Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/zambie.htm
Timestamp: 2017-03-29 09:11:33+00:00

Document:
Population: 9,8 million (2004)
Langue officielle: anglais Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: bemba (22,7 %), tonga (11,2 %), nyanja (11,2 %), lozi (5,3 %), lala-bisa (4,9 %), nsenga (4,8 %), tumbuka (4,6 %), nytha (3,6 %), mambwé-lungu (3,2 %), kaondé (2,7 %), lunda (2,5 %), lamba (2,3 %), luvalé (2,3 %), lenjé (1,9 %), mwanga (1,9 %), mbunda (1,8 %), etc.
Articles constitutionnels (langue): art. 1, 13, 18, 26 et 64 de la Constitution du 24 août 1991
Lois linguistiques: Loi sur l'éducation
La Zambie, officiellement appelée
république de Zambie, est un pays de l’Afrique subtropicale, enclavé entre le Congo-Kinshasa au nord-ouest, la Tanzanie au nord-est, le Malawi à l’est, le Mozambique au sud-ouest, le Zimbabwe, le Botswana et la bande de Caprivi appartenant à la Namibie, au sud, et l’Angola à l’ouest. Le pays couvre une superficie de 752 614 km² (la France: 547 030 km²) et sa capitale est Lusaka (voir la carte). Le pays est divisé en neuf provinces: Centre, Copperbelt, de l'Est, Luapula, Lusaka, du Nord, du Nord-Ouest, du Sud et de l'Ouest (voir la carte détaillée). La ville de Lusaka, la capitale, compte plus d’un million et demi d’habitants (estimation). Les autres villes principales,
Kitwe-Nkana,
Mufulira, Ndola et Luanshya sont toutes situées dans la province de la Copperbelt. Livingstone, capitale de 1907 à 1935, est la plus grande ville du Sud (avec 82 218 habitants).
Jusqu'au moment de l'indépendance, le 24 octobre 1964, la Zambie portait auparavant le nom Rhodésie du Nord.
Centrale 1 130 200
94 395 km2
Copperbelt 1 765 500 31 328 km2 Est 1 458 400 69 106 km2 Luapala 865 700 50 567 km2 Lusaka 1 553 500 21 896 km2 Nord 1 405 400 147 826 km2 Nord-Ouest 651 300 125 827 km2 Sud 1 353 400 85 283 km2 Ouest
854 300 126 386 km2 Total 11 037 800 752 614 km2 La population zambienne était estimée à 9,8 millions d'habitants en 2004. Les foyers de peuplement se concentrent dans le Centre, dans les provinces de la Copperbelt, de Lusaka, du Nord et de l'Est, ainsi que le long des voies ferrées. Plus de 50 % de la population vit dans les zones urbaines, la Zambie étant le pays d’Afrique dont le taux d’urbanisation est le plus élevé. Les provinces de Luapala, du Nord-Est et de l’Ouest sont moins peuplées. La Zambie comprend plus de 70 communautés ethniques de langues bantoues. Les Bemba représentent environ 30 % de la population du pays; ils vivent dans le Nord-Est et dominent la région de la Copperbelt. Les Lozi, dans la province de l’Ouest, et les Tonga, dans celle du Sud, constituent les deux autres groupes principaux. Les années qui ont suivi l’indépendance ont été marquées par des affrontements entre les Lozi et les Bemba, sans oublier la province de l’Ouest (un ancien protectorat britannique du Barotseland) qui est demeurée un territoire contesté, les Lozi réclamant l’application d’un accord conclu à l’indépendance, ce qui leur garantissait une représentation politique en échange de l’intégration à la Zambie.
