Autrichiens et les Russes. En Piémont, Championnet réussissait, d'abord, à faire lever le siège de Coni, mais, battu par Mélas à Génola, le 4 novembre, il était contraint de se replier sur les Alpes et l'Apennin.
A la date du 22 novembre, les forces militaires de la République, en dehors de l'armée d'Orient occupant l'Égypte, s'élèvent, d'après les situations officielles, à 285,000 hommes, répartis ainsi qu'il suit:
Armée de Batavie, sous Brune
Armée du Rhin, sous Lecourbe
Armée du Danube, sous Masséna
Armée d'Italie, sous Championnet
Armée d'Angleterre, sous Hédouville
En outre, 100,000 hommes environ sont dispersés dans l'intérieur du territoire (1).
Quelques jours avant le coup d'État, le Ministre de la guerre, Dubois-Crancé, avait adressé au Directoire un rapport(2) sur une campagne à exécuter avant l'hiver, dans le but de prendre des cantonnements en Souabe et en Piémont.
L'armée du Rhin enverrait « la majeure partie de ses forces disponibles » à l'armée du Danube, car « il ne faut pas deux armées pour agir en Allemagne ». {p.5} Ainsi renforcée. cette armée du Danube utiliserait la Suisse comme « une vaste place d'armes », d'où elle déboucherait, au nord, dans le flanc de l'ennemi établi en Souabe, tout en inquiétant, au sud, le Piémont, par Bellinzona (3). L'armée d'Italie reprendrait aussi l'offensive pour conquérir la rive droite du Pô.
C'est d'après ces idées que le nouveau Ministre de la guerre Berthier (4), adresse, le 18 novembre, des instructions à Lecourbe, commandant l'armée du Rhin. Cette armée a pour mission d'attirer à elle, par la vallée du Necker, le plus possible de forces autrichiennes, en vue de faciliter la marche en avant de l'armée du Danube. Elle ne doit pas se compromettre devant des forces supérieures; au besoin, elle abandonnera la rive droite du Rhin et repassera ce fleuve à Mannheim.
Par arrêté du 24 novembre, les armées du Rhin et du Danube sont réunies sous le nom d'armée du Rhin qui « s'étendra depuis Genève jusqu'à Oppenheim » et dont le commandement est donné le même jour à Moreau, pendant que Masséna reçoit celui de l'armée d'Italie (5).
{p.6} Le 4 décembre, le Premier Consul écrit à Berthier:
Le Ministre de la guerre réunira chez lui les généraux Moreau et Clarke pour arrêter ensemble un plan d'opérations pour la nouvelle armée du Rhin.
Les consuls désireraient que, vers la fin de décembre, l'armée du Rhin se portât en Bavière.
Elle sera renforcée : 1° des 4e, 15e, 54e, 42e, 51e, 48e, de deux demi-brigades bataves et de deux demi-brigades françaises de l'armée qui est en Batavie, du 21e régiment de chasseurs qui est à Paris et de trois régiments de cavalerie, qui sont en Batavie; 2° de tous les bataillons de conscrits qu'il sera possible d'y envoyer. . . . . (6).
Sur ces entrefaites, le général Lecourbe ayant, de sa propre initiative, pris l'offensive le 16 novembre avec l'armée du Rhin seule, avait repoussé les Autrichiens sur le Necker et remis le siège devant Philipsbourg; mais, attaqué les 23 et 26 novembre par des forces supérieures, il était battu à Sinzheim le 2 décembre par le général Sztaray et abandonnait la rive droite du Rhin.
Il était bien difficile de reprendre immédiatement l'offensive. La plus grande latitude est donc laissée à Moreau, qui doit envoyer par Bacler d'Albe (7) une dépêche annonçant au Gouvernement « le plan qu'il aura {p.7} arrêté pour le commencement des opérations militaires et le moyen qu'il se propose d'employer pour le mettre à exécution (8) ».
Le Premier Consul lui écrit le 21 décembre:
. . . . . Il parait qu'il faudra un mois au général Moreau pour faire ses préparatifs. . . . . Si la cour de Vienne hésite, une victoire éclatante et l'invasion de la Bavière peuvent rectifier ses idées et porter nos armées sur la frontière des États héréditaires. Le général en chef Moreau est autorisé à conclure un armistice de trois mois, pourvu que l'armée d'Italie y soit comprise. . . . . (9).
Les fatigues de la campagne passée et le besoin de renforts imposent une trêve aux deux armées ennemies qui prennent leurs quartiers d'hiver, séparées par le Rhin, la droite de l'armée française occupant toute la Suisse et ayant dans le Valais une demi-brigade qui fournit des postes aux cols du Simplon et du Grand-Saint-Bernard.
Sur la frontière des Alpes, Bonaparte aurait désiré débloquer Coni, la dernière place tenue par les Français en Italie.
Le 29 novembre, ordre est envoyé au général Grenier de réunir à Tournoux toutes les troupes de la gauche de l'armée d'Italie, pour déboucher du col de Largentière et marcher sur Coni, pendant que deux demi-brigades prises en Helvétie iront couvrir la frontière dans le département du Mont-Blanc et que le centre et la droite {p.8} de l'armée d'Italie resteront sur la défensive du col de Tende à Gênes.
Le 1er décembre, il est prescrit de réunir, pour le 1er janvier « à Antibes et à Nice, 200 pièces de canon de 12, de 8, de 4, obusiers de 6 pouces, et 100 bouches à feu de 24, de 16, mortiers de 8, 10 et 12 pouces avec un approvisionnement proportionné, et qu'au moins 100 pièces de l'équipage de campagne de l'armée d'Italie soient attelées, et, le plus tôt possible, en état d'entrer en campagne (10) ».
La capitulation de Coni, le 14 décembre, diminue l'opportunité d'une offensive de l'armée d'Italie; les maladies, les désertions (11), la pénurie des ressources, la démoralisation extrême des corps de troupe la rendent incapable de tout effort sérieux (12). D'ailleurs l'encombrement des cols par les neiges trace pour plusieurs mois une zone neutre entre les deux adversaires. Les Autrichiens s'établissent en Piémont, en Lombardie et dans les hautes vallées des Alpes, vallée de Suze, vallée d'Aoste, etc. (13), pendant que les Français se cantonnent {p.9} sur le revers occidental des montagnes et dans les villes du littoral, entre Nice et Gênes.
Malgré l'hiver, Masséna est invité à faire exécuter à son armée, derrière l'Apennin, « un mouvement prompt par sa droite » pour « culbuter la division ennemie qui est en position dans la rivière du Levant et qui couvre la Spezzia (14) ».
