Source: http://histm.free.fr/monflanq.htm
Timestamp: 2019-02-19 09:44:50+00:00

Document:
Monflanquin bastide médiévale du XIII° siècle
seconde moitié du XIII° siècle . .
Bastide du XIII° Siècle
Il est dit et répété que Monflanquin est une bastide du XIII° Siècle, encore faut-il, peut-être, préciser quelles réalités couvrent cette affirmation. '
Il nous faut, tout d'abord, savoir si le XIII* Siècle annoncé est représentatif ou non de l'ensemble du Moyen Age.
On pourra, ensuite, se demander pourquoi et comment est née cette Bastide au XIII* Siècle tant sur le plan humain que politique.
Après quoi, il y aura lieu d'analyser les différentes fonctions de cette Bastide: que ce soit la fonction économique, administrative, militaire ou religieuse.
Ceci nous amènera à mieux cerner la religiosité dans laquelle baigne, à cette époque, la société de MONFLANQUIN mais aussi les ruptures annonciatrices de changement à venir.
Il nous sera loisible, enfin, de nous attarder sur les aspects de la vie quotidienne : dans la rue, à la maison, les vêtements, la nourriture...
XIII° Siècle et moyen Age
Ce sont les hommes de la Renaissance et de la période classique qui ont inventé le mot "Moyen Age". Persuadés d'avoir renoué par dessus mille ans avec la plus pure culture antique, ils n'ont vu entre elle et eux qu'une longue période stérile. N'ont-ils pas été jusqu'à appeler l'Art Ogival "Art Gothique" en souvenir des Goths  ces barbares !
Or, loin d'être une parenthèse dans l'histoire humaine le Moyen Age en est une période importante. De ces dix siècles ( V° au XV* siècle ) sont nées les nations de l'Europe moderne en même temps qu'est apparue une notable poussée technique (I). Il y a donc lieu d'aborder cette période sans à priori péjoratif et surtout sans commettre l'erreur de croire que près de I 000 ans d'histoire ont pu être statiques, uniformes et que le XIII* siècle est représentatif de l'ensemble du Moyen Age.
Les historiens nous invitent d'ailleurs à distinguer le Haut Moyen Age de la fin V° Siècle à la fin IX° Siècle qui recouvrent, si l'on veut simplifier, les temps Mérovingiens et les temps Carolingiens, et le Bas Moyen Age qui concerne la période allant du X° Siècle au XV* Siècle c'est à dire le temps des Capétiens.
Dans la mesure où MONFLANQUIN prend vie en 1252, c'est à dire dans la seconde partie du Moyen Age, il semble tout indiqué de commencer notre étude à cette date; par contre se pose la question de la date finale à retenir pour limite finale de cette étude.
1453 est, conventionnellement, admis pour marquer la fin du Moyen Age : les Turcs prennent BYZANCE, bloquent la Méditerranée, poussent les Européens vers l'Atlantique et Christophe COLOMB vers les Amériques quelques années plus tard. La bataille de CASTILLON voit les Français victorieux bouter hors de GUYENNE les Anglais et mettre ainsi un terme à la guerre de Cent Ans.
Or, justement, cette longue guerre - accompagnée d'épidémies, famines, pillages - marque une rupture, on s'en doute, dans l'évolution historique qui va de 1252 à 1453. Au point que, pour éviter de compliquer à l'extrême le tableau de MONFLANQUIN au moyen Age, il est préférable de sen tenir à "MONFLANQUIN avant la guerre de Cent Ans" à savoir de 1252 à 1337, ce que nous appellerons "MONFLANQUIN au XIII° Siècle".
Dès l'an I 000, tous les indices révèlent à travers toute l'Europe un vigoureux essor du peuplement qui se prolongea, tout comme l'amélioration matérielle et économique au cours du XIII° Siècle; pour mémoire une progression démographique de 100%. [On a pu dire que l'expansion plus ou moins importante des loups était un baromètre de la santé économique occidentale. La forêt et les loups ont profondément marqué la réalité et l'imaginaire du Moyen Age (I6). On en retrouve des exemples à MONFLANQUIN jusqu'au XIX* Siècle.]
On trouve, là, à la fois la possibilité de lancer les croisades en Orient, la "reconquista" en Espagne en même temps que se construisent les bastides dans un monde rural en expansion. ( 16 ). C'est dans cet ensemble dynamique que s'inscrit la naissance de MONFLANQUIN.
