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Timestamp: 2017-06-24 02:01:53+00:00

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LA NUIT AVEC UN MOUSTIQUE — « HORS SUJET » — Conférence sur les méthodes substitutives à l’expérimentation animale | K&M Les Veganautes
LA NUIT AVEC UN MOUSTIQUE — « HORS SUJET » — Conférence sur les méthodes substitutives à l’expérimentation animale
Citation ~ 3 mai 2016 ~ K&M Les Veganautes	— HORS SUJET/s —
Conférence sur les méthodes substitutives à l’expérimentation animale
« Pourquoi ce qui serait intolérable pour l’espèce humaine serait tolérable pour d’autres espèces ? »
p.217 in Profession : Animal de Laboratoire — Audrey Jougla
« L’animal est une métaphore quand on pense avec lui la structure sociale, une métonymie qui représente l’humain quand il l’utilise. »
(d’après Claude Lévi-Strauss) p.118 in La douleur des bêtes — la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France — Jean-Yves Bory
Quelques animotivations
« J’ai organisé cet événement pour aller au-delà du questionnement l’expérimentation animale est-elle un mal nécessaire ? ou simplement me positionner contre l’expérimentation animale.
» Je souhaitais amorcer un mouvement positif et constructif en présentant des méthodes substitutives, afin d’en encourager le développement (et le financement) auprès de l’ensemble de la communauté scientifique et politique tout en informant le public des connaissances actuelles de manière à faire évoluer le regard porté sur l’expérimentation animale considérée comme incontournable…
» C’est donc, en filigrane, un événement militant contre l’Expérimentation Animale mais aussi un événement dont l’objectif est d’en favoriser l’abandon grâce à ces nouvelles méthodes. Méthodes dont la connaissance, le financement et l’utilisation sont l’élément incontournable pour espérer une évolution et une disparition de l’Expérimentation Animale. »
Hermès, Descartes, Claude Bernard & la Science
Au sacrifice antique d’Iphigénie, Artémis lui substitue au dernier instant sur l’autel, une biche — pour la préserver de la folie des hommes. Symboliquement, cet échange mythologique peut signifier la fin des sacrifices humains et l’élévation de la Cité par l’arrêt du cannibalisme désormais remplacé par la chair animale, autre consumation carnée.
De l’Antiquité, une autre divinité olympienne qu’Hermès (Ἑρμῆς) aura-t-elle jusqu’à nos jours autant d’influence sur nos existences et, par suite, sur celles des animaux ? Il ne s’agit toutefois pas du fait qu’Hermès influença l’histoire des Atrides et indirectement le sort d’Iphigénie. Celui-ci a marqué en effet de manière plus indélébile l’histoire de l’Occident et du monde. Dieu alchimique, il fut loué pour ses bienfaits pour se retrouver ensuite au cœur des recherches ésotériques du Moyen-Âge. Si les alchimistes de tous les horizons ne sont pas parvenu avec toute leur al-kimiya[1] à changer le plomb en or, peu à peu ces activités se sont transmuées après la Renaissance en chimie et sciences modernes telles que trivialement le grand public les connaît de nos jours.
C’est à René Descartes qu’on attribue une certaine paternité de la science actuelle. Il fonde ses recherches sur la raison en ce qu’il nomme une « méthode », rompant avec l’enseignement scholastique qu’il a reçu, arguant que cet homme qui dit ego cogito, ergo sum c’est également celui qui doit se rendre comme maître(s) et possesseur(s)de la nature selon son Discours de la méthode, où il dit aussi que « même l’esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que, s’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher. » Ce postulat de (nouveau) départ n’aurait point posé de problème s’il n’avait été accompagné d’autres considérations ayant engendré convictions et croyances jusqu’à maintenant. L’invention des animaux-machines, ces automates bien sûr insensibles et par-dessus tout dénués d’âme contrairement aux hommes, aura permis à la fois à Descartes et aux cartésiens de rester en odeur de sainteté dans un État non séparé de l’Église, et de se lancer dans des expériences — douloureuses avant d’être létales — sur un nombre toujours croissant d’animaux. Toujours aujourd’hui les Codes civil et pénal dans le droit français établissent bien la distinction entre les personnes et les choses, et bien évidemment les animaux en font les frais puisque les hommes se visent comme des fins tandis que les animaux sont vus comme des moyens[2]. C’est ce qu’on nomme depuis le droit romain la summa divisio.
