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Timestamp: 2018-02-26 03:17:38+00:00

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CAMPAGNE DE L'ARMÉE DE RÉSERVE EN 1800: PARTIE 2, CHAPITRE 9
Research | Napoleonic | Cugnac | Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 | French | Partie 2 Chapitre 9
Armistice du 15 juin. – La division Loison se rapproche de l'armée. – Moncey assure la défense de la rive gauche du Pô. – La Convention d'Alexandrie est signée dans la nuit du 15 au 16 juin. – L'armée autrichienne part pour Mantoue les 18, 20 et 24 juin. – L'armée de réserve se porte vers Plaisance. – Les Français prennent possession de Turin, Gênes, Alexandrie, Milan, etc. – Mesures en vue de la reprise des hostilités. – Le Premier Consul part pour Paris le 25 juin. – Réunion de l'armée de réserve et de l'armée d'Italie sous le commandement de Masséna.
L'armée autrichienne, mise en déroute d'une façon si inattendue au milieu de sa victoire, s'est retirée sur la rive gauche de la Bormida avec une arrière-garde sur la rive droite.
Mélas réunit un conseil de guerre lequel, à l'unanimité, est d'avis de traiter avec le vainqueur afin de conserver l'armée pour la défense de l'Autriche.
Un armistice, conclu le 15 juin, permet d'entamer des négociations pour une convention militaire entre les généraux en chef des deux armées.
Bonaparte fit les préparatifs, dès la nuit même, pour poursuivre les avantages qu'il avait obtenus. A peine le jour commençait-il à poindre, qu'il fit avancer l'avant-garde du général Gardanne contre la tête de pont, et bientôt les postes avancés du feld-maréchal-lieutenant O'Reilly furent repoussés. {p.466}
Dans un instant aussi critique, dans un événement qui devait. non seulement décider l'existence de l'armée, mais encore exercer une puissante influence sur la prospérité de la monarchie autrichienne, il était du devoir de Mélas d'examiner toutes les suites que pouvait avoir un nouveau combat (probablement malheureux) contre un ennemi supérieur.
Il assembla un conseil de guerre, composé des feld-maréchaux-lieutenants Ott, Kaim, Schellenberg et du colonel Best, faisant les fonctions de quartier-maître général. A près avoir exposé la situation de l'armée sur toutes les faces, avoir fait observer que les vivres n'étaient assurés que jusqu'au 20 juin, si l'on restait dans la position actuelle, il soumit au conseil de guerre les quatre questions suivantes:
1° Devait-on risquer encore une bataille avec une armée affaiblie de 10,000 hommes, afin de rétablir ainsi, par la rive droite du Pô et par Plaisance, la communication avec les États héréditaires?
2° Serait-il plus convenable de choisir un passage sur le Pô, à Casale ou à Valenza, pour se porter, de là, sur le Tessin et sur l'Adda?
3° Fallait-il, laissant au pouvoir de l'ennemi toute l'artillerie et tous les bagages, se faire jour à travers l'armée française, gagner Gènes, et se maintenir dans cette place?
4° Ou enfin, vu les circonstances critiques où se trouvent les États héréditaires, à cause des événements malheureux survenus aux deux armées d'Allemagne et d'Italie, ne serait-il pas plus utile d'entamer, avec le Premier Consul, une négociation qui mît le général en chef à même de ramener, au secours des États héréditaires, une armée respectable, bien pourvue et encore en bon état?
Après une délibération longue et réfléchie, le conseil de guerre adopta, à l'unanimité, la quatrième et dernière proposition (1). L'opinion de ces généraux était: qu'on pouvait, à la vérité, livrer un nombre indéterminé de batailles, mais qu'elles seraient toutes inutiles, et que, même une victoire complète, n'amènerait pas un résultat aussi décisif que celui d'une convention, qui tirerait l'armée impériale de la triste et précaire situation où les circonstances venaient de la placer; que la marche sur Gênes était hérissée de difficultés, aussi bien que le passage sur la rive gauche du Pô, aux environs de Casale; que le mouvement de l'armée, le long de la Bormida, sur Acqui, en abandonnant son artillerie et ses voitures, serait également inexécutable, attendu que Bonaparte pouvait la devancer à Ovada, en longeant l'Orba, de manière qu'on se trouverait enfermé entre l'armée de réserve et celle de Masséna,; et que, dans la deuxième hypothèse, les divisions Chabran et Lapoype étaient en {p.467} état de défendre le Tessin assez longtemps pour donner à l'armée de réserve la facilité de passer le Pô, et qu'alors il devenait impossible de pénétrer jusqu'à Mantoue. Le conseil de guerre, assemble, décida donc de proposer, sur-le-champ , un armistice de quarante-huit heures, à l'effet d'enterrer les morts et d'échanger les prisonniers. Il pensait qu'il se présenterait, dans cet intervalle, quelque occasion de nouer des négociations dans le sens adopté (2).
Le major, comte de Neupperg, de l'état-major du quartier-maître général, fut envoyé au camp français, près du Premier Consul; dès qu'il parut hors de la tête de pont, le feu cessa, et on le conduisit à Torre-di-Garofoli, au quartier général de Bonaparte. Celui-ci accepta la proposition des Autrichiens, à condition qu'ils évacueraient à l'instant la rive droite et se porteraient sur la gauche de la Bormida.
Mêlas ordonna ce mouvement. L'armistice fut ratifié par Bonaparte, et le général Skal se rendit au quartier général français pour y entamer, avec le Premier Consul, une négociation au nom du général en chef autrichien (3).
Les conditions principales que le conseil de guerre chargea le général Skal de proposer étaient:
Que l'armée autrichienne quitterait l'État de Gênes; qu'elle retirerait même ses garnisons de Gênes et de Savone; qu'elle évacuerait en entier les États du {p.468} Piémont et ses forteresses; mais qu'elle pourrait, en revanche, prendre position, avec tout ses équipages, sur le Tessin, et y attendre les ordres de son gouvernement;
Qu'un officier d'ordonnance se rendrait à Vienne afin d'y exposer la situation de l'armée, et que les hostilités cesseraient jusqu'à son retour.
Le général Skal se rendit, le 15 juin, à midi, à Torre-di-Garofoli; mais, quels que fussent ses efforts pour obtenir les conditions que proposait le conseil de guerre, ou, tout au moins, la possession de l'Adda, ou enfin, celle de l'Oglio, il ne put y parvenir. Bonaparte ne voulut pas céder un pouce du terrain qu'il avait conquis. On fut obligé d'abandonner aux Français tout le Piémont, avec les forteresses de Tortone, d'Alexandrie, de Turin, de Coni, de Ceva, d'Arona, tout l'État de Gênes, y compris la forteresse de ce nom, Savone, Santa-Maria, le duché de Parme, y compris la forteresse de Plaisance (qui, du reste, se rendit le 16 juin), la plus grande partie de la Lombardie, avec la forteresse de Pizzighettone et le château de Milan.
L'armée autrichienne conserva ses armes, ses canons, ses voitures et tous ses bagages. Elle s'obligea à évacuer toutes les forteresses qu'on vient de nommer, et à se retirer derrière le Mincio, en trois colonnes (4). Le général Mélas, n'ayant rien pu stipuler relativement aux intérêts des Anglais qui se trouvaient à Gênes, donna connaissance des événements au vice-amiral Keith, commandant les forces britanniques, laissant à sa disposition la faculté de défendre la place sans la coopération des Autrichiens, (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 258 à 262; – Traduction du Mémorial du Dépôt de la guerre, t. 4, p. 334 à 337, avec quelques modifications.)
L'armée française emploie la journée du 15 à ravitailler les corps qui ont combattu la veille et à rapprocher du champ de bataille, en prévision d'un nouveau combat, les troupes laissées en réserve avec Loison et Duhesme, pendant que la division Lorge occupe Plaisance et Crémone.
Division Boudet. – Rapport du 26.
Au camp en avant de Marengo, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).
La division qui, dans la nuit du 25, n'avait pu prendre une {p.469} position régulière, s'est établie dans la ligne en face de la tête du pont, La 30e demi-brigade a été portée, appuyant la gauche vers la Bormida, dans une ligne parallèle à la route d'Alexandrie, à cheval sur une route pratiquée par l'ennemi pour gagner la tête du pont, vers Castel-Ceriolo, par où l'on supposait que pouvait repasser la colonne coupée de l'ennemi. Le général Victor avait engagé le général Boudet à placer une de ses demi-brigades dans cette position.
Les demi-brigades se sont complétées en cartouches, dans les gibernes abandonnées par l'ennemi. Il leur a été fourni quelques pierres à feu.
La division a reçu, pour le 25, deux tiers de ration de pain qui n'avaient pu arriver à temps à Rivalta; elle n'en a pas eu pour le 26. La viande a été fournie pour les 26 et 27 et l'eau-de-vie pour le 26.
La division se trouve campée sur le champ de bataille, et parmi les morts: elle n'a ni pioches ni pelles pour pouvoir les enterrer. Bientôt la place ne sera plus tenable. L'air se sent déjà du méphitisme.
D'après des ordres supérieurs, les deux pièces de 12 attachées à la division, ainsi qu'un obusier et une pièce de 8, ont été données aux divisions qui avaient perdu leur artillerie dans l'affaire; il ne nous reste plus que trois pièces de 8 et un obusier (5). La pièce de 8 qui a été démontée, ainsi que l'obusier, qui avait aussi quelques fractures dans son train, sont remis en état.
W. DALTON. {p.470}
Monnier, général de division, au général Berthier, commandant en chef de l'armée de réserve, en Italie.
Je vous adresse, Général, le rapport historique des opérations de la division dans la journée d'hier, que vous m'ayez demandé (6).
J'ai fait aujourd'hui plusieurs reconnaissances sur le Tanaro et la Bormida; celle de ce soir m'a fait voir l'ennemi en mouvement au delà du pont et j'ai parfaitement entendu le canon du côté de Valenza, où probablement on se bat (7); les rapports des paysans sortis d'Alexandrie annoncent que les Français sont à Casine et à Castel-de-Bormida (8).
Nota. – J'ai reçu des cartouches, mais la division est sans pain depuis hier.
Viviand, capitaine adjoint, au général divisionnaire Dupont, chef de l'état-major général.
Plaisance, 26 prairial an 8 (15 juin 1800).
Je me suis acquitté, Général, avec toute la célérité possible de la mission que vous m'aviez ordonné.
Le général Loison est parti de son cantonnement de San-Giovanni, à midi, et sera de très bonne heure à Voghera.
Le général Duhesme se mit en marche cette nuit avec sa division, pour arriver demain soir à Voghera (9).
VIVIAND, {p.471}
Le général Duhesme, lieutenant du Général en chef, au général de division Lorge, à Orzinovi par Lodi (10).
Plaisance, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).
Le général Broussier, citoyen Général, est à Crémone, qu'il couvre en protégeant en même temps le blocus de Pizzighettone; comme vous devez le relever, je crois que c'est là que vous devez vous rendre plutôt qu'à Orzinovi.
L'ennemi, étant en arrière de Bozzolo, pourrait parfaitement se porter sur Crémone et même sur l'Adda, en vous dérobant une marche et vous laissant à Orzinovi où j'ai jeté une petite garnison que je vous prie de faire relever.
Il ne peut autrement nous nuire qu'en se portant sur Lodi et menaçant Milan, alors il s'expose a être évidemment coupé par votre marche sur Orzinovi ou Pontevico, où le général Lechi, qui est à Brescia, viendrait facilement faire jonction. En vous éclairant l'un et l'autre sur la route de Brescia à Crémone, qui passe par Pontevico, il ne peut entreprendre que vous ne soyez prévenu à temps.
D'ailleurs, l'ennemi n'ayant à peu près que 2,000 hommes de cavalerie, dont il tient partie à Marcaria, le reste en rideau sur l'Oglio et la Chiese, un corps de 3,000 hommes d'infanterie détaché de sa garnison de Mantoue à Mariana, {p.472} ne peut guère faire de mouvement en avant, s'il ne reçoit pas des renforts. J'ai cru devoir, Général, vous donner ces renseignements et vous prier ainsi de relever promptement les troupes du général Broussier, dont le retard pourrait compromettre les opérations de l'armée.
Je rouvre ma lettre pour vous dire, Général, de la part du général en chef, de vous porter à marches forcées à Crémone.
Le général Broussier doit nous rejoindre aussitôt qu'il apercevra vos premiers pelotons. De sa célérité dépend le salut des opérations. L'ennemi vient encore d'être battu et de perdre 6,000 hommes, mais il faut encore le battre.
Le général de brigade Bonamy, au général de division Lorge.
Plaisance (11), le 20 prairial an 8 (15 juin 1800).
Je reçois à l'instant votre lettre; vous devez avoir maintenant des nouvelles du général Duhesme.
Voilà, mon cher Général, les circonstances actuelles:
L'armée s'est battue hier du côté de Tortone; la victoire a été indécise jusqu'à la nuit, elle a été fixée par la division du général Desaix, qui a fait 5,000 prisonniers. Ce général, blessé dans le combat, est mort ce matin.
L'ennemi était en force; c'est ce qui a nécessité l'ordre donné au général Duhesme de marcher précipitamment sur Tortone : il part cette nuit et me laisse dans Plaisance avec 700 cisalpins et mon bataillon de la 67e. Néanmoins, on veut que j'ouvre la tranchée cette nuit et on ne l'a pas fait pendant qu'on avait 800 hommes de plus; il n'y a rien de prêt, je ferai ce que je pourrai. Cependant l'ennemi parait ébranlé.
Le général Broussier reste à Crémone avec 3 bataillons; il garde cette ville et bloque Pizzighettone. Il vous attend pour partir; son mouvement est pressé.
Ainsi, mon cher Général, je vous invite à marcher sur Crémone {p.473} avec tout ce que vous avez de disponible, pour relever le général Broussier.
Le général Moncey m'annonce que vous m'enverrez un escadron de cavalerie; je l'attends avec impatience, car le mouvement du général Duhesme sur Voghera laisse Parme et Bobbio ouvert, et j'aurai soin d'éclairer ces routes. Je ne puis le faire que par des partis de cavalerie, toute l'infanterie étant occupée au blocus.
Je resterai à Plaisance jusqu'à la reddition de la place ou jusqu'à nouvel ordre de votre part.
Le général Lorge exécutait le 16 juin le mouvement prescrit et se portait sur Crémone.
Lorge, général de division, au lieutenant général Moncey.
Crema, le 17 prairial an 8 (16 juin 1800).
Ci-joint vous trouverez, mon cher Général, une lettre de l'adjudant général Foy, une du général Lechi, une du général Duhesme et une autre du général Bonamy. Je marche sur Crémone où je me rendrai aujourd'hui; j'ai bien peu de monde et je compte toujours sur vous, du moment que vous pourrez m'envoyer quelques troupes.
LORGE (12).
Ci-joint copie de deux lettres que j'ai écrites aux généraux Duhesme et Lechi.
Veuillez envoyer un escadron du 29e à Bonamy, car il m'est impossible de le faire.
Lorge, général de division, au général de brigade Lechi.
Crema, 27 prairial an 8 (16 juin 1800).
Ce ne peut être que par un malentendu, citoyen Général, que le général Duhesme vous a annoncé que vous étiez sous ses ordres; vous faites partie du {p.474} corps détaché en Lombardie, que commande le lieutenant général Moncey sous les ordres duquel vous êtes immédiatement ainsi que moi.
Je marche sur Crémone, mon cher Général; je n'ai, pour cette opération, que 1000 hommes, tant infanterie que cavalerie; veuillez jeter du monde sur Orzinovi pour vous lier avec moi par Pontevico. Il faut, en un mot, que vous vous chargiez de faire des démonstrations sur l'Oglio jusqu'à son confluent dans l'Adda à Canneto (13), tandis que j'observerai le Crémonais.
Veuillez mettre cet ordre le plus promptement à exécution,
LORGE.
Lorge, général de division, au lieutenant général Duhesme.
Crama, 27 prairial an 8 (16 juin 1800).
Je vais marcher sur Crémone, citoyen Général, mais je dois vous faire part de la faiblesse de mes moyens: 700 à 800 hommes d'infanterie, 200 à 300 chevaux, une pièce de 3, une pièce de 4, un obusier qui n'est point de calibre et n'ayant qu'une quarantaine de coups, voilà tout ce dont je puis disposer, Le général Lechi, assez occupé de son côté, ne pourra sûrement me détacher quelques renforts; le général Bonamy a encore moins de moyens de le faire.
Trois bataillons de ma division bloquent le château de Milan et sont encore en arrière dans les vallées de la Reuss et du Tessin; tout cela doit m'arriver successivement, mais, comme vous le concevez, ne peut servir à nos opérations présentes. Je marche toutefois de ma personne avec ma poignée de troupes, j'arriverai à Crémone de jour ou de nuit; j'en préviens le général Lechi et l'invite à jeter du monde dans Orzinovi, pour communiquer avec moi par Pontevico; vous ne souffrirez sûrement pas, général, que, jaloux de seconder vos opérations, je puisse être compromis avec le peu de monde que j'ai dans ce moment sous mes ordres; je compte sur vous.
Le détachement autrichien de Casale, s'étant porté sur la rive gauche du Pô dans la nuit du 14 au 15 juin, fait croire à un mouvement de toute l'armée de Mélas vers Milan. Des dispositions sont aussitôt prises par Moncey pour défendre le passage du Tessin. {p.475}
Chabran, général de division, au lieutenant général Moncey.
Sartinara, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).
Je vous préviens, citoyen Général, que l'ennemi a passé le Pô cette nuit, à Casale, s'il faut en croire les rapports qui me sont faits et qui me viennent de toute part (14). Sa force est de 6,000 à 7,000 hommes. Il a beaucoup de cavalerie et d'artillerie et un corps de pontonniers. Le régiment de Strassoldo forme l'avant-garde. Il est en position à Terranova, fort de 2,000 hommes (15).
