Source: https://www.nossenateurs.fr/seance/12383
Timestamp: 2020-08-10 02:10:50+00:00

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Commission mixte paritaire : Réunion du 18 février 2015 à 17h35
Réunion du 18 février 2015 à 17h35
Commission mixte paritaire sur le projet de loi relatif à la modernisation de la presse (voir le dossier)
Commission mixte paritaire sur le projet de loi relatif à la modernisation de la presse
Conformément au deuxième alinéa de l'article 45 de la Constitution et à la demande de M. le Premier ministre, une commission mixte paritaire chargée de proposer un texte sur les dispositions restant en discussion de la proposition de loi portant diverses dispositions tendant à la modernisation du secteur de la presse s'est réunie le mercredi 18 février 2015 à l'Assemblée nationale.
La commission a procédé à la nomination de son bureau, qui a été ainsi constitué : M. Patrick Bloche, député, président, Mme Catherine Morin-Desailly, sénatrice, vice-présidente.
La commission a également désigné M. Michel Françaix, député, M. Philippe Bonnecarrère, sénateur, comme rapporteurs respectivement pour l'Assemblée nationale et le Sénat.
Patrick Bloche, député, président
Je souhaite la bienvenue à nos collègues sénateurs, en formant le voeu que notre présente réunion, à l'image de celle qui nous a rassemblés, il y a un peu plus d'un mois au Sénat, sur le projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne dans les domaines de la propriété littéraire et artistique et du patrimoine culturel, nous permette de rédiger un texte commun, à la fois ambitieux et cohérent.
Je vous remercie, monsieur le président, et partage votre souhait. Le contexte dramatique créé par les attentats de Paris et de Copenhague donne aux principes de liberté de la presse, de liberté d'expression et de pluralisme des médias, que la proposition de loi tend à conforter, une résonnance exceptionnelle. Je veux à cet égard saluer la grande qualité des propositions initiales de M. Michel Françaix, des travaux de l'Assemblée et de ceux du Sénat, qui, dans un climat constructif et consensuel, ont considérablement enrichi le texte dont nous débattons aujourd'hui.
Philippe Bonnecarrere, sénateur, rapporteur pour le Sénat
La proposition de loi déposée par M. Michel Françaix nous offre en effet l'occasion de confirmer notre profond attachement à l'existence d'une presse forte et indépendante. Sur les trois grands thèmes qu'elle aborde, deux me paraissent pouvoir faire l'objet d'un rapide consensus entre les deux chambres.
S'agissant, en premier lieu, des dispositions relatives à la distribution de la presse écrite rassemblées dans le titre Ier, je pense que notre proposition de confier l'homologation des barèmes à l'Autorité de régulation de la distribution de la presse (ARDP), après avis du président du Conseil supérieur des messageries de presse (CSMP), ne soulève pas de difficulté particulière. Je relève d'ailleurs qu'elle a recueilli l'assentiment de tous les acteurs concernés.
Il me semble que nous pourrons tout aussi rapidement nous entendre sur les innovations introduites dans le titre III relatif au soutien à la presse. À côté du statut d'entreprise solidaire de presse, créé par l'Assemblée, c'est en effet à l'unanimité que le Sénat a adopté trois nouvelles mesures :
- la première introduit, à l'initiative du sénateur David Assouline sous-amendée par le Gouvernement, une réduction d'impôt pour la souscription au capital d'une entreprise de presse ;
- la deuxième conforte le dispositif d'aide à la presse existant en élargissant, sur proposition de notre commission de la Culture, le champ d'action des fonds de dotation au soutien à la modernisation de la presse ;
- la troisième - dite « amendement Charb » - transcrit dans la loi, comme le demandaient notamment les groupes Communiste, Républicain et Citoyen (CRC) et Union pour un mouvement populaire (UMP) du Sénat, la défiscalisation des dons émanant de particuliers effectués au bénéfice d'associations ou de fonds de dotation exerçant des actions concrètes pour le pluralisme de la presse d'information politique et générale, dont la pratique repose aujourd'hui sur un rescrit fiscal.
En revanche, je devine que quelques discussions seront nécessaires avant que nous nous accordions sur les dispositions que le Sénat a insérées dans le titre II, consacré à l'Agence France-Presse (AFP).
Je rappelle que si la Haute assemblée a souscrit à certains apports de l'Assemblée nationale - l'application de la parité, le renforcement de la représentation du personnel et l'introduction de personnalités qualifiées dans le conseil d'administration de l'Agence -, elle a toutefois souhaité préciser que, pour refléter la vocation internationale de ses missions, au moins trois de ces personnalités qualifiées puissent justifier d'une expérience significative au niveau européen et international.
