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Timestamp: 2016-10-22 13:32:15+00:00

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4C.306/2001 (11.01.2002)
4C.306/2001
1. X.________ S.A., d�fenderesse et recourante,
2. Dame B.________, d�fenderesse et recourante,
toutes deux repr�sent�es par Me Pierre del Boca, avocat � Lausanne,
Dame C.________, demanderesse et intim�e, repr�sent�e par Me Baptiste Rusconi, avocat � Lausanne;
(responsabilit� civile du d�tenteur de v�hicule automobile)
A.- a) Dame C.________, n�e le 1er ao�t 1950, est m�re d'un enfant n� en 1982; son �poux est p�re au foyer depuis la naissance de leur fils. Elle souffre, depuis l'�ge de vingt ans environ, de la maladie de Bechterew ou spondylarthrite ankylosante. Il s'agit d'un rhumatisme, qui, petit � petit, entra�ne la soudure des diff�rentes vert�bres et interdit les mouvements de t�te lat�raux, la personne atteinte de cette maladie devant ainsi d�placer les pieds pour regarder � gauche ou � droite. En raison de cette affection, dame C.________ ne pouvait pas tenir la t�te droite. Depuis le 21 avril 1978, elle percevait une demi-rente simple de l'assurance-invalidit�.
Dame C.________ a travaill� � mi-temps de 1977 � 1992 au service de la fiduciaire et r�gie Y.________ S.A., � Lausanne; son dernier salaire mensuel brut se montait � 2875 fr., treize fois l'an.
Le 7 octobre 1992, aux alentours de 7 h.35, dame B.________, dont la responsabilit� civile de d�tentrice est couverte par X.________ S.A. (anciennement A.________), circulait au volant de son v�hicule de marque Peugeot 205 sur l'avenue G�n�ral Guisan, � Pully, en direction de Vevey. Dame B.________ a vu dame C.________, qui �tait arr�t�e sous la pluie � hauteur du no 79 de l'avenue pr�cit�e; celle-ci se trouvait sur le trottoir, en face d'un passage de s�curit�.
La conductrice, qui a pris dame C.________ pour un enfant � cause de sa silhouette, a ralenti � la vue de cette pi�tonne.
D.________, qui circulait en sens inverse, a �galement vu dame C.________ attendre et a compris qu'elle voulait traverser; il s'est alors arr�t� et lui a fait un appel de phares pour lui indiquer qu'il entendait la laisser passer.
Dame C.________, qui est particuli�rement prudente au moment de traverser la route, a regard� � gauche, puiss'est engag�e sur le passage de s�curit� en marchant normalement.
Pensant que dame C.________ allait attendre le passage de sa voiture, dame B.________, totalement surprise, a donn� un brusque coup de frein et a tent� de l'�viter en passant sur le trottoir � droite. La conductrice a toutefois heurt�, avec l'avant gauche de son v�hicule, la pi�tonne, alors qu'elle se trouvait � environ trois m�tres du bord du trottoir qu'elle venait de quitter.
Dame C.________ a �t� transport�e inconsciente au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), o� elle a �t� admise plusieurs mois. Outre des fractures de l'hum�rus gauche, du rachis dorsal D11-D12, du bassin et aux deux jambes, accompagn�es d'un h�mothorax droit et d'une contusion h�patique, elle a subi un s�v�re traumatisme cr�nien. A la suite de cet accident, dame C.________ est tr�s gravement entrav�e dans sa vie de tous les jours et proche de l'impotence.
Le traumatisme cr�nien est � l'origine d'un syndrome psycho-organique de degr� moyen, qui se caract�rise par des troubles des fonctions gnosiques, par une aphasie anomique et divers troubles de la personnalit� (pu�rilisme, labilit� �motionnelle, retrait social, phobie de l'abandon et de la chute).
Elle pr�sente en outre des troubles de la marche, qui aggravent de mani�re d�terminante les difficult�s de se d�placer r�sultant de son �tat ant�rieur, et une limitation fonctionnelle de l'�paule gauche. Enfin, elle souffre de troubles sphinct�riens v�sicaux occasionnant des pertes d'urine.