La force de la division que je commande vous est connue (1500 combattants).
Moncey, lieutenant du Général en chef, au général en chef Berthier.
Milan, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800), dans la nuit, à 2 heures.
Le général Chabran me rend compte que l'ennemi a passé le Pô dans la nuit du 25 au 26, sur le point de Casale. Selon ses rapports, il est au nombre de 6,000 hommes, dont une grande partie de cavalerie; il a de l'artillerie et des pontonniers; son avant-garde, forte de 2,000 hommes est en position à Terranova.
Voici les dispositions que j'ai prises:
Un officier est parti pour Côme, afin de diriger Sur Turbigo un bataillon de la 1re de ligne qui y a couché cette nuit, et qui venait sur Milan, L'autre bataillon est à un jour de marche {p.476} en arrière du premier et suivra le mouvement de celui qui le précède. Le 3e de la même demi-brigade, déjà rendu sur les lieux, mais dispersé, se concentrera sur Turbigo.
Le général Béthencourt a ordre, dans le cas où il serait serré, d'éviter d'être coupé, d'être pris à dos et d'effectuer le passage du Tessin pour le barrer à l'ennemi.
Le 25e de cavalerie part dans l'instant pour Buffalora, avec une compagnie de grenadiers de la 67e et celle de carabiniers de la 1re légère.
Le bataillon cisalpin en position à Verceil, a ordre, s'il est serré, de se retirer sur Novare et d'effectuer sa retraite sur Buffalora avec la garnison de Novare qui, n'ayant point de canons, ne pourrait rester dans le château. Je laisse au commandant, qu'on dit intelligent, le choix de sa défense ou de sa retraite, selon que les circonstances le dirigeront.
J'ai heureusement deux pièces de 8 et un obusier de la garde des Consuls d'un plus grand convoi arrivé hier. Je les dirige sur Buffalora (16).
Je retiens aussi l'artillerie du général Loison pour l'employer au besoin (17) et lorsque j'aurai la certitude que j'ai assez d'infanterie sur les lieux pour la défendre (18).
Je serai dans quatre heures à Buffalora.
P. S. – Le général Chabran est prévenu de ces mouvements. {p.477}
Milan, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800), au matin.
Le général Moncey ordonne au chef de brigade Avice, commandant le 11e régiment de hussards, de réunir le détachement qu'il mène à l'armée et de le porter en avant du pont de Buffalora, même au delà de Novarre, pour éclairer les mouvements de l'ennemi qui, ayant passé le Pô à Casale, paraît vouloir effectuer sa retraite sur le Tessin. Il me rendra compte à Buffalora de tout ce qu'il pourra apprendre de la marche de l'ennemi et se retirera au besoin sur ce point.
Moncey fait appel au général Lorge au moment où celui-ci se dirige sur Crémone.
Soresina, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800), 3 heures après-midi.
Je reçois votre lettre, mon Général, et la troupe est prête d'arriver à Crémone.
Vous me dites que l'ennemi a Passé le Pô; sans doute il le repassera, ayant été battu à Tortone. Autrement, il effectuerait sa retraite en entier par le Milanais et le lac Majeur, ce que je ne crois guère possible Dans tous les cas, le consul suivrait son mouvement.
Quant à moi, que voulez-vous que je fasse avec 1200 hommes? Je crois devoir continuer ma route sur Crémone, d'après la lettre que m'a écrite le général Duhesme, au nom du général en chef (19), qui dans ce moment, savait parfaitement ce qui s'était passé, tandis que vous l'ignoriez encore, Un mouvement rétrograde, d'ailleurs, ne pourrait faire qu'un très mauvais effet, et dans toute hypothèse j'arriverais trop tard,
D'ailleurs toute crainte d'offensive autrichienne par la rive gauche du Pô disparaît dans la journée du 16 juin.
Sartirana, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).
Je vous préviens, citoyen Général, que les troupes ennemies {p.478} qui s'étaient portées (20) en avant de Casale et qui menaçaient Verceil (21) se sont retirées.
Hier, je brisai le pont de Valenza (20). Je ferai en sorte de détruire celui de Casale. Les démonstrations que je fais pour passer le Pô à Sartirana inquiètent beaucoup l'ennemi.
Le Premier Consul m'annonce que le 25 nous avons battu l'armée autrichienne à Marengo. Nous lui avons tué 6,000 hommes, fait autant de prisonniers, pris 40 pièces de canon et 15 drapeaux.
Chabran, général de division, au Général en chef.
L'ennemi, qui s'était porté en force en avant de Casale et qui paraissait menacer Verceil, a disparu pendant la nuit. Une reconnaissance, forte de 50 chevaux et de 200 carabiniers que j'avais dirigé de Candia sur ce point, rapporte avoir trouvé beaucoup de barques; elle a culbuté les postes qui y étaient restés, elle a fait quelques prisonniers.
J'ai ordonné qu'un corps de cavalerie reprit à Terranova le poste qu'il avait été forcé de quitter.
J'apprends à l'instant qu'un corps de troupes ennemies, que je présume n'être qu'en observation, s'est porté à la hauteur du pont de Sartirana pour s'opposer à la construction du pont que je voulais jeter.
Hier je brisai le pont de Valenza; je n'oublierai rien pour détruire celui de Casale qui, m'assure-t-on, est fini et solidement construit.
Le chef de brigade Miquel me mande du 24 que, le 23, l'ennemi fit un mouvement vers la ligne de Ponte, où un corps de troupes de 1200 à 1500 hommes, fit mine de s'avancer ; il se retira le lendemain. Au moment où il m'écrivait, il n'y avait plus personne. Une partie des forces est dans Turin; une autre vers Rivoli est opposée au général Turreau. {p.479}
Je vous fais passer une lettre que je reçois du général Valette, quoiqu'elle soit de vieille date.
Vos . . . . . (21), mon Général, font la plus grande vexation dans toutes ces contrées; l'habitant n'est pas pour nous.
Hier, un paysan vous aura peut-être remis une lettre. J'ai l'honneur de vous prévenir que mon intention était de le faire prendre, pour que ma lettre fut remise au commandant des troupes ennemies à Valenza et Casale, J'écrivis dans le même sens à l'administration de Verceil, pour la rassurer et pour que l'ennemi en eut connaissance par quelqu'un de ses partisans; vous savez, mon Général, que Verceil lui en fournit beaucoup. Je désire que, ne pouvant faire mieux, mes démonstrations remplissent vos vues.
Les pourparlers pour la convention aboutissent dans la nuit du 15 au 16 juin.
L'armée française entre dans 12 places ou citadelles, sans en faire le siège et gagne. par une seule bataille, la majeure partie du bassin du Pô. Mais l'armée autrichienne et les garnisons des places restent intactes et se retirent avec tout leur matériel de guerre.
Torre-di-Garofoli, 27 prairial an 8 (16 juin 1800).
Le lendemain de la bataille de Marengo, citoyens Consuls, le général Mélas a fait demander aux avant-postes de m'envoyer le général Skal, et on est convenu, dans la journée, de la convention ci-jointe, qui a été signée dans la nuit par le général Berthier et le général Mélas (22). J'espère que le peuple français sera content de son armée,
Je serai ce soir à Milan (23).
BONAPARTE. {p.480}
Convention arrêtée entre les Généraux en chef des armées françaises et impériales en Italie.
ART. 1er. – Il y aura armistice et suspension d'hostilités entre l'armée de Sa Majesté Impériale et celle de la République française en Italie jusqu'à la réponse de Vienne (24)
ART. 2. – L'armée de Sa Majesté Impériale occupera tous les pays compris entre le Mincio, la Fossa-Maestra et le Pô, c'est-à-dire Peschiera, Mantoue, Borgo-Forte, et depuis-là, la rive gauche du Pô et à la rive droite, la ville et la citadelle de Ferrare (25).
ART. 3. – L'armée de Sa Majesté Impériale occupera également la Toscane et Ancône.
ART. 4. – L'armée française occupera les pays compris entre la Chiese, l'Oglio et le Pô.
ART. 5. – Le pays entre la Chiese et le Mincio ne sera occupé par aucune des deux armées. L'armée de Sa Majesté Impériale pourra tirer des vivres des parties de ce pays qui faisaient partie du duché de Mantoue. L'armée française tirera des vivres des pays qui faisaient partie de la province de Brescia.
ART. 6. – Les châteaux de Tortone, d'Alexandrie, de Milan, de Turin, de Pizzighettone, d'Arona (26), de Plaisance, seront remis à l'armée française, du 27 prairial au 1er messidor, ou du 16 au 20 juin.
ART. 7 (27). – La place de Coni, les châteaux de Ceva, de Savone, la ville de Gênes, seront remis à l'armée française, du 16 au 24 juin, ou du 27 prairial au 5 messidor.
ART. 8 (28). – Le fort Urbain sera remis le 26 juin ou 7 messidor.
ART. 9. – L'artillerie des places sera classée de la manière suivante: {p.481}
1° Toute l'artillerie des fonderies et calibres autrichiens appartiendra à l'armée autrichienne;
2° Celle des fonderies et calibres italiens, piémontais et français, sera remise à l'armée française;
3° Les approvisionnements de bouche seront partagés: moitié sera à la disposition du commissaire ordonnateur de l'armée autrichienne, moitié à celle de l'ordonnateur de l'armée française.
ART. 10. – Les garnisons sortiront avec les honneurs militaires et se rendront avec armes et bagages, par le plus court chemin, à Mantoue.
ART. 11. – L'armée autrichienne se rendra à Mantoue, par Plaisance, en trois colonnes: la première, du 16 au 20 juin ou du 27 prairial au 1er messidor; la seconde, du 20 au 24 juin ou du 1er au 5 messidor; la troisième, du 24 au 26 juin ou du 5 au 7 messidor.
ART. 12. – MM. le général Saint-Julien; de Stwrtnick, de l'artillerie; du Brons, du génie (29); Felsegi, commissaire des vivres; les citoyens: le général Dejean, l'inspecteur aux revues Daru, l'adjudant général Léopold Stabenrath; le chef de brigade d'artillerie Mossel, sont nommés commissaires à l'effet de pourvoir aux détails de l'exécution de la présente convention, soit pour la formation des inventaires, soit pour pourvoir aux subsistances et transports, soit pour tout autre objet.
ART. 13. – Aucun individu ne pourra être maltraité pour raison de services rendus à l'armée autrichienne ou pour opinion politique. Le général en chef de l'armée autrichienne fera relâcher les individus qui auraient été arrêtés dans la République cisalpine pour opinions politiques, et qui se trouveraient encore dans les forteresses sous son commandement.
ART. 14. Quelle que soit la réponse de la cour de Vienne, aucune des deux armées ne pourra attaquer l'autre qu'en se prévenant dix jours d'avance.
ART. 15. – Pendant la suspension d'armes, aucune armée ne fera de détachements pour l'Allemagne.
Fait à Alexandrie, le 26 prairial an 8, ou le 15 juin 1800.
Bonaparte, Premier Consul de la République, au citoyen Dejean, conseiller d'État.
Vous trouverez ci-joint, Citoyen, la copie de la convention qui a été signée par le général en chef Berthier et le général Mélas, Vous verrez que vous êtes nommé commissaire,
Je serai ce soir à Milan, Tenez-vous prêt à partir dès que je vous aurai parlé.
Vous pouvez faire connaître cette convention au commandant de la citadelle pour que les hostilités cessent. Communiquez-là au citoyen Petiet, qui la fera publier.
Bonaparte, Premier Consul de la République, au citoyen Merlin.
Voghera, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).
Vous vous rendrez en toute diligence près du général Moncey, à Buffalora, pour lui faire part de la convention qui a eu lieu et de là au fort d'Arona pour la notifier au commandant, afin que toute hostilité cesse (30).
Garofoli, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).
Faites venir deux compagnies de grenadiers pour nous garder. Elles fournissent un officier, 25 hommes et un tambour pour ma garde particulière.
Rèndez-vous à Marengo, même à Alexandrie s'il est nécessaire, et signez, conjointement avec le chef de l'état-major de l'armée autrichienne, les ordres pour faire cesser les hostilités des avant-postes du général Turreau (31), du général {p.483} Suchet, du général Masséna, à Plaisance, à Marcaria route de Mantoue, aux avant-postes de Monsieur de Loudon.
Faites les dispositions pour que la ville de Tortone soit mise de suite en notre pouvoir et la citadelle demain à 8 heures du matin; elle sera occupée par la division Lapoype. La citadelle d'Alexandrie sera occupée par le général Gardanne.
Que la citadelle de Milan soit mise après-demain matin en notre pouvoir et occupée par les troupes du général Vignolle.
Qu'après-demain matin la citadelle de Turin soit remise au général Turreau, Pizzighettone et Plaisance au général Lorge, Arona au général Bethencourt.
Insistez pour la possession de ces places aux époques fixées, surtout Tortone aujourd'hui et la citadelle demain. Faites connaître que la première colonne de l'armée autrichienne ne peut se mettre en marche avant que ces places soient en notre pouvoir.
Déterminez le jour où Coni sera remis aux troupes qui occupent Tende, Ceva, Savone et la ville de Gênes au général Masséna, le fort Urbain au général Lorge.
Faites, de concert avec le chef de l'état-major de l'armée autrichienne, toutes les dispositions pour l'exécution littérale du traité.
Convenez bien des époques afin que les différentes colonnes ne puissent partir que dans le cas où les différentes forteresses, qui doivent être mises au pouvoir des Français, le soient aux époques déterminées.
Veillez à ce que les troupes autrichiennes soient partagées en trois corps égaux.
Prévenez M. le général Mélas que le commissaire des guerres Julien, nommé commissaire conformément à l'article 12 du traité, est remplacé par le chef de brigade d'artillerie Mossel. Prévenez-en le général Marmont.
Je vous envoie ci-joint la lettre de l'officier commandant à {p.484} Tortone (32); je vous prie de demander à M. de Mélas qu'il donne, sur-le-champ, l'ordre pour que nous occupions la ville et le passage. Voyez à terminer nos affaires; je vous autorise à traiter, sur-le-champ, l'échange des prisonniers. Il est important que nous ayons demain la citadelle de Tortone, conformément aux conventions, ainsi que Milan, etc.
Je me suis décidé à laisser mon quartier général à Garofoli à cause de l'infection des morts qui couvrent toute la plaine autour de Marengo.
Nous nous occupons du mode d'exécution pour le traité. Les Autrichiens chicanent tant qu'ils peuvent. Je ne pourrai vous faire connaître que demain les époques définitives auxquelles les places seront abandonnées.
Le général Suchet vient de m'envoyer deux officiers partis d'Acqui; Masséna, de sa personne, est encore à Finale. Je lui ai envoyé un double du traité. Il paraît positif que les Autrichiens, dans la journée du 25, ont eu environ 12,000 hommes, hors de combat.
Le Premier Consul, à Sa Majesté l'Empereur et Roi (33).
Marengo, 27 prairial an 8 (16 juin 1800).
J'ai l'honneur d'écrire à Votre Majesté pour lui faire connaître le désir du peuple français de mettre un terme à la guerre qui désole nos pays. {p.485}
L'astuce des Anglais a empêché l'effet que devait naturellement produire sur le coeur de Votre Majesté ma démarche à la fois simple et franche (34).
La guerre a eu lieu. Des milliers de Français et d'Autrichiens ne sont plus. . . . . Des milliers de familles désolées redemandent leurs pères, leurs époux, leurs fils !… Mais le mal qui est fait est sans remède; qu'il nous instruise du moins et nous fasse éviter celui que produirait la continuation des hostilités. Cette perspective afflige tellement mon coeur que, sans me rebuter de l'inutilité de ma première démarche, je prends derechef le parti d'écrire directement à Votre Majesté, pour la conjurer de mettre un terme aux malheurs du continent.
C'est sur le champ de bataille de Marengo, au milieu des souffrances et environné de 15,000, cadavres, que je conjure Votre Majesté d'écouter le cri de l'humanité, et de ne pas permettre que la génération de deux braves et puissantes nations s'entr'égorge pour des intérêts qui leur sont étrangers.
C'est à moi de presser Votre Majesté, puisque je suis plus près qu'elle du théâtre de la guerre. Son coeur ne peut pas être si vivement frappé que le mien.
Les armes de Votre Majesté ont assez de gloire; elle gouverne un très grand nombre d'États. Que peuvent donc alléguer ceux qui, dans le cabinet de Votre Majesté, veulent la continuation des hostilités?
Les intérêts de la religion et de l'Église?
Pourquoi ne conseille-t-on pas à Votre Majesté de faire la guerre aux Anglais, aux Moscovites, aux Prussiens? Ils sont plus loin de l'Église que nous.
La forme du gouvernement français, qui n'est point héréditaire, mais simplement électif?
Mais le gouvernement de l'Empire est aussi électif, et d'ailleurs Votre Majesté est bien convaincue de l'impuissance où serait le monde entier de rien changer à la volonté que le peuple français a reçue de la nature de se gouverner comme il lui plaît. Et pourquoi ne conseille-t-on pas à Votre Majesté d'exiger du roi d'Angleterre la suppression du Parlement et des États, ou des États-Unis d'Amérique la destruction de leur Congrès?
Les intérêts du Corps germanique?
Mais Votre Majesté nous a cédé Mayence, que plusieurs campagnes n'ont pu mettre en notre pouvoir, et qui était dans le cas de soutenir plusieurs mois de siège; mais le Corps germanique demande à grands cris la paix, qui seule peut le sauver de son entière ruine; mais la plus grande partie du Corps germanique, les États mêmes du roi d'Angleterre, seul instigateur de la guerre, sont en paix avec la République française.