L’animal-ité, une fois mécanisée, peut bien être démontée à l’envi, ce qu’on répugnerait à faire à un homme, puisqu’on a après tout affaire à l’œuvre-même de Dieu et qu’on espère découvrir tous les secrets de fabrication du Suprême horloger. René Descartes n’a pas fait qu’une tentative d’« abaissement ontologique de la vie animale » semble-t-il, dès lors qu’on veut bien ouvrir les yeux sur les archives des siècles récents et les images volées en ce moment. Même inconsciemment, le public dans sa majeure partie reste influencé par la vision hétéro-déterminante soi-disant inhérente aux « lois de la nature » où évidemment animal et végétal sont amalgamés et que « c’est bien sûr l’idée même de l’individualité et l’autonomie animales qui est invalidée d’emblée.[3] » Entre-temps les vétérinaires et les médecins du XIXe siècle ont largement pratiqué leur art sur les fondements installés du cartésianisme (une solide idéologie anthropocentriste). Ainsi les exercices chirurgicaux sur chevaux vivants furent pratiqués dans les écoles vétérinaires dès leur fondation, au milieu du XVIIIe siècle[4]. Les animaux de rente ont alors connu une forte augmentation de leur nombre dans l’hexagone, beaucoup due en partie aux expériences qu’on pratiquait sur eux : bœufs, moutons, mulets, chevaux et porcs. Il fallait bien que les élèves se fassent la main. « Les vétérinaires pratiquaient aussi la physiologie expérimentale, la toxicologie, l’anatomie pathologique […] » nous apprend J.-Y. Bory[5]. Le plus célèbre des médecins décortiqueur d’animaux fut sans conteste Claude Bernard. Il est connu qu’il fit brûler des centaines de chiens, pour voir. « Bernard avait institué un procédé à l’aveugle pour la section des nerfs trijumeaux chez le lapin et savait qu’il y était arrivé aux « cris que pousse l’animal ». » (p.13 in op. cit.)
Le but implicite à l’expérimentation animale est censé être la santé humaine. Comme les animaux ne possèdent pas de droits tels que les hommes s’en sont prescrits, ils demeurent assujettis à la réification, l’usage qu’on en fait selon nos besoins. Dès lors s’ouvre un champ particulier pour l’animal. Une dimension où il perd son animalité naturelle pour n’intéresser qu’une destination pour laquelle il est littéralement externalisé de lui-même. Jacques Derrida parlait de phantasme cartésien, de science-fiction, de clonage, quand il disait que nous appliquons aux animaux un traitement dévitalisant ou désanimalisant dans le procès de l’exploitation médico-industrielle[6]. C’est tout l’univers avec l’humain au centre qui nous apparaît dans sa dialectique, son ambivalence, quand l’élaboration du pharmakon[7] soigne (parfois) d’un côté au prix de la vie de l’autre. Si les animaux retiennent aujourd’hui l’attention, ça n’est plus seulement pour ce qu’ils rapportent, à commencer par une éventuelle nourriture, mais ou bien ils servent de bases théorétiques plus que pratiques (connaissances liées à la « recherche fondamentale »), ou bien ils suscitent une réaction éthique. Socialement et politiquement parlant, on peut s’interroger sur la pertinence d’une recherche axée sur la fausse analogie homme-animal. Hermès est toujours là qui veille et semble présider à une recherche scientifique de pointe mais qui cherche peut-être encore à changer le plomb en or. Le caducée d’Hermès est toujours un symbole de médecine, de soin. Les serpents sur le bâton représentent les clés supposées de la médecine universelle, en vue de pouvoir guérir toutes les maladies humaines — chose qu’on peut finalement souhaiter avec empressement lorsqu’on est sensible au sort des animaux de laboratoire. L’utilisation du pharmakon révèle bien une dualité de tous temps : ce qui est remède est à la fois poison. Mais au-delà des considérations hermaïques (pour ne pas dire hermétiques) il y a d’autres questions que soulève la situation. L’histoire en fait la preuve, « la mécanisation de la vie, du point de vue théorique, et l’utilisation technique de l’animal sont inséparables. L’homme ne peut se rendre maître et possesseur de la nature que s’il nie toute finalité naturelle et s’il peut tenir toute la nature, y compris la nature apparemment animale, hors de lui-même, pour un moyen. » rapportent les auteurs de Le droit animalier d’après l’ouvrage de Georges Canguilhem La connaissance de la vie (1965). La zootechnie […] assimile littéralement l’animal à une machine thermodynamique[8]. Une machine que le zootechnicien utilise sans en connaître vraiment le mode d’emploi, d’autant plus qu’à l’ère de la reproduction les animaux sont eux aussi des objets manufacturés à disposition en nombre infini. Arguons que si être cartésien signifie avoir les pieds sur terre, la science et le public ont à présent la tête dans les nuages, et que les structures économiques soutiennent des modes de représentation pour le moins irréalistes, si ce n’est irrationnels. L’incompréhensible, disait René Descartes, n’est pas de l’inintelligible […]. Il existe des méthodes de substitution à l’expérimentation animale : raison suffisante pour éclaircir notre savoir commun en vue d’éclairer autour de nous et rendre intelligible notre système de recherche de santé. *