Outre l’anglais, langue officielle, et le swahili, langue véhiculaire, près de 70 langues bantoues sont pratiquées, notamment celles parléès par plus de 100 000 locuteurs: le bemba (22,7 %), le tonga (11,2 %), le nyanja (11,2 %), le lozi (5,3 %), le lala-bisa (4,9 %), le nsenga (4,8 %), le tumbuka (4,6 %), le nytha (3,6 %), le mambwé-lungu (3,2 %), le kaondé (2,7 %), le lunda (2,5 %), le lamba (2,3 %), le luvalé (2,3 %), le lenjé (1,9 %), le mwanga (1,9 %), le mbunda (1,8 %), etc. Le tableau qui suit témoigne du grand nombre d'ethnies et de langues:
Bemba bemba famille bantoue
1 700 000 Zambezi Tonga leya famille bantoue
960 000 Nyanja de l'Ouest
nyanja famille bantoue
802 600 Lozi lozi famille bantoue
610 000 Tumbuka tumbuka famille bantoue
426 400 Bisa lala-bisa famille bantoue
373 600 Nyiha nyiha famille bantoue
356 000 Ngoni nsenga famille bantoue
290 000 Ndembu Lunda lunda famille bantoue
253 000 Mambwe-Lungu mambwe-lungu famille bantoue
240 800 Nsenga nsenga famille bantoue
217 400 Kaondé kaonde famille bantoue
207 200 Lunda lunda famille bantoue
196 800 Lamba lamba famille bantoue
190 000 Lwena luvale famille bantoue
168 000 Lenjé lenje famille bantoue
156 000 Mbunda mbunda famille bantoue
156 000 Mwanga mwanga famille bantoue
156 000 Lungu mambwe-lungu famille bantoue
138 000 Lala lala-bisa famille bantoue
130 000 Ng'umbo bemba famille bantoue
126 000 Aushi aushi famille bantoue
95 200 Luapula Lunda bemba famille bantoue
80 000 Luyana luyana famille bantoue
74 800 Simaa simaa famille bantoue
74 800 Kwandi luyana famille bantoue
74 000 Kwanga luyana famille bantoue
73 000 Lukolwé nkoya famille bantoue
72 000 Kabendé bemba famille bantoue
71 000 Swaka lala-bisa famille bantoue
67 000 Taabwa taabwa famille bantoue
66 000 Shila taabwa famille bantoue
66 000 Ila ila famille bantoue
61 200 Nkoya nkoya famille bantoue
60 000 Luchazi luchazi famille bantoue
54 400 Soli soli famille bantoue
54 400 Senga tumbuka famille bantoue
51 000 Chokwé chokwe famille bantoue
44 200 Kunda kunda famille bantoue
43 000 Cishinga bemba famille bantoue
42 000 Britanniques anglais langue germanique
41 400 Afrikaners
41 000 Iwa mwanga famille bantoue
37 000 Unga bemba famille bantoue
35 000 Makoma simaa famille bantoue
32 000 Lima lamba famille bantoue
29 000 Nyengo simaa famille bantoue
25 000 Mashi kwandu du Nord famille bantoue
20 800 Sala sala famille bantoue
20 400 Chinois han
chinois mandarin famille sino-tibétaine
20 000 Swahili swahili famille bantoue 19 000 Tambo mwanga famille bantoue
18 000 Toka leya famille bantoue
18 000 Mukulu bemba famille bantoue
17 000 Imilangu simaa famille bantoue
15 000 Korékoré shona famille bantoue
15 000 Mwenyi simaa famille bantoue
15 000 Shona shona famille bantoue
15 000 Totéla totela famille bantoue
14 000 Bwile bwile famille bantoue
12 400 Gujarati gujarati langue indo-iranienne
12 000 Leya leya famille bantoue
12 000 Lumbu ila famille bantoue
10 000 Mbowela nkoya famille bantoue
10 000 Luano lala-bisa famille bantoue
7 400 Ndébélé ndebele famille bantoue
5 800 Subia subiya famille bantoue
5 500 Eurafricains fanagolo pidgin
5 100 Yauma yauma famille bantoue
5 100 Mbukushu mbukushu famille bantoue
5 000 Shasha nkoya famille bantoue
4 400 Mbowé mbowe famille bantoue
2 700 Yombé tumbuka famille bantoue
2 600 Ambo lala-bisa famille bantoue
2 500 Portugais portugais
2 000 Serbes serbe
2 000 Arabes judéo-marocain
1 500 Buka-Khwé bukwen famille bantoue
200 Xegwi xegwi famille khoïsane
200 Kwengo kxoe famille khoïsane
100 On constatera que plusieurs peuples parlent la même langue. Par exemple, le bamba est parlé comme langue maternelle non seulement par les Bamba, mais également par les Ng'umbo, les Kabendé, les Cishinga , les Unga et les Mukulu; le leya est parlé par les Zambezi, les Tonga, les Toka et les Leya; le simaa est la langue des Simaaa, des Makoma, des Nyengo, des Imilangu et des Mwenyi; le shona est la langue des Shona et celle des Korékoré; le tumbuka est parlé par les Tombuka, les Senga, les Yombé. La plupart des grandes langues zambiennes sont fragmentées en de nombreuses variétés dialectales.