De manière plus décisive, nous avons voulu renforcer la gouvernance de l'AFP, dont le fonctionnement du conseil d'administration nous est apparu très perfectible. À cette fin, nous avons proposé d'instituer une nouvelle instance de contrôle, dénommée « commission de surveillance », regroupant les actuels conseil supérieur et commission financière, renommés respectivement « comité de déontologie » et « comité financier ». Nous avons en effet estimé que l'AFP ne dispose pas d'une gouvernance à la hauteur des défis, concurrentiels et financiers, auxquels elle est confrontée. L'Agence n'a pas d'« actionnaire » au sens strict, puisqu'elle ne possède pas de capital et que l'État ne peut jouer ce rôle, ne siégeant pas au conseil d'administration pour d'évidentes raisons de crédibilité internationale des activités de l'Agence et ne pouvant plus lui apporter des aides financières proscrites par le droit européen.
Or, dans le même temps, l'AFP s'engage sur un important programme financier, via la filiale de moyens récemment créée qui pourra emprunter jusqu'à 26 millions d'euros et ce malgré des résultats financiers qui demeurent dégradés. Nous avons donc estimé urgent de créer un lieu où la stratégie de l'entreprise serait exposée, examinée et contrôlée, en nous inspirant du modèle appliqué avec efficacité depuis près de deux siècles par la Caisse des dépôts et consignations.
Michel Françaix, député, rapporteur pour l'Assemblée nationale
Comme vient de le rappeler le rapporteur pour le Sénat, la proposition de loi comporte trois parties. La première, relative à la régulation du système de distribution de la presse, a été modifiée par le Sénat dans un sens auquel nous pourrions nous rallier entièrement, à quelques détails près. La troisième partie, qui crée le statut d'entreprise solidaire de presse d'information, a été enrichie au Sénat, en écho aux événements tragiques du début de cette année, qui ont mis en exergue l'absolue nécessité de soutenir la presse à but non lucratif. Nous sommes favorables à deux des dispositifs fiscaux ainsi introduits, le troisième étant semble-t-il plus complexe à mettre en oeuvre. Nous devrions toutefois sans peine parvenir à un accord sur ces articles, qui ne concentrent pas l'essentiel de nos divergences.
Demeure la question de la gouvernance de l'AFP. J'ai tenté, dans le cadre d'un récent rapport consacré à l'AFP, de trouver des solutions pour remédier aux difficultés que connaît l'Agence et qui menacent son existence même. En effet, contrairement aux autres agences de presse internationales qui, également confrontées à de lourdes difficultés, ont dû consentir un certain nombre d'efforts, l'AFP a le mérite de ne pas avoir procédé à des licenciements massifs pour faire face à la crise. Mais elle se trouve aujourd'hui dans une situation très délicate. Il semblerait que la proposition que j'avais faite de création d'une filiale aboutisse, même si elle n'est pas entièrement satisfaite en l'absence de capital investi : l'AFP devra rembourser un prêt, certes consenti à des taux a priori acceptables par la Caisse des dépôts et consignations, mais, dans la mesure où l'AFP ne dégage pas de bénéfices et enregistre même des pertes, cette solution tendra, je le crains, à aggraver encore sa situation financière in fine.
Sur les problèmes liés à la gouvernance de l'AFP, nous partageons, M. le rapporteur Bonnecarrère et moi-même, la même analyse. Par le passé, le conseil d'administration de l'AFP n'a jamais réellement joué son rôle. Les batailles qui ont lieu depuis vingt ans entre les présidents-directeurs généraux successifs et le personnel n'ont pas permis de répondre aux questions relatives à l'avenir de l'AFP, à ses clients ou à son projet. Il a donc fallu faire évoluer la composition du conseil d'administration. La priorité a toujours été donnée aux acteurs nationaux ; c'est pourquoi je me félicite de l'initiative du Sénat consistant à prévoir la présence de personnalités à l'expérience internationale confirmée.
Je suis toutefois plus optimiste que M. le rapporteur Bonnecarrère au sujet du conseil d'administration rénové, tel que nous l'avons souhaité, mais aussi plus pessimiste que lui en ce qui concerne la commission de surveillance proposée par le Sénat et qui ne serait jamais qu'issue de la fusion de deux instances qui n'ont jamais correctement fonctionné. Le conseil supérieur de l'AFP ne s'est jamais considéré comme étant investi de compétences fortes ; la commission financière a su jouer son rôle de temps à autre, mais de manière insuffisante. J'émets en outre quelques doutes sur la constitutionnalité même de l'opération consistant à fusionner ces deux instances, dont l'une est une autorité administrative indépendante.
