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Timestamp: 2019-02-20 00:00:06+00:00

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Cours de philosophie sur l'Identité Personnelle - Philocours.com
l'Identité Personnelle La notion d'identité personnelle chez Locke, Essais sur l'entendement humain, II, xvii Tweeter
a) Le principe des indiscernables : deux choses ne peuvent être identiques
b) Suis-je le même en des temps différents ? -Le problème de l'identité
c) les 3 sortes d'identité
a) identité de l'homme versus identité personnelle
b) Qu'est-ce que la personne ?
c) L'identité personnelle
d) C'est la conscience qui fait l'identité personnelle
3) La mémoire et l’identité personnelle
a) Mémoire et conscience
b) Difficulté : ma personne ne s’arrête-t-elle pas dès lors dès que j’oublie ? Que faire de tous les vides de notre existence ?
Pour bien comprendre ce qu’est l’identité personnelle, il nous faut d’abord voir ce qu’est l’identité.
1) L’identité (§ 1)
Précisons d’abord que l’identité est définie comme une relation qui est le fruit d’une comparaison. On peut comparer une chose soit avec d’autres, soit avec elle-même.
C’est plutôt dans le second cas que l’on peut employer de façon le terme d’identique.
En effet, deux choses peuvent-elles être à proprement parler identiques ? Ces deux choses sont numériquement distinctes, i.e., en différents lieux de l’espace, sans quoi, elles seraient une seule et même chose. On peut parler à leur propos, soit d’une relation de ressemblance (elles partagent les mêmes caractéristiques) ; ou bien la relation d’égalité (elles sont égales quand on les mesure). C’est tout. Cf. Leibniz, le principe des indiscernables : deux choses ne peuvent être identiques, sinon elles ne formeraient qu’un seul et même être.
b) Suis-je le même en des temps différents ? –Le problème de l’identité
Quand on parle de l’identité d’une chose, il s’agit donc de savoir si cette chose est identique à elle-même, i.e., si elle est la même qu’elle même. Il s’agit du bon vieux principe d’identité (très usité par les philosophes) : une chose ne peut dans le même temps être à la fois elle-même et une autre.
Cela peut vous paraître bizarre et même « débile », de dire ce genre de choses, mais en fait, il s’agit de savoir si quelqu’un est le même, malgré les changements qu’il subit. Et plus précisément, quelle est la limite des changements qui font de vous quelqu’un d’autre. Par exemple, regardez donc des photos de vous enfant ; regardez-vous maintenant dans la glace : êtes-vous identique ? Ou encore, vous allez chez le coiffeur ; vous ressortez les cheveux courts : même question. Ou encore, vous grossissez : même question. (Vous pouvez dès maintenant essayez de dire ce qui fait que vous êtes identiques, ce qui fait votre identité personnelle…)
Le problème de l’identité d’une chose revient donc toujours à se demander si une chose est « la même » (en des temps différents).
La définition ou le critère lockien de l’identité d’une chose sera le suivant : une chose « qui a eu un seul commencement est la même chose ». Pensez à votre naissance, et à tout ce qui a eu lieu depuis : vous avez bien l’impression d’une continuité, d’être le même, ou d’être identique, depuis votre naissance jusqu’à aujourd’hui. On détermine donc l’identité d’une chose par rapport à ce premier moment aussi longtemps qu’elle existe.
Mais Locke rencontre un problème dans la détermination de son critère d’identité. Il est en fait très complexe. Les choses ne sont pas identiques dans le même sens, parce que toutes les choses ne sont pas de même sorte : il y a de simples corps, des êtres vivants, et des êtres humains. La relation d’identité est équivoque, et il y a donc plusieurs critères d’identité. Bien entendu, le problème du critère de l’identité humaine sera très complexe, car l’homme pourra être dit identique dans tous les sens précédents…
c) Les trois sortes d’identité
- L’identité matérielle (§ 2 et 3) : celle qui vaut des corps. Par exemple, un morceau de matière. Dans ce cas, « si un seul atome est ôté, ou si un nouveau est ajouté, ce ne sera plus la même masse, ou le même corps ».
- L’identité des êtres vivants (§ 3 et 4) :
Locke, Essais, II, XXVII, § 3
"Dans l’état des créatures vivantes, l’identité ne dépend pas de la masse de certains corpuscules, mais de quelque chose d’autre. Dans leur cas en effet la variation de parties même grandes de matière ne change pas d’identité : un chêne qui croît d’une petite pousse jusqu’à un grand arbre, puis qu’on taille, est toujours le même chêne.
