Source: https://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/congo.htm
Timestamp: 2020-08-08 03:03:32+00:00

Document:
Population: 4,5 millions (2014)
Groupe majoritaire: kituba (32,4 %)
Groupes minoritaires: langues tékés (12,4 %), yombé (11,2 %), kikongo, lingala, soundi, mbochi, etc., et plus d’une quarantaine d’autres langues
Articles constitutionnels (langue): articles 6 et de la Constitution de 2002
Lois linguistiques: Loi n° 1-63 du 13 janvier 1963 portant Code de procédure pénale (1963); Loi n° 25/95 du 17 novembre 1995 modifiant la loi scolaire n° 008/90 du 6 septembre 1990 et portant réorganisation du système éducatif en république du Congo (1995); Loi n° 17-2000 du 30 décembre 2000 portant régime de la propriété foncière (2000); Décret n° 2009-156 du 20 mai 2009 portant Code des marchés publics (2009); Loi n° 4-2010 du 14 juin 2010 portant protection de l'enfant en république du Congo (2010); Décret n° 2010 - 686 du 22 octobre 2010 portant ratification de la Charte africaine de la jeunesse (2010).
Le Congo-Bazzaville est appelé officiellement république du Congo (par opposition au Congo-Kinshasa ou République démocratique du Congo) ou simplement Congo. C'est un État de l’Afrique équatoriale (voir la carte) limité à l’ouest par l’océan Atlantique et le Gabon, au nord par le Cameroun et la République centrafricaine, à l’est et au sud par la RDC (République démocratique du Congo).
Comparativement au Congo-Kinshasa (2 345 000 km), à la République centrafricaine (622 436km²), au Cameroun (475 442 km²) et à l’Angola (1 246 000 km²), le Congo-Brazzaville semble un petit pays avec ses 341 821 km² (France: 543 965 km²). Le Congo possède une façade maritime, longue de 169 km, ouverte sur l’océan Atlantique. Sa capitale est Brazzaville.
Le territoire national est aujourd'hui subdivisé en communes, en départements, en districts, en arrondissements, en cantons, en villages et en quartiers. Le Congo compte onze départements, dont Brazzaville, la capitale politique, qui a la particularité d'être une région autonome distincte.
Les départements sont les suivants, du nord au sud : département de la Likouala, département de la Sangha, département de la Cuvette-Ouest, département de la Cuvette, département des Plateaux, département du Niari, département de la Lékoumou, département du Pool, département du Kouilou et département de la Bouenza. La ville de Pointe-Noire dans le département de Kouilou, sur la façade atlantique, bénéficie aussi d'un statut particulier similaire à celui d'un département, sans le nom. En somme, le Congo compte dix départements au sens strict et deux municipalités de rang départemental (Brazzaville et Pointe-Noire).
À l’exception de Brazzaville qui est dirigée par un maire central, les départements sont placés sous la responsabilité des préfets, secondés par des sous-préfets. On peut visualiser la carte de l'Afrique francophone en cliquant ICI.
Les Congolais sont inégalement répartis sur le territoire, car 70 % d'entre eux sont concentrés dans le sud du pays, sur le littoral, sur la rive du Congo moyen et près de la voie ferrée Congo-Océan qui relie ces deux zones. Soulignons également que les trois quarts de la population habitent les villes, ce qui fait que le Congo-Brazzaville reste l'un des pays les plus urbanisés d'Afrique. À elles seules, les agglomérations de Brazzaville (1,4 million) et de Pointe-Noire (829 134 habitants) concentrent plus de 55 % de la population; les autres villes importantes sont Dolisie, anciennement Loubomo (83 798 habitants) et Nkayi (71 620).
Les départements les plus peuplés sont le département du Pool (436 000), le département de la Bouenza (319 000) et le département du Niari (255 000). Le département des Plateaux et le département de la Cuvette comptent plus de 15 000 habitants, alors que les autres ont tous moins de 100 000 habitants, le département de la Cuvette-Ouest étant le moins populeux avec 59 000 habitants.
