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Passeur (Égypte antique) - Wikipédia
Époque : De l'Ancien Empire égyptien à la Basse époque
modifier Le Passeur est une des nombreuses thématiques de la littérature funéraire de l'Égypte antique. Le passeur et son bac apparaissent d'abord dans les textes des pyramides. Ses apparitions s'enrichissent et se développent ensuite dans les textes des sarcophages puis dans les exemplaires du livre des morts. Dans tous ces textes, le passeur est un dieu assoupi et un marinier d'eau douce. Le défunt, roi ou particulier, se présente devant cette divinité pour lui demander de lui faire franchir un cours d'eau et de l'amener dans un lieux paradisiaque. Cette notion de traversée est évidemment inspirée de la géographie de l'Égypte antique ; le pays étant traversé du sud au nord par le Nil. En l'absence de tout pont, le bac est de fait le seul moyen de gagner la rive d'en face. Le passeur, métier très fréquent en Égypte ancienne, n'a pas manqué de créer tout un imaginaire mythologique et éthique.
1 Le « sans barque »
1.1 Réprobation
1.3 Parabole
2 Passeur et destinée royale
2.1 Barques royales
2.1.1 Barque de Khéops
2.1.2 Autres attestations
2.2 Passeurs divins
2.3 Traversée royale
3 Dialogue avec le passeur
3.1 Textes des pyramides
3.2 Tombes de Râdjaa et Padiamenopé
3.2.2 Structure du texte
3.3 Variantes textuelles
Depuis la plus haute antiquité, le Nil et ses canaux sont des artères de communications pour un grand nombre de barques. Mais pour tous ceux qui ne disposent pas d'une embarcation, ces voies d'eau sont autant d'obstacles dans les déplacements. Avoir ou non une barque est une notion si vitale que la langue égyptienne reflète ce fait. Le mot « iouy » désigne ainsi toute personne ne possédant pas une barque1. La notion d'immobilité étant dans l'écriture symbolisée par un bovidé couché lors d'une de ses longues périodes de rumination ! Le « sans-barque » est un être sociologiquement ambivalent. Son aspect malfaisant l'assimile aux perturbateurs sociaux privés de tout destin post-mortem favorable. Il représente aussi un des nombreux complices du terrible dieu Seth, l'ennemi du généreux Osiris. Cet aspect néfaste apparait dans le lexique égyptien. Le mot « iou » qui est à la base du mot iouy signifie plainte, tort ou crime et le mot « iout » renvoi à fautif et méfait. Le sage Ptahhotep dans la douzième maxime de son enseignement montre bien le rapprochement qui est fait dans la pensée égyptienne entre les perturbateurs et les « sans-barque ». Le mauvais fils est mis au même plan qu'un « sans-barque »:
« S'il se rebelle contre ce que tu dis, tandis que sa bouche prononce de méchantes paroles, alors éloigne-toi de lui, que rien ne vienne en sa possession, chasse-le; car ce n'est certes pas ton fils, il n'a pas été mis au monde pour toi. Tu en feras un serviteur à cause de ses paroles, tu le placeras parmi ceux qui sont blâmables; Dieu avait déterminé son malheur alors qu'il était encore dans le sein de sa mère2. Celui que les dieux guident ne peut errer, mais le « sans-barque » ne peut trouver un moyen de traverser.3 »
— Enseignement d'Aménemopé, chap.29. Traduction de Pascal Vernus4
— Traduction de Paul Barguet5
('Enseignement d'Aménémopé', fin de la Maxime 2)
Le complexe funéraire de Khéops ne comporte pas d'inscriptions funéraires tels les « textes des pyramides ». Cependant, malgré ce manque, le roi est doté symboliquement d'un moyen de transport fluvial. Enfouie depuis plus de 4 500 ans, la barque funéraire du roi Khéops est découverte en 1954 au pied de la face méridionale de la pyramide de Khéops. Réalisée en bois de cèdre et munie de tout son outillage (rames, cordes et cabine), elle gisait jusqu'au moment de sa découverte dans une fosse creusée dans le rocher et recouverte par de larges dalles de calcaire. Cette fosse scellée par Djédefrê, le successeur de Khéops, contenait une barque royale démontée en 1 224 pièces détachées. Remontée, elle est à présent exposée dans un musée situé à l'endroit exact où elle fut trouvée. L'embarcation mesure 43,30 mètres de long, sa proue s'élève à une hauteur de 5 mètres et sa poupe à 7 mètres.
