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Timestamp: 2017-05-29 03:54:06+00:00

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Accueil > Numéros > 54 > Phonologie et phonétique
1.1.1. Système vocalique
1.1.2. Nasale syllabique
1.1.3. Système consonantique
1.2. Phonétique
1.2.1. Sons vocaliques
1.2.2. Sons consonantiques
1.2.3. Réalisation phonétique des voyelles nasales, les sonantes nasales
1.2.4. Réalisation phonétique de la nasale syllabique /ŋ/
1.2.5. Voyelles nasales [o̰] vs [ɔ̰], [ḛ] vs [ɛ̰]
1.2.6. Sonantes nasales longues
1.2.7. Réalisation phonétique de /kw/, /gw/
1.2.8. Son [r]
1.2.9. Son [h]
1.3. Prosodie
1.3.1. Système tonal
1.3.2. Contour tonal « bas – moyen – bas »
1.3.3. Intonation
1.3.3.1. Abaissement du ton à la fin de la phrase
1.3.3.2. Intonation d’interrogation
1.3.3.3. Ton montant et ultra-haut
1.4. Principes d’orthographe
1.5. Phonotactique
1.5.1. Groupes consonantiques
1.5.2. Structure syllabique
1.5.3. Structures à plus d’une voyelle : intégration des éléments
1.5.3.1. Harmonie vocalique
1.5.3.2. Distribution des consonnes en position initiale et intervocalique
1.5.3.3. Combinaison de plusieurs facteurs
1.5.4. Conclusion
1.6. Morphonologie
1.6.1. Assimilation progressive des marqueurs vocaliques
1.6.2. Assimilation générée par les marqueurs 1sg ŋ(ŋ)
1.6.3. Fusion avec le marqueur de relativisation (ton haut flottant)
1.6.4. Autres cas de fusion
1.6.4.1. Fusion des marqueurs grammaticaux et des lexèmes auxiliaires
1.6.4.2. Fusion des verbes et des copules
1.6.4.3. Fusion des marques pronominales
1.6.4.4. Lexicalisation
1.7. Variantes phonétiques
1.8. Quelques spécificités du débit rapideHaut de page
1Cet article est divisé en huit sections. §1.1 présente les données sur le système phonologique de la langue. §1.2 expose les données sur le système phonétique. Il s’ensuit alors l’explication des caractéristiques prosodiques (le système tonal et l’intonation, §1.3). §1.4 présente les principes d’orthographe que nous avons adoptés pour le mano et qui seront adoptés tout au long du texte de ce travail. §5 est consacré à la phonotactique et aux règles de distribution des phonèmes au sein des structures compactes, les pieds métriques. Les règles morphonologiques d’assimilation et les cas de fusion sont regroupés en §1.6. Les variantes phonétiques des lexèmes et leurs types sont présentés dans §1.7. Quelques spécificités du débit rapide sont exposées dans §1.8. 1.1. Phonologie
L’inventaire des voyelles en mano est présenté dans le Tableau 1.1.
Tableau 1.1. Inventaire des voyelles du mano
2L’inventaire des voyelles nasales en mano est réduit par rapport aux voyelles orales. Les voyelles nasales ne distinguent que trois degrés d’ouverture : ouvertes, moyennes et fermées, alors que les voyelles orales en distinguent quatre : ouvertes, semi-ouvertes, semi-fermées et fermées.
3Les règles d’assimilation vocalique en mano prennent en compte le degré d’ouverture des voyelles. Ainsi, les mêmes règles s’appliquent aux voyelles orales semi-ouvertes, d’une part, et aux voyelles nasales d’ouverture moyenne d’autre part, ce qui justifie le positionnement de ces dernières dans le tableau. Pour plus de détails cf. §1.6.1.
4Les sons vocaliques longs et les séquences de deux sons vocaliques différents sont des combinaisons bi-phonémiques, d’où leur absence dans le tableau. Pour les arguments en faveur de cette interprétation, cf. §1.3.1.
5La nasale syllabique /ŋ/ peut constituer le noyau syllabique, figurant dans certaines positions caractéristiques des voyelles (elle figure dans les structures ŋ(ŋ), CVŋ, elle ne figure cependant pas dans la structure Cŋ). En même temps /ŋ/ ne figure pas dans les positions propres aux consonnes, c’est-à-dire dans la position de l’attaque syllabique (dans les structures ŋV(V)). Au niveau phonétique, dans la structure ŋ(ŋ), ce phonème se réalise comme un son consonantique, tandis que dans la structure CVŋ, ce phonème se réalise comme un son vocalique (voir §1.2.4). Il peut avoir des réalisations phonétiquement longues ou brèves ; son ton est distinctif.
6Notons que la nasale syllabique a la même notation que la consonne vélaire /ŋ/ (voir dans la section suivante). Or, il y a toujours un diacritique tonal lorsqu’il s’agit de la nasale syllabique, à la différence de la consonne. Même si la nasale syllabique peut se réaliser comme un son consonantique, le fait qu’elle porte toujours le ton sert à motiver le contraste phonémique entre la nasale syllabique et la consonne nasale vélaire.
L’inventaire des consonnes en mano est présenté dans le Tableau 1.2.
Tableau 1.2. Inventaire des consonnes du mano
vélaires labialisées
plosives sourdes
plosives sonores
sonantes orales
sonantes nasales
7La distribution des sonantes nasales et orales est réduite par rapport aux autres consonnes, par conséquent, le statut phonologique de ces consonnes est dans une certaine mesure problématique. Voir §1.2.3 et §1.9.1.
8Notons que la consonne vélaire /ŋ/ a la même notation que la nasale syllabique (cf. la section précédente).
9La réalisation phonétique des voyelles après les consonnes nasales demande une analyse particulière. Voir §1.2.3.
10La nasale syllabique /ŋ/ en position finale se réalise comme un son vocalique nasal [ḭ] ou [ṵ] en fonction du lieu d’articulation de la voyelle précédente, cf. §1.2.4. Dans la structure CVŋ du parler de certains locuteurs, les voyelles se nasalisent, d’où le contraste entre les sons vocaliques nasaux, [o̰] vs [ɔ̰], [ḛ] vs [ɛ̰]. Cependant, le degré de cette nasalisation demande une étude particulière. Cf. §1.2.5.
11Le son consonantique [h] (fricatif sourd) n’a été attesté que dans deux lexèmes. Ce nombre étant extrêmement restreint, nous ne considérons pas le son consonantique [h] comme un phonème, cf. également §1.2.9. Similairement, le son consonantique [r] n’apparaît que dans les emprunts ; sinon il est en variation libre avec [l]. Voir §1.2.8.
1 Je remercie Dmitriy Idiatov pour son aide concernant l’analyse phonétique.
12La sonante /w̰/ se réalise soit comme une sonante vélaire [ŋ] avec, comme articulation secondaire, une labialisation plus ou moins importante, soit comme une approximante labio-vélaire [w̰] : /w̰ɔ́/ [ŋɔ́] ‘chose’ vs /w̰íí/ [w̰íí] ‘cheveux blancs’. La distribution de ces allophones demande une analyse particulière1.
13En position isolée, la nasale syllabique /ŋ/ se réalise comme [n] : /ŋŋ/ [ǹǹ] ‘oui’. Lorsque ce phonème figure dans les autres mots de structure ŋ(ŋ) qui sont tous des pronoms ou des marques pronominales, il se réalise comme une sonante nasale assimilée par le lieu d’articulation à la consonne initiale du mot suivant (c’est-à-dire, comme [m], [n], [ɲ], [ŋ], [w̰]). La combinaison de ce phonème avec les consonnes /ɓ/, /m/ ; /l/, /n/ ; /j/, /ɲ/ ; /w/, /w̰/ et, plus rarement, /k/, /g/ se réalise comme une sonante nasale longue ou semi-longue : [m:], [n:], [ɲ:] ; [w̰:] respectivement, cf. §1.2.6.
14Les sons consonantiques se distinguent les uns des autres par leurs caractéristiques combinatoires. Les paramètres clefs sont : 1) la possibilité de combinaison avec les sons vocaliques nasaux (mis à part les sons vocaliques qui résultent de la nasalisation positionnelle dans les séquences du type CVŋ, cf. §1.2.5), 2) la possibilité de combinaison avec les sons vocaliques oraux de quatre degrés d’ouverture (ou, autrement dit, l’existence des oppositions [Ce] vs [Cɛ], [Co] vs [Cɔ]). Les caractéristiques combinatoires des sons consonantiques sont résumées dans le Tableau 1.3.
Tableau 1.3. Combinatoire des sons consonantiques
2 Sauf deux emprunts du français, [plà̰díì] ’apprenti’ et [lá̰bóō] ‘lampe’.
CṼ
[Ce] vs [Cɛ], [Co] vs [Cɔ]
[ɲ], [w̰]
[m], [n], [ŋ]
[ɓ], [l], [j], [w]
Tous autres sons consonantiques
15Les sonantes autres que [ɓ], [l], [j], [w], [m], [n], [ɲ], [ŋ], [w̰] se combinent avec tous les types de sons vocaliques et forment des paires minimales et quasi minimales comme les suivantes :
[gbáá] ‘côté’ vs [gbá̰á̰] ‘charpente’,
[gbē] ‘fils’ vs [gbɛ̄ɛ̄] ‘autre’ vs [gbɛ̰̀] ‘poser’.