En Agenais, des plaques forestières importantes subsistent avec quelques clairières; les documents du XII* siècle et la toponymie conjugués mettent en évidence les gains de terre par le défrichement. Les lieux dits "Artigue" ou "Lartigue", comme celui que l'on trouve près de Secrétary, correspondent la plupart du temps à cette vague d'extension des terroirs, artigar signifiant défricher.
Si cette vague de défrichement est le fait de pionniers-paysans, par contre les "granges", ces exploitations cisterciennes et les "sauvetés" - ces petits villages d'hôtes - de création préméditée par les moines et les évêques - manifestent de la part de l'église une volonté d'accompagnement du mouvement. C'est le cas par exemple de la SAUVETAT SUR LEDE. ( 2 ).
A la même époque de modestes châteaux donnent par­ fois naissance à de petites agglomérations. Ce sont ces nouveaux villages, spontanés ou parfois planifiés, qui forment l'ensemble des Castrum puis des Castelnaus.
Au XIII* Siècle il n'y a plus de différence entre Castelnau et Bastide comme l'atteste par exemple CASTELNAUD de GRATTECAMBE à l'Ouest de MONFLANQUIN.
Les Bastides s'intègrent à l'évidence dans un mouvement général: après l'expansion paysanne, après l'intervention de l'église, puis celle des petits seigneurs locaux , c'est au tour des suze­rains d'intervenir avec les Bastides.
La rivalité Capétiens- Plantagenets
La rivalité des Capétiens et des Plantagenets est le fait politi­ que dominant sur lequel vient s' articuler la naissance des Bastides.
Rivalité qui ne cesse de s'exacerber depuis 1152- Cette année là, LOUIS VII se sépare d'ALIENOR d'AQUITAINE qui, deux mois après, épouse HENRI PLANTAGENET, comte d'Anjou et duc de Normandie, couronné en 1154 roi d'Angle­terre. Les Capétiens sont écartés de l'Aquitaine, que ce soit par ALIENOR puis par son fils RICHARD COEUR de LION.
La mort de RICHARD COEUR de LION, en 1199, ouvre un épisode de l'histoire où le bassin Aquitain est écartelé entre Capétiens et Plantagenets dans le cadre des rapports entre suzerain et vassal.
C'est le moment choisi par les Capétiens pour intervenir sur les terres du comte de Toulouse; ils profitent pour ce faire de la demande du pape INNOCENT III qui provoque, en 1209, la croisade des Albigeois dont PENNE aura tant à souffrir. En 1229, alors que le règne de LOUIS IX / Saint LOUIS vient de commencer, le traité de PARIS impose une solution à l'entier avantage des Capétiens. Ils s'octroient à cette occasion la suzeraineté du comté de TOULOUSE sans tenir compte des droits à l'héritage d'ALIENOR que font valoir les Plantagenets: RAYMOND VII, comte de Toulouse, cède en effet tous ses droite au Roi de FRANCE et reste sim­plement usufruitier de son domaine puisque à sa mort le Toulousain, l'Agenais, le Quercy doi­vent revenir au frère du roi LOUIS IX, ALPHONSE de POITIERS époux de sa fille JEANNE de TOULOUSE.
Le mariage est conclu à l'occasion de ce traité mais les deux époux n'ayant que neuf ans les noces ne seront célébrées qu'en 1237. L'héritage devient effectif en 1249 à la mort de RAYMOND VII, aussitôt contesté par HENRI III D'ANGLETERRE.
Ce n'est qu'en 1251 qu'ALPHONSE de POITIERS, de retour de croisade avec son épouse JEANNE de TOULOUSE, prend directement contact avec son domaine nouveau. En Juin 1251, ils visitent tous deux l'Agenais, passent par AGEN, PENNE pour rejoindre LAUZERTE, MONTAUBAN ( 3 ).
Ils sont, ici, aux confina de leurs possessions pour mieux en saisir les réalités et conforter les liens avec les petits seigneurs locaux. Les décisions ne tardent pas.
Mons Flanquinus 1252
De passage, en 1251, dans la région, ALPHONSE de POITIERS se fait céder dès 1252 "MONS FLANQUINUS" pour consolider son emprise par la création d'une Bastide ( 4 ).
- Premier problème : qui est GUILLAUME AMAGNEU qui cède MONS FLANQUINUS à ALPHONSE de POITIERS ?