Depuis l'accident, qui a fait l'objet d'un rapport de la police municipale de Pully dat� du 13 octobre 1992, dame C.________ est en incapacit� totale de travail. Elle n'est d�sormais plus en mesure d'effectuer sans aide les t�ches m�nag�res, pour lesquelles elle consacrait en tout cas dix heures par mois.
D�s le 1er f�vrier 1993, elle a touch� une rente enti�re simple de l'assurance-invalidit� et une rente pour enfant, qui se montaient mensuellement en mars 2000 � respectivement 2010 fr. et 804 fr.
b) Une enqu�te p�nale a �t� ouverte contre dame B.________ pour l�sions corporelles graves. Par jugement du 7 mars 1994, le Tribunal correctionnel du district de Lausanne a lib�r� l'int�ress�e de ce chef d'accusation.
B.- Le 19 f�vrier 1997, dame C.________ a ouvert action contre dame B.________ et X.________ S.A. devant la Cour civile du Tribunal cantonal vaudois. Elle a conclu � ce que les d�fenderesses lui doivent paiement solidairement de 225 071 fr.30, avec int�r�ts � 5 % l'an d�s le d�p�t de la demande.
Les d�fenderesses ont conclu � lib�ration.
En cours d'instance, une expertise m�dicale a �t� confi�e au docteur Z.________, sp�cialiste FMH en m�decine interne. Selon cet expert, la perte des 50% de capacit� de travail r�siduelle dont disposait la demanderesse avant l'accident du 7 octobre 1992 est exclusivement due aux s�quelles de ce sinistre. Dans un rapport compl�mentaire, l'expert a encore d�clar� que la maladie de Bechterew dont la demanderesse est atteinte ne l'aurait pas emp�ch�e, si l'accident n'�tait pas survenu, de maintenir une activit� professionnelle � mi-temps jusqu'� l'�ge de 62 ans.
Une expertise technique a �galement �t� ordonn�e pour �valuer notamment la vitesse du v�hicule de dame B.________ avant l'accident et au moment du choc et la distance d'arr�t qui entrait en ligne de compte.
Par jugement du 14 novembre 2000 dont les consid�rants ont �t� notifi�s le 15 ao�t 2001, la Cour civile a condamn� les d�fenderesses � verser solidairement � la demanderesse la somme de 225 071 fr.30 plus int�r�ts � 5% l'an d�s le 19 f�vrier 1997. En substance, l'autorit� cantonale a retenu que dame B.________, en renversant la demanderesse le 7 octobre 1992 alors que celle-ci traversait la chauss�e sur un passage de s�curit�, a commis une faute exclusive en relation de causalit� directe et ad�quate avec l'accident. Pour r�parer le dommage subi par dame C.________, la cour cantonale a jug� que les d�fenderesses restaient solidairement d�bitrices de la demanderesse du montant total de 265 743 fr.60, qui se d�composait de la mani�re suivante:
- 51 276 fr.90 avec int�r�ts � 5% d�s le 1er novembre 1996 pour la perte de gain et le pr�judice m�nager au jour du jugement;
- 202 298 fr.40 plus int�r�ts � 5% d�s le 1er novembre 2000 � titre de perte de gain future et de pr�judice m�nager futur;
- 5980 fr. avec int�r�ts � 5% d�s le 7 octobre 1992 pour le tort moral;
- 6188 fr.30 plus int�r�ts � 5% d�s le 11 mars 1997 � titre de frais d'avocat avant proc�s et de frais de literie.
Mais comme la demanderesse avait conclu au paiement de la somme de 225 071 fr.30 avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 19 f�vrier 1997, ont poursuivi les magistrats vaudois, c'est ce dernier montant en capital et int�r�ts qui doit lui �tre allou�, puisque l'art. 3 du Code de proc�dure civile vaudois (CPC vaud.) interdit � la Cour civile de statuer ultra petita.
