Source: http://science21.blogs.courrierinternational.com/archives/category/histoire/index-9.html
Timestamp: 2017-08-20 05:50:54+00:00

Document:
Attentats de Paris et mondialisation du capitalisme (I)
Le 16 novembre 2015, suite aux attentats meurtriers du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, Les Echos diffuse une nouvelle interview du juge Marc Trévidic avec le titre fort parlant « Marc Trevidic : " D’autres attentats sont à prévoir" ». Marc Trévidic déclare notamment à propos de la situation de la justice et de la loi sur le renseignement : « Malheureusement, nous n’avons pas voulu mettre le renseignement au service du judiciaire. (...) Nous faisons face à un goulet d’étranglement : quand près de 2.500 personnes travaillent au renseignement, en face, il n’y a que 150 personnes du côté judiciaire ». Ce qui, d'après Trévidic, empêche les magistrats de traiter les dossiers. Est-ce autre chose que le résultat de la politique générale de limitation des effectifs et des prestations des services publics sous prétexte de la prétendue « dette » de l'Etat ? Et cette prétendue « dette publique » est-elle autre chose que le « résultat » de trois décennies d'une politique systématique de privatisations et de délocalisations sous tous les gouvernements et toutes tendances politiques confondues ? Quant à la forte consommation de pétrole, donc le caractère nuisible pour l'environnement n'a pas besoin d'être rappelé ici et qui de surcroît constitue la source principale des moyens financiers de l'Etat Islamique et de certains gouvernements intégristes, pour quelle raison n'a-t-elle pas été empêchée chez nous par un développement conséquent des transports publics et d'autres mesures analogues ? Les constructeurs de voitures et d'autres industriels associés seraient-ils plus importants que la salubrité publique ? N'est-il pas possible de développer de manière conséquente des industries alternatives ? Le 16 novembre, Que choisir met en ligne un dossier intitulé « Scandale Volkswagen. Les questions-réponses de l’UFC-Que Choisir », alors que Capital écrit « VOLKSWAGEN : 430 000 véhicules seraient concernés par le scandale au CO2 ». Les délocalisations de capitaux, d'industries et de technologies à la recherche des plus bas salaires et standards sociaux sont devenues depuis les années 1980 un phénomène général dans le cadre de la mondialisation du capitalisme. Elles n'épargnent d'ailleurs pas l'industrie automobile. Dans l'ensemble, les « puissances occidentales » ont créé elles-mêmes, avec la mondialisation du capitalisme, tous les ingrédients qui se trouvent à l'origine de la situation catastrophique actuelle. Y compris, la détresse des populations dans les pays « occidentaux » résultant de la désindustrialisation, de la suppression progressive des services de l'Etat et de la chasse au « modèle français ». Dans Le Dauphiné, Marc Trévidic évoque le désarroi des jeunes Français de retour de Syrie qui, de son point de vue, ne connaissent rien à la religion « à part trois versets » mais éprouvent tout simplement une « envie d’en découdre, de se venger de quelque chose ». Est-ce autre chose que le résultat accablant de l'évolution du capitalisme ? Et quelles mesures est-il impératif de prendre à ce sujet ? Des questions de fond que « nos décideurs » et l'ensemble du monde politique ne semblent pas aborder vraiment. Il s'agit pourtant d'une réelle urgence dans la situation actuelle.
Sur le blog consacré à son livre L'Enigme Bogdanov, notre collègue Luis Gonzalez-Mestres diffuse un article intitulé « De Mossoul et Palmyre aux attentats de Paris » dont l'introduction souligne d(émblée :
Dans mon livre L'Enigme Bogdanov, un sous-chapitre intitulé De l'Astronomie à la Cosmologie (page 102 de l'édition parue le 5 novembre) rappelle le rôle précurseur, culturel et scientifique, de l'ancienne Mésopotamie. A cette occasion, je dénonce les pertes de vies humaines et les destructions du patrimoine intervenues notamment à Mossoul (l'ancienne Ninive) et à Palmyre. Des zones de l'Irak et de la Syrie passées sous le contrôle de l'Etat Islamique. En écrivant pendant l'été ce sous-chapitre de L'Enigme Bogdanov, j'étais loin de me douter que je devrais aujourd'hui exprimer ma profonde solidarité et mes condoléances attristées aux victimes des attentats de Paris et à leurs familles.
Force est de constater la longue passivité des « puissances occidentales » devant les tueries de populations et les destructions du patrimoine archéologie dans des zones stratégiques de l'Irak et de la Syrie. Une situation abordée dès mai dernier dans nos articles « Palmyre : un patrimoine mondial menacé » (I), (II) et (III).
L'article « De Mossoul et Palmyre aux attentats de Paris » poursuit également : « ...les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis sont intervenus dans un contexte qui se rapporte très directement à la situation actuelle dans les Etats ayant hérité du territoire et des richesses culturelles de la Mésopotamie de l'Antiquité. Les effroyables tueries d'avant-hier soir chez nous ont eu lieu juste avant le sommet de Vienne sur la Syrie tenu le 14 novembre ». De même, Luis Gonzalez-Mestres rappelle le bombardement par l'armée française, le 8 novembre, d'un objectif pétrolier sur le territoire syrien contrôlé par Daesh. Une action, pour le moins, tardive par rapport à la situation réelle mais qui mettait en évidence l'évolution prévisible du sommet de Vienne vers une plus grande fermeté.
Tel a été le contexte immédiat des attentats de Paris et Saint-Denis. Mais que penser de leur contexte stratégique ?
Et quels milieux d'affaires vivent actuellement des marchandises (pétrole, « produits » de pillages et destructions archéologiques...) provenant de Daesh ?
Jusqu'où dégringolera le capitalisme dans sa crise permanente devenue un gouffre sans fond ?
Dans notre article « Philippe Aghion, la mondialisation et la casse sociale (I) », nous rappelions encore :
Les exportations massives de capitaux à l'échelle planétaire depuis les années 1980 n'ont pas été par elles-mêmes un phénomène nouveau. Elle étaient déjà évoquées, par exemple, dans le Manuel d'Economie Politique de l'Académie des Sciences de l'URSS. Voir, entre autres, l'édition en ligne de ce Manuel par Dominique Meeus à l'adresse http://www.d-meeus.be/marxisme/manuel/chap18sect05.html .
Mais l'Europe occidentale avait largement échappé à ce processus après la Deuxième Guerre Mondiale, et l'existence d'un « bloc de l'Est » limitait considérablement les possibilités d'expansion offertes au grand capital planétaire.
Avec l'évolution des rapports entre les Etats-Unis et la République Populaire de Chine depuis les années 1970 et le déclin de l'URSS dans les années 1980, la situation a considérablement évolué. Dans la deuxième moitié des années 1980, c'est une nouvelle mondialisation capitaliste impliquant fortement l'Europe et l'Asie, qui a soudain vu le jour.
Quel en est à présent le bilan ?
Philippe Aghion et Daniel Cohen sont des économistes proches de l'actuel pouvoir politique. Que nous proposent-ils ?
En réalité, le grand capital mondialisé se retrouve de plus en plus ouvertement pris à son piège. Avec la stratégie récurrente de délocalisations financières, industrielles et technologiques, il a progressivement affaibli dans des domaines essentiels les « puissances occidentales » chargées à l'origine de faire respecter à l'échelle planétaire « l'ordre mondial » qu'il a lui-même instauré.
Attentats du 13 novembre : mobiles et nouveaux dangers (I)
Attentats du 13 novembre à Paris : le danger d'une suite
Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris (I)
Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris (II)
Palmyre : un patrimoine mondial menacé (I)
Palmyre : un patrimoine mondial menacé (II)
Palmyre : un patrimoine mondial menacé (III)
Terrorisme et déchéance de la nationalité française (I)
Terrorisme et déchéance de la nationalité française (II)
Charlie Hebdo, Vincennes... réactions après les tueries (I)
Charlie Hebdo, Vincennes... réactions après les tueries (II)
Charlie Hebdo, Vincennes... réactions après les tueries (III)
Charlie Hebdo, Vincennes... réactions après les tueries (IV)
Charlie Hebdo, attentat, droit à la vie... (I)
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L'attentat contre Charlie Hebdo et le droit à la vie (I)
Mesures antiterrorisme et droits de l'homme (I)
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Mesures antiterrorisme et droits de l'homme (III)
Mesures antiterrorisme et droits de l'homme (IV)
15:22 Publié dans Administration et administrés, Afrique, Amériques, Asie, Culture, Délocalisations et dumping, Droits et libertés, Ecologie, Economie, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, Evaluation, Fiscalité, Fonction publique, France, Histoire, Indépendance du service public, Institutions, Justice, La France vue d'ailleurs, Livres, Mondialisation, Moyen-Orient, Politique, Précarité, Presse et médias, Santé, Sciences, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Statut des chercheurs, Syndicalisme, Travail, Université, Voyages, « Réforme » de la recherche | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : paris, terrorisme, attentats du 13 novembre 2015, france, europe, société, politique, moyen-orient, mossoul, palmyre | | Facebook | | Imprimer | | |
Quels ont été les mobiles des terroristes qui ont organisé une série d'attentats mortifères à Paris et Saint-Denis le soir du 13 novembre 2015 ? Telle est la problématique soulevée dans notre article « Attentats du 13 novembre à Paris : le danger d'une suite », en même temps que la question de l'éventuelle menace de nouveaux attentats pendant le week-end. L'après-midi du 14 novembre, L'Obs interrogeait « Paris : pourquoi des attentats maintenant ? Ce n'est pas un hasard de calendrier » et rappelait que ce même 14 novembre avait lieu à Vienne, en Autriche, une réunion sur la Syrie avec la participation entre autres de John Kerry, Sergueï Lavrov, l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura, Laurent Fabius... Il paraît donc logique de penser que les auteurs des attentats terroristes de la soirée du 13 novembre à Paris et Saint-Denis entendaient adresser un avertissement direct au sommet de Vienne, la référence à la Syrie ayant été explicite de la part des auteurs du massacre du Bataclan. Si tel est le cas, d'autres attentats ont pu être planifiés et, vu que le sommet ne s'est pas plié aux menaces des terroristes, un réel danger existe pour ce dimanche et les jours suivants. Sauf si les forces chargées de combattre le terrorisme parviennent à démanteler en temps utile les groupes capables de commettre des attentats de représailles. Sur les conclusions du sommet de Vienne, l'article de minuit de TV5 Monde « Un espoir de règlement sur la Syrie dans la foulée des attentats de Paris » évoque « un coup d'accélérateur déterminé par les attaques terroristes qui ont frappé Paris ». Le matin, Boursorama écrivait explicitement « Aucune raison de ne pas faire plus contre l'EI, dit Lavrov », et Atlantico « Conférence de Vienne sur la Syrie : l’échec annoncé d’un sommet à contretemps qui fait comme si Daech n’existait pas ». Précisément, cette situation semble avoir évolué et ce soir Bluewin annonçait « Elections en Syrie d'ici 18 mois ». Avec le titre « Accord à Vienne: des élections en Syrie devraient avoir lieu d'ici 18 mois » Sputnik News souligne que « les participants se sont mis d'accord sur un "calendrier concret" ». Les attentats de l'Etat Islamique n'ont fait qu'encourager son rejet et l'accord entre puissances. Mais dans ces conditions, comment Daesh réagira-t-il ce 15 novembre et par la suite ? La plus grande vigilance s'impose afin d'éviter une nouvelle série d'attentats.
Clairement, la question des mobiles des attentats du 13 novembre est de toute première importance pour examiner celle de leur suite éventuelle. Or la coïncidence des dates paraît irréfutable.
