Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/chine-4pol-chinois.htm
Timestamp: 2018-11-17 13:37:27+00:00

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Chine-Reconnaissance juridique du chinois officiel
à l'égard du chinois officiel
1 Une reconnaissance juridique ambiguë
Quand on analyse les quelques rares textes juridiques concernant le chinois officiel, le putonghua, force est de constater que les dispositions ne font aucune allusion au caractère officiel de la langue chinoise. En effet, la Constitution de 1982 de la République populaire de Chine ne proclame pas le putonghua langue officielle de l'État. Les articles 4, 19 et 134 du texte constitutionnel ne font aucunement mention du chinois officiel. Tout au plus, le paragraphe 5 de l'article 19 précise ce qui suit: «L'État encourage l'utilisation, à l'échelle nationale, du putonghua.» On ne précise pas si le putonghua est la langue officielle.
Un second texte législatif, la Loi sur l'autonomie des régions ethniques de 1984, traite des langues des minorités nationales. Sur les 67 articles de la loi, aucun article ne réfère au caractère officiel ou national du putonghua. L'adjectif officiel n'y apparaît guère, pas plus que l'adjectif national(e), sauf dans l'expression «Congrès national du peuple» (art. 19). L'article 49 fait allusion au putonghua en tant que «chinois standard», sans plus.
Le texte législatif le plus important, la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales de la République populaire de Chine de 2000-2001 ne mentionne pas davantage le caractère officiel du putonghua. Sur les 28 articles, la loi ne parle que du putonghua en tant que «la langue et de l'écriture communes nationales». Voici le libellé de l'article 2 à ce sujet: «La présente loi entend par ''langue et écriture communes nationales'' le putonghua et les caractères chinois normalisés.» Bref, aucun article dans la loi linguistique la plus importante du pays ne proclame le caractère officiel du putonghua. Or, en 1956, le gouvernement chinois avait défini le putonghua comme la «langue commune» de la Chine, avec comme norme phonétique la prononciation de la capitale (Pékin); l'usage linguistique devait correspondre à celui du nord du pays. Cet usage n'est pas seulement encouragé, il est, dans les faits (de facto), devenu obligatoire. Le putonghua désigne donc la langue officielle de la Chine, mais il n'est pas proclamé selon ces termes. Dans la mesure où l'adjectif nationales (plur.) fait partie de l'expression «langue et et écriture nationales», on peut comprendre que le putonghua est non seulement la langue commune des Han, mais aussi la langue nationale d'usage commun.
Cela dit, la politique linguistique de la République populaire de Chine compte deux volets: l'un concerne le putonghua, l'autre, les langues des minorités nationales. Pour le moment, nous allons nous intéresser au premier volet de cette politique.
2 La politique sur la réforme et la standardisation de la langue chinoise
Cette politique axée sur le code de la langue a depuis longtemps préoccupé les dirigeants chinois. En effet, dès 1940, celui qui deviendra le président de la République populaire de Chine, Mao Tsé-toung, avait publié un essai intitulé De la démocratie nouvelle, dans lequel il lançait un appel pour que la langue écrite chinoise soit réformée et simplifiée. La simplification des caractères paraissait nécessaire, car elle visait à mettre fin à l'analphabétisme des Chinois. Étant donné que l'apprentissage des milliers de caractères de base (plus de 6000) nécessitait de nombreuses années d'apprentissage, la simplification de ces derniers ne pouvait que favoriser l'acquisition de la lecture et de l'écriture. En 1951, le président Mao avait fixé son choix sur l'alphabétisation phonétique du chinois: «Notre langue écrite doit être réformée; la direction à prendre est celle de la phonétisation, ce qui est commun à toutes les langues du monde.» Mais il faut comprendre que la simplification de l'écriture est passée par deux systèmes: celle des caractères traditionnels et celle de l'alphabet pinyin.
2.1 La simplification des caractères traditionnels
Comme d'autres écritures anciennes, le chinois écrit provient d'une symbolisation picturale. Il n'a évolué vers une représentation mot à mot de la langue que lorsque ses utilisateurs eurent compris que certains termes trop abstraits pouvaient être indiqués par leur son, plutôt que par leur sens. Toutefois, à l'inverse des autres systèmes d'écriture, qui ont tous évolué vers une représentation alphabétique des mots — c'est-à-dire essentiellement phonétique —, le chinois fonctionne encore autant de manière pictographique que phonétique.
