Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/swaziland.htm
Timestamp: 2017-11-18 19:28:43+00:00

Document:
Population: 1,3 million (2017)
Groupe majoritaire: swati (83,9 %)
Groupes minoritaires: zoulou (8,1 %), tsonga (2,0 %), afrikaans (1,2 %), anglais (1,4 %), nyanja (0,5 %), sotho du Sud (0,4 %), comorien (0,0 %)
Articles constitutionnels (langue): art. 3, 16, 21, 36 et 121 de la Constitution du 8 février 2006
Lois linguistiques: Loi sur les tribunaux de première instance, n° 66 (1938); Loi sur les douanes et l'accise (1971); Ordonnance du roi en conseil, n° 21, sur l'impôt sur le revenu (1975); Loi sur l'emploi (1980); Loi sur la citoyenneté du Swaziland (1992); Règlement sur les marchés publics (2008); Loi sur les compagnies (2009); Loi sur la taxe sur la valeur ajoutée (2011); Loi sur le crédit à la consommation (2013); Loi sur le contrôle des produits du tabac (2013).
Le Swaziland est officiellement appelé royaume du Swaziland (en anglais, Kingdom of Swaziland ; en swati, Umbuso weSwatini) ou encore le Ngwane, synonyme de Swaziland, du nom des rois Ngwane III, Ngwane IV et Ngwane V. C'est un État d'Afrique australe, enclavé entre le Mozambique à l'est et l'Afrique du Sud. Ce petit pays de 17 363 km² (moins grand que la Belgique) est indépendant depuis 1968. C'est une région montagneuse sans façade maritime. Le nom du pays (Swaziland) et celui de l'ethnie principale (les Swatis) proviennent du nom Mswati II, «le plus grand des rois guerriers swazis». Le mot Dlamini est le nom de la famille royale, ainsi qu'une façon courante d'appeler le Swaziland.
Au point de vue administratif, le Swaziland compte quatre districts:
District Superficie Population (1997)
Hhohho 3 569 km² 270 000
Lubombo 5 947 km² 202 000
Manzini 5 068 km² 292 000
Shiselweni 3 790 km² 217 000
La capitale administrative du Swaziland est Mbabane (95 000 habitants en 2007), mais Lobamba (5800 hab. en 2003) est la capitale royale et législative. Les autres villes importantes sont Manzini (78 700), Big-Bend (9375), Mhlume (7660), Malkerns (7400) et Nhlangano (6540).
Le roi Mswati III règne depuis 1986 sur cette dernière monarchie absolue d'Afrique. Les partis politiques sont interdits et la liberté d'expression est très restreinte.
Selon les estimations du gouvernement, la population du Swaziland était estimée à 1,3 million d'habitants en 2017. Le taux d'espérance de vie était peu élevé, soit de 38,6 ans; le pays est aux prises avec les ravages du sida, avec près de 40 % de la population swazie comme séropositive, le taux le plus élevé au monde. Le gouvernement accuse les femmes d'être les responsables de la propagation de la maladie dans le pays!
Le Swaziland est relativement homogène au point de vue ethnique et linguistique. Le pays est, en effet, peuplé à 83,5 % de Swazis, lesquels appartiennent à la branche nguni des Bantous. Les minorités ethniques sont les Zoulous, les Tsonga, les Afrikaners, les Métis, les Indo-Pakistanais, les Nyanja, les Sotho, les Britanniques et les Comoriens. Le Swaziland a accueilli de nombreux réfugiés du Mozambique (peut-être 7 % de la population totale). Près de 30 % de la population a conservé les croyances traditionnelles animistes, alors que les autres sont de religion chrétienne protestante (5,5 %) et catholique (5 %) ou musulmane/hindouiste (10 %).
