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Timestamp: 2020-07-11 13:07:40+00:00

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DES SOLDATS ITALIENS
Latanzio, le Bourges italien, vient de pondre un nouveau
projet de loi sur la condition des militaires en Italie. Le projet
est présenté comme une réponse aux revendications
avancées par les mouvements de soldats" et sous-officiers
lors de nombreuses manifestations de rues et réunions
depuis plus de deux ans. Le projet était maintenu « secret »,
même après avoir été adopté par le conseil des ministres : ce
sont les quotidiens d'extrême gauche qui en ont révélé la
Ce projet suscite de nombreuses discussions dans le
mouvement de soldats italiens, dans les coordinations. Une
assemblée nationale des soldats s'est réunie les 30 et 31
octobre pour en débattre et relancer la lutte sur la démocratie
dans l'armée (nous y reviendrons dans le prochain Lutte
Antimilitariste). Le groupe des députés d'extrême gauche a
déposé un projet de loi autorisant les militaires à débattre
officiellement dans les casernes du projet Latanzio. Mais
d'ores et déjà, trois critiques essentielles sont faites au
— Il rentre, indépendemment de son contenu, dans le
cadre d'une remise en ordre de l'armée italienne, sur les
« conseils » de l'OTAN. L'armée italienne doit cesser d'être
une « armée de caserne » pour redevenir une « armée de
campagne » (curieuse et troublante coïncidence avec les
projets giscardiens de rendre l'armée française « plus
opérationnelle»). D'où plusieurs projets : la discipline, la
restructuration de l'armée de l'air, celle de la police
militarisée. La bourgeoisie italienne a un besoin impérieux de
redonner sa crédibilité à l'armée italienne.
— Sur la question des libertés dans l'armée, il s'agit pour
le gouvernement, à l'image de sa politique générale,  de
« changer pour ne pas changer » avec le concessus du PCI. Il
lui  faut  museler   les  secteurs  fascistes,  nombreux dans
l'armée,    largement   autonomisés,   et   responsables    par
exemple de l'arrestation d'un capitaine de la police animateur
des luttes. Il lui faut dans le même temps constituer un bloc
modéré pour  décomposer  par  la douceur  le  mouvement
démocratique des soldats et sous-officiers. Pour constituer
ce bloc, il est fait référence à la Constitution dans le projet
Latanzio, on y parle en détail des droits, de la participation,
mais on réaffirme nettement le caractère intangible de la
hiérarchie, de la discipline,  de l'interdiction des libertés
fondamentales à l'armée : les droits s'arrêtent à la frontière de
ce qui concerne « les questions de service », à savoir le fond
même du rôle de l'armée. Le gouvernement italien compte sur
le   PCI   pour   l'aider   :   le   PCI   s'oppose   ouvertement   à
l'organisation autonome des soldats et a, en commun avec
Latanzio, le sens des nécessaires « hiérarchie et discipline
— Quant aux miettes, elles sont le fruit d'un recul du
gouvernement face aux luttes, mais changent le cadre des
revendications qu'il faut affiner.
Comme le dit la coordination des sous-officiers
démocratiques du Triventin : « Le projet est négatif, mais on
peut s'en servir ».
La loi latanzio
Dans son premier article, le
projet de règlement de discipline
commence par faire référence à
la constitution « L'organisation
et l'activité des forces armées se
conforme aux principes constitutionnels ». C'est un clin d'ceil
au PCI en même temps qu'une
concession (très formelle, puisque la suite du règlement nuance
cette référence) au mouvement
démocratique des soldats italiens
Ni le précédent règlement de
discipline, ni les projets Forlani
de 1975 n'étaient en effet conformes à la constitution italienne, élaborée après la Libération : des articles du code pénal
militaire fasciste étaient toujours
en vigueur dans l'armée italienne!
Mais dès l'article 2, le projet
Latanzio annonce la couleur
« pour que l'armée puisse accomplir ses missions, les militaires sont soumis par la loi à des
devoirs particuliers et à une
limitation de leurs, droits ». Le
règlement de discipline complète
(dans un sens encore plus
restrictif), comme en France, la
loi générale sur les droits et
devoirs des militaires : il fait
l'objet d'un décret (l'article 4 le
dit explicitement) et non pas d'un
L'article 3 rappelle que, le
ciment de l'armée, c'est « l'observation rigoureuse de la subordination hiérarchique et du principe d'obéissance » : on croirait
entendre Bigeard.
L'article 4 aligne l'armée
italienne sur ce qui se passe dans
l'armée française, ce qui est en
retrait pas rapport à la loi
antérieure : la loi et le nouveau
règlement s'appliquent pendant
toute la durée de la présence sous
l'uniforme, dans et hors des
casernes, en service et en permission, et non pas uniquement
pendant les heures de services.
Ce même article explique dans ce
cadre que « le devoir de réserve
sur les questions militaires »
s'impose aux militaires.
