Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/EtatsNsouverains/Italie-Bolzano-prov.htm
Timestamp: 2017-11-18 08:07:29+00:00

Document:
Province autonome de Bolzano/Bozen
Provincia Autonoma di Bolzano / Alto Adige (italien)
Autonome Provinz Bozen / Südtirol (allemand)
Capitale régionale: Bolzano/Bozen
Population : 50 000 (est. 2010)
Langues officielles : italien et allemand
Groupes majoritaires: allemand (69,1 %)
Groupes minoritaires: italien (26,4 %), ladin (4,3 %)
Système politique: province autonome de la Région autonome du Trentin-Haut-Adige
Lois linguistiques italiennes: Loi du 21 août 1939-XVII, n° 1241, sur la perte de la nationalité par des ressortissants d'origine et de langue allemande domiciliés dans le Haut-Adige; Décret du président de la République du 1er novembre 1973, n° 691, relativement aux coutumes locales et aux institutions culturelles, aux événements et activités artistiques, culturelles et pédagogiques locales pour la province de Bolzano, ainsi qu'aux médias de radiodiffusion; Décret du président de la République du 31 mai 1974, n° 417 : Règlement sur le statut juridique du personnel enseignant, du personnel de gestion et d'inspection des écoles maternelles, primaires, secondaires et des écoles artistiques de l'État; Loi du 14 avril 1975, n° 103 en matière de diffusion radiophonique et télévisée; Décret du président de la République du 26 juillet 1976, n° 752 en matière de proportionnalité dans les bureaux de l'État dans la province de Bolzano et la maîtrise des deux langues dans la fonction publique; Décret du président de la République du 19 octobre 1977, n° 846 en matière proportionnelle dans les bureaux de l'État situés dans la province de Bolzano et en matière de connaissance des deux langues dans les emplois publics; Décret du président de la République du 6 avril 1984, n° 426 sur la création du tribunal administratif régional du Trentin et la section autonome de Bolzano; Décret du président de la République du 15 juillet 1988, n° 574 sur l'emploi de l'allemand et du ladin dans les relations entre les citoyens et l'administration publique et dans les procédures judiciaires; Loi du 28 mars 1991, n° 114, sur la rétablissement des noms et prénoms modifiés pendant le régime fasciste dans les territoires annexés à l'Italie; Décret législatif du 16 avril 1994, n° 297, en matière d'instruction pour la province de Bolzano; Décret du président de la République du 31 juillet 1997, sur la radiotélévision en ladin et en allemand dans la province de Bolzano; Décret législatif n° 487 du 15 décembre 1998 en matière d'initiatives pour la réception de programmes de radiotélévision en ladin; Décret législatif du 20 avril 1999, n° 161, en matière d'initiatives pour la réception de programmes de radiotélévision en ladin; Décret législatif n° 344 du 8 septembre 1999 concernant les écoles situées dans les localités ladines; Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques, n° 482, du 15 décembre 1999; Règles de principe en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI, n° 112 du 3 mai 2004; Décret du président de la République, n° 345, du 2 mai 2001, portant sur les règles de protection des minorités linguistiques historiques; Décret législatif du 4 avril 2006, n° 177: Règles d'application du Statut spécial de la région du Trentin-Haut Adige/Sudtirol, concernant des modifications au décret du président de la République du 15 juillet 1988, n° 574, en matière de protection de la population de langue ladine dans la province de Bolzano; Loi du 3 mai 2004, n° 112, en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI; Décret législatif du 14 mai 2010, n° 86, sur l'équivalence des certificats d'aptitude en italien et en allemand.
Lois régionales: Loi régionale du 20 novembre 1988, n° 26, sur les mesures de compensation au bilinguisme et d'indemnité dans les transcriptions des actes et documents; Loi régionale du 21 février 1991, n° 5, sur l'amélioration du service de traduction dans l'administration régionale et les mesures d'urgence en ce qui concerne le personnel et le règlement du personnel des chambres de commerce, etc.; Loi régionale du 19 juin 2009, n° 2, sur la publication et la diffusion du Bulletin officiel de la Région autonome du Trentin-Haut-Adige.
Lois provinciales de Bolzano: Loi provinciale du 31 juillet 1976, n° 27, sur la création de l'Institut ladin de la culture; Loi provinciale du 3 août 1977, n° 25, sur les établissements d'enseignement en éducation musicale en allemand, en ladin et en italien; Loi provinciale du 1er juin 1982, n° 21, sur le bilinguisme ; Loi provinciale du 13 mars 1987, n° 5, sur l'encouragement de la connaissance des langues étrangères; Loi provinciale du 11 août 1988, n° 30, sur les règles d'accès pour diverses qualifications au poste particulier dans les services contre les incendies; Loi provinciale du 30 décembre 1988, n° 64, sur les programmes pédagogiques pour l'école primaire; Loi provinciale du 13 décembre 1991, n° 33, sur les guides alpins; Loi provinciale du 11 octobre 1993, n° 21, sur la police municipale ; Loi provinciale du 12 décembre 1996, n° 24, sur le Conseil provincial de l'éducation; Loi provinciale du 30 juillet 1999, n° 6, sur la fondation de la bibliothèque provinciale italienne ; Loi provinciale du 29 juin 2000, n° 12, sur l'autonomie des écoles; Loi provinciale du 18 mars 2002, n° 6, sur les communications et dispositions en matière de radiodiffusion; Loi provinciale du 29 avril 2003, n° 6, sur le développement de l'allemand comme langue seconde dans les écoles secondaires italiennes de la province de Bolzano; Décret du président de la Province du 7 janvier 2008, n° 4, sur la formation médicale spécialisée; Loi provinciale du 14 mars 2008, n° 2, sur l'éducation et la formation.
La Province autonome de Bolzano (en italien: Provincia Autonoma di Bolzano / Alto Adige; en allemand: Autonome Provinz Bozen / Südtirol) est l'une des deux provinces de la Région du Trentin-Haut-Adige (Regione Autonoma di Trentino-Alto Adige) située au nord-est de l'Italie. Cette province couvre une superficie de 7400 km², soit 54,4 % du territoire du Trentin-Haut-Adige. Elle est limitée au nord et à l'Ouest par le Tyrol autrichien, au sud par la Vénétie (province de Belluno), la Province autonome du Trentin et la Lombardie (province de Sondrio).
La capitale de la province est Bolzano/Bozen, une ville de plus de 100 000 habitants. cette ville est aussi le siège du Conseil régional (ital.: Consiglio regionale) et d'une partie de l'administration régionale.
La province de Bolzano/Bozen compte 116 communes (municipalités), organisées en huit collectivités ou communautés appelées comunità comprensoriali (ital.) ou en allemand Bezirksgemeinschaften : Val Venosta/Vinschgau, Burgraviato/Burggrafenamt, Alta Valle Isarco/Wipptal, Valle Isarco/Eisacktal, Val Pusteria/Pustertal, Salto-Sciliar/Salten-Schlern, Oltradige-Bassa Atesina/Überetsch-Unterland et Bolzano/Bozen (voir la carte).
Avant 1918, la province de Bolzano faisait partie du Tyrol autrichien ; elle était désignée sous le nom de «Tyrol du Sud », alors que l'on distinguait le «Tyrol du Nord» (aujourd'hui en Autriche), le «Tyrol de l'Est» (aujourd'hui en Autriche) ainsi que le «Tyrol italien» ou Welschtirol (aujourd'hui la province du Trentin). Aujourd'hui, la province de Bolzano est davantage connue par sa dénomination allemande: le Südtirol (Tyrol du Sud) appelé aussi le Haut-Adige (Alto Adige), par opposition à la province du Trentin, au sud. La Province autonome de Bolzano est appelée officiellement Provincia Autonoma di Bolzano – Alto Adige (en italien), Autonome Provinz Bozen – Südtirol (en allemand) et Provinzia Autonòma de Balsan/Bulsan – Südtirol (en ladin).
La province de Bolzano, comme la province du Trentin, bénéficie d'un statut particulier parmi les provinces italiennes: c'est une province «autonome». L'article 116 de la Constitution italienne reconnaît ce statut spécial non seulement aux régions du Trentin-Haut-Adige/Südtirol, du Frioul-Vénétie Julienne, de la Sardaigne, de la Sicile et du Val d'Aoste, mais également aux provinces du Trentin et de Bolzano (par. 2):
La Province autonome de Bolzano est donc dotée de véritables pouvoirs législatifs, dans la mesure où ceux-ci ont été transférés de la Région (Trentin-Haut-Adige) aux provinces: Bolzano et Trentin. Ce sont les délégués des conseils provinciaux qui siègent au Conseil régional (Consiglio regionale), ce qui signifie qu'il n'existe pas de conseil régional distinct. Le Conseil provincial (Consiglio provinciale) de Bolzano désigne une instance exécutive appelée Junte provinciale (Giunta provinciale). À la tête du Conseil provincial on trouve un «président» (Presidente) qui préside également la province et la Junte provinciale. Il désigne ses «assesseurs» (assessori) parmi les membres de la Junte et dirige les services administratifs de la province. Les membres Conseil provincial et le président de la province sont élus par les citoyens résidant dans la province. Alternativement, aux deux ans, la présidence de la Région passe du président d'une province à l'autre. La ville de Trento est la capitale officielle du Trentin-Haut-Adige, mais Bolzano est le siège du Conseil régional et d'une partie de l'administration régionale. La province du Trentin dispose d’un Exécutif provincial (Junte provinciale) responsable de l'application des lois adoptées par le Parlement régional et de celles du Conseil provincial, puis administre la province. Le gouvernement provincial se compose du gouverneur de la province, d'un vice-gouverneur de langue allemande et d'un autre de langue italienne, ainsi que des conseillers provinciaux. Le parti politique dominant est la Südtiroler Volkspartei, qui dispose de la majorité absolue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La Région du Trentin-Haut-Adige comptait en 2009 plus d'un million d'habitants (plus précisément : 1 019 830), dont 519 800 dans la province du Trentin (50,9 %) et 500 030 dans la province de Bolzano (49 %) :
Province autonome de Trento Trentin 519 800 6 206,90 83,75
Dans la Province autonome de Bolzano, il faut distinguer trois communautés linguistiques: les germanophones (69,1 %), les italophones (26,4 %) et les ladinophones (4,3 %). La filiation linguistique de l'italien, en tant que langue romane, et de l'allemand, en tant que langue germanique, est généralement bien connue. Mais l'affiliation du ladin est en principe plus méconnu. À l’instar de l’italien, du français, de l’espagnol, etc., le ladin fait partie des langues romanes dont il constitue un sous-groupe particulier avec le romanche et le frioulan. Il s'agit des langues dites rétho-romanes (voir la structure arborescente et la carte linguistique). Ainsi, la majorité linguistique est formée par les germanophones, alors que les italophones sont minoritaires mais majoritaires à l'échelle du pays.
