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Timestamp: 2020-05-30 22:06:16+00:00

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Correspondance de Napoléon Ier - Octobre 1809 - Histoire du Consulat et du Premier empire
Schönbrunn, 1er octobre 1809.
Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Schönbrunn
Monsieur de Champagny, j’avais demandé cinq cercles de l’ancienne Galicie: Bochnia, 171,459 habitants; Myslenice, 247.455 ; Zolkiew, 197,430; Lemberg, 131,831; Zloczow, 191,531; total, 939 706 habitants; indépendamment de la nouvelle Galicie en entier, 1,286,000 habitants, et du cercle de Zamosc, 188,000; total, 1 474,000 habitants.
Ce dernier article étant consenti, la difficulté roule sur les cinq cercles dont la population est de 940,000 habitants.
J’ai dans ma conférence d’hier, cédé la moitié; il reste donc 470,000 âmes. Je désire qu’on les prenne ainsi, savoir: le cercle de Zolkiew, 197000 habitants ; le cercle de Zloczow, 191,000; un arrondissement autour de Wieliczka, 82,000; total, 470,000 habitants. Vous remarquerez que le cercle de Cracovie passe déjà sur la rive droite de la Vistule et entoure Podgorze. C’est cette enclave, que je veux augmenter de 82,000 âmes, mais de manière que Wieliczka et sa saline y soient compris; je ne me départirai pas de cela.
Vous trouverez ci-joint, sur une petite carte, tout ce qui doit appartenir au duché de Varsovie, couvert d’une teinte. Sa population, par ce moyen, sera de 1,556,000 habitants , savoir : la nouvelle Galicie en entier, 1,286,000 habitants; le cercle de Zamosc , 188,000, l’arrondissement de Wieliczka, 82,000; total, 1,556,000 habitants.
Pour la Russie: le cercle de Zolkiew, 197,000 habitants; le cercle de Zloczow, 191,000; total, 388, 000 habitants.
Voici maintenant mon raisonnement sur la Galicie, présenté sous un second rapport. La population entière de la Galicie est de 4,800,000 habitants ; la moitié, de 2,400,000; voilà ce que les Autrichiens doivent.
Ils offraient, dans la Galicie, le cercle de Zamosc et la nouvelle Galicie; nouvelle Galicie, 1,286,000 habitants; cercle de Zamosc 188,000; ce qui fait en tout 1 474 000 ; la différence est donc de 926,000 habitants.
J’ai renoncé hier à la moitié de cette différence pour aplanir les difficultés de la négociation et laisser à l’Autriche le chemin qui conduit de Moravie en Galicie. Cette moitié est de 463,000 âmes.
Les Autrichiens n’auront donc cédé que 1,937,000 âmes ; ils en auront gagné 468,000.
Voilà tout ce que je puis faire pour accélérer les négociations Il est clair que je me relâche de mon ultimatum de quelques cents milliers d’habitants.
Quant aux frontières de Bavière je me suis désisté hier du territoire de Gmünd, compris entre la Traun et le lac Kammer. La limite depuis Schwannstadt remontera la rive droite de la rivière Ager et du lac Kammer jusqu’aux frontières de Salzburg. Je ne réclame point d’équivalent sur la rive gauche du Danube.
Quant aux articles de renvoi des citoyens français, je n’ai pas voulu me relâcher, j’ai sentir l’importance de cette mesure comme conservatrice.
Quant à l’article de la réduction des troupes, j’ai consenti à ce qu’elle n’ait lieu que jusqu’à la paix avec l’Angleterre.
Schönbrunn, 1er octobre 1809
Monsieur le général Clarke, notre militaire est peu instruit;
Il faut s’occuper de deux ouvrages, l’un pour l’école de Metz, l’autre pour celle de Saint-Cyr.
L’ouvrage pour l’école de Metz doit contenir les ordonnances sur les places, les jugements qu’ont encourus tous les commandants qui ont rendu légèrement la place dont la défense leur était confiée, enfin toutes les ordonnances de Louis XIV et de nos jours qui défendent de rendre une place avant qu’il y ait brèche et que le passage d’un fossé soit praticable. Dans cet ouvrage, qui comporte plusieurs volumes, il faut faire entrer une dissertation sur la défense des places, qui fasse voir :
1.- Comment de vrais militaires, prenant le commandement de places presque démantelées, les ont en peu de temps mises en état de soutenir un long siège.
Il faut entrer, à cet égard, dans de grands détails et citer une quinzaine d’exemples, tels que celui du duc de Guise à Metz et celui du chevalier Bayard à Mézières.
2.- Comment ces braves commandants, prévoyant l’attaque de l’ennemi, ont sur-le-champ rectifié la brèche, retranché le bastion; comment, d’ailleurs, le moindre petit ouvrage et une bonne défense des derniers travaux ont considérablement retardé le cheminement des assiégeants.
On peut citer le dernier siège de Danzig, où un simple blockhaus nous a fait passer quinze jours pour le couronnement du chemin couvert et le passage du fossé. Il faut, à cette occasion, se récrier contre cette manie qu’ont les officiers du génie de croire qu’une place ne peut se défendre que tant de jours; faire sentir combien cela est absurde et citer des exemples connus de sièges où, au lieu du nombre de jours qu’on avait calculé devoir mettre à faire cheminer les parallèles, on a été forcé d’y employer un temps bien plus considérable, soit par des sorties de la place, soit par des feux croisés, soit par toute autre espèce de retards que la défense de la place a fait naître; faire voir, lorsqu’il existe une brèche, toutes les ressources qui restent encore si la contrescarpe n’a pas sauté, si tous les feux ne sont pas éteints, et comment l’assaut même de la brèche peut manquer si l’on s’est retranché derrière.
Je ne trace là qu’un aperçu des idées qui doivent entrer dans cet ouvrage; c’est un travail complet à faire, et je crois que Carnot, ou tout autre de cette classe, serait très propre à s’en charger. (Carnot fut effectivement chargé de ce travail, qui lui fut payé 10 000 francs
Le but doit être de faire sentir de quelle importance est la défense des places, et d’exciter l’enthousiasme de mes jeunes militaires par un grand nombre d’exemples; faire connaître combien, dans tous les cas, les délais qu’on a mis en avant comme règles du cheminement ont constamment éprouvé des retards dans l’application. Enfin, dans cet ouvrage, on doit faire entrer un grand nombre de faits héroïques, par lesquels se sont immortalisés les commandants qui ont défendu longtemps les places les plus médiocres, et rappeler en même temps les sentences qui, chez toutes les nations, ont flétri ceux qui n’ont pas rempli leur devoir.
L’auteur seul peut concevoir les divisions de cet ouvrage, dont je ne donne l’idée qu’en bloc. Il doit traiter non-seulement ce qui regarde l’officier du génie, mais aussi le commandant et le gouverneur d’une place; il doit apprendre le peu de cas qu’il faut faire des faux bruits que l’ennemi peut répandre, et poser en principe qu’un commandant de place assiégée ne doit faire aucune espèce de raisonnement étranger à ce dont il est chargé; qu’il doit se regarder comme isolé de tout; qu’il doit enfin n’avoir d’autre idée que de défendre sa place, avec tort ou raison, jusqu’à la dernière minute, conformément à ce que prescrivent les ordonnances de Louis XIV et l’exemple des braves gens.
J’attache une grande importance à cet ouvrage, et celui qui le fera bien méritera beaucoup de moi. Il faut que ce soit à la fois un ouvrage de science et d’histoire; que les récits soient même quelquefois amusants; qu’il y ait de l’intérêt, des détails, et que, s’il le faut, des plans y soient joints.
Cependant il ne faut pas sortir des bornes d’un ouvrage propre à être mis dans les mains des jeunes gens.
Quant à l’ouvrage pour l’Ecole militaire, je désire qu’on y traite de l’administration en campagne, des règles du campement, pour que chacun sache comment se trace un camp, enfin des devoirs d’un colonel ou d’un commandant de colonne d’infanterie. Il faut surtout appuyer sur les devoirs de l’officier qui commande une colonne détachée; bien exprimer l’idée qu’il ne doit jamais désespérer; que, fût-il cerné, il ne doit pas capituler; qu’en pleine campagne il n’y a pour de braves gens qu’une seule manière de se rendre, c’est, comme François Ier et le roi Jean, au milieu de la mêlée et sous les coups de crosse; que capituler, c’est chercher à sauver tout hors l’honneur; mais que, lorsqu’on fait comme François Ier, on peut du moins dire comme lui: Tout est perdu fors l’honneur ! Il faut citer là des exemples, tels que celui du maréchal Mortier à Krems, et un grand nombre d’autres qui remplissent nos annales, pour prouver que des colonnes armées ont trouvé moyen de se faire passage en cherchant toutes leurs ressources dans leur courage; que quiconque préfère la mort à l’ignominie se sauve et vit avec honneur, et qu’au contraire celui qui préfère la vie meurt en se couvrant de honte. On peut ainsi prendre dans les histoires modernes tous les traits faits pour exciter l’admiration ou le mépris. Au nombre des actions honteuses, il faut mettre les affaires de Blenheim et de Höchstädt, et celle du corps de grenadiers français qui, dans la guerre de Sept-Ans, a capitulé. On peut même citer l’affaire du général Dupont, qui, tandis que des colonnes de secours s’avançaient, se tint pour battu dans une première attaque, préféra, pour sauver des bagages, obtenir une prétendue capitulation qui ne fut point exécutée, et entraîna ainsi les autres divisions dans sa perte.
Il y a un grand nombre de traits historiques pour et contre, qu’il faudra choisir et citer, de manière à inspirer toujours l’admiration pour les uns et le mépris pour les autres.
Beaucoup d’autres ouvrages seraient nécessaires pour les écoles et il faudrait peut-être nommer une commission de militaires instruits, que vous chargeriez de faire le prospectus de ces différents ouvrages.
Schönbrunn, 2 octobre 1809
Monsieur de Champagny, témoignez mon mécontentement au sieur Bourrienne de ce qu’il ne vous rend pas compte des démarches du roi de Westphalie à Hambourg. On assure que le cabinet de Cassel veut obliger les villes hanséatiques à lui faire un prêt. Si cela est, il doit s’y opposer de toutes ses forces, sans cependant empêcher un emprunt qui serait volontaire de la part des citoyens.
Écrivez au roi d’Espagne que les Anglais, dans leurs relations, disent avoir pris du canon, qu’ils détaillent le nombre des pièces, que toutes les lettres de l’armée le certifient, et qu’enfin le général Sénarmont dans son rapport, accuse qu’il y a six pièces de canon prises. Écrivez au général Sénarmont et au directeur du parc de donner l’état de l’artillerie perdue à la bataille de Talavera; que la moindre omission serait criminelle; que ce n’est pas pour imprimer, mais pour, savoir la vérité.
Témoignez au général Suchet ma satisfaction sur sa manière de marcher, et faites-lui connaître que je m’en rapporte à lui pour assurer la possession du fort important de Jaca, et qu’il y mette la garnison qu’il jugera convenable. Informez-le que j’ai nommé colonel, comme il le demande, le chef de bataillon Lapeyrolière du 117e.
Au comte Fouché, chargé par intérim du portefeuille de l’intérieur, à Paris
Je reçois votre lettre du 25 septembre. Je suppose que vous avez détruit le régiment des chevau-légers. S’ils veulent faire la guerre, c’est bien; sans cela, il est inutile qu’ils occupent de bons chevaux et dépensent l’argent de leurs parents. Les gardes nationales de Paris, en 1789, n’avaient pas d’hommes à cheval. Cela finira la querelle des colonels. A ce sujet, j’ai lieu d’être mécontent que vous ayez arrêté l’effet de mon décret. Personne n’a ce droit en France. Lorsque vous avez reçu mon décret, vous deviez l’exécuter comme vous avez fait pour le maréchal Sérurier. En général, j’ai toujours le même reproche à vous faire : vous ne mettez pas assez de légalité dans votre conduite. Vous devez ne pas faire ce qui vous paraître plus convenable, mais accorder tout avec la règle.
On me rend compte qu’un nommé Julian porte les épaulettes de colonel; faites-les-lui retirer, si vous ne voulez pas que je les lui fasse honteusement arracher. J’ai écrit au ministre de la guerre pour lui faire connaître mon intention. Que personne ne porte d’épaulettes d’officier sans avoir un brevet de moi. J’en excepte les officiers des gardes nationales des cinq divisions des côtes, qui pourront porter les épaulettes, jusqu’à celles de capitaine, lorsque le ministre les aura prévenus qu’il a mis leur nom sous mes yeux. Mais je désire que cela se fasse sans blesser personne, car ceux qui se sont mis en avant ont voulu être utiles; il ne faut point les dégoûter.
Je m’étonne qu’à la course du Champ-de-Mars il n’y ait eu que quatre chevaux. Il devait y en avoir autant que de départements. Cette institution est encore dans l’enfance.
A Joachim, roi des Deux-Siciles, à Naples.
L’idée de m’envoyer des brigands pour recruter les régiments napolitains qui sont à mon service ne vaut rien. Vous savez que la plus grande partie de ceux que vous m’avez envoyés ont déserté. Il y a trop de brigands en Espagne. Il ne faut donc pas songer à ce que vous me proposez.
Je donne ordre au ministre de la guerre de vous envoyer tous les officiers napolitains qui sont dans les troupes françaises ou italiennes.
Schönbrunn, 3 octobre 1809.
NOTE SUR DES INSCRIPTIONS PROPOSÉES POUR L’ARC DE TRIOMPHE.
L’Institut propose de donner à l’Empereur le titre d’Auguste et de Germanicus. Auguste n’a eu que la bataille d’Actium. Germanicus a pu intéresser les Romains par ses malheurs, mais il n’a illustré sa vie que par des souvenirs très-médiocres.
On ne voit rien dans le souvenir des empereurs romains que l’on puisse envier. Un des plus grands soins de l’Institut et des hommes de lettres doit être de s’attacher à mettre une grande différence entre eux et les faits de notre histoire. Quel horrible souvenir pour les générations que celui de Tibère, Caligula, Néron, Domitien et de tous ces princes qui régnèrent sans lois légitimes, sans transmission d’hérédité, et, par des raisons inutiles à définir, commirent tant de crimes et firent peser tant de maux sur Rome !
Le seul homme, et il n’était pas empereur, qui s’illustra par caractère et par tant d’illustres actions, c’est César. S’il était un titre que l’Empereur pût désirer, ce serait celui de César. Mais tant de petits princes ont tellement déshonoré ce titre (si cela était possible), que cela ne se rapproche plus de la mémoire du grand César, mais de celle de ce tas de princes allemands aussi faibles qu’ignorants et dont aucun n’a laissé de souvenirs parmi les hommes.
Le titre de l’Empereur est celui d’Empereur des Français. Il ne veut donc aucune assimilation, ni le titre d’Auguste, ni celui de Germanicus, ni même celui de César.
Quant à la langue dans laquelle les inscriptions doivent être rédigées, c’est la langue française. Les Romains se servirent quelquefois de la langue grecque dans leurs inscriptions, mais c’était un reste de l’influence des Grecs sur les arts et les sciences à Rome. La langue française est la plus cultivée de toutes les langues modernes; elle est plus définie, plus répandue que les langues mortes. On ne veut donc point d’autres langues pour les inscriptions que la langue française.
Schönbrunn, 3 octobre 1809
Monsieur de Champagny, il faut approfondir ce que c’est que des effets qui courent sur la place sous le titre de billets de Carniole et de billets de Trieste, si c’est au compte des provinces ou de la Maison d’Autriche, afin qu’on ne nous mette pas des dettes sur le corps.
Au comte de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris
Monsieur Bigot Préameneu, je désire que vous fassiez faire deux ouvrages soignés et qui passeront sous vos yeux: l’un sur la grande discussion qui eut lieu à l’occasion du concordat de Léon X, sous François ler et sous le ministère du chancelier Duprat. Il faut qu’il n’y ait que des citations dans cet ouvrage, en rapportant les phrases originales des historiens, les requêtes de l’Université, les discours des gens du roi, les remontrances du Parlement et tout ce qui a été dit il cette importante époque contre la cour de Rome et pour l’indépendance de l’église gallicane. Je désire qu’un recueil de toutes ces pièces soit fait en un volume, qui aura le titre d’Histoire du Concordat de Léon X. Chargez de ce travail un homme versé dans ces matières et qui se tienne dans la limite; qu’en général il mette peu du sien; qu’il fasse un récit intéressant des faits, mais qu’il cite tout ce qui est émané de l’Université, de la Sorbonne, du Parlement, à cette célèbre époque. Le second ouvrage aura pour titre : Histoire des guerres que les Papes ont faites à la puissance qui avait de la prépondérance en Italie, et spécialement à la France. L’idée primordiale de cet ouvrage doit être que les Papes ont constamment fait la guerre à toute puissance qui acquérait de la prépondérance en Italie; qu’alors ils employaient les armes spirituelles pour soutenir le temporel; de là des désordres incalculables dans l’Église; que les Papes n’ont jamais été engagés dans des guerres que dans des vues temporelles et pour avoir les moyens de donner des souverainetés à leurs neveux. Cet ouvrage doit être fait par un homme qui reste constamment dans les principes de la religion, mais se tienne rigoureusement sur la limite qui distingue le temporel du spirituel.
Monsieur Bigot Préameneu, en lisant l’ensemble du mandement de l’évêque de Saint-Brieuc, je pense comme vous. La phrase qu’on m’avait mise sous les yeux m’avait paru douteuse; cela prouve le danger d’isoler des passages. Il me semble que l’ensemble du mandement est bon, j’ai lu avec intérêt l’extrait que vous m’avez remis sur les mandements des évêques. Je désire que vous me fassiez relier tous ces mandements en un seul volume et que vous me le remettiez.
Faites mettre dans les journaux ecclésiastiques un extrait des mandements des principaux évêques sur ma lettre, à peu près comme celui que vous m’avez remis, en en retranchant les mandements mauvais ou douteux, et en développant mieux ce qui caractérise, dans les bons mandements, l’attachement au Gouvernement et les lumières de leurs auteurs sur la limite des deux pouvoirs.
Monsieur Bigot Préameneu, quelles sont les trois meilleures têtes du clergé de France comme théologiens gallicans ?
Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre des Cultes, à Paris
Écrivez au roi d’Espagne qu’il est nécessaire de faire construire et d’occuper une forte tête de pont sur la rive gauche du Tage et de faire travailler à plusieurs ponts, afin de pouvoir manœuvrer facilement sur les deux rives.
Faites connaître au Roi que mes troupes en Espagne manquent de tout, parce que mes généraux n’ont aucun pouvoir dans les provinces, et que, les autorités espagnoles étant faibles, les agents de la junte en profitent pour lui faire passer l’argent ; qu’il faut donc que les commandants des provinces aient l’administration du pays; que, dans la saison actuelle, qui est la bonne pour l’Espagne, il ne doit pas souffrir que l’ennemi approche de plusieurs marches du Tage, en tombant sur le premier qui se présente; que c’est d’ailleurs le moyen d’avoir des subsistances et d’ôter à l’ennemi des ressources en recrues, et en vivres; qu’il est contre toutes les règles de la guerre que, quand on occupe une position comme Plasencia, on laisse l’ennemi en position de couper les différents corps; qu’il ne faut donc pas souffrir que l’ennemi approche de plusieurs marches d’Almaraz; que la position qu’occupe l’armée est timide, mauvaise, et ne peut donner lieu qu’à des malheurs; qu’en ayant, au contraire, des ponts sur le Tage, avec de bonnes têtes de pont pour assurer sa retraite, et en battant sans cesse la plaine sans en laisser approcher l’ennemi, on saura ce qu’il fait, on empêchera sa réunion et on se ménagera les moyens d’être réuni à temps; que la position actuelle est absurde et contraire à tous les principes: pourquoi, du moment que 7 à 8,000 hommes sont venus bivouaquer devant Belvis de Monroy, ne les a-t-on pas attaqués et battus ?