En outre, la représentation des sons n'a pas suivi l'évolution de la langue parlée, et reflète toujours la prononciation d'il y a 3000 ans. Chaque idéogramme représente à la fois un mot et une syllabe, et chaque mot dispose d'un signe, ce qui rend le système peu économique: près de 6000 à 8000 caractères; on peut compter jusqu'à 80 000 signes dans certains dictionnaires scientifiques. Cette complexité a rendu nécessaire plusieurs réformes au cours des années. La réforme de 1977 a permis de simplifier le système au point qu'avec 2238 caractères, il est possible de satisfaire aux besoins de l'usage courant. Les caractères dits simplifiés renvoient aux caractères employés maintenant en Chine par opposition aux «caractères complexes» utilisés auparavant et encore en usage à Taiwan et à Hong-Kong.
Dès son arrivée au pouvoir, le président Mao Tsé-toung prôna le réaménagement des caractères chinois, diffusa le putonghua (la «langue commune») en tant que langue officielle et établit le Système d'alphabet phonétique chinois (1958) appelé pynyin. Ces trois grandes réalisations visaient à jeter les bases de modernisation de la langue et de l'écriture afin de les diffuser dans la population. Cette intervention dans la langue chinoise correspondait à l'idéologie des dirigeants qui voulaient répandre la langue auprès du peuple. Cependant, la simplification des caractères ne devait être que provisoire (le nombre des caractères chinois passa de plus de 6000 à 2238 simplifiés), l'alphabet pinyin devant remplacer progressivement les caractères en tant que forme d'écriture du chinois.
Mais il fallait aussi effectuer un énorme travail de réaménagement de l'écriture. Une Première liste pour la réglementation des caractères alternatifs et une Liste des caractères simplifiés furent publiés. Des normes sur les formes à retenir et les fontes à employer dans l'imprimerie furent définies. Furent publiés successivement la Liste des formes des caractères d'usage courant pour l'imprimerie, les Standards des caractères d'imprimerie de la fonte Wi, les Standards des caractères d'imprimerie de la fonte Li, la Liste des caractères d'usage fréquent en chinois moderne et la Liste des caractères d'usage commun en chinois moderne. Mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir en raison des nouveaux besoins sociaux en matière de standardisation.
2.2 L'introduction du pinyin
L'alphabet pinyin (mot signifiant littéralement «épellation») fut publié en 1958 sous le nom de Système d'alphabet phonétique chinois. Toutefois, afin de répandre cet alphabet dans la population, il fallait élaborer diverses normes. Plusieurs ont été mises au point et publiées, dont en voici une liste partielle:
- Prononciations des noms en pinyin
- Méthode de rectification des termes en pinyin
- Principes de base pour les méthodes de rectification des mots en pinyin
- Transcription en pinyin des noms de publications en chinois
- Méthode de transcription en pinyin des noms de personnes en chinois
- Règles de transcription en pinyin des noms de lieux en chinois
- Méthode de translittération en pinyin des noms de lieux en langues des minorités ethniques
- Méthode de romanisation et codes d'abréviation des noms de lieux ou langues des minorités ethniques de Chine
- Système d'alphabet chinois pour le sourds
- Braille chinois
Dès le début des années cinquante, le putonghua devint obligatoire dans les classes des écoles primaires et secondaires à travers toute la Chine. Il ne faut pas oublier qu'une bonne partie de la population ignorait la langue officielle, les autres langues chinoises et non chinoises et les dialectes étaient demeurées encore très vivantes. Pendant ce temps, le Comité pour l'unification du vocabulaire scientifique fut créé le 6 avril 1950. Mais en 1956, le travail d'uniformisation de la terminologie scientifique repassa sous la responsabilité de l'Académie des sciences de Chine. Dans les écoles primaires, les enfants devaient apprendre le pinyin pour commencer et poursuivre avec l'apprentissage des caractères chinois; ils devaient aussi apprendre pour chacun des caractères l'équivalent en pinyin.
Dans les faits, les Chinois continuent toujours d'ignorer le pinyin qui est enseigné à l'école primaire, puis oublié dès le secondaire où il ne sert plus. En somme, seule l'écriture en caractères (idéographiques) continue d'être systématiquement utilisée en Chine, d'une part, parce que les Chinois y sont demeurés très attachés, d'autre part, parce qu'elle favorise l'unité nationale. En effet, grâce à ce système, tous les Han peuvent lire, par exemple, le même journal, chacun dans sa langue. La généralisation du pinyin mettrait fin à cette possibilité.
