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Timestamp: 2019-02-18 18:18:03+00:00

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L'histoire vue sous un autre angle - Page 9
l'Instruction…
Introduction en matière de conclusion
Cette étude sur l'Instruction comprend quatre parties :
1. La Petite école ou l'Ecole sous l'Ancien Régime, tournée vers Dieu, que j'avais réalisée lors d'une exposition, patronnée par la Société d'Histoire du Sablon. Cette nouvelle version se complète du chapitre "Les Ecoles réformées à Metz au cours du XVIe siècle".
2. L'Ecole primaire à Moulins-lès-Metz par Gabriel Poiré, ancien directeur de l'école de Moulins-Centre. Gabriel Poiré n'a jamais publié son mémoire que nous a remis l'une de ses filles, Madame Anne-Marie Kester, et le Foyer culturel se joint à moi pour la remercier.
3. La construction de l'école primaire de l'annexe "Alger", aujourd'hui Moulins-Saint-Pierre que j'ai pu suivre en compulsant les Archives municipales de la commune.
4. L'Ecole nazie. Il s'agit d'un cours de dessin que suivaient les garçons qui fréquentaient la "Knabenschule" de Metz-Sablon – Ecole Saint-Bernard. Je remercie Françoise Schont, épouse Ramm, fille de l'ancien directeur de cette école, à qui appartient ce document. Sans oublier, dans mes remerciements, Jean-Claude Nicolas qui l'a reproduit et m'a remis un exemplaire.
La Petite Ecole, tournée vers Dieu, que fréquentaient les seuls garçons, leur enseignait la lecture, l'écriture, des rudiments de calcul ainsi que la Civilité chrétienne. Elle en faisait des chrétiens éclairés.
L'Ecole primaire, laïque, n'est nullement neutre puisqu'en ignorant les religions elle professe l'athéologie. Toute religion, contestable en sa Vérité, ne l'est jamais en sa Réalité. Qu'elle enseigne aux enfants l'Histoire des religions qui n'est autre que l'Histoire des idées et qu'elle leur apprenne qu'une religion s'éprouve mais qu'elle ne se prouve pas : dans ce dernier cas, l'être humain devient intolérant…
Quant à l'Ecole nazie, ce cours de dessin nous démontre, on ne peut mieux, qu'elle faisait des enfants qui la fréquentaient des robots tueurs. Elle est responsable de la barbarie nazie… que nous avons vécue.
Il est temps que nous nous rendions enfin compte que l'Instruction, comme la langue d'Esope, peut être la meilleure et … la pire des choses
L'Ecole sous l'Ancien Régime
"Au XXe s., les historiens de l’enseignement, surtout en France, ont ignoré l’apport de Jean-Baptiste de La Salle et ont tenté de faire commencer l’école primaire française avec les lois Guizot (1833) voire celles de Ferry (1880). Une redécouverte s’est faite ces dernières années, comme en témoigne la thèse récente d’un Frère brésilien…"
La Conduite des écoles chrétiennes – Document BNF / Gallica
Pourquoi les historiens occultent-ils cet établissement que l'on appelait communément, sous l'ancien Régime, la "petite école". Consultons, à cet effet, le dictionnaire universel d'Antoine Furetière (1619-1688), premier dictionnaire de la langue française, paru en 1690[1] :
"Escole", se dit aussi des lieux particuliers où on envoye les enfants apprendre à lire et à écrire , et les premiers principes de la grammaire.
Les Officiaux reçoivent les Maistres et les Maistresses des petites escoles."
Cette dernière ligne nous confirme que la "petite école" était sous la dépendance de l'Église puisque l'Official, juge ecclésiastique, acceptait ou refusait la nomination du maître d'école. En occultant cette "petite école", les historiens suivent l'opinion des "esprits éclairés" du Siècle des Lumières qui la combattaient au nom de la nécessité de l'ignorance populaire :
"Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants" (Lettre de Voltaire à Étienne Noël Damilaville / 01-04-1766)
"Les frères de la Doctrine chrétienne qu'on appelle Ignorantins sont survenus pour achever de tout perdre ; ils apprennent à lire à et à écrire à des gens qui n'eussent dû apprendre qu'à dessiner et à manier le rabot ou la lime." (Essai d'éducation nationale - 1763 - Louis François de Caradeuc, sieur de la Chalotais).
Emile Littré, dans son dictionnaire de la langue française, nous définit le terme « Ignorantin » :
"Les frères ignorantins, et, substantivement, les ignorantins, nom donné aux membres d'un ordre religieux fondé en 1495 par saint Jean-de-Dieu, Portugais, et introduit en France par Marie de Médicis ; destiné d'abord à servir et à secourir les pauvres malades, il s'occupa plus tard de l'éducation des enfants du peuple.
"Dans le faubourg de St-Germain-des-Prés se sont établis les Frati ignoranti, autrement dits de Saint-Jean, lesquels sont très- savants ès remèdes de toutes mala-dies ; ils s'appellent ainsi par une façon de modestie, et ne cherchent pas les disputes de paroles." Palma Cayet[2]
[1]Imprimé en Hollande, du fait que seule l’Académie française avait le privilège du roi pour l’édition d’un dictionnaire. L’édition du dictionnaire d’Antoine Furetière parut après sa mort.
[2] Pierre Victor Palma Cayet, historien et controversiste français, né en 1525 à Montrichard en Touraine, mort en 1610.
Il étudia sous Pierre Ramus, embrassa comme lui le Calvinisme, devint ministre protestant, et s'attacha à Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV. Il fut ramené au Catholicisme par le cardinal Duperron, abjura en 1595, se fit ordonner prêtre en 1600, et fut nommé professeur d'hébreu au collège de Navarre, à Paris. Wikipedia
Et le Littré d’ajouter :
« Par confusion et quelquefois par moquerie, on donne ce nom aux frères des écoles chrétiennes."
"C'est un grand malheur pour l'État que les paysans apprennent à lire et à écrire."(M. de Balore, intendant de Béarn).
Dans son rapport sur l'organisation de l'instruction publique qu'il présente à l'Assemblée Nationale, le 20 avril 1792, Condorcet (Marie Jean Antoine Caritat, marquis de) se place à l'opposé de ces "esprits éclairés" :
"Messieurs, offrir à tous les individus de l'espèce humaine, les moyens de pourvoir à leurs besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d'exercer leurs droits, d'en rendre et de remplir leurs devoirs ;
Assurer à chacun d'eux la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales, auxquelles il a droit d'être appelé, de développer toute l'étendue des talents qu'il a reçus de la nature ; et par là, établir entre les citoyens une égalité de fait et rendre réelle l'égalité politique reconnue par la loi ;
Tel doit être le premier but d'une instruction nationale : et sous ce point de vue, elle est, pour la puissance publique, un devoir de justice"[1]
Archives parlementaires - Rapport de Condorcet - Document BNF / Gallica
En outre, il préconise :
"Nous avons observé, enfin, que l'instruction ne devait pas abandonner les individus au moment où ils sortent des écoles ; qu'elle devait embrasser tous les âges ; qu' il n' y en avait aucun où il ne fût utile et possible d' apprendre, et que cette seconde instruction est d'autant plus nécessaire, que celle de l'enfance a été resserrée dans des bornes plus étroites. C'est là même une des causes principales de l'ignorance où les classes pauvres de la société sont aujourd'hui plongées ; la possibilité de recevoir une première instruction leur manquait encore moins que celle d'en conserver les avantages."
Dans l'instruction publique, Condorcet distingue cinq degrés :
Société nationales des sciences et des arts.
Alors, que pense l'opinion publique de la "petite école" ? Pour la connaître, consultons les Cahiers de doléances du bailliage de Metz, soit quelques 235 cahiers. Aucun cahier ne demande sa suppression. Seuls 27 cahiers, soit 11,5 %, exigent que le prélèvement de la dîme serve à payer l'écolage - les frais de scolarité.
Nous pouvons ainsi conclure que l'école, sous l'Ancien Régime, faisait l'unanimité du Tiers dans le bailliage de Metz et que 11 % de villages demandaient la gratuité de l'enseignement. (Annexe II : Extraits des Cahiers de doléances)
Et malgré cette unanimité du Tiers à l'égard du système éducatif, les Jacobins, par haine de la religion, le détruiront de fond en comble et laisseront les enfants des campagnes sans instruction… comme nous le rapporte une réunion du Conseil général de la commune de Moulins, en date du 26 pluviôse de l'an 9 (Doc. N° 1) :
"le maire a aussi représenté que la commune se trouve depuis près de huit ans sans maître d'école que la jeunesse ne sais rien et croupit dans l'ignorance."
La genèse des "petites écoles"
Le Concile de Trente consacre la rupture entre l'Église du Moyen Âge et celle des temps modernes. L'Église tridentine durera jusqu'à Vatican II. Interrompu à plusieurs reprises, le Concile de Trente s'ouvre le 3 décembre 1545 et se termine le 4 décembre 1563 : soit une durée de dix-huit ans, pour vingt-cinq sessions. Dès la cinquième session, le 17 juin 1546 - six mois seulement après l'ouverture - les pères conciliaires abordent la question scolaire et adoptent le décret "De l'enseignement de l'Écriture Sainte et des arts libéraux". Nous vous donnons, in extenso, le texte de ce décret concernant l'enseignement populaire :
"Dans les églises dont les revenus annuels sont trop faibles, et où le nombre des fidèles et des membres du clergé est si petit que l'enseignement de la théologie n'y saurait avoir lieu commodément, qu'il y ait au moins un maître choisi par l'évêque, avec l'avis du chapitre, pour enseigner gratuitement la grammaire aux élèves et autres écoliers pauvres, afin qu'ils puissent passer de là, avec la volonté de Dieu, à l'étude même de l'Écriture Sainte."
