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Timestamp: 2019-05-21 06:25:58+00:00

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Bible chrétienne Evang. - § 82-96. Reprise du ministère en Galilée
§ 82-96. Reprise du ministère en Galilée
La plupart de ces paragraphes viennent de ce que Mt place après le Sermon sur la Montagne (§ 50 -76) les mêmes miracles et controverses rapportés par Mc et Lc auparavant (§ 31 -47). C'est là qu'on en trouvera notes et commentaires.
§ 82. Jésus revient en galilée : Jn 4,43-45
(Jn 4,43-45)
— La logique de ces trois versets fait difficulté. Car au v. 45, Jésus est bien accueilli par les Galiléens, qui savent ce qu'il vient de faire à Jérusalem: non seulement l'expulsion des vendeurs du Temple (Jn 2,13-22), mais tous les < signes >* miraculeux que Nicodème a reconnus comme venant de Dieu (Jn 2,23 et 3,2*). Or au v. 44, Jésus se dit non honoré “ dans sa propre patrie ”. Et l'on comprend mal qu'il y soit retourné “ parce que ” Il n'y serait pas honoré (v. 43-44). Sur ce point, cf. Lagrange: Sur Jn, p. 123-124.
Une des solutions données serait que par “ sa patrie ”, Jn désigne ici non pas la Galilée mais la Judée (cf. J. willemse, dans nts 1965, p. 349-364). Après tout, Jésus est né “ à Bethléem de Judée ” (Mt 2,1); surtout, Jn rapporte de préférence les événements qui se sont passés à Jérusalem ou dans les environs, comme plus décisifs; et il ne garde du ministère en Galilée que le double “ signe ” de Cana (2,1-11 et 4,46-54) ainsi que la multiplication des pains suivie du Discours sur le Pain de Vie (ch. 6), également décisifs. Si la patrie spirituelle du Christ est Jérusalem, c'est plus logique : Jésus vient de quitter la Judée où, s'Il a fait sensation, la foi est restée faible et bien sujette à caution (Jn 2,23-25*), tandis que la jalousie des Pharisiens s'est déjà allumée (Jn 4,1-3). Jean peut donc appliquer “ aux Juifs ” le proverbe qui, d'après les Synoptiques, vise les gens de Nazareth (§ 30 ) — Lc 4,24* — mais avec tendance à la généralisation, comme l'indique A. George), pour opposer l'insuffisance de l'accueil en Judée, à la fois à celui des Samaritains — que l'Évangéliste a évoqué dans les versets immédiatement précédents, comme Augustin le souligne — et à celui qui l'attend en Galilée. Car ce qu'il y a de plus sûr en ce §, c'est que Jn reprend ici le thème de l'accueil, qui était celui du Prologue. Il l'indique clairement en écrivant:
dans sa propre patrie : le mot grec en effet < idia > est le même qu'en 1,11-13: “ Il est venu dans sa propre maison (< idia >) et les siens (< idioi >) ne l'ont pas reçu. Mais à ceux qui l'ont reçu... ” L'alternative vaut pour tout un chacun...
§ 83. Guérison d'un lépreux: Mt 8,1-4
— cf. § 39 *.
§ 84. Le centurion de Capharnaùm: Mt 8,5-13; Lc 7,1-10; Jn 4,46-54
(Mt 8,5-13 Lc 7,1-10 Jn 4,46-54)
— Les deux versions sont assez différentes, parce que les Évangélistes en ont recomposé les détails suivant leur propos ; mais elles n'en concordent pas moins si bien que l'on s'accorde à y reconnaître un seul et même miracle : les Synoptiques ont surtout retenu l'admirable profession de foi du centurion, et l'éloge qu'elle lui vaut de la part du Christ (Mt 8,8-10 Lc 7,6-9); Jean passe tout cela sous silence, mais insiste par contre sur la réalité de la guérison, dûment constatée (v. 51-53), comme le sera celle de l'aveugle-né, au ch. 9.
Mt 8,5 ; Lc 7,1 ; Jn 4,46) — Dans Capharnaum... à Cana : En soulignant la distance — Cana est à 25 km de Tibériade, donc à 41 km de Capharnaum, par les routes actuelles — Jn exclut toute explication < naturelle >, par influx psychique ou suggestion, comme on pourrait le supposer dans ces guérisons multiples obtenues au contact du Christ (§ 47 ) — Lc 6,19; cf. § 143 ) — Lc 8,44-46).
Lc 7,2-6) — Comme d'ordinaire, Luc le médecin donne un diagnostic plus précis: le serviteur était sur le point de mourir. Mais Jn s'accorde sur ce point, puisque le centurion presse le Christ de venir “ avant qu'il ne meure ”...
Fils ou serviteur : Le même mot peut désigner l'un ou l'autre — ce qui est tout un programme.
// Ac 10,1 — Le premier des païens à être admis dans l'Eglise naissante sera un centurion bien disposé à la grâce, comme déjà celui-ci (Lc 7,4-5).
un centurion (Mt, Lc) ou un dignitaire de la cour (Jn) = du roi Hérode Antipas. Nous retrouverons celui-ci en Lc 9,7-9, bien au courant. Ce centurion est donc un haut personnage, dont l'humilité devant le Christ sera d'autant plus remarquable.
envoya quelques anciens des Juifs (Jn — alors que Mt et Lc simplifient en faisant aborder Jésus par le centurion lui-même) : Cette < ambassade > tend aussi à mettre en relief le respect où cet officier tient Jésus, puisqu'il ne se juge pas digne de l'aborder familièrement (Lc 7,7a).