S'il est vrai que la très grande majorité des langues fait partie de la famille bantoue, on peut remarquer néanmoins que quelques langues immigrantes (sauf pour les langues khoïsanes) appartiennent à d'autres familles telles que l'anglais (langue germanique), l'afrikaans (langue germanique), le gujarati (langue indo-iranienne), le chinois (famille sino-tibétaine), le portugais (langue roman), le serbe (langue slave), le judéo-marocain (famille chamito-sémitique), le xegwi (famille khoïsane) et le kxoe (famille khoïsane). Par rapport à la situation géographique,c'est la province de l'Ouest qui est la plus multilingue (19 langues), suivie de la province du Nord-Ouest (11 langues) et de la province du Nord (11 langues); la province de la Copperbelt est la plus homogène avec seulement trois langues. Luapula
unga bemba
yombe ambo
yombe ila
swaka chikunda
soli bemba
seba cokwe
ndembu cokwe
tonga Pour ce qui est de la religion, les trois quarts des Zambiens sont chrétiens, principalement
catholiques (50 % de la population totale). Un peu moins d’un quart de la population est
animiste. Les
musulmans sont peu nombreux.
Au nord de Lusaka (Broken Hill), la découverte en 1921 d'un crâne de «l’homme de Rhodésie» (Homo rhodesiensis), daté de plus de 110 000 ans, témoigne de l’ancienneté du peuplement de la Zambie. Les Bochimans ont précédé les agriculteurs bantous qui s’établirent dans la région au cours du Ier millénaire de notre ère. Au nord, de grands empires se sont constitués dans la savane. La commercialisation du cuivre a fondé la puissance des Lunda. Les Bemba, venus du Congo, se sont installés dans la région vers la fin du XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, les Portugais, qui cherchaient à relier leurs territoires d'Angola et du Mozambique, pénétrèrent dans la pays. Ils ne furent pas les seuls à s'intéresser à la région. En 1835, les Angonis, une fraction zouloue, s'installèrent entre le lac Malawi et la rivière Luangwa. À la même époque, les Makololos, une tribu basoto, conduite par Sebituane, traversèrent le Haut-Zambèze et s'établirent dans le Barotseland. Au XIXe siècle, le pays était fragmenté en plusieurs États, parfois de petite taille. Par exemple, les Lozi résidaient au centre et au nord, mais d'autres ethnies, telles que les Chewa dans l'Est, les Bemba et les Lunda dans le Nord, occupaient d'autres régions. La traite des Noirs s’est développée durant tout le siècle, sous le contrôle des marchands de Zanzibar. Ce sont surtout les Portugais qui pratiquèrent l'esclavage dans cette région de l'Afrique. En voulant vendre leurs marchandises à certains Africains, ils n'avaient qu'à les échanger pour des esclaves noirs, ce qui était encore plus rentable. À leur tour, les Portugais n'avaient qu'à les vendre aux Français, aux Espagnols ou aux Britanniques.
3.1 La colonisation britannique Dès le XVIIIe siècle, les Portugais, présents en Angola et au Mozambique, pénétrèrent dans le pays par l'intermédiaire des pombeiros (métis de Portugais et d'Africains), car, répétons-le, ils désiraient unir l'Angola et le Mozambique à travers le plateau central. Cette liaison, accomplie officiellement au XIXe siècle par l'explorateur portugais Serpa Pinto, entra en conflit avec les intérêts britanniques. En 1851, l'explorateur écossais David Livingstone (1813-1873) entreprit l’exploration de la vallée du Zambèze. En 1890, la British South Africa Company, fondée par Cecil John Rhodes (1853-1902), étendit sa domination au Barotseland, à l’ouest, lors de la signature d’un traité avec les Lozis et se vit accorder par la Couronne britannique le droit d’administrer les pays situés au nord du fleuve Limpopo. Les territoires orientaux furent intégrés à l’Empire britannique lors de la conquête du Nyasaland (l'actuel Malawi). La Rhodésie du Nord (l'actuelle Zambie), rattachée à la colonie britannique du Cap, fut créée en 1911 tout en étant administrée par la compagnie de Cecil Rhodes; la capitale devint Livingstone à la place de Victoria Falls. En 1924, l’administration fut confiée à un gouverneur britannique, l’exploitation minière demeurant le monopole de la British South Africa Company. En 1935, l'Administration coloniales fut déplacée à Lusaka. L'exploitation des gisements de cuivre dans le nord du pays s'intensifia au début du XXe siècle, ce qui attira de nombreux Européens, puis des Africains du Nyasaland et de la Rhodésie du Sud (l'actuel Zimbabwe), plus