Source: https://www2.deloitte.com/ch/fr/pages/innovation/articles/tiefer-geschlechter-und-rostigraben-beim-frauenrentenalter.html
Timestamp: 2020-02-27 20:54:58+00:00

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Introduction : les trois options
L'année dernière, l'AVS a fêté ses 70 ans. Mais la plupart n’avaient pas le cœur à célébrer cet anniversaire. L'AVS est toujours considérée comme l'une des plus importantes assurances sociales suisses, mais, compte tenu de l'évolution démographique, un problème financier majeur l’attend. Lorsque l’AVS a été introduite, près de sept cotisants en moyenne finançaient un retraité, mais ce ratio n'est aujourd'hui que de trois pour un. D'ici 2035, il devrait même tomber à deux pour un. 1
Sans l’adoption de réformes profondes, l'AVS ne pourra donc pas être financée à long terme. La situation est tout aussi dramatique s’agissant de la prévoyance professionnelle (LPP), même si les conséquences financières ne sont pas aussi perceptibles de premier abord, car la prévoyance professionnelle est financée par la retraite par capitalisation.2
Les décideurs politiques disposent essentiellement de trois options pour asseoir la prévoyance vieillesse sur des bases financières saines : ils peuvent augmenter les recettes, réduire les dépenses ou relever l'âge de la retraite.
Le relèvement de l’âge de la retraite est inévitable
Afin d’éviter que l’assurance vieillesse ne se retrouve en difficulté, au moins l'une de ces trois options doit être choisie. Au cours des dernières décennies, des hausses de revenus de plus en plus faibles ont été réalisées afin de tenter d’éviter de se retrouver dans une impasse financière, du moins à court terme. Néanmoins, étant donné que la redistribution des revenus des jeunes vers les plus âgés s'aggrave encore avec presque chaque augmentation des revenus, il est probable que le fait de choisir cette option se heurtera à une résistance de plus en plus grande. Sur le plan politique, les possibilités de réduction des dépenses risquent d'être encore plus minces. Aussi, un relèvement de l'âge de la retraite semble presque inévitable si l’on veut trouver une solution à long terme. Dans le cas contraire, il ne sera guère possible de restructurer complètement la prévoyance vieillesse.3
Deux propositions officielles sont déjà sur la table. D'une part, le Conseil fédéral prévoit une nouvelle réforme de l'âge de la retraite (AVS 21) qui portera celui des femmes de 64 à 65 ans.4 D'autre part, le Parti des Jeunes libéraux-radicaux a récemment lancé une initiative qui prévoit dans un premier temps une augmentation de la rente par tranches de deux mois à 66 ans, puis un ajustement par rapport à l'espérance de vie.5
Le comportement électoral des 50-70 ans sera déterminant pour la réussite de ces projets. Comptant pour 36% des électeurs, ils représentent non seulement la tranche d'âge la plus importante, mais leur taux de participation est également supérieur à la moyenne. Lors de la dernière votation populaire, leur taux de participation était de 48%, alors que celui des 30-49 ans était de 36% et celui des moins de 30 ans de 27%.6
Pour avoir une meilleure idée des préférences de cette tranche d'âge, Deloitte Suisse a mené en juin 2019 une enquête en ligne auprès d’un échantillon de 1000 personnes âgées de 50 à 70 ans résidant en Suisse représentatif en termes d’âge, de sexe et de région.7
L’augmentation de l'âge de la retraite : des décisions impopulaires
Le relèvement de l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans est approuvé par 47% des personnes interrogées (voir figure 1). Cela signifie que les personnes âgées de 50 à 70 ans ont un taux d'approbation plus faible que les tranches d'âge plus jeunes sur cette question. Les sondages précédents ont montré qu'une nette majorité parmi tous les électeurs sont favorables à un relèvement de l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans.8
Le relèvement de l’âge de la retraite des hommes à 66 ans bénéficie d’un soutien beaucoup moins important : un peu moins d'un tiers seulement des 50-70 ans seraient favorables à une telle mesure. Le taux d'approbation du relèvement de l'âge de la retraite à 66 ans pour les deux sexes est également faible. Le soutien en faveur d'une augmentation graduelle à 67 ans pour les deux sexes est encore plus faible. La proposition d'adapter l'âge de la retraite à l'espérance de vie est soutenue par 28% des électeurs.