Un accroissement d'États en Italie pour Votre Majesté?
Mais le traité de Campo-Formio a donné à Votre Majesté ce qui a été constamment l'objet de l'ambition de ses ancêtres. {p.486}
L'équilibre de l'Europe?
La campagne passée montre assez que l'équilibre de l'Europe n'est pas menacé par la France, et les événements de tous les jours prouvent qu'il l'est par la puissance anglaise, qui s'est tellement emparée du commerce du monde et de l'empire des mers, qu'elle peut seule résister aujourd'hui à la marine réunie des Russes, des Danois, des Suédois, des Français, des Espagnols et des Bataves. Mais Votre Majesté, qui a un grand commerce aujourd'hui, est intéressée à l'indépendance et à la liberté des mers.
La destruction des principes révolutionnaires?
Si Votre Majesté veut se rendre compte des effets de la guerre, elle verra qu'ils seront de révolutionner l'Europe en accroissant partout la dette publique et le mécontentement des peuples.
En obligeant le peuple français à faire la guerre, on l'obligera à ne penser qu'à la guerre, à ne vivre que de la guerre, et les légions françaises sont nombreuses et braves.
Si Votre Majesté veut la paix, elle est faite; exécutons de part et d'autre le traité de Campo-Formio, et consolidons, par un supplément, la garantie des petites puissances, qui, principalement, paraît avoir été cause de la rupture de la paix.
Donnons le repos et la tranquillité à la génération actuelle. Si les générations futures sont assez folles pour se battre, eh bien elles apprendront, après quelques années de guerre, à devenir sages et à vivre en paix.
Je pouvais faire prisonnière toute l'armée de Votre Majesté. Je me suis contenté d'une suspension d'armes, ayant l'espoir que ce serait un premier pas vers le repos du monde, objet qui me tient c autant plus à coeur, qu'élevé et nourri par la guerre, on pourrait me soupçonner d'être plus accoutumé aux maux qu'elle entraîne.
Cependant, Votre Majesté sent que, si la suspension d'armes qui a lieu ne doit pas conduire à la paix, elle est sans but et contraire aux intérêts de ma nation.
Ainsi, je crois devoir proposer à Votre Majesté:
1° Que l'armistice soit commun à toutes les armées;
2° Que des négociateurs soient envoyés, de part et d'autre, secrètement ou publiquement, comme Votre Majesté le voudra, dans une place entre le Mincio et la Chiese, pour convenir d'un système de garantie pour les petites puissances, et expliquer les articles du traité de Campo-Formio que l'expérience aurait montré devoir l'être.
Si Votre Majesté se refusait à ces propositions, les hostilités recommenceraient; et, qu'elle me permette de le lui dire franchement, elle serait, aux yeux du monde, seule responsable de la guerre.
Je prie Votre Majesté de lire cette lettre avec les mêmes sentiments qui me l'ont fait écrire, et d'être persuadée qu'après le bonheur et les intérêts du peuple français rien ne m'intéresse davantage que la prospérité de la nation guerrière dont, depuis huit ans, j'admire le courage et les vertus militaires (35).
BONAPARTE. {p.487}
Quelques difficultés s'élèvent pour la remise des places fortes et le départ des colonnes autrichiennes.
Garofoli, le 28 prairial an 8 (17 juin 1800).
J'espère, citoyen Consul, que tous les articles de la capitulation seront exécutés; mais j'ai dû me rendre à quelques modifications dans le mode d'exécution (36).
Aujourd'hui le fort de Serravalle est remis aux troupes de la République.
Demain 29, seront remis le fort de Tortone, les citadelles de Milan et d'Arona.
Le 1er messidor, seront remis: la citadelle de Turin, celle d'Alexandrie, celles de Plaisance et Pizzighettone.
Le 4 messidor seront remis les places de Coni, Ceva, Gênes et Savone.
Enfin, le 6 messidor, le fort Urbain.
La première colonne des troupes autrichiennes part le 29 prairial, la seconde le 30. La troisième colonne devait partir le 1er messidor (37) ; j'ai demandé qu'elle ne partit que le jour où l'on nous remettra Coni, Ceva, Gênes et Savone.
Le général Murat, qui vous portera cette lettre, vous fera connaître la position de l'armée et vous parlera des différentes choses que je lui ai confiées.
Alex. BERTHIER. {p.488}
J'ai l'honneur de vous prévenir qu'il est définitivement arrêté entre moi et M. le général Mélas (38) que la première colonne de l'armée autrichienne partira le 18 juin, 29 prairial.
La deuxième colonne, le 20 juin (1er messidor),
La troisième colonne, le 24 juin (5 messidor).
Les forteresses seront évacuées, savoir:
Serravalle, aujourd'hui 17 juin (28 prairial);
Tortone, demain 18 juin (29 prairial);
le 20 juin (1er messidor);
le 24 juin (5 messidor) ;
Le fort Urbain, le 26 juin (7 messidor) (39).
Telles sont, citoyen Consul, les dispositions que j'ai conciliées avec ce que désirait M. de Mélas et ce qu'exige le traité.
Il est bien à désirer que nous puissions nous éloigner de nos anciennes positions, à cause de l'infection des cadavres.
Demain, je compte établir mon quartier général à Tortone.
Alex. BERTHIER. {p.489}
Donnez l'ordre de bonne heure aux généraux de division pour que, demain matin, les troupes à leurs ordres qui se trouveront en vue de la colonne autrichienne à son passage, prennent les armes parallèlement au front de bandière de leurs bivouacs et battent aux champs. Le même ordre sera donné à la cavalerie, qui montera à cheval également devant son bivouac,
Envoyez un officier d'état-major pour faire le logement du quartier général à Tortone, où il se transportera demain. Cet officier prendra avec lui trois compagnies de grenadiers de la division Lapoype, pour mettre le plus grand ordre dans la ville.
Ordonnez dans l'armée pour que l'on ait les plus grands égards pour tout ce qui tient à l'armée autrichienne. Plus on est vainqueur, plus on doit être modeste.
Le 18 juin, la 1re colonne autrichienne part d'Alexandrie. La citadelle de Tortone est remise à la division Lapoype. Les autres divisions campent encore sur le champ de bataille.
L'adjudant général Lacroix, au général Dupont, chef de l'état-major général.
Tortone, le 29 prairial an 8 (18 juin 1800).
Les Autrichiens n'attendent, pour évacuer la citadelle, mon Général, que les troupes qui doivent les relever, Le général Lapoype vient de partir pour aller chercher sa division. Je leur ai fait proposer de les relever par une compagnie de grenadiers; mais, outre qu'elle ne serait point suffisante pour la garde de tous les magasins, ces messieurs les Autrichiens, qui sont très vétilleux, parlent des égards de nation à nation, de sorte que l'on attend, pour les faire évacuer, l'arrivée des troupes du général Lapoype.
On a trouvé, dans la citadelle, 80 prisonniers français. Nos commissaires {p.490} les ont réclamés; on les leur a remis, sous la promesse que nous rendrions un pareil nombre d'Autrichiens.
Je viens de faire retourner à Garofoli les adjoints Bernard, Simon, Levasseur et Larmand.
J'ai été faire tapage dans le logemeut du général en chef et dans le vôtre; mais, malgré cela, vous ne serez pas bien logés, parce que les habitants sont mauvais.
Le général de division Lapoype, au général de division Dupont, chef de l'état-major général.
Je vous préviens, citoyen Général, que ma division, composée de cinq bataillons, est disposée ainsi qu'il suit:
1 bataillon de la 1re légère, à la citadelle;
1 bataillon de la 29e de ligne, à la citadelle;
1 bataillon de la 29e de ligne, caserné dans la ville de Tortone;
2 bataillons de la 91e bivouaquent en avant de Tortone, entre cette place et la Scrivia.
D'après cela, je vous prie de proposer au général en chef de réunir la division dans la citadelle; je vous invite à me faire connaître ses intentions demain avant 8 heures du matin.
Je n'ai pas besoin, mon Général, de vous parler de l'heureuse réussite de notre armée, et de l'inconcevable capitulation qui en a été la suite. Bonaparte a exécuté son grand plan avec son génie et ce bonheur qui ne l'abandonna jamais. Ce dont je veux vous parler, c'est du désir que j'ai de retourner auprès de vous et de servir sous vos ordres. L'armée va s'organiser, et j'espère que vous n'oublierez pas que vos amis ne sont bien qu'avec vous et ne veulent partager que votre gloire. Je parle toujours au nom de Digonnet et au mien. Je m'en rapporte à votre amitié.
Ma division est à Tortone; j'ai pris possession de la citadelle aujourd'hui, avec la brigade Digonnet; et je n'attends plus que le moment de me réunir à vous,
Je vous prie de croire à ma respectueuse amitié.
LAPOYPE. {p.491}
Garofoli, le 29 prairial an 8 (18 juin 1800).
J'ai l'honneur de vous prévenir que la première colonne de l'armée autrichienne est partie ce matin, ainsi que M. de Mélas, qui voyage avec ses équipages. Je vais, ce soir, établir mon quartier général à Tortone. Comme, dans la journée de demain, il ne part pas de troupes autrichiennes, et qu'il n'y a point de places remises en notre pouvoir, je me propose d'aller vous voir à Milan.
En allant voir les troupes ce matin dans leur camp, j'ai eu le plaisir de rencontrer le général Masséna et de l'embrasser.
Je m'étais proposé d'aller vous voir à Milan ; mais, comme je juge convenable d'être ici le 1er messidor, jour où on nous livre Alexandrie, je resterai, à moins que je ne reçoive des ordres de vous. Demain, je passerai la revue de toute l'armée, et, après-demain, je me propose d'aller coucher à Milan.
Je vous prie de me faire connaître quelles sont vos intentions pour le placement des divisions.
Demain, à midi précis, je passerai la revue des divisions Chambarlhac (40), {p.492} Gardanne et Watrin, A 2 heures, je passerai la revue des divisions Boudet (41) et Monnier. La cavalerie qui est à Bosco se réunira à portée de la division du général Victor. Les soldats et officiers mettront de la verdure à leurs chapeaux comme signe de la victoire. Après-demain, 1er messidor, je passerai la revue de tout le reste de la cavalerie à Volpédo, à 11 heures du matin.
J'oubliais de vous dire que demain, à 10 heures du matin, je passerai en revue la division Lapoype.
Renouvelez les ordres et chargez un officier d'état-major de veiller à ce que les officiers autrichiens qui sont à San-Giuliano soient pansés et transportés. Demandez des chirurgiens dans la ville, si nous n'en avons pas assez de français, ainsi que des voitures, etc.
Envoyez vos chevaux d'avance, nous partirons en voiture.
Le général Duvignau, qui ne s'est pas trouvé à sa brigade de cavalerie à la bataille du 25, n'est plus employé à l'armée de réserve; il se retirera auprès du Ministre de la guerre pour recevoir ses ordres (42). {p.493}
L'officier qui commandait le corps de 500 hommes qui s'est rendu dans les maisons de Marengo sera traduit au conseil de guerre. Un corps de 500 hommes, commandé par un brave, doit se faire jour partout, et surtout quand il est soutenu de son armée.
Outre les états qui doivent être envoyés à l'état-major général aux époques prescrites, il lui sera adressé, le lendemain de chaque action, un état particulier par les corps qui y auront pris part. Les généraux de division et de brigade veilleront à ce que cette disposition soit remplie avec exactitude.
Le Premier Consul arrive le 17 juin à Milan, où il prend des dispositions pour la reprise des hostilités.
Le Premier Consul, au général en chef Moreau (43). (Armée du Rhin.)
Milan, 28 prairial an 8 (17 juin 1800).
Le sort de l'Italie, citoyen Général, vient d'être décidé par deux batailles assez sérieuses, l'une à Montebello, près Casteggio, l'autre entre Marengo et San-Giuliano. Desaix, qui était arrivé la veille, a été tué à cette dernière. Sa {p.494} famille et la République font une grande perte; mais la nôtre est plus grande encore.
M. Mélas se trouvait, après cette bataille, enveloppé de tous côtés (44); il a signé la convention que vous trouverez ci-jointe.
Il fait ici, comme à votre armée, un temps assez mauvais, ce qui nous fatigue beaucoup; tous les soirs nous avons deux heures de pluie.
J'arrive à Milan, et je suis un peu fatigué. Je vous écrirai plus en détail un autre jour.
P.-S. – Dès l'instant que la plus grande partie des places fortes sera dans nos mains, je ferai signifier à la cour de Vienne que les expressions du premier article, « jusqu'à la réponse de la cour de Vienne », doivent s'étendre à quinze jours seulement. Ce temps est nécessaire à l'armée pour organiser son artillerie (45).
Le Premier Consul, au général Berthier (46).
Milan, le 28 prairial an 8 (17 juin 1800).
Je vous envoie, citoyen Général, un arrêté dont je vous prie d'envoyer copie au général Masséna et au général Turreau.
Plaisance est rendue, la garnison est prisonnière sur parole, elle est forte de 1100 hommes (47). Elle servira à échanger les 1100 hommes qui ont été faits prisonniers à Marengo et qui sont à Alexandrie (48).
Milan, le 28 prairial an 8 (17 juin 1800)
ART. 1er. . . . . Le général Masséna prendra toutes les mesures pour faire occuper, en conséquence de la convention du 27 prairial, les forteresses de Ceva, Coni, Savone et la ville le Gênes. {p.495}
ART. 2. – Le général Turreau, en vertu de ladite capitulation, occupera Turin.
ART. 3. – Le général en chef Berthier fera occuper Milan, Arona, Pizzighettone, Alexandrie, Tortone (49).
Les canonniers de la garde des Consuls se couvrent de gloire dans toutes les affaires. A la bataille de Montebello, ils étaient, avec les tirailleurs et trois pièces d'artillerie, toujours à vingt pas de l'ennemi. Le citoyen Marin, sous-lieutenant de cette compagnie, se distingue d'une manière toute particulière (50).
M. Mélas a eu, dans la bataille de Marengo, deux chevaux tués sous lui et une contusion au bras (51).
Le général Saint-Julien, avec quatre ou cinq autres généraux, avaient été faits prisonniers; mais ils ont eu le temps de se sauver pendant que nos soldats se jetaient sur les pièces.
Plusieurs des grenadiers hongrois et allemands prisonniers, passant auprès du Premier Consul, le reconnurent, ayant été faits prisonniers dans les campagnes de l'an 4 et de l'an 5. Beaucoup se mirent à crier avec une espèce de satisfaction: « Vive Bonaparte! »
Le Premier Consul disait, en revenant de la bataille et voyant une grande quantité de soldats blessés, dans le dénuement et les embarras, suites inévitables d'une grande bataille: « Quand on voit souffrir tous ces braves gens, on n'a qu'un regret, c'est de n'être pas blessé comme eux, pour partager leurs douleurs »).
Les généraux, officiers et soldats de l'armée autrichienne sont indignés contre Thugut. Ils rendent justice aux bonnes intentions de leur Empereur, et ils paraissent convaincus que nous ne nous battons que pour vendre plus cher le café et le sucre des Anglais.
Un général autrichien de beaucoup de mérite disait au quartier général : « Nous n'aurons de repos et de bonheur sur le continent que lorsque, d'un concours unanime, nous en interdirons l'accès à cette nation vénale et mercantile, qui calcule sur notre sang pour l'accroissement de son commerce ».
Tous paraissent convaincus que, si nous n'avons pas la paix, c'est la faute de l'Angleterre et de leur ministère.
L'armée autrichienne paraît très attachée au prince Charles, et elle attribue sa disgrâce à quelques plaisanteries lâchées par l'archiduc contre Thugut, et à son opinion bien connue de faire la paix.
A Paris comme à Vienne, en France comme en Allemagne, à l'armée française {p.496} comme à l'armée autrichienne, tout le monde veut la paix, Les intrigues et les guinées des Anglais, l'influence de l'Impératrice et la disgrâce du prince Charles paraissent seules l'empêcher. Si l'Empereur avait été sur le champ de bataille de Marengo, son coeur se serait livré aux sentiments d'humanité qui lui sont naturels, et il conclurait la paix; et s'il a de la religion, il pensera qu'il doit y avoir châtiment pour celui qui, par ambition ou faiblesse, est coupable de tant de malheurs.
Mais, quand une partie de l'Italie resterait à l'Empereur, qu'en ferait-il? Peut-il, du fond de son palais, à Vienne, gouverner les peuples de la Romagne et des rives de l'Adda? S'il savait combien il a été mal servi par ses agents en Italie, combien de vexations, de vols, d'emprisonnements ont été faits sous son nom, il n'attacherait pas grand prix à la possession d'un pays où il ne peut plus qu'être en horreur.
Parce que le gouvernement français a pris un ton de modération, fondé sur la confiance du peuple et sur des bases solides, on l'a cru faible et pusillanime. On ne croyait pas à la première armée de réserve, et on la tournait en ridicule; on ne croira sans doute à la seconde que lorsqu'elle frappera (52).
Le frère du général Watrin a été tué à la bataille de Marengo: c'était un officier d'un grand mérite.
Le château de Plaisance a capitulé; la garnison est prisonnière de guerre.
Le Premier Consul, aux Consuls (53).
Milan, le 29 prairial an 8 (18 juin 1800).
Je reçois, citoyens Consuls, votre courrier du 22.
Je vous en voie une nouvelle copie de la convention. Dans les premiers jours de messidor, toutes les places seront en notre pouvoir.
Vous trouverez ci-joint le bulletin de l'armée (54) et la capitulation de Plaisance (55). {p.497}
A la nouvelle du débarquement de Quiberon, j'allais me rendre droit dans la Vendée mais les nouvelles que je reçois du rembarquement retarderont mon départ de quelques jours.