agricole. Pendant la période coloniale, des missionnaires anglicans s'installèrent dans les diverses régions du pays en ouvrant des églises, des hôpitaux et des écoles. Ils eurent beaucoup de succès dans leur travail d'évangélisation du fait qu'ils employèrent les langues locales. La Bible et d'autres ouvrages chrétiens furent traduits dans ces langues. Même les écoles des communautés religieuses utilisèrent les langues bantoues comme langues d'enseignement, du moins durant les quatre premières années du primaire. La langue anglaise ne fut pas favorisée par les missionnaires parce qu'ils croyaient que les langues locales constituaient des moyens de communication plus puissants auprès des populations indigènes. Pour cette raison, les missionnaires étudièrent les langues zambiennes et firent beaucoup pour les conserver vivantes. La seule école dirigée par les laïcs britanniques fut l'École nationale de Barotse, fondée en 1907 à Kanyonyo. Elle demeura sous la responsabilité de la British South African Company jusqu'à 1929 tout en poursuivant la politique des missionnaires: le silozi fut employé comme langue d'enseignement de la première jusqu'à la quatrième année, pour ensuite introduire progressivement l'anglais. Pour le reste, l'éducation resta le domaine exclusif des missionnaires. Lorsque le ministère des Colonies (Colonial Office) reprit en mains l'administration de la Rhodésie du Nord en 1924, il institua une commission afin d'examiner le système éducatif dans ses colonies et trouver des moyens d'améliorer la situation. La Commission Stokes (appelée la Phelps) recommanda ensuite au gouvernement britannique de rendre l'anglais la langue officielle de l'éducation et des affaires de l'Administration. En même temps, la Commission considérait que les langues locales ne devaient être employées que pour la conservation des valeurs nationales et identitaires; le Commission estimait aussi son intérêt pour l'enseignement des langues africaines, surtout pour développer la main-d'oeuvre dans les secteurs de l'agriculture et d'industrie. En 1928, suite aux recommandations de la Commission Stokes, quatre langues principales locales furent choisies pour servir comme «langues officielles des écoles africaines»: le cibemba, le cinyanja, le citonga et le silozi. Ces langues devaient être employées dans les écoles publiques en tant que langues d'enseignement durant les quatre premières années du primaire. En 1930, parce qu'il n'y avait aucune langue véhiculaire dans le pays, le Bureau consultatif pour l'Éducation indigène (Advisory Board for Native Education) a trouvé nécessaire d'offrir des cours d'anglais dans les écoles zambiennes une fois que les enfants eurent appris les compétences minimales en lecture et en écriture dans les langues locales.
En 1943, le gouvernement britannique recommanda que, durant les quatre premières années de leurs études, les langues locales soient enseignées aux enfants du primaire. Quant à l'anglais, il devait être employé comme matière d'enseignement en quatrième année du primaire pour être dispensé comme langue d'enseignement par la suite. La politique fut modifiée en 1950 lorsque les langues locales ne furent enseignées que durant les deux premières années du primaire, pour être remplacées par une langue véhiculaire dominante jusqu'en cinquième année. Ensuite, l'anglais remplaçait définitivement les langues locales.
En 1953, le gouvernement britannique créa la Fédération de Rhodésie-Nyasaland
(Federation of Rhodesia and Nyasaland) regroupant la Rhodésie du Sud, la Rhodésie du Nord (l'actuelle Zambie) et le Nyasaland (l'actuel Malawi), qui favorisait la domination blanche («suprématie blanche»). Au cours de cette période, la responsabilité de l'éducation fut partagée entre le gouvernement fédéral (pour les écoles fréquentées par les Blancs) et le gouvernement territorial (pour les écoles fréquentées par les Noirs). Dès 1956, l'anglais fut dispensé en deuxième année du primaire pour deux cou À 1956, l'anglais a été lentement présenté dans la première école primaire (deux cours de 30 minutes durant périodes en deuxième année de primaire). rs de 30 minutes; en 1962, l'anglais était dispensé en première année du primaire.Cette fédération suscita une vive opposition de la part de la population autochtone dans le protectorat, qui redoutait de voir s'étendre à son pays le régime de ségrégation raciale en vigueur dans les territoires voisins.