Mt 8,7; Lc 7,6; Jn 4,47) — Pour Mt et Lc, le centurion a la foi, qu'il va manifester aux versets suivants; donc Jésus répond aussitôt, positivement. D'après Jn, la foi déjà implicite, puisqu'elle demande le miracle, n'en est pas moins trop faible puisqu'elle imagine que Jésus doit approcher physiquement le malade ; d'où le reproche du Christ. Mais :
Mt 8,8-9; Lc 7,6-8; Jn 4,48-50 // Ps 107,19-20 Ba 3,33-36 — Seigneur, je ne suis pas digne... L'admirable prière que l'Eglise nous a appris à faire nôtre, avant de communier — de s'approcher et de recevoir Jésus !
dis ! Par ta Parole : en grec < Logo > (au datif). Mt ajoute même : “ seulement ” — une parole suffit, puisque c'est ta Parole, celle du Verbe de Dieu, souverainement efficace, tellement qu'à mesure que “ Dieu dit, tout fut fait ” (Gn 1 Jn 1,3*). Or sur ce point capital, Jn emploie exactement les mots de Mt et Lc: “ le centurion crut à la Parole (< Logos > — v. 50) que Jésus lui avait dite ” (même verbe en grec que celui de Mt ou Le). Donc sur l'essentiel, les deux versions concordent parfaitement : le centurion a fait un acte de foi préalable au miracle (le constat de la guérison ne survient qu'aux versets 51-53); et cet acte de foi est bien le même ici et là, consistant à se fier au Christ non pas comme à un quelconque thaumaturge ayant le don de guérir, mais comme Verbe de Dieu, sûr puisqu'il est la Vérité même, efficace puisqu'il est la Parole toute-puissante, créatrice. L'argument que cet officier donne en Mt et Lc montre que c'est bien sur l'efficacité divine de cette Parole qu'il fonde sa confiance: car, dit-il, si même un homme, du fait qu'il a autorité d'officier, peut donner à un ordre verbal, valeur décisive assurée, a fortiori le Créateur. C'est la foi déjà de l’A.T. (// Ps 107 et Ba 3). Ce qu'il y a de neuf ici, est que cette assurance et ce pouvoir divins soient reconnus à Jésus (= reconnaissance de Jésus comme Dieu).
Jn 4,48-49 // Mt 24,24 1Co 1,22-24 — Signes et prodiges: Jésus ne refuse pas les signes ; ce contre quoi il s'élève, ce serait soit que l'on en fasse une condition de la foi — qui devrait s'en remettre à sa Parole, précisément sans conditions — soit aussi que l'on recherche le prodigieux pour lui-même, qui est fort ambigu, puisque les faux prophètes en font autant, des magiciens d'Egypte (Ex 7,11-12 Ex 7,22) aux “ faux christs ” de la Fin des temps (// Mt 24,24): si l'on risque de s'y tromper, ce n'est donc pas un critère pour la foi.
vous ne croirez jamais: ainsi traduisons-nous la négation redoublée, en grec, dont l'excès même — puisque le centurion va faire l'acte de foi, deux versets plus loin — fait sentir à quel point le Christ est excédé, en même temps qu'il tente de provoquer la réaction de la foi: Mais si, Seigneur, je crois! Notre foi accepte même ce qui est l'inverse d'un < prodige > en même temps que le plus pur des < signes > : le Christ crucifié (// 1Co 1,22-24), le signe de la Croix !
Mt 8,10; Lc 7,9) — Non seulement la foi provoque l'admiration du Christ, mais elle nous fait participer à sa toute-puissance, puisqu'il en advient “ comme tu as cru ” (Mt 8,13 cf. Mt 9,2 Mt 9,22 Mt 9,29 Mt 15,28 Mt 21,21-22). Inversement, le manque ou l'insuffisance de la foi empêche la puissance du Christ d'agir (Mt 13,58 Mt 17,20).
même en Israël (Lc) : Israël est le premier-né, et il devrait être le point de référence en matière de foi. Mais Luc ne développe pas ce point comme fait Mt:
Amen, je vous dis (Mt) : Annonce une déclaration, un < jugement > définitif, dont les v. 11-12 confirment le sens eschatologique. En outre, Mt renforce la négation: “ chez personne en Israël ” — “ pas un, pas un seul ”, comme dirait le Ps 14.
tourné vers la foule qui l'accompagnait (Lc): en supprimant “ la foule ”, Mt désigne plutôt “ ceux qui vont avec Lui ” = ses disciples, à qui s'adressent les paroles littéralement < renversantes > des deux versets suivants.
Mt 8,11-12; (Lc 13,28-29, au § 220 ) // Ps 107,2-3 Ps 105,42 Gn 12,3 Rm 11,11-15 Ps 47,10 — C'est bien le thème, fondamental chez Saint-Matthieu, du Jugement et des Fins dernières, avec les images, classiques, du festin, pour le ciel (22,1-14), ou des ténèbres extérieures, avec pleurs et grincements de dents, pour l'enfer (13,42.50; 22,13; 24,51; 25,30) — Nous reviendrons sur ces images au § 136 *). Luc a conservé aussi la même sentence du Christ, mais jointe à < La Porte étroite > (§ 220 ) — Lc 13,22-30), ce qui accroît encore son caractère d'avertissement sur le choix nécessaire.
Mais l'annonce est surtout d'un renversement: vocation des païens, rejet d'Israël. Que ce soit anormal, cela est souligné par l'opposition entre “ le Royaume des cieux ” et “ les fils du Royaume ”, pour qui c'était donc un héritage qui leur revenait, de droit. Car “ fils de... ” est un hébraïsme, signifiant soit l'appartenance à un groupe (qui peut être beaucoup plus large que la famille), soit le droit à une possession: par exemple, “ fils de la paix ”, en Lc 10,6*. Or ce sont ceux-là mêmes qui vont être exclus, alors que les païens y viendront sans nombre, et de toutes parts (// Ps 107,2-3):