A priori, la "petite école" tirerait son origine de la cinquième session du Concile de Trente. L'admettre, ce serait négliger et le gallicanisme et la Réforme…
Le concile, ne l'oublions pas, ne réunit jamais les foules. À l'ouverture, on dénombre quatre cardinaux, quatre archevêques, vingt-et-un évêques et cinq généraux d'ordre, soit trente-quatre pères conciliaires sur sept cents membres virtuels ; ce qui représente un faible pourcentage réel : 4,86 %. Lors des sessions les plus fréquentées (1563), on compte à peine plus de deux cents présents (28,6 %). Au total, participent au concile, sous le pontificat de Pie IV, sans qu'ils aient jamais siégé tous ensemble, neuf cardinaux, trente-neuf patriarches ou archevêques, deux cent trente-six évêques et dix-sept abbés ou généraux d'ordre, soit trois cent un pères conciliaires (43 %).
Quant au royaume de France, il n'envoie aux premières sessions que quatre prélats, une vingtaine, aux dernières ; délégation conduite par le Cardinal de Lorraine. Lors des états généraux de 1614, sous la régence de Marie de Médicis, le clergé et la noblesse interviennent pour que la France, fille aînée de l'Église, adopte enfin les décrets du Concile de Trente. Le Tiers s'y oppose, et la royauté française épouse ou suit le gallicanisme du Tiers et rejette les décrets conciliaires. Le 17 juillet 1615, l'assemblée générale du clergé les approuve motu proprio, soit après plus d'un demi-siècle (52 ans)..
Concernant le Concile de Trente, gallicans et réformés sont sur la même longueur d'onde. Gottfried Wilhelm Leibnitz, de confession luthérienne, philosophe, mathématicien et théologien, traduit bien leur pensée dans la lettre qu'il adresse à Bossuet, en 1693 :
"J'ai déjà dit que le concile de Trente était plutôt un synode de la nation italienne où l'on ne faisait entrer les autres que pour la forme et pour mieux couvrir le jeu." [1]
[1] La majorité des pères, au Concile de Trente, étaient de nationalité italienne.
Le clergé gallican adopte ainsi les canons de réforme du concile de Trente avec quelque retard mais, en matière d'éducation et d'instruction religieuse du menu peuple, il le surpasse : il préconise, en effet, l'installation d'une "petite école" dans chaque paroisse. Adrien Bourdoise (1584-1655), fondateur de séminaires, instaurateur de la communion solennelle (1625), dont on connaît le zèle pastoral en matière d'instruction, n'hésitait pas à rappeler que :
"Si Saint Paul revenait sur terre, il prendrait la condition de maître d'école."
En outre, il proclamait que :
"Les petites écoles paroissiales chrétiennement gouvernées et bien conduites sont véritablement les séminaires des séminaires."
Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, de nombreux mandements et ordonnances des évêques français traitent de l'enseignement populaire, marquant ainsi la préoccupation essentielle de la hiérarchie catholique qui prescrit aux curés de toutes les paroisses d'établir une école pour les enfants du peuple
Certains évêques menaçaient d'interdit toute paroisse qui ne faisait pas l'effort nécessaire pour entretenir une école et son maître d’école. Le rapport de visite du 14 juin 1694, concernant la paroisse de Moulins, démontre que les responsables diocésains surveillaient, de très près, la fréquentation scolaire. Et nous ne retiendront, à titre d'exemple, que cette recommandation d'un synode du diocèse de Toul, qui résume parfaitement l'esprit de l'époque :
"Les curés doivent employer tous leurs soins afin qu'il y ait dans leur paroisse des maîtres sages, savants, vertueux et appliqués. Jamais nous n'aurons d'estime et de confiance pour un curé que nous trouverons négligent sur cette partie essentielle de son devoir."
Monseigneur Claude de Saint-Simon, quatre-vingt-douzième évêque de Metz, de 1733 à 1761, dans ses mandements qu'il datait de Frescaty, paroisse de Moulins, plaçait comme devoirs de la sollicitude pastorale, en premier lieu, le culte divin et, en second, l'instruction de la jeunesse.
En résumé, nous pouvons affirmer que c'était une école chrétienne, instituée dans le but de sauver les âmes des enfants et d'en faire des chrétiens éclairés.
La "petite école", cette spécificité purement française, ne doit rien au Concile de Trente, comme nous venons de le voir, ni aux réformateurs catholiques du 16ème siècle : le promoteur de la "petite école" est ainsi un Français, mais de confession protestante. Oui ! et pour nous en convaincre, rendons-nous à Genève.
Dès son retour dans cette ville, le 15 septembre 1541, Jean Calvin organise l'Église réformée en lui imposant une constitution presbytérienne et en promulguant ses Ordonnances ecclésiastiques :
les pasteurs ont la charge de la prédication et de l'administration des sacrements ;
les docteurs veillent à l'enseignement de la jeunesse ;
les anciens surveillent les membres de la communauté ;
les diacres s'occupent des malades et des pauvres.
Ainsi trouvons-nous à Metz, au milieu du 16ème siècle, plusieurs "petites écoles" réformées, au domicile des maîtres. D'autres établissements du même genre s'ouvrent dans quelques villages du Pays Messin, souvent tenus par des prêtres ou des religieux apostats. Chaque communauté réformée se conformait aux Ordonnances ecclésiastiques du réformateur français Jean Calvin et possédait, et ce depuis le milieu du 16ème siècle, sa "petite école". En conséquence de quoi, nous pouvons affirmer que nous devons cette spécificité française à l'Église réformée.
Les Ecoles réformées à Metz au cours du XVIe siècle
Deux ans après les Ordonnances ecclésiastiques de Jean Calvin, Metz, l'Impériale, abritait des petites écoles. Henri Tribout de Morembert, Directeur du Service des Archives de la ville de Metz, publie, dans les Annales de l'Est, un mémoire sur "La Réforme à Metz - Le Calvinisme". Je vous en donne, ci-après, quelques extraits qui confirment que nous devons cette spécificité française à l'Eglise réformée.
Dans l'état du protestantisme à Metz en 1562, Meurisse consacre un chapitre aux écoles. Les calvinistes, écrit-il, « avoient plusieurs petites escholes tant dans la ville que dehors; et outre cela d'authorité privée et sans aucune permis­sion, ils érigèrent un collège auprès des Cordeliers, aujourd'hui des Récollets, où il y avoit diversité de classes, plusieurs Régents et quantité de pensionnaires, et d'autres escoliers, et chose bien estrange, le sieur d'Ausance qui ferma les yeux à l'érection de ce collège n'avoit pas trouvé bon, peu de jours auparavant, que les Catholiques en érigeassent un qui fut public et pour toute la ville; attendu, disoit-il, que cela eut peu porter préjudice à la seureté de la place. Ce collège pourtant ne subsista pas longtemps, car comme il avoit esté mis sur pied par pure entreprise, il fut presque aussi tost mis par terre qu'estably »
Les petites écoles existaient en fait depuis des années au domicile des maîtres. Dès 1543, il y en a dans la Metz impériale. Le conseiller Boysot, dans sa fameuse ordonnance d'octobre de cette année, imposera une amende de 10 livres messines à ceux qui tiendraient « écoles particulières, soit pour enfants ou autres venus à plus grand âge ». Si Guillaume Farel n'avait pas été obligé de fuir la cité en avril, il aurait certainement installé à Metz une école officielle comme il l'avait fait peu auparavant à Neuchâtel.
Entre 1552 et 1561, les maîtres d'école se multiplieront et l'on sait que Pierre de Cologne agréera en cette qualité un prêtre apostat à Ennery. Toutefois jusqu'en 1562, il n'y a pas de vie scolaire organisée. En cette année, grâce à la bienveillance du gouverneur qui ferme l'œil, Metz compte quatre écoles tenues par des maîtres sous la responsabilité du pasteur et des anciens. Quant aux diacres, ils ont pour mission, chacun dans leur quartier, de faire la revue générale des logis des pauvres, de discerner les enfants capables d'apprendre et de les envoyer à l'école.
A la même époque, des petites écoles s'ouvrent dans quelques villages du pays messin ; elles sont généralement tenues par des prêtres ou des religieux apostats. Qu'y apprenait-on? d'abord la lecture de la Bible, le Nôtre-Père et le symbole des Apôtres à retenir par cœur, puis le Catéchisme — celui de Calvin naturellement que le maître devait se borner à faire réciter car c'était au pasteur à l'enseigner — enfin l'A.B.C. et les premières notions de calcul.
Quant au collège fortement recommandé par Calvin, et sur lequel Meurisse ironise, il fut effectivement créé en 1562. En mai, s'estimant capables d'assumer les charges et les risques d'un tel établissement, les calvinistes avaient demandé au magistrat de leur fournir des locaux.
La salle des Lombards ou Musse-salle, rue des Murs, étant libre, le maître échevin la leur loua par bail passé le 9 juillet pour la somme de 6 livres. Dès le 12 juin, les cours avaient commencé : latin, grec, dialectique, rhétorique; ils étaient suivis par les fils de protestants aisés, mais les catholiques qui voulaient faire donner une éducation secondaire à leurs enfants n'hésitaient pas à les y envoyer. Procédé dangereux qui pro­voqua les plaintes du clergé et motiva en partie la suppression du collège en 1566, afin d'éviter que Metz ne se transformât en « une petite Genève », comme le quartier de Saint-Germain à Paris.
Ces Remonstrances sont connues. Résumons-les. Les réformés ont été admis « à leur très grand regret » au Retran­chement où ils devaient uniquement faire l'exercice de la reli­gion, ils avaient droit à deux pasteurs, mais ils en ont fait venir d'autres qu'ils ont envoyé prêcher où bon leur semblait, « faisants par ce moyen asscavoir d'autres assemblées ailleurs qu'audit retranchement, tant hors ladite ville qu'en icelle, es logis de leurs Ministres et en maisons privées, tant sous couleur de quelque leçons, qu'autrement ».
On a vu arriver au Retranchement « tous les jours toutes sortes de personnes, tant n'estans endurés en leurs pays qu'autrement ».