Écrivez aux généraux Kellermann et Thiebault et au général commandant en Aragon de ne pas se laisser trahir par les Espagnols et de prendre des mesures pour garnir les magasins, se procurer des vivres, des moyens de charroi et tout ce qui est nécessaire à la troupe.
A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn
Mon Cousin, le régiment des chevau-légers polonais se trouvant dans des cantonnements infectés d’une fièvre contagieuse, mon intention est qu’il monte à cheval à midi et parte pour Saint-Pölten, où il sera cantonné dans la ville et environs. Ce régiment emmènera avec lui son dépôt et ses convalescents.
Schönbrunn, 5 octobre 1809
Monsieur Mollien, Maret vous aura envoyé le budget du quatrième trimestre de l’année. Il est probable que, dans le courant de novembre, toute la Garde sera rentrée en France, et que probablement une partie de l’armée y sera également de retour. Il est donc nécessaire que vous preniez des précautions pour que la solde ne soit pas payée deux fois, à l’armée et en France. Cette campagne ne m’a pas rendu autant que la précédente. Cependant, par les articles secrets des traités, je recevrai 100 millions sur la contribution; mais je ne crois pas que, y compris les magasins que je vendrai, j’aie reçu, jusqu’à cette heure, plus de 50 millions. Cette campagne ne m’aura donc rendu que 150 millions.
A Elisa Napoléon, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence
Ma Sœur, je reçois votre lettre du 28 septembre. Vous me dites que soixante cures sont vacantes dans le pays d’Arezzo; je ne vois pas pourquoi ces cures sont restées vacantes. Je désire que vous ayez soin qu’on y nomme promptement des bons sujets et qui me soient attachés, Vous me dites aussi que le superbe domaine de la liste civile dans le val de Chiana n’a pas de directeur: voyez l’intendant de ma liste civile et faites nommer un directeur capable; cela ne dépasse pas vos attributions. Quant aux curés, c’est à l’évêque à les nommer, et je désire qu’il s’en occupe sans retard. Vous me dites que les chemins sont en mauvais état; il faut vous occuper de les faire rétablir; j’ai accordé des fonds suffisants pour les travaux de cette année; levez tous les obstacles.
Schönbrunn, 6 octobre 1809, trois heures du matin
Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre. Je vais aujourd’hui jusqu’aux frontières de la Styrie, pour voir le pays et le débouché des montagnes. Vous pouvez dire que j’ai été voir les troupes de l’armée d’Italie au delà de Neustadt.
Ayez aujourd’hui une conférence peu parleuse, dans laquelle vous direz au prince de Liechtenstein qu’il connaît mon ultimatum et que la paix est à ces conditions. S’il ne répond pas d’une manière satisfaisante, vous remettrez la note ci-jointe, que vous tiendrez toute faite. Vous ne manquerez pas d’ajouter que le prince de Liechtenstein me marque peu d’égards; que, depuis quatre ou cinq jours que je le presse de finir, il tend à dénaturer la négociation; que je pensais toujours que la moitié des mines pouvait le satisfaire; que la question de l’Inn ne pouvait être renouvelée, ni aucune modification admise, sans faire rétrograder la négociation au delà de ce qu’elle était; que c’est enfin se moquer de vous et de moi. Parlez clair; dites-lui qu’il réfléchisse sur la note, et que ce soir, à mon retour, je désire en connaître le résultat; que, voulant faire une campagne avant l’hiver, je ne puis attendre plus longtemps. Si cela est bien fait, je dois trouver la paix faite à mon arrivée; et cela sera bien fait, si c’est dit solennellement et d’un ton positif. Au fond, la négociation devient ridicule. Vous ne manquerez pas de faire connaître que cet ultimatum a été donné ce matin avant mon départ.
Le soussigné, ministre des relations extérieures, est chargé de faire connaître au prince de Liechtenstein que le sine qua non des négociations est dans les conditions qu’il lui a fait connaître hier; que, depuis trois mois, les négociations traînent sans arriver à aucun résultat; que S. M. l’Empereur, dans son ultimatum qu’il avait donné dans sa lettre à l’empereur d’Autriche, avait demandé 1,600, 000 âmes sur la frontière de l’Inn et sur celle de l’Italie, et que cependant, par son sine qua non, il se contente entre 1,400,000 et 1,500,000 âmes; qu’il avait demandé en Galicie 2,500,000 habitants; qu’il se contente cependant de 1,900,000 ; qu’admettre d’autres conditions serait contraire à son honneur et aux promesses qu’il avait faîtes en annonçant à l’empereur d’Autriche, dans sa lettre, que les conditions qu’elle renfermait étaient son ultimatum; que, d’ailleurs, Sa Majesté est résolue à ne pas se désister de son sine qua non ; que c’est donc au prince de Liechtenstein à prendre son parti sur cette déclaration.
Schönbrunn, 6 octobre 1809
Monsieur le Général Clarke, je vois dans les journaux une lettre du général Sénarmont à la cour de Carlsruhe, dans laquelle il lui rend compte de la bravoure qu’ont montrée les troupes de Bade, etc.
Je trouve ces rapports extrêmement déplacés. Faites une circulaire aux généraux qui ont des troupes alliées sous leurs ordres pour leur interdire toute correspondance avec les cours étrangères ,et faites-leur connaître que j’ai témoigné mon mécontentement au général Sénarmont pour avoir écrit cette lettre.
Un autre général a écrit au roi de Hollande. Tour cela est ridicule.
Schönbrunn, 7 octobre 1809.
NOTE POUR LES MINISTRES DE L’INTÉRIEUR ET DE LA JUSTICE
De ce que la Spezia est devenue port militaire, on en conclut qu’il est inutile de former à Bouc un port militaire et de construction de vaisseaux de guerre. La Spezia et le port de Bouc n’ont rien de commun, et l’on pourrait même dire que c’est parce que la Spezia est devenue port de guerre, qu’il faut former à Bouc des établissements pour la construction de trois ou quatre vaisseaux de ligne. On ne ferait plus de construction à Toulon, qui deviendrait exclusivement port d’armement et de radoub. Bouc a une qualité essentielle pour être port de construction, puisqu’il se trouve à l’embouchure d’un fleuve qui communique, par les moyens de navigation, tant exécutés qu’en exécution, avec l’Océan et toutes les grandes rivières de France.
Schönbrunn, 7 octobre 1809
Dans le dernier état de situation, au ler août, il y avait à Bayonne 9,000 habits de ligne et 1,500 légers. Cela sera suffisant pour habiller les 7,000 hommes que j’ai ordonné d’y diriger. Je vois qu’il y avait 20,000 chemises, 80,000 paires de souliers et tout ce qui est nécessaire.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn
Mon Cousin, mettez à l’ordre l’enquête faite sur l’adjudant commandant Mériage et les réponses de cet officier, en faisant connaître que, en conséquence de ces pièces, Sa Majesté le déclare exempt de tout blâme. Je vous ai recommandé de faire imprimer l’ordre du jour dans le Moniteur. Faîtes-y mettre également le résultat de la présente enquête.
Quartier impérial de Schönbrunn, 1er octobre 1809.
Le nommé Guéniard, secrétaire de l’adjudant commandant Mériage, commandant de la place de Vienne, ayant été convaincu d’après le jugement d’une commission militaire, d’avoir eu des intelligences avec l’ennemi et d’en avoir reçu de l’argent, a été condamné à la peine de mort et exécuté aujourd’hui.
L’Empereur ordonne que l’adjudant commandant Mériage, commandant de la Ville de Vienne, soit remplacé dans ce commandement, et qu’il soit nommé une commission d’enquête, composée de quatre officiers généraux, pour informer :
1° Si M. Mériage connaissait le sieur Guéniard quand il l’a pris pour secrétaire;
2° Quelles mesures a prises l’adjudant commandant Mériage pour s’assurer des mœurs, de l’honnêteté et de la moralité de cet homme avant de lui conférer une place aussi importante et dans laquelle il était à même de connaître les détails de l’armée ;
3° M. Mériage s’était-il procuré des renseignements sur la conduite antérieure du sieur Guéniard auprès des personnes auxquelles cet individu était attaché ?
Etait-il porteur de papiers et de titres qui garantissaient sa conduite passée ?
4° Comment M. Mériage a-t-il pu ignorer que le sieur Guéniard était mal famé depuis longtemps ?
Sa Majesté fait connaître à MM. les officiers des états-majors, commandants d’armes et à MM. les chefs d’administration, qu’ils doivent répondre des personnes auxquelles ils accordent leur confiance. Leur premier devoir est de ne s’attacher que des hommes bien famés et connus par leur conduite antérieure, et de repousser loin d’eux ces individus tarés dans l’opinion publique et immoraux, qui, par leur esprit d’intrigue, ont plus de facilité à se mettre en avant, à tromper ceux qui les emploient et à trahir les secrets des cabinets où ils sont entrés.
Le prince de Neuchâtel, major général, ALEXANDRE.
Je reçois votre lettre, du 30 septembre. Je vois avec plaisir qu’il y a en France plus de voitures neuves que je ne pensais; qu’il y en a 600 à Strasbourg, parmi lesquelles 120 haquets à bateaux; les bateaux y sont-ils ? Qu’entre Strasbourg et Mayence, Auxonne, Metz et la Fère j’ai 900 voitures neuves; c’est la moitié de ce que je demande.
Ce qui existe à Grenoble doit être tenu en réserve pour l’Italie, en cas de malheur et qu’il fallût reformer une armée sur les Alpes. Je vois 300 voitures marquées en encre rouge; je présume qu’elles sont à réparer. Au total, cet état est plus satisfaisant que je ne le croyais, et ma croyance est simple: vous m’aviez écrit que vous n’aviez pas de voitures. Vous avez justifié le directeur d’artillerie de Mayence d’avoir donné de mauvaise artillerie au corps de Hanau, en disant qu’il n’y avait pas d’artillerie; cependant il y avait là 120 voitures.
Il faut avoir un grand nombre de forges de campagne, non seulement pour l’artillerie, mais pour que je puisse au besoin en prendre pour la cavalerie. Cela étant, faites vos commandes et organisez vos arsenaux de manière qu’on y travaille sans relâche. Présentez-moi un nouveau projet. Je désire que vous regardiez comme à compte sur les 2,200 voitures que j’ai demandées celles qui sont à Strasbourg, Metz, la Fère, Auxonne et Mayence. Il faut également compter celles que vous faites confectionner et qui entrent dans les budgets des années 1809 et 1810, parce que j’estime que ce ne sera qu’en 1811 que vous pourrez avoir 3,000 voitures que je demande, au lieu de 2,200. Il est probable que celles que vous avez formeront un nombre de 1,000 à 1,200, et, comme je veux conserver les mêmes fonds que j’ai accordés par le budget de cette année, on pourra employer le surplus d’affûts de place et de côte.
Résumé. Je désire que mes arsenaux soient organisés de manière qu’au 1er janvier 1811 j’aie dans mes arsenaux du Rhin 2,500 voitures de campagne neuves , indépendamment de 3 ou 400 voitures que la Grande Armée y déposera. Ce nombre de 2,500 voitures se compose: 1° des voitures neuves existant aujourd’hui, 2° de celles à faire par le budget de 1809, 3° de celles à faire par le budget de 1810, 4° du supplément à faire en conséquence du budget extraordinaire de cette année, c’est-à-dire sur les fonds accordés par mon dernier décret. Présentez-moi, à mon retour à Paris, un travail là-dessus.
Un second travail que je désire que vous me fassiez faire est celui-ci : me faire connaître, 1° le nombre d’affûts de côte, de siége et de place existant dans mes arsenaux, 2° les commandes que vous avez faites en conséquence du budget de 1809, 3° les commandes que vous avez faites sur le budget de 1810, 4° enfin l’extraordinaire, pour consommer les fonds que j’ai mis cette année pour les voitures d’artillerie.
Je vous prie de considérer quatre choses: l° que j’ai pour principe, non seulement d’avoir une grande quantité d’affûts et de canons à la Fère, comme place centrale et près de Paris; 2° que je veux faire de Metz, comme place forte et éloignée des frontières, le grand dépôt de mon matériel; 3° qu’il faut que Turin puisse fournir à l’armement d’Alexandrie; 4° qu’il faut que le Nord puisse fournir au grand armement d’Anvers et de l’Escaut, car je désire que les batteries du fort Lillo et autres forts soient sur affûts de place et de côte, ainsi que celles d’Anvers. Jusqu’à cette heure il n’y a que des batteries sur affûts marins; il faut changer cet état de choses.
Faites travailler avec la plus grande activité possible dans les arsenaux. L’Empire est vaste, et les besoins sont considérables.
Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre à Bayonne qu’on forme un régiment de marche tiré des dépôts des 34e, 114e , 115e, 116e, 117e, 118e, 119e et 120e. Ce régiment restera réuni à Bayonne jusqu’à ce qu’il soit bien habillé, bien discipliné et fort de 3 à 4,000 hommes. Le 1er novembre, le général Hédouville en passera la revue et me fera connaître sa situation. Vous passerez à Paris la revue des deux bataillons de la Vistule et des 200 lanciers. Vous dirigerez de Sedan tout ce qu’il y aurait de disponible sur ces deux corps, en leur faisant donner ce qui leur est nécessaire pour les porter à 1,500 hommes d’infanterie et 300 chevaux. Vous me ferez connaître, au 20 octobre, la situation de ces corps pou que j’indique leur destination, Vous dirigerez sur Orléans le bataillon irlandais et les autres troupes que vous destineriez pour l’Espagne.
Réunissez à Paris tout ce que les dépôts de dragons pourront fournir après avoir complété les six régiments provisoires à 6,000 hommes, et tâchez de porter ce nombre d’hommes à 3,000. Vous pourrez former de ces 3,000 hommes deux ou trois régiments de marche. Ces régiments de marche attendront à Tours, et autres lieux où le fourrage est abondant, l’arrivée des régiments provisoires, pour se joindre à eux. Par là, j’aurai neuf régiments provisoires de dragons, composés des 3e et 4e escadrons et formant 9,000 chevaux.
Mon intention est de réunir, pour le commencement de décembre, 80,000 hommes d’infanterie et 15 à 16,000 chevaux, pour entrer en Espagne avec ces renforts. Je suppose que l’ennemi aura évacué l’île de Walcheren. Voici comment je suppose que je pourrai former ce corps de 100,000 hommes.
Infanterie : 9,000 hommes, composés des 26e, 66e, 82e, d’un bataillon hanovrien et d’un bataillon de la légion du Midi; 6,000 hommes des 47e, 15e, 86e et 76e; 3,000 hommes du 22e de ligne; 8,000 hommes des neuf bataillons du corps du duc d’Abrantès et du régiment de Berg; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Strasbourg; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Maëstricht; 14,000 hommes des six demi-brigades provisoires de l’armée du Nord; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Bayonne; 19,000 hommes provenant de tout ce qui se trouve disponible aux dépôts de tous les régiments , en France, qui seront dirigés sur Bayonne et incorporés dans les régiments d’Espagne; 10,000 hommes de la Garde; total : 80,000 hommes d’infanterie et 4 000 hommes de troupes alliées.
Cavalerie. 9,000 dragons des neuf régiments provisoires; 2,000 hommes provenant des dépôts de chasseurs et hussards qui ont leurs régiments en Espagne; 1,000 hommes du régiment provisoire; 600 hommes du régiment de chasseurs du grand-duché de Berg; 3,400 hommes de tous les dépôts de chasseurs et hussards qui sont en France, à incorporer dans les régiments de l’armée d’Espagne, y compris 1,000 hommes tirés des dépôts de cuirassiers pour le 13e de cuirassiers; total, 16,000 hommes de cavalerie.
Ce qui, avec les 80,000 hommes d’infanterie française et les 4,000 alliés, fera 100,000 hommes, que mon intention est d’avoir réunis, entre Bayonne et Orléans, dans le mois de décembre, pour entrer en Espagne.
Je désire que vous fassiez faire ce travail dans vos bureaux, afin de rectifier ces calculs, et que vous me présentiez la formation d’une réserve de 100,000 hommes, en n’y comprenant aucun homme de l’armée d’Allemagne si ce n’est le corps du duc d’Abrantès.
J’ai à l’armée une grande quantité de chevaux d’artillerie, une partie se rendra à Laybach, où sera le quartier général de d’Italie; une partie restera dans le nord de l’Allemagne avec le duc d Auerstaedt. Mon intention est d’en envoyer 2 000 à l’armée d’Espagne. Je suppose qu’il en rentrera en France au moins 8 ou 9,000. Je désire que ces 8 ou 9, 000 chevaux soient répartis dans l’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté et la 26e division militaire, chez les paysans. Présentez-moi un projet là-dessus. Je désire qu’à peine arrivés, ces chevaux soient distribués, afin qu’ils ne coûtent rien. Quant aux harnais, on les placera à Metz, Strasbourg, Mayence. Je ferai la même chose pour ma Garde. J’enverrai en Espagne un millier de ces chevaux, et j’en placerai un millier autour de la Fère.
Mon intention est de faire construire un pont sur pilotis à Huningue. Concertez vous avec le ministre de l’intérieur pour cela. Faîtes faire le projet d’un fort en avant de Huningue, afin que je sois maître du pont. Toutes mes troupes venant par la Franche-Comté sont obligées de passer par le pont de Bâle, si je n’ai point un pont à Huningue. Faîtes-vous faire un rapport là-dessus par le génie. Cela sera d’autant plus à propos que Huningue est, je crois, une place d’une certaine force.
Je vous ai fait connaître que la paix serait bientôt signée. Les plénipotentiaires sont d’accord, et on rédige le traité. Je crois devoir vous renouveler cet avis, pour que vous contremandiez les mesures que j’ai ordonnées, mais pour que vous arrêtiez, dans quelque lieu qu’elles se trouvent, les troupes en marche pour l’Allemagne et pour que vous m’en rendiez compte.
Il y a à Magdeburg une grande quantité d’artillerie qui m’appartient, qu’il faut faire venir en France. Il y a dans les places frontières de France de l’artillerie de siége, qui ne devrait pas y être: à Wesel, Mayence, Strasbourg, par exemple. Ces places peuvent être investies un jour, il n’y faut donc laisser que l’artillerie nécessaire pour leur défense. L’excédant doit être évacué sur les places de seconde ligne, et spécialement sur Metz, qui doit être considéré comme le grand arsenal et le grand dépôt.
Faites partir pour Wesel toute l’artillerie de ces places qui peut être appropriée pour la défense d’Anvers. Je suppose que deux cents pièces de canon, depuis le calibre de 3, jusqu’à celui de 12, sont nécessaires pour Anvers. Je pense également qu’il faut mettre le directeur d’artillerie à Anvers.