Dans notre article « Attentats du 13 novembre à Paris : le danger d'une suite », nous écrivions http://blogs.mediapart.fr/blog/scientia/141115/attentats-... :
Le 14 novembre 2015 en fin d'après-midi, dans un article intitulé « Paris : pourquoi des attentats maintenant ? Ce n'est pas un hasard de calendrier », L'Obs souligne que le 14 novembre est notamment la date peu connue de la réunion sur la Syrie, à Vienne, avec la participation de John Kerry, Sergueï Lavrov, Laurent Fabius... TV Novosti commente « Syria talks in Vienna overshadowed by Paris massacre », alors que Sputnik annonce « Lavrov et Kerry présentent leurs condoléances aux Français ». Que peut-il arriver le soir du 14 au 15 novembre, le 15 novembre... ? Et que penser de la situation qui s'est créée depuis les attentats du mois de janvier ? Dans cette incertitude, Le Figaro présente « le point sur l'enquête 24 heures après les faits », faisant état de 129 morts et 352 blessés d'après le procureur François Molins. Nos articles de ce jour « Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris (I) » et « Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris (II) », sur le blog La Science au XXI Siècle, ont brièvement rappelé les graves interrogations actuelles qu'il faudra analyser en détail après les trois jours de deuil national décrétés par François Hollande. Dans l'attente, un SMS circule : « Ce soir, une bougie aux fenêtres pour les attaques à Paris et à Saint-Denis. Pour les victimes et les blessés, pour les familles des victimes, faites propager le plus vite cette chaine. Faites passer ce message à tout votre répertoire, pour qu'il remonte jusqu'à Paris afin de montrer que la solidarité est bien plus forte que la violence ». Exprimons une nouvelle fois nos plus sincères condoléances et notre solidarité aux victimes et à leurs familles. De même, manifestons notre solidarité et notre soutien aux forces publiques chargées de protéger les citoyens contre les tentatives d'attentats et la menace terroriste.
Comment le sommet de Vienne pouvait-il réagir à un si lourd bilan de morts et de blessés, avec de surcroît une volonté d'intimidation évidente ? On peut raisonnablement penser qu'avec les attentats de Paris et Saint-Denis l'Etat Islamique a accéléré sa propre débâcle.
Commentant le communiqué de Daesh, notre article « Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris (II) » mis en ligne le 14 novembre en début d'après-midi soulignait :
... le communiqué porte le titre « Communiqué sur l’attaque bénie de Paris contre la France croisée » et que le match au Stade de France, vu par l'Etat Islamique, concernait deux « pays croisés » : la France et l'Allemagne.
Comment la politique des « puissances occidentales » au Moyen-Orient a-t-elle pu se solder par un tel retour au Moyen-Age avec une référence explicite de Daesh aux Croisades ?
Quelques heures plus tard, Le Temps analysait « La terrifiante mutation de l'Etat islamique », écrivant dans l'introduction « Les idéologues de l'organisation dite "Etat islamique" ont désormais adopté dans leurs objectifs affichés la lutte contre "les nations des Croisés" ».
L'évolution de la situation sur le terrain, avec des camps d'entrainement de Daesh susceptibles de préparer des attentats en France, a contraint dans la période récente le gouvernement français à développer une stratégie plus active. Avec des bombardements qui, le 8 novembre, avaient visé un centre d'approvisionnement pétrolier dans l'Est de la Syrie.
L'Etat Islamique s'attendait donc à une évolution du sommet de Vienne conduisant à un consensus plus militant à son égard. Les attentats de Paris n'ont fait qu'accélérer ce processus.
S'agissant du bilan en morts et blessés des attentats du 13 novembre, le procureur François Molins l'a qualifié de « malheureusement provisoire et évolutif ». Qu'en sera-t-il quant aux séries d'attentats elles-mêmes ?
La menace est en tout état de cause évidente dans le communiqué de Daesh (mis en ligne par Afrique Education), où on peut lire notamment :
Et la France et ceux qui suivent sa voie doivent savoir qu'ils restent les principales cibles de l'Etat islamique et qu'ils continueront à sentir l'odeur de la mort pour avoir pris la tête de la croisade, avoir osé insulter notre Prophète, s'être vantés de combattre l'Islam et frapper les musulmans en terre du Califat avec leurs avions qui ne leur ont profité en rien dans les rues malodorantes de Paris.
Cette attaque n'est que le début de la tempête et un avertissement pour ceux qui veulent méditer et tirer des leçons.
Remercions et encourageons les services publics chargés de nous protéger de cette menace. Y compris, à propos des manifestations et rassemblements prévus pour le 15 novembre.
02:03 Publié dans Administration et administrés, Afrique, Culture, Droits et libertés, Economie, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, Evaluation, Fonction publique, France, Histoire, Indépendance du service public, Institutions, Justice, La France vue d'ailleurs, Mondialisation, Moyen-Orient, Politique, Précarité, Presse et médias, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, terrorisme, attentats du 13 novembre 2015, france, europe, société, politique, moyen-orient | | Facebook | | Imprimer | | |
Le 14 novembre 2015, peu après 11h, on trouve sur le site de l'Elysée la déclaration de François Hollande à l'issue du Conseil de défense qui a fait suite aux attentats perpétrés la veille à Paris. En même temps, sur le site du Ministère de l'Intérieur, une alerte appelle au dépôt de témoignages en ligne précisant : « Suite aux récents événements, toute information et renseignement peuvent être utiles pour faire progresser l'enquête, identifier les victimes et prévenir de nouveaux actes. Vous êtes sans nouvelles d'un proche et souhaitez signaler sa disparition, remplissez le formulaire en ligne en cliquant sur le bouton ci-dessous, vous serez recontacté rapidement par un officier de police judiciaire. Si vous êtes en possession d'éléments, vous pouvez les communiquer de façon anonyme par le biais de ce site ». Les médias tentent, en même temps, de dresser un bilan humain et matériel des attentats. Avec pour titre l'interrogation « Attentats de Paris : aussi prévisibles qu'imparables ? », Le Point diffuse des déclarations de l'ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, Alain Chouet, pour qui il était impossible d'empêcher « huit gars déterminés, formés à l'étranger et renvoyés ici ou déjà sur place et motivés depuis la Syrie » de mener à terme les opérations terroristes du 13 novembre. Que penser d'une telle affirmation ? Le Bataclan n'aurait-il pu être mieux surveillé ? Le port d'armes n'est-il pas repérable par des dispositifs électroniques ? Et n'était-il possible de mieux alerter la population sur le danger d'attentats ? Le Point rapporte également « EN DIRECT. Le groupe État islamique revendique les attentats de Paris ». I Télé écrit à son tour « L'Etat Islamique revendique les attentats à Paris », et reproduit un extrait du communiqué émis par Daesh. Mais quelles sont les raisons, y compris d'ordre social, de l'influence de cette organisation terroriste sur des jeunes habitant la France ? Et quel bilan dresser de la politique développée par les « puissances occidentales » à l'égard de l'Irak, de l'Iran et de la Syrie au cours des dernières décennies ? Autant de questions qu'il paraît indispensable d'évoquer en profondeur à l'issue du deuil de trois jours qui vient d'être décrété par François Hollande et sur lequel Le Figaro analyse « Trois jours de deuil national : du jamais-vu sous la Ve République ». Un appel aux dons de sang a également été lancé pour les victimes.
France Info fait savoir que « Les dons de sang affluent après les attentats de Paris », suite à un appel de l'Etablissement Français du Sang au vu des besoins très importants des 180 blessés.
Au même moment, I Télé reproduit cet extrait du communiqué de l'Etat Islamique :
Huit frères portant des ceintures explosives et armés de fusils d'assaut ont visé des sites choisis soigneusement au coeur de Paris.
Paris a tremblé sous leurs pieds et ses rues sont devenues étroites pour eux. Le bilan de ses attaques est de minimum 200 croisés tués et encore plus de blessés, le louange et le mérite appartiennent à Allah.
RFI souligne que le communiqué porte le titre « Communiqué sur l’attaque bénie de Paris contre la France croisée » et que le match au Stade de France, vu par l'Etat Islamique, concernait deux « pays croisés » : la France et l'Allemagne.
A son tour, Europe 1 fait état de cette déclaration de Bachar Al-Assad : « La France a connu hier ce que nous vivons en Syrie depuis 5 ans ».
Précisément, à propos du choix de la date du 13 novembre pour cette série d'attentats, L'Obs estime « Paris : pourquoi des attentats maintenant ? Ce n'est pas un hasard de calendrier », soulignant que le 14 novembre est en particulier la date d'une réunion sur la Syrie tenue à Vienne avec la participation, notamment, de John Kerry et Serge Lavrov. Laurent Fabius représente la France à cette réunion.
Suit la version écrite de la déclaration de François Hollande après les attentats
Rubrique : Intérieur et sécurité, Nation, institutions et réforme de l'Etat
Paris – Samedi 14 novembre 2015
Les forces de sécurité ont été une fois encore appelées à intervenir dans des conditions extrêmement difficiles et les terroristes qui s’étaient installés notamment dans un lieu tout près d’ici, ont été tués. Je veux aussi dire notre admiration à l’égard de tous ces services – médecins, pompiers, protection civile – qui se sont dévoués tout au long de la nuit pour venir en aide. Il y a de nombreux blessés, des blessés graves, des blessés choqués, choqués par ce qu’ils ont vu. Alors nous voulions être là, parmi tous ceux qui ont vu ces choses atroces pour dire que nous allons mener le combat, il sera impitoyable, parce que quand les terroristes sont capables de faire de telles atrocités, ils doivent être certains qu’il y aura en face d’eux une France déterminée, une France unie, une France rassemblée et une France qui ne se laissera pas impressionner, même si aujourd'hui, elle exprime une émotion infinie à l’égard de ce drame et de cette tragédie qui est une abomination, parce que c’est une barbarie.
(fin de la déclaration, @ Présidence de la République, droits de reproduction réservés et strictement limités)
Voir, pour la déclaration orale : http://www.elysee.fr/videos/declaration-a-la-suite-des-at...
Suit également la déclaration de François Hollande à l'issue de la réunion du Comité de Défense
Rubrique : Intérieur et sécurité
J’ai pris un décret pour proclamer le deuil national pour trois jours. Toutes les mesures pour protéger nos concitoyens et notre territoire sont prises dans le cadre de l’état d’urgence. Les forces de sécurité intérieures et l’armée - auxquelles je rends hommage, notamment pour l’action qui s’est produite hier et qui a permis de neutraliser les terroristes - l’armée et les forces de sécurité intérieure donc sont mobilisées au plus haut niveau de leurs possibilités. J’ai veillé à ce que tous les dispositifs soient renforcés à l’échelle maximale : des militaires patrouilleront en plein Paris tout au long de ces prochains jours. La France parce qu’elle a été agressée lâchement, honteusement, violemment, la France sera impitoyable à l’égard des barbares de Daech. Elle agira, dans le cadre du droit, avec tous les moyens qui conviennent et sur tous les terrains, intérieurs comme extérieurs, en concertation avec nos alliés qui eux-mêmes sont visés par cette menace terroriste. Dans cette période si douloureuse, si grave, si décisive pour notre pays, j’en appelle à l’unité, au rassemblement, au sang-froid et je m’adresserai au Parlement réuni en congrès à Versailles lundi pour rassembler la Nation dans cette épreuve. La France est forte et même si elle peut être blessée elle se lève toujours et rien ne pourra l’atteindre même si le chagrin nous assaille. La France elle est solide, elle est active, la France elle est vaillante et elle triomphera de la barbarie ; l’histoire nous le rappelle et la force que nous sommes capable aujourd’hui de mobiliser nous en convainc.
Mes chers compatriotes, ce que nous défendons c’est notre patrie, mais c’est bien plus que cela. Ce sont les valeurs d’humanité et la France saura prendre ses responsabilités et je vous appelle à cette unité indispensable.