L'article 5 précise les interdictions : interdiction pour les
militaires engagés de s'inscrire à
un parti politique civil; interdiction à tous (engagés et appelés)
de participer à des manifestations, des réunions ou des
débats qui parlent de l'armée :
plus question que les soldats
participent ouvertement à des
campagnes électorales comme en
L'article 7 supprime le droit
de réunion, sauf officielles sur les
questions de service, dans les
casernes comme à l'extérieur.
L'article 8 interdit explicitement la constitution de syndicats
dans l'armée, comme l'adhésion
à des syndicats civils, sauf dans
le cas des appelés, syndiqués
avant leur incorporation, qui
conservent leur qualité de syndiqués sans pouvoir avoir d'activités. Toute autre organisation
« entre militaires » est soumise à
l'accord du ministre.
L'article 11 promet la prison
aux militaires qui s'inscrivent
quand même à des partis politiques, avec menaces spéciales
contres les officiers et les sous-
L'article 13 décrit les sanctions
qui ressemblent trait pour trait à
celles de l'armée française.
L'article 14 interdit les sanctions sans justificatifs ni notification au sanctionné : ça ne
changera pas grand-chose. Il
comporte une mesure démagogique pour les personnels de
carrière : pour les sanctions
supérieures à 5 jours de prison,
un conseil de discipline (composé
de supérieurs hiérarchiques) entend le coupable qui peut se faire
aider par un militaire dans sa
défense. C'est une garantie bien
légère, même si l'armée française
n'en a pas tant.
L'article 16 est celui qui suscite
le plus de débat dans le mouvement des soldats. Comme compensation à la suppression des
droits constitutionnels, il instaure une sorte de « participation », ainsi définie : « Parce
qu'il est du devoir des chefs, à
tous les niveaux, de veiller sur les
intérêts de leurs propres subordonnés, et de s'en faire l'écho à
l'échelon supérieur par la voie
hiérarchique, les militaires disposent de leurs propres organes
représentatifs, permettant de statuer vis à vis des autorités
supérieures sur les sujets d'intérêt collectif », « Ces organes
représentatifs ne peuvent s'occuper de l'ordinaire, des opérations
militaires, de la discipline ni des
carrières ». Les modalités concrètes (nombre de représentants,
rapport à la hiérajchie, mode de
désignation...) seront fixées par
décrets, autoritairement.
Full text Italie LE MOUVEMENT DES SOLDATS ITALIENS FACE AUX RÉFORMES Latanzio, le Bourges italien, vient de pondre un nouveau projet de loi sur la condition des militaires en Italie. Le projet est présenté comme une réponse aux revendications avancées par les mouvements de soldats" et sous-officiers lors de nombreuses manifestations de rues et réunions depuis plus de deux ans. Le projet était maintenu « secret », même après avoir été adopté par le conseil des ministres : ce sont les quotidiens d'extrême gauche qui en ont révélé la teneur. Ce projet suscite de nombreuses discussions dans le mouvement de soldats italiens, dans les coordinations. Une assemblée nationale des soldats s'est réunie les 30 et 31 octobre pour en débattre et relancer la lutte sur la démocratie dans l'armée (nous y reviendrons dans le prochain Lutte Antimilitariste). Le groupe des députés d'extrême gauche a déposé un projet de loi autorisant les militaires à débattre officiellement dans les casernes du projet Latanzio. Mais d'ores et déjà, trois critiques essentielles sont faites au projet. — Il rentre, indépendemment de son contenu, dans le cadre d'une remise en ordre de l'armée italienne, sur les « conseils » de l'OTAN. L'armée italienne doit cesser d'être une « armée de caserne » pour redevenir une « armée de campagne » (curieuse et troublante coïncidence avec les projets giscardiens de rendre l'armée française « plus opérationnelle»). D'où plusieurs projets : la discipline, la restructuration de l'armée de l'air, celle de la police militarisée. La bourgeoisie italienne a un besoin impérieux de redonner sa crédibilité à l'armée italienne. — Sur la question des libertés dans l'armée, il s'agit pour le gouvernement, à l'image de sa politique générale, de « changer pour ne pas changer » avec le concessus du PCI. Il lui faut museler les secteurs fascistes, nombreux dans l'armée, largement autonomisés, et responsables par exemple de l'arrestation d'un capitaine de la police animateur des luttes. Il lui faut dans le même temps constituer un bloc modéré pour décomposer par la douceur le mouvement démocratique des soldats et sous-officiers. Pour constituer ce bloc, il est fait référence à la Constitution dans le projet Latanzio, on y parle en détail des droits, de la participation, mais on réaffirme nettement le caractère intangible de la hiérarchie, de la discipline, de l'interdiction des libertés fondamentales à l'armée : les droits s'arrêtent à la frontière de ce qui concerne « les questions de service », à savoir le fond même du rôle de l'armée. Le gouvernement italien compte sur le