C.- Parall�lement � un recours de droit public qui a �t� rejet� dans la mesure de sa recevabilit� par arr�t de ce jour, X.________ S.A. et dame B.________ exercent un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral. Elles concluent principalement � la r�forme du jugement pr�cit� en ce sens que les conclusions de la demande sont rejet�es. Subsidiairement, elles requi�rent l'annulation du jugement cantonal, la cause �tant renvoy�e � la cour cantonale pour nouvelle d�cision dans le sens des consid�rants.
1.- Le recours en r�forme est ouvert pour violation du droit f�d�ral (art. 43 al. 1 OJ). Il ne permet en revanche pas d'invoquer la violation directe d'un droit de rang constitutionnel (art. 43 al. 1 2e phrase OJ) ou la violation du droit cantonal (ATF 127 III 248 consid. 2c et les arr�ts cit�s).
Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral doit conduire son raisonnement sur la base des faits contenus dans la d�cision attaqu�e, � moins que des dispositions f�d�rales en mati�re de preuve n'aient �t� viol�es, qu'il y ait lieu � rectification de constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou qu'il faille compl�ter les constatations de l'autorit� cantonale parce que celle-ci n'a pas tenu compte de faits pertinents et r�guli�rement all�gu�s (art. 64 OJ; ATF 127 III 248 ibidem). Dans la mesure o� une partie recourante pr�sente un �tat de fait qui s'�carte de celui contenu dans la d�cision attaqu�e, sans se pr�valoir avec pr�cision de l'une des exceptions qui viennent d'�tre rappel�es, il n'est pas possible d'en tenir compte. Il ne peut �tre pr�sent� de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ). L'appr�ciation des preuves � laquelle s'est livr�e l'autorit� cantonale ne peut �tre remise en cause (ATF 126 III 189 consid. 2a; 125 III 78 consid. 3a).
Si le Tribunal f�d�ral ne saurait aller au-del� des conclusions des parties, lesquelles ne peuvent en prendre de nouvelles (art. 55 al. 1 let. b in fine OJ), il n'est li� ni par les motifs qu'elles invoquent (art. 63 al. 1 OJ), ni par ceux de la d�cision cantonale (art. 63 al. 3 OJ; ATF 127 III 248 consid. 2c; 126 III 59 consid. 2a).
2.- Les recourantes pr�tendent tout d'abord que la cour cantonale a viol� leur droit � la preuve en ignorant leur all�gu� 105. A les en croire, la Cour civile aurait d� retenir non seulement que la demanderesse ne pouvait regarder � gauche ou � droite sans d�placer les pieds, mais encore qu'elle �tait atteinte d'une forme historique vo�t�e de la maladie de Bechterew, qui l'emp�chait de tenir la t�te droite et la contraignait � regarder vers le sol.
a) L'art. 8 CC ne dicte pas comment le juge peut forger sa conviction (ATF 127 III 519 consid. 2a; 122 III 219 consid. 3c; 119 III 60 consid. 2c; 118 II 142 consid. 3a).
Cette disposition est viol�e quand le juge n'administre pas, sur des faits pertinents, des preuves ad�quates offertes r�guli�rement selon le droit cantonal, alors qu'il ne consid�re l'all�gation desdits faits ni comme exacte, ni comme r�fut�e; la disposition n'exclut toutefois ni la preuve par indices, ni l'appr�ciation anticip�e des preuves, le juge pouvant rejeter des offres de preuve d'une partie s'il arrive � la conclusion qu'elles ne seraient pas propres � d�montrer le fait � prouver ou parce que sa conviction est d�j� assise sur les preuves rassembl�es, de mani�re que le r�sultat de leur appr�ciation ne puisse plus �tre remis en question (ATF 127 III 519 consid. 2a; 122 III 219 consid. 3c et les arr�ts cit�s).
b) L'all�gu� 105 des d�fenderesses est libell� comme il suit: "De plus, �tant bossue et ne pouvant tenir la t�te droite, son angle de vision est encore r�duit d'autant".
Cet all�gu� a �t� soumis � la preuve par expertise et la r�ponse de l'expert Z.________ � son propos a �t� retranscrite in extenso � la page 15 du jugement d�f�r�. Selon ce praticien, l'intim�e pr�sente depuis 1977 une cyphose dorsale bloquant la colonne cervicale en flexion ant�rieure, en sorte qu'elle ne peut pas tenir la t�te droite.