Aujourd'hui, malgré ce qu'en pourront dire nos athées de Paris, je vais en grande cérémonie au Te Deum que l'on chante à la métropole de Milan.
P.-S. – J'ai reçu tous vos courriers des 14, 15, 10, 17, 18, 19, 20 et 21.
Milan, 29 prairial an 8 (18 juin 1800).
Le général Rivaud a été blessé à la bataille de Marengo, en défendant ce village, où il a tenu plusieurs heures avec beaucoup d'intrépidité.
Le général Desaix avait amené d'Egypte deux petits nègres que lui avait {p.498} donnés le roi de Darfour. Ces enfants ont porté le deuil de la mort de leur maître, à la mode de leur pays et d'une manière extrêmement touchante.
Le Premier Consul a pris avec lui les deux aides de camp du général Desaix, Savary et Rapp. Le corps de ce général a été conduit en poste à Milan, où on l'a embaumé. On ne sait pas encore si le Premier Consul l'enverra à Paris, ou s'il le placera sur un monument qui serait élevé sur le Saint-Bernard, pour éterniser le passage de l'armée de réserve.
Le Premier Consul a assisté ce matin au Te Deum que la ville de Milan a fait chanter dans la métropole en l'honneur de la délivrance de la République et de la gloire des armes françaises. Il a été reçu à la porte par tout le clergé, conduit dans le choeur sur une estrade préparée à cet effet, et celle sur laquelle on avait coutume de recevoir les consuls et les premiers magistrats de l'empire d'Occident. La musique du Te Deum était des meilleurs compositeurs d'Italie. Cette cérémonie était imposante et superbe.
Ce respect pour l'autel est une époque mémorable qui fera impression sur les peuples d'Italie et plus d'amis à la République.
L'allégresse était partout à son comble. « Si l'on fait ainsi, disaient les Italiens, de tous les pays, nous sommes tous républicains, et prêts à nous armer pour la défense de la cause du peuple dont les moeurs, la langue et les habitudes ont le plus d'analogie avec les nôtres (56) ».
Bonaparte, Premier Consul de la République, au général Berthier.
Je vous prie, citoyen Général, de me faire faire un rapport sur cette question:
Laquelle des deux forteresses de Tortone ou d'Alexandrie est le plus dans le cas de se défendre (57)?
BONAPARTE. {p.499}
Le Premier Consul, au Ministre de la guerre (58).
Le général Lacombe Saint-Michel, citoyen Ministre, qui avait été chargé de la formation d'un équipage de siège pour la citadelle de Turin, doit continuer ses opérations pour assiéger Peschiera et Porto-Legnago, que j'ai le projet de faire attaquer à la fois, lors de la reprise des hostilités. Il n'aura pas besoin d'amener de France du matériel; il trouvera plus de canons qu'il ne lui en faut dans les citadelles en notre pouvoir. Il suffira qu'il amène des ouvriers, des canonniers et le plus d'attelages qu'il pourra (59). {p.500}
Je compte faire détruire la plus grande partie de ces places, il est donc nécessaire d'envoyer le plus promptement possible trois ou quatre compagnies de mineurs, pour finir en peu de temps (60).
Le Premier Consul, au général Berthier (61).
Milan, 30 prairial an 8 (19 juin 1800).
En attendant que nous conférions ensemble, citoyen Général, vous pouvez toujours diriger toutes les divisions de l'armée qui sont entre la Scrivia et la Bormida sur Plaisance.
Il faudrait mettre en garnison, à Alexandrie et à Tortone, le corps du général Chabran. {p.501}
Donnez les ordres (62) :
1° Pour que, sans perdre un instant, on fasse sauter le fort de Serravalle et que l'on en transporte les munitions de guerre et de bouche dans le fort de Gavi ;
2° Pour que l'on fasse sauter le fort de Bard et la citadelle d'Ivrée; on transportera les canons et les munitions de guerre et de bouche dans la citadelle de Turin;
3° Que l'on fasse sauter la citadelle de Ceva; on transportera les canons, munitions de guerre et de bouche dans la citadelle de Savone.
Donnez également l'ordre que l'on fasse sauter le fort d'Arona : les canons, munitions de guerre et de bouche, seront transportés à Milan.
BONAPARTE. {p.502}
Le Premier Consul, au général Berthier (63).
Milan, 1er messidor an 8 (20 juin 1800).
Le général Moncey se rendra sur-le-champ à Brescia, où il réunira sous son commandement les divisions des généraux Lorge et Lapoype (64). Il sera spécialement chargé d'occuper la Valteline et toute la ligne de la Chiese et de l'Oglio. Si le corps de l'armée ennemie, qui est dans les Grisons, menaçait d'attaquer le Saint-Gothard, il le menacerait d'attaquer par les débouchés de la Valteline.
Arrêté (65).
Milan, 4 messidor an 8 (23 juin 1800).
BONAPARTE, Premier Consul de la République française, ARRÊTE:
ARTICLE 1er. – Il sera levé une contribution extraordinaire de guerre de 2,000,000 fr. dans toute l'étendue de la République cisalpine. Cette taxe sera payée par les individus qui ont occupé des places à la nomination du gouvernement autrichien, ou qui se sont notoirement montrés les partisans de ce gouvernement.
ART. 2. – Le produit de la taxe extraordinaire de guerre est destiné à payer, à titre de gratification, un mois de solde aux officiers, sous-officiers et soldats de l'armée.
ART. 3. – Le gouvernement provisoire de la République cisalpine fera verser ces deux millions dans le plus court délai, dans la Caisse du trésorier français à Milan.
ART. 4. – Le général en chef de l'armée d'Italie et le ministre extraordinaire du gouvernement français à Milan, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté (66).
BONAPARTE. {p.503}
Le Premier Consul n'est pas sans quelque méfiance quant à la ponctuelle exécution de la convention d'Alexandrie par les Autrichiens.
Par son ordre des mesures sont prises pour arrêter au besoin les colonnes ennemies dans le cas où les places fortes ne seraient pas livrées aux jours fixés.
Bientôt l'armée de réserve se trouve réunie dans la région de Plaisance, avec le quartier général à Pavie et une division détachée à Bologne. Une situation établie à l'état-major général à la date du 20 juin donne l'emplacement occupé par chaque corps à cette époque. Elle indique aussi l'effectif des présents dont le total est de 48,932 hommes avec 5,749 chevaux; l'artillerie réorganisée se compose de 51 canons et 13 obusiers (67).
Je reçois, citoyen Général, votre lettre d'hier 28 (68), J'admire votre confiance. Il faut, le plus promptement possible, y porter remède, afin de ne pas en être dupe.
Il paraît que la première colonne sera partie lorsque vous recevrez cette lettre. Faites-la marcher à petites journées, de manière qu'elle ne soit à Castel-San-Giovanni que le 2 ou 3 messidor au soir.
Réunissez derrière la Trebbia, à grandes marches, toute la division Loison, ainsi que les Italiens et le bataillon du général Moncey, qui se trouvent à Plaisance.
Vous saurez le 1er, à midi, si vous avez Alexandrie, Pizzighettone et Milan. {p.504}
Vous saurez, le 2 au matin, si vous avez Turin. Dans ce cas, le général Loison laissera passer la première colonne autrichienne. Dans le cas contraire, le général Loison déclarera qu'elle ne peut pas passer qu'on ne soit en possession des places.
Je ne peux pas concevoir comment on ne nous rend Savone et Gênes que le 5 messidor. Est-ce pour laisser aux Anglais le temps d'y jeter une garnison anglaise? Cependant la seconde colonne part le 1er messidor. Il faudrait, aux termes du traité, qu'elle ne partit que le 5, ou bien qu'on nous livrât Coni, Gênes, Savone, le 1er messidor.
En fait d'affaires, tous ces différends ne sont rien. S'ils sont de bonne foi, qu'importe qu'ils nous livrent les places un ou deux jours plus tôt; s'ils ne sont pas de bonne foi, il faut prendre, nos précautions.
D'ailleurs, le 7 messidor, ils peuvent avoir reçu la réponse de Vienne, et, dès lors, le général Mélas n'est plus responsable de rien.
Mon intention est, positivement, que vous retardiez le départ de la seconde colonne, et que le fort Urbain nous soit remis le plus tôt possible; il n'est pas si loin (69).
Dans tous les cas, faites marcher, avant la seconde comme avant la première colonne, des troupes avec de l'artillerie et plus nombreuses qu'elles. Ayez soin aussi qu'il ne parte aucune artillerie avec l'armée, même de campagne, qui serait de calibre ou fonderie italienne, piémontaise ou française. La convention est assez avantageuse pour les Autrichiens. Dans la même position, ils ne se seraient pas comportés comme nous.
Je voudrais aussi que M. Mélas, de sa personne, ne partit que quand nous aurons Gênes (70).
Tortone, le 30 prairial an 8 (19 juin 1800).
J'ai reçu cette nuit votre lettre du 29 prairial et je vois que vous êtes mécontent du mode d'exécution du traité. {p.505}
Je n'ai pu empêcher M. de Mélas de partir avec sa première colonne, le traité ne s'y opposait pas. Le général Dupont aurait pu mieux interpréter le mode d'exécution. Quant à moi qui suis esclave de ma parole, j'ai cru à la bonne foi de M. de Mélas.
Le général Dupont a été le trouver cette nuit à Voghera et lui a fait sentir qu'il serait convenable qu'il restât afin que nous puissions terminer les contestations qui pourraient s'élever.
Il a assuré de sa bonne foi, a paru sensible à ce qu'on en doutât et a dit qu'il avait pris ses arrangements pour marcher avec sa première colonne. Ce soir, elle couche à Stradella; demain 1er messidor, à Plaisance où elle séjourne. C'est la route arrêtée avec le général Dupont.
J'ai fait partir le général Loison pour prendre position derrière la Trebbia, sans cependant lui donner l'ordre d'arrêter la marche de M. de Mélas. Demain matin je dois avoir Alexandrie. Vous serez à même de savoir si Milan est remis en notre pouvoir, et, dans le cas de manque de foi, vous pourrez faire dépêcher un courrier au général Loison, à Plaisance, comme je le ferais d'ici si nous n'avions pas Alexandrie.
Il a été convenu, par écrit, qu'après-demain partirait la deuxième colonne des Autrichiens. Les retenir, n'est-ce pas donner un prétexte pour suspendre la remise d'Alexandrie, etc.? Puis-je suspendre le départ de cette colonne, quand sa marche a été arrêtée par une convention et que rien n'indique qu'on ait manqué au traité.
Je fais partir les divisions Monnier et Boudet pour Stradella (71), où ce corps sera à même d'arrêter la deuxième colonne si l'on manquait au traité. {p.506}
La troisième colonne répond de Gênes, Savone, Coni. Nous avons Serravalle et Tortone.
Le général Mélas réclame contre la reddition de la citadelle de Plaisance, pour que les hommes ne soient pas considérés comme prisonniers. Il s'appuie sur ce que le traité est du 26 et la capitulation du 27, ce qui, d'après les droits de la guerre, rend les soldats pris à leurs drapeaux (72).
Je viens de passer la revue de l'armée (73) et je me suis assuré par moi-même que nous avons eu dans la bataille de Marengo, le 25 prairial, 710 tués, 4,050 blessés et 1075 prisonniers qui ont été rendus (74).
Le général Dupont, que j'avais envoyé à Alexandrie après la revue, arrive à l'instant (il est minuit). Il me rend compte que le général Gardanne a pris ce soir possession de la citadelle d'Alexandrie, que le général Dejean et le général Saint-Julien sont partis ce soir pour Turin, dont la citadelle nous sera remise demain.
Le citoyen Cerat, député près de vous par la ville de Gênes, sort de chez moi et me prévient que les Anglais ont voulu embarquer l'artillerie et enlever beaucoup d'objets de Gênes, que le peuple de la ville s'est ameuté contre cette disposition des Anglais. Il me dit que M. de Hohenzollern s'est bien conduit dans cette circonstance, qu'il annonce la meilleure foi pour l'exécution du traité. {p.507}
Je ne doute pas que demain le matin nous n'ayions, ainsi que cela est convenu, le château de Milan et Pizzighettone. Tout annonce que les Autrichiens sont bien décidés à consommer tous les articles du traité.
Demain matin, ils font partir une seconde colonne d'environ 8,000 hommes d'infanterie (75). La troisième colonne, qui part le 5, sera composée de quelques bataillons et de 22 escadrons.
Je laisse la division Gardanne à Alexandrie, celle de Lapoype à Tortone; je fais marcher demain la division Chambarlhac à Ponte-Curone et la division Watrin à Castel-Nuovo-di-Scrivia (76). Quant à notre cavalerie, je crois qu'il faudrait la rapprocher près du Pô, du côté du passage de Mezzana-Corti, car elle ne peut plus vivre par ici (77).
J'irai demain matin voir la citadelle d'Alexandrie et je verrai s'il ne serait pas préférable de laisser la division Victor dans cette partie.
J'ai trouvé 500 fusils à Tortone, avec lesquels j'ai armé une partie de nos prisonniers rentrés.
Je compte me rendre demain au soir à Milan.
P.-S. – La poudre reste provisoirement dans les places ou il nous reste une artillerie immense.
Tortone, le 1er messidor an 8 (20 juin 1800).
Le quartier général sera demain à Pavie, où il restera jusqu'à nouvel ordre.
Faites les dispositions en conséquence.
Alex. BERTHIER. {p.508}
Donnez l'ordre au général Chabran de tenir garnison à Alexandrie et à Tortone avec le corps à ses ordres; il se tiendra de sa personne à Alexandrie et mettra un général de brigade à Tortone.
Ordonnez à la division du général Boudet et à celle du général Monnier de suivre leur marche pour se rendre à Plaisance. La première de ces divisions qui sera ce soir à Stradella ira coucher. demain à Plaisance (78); la deuxième, qui sera ce soir à Casteggio ou à Montebello, couchera demain à Castel-San-Giovanni et après-demain à Plaisance.
Ordonnez à la division Watrin de se rendre aujourd'hui à Ponte-Curone, demain à Broni et après-demain à Ponte-Tidone, et le 4 à Plaisance.
Ordonnez à la division Chambarlhac (79) de se rendre aujourd'hui à Castel-Nuovo-di-Scrivia, demain à Casteggio, après-demain à Castel-San-Giovanni, et le 4 à Plaisance.
Lorsque le général Chabran aura pris possession d'Alexandrie et de Tortone, la division Gardanne partira le 3 pour se rendre à Voghera, le 4 à Stradella, le 5 à Plaisance.
Le général Lapoype partira le 4 de Tortone pour se rendre à Voghera, le 5 à Stradella, et le 6 à Plaisance (80).
La cavalerie recevra des ordres demain dans la journée. {p.509}
Le général Marmont fera filer sur Plaisance, pour être distribuée aux divisions, toute l'artillerie attelée et approvisionnée qui se trouve au parc de Tortone.
Milan, le 3 messidor an 8 (22 juin 1800).
Donnez l'ordre au général Monnier de partir de Plaisance après-demain pour se rendre à Bologne, où il prendra position (81).
Je vous prie de donner des ordres pour que la cavalerie commence demain son mouvement pour prendre ses cantonnements, la cavalerie à Lodi, les dragons à Crema, les chasseurs et hussards à Casal (82), Codogne et Crémone (83).
Alex. BERTHIER (84).
L. H. Loison, général de division, au Premier Consul de la République française Bonaparte.
Plaisance, le 4 messidor an 8 (23 juin 1800).
J'ai l'honneur de vous rendre compte que ma division a reçu l'ordre du général Berthier de se rendre sur la Trebbia, afin de s'opposer au passage des deux dernières colonnes autrichiennes, dans le cas où l'ennemi refuserait de nous mettre {p.510} en possession de la ville de Gênes. Je devais alors recevoir l'ordre d'attaque de vous ou du général en chef.
La première colonne ennemie est arrivée à Plaisance le 1er, en est repartie le 3, se dirigeant sur Parme. La deuxième est arrivée le 3 et en repartira demain 5, suivant la même direction que la première.
J'ai été à même de connaître la force de ces deux colonnes au moyen d'un pont que j'ai fait construire sur la Trebbia et par où l'ennemi a dû nécessairement passer. J'avais chargé différents officiers de les compter.
Il résulte que la première colonne est forte de :
De tous calibres.
OBUSIERS.
et mulets de
somme, compris
ceux officiers.
14,011 2,610 119 23 160 80 40 933 1,100 4 pièces d'artillerie
18 voitures chargées
2e colonne,
12,502 3,764 96 32 230 14 » 400 300
Colonne arrivée le 4.
3,200* 1,208** » » 4 » » 517 272 * Dont 1800 blessés.
** Dont moitié
29,713 7,582 215 55 394 94 40 1,850 1,672
Sont compris dans la colonne de l'infanterie les sapeurs, pontonniers et artilleurs, dans celle des canons et caissons, ceux attachés aux bataillons (85).
La désertion est très forte dans l'armée ennemie; tous les jours il leur manque 500 ou 600 hommes, malgré qu'ils en fassent fusiller une vingtaine par jour (86).
J'ai l'honneur d'être, mon Général, avec un profond respect.
LOISON. {p.511}
Contrairement aux appréciations pessimistes du Premier Consul, la remise des places fortes aux troupes françaises se fait avec une entière bonne foi.
Armée d' ltalie. – Aile gauche. – Division active en Piémont,
Turreau, général commandant, au général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée de réserve.
Pignerol, le 30 prairial an 8 (19 juin 1800).