16Après les sons consonantiques [ɓ], [l], [j], [w], [m], [n], [ɲ], [ŋ], [w̰] l’opposition phonologique par nasalité des voyelles semble se neutraliser ; dans tous les cas, nous n’avons aucune paire minimale avec une opposition claire par la nasalité. Quant aux sons consonantiques [ɓ], [l], [j], [w], le son vocalique suivant est toujours oral, alors que dans le cas des sons consonantiques [m], [n], [ɲ], [ŋ], [w̰] le degré de nasalité du son vocalique suivant peut varier, souvent pour le même mot. Les sons consonantiques [ɲ] et [w̰] ne se combinent qu’avec trois degrés d’ouverture des sons vocaliques, alors que tous les autres sons consonantiques de la liste en question se combinent avec quatre degrés d’ouverture.
[ɲɛ̄] ‘finir’, mais [yē] ‘accoucher’ vs [yɛ̄] ‘commissionner’ ;
[yèŋēlè] ‘grille’ vs [yɛ̀ŋɛ̀lɛ̀] ‘lent’ ;
[pánē] ‘bol’ vs [pɛ́nɛ̄ɛ̄] ‘aujourd’hui’ ; [ló] ‘aller’ vs [lɔ́] ‘acheter’.
17Comme nous pouvons voir dans le Tableau 1.3, il n’y a pas de distribution complémentaire dans les paires des sons consonantiques [ɓ] et [m], [l] et [n], [j] et [ɲ], [w] et [w̰] : notamment, tous les sons consonantiques semblent se combiner avec les sons vocaliques oraux. Par conséquent, nous préférons considérer ces sons consonantiques comme des phonèmes indépendents : /ɓ/, /m/, /l/, /n/ etc. La restriction de la combinatoire est le plus probablement due à la phonologisation récente des consonnes nasales. 18Cependant, il existe un contexte de neutralisation de l’opposition entre les consonnes /m/ et /ɓ/, /n/ et /l/, /ɲ/ et /j/, /w̰/ et /w/ respectivement, voir §1.2.6.
19En ce qui concerne le statut phonologique des voyelles qui suivent ces consonnes, l’argument est le suivant. Il existe des paires minimales ou quasi-minimales du type CV1V2 vs CV1ŋ, dans lesquelles /ŋ/ se réalise somme une voyelle nasale (cf. §1.2.4) : [ɓɛ́ī] ‘ami’ vs [ɓɛ́ḭ̀] ‘ami’ (← ɓɛ́ī ‘ami’+ mì ‘personne:CS’) ; [mɛ́ī] ‘quelque chose’ vs [mɛ́ḭ́] ‘jugement’ ; [kpóú] ‘même’ vs [kpóṵ́] ‘monde’. Leur existence est un argument en faveur de l’interprétation des voyelles qui suivent les sons consonantiques nasaux en tant que voyelles orales. Si ce n’était pas le cas, comme les deux voyelles dans la structure CVV doivent s’accorder par la nasalité (cf. §1.5.3.1), les deux voyelles seraient nasales, par conséquent, l’opposition par nasalité n’aurait pas lieu. Par conséquent, nous considérons que les voyelles qui suivent les sons [ɓ], [l], [j], [w], [m], [n], [ɲ], [ŋ], [w̰] en tant que voyelles orales.
/Ŋ́ŋ̀
mɛ̀nɛ̄
gɛ̰̀./
voir:JNT
‘Il m’arrive de voir un serpent.’
Figure 1.1. Réalisation phonétique de /ŋ/Agrandir Original (jpeg, 128k)
20Sur la Figure 1.1, dans le segment ŋ́ŋ̀ nous pouvons observer très nettement le premier formant, ce qui est typique des sons consonantiques nasaux, tandis que le deuxième formant qui reflète le lieu d’articulation ne se distingue pas. Par conséquent, du point de vue acoustique dans cette position (les structures du type ŋ(ŋ)) la nasale syllabique /ŋ/ se réalise comme un son consonantique. Dans les structures du type CVŋ ce phonème se réalise (sauf en débit très lent) comme un son vocalique fermé, postérieur si précédé par une voyelle postérieure ou /a/, et antérieur si précédé par une voyelle antérieure : [sɔ̀ṵ] /sɔ̀ŋ̄/ ‘caractère’, [kpóṵ̄] /kpóŋ̄/ ‘porte’, [làṵ́] /làŋ́/ ‘nouvelle’, [gɛ̀ḭ́] /gɛ̀ŋ́/ ‘tige’ ; [séḭ́] /séŋ́/ ‘tous’ ; [ɓéḭ́] /ɓéŋ́/ ‘petit’. 1.2.5. Voyelles nasales [o̰] vs [ɔ̰], [ḛ] vs [ɛ̰]
21Dans le parler de certains locuteurs et notamment C.S. nous avons remarqué une tendance à la nasalisation de tous les sons vocaliques dans la structure CVŋ. Les lexèmes cités ci-dessus seront prononcés de la manière suivante : [sḛ́ḭ́] /séŋ́/ ‘tous’, [kpó̰ṵ̄] /kpóŋ̄/ ‘porte’, [gɛ̰̄ḭ́] /gɛ̄ŋ́/ ‘orange’, [sɔ̰̀ṵ̄] /sɔ̰̀ŋ̄/ ‘caractère’. Par conséquent, dans ces contextes apparaît l’opposition entre les sons vocaliques nasaux semi-fermés et semi-ouverts [o] vs [ɔ], [ḛ] vs [ɛ̰]. Les lexèmes à l’initiale /ɓ/, /l/, /j/, /w/ ne font pas exception ; ces consonnes se réalisent sous forme de leurs allophones oraux : [wḛ́ḭ́] /wéŋ́/ ‘sel’, [ɓḛ́ḭ́] /ɓéŋ́/ ‘petit’ ; [là̰ṵ́] /làŋ́/ ‘nouvelle’. Le degré de cette nasalisation demande une étude particulière.
3 Dans le cas des consonnes orales /ɓ/, /l/, /j/, /w/, il n’est pas toujours clair s’il s’agit d’une (...)
4 Sur l’approximante labiovélaire, voir également 1.2.3.
22Certaines marques pronominales ayant la structure ŋ(ŋ) suivies par un lexème à initiale /ɓ/, /m/, /l/, /n/, /j/, /ɲ/, /w/, /w̰/ s’assimilent à cette dernière par le lieu d’articulation. Le résultat de cette assimilation est une sonante longue ou semi-longue3 [m:], [n:], [ɲ:], [w̰:]4 qui porte le ton de la marque pronominale.
Ŋ̄ ló-pɛ̀lɛ̀.
aller-inf
‘Je vais’ ; représentation phonétique : [n̄n̄ópɛ̀lɛ̀].
‘Je vais (habituellement)’ ; représentation phonétique : [ńǹō].
nū-pɛ̀lɛ̀.
‘Je viens’ ; représentation phonétique : [n̄n̄ūpɛ̀lɛ̀].
‘Je viens (habituellement)’ ; représentation phonétique : [ńǹū].
23Ainsi, ce contexte est un contexte de neutralisation de l’opposition entre les consonnes /l/ vs /n/, car les deux phonèmes se réalisent de la même manière. Les phonèmes /ɓ/ et /m/, /j/ et /ɲ/, /w/ et /w̰/ se neutralisent similairement.
24Si les sons consonantiques longs [m:], [n:], [ɲ:], [w̰:] résultent d’un processus d’assimilation régulier, le son consonantique [ŋ:] apparaît dans quelques contextes seulement, à savoir dans les combinaisons du pronom non-sujet ŋ̄ et de l’un des trois lexèmes commençant par /k/ ou /g/ :
[ŋ̄ŋ̄ɛ̀lɛ̀]
‘ma main’
[ŋ̄ŋ̄é]
‘mon ventre’
[ŋ̄ŋ̄á]
‘avec moi’
Pour plus de détails sur ce processus, ainsi que d’autres cas de nasalisation, cf. §1.6.3.
25Les consonnes vélaires labialisées /kw/, /gw/ combinées avec les voyelles antérieures /e/ ou /ɛ/ sont prononcées par certains locuteurs comme la combinaison d’un son consonantique vélaire et d’un son vocalique postérieur : ce sont des paires comme /kwɛ̄ī/ [kɔ̄ī] ‘fagot’ et /kwɛ̀nɛ̀/ [kɔ̀nɛ̀] ‘aubergine’.