. . . . . Je désirerais, lui écrit le Premier Consul, que vous profitassiez du moment où les neiges encombrent encore les débouchés de l'Apennin, pour concentrer des forces à Gênes et faire un coup de main sur l'ennemi, soit qu'il se présentât devant Gênes ou dans la rivière du Ponent (15).
Mais l'armée d'Italie était incapable de faire aucun mouvement. Masséna écrivait:
. . . . . L'armée est absolument nue et déchaussée. . . . . La solde est arriérée de six à sept mois.
Nous n'avons pas un brin de fourrage ni approvisionnements d'aucune espèce, pas un moyen de transport. . . . . (16).
. . . . La Ligurie n'a plus d'approvisionnements d'aucune espèce, tout est épuisé. . . . . J'ai mis toutes les troupes à la demi-ration, moi-même j'en ai donné l'exemple; l'habitant ne reçoit que trois onces de pain pour vingt-quatre heures. . . . . (17).
On avait aussi songé à des expéditions maritimes et ordonné, le 25 novembre, la formation à Brest de trois escadres, qui devaient partir les 5, 10 et 20 décembre, sous les ordres des amiraux Bedout, Lacrosse et Bruix, {p.10} et recevoir la veille de leur départ « une instruction directe des Consuls sur la mission qu'elles auront à remplir».
Par un autre arrêté du 25 novembre, des forces importantes étaient attribuées à l'une de ces escadres:
Art. 1er. – Le Ministre de la guerre donnera des ordres pour que 3,000 conscrits, 400 recrues de troupes à cheval, 200 grenadiers, 100 ouvriers de toute espèce, soient rendus le 24 frimaire (18) à Brest, sous les ordres d'un général de division et de deux généraux de brigade, pour y être embarqués à bord de l'escadre commandée par le vice-amiral Bruix.
Art. 2. – Il prendra les mesures nécessaires pour réunir à Brest, pour être embarqués sur la même escadre, les objets ci-après: six pièces de 4, quatre pièces de 8, deux obusiers et 1000 cartouches à balle et à boulets par pièce, 6,000 boulets de 24, 6,000 boulets de 16, 4,000 boulets de 12 et 12,000 boulets de 8, 3,000 fusils, 500,000 cartouches d'infanterie, 1000 paires de pistolets, 1000 sabres, 400 selles à la hussarde et la quantité de draps nécessaire à l'habillement de 15,000 hommes, 6,000 bombes de 12 pouces et 12,000 de 8 pouces.
Diverses considérations retardèrent le départ de ces escadres, mais des lettres ultérieures du Premier Consul montrent le rôle qu'il leur destinait. Bedout serait chargé de détruire les établissements portugais et anglais sur la côte occidentale d'Afrique; Lacrosse se dirigerait par Madère sur les Antilles, pour revenir par Terre-Neuve et détruire partout les vaisseaux anglais; enfin Bruix passerait dans la Méditerranée, en vue de débloquer Malte, se ravitaillerait à Toulon et de là ferait l'expédition de Mahon, pendant qu'une escadre légère irait approvisionner l'armée d'Égypte.
Ainsi, pour des causes diverses, toute opération se trouva momentanément différée, et les mois d'hiver furent employés à envoyer des renforts aux armées, à les réorganiser {p.11} et à préparer une nouvelle campagne pour le printemps.
Avant tout, il importait de mettre la frontière à l'abri d'une offensive des Autrichiens.
Dans les premiers jours de décembre, des ordres sont donnés « pour l'approvisionnement de Briançon, Mont-Lyon (Mont-Dauphin) et Antibes (19) », et pour l'expédition de poudre aux places de première ligne qui en manquent: Mayence, Landau, Strasbourg, Schlestadt, Besançon, Fort-Barraux, Briançon, Embrun, Mont-Lyon, Antibes (20).
A la fin du mois, Berthier adresse au Premier Consul un « rapport sur la frontière d'Helvétie et la défensive des départements voisins contre la marche de l'ennemi sur Besançon ».
Le 25 janvier un arrêté des Consuls règle l'organisation défensive de la frontière du Jura:
Art. 1er. – Les places de Genève, Huningue, Belfort, Besançon, Auxonne, et les châteaux de l'Échelle, Montmélian, Joux, Blamont, Landskroon, Salins, seront mis dans le meilleur état de défense. Le Ministre de la guerre prendra des mesures telles qu'au commencement de floréal (21) ces places soient susceptibles de la plus grande défense possible.
Art. 3. – Le Ministre de la guerre enverra trois commissions composées chacune d'un ingénieur et d'un dessinateur-géographe, d'un officier du génie, d'un officier d'artillerie et d'un officier général ou adjudant général. . . . .
{p.12} Art. 4. – Les commissions traceront trois lignes: la première, celle qu'il faudrait prendre si l'ennemi était maître de la Suisse;
La seconde, à dix ou quinze lieues en arrière;
La troisième, à deux marches en arrière de la deuxième.
Ils (sic) dessineront toutes les positions militaires qu'ils croiront pouvoir être occupées.
Ils désigneront et visiteront les petites villes, bourgs, fermes, châteaux, susceptibles de mettre les habitants à l'abri du pillage des hussards ou de servir à appuyer les avant-postes; ils tiendront note des opérations qu'il y aurait à faire (22).
Enfin, le 11 février, un inspecteur reçoit l'ordre d'aller s'assurer de l'état de toutes les places de la frontière des Alpes et du Jura.
Le général Lacombe-Saint-Michel, sera chargé, comme inspecteur extraordinaire, citoyen Ministre, de visiter toutes les places ou châteaux forts de l'extrême frontière, depuis Barcelonnette jusqu'à Besançon. Il aura avec lui un capitaine du génie et un commissaire des guerres, et il visitera dans le plus grand détail les fortifications, l'artillerie et les approvisionnements des places en vivres, etc.....
Il sera autorisé à appeler près de lui les directeurs d'artillerie et du génie et les commissaires ordonnateurs pour concerter les moyens de faire sur-le-champ les travaux les plus urgents et de compléter promptement les approvisionnements (23).
Il fallait aussi pourvoir les armées de tout ce qui est indispensable pour faire la guerre.
{p.13} Le 11 octobre, Dubois-Crancé avait écrit au Directoire :
. . . . . L'armée d'Italie a pour 5 millions d'arriéré de solde, son matériel est presque épuisé. Il faut lui donner un équipage de pont, un équipage de siège, un parc de campagne et 5,000 chevaux de trait. Sa cavalerie est entièrement affaiblie.
Les armées du Danube et du Rhin ont à peu près le même arriéré de solde que celle d'Italie. L'armée qui agira en Souabe a besoin d'un équipage de pont, d'un parc de campagne et de 3,000 chevaux de trait. . . . .