Le romanche est parlé dans le canton suisse des Grisons, le ladin, dans les provinces italiennes de Bolzano et du Trentin et le frioulan dans la Région autonome du Frioul-Vénétie Julienne en Italie, à l'est des Alpes (voir la carte linguistique des langues rhéto-romanes).
Les statistiques autrichiennes de l'ÖSTAT, Statistisches Zentralamt, Österreichisches, révèlent que la proportion des germanophones a constamment baissé depuis 1880 (90,6 %), et davantage après 1918 (75,9 %) et 1945 après la Seconde Guerre mondiale (61,6 %). C'est le groupe italophone qui a augmenté, passant de 3,4 % en 1880 à 35 % en 1945, pour se situer aujourd'hui à 26,4 %. Quant aux ladinophones, ils se sont maintenus de façon stable depuis plus d'un siècle, variant généralement avec plus ou moins 4 %.
Allemand 90,60 % 89,00 % 88,80 % 89,00 % 75,90 % 61,60 % 62,20 % 62,90 % 64,90 % 67,99 % 69,15 %
Italien 3,40 % 4,50 % 4,00 % 2,90 % 10,60 % 35,00 % 34,30 % 33,30 % 28,70 % 27,65 % 26,47 %
Ladin 4,30 % 4,30 % 4,00 % 3,80 % 3,90 % 3,40 % 3,40 % 3,70 % 4,10 % 4,36 % 4,37 %
2.1 La répartition géographique des groupes linguistiques
Les trois principales communautés linguistiques sont réparties inégalement sur l'ensemble du territoire de la province. Sur un total de 116 municipalités, il y en a 102 à majorité germanophone, dont un maximum de 99,8 % à San Pancrazio. La carte linguistique de la province indique que les germanophones occupent massivement la territoire, dans des proportions variant entre 55 % et 99 %. On compte huit municipalités à majorité ladinophone, formant au moins 80 % de la population locale: dans le Val Gardena (Santa Cristina, Ortisei, Selva) et le Val Badia (Corvara, Marebbe, San Martino, La Valle et Badia).
On ne dénombre que cinq municipalités constituées majoritairement d'italophones : Bolzano (73 %), Laives (70,5 %), Salorno (62%), Bronzolo (60 %), Vadena (57 %). La ville de Merano est habitée à moitié par des locuteurs germanophones et à moitié par des italophones. natif de la langue italienne. Il existe des municipalités ayant une forte minorité italienne: Fortezza (41%), Egna (38%), Cortina sur la route des vins (31%) et Ora (30%). La plupart des communes ont toutefois une population italophone bien en dessous de 10 %. Par exemple, les communes de Rodengo, Luson et Predoi ont une population du groupe linguistique italien respectivement de 0,2%, de 0,8% et 1.3%. La population italophone de la Province autonome de Bolzano est communément appelée "minoranza italiana dell'Alto Adige" («minorité italienne du Haut-Adige»). L'italien et l'allemand sont les langues officielles de toute la province, auxquels s'ajoute le ladin dans les municipalité ladinophones.
2.2 Les germanophones (69,1 %)
Comme pour la plupart des Autrichiens du Tyrol, les germanophones du Südtirol ne parlent généralement pas l’allemand standard (appelé Hochsprache) dans leur vie quotidienne. Ils parlent plutôt l’une des variétés dialectales de type austro-bavarois: le tyrolien du Sud (ou Südbairisch). Cette variété austro-bavaroise est fortement influencée par la langue italienne.
En Autriche et dans le Südtirol, les variétés austro-bavaroises sont aussi connues sous le nom de tyrolien, mais il existe à l’intérieur de celui-ci plusieurs autres subdivisions, dont le tyrolien du Nord (Nordbairisch), le tyrolien central (Mittelbairisch) et le tyrolien du Sud (Südbairisch). Ces variétés dialectales de l’allemand font partie d’un ensemble linguistique appelé le haut-allemand (en all. Oberdeutsch) du fait qu'il est parlé dans les régions montagneuses de la partie méridionale de l’Allemagne actuelle. Dans cet ensemble, mentionnons, outre l’allemand standard (Hochsprache), le francique oriental (Ostfränkisch), le francique du Sud (Südfränkisch), le bavarois ou austro-bavarois (Nordbairisch, Mittelbairisch et Südbairisch), l'alémanique, lequel se subdivise en alsacien (Elsässisch), en souabe (Schwäbisch) et en suisse alémanique (Schweizerdeutsch). Voir à ce sujet la carte des variétés dialectales de l’allemand.
Dans la région autonome du Trentin-Haut-Adige, le tyrolien du Sud présente des différences, notamment entre la partie orientale du Haut-Adige et la partie occidentale, la première (la vallée du Puster) présentant des caractéristiques nettement plus proches des dialectes alémaniques. Les zones centrales semblent avoir conservé des caractéristiques linguistiques archaïques, tandis que les zones périphériques auraient subi une évolution plus importante. Quoi qu'il en soit, les germanophones de la province de Bolzano occupent presque tout le territoire de la province (voir la carte linguistique de la province), à l'exception des zones ladinophones à l'est et italophones au sud.
2.3 Les italophones (26,4 %)
Les italophones de la province de Bolzano vivent principalement dans les villes de Bolzano, Laives, Salorno, Bronzolo, Vadena, ainsi que dans d'autres centres urbains de la province (voir la carte linguistique de la province). Aujourd'hui bien que minoritaire dans la province de Bolzano, le groupe italophone a, en fait, largement imposé l'italien en raison de sa connaissance réduite, voire inexistante, de l'allemand; il préfère apprendre l’anglais plutôt que de faire l'effort de bien maîtriser l'allemand.
Ajoutons que la langue maternelle de nombreux italophones n'est pas l'italien officiel, mais plutôt une variété dialectale appelée le trentino (le «trentin»), parlé principalement dans la province du Trentin. En voici quelques exemples tirés du vocabulaire courant:
Dialecte du Trentin Italien Équivalent français
1. abraciàr
2. scortelàr
5. putelòt
6. dialet
7. dizember
8. difìzil
9. nof
10. tàola
11. todèsk
12. trevisiòn
2. accoltellare
4. albume
6. dialetto
12. televisione
2. poignarder
4. blanc (d'oeuf)
11.allemand
On distingue trois grandes aires du dialetto trentino :
Le trentin occidental est caractérisé par une forte influence du dialecte lombard parlé en Lombardie. Le trentin oriental est marqué par des influences du dialecte vénitien utilisé en Vénétie. Quant au trentin central ou trentin méridional, il fut jadis caractérisé par des influences lombardes, mais il subit aujourd'hui un stade de vénitianisation avancée. La variété de trentin parlé dans la province de Bolzano est le trentin central qui s'étend jusqu'à Bolzano. Tous les italophones parlant le dialecte trentin parlent aussi l'italien standard et n'écrivent que dans cette langue. On ignore le nombre exact des locuteurs de ces dialectes italiens.
2.4 Les Ladins (4,3 %)
Quant aux 21 500 Ladins de la province (sur un total de plus d'environ 30 000 ladinophones dans toute l’Italie), ils habitent les communes d'Ortisei, de Santa Cristina, de Selva di Val Gardena, de Badia, de Corvara, de La Valle, de Marebbe et de San Martino in Badia (voir la carte linguistique). Voir aussi la carte linguistique de la province. Dans la province de Bolzano, la langue ladine s’est maintenue jusqu'à aujourd'hui dans les deux vallées des Dolomites, la vallée de Gröden et celle de Gader. Le pourcentage de la population utilisant quotidiennement le ladin s'élèverait à 98 % au Val Badia et à 60 % au Val Gardena. Dans les huit communes de ces vallées, plus de 80 % de la population (2001) ont déclaré appartenir au groupe linguistique ladin; les Ladins sont majoritaires dans toutes ces communes. En tant que groupe linguistique le plus petit de la province de Bolzano, les Ladins appartiennent aussi à la minorité linguistique la plus menacée.
Dans la province de Bolzano, on trouve le gardenese (Val Gardena), le novese (Nova Levente) et le badioto-marebbano (Val Badia).
Vers 500 avant notre ère, apparurent dans la région de Bolzano et du Trentin un peuple d'origine incertaine (celte, italique, ligure ou même étrusque, sans certitude aucune), les Rhètes (ou Rhétiens). Ils vécurent sur un territoire comprenant à l'ouest, l'actuel canton des Grisons, et s'entendant vers l'est jusqu'à l'actuelle Slovénie, incluant le Haut-Adige et le Frioul-Vénétie Julienne. L'aire de peuplement avait commencé dans les Grisons pour progresser vers l'est, jusqu'en Slovénie.