On a vu aussi s'ouvrir en divers lieux de la ville des écoles et même un collège, « ce qu'ils ne dévoient faire sans le sceau et spéciale permission de sadite Majesté ».
La plainte signale aussi l'existence "d'ung lieu qu'is appellentconsistoire là où ilz disposent de touttes leurs menées, exercent leurs censures, disciplines et correction », et la présence dans la ville et au dehors de « plusieurs petittes escholles pour instruire à leur mode la jeunesse et par dessus ung collège qu'ilz ontz érigé proiche des Cordeliers qu'est de plussieurs classes et Regens, là où s'entretiennent pensionnaires et aultres enfantz de villes ».
«Quant aux escolles ça esté aussi une ordinaire quelles ont esté tousiours entretenues jusqu'à présent, ores mesmes que l'exercice ne fut point à Montoy et un si grand nombre de petits enffans qui peust estre plus de trois mille ne peuvent estre envouiez hors la ville ni estre logez à Montoy et moins aller et revenir pour dire leur leçon, estant la chose du tout impossible. Et de les laisser sans leur faire apprendre à lire et escrire seroit chose par trop desraisonnable et de mauvaise conséquence pour l'advenir et pour la chose publicque, ce seroit comme un champ laissé en friche auquel ne peust croistre que ronsses et espines. A ceste cause, Monseigneur, lesdits remonstrans vous supplient bien humblement qu'aiant esgard aux raisons que dessus, il vous plaise leur permettre de joyr de l'usance ja acoustumée de long temps tant de leur consistoire que de leurs escolles qui ne seront pour catéchiser ces enfans, s'il ne vous plaistz leur permectre, ains seullement pour apprendre à lire et escripre, Et se submettent lesdits supplians volontairement de ne tenir lesdits consistoires sans vous en advertir affin d'y envoier s'il vous plaistz quelcung de votre part pour voir et entendre ce que l'ong y traitera ».
Le 4 mai, M. de La Verrière envoya au roi la protestation; il précisa qu'à son avis, en ce qui concernait les écoles, les maitres ne devaient y lire « aucuns livres de la saincte escripture ny aultre qui concerne leur religion », mais simplement y enseigner les arts libéraux et les premiers rudiments de l'arith­métique. Sur le second point : la tenue du consistoire, il n'ap­portait aucune remarque.
Les réformés saisissaient toutes les occasions pour reprendre pied dans Metz et le pays messin, multipliant notamment les écoles sans crier gare. Elles étaient une dizaine alors, disséminées un peu partout dans la cité. Il y en avait autant, sinon plus, dans le pays messin, à tel point que les protestants avaient demandé à Henri III en 1588 « que tous les seigneurs haut-justiciers ayant faculté de faire prêcher en leur terre et seigneu­rie puissent entretenir des maîtres d'école » (3). Il semble bien que malgré les édits de 1582 et 1585, les écoles aient continué à fonctionner; comme on l'avait fait remarquer au roi qui ne voulait voir qu'une école à Montoy, « un si grand nombre de petits enfants qui peuvent être plus de 3 000, ne peuvent être envoyés hors la ville ni être logés à Montoy et moins aller et revenir pour dire leur leçon » (1582).
Quant à renseignement secondaire, il ne pourra être implanté, malgré toutes les tentatives faites dans ce sens. Celles-ci deviennent d'ailleurs inutiles quand est fondé à l'instigation du suffragant Fournier le collège municipal de Saint-Eloy (1595), « où les protestants obtiennent des régents de leur confession pour instruire leurs enfants dans leurs livres ». Cette clause sera vivement combattue par le clergé
Bientôt ils réclament à Messieurs de la Justice qui, ce faisant, donneront « occasion d'avancer le règne de Jésus-Christ », la jouissance de deux ou trois nouveaux temples à Metz, vu le grand nombre de calvinistes habitant la ville et les environs. Ils réclament aussi les rentes afférentes à ces temples « pour Tentretenement de leurs ministres, des pauvres et autres néces­sitez de leur Esglise, et d'autant qu'il a plu à vos Grâces assigner pour récolle la Neuve Salle ». Ils demandent enfin que soit donné à ceux qui « sont et seront cy après appeliez et députtez pour instruire la jeunesse de la cité entretennement raison­nable à ce qu'ilz en puissent fidellement et courageusement employer en leur charge et devoir ».
4. « Remonstrent encor lesdits de la religion qu'il n'y a rien qui les solicite plus que l'éducation de leurs enfans pour les-quelz instruire à lire et à escrire seulement, il leur est besoin d'entretenir certains maîtres d'escole restrains dans ces limites d'instruction sans autrement dogmatiser. Et combien que par le premier article particulier extraict des généraux, il soit permis à ceste sorte de pédagogue de demeurer par toutes les villes et lieux de vostre obeyssance, sy est-ce qu'aucuns desdicts seigneurs catholicques empeschent lesdits de la religion qui demeurent es villages d'y en entretenir. » — Le roi répondit qu'il entendait qu'il soit fait dans ce domaine comme par le passé.
À présent que nous connaissons la genèse de la petite école ainsi que toutes ses mésaventures, sous l'Ancien Régime, essayons de donner un nom à cette école, dont la durée de vie dépasse les deux siècles et demi, en nous rappelant que des commandements et des signaux réglaient le déroulement des exercices scolaires et que les enfants étaient astreints au silence ainsi qu'à l'exactitude :
Reportons-nous à La Conduite des Ecoles chrétiennes, œuvre collective avec Jean Baptiste de La Salle. Dans sa seconde partie, les auteurs traitent des Moyens d'établir et de maintenir l'ordre dans les écoles :
"Article 3 ème
Du soin que le maître doit avoir de faire garder un très grand silence dans l’école
Le silence est un des principaux moyens d’établir et de maintenir l’ordre dans les écoles : c'est pourquoi, chacun des maîtres fera observer exactement le silence dans sa classe, ne souffrant pas qu’aucun parle sans permission.
Pour cet effet, le maître fera concevoir aux écoliers qu’ils doivent garder le silence, non parce qu’il est présent, mais parce que Dieu les voit et que c’est sa sainte volonté."
Le prologue de ce chapitre rappelle au régent le silence :
"De la vigilance que le maître doit avoir dans l’école
La vigilance du maître dans l’école consiste particulièrement en trois choses:
1°. à reprendre tous les mots que celui qui lit, dit mal ;
2°. à faire suivre tous ceux qui sont dans une même leçon ;
3°.à faire garder un silence très exact dans l’école. Il doit continuellement faire attention à ces trois choses."
Le régent d'école est astreint également au silence, comme le recommande le paragraphe suivant :
"On aura égard que les écoliers soient placés de telle manière que les maîtres les puissent toujours avoir en vue. Le maître veillera particulièrement sur soi-même pour ne parler que très rarement et fort bas, si ce n’est qu’il soit nécessaire que tous les écoliers entendent ce qu’il aura à dire.
En cours de lecture, le régent se sert d'un signal (Doc. N°2) et non de la parole :
"Le maître ne se servira pas de la parole, ni d’aucun signe de la bouche, pour reprendre dans la lecture, mais frappera deux petits coups de suite et l’un sur l’autre avec le signal. Dès lors que le maître frappera, l’écolier qui lit recommencera le mot qu’il a dit le dernier; s’il le dit encore mal, ou que ce ne soit pas ce mot dans lequel l’écolier a manqué, le maître continuera à frapper deux coups l’un sur l’autre et coup sur coup, jusqu’à ce que l’écolier ait bien dit le mot auquel il a manqué."
Avant d'aborder le système scolaire de l'Ancien Régime, rappelons que ce dernier non seulement s'inspirait de la Conduite, mais qu' :
"On retrouve dans la Conduite un certain nombre de pratiques prônées par l’École paroissiale."
La Conduite des Ecoles chrétiennes - Document BNF/Gallica
Dès la naissance d'un enfant, l'Église prenait en charge son âme qu'elle confiait à la mère jusqu'à l'âge de quatre ans. Ensuite, elle prenait le relais par un auxiliaire du clergé qui se chargeait de son éducation religieuse et de son instruction, jusqu'au jour de sa communion, à douze ans pour les filles, à quatorze ans pour les garçons.
Ainsi, trois ans avant l'âge de raison fixé à sept ans, cet auxiliaire assurait la formation de l'enfant, principalement du garçon, pour en faire un chrétien éclairé. Pour les hommes du XVIIIe siècle, ne l'oublions pas "pratique de la religion et connaissance contribuent au bonheur des hommes. "
L'Église considère les "petites écoles" comme un centre de formation de chrétiens et les maîtres d'école comme des auxiliaires du curé. Le régent d'école[1], deuxième personnage de la paroisse, assistait aux offices religieux, revêtu d'une soutane et d'un surplis. Le protocole de l'encensement, au cours des cérémonies religieuses, respectait une hiérarchie : le curé, le régent, le seigneur et, en dernier lieu, la communauté paroissiale, avec prépondérance de l'élément masculin sur l'élément féminin. Le régent passait avant le seigneur du lieu.
Véritables centres de la propagation de la doctrine chrétienne, ces "petites écoles" deviennent l'objet de la sollicitude de l'Église
Tels des anges gardiens physiques, les régents leur apprenaient à lire, à écrire, à chanter les louanges de Dieu. En leur enseignant les "talents de la lecture et de l'écriture", ils procuraient à ces enfants du peuple des avantages temporels non négligeables. Ils les préparaient à des tâches plus nobles. Ces jeunes, instruits par l'Église, lui demeuraient fidèles et constituaient les assises inébranlables de la Société catholique.
Et les aspirations de la communauté française, en cette fin du XVIIIe siècle ? Saisie d'une immense curiosité, optimiste, elle croit au dogme nouveau : le progrès par la connaissance. Un consensus s'établit entre le Clergé et le Tiers état : l'obligation pour l'un de recevoir l'instruction et l'éducation que se charge de dispenser l'autre.