C'est le seigneur de CALVIAC, seule précision apportée par le texte conservé à LONDRES. Pour mieux évoquer ce personnage peut-être faut-il retenir la beauté du chevet de l'église de CALVIAC qui date de la même époque et les traces d'un châ­teau sur le même promontoire, le tout formant un ensemble permettant d'imaginer un de ces vassaux assez représentatif de l'AQUITAINE des XII° XIII° siècles ( 5 ).
- Second problème : que représente "MONS FLANQUINUS" à l'origine ?
Le texte de 1252 déclare que GUILLAUME AMAGNEU cède la montagne de MONFLANQUIN ce qui laisse supposer un terrain vide. Puis le texte de Coutumes de 1256 parle d'un "Castrum" c'est à dire d'une petite agglomération spontanée avec un mur, souvent une simple palissade de bois, adossée à celui du château.
En moins de quatre ans, un château et un habitat organisé, c'est bien rapide. Donc la question reste posée, d'autant plus que l'on a découvert, courant 1991, des silos dans MONFLANQUIN datant vraisemblablement d'avant le XIII* siècle et prouvant une présence humaine en ces lieux précédant la naissance de la Bastide.
- Troisième problème : y a-t-il paréage, association, entre AMAGNEU et ALPHONSE de POITIERS ?
La réponse est non ! Il y a acquisition pure et simple de l'un et cession de l'autre. I1 est à ce propos utile de signaler que chaque fois qu'il s'agit de fonder une Bastide, ALPHONSE de POITIERS préfère acquérir le territoire destiné à cette fondation plutôt que de s'associer avec le seigneur local; ceci à l'inverse des Rois d'Angleterre qui préfèrent passer des paréages.
Bastides et Coutumes Alphonsines
La Bastide de MONFLANQUIN, envisagée en 1252 par ALPHONSE de POITIERS, n'est pas un acte isolé, c'est tout au contraire l'élément d'une politique d'ensemble. Car jusqu'à sa mort en 1271, ALPHONSE de POITIERS va multiplier les décisions renforçant l'organisation administrative, judiciaire, économique sinon militaire du territoire dont il a la responsabilité au nom de son suzerain le Roi de France.
Les Bastides alphonsines sont le signe tangible de cette pénétration du pouvoir capétien dans le tissu féodal gascon. ALPHONSE de POITIERS en effet tirant profit de la poussée démographique a érigé en système politique les créations de Bastides. En vingt deux ans de règne il en établit une cinquantaine le long de la Garonne, aux confins de ses domaines rouergats et agenais essentiellement.
Au service de ses ambitions domaniales les Bas­tides permettent de centraliser et contrôler l'administration comme la justice locale. Elles restent sous la tutelle du fondateur et permettent une influence directe. Si les visées stratégiques ne sont pas absentes, les Bastides participent surtout à l'accroissement de ses revenus par le biais des taxes sur les transactions et l'exercice de la justice. (6)
Les textes de référence à l'exercice de ces pouvoirs: les Coutumes  Ces Coutumes, chartes originelles de franchises, sont indissociables de la fondation des Bastides. Elles délimitent les droits et devoirs des habitants sous l'autorité du seigneur. ALPHONSE de POITIERS va octroyer en Agenais treize Chartes pendant tout son règne, les premières étant celles de MONCLAR et MONFLANQUIN. Que ce soit en matière de libertés politiques, de libertés civiles, de dispositions économiques ou pénales ( 7 ), elles s'inscrivent dans le mouvement de renouveau communal qui se développe en France à partir du XII° siècle. Elles favorisent l'émergence d'une "bourgeoisie" qui même si elle reste encore souvent paysanne n'est plus liée au sys­tème féodal en faisant l'expérience d'un début d'auto  administration locale.
Un modèle de Charte : Monflanquin 1256
La Charte des Coutumes de MONFLANQUIN est signée en JUIN 1256 à VINCENNES par GUILLAUME de BAGNOLS, Sénéchal d'ALPHONSE de POITIERS pour l'AQUITAINE. Cette Charte comporte 37 Articles dont l'ordre n'est pas rigoureusement logique, comme s'il résultait d'une série de compromis.
Les libertés politiques, autrement dit le pouvoir comtal, y sont définies avec précision. Les Consuls sont désignés par le Comte ou son Bailli, au nombre de six Consuls, tous catholiques parmi les habitants ... La présence du Bailli qui représente et défend les intérêts du Comte est dûment circonscrite.