Je suppose que dans le Hanovre il n’y a plus d’artillerie, et que celle de Hameln a été dirigée sur le Rhin.
Schönbrunn, 8 octobre 1809
J’expédie à Votre Majesté mon officier d’ordonnance Marbeuf pour lui donner des nouvelles de la situation des négociations. Tout porte à croire que demain nous serons d’accord aux termes suivants: la nouvelle Galicie avec la moitié des mines de Wie1iczka et le cercle de Zamosc, formant une population de 1,500,000 habitants, seront réunis au duché de Varsovie; toutes les enclaves que la Maison d’Autriche a en Saxe, consistant en cinq ou six villages, seront réunies au royaume de Saxe. Je désire que cela reste encore secret. Par cette réunion, le duché de Varsovie se trouvera avoir quatre millions de population; Cracovie, avec un arrondissement sur la rive droite de la Vistule, en fera partie.
J’expédierai un courrier extraordinaire à Votre Majesté sitôt que cela sera signé. Je compte me rendre moi-même immédiatement à Paris, et je ne pense pas avoir le temps ni d’aller à Dresde ni de me rencontrer sur la route avec Votre Majesté.
En considérant la situation des choses pour de nouvelles vicissitudes, les fortifications de Dresde me paraissent devoir jouer peu de rôle dans nos mains, et il est à craindre que, si les Autrichiens s’en emparaient, ils ne les rétablissent, parce qu’ils ne tiendront pas à considération de conserver ou de brûler les faubourgs. Je crois donc qu’il est convenable de faire sauter les remparts et de mettre par là cette belle et grande ville à l’abri de tout événement militaire. Mais Votre Majesté doit avoir une place forte où ses dépôts, ses canons, ses chancelleries et tous les objets importants puissent être renfermés.
Cette place me paraît devoir être Wittenberg. Je voudrais là une grande place qui nous rendît maîtres du pont et qui se coordonnât avec Magdeburg. Ce serait le boulevard de la monarchie de Votre Majesté. Même dans l’état où je l’avais mise, cette place était à l’abri d’un coup de main. Je prie Votre Majesté de me faire connaître son opinion.
Les fortifications de Praga nous ont rendu, cette année, de grands services. Peut-être serait-il convenable d’entourer Varsovie par six ou sept forts d’un même échantillon qui seraient liés par des lignes.
La population étant d’un esprit qui la met à même de se défendre, ces lignes pourraient être d’un grand intérêt.
Je prie Votre Majesté de garder toutes ces nouvelles pour elle seule.
Elle connaît la situation de l’Europe; elle doit être convaincue de l’importance de mettre son infanterie, sa cavalerie, son artillerie sur un bon pied, afin que, dans tout événement, elle puisse avoir un corps de 30, 000 Saxons, qui, avec son armée de Varsovie, la mettrait en position de n’avoir jamais rien à craindre de la Prusse.
Au maréchal Moncey, duc de Conegliano, inspecteur général de la gendarmerie, à Lille
J’ai appris avec intérêt la conduite distinguée que le sous-lieutenant de gendarmerie Foison, le maréchal des logis Legras et le gendarme Poulain, ont tenue dans l’affaire du brigand Daché. Je désire que vous fassiez connaître à toute ma gendarmerie les preuves éclatantes que je viens de leur donner de ma satisfaction et l’intention où je suis d’honorer et de récompenser les officiers, sous-officiers et soldats de ma gendarmerie qui se distinguent par des actes de courage et de dévouement, ou qui montrent une spéciale activité dans la poursuite de ces restes impurs des guerres civiles que l’Angleterre solde et vomit sur nos côtes, et pour réprimer les ennemis de l’ordre et des lois. Je suis bien aise que ma gendarmerie trouve dans cette circonstance une preuve de la satisfaction que j’ai de ses services.
ORDRE POUR M. LABOURDONNAYE, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR À SCHÖNBRUNN
L’officier d’ordonnance Labourdonnaye portera la lettre ci-jointe au duc d’Istrie. Il restera huit ou dix jours à Anvers, ira voir la situation des troupes dans le Sud-Beveland et parcourra la ligne des avant-postes anglais, et viendra me rendre compte de la situation des choses, où je serai.
Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant l’armée du Nord, à Anvers
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 29 septembre. Je suis bien aise de vous savoir à la tête de mon armée du Nord. Quoique je n’aie point lieu d’être mécontent du prince de Ponte-Corvo, je n’ai cependant pas jugé devoir laisser un homme d’une opinion si chancelante à la tête de forces si considérables. Il faut faire parfaitement armer Anvers, ainsi que tous les ouvrages avancés, et il faut que l’artillerie de terre fasse venir suffisamment de pièces de bronze et d’affûts de place pour que cet armement soit en règle et conforme aux principes de l’artillerie. Je suppose que tous les ouvrages avancés sont couverts par des fossés pleins d’eau, que j’ai ordonnés il y a plusieurs années; je suppose également qu’ils sont bien armés. Une partie des fortifications d’Anvers doit être soutenue par des inondations; une autre partie a besoin d’être couverte par des forts et des camps retranchés. Le génie doit avoir des notes que j’ai dictées et envoyées au ministre de la guerre; faites-vous-en donner une copie. Parcourez les remparts d’Anvers et envoyez-moi un détail, front par front, bastion par bastion, de toutes les fortifications de la place et des ouvrages avancés, avec une carte qui me fasse connaître la position comme si j’y étais. Faites ce travail vous-même. Faites-moi faire un projet de camp retranché pour lier les inondations, à peu près comme les ouvrages que j’ai fait faire à Spitz ou les réduits de l’île Napoléon, afin que 20,000 hommes de gardes nationales soient là inattaquables par 20 ou 30,000hommes de bonnes troupes. Il me semble que le fort Lillo et Anvers sont liés par une inondation. Il sera nécessaire d’établir des redoutes sur les différentes digues, pour que l’ennemi ne puisse pas se porter sur le chemin d’Anvers à Lillo. J’ai donné des ordres pour construire à Anvers un bassin capable de recevoir trente vaisseaux de guerre. Je désire que la plupart des pièces de côte placées le long de l’Escaut soient sur affûts de côte. Faites-moi connaître la force de chaque batterie, le calibre et la qualité des pièces, l’état des affûts, espèce des mortiers, afin que je voie si cela est suffisant.
Les Hollandais sont sous vos ordres ; allez donc visiter l’île de Sud-Beveland, et ordonnez qu’on tire de Berg-op-Zoom et des autres places l’artillerie nécessaire pour établir des redoutes et des batteries devant l’île de Walcheren. J’attendrai avec impatience le résultat de cette visite. Faites-moi connaître le détail des bâtiments de la flottille française que vous avez. Envoyez à Boulogne pour faire partir et presser l’arrivée de ceux qui sont déjà partis. Joignez-y l’état de la flottille hollandaise. Le moment approche où il faut enlever l’île de Walcheren. Les maladies, doivent avoir anéanti l’armée anglaise. Il est nécessaire que vous écriviez tous les jours au ministre de la guerre, qui me mettra vos lettres sous les yeux; entrez dans les plus grands détails. Il est également nécessaire que vous me présentiez un projet d’attaque pour l’île de Walcheren.
Tout porte à penser que la paix sera signée sous peu de jours.
J’ai reçu votre lettre du 3o septembre. Je ne mets jamais en comparaison l’intérêt des affaires spirituelles avec celui des affaires temporelles. Si les missions étrangères jugent profitable de se mettre sous la protection de l’Angleterre, je le verrai avec plaisir, puisque cette nation est plus en état que moi de protéger leur sainte entreprise.
Qu’elles mettent donc de côté toute considération de patrie et ne voient que la patrie du ciel.
Quant aux missions de l’intérieur, on m’a rendu compte qu’elles faisaient du mal. Mon clergé séculier est d’ailleurs trop bien composé pour que j’aie besoin de ces énergumènes dont je ne connais pas les principes. Les intérêts de mes peuples sont ma plus chère occupation. Ils m’ont fait prendre la résolution de proscrire ces missions ambulantes dans mes provinces, d’autant plus que mes Etats, étendus par le secours de la Providence divine, renferment des églises qui varient beaucoup dans leurs opinions sur leurs relations avec l’autorité spirituelle, et qu’une partie de ces missionnaires, élevés à Rome dans des principes anti-gallicans, ne lisent leurs devoirs que dans les leçons d’orgueil et les maximes d’usurpation de la cour de Rome.
Ma volonté est irrévocable ; c’est à mon clergé de s’y conformer.
Je ne partage pas la crainte que vous me faites entrevoir, parce qu’il est du devoir de mon clergé de m’obéir et que le Saint- Esprit cesserait d’être avec lui le jour où il tenterait de s’écarter de l’obéissance qu’il me doit.
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris (il a été nommé à ce poste le 1er octobre)
Monsieur de Montalivet, les travaux de Lyon n’avancent pas. On m’assure qu’il y a un million dans la caisse municipale. Les travaux du quai de Bourg-Neuf, du pont de Serin, de la terrasse de Saint-Clair, ne vont pas. Donnez des ordres pour y remédier.
Schönbrunn, 8 octobre 1809.
Au comte Maret, ministre Secrétaire d’État, à Paris
Envoyez la lettre ci-jointe (il s’agit de la lettre de l’aide de camp du prince Borghèse, adressée au prince, contenant le rapport de la mission qui lui avait été donnée d’aller complimenter le pape et de s’informer de ses besoins) au préfet Chabrol (Chabrol de Volvie, préfet du département de Montenotte), et faites-lui connaître que je la lui envoie à cause des mots de ce rapport que je transcris ici: » que le Pape m’aurait écrit en secret deux fois qu’il ne dérangerait en rien mes projets ,sur Rome. » Je ne sais si l’aide de camp aura bien entendu ou non. Je désire que Chabrol s’en assure; car je n’ai reçu aucune lettre du Pape et je ne puis croire que le Pape m’ait écrit cela, puisqu’à Rome il s’était renfermé sous une triple barrière et qu’il ne cessait de lancer des excommunications. Je désire que Chabrol lui insinue qu’il a perdu ses Etats pour toujours, et que, d’ailleurs, nous ne voulons pas mêler le spirituel au temporel.
Donnez l’ordre qu’il soit placé à Tarare quatre brigades de gendarmerie à pied, c’est-à-dire vingt-quatre hommes, afin que je n’entende plus parler de malles arrêtées ni de diligences volées. Vous mettrez deux brigades au bas de la montagne, une de chaque côté, et deux sur le col pour ne pas augmenter la dépense, vous tirerez ces quatre brigades des départements de l’Ouest, qui seront affaiblis d’autant.
Schönbrunn, 9 octobre 1809
Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne
Monsieur le Général la Riboisière, mon intention est de réunir à Passau toutes les pièces d’artillerie autrichiennes qui sont à Vienne, à Brünn et à Linz; d’y réunir également tous les boulets, la poudre, les affûts, objets de rechange et matériel d’artillerie de toute espèce.
Vous organiserez à Passau un magasin, et vous mettrez à la tête un garde-magasin français, qui aura la comptabilité de tous ces objets.
Lorsque tout sera arrivé à Passau, je le ferai évacuer sur la France ou je le laisserai pour la défense de la place, mon intention étant d’avoir aux deux points de Passau et de Salzburg deux places fortes.
Après la signature de la paix, on aura un mois pour évacuer Vienne, un autre mois pour Melk et un mois pour évacuer Linz. Toute l’artillerie de Raab, de Graz, sera dirigée sur Laybach pour servir à l’armement de la place que j’ai l’intention d’établir sur la Save. Tout ce qui se trouve à Klagenfurt doit être évacué sur Villach, qui nous reste.
De quel droit. le général Dumas a-t-il écrit de ma part en Pologne d’évacuer le Dniester, surtout l’ennemi n’ayant pas évacué la Dalmatie ?, Trahit-on ma confiance, ou sacrifie-t-on mes intérêts pour une vaine urbanité ? Je suis fâché qu’on ait écrit ainsi aux Polonais. Faites-moi un rapport dans la journée.
Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie qu’il fasse rétablir sur-le-champ la batterie de Cuxhaven et y tienne ses troupes, au lieu de les tenir dans le Hanovre, où elles ne font que manger le pays.
Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne
Monsieur de Champagny, écrivez au sieur d’Hauterive qu’il doit faire connaître à l’ambassadeur de Suède tout l’intérêt que je prends à ce pays; que je serai incessamment à Paris, mais qu’en attendant je l’autorise à entendre ce que les Suédois auraient à vous dire, et à vous le transmettre par l’estafette. Le sieur d’Hauterive doit déplorer les événements passés et la superbe position que la folie du dernier Roi a fait perdre à la Suède, et exprimer le vif intérêt que je prends à ce pays.
Schönbrunn, 10 octobre 1809
Monsieur mon Frère, le duc de Vicence m’instruit que Votre Majesté Impériale a conclu la paix avec la Suède et qu’elle a obtenu les avantages qu’elle désirait. Votre Majesté veut-elle me permettre de lui en faire mon compliment ?
Les négociations d’Altenburg ont été conduites à Vienne; le prince jean de Liechtenstein les suit avec M. de Champagny, et j’espère pouvoir instruire bientôt Votre Majesté de la conclusion de la paix avec l’Autriche. Elle y verra que, conformément à ses désirs, la plus grande partie de la Galicie ne change point de maître, et que j’ai ménagé ses intérêts comme elle eût pu le faire elle-même, en conciliant le tout avec ce que l’honneur exige de moi. La prospérité et le bien-être du duché de Varsovie exigent qu’il soit dans les bonnes grâces de Votre Majesté, et les sujets de Votre Majesté peuvent tenir pour certain que, dans aucun cas, dans aucune hypothèse, ils ne doivent espérer aucune protection de moi.
J’ai donné à l’Autriche la paix la plus avantageuse qu’elle pût espérer. Elle ne cède que Salzburg et peu de chose du côté de 1’Inn; elle ne cède rien en Bohême; elle ne cède du côté de l’Italie que ce qui m’est indispensable pour ma communication avec la Dalmatie. La monarchie autrichienne reste donc entière. C’est un second essai que j’ai voulu faire; j’ai usé envers elle d’une modération qu’elle n’était pas en droit d’attendre. .J’espère avoir fait en cela une chose agréable à Votre Majesté.
J’envoie à Votre Majesté les derniers journaux anglais; elle y verra que les ministres se battent, qu’il y a une révolution dans le ministère et une parfaite anarchie. La folie et 1’inconséquence de ce cabinet n’ont pas de nom. Il vient de faire périr 25 à 30,000 hommes dans le plus horrible pays du monde; autant eût-il valu les jeter dans la mer, tant sont pestilentiels les marais de l’île de Walcheren. En Espagne, ils ont perdu un monde très considérable. Le général Wellesley a eu l’extrême imprudence de s’engager dans le cœur de l’Espagne avec 30,000 hommes, ayant sur ses flancs trois corps d’armée formant quatre-vingt-dix bataillons et quarante à cinquante escadrons, tandis qu’il avait en face l’armée commandée par le Roi, qui était d’égale force. On a peine à se figurer une pareille présomption. Reste à savoir actuellement quel ministère va remplacer l’ancien.
Les États-Unis sont au plus mal avec l’Angleterre et paraissent vouloir se rapprocher sincèrement et sérieusement de notre système.
Le projet (relatif à la dotation de la Couronne, au domaine privé de l’Empereur et aux apanages) ne me paraît pas complet en ce qu’il n’établit pas d’une manière claire l’exception des règles du Code civil dans laquelle se trouvent les biens du domaine privé. L’Empereur peut en disposer entre-vifs; il peut donner tout à l’un de ses héritiers et rien à l’autre, il peut faire entre eux un partage inégal, et tous ces dispositions doivent avoir une force indépendante du Code, puisque le domaine privé est excepté des dispositions du Code.
Ce qui est meuble ne parait pas assez défini. Les meubles peuvent être distingués en meubles meublants, diamants ou pierres précieuses, et argent.
Les meubles meublants doivent être distingués en meubles existant dans les palais de la liste civile et en meubles existant dans les palais, du domaine privé.
Les meubles existant dans les palais de la liste civile appartiennent de fait à la liste civile et n’entrent point dans la succession du domaine privé. Mais il serait possible que l’Empereur habitant un palais de son domaine privé, il s’y trouvât des meubles pour des sommes considérables soit en meubles meublants, en argenterie, en linge, en voitures, équipages et chevaux. Ceux de ces meubles qui, étant une fois entrés dans les palais de la liste civile, auraient été transportés dans les palais du domaine privé, devraient toujours être considérés comme appartenant à la liste civile; le déplacement n’aurait pas changé le caractère de cette propriété. Mais cette distinction serait insuffisante. On conçoit que l’Empereur, après un long règne, se trouverait avoir dans les palais de son domaine privé une grande partie des meubles nécessaires à la représentation du trône, et que, si ses héritiers avaient le droit de s’en emparer, son successeur serait entraîné dans des dépenses énormes que la liste civile ne pourrait pas supporter. Cependant la plus grande partie de ces meubles aurait été achetée avec les fonds de la liste civile. Il serait donc juste de distinguer parmi ces meubles ceux qui proviennent de la liste civile et qui doivent lui revenir. Cette distinction peut se faire en établissant, 1°, comme il a été dit ci-dessus, que tous les meubles qui sont sortis des palais de la liste civile lui appartiennent; 2° que tous ceux qui ont été achetés des fonds de la liste civile, savoir, les meubles meublants, l’argenterie, le linge, les tableaux, statues et autres objets d’art (sur le budget du grand maréchal ou de l’intendant général), les équipages, les chevaux (sur le budget du grand écuyer), les ornements d’église (sur le budget du grand aumônier), appartiendraient tous à la liste civile. On dirait en même temps que tous les meubles, de quelque nature qu’ils fussent, qui auraient été achetés des deniers du prince et au moyen de fonds autres que ceux des budgets des divers services, appartiendraient au domaine privé, et dès lors entreraient dans la succession.
Les pierres précieuses ou diamants appartiennent au domaine privé de l’Empereur ou de l’Impératrice lorsqu’ils n’ont point fait partie du trésor de la Couronne. Cependant on pourrait aussi considérer comme devant revenir au trésor de la Couronne, à l’ouverture de la succession, tout diamant ou pierre précieuse dont la valeur individuelle excéderait 300,000 francs. L’argent appartient au domaine privé; mais il faut dire d’une manière précise, l° que l’Empereur peut déclarer que telle somme de son trésor fait partie du trésor de la Couronne; 2° que les souverains étrangers qui se trouveraient parmi les héritiers de l’Empereur ne peuvent hériter de l’argent; et il serait en effet fort ridicule que, s’il y avait quelques millions dans les coffres de l’Empereur les souverains étrangers vinssent s’en emparer.
Il paraîtrait même convenable d’établir en principe général qu’aucun souverain étranger ne peut hériter du domaine privé de l’Empereur. Non-seulement un souverain étranger pourrait faire sortir de France de l’argent, mais aussi des tableaux, des objets d’art; et d’ailleurs on évitera ainsi des contestations qui, entre souverains, peuvent devenir dangereuses.
Ce serait aussi une disposition qui paraîtrait convenable que celle qui établirait que l’empereur régnant peut, dans tous les cas, se réserver soit l’argent, soit les meubles qui auraient été achetés des deniers privés du prince et placés dans les palais de la liste civile, en en donnant toutefois l’équivalent. .
