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ETUDE ROMANDE SUR LE JEU - PDF
ETUDE ROMANDE SUR LE JEU
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1 Centre hospitalier universitaire vaudois Département universitaire de médecine et de santé communautaires Institut universitaire de médecine sociale et préventive Lausanne ETUDE ROMANDE SUR LE JEU Une collaboration entre IUMSP et ISPA sur mandat du Programme Intercantonal de Lutte contre la Dépendance au Jeu (PILDJ) Sophie Arnaud, Sophie Inglin, Jeanne-Marie Chabloz, Jean-Pierre Gervasoni, Luca Notari, Gerhard Gmel, Françoise Dubois-Arber Lausanne 20092 Etude financée par : Programme Intercantonal de Lutte contre la Dépendance au Jeu (PILDJ). Citation suggérée : Arnaud S, Inglin S, Chabloz JM, Gervasoni JP, Notari L, Gmel G, Dubois-Arber F. Etude romande sur le jeu. Une collaboration entre IUMSP et ISPA sur mandat du Programme Intercantonal de Lutte contre la Dépendance au Jeu (PILDJ). Lausanne : Institut universitaire de médecine sociale et préventive, 2009 (Raisons de santé, 150). Remerciements : A toutes les institutions qui ont participé à l évaluation. Hospices / CHUV - DUMSC ISSN3 TABLE DES MATIERES Résumé Introduction Présentation de l étude et Méthodologie Concept Méthode Enquête sur les connaissances et représentations de la population romande sur le jeu Enquête suisse sur la santé (ESS 2002, ESS 2007) Prise en charge des joueurs pathologiques Résultats pour les différents volets de l étude Analyse de l offre en matière de jeu Les casinos Surveillance des maisons de jeu et mesures sociales Les loteries et paris Politique du jeu responsable de la LoRo Les connaissances et représentations de la population sur le jeu Les jeux de hasard et d argent Prévalence Le joueur problématique Comparaison des dépendances Types de jeux de hasard et d argent, dangerosité et pratiques de jeu Jeux de hasard et d argent et considérations socio-politiques La population à risque Prévention Différences des représentations selon les pratiques de jeux Enquête suisse sur la santé (ESS 2002, ESS 2007) Prise en charge des joueurs pathologiques Dispositifs cantonaux de prise en charge sanitaire et sociale des joueurs pathologiques Indicateurs statistiques Données statistiques Conclusions Résultats de l enquête sur les représentations générales Résultats des enquêtes suisses sur la santé 2002/2007 et des données hospitalières Synthèse des dispositifs de prise en charge Recommandations Annexes Questionnaire sur les représentations sociales du jeu Liste des personnes contactées dans le cadre du volet «prise en charge des joueurs pathologiques»... 464 6.3 Analyse de la littérature sur les instruments de mesure Les instruments choisis Les instruments: leur fiabilité et validité Comparaisons des instruments Leur originalité Comparaison des instruments Glossaire et définitions Bibliographie... 575 RÉSUMÉ En Suisse, l offre en matière de jeu est très importante. Que ce soit pour les loteries ou les casinos, les revenus bruts des jeux (RBJ) ont augmenté considérablement au cours de ces dix dernières années. Une offre de prévention et de traitement s est développée en Suisse romande et le nombre de joueurs qui consultent ne cesse d augmenter. Toutefois, il n en reste pas moins qu il s agit là d une petite proportion des joueurs problématiques qui font appel aux services d aide. Le Programme intercantonal de lutte contre la dépendance au jeu (PILDJ) vise en premier lieu à sensibiliser la population au problème du jeu excessif. Il prévoit pour cela, notamment, de faciliter l accès à l information et au traitement. Par ailleurs, il a aussi pour objectif de sensibiliser les professionnels, afin d améliorer la détection et la prise en charge des joueurs pathologiques. Le PILDJ entend finalement centraliser les informations relatives aux actions menées dans les cantons afin d améliorer l échange d expériences. La coordination de ce Programme a été confiée au Groupement romand d études des addictions (GREA). Le PILDJ comprend la mise sur pied de 4 modules parmi lesquels figure l Etude romande sur le jeu. Ce rapport présente les résultats des volets couverts par l Etude romande sur le jeu. Les principaux résultats de l Etude romande sur le jeu sont présentés de manière synthétique dans ce résumé. Sur la base de l enquête de population réalisée dans le cadre de ce mandat, nous avons pu observer que la majorité de l échantillon a conscience de la dépendance que peut provoquer la pratique des jeux de hasard et d argent, ainsi que de son importance en tant que problème social. Mais parallèlement la majorité s adonne à cette pratique (56.8%) et pense que les gens en général s y adonnent plus qu auparavant. Plus de la moitié des personnes interrogées ont déjà entendu parler du jeu problématique (57.4%). Les joueurs sont davantage à connaître le phénomène que les non-joueurs (60.7% vs 53.1%). Plus d'une personne sur cinq (22.8%) connaît un joueur problématique ; les joueurs sont également plus nombreux à avoir une personne de leur entourage qui en souffre que les nonjoueurs (25.1% vs 19.9%). Pour aider un joueur problématique, la majorité des personnes interrogées l enverrait dans un centre spécialisé pour les dépendances (39.8%) et 31.7% l adresserait à un psychologue ou à un psychiatre. Parmi les joueurs, la grande majorité joue uniquement aux jeux de loterie et aux paris (74.8% des joueurs), 12.8% jouent dans un casino ou à d autres jeux et 10.1% ne jouent que dans des casinos. Les jeux de casinos sont perçus comme étant les plus dangereux, suivi du Tactilo, puis des jeux de loteries. D après notre enquête, les principaux facteurs qui poussent à jouer sont liés aux caractéristiques structurelles des jeux. Tout d abord la possibilité du gain d argent (envie de gagner de l argent, importance de la somme à gagner, rapidité du gain), puis la simplicité des règles et l accès facile aux jeux. C est seulement ensuite que sont mentionnés les facteurs liés aux caractéristiques individuelles. Les hommes et les jeunes semblent plus à risques car ils auraient moins conscience des dangers potentiels liés aux jeux, ils sont aussi plus nombreux à penser que les jeux sont des moyens de sociabiliser, ils pensent davantage pouvoir contrôler l issue des jeux et attribuent moins d importance au problème de la dépendance au jeu. Malheureusement, les questions mesurant la prévalence du jeu ne sont pas identiques dans les deux vagues d enquête suisse sur la santé. En effet, en 2002 il n y avait que 21.0% de la population qui disait jouer régulièrement. La prévalence des personnes ayant demandé de l aide était très basse (2.5%). En 2007, 62.3% de la population suisse affirment avoir déjà joué à des jeux de hasard et d argent au cours de leur vie et parmi ceux-ci 69.8% ont joué durant les 12 derniers mois. Les données hospitalières montrent que le nombre de diagnostics posés pour un jeu