Le gouvernement central, dirigé par lord Malvern et sir Roy Welensky fut calqué sur le système politique de la Rhodésie du Sud. Pour la Rhodésie du Nord, la lutte pour l’indépendance supposait d’abord la dissolution de la fédération.En 1959, Kenneth Kaunda, surnommé le «Gandhi noir» (ou «Gandhi africain») en raison de sa lutte pacifiste pour l’accession de la majorité noire au pouvoir, fonda l’UNIP (l'United National Independence Party : Parti de l'indépendance nationale unie). Il déclencha, en 1961, une vaste campagne de désobéissance civile. Le nationalisme zambien s'accrut avec Kaunda qui finit par voir raison du système britannique. Vers la fin de 1963, au terme de négociations menées à Londres, la fédération de Rhodésie-Nyasaland fut dissoute. En 1963, le gouvernement de la Rhodésie du Nord demanda à l'UNESCO d'étudier le système d'éducation et trouver des voies d'amélioration. Selon les recommandations du Rapport Radford, il était prévu d'adopter l'anglais comme unique langue de l'éducation dans toutes les écoles primaires. Le rapport prévoyait une amélioration de la qualité de la langue écrite et parlée, une meilleure connaissance d'une grande langue de communication, une amélioration du niveau de l'éducation en raison de l'apport de la littérature anglaise, un bien-être plus grand dans tout le cursus éducatif, l'avantage de pouvoir transférer les compétences acquises en anglais dans les langues africaines.5.2 Après l'indépendance Après la victoire de l’UNIP (Parti de l'indépendance nationale unie) de Kenneth Kaunda aux élections portant sur l’autonomie interne, la Rhodésie du Nord accéda, en octobre 1964, à l’indépendance sous le nom de Zambie. Les premières années furent marquées par des rivalités ethniques, les affrontements opposant notamment les Lozis, qui s’estimaient lésés par le pouvoir, et les Bembas, majoritaires. Le président Kaunda, en réaction aux conflits ethniques et aux grèves qui se multipliaient dans les mines, durcit son régime. Les pouvoirs furent massivement concentrés entre les mains du président et un régime de parti unique se dessina. C'était maintenant au nouveau gouvernement pour prendre les décisions quant aux recommandations du Rapport Radford sur l'éducation. Par la la Loi sur l'éducation de 1966 et la loi no 312 du 2 novembre 1966, le gouvernement imposa l'anglais comme seule langue d'instruction de la première année du primaire jusqu'à l'université. Paradoxalement, il a fallu que la Zambie soit indépendante, et par surcroît dirigée par un gouvernement nationaliste, pour que l'anglais soit imposé dans tout le système d'éducation. Les responsables du ministère de l'Éducation crurent que les élèves seraient ainsi libérés de la «perturbation émotionnelle» qui survient lorsqu'ils passent de la langue vernaculaire à l'anglais, qu'on aiderait les élèves à acquérir une langue plus flexible et au vocabulaire plus riche, que l'étude de l'anglais serait facilitée pour les niveaux secondaire et universitaire, que le pays assisterait à un développement intensif de l'éducation. Tout en mettant en oeuvre les principales recommandations du Rapport Radford, le gouvernement nationaliste de Kenneth Kaunda n'a pas abandonné complètement l'enseignement des langues locales. Sept langues nationales furent reconnues comme matières d'enseignement sur une base régionale: le bemba, le kikaondé, le silozi, le lunda, le luvalé, le nyanja et le tonga. Le résultat de cette politique en éducation fut que seulement ces langues se développèrent un peu plus au détriment des autres. Dans les faits, peu de langues furent utilisées dans les écoles, car le statut des langues zambiennes était peu valorisé par la population, sauf dans des circonstances très spéciales.
En 1968, les sièges réservés aux Blancs à l’Assemblée nationale furent supprimés, puis les partis politiques, à l’exception de l’UNIP, furent interdits. En 1973, le régime de parti unique fut institutionnalisé. En éducation, le ministère de l'Éducation nationale proposa en 1975 un retour à la pratique antérieure lorsque les langues locales étaient enseignées durant les quatre premières années du primaire. Mais la proposition fut rejetée par le gouvernement et, en 1977, la réforme éducative a réaffirmé l'usage de l'anglais comme seule langue de l'éducation du primaire jusqu'à l'université. Toutefois, le Ministère avisait les enseignants qu'ils pouvaient expliquer, dans l'une ou l'autre des sept langues éducatives reconnues, les concepts difficilement compris par une majorité d'élèves dans une classe.