Département Population (est. 2010) Pourcentage
Brazzaville (municipalité) 1 408 150 35,1 %
Pointe-Noire (municipalité) 829 134 20,1 %
Pool 436 786 10,9 %
Bouenza 319 570 7,9 %
255 120 6,3 %
Plateaux 192 596 4,8 %
Cuvette 152 433 3,8 %
Likouala 97 206 2,4 %
Lékoumou 85 617 2,1 %
Kouilou 84 165 2,1 %
Sangha 81 326 2,0 %
Cuvette-Ouest 59 728 1,4 %
Total 4 001 831 100,0 %
La population du Congo-Brazzaville (4,5 millions d'habitants en 2014) est composée très majoritairement de Bantous et de quelques minorités parmi lesquelles on compte des Pygmées (1,4 %). Parmi la soixantaine d’ethnies, les Kongos sont les plus nombreux (32,4 %), suivis par les Tékés (12,4 %) et les Yombés (11,2 %). Les autres ethnies réunies représentent plus de 40 % de la population.
Kongo 1 488 000 32,4 % kituba langue bantoue
Tékés 572 000 12,4 % téké (et variétés) langue bantoue
Yombé 517 000 11,2 % yombé langue bantoue
Soundi 183 000 3,9 % soundi langue bantoue
Mbochi 161 000 3,5 % mbochi langue bantoue
Lali 135 000 2,9 % lari langue bantoue
Ngala 135 000 2,9 % lingala langue bantoue
Ngbaka mabo 135 000 2,9 % ngbaka ma'bo (bouaka) langue bantoue
Kunyi 116 000 2,5 % Kunyi langue bantoue
Sango 99 000 2,1 % sango langue bantoue
Dondo 94 000 2,0 % dondo langue bantoue
Bangi (ou Bobangi) 90 000 1,9 % bangi langue bantoue
Mbété 90 000 1,9 % mbété langue bantoue
Likouala 67 000 1,4 % likouala langue bantoue
Bembé 50 000 1,0 % bembé langue bantoue
Ngala 46 000 1,0 % bangala langue bantoue
Kuba 45 000 1,0 % likuba (kuba) langue bantoue
Boumoali 42 000 0,9 % boumoali (bomwali) langue bantoue
Mbuku 40 000 0,8 % mboko langue bantoue
Akwa 36 000 0,7 % akwa langue bantoue
Pygmée bayaka 31 000 0,6 % yaka langue bantoue
Lobala 23 000 0,5 % lobala langue bantoue
Kongo, Congo 21 000 0,4 % kongo langue bantoue
Mbamba 20 000 0,4 % mbama (ombamba) langue bantoue
Tsangi 20 000 0,4 % tsangi langue bantoue
Njebi 20 000 0,4 % njebi langue bantoue
Bomitaba 14 000 0,3 % bomitaba langue bantoue
Kota 14 000 0,3 % kota langue bantoue
Pouno 14 000 0,3 % pouno (punu) langue bantoue
Monzombo 12 000 0,2 % monzombo famille nigéro-congolaise
Mbanza 12 000 0,2 % banja famille nigéro-congolaise
Bakwelé 12 000 0,2 % bekwel langue bantoue
Kako 11 000 0,2 % kako langue bantoue
Vili 11 000 0,2 % vili (fiot) langue bantoue
Fang 10 000 0,2 % fang langue bantoue
Bongili 9 800 0,2 % bongili langue bantoue
Français 9 200 0,1 % français langue romane
Houssa 9 100 0,1 % haoussa langue tchadique
Wumbvu 9 000 0,1 % wumbvu langue bantoue
Autres 156 700 3,4 % - -
Total (2014) 4 579 800 100 % - -
Les langues les plus importantes du Congo appartiennent à la famille bantoue: il s’agit du kituba (32,4 %), du téké et de ses nombreuses variétés (12,4%) et du yombé (11,2 %), mais aucune de ces langues n'est majoritaire, sauf localement. Cependant, le pays compte deux langues véhiculaires: le kituba, la «langue du chemin de fer», au sud et le lingala, la «langue du fleuve», au nord (voir la carte de gauche). Selon la Constitution, ce sont aussi les deux langues nationales reconnues.