Et un poulain qui devient un cheval, qui tantôt engraisse et tantôt maigrit, n’en demeure pas moins le même cheval, bien que dans les deux cas il puisse y avoir une transformation manifeste dans les parties qui les constituent ; en sorte qu’en vérité aucun des deux n’est plus la même masse de matière, bien que l’un soit vraiment le même chêne, et l’autre vraiment le même cheval. Dont la raison est que, dans le cas d’une masse de matière et dans le cas d’un corps vivant, la notion d’identité ne s’applique pas à la même chose."
C’est qu’un chêne, et en général tout être vivant, n’est pas une simple masse de matière. La différence consiste précisément en ceci :
Ib., § 4
(…) l’une ne consiste que dans l’agrégation des corpuscules matériels quelle que soit la façon dont ils sont réunis, tandis que dans l’autre les corpuscules sont disposés de façon à former les parties d’un chêne ; et l’organisation de ces parties est propre à recevoir et à distribuer la nourriture qui lui permet de se maintenir, et de former le bois, l’écorce, les feuilles d’un chêne, etc., ce qui constitue la vie végétale. Si donc est une plante unique ce qui possède une telle organisation de ses parties en un corps d’un seul tenant, partageant une seule vie commune, elle continue d’être la même plante aussi longtemps qu’elle partage la même vie, bien que cette vie se communique à de nouveaux corpuscules de matière organiquement unis à la même plante vivante, dans une même organisation qui se maintient semblable, selon la forme caractéristique de cette espèce végétale.
- L’identité de l’homme (§ 6) est-elle différente des deux précédentes, et si oui, en quoi ? Voici comment Locke définit l’identité de l’homme :
Ib., § 6
"(…) c’est tout simplement la participation ininterrompue à la même vie entretenue par un flux permanent de corpuscules matériels, entrant à tour de rôle dans une unité vivante avec le même corps organisé. "
Mais on répondra que c’est la définition même de l’identité de l’être vivant. Or, l’homme n’est pas seulement un être vivant. Quand je veux savoir si Socrate est le même, est identique à lui-même, je ne veux pas savoir si l’organisation de ses parties est toujours la même, i.e., si c’est le même être vivant. Je veux savoir si Socrate, i.e., celui qui a défié sa cité en remettant en cause la tradition, qui était laid, qui a été mis à mort par sa cité, etc., est le même. ( ?) Son âme, son caractère, en fait, est-elle/il la/le même ?
Pourquoi alors cette définition ? C’est que Locke refuse de définir l’homme seulement par son âme (§ 6). Si on définit en effet l’homme sans recourir au corps et à la figure, qu’est-ce qui nous empêche de dire que Socrate et St Augustin, qui étaient de caractère différent et ont vécu à des époques éloignées, puissent avoir été le même homme ? C’est aussi ce qui permettra à Locke de dire ( ) qu’un perroquet qui serait doué de la faculté de penser et de parler ne serait pas dit un homme, parce qu’il lui manque une certaine organisation de ses parties…
2) L’identité personnelle (§ 9 , 10)
a) Identité de l’homme versus identité personnelle
Nous en sommes donc arrivés, avec l’exemple de Socrate, à une troisième sorte d’identité, celle qui nous importe : l’identité personnelle. C’est aussi afin de distinguer l’identité de l’homme et l’identité personnelle, que Locke a défini l’identité de l’homme comme il l’a fait… Cf. § 15, l’exemple de l’âme d’un prince qui se trouve soudain dans le corps d’un savetier : c’est la même personne (le prince) mais évidemment pas le même homme …
Ib., § 7
(…) c’est une chose d’être la même substance, une autre d’être le même homme, et une troisième d’être la même personne, si « personne », « homme » et « substance » sont trois noms qui représentent trois idées différentes ; telle est en effet l’idée qui appartient à ce nom, telle doit être l’identité correspondante.
b) Qu’est-ce que la personne ?
Ib., § 9
(…) c’est, je pense, un être pensant et intelligent, doué de raison et de réflexion, et qui peut se considérer soi-même comme soi-même, une même chose pensante en différents temps et lieux.
Mais c’est surtout, il faut le savoir, un terme judiciaire. Est une personne quelqu’un qu’on peut louer et blâmer de ses actes, i.e., qui en est responsable. Pourquoi la notion de personne est-elle liée à la notion de responsabilité ? Parce que pour que l’on soit responsable de ses actes, il faut que notre existence ne soit pas scindée en de multiples états discontinus : ainsi, si celui qui hier a commis le crime n’est plus le même que celui qui aujourd’hui est accusé du crime et va à l’échafaud, il est injustement accusé, car ce n’est pas lui qui a commis le crime mais en toute rigueur, c’est un autre.