La situation était loin de s'être améliorée dans les dernières semaines du Directoire (24), comme le montre le rapport suivant:
Les officiers généraux employés près le Ministre de la guerre au Ministre de la guerre.
Paris, 21 brumaire an 8 (12 novembre 1799).
Caissons de tous calibres et voitures d'autre genre
à boulets et à balles
Obus chargés
L'équipage des chevaux est fourni par la Compagnie Bodin; tout le reste se trouve ou dans les fonderies, ou à Saint-Aignan, ou dans les arsenaux de Paris, Grenoble, Montpellier, Toulon, Antibes, Auxonne, dans lesquels on a fait différentes commandes.
La dépense totale pour procurer ces objets à l'armée est de. . . . . 3 millions environ (25). {p.14}
Affûts de rechange
Caissons de tous calibres et voilures d'autre genre
C'est la Compagnie Julien qui est chargée du service des chevaux à cette armée.
Les forges de la Moselle, de la Sarre, les arsenaux de Metz, La Fère, Neufbrisach et Paris offrent des ressources pour le reste.
La dépense totale peut s'évaluer à 2,000,000 de francs.
Elle est complète en bouches à feu, affûts, caissons d'artillerie et d'infanterie; elle a son équipage de pont.
Il lui manque en chariots à munitions et de parc, grands caissons, caissons d'outils et de parc, forges, charrettes, etc.300
Elle n'est pas approvisionnée en fers coulés et en balles de plomb. Il faut à son équipage d'artillerie une fourniture de 2,824 chevaux. C'est encore la Compagnie Julien qui est chargée de ce service.
On estime la dépense nécessaire pour remonter le parc de cette armée à un million et demi.
Elle peut s'approvisionner en plomb à Paris, où il y en a plus de 800,000 pesant en balles, à compte sur un marché de 6,000,000 que le général Bernadotte a passé pendant son ministère avec la compagnie Boury.
Les forges de la Moselle, de la Sarre, des Ardennes et Strasbourg fourniront à ses autres besoins.
ARMÉE FRANÇAISE EN BATAVIE
Les besoins en bouches à feu sont de 19; en caissons d'artillerie, d'infanterie, d'artifices, d'outils, forges, chariots, etc.172
Il lui manque 1312 chevaux.
C'est le citoyen Lanchère père qui a ce service à l'armée française en Batavie; il a passé un marché à cet effet avec le gouvernement hollandais.
Deux cent mille francs paraissent devoir suffire pour ravitailler le parc de cette armée.
Les arsenaux de Bruxelles, Lille, Douai et Mézières, les forges des Ardennes doivent offrir à cette armée tout ce qui peut lui être nécessaire.
Elle a tout son matériel. Cette armée n'ayant pas une très grande activité de campagne, il suffira d'augmenter de 300 chevaux l'équipage qui existe déjà.
Nota. – On ne peut donner de renseignements justes sur le nombre de fusils qui seraient nécessaires à chaque armée. On leur a envoyé tout ce qui existait dans les manufactures nationales; ces dernières viennent, malheureusement, faute de fonds, de suspendre leurs travaux; il est urgent de les leur faire reprendre.
Où trouver les fonds pour satisfaire à tous ces besoins: fabrication de fusils, envoi de munitions, payement de la solde?
La détresse financière de la France était des plus grandes, ses caisses vides, son crédit épuisé. On était réduit à des expédients pour trouver quelques ressources et cette phase critique devait se prolonger pendant les premiers mois du Consulat.
Le 13 janvier 1800, le Premier Consul charge le Ministre des relations extérieures, Talleyrand, de reprendre les négociations avec le Portugal :
. . . . . S'il était vrai qu'on pût en tirer 8 à 9 millions, cela serait d'une importance majeure. . . . . cela tient à 8 ou 10,000 chevaux d'attelage pour traîner les équipages d'artillerie nécessaires au siège des places, ce qui ne représente qu'un capital de 5 à 6 millions que, dans la situation actuelle, nous ne pouvons fournir (26).
Le même jour, il écrit: « Quatre millions nous seraient très essentiels dans le moment actuel. Il paraît que Hambourg pourrait nous les donner (27). »
Plus tard, en mars 1800, le général Marmont est {p.16} envoyé à Amsterdam, pour « négocier auprès du commerce de cette ville un emprunt de 12 millions de francs hypothéqués sur les coupes de bois de l'an 8 ». Cet emprunt est proposé à un intérêt de un pour cent par mois et le général Marmont doit « insister pour avoir de l'argent comptant ou au moins des traites à deux mois, dont on puisse faire de l'argent sur-le-champ ».
Les soldats n'étaient pas moins difficiles à trouver que l'argent.
Le recrutement de l'armée était assuré par la loi du 5 septembre 1798 (19 fructidor an 6) qui avait établi la conscription en France (28).
Sa disposition essentielle était d'astreindre au service tous les Français de 20 à 25 ans.
Le 24 septembre 1798, le Directoire avait appelé à l'activité 200,000 conscrits, mais la première classe (jeunes gens de 20 ans) n'en produisit effectivement que 51,000. Les deux classes suivantes, appelées le 17 avril 1799, donnèrent 82,000 hommes. Il fallut, le 28 juin, mettre en activité ce qui restait de conscrits disponibles dans toutes les classes (29).
Réunis dans chaque département en bataillons auxiliaires ou bataillons de conscrits, ces jeunes gens devaient être dirigés vers les armées. Mais l'habillement manquait, l'enthousiasme avait disparu, les hommes désertaient par {p.17} bandes, et les corps ne recevaient que des renforts insuffisants.
Il importait, cependant, d'augmenter l'effectif des armées.
Le 15 novembre, un conseil d'officiers généraux est réuni dans ce but, et, le 27, il est ordonné que « les bataillons auxiliaires qui seront nécessaires pour porter l'armée au complet seront incorporés dans les demi-brigades d'infanterie de bataille ou d'infanterie légère ».
Un bataillon est formé par département et le Ministre rend compte, le 22 janvier, du départ pour les armées de 82 bataillons de conscrits. Mais les désertions continuent à être très nombreuses pendant la route, surtout parmi les conscrits des départements du Midi.
Au passage du Var, en janvier 1800, huit bataillons dirigés sur l'armée d'Italie ne présentent ensemble que 310 hommes au lieu de 10,250. Le bataillon du Var en a 49, celui du Puy-de-Dôme 64, au lieu de 1100; ceux du Tarn et de l'Aveyron n'atteignent respectivement que les chiffres de 32 et 50 au lieu de 1400 et le bataillon de la Lozère arrive" avec 22 hommes au lieu de 1500 (30).