À la fin du Ve siècle, les Ostrogoths, qui se déplaçaient vers le sud, occupèrent la région du Tyrol autrichien ainsi que celle du Tyrol du Sud et y introduisirent leur langue germanique. La région fut ensuite prise par les Lombards (VIe siècle), puis par les Francs (VIIIe siècle) avant de devenir une possession du Saint Empire romain germanique. Seule une partie de la population latinisée conserva sa langue: le ladin qu’on retrouve aujourd’hui encore dans la région. Cependant, du point de vue linguistique, le territoire de la province de Bolzano — l'ancienne «Vénétie-Tridentine» (ou Alpes tridentines) — est considéré comme une aire linguistique germanophone, sauf pour ce qui est des vallées de langue ladine. Ainsi, ce territoire constitue un carrefour où se rencontrent les langues germaniques du Nord et les langues latines du Sud. Le territoire de la province de Bolzano fait partie des rares régions disputées entre la Romania, où sont parlées des langues romanes, et la Germania, où sont parlées des langues germaniques.
Dès le début du XIIe siècle, la ville de Bozen (Bolzano) devint un centre de commerce et d'affaires, mais surtout un important lieu de rencontre des cultures germanique et latine. La ville commerçante atteignit son apogée au début du XVIIe siècle par la création d’une autorité municipale bilingue. La capitale de la province du Südtirol (Bolzano/Bozen) est, encore aujourd’hui, restée fidèle à sa fonction économique et culturelle, agissant comme un pont entre les aires de langue allemande et italienne.
À cette époque, la région du Trentin-Haut-Adige ne comptait que 7000 italophones, mais plus de 220 000 germanophones. Il s’agissait pour l’Italie d’une acquisition considérable, au surplus obtenue facilement de la part des puissances alliées. La grande majorité des germanophones du Südtirol ont à l'époque considéré ce «rattachement» comme une véritable «annexion» par l'Italie. En effet, les Tyroliens du Sud croyaient que le Tyrol autrichien, qui comprenait alors le «Tyrol du Nord» (all.: Nordtirol), le «Tyrol de l'Est» (all.: Osttirol), le «Tyrol du Sud» (all.: Südtirol) et le Trentin (all. : Welschtirol signifiant «Tyrol celte» ou «latin»), serait partagé conformément à la frontière linguistique, donc entre le Tyrol du Sud et le Trentin. Or, ce n'est pas ce qui s'est passé: les Italiens ont annexé le Haut-Adige (Tyrol du Sud) en ne respectant pas la frontière linguistique. Ils ont plutôt consenti à des accommodements linguistiques à l'égard des germanophones de la nouvelle «province de Bolzano» (Südtirol). Mais les germanophones ne se sont jamais considérés comme des «Italiens».
Il convient de mentionner un chapitre particulier de l'histoire de l'Italie : la politique linguistique du fascisme. Rappelons que le fascisme italien est apparu à la suite de la Première Guerre mondiale en 1919, lorsque les espoirs italiens d’expansion territoriale furent déçus par l’issue du traité de Versailles de 1919. Canalisant les mécontentements, Benito Mussolini prit le pouvoir en 1922. Il fut président du Conseil du royaume d'Italie du 31 octobre 1922 au 25 juillet 1943, premier maréchal d'Empire du 30 mars 1938 au 25 juillet 1943, puis président de la République sociale italienne (RSI) de septembre 1943 à avril 1945. Il s'est fait désigner du titre de Duce, mot italien dérivé du latin dux et signifiant «chef» ou «guide». Mussolini institua un régime autoritaire, militariste et nationaliste. Adversaire de la démocratie, du parlementarisme, de la société libérale, du capitalisme et de la liberté économique, Mussolini appliqua une politique linguistique fondée sur le «tout-italien». En ce sens, il fait adopter plusieurs lois linguistiques (voir les textes) pour restreindre ou plutôt pour supprimer les droits des minorités d'Italie.
La toponymie allemande devait être supprimée et remplacée en se servant du Prontuario dei nomi locali dell'Alto Adige («Guide des noms de lieu dans le Haut-Adige»). Ce guide contenait la liste officielle de plus de 16 700 noms de lieu du Haut-Adige (province de Bolzano). Il avait été publié la première fois en 1916 par la Reale Società Geografica Italiana («Société royale italienne de géographie») dans Memorie della Reale Società Geografica et officiellement adopté par l'État italien le 29 mars 1923 (avant l'arrivée des fascistes), afin de permettre la mise en œuvre du programme d'italianisation de l'ancien Südtirol autrichien devenu officiellement l'Alto Trentino (le Haut-Trentin), puis l'Alto Adige (le Haut-Adige). En voici quelques exemples:
Dénomination allemande/italienne Dénomination allemande/italienne Dénomination allemande/italienne
Agostani > Aschburger
Agúmes > Agums
Ober Aicha > Àica (di sopra)
Buchnerhof > Ai Faggi
Bad Haus Bagni
Bärenluegspitze Cima dell'Orso
Bärenstall Orsara.
Bärenthal Alpe > Alpe Val dell'Orso Oberhaus > Cadisopra
Kematen > Caminata (in Vizze)
Campan > Campano
Kostner > Dalla Costa-
Bechmair > Dalrio (Malga)
Dietenheim > Teodòne
Toblach > Dobbiàco
Edenhof > Corte deserta Buchwald > Faédo
Fagen > Fago
Fagen Bach > Rio di Fago
Buchen > Faggi
Buchlechner > Faggi
Fennberg > Favògna
Lechen > Fèudo
Flon > Vallone
Cette italianisation de la toponymie allemande, comprenant les noms de lieux et les noms des rues et places publiques, fut l'œuvre du sénateur Ettore Tolomei (1865-1952). Celui-ci expliquait sommairement comme il avait procédé dans l'introduction de son «Guide»):
- maintien des toponymes italiens entrés dans l'usage;
- adaptation des toponymes ladins à la prononciation italienne;
- latinisation des toponymes germaniques;
- traduction en italien des toponymes trop germaniques ou leur remplacement;
En même temps, les Tyroliens du Sud durent envoyer leurs enfants dans des écoles où l'on n'enseignait que l'italien. Les instituteurs germanophones furent congédiés et remplacés par des Italiens unilingues. La Lex Gentile d'octobre 1923 (du nom de Giovanni Gentile, un philosophe fasciste proche de Mussolini) ou Décret-loi royal du 24 octobre 1923, n° 2185, sur les grades scolaires et les programmes pédagogiques de l'enseignement primaire, interdit l'enseignement de l'allemand (entre autres) et décréta que seul l'italien était la langue officielle de la province de Bolzano (art. 4), comme ce devait être le cas «dans toutes les écoles du Royaume» :
1) Dans toutes les écoles primaires du Royaume, l'enseignement doit être dispensé dans la langue de l'État.
4) Les programmes et les horaires d'enseignement des langues secondes seront déterminés par arrêté du ministère de l'Éducation .
Ces mesures anti-allemandes provoquèrent des mouvements de protestation et donnèrent naissance à un enseignement clandestin de l'allemand dans des écoles dites Katakombenschulen («écoles des catacombes»). Les germanophones envoyèrent leurs enfants dans ces écoles clandestines afin de leur faire apprendre la langue allemande malgré la répression italienne. Le matériel d'enseignement était apporté en contrebande au Tyrol du Sud depuis l'Allemagne et l'Autriche. Lorsqu'une Katakombenschule était repérée par les autorités italiennes, les instituteurs et les parents devaient s'attendre à de fortes amendes, sinon à la prison ou à l'exil.
À partir de 1925, les actes de l'état civil durent être rédigés exclusivement en italien. Un décret de la même année, le décret-loi du 22 novembre 1925, n° 2191 (Disposozioni riguardanti la lingua d'ensegnamento nelle scuole elementari), interdit l’enseignement, même facultatif, de toute autre langue que l'italien dans les écoles. Puis le décret royal du 5 février 1928, n° 577, imposa l'enseignement de l'unique langue italienne, ce qui supprimait l'enseignement des langues minoritaires:
À partir de l'année scolaire 1923-1924, dans toutes les premières années des écoles primaires allophones, l'enseignement doit être offert en italien. Au cours de l'année scolaire 1924-1925, même dans les deuxièmes années de ces écoles, l'enseignement doit être en italien. Au cours des années scolaires suivantes, il sera procédé de façon similaire pour les trois années jusqu'à ce que, dans le nombre d'années égal à celui de l'ensemble des cours, dans toutes les classes, l'enseignement sera donné en italien. Jusqu'à ce que le remplacement de la langue d'enseignement soit conforme aux dispositions des paragraphes précédents, aucun instituteur, sauf en cas de nécessité, ne pourra enseigner dans une autre langue que l'italien, à moins qu'il ne soit dûment autorisé.
L'article 1er du décret-loi royal du 15 octobre 1925, n° 1796, interdit aussi l'emploi d'une autre langue que l'italien dans les tribunaux:
1) Dans toutes les affaires civiles et pénales qui sont traitées dans les tribunaux du royaume, l'italien doit être exclusivement employé.
2) La présentation des instances, des actes, des recours et des écritures généralement rédigés dans une autre langue que l'italien est non avenue et ne sert même pas à empêcher le commencement du calcul des échéances des délais.
3) Les procès-verbaux, les rapports d'experts, les actes d'accusation, les décisions et toutes les actions et mesures en général, qui ont un lien quelconque avec la justice civile et pénale et qui sont rédigés dans une autre langue l'italien sont nuls.
Cette politique linguistique d'interdiction visait non seulement la suppression de tous les droits linguistiques des minorités, mais aussi l'adoption systématique des mots en italien, y compris la toponymie, les patronymes ou les noms de famille. En 1928, les autorités acceptèrent que l'allemand soit enseigné dans le cadre de l'instruction religieuse dans les «écoles du dimanche».