3 La politique de promotion du putonghua
Au cours de l'année 1997, un projet de loi sur la langue et l'écriture communes (putonghua) nationales avait été élaboré après sollicitation d'avis de diverses parties et après plusieurs ébauches. Le 31 octobre 2000, la 18e session de la IXe Assemblée populaire adoptait la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales de la République populaire de Chine. Cette loi est entrée en vigueur le 1er janvier 2001. Intitulée à l'origine Loi nationale sur la langue et l'écriture communes de la République populaire de Chine, elle a pris son nom actuel en février 2000. On peut affirmer que c'est la première loi linguistique de l'histoire de la Chine. Précisons qu'il s'agit qu'il s'agit d'une loi incitative et non coercitive dans la mesure où elle ne concerne pas l'usage individuel de la langue; cependant, elle se révèle plus radicale lorsqu'elle a trait à l'usage public. Sa promulgation témoigne que la Chine a emprunté, elle aussi, la voie de la législation en matière de langue.
Avant la promulgation de cette loi importante, la gestion de la langue et de l'écriture s'appuyait essentiellement sur des documents de nature politique. À ce sujet, le directeur adjoint du Bureau de l'administration et de l'informatisation de la langue du ministère de l'Éducation de Chine, M. Wang Tickun, déclare (2003):
Leur autorité était si mince, leur caractère normatif si défectueux, leur assise juridique si insuffisante qu'un certain retard et une certaine stagnation persistent encore entre la situation de l'usage linguistique et les nécessités du progrès social, et ce, en dépit des nombreux efforts entrepris par l'ensemble des départements chargés du travail sur la langue.
Dans les lieux publics, l'usage du putonghua n'a jamais été une habitude dans certaines régions où d'autres langues ou dialectes sont très répandus. C'est pourquoi le recours à la loi pour diffuser le putonghua et favoriser l'usage des caractères chinois normalisés (simplifiés) paraît d'une grande importance. L'un des objectifs visés lors de l'élaboration de cette loi était de «promouvoir la normalisation de la langue et de l’écriture communes et à leur assurer un développement sain afin de permettre un accroissement de leur utilisation dans la sphère sociale». La loi, qui compte 28 articles, établit une réglementation pour l'utilisation de la langue et de l'écriture communes dans l'Administration publique, les écoles, la presse, l'édition, la radio, la télévision, la publicité, les technologies de l'information, l'affichage, les raisons sociales, etc.
Les articles 3 et 4 de la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales de la République populaire de Chine de 2001 obligent l'État et ses organismes à promouvoir et utiliser le putonghua et les caractères normalisés:
Selon l'article 5 de la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales, c'est la construction de «la civilisation spirituelle du socialisme» qui est en jeu, c'est-à-dire l'un des concepts-clés de la nouvelle morale sociale de l'ère post-maoïste:
3.1 La langue de l'Administration publique
Le loi vise les termes et caractères qui doivent être utilisés dans l'Administration publique, mais elle ne s'immisce pas dans l'usage individuel de la langue. L'article 9 de la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales précise que le putonghua et les caractères normalisés sont la langue et l'écriture de l'Administration publique (à l'exception des cas autrement stipulés par les lois):
Parmi les cas d'exception, mentionnons les cas prévus par les dispositions de l'article 17 de la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales:
L'article 19 de la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales stipule que les employés des services publics «doivent une compétence en putonghua pour tous les postes où c'est la langue de travail». Le paragraphe 2 du même article prévoit des «niveaux définis» (sans les préciser) de connaissance du putonghua:
Dans l'avenir, on peut présumer que la connaissance du putonghua devienne l'une de conditions obligatoires pour l'obtention d'un poste dans l'administration publique. Grâce au développement économique, les 78 000 employés temporaires répartis dans le pays entier sont devenus le plus gros contingent de la propagation du putonghua.
3.2 La langue nationale dans l'enseignement
L'article 10 de la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales oblige aussi les écoles et autres établissements d'enseignement (sauf exceptions) à utiliser le putonghua et les caractères normalisés:
En Chine, l'enseignement est obligatoire durant les neuf premières années. C'est la loi du 1er juillet 1986 qui en a précisé les dispositions, mais le décret d’application n’a été promulgué que le 14 mars 1992. C'est seulement en 2000 que l’application du principe de l’enseignement obligatoire de neuf années devait pouvoir être imposé à tous les jeunes de 6 à 15 ans. Cependant, les faits démontrent que les familles peuvent facilement contourner la loi, surtout dans les campagnes aux prises avec une grande pauvreté.
