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Timestamp: 2020-04-01 03:56:31+00:00

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1722-1754 Nos trois provinces il y a trois siècles - Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois
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vendredi 28 février 2020, par Christian, 53 visites.
La Nouvelle Description de la France fut un succès de librairie, souvent pillé, notamment par l’abbé d’Expilly dans son Dictionnaire géographique (1762-1770). L’auteur de cette somme, Jean-Aymar Piganiol de La Force, a lui-même beaucoup emprunté : il a manifestement lu le Grand Dictionnaire historique de Moreri et, s’agissant de notre région, il tire sa description des marais salants du Dictionnaire universel de Furetière ; surtout, il démarque les Mémoires, datant de 1698-1699, des intendants de La Rochelle et de Limoges. Mais ces derniers, Bégon et Bernage, traitaient de leur généralité respective alors que Piganiol prend pour cadres les gouvernements – la Saintonge et l’Angoumois en formaient un, l’Aunis un autre à lui seul.
Pour des raisons de commodité, on est parti ici de la deuxième édition de 1722 (tome V, p. 1-69), plutôt que la première (1718), au reste peu différente. Mais Piganiol a eu le souci d’enrichir et, dans une certaine mesure, actualiser la Nouvelle Description, la portant de cinq ou six volumes à treize entre 1718 et 1753. On a inséré les corrections et les additions apportées dans le tome VII (p. 334-439) de l’édition de 1754, la troisième. Les passages biffés ont été mis en italiques et entre parenthèses. Les ajouts sont encadrés par des crochets ; les plus importants concernent l’arc de Germanicus mais surtout l’histoire et les monuments de La Rochelle. En outre, alors que les premières éditions ne comportaient comme illustration qu’un plan de marais salant, la dernière a été enrichie des cartes des deux gouvernements et de plans de La Rochelle et Rochefort.
De ces deux éditions, on a maintenu l’orthographe et la typographie, d’ailleurs quelque peu fluctuantes. Or Piganiol écrit Angoulesme, La Rochefoucaut, Barbesieux, etc. et au lieu de « Seudre », « Sèvre », « Vendée », Sendre, Seure, Vendie. Voici donc un plan succinct du document pour faciliter les recherches :
*Saintonge : délimitation, le fleuve Charente, la Boutonne, le gouffre de Gurat. Climat et ressources. Histoire.
*Angoumois : délimitation, Touvre, Tardoire, climat, histoire.
Art. 1 : le gouvernement ecclésiastique
*Evêché et cathédrale de Saintes, chapitres de Saint-Pierre de Soubise, Maigné & Taillebourg ; abbayes de Saint-Jean d’Angély, Vaux, Baigne, Bassac, Saint-Liguaire, Fontdouce, La Frenade, Saint-Léonard, Sablonceaux, Châtres & Notre-Dame de Saintes.
*Evêché et cathédrale d’Angoulême, chapitres de Blanzac & La Rochefoucauld ; abbayes de Saint-Cybard, N.-D. de Boixe, Bournet, Grosbot, Cellefrouin, La Couronne, Saint-Ausone.
Art. 2 : le gouvernement civil
Sénéchaussées, présidiaux ; élections. Les finances. Les ressources : sel, chevaux, vins & eau-de-vie, mines de fer, papier, safran. Enseignement.
Art. 3 : le gouvernement militaire
Gouverneurs & lieutenants du prévôt général. Duchés-pairies (La Rochefoucauld, Rohan-Rohan).
Art. 4 : villes et lieux remarquables
*Saintonge : Saintes et ses monuments, Jonzac, Talmont, Mortagne, Barbezieux, Pons, Saint-Jean d’Angély, Taillebourg.
*Angoumois : Angoulême, Verteuil, Cognac, Jarnac, La Rochefoucauld, Aubeterre.
*Les forêts.
Délimitation ; la Sèvre, la Vendée. Les marais salants.
Evêché, cathédrale et séminaire de La Rochelle. Abbayes de L’Absie, Bellefontaine, La Grâce-Dieu, Airvaux, Mauléon & Nieuil.
Présidial et sénéchal, justice et finances. Les ressources : le commerce avec les colonies, sucre et eaux-de-vie. Enseignement.
Gouverneurs et prévôt général.
La Rochelle, son histoire, ses monuments et ses hommes remarquables. Rochefort. Marans, Surgères, Brouage, Marennes, Soubise, Arvert, La Tremblade, Saujon, Royan. Les îles de Ré et d’Oléron avec leurs forts.
CHAPITRE XI Gouvernement du pays de Saintonge, & Angoumois.
Ce Gouvernement comprend presque toute la Saintonge, & tout l’Angoumois.
LA SAINTONGE est bornée à l’Orient par l’Angoumois & le Perigord ; au Nord par le Poitou & le païs d’Aunis ; au Couchant par l’Océan, & au Midi par le Bourdelois & la Gironde. Cette Province a environ vingt-cinq lieues de long sur douze de large. Ses rivieres principales sont la Charente & la Boutonne.
La Charente a sa source à Charennac, entre Limoges & Angoulesme, & de-là passant par Civray, Angoulesme, Cognac, Saintes, Taillebourg, Tonnay-Charente, Rochefort & Soubise, entre dans la mer à trois lieues & demie au-dessous de Rochefort, & à trente-cinq de sa source. Elle est très-poissonneuse, & son poisson est excellent. Ses débordemens bien loin d’endommager les terres, les engraissent au contraire, & les rendent plus fertiles. On trouve dans cette riviere aux environs de S. Savinien de grosses moules qui produisent des perles qui ne cedent en rien à celles du Levant.
La Boutonne prend sa naissance à Chef-Boutonne en Poitou, & a son cours par les Generalitez de Poitiers & de la Rochelle. Elle commence à être navigable à Saint-Jean d’Angely, & tombe dans la Charente au Port de Carillon, à douze lieues de sa source en droite ligne.
La Saintonge est un païs fertile qui produit du bled en abondance, des vins dont il y en a d’excellens, & de toute sorte de fruits. L’absinthe qu’on y trouve en quantité a été connue & vantée par les Romains sous le nom de Virga Santonica. Le sel de ce païs est le meilleur de l’Europe, & fait un des principaux articles du commerce de cette Province. On y trouve aussi quelques Fontaines minérales qui ont de la réputation dans le païs. L’eau de celle de Fontroüilleuse près de Barbesieux est limpide, & sent le marécage. Celle de Pons est limpide & sans saveur. Celle de Montendre est limpide avec une odeur de marécage.
[Des personnes dignes de foi affirment, qu’auprès du bourg de Gurac en Angoumois, il y a un gouffre ou fontaine dormante, vulgairement appellé le Gabard de Gurac ; c’est un grand trou rempli d’eau, placé dans un marais bourbeux qui est entre la petite rivière de Ronsenac & celle de Lisonne, à un demi-quart de lieue de l’endroit où elles se joignent. On y pêche quelquefois par curiosité, & l’on y prend quelques petits poissons, qui sont tous borgnes, et du même œil. C’est en ce vice des poissons que consiste la singularité dont on souhaiteroit connoître la cause. (Journal de Verdun, du mois de Février 1731)
Il y a dans la Saintonge des vignes plantées au milieu des marais salans, lesquelles apportent d’un genre de raisins noir, qu’ils appellent chauchets, desquels on fait du vin qui n’est pas moins à estimer que l’hypocras, & ces vignes sont si fertiles, qu’un cep apporte plus de fruit, que six des environs de Paris. On cueille dans ces marais salans de l’herbe de salicor, de l’absinthe nommée saintonique, & l’on trouve aussi dans les rochers de la criste-marine, autrement appellée perce-pierre, dont on fait des salades quand elle est fraîche, & quand elle est confite. On a planté de la criste-marine à Paris & ailleurs, mais elle n’est pas si bonne que celle qui vient naturellement sur les rochers limitrophes de la mer.]
La Saintonge a eu des Comtes particuliers sous les premiers Rois de la seconde race. Landry Comte de Saintonge vivoit sous Charles le Chauve, & fit la guerre à Emenon, Comte d’Angoulesme. (Agnès porta ce Comté dans la Maison d’Anjou par son mariage avec Geoffroi Martel, Comte d’Anjou.) Fierabras donna Saintes à Nerra, Comte d’Anjou. Guillaume VII. Duc de Guyenne s’en empara après la mort de ses freres, & Eleonor de Guyenne que Louis le Jeune répudia, porta par son mariage la Saintonge au Roi d’Angleterre ; & par la felonnie du Roi Jean Sans-terre elle fut réünie à la Couronne par Philippe Auguste. Les Anglois la recouvrèrent par le Traité de Bretigny, & sous le regne de Charles VII. elle fut reconquise, & érigée en Comté Pairie par Lettres Patentes du mois de Novembre de l’an 1428. en faveur de Jacques Stuard Roi d’Ecosse.
L’ANGOUMOIS a pour bornes le Limousin à l’orient, la Saintonge au couchant, le Poitou au septentrion, & le Perigord au midi. Cette Province a quinze ou dix-huit lieues de long, & quinze ou seize de large. Les principales rivieres d’Angoumois sont la Charante & la Touvre. J’ai dit tout ce que j’avois à dire de la Charente en parlant de la Saintonge.
La Touvre a sa source au pied d’un rocher escarpé, sur lequel étoit un vieux Château qui appartenoit aux Comtes d’Angoulesme, & qui fut détruit par les Anglois. Cette source est une des plus belles qu’il y ait en France. Elle a plus de douze brasses d’eau de profondeur, & porte par conséquent des batteaux dès sa naissance, sans être néanmoins navigable dans son cours. Les eaux de la Touvre sont claires & froides, & produisent une prodigieuse quantité de truites. Cette riviere se jette dans la Charente à une lieue & demie de sa source, au lieu appellé le Gou, à un quart de lieuë au-dessus d’Angoulesme.
La Tardoire est une petite riviere qui passe à la Rochefoucaut. Lorsque le tems est pluvieux, elle devient quelquefois fort grosse, se déborde, & inonde de grandes prairies qu’elle rend fertiles, & se jette ensuite dans une autre petite riviere appellée Le Bandiac à trois lieuës de la Rochefoucaut. Pendant les débordemens, les passages en sont très-dangereux & impraticables ; mais dans le beau tems elle est si basse que ses eaux tarissent à une demi lieuë de sa source, & le reste de son lit demeure à sec. Ses eaux sont sales & bourbeuses, & très-propres pour les tanneries ; ce qui en a fait établir plusieurs à la Rochefoucaut.
Les autres rivieres de la Province sont fort petites, & ne sont remarquables que parce que leurs eaux ont une propriété singuliere pour faire du papier excellent.
Le climat est généralement parlant plus chaud que celui de Paris. Le païs est rempli de collines, mais il n’y a point de montagne considérable, hormis celle sur laquelle Angoulesme est située. On ne voit gueres de païs plus mêlé : ni plus propre à toute sorte de recolte. Il y croît du froment, du seigle, de l’orge, de l’avoine, du bled d’Espagne, du saffran, du vin & de toute sorte de fruits.
Les mines de fer sont les seules dont on ait pû jusqu’ici faire usage. Il s’en trouve de très-abondantes, & dont le fer est très-doux. Celles de Rancogne, de Plancheminier, &c. sont les plus connuës.
Clovis ayant défait les Goths auprès de Poitiers, les poursuivit jusqu’à Angoulesme où ils s’étoient retirez. Quelques Histoires rapportent qu’à son approche les murailles de cette Ville tombèrent d’elles-mêmes, & qu’y étant entré victorieux, il fit passer les Goths au fil de l’épée, & y établit un Evêque Orthodoxe en la place de l’Evêque (Arrien) Arien, que les Goths y avoient mis. Il y établit aussi un Comte, qui dans ce tems-là n’étoit proprement qu’un Gouverneur. Cette forme de gouvernement subsista jusqu’à Charles le Chauve, qui donna ce Comté au Comte Wulgrain son parent, qui est reconnu pour le premier Comte héréditaire d’Angoulesme. Ses descendans conservèrent ce Comté successivement pendant quatorze générations, & se défendirent contre les Normans & les Anglois. L’Histoire du païs assure que ces Comtes étoient d’une valeur & d’une force extraordinaires, & qu’un d’eux nommé Guillaume premier, fendit un Roi des Normans jusqu’à la poitrine, quoiqu’il fût armé de sa cuirasse. Cette action lui aquit & à ses successeurs le surnom de Taillefer, qu’ils portèrent jusqu’en 1218. que mourut Aimard Taillefer, quatorzième Comte. Il ne laissa qu’une fille d’Alix de Courtenay sa femme, fille de Pierre de France, & d’Elisabeth héritiere de Courtenay. Elisabeth, fille unique d’Aimard Taillefer, fut enlevée par Jean Sans-terre Roi d’Angleterre, qui l’épousa & n’en eut point d’enfans. Elle épousa en secondes noces Hug[u]es de Lusignan dixiéme du nom, & lui porta en dot le Comté d’Angoulesme, qui demeura dans cette Maison jusqu’à ce que Guy de Lusignan mourant sans postérité, en fit don à Philippe le Bel l’an 1307. Il fut donné quelque tems après à Jeanne de France, fille de Loüis Hutin, lorsqu’elle fut mariée à Philippe III. Comte d’Evreux, & Roi de Navarre. Le Roi Jean craignant les complots des fils de cette Jeanne de France, donna le Comté d’Angoulesme en 1351 à Charles d’Espagne, Connestable de France. Charles II. dit le Mauvais, Roi de Navarre, en fut si piqué, qu’il fit assassiner ce Connestable le six de Janvier de l’an 1354. Ce Comté fut ensuite possédé par les Anglois, comme le reste de l’Aquitaine, en conséquence du Traité de Bretigny ; mais les habitans donnèrent une grande preuve de leur fidélité ; car ayant trouvé moyen de secoüer le joug des Anglois, environ onze ans après, ils chassèrent la garnison Angloise, & se mirent volontairement sous l’obéïssance du Roi Charles V. qui leur accorda plusieurs beaux privilèges. Charles V. donna ensuite le Comté d’Angoulesme à Jean Duc de Berri son frere, qui le remit au Roi Charles VI. son neveu. Celui-ci le donna en apanage à Loüis Duc d’Orléans son frere, dont les descendans le possedèrent jusqu’à François Comte d’Angoulesme, qui étant parvenu à la Couronne sous le nom de François premier, l’érigea en Duché en faveur de Loüise de Savoye sa mere, & puis le donna à Charles Duc d’Orléans son frere, par la mort duquel il fut réüni à la Couronne. Charles neuvième en donna la joüissance à Charles son fils naturel, qui fut appellé Duc d’Angoulesme jusqu’à sa mort arrivée en 1650. Son fils Loüis Emmanuel Duc d’Angoulesme, Comte d’Alais, ne laissa d’Henriette de la Guiche sa femme que Françoise Marie de Valois, Duchesse d’Angoulesme, qui en 1649. fut mariée avec Loüis de Lorraine, Duc de Joyeuse, grand Chambellan de France. De ce mariage naquit Loüis Joseph de Lorraine, Duc de Guise, d’Angoulesme, &c. mort à Paris le trente de Juillet 1671. âgé de vingt-un ans. Le Duché d’Angoulesme fut accordé à Elisabeth d’Orléans sa veuve, après la mort de laquelle ce Duché fut réüni à la Couronne. En 1710. Loüis le Grand donna le Duché d’Angoulesme à Charles de France, Duc de Berri, mort le quatre de Mai de l’an 1714.
ARTICLE I. Le Gouvernement Ecclesiastique de Saintonge & d’Angoumois.
Il y a deux Evêchez dans ce Gouvernement, celui de Saintes, & celui d’Angoulesme.
§ 1. On ne peut pas parler avec certitude de l’état ancien de l’Eglise de Saintonge, parce que les titres des Ecclésiastiques ont été autrefois ou emportez par les Anglois, ou brûlez par les Calvinistes. Ces deux faits sont tellement reconnus, que par Arrêt du Parlement de Bourdeaux il a été ordonné que la possession des Ecclésiastiques leur servira de titre. La tradition du païs veut que saint Eutrope y fut envoyé par le Pape S. Clément, & qu’il en fut le premier Evêque.
L’Evêché de SAINTES est composé de 565. Eglises, tant Paroissiales que Succursales, qui sont au nombre de soixante, ou environ. Ces Eglises sont partagées en vingt-quatre Archiprêtrez, ou Doyennez Ruraux. Ce Diocese avoit autrefois plus d’étendue, & comprenoit plus de sept cens Paroisses ; mais en 1649. on fit distraction de la ville de la Rochelle, de l’Isle de Ré, & de cent vingt Paroisses du païs d’Aunis, pour former le Siége Episcopal de la Rochelle, & y faciliter la translation de celui de Maillezais. L’Evêque de Saintes a droit de Jurisdiction & de visite sur toutes ces Eglises, & pourvoit de plein droit à plus de la moitié des Cures. Il pourvoit aussi à quelques petites Chapelles, au Prieuré de S. James dans l’Isle d’Oleron, & à celui de sainte Constance qui est en terre-ferme. Outre les 565. Paroisses dont je viens de parler, il y en a encore vingt-six autres dans ce Diocése, sur lesquelles les Doyen & Chanoines prétendent avoir jurisdiction, & sont en possession de les visiter. Celles de S. Pierre & de S. Michel dans la ville sont de la Jurisdiction particulière du Doyen, les vingt-quatre autres sont à la campagne.
