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Instructions officielles 2 août 1882 : écoles primaires publiques
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Publication : vendredi 11 avril 1997 07:38
Écrit par J. Ferry
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RÈGLEMENT D'ORGANISATION PÉDAGOGIQUE DES ÉCOLES PRIMAIRES PUBLIQUES
Art. 1. L’enseignement primaire dans les écoles publiques est partagé en trois cours : élémentaire, moyen, supérieur.
La constitution de ces trois cours est obligatoire dans toutes les écoles, quel que soit le nombre des classes et des élèves.
Art. 2. Dans toute commune où, à défaut d’école maternelle, les enfants au-dessous de l'âge scolaire sont reçus à l’école primaire par application de l’article 2 du règlement modèle, il pourra être établi une classe enfantine dans les conditions prévues par l’article 7 de la loi du 16 juin 1881.
Si dans une école il se trouve plus de dix élèves munis du certificat d'études qui, après avoir terminé le cours supérieur, désirent continuer leur instruction, il pourra être établi un cours complémentaire d'une année, conformément aux prescriptions des décret et arrêté du 15 janvier 1881.
Art. 3. La durée des études se divise comme il suit :
Classe enfantine : un ou deux ans, suivant que les enfants entrent à 6 ans ou à 5.
Cours élémentaire : deux ans, de 7 à 9 ans.
Cours moyen : deux ans, de 9 à 11 ans.
Cours supérieur : deux ans, de 11 à 13 ans.
Cours complémentaire d’enseignement primaire supérieur : un an.
Art. 4. Dans les écoles qui n'ont qu'un maître et qu’une classe il ne pourra être établi aucune division ni dans le cours moyen ni dans le cours supérieur ; il n’en pourra être établi plus de deux pour les enfants au-dessous de neuf ans.
Art. 5. Dans les écoles qui n'ont que deux maîtres, l’un sera chargé du cours moyen et du cours supérieur, l'autre du cours élémentaire, y compris, s'il y a lieu, la division des enfants au-dessous de 7 ans.
Art. 6. Dans les écoles qui ont trois maîtres, chaque cours forme une classe distincte.
Art. 7. Dans les écoles à quatre classes, le cours élémentaire comptera deux classes, chacun des deux autres cours une seule classe.
Art. 8. Dans les écoles à cinq classes, le cours élémentaire comptera deux classes, le cours moyen deux, le cours supérieur une.
Art. 9. Dans les écoles à six classes, chacun des trois cours formera deux classes, à moins que le nombre des élèves du cours supérieur ne permette de les réunir en une seule classe.
Art. 10. Toutes les fois qu'un même cours comprendra deux classes, l’une formera la première année du cours, l’autre la seconde. Ces deux classes suivront le même programme ; mais les leçons et les exercices seront gradués de telle sorte que les élèves puissent dans la seconde année revoir, approfondir et compléter les études de la première.
Art. 11. Au-dessus de six classes, quel que soit le nombre des maîtres, aucun cours ne devra comprendre plus de deux années. Les classes en plus du nombre de six, non compris la classe enfantine, seront des classes parallèles destinées à dédoubler l'effectif soit de la 1e, soit de la 2e année.
Art. 12. Chaque année, à la rentrée, les élèves, suivant leur degré d’instruction, seront répartis par le directeur dans les diverses classes des trois cours, sous le contrôle de l’inspecteur primaire. Le certificat d’études donne droit à l’entrée dans le cours supérieur.
Art. 13. Chaque élève, à son entrée à l’école, recevra un cahier spécial qu’il devra conserver pendant toute la durée de sa scolarité. Le premier devoir de chaque mois, dans chaque ordre d'études sera écrit sur ce cahier par l’élève, en classe et sans secours étranger, de telle sorte que l'ensemble de ces devoirs permette de suivre la série des exercices et d’apprécier les progrès de l’élève d’année en année. Ce cahier restera déposé à l’école.
Art. 14. Tout concours entre les écoles publiques auquel ne participerait pas l’ensemble des élèves de l'un au moins des trois cours est formellement interdit.
Art. 15. L'enseignement donné dans les écoles primaires publiques se rapporte à un triple objet : éducation physique, éducation intellectuelle, éducation morale. Les leçons et exercices gradués qu’il comporte sont répartis dans le cours d'études conformément aux programmes annexés au présent arrêté.
Art. 16. Au commencement de chaque année scolaire, le tableau de l’emploi du temps par jour et par heure est dressé par le directeur de l’école, et, après approbation de l'inspecteur primaire, il est affiché dans les salles de classe.
La répartition des exercices doit satisfaire aux conditions générales ci-après déterminées :
1. Chaque séance doit être partagée en plusieurs exercices différents, coupés soit par la récréation réglementaire, soit par des mouvements et des chants.
2. Les exercices qui demandent le plus grand effort d’attention, tels que les exercices d’arithmétique, de grammaire, de rédaction, seront placés de préférence le matin.
3. Toute leçon, toute lecture, tout devoir, sera accompagné d’explications orales et d’interrogations.
4. La correction des devoirs et la récitation des leçons ont lieu pendant les heures de classe auxquelles se rapportent ces devoirs et ces leçons. Dans la règle, les devoirs sont corrigés au tableau noir en même temps que se fait la visite des cahiers. Les rédactions sont corrigées par le maître en dehors de la classe.
5. Les trente heures de classe par semaine (non compris le temps que les élèves peuvent consacrer soit à domicile, soit dans des études surveillées à la préparation des devoirs et des leçons) devront être réparties d’après les indications suivantes :
1° Il y aura chaque jour, dans les deux premiers cours, au moins une leçon qui, sous la forme d'entretien familier, ou au moyen d'une lecture appropriée, sera consacrée à l’instruction morale ; dans le cours supérieur, cette leçon sera, autant que possible, le développement méthodique du programme de morale.
2° L’enseignement du français (exercices de lecture, lectures expliquées, leçons de grammaire, exercices orthographiques, dictées, analyses, récitations, exercices de composition, etc.) occupera tous les jours environ deux heures.
3° L'enseignement scientifique occupera en moyenne, et suivant les cours, d'une heure à une heure et demie par jour, savoir : trois quarts d’heure ou une heure pour l'arithmétique et les exercices qui s’y rattachent, le reste pour les sciences physiques et naturelles (avec leurs applications), présentées d'abord sous la forme de leçon de choses et plus tard étudiées méthodiquement.
4° L'enseignement de l’histoire et de la géographie, auquel se rattache l’instruction civique, comportera environ une heure de leçon tous les jours.