26Cette variation n’est pas une opération phonétique régulière, parce qu’il y a des lexèmes qui ne montrent pas de variation. Voire une paire de lexèmes qui sont identiques au niveau segmental mais diffèrent par le contour tonal. Un seul des lexèmes manifeste une variation : /kwɛ̰̀ŋ̀/ [kɔ̰̀ŋ̀] ‘arbre (dont on fabrique le charbon de bois)’ vs /kwɛ̰́ŋ́/ *[kɔ̰́ŋ́] ‘arbre (dont les fruits servent à attraper des poissons)’. 27Dans les séquences à vélaire initiale /k/ ou /g/ du type KV1V2 qui comportent une consonne vélaire et deux voyelles postérieures dont V2 est plus ouverte que V1, V1 peut subir une réduction, ce qui entraîne que la consonne K peut se prononcer comme une labio-vélaire : /gùò/ [gwò] ‘arachide’.
28Dans les lexèmes d’origine mano, [r] est souvent en variation libre avec /l/ dans la position intervocalique des structures CVlV :
[Zàwòlò] ~ [Zàwòrò] ‘Zaouolo (prénom masculin)’ ; [-pɛ̀lɛ̀] ~ [-pɛ̀rɛ̀] marque d’infinitif ;
[sɛ́lɛ́] ~ [sɛ́rɛ́] ‘très blanc’.
29Hormis les contextes de variation libre, [r] n’est présent que dans des emprunts (ārzānā ‘paradis’ < arabe al-jannah ; frí ‘libre’ < anglais free, frā̰sé < français, notons dans ces lexèmes des groupes consonantiques qui ne sont pas présents dans les lexèmes d’origine mano), y compris occasionnels (1.4), et les onomatopées (1.5).
bɛ̰̀ɛ̰̄
‘Cela ne fait pas partie de notre programme’.
Gɔ̰́
dìè
homme:FOC
passer:JNT
nāà
rururu.
chercher.ger
‘Cet homme a maintenant commencé à fouiller dans cet endroit pour la prendre (une enveloppe avec du sel et du poivre)’.
30Le son [h] n’a été attesté que dans deux lexèmes : c’est un nom hānì ‘lieu d’initiation des filles’ (du guerzé hànìŋ̂ ‘initiation des filles’) et un adverbe háá ‘longtemps’ qui marque une distance temporelle ou spatiale et peut être employé avec un ton ultra-haut et/ou avec /s/ au lieu de [h] à l’initiale (1.6, 1.7).
Óò
kílī
ha̰̋a̰̋.
3pl.ipfv>3sg
s’asseoir:IPFV
‘Ils les mettent l’un sur l’autre jusqu’en haut’.
tííkpé.
en.ce.moment
‘Il y a longtemps nous étions petits’.
31Comme les sons [r] et [h] n’apparaissent que dans un nombre très limité de lexèmes, nous ne les considérons pas comme des phonèmes.
32En mano, trois niveaux tonals sont distingués : ton bas (B), ton moyen (M) et ton haut (H), qui sont marqués par des signes diacritiques respectifs : accent grave, une barre horizontale, accent aigu.
lɛ̀ ‘lieu’ : lɛ̄ copule : lɛ́ relativiseur
33Les voyelles portent des tons simples. Les contours tonals complexes se réalisent sur les séquences de voyelles, y compris sur les sons vocaliques longs ; quant aux sons vocaliques brefs, ils ne portent les contours tonals complexes que suite à une contraction en débit rapide (cf. §1.3.2, §1.8). Ce fait justifie notre interprétation des sons vocaliques longs en tant que combinaisons de voyelles brèves et non pas comme des phonèmes à part.
34À de rares exceptions près, les séquences de voyelles dans les lexèmes non-dérivés aussi bien que dérivés ne contiennent pas plus de deux voyelles. Par conséquent, hormis ces rares lexèmes contenant la séquence CVVV et quelques autres exceptions que nous introduisons par la suite, les contours tonals ne peuvent pas avoir plus de deux composantes. Or, il n’y a pas de restrictions quant aux combinaisons de tons :
ɓòò
‘bambou’
‘pluie’
kpɔ̀ɔ́
‘cauri’
nɔ̄ɔ̀
‘ici’
‘brousse’
gáà
béī
‘manioc’
‘épervier’
5 Il est intéressant de noter que les séquences de voyelles identiques ont toutes le contour ascendan (...)
35En ce qui concerne les lexèmes contenant la séquence CVVV, nous n’en avons attesté que 10, dont un qui a une variante tonale, ce qui fait 11 instances de contours tonals tripartites. Sur 27 combinaisons tonales possibles seules 5 sont réalisées. À deux exceptions près (tíēē ‘chaud’, kɔ̀ɛ̀ɛ̀ ‘calebasse’), il s’agit du contour tonal ascendant-descendant (nɔ̀ɔ̄ɔ̀ ‘ici’, kāáà ‘n’est-ce pas ?’, lòóò ‘mère’)5.
36À part les schèmes tonals lexicaux, il existe également des formes tonales grammaticales (quatre formes de verbes, §2.5.2, et deux formes de noms, §2.2.2), ainsi qu’un marqueur de relativisation, un ton haut flottant qui s’applique au dernier élément du groupe nominal relativisé (§1.6.4).
37Comme nous l’avons évoqué plus haut, en règle générale, les séquences de deux voyelles n’ont que les contours tonals à deux composantes. La seule exception à cette règle concerne les verbes qui se terminent par une séquence CVV avec un contour tonal « bas – moyen ». La forme du gérondif / contrefactuel de ces verbes-là dans un débit normal a un schème tonal qui correspond au cumul du contour tonal lexical et du ton du suffixe, c’est-à-dire le contour « bas – moyen – bas » :
zòō ‘boiter’ + -à ‘suffix du gérondif ‘ → zo᷅à / zo᷅ò ‘boiter.ger’
38Pour plus de détails sur ces contours tonals en débit rapide cf. §1.8.
39Le mano est caractérisé par un abaissement graduel du ton vers la fin de la phrase ; ce processus est également appelé downdrift. Tous les tons, y compris les tons moyen et bas, subissent cet abaissement. La dernière voyelle dans la phrase est marquée par un abaissement supplémentaire. Cet abaissement concerne surtout le ton haut, qui se réalise comme le ton moyen, mais il peut concerner les tons moyen et bas qui se réalisent un peu plus bas que dans la position non-finale.
40Comparons la réalisation des tons dans le mot kpūú ‘court’ au milieu et à la fin de la phrase.
kpūú
‘C’est une personne de courte taille’.
41Nous pouvons voir sur la Figure 1.2, ex. (1.8) le ton montant du mot kpūú ‘court’ qui descend à la fin sur la copule lɛ̄ arrivant à un niveau plus bas qu‘il n’était sur la voyelle du mot mīī ‘personne’ et la première voyelle du mot kpūú ‘court’.
Figure 1.2. Tonogramme 1. Abaissement final-1Agrandir Original (png, 6,2k)
kpéná
‘Tu as un petit menton’.
42On peut remarquer sur la Figure 1.3, ex. (1.9) que le ton du mot kpūú ‘court’ est réalisé comme un ton moyen régulier ; on peut remarquer aussi que son ton et le ton de la marque pronominale lɛ̄ sont plus bas que le ton du pronom ī, ce qui met en évidence le downdrift ou l’abaissement final du ton moyen (il est difficile de postuler le downdrift dans une phrase si courte).
Figure 1.3. Tonogramme 2. Abaissement final-2Agrandir Original (png, 5,8k)
43En général, dans l’interrogation la voyelle finale est allongée, mais il n’y a pas d’intonation particulière ; cependant, l’abaissement final supplémentaire se voit annulé, comme dans l’exemple (1.10), Figure 1.4. Dans certains cas, comme dans l’exemple (1.11), Figure 1.5, l’interrogation est marquée par le ton montant.
Figure 1.4. Tonogramme 3. Intonation d’interrogation-1Agrandir Original (png, 6,3k)
lɛ̄ ?
‘C’est une mensonge ?’
Figure 1.5 Tonogramme 4. Intonation d’interrogation-2Agrandir Original (png, 6,1k)
lɔ́í ?
‘Tu vas au marché ?’
44Certaines interjections et particules ont un ton ultra-haut : tútú [tűtű] ‘tout’, pé [pe̋] ‘tellement’. Comme ce ton n’apparaît que dans un nombre de lexèmes très restreint et qu’il n’existe pas de paires minimales dans lesquelles le ton haut contrasterait avec le ton ultra-haut, nous ne considérons pas ce dernier comme un tonème à part mais comme une réalisation du ton haut.
45Les salutations sont marquées par un ton montant et, facultativement, par l’allongement de la dernière voyelle.
Figure 1.6. Tonogramme 5. Ton montant des salutations-1Agrandir Original (png, 4,4k)
ī túòwàā !
[ ītóāa̋ ]
‘Bonsoir !’
Figure 1.7. Tonogramme 6. Ton montant des salutations-2Agrandir Original (png, 4,7k)
kā túòwàā mɔ́ !
[kā tóámɔ̋]
‘Bonsoir à vous aussi !’ (mɔ́ marque la réponse à la salutation.)