L’Evêché de Saintes vaut toutes charges faites douze mille livres de revenu. L’Evêque a haute, moyenne & basse Justice, qu’il fait exercer par un Juge-Bailli sur les trois quarts de la Ville, & quelques Paroisses de la campagne. Il est aussi en droit & possession de faire exercer la Justice Prévôtale, tant civile que criminelle, sur les hommes & tenanciers du Roi, couchans & levans en son Fief de la Ville, qui en contient environ la quatrième partie, depuis le jour de saint Vivien qui est le vingt-huit d’Août jusqu’au vingt-sept de Septembre, comme il fait sur les siens pendant le cours de l’année. Cet Evêque est aussi en droit & possession de percevoir sur la vente des marchandises qui se fait dans le fonds de sa Majesté pendant le mois d’Août & de Septembre de chaque année, les droits que les Fermiers du Domaine ont accoutumé de lever pendant les autres mois de l’année.
L’Eglise Cathédrale de Saintes est dédiée à S. Pierre & son Chapitre est composé d’un Doyen, (& de vingt-quatre Chanoines, dont quatre ont les dignitez d’Archidiacre de Saintes, d’Archidiacre d’Aunis, la Chantrerie, & la Scholastique, attachée à leurs Canonicats), [de quatre dignités, qui sont l’Archidiaconé de Saintes, celui d’Aunis, la Chantrerie, & l’Ecolastrie, & de vingt-quatre Canonicats. Les quatre dignités ont une mense séparée de celle du Chapitre, parce que ceux qui en sont pourvus ont chacun en particulier une cure qui sert de fondation à leur dignité ; & ils n’ont point d’entrée dans le Chapitre que quand ils sont Chanoines effectifs.] Le Doyenné est de deux mille livres de revenu, les meilleurs Canonicats de huit cens livres, & les moindres de six cens. Chaque Archidiacre a mille livres ; le Chantre en a autant, & l’Ecolâtre, huit cens. L’Evêque pourvoit pleno jure aux quatre Dignitez, comme les Doyen & Chanoines pourvoyent par élection à. la pluralité des voix à tous les Canonicats, & aux douze Vicairies, & aux deux Souchantreries du bas Chœur. Au reste ce Chapitre est indépendant de l’Evêque.
Le Chapitre de S. Pierre de Soubise est dans le Diocèse de Saintes, de même que quelques autres dont il sera parlé, après avoir dit que celui-ci étoit autrefois composé d’un Prieur, & de dix Chanoines, aujourd’hui il n’y a qu’un Prieur, deux Chanoines, & un Curé ou Vicaire perpétuel, qui est aussi Chanoine. On ignore qui a été le fondateur de ce Chapitre. Pendant que la Terre de Soubise a été possedée par la Maison de Rohan qui étoit de la Religion prétenduë réformée, elle n’a point usé du droit de fondation, & le Prieur & les Chanoines etoient en possession de nommer aux Canonicats vacans. M. de Soubise a depuis réclamé ce droit, & a presenté & nommé aux Prieuré & Canonicats. La plupart des droits & des biens du Chapitre de Soubise ont été usurpez.
Le Chapitre de Maigné consiste en un Doyen, un Chantre, trois Chanoines, & deux Semiprébendez.
Celui de Taillebourg a un Doyen qui est aussi Curé, & trois Chanoines.
L’Abbaye de S. Jean d’Angeli, la plus belle du diocèse, fut fondée par Pepin Roi d’Aquitaine, vers l’an 942. Elle est occupée par des Benedictins de la Congrégation de saint Maur. Leur mense vaut environ vingt mille livres de revenu, & celle de l’Abbé huit mille livres, charges payées. Il a la collation de plusieurs Prieurez simples assez beaux, & la nomination de plusieurs Cures. Il est Seigneur de la ville de S. Jean d’Angeli.
Celle de S. Etienne de Vaux est à six lieues de Saintes, & du même Ordre que la précédente. Elle fut fondée l’an 1075. Les lieux réguliers ont été ruïnez par les Calvinistes, & il ne reste qu’une partie de l’Eglise. Quant aux biens, ils ont été tellement usurpez, que les charges aquitées, il ne reste à l’Abbé que dequoi avoir du luminaire pour l’Eglise.
Beaigne à dix lieuës de Saintes, est occupée par des Benedictins non réformez, & fut fondée selon quelques-uns par Charlemagne. Elle vaut trois mille livres à l’Abbé, & est dans le Duché de Montausier, & du ressort du Présidial d’Angoulesme.
Bassac fut fondée en 1009. & est à huit lieuës de Saintes. L’Eglise & les lieux réguliers furent détruits par des Calvinistes ; mais les Benedictins de la Congrégation de saint Maur y ayant été introduits ont tout rétabli, & fait construire une belle Eglise. Cette Abbaye vaut deux mille livres à l’Abbé, & quatre ou cinq mille aux Religieux. L’Abbé a la collation de quelques Prieurez simples, & la nomination à quelques Cures.
S. Liguaire est de Benedictins non réformez, & à une lieue de Niort en Poitou. Il y a dans cette Abbaye cinq Officiers Claustraux, le Prieur, le Souprieur, le Sacriste, le Chantre, & l ’Infirmier. Le Benefice du Sacriste vaut mille livres de revenu. Quant aux autres, ils valent à peine trois cens livres chacun. Le revenu de l’Abbé est de neuf ou dix mille livres par an.
Fontdouce est du même Ordre, & à une lieuë & demie de Cognac. Elle fut fondée par Eleonor Duchesse d’Aquitaine l’an 1170. L’Eglise étoit très-belle, mais elle fut en partie ruïnée par les Calvinistes, de même que les lieux réguliers, qui dans ces derniers tems ont été un peu réparez. Il n’y a présentement qu’un Prieur Claustral & un Sacriste qui y résident. Le premier a cent soixante écus de pension, & le second quatre-vingt écus. L’Abbé joüit d’environ deux mille livres de revenu.
La Frenade est une Abbaye de l’Ordre de Cîteaux, de la filiation de celle d’Obasine, & fut fondée l’an 1148. Elle est située à une lieuë de Cognac. Il n’y a qu’un Religieux qui y réside en qualité de Prieur Claustral. Le revenu de l’Abbé ne va pas présentement à mille livres.
S. Leonard est du même Ordre & fut fondée, selon Messieurs de sainte Marthe l’an 1168. Comme il ne reste aucun monument de cette Abbaye, l’on n’en a aucune connoissance.
Sablenceaux, ou Samblanceaux est de l’Ordre de saint Augustin, & située à trois lieuës de Saintes. Elle est aujourd’hui occupée par des Chanoines Réguliers de la Congrégation & Réforme de Chancelade, au nombre de dix ou douze, qui joüissent du tiers du revenu de l’Abbaye, qui ne va pas à plus de mille écus. L’Abbé ne joüit pas de cinq mille livres, toutes charges aquittées.
Chatres lez Coignac est aussi de l’Ordre de saint Augustin & fut fondée vers l’an 1077. L’Eglise & les lieux réguliers ont été ruïnez, & les biens presque tous usurpez ; en sorte qu’il n’y a aucun Religieux qui y réside. L’Abbé n’en retire pas à présent mille livres par an.
Notre-Dame de Saintes est une fameuse Abbaye de filles de l’Ordre de saint Benoît. Elle fut fondée en 1047. par Geofroi Comte d’Anjou & de Saintes, & par Agnès sa femme. La Communauté est ordinairement de cent filles, qui vivent sous la visite, direction, & correction d’un Visiteur Apostolique. Cette Abbaye est située dans un des fauxbourgs de la ville de Saintes, & son revenu n’est à présent que de quarante mille livres, mais autrefois elle en valoit bien davantage.
§ 2. L’Evêché d’ANGOULESME est fort ancien, puisque saint Ausonne qui vivoit vers l’an 260. ou peut-être plus tard, en fut le premier Evêque. Cet Evêché a de beaux droits Seigneuriaux, & de grandes Terres qui en relevent : mais son Diocése est peu étendu, & n’a pas plus de dix lieues de longueur, & autant de largeur. Il est partagé en deux cens Paroisses, & ne vaut à l’Evêque qu’environ douze mille livres de revenu. On y compte trois Chapitres, & sept Abbayes, dont une est de filles.
Le Chapitre de la Cathédrale, qui est dédiée à saint Pierre, est composé de cinq Dignitez, & de vingt-huit Chanoines. Les deux Dignitez dont le revenu est le plus considérable, sont le Doyenné qui vaut trois mille livres, & l’Archidiaconé qui rapporte deux mille quatre cens livres. Le revenu des Chanoines est d’environ six cens livres.
Le Chapitre de Blanzac est composé de six ou sept Chanoines, qui n’ont que dequoi vivre médiocrement. Le Chef porte la qualité d’Abbé, & joüit de six ou sept cens livres de revenu.
Le Chapitre de la Rochefoucaut est à peu près de la même richesse, & n’a que cinq ou six Chanoines.
L’Abbaye de S. Cybard est de l’Ordre de saint Benoît, & bâtie au pied de la ville d’Angoulesme sur le bord de la riviere de Charante. On rapporte sa fondation à l’an 876. Elle a pris son nom d’un Solitaire, appellé Eparchius Cybard. Il étoit né à Perigueux de Felix d’Oriole Comte de cette Ville, & après avoir embrassé le Christianisme, alla s’enfermer dans une cellule où il véquit pendant quarante-quatre ans. L’austérité de sa vie, & l’éclat de ses miracles attiroient dans ce lieu un grand concours de peuple, dont les aumônes faisoient subsister le Saint, & quelques Disciples qui vivoient avec lui & le surplus etoit distribué aux pauvres, ou employé à racheter des esclaves. Il mourut le premier Juillet de l’an 585. Les Comtes d’Angoulesme firent de grands biens à cette Abbaye, & y élurent leur sepulture, dont on voit encore quelques restes. Le tems & les guerres des Calvinistes ont détruit les bâtimens, dont les ruïnes marquent encore leur ancienne grandeur. On a pratiqué quelques petits logemens sur ces ruïnes, où habitent cinq ou six Religieux de l’Ordre de saint Benoît, qui ont chacun environ trois cens livres de revenu. L’Abbé joüiroit d’environ deux mille livres de rente, mais les charges ordinaires & extraordinaires épuisent presque entièrement cette somme. Au reste Aimar de Chabanais, connu par une Chronique d’Aquitaine, qui commence à Charles Martel, & finit au regne du Roi Henry premier, étoit Moine de saint Cybard.
S. Amand de Boisse est du même Ordre, & à trois lieues d’Angoulesme. Elle rapporte sa fondation à Arnaud Comte d’Angoulesme & à Guillaume son fils, qui mit la derniere main à ce saint œuvre l’an 988. Saint Amant étoit de Bourdeaux, & par le conseil de S. Cybard il se retira dans la solitude de Boisse, in Eremum Buxiam, où il mourut l’an 600. Il n’y a aujourd’hui que quatre ou cinq Religieux dans cette Abbaye, dont le revenu est d’environ quatre mille livres pour l’Abbé, les Moines, & les charges.
Notre-Dame du Bournet est du même Ordre, & fut fondée en 1113. par Geraud de la Sale. Elle est à cinq lieuës d’Angoulesme, & n’a ordinairement que trois ou quatre Religieux. L’Abbé & les Religieux n’ont en tout qu’environ trois mille cinq cens livres de revenu, sur quoi il faut aquitter les charges.
Gros bos, Grossum boscum, est de l’Ordre de Cîteaux, & de la filiation d’Obasine. Elle est à quatre lieuës d’Angoulesme & fut fondée l’an 1166. Son revenu ordinaire est de trois mille livres pour l’Abbé, deux Religieux & les charges.
Celle-frouin à six lieuës d’Angoulesme, est de l’Ordre de saint Augustin. Son revenu, y compris la mense de l’Abbé, celle des Religieux, & les charges, est de trois mille livres. L’un des Religieux est revêtu de l’Office Claustral de Chambrier qui vaut mille ou douze cens livres de revenu, qui n’est pas compris dans celui de l’Abbaye.
La Couronne est à une lieuë d’Angoulesme. Elle est de l’Ordre de saint Augustin, & de la Congrégation de sainte Geneviève. Elle fut fondée l’an 1122. & a environ huit mille livres de revenu, dont il y en a une moitié pour l’Abbé, & l’autre moitié pour les Religieux, qui sont ordinairement au nombre de huit.
S. Ausoni lez Angoulesme, est une Abbaïe de filles de l’Ordre de S. Benoît. Elle est très-ancienne, & voici ce qui donna lieu à sa fondation. Caliaga sœur du Gouverneur que les Romains avoient dans ce canton, ayant été délivrée du malin esprit qui la possedoit, fit vœu de virginité, & son exemple fut suivi par quelques jeunes personnes qui se joignirent à elle. L’Evêque Ausonne leur donna un lieu hors de la Ville où elles pussent prier Dieu avec plus de recueillement, & où Caliaga, aidée des bienfaits de Garrulus son frere, fit bâtir une Eglise. Calefagia jeune fille de qualité & fort riche, étoit affligée d’une perte de sang qui l’avoit réduite à l’extrémité. Elle eut recours à S. Ausonne, & Dieu ayant opéré le miracle de sa guérison par le ministére de ce saint Evêque, elle embrassa la Religion Chrétienne, & voulut vivre avec Caliaga. Après avoir éprouvé leur vocation & leur ferveur, Ausonne leur donna le voile. Charlemagne étant à Angoulesme, donna à cette Communauté une autre Eglise & des terres considérables. Les Princes enfans de cet Empereur lui firent de grands biens, comme aussi les Rois Philippe I. Philippe II. François I. Jeanne Reine de Navarre, plusieurs Comtes & Comtesses d’Angoulesme. Les lieux réguliers ayant été ruïnez par les Anglois l’an 1345. Jeanne de Bourbon, femme du Roi Charles V. les fit rétablir, & comme ils tomboient en ruïne, Loüise de Savoye, mere de François I. en fit rebâtir la moitié avec beaucoup de dépense. Ce bâtiment se ressentit des fureurs des Calvinistes en 1568. & fut entièrement détruit. Les Religieuses furent pour lors transférées dans un autre endroit, & Loüis le Juste leur fit élever depuis le Monastére que l’on y voit aujourd’hui. Cette Abbaye est immédiatement soumise au Saint Siége, & joüit de cinq ou six mille livres de revenu, sur quoi il y a beaucoup de charges à déduire, & trente ou quarante Religieuses à entretenir, ce qui fait qu’elles ont beaucoup de peine à subsister.
Article II. Le Gouvernement Civil de Saintonge & d’Angoumois
§ 1. Ce Gouvernement est entièrement situé dans le ressort des Chambre des Comptes, Cour des Aydes, & Cour des Monnoyes de Paris ; mais il est partagé entre les Parlemens de Paris & de Bourdeaux. La Saintonge est du Parlement de Bourdeaux, à la reserve de quelques Paroisses qui sont dans le ressort du Présidial d’Angoulesme, & l’Angoumois est dans le ressort du Parlement de Paris.
Dans la Saintonge il y a une Sénéchaussée, qui est Saintes, & trois Bailliages ; celui de Broüage, celui de Rouffignac, & celui de Champagnac ; ce dernier n’est presque rien.
Le Sénéchal de Saintes est d’épée. Il prétend avoir voix délibérative, mais les Officiers lui contestent. Il n’a que cinquante livres de gages assignez sur l’état des charges du Domaine. Les Baillis de Rouffignac & de Champagnac sont de Robe longue, & n’ont d’autres droits que leurs épices. Ils connoissent de toutes sortes d’affaires, même des cas Royaux.
Il y a à Saintes un Présidial, duquel relevent les Siéges Royaux de S. Jean d’Angely, & de Broüage pour les cas Présidiaux & du Parlement de Bourdeaux, hors les cas de l’Edit des Présidiaux.
La ville de S. Jean d’Angely a sa Coûtume particulière, qui fut reformée en 1520. par les trois Etats de son ressort.
Il y a aussi une Coûtume particuliére pour la Saintonge.