Allant plus loin le Comte ouvre la voie à l'auto-administration locale puisque "les dits Consuls auront le pouvoir de réparer les rues, les chemins, les fontaines et les ponts et de lever sur les habitants de la ville, avec les conseils de vingt quatre élus par les habitants de la ville, les frais et dépenses occasionnés par les susdites réparations ou par d'autres entreprises communes nécessaires et d'utilité générale" ( Art. 13).
Les libertés civiles laissent une impression de Charte plutôt libérale . Le Comte a renoncé au droit d'imposer les habitants par quête, taille, gîte ou emprunts ( Art. I ). La liberté des personnes est garantie si ce n'est pour meurtre ( Art. 4). Même dans ce cas, le Sénéchal ou le Bayle ne peuvent citer des habitants hors de la ville pour des faits qui se sont passés dans la ville ( Art. 5 ). [Le titre de Bailli correspond à celui de Bayle dans les régions de langue d'Oc. I1 est par ailleurs synonyme de Prévôt dans le langage administratif du Duché Anglais.]
L'aspect économique enfin n'est pas des moindres. Les denrées destinées à la consommation et venant de plus d'une demi lieue ne pourront être vendues que sur la place ( Art. 16 ) au marché du jeudi ( Art. 34 ). Les foires prévues sont presque "franches", les étrangers ne payant pour droit d'entrée, de sortie, d'étalage qu'une somme minime quelque soit le nombre de leurs colis ( Art. 35 ). Cet accent mis sur l'économique s'explique évidemment par le souci qu'a ALPHONSE de POITIERS de mettre en valeur ses domaines.
D'ailleurs les dispositions de droit pénal confirment cette préoccupation économique. Les sanctions des actes coupables sont avant tout des amendes; tout se résout par des amendes. Que ce soient des injures ( Art. 19 ), des fraudes ( Art. 20 ), l'adultère ( Art. 22 ), des menaces ( Art. 23 ), un vol d'objet ( Art. 24 ), un vol dans les champs ( Art. 25 ), les dégâts occasionnés par un animal ( Art. 26 ) ou enfin l'usage de faux poids et de fausses mesures ( Art. 27 ).
Mais surtout la Charte reconnaît le droit de chaque habitant à faire construire à sa volonté un four dans la Bastide ( Art. 36 ) esquivant ainsi le four banal du seigneur.
Il est intéressant d'insister sur l'influence qu'a exercé la Charte de MONFLANQUIN dans le Haut Agenais pour bien comprendre qu'elle résulte non pas d'un accident mais bien plutôt d'une conception politique large.
Il est également intéressant de souligner le rôle croissant de l'argent que révèle l'importance donnée aux amendes. Le XIII° est le siècle où l'argent apporte un élément nouveau dans les rapports sociaux.
Un type de Bastide : Monflanquin
Pour les spécialistes, MONFLANQUIN mérite un intérêt soutenu dans la mesure où elle est le type de Bastide du XIII° siècle, Bastide à deux axes perpendicu­laires en même temps qu'une Bastide de hauteur.(6).
MONFLANQUIN, c'est une évidence pour tous, a été construit sur un "pech" incliné vers le Sud / Ouestprésentant au Nord un à pic important. Deux grandes orientations Nord / Sud : la rue Sainte Marie et la rue Saint Pierre, remontent jusqu'à la place centrale. [ Cette inclinaison fait que toutes les eaux usées et les détritus vont glissant vers le bas, complétant de la sorte le distinguo social évident entre les quartiers haut et bas. La différence de la qualité dans le bâti l'indique déjà également.]
Ce sont les rues charretières assez larges pour que des charrettes puissent passer. A la perpendiculai­re deux autres rues charretières d'axe Est / Ouest : la rue de l'Union et celle des Arcades.
Le dispositif adapté aux moyens de transport de l'époque, s'enrichit de rues secondaires du gabarit de la rue des Vignes, la rue Saint Nicolas ou encore de la Restauration.
Le tout se complète de carré rots réservés aux piétons à l'exemple des carré rots des Crugiers ou des Augustins qui, avec les autres rues, délimitent des " carriérats " ou quartiers, lesquels ont longtemps servi de base à la répartition fiscale.