5° Le temps consacré aux exercices d’écriture proprement dite sera d'une heure au moins par jour dans le cours élémentaire, et se réduira graduellement à mesure que les divers devoirs dictés ou rédigés pourront en tenir lieu.
6° L’enseignement du dessin, commencé par des leçons très courtes dès le cours élémentaire, occupera dans les deux autres cours deux ou trois leçons chaque semaine.
7° Les leçons de chant occuperont de une à deux heures par semaine, indépendamment des exercices de chant, qui auront lieu tous les jours, soit dans les intervalles qui séparent les autres exercices scolaires, soit à la rentrée et à la sortie des classes.
8° La gymnastique, outre les évolutions et exercices sur place qui peuvent accompagner les mouvements de classe, occupera tous les jours ou au moins tous les deux jours une séance dans le courant de l'après-midi.
En outre, dans les communes où les bataillons scolaires sont constitués, les exercices de bataillon ne pourront avoir lieu que 1e jeudi et le dimanche ; le temps à y consacrer sera déterminé par l’instructeur militaire, de concert avec le directeur de l’école.
9° Enfin, pour les garçons aussi bien que pour les filles, deux ou trois heures par semaine seront consacrées aux travaux manuels.
Art. 17. Les conditions que devront remplir les locaux scolaires seront déterminées par une instruction spéciale rédigée par la commission des bâtiments scolaires du ministère de l’instruction publique. Cette instruction tiendra lieu du règlement du 17 juin 1880, lequel est rapporté.
Fait à Paris, le 27 juillet 1882.
annexés au règlement d'organisation pédagogique
I. Éducation physique et préparation à l'éducation professionnelle
1°. OBJET DE L’ÉDUCATION PHYSIQUE
L’éducation physique a un double but :
D’une part, fortifier le corps, affermir le tempérament de l’enfant, le placer dans les conditions hygiéniques les plus favorables à son développement physique en général.
D’autre part, lui donner de bonne heure ces qualités d’adresse et d’agilité, cette dextérité de la main, cette promptitude et cette sûreté de mouvements qui, précieuses pour tous, sont plus particulièrement nécessaires aux élèves des écoles primaires, destinés pour la plupart à des professions manuelles.
Sans perdre son caractère essentiel d’établissement d’éducation, et sans se changer en atelier, l’école primaire peut et doit faire aux exercices du corps une part suffisante pour préparer et prédisposer, en quelque sorte, les garçons aux futurs travaux de l’ouvrier et du soldat, les filles aux soins du ménage et aux ouvrages de femme.
2° MÉTHODE
Les exercices du corps faisant diversion à l’ensemble des travaux scolaires et des leçons proprement dites, il sera généralement facile d’obtenir que les élèves y apportent de la bonne volonté et de l’entrain, qu’ils les considèrent comme une véritable récréation.
La marche de l’enseignement est réglée avec le plus grand détail, pour la gymnastique et les exercices militaires, par les manuels en usage, ainsi que par les directions que donnent les professeurs et les instructeurs spéciaux.
Pour le travail manuel des garçons, les exercices se répartissent en deux groupes : l’un comprend les divers exercices destinés d’une façon générale à délier les doigts et à faire acquérir la dextérité, la souplesse, la rapidité et la justesse des mouvements ; l’autre groupe comprend les exercices gradués de modelage qui servent de complément à l’étude correspondante du dessin, et particulièrement du dessin industriel.
Le travail manuel des filles, outre les ouvrages de couture et de coupe, comporte un certain nombre de leçons, de conseils, d’exercices au moyen desquels la maîtresse se proposera, non pas de faire un cours régulier d’économie domestique, mais d’inspirer aux jeunes filles, par un grand nombre d’exemples pratiques, l’amour de l’ordre, de leur faire acquérir les qualités sérieuses de la femme de ménage et de les mettre en garde contre les goûts frivoles ou dangereux.
3° PROGRAMME
1. Soins d’hygiène et de propreté
Cours élémentaire (de 7 à 9 ans)
Inspection des enfants à leur arrivée et à leur entrée en classe. Exiger une absolue propreté. Surveiller leurs jeux : conseils pratiques et donnés soit en commun soit en particulier sur l'alimentation, le vêtement, la tenue du corps et des habits.
Cours moyen (de 9 à 11 ans)
Suite des mêmes moyens d’instruction et d’éducation.
Cours supérieur (de 11 à 13 ans)
2. Gymnastique.
(suivre les Manuels distincts, pour les garçons et pour les filles, publiés par le Ministère)
Exercices préparatoires. Mouvements et flexion des bras et des jambes. Exercice des haltères et de la barre. Course cadencée. Évolutions. Cours moyen
Suite des exercices de flexion et d'extension des bras et des jambes. Exercices avec haltères. Exercices de la barre, des anneaux, de l’échelle, de la corde à nœuds, des barres à suspension, des barres parallèles fixes, de la poutre horizontale, des perches, du trapèze. Évolutions.
Suite des mêmes exercices. Exercices d’équilibre sur un pied. Mouvements des bras combinés avec la marche. Exercices à deux avec la barre. Courses. Sauts ; exercice de la canne (pour les garçons).
3. Exercices militaires (Pour les garçons).
Exercices de marche, d’alignement, de formation des pelotons, etc. Préparation à l'exercice militaire.
Exercice militaire : école du soldat sans armes. Principes des différents pas. Alignements. Marches, contre-marches et haltes. Changement de direction.
Exercice militaire : révision de l’école du soldat sans armes. Mécanisme des mouvements en ordre dispersé. Marches militaires et topographiques
Exercices préparatoires au tir : notions sur les lignes de tir. Étude pratique sur le mécanisme du fusil.
4. Travaux manuels
(pour les garçons)
Exercices manuels destinés à développer la dextérité de la main. Découpage de carton-carte en forme de solides géométriques. Vannerie : assemblage de brins de couleurs diverses. Modelage : reproduction de solides géométriques et d’objets très simples.
Construction d’objets de cartonnage revêtus de dessins coloriés et de papier de couleur. Petits travaux en fil de fer ; treillage. Combinaison de fil de fer et de bois : cages. Modelage : ornements simples d’architecture. Notions sur les outils les plus usuels.
Exercices combinés de dessin et de modelage : croquis cotés d’objets à exécuter et construction de ces objets d’après les croquis, ou vice versa. Étude des principaux outils employés au travail du bois. Exercices pratiques gradués. Rabotage, sciage des bois, assemblages simples. Boîtes clouées ou assemblées sans pointes. Tour à bois, tournage d’objets très simples.