L’Angoumois a une Sénéchaussée & Siège Presidial, qui est de la premiere création des Présidiaux faite par Henry II. en 1551. Il est établi à Angoulesme, & du ressort du Parlement de Paris. Il a dans son ressort un Siège Royal, qui est celui de Cognac, & trois Prévôtez Royales, qui sont celles d’Angoulesme, de Châteauneuf & de Bouteville. Celle d’Angoulesme s’étendoit sur la Ville & Fauxbourgs, & sur trente autres Paroisses ou enclaves ; mais il en a été démembré quelques-unes en conséquence de l’Edit du mois d’Avril de l’an 1695. La Justice criminelle dans la ville & banlieuë d’Angoulesme n’appartient point au Juge Prévôt, mais aux Maire & Echevins, de même que la Police. Ce Présidial est régi par la Coutume d’Angoumois, & les Justices qui sont dans son ressort, se divisent ordinairement en Châtellenies, & sont au nombre de dix-sept, qui comprennent cent douze Paroisses, ou enclaves.
Le Sénéchal d’Angoumois est d’Epée. Les Sentences de la Sénéchaussée d’Angoulesme sont intitulées de son nom, & ses appointemens ne sont que de cinquante livres, payez par le Receveur du Domaine.
Les Elections de Saintes & de S. Jean d’Angely en Saintonge, & celle de Cognac en Angoumois, étoient autrefois du Bureau des Finances de Limoges ; mais elles en furent démembrées pour être unies à la Généralité de Bourdeaux, de laquelle elles ont été encore démembrées pour composer la Généralité de la Rochelle, qui fut créée en 1694. Il ne reste dans ce Gouvernement au Bureau des Finances de Limoges que l’Election d’Angoulesme.
§ 2. Les Finances de la Saintonge ne sont pas fort considérables. Le Domaine est presque entierement aliéné. Les Doüanes y sont très-considérables, & produisent beaucoup à sa Majesté. La Taille, les Aydes, la Capitation sont les autres subsides que le Roi retire de cette Province.
Les droits d’Aydes sont établis dans l’Election d’Angoulesme, mais la Gabelle n’y a point de lieu. Quant au Domaine de cette Ville, & de la Châtellenie de Cognac, il produisoit au Roi environ dix mille livres par an, avant qu’on en aliénât pour treize ou quatorze cens livres de rente en conséquence de l’Edit du mois d’Avril de l’an 1695.
§ 3. Le principal Commerce de Saintonge consiste dans la vente du sel. Il y a une quantité étonnante de marais salans dans la basse Saintonge, qui produisent le meilleur sel qu’il y ait au monde. Depuis qu’on a trouvé les moyens de faire du sel en Bretagne, on a abandonné plus du tiers de ces marais qui ne servent à présent que de pâturages, & qu’on appelle marais-gatz. Quoique le sel de Bretagne ne soit pas à beaucoup près de la bonté de celui de Saintonge, il n’a pas laissé de diminuer considérablement le débit & le commerce de ce dernier, parce que les droits qu’on paye en Bretagne sont moins considérables que ceux qu’on paye en Saintonge.
Les chevaux de Saintonge sont estimez, & les habitans en retirent tous les ans un profit considérable. Les perles qu’on pêchoit dans la Charente auprès de S. Savinien attiroient aussi quelque argent dans cette Province, mais il semble qu’on a abandonné cette pêche.
Quoique les peuples d’Angoumois soient généralement parlant paresseux & adonnez à leur plaisir, la bonté & la fertilité de cette Province les force à s’adonner au commerce. On rapporte le grand commerce de ce païs à quatre principaux chefs. 1°. Au commerce de vin & d’eau de vie. 2°. A celui du fer. 3°. A celui du papier. 4°. A celui du sel.
Les vins qu’on recueille dans l’Election de Coignac, & dans plusieurs autres vignobles d’Angoumois font le principal revenu de cette Province. Les rouges se débitent en Limousin & en Poitou, & l’on en vend fort peu aux Etrangers. Quant aux blancs, on en fait d’excellente eau de vie, dont le débit est presque égal en tems de guerre & en tems de paix. Pendant la guerre on en tire une grande quantité pour la fourniture des armées. On les fait voiturer par terre jusqu’à Châtelleraut, où l’on les embarque sur la Vienne pour les conduire ensuite par la Loire jusqu’à Orléans, d’où on les envoye à leur destination. En tems de paix on vend ces eaux de vie aux Anglois & aux Hollandois, qui viennent en faire leur cargaison à Charente au-dessus de Rochefort.
Les mines de fer de Rancogne, de Plancheminier, & de la Rochebeaucourt, & de Roussines, fournissent un fer très-doux. C’est du fer de ces mines que l’on a fait les canons, bombes & boulets qui ont été fournis à l’Arsenal de Rochefort, & qui ont servi à armer les Flottes du Roi pendant les deux dernieres guerres. On a découvert une mine d’antimoine à Menet près de Montbron, dans laquelle il se trouvoit aussi de l’argent : mais la dépense a rebuté les entrepreneurs.
La manufacture du papier est celle de l’Europe où se fait le plus beau & le meilleur, & c’est aussi un des principaux commerces de cette Province, quoiqu’il ait fort diminué pour des raisons qu’il ne me conviendroit pas de rapporter ici.
On tire des sels de Marenne en Saintonge, & on les fait remonter sur la Charente jusqu’à Angoulesme, d’où on les transporte par voitures en Auvergne, Limousin, Perigord, & la Marche. Ce commerce n’est pas d’une grande utilité à la Province, parce que les droits qu’on paye à Tonnay-Charente emportent la plus grande partie du profit, sans compter que plusieurs Seigneurs qui ont des maisons sur la Charente, sont en possession de prendre une quantité de sel pour le prix des bœufs & des hommes qu’ils sont obligez de fournir pour le tirage des batteaux, dans le tems que les eaux sont basses.
Le commerce du saffran a été autrefois considérable dans cette Province, où il s’en débitoit pour plus de cent mille livres par an ; mais ce commerce est fort diminué depuis quinze ou vingt ans qu’on en a planté dans les autres Provinces, & principalement dans l’Orleanois ; ensorte qu’il n’est cher dans l’Angoumois que lorsqu’il a manqué dans les autres Provinces. Cette inégalité de débit a tellement rebuté les habitans d’Angoumois sur la culture du saffran, qu’ils n’en plantent pas à présent la moitié de ce qu’ils faisoient auparavant.
§ 4. Il n’y a point d’Université dans ce Gouvernement ; mais les Peres Jésuites ont un Collège à Saintes, où ils enseignent jusqu’à la Philosophie inclusivement. Ils en ont un autre à Angoulesmc qui a été fondé par Charles de Laubespine Marquis de Châteauneuf, Garde des Sceaux de France.
ARTICLE III. Le Gouvernement Militaire de Saintonge & d’Angoumois.
Il y a un Gouverneur pour la Saintonge & l’Angoumois ; mais son Gouvernement ne s’étend pas dans la basse Saintonge, qui est de celui d’Aunis.
Ce Gouverneur a sous lui un Lieutenant General en Saintonge & Angoumois, un Lieutenant de Roi en Saintonge, & un Lieutenant de Roi en Angoumois. Le Gouverneur General de ces deux Provinces a ordinairement les Gouvernemens particuliers de Saintes & d’Angoulesme. Il y a encore un Gouverneur particulier pour la ville de Cognac.
Il y a à Saintes un Lieutenant du Prévôt General du Païs d’Aunix, établi à la Rochelle, un Assesseur, un Procureur du Roi, un Greffier, & une Brigade d’Archers.
La ville d’Angoulesme a un Lieutenant du Prévôt General du département de Limousin, un Assesseur, un Procureur du Roi, & une Brigade d’Archers.
On comptoit autrefois trois Duchez-Pairies dans ce Gouvernement ; la Rochefoucaud, Villebois ou la Valette, & Montausier ; mais presentement il n’y en a que deux, la Rochefoucaud, & Rohan-Rohan ; la Valette, & Montausier sont éteintes.
La Rochefoucaud en Angoumois fut érigée en Comté par François I. en 1525. & en Duché-Pairie par Lettres Patentes de Loüis XIII. du mois d’Avril 1622. registrées le quatre de Septembre de l’an 1631. Cependant comme le Duc de la Rochefoucaud n’alla prendre sa premiere séance au Parlement qu’en 1637. il a été réduit à ce rang par l’Edit de 1711.
La Baronie & Terre de Frontenay l’abbatu en Saintonge, & dans l’Election de S. Jean d’Angely, fut érigée en Duché-Pairie sous le nom de Rohan-Rohan, en faveur d’Hercules Meriadec de Rohan, & de ses enfans, & descendans mâles en ligne directe, nez & à naître en loyal mariage, pour être tenuë du Roi, nuëment, & en plein fief à cause de sa Couronne, & relever de la Tour du Louvre à une seule foy & homage, avec permission d’y établir un Siège de Duché-Pairie, & un Sénéchal ou Bailli, un Lieutenant, &c. dont les Appellations ressortiront au Parlement de Bourdeaux. Les Letres Patentes qui portent cette érection furent données à Fontainebleau au mois d’Octobre 1714. & registrées le 18. Décembre de la même année au Parlement de Paris.
ARTICLE IV. Description des Villes et Lieux les plus remarquables du Gouvernement de Saintonge & d’Angoumois
On voit par le titre de cet Article que le Gouvernement que je décris est composé de deux Provinces.
§ 1. La Saintonge. Je ne répéterai point ici ce que j’ai dit des bornes, du climat, de l’histoire naturelle & civile de cette Province. J’ajoûterai seulement que la rivière de Charente la partage en Saintonge Méridionale, & en Saintonge Septentrionale. La Méridionale comprend Saintes Capitale de la Province, Marennes, Arvert, Saujon, Royan, Tallemond, Mortagne, Pons, Barbesieux, Chalais, & le païs Broüageais, qui en a été démembré, & qui fait partie du Gouvernement d’Aunis. Dans la Saintonge Septentrionale on voit S. Jean d’Angely, Tonnay-Charente, Taillebourg, &c.
SAINTES, en Latin Mediolanum Sanctonum, Santoni, Civitas Santona, Urbs Santonica, sur la Charente, & la Capitale de la Saintonge, est une Ville très-ancienne, qui du tems d’Ammien Marcellin étoit une des plus florissantes de la Guyenne. (Il y reste encore un pont du tems des Romains, sur lequel est un arc de triomphe que l’on croit avoir été érigé sous Tibere. L’on apperçoit sur ce monument une inscription latine qui regne le long de la frise, mais elle étoit si effacée lorsque je passai par Saintes, que je ne pûs jamais la lire). Saintes est aujourd’hui une petite Ville, & ses ruës sont étroites, & mal disposées. La Cathédrale, dédiée à saint Pierre, a été bâtie par Charlemagne, & ruinée par les Calvinistes, qui n’ont laissé que la tour du clocher. Il y a plusieurs Eglises Paroissiales & plusieurs Maisons Religieuses. Hors de la Ville, à l’extrémité d’un des fauxbourgs, sur une éminence, saint Palais fit bâtir l’Eglise de saint Eutrope dans l’endroit où il trouva le corps de ce saint Evêque, qui avoit été son prédécesseur. Elle consiste en deux chœurs l’un au-dessus de l’autre, & en une nef qui communique de l’un à l’autre. Le chœur ou l’Eglise basse est Paroissiale, & la supérieure est Collégiale. Dans l’Eglise basse se voyent les restes du tombeau de saint Eutrope. Ce sont quelques morceaux de grosses pierres renfermez par une grille (de fer) de bois. L’on racle de cette pierre & l’on en met dans du vin blanc, dont on prend un doigt pendant neuf matins pour être guéri de toute sorte de fièvres. Dans un fond près de saint Eutrope, sont les restes d’un Amphithéâtre antique, bâti de petites pierres, & encore assez conservé pour faire juger de sa figure ovale, & de la hauteur & ordonnance de ses étages. On appelle ces restes les Arcs. On a tenu plusieurs Conciles dans cette Ville en 563. 1075. 1080. 1088. & en 1096. C’est dans le dernier que le jeûne des veilles des Apôtres fut ordonné.
[On voit encore un monument antique sur le pont de la Charente, à l’entrée de la ville de Saintes. M. Mahudel, de l’Académie des Inscriptions & Belles lettres, dit que c’est un pan de mur à deux faces semblables, avec deux retours. Ce mur est épais de 20. pieds, large de 45. & haut d’environ 50. si l’on prend cette hauteur depuis la surface de la Charente lorsqu’elle est dans son lit ordinaire.
La moitié de cet édifice est un massif de grands quartiers de pierre de taille, posés à sec les uns sur les autres ; la partie élevée sur ce massif est percée de deux portes en plein cintre, dont les arcades sont ornées d’archivoltes posées sur de petites impostes qui couronnent les pieds droits. Ces ornemens, pour être dans les régles de l’architecture, devroient supposer une base dans les pieds droits : cependant il ne paroît pas y en avoir dans ceux-ci ; ce qui rend les arcades difformes, par le défaut de la juste hauteur qu’elles devroient avoir. On peut dire néanmoins, pour l’honneur de l’ouvrage & de l’antiquité, que comme le pont au milieu duquel sont ces arcades a été, sans doute, réparé plusieurs fois depuis qu’il a été construit, la base de ces pieds droits a peut-être été couverte & enterrée lorsqu’on a élevé le pavé.
Il semble que l’Architecte ait voulu donner à ces pieds droits quelques attributs de l’ordre dorique, puisqu’il les a cannelés jusqu’à la moitié de leur hauteur, & qu’au dessus de ces cannelures il les a traversés d’une bande de rinceaux, au milieu desquels on voit un massacre de têtes de bœufs, tel qu’on en mettoit ordinairement dans les métopes de la frise dorique. Au-dessus des arcades est un grand entablement qui règne sur toutes les faces, & dont les quatre angles sont posés sur autant de petites colonnes cannelées & taillées dans la pierre qui fait l’encoignure des retours : ces colonnes sont saillantes des deux tiers de leur diamêtre, & posées sur l’imposte des arcades.
Dans la frise du grand entablement on lit cette inscription en gros caracteres Romains. O. CAESARI NEPOTI DIVI JULII PONTIFICI AUGURI. Immédiatement au-dessous de cette inscription, on voit les fragmens d’une seconde ligne ; & quoiqu’elle soit effacée, on peut encore juger que les caracteres en étoient plus petits. Au-dessous de la corniche est une espece d’attique de trois assises de pierres, dont la première est soutenue d’un socle qui a autant de saillie que de hauteur ; la seconde contient une inscription en caractères semblables à ceux de la frise. Je ne la mets point ici, parce qu’elle est rapportée dans l’Itinéraire de Jodocus. Enfin, tout l’édifice est couronné par la corniche de l’attique qui forme la troisieme assise.
M. Mahudel observe que l’Architecture n’a rien à profiter de l’examen d’un ouvrage où il y a tant de défaut. En effet, les portes en sont écrasées, les archivoltes trop larges, les impostes trop petites, & les colonnes sans proportion. M. Mahudel croit que ce monument a été dédié à Tibère, qui est appelle Nepoti Divi Augusti dans plusieurs autres inscriptions, rapportées par Gruter, & ailleurs. Ce monument n’est pas un arc de triomphe car il n’y a ni bas reliefs de tromphées d’armes, ni dépouilles de captifs, ni chevaux sur la frise, ni aucun mot dans l’inscription qui y ait rapport. Il n’est donc qu’un de ces arcs que les anciens mettoient ordinairement sur les ouvrages publics les plus considérables, comme les acqueducs, les ponts, les chaussées, &c.
Rufus qui a fait élever ce monument, étoit Præfectus fabrum, emploi militaire attaché à chaque légion, dont les fonctions étoient d’avoir l’Inspection sur tous les ouvriers nécessaires dans un camp, dans une ville assiégée, & dans une flotte. Enfin, il étoit Prêtre de l’autel dédié à Rome & à Auguste, qui avoit été érigé à Lyon au confluent du Rhône & de la Saône : car les 60. Nations avoient chacune un de ces Prêtres. Voici la traduction françoise de l’inscription selon M. Mahudel, laquelle peut servir de commentaire. Caïus Julius Rufus, fils de Caïus Julius Oeluaneunus, petit-fils de Caïus Julius Gedomon, arrière petit-fils d’Epotsorovidus, Prêtre consacré au service de Rome & d’Auguste, dans leur Temple qui est sur les rivières de Saône & du Rhône, Préfet des ouvriers, a dédié ce monument à Tibère Auguste Cæsar, petit fils de Jules, Pontife & Augure.]