La place, à la convergence des rues charretières débouchant aux quatre angles, pour ne pas perturber les échanges des jours de marché ou de foire, est au cur de la ville. Avec sa halle semblable à celle de VILLEREAL et sur des piliers la salle de réunion des Consuls de la Jurade. La conception urbanistique souligne ici l'intention politique de la Charte des Coutumes de donner un r81e reconnu à la représentation consulaire.
Cependant, MONFLANQUIN présente une disposition presque symbolique dans la mesure où la maison dite du Prince Noir ou la maison qui lui fait face à l'angle de la rue des Arcades et de la rue Sainte Marie pourraient bien être la maison du Bayle. Or elles sont à la fois en léger surplomb par rapport à la halle et à l'ombre de l'église. Cette église qui, dans la position classique de léger retrait à l'Est dans la diagonale de la Place, occupée par la halle, n'en est pas moins en position dominante. Ce qui rend plus subtile et complexe la relation symbolique entre la place " bourgeoise " centrale, la maison "seigneuriale" intermédiaire et l'église, mise de côté mais dominante. Près de l'église le cimetière de la Bastide qui a disparu au profit de la place du Pech et derrière qui est installé l'hôpital.
Dans cet urbanisme fortement structuré, le parcellaire n'échappe pas à la règle: les maisons se répartissent dans un découpage préétabli par les "traceurs de la Bastide avec leurs sept mètres cinquante de façade ( parfois redécoupée en deux en raison de la forte densité démographique)* et environ vingt mètres de profondeur entre la rue et le carrérot.
Ces maisons rapidement édifiées, si l'on s'en réfère aux chiffres donnés par un recensement anglais de 1289, [ En effet à cette date MONFLANQUIN a déjà 600 habitants. (8).] laissent soupçonner que les ruraux attirés par les conditions offertes par la Charte ont pu suffisamment épargner pour investir dans l'immobilier. Ce qui correspond au mouvement général dans le royaume au XIII* siècle où le servage disparaît et un certain nombre de paysans deviennent aisés.[ Forte densité démographique rapidement obtenue certainement grâce au libéralisme de la Charte Alphonsine mais aussi aux terrains alloués : une parcelle "intra-muros" pour construire, un jardin "juxta-muros" et un champ "extra-muros". Répartition dont les traces n'ont pas entièrement disparu ]
La plupart des maisons ne sont pas accolées, des espaces sont conservés pour les eaux usées: les andrones. Très rapidement des pontets vont s'élancer par dessus les carrérots pour relier des maisons en vis à vis. (6 b).
Toutes ces constructions en un temps relativement court donnent à MONFLANQUIN, comme à nombre de Bastides, une allure de "ville champignon" où les chantiers sont en pleine activité.
Le plan de la maison, imposé par le parcellaire,, étroit et en longueur, prévoit une cour, un rez de chaussée et un ou deux étages avant grenier. Au rez de chaussée une pièce pour l'activité professionnelle, une pièce sombre à usages variés et à l'arrière les communs donnant sur les carrérots, par où le cheval le cas échéant, ou d'autres animaux ( volailles ou porcs ) ont accès. Parfois une "citerne" d'eau tirée des puits collectifs à une époque où la peur d'un empoisonnement de l'eau est dominant. Au premier sur la façade la pièce à vivre avec cheminée ( ce qui peut impliquer au XIII° à la fois cuisine et salle à manger, au total le "vivoir" ) dans la pièce médiane et la pièce arrière des chambres.
Le descriptif de la Bastide serait incomplet sans la mention déléments extra-muros mais fortement liés à la vie de la Bastide : la source des Cannelles, le couvent des Augustins, l'église Saint André et la Maladrerie (léproserie) certainement active à une époque où la lèpre peut affecter de 1 à 5% de la population en Occident. (I6 ).
La relation Bastide / Campagne est indiquée dès l'origine par les dispositions de la Charte de I256 où il est prévu pour les habitants possession non seulement d'une parcelle "intra-muros" pour bâtir mais également "juxta-muros" pour jardiner et extra-muros" pour cultiver. La Bastide est en symbiose avec sa campagne environnante où la Charte signale : prés, vignes, champs labourés c'est à dire à céréales.
Autre indice de cette relation : la convergence de la juridiction vers MONFLANQUIN. En effet la ville, passage obligé en quelque sorte s'ouvre vers le Sud par la rue Sainte Marie vers SAVIGNAC et par la rue Saint Pierre vers VILLENEUVE sur LOT, par la rue de l'Union et la porte Saint André vers VILLEREAL. Or ces trois rues se rencontrent sur la place où la halle et les Arcades abritent le commerce les jours de foire ou de marché. La Charte prévoit d'ailleurs ( Art. I6 ) que "les choses comestibles qui sont apportées du dehors pour être vendues pourvu qu'elles viennent de plus d'une I/2 lieue, ne seront pas vendues avant d'être apportées sur la place de la ville".