Étude des principaux outils employés dans le travail du fer, exercices de lime, ébarbage ou finissage d’objets bruts de forge ou venus de fonte.
5. Travaux manuels
(pour les filles)
Tricot et étude du point ; mailles à l’endroit, à l’envers, côtes, augmentations, diminutions.
Point de marque sur canevas.
Éléments de couture : ourlets et surjets.
Exercices manuels destinés à développer la dextérité de la main, découpage et application de pièces de papier de couleur. Petits essais de modelage.
Tricot et remaillage.
Marque sur canevas.
Éléments de la couture : point devant, point de côté, point arrière, point de surjet. Couture simple, ourlet, couture double, surjets sur lisières, sur plis rentrés.
Confection d’ouvrages de couture simples et faciles (essuie-mains, serviettes, mouchoirs, tabliers, chemises), rapiéçage.
Tricot de jupons, gilets, gants.
Marque sur la toile.
Piqûres, froncés, boutonnières, raccommodage des vêtements, reprises.
Notions de coupé et confection des vêtements les plus faciles.
Notions très simples d’économie domestique et application à la cuisine, au blanchissage et à l’entretien du linge, à la toilette, aux soins du ménage, du jardin, de la basse-cour. Exercices pratiques à l’école et à domicile.
II. Éducation intellectuelle
1° OBJET DE L’ÉDUCATION INTELLECTUELLE
L’éducation intellectuelle, telle que peut la faire l’école primaire publique, est facile à caractériser.
Elle ne donne qu’un nombre limité de connaissances. Mais ces connaissances sont choisies de telle sorte, que non seulement elles assurent à l’enfant tout le savoir pratique dont il aura besoin dans la vie, mais encore elles agissent sur ses facultés, forment son esprit, le cultivent, l’étendent et constituent vraiment une éducation.
L’idéal de l’école primaire n’est pas d’enseigner beaucoup, mais de bien enseigner. L’enfant qui en sort sait peu, mais sait bien ; l’instruction qu’il a reçue est restreinte, mais elle n’est pas superficielle. Ce n’est pas une demi-instruction, et celui qui la possède ne sera pas un demi-savant ; car ce qui fait qu’une instruction est dans son genre complète ou incomplète, ce n’est pas l’étendue plus ou moins vaste du domaine qu’elle cultive, c’est la manière dont elle l’a cultivé.
L’instruction primaire, en raison de l’âge des élèves et des carrières auxquelles ils se destinent, n’a ni le temps ni les moyens de leur faire parcourir un cycle d’études égal à celui de l’enseignement secondaire ; ce qu’elle peut faire pour eux, c’est que leurs études leur profitent autant et leur rendent dans une sphère plus humble les mêmes services que les études secondaires aux élèves des lycées : c’est que les uns comme les autres emportent de l’enseignement public, d’abord une somme de connaissances appropriées à leurs futurs besoins, ensuite et surtout de bonnes habitudes d'esprit, une intelligence ouverte et éveillée, des idées claires, du jugement, de 1a réflexion, de l'ordre et de la justesse dans la pensée et dans le langage. « L'objet de l’enseignement primaire n'est pas d’embrasser sur les diverses matières auxquelles il touche tout qu'il est possible de savoir, mais de bien apprendre dans chacune d'elles ce qu’il n’est pas permis d’ignorer ».
L’objet de l’enseignement étant ainsi défini, la méthode à suivre s’impose d’elle-même : elle ne peut consister, ni dans une suite de procédés mécaniques, ni dans le seul apprentissage de ces premiers instruments de communication : la lecture, l’écriture, le calcul, ni dans une froide succession de leçons exposant aux élèves les différents chapitres d'un cours.
La seule méthode qui convienne à l'enseignement primaire est celle qui fait intervenir tour à tour le maître et les élèves, qui entretient pour ainsi dire entre eux et lui un continuel échange d’idées sous des formes variées, souples et ingénieusement graduées. Le maître part toujours de ce que les entants savent, et, procédant du connu à l'inconnu, du facile au difficile, il les conduit, par l’enchaînement des questions orales ou des devoirs écrits, à découvrir les conséquences d'un principe, les applications d’une règle, ou inversement les principes et les règles qu'ils ont déjà inconsciemment appliquées.
En tout enseignement, le maître, pour commencer, se sert d'objets sensibles, fait voir et toucher les choses, met les enfants en présence de réalités concrètes, puis peu à peu il les exerce à en dégager l’idée abstraite, à comparer, à généraliser, à raisonner sans le secours d’exemples matériels.
C’est donc par un appel incessant à l’attention, au jugement, à la spontanéité intellectuelle de l’élève que l’enseignement primaire peut se soutenir. Il est essentiellement intuitif et pratique : intuitif, c’est-à-dire qu’il compte avant tout sur le bon sens naturel, sur la force de l’évidence, sur cette puissance innée qu’a l’esprit humain de saisir du premier regard et sans démonstration non pas toutes les vérités, mais les vérités les plus simples et les plus fondamentales ; pratique, c’est-à-dire qu’il ne perd jamais de vue que les élèves de l’école primaire n’ont pas de temps à perdre en discussions oiseuses, en théories savantes, en curiosités scolastiques, et que ce n’est pas trop de cinq à six années de séjour à l’école pour les munir du petit trésor d’idées dont ils ont strictement besoin et surtout pour les mettre en état de le conserver et de le grossir dans la suite.
C’est à cette double condition que l’enseignement primaire peut entreprendre l’éducation et la culture de l’esprit ; c’est, pour ainsi dire, la nature qui le guide : il développe parallèlement les diverses facultés de l’intelligence par le seul moyen dont il dispose, c’est-à-dire en les exerçant d’une manière simple, spontanée, presque instinctive : il forme le jugement en amenant l'enfant à juger, l’esprit d'observation en faisant beaucoup observer, le raisonnement en aidant l’enfant à raisonner de lui-même et sans règles de logique.
Cette confiance dans les forces naturelles de l’esprit qui ne demandent qu’à se développer et cette absence de toute prétention à 1a science proprement dite conviennent à tout enseignement rudimentaire, mais s'imposent surtout à l’école primaire publique, qui doit agir non sur quelques enfants pris à part, mais sur la masse de la population enfantine. L'enseignement y est nécessairement collectif et simultané ; le maître ne peut se donner à quelques-uns, il se doit à tous ; c'est par les résultats obtenus sur l’ensemble de sa classe et non pas sur une élite seulement que son œuvre pédagogique doit être appréciée. Quelles que soient les inégalités d’intelligence que présentent ses élèves, il est un minimum de connaissances et d’aptitudes que l’enseignement primaire doit communiquer, sauf des exceptions très rares, à tous les élèves : ce niveau sera très facilement dépassé par quelques-uns, mais, le fût-il, s'il n’est pas atteint par tout le reste de la classe, le maître n'a pas bien compris sa tâche ou ne 1'a pas entièrement remplie.