[JONZAC ou JONSAC est une petite ville de Saintonge, sur la rivière de Seugne, dans laquelle on compte 2 748. habitans, & laquelle appartient à la Maison d’Esparbès d’Aubeterre. C’est une Châtellenie qui fut inféodée & rendue patrimoniale dès le tems de Charlemagne, qui la donna à l’Abbaye de S. Germain-des-Près : mais Irmino qui en étoit Abbé, obtint que son neveu la tiendroit, lui et ses héritiers, à foi & hommage de l’Abbé de S. Germain, sous le devoir néanmoins, à chaque mutation de Vassal, de douze couteaux de table sans gaine & d’une peau de cerf bien préparée pour couvrir les livres de l’Eglise. Voyez l’annotation du P. Jacques du Breul sur le chap. 100. du 4e. livre d’Aimoin. Cette concession en fief à perpétuité est une des plus anciennes que nous ayons. Voyez le Journal du Palais, de l’édition en deux volumes in fol. tom. I pag. 53.]
(TALEMON) TALMONT, Tamnum, Telamo, Talemontium, sur la Gironde, est une petite Ville sur une hauteur. Elle a titre de Principauté, & appartient à la Maison de la Trimoüille.
MORTAGNE est un Bourg, aussi sur la Gironde, qui a titre de Principauté, & appartient au Prince de Pons de la Maison de Lorraine, & d’une branche cadette de celle d’Armagnac.
BARBESIEUX étoit autrefois entouré de murailles, ce qui fait qu’il porte le titre de Ville. Il y a deux Paroisses, & un Couvent de Cordeliers. Cette Seigneurie est un Marquisat qui vaut quatorze ou quinze mille livres de rente, & qui a longtems appartenu à la maison de la Rochefoucaud. C’est à présent le Marquis de Louvois qui en est Seigneur. Elie Vinet, fameux Critique du seiziéme siécle, étoit né à Barbesieux. Il a composé un Traité des Antiquitez de Bourdeaux & de Saintes, a corrigé & expliqué plusieurs Auteurs anciens. Ce qu’il a écrit sur Ausonne, Solin, & Pomponius Mela, est ce qu’il a fait de mieux. Il mourut en 1587. âgé de 78. ans.
PONS, Pontes. Cette petite Ville qui est à quatre lieuës de Saintes, est bâtie sur une colline au pied de laquelle passe la riviere de Suigne ou Segne, qu’on croit avoir été anciennement connuë sous le nom de Santona, & l’avoir donné à la Saintonge, & à la ville de Saintes. Elle se jette dans la Charente au-dessous de Saintes. Pons est une Sirauté fort ancienne, de laquelle relevent deux cens cinquante Fiefs, & dont le Seigneur se qualifie Sire de Pons. Cette Sirauté ne relève que du Roi, & la manière dont les Sires de Pons lui rendoient leur homage, est assez singuliére pour mériter d’être rapportée. Le Sire de Pons armé de toutes pièces, ayant la visière baissée, se presentoit au Roi, & lui disoit : Sire, je viens à vous pour vous faire l’homage de ma Terre de Pons, & vous supplie de me maintenir en la joüissance de mes Privilèges. Le Roi le recevoit, & lui devoit donner par gratification l’épée qu’il avoit à son côté. Il y a dans cette Ville trois Eglises Paroissiales, trois Couvents, trois Hôpitaux, & une Commanderie de l’Ordre de saint Jean de Jerusalem. Sa Jurisdiction s’étend sur plus de cinquante Paroisses des environs. La ville de Pons toute petite qu’elle est se divise en haute, qu’on appelle S. Vivien, & en basse que l’on nomme les Aires, ou S. Martin. Cette derniére est encore partagée par la Suigne, ou Segne, sur laquelle il y a plusieurs ponts, qui probablement ont donné le nom à la Ville. Cette Seigneurie est sortie de la Maison de Pons, & appartient aujourd’hui à un Prince de la Maison de Lorraine, d’une branche cadette de celle d’Armagnac.
S. JEAN D’ANGELY. Cette Ville est sur la Boutonne, & étoit autrefois un Château magnifique bâti au milieu d’une foret nommé Angeriacum, où les anciens Ducs d’Aquitaine avoient établi leur demeure. C’est en la place de ce Château que Pépin le Bref fit bâtir le Monastére des Benedictins, après qu’on lui eut envoyé le Chef de saint Jean d’Edesse, & non pas celui de saint Jean-Baptiste, que le sçavant du Cange croit être à Amiens. Il s’y forma un Bourg qui s’accrut considérablement, lorsque les Sarrasins saccagerent la ville de Saintes du tems de Charles Martel. Sous le regne de Philippe Auguste, saint Jean d’Angely devoit être une Ville considerable ; puisque ce Roi y établit en 1204. un Maire & des Echevins, ausquels il accorda le privilège de Noblesse & à leurs descendans, en considération de ce que les habitans avoient chassé les Anglois de cette Ville. Les habitans embrasserent presque tous la religion de Calvin. Leur Ville fut assiégée en 1562. par le Comte de la Rochefoucaud Chef des Calvinistes ; mais il fut contraint d’en lever le siége. Quelque tems après ceux de son parti s’en emparerent, & y ajoûterent de nouvelles fortifications. Le Duc d’Anjou, qui fut depuis Roi sous le nom d’Henry III. l’assiegea en 1569. Elle étoit défenduë par deux mille hommes les plus braves qu’il y eût parmi les Calvinistes, & le Capitaine de Piles de la Maison de Clermont y commandoit. Charles IX. y vint lorsque le siége fut formé, & deux mois après la place se rendit. Les Catholiques perdirent dix mille hommes à ce siége, parmi lesquels étoit Sebastien de Luxembourg Comte de Martigues, qui fut tué à la tranchée d’un coup de mousquet. Les Calvinistes se rendirent encore maîtres de cette Ville, & elle se révolta en 1620. Loüis XIII. l’assiegea en 1621. & Benjamin de Soubise qui y commandoit, fut obligé de se rendre six semaines après, le jour de saint Jean-Baptiste. Le Roi fit raser ses fortifications, 8c voulut qu’elle eût le nom de Bourg-Louis, mais comme il n’en fit point de Déclaration, cela n’a pas eu lieu. Il priva aussi les Corps de tous leurs priviléges, & rendit les habitans taillables. Outre l’Abbaye des Benedictins dont j’ai parlé, il y a encore dans cette Ville un Couvent de Cordeliers, un de Capucins, & un de Religieuses de sainte Ursule. Sur la Boutonne hors du fauxbourg de Taillebourg sont deux moulins à poudre, où se fait la plus excellente du Royaume.
TAILLEBOURG, Talleburgus, Taleaburgus, Tabellicum, sur la Charente, à deux lieuës de Saintes, & à trois de saint Jean d’Angely. Au milieu de la Ville il y a un Château bâti sur des rochers très-hauts. Cette Seigneurie dont la Jurisdiction s’étend sur quarante Paroisses, fut unie au Domaine Royal en 1407. Dans la suite le Roi la donna à (Gaspard de Coligny Maréchal de France) l’Amiral de Coëtivi, de la Maison duquel elle a passé dans celle de la Trimoüille par le mariage de Louise de (Coligny) Coëtivi avec Charles de la Trimouille, Prince de Talmont en 1501. Taillebourg est connuë dans l’Histoire par la victoire que saint Louis y remporta en 1242. sur Hugues Comte de la Marche, & les autres mécontens qui étoient soûtenus par les Anglois. Il y avoit ici un beau pont, dont les ruïnes portent aujourd’hui un préjudice considérable à la navigation de la Charente.
§ 1. J’ai déjà parlé de l’étenduë de l’Angoumois ; j’ajoûterai seulement ici qu’on y remarque les villes d’Angoulesme, de Cognac, de Jarnac, de la Rochefoucaud, de Blanzac, de Châteauneuf, de Bouteville, de Ruffec, de la Vauguyon, &c.
ENGOULESME, ou ANGOULESME. Iculisna, ou Ecolisma a été apparemment inconnuë aux anciens Géographes, car ils n’en ont point parlé. Le premier des Auteurs Latins qui en a fait mention est Ausonne dans son Epître 18. Cette Ville est située au milieu de cette Province sur un sommet de montagne entouré de rochers. La Charente coule au pied du côté du couchant, & reçoit la petite rivière d’Anguienne au dessus de cette Ville. Angoulesme étoit connuë du tems de l’Empereur Honorius, qui abandonna l’Aquitaine aux Goths. Elle signala sa fidélité sous le regne de Charles V. lorsqu’elle chassa la Garnison Angloise, & se soûmit à l’obéïssance de ce Prince. Les Calvinistes s’en sont deux fois rendus maîtres. L’Amiral de Coligny l’ayant prise par composition en 1568. ses Troupes y commirent des cruautez & des profanations qu’on ne peut exprimer sans horreur. L’an 1628. on commença à rebâtir la Cathédrale que ces hérétiques avoient ruïnée. Le Roi Charles V. accorda plusieurs privilèges à cette Ville surtout celui de Noblesse pour les Maire, Echevins & Conseillers. Les Rois ses successeurs les confirmèrent & François I. y en ajoûta même de nouveaux, entr’autres les Foires & Marchez, l’exemption du Ban & du droit de francfiefs, & une Université qui n’a pourtant jamais été établie. Le privilège de Noblesse fut supprimé en 1667. & rétabli ensuite pour la personne du Maire seulement.
Jean du Tillet Greffier en chef du Parlement de Paris, & Jean du Tillet Evêque de Meaux son frere, étoient originaires d’Angoulesme, & ont donné au public d’excellens Ouvrages, dont les Sçavans profitent tous les jours. Cette Ville est aussi la Patrie de Loüis Guez Seigneur de Balzac, & de Thomas de Girac. Le premier était l’homme de son tems le plus éloquent, & qui parloit le mieux. Il étoit de l’Académie Françoise, & lui laissa un fonds dont le revenu doit être employé à un prix que cette Académie distribue tous les deux ans le vingt-cinq d’Août à celui qui au jugement de cette Compagnie a fait la meilleure pièce d’éloquence, sur le sujet qu’elle propose quelques mois auparavant. Il mourut le 28. de Février de l’année 1654. Thomas de Girac étoit contemporain & ami de Balzac. Une Critique de Voiture qu’il composa en Latin, lui suscita une querelle avec Costar Archidiacre du Mans, qui prit le parti de Voiture mort depuis quelques années. On peut dire que c’est une des plus ingénieuses & des plus sçavantes disputes qu’il y ait eu dans la République des Lettres. Girac parut dans ses réponses plus sçavant & plus versé dans l’Antiquité que Costar. Il mourut le 2. de Janvier de l’an 1663. Cette Ville a encore été la patrie d’André Thevet, qui voyagea dix-sept ou dix-huit ans & publia une Cosmographie en 1563. Il composa aussi plusieurs autres Ouvrages, dont le principal est celui des Portraits des Hommes Illustres qu’il dédia au Roi Henry III. L’Etat est encore redevable à cette Ville de plusieurs grands sujets du nom de Bouthillier, qui l’ont très-bien servi, soit dans le Ministère, dans l’Eglise, ou dans la Robe ; car Denis Bouthillier, duquel sont descendus les Bouthilliers Chavigni, & les Bouthilliers de Rancé, étoit d’Angoulesme.
On compte dans Angoulesme environ huit mille ames.
[VERTEUIL. ou St Meard de Verteuil, Ville avec titre de Baronie, qui appartient aux Ducs de la Rochefoucaud, a environ mille ou douze cens habitans ; elle est dans une situation fort agréable sur la riviere de Charente, qui y fait une espece de demi cercle, & qui entoure le parc & les jardins du Château. Le Duc de la Rochefoucaud dernier mort a été exposé pendant quarante jours dans une Chapelle ardente du Couvent des Cordeliers de cette ville : ensuite on le descendit dans le caveau où ses ancêtres reposent depuis plus de quatre cens ans.]
COGNAC sur la riviere de Charente. Cette Ville que quelques-uns appellent Campiniacum, ou Componiacum & d’autres Conacum, dans laquelle Gerard Archevêque de Bourdeaux célébra un Concile l’an 1238. étoit autrefois comprise dans la Saintonge, & est encore aujourd’hui du Diocése de Saintes. Sa situation est charmante, & rien n’est plus riant que le païsage dont elle est environnée. Cette Ville a un Château où naquit François I. Il est accompagné d’un grand parc, & d’un étang d’une longueur extraordinaire. Les Cordeliers & les Recollets y ont des Couvens, mais celui des Benedictins est le plus beau. Ces derniers jouissent d’un Prieuré qui leur donne le droit de nommer à la Cure.
JARNAC, Jarnacum, Jarniacum, sur la Charante, & à deux lieues de Cognac. Ce Bourg est célebre par la victoire que Henry Duc d’Anjou, frere de Charles IX. & depuis Roi de France sous le nom d’Henry III. y remporta sur les Calvinistes au mois de Mars de l’an 1569. Le Prince de Condé qui les commandait fut fait prisonnier, & tué après la bataille par Montesquiou.
LA ROCHEFOUCAUD, Rupes Fucaldi, sur la Tardouere, & à quatre lieues d’Angoulesme. (Elle a le titre de Duché-Pairie, une Eglise Collégiale, & un Couvent de Carmes.) [Elle fut érigée en Duché-Pairie en 1622. Quatre Baronies en dépendent & composent le Duché. La seule Châtellenie de la Rochefoucaud contient 19. paroisses. Il y a dans cette ville une Eglise Collégiale, & un couvent de Carmes. Ses habitans, qui sont au nombre d’environ 2 000. ne font guere d’autre commerce que celui de la tannerie.
Le sieur Gourville qui avoit été valet de chambre, puis secrétaire du Duc de la Rochefoucaud du tems de la fronde, puis Intendant du Prince de Condé, a fondé en cette ville une Charité, ou Hôtel-Dieu. Louis XIV. ayant pris la résolution de faire abattre les Prêches qui étoient dans le Royaume, Sa Majesté donna celui de la Rochefoucaud au sieur Gourville qui le fit séparer de murailles qui distinguoient le lieu où étoient les hommes d’avec celui où devoient être les femmes : il fit bâtir une Chapelle au bout, où l’on dit la Messe tous les jours ; & il y établit douze filles d’une piété exemplaire, qui font vœu de servir les pauvres malades. Ce bâtiment fut encore augmenté par l’acquisition que fit Gourville d’une maison voisine, qui coûta environ 2 000. livres. Par le moyen de cette acquisition, les deux sales furent alongées, de façon qu’elles peuvent tenir 24. lits. Il meubla l’Hôtel-Dieu & la Chapelle, & fit des fonds pour l’entretien de 24. pauvres des deux sexes. Gourville ordonna par son testament que son cœur fût porté dans la Chapelle de cette Charité, & qu’on mît au-dessus un marbre avec son épitaphe.]
[AUBETERRE. Aubeterre, ville de l’Angoumois, sur le bord occidental de la Drome, aux confins du Périgord. On la divise en haute & basse ville : cependant ces deux parties ne font qu’une petite ville. Elle a le titre de Marquisat, qui s’étend sur vingt-deux paroisses. Le Château est dans la ville haute, & commande la basse. L’Eglise Collégiale de S. Sauveur est dans le rocher & sous la cour de ce Château. Il y a ici quelques couvens, une Election, & un Juge Sénéchal qui reçoit les appellations de huit Jurisdictions inférieures. On fait ici commerce de bleds, de vins, de chanvres, & de papier. Quoique cette ville soit dans l’Angoumois, elle est de l’Evêché de Périgueux, & non de celui d’Angoulême.]
[Les forêts de Saintonge qui sont les plus connues sont celles :
De Rochefort, au voisinage de la ville de ce nom, du côté du midi. Ce terrein a été tellement défriché, qu’il n’y a plus que le nom de cette forêt qui soit demeuré.
De Royan, aux environs de la ville de ce même nom.
Les forêts d’Angoumois sont celles :
De Cognac, à une lieue au nord de la ville de Cognac.
De Marton, à trois lieues au sud-est d’Angoulême.
Des Ombrets, à une lieue & demie au nord-est d’Angoulême.
De Ruffec, sur les frontières de cette province, du côté de septentrion, dans le voisinage de la petite ville de Ruffec, & à dix lieues au nord d’Angoulême.
De Tusson, à deux lieues de Verteuil, du côté du couchant, & à huit lieues, ou environ, au nord d’Angoulême.]
CHAPITRE XII. Gouvernement du pays d’Aunix
Ce Gouvernement renferme le païs d’Aunix, le païs Brouageais, les isles de Rhé & d’Oleron, &c. Il faisoit autrefois partie de celui de Saintonge. Il est borné au Nord & à l’Orient par le Poitou, au Midi par la Saintonge, & au Couchant par l’Océan. Il est arrosé par la Seure & par la Charente. La premiere a sa source à Seure en Poitou, trois lieues au dessus de S. Maixant. Elle commence à porter batteaux à Niort, & reçoit la Vendie à une lieue & demie au-dessus de Marans. La Vendie commence d’être navigable à Fontenay-le-Comte. Les côtes de ce petit Gouvernement ont l’avantage de plusieurs Ports, dont les plus importans sont ceux de Rochefort, de la Rochelle, de Brouage, de Saint-Martin de Ré, de la Tremblade, & de Tonnay-Charente. Ce païs quoique sec produit de bon bled, & beaucoup de vin ; & dans les endroits marécageux il y a des prairies qui nourrissent beaucoup de bétail, & des marais salans dont on tire le meilleur sel qu’il y ait en Europe.