46Cette section est consacrée aux règles que nous adoptons pour transcrire les textes et les lexèmes isolés du mano. Dans la plupart des cas, la notation orthographique correspond à la transcription phonologique avec quelques modifications, et notamment :
Toutes les consonnes bifocales (k͡p, g͡b, /kw/, /gw/, y compris l’approximante labio-vélaire /w̰/) sont représentées sous forme de digraphes (kp, gb, kw, gw, ŋw).
Le phonème /j/ est transcrit comme y, suivant la tradition adoptée dans les orthographes ouest-africaines.
La nasalisation des consonnes par assimilation après la nasale syllabique /ŋ/ ou les voyelles nasales (cf. §1.2.6, §1.6.3) et la nasalisation éventuelle des voyelles après les consonnes nasales, ainsi que dans la structure CVŋ ne sont pas marquées.
L’assimilation des voyelles et la fusion (cf. §1.6.1, §1.6.5) sont représentées, alors que les changements tonals liés à l’intonation (cf. §1.3.3) ne sont pas marqués.
47L’orthographe que nous adoptons est proche de celle qui a été utilisée dans les documents en mano publiés au Libéria par des missionnaires, et notamment dans la traduction du Nouveau Testament en mano. Les différences se résument comme suit :
Dans l’orthographe libérienne, seuls les tons bas et haut sont marqués ; le ton moyen est exprimé par l’absence de diacritique tonal (dɔ̄ ‘arrêter’ dans l’orthographe libérienne est marqué comme dɔ) ;
Les marques pronominales de la 1re personne sg qui contiennent le phonème /ŋ/ sont écrites comme n et nn (en fonction de la structure de la marque), ou bien comme m et mm, ou comme ŋ et ŋŋ. Plusieurs marquages peuvent être adoptés pour la même source. Dans la traduction du Nouveau Testament, il s’agit de m et mm. Nous avons adopté un orthographe uniforme et notons /ŋ/ par ŋ ;
Le phonème /ŋ/ au final est marqué soit comme ṵ, s’il est précédé d’une voyelle postérieure ou /a/, ou par ḭ, s’il est précédé d’une voyelle antérieure, suivant la représentation phonétique (làṵ́ pour /làŋ́/ ‘nouvelle’). Là encore, nous marquons /ŋ/ final par ŋ ;
/w̰/ est marquée par w, la voyelle qui suit est écrite avec une marque de nasalisation. Nous la marquons par ŋw.
48Les groupes consonantiques ne sont attestés que dans quelques emprunts : frā̰sé ‘France’, frí < ang. ‘libre’, sàfná < malinké ‘savon’, ārzānā < arabe ‘paradis’. Dans le dernier cas, le groupe consonantique a tendance à la simplification, le lexème ayant une variante simplifié, āzānā.
49Dans les lexèmes d’origine mano, les groupes consonantiques apparaissent au niveau phonétique : ce sont notamment les sonantes longues qui résultent de l’assimilation des consonnes /ɓ/, /m/, /l/, /n/, /j/ et /w/ (voir §1.6.3) et les groupes consonantiques qui apparaissent suite à la contraction des séquences CVlV qui se réalisent comme ClV (voir §1.8). Ces groupe consonantiques ne sont pas notés dans l’orthographe, qui suit la représentation phonologique, et non pas phonétique.
50Dans l’analyse qui suit, nous allons utiliser le terme « structure » par lequel nous entendons une séquence d’une certaine structure syllabique (CVV, CVCV, etc.) qui peut constituer ou faire partie d’un lexème, composé ou non-composé. À l’exception de quelques marques pronominales ayant la structure ŋ(ŋ), la nasale syllabique n’est examinée que dans la position de coda, où elle se réalise comme un son vocalique nasal (voir §1.2.4) ; par conséquent, nous la marquons comme une voyelle (V).
51La plupart des lexèmes non-composés ont la structure CV, CVV, CVCV. Les structures avec des codas consonantiques comme CVC ou CVVC ne sont pas attestées. Quelques lexèmes ont également la structure V(V) (les marques pronominales pour la plupart) ou, plus rarement encore, VCV(V). La plupart des lexèmes ayant la structure CVVCVV ou CVCVCVCV sont des redoublés non-motivés : plus de la moitié des noms (nɛ̀ɛ̀nɛ́ɛ́ ‘bercement’, gbìnīgbìnī ‘terreur’), tous les verbes (lìèlīē ‘se refroidir’, bɔ̀nɔ̄bɔ̄nɔ́ ‘battre (les œufs)’), tous les adjectifs (nɛ́íŋ́nɛ̀ìŋ̀ ‘doux’, dɔ́lɔ́dɔ́lɔ́ ‘lent’) et quasiment tous les adverbes (tíētíēē ‘vite’, mànàmànà ‘rapidement’). 7 % de l’ensemble du lexique sont des lexèmes avec une structure plus complexe que CVCV (CVCVV, CVVCV, CVVCVV...), n’étant ni composés, ni redoublés.
52Dans cette section, nous montrerons qu’en mano, il y a des restrictions sur les combinaisons des éléments au sein des structures à plus d’une voyelle (CVV, CVCV, CVVCV etc.), à savoir des restrictions sur l’inventaire des consonnes dans la position intervocalique, ainsi que sur l’harmonie vocalique par la nasalité et le lieu d’articulation. Ces restrictions s’appliquent beaucoup plus aux structures non-composées qu’aux structures composées. Nous en tirons la conclusion qu’en mano, la notion phonotactique de pied métrique, qui est défini comme une unité avec une plus forte intégration des segments à l’intérieur de cette unité qu’à ses frontières (Kuznetsova 2007 : 20), est opératoire, et que la plupart des lexèmes non-composés sont phonotactiquement des pieds métriques.
6 Je remercie Andrey Indukaev pour son aide avec la programmation et la statistique. Je remercie égal (...)
53Nous avons mené une étude quantitative6 basée sur un lexique qui compte 1958 mots notés suivant les règles d’orthographe que nous avons décrites dans §1.4. Les variantes tonales, prédicats complexes (N + V), les noms propres et les emprunts sont exclus. La liste générale sera labellisée liste A. Nous avons distingué les mots composés dans la liste B1 (sur les mots composés, surtout les noms, voir §2.2.1) et nous avons séparé les composantes par des traits d’union (liste B2). Les mots non-composés sont réunis dans la liste C. Comme nous le verrons plus loin, les lexèmes de la liste B2 se comportent comme les lexèmes non-composés, puisque les combinaisons des phonèmes autour des frontières ne sont pas prises en compte. Résumons les données sur les listes de mots que nous utilisons :
liste totale ;
mots composés, composantes non-séparées ; B2
mots composés, composantes séparées ;
mots non-composés.
54Si un lexème fait également partie d’un lexème composé, il est compté plusieurs fois. Si nous ne mentionnons pas explicitement le type de la liste, il s’agit de la liste totale.
55Dans notre lexique, sont attestées 2084 structures CVV et 10 structures CVVV. Il se trouve que dans ces structures, les voyelles antérieures et postérieures, ainsi qu’orales et nasales, ne se combinent pas. Il n’y a que cinq exceptions à cette règle, dont trois sont des lexèmes composés : lɔ́í ‘marché’ (< lɔ́ɔ́ + yí ‘commerce + dans’), kōē ‘1pl.emph’, ōē ‘3pl.emph’ (–ē est un formant des pronoms de la série emphatique), et l’adverbe pútṵ̄ṵ́pùé ‘trop’. Les voyelles semi-ouvertes et semi-fermées (/e/ et /ɛ/, /o/ et /ɔ/) ne se combinent pas non plus dans le cadre de la même structure CVV ou CVVV. Plus de la moitié des structures (1128, soit 54 %) sont des combinaisons avec des voyelles identiques (gbóó ‘sanglot’, kàā ‘crochet’), sont également assez fréquentes les combinaisons ɛi (114 cas, bɛ̀ī ‘être capable’, ɓɛ́ī ‘ami’), ie (103 cas, bīē ‘éléphant’, gbíē ‘coupe-coupe’), uo (64 cas, kúò ‘tortue’, gbùò ‘grand’), ei (52 cas, béī ‘manioc’, gèì ‘acajou’), ainsi que les combinaisons du type Va (131 au total, kpɔ́à ‘plantation abandonnée’, kɔ̀ā ‘aigle’).