Voir, pour la déclaration orale : http://www.elysee.fr/videos/declaration-a-l-issue-du-cons...
14:41 Publié dans Administration et administrés, Culture, Droits et libertés, Economie, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, Fonction publique, France, Histoire, Institutions, La France vue d'ailleurs, Mondialisation, Moyen-Orient, Politique, Presse et médias, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, terrorisme, attentats du 13 novembre 2015, france, europe, société, politique, moyen-orient | | Facebook | | Imprimer | | |
Première guerre mondiale : le centenaire (IV)
Le 11 novembre 2015, metronews interroge explicitement « 11-Novembre : faut-il réhabiliter les "fusillés pour l'exemple" de la Grande Guerre ? », soulignant d'emblée « Le député radical Roger-Gérard Schwartzenberg relance l'idée d'une réhabilitation... ». En réalité, les demandes et promesses d'une telle réhabilitation ont été nombreuses. Mais ne doit-on soulever plus en profondeur, un siècle plus tard, la question du contenu même de la fête du 11 novembre et de ce que fut vraiment la Première Guerre mondiale ? Doit-on commémorer un armistice ou réfléchir aux causes d'une débâcle historique pour l'Europe, se souvenir de l'incroyable détresse des populations de tous les pays concernés, évoquer la lourde responsabilité du grand capital et de larges secteurs du monde politique... ? Précisément, les documents et informations mis en ligne par le Ministère de la Défense dévoilent que l'année 1915 fut celle qui connut le plus grand nombre de fusillés pour désobéissance militaire après conseil de guerre (237). Et par rapport à cinq mois de guerre, le taux d'exécutions de même nature intervenues en 1914 fut encore plus élevé (125). Peut-on valablement ignorer l'existence, dans l'ensemble de l'Europe, d'une situation de révolte politique contre la guerre de la part d'un secteur de la population ? Une révolte qui se solda, notamment, par la Révolution d'octobre 1917 en Russie avec entre autres le mot d'ordre « la paix, le pain et la terre ». En France, Jean Jaurès fut assassiné au moment même où la guerre commençait, pendant que son propre parti soutenait la politique de guerre après avoir longtemps affirmé et promis le contraire. Il en fut de même côté allemand, britannique... avec en particulier un incroyable retournement de la part des dirigeants des partis qui se prétendaient « socialistes ». La sociale-démocratie est ainsi devenue une fidèle gestionnaire du capitalisme, rôle qu'elle n'a jamais plus abandonné par la suite. Quel a été le bilan historique d'une guerre qui prit les populations au dépourvu et leur infligea des souffrances sans précédent dans la spirale d'un affrontement entre groupes dominants hégémonistes et coloniaux ? Force est de constater que, profitant de cette auto-destruction de l'Europe, les Etats-Unis sont devenus la première puissance planétaire. Quant à l'armistice de 1918, il a été suivi d'une situation de crise durable en Allemagne et de la montée du nazisme qui s'est à son tour soldée par une nouvelle guerre mondiale encore plus destructrice sur le sol européen. Mais quelles sont les origines de l'évolution qui a conduit à la Première Guerre mondiale ?
Nos articles « Première guerre mondiale : le centenaire » (I), (II) et (III) ont déjà souligné le rôle essentiel de la grande expansion coloniale dans la préparation de la Première Guerre mondiale. Dès 1873, Léon Gambetta :
« La colonisation est une étape nécessaire vers la revanche (contre la Prusse) qui ne sera possible que lorsque le pays aura refait ses forces matérielles et surtout morales autour de cette valeur essentielle, la Patrie ».
De son côté, Jules Ferry développera en détail cette stratégie dans son discours du 28 juillet 1885 devant la Chambre des Députés, jusqu'à exposer clairement que le contrôle des colonies, des voies maritimes et des zones d'influence devra être essentiel dans la prochaine guerre.
Et c'est dans le cadre de cette stratégie prétendument de « gauche » que, s'inscrit une éducation propageant auprès des élèves la prétendue existence de races humaines, la « race blanche » étant « supérieure » comme claironné par Jules Ferry dans le discours précité.
De même, une politique « d'éradication des patois » jusqu'aux punitions scolaires accompagnera cette « éducation » dont le contenu a comporté une véritable chauvinisation de la population. Une chauvinisation prétendument « de gauche ».
Malgré ces efforts d'embrigadement depuis l'âge scolaire, l'opposition de la population française à la perspective d'une nouvelle guerre avec l'Allemagne s'est clairement exprimée en 1914. La SFIO (Section française de l'Internationale Ouvrière) a été un porte-parole de cette opposition à la guerre jusqu'au retournement de veste de ses dirigeants entre le 1er et le 4 août 1914, dès le lendemain de l'assassinat de Jean Jaurés intervenu le 31 Juillet.
Le 4 août 2014, le secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, déclarera devant la tombe de Jaurès :
Jaurès a été notre réconfort dans notre action passionnée pour la paix. Ce n'est pas sa faute, ni la nôtre, si la paix n'a pas triomphé. Avant d'aller vers le grand massacre, au nom des travailleurs qui sont partis, au nom de ceux qui vont partir, dont je suis, je crie devant ce cercueil toute notre haine de l'impérialisme et du militarisme sauvage qui déchaînent l'horrible crime.
Cette guerre, nous ne l'avons pas voulue, ceux qui l'ont déchaînée, despotes aux visées sanguinaires, aux rêves d'hégémonie criminelle, devront en payer le châtiment.
Acculés à la lutte, nous nous levons pour repousser l'envahisseur, pour sauvegarder le patrimoine de la civilisation et d'idéologie généreuse que nous a légué l'histoire. Nous ne voulons pas que sombrent les quelques libertés si péniblement arrachées aux forces mauvaises. Notre volonté fut toujours d'agrandir les droits populaires, d'élargir le champ des libertés. C'est en harmonie avec cette volonté que nous répondons " présent " à l'ordre de mobilisation.
(fin de l'extrait du discours de Léon Jouhaux, voir par exemple le site Histoire Sociale des Landes, http://www.histoiresocialedeslandes.fr/p3_impact_win02.asp)
C'est de cette façon, que, des deux côtés belligérants, chaque sociale-démocratie a capitulé devant « ses propres » capitalistes et envoyé les travailleurs à la boucherie de 1914-18. Même attitude coté allemand, où la sociale-démocratie, Karl Kautsky compris, votera les crédits de guerre.
Peut-on s'étonner si une contestation s'est développée parmi les soldats dès 1914 ? Et que peut-on valablement reprocher à ces insoumis ?
Et quels étaient les enjeux réels de cette guerre ? Dès 1914, témoin direct de la crise de la sociale-démocratie à l'échelle européenne, Lénine écrira au nom du Comité Central du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie (publié le 1er novembre 1914 dans le Social-Démocrate, n° 33) :
La guerre européenne préparée durant des décades par les gouvernements et les partis bourgeois de tous les pays, a éclaté. La croissance des armements, l'aggravation extrême de la lutte pour les débouchés au stade le plus récent, au stade impérialiste du développement du capitalisme dans les pays avancés ; les intérêts dynastiques des monarchies les plus arriérées d'Europe orientale, devaient inévitablement amener cette guerre et l'ont amenée. S'emparer de territoires et asservir des nations étrangères, ruiner la nation concurrente, piller ses richesses, détourner l'attention des masses laborieuses des crises politiques intérieures de la Russie, de l'Allemagne, de l'Angleterre et des autres pays, diviser les ouvriers et les duper par le mensonge nationaliste, détruire leur avant-garde pour affaiblir le mouvement révolutionnaire du prolétariat : tel est le seul contenu réel, telle est la portée, la signification de la guerre présente.
La bourgeoisie d'Allemagne est à la tête d'un groupe de nations belligérantes. Elle trompe la classe ouvrière et les masses laborieuses en les assurant qu'elle fait la guerre pour défendre la patrie, la liberté et la culture, pour affranchir les peuples opprimés par le tsarisme, pour détruire le tsarisme réactionnaire. En réalité, c'est cette bourgeoisie qui, aplatie devant les hobereaux prussiens avec à leur tête Guillaume II, a toujours été l'alliée la plus fidèle du tsarisme et l'ennemie du mouvement révolutionnaire des ouvriers et des paysans de Russie. En fait, cette bourgeoisie en alliance avec les hobereaux fera tous ses efforts, quelle que soit l'issue de la guerre, pour soutenir la monarchie tsariste contre la révolution en Russie.
En réalité, la bourgeoisie allemande a entrepris une campagne de brigandage contre la Serbie : elle voulait se la soumettre et étouffer la révolution nationale des Slaves du sud ; d'autre part, elle a porté le gros de ses forces militaires contre des pays plus libres — la Belgique et la France — pour piller un concurrent plus riche. La bourgeoisie allemande répand des fables sur une guerre défensive de son côté ; en fait, elle a choisi le moment le plus propice, de son point de vue, pour faire la guerre, utiliser ses derniers perfectionnements de la technique militaire et prévenir les nouveaux armements, déjà envisagés et décidés par la Russie et la France.
A la tête de l'autre groupe de nations belligérantes se trouve la bourgeoisie d'Angleterre et de France, qui trompe la classe ouvrière et les masses laborieuses, en les assurant qu'elle fait la guerre pour la patrie, pour la liberté et la culture, contre le militarisme et le despotisme de l'Allemagne. En réalité, cette bourgeoisie a depuis longtemps, avec ses milliards, acheté et préparé pour attaquer l'Allemagne, les troupes du tsarisme russe, cette monarchie la plus réactionnaire et la plus barbare de l'Europe.
En réalité, la lutte de la bourgeoisie anglaise et française a pour but de mettre la main sur les colonies allemandes et de ruiner la nation concurrente, qui s'était signalée par un développement économique plus rapide. Et c'est pour ce noble but que les nations démocratiques « avancées » aident le tsarisme sauvage à étouffer encore plus la Pologne, l'Ukraine, etc., à écraser encore plus la révolution en Russie.
De toute évidence, l'évolution du capitalisme en Europe depuis la Révolution Française et les guerres de Napoléon Bonaparte nécessite une analyse détaillée à laquelle il conviendra de consacrer plusieurs articles sur ce blog.
République française, langues "régionales", Constitution... (I)
Volkswagen et la crise du capitalisme (II
20:11 Publié dans Administration et administrés, Afrique, Amériques, Asie, Culture, Délocalisations et dumping, Droits et libertés, Economie, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, France, Histoire, Indépendance du service public, Institutions, La France vue d'ailleurs, Mondialisation, Moyen-Orient, Politique, Précarité, Presse et médias, Recherche, Services publics, Société, Syndicalisme, Travail, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : première guerre mondiale, 11 novembre, france, allemagne, grande-bretagne, socialisme, sociale-démocratie, société, économie, politique, colonialisme, impérialisme, capitalisme | | Facebook | | Imprimer | | |
L'affaire de l'Institut des Cultures d'Islam (I)
Le 10 novembre 2015, News Press diffuse une « Réaction d'Anne Hidalgo sur l'avenir de l'Institut des cultures d'Islam ». Le communiqué, qui fait suite aux controverses déclenchées par l'arrêt récent de la Cour Administrative d'Appel de Paris (CAAP), est également accessible sur le site de la Mairie de Paris et précise d'emblée à propos de l’Institut des Cultures d’Islam (ICI) : « la Maire de Paris tient à réaffirmer son engagement à pérenniser l’institution sur les deux sites actuellement occupés : rue Stephenson, avec la coexistence de surfaces dédiées au culte et à la culture, et rue Léon afin d’en faire, après concertation et travaux, le second site pérenne de l’ICI ». Au vu des considérants de l'arrêt de la CAAP et de la situation juridique qui en découle, Anne Hidalgo s'est engagée « à proposer au Conseil de Paris, dans les mois qui viennent, un projet pour qu’un lieu de culte musulman voie le jour rue Polonceau, aux conditions juridiques et financières satisfaisantes, sans cohabitation avec un espace culturel ». En effet, la CAAP a annulé « la décision du maire de Paris de conclure le bail emphytéotique administratif consenti à la société des Habous et des Lieux Saints de l'Islam » au motif que ladite société « n'a pas exclusivement pour objet l'exercice d'un culte ». Il s'agit, en réalité, d'une association régie par la loi de 1901 et développant à la fois des activités dans le domaine du culte et dans celui de la culture. Dans ses considérants à propos du contrat de bail dit « emphytéotique », la CAAP évoque l'article L. 451-1 du Code rural et de la pêche maritime ainsi que les articles L. 1311-2 et suivants du Code général des collectivités territoriales. L'arrêt de la CAAP reste susceptible de recours en cassation.