La maniere dont on fait ici le sel mérité bien de trouver place dans cette Description. On choisit un terrain bas, & après en avoir examiné le fond, on creuse au-dessus de la basse mer, & on y observe divers compartimens. Les terres qu’on leve de ces marais forment les chaussées. Le premier réservoir du marais s’appelle Jas, & est séparé de la mer par une petite digue de terre revêtuë de pierres séches. Cette digue est ouverte dans un endroit qui se ferme avec une vertelle comme une bonde d’étang, & cette ouverture se nomme Varaigne. On l’ouvre dans les grandes marées de Mars, & c’est par-là que l’eau de la mer s’introduit dans le Jas. La Mer venant à baisser on renferme la Varaigne, & l’on retient les Jas pleins d’eau qui se communique dans les réservoirs ou conches par des tuyaux de bois, & moins il y a d’eau dans ces conches, plûtôt elle s’échauffe. L’eau qui entre de la mer par la Varaigne dans le Jas, passe des Jas dans les conches par un gros (mâts) mât percé, ou après avoir fait quatre fois la longueur de la conche, elle entre dans ce qu’on appelle le Mort, par un canal de bois qu’on nomme Ame-d’eau. Ce Mort est terminé par un bossis, ou élévation de terre, sur lequel on jette le sel par gros tas que l’on nomme Vaches de sel lorsqu’ils sont longs, & pilots lorsqu’ils sont ronds. Du Mort l’eau passe dans la Table, qui est un réservoir où on laisse échauffer l’eau avant que de la faire entrer dans ce qu’on appelle les Means, où on l’introduit par les Pertuis. Ces Pertuis sont des planchettes enfoncées dans la terre du marais, & percées de plusieurs trous que l’on bouche avec autant de chevilles, & lorsque l’eau commence à manquer dans les Means ou Muans, on tire les chevilles les plus hautes, & ainsi de suite jusqu’à ce qu’il soit entré une quantité d’eau suffisante. Le Mean ou Muan est un cinquième réservoir de vingt-deux pieds de large, séparé d’espace en espace par de petites chaussées de terre que l’on appelle Croisées. On laisse l’eau dans ces Means jusqu’à ce que le tems soit propre à faire du sel. Pour lors on la distribuë dans les aires par les brassaux & par les bouches d’aires jusqu’à la hauteur de deux pouces. Ces brassaux sont de petites rigoles qui sont entre deux aires, & par lesquelles l’eau des Means se communique aux aires par les bouches que l’on y fait avec la palette. Ces bouches se coupent obliquement sur la croix simple qui sépare les deux aires, & se referme aussitôt après qu’on y a introduit l’eau. Les aires ou foyers sont des quarrez de quinze, seize, dix-sept, ou dix-huit pieds, dans lesquels se forme le sel. Le nombre de ces quarrez dépend de l’étenduë du marais. Lorsqu’il y a deux doubles rangs d’aires avec des Means entre deux, on appelle ces marais, Marais à champ double. Tous les petits chemins & chaussées de ces marais ont leur nom particulier. Les Vettes sont les deux chemins qui bordent les tables du côté des aires. L’Anternau est la petite chaussée qui sépare les Méans d’avec les aires. Vie ou Vée est la chaussée qui sépare les deux rangs d’aires, & sur laquelle on met égouter le sel que l’on tire des aires par petits monceaux appellez pilots. Ce chemin est un peu plus large que les autres. Croix sont les chemins qui traversent & divisent les aires. Lignon est le double rang de quarrez d’un bout à l’autre du marais. Demi-lignon est un rang de quarrez simple. La Livre de marais est composée de vingt aires, & l’on compte la valeur & le revenu des marais par livre. Chaque livre produit par an six livres de revenu, le fort portant le foible. L’eau de la mer ayant été introduite dans les aires, le soleil & le vent de Nord-est ou de Nord-ouest agissant sur cette eau qui est déja fort échauffée, en trois ou quatre heures le fonds des aires rougit, & il s’éléve une écume sur l’eau. Sous cette écume qui se dissipe, se forme un voile mince composé de petits quarrez, qui sont autant de grains de sel qui commencent à se former, & qui sont sur la surface de l’eau, jusqu’à ce qu’on brise ce voile qui pour lors va au fonds. Pour avoir du sel très-blanc, il faut prendre ce voile ou glace comme quand on écrême du lait, & dans ce moment le sel sent si fort la violette, que cette fleur même n’est pas plus sensible ni plus agréable. Lorsque les Sauniers veulent tirer du sel pour l’entasser, ils rompent chaque jour ce voile de sel, le brassent dans les aires, & font que ces grains se joignent & se grossissent, puis on le tire sur la levée où l’on le met en vache ou en pilot. On ne laisse pas convertir toute l’eau qui est dans l’aire en sel, afin de le tirer plus blanc & plus net, & que ce qui reste d’eau serve de ferment pour disposer l’eau nouvelle qu’on y introduit à se convertir plûtôt en sel. C’est une chose très curieuse que de voir les Ouvriers occupez à ces sortes d’ouvrages. Les noms des outils dont ils se servent pour former leurs marais, les raccommoder, & en tirer le sel, méritent d’avoir ici leur explication. La Bogue, le Bouquet, & la Ferrée servent à enlever les boues qui se sont amassées pendant l’hyver, à couper les terres inutiles, & enfin à dresser les marais lorsqu’on en construit de nouveaux. L’(Etolle) Etole dont le manche est appellé Simoche sert aussi à tirer la boue lorsqu’on lime le marais. Sa planche peut avoir deux pieds de long, & six pouces de haut. La Palette sert à couper les bouches d’aires. Le Roable à tirer le sel sur la vie, aussi-bien que le Surucon avec lequel on tire seulement la fleur de sel, que l’on nomme Sel blanc. Les Effageoires servent à prendre le sel sur la vée, & à le charger dans le panier porte-sel, avec lequel il est porté sur les bossis.
Sur la côte de Royan on trouve des pierres qui sont plus dures & plus belles que celles d’Alençon.
ARTICLE I. Le Gouvernement Ecclesiastique du Pays d’Aunis.
Le Roi obtint en 1648. des Bulles du Pape Innocent X. pour transférer à la Rochelle l’Evêché de Maillesais, & pour y joindre la Province d’Aunis, & l’Isle de Ré, qui étoient auparavant de l’Evêché de Saintes. Jacques Raoul de la Guibourgere en fut le premier Evêque. Henry de Laval fut le second. Charles Magdelaine Frezeau de la Frezeliere lui succéda, & Etienne de Chamflour qui l’est aujourd’hui (1720.) est le quatrième. [Le cinquieme fut Jean-Baptiste Antoine de Brancas, aujourd’hui Archevêque d’Aix, auquel a succédé en 1730. Augustin Roch de Menou de Charnisai, qui l’est aujourd’hui (1751).]
Le Chapitre de l’Eglise Cathedrale de la Rochelle est composé de huit Dignitez & de vingt Chanoines. Les Dignitez sont le Doyenné, la Trésorerie, l’Aumônerie, le grand Archidiaconé, l’Archidiaconé de Fontenay, la Chantrerie, la Souchantrerie, & l’Archidiaconé de (Bresuire) Bressuire. Le Doyen est élû par le Chapitre, mais toutes les autres Dignités & les Prebendes sont à la collation de l’Evêque.
Le Roi a établi un Seminaire à la Rochelle, auquel il a accordé trois mille livres de rente qui sont levées sur tous les Benefices du Diocése. M. de la Frezeliere en donna la direction aux Jesuites l’an 1694. & ces Peres y enseignent la Théologie & l’Hébreu. [Mais depuis on a reconnu, que parmi tant de choses nécessaires qu’il falloit enseigner à de jeunes Ecclésiastiques en très-peu de tems, il n’étoit guère convenable de leur faire employer un tems considérable à l’étude de l’Hébreu, & aujourd’hui on n’enseigne plus dans ce Séminaire que la Théologie, comme dans les autres Séminaires du Royaume.]
L’Abbaye de Notre-Dame de l’Absie est du Diocése de la Rochelle, quoique située sur les frontiéres du haut Poitou. Elle est de l’Ordre de saint Benoît, & fut fondée l’an 1120.
Celle de Bellefontaine est aussi du même Ordre, & occupée aujourd’hui par les Feüillans.
Celle de la Grace-Dieu est du même Ordre, & peut valoir trois mille livres de revenu. L’on rapporte sa fondation à l’an 1135.
Celle d’Airvaux est de l’Ordre de saint Augustin, & fut fondée par Hildegarde, veuve d’Herbert premier Vicomte de Th[o]uars, laquelle mourut en 973.
Celle de Mauleon est du même Ordre, & dédiée à la Sainte Trinité.
Celle de Niœûil est du même Ordre, & fut fondée en 1068. Elle est unie depuis quelque tems au chapitre de la Rochelle.
ARTICLE II. Le Gouvernement Civil du Païs d’Aunis.
§ 1. Le Présidial de la Rochelle s’étend sur le païs d’Aunis & l’Isle de Ré, & le Siége Royal de Rochefort en releve en tous cas. [Il fut établi en 1552. & M. Amaulri Bouchard Maître des Requêtes, installa les Officiers du Siège. Cette Jurisdiction fut supprimée pendant que l’autorité de nos Rois ne fut plus reconnue dans la ville : mais six jours après que Louis XIII. l’eut prise, c’est-à-dire, le 6. Novembre 1628, le sieur de la Tuillerie, Commissaire de la Cour, monta par ordre du Roi au Palais pour y rétablir le Presidial : il y fit lire sa commission, & la Déclaration du Roi pour le rétablissement du Siege. Et le 14. Novembre de la même année, on y enregistra la Déclaration du Roi sur la reddition de la ville, & sur l’ordre qu’il vouloit y être observé.] Le Siége Royal de Broüage est dans ce Gouvernement, mais il releve de la Sénéchaussée de Saintes.
Le Sénéchal de la Rochelle & du païs d’Aunis est d’Epée. La Justice se rend en son nom dans la Sénéchaussée de la Rochelle, & il a quatre cens cinquante livres de gages, payez sur les deniers d’Octroi de la Ville de la Rochelle.
La Justice se rend dans l’Aunis, conformément à la Coûtume particuliére qui fut rédigée par les trois Etats du païs assemblez à la Rochelle le vingt-six de Septembre 1614. Tout ce païs est dans le ressort du Parlement de Paris.
Le Bureau des Finances de la Rochelle fut établi par Edit du mois d’Avril de l’an 1694. par distraction de cinq Elections qui ont été tirées des Généralitez de Poitiers, de Limoges, & de Bourdeaux. Ces Elections sont celles de la Rochelle, de saint Jean d’Angely, de Saintes, de Marennes, & de Cognac. Outre les Jurisdictions dont je viens de parler, il y a encore à la Rochelle une Sénéchaussée, le Bailliage d’Aunis, l’Amirauté, la Monnoye, les Traites, & une Jurisdiction Consulaire.
§ 2. Les Domaines du Roi sont presque tous alienez, & sa Majesté en a donné la plus grande partie en payement à quelques-uns des propriétaires des heritages qui ont été pris pour les fortifications des Places du païs d’Aunis. Il y a peu de forêts dans ce Gouvernement qui appartiennent au Roi. Celle de Rochefort, qui ne contient que cinq ou six cens arpens, est la plus considérable.
Outre la Taille, la Capitation, on leve encore dans la Generalité de la Rochelle les Aydes dont il n’y a que l’Isle de Ré & l’Abonnée de Marennes qui soient exemptes. Les droits sur le papier timbré & le tabac sont joints à la Ferme des Aydes.
Les Doüannes sont très-considérables, & produisent beaucoup au Roi. Les Fermiers du Domaine Royal d’Occident ont des Commis à la Rochelle pour recevoir leurs droits, parce qu’ils ont un privilége qui défend de décharger dans d’autres Ports de la Province les marchandises qui viennent des Colonies Françoises.
§ 3. Le grand Commerce qui se fait à la Rochelle répand beaucoup d’argent dans les Villes, Bourgs & Villages de cette Province. Le principal commerce de la Capitale est celui des Isles de l’Amérique, Cayenne, Côte de saint Domingue, Senegal, Canada, Cadix, Portugal, & Isles Açores. Les Suédois, les Danois, les Anglois & les Hollandois envoyent tous les ans un grand nombre de. Vaisseaux à la Rochelle pour y charger des vins, de l’eau de vie, du sel, du papier, des toiles de Barbesieux, & des serges de Poitou.
L’on envoye dans les Colonies de l’Amérique tout ce qui est nécessaire pour la nourriture & l’habillement des habitans, & on en retire en échange de celles qui sont au Sud, du sucre, de l’indigo, du cacao, du tabac, du rocou, de la casse, du carret, des cuirs, du bois de bresil, du bois de campesche, du coton, & plusieurs bagatelles plus curieuses qu’utiles. On reçoit aussi de la Côte de S. Domingue de la cochenille, du quinquina, du cacao, de la vanille, des perles, des émeraudes, & des piastres. Mais comme toutes ces marchandises proviennent des prises que font les Filibustiers sur les Espagnols, on ne doit pas absolument compter sur ce commerce. Les Colonies qui sont situées du côté du Nord nous fournissent de la moruë verte & seche, du (stocfich) stockfish, du saumon, & des anguilles salées, de l’huile de poisson, toutes sortes de (pelletries , des mats) pelleteries, des mâts, &c.
Le commerce que nous faisons sur la côte d’Afrique, nous fournit du morfil, des cuirs, de la cire, des gommes, & une petite quantité de poudre d’or. Nous tirons de Portugal de la muscade, du tabac de bresil, du chocolat, de l’écorce de citron, des oranges, &c. En tems de guerre, Lisbonne serviroit d’entrepôt pour toutes les marchandises d’Espagne, d’Angleterre & d’Hollande ; mais les droits d’entrée & de sortie sont si excessifs, qu’ils absorbent presque tout le profit qu’on y peut faire.
Les principales manufactures du pays d’Aunis, sont les rafineries de la Rochelle, dans lesquelles on rafine tout le sucre crû qui vient des Isles. A Rochefort & à Barbesieux il y a des manufactures de toiles.
L’art & l’industrie des habitans de ce pays fournissent de l’eau de vie sucrée qu’on fait à la Rochelle, & qui est beaucoup meilleure que celle qu’on fait ailleurs. La fenoüillette de Ré est aussi très-estimée. Le sel polychreste des sieurs Seignette est connu & recherché dans toute l’Europe
§ 4. Il y a à la Rochelle un Collége (où les Jesuites enseignent les basses Classes & la Philosophie.) [, qui fut fondé par Lettres Patentes du Roi Charles IX. données à Paris au mois de Fevrier 1561. Ces Lettres ordonnent qu’il y aura dans la ville, pour l’instruction de la jeunesse, un College composé d’un Principal & de quatre Régens. Au mois de Juin de l’an 1590. le Roi Henri IV. assigna un fond de deux mille livres de rente pour l’entretien de ce College, qui fut donné aux Jesuites par le Roi Louis XIII. en l’année 1630. Ils y ont toujours enseigné, depuis ce tems, les basses Classes & la Philosophie. ] Il y a aussi dans cette Ville un autre Collège ou espece d’agrégation de Médecine, & une Ecole pour l’Anatomie & la Botanique pour l’instruction des jeunes Chirurgiens & Apoticaires.
ARTICLE III. Le Gouvernement Militaire du païs d’Aunis.
Il y a un Gouverneur General du pays d’Aunis, de la Rochelle, Broüage, Isles de Ré, d’Oleron, & Terres adjacentes. Il a sous lui un Lieutenant General, un Lieutenant de Roi, & plusieurs Gouverneurs particuliers dont je vais parler. Le Gouverneur particulier de la Rochelle a sous lui un Lieutenant de Roi, un Major, & un Aide-Major. Il n’y a que douze Paroisses dans ce Gouvernement, y compris celle de la Ville.
L’Isle de Ré, la Ville & Citadelle de saint Martin, le Fort de la Prée ont un Gouverneur particulier, sous lequel il y a double Etat Major, un pour la Ville, & un pour la Citadelle.
Le Gouverneur particulier de Broüage a dans son Gouvernement vingt-neuf Paroisses qui sont dans l’abonée de Marennes, & vingt-trois dans la grande Terre. Il y a aussi un Gouverneur particulier du Château de Chapus que le Roi a fait bâtir sur un rocher pour défendre l’entrée de la riviere de Seudre, & faciliter le secours que l’on voudroit faire passer dans l’Isle d’Oleron.
Le Gouverneur particulier de l’Isle d’Oleron a sous lui un Etat-Major, de même que les autres Gouvernemens particuliers dont je viens de parler.