dit pathologique ne semble pas croître avec les années et confirme les résultats obtenus dans le cadre des enquêtes de population. Si nous comparons les données de l enquête suisse sur la santé 2007 avec les données de notre enquête sur les représentations, différentes relations peuvent être faites. Les loteries demeurent la catégorie de jeux la plus prisée. Les loteries sont à l origine de la majorité des problèmes rencontrés par les joueurs 56 (ESS 2007) alors qu au sein de notre enquête les loteries et paris sont considérés comme étant l une des catégories les moins dangereuses en termes de dépendance. Pour la fréquence, les tendances sont les mêmes, à savoir que la majorité de la population joue moins de 41 fois par année. S agissant du profil du joueur dit problématique, les constats suivants peuvent être faits. Les hommes et les jeunes semblent être plus à risque tant dans leurs pratiques que dans leurs représentations sur les jeux et le jeu problématique. En 2007, une majorité de femmes s adonnent aux loteries et paris, alors qu elles sont moins nombreuses que les hommes à jouer aux jeux sur internet et aux jeux hors casinos. Les jeunes jouent davantage aux casinos et aux jeux hors casinos. Dans les cantons, la situation relative à la prévention et la prise en charge a changé avec l octroi du 0.5% du RBJ de la LoRo dévolu spécifiquement à la prévention. Tous les cantons ont fait le choix d attribuer cette somme, du moins une partie, aux institutions qui œuvrent déjà dans le domaine, que ce soit pour les financer directement ou pour qu elles mettent en place un programme/dispositif de prévention cantonal. En termes d utilisation des dispositifs, il faut noter que le nombre de patients pris en charge par les services disponibles est encore relativement faible et, de manière générale, il n existe pas de données statistiques relevées systématiquement. En ce qui concerne la prise en charge sociale, il s agit essentiellement d une intervention au niveau des dettes de la personne (services de désendettement mis en place dans la plupart des cantons). Dans les cantons, ce sont notamment les centres Caritas ou le Centre social protestant qui sont actifs dans ce domaine-là. En termes d indicateurs, les services étatiques cantonaux n ont pas de statistiques disponibles et ne relèvent pas le jeu pathologique comme une source d indigence. En revanche, la plupart des Caritas ou CSP régionaux font partie d une Association faîtière «Dette Conseils Suisse (DCS)», qui, depuis 2007, identifie dans son formulaire de demande d ouverture de dossier «la dépendance au jeu» comme une des sources d indigence possible. En termes de recommandations et sur la base des informations disponibles dans le cadre de cette étude, il nous semble important de mettre sur pieds un système de récolte d information en continu de type observatoire du jeu comportant une série d indicateurs à finaliser. Pour ce faire il est nécessaire d avoir recours à une harmonisation des outils de récolte des données, notamment dans le cadre des enquêtes de population. Les questions utilisées dans le cadre de l ESS 2007 devraient être utilisées en 2012 avec certains ajustements. La reconduite d une enquête sur les représentations sociales du jeu nous semble aussi pertinente pour déterminer l évolution de ces représentations avec l évolution de l offre en matière de jeu, ainsi qu en fonction de l évolution possible du cadre légal. Les données disponibles au niveau cantonal sont encore très hétérogènes et ne sont pas facilement disponibles. Une plateforme internet centralisée pourrait faciliter cette mise en commun de l information. Dans le cadre du futur développement d un monitoring national sur les dépendances, une partie des indicateurs proposés ci-dessus pourrait être intégré à ce monitoring. Au vu de la faible proportion de personnes prises en charge, il faudrait développer des stratégies pour encourager les personnes ayant une problématique de jeu à consulter. Le programme inter-cantonal de lutte contre la dépendance au jeu de la CLASS pourrait faire l objet d une évaluation afin de pouvoir l optimiser. De même, les efforts de prévention doivent encore être accrus. La population interrogée dans le cadre de cette étude semble favorable à une limitation de la publicité portant sur les jeux comme une des mesures préventives possible. 67 1 INTRODUCTION En Suisse, l offre en matière de jeu est très importante. Plus de 10'000 points de vente répartis sur le territoire permettent de jouer à un des nombreux jeux proposés par les loteries. Par ailleurs, la Suisse présente une des plus hautes densités de casinos au monde. Que ce soit pour les loteries ou les casinos, les revenus bruts des jeux (RBJ) ont augmenté considérablement au cours de ces dix dernières années. Selon le rapport émis par la BASS 1 (Büro für arbeits und sozialpolitische Studien), 43% de la population suisse âgée de 18 ans et plus ont déjà pénétré dans un casino. Par ailleurs, 21.1% de la population suisse peuvent être considérés comme des joueurs réguliers (notamment de jeux de loteries) 1. Quant aux joueurs pathologiques, les études disponibles font état de prévalences situées entre 0.4 et 3.6% 2. En Suisse, elle est évaluée entre 0.6 et 0.79% 3. Une étude récente a montré que le développement de l offre suite à l introduction de la nouvelle législation sur les casinos n a pas eu de conséquence sur la prévalence du jeu pathologique 4. Une offre de prévention et de traitement s est développée en Suisse romande et le nombre de joueurs qui consultent ne cesse d augmenter 1. Toutefois, il n en reste pas moins qu il s agit là d une petite proportion des joueurs problématiques qui font appel aux services d aide. Rappel historique et législatif Au niveau fédéral, les jeux de hasard et d argent sont régis par deux lois distinctes : la Loi fédérale sur les loteries et paris professionnels (LLP, du 8 juin 1923) et la Loi fédérale sur les jeux de hasard et maisons de jeu (LMJ, du 18 décembre 1998). La première a pour principe d interdire les jeux d argent, avec quelques régimes d exception, notamment pour les loteries d utilité publique a. Son application relève des cantons. Quant à la seconde, elle fait suite à la décision populaire de lever l interdiction sur les maisons de jeu. Son entrée en vigueur en 2000 a permis l ouverture des 19 casinos recensés en Suisse actuellement. L application de la LMJ, contrairement à la LLP, est du ressort de la Confédération, par le biais de la Commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ). Un impôt, affecté à l AVS, est prélevé sur le produit brut des casinos. En termes de protection des joueurs, les casinos ont le devoir légal de prévoir un programme de mesures sociales pour prévenir les conséquences dommageables du jeu b. L ordonnance d application prévoit même que «la maison de jeu collabore avec un centre de prévention des