Source: http://barthes.enssib.fr/clio/revues/AHI/articles/preprints/asseo.html
Timestamp: 2019-03-25 11:50:48+00:00

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Le vaste ensemble de l'univers tsigane - la romanipe , la maniè!re tsigane de vivre -, ne correspond ni à des frontières territoriales précises ni aux enchevêtrements actuels du mouvement des nationalités. Pourtant, quel que soit le type de société, une sorte de principe d'extraterritorialité mentale semble entourer la famille tsigane dans ses rapports avec autrui, et cette arrogance apparente suscite une profonde incompréhension.
S'il existe une manière commune aux Tsiganes de voir le monde, leur univers est marqué par la diversité que reflète les variations multiples sur leurs noms.
On peut distinguer des dénominations externes, imposées dès la fin du Moyen-Age :
Le nom de Tsigane est dérive de celui, en grec, d'une secte connue en Asie Mineure, au XIème siècle, les Athingani , devenu Cingani en Europe Orientale, Zingari en Italie ou Zigeuner en Allemagne. On ne sait pour quelle raison on leur attribua ce nom. Mais la présence des Tsiganes est clairement attestée à Constantinople en 1150. Une longue implantation dans l'Empire byzantin a soumis leur langue à une influence importante du grec.
En Europe occidentale, ils reçurent d'abord le nom d' Egyptiens , parce qu'ils disaient expier par un pélerinage de part le monde une apostasie provoquée par la poussée des Sarrazins au sud du Péloponnèse en une région dite de "Petite Egypte". Ceci a donné Gyspsies en Angleterre ou Gitanos en Espagne.
Le terme de Bohémiens est dû au prestige des lettres de protection accordés à la même époque aux conducteurs qualifiés de " duc ou comtes de Petite Egypte de "ménages" égyptiens par les princes de cette région, en fait Rois de Hongrie, Prince de Bohême et de Pologne. Ils furent même traités par un chroniqueur perplexe de "Bohémiens Sarrazins de Petite Egypte"
La qualification fortement péjorative de Romani ou Romanichel n'apparaît qu'au XIXème siècle et provient sans doute de la déformation de Romani Tchave (les gars tsiganes).
Les dénominations internes au monde tsigane sont plus complexes :
Si la parenté entre la langue romani et le hindi ne fait aucun doute, les Tsiganes n'ont pas gardé le souvenir d'une patrie indienne d'origine. La référence à l'Inde est une construction intellectuelle récente. Par contre, pour se distinguer entre eux, les Tsiganes font souvent référence à leur région où leur famille a le plus longtemps séjourné - ce qui correspond à la distribution des variantes dialectales de la langue romani .
Les familles peuvent ainsi se reconnaître entre :
Les Roma ou Rom , venus depuis le XIXème siècle d'Europe centrale et orientale. Ils adjoignent à leurs noms souvent des distinctions régionales, religieuses ou professionelles souvent caduques : les Rom Kalderash, Lovara ou Tchurara furent, en d'autres temps, chaudronniers, marchands de chevaux ou fabricants de tamis. Les Xoraxane Roma sont des Roms musulmans venus par exemple de Macédoine.
Les Sinte ou Sinti sont établis en Europe occidentale depuis le XVème siècle. Ces derniers emploient en France le terme de Manus (Manouches).
Les Gitans et les Catalans , très tôt sédentaires, appartiennent au monde ibérique ou au sud de la France. Leur présence date aussi de la fin du Moyen-Age.
Il existe aussi les Yenishes qui se désignent simplement comme Voyageurs .
La maîtrise de la langue est la pierre de touche de la dénomination familiale, les relations entre parents et enfants s'expriment toujours en romani , même si une certaine déperdition du vocabulaire réduit son usage quotidien. Car ainsi que l'écrit Patrick William : " toutes les communautés tsiganes ont à affronter le même problème : comment construire et maintenir une autonomie dans une situation d'immersion et pour la majorité d'entre elles de dispersion?".
Patrick William et quelques autres, Leonardo Piasere, Alain Reyniers, Michael Stewart, Bernard Formoso, ont mis en évidence la variabilité et l'inventivité des systèmes familiaux tsiganes. Ainsi en est-il des mariages. Par exemple, les Manouches des Vosges ne pratiquent pas d'endogamie stricte mais plutôt des "réenchainement d'alliances" qui font se retrouver dans un lacis dense de relations sociales les membres de familles alliées qui voyagent entre les Pays-Bas et le sud de la France. En cela ils répètent un jeu d'alliances établi depuis l'époque de leur implantation dans les Vosges du Nord entre la Révolution et le second empire.
Le chercheur peut effectivement reconstituer l'ancienneté de ces réseaux matrimoniaux à l'aide des registres de l'état civil ancien mais la mémoire généalogique des Tsiganes ne s'exerce pas différemment de celle des autres. Elle ne retient que le souvenir de deux ou trois générations antérieures. C'est pourtant bien à partir de ces localités vosgiennes (Reipertswiller, Lihtenberg, Baerenthal, Wimmenau ou Wingen) que s'amorça depuis le début du XIXème siècle un lent redéploiement des Sinte en Europe occidentale.
Les tsiganes de France sont donc issus de trois périodes d'enracinement :