l’ère industrielle & la vivisection au XIXe siècle
Comme on l’a vu, on aurait tort de croire que l’exploitation animale n’est liée qu’à une forme récente de la technologie moderne aveugle à la souffrance des animaux. Pour le cas français, c’est dans les débuts de l’ère industrielle (1830) que s’est déployée massivement l’utilisation des animaux pour la science, que ni quelque considération pour l’animalité chez Rousseau (Essai su l’origine des langues et Du contrat social) ni les Lumières du siècle précédent ne permirent d’épargner ; et à la limite : au contraire. Le XIXe siècle a vu s’affronter les vivisecteurs (physiologistes, anatomistes, toxicologues, etc.) et les protecteurs des animaux, y compris au sein des professions « médicales » où se jouaient les réputations et les carrières, et la notoriété publique. Quand Gabriel Colin faisait vomir des chevaux, leur faisait manger de la chair ainsi qu’à des vaches[9], d’autres injectent du gaz, des liquides et des solides dans les corps de chiens, de grenouilles, …, agacent leurs nerfs, et Claude Bernard qui est aussi enregistré à la SPA « […] n’entend plus les cris des animaux, il ne voit plus le sang qui coule, il ne voit plus que son idée. » (p.255) C’est dans l’indifférence générale que la première société antivivisectionniste est créée le 8 mai 1882, qui devient la Société française contre la vivisection en 1883, que la SPA voit d’ailleurs d’un mauvais œil. Comme à l’heure actuelle, l’influence féministe dans le combat pour défendre les animaux est majeure. Pour les féministes antivivisectionnistes de 1889, dont la plupart sont issues de la Société théosophique, la femme dispose d’un « haut degré de la bonté », le féminin s’inscrit au cœur du social, apte à la « régénération et [le] salut de l’humanité. » (p.163 in op. cit.) En réalité, c’est tout au long de ce siècle plein de bouleversements imprégnant encore très fortement le nôtre, que va se jouer le destin des animaux de laboratoire d’à présent. Déjà en 1902, sans internet et les réseaux sociaux, Adrienne Neyrat organise une enquête par questionnaire. Deux cent médecins se déclarent opposés à la vivisection, quatre seulement se prononcent pour[10], ce qui, hélas, n’a pas correspondu à l’opinion véritable de la profession. Jean-Yves Bory parle même dans son précieux ouvrage d’un « antispécisme avant la lettre » quant à la position de Charles Richet qui se disait pour la rationalisation de l’exploitation des animaux[11], « notre utilité même » vertement critiquée par Marie Huot qui la trouvait inadéquate. Qu’on se rappelle Louise Michel dans ses Mémoires qui a vu que « la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme. »
Aux objections aussi virulentes qu’elles purent l’être, n’a pas vraiment fléchit la vivisection à une époque où la science et le « progrès » réactivaient dans l’esprit du temps le vieux désir prométhéen. La ratio avait alors à sa portée une manne sans fin d’existences chosifiées sur lesquelles faire les tentatives répétées d’objectivations diverses et à l’utilité fréquemment discutable — ce que résume bien Gilles Barroux[12] : « Énoncer que l’animal est objet, en l’occurrence objet de connaissance, implique que l’animal est appréhendé sous l’angle des multiples formes d’utilité qui peuvent déboucher sur autant de projets d’exploitation de son corps et de ses ressources naturelles. L’animal est ainsi objet et moyen, pour exploiter les richesses de la terre, il l’est encore, pour regarder et rechercher au-dedans de l’animal, dans tous les recoins de son corps, ce qui peut renseigner l’homme de science sur les questions posées : mécanisme de la génération, de l’assimilation ou encore de la digestion. Une telle objectivation de l’animal est récurrente à travers les siècles ; ses objections sont peu courantes, car elle nourrit un capital précieux d’observations et d’expérimentations dont la somme remonte ainsi aux premiers temps de l’Antiquité. » Comme le dit très justement Bory, « [la vivisection] c’est parce qu’elle a été acceptée qu’elle est devenue — ou qu’elle est considérée comme — efficace. » (p.20) Et non l’inverse : où l’animal est dénié dans sa subjectivité.