Autrement dit, le kituba et le lingala sont aussi des langues secondes, comme le français, la langue officielle. C'est donc dire qu'avec le kituba, le lingala et le français, il est possible de rejoindre presque toute la population congolaise. La langue française a un avantage supplémentaire : elle demeure une langue-refuge et la langue du pouvoir en raison de son statut de langue officielle.
Selon l'Organisation internationale de la Francophonie, le français était connu et parlé en 2010 par 78 % des Congolais âgés de plus de 10 ans.
Selon une étude réalisée par le professeur Omer Massoumou, 88 % des Brazzavillois de plus de 15 ans déclarent avoir une expression aisée à l'écrit en français, contre 3,3 % pour le lingala. Toutefois, si le français occupe une place prédominante à l'écrit, ce n'est pas le cas à l'oral : le kituba vient en premier avec 25,2 %, puis suivent le lingala avec 22,9 % et le français avec 21,6 %. Rappelons que Brazzaville rassemble près d'un tiers de la population totale du pays. Contrairement à beaucoup de pays dits francophones, une grande partie de la population congolaise possède une réelle connaissance du français. Au Congo-Brazzaville, le français a acquis une coloration locale très prononcée dont l'ampleur reste encore à déterminer.
Les premiers habitants du pays semblent avoir été les Pygmées. Au 1er millénaire avant notre ère, des populations de langue bantoue venues du nord et pratiquant la métallurgie du fer et l’agriculture atteignirent la région en longeant la côte et les cours d'eau. Plusieurs royaumes se constituèrent dont on ne connaît pas très bien les origines: le royaume téké au nord dans les terres; plusieurs royaumes kongo sur la côte et dans le massif du Mayombé.
En 1482, l'explorateur portugais Diogo Cam atteignit l'embouchure du fleuve Congo. Les contacts avec les populations indigènes furent tendues. Les Portugais commencèrent la traite des Noirs, ce qui eut pour effet de réduire grandement la population et de déstabiliser les entités politiques et les sociétés d'Afrique centrale.
C'est dans ce contexte d’exploitation que débuta la pénétration européenne avec Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905), un explorateur italien naturalisé français, qui remonta le cours de l'Ogooué en 1879, explora la rive droite du fleuve Congo. En 1880, de Brazza conclut avec un souverain téké, le roi Makoko, un traité de protectorat au profit de la France. Puis, en 1883, Cordier négocia un traité de reconnaissance avec le royaume de Loango. Après deux ans de voyage en Afrique équatoriale, Jean-Baptiste Douville publia en 1831 son Voyage au Congo et dans l'intérieur de l'Afrique équinoxiale ; il reçut la médaille d'or de la Société de géographie.
3.2 Le Congo français
En 1884, de Pierre Savorgnan Brazza fonda la ville qui porte aujourd'hui son nom. En 1891, le Congo-Brazza forma l'un des quatre États de l'Afrique équatoriale française et Brazzaville devint sa capitale. Le Parlement français ratifia l'accord de Savorgnan de Brazza en 1882, tandis que la conférence de Berlin (1884-1885) reconnut les droits de la France sur la rive droite du Congo. Devenu commissaire général, Pierre Savorgnan de Brazza réunit le Congo et le Gabon sous son autorité, puis étendit les possessions françaises vers le nord. La colonie du Congo français fut créée en 1891 et des compagnies concessionnaires se partagèrent le territoire pour exploiter les ressources (caoutchouc et ivoire). Ces compagnies se livrèrent à toutes sortes d’exactions: réquisitions, pillage des ressources, travail forcé, brutalités, assassinats, etc., ce qui eut pour effet de susciter des révoltes, toutes réprimées dans le sang.