Beaucoup, en effet, traduit un sémitisme signifiant: innombrables. “ Des milliers de milliers ”, traduit J. Jérémias, s'appuyant sur twnt < Polloï > (Jésus et les païens, p. 49 et 65). C'est le même mot < Polloï > à la Cène: “ Ceci est mon sang... répandu pour la multitude ” (§ 318 ) — Mt 26,28*).
viendront de l'Orient et de l'Occident: // 1S 2,2-3 — Le Mont, c'est le Christ qui prêche sur la montagne (§ 48 ) et meurt sur le Golgotha. Mais ici, ce qu'annonce le Christ, c'est l'accomplissement de la prophétie, par l'accès de tous les peuples à “ la montagne de Sion, à la Cité du Dieu vivant... à Jésus, médiateur de l'Alliance nouvelle ” (He 12,22-24, en // à § 288 ).
J. Jérémias regroupe en une synthèse impressionnante (Ibid, p. 51 ss) les textes des Prophètes, Isaïe surtout, et des psaumes, où Jésus “ pouvait lire ” les 5 traits marquants de ce pèlerinage eschatologique des peuples vers la montagne de Dieu: 1) l'Epiphanie, la manifestation de Dieu; 2) son appel à toutes les nations païennes; 3) l'afflux des peuples; 4) l'adoration dans le sanctuaire universel; 5) le festin du Salut, sur la montagne.
C'est l'accomplissement même du dessein de Salut, la “ mission ” pour laquelle le Christ a été “ envoyé ” (§ 78 ) — Jn 3,16-17*). Jésus l'a donc prise à coeur, et cette préoccupation affleure dans nombre de ses Paroles, où s'exprime son souci de “ rassembler ” (Mt 25,31 ss) les brebis dispersées (Mt 9,36* et Jn 10,16*; 11,51*), etc. Cf. J. Jérémias: Ibid. p. 57-63.
et prendront part au festin: // Ex 24,9-11) — La conclusion de l'Alliance sur le Mont Sinaï est, d'après He 12,22-24, la figure de la Nouvelle Alliance, cette fois offerte à tous les hommes.
avec Abraham, Isaac et Jacob: par-delà l'économie* temporaire de l'Alliance mosaïque, réservée au seul Israël, on en revient à l'accomplissement des Promesses faites aux Patriarches, d'être “ la Bénédiction en qui seront bénies toutes les familles de la terre ” (// Ps 105,42 Gn 12,3). C'est bien elle qui s'accomplit en Jésus ; c'est “ le Mystère de Gloire ” réunissant tout, Juifs et païens et même les hommes et les Anges, “ dans le Christ Jésus ”, chanté par saint Paul dans Ep 1-3 et Col 1-2. Telle est la vision qui est au coeur du Christ, et qui provoquera son < extase >, au retour de la 1° mission des Apôtres (§ 110 *).
Les Juifs interprétaient cette extension < catholique > (universaliste) du Royaume, prédite par les Prophètes, comme une domination qu'un Messie glorieux viendrait assurer à Israël. Le retournement de la situation est donc violent et offensant, pour ceux qui se trouvent cependant ainsi avertis. Le Christ y reviendra dans ses derniers enseignements, sous la figure des Vignerons homicides, ou des Invités au festin (§ 281 * et 282*). Car tout le monde, à commencer par Israël, bien sûr! est appelé au Royaume: il suffit de faire l'acte d'humilité et de foi du centurion de Capharnaüm, qui est donc bien ici donné en modèle (cf. D. Marquerai: Le Jugement... p. 243-257). Plus tard saint Paul, qui se trouvait atteint par le < Jugement > dans ses affections les plus chères (Rm 9,2), expliquera que la défection d'Israël n'est que provisoire, pour une plus totale victoire de la Miséricorde divine (// Rm 11 — c'est tout le chapitre qu'il faudrait relire), opérant la réunion de tous les hommes sur < la pierre angulaire > (§ 281 - Mt 21,42* ; Ep 2,14-22). Une fois cette tâche accomplie, par sa mort, le Christ pourra remonter aux cieux et nous y introduire, tous (Ps 47,10 — psaume de l'Ascension). Nous sommes bien ici au centre de l'Histoire sainte et de son drame.
Mt 8,13; Lc 7,10; Jn 4,51-54 // 1R 17,23-24 — Le miracle en lui-même était si bien simple prétexte à la leçon sur la foi, que Le l'indique rapidement, et de façon banale. De même Mt, mais après une dernière insistance sur la foi. Seul Jean s'attarde au constat, et à la conclusion : “ Il crut... à ce second signe ”. Or, déjà au v. 50*, Jn avait écrit: “ L'homme crut à la Parole ”, et nous avions vu que c'était là l'essentiel de la foi, celle que Jésus admire. Est-ce tout à fait la même foi, ici et là?
- Non. Car le constat du miracle, notamment de la coïncidence de l'heure avec celle “ où Jésus lui avait dit.; . ”, en fait une foi confirmée, raisonnée, raisonnable. Nous avons vu que les Évangiles insistent sur cet appui mutuel du voir et du croire (§ 10 ) — Lc 2,15*), à condition que le croire ne soit pas conditionné par le voir, mais que le miracle survienne comme le fruit de la foi. Sur ce point, le second miracle de Cana ressemble au premier, celui des noces, obtenu par la foi de Marie, malgré une première répartie, également peu engageante, de Jésus à sa mère — comme ici au centurion…