dépendances et avec un établissement thérapeutique pour la mise en œuvre du programme de mesures sociales c». En ce qui concerne les loteries, jusqu au milieu des années 2000, rien ne les obligeait à se préoccuper des conséquences du jeu. Pour combler cette lacune, le Département fédéral de justice et police (DFJP), en 2002, propose une révision de la LLP, prévoyant, entre autres, une redistribution au niveau cantonal des bénéfices des jeux de loteries. Deux ans plus tard, et sur proposition des cantons, décision est prise par le Conseil fédéral de suspendre la révision, pour autant que les cantons s engagent eux-mêmes à remédier aux lacunes en matières de protection des joueurs. C est ainsi qu a été instituée la Convention inter-cantonale sur la surveillance, l autorisation et la répartition du bénéfice de loteries et paris exploités sur le plan inter-cantonal ou sur l ensemble de la Suisse. Cette Convention, entrée en vigueur le 1 er juin 2006, stipule que «les entreprises de loteries et paris versent aux cantons une taxe de 0.5% du revenu bruts des jeux (RBJ) sur leurs territoires cantonaux. Les cantons s engagent à utiliser ces taxes a Art. 3 Loi fédérale du 8 juin 1923 sur les loteries et paris professionnels (RS ). b Art.2, Art13 et Art.14 Loi fédérale du 18 décembre 1998 sur les jeux de hasard et les maisons de jeu (RS ) c Art. 37 Ordonnance sur les jeux de hasard et les maisons de jeu (RS ). 78 pour la prévention et la lutte contre la dépendance au jeu d». Il faut noter toutefois que la Loterie romande (LoRo) avait déjà opté depuis les années 80 pour une politique du «jeu responsable». La Commission des loteries et paris (Comlot), instituée par un concordat inter-cantonal est entrée en vigueur le 1 er juillet Elle exerce sa mission d homologation et de surveillance des loteries et paris exploités sur l ensemble du territoire suisse. Dans le cadre de la Convention, la Conférence latine des affaires sanitaires et sociales (CLASS) est mandatée par la Conférence romande de la loterie et des jeux (CRLJ) pour mettre sur pied un programme de prévention et de lutte contre la dépendance au jeu. Un accord de collaboration entre ces deux organismes prévoit que les cantons verseront une part de la taxe de 0.5% prélevée sur le RBJ de la LoRo pour le financement du programme. La majorité de l impôt reste cependant dans les cantons pour soutenir des actions cantonales en la matière. Dès lors, la CLASS charge le Groupement romand d études des addictions (GREA) de faire, dans un premier temps, un état des lieux de la situation en Romandie et de faire des propositions pour un dispositif régional de lutte contre le jeu excessif 5. La CLASS a ensuite adopté un programme intercantonal de lutte contre la dépendance au jeu, coordonné par le GREA. Le Programme intercantonal de lutte contre la dépendance au jeu vise en premier lieu à sensibiliser la population au problème du jeu excessif. Il prévoit pour cela, notamment, de faciliter l accès à l information et au traitement. Il a par exemple mis en place une permanence téléphonique. Par ailleurs, il a aussi pour objectif de sensibiliser les professionnels, afin d améliorer la détection et la prise en charge des joueurs pathologiques. Le Programme entend finalement centraliser les informations relatives aux actions menées dans les cantons afin d améliorer l échange d expériences. La coordination de ce Programme a été confiée au GREA. Le Programme comprend la mise sur pied de 4 modules parmi lesquels figure l Etude romande sur le jeu. Ce rapport présente les résultats des volets couverts par l étude. d Art.18 Convention inter-cantonale sur la surveillance, l autorisation et la répartition du bénéfice de loteries et paris exploités sur le plan inter-cantonal ou sur l ensemble de la Suisse (du 7 juin 2005). 89 2 PRÉSENTATION DE L ÉTUDE ET MÉTHODOLOGIE L'étude romande sur le jeu s'inscrit dans le dispositif de coordination portant sur le jeu pathologique (Programme de lutte contre la dépendance au jeu) proposé par le Groupement romand d études des addictions (GREA) à la demande de la Conférence latine des directeurs des affaires sanitaires et sociales (CLASS). Sa fonction est de fournir des données fiables et pertinentes pour la compréhension du jeu et du jeu pathologique en Suisse romande ainsi que pour le développement d'un dispositif permettant de réduire les conséquences négatives associées à cette problématique. Selon le besoin, cette étude pourra être reconduite dans une périodicité qui reste à définir, mais qui a été imaginée autour de 3 à 4 ans. Ceci pourrait permettre de mesurer l évolution de la problématique et de fournir des indications importantes sur les effets des différentes variables envisagées. La mise en œuvre de cette étude est conduite conjointement par l IUMSP et l ISPA. 2.1 CONCEPT Le travail de l'étude romande sur le jeu comporte cinq volets : analyse de l offre sur la base d une analyse secondaire des données récoltées par les opérateurs du jeu, soit le nombre et le type de jeux, l évolution de l utilisation par les joueurs des divers jeux (cf. chapitre 3.1); analyse des mesures mises en place par les opérateurs de jeu pour prévenir le jeu pathologique (cf. chapitre 3.1); les connaissances et représentations de la population romande sur le jeu (enquête de population ad hoc) (cf. chapitre 3.2); l épidémiologie du jeu en Suisse (analyse secondaire de l enquête suisse de la santé 2002 et 2007, comparaison ) (cf. chapitre 3.3) et analyse de la littérature sur les instruments utilisés pour déterminer le jeu pathologique (Annexe 6.3); la prise en charge des joueurs pathologiques (offre de traitement et utilisation de celle-ci, utilisation de l aide sociale dans les cantons romands) (cf. chapitre 3.4); 2.2 METHODE Enquête sur les connaissances et représentations de la population romande sur le jeu L un des objectifs de cette étude porte sur l analyse des représentations sociales véhiculées par la population s agissant des jeux de hasard et d argent et du jeu problématique. Comparativement à d'autres formes de dépendance, le jeu problématique est encore peu médiatisé et est de ce fait encore mal connu par la population générale, d où l importance et le sens de cette enquête. Nous entendons par représentations sociales, le «savoir de sens commun», fabriqué par les individus d une société. Ces représentations ont des rôles multiples, dont celui de nous guider dans nos manières de définir et interpréter des réalités sociales, permettant ainsi de prendre position et de s ajuster par rapport à celles- 910 ci. Elles sont parfois décrites comme des initiatrices de conduites. Les représentations sociales s inscrivent dans une dynamique sociale: elles circulent dans les discours, sont véhiculées par des messages et images médiatiques et se cristallisent dans les conduites (Jodelet, 1989). Ce sont des phénomènes complexes, sans cesse en activité, qui