Le XXe siècle n’a fait que prolonger des concepts et des notions en germe ou plus ou moins déjà en place avant lui. Une fois réalisé le noir dessein d’une « déshumanisation/ animalisation de certains hommes » au sujet duquel Primo Levi écrivit que l’avversione contro gli ebrei, impropriamente detta antisemitismo, è un caso particolare di un fenomeno più vasto, e cioè dell’avversione contro chi è diverso da noi[13] — dénonçant en tant que « phénomène » un spécisme interspécifique naturel et son excroissance dégénérée issue de la culture — humaine donc.
Avec l’industrialisation de l’exploitation des animaux de consommation la science est elle aussi devenue industrielle. Elle se nourrit du sang des bêtes autant que des subventions perçues par l’impôt. Elle n’a cessé de grandir jusqu’à être désormais omniprésente au point de paraître absolument nécessaire autant pour le citoyen ordinaire qui écoute le discours de l’expert, que pour le chercheur dont la recherche dépend. À l’instar du XIXe, le scientifique du XXIecroit avoir trouvé en l’animal vertébré un modèle pour l’homme, il se livre sur son corps à toutes sortes d’expériences qui, si elles étaient pratiquées sur l’homme conduiraient certains de ceux qui les pratiquent devant la cours d’assises, nous disent les auteurs de Le droit animalier (p.233). Et effectivement malgré les contradictions mêmes au sein des textes de loi, « on le sait » mais « on n’ose interdire » dans le même temps que des scientifiques s’interrogent et proposent des modèles de recherche(s) allant « vers des alternatives non animales. » Outre les maux qui affligent notre espèce et dont elle a l’ardent vouloir de se débarrasser[14], d’en guérir, ne peut-on pas parler également de maladie en ce qui concerne la quête d’une santé toujours meilleure, d’une vie toujours augmentée, en totale opposition avec les « façons de vivre » des mêmes intéressés ? « L’attente du « mieux-être », renforcée aujourd’hui par les pratiques consommatoires et les inquiétudes sécuritaires, prolonge cette image d’une santé indéfiniment perfectible. Elle installe, sans que la conscience en soi toujours bien claire, l’idée d’un corps susceptible de transformations sans fin. C’est l’« approfondissement » de la santé qui devient un devoir et non plus seulement la lutte contre le mal. Entreprise dont le coût lui-même est indéfini, porteur, entre autres, de la crise actuelle des politiques de santé. » On voit avec G. Vigarello[15] que la question est complexe. D’un côté l’humain en demande légitime de santé, de l’autre le même humain pris dans le cours économique des choses. C’est-à-dire qu’il s’abîme à la rentabilité, tétant quand besoin au sein d’une médecine occidentale — avide de prescriptions médicamenteuses, alors que dans de nombreux cas une prescription sur l’hygiène de vie serait nécessaire si ce n’est plus utile. Tout ceci continue d’avoir lieu sur les bases de l’exploitation du vivant humain et non-humain. Le système est absurde : on laisse le patient se nuire et on palie à la nuisance par une (al)chimie qui implique des produits nocifs (actifs sur un symptôme mais en déclenchant d’autres). La population est malade de sa consommation, puis soi-disant guérie « grâce à » une pharmacopée qui s’appuie sur l’expérimentation[16]. C’est le serpent qui se mord la queue.