Car chaque jeudi, comme le prévoit la Charte, a lieu le marché où se donnent rendez vous les habitants du bailliage de MONFLANQUIN pour échanger leurs produite agricoles contre des fabrications artisanales. La Charte mentionne ( Art .34 ): le blé mais aussi buf, vache, porc, âne, cheval, mulet, brebis, bélier comme animaux mis en vente; à cela s'ajoutent les poissons salés.
De plus, il y a les foires annuelles dont la plus importante est celle de la Saint André, le premier lundi du mois de Décembre. Foires dont le rayon d'action est plus large que celui des marchés hebdomadaires et qui accueillent des marchands étrangers au baillage ayant à payer une taxe, prévue par la Charte, pour les ballots qu'ils transportent ( Art. 34 ). C'est à cette occasion surtout que l'on peut voir sur les étals: coupes en verre, objets de fer, pièces de lai souliers, chaudrons, chenets, poêles, pots, couteaux, faux, sarcloirs.
A cela s'ajoutent le lin et le chanvre avec lesquels les habitant payent la dîme. Mais aucun article de la Charte ne réglementant des métiers ou des corporations, ces deux textiles doivent donc être plutôt travaillée sur place pour la consommation familiale..
Fait significatif du XIII* siècle, cette fonction économique globale est, faut-il le rappeler, prise en compte par les traceurs dont le plan fait aboutir les rues principales aux quatre angles de la place marchande afin que le flux des personnes, des marchandises, des transports ne dérange pas les exposants.
Le comte de POITIERS ne l'oublie pas lui-même puisque le Bayle, véritable percepteur en la matière, perçoit les droits mentionnés pour les marchés et foires. ( Art-34 ).
Cette place déjà significative d'une dimension économique souhaitée, est aussi représentative de la fonction administrative à laquelle les villes du XIII* siècle aspirent.
La maison du Bayle, que ce soit celle connue de nos jours sous le nom de "Maison du Prince Noir" ou celle qui est en face, marque l'importance du personnage dont l'ordonnance de LOUIS IX en 1254 précise les prérogatives sur l'ensemble du royaume; la Charte des Coutumes de 1256 à MONFLANQUIN en reprend l'essentiel.
Le Bayle - responsable de la bonne marche de bailliage de MONFLANQUIN - est représentant du Sénéchal d'Aquitaine, lui-même nommé par ALPHONSE de POITIERS. Le premier Bayle d'une longue série est GAUTHIER de RAMPOUS connu pour avoir participé à l'élaboration de l'acte de paréage de CASTILLONNES en Septembre 1259. ( 9 ).
Ce Bayle a un rôle en matière de justice locale ( Art-3 ) sans avoir le droit de se saisir d'une personne ou de ses biens à moins qu'il ne s'agisse d'un meurtre. Le Bayle surveille également la passation légale des héritages sans testaments . ( Art-6 ).
Pour les interventions en justice le Bayle perçoit le montant des frais prévus par la Charte, que ce soit pour coups et blessures ( Art. 17), injures ( Art. I9 ), adultère ( Art. 24 ).
Mais il est bien précisé que "notre Bayle ne doit recevoir ni les frais de justice, ni les gages jusqu'au jour où il aura fait exécuter le paiement de la chose jugée à la partie qui aura gagnée le procès ( Art. 3I)"~
De plus, tout comme le Sénéchal, le Bayle de MONFLANQUIN est tenu à son entrée en charge de jurer devant les prud'hommes de la dite ville que dans l'exercice de ses fonctions il se conduira consciencieusement faisant droit à chacun selon son pouvoir et observant les coutumes et les statuts approuvés par la ville ( Art.I2 ).
Face à la maison du Bayle, en plein centre de la place, la halle. C'est là que se réunissent les Consuls. Ces Consuls sont renouvelés chaque année, le jour de la fête de l'Assomption (15 Août ). Le Bayle devra ce jour-là élire six Consuls catholiques* [Catholiques car la crainte du mouvement Cathare reste vive. La résistance de PENNE est encore dans toutes les mémoires] choisis parmi les habitants de MONFLANQUIN qui seront jugés et estimés être les plus honnêtes et les plus utiles aux intérêts de la communauté et à ceux d'ALPHONSE de POITIERS. ( Art.13 ).