On ne parle que des pays conquis; il faut aussi parler des pays réunis, et dire que toutes les réserves qui ont été faites par l’Empereur, ou toutes les dispositions qu’il a prises avant la réunion, sont valables. Il faut même rédiger l’article d’une manière plus vaste, et, au lieu de pays conquis, dire pays étrangers. En effet, l’Empereur ne peut acquérir en France que par achat, puisque le droit d’aubaine et les confiscations appartiennent à l’État; mais il peut acquérir en pays étranger par des traités. Ainsi, en cédant, le grand-duché de Varsovie, Sa Majesté s’est réservé 20 millions de domaines, qu’elle a distribués à l’armée. En cédant les États vénitiens au royaume d’Italie, elle s’est réservée douze duchés, dont elle a disposé. Cet article doit donc être étendu pour comprendre tous les cas.
Ne donner aux filles et aux petites filles de l’Empereur aucune part dans le domaine privé, si ce n’est au mobilier seulement, n’est pas une chose juste. Il est possible qu’il n’y ait pas de mobilier, il est possible aussi qu’il y ait beaucoup d’argent. L’argent, étant meuble, appartiendrait à une fille ou petite-fille, ce qui pourrait être fort dangereux. Il pourrait être plus convenable de ne pas faire de distinction entre les biens du domaine privé et le mobilier, mais de fixer le maximum du droit des filles à la succession dans le cas où elles n’auraient pas été dotées. Il pourrait être de deux millions, comme l’apanage d’un prince, et même élevé à quatre millions, sans inconvénient, si l’étendue du domaine privé le permettait. L’argent et les meubles entreraient alors dans leur part de la succession.
Il faut établir, en cas de contestation sur la succession d’un empereur, par qui ces contestations seront jugées. On conçoit que, si l’autorité de l’empereur influe sur le jugement, il peut arriver qu’un arrière-cousin soit héritier du trône, qu’une fille ou petite-fille soit héritière de l’empereur défunt, et que l’empereur régnant, appartenant à une autre famille, ait intérêt à l’exclure de la succession. Le premier statut de la Famille impériale a institué un conseil de famille qui prononce sur les plaintes portées contre les princes et sur les actions personnelles intentées par eux ou contre eux. Il renvoie les actions réelles et mixtes devant les tribunaux ordinaires. Il ne distingue pas les actions des princes les uns contre les autres, et, en renvoyant devant les tribunaux ordinaires les actions réelles et mixtes, il s’ensuivrait que toutes les discussions relatives à la succession de l’empereur iraient par-devant les tribunaux ordinaires. Il y a là une lacune évidente. Il faut établir quel sera le tribunal compétent, et, si ce tribunal est un tribunal d’exception, il faut examiner jusqu’à quel point il conviendra que l’empereur n’ait point d’influence sur ses jugements.
Camp impérial de Schönbrunn, 10 octobre 1809
1° La division Grandjean sera cantonnée demain dans les faubourgs de Vienne. La division Dupas sera cantonnée, depuis Wolkersdorf, entre le Danube et la March.
2° Les camps étant levés, le corps du maréchal Oudinot fournira tous les jours un régiment entier de garde à Spitz.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne
Envoyez l’ordre au Il11e corps de se rendre à Spitz. Il partira le 12 et arrivera le 14. A son arrivée, il sera cantonné dans la ville de Vienne. Faîtes connaître au duc de Rivoli que la province de Krems est à sa disposition; que le 11e corps en part le 12 ; qu’ainsi le 13 il peut prendre le commandement de la province et y répandre ses troupes et, et qu’il ne doit pas perdre un moment pour commencer l’évacuation de ses malades et blessés sur Linz.
Donnez ordre au régiment wurtembergeois qui est à Krems faisant partie, de rester aux avant-postes. Le 11e corps ne mènera que le 25e de chasseurs.
Monsieur le Général Clarke, envoyez un officier à Saragosse me rapporter l’état de l’artillerie de cette place et de celle de Pampelune, matériel et personnel.
Mandez par cet officier au général Suchet que Blake et les autres corps ennemis sont occupés en Catalogne ; qu’il est donc nécessaire qu’il en profite pour faire des incursions contre le royaume de Valence, menacer Tarragone et autres places pour faire diversion et inquiéter l’ennemi.
Le 11 juin 1806, le ministre de la guerre m’a remis des tables de tout ce que coûte l’armée française. Il y a quatre ans de cela ; beaucoup de choses ont varié depuis. Je désire donc que vous me fassiez refaire ces tableaux.
Il faut qu’ils me fassent connaître ce que coûte sur pied de guerre, 1° un régiment de carabiniers, un régiment de cuirassiers, un régiment de dragons, de hussards et de chasseurs, formé à cinq escadrons et au complet; 2° un régiment d’infanterie de ligne à cinq bataillons et complète à 140 hommes par compagnie; 3° un régiment d’infanterie légère, un régiment d’artillerie, un bataillon du train et un bataillon d’équipages militaires, etc. Je désire un second état qui me fasse connaître ce que coûteraient ces mêmes corps sur pied de paix, en les supposant réduits de la manière suivante: l’infanterie à 100 hommes par compagnie, officiers, sous-officiers compris et le 5e bataillon supprimé, de manière qu’un régiment ne soit que de vingt-quatre compagnies; toute la cavalerie réduite à quatre escadrons par régiment, le 5e escadron ou la compagnie de dépôt supprimé; chaque régiment de grosse cavalerie garderait 600 chevaux et 800 hommes; les dragons et la cavalerie légère garderaient 500 chevaux et 700 hommes; l’artillerie réduite à 100 hommes par compagnie; tous les bataillons du train ayant leurs chevaux chez les paysans; tous les bataillons bis étant incorporés, dans les bataillons primitifs; les bataillons des équipages militaires incorporés de manière à n’en former que six et attachés aux différentes manutentions principales; aucun cheval d’artillerie n’étant nourri par l’État, à l’exception de ceux qui seraient employés aux transports en place des transports militaires. La Garde conserverait quatre régiments de conscrits, quatre régiments de tirailleurs, deux de fusiliers et deux de vieille Garde; total, douze régiments ou vingt-quatre bataillons. Les fusiliers et la vieille Garde conserveraient le même nombre qu’aujourd’hui; tous les autres bataillons seraient réduits à 100 hommes par compagnie; les grenadiers à cheval seraient réduits à 800 chevaux; les dragons et chasseurs, idem les chevau-légers polonais, à 600; tous les chevaux du train seraient placés chez les cultivateurs.
Témoignez mon mécontentement au général Hédouville de ce qu’il a laisse partir un trésor important de Bayonne avec une escorte de 60 hommes. Faites-lui connaître que je le rends responsable désormais s’il laisse partir de l’argent de Bayonne à moins d’une escorte de 1,000 hommes d’infanterie et de 200 de cavalerie, avec un officier supérieur intelligent.
Je désire que vous écriviez au roi d’Espagne pour lui faire comprendre que rien n:est plus contraire aux règles militaires que de faire connaître les forces de son armée, soit dans des ordres du jour et proclamations, soit dans les gazettes; que, lorsqu’on est induit à parler de ses forces, on doit les exagérer et les présenter comme redoutables en en doublant ou triplant le nombre, et que, lorsqu’on parle de l’ennemi, on doit diminuer sa force de la moitié ou du tiers; que dans la guerre tout est moral; que le Roi s’est éloigné de ce principe lorsqu’il a dit qu’il n’avait que 40,000 hommes et lorsqu’il a publié que les insurgés en avaient 120,000; que c’est porter le découragement dans les troupes françaises que de leur présenter comme immense le nombre des ennemis, et donner à l’ennemi une faible opinion des Français en les présentant comme peu nombreux; que c’est proclamer dans toute l’Espagne, sa faiblesse; en un mot, donner de la force morale à ses ennemis et se l’ôter à soi-même; qu’il est dans l’esprit de l’homme de croire qu’à la longue le petit nombre doit être battu par le plus grand. Les militaires les plus exercés ont peine, un jour de bataille, à évaluer le nombre d’hommes dont est composée l’armée ennemie, et, en général, l’instinct naturel porte à juger l’ennemi que l’on voit plus nombreux qu’il ne l’est réellement. Mais, lorsque l’on a l’imprudence de laisser circuler des idées, d’autoriser soi-même des calculs exagérés sur la force de l’ennemi, cela a l’inconvénient que chaque colonel de cavalerie qui va en reconnaissance voit une armée, et chaque capitaine de voltigeurs, des bataillons.
Je vois donc avec peine la mauvaise direction que l’on donne à l’esprit de mon armée d’Espagne, en répétant que nous étions 40,000 contre 120,000. On n’a obtenu qu’un seul but par ces déclarations, c’est de diminuer notre crédit en Europe, en faisant croire que notre crédit ne tenait à rien, et on a affaibli notre ressort moral en augmentant celui de l’ennemi. Encore une fois, à la guerre, le moral et l’opinion sont plus de la moitié de la réalité. L’art des grands capitaines a toujours été de publier et faire apparaître à l’ennemi leurs troupes comme très-nombreuses, et à leur propre armée l’ennemi comme très-inférieur. C’est la première fois qu’on voit un chef déprimer ses moyens au-dessous de la vérité en exaltant ceux de l’ennemi.
Le soldat ne juge point ; mais les militaires de sens, dont l’opinion est estimable et qui jugent avec connaissance des choses, il faut peu d’attention aux ordres du jour et aux proclamations et savent apprécier les événements.
J’entends que de pareilles inadvertances n’arrivent plus désormais, et que, sous aucun prétexte, on ne fasse un ordre du jour ni proclamation qui tendrait à faire connaître le nombre de mes armées, j’entends même qu’on prenne des mesures directes et indirectes pour donner la plus haute opinion de leur force. J’ai en Espagne le double et le triple en consistance, valeur et nombre, des troupes françaises que je puis avoir en aucune partie du monde. Quand j’ai vaincu à Eckmühl l’armée autrichienne, j’étais un contre cinq, et cependant mes soldats croyaient être au moins égaux aux ennemis et encore aujourd’hui, malgré le long temps qui s’est écoulé depuis que nous sommes en Allemagne, l’ennemi ne connaît pas notre véritable force.
Nous nous étudions à nous faire plus nombreux tous les jours. Loin d’avouer que je n’avais à Wagram que 100,000 hommes, je m’attache à persuader que j’avais 220,000 hommes. Constamment dans mes campagnes en Italie, où j’avais une poignée de monde, j’ai exagéré ma force. Cela a servi mes projets et n’a pas diminué ma gloire. Mes généraux et les militaires instruits savaient bien, après les événements, reconnaître tout le mérite des opérations, même celui d’avoir exagéré le nombre de mes troupes. Avec de vaines considérations, de petites vanités et de petites passions, on ne fait jamais rien de grand.
J’espère donc que des fautes si énormes et si préjudiciables à mes armes et à mes intérêts ne se renouvelleront plus dans mes armées.
Schönbrunn, 11 octobre 1809
Monsieur de Champagny, écrivez au sieur la Rochefoucauld (ambassadeur en Hollande) de demander que la division hollandaise qui, est dans l’île de Sud-Beveland, soit portée à 16 000 hommes au lieu de 3,000 hommes, au lieu de 16 000 hommes, sa force actuelle, et que, indépendamment de ces ^6.000 hommes, la Hollande fournisse deux cents chaloupes canonnières, bateaux canonniers et de péniches, pour aider à la reprise de l’île de Walcheren. Ces forces seront réunies à l’armée du duc d’Istrie.
Schönbrunn, 12 octobre 1809
Un jeune homme de dix-sept ans, fils d’un ministre luthérien d’Erfurt, a cherché, à la parade d’aujourd’hui, à s’approcher de moi (Frederic Staps, 1792-1809. Fils de pasteur luthérien d’Erfurt. Il sera fusillé le 16 octobre 1809). Il a été arrêté par les officiers; et, comme on a remarqué du trouble dans ce petit homme, cela a excité des soupçons; on l’a fouillé et on lui a trouvé un poignard.
Je l’ai fait venir, et ce petit misérable, qui m’a paru assez instruit, m’a dit qu’il voulait m’assassiner pour délivrer l’Autriche de la présence des Français. je n’ai démêlé en lui ni fanatisme religieux ni fanatisme politique. Il ne m’a pas paru bien savoir ce que c’était que Brutus. La fièvre d’exaltation où il était a empêché d’en savoir davantage.
On l’interrogera lorsqu’il sera refroidi et à jeun. Il serait possible que ce ne fût rien. Il sera traduit devant une commission militaire.
J’ai voulu vous informer de cet événement, afin qu’on ne le fasse pas plus considérable qu’il ne parait l’être. J’espère qu’il ne pénétrera pas; s’il en était question, il faudrait faire passer cet individu pour fou.
Gardez cela pour vous secrètement, si l’on n’en parle pas. Cela n’a fait à la parade aucun esclandre; moi-même je ne m’en suis pas aperçu.
P. S. je vous répète de nouveau et vous comprenez bien qu’il faut qu’il ne soit aucune question de ce fait.
Schönbrunn, 13 octobre 1809
M on Cousin, écrivez au roi de Westphalie de tenir suffisamment de troupes dans Magdebourg pour défendre cette place.
Schönbrunn, 14 octobre 1809.
A l’impératrice Joséphine, à la Malmaison
Mon amie, je t’écris pour t’apprendre que la paix a été signée il y a deux heures, entre Champagny et le prince de Liechtenstein.
Camp impérial de Schönbrunn, 14 octobre 1809
DÉCRET FORMANT UN EQUIPAGE DE SIEGE POUR L’ARMEE D’Espagne
TITRE Ier, MATÉRIEL.
ARTlCLE PREMIER, – Il y aura pour l’armée d’Espagne un équipage de siège composé de quatre–vingt-quinze bouches à feu, dont trente de 24, trente de 12, quinze obusiers, quatre mortiers de 12 pouces, huit mortiers de 8 pouces, huit mortiers de 6 pouces.
Art. 2, – L’équipage de chaque pièce sera formé de la manière suivante: pièce de 24 ; la pièce formera une première voiture, son affût une seconde; huit charrettes porteront les boulets à raison de quatre-vingts par voiture, ce qui fera six cents boulets; deux charrettes porteront la poudre. Il y aura donc douze voitures par pièce de 24; il yen aura la moitié par pièce de 12, et ainsi de suite. Toutes ces charrettes seront fournies par l’artillerie et viendront du Nord.
Art. 3. – Il y aura un équipage de mine avec l’approvisionnement de poudre nécessaire pour un siége pareil à celui de Saragosse.
Art. 4. – Notre ministre de la guerre nous présentera un rapport qui nous fera connaître les lieux d’où sont tirés les différents objets nécessaires pour l’organisation de cet équipage de siége. L’équipage fixé pour l’armée d’Espagne, et qui se trouve déjà à Burgos et à Madrid, fera partie de cette formation: l’autre partie sera prise à Saragosse, Pampelune et Saint-Sébastien. Le supplément sera pris à Bayonne.
Neuf cent mille quintaux de poudre au moins (poids de 16 onces) seront destinés à l’équipage de siége.
Art. 5. – Notre ministre de la guerre nous présentera un projet d’organisation pour le matériel du génie. Les objets existant en Espagne y seront compris; le surplus sera tiré, tout attelé, de l’armée d’Allemagne.
TITRE II. – PERSONNEL
Art. 6. Il y aura un général d’artillerie commandant l’équipage de siége, un colonel d’artillerie directeur, du parc, un chef de bataillon d’artillerie chef d’état-major; un général du génie, un colonel du génie directeur du parc, un chef de bataillon du génie chef de l’état major, et quarante officiers du génie; dix compagnies d’artillerie à pied, deux compagnies d’ouvriers, quatre compagnies de mineurs, six compagnies de pionniers et quarante mille outils de pionniers.
Art. 7. – Tout ce qui est disponible dans le personnel de l’artillerie et du génie, qui est en Espagne, indépendamment de ce qui est employé au service de campagne, sera attaché au service de l’équipage de siége.
TITRE III. – ATTELAGES.
Art. 8. – Il y aura 4,000 chevaux d’artillerie uniquement destinés au service de l’équipage de siége de l’armée d’Espagne, savoir:
2,000 mulets seront achetés en France, 1,000 en conséquence de l’ordre que nous en avons donné dans le mois dernier et 1,000 en conséquence du présent ordre. Ces achats seront faits dans les mois d’octobre, de novembre et de décembre. Les 2,000 mulets seront servis par 600 hommes à pied venant des bataillons du train qui sont à l’armée d’Espagne, et par 600 hommes à pied des différents dépôts et bataillons du train qui sont en France. Ces 1,200 hommes formeront quatre bataillons de marche du train. 1,200 chevaux seront pris parmi ceux du train qui étaient à l’armée du Nord, et formeront deux bataillons de marche du train. Enfin 1,000 chevaux seront dirigés de l’armée d’Allemagne sur Strasbourg.
Art. 9. – Le ministre de la guerre donnera des numéros à ces six bataillons de marche du train; les détachements dont ils seront formés conserveront leur numéro primitif, pour que l’incorporation puisse s’en faire facilement.
TITRE IV. – DISPOSITIONS DIVERSES.
Art. 10. – Afin d’éviter les frais de transport militaire, les 2,000 mulets dont il est question dans l’article 8 seront, à mesure de leur formation, dirigés sur Rochefort, la Rochelle et même sur Nantes et Orléans, si cela est nécessaire, pour prendre les effets d’artillerie destinés au dit équipage de siége, et spécialement les poudres.
Les 1,200 chevaux de l’armée du Nord attelleront quatre ou six cents charrettes qui doivent exister dans nos arsenaux du Nord, et se chargeront également des poudres et autres objets nécessaires pour l’équipage de siége. .
Les 1,000 chevaux de Strasbourg attelleront également des charrettes d’artillerie dans les places qui seront désignées par le ministre de la guerre.
Art. 11. – Notre ministre de la guerre est charge de l’exécution du présent décret.
Schönbrunn, 14 octobre 1809
Mon officier d’ordonnance Marbeuf aura remis à Votre Majesté la lettre que je lui ai écrite il y a peu de jours. Celle-ci a pour objet de l’instruire que la paix a été signée ce matin à neuf heures, et qu’elle est en tout conforme à ce que j’en ai écrit à Votre Majesté.
Je compte partir de cette capitale après-demain pour me rendre à Paris.
A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich (Des lettres dans les mêmes termes ont été adressées an roi de Wurtemberg, au prince Primat, au grand-duc de Hesse-Darmstadt, au grand-duc de Bade, an prince Borghèse, à la grande-duchesse de Toscane.)
Monsieur mon Frère, je m’empresse d’annoncer à Votre Majesté que la paix a été signée aujourd’hui, à neuf heures du matin , entre M. de Champagny et M. de Liechtenstein. Je ne tarderai pas de passer à Munich. Le comte de Champagny expédie une copie des articles à votre ministre des relations extérieures.
Les draps de France payent un droit. Rendre un décret pour exempter de ce droit les marchandises françaises et surtout les draps.
Schönbrunn, 14 octobre 1809, midi
La paix a été signée à neuf heures. Faites tirer cent coups de canon aux Invalides, et ordonnez qu’une salve égale soit tirée sur mes côtes. Expédiez-en sur-le-champ la nouvelle en Espagne, en Hollande et à Naples.