Comme si ce n'étais pas suffisant, la politique d'assimilation s'est étendue aux prénoms et aux noms de famille, qui ont été italianisés non seulement dans les registres officiels, mais également sur les pierres tombales. Même les costumes traditionnels germaniques furent interdits. Loin de se soumettre, les Tyroliens du Sud continuèrent de pratiquer clandestinement leur langue et restèrent farouchement fidèles à leurs traditions germaniques. Heureusement, les noms et prénoms d'origine ont été rétablis plus tard, beaucoup plus tard, lors de l'adoption de la Loi du 28 mars 1991, n° 114, sur le rétablissement des noms et prénoms modifiés pendant le régime fasciste dans les territoires annexés à l'Italie.
Durant cette période, les Italiens et les nazis allemands entreprirent, pour des motifs différents, de faire partir les germanophones vers l'Allemagne, notamment vers les «terres conquises» de l'Est, comme la Pologne. En 1938 (après l'Anschluss), Benito Mussolini et Adolph Hitler signèrent un traité qui obligèrent les Tyroliens d'accepter l'assimilation ou d'émigrer en Allemagne sous le Troisième Reich. En fait, les habitants du Südtyrol pouvaient choisir la nationalité allemande à la condition de quitter l'Italie. Afin de «faciliter» le départ des germanophones d'Italie, Mussolini fit alors adopter la Loi du 21 août 1939-XVII, n° 1241, sur la perte de la nationalité par des ressortissants d'origine allemande et domiciliés dans le Haut-Adige. Cette entent entre Hitler et Mussolini fit en sorte que 85 % des Tyroliens du Sud se déclarèrent «optants». Dans les faits, seule une minorité partira s'établir en Allemagne ou dans les territoires conquis en Pologne.
Puis, à partir du 8 septembre 1943, tout le Haut-Adige (Alto Adige), alors appelé «Alpenvorland» (comprenant les provinces de Trente, de Belluno et de Bolzano), fut occupé par les nazis, ce qui favorisa la langue allemande aux dépens de l'italien; cette période fut appelée les «600 jours». Les écoles allemandes du Tyrol du Sud devinrent assujetties à l'idéologie du nazisme. Certains germanophones s'engagèrent alors dans les SS et la Gestapo, puis collaborèrent aux persécutions contre les juifs et traquèrent les soldats italiens, le tout avec l'autorisation secrète de Mussolini qui désirait se rapprocher de Hitler. Par contre, d'autres Tyroliens s'opposèrent aux nazis et prirent les armes contre eux. Les Italiens de la région éprouveront longtemps du ressentiment à l'égard des Tyroliens «collaborateurs» pour leur comportement anti-italien.
Au cour de cette même période, les nazis pratiquèrent leur politique raciale anti-juive. Ainsi, la plupart des Juifs de Merano dans la province de Bolzano furent arrêtés par les nazis, le 8 septembre 1943, et prestement déportés. De toute l'Italie, c'est de Bolzano qu'est parti le 16 septembre 1943 le premier convoi de juifs de nationalité italienne vers les camps d'extermination nazis. C'était aussi la première déportation à avoir lieu en Italie. L'année suivante, un camp de concentration de transit (un «Durchgangslager») fut créé à Bolzano en juillet 1944, après la fermeture de celui de Fossoli, près de Modène. Le camp de Bolzano avait été prévu pour environ 1500 prisonniers, mais il accueillit plus de 4000 détenus, logés dans une dizaines de baraques, dont une réservée uniquement pour les femmes. La garnison était composée de soldats allemands du Tyrol du Sud et de jeunes auxiliaires d'origine ukrainienne particulièrement reconnus pour leur sadisme. Près de 10 000 personnes furent détenues dans ce camp, composée en grande majorité par des opposants politiques, surtout des Juifs et des Tsiganes (Roms). Le camp fut fermée en avril 1945.
3.3 L'autonomie illusoire
Après la Seconde Guerre mondiale, le Haut-Adige fut rendu à nouveau à l'Italie. Mais les Alliés imposèrent à l'Italie un traité de protection concernant la minorité germanophone en octroyant une véritable autonomie à la province de Bolzano (Accord De Gasperi-Gruber de 1947). Le président du Conseil italien, Alcide de Gasperi, originaire de la province du Trentin (Pieve Tesino dans le Nord-Est), voulut élargir cette autonomie à ses concitoyens. C'est alors que fut créée la Région autonome du Trentin-Haut-Adige, où les Italiens étaient majoritaires, ce qui rendait pratiquement l'autonomie impossible aux Tyroliens du Sud (province de Bolzano). Cependant, même si des mesures de protection avaient été prévues pour la seule province de Bolzano et non pour celle du Trentin, l’autonomie administrative fut étendue aux deux provinces, et ce, malgré de violentes résistances de la part des représentants du Südtirol. En vertu du Statut d’autonomie de 1948, des compétences considérables furent attribuées à la Région, mais les dirigeants régionaux se les approprièrent avec comme conséquence que les provinces n’en reçurent que très peu. Pour les germanophones, ces pouvoirs provinciaux furent considérés comme insignifiants.
3.4 Les revendications germanophones
En septembre 1960, comme l'Autriche prétendait rester la «puissance garante et protectrice» des germanophones du Tyrol du Sud (en all.: Südtirol), son ministre des Affaires étrangères saisit les Nations unies de la question du Tyrol du Sud afin de forcer le dialogue avec Rome. Dans ces conditions, d'autant plus que le Trentin vit arriver d'autres immigrés italiens, les germanophones se révoltèrent, tandis que, dans les années 1960, le mouvement terroriste du BAS (all. Befreiungsausschuss Südtirol : «Comité pour la libération du Tyrol du Sud») vit le jour afin d'obtenir la réunification du Tyrol au sein de l'Autriche. Le conflit s'envenima entre les forces de l'ordre italiennes et la population «autochtone».
La question du Haut-Adige (Bolzano) devint une affaire internationale lorsque l'Assemblée générale des Nations unies adopta la résolution n° 1497 du 31 octobre 1960: «Le statut de l'élément de langue allemande de la Province de Bolzano (Bozen)». Les Nations unies pressèrent instamment les deux parties, l'Italie et l'Autriche, de «reprendre les négociations afin de trouver une solution à tous les désaccords relatifs à l'application de l'accord de Paris du 5 septembre 1946» dans la mesure où, de fait, le gouvernement italien n'appliquait pas complètement ces accords.
Comme les efforts diplomatiques ne connurent pas le succès escompté, la violence se poursuivit dans la province de Bolzano et aboutit à la Feuernacht (la «nuit des Feux») du 11 juin 1961, alors que 37 attentats eurent lieu en une seule nuit. La violence continua de plus belle au cours des années suivantes avec plus de 300 attentats perpétrés par des extrémistes germanophones. Le gouvernement italien fut montré du doigt par l’opinion publique internationale lorsque les représentants de la communauté germanophone allaient régulièrement manifester leurs désaccords devant le parlement de Vienne en demandant leur rattachement à l’Autriche et en dénonçant le non-respect par l’Italie des accords internationaux.
3.5 La nouvelle autonomie
Peu à peu, une série de mesures pour la mise en vigueur de l'administration autonome furent conclues; elles furent adoptées le 23 novembre 1969 par l'Assemblée plénière de la province de Bolzano, puis approuvées par les gouvernements autrichien et italien. En 1969, l’accord dit «paquet» ou «pacchetto» en faveur de la minorité des Tyroliens du Sud fut signé. Mais il aura fallu plus de 30 ans de patience et de laborieuses négociations pour mettre au point le nouveau Statut d'autonomie de 1972, qui donna suite à cette égalité de droits au moyen de modalités d'application et de divers décrets particuliers. Ce Statut d’autonomie conférait aux provinces de Bolzano et du Trentin une assez grande autonomie à l’égard de la Région autonome du Trentin-Haut-Adige et de l’État italien.
C’est seulement en mai 1989, après de fastidieuses négociations, que fut promulgué le Décret du président de la République n° 574/1988 pour la parité des langues italienne et allemande, et pour l'utilisation de la langue allemande dans l'administration publique, au tribunal, à la police, etc. Dans la province de Bolzano/Bozen, les services gouvernementaux régionaux et provinciaux sont tenus, lors de leurs relations avec les germanophones, d'utiliser la langue allemande. Au cours de l’été de 1992, le gouvernement autrichien annonça que le gouvernement italien avait finalement appliqué les mesures de l’accord «paquet». En 1996, l’Autriche et l’Italie informèrent les Nations unies qu’une solution mutuellement satisfaisante avait été trouvée. Aujourd’hui, l’Autriche continue à surveiller l’application de l’accord et, compte tenu des bonnes relations qu’entretiennent maintenant entre les deux pays, l’Italie ne lui conteste plus ce droit.
3.6 Les mesures de protection
Finalement, les germanophones de la province de Bolzano/Bozen ont obtenu la séparation des écoles en fonction de la langue (enfants germanophones et enfants italophones) et jouent maintenant un rôle central dans la formation des gouvernements régionaux et provinciaux, comme dans la plupart des municipalités de la province de Bolzano.
Enfin, Rome finit par adopter, le 31 janvier 2001, une troisième réforme du Statut d'autonomie : le Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige (italien: Statuto speciale per il Trentino-Alto Adige; all.: Sonderstatut für Trentino-Südtirol), dont l’entrée en vigueur était prévue pour le 16 février 2001. Depuis lors, le Südtirol, la province de Bolzano/Bozen, peut maintenant décider librement la forme de gouvernement qu’il désire (par exemple, l’élection directe du gouverneur de la province). De plus, un représentant du groupe ladin peut être désigné au sein de la Junte provinciale (Giunta provinciale), indépendamment de la représentation proportionnelle des Ladins. C'est à ce prix que le calme est revenu et qu'ont disparu l'irrédentisme et les tensions politiques avec Rome.