En 1910, Brazzaville devint la capitale de l'Afrique équatoriale française, et les régions explorées par Brazza furent partagées en deux territoires: le Gabon à l’ouest et le Congo à l’est. La France imposa l'enseignement du français au Congo, comme dans toute l'Afrique équatoriale française. Cette politique découlait de l'application de l'arrêté du gouverneur général de l'Afrique équatoriale française, Victor Augagneur, signé le 28 décembre 1920 à Brazzaville:
La langue française fut la seule en usage dans les écoles et il fut interdit aux maîtres de se servir avec leurs élèves des idiomes du pays.
En 1911, les compagnies concessionnaires perdirent la majeure partie de leurs territoires. La réaction anti-coloniale qui se manifesta par la suite prit la forme de mouvements de protestation. Mais le nationalisme ne commença réellement qu’après la Seconde Guerre mondiale. Tirant parti des rivalités locales, l’abbé Fulbert Youlou se fit élire aux élections municipales de 1956 et accéda au porte de premier ministre (1958) de la République au sein de la Communauté équatoriale française.
Le 15 août 1960, le Congo accéda à l'indépendance. Fulbert Youlou fut élu président de la république du Congo. Le pays connut ensuite plusieurs changements de régime, des assassinats politiques et passa du marxisme-léninisme au libéralisme économique. Le république du Congo devint la République populaire du Congo en 1969. Après un soulèvement général en 1990, une nouvelle constitution fut adoptée en 1992 et le régime a renoué avec le multipartisme.
L'existence même du Congo fut remise en question par une succession de trois guerres civiles particulièrement dévastatrices (1993,1997 et 1998-1999). Les premiers affrontements eurent lieu entre les partisans du nouveau président Pascal Lissouba et ceux du maire de la capitale, Bernard Kolela. Par la suite, ayant fait alliance, ces deux groupes combattirent les supporters de l'ancien président Denis Sassou-Nguesso. Vainqueur de la guerre civile, ce dernier s'est attelé tant bien que mal à la pacification du pays. Son adversaire, le président démocratiquement élu, Pascal Lissouba, a fui le pays.
Mais la guerre civile a laissé des traces indélébiles et divisé profondément le pays: le Nord reste proche des partisans de Sassou-Nguesso (les «Cobras»), le Centre-Ouest rattaché à ceux de Lissouba (qui ont choisi le nom de «Ninjas»), et la région du Pool (Brazzaville) à ceux de Kolela. Le Congo-Brazzaville est devenu une zone où les miliciens non payés font régner l'insécurité dans tout le pays. En demandant l'aide de l'Angola qui soutenait Sassou-Nguesso, le Congo s'est trouvé impliqué dans le grand conflit qui frappe la région des Grands Lacs. En effet, la guerre civile du Congo-Brazzaville a rapidement débordé dans les États voisins et est passée d'un problème de pouvoir essentiellement national à un conflit régional plus vaste. L’armée reste toujours présente au sein des dirigeants au pouvoir au Congo. Le prix de la victoire de Denis Sassou-Nguesso est très lourd, car presque toutes les infrastructures du pays sont en ruine. Sans aucun doute, ces événements ont eu des conséquences non négligeables dans la pratique linguistique des Congolais. Le septennat de Denis Sassou-Nguesso de 2002 à 2009 fut marqué par le retour à la paix civile.
Toutefois, le régime du président Denis Sassou-Nguesso est très controversé au Congo même. Celui-ci a des comptes à rendre à l'égard de ceux qui l'ont aidé (l'Angola, le Gabon et la France) et aussi à ceux qui avaient pris des distances à son endroit (le Congo-Kinshasa, le Rwanda, l'Ouganda et les États-Unis). On peut s'interroger comment Sessous-Nguesso peut réussir à gérer son pays détruit et sillonné par des miliciens difficiles à contrôler et toujours prêts à piller. L'hôpital de Makélékélé, en plein quartier sud de Brazzaville, est rempli de gens ravagés par la malnutrition. Les équipes de Médecins sans frontière font face à une urgence médicale et nutritionnelle sans précédent au Congo-Brazzaville. Pour le moins, refaire l'unité nationale au Congo sera une tâche ardue.