D’autant que depuis le grand siècle des vivisecteurs, des textes ont été établis tant à l’intérieur des Codes que dans la Déclaration des droits des animaux de 1978, révisée en 1989[17] :
Art. 2-1 : Tout animal a droit au respect.
Art. 2-2 : L’homme en tant qu’espèce animale ne peut exterminer les autres animaux ou les exploiter en violant ce droit ; il a le devoir de mettre ses connaissances au service des animaux.
Art. 2-3 : Tout animal a droit à l’attention, aux soins et à la protection de l’homme.
À l’encontre des propositions de cette déclaration on préfère dans les milieux scientifiques appliquer les 3 R[18]. Et là-dessus le décret n°2013-118 du 1er février 2013 qui stipule que l’expérimentation n’est autorisée que si elle revêt un caractère de stricte nécessité et ne peut être remplacée par d’autres méthodes expérimentales susceptibles d’apporter le même niveau d’informations[19]. Ce qui amène la question : « Qu’est-ce qu’une méthode scientifiquement acceptable ? » quand elle sera en définitive choisie in utero du milieu de la recherche pour ainsi dire. Marguénaud, Burgat et Leroy déplorent alors le manque d’audace du législateur qui créé des comités d’éthique en expérimentation animale auprès des établissements concernés, ou encore une commission nationale, un comité national, comme autant de « pratiques incantatoires » dont il vaudrait mieux vérifier l’objectivité sur le terrain (p.238).
Bon nombre de cas ne peuvent être reproduits sur l’animal, comme dans l’exemple du typhus pour lequel aucun vaccin suffisant n’existe encore aujourd’hui, même après les sombres recherches effectuées[20]. Dans ces conditions, quid de ceux qui ont des pathologies lourdes et se sentent en même temps concernés par la cause animale ? Quid du respect de leur éthique quand ils deviennent la justification principale des opérations commises dans les laboratoires sans l’avoir demandé, tout en ne pouvant sérieusement refuser les traitements proposés ? Qui plus est, l’usage des biotechnologies donne lieu à une hybridation des vivants et des maladies qu’on tente de reproduire artificiellement et dont naturellement les conditions d’apparitions sont complexes. On truque des animaux qu’on rend malades pour tester sur eux ensuite. On est loin avec les modèles animaux 1) de l’humain et 2) de l’accidentalité d’apparition d’affections, etc. Dans l’ensemble et pour le bon déroulement des affaires, on perpétue une façon de faire ancienne, décalque des années 1860. Démultiplier les expériences sur les animaux innombrables voués à cela, c’est un peu comme jouer au loto. Mais pour être vraiment certain de gagner, le mieux est-il de jouer toutes les grilles possibles, ce qui coûte sans doute presque aussi cher — ou plus — que le gain espéré. On voit qu’hormis l’entreprise de Loterie personne n’est gagnant, sauf coup de chance peu probable.
On peut s’interroger en passant sur ce que serait le domaine scientifique à l’heure actuelle si l’habitude n’avait été prise d’utiliser les animaux ? On ne saura jamais. En revanche ce qu’on sait, c’est qu’il existe de solides alternatives qu’on appelle des « méthodes de substitution » qui exploitent le meilleur de la technologie de pointe en matière de recherche de santé, et permettent aussi un penser autrement et en amont, avec pour considération finale le bien (-être) humain et la tranquillité animale.
avenir hors du Sujet enfin subjectivé
Un sujet d’études — non un sujet de droits.
Un objet sensible alors ? …sujet sensible !
Politiquement incorrect — audimat nul, pas de voix.
Assurément assujetti.