1. Lecture.
Lecture courante avec explication des mots.
Lecture courante avec explications.
Lecture expressive.
2. Écriture.
Écriture en gros, en moyen et en fin.
Écriture cursive ordinaire.
Cursive, ronde, bâtarde.
3. Langue française
Notions premières données oralement sur le nom (le nombre, le genre), l’adjectif, le pronom, le verbe (premiers éléments de la conjugaison).
Idée de la formation du pluriel et du féminin ; de l’accord de l’adjectif avec le nom, du verbe avec le sujet.
Idée de la proposition simple.
1° Exercices oraux. Questions et explications notamment au cours de la leçon de lecture, ou de la correction des devoirs. Interrogations sur le sens, l’emploi, l’orthographe des mots du texte lu. Épellation de mots difficiles.
Reproduction orale de petites phrases lues et expliquées, puis de récits ou de fragments de récits faits par le maître.
2°. Exercices de mémoire.
Récitations de poésies d’un genre très simple.
3°. Exercices écrits.
Dictées graduées d’orthographe usuelle et d’orthographe de règles.
Petits exercices grammaticaux de forme très variée.
Reproduction écrite (au tableau noir, sur l’ardoise, sur cahier) de quelques phrases expliquées précédemment.
Composition de petites phrases avec des éléments donnés.
4°. Exercices d’analyse.
Analyse grammaticale (le plus souvent orale, quelquefois écrite).
Décomposition de la proposition en ses termes essentiels.
5°. Lecture à haute voix, par le maître, deux fois par semaine, d’un morceau propre à intéresser les enfants.
Grammaire élémentaire. Les dix parties du discours. Conjugaisons. Notions de syntaxe.
Règles générales du participe passé. Notions sur les familles de mots, les mots dérivés et composés. Principes de la ponctuation.
1°. Exercices oraux. Élocution et prononciation : interrogations grammaticales.
Reproduction de récits faits de vive voix ; résumé de morceaux lus en classe.
2°. Exercices de mémoire : récitation de fables, de petites poésies, de quelques morceaux de prose.
3°. Exercices écrits : dictées prises autant que possible dans les auteurs classiques et sans recherche des difficultés grammaticales.
Exercices d’invention, de construction de phrases ; homonymes, synonymes.
Correction mutuelle des dictées et des exercices par les élèves.
Reproduction écrite et non littérale de morceaux lus en classe ou à domicile, et de récits faits de vive voix par le maître.
Premiers exercices de rédaction sur les sujets les plus simples et les mieux connus des enfants.
4°. Exercices d’analyse : analyse grammaticale, surtout orale.
Analyse logique, bornée aux distinctions fondamentales.
5°. Lecture à haute voix par le maître, deux fois par semaine, de morceaux empruntés aux auteurs classiques.
Révision de la grammaire et de la syntaxe.
Étude de la proposition et des principales sortes de propositions.
Fonctions des mots dans la phrase.
Principales règles relatives à l’emploi des mots et à la concordance des temps.
Cas difficiles que présente l’orthographe de certains noms, pronoms, adjectifs, verbes irréguliers.
Notions d’étymologie usuelle et de dérivation.
1°. Exercices oraux. Suite et développement des exercices d’élocution. Compte-rendu de lectures, de leçons, de promenades, d’expériences, etc. Exposé de vive voix par l’élève d’un morceau historique ou littéraire qu’il a été chargé de lire et d’analyser.
2°. Exercices de mémoire : récitation expressive de morceaux choisis, en prose et en vers, de dialogues, de scènes empruntées aux classiques.
3°. Exercices écrits : dictées prises dans les auteurs classiques et sans recherche des difficultés grammaticales. Exercices sur la dérivation et la composition des mots, sur l’étymologie, sur l’application des règles les plus importantes de la syntaxe. Rédaction sur des sujets simples. Comptes-rendus de leçons et de lectures.
4°. Exercices d’analyse : questions d’analyse grammaticale à propos de cas difficiles rencontrés dans la lecture. Exercices oraux d’analyse logique.
5°. Lecture par le maître, avec le concours des élèves : sujets littéraires, dramatiques, historiques.
Récits et entretiens familiers sur les plus grands personnages et les faits principaux de l’histoire nationale, jusqu’au commencement de la guerre de Cent ans.
Cours élémentaire d’histoire de France, insistant exclusivement sur les faits essentiels depuis la guerre de Cent ans.
Exemple de répartition trimestrielle.
1er trimestre : de 1328 à 1610
2e trimestre : de 1610 à 1789
3e trimestre : de 1789 à nos jours
4e trimestre : révision
Notions très élémentaires d’histoire générale : pour l’antiquité, l’Égypte, les Juifs, la Grèce, Rome ; pour le moyen âge et les temps modernes, grands événements étudiés surtout dans leurs rapports avec l’histoire de France.
Révision méthodique de l’histoire de France ; étude plus approfondie de la période moderne.
5. Géographie
Suite et développement des exercices du premier âge.
Les points cardinaux non appris par cœur, mais trouvés sur le terrain, dans la cour, dans les promenades, d’après la position du soleil.
Exercices d’observation : les saisons, les principaux phénomènes atmosphériques, l’horizon, les accidents du sol, etc.
Explication des termes géographiques (montagnes, fleuves, mers, golfes, isthmes, détroits, etc. ), en partant toujours d’objets vus par l’élève, et en procédant par analogie.
Préparation à l’étude de la géographie, par la méthode intuitive et descriptive :
1° La géographie locale (maison, rue, hameau, commune, canton, etc. ).
2° La géographie générale (la terre, sa forme, son étendue, ses grandes divisions, leurs subdivisions).
Idée de la représentation cartographique : éléments de la lecture des plans et cartes.
Globe terrestre, continents et océans.
Entretiens sur le lieu natal.
Géographie de la France et de ses colonies ;
Géographie physique ;
Géographie politique, avec étude plus approfondie du canton, du département, de la région.
Exercices de cartographie au tableau noir et sur cahier, sans calque.
Révision et développement de la géographie de la France.
Géographie physique et politique de l’Europe.
Géographie plus sommaire des autres parties du monde.
Les colonies françaises.
Exercices cartographiques de mémoire.
6.Instruction civique, droit usuel, notions d’économie politique.