Le président Kenneth Kaunda encouragea la guérilla nationaliste, financée notamment par la Chine et l’Union soviétique, contre le pouvoir blanc de la Rhodésie du Sud, mais maintint toujours de bonnes relations avec les pays occidentaux. Cependant, la situation intérieure en Zambie ne cessait de se dégrader. Kaunda fut réélu pour un sixième mandat présidentiel en 1988, à l’issue d’une élection sans opposition. Mais la crise économique, l'exode rural et l'essort démographique firent naître la corruption dans l'administration et l'insécurité dans les villes. Kaunda dut faire face, en 1990, à de violentes émeutes, provoquées par la fin du blocage des prix. Après l’échec d’une tentative de coup d’État en juin, Kaunda accepta de modifier la Constitution pour autoriser le multipartisme. Le MMD (Movement for Multiparty Democracy) de Frederick Chiluba triompha aux élections législatives de 1991, emportant 80 % des sièges, puis à l’élection présidentielle (81 % des suffrages) de 1991. Ces premières consultations électorales libres depuis l’indépendance furent toutefois marquées par une forte abstention. Kaunda était resté en fonction durant 27 ans.
Le nouveau gouvernement de Frederick Chiluba ne parvint pas à juguler la crise économique, ce qui suscita de vives contestations. Les élections législatives d’octobre 1996 et présidentielle de novembre 1996 reconduisirent néanmoins au pouvoir le président Chiluba et son parti, le MMD. Le régime du président Chiluba se durcit encore davantage avec la déclaration, le 29 octobre 1997, de l’état d’urgence (à la suite d’une tentative de coup d’État militaire) et l’arrestation d’opposants. En janvier 2002, le président Chiluba fut remplacé par Levy Patrick Mwanawasa. Le président élu en 2002 est Levy Patrick Mwanawasa, issu du MMD (Movement for Multi-Party Democracy). Toutefois, le président Mwanawasa subit un lourd héritage politique et se voit confronté à de multiples contraintes internes et externes. Au sein de la population zambienne, il passe pour une «marionnette de Chiluba» et il lui paraît difficile s’affranchir de cette réputation, à moins qu’il ne change radicalement les anciens cadres politiques du MMD. 4 La politique linguistique
La Zambie n'a pas une politique linguistique très développée. L'anglais est la langue officielle de l'État et reconnaît sept «langues principales» en éducation. Beaucoup de Zambiens parlent quatre ou cinq langues (surtout le bemba, le tonga, le nyanja et le lozi, en plus de leur langue maternelle), en les mélangeant lorsqu'ils parlent entre eux. Seul l'article 1 de la Constitution du 24 août 1991 traite de la langue officielle: Article 1 [...]
3) The official language of Zambia shall be English.
3) La langue officielle de la Zambie est l'anglais. Pour le reste, il s'agit de dispositions ponctuelles portant sur le domaine judiciaire et parlementaire. La Constitution a été modifiée en 1996 (cf. la loi no 17 du 18 mai 1996), mais elle ne contient aucune autre disposition linguistique. 4.1 La langue de l'État
L'anglais reste la seule langue du Parlement. C'est la langue des débats, des lois et des règlements. L'article 64 précise que, pour devenir membre de l'Assemblée nationale, il faut savoir lire, écrire et parler la langue officielle de la Zambie:
Article 64 Subject to Article 65, a person shall be qualified to be elected as a member of the National Assembly if, and shall not be qualified to be so elected unless--
Article 64 Sous réserve des dispositions de l'article 65, quiconque pourra se qualifier pour être élu ou nommé membre de l'Assemblée nationale, si et seulement si:(a) il est citoyen de la Zambie;
La langue écrite de l'Administration est l'anglais, mais certaines langues locales peuvent être employées à l'oral dans les régions, surtout le bemba, le lozi, le luvalé, le nyanja et le tonga, mais aussi le kaondé et le lunda. Il ne s'agit pas d'un droit, mais d'une pratique normale parce que jugée nécessaire, beaucoup de Zambiens non instruits ne connaissant peu ou pas l'anglais. Dans le domaine judiciaire, la politique est à peu près similaire. Les articles 13, 18 et 26 de la Constitution prévoient le recours aux langues locales lorsqu'une personne ne comprend pas la langue officielle:
(b) Sera informé, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'il comprend et en détail, de la nature de l'accusation;
(f) Sera autorisé de recourir sans paiement à l'aide d'un interprète s'il ne peut pas comprendre la langue employée lors du procès relatif à l'accusation; Article 26 1) Lorsque la liberté de mouvement d'une personne est restreinte ou qu'elle est détenue en vertu de l'une ou l'autre des lois mentionnées à l'article 22 ou 25, selon le cas, les dispositions suivantes s'appliqueront:
Les juges conduisent généralement la procédure dans un certain nombre de langues locales: en bemba, en kikaondé, en silozi, en lunda, en luvalé, en nyanja ou en tonga. Cependant, les documents écrits déposés devant la cour sont en anglais, ce qui inclut la sentence du juge. 4.2 Les langues de l'éducation
L'anglais demeure la langue normalement dispensée à tous les niveaux de l'enseignement, du primaire jusqu'à l'université.