Ce groupe d'écoliers ne possédait aucun manuel scolaire. Le régent confectionnait une ou plusieurs séries de voyelles, sur des cartons de même format, qu'il disposait devant les enfants. Ceux-ci apprenaient les lettres par cœur. Dès qu'ils étaient familiarisés avec les voyelles, il composait une ou plusieurs séries de consonnes.
Une fois les lettres assimilées, il concevait, de la même manière, un syllabaire : ba, be, bi, etc. Lorsque les enfants possédaient leur syllabaire à la perfection, ils passaient dans le groupe suivant, celui des lecteurs. Pour développer leur mémoire, le maître d'école leur apprenait de nombreuses prières et les commandements de Dieu et de l'Église.
Le traité[2] nous signale que les élèves de cette classe disposaient d'un petit livre[3]. Chaque famille en possédait un exemplaire, que l'on se transmettait. Mais comment apprenaient-ils à lire dans ce manuel ?
Au début, les enfants syllabaient, puis petit à petit, formaient les mots, les phrases. Un seul élève lisait, tandis que les autres suivaient, en silence. Au signal du régent, il s'arrêtait et son voisin immédiat reprenait, à l'endroit où son petit collègue s'était tu. Et ainsi de suite. Le régent n'intervenait jamais de la voix, mais se servait d'un objet qui remplaçait son organe vocal : le signal. Toute une codification sonore et gestuelle permettait à l'écolier de s'arrêter, de se corriger, de recommencer, de continuer, de passer la main, etc. Cette classe d'élèves apprenait le petit catéchisme. L'exercice de la mémoire se combinait avec la préparation à la vie chrétienne.
[1] Nom donné au maître d'école dans le Val de Metz. Le "Littré" nous apprend que : "Régent de village : nom, dans la Suisse romande, du maître d'école."
[2] Traité, convention entre deux personnes physiques ou morales. Il s'agit du traité de la communauté de Moulins avec Dominique Bouchy (voir chapitre suivant).
[3] … petit livre : "La Civilité honneste pour l'Instruction des Enfans" que nous vous donnons en hors-texte
L'enfant ne pouvait passer au stade suivant que s'il lisait à la perfection. L'Église considérait l'écriture et l'étude de la grammaire comme des sciences profanes, inutiles au salut du chrétien, mais nécessaires à sa promotion sociale. Quant à la lecture, c'était une science de salut... Elle permettait, en effet, à celui qui savait lire, de suivre les offices religieux dans un missel et de sanctifier son dimanche par de pieuses lectures, au lieu de s'adonner à la boisson ou à des jeux de hasard (cartes, dés, etc.), qu'une saine morale réprouvait.
L'effort du régent se portait, avant tout, sur l'apprentissage de la lecture, et l'Église ne lui en demandait pas plus. Le curé, son supérieur direct, venait à l'école, une fois par semaine, interrogeait les enfants sur les prières, sur le catéchisme et sur la lecture, s'assurant ainsi de leurs progrès sur ces matières essentielles. Les autres disciplines, écriture, orthographe et arithmétique, ressortissaient à l'autorité parentale et non religieuse.
Les élèves apprenaient plusieurs types d'écriture et disposaient d'un plume d'oie pour chaque genre. À la fin de la journée, le régent faisait ramasser les plumes et les retaillait. Sur chaque plume, il inscrivait le nom de l'élève et sa destination : anglaise, bâtarde, ronde ou gothique.
Comme les abécédaires, les écrivains reproduisaient les lettres, jusqu'à la perfection, à partir de cartons que le maître confectionnait. Ensuite, ils formaient les mots et reproduisaient des textes. Comme exercice de mémoire, le petit catéchisme, dans le texte.
L'auteur du livre 'La Civilité" n'attribue que deux pages au programme arithmétique :
Page 55 : "Table Pythagorique, servant à la Multiplication de deux nombres simples l'un par l'autre."
Page 56 : "Table de Numération pour savoir nombrer, tant par nombre que par chiffre ou leur valeur. "
Ce groupe se familiarisait avec l'orthographe, avec la grammaire, avec la rédaction des actes de la vie civile, à partir de documents réels que les enfants ou le maître apportaient à l'école. Comme ils arrivaient en fin d'étude, à l'âge de la communion, ils étudiaient le grand catéchisme.
Ce programme d'études, que nous venons de survoler, en cette fin de siècle, suffisait à toutes les obligations économiques et sociales des enfants du Tiers. Il donnait satisfaction aux parents.
"Quiconque enseignait donnait le .fouet, quiconque apprenait le recevait".
Ce vieil adage, repris avec complaisance par de nombreux historiens, ne correspond nullement à la réalité. Bien au contraire. La hiérarchie catholique interdisait le châtiment corporel et ne l'autorisait qu'avec certaines restrictions, en dernier ressort. Elle exigeait du régent qu'il "parlât raison" aux enfants. En cas d'indiscipline, il devait corriger le coupable avec douceur et charité. Comme châtiment corporel, elle admettait le coup de férule, sur la main gauche. Jamais il ne devait frapper un enfant dans la colère, ni l'injurier, ni le découvrir pour ne pas "blesser sa pudeur". Il ne pouvait pas témoigner plus d'affection à l'un qu'à l'autre, ni faire de différence entre riches ou pauvres.
La bonne tenue et la bonne marche de l'école imposaient aux enfants une certaine règle de conduite avec ses obligations et ses interdits. Il leur fallait, en effet, assister à tous les offices religieux (prières du matin et du soir, messe), "apprendre par cœur" les prières, le catéchisme et les leçons, les réciter pieusement, sans précipitation, se confesser dès l'âge de raison, les veilles de fête. Il leur était défendu d'aller "aux nécessités" pendant les cours, de jeter des pierres, de porter un bâton, de se gratter pendant les prières et pendant les offices. Tout manquement à ces prescriptions entraînait une sanction.
L'école durait environ six heures ; trois heures et demie le matin, et deux heures et demie l'après-midi. Ajoutons à cela le temps des prières du matin et du soir ainsi que celui de la messe. Deux fois par jour, le régent faisait l'appel et tenait un "catalogue" des absents qu'il présentait au curé, tous les quinze jours. Entre temps, il avertissait les parents, lors de la distribution d'eau bénite, qu'ils ne devaient pas négliger l'éducation d'un enfant, qu'il fallait la considérer comme un devoir essentiel et qu'ils ne pouvaient lui laisser de meilleur héritage qu'une bonne et saine éducation, dépassant en cela tous les biens terrestres. En cas de récidive, le curé sermonnait les parents, en public ou en privé, et pouvait adresser une plainte à l'official.
La morale était très stricte et très pudibonde ; nous y retrouvons cette hantise du péché de la chair et de l'hérésie. Le curé ne l'enseignait pas : ce devoir incombait au régent qui, ne l'oublions pas, était en contact permanent avec les écoliers, tous les jours, à l'exception du seul jeudi après-midi. Il s'informait auprès des parents si les enfants ne cachaient pas un vice, s'ils n'avaient pas commis quelque déportement ou quelque action indécente. Nous n'insisterons jamais assez sur l'importance de la distribution d'eau bénite dans le processus éducatif, au cours du XVIIIe siècle. Lorsqu'il recevait une plainte des parents, le maître d'école prenait l'élève à part, le reprenait, l'exhortait à ne plus recommencer ou le sanctionnait.
Mais s'il apprenait, par un écolier, que celui-ci partageait le lit avec ses parents ou avec une de ses sœurs, il s'adressait aux parents et leur enjoignait de retirer immédiatement l'enfant de leur couche ou de séparer les enfants de sexe différent. Dans ces cas précis, il en informait le curé.
Le régent surveillait les garçons et les empêchait de jouer avec les filles, fussent-elles leurs propres sœurs. L'Église interdisait tout jeu entre garçons et filles. Interdits également la baignade dans le plus simple appareil "en des lieux exposés à la vue du monde", ainsi que des jeux "d'une manière indécente en cet état" (nudité). Cette prohibition de la baignade et des jeux, dans le plus simple appareil, nous démontre qu'à cette époque, les enfants ne disposaient pas de tenue de bain et que, par les fortes chaleurs, ils s'adonnaient au plaisir de l'eau, "en petit Saint-Jean". D'où tentation pour les filles d'épier secrètement les garçons en cette tenue. Mais l'Église, par le truchement du régent, surveillait les faits et gestes de ce petit monde.
Une des grandes peurs de l'Église : l'hérésie. Pour empêcher celle-ci, le Concile de Trente préconisait l'éducation et l'instruction des chrétiens. Pour les pères conciliaires, il fallait extirper l'ignorance, responsable de toutes les déviations doctrinales. Oui mais... un chrétien, instruit, pouvait lire des livres interdits. Imprimés à l'étranger, en Hollande, ils circulaient sous le manteau. Leur contenu attaquait aussi bien le pouvoir royal que la hiérarchie de l'Église. Pour éviter la lecture de ces "mauvais livres" le régent avertissait les enfants et leur demandait de ne lire que les publications sortant de l'imprimerie de l'évêque. Si, par hasard, un volume n'ayant pas reçu l'approbation épiscopale, tombait entre leurs mains, ils devaient en aviser monsieur le curé, seul juge en la matière.
Le régent enseignait la pratique et les signes extérieurs de la dévotion. À ces signes, les paroissiens reconnaissaient et l'influence et la griffe du maître d'école. Dès la première année scolaire, ce dernier indiquait aux enfants la manière de dire le chapelet pendant la messe. Dès qu'ils savaient lire, il leur apprenait à prier Dieu dans leurs livres d'heures. Il en ressort qu'en dehors des prières et des chants communs, les fidèles ne sachant pas lire récitaient leur chapelet pendant la célébration de la sainte messe.
