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Algérie : les clés pour comprendre l'intervention du patron de l'armée - newastv | Le développement par la coopération
Sam 30 Mar 2019 | Source: afrique.lepoint.fr | Partager sur
La déclaration du chef d'état-major de l'armée algérienne Ahmed Gaïd Salah d'appliquer l'article 102 devrait précipiter le calendrier de départ du président Bouteflika. | PHOTO: © Billal Bensalem / NurPhoto
DÉCRYPTAGE. Tout ce qu'il faut saisir du sens de l'appel par le général Gaïd Salah de l'application de l'article 102 de la Constitution, qui prévoit « l'empêchement » du chef de l'État pour « cause de maladie grave et durable ».
Pourquoi est-ce que les propos du chef de l'armée sont importants ?
Sur le papier, Ahmed Gaïd Salah, en tant que chef d'état-major et vice-ministre de la Défense, est subordonné au président de la République qui reste le chef des armées. Sur le papier toujours, le chef d'état-major, lui dont le leitmotiv a toujours été que l'armée ne fait pas de politique, sort de ses prérogatives
En pratique, l'armée est historiquement un des décideurs les plus importants du pays et Abdelaziz Bouteflika a fait d'Ahmed Gaïd Salah un des hommes les plus puissants, qui, depuis l'AVC du chef de l'État, est regardé comme l'arbitre de la succession.
C'est la raison pour laquelle depuis le début de la mobilisation populaire, le 22 février, ses discours sont analysés comme un baromètre de la décision politique : alors qu'il avait d'abord mis en garde contre les dérapages que pourraient provoquer les manifestations, il a progressivement salué le civisme et le pacifisme des marches puis déclaré le 18 mars : « En ayant un esprit de responsabilité, il est possible de trouver des solutions dans les plus brefs délais. » Cette évolution dans la rhétorique laissait donc imaginer une intervention imminente pour tenter de mettre fin à la crise politique.
Pourquoi Ahmed Gaïd Salah a-t-il choisi de parler maintenant ?
Parce que la crise politique est dans une impasse : d'un côté, la rue entrée dans une logique de « dégagisme », de l'autre, le cercle présidentiel s'est « entêté ». En appelant à l'application de l'article 102, Ahmed Gaïd Salah met un terme au statu quo qui aurait duré jusqu'au 28 avril, date officielle de fin de mandat du président, et qui présentait un double risque : celui du débordement des manifestations et celui du vide constitutionnel et institutionnel sur lequel aurait débouché une fin de mandat sans solution.
Le timing est aussi probablement lié au contexte : depuis le début du mois, les défections se multiplient, y compris dans l'administration, parmi les soutiens jusque-là inconditionnels du président, qui se retrouve isolé.
« On nous dit que l'armée ne fait plus de politique et la voilà qui appelle à déposer le président ! L'application de l'article 102 permet aux décideurs d'avoir un laps de temps confortable pour gérer l'après-Bouteflika tout en tentant de calmer la rue à qui on vendra la destitution médicale du président comme sa "victoire". Le souci est que la transition ne sera pilotée que par le système », regrette un militant de l'opposition qui a récemment présenté une feuille de route s'étalant sur six mois.
Globalement, l'opposition se montre très méfiante. « Qui va croire à Gaïd Salah qui ne cesse de chanter la neutralité ? Le Conseil constitutionnel va-t-il obéir aux ordres de Gaid Salah ? Cet appel à l'injonction de l'armée est grave de sens », dénonce le député Atmane Mazouz, du RCD (opposition), sur Twitter. « Se contenter de l'article 102 ne garantit pas de réaliser des réformes et ne permet pas la transition démocratique et des élections libres et honnêtes », indique le MSP (islamistes) dans un communiqué en demandant à l'armée « d'accompagner le processus pour trouver une solution politique et avant que le Conseil constitutionnel ne constate la vacance, un gouvernement consensuel accepté par la rue, une commission nationale indépendante des élections et la révision de la loi électorale ».
Dans la société civile, les réactions sont aussi prudentes. Pour Mustapha Bouchachi, avocat et militant des droits de l'homme, figure plébiscitée par la rue pour un « nouveau gouvernement de transition », l'application de l'article 102 est « dépassée ». « Les Algériens n'accepteront pas qu'un gouvernement ni des symboles de ce système, gèrent la période de transition ». C'est aussi ce que dit le quotidien arabophone El Khabar, qui dans son édition de mercredi, donne la parole à des militants et des juristes pour expliquer que l'initiative du chef d'état-major est « très tardive » et que l'article 102 « a été dépassée par le mouvement populaire ».
Sur les réseaux sociaux, la déclaration du chef d'état-major a été aussi très critiquée : pour de nombreux internautes, « l'armée n'a pas à intervenir », ce que fait Ahmed Gaïd Salah est « un coup d'État ».
Le mandat du président se termine officiellement le 28 avril. Mais les propos du chef d'état-major vont vraisemblablement précipiter son départ.
Selon des sources proches de l'ex-DRS (services de renseignements dissous en 2016, mais toujours actifs via leurs réseaux), le Conseil constitutionnel serait en train de former un collège de médecins assermentés pour déclarer le président Bouteflika « inapte ».
D'après l'article 102, le Conseil constitutionnel proposera aux deux chambres du Parlement de déclarer l'état d'empêchement. Le président du Conseil de la nation (Sénat) sera alors chargé pour 45 jours d'assurer l'intérim du chef de l'État. Si au bout de 45 jours, l'état d'empêchement se poursuit, le président du Sénat poursuivra son intérim pour une nouvelle période de 90 jours au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées, selon l'article 104 par « le gouvernement en fonction au moment de l'empêchement », soit le gouvernement actuel de Noureddine Bedoui !
Toujours selon des sources proches, Abdelkader Bensalah, 76 ans, à la tête du Sénat depuis 17 ans, malade, pourrait être écarté et un nouveau président du Conseil de la nation pourrait être nommé. Parmi les noms qui circulent : celui de l'ancien président algérien Liamine Zeroual qui, lui-même, a été chargé d'assurer une transition dans les années 1990.

References: l'article 102
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 l'article 104