Rien ne résumerait plus la situation sociolinguistique au Congo que d’affirmer: «Le Congo, c’est la France.» Et tout serait dit. L’article 3 de la Constitution de 1992 déclarait:
Article 3 (1992)
La langue officielle est le français. [...]
Mais la Constitution adoptée après le référendum du 20 janvier 2002 modifie le nom du minukutuba devenu le kituba (c'est la même langue):
Article 6 (2002)
L'article 8 de la Constitution introduit une disposition concernant la non-discrimination en matière de langue:
Article 8 (2002)
Est interdite toute discrimination fondée sur l'origine, la situation sociale ou matérielle, l'appartenance raciale, ethnique ou départementale, le sexe, l'instruction, la langue, la religion, la philosophie ou le lieu de résidence.
La femme a les mêmes droits que l'homme. La loi garantit sa promotion à toutes les fonctions politiques, électives et administratives.
En réalité, ces dispositions signifient, d’une part, que toute la vie parlementaire (débats, rédaction et promulgation des lois), toute la procédure judiciaire, toute l’administration gouvernementale, l’éducation (de la maternelle à l’université), les affaires des grandes entreprises, etc., se déroulent entièrement en français; d’autre part, que toute la vie non officielle (communications interpersonnelles, loisirs, famille, religion, etc.) est véhiculée par le kituba et le lingala.
Le Congo-Brazzaville n'a pas adopté beaucoup de dispositions à portée linguistique. Celles-ci sont extrêmement rares. Quelques-unes ont été présentées dans le cadre cet article (voir les exemples).
4.1 La langue de la justice
Les tribunaux congolais utilisent normalement le français dans la procédure judiciaire. Cependant, si un citoyen ou un étranger ignore la langue officielle, la cour doit faire appel à un interprète. Tel est l'essentiel de l'article 240 de la loi n° 1-63 du 13 janvier 1963 portant Code de procédure pénale :
Selon l'article 295, dans le cas où l'accusé, les témoins ou l'un d'eux ne parlent pas suffisamment la langue française ou s'il est nécessaire de traduire un document versé aux débats, le président nomme d'office un interprète:
En vertu de l'article 342, si le prévenu est sourd-muet et ne sait pas écrire, le président du tribunal nomme d'office, en qualité d'interprète, la personne qui a le plus l'habitude de converser avec lui.
L'administration publique congolaise ne fonctionne qu'en français, sauf dans les communications orales lorsque toutes les parties connaissent la même langue. C'est généralement le français, le kituba ou le lingala. Mais à l'écrit, seul le français est admis. Par exemple, l'article 60 de la loi n° 17-2000 du 30 décembre 2000 portant régime de la propriété foncière impose le français ou, s'il s'agit d'un document rédigé dans une langue étrangère, celui-ci doit être accompagné d'une traduction en français certifiée :
L'article 41 du décret n° 2009-156 du 20 mai 2009 portant Code des marchés publics traite aussi du français dans les appels d'offre :
Cependant, dans le cas des enfants, la loi n° 4-2010 du 14 juin 2010 portant protection de l'enfant en république du Congo autorise un enfant à employer la langue de son groupe ethnique et ce dernier est tenu de respecter l’identité, les langues et les valeurs nationales :
Il en est ainsi dans le décret n° 2010 - 686 du 22 octobre 2010 portant ratification de la Charte africaine de la jeunesse (2010), alors que l'État congolais s'engage à mettre en œuvre et intensifier l’enseignement des langues africaines en tant que partie intégrante de la formation scolaire et non scolaire :
À part cette seule exception, le français prédomine largement dans la société congolaise. En raison des guerres civiles qui ont secoué le pays, le français est devenu une langue-refuge pour les différentes factions armées. Ainsi, les locuteurs qui ne maîtrisent pas le kituba (surtout au sud), ou lingala (surtout au nord), voire le kikongo, préfèrent s'exprimer en français pour des raisons «de sécurité». De peur de révéler leur origine ethnique, les Congolais passent au français, ce qui permet de conserver un certain incognito. De toute les langues nationales, c'est le lingala qui aurait gagné le plus de terrain au Congo-Brazzaville. Cette situation est sans nul doute due à la victoire des milices «cobras» de Denis Sassou-Nguesso, qui s'exprimaient essentiellement dans cette langue.