Aussi le premier Consul décide, le 24 janvier, qu'il ne sera plus envoyé de conscrits directement aux armées, mais qu'ils seront tous réunis « armés ou non armés, habillés ou non habillés » à Paris, à Dijon et dans les places de dépôt indiquées par le Ministre; {p.18} qu’ « à dater du 1er ventôse (31), il n'y aura plus de bataillons de conscrits» et que les individus composant ces bataillons seront incorporés dans les demi-brigades qui en ont besoin.
Au 28 décembre 1799, l'armée comprend (32):
464,610 hommes à l'effectif et 381,034 présents sous les armes, répartis en :
140 demi-brigades (33) d'infanterie (110 de ligne, 30 lègères), à 3 bataillons (34).
83 régiments de troupe à cheval:
16 régiments d'artillerie : 8 à pied à 20 compagnies. 8 à cheval à 6 compagnies.
compagnies d'ouvriers.
bataillons de pontonniers.
écoles d'artillerie.
compagnies d'artillerie sédentaire.
4 bataillons de sapeurs et 8 compagnies de mineurs. {p.19}
Cette organisation ne subit que de légères modifications.
Après le 18 Brumaire, la garde du Directoire prit le service près des Consuls.
Le 28 novembre, elle était réorganisée par l'arrêté suivant :
Art. 1er. – La garde des Consuls de la République sera composée d'un état-major général, de 2 bataillons de grenadiers à pied et de 2 escadrons de grenadiers à cheval. . . . . .
Art. 2. – L'état-major de la garde sera composé ainsi qu'il suit, savoir :
général commandant en chef, inspecteur du corps;
aides de camp;
Art. 3. – Le corps des grenadiers à pied sera composé d'un état-major formé ainsi qu'il suit:
chef de brigade;
chefs de bataillon;
Chacun des deux bataillons sera composé de 4 compagnies (effectif de la compagnie 93, officiers compris).
Art. 4. – L'état-major des grenadiers à cheval sera composé ainsi qu'il suit, savoir
chefs d'escadron;
adjudant-major.
Chacun des deux escadrons sera composé de 2 compagnies (effectif de la compagnie 86, officiers compris).
Art. 5. – Une compagnie d'artillerie légère sera spécialement affectée à la garde et au service des pièces. . . . .
Deux jours après, le Ministre de la guerre propose pour commandant en chef de la garde des Consuls le général Murat « blessé et qui a besoin d'un poste sédentaire », et pour commandant des grenadiers à cheval de la garde, le chef de brigade Bessières.
{p.20} Ces nominations sont signées le 2 décembre. Le 3o du même mois, le général Murat reçoit la note suivante (35) :
On fera connaître demain, à l'ordre du jour de la garde des Consuls, que leur intention est qu'il n'y ait dans leur garde que des hommes distingués par leurs services militaires ou par des actions d'éclat.
Le commandant de la garde ordonnera, en conséquence, aux chefs de brigade et de bataillon, de lui remettre le contrôle des individus qui composent les corps qu'ils commandent; ils auront soin d'y ajouter, en note, les armées dans lesquelles ils ont servi, les principaux combats où ils se sont trouvés et les traits particuliers de bravoure qu'ils auraient à faire valoir. Il sera passé une revue à cet effet.
Tout individu qui n'aura pas fait plusieurs campagnes ne pourra, à raison de cela seul, faire partie de la garde des Consuls (36).
La composition de l'état-major de la garde, sa solde, ses masses, son recrutement, sont réglés par des arrêtés du 3 janvier 1800.
Par un autre arrêté du même jour, les charretiers d'artillerie (37) employés jusqu'alors sont remplacés par les soldats du train d'artillerie, qui font partie intégrante de l'armée.
Un mois plus tard, il est décidé que les chevaux des équipages d'artillerie « appartiendront désormais à la {p.21} République et seront entretenus à ses frais », mais seront confiés à des cultivateurs pendant la paix (38).
La reprise des chevaux aux entrepreneurs devait se faire à partir du 22 mars. Un arrêté du 14 en régla les détails. Le Gouvernement reprenait les chevaux ayant plus de 4 ans et moins de 9, et les mulets ayant plus de 3 ans et moins de 10; le prix maximum était fixé à 300 francs pour les chevaux (39) et 400 francs pour les mulets.
Les effectifs croissants des armées avaient amené le groupement d'un certain nombre de divisions sous les ordres d'un des chefs de ces divisions. Les inconvénients du commandement à grade égal s'étaient fait sentir dès 1796, et plus particulièrement au cours de la campagne de 1799 (40). Sans prononcer encore le mot de corps d'armée, qui n'apparaît qu'en mars 1800, le Premier Consul institue la fonction de ceux qui devront les commander par l'arrêté suivant, du 24 novembre:
Il y aura dans chaque corps d'armée trois ou quatre généraux de division qui seront temporairement employés comme lieutenants du général en chef.
Ils seront désignés par le Ministre de la guerre, sur la présentation du général en chef.
Ils seront pris parmi les généraux de division, quelle que soit la date de leur brevet, et auront le commandement partout où ils se trouveront.
Le 29 janvier 1800, le corps des inspecteurs aux revues, {p.22} distinct de celui des Commissaires des guerres, est créé et placé sous les ordres immédiats du Ministre de la guerre, pour être « chargé de l'organisation, embrigadement, incorporation, levée, licenciement, solde et comptabilité des corps militaires, et de la tenue des contrôles et de la formation des revues (41) ».
Tout en se préoccupant d'améliorer l'organisation de l'armée, Bonaparte cherche à relever l'esprit militaire.
Le 24 novembre, il ordonne la formation d'une commission militaire pour examiner la conduite de plusieurs commandants de place d'Italie qui s'étaient rendus sans attendre qu'il y eût brèche praticable.
Le 25 décembre (42), il décide que les soldats qui se distingueront par des actions d'éclat recevront des fusils ou carabines d'honneur, baguettes ou trompettes d'honneur, garnis en argent, et auront une haute paye de cinq centimes par jour, et que les officiers ou soldats pourront obtenir des sabres d'honneur donnant droit à une double paye.
Il pense aussi à utiliser les nombreuses forces disponibles à l'intérieur de la France.
Paris, le 5 pluviôse an 8 (25 janvier 1800).
Mon intention, citoyen Ministre, est d'organiser une armée de réserve, dont le commandement sera réservé au Premier {p.23} Consul (43). Elle sera divisée en droite, centre et gauche. Chacun de ces trois grands corps sera commandé par un lieutenant du général en chef. Il y aura, en outre, une division de cavalerie, commandée également par un lieutenant du général en chef.
Chacun de ces corps sera composé de 18 à 20,000 hommes, dont deux régiments de hussards ou chasseurs, et 16 pièces d'artillerie, dont 12 servies par des compagnies à pied et 4 par des compagnies à cheval.