Le 6 novembre, La Croix écrivait « Le montage de l’Institut des cultures d’islam contesté devant la justice », alors que Le Parisien rapportait « Colère à l’Institut des cultures d’Islam après le désengagement de la Ville » rappelant la soutien de Bertrand Delanoë à l'ICI.
Le 4 novembre, Le Parisien avait écrit « Un contribuable dénonce le montage financier de l'Institut des cultures d'islam », ou encore « L’Institut des cultures d’Islam pointé en justice par un contribuable ». Et déjà avant l'arrêt du 26 octobre de la CAAP, on pouvait lire dans Le Monde un point de vue du 14 octobre intitulé « Madame Hidalgo, vous avez eu tort de renoncer à la construction de l’Institut des cultures d’islam ! ».
Dès le 15 septembre, Saphir News avait évoqué « Une rentrée mouvementée pour l’Institut des cultures d’islam », à propos des décisions prises par Anne Hidalgo. Une ordonnance de clôture de l'instruction pour le 15 septembre avait été prise le 13 août par la CAAP. L'audience a eu lieu le 28 septembre.
La délibération du Conseil de Paris décidant d'accorder ce bail dit « emphytéotique » date des 22 et 23 avril 2013. Anne Hidalgo était alors première adjointe au Maire de Paris Bertrand Delanoë, chargée de l'urbanisme et de l'architecture. Le 22 mai 2013, elle a été désignée candidate à la Mairie de Paris par les militants du Parti Socialiste. Le 30 mai 2014, la liste conduite par Anne Hidalgo a remporté la majorité au Conseil de Paris.
Or la situation particulière de l'Institut des Cultures d'Islam avait déjà attiré des commentaires. C'est ainsi, par exemple, que dès décembre 2013, suite à l'inauguration des locaux de la rue Stephenson le 28 novembre, Radio France Internationale (RFI) interrogeait « Institut des cultures d’Islam : culturel ou cultuel ? ».
En réalité, l'arrêt de la CAAP concerne uniquement la question du bail des lieux de culte. Il ne met donc pas en cause l'ICI lui-même en tant qu'entité à caractère culturel liée à la Mairie de Paris. Un compte rendu de la délibération du Conseil Municipal des 22 et 23 avril 2013 est accessible à l'adresse :
https://api-site.paris.fr/images/75250
et le débat sur le projet de bail « emphytéotique » se trouve dans les pages 88 à 96.
Suit un extrait de l'arrêt rendu le 26 octobre 2015 par la CAAP
http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?idTexte=...
N° 14PA03125
1. Considérant que, par une délibération des 22 et 23 avril 2013, le Conseil de Paris a approuvé la division en volumes du site de l'Institut des cultures d'Islam (ICI) situé 56, rue Stephenson et 23, rue Doudeauville, dans le 18ème arrondissement, ainsi que la conclusion avec la société des Habous et des Lieux Saints de l'Islam d'un bail emphytéotique administratif sur les volumes destinés à servir d'assiette aux locaux cultuels pour une durée de 99 ans moyennant un loyer capitalisé d'un euro, et la cession à cette association, dans le cadre d'une vente d'immeuble à construire, des constructions à vocation cultuelle devant être réalisées par la ville sur le site ; que, par cette même délibération, le Conseil de Paris a approuvé les caractéristiques juridiques, techniques et financières, essentielles et déterminantes, nécessaires à la mise en oeuvre de ces opérations, et a autorisé le maire à signer tous les actes nécessaires à cette mise en oeuvre, notamment à constituer toutes les servitudes nécessaires et à participer à toute association syndicale libre dont la ville de Paris sera membre ; que M. A...B...a saisi le Tribunal administratif de Paris d'une demande d'annulation pour excès de pouvoir de cette délibération ; qu'il a demandé également l'annulation de la conclusion du bail emphytéotique administratif, que le tribunal a justement requalifiée en demande d'annulation de la décision du maire de conclure le bail emphytéotique administratif consenti à la société des Habous et des Lieux Saints de l'Islam ; qu'il fait appel du jugement du 20 mai 2014 par lequel le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande ;
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la ville de Paris :
2. Considérant qu'il ressort des pièces versées au dossier et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, qu'à la date d'introduction de sa demande devant le tribunal administratif M.B... avait la qualité de contribuable local ; que, contrairement à ce que soutient la ville de Paris la délibération attaquée en ce qu'elle approuve les opérations mentionnées ci-dessus, emporte nécessairement des conséquences financières sur le budget municipal et par suite, sur le montant des cotisations d'impôt de M.B... ; que, M. B...est donc recevable, en tant que contribuable de la ville, à contester cette délibération ;
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la délibération du Conseil de Paris des 22 et 23 avril 2013 et de la décision de conclure le bail emphytéotique administratif :
3. Considérant qu'aux termes de l'article 1er de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat : " La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public " ; que l'article 2 de cette loi dispose : " La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. " ; qu'aux termes de l'article 13 de la même loi : " Les édifices servant à l'exercice public du culte, ainsi que les objets mobiliers les garnissant, seront laissés gratuitement à la disposition des établissements publics du culte, puis des associations appelées à les remplacer auxquelles les biens de ces établissements auront été attribués par application des dispositions du titre II. La cessation de cette jouissance et, s'il y a lieu, son transfert seront prononcés par décret (...). L'Etat, les départements, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale pourront engager les dépenses nécessaires pour l'entretien et la conservation des édifices du culte dont la propriété leur est reconnue par la présente loi. " ; qu'enfin, aux termes du dernier alinéa de l'article 19 de cette même loi, les associations formées pour subvenir aux frais, à l'entretien et à l'exercice d'un culte " ne pourront, sous quelque forme que ce soit, recevoir des subventions de l'Etat, des départements et des communes. Ne sont pas considérées comme subventions les sommes allouées pour réparations aux édifices affectés au culte public, qu'ils soient ou non classés monuments historiques. " ;
4. Considérant, par ailleurs, que l'article L. 451-1 du code rural et de la pêche maritime dispose : " Le bail emphytéotique de biens immeubles confère au preneur un droit réel susceptible d'hypothèque ; ce droit peut être cédé et saisi dans les formes prescrites pour la saisie immobilière. / Ce bail doit être consenti pour plus de dix-huit années et ne peut dépasser quatre-vingt-dix-neuf ans ; il ne peut se prolonger par tacite reconduction. " ; qu'aux termes de l'article L. 1311-2 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction en vigueur à la date de la délibération attaquée : " Un bien immobilier appartenant à une collectivité territoriale peut faire l'objet d'un bail emphytéotique prévu à l'article L. 451-1 du code rural, en vue de l'accomplissement, pour le compte de la collectivité territoriale, d'une mission de service public ou en vue de la réalisation d'une opération d'intérêt général relevant de sa compétence (...). " ; qu'aux termes du même article, dans sa rédaction issue de l'ordonnance du 21 avril 2006 relative à la partie législative du code général de la propriété des personnes publiques, ratifiée par la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures, un tel bail peut notamment être conclu " en vue de l'affectation à une association cultuelle d'un édifice du culte ouvert au public " ;
5. Considérant qu'il résulte des dispositions précitées de la loi du 9 décembre 1905 que les collectivités publiques peuvent seulement financer les dépenses d'entretien et de conservation des édifices servant à l'exercice public d'un culte dont elles sont demeurées ou devenues propriétaires lors de la séparation des Eglises et de l'Etat ou accorder des concours aux associations cultuelles pour des travaux de réparation d'édifices cultuels et qu'il leur est interdit d'apporter une aide à l'exercice d'un culte ; que les collectivités publiques ne peuvent donc, aux termes de ces dispositions, apporter aucune contribution directe ou indirecte à la construction de nouveaux édifices cultuels ;
6. Considérant, toutefois, que l'article L. 1311-2 du code général des collectivités territoriales, dont la portée exacte sur ce point a été explicitée par l'ordonnance précitée du 21 avril 2006, a ouvert aux collectivités territoriales la faculté, dans le respect du principe de neutralité à l'égard des cultes et du principe d'égalité, d'autoriser un organisme qui entend construire un édifice du culte ouvert au public à occuper pour une longue durée une dépendance de leur domaine privé ou de leur domaine public, dans le cadre d'un bail emphytéotique, dénommé bail emphytéotique administratif et soumis aux conditions particulières posées par l'article L. 1311-3 du code général des collectivités territoriales ; que le législateur a ainsi permis aux collectivités territoriales de conclure un tel contrat en vue de la construction d'un nouvel édifice cultuel, avec pour contreparties, d'une part, le versement, par l'emphytéote, d'une redevance qui, eu égard à la nature du contrat et au fait que son titulaire n'exerce aucune activité à but lucratif, ne dépasse pas, en principe, un montant modique, d'autre part, l'incorporation dans leur patrimoine, à l'expiration du bail, de l'édifice construit, dont elles n'auront pas supporté les charges de conception, de construction, d'entretien ou de conservation ; qu'il a, ce faisant, dérogé aux dispositions précitées de la loi du 9 décembre 1905, en permettant aux associations formées pour subvenir aux frais, à l'entretien et à l'exercice d'un culte visées par cette loi c'est-à-dire celles ayant exclusivement pour objet l'exercice d'un culte de conclure avec une collectivité un bail emphytéotique, dans les conditions susmentionnées ;
7. Considérant qu'il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas discuté par la ville de Paris que la société des Habous et des Lieux Saints de l'Islam est régie, par les dispositions de la loi du 1er juillet 1901, et que même si son objet principal est de poursuivre des activités cultuelles, elle n'a pas exclusivement pour objet l'exercice d'un culte et ne satisfait pas notamment aux prescriptions de l'article 19 de la loi du 9 décembre 1905 aux termes duquel " ces associations devront avoir exclusivement pour objet l'exercice d'un culte " ; que M. B...est donc fondé à soutenir qu'elle ne pouvait bénéficier d'un bail emphytéotique administratif sur les volumes destinés à servir d'assiette aux locaux cultuels, sans d'ailleurs construire elle-même un édifice du culte dans le cadre des dispositions citées ci-dessus de l'article 1311-2 du code général des collectivités territoriales, et à demander l'annulation de la délibération attaquée et par voie de conséquence de la décision de conclure le bail emphytéotique administratif ;
8. Considérant qu'il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la délibération attaquée et de la décision de conclure le bail emphytéotique administratif ;
Sur le surplus des conclusions de M.B... :
9. Considérant que les conclusions de M. B...tendant la suspension de l'exécution du contrat de bail emphytéotique administratif, présentées directement devant la Cour, sont irrecevables comme nouvelles en appel ; que ses conclusions tendant à l'annulation de " la vente des volumes destinés à l'activité cultuelle " sont également nouvelles en appel et par suite irrecevables ; que, le contentieux n'étant, en l'absence de toute demande de sa part à la ville de Paris tendant à l'octroi d'une indemnité, pas lié, ses conclusions indemnitaires ne sont pas recevables ;
10. Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que M. B... est seulement fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la délibération du Conseil de Paris des 22 et 23 avril 2013 et de la décision de conclure le bail emphytéotique administratif ;
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Considérant que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M.B..., qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la ville de Paris demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ;
12. Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B...et non compris dans les dépens ;
Article 1 : le jugement n° 1308715/2-1 du Tribunal administratif de Paris du 20 mai 2014, la délibération du Conseil de Paris des 22 et 23 avril 2013 et la décision du maire de Paris de conclure le bail emphytéotique administratif consenti à la société des Habous et des Lieux Saints de l'Islam, sont annulés.