Au prince Borghèse, gouverneur des départements au-delà des Alpes, à Turin
Mon Cousin, je désire que vous vous rendiez à Alexandrie et que vous y restiez plusieurs jours. Vous visiterez en détail la place et les magasins, et vous me ferez connaître: 1° la situation des ouvrages, pièce par pièce, avec des plans à l’appui; 2° la situation des magasins, combien il y a de canons, d’affûts, de munitions et de tout objet d’armement, afin que je sache si cette place, à laquelle j’attache tant d’importance, a l’armement et les fortifications nécessaires pour offrir une longue résistance
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Italie, à Vienne
Mon Cousin, vous trouverez ci-jointes: 1 ° une instruction pour le vice-roi; 2° une instruction générale pour vous; 3° une instruction pour le commandant de l’artillerie; 4° une instruction pour le commandant du génie; 5° une instruction pour l’intendant général.
Vous verrez dans l’instruction du vice-roi que, lorsqu’il sera arrivé à Villach et en mesure d’agir, vous ferez connaître au général Drouet qu’il est sous ses ordres et qu’il doit agir de concert avec lui. La communication s’établira de Villach à Salzburg par Spital. Je crois n’avoir oublié aucun corps et avoir tout prévu.
Si le duc de Rivoli désire aller à Paris, vous pourrez l’y autoriser, mais seulement lorsque vous quitterez l’armée et que tous les différents seront levés, que la première époque d’évacuation aura eu lieu et que les lettres de change seront remises au payeur. Alors le corps du duc de Rivoli sera commandé par le général Legrand. Lorsque le duc de Rivoli sera parti, le corps du maréchal Oudinot et le 4e corps seront sous les ordres du duc d’Auerstaedt. Ces opérations régleront l’ordre de votre départ, puisqu’il y aura un commandant unique pour l’armée.
INSTRUCTION POUR LE VICE-ROI D’ITALIE, A VIENNE.
Je vous charge spécialement, 1° de la soumission du Tyrol; 2° de la prise de possession et de l’organisation des nouveaux pays, que mon intention est de désigner désormais sous le nom de provinces d’ Illyrie. Vous resterez à Vienne jusqu’à l’échange des ratifications.
Vous passerez en revue le 11e corps, qui passe sous vos ordres, et vous lui ferez fournir, des magasins de Vienne, tout ce dont il aurait besoin.
Vous ferez évacuer les malades et blessés de l’armée d’Italie et du 11e corps sur Graz et sur Leoben.
EXPÉDITION DU TYROL.
Le général Rusca a eu ordre de réunir 6,000 hommes de la division italienne à Villach. Les deux divisions du maréchal Macdonald peuvent se rendre à Graz en peu de jours ; elles partiront après l’échange des ratifications; ce qui fera un corps de 20,000 hommes.
En portant votre quartier général à Villach, vous vous trouverez en communication facile avec Salzburg et avec les trois divisions bavaroises que commande le général Drouet, qui marcheront sur Innsbruck.
Vous manœuvrerez pour arriver à Brixen en même temps que le général Vial arrivera à Bolzano, et vous rétablirez vos communications avec l’Italie ; au même moment, le général Drouet arrivera à Innsbruck avec les trois divisions bavaroises, qui, à cet effet, recevront l’ordre du major général de prendre vos ordres immédiatement après l’échange des ratifications.
Vous désarmerez le pays, le soumettrez, signalerez les principaux fauteurs, entendrez les réclamations des habitants et prendrez des mesures pour les contenter. Après leur avoir signifié la paix et l’article qui est en leur faveur, s’ils continuent d’opposer la force, vous désarmerez par la force leurs rassemblements. Vous leur enverrez des commissaires pour écouter leurs doléances, mais des doléances désarmées.
Vous serez à même, du 25 octobre au 1er novembre, de partir de Villach avec 18 ou20, 000 hommes. Le général Vial aura 6,000 hommes à Trieste, et les Bavarois 20,000 à Salzburg. Vous pourrez donc réunir dans ce pays 40 ou 50,000 hommes. Les magasins de Villach et d’Italie vous nourriront.
Vous donnerez au maréchal Macdonald la surveillance de la ligne de la Raab et des frontières de Styrie, et vous le chargerez de régler l’évacuation.
Vous appellerez à vous le général Baraguey d’Hilliers, qui est bon pour l’organisation, et vous le laisserez dans le pays lorsque vous devrez vous porter ailleurs.
Vous mènerez avec vous ma garde italienne, qui partira le 16 pour Neustadt, dans le même temps que le 11e corps se rendra à Graz pour remplacer les divisions Seras et Broussier.
PRISE DE POSSESSION DES NOUVEAUX PAYS.
Une fois le Tyrol pacifié et les communications rétablies entre Trieste et Innsbruck, il faudra prendre possession de la Carniole et de la Save.
J’ai donné ordre au conseiller d’État Dauchy de se rendre à Laybach pour y être chargé de l’administration des finances. Mon intention est qu’il soit établi des douanes sur la frontière autrichienne.
Vous ne dérangerez en rien les douanes italiennes. Avant ce temps, le maréchal Marmont pourra être arrivé. Il prendra le gouvernement général du pays. Les finances et l’administration seront sous vos ordres, non comme vice-roi d’Italie, mais comme général en chef de mon armée, me réservant de statuer plus tard sur la destination que j’assignerai à ces provinces.
Lorsque, aux termes de la convention militaire, mes troupes auront évacué les terres autrichiennes, le maréchal Marmont et le 11e corps seront chargés de prendre possession des provinces d’Illyrie et de soumettre la Dalmatie. Mais il sera important d’envoyer 6,000 hommes pour tranquilliser l’Istrie et empêcher ce que les Anglais pourraient tenter de ce côté.
Vous placerez une partie de l’armée d’Italie à Villach dans la Carniole, et le reste dans le Frioul, selon les ordres que je vous enverrai dans ce temps.
Je donne ordre aux 14e et 19e de chasseurs, qui ont leurs dépôts en Italie, de rejoindre votre armée. Vous aurez cinq régiments de dragons, qui sont ceux que vous avez aujourd’hui, quatre régiments de chasseurs, les 6e, 9e, 8e et 25e, et le 6e de hussards; de plus, le 14e et le 19e de chasseurs; ce qui vous fera douze régiments de cavalerie. Si, comme tout porte à le penser, le Tyrol se soumet, vous pourrez rester à Villach, en faisant agir le général Baraguey d’Hilliers. Par là, vous vous trouverez à même de diriger toutes les opérations, et même de donner des soins à mon royaume d’Italie.
INSTRUCTION POUR LE PRINCE DE WAGRAM
Mon Cousin, par le traité de paix qui vient d’être signé il est dit qu’il se fera une convention militaire pour l’évacuation. Mon intention est de partir demain et de vous laisser le commandement de l’armée. Je le conserverai néanmoins et attendrai à Passau ou à Munich l’échange des ratifications. Il y a six jours pour l’échange. Vous vous servirez des pavillons 1)c’est-à-dire du télégraphe pour m’informer de l’échange des ratifications à Munich ou à Passau. En conséquence, dès ce moment aucun pavillon ne sera arboré, et, le 17, les ratifications étant échangées, vous ferez arborer le pavillon blanc, et, en cas de discussion, le pavillon rouge, lequel restera constamment arboré. Je vous ferai connaître que je l’ai reconnu en faisant arborer, de mon côté, le pavillon blanc.
J’ai donné des ordres pour la Garde. Avant de quitter Munich, vous aurez des ordres subséquents. Le 11e corps recevra l’ordre de se rendre le 17 à Vienne pour y remplacer la Garde, qui devra avoir entièrement évacué pour cette époque. Le 11e corps restera à Vienne jusqu’à ce que les ratifications aient été échangées, et, le 19, il partira pour Graz. Ce corps sera sous les ordres du vice-roi, ainsi que toute l’armée d’Italie. Le 1er novembre, le duc de Rivoli aura évacué la Moravie et se sera concentré, avec tout son corps d’armée sur Krems. Le duc d’Auerstaedt aura évacué également la Moravie à la même époque et concentrera son corps d’armée sur Vienne. A la même époque, le général Oudinot aura évacué de même Vienne et se concentrera sur Saint-Pölten et Melk. Le duc d’Auerstaedt destiné à faire l’arrière-garde, aura ses trois divisions d’infanterie, les six régiments de cavalerie légère commandés par le général Montbrun et les trois divisions de cuirassiers. Le corps du général Oudinot et celui du duc de Rivoli resteront comme ils sont, hormis le régiment wurtembergeois, qui rejoindra son corps, et les 14e et 19e régiments de chasseurs, qui, quelques jours après l’échange des ratifications traverseront Vienne pour se rendre à Neustadt et être là aux ordres du vice-roi. Le duc de Rivoli recevra, en place de ces deux régiments la division du général Quesnel. Quelque temps après l’échange des ratifications, cette division quittera ses positions et se rendra à Krems en traversant Vienne, et par la rive gauche du Danube. Ainsi immédiatement après l’échange des ratifications, les Wurtembergeois recevront l’ordre de se rendre à Linz, où ils seront le 1er novembre. Les Saxons seront mi, sous les ordres du duc d’Auerstaedt. Le vice-roi chargera le maréchal Macdonald du commandement de la Hongrie, hormis Presbourg. Il sera commissaire, chargé de tous les détails de l’évacuation de la Hongrie, hormis Presbourg, et de la Styrie. Les camps seront levés et les troupes qui sont à Bruck se retireront sans délai du côté d’OEdenburg. Le maréchal Macdonald pourra porter son quartier général entre Graz et OEdenburg, afin d’être à portée de Raab, de la Hongrie et de la Styrie. Les armées communiqueront par leur extrême droite.
Règle générale : mon intention est que l’armée se retire méthodiquement, de manière qu’elle ne soit pas un seul instant exposée aux caprices de la mauvaise foi. Le corps le plus près de France sera ma Garde et le 8e corps. On ne fera pas de détachements sans mon ordre précis. On vivra sur le territoire ennemi jusqu’aux derniers instants indiqués au traité. Ainsi, depuis le 1er novembre, première époque de l’évacuation marquée dans le traité, le duc d’Auerstaedt occupera Vienne par 40,000 hommes d’infanterie, avec les Saxons la division Montbrun, les cuirassiers et la cavalerie saxonne; ce qui fera, avec les détachements d’artillerie, une armée de près de 60,000hornmes. Le général Oudinot, à deux marches de Vienne sur Saint-Pölten, avec tout son corps, comme il est composé aujourd’hui ; le duc de Rivoli, avec 40,000 hommes, se concentrera à Krems; les Bavarois à Salzburg ou sur le Tyrol; les Wurtembergeois à Linz pour garder les communications. L’armée d’Italie et le 11e corps occuperont toujours la Ville de Raab et se concentreront entre OEdenburg et Graz. Un corps manœuvrera dans le Tyrol. A la seconde époque, ou celle de l’évacuation de Vienne, du 15 au 18 novembre, le duc d’Auerstaedt sera à Saint-Pölten, l’armée d’Italie sera en Styrie, les Wurtembergeois à Passau, le duc de Rivoli à Krems.
Enfin, à la troisième époque, c’est-à-dire au 15 décembre le duc d’Auerstaedt sera à Linz, l’armée d’Italie en Styrie, et alors, selon les circonstances, j’aurai fait connaître mes intentions sur la destination des autres corps.
Mon intention est que les ouvrages de Spitz soient entièrement démolis. On commencera la démolition le ler novembre, et on y emploiera des soldats et des paysans. Quinze jours suffisent à ce travail.
On fera sauter, le 15 octobre, sans attendre les ratifications, les remparts de la ville de Vienne. On fera sauter la citadelle de Brünn quatre jours après les ratifications échangées; on fera sauter les places de Raab el de Graz vingt-quatre heures avant de les quitter.
Vous donnerez l’ordre au régiment de Nassau de partir pour Passau le lendemain des ratifications.
INSTRUCTION POUR LE GÉNÉRAL DE LA RIBOISIÈRE, COMMANDANT L’ARTILLERIE DE L’ARMÉE D’ITALIE, A VIENNE
Monsieur le Général, la paix a été signée ce matin. Mon intention est que demain, ou au plus lard après-demain avant midi, les fortifications de Vienne sautent. Si vous pouvez même faire sauter de suite un bastion, vous le ferez; on ne saurait exécuter trop tôt cette mesure. 2)En fait, un seul bastion sera dynamité. La destruction totale des remparts sera effectuée sous François-Joseph
La Garde reçoit des ordres pour partir. Les trente pièces d’artillerie de la réserve ne feront pas partie de l’artillerie de la Garde; elles rentreront à votre parc.
Voici les termes d’évacuation: la Moravie sera évacuée en quinze jours, Vienne et la Hongrie dans un mois; la haute Autriche et la Styrie dans deux mois et demi. Par les conditions de la paix, tout le cercle de Villach, la Carniole (Région qui correspond à une ancienne province de l’empire austro-hongrois (Cisleithanie), et qui aujourd’hui correspond à peu près avec les deux tiers occidentaux de la Slovénie. Elle confine au Nord à l’Autriche (Carinthie et Styrie), au Sud à la Croatie, à l’Est à l’Italie. Le principal cours d’eau était la Save qui arrose le Nord de la province, tandis que son affluent la Ljubiana en parcourt le centre), et, depuis les confins de la Carniole, le thalweg de la Save, depuis la Carniole jusqu’en Bosnie, m’est cédé. Toute l’artillerie qui est à Graz et à Raab, je la destine à être déposée dans la Carniole, pour armer un camp retranché que je veux établir sur la Save; ce qui fera plus de cent bouches à feu avec ce qui est à Laybach. Toute l’artillerie qui est à Klagenfurt sera évacuée sur Villach, où je veux établir une tête de pont sur la Drave, et d’où, d’ailleurs, elle pourra être dirigée sur Osoppo. Il vient beaucoup’ de convois d’Italie; contremandez-les et chargez le général d’artillerie de l’armée d’Italie de les faire diriger sur les dépôts d’Italie.
Toute l’artillerie qui est à Vienne, à Brünn, à Linz, doit être évacuée sur Passau; mon intention n’est pas de la céder à la Bavière, mais de la tenir à Passau pour l’armement de la place, sous la garde d’un garde-magasin français; de sorte que je puisse la faire venir en France, les circonstances changeant. Le temps d’évacuation comptera à dater du 17; c’est donc le 17 novembre qu’il faudra avoir évacué Vienne, et le 3 novembre qu’il faudra avoir évacué Brünn. Les fers coulés ne manquent pas à l’Autriche; elle a une si grande quantité de forges qu’elle ne peut manquer de réparer promptement cette perte. Mon intention est que vous calculiez mes intérêts indépendamment de toute idée politique, et que vous vendiez aux agents autrichiens les bombes et boulets, s’ils ne sont pas nécessaires pour l’armement de Passau; mais il ne faut pas prendre en considération l’idée d’enlever les fers coulés à l’ennemi.
Monsieur le Général, l’armée va se diviser en deux parties, celle qui évacuera sur l’Italie et celle qui évacuera sur le Rhin. Vous sentez que la distance entre elles sera énorme. Il faut donc penser à réunir les mêmes corps d’artillerie qui se trouvent faire partie de l’une et de l’autre. Les troupes qui évacuent sur l’Italie sont celles connues sous le titre d’armée d’Italie et de 11e corps. Ayez donc soin que les troupes d’artillerie pour l’Italie soient composées des 2e et 4e régiments d’artillerie à pied et 1er et 4e régiments d’artillerie à cheval, des mêmes bataillons du train, des mêmes compagnies d’ouvriers et le 2° bataillon de pontonniers. Tout ce que vous aurez dans les autres corps appartenant à ces régiments, bataillons et compagnies, doit être dirigé sur l’Italie. Ayez soin que les quatre bataillons du train soient composés de deux bataillons principaux et de leurs bataillons bis, afin que l’encadrement puisse se faire sans déplacement de troupes; ayez soin que ces bataillons soient au grand complet en hommes et en chevaux, même plus de chevaux que moins. Ainsi donc l’artillerie de l’armée est divisée en deux, partie sur l’Italie et partie sur le Rhin. Sur le Rhin, elle sera divisée en trois parties: une partie en Allemagne, sous les ordres du duc d’Auerstaedt; une partie rentrera en France; une partie ira en Espagne. Mon intention est qu’il n’aille en Espagne ni matériel ni personnel, mais seulement des attelages avec le personnel des attelages. J’ai, besoin, pour l’Espagne, de 2,500 chevaux. Je désire qu’aussitôt que l’évacuation aura commencé, vous dirigiez 2,500 chevaux sur Strasbourg, servant aux évacuations ; ils laisseront leur matériel dans l’arsenal de Strasbourg et s’en iront haut le pied ou avec des munitions qui seront désignées par le ministre, pour se rendre à Bayonne. Les chevaux qui resteront en France seront sur le champ disséminés chez les paysans ; mais, comme il faut trois mois avant que l’évacuation ne soit terminée, j’aurais le temps de vous donner des ordres.
INSTRUCTION POUR LE GÉNÉRAL BERTRAND, COMMANDANT LE GENIE DE L’ARMEE D’ALLEMAGNE, A VIENNE
1° On emploiera les journées du 15, du 16 et du 17 à faire sauter les fortifications de Vienne. On fera d’abord sauter toutes les galeries, ensuite les souterrains et galerie de mines, de manière que les fronts qui n’ont pas été attaqués ne puissent être rétablis sans des dépenses considérables.
2° On fera sauter la forteresse de Brünn quatre jours après l’échange des ratifications et d’après l’ordre que le commandant du génie prendra du major général.
3° On fera sauter Raab, la forteresse de Graz et les remparts de Klagenfurt cinq jours avant de les évacuer. J’attache une singulière importance à la démolition des ouvrages de Klagenfurt; il ne doit pas rester trace de l’enceinte ;
4° On commencera le 1er novembre, et par l’ordre qu’en donnera le duc d’Auerstaedt, à démolir le Spitz ;
5° Le général Bertrand visitera lui-même et, pendant les trois mois que durera l’évacuation, emploiera tous les moyens possibles pour améliorer les ouvrages de Passau et de Salzbourg.
6° Aussitôt que nous serons en possession de la Carniole, il ira reconnaître les rives de la Drave, de la Save et de la Laybach, et me rapportera à Paris un projet de place ou de camp retranché pour la Carniole.
7° Le matériel et le personnel du génie doivent se diviser en deux. La plus petite partie suivra l’armée d’Italie et le 11e corps. On aura soin de composer les bataillons d’artillerie, de sapeurs, etc., des mêmes compagnies. La plus grande partie suivra l’armée du Rhin.
On me remettra un état clair de cette division, afin que je puisse évacuer une partie du personnel et matériel du génie de l’armée du Rhin sur l’Espagne, outils, attelages, etc., et spécialement bataillon de marine et ouvriers de marine.
INSTRUCTION POUR LE COMTE DARU, INTENDANT GENERAL DE L’ARMEE D’ALLEMAGNE, A VIENNE
Avant de quitter Vienne, on doit remettre 80 millions en argent. Pour le surplus de la contribution, il ne faut recevoir que de bonnes lettres de change.
Les domaines m’appartiennent jusqu’au 1er novembre.