annoncent quelque chose sur l état d une réalité. Elles peuvent également être définies comme des grilles de lecture ou de décodage participant ainsi à la construction d une société; elles sont déterminantes sur son fonctionnement. C est donc par leur biais que l individu comprend sa société et s y engage. Participants Le sondage a porté sur un échantillon de personnes vivant en Suisse romande (Fribourg, Vaud, Genève, Bas-Valais, Neuchâtel, Jura). L'échantillonnage se base sur la méthode "random-quota", c està-dire par un tirage aléatoire des ménages, suivi d un tirage des individus par quotas d âge, de genre et de taille d agglomérations. Ainsi, l'échantillon a été établi sur une base représentative. L étude réalisée par «l Institut für Begleit-und Sozialforschung Zürich» a eu lieu entre mai et juin Les interviews téléphoniques ont duré 15 minutes. Construction et contenu du questionnaire Pour l élaboration du questionnaire, deux moteurs de recherche ont été majoritairement utilisés, «Pubmed» et «Scholar Google». Les références, sur lesquelles ce travail s est appuyé, ont été trouvées par le biais de divers mots clés tels que «jeux de hasard et d argent», «problem gambling», «pathological gambling», «joueur pathologique/compulsif». Quelques centaines d articles ont répondu à ces recherches, mais un grand nombre ont été écartés sur la base des critères suivants: les articles se référant à un type de population particulier, touchant à un sujet spécifique relatif au jeu problématique, ou dont le but est celui de la prévalence. Nous avons privilégié des articles généraux, traitant des attitudes et représentations générales à l égard des jeux et du joueur problématique. Une trentaine d articles publiés entre 1990 et 2008 ont donc été retenus et étudiés. Ces articles nous ont également menés à des ouvrages abordant ces thématiques. Ce questionnaire comporte vingt questions (Annexe 6.1) et propose soit des réponses de type dichotomique soit des échelles de Likert. Il mesure les attitudes générales envers les jeux de hasard et d argent et le jeu problématique; trois questions seulement s attachent aux pratiques de jeu de l interviewé. Le questionnaire s organise autour de trois axes: les jeux de hasard et d argent, le jeu problématique et le joueur problématique. D une manière générale, il a comme intention de tester les représentations de la population sur ces sujets, afin de savoir dans quelle mesure ces phénomènes sont connus et acceptés. Le premier axe, composé de huit questions, se réfère aux jeux de hasard et d argent. Tout d abord de manière générale, sur le sens octroyé à cette pratique, à son objectif (le gain), à son attractivité, puis sa popularité. Certains items s attachent également aux notions de dangerosité et méfaits pouvant être générés par le jeu. Finalement il s agit également de considérer leur articulation avec la sphère politique et économique et de saisir comment la population la conçoit. Le deuxième axe, composé de six questions, traite du joueur problématique: différents aspects sont présentés afin de pouvoir évaluer les représentations de la population s agissant de ses symptômes, ses besoins, sa responsabilité et sa personnalité. Le dernier axe, composé de trois questions, fait appel aux représentations relatives au jeu dit problématique en terme de connaissance, d importance dans la société, et ceci en comparaison à d autres phénomènes sociaux et comportements dépendants. Ce questionnaire comporte également des variables sociodémographiques telles que le sexe, l âge, ou le niveau d instruction. S agissant de cette présente étude, nous avons opté pour le terme «problématique» semblant a priori plus accessible que le terme «pathologique». 1011 Analyse des données du questionnaire Une large majorité de variables dépendantes utilisent des échelles de Likert, composées de 5 réponses. Nous avons tout particulièrement travaillé à l aide d analyses de variance (ANOVA) qui permettent de comparer les moyennes de certaines variables avec les variables sociodémographiques ou encore avec les pratiques de jeux de l interviewé. Nous avons utilisé une marge d erreur alpha de 5% (p < 0.05), valeur au-delà de laquelle il n est plus possible d inférer les résultats à la population générale. Dans la plupart des cas, nous avons uniquement discuté des résultats significatifs, tout en mentionnant lorsque nécessaire, les tendances générales Enquête suisse sur la santé (ESS 2002, ESS 2007) Ces enquêtes représentatives de la population résidant en Suisse sont réalisées dans les ménages privés, tirés aléatoirement dans l annuaire téléphonique. Elles sont réalisées par l Office fédéral de la statistique (OFS), et ont été effectuées en deux phases; la première se fait par téléphone et la seconde à l aide d un questionnaire écrit. La population cible est constituée de personnes âgées de 15 ans et plus résidant en Suisse de manière permanente. L interview téléphonique de 2002 a concerné 19'706 personnes (taux de réponse 64%). Puis, afin de saisir des questions supplémentaires, un certain nombre de répondants, soit 16'141 personnes, ont dû remplir un questionnaire qui leur a été envoyé à domicile (taux de réponse 85%). L interview téléphonique de 2007 a concerné 18'760 personnes (taux de réponse 66.3%), puis, 14'432 personnes ont rempli ledit questionnaire (taux de réponse 80.5%). Afin de mieux appréhender la lecture des analyses relatives à ces enquêtes, il est important de mentionner que les pourcentages présentés dans les différents tableaux sont pondérés, alors que les chiffres («nombres») ne le sont pas. En outre, conformément aux directives de l OFS, les comparaisons se basant sur 10 à 29 cas par cellule ont été mises entre parenthèses et les comparaisons se basant sur moins de 10 cas par cellule n ont en revanche pas été présentées. Deux questions concernant le jeu avaient été posées en 2002, «jouez-vous régulièrement, autrement dit plus ou moins chaque semaine aux jeux suivants» et «avez-vous déjà au moins une fois demandé de l'aide ou des conseils en raison de votre goût du jeu». Dans l enquête de 2007 les questions sont plus nombreuses : prévalence, problèmes avec le jeu, impact sur la vie, traitement, etc. Ces questions ont fait l objet d analyses plus détaillées afin de déterminer «le profil» du joueur Prise en charge des joueurs pathologiques Pour cette partie, nous avons réalisé 24 entretiens, soit par téléphone soit en face à face, selon la disponibilité de nos intervenants. Nous avons commencé par prendre contact avec chacun des représentants du groupe de pilotage du Programme inter-cantonal de lutte contre la dépendance au jeu. Ces personnes ont été désignées par leur canton respectif pour suivre le développement et la mise en œuvre du Programme. Elles nous ont parfois indiqué d autres informateurs en fonction des réponses qu elles pouvaient ou ne pouvaient pas nous