Entre 1993-1998, l'autonomie fut élargie, notamment dans le domaine scolaire et les compétences sur l’enseignement universitaire avec la fondation en 1997 de l'Université libre de Bolzano/Bozen (ital.: Libera Università di Bolzano; all.: Freie Universität Bozen; angl.: Free University of Bozen/Bolzano), la juridiction administrative, l’engagement de l’État italien envers les droits des Ladins (loi constitutionnelle), la prise en charge des routes nationales, etc. L'entrée en vigueur du troisième Statut d'autonomie du 31 janvier 2001 amena une réorganisation des structures de la Région et des provinces de Trento et de Bolzano (ou Südtirol). Le nouveau statut réformé implique une attribution plus grande des pouvoirs pour les provinces aux dépens de ceux la Région. Ce sont maintenant les provinces, non la Région, qui décident des véritables politiques linguistiques et qui les appliquent.
La principale formation autonomiste sud-tyrolienne, le Parti populaire du Tyrol du Sud (Südtiroler Volkspartei en allemand, ou SVP) a largement gagné les élections provinciales qui ont eu lieu en 2008 dans ce territoire alpin, à majorité germanophone mais situé en Italie. Le SVP, qui réclame plus d'autonomie pour le Tyrol du Sud dans le cadre de la République Italienne, a obtenu 48,1 % des votes. En général, le SVP fait élire entre quatre et six députés à la Chambre des députés (Camera dei deputati, en italien) à Rome. Il existe aussi un "SVP-Ladina", un groupe politique qui défend les intérêts des Ladins, avec un député élu à la Chambre des députés. La plupart des maires des municipalités de la province de Bolzano, soit environ une centaine sur 116, sont membres du SVP.
3.7 Le rôle de l'Autriche
L'Autriche, en tant que mère patrie, reste toujours pour les germanophones du Südtirol «la puissance protectrice des habitants allemands et ladins du Tyrol du Sud». Beaucoup d’Autrichiens souhaitent ouvertement récupérer cette partie d’Italie de langue germanophone et ladine, en affirmant haut et fort que «le Land du Tyrol du Sud» devrait exercer son droit à l'autodétermination.
Selon les dirigeants autrichiens, des événements politiques peuvent à tout moment faire du Südtirol le jouet de conflits intérieurs italiens. Jusqu'à la réalisation du droit des «Tyroliens du Sud» à s'autodéterminer, l'Autriche a «la mission historique» de veiller par tous les moyens pacifiques à sa disposition «au maintien des groupes de populations allemande et ladine dans le Tyrol du Sud», ainsi qu'à leur statut juridique protégé au plan international. Il ne semble faire aucun doute que si les «Tyroliens du Sud», dans l'exercice de leur droit d'autodétermination, se prononçaient contre le rattachement de leur région à l'Italie, la possibilité d'adhérer à la république d'Autriche leur serait maintenue. Évidemment, le gouvernement de l’Italie ne l’entend pas ainsi, mais il n’en demeure pas moins que l’Autriche maintient des pressions continuelles sur le gouvernement italien quant à la question des «Tyroliens du Sud».
4 Le statut des langues dans le Südtirol
La Constitution italienne de 1947 ne proclame pas l’italien comme langue officielle de l’État, puisque une telle déclaration semble tout à fait inutile. Au point de vue juridique, l'un des très rares textes où l'on mentionne le caractère officiel de l'italien se trouve à l'article 99 du Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige du 31 janvier 2001, qui énonce que, dans la Région, «la langue allemande est à parité avec l’italien qui est la langue officielle de l'État», mais il est aussi stipulé que «la langue italienne prévaut dans les actes ayant caractère législatif et dans les cas où le présent Statut prévoit une rédaction bilingue»:
Il aurait été plus simple de déclarer que l'italien et l'allemand sont les langues officielles» plutôt que de trouver une formule ambiguë du type «la langue allemande est à parité avec l’italien qui est la langue officielle de l'État». Dans les faits, l'allemand est considéré comme officiel dans toute la province de Bolzano, ainsi que par l'administration régionale du Trentin-Haut-Adige. Quant au ladin, il est co-officiel, avec l'italien, dans les localités ladines des deux provinces, sans qu'aucun texte juridique de l'explicite.
Les langues parlées dans la province de Bolzano, comme celles du Trentin, bénéficient de mesures de protection dans trois paliers de gouvernement : les lois nationales de la République italienne, les lois régionales du Trentin-Haut-Adige et les lois provinciales de Bolzano. En Italie, ce sont les lois locales qui sont importantes, car ce sont elles qu'on applique de façon concrète.
- Décret législatif du 20 avril 1999, n° 161, relatif à la création du Tribunal régional de justice administrative du Trentin et de la section autonome de Bolzano ;
Cependant, il convient de rappeler que toutes ces lois linguistiques (ou à incidence linguistique) ne s’appliquent pas nécessairement à toute la région autonome, mais à une seule province, parfois en conformité avec les résolutions adoptées par les conseils municipaux. Chacune des communes dispose de sa propre autonomie administrative, dont les compétences comprennent tous les domaines qui concernent la population et le territoire communal, notamment les services sociaux, les écoles et la langue, la planification et l'utilisation du territoire, ainsi que le développement économique. Autrement dit, des droits linguistiques reconnus par le gouvernement italien en faveur des minorités nationales peuvent n’avoir aucun effet dans la réalité si les élus locaux n’en veulent pas. Or, lorsqu’on connaît les légendaires magouilles des politiciens de ce pays, il faut comprendre que même les lois ne suffisent pas à faire appliquer les mesures de protection. Dans le cas de la province de Bolzano, la plupart des lois linguistiques destinées à la protection des langues minoritaires ont été appliquées, ce qui constitue en soi un phénomène rare en Italie. Comme par un curieux hasard, la majorité ethnique de cette province est d'origine germanique.
6 La politique linguistique de la Province autonome de Bolzano
La politique adoptée par la Province autonome de Bolzano semble particulière en Italie. À l'origine, cette politique de bilinguisme a été imposée par le traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919, qui rattacha à l’Italie le Tyrol du Sud et la province du Trentin. Plus tard, les Alliés exigèrent que l'Italie signe un traité de protection concernant la minorité germanophone (cf. l'Accord De Gasperi-Gruber de 1947). Après une trentaine d'années de tergiversations, l'État italien finit par adopter le Statut d'autonomie de 1972, afin que la province puisse donner suite à l'égalité des droits entre les italophones et les germanophones. Ce Statut d’autonomie conférait aux provinces de Bolzano et du Trentin une assez grande autonomie à l’égard de la Région autonome du Trentin-Haut-Adige et de l’État italien. Le statut de 1972 fut abrogé pour laisser la place au Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige du 31 janvier 2001.
6.1 Les langues de la Législature (Conseil provincial)
La Législature provinciale, appelée Conseil provincial (Consiglio provinciale), compte plus de représentants germanophones que de représentants italophones, ce qui donne un pouvoir politique accru à cette communauté germanophone. En général, le Conseil provincial (Assemblée législative) compte environ 25 «conseillers» germanophones, une dizaine d'italophones et un de langue ladine, le tout pouvant varier selon la Législature.
De plus, la province de Bolzano, comme la province du Trentin, est une province «autonome», ce qui lui donne la possibilité de légiférer sur la langue, un champs de juridiction qui, normalement, demeure une prérogative du Parlement romain. Rappelons l'article 99 du Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige de 2001, qui énonce le caractère co-officiel de l'allemand avec l'italien:
On peut consulter une version française du Statut d'autonomie de 1972 et le Statut d'autonomie de 2001 (texte complet). Dans les assemblées des organismes de la Région du Trentin-Haut-Adige, de la Province autonome de Bolzano et des organismes locaux, les citoyens ont le droit d'employer la langue italienne ou la langue allemande. Les débats du Conseil provincial, ainsi que dans la rédactions des lois et règlements adoptés par celui-ci, sont en allemand et en italien, mais en cas de litige le texte italien prévaut sur l’allemand.
L'article 5 du Décret du président de la République du 15 juillet 1988, n° 574, prévoit que tous les actes législatifs, règlements ou documents administratifs émis par des administrations publiques, sociétés ou personnes morales dans la province doivent utiliser l'italien et l'allemand. Les mêmes organismes, lorsque leur siège social est situé à l'extérieur de la Région du Trentin-Haut-Adige, doivent employer aussi l'allemand lorsque leurs documents concernent les citoyens de la province de Bolzano:
De fait, la Province autonome de Bolzano, étant rigoureusement bilingue, la plupart des germanophones et italophones reçoivent la documentation dans leur langue maternelle.
6.2 Les services gouvernementaux
L'article 100 du Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige de 2001 proclame que les germanophones de la province de Bolzano ont le droit de recevoir des services administratifs en allemand et de disposer de services judiciaires adéquats:
1) Les citoyens de langue allemande de la province de Bolzano ont la faculté d'employer leur langue dans les rapports avec les organismes judiciaires et les services et bureaux de l’Administration publique situés dans la province ou ayant compétence régionale, ainsi qu’avec les concessionnaires de services d’intérêt public fournis dans la province même.
2) Dans les assemblées des organisations collégiales de la Région, de la province de Bolzano et des organismes locaux de cette province, la langue italienne ou la langue allemande peut être employée.
3) Les bureaux, les organisations et les concessionnaires cités au premier alinéa utilisent dans la correspondance et dans les rapports oraux la langue du demandeur et répondent dans la langue par laquelle les actes ont été entrepris par d'autres organisations ou bureaux; là où la démarche a débuté, la correspondance se déroule dans la langue présumée du citoyen auquel elle est destinée.