Article 2 : La ville de Paris versera à M. B...une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B...est rejeté.
Article 4 : les conclusions de la ville de Paris sont rejetées.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A...B...et à la ville de Paris.
(fin de l'extrait, source : Legifrance)
La Toussaint, souvenir de la révolution chrétienne (I)
Pentecôte et droit de tous à la connaissance
Bernard Cazeneuve et l'histoire du christianisme (I)
ESR : la manifestation du 16 octobre
La mobilisation pour l'abrogation de la "réforme" du collège (I)
La mobilisation pour l'abrogation de la "réforme" du collège (II)
13:51 Publié dans Administration et administrés, Afrique, Culture, Droits et libertés, Education, Ethique, Europe, Evaluation, France, Histoire, Institutions, Justice, La France vue d'ailleurs, Politique, Presse et médias, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : justice administrative, france, religion, société, politique, institut des cultures d’islam, mairie de paris, anne hidalgo | | Facebook | | Imprimer | | |
Le 1er novembre 2015, on trouve dans les médias des informations souvent confuses en ce qui concerne la Fête de la Toussaint, parfois même amalgamée avec le Halloween. Mais des sites chrétiens rappellent cette simple réalité historique : dès le Ier siècle et par la suite, en pleine période de persécutions, les chrétiens qui affrontaient l'Empire Romain rendaient spontanément hommage au souvenir de leurs martyrs. A ce sujet, un dossier de La Croix évoque la lettre (vers 160) de l'Eglise de Smyrne (à présent Izmir, en Turquie) après le martyre de l'évêque Polycarpe (brûlé vif vers 155), avec cet extrait : « Là (sur sa tombe) peut-être le Seigneur nous accordera de nous réunir dans la joie et l'allégresse pour fêter l'anniversaire de son martyre ». A son tour, le site de l'Eglise Catholique de France écrit « Dès le 4ème siècle, l’Eglise syrienne consacrait un jour à fêter tous les martyrs dont le nombre était devenu si grand qu’il rendait impossible toute commémoration individuelle ». Telles sont les origines de la fête actuellement célébrée le 1er novembre avec le nom de Toussaint. Mais quelle était la raison d'être de ces martyres, quel était le contenu du christianisme primitif et de sa militance quotidienne ? Outre la profonde croyance religieuse des premiers chrétiens, leur combat conséquent et courageux s'opposait concrètement à la maltraitance des êtres humains que comportait l'esclavage et à la domination brutale exercée par l'Empire Romain sur les peuples qu'il avait soumis. Le christianisme a, de ce fait, généré une profonde révolution sociale et anti-impérialiste de portée historique. C'est dans le contexte de cette révolution, que le système esclavagiste gréco-romain à cédé la place au système féodal et au servage. Et même si l'esclavage n'a pas totalement disparu pour autant, son rôle dans la société en Europe et au Moyen-Orient n'a jamais plus été le même qu'auparavant. Friedrich Engels souligne notamment, dans Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, que le christianisme original, devenu religion d'Etat dans un délai relativement court, « était la religion correspondant aux conditions de l'époque ». Une époque, précisément, où les idées en matière politique et sociale s'exprimaient à travers la religion. Le christianisme original a ainsi changé l'histoire de l'humanité dans un sens clairement progressiste, et la fête de la Toussaint doit nous rappeler ce rôle historique ainsi que les sacrifices consentis par les premiers chrétiens face aux pires persécutions.
L'évolution de la société humaine a été marquée par une série de révolutions. L'une d'entre elles a été la révolution chrétienne, à l'origine de la transition de l'esclavage au servage. Le statut des serfs étant une véritable libération, comparé à celui des esclaves qui étaient même des marchandises.
Avant la naissance du christianisme, les révoltes d'esclaves avaient été fréquentes dans l'Empire Romain. En proclamant l'égalité de tous les êtres humains, le christianisme apportera une perspective nouvelle. Et sur la pratique de pauvreté et de partage des premiers chrétiens, voir notre article « Bernard Cazeneuve et l'histoire du christianisme (I) ».
Quelle histoire de l'humanité, de l'Europe, du Moyen-Orient, de la France... peut-on apprendre dans les actuels programmes scolaires ? De toute évidence, une importante réforme reste à faire avec un allongement de la durée des études pour tous les citoyens et un rejet conséquent de la logique utilitaire de la stratégie de Lisbonne.
Comme souligné dans notre article « L'Enigme Bogdanov, de Luis Gonzalez-Mestres (I) », notre collègue Luis Gonzalez-Mestres réclame l'accès de l'ensemble de la population à des connaissances scientifiques de haut niveau. Une revendication logique, que nous ne pouvons que partager.
Dans l'Enigme Bogdanov, Luis Gonzalez-Mestres plaide à juste titre qu'un allongement approprié de la durée des études permettrait, d'emblée, de supprimer le chômage et de préparer tous les citoyens afin de : i) faire face à l'actuelle évolution des technologies et de l'économie ; ii) pouvoir s'exprimer en véritable connaissance de cause par rapport aux choix de société et politiques. Est-ce autre chose que du simple réalisme dans la situation actuelle ?
Déjà il y a trois ans et demi, nous écrivions dans notre article Pentecôte et droit de tous à la connaissance, http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/... :
Le lundi 28 mai 2012, jour férié en France et dans d'autres pays au titre de la Pentecôte, Le Télégramme interroge « Journée de solidarité. Quel avenir sous un gouvernement de gauche ? ». Boursier.com écrit « A quoi servent les recettes de la journée de solidarité pour l'autonomie ? », et BFMTV évoque « Le casse-tête du lundi de Pentecôte ». Mais tout compte fait, s'agit-il d'autre chose que de l'une des multiples conséquences de la prétendue « dette » de l'Etat générée par la politique récurrente de privatisations et de délocations des décennies récentes ? Le 28 mai également, Atlantico soulève la question : « L'Eglise française a-t-elle les moyens de se réinventer elle-même ? ». Pourtant, une fête comme la Pentecôte provenant directement de l'époque révolutionnaire du christianisme et, à l'origine, d'une fête agricole juive devenue religieuse (Shavou’ot), peut inspirer des réflexions parfaitement actuelles. D'après les textes chrétiens, le Saint-Esprit descendit sur les premiers fidèles afin de leur transmettre le don des langues, leur permettant ainsi de prêcher à tous les humains. Complément des textes évangéliques tels que Matthieu 28, 19 : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », auxquels s'est référé le Pape Alexandre Farnèse (Paul III) pour s'opposer au racisme et au colonialisme. Voir, par exemple, nos articles « Crise, élections et "valeurs de gauche" (I) » et « Veritas Ipsa et les errances de la république coloniale ». Mais dans la période actuelle, il paraît indispensable de pousser ce type de réflexion beaucoup plus loin. L'équivalent de ce que le christianisme révolutionnaire appelait « enseigner toutes les nations » ne saurait être aujourd'hui que l'accès de tous les citoyens, dans des conditions d'égalité, à une véritable éducation et à une réelle information dans tous les domaines. Non seulement à travers une certaine éducation « standard », mais par un ensemble global de connaissances et de sources d'information rendant possible une égalité sociale concrète et permettant à chacun de se forger une opinion fondée sur toutes les questions d'ordre politique, social, historique, éthique, scientifique... Or par rapport à cette exigence, nous sommes très loin du compte. Qu'en disent des ministres de François Hollande comme Vincent Peillon ou Geneviève Fioraso ? Qu'en ont dit leurs prédécesseurs, de « droite » comme de « gauche » ? La réalité est que personne, dans le monde politique « professionnel », ne met en cause la stratégie de privatisation de la connaissance définie par le Processus de Bologne et la stratégie de Lisbonne adoptés sous la « gauche plurielle » de Lionel Jospin.
De même, l'Epitre de Paul aux Galates affirme explicitement (3, 28-29) :
Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.
Et si vous appartenez au Christ, vous êtes de la descendance d’Abraham : vous êtes héritiers selon la promesse.
(fin de citation, source : AELF, http://www.aelf.org/bible-liturgie/Ga/Lettre+de+saint+Pau... )
Telle fut la nature du processus déclenché par les premiers chrétiens, aboutissant à terme à la suppression progressive de l'esclavage au bénéfice du servage.
L'histoire du christianisme primitif est une véritable histoire du peuple. Rien à voir avec les histoires de prétendus « grands rois » que l'on impose trop souvent aux élèves et au grand public. Et pourquoi l'histoire en général devrait être centrée autour des puissants, au lieu de décrire les souffrances et le combat des populations ?
Quant à l'accès devenu indispensable de tous les citoyens à des connaissances de haut niveau, qui ose le réclamer, pendant que des économistes conseillant François Hollande (Philippe Aghion, Daniel Cohen...) nous annoncent sous une façade « moderne » une véritable débâcle pour l'emploi et sa stabilité (« destruction créatrice », « décroissance »...) ?
Et qui décidera, concrètement, des usages de l'informatique et de l'intelligence artificielle dans notre société ? Qu'en auraient dit nos ancêtres s'ils avaient pu prévoir la situation actuelle ? Nous devons bien une explication à leur mémoire. Sommes-nous en mesure de la leur fournir ?
Autant de questions sur lesquelles la fête de la Toussaint nous apparaît de nature à susciter une réflexion.
12:02 Publié dans Afrique, Asie, Culture, Droits et libertés, Economie, Education, Ethique, Europe, Evaluation, Fonction publique, France, Histoire, Indépendance du service public, Informatique, Institutions, La France vue d'ailleurs, Mondialisation, Moyen-Orient, Politique, Politique scientifique, Presse et médias, Recherche, Sciences, Services publics, Société, Travail, Université, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, toussaint, polycarpe, pentecote, evangile, connaissance, éducation, france, europe, société, politique | | Facebook | | Imprimer | | |
Le livre L'Enigme Bogdanov, de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres, paraîtra dans quelques jours. Publié par les Editions Télémaque avec le sous-titre Les clés de l'odyssée scientifique des Bogdanov, il fait d'ores et déjà l'objet d'un suivi interactif par le blog L'Enigme Bogdanoff. Le blog est destiné à répercuter et analyser les commentaires que les lecteurs voudront bien faire parvenir à une adresse électronique créée à cette fin. Igor et Grichka Bogdanoff ont fourni, de leur côté, un abondant matériel dans des annexes à la fin du livre. Ouvrage pluridisciplinaire et très documenté dépassant la prétendue « affaire Bogdanoff », L'Enigme Bogdanov aborde non seulement le travail scientifique des frères Bogdanoff mais également son contexte et la genèse de ce contexte. Physique, Cosmologie, Histoire des Sciences et de la pensée, analyse sans concession des problèmes d'ordre institutionnel et de société, Histoire également du dogmatisme, de la répression des idées, du sectarisme... Les domaines explorés par Luis Gonzalez-Mestres sont très variés afin d'analyser globalement et de manière cohérente à la fois le travail scientifique et de transmission des connaissances mené à terme par les frères Bogdanoff et les réactions hostiles que, de manière récurrente, ce travail a suscité et suscite toujours dans certains milieux professionnels. Le livre lui-même comporte un remarquable effort de transmission de connaissances à l'adresse du public, assorti d'une analyse de problèmes actuels appelant à une réflexion collective et à un débat citoyen ouvert. C'est ainsi, par exemple, que L'Enigme Bogdanov critique le caractère utilitaire à court terme de l'éducation dans le cadre de la stratégie de Lisbonne et préconise la suppression du chômage par un allongement de la durée des études. Au vu des menaces pour l'emploi brandies par certains économistes proches du pouvoir politique, mais aussi de l'évolution de la société dans la période récente, l'auteur réclame l'accès de tous les citoyens à des connaissances scientifiques de haut niveau. Il rappelle également la condition de travailleurs précaires de la recherche des frères Bogdanoff qui, ayant dépassé la quarantaine, ont investi une dizaine d'années travaillant à temps plein sans aucune bourse ni soutien financier sur un sujet de thèse de leur cru. Qui d'autre aurait consenti un tel sacrifice ? Malheureusement, la précarité dans la recherche française n'a cessé de se développer depuis trois décennies jusqu'à atteindre actuellement des pourcentages de précaires entre quarante et soixante pour cent dans les laboratoires, comme souligné dans notre article « ESR : la manifestation du 16 octobre ».