apporter. Les entretiens n ont pas été enregistrés, mais ont fait l objet d une prise de note rigoureuse. Une liste des personnes interrogées se trouve dans l annexe12 3 RÉSULTATS POUR LES DIFFÉRENTS VOLETS DE L ÉTUDE 3.1 ANALYSE DE L OFFRE EN MATIERE DE JEU Les casinos En Suisse romande, il existe actuellement 5 casinos en activité qui, à l exception de Neuchâtel, sont répartis sur l ensemble des cantons : ils sont implantés dans les villes de Montreux (VD), Courrendlin (JU), Crans (VS), Granges-Paccot (FR) et Meyrin (GE). Le produit brut des jeux (PBJ) qui est la différence entre les mises jouées et les gains distribués est en augmentation dans les 5 casinos depuis 2004 (cf. Tableau 1). Ces 5 casinos ont en tout 58 tables de jeu et 883 machines à sous. En 2007, le PBJ réalisé en Romandie était de 264 millions de francs. Pour l ensemble de la Suisse, le PBJ était de 1'019,6 millions de francs en 2007, soit 64.8 millions de plus qu en Cette augmentation est due en premier lieu aux machines à sous, qui ont rapporté à elles seules 806,1 millions de francs, soit 79.1% du PBJ total. Tableau 1 PBJ des casinos romands en milliers de francs Casinos PBJ 2004 PBJ 2005 PBJ 2006 PBJ 2007 Montreux (A) 76'450 86' ' '683 Courrendlin (B) 8'914 9'706 11'097 13'769 Crans (B) 14'201 16'412 20'161 22'964 Granges-Paccot (B) 13'744 18'444 21'860 25'110 Meyrin (B) 52'744 64'638 72'315 86'513 Total 166' ' ' ' Surveillance des maisons de jeu et mesures sociales La CFMJ en vertu du devoir de surveillance qui lui incombe veille au respect des conditions fixées pour l octroi des concessions. La surveillance porte sur les conditions tant générales (bonne réputation des ayants droits économiques, garantie d une activité économique irréprochable, moyens financiers suffisants, origine licite des fonds à disposition) que spécifiques (programmes de mesures de sécurité et programme de mesures sociales permettant d atteindre les buts visés par l art. 2 LMJ). Le rôle de la CFMJ est de vérifier que les établissements possèdent des dispositifs de contrôle et de surveillance interne efficace. Elle se rend dans chaque casino au moins une fois par an. En 2007, la CFMJ n a pas détecté de manquements graves. De plus, les nombreuses inspections que les fonctionnaires cantonaux font sur mandat de la CFMJ dans une optique de prévention générale (6 à 12 visites de contrôle par an), n ont pas non plus mis en évidence de dysfonctionnements. S agissant des mesures de protection sociale, la CFMJ a examiné les programmes et les modalités de mise en œuvre définis par les divers établissements ainsi que leurs dispositifs de contrôle et de surveillance internes. L analyse conduite en 2007 a révélé des faiblesses en ce qui concerne les mesures visant la vérification systématique des processus et leur amélioration. Les diverses mesures sociales développées par les casinos sont présentées ci-dessous : 1213 Formation du personnel pour la détection précoce Le personnel des casinos est formé de manière ciblée afin de déceler à temps le caractère frappant et les signaux qui indiquent une évolution négative de la manière de jouer d un individu et de discuter avec les personnes concernées. La formation, ainsi qu une formation continue annuelle, sont effectuées par des spécialistes. Exclusions Exclusions imposées par le casino : les maisons de jeu excluent les personnes insolvables, les personnes qui ne remplissent pas leurs obligations financières ou qui risquent des mises qui n ont aucun rapport avec leurs revenus et leurs fortunes. Dans de tels cas, un casino doit prononcer une exclusion, ceci indépendamment du fait que le joueur ait donné ou non son consentement. Exclusions volontaires : Dans la majorité des cas, les exclusions sont demandées expressément par les joueurs mêmes. Ceci soit après une grande perte ou après un entretien avec les responsables du casino. Toutes les exclusions sont prononcées pour un an au minimum et ne peuvent être levées qu après un examen de la personne exclue. L exclusion est valable pour toutes les maisons de jeu en Suisse. Les exclusions sont enregistrées dans un registre électronique dans lequel toutes les maisons de jeu suisses ont accès. Les droits d accès au registre sont réglés légalement. A fin 2007, environ 20'000 personnes étaient inscrites dans le registre des exclusions. Contrôle d accès Les personnes contre lesquelles une exclusion a été prononcée ou qui sont âgées de moins de 18 ans n ont pas le droit d entrer dans un casino. A l entrée, chaque personne doit justifier son identité (passeport, carte d identité, permis de conduire ou autres pièces officielle). Sur la base du document, il est contrôlé si la personne est inscrite dans le registre des exclusions. Pas de crédits Les maisons de jeu n ont pas le droit d accorder des prêts, des crédits ou des avances. Collaboration avec les services spécialisés Chaque maison de jeu travaille en collaboration avec un service de prévention et une institution thérapeutique auxquels l on transmet le suivi des joueurs à problèmes. La Fédération Suisse des Casinos soutient annuellement, par un important montant, le téléphone 143 de «La main tendue». En cas de problèmes, les personnes qui fréquentent les casinos peuvent s adresser au téléphone 143, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, où ils seront conseillés gratuitement et de manière anonyme. En 2007, environ 4'200 personnes ont appelé le 143, contre 2'450 appels en Information Dans toutes les maisons de jeu se trouvent des informations sur les possibilités d une exclusion, des adresses de services spécialisés, les risques du jeu ainsi qu un questionnaire pour un auto sondage sur les dangers de la passion du jeu Les loteries et paris Depuis le début des années 1990, le domaine des loteries et paris a progressé très fortement grâce notamment à la mise sur le marché de nouveaux produits très attractifs. Nous pouvons mentionner les dates et produits suivants : 1991, PMUR (PMU Romand), 1994 Lotto Express, 1999 Tactilos,14 Bornes PMUR, 2003 Paris Sporttip, 2004 Euro Millions. En 2007, pour la première fois depuis plus de 10 ans le RBJ de la LoRo a diminué par rapport à l année précédente (Tableau 2), cette baisse est à attribuer à une baisse de l Euro Millions qui a eu peu de jackpots très élevés en 2007 contrairement à Le Tactilo en revanche enregistre une augmentation de 4% passant de 95.9 millions en 2006 à 99.4 millions en De manière générale les billets à gratter sont aussi en régression (baisse de 5%). En Suisse romande, 2'800 dépositaires mettent en vente des produits de la LoRo. En termes d offre la LoRo propose sept jeux de tirage, entre 16 et 20 jeux de grattage, quatre paris sportifs, le PMUR et le Tactilo. Tableau 2 RBJ de la LoRo en milliers de francs Année PBJ LoRo Croissance ' ' % ' % ' % ' % ' % ' % ' % ' % ' % ' % ' % ' % Politique du jeu responsable de la LoRo Depuis 1999, la LoRo a mis