4) Sauf pour les cas prévus expressément — et excepté la régulation par des règles de mise en application des cas d'usage conjoint des deux langues dans les actes destinés à la généralité des citoyens, dans les actes individuels destinés à un usage public et dans les actes destinés à plusieurs bureaux —, il est reconnu dans les autres cas l'usage séparé de l'une ou de l'autre des deux langues. L'usage de la seule langue italienne reste impératif dans les ordonnances de type militaire.
En effet, la langue allemande est largement utilisée au sein de l'administration provinciale de Bolzano et le bilinguisme est de rigueur. Dans la correspondance et dans les communications orales, la langue du requérant doit être employée ; lorsque elle est entamée par le bureau, la correspondance se déroule dans la langue présumée du citadin à laquelle elle est destinée. L'article 1er du Décret du président de la République du 15 juillet 1988, n° 574, précise ainsi l'emploi de la langue allemande dans la province de Bolzano :
Le présent décret réglemente l'emploi de la langue allemande, en application avec les dispositions contenues dans le Titre XI du Statut spécial pour le Trentin-Haut Adige, approuvé par le Décret du président de la République du 31 août 1972, n° 670. Dans la région, la langue allemande est à parité avec l'italien, qui est la langue officielle de l'État :
Pour ce qui est des Ladins, l'article 32 du Décret du président de la République du 15 juillet 1988, n° 574, autorise l'emploi du ladin dans les communications orales ou écrites avec les autorités de la province de Bolzano:
1) Les citoyens de langue ladine de la province de Bolzano ont la possibilité d'employer leur langue dans les communications orales et écrites avec les services de l'administration publique, à l'exclusion des Forces armées et des forces policières ainsi que des sites situés dans les localités ladines de la même province, avec les organismes locaux et les établissements scolaires desdites localité, avec les bureaux de la province qui exercent des fonctions exclusivement ou principalement auprès des populations ladinophones, même si les sites sont à l'extérieur des localités susdites, ainsi qu'avec les fournisseurs de services, conformément à l'article 2, qui œuvrent exclusivement dans les localités ladinophones.
2) Les administrations et les fournisseurs de services prévus au paragraphe précédent sont tenus de répondre par oral en ladin ou par écrit en italien et en allemand, puis par un texte en ladin.
3) Les actes publics provenant des administrations mentionnés au premier paragraphe sont rédigés en italien et en allemand, puis du texte en ladin.
C’est pourquoi certains formulaires administratifs et un grand nombre d’avis officiels, par exemple à l’occasion des élections et des recensements, sont rédigés en trois langues (italien-allemand-ladin). Ainsi, dans le Val Badia et le Val Gardena, l'emploi du ladin dans les relations avec les autorités est autorisé en vertu du DPR du n° 574, qui vient d'être cité. Les employés de l'administration publique sont invités à répondre oralement en ladin et par écrit dans les trois langues.
La législation prévoit que, dans la province de Bolzano, la représentation proportionnelle est exigée au sein de la fonction publique. Ainsi, le Décret du président de la République du 26 juillet 1976, n° 752, énonce le principe de la « la répartition proportionnelle dans l'emploi des langues entre les groupes linguistiques dans les postes existants dans la province de Bolzano» (art. 32-ter):
L'État et la province autonome de Bolzano sont qualités pour agir même devant les tribunaux contre les actes ordinaires préjudiciable au principe de l'égalité entre les groupes linguistiques concernant la protection de la langue de la minorité, si ces actes sont posés par les pouvoirs publics et une entreprise privée, sous réserve des dispositions sur la préservation et la répartition proportionnelle dans l'emploi des langues entre les groupes linguistiques dans les postes existants dans la province de Bolzano.
À l'époque, le programme accusait des retards, car les italophones occupaient 53 % des postes; les germanophones, 45 %; les ladinophones, seulement 1,8 %. Les emplois publics ou semi-publics de l’administration et des corporations concernent le chemin de fer, la poste, l'aménagement du territoire, la douane, la justice, etc. L'article 1er du DPR n° 752 rappelle l'obligation du bilinguisme pour l'administration publique:
Précisons que l'administration publique implique les employés de la Province, ceux de la Région et ceux de l'État italien, dont les bureaux sont installés dans le territoire de la Province autonome de Bolzano. Si le ladin est obligatoire pour les employés de la Province et de la Région travaillant dans le dans le Val Badia et le Val Gardena, ce n'est pas le cas pour les employés de l'État italien.
Par le Décret du président de la République du 19 octobre 1977, n° 846, des examens vérifiant la connaissance des deux langues dans les emplois publics sont institués, de même que des indemnités versées pour les employés bilingues, ce qu'on pourrait appeler une «prime au bilinguisme»; on devine que l’unilinguisme défavorise nécessairement les Italiens venant d’autres régions d’Italie. L'examen de connaissance de l'italien et de l'allemand est exigé pour toute personne postulant un emploi dans l’administration de la province et dans la plupart des communes ou municipalités. Toute personne munie d’un «diplôme de bilinguisme» reçoit une prime de bilinguisme. De plus, les employés de l'administration publique provinciale de Bolzano peuvent recevoir une prime de trilinguisme en connaissant le ladin, en plus de l'allemand et de l'italien.
6.3 Les services judiciaires
Les procédures judiciaires dans la province de Bolzano peuvent se dérouler en italien ou en allemand. Les première modalités d’application ont été précisées dans le Décret du président de la République du 3 janvier 1960, n° 103 (Decreto del Presidente della Repubblica 3 gennaio 1960, n. 103: "Norme di attuazione dello statuto speciale per la regione Trentino-Alto Adige in materia di uso della lingua tedesca nei procedimenti giurisdizionali, negli uffici tavolari, negli uffici di stato civile, negli atti notarili e nell'attività di polizia giudiziaria e tributaria"). On peut traduire le tout par «Modalités d'application du Statut spécial pour la Région du Trentin-Haut-Adige en matière d'emploi de la langue allemande dans les procédures judiciaires, les bureaux de travail, les bureaux de l'état civil, dans les actes notariés et les activités de police judiciaire et fiscale. L'emploi de la langue allemande était garantie en substance au même niveau lors de la traduction en langue allemande ou italienne à la demande du destinataire. Le réglementation en matière de bilinguisme a longtemps fait l'objet de controverses de la part des germanophones: la langue des jugements (sentences) demeurait exclusivement l'italien. Puis, le paragraphe 1 de l'article 100 du Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige de 1972 autorisait l'emploi de l'allemand dans la procédure judiciaire:
1. Les citoyens de langue allemande de la province de Bolzano peuvent utiliser leur langue dans leurs rapports avec les organes judiciaires et les organismes et services de l'administration publique situés dans la province ou ayant compétence régionale ainsi qu'avec les fournisseurs de services d'intérêt public établis dans ladite province.
Cet article 100 sera reproduit tel quel dans le Statut de 2001. En 1988, l'article 14 du Décret du président de la République du 15 juillet 1988, n° 574, prévoyait l'emploi de la langue maternelle, sans en nommer une seule, en cas d'arrestation en flagrant délit ou au poste de police, ou devant l'autorité judiciaire ou l'organisme de police:
L'article 15 du même DPR prévoit que l'autorité judiciaire doit employer la langue présumée du suspect ou de l'accusé, celle-ci étant établie sur la base de l'appartenance connue à un groupe linguistique et à d'autres éléments déjà acquis au procès (art. 15). Tout le chapitre IV (art. 13 à 28) du DPR n° 574, intitulé «Communications avec les bureaux et les organismes judiciaires», est consacré à l'emploi des langues dans le système judiciaire de la Province autonome de Bolzano. En vertu de ce DPR, les procédures et les litiges doivent se dérouler dans la langue déclarée de l'accusé: cela signifie que le procès avec un accusé qui a indiqué avoir l'allemand comme langue maternelle doit être mené uniquement en langue allemande par toutes les personnes participantes (juge, personnel judiciaire, avocats), comme c'est le cas, par exemple, pour un accusé ayant choisi l'italien.
Pour les Ladins de Bolzano, le paragraphe 4 de l'article 32 du Décret du président de la République du 15 juillet 1988, n° 574 leur garantit le droit d'être entendus dans leur propre langue avec le concours d'un interprète lors des procès qui se déroulent dans la province.
4. Il est reconnu le droit au citoyen appartenant au groupe linguistique ladin résidant dans la province de Bolzano d'être examiné et interrogé, lors des procès se déroulant dans la province de Bolzano, dans sa langue maternelle avec le secours d'un interprète, soit dans un procès en italien soit dans un procès en allemand. Aux fins de l'application du chapitre IV du présent décret, ledit citoyen a la possibilité d'employer l'allemand plutôt que l'italien.
Le recours aux services d'interprètes, toujours disponibles dans la province de Bolzano, n'entraîne pas de frais supplémentaires pour les intéressés. Finalement, il faut retenir que, si un procès peut se découler entièrement en allemand, le juge devra rendre sa sentence en italien seulement.
Les germanophones et les ladinophones de la province de Bolzano bénéficient du recours auprès d’un Tribunal administratif en cas de non-respect de leurs droits linguistiques de la part des autorités locales. C’est ce qui justifie sans doute l’attribution d’une prime au trilinguisme pour les employés de l'administration publique provinciale de Bolzano.
6.4 La toponymie et l’affichage
Dans le domaine de l'affichage, il n'existe aucune disposition relative aux langues minoritaires, excepté l'article 53 (paragraphe 3) de la Loi constitutionnelle de 1970 modifiant le statut du Trentin-Haut-Adige. Il y est écrit que la population de langue ladine a droit au respect de sa toponymie et de ses traditions; rien en ce qui concerne la langue allemande! L'article 101 du Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige de 2001, comme pour la version de 1972, prévoit la possibilité d'utiliser la toponymie allemande dans la seule province de Bolzano:
Dans la province de Bolzano, les administrations publiques doivent également employer, à l’égard des citoyens de langue allemande, la toponymie allemande, si la loi provinciale en a vérifié l'existence et a approuvé la formulation.