Le système d'éducation comprend deux composantes : le système formel et le système non formel. Le système formel est structuré en quatre catégories dénommées comme suit :
1. L'éducation préscolaire : elle est non obligatoire et est d'une durée de trois ans, elle admet les enfants âgés de 3 à 5 ans dans les centres d’éducation préscolaire ;
2. L'enseignement primaire : il dure six ans pour les enfants âgés de 6 à 12 ans; il est offert dans les écoles primaires et est sanctionné par le certificat d’études primaires élémentaires (CEPE);
3. L'enseignement secondaire : le premier cycle du secondaire qui admet les enfants âgés de 13 à 16 ans est sanctionné par le brevet d’études du premier cycle (BEPC), ou le brevet d’études techniques (BET) ou par tout autre diplôme professionnel équivalent ; assuré par les centres de métiers, les établissements d’enseignement ; le second cycle du secondaire qui accueille les enfants âgés de 17 à 19 ans est sanctionné le baccalauréat ou par un diplôme professionnel ;
4. L'enseignement supérieur : il est donné à l’Université Marien Ngouabi qui compte onze établissements parmi lesquels : cinq facultés, trois écoles et trois instituts.
L'ancienne loi n° 20/80 du 11 septembre portant réorganisation du système éducatif prévoyait dans son article 4 que le lingala et le kituba étaient enseignées à «l'École du peuple». Dans les faits, le lingala et le kituba ne constituaient pas des langues d'enseignement, mais des matières ou des disciplines pour un certain nombre d'écoles, au même titre que les langues étrangères autres que le français. De toute façon, l'introduction des langues nationales, même comme discipline, fut un échec. Le 25 avril 1987, la Direction nationale de l'alphabétisation faisait le constat suivant:
En dépit des succès obtenus, il subsiste encore de nombreuses difficultés : faible engagement politique, en dépit des textes existants, pénurie en moyens, problème du bénévolat, inadéquation des méthodes, résistance des adultes à s'alphabétiser en langues nationales.
Comme les langues nationales étaient perçus négativement dans un contexte formel, c'est donc le français qui est resté l'unique langue d'enseignement dans tout le programme scolaire et universitaire.
En 2002, le ministère de l'Enseignement primaire et secondaire chargé de l'alphabétisation publiait un document intitulé «Plan national d'action de l'éducation pour tous». Dans ce document, le Ministère présente les objectifs du primaire, les stratÉgies, les résultats attendus et les activités
Promouvoir l’introduction et l’utilisation des langues nationales à l’école élémentaire
- Modalités d’introduction, de renforcement et d’utilisation des langues ;
- Élaboration des curricula et des manuels en langues nationales avec matériel didactique ;
- Échanges inter états dans la pédagogie des langues ;
- Généralisation progressive ;
- Relations utiles entre l’école et les centres d’alphabétisation ;
- L’enfant sait lire, écrire, compter, communiquer et résoudre ses problèmes de vie quotidienne dans sa langue nationale ;
- Langues nationales introduites dans le dispositif pédagogique mis en œuvre à l’école de base.
- Maintenir le français et utiliser conjointement les langues nationales ;
- Mettre en place des processus d’enseignement ;
– Apprentissage en vue de l’amélioration des didactiques disciplinaires et interdisciplinaires autour des compétences ;
- Introduire les langues nationales comme langues d’enseignement ;
– Apprentissage dans les premiers niveaux du primaire ;
- Former le personnel enseignant et le personnel d’encadrement et des évaluateurs des langues nationales ;
- Mettre en place un dispositif de communication et de mobilisation des acteurs et des partenaires.
Ce programme n'a jamais été mis en œuvre.