Par là aussi, Jean amorce la suite : Le Christ vient pour communiquer la vie éternelle (ch. 5) à ceux qui croiront en Lui et mangeront sa chair, donnée pour la vie du monde (ch. 6). Or c'est bien cela qu'annonce la guérison de ce fils ou serviteur: car celui-ci “ allait mourir ”, si le Christ ne s'était volontairement tenu à dire, et à répéter: “ Ton fils vit ” — d'un terme que Jean emploie abondamment, partout ailleurs, au sens de < vivre éternellement > (cf. A. Feuillet: Et. Jo., p. 41-43).
§ 85-86. Guérison de la belle-mère de Pierre, et autres: Mt 8,14-17
— Commentaire et notes aux § 34 -35*.
§ 87. Vocations: Mt 8,18-21
(Mt 8,18-21)
— Voir au § 184 *.
§ 88-89. La tempête apaisée, et les démoniaques Gadaréniens: Mt 8,23-34
(Mt 8,23-34)
— Voir aux § 141 *.
§ 90. Le pardon au paralytique: Mt 9,1-8
— Voir au § 40 *.
§ 91-93. Vocation de Matthieu (Lévi), repas avec les pécheurs, questions sur le jeûne: Mt 9,9-17
(Mt 9,9-17)
— voir aux § 41 -43*.
§ 94. L’hemorroïsse, la fille de Jaïre: Mt 9,18-26
— Voir au § 143 *.
§ 95. Les deux aveugles : Mt 9,27-31
— Il y a une autre guérison d'aveugles en Mt 20,29-34 et // § 268 *), très parallèle puisque non seulement ils sont deux (en Mt seulement), mais leur invocation est la même, tout comme le geste guérisseur: Jésus touche leurs yeux (donc, ici, l'image du Pouvoir miraculeux du Christ est à nouveau le contact: cf. § 47 , Lc 6,19*, et § 143 ) — Lc 8,44-46*, et non plus la seule Parole, comme pour le fils du centurion: § 84 ) — Mt 8,8-9*).
Il est intéressant de noter comment la réponse aux aveugles varie, en fonction de la situation, ici et là. Au § 268 , qui se passe à Jéricho, nous sommes au début de la montée qui aboutit à l'entrée triomphale dans Jérusalem (Rameaux); le Christ s'arrête en route, pour faire ce miracle annoncé par Isaï'e comme caractéristique des temps messianiques (Is 29,18 Is 35,5, en // au § 106 *). Ici, par contre, en ce premier ministère de Galilée, Jésus cherche encore à éviter l'équivoque du messianisme (Mt 9,30-31*), et veut surtout montrer à nouveau la condition préalable, qui est la foi (Mt 9,28*).
Mt 9,27 // Is 11,1 Ap 22,16 — Ils criaient: Le cri qui s'élève du malheur des hommes: tant d'aveugles encore, notamment dans le tiers monde! C'est le même mot pour “ le grand cri ” que poussera Jésus en mourant (Mt 27,50).
Fils de David: titre donné dès Mt 1,1. Il traduit l'attente populaire du Messie, annoncé à David par le prophète Natân (2S 7 en // au § 4 ) — Lc 1,27 et 32), et dont la promesse avait été maintes fois réitérée par Isaïe (outre le // Is 11,1, cf. Is 9,6 Is 16,5), Jérémie (Jr 30,9 Jr 33,17 Jr 33,21-22), Ézéchiel (Ez 34,23-25), Osée (Os 3,5), Amos (Am 9,11) et Zacharie (Za 12,8-10). L'ange Gabriel l'annoncera comme tel (§ 4 - Lc 1,32*) et Mt explique comment Jésus mérite juridiquement ce titre, du fait de l'adoption par Joseph, “ de la maison de David ” (§ 13 *). Ce titre restera cher au Christ pour l'éternité (// Ap 22,16), comme le rappel de son incarnation dans cette lignée de Jessé. Appellation semblable en Mt 15,22 Mt 20,30-31 Mt 21,9 Mt 21,15; cf. Ac 2,29-34 Ac 13,22-23).
Aie pitié: Ces aveugles n'en appellent pas seulement au sentiment de pitié, si naturel : s'ils donnent à Jésus le titre de “ Fils de David ”, c'est qu'ils l'invoquent comme le Messie, avec la foi qu'il peut les guérir (v. 28). Le mot grec < éléos > prend donc le sens divin que le Christ lui donnait en citant Osée (Mt 9,13 — § 42 in fine*) : Fais Miséricorde !
Mt 9,28) — Mc et Lc n'ayant gardé la guérison des aveugles qu'au § 268 , ils y mentionneront aussi l'appel à la foi que Mt avait indiqué ici, en ce § 95 : comme quoi, jusque dans leurs divergences rédactionnelles, les Évangiles se recoupent (voir au § 268 les // Ac 3,16 et He 11,6, sur la foi comme condition pour être disciple du Christ).
Mt 9,29) — Selon votre foi: = Mt 8,13 (cf. § 84 , à Mt 8,10*).
Mt 9,30-31) — Que personne ne le sache: C'est “ le secret messianique ”, plus souvent indiqué par Saint-Marc (§ 35 ) — Mc 1,34*) — avec le même insuccès d'ailleurs, car on ne contient pas si facilement l'enthousiasme résultant des miracles, que ce soit au temps du Christ ou devant les apparitions du xx° siècle, même quand la prudence est recommandée par l'Église jusqu'à ce qu'elle ait pu étudier et juger l'événement...
§ 96. Guérison d'un possédé muet : Mt 9,32-34
(Mt 9,32-34)
— voir aux § 116 -117*.
§ 97-104. L'envoi en mission
Marc et Luc nous parlent d'une première mission, confiée aux Douze (Mc 6,7-13 Mc 6,30-31 Lc 9,1-6 Lc 9,10) ; elle se conclut par la Multiplication des pains. Luc seul fait mention d'une seconde mission, confiée cette fois à 72 disciples (Lc 10,1-24) ; elle intervient quand la “montée à Jérusalem” est déjà commencée (Lc 9,51-56). Ces deux missions se trouvent donc situées en Mc et Lc à la fin du ministère de Jésus en Galilée (§ 145 et § 185 -187).