Mieux vaut, à mon sens, renforcer le rôle de ces deux instances, et permettre ainsi au conseil supérieur de s'intéresser à d'autres questions qu'aux seules thématiques déontologiques. L'AFP doit demeurer, comme elle l'est depuis 1957, indépendante de l'État et des puissances économiques. S'il faut donner plus de pouvoirs à ces organes, il faut aussi continuer à garantir son indépendance.
Christian Kert, député
Le souci principal de l'AFP réside, à mon sens, dans sa situation financière très dégradée. En dépit de toutes les modifications que pourra introduire le présent texte sur la gouvernance de l'AFP, le problème du financement demeurera. S'il faut effectivement réformer son système de surveillance, nous devons aussi recommander que soit réglé ce problème de fond.
David Assouline, sénateur
Cette proposition de loi, qui répond à plusieurs situations de crise, nous permet de progresser sur diverses questions relatives à l'avenir de la presse et d'être assez optimistes.
Concernant l'AFP, j'ai, dans un premier temps, soutenu en commission de la Culture l'analyse et la proposition de notre rapporteur sur la fusion du conseil supérieur et de la commission financière. Je suis néanmoins revenu sur ma position en séance publique, en raison d'un doute sur la sécurité juridique du dispositif ainsi mis en place.
Afin de permettre à l'AFP de mieux fonctionner, il a été proposé par l'Assemblée nationale de renforcer son conseil d'administration, notamment par la présence de cinq personnalités qualifiées. Il conviendrait, en outre, que l'organe déontologique qu'est le conseil supérieur, comme la commission financière, soient renforcés, une telle solution étant, à mon sens, préférable à la création d'une nouvelle instance qui fusionnerait ces deux structures.
Christine Prunaud, sénatrice
Le groupe Communiste, Républicain et Citoyen du Sénat s'est opposé à la création d'une nouvelle entité et préfère renforcer les structures existantes, avec un conseil d'administration qui remplisse réellement son rôle.
Franck Riester, député
Je souscris tout à fait aux propos de notre collègue Christian Kert. Il y a manifestement des problèmes de gouvernance et des difficultés financières. L'objet de la proposition de loi est de rééquilibrer le conseil d'administration en modifiant sa composition, notamment en donnant un poids inférieur aux éditeurs.
Il ne faudrait cependant pas qu'en souhaitant renforcer la surveillance, on en arrive à créer des contre-pouvoirs tels que la direction serait placée dans l'incapacité de prendre les décisions de gestion qui s'imposent. L'existence de trois instances - un conseil d'administration, un conseil supérieur et une commission financière - disposant de prérogatives renforcées pourrait empêcher toute prise de décision. Or, les difficultés actuelles sont en partie dues à l'étroitesse des marges de manoeuvre des PDG successifs, dans l'incapacité de prendre des décisions pourtant nécessaires, notamment en matière de tarification.
Si les dispositifs de surveillance sont renforcés, nous serons certes davantage informés des difficultés, mais encore faudrait-il veiller à laisser à la direction les moyens de les résoudre.
Philippe Bonnecarrere, rapporteur du Sénat
Aujourd'hui, le président-directeur général de l'AFP est seul à prendre des décisions, le conseil d'administration étant pour ainsi dire diaphane.
C'est donc un homme seul qui vient de prendre la décision de constituer une filiale de moyens ayant vocation à emprunter quelque 26 millions d'euros, que l'AFP ne pouvait emprunter, compte tenu de sa situation. C'est un homme seul qui va décider des 30 millions d'euros d'investissements à réaliser. Une telle situation s'apparente à « un fusil à un coup » : si les investissements sont efficaces et réussissent, l'AFP assurera son avenir, mais, dans le cas contraire, l'Agence se retrouvera fortement endettée, avec des capitaux propres négatifs. Conformément à l'accord passé entre le Gouvernement et la Commission européenne, l'État ne pourra pas lui venir en aide, puisqu'il n'a ni la possibilité d'offrir des garanties, ni celle d'apporter du capital. La marge de manoeuvre liée à la rémunération de missions d'intérêt général par le biais de contrats d'abonnements, qui représentaient plus de 120 millions d'euros par an, fait aujourd'hui l'objet d'une comptabilité séparée.