Explications très familières, à propos de la lecture, des mots pouvant éveiller une idée nationale tels que : citoyen, soldat, armée, patrie ; commune, canton, département, nation ; loi, justice, force publique, etc.
Notions très sommaires sur l'organisation de la France.
Le citoyen, ses obligations et ses droits ; l’obligation scolaire, le service militaire, l’impôt, le suffrage universel.
La commune, le maire et le conseil municipal.
Le département, le préfet et le conseil général.
L’État, le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, la justice.
Notions plus approfondies sur l'organisation politique, administrative et judiciaire de la France :
La constitution, le Président de la République, le Sénat, la Chambre des députés, la loi ; l’administration centrale, départementale et communale, les diverses autorités ; la justice civile et pénale ; l’enseignement, ses divers degrés ; la force publique, l’armée.
Notions très élémentaires de droit pratique :
L’état civil, la protection des mineurs ; la propriété, les successions ; les contrats les plus usuels : vente, louage, etc.
Entretiens préparatoires à l’intelligence des notions les plus élémentaires d’économie politique ; l’homme et ses besoins : la société et ses avantages ; les matières premières, le capital, le travail et l’association. La production et l’échange ; l’épargne ; les sociétés de prévoyance, de secours mutuels, de retraite.
7. Calcul, Arithmétique.
Principes de la numération parlée et de la numération écrite.
Les quatre règles appliquées intuitivement d'abord à des nombres de 1 à 10 ; puis de 1 à 20 ; puis de 1 à 100.
Étude de la table d’addition et de la table de multiplication.
Calcul écrit :
L’addition, la soustraction, la multiplication, règles générales des trois opérations sur les nombres entiers. La division bornée aux nombres de deux chiffres au diviseur.
Petits problèmes oraux ou écrits, portant sur les sujets les plus usuels ; exercices de raisonnement sur les problèmes et sur les opérations exécutés.
Notion du mètre, du litre, du franc, du gramme, de leurs multiples et sous-multiples.
Révision du cours précédent.
La division des nombres entiers.
Idée générale des fractions.
Les fractions décimales.
Application des quatre règles aux nombres décimaux.
Règle de trois, règle d’intérêt simple.
Système légal des poids et mesures.
Problèmes et exercices d’application. Solutions raisonnées.
Suite et développement des exercices de calcul mental appliqués à toutes ces opérations
Révision avec développement, d'une part, pour la théorie et le raisonnement ; d'autre part, pour la recherche des procédés rapides, soit de calcul mental, soit de calcul écrit.
Nombres premiers. Caractères de divisibilité les plus importants
Principes de la décomposition d’un nombre en ses facteurs premiers. Plus grand commun diviseur. Méthode de réduction à l’unité appliquée à la résolution des problèmes d’intérêt, d’escompte, de partage, de moyennes, etc.
Système métrique, applications à la mesure des volumes et à leurs rapports avec les poids. Premières notions de comptabilité.
8. Géométrie
Simples exercices pour faire reconnaître et désigner les figures régulières les plus élémentaires, carré, rectangle, triangle, cercle.
Différentes sortes d’angles.
Idée des trois dimensions.
Notions sur les solides au moyen de modèles en relief.
Exercices fréquents de mesure et de comparaison des grandeurs par le coup d’œil ; appréciation approximative des distances et leur évaluation en mesures métriques.
Étude et représentation graphique au tableau noir des figures de géométrie plane et de leurs combinaisons les plus simples.
Notions pratiques sur le cube, le prisme, le cylindre, la sphère, sur leurs propriétés fondamentales ; applications au système métrique.
Notions sommaires sur la géométrie plane et sur la mesure des volumes.
Pour les garçons : application aux opérations les plus simples de l’arpentage.
Idée du nivellement.
9. Dessin d’ornement (Arrêté du 14 janvier 1881)
Tracé des lignes droites et leur division en parties égales. Évaluation des rapports des lignes entre elles. Reproduction et évaluation des angles.
Premiers principes du dessin d'ornement. Circonférences, polygones réguliers, rosaces étoilées.
Dessin à main levée. Courbes géométriques usuelles : ellipses, spirales, etc. Courbes empruntées au règne végétal : tiges, feuilles, fleurs.
Copie de plâtres représentant des ornements plans d'un faible relief.
Premières notions de dessin géométral et éléments de perspective.
Représentation géométrale au trait et représentation perspective, au trait, puis avec les ombres, de solides géométriques et d’objets usuels simples.
Dessin géométrique. - Emploi (au tableau) des instruments servant au tracé des lignes droites et des circonférences :
Règle, compas, équerre et rapporteur.
Se borner, dans cette partie du cours, à faire comprendre aux élèves l'usage de ces instruments dont ils acquerront le maniement dans le cours supérieur.
Dessin à main levée. - Dessin, d’après l'estampe et d’après le relief, d'ornements purement géométriques : moulures, oves, rais de cœur, perles, denticules, etc.
Dessin, d’après l’estampe et d’après le relief, d’ornements empruntant leurs éléments au règne végétal : feuilles, fleurs et fruits, palmettes, rinceaux, etc.
Notions élémentaires sur les ordres d'architecture données au tableau par le maître (3 leçons)
Dessin de la tête humaine : ses parties, ses proportions.
Dessin géométrique. Exécution sur le papier, avec l'aide des instruments, des tracés géométriques qui ont été faits au tableau dans le cours moyen.
Principes du lavis à teintes plates.
Dessins reproduisant des motifs de décoration de surfaces planes ou d’un faible relief : carrelages, parquetages, vitraux, panneaux, plafonds. Lavis à l’encre de Chine et à la couleur de quelques-uns de ces dessins.
Relevé avec cotes, et représentation géométrale au trait, de solides géométriques et d’objets simples, tels que assemblages de charpente et de menuiserie, dispositions extérieures d’appareils de pierre de taille, grosses pièces de serrurerie, meubles les plus ordinaires, etc. Emploi du lavis pour exprimer la nature des matériaux. Lavis des plans et des cartes.
10.Éléments usuels des sciences physiques et naturelles
Leçons de choses graduées d’après un plan que le maître choisira, mais qui, une fois adopté, devra être suivi régulièrement :
L’homme, les animaux, les végétaux, les minéraux : observation d’objets et de phénomènes usuels avec des explications simples.
Notions sommaires sur la transformation des matières premières en matières ouvrées d’usage courant (aliments, tissus, papiers, bois, pierres, métaux).
Petites collections faites par les élèves, notamment au cours des promenades scolaires.
Notions très élémentaires de sciences naturelles.
L’homme. Description sommaire du corps humain et idée des principales fonctions de la vie.