Ces Consuls jurent en présence du Bayle et du peuple de bien et fidèlement servir ALPHONSE de POITIERS et de maintenir ses droits, de fidèlement gouverner le peuple et enfin de ne recevoir de personne aucune récompense en raison de leur fonction.
La communauté, à son tour, jure de donner aux Consuls conseils et assistance en respectant toutefois les droits et la souveraineté d'ALPHONSE de POITIERS.
Les dits Consuls ont le pouvoir de réparer les rues, les chemins, les fontaines et les ponts et, avec le Conseil de vingt quatre élus par les habitants de MONFLANQUIN, de lever sur les habitants de la dite ville les frais et dépenses occasionnés par les sus dites réparations ou par d'autres entreprises communes nécessaires et d'utilité générale.
En outre les Consuls perçoivent les amendes pour dégâts causés par les animaux(Art.26), l'usage de faux poids et fausses mesures ( Art.27 ).
Face au Bayle représentant du pouvoir central capétien, les Consuls sont repré­sentatifs dans une certaine mesure de la population locale. La brèche dans le système féodal n'est pas des moindres. Le serment, en 1271, des Consuls à PHILIPPE le HARDI nous donne avec précision les dix sept paroisses impliquées par ce système en ce qui concerne le baillage de MON FLANQUIN [ Il est intéressant de noter la permanence de l'espace administratif de ce bailliage, puisque les paroisses d'origine sont encore comprises pour la plupart dans les limites du canton actuel. ( 22 ). En effet dès 1256 MONFLANQUIN est l'un des douze baillages de la sénéchaussée d'Agenais. ( 3 )]: Condezaigues, Pin, St Aubin (Rouet), Savinhac, St Sernin, St Perdoux, Galleissac, Montagnac, Bauris, Génibrède, Envals, Tayrac, Cailladelles, St Hilaire, St Paul, Roquefère, Corcomac, Calviac, St Sulpice, ainsi que les châteaux de Monségur, Gavaudun. ( IO ).
La fonction militaire n'est pas essentielle à la naissance de la Bastide, cependant on ne peut ignorer l'avantage du site en matière de défense.
De plus ALPHONSE de POITIERS, en 1256, parle du castrum de MONFLANQUIN c'est à dire d'un site fortifié, peut-être par de simples palissades, mais caractéristique d'une optique militaire. Le débat sur un château de MONFLANQUIN reste ouvert quant à lui.
La préoccupation militaire prend nettement le pas une fois la Bastide devenue anglaise après le Traité d'AMIENS en 1279. En effet, pendant l'été 1282, JEAN de GRAILLY, Sénéchal du Roi d'Angleterre ÉDOUARD Ier, règle un grave désaccord entre habitants de la ville et ceux de l'extérieur. I1 amène les uns et les autres à un compromis. Il en advient que les murs sont l'oeuvre des Consuls tandis que les tours et les portes fortifiées sont l'oeuvre du Roi d'Angleterre.
C'est alors que s'élèvent les quatre portes au Sud les portes donnant sur les rues Saint Pierre et Sainte Marie, à l'Est au bout de la rue des Arcades la porte Saint André et à l'Ouest la porte de Roquefère. S'élèvent également les remparts : longueur 1100 mètres, avec II tours, l'abside de l'église incorporée et quatre portes fortifiées (IO b).
Le tout se complète du "repaire" de Roquefère à quelques centaines de mètres vers l'Ouest. Château dont la structure rend la pointe du plateau imprenable.
Cet ensemble, Bastide et château, prend une importance accrue au fur et à mesure que les rapports entre PLANTAGENETS et CAPÉTIENS se tendent, l'Agenais n'étant pas épargné, passant d'une couronne à l'autre.
La Bastide fortifiée redevient française, de 1293 à 1303, puisque dès 1293 ÉDOUARD donne l'ordre de faire délivrer aux gens du Roi de France, pour les garnir, les châteaux de SAINTES . . MONFLANQUIN. ( 3 ). C'est à dire avant même la reprise des hostilités où PHILIPPE le BEL envoie une armée en Guyenne commandée par RAOUL de NESLE.