Il n'existe que deux modes de gestion possibles : soit un conseil d'administration et un PDG, soit un directoire et un conseil de surveillance. Prenons le premier mode de gestion. Le conseil d'administration de l'AFP est extrêmement faible. Pour le renforcer, il faudrait à mon sens aller plus loin que ce que propose le rapporteur, M. Michel Françaix, et faire en sorte que ses membres soient désignés de manière tout à fait autonome. Dans le texte proposé, le mandat de l'actuel PDG est prolongé de trois à cinq ans. Nous nous sommes rangés au principe de l'application immédiate de cette disposition et à l'absence de vote préalable de confiance pour cette prolongation. Mais dans la configuration qui se dessinerait avec un tel mode de gestion, l'AFP serait dotée d'un PDG sans un véritable conseil d'administration, sachant que la loi de 1957 ne donne pas à ce dernier le pouvoir de révoquer le PDG.
C'est la raison pour laquelle nous avons proposé d'aller vers un système de directoire et de conseil de surveillance, le conseil d'administration pouvant aujourd'hui être considéré comme une sorte de directoire accompagnant le PDG.
Il me semble assez paradoxal d'autoriser un homme seul, quelles que soient ses qualités personnelles, à emprunter 26 millions d'euros et à investir plus de 30 millions d'euros, sans aucun contrôle et sans qu'il soit exigé de lui la présentation d'un quelconque « business plan ». C'est précisément pour cela que nous avons besoin de renforcer la gouvernance de l'AFP, mais aussi de permettre à chacun de jouer son rôle et d'être en mesure de rectifier les erreurs de trajectoire.
Michel Françaix, rapporteur pour l'Assemblée nationale
L'AFP est dans une situation difficile au même titre que toutes les agences internationales dans le monde. Notre choix, contrairement aux Britanniques ou aux Américains, de conserver le statut de l'agence, au nom de l'exception culturelle, a un coût indéniable.
Nous sommes aujourd'hui tous d'accord sur le fait qu'il faut faire évoluer la gouvernance. Il n'est par exemple pas normal que l'on puisse aujourd'hui être à la fois membre du conseil supérieur et du conseil d'administration. Quand on me dit que je ne vais pas assez loin, encore faudrait-il regarder d'où l'on vient...
Nous souhaitons qu'au sein du conseil supérieur siègent désormais deux parlementaires qui pourront intervenir dans la désignation des cinq personnalités qualifiées prévues au sein du conseil d'administration.
Au total, un conseil d'administration renforcé et le maintien du conseil supérieur et de la commission financière, aux compétences également renforcées - nous sommes prêts à avancer sur ce point - ont notre préférence. Vous avez, je crois, fait des propositions qui me paraissent intéressantes.
Je rappelle que la loi du 10 janvier 1957 portant statut de l'AFP ne limite pas le conseil supérieur à un rôle uniquement déontologique. Les obligations de l'AFP, posées à l'article 2 de cette loi et dont le conseil est, en application de son article 3, chargé de veiller au respect, sont au nombre de trois : l'AFP doit non seulement ne tenir compte d'aucune influence ou considération de nature à compromettre l'exactitude ou l'objectivité de l'information, mais aussi « développer son action et parfaire son organisation en vue de donner aux usagers français et étrangers, de façon régulière et sans interruption, une information exacte, impartiale et digne de confiance » et « assurer l'existence d'un réseau d'établissements lui conférant le caractère d'un organisme d'information à rayonnement mondial ». Il appartient au conseil supérieur de sortir de son rôle strictement déontologique pour exercer celui que les rapporteurs souhaitent lui voir jouer.
La commission mixte paritaire passe ensuite à l'examen des articles restant en discussion.
Dispositions relatives à la distribution de la presse
Homologation des barèmes des messageries par le Conseil supérieur des messageries de presse (CSMP)
Sur l'article 1er, la commission est saisie de deux propositions de rédaction n° 1 et n° 2, présentées par M. Michel Françaix, rapporteur pour l'Assemblée nationale.
La première proposition est rédactionnelle tandis que la seconde vise à enserrer dans un délai d'un mois la transmission à l'ARDP de l'avis du président du CSMP, afin de permettre à l'ARDP d'en disposer en temps utile.
Les deux propositions de rédaction me conviennent.
Les propositions de rédaction n° 1 et 2 sont adoptées.
Faculté pour l'ARDP d'auditionner le président du CSMP ou tout expert extérieur
Conformément à la recommandation des deux rapporteurs, la commission mixte paritaire adopte l'article 5 dans la rédaction du Sénat.
Article 6 Régime financier de l'ARDP
La proposition de rédaction n° 3 corrige une erreur de référence.
Entrée en vigueur du nouveau régime financier de l'ARDP
Conformément à la recommandation des deux rapporteurs, la commission mixte paritaire confirme la suppression de l'article 6 bis.