J'ai reçu, Général, des mains du citoyen Barbier, officier attaché à l'état-major général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire relativement à la prochaine occupation de' Turin par les troupes françaises. J'étais déjà instruit des intentions du général en chef par un officier de l'état-major du comte d'Avesberg, qui commande la ville et la citadelle; et, en conséquence, j'avais fait partir mon chef d'état-major, un commandant d'artillerie, un autre du génie et un commissaire des guerres, pour faire exécuter la Convention, chacun en ce qui le concerne.
Au surplus, je serai demain à Turin, et les ordres que vous m'avez transmis seront ponctuellement exécutés.
Vignolle, général de brigade, commandant la Lombardie, au général divisionnaire Dupont, chef de l'état-major général de l'armée de réserve.
Je m'empresse de vous envoyer ci-joint, mon cher Général, l'inventaire de tout ce qui existe généralement dans le château de Milan, en artillerie, en munitions de guerre et de bouche (87). Les sentinelles françaises et autrichiennes ont été posées aux portes des magasins, jusqu'à l'arrivée des commissaires nommés pour en faire la division, conformément à la Convention.
La garnison autrichienne du château sortira demain, à 4 heures du matin, et se rendra, par Lodi, Pizzighettone, Crémone, Bozzolo et Marcaria, à Goïto, sa destination. Le régiment de Verceil, piémontais, dont la force est de 500 hommes, ayant demandé de ne pas suivre l'armée autrichienne et à rentrer dans ses foyers, le Premier Consul a décidé qu'il resterait à Milan jusqu'à nouvel ordre; et, comme ce régiment a laissé à Mantoue ses drapeaux et quelques effets, j'ai délivré un passeport à un officier, chargé, par le commandant du corps, d'aller les prendre. {p.512}
La garnison du château était composée de 2,800 hommes (88), que nous bloquions avec 800 hommes.
P.-S. – Me trouvant indisposé depuis plusieurs jours, je me suis déterminé à prendre l'émétic, qui m'a beaucoup tracassé. J'espère, demain, me trouver mieux.
Le Consul doit passer la revue des troupes qui se trouvent à Milan, et je veux y être. Il a été, lui-même, un peu indisposé aujourd'hui,
Faites-moi le plaisir de dire au général en chef qu'il trouvera, à son arrivée, ce qu'il désire, une voiture de voyage et une de ville.
J'espère, comme je le souhaite, mon cher Général, que vous viendrez bientôt.
J'ai reçu les deux ordres du jour que vous avez eu la bonté de m'adresser.
J'y ai vu, avec surprise, ce qui a été mis à l'égard du général Duvignau, que je considère, dès lors, comme entièrement déshonoré.
Salut et sincère amitié.
Amédée Gardanne, général divisionnaire, commandant la citadelle et province d'Alexandrie, au général de division Dupont, chef de l'état-major général.
Alexandrie, le 1er messidor an 8 (20 juin 1800).
C'est sans raison, citoyen Général, que plusieurs divisions de l'armée sont dans la confiance de recevoir leurs subsistances à Alexandrie; cette province reste sans ressources, l'armée ennemie ayant consommé les denrées qu'il était possible d'y emmagasiner; j'ai fait mille efforts, et mon commissaire a tout employé pour réussir à assurer le service de ma division; principalement les vivres viandes sont rares, et il serait nécessaire que vous préveniez la pénurie de ce service en faisant passer des boeufs vers cette place.
Depuis six jours, le commissaire des guerres Laneuville est à Milan pour ses plaisirs, tandis que ma division manque de pain; son absence, l'abandon qu'il a fait de son service, la négligence qu'il n'a cessé de montrer, m'a forcé de charger le citoyen Peyre, commissaire des guerres réintégré par le Premier Consul, du service de ma division et de celui de la place; ce commissaire a acquis ma confiance en remplissant ses fonctions auprès de moi dans la guerre de Vendée. Je dois déjà à ses démarches la satisfaction de voir la subsistance de ma division assurée pour quinze jours.
J'ai prévenu le commissaire ordonnateur de ce changement, et je vous invite, de votre côté, à le presser d'envoyer les lettres de service du citoyen Peyre et de l'instituer définitivement.
Je manque ici de cavalerie, même d'ordonnance, de directeur de postes aux lettres et de payeur. Cette dernière personne est indispensable, avec de l'argent, pour faire face aux besoins pressants de ma division; je me trouve moi-même tellement à la gêne par la perte de mes effets, que je vous prie de {p.513} solliciter le général en chef d'en ordonner le remboursement. Je désire que mon chef d'état-major reçoive de vous une réponse favorable sur ces divers objets.
GARDANNE (89).
Je vous prie de m'envoyer ici le 11e régiment d'hussards.
Kellermann, général de brigade, au général Dupont, chef de l'état-major.
. . . . . (90), le 3 messidor an 8 (22 juin 1800).
Je m'empresse de vous rendre compte que la ville de Gênes ne sera évacuée que le 24 du courant. J'ai vu le général Hohenzollern, qui m'a dit avoir reçu, de M. de Mélas, ordre de remettre la ville et les forts de Gênes aux troupes françaises, avec les munitions et artillerie convenues, le 24 juin, à 4 heures du matin ; il m'a assuré, d'une manière à n'en pas douter, que les ordres qu'il avait reçus seraient exécutés par lui avec toute l'exactitude et la loyauté possible, quoiqu'il ne se soit pas caché du mécontentement qu'il éprouve de la convention, dont Mélas ne lui a point donné connaissance.
Vous pouvez donc être tranquille sur son compte, ainsi que sur celui des Anglais qui, dès hier, étaient prêts à mettre à la voile, mais qui s'en vont de fort mauvaise humeur; ils avaient la prétention de s'emparer de toutes les munitions et de l'artillerie; mais M. de Hohenzollern s'y est opposé, et a même fait marcher deux bataillons pour l'empêcher. Nous ne pouvons que nous louer de sa franchise et de sa loyauté ; et les Génois eux-mêmes n'ont eu de lui aucun motif de plaintes.
Les Anglais enlèvent tout le grain qui n'est pas débarqué, Soixante mille charges de blé vont sortir de Gênes pour retourner à Livourne, quoique les négociants aient offert 6 francs de gratification par charge; cette fois, le dépit des Anglais l'a emporté sur leur cupidité, et lord Keith a déclaré qu'il allait recommencer plus strictement que jamais le blocus du port et de la Rivière, pour se venger, sur cette ville innocente, de nos victoires (91). {p.514}
Hier, le général Willot s'est embarqué avec un corps formé de quelques aventuriers, de nos déserteurs, et payé par l'Angleterre. Pichegru était attendu incessament, c'est du comte de Bussy que je le tiens. Gênes a été imposée à 1 million de contributions et en a déjà payé 200,000 francs. La ville a cruellement souffert, et, cependant, a conservé de l'attachement pour les Français. Dès que la convention a été connue, le peuple a voulu reprendre la cocarde; il en est résulté quelque rixe qui a été apaisée. La cocarde a été permise aux officiers de ligne.
Salut et respect (92).
Convention faite pour l'occupation de la ville de Gênes et de ses forts le 5 messidor an 8 ou 24 juin 1800, conformément au traité fait entre les généraux en chef Berthier et Mêlas (93).
3 messidor an 8 (22 juin 1800).
Les commissaires et officiers munis d'ordres du général Suchet pourront entrer demain matin à 8 heures. – Convenu.
Les forts extérieurs seront occupés à 3 heures du soir. – Convenu.
Les 300 ou 400 malades, qui ne sont pas transportables, auront les mêmes soins que ceux des troupes françaises. – Convenu. {p.515}
La flottille restera dans le port jusqu'à ce que les vents lui permettent de sortir; elle sera neutre jusqu'à Livourne. – Convenu.
A 4 heures du matin, le 5 messidor (24 juin), M. le comte de Hohenzollern sortira avec la garnison. – Convenu.
Les dépêches, les transports de recrues et de boeufs qui arriveront après le départ, seront libres de suivre la route de l'armée autrichienne. – Convenu.
Sur la demande de M. le général comte de Hohenzollern, il ne sera pas rendu d'honneurs à sa troupe. – Convenu.
Cornegliano, le 3 messidor an 8 de la République française, ou 22 juin 1800.
Le comte de Bussy,
Général-major,
Fondé de pouvoir de M. le comte de HOHENZOLLERN.
Suchet, lieutenant général du Général en chef, au général en chef Masséna.
Gênes, le 5 messidor an 8 (24 juin 1800).
Nous sommes établis dans Gênes, mon cher Général; tous les forts sont occupés et se sont trouvés dans le meilleur état. Toute l'artillerie existe, elle est même augmentée de quelques pièces nouvellement montées.
Je crois que nous aurons 200 à 300 tonneaux de farine.
Savone et Ceva auront également été occupées aujourd'hui. Je vous enverrai incessamment tous les inventaires et procès-verbaux de prise de possession.
Les commissaires désignés par la convention ne sont arrivés que la nuit dernière, ils ont été suppléés par des officiers d'artillerie et commissaire ordonnateur.
Les troupes autrichiennes ont commencé à défiler à 4 heures du matin, après avoir passé toute la nuit sous les armes, pour prévenir une insurrection populaire que la fête de Saint-Jean leur faisait craindre.
L'adjudant général Préval a passé la nuit auprès des généraux autrichiens, pour prévenir les insultes du peuple et empêcher les voies de fait qui n'auraient pas manqué d'accompagner l'arrière-garde autrichienne.
A 4 heures, M. de Hohenzollern est venu à ma rencontre et, avant les compliments d'usage, il m'a annoncé qu'il remettait en mes mains, une place, en cédant à des ordres supérieurs. . . . . et qu'il croyait bien défendue. Il a voulu absolument que je visse défiler ses troupes. En effet, j'ai vu passer trois belles brigades formant environ 8,500 hommes en infanterie et cavalerie.
J'ai su de lui beaucoup de particularités sur le blocus de Gênes, qui augmentent encore l'intérêt de votre belle défense.
Ce ne sont pas les troupes de M. de Hohenzollern qui occupent le fort de Sainte-Marie, mais bien celles du général Sommariva, commandant en Toscane. Dans quatre jours, j'espère que nous saurons à quoi nous en tenir sur l'occupation de ce petit fort.
Je vous remets ci-joint quelques exemplaires de ce que j'ai dû adresser aux Liguriens avant d'entrer dans Gênes. J'ai cru remplir vos intentions en m'exprimant ainsi. Tout jusqu'à présent s'est parfaitement bien passé; les troupes {p.516} ont défilé dans le plus grand ordre et dans la meilleure tenue, la satisfaction paraît générale et, par-dessus tout cela, les grains sont aujourd'hui assurés pour plus de deux mois. Deux bâtiments grecs sont encore dans le port, chargés de 6,000 mesures.
Le chef de brigade Mas ayant refusé le commandement de Gênes, je l'ai provisoirement confié au chef de brigade Semellé, sur l'activité duquel je puis compter.
Dupont, général de division, chef de l'état-major général, au Ministre de la guerre.
Milan, le 5 messidor an 8 (24 juin 1800).
Je vous fais passer ci-joint une expédition des articles additionnels à la convention faite le 26 prairial dernier, entre le général en chef de l'armée de réserve et celui de l'armée impériale en Italie.
Articles additionnels à la convention, faite le 26 prairial, entre son Excellence le baron de Mélas, commandant l'armée autrichienne et le citoyen Alexandre Berthier, commandant en chef de l'armée de réserve, apportés par M. le général comte de Saint-Julien (94).
ART.1er.- Comme le terme de dix jours d'armistice, à dater du retour du courrier de Vienne, est beaucoup trop court pour que les troupes qui sont dans le Florentin puissent joindre le gros, derrière le Mincio, on souhaiterait que, pour ces dites troupes, l'armistice fût prolongé à vingt-cinq jours, à dater de l'arrivée dudit courrier.
On ne peut pas changer les dispositions du traité, dont le terme est fixe.
{p.517}
ART. 2. – On recommande le soin des hôpitaux à l'humanité de la nation française. Convenir du mode de faire passer les blessés, à mesure qu'ils se rétablissent, à notre armée.
Les blessés ou malades autrichiens seront traités avec les mêmes soins que les Français. Il sera nommé un commissaire autrichien, chargé de les faire passer à l'armée autrichienne, à mesure qu'ils se rétabliront.
ART. 3. – On désire que les prisonniers à échanger nous soient renvoyés tout d'abord; nous hâterons l'arrivée des vôtres de l'intérieur (95).
Les ordres seront donnés en conséquence.
ART. 4. – Insister sur ce que les prisonniers promis par la capitulation de Gênes nous parviennent.
ART. 5. – Il naît en marche plusieurs difficultés pour les logements et le passage par les villes; demander qu'on les aplanisse.
L'objet dont on se plaint est tellement contraire aux intentions du Premier Consul et à celles du général en chef que les ordres les plus sévères seront donnés au commandant de Plaisance pour que pareille plainte n'ait plus lieu.
ART. 6. – La reddition de Plaisance s'étant faite le 16 juin, à 3 heures de l'après-midi, est, par conséquent, subséquente à la signature et à l'échange des papiers de la {p.518} négociation faite le 16, à 8 heures du matin. Demander que cette capitulation soit considérée comme nulle.
Cette demande étant conforme aux droits de la guerre, les Autrichiens qui étaient dans la citadelle de Plaisance ne seront pas considérés comme prisonniers de guerre.
ART. 7. – Sous le nom d'artillerie on entend, de notre part, la munition y appartenante. Demander que cet article soit expliqué dans ce sens-là.
Il est bien' entendu que les pièces autrichiennes doivent être suivies de leurs boulets et gargousses. Quant à l'approvisionnement de poudre et autres munitions de guerre des places et citadelles, ils resteront dans les places et forts.
En vertu des pleins pouvoirs de Son Excellence le général en chef M. le baron de Mélas.
J.-C. DE SAINT-JULIEN (96),
L'armistice est étendu aux hautes vallées de l'Adda, du Rhin et de la Reuss.
Boutin, capitaine à l'état-major, au lieutenant général Moncey, commandant l'aile gauche de l'armée de réserve, à Milan.
Rogolo, le 5 messidor an 8 (24 juin 1800).
Je vous écris de chez le colonel Siegenfeld, commandant le 10e bataillon d'infanterie légère et les troupes impériales dans la Valteline. Je lui ai remis votre dépêche. Il est personnellement disposé à se conformer aux dispositions de la convention dont vous demandez l'exécution, mais il fait partie de l'aile droite de l'armée impériale en Italie et se trouve sous les ordres du général Loudon, dont le quartier général est à Vestone sur le lac d'Idro en Valle Sabbia; il envoie un officier auprès de ce général, pour lui faire connaître la nouvelle qu'il vient de recevoir, ce dont il n'avait encore aucune connaissance officielle; il espère avoir la réponse sous cinq à six jours, époque à laquelle je {p.519} serai de retour des Grisons en faisant la plus grande diligence possible. Les chemins sont extraordinairement mauvais et difficiles.
Comme je dois repasser par ici, en me rendant des Grisons à votre quartier général, le colonel me remettra alors la dépêche de son général ou laissera ici un officier pour me la donner, dans le cas où il partirait avant mon retour.
Recevez, mon cher Général, l'assurance de mon respectueux et sincère attachement.
Le colonel et ses officiers m'ont reçu avec la plus grande honnêteté; ils faciliteront autant que possible mon voyage aux Grisons.
Je serai auprès de vous le plus tôt possible.
Le colonel autrichien a déjà fait suspendre toute hostilité. Il fait publier parmi ses troupes les conditions de l'armistice.
Le souscrit, commandant de la Valteline, confesse d'avoir reçu de M. le capitaine Boutin, un ordre à cause de l'évacuation de ladite vallée, lequel sera envoyé dans l'instant au général Loudon, duquel j'attends des ordres en conséquence de la lettre.
Rogolo, le 23 juin 1800.
DE SIEGENFELD,
Colonel-lieutenant, commandant du bataillon léger n° 10.
(L'original est en français.)
A Monsieur le Général commandant les troupes françaises à Milan.
Je reçois à l'instant, Monsieur le Général, par un officier de votre état-major, votre lettre ainsi que la copie de la convention arrêtée entre les généraux en chef des deux armées; d'après laquelle et ensuite de votre demande, il y aurait armistice pour les troupes en position dans les vallées Levantine, d'Urseren et de la Reuss jusqu'à Lucerne, pays faisant partie de l'armée de réserve. J'accepte provisoirement, jusqu'à ordre ultérieur de mon général en chef, auquel je communique votre lettre, l'offre que vous me faites; à quelle fin je vais donner l'ordre à mes troupes de ne commettre aucune hostilité à l'égard des troupes à vos ordres, à moins que des ordres supérieurs ne m'obligent à prendre d'autres mesures, lesquelles je ne manquerai de vous communiquer.
Agréez, Monsieur le Général, l'assurance de toute ma considération.
Coire, ce 24 juin 1800.
L'armée victorieuse reçoit de nombreuses récompenses. {p.520}
Pour l'ordre du jour.
Les chefs de corps feront connaître aux généraux de leurs divisions les noms des soldats ou sous-officiers qui, dans la journée du 25 prairial, ont pris des drapeaux ou fait prisonniers des généraux ou officiers supérieurs de l'armée autrichienne, afin que le général en chef demande au Premier Consul les récompenses qui leur sont accordées par l'arrêté qui donne droit à des fusils et à des sabres d'honneur aux braves qui se distingueront particulièrement ou qui auront rendu un service important.
Le Premier Consul, au citoyen Carnot, ministre de la guerre.
Paris, 16 messidor an 5 (5 juillet 1800).
Il sera écrit, par le Ministre de la guerre, une lettre de satisfaction à tous les généraux qui ont été blesses à la bataille de Marengo. Cette lettre sera écrite sur parchemin, en forme de brevet, avec le sceau de la République (97).
Paris, 17 messidor an 8 (6 juillet 1800).