Avec le numéro ISBN 978-2-7533-0266-2, les Editions Télémaque annoncent la parution du livre L'Enigme Bogdanov le 5 novembre 2015. En même temps, le blog L'Enigme Bogdanoff , http://blogs.mediapart.fr/blog/lenigme-bogdanoff , s'adresse au public l'invitant à faire parvenir tout commentaire sur le livre au courrier électronique EnigmeBogdanoff@gmail.com . La conclusion du livre adresse au lecteur la même invitation.
Sur le blog L'Enigme Bogdanoff, on trouve à présent deux articles : « L'Enigme Bogdanoff » et « Bogdanoff - CNRS : le jugement du TAP en cours d'appel » . Deux autres blogs de Luis Gonzalez-Mestres sont également intervenus dans les explications pour le public :
- Le blog Cosmologie, http://blogs.mediapart.fr/blog/cosmologie , avec l'article « L'Enigme Bogdanov et la Cosmologie ».
- Le blog Science, connaissance et conscience, http://scientia.blog.lemonde.fr/ , avec l'article « L’Enigme Bogdanov : une question de société, aussi ».
Précisément, les questions de société et de fonctionnement institutionnel ont été systématiquement escamotées dans la campagne menée depuis l'automne 2002 contre Igor et Grichka Bogdanoff. Elles sont pourtant essentielles pour une réelle compréhension de leur « affaire ».
Il paraît indispensable de consacrer d'autres articles au livre L'Enigme Bogdanov, mais d'emblée on doit relever les points suivants :
- L'auteur évite le piège d'un débat militant polarisé autour des thèses des frères Bogdanoff et du prétendu « rapport du CNRS », et place d'emblée ladite « affaire » dans un contexte global. Que penser, par exemple, de la crise évidente de l'évaluation scientifique déjà évoquée dans nos articles « Olivier Voinnet, frères Bogdanoff et procédures du CNRS » (I), (II) et (III), ou encore dans « Olivier Voinnet et le fiasco de l'évaluation scientifique (I) » ?
Et quelle peut être la crédibilité du « rapport du CNRS » dans un tel contexte ? Plus globalement, que penser du fonctionnement institutionnel qui a laissé l'affaire d'Olivier Voinnet se développer sans aucune critique ni censure, jusqu'à l'élection de l'intéressé à l'Académie des Sciences ?
- Luis Gonzalez-Mestres souligne également le silence des médias français autour de l'affaire de Dong-Pyou Han évoquée dans nos articles « Fraude scientifique : l'affaire de Dong-Pyou Han » (I), (II) et (III). Certes, il s'agit d'une affaire survenue aux Etats-Unis. Mais la question des éventuelles poursuites en cas de fraude scientifique dépasse de loin le cadre national et peut également être soulevée dans le contexte français.
Pourquoi ne pas débattre dans la transparence d'une problématique comme celle-ci, au lieu de passer son temps à « casser du Bogdanoff » ?
- En réalité, les idées nouvelles en matière scientifique et philosophique se sont presque toujours heurtées à des réactions répressives et de censure, et ceci depuis l'Antiquité. Qui a entrepris d'en dresser un historique ? Et en France, peut-on valablement oublier le rôle de la Croisade Albigeoise et de l'Inquisition médiévale ?
C'est l'un des aspects les plus frappants de l'enquête présentée par Gonzalez-Mestres, qui rappelle également que les « français universels » du XVI siècle ne sont pas des rois de France mais, précisément, des « hérétiques » comme Jean Calvin, Guillaume Farel et Théodore de Bèze dont les idées, après avoir triomphé dans la République de Genève, se sont répandues dans le monde entier.
Au même moment, le Pape Paul III qui n'était pas, non plus, un « grand souverain » de l'époque, condamnera le racisme colonial dans sa lettre apostolique Veritas Ipsa suivie de la bulle Sublimis Deus. Voir également, à ce sujet, nos articles « Crise, élections et "valeurs de gauche" (I) » et « Veritas Ipsa et les errances de la république coloniale » ainsi que le site du Conseil de l'Europe à l'adresse http://explorehumanrights.coe.int/wp-content/uploads/2010...
- Les frères Bogdanoff ont en réalité été traités comme des hérétiques dans le domaine de la Cosmologie. Mais dans le concret, leur travail s'est avéré pertinent et fondé. De nos jours, l'avant Big Bang est une problématique reconnue. Quant au contenu de leurs thèses, développant un modèle explicite et original d'avant Big Bang, il reste valable à ce jour.
Si on va au fond de l'analyse qui semble bien s'imposer, l'attitude dogmatique et inquisitoriale de certains groupes de chercheurs à l'égard de Grichka et Igor Bogdanoff fait partie des problèmes des institutions scientifiques. Qui osera le reconnaître ?
14:05 Publié dans Administration et administrés, Afrique, Amériques, Asie, Astrophysique, Cosmologie, Culture, Délocalisations et dumping, Droits et libertés, Economie, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, Evaluation, Fonction publique, France, Histoire, Indépendance du service public, Institutions, Justice, La France vue d'ailleurs, Livres, Mondialisation, Nucléaire, Physique, Politique, Politique scientifique, Précarité, Presse et médias, Recherche, Sciences, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Syndicalisme, Travail, Université, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cosmologie, physique, enigme bogdanoff, enigme bogdanov, frères bogdanoff, luis gonzalez-mestres, recherche scientifique, france, société, politique, institutions | | Facebook | | Imprimer | | |
Le 25 octobre 2015, la couverture médiatique des manifestations de ce samedi en défense des langues dites « régionales » reste limitée dans ses analyses sur le fond. Le suivi le plus rapproché dans les grands médias a été fourni hier par France 3, qui met en ligne des articles tels que « Montpellier : près de 15 000 personnes manifestent pour la sauvegarde de la langue occitane ». Le Télégramme écrit « Langues régionales. "Un message fort" ». De son côté, Sud Ouest souligne « Manifestation pour les langues régionales : démonstration de force au Pays basque ». Mais parlera-t-on clairement des circonstances dans lesquelles les nationalités historiques incorporées à la France ont été soumises de force et leur patrimoine culturel, impitoyablement écrasé ? Qui évoque, par exemple, le rôle profondément réactionnaire de la Croisade Albigeoise réprimant sauvagement dès le XIII siècle la première tentative de révolution bourgeoise et de mise en place effective d'une république laïque dans l'actuel « Midi de la France » ? C'est pourtant dans ce contexte souvent occulté, qu'une nation occitane naissante a été impitoyablement broyée à cause de son évolution progressiste et sa langue « vernaculaire », la langue moderne la plus importante de l'Europe du XII siècle, progressivement marginalisée. Et comment peut-on, de nos jours, se référer en la matière aux élucubrations profondément ignorantes de l'Histoire et chauvines de l'Abbé Grégoire ? Ou ignorer que la pire campagne de « déracinement des patois » a été lancée, précisément, dans le contexte de la « grande expansion coloniale » qui a conduit à la catastrophe historique sans précédent de 1914-18 ? La Première Guerre mondiale a été, précisément, l'issue d'un siècle de développement des Etats bourgeois capitalistes et impérialistes de l'Europe continentale qui a fait suite à la Révolution Française et aux guerres de Napoléon Bonaparte. A son tour, la Deuxième Guerre mondiale a été la suite encore plus catastrophique de la même crise du système dominant, « compliquée » par la Révolution d'Octobre en Russie et par l'émergence des Etats-Unis en tant que première puissance capitaliste planétaire profitant de la débâcle européenne. Au vu d'un tel bilan historique, que l'après-guerre a encore aggravé avec la crise du colonialisme et la mondialisation du capitalisme, serait-ce tellement « inconcevable » de revoir dans la clarté certains aspects du contenu de la Constitution Française ? En réalité, derrière l'actuelle problématique des langues dites « régionales » apparaît de manière de plus en plus évidente une question profonde de très grande envergure historique et sociale : celle du bilan réel à dresser des prétendus « grands rois », de l'impérialisme, du colonialisme et de la politique du grand capital.
Pourquoi serait-il si difficile de compléter dans la clarté les articles fondamentaux de la Constitution Française, de façon à prendre en considération l'existence de nationalités historiques au sein de l'Etat ? Avec des langues propres qui, d'après toutes les conventions internationales en la matière, ont droit à une reconnaissance institutionnelle concrète.
En quoi l'Etat de la France serait-il « divisé » dans son contenu essentiel par une telle reconnaissance explicite ? La réalité est qu'aujourd'hui, c'est cet Etat qui organise lui-même son propre dépérissement dans le cadre de l'Union Européenne, et les langues « régionales » n'y sont pour rien.
L'autodémolition des Etats souverains dans le contexte européen a lieu par le biais : i) des transferts progressifs de compétences en direction de l'Union Européenne avec des accords explicites ; ii) d'une politique économique et sociale planifiée de la manière la plus « au sommet » et « centralisée » qui soit au service de la même stratégie, avec le soutien des grandes multinationales et des milieux financiers qui en sont les bénéficiaires directs.
Ce qui n'empêche pas, entre autres, Jean-Luc Mélenchon de brandir à propos des langues « régionales » l'épouvantail d'une prétendue « agression contre l’unité et l’indivisibilité de la République » dans un communiqué du 4 juin dernier. Comme si le refus de reconnaître un certain nombre de réalités historiques n'était pas autrement plus nuisible et autodestructeur, justifiant de fait la même politique de force qui vise à marginaliser progressivement la langue française au bénéfice de l'anglais.
Dans un tel contexte, la proposition de loi constitutionnelle du Parti Socialiste comporte un article unique avec cette teneur http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion161... :
Après l’article 53-2 de la Constitution, il est inséré un nouvel article 53-3 ainsi rédigé :
« Art. 53-3. – La République peut ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires adoptée à Strasbourg le 5 novembre 1992, complétée par la déclaration interprétative exposant que : 1. l’emploi du terme de « groupes » de locuteurs dans la partie II de la Charte ne conférant pas de droits collectifs pour les locuteurs des langues régionales ou minoritaires, le Gouvernement de la République interprète la Charte dans un sens compatible avec le Préambule de la Constitution, qui assure l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion, et que : 2. l’article 7-1, paragraphe d, et les articles 9 et 10 de la Charte posent un principe général n’allant pas à l’encontre de l’article 2 de la Constitution selon lequel l’usage du français s’impose aux personnes morales de droit public et aux personnes de droit privé dans l’exercice d’une mission de service public, ainsi qu’aux usagers dans leurs relations avec les administrations et services publics. »
(fin de l'article du projet de loi, source : site de l'Assemblée Nationale)
Un texte « équilibriste », pour le moins confus et qui prête le flanc à de nombreuses critiques et controverses. Tout simplement, parce qu'il évite d'aborder dans la clarté le fond du problème auquel nous consacrerons plusieurs articles sur ce blog.