L'ancien régime par l'arrivée des Ducs et Comtes de Petite Egypte, devenus par les protections royales et seigneuriales des "capitaines de Bohémiens" employés dans les guerres privées et extérieures. Ces familles se sont ruralisées au XIXème siècle, en demeurant fidèles à leur région initiale d'implantation.
De 1770 à la fin du XIXème siècle, on assista à un redéploiement en France et dans les Nouveaux Mondes des familles établies en Allemagne, en Alsace et dans les Vosges du Nord.
De 1860 à 1930, une nouvelle migration fut provoquée par la libération progressive des liens de servage domaniaux en Europe centrale, balkanique et orientale. Ce qui entraîna la mise ne route de familles, dites selon les sources "hongroises" ou "bosniaques" ou " russes ou "albanaises" ou "moldo-valaques", dotées de passeports collectifs autrichiens ou turcs, et très exotiques. Cette "invasion" imaginaire a nourri la crainte du "péril errant" à l'origine de la loi de 1912.
Décret du 16 février 1913 portant réglementation publique pour l'éxécution de la loi du 16 juillet 1912 sur l'exercice des professions ambulantes et la réglementation de la circulation des nomades (extraits)
Source : Bulletin officiel du ministère de l'intérieur, février 1913, pages 79-82
Art. 7. Tout individu réputé nomade dans les conditions prévues à l'article 3 de la loi du 16 juillet 1912 doit déposer à la préfecture ou à la sous-préfecture de l'arrondissement dans lequel il se trouve une demande à l'effet d'obtenir un carnet anthropométrique d'identité.
Il est tenu de justifier de son identité.
Il doit, pour le département de la Seine, adresser sa demande à la préfecture de Police
Il n'est pas établi de carnet d'identité pour les enfants qui ont pas treize ans révolus
Art. 9. Indépendamment du carnet antrhopométrique d'identité, obligatoire pour tout nomade, le chef de famille ou de groupe doit être muni d'un carnet collectif concernant toutes les personnes rattachées au chef de famille par des liens de droit ou comprises, en fait, dans le groupe voyageant avec le chef de famille. Ce carnet collectif, qui est délivré en même temps que le carnet anthropométrique individuel contient :
Le carnet collectif indique les numéros d'ordre des carnets anthropométiques délivrés à chacun des membres de la famille ou du groupe
Art. 10. Il est établi dans les préfectures et sous-préfectures des notices individuelles et collectives contenant toutes les indications figurant aux carnets visés ci-dessus. Un double de chaque notice est adressé au ministère de l'Intérieur.
Art. 11. En cas de perte du carnet anthropométrique d'identité ou du carnet collectif, le titulaire fait immédiatement une déclaration de perte à la préfecture ou à la sous-préfecture de l'arrondissement où il se trouve. Un récépissé provisoire lui est aussitôt remis : ce récépissé tient lieu de carnet jusqu'à ce qu'il lui ait été délivré un nouveau carnet ou qu'il lui ait été notifié le refus de carnet, sans que ce délai puisse excéder trois jours. Le nouveau carnet qui peut être délivré, si les justifications produites par le demadeur sont suffisantes, porte la mention "duplicata".
Art. 14. La plaque de contrôle spécial prescrite par l'article 4 de la loi du 16 juillet 1912 est apposée à l'arrière de la voiture d'une façon apparente. Elle doit mesurer au moins 18 centimètres de hauteur sur 36 de largeur, porter un numéro d'ordre en chiffres de 10 centimètres de hauteur, l'inscription "loi du 16 juillet 1912" et l'estampille du ministère de l'intérieur.
Elle est délivrée par les préfectures et les sous-préfectures dans les mêmes conditions que les carnets d'identité.
Dans le cas où cette plaque serait délivrée postérieurement au carnet collectif, mention doit en être faite sur ce carnet et avis en est donné au ministère de l'intérieur.
En cas de perte de la plaque, le chef de famille ou de groupe fait immédiatement une déclaration de perte à la préfecture ou à la sous-préfecture de l'arrondissement dans lequel il se trouve. Un récépissé de la déclaration lui est délivré. Cette pièce devra être restituée au moment de la remise de la nouvelle pièce.
En cas de vente ou de destruction de la voiture, le chef de famille ou de groupe doit en faire la déclaration à la préfecture ou à la sous-préfecture de l'arrondissement dans lequel il se trouve. S'il remplace immédiatement la voiture vendue ou détruite, la plaque dont celle-ci était munie est apposée sur le nouveau véhicule, dont la description est portée sur le carnet collectif, conformément aux prescriptions de l'article 9 du présent décret.
Si le chef de famille ou de groupe ne remplace pas immédiatement la voiture vendue ou détruite, il doit déposer la plaque à la préfecture ou à la sous-préfecture. Mention de la suppression de voiture et du dépôt de la plaque est faite au carnet collectif.
Les préfectures et les sous-préfectures signalent sans retard au ministère de l'Intérieur les déclarations de pertes de plaque sur les nouveaux véhicules.
Art. 16. Un délai d'un mois à dater de la publication du présent décret, est accordé aux individus exerçant un métier ambulant, aux commerçants et industriels forains, aux nomades pour se conformer aux prescriptions qui précèdent.

References: Art. 7
 l'article 3

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 14
 l'article 4
 l'article 9

Art. 16