Swazi 1 103 000 83,5 % swati langue bantoue
Zoulous 108 000 8,1 % zoulou langue bantoue
Tsonga 27 000 2,0 % tsonga langue bantoue
Afrikaners 17 000 1,2 % afrikaans langue germanique
Métis 16 000 1,2 % anglais langue germanique
Indo-Pakistanais 9 400 0,7 % hindi langue indo-iranienne
Nyanja 7 400 0,5 % chichewa langue bantoue
Sotho 6 200 0,4 % sotho du Sud langue bantoue
Britanniques 3 000 0,2 % anglais langue germanique
Comoriens 800 0,0 % comorien (shingazidja) langue bantoue
Autres 22 000 1,6 % - -
Total 2017 1 319 800 100 %
Les langues indigènes appartiennent à la famille bantoue: le swazi, le zoulou, le tsonga, le nyanja ou chichewa, le sotho du Sud et le comorien. Le swati constitue la langue nationale et l'une des langues officielles du Swaziland (avec l'anglais); il est également parlé au Mozambique et en Afrique du Sud. Les langues «blanches» sont l'afrikaans et l'anglais, toutes deux d'origine germanique; l'anglais est l'une des deux langues officielles. De par leur statut, le swati est la première langue officielle; l'anglais, la seconde.
Les archéologues ont découvert des restes humains datés d'il y a 100 000 ans. Mais le peuplement des plateaux du Ngwane a commencé beaucoup plus tardivement, c'est-à-dire vers la fin du XVIIe siècle. Les Swazis, des Nguni — descendants des San et des Khoisans (Bochimans) —, occupaient à l'origine la partie sud-est du littoral de l'Afrique australe, le long de la rivière Pongola (dans le Natal sud-africain). Ils se sont mêlés aux Bantous qui migraient vers le sud aux XVe et XVIe siècles et arrivaient de l’Afrique centrale. Les Swazi s'installèrent dans les montagnes de Lubombo dans l'est du Swaziland ainsi que dans le Haut-Veld de l'Afrique du Sud (province de Gauteng).
Au milieu du XIXe siècle, les attaques des Zoulous incitèrent le roi Mswati à demander la protection de la Grande-Bretagne, ce qui eut pour effet l'arrivée au Swaziland, surtout après 1878, de nombreux colons et prospecteurs blancs. Les terres des Swazis furent progressivement accaparées par les colons boers arrivés du Transvaal, avec la complicité du souverain swazi qui y trouvait un intérêt financier personnel. À partir de 1888, les Boers (fermiers hollandais dont le nom signifiait «paysans» en néerlandais et se prononçait [bour]) reçurent le droit de s'administrer eux-mêmes.
En 1889, un accord (Loi sur la juridiction étrangère de 1890) entre Britanniques et Boers confia l'administration du Ngwane (ou Swaziland) au Transvaal. De fait, à partir de 1894 et jusqu'à la guerre des Boers (1899-1902), le Swaziland devint un protectorat de la République boer du Transvaal. Les Boers implantèrent progressivement l'usage du néerlandais (écrit) et de l'afrikaans (oral) dans l'Administration. Craignant davantage l'emprise des Boers que celle des Anglais, les Swazis en appelèrent à la protection britannique.
En novembre 1963, la Grande-Bretagne promulgua la Constitution menant à l'indépendance du Swaziland et mit en en place le Conseil législatif et le Conseil exécutif; le premier Conseil législatif du Swaziland fut constitué le 9 septembre 1964. La Grande-Bretagne accepta de modifier la première Constitution qui prévoyait la mise en place de l’Assemblée et du Sénat, puis des élections en 1967. Le Swaziland indépendant héritait d'une monarchie constitutionnelle, avec un roi, un parlement et un premier ministre élus, comme en Grande-Bretagne. C'était en somme, le régime préféré des Britanniques!
Le Swaziland accéda à l'indépendance le 6 septembre 1968. Cependant, l'indépendance ne conduisit pas à la démocratie, car en 1973 le roi Sobhuza II abolit la Constitution, assuma tous les pouvoirs et interdit les partis politiques. L'anglais fut reconduit dans son statut de langue officielle, mais le swati obtint un statut similaire. En tant que langue nationale parlée alors par près de 90 % de la population, il paraissait normal d'accorder le même statut au swati (première langue officielle). C'est depuis 1973 que le Swaziland est gouverné par décrets royaux.