3.3 La décentralisation administrative de 1993
Deux instances, le Comité central du Parti communiste chinois et le Conseil des affaires de l’État, ont élaboré conjointement un nouveau système de répartition des responsabilités en matière d’éducation: la Décision pour la réforme des structure de l’éducation et le Programme de réforme et de développement de l’éducation. Les deux documents ont été promulgués respectivement le 27 mai 1985 et le 13 février 1993. Selon ce système, les autorités locales se sont vu attribuer un rôle considérable dans le développement de l’éducation obligatoire (d'une durée de neuf ans), ainsi que dans l’enseignement supérieur. Cette fameuse décentralisation dont on a tant parlé dépasse le seul cadre des relations entre les autorités centrales et les autorités locales. Depuis lors, Pékin définit les grandes orientations directrices et les règlements généraux, pour laisser le pouvoir de gestion et de décision aux administrations locales des provinces ou des régions autonomes. Dans les zones rurales, les administrations peuvent déléguer une partie de leur autorité aux responsables des cantons (xiang). Il est même précisé que les revenus
de ces cantons doivent être principalement consacrés à l’éducation.
Il en résulte une distinction nette entre les revenus des centres urbains et ceux des zones rurales. Les habitants des villes bénéficient de revenus beaucoup plus importants que ceux des campagnes. En conséquence, pour avoir accès à l'instruction, il est souvent exigé de la part des parents habitant les campagnes qu'ils paient des droits d'inscription plus élevés, parfois difficilement supportables, ou qu'ils achètent les fournitures scolaires, les manuels et certains services, tandis que tous les enfants des villes les reçoivent gratuitement. Il arrive aussi que les enfants des régions éloignées soient dans l'obligation d'effectuer certains travaux domestiques dont les enfants des villes sont exemptés, comme laver les toilettes, balayer le parquet de la classe, faire la cuisine, etc. Dans les campagnes, la rareté des écoles oblige les élèves à effectuer de fort longs trajets à pied. Les familles des nationalités, qui ont le droit d'avoir deux enfants, ont tendance à scolariser les garçons aux dépens des filles.
Comme le gouvernement chinois estime qu'il convient de donner des modèles et des exemples au peuple dans la promotion du putonghua, le secteur des médias est devenu une cible de choix. Par exemple, les présentateurs de radio et de télévision ne peuvent pas travailler avant d’avoir passé un examen de putonghua. L'article 12 de la de la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales oblige les stations de radio et de télévision à utiliser le putonghua:
3.4 L'alphabet pinyin
L'alphabet pinyin continue, selon la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales, de servir de fer de lance dans la politique linguistique actuelle:
Le vice-président de l’Assemblée populaire nationale et président du comité central de l’Association chinoise pour le progrès de la démocratie, M. Xu Jialu, également un grand linguiste dans son pays, croit qu'à l’heure actuelle la publication des livres et des journaux est systématiquement accompagnée de fautes. Selon les règlements de l’Administration d’État de la presse et de la publication, les publications qui comptent plus d’une faute sur 10 000 caractères ne peuvent pas se présenter aux trois grands prix prévus par l'État. Les banques de caractères électroniques et les autres produits concernant la langue et l’écriture ne peuvent pas être vendus avant l’examen et la ratification des autorités compétentes, soit la Commission nationale pour la langue et l’écriture. Un étudiant de l’école normale ne peut pas obtenir son diplôme s’il ne parle pas correctement le putonghua; il ne peut obtenir son diplôme qu’après avoir travaillé un an et réussi un examen. Les commissions locales pour la langue et l’écriture ont également pris des mesures en ce qui concerne les enseignes commerciales.
Il semble que la Chine se serait inspirée de la Charte de la langue française du Québec lors de l’établissement de sa «Décision sur la mise en place de l’évaluation des niveaux de maîtrise de la langue commune», dans laquelle on retrouve un système de certification des niveaux de maîtrise de la langue commune. Ce système serait inspiré du processus de certification des entreprises québécoises en matière de francisation.
