Source: http://www.lille.archi.fr/index.php?ID=1033014
Timestamp: 2018-05-23 06:50:30+00:00

Document:
L'art à l’école
Installée à l'extérieure, l'oeuvre d'art de Jean-Christophe Nourisson a été réalisée au titre du 1% artistique dans les constructions publiques.
1% de Jean-Christophe Nourisson
Le 1% est régi par le décret no 2002-677 du 29 avril 2002, qui stipule notamment :
Art. 1er. - Les opérations immobilières ayant pour objet la construction et l'extension de bâtiments publics (...) donnent lieu à l'achat ou à la commande d'une ou de plusieurs réalisations artistiques destinées à être intégrées dans l'ouvrage ou ses abords.
Art. 2. - Le montant, toutes taxes comprises, des sommes affectées au respect de l'obligation mentionnée à l'article 1er est égal à 1 % du montant hors taxes du coût prévisionnel des travaux, tel qu'il est établi par le maître d'œuvre à la remise de l'avant-projet définitif. Il ne peut excéder deux millions d'euros. (...)
Art. 4. - Les réalisations artistiques mentionnées à l'article 1er sont des œuvres plastiques et graphiques entrant dans les catégories définies aux 7o à 10o de l'article L. 112-2 du code de la propriété intellectuelle.Il peut s'agir en outre d'œuvres utilisant de nouvelles technologies ou faisant appel à d'autres interventions artistiques, notamment pour l'aménagement d'espaces paysagers, la conception d'un mobilier original ou la mise au point d'une signalétique particulière.Le montant défini à l'article 2 inclut le coût des prestations nécessaires à la conception, la réalisation, l'acheminement et l'installation des œuvres et les taxes afférentes ainsi que les indemnités prévues à l'article 13, mais non le coût des études de maîtrise d'œuvre nécessaires à l'intégration de l'œuvre artistique dans l'ouvrage. (...)
Aujourd'hui toutes les constructions publiques, Etat comme collectivités, sont soumises au 1% (avec quelques exceptions de type industriel, les prisons, les hôpitaux, et l'exception notable des autoroutes soumises au 1 pour mille).
Le 1% artistique de l'Ensap de Lille à été installé en juin 2007, près d'un an après la livraison de l'extension Seraji. Le concours a été a été lancé en 2006 par la DRAC, lorsque le bâtiment était quasiment fini afin de permettre aux artistes de concevoir leurs projets "in situ".Le projet de Jean-Christophe Nourisson a été lauréat du concours.
"D'une place à l'autre 5 "
présentation du projet par ﻿Jean-Christophe Nourisson﻿
" Comme dans tous mes projets une lecture attentive du lieu vient conduire, orienter le projet.
Ce qui frappe au premier abord c'est la multiplicité des accès, l'ensemble des bâtiments n'est pas enfermé dans une enceinte.
L'école est composée de trois bâtiments très différents. La dernière extension est peu perceptible depuis la rue.
Justement, depuis la rue, la première extension apparaît comme un coup de crayon dynamique, un geste expressif assez présent qui pointe, organise, distribue l'espace de la rue au jardin. La question de l'entrée est réellement problématique, peut-être est-ce l'usage qui finit par dire l'entrée ?
Du point de vue du marcheur, l'école est "en dedans", un terrain en creux et le parc arboré. Il y a les accès multiples qui déplient une sensation d'ouverture - pas d'accès naturel mais une pluralité de chemins qui irriguent. La lisibilité de la fonction "école" est invisible, mais cela est peut-être une qualité ; une école doit-elle rivaliser avec les zones commerciales, c'est-à-dire faire enseigne ou délibérément se situer ailleurs?
Ce qui frappe au premier abord de cet ensemble architectural c'est l'hétérogénéité des trois bâtiments construits à des époques différentes, ils fabriquent un collage d'éléments singuliers. Cette singularité qui recouvre à la fois la facture, l'écriture, la volumétrie est perceptible de manière plus accentuée à l'extérieur. On est très loin d'une recherche unitaire.
Le bâtiment de Nasrine Seraji est un objet tout à la fois très plastique et diablement intelligent. C'est une architecture très engagée dans le champ du langage. Un bâtiment défensif qui est drapé d'un élégant plissé. Elle opte pour la complexité : sensation des parcours, cinétique de l'espace, greffe - et plus important pour moi qui travaille sur l'extérieur - apparition d'un axe, d'une rue.
Seraji met à profit la toponymie en créant du "suspendu" côté jardin et de la façade massive côté école. On a un réel plaisir à contourner ce bâtiment. Le bâtiment se retourne dans son approche signifiante, comme un gant qui fonderait sa capacité expressive sur un jeu dialectique très fin