Le nouveau roi, de langue swatie et anglophile, apparut rapidement comme un souverain autoritaire, refusant à l'opposition démocratique et moderniste le droit de s'exprimer, et rejetant la Constitution calquée sur celle du Royaume-Uni, car «en contradiction avec les traditions swazies». Mswati III se proclama Ngwenyama («le Lion») et nomma la reine mère Ndlovukazi («lady Éléphant») parce qu'elle était la mère du roi (d'où le surnom de «Grande Éléphante»); les nombreuses épouses (une quinzaine) du souverain portèrent le titre de «mères de la nation»; le roi doit être polygame afin de perpétuer la dynastie. Même si le roi, à la fois chef de l'État et chef de l'armée, a privilégié la valorisation de la langue swatie, ses méthodes arbitraires ont provoqué une vague de contestation populaire. Le système de gouvernement du Swaziland, connu sous le nom de Tinkhundla, est un mélange de style occidental et de style traditionnel, où le roi avec son conseil dispose d'un pouvoir prépondérant.
Au milieu des années 1980, la monarchie swatie dut entrer dans un lent processus de démocratisation. Les pressions extérieures et la contestation des mouvements d'opposition et des associations de défense des droits de l'Homme remirent en question cette monarchie absolue, d'autant plus que le libéralisation de l'Afrique du Sud et au Mozambique attisèrent l'impatience de la population. Mswati III promit en 1997 de procéder à une réforme constitutionnelle et de donner plus de pouvoir au peuple. La nouvelle Constitution était patiemment attendue vers 2002, mais ce ne fut que le 31 mai 2003, après un retard de sept ans, que Mswati III a finalement dévoilé le projet d'une nouvelle constitution nationale pour le Swaziland, un projet qu’il a fini par approuver le 14 novembre 2003. La nouvelle Constitution prévoit que le pouvoir du gouvernement restera fermement entre les mains de la monarchie, tout en reconnaissant le respect des droits de l'Homme, mais en ne faisant aucune allusion à une reconnaissance quelconque des partis politiques (perçues comme des «associations»). Récemment, Mswati III déclarait que «la démocratie était une mode qui ne convenait pas au Swaziland». La nouvelle Constitution ne changea rien de fondamental à l’absolutisme royal.
Par ailleurs, le Swaziland est l'un des pays les plus affectés par le sida à travers toute l'Afrique. En effet, plus de 40 % de la population est infectée par ce type de maladie. Par voie de conséquence, l'âge moyen de décès au Swaziland est passé de 54 ans en 1990, à environ 35 ans en 2004, ce qui fait qu'une famille sur dix peut être dirigée par des enfants. Afin de résoudre cette crise, le roi avait décrété en 2001 une loi sur la chasteté, qui bannissait les relations sexuelles avant l'âge de 21 ans sous peine d'amende.
La même année, les Nations unies rapportaient que le pays avait besoin de 19 millions de dollars de toute urgence pour assurer la survie d’un quart de la population menacée par la famine, après une année de sécheresse. Plus de 500 000 Swazis, sur un million d’habitants, sont déjà touchés par un sérieux manque de nourriture. De plus, 69 % de la population vit avec moins d'un dollar par jour pour se loger, se nourrir et se vêtir. Dans ces conditions, il n'est guère surprenant que le gouvernement swazi soit au bord de l'asphyxie budgétaire. Il a dû faire appel au FMI qui lui a conseillé de dégager des économies. Les autorités ont ainsi proposé de baisser les salaires des fonctionnaires de 5 % à 10 %, puis de les geler pendant trois ans.
Lors de son 36e anniversaire de naissance en avril 2004, Mswati III, dans un discours en swazi, a salué le rôle «unificateur» des célébrations royales (au coût d'environ 525 000 $ US), diffusées sur la radiotélévision nationale; il a appelé ses sujets à «perpétuer la tranquillité swazie qui a fait de notre nation l'objet d'envie de la communauté internationale». En plus de posséder une fortune estimée à 200 millions de dollars, le monarque du Swaziland a obtenu en 2002 la permission du Parlement pour acheter un avion de 50 millions de dollars. En 2004, il a utilisé des fonds pour construire des palais pour chacune de ses 13 femmes, en plus de leur acheter; l'année suivante, des voitures BMW individuellement. En 2014, Mswati III a augmenté de plus de 10 % son budget personnel, même si une forte masse salariale publique continuait à faire pression sur les finances publiques. Quant aux États-Unis, ils ont menacé de fermer la porte du marché américain au Swaziland. En principe, Washington s'est montré inquiet du non-respect de la justice dans le pays; non seulement les États-Unis ont dû rappeler la monarchie à l'ordre, mais ils ont remis en cause son admissibilité à l’African Growth and Opportunity Act.