Les 14 bataillons qui forment les dépôts de l'armée d'Orient; les 14e, 30e, 43e, 96e demi-brigades, qui sont dans la 17e division; la 9e et la 24e légère, qui sont à l'armée de l'Ouest; les 22e, 40e, 58e et 52e, qui sont aussi à cette armée; la 11e légère et la 66e, qui sont dans les neuf départements réunis, feront partie de l'armée de réserve.
Les 15e, 19e, 21e, 24e de chasseurs; les 5e, 8e, 9e et 19e, de dragons; les 11e, 12e et 2e de hussards ; les 1er, 2e, 3e, 5e et 18e de cavalerie; les 7 escadrons de dépôt des corps à cheval de l'armée d'Orient, seront le noyau de 'l'armée de réserve (44).
La droite sera réunie à Lyon, le centre à Dijon et la gauche à Châlons-sur-Marne (45).
Le général de division Saint-Remy fera les fonctions de commandant de l'artillerie de l'armée. Le chef de brigade Gassendi sera directeur général du parc. Le premier inspecteur du génie Marescot commandera cette arme. Il y aura un ordonnateur et quatre commissaires des guerres attachés à {p.24} chacun des trois grands corps (46), et un ordonnateur en chef attaché à l'armée et résidant auprès du Ministre de la guerre, qui fera les fonctions de chef de l'état-major.
Vous donnerez des ordres pour compléter le plus promptement possible chaque bataillon à 1000 hommes.
Vous tiendrez extrêmement secrète la formation de ladite armée, même dans vos bureaux, auxquels vous ne demanderez que les renseignements absolument nécessaires (47).
La réalisation de ce projet était subordonnée à la pacification de la Vendée, qu'exigeait d'ailleurs le souci de la tranquillité intérieure du pays. Ce but fut atteint en employant à la fois la douceur et la violence.
Le 28 décembre 1799, la « Proclamation du premier Consul Bonaparte aux habitants de l'Ouest » annonce qu'il ne veut « déployer la force qu'après avoir épuisé les voies de la persuasion et de la justice; . . . . que la liberté des cultes est garantie par la Constitution; qu'aucun magistrat ne peut y porter atteinte (48) ».
En même temps paraissent plusieurs arrêtés, admettant aux droits politiques et aux fonctions publiques les parents d'émigrés et les ci-devant nobles, permettant d'user {p.25} librement des édifices religieux pour l'exercice du culte, ordonnant aux insurgés de se dissoudre et de remettre leurs fusils et leurs canons, et accordant « amnistie entière et absolue aux habitants des départements de l'Ouest, pour tous les événements passés, sans que ceux qui ont pris part aux troubles puissent, en aucun cas, être recherchés ou poursuivis à raison de ce ».
Pendant que le général Hédouville, commandant en chef l'armée d'Angleterre, tente d'arriver à la pacification en traitant avec les royalistes, il lui est ordonné, le 5 janvier, d'user de moyens violents.
. . . . . . La mesure d'avoir des conseils de guerre à la suite des colonnes républicaines est inutile. Les Consuls pensent que les généraux doivent faire fusiller sur-le-champ les principaux rebelles pris les armes à la main.
Le Premier Consul pense que ce serait donner un exemple salutaire, que de brûler deux ou trois grosses communes. . . . . (49).
Les moyens de conciliation produisaient cependant leur effet sur les chefs vendéens, qui nourrissaient sans doute le secret espoir de trouver dans Bonaparte un restaurateur de la monarchie. Les 17 et 18 janvier, les royalistes de l'Anjou et du Poitou acceptent la paix. et leur exemple est suivi, les 13 et 14 février, par ceux de Bretagne.
Il est vrai que les négociations avaient été appuyées par l'envoi de la majeure partie des troupes de l'armée de Batavie, devenue inutile. Le chef de cette armée, Brune, remplace Hédouville le 14 janvier, et l'armée d'Angleterre reçoit l'appellation d'armée de l'Ouest. {p.26} Frotté seul restait en armes en Normandie; le 15 février, étant venu à Alençon traiter des conditions du désarmement avec le général Guidal, il est traîtreusement arrêté et, trois jours après, condamné à mort par une commission que Louis Bonaparte, colonel du 5e de dragons, refusa de présider (50).
Ainsi, avant la fin du mois, l'Ouest est pacifié, et, le 23 février, l'amnistie du 28 décembre est étendue aux départements de la Vendée, des Deux-Sèvres, de la Loire-Inférieure et de Maine-et-Loire.
Dès les premiers jours de mars, le Premier Consul peut faire appel à l'armée de l'Ouest pour constituer l'armée de réserve, les tentatives de négociations pour la paix ayant échoué.
Le 25 décembre, négligeant les formes diplomatiques, il avait écrit directement au roi d'Angleterre et à l'empereur d'Autriche.
A S. M. le Roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande.
Paris, le 4 nivôse an 8 (25 décembre 1799).
Appelé par le voeu, de la nation française à occuper la première magistrature de la République, je crois convenable, en entrant en charge, d'en faire directement part à Votre Majesté.
La guerre qui, depuis huit ans, ravage les quatre parties du monde, doit-elle être éternelle? N'est-il donc aucun moyen de s'entendre ?
Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, {p.27} puissantes et fortes plus que ne l'exigent leur sûreté et leur indépendance, peuvent-elles sacrifier à des idées de vaine. grandeur le bien du commerce, la prospérité intérieure, le bonheur des familles? Comment ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins comme la première des gloires?
Votre Majesté ne verra dans cette ouverture que mon désir sincère de contribuer efficacement pour la seconde fois à la pacification générale, par une démarche prompte, toute de confiance, et dégagée de ces formes qui, nécessaires peut-être pour déguiser la dépendance des États faibles, ne décèlent d'ans les États forts que le désir mutuel de se tromper.
La France, l'Angleterre, par l'abus de leurs forces, peuvent longtemps encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder l'épuisement; mais, j'ose le dire, le sort de toutes les nations civilisées est attaché à la fin d'une guerre qui embrase le monde entier (51).
A S. M. l'Empereur, Roi de Hongrie et de Bohême.
De retour en Europe, après dix-huit mois d'absence, je retrouve la guerre allumée entre la République française et Votre Majesté.
La nation française m'appelle à occuper la première magistrature.
Étranger à tout sentiment de vaine gloire, le premier de mes voeux est d'arrêter l'effusion du sang qui va couler. Tout fait prévoir que, dans la campagne prochaine, des armées nombreuses et habilement dirigées tripleront le nombre des victimes que la reprise des hostilités a déjà faites.
Le caractère connu de Votre Majesté ne me laisse aucun {p.28}
doute sur le voeu de son coeur. S'il est seul écouté, j'entrevois la possibilité de concilier les intérêts des deux nations.