Le régent instruisait ses élèves de tous les actes de la piété journalière : comment adorer Dieu au lever et au coucher, comment sanctifier ses repas en récitant le bénédicité et les grâces. Il les invitait à se confesser, dès l'âge de raison, la veille de toutes les grandes fêtes religieuses : Noël, Pâques, Pentecôte, Ascension et Toussaint. C'est encore le régent qui les préparait à bien faire leur première communion, couronnement de toutes leurs années d'études. Cet acte faisait entrer les enfants dans le monde des adultes, mais sous la tutelle des parents, jusqu'à l'âge de la majorité.
Lors d'un recensement, en 1753, les adultes y figurent sous le vocable "communians". Ce qui tend à démontrer notre assertion : après la première communion, les chrétiens quittaient définitivement le monde de l'enfance. Le régent veillait à ce que les élèves ne prissent pas la mauvaise habitude de bâcler le signe de la croix qu'ils faisaient à longueur de journée.
Connaissant le système scolaire de l'Ancien Régime, intéressons-nous à la personnalité du régent.
Le Régent d'École
Passons à l'étude de ce personnage, aujourd'hui quelque peu oublié. Pour ce faire, analysons le traité conclu entre la communauté moulinoise et Dominique Bouchy, le 28 juillet 1790.Permettez-nous une remarque: cette convention, qui date de la fin du siècle, vaut pour tout le XVIlle siècle et le siècle précédent.(Doc. N° 3)
"L'an mil sept cent quatre vingt dix le vingt huit juillet. "
Ce genre de réunion se déroulait le dimanche, après les vêpres, soit à l'église paroissiale, soit au presbytère. Vérification faite, le 28 juillet 1790 ne tombait pas un dimanche mais un mercredi... Où eut-elle lieu ?. L'abbé Jean-François Jenot, curé de Moulins, siégeait à l'Assemblée nationale, en ce mois de juillet : ni sa signature, ni celle du vicaire de Sainte-­Ruffine, l'abbé Nicolas Tourelle qui assurait l'intérim, ne figurent au bas du traité. Parconséquent, la réunion se déroula dans l'église paroissiale, le presbytère étant fermé, en l'absence des abbés Jean-François Jenot et Nicolas Tourelle.
À l'époque, toute réunion de la communauté était proclamée par voie d'affiche apposée au portail de l'église, et le desservant l'annonçait en chaire, au moment du prône. Habituellement, le curé participait à ce genre de délibérations et transmettait le dossier du candidat au secrétariat de l'évêché. Celui-ci examinait la candidature. Après acceptation, il inscrivait le nom du postulant, suivi de certaines remarques, le cas échéant, dans le registre des approbations et en informait le curé de la paroisse, par lettre. Le processus de l'approbation se déroulait vers la fin du mois d'avril ou au début du mois de mai et se renouvelait, dans chaque communauté, tous les ans ou tous les trois ans.
Alors, pourquoi ce retard, en cette année 1790 ? L'abbé Lhuillier meurt le 13 mai 1790. L'abbé Jean- François Jenot prend possession de la cure, dès le 18 du même mois, mais continue de s'occuper de Chesny, son ancienne paroisse, en outre, il siège à l'Assemblée constituante. Tous ces facteurs - la maladie de l'ancien curé, puis sa mort, la nomination du nouveau desservant, sa présence à l'Assemblée, sa méconnaissance de Moulins - expliquent ce décalage. Au cours d'un bref séjour dans notre village - simple conjecture - il donna son accord pour le renouvellement du traité de Dominique Bouchy, qui exerçait son art depuis dix-sept années, à la grande satisfaction des Moulinois. Assemblés en ce 28 juillet 1790, ils ne procédèrent à aucun vote et renouvelèrent leur confiance au régent.
Supposons, à présent, que la communauté, au lieu de reconduire le contrat, dût se prononcer sur le choix d'un ou de plusieurs candidats. Le recrutement se faisait alors par un concours, suivi d'une élection à la "pluralité des voix".
Système démocratique qui permettait aux parents de choisir le meilleur régent pour l'éducation et l'instruction de leur progéniture. Lors du concours ou même dans le cas d'une candidature isolée, chaque postulant présentait un échantillon de son écriture, un certificat d'aptitude, délivré par le curé de son ancienne paroisse, et chantait devant l'assemblée communautaire. Ces tests passés, elle procédait ensuite à l'élection.
Dans le choix de leur régent, entrait un paramètre que nous ne saurions négliger : l'aspect religieux. Le régent portait le cheveu court. La hiérarchie ecclésiastique lui interdisait toute fantaisie dans le vêtement. En effet, dans un mandement, un évêque rappelle que leurs habits doivent être "modestes, sans vanités ni légèretés" et que le port de la cravate leur était interdit. Par cravate, entendons un morceau d'étoffe de qualité faisant le tour du cou, noué et flottant au dessus de l'habit. Seul était autorisé le porte-collet, ou rabat. D'un maintien "affable et humble", ils se devaient d'être "réglés en leurs conversations afin que leurs exemples confirment et ne démentent pas ce qu’ils enseignent. »
Doc. N°3 Archives municipales de Moulins
Au maintien que l'on exigeait des régents, passons aux interdits et à la discipline que leur imposaient et l'Église et leur fonction. Cette dernière, incompatible avec d'autres, telles que procureur-syndic, joueur de violon, cabaretier, etc.
Dominique Bouchy, en plus de son emploi, remplissait l'office de greffier de l'assemblée municipale du village de Moulins, et ce, depuis le jour de la Toussaint de l'année 1787, jour de son élection. Il cumulait les fonctions de greffier de l'assemblée municipale avec celle de greffier de la justice seigneuriale. L'Église recommandait aux régents de ne prendre que des emplois dignes de leur condition et de ne pas rester dans l'oisiveté, "mère de tous les vices", pendant la vacance scolaire qui durait quelque six mois.
Les règles de vie intérieure que leur imposait le clergé ressemblaient à celles recommandées à tous les prêtres de paroisse. La journée commençait par la prière du matin, suivie d'une méditation sur leurs faiblesses particulières. Au cours de cette méditation, ils prenaient la ferme résolution de les corriger, durant la journée qui se terminait par la prière du soir et par un examen de conscience. Qu'ils accomplissent ou non ces devoirs relevait de leur conscience. Astreints à une certaine pratique religieuse, ils devaient se confesser à leur curé au moins une fois par mois et ne laisser passer aucune fête religieuse sans recevoir la Sainte Eucharistie, après s'y être dûment préparés.
Quant à la discipline, ils ne pouvaient pas s'absenter de la paroisse sans la permission de leur supérieur immédiat, le curé, ni assister aux banquets de noces, ni fréquenter les cabarets, ni "avoir de commerce avec des femmes, des filles, des jeunes gens vicieux et déréglés...", ni pratiquer les jeux de hasard (cartes), la chasse, ni participer à des "danses publiques meslées des deux sexes..." (ce dernier interdit valable pour tous les paroissiens). Ils se devaient d'être sobres dans leur boire et manger".
Grâce aux registres paroissiaux, nous savons que les régents se mariaient et avaient, en plus de leurs occupations, la charge d'une famille. L'Église leur permettait-Elle de rester célibataires ? Nous répondons par la négative... En effet, dans le "Registre d'approbation de maîtres", le secrétaire de l'évêché du diocèse de Metz donne son accord pour le renouvellement du traité d'un régent, mais avec la restriction suivante : "à charge de se marier dans l'année". Condition sine qua non : il risquait, en effet, de perdre sa place de régent. Nous pouvons en conclure que la hiérarchie catholique admettait le célibat pour un nouveau promu, mais l'obligeait, sous peine de renvoi, à se marier, dans un délai qu'elle leur imposait. Et Dominique Bouchy se conforme à cette règle, puisque son épouse Anne Hemier, âgée de 33 ans, meurt, le 4 novembre 1777, et qu'il convole en justes noces, dès le 7 janvier 1778, soit deux mois après le décès d'Anne. (Doc. N° 4)
Doc. N° 4 Archives municipales de Moulins
"... Le Pr (procureur) de la commune...
(Procureur syndic :une fonction incompatible avec celle de régent). Mais quel rôle jouait ce personnage : Trésorier-payeur, il percevait les impôts de la paroisse et payait ses créanciers ; il convoquait les assemblées municipales, conservait les archives, levait les impôts, la milice et les corvées. Il assurait la police du village, sauf à Moulins, puisque notre seigneurie possédait sa haute, moyenne et basse justice qui assumait les pouvoirs de police. De ce fait, il existait, dans notre paroisse, un procureur fiscal ou procureur d'office, officier de judicature et non de municipalité. Représentant les intérêts du seigneur, il exerçait le ministère public. Rôle comparable, mais à une échelle moindre, à celui de procureur du roi dans une cour souveraine de justice (parlement).
Alors, pourquoi cette incompatibilité entre l'état de procureur-syndic et celui de régent ? Nous devons classer ce dernier parmi les privilégiés. Exonéré d'impôts, il ne participait pas à la milice, n'était pas astreint aux corvées ni au logement des gens de guerre. Il ne faisait pas partie de la communauté villageoise, mais nous devons le considérer comme un salarié de celle-ci. La précarité de son emploi ne lui permettait pas de représenter la paroisse. En effet, il était lié par contrat, et un simple malentendu pouvait le faire renvoyer. Et surtout, il ne tirait pas son origine du village. Tous ces détails que nous venons d'énumérer expliquent cette incompatibilité de fonctions.
Attardons-nous quelque peu, avec votre permission, à ce détail : nous devons le considérer comme un salarié de la communauté. Certains auteurs n'hésitent pas à le placer au même rang que le pâtre communal, ce domestique aux gages des paroissiens. Essayons ensemble de différencier ces deux "employés municipaux".