En 1303,la paix conclue, les remparts et la Bastide peuvent redevenir anglais pour une nouvelle période pendant laquelle le PLANTAGENET signe des lettres de créance adressées à MONFLANQUIN, puis en 1320 renou­velle les privilèges de MONFLANQUIN. Cette présence anglaise prend fin, en I324, où les
Français sont de retour.
Cette situation où Anglais et Français se succèdent fait que selon l'usage mais aussi par prudence, à l'occasion d'une vente de pièces de terres sises dans la paroisse de LAURÉS, un acte est passé à MONFLANQUIN, le 29 Décembre 1320, par BERNARD MARTINI;*notaire [ Le mouvement des Bastides s'accompagne d'un accroissement du nombre et du rôle des notaires. I1 n'est pas de Bastide sans notaire. ( 14 ).] d'AGEN "Regnantibus dominus PHILIPPE FRANCIS rege, EDOUARDO rage Anglie duce Aquitanie, et AMANEVO Agennensi epicospo" l'évêque représentant certainement l'autorité la plus stable en cette période (II).
"Assis hors la ville sur le descendant de la montagne" le couvent des Augustins (12 pourrait se situer au Clos des Pères avec "une métaierie sur le chemin des Fâcheries".
Existe également un prieuré dont quelques prieurs du XIII°siècle nous sont connus : ETIENNE de REILHAC qui figure comme contractant dans l'acte de donation consentie le IO Avril 1254 par l'Abbé et les religieux d'EYSSES en faveur d'ALPHONSE de POITIERS, du lieu GAJAC pour y construire ensuite la Bastide de VILLENEUVE. Il s'agit, plus tard, de GUILLAUME de COISSELS, en 1313, et GAILLARD de MONTAIGUT en 1316.
Cependant il est difficile de qualifier ce prieuré car il était bâtard selon l'expression du Chanoine DURENGUES ( 13 ). Même s'il passait pour être régulier de l'Ordre de Saint BENOIT et membre de l'Abbaye d'EYSSES. Les tensions entre l'Abbé d'EYSSES et l'Evêque d'AGEN à propos de la dîme de MONFLANQUIN sont réglées dès 1262 et à partir de là les religieux d'EYSSES eurent toujours l'adresse de faire nommer à ce prieuré un des leurs par des voies détournées afin que l'existence de ce couvent ne soit pas remise en cause.
Ces tensions et leur règlement sont assez représentatifs de la vieille rivalité de l'Evêque et du Moine qui va s'atténuant un peu partout au cours du XIII. ( 14 ). En effet les monastères n'exercent plus le vrai encadrement spirituel de la population environnante, les paroisses dépendant de l'Evêché ayant pris le relais en la matière ** [Cette évolution entre évêques et moines concerne les moines Bénédictins. La relation des évêques avec les Ordres Mendiants est plus complexe. ]
Représentative de cette autorité de l'Evêque d'AGEN "l'église Saint André à 300 pas hors la ville" est au pied du versant Nord / Est. Avec ses trois autels et une chapelle c'est l'église matrice de MONFLANQUIN en même temps que l'église paroissiale car les curés doivent s'y présenter afin de prendre possession de la paroisse.
Au XIII° siècle en même temps que se construit la Bastide s'élève l'église de la Vierge Marie*[Le XIII*, siècle de la femme sous la poussée de l'église et des troubadours, mais aussi de la démographie : 105 hommes pour 95 femmes.] sous le nom de "Notre Dame de MONFLANQUIN". Signe des temps, l'église gothique accompagne l'essor urbain pour mieux encadrer la population, en même temps qu'elle est dédiée au culte mariale dominant.
Avec sa vaste nef assortie de sept chapelles entre ses contreforts elle garde la sobriété de l'architecture cistercienne en même temps qu'elle se donne les volumes aptes à accueillir les foules. Assortie du cimetière et de l'hôpital Saint Jacques, elle délimite fermement son champ d'activités dans un monde qui baigne pour une grande part dans la religiosité.
Une question reste à éclairer : la place de l'Inquisition dans une région où l'hérésie cathare n'a pas été absente ?

References: Art. 13
 Art. 4
 Art. 5
 Art. 16
 Art. 34
 Art. 35
 Art. 19
 Art. 20
 Art. 22
 Art. 23
 Art. 24
 Art. 25
 Art. 26
 Art. 27
 Art. 36
 Art. 34
 Art. 17
 Art. 24
 Art. 3
 Art.13
 Art.27