Faculté pour l'ARDP de réformer les décisions du CSMP
Conformément à la recommandation des deux rapporteurs, la commission mixte paritaire adopte l'article 9 dans la rédaction du Sénat.
TITRE II DISPOSITIONS RELATIVES À L'AGENCE FRANCE-PRESSE (AFP)
Il me semble qu'il serait opportun d'examiner ensemble les articles 11 A et 11 afin de mieux établir le compromis possible entre nos deux assemblées, mon accord à la proposition du rapporteur pour le Sénat pour l'article 11 A dépendant de l'accord du Sénat sur mes propositions pour l'article 11.
Notre débat porte en effet sur la complémentarité des rédactions que nous proposons pour les articles 11 A et 11.
Nous pourrions peut-être commencer par aborder ce sur quoi nous sommes d'accord. Pour ma part, j'accepte la fréquence de réunion du conseil supérieur telle qu'elle est proposée par le Sénat, au minimum deux fois par an, de même que celle du conseil d'administration de l'Agence, au minimum quatre fois par an, ainsi que la présence au sein du conseil d'administration de cinq personnalités qualifiées, dont au moins trois possèdent une expérience significative au niveau européen et international. Il nous faut maintenant trouver le moyen de renforcer les deux organes que sont le conseil supérieur et la commission financière, sans que ce renforcement ne se fasse au détriment du rôle que doit désormais tenir le conseil d'administration.
Vous me conduisez à présenter dès maintenant mes propositions. Nous sommes d'accord sur les mêmes points. Il me semble qu'on ne peut pas aller plus loin que ce qu'ont déjà fait nos deux assemblées pour renforcer le conseil d'administration, à moins de s'engager sur une autre voie consistant à rechercher des modes de désignation complètement différents des personnalités qualifiées, en essayant de recourir à des mécanismes d'indépendance qui soulèveraient d'autres problèmes et des oppositions fortes, comme l'ont d'ailleurs montré les débats à l'Assemblée nationale.
Faut-il ou non une commission de surveillance ? Soit vous suivez le Sénat et acceptez que soit instituée une commission de surveillance s'inspirant de certaines caractéristiques de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations. Je ne pense pas que cela soulève de problèmes juridiques puisque cette commission, issue de la fusion des deux autorités indépendantes actuelles que sont le conseil supérieur et la commission financière, serait également indépendante. Je note, d'ailleurs, que personne ne s'est interrogé sur l'indépendance de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts, dont l'origine remonte à 1818... Soit vous considérez que le Sénat a raison de penser qu'il faut prendre des garanties en matière de gouvernance et donc élargir le champ d'application de l'article 2 de la loi du 10 janvier 1957 qui, comme le remarquait le Président Patrick Bloche, fonde le rôle du conseil de surveillance.
Pour aboutir à une solution de compromis, je vous propose une nouvelle rédaction de l'article 11 A : il s'agit de la proposition de rédaction n° 7. Nous pourrions renoncer à la fusion du conseil supérieur et de la commission financière au sein d'une nouvelle commission de surveillance, à la condition de « muscler » les missions du conseil supérieur ainsi maintenu en lui attribuant les compétences que le Sénat souhaitait confier à la commission de surveillance. Il s'agit notamment de lui donner le pouvoir de s'exprimer sur la stratégie de l'AFP. L'architecture de la loi du 10 janvier 1957 serait ainsi respectée, comme le souhaitait le Président Patrick Bloche.
Dans la rédaction que je vous propose, le conseil supérieur donnerait un avis sur le contrat d'objectifs et de moyens (COM) de l'Agence France-Presse, présenté par le président-directeur général, ce qui lui permettrait en particulier de défendre les moyens nécessaires aux missions de l'Agence face à ses financeurs publics. Il pourrait également adresser au président-directeur général des observations sur la stratégie de l'Agence, observations qui n'ont pas de caractère obligatoire, ce qui devrait satisfaire M. Riester... Le conseil serait en outre consulté avant toute décision stratégique pour l'Agence France-Presse. Le président-directeur général lui donnerait tous les documents et renseignements utiles pour l'exercice de ses missions et répondrait à ses convocations pour rendre compte de l'activité, de la gestion et de l'indépendance de l'AFP. Le conseil supérieur pourrait décider de rendre ses avis publics. Enfin, un rapport serait remis par le conseil supérieur au Parlement chaque année, rendant compte de la situation économique, financière et sociale de l'Agence, ainsi que du respect de l'indépendance et de la déontologie de celle-ci.