D'autres fosses à barques royales et solaires ont été découvertes mais seules les deux fosses du roi Khéops (IVe dynastie) contenaient encore une barque en bois. Le roi Niouserrê de la Ve dynastie s'est fait construire un temple solaire. Le long du côté occidental de ce monument a été dégagée une grande fosse à barque. Après lui, le dernier représentant de cette dynastie, le roi Ounas a fait creuser deux fosses sur le côté gauche de la chaussée processionnelle. Longues de 45 mètres elles prennent la forme d'un navire. Les assises de ces deux excavations rappellent la courbure de la coque d'une barque. Plus modestement, la reine Neith épouse du roi Pépi II (VIe dynastie) a disposé d'une fosse où avait été déposée une flottille de seize barques miniatures6.
Le corpus des « textes des pyramides » fait apparaître une cinquantaine de dénominations attribuées à différentes divinités jouant le rôle de passeurs des différents cours d'eau et canaux des contrées célestes7.
Quelques dénominations des passeurs de l'Autre-monde 8
Heref-em-haef
Celui dont le visage est derrière lui
Maa-em-heref
Celui qui voit avec son visage
Heref-em-khenetef
Celui dont le visage est devant lui
Herf-em-âa
Celui au visage d'âne
Khed-khesef
Celui qui descend et remonte le courant
Celui qui réclame
Le passeur est dès l'Ancien Empire un redoutable personnage mythique. Le franchissement du fleuve par le roi défunt est une thématique récurrente dans les « textes des pyramides ». Ce passage fluvial y est assimilé à un voyage vers les contrées de l'Au-delà comme les Champs des Roseaux. Dans les inscriptions du couloir de la pyramide à textes du roi Méryrê-Pépy, il apparait que le souverain est parfaitement au courant de l'existence de la triste condition du « sans-barque ». Mais sa condition royale et son statut de juste lui permettent d'ignorer ce problème.
— Textes des pyramides (T.P.), chap 517, §1188 a-f. et §1191 a-c
— T.P. chap 517, §1193a-1194a.
— T.P. chap.566 §1429 a-e
— T.P. chap.270 §383a-384a et 387a-c
Dans les « textes des pyramides », les souverains des Ve et VIe dynasties, au cours de leurs ascensions vers le ciel, peuvent arriver devant un cours d'eau. Pour le traverser le roi fait appel à un passeur et lui ordonne de lui amener une barque. Le passeur dans ces cas de figure est muet et doit se contenter d'obéir à cette injonction royale. Mais il se fait pourtant déjà implicitement jour que cette traversée ne va pas de soi ; les relations entre le roi et le passeur sont tendues et ce dernier pourrait ne pas embarquer le roi. Cependant, il n'y a que dans les chapitres 310 et 505 que le passeur débute un dialogue avec le roi :
— T.P. chap. 310 §493b-494b
— T.P. chap. 505 §1091a-1092b
Les versions postérieures de ces deux dialogues sont plus étoffées. Bon nombre de détails ne seront développés qu'au Moyen Empire égyptien dans les « textes des sarcophages ». Mais déjà sur la paroi méridionale de la chambre funéraire de la pyramide de Qakarê-Ibi (VIIIe dynastie) s'entame un réel dialogue :
— T.P. chap.900 §4001d-4003b
Le début du dialogue du roi défunt avec le passeur qui figure dans la pyramide de Qakarê-Ibi est repris bien plus tard, considérablement enrichi (27 questions-réponses), dans deux tombes de particuliers. Le grand prêtre d'Héliopolis Râdjaa a vraisemblablement fait construire sa tombe dans la nécropole de sa ville à l'époque des XXVe et XXVIe dynasties même si des éléments architecturaux (sarcophage, choix des textes) se réfèrent délibérément au Moyen Empire. Une longue version du dialogue est inscrite sur une paroi sur 50 colonnes de texte (numérotées de 17 à 67). Le modèle de cette version selon sa paléographie date du règne de Sésostris Ier. Un possible contemporain de Râdjaa, le prêtre lecteur en chef Padiamenopé (XXVe dynastie) a lui aussi fait figurer cette version du dialogue dans sa tombe à Thèbes (TT33).