Il y a encore dans l’Aunis quelques Forts qui sont gardez par des détachemens qu’on fait de Broüage & d’ailleurs.
Les Capitaines Gardes-côtes établis pour empêcher les surprises que les ennemis pourroient faire en tems de guerre, commandent une Milice composée de huit ou neuf mille hommes.
En 1720. on établit un Prevôt général à la Rochelle, avec un Lieutenant, un Assesseur, un Procureur du Roi, & un Greffier.
ARTICLE IV. Description des Villes & Lieux les plus remarquables du Gouvernement d’Aunis.
Ce Gouvernement renferme les Villes de la Rochelle, de Rochefort, de Broüage, de Marennes, d’Alvert, de la Tremblade, de Saujon, de Royan, l’Isle de Ré, & l’Isle d’Oleron.
(En Latin Rupella, au bord de l’océan, à deux lieues de l’Isle de Ré, à quatre de celle d’Oleron, & à douze de Saintes. Cette Ville doit ses commencemens à un Château qu’on y bâtit pour s’opposer aux descentes des Normans. Après la ruïne de Chastel-Aillon, qui n’en étoit qu’à deux lieuës, & dont il ne reste plus qu’une vieille tour, l’on bâtit un grand nombre de maisons auprès du Château de la Rochelle, qui par succession de tems est devenu une Place très-forte, & une Ville très-marchande. Eleonord de Guyenne la porta avec ses autres Etats à Henry Duc de Normandie, & depuis Roi d’Angleterre. Loüis VIII. sur le refus que fit le Roi d’Angleterre de lui rendre foi & hommage pour le Duché de Guyenne, assiégea la Rochelle, & la prit en 1224. Nos Rois la possederent depuis jusqu’au Traité de Bretigny, par lequel elle fut cedée aux Anglois contre la volonté des habitans, qui dans la suite portèrent leurs plaintes au Roi, & ouvrirent les portes à Bertrand du Guesclin. Le Roi de France de son côté leur envoya en même tems la confirmation de leurs privilèges. Le Calvinisme s’y introduisit en 1557. & dix ans après le Maire appellé Poutard livra cette Ville au Prince de Condé. L’autorité Royale n’y fut plus reconnuë, & on changea le Gouvernement en une Démocratie presque semblable à celle de Genève. Henry Duc d’Anjou frere de Charles IX. l’assiegea en 1573. & l’auroit emportée malgré la résistance du brave la Nouë qui la défendoit, si les Ambassadeurs de Pologne qui vinrent lui offrir cette Couronne, ne lui eussent fait lever le siege. Les Protestans triomphèrent dans cette Ville, & y tinrent la plûpart de leurs Synodes, jusqu’à ce que le Cardinal de Richelieu détermina le Roi Loüis XIII. à en faire le siege. Elle fut vigoureusement défenduë pendant treize mois par le Maire appellé Guitton, homme valeureux, & d’une grande expérience ; mais enfin il fallut se rendre en 1628. Les Anglois tentèrent plusieurs fois pendant le siege d’y jeter du secours, mais ils en furent empêchez par cette fameuse digue à laquelle on doit absolument rapporter la prise de cette Place. Cette digue avoit sept cens quarante-sept toises de longueur, & étoit de l’invention de Clément Metzau, qui pour récompense fut annobli. Jean Tiriau Maître Maçon de Paris la commença le deux de Décembre de l’an mil six cens vingt-sept. On en voit encore les ruïnes lorsque la mer est basse. Loüis XIII. fit son entrée dans la Rochelle le jour de la Toussaint de l’an 1628. & pour la punir de sa rebellion, fit raser ses fortifications, abolit les privilèges, & y rétablit les Prêtres & la Religion qui en avoient été bannis.)
[en Latin jadis, Portus Santonum, parce qu’elle faisoit partie de la Saintonge, & qu’elle étoit le meilleur port du pays, aujourd’hui Rupella, est la ville Capitale du Gouvernement d’Aunis. Elle est par les 46. degrés 10. minutes de latitude, & les 19. degrés de longitude, au fond d’un golfe de l’océan, à deux lieues de l’Isle de Ré, à quatre de celle d’Oleron, & à douze de Saintes. Cette ville doit ses commencemens à un Château qu’on y bâtit pour s’opposer aux descentes des Normans, nommé Vauclair, qui étoit situé sur le bord du port, où est à présent la place du Château & le petit bois. Après la ruine de Chastel-Aillon, qui n’en étoit qu’à deux lieues, & dont il ne reste plus qu’une vieille tour, l’on bâtit un grand nombre de maisons auprès du Château de la Rochelle, qui par succession de tems est devenu une Place très forte, & une ville très-marchande. Ce qui a principalement contribué à rendre cette ville riche & florissante a été de tous tems son port, dont le mouillage est bon & très-sûr. Cependant vers le milieu du siecle dernier, la mer y avoit apporté tant de vase, qu’il en étoit extrêmement incommodé ; ce qui engagea à y faire travailler pendant deux ans entiers : & on ôta plus de cinq pieds de hauteur de vase & de cailloutage du havre, & de l’entrée du port entre les deux tours. Malgré tant de travaux, l’ouvrage ne fut pas parfait : l’entrée du port & le havre se trouvèrent en 1729. aussi embarrassés de vase qu’ils l’eussent jamais été, & l’on fut dans la nécessité d’y faire recommencer les travaux : mais on prit mieux ses mesures ; & le port a été si bien nettoyé, qu’on peut actuellement y caréner des vaisseaux à flot, & faire approcher les bâtimens très-près des quais. Cet ouvrage a coûté près d’un million.
Dès l’an 930. les Rochelois équiperent quelques vaisseaux, avec lesquels ils donnèrent la chasse aux Pirates, qui infestoient leurs mers & leurs côtes & les défirent. Elbe de Mauleon, & Godefroi de Rochefort, leurs Seigneurs, pour récompense de cette victoire, leur accordèrent plusieurs privilèges, & leur permirent de porter désormais pour armes un navire, au lieu du bateau plat qu’ils portoient auparavant.
En 1140. Guillaume IX. dernier Comte de Poitou & Duc d’Aquitaine, s’empara de ce lieu, le renferma de murailles, & en fit une ville à laquelle il accorda de beaux privileges. Cette ville fit partie des Etats considérables qu’il donna en 1137. à Eleonor sa fille, en la mariant avec Louis VII. dit le Jeune, Roi de France. Ce fut pendant que ce Roi fut Maître de la Rochelle, qu’elle fut augmentée de la Paroisse de saint Barthelemi : cette nouvelle paroisse fut bâtie dans le champ de Guillaume de Ciré, par les soins du Prieur de l’Isle d’Aix, nommé Guillaume, & de Pierre de Mongon un de ses Moines.
Louis VII. ayant fait casser son mariage par le Concile de Beaugenci sur Loire, le mardi avant Pâques fleuries 18. Mars 1152. Eleonor épousa le 18. Mai suivant, Fête de la Pentecôte, Henri II. Comte d’Anjou, qui devint ensuite Roi d’Angleterre. Par ce mariage la Rochelle & toutes les terres du Duché d’Aquitaine passerent sous la domination des Anglois. Le Roi Henri & sa femme donnèrent la terre de Benon au Seigneur de Mauleon, sur lequel Guillaume dernier Comte de Poitou, & pere d’Eleonor, avoit usurpé la Rochelle, dont ils confirmèrent & augmenterent les privileges. Ils permirent aux habitans d’élire un Maire, un Soumaire & 76. pairs pour le Gouvernement de leur ville. Ce fut en 1199. que Robert de Montmirail fut élu premier Maire : & cette dignité qu’on changeoit tous les ans, & que plusieurs grands Seigneurs du Royaume n’ont pas dédaignée, a continué presque sans interruption jusqu’en 1628. Je parlerai dans la suite des différentes révolutions qu’a essuyé le Gouvernement municipal de cette ville.
La Rochelle fut sous la domination des Anglois jusqu’en 1224. que Louis VIII. sur le refus que fit Henri III. Roi d’Angleterre, de lui rendre foi & hommage pour le Duché de Guyenne, l’assiégea & Ja prit. Mais il confirma tous ses privileges. Nos Rois la posséderent depuis jusqu’au Traité de Bretigni en 1360, qu’elle fut donnée aux Anglois avec trois millions d’écus d’or pour la rançon du Roi Jean, qui avoit été fait prisonnier à la bataille de Poitiers en 1356. Et en 1363. Edouard Prince de Galles, Duc d’Aquitaine, prit possession de la ville, sur la donation que lui en avoit faite Edouard III. son père, Roi d’Angleterre.
Les choses resterent en cet état jusqu’en 1371. que les Rochelois conduits par Pierre Boudré, alors Maire de la ville, trouvèrent moyen d’attirer hors du Château Philippe Mancel avec la garnison Angloise qu’il y commandoit, laquelle fut investie par les bourgeois, & obligée de se rendre, ainsi que douze soldats que Mancel avoit laissés dans le Château, & qui furent conduits par mer à Bourdeaux. Pierre Boudré, se voyant maître de la ville, envoya des Députés au Connétable du Guesclin, pour lui offrir de remettre la Ville sous l’obéissance du Roi, mais à certaines conditions, dont les principales étoient qu’on établiroit une monnoye à la Rochelle, avec les mêmes prérogatives que celle de Paris ; que jamais la ville ne seroit détachée du Domaine du Roi, &c. Le Connétable ne jugea pas à propos d’accorder ces conditions sans la participation du Roi, auquel il envoya les Députés avec des saufs-conduits. Ils furent très-bien reçus du Roi, & en obtinrent plus qu’ils ne demandoient : car il accorda la noblesse au Maire & aux Echevins pour eux & leur postérité ; & peu de tems après, le Connétable du Guesclin vint prendre possession de la ville au nom du Roi.
Il est constant que la Rochelle auroit toujours demeuré fidele à ses Princes légitimes, si le Calvinisme ne se fût pas introduit dans son sein. D’abord il n’y fut prêché que de nuit & en secret, & ceux même qui en faisoient profession étoient bien éloignés de vouloir sortir de l’obéissance qu’ils devoient au Roi. En 1557. le Comte de la Rochefoucaud fit plusieurs tentatives inutiles pour se rendre maître de la Rochelle : les portes lui furent fermées, & le Ministre Ambroise Faget, qui s’étoit avisé de faire sur cela des remontrances, fut obligé lui-même de se cacher, & de s’enfuir.
Quelques années après, le Capitaine Faget, qui avoit quelques intelligences dans la ville, trouva moyen de s’y introduire & d’ameuter cinq ou six cens hommes, avec lesquels il s’empara de la Tour de la chaîne & de la porte saint Nicolas, qu’il ne s’agissoit plus que d’enfoncer pour faire entrer quelque cavalerie qui devoit le seconder : le nommé Bajot de Fontenai fit pour cela des efforts aussi longs qu’inutiles. Pendant ce tems-là, le Maire nommé Pineau revint de la frayeur que lui avoit causée le premier bruit de l’allarme, sortit d’une étable où il s’étoit caché, prit les armes, & fut joint par la plus grande partie des habitans, qui prirent prisonniers Chenet, Bajot de Fontenai, & d’autres de leur cabale, dont les uns furent pendus, les autres bannis. Bajot eut le poing coupé, pour avoir voulu enfoncer l’une des portes de la ville ; & Chenet, dont le procès traina en longueur, évita le dernier supplice par l’Edit de Paix.
La tolérance accordée aux Calvinistes par cet Edit donna lieu à ceux de la Rochelle & des environs de s’y rassembler, pour célébrer leur Cène ; ce qu’ils firent pour la premiere fois le dernier du mois de Mai de l’an 1562. Au sortir de cette cérémonie, plusieurs Calvinistes, animés par les discours séditieux de leurs Ministres, se portèrent à de grands excès contre les Eglises & les Prêtres Catholiques. Au mois d’Octobre suivant, Antoine de Bourbon, Duc de Montpensier, Messieurs de Candal, d’Estissac, de Chavigni, &c. arriverent à la Rochelle avec sept à huit mille hommes, firent relever les Autels abattus, & recommencer le culte divin interrompu par les Protestans.
Charles IX. après avoir pacifié la France par son Edit du 19. Mars 1563. visita plusieurs villes de son Royaume, dans le dessein d’y affermir la tranquillité. Il arriva à la Rochelle le 14. Septembre de l’an 1565. & y fit son entrée solennelle, accompagné de la Reine sa mere, du Duc d’Anjou son frere, de Madame Marguerite, & d’un grand nombre de Seigneurs de sa Cour. Le Roi fut très satisfait de la réception que les Rochelois lui firent, & ne quitta leur ville que le 18. Septembre de cette même année. Peu de tems après le départ du Roi, les Protestans, dont le nombre augmentoit sans cesse considérablement dans la ville, lui firent craindre quelque désobéissance. Il donna le Gouvernement de la Rochelle à Jarnac, entre les mains duquel on remit toute l’artillerie & les munitions de guerre de la ville : & la garde des plus grosses Tours fut confiée à Monlieu & S. Aulaie ses enfans. Cependant les habitans firent tant auprès du Roi, qu’il leur rendit encore la garde de leurs tours & de leur artillerie.
Parmi tant de mouvemens & de fermentation, le sieur François Pontard de Treuil-Charais fut fait Maire de la Rochelle en 1568. C’étoit un homme remuant, & totalement dévoué à l’Amiral de Coligni, à la sollicitation duquel il fit soulever la ville en faveur du parti Protestant. Et bientôt après, elle fut livrée au Prince de Condé. Depuis cet instant, la Rochelle devint, pour ainsi dire, la Métropole des Calvinistes en France, le refuge des séditieux, & le boulevard formidable qu’ils étoient toujours prêts d’opposer à l’autorité Royale. Les choses en vinrent à un tel point, que le Marêchal de Biron eut ordre d’investir cette ville au mois de Novembre 1572. & le Duc d’Anjou en vint former le siege le 11. Février 1573. Les habitans défendirent leur ville avec opiniâtreté : le fanatisme eut peut-être autant de part à cette belle defense que le courage : plus de cinquante Ministres les animoient sans cesse, & étoient toujours prêts à leur persuader, que ceux qui étoient tués par les Catholiques étoient autant de martyrs. La ville essuya plus de 30. mille coups de canon, ce qui étoit considérable en ce tems-là, neuf grands assauts, plus de vingt autres moindres, & près de soixante & dix mines, & souffrit une cruelle famine. La nouvelle de l’élection du Duc d’Anjou termina ce siege le 24. Juin de l’an 1573. L’empressement de ce jeune Prince à aller prendre possession de son nouveau Royaume, lui fit hâter la conclusion d’un traité avec les Rochelois, par lequel ils demeurèrent maîtres absolus de leur ville ; ce qui augmenta encore leur confiance : & ils garderent si peu de ménagemens dans la suite, que le Cardinal de Richelieu détermina le Roi Louis XIII. à en faire le siege une seconde fois, & ce Roi arriva au camp devant la ville le 17. Octobre 1627. Elle fut vigoureusement défendue pendant treize mois par le Maire appellé Guitton, homme valeureux, & d’une grande expérience -, mais enfin il fallut se rendre en 1628. Les Anglois tentèrent plusieurs fois pendant le siege d’y jetter du secours, mais ils en furent empêchés par cette fameuse digue à laquelle on doit rapporter la prise de cette Place ; quoique peut-être l’intrigue qu’employa le Cardinal de Richelieu, auprès du Duc de Buckingam qui commandoit la flotte envoyée par les Anglois pour secourir la Rochelle, contribua autant & peut-être davantage à la réduction de cette ville, que cette fameuse digue, qui d’ailleurs ne peut être regardée que comme un prodige de l’art. Cette digue avoit sept cens quarante-sept toises de longueur, & étoit de l’invention de Clément Metzau, qui pour récompense fut annobli. Jean Tiriau, maître Maçon de Paris, la commença le deux de Décembre de l’an mil six cens vingt-sept. On en voit encore les ruines lorsque la mer est basse. Louis XIII. fit son entrée dans la Rochelle le jour de la Toussaints de 1628. & pour la punir de sa rébellion fit raser ses fortifications, abolit ses privilèges, & y rétablit les Prêtres & la Religion qui en avoient été bannis. ]
Loüis le Grand voulut mettre cette Ville hors d’insulte l’an 1689. & y fit faire de nouvelles fortifications par le Maréchal de Vauban. Elles consistent en dix-neuf grands bastions & huit demi-lunes enveloppées d’un fossé & d’un chemin couvert. La Place en général est revêtuë d’une bonne muraille.
L’enceinte du côté du Port est formée par une épaisse muraille, sur laquelle est un petit bastion. Le reste est flanqué de tours rondes à l’antique qui servent de magasin. Le Port est défendu par deux gros ouvrages à corne. Celui de Tadon a sa porte couverte d’une demi-lune, & est retranché de deux autres demi-lunes. Celui qui est à l’entrée du Port n’a qu’un petit ouvrage en forme de batterie à l’angle flanqué du demi-bastion du côté de la mer.