Les animaux. Notions des grands embranchements et de la division des vertébrés en classes, à l’aide d’un animal pris comme type de chaque groupe.
Les végétaux. - Étude, sur quelques types choisis, des principaux organes de la plante : notion des grandes divisions du règne végétal, indication de plantes utiles et nuisibles (surtout dans les promenades scolaires).
Les trois états des corps. Notions sur l’air et l'eau et sur la combustion : petites démonstrations expérimentales.
Notions de sciences naturelles, révision avec extension du cours moyen.
L’homme. Notions sur la digestion, la circulation, la respiration, le système nerveux, les organes des sens. Conseils pratiques d’hygiène. - Abus de l’alcool, du tabac, etc.
Les animaux. - Grands traits de la classification. Animaux utiles et animaux nuisibles.
Les végétaux. - Parties essentielles de la plante ; principaux groupes. Herborisations.
Les minéraux. Notions sommaires sur le sol, les roches, les fossiles, les terrains : exemples tirés de la contrée. Excursions et petites collections.
Premières notions de physique. - Pesanteur. Levier. Premiers principes de l’équilibre des liquides. Pression atmosphérique : baromètre.
Notions très élémentaires et expériences les plus faciles sur la chaleur, la lumière, l’électricité, le magnétisme (thermomètre, machine à vapeur, paratonnerre, télégraphe, boussole).
Premières notions de chimie. - Idée des corps simples, des corps composés. Métaux et sels usuels.
11. Agriculture et Horticulture (Loi du 15 juin 1879, art. 10)
Premières leçons dans le jardin de l’école.
Notions - à propos des lectures, des leçons de choses et des promenades - sur les principales espèces de sols, les engrais, les travaux et les instruments usuels de culture (bêche, hoyau, charrue, etc. ).
Notions plus méthodiques sur les travaux agricoles, les outils aratoires, le drainage, les engrais naturels et artificiels, les semailles et les récoltes ; sur les animaux domestiques, sur la comptabilité agricole.
Notions d’horticulture : Principaux procédés de multiplication des végétaux les plus utiles de la contrée.
Notions d’arboriculture : greffes les plus importantes.
Chants appris tout d'abord exclusivement par l'audition. Lecture des notes.
Chants d’ensemble à une et à deux voix appris par l'audition.
Connaissance des notes, portée, clef de sol ; lecture, premiers exercices d’intonation, durée, ronde, blanche, noire, croches, silences, mesures à deux, trois et quatre temps ; lecture des notes avec la durée en battant la mesure.
Exercices les plus simples de solfège, dictées orales.
Continuation du cours moyen.
Exercices d'intonation. Clef de sol et clef de fa. Gamme diatonique majeure, intervalles naturels, signes altératifs. Principaux tons majeurs et mineurs. Durée.
Exercices de solfège, dictées orales. Exécution de morceaux d'ensemble à une et à deux parties.
III. Éducation morale
1°. OBJET DE L’ENSEIGNEMENT MORAL
L’éducation morale se distingue profondément par son but et par ses caractères essentiels des deux autres parties du programme.
But et caractères essentiels de cet enseignement. - L’enseignement moral est destiné à compléter et à relier, à relever et à ennoblir tous les enseignements de l’école. Tandis que les autres études développent chacune un ordre spécial d’aptitudes et de connaissances utiles, celle-ci tend à développer dans l’homme l’homme lui-même c’est-à-dire un cœur, une intelligence, une conscience.
Par là même l’enseignement moral se meut dans une tout autre sphère que le reste de l’enseignement. La force de l’éducation morale dépend bien moins de la précision et de la liaison logique des vérités enseignées que de l’intensité du sentiment, de la vivacité des impressions et de la chaleur communicative de la conviction. Cette éducation n’a pas pour but de faire savoir, mais de faire vouloir ; elle émeut plus qu'elle ne démontre ; devant agir sur l’être sensible, elle procède plus du cœur que du raisonnement ; elle n’entreprend pas d’analyser toutes les raisons de l’acte moral, elle cherche avant tout à le produire, à le répéter, à en faire une habitude qui gouverne la vie. A l’école primaire surtout, ce n’est pas une science, c’est un art, l’art d'incliner la volonté libre vers le bien.
Rôle de l’instituteur. dans cet enseignement. - L’instituteur est chargé de cette partie de l’éducation, en même temps que des autres, comme représentant de la société : la société laïque et démocratique a en effet l’intérêt le plus direct à ce que tous ses membres soient initiés de bonne heure et par des leçons ineffaçables au sentiment de leur dignité et à un sentiment non moins profond de leur devoir et de leur responsabilité personnelle.
Pour atteindre ce but, l’instituteur n'a pas à enseigner de toutes pièces une morale théorique suivie d'une morale pratique, comme s’il s’adressait à des enfants dépourvus de toute notion préalable du bien et du mal : l’immense majorité lui arrive au contraire ayant déjà reçu ou recevant un enseignement religieux qui les familiarise avec l’idée d’un Dieu auteur de l’univers et père des hommes, avec les traditions, les croyances, les pratiques d'un culte chrétien ou israélite ; au moyen de ce culte et sous les formes qui lui sont particulières, ils ont déjà reçu les notions fondamentales de la morale éternelle et universelle ; mais ces notions sont encore chez eux à l’état de germe naissant et fragile, elles n’ont pas pénétré profondément en eux-mêmes ; elles sont fugitives et confuses, plutôt entrevues que possédées, confiées à la mémoire bien plus qu’à la conscience à peine exercée encore. Elles attendent d’être mûries et développées par une culture convenable. C’est cette culture que l’instituteur public va leur donner.
Sa mission est donc bien délimitée ; elle consiste à fortifier, à enraciner dans l’âme de ses élèves, pour toute leur vie, en les faisant passer dans la pratique quotidienne, ces notions essentielles de moralité humaine communes à toutes les doctrines et nécessaires à tous les hommes civilisés. Il peut remplir cette mission sans avoir à faire personnellement, ni adhésion, ni opposition à aucune des diverses croyances confessionnelles auxquelles ses élèves associent et mêlent les principes généraux de la morale.
Il prend ces enfants tels qu’ils lui viennent, avec leurs idées et leur langage, avec les croyances qu'ils tiennent de la famille, et il n’a d'autre souci que de leur apprendre à en tirer ce qu'elles contiennent de plus précieux au point de vue social, c’est-à-dire les préceptes d'une haute moralité.