Et pourquoi faut-il dépendre d'une « charte européenne » pour définir une politique claire totalement souveraine reconnaissant l'origine multinationale de la genèse de l'Etat en France, avec la pluralité linguistique que cette origine comporte tout naturellement ?
Que penser, d'ailleurs, du contexte historique ?
La République Française issue de la Révolution commencée en 1789 a été un immense progrès, devenu incontournable, par rapport à un régime monarchique que l'histoire avait totalement dépassé. Elle n'a pas été, pour autant, parfaite. Encore moins, ses suites avec le développement du capitalisme et de l'impérialisme.
En réalité, le pouvoir capitaliste portera encore au pouvoir l'Empire, qui perdurera jusqu'à la défaite militaire de 1870. Par la suite, la « grande expansion coloniale » impulsée par des « grand hommes de gauche » comme Léon Gambetta et Jules Ferry introduira une politique impérialiste et au service du grand capital beaucoup pire que celle de Napoléon III. Jusqu'à officialiser le racisme colonial et entreprendre ouvertement la préparation de la Première Guerre mondiale.
En Allemagne, l'Empire durera à son tour jusqu'à la défaite militaire de 1918. Une période trouble, avec répression du mouvement populaire, lui succèdera jusqu'à l'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933 encouragée notamment par des capitalistes occidentaux qui comptaient utiliser l'Allemagne nazie comme une machine de guerre contre l'Union Soviétique.
En réalité, la Révolution Française fut une révolution tardive. Non seulement la révolution occitane l'avait devancée de six siècles, mais plus de deux siècles en demi avant 1789 la révolution protestante avait commencé à secouer l'Europe. Elle réagissait aux guerres meurtrières entre souverains (Charles V et François I) génératrices d'incroyables souffrances pour les populations de manière analogue à ce que représentera la révolution soviétique quatre siècles plus tard.
Et même en Angleterre, la révolution puritaine d'Oliver Cromwell, de forte inspiration calviniste, aura lieu plus d'un siècle avant la Révolution Française. Elle introduira des transformations profondes laissant une trace permanente, et sa doctrine atteindra les Etats-Unis dont la révolution fondatrice précèdera également la Révolution Française. La Constitution date de 1787, et en 1789 George Washington sera élu président du nouvel Etat fédéral.
Ajoutons que c'est précisément de la période de « grande expansion coloniale » et de préparation de la Première Guerre mondiale, que date la politique la plus virulent d'éradication des langues appelées « patois ». L'Europe s'effondrera par la suite avec la crise suicidaire de 1914-18.
Et qui ose parler du fédéralisme libéral et communard ?
Les milieux politiques de « gauche » porteurs de l'idéologie impérialiste et chauvine musclée de la « grande expansion coloniale », après avoir été directement impliqués dans la répression de la Commune, se sont particulièrement employés à écraser le fédéralisme de la période précédente.
En réalité, la « province » a directement payé la facture :
- de la stratégie de tension avec l'Allemagne qui faisait obstacle à l'exportation de produits agricoles vers l'Europe du Nord ;
- de l'importation de produits agricoles provenant des colonies ;
- de l'exportation de capitaux à l'échelle planétaire dont Jules Ferry fait explicitement l'éloge dans son discours du 28 juillet 1885 et qui ont largement freiné l'industrialisation de la « métropole ». Dans ce discours, Ferry préconise explicitement la transformation des chômeurs en colons.
Telle est l'impasse historique dans laquelle la France a été plongée par la politique de « gauche » de Gambetta, Ferry et consorts. La politique « d'éradication des patois » jusqu'à la répression scolaire a fait partie de la même stratégie.
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17:40 Publié dans Administration et administrés, Afrique, Culture, Délocalisations et dumping, Droits et libertés, Economie, Education, Etats-Unis, Ethique, Europe, France, Histoire, Indépendance du service public, Institutions, La France vue d'ailleurs, Langues et traduction, Mondialisation, Politique, Presse et médias, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Syndicalisme, Travail, Voyages | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : langues "régionales", nationalités historiques, langue d'oc, euskera, breton, catalan, france, europe, occitanie, bretagne, catalogne, union européenne, angleterre, révolution occitane, révolution française, révolution protestante | | Facebook | | Imprimer | | |
On reste perplexe à la lecture du discours politicien de Bernard Cazeneuve que le site La Vie diffuse avec le titre « Bernard Cazeneuve : "Les valeurs républicaines sont largement celles de l'évangile" ». Il s'agit d'un discours prononcé à la cathédrale de Strasbourg à l'occasion des Etats généraux du christianisme. S'exprimant dans sa qualité de ministre, Bernard Cazeneuve se livre à une incroyable série de distorsions historiques. La réalité est que, dans leur conception originale, les valeurs du christianisme primitif dépassaient sans commune mesure celles de la révolution bourgeoise qu'incarnent les républiques capitalistes apparues depuis le XVI siècle. Dans leur contenu social, les vues du christianisme initial s'apparentent bien davantage à celles du socialisme et de l'anarchisme du XIX siècle, sauf en ce qui concerne la foi et la nature pacifiste du message évangélique. En même temps, ce christianisme des Evangiles se trouvera limité par son époque et, s'il jouera un rôle décisif dans la lutte contre l'esclavage et l'oppression de l'Empire Romain, il ne parviendra pas à dépasser le stade féodal. Bien évidemment, la prétendu « socialisme » de Bernard Cazeneuve et du parti de François Hollande et Manuel Valls ne présente aucun rapport réel avec le socialisme qui avait précédé la Première Guerre mondiale. Mais de surcroît, Cazeneuve va jusqu'à prétendre que « la grande tradition chrétienne, avec St Thomas d’Aquin notamment, avait décliné l’idée de la liberté des enfants de Dieu ». Précisément, l'époque de Thomas d'Aquin fut celle de la Croisade Albigeoise, de la pire répression des hérétiques et de l'Inquisition médiévale officiellement instituée par le Concile de Toulouse de 1229 tenu en « pays albigeois conquis ». Une période à l'égard de laquelle l'Eglise catholique s'est clairement démarquée dans la période récente. Dans sa Summa Theologica, Thomas d'Aquin préconise explicitement la persécution et la répression des hérétiques. En revanche, il paraît indispensable de rappeler à ce sujet la tentative de révolution bourgeoise laïque menée à terme au cours du XII siècle et jusqu'à ladite Croisade dans l'actuel « Midi de la France ». Une nation naissante détruite à cause de son caractère avancé, comme le souligne notre collègue Luis Gonzalez-Mestres dans son ouvrage L'Enigme Bogdanov (Editions Télémaque, à paraître le 5 novembre) et nous l'avons également analysé à plusieurs reprises sur ce blog en rapport avec les articles de blog de Gonzalez-Mestres.
Que penser du discours de Bernard Cazeneuve, mis en ligne notamment à l'adresse http://www.lavie.fr/actualite/documents/bernard-cazeneuve... ?
S'agissant de Thomas d'Aquin, rappelons qu'il est né en 1225 près de Naples, et décédé en 1274 en pleine période de répression inquisitoriale. Pouvait-il échapper à l'Eglise de son époque ? Dans la Summa Theologica, et contrairement à ce que prétend Bernard Cazeneuve, Thomas d'Aquin justifie explicitement la répression des hérétiques jusqu'à la peine de mort.
Dans L'Enigme Bogdanov, Luis Gonzalez-Mestres entreprend entre autres un bref historique de l'intolérance et du sectarisme. Il rappelle en particulier (page 90, Chapitre VIII Connaissance, liberté, histoire...) :
La croisade albigeoise a donné lieu à une longue guerre qui s'est soldée par une première capitulation du comte Ramon VII (fils et successeur de Ramon VI) en 1229, suivie d'une vaine tentative de révolte en 1242. Ce fut, en réalité, la destruction d'une nation naissante considérée comme une menace par son caractère avancé.
Voir aussi, à ce sujet, les blogs de Luis Gonzalez-Mestres :
Science, connaissance et conscience, http://scientia.blog.lemonde.fr/
Notre Siècle, http://notresiecle.blogs.courrierinternational.com/
L'Enigme Bogdanoff, http://blogs.mediapart.fr/blog/lenigme-bogdanoff
On peut s'étonner de la méconnaissance de l'histoire de la France dont Bernard Cazeneuve, pourtant ministre, fait preuve dans son discours auquel nous entendons consacrer d'autres articles sur ce blog.
Quant à Thomas d'Aquin, en tant qu'ecclésiastique ayant vécu une période de très forte répression religieuse, pouvait-il écrire autre chose que ce qu'il a écrit sans être lui-même poursuivi par l'Inquisition et condamné au bûcher ?
A propos des hérétiques, Thomas d'Aquin écrit notamment dans sa Summa Theologica (Traduction mise en ligne par Documenta Catholica Omnia, SOMME THEOLOGIQUE IIa-IIae, QUESTION 11: L'HÉRÉSIE) http://www.documentacatholicaomnia.eu/03d/1225-1274,_Thom... :
ARTICLE 3: Doit-on tolérer les hérétiques?
Réponse: En ce qui concerne les hérétiques, il y a deux choses à considérer, une de leur côté, une autre du côté de l'Église. De leur côté il y a péché. Celui par lequel ils ont mérité non seulement d'être séparés de l'Église par l'excommunication, mais aussi d'être retranchés du monde par la mort. En effet, il est beaucoup plus grave de corrompre la foi qui assure la vie de l'âme que de falsifier la monnaie qui sert à la vie temporelle. Par conséquent, si les faux monnayeurs ou autres malfaiteurs sont immédiatement mis à mort en bonne justice par les princes séculiers, bien davantage les hérétiques, aussitôt qu'ils sont convaincus d'hérésie, peuvent-ils être non seulement excommuniés mais très justement mis à mort.
ARTICLE 4: Doit-on recevoir les hérétiques qui reviennent?
Mais il y a un autre bien que la charité regarde en second lieu, c'est le bien temporel, comme la vie corporelle, la possession des choses de ce monde, la bonne renommée, et l'autorité ecclésiastique ou séculière. Ce bien, en effet, nous ne sommes tenus par charité de le vouloir pour d'autres que dans l'ordre du salut éternel et d'eux-mêmes et des autres. Aussi, lorsque l'un de ces biens peut empêcher, en se trouvant dans un individu, le salut éternel dans un grand nombre, la charité n’exige pas que nous lui voulions cette sorte de bien, elle exige plutôt que nous voulions qu'il en soit privé: et parce que le salut éternel doit être préféré au bien temporel, et parce que le bien du grand nombre passe avant le bien d'un seul. Or, si les hérétiques qui reviennent étaient toujours reçus de façon à demeurer en possession de la vie et des autres biens temporels, ce pourrait être au préjudice du salut des autres, parce que, s'ils retombaient, ils en gâteraient d'autres, et aussi parce que, s'ils échappaient sans châtiment, d'autres tomberaient dans l’hérésie, avec plus de sécurité. Il est dit en effet dans l'Ecclésiaste (8, 11): " Parce que la sentence n'est pas vite portée contre le méchant, les enfants des hommes accomplissent le mal sans rien craindre. " C'est pourquoi ceux qui reviennent de l'hérésie pour la première fois, l’Église non seulement les admet à la pénitence mais aussi leur laisse la vie sauve; et parfois, par indulgence, elle leur rend leurs dignités ecclésiastiques s'ils paraissent vraiment convertis. L'histoire nous apprend qu'elle l'a souvent fait pour le bien de la paix. Mais, quand ceux qu'on a accueillis retombent de nouveau, il semble que ce soit le signe de leur inconstance en matière de foi. C'est pourquoi, s'ils reviennent ultérieurement, ils sont bien admis à la pénitence, non pas cependant au point d'éviter la sentence de mort.