Côté parc, accompagnement de l'allée qui ménage des ouvertures, l'ouverture sur le coté du parc surprend un peu comme si Seraji avait voulu se protéger de l'existant et tourner son bâtiment vers un devenir "naturel". La passerelle joue le rôle de prises, elles ont le double effet de monumentaliser l'ensemble des bâtiments et de modifier l'échelle de perception de la cour qui passe de l'étendue “le green” à une configuration plus complexe qui rappelle le passage couvert ou encore la cour intérieure. Entre les bâtiments l'espace est suspendu en attente d'une orientation. S'agit-il d'une cour ou d'une rue ? Une rue peut-elle aussi être une cour ? C'est un espace traversant, emprunté, beaucoup plus agréable à pratiquer que les trottoirs qui entourent l'école.
Les espaces extérieurs ne sont pas vraiment traités, en dehors d'un green traversé d'une vague surface roulante. Très différent de la surface peu inspirée sous la première tranche du bâtiment. L'extérieur de cette école - comme c'est le cas de la plupart des bâtiments publics - n'a pas fait vraiment l'objet d'une réflexion attentive. La qualité architecturale des bâtiments tient l'espace, l'enserre, le définit mais sans parvenir à l'habiter. En fait, les articulations entre les différents bâtiments sont traitées au niveau 1. C'est le regard plus que la perception corporelle qui en jouit. Il y a des endroits où cela fonctionne lorsqu'il y a des resserrements, le bord du parc ou la proximité du végétal crée une bonne appréhension même si on peut discuter de l'allée qui borde le bâtiment...
Je propose de travailler à l'horizontal, d'accompagner le corps et le regard le long d'un axe traversant. La proposition que je fais est une amorce, car le traitement paysager mériterait une vraie réflexion.
J'ai souhaité réaliser trois grands plans horizontaux légèrement inclinés. Situés entre banquette, lit et estrade voire même la table à dessin dans le contexte particulier. C'est un objet indéterminé, mais dont l'usage potentiel est évident. Cela fonctionne comme une adresse à l'autre. Et pour cela j'ai recours à des éléments très physiques, les hauteurs situées entre 40 et 70 cm, la présence physique du matériau, sa masse importante qui façonne l'espace.
La réalité de ses éléments est une manière de redessiner tout à la fois de nouveaux parcours et d'invité à de nouveaux usages sans présupposer lesquelles.
L'art que je pratique est indiciel.
Une des particularités de mon travail est la multiplication d'un même "module". Je tiens l'espace par cette multiplication en créant des concentrations ou des dispersions plus ou moins denses. Toujours motivé par une attention soutenue au contexte. La nature des signes est aussi très précise. Ici, un plan incliné qui entre en résonance avec les bâtiments comme une réfraction mobilière. C'est une manière de créer des zones d'attention sur un mode qui ne soit pas celui de la déclamation ou de l'imposition.
Le choix des orientations et de l'inscription dans l'espace est calculé, Pour l'école d'architecture et de paysage, j'ai choisi de m'installer le long de l'axe traversant et d'accompagner cette traversée. Il y a la destination : une école.
Fabriquer l'espace
J'ai recours à une dispersion aléatoire arrangée.
Cette œuvre s'installe dans la temporalité de la découverte et complexifie la relation à l'espace. À l'échelle, je mets en place une cinétique de l'espace - les ensembles banc et surfaces - peuvent être lu comme des séquences. Les pièces couvrent des champs de perception horizontaux. Le corps est directement sollicité. La multiplication des œuvres me permet de créer des espaces de convivialité.
La dispersion est utilisée comme un articulateur d'espace et de temps. Elle donne une cohérence à la cour en traitant l'espace de manière unitaire. Pour cela j'ai recours à une écriture identifiable.
C'est une conception de l'espace qui prend appui sur :
- une critique de l'espace normé, celui de la grille urbaine, de l'abstraction mathématique appliquée a l'architecture, d'une idée projetée sur les corps ;
- une critique de la vue liée pour une bonne part à la perspective classique ;
- la nécessité de complexifier notre rapport à l'espace.
D'un point à l'autre, d'une place à l'autre les ensembles de pièces font signes. Chaque pièce est un repère, un signe visuel qui permet d'insister sur la potentialité d'un usage autre (une autre manière d'habiter...)
Le caractère concret voir minimal (dans une acceptation commune) de chacune des pièces est fondamental. Ce sont d'abord des étendues, des plans qui me permettent de réorienter, d'infléchir la perception, que l'on a du lieu. Ce sont des Objets indiciels qui s'apparentent à du mobilier urbain. Elles invitent à la pause, au regard et à la multiplication des points de vue.
Ce sont aussi des sculptures à pratiquer. Chaque objet est une invitation, à la prise de parole, la lecture, la sieste, le sommeil ou la discussion. La familiarité de l'objet domestique est adaptée à un usage collectif, indifférencié. C'est un double registre du regard qui est convoqué : La sculpture à la fois comme objet à voir mais aussi comme objet à partir duquel on peut voir. "

References: Art. 1

Art. 2
 l'article 1

Art. 4
 l'article 1
 l'article 2
 l'article 13