En d�pit des affirmations des recourantes, la Cour civile n'a donc aucunement ignor� cet all�gu�, mais a au contraire donn� suite � l'offre de preuve qui l'accompagnait.
Quant � la circonstance que la demanderesse, en raison de la maladie de Bechterew, devait d�placer son corps pour regarder � gauche ou � droite, la cour cantonale en a fait express�ment �tat au consid�rant 8a in medio du jugement querell�. On ne discerne pas l'ombre d'une violation de l'art. 8 CC.
3.- Selon les d�fenderesses, les juges cantonaux n'ont pas repris dans le jugement d�f�r� les all�gu�s 35 et 83 de la demanderesse, ce qui constituerait une nouvelle violation du droit � la preuve.
L'all�gu� 35, qui concerne l'intim�e, a la teneur suivante: "Tous d�placements subits, toutes courses lui sont impossibles". Quant � l'all�gu� 83, il pr�cise que "ces probl�mes handicapent grandement la demanderesse dans tous ses d�placements".
La preuve par expertise ayant �t� propos�e sur ces deux all�gu�s, la Cour civile y a fait droit. Aussi l'expert Z.________ a-t-il expos�, comme l'a mentionn� le jugement cantonal en p. 13 � 15, que le d�placement de l'intim�e est malais�, qu'il est effectu� avec lenteur et pr�caution et que la course lui est impossible. Ces troubles de la marche proviennent � 70 % des s�quelles de l'accident du 7 octobre 1992 et � 30 % de l'�tat ant�rieur d� � la maladie de Bechterew.
Au consid�rant 8a in fine, l'�tat de fait du jugement critiqu� retient que "la demanderesse ne peut pas faire de mouvements brusques et est consciente de son manque de mobilit�".
Il appert ainsi que, d'une part, l'autorit� cantonale n'a pas refus� une offre de preuve aff�rente � ces all�gu�s.
D'autre part, elle a retenu, en se fondant sur l'expertise m�dicale, que la demanderesse avait des difficult�s � se d�placer et ne pouvait pas courir; ce faisant, elle a proc�d� � une appr�ciation des preuves conduisant � sa conviction.
Or, comme on l'a vu, l'art. 8 CC ne prescrit pas les moyens par lesquels l'�tat de fait doit �tre �tabli et encore moins comment les preuves doivent �tre appr�ci�es. Le moyen est totalement infond�.
4.- A suivre les recourantes, la cour cantonale a viol� la r�gle sur le fardeau de la preuve d�duite de l'art. 8 CC lorsqu'elle a admis, dans le cadre du calcul de la perte de gain subie par la demanderesse depuis l'accident jusqu'� la date du jugement cantonal, que le salaire annuel de cette derni�re aurait atteint en 2000 la somme de 47 345 fr.60.
Pour retenir comme salaire futur moyen un montant "de 10 000 fr. sup�rieur � ce qui a �t� all�gu�", la cour cantonale aurait utilis� des pi�ces produites � l'appui d'un autre all�gu�. En prenant en compte des faits non all�gu�s, la Cour civile serait sortie du cadre des all�gu�s et aurait commis une grave entorse au principe fondamental, d'apr�s lequel un fait, pour �tre retenu, doit d'abord avoir �t� all�gu�, puis prouv�.
L'art. 8 CC prescrit � celui qui all�gue un fait pour en d�duire un avantage d'en apporter la preuve. En revanche, cette disposition n'impose pas l'obligation au plaideur d'all�guer le fait en question, car c'est le droit cantonal qui d�termine si un fait sur lequel une partie entend fonder ses pr�tentions doit �tre all�gu� (ATF 97 II 339 consid. 1b et les arr�ts cit�s). Rel�ve �galement du droit cantonal le point de savoir dans quelle mesure le juge a le droit de tenir compte de faits non all�gu�s (ATF 97 II 216 consid. 1).
Il s'ensuit que le grief des recourantes concerne exclusivement une question qui ressortit � l'application du droit cantonal de proc�dure, si bien qu'il est enti�rement irrecevable.