Cette rédaction permet d'articuler la position de l'Assemblée, telle qu'elle a été présentée par le rapporteur Françaix, avec le suivi de la stratégie du président-directeur général de l'Agence, à défaut d'établir un véritable contre-pouvoir, comme le souhaitait le Sénat.
Je voudrais rappeler que le conseil supérieur, qui comprendra désormais deux parlementaires parmi ses membres, dispose du droit de révocation du président-directeur général. Nous avons donc peut-être moins à nous interroger sur l'absence de pouvoir de ce conseil que sur son possible manque de volonté de l'exercer.
À l'article 11, il me semble important de maintenir que le conseil supérieur élit son président, la loi de 1957 attribuant de plein droit cette fonction au conseiller d'État qui en est membre. Muscler le conseil supérieur me semble impliquer qu'un parlementaire, par exemple, puisse le présider et non systématiquement un conseiller d'État, alors même que nous avons échoué à obtenir du Gouvernement que ce dernier soit encore en activité...
À cet égard, je signale que la proposition de rédaction de M. Michel Françaix pour l'article 11 fait disparaître la possibilité de désigner au conseil supérieur et à la commission financière des membres honoraires dans leur corps d'origine... Nous fréquentons régulièrement, dans de nombreuses instances, des conseillers d'État ou de la Cour des Comptes honoraires. Toutefois, dans le cas de l'AFP, des membres en activité et proactifs au nom de leurs institutions seraient particulièrement bienvenus. Sinon pourquoi ne pas aller plus loin et désigner des parlementaires honoraires ? Cette suppression de l'honorariat me convient donc, à titre personnel, parfaitement.
Il nous est effectivement et paradoxalement demandé de pouvoir désigner des membres fonctionnaires honoraires, tout en souhaitant une plus grande efficacité et un plus grand volontarisme. Je suis certes sensible à la question des effectifs des corps concernés, mais leur demande n'en demeure pas moins irritante.
J'ai constaté, comme M. Michel Françaix, que les présidents de ces hautes institutions souhaitaient conserver une totale maîtrise de la gestion de leurs ressources humaines.
Je suis d'accord avec vous sur ce point. Il reste pour moi des interrogations sur deux autres sujets. Pourquoi le conseil supérieur donnerait-il un avis a posteriori sur le COM de l'AFP, après sa discussion avec l'État ? Si le Parlement a légitimement le droit de donner un avis sur le COM, je ne vois pas pourquoi une instance de gouvernance de l'AFP aurait à se prononcer sur un contrat qu'elle n'aurait pas la faculté de remettre en cause, un avis négatif émis par elle ne pouvant que fragiliser l'engagement du président-directeur général qui l'a signé.
S'agissant du président du conseil supérieur, je suis pour ma part radicalement opposé à l'idée qu'il puisse s'agir d'un parlementaire. Il ne doit pas y avoir d'ambiguïté sur l'interprétation de l'indépendance de la presse vis-à-vis du pouvoir politique, quelle qu'en soit la forme. Il me semble normal que des parlementaires soient membres du conseil supérieur, mais pas qu'ils le président, alors même que ses pouvoirs sont renforcés par vos propositions. C'est une question de principe qu'il me semble essentiel de relever.
Si je suis d'accord avec la proposition de rédaction de M. Michel Françaix pour l'article 11, le maintien de la disposition confiant de droit la présidence du conseil supérieur à un conseiller d'État, qu'il soit ou non honoraire, me semble inadaptée aux besoins d'une gouvernance plus musclée de l'Agence et de son conseil supérieur. Pour autant, je suis d'accord avec M. Assouline : évoquer la présidence d'un parlementaire n'était pas pertinent. Le conseil supérieur comprend d'autres membres, des représentants de la presse écrite et télévisuelle, un journaliste, voire un conseiller d'État, parmi lesquels pourrait être élu le président. Je n'attache cependant au mode de désignation du président du conseil de surveillance qu'une importance relative, si le conseil supérieur dispose véritablement des pouvoirs que lui confère l'article 11 A, en particulier sur la stratégie de l'AFP, telle qu'elle s'exprime effectivement dans le COM qui en conditionne la vie pendant trois ans. Il importe en effet que ce dernier ne soit pas le produit de la seule négociation entre le président-directeur général de l'Agence et l'État sans que personne d'autre, dans l'Agence, n'ait à en connaître, ni à donner un avis.
Je maintiens qu'il ne paraît pas opportun que le conseil supérieur émette un avis sur le contrat d'objectif et de moyens après que celui-ci a été finalisé. Il serait beaucoup plus pertinent que cet avis soit donné en amont, lorsque la direction de l'Agence travaille à sa rédaction, ce qui lui permettrait, le cas échéant, d'infléchir certains aspects stratégiques.