au point le programme «Jeu Responsable». Ce programme comprend trois volets : Informer : tous les points de vente sont équipés d un présentoir contenant une brochure d information «Le jeu doit rester un jeu» qui contient un test d évaluation, des petits trucs pour contrôler son habitude de jeu et surtout toutes les adresses de centres de soin en Suisse romande. Une brochure spécialement conçue pour les joueurs de Tactilo se trouve également sur les tous les distributeurs de loterie électronique. Former : les dépositaires sont formés chaque année de manière obligatoire par des spécialistes du jeu excessif. Chaque année, plus de 400 dépositaires apprennent ou réapprennent pendant une demijournée comment reconnaître un joueur en difficulté. Collaborer : ni les dépositaires, ni les collaborateurs de la LoRo ne sont des thérapeutes. La LoRo collabore par conséquent de manière régulière avec des thérapeutes et des scientifiques pour mettre au point des actions de prévention efficaces. Au niveau international, le sujet du «Jeu Responsable» devient de plus en plus important et la LoRo a signé en 2007 les «Standards européens de Jeu Responsable» En 2007, la LoRo a produit pour la première fois un rapport portant sur le bilan social En ce qui concerne le Tactilo, des «clients mystères» mandatés par la LoRo vérifie de manière anonyme le respect des prescriptions sur le terrain. En 2007, plus de 10 retraits de jeu ont été effectués. En plus, les Tactilos sont équipés de modérateurs de jeu qui permettent de vérifier notamment l âge du joueur. Une horloge permet de connaître le temps écoulé, le joueur sait en tout l argent qu il a dépensé. Un rapport sur le Tactilo sera prochainement disponible (mandat Blaszczynski). 1415 Depuis juillet 2006, les entreprises de loteries et paris doivent verses aux cantons une taxe de 0.5% du RBJ pour la prévention et la lutte contre la dépendance au jeu. 3.2 LES CONNAISSANCES ET REPRESENTATIONS DE LA POPULATION SUR LE JEU Cette étude s intéresse aux représentations liées aux jeux de hasard et d argent en Suisse romande en Ce chapitre présente les résultats généraux de l étude : prévalences et représentations des jeux de hasard et d argent en lien avec différents aspects et pratiques de jeu. Les représentations sociales ont ceci de particulier qu elles permettent d appréhender un phénomène social par les croyances véhiculées dans le discours général d une population et d une culture spécifique (discours de sens commun versus discours scientifique), et en conséquence d en suivre l évolution et la gestion. Pour une analyse plus approfondie, le rapport détaillé de l ISPA présente «L approche multidimensionnelle des jeux de hasard et d argent : représentations, dépistages et prévalences» (Inglin, Gmel, 2009) Les jeux de hasard et d argent L augmentation constante de l offre des jeux de hasard et d argent a des conséquences tant bénéfiques que problématiques. Il a donc été question d évaluer la prépondérance des ces deux «aboutissants» au sein des consciences collectives. Ce volet, fortement inspiré d une précédente enquête canadienne 6 a pour but d en savoir davantage sur les attitudes générales de la population suisse romande envers les jeux et leurs pratiques : les versants plutôt positifs tels que la sociabilité, l excitation, et les versants plutôt négatifs tels que la dépendance ou l immoralité ont été évalués. Dans ces deux enquêtes, les majorités semblent avoir la même opinion générale, à l exception de l appréciation morale des jeux. Les jeux de hasard et d argent apparaissent en premier lieu comme étant dangereux (en termes de dépendance) et excitants. Les considérations morales sur le jeu sont plus difficiles à appréhender. En effet, alors que dans l enquête canadienne (n=1002), 29% de l échantillon considère le jeu comme étant immoral, dans notre enquête, le résultat est plus mitigé avec 50.5%. De nombreux facteurs culturels pourraient être mis en avant pour éclairer cette différence, dont l association existante entre le fait de jouer et l acte charitable voire éthique de cette action 8. Cette association semblerait être davantage propagée (au niveau politique) et intégrée par la population canadienne qu elle ne le serait en Suisse. Il serait également judicieux de mentionner les différents historiques respectifs de chacun de ces pays en rapport avec les jeux; ces derniers connaissant en effet une tradition plus longue au Canada qu en Suisse. Les jeux de hasard et d argent n apparaissent pas comme des moyens de se faire des amis ou de l argent. Paradoxalement, la principale raison évoquée par les personnes interrogées, s agissant des pôles attractifs des jeux, est l appât du gain, soit «l envie de gagner de l argent». Lorsqu il s agit d évaluer dans quelles mesures l issue des jeux dépend des notions de hasard ou de contrôle (habileté ou expériences personnelles), la majorité des répondants pense que l issue des jeux dépend du hasard. Cette dichotomie chance /contrôle a souvent été utilisée comme outil de dépistage pour différencier les joueurs des joueurs problématiques 7, permettant ainsi d évaluer comment le joueur appréhende cette notion de gain. Les hommes et la population jeune sont plus nombreux à considérer les facteurs individuels comme pouvant être déterminants s agissant de l issue du jeu. Ces pensées se retrouvent chez tous les joueurs mais s intensifient avec la pathologie. La plupart des joueurs problématiques entretiennent une compréhension erronée du hasard et du jeu, qui alimente leur goût pour cette pratique. Il n apparaît pas de grandes différences à ce propos entre joueurs et non-joueurs dans nos résultats, mais il en existe cependant une grande entre joueurs et «grands» joueurs; comme observé, plus on joue et dépense 1516 pour le jeu plus les facteurs individuels (habileté, expérience) prennent le dessus, donc plus les pensées erronées augmentent. Les personnes interrogées ayant répondu que l issue des jeux résidait dans l habileté personnelle ou dans le niveau d expérience (2.7%), semblent constituer une population particulière. Elles se révèlent, en effet et de manière générale, moins alertes face aux écueils des jeux et de leur pratique: elles sont, par exemple, proportionnellement plus nombreuses à penser que les jeux offrent des possibilités de sociabiliser et de s enrichir et parallèlement moins nombreuses à soutenir qu ils rendent dépendants. Enfin, selon les personnes interrogées, l attractivité des jeux de hasard et d argent est liée au gain : à son importance, sa rapidité et «l envie de gagner de l argent». Deux de ces réponses relèvent de caractéristiques dites structurelles (vitesse, importance du gain). En effet, la vitesse élevée du jeu et le système de jackpots sont des facteurs favorisant la dépendance (étude de la BASS 1 ) Prévalence En Suisse, depuis les changements législatifs de 2002, 19 casinos ont ouvert leurs