Il faut vendre les magasins de sel, de tabac, de bois, etc., et en tirer le meilleur parti. Il faut distribuer les effets d’habillement à l’armée afin de n’avoir rien à évacuer des magasins, si ce n’est les 100,000 paires de souliers, qu’on tiendra en réserve à Passau.
Dans les quinze jours qu’on a pour évacuer la Moravie, il faut transporter les malades à Vienne. Dans le mois qu’on a pour évacuer Vienne, on évacuera les malades sur Melk et Saint-Florian. Il faut laisser les hôpitaux bien organisés et bien pourvus, en y affectant tous nos magasins.
Monsieur le Général Clarke, comme je vous l’ai mandé, la paix a été signée aujourd’hui.
J’ai ordonné à deux régiments provisoires que j’ai à Stuttgart de se rendre à Strasbourg. Mon intention est que de là ils continuent leur route sur Versailles. Ils pourront cependant séjourner quelques jours à Strasbourg pour s’y reposer. Trois autres régiments de marche partent de Bayreuth. Un autre régiment, qui est à Donauwörth, ne tardera pas à partir pour se rendre en droite ligne à Bayonne. Retenez jusqu’à nouvel ordre à Versailles les deux régiments provisoires de dragons qui s’y trouvent, et augmentez-les de tout ce que les dépôts peuvent fournir. Ces régiments provisoires seront ainsi portés à près de 9,000 hommes.
Tout ce que les dépôts de cavalerie des régiments de la Grande Armée, qui sont dans le Nord ou sur le Rhin, pourraient fournir, dirigez-le sur Versailles, où on le réunira à ce qu’on pourra tirer des dix dépôts de hussards ou de chasseurs qui sont dans cette ville, pour en former trois ou quatre régiments de marche; cela fera encore 3 ou 4,000 hommes de cavalerie, ce qui portera le renfort de cavalerie destiné pour l’armée d’Espagne à 12 ou 15,000 hommes.
Mais, pour ne pas réunir une aussi grande quantité de cavalerie à Versailles, vous pouvez ordonner que tous les détachements de chasseurs et de hussards, même ceux qui sont à Versailles, se réunissent à Tours, et vous chargerez un officier supérieur de se rendre dans cette ville pour y organiser ces quatre régiments de marche.
J’ai ordonné au duc d’Abrantès de se rendre à Mayence avec le 22e de ligne et les huit 4es bataillons qui sont sous ses ordres. Je destine ces douze bataillons, qui, cette année, ne se sont pas battus, à aller en Espagne. Le duc d’Abrantès mènera avec lui son artillerie.
Il pourra laisser le matériel à Mayence et ne mener avec lui que les attelages, puisqu’il pourra prendre en Espagne ou à Bayonne l’artillerie de campagne qui lui sera nécessaire.
Je donne ordre au général Loison de se rendre à Paris, d’où vous l’enverrez à Bordeaux prendre le commandement d’une division que vous ferez former de la manière suivante: onze bataillons, dont trois du 26e, trois du 66e, trois du 82e, un hanovrien, un de la légion du Midi. Ces onze bataillons doivent former 8 à 9,000 hommes.
Vous donnerez ordre qu’on forme à Nantes une autre division qui sera composée de huit bataillons, dont deux du 13e de ligne, deux du 47e, deux du 70e, et deux du 86e.
Vous donnerez ordre qu’on réunisse à Orléans deux bataillons polonais de la légion de la Vistule et un bataillon irlandais, total trois bataillons; ce qui, avec un détachement de lanciers et tout ce que l’on pourra encore tirer des dépôts, fera un objet de 8,000 hommes.
Vous donnerez ordre au général Desbureaux, à Strasbourg, de diriger sur Orléans le régiment de marche qu’il organise, aussitôt que ce corps présentera une force de plus de 1,500 hommes. Enfin vous chargerez votre bureau du mouvement de me préparer un projet pour réunir depuis Tours jusqu’à Bayonne des bataillons de marche composés de tous les hommes disponibles que les dépôts pourront fournir, en ayant soin de distinguer ceux qui appartiennent à des régiments de l’armée d’Espagne, qu’ils doivent aller recruter, de ceux qui ne sont pas dans ce cas. Il me semble qu’il doit être facile de rassembler ici 40,000 hommes; je vous ai déjà écrit là-dessus.
Schönbrunn, 15 octobre 1809
A Caroline Napoléon, reine des Deux-Siciles, à Naples.
J’ai conclu la paix et je vais partir cette nuit pour Paris. Si vous n’étiez pas si loin et la saison si avancée, j’aurais engagé Murat à venir passer deux mois à Paris. Mais vous ne pouvez pas y être avant décembre, qui est une bonne saison, surtout pour une Napolitaine.
Il faut donc remettre à une autre année ce voyage de Fontainebleau.
Croyez à mon désir constant de vous donner des preuves de mon amitié.
La paix a été signée hier par MM .de Champagny et Liechtenstein, et je pars cette nuit pour Paris, où je serai rendu quand vous recevrez cette lettre. Par ce traité, Trieste, Fiume, le littoral de la côte, la Carniole, Villach, l’Esclavonie et le pays sur la droite de la Save, depuis la Carniole jusqu’à la Bosnie, me sont cédés; Cracovie, la nouvelle Galicie, le cercle de Zamosc, sont réunis au duché de Varsovie; j’acquiers Salzburg, l’Innviertel et une ligne prise entre l’Inn et la Traun ; je céderai probablement cela à la Bavière.
Ainsi désormais toute l’Adriatique, depuis Cattaro jusqu’à Tarente, est dans le même système. La possession de Trieste sera d’un bon résu1tat pour ce qui regarde la Sicile, qui désormais n’aura plus aucun contact direct avec l’Autriche. Je m’empresse de vous donner ces nouvelles.
Vous m’avez envoyé un beau sabre; je vous en remercie.
Il serait bien important de faire rédiger un code de procédure criminel1e militaire, qui fut fait avec assez de latitude pour qu’on put regarder comme non avenus et qu’il pût remplacer les lois, actes, rassemblés en un volume Guide des juges militaires. Je vois une loi qui condamne à mort tout individu qui reçoit un déserteur ou trompette après le coucher du soleil, et en général cela est plein des lois de circonstances de la Convention.
A François, empereur d’Autriche, à Dotis (aujourd’hui Tata, en Hongrie)
Monsieur Mon frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté Impériale du 25 septembre. J’ai vu avec plaisir le feld-maréchal prince de Liechtenstein. Sa mission a eu le succès que Votre Majesté désirait, et la pax a été signée hier entre nous. Votre Majesté ne pouvait pas avoir près de moi un ministre qui me fût plus agréable et qui fût plus propre à arranger ses affaires. Voici donc la quatrième guerre entre Votre Majesté et moi terminée. Je vais bientôt quitter Vienne; je la quitte avec l’espoir que tous nos différents sont réglés, que la paix sera éternelle entre nous et que la guerre ne saurait plus renaÎtre. Que Votre Majesté confie le soin de ses affaires à des ministres qui connaissent bien la position respective des deux États. Ils seront alors convaincus que l’amitié de la France et la paix peuvent seules faire son bonheur, celui de sa famille et de ses peuples. La guerre et la haine que le Cabinet de Votre Majesté a nourries jusqu’ici contre la France ont fait le malheur de Votre Majesté; la paix et l’amitié de la France feront bientôt renaître toutes ses propriétés.
Schönbrunn, 16 octobre 1809.
Au prince Poniatowski, commandant l’armée polonaise, à Cracovie
Le prince de Neuchâtel vous fera connaître le traité de paix et les conditions de la convention militaire pour son exécution. Je charge votre aide de camp de vous remettre un sabre comme un témoignage de ma satisfaction de votre conduite dans la présente guerre.
Schönbrunn, 16 octobre 1809
Comme les provinces d’Illyrie, c’est-à-dire Trieste, Fiume, etc., doivent former des provinces à part jusqu’à nouvel ordre, il est nécessaire que vous y envoyiez un directeur des douanes intelligent, pour établir le service à Trieste.
Je suis indigné d’apprendre que le général Gouvion Saint-Cyr ait abandonné ses troupes. S’il avait quitté l’armée sans votre autorisation et sans avoir remis le commandement à un maréchal, vous donnerez ordre qu’il soit arrêté. Épargnez-lui ce désagrément si vous le pouvez, et faites-lui connaître combien cette conduite est extraordinaire. (Le général Gouvion Saint-Cyr avait cru pouvoir quitter le 7e corps avant l’arrivée du maréchal Augereau, désigné depuis trois mois pour le remplacer dans ce commandement).
A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Vienne
Je pense qu’il est nécessaire d’expédier au roi de Saxe la partie du traité qui le regarde. Vous ferez connaître au sieur Bourgoing que j’aurais eu beaucoup de choses à arranger avec le roi, et que, si ce prince manifestait directement ou indirectement le désir de venir à Paris, soit qu’il y vînt seul, soit qu’il fût accompagné par la reine et sa fille, je les y recevrai avec plaisir; que cela a été prévu et qu’il sera bien reçu en France. Dans ce cas, il sera nécessaire que le sieur Bourgoing avertisse un peu à l’avance à la frontière, afin que des ordres soient donnés pour la réception du roi. Mais je ne désire pas que le sieur Bourgoing le presse de faire ce voyage, qui pourrait déranger ce monarque, qui en a tant fait cette année.
Passau, 19 octobre 1809
Mon Cousin, il est huit heures du matin. J’ai attendu exprès l’arrivée de l’estafette qui est partie le 17 à minuit. Vous m’écrivez qu’il n’y a rien de nouveau. Je vais continuer et me rendre à Munich, où j’attendrai de vos nouvelles. Les pavillons vont mal, parce que les directeurs font faire des signaux pour s’exercer. Écrivez sur toute la ligne qu’on ne fasse aucun signal que de transmettre celui qui serait fait à Vienne. Je désire que, toutes les fois qu’il y aurait quelque chose de nouveau, vous fassiez partir une estafette sans attendre minuit.
Vous me dites dans une de vos lettres que le prince de Ponte-Corvo demande le général Girard. Répondez au prince de Ponte-Corvo que cela nuirait à cet officier, parce que j’ai pour principe de n’accorder d’avancement aux officiers qui servent dans les états-majors qu’autant qu’ils servent dans la ligné dans deux grades, et mon intention est que le général Girard serve plusieurs années dans la ligné avant de passer dans les états-majors.
J’ai vu avec plaisir qu’il y avait trois bastions de Vienne de sautés.
J’espère qu’on fera sauter aussi les courtines et les demi-lunes. Il faut continuer à faire sauter successivement les deux autres bastions, afin qu’il n’y ait aucune possibilité de rétablir ces fortifications. Je vous ai mandé hier que ma Garde à pied devait rester à Saint Pölten, et que vous ne lui donneriez l’ordre de partir qu’après l’échange des ratifications, en faisant partir les grenadiers un jour après les chasseurs et les faisant aller par Linz. Vous ferez passer les grenadiers à cheval, les dragons et l’artillerie par Steyer et par Wels.
Il sera nécessaire, lorsqu’on évacuera, de faire passer quelques troupes par Baden, pour épargner la forêt de Vienne. Vous ferez passer les Wurtembergeois, non à Linz, mais dans le cercle de Linz, sur la rive gauche du Danube; mais ils devront rester à une ou deux marches de Krems, jusqu’au moment de l’échange des ratifications. Si l’échange n’avait pas lieu par raison principale, et que vous puissiez conjecturer que la guerre aurait lieu, vous pourrez faire revenir les Wurtembergeois et ma Garde à Vienne. Par ce moyen, j’y trouverais réunis ma garde, les Wurtembergeois, le corps du maréchal Oudinot et le 11e corps. Quant aux chevau-légers polonais et à mes chasseurs à cheval, je leur donnerai moi-même des ordres. Si les ratifications éprouvaient un retard principal, vous feriez travailler à Spitz; vous feriez rétablir la redoute qu’on a dégradée; vous feriez finir le blockhaus et la tête de pont du côté de Leopoldau, puisque nous ne pouvons plus compter sur Vienne. On mettrait toute l’artillerie de Vienne en batterie à Spitz et dans la tête de pont de Leopoldau; on ferait transporter le biscuit et les munitions de guerre dans l’île Tabor et dans les ouvrages de Spitz, et j’aurais également cela dans ma place de réserve. Cette place de réserve serait défendue, sur la droite, par la tête de pont de Leopoldau, vis-à-vis la maison qu’a occupée le maréchal Oudinot, et, si cette tête de pont était prise, par la première île Tabor, et, du côté de la rive gauche, par les beaux ouvrages de Spitz. Il faut donc qu’on travaille avec activité à ces ouvrages, si les ratifications ne sont pas échangées.
Nymphenburg, 20 octobre 1809, deux heures après midi
Mon Cousin, je suis arrivé à Nymphenburg, près Munich, ce matin à neuf heures. J’attends votre estafette de ce soir pour continuer ma route ou rester encore demain ici. Les signaux n’ont rien signalé.
Munich, 21 octobre 1809
Mon Cousin, je vous envoie quatre notes que j’ai dictées sur les ouvrages de Passau. Transmettez-les au général Bertrand, qui enverra des ordres, avec des développements, au général Chambarlhac. J’ai été en général content de ces ouvrages.
Ce qui a fixé l’attention sur Passau, ce sont les deux ponts du Danube et de l’Inn. Sa première propriété doit donc être d’assurer ces deux ponts.
PONT SUR L’INN. – Pour être maître du pont sur l’Inn, il faut avoir un ouvrage en amont, du côté de la rive gauche, et à six cents toises à peu près entre le fort Maximilien et la redoute de Thann. Il faut avoir également une redoute à même distance sur la rive droite.
On doit s’arranger de manière que les deux redoutes, qui ne sont éloignées que de cent toises, se défendent entre elles et se coordonnent avec les forts Maximilien et de Thann. En aval, du côté de la rive gauche, c’est le Danube; on en parlera lorsqu’il sera question du pont du Danube. Du côté de la rive droite, il faut avoir un ouvrage aussi près que possible de l’Inn, sans qu’il soit cependant dominé, c’est-à-dire qu’il faut qu’il soit soumis aux redoutes d’Abensberg et d’Eckmühl. Il pourra se coordonner avec la redoute placée sur le Danube.
PONT SUR LE DANUBE. – Le pont du Danube ne peut rester où il est, puisque, pour défendre ce pont, il faudrait occuper la maison du Hackelberg; mais on doit le placer à quatre cents toises en descendant de l’endroit où il est aujourd’hui, c’est-à-dire à deux cents toises de la batterie ronde. En amont, il suffira d’occuper par une redoute une position près la maison d’Eggendobel. En aval, il faudra occuper la position qui a été déjà désignée pour le pont de l’Inn. Par ce moyen, il sera impossible à l’ennemi d’établir aucun mortier qu’à huit cents toises des ponts, et l’on pourra dès lors les considérer comme suffisamment défendus.
DEUXIEME NOTE.
La plus importante propriété de Passau est sa propriété offensive, puisque tout ce que l’on a à Passau peut être considéré comme étant à Vienne, pouvant s’y rendre en quatre jours par le Danube.
La position offensive de Passau est nécessairement attachée aux ouvrages de la rive droite de l’Inn. Ces ouvrages consistent dans le fort Napoléon et dans les redoutes de Wagram, de Thann, d’Eckmühl et d’Abensberg.
De la redoute de Thann à la redoute d’Abensberg, il y a sept cents toises. Il est nécessaire d’établir une couronne fermée que l’on appellera couronne de Znaym, de sorte qu’il n’y ait que deux cents toises du fort aux bastions de la couronne, ce qui, avec les redoutes, dont on a parlé dans la première note, à établir en amont et en aval de la rivière, formera six redoutes et une couronne embrassant un développement de quinze à seize cents toises. Les deux redoutes en amont et en aval sont secondaires et doivent être de simples ouvrages de campagne; elles ne peuvent être forcées, puisqu’elles sont soumises aux redoutes de la hauteur; elles seront suffisamment fortes lorsqu’elles seront il l’abri d’un coup de main. L’une et l’autre ont l’avantage d’appuyer les flancs des réduits. Le premier intérêt est que les redoutes de Wagram et de Thann ne fassent qu’un, c’est-à-dire soient liées par une caponnière, de manière que le canon puisse rapidement se porter de l’une à l’autre; celles d’Eckmühl et d’Abensberg devront avoir la même propriété. Par ce moyen, ces quatre redoutes n’en formeront pour ainsi dire que deux. Tous les moyens pourront se combiner pour la défense commune, les garnisons être une, se relever pour le service de nuit, et les magasins être communs à deux.
On sent l’immense avantage de ce système. Ainsi, du fort Napoléon il y aura un chemin qui ira droit à la redoute de Wagram, et un autre qui ira droit à la porte Séverin; du fort Napoléon il y aura un autre chemin qui ira droit à la redoute d’Eckmühl. Par ce moyen, la communication sera prompte. Un chemin général couvrira toutes les redoutes.
La grande route prendra un embranchement par la vallée de Muthertal et par la vallée de Lindenthal. On aura ainsi trois grandes communications pour arriver au pont de l’Inn.
Chaque redoute aura un blockhaus; chaque blockhaus servant de réduit pourra contenir à la rigueur cent hommes, comme caserne.
Les parois de chaque blockhaus auront quatre pieds d’épaisseur. Il y aura outre cela dans chaque redoute deux petits blindages, un pour l’artillerie et un pour les vivres, placés de droite et de gauche en dos d’âne, formés par des arbres appuyés l’un contre l’autre. Il y aura un petit plancher pour mettre le tout à l’abri de l’humidité. Il y aura dans chaque redoute de gros gabions ayant six pieds de diamètre, remplis de terre et disposés de manière à ne pas prendre de place sur la ligne des parapets, qui pourront servir à se mettre à l’abri des bombes el des obus.
Le fort Napoléon est contre le réduit du camp retranché. Il est composé de trois fronts, chaque front n’ayant que cent toises et ayant deux cents toises de gorge. Il serait utile d’y établir trois beaux cavaliers pouvant contenir trois batteries de six pièces chacune; ce qui augmenterait considérablement les moyens de défense. Les quatre redoutes de Thann, d’Essling, de Znaym et d’Abensberg prises, le fort Napoléon et les redoutes de Wagram et d’Eckmühl sont encore susceptibles d’une grande résistance. Il n’y a que six cents toises de la redoute de Wagram à celle d’Eckmühl ; il faudrait donc, à soixante ou quatre-vingts toises des saillants des deux bastions, deux lunettes qui feraient système avec la place, le fort Napoléon et les redoutes de Wagram et d’Eckmühl. Il faudrait également qu’un chemin couvert liât les redoutes d’Eckmühl, de Wagram avec les deux nouvelles lunettes. Trois blindages pour l’artillerie et les vivres, un blockhaus en forme de réduit, et quelques magasins qu’on se procurerait dans Innstadt (partie de Passau, qui se trouve entre la vieille ville et l’Inn), seront suffisants pour le fort Napoléon. Supposant que le fort Napoléon soit pris, il reste l’enceinte d’Innstadt, qui peut, pendant trois jours, essuyer le feu des hauteurs, donner le temps de couper le pont et de déblayer ce qu’il y aurait; il fau même penser que l’enceinte d’Innstadt est assez importante pour que les troupes puissent revenir dedans et chasser l’ennemi des forts qu’ils auraient occupés.