Graphique 1 : Taux d'approbation des personnes âgées de 50 à 70 ans concernant diverses réformes sur l'âge de la retraite
Seriez-vous d'accord avec l'ajustement suivant de l'âge officiel de la retraite?
Plus l'inquiétude est profonde, plus l'approbation est élevée
Il n'est pas surprenant que la différence entre les tranches d'âge soit visible. Pour les jeunes électeurs, la date de départ à la retraite se situe dans quelques décennies à venir, tandis que les plus âgés seraient directement touchés par un changement de l'âge de la retraite (s'ils ne sont pas encore en retraite).
L'impact de ces préoccupations se manifeste également dans la distinction entre retraités et salariés (50 à 70 ans). Le taux d'approbation pour le relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans est plus élevé de 10 points de pourcentage chez les retraités par rapport aux actifs, ce qui s'explique principalement par le fait qu'ils ne seront plus affectés par un changement de l'âge de la retraite. Une différence tout aussi importante entre les actifs et les retraités peut également être observée s’agissant des autres réformes sur l'âge de la retraite étudiées.
Les femmes, sceptiques
Cependant, la différence la plus frappante est celle entre les sexes. Alors que 60% des hommes âgés de 50 à 70 ans soutiennent ou ont tendance à soutenir le relèvement de l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans, le taux d'approbation des femmes issues de la même tranche d'âge est de 32% seulement. Ici aussi, la préoccupation directe est susceptible de jouer un rôle important.
Cependant, il ne s’agit peut-être pas là de la seule raison. En effet, même si seuls les hommes étaient touchés par une augmentation, le consentement des hommes à un relèvement de l'âge de la retraite est plus élevé que celui des femmes (voir figure 2). Le taux d'approbation des hommes dans ce cas tombe à 35%, mais il est encore supérieur de 5 points de pourcentage à celui des femmes. Pour les femmes, en revanche, l'approbation n'est jamais supérieure à 32%, quel que soit le sexe auquel l'augmentation de rente s'applique.
Graphique 2 : Taux d'approbation des personnes âgées de 50 à 70 ans par sexe
Un rejet massif en Suisse romande
La répartition par région du pays révèle également des différences importantes. Comme le montre le graphique 3, un fossé profond se creuse entre la Suisse alémanique et la Suisse romande. Seuls 24% des Romands âgés de 50 à 70 ans acceptent de porter l'âge de la retraite à 65 ans pour les femmes. En Suisse alémanique, le taux d'approbation pour la même tranche d'âge est plus de deux fois plus élevé. Des différences similaires, quoique moins prononcées, existent dans les autres variantes du projet d'augmentation de rente.
En matière de politique sociale, il y a toujours un « röstigraben ». C'est également le cas pour la prévoyance vieillesse, s’agissant notamment du comportement de vote des électeurs sur les projets précédents ou des tentatives des fonds de pension de restructurer leurs systèmes. 9 Alors qu'en moyenne, les Suisses alémaniques accordent plus d'importance à la pérennité financière de la prévoyance vieillesse, les Romands ont tendance à attendre davantage de l'État. En somme, la Suisse occidentale entretient des relations différentes avec l'État. Le « röstigraben » dans les taux d'approbation de l'augmentation de rente n'est donc pas une surprise. Ce qui est néanmoins étonnant, c'est la profondeur de l’écart inter-régional.
Graphique 3 : Taux d'approbation des personnes âgées de 50 à 70 ans par région linguistique
Accepteriez-vous que l'âge officiel de la retraite des femmes soit porté de 64 à 65 ans?
Conclusion : Tirer des leçons du Canada et de la Suède
Une restructuration complète de la prévoyance vieillesse risque d'être difficile sans un relèvement de l'âge de la retraite. Toutefois, comme le montre l'enquête représentative, la tranche d'âge des 50 à 70 ans est sceptique à l'égard d'un tel projet. Actuellement, seul le projet d’augmentation de l'âge de la retraite de 64 à 65 ans pour les femmes devrait avoir de bonnes chances de recevoir un vote favorable. Toutefois, il est peu probable qu’un relèvement de l'âge de la retraite pour les femmes suffise à réaliser une restructuration à long terme. La réforme proposée par le Conseil fédéral (AVS 21), qui, outre le relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, prévoit des revenus supplémentaires provenant d'une augmentation des cotisations salariales, de la TVA et des subventions fédérales, ne permettra de restructurer l'AVS que jusqu'en 2028. Comme le montrent les calculs du Conseil fédéral, l'AVS devrait retomber dans le rouge d'ici 2029. 10
L'examen de la Suède et du Canada montre comment la restructuration de la prévoyance vieillesse pourrait être assurée à long terme. Les deux pays ont associé le relèvement de l'âge de la retraite à une grande flexibilité et ont renoncé à fixer un âge de départ à la retraite spécifique. En Suède, toute personne âgée de 61 à 67 ans peut décider elle-même du moment de sa retraite (à partir de 2020, cette tranche d’âge atteindra 62-68 ans). Plus on travaille longtemps, plus la rente est élevée. Ceci est mesuré par l'espérance de vie moyenne.