Le régent jouissait d'une grande considération et beaucoup de parents mettaient en lui tout leur espoir pour élever le niveau social de leurs enfants, pour en faire des procureurs, des échevins, des prêtres ou pour les préparer aux grandes écoles. De brillants sujets, ne l'oublions pas, sortirent de ces "petites écoles de campagne" et font honneur aux régents. Certains esprits, que l'on dit "éclairés", s'opposaient à la scolarité des enfants de la campagne. Ne doit-­on pas à Voltaire cette phrase célèbre :
"Moi qui cultive la terre, .je vous présente requête pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés".
Cette sentence, qui tient du paradoxe, illustre à merveille l'efficacité du système éducatif, dispensé par les régents sous la houlette de l'Église. La renommée dont bénéficiait le maître d'école, comme toute médaille, possédait son revers. Contrôlé par les familles, il restait sous la surveillance des parents. En cas de faute, la communauté le citait devant son assemblée et lui infligeait une sanction proportionnelle à la gravité de cette faute : un blâme, une amende ou son congé, après un délai de six semaines ou de trois mois ; d'où la précarité de son emploi. Mais, avantage pour la paroisse : il ne pouvait pas, en effet, s'endormir sur ses lauriers. Passible de renvoi, au même titre qu'un simple domestique, à ce niveau seul se situe le point de convergence entre la fonction de régent et celle de pâtre. Et celui-ci n'existait que par celui-là. Expliquons-nous.
Beaucoup de parents, dans nos campagnes, n'envoyaient pas leurs enfants suivre les cours de la "petite école", ne payaient pas l'écolage dû au régent, sous prétexte qu'il leur fallait, avant tout, sauvegarder leurs "bestiaux". Les prêtres des paroisses rurales, eux-mêmes issus de la campagne, se trouvaient paralysés par l'argumentation de leurs ouailles et en informaient leurs supérieurs. Les parents dont les enfants ne fréquentaient pas les cours risquaient, ne l'oublions pas, une peine d'excommunication ou d'interdit. Mais là, nous nous trouvons devant un cas de force majeure : en ces périodes de disette, il fallait bien sauvegarder les "bestiaux". Les enfants déchargeaient ainsi les parents d'une tâche absorbante. Mais l'Église n'admettait plus l'image bucolique de Jeanne, la Lorraine, priant et filant, tout en gardant ses brebis. Elle exigeait que chaque paroisse, sous peine d'interdit, embauchât un pâtre rémunéré par la communauté, et que les parents, déchargés de ce souci, envoyassent leurs enfants dans les centres de formation de chrétiens qu'étaient les petites écoles. Suprême sagesse...
L'Église sauvegardait ainsi les "bestiaux" et les âmes de ses ouailles. Autre avantage, certains habitants (notre curé, par exemple) possédaient leur vache, qu'entretenait et menait paître le vacher, améliorant ainsi leurs revenus. Nous citons notre desservant parce que sa vache contrevient aux règlements de police relatifs à la divagation des animaux. Un jour, en effet, en revenant de la pâture, le pâtre paroissial laisse s'échapper la "Vache de monsieur le curé".
Ne nous cachons pas les inconvénients ou plutôt l'inconvénient majeur d'un tel système. Au cours des plaids annaux, le seigneur de Moulins, monsieur de Fabert, fixait le contingent du cheptel villageois, dévolu à chaque paroissien, eu égard à sa fonction ; ce qui donnait :
Ø le laboureur, six bêtes à cornes et vingt brebis ;
Ø le vigneron, deux bêtes à cornes et vingt brebis ;
Ø le manœuvre , une bête à cornes et six brebis.
Chaque habitant devait respecter son quota d'animaux. En cas d'infraction, la justice seigneuriale confisquait le surplus, sans autre forme de procès.
Notre paroisse possédait donc son pâtre ainsi que son taureau. La présence du pâtre impliquait une obligation scolaire pour les petits Moulinois. Mais pourquoi cette obligation scolaire ? Revenons au Concile de Trente...
Pour les pères conciliaires, il ne faisait aucun doute que la rapidité, avec laquelle s'était propagée la Réforme, trouvait son origine dans l'ignorance crasse du peuple chrétien :
"Eduquons-le, instruisons-le, éclairons-le, et nous le mettrons à même d'écarter les tromperies qui l'assaillent de toutes parts".
"Nous, Maire et officiers municipaux de Moulin lez Metz... "
Ce document date de fin juillet 1790. La société française se trouvait alors en pleine mutation, et les officiers municipaux qui renouvellent le traité de Dominique Bouchy représentent les officiers de municipalité "nouveau style", conformément aux décrets d'août 1789; donc élus au scrutin, majoritaire.
"... à l'effet de faire un traité de continuité d'exercice... "
Habituellement, les contrats entre communautés et régents se signaient ou se renouvelaient à la Saint-Georges (23 avril) et prenaient fin, l'année suivante, à la même époque. L'école débutait à la Saint-Rémi (1er octobre) ou à la Toussaint et finissait à Pâques (22 mars au 25 avril) ou à la Saint-Georges. Cette flexibilité permettait aux communautés paroissiales d'organiser les vacances scolaires, en fonction des travaux saisonniers. Dans une paroisse viticole comme la nôtre, nous voyons mal l'école débuter le 1er octobre, alors que les vendanges ne sont pas terminées, voire commencées.
Pour en revenir au traité, les nouveaux responsables de la municipalité se mettaient en place et, une fois en place, établissaient un contrat, en bonne et due forme, entre Dominique Bouchy et la communauté; mais un contrat de continuité puisqu'il stipule
"... suivant les clauses et conditions insérées dans les traités qui lui ont été
ci­-devant passés par la communauté... ",
"...de continuer la dite fonction avec la fidélité que nous avons reconnu s'être acquitté jusqu'à ce jour... "
Notre régent se trouvait donc à Moulins depuis plusieurs années ; depuis l'année scolaire 1770-71. Il devait donner entière satisfaction : en effet, la communauté lui renouvelle son contrat "... pour trois années consécutives... ". Chose étonnante, qui dénote la confiance entre les parties, le traité débute et se termine en pleine année scolaire : "..... qui commenceront à Noël prochain pour finir à pareil jour.... ". Qu'en ressort-il de ce contrat ? Dominique Bouchy se plaisait à Moulins et les Moulinois reconnaissaient ses compétences.
"... et fonctions de chantre, Marguillier et Maître d'école... "
Tous les régents des villages mosellans et lorrains cumulaient ces trois fonctions. Dominique Bouchy, en plus de celles-ci, exerçait les charges de greffier de la communauté et de greffier de la justice seigneuriale. Mais depuis la suppression des justices seigneuriales (article 4 des décrets du mois d'août 1789) :
"toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans aucune indemnité... ",
Comme il perd son statut de greffier de justice ; ses revenus en subissent la répercussion.
Il respectait, nous le voyons, les recommandations de la hiérarchie ecclésiastique, en ne prenant que des fonctions dignes de son rang. Ces différents emplois nous donnent une idée de l'importance de ce personnage dans la société du XVIIIe siècle. Présent dans toutes les manifestations religieuses, il éduquait et instruisait les enfants, il assistait aux délibérations de la communauté et en dressait les comptes-rendus, il connaissait toutes les affaires judiciaires...
Mais revenons à la fonction de chantre. Avant de passer un traité avec un candidat inconnu dans la paroisse, la communauté, du moins l'assemblée qui la représentait, exigeait qu'il chantât devant elle. Dans les critères du choix d'un régent, l'organe vocal prenait une importance non négligeable. Mais pourquoi cette importance ?
Pour le clergé, le chant revêtait un caractère sacré et rehaussait la solennité d'une cérémonie religieuse. Pour la communauté paroissiale, privée de spectacle, les offices dominicaux chantés - mais bien chantés - tenaient lieu de divertissement. En effet, l'Église, au XVllème siècle, interdisait toute distraction commune entre les deux sexes. Entraient dans cet interdit, les danses publiques "meslées des deux sexes", les "crègnes" ou veillées nocturnes "où les garçons et les .filles s'assemblent", la publication des "valentines" ou "fassenottes". Dans un mandement du 4 août 1730, Monseigneur du Cambout, duc de Coislin, rappelle que l'Église interdit ce genre de distractions. La non-observation de ces règles pouvait entraîner une pénitence publique ou la privation des sacrements. Comme tout scandale (faute publique) occasionnait une réparation publique, mieux valait éviter la mise au pilori. Que restait-il comme divertissements aux habitants des paroisses rurales ? La messe dominicale et les vêpres. Aussi exigeaient-ils qu'elles fussent bien chantées, et toute la paroisse, pour "se défouler", participait à ce chant.
Pendant les offices, le régent se tenait dans le chœur, au lutrin, et ce, depuis 1754, date de la restauration de l'église. Auparavant, il se tenait dans la nef, entre le balustre et le banc de monsieur le curé et celui des échevins.
Depuis le lutrin, il réglait les dialogues des paroissiens avec le prêtre, au cours des messes basses. Lors des messes dominicales ou solennelles, il chantait l'introït, le graduel et dirigeait les fidèles en alternant le chœur des hommes et celui des femmes, quand ils chantaient le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanctus et l'Agnus Dei. Il terminait l'office en entonnant le "Domine, salvum fac regem nostrum... " et entraînait l'ensemble de la paroisse, officiant, hommes et femmes, qui, d'une seule voix, demandaient à Dieu de protéger le roi. Au cours des vêpres, la communauté paroissiale psalmodiait en alternance, et le régent veillait à ce qu'elle respectât, à chaque verset, la médiane.