Le droit de Commune, comme je l’ai dit plus haut, fut accordé à la Rochelle par Henri II. Comte d’Anjou, quand il fut devenu maître de cette ville, par son mariage avec Eleonor de Guyenne : ce droit consistoit en la permission qu’il donna aux Rochelois en 1199. de s’élire un Maire, un Soumaire, 24. Echevins, & 76 Pairs pour le gouvernement de leur ville. La Mairie annuelle fut supprimée en 1535, & changée l’année suivante en une Mairie perpétuelle, dont Messire Charles Chabot, Seigneur de Jarnac, fut en possession pendant près de 14. ans. Le Roi Henri II. rétablit par un Arrêt de l’an 1548. le Corps & College des cens Pairs & Echevins de la Rochelle. Il est y dit entre autres choses que les habitans de la Rochelle ont droit de Commune, avec toutes libertés & franchises appartenant à droit de communité, campanes, convocations, assemblées, haute Justice, moyenne & basse, cens, rente, & domaine. Donnant pouvoir auxdits cent Pairs & Echevins de pourvoir à l’état de garde à la petite tour de la chaîne, comme ils avoient accoutumé auparavant l’an 1530. En 1566. le nombre des Echevins & Pairs de la Rochelle fut réduit à 24. mais bientôt après il fut rétabli sur le même pied qu’il étoit auparavant.]
Le Roi [ Louis XIII.] s’étant rendu maître de la Rochelle par la force des armes, il supprima le Corps de Ville en 1629. avec tous ses droits & privileges, & ordonna que les affaires de la Communauté fussent administrées par un Conseil de direction. L’an 1694. Loüis le Grand ordonna d’y former un Corps de Ville, & créa pour cet effet un Office de Maire, quatre Echevins, & divers autres Officiers. Comme par l’Edit du mois de Juin 1717. le Roi a supprimé les Charges de Maire, & les autres Offices créez dans les Hôtels de Ville depuis 1690. les habitans de la Rochelle ont supplié sa Majesté d’y rétablir un Corps de Ville à l’instar des autres Villes du Royaume. A ces causes le Roi par sa Déclaration du 5. Février 1718. a établi à la Rochelle un Corps de Communauté, & Hôtel de Ville, composé d’un Maire, de quatre Echevins, de dix Conseillers de Ville, & d’un Procureur Syndic dont sa Majesté se reserve la nomination pour la premiere fois seulement. Dans les cérémonies publiques ce Corps de Ville marchera à la gauche du Présidial : le Maire portera la robe d’écarlate, & les Echevins & le Syndic la porteront de satin noir.
Après la prise de la Rochelle en 1628. Loüis XIII. accorda à M. de S. Simon qui étoit pour lors dans le fort de sa faveur, tous les emplacemens des fortifications, dont il a fait des baux à divers particuliers qui y ont fait bâtir des maisons, à la charge de lui payer aux mutations les lots & ventes établis par la coûtume, & a formé une Seigneurie appellée le Fief S. Loüis, dont le Juge a une Commission particuliere du Roi.
[On entre dans cette ville par plusieurs portes, dont une des plus remarquables est celle du gros horloge, qui jadis étoit composée de deux arcades assez étroites, dont une étoit destinée pour servir de passage aux voitures, & l’autre pour les gens de pied : elles étoient séparées par un pilier énorme, qui supportoit tout le massif de la porte. En 1672. un Architecte nommé Moïse trouva moyen de supprimer le pilier, & de réduire les deux arcades en une qui est grande & commode. Au dessous de cette arcade, du côté du havre, on a placé les armes du Roi, qui ont pour cimier un soleil avec cette inscription. NEC PLURIBUS IMPAR. Ludovico XIV. Regum Omnium terra marique Potentissimo feliciter Regnante, porta hæc maritimæ a sæculo impervia patuit anno 1672.
L’Hôtel-de-Ville de la Rochelle est un ancien édifice estimé des connoisseurs, que la ville destine pour loger les Gouverneurs & Commandans de la Province. Le grand escalier qui est placé au dehors, & au haut duquel on voit une statue d’Henri IV. est une pièce d’architecture des mieux entendues.
Il y a une place qu’on nomme, la place des petits bancs : elle est entourée de maisons assez agréables, & est située dans le plus beau quartier de la ville. Au milieu de cette place est une fontaine construite du tems de la naissance du Dauphin, fils de Louis XIV. & qu’à cause de cela on nomme la fontaine Dauphine. Les armes de ce Prince sont à la principale face, & sur le haut de son dôme est le buste de ce Dauphin. Le corps de cette fontaine est octogone. Chaque face étoit chargée de grandes plaques de bronze, qui représentoient quelques-unes des plus belles actions du siége de cette ville avec des inscriptions qui faisoient mention de sa rébellion, de sa réduction, & de sa capitulation : ces inscriptions furent enlevées de nuit en 1718. Le Marêchal de Chamilli, qui étoit pour lors Commandant à la Rochelle, fit bien des perquisitions inutiles pour découvrir l’auteur de cette action.
La place d’armes est des plus belles qu’il y ait dans le Royaume, tant par son étendue, que par sa régularité : on la nomme la place du Château. Elle est parfaitement quarrée : trois de ses côtés ont de belles allées d’ormeaux, le quatrième est à découvert pour la rue, & pour les maisons qui sont au-devant, & dans le fond il y a six rangs de charmille, qui composent cinq allées d’une grande beauté.
En l’année 1202. Alexandre Offroi, riche négociant de la Rochelle, y fonda l’Hôpital de S. Barthelemi, pour l’entretien des pauvres habitans malades, & ordonna par son testament, que les Maires & Echevins en seroient les Administrateurs nés, & en nommeroient les Directeurs ; ce qui fut exécuté jusqu’en 1682, auquel tems Louis XIV. ordonna que cet Hôpital seroit régi par les Freres de la Charité, & qu’on donneroit le tiers du revenu de cet Hôpital aux Religieuses Hospitalieres, pour en établir un autre destiné pour les femmes malades.
Le Monastere des Carmes de la Rochelle fut fondé en 1293. hors la ville, près la porte des deux moulins, puis transféré sous Henri II. au bourg du Perror. Les bâtimens & les revenus de ce Monastere étoient autrefois si considérables, que les Carmes Anglois, qui en étoient possesseurs, ne se donnèrent à la Province de Touraine, qu’à condition que le Prieur auroit, comme il a aujourd’hui, le pas sur tous les autres Prieurs au Chapitre Provincial. Mais pendant les guerres de Religion, l’on a fait au milieu du terrain appartenant à ce couvent une rue, nommée aujourd’hui la rue des Carmes, ce qui a beaucoup diminué son étendue.
Il y a encore en cette ville une maison des PP. de l’Oratoire, qui doit son établissement à Jacques Gasteau, Docteur en Théologie de la Faculté de Paris & de la maison de Sorbonne ; grand Vicaire de l’Evêque de Saintes dans le district de la Rochelle, qui pour lors, c’est-à-dire en 1613. n’étoit pas encore érigée en Evêché. Il fut un des six vénérables Prêtres avec lesquels M. de Berulle commença la Congrégation de l’Oratoire. Il faut que Jacques Gasteau ait possédé au plus haut point le talent de persuader, puisqu’il eut assez d’ascendant sur les esprits de tous les Curés de la ville, & de tous les Chanoines & Bénéficiers de l’Eglise Collégiale de saint Jean hors les Murs, pour leur persuader de se demettre de tous leurs Bénéfices en Cour de Rome, en faveur de l’union à l’Oratoire qu’on y établiroit par ce moyen-là, pour y faire à leur place toutes leurs fonctions. Il est vrai, qu’il leur donna l’exemple le premier, en se demettant aussi, à pareille fin d’union, de son Prieuré de S. Martin d’Aix, & de celui de S. Jean hors les Murs. Ces unions, cimentées en bonne forme par les deux Puissances, leur ont donné, outre leur maison & Eglise de S. Marguerite, les trois Eglises paroissiales de S. Sauveur, de Notre-Dame de Coigne, & de S. Barthelemi qu’ils desservent. Ils eurent beaucoup à souffrir de la part des Calvinistes, par lesquels ils furent chassés pendant les guerres de Religion : mais Louis XIII. les rétablit après la prise de la ville en 1628. Lors de la révocation de l’Edit de Nantes, les PP. de l’Oratoire travaillerent très-utilement dans la Rochelle, pour ramener au sein de l’Eglise Catholique un grand nombre de Protestans, par la voye des controverses & des conférences publiques & particulières, qu’ils y firent faire par d’habiles gens, & entre autres par les PP. d’Urfé & Charrentier.
Jean de Conan, Maire de cette ville en 1516. fonda pendant sa Mairie le couvent des Jacobins, & fit bâtir les grandes écoles où l’on enseignoit à la jeunesse les langues & les sciences.
Il y a encore en cette ville un couvent de Religieuses Ursulines, un de Récolets, & un d’Augustins. Ces Religieux avoient été chassés de leurs Monasteres pendant les troubles & les guerres de Religion, mais Louis XIII. les y rétablit vers l’an 1631.
Le Roi par Lettres Patentes en forme d’Edit, données à Versailles au mois d’Avril 1732. a établi une Académie de Belles Lettres à la Rochelle, pour cultiver & perfectionner l’Eloquence & la Poësie, à l’instar des autres corps Académiques du Royaume. Elle est sous la protection de Monseigneur le Prince de Conti, & est composée de trente Académiciens qui ont été nommés par le Roi, qui s’est réservé encore pour une fois de nommer cinquante personnes, à mesure que les sujets se présenteront pour remplir le nombre des trente. Dans ce nombre il y a un Directeur, un Chancelier & deux Secrétaires.
La Rochelle a produit plusieurs personnages illustres, & entre autres, Pierre d’Oriole, Seigneur de Loiré en Aunis. Maire de cette ville en 1451. & en 1456, étant alors général des Finances, charge qu’il quitta le 26. Juin 1472. pour celle de Chancelier de France, dont Louis XI. l’honora. Pendant qu’il en fut revêtu, il fut envoyé avec le Seigneur de Craon, pour faire un traité avec le Duc de Bourgogne qui étoit avec une armée sur la frontière de Picardie. Ce traité ne fut point observé par Louis XI. qui prétendit que ces Ministres avoient excédé leur pouvoir, & il les désavoua. D’Oriole présida au jugement du Duc d’Alençon en 1474. à celui du Connétable de S. Paul en 1475 . Il fut malgré tous ses services destitué de sa charge de Chancelier au mois de Mai 1483. Au lieu de laquelle il fut pourvu de celle de premier Président de la Chambre des Comptes, par Lettres du 23. Septembre de la même année. Il en prêta le serment le 14. Mai 1484. & mourut le 14. Septembre 1485.
Il étoit fils de Jean d’Oriole, bourgeois & Maire de la Rochelle en 1430. & de Colette de Guecharroy, Il fut marié d’abord à Colette Luzeau, & en secondes noces à Charlotte de Bar, fille de Jean de Bar, Seigneur de Baugy, veuve de Guillaume Varie, Seigneur de l’isle Savari, General des Finances. Et ce fut Louis XI. lui-même qui souhaita ce mariage.
Louis Rattuit, Comte de Souches, étoit fils d’un Gentilhomme de la Rochelle, nommé Jean Rattuit sieur des Barres : il sortit de France après la guerre des Protestans, & s’en alla en Suede, où par les bons services du Comte de la Gardie il obtint en peu de tems un Régiment de dragons, puis un autre d’infanterie. Il eut querelle avec son Général, se battit avec lui, rendit ses commissions, & alla se mettre au service de l’Empereur Ferdinand II. avec lequel il fit une fortune considérable. Il eut d’abord un Régiment de dragons, puis il devint successivement Gentilhomme de la Chambre de l’Empereur, Conseiller de guerre & d’Etat, Maréchal de Camp général, & Commandant général des frontieres d’Esclavonie. Il mourut en Moravie en 1682. âgé de 74. ans. Sa postérité s’est éteinte en la personne de Charles Joseph Comte de Souches, son petit-fils, dernier du nom, mort à Vienne le 31. Décembre 1736.
Nicolas Venette, Docteur en Médecine, Professeur du Roi en Anatomie & Chirurgie, & Doyen des Médecins agrégés au College Royal de la Rochelle, fit imprimer à Amsterdam en 1686. sous le nom de Salocini Vénitien, un livre intitulé, la Génération de l’homme, ou le Tableau de l’amour conjugal : livres pernicieux pour les jeunes gens, & dans lequel l’auteur donne bien des préceptes également inutiles & dangereux. Cet ouvrage n’a pas laissé d’être imprimé plusieurs fois en François, & d’être traduit en Allemand & en Flamand : c’est-à-dire, qu’il a eu beaucoup plus de succès qu’il n’en méritoit. Au reste, quoique Nicolas Venette ait été pendant long-tems Professeur en Médecine à la Rochelle, je n’ai pû découvrir s’il y étoit né.
La Rochelle a fourni à l’Académie Françoise, deux sujets du nom de Tallemand. L’un nommé François y fut reçu en 1651. Il fut pendant 24. ans Aumonier du Roi, puis de Madame. Il entendoit parfaitement le Grec, l’Italien, l’Anglois & l’Espagnol : il a traduit les Hommes Illustres de Plutarque, & l’histoire de Venise de Nani. Il est mort le 6. Mai 1693. âgé de 73. ans. Le second se nommoit Paul. Il fut reçu à l’Académie en 1666, & fut Intendant des Devises & Inscriptions des Edifices Royaux. Il a publié des remarques de l’Académie sur la langue, fait l’éloge de M. Colbert, & la vie de Benserade. Il est mort en 1712.
Je ne dois pas finir cet article sans parler de François Olivier, Garde des Sceaux & Chancelier de France sous François I. dont l’ayeul Jacques Olivier, Procureur au Parlement de Paris, étoit né à un petit village près la Rochelle nommé Bourgneuf. Le fils de ce Procureur, nommé aussi Jacques Olivier, fut un homme d’un mérite distingué, qui fut chargé de plusieurs commissions honorables & importantes, & qui fut fait premier Président du Parlement par Lettres Patentes données à Paris le 18. Mai 1517. Mais il ne jouit pas long-temps de cette charge étant mort le 20. Novembre 1519. Son fils François Olivier marcha sur les traces de son père : il fut comme lui plein de candeur, d’éloquence & d’érudition & de zèle pour le bien public. Il fut honoré de plusieurs Ambassades importantes, & fut fait successivement Président au Parlement de Paris en 1543. Garde des Sceaux en 1544. & enfin Chancelier de France, après la destitution de Guillaume Poyet, par Lettres Patentes du 18. Avril 1545. Sa mauvaise santé l’ayant obligé de remettre les Sceaux, il demanda qu’il lui fût permis de conserver la charge de Chancelier dans sa retraite : cela lui fut accordé par Lettres du Roi Henri II. données à Chambort le 2. Janvier 1550. Le Roi François II. le rappella à la Cour au mois de Juillet 1559. & lui remit l’exercice de sa charge, dont il ne fit pas long-tems les fonctions. Le Gendre rapporte qu’il mourut de douleur, de voir la rigueur avec laquelle on fit mourir ceux des Huguenots qui avoient tramé une conjuration en 1560. pour enlever le Roi à Amboise. Il y en eut plus de quatre cens qui eurent la tête tranchée, autant au moins de pendus, & beaucoup plus de noyés. Ces cruelles exécutions, faites contre l’avis du Chancelier, le fraperent au point qu’il en tomba malade. Le Cardinal de Lorraine étant allé le visiter, Olivier lui tourna le dos, le regardant comme l’auteur de tous les malheurs de l’Etat. Il mourut de cette maladie à Amboise le 30. Mars 1560, regretté de tous les gens de bien. Quelques Historiens l’accusent d’avoir un peu favorisé le parti des Calvinistes.]