Matthieu, lui, semble regrouper les données de la Tradition en un seul exposé d'ensemble, suivant sa méthode, déjà constatée dans les ch. 5 à 7 pour le Sermon sur la Montagne. Dès lors, la Mission y prend une telle ampleur qu'elle est la charte pour toutes les missions des temps à venir. C'est tellement vrai qu'il n'y a plus de place pour le retour des envoyés en mission, comme en Mc 6,30-31 et Lc 9,10 (§ 151 ). Mt 11,25-27 garde pourtant la Parole révélatrice dite par le Christ en cette occasion, mais sans la rattacher expressément, comme Lc 10,21-22, au retour de la mission des 72 disciples (§ 110 *).
Cela n'empêche pas Mt de bien fonder le Discours sur la Mission dans un envoi effectif des Apôtres, en prolongement de la prédication du Christ:
§ 97. Jésus et les foules sans berger: Mt 9,35-38
(Mt 9,35-38 Mc 6,6-34 Lc 8,1 Lc 10,2)
— La logique missionnaire de ces 4 versets introductifs (Mt), annonciatrice de ce qui va suivre, part des faits :
Mt 9,35 // Ac 10,37-38 — C'est la reprise textuelle du résumé que Mt donnait du ministère de Jésus en Galilée: “ Il circulait, enseignant dans leurs synagogues, prêchant l'Évangile du Royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité dans le peuple ” (Mt 4,23) — cf. § 37 , et introduction aux § 32 -37).
L'Évangile du Royaume: C'est le Kérygme*, en quoi les Synoptiques formulent l'essentiel de la prédication du Christ (§ 28 *). Nous sommes donc bien dans la continuité du ministère de Jésus : annonce du Royaume, manifesté par les guérisons. C'est d'ailleurs le souvenir majeur que le Christ en laissera: “ Il passa en faisant le bien et en guérissant...” (// Ac 10,38).
La seule variante entre Mt 9,35 et 4,23, c'est la mention des cités et bourgades, qu'il faut souligner, car elle fera l'armature de la 1° Partie du Discours sur la Mission (§ 99 ) — Introduction).
Mt 9,36 // Jr 50,6 et Nb 27,16-18 (en // au § 99 ) — voyant les foules, 3° des éléments relevés dans les § 32 * à 37, il en eut compassion: Nous sommes devant l'humanité de Jésus, tenant compte de ses sensations, porté par sa tendresse pour tous ces gens — à l'opposé de la supériorité méprisante des Pharisiens (Jn 7,49 Jn 9,34) ou des Esséniens (cités par P. Bonnard, p. 142).
lasses et abattues: les foules ont besoin d'être portées, animées, guidées par un chef, mais qui soit un pasteur.
des brebis sans pasteur: C'est la situation pernicieuse que Moïse voulait éviter en priant Yahvé d'élire un Josué (= un sauveur) pour le remplacer après sa mort prochaine (// Nb 27,16-17). Et ce fut la pénitence d'Israël, après la chute de Jérusalem, durant l'exil à Babylone (// Jr 50,6). Même alors, Dieu avait promis de ramener Israël dans les pâturages du Carmel, de Bashân, d'Ephraïm et de Galaad (Jr 50,19). Car c'est Dieu le Pasteur d'Israël (cf. Vtb < Pasteur et troupeau >). En voyant les foules comme des brebis, Jésus se révèle ici déjà le Bon Pasteur (§ 178 ) — Mt 18,12-14*, et § 263 ) — Jn 10*).
Rupert de Deutz : Sur Mt vin (PL 168, 1484) : Le Seigneur voyait-il seulement ces foules qui étaient autour de lui ? Non ; il voyait toutes les foules de toutes les nations qui, à travers les temps, croiraient en lui ; et il compatissait à toutes. C'est pourquoi il propose une autre comparaison: “La moisson est abondante, mais les ouvriers sont rares. ”
Mt 9,37-38 // Am 9,13 — C'est aussi une des conséquences de l'Incarnation : devenue homme, la Parole de Dieu entre dans les limites du temps (restreint à ces 3 petites années de ministère), et du lieu qui ne débordera qu'exceptionnellement le petit pays de la Palestine — alors que cette Parole vaut pour toutes les générations, et de la terre entière. D'où le complément nécessaire de ces < Apôtres > que le Christ associe à sa mission, avant même que sa vie ne s'achève, pour les mettre en selle. Pareillement, il les initie aux sacrements de son vivant, pour leur apprendre à poursuivre sur cette lancée : pour le baptême, cf. § 79 et § 370 ) — Jn 3,22-24*; Jn 4,1-2, et Mt 28,19*; pour l'eucharistie, cf. § 318 ) — Lc 22,19*, etc.
Si concrètes que soient les circonstances, ces 4 versets s'enchaînent donc en une sorte de syllogisme, concluant sur l'appel de renforts : Jésus est venu évangéliser “ le monde ” — or la foule est là, sans pasteurs qui lui prêchent l'Évangile — donc il faut en envoyer.
La moisson abonde : Correspond à : “ déjà les champs blanchissent pour la moisson ”, de Jn 4,35-38* (§ 81 ). Il est vrai que l'image de la moisson désigne souvent la Fin des temps (Mt 3,12 Mt 13,24-43), chez les Prophètes surtout (Jl 4,12-14 Is 27,12 Ap 14,14-16). Mais ici — comme en Saint-Jean et comme dans le // d'Am 9,13, où les temps messianiques sont caractérisés par une moisson immédiate — le Christ en parle comme d'un présent, ou d'un futur tout proche. Il faudra s'en souvenir pour chercher le sens de Mt 10,23b*.