(fin de l'extrait, © 2006 Cooperatorum Veritatis Societas quoad hanc editionem iura omnia asservantur)
La nécessité et l'opportunité de la peine de mort pour les hérétiques qui « retombent » sont donc explicitement exposées par Thomas d'Aquin dans la Somme Théologique.
Et s'agissant de l'Evangile, peut-on ne pas rappeler ce passage de l'Evangile de Mathieu (Mathieu 19:16-21, Bible de Louis Segond), http://saintebible.com/matthew/19-21.htm :
17 Il lui répondit: Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon? Un seul est le bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements.
18 Lesquels? lui dit-il. Et Jésus répondit: Tu ne tueras point; tu ne commettras point d'adultère; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage;
19 honore ton père et ta mère; et: tu aimeras ton prochain comme toi-même.
et ne pas saisir le rejet d'un pouvoir des riches qu'il comporte ?
Un principe qu'ignoreront les classes dirigeantes de la révolution bourgeoise.
Rien en commun, donc, dans ce christianisme primitif, avec le capitalisme et l'impérialisme dont la montée a fait suite à la révolution bourgeoise que fut la Révolution Française.
Rappelons, enfin, ce passage des Actes des Apôtres (Chapitre 4, 32-37, Nouvelle traduction liturgique de la Bible), http://www.aelf.org/bible-liturgie/Ac/Livre+des+Actes+des... :
32 La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun.
33 C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous.
34 Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient,
35 et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun.
36 Il y avait un lévite originaire de Chypre, Joseph, surnommé Barnabé par les Apôtres, ce qui se traduit : « homme du réconfort ».
37 Il vendit un champ qu’il possédait et en apporta l’argent qu’il déposa aux pieds des Apôtres.
Quel rapport avec les républiques capitalistes, dont l'économie et la société sont basées sur l'exploitation du salariat ?
Précisément, des « hérétiques » du Moyen-Age persécutés en tant que tels réclamaient un retour au christianisme initial.
La traduction de la Bible au langage « vulgaire » étant interdite, les « hérétiques » médiévaux procéderont à des traductions. C'est ainsi, notamment, qu'un commerçant de Lyon, Pierre Vaudès (Valdo), financera une traduction au franco-provençal. Fondateur de la fraternité des Pauvres de Lyon, il sera excommunié en 1184 et sa fraternité, persécutée.
Le pays occitan accueillera largement le mouvement vaudois avant la Croisade Albigeoise.
A-t-on besoin d'une "
Europe de la connaissance" ? (I)
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Bilderberg et la crise des "puissances occidentales" (II)
19:13 Publié dans Administration et administrés, Culture, Droits et libertés, Education, Ethique, Europe, Evaluation, Fonction publique, France, Histoire, Indépendance du service public, Institutions, La France vue d'ailleurs, Langues et traduction, Politique, Presse et médias, Sciences, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Université, Voyages | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bernard cazeneuve, christianisme, histoire du cristianisme, thomas d'aquin, somme théologique, summa theologica, hérésie, inquisition, france, société, politique, éducation, bible, evangiles | | Facebook | | Imprimer | | |
Le 15 octobre 2015, 75ème anniversaire de l'exécution du président de la Generalitat de Catalunya Lluís Companys par le franquisme, l'actuel président de cette institution, Artur Mas, a comparu devant le Tribunal Superior de Justícia de Catalunya (TSJC) à cause de l'organisation du référendum du 4 novembre 2014. Mas s'est déclaré seul responsable de cette initiative. Ara écrit « Artur Mas declara al jutge que és el responsable únic i el promotor polític del 9-N ». La même information est relayée par Europa Press avec le titre « Mas se reconoce ante el TSJC como el "responsable único" de la consulta del 9N ». Avant de comparaître devant le tribunal, et soutenu par une forte mobilisation populaire, Artur Mas a rendu hommage à la mémoire de Lluís Companys. Vilaweb souligne à ce sujet « Una marxa de torxes multitudinària a Montjuïc recorda l’execució de Lluís Companys ». Au même moment, TV3 et Catalunya Ràdio rapportent « Manos Limpias vol il·legalitzar la CUP », faisant état de la déclaration du syndicat d'extrême-droite Manos Limpias qui accuse la CUP (Candidatura d'Unitat Popular) d'être une « organisation criminelle » et réclame son interdiction. La Radio-Télévision Espagnole RTVE expose « Manos Limpias amplía la querella contra Mas y pide ilegalizar a la CUP por grupo "criminal" », la CUP étant accusée par Manos Limpias d'appel à la « sédition » et d'inciter les Catalans à la rupture de la Catalogne avec le reste de l'Espagne. L'extrême-droite, qui a été à l'origine de la plainte contre Mas, fait donc partie des appuis directs de Mariano Rajoy dans la situation actuelle. Sur son site, Manos Limpias réclame également que l'article 155 de la Constitution, permettant à l'Etat d'adopter des mesures de force à l'égard des Communautés autonomes, soit appliqué à la Catalogne. Rappelons qu'en 1934, le gouvernement prétendument « républicain » de la CEDA (Confederación Española de Derechas Autónomas) suspendit l'autonomie de la Catalogne et fit condamner l'alors président de la Generalitat Lluís Companys à une peine de trente ans de prison. Companys ne sera libéré qu'en 1936, après la victoire du Front Populaire qui rétablira également l'autonomie de la Catalogne. Comme rappelé encore dans notre article « La Catalogne, cauchemar du système (I) », la Catalogne constitue aujourd'hui un maillon faible du capitalisme mondialisé. Ce fut déjà le cas dans les années 1930 par rapport au capitalisme et à l'impérialisme de l'époque, notamment lorsque Companys publia le Decret de col·lectivització de les empreses industrials i comercials paru le 28 octobre 1936 dans le Diari Oficial de la Generalitat de Catalunya.
Le grand capital a-t-il jamais pardonné à la Catalogne le décret de collectivisation d'octobre 1936 promulgué après l'échec dans ce pays du soulèvement militaire qui se développera dans d'autres parties de l'Espagne ?
Et quels ont été les mobiles de la « non intervention » française et britannique pendant la guerre d'Espagne ?
Rappelons que le Pacte germano-soviétique n'interviendra qu'en août 1939, après la fin de la guerre d'Espagne. Avant cette date, les « puissances occidentales » pouvaient espérer utiliser le régime nazi pour attaquer l'Union Soviétique. Tel fut d'ailleurs le mobile d'un certain nombre de soutiens reçus par le nazisme depuis les années 1920.
En même temps, le lobby colonial espagnol, proche de l'oligarchie de son pays, partageait un certain nombre d'intérêts communs avec les milieux coloniaux français et britannique. La guerre du Rif (1921-26) fera intervenir les armées espagnole et française, avec une importante participation de Franco et Pétain. Quels étaient les intérêts du grand capital français et britannique par rapport à la guerre d'Espagne ?
Un article de Luis Lera reproduit sur les sites Le Grand Soir et Bellaciao fait état de ce message adressé consul général britannique à Barcelone aux autorités de l'Empire : «les forces gouvernementales ont écrasé la rébellion en Catalogne et cela donne une situation critique, étant donné que le dit gouvernement est maintenant à la merci des ouvriers armés. Les ports espagnols sont aussi en situation dangereuse ». Difficile, d'être plus clair.
Le même article rapporte cette déclaration de Franco du 30 juillet 1936, moins de deux semaines après le soulèvement militaire : « Ma lutte c’est d’écraser le communisme et il est certain que la Grande Bretagne, l’Allemagne et l’Italie voient d’un bon oeil notre cause ».
Quelle pouvait être l'attitude des oligarchies britannique et française à l'égard de la Catalogne et de la République espagnole pendant la guerre civile ? Force est de constater que les deux puissances n'ont rien fait pour contrer les interventions allemande et italienne. Plus tard, la France et la Grande Bretagne feront directement les frais de cette stratégie de leurs propres milieux dirigeants.
La deuxième guerre mondiale a-t-elle été autre chose qu'une profonde crise du capitalisme et de l'impérialisme ?
Le Decret de col·lectivització de les empreses industrials i comercials publié le 28 octobre 1936 par la Generalitat de Calaunya commence ainsi https://ca.wikisource.org/wiki/Decret_de_col%C2%B7lectivi... :
La criminal sublevació militar del 19 de juliol ha produït un trastorn extraordinari a l'economia del país. El Consell de la Generalitat ha d'atendre a la reconstrucció dels estralls que ha causat a la la indústria i al comerç de Catalunya la traïció dels que intentaven imposar al nostre país un règim de força. La reacció popular produïda per aquella sublevació ha estat d'una intensitat tal que ha provocat una profunda transformació econòmico-social, els fonaments de la qual s'estan posant a Catalunya. L'acumulació de riqueses en les mans d'un grup de persones cada vegada menor anava seguida de l'acumulació de misèria en la classe treballadora i pel fet que aquell grup per a salvar els seus privilegis no ha dubtat en provocar una guerra cruenta, la victòria del poble equivaldrà a la mort del capitalisme.
Cal ara, doncs, organitzar la producció, orientant-la en el sentit que l'únic beneficiari ha d'ésser la col·lectivitat, el treballador, al qual correspondrà la funció directiva del nou ordre social. S'imposa la supressió del concepte de la renda que no procedeixi del treball.
El principi de l'organització econòmico-social de la gran indústria ha d'ésser la producció col·lectivitzada.
A une époque où la politique de privatisation du patrimoine public est devenue une composante essentielle de la stratégie de l'Union Européenne, que peuvent penser les représentants des milieux financiers et des grandes multinationales d'une éventuelle indépendance de la Catalogne ?
Le décret dénonce d'ailleurs ouvertement l'enrichissement d'une minorité aux dépens d'une population progressivement appauvrie. Est-ce différent de la situation actuelle ?
Le texte du décret continue encore :
La substitució de la propietat individual per la col·lectivitat la concep el Consell de la Generalitat, col·lectivitzant els béns de la gran empresa, és a dir, el capital, i deixant subsistir la propietat privada dels béns de consum i de la petita indústria.
L'esforç revolucionari de la classe treballadora aixecant-se amb les armes a la mà per a aixafar el feixisme, planteja aquest canvi en l'estructura econòmica i social que fins fa poc s'ha vingut mantenint. Un els problemes fonamentals que aquest canvi de situació planteja és el de l'organització del treball que articuli les fonts de riquesa i ordeni la seva distribució en concordança amb les necessitats socials.
C'est ainsi que l'écrasement du soulèvement militaire est directement mis en rapport avec la révolution sociale.
Le grand capital a-t-il jamais pardonné à la Catalogne cet élan révolutionnaire ?
Et le mouvement populaire catalan, qui n'a pas oublié son passé et vient de rendre hommage à l'auteur de ce décret, peut-il « rassurer » les représentants des oligarchies ?
16:59 Publié dans Administration et administrés, Culture, Délocalisations et dumping, Droits et libertés, Economie, Education, Ethique, Europe, Fonction publique, France, Histoire, Indépendance du service public, Institutions, Justice, La France vue d'ailleurs, Mondialisation, Politique, Précarité, Presse et médias, Services publics, Société, Société du XXI siècle, Syndicalisme, Travail, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lluís companys, artur mas, catalogne, élections, espagne, france, europe, capitalisme, autodétermination, indépendantisme, mouvement populaire, langue d'oc, colonialisme, impérialisme, trilatérale, bilderberg | | Facebook | | Imprimer | | |

References: l'article 1
 l'article 2
 l'article 13
 l'article 19
 l'article 19
 l'article 1311
 Art. 53
 l'article 155