56Dans les séquences VCV, l’harmonie vocalique est une tendance plutôt qu’une règle. Sur 2120 séquences VCV, dans 13 %, ou 283 cas seulement dans la liste totale, les voyelles antérieures se combinent avec les voyelles postérieures et/ou diffèrent par la nasalité ; par contre, dans 47 % des cas les voyelles sont identiques. Cependant, si l’on regarde la liste des mots non-composés (C), ainsi que celle des mots composés, tout en faisant attention aux frontières entre les composantes (B2), le taux de séquences avec des voyelles non-harmoniques diminue, alors que le taux de séquences avec des voyelles identiques augmente. Ainsi, dans le mot composé tòlòpɛ̀ ‘animal domestique’ aux composantes séparées (tòlò ‘élever’ et pɛ̀ ‘chose:IZF’) la séquence VCV est comptée une fois (òlò). Pour les mots composés aux composantes non-séparées, par contre, ce premier chiffre est plus important et le deuxième, moins important. Ainsi, pour le même lexème tòlòpɛ̀ la séquence VCV est comptée deux fois (òlò et òpɛ̀). Nous pouvons conclure que les mots non-composés ont tendance à comporter des séquences VCV avec des voyelles harmoniques par le lieu d’articulation, voire des voyelles identiques (voir le Tableau 1.4).
Tableau 1.4. Harmonie par lieu d’articulation : séquences VCV avec voyelles non-harmoniques et identiques
voyelles non-harmoniques
voyelles identiques
7 Nous avons utilisé le calculateur disponible sur internet, http://graphpad.com/quickcalcs/contingen (...)
57Analysons les deux paramètres de l’harmonie vocalique à l’aide du test exact de Fisher7. Les données ont été comparées par paires en tableaux de contingence 2x2. L’application du test a prouvé que la différence entre les listes en fonction de la distribution du paramètre de l’harmonie vocalique (avec deux valeurs : voyelles identiques et voyelles non-harmoniques) est statistiquement significative (avec p<0.0001). Autrement dit, le taux de lexèmes avec les voyelles harmoniques et non-harmoniques dépend fortement du type de lexème (composé ou non-composé).
58Les consonnes ne sont pas distribuées d’une façon équilibrée dans les positions initiale et intervocalique, les consonnes l et n étant employées dans la position intervocalique beaucoup plus fréquemment que les autres. De plus, dans les unités (lexèmes ou parties de lexèmes) non-composées, la probabilité d’avoir la consonne l ou n en position intervocalique est plus importante que dans les lexèmes composés.Toutes les autres consonnes sont distribuées plus ou moins régulièrement dans les positions initiale et intervocalique, le fait qu’un lexème donné est composé n’influe pas sur leur distribution (voir les Tableaux 1.5a et 1.5b).
59Analysons la fréquence des consonnes l, n et k en position initiale et intervocalique à l’aide du test exact de Fisher. La différence de distribution entre l et n s’avère statistiquement non-significative dans toutes les listes, mis à part la liste B2, alors que la différence de distribution entre l et k est toujours significative.
Tableau 1.5a. Distribution des consonnes l, n et k en position initiale
l : init.
n : init.
k : init.
Tableau 1.5b. Distribution des consonnes l, n, ŋ et k en position intervocalique
l : intervoc.
n : intervoc.
k : intervoc.
ŋ : intervoc.
60Dans cette section, nous considérons les combinaisons de plusieurs facteurs : structure syllabique, harmonie vocalique, consonne intervocalique. Dans le schéma suivant, nous représentons l’ordre dans lequel nous allons considérer les différentes combinaisons des facteurs :
consonne intervocalique
611. Dans les séquences VCV, les consonnes intervocaliques l, n et ŋ sont plus fréquemment entourées des voyelles identiques que des voyelles non-identiques (voir Tableau 1.6). Pour toutes les autres consonnes, la proportion est en faveur des voyelles non-identiques, 8 n’ont pas du tout d’emplois avec des voyelles identiques. Tableau 1.6. Séquences VCV : voyelles identiques / voyelles non-identiques
l : voyelles ident.
l : voyelles non-ident.
n : voyelles ident.
n : voyelles non-ident.
ŋ : voyelles ident.
ŋ : voyelles non-ident.
622. Les consonnes l, n et ŋ préfèrent clairement la position intervocalique des structures CVCV, alors que toutes les autres consonnes se trouvent dans cette position à peine plus fréquemment, voire moins fréquemment que dans la position intervocalique des autres structures (CVVCV, CVCVV, CVVCVV). Voir Tableau 1.7.
63Selon le test Fisher, la différence de distribution des consonnes l et n, l et ŋ est généralement statistiquement non-significative (mis à part la liste B1 pour l et n). Or, la différence de distribution des consonnes l et k est pratiquement toujours significative (mis à part la liste B2). Par conséquent, nous pouvons considérer la distribution cumulative des consonnes l, n et ŋ.
Tableau 1.7. Consonne intervocalique et structure syllabique
l : CVCV
l : autre
n : CVCV
n : autre
ŋ : CVCV
ŋ : autre
k : CVCV
k : autre
64Si l’on compare le taux cumulé des consonnes l, n et ŋ en position intervocalique des structures CVCV, il sera compris entre 45 et 81 %. Cependant, dans toutes les autres structures, il est de 23 à 60 %. Nous pouvons en conclure que la restriction sur l’inventaire des consonnes intervocaliques est plus forte dans les structures CVCV que dans toutes les autres (Tableau 1.8).
Tableau 1.8. Consonne intervocalique et structure syllabique
CVCV : l ; n ; ŋ / toutes les consonnes
autres structures : l ; n ; ŋ / toutes les consonnes
653. Finalement, les voyelles dans une séquence VCV coïncident plus fréquemment, lorsqu’il s’agit de la structure CVCV. Dans la liste totale, sur 1002 cas avec des voyelles identiques, dans 860 cas la structure est CVCV. Donc, les voyelles identiques dans une séquence VCV se trouve 6 fois plus fréquemment dans la structure CVCV que dans toutes les autres structures (CVCVV, CVVCV, CVVCVV), alors qu’en général, les structures CVCV sont à peine deux fois plus fréquentes que toutes les autres structures prises ensemble. Selon strictement le test de Fischer, cette différence entre les structures est significative.
66Nous pouvons conclure que la distribution des phonèmes au sein des structures à plus d’une voyelle et la structure syllabique des mots non-composés ne sont pas dues au hasard, mais s’effectuent d’après certaines restrictions :
(Structures CVV) : harmonie vocalique par lieu d’articulation (les voyelles antérieures et postérieures ne se combinant pas) et par nasalité ;
(Structures CVCV) : restriction sur l’inventaire des consonnes intervocaliques (les consonnes préférables étant l, n et ŋ) ;
(Structures CVCV) : identité des voyelles.
67De plus, les lexèmes non-composés ayant la structure CV, CVV et CVCV sont beaucoup plus fréquents que tous les autres.
68Toutes ces restrictions assurent une intégration des composantes des structures à plus d’une voyelle et leur compacité. Dans la présente section, nous avons démontré la pertinence statistique de ces facteurs, pris un à un et dans leurs combinaisons.
8 Il existe en réalité deux termes possibles pour une unité phonotactique « suprasyllabique » de ce t (...)
9 Il est important de noter que la syllabe n’est pas un constituant autour duquel la phonologie du ma (...)
69Nous avons également établi une dépendance entre le degré d’intégration des éléments au sein d’une structure et le fait que la structure donnée fasse partie d’un lexème composé ou pas : les lexèmes ou les parties de lexèmes non-composés ont un degré d’intégration des éléments plus important que les lexèmes composés. Par conséquent, de nombreux lexèmes ou parties de lexèmes non-composés peuvent être caractérisés comme des unités avec une plus forte intégration des segments à l’intérieur de cette unité qu’à ses frontières, ou des pieds métriques8 (Vydrine 2010). Par conséquent, la notion de pied métrique est opératoire pour le mano9.
70Dans §2.5.2.1-§2.5.2.5, nous montrerons la pertinence du pied métrique pour le mécanisme de formation des formes tonales des verbes : en règle générale, le ton change sur un pied ou sur une partie du pied métrique et ne se répand pas sur tout un lexème à plusieurs pieds. Par conséquent, la notion de pied métrique est non seulement descriptive et statistiquement pertinente, mais peut également être utilisée pour prédire le fonctionnement d’aspects importants de la langue.
10 Cette règle a été systématiquement vérifiée dans les paradigmes verbaux.
71La distinction entre les lexèmes à un seul pied et à plusieurs pieds serait arbitraire si l’on se basait uniquement sur la violation des restrictions sur l’intégration des composantes : faudrait-il considérer qu’il y a plusieurs pieds dans les lexèmes qui violent une seule restriction ? deux ? toutes les trois ? Cependant, le mécanisme de production des formes tonales montre que la violation d’une seule restriction entraîne l’adjonction du ton grammatical à une partie de la base verbale. Par conséquent, nous considérons comme lexèmes à plusieurs pieds métriques ceux qui violent au moins une restriction10.