Dans les relations que j'ai eues précédemment avec Votre Majesté, elle m'a témoigné personnellement quelque estime. Je la prie de voir, dans la démarche que je fais, le désir d'y répondre, et de la convaincre de plus en plus de la considération toute particulière que j'ai pour elle (52).
Le roi d'Angleterre ne répondit pas directement à la lettre du Premier Consul.
Le 4 janvier 8oo, lord Grenville, Ministre des affaires étrangères de l'Angleterre, écrivait à Talleyrand, Ministre des relations extérieures de la France (53) :
J'ai reçu et remis sous les yeux de Sa Majesté les deux lettres que vous m'avez adressées. Sa Majesté ne voyant point de raison pour se départir des formes depuis longtemps établies en Europe au sujet des affaires qui se transigent entre les États, m'a ordonné de vous répondre, en son nom, la réponse officielle qui se trouve incluse dans cette note.
J'ai l'honneur d'être. . . . .
Dans la note qui suivait, lord Grenville refusait de négocier « avec ceux qu'une révolution nouvelle a si récemment investis du pouvoir en France »; il se plaignait de l'esprit de conquête de la République, qui l'avait poussé à envahir successivement les Pays-Bas, les Provinces-Unies, les cantons suisses, l'Allemagne et l'Italie; {p.29} il déclarait ne pas pouvoir se contenter de déclarations pacifiques tant de fois renouvelées par les Gouvernements successifs de la France, mais attendre un changement de politique prouvé par des faits. Tout en souhaitant le rétablissement des Bourbons, il n'en faisait pas une condition nécessaire de la paix et se disait prêt à traiter avec un gouvernement offrant des conditions raisonnables de stabilité.
Le 16 janvier, Talleyrand, au nom du Premier Consul, riposte à lord Grenville par une longue note, qui arrive à Londres le 18 janvier.
La République française (54), disait-il, n'a jamais eu le désir de faire des conquêtes; mais, attaquée par toute l'Europe, qui voulait la démembrer et s'immiscer dans ses affaires intérieures, elle a dû se défendre et repousser l'envahisseur. En réponse à l'insinuation touchant les Bourbons, il faisait remarquer avec malice que la famille royale d'Angleterre tenait elle-même le pouvoir d'une révolution, après avoir enlevé la couronne à des souverains légitimes. Enfin, il offrait de nouveau la paix et proposait une réunion de plénipotentiaires à Dunkerque ou autre ville.
Le 20 janvier, lord Grenville répond (55) en reparlant « des agressions non provoquées de la France »; il déclare s'en tenir à sa première réponse et attendre le résultat de l'expérience pour juger de la réalité des dispositions pacifiques du nouveau Gouvernement français.
{p.30} Pendant ce temps, une brochure inspirée sans doute par Bonaparte, paraît à Paris, sous le titre : Examen impartial des deux lettres du Premier Consul de la République française et du roi d'Angleterre sur la paix (56). On y résumait la lettre du 26 décembre et la réponse du 4 janvier. Le Premier Consul était chaleureusement loué de son désir de la paix; l'Angleterre était très critiquée pour sa volonté de continuer la guerre, pour l'importance attachée à l'observation des formes diplomatiques dans la réponse indirecte du roi, et surtout pour son insistance à conseiller à la France le retour des Bourbons. On terminait par un appel à l'union de tous les Français et par l'apologie du nouveau Gouvernement.
En Angleterre, la question des négociations à entamer avec la France est discutée à la Chambre des Lords, dans la séance du 28 janvier (57), et à celle des Communes, les 3 et 7 février (58).
L'adresse au roi, proposée par lord Grenville, est adoptée par le Parlement, qui vote aussi, le 13 février, les subsides nécessaires pour conclure un arrangement avec l'empereur d'Allemagne, l'électeur de Bavière et les autres puissances de l'Empire.
Les négociations avec l'Autriche étaient forcément plus lentes, la correspondance diplomatique devant passer par les avant-postes des deux armées du Rhin. Aussi est-ce le 25 janvier seulement que le baron de Thugut, Ministre {p.31} des affaires étrangères d'Autriche, répond à la lettre du 25 décembre du Premier Consul.
La cour de Vienne, sans décliner positivement la proposition de paix qui lui était faite, se montrait pleine de défiance pour les intentions pacifiques de la France, se basant sur l'expérience des années passées, où les Gouvernements successifs avaient pris tant d'engagements sans jamais les respecter (59).
Le 27 février, Talleyrand répond :
. . . . . Peut-être le meilleur moyen de terminer toute contestation entre les deux États serait de remettre purement et simplement le traité de Campo-Formio en vigueur, en déterminant, par un traité additionnel, les modifications qu'il devrait recevoir. Dans tous les cas, Votre Excellence jugera s'il ne serait pas d'abord nécessaire de convenir d'abord d'une suspension d'armes entre les armées respectives. . . . . (60).
Le 24 mars, Thugut, gardant le silence sur la demande d'un armistice, refuse d'admettre le traité de Campo-Formio comme base d'une nouvelle entente, propose, au contraire, de prendre pour point de départ les situations respectives des belligérants, et n'admet les négociations qu'en vue d'une paix générale (61).
Ainsi, les pourparlers duraient encore, quand, de part et d'autre, on se préparait activement à la guerre. Le Premier Consul, en ordonnant à Brune de diriger vers l'Est une partie des troupes de la Bretagne, lui écrit le 5 mars:
. . . . . Aurons-nous la paix? Aurons-nous la guerre? cela {p.32} est encore très problématique. Quoi qu'il en soit, l'Empereur traite avec nous avec la plus grande gentillesse; les formes sont en sa faveur autant qu'elles l'étaient contre notre ami Georges. . . . . (62).
Dans une lettre adressée, le 7 avril, à Thugut, Talleyrand repousse la prétention de l'Autriche, de prendre pour base des négociations la situation respective des belligérants, et demande que la cour de Vienne fixe elle-même le lieu et le mode des négociations (63).
Le 9 avril, il charge Moreau de proposer au général de Kray un armistice, à condition qu'il s'étende à l'armée d'Italie (63).
Le général autrichien ne se crut pas autorisé à prendre cette initiative, et, sur ces entrefaites, les hostilités recommençaient en Italie, puis bientôt en Allemagne.
Par une dernière lettre du 2 mai, M. de Thugut refusait toute suspension d'armes avant d'avoir consulté les autres puissances (63). Cette lettre ne parvint au Premier Consul que dans les plaines de l'Italie, et c'est au lendemain de la bataille de Marengo qu'il écrivit de nouveau à l'Empereur.