PCI pour l'aider : le PCI s'oppose ouvertement à l'organisation autonome des soldats et a, en commun avec Latanzio, le sens des nécessaires « hiérarchie et discipline militaires ». — Quant aux miettes, elles sont le fruit d'un recul du gouvernement face aux luttes, mais changent le cadre des revendications qu'il faut affiner. Comme le dit la coordination des sous-officiers démocratiques du Triventin : « Le projet est négatif, mais on peut s'en servir ». La loi latanzio Dans son premier article, le projet de règlement de discipline commence par faire référence à la constitution « L'organisation et l'activité des forces armées se conforme aux principes constitutionnels ». C'est un clin d'ceil au PCI en même temps qu'une concession (très formelle, puisque la suite du règlement nuance cette référence) au mouvement démocratique des soldats italiens Ni le précédent règlement de discipline, ni les projets Forlani de 1975 n'étaient en effet conformes à la constitution italienne, élaborée après la Libération : des articles du code pénal militaire fasciste étaient toujours en vigueur dans l'armée italienne! Mais dès l'article 2, le projet Latanzio annonce la couleur « pour que l'armée puisse accomplir ses missions, les militaires sont soumis par la loi à des devoirs particuliers et à une limitation de leurs, droits ». Le règlement de discipline complète (dans un sens encore plus restrictif), comme en France, la loi générale sur les droits et devoirs des militaires : il fait l'objet d'un décret (l'article 4 le dit explicitement) et non pas d'un débat parlementaire. L'article 3 rappelle que, le ciment de l'armée, c'est « l'observation rigoureuse de la subordination hiérarchique et du principe d'obéissance » : on croirait entendre Bigeard. L'article 4 aligne l'armée italienne sur ce qui se passe dans l'armée française, ce qui est en retrait pas rapport à la loi antérieure : la loi et le nouveau règlement s'appliquent pendant toute la durée de la présence sous l'uniforme, dans et hors des casernes, en service et en permission, et non pas uniquement pendant les heures de services. Ce même article explique dans ce cadre que « le devoir de réserve sur les questions militaires » s'impose aux militaires. L'article 5 précise les interdictions : interdiction pour les militaires engagés de s'inscrire à un parti politique civil; interdiction à tous (engagés et appelés) de participer à des manifestations, des réunions ou des débats qui parlent de l'armée : plus question que les soldats participent ouvertement à des campagnes électorales comme en juin dernier. L'article 7 supprime le droit de réunion, sauf officielles sur les questions de service, dans les casernes comme à l'extérieur. L'article 8 interdit explicitement la constitution de syndicats dans l'armée, comme l'adhésion à des syndicats civils, sauf dans le cas des appelés, syndiqués avant leur incorporation, qui conservent leur qualité de syndiqués sans pouvoir avoir d'activités. Toute autre organisation « entre militaires » est soumise à l'accord du ministre. L'article 11 promet la prison aux militaires qui s'inscrivent quand même à des partis politiques, avec menaces spéciales contres les officiers et les sous- officiers. L'article 13 décrit les sanctions qui ressemblent trait pour trait à celles de l'armée française. L'article 14 interdit les sanctions sans justificatifs ni notification au sanctionné : ça ne changera pas grand-chose. Il comporte une mesure démagogique pour les personnels de carrière : pour les sanctions supérieures à 5 jours de prison, un conseil de discipline (composé de supérieurs hiérarchiques) entend le coupable qui peut se faire aider par un militaire dans sa défense. C'est une garantie bien légère, même si l'armée française n'en a pas tant. L'article 16 est celui qui suscite le plus de débat dans le mouvement des soldats. Comme compensation à la suppression des droits constitutionnels, il instaure une sorte de « participation », ainsi définie : « Parce qu'il est du devoir des chefs, à tous les niveaux, de veiller sur les intérêts de leurs propres subordonnés, et de s'en faire l'écho à l'échelon supérieur par la voie hiérarchique, les militaires disposent de leurs propres organes représentatifs, permettant de statuer vis à vis des autorités supérieures sur les sujets d'intérêt collectif », « Ces organes représentatifs ne peuvent s'occuper de l'ordinaire, des opérations militaires, de la discipline ni des carrières ». Les modalités concrètes (nombre de représentants, rapport à la hiérajchie, mode de désignation...) seront fixées par décrets, autoritairement.
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References: l'article 2

L'article 3

L'article 4

L'article 5

L'article 7

L'article 8

L'article 11

L'article 13

L'article 14

L'article 16
 l'article 2
 L'article 3
 L'article 4
 L'article 5
 L'article 7
 L'article 8
 L'article 11
 L'article 13
 L'article 14
 L'article 16