La toponymie est bilingue, de même que l'odonymie dans les communes à majorité allemande. On pourrait probablement affirmer sans se tromper que la province de Bolzano est la région la moins italianisée de toute l'Italie. Dans la signalisation routière, le bilinguisme allemand-italien est quasi systématique. Sur les autoroutes et dans la ville de Bolzano, l'italien prévaut sur l'allemand, mais ailleurs dans la province c'est l'allemand qui prédomine, y compris sur les routes administrées par l'État italien. Dans les localités ladines, la signalisation est trilingue: ladin-allemand-italien. Il arrive que les toponymes ne soient pas des traductions, l'un ayant une dénomination différente de l'autre langue.
La province de Bolzano demeure une exception en Italie en ce qui a trait à l’affichage commercial. Le poids démographique de la minorité allemande dans cette région du Trentin-Haut-Adige a permis d'assurer à l'allemand une grande visibilité. Non seulement les administrateurs locaux l'utilisent systématiquement dans l'affichage, à côté de l'italien, mais également les commerçants dont quelques-uns vont jusqu'à adopter l'unilinguisme allemand.
Il arrive aussi que la publicité emploie trois langues: l'allemand, l'italien et le ladin: cf. l'affiche ci-contre lors du visite du page à Bressone/Brixen (province de Bolzano), une ville de la majoritairement germanophone à 75 %. En général, l'affichage commercial n'existe que dans une seule langue à la fois, et l'allemand est plus fréquent que l'italien, le ladin étant réservé aux localités ladines.
6.5 Les langues de l'éducation
Compte tenu de l'autonomie dont bénéficie la Province autonome de Bolzano, il faut s'attendre à ce que la langue allemande occupe une place de choix dans l'éducation. L'article 19 du Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige de 2001 prévoit la possibilité d'utiliser la langue maternelle de l'élève, l'italien ou l'allemand, comme langue d'enseignement dans les écoles maternelles, primaires et secondaires. Cet article compte 15 paragraphes portant sur les langues d'enseignement (§ 1 et 2), les modalités d'admission (§ 3), la désignation du personnel cadre (§ 4-5-6), les les examens d'État (§ 7), l'équivalence des diplômes de fin d’études (§ 8), le personnel administratif du Commissariat aux études (§ 9), le personnel enseignant (§ 10), etc. Citons d'abord les trois premiers paragraphes de cet article 19 :
2. La langue ladine est employée dans les écoles maternelles et est enseignée dans les écoles primaires des localités ladines. Cette langue est aussi utilisée comme matière d'enseignement dans les écoles de tout ordre et degré de ces mêmes localités. Dans ces écoles, l'enseignement est dispensé en italien et en allemand sur une base de parité d'horaires et d'examens.
3. Dans ces écoles où l'enseignement est dispensé, l'inscription de l'élève aux écoles de la province de Bolzano se produit sur simple demande du père ou ce qui en tient lieu. En cas de refus d'inscription, est admis un recours de la part du père ou ce qui en tient lieu, à la section autonome de Bolzano du Tribunal régional de justice administrative.
- L'allemand et l'italien
Il est notamment précisé au paragraphe 2 que «dans ces écoles, l'enseignement est dispensé en italien et en allemand sur une base de parité d'horaires et d'examens». Qu'est-ce qu'une telle disposition signifie? Ce sont des écoles germanophones ou italophones qui dispensent un enseignement bilingue. La loi prévoit que l'enseignement dispensé dans toutes les écoles (maternelles, primaires et secondaires) se fait dans la langue maternelle de l'élève et que cet enseignement est conféré par des enseignants pour lesquels la langue concernée est également la langue maternelle. L'enseignement de la langue seconde — l'italien pour les écoles allemandes, l'allemand pour les écoles italiennes — est obligatoire.
En fait, malgré l’opposition farouche des italophones qui refusent l’existence d’écoles séparées, les germanophones disposent de leur propre système d’enseignement. Dans l'éducation préscolaire et primaire, la plupart des enfants — environ 80 % — reçoivent leur instruction en langue allemande. C’est également le cas dans les écoles secondaires de langue allemande, fréquentées par près de 70 % des élèves. La quasi-totalité des manuels scolaires pour l'ensemble des matières est disponible en langue allemande. L'allemand constitue par ailleurs la principale langue d'enseignement dans les écoles techniques et professionnelles, où à peu près tous les enfants reçoivent leur instruction dans cette langue.
Écoles: nombre de classes et d'élèves inscrits par langue d'enseignement - année scolaire 2009-1010
Province de Bolzano (ASTAT 2010) Allemand Italien Ladin Total
Secondaire - premier cycle
Secondaire - second cycle
Par ailleurs, la Loi provinciale du 29 avril 2003, n° 6, accorde une grande importance sur le développement de l'allemand comme langue seconde dans les écoles secondaires italiennes de la Province autonome de Bolzano.
- Le ladin
Les écoles des localités ladines de la province de Bolzano présentent certaines particularités. Dans les écoles maternelles, l’enseignement est en langue ladine, mais dans les écoles primaires l'enseignement en ladin, en italien et en allemand est découpé sur la base d'un nombre d'heures «paritaire», c’est-à-dire que l’enseignement est obligatoirement trilingue et réparti également entre les trois langues. Dans certaines écoles ladines, l'instruction dans les deux premières années est faite soit en ladin et en allemand, soit en ladin et en italien, et devient systématiquement trilingue par la suite. Si le ladin est la principale langue dans les écoles maternelles du Val Badia et du Val Gardena, il est facultatif dans la province du Trentin (Val di Fassa), alors que, dans la province de Belluno (Vénétie), il demeure absente. Lors de l'inscription de leur enfant à l'école primaire, les parents peuvent décider si celui-ci fréquentera une classe en allemand et en ladin ou en italien et en ladin.
Enfin, l’un des points les plus fondamentaux de l’éducation des minorités concerne la gestion scolaire. Selon la loi provinciale n° 22 du 29 avril 1975, la province de Bolzano compte trois rectorats autonomes (conseils scolaires), qui relèvent de la Province, dont chacun est compétent pour l'administration des écoles de son groupe linguistique. De plus, la loi provinciale n° 13 du 30 juin 1987 permet un institut pédagogique par groupe linguistique. Cet institut, dont la tâche est de promouvoir la formation continue du personnel enseignant, est mis à la disposition des écoles allemandes italiennes et à celles des localités ladines. Ainsi, depuis 1987, un institut pédagogique par groupe linguistique est mis à la disposition des écoles allemandes, italiennes et à celles des localités ladines.
Selon le Décret législatif provincial du 8 septembre 1999, n° 344, il est prévu que, dans les écoles ladines, dans le domaine des procédures d'embauche, d'attribution et de mobilité, une priorité absolue au personnel enseignant qui a démontré sa connaissance de la langue et de la culture ladines.
- L'Université libre de Bolzano
Jusqu’en 1997, les germanophones ne disposaient d'aucune université, sauf la Theologisch-Philosophische Hochschule (École supérieure de théologie et de philosophie) de Brixen/Bressone, où les cours étaient dispensés à la fois en allemand et en italien, en plus des cours de langue et de culture ladine offerts comme matières supplémentaires. Ceux qui désiraient poursuivre des études supérieures autres qu’en philosophie et en théologie devaient quitter la province de Bolzano; quelque 65 % des germanophones allaient en Autriche, surtout à Innsbrück qui ne se trouve qu'à une heure de route de la ville de Bozen/Bolzano, alors que les italophones fréquentaient les universités de la péninsule.
Ce sont les autorités provinciales qui ont reconnu qu'une structure économique moderne nécessitait une université pour former les citoyens. À cette fin, l'Université libre de Bozen/Bolzano — Frei Universität Bozen / Libera Università di Bolzano — a été fondée, le 31 octobre 1997, comme une université libre, donc extérieure au système italien des universités d'État, mais néanmoins reconnue par l'État italien.
Cet établissement universitaire est soutenu financièrement par la Province autonome de Bolzano et le gouvernement italien. L'Université libre de Bozen/Bolzano a lancé ses premiers programmes en 1998 et offre à ses étudiants un enseignement multilingue destiné à répondre aux attentes du marché du travail local et européen. Les cours sont dispensés en allemand et en italien, mais en allemand, en italien et en anglais dans le cas de l'Écolo d'économie industrielle. La Faculté de pédagogie offre des cours de formation des enseignants dans la langue maternelle des étudiants et propose des sections de formation séparée en allemand, en italien et en ladin; la Faculté garantit aux professeurs de tous les niveaux (primaire, secondaire et lycée) une formation dans leur langue maternelle afin de pouvoir l’enseigner.
Quant au ladin, il est absent de l'enseignement supérieur. Étant donné que le ladin fait partie des langues rhéto-romanes, il est présent dans les cours de linguistique des universités de Padoue (Italie) et d'Innsbruck (Autriche).