ROCHEFORT, Rupifortium, sur la Charente, à cinq lieuës de son embouchure. Les côtes de France sur l’Océan sont naturellement de si difficile accès, & les rades y sont si dangereuses, qu’il n’y avoit gueres que le Port de Brest où les Vaisseaux pussent être en sûreté. Loüis XIV. fit sonder en plusieurs endroits, & on trouva enfin qu’on pouvoit faire un Port à l’embouchure de la Charente, & que cette riviere avoit assez de profondeur pour les plus grands bâtimens. (Sa Majesté prit aussi-tôt la résolution de faire en ce lieu-là un établissement considérable, & pour cela acheta en 1665, le petit Château de Rochefort qui appartenait à un Gentilhomme qui tenoit cette Terre par engagement de sa Majesté). [Sa Majesté ayant jetté d’abord les yeux sur Soubise & ayant même commencé à y faire construire, & à y envoyer des vaisseaux, abandonna tout-à-coup ce projet, parce que M. de Rohan, Seigneur de Soubise, refusa de vendre cette terre. Quoique ce lieu fût très avantageux pour la marine, n’étant ni trop éloigné, ni trop près de la mer, & l’ancrage y étant très-bon, cette opposition de M. de Rohan fit prendre le parti de chercher sur la même riviere un lieu convenable. On remonta jusqu’à Tonnai-Charente & l’on s’y fixa. La situation de cette ville étoit encore très-avantageuse : l’eau y est excellente, l’air y est pur, & l’on trouva dans son voisinage toutes les commodités pour l’établissement d’un port. En effet, on y en commença un, on traça le plan d’un parc, on planta des piquets, on détermina les lieux des magazins, & le 12. Juillet 1664. les vaisseaux du Roi entrèrent dans la riviere. Les embarquemens & débarquemens s’y faisoient déjà, la marine y étoit même florissante, & M. d’Apremont y avoit désarmé une escadre d’onze vaisseaux. Mais M. de Mortemart, à qui appartient Tonnai-Charente, ayant fait difficulté de vendre sa terre, le Roi fit encore abandonner cet établissement, pour le transférer à Rochefort : & pour y parvenir il acheta en 1665, le petit Château de Rochefort, qui appartenoit à un Gentilhomme qui tenoit cette Terre par engagement de sa Majesté.] On traça un plan de Ville de la grandeur de Bourdeaux ; on y marqua les emplacemens pour l’Arsenal & pour les magasins du Roi, & on abandonna le reste à des particuliers qui offrirent de bâtir des maisons à un denier de cens par carreau. Les ruës de cette Ville sont les plus belles qui se voyent en aucune de France, & les murailles qui enferment l’enceinte, soûtiennent un rempart orné de deux rangs d’arbres qui sont d’un grand agrément. L’Arsenal est le plus grand, le plus beau, le plus achevé, & le plus magnifique du Royaume. Il est composé d’un beau chantier de construction, de trois grands bassins appellez Formes, pour les radoubs, & de très-grands magasins où l’on trouve tout ce qui est nécessaire à l’armement & à l’équipement des Vaisseaux. On voit proche la porte de Martrou un grand & superbe bâtiment qu’on nomme les Casernes, parce qu’il avoit été bâti pour loger les Gardes de la Marine, mais on a changé sa destination, il sert à loger les Compagnies franches de la Marine, leurs Officiers, & l’Inspecteur. Le Roi a fait bâtir dans le plus bel endroit de la Ville un Couvent pour les Capucins. La place publique porte le nom de ces Religieux. Elle est vaste & réguliere, & entourée de maisons bien bâties & presque toutes uniformes. La Maison du Roi où loge l’Intendant est bâtie sur le bord de la riviere, & a vûë sur une belle prairie de trois ou quatre lieuës d’étenduë, & sur des côteaux très-agréables. Elle a dans sa dépendance des jardins fruitiers & potagers, des parterres, & une cour ornée de trois grandes allées d’arbres. L’avenuë de cette maison est formée par une allée d’ormeaux, qui a cent toises de long. L’Hôpital que le Roi y a fait bâtir est magnifique, & dans le même allignement que le magasin des vivres. Il y a aussi un Seminaire pour les Aumôniers des Vaisseaux, qui sont dirigez par les Peres de la Mission. Sa Majesté ajoûta à tout cela par ses Lettres Patentes de l’an 1669. des Foires & de très-beaux privilèges, entre autres l’affranchissement des droits pour toutes les denrées qui s’y consument.
Le Corps de Ville qui y avoit été établi ayant été supprimé par Edit du mois de Juin 1717. le Roi par Déclaration du 5. Mars 1718. accorda à cette Ville un Corps de Communauté & Hôrel de Ville, composé d’un Maire, de deux Echevins, & de six Conseillers. Les portes de la Ville sont gardées par les habitans, qui font aussi toute la nuit une patroüille à cheval pour empêcher les vols & les autres désordres. Le sejour de Rochefort est très-mal sain pendant les mois d’Août, de Septembre, & d’Octobre. On attribue cette malignité de l’air à deux principales causes, dont la premiere est que cette Ville est à couvert du vent du Nord, qui est le plus sain de tous ; & la seconde vient de ce que les eaux y sont très-mauvaises, n’y ayant qu’une seule fontaine dont les canaux sont sujets à des réparations continuelles, & réduisent très-souvent les habitans à la nécessité de se servir des eaux de leurs puits.
L’entrée de la riviere & de la rade est défenduë par plusieurs Forts qui la rendent inaccessible aux Vaisseaux qui voudroient venir attaquer cette Ville. On a bâti un Fort à l’Isle d’Aix, & l’on y a même tracé une petite Ville. Vis-à-vis de cette Isle il y a une anse dans laquelle on a bâti en 1689, une redoute bien revêtue, fresée & palissadée, qu’on appelle l’Aiguille. A l’entrée de la riviere du côté de l’Aunis, il y avoit une tour fort ancienne nommée Fourax, dont le Roi remboursa le prix au propriétaire, & fit faire un Fort. L’on en a fait un autre un peu plus haut, qui est de bois & de terre, & que l’on appelle le Fort de la pointe. Au Vergeron à une lieuë de Rochefort, il y a une Estacade qui traverse la riviere, & est défenduë par un Fort dans lequel il y a quarante-quatre pieces de canon.
MARANS est un gros Bourg sur la Seure, qui est le lieu du Royaume le plus marchand en bled.
SURGERES est un Bourg assez joli, renommé pour ses foires de chevaux, & connu dans l’Histoire pour avoir été la patrie de Raimond Perauld, Evêque de Saintes, puis de (Gurce) Gurck en Allemagne, qui fut fait Cardinal en 1493.
BROUAGE, Broagium. Cette Ville est dans un lieu marécageux, & la marée monte jusques sous ses murailles, & une lieuë plus haut. M. de Valois croit que c’est ici le Portus Santonûm de Ptolemée. Elle fut d’abord nommée Jacqueville du nom de Jacques de Pons son Fondateur, & fut fortifiée par Hardoüin de Villiers après la bataille de Moncontour, pour la défendre contre les Calvinistes qui s’en étoient emparez auparavant. Après la prise de la Rochelle, le Cardinal de Richelieu fit fortifier de nouveau cette Place. Il en eut le Gouvernement, qui depuis a été possedé par le Cardinal Mazarin. Broüage est très-connu par la bonté & l’abondance de son sel. Il y a ordinairement une Garnison de cinq à six cens hommes, dont on fait des détachemens pour garder les Forts qui en dépendent. Son havre qui étoit autrefois très-bon, est à présent comblé par la vaze que la mer y porte. Le Roi fit expédier en 1688. des Lettres Patentes pour son rétablissement, qui n’ont pas été jusqu’à présent exécutées. C’est dans ce havre que se font les cargaisons de sel pour la Ferme generale, & il y a un Bureau qui est d’un revenu considérable, tant pour sa Majesté que pour plusieurs Seigneurs qui ont des droits sur le sel. Cette Ville consiste en cinq ou six rues tirées à la ligne, qui viennent se terminer à la grande place.
Le Fort Chapus est un Gouvernement particulier, dont la Garnison est un détachement de celle de Broüage.
MARENNES, Marinae, est entre la riviere de Sendre & le havre de Broüage. Les huitres vertes qu’on pèche aux environs ont une grande réputation. Il n’y a dans Marennes qu’une seule Paroisse qui est la plus grande, la plus riche, & la plus peuplée de la Province. Il y a douze gros villages qui en dépendent. C’est ici qu’est le siége de l’Amirauté de Broüage & celui de l’Election. Le Comte de Soissons & l’Abbesse de Saintes partagent la Seigneurie, & y ont leurs Juges. Il y a aussi des Jesuites & des Recollets, qui sont principalement occupez à la couversion des Calvinistes.
SOUBIZE, Solbisia, est un Bourg fort ancien, situé sur la riviere de Charente, à deux lieues de la mer. Cette Seigneurie a long-tems appartenu à la Maison de Parthenay, & n’avoit autrefois que le titre de Baronnie, mais elle a été érigée en Principauté au commencement du regne de Loüis le Grand, en faveur d’une branche de la Maison de Rohan. Il y a sept Paroisses qui en dépendent, & elle vaut dix ou douze mille livres de rente. L’Isle Madame située à l’embouchure de la Charente en dépend. Il y a dans Soubize des Marchands fort riches, & l’air & les eaux y sont si salutaires, que ceux de Rochefort s’y font souvent transporter pour rétablir leur santé, & y mettent leurs enfans en nourrice préferablement à tout autre endroit. Au reste cette Principauté est dans l’étenduë du Gouvernement de Brouage, & dans l’abonée de Marennes.
Alvert est une Presqu’isle qui produit beaucoup de pins, & d’autres arbres verds.
LA TREMBLADE n’est qu’un village très-peuplé & bien bâti qui dépend de la Paroisse d’Alvert, & qui avant l’établissement de Rochefort, étoit le Port le plus considérable qu’il y eût en Saintonge. Présentement il n’y a que des Marchands qui y font un assez grand commerce.
SAUJON étoit autrefois une Ville forte, qui n’est aujourd’hui qu’un petit bourg accompagné d’un Château bâti par le Cardinal de Richelieu. Il est situé sur la rivière de Sendre, & le Cardinal de Richelieu y vouloit faire aboutir un canal de communication de la Gironde à la Sendre. Saujon est dans l’étenduë du Gouvernement de Broüage, quoiqu’il ne soit pas de l’abonée de Marennes.
ROYAN, Regianum, Novioregum, a été une Ville considérable, qui a été ruïnée sous le regne de Louis XIII. Il ne reste plus qu’un Fauxbourg qui est dans un fort beau pays sur le bord de la mer, qui y fait un petit Port très-commode pour les barques qui entrent dans la riviere de Bourdeaux, ou qui en sortent. Il y a un Couvent de Recollets, une Maison de Sœurs Grises. Cette Ville est aussi du Gouvernement de Broüage, quoique la Paroisse ne soit pas de l’abonée de Marennes.
L’ISLE DE RÉ, Rea lnsula, Reacus, a pris son nom de ce qu’on y reléguoit les criminels. Elle est à trois lieuës de 1a Rochelle, & en a quatre ou cinq de long sur une & demie de large. Elle produit abondamment du vin & du sel. Le vin est médiocre, mais on en fait de l’eau de vie & de la fenoüillette excellente. Il n’y croît ni bled ni foin, & il n’y a presque point d’arbres. Elle est très-commode pour le commerce, & très-peuplée. Cette Isle ne paye point de Taille, parce qu’elle est reputée terre étrangère. Il y a cependant un Bureau établi pour recevoir les droits sur le sel. Outre la ville de S. Martin que le Roi a fait fortifier régulièrement, & qui a une Citadelle à quatre bastions, il y a encore dans cette Isle six Paroisses, quelques Villages, & d’autres Forts, dont celui de la Prée est le plus considérable.
[Pour la reconnoissance des vaisseaux qui se trouvent la nuit dans les parages de cette Isle, on y entretient sur une haute tour, nommée la tour des Baleines, un feu considérable avec de l’huile qui dure toute la nuit.]
S. MARTIN : [cette ville] est peu de chose en elle-même ; mais le Roi l’a fait agrandir & fortifier d’une nouvelle enceinte, selon la méthode du Maréchal de Vauban. Elle est composée de six grands bastions, & de cinq demi-lunes. Le fossé est bon & sec, & le chemin couvert est revêtu. Les flancs de la Place ont cela de remarquable, qu’ils sont doubles, ayant au-devant une espece de flanc élevé au-dessus du fond du fossé. La Citadelle commande le Port, la Ville, la campagne. C’est un quarré très régulier défendu par quatre bastions, trois demi-lunes, & une demi-contregarde, le tout entouré, excepté du côté de la mer, d’un fossé sec, & d’un chemin couvert revêtu comme tout le reste. Dans le fossé de cette Citadelle on remarque un ouvrage singulier ; c’est une cuvette, ou petit fossé plein d’eau, bien entretenuë & bien régulière. Le devant de trois des courtines de la Citadelle est occupé par une espéce de fausse-braye, ouvrage singulier en ce genre, & qui ne se trouve qu’en cette seule Citadelle. Le quatrième côté regarde la mer, & est occupé par un petit Port, & un grand quai qui regne le long des faces des bastions. Il est petit, & son entrée est couverte par un éperon en forme de demi-lune.
Le Fort de la Prée est pour défendre l’entrée du Pertuis Breton, & est un quarré parfait fort régulier, composé de quatre bastions dont les courtines qui les joignent sont tournées en arc du côté de la Place. Les trois fronts qui sont du côté de la terre sont couverts d’autant de demi-lunes, dont l’une couvre la porte. Le bastion qui est du côté de la terre est couvert d’une grande contregarde. Tous ces ouvrages sont revêtus d’une bonne muraille entourée d’un bon fossé, de son chemin couvert, & de son glacis. Le front du côté du Port est enfermé d’un petit fossé, au-delà duquel est une petite demi-lune, qui a un simple parapet de maçonnerie. Elle sert non seulement à défendre le Port, mais aussi à couvrir une petite écluse qui donne quand on veut de l’eau au fossé, & sur laquelle est un pont.
Le Fort de Samblanceau défend le passage appellé le Pertuis d’Antioche. Il est bâti sur un rocher presque à la pointe de l’Isle. C’est un quarré régulier & bien bâti, dont le parapet est percé de plusieurs embrasures. La porte du côté de terre est couverte d’une demi-lune, d’un fossé, & d’un chemin couvert. A l’extrémité de son glacis est un grand fossé taillé dans le roc, qui détache entièrement le Fort de l’Isle. Le front qui est vis-à-vis de celui-ci est couvert d’un fossé, d’un chemin couvert, & d’un glacis. Les deux autres côtez sont sur le bord du rocher. Pour joindre la pointe de l’Isle on a avancé une redoute quarrée de terre, entourée d’un petit fossé sec, & cette redoute est défendue par une communication ou gros retranchement de terre, qui prend aux deux angles flanquez des bastions du Fort. Ces retranchemens regnent le long du rocher sur le bord de la mer.
Le Fort du Martray est sur la côte. C’est un quarré long assez régulier, dont chacun des longs côtez est fortifié d’un angle saillant en forme d’une demi-lune. Ces demi-lunes sont autant de batteries. Les deux petits côtez sont fortifiez chacun de deux demi-bastions, & d’une courtine. La porte est couverte d’une assez grande demi-lune, & ces deux fronts-là sont entourez d’un fossé & d’un chemin couvert avec leurs glacis. Au-delà de ces glacis sur le front du côté de la porte est un grand retranchement de terre, fortifié de deux redoutes pentagonales, revêtuës de maçonnerie, & entourées d’un fossé sec. Au centre de ce Fort est une grande redoute quarrée de maçonnerie, entourée d’un fossé, ayant des communications sous terre pour aller au fossé de la Place
L’ISLE D’OLERON. En Latin Uliarus, est de l’abonnée de Marennes. Elle a cinq lieuës de long, deux de large, douze de circuit, & dix ou douze mille habitans. Son terroir est très-fertile, & produit du bled, du vin, du sel, &c. Cette Isle est défenduë par un Château situé dans la partie Orientale, qui est bien fortifié, & a une garnison de cinq à six cens hommes. Les habitans d’Oleron ont toûjours été si expérimentez dans la navigation, que nous les avons regardez comme les Romains regardoient ceux de Rhodes. C’est sur leurs usages que la Reine Eléonor Duchesse de Guyenne fit des réglemens sur la police de la mer, qu’on appelle Jugemens d’Oleron, & qu’elle nomma Rolles d’Oleron. Ils ont servi de modèle pour nos premiéres Ordonnances de la Marine.
Il y a dans cette Isle six Paroisses, un Couvent de Recollets, & plusieurs Benefices simples.
On a commencé l’enceinte du Bourg du Château, dont on fera par succession de tems une jolie Ville. Il y a deux Hôpitaux, l’un pour les soldats de la Garnison, & l’autre pour les ouvriers & les matelots. Ce sont des Sœurs Grises qui gouvernent ce dernier, & qui instruisent les jeunes filles de la Ville & des Villages des environs.
La Tour de Chassiron est un fanal situé à une des pointes la plus avancée de cette Isle pour faire connoître aux Vaisseaux l’entrée du Pertuis d’Antioche. [On y entretient toutes les nuits un feu considérable avec du bois. Il y a deux réchauds, l’un plus élevé que l’autre pour distinguer ce feu de celui de la Tour de Cordouan à l’entrée de la Gironde, dont nous avons parlé ci-dessus.]
Voir en ligne : J.-A. Piganiol de la Force, {Nouvelle Description de la France}, 1722.

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Art. 4

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