5.- Pour les recourantes, l'autorit� cantonale aurait transgress� les art. 58 et 59 LCR en admettant la responsabilit� exclusive de la d�tentrice de l'automobile impliqu�e dans l'accident. Elles soutiennent que la Cour civile aurait d� se poser la question, � tout le moins, de la faute concomitante de la demanderesse. Elles pr�tendent que l'intim�e, qui avait la t�te baiss�e, le regard fix� sur le sol, et qui ne regardait ni � gauche ni � droite, devait manifester son intention de traverser la route sur le passage de s�curit�, en faisant un signe du bras ou de la main. Le simple fait de se trouver en face d'un passage pour pi�tons ne constituerait pas une indication au sens de l'art. 6 OCR.
Le moyen repose pour l'essentiel sur un �tat de fait �tranger � celui pos� souverainement par la cour cantonale.
Si tant est qu'il soit recevable, il est priv� de tout fondement.
A teneur de l'art. 33 LCR, le conducteur facilitera aux pi�tons la travers�e de la chauss�e (al. 1). Avant les passages pour pi�tons, le conducteur circulera avec une prudence particuli�re et, au besoin, s'arr�tera pour laisser la priorit� aux pi�tons qui se trouvent d�j� sur le passage ou s'y engagent (al. 2). L'art. 49 al. 2 LCR dispose que les pi�tons traverseront la chauss�e avec prudence et par le plus court chemin en empruntant, o� cela est possible, un passage pour pi�tons. Ils b�n�ficient de la priorit� sur de tels passages mais ne doivent pas s'y lancer � l'improviste. L'art. 6 al. 1 aOCR, dans sa teneur en vigueur entre le 1er mai 1989 et le 31 mai 1994 (RO 1984 1338 et 1989 410), prescrivait que, avant les passages pour pi�tons o� le trafic n'est pas r�gl�, le conducteur r�duira sa vitesse assez t�t, de mani�re � pouvoir laisser la priorit� aux pi�tons, notamment � ceux qui font un signe de la main. Il est tenu d'accorder la priorit� � tout pi�ton qui s'engage sur le passage avant le v�hicule.
Quant � l'art. 47 aOCR, dans sa teneur en vigueur avant le 1er juin 1994, il pr�cisait, � son al. 2 in initio, que, sur les passages pour pi�tons o� le trafic n'est pas r�gl�, les pi�tons ont la priorit� sauf � l'�gard des tramways et des chemins de fer routiers; l'al. 3 de la m�me disposition indiquait ce qui suit: "Les pi�tons qui veulent user de leur droit de priorit� doivent annoncer leur intention au conducteur du v�hicule qui s'approche, en posant un pied sur la chauss�e ou en faisant clairement un signe de la main. Ils n'useront pas de leur droit de priorit� lorsque le v�hicule ne pourrait s'arr�ter � temps".
En l'esp�ce, il r�sulte des faits d�terminants (art. 63 al. 2 OJ) qu'au matin du 7 octobre 1992, l'intim�e �tait arr�t�e sous la pluie sur un trottoir de l'avenue G�n�ral Guisan, en face d'un passage de s�curit�. La d�fenderesse, qui roulait en direction de Vevey, a vu cette pi�tonne qu'elle a pris pour un enfant et a ralenti, � l'instar du v�hicule circulant en sens inverse et pilot� par D.________, lequel s'est arr�t� et a indiqu� � la demanderesse, par un appel de phares, qu'il avait l'intention de la laisser passer.
Dans ce contexte, il appert que dame B.________ a manifestement compris, comme D.________, que l'intim�e, par sa pr�sence un jour de pluie devant un passage pour pi�tons, cherchait � traverser la route, de sorte que cette derni�re n'avait pas � confirmer une nouvelle fois son intention par une geste du bras ou de la main (cf. , sur le principe de la confiance d�duit de l'art. 26 al. 1 LCR, ATF 127 IV 220 consid. 3a; 118 IV 277 consid. 4; 115 II 283 consid. 1a).