portes. Toutefois, les taux de prévalence du jeu et du jeu pathologique n ont pas augmenté comme on aurait pu s y attendre 3. Cependant, le nombre de consultations pour les problèmes de jeux a augmenté entre 1998 et 2003 selon l étude de la BASS 1. Les trois quarts des personnes interrogées pensent que les gens jouent plus qu il y a dix ans aux jeux de hasard et d argent (75.3%), 13.5% estiment qu ils jouent autant et 2.4% pensent qu ils jouent moins (8.8% ne se prononcent pas sur la question). Dans une précédente enquête menée au Canada 8, ce même sentiment semblait partagé; 60% de l échantillon était d accord avec l idée que les problèmes liés au jeu avaient augmenté durant les trois dernières années. Il est en tout cas indéniable qu il y a plus d offre et d accessibilité, notamment par le biais de nouvelles technologies. Cette observation soulève différentes hypothèses: soit les gens jouent plus qu auparavant, soit ils le disent plus volontiers, ou encore les jeux sont devenus plus visibles et accessibles. On constate en tous les cas qu aujourd hui le jeu occupe une place importante dans les consciences individuelles. Les joueurs sont plus nombreux que les non joueurs (79.4% vs 69.9%) à trouver que la pratique du jeu a augmenté. Une enquête de l Office Fédéral de la Justice (OFJ) menée en 2002 révèle que 56% de la population suisse de 18 ans et plus joue régulièrement à des loteries nationales : 15% y jouent au moins une fois par semaine, 12% une fois par mois, et 29% moins d une fois par mois. Sept pour cent des Suisses participent à des loteries à l étranger. Selon les analyses effectuées sur la base de l ESS, également menée en 2002, 21% de la population suisse de 18 ans et plus sont des joueurs réguliers. Les joueurs sont proportionnellement plus nombreux dans l ouest de la Suisse. Selon les résultats provenant de la présente enquête sur les représentations collectives, 56.8% de la population interrogée a joué à des jeux de hasard et d argent au cours de l année précédente, soit plus de la moitié de l échantillon. Ce taux pourrait être expliqué par le contexte de l étude. En effet, elle n avait pas pour objectif principal de mesurer la prévalence de la pratique du jeu, mais l évaluation des représentations des personnes sondées. Les personnes interrogées sont donc probablement moins enclines à sous-estimer leurs pratiques Le joueur problématique De nombreuses études ont été menées sur la psychologie ou la personnalité du joueur problématique. Certains auteurs parlent de «gambling personality» 7,9. Afin d évaluer l acceptabilité sociale de ce comportement (valorisé ou condamné comme déviant), nous avons voulu évaluer si la population connaissait la notion de jeu problématique, et quelles représentations étaient véhiculées à l égard du joueur problématique. 1617 Plus de la moitié des personnes interrogées ont déjà entendu parler du jeu problématique (57.4%). Les joueurs sont davantage à connaître le phénomène que les non-joueurs (60.7% vs 53.1%). En outre, plus d'une personne sur cinq (22.8%) connaît un joueur problématique ; les joueurs sont également plus nombreux que les non-joueurs à avoir une personne de leur entourage qui en souffre (25.1% vs 19.9%). Nous avons voulu voir s il y avait un phénomène d «étiquetage social» vis-à-vis du joueur problématique, qui tendrait à lui attribuer une identité négative. Cette question se fonde sur un certain nombre de préjugés (a priori) portés par la société en matière de jeu. Nos résultats indiquent que l image du joueur problématique est perçue comme très légèrement négative. Un tiers de la population interrogée (34.1%) en a une image négative, contre un peu moins d un autre tiers (29.6%) qui en a une image positive. Le reste de la population étant indécise (36.3%). Les représentations du joueur problématique sont d abord liées aux caractéristiques exogènes du jeu plutôt qu à la personnalité du joueur (Tableau 3). Tableau 3 Représentations liées au joueur problématique Selon vous, une personne ayant des problèmes avec le jeu est quelqu un Moyennes 4 dont les habitudes de jeu le mènent à des conséquences néfastes qui dépense de grandes sommes pour le jeu qui passe beaucoup de temps à jouer qui éprouve des émotions très fortes lorsqu il joue qui doit satisfaire un besoin important de jouer qui aime prendre des risques qui essaye de fuir qui peut être poussé au suicide qui peut être amené à des actes criminels qui essaye de remédier à une mauvaise estime de soi qui contrôle toujours ses activités de jeu signifiant pas du tout d accord et 5 tout à fait d accord, moyenne théorique de 3. Les représentations du joueur problématique diffèrent selon les pratiques de jeu : les joueurs se montrant légèrement plus cléments à l égard du joueur à problème. Ils sont particulièrement moins d accord avec les caractéristiques qui accentuent des traits de caractères faibles (Tableau 4). 1718 Tableau 4 Représentations du joueur problématique selon les pratiques de jeux de l interviewé durant les 12 derniers mois Selon vous, une personne ayant des problèmes avec le jeu est quelqu un Joueur Non-joueur p ANOVA 4 dont les habitudes de jeu le mènent à des conséquences néfastes qui dépense de grandes sommes pour le jeu qui passe beaucoup de temps à jouer qui éprouve des émotions très fortes lorsqu il joue qui doit satisfaire un besoin important de jouer qui aime prendre des risques qui essaye de fuir < qui peut être poussé au suicide qui peut être amené à des actes criminels qui essaye de remédier à une mauvaise estime de soi < qui contrôle toujours ses activités de jeu signifiant pas du tout d accord et 5 tout à fait d accord, moyenne théorique de 3. Par ailleurs, plus les joueurs dépensent de l argent pour le jeu, plus ils sont en accord avec le fait que le joueur est quelqu un «qui essaye de remédier à une mauvaise estime de soi». Les représentations liées à la personnalité du joueur problématique le font apparaître clairement comme étant faible (71.0% de notre échantillon) et impulsif (77.1%). Il n est pas pour autant perçu comme plus fainéant ou travailleur, ni plus volontaire ou involontaire qu un autre (Tableau 5). Tableau 5 Personnalité du joueur problématique En comparaison à d autres personnes, où situez-vous le joueur problématique* Moyennes 2 volontaire/involontaire travailleur/fainéant faible/fort impulsif/réfléchi 1.75 *ex : 1= tout à fait travailleur, 5= tout à fait fainéant (couples d adjectifs contraires) S agissant de la «faiblesse» du joueur, la dépendance aux jeux n étant pas psychoactive, elle peut être davantage «taxée» de faiblesse morale. En effet, comme il n y a pas de substance, il ne devrait pas y avoir de dépendance 10. La dépendance au jeu est donc plus susceptible de susciter des jugements de la part de la population. L impulsivité jouerait un rôle fondamental dans la problématique du jeu. L addiction, définie comme l impossibilité de résister à l impulsion de s engager dans le comportement 11, est un axe fondamental du jeu pathologique. Le jeu pathologique étant défini comme un «trouble des habitudes et impulsions» (CIM-10). La perte de contrôle est donc une attitude systématique lorsque le jeu devient un problème. 