Il y a peu, Aymeric Caron demandait dans Antispéciste : « Ces expérimentations servent-elles vraiment à quelque chose ? » avançant que les méthodes de substitution n’ont pas encore été développées […] et qu’il faut un minimum de volonté politique[21]. En réalité ces méthodes existent. Elles sont plus fiables, mieux pensées, moins coûteuses en argent et en vies. Combien d’animaux faudra-t-il sacrifier pour endiguer H1N1 ou H5N1 que facilite en tant que pont moléculaire l’hémagglutinine ? Combien d’épidémies de maladies zoonotiques émergentes[22] devrons-nous combattre après les avoir créées ? Nous sommes coincés — quelque part — avec tous les moyens pour nous en sortir ; encore faut-il les utiliser. Quitter le sujet — animal — d’étude. Ou plutôt ouvrir sa cage, le laisser filer. De la sorte, mais c’est nous aussi que nous libérerions en nous offrant à tous d’autres chances de survie. On ne va tout de même pas laisser la place au monstrueux Docteur Rat ! Alors oui, c’est vrai, pour des problématiques en hausse comme Parkinson on vous dira que dans ce domaine les souris sont très utiles, cependant comme le rappelle Audrey Jougla dans Profession : Animal de laboratoire : « Les rongeurs par exemple subissent très peu de pertes de neurones alors que c’est une des principales caractéristiques de la maladie chez l’homme. » (p.28) Il y a des espèces animales qui ne réagissent pas à la pénicilline (hamster, hippocampe, chien, …). Elle tue pourtant les cochons d’Inde mais pas les souris. Et bien que l’homme ait 98, 5% de son ADN en commun avec le chimpanzé, la strychnine est sans danger pour les singes mais tue les humains. On pourrait continuer les exemples pendant longtemps.
Au lieu de cela, et pour une recherche au plus près de et pour l’humain, nous disposons de techniques avancées permettant d’abandonner le modèle animal et sa faillibilité. Pour répondre aux exigences et cesser une expérimentation (vivisection) faite donc plus par convention que par nécessité[23] nous avons la substitution.
Sur le site de Recherche Animale, on trouve que :
Dans le domaine réglementaire de la sécurité des produits, huit méthodes de substitution in vitro ont été validées par l’OCDE organisme international de référence en la matière. Parmi elles, six concernent la toxicité cutanée ou oculaire (corrosion, irritation), une la phototoxicité et une l’absorption cutanée. Ces méthodes remplacent des tests sur les animaux mais uniquement pour la peau et l’œil. On ne sait pas encore évaluer in vitro la toxicité d’un produit pour les autres organes ou pour un organisme entier.
Le substitut étant ce qui peut remplacer quelque chose en jouant le même rôle, pourquoi s’en priver ? et encore ! le même rôle… Le modèle dit substitutif c’est le modèle à suivre, le modèle d’avenir. Ne courons plus après le lapin blanc jusqu’à l’heure du thé. Brisons le miroir aux alouettes et changeons de paradigme.
Nous ne sommes plus dans les années 80, l’informatique (ou bio-informatique) joue maintenant pleinement son rôle et les cultures de cellules souches commencent d’être performantes. Comme l’écrit Hélène Sarraseca en 2006 dans son livre Animaux cobayes & victimes humaines[…] il est temps aujourd’hui d’utiliser toutes les techniques dont nous disposons […] d’entendre les chercheurs qui s’opposent, pour des raisons strictement scientifiques, à l’utilisation des animaux pour la recherche biomédicale[24]. En 1993 la professeure de philosophie Janine Chanteur s’inquiétait Du droit des bêtes à disposer d’elles-mêmes, concluant qu’en présence d’une alternative nous avions un devoir moral de ne pas expérimenter sur les animaux, mais qu’en cas contraire la suprématie de l’humain l’emportait sur toute autre considération. Le cas étant bien défendu, même si discutable, il apparaît en le lisant aujourd’hui que la polémique entre les expérimentateurs et les antis n’a plus lieu d’être en vérité. Comme la science dispose de techniques performantes à tous points de vue, elle peut laisser choir l’utilisation des animaux ; cela dit, même dans une optique purement humaniste et désintéressée par le sort animal. La question alors se pose qui demande combien d’animaux encore allons-nous sacrifier dans les laboratoires à la recherche d’hypothétiques traitements alors que la contamination progresse plus vite que nos recherches ? Des animaux qui plus est de plus en plus […] génétiquement modifiés, « utilisés » en définitive de manière parfaitement chimérique quand on sait que plus on étudie es mécanismes précis et plus la notion de modèle biologique perd de son sens[25].