Deux choses sont à faire à Innstadt 1° nettoyer les fossés et établir un pont levis avec barrière et tambour ; 2° raser les toits des portes, de manière à en former des plates-formes, garder trois tours, et blinder pour que les canonniers se trouvent à l’abri de la fusillade des hauteurs.
PLACE DE PASSAU PROPREMENT DITE. Passau n’est attaquable que du coté du Spitzberg. Le fort Maximilien a besoin d’un blockhaus et de deux ou trois blindages; il a besoin que les crémaillères ferment elles-mêmes à la gorge. Le fort Maximilien est à 400 toises de l’enceinte de la ville; il y a donc 1,000 toises de l’extrémité du fort à la batterie circulaire. L’enceinte a moins de 300 toises; on doit pouvoir en tirer un grand parti. Il y a une belle contrescarpe, un fossé profond, un rempart en terre-plein. Il faut établir (au tracé près, qui est irrémédiable) ce terre-plein comme dans les ouvrages modernes, profiter des trois tours pour avoir trois beaux cavaliers, avoir un beau chemin couvert avec glacis, couvrant trois demi-lunes, une à la porte du milieu et les deux autres sur le Danube et sur l’Inn. Elles doivent être à 120 toises l’une de l’autre et se coordonner entre elles. Le fort Maximilien enlevé, cette enceinte sera encore très-redoutable. Il faudra prendre une des trois demi-lunes, faire sauter la contrescarpe et faire brèche à l’escarpe. La muraille est ancienne et bonne, fondée en rochers; c’est une des plus belles ressources de la place de Passau.
Sur le quai de l’Inn comme sur celui du Danube, il y a plusieurs fours qu’il faut raser; déblayer les décombres, et abattre ce qui est inutile.
QUATRIEME NOTE.
RIVE GAUCHE DU DANUBE. – Le fort Eugène et le fort Alexandre ont besoin chacun d’un blockhaus et de deux blindages. Moyennant la redoute faite à Eggendobel, à 150 toises en avant des crémaillères, cette rive gauche se trouvera assez forte.
Du fort Eugène à la citadelle, il y a 400 toises. Pour rendre impossible à l’ennemi de se loger entre, il faudrait établir entre la citadelle et le fort un ouvrage qui se rattache à la citadelle et couvre le front d’attaque, de manière qu’on ne puisse arriver à la citadelle qu’après que cet ouvrage aurait été pris. La citadelle n’a que 100 toises de front; cet ouvrage en couronne, lié à la citadelle, pourrait former un des plus beaux fronts de défense de la citadelle, et la couvrirait parfaitement; alors cet ouvrage à corne, qui ferait partie de l’enceinte de la citadelle, la rapprocherait tellement du fort Eugène et du fort Alexandre, qu’il en serait comme l’ouvrage avancé; il n’y aurait plus que 100 à 200 toises d’intervalle; il serait impossible à l’ennemi de s’intercaler entre.
Le fort Rivoli n’est nécessaire à la place qu’autant qu’il protége la redoute qui sera placée pour empêcher l’effet des batteries que l’ennemi pourrait établir sur la rive gauche du Danube pour rompre le pont. Mais il est indispensable de maintenir la communication entre le fort Rivoli et la citadelle. Pour cela, une caponnière bien placée, avec une bonne redoute intermédiaire, parait indispensable. Cette redoute paraîtrait devoir être construite du côté de la maison Fravengel, qui n’est qu’à 200 toises des batteries le plus près du fort.
Après ces travaux terminés, il restera encore à établir des magasins dans la place. L’hôpital Saint-Nicolas, le Niederhaus, l’ancien château du Prince et autres maisons situées dans la ville paraissent nécessaires à occuper, à blinder et arranger de manière qu’on sache où placer un million de cartouches, soit en barils, soit confectionnées, un millier de voilures, un million de biscuit et trente mille quintaux de farine.
Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur général de la conscription et des revues, à Paris
Je reçois l’état de répartition de 36,000 conscrits. Je désire que, sur les 8,000 que vous envoyez à Paris, il ne vienne rien des départements de la Doire ni de Marengo; que les 1,500 hommes que vous envoyez dans la 12e division militaire, les 2,000 de la 13e division, les 3,000 hommes de la 11e division, viennent du Piémont, et que dès lors, sur les 11,208 que vous portez pour les dépôts, il n’y en ait point du Piémont. Vous pouvez également prendre en Piémont tout ce qui est pour la 8e division militaire. Mon but en prescrivant cela est celui-ci: ces 36,000 conscrits doivent aller en Espagne; je les aurais appelés à Bayonne, si je n’avais été persuadé qu’ils seront mieux habillés aux dépôts. D’un autre côté, je n’étais pas sûr de la paix, et j’étais bien aise que mes cadres d’Allemagne reçussent des renforts. Aujourd’hui que tout va en Espagne, je désire que toute la conscription du Piémont aille dans les 12e, 11e et 13e divisions militaires (c’est à peu près sur leur chemin), et qu’on fasse marcher les conscrits de manière que, arrivés aux dépôts, ils ne se détournent pas de la route directe de plus de cinq où six marches que s’ils avaient été directement de chez eux à Bayonne.
J’ai reçu vos lettres; je réponds à celle du 15. Vous êtes comme Quichotte; vous vous battez contre des moulins à vent. Je n’ai entendu dire partout que du bien de vous. Les reproches que je vous ai faits tenaient de mes observations, parce que j’aime que toutes les opérations de mes ministres soient légales, et du désir que j’avais que vous eussiez mis plus d’ordre dans tout ce que vous avez fait; mais cela est loin d’effacer le mérite de ce que vous avez fait pour mon service. Vous savez que, lorsque j’ai lieu d’être mécontent, je sais le témoigner ; mais vous avez l’habitude de vous exagérer toujours ce que je vous dis.
Monsieur Mollien, j’ai nommé le conseiller d’État Dauchy (Luc-Jacques-Édouard Dauchy, 1757 – 1817, conseiller d’État) intendant général de mes finances dans les provinces d’Illyrie. Les provinces d’Illyrie comprennent le pays entre la Save et l’Isonzo jusqu’à la Bosnie. Mon intention est d’avoir à Laybach un caissier, comme celui que j’ai à Turin. Choisissez pour remplir cette place un des caissiers qui sont à l’armée. Les revenus de toute espèce que produira l’Illyrie, c’est-à-dire le cercle de Villach, la Carniole, Trieste, Fiume et tout le littoral, la Croatie, le comté de Goritz, doivent entrer au trésor public. Il faut donc que tous les produits soient versés dans une caisse et soient affectés aux dépenses de l’armée que j’entretiendrai dans ce pays. Ces dépenses entreront dans le budget de l’État, comme les recettes entreront au trésor. Vous donnerez ces instructions au sieur Dauchy, aux receveur et caissier que vous aurez là.
Le 11e corps sera le seul stationné dans ces provinces. Il sera traité comme il l’était en Dalmatie, hormis que j’ai lieu de penser que les revenus du pays seront équivalents aux dépenses de ce corps. Envoyez un inspecteur du trésor prendre connaissance du pays.
Je vois que vous avez acheté 600 mulets à Niort pour le 11e bataillon des équipages militaires et 600 chevaux à Commercy. Je pense qu’il serait convenable de résilier le marché de Commercy et d’acheter 650 autres mulets à Niort et de faire venir à Niort le matériel du 11e bataillon de Commercy. Quand je vous ai écrit de former ce 11e bataillon à Commercy, j’ignorais si je le ferais servir en Espagne ou en Allemagne. Et aujourd’hui que la paix est signée, je désire que le 11e bataillon soit attelé de mulets comme le 10e. Par ce moyen, dans le courant de novembre, j’aurai ces deux bataillons prêts à partir de Bordeaux et de Bayonne. Le principal est que le personnel arrive promptement. Le 1er bataillon provisoire des équipages militaires qui était à Vienne, ayant 180 voitures, est parti avec 180,000 paires de souliers, qui se dirigeront sur Bayonne. Ces bataillons provisoires joindront le bataillon définitif en Espagne aussitôt que cela sera possible. Faites connaître dans les états les différents éléments qui composent ces bataillons provisoires.
J’ai lu les observations du duc d’Istrie sur l’île de Walcheren.
Faites-lui connaître que je veux reprendre l’île de Walcheren et Flessingue; que tout ce qu’il dit sur l’impossibilité de reprendre Flessingue est controuvé; que j’ai voulu en laisser les Anglais maîtres jusqu’aux gelées, persuadé qu’ils y perdraient un monde immense, mais que mon intention est de les attaquer en novembre et en décembre ; qu’il fasse donc ses dispositions en conséquence; que ses observations sur Flessingue sont erronées et que rien ne se passera comme il le pense, parce que d’abord les Anglais ne peuvent tenir dans l’Escaut à cause des vents et des glaces; qu’ainsi Flessingue sera isolé et qu’on aura le temps d’en prendre la garnison prisonnière; que l’idée que, une fois les Français à Flessingue, les Anglais voulussent les attaquer par mer, est sans fondement; que ce n’est qu’avec une nombreuse armée et des moyens maritimes immenses, des bombardes, etc., qu’une pareille opération peut être tentée; qu’ils n’auraient pas pris Flessingue, s’ils avaient eu affaire à un brave homme. Les observations que fait le maréchal sur la grande difficulté de l’artillerie de terre sont contraire à la vérité; l’artillerie est peu de chose par mer, sa supériorité est immense par terre; la différence est d’un à sept, c’est-à-dire que dix mortiers par terre font autant d’effet que soixante-dix par mer. Si l’artillerie par terre a eu peu d’effet, c’est qu’il n’y avait pas de mortiers et que les moyens des ennemis étaient du côté de la mer ; qu’il se sont peu approchés de la place, et que le canon contre la place ne pouvait rien faire, vu qu’il fallait qu’ils s’approchassent pour faire une brèche. Faites-lui connaître que la première opération à faire pour reprendre Flessingue est de placer des batteries considérables sur le Sloe pour chasser les petits bâtiments anglais et se rendre maître du passage ; que des chaloupes canonnières françaises et hollandaises doivent venir sur le Sloe, pour embarquer les troupes sur les bords de l’île du Sud-Beveland et les débarquer dans l’île de Walcheren ; que je suis mécontent que le maréchal n’ait pas visité les bords du Sud-Beveland; qu’il fasse établir deux cents canons et mortiers pour battre les débouchés du Sloe et empêcher les bâtiments d’y entrer et de sortir ; que les commandants du génie et de l’artillerie français, de concert avec les officiers hollandais, doivent prendre des mesures pour l’établissement et l’armement de ces batteries.
En général, je vous dirai, pour vous, que l’avis qu’ouvre le maréchal me donne une faible opinion de son talent. C’est un excellent officier de cavalerie, parce qu’il a l’usage de cette arme et qu’il l’entend bien ; mais il n’a pas les premières notions de l’art de la guerre.
Faîtes-lui entendre que, lorsque l’opération sera mûre, il trouvera une main plus forte que la sienne l’exécuter : que j’y serai; qu’en attendant il visite avec attention le Sud-Beveland et fasse placer force batteries. Répétez-lui bien que je crois facile de reprendre l’île de Walcheren, et surtout que je veux la reprendre; que les inondations ne nous en empêcheront pas plus que les Anglais; qu’il fallait armer le fort de Bath sans doute, mais que quarante pièces de canon suffisaient, et qu’on met ses moyens dans la défensive lorsqu’il faut l’offensive.
Quoique je sois à Munich, j’ai voulu vous écrire cette lettre pour que vous ne perdiez pas une heure pour réitérer l’ordre qu’on place contre l’île de Walcheren deux ou trois cents pièces de canon en batterie et qu’on jette des bombes sur tout ce qui est à portée.
Nymphenburg, 21 octobre 1809
Je suis ici depuis hier, bien portant. Je ne partirai pas encore demain. Je m’arrêterai un jour à Stuttgart. Tu seras prévenue vingt-quatre heures d’avance de mon arrivée à Fontainebleau. Je me fais une fête de te revoir, et j’attends ce moment avec impatience. Je t’embrasse. Tout à toi.
Munich, 22 octobre 1809
Au prince Cambacérès, archi-chancelier de l’empire, à Paris
Mon Cousin, je serai le 26 ou 27 à Fontainebleau. Aussitôt que vous saurez que j’y suis arrivé, venez et engagez les ministres à y venir arec leurs portefeuilles. Les grands dignitaires peuvent également y venir.
Je désirc que vous parliez au ministre des finances pour que Lavallette fasse mettre une grande quantité de chevaux sur la route de Fontainebleau. Je suis fort désireux de vous voir. J’ai attendu à Munich que les ratifications fussent échangées. Champagny m’apprend qu’elles l’ont été le 19, à onze heures du soir. Je ne perdrai donc plus que quelques douzaines d’heures à Stuttgart et dans les résidences qui sont sur ma route.
Munich, 22 octobre 1809, six heures du matin
Mon Cousin, une lettre de Champagny du 19, à onze heures du soir, m’instruit de l’échange des ratifications. Je pars, et je serai à Fontainebleau le 27. Vous aurez fait partir ma Garde le 20, pour continuer sa route. Mon intention est qu’elle séjourne un on deux jours à Linz, à Steyer, à Wels; après quoi vous la ferez continuer sa route sur Passau et sur Braunau. Si, lorsqu’elle sera arrivée dans ces deux villes, vous n’aviez pas reçu mes ordres, vous la ferez filer dans la direction de Strasbourg. Cependant vous êtes toujours le maître de l’arrêter, si les circonstances changeaient. Faites connaître aux généraux Walther, Lepic, Saint-Sulpice, Guyot, Dorsenne, Curial, et à un des deux généraux de brigade majors des chasseurs et des grenadiers à pied, qu’ils sont autorisés à se rendre en toute diligence à Paris. La Garde sera commandée, savoir: les grenadiers à cheval, par major Chastel; les chasseurs et les dragons, par un major ; les autres régiments de grenadiers à pied et les chasseurs à pied par un des majors généraux de brigade.
Le 1er bataillon provisoire des équipages militaires, chargé de 180,000 paires de souliers, a eu ordre de partir de Vienne pour Linz; il séjournera là le nombre de jours nécessaire pour se réparer, et il continuera sa route sur Strasbourg. Je suppose que le régiment de Nassau part de Vienne pour Passau.
Fontainebleau, 26 octobre 1809
Mon Cousin, j’arrive à Fontainebleau aujourd’hui à dix heures du matin. Je n’ai encore vu personne. Je n’ai point de nouvelles de vous depuis votre lettre du 20, par laquelle vous m’annonciez l’échange des ratifications. Le temps est ici superbe.
Sire, en exécution des ordres que Votre Majesté a daigné me donner par sa lettre du 21 septembre dernier, relativement aux missions à l’intérieur, j’ai écrit aux archevêques et aux évêques de l’Empire, le 19 du même mois, et, de son côté, le ministre de la police générale a écrit aux préfets et commissaires généraux de police.
Tous les évêques ont protesté de leur empressement à se conformer aux intentions de Votre Majesté. Ils ont seulement présenté quelques doutes sur l’exécution. Il parait aussi que plusieurs préfets et maires ont mal entendu les instructions qui leur ont été données. Il est même arrivé qu’un conseiller de préfecture du département de la Creuse, en l’absence du préfet, a pensé que l’évêque de Limoges, qui avait commencé avec un de ses chanoines des instructions dans une de ses paroisses, devait les cesser pour ne pas contrevenir aux ordres de Votre Majesté. Les préfets du Calvados et de Gènes, et le maire de Quimper, ont également cru que les évêques ne pouvaient pas faire prêcher un ecclésiastique dans leur diocèse hors de la paroisse dans laquelle il est établi.
Il m’a semblé que les ordres contenus dans la lettre de Votre Majesté du 19 septembre, pris dans toute leur étendue, embrassent trois objets :
1° Les prêtres errants qui font état d’aller prêcher d’un diocèse dans l’autre;
2° Les membres de congrégations ayant le titre de missionnaires;
3° Les missions qui sont des rassemblements des habitants et des prêtres de plusieurs paroisses. Si telles sont, comme je le présume, les intentions de Votre Majesté, je pourrais donner aux questions qui se sont élevées les réponses suivantes :
1e question, un évêque peut-il employer un prêtre étranger à son diocèse pour y prêcher ?
Réponse du ministre. Il me semble que chaque diocèse doit se suffire à lui-même, et, si l’on admettait qu’un évêque peut autoriser des prêtres étrangers, la prohibition des prêtres errants deviendrait impossible à exécuter.
2e question. Un évêque peut-il employer pour prêcher ou pour donner des instructions pastorales dans une paroisse de son diocèse, un ou deux prêtres d’une autre paroisse ?
Réponse du ministre. Cela ne lui est pas défendu; cela est même nécessaire lorsque, dans une paroisse, la place de pasteur se trouve vacante, par mort, maladie, défaut de sujets ou autrement, ou dans le cas de désordres extraordinaires dans un canton, pourvu qu’aucune dévotion ou cérémonie particulière n’ait lieu les autres jours que les dimanches ou fêtes conservées.
3e question. Un évêque peut-il employer pour la prédication un ecclésiastique de son diocèse, qui, s’étant plus particulièrement adonné à ce ministère, n’a point d’emploi fixe, tel que celui de chanoine, curé, desservant ou vicaire ?
Réponse du ministre. On pense qu’il peut employer cet ecclésiastique, par la double raison qu’il peut être en état de prêcher avant d’avoir obtenu un emploi fixe, et qu’il y aurait de l’inconvénient à priver de jeunes prédicateurs d’une occasion d’exercer leur talent, pourvu toutefois que ce soit sous les yeux de l’évêque, ou qu’il en ait prévenu le ministre des cultes, en déclarant qu’il s’en rend responsable. Oui, avec l’approbation du,ministre des cultes.
Oui, sans permission
Oui, 1° s’il a été reçu docteur ou gradué en théologie dans nos écoles; 2° s’il a prêté le serment de professer les quatre propositions ; 3° s’il n’a pas été missionnaire, s’il n’est pas sorti de France; enfin s’il ne tient à aucune coterie, église particulière, et s’il n’a de relations qu’avec son évêque, ou curé, ou chapitre.
Je donnerai ces réponses par une nouvelle circulaire, si elles reçoivent l’approbation de Votre Majesté.
Dans les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin il y a trois fontaines qui manquent d’eau. Les gens de ces faubourgs pensent que c’est par la négligence des personnes chargées de l’entretien de ces fontaines. Faîtes-moi un rapport là-dessus.
Fontainebleau, 27 octobre 1809
NOTE SUR LA VENTE DE L’OUVRAGE DE LA COMMISSION D’EGYPTE
Sa Majesté n’est pas dans l’intention de faire verser au trésor le produit de cet ouvrage. Elle veut qu’il soit employé, soit pour l’encouragement des arts, soit à l’avantage de l’Institut, de la Bibliothèque impériale et du Jardin des Plantes.
Le ministre de l’intérieur proposera la distribution pour encouragement et l’emploi des fonds à 5 pour 100 au profit de ceux des coopérateurs de l’ouvrage qui ont parcouru l’Égypte. Il sera fait une retenue de 5 pour 100 qui sera affectée à l’achèvement de l’ouvrage.