72Le mano compte quatre marqueurs qui subissent une assimilation : c’est le suffixe du gérondif / contrefactuel -à, le suffixe de l’irréel / conditionnel -á, le marqueur du topique / démonstratif ā. Les suffixes -à et -á remplacent la dernière voyelle du verbe qui se termine par la séquence CVV (sùò ‘cracher’ → sùà ‘cracher.ger’ ; sùá ‘cracher.cond’. Par contre, si le verbe se termine par la structure CV, le suffixe s’adjoint directement à la base verbale (nī ‘oublier’ → nī-à ‘oublier-ger’ ; nī-á ‘oublier:COND-cond’). Les suffixes verbaux subissent une assimilation obligatoire à la voyelle précédente par nasalité, alors que pour les marqueurs du topique et pour le démonstratif, cette assimilation est facultative ; l’assimilation par le lieu d’articulation est facultative pour tous les marqueurs. Le suffixe -à peut s’assimiler à la première ou à la deuxième voyelle de la structure CVV.
Tableau 1.9. Assimilation des voyelles
suffixe –á (conditionnel, irréel) assimilation facultative après les voyelles semi-ouvertes ; pas d’assimilation après les voyelles fermées et semi-fermées nɔ̄ ‘donner’ → nɔ̄-á, nɔ̄-ɔ́ ‘donner:COND-cond’ ɓō ‘enlever’ → ɓō-á,*ɓō-ó ‘enlever:COND-cond’
marqueur ā (démonstratif, topicaliseur) assimilation facultative après tous les types de voyelles, y compris après les voyelles fermées et semi-fermées (apparaît dans les exemples obtenus par élicitation, mais n’est pas apparue dans les exemples issus du parler spontané) pɛ̰̀ɛ̰̀ ɛ̰̄, pɛ̰̀ɛ̰̀ ā̰ ‘arroser top’ sí ā, ?sí ī ‘lever top’
suffixe –à (gérondif, contrefactuel)
si dans la structure CV1V2, V2 est plus ouverte que V1, le suffixe s’assimile à la voyelle V2. Sinon le suffixe peut s’assimiler à la voyelle V1 aussi bien qu’à la voyelle V2. Les locuteurs du dialecte maa préfèrent que le suffixe s’assimile à la voyelle V1 semi-ouverte ; la variante sans assimilation et l’assimilation à une voyelle fermée ou semi-fermée reste toutefois possible gɛ̰̀ ‘voir’ → gɛ̰̀-ɛ̰̀, gɛ̰̀-à̰ ‘voir-ger’
pìè ‘souffler’ → pìà, pìè, *pìì ‘souffler.ger’
bɛ̀ī ‘réparer’ → bɛ᷅à, bɛ᷅ì, bɛ᷅ɛ̀ ‘réparer.ger’
73La possibilité d’assimilation dépend du degré de fermeture de la voyelle précédente. En fonction des dialectes, l’assimilation se produit d’une manière plus ou moins obligatoire. Les règles d’assimilation des voyelles sont résumées dans le Tableau 1.9.
74Nous pouvons remarquer que les voyelles fermées et semi-fermées s’opposent aux voyelles semi-ouvertes et ouvertes : les suffixes et les marques grammaticales s’assimilent moins systématiquement aux voyelles fermées et semi-fermées qu’aux voyelles ouvertes et semi-ouvertes. L’assimilation aux voyelles fermées et semi-fermées ne se produit pas pour le suffixe -á, et n’est pas préférable pour le marqueur ā. L’assimilation des marqueurs aux voyelles ouvertes est possible pour tous les marqueurs, étant préférable, contrairement à l’absence d’assimilation, pour le suffixe -à. Il est important de noter que les voyelles nasales /ɛ̰/ et /ɔ̰/ se comportent exactement de la même manière que les voyelles semi-ouvertes /ɛ/ et /ɔ/, c’est-à-dire qu’elles favorisent l’assimilation, ce qui a déterminé leur positionnement dans le tableau qui systématise les voyelles de la langue (cf. §1.1.1).1.6.2. Assimilation régressive
75Sont attestés quelques cas d’assimilation de la dernière voyelle du verbe ayant la structure CVCV. Cette voyelle s’assimile au suffixe du gérondif/ contrefactuel -à et, plus rarement, au suffixe du conditionnel / irréel (n’est attesté qu’un seul verbe de ce type) : bòló ‘presser’ → bòlá-à ‘presser-ger’ ; fòló ‘manquer’ → fòlá-à ‘manquer-ger’ ; fùnɔ̄ ‘devenir transparent’ → fùnā-à ‘devenir transparent-ger’ ;
tīlɛ̀ ‘se noircir’ → tílɛ̄-ɛ́, tílā-á ‘se noircir:COND-cond’.
11 Dans l’idiolecte de P.M. seules les marques pronominales qui ne sont pas fusionnées avec le pronom (...)
76Le pronom non-sujet de la 1re personne sg ŋ et quelques autres marques pronominales de la 1re personne sg de la structure ŋ ou ŋŋ11 combinés avec la consonne initiale du lexème suivant, /ɓ/, /m/, /l/, /n/, /j/, /ɲ/, /w/, /w̰/, se réalisent sous forme d’une sonante longue ou semi-longue du même lieu d’articulation que la consonne en question ([m:], [n:], [ɲ:], [w̰:]) et qui porte le ton, indice de la série de la marque pronominale (cf. §1.2.6). Voir l’exemple (1.2b) répété ici (1.14).
[ńǹō]
‘Je pars’.
77Dans des cas rares le /ŋ/ final peut provoquer une nasalisation de la consonne suivante dans la limite du groupe syntaxique. Cette assimilation ne se produit que dans le cas des lexèmes plus ou moins grammaticalisés (les postpositions, les noms relatifs désignant des termes spatiaux). Le produit de cette assimilation est toujours une sonante nasale longue (1.15) ou brève (1.16).
Āà
kpóŋ̄
[kpónné]
‘Il a fermé la porte.’
kpóŋ́
[kpónà]
‘rive’
78La nasalisation des consonnes initiales des lexèmes non-grammaticalisés (mis à part les combinaisons avec les marques pronominales) ne s’observe pas, cf. :
dèŋ̄
lɔ́-pɛ̀lɛ̀.
[dèḭ̄lɔ́] ;
*[dèn :ɔ́]
acheter-inf
‘Il achète des escargots’.
79La nasalisation de la consonne initiale d’un auxiliaire peut aussi être provoquée par la consonne nasale dans la syllabe précédente :
[w̰ūnɛ̄]
‘Tu es intelligent’.
80Voir également l’assimilation régulière de la marque de relativisation : mɛ̄ nɛ́ < mɛ̄ lɛ́ ‘que + rel’.
81Tant que la nasalisation reste un processus phonétique facultatif, nous ne la marquons pas dans la notation du lexème, et sa représentation phonologique ne change pas. Cependant, si la nasalisation devient indispensable et que la combinaison des mots se lexicalise, la notation et la représentation phonologique changent :
/kpéná/ ‘menton’ <kpéŋ́ ‘joue’ + là ‘surface’>
82En dehors de la nasalisation des consonnes /ɓ/, /l/, /j/ et /w/, nos données fournissent encore quelques exemples de nasalisation régulière des consonnes suite au contact avec un /ŋ/ précédent ; dans tous les cas le lieu d’articulation de la consonne a été préservé :
[n :àā]
‘mon père’
[ŋ :ɛlɛ]
[ŋ :é]
[ŋ :á]
[w̰ :ɔ̀]
kṵ́
[w̰ :ṵ́]
‘m’attraper’
83Notons dans les deux derniers exemples une sonante vélaire labialisée [w̰:], au lieu d’une vélaire tout court [ŋ:], à la place de la vélaire /k/. Son apparition s’explique par le fait que dans les deux cas la voyelle qui suit est une voyelle postérieure labialisée.
84Le marqueur de relativisation lɛ́ a quatre variantes libres : lɛ́, tɛ́ et ton haut flottant. Il a également une variante nɛ́ après les voyelles nasales. Ce marqueur suit le groupe nominal focalisé dans la constuction du cleft ou dans la proposition relative (la construction du cleft se forme de la même façon que la proposition relative dépendante), les groupes verbaux nominalisés sont également concernés. Comparer deux traductions possibles dans les ex. (1.20) et (1.21).
Gɔ̰̄
ɛ̰̄...
‘L’homme qu’il a vu... / C’était un homme qu’il a vu’.
‘Du fait qu’il soit venu.../ C’était venir qu’il a fait’.
85Lorsque le marqueur de relativisation se réalise comme un ton haut, et que le dernier mot dans le groupe nominal qui le précède est un nom, il peut changer le schème tonal de ce dernier. Les règles de ce changement restent à préciser. Les données dont nous disposons sont assez contradictoires. Trois possibilités ont été attestées : soit le ton du pied entier devient haut (1.22 : mīā ‘personne.pl’ → míá ‘personne.pl.rel’), soit le ton ne change que sur la voyelle finale (1.23 : kèlè ‘peau’ → kèlé ‘peau.rel’), soit le ton ne change nulle part et le marqueur de relativisation reste sous-jacent (1.24). Tous les mots ayant changé de ton avaient un seul pied métrique ; aucun mot à plusieurs pieds métriques parmi les exemples analysés n’a reçu le ton haut (1.25).
ā̰...
mīā-/
personne.pl.rel
‘Les gens qu’il a vus...’