Sous son règne, Mswati III favorise manifestement les inégalités sociales, puisque la distribution des richesses est contrôlée par une petite élite proche du pouvoir. En effet, même si 63 % de la population vit sous le seuil de la pauvreté, 10 % de la population, composée essentiellement des membres de la famille royale, possèdent à eux seuls 60 % de la richesse totale du pays. Pendant que le roi vit dans la prospérité, son peuple vit dans la plus grande pauvreté. La question des minorités zouloues et tsonga n'a jamais inquiété le monarque.
Le 26 juillet 2005, le roi Mswati III avait signé la nouvelle Constitution du royaume, qu'il avait demandée en 1996. Bien que le Parlement du Swaziland eût approuvé à l'unanimité, le 13 juin 2005, un projet de Constitution, le roi Mswati III avait retourné le document, le 5 juillet 2005, en ordonnant aux juristes de revoir plusieurs dispositions concernant la religion, la taxation de la famille royale et les droits des femmes. Après que le Parlement eût procédé aux modifications exigées, le roi Mswati III a accepté de signer la Constitution et a annoncé qu'elle entrerait en vigueur six mois plus tard. Le 8 février 2006, la nouvelle Constitution (la loi n° 001) était promulguée.
La politique linguistique du Swaziland en est une de bilinguisme institutionnelle. L'article 3 de la Constitution du 8 février 2006 proclame que le swati (ou siswati) et l'anglais sont les les langues officielles du Swaziland:
(2) Les langues officielles du Swaziland sont le swati et l'anglais.
Il reste maintenant à évaluer de quelle façon est pratiqué ce bilinguisme swati-anglais.
4.1 Le bilinguisme de l'État
Le bilinguisme se concrétise d'abord dans les Chambres du Parlement. L'article 121 de la Constitution de 2006 prévoit l'usage des deux langues officielles:
Effectivement, les procès-verbaux et les débats se déroulent en swati et en anglais, mais le swati est davantage utilisé. Toutefois, les parlementaires ont tendance à discuter en swati à partir de la version anglaise des lois.
Les tribunaux admettent l'usage des deux langues officielles. Les procès se déroulent en swati, mais il est possible de recourir à une langue non officielle si un individu ne comprend pas la langue de la procédure (art. 16, 21 et 36 de la Constitution):
L'article 7 de la Loi sur les tribunaux de première instance (1938) impose l'anglais dans la transcription des témoignages, même si un justiciable a utilisé le swati, son témoignage étant alors traduit en anglais:
- Le bilinguisme des services publics
Les services publics sont offerts en swati et en anglais. La plupart des documents administratifs sont disponibles dans les deux langues, surtout ceux destinés au grand public, mais il existe aussi des documents en version unilingue anglaise. Par exemple, la monnaie présente des inscriptions unilingues anglaises. Les affaires du gouvernement sont normalement discutées en anglais, puis traduites en swati.
L'Ordonnance du roi en conseil, n° 21, sur l'impôt sur le revenu (1975) impose que les documents administratifs soient en anglais ou en swati:
1) Aux fins d'obtenir de l'information complète à l'égard du revenu d'un contribuable, le commissaire peut exiger que quiconque produise pour examen ou par une personne qu'il désigne à cette fin au moment et à l'endroit qu'il choisit des actes, des plans, des instruments, des livres, des comptes, des listes commerciales, des listes de stock ou des documents qui peuvent être jugés nécessaires aux fins de la présente ordonnance et, si ces documents ne sont pas rédigés dans les langues anglaise ou swatie, il peut, par un avis, exiger par écrit que le contribuable à ses frais produise à l'heure et au lieu désignés une traduction en anglais ou en swati, le tout préparé et certifié par un traducteur assermenté ou une personne autre qu'un traducteur assermenté que ledit commissaire doit approuver. (Modifié au 11/1985.)