Un comité sera formé pour l’examen de l’emploi des fonds; il sera composé de commissaires choisis parmi les membres de l’Institut et parmi les administrateurs de la Bibliothèque et du Jardin des Plantes.
Monsieur le Duc, j’ai l’honneur de rappeler à Votre Excellence le désir manifesté par Sa Majesté, afin que vous fassiez connaître aux préfets, par une circulaire d’une demi-page, ce qui vient de se passer au sujet des congréganistes, l’intention où est Sa Majesté qu’aucune société ne se réunisse dans les églises, qui ne doivent être consacrées qu’à la prière et où les prêtres seuls peuvent exercer des fonctions, et la nécessité de dissoudre ces sociétés et d’en saisir les papiers.
Sa Majesté juge convenable que vous communiquiez ensuite cette circulaire au ministre des cultes, qui, de son côté, fera connaître aux évêques que Sa Majesté ne peut tolérer des abus aussi contraires aux véritables intérêts de la religion.
Par ordre de l’Empereur, Le ministre secrétaire d’État, duc de Bassano
Monsieur le Comte. Sa Majesté désire que vous engagiez M. l’évêque de Nantes à se rendre à Paris, que vous y mandiez M Fontanes, chef d’ordre des Barnabites, qui a la réputation d’un théologien habile et qui a été envoyé à Arcis-sur-Aube; il est aussi dans l’intention de Sa Majesté que vous fassiez venir à Paris M. le cardinal Mattei.
Fontainebleau, 28 octobre 1809.
Au comte Aldini, ministre secrétaire d’État du royaume d’Italie, en résidence à Paris
Je vous prie de me faire un mémoire historique tendant à prouver la question suivante: » Les Papes ont toujours été les ennemis de la puissance qui prédominait en Italie. Quand les Allemands triomphaient, ils appelaient les Français; quand la victoire avait rendu les Français les maîtres, ils se liguaient avec les Allemands et les chassaient. »
Mon Cousin, je vous envoie des notes sur lesquelles je désire que vous méditiez et que vous me présentiez des idées claires. Apportez-moi demain tout ce qui est relatif au sénatus-consulte pour les biens de la Couronne, car j’ai hâte de finir cette affaire.
Rédiger un projet de sénatus-consulte sur les résultats suivants:
1° Indépendamment des candidats présentés par le Corps législatif pour la présidence de ce corps, les grands dignitaires sont aptes à présider le Corps législatif, et l’Empereur peut leur déférer la présidence pour un an.
Il serait impossible, dans l’ordre actuel de nos idées, de nommer, par exemple, le sieur Tupinier. Si le Corps législatif ne présente pas des hommes plus considérables pour cette place, il y aura de l’avantage à nommer, pour le présider, un grand dignitaire. Il y aura aussi de l’avantage pour le Corps législatif, qui se trouve par là plus rapproché de l’Empereur.
2° Aucun corps ne peut se dire représentant de la nation. Toutes les autorités la représentent également.
3° Toutes les fois qu’il n’y aurait aucun changement à faire aux codes civil et criminel, au système des impositions, Sa Majesté peut ajourner à une autre année la session du Corps législatif, et, dans ce dernier cas, avant la fin de l’année, une commission de cinquante membres est appelée pour recevoir le compte général des finances, le faire imprimer et publier, présenter des observations à l’Empereur s’il y a lieu, et délibérer s’il y a ou non enquête particulière à faire sur le dernier compte, rédiger dans ce cas une très humble pétition à l’Empereur pour demander la convocation du Corps Législatif. L’Empereur devra entendre la lecture de cette pétition.
Si les règlements faits dans l’année apportaient dans le système des finances des changements tels que la convocation du Corps législatif devint nécessaire, la commission pourrait dénoncer au Sénat les mesures des ministres ou du Conseil d’État comme inconstitutionnelles.
4° Quant aux formes, il paraîtrait convenable que dans le sénatus-consulte on proposât de changer quelque chose aux formes. Il semble que les idées monarchiques s’arrangent mal de ces doubles signatures. L’Empereur signe d’abord le projet de loi discuté au Conseil, l’envoie ensuite au Corps législatif, et, après cela, il le proclame. Il serait mieux que la proposition se fît au nom du Conseil d’État, spécialement autorisé par Sa Majesté, ou autre formule analogue, laquelle comporterait l’obligation d’avoir soumis le projet à l’Empereur et d’avoir obtenu son approbation antérieure. Alors, si le Corps législatif rejette ou modifie, cela porte sur un décret du Conseil d’État; l’Empereur est au milieu. De cette manière les formes paraissent mieux gardées.
Fontainebleau, 28 octobre 1809
Donnez l’ordre au colonel Henry de se rendre en poste dans le département de la Sarre. Vous y dirigerez soixante gendarmes d’élite, en prenant la tête de ceux qui arrivent d’Allemagne et qui doivent avoir dépassé Nancy. Il vous fera un rapport tous les jours et vous fera connaître à fond le caractère de cette insurrection et les vrais motifs des troubles qui ont eu lieu. Cette expédition terminée, il se rendra dans l’Ourthe pour anéantir les deux bandes qui se sont formées là.
Même lettre au ministre de la police, avec cette addition :
Vous lui 3)au colonel Henry remettrez 6,000 francs pour dépenses secrètes dans cette mission.
Au comte d’Hauterive, chargé par intérim du portefeuille des relations extérieures, à Paris
Monsieur d’Hauterive, faites-moi un rapport sur la conduite qu’a tenue la Prusse pendant la guerre actuelle, dans la formation de ses camps, dans l’affaire de Schill, et de ses officiers, dans ce qui est relatif au prince d’Orange, et autres griefs de cette nature, afin que ces matériaux servent à régler ma conduite et les démarches à faire.
Monsieur d’Hauterive, apportez-moi la constitution de Hollande, apportez-moi aussi le dernier décret du roi de Hollande sur la noblesse. Faites-moi connaître si ce décret n’a pas blessé les principes fondamentaux de la constitution.
Monsieur d’Hauterive, je désire que vous fassiez réunir dans les archives des relations extérieures et que vous puissiez me remettre le plus tôt possible les pièces touchant mes discussions avec la cour de Rome. Vous y joindrez ma correspondance particulière avec le Pape sur le même objet, et vous demandez au ministre des cultes les bulles et brefs relatifs à cette affaire. Vous me ferez l’analyse de ces pièces, afin que j’y mette des notes pour la direction à donner qui doit être lu au Sénat et accompagner le sénatus-consulte qui déclare les Etats ecclésiastiques réunis à la France et partie intégrante de l’Empire.
Monsieur d’Hauterive, je vous renvoie le portefeuille des relations extérieures. Apportez-moi lundi un projet de lettre pour M. de Dreyer (ministre plénipotentiaire du Danemark à Paris) et un pour M. de Didelot Ministre plénipotentiaire français à Copenhague). Vous ferez connaître à M. de Dreyer que j’ai vu avec peine qu’Altona était devenue colonie anglaise; que les denrées coloniales y étaient apportées par des vaisseaux prétendus américains et qu’on en formait un entrepôt à Hambourg pour être de là répandue dans l’Allemagne; que j’ai vu dans cette tolérance de la contrebande une violation du traité d’alliance avec la France; que la guerre sera perpétuelle, si les puissances du continent négligent ce moyen efficace de nuire à l’Angleterre. Quant à la Suède, vous ajouterez que j’ai fait connaître à cette puissance que je n’admettrais aucun arrangement qu’au préalable elle ne souscrivît aux mesures de blocus adoptées par les puissances continentales. Vous enverrez au sieur Didelot copie de la lettre à M. de Dreyer, et vous lui prescrirez de faire des instances pour que les marchandises anglaises soient mises sous le séquestre. Vous rapporterez dans les deux lettres les détails contenus dans la lettre de mon ministre à Hambourg.
Vous me présenterez également des projets de lettre à MM. de Brockausen (ministre de Prusse à Paris) et Saint-Marsan (Ministre de France à Berlin), pour leur rappeler que depuis la guerre la Prusse n’a rien payé, et pour savoir quand elle remplira ses engagements.
Fontainebleau, 30 octobre 1809
Mon Cousin, si, comme je le pense, tout se passe convenablement en Autriche, dirigez toute ma Garde sur Strasbourg, et faites-moi connaître quand elle y arrivera. Donnez ordre au régiment provisoire de dragons qui est dans le Vorarlberg et au bataillon du 46e de se rendre à Huningue. Le 55e suivra la même direction, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, c’est-à-dire lorsque nous serons maîtres d’Innsbruck et que le Tyrol sera soumis; ce qui, je suppose, doit déjà avoir lieu à l’heure qu’il est.
Donnez l’ordre au duc de Raguse de partir le 4 novembre, pour être rendu le 12 à Vicence et pouvoir de là se rendre à Laybach, où se trouve réuni le 11e corps, avant le 16 ou le 17 du mois.
Donnez ordre au général Reynier, qui commande les Saxons à Presbourg, de se rendre, aussitôt que les Saxons auront quitté le territoire de l’Autriche, en toute diligence à Paris, pour y être employé à une armée.
Fontainebleau, 30 octobre l809
Général Clarke, je vous ai fait connaître l’intention où j’étais que la division Loison, qui sera forte de 12,000 hommes tant en infanterie qu’en cavalerie, pût entrer en Espagne le plus tôt possible, et avant le 1er décembre.
Je vous ai fait connaître l’intention où j’étais que la division Reynier, qui sera forte de 15,000 hommes d’infanterie et de 4,000 hommes de cavalerie, pût être réunie à Bayonne vers la fin de décembre.
Enfin, je vous ai fait connaître que mon intention était que le 8e corps fut dirigé sur Paris et Huningue, et pût y être arrivé avant le 30 novembre.
Les divisions Loison et Reynier seront successivement incorporées dans les cadres qui sont en Espagne, puisque les corps dont elles sont composées appartiennent déjà à l’armée d’Espagne.
Mais je dois aussi vous faire connaître mes intentions sur l’organisation du 8e corps, que je désire pouvoir faire entrer en Espagne dans les derniers jours de janvier. Ce corps sera commandé par le duc d’Abrantès. La 11e division sera composée des quatre bataillons du 22e de ligne et des huit bataillons actuellement existants à la division Rivaud ; total, douze bataillons. Tous ces bataillons seront mis au grand complet de 840 hommes par l’incorporation soit de ce qu’ils ont ou auront de disponible à leur départ d’ici au 1er décembre, soit de ce qu’ils auraient dans les six demi-brigades provisoires qui sont au Nord. Par exemple, le 19e a 360 hommes dans la 6e demi-brigade, le 25e y a 300 hommes, le 28e y a 400 hommes, le 36e, 200 hommes, etc. Je suppose que d’ici au 1er décembre je pourrai avoir disponible une partie de ces demi-brigades provisoires; mon intention est de retirer tout ce qui sera possible. Cette 1re division sera donc composée de 10,000 hommes, présents sous les armes et formant deux brigades.
La 2e division, commandée par le général Lagrange, sera composée de trois bataillons du 65e, d’un bataillon du 46e et de huit bataillons des huit régiments qui sont à Paris; ce qui fera en tout douze bataillons ou 10,000 hommes.
Les 3e et 4e divisions seront formées de tout ce que les dépôts de France pourront fournir au 1er décembre. C’est peu que d’évaluer à 10,000 hommes la force à laquelle chacune de ces divisions pourra ainsi être portée ; ce qui réunira sous les ordres du duc d’Abrantès un corps de 40,000 hommes environ. Pour pouvoir l’organiser convenablement, je désire que le chef de vos bureaux qui a fait le travail que vous m’avez remis, pour la formation d’une réserve de 100,000 hommes destinés pour l’Espagne, vienne à Fontainebleau. Il fera connaître au sieur Monnier, secrétaire du cabinet, qu’il est arrivé; il apportera les états qu’il peut avoir et fera cette organisation sous mes yeux. Entre autres matériaux et renseignements dont il devra se munir, il aura soin d’apporter un état de situation de toutes les demi-brigades provisoires et régiments de marche qui existent, un état de tout ce qui est disponible dans les différents dépôts en France, un état de la situation où se trouvent tous les ler, tous les 2e, tous les 3e, tous les 4e bataillons et les 1e, 2e, 3e et 4e compagnies des 5e bataillons. En travaillant une couple d’heures avec moi, cet employé comprendra de quelle manière je veux faire ce travail.
Quant à la cavalerie, je ferai également faire cette formation par votre employé. Mon intention est que la cavalerie de ce corps d’armée soit composée de tous les 3e et 4e escadrons des vingt-quatre régiments de dragons, et je crois pouvoir réunir ainsi vers le 1er décembre un total de 10,000 chevaux.
Cela portera donc le corps du duc d’Abrantès à 50,000 hommes.
La division de Loison doit être de 12,000 hommes; celle de Reynier sera de près de 20,000 hommes; cela formera donc une armée de 85,000 hommes à envoyer en Espagne.
Après le 8e corps, il restera à former une 3e division de réserve d’une vingtaine de mille hommes, tant cavalerie qu’infanterie. Cette division pourrait entrer en Espagne à la fin de mars; ce qui compléterait les 100,000 hommes que l’on peut, à ce qu’il me paraît, facilement réunir.
Je vous ai écrit trois lettres, une sur l’organisation de la division Loison, une sur l’organisation de la division Reynier, la troisième sur l’organisation du 8e corps commandé par le duc d’Abrantès, et enfin pour la formation d’un 4e corps ou 3e division de réserve.
J’ai supposé que la division Loison pourrait être de 12,000 hommes, que la division Reynier pourrait être de 20,000, que le 8e corps serait de 50,000 à 60,000, enfin que la 3e division de réserve pourrait être de 20,000.
Au milieu de toutes les occupations qui m’assiégent, je n’ai pu faire de travail que très à la hâte. Il est instant cependant que vous donniez des ordres conformément à mes différentes lettres. Mais si, fixant votre attention sur ce sujet, vous pensiez qu’on pût rendre ces corps plus nombreux, je désire que vous me le proposiez.
Les besoins en Espagne sont successifs; il faut d’abord un corps qui soutienne les derrières. Etant en novembre, il serait impossible de réunir tous nos moyens avant le commencement de janvier, et surtout la poudre et l’artillerie; et, dans cette presqu’île coupée de hautes montagnes, les froids et les neiges de janvier ne permettraient de rien faire.
Ainsi donc, les envois de troupes me semblent devoir être divisés de la manière suivante :
1° La division Loison, forte de 12,000 hommes; j’espère qu’elle pourra entrer en Biscaye avant le ler décembre;
2° La division Reynier; j’espère qu’elle pourra y entrer dans les premiers jours de janvier;
3° Le corps du duc d’Abrantès; j’espère qu’il pourra entrer en Espagne dans les premiers jours de février;
4° La division de réserve, qui pourra entrer vers le commencement de mars.
Je désire que le chef de vos bureaux travaille dans ce sens, et que, lorsqu’il aura terminé ainsi son travail, il me l’apporte lui-même pour que je puisse ensuite discuter avec lui la formation des divisions et les autres détails secondaires. Mais ce qui m’importe aujourd’hui, c’est de ne pas perdre un moment pour faire marcher la division Loison.
La légion portugaise se compose de trois gros détachements, d’une demi-brigade qui est au corps d’Oudinot, d’un bataillon qui est à Hanovre, et d’un bataillon parti de Strasbourg et que j’ai dirigé sur Ratisbonne. Donnez ces renseignements au duc d’Auerstaedt pour qu’il réunisse tous les Portugais en un seul corps, et qu’il le tienne éloigné des côtes. Cela fera 2,000 à 2,500 hommes. Je suppose qu’il n’y a aucun Allemand dans ce corps.
Il me paraît difficile que vous preniez le titre de duc d’Hunebourg; mais je ne vois aucun inconvénient que vous gardiez le titre de comte d’Hunebourg en y joignant celui de duc de Feltre.
Fontainebleau, 31 octobre 1809
On peut dissoudre le corps de réserve du duc de Conegliano.
Donnez l’ordre à ce maréchal de se rendre à Paris pour diriger la gendarmerie, vous mettrez les gardes nationales qui sont sous ses ordres sous ceux d’un général de division, sous le duc d’Istrie. Ce sera un état-major de moins et plus de simplicité.
Vous trouverez ci-joint l’état de la flottille hollandaise. Vous verrez que la Hollande ne me fournit rien. Elle n’a que soixante et dix bateaux canonniers dans l’Escaut oriental et pas une chaloupe; et, dans les autres canaux de la Meuse, vous voyez qu’elle n’a que cinq chaloupes canonnières. Soixante et dix bateaux canonniers ou rien, c’est à peu près la même chose. S’il y avait eu l’ombre d’une Hollande, il devrait y avoir cent chaloupes canonnières. Écrivez au Roi, par un officier, pour savoir sur quoi compter et pour le presser d’augmenter sa flottille.
Vous trouverez, par cet officier, au sieur la Rochefoucauld, pour qu’il fasse les plus fortes instances pour faire venir dans l’Escaut oriental le nombre de chaloupes canonnières nécessaire pour l’expédition. Vous lui sentir que jamais la Hollande n’a été si nulle, que la république m’avait fourni à Boulogne, pour une expédition étrangère, hors du pays, cinquante chaloupes canonnières et cent cinquante bateaux canonniers, et ces cinquante chaloupes canonnières étaient de superbes bâtiments; ici je n’en vois pas. Vous écrirez au roi de Hollande, par cet officier, pour que les troupes de Hollande se mettent en mouvement, pour avoir 16,000 hommes pour coopérer avec mes troupes à la reprise de l’île de Walcheren.
Monsieur de Champagny, répondez au sieur Kourakine que j’accorderai toutes les autorisations nécessaires pour l’emprunt que l’empereur de Russie veut faire à Paris; que mon intention, dans cette affaire comme dans toute autre, est de remplir les désirs de l’empereur. Quant au sieur Cassini, vous aurez avec le prince Kourakine une explication à son sujet. Vous lui ferez connaître que, soit le sieur Cassini, soit tout autre, né mon sujet, qui serait dans le même cas, n’est justiciable que de mes ministres; que nous n’admettons pas le principe de la naturalisation; que nous nous sommes brouillés pour cela avec M. de Markof; que je ne puis reconnaître à la Russie le droit de protéger un sujet français; que, tant qu’on n’aura pas trouvé le secret de la transfusion du sang, un Français est Français, et que ce caractère est indélébile; qu’il serait étrange que la Russie voulut soustraire à ma juridiction un sujet dont je suis mécontent ; que je ne protège aucun Russe en Russie, et que la Russie ne doit protéger aucun Français en France. Parlez là-dessus à M. de Kourakine, sans faire aucune note, et écrivez dans le même sens à M. de Caulaincourt.
Écrivez au général Clarke que je ne conçois rien aux principes du ministère de la guerre; que, si des sujets russes se sont engagés volontairement dans mes troupes, on doit les y laisser, et que, dans notre législation, ce serait un crime de les rendre à leur maître; qu’il doit témoigner mon mécontentement au duc de Valmy de ce que, pour être agréable à la Russie, il a élevé cette difficulté. Il faut laisser échapper ces hommes et fermer les yeux, et tout est dit.
1. ↑ c’est-à-dire du télégraphe
2. ↑ En fait, un seul bastion sera dynamité. La destruction totale des remparts sera effectuée sous François-Joseph
3. ↑ au colonel Henry

References: Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11