Les Consuls de la République, voulant donner une preuve toute particulière de la satisfaction du peuple français, au général de division Victor (98), commandant la gauche de l'armée à la bataille de Marengo, lequel s'est conduit avec autant de bravoure que d'intelligence, arrêtent ce' qui suit:
Le Ministre de la guerre fera donner au général Victor un sabre sur lequel seront inscrits ces mots: « Bataille de Marengo, commandée en personne par le Premier Consul, Donné par le gouvernement de la République au général Victor (99) ».
Le Premier Consul, au citoyen Carnot, ministre de la guerre (100).
Paris, 29 messidor an 8 (18 juillet 1800).
Je vous prie, citoyen Ministre, de faire connaître aux 6e et 24e demi-brigades légères, aux 22e, 28e, 40e, 43e et 96e de ligne, que le gouvernement {p.521} leur accorde à chacune quinze fusils d'honneur pour la bonne conduite qu'elles ont tenue à Marengo;
A la 9e légère, 44e et 59e de ligne, dix;
Les chefs de corps enverront les noms des individus qui se sont le plus distingués (101).
Il sera accordé vingt carabines d'honneur pour les différents escadrons de cavalerie qui ont donné à la bataille de Marengo. Les généraux de cavalerie et les chefs de corps se réuniront pour désigner les individus qui se sont le plus distingués (102).
BONAPARTE (103).
Le 23 juin l'armée de réserve est supprimée et réunie à l'armée d'Italie.
Milan, le 4 messidor an 8 (23 juin 1800).
ART. 1er. – L'armée d'Italie sera composée des demi-brigades et régiments ci-après (104), savoir: {p.522}
Infanterie légère. – 1re, 3e, 6e, 7e, 8e, 9e, 12e, 13e, 19e, 20e, 24e, 25e, 28e.
Infanterie de ligne. – 1re, 2e, 3e, 10e, 11e, 22e, 24e, 26e, 28e, 29e, 30e, 34e, 40e, 41e, 43e, 44e, 58e, 59e, 60e, 67e, 68e, 70e, 71e, 72e, 74e, 78e, 91e, 96e, 97e, 99e, 101e, 105e, 106e, 107e, 102e.
Régiments de cavalerie. – 1er, 2e, 3e, 20e, 22e, 25e.
Dragons. – 1er, 6e, 7e, 8e, 9e, 10e, 12e.
Chasseurs à cheval. – 2e, 3e, 4e, 9e, 13, 15e, 21e.
Hussards. – 1er, 11e, 12e.
ART. 2. – Les 12e, 16e, 21e, 33e, 39e, 55e, 63e, 73e, 80e, 87e, 92e, 93e, 104e de ligne; les 5e, 15e, 18e d'infanterie légère; le 5e régiment de cavalerie, le 5e de dragons et le 12e de chasseurs retourneront à l'armée de réserve à Dijon et se rendront dans les places qui seront indiquées par le général en chef de ladite armée.
ART. 3. – Les dépôts des demi-brigades d'infanterie légère et de ligne, ainsi que des régiments des troupes à cheval et autres troupes qui restent à l'armée d'Italie, auront ordre de rejoindre l'armée.
ART. 4. – L'ordonnateur en chef et tous les agents des administrations qui ne seront pas jugés nécessaires pour le service de l'armée d'Italie retourneront à l'armée de réserve à Dijon.
ART. 5. – Le Ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent arrêté.
BONAPARTE. {p.523}
ART. 1er. – Le général Masséna est nommé général en chef de l'armée d'Italie.
ART., 2. – Il prendra le commandement de cette armée à dater du 6 du présent mois.
Le Conseiller d'État, détaché près le Premier Consul,
Pour mettre à l'ordre de l'armée.
Milan, 5 messidor an 8 (24 juin 1800).
En quittant l'armée, le Premier Consul l'a félicitée des victoires qu'elle a remportées.
La journée de Marengo restera célèbre dans l'histoire. Treize places fortes, contenant mille pièces de canon de gros calibre, sont en notre pouvoir et nous nous trouvons en position de conclure une paix solide, ou, si l'aveuglement de nos ennemis s'y oppose, de commencer une campagne brillante et décisive pour le repos de l'Europe et la gloire de la nation. Le Premier Consul recommande aux généraux et chefs de corps de ne pas perdre de temps pour se réorganiser, afin de pouvoir entrer en campagne, si elle a lieu, avant nos ennemis.
Vous trouverez ci-joint, citoyen Ministre:
1° Un arrêté pour la démolition des places du Piémont et de la Lombardie;
2° Un pour des renseignements et avancements;
3° Un qui organise l'armée de réserve.
Les 15 demi-brigades qui vont se rendre à Dijon seront notre principale ressource pour le mois d'octobre.
Il n'y a pas un de ces corps qui ait plus de 400 à 500 hommes sous les armes.
Faites passer en Italie, le plus de compagnies de mineurs que vous pourrez, afin d'activer les démolitions.
Je vous salue affectueusement (105).
BONAPARTE. {p.524}
Le Premier Consul, au général en chef Masséna (106).
Milan, 6 messidor an 8 (25 juin 1800).
Je pars, citoyen Général, pour me rendre à Paris. J'irai ce soir coucher à Verceil (107).
Berthier se rend à Turin pour organiser le Piémont. Il prendra des renseignements sur ce que ce pays peut fournir à l'armée (108).
Je ne sais ce que Gênes peut fournir (109). {p.525}
La Cisalpine donnera 2 millions par mois.
Je laisse ici un détachement de la garde des Consuls, à pied et à cheval, avec mes chevaux et mes bagages, afin que, si les circonstances l'exigeaient, je puisse revenir promptement, et surtout pour en imposer aux ennemis et aux Italiens. D'ici, d'ailleurs, je pourrai les diriger dans l'endroit où je croirai devoir me porter.
Mon intention est de conserver le logement que j'ai occupé, meublé tel qu'il est.
Je laisse le citoyen Lacuée, mon aide de camp, qui restera ici jusqu'au 11 ou au 12. Vous le ferez partir avec vos dépêches.
D'ici à ce temps-là, vous commencerez à connaître votre situation; vous aurez organisé votre armée.
Prévenez exactement le Ministre de la guerre de la route que tiennent les différents corps qui retournent dans l'intérieur, et surtout, ne perdez pas un instant à organiser votre artillerie, afin de pouvoir entrer en campagne dans quinze jours.
Faites mettre quelques pièces de canon dans le château de Brescia et à Orzinovi; ce sont des postes utiles à vos opérations.
Je ne pouvais pas vous donner une plus grande marque de la confiance que j'ai en vous que de vous remettre le commandement de la première armée de la République, de celle qui exige la réunion des talents militaires, politiques, et d'une sévère probité.
Turin, 7 messidor an 8 (26 juin 1800).
L'armée de réserve et celle d'Italie ne forment plus qu'une seule et même armée, sous le nom d'armée d'Italie. Le général Masséna en prend le commandement en chef.
Le général Berthier est arrivé à Turin pour organiser le gouvernement du Piémont.
Le général Suchet a occupé tous les forts de Gênes dans la journée du 4. Toute l'artillerie existe; elle a même été augmentée de quelques pièces de canon. Les Anglais n'ont pu emporter que dix pièces, qui étaient sur le môle. Les troupes autrichiennes qui formaient la garnison de Gênes ont défilé, le 5, à 4 heures du matin.
M. de Hohenzollern, qui commandait dans Gênes, s'est conduit avec dignité, franchise et honnêteté.
Savone et Ceva sont occupées par l'armée française.
Le Premier Consul est arrivé ici aujourd'hui. Il est descendu à la citadelle, qu'il a visitée, et est reparti sur-le-champ (110). Il y a trouvé des magasins {p.526} immenses. Dans un seul, 1 y a plus de 8,000 paires de draps pour les hôpitaux.
La citadelle de Turin est superbe; elle renferme plus de 300 pièces de canon.
On calcule que l'artillerie de toutes les places cédées par la convention du 27 prairial monte à plus de 2,000 pièces de canon et à plus de 2 millions de kilogr. de poudre.
Créée le 8 mars, l'armée de réserve a donc existé un peu plus de cent jours. Mais il ne s'est écoulé qu'un mois entre les premiers coups de fusil tirés le 15 mai au passage du Grand-Saint-Bernard et les derniers coups de canon de la bataille de Marengo.
Dans ce mois l'armée a combattu et a été victorieuse à Étroubles, Aoste, Châtillon, Saint-Martin, Montestrutto, Ivrée, la Chiusella, Turbigo, Melegnano, Lodi, Varallo, Lecco, Plaisance, San-Cipriano, Brescia, Plaisance, Crémone, Broni, Montebello, Spinade, Crémone et Marengo.
Cette rapidité dans l'exécution, les brillants faits d'armes de plus de vingt combats, les immenses résultats militaires et politiques de la convention d'Alexandrie. ont immortalisé cette courte campagne.
L'admiration populaire s'est attachée à la traversée du Grand-Saint-Bernard, au passage du défilé de Bard et {p.527} à la bataille de Marengo, en les dorant de légendes plus ou moins erronées.
Ramenée à la simple réalité historique, cette campagne y gagne un éclat plus solide et plus durable et reste si savante dans sa préparation et si audacieuse dans son exécution, qu'elle doit illustrer à jamais dans la postérité l'armée de réserve et ceux qui l'ont conduite à la victoire. {p.528}
{p.467} {p.466}
Les habitants d'Alexandrie désiraient une solution pacifique.
« La population redoutait que Mélas refusât de poser les armes, car c'était pour elle un nouveau siège ou un blocus. Quelle nuit d'angoisses! La foule en délire encombrait les rues avoisinant la maison où se tenait un conseil de guerre, attendant avec anxiété le résultat de cette délibération solennelle. Enfin, à l'aube, le bruit se répand que le conseil a décidé de se soumettre aux conditions du vainqueur: c'était pour nous le sort le moins cruel. Avec quelle inquiétude on attendit ensuite la réponse de Bonaparte: « S'il allait se déjuger! ».
Enfin la capitulation fut signée et la population put respirer librement . . . . . »
(Carlo di Valle. Annali di Alessandri, IV – Cité dans Trolard. De Rivoli à Marengo, t. II, p. 193.) {p.467}
La Revue militaire autrichienne approuve entièrement la détermination du conseil de guerre. Elle observe que Masséna était près d'entrer en scène, que les Autrichiens allaient avoir à lutter contre des forces supérieures et s'exposaient à perdre leur armée et leur matériel, dans l'hypothèse très probable de nouvelles défaites. La convention d'Alexandrie, au contraire, rendait disponible non seulement l'armée de Mélas, mais toutes les garnisons des places fortes destinées à tomber peu à peu aux mains des Français. Ces forces, réunies sur le Mincio, étaient en mesure de recommencer la campagne et peut-être de remporter une victoire.
(Voir OEst. milit. Zeitschrift, t. XXIX, p. 267. – Traduction dans le Mémorial du Dépôt de la guerre, t. IV, p. 339.)
Le baron de Crossard, qui servait dans l'armée autrichienne comme aide de camp du général Vogelsang, est d'un avis tout à fait opposé. D'après lui, le centre autrichien seul avait été battu le 14; la gauche et la droite n'avaient pas souffert, ainsi que la cavalerie et les 1500 hommes de la garnison d'Alexandrie. De plus, Rohan amenait, le soir même de la bataille, 9,000 hommes venant de Mondovi, Coni et Ceva. Crossard estime que Mêlas, après vingt-quatre heures de repos donné à ses troupes, devait reprendre la bataille et avait beaucoup de chances de la gagner. (Mémoires du baron de Crossard, t. II. p. 304 à 306.)
D'après Crossard, les négociations se sont faites d'une façon différente.
C'est le comte de Torrés, aide de camp de Mélas, qui va porter la première proposition d'armistice au Premier Consul. Il rentre à Alexandrie accompagné de Dupont et de Boudet. Comme toutes les difficultés n'avaient pas été aplanies, Berthier vient lui-même à Alexandrie, accompagné du général Zach fait prisonnier la veille. Le comte de Neupperg retourne avec Berthier au quartier général du Premier Consul, où la convention est définitivement arrêtée,
Il est possible que Crossard soit dans l'erreur, mais on doit remarquer cependant qu'il est présent à Alexandrie, qu'il cite ses conversations avec le comte de Torrés, avec Dupont son ancien camarade de collège et avec Boudet.
D'après le récit qu'il fait do l'arrivée de Neupperg à Torre-di-Garofoli, le Premier Consul était nerveux et inquiet du résultat des négociations. L'énergie de Neupperg conserva aux Autrichiens la ville de Ferrare, point de passage important sur le Pô.
(Voir les Mémoires du baron de Crossard, t. II, p. 306 à 312.) {p.468}
D'après Crossard, l'armée autrichienne désirait combattre encore et reçut en murmurant la nouvelle de la convention acceptée par Mélas. Les esprits, dit-il, étaient échauffés et presque portés à la sédition, mais il fallut passer sous le joug, On accusait Mélas et Zach d'être des maladroits et des traîtres. Mélas attribuait ses revers à son chef d'état, major, etc. (Voir Mémoires de Crossard, t. II, p, 308, 317. 318 et 325.) {p.469}
Les divisions Chambarlhac et Monnier avaient perdu leur artillerie dans la retraite (V. p. 382). Si l'on ajoute aux 8 pièces de Boudet, l'artillerie de Gardanne et de Watrin, qui semble ne se composer que de 2 et 4 pièces et peut-être quelque artillerie de la garde, on verra que le Premier Consul ne devait avoir, le 15 juin, que 15 pièces, ou tout au plus une vingtaine de disponibles.
Cette disette d'artillerie est sans doute un des motifs qui lui firent accepter la capitulation de Mélas.
On manquait aussi de chevaux et le Premier Consul écrivait le 15 juin à Petiet, à Milan:
« . . . . . Si vous trouvez 600 chevaux d'artillerie à acheter, achetez-les; nous ne saurions trop en avoir. »
Le jour même, 15 juin, Petiet écrivait à l'administration municipale de Milan:
« Je vous prie, Citoyens, de vouloir bien faire les dispositions les plus promptes pour qu'il soit fourni 100 chevaux destinés pour le service de l'artillerie. Ces chevaux seront mis à la disposition du citoyen Guimberteau, chef de brigade, inspecteur du train d'artillerie, et ils seront payés comme les précédents. » {p.470}
V. au 14 juin, p. 391.
C'était sans doute les démonstrations de Chabran à Valenza et Sartirana. (V. p. 478.)
Sans doute quelques coureurs de Masséna, mais pas de fractions de troupes importantes. (V, p. 438, note 1.)
. . . . . Le général Duhesme qui, depuis longtemps, sollicitait l'ordre de rejoindre la Grande Armée, le reçut enfin et se rendit avec ses troupes à Voghera, où il reçut de nouveaux ordres. L'adjudant général Paulet fut envoyé alors près du général en chef Mélas. . . . . »
(Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.) {p.471}
Le général Lorge était arrivé à Lodi le 14 juin. (v. p. 355, les ordres donnés par Moncey.)
Le général Lorge, au général de brigade Lechi.
Lodi, 26 prairial an 8 (15 juin 1800).
Je suis arrivé hier à Lodi, avec un bataillon de ligne et partie d'un bataillon d'infanterie légère; l'artillerie, la cavalerie n'arrivent qu'aujourd'hui. Je vais me porter à Crema de ma personne avec ce que j'ai de troupes disponibles; je pousserai de l'infanterie légère sur Soncino pour me lier avec vous et sur Soresina pour correspondre avec le général Bonamy. Comme j'ignore encore si Crémone est à nous, je dois, jusqu'à nouvel ordre, manoeuvrer sur l'Oglio, intermédiairement entre vous et le général Bonamy; de cette manière, je suis à l'un ou l'autre de vous et j'empêche une trouée de la part de l'ennemi.
Demain, Pontevico sera occupé; Cestiano et Vescovato seront au moins reconnus. On m'a dit que Bergame avait été insulté par quelques mécontents. Faites occuper Lecco par 150 hommes; ce détachement, essentiel sur ce point, tiendra Bergame en respect et y enverra de temps en temps quelques patrouilles; vous en forez autant de votre côté et ces apparitions ne pourront faire qu'un bon effet: du moment que ma cavalerie sera réunie, je vous enverrai quelques chevaux.
P.-S. – Donnez-moi, je vous prie, de vos nouvelles; écrivez-moi aujourd'hui à Crema, où je vais me rendre. {p.472}
Bonamy était arrivé le 13 juin à Plaisance avec un bataillon. (V. la lettre de Moncey, p. 355.) {p.473}
Lorge (Jean-Thomas-Guillaume), né à Caen le 22 novembre 1767, avait été dragon dans le 7e régiment du 19 novembre 1785 au 13 octobre 1791, capitaine au 1er bataillon des Lombards en septembre 1792, général de brigade le 25 septembre 1793, et général de division le 4 avril 1799.
Il commanda une division de cavalerie à la Grande Armée, puis en Espagne de 1806 à 1808, une division d'infanterie en Espagne en 1809, et enfin une division de cavalerie à la Grande Armée en 1812.
Mis en non-activité en 1815 et à la retraite en 1825, ii mourut le 28 novembre 1826. {p.474}
Il faut lire: « . . . . . l'Oglio jusqu'à son confluent avec la Chiese ». {p.475}
On lit en marge l'annotation suivante:
« Le travail du mouvement relatif à cet avis a été fait la nuit du 26 au 27 prairial an 8. »
D'après la Revue militaire autrichienne (t, XXIX, p, 151), les forces réunies à Casale le jour de la bataille de Marengo se composaient du régiment de hussards Archiduc-Joseph, composé de 1097 hommes, de deux bataillons du régiment de Strassoldo et d'un bataillon du régiment de Jellachich, atteignant ensemble l'effectif de 1560 hommes. (V. p. 445, note 1.)