- L'alphabétisation
La loi scolaire présentement en vigueur ne parle pas de la langue d'enseignement, mais uniquement de l'alphabétisation. Voici quelques articles de la loi n° 25/95 du 17 novembre 1995 modifiant la loi scolaire n° 008/90 du 6 septembre 1990 et portant réorganisation du système éducatif en république du Congo à ce sujet :
À ce sujet, les individus, les associations, les organisations non gouvernementales, les entreprises, les institutions et les confessions religieuses sont autorisés à ouvrir des centres d'alphabétisation. En général, l'alphabétisation se fait en kituba, en lingala ou en français, très rarement en une autre langue. En 2008, environ 20 % de la population congolaise, dont les deux tiers de femmes, étaient victimes d'analphabétisme et d'illettrisme. Pourtant, dans les années 1980, la république du Congo était classée parmi les pays les plus scolarisés d'Afrique noire, avec plus de 90 % de gens sachant lire et écrire. Le taux d'alphabétisation a baissé au Congo à cause des conflits armés que le pays a connus ces dernières années.
D'autres textes d'application de la loi n° 25/95 du 17 novembre 1995 ont été adoptés. Ils portent sur la structure du système d'éducation, ses objectifs et son fonctionnement. Il s'agit notamment du décret n° 96-174 du 15 avril 1996 fixant les normes applicables à l'école, du décret n° 96-221 du 13 mai 1996 portant réglementation de l'exercice privé de l'enseignement et de quelques arrêtés portant, entre autres, sur l'organisation et le fonctionnement du conseil d'administration des établissements scolaires.
Le décret n° 96-211 du 13 mai 1996 portant réglementation de l'exercice privé de l'enseignement fixe les conditions de création et d'ouverture des établissements scolaires privés, les obligations morales, civiles, sociales, administratives, pédagogiques et financières. On trouver des établissements scolaires privés dans les grands centres urbains tels Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie. En 2001, le secteur privé au Congo comptait 179 centres d'éducation préscolaire avec 7205 élèves soit 74,8 % de l'ensemble, 737 écoles primaires privées qui accueillaient 90 265 élèves, soit 18 % du total.
Parallèlement à ces écoles, il existe aussi dans tout le Congo des ouvertures d’écoles privées créées par des promoteurs et qui n'ont pas de permis du gouvernement. Plusieurs de ces établissements privés ne sont que des maisons ou des pièces de maison transformées en «écoles». L’objectif de ces établissements est avant out l'enrichissement de leurs propriétaires sur le dos des parents d'élèves.
Le Congo compte plusieurs établissements d'enseignement supérieur : l'École supérieure de gestion et d'administration des entreprises (ESGAE) de Brazzaville, l'École supérieure de technologie de Brazzaville, l'École supérieure de technologie du Littoral de Pointe-Noire, l'Institut supérieur de technologie d'Afrique centrale de Pointe-Noire, l'Université libre du Congo de Brazzaville, l'Université Marien-Ngouabi de Brazzaville. Tout l'enseignement supérieur se donne en français.
Cependant, les autorités ont fondé de nouveaux établissements supérieurs afin de répondre aux besoins croissants de la population. Ainsi, le président Denis Sassou N'guesso a fondé la deuxième université publique du Congo, après l’Université Marien Ngouabi, l'Université Denis-Sassou-N'guesso à Kintelé, dans la banlieue nord de Brazzaville. L'université aura une capacité d'accueillir quelque 30 000 étudiants. Commencé en 2012, cette université devrait ouvrir ses portes en septembre 2015.
- Les problèmes des écoles
Les établissements d'enseignement au Congo souffrent de nombreux problèmes. Au primaire, les élèves manquent cruellement de manuels scolaires. En général, c'est un livre de lecture pour onze élèves, un livre de calcul pour six élèves. Au privé, chaque élève possède son livre de calcul et de lecture.
Le taux de redoublement est élevé: il est de 28,2 % au primaire avec une hausse prononcée en 3e année, alors qu'il est de 38,5 %. Sur 100 élèves admis en première année, les trois cinquièmes vont redoubler au moins une fois jusqu'à la fin du cycle.