Dame C.________ a regard� � gauche, en direction du v�hicule de dame B.________, puis, voyant que celui-ci avait ralenti, s'est engag�e sur le passage de s�curit�. D�s le moment o� la demanderesse a mis le pied sur le passage prot�g�, comme on l'encourageait � le faire, elle avait la priorit�.
Et l'intim�e n'a pas adopt� un comportement inattendu, puisqu'elle ne s'est pas ru�e sur le passage pour pi�tons - son �tat de sant� le lui aurait de toute mani�re interdit - mais a entrepris de le traverser en marchant normalement.
Malgr� cela, dame B.________ a d�duit de l'ensemble de ces circonstances que l'intim�e allait attendre le passage de sa voiture avant de traverser la route. Il n'est nul besoin de plus amples explications pour admettre, avec l'autorit� cantonale, que la responsabilit� totale de la d�tentrice dans l'accident doit �tre clairement reconnue, aucun des facteurs de r�duction pr�vus par l'art. 59 al. 1 et 2 LCR, et notamment la faute du l�s�, ne devant entrer en ligne de compte.
6.- a) Les recourantes ne remettent pas en cause les diff�rents postes du dommage subi par la demanderesse qui doivent �tre indemnis�s. Il s'agit de la perte de gain et du pr�judice m�nager survenus au jour du jugement, de la perte de gain future et du pr�judice m�nager futur, du tort moral �prouv� et du remboursement des frais d'avocat avant proc�s ainsi que de frais de literie. On ne saurait donc revenir sur ces points, qui ne sont plus litigieux.
De m�me, les d�fenderesses ne s'en prennent pas au calcul op�r� par l'autorit� cantonale relativement � ces divers chefs de dommage. Il n'y a ainsi pas lieu d'y revenir.
Soulignant que la cour cantonale, pour ne pas statuer ultra petita, a finalement allou� en capital � la demanderesse non 265 743 fr.60, "montant indemnisable � charge des d�fenderesses", mais bien 225 071 fr.30, soit le montant r�clam� par la demanderesse en proc�dure, les d�fenderesses font grief aux juges vaudois de ne s'�tre pas pr�occup�s des int�r�ts. Elles pr�tendent qu'en accordant des int�r�ts sur le tout d�s le 19 f�vrier 1997, date du d�p�t de la demande, ces magistrats ont viol� les art. 42 et 46 CO, d�s l'instant o� l'int�r�t compensatoire du dommage futur, qui constitue in casu le poste le plus important en valeur du pr�judice, doit �tre calcul� d�s la date de la capitalisation, laquelle correspond en r�gle g�n�rale avec la date du jugement. Pour n'avoir pas discut� du point de d�part des int�r�ts, la Cour civile aurait finalement accord� un d�dommagement global d�passant le dommage effectif de plus de 60 000 fr.
b) Le moyen est fond�. Il est en effet de jurisprudence que, s'agissant d'un dommage futur, l'int�r�t doit effectivement �tre calcul� d�s la date de la capitalisation, laquelle co�ncide g�n�ralement avec celle du jugement (ATF 123 III 115 consid. 9a).
Partant, la Cour civile a viol� l'art. 46 CO en fixant le point de d�part des int�r�ts sur le montant octroy� � titre de perte de gain future et de pr�judice m�nager futur au 19 f�vrier 1997, et non � la date de son jugement, qui correspond in casu � celle de la capitalisation, soit le 14 novembre 2000.
c) Il subsiste cependant une difficult� qui est celle de d�terminer la part repr�sentant le dommage futur dans la somme totale qui a �t� octroy�e � la demanderesse en instance cantonale, � savoir 225 071 fr.30. De fait, d�s lors que les conclusions en capital de l'intim�e se sont r�v�l�es inf�rieures � la somme globale qui lui serait due pour r�parer l'entier de son pr�judice, les juges cantonaux, qui ne pouvaient statuer ultra petita - point qui n'est pas contest� -, lui ont allou� le montant qu'elle a r�clam� dans sa demande, en capital et int�r�ts, sans plus faire le d�part entre les diff�rents postes du dommage. Ce n'est donc pas sur le montant du pr�judice futur tel qu'il a �t� calcul� par la Cour civile, soit 202 298 fr.40, que le point de d�part des int�r�ts doit �tre fix� au 14 novembre 2000, mais sur un montant r�duit.