Il ne semble pas que l'état-major autrichien ait voulu faire passer l'armée sur la rive gauche du Pô. On a vu que ce projet, discuté en conseil de guerre dans la nuit du 14 an 15 juin, avait été écarté. (V. p. 466.) {p.476}
Milan, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).
Ordre au capitaine Coin de partir sur-le-champ de cette place pour se rendre à Buffalora avec deux pièces de 8 et un obusier pour la défense du pont sur le Tessin.
Il semble hors de doute qu'il s'agit ici de l'artillerie de la division Toison et de celle de la garde des Consuls qui n'ont pas encore rejoint depuis le fort de Bard et qui arrivent quand la campagne est finie. (v. p. 323, notes 1 et 2, et p. 354, note 2.)
Milan, du 26 prairial an 8 (15 juin 1800), dans la nuit.
Ordre au chef de bataillon Aubry, commandant l'artillerie destinée à la division Loison, laquelle se trouve en passage dans cette place, de se tenir prêt à se porter avec son artillerie au point qui lui sera ordonné ultérieurement. Tout contre-ordre qu'il peut avoir reçu sera regardé comme non avenu.
MONCEY. {p.477}
V. ci-dessus, p. 471. {p.478}
Ces trois mots n'existent pas dans l'original, dont un morceau a été déchiré. Ils ont été l'établis par le rapprochement de cette lettre avec la lettre suivante de Chabran à Berthier, dans laquelle sont relatés les mêmes événements. {p.479}
Mot illisible dans le texte.
Ce texte est conforme à la minute qui existe aux Archives nationales. Il y a eu quelques variantes dans diverses copies.
Cette lettre a été publiée dans le Moniteur du 3 messidor (22 juin). Elle figure à la Correspondance de Napoléon, sous le n° 4913. {p.480}
Voir à ce sujet l'interprétation donnée par le Premier Consul dans sa lettre à Moreau. (V. p. 494.)
Dans une première rédaction, il n'y a pas la dernière partie « . . . . . et à la rive droite. . . . . » On a vu que, d'après Crossard, c'est à Neupperg que les Autrichiens auraient dû de conserver Ferrare. (V. note 2, p. 467.)
Dans la première rédaction il y avait en plus: « d'Airolo ».
Dans la première rédaction: « Les châteaux de Coni, Ceva, Savone. . . . . »
Dans la première rédaction: (e Les châteaux du fort Urbain et Ferrare ». (V. la note 2, p, 480.) {p.481}
Le nom de ce dernier officier, ainsi que celui du chef de brigade Mossel, ne figurent pas dans le texte allemand de la convention. (OEst. milit. Zeitschrift, t. XXIX, p. 264.) {p.482}
Moncey porte la convention d'Alexandrie à la connaissance de ses troupes par un ordre daté de Buffalora le 17 juin.
Turreau; général commandant l'aile gauche de l'armée d'Italie, au général Dupont, chef de l'état-major général de l'armée de réserve.
Pignerol, le 29 prairial an 8 (18 juin 1800).
J'ai reçu, Général, des mains de mon aide de camp, l'ordre que vous lui aviez remis pour faire cesser toutes hostilités. J'ai donné les mesures à cet égard.
Je vous prie, en me renvoyant mon courrier, de me faire connaître les instructions qui me concernent pour la reddition de la ville et citadelle de Turin.
TURREAU. {p.483} {p.484}
Le Premier Consul au Ministre des relations extérieures.
Milan, 3 messidor an 8 (22 juin 1800).
Vous trouverez ci-joint, citoyen Ministre, copie de la lettre que j'ai envoyée hier à l'Empereur par un courrier extraordinaire. Elle sort, comme vous le verrez, du style et de la forme ordinaires; mais c'est que tout ce qui se passe autour de nous me paraît avoir un caractère nouveau.
(Correspondance de Napoléon, n° 4941.)
J'ai expédié, citoyens Consuls, un courrier à l'Empereur, avec une lettre que le Ministre {p.485} des relations extérieures vous communiquera. Vous la trouverez un peu originale, mais elle est écrite sur un champ de bataille.
(Correspondance de Napoléon, n° 4940.)
Lettre écrite le 25 décembre 1799 par le Premier Consul à l'Empereur. (V. t. 1er, p. 27.) {p.486}
Correspondance de Napoléon, n° 4914. {p.487}
Le Premier Consul n'éprouva pas la même confiance. (V. plus loin, p. 503.)
C'est d'après cette première disposition qu'est établi le tableau des étapes de l'armée autrichienne. (V. annexe n° 12.) {p.488}
Les dates de départ des trois colonnes, ainsi que les jours où les forteresses seront évacuées, sont fixés par une lettre de Mélas à Berthier, datée le 17 juin d'Alexandrie. (Archives de Gros-Bois, IX, A. 20.) Berthier a accepté les jours proposés par Mélas.
Dupont adresse le 18 juin une copie de la convention d'Alexandrie au Ministre de la guerre et indique les dates de départ des colonnes autrichiennes, ainsi que les jours où les différentes places seront remises aux Français. D'après cette lettre, Coni, Ceva, Gênes et Savone sont livrées le 4 messidor (23 juin) et le fort Urbain le 6 messidor (25 juin). {p.489} {p.490} {p.491}
Chambarlhac, général commandant la division, au général Dupont, chef de l'état-major, au quartier général, à la Tour de Garofoli.
Cassina-Grossa, le 28 prairial an 8 (17 juin 1800).
Les pertes que ma division a éprouvé dans les différentes batailles l'ont réduite à 3,900 hommes. La 96e demi-brigade, qui est celle qui a le plus souffert, a deux détachements, l'un composé de 40 hommes et l'autre de 123, restés le premier à Saint-Pierre, de {p.492} l'autre côté du mont Bernard et le second à Novare; cette demi-brigade aurait grand besoin de la rentrée de ces détachements.
Je vous prie, mon cher Général, de vouloir bien en faire donner l'ordre le plus tôt possible.
P.-S. – Je vous adresse un état de la perte que j'ai faite d'un cheval qui m'a été pris par l'ennemi.
Division Boudet. – Rapport du 28 prairial
Au camp de, Marengo, le !9 prairial an 8 (18 juin 1800).
La division qui occupait la position à côté do Spinetta, a été placée en arrière de la division Monnier, près les villages de Castel-Ceriolo et Lodi; elle se trouve ainsi dans son ordre de bataille.
Les subsistances ont été fournies aux troupes, mais rien n'est assuré pour le 29.
L'escadron du 1er régiment de hussards attaché à la division nous a été retiré par ordre du général Kellermann; l'escadron du 3e de cavalerie nous a aussi été ôté, Il ne nous reste pas un homme à cheval.
Duvignau protesta contre cet ordre du jour et fit rapports sur rapports pour prouver sa non-culpabilité. En voici le résumé:
Après le combat du 13, il avait reçu du général Victor l'ordre de placer des avant-postes (V. p. 349). Il faisait nuit, le terrain était coupé de nombreux fossés. Le cheval de Duvignau, monté depuis 6 heures du matin et n'ayant pas mangé, tombe en sautant un fossé et se renverse sur son cavalier. Il était près de minuit.
Transporté à Marengo, Duvignau y reçoit quelques soins que nécessitaient des contusions et des crachements de sang répétés. Le 25, à 5 h. 1/2 du matin, alors que rien ne fait prévoir la bataille, il va trouver le général Victor à Spinetta et est autorisé par lui à aller {p.493} se faire soigner. Duvignau se retire à Castel-Nuovo, après avoir rendu compte à Murat, Dupont et Berthier.
Duvignau produisit des attestations du capitaine Denizot, son adjoint, qui avait vu sa chute, et des médecins qui l'avaient soigné, et le certificat suivant de Victor:
« Paris, le 4 thermidor an 8 (23 juillet 1800).
« Le général Victor atteste que le général Duvignau, commandant la brigade de cavalerie attachée au corps qu'il avait à ses ordres, le 24 prairial dernier, fut blessé en faisant la visite des avant-postes, pendant la nuit du 24 au 25 du dit mois, et que, sur le rapport qu'il lui en a fait le 25 au matin, jour de la bataille de Marengo, il lui a permis de se retirer pour se faire soigner, attendu qu'il se trouvait hors d'état de continuer son service.
« VICTOR. »
Duvignau n'en fut pas moins réformé le 21 thermidor an 8 (9 août 1800).
Né à Mézières le 19 septembre 1770, il avait été garde du corps le 29 novembre 1784 et avait eu rang de capitaine le 17 novembre 1788; il était devenu chef de bataillon adjudant général le 23 mai 1792, chef de brigade du 18e régiment d'infanterie le 8 mars 1793 et général de brigade le 15 janvier 1795. Ses états de services portent la mention: « Blessé près de San-Giuliano le 24 prairial an 8 ».
Il ne cessa, pendant tout l'Empire, d'affirmer son innocence et de demander un commandement et la solde d'activité, car il était dans l'indigence. L'Empereur inflexible ne voulut jamais revenir sur la décision prise.
En activité le 12 juin 1814, il prit sa retraite le 24 décembre suivant.
Correspondance de Napoléon, n° 4915, {p.494}
V. les réflexions faites à ce sujet, note l, p. 467.
Cette phrase prouve bien que l'artillerie était désorganisée, Si elle ne l'avait pas été, le Premier Consul n'aurait pas laissé échapper l'occasion de détruire l'armée de Mélas. Il a accordé une suspension d'hostilités pour être en mesure de recommencer la lutte avec avantage et sans doute parce qu'il sentait que la faiblesse de son artillerie ne le mettait pas en situation de livrer une seconde bataille le 15 on le 16 juin.
Correspondance de Napoléon, n° 4920.
D'après la Revue militaire autrichienne (t. XXIX, p. 151), il n'y avait que 250 hommes à Plaisance. (V. p. 445, note 1.)
La garnison de Plaisance ne fut pas considérée comme prisonnière de guerre sur l'observation des généraux autrichiens. (V. p. 517.) {p.495}
Correspondance de Napoléon, n° 4921.
V. p. 250, note 2, et p. 430.
V. les rapports autrichiens, p.142 et 452. {p.496}
Ce bulletin, sauf les deux dernières phrases, était publié dans le Moniteur du 5 messidor (24 juin). Il figure dans la Correspondance de Napoléon, sous le n° 4922.
Correspondance de Napoléon, n° 4923.
Pièce précédente.
Articles de la capitulation proposés par M. Frantz Harmecker, capitaine commandant d'escadron au service de Sa Majesté impériale et commandant le château de Plaisance, au général de brigade Gobert, commandant les troupes françaises formant le blocus dudit château.
ART. 1er. – La garnison sortira du château avec les honneurs de la guerre, musique en tête, deux pièces de canon, tambour battant, mèche allumée, drapeaux déployés.
Elle défilera sur le glacis où elle déposera ses armes.
Elle se mettra de suite en marche vers le territoire de l'Empereur.
Elle ne pourra servir contre la République française qu'après avoir été échangée.
Les officiers et sous-officiers garderont leurs épées et sabres.
Accordé. Elle sera conduite jusqu'aux premiers postes autrichiens par Fiorenzola et Borgo-San-Domino, La garnison autrichienne sortira demain à 10 heures du matin.
ART. 2. – La garnison et ce qui en dépend conservera ses bagages et tout ce qui lui appartient. – Accordé.
ART. 3. – L'article ci-dessus sera observé à l'égard de M. le chevalier Caravadosi, {p.497} capitaine au service de Sa Majesté l'Empereur auquel il sera permis de retourner en Piémont; cet officier, employé au régiment Montferrat-infanterie, devant être traité comme officier autrichien. – Accordé.
ART. IV. – Ceux qui ont servi les malades dans les hôpitaux, les recruteurs, invalides tous les non-combattants, ne seront pas prisonniers de guerre. – Accordé.
ART. V. – Les troupes, dans leur marche jusqu'au delà des derniers postes français, seront logées dans des quartiers où elles recevront la paille, la lumière et le bois.
Les officiers seront logés chez les particuliers, les fourrages seront fournis pour leurs chevaux et ceux attachés aux équipages. – Accordé.
ART. VI. – Il sera fourni un nombre suffisant de voitures pour transporter les malades et les équipages des officiers. – Accordé.
ART. VII. – Les malades qui ne pourront être transportés seront traités avec la plus grand soin. – Accordé.
ART. VIII. – Tous les papiers relatifs à la comptabilité du service militaire seront emportés. – Accordé.
ART. IX. – La troupe ne fera pas de marche forcée, elle fera au plus 12 milles d'Italie par jour et séjournera le quatrième. – Accordé.
ART. X. – Les vivandiers, marchands et paysans, qui sont à la suite de la garnison, rentreront dans leurs foyers avec leurs équipages, sans pouvoir être recherchés en aucune manière. – Accordé.
ART. XI. – Il sera permis au commandant d'envoyer deux officiers autrichiens porter la présente capitulation au général en chef commandant l'armée impériale. – Accordé.
ART. XlI. – Aussitôt que la présente capitulation sera signée de part et d'autre, la barrière espagnole sera occupée par les troupes françaises. Les hostilités cesseront, les postes seront successivement remplacés par des postes français et tout ce qui existera en artillerie, munitions, argent et approvisionnements de tout genre, seront remis. – Accordé. Il entrera dès ce soir dans le château un officier du génie et un commissaire des guerres pour recevoir tous ces objets.
ART. XIII. – S'il se trouvait quelque doute ou équivoque dans les articles de la présente capitulation, l'interprétation en sera faite à l'avantage de la garnison. – Accordé.
Plaisance, le 16 juin 1800, à 4 heures après-midi.
Franz von HARRUCKER, commmandant la place assiégée;
STERNKRANZ, capitaine de Neugebauer n° 46, commandant de l'infanterie;
Mark KAUPPE, lieutenant d'artillerie.
GOBERT. {p.498}
Correspondance de Napoléon, n' 4927.
Le général de division Marescot, commandant du génie, au citoyen Berthier, général en chef.
Vous me demandez laquelle des deux citadelles de Tortone ou d'Alexandrie est la plus forte. Je pense que Tortone résisterait plus longtemps et voici les principales raisons sur lesquelles je me fonde:
Alexandrie (25,000 âmes), est un hexagone à peu près régulier, à double enceinte, avec des casernes voûtées à l'épreuve de la bombe. Des six fronts, quatre sont susceptibles d'attaque. La place est située dans une plaine parfaite et sur un terrain très facile pour y conduire des attaques; il y a quelques contremines dont on ne tirerait pas un très grand parti, à cause du voisinage des eaux. Pour la défendre, il faut 3,600 hommes de garnison et une artillerie considérable. La plupart des ouvrages extérieurs ont des revêtements si bas {p.499} qu'ils ne peuvent pas être considérés à l'abri de l'escalade. Les contrescarpes ne sont point revêtues.
Tortone (8,000 âmes) n'est qu'un grand carré, mais il est enveloppé presque partout d'une double enceinte, excepté du côté de la hauteur de. . . . . qui est le point le plus accessible d'attaque. Si cette hauteur était occupée par un ouvrage détaché, la force du Tortone en serait singulièrement augmentée. Cet ouvrage a existé autrefois, il serait facile à relever. Cette place a le défaut d'avoir ses parapets revêtus et découverts à la campagne ainsi qu'une partie des revêtements, d'être privée de chemins couverts et d'être d'une approche facile. Elle est munie de magnifiques souterrains, capables de contenir plus que la garnison et que les approvisionnements de tout genre. Il y a jusqu'à trois rangs de batteries casematées. Ses fossés sont d'une profondeur extraordinaire, qui varie depuis 60 jusqu'à 100 pieds. Toutes les contrescarpes sont revêtues et armées du système de mine le plus formidable. C'est sans doute cet appareil de guerre souterrain qui a souvent fait convertir les sièges de Tortone en blocus. Des casernes retranchées forment une seconde enceinte intérieure, à l'aide de laquelle le commandant de la place pourrait attendre un assaut après la brèche faite au corps de place. 1500 hommes suffisent pour défendre Tortone, mais les souterrains permettraient d'y mettre beaucoup plus de monde, s'il était nécessaire. Il n'y faudrait que les deux tiers environ de l'artillerie dont Alexandrie aurait besoin.
Vous voyez, citoyen Général, par ce court exposé, auquel il serait facile de donner du développement, si j'en avais le temps, que la citadelle de Tortone est beaucoup plus forte en elle-même que celle d'Alexandrie, mais je crois devoir vous observer que cette dernière, située sur une grande rivière et dans le voisinage de deux confluents, doit avoir nécessairement une bien plus grande influence dans les opérations militaires.
(Archives nationales, A, F. IV, 1167.)
Correspondance de Napoléon, n° 4924.
Le Premier Consul au général Lacombe Saint-Michel.
Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 30 prairial. Dirigez sur Milan tous les attelages et moyens de transport que vous avez su réunir pour votre équipage de siège, surtout le plus d'ouvriers que vous pourrez. Vous trouverez à Alexandrie, Tortone, Turin, de quoi former votre équipage de siège, qui servira à assiéger Peschiera et Porto-Legnago.
(Correspondance de Napoléon, n° 4935.) {p.500}
Le Ministre de la guerre au général Bonaparte, Premier Consul de la République.
Paris, le 5 messidor an 8 (24 juin 1800).
En conséquence de votre lettre du 29 prairial, le général Lacombe Saint-Michel continuera les opérations dont il est chargé pour la formation d'un équipage de siège.