Dans la Méditation Seconde de ses Méditations métaphysiques, René Descartes, nous rappelle J. Chanteur (p.73 in op. cit.) demande « qui suis-je ? » et poursuit en disant que « j’existe en tant que chose pensante », comme « sujet » en tant que « […] objet de la pensée ». Voilà un homme qui ignore sa présence corporelle au monde, la biologie, l’évolution évidemment, pendant qu’il dissèque à tout va celles des animaux qu’il dénie. Le dualisme cartésien ne réside-t-il pas encore de nos jours dans les sciences comme un refoulé ? Le tabou ultime serait l’humain tel un intouchable, y compris par le biais de la modélisation la plus perfectionnée, lui préférant l’assujettissement de millions d’êtres dont chaque fois — quelle qu’elle soit — la subjectivité est néantisée bien qu’analogique, lui substituant de force une fonction : celle d’être sujet d’étude. Cette manière de voir, en tant que technique de hors sujet, c’est un tu quoque. Un « toi aussi » symbolique et rhétorique qui s’avère dépassé et improductif, ne serait-ce que du point de vue pratique et humanitariste.
C’est l’expérimentation animale qui est hors sujet.
C’est le patient humain qui attend et la chose animale qui souffre.
C’est la science et le pouvoir politique qui retardent.
Audrey Jougla notait dans l’Obs du 12 avril 2016 à propos de la reprise de la dissection des souris en classe : « […] notre enseignement secondaire [est] encore conduit par une logique héritée des vivisecteurs et de la médecine expérimentale […] », bafouant l’existence des « plus vulnérables ». Elle ajoute que notre éthique est piétinée, elle qui est justement une autre manière de connaître le vivant, mais en le respectant. C’est aussi refuser à nos prochains humains la science d’avant-garde qui les concerne au premier chef.
Hélène Sarraseca fait remarquer que désormais c’est « plus l’opinion publique que la loi qui peut faire évoluer les mœurs » (p.42 in op. cit.) comme on le voit bien aux réactions des gens qu’on informe et savent prendre fait et cause ainsi qu’adapter leurs comportements s’ils sont bien informés. En ce début de troisième millénaire, 64% des français, sans connaissances scientifiques particulières, sont opposés à la vivisection, rapporte l’auteur page 248 de son livre.
Avec Lucille Peget et La Nuit avec un Moustique, retrouvons-nous en nous informant autour de nos valeurs éthiques, autour des professionnels qui travaillent et militent à l’élaboration d’une science efficace et proactive. Laissons tomber les modèles archaïques et leur hermétisme financier et technocratique, et offrons-nous l’hermaíon — le coup de chance — d’être au cœur du sujet d’avenir de la recherche biomédicale : la substitution du modèle animal au profit de tous les sujets d’une vie.
« […] si l’on boit une bonne partie du contenu d’une bouteille portant l’étiquette : poison, ça ne manque presque jamais, tôt ou tard,
d’être mauvais pour la santé. »
Alice au pays des merveilles (Dans le terrier du lapin) — Lewis-Carroll
Méthodes substitutives à l’expérimentation animale Le Dimanche 19 juin 2016 – de 13h à 18h- Espace Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan – 75002 Paris – GRATUIT
Audrey Jougla – André Ménache, Antidote Europe – Christiane Laupie-Koechlin, Pro Anima – Christophe Mas, laboratoire OncoTheïs – Michèle Rivasi, députée européènne écologiste – Pascal Durand, député européen écologiste
Le programme de la conférence en version PDF
[1] « […] Hermes Trismegistos, l’« Hermès trois fois Grand », que l’on peut identifier au dieu Thoth de l’Egypte ancienne ; c’est le dieu qui préside à tous les arts et sciences sacrés, à l’instar de Ganesha dans l’Hindouisme. L’expression alchimia dérive de l’arabe al-kimiya que l’on dit venir de l’égyptien ancien kêmé — référence à la « terre noire » qui est une désignation de l’Égypte et qui peut aussi avoir été le symbole de la materia prima des alchimistes. » pp.15-16 in Alchimie — Titus Burckhardt.
[2] Cf., p.18 in Le Droit animalier — Jean-Pierre Marguénaud, Florence Burgat, Jacques Leroy.
[4] La douleur des bêtes — la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France. Jean-Yves Bory, p.7. Presses universitaires de Rennes. (deux illustrations dans l’article sont tirées de ce livre : « bonté du cœur » et « chair à vivisection ».)
[6] p.114 in L’Animal que donc je suis. Galilée.