L'article 75 de la Loi sur l'emploi (1980) précise que le commissaire au travail doit imprimer les résumés de la Commission du travail en anglais et en swati:
Le commissaire au travail doit, s'il le juge nécessaire, faire en sorte que des résumés concis de cette partie de la loi soient imprimés dans les langues anglaise et swatie, et il peut :
En ce qui concerne la Loi sur la citoyenneté du Swaziland (1992), l'article 9 précise qu'il faut avoir une connaissance adéquate du swati OU de l'anglais pour obtenir la citoyenneté par enregistrement:
La Loi sur la taxe sur la valeur ajoutée (2011) oblige de conserver an anglais ou en swati les documents nécessaires à des fins d«'impôt, sinon il faut y adjoindre une traduction en anglais ou en swati:
En vertu de la Loi sur le crédit à la consommation (2013) fournisseur de crédit doit offrir au consommateur la possibilité de choisir dans laquelle des deux langues officielles celui-ci souhaite échanger des informations ou recevoir un document:
Quant à la Loi sur le contrôle des produits du tabac (2013), il faut que le propriétaire d'un endroit où il est interdit de fumer fasse apparaître un avis clair et évident à la fois en swati et en anglais en indiquant que fumer est interdit avec la pénalité prescrite pour cette infraction:
La Loi sur les compagnies (2009) oblige que les procès-verbaux des réunions des compagnies soient dans l'une des langues officielles du Royaume, mais l'enregistrement des documents auprès de l'administration publique doit être en anglais:
Cependant, dans certaines autres lois, seul l'anglais est exigé. Il en est ainsi à l'article 101 de la Loi sur les douanes et l'accise (1971):
D'ailleurs, la publicité commerciale est pratiquement unilingue anglaise, de même que les affiches publiques, qu'elles proviennent du gouvernement ou des municipalités. Les inscriptions en swati sont rarissimes et elles n'apparaissent que de façon accidentelle. Dans le paysage linguistique, le Swaziland n'apparaît pas comme un pays bilingue, mais comme un pays résolument unilingue anglais. Même les affiches bilingues sont quasiment inexistantes.
Il est quand même surprenant que le swati soit si facilement évacué, alors que presque toute la population parle cette langue nationale, mais c'est la langue anglaise qui prévaut.
Le Règlement sur les marchés publics (2008) impose manifestement l'anglais comme seule langue des communications:
Bref, il y a deux langues officielles au Swaziland, mais dans les faits il n'est vraiment pas évident que le swati est la «première langue» officielle, l'anglais, la «seconde». Si le swati est la langue de communication normale auprès de la population autochtone, c'est l'anglais qui est prédominent dans les affaires, alors que le swati est manifestement déclassé.
4.2 L'éducation bilingue
Le système d'éducation du Swaziland respecte le modèle britannique, à l'exception qu'il y a peu d'écoles maternelles ou de jardins d'enfants. Il y a des écoles primaires, où la diffusion des matières générales, dont la langue swatie, constitue le programme d'une durée de sept ans.
Le swati et l'anglais sont tous deux considérés comme les langues officielles dans le royaume du Swaziland. Bien que, en principe, ce bilinguisme implique que l'une ou l'autre langue puisse être utilisée comme langue d'enseignement, la politique linguistique favorise officiellement la langue maternelle swatie comme moyen d'enseignement pour les quatre premières années de l'école; après quoi, l'anglais devient la langue d'instruction. En réalité, les enseignants ont l'autorisation d'enseigner en anglais s'ils le désirent. C'est possible, car les enseignants ont reçu leur formation en anglais. Toutefois, si les élèves ne comprennent pas l'anglais, l'enseignant ne doit pas punir ses élèves et il doit recourir au swati.
Pour de la majorité des enfants, l'école primaire constitue la fin du processus scolaire. Les problèmes de fréquentation scolaire semblent avoir empiré avec le ravage du sida. Selon l'UNICEF, la pandémie qui frappe le Swaziland ferait annuellement quelque 20 000 nouveaux orphelins. Évidemment, l'accès à l'instruction publique est handicapé par plusieurs obstacles tels que la pauvreté, la faim et la mauvaise progression des enfants dans le système scolaire. Le Ministère a noté un taux élevé de redoublement et de décrochage dans les écoles avec de faibles inscriptions, car les enfants ne peuvent pas payer leurs frais de scolarité et acheter du matériel d'apprentissage, alors que dans leur famille ils n'ont même pas de nourriture pour se nourrir avant et après l'école. De plus, le gouvernement exige que les parents et les communautés jouent un rôle actif dans la fourniture d'infrastructures scolaires pour leurs enfants. Les parents du comité scolaire doivent participer à la planification, à la budgétisation et aux dépenses scolaires.