La Prusse était en paix avec la France depuis le traité de Bâle; sa neutralité semblait assurée et le meilleur accueil attendait à Berlin Duroc, aide de camp du Premier Consul, envoyé extraordinaire après le 18 Brumaire, puis Beurnonville, nommé ambassadeur au mois de janvier 1800 (64).
{p.33} Sans qu'il y ait eu des négociations entamées, la Sicile retirait son armée du théâtre de la guerre.
Celles de la Russie s'étaient éloignées de Suisse après la campagne d'automne. Les intentions du tsar restaient très longtemps incertaines; cependant, on apprenait, au mois de février, que l'état-major de Souvarow avait atteint Brünn et pris la route de Saint-Pétersbourg par la Pologne.
Ainsi, bien avant la reprise des pourparlers diplomatiques entre la France et la Russie, on pouvait considérer que cette puissance avait effectivement cessé de faire partie de la coalition.
Les négociations engagées, toute stériles qu'elles fussent, avaient pour résultat de montrer que la guerre était inévitable et que la paix ne pouvait être obtenue que par la reprise des hostilités.
Au commencement du mois de mars 1800, la situation intérieure du pays s'était améliorée par la pacification de la Vendée, qui rendait, en outre, des troupes disponibles pour les opérations militaires,
Quant à la situation extérieure, elle s'était précisée. La Russie et la Sicile n'avaient plus de troupes en ligne.
La Turquie ne pouvait agir qu'en Égypte. L'Espagne était alliée à la France; le Portugal était inféodé à la coalition; mais l'action militaire continentale de l'un et de l'autre de ces pays devait être considérée comme nulle. {p.34}
La République helvétique et la Batavie étaient occupées par les troupes françaises. Les autres nations de l'Europe étaient neutres.
L'Angleterre et l'Autriche, entraînant les petits États de l'Empire, restaient donc effectivement les deux seuls adversaires de la France (65).
L'Angleterre donnait son or pour entretenir la guerre et payer les contingents auxiliaires de l'électeur de Bavière, du duc de Wurtemberg et de l'électeur de Mayence; elle apportait, en outre, un appui matériel par sa flotte, maîtresse de la Méditerranée.
L'Autriche avait deux armées: l'une en Souabe, sous le général de Kray; l'autre en Italie, sous le feld-maréchal de Mélas (66). La première était maîtresse de la rive droite du Rhin; la seconde, de toute l'Italie, sauf la rivière de Gênes.
En face des troupes autrichiennes, contre lesquelles la lutte allait s'engager, la France avait aussi deux armées: l'armée d'Italie, forte de 31,000 hommes (67), sous le commandement de Masséna, et l'armée du Rhin, qui {p.35}
allait atteindre 120,000 hommes (68), sous les ordres de Moreau.
Il était essentiel de créer une autre masse, qui permettrait de produire un effet décisif sur un point de l'immense théâtre d'opérations, s'étendant de la vallée du Mein au littoral de la Méditerranée.
Forces de la République conservées en activité à l'époque du 7 ventôse an 8. Arch. du génie, vol. 227.
Ce rapport, daté du 28 octobre 1799, est tout entier de la main du général Dupont « employé près le Ministre de la guerre». Il a été publié dans les Mémoires de Masséna, par KOCH, tome III, page 497.
{p.5} Le principe de l'importance stratégique de la Suisse et du Tyrol avait déjà été mis en évidence, en automne 1798, par le Ministre de la guerre Schérer, qui, proposant un plan de campagne au Directoire, voulait débuter par une offensive de l'armée d'Helvétie dans le pays des Grisons. L'armée française devait ensuite se porter en Tyrol et se rendre maîtresse « d'Innsbruck et de Brixen parce que c'est de ce point central que les armées d'Allemagne et d'Italie pourront se communiquer ensemble pour toutes leurs opérations, parce qu'encore cette position intercepte toute communication des armées ennemies en Allemagne et en Italie ».
Berthier était devenu Ministre de la guerre, le 11 novembre, au lendemain du coup d'État.
Moreau et Masséna étaient alors les deux généraux les plus en vue.
La situation personnelle de Moreau l'indiquait pour commander l'armée la plus importante. Le théâtre d'opérations du Rhin et du haut Danube, sur lequel il s'était déjà illustré dans les campagnes précédentes, lui était familier.
Masséna connaissait bien l'Italie et semblait désigné pour remplacer Championnet. {p.6} épuisé par la maladie. D'ailleurs, ce n'est qu'à regret qu'il quittait la Suisse où il venait d'acquérir tant de gloire; il séjournait assez longtemps à Paris et ne rejoignait qu'à contre-coeur sa nouvelle armée. Il ne pouvait songer alors que les lauriers du défenseur de Gênes égaleraient devant l'histoire ceux du vainqueur du Zurich.
Correspondance de Napoléon, n° 4413.
Bacler, dit Bacler d'Albe, né le 21 octobre 1761, volontaire au 2e bataillon de l'Ariège le 1er mai 1793, devint capitaine de canonniers le 20 octobre 1793, officier géographe dessinateur à l'état-major général de l'armée d'Italie le 3 septembre 1796, et chef des ingénieurs géographes au dépôt de la guerre, le 22 décembre 1799.
Il fut colonel le 21 juin 1807, général de brigade le 24 octobre 1813 et directeur du dépôt de la guerre le 2 mars 1814. Mis en non-activité en 1815, il mourut le 12 septembre 1824.
Il accompagna l'Empereur dans la plupart de ses campagnes et publia diverses cartes très appréciées de l'Italie septentrionale et centrale.
{p.7} Le Premier Consul à Berthier, 21 décembre. – Corr. de Napoléon, n° 4433.
Correspondance de Napoléon, n° 4432.
{p.8} Correspondance de Napoléon, n° 4409.
Des corps entiers désertaient:
« La 24e de bataille et la 18e légère ont déserté de l'armée d'Italie où elles étaient placées du côté de Savone..... 1200 hommes sans officiers, mais en bon ordre, sont arrivés à Draguignan. Ils disent à haute voix qu'ils sont prêts à retourner si on veut les payer, les habiller et les nourrir. » (Lettre de l'Administration centrale du Var au Ministre de la guerre, 16 janvier.)
La gravité de la situation nécessitait des mesures exceptionnelles. Des pouvoirs extraordinaires étaient donnés à Masséna par un arrêté du 22 décembre:
« ..... Art. 2. – Il peut suspendre et renvoyer les généraux qui n'auraient pas sa confiance.
« Art. 3. – Il pourra casser les corps et destituer les officiers qui auraient des principes d'insubordination. »
Les Français tenaient la crête des Alpes Pennines au Simplon et au Grand-Saint-Bernard. Du côté de Suze, ils occupaient le plateau du Mont-Cenis et étaient maîtres des pentes orientales du Mont-Genèvre et des sources de la Dora.