1819 La compréhension du jeu pathologique semble donc plutôt claire dans les consciences collectives actuelles, puisque l item relatif à la notion de contrôle («qui contrôle toujours ses activités de jeux») est le seul à être situé au-dessous de la moyenne théorique (Tableau 3). D ailleurs, plus les gens jouent aux jeux de hasard et d argent, plus ils sont d accord avec la notion d impulsivité. Le joueur ne manquerait donc pas de volonté mais souffrirait d une personnalité ne lui permettant pas de maîtriser sa dépendance aux jeux de hasard et d argent. Pour aider un joueur problématique, la majorité des personnes interrogées l enverrait dans un centre spécialisé pour les dépendances (39.8%) et 31.7% l adresseraient à un psychologue ou à un psychiatre. Ensuite, 8.6% l emmèneraient chez le médecin, 6.1% à un centre de prévention, 4.8% estiment qu il peut se soigner seul et donc ne l adresseraient à personne, et 4.1% à un(e) assistant(e) social(e). 4.8% des gens ne savent pas où s adresser Comparaison des dépendances La population interrogée considère de manière globale les trois types de personnes dépendantes présentées comme victimes de leur dépendance (versus coupables) : le joueur problématique est perçu comme le plus victime de sa dépendance au jeu, suivi par l alcoolique et sa dépendance à l alcool et le toxicomane aux drogues illégales. Sur une échelle de 1 à 10, 1 signifiant «coupable» et 10 «victime», voici les moyennes qu attribue la population interrogée à l égard de ces différentes dépendances (Tableau 6) Tableau 6 Perception de la notion de culpabilité à l égard de différents comportements dépendants Selon vous le joueur problématique/alcoolique/toxicomane est-il coupable ou victime de sa dépendance? Moyennes 1 le joueur problématique l alcoolique le toxicomane = coupable, 10= victime, moyenne théorique de 5.5 Il semble que la légalisation du produit joue un rôle important dans les représentations sociales ; c est également une raison qui a pu pousser notre échantillon à montrer plus de clémence à l égard des personnes dépendantes à l alcool ou aux jeux. Dans le processus des consciences collectives, légaliser un phénomène le rend légitime socialement. Le toxicomane est plus propice à apparaître comme «délinquant», puisque s adonnant à une pratique interdite, associée dans les stéréotypes à la criminalité. La notion même de danger semble plus intervenir dans les représentations liées aux drogues illégales qu à d autres dépendances pouvant paraître à priori moins «violentes». De la même manière, la consommation de drogues est considérée comme le problème le plus sérieux pour la société (Tableau 7). En définitive, si les personnes sondées peuvent paraître plus clémentes avec le joueur problématique, c est bien parce que ce «qu il ingère» n est pas substantiel. Le jeu problématique semble davantage perçu comme étant une addiction mentale ou une faiblesse de caractère, comme mentionné précédemment. Les dépendances, de manière générale, sont considérées comme des problèmes importants pour la société. Dans le même ordre que plus haut, la consommation de drogues prime sur l abus d alcool, suivi de la dépendance aux jeux et de la consommation de tabac (Tableau 7). Dans la perception des comportements qui posent problème, on trouve donc la figure du toxicomane, de l alcoolique, du joueur, et enfin celle du fumeur. En outre, plus on juge une personne coupable de sa dépendance, plus on trouve que cette dépendance est un problème pour la société. 1920 Tableau 7 Perception des comportements et problèmes sociaux Dans quelle mesure les comportements suivants posent, selon vous, des problèmes pour la société? Moyennes 3 consommation de drogues abus d alcool dépendance aux jeux consommation de tabac = pas du tout sérieux, 10= extrêmement sérieux, moyenne théorique de 5.5. Cette question a également été posée dans une enquête canadienne datant de : tous les scores se situent au-dessous de ceux de notre étude, à l exception de la consommation de tabac qui affiche un score plus élevé. Cela laisse entendre que les mêmes problèmes sont considérés comme moins sérieux qu ici par la population, à l exception de la consommation de tabac. Cette consommation de tabac qui semble être chez nous le problème social le moins important l est avant la dépendance au jeu au Canada. Cela rappelle le contexte culturel différent évoqué en début de chapitre. De la même manière que l alcool, les jeux sont des composantes inhérentes à la culture; ainsi, les dépendances leur étant associées représenteraient des problèmes sociaux plus ou moins alarmants que d autres. Or, en termes de mortalité et morbidité, la perception de la population semble biaisée par rapport au «Global Burden of Disease» (World Health Report, 2002), qui démontre que le tabac et l alcool se situent parmi les premiers risques sanitaires causant le plus de dommages, et ceci davantage que les drogues illicites. La consommation de tabac et la dépendance qui en découle sont donc sousestimées par la population enquêtée. Dans notre enquête, les joueurs ainsi que les personnes dépensant de l argent pour les jeux sont plus nombreuses à percevoir les personnes dépendantes comme coupables vis-à-vis de leur dépendance, et ceci davantage que les non-joueurs ; les joueurs se montrent plus sévères à l égard des dépendances. Une enquête qualitative menée en France en montre que la perception de la pathologie (véhiculée entre autres par les médias ou structures de prévention) est clairement intégrée par la population des joueurs. Ils utiliseraient donc des mots dans leurs discours (adjectifs tels que «accros», «malades», «drogués») dans le but d anticiper les stéréotypes et de démontrer qu ils ne sont pas «ignorants» du fait que cette pratique serait de l ordre de la dépendance et de la «maladie». Cette stratégie est parfois utilisée pour ne pas s éloigner de «la norme», pour souscrire aux normes de l interlocuteur ou plus généralement d une société Types de jeux de hasard et d argent, dangerosité et pratiques de jeu Concernant la fréquence du jeu : la majorité des joueurs, soit 53.6% dit jouer moins de 41 fois par an ; 24.8% entre 42 et 70 fois, 15.5% 203 fois et plus et 6.1% entre 71 et 202 fois. Parmi les joueurs : une grande majorité, soit 74.8% des joueurs, joue uniquement aux jeux de loteries et aux paris ; 12.8% jouent dans un casino ainsi qu à d autres jeux, et 10.1% s adonnent uniquement à des jeux dans des casinos. De plus petits pourcentages sont recensés pour les autres catégories (Tableau 8). 20 Montrer encore
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