La loi nationale du 14 avril 1975, n° 103, en matière de diffusion radiophonique et télévisée, autorisait (art. 19) les diffuseurs à préparer des émissions de radio et de télévision en allemand et en ladin dans la province de Bolzano, en français pour la région autonome du Val-d'Aoste et en slovène pour la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne. Cependant, la loi nationale du 3 mai 2004, n° 112 (Règles de principe en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI — Radiotélévision italienne SPA — ainsi que la délégation au gouvernement pour la promulgation d'un texte unique sur la radiotélévision) prévoit à l'article 17 la diffusion de transmissions radiophoniques et télévisées en allemand et en ladin pour la Province autonome de Bolzano (en ladin dans le cas de la Province autonome du Trentin, en français pour la Région autonome du Val-d'Aoste et en slovène pour la Région autonome du Frioul-Vénétie Julienne) :
L'article 17 de la même loi (loi du 3 mai 2004, n° 112) garantit la diffusion de transmissions radiophoniques et télévisées en allemand et en ladin pour la Province autonome de Bolzano, en ladin dans le cas de la province autonome de Trento, en français pour la région autonome du Val-d'Aoste et en slovène pour la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne:
Dans la presse électronique, il existe des stations locales de la RAI («Radio Audiovisione Italiana»): la RAI-Sede di Bolzano, la Rai-Sender Bozen et la RAI-Radio TV Ladina. La RAI-Sede di Bolzano transmet en italien les nouvelles de l'actualité sur la fréquence de Radio 1 et des émissions récréatives et culturelles sur celle de Radio 2. Les programmes régionaux, entre 6 h et 22 h, sont transmis alternativement un jour à partir de Bolzano, le jour suivant à partir de Trento. Quant à la Rai-Sender Bozen, elle émet en allemand sur tout le territoire du Trentin-Haut-Adige à partir de Bolzano, entre 6 h et 22 h. Mais la station Sender Bozen diffuse également en italien des bulletins de nouvelles (14 h 05 et 15 h 30), ainsi que des émissions d'information en ladin (13 h 30 à 14h05 et 19 h à 19 h 30). Pour ce qui est de la RAI-Radio TV Ladina, il s'agit d'une station publique de radio et de télévision, qui émet en ladin, entre 13 h 30 et 19 h, dans les deux provinces du Trentin-Haut-Adige (Bolzano et Trento), ainsi que dans les localités ladines de la province voisine de Belluno (Vénétie). Tous les jours, les stations de radio autrichiennes ORF 1 et ORF 2 (Österreichischer Rundfunk) diffusent entièrement en allemand. La radio nationale italienne, la RAI, diffuse entièrement en italien. Mentionnons aussi la Radiotelevisione Azienda Speciale per la Provincia autonoma di Bolzano (fr.: Agence spéciale de radiotélévision pour la Province autonome de Bolzano; all.: Rundfunkanstalt Südtirol; ladin: Radiotelevijion-Azienda per Südtirol), une société de radiodiffusion de service public, qui a la responsabilité de la diffusion de programmes de radio et de télévision en allemand et en ladin sur le territoire de la province de Bolzano. Pour le ladin, il faut aussi souligner la présence de Radio Rumantsch, captée uniquement dans la province de Bolzano, qui provient du canton des Grisons (Suisse) et diffuse en romanche, une variété rhéto-romane (voir la structure arborescente et la carte linguistique) aisément compréhensible par les Ladins d'Italie.
Les chaînes publiques RAI 1, RAI 2 et RAI 3 diffusent uniquement en italien. Mais la RAI Sender Bozen diffuse des émissions en allemand dans trois éditions quotidiennes d'informations: 14 h, 19 h 30 et 22 h 45. En fait, la RAI Sender Bozen transmet des programmes radiotélévisés dans les trois les langues de la province. La télévision privée, telle RETE 4 et CANALE 5, diffusent en italien. Cependant, il est possible de recevoir des chaînes germanophones par satellite et il existe aujourd'hui une station d'émission officielle pour les programmes de télévision ORF 1, ORF 2, ZDF et SRG. La télévision d'État autrichienne, l'ORF (Österreichischer Rundfunk), possède un centre de diffusion à Bolzano. La RAS (La Radiotelevisione Azienda Speciale per la Provincia autonoma di Bolzano) transmet les canaux autrichiens ORF1 et ORF2, les canaux allemands Bayrisches Fernsehen, Das Erste, KI.KA et ZDF, les canaux suisses de langue allemande SF 1 et SF 2 et le canal suisse de langue italienne RSI LA1. La chaîne italienne RAI-TV Ladina émet en ladin quatre minutes et demie par jour à 19 h 55 et trente minutes toutes les trois semaines, le reste des émissions étant en italien et en allemand. La chaîne suisse SRG émet aussi en romanche des Grisons. En somme, les services de télévision pour les minorités du Trentin-Haut-Adige sont relativement limitées. Il existe même des canaux télévisés, dont des canaux locaux privés, en langue italienne (Video 33 et Alto Adige TV) et en langue allemande (SDF).
Pour ce qui est des médias, les germanophones bénéficient d'un quotidien tiré à 40 000 exemplaires, le Dolomiten (sous-titré en Tagblatt der Südtirol: «Journal des Tyroliens du Sud»), ainsi que de plusieurs hebdomadaires et magazines: Südtirol Profil, Südtirol Tageszeitung, Zett, Katholische Sonnagsblatt («Journal catholique du dimanche»), Südtiroler Wirtschafttszeitung («Journal économique du Tyrol du Sud»), etc. Les italophones disposent des quotidiens Alto Adige et du Il Mattino dell’Alto Adige et d’un hebdomadaires (Il Segno), d’un bimensuel (Do Puschtra) et d’un mensuel (Pustrissa). Quant aux Ladins, ils possèdent leur propre hebdomadaire (La Usc di Ladins). Il existe aussi des périodiques bilingues allemands-italiens (Erker, Brixner, Vinschger, etc.).
L'Alto Adige est le plus grand quotidien en langue italienne du Haut-Adige. Il compte des nouvelles locales, nationales et internationales. Les villes de Bolzano, Trento et Belluno bénéficient d'éditions distinctes pour les nouvelles locales. Les italophones disposent d’un hebdomadaire (Il Segno), d’un bimensuel (Do Puschtra) et d’un mensuel (Pustrissa).Pour la minorité ladine, l'Alto Adige publie chaque semaine une page en ladin, principalement en ladin des Dolomites, mais aussi en romanche et en frioulan (les langues rhéto-romanes).
Le ladin est peu présent dans les médias, étant donné le manque d'une langue standardisée reconnue et l'absence d'un centre intellectuel, culturel et political dans les vallées ladines. Le plus important média écrit en ladin est l'hebdomadaire La Usc di Ladins. Les journaux Dolomiten et Alto Adige comportent chaque semaine des pages en ladin et Das Katholische Sonntagsblatt comporte une colonne chaque semaine. Le quotidien en allemand Tageszeitung comporte chaque jour trois colonnes en ladin. Il existe aussi quelques périodiques traitant de culture, du folklore et de linguistique en ladin. Concernant la radio, Radio Gherdëina émet en trois langues. La RAI (Radio-Télévision italienne) à Bozen diffuse de 20 à 25 minutes en ladin (nouvelles et culture) deux fois par jour, sauf le dimanche. Depuis 1988, la RAI Ladina diffuse aussi des programmes de télévision en ladin (10 minutes d'information et de culture, le mardi et le jeudi).
La Province autonome de Bolzano est dotée de mesures juridiques tout à fait exceptionnelles pour une province italienne. Aucune autre entité administrative ou politique de dispose d'un aussi grand arsenal de lois, décrets et autres documents de nature constitutionnelle. C'est que la protection dont bénéficient les germanophones a été imposée par les puissances alliées après la Première Guerre mondiale. Malgré les traités internationaux, il aura fallu de nombreuses décennies, soit en 1948, avant que ne soit adopté un statut d'autonomie qui dut être abrogé en 1972 parce qu'il minorisait la communauté germanophone. Après encore de longues tergiversations, l'État italien finira par adopter en 2001 le nouveau Statut spécial pour le Trentin-Haut-Adige. Au final, il aura fallu plus de quatre-vingts ans pour garantir une protection réelle et efficace aux germanophones et aux ladinophones.
Depuis lors, les droits linguistiques des germanophones ont été sauvegardés, tandis que la Province adoptait une politique de trilinguisme dans les localités ladines et de bilinguisme dans le reste du territoire. Ce qui paraît le plus exceptionnel, c'est que les germanophones ont réussi à faire adopter le bilinguisme institutionnel par tous les paliers de gouvernements : l'État italien, la Région, la Province et les communes ou municipalités. Ils ont aussi réussi à imposer un système d'éducation avec une double administration: l'une pour les italophones, l'autre pour les germanophones. De plus, les écoles sont linguistiquement séparées dans la province. Les deux principaux groupes linguistiques ont leur propres écoles, bine que les deux langues soient enseignées à tous les élèves fréquentant une école primaire ou secondaire publique. Les germanophones ont enfin obtenu des procès en allemand dans toutes les cours de justice de la province.
On peut même affirmer que, dans toute l'Italie, l'égalité des droits linguistiques ne s'est concrétisée que dans la seule Province autonome de Bolzano. Partout ailleurs, ces droits sont beaucoup plus limités, sauf dans le Val-d'Aoste où ils sont maintenant relativement égalitaires. C'est pourquoi les germanophones de la province de Bolzano se sont mérités le titre de «minorités super-protégées». Un droit de recours au Tribunal administratif est prévu pour les cas de non-respect des droits linguistiques de la part de l’administration.
Quoi qu'il en soit, pour les germanophones de Bolzano, l'autonomie obtenue demeure toujours fragile. un retour en arrière restant encore possible, et ce, malgré les dispositions constitutionnelles et législatives de la République, de la Région et de la Province. Ils savent que le pourvoir centralisateur de Rome peut mettre en péril leur statut chèrement acquis, surtout si l'extrême-droite politique effectuait une remontée.
ASTAT. South Tyrol in figures, Bolzano, Istituto provinciale di statistica, Provincia autonoma di Bolzano - Alto Adige, 2010.

References: L'article 116

L'article 1
 l'article 99
 l'article 99

L'article 5

L'article 100
 L'article 1
 l'article 32
 l'article 2
 L'article 1
 l'article 100
 l'article 14

L'article 15
 l'article 32
 l'article 53
 L'article 101
 L'article 19
 l'article 17

L'article 17