À la fin du primaire, les élèves doivent réussir avec un certain succès l'examen de certificat primaire du Swaziland, car les places dans les écoles secondaires sont rares. Moins d'un élève sur cinq entre à l'école secondaire qui n'est ni obligatoire ni gratuite. Les trois premières années aboutissent à un examen de "certificat junior", tandis que les deux années suivantes conduisent au niveau appelé "O-Levels". La langue d'enseignement est l'anglais, mais le swati continue d'être enseigné en tant que discipline à tous les niveaux dans le système scolaire. De façon générale, les langues secondes les plus enseignées au secondaire sont le portugais, le français et l'afrikaans.
La pauvreté qui caractérise les zones rurales rend presque absurde les aspirations scolaires pour la plupart des enfants, dont les parents ne peuvent bénéficier des avantages des études secondaires. Il existe cependant des efforts pour étendre l'apprentissage à distance et pour améliorer le recours des services de la radio d'État.
Dans les écoles privées, le système est différent. Les programmes d'études sont adaptés pour permettre aux enfants étrangers de poursuivre leurs études en anglais lorsque leurs parents quitteront le Swaziland. La langue d'enseignement est l'anglais, alors que le français, le portugais ou le swati sont appris en tant que langues secondes.
Dans l'ensemble du système scolaire, la connaissance de l'anglais dans les études est nécessaire pour se trouver un emploi. Le ministère de l'Éducation cautionne cette exigence. La maîtrise de l'anglais est tellement indispensable que sa méconnaissance handicape sérieusement les étudiants. Dépendant étroitement des capitaux anglais et des relations commerciales avec la République sud-africaine, l’économie swazilandaise est essentiellement tributaire de la langue anglaise. Le problème, c'est qu'il faut avoir terminé ses étude secondaires pour bien maîtriser l'anglais, ce qui exclut la majorité des Swazilandais. La plupart réussissent à baragouiner l'anglais bien plus qu'ils ne le parlent réellement. D'ailleurs, on estime que 20 % des diplômés maîtriseraient mal l'anglais à la fin de leurs études. Pourtant, les Swazilandais préfèrent lire en anglais qu'en swati. Il faut dire qu'il n'y a pas grand-chose à lire dans la langue nationale (pas de journaux, ni de magazine). Seuls des manuels scolaires existent en swati, car une loi exige que ceux-ci soient disponibles jusqu'à la fin du secondaire.
Certains croient que les difficultés en anglais proviennent des différences radicales entre le swati et l'anglais. Le swati est une langue très imagée et très descriptive, contrairement à l'anglais. Par exemple, le mot anglais West («ouest») se traduit en swati par une périphrase du type «là où le soleil disparaît». Les chiffres et les nombres présentent un problème réel. Par exemple, le nombre 2975 se dit en swati Tinkhulungwane netimbili nemakhulu nemfica nemashumi nesikhombisa nasihlanu, ce qui signifie mot à mot «les milliers qui sont deux et les centaines qui sont neuf et les dizaines qui sont sept et cinq».
Les établissements post-secondaires sont limités au Swaziland College of Technology et à l'Université du Swaziland. L'université possède actuellement des facultés d'agriculture, de commerce, d'éducation, de sciences de la santé, de sciences humaines, de sciences appliquées et de sciences sociales. Il s'agit avant tout d'une installation de premier cycle, même si elle offre des programmes de troisième cycle en agriculture, en chimie, en éducation et en histoire.
En plus de ces établissements, le Swaziland possède également l'Institut de gestion et d'administration publique du Swaziland (SIMPA: Swaziland Institute of Management and Public Administration) et l'Institut de gestion du développement (IDM: Institute Of Development Management). Le SIMPA est un institut de gestion et de développement appartenant au gouvernement et l'IDM est une organisation régionale au Botswana, au Lesotho et au Swaziland qui fournit des formations, des conseils et des recherches en gestion.
Dans les universités et autres établissements post-secondaires, seul l'anglais est enseigné, sauf dans les disciplines à caractère linguistique. Autrement dit, une bonne connaissance de l'anglais est nécessaire pour poursuivre des études universitaires ou l'équivalent.