Je donne sur-le-champ l'ordre de faire partir en toute diligence pour Milan ce qui reste de mineurs dans les places de l'intérieur; mais j'ai l'honneur de vous observer que ce ne sont que les débris de deux compagnies réparties en ce moment à Besançon, Mont-Lyon et Toulon, formant au plus 110 hommes; encore ces deux compagnies sont-elles prisonnières de guerre. J'ai fait jusqu'ici de vaines réclamations pour leur échange, ainsi que pour celui des sapeurs, artilleurs et pontonniers; le commissaire impérial a toujours fait des réponses évasives: je vais le presser de nouveau sur cet objet.
Des dix compagnies de mineurs, deux sont à l'armée du Rhin, une à l'armée de réserve, et une autre à celle d'Italie. Je sens bien que le renfort que je vous renvoye ne vous suffira pas, mais en campagne, surtout pour des démolitions, les sapeurs et les ouvriers du pays peuvent, en peu de temps, suppléer aux mineurs, par qui ils sont d'abord instruits.
J'apprends avec bien du plaisir la résolution où vous êtes de faire détruire la plus grande partie des places d'Italie; ce beau pays vous en bénira, car, au lieu de le protéger, elles y prolongeaient la durée de la guerre et de ses fléaux; ce sera désormais un champ vaste et libre où les armées de l'Autriche craindront de s'avancer, puisqu'elles n'y trouveront aucun point d'appui et qu'elles nous verront sortant par tous les débouchés des Alpes, prêts à fondre sur elles sans que nul obstacle puisse nous arrêter.
Les Anglais renouvellent à chaque instant leurs tentatives sur différents points des côtes de l'ouest. Deux dépêches télégraphiques que j'ai reçues aujourd'hui m'apprennent, la première que l'ennemi a débarqué, hier 4, à Benaudet pour s'emparer d'un convoi; la seconde que la vigoureuse résistance des bâtiments a forcé les Anglais à se rembarquer,
(Archives nationales, A, F., IV, 1161.)
Correspondance de Napoléon, n° 4929. {p.501}
4 messidor an 8 (23 juin 1800).
ART. 1er. – Il sera établi un fort de fortifications permanentes, casematées, capable d'être défendu par 400 ou 500 hommes, sur un des cols entre le col de Tende et Sospello, de manière que le grand chemin de Nice se trouve entièrement intercepté.
ART. 2. – Il sera établi un fort d'égale force entre le premier fort et la côte de Nice, dans la position la plus favorable et de manière que les montagnes qui dominent la ville de Nice se trouvent protégées par ledit fort, et le chemin de Gênes à Nice intercepté.
ART. 3. – La place de Coni sera démolie; les fers et l'artillerie de cette place seront employés à l'armement de ces deux forts.
ART. 4. – La place de Monaco sera réarmée avec une partie de l'artillerie qui se trouve à Savone et qui est inutile à la défense de ce fort.
ART. 5. – La place de Ceva sera démolie; les canons et munitions de guerre seront transportés à Savone.
ART. 6. – L'enceinte de la ville de Turin et le fort de Fenestrelle seront démolis.
ART. 7. – Le château de Bard et la citadelle d'Ivrée seront démolis; l'artillerie et les munitions de guerre seront transportées dans la citadelle de Turin.
ART. 8. – Le château de Serravalle sera démoli; l'artillerie et les munitions de guerre seront transportées à Gavi et de là à Gênes.
ART. 9. – Le château d'Arona sera démoli; l'artillerie et les munitions de guerre seront transportées à Milan.
ART. 10. – La citadelle de Milan sera démolie; l'artillerie sera employée à l'armement d'Orzinovi et d'autres places qu'il sera jugé nécessaire d'armer sur l'Oglio.
ART. 11. – Toutes les places ci-dessus désignées seront démolies de manière qu'il soit impossible de les rétablir.
ART. 12. – Le Ministre de le la guerre est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Par le Premier Consul, le Secrétaire d'État,
(Correspondance de Napoléon, n° 4943.) {p.502}
Correspondance de Napoléon, n° 4934.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée, au général Dupont.
Milan, le 5 messidor an 8 (22 juin 1800).
Je vous ai déjà écrit, citoyen Général, pour que vous donniez des ordres à l'effet de réunir sous ceux du général Moncey toutes les troupes qu'il avait sous son commandement, même la 101e demi-brigade qui est avec le général Gardanne. Donnez l'ordre au général Seriziat de passer à ceux du général Moncey; on donnera un autre général de brigade au général Chabran.
Correspondance de Napoléon, n° 4945.
Le 30 juin, Masséna se plaint au Premier Consul que les deux millions ne sont pas encore versés et que l'armée d'Italie est sans ressources. {p.503}
V. l'annexe n° 11.
V. plus haut, p. 487 et 488. {p.504}
Le fort Urbain est sur la route de Modène à Bologne, sur la rive droite du Panaro.
Correspondance de Napoléon, n° 4925. {p.505}
Division Boudet. – Rapport du 30 prairial.
Stradella, le 1er messidor an 8 (20 juin 1800).
La division s'était préparée à passer la revue du général en chef et a passé celle du général de division, qui a été très satisfait de la tenue et de la propreté des armes.
La division s'est mise en marche à 6 heures du soir, pour se rendre de Lobi à Voghera, où elle est arrivée à 2 heures du matin.
Elle a reçu du pain au moment de se mettre en route: la viande lui avait été fournie.
Rapport du 1er messidor.
La division étant arrivée à Voghera à 2 heures du matin, n'a pu partir qu'à 10, ayant {p.506} été obligée de recevoir la distribution de pain pour deux jours. Elle est arrivée à Stradella à 8 heures du soir; elle y a reçu la viande peur un jour.
Certifiés véritables.
L'Adjudant, général,
V. la solution de cette question p. 517.
V. les ordres donnés, p. 491.
Comparer aux chiffres des portes donnés par le bulletin de l'armée, les rapports de Berthier et le Journal de Brossier. (V. p. 413, 416, 420, 429 et 434.) {p.507}
Comparer à l'effectif constaté par Loison au passage de la Trebbia. (V. p. 510.)
Les ordres pour la mise en route des divisions sont donnés le jour même. (V. p. 508.)
Le surlendemain, la cavalerie reçoit l'ordre de se rendre sur les bords de l'Adda. (V. p. 509.) {p.508}
Division Boudet. – Rapport du 2 messidor.
Plaisance, le 2 messidor an 8 (21 juin 1800), au. soir.
La division a reçu l'ordre, à 1 heure du matin, de partir de Stradella pour se rendre à Plaisance; elle s'est mise en route à 3 heures, elle a fait une halte sur la Tidone, pendant la chaleur du jour, et est arrivée à Plaisance à 6 heures du soir; elle a pris position en avant de la ville, sur la route de Parme.
Les trois jours de marche ont beaucoup fatigué la troupe. Il eut été à désirer qu'on ait pu la faire voyager en partant chaque jour à minuit.
Elle a reçu ici le pain pour les 3 et 4, et la viande pour le 2.
V. à l'annexe n° 13, la situation de la division Chambarlhac le 25 juin.
V. le tableau de marche de l'armée de réserve à l'annexe n° 14. {p.509}
La division Monnier partait le jour fixé, faisait étape à Borgo-San-Domino, Parme, Reggio, Modène, et arrivait à Bologne le 28 juin. (V. le tableau de marche à l'annexe n° 14.)
Casalbuttano ou Casalpusterlengo.
Crema, sur le registre des lettres de Berthier conservé aux Archives de Gros-Bois.
V. à l'annexe n° 14, les étapes de la cavalerie. {p.510}
Sur les 270 pièces emmenées par l'armée autrichienne et dont 4 seulement sont des canons de siège, il y a peut-être des pièces provenant de quelque réserve existant à Tortone ou à Alexandrie. Le nombre des pièces ayant dû paraître sur le champ de bataille de Marengo n'en reste. pas moins très considérable et doit être environ de 200, ce qui ferait 2 pièces par bataillon, en dehors des canons de réserve. (V. la note 1, p. 370.)
V. l'annexe n° 15. {p.511}
V. l'annexe n° 16. {p.512}
Cette indication est conforme à celle donnée par la Revue militaire autrichienne, t. XXIX, p. 151, qui porte la garnison de Milan à 2,816 hommes. (V. p. 445, note 1.) {p.513}
A cette lettre était joint un inventaire des bouches à feu existant dans la citadelle d'Alexandrie, le 21 juin 1800. (V. l'annexe n° 17.)
Le Premier Consul au général Masséna.
Vous enverrez, Citoyen général, un parlementaire à lord Keith, à Gênes, pour lui faire connaître que, contre l'esprit de la convention arrêtée avec le général Mélas, il a enlevé les canons de Gênes, et que, contre l'esprit de la capitulation faite avec vous, il a enlevé 60,000 charges de blé, ce qu'il ne pouvait faire, étant tenu d'approvisionner la ville; que, s'il ne restitue pas à Gênes les pièces de canon qu'il a enlevées, et ne fait pas rentrer les bâtiments chargés de blé qu'il en a fait sortir, vous regarderez l'article de la convention en faveur du commerce anglais, qui comprend la Toscane dans la capitulation, comme nul; et, sans faire tort au grand-duc de Toscane, vous ordonnerez à la colonne qui marche sur {p.514} Lucques, de se porter à Livourne, simplement pour y séquestrer tout ce qui appartient au commerce anglais; qu'ainsi il sera responsable du dommage qui en résultera pour sa nation.
(Correspondance de Napoléon, n° 4948.)
Bulletin de l'armée de réserve
Le 3 messidor, les Anglais ont tenté un dernier effort. Ils ont réuni tous leurs moyens et ont tenu un grand conseil. Ils avaient même gagné plusieurs officiers autrichiens et habitants de Gênes, en répandant, selon leur habitude, l'or à pleines mains. Mais ils se sont convaincus de leur impuissance et de leur faiblesse,
Willot voulait qu'on gardât la ville. Il se proposait d'en prendre le commandement; mais Willot ne commande qu'à des aventuriers.
L'ambassadeur d'Espagne, voyant tous ces mouvements, a jugé à propos de quitter la ville et de se retirer au pont de Cornegliano, au camp français, où il a passé la nuit.
Sur le soir, Willot, Assareto, le duc d'Aoste, se sont embarqués, et les Anglais, furieux contre les Autrichiens, ont levé l'ancre et sont sortis pleins de rage et de colère.
Le général Suchet a fait, avec le général Hohenzollern, une seconde convention d'après laquelle la ville de Gênes a dû être remise aux troupes françaises le 5 messidor à la pointe du jour.
(Correspondance de Napoléon, n° 4950.)
Le secrétaire avait mis: « Salut et fraternité ». Kellermann a rayé « fraternité » pour mettre « respect ».
. . . . . Le général Suchet est arrivé devant Gênes, à Campo-Morone, le 30 prairial (19 juin) de bonne heure. . . . . » (Bulletin de l'armée. Milan, 23 juin. (Correspondance de Napoléon, n° 4947.)
Une convention préliminaire était signée le 20 juin à Cornegliano. Elle réglait le placement des avant-postes des deux armées et le jour de la remise de la place. {p.515} {p.516}
Cette pièce ne porte pas de date, mais la lettre précédente de Dupont montre qu'elle est du 24 juin. C'est donc par erreur qu'on lui a donné, on ne sait pourquoi, la date du 28 prairial (17 juin), en la publiant dans la Correspondance de Napoléon, où elle figure sous le n° 4912. {p.517}
Milan, le 20 juin 1800.
Monsieur le Premier Consul,
J'ose en même temps vous prier, tant en mon nom que de tous les officiers faits prisonniers de guerre à la bataille du 14 de juin, de nous laisser rentrer dans nos foyers, sous parole d'honneur de ne pas servir jusqu'à échange définitif.
J'ai l'honneur d'être, avec respect et vénération,
A. ZACH,
Quartier-maître général. {p.518}
Le 23 juin, Mélas écrivait de Mantoue à Berthier qu'il n'avait pas encore expédié de courrier à Vienne, et qu'il allait y envoyer le général comte de Saint-Julien. qui « s'étant abouché avec le général Buonaparte » serait « l'agent le plus propre à cette mission »
(Archives de Gros-Bois, IX, A., lettre 26.) {p.519} {p.520}
Correspondance de Napoléon, n° 4969.
Des arrêtés semblables sont adressés, le même jour, aux généraux Watrin, Gardanne, Murat et Lannes.
Correspondance de Napoléon, n° 4971.
Correspondance de Napoléon, n° 4998. {p.521}
On a retrouvé l'état fourni pour la 9e légère. Deux sergents-majors, trois sergents, deux caporaux, un carabinier et deux chasseurs reçoivent chacun un fusil d'honneur. (V. annexe 18.)
On verra à l'annexe 19, l'état nominatif des 17 officiers tués et des 80 officiers blessés dans la division Chambarlhac à la bataille de Marengo.
L'annexe 20 donne le tableau de tous les militaires signalés pour quelque action d'éclat pendant la durée de la campagne.
Les rapports des généraux de cavalerie signalèrent 26 officiers ou soldate comme s'étant particulièrement distingués le 14 juin. (V. l'annexe 21.)
Tous les régiments d'infanterie ayant pris part à la bataille de Marengo, sauf un seul, ont le nom de cette victoire inscrit sur leurs drapeaux.
Ce sont les 22e, 28e, 40e, 43e, 44e, 59e, 70e, 72e, 81e ex-6e légère, 84e ex-9e légère, 94e ex 19e légère, 96e, 99e ex-24e légère, et 101e.
Le 30e, malgré la part importante qu'il a prise à l'action décisive, n'a pas le nom de Marengo sur son drapeau.
En revanche, le 60e a reçu, par erreur, le nom de cette bataille à laquelle il n'a pas assisté. En effet, la 60e demi-brigade faisait partie de la division Loison et était, le 14 juin, à Plaisance ou à Castel-San-Giovanni. (V. p. 331 et 353.)
Parmi les régiments de cavalerie, la plupart de ceux qui ont pris part à la bataille ont le nom de Marengo sur leur étendard. Ce sont les 2e cuirassiers ex-2e de cavalerie et 3e cuirassiers ex-3e de cavalerie, les 1er, 6e, 8e et 9e dragons, le 21e chasseurs et les 11e et 12e hussards.
Le 20e de cavalerie, qui faisait partie de la charge décisive de Kellermann, a disparu et n'est représenté de nos jours par aucun corps.
La garde des Consuls rentre en partie en France.
« . . . . . Une partie de la garde est partie aujourd'hui pour se rendre à Paris avec les {p.522} drapeaux pris à l'ennemi. La route est calculée de manière qu'elle sera à Paris avant le 14 juillet. . . . . »
(Le Premier Consul aux Consuls, Milan, 22 juin. Correspondance de Napoléon, n° 4940.)
« Cent chevaux de la garde, avec un détachement de canonniers, sont partis ce matin. Ils pourront servir quatre pièces de 8 ou obusiers.
« L'obusier qui est en batterie devant le palais partira aujourd'hui avec le général Murat. . . . .
« . . . . . Ainsi la garde aura trois pièces de canon. »
(Le Premier Consul au citoyen Bessières. Milan, 24 juin.)
Une autre partie de la garde reste à Milan. (V. la lettre du 25 juin, du Premier Consul à Masséna, p. 525.) {p.523}
« Affectueusement » est ajouté de la main du Premier Consul. {p.524}
Correspondance de Napoléon, n° 4951.
Le Premier Consul quitte Milan à midi. (Lettre du général Crouzet au général Soult. )
« Le Premier Consul au général Berthier.
« Vous vous rendrez, citoyen Général, à Turin. Conformément aux arrêtés ci-joints, vous nommerez les personnes qui doivent composer le gouvernement extraordinaire et la Consulta.
« Vous prendrez tous les renseignements sur la situation des finances et du militaire et toutes les mesures que vous croirez nécessaires. Vous organiserez les quatre bataillons conformément à l'arrêté ci-joint. »
Quelques jours plus tard, Berthier nommait provisoirement Dupont ministre extraordinaire du gouvernement français à Turin.
Victor quittait l'Italie.
« Milan, le 5 messidor an 8 (24 juin 1800).
« Bonaparte, Premier Consul de la République, arrête:
ART. 1er. – Le général Victor se rendra le plus tôt possible à Paris, où il recevra une nouvelle destination.
PETIET. »
et Milan, le 5 messidor an 8 (24 juin 1800).
« Bonaparte, Premier Consul de la République française, arrête:
ART. 1er. – Le citoyen Dejean, conseiller d'Etat, est nommé ministre extraordinaire à Gênes.
ART. 2. – Le Ministre des relations extérieures est chargé de l'exécution du présent arrêté.
« Bonaparte, Premier Consul de la République, arrête :
ART. 1er. – Le citoyen Petiet, conseiller d'Etat, est nommé ministre extraordinaire du gouvernement français à Milan.
Le Conseiller. d'État, détaché près le Premier Consul,
PETIET. » {p.525}
Le Premier Consul arrive à Lyon le 29 juin. (V. Corresp. de Napoléon, n° 4954.) Il écrit le même jour à son frère Lucien, Ministre de l'intérieur:
« . . . . . J'arriverai à Paris à l'improviste. Mon intention est de n'avoir ni arcs de {p.526} triomphe ni aucune espèce de cérémonie. J'ai trop bonne opinion de moi pour estimer de pareils colifichets. Je ne connais pas d'autre triomphe que la satisfaction publique.
(Correspondance de Napoléon, n° 4955.)
Le 30 juin, le Premier Consul est à Dijon, où il adresse une allocution aux troupes de l'armée de réserve de seconde ligne. (Correspondance de Napoléon, n° 4957.)
Après deux accidents de voiture, il arrive à Paris dans la nuit du 2 au 3 juillet. (Mémoires de Bourrienne, t. IV, p. 170.)
{p.527} {p.528}

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 l'article 12

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