Renforcement des compétences du conseil supérieur
Je comprends tout à fait l'analyse du sénateur David Assouline. Il serait possible de modifier la rédaction proposée par le rapporteur pour le Sénat en précisant que le conseil supérieur est également consulté par le président de l'AFP sur le projet de contrat d'objectifs et de moyens. Ainsi, nous insisterions sur le fait que le conseil supérieur joue un rôle dans la définition des objectifs et des moyens de l'Agence.
Je propose par ailleurs de préciser que le conseil rendra compte, dans son rapport au Parlement, de l'exécution par l'AFP de ses obligations énoncées à l'article 2 de la loi du 10 janvier 1957. Il ne faudrait en effet pas que le conseil supérieur soit amené à devoir présenter un rapport dont le champ d'investigation aille au-delà de ses compétences fixées par la loi.
À première vue, j'aurais préféré que la modification présentée par le président Patrick Bloche vise aussi l'article 3 de la loi de 1957 mais si le texte fait bien mention de « la situation économique, financière et sociale de l'AFP », j'accepte la rédaction proposée.
La proposition de rédaction n° 7 ainsi rectifiée est adoptée.
La commission mixte paritaire adopte l'article 11 A dans la rédaction issue de ses travaux.
Article 11 Réforme de la gouvernance de l'AFP
Catherine Morin-Desailly, sénatrice, vice-présidente
Je suggère des modifications rédactionnelles à la proposition de rédaction n° 4 formulée par le rapporteur pour l'Assemblée nationale. La phrase qui précise que le conseil se réunit chaque semestre n'a plus lieu d'être puisqu'elle figure à l'article 11 A que nous venons d'adopter.
Je propose également de préciser que les trois personnalités nommées au conseil supérieur aient une expérience significative au niveau international « ou » au niveau européen, alors que dans la rédaction initiale pouvait laisser entendre qu'elles devaient cumuler les deux.
Je voudrais aussi évoquer la possibilité d'augmenter le nombre des parlementaires au sein de l'AFP en prévoyant la nomination de deux sénateurs et deux députés, ce qui permettrait à chaque chambre de voir représenter sa majorité et son opposition.
Je n'aurais rien contre cette meilleure représentation des parlementaires mais je pense que ce sera perçu comme une visée quelque peu hégémonique de la part du Parlement. Atteindre le nombre de quatre membres sur dix bouleverserait l'équilibre des forces au sein du conseil. Je ne crois donc pas que cette proposition puisse être acceptée.
Cette augmentation de la représentation parlementaire permettrait à toutes les sensibilités politiques d'être représentées, mais je pense aussi que quatre parlementaires sur dix membres représentent une part trop importante. Peut-être pourrait-on porter le conseil à douze membres par l'ajout de deux membres extérieurs ?
Pourrait-on prévoir des personnes qualifiées ?
Pour les personnes qualifiées, le principal problème est de déterminer quelle est l'autorité qui les désignera.
Nos interrogations laissent à penser qu'il vaut peut-être mieux renoncer à cette idée de majorer la représentation des parlementaires.
La proposition de rédaction n° 4 ainsi rectifiée est adoptée.
Adaptations au droit de l'Union européenne
Conformément à la recommandation des deux rapporteurs, la commission mixte paritaire adopte l'article 12 dans la rédaction de l'Assemblée nationale.
AUTRES DISPOSITIONS RELATIVES AU SECTEUR DE LA PRESSE
Article 15 (pour coordination)
Possibilité pour les parlementaires visitant certains lieux de privation de liberté d'être accompagnés par des journalistes
L'article 15 avait été adopté dans les mêmes termes par les deux assemblées. Cependant, il fait l'objet d'une proposition de rédaction du rapporteur pour l'Assemblée nationale afin de procéder à une coordination.
Le code du travail n'étant pas applicable dans les collectivités ultramarines de Wallis et Futuna, de Polynésie française et de Nouvelle-Calédonie, la proposition de rédaction n° 5 prévoit, en l'absence de carte professionnelle de journaliste, une définition spécifique des journalistes habilités à accompagner les parlementaires lors de leur visite de lieux de privation de liberté, en application de l'article 719 du code de procédure pénale. Il s'agira donc soit de journalistes de métropole, titulaires de la carte de presse, soit de journalistes reconnus comme tels par les textes applicables dans ces collectivités.
Cette coordination est justifiée.
La commission mixte paritaire adopte l'article 15 dans la rédaction issue de ses travaux.