La fonction de chantre exigeait, pour ce grand-maître des cérémonies, en plus d'une belle voix, une connaissance musicale assez approfondie. Et cette connaissance, il la transmettait aux enfants ainsi qu'aux adultes. Il formait les éléments moteurs qui entraînaient l'ensemble de la paroisse. Une fois par semaine, ces personnes, hommes et femmes, se réunissaient chez lui ou dans la salle de classe, le soir, et il leur faisait répéter les chants liturgiques du dimanche suivant. La contribution de ces adultes se réduisait à l'huile pour l'éclairage et à quelques bûches pour le chauffage. Quant aux enfants, il leur enseignait le plain-chant, pendant une demi-heure, le matin, et pendant le même laps de temps, le soir, au cours de l'année scolaire. Cette demi-heure se plaçait à la fin des cours. Il suivait avec intérêt les élèves les plus doués et les invitait à chanter au lutrin, le dimanche, en ses lieu et place. Les parents tiraient une légitime fierté de voir et d'entendre leur progéniture exécuter un solo devant la communauté paroissiale. Au cours des cérémonies religieuses, il notait les fautes commises par les enfants et les reprenait à l'école en demandant, par exemple, de traîner à ceux qui se précipitaient et de se précipiter à ceux qui traînaient. Bref ! il exigeait que toutes les voix s'accordassent entre elles pour n'en faire qu'une seule.
Il dirigeait également les enfants de chœur et les préparait à bien servir la sainte messe. Mais cette responsabilité incombait au marguillier. Aussi, la traiterons-nous avec cette fonction ainsi que la rétribution allouée au chantre. Et sans plus attendre, abordons la charge de marguillier en commençant par sa définition :
"Laïque, chargé de l'administration des revenus d'une .fabrique, il réglait les tarifs des bancs d'église, des inhumations, nommait le chantre et le bedeau, avait la garde, avec le curé, des clés et des ornements d'église."
Une remarque s'impose : cette définition s'applique à une charge de marguillier dans une paroisse urbaine. Dans les petites paroisses, comme la nôtre, existait-il un bedeau ? Nous répondons par la négative. Dans les registres paroissiaux, nous ne rencontrons aucune mention d'une personne décédée ayant exercé cette fonction ni celle d'un enfant dont le père aurait été bedeau.
À Moulins, comme ailleurs, le marguillier ne nommait pas le chantre puisqu'il cumulait ces deux offices avec celui de régent.
Réglait-il le tarif des bancs d'église ? Nouvelle négation. En effet, le curé et les fabriciens seuls, déterminèrent, en 1765, le prix et l'emplacement du banc de la famille de Fabert. Dans un autre document, daté de 1771, le curé ne mentionne pas l'intervention du régent dans la détermination du prix d'un banc, destiné au sieur François Boutiez.
La charge de marguillier impliquait l'administration des revenus d'une fabrique et la fixation des tarifs des offices religieux. Sous l'ancien Régime, les revenus d'un curé se composaient de deux parties : l'une fixe et l'autre variable. La partie fixe, versée par les décimateurs, représentait le bénéfice attaché à l'église et revenait au desservant. Quant à la partie variable, appelée casuel, elle se répartissait entre la cure, la fabrique, le marguillier, le chantre, etc. Pour ses fonctions de chantre et de marguillier, le régent percevait environ le tiers du casuel, tributaire du nombre d'offices religieux soumis à paiement.
En 1789, l'Assemblée nationale supprime le casuel, conformément aux décrets du mois d'août, article 8 :
"Les droits casuels des curés de campagne sont supprimés et cesseront d'être payés aussitôt... "
Dans le traité, passé entre notre municipalité et Dominique Bouchy, les deux parties tiennent compte de cette suppression, puisque le traité stipule que :
"... Pour rétribution de quoi (des trois fonctions) nous susdit maire et officiers municipaux susdits, nous nous obligeons à lui payer en deux termes égaux et ordinaires, savoir moitié à la St Jean Baptiste et l'autre moitié à Noël de chacune année la somme de cent cinquante livres... "
À présent, énumérons les devoirs et les tâches qui incombaient à un marguillier de paroisse rurale, et pour ce faire, référons-nous au traité :
2° - Tenir l'église le plus propre possible et avec décence, d'y répondre toutes les messes et autres offices qui s'y célébreront et chanteront.
3° - Sonner l'Angélus trois fois le jour ainsi qu'il est d'usage.
4° - Blanchir les linges qui servent à ladite église... "
Voilà ce que la communauté exigeait du régent, en tant que chantre-marguillier. En bref, l'obligation se résumait en trois points :
Ø service divin,
Ø netteté de l'église,
Ø sonnerie ;
Nous ne nous étendrons pas sur le chant, puisque nous connaissons ses obligations dans cette discipline. Mais revenons aux enfants de chœur. En règle générale, leur nombre s'élevait à quatre. Nous relevons, en effet, dans l'inventaire des biens du culte :
"... quatre petites aubes avec leur soutane rouge et leur ceinture... "
Pour pouvoir disposer de quatre titulaires, le régent formait huit à douze enfants à servir la messe et les différents offices religieux. Il leur apprenait à bien faire, et en temps voulu, génuflexions et inclinations. Les paroissiens voulaient qu'il leur offrît un beau spectacle. Deux sens y participaient : l'ouïe, par la beauté des chants, et la vue, par les lumières, par la blancheur du linge, par les couleurs chatoyantes des ornements sacerdotaux ainsi que par l'évolution des enfants de chœur et du prêtre.
Quant aux enfants qui assistaient aux offices, il en avait l'entière responsabilité. Il les rangeait avec ordre, les surveillait et les empêchait de rire, de parler, de se frapper ou de se bousculer. Et ceci, tous les jours, le matin (prière du matin et messe) , le soir (prière du soir). Le dimanche, en plus de la messe paroissiale, les enfants suivaient les vêpres et le catéchisme. Il faisait l'appel et notait leurs absences.
Au cours des offices divins ou lors de l'administration des sacrements, le régent portait une soutane noire, un surplis et se coiffait d'un bonnet carré. Auparavant, il préparait le nécessaire à leur célébration : le pain, le vin, l'eau, le feu, l'encens, le luminaire, les cierges, les livres, les ornements, selon la couleur du jour. Tous les matins, il allumait la lampe devant le Saint ­Sacrement.
Il conduisait, et non le curé, les prières communes : celles du matin et du soir. Et, en cas d'absence du desservant, il appelait un des curés du voisinage pour l'administration des sacrements.
Netteté de l'église
Chaque samedi, après l'école, le régent balayait l'église ou la lavait, le cas échéant. Il époussetait les autels, le confessionnal, les tableaux, les statues, etc. Il récurait les bassins et les burettes, sans oublier la sacristie. Il ratissait les allées du cimetière et arrachait les mauvaises herbes. Dans cette tâche, les enfants lui prêtaient leur aide, participant ainsi à la propreté de leur église. Le dimanche, la communauté pénétrait dans un lieu de culte propre et en tirait une certaine fierté.
Le marguillier avait la garde du cimetière et de l'église. Détenteur des clés, avec le curé, il en assurait l'ouverture et la fermeture aux heures convenues. Aucun animal ne devait profaner ces lieux saints, placés sous sa protection.
Il entretenait les linges d'autel et les amidonnait ainsi que les aubes et les surplis. Cette tâche devait être du ressort de son épouse. En 1792, Dominique Bouchy réclama une augmentation de son traitement de marguillier :
"... Vu aussi l'augmentation du savon et amidon que le dit Bouchy est obligé de fournir pour le blanchissage des linges d'église auquel il est attenu de faire, qu'il y a nombre d'années que cette augmentation exorbitante a lieu, et qu'il n'a pas encore réclamée... "
Il tenait l'inventaire de tous les objets, meubles et linges de la paroisse et soumettait à la fabrique l'achat d'un article usé qu'il fallait renouveler.
Au XVIIIe siècle, l'activité villageoise s'adaptait au rythme des saisons et la cloche cadençait la vie journalière. Avant sa mise en service, l'archiprêtre la bénissait au cours d'une cérémonie. Tel un être humain, elle entrait au service de Dieu, après avoir reçu la caution de ses parrain et marraine dont elle portait le nom. Aussi ce caractère sacré lui conférait-elle une certaine puissance magique :
"L'airain sacré" - selon Raphaël de Westphalen - "conjure la tempête et l'orage, détourne la grêle et met en fuite la maladie de peste. Philippe de Vigneulles nous apprend que l'on sonnait nuitamment au printemps les cloches en volée afin de préserver les vergers, les vignes et les cultures des désastreuses gelées nocturnes. "
Qu'attendait, en 1790, la municipalité moulinoise de son régent ?... "Sonner l'angélus trois fois le jour, ainsi qu'il est d'usage... "Une vieille tradition exigeait que le régent sonnât la cloche pour écarter, en cas d'orage, tout danger de foudre et de grêle et, au printemps, en cas de 'froidure extrême" les gelées dévastatrices. Alors pourquoi cette exigence ne figure-t-elle pas dans le traité ? Pour une raison bien simple : un arrêt du Parlement de Metz, daté du 20 septembre 1784, interdisait la sonnerie des cloches pendant l'orage et pendant les périodes de froid. Avant cette date, Dominique Bouchy et ses prédécesseurs se devaient, de jour et de nuit, de protéger, par la sonnerie des cloches, les paroissiens contre les méfaits de la foudre, de la grêle et de la gelée.
Le marguillier annonçait les bonnes et les mauvaises nouvelles, par une sonnerie appropriée : réunion des assemblées, offices divins, baptême, mariage, agonie, mort, enterrement, incendie, etc. À l'agonie et à la mort d'un paroissien, un tintement de cloche avertissait les villageois et les invitait à la prière. Cette sonnerie ne pouvait pas avoir lieu de nuit; à partir de huit heures de relevée, l'hiver, et de neuf heures de relevée, l'été.
Voyons maintenant la position de l'Église, en matière de sonnerie. Un seul interdit : le régent ne devait jamais "carillonner d'airs profanes sur les cloches qui ne sont bénites que pour faire retentir les louanges de Dieu. "
Port de l'eau bénite
Enfin, rappelons une charge, supplémentaire et rémunératrice, très peu connue, et que nous avons découverte en feuilletant les registres municipaux : la distribution de l'eau bénite.
Le dimanche, avant la grand-messe paroissiale, le curé bénissait l'eau et en aspergeait l'assemblée. Ce rite de purification débutait par l'antienne "Asperges me". Après la messe, le régent retirait l'eau nécessaire au culte de la semaine et portait ensuite le surplus dans chaque foyer.