3.5 La normalisation linguistique et la terminologie
En cette période de haute technologie et d'explosion des différentes disciplines scientifiques, la compétition est acharnée. Ces facteurs rendent encore plus cruciales la standardisation et l'unification des technologies, notamment en Chie, en raison des caractéristiques particulières de la langue et de l'écriture. À l'heure actuelle, les instances chinoises de normalisation semblent très soucieuses de la gestion terminologique dans leur pays.
En 1985, la Commission technique de normalisation terminologique a été créée et a pris en charge le travail de normalisation pour assurer la responsabilité des travaux de lexicographie, de terminologie technique et appliquée, de terminologie assistée par ordinateur, ainsi qu'un sous-comité spécial pour les langues des minorités ethniques. Dans plusieurs domaines, des normes terminologiques ont été établies par ces différentes instances. Actuellement, diverses normes nationales ont d'ores et déjà été établies. Il s'agit des normes suivantes:
- 1988: Directives pour le travail terminologique. Règles de rédaction pour la normalisation terminologique;
- 1988: Principes et méthodes terminologiques;
- 1989: Symboles lexicographiques;
- 1994: Glossaire abrégé de la terminologie;
- 1994: Terminologie de base de la lexicographie (Première partie);
- 1992: Principes et méthodes pour l'élaboration de banques de données terminologiques et lexicographiques;
- 1992: Format de bande magnétique pour l'échange e données terminologiques et lexicographiques;
- 1994: Guide de la documentation pour la création de banques de données terminologiques;
- 1994: Guide pour la création de banques de données terminologiques;
- 1995: Guide d'évaluation technique de banques de données terminologiques.
En 1993, le Réseau chinois sur le travail terminologique a été créé pour promouvoir l'uniformisation et la diffusion de la terminologie spécialisée, et renforcer les échanges et la coopération tant nationale qu'internationale. La Chine s'est également lancée dans la création et la mise sur pied de banques de données terminologiques. Lors de leurs expériences de création de banques de terminologie, les spécialistes chinois ont mis au point une «théorie de l'ambiguïté potentielle», qui remet en question la distinction «catégorie-occurrence» de la linguistique traditionnelle. Ils ont aussi postulé un principe d'économie pour la formation des termes spécialisés et ont participé à la recherche dans le domaine des normes terminologiques internationales, de même qu'à leur élaboration.
À partir des années 2000, la Commission nationale chinoise de terminologie scientifique et technique a déterminé en assemblée les grandes orientations en matière d'approbation de la terminologie scientifique et technique en Chine.
3.6 L'enseignement des langues secondes
L'enseignement des langues étrangères en Chine est relativement développé, mais axé sur l'enseignement de l'anglais, la langue de la mondialisation. D’une part, l’anglais occupe une position unique en raison de son statut obligatoire dans l’enseignement secondaire et supérieur. Au secondaire, seuls certains établissements d'enseignement, par exemple les écoles de langues étrangères, sont autorisés à enseigner d'autres langues que l’anglais dès la première années. Cet enseignement concerne surtout le russe, le japonais, le français, l'allemand, etc., et ne touche qu'une faible partie des élèves chinois.
Au niveau supérieur, l’anglais constitue une matière obligatoire sanctionnée par des examens nationaux. Selon le China Daily, il y aurait plus de 30 000 écoles d'anglais en Chine. Les écoles de langues ne sont pas gratuites. Un cours privé d'anglais coûte environ 12 000 yuans par année, soit 2000 dollars ou 1480 euros. Au total, les Chinois dépensent donc plus de quatre milliards de dollars (près de trois milliards d'euros) annuellement pour apprendre l'anglais. Un fabuleux marché pour les entreprises américaines et britanniques! Il existe des entreprises, telles la New Oriental, à capital ouvert dont les actions sont inscrites à la Bourse de New York (depuis 2006). New Oriental comptait en 2010 quelque 405 800 étudiants inscrits à ses cours, un nombre en augmentation de 32 % chaque année. Même Disney s'est mis de la partie et est devenue la première entreprise occidentale à entrer dans le marché des cours d'anglais en Chine, avec 17 centres d'apprentissage pour les enfants âgés entre 2 et 12 ans à Shanghai et à Beijing, avec l'intention d'en augmenter encore le nombre au cours des prochaines années. Quant à l'enseignement du français, il est assuré par plus de 700 professeurs chinois et 167 lecteurs financés par les établissements chinois. Au total, on compte environ 50 000 étudiants chinois qui apprennent le français, ce qui est minime par rapport à l'anglais.