Pour sortir de cette orni�re, il convient de s'inspirer par analogie des r�gles relatives � l'imputation des paiements lorsque le d�biteur a plusieurs dettes (cf. art. 86 et 87 CO). L'art. 87 al. 1 in fine CO dispose ainsi qu'en face de plusieurs dettes exigibles, � d�faut de d�claration du d�biteur ou du cr�ancier, le paiement doit s'imputer, s'il n'y a pas eu de poursuite, sur la dette �chue la premi�re.
Il suit de l� que les divers chefs de dommage calcul�s par l'autorit� cantonale seront successivement accord�s � la demanderesse en fonction du moment o� ils sont devenus exigibles, le poste dont l'�ch�ance est la plus r�cente �tant r�duit de telle mani�re que le montant global allou� ne d�passe pas les conclusions de la demande. Ces diff�rentes sommes ne pourront toutefois pas porter int�r�ts avant le dies a quo requis in globo dans la demande, qui est le 19 f�vrier 1997.
Ces consid�rations am�nent l'octroi � l'intim�e des montants suivants:
- 5980 fr. avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier 1997 pour le tort moral exigible d�s le jour de l'accident;
- 6188 fr. 30 avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier 1997 � titre de frais d'avocat avant proc�s et de frais de literie, factur�s respectivement les 27 ao�t 1996 et 11 septembre 1996 (art. 64 al. 2 OJ);
- 51 276 fr.90 avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier 1997 pour la perte de gain pass�e et le pr�judice m�nager pass�, qui �taient exigibles d�s l'�ch�ance moyenne du 1er novembre 1996;
- 161 626 fr.10 (225 071 fr. 30 - (5980 fr. + 6188 fr.30 + 51 276 fr.90 = 63 445 fr.20)) � titre de montant r�duit pour la perte de gain future et le pr�judice m�nager futur, avec int�r�ts � 5% d�s le 14 novembre 2000, date de la capitalisation.
7.- Au vu de ce qui pr�c�de, le recours doit �tre partiellement admis et le jugement attaqu� r�form� selon le consid�rant qui pr�c�de.
Les d�fenderesses voient uniquement le point de d�part du taux d'int�r�t sur le dommage futur report� du 19 f�vrier 1997 au 14 novembre 2000, soit d'environ 3 ans et 9 mois. Tout bien pes�, il se justifie de r�partir les frais de justice � raison d'un dixi�me � la charge de la demanderesse et de neuf dixi�mes solidairement � la charge des d�fenderesses (art. 156 al. 3 OJ). Celles-ci devront verser � l'intim�e des d�pens r�duits dans la m�me proportion (art. 159 al. 3 OJ).
La cause devra �tre retourn�e � la cour cantonale pour nouvelle d�cision sur les frais et d�pens de l'instance cantonale (art. 159 al. 6 OJ).
1. Admet partiellement le recours et r�forme le jugement attaqu� en ce sens que les recourantes sont condamn�es solidairement � payer � la demanderesse:
- 5980 fr. avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier
- 6188 fr.30 avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier
- 51 276 fr.90 avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier
- 161 626 fr.10 avec int�r�ts � 5% d�s le 14 novem- bre 2000;
2. Met un �molument judiciaire de 6000 fr. pour un dixi�me � la charge de la demanderesse et pour neuf dixi�mes solidairement � la charge des d�fenderesses;
3. Dit que les d�fenderesses verseront solidairement � la demanderesse une indemnit� de 6400 fr. � titre de d�pens r�duits;
4. Renvoie la cause � l'autorit� cantonale pour nouvelle d�cision sur les frais et d�pens de l'instance cantonale;
5. Communique le pr�sent arr�t en copie aux mandataires des parties et � la Cour civile du Tribunal cantonal vaudois.
Lausanne, le 11 janvier 2002 ECH

References: ATF 
in fine
 ATF 
in fine
 art. 58
 ATF 
 art. 42
in casu
in casu
 art. 86
in fine