Le Canada a même complètement aboli l'âge de la retraite. Chaque employé peut décider lui-même quand il souhaite prendre sa retraite. Il en va de même dans le cas présent : ceux qui travaillent plus longtemps reçoivent une rente plus élevée. L'âge de 65 ans n'est plus utilisé que comme point de référence pour le calcul des prestations d'assurance retraite. La suppression de la limite d'âge fixe permet de rendre les retraites de la vie active beaucoup plus individuelles et flexibles.
Au lieu de se concentrer unilatéralement sur le relèvement de l'âge de la retraite, les décideurs politiques suisses pourraient envisager un assouplissement en profondeur. Par exemple, au lieu de fixer un âge obligatoire de départ à la retraite, ils pourraient proposer une tranche d'âge de 60 à 70 ans. Le versement des rentes pourrait être associé à l'espérance de vie moyenne. Plus l'on prend sa retraite tôt, plus la rente est faible (et vice versa).
Cette mesure comporte deux avantages importants. Tout d'abord, la guillotine de la vieillesse qui occupe l’esprit de beaucoup de gens, disparaîtrait. Aujourd’hui, la plupart des gens pensent qu’il faut travailler jusqu'à 64 ou 65 ans et puis c’est fini. C'est aussi ce que pensent de nombreux entrepreneurs : lorsqu'un employé atteint l'âge de la retraite obligatoire, il quitte l'entreprise. L’assouplissement de l'âge de la retraite changerait la donne et inciterait davantage les employeurs à recruter des personnes plus âgées. Dans le même temps, les employés seraient davantage incités à travailler plus longtemps.
Deuxièmement, un tel système est susceptible d'être mieux accepté sur le plan politique et donc d'être aussi plus populaire parmi les 50-70 ans. Récemment, une importante association de travailleurs, Angestellte Schweiz (Salariés Suisse), s'est prononcée en faveur de l'abolition de l'âge fixe de la retraite et de l'assouplissement du système en l'associant à l'espérance de vie. 11
1 Office fédéral des assurances sociales, Statistiques de l'AVS. Voir dans l'article
2 L'AVS, quant à elle, est financée par un important fonds auquel cotisent l'ensemble des salariés et des employeurs et à partir duquel les rentes des bénéficiaires de l'AVS sont directement financées. Voir dans l'article
3 Brunetti, Aymo (2019), «Seul un relèvement progressif de l'âge de la retraite peut garantir la viabilité de la prévoyance vieillesse suisse.» Document de discussion Université de Berne. Voir dans l'article
4 Office fédéral des assurances sociales (2019), Stabilisation de l'AVS (AVS 21). Voir dans l'article
5 Jeunes Libéraux-Radicaux suisses (2019), «Les jeunes libéraux suisses lancent leur initiative pour assurer un financement pérenne de l’AVS» Voir dans l'article
6 Enquête VOTO relative à la votation populaire fédérale du 19 mai 2019. Voir dans l'article
7 Il est à noter que la population résidente ne correspond pas entièrement à la population votante. Dans la tranche d'âge des 50-70 ans, env. 18% de la population résidente permanente n'a pas le droit de vote. Toutefois, aucune raison n’explique la différence sensible de leur point de vue avec celui de l'électorat. Voir dans l'article
8 Société suisse de recherche sociale (GfS) de Berne (2018), Réforme des retraites. Voir dans l'article
9 Voir à ce sujet : NZZ (2016). Compréhension différente de l'État : le facteur Röstigraben, ou Avenir Suisse (2012): Caisses de pension cantonales, le facteur Röstigraben. Voir dans l'article
10 Conseil fédéral suisse (2019) «Message relatif à AVS 21: les mesures en détail». Voir dans l'article
11 NZZ am Sonntag (2019): «Un syndicat brise le tabou sur l'âge de la retraite». Voir dans l'article

References: l'article
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