Objet propre et limites de cet enseignement. - L’enseignement moral laïque se distingue donc de l'enseignement religieux sans le contredire. L’instituteur ne se substitue ni au prêtre, ni au père de famille ; il joint ses efforts aux leurs pour faire de chaque enfant un honnête homme. Il doit insister sur les devoirs qui rapprochent les hommes et non sur les dogmes qui les divisent. Toute discussion théologique et philosophique lui est manifestement interdite par le caractère même de ses fonctions, par l’âge de ses élèves, par la confiance des familles et de l’État : il concentre tous ses efforts sur un problème d’une autre nature, mais non moins ardu, par cela même qu’il est exclusivement pratique : c’est de faire faire à tous ces enfants l’apprentissage effectif de la vie morale.
Plus tard, devenus citoyens, ils seront peut-être séparés par des opinions dogmatiques, mais du moins ils seront d’accord dans la pratique pour placer le but de la vie aussi haut que possible, pour avoir la même horreur de tout ce qui est bas et vil, la même admiration de ce qui est noble et généreux, la même délicatesse dans l’appréciation du devoir, pour aspirer au perfectionnement moral, quelques efforts qu'il coûte, pour se sentir unis dans ce culte général du bien, du beau et du vrai qui est aussi une forme, et non la moins pure, du sentiment religieux.
Caractères de la méthode en ce qui concerne l’élève - Pour que la culture morale, entendue comme il est dit plus haut, soit possible et soit efficace dans l’enseignement primaire, une condition est indispensable : c’est que cet enseignement atteigne au vif de l'âme, qu’il ne se confonde, ni par le ton ni par le caractère, ni par la forme, avec une leçon proprement dite. Il ne suffit pas de donner à l’élève des notions correctes et de le munir de sages maximes, il faut arriver à faire éclore en lui des sentiments assez vrais et assez forts pour l’aider un jour, dans la lutte de la vie, à triompher des passions et des vices. On demande à l’instituteur non pas d'orner la mémoire de l’enfant, mais de toucher son cœur, de lui faire ressentir, par une expérience directe, la majesté de la loi morale ; c'est assez dire que les moyens à employer ne peuvent être semblables à ceux d’un cours de science ou de grammaire. Ils doivent être non seulement plus souples et plus variés mais plus intimes, plus émouvants, plus pratiques, d’un caractère tout ensemble moins didactique et plus grave.
L’instituteur ne saurait trop se représenter qu’il s’agit pour lui de former, chez l'enfant, le sens moral, de l’aiguiser, de le redresser parfois, de l’affermir toujours : et, pour y parvenir, le plus sûr moyen dont dispose un maître qui n'a que si peu de temps pour une œuvre si longue, c’est d’exercer beaucoup, et avec un soin extrême, ce délicat instrument de la conscience. Qu'il se borne aux points essentiels, qu’il reste élémentaire, mais clair, mais simple, mais impératif et persuasif tout ensemble. Il doit laisser de côté les développements qui trouveraient leur place dans un enseignement plus élevé ; pour lui la tâche se borne à accumuler, dans l'esprit et dans le cœur de l'enfant qu’il entreprend de façonner à la vie morale, assez de beaux exemples, assez de bonnes impressions, assez de saines idées, d’habitudes salutaires et de nobles aspirations pour que cet enfant emporte de l’école, avec son petit patrimoine de connaissances élémentaires, un trésor plus précieux encore, une conscience droite.
Caractères de la méthode en ce qui concerne le maître. - Deux choses sont expressément recommandées aux maîtres. D'une part, pour que l'élève se pénètre de ce respect de la loi morale qui est à lui seul toute une éducation, il faut premièrement que par son caractère, par sa conduite, par son langage, il soit lui-même le plus persuasif des exemples. Dans cet ordre d’enseignement, ce qui ne vient pas du cœur ne va pas au cœur. Un maître qui récite des préceptes, qui parle du devoir sans conviction, sans chaleur, fait bien pis que perdre sa peine, il est en faute : un cours de morale régulier, mais froid, banal et sec, n’enseigne pas la morale, parce qu’il ne la fait pas aimer. Le plus simple récit où l’enfant pourra surprendre un accent de gravité, un seul mot sincère, vaut mieux qu’une longue suite de leçons machinales.
D’autre part, - et il est à peine besoin de formuler cette prescription - le maître devra éviter comme une mauvaise action tout ce qui dans son langage ou dans son attitude blesserait les croyances religieuses des enfants confiés à ses soins, tout ce qui porterait le trouble dans leur esprit, tout ce qui trahirait de sa part envers une opinion quelconque un manque de respect ou de réserve.
La seule obligation à laquelle il soit tenu, - et elle est compatible avec le respect de toutes les croyances -, c’est de surveiller d’une façon pratique et paternelle le développement moral de ses élèves avec la même sollicitude qu’il met à suivre leurs progrès scolaires ; il ne doit pas se croire quitte envers aucun d’eux s’il n’a fait autant pour l’éducation du caractère que pour celle de l’intelligence. A ce prix seulement l’instituteur aura mérité le titre d’éducateur, et l’instruction primaire le nom d’éducation libérale.
Entretiens familiers. Lectures avec explications (récits, exemples, préceptes, paraboles et fables). Enseignement par le cœur
Exercices pratiques tendant à mettre la morale en action dans la classe même :
1° Par l'observation individuelle des caractères (tenir compte des prédispositions des enfants pour corriger leur défauts avec douceur ou développer leurs qualités).
2° Par l’application intelligente de la discipline scolaire comme moyen d'éducation (distinguer soigneusement le manquement au devoir de la simple infraction au règlement, faire saisir le rapport de la faute à la punition, donner l'exemple dans le gouvernement de la classe d'un scrupuleux esprit d'équité, inspirer l’horreur de la délation, de la dissimulation, de l'hypocrisie, mettre au-dessus de tout la franchise et la droiture et pour cela ne jamais décourager le franc-parler des enfants, leurs réclamations, leurs demandes, etc. ).
3° Par l'appel incessant au sentiment et au jugement moral de l'enfant lui-même (faire souvent les élèves juges de leur propre conduite, leur faire estimer surtout, chez eux et chez les autres, l’effort moral et intellectuel, savoir les laisser dire et les laisser faire, sauf à les amener ensuite à découvrir par eux-mêmes leurs erreurs ou leurs torts).
4° Par le redressement des notions grossières (préjugés et superstitions populaires, croyances aux sorciers, aux revenants, à l'influence de certains nombres, terreurs folles, etc. ).