La formation des enseignants laisse à désirer, et ce, d'autant plus qu'ils ne bénéficient d'aucun programme de recyclage ou de formation continue. De plus, ils manquent d'encadrement pédagogique pour appliquer les programmes, surtout les nouveaux..
Les principaux maux qui caractérisent l'enseignement secondaire du 1er cycle concernent la vétusté des établissements qui manquent de mobiliers, d'équipements et de matériel didactique, l'absence de laboratoires dans la quasi-totalité des établissements, la pénurie du personnel enseignant dans les matières scientifiques, l'absence de programme de recyclage ou de formation continue, la mauvaise répartition des enseignants entre les zones urbaine et rurale, etc.
La plupart des Congolais dépendent essentiellement de la radio pour avoir accès à l'information. C'est principalement en raison de taux relativement élevés d'analphabétisme. Radio-Congo et Radio-Brazzaville sont les radios nationales qui diffusent en français, en kituba et en lingala. Outre Radio-Liberté et Cana FM, les Congolais peuvent capter les ondes de Kinshasa et des autres radios de la RDC, sans oublier Radio-France Internationale et la Voice of America (en anglais).
Télé-Congo est la chaîne de télévision généraliste nationale publique; elle est détenue à 100 % par le Centre national de Radio-Télévision congolais (CNRTV), une société publique de radiodiffusion et de télévision de l'État congolais. Télé- Congo dispose d’une antenne à Pointe-Noire, la deuxième ville du pays, mais elle manque de moyens et souffre de carences logistiques.
La plupart des journaux viennent de Brazzaville et sont publiés en français: Le Choc, L'Observateur, L'Humanitaire, Le Tam Tam, Les Échos du Congo, La Semaine africaine, etc. La censure est très présente dans ce pays, où des journaux peuvent être suspendus de parution pour des motifs comme des «délits de presse»: «publication d'informations mensongères», «atteinte grave à la vie privée des citoyens», «accusations des citoyens sans preuves», «manipulation de l’opinion», «diffamation et atteinte à l’honneur à la considération de la personne», etc.
La situation linguistique du Congo est très représentative d’un pays non affranchi de sa langue coloniale. En ce sens, le Congo aurait encore du chemin à faire avant d’en arriver à une certaine harmonisation entre ses langues nationales et sa langue coloniale. Toutefois, il ne semble pas que la situation linguistique actuelle cause des frustrations profondes au sein de la population congolaise, car la francisation semble très avancée dans les villes importantes, surtout à Brazzaville. Quoi qu'il en soit, les Congolais ont d'autres problèmes plus urgents à régler, ne serait-ce que pacifier et démocratiser leur pays. Il n'en demeure pas moins que la politique de non-intervention à l'égard des langues nationales pourrait s'avérer néfaste pour celles-ci. C'est sans doute ce que désire le régime.
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «République du Congo» pour la partie historique.
GALLOY, Martine-Renée et Marc-Éric GRUENAIS. «Au Congo, le pouvoir par les armes» dans Le Monde diplomatique, Paris, novembre 1997, p. 13.
GOUVERNEMENT DU CONGO. Loi no 20/80 du 11 septembre portant réorganisation du système éducatif en République populaire du Congo.
MASSOUMOU, Omer. «Des usages linguistiques en république du Congo» dans Cahiers du Rifal, Agence de la francophonie et Communauté française de Belgique, décembre 2001, p. 73-78.
MASSOUMOU, Omer. «Les usages linguistiques à Brazzaville: la place du français», Agence universitaire de la Francophonie (AUF), Brazzaville, 2001.
MASSOUMOU Omer, «Fautes, particularismes et évaluation du français en république du Congo», communication aux états généraux de l’enseignement du français en Afrique subsaharienne francophone, 17 au 20 mars 2003, Libreville (Gabon).

References: L'article 8
 l'article 240
 l'article 295
 l'article 342
 l'article 60

L'article 41