les ouvriers peu nombreux: C'est de tous les temps; jusqu'à “ la onzième heure ”, le Père devra chercher des ouvriers pour sa vigne (§ 252 - Mt 20,1-7*), comme Il cherche “ de vrais adorateurs ” (§ 81 ) — Jn 4,23-24*). Et peut-être bien que ce sont les mêmes, adorateurs et apôtres, joignant contemplation et action comme elles sont unies à la Source de l'adoration et de l'apostolat, qui est Jésus, l'Envoyé (< apostolos >) du Père et son filial adorateur (au sens indiqué à propos de Jn 4,20-24*).
priez le Maître de la moisson : L'initiative de la mission part du Père. C'est Lui qui envoie, le premier (Jn 3,16-17*), pressé par cet amour < apostolique > qui meut le Christ (§ 212 ) — Lc 12,49-50*) et brûlera dans le zèle de < l'Apôtre > saint Paul (2Co 5,14). Le premier recours devant la pénurie des prêtres ou de l'apostolat des laïcs (dont Vatican II a rappelé l'urgence et la nécessité dans le Décret “ Apostolicam actuositatem ”), c'est la prière. Jésus lui-même, pour choisir les Douze, a passé la nuit à prier (Lc 6,12).
§ 98. Mission des douze: Mt 10,1-4 ; Mc 6,7 et 3,16-19; Lc 9,1 et 6,13-16
(Mt 10,1-4 Mc 6,7 Mc 3,16-19 Lc 9,1 Lc 6,13-16)
— Mc et Lc ont situé la constitution du Collège des douze Apôtres juste avant le Sermon sur la Montagne (§ 49 et § 46 *). Mt, tout en précisant que Jésus était alors entouré de ses disciples (§ 48 ) — Mt 5,1*), ne les appelle du titre d'Apôtres, et ne donne leurs douze noms qu'à présent, où ils deviennent effectivement des < envoyés >.
Mt 10,1 Mc 6,7 Lc 9,1; // Jn 14,12 — // Leur donna pouvoir... et pouvoir: C'est son propre pouvoir (< Exousia >), dont nous avons vu, lors de la guérison du paralytique, qu'il allait jusqu'à remettre les péchés (§ 40 - Mc 2,8-12 a*). Et autorité: Lc 9,1 ajoute cet autre terme, qu'il affectionne (cf. A. George: Sur Luc, p. 143-145), pour indiquer une participation à la < Dunamis >, à la Puissance et autorité propre à Dieu (§ 4 ) — Lc 1,35*), que Jésus lui-même manifestait dans ses exorcismes et ses miracles.
exorcismes et guérisons: rappelons-nous que les deux vont de pair. Car souffrance, maladie et mort viennent du démon (Sg 1,12-15 Sg 1,23-24, en // à Gn 3,7 dans BC I/r, et BC I*, p. 59-60). Donc la libération des “ esprits impurs ” comme des maladies est le fruit d'une libération ou rédemption intérieure, dont les miracles sont les signes spectaculaires, et qu'effectueront plus à fond mais par conséquent aussi plus secrètement, les sacrements (cf. Introd. au § 32 ).
Le Christ délègue donc son propre pouvoir aux Apôtres, pour faire les mêmes “ oeuvres ” que Lui-même accomplit depuis le début de son ministère (// Jn 14,12), et qu'il ne cesse pas d'exercer, comme le rappelaient encore les versets précédents (Mt 9,35*).
Hilaire: Sur Mt x (PL 9,967) : Toute la puissance du Seigneur est ici communiquée aux Apôtres. En Adam, ils avaient été créés à l'image et ressemblance de Dieu; maintenant ils reçoivent l'image et ressemblance du Christ. Dans le pouvoir des miracles, ils ne diffèrent en rien de lui. Tout le mal dont l'impulsion de Satan avait accablé le corps d'Adam, les Apôtres vont l'en purifier parce qu'ils communient à la puissance de leur Maître. Et pour qu'ils ressemblent pleinement à Dieu suivant la prophétie de la Genèse (Gn 1,26), le Christ leur ordonne de donner gratuitement ce qu'ils ont reçu gratuitement.
Rupert de Deutz : Sur Mt vin (PL 168,1487): Ce n'est pas à ce moment que le Seigneur a < ordonné > les Apôtres : il les a seulement convoqués, et a fixé leur nombre. Choisir, ce n'est pas la même chose qu'ordonner ou sacrer. Et quand les a-t-il ordonnés ou sacrés ? Quand, officiant comme Pontife, il est lui-même entré, comme Grand Prêtre, dans le sanctuaire, par son propre sang (He 9,12), puis, ressuscitant des morts, leur a donné des pouvoirs pléniers et parfaits, avec ces mots : “ Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur sont remis ” (Jn 20,22). Et encore : “ Allez... Baptisez toutes les nations ” (Mt 28,19).
Mt 10,2-4 // Mt 16,16 Jn 1,45 Jn 14,8 Jn 20,28 Jn 13,30 — Sur le Collège apostolique, cf. § 46 *. Nous ajoutons ici en // quelques occasions où certains des Apôtres reparaissent dans les Évangiles à un titre plus particulier. Mais c'est assez exceptionnel pour bien montrer que l'important est le Collège apostolique, comme tel, source de la collégialité dans l'Église (Vatican II: LG 19 LG 22; Décret sur l'Oecuménisme, UR 2).
§ 99-104. Le discours apostolique: Mt 10,5-42
(Mt 10,5-42)
— Ce qu'on appelle ainsi regroupe les Paroles du Christ relatives à la mission, qui se retrouvent en ordre plus dispersé dans Mc et Lc. On peut y discerner 2 parties: la première traite de la mission proprement dite (§ 99 ) — v. 5-16), même au milieu des persécutions à prévoir (§ 100 ) — v. 17-23); elle est scandée par le mot “ villes ou cités” (v. 5.11.14.23), qui fait inclusion: “N'entrez pas dans une ville des Samaritains... (mais) les villes d'Israël ” (v. 5 et 23). La seconde parle plutôt des disciples (avec ce mot en inclusion aux v. 24 et 42).
§ 99. Recommandations pour la mission : Mt 10,5-16 // 2Co 5,20