[7] Sur l’ambivalence du pharmakon et l’entrée de l’animal dans une nouvelle subjectivité n’annulant pas d’autre part sa sujétion : « Les animaux sont ainsi devenus des « sujets » politiques à part entière mais jamais êtres reconnus en tant que tels par les zoopouvoirs modernes qui vivent de et pour cette dénégation fondatrice de la culture humaine. » p. 48 in Jacques Derrida. Politique et éthique de l’animalité, Patrick Llored.
[8] p.17 in Le Droit animalier — Jean-Pierre Marguénaud, Florence Burgat, Jacques Leroy.
[9] p.12 in La douleur des bêtes — la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France.
[10] Ibid., pp.226-227.
[11] Ibid., p.260.
[12] In Revue d’histoire des sciences 2/2011 (Tome 64), p.349-376 — « La santé des animaux et l’émergence d’une médecine vétérinaire au XVIIIe siècle. » (www.cairn.info/revue-d-histoire-des-sciences-2011-2-page-349.htm)
[13] Cf., Si c’est un homme (1947) : « La haine contre les Juifs, improprement appelée l’antisémitisme, est un cas particulier d’un phénomène plus large, à savoir l’aversion contre ceux qui sont différents de nous. » En savoir plus sur les animaux dans l’œuvre de Primo Levi : Sophie Nezri-Dufour, « Le bestiaire poétique de Primo Levi », Italies — URL : http://italies.revues.org/623
[14] J. S. Foer, dans son essai autobiographique Faut-il manger les animaux ? note ce propos de la bouche d’un éleveur : « Les gosses d’aujourd’hui sont la première génération à être nourrie avec ces trucs-là et en réalité on les utilise comme des cobayes. » (p.147) — Point poche.
[15] Voir Histoire des pratiques de santé — le sain et le malsain depuis le Moyen-Âge de Georges Vigarello (Point Histoire — Seuil), p.332.
[16] Ce que confirme Hélène Sarraseca, chercheuse spécialiste des neurosciences déplorant l’insanité du système de « consommation-santé » tel qu’il existe actuellement : « Mais c’est justement dans le lait que la vache élimine une bonne partie des substances toxiques qu’on lui a servies ou injectées. », où la collusion entre les lobbies de l’agrobusiness et pharmaceutiques, avec le concours étatique, participent à la double exploitation des animaux et des humains. « Si nous ne changeons rien à l’organisation de notre société, il est probable que, quels que soient les progrès de la technique médicale, le nombre de malades du cancer continuera à augmenter. » (p.109 et 113 in Animaux cobayes et victimes humaines. Dangles Editions.
[17] Articles tirés la citation de Janine Chanteur dans Du droit des bêtes à disposer d’elles-mêmes — 1993.
[18] Remplacement (trouver des alternatives à l’emploi des animaux) – Réduction (de leur nombre dans les exploitations) – Raffinement (diminution maximum des souffrances provoquées)
[19] Cf., p.236 & 234-235 in Le Droit animalier. Voir l’art. R. 214-105.2 C. rur.
[20] Sur les expérimentations durant la Seconde Guerre Mondiale :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rimentation_m%C3%A9dicale_nazie
[21] pp.124-125 in op. cit. DonQuichotte Editions.
[22] Citées dans Faut-il manger les animaux ? de J. S. Foer.
[23] p.22 in Profession : animal de laboratoire.
[24] pp.10-11 in op. cit.
[25] Cf. pp.114, 51 et 68 in Animaux cobayes et victimes humaines.
Les ouvrages mentionnés dans cet article :
Déclaration de Cambridge sur la conscience, adoptée le 7 juillet 2012
Dans la Déclaration des droits des animaux révisée en 1989 :
Art. 6-1 : L’expérimentation sur l’animal impliquant une souffrance physique ou psychique viole les droits de l’animal.
Art. 6-2 : Les méthodes de remplacement doivent être développées et systématiquement mises en œuvre.
Art. 8-1 : L’expérimentation animale impliquant une souffrance physique ou psychologique est incompatible avec les droits l’animal, qu’il s’agisse d’une expérimentation médicale, scientifique, commerciale ou de toute autre forme d’expérimentation.
Art. 8-2 : Les techniques de remplacement doivent être utilisée et développée.
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Art. 8

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