Cf. V. Hugo, Le dernier jour d’un condamné, Le livre de Poche.
Ib., § 26 : La personne, terme judiciaire.
(…) C’est un terme du langage judiciaire qui assigne la propriété des actes et de leur valeur, et comme tel n’appartient qu’à des agents doués d’intelligence, susceptibles de reconnaître une loi et d’éprouver du bonheur et du malheur. C’est uniquement par la conscience que cette personnalité s’étend soi-même au passé, par-delà l’existence présente : par où elle devient soucieuse et comptable de ses actes passés, elle les avoue et les impute à soi-même, au même titre et au même motif que les actes présents.
c) L’identité personnelle
L’identité personnelle consiste donc dans « le fait pour un être rationnel d’être le même ». Plus précisément :
Ib., § 19
(l’identité personnelle consiste) : non dans l’identité de substance, mais comme je l’ai dit, dans l’identité de conscience, en sorte que si Socrate et l’actuel maire de Quinborough en conviennent, ils sont la même personne, tandis que si le même Socrate éveillé et endormi ne partagent pas la même conscience, Socrate éveillé et Socrate endormi ne partagent pas la même conscience, Socrate éveillé et Socrate endormi ne partagent pas la même conscience.
d) C’est la conscience qui selon Locke, va faire l’identité personnelle (§ 9 et 10)
L’identité de telle personne s’étend aussi loin que cette conscience peut atteindre rétrospectivement toute action ou pensée passée ; c’est le même soi maintenant qu’alors, et le soi qui a exécuté cette action est le même que celui qui, à présent, réfléchit sur elle.
Ib., § 24
(…) quoiqu’une substance ait pensé ou fait, si je ne peux me le rappeler et en faire ma pensée à moi, mon action à moi, en me l’appropriant par la conscience, cette chose ne m’appartiendra pas plus que si elle avait été faite (par une autre)
C’est donc la même conscience qui fait qu’un homme est le même pour lui-même. On est le « même soi personnel » si et quand on est capable de répéter l’idée d’une action passée avec la même conscience qu’on en a eu la première fois, et la même conscience qu’on a d’une action présente. « La même conscience réunit ces actions éloignées au sein de la même personne, quelles que soient les substances qui ont contribué à leur production ».
C’est ici que la mémoire fait son entrée. La mémoire, chez Locke, n’est en fait autre chose que la conscience elle-même : en effet, elle est la conscience de nos actes et pensées passé(e)s, et plus précisément, la conscience que ce passé ne fait qu’un avec le présent, que moi qui ai pensé telle chose ou agi ainsi, est le même que celui qui aujourd’hui fait autre chose ou pense autre chose.
Cf. aussi Leibniz : Discours de Métaphysique, § 35 : un homme qui perdrait la mémoire de son passé serait un autre homme !
Le problème est (§ 10) que « cette conscience (est) constamment interrompue par l’oubli (…) ; (il n’y a donc) aucun moment de nos vies où nous puissions contempler devant nous, d’un seul coup d’œil, toute la suite de nos actions passées ».
Ib., § 10
(…) les meilleures mémoires elles-mêmes en perdent une partie de vue tandis qu’elles en considèrent une autre ; nous-mêmes pendant la plus grande partie de notre vie ne réfléchissons pas sur notre soi passé, mais nous dirigeons notre attention vers nos pensées présentes, et lorsque nous dormons profondément, nous n’avons plus aucune pensée, du moins aucune dont nous ayions cette conscience qui caractérise nos pensées de l’état de veille. C’est pourquoi je dis que, dans tous ces cas, notre conscience étant interrompue, et nous-mêmes ayant perdu de vue notre soi passé, on peut se demander si nous sommes vraiment la même chose pensante, (…) ou non.
Le problème consiste à savoir si, malgré la perte de mémoire, je suis la même personne, à partir du moment où on a dit que l’identité personnelle ne s’étend que jusqu’où s’étend aussi la mémoire.
Cf. § 20 : problèmes de la double personnalité et de l’ivresse, de la folie

References: § 3
 § 4
 § 6
 § 15
 § 7
 § 9
 § 26
 § 19
 § 24
 § 35
 § 10
 § 20