Le défunt demande au passeur Mahaef de lui amener un bac. Pour affirmer son autorité il se réfère au conflit de Horus avec Seth ; il se présente en tant qu'Horus en route pour réanimer son père Osiris. Deux fois de suite il ordonne à Mahaef de réveiller Aqen car il veut disposer de la barque construite par Khnoum. Cependant Mahaef n'est pas disposé à réveiller Aqen. De plus, il annonce au défunt que la barque est démontée. Suivent cinq questions où le défunt doit identifier dans ses réponses les cordages de l'embarcation à des faits mythiques :
La version du dialogue avec le passeur que l'on trouve d'abord chez le roi Qakarê Ibi puis chez les notables Râdjaa et Padiamenopé présente des similitudes avec le chapitre 397 des « textes des sarcophages ». Mais, toutes les versions découvertes du chap. 397 montrent qu'il existait pourtant une seconde origine textuelle. Dans la tombe de Râdjaa, le dialogue s'arrête avant que Mahaef ne réveille Âqen. Le chapitre 397, présente un dialogue encore plus développé. Le défunt doit se d'abord se soumettre à une longue discussion avec Mahaef (34 questions/réponses) entrecoupée par huit supplications à Mahaef de vite réveiller Âqen.
↑ B. Menu, page 25.
↑ Traduction de C. Lalouette, page 240.
↑ Pour plus de clarté, la traduction de cette dernière phrase a été modifiée et établie à partir d'une comparaison entre les travaux de Cl. Lalouette, P. Vernus et Ch. Jacq.
↑ Ch. Jacq, Les noms des passeurs (§23 à 76)
Bernadette Menu, Petit lexique de l'égyptien hiéroglyphique à l'usage des débutants, Paris, Geuthner Dictionnaires, 1997 Claire Lalouette, Textes sacrés et textes profanes de l'ancienne Égypte, vol. I, Paris, Gallimard, 1994 Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne, vol. VI, Paris, Cybèle, 2010, 4001 p. (ISBN 9782915840100) Susanne Bickel, « D'un monde à l'autre: le thème du passeur et de sa barque dans la pensée funéraire », D'un monde à l'autre. Textes des pyramides & textes des sarcophages, IFAO Bibliothèque d'études, no 139, 2004, p. 91 à 117 (ISBN 2724703790) Christian Jacq, Le voyage dans l'autre monde selon l'Égypte ancienne, Paris, Le Rocher, 1986 (ISBN 2702812589) Christian Jacq, L'enseignement du sage égyptien Ptahhotep : le plus ancien livre du monde, Paris, La Maison de vie, coll. « Publications de l'Institut Ramsès », 1993 (ISBN 2909816028) Paul Barguet, Le livre des morts des anciens égyptiens, Paris, Le Cerf, 1967 Pascal Vernus, Sagesses de l'Égypte pharaonique, Paris, Imprimerie Nationale Éditions, 2001 Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler, Les pyramides d'Égypte, Paris, Hachette littérature, 1999 v · d · m

References: §1188
 §1191
 §1193
 §1429
 §383
 §493
 §1091
 §4001