Depuis 1986, le roi Mswati III règne en monarque absolu sur le pays. Il nomme les membres du gouvernement, les juges ainsi qu'une partie des députés. Évidemment, les médias n'échappent pas à son contrôle. L'autocensure est généralisée et les sujets tabous nombreux. Il est strictement interdit aux journalistes de critiquer le roi et, lors des conférences de presse officielles, les questions sont choisies à l'avance par les conseillers du roi. La presse publique diffuse uniquement les nouvelles contrôlées et validées par le ministère de l'Information. Il arrive que le gouvernement interdise la publication de certains journaux sous prétexte qu'ils nuisent aux intérêts du Swaziland, à la sécurité publique, l'ordre, la santé ou la moralité.
Tous les journaux importants sont publiés en anglais; c'est le cas du Times of Swaziland, du Swazi News et du Swaziland Today. Le gouvernement a bien tenté de faire tirer une édition swatie du Times of Swaziland (Tikhatsi TemaSwati), mais ce fut un échec en raison de la faiblesse des ventes. Par ailleurs, certains journaux extérieurs sont disponibles en allemand, en portugais et en français.
Les médias électroniques diffusent davantage en swati qu'en anglais. L'État gère trois stations de radio, avec une en swati, une en anglais et une autre bilingue consacrée aux nouvelles et aux informations. La STVA diffuse ses émissions télévisées en swati et en anglais. Beaucoup d'émissions produites à l'extérieur sont présentées uniquement en anglais. Il est possible de capter des émissions en provenance d'Afrique du Sud en anglais, mais aussi en swati (province de Mpumalanga) et en zoulou (province de Kwazulu-Natal). Soucieux de son image à l'étranger, le gouvernement du Swaziland a lancé une nouvelle chaîne télévisée câblée afin de prouver que le régime respecte les droits humains tend vers un système démocratique. Le canal S est censé offrir aux médias étrangers une «source impartiale d'informations sur le Swaziland». La chaîne doit notamment aider à développer les investissements étrangers et le tourisme dans le pays. L'une des quelque 15 épouses du roi Mswati III y anime une émission artistique hebdomadaire.
Le Swaziland a développé une certaine politique de bilinguisme qui consiste à promouvoir la langue nationale (le swati) sans pour autant abandonner la langue coloniale (l'anglais). Cet aspect de la politique linguistique semble avoir plus ou moins réussi dans la mesure où le swati reste une langue subordonnée et ne semble avoir trouvé la place qui lui revient en tant que «première langue officielle».
Pour ce qui est des minorités nationales, la politique linguistique n'en est même pas à des balbutiements, car les langues minoritaires ne sont pas prises en considération. Il est vrai que la langue nationale, le swati, est parlée par 84 % de la population, mais les minorités sont néanmoins laissées à elles-mêmes. Il existe forcément une discrimination sur toutes les langues autres que le swati: elles sont absentes des tribunaux, des écoles et des médias. La problème n'est pas linguistique, car ces communautés ne demandent pas d'imposer l'usage de leur langue, mais d'ordre socio-économique puisque les membres de ces communautés sont exclus de l'ordre économique. Bref, le Swaziland pratique une politique de bilinguisme institutionnel pour les langues officielles en subordonnant le swati à l'anglais, puis la non-intervention en matière de langues non officielles.
Dernière révision: 17 août, 2017
BOOTH, Alan R. Historical dictionary of Swaziland, Scarecrow Press, Lanham (Maryland), 2000, XXXI-403 p.
COQUEREAUMONT-GRUGET (DE), Aliette. Le royaume du Swaziland, Paris, L'Harmattan, 2000, 290 p.
ENCYCLOPÉDIE ENCARTA 2004, art. «Swaziland», pour la partie historique.
HALL, James. «Swaziland : English requirement prompts controversy» dans News from Africa, Nairobi, février 2003.
NHLAPO, J. M. Nguni and Sotho. A practical plan for the unification of the South African Bantu languages, Cape Town (Afrique du Sud), The African Bookman, 1945, 167 p.

References: art. 3
 L'article 3
 L'article 121

L'article 7

L'article 75
 l'article 9
 l'article 101