La moitié des 500 plus grosses entreprises américaines sont déjà présentes en Chine; elles ne demandent pas mieux que de prendre de l'expansion. De leur côté, les entreprises chinoises se multiplient dans le monde et elles ont de plus en plus besoin de dirigeants qui maîtrisent des langues étrangères, surtout l'anglais. Il existe actuellement plus de 300 millions de Chinois qui apprennent l'anglais, c'est-à-dire le quart de la population totale du pays. Au rythme de croissance actuel de l'apprentissage de l'anglais, on comptera plus d'anglophones en Chine que dans tous les pays du monde (hormis les États-Unis) où l'anglais est une langue officielle (voir le tableau des 54 pays et 63 États). De plus, le gouvernement chinois oblige tous les employés de l'État âgés de moins de 40 ans à maîtriser au moins 1000 phrases en anglais.
Malgré tous les efforts du gouvernement chinois pour faire apprendre l'anglais aux Chinois, les résultats semblent généralement décevants. Comme c'est souvent le cas, les Chinois ne peuvent pratiquer leur anglais; ils n'ont guère d'occasions pour pratiquer la langue, une fois qu'ils ont réussi leurs examens. Ils ne trouvent personne à qui parler anglais. Néanmoins, l'histoire de la Chine démontre que plus les Chinois ont pratiqué les langues étrangères, plus leur propre langue s'est répandue non seulement dans l'Empire, mais au-delà de ses frontières. Aujourd'hui encore, cette tendance semble gagner rapidement du terrain, le mouvement vers l'apprentissage du chinois apparaissant irrésistible.
3.7 La question des minorités nationales
Enfin, précisons que la Loi sur la langue et l’écriture communes nationales, même si elle doit servir à promouvoir le putonghua, prévoit néanmoins que les minorités nationales ont le droit d'utiliser leur langue maternelle et leur propre écriture. L'article 8 consacre deux paragraphes à ce sujet:
Ainsi, tout groupe ethnique a la liberté d'utiliser et de développer sa langue et son écriture, c'est-à-dire de recourir aux dispositions prévues dans la Constitution et la Loi sur l'autonomie des régions ethniques ou d'autres lois. Autrement dit, dans les régions, préfectures, cantons ou districts autonomes à forte concentration ethnique, la langue et l'écriture communes nationales peuvent être utilisées de concert avec les langues et écritures locales.
La politique chinoise sur la langue commune nationale, le putonghua ou chinois standard, en est une de valorisation de la langue officielle. Cette politique était rendue nécessaire en raison des difficultés particulières du code linguistique propre au chinois. La question des idéogrammes rendait l'intervention de l'État urgente parce qu'elle favorisait l'apprentissage de la langue écrit rendue difficile et réservée aux initiés. En ce sens, les premiers dirigeants de la Chine communiste ont eu l'heure juste lorsqu'ils ont perçu la nécessité de simplifier les caractères chinois et d'inventer un alphabet basé sur les lettres latines. Cependant, il y avait des objectifs moins nobles qui consistaient à assimiler et minoriser les minorités sur leur propre territoire. En effet, la politique linguistique destinée à promouvoir le chinois standard a eu également des effets négatifs sur les minorités, surtout lors de la fameuse Révolution culturelle du milieu des années soixante. Heureusement depuis le milieu des années quatre-vingt, les dirigeants ont développé apparemment une approche à la fois plus conciliante et plus plus respectueuse des droits des minorités.
Depuis les années quatre-vingt-dix, la politique développée à l'égard de la langue officielle en est une de standardisation de la langue commune. Des travaux colossaux ont été réalisés au plan terminologique. Les nombreux ouvrages de normalisation en matière de langue ont fait avancer la cause du putonghua plus que les impositions du temps de la Révolution culturelle. Pour ce faire, il fallait intervenir sur deux aspects de l'écriture: la simplification des caractères traditionnels et la développement de l'alphabet pinyin. La Loi sur la langue et l'écriture communes nationales de 2001 poursuit un objectif principal louable, qui consiste à promouvoir la généralisation de l’usage du putonghua et des caractères chinois normalisés. Il semble que, même si son application reste récente, la loi ait permis des avancées appréciables.

References: l'article 19
 L'article 49
 l'article 2
 l'article 5
 L'article 9
 l'article 17

L'article 19

L'article 10
 L'article 12
 L'article 8