{p.9} Le Premier consul à Berthier, 21 janvier 1800. – Corr. de Napoléon, n° 4543.
Correspondance de Napoléon, n° 4565, 5 février.
Masséna au Premier Consul, 5 février.
Masséna au Premier Consul, 23 février.
{p.10} 15 décembre.
{p.11} Note dictée par le Premier Consul, – Corr. de Napoléon, n° 4409.
Le Premier Consul à Berthier, 5 décembre. – Corr. de Napoléon, n° 4416.
Fin d'avril.
{p.12} Correspondance de Napoléon, n° 4553.
{p.13} Le 28 novembre, le Ministre de la guerre écrit aux généraux commandant les divisions:
« Citoyens, d'inombrables réclamations me parviennent de toutes parts. Sur tous les points de la République, l'administration militaire est dans un état de désorganisation totale et les braves que vous commandez sont partout à la veille de devenir la proie des premiers besoins de la vie..... »
Le Ministre envoyait, le 29 novembre, des officiers pour se renseigner exactement sur les besoins de cette armée. Léopold Berthier allait dans le Mont-Blanc, César Berthier dans les Hautes et Basses-Alpes, Lacroix en Ligurie.
{p.15} Correspondance de Napoleon, n° 4521.
Ibid., n° 4520.
{p.16} Les jeunes gens, appelés en vertu de l'ancienne loi de la réquisition du 23 août 1793, portent le nom de réquisitionnaires. Ceux qu'atteint la nouvelle loi sont les conscrits. On trouve souvent, dans cette période, la trace de ces deux catégories.
Histoire de l'Infanterie en France, par le lieutenant-colonel BELHOMME, Revue de l'Infanterie, 2e semestre 1896.
{p.17} Masséna au Premier Consul, 17 février 1800.
{p.18} 20 février.
Forces de la République conservées en activité à l'époque du 7 nivôse an 8. Archives du génie, vol. 227, p. 16.
L'appellation de demi-brigade avait remplacé en 1793 celle de régiment, lors du 1er amalgame, qui forma chaque demi-brigade avec un bataillon d'un ancien régiment et deux bataillons de volontaires.
Le 24 septembre 1803 (1er vendémiaire an 12), un arrêté des Consuls rétablit le nom de régiment.
Les bataillons avaient 9 compagnies, 1 de grenadiers, 8 de fusiliers. En 1805, une des compagnies de fusiliers devint compagnie de voltigeurs.
{p.20} Le 28 décembre 1799, l'effectif de la garde des Consuls était de 2,830 hommes (Forces de la République conservées en activité à l'époque du 7 nivôse an 8. Archives du génie, vol. 227).
Correspondance de Napoleon, n° 4487.
L'effectif des charretiers d'artillerie était de 8,313 le 28 décembre 1799 (Forces de la République conservées su activité à l'époque du 7 nivôse an 8. Archives du génie, vol. 227).
{p.21} Voir ces deux arrêtés à l'annexe n° 1.
Les chevaux reçus à Compiègne « venant du Calvados, belle tournure, taille de cavalerie, ne passent pas 300 francs; ceux des chasseurs et hussards ne vont souvent pas à 200 francs » (Rapport de Lefebvre, 18 février 1800. Arch. nat., AF IV, 1180).
Mémoires de Gouvion-Saint-Cyr sur les campagnes des armées de Rhin-et-Moselle, tome III, p. 9.
{p.22} Moniteur du 11 pluviôse an 8.
Correspondance de Napoléon, n° 4451.
{p.23} Voir p. 47, le passage des Mémoires de Napoléon à ce sujet.
La désignation des demi-brigades et régiments entrant dans la composition de l'armée fut plusieurs fois modifiée.
La zone de réunion de l'armée fut resserrée auteur de Dijon. Châlons-sur-Marne fut complètement abandonné et Lyon ne fut qu'un centre d'approvisionnements. (Voir chap. 2.)
{p.24} Ordonnateur et Commissaire des guerres font partie du même corps des Commissaires. Le commissaire le plus élevé en grade de chaque division est seul ordonnateur.
Correspondance de Napoleon, n° 4552.
Correspondance de Napoléon, n° 4473.
{p.25} Correspondance de Napoleon, n° 4499.
{p.26} CHASSIN. – Les Pacifications de l'Ouest, tome III, p. 590.
{p.27} Correspondance de Napoléon, n° 4445.
{p.28} Correspondance de Napoléon, n° 4446.
Moniteur du 26 nivôse (16 janvier), d'après le journal anglais Morning chronicle.
{p.29} Correspondance de Napoléon. n° 4530.
Moniteur du 12 pluviôse (1er février), d'après le journal ministériel anglais The Sun.
{p.30} Moniteur du 4 pluviôse (24 janvier).
Moniteur des 17, 19, 20, 21, 22 pluviôse (6, 8, 9, 10, 11 février).
Moniteur des 24 et 25 pluviôse (13 et 14 février).
{p.31} Archives des affaires étrangères, vol. 371.
Correspondance de Napoléon, n° 4623.
Archives des affaires étrangères, vol. 371.
{p.32} Correspondance de Napoléon, n° 4639.
Archives des affaires étrangères, vol. 226.
{p.34} Comte BOULAY us LA MEURTHE. – Correspondance de Talleyrand avec le Premier Consul pendant la campagne de 1800.
L’Oestreichische militärische Zeitschrift, organe officieux du grand état-major autrichien, tome 25 (1822), p. 21, porte à 97,063 hommes l'armée de Mélas en automne 1799, après la prise de Coni, en comptant toutes les garnisons. D'après cette même publication (tome 26, p. 105), l'effectif de cette armée était, au milieu de mai 1800, de 100,491 hommes dont 13,741 cavaliers.
L'effectif officiel, de l'armée de Kray, n'a pas été trouvé, et les chiffres donnés par les divers auteurs sont trop différents pour qu'on puisse y ajouter foi. Il est probable qu'elle était au moins aussi forte que l'armée de Mélas.
D'après la situation du 11 mars, l'armée d'Italie comprenait 39,156 combattants, dont 7,885 sous Turreau formaient l'aile gauche, c'est-à-dire les troupes gardant la frontière française dans les hautes vallées de la Durance et de l'Isère.
Il restait donc 31,271 hommes dans la rivière de Gênes, sous les ordres directs de Masséna.
{p.35} Elle avait 109,000 hommes le 29 janvier, 118,000 le 21 mars; son effectif exact le 25 avril, jour du passage du Rhin, était de 120,719 combattants, dont 100,078 d'infanterie, 15,185 de cavalerie, et 5,456 d'artillerie.

References: Art. 1

Art. 2

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Art. 3
 Art. 4

Art. 1

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5
 Art. 2
 Art. 3