En 1992, le ministère de l'Éducation nationale a publié un document politique intitulé Focus on Learning («Convergence sur l'apprentissage»), qui remplaçait la réforme éducative de 1977 et mettait l'accent sur les langues locales. On y lisait notamment: «L'importance des langues locales doit être mise en évidence pour s'assurer qu'elles contribuent significativement à l'apprentissage jusqu'à la huitième année.»
En 1994, le Centre de développement des programme d'études du ministère de l'Éducation nationale a préparé un autre document concernant le programme d'études des écoles primaires; il était intitulé The Structure of the New School Curriculum («Structure du nouveau programme d'études scolaires») dans lequel il était à nouveau recommandé que les langues maternelles et les grandes langues locales (bemba, kikaondé, silozi, lunda, luvalé, nyanja et tonga) soient employées comme des langues d'enseignement durant les quatre premières années du primaire. Mais cette recommandation n'a jamais été appliquée et elle est demeurée lettre morte. En 1996 le Ministère a publié un autre document sur sa politique intitulé Educating Our Futur («Préparons notre avenir»); il était recommandé de donner l'occasion à tous les élèves d'apprendre les compétences de base en lecture et en écriture dans les langues locales, tout en conservant l'anglais comme langue officielle de l'éducation. En 1997, le programme scolaire prévoyait rendre obligatoire l'étude d'une langue locale dans les écoles primaires et facultative au secondaire et dans les lycées. Comme les fois précédentes, la politique est restée lettre morte. Puis, en 2000, le Centre de développement des programmes d'études du ministère de l'Éducation nationale a produit un autre document: The Basic School Curriculum Framework («Structure de base des programmes d'études scolaires»). Il était recommandé d'alphabétiser les jeunes à la fois dans une langue familière («familiar language») et en anglais, alors que les langues zambiennes seront considérées comme des matières additionnelles. Ainsi, les enfants apprendront l'anglais et développeront leurs compétences en écriture dans les langues zambiennes et anglaise. - L'école primaire
Aujourd'hui, l'anglais demeure LA langue de l'enseignement, mais il est possible de dispenser l'enseignement au primaire dans l'un ou l'autre des sept langues reconnues par le gouvernement: le kaondé, le lunda, le luvalé, le nyanja, le bemba, le tonga et le lozi. Toutefois, comme il n'est pas obligatoire d'enseigner les langues locales, peu d'écoles offrent ces cours. Malgré ces efforts louables, le ministère de l'Éducation nationale a maintenu l'anglais comme la principale langue d'enseignement dans les premières années d'éducation primaire. - L'école secondaire
Dans les écoles secondaires, les sept langues officielles locales sont les seules admises. Dans la pratique, seulement quelques écoles offrent des cours dans ces langues, et la plupart n'en proposent même pas. Les élèves qui veulent étudier dans les langues zambiennes le font à titre personnel. De plus, la plupart des élèves ne peuvent pas se permettre de payer les frais pour entrer dans les écoles secondaires. Ces frais, qui s'élèvent autour de 300 $ US, correspondent pratiquement à la moyenne du revenu annuel en Zambie. Ni le gouvernement ni les écoles ne fournissent d'aide financière. En conséquence, beaucoup des étudiants parmi les les plus prometteurs sont laissés à eux-mêmes. - L'université
L'Université de la Zambie offre un programme en langues africaines (zambiennes) pour ceux qui veulent devenir des enseignants ou simplement étudier ces langues. En réalité, il se fait peu d'études pour les langues zambiennes considérées comme de simples langues de référence dans les études linguistiques. Il n'y a aucune mesure particulière pour améliorer la disponibilité des ouvrages littéraires ni faciliter ceux qui voudraient produire des manuels d'apprentissage. De plus, tous les cours se donnent en anglais. - Les difficultésLe pays compte une dizaine d'établissements de formation pour les professeurs. Chacun de ces établissements possède d'une section ou d'un département pour les langues zambiennes. La plupart des futurs instituteurs sont formés dans l'enseignement des langues locales, mais très peu d'entre eux les apprennent. Parmi les établissements qui préparent les enseignants des collèges d'enseignement général, seulement un, le Nkrumah Teachers’ College, offre des langues locales comme choix.