Gɛ̄ŋ́
kèlé
kèlè-/
peau.rel
‘Du fait que j’ai épluché l’orange...’.
Ɓàlā
ɓàlā-/
tam-tam.rel
‘Le tam-tam que j’ai vu...’.
Ɓàágbù
ɓàágbù-/
dysenterie.rel
3sg.sbjv>3sg
‘La dysenterie dont il souffre...’.
86Lorsque ce sont les verbes qui fusionnent avec le marqueur de relativisation, le ton change uniquement sur la dernière voyelle (mis à part les verbes homonymiques pèŋ̀ ‘forger’ ; pèŋ̀ ‘vomir’ dont les deux dernières voyelles changent de ton) :
Nīá
nīà-/
tourner.rel
‘Du fait qu’il soit tourné...’
ɓèlé
ɓèlè-/
manger.rel
‘Du fait qu’il ait mangé la viande...’
Pèŋ́
pèŋ̀-/
vomir.rel
‘Du fait qu’il ait vomi...’
87Le pronom emphatique peut également fusionner avec le marqueur de relativisation, le changement se produit sur la dernière syllabe.
lèē
kō-/
1pl.emph.rel
nɔ́ɔ̀
sɔ́ɔ́lī.
sɔ́ɔ́lī
‘Nous (qui sommes) les enfants de ma mère, nous sommes cinq’.
La forme résultante coïncide avec la forme du pronom focalisé des mêmes personne et nombre (voir §2.7).
88En mano sont attestées des unités provenant de combinaisons de plusieurs composantes qui sont, en règle générale, des lexèmes auxiliaires. Les composantes au sein de ces unités subissent des modifications qui ne se limitent pas à des mécanismes d’assimilation réguliers et peuvent être caractérisées comme une fusion. Tous les exemples cités ci-dessous sont issus du parler spontané et ont ensuite été vérifiés par l’élicitation. Il ne s’agit donc pas de phénomènes propres au débit rapide, mais à des faits linguistiques stables. Les variantes non-fusionnées sont toutefois acceptées par les locuteurs.
89Dans les sections qui suivent, sont présentés quelques exemples d’unités portemanteaux de différentes classes grammaticales qui résultent de la fusion de plusieurs composantes. Ces unités sont classées par leur élément central.
901. ká ‘avec’
á ‘3sg.nsbj.avec’ ← à ‘3sg.nsbj’ + ká ‘avec’
-á ‘ger>3sg.avec’ ← -à ‘ger’ + à ‘3sg.nsbj’ + ká ‘avec’
91Il existe également une unité complexe à base verbale, la forme du gérondif/contrefactuel fusionnée avec la postposition ká :
dɔ̄á ‘savoir.ger.avec’ ← dɔ̄ ‘savoir’ + -à ‘ger’ + ká ‘avec’
922. lɛ́, marqueur de relativisation
93Les mécanismes d’assimilation du marqueur de relativisation lɛ́ sont nombreux et pas toujours prévisibles. Notons que la fusion de la même combinaison lɛ́ ‘rel’ + à ‘3sg.sbjv>3sg’ peut donner deux résultats différents, láà et làá. Dans le deuxième cas le contour tonal ne reflète pas les tons des unités au sein de la combinaison.
láà ‘rel.3sg.sbjv>3sg’ ← lɛ́ ‘rel’ + ā ‘3sg.pret>3sg’
láà ‘rel.3sg.sbjv>3sg’ ← lɛ́ ‘rel’ + à ‘3sg.sbjv>3sg’
làá ‘rel.3sg.sbjv>3sg’ ← lɛ́ ‘rel’ + à ‘3sg.sbjv>3sg’
94Dans l’exemple suivant, ni la base segmentale, ni le contour tonal ne s’expliquent par l’assimilation.
làá ‘rel.3sg.pret’← lɛ́ ‘rel’ + ē ‘3sg.pret’
951. verbes
kāà ‘faire.3sg’ ← kɛ̄ ‘faire’ + à ‘3sg.nsbj’
lāà ‘aller.3sg’ ← lō ‘aller:IPFV’ + à ‘3sg.nsbj’
962. copule négative wɔ́
wɛ́í ‘cop.neg>2sg’← wɔ́ ‘cop.neg’ + ī ‘2sg.nsbj’
wáí ‘cop.neg>2sg’← wɔ́ ‘cop.neg’ + ī ‘2sg.nsbj’
97La forme portemanteau de la copule négative wɔ́ fusionnée avec le pronom non-sujet de la 3e personne sg à a deux variantes tonales : soit elle a le ton haut qui est le ton de la copule, soit le ton bas qui est le ton du pronom.
wáá ‘cop.neg>3sg’← wɔ́ ‘cop.neg’ + à ‘3sg.nsbj’
wàà ‘cop.neg>3sg’← wɔ́ ‘cop.neg’ + à ‘3sg.nsbj’
98Le pronom non-sujet de la 3e personne singuler à fusionne systématiquement avec les lexèmes, surtout les éléments grammaticaux, se terminant par -a : gbāā ‘maintenant>3sg’ (gbāā ‘maintenant’), gbāā ‘neg>3sg’ (gbā ‘neg’), ā ‘top>3sg’ (ā ‘top’).
99Le système des marques pronominales mano compte beaucoup de portemanteaux qui comprennent dans leur structure sémantique le pronom non-sujet de la 3e personne sg à. C’est par exemple la marque ɓā ‘2sg.pret>3sg’ qui ne se décompose pas comme une combinaison de ī ‘2sg.pret’ et à ‘3sg.nsbj’ ayant subi une assimilation régulière. Les marques de ce type proviennent d’une base pronominale indépendante. 100Or, certaines de ces unités fusionnent avec d’autres éléments pour former des unités plus complexes encore :
làá ‘3sg.exi>3sg.avec’← lɛ̄ ‘3sg.exi’ + à ‘3sg.nsbj’ + ká ‘avec’ (cf. lāā ← lɛ̄ ‘3sg.exi’ + à ‘3sg.nsbj’)
101Les marques pronominales de la structure ŋ de la 1re personne sg fusionnent non seulement avec le pronom non-sujet de la 3e personne sg à, mais avec les autres pronoms non-sujet de la structure V : ī ‘2sg.nsbj’ et ō ‘3pl.nsbj’.
ŋwī ‘1sg.exi>2sg’ ← ŋ̄ ‘1sg.exi’ + ī ‘2sg.nsbj’
ŋwɔ̄ ‘1sg.exi>3pl’ ← ŋ̄ ‘1sg.exi’ + ō ‘3pl.nsbj’
102La plupart des pronoms coordinatifs sont analytiques mais dans certains cas les éléments qui les constituent peuvent fusionner :
kwèē, kwēē, kwèī, kwèì ‘1pl.coord.3sg’ ← kò ‘1pl.coord’ + àyē ‘3sg.emph’
103Certains lexèmes dérivés proviennent de combinaisons lexicalisées qui ont subi une fusion. Dans certains cas, il est possible de reconstruire les composants :
kɛ́ì ‘chambre’ ← ká ‘maison’ + yí ‘dans’
104Dans d’autres cas les composants ne peuvent pas être reconstruits :
zūú ‘sur la route’ ← zí ‘route’ + ?
105Les noms dérivés peuvent provenir de la lexicalisation d’un groupe nominal, verbal, postpositionnel, d’un verbe avec une postposition, etc. La lexicalisation est souvent accompagnée d’une réduction des séquences V1V1 et des sonantes longues.
yígbɔ̀ ‘cruche’ ← yíí ‘eau’ + gbɔ̄ɔ̄ ‘pot:CS’
kpéná ‘menton’ ← *[kpénnà] < kpéŋ́ ‘joue’ + là ‘sur’
106Beaucoup de lexèmes mano ont des variantes phonétiques. Le même locuteur peut employer plusieurs variantes. Les types de variation sont les suivants :
1071. Variation consonantique
a) élision d’une consonne ārzānā ~ āzānā ‘paradis’ dúwó ~ dúó ‘liane, sp.’