(Mt 10,5-16 // 2Co 5,20)
— Le Christ a transmis de son “ Pouvoir ” aux Douze (v. 1). Au v. 5, Il les “ envoie ”, et leur “ commande ”, leur fixe la mission dont Il les charge. C'est essentiel: l'apôtre est un envoyé, un délégué (v. 40), qui ne dispose pas de ses Pouvoirs en maître, mais au service de cette délégation, donc “ au nom du Christ ”. La grande déclaration de saint Paul (2Co 5,11 à 6,10) en est un excellent exemple. Déborder ou détourner de leur but les pouvoirs ainsi < confiés > serait abus de confiance, ou trahison.
Mt 10,5-8 (5b-8a) // Nb 27,15-18 — Versets propres à Mt. Ils définissent le cadre géographique et le programme de la mission :
les brebis perdues de la Maison d'Israël : On reste donc dans la perspective des “ brebis sans pasteur ” de Mt 9,36 et du // Nb 27,17, la mission que Jésus considère comme la sienne propre, durant le ministère de sa vie terrestre, comme Il le dira à la Syrophénicienne du § 156 , “ Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la Maison d'Israël ” (Mt 15,24). L'identité de l'expression montre bien que cette première mission des Apôtres est la même que celle du Christ — du moins pour le moment (cf. J. Jérémias: Jésus et les païens, p. 15-33).
Mais si le Peuple élu garde encore une priorité, ce n'est pas une exclusivité, ni une garantie perpétuelle. À propos du centurion, nous avons vu annoncé le mystérieux transfert des Juifs aux païens (§ 84 ) — Mt 8,11-12*). Jésus lui-même, à l'occasion, ne refuse pas de rester deux jours à évangéliser les Samaritains (§ 81 ) — Jn 4,40-41), ni de « prendre la route des païens » en passant la frontière vers Tyr, Sidon, et la Décapole (§ 156 -157) — Mc 7,24 et 31), où Il exauce la Syrophénicienne et guérit le sourd-muet. Il est vrai que cela reste exceptionnel, mais seulement parce que l'évangélisation du monde est pour l'après-Pentecôte, comme le spécifiera le Christ avant son Ascension, en envoyant les Apôtres cette fois « à toutes les nations, à partir de Jérusalem » (Mt 28,19 Lc 24,47).
Sur la route: L'aspect itinérant de l'évangélisation sera souligné aux v. 9-14.
annoncez très haut: en grec, c'est le verbe du Kérygme*. Et de fait:
« le Royaume des cieux est proche », ou plutôt « s'approche »: c'est le premier des 3 points où se résume la prédication du Christ et de Jean-Baptiste (§ 28 * et § 19 ). Mc 6,12 ajoute que le second point n'en était pas absent, bien au contraire, puisqu'il était la condition pour entrer dans ce Royaume, et donc l'effet pratique attendu de cette prédication: «... prêcher pour que l'on fasse pénitence ».
Guérissez... ressuscitez... purifiez les lépreux, chassez les démons: En Lc 10,9) — donc pour la mission des 72 disciples — il est encore plus clair que les miracles sont donnés comme signes du Règne de Dieu pour qui veut bien le recevoir. Ils accompagneront en effet la prédication des Apôtres, dès ces premières missions (§ 187 *), et après la Pentecôte (Ac 3 9,32-42, etc. ). Sur le sens plus particulier de la < purification > des lépreux, cf. l'introduction au § 39 .
Si les miracles sont devenus rares, peut-être est-ce à la mesure des résistances d'un rationalisme qui, déjà, paralysait le Christ à Nazareth (§ 144 ) — s'il est vrai que « le don de guérison » peut encore être reçu, pour appuyer la Parole (cf. e. tardif: Jésus a fait de moi un témoin, Ed. du Renouveau 1984)? Mais en tous cas, la prédication de l'Église doit toujours, suivant l'ordre du Maître (v. 5 a), être appuyée des signes — moins sensationnels mais non moins assurés d'efficacité — que sont par définition les sacrements. L'évangélisation ne saurait aller sans sacramentalisation.
Mt 10,8 b // Is 55,1 Ac 8,20 — N'exclut évidemment pas que l'apôtre accepte, de ceux auxquels il porte l'Évangile, le nécessaire, puisque le v. 10 pourvoira à sa nourriture, et le v. 11 au logement. Mais on ne peut trafiquer sur les dons de Dieu, comme l'imaginera Simon le magicien (// Ac 8,9-24: première tentation de la « simonie », contre laquelle l'Église devra si durement lutter, jusqu'à en triompher à peu près. Si la solennisation des sacrements, ou les dépenses nécessitées par les voyages du pape peuvent être normalement supportées par leurs bénéficiaires, il reste de la plus haute importance que les sacrements comme tels soient conférés gratuitement, pour signifier qu'ils sont avant tout don de Dieu (§ 84 ) — Jn 4,10* ; // Is 55,1). Jusque dans le ciel, cette générosité sera la Gloire de Dieu (Ap 21,6 Ap 22,17).
Mt 10,9-10 Mc 6,8-9 Lc 10,4 et Lc 7b // Nb 18,26-31 Tb 12,1 — Il y a entre les 3 Synoptiques des variantes : pas de bâton et pieds nus (Mt-Lc) ; seulement un bâton et des sandales (Mc). Mais le sens effectif est le même: rester libre, pour être disponible. Motif: le temps presse; l'apôtre ne doit pas s'attarder, même seulement à des salamalecs inutiles (Lc) ; il est < itinérant > allant de ville en ville (Mt 10,7 Mt 10,23).