Réduction d'impôt accordée au titre des souscriptions au capital d'entreprises de presse
L'article 15 bis a été adopté par le Sénat sur proposition de notre collègue David Assouline. Je suis très favorable à son maintien.
La commission mixte paritaire adopte l'article 15 bis dans la rédaction du Sénat.
Possibilité pour les fonds de dotation de concourir à des actions de développement et de modernisation de la presse
Je ne suis pas à titre personnel opposé à cet article, mais l'administration du ministère des Finances semble y voir une difficulté.
Cet article a été adopté à l'unanimité des groupes du Sénat. À titre personnel, je partage cependant la réticence des services du ministère des Finances.
Les trois amendements déposés en hommage au dessinateur Charb composent une panoplie de dispositions qu'il faut conserver. J'ai exposé les réserves du ministère des Finances devant le Sénat. Je suis cependant moins sensible à ses arguments qu'à la faible portée juridique de ce texte, puisque l'article 15 bis propose une disposition très proche et qu'il existe déjà, dans le budget général, un fonds stratégique de développement de la presse. Je ne souhaite pas que la loi bavarde confusément. Je ne souhaite pas non plus modifier les régimes d'aide existants et suis donc prêt à accepter la suppression de cet article.
Je rappelle que cet article a fait l'objet d'un débat approfondi en commission au Sénat et d'un vote unanime des groupes.
Nous pourrions, le cas échéant, laisser le soin au Gouvernement de le supprimer par amendement en séance publique.
Il me semble, comme à M. David Assouline, que cet article apporte ambiguïté et confusion et qu'il est donc superfétatoire. Si le rapporteur pour le Sénat en est d'accord, je ne suis pas opposé à ce qu'on le supprime.
Je m'en remets à la sagesse de la commission mixte paritaire.
Martine Martinel, députée
À vous écouter, je me demande si le maintien de cet article est bien utile.
Mon groupe s'interroge également sur l'utilité de cet article.
Puisqu'il n'y a aucune demande de maintien, je vous propose de supprimer l'article 16.
La commission mixte paritaire supprime l'article 16.
Réduction d'impôt accordée au titre des dons aux associations ou fonds de dotations oeuvrant pour le pluralisme de la presse
Je suis favorable aux dispositions de l'article 17, sous réserve de préciser, comme l'indique ma proposition de rédaction n° 6, que les associations bénéficiaires sont celles d'intérêt général et qu'il ne peut y avoir de lien économique ou financier, direct ou indirect, entre le donateur et le bénéficiaire.
Cet article reprend l'amendement dit Charb, présenté par les groupes Communiste, républicain et citoyen et Union pour un mouvement populaire du Sénat. Je suis favorable aux précisions apportées à son dispositif par la proposition de rédaction que nous soumet le rapporteur pour l'Assemblée nationale.
Je souhaite moi aussi que l'on précise que les bénéficiaires sont des associations d'intérêt général. Nous l'avions à l'esprit en votant l'amendement puisque ce sont celles que nous rencontrons habituellement. Je m'inquiète cependant des restrictions apportées par les trois derniers alinéas de la proposition de rédaction.
Il ne s'agit pas de restrictions, mais seulement, sans modifier le fond, d'alléger la présentation de l'article en procédant par renvois.
Colette Mélot, sénateur
Je soutiens la proposition de rédaction n° 6.
Je la soutiens également puisque les précisions apportées sur les bénéficiaires de la mesure confirment l'intention initiale des membres du Sénat qui l'ont adoptée.
Je signale que le gage budgétaire de cette mesure n'a pas été levé par le Gouvernement lors de l'adoption de l'article par le Sénat.
Ce gage pourra être levé par le Gouvernement au cours de l'examen, en séance publique, par nos deux assemblées, du texte adopté par notre commission.
La commission mixte paritaire adopte l'article 17 dans la rédaction issue de ses travaux.
La commission mixte paritaire adopte ensuite, à l'unanimité, l'ensemble des dispositions de la proposition de loi restant en discussion, dans la rédaction issue de ses travaux.
La réunion est levée à 19 h 45.

References: l'article 45
in fine
 l'article 2
 l'article 1
 l'article 5
 l'article 6
 l'article 9
 l'article 11
 l'article 11
 l'article 2
 l'article 11
 l'article 11
 l'article 11
 l'article 11
 l'article 11
 l'article 2
 l'article 3
 l'article 11
 l'article 11
 l'article 12

L'article 15
 l'article 719
 l'article 15

L'article 15
 l'article 15
 l'article 15
 l'article 16
 l'article 16
 l'article 17
 l'article 17