5° Par l'enseignement à tirer des faits observés par les enfants eux-mêmes (à l'occasion, leur faire sentir les tristes suites des vices dont ils ont parfois l’exemple sous les yeux : de l’ivrognerie, de la paresse, du désordre, de la cruauté, des appétits brutaux, etc., en leur inspirant autant de compassion pour les victimes du mal que d'horreur pour le mal lui-même ; - procéder de même par voie d'exemples concrets et d'appels à l’expérience immédiate des enfants pour les initier aux émotions morales, les élever, par exemple, au sentiment d'admiration pour l'ordre universel et au sentiment religieux en leur faisant contempler quelques grandes scènes de la nature ; au sentiment de la charité en leur signalant une misère à soulager, en leur donnant l'occasion d'un acte effectif de charité à accomplir avec discrétion ; aux sentiments de la reconnaissance et de la sympathie par le récit d'un trait de courage, par la visite à un établissement de bienfaisance, etc.).
Cours moyen ( de 9 à 11 ans)
Entretiens, lectures avec explications, exercices pratiques. - Même mode et mêmes moyens d'enseignement que précédemment, avec un peu plus de méthode et de précision. - Coordonner les leçons et les lectures de manière à n'omettre aucun point important du programme ci-dessous :
L'enfant dans la famille. Devoirs envers les parents et les grands-parents. - Obéissance, respect, amour, reconnaissance. Aider les parents dans leurs travaux ; les soulager dans leurs maladies ; venir à leur aide dans leurs vieux jours.
Devoirs des frères et sœurs. - S’aimer les uns les autres : protection des plus âgés à l’égard des plus jeunes ; action de l'exemple.
Devoirs envers les serviteurs. - Les traiter avec politesse, avec bonté.
L'enfant dans l’école. - Assiduité, docilité, travail, convenance. - Devoirs envers l'instituteur. - Devoirs envers les camarades.
La patrie. - La France, ses grandeurs et ses malheurs. - Devoirs envers la patrie et la société.
Devoirs envers soi-même. - Le corps : propreté, sobriété et tempérance : dangers de l'ivresse ; gymnastique.
Les biens extérieurs. - Économie ; éviter les dettes : funestes effets de la passion du jeu ; ne pas trop aimer l'argent et le gain ; prodigalité, avarice. Le travail (ne pas perdre de temps, obligation du travail pour tous les hommes), noblesse du travail manuel.
L’âme. - Véracité et sincérité ; ne jamais mentir. - Dignité personnelle, respect de soi-même. - modestie : ne point s'aveugler sur ses défauts. - Éviter l’orgueil, la vanité, la coquetterie, la frivolité. - Avoir honte de l'ignorance et de la paresse. - Courage dans le péril et dans le malheur ; patience, esprit d’initiative. - Dangers de la colère.
Traiter les animaux avec douceur ; ne point les faire souffrir inutilement. - Loi Grammont, sociétés protectrices des animaux.
Devoirs envers les autres hommes. - Justice et charité (ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît ; faites aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fissent. ) - Ne porter atteinte ni à la vie, ni à la personne, ni aux biens, ni à la réputation d'autrui. - Bonté, fraternité, tolérance ; respect de la croyance d'autrui. N. B. : Dans tout ce cours, l’instituteur prend pour point de départ l’existence de la conscience, de la loi morale et de l’obligation. Il fait appel au sentiment et à l’idée du devoir ; au sentiment et à l'idée de la responsabilité, il n’entreprend pas de les démontrer par exposé théorique.
Devoirs envers Dieu - L’instituteur n’est pas chargé de faire un cours ex professo sur la nature et les attributs de Dieu ; l’enseignement qu’il doit donner à tous indistinctement se borne à deux points :
D'abord il leur apprend à ne pas prononcer légèrement le nom de Dieu ; il associe étroitement dans leur esprit à l’idée de la Cause première et de l’Être parfait un sentiment de respect et de vénération ; et il habitue chacun d'eux à environner du même respect cette notion de Dieu, alors même qu'elle se présenterait à lui sous des formes différentes de celles de sa propre religion.
Ensuite, et sans s’occuper des prescriptions spéciales aux diverses communions, l'instituteur s’attache à faire comprendre et sentir à l'enfant que le premier hommage qu'il doit à la divinité, c'est l’obéissance aux lois de Dieu telles que les lui révèlent sa conscience et sa raison.
Entretiens, lectures, exercices pratiques, comme dans les deux cours précédents. Celui-ci comprend de plus, en une série régulière de leçons dont le nombre et l’ordre pourront varier, un enseignement élémentaire de la morale en général et plus particulièrement de la morale sociale, d’après le programme ci-après :
1° La Famille - Devoirs des parents et des enfants. Devoirs réciproques des maîtres et des serviteurs.
2° La Société. - Nécessité et bienfaits de la société. La justice, condition de toute société. La solidarité, la fraternité humaine.
Applications et développements de l’idée de justice : respect de la vie et de la liberté humaine, respect de la propriété, respect de la parole donnée, respect de l’honneur et de la réputation d'autrui. La probité, l’équité, la délicatesse. Respect des opinions et des croyances.
Applications et développements de l’idée de charité ou de fraternité. Ses divers degrés, devoirs de bienveillance, de tolérance, de clémence, etc. Le dévouement, forme suprême de la charité ; montrer qu’il peut trouver place dans la vie de tous les jours.
3° La patrie.
- Ce que l’homme doit à la patrie ; l'obéissance aux lois, le service militaire (discipline, dévouement, fidélité au drapeau) ;
- l'impôt (condamnation de toute fraude envers l’État) ;
- le vote (il est moralement obligatoire ; il doit être libre, consciencieux, désintéressé, éclairé).
- Droits qui correspondent à ces devoirs : liberté individuelle, liberté de conscience, liberté de travail, liberté d'association. Garantie de la sécurité de la vie et des biens de tous. La souveraineté nationale. Explication de la devise républicains : Liberté, Égalité, Fraternité.
Dans chacun de ces chapitres du cours de morale sociale, on fera remarquer à l’élève, sans entrer dans des discussions métaphysiques :
1° La différence entre le devoir et l’intérêt, même lorsqu’ils semblent se confondre, c'est-à-dire le caractère impératif et désintéressé du devoir.
2° La distinction entre la loi écrite et la loi morale : l’une fixe un minimum de prescriptions que la société impose à tous ses membres sous des peines déterminées, l'autre impose à chacun dans le secret de sa conscience un devoir que nul ne le contraint à remplir, mais auquel il ne peut faillir sans se sentir coupable envers lui-même et envers Dieu.
[Journal Officiel du 2 août 1882]

References: Art. 1

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12

Art. 13

Art. 14

Art. 15

Art. 16

Art. 17
 art. 10