L'ouvrier mérite sa nourriture (Mt), ou son salaire (Lc 10,7) : Évangéliser est un travail, parfois pénible, lourd de la responsabilité de celui qui a charge de ces âmes à évangéliser (le beau titre de < curé > venait de là). Le prêtre peut tenir à honneur ce labeur pastoral, sans chercher ailleurs.
Mt 10,11-14; (Mc 6,10-11 Lc 10,5-11 — L'Évangile demande à être reçu (Jn 1,11-13*). Il apporte la paix — le Shalom des Juifs — mais non la paix du monde (Jn 14,27 — comme vont le montrer les prédictions qui suivent, Mt 10,17-39): la paix que donne le Règne de Dieu. Cette paix est si réelle que c'est comme une balle lancée par l'Apôtre, qui lui revient si elle n'est pas reçue (même réalisme pour la bénédiction de Jacob: Gn 27,34-38 — BC I*, p. 139).
Aujourd'hui encore, le Rituel catholique prévoit qu'en portant la communion à domicile, on commence par < le salut évangélique > : « Paix à cette maison, et à tous ceux qui l'habitent ».
quelqu'un qui en soit digne: 3 fois répété par Mt. Au v. 11 = « s'il se trouve quelqu'un de digne » (Tob) — donc la dignité morale est requise, par prudence. Mais aux v. 13-14, est digne celui qui reçoit l'Évangile de la paix par le Règne de Dieu; n'est pas digne qui ne reçoit pas: Ce n'est plus une condition mais une conséquence. Lc 10,6) — S'il y a là un enfant de paix: Sémitisme du < fils de... > au sens de : à qui revient cette paix pour avoir reçu l'Évangile. À la différence de Mt, Lc donne successivement les directives pour l'évangélisation d'une maison (v. 5-7) ou d'une ville (v. 8-11).
entrez dans la maison, restez-y, sinon sortez, secouez la poussière... : S'il est reçu, le Royaume instaure la communion fraternelle de l'hospitalité; s'il est refusé, que la rupture soit nette, pour que s'avère la nécessité d'une conversion ultérieure au Royaume, toujours offert. Exemple de Paul, en // Ac 13,51 Ac 13,
Mt 10,15; (Lc 10,12) // Gn 19,24 — Commentaire au § 109 *.
Mt 10,16; (Lc 10,3) // Ac 20,29 Gn 3,1 Gn 3,13-14 Rm 16,19 — Le conseil que Lc plaçait en tête, Mt le met ici, où il amorce le § suivant (persécutions) :
Les loups : Le pire n'est pas les loups d'en face, mais les faux prophètes qui, sous des dehors trompeurs, s'introduisent jusque dans la bergerie (// Ac 20 cf. § 73 - Mt 7, 15*).
prudents comme des serpents: P. doncoeur (dans vs juin 1937, p. 238-251) a fortement souligné que tout ce Discours sur la Mission exhortait à l'audace: oser proposer des signes miraculeux, mépriser l'argent, aborder n'importe qui, rompre au besoin sans ménagements, s'apprêter aux persécutions (v. 17-23) et à la croix (v. 34-39). Dès lors la prudence n'est pas celle, timorée, de celui qui n'ose s'engager, mais celle de « l'homme sensé » (même adjectif: < phronimos >) qui a bâti sur le Roc du Christ et peut défier les tempêtes (§ 75 ) — Mt 7,24), ou du « serviteur fidèle et sage (< phronimos >), qui donne à chacun nourriture en temps voulu » (§ 304 ) — Mt 24,45). Le serpent en est l'image naturelle, dès le paradis terrestre (// Gn 3,1); mais ici, sans la note péjorative de « rusé » que lui ajoute son rôle dans la tentation d'Adam et d'Eve, comme le précise la suite:
et simples: au sens d'incapables d'astuce (// Rm 16,19). Mais ce mot peut rappeler aussi la pureté d'une intention sans mélange de recherche d'ambition ou d'intérêts personnels — également recommandée par le Sermon sur la Montagne (§ 60 -67. Introduction, et § 64 ) — Mt 6,22*). Comme la colombe: ici encore image naturelle; mais qui désigne aussi plus particulièrement dans la Bible, soit le Peuple de l'Alliance, soit le Saint-Esprit (§ 24 ) — Mt 3,16 c*).
CYPRiEN; De unitate Ecdesioe (PL 4,495) : Quand le Christ nous ordonne d'être simples par l'innocence mais prudents avec simplicité, qu'est-ce à dire, sinon que nous devons prévoir, veiller d'un coeur qui se tient sur ses gardes, discerner et craindre les embûches de l'ennemi pervers ? Nous qui avons revêtu le Christ, Sagesse de Dieu, oublierions-nous cette Sagesse quand il s'agit de protéger notre salut? ... La sécurité est mieux gardée quand le danger est reconnu. L ennemi que nous avons à craindre serpente par des voies indirectes, et c'est pourquoi il a reçu le nom de serpent. C'est ainsi qu'au principe du monde il a trompé par des paroles flatteuses les âmes inexpérimentées, crédules et imprudentes.

References: § 82

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§ 82

§ 83
 § 39

§ 84
 § 143
 § 220
 § 136
 § 288

§ 85
 § 34

§ 87
 § 184

§ 88
 § 141

§ 90
 § 40

§ 91
 § 41

§ 94
 § 143

§ 95
 § 268
 § 47
 § 143
 § 84
 § 268
 § 106
 § 4
 § 42
in fine
 § 268
 § 95
 § 268
 § 84

§ 96
 § 116

§ 97
 § 185

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 § 37
 § 32
 § 99
 § 32
 § 263
 § 79
 § 370
 § 318

§ 98
 § 46
 § 32
 § 46

§ 99

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 § 156
 § 19
 § 39
 § 109
 § 73
 § 64