fàŋá ~ fàá ‘force’
gáà ~ gágà ‘fort’
gbɔ́kò ~ gbɔ́ɔ̀ ‘nombreux’
b) voisement ~ dévoisement des consonnes
kpāā ~ gbāā ‘non’
c) nasalisation de la consonne
gbálàgɛ̰̄ ~ gbánāgɛ̰̄ ‘papaye’
d) k ~ kw avant /ɔ/, /ɛ/
kwɛ̀nɛ̀ ~ kɔ̀nɛ̀ ‘aubergine’
e) gb ~ b ; b ~ ɓ bɛ̀ɛ̄ ~ ɓɛ̀ɛ̄ ‘hernie’ búnūzɛ̀ ~ gbúnūzɛ̀ ‘certains’
gbāā ~ bāā ~ ɓāā ‘maintenant’
1082. Variation vocalique
a) combinaison de deux voyelles identiques ~ une voyelle
ɓé ~ ɓéē ‘vivant’
bḭ́ ~ bḭ́ḭ́ ‘nuit’
b) voyelle nasale ~ voyelle orale
bɛ̰̀ɛ̰̄ ~ bɛ̀ī ‘aussi’
c) chute de nasale syllabique ŋ ɓùlú ~ ɓùlúŋ̀ ‘pain’
súlū ~ súlūŋ́ ‘hyène’
d) combinaison de deux voyelles identiques ~ combinaison de deux voyelles différentes fḭ̀à̰ ~ fḭ̀ḭ̀ ‘entre’ gbééyàà ~ gbéíyàà ‘lèpre’
báàlèè ~ bàlēā ‘neveu’ ɓɛ́ī ~ ɓɛ́ɛ̄ ‘ami’ kpāā ~ kpāō ‘non’
e) changement du degré de fermeture/ lieu d’articulation
féfé ~ fɛ́fɛ́ ‘encore’
bèkóló ~ bèkúlú ‘museau’ fɔ̀nɔ̄ ~ fùnā ‘devenir transparent’ kálá ~ kúlú ‘cercle’
1093. Variation tonale
kpúú ~ kpūú ‘morceau’
kwíítɔ̀ŋ̀ ~ kwíítɔ́ŋ́ ‘ananas’
1104. Combinaison de plusieurs facteurs
kɛ̄nɛ̀ ~ kɛ̀ŋ̀ ‘bile’
1.8. Quelques spécificités du débit rapide
111En débit rapide les sonantes longues [m:], [n:], [ɲ:], [w:] qui sont issues de l’assimilation de ŋ et les consonnes /ɓ/, /m/, /l/, /n/, /j/, /ɲ/, /w/, /w/ (cf. 1.2.6), se prononcent comme des sonantes brèves. Le contour tonal est toutefois préservé :
Débit normal et lent : [ńǹō] ; débit rapide : [nō]
‘Je vais’
112La réduction des sonantes longues accompagne également la lexicalisation, cf. §1.6.5.4.
113De nombreux lexèmes qui ont la structure syllabique CVlV tendent à se contracter en débit rapide : la première voyelle se réduit jusqu’à l’élision complète. Il s’agit surtout des mots les plus courants comme la marque de l’infinitif, -pɛ̀lɛ̀ (→ pəlɛ → plɛ), le verbe ɓèlè ‘manger’ (→ ɓəle → ɓle).
114Les contours tonals complexes (le nombre de niveaux tonals présents dans le contour étant supérieur au nombre de segments vocaliques) sont attestés dans des formes verbales avec le suffixe du gérondif / contrefactuel -à ou du conditionnel / irréel –á dans le débit rapide. Cela ne concerne que les cas où les verbes dans leur forme de base se terminent par une structure CV. Le suffixe doit être assimilé à la dernière voyelle du verbe qui dans sa forme suffixée se termine donc par une structure CV1V1. La combinaison de la dernière voyelle du verbe et du suffixe qui y est assimilé peut subir une contraction, le son vocalique long devenant ainsi bref tout en gardant son schème tonal complexe :
bòló ‘presser’ → bòló-ò ‘presser-ger’ ~ bòlô ‘presser.ger’
kpɛ́nɛ́ ‘touner’ → kpɛ̄nɛ̄-ɛ́ ‘tourner:COND-cond’ ~ kpɛ̄nɛ᷄ ‘tourner:COND.cond’
lɔ́ ‘acheter’ → lɔ̄-ɔ́ ‘acheter:COND-cond’ ~ lɔ᷄ ‘acheter:COND.cond’
115Nous avons également observé quelques cas où le contour tonal « moyen – haut » de la forme du conditionnel du verbe ayant la structure CV comme structure de base se transforme en ton haut simple. Ce sont les verbes kɛ̄ ‘faire’, bā ‘tomber’, gā ‘mourir’ :
kɛ̄ ‘faire’ → kɛ̄- ɛ̄ ‘faire’ : cond-cond ~ kɛ᷄ faire : cond-cond ~ kɛ̄ faire.cond’.
116Les verbes qui dans leur forme de base se terminent par la structure CVV et qui ont le contour tonal « bas – moyen » en débit normal, ont un contour tonal qui correspond à l’ensemble du ton lexical et du ton du suffixe, c’est-à-dire le contour « bas – moyen – bas » ; le suffixe peut être assimilé ou pas : zòō ‘boiter’ → zo᷅à ~ zo᷅ò ‘boiter.ger’. En débit rapide cependant, les oppositions tonales dans le contour « bas – moyen – bas » deviennent moins nettes et le ton se réalise comme un ton bas régulier : zòò ‘boiter.ger’.
3 Dans le cas des consonnes orales /ɓ/, /l/, /j/, /w/, il n’est pas toujours clair s’il s’agit d’une sonante nasale ou nasalisée. Cette question demande une étude supplémentaire.
5 Il est intéressant de noter que les séquences de voyelles identiques ont toutes le contour ascendant-descendant et vice versa, ce dernier étant quasi-entièrement réservé à ces séquences. Nous n’avons pas d’explication à ce phénomène.
6 Je remercie Andrey Indukaev pour son aide avec la programmation et la statistique. Je remercie également Guillaume Ségérer et Benoît Legouy pour leur aide pour la version précédente de cette étude, basée sur le dictionnaire mano publié dans le cadre du projet RefLex, reflex.cnrs.fr.
7 Nous avons utilisé le calculateur disponible sur internet, http://graphpad.com/quickcalcs/contingency1
8 Il existe en réalité deux termes possibles pour une unité phonotactique « suprasyllabique » de ce type : pied métrique (foot, Akinlabi et Urua 2002) et mot phonologique (phonological word, Dixon 2009 : 7). Si une langue donnée est sans accent, le deuxième terme peut être préféré. Même si l’accent n’est pas une propriété structurante de la phonologie mano, il y a des données indirectes de l’asymétrie entre les voyelles au sein des structures à plus d’une voyelle : c’est notamment la réduction de la première voyelle dans les structures CV1lV1 (cf. §1.8), de la première voyelles dans certaines structures CV1V2 (1.2.7), ainsi que le fait que dans d’autres langues du groupe mandé-sud la structure CVLV se transforme en structure CLVV (§1.9.3). De plus, il y a des raisons de distinguer en mano deux niveaux « suprasyllabiques », dont le niveau de base sera le pied, et le niveau supplémentaire, là où il trouve sa pertinence, sera le mot phonologique. Il s’agit notamment des adjectifs redoublés dont les schèmes tonals s’appliquent à toute la forme redoublée qui consiste de plusieurs pieds métriques (kɔ́lɔ́kɔ̀lɔ̀ ‘rond’ vs kɔ́lɔ́kɔ́lɔ́ ’ronds’ ; yɔ́sɔ́yɔ̀sɔ̀ ‘sale’ vs yɔ́sɔ́yɔ́sɔ́ ’sales’), cf. §2.3.2.5.
9 Il est important de noter que la syllabe n’est pas un constituant autour duquel la phonologie du mano est organisée ; il n’y a aucune règle phonologique dont le fonctionnement ne peut pas être expliqué sans l’utilisation de la notion du syllabe. Par contre, la structure du pied métrique, le nombre de voyelles dans une séquence sont des paramètres cruciaux pour la morphologie mano. Sur le problème de l’universalité de la notion de la syllabe, voir (Hyman 2011).
11 Dans l’idiolecte de P.M. seules les marques pronominales qui ne sont pas fusionnées avec le pronom non-sujet de la 3e personne sg sont concernées, c’est-à-dire, ŋŋ ‘1sg.ipfv’, mais non pas ŋŋ ‘1sg.ipfv>3sg’, tandis que dans l’idiolecte de C.S. toutes les marques pronominales de la structure ŋ et ŋŋ sont concernées.Haut de page
Figure 1.1. Réalisation phonétique de /ŋ/
http://mandenkan.revues.org/docannexe/image/706/img-1.jpg
Figure 1.2. Tonogramme 1. Abaissement final-1
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Figure 1.3. Tonogramme 2. Abaissement final-2
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Figure 1.4. Tonogramme 3. Intonation d’interrogation-1
http://mandenkan.revues.org/docannexe/image/706/img-4.png
Figure 1.5 Tonogramme 4. Intonation d’interrogation-2
http://mandenkan.revues.org/docannexe/image/706/img-5.png
Figure 1.6. Tonogramme 5. Ton montant des salutations-1
http://mandenkan.revues.org/docannexe/image/706/img-6.png
Figure 1.7. Tonogramme 6. Ton montant des salutations-2
http://mandenkan.revues.org/docannexe/image/706/img-7.png
Maria Khachaturyan, « Phonologie et phonétique », Mandenkan, 54 | 2015, 7-35.
Maria Khachaturyan, « Phonologie et phonétique », Mandenkan [En ligne], 54 | 2015, mis en ligne le 31 décembre 2015, consulté le 28 mai 2017. URL : http://mandenkan.revues.org/706 ; DOI : 10.4000/mandenkan.706Haut de page
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