Cela dit, le système d'éducation zambien s'est sérieusement détérioré depuis les vingt dernières années en raison de la pauvreté, du manque de ressources et de l'inefficacité des établissements d'enseignement. Même les politiques éducatives du gouvernement semblent rarement disponibles aux principaux intéressés, les enseignants. Seulement les deux tiers des élèves terminent leur primaire, et la persistance des filles aux études paraît inférieure à celle des garçons, surtout dans les zones rurales.
L'infrastructure scolaire s'est également détériorée. Le mobilier et les manuels manquent cruellement. L'État zambien consacre à l'éducation primaire six fois moins d'argent qu'il y a dix ans, l'essentiel des frais étant désormais à la charge des parents, avec comme résultat une baisse sérieuse de la fréquentation scolaire.
La plupart des grands journaux de Lusaka sont publiés en anglais: Financial Mail, Lusaka Lowdown, Monitor, Post, Sunday Mail, Times of Zambia, Zambezi
Times, Zambia Daily Mail. Certains périodiques sont publiés en kaondé, en lunda, en luvalé, en nyanja et en tonga, mais la diffusion de ces langues demeure faible.
Dans les médias électroniques, les radios locales diffusent surtout en anglais, mais certaines émissions peuvent être dans l'une ou l'autre des sept langues reconnues en éducation: le kaondé, le lunda, le luvalé, le nyanja, le bemba, le tonga et le lozi. En pratique, seule la radio nationale Radio 1 (ZNBC-Radio) diffuse en ces langues. La télévision, pour sa part, offre peu d'émissions dans les langues zambiennes, sauf des bulletins de nouvelles (ZNBC-TV) en bemba et en nyanja. En général, la programmation est seulement en anglais.
En somme, la Zambie n'a pas une politique linguistique très élaborée. En simplifiant un peu, elle pourrait se résumer à la non-intervention, si ce n'était quelques accomodements dans la langue d'enseignement au primaire. Au moment de l'indépendance, le gouvernement a simplement reconduit la politique en vigueur en laissant à l'anglais toutes les prérogatives dont il jouissait. Par la suite, il n'a jamais favorisé les langues nationales et, lorsqu'il l'a fait, ce fut au détriment des autres langues laissées pour compte. De plus, jamais les Britanniques n'avaient combattu les langues nationales, mais les gouvernements qui se sont succédé après l'indépendance les ont littéralement tuées. Il est difficile de savoir les motivations profondes qui ont joué chez les nouveaux dirigeants, mais ils n'ont pas voulu les protéger ni les favoriser. Il est vrai qu'en matière des droits humains la Zambie a du travail à faire. En 1996, suite à la suggestion de la Commission Munyama, le gouvernement a apporté des modifications à la Constitution afin qu'elle prévoie la création d'une Commission des droits de l'homme permanente en vertu de l'article 25. La Loi relative à la Commission des droits de l'homme fut adoptée le 13 mars 1997 par le Parlement zambien. Pourtant, la commission est restée un organisme fragile peu disposé à susciter des changements sur le plan des violations courantes les plus graves commises par le gouvernement zambien. Elle n'aurait accordé qu'une attention occasionnelle à certains problèmes tels que les exécutions extrajudiciaires et autres exactions perpétrées par les forces de police, soulevant ainsi des questions quant à la volonté de la commission de défendre les droits face à l'hostilité du gouvernement. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que la question des droits linguistiques soit complètement oubliée. Dernière mise à
jour: 25 déc. 2015
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Zambie», pour la partie historique.
MANCHISI, P.C. «The Status of the Indigenous Languages in Intitutions of learning in Zambia: Past, Present and future» dans The African Symposium, vol. 4, no 1, mars 2004,
[http://www2.ncsu.edu/ncsu/aern/manpisi.html] MINISTRY OF EDUCATION, Focus on Learning, Lusaka, Ministère de l'éducation, 1989.
MINISTRY OF EDUCATION, Educating Our Future, National Policy on Education, Lusaka, Ministère de l'éducation, 1996.
MINISTRY OF EDUCATION, Language Policy in Zambia. Lusaka, Ministry of Education, Lusaka, Ministère de l'éducation, 1992.
MINISTRY OF EDUCATION, The Basic School Curriculum Framework, Lusaka, Ministère de l'éducation, 2000. L'Afrique

References: art. 1
 l'article 1
 L'article 64
 l'article 65
 l'article 22
 l'article 25