Au cours de cette distribution, il informait les parents du retard, du progrès des enfants dans l'étude et de leur conduite en général. S'ils n'avaient pas fréquenté les cours ou les offices religieux, il leur demandait de justifier leur absence. En cas de récidive, il en avisait son supérieur direct, le curé, qui prenait les sanctions prescrites. Cette rencontre hebdomadaire avec les parents permettait un contrôle de l'effort fourni et par les enfants et par le régent, ainsi qu'une meilleure coopération entre éducateur et géniteurs. Par réciprocité, les parents l'informaient du comportement de leur progéniture envers leurs proches.
Les habitants rémunéraient ce port de l'eau bénite en glissant la pièce au régent, et cette coutume faisait partie de ses émoluments. Malheureusement, en 1792, Dominique Bouchy se plaint, et nous lisons dans le compte rendu du conseil général de la commune du 17 juin 1792 (Doc. N° 5) :
"... Vu encore qu'environ la moitié des habitants de ce lieu ne lui payent point le port d'eau bénite ; partie pour mépris de la Religion, et partie pour n'avoir point de monnaie pour cette rétribution ; ce qui lui cause une diminution d'émolument. "
Doc. N° 5 Archives municipales de Moulins
Quelles conclusions devons-nous tirer de cette relation ?
Primo : les idées nouvelles influaient sur le comportement des Moulinois qui délaissaient certaines pratiques religieuses.
Secundo : ils étaient "près de leurs sous".
Toutes les pages qui précèdent démontrent l'emploi du temps chargé d'un régent et l'importance de ce personnage, hors du commun, dans le milieu paroissial. À vrai dire, nous n'avons abordé que les tâches mineures qu'il exerçait.
Passons donc, sans plus tarder, à cette fonction essentielle de "maître d'école", en nous référant aux traités :
"... 1° - de tenir l'école tous les jours de l'année ; excepté les jours de fête et dimanches, les veilles de fêtes et les .jeudis l'après-midi, pendant toute l'année..."
Par "tous les jours de l'année", entendons l'année scolaire. Celle-ci durait environ six mois ; nous n'y reviendrons pas.
Durant cette période, les enfants fréquentaient l'école "tous les jours de l'année, excepté les jours de .fête et les jeudis l'après-midi". Une remarque s'impose. Les fêtes se limitaient à deux jours : Noël et la Circoncision. Si ces jours de fête mobile ou leur veille ne tombaient pas un jeudi, les écoliers ne bénéficiaient pas de leur demi-journée de congé hebdomadaire. Quant à la fête du saint de la paroisse, elle était reportée au dimanche suivant :
"... sans y comprendre la rétribution de chacun des enfants qu'il instruira, divisés en quatre classes; la premiere en l'A, B, C., à raison de trente sols, ceux hors du petit livre à quarante sols, ceux qui écrivent à trois livres et ceux qui seront susceptibles des règles d'arithmétique, quatre livres... "
Malheureusement, nous nous situons loin de la gratuité de l'enseignement de la grammaire, comme l'exigeait le concile de Trente. Les biens de l'Église, ne l'oublions pas, se constituèrent, au cours des siècles, grâce à des legs de pieux laïcs, qui les destinaient soit aux soins des malades, soit à l'éducation de la jeunesse. En ce XVIIIe siècle, la masse des revenus détournés de leur destination première se répartissait entre une centaine d'individus, issus des grandes familles de la noblesse, nommés par le roi et plus enclins à préserver les privilèges de leur caste qu'à promouvoir les jeunes talents des enfants du Tiers état. Si beaucoup de grands hommes sortirent de ces 'petites écoles", le mérite en revient aux régents ainsi qu'à la communauté qui en supportait la charge financière.
La rétribution du régent, basée sur le nombre d'enfants compris dans chaque classe, se nommait l'écolage, à la charge des parents. L'école, comme nous l'apprend le traité, se divisait en quatre groupes d'élèves que l'on définissait ainsi :
Ø le premier : les abécédaires
Ø le deuxième : les lecteurs
Ø le troisième : les écrivains
Ø le quatrième : les chiffreurs.
Rappelons, à présent, la finalité de l'école, au XVIIIe siècle, et reprenons les exhortations des évêques de Noyon, Fr. de Clermont et J-Fr. de la Cropte de Bourzac :
"La fonction de régent est un emploi qui regarde le salut des âmes, dont une seule est plus précieuse que le monde ensemble. Les écoles sont les premières maisons de discipline, véritables séminaires du christianisme, d'où les enfants, instruits dans la crainte de Dieu, doivent sortir pour être les fidèles sujets de l'Église et de l'État.
Les enfants leur sont confiés pour imprimer la crainte de Dieu dans leurs cœurs, qu'un âge tendre rend doux, dociles et capables de recevoir la semence de toutes les vertus chrétiennes. Il faut leur apprendre la science du salut qui en fera des saints, sans toutefois négliger celle du monde qui peut les rendre civils et honnêtes gens. "
Ce texte résume parfaitement la finalité de la "petite école" : le salut des âmes et la préparation à la vie civile, donnée par surcroît. Mais avant de taxer l'Église de dogmatisme et de sectarisme, consultons les délibérations du Conseil général de notre commune, en date du 22 vendémiaire de l'an III (13 octobre 1794) (Doc. N° 6) :
"Le dit conseil qui a encore vu un troisième réquisitoire du même jour 17 du courant tendant à se procurer un citoyen capable de remplir la fonction d'instituteur pour l'éducation des Jeunes Républicains considérant, qu'en ce moment, il ne se trouve aucun individu pour en remplir les fonctions, il est arrêté que lorsqu'il s'en présentera un il sera par le dit conseil pourvu à son établissement en ce lieu, en se conformant aux lois relatives aux écoles primaires.
fait au dit Moulin le dit jour 22 vendémiaire, et que pour parvenir à s'en procurer il sera par les membres dudit conseil demandé a quelque part un qui pourrait convenir pour l'effet ci dessus ainsi qu'il a déjà été fait. "
Intéressante à plus d'un titre, cette délibération... Nous y voyons effectivement la rupture entre l'Ancien et le Nouveau Régime : le mot "instituteur" remplace celui de régent; "l'école primaire","petite école". Une nouvelle finalité s'affirme :
"... l'éducation des Jeunes Républicains... ".
Mais une phrase, une seule, traduit, on ne peut mieux, le malaise de l'époque :
"…tendant à se procurer un citoyen capable de remplir la fonction d'instituteur pour l'éducation des Jeunes Républicains considérant, qu'en ce moment, il ne se trouve aucun individu pour en remplir la fonction... "
Doc. N° 6 Archives municipales de Moulins
En détruisant I'Église, la Révolution entraîne, dans sa chute, tout le système éducatif. Phénomène général dans toute la France, auquel nous assistons dans notre commune. Qui en souffrit ? Les enfants du Tiers... et les régents.
Et Dominique Bouchy ? Dans un premier temps, reportons-nous au traité
"... pour trois années consécutives, qui commenceront à Noël prochain, pour, finir pareil jour, les dites trois années finies et révolues..."
Le contrat de continuité débute donc le 25 décembre 1790, et doit se terminer le 25 décembre 1793. Le 13 octobre 1794, le conseil général de la commune constate l'absence d'un "citoyen capable de remplir la fonction d'instituteur" et se met en quête d'un instituteur. L'ancien régent n'enseigne plus et ne correspond plus au profil exigé par les nouvelles lois. Pour confirmer nos assertions, consultons les archives municipales et arrêtons-nous à la déclaration de l'agent national Doué, faite à la municipalité, réunie le 14 pluviôse de l'an III, soit le 2 février 1794.
Et ce texte nous apprend que Dominique Bouchy n'exerçait plus ses fonctions de chantre, de marguillier et de régent, "de ce que le culte catholique venait d'être supprimé" et ce, depuis le 25 décembre 1793, et qu'il perdit, le 31 janvier 1794, sa place de greffier de la municipalité. Culte catholique et éducation ne faisaient qu'un, puisque la suppression du culte entraîna, dans notre commune, la suppression de l'école. L'agent national demande que la commune alloue à l'ancien régent "un fixe proportionné à la nécessité de pouvoir substanter lui et sa famille. "
Et, sur la même ligne, nous lisons (Doc. N°7) :
« ne peut plus travailler à autre chose… »
Notre régent, après vingt-trois années de dévouement, se trouvait, à l'âge de cinquante-six ans, sans emploi et sans ressources. L'année suivante, il mourut, le 11 nivôse de l'an III (31 décembre 1794), soit un an et six jours après son renvoi. Nous imputons ce décès au chagrin et à la misère.
Si nous rapprochons les dates des deux délibérations précitées, 2 février 1794 et 13 octobre 1794, nous devons admettre que les enfants ne fréquentaient plus l'école, depuis un an. La haine de l'Église, ou de ce qu'Elle représentait, primait l'avenir des enfants.
Et, comme convenu, passons, à présent, une journée avec Dominique Bouchy, ce maître Jacques de la paroisse de Moulins.
Doc. N° 7 Archives municipales de Moulins
Une journée avec Dominique Bouchy
Cinq heures cinquante. Dominique Bouchy, une lanterne à la main, sort de son domicile et se rend à l'église. Il déverrouille la porte du cimetière, celle de l'église, se signe. Il se dirige ensuite vers le maître-autel, s'agenouille devant le tabernacle, allume la lampe du sanctuaire.
À six heures, il sonne l'Angélus. Après la sonnerie, il pénètre dans la sacristie, sort les ornements sacerdotaux blancs, la couleur de la messe du jour. Il verse le vin dans une burette, dans l'autre, l'eau, qu'il tire d'une fontaine d'étain. Il dépose les burettes sur la crédence, près du maître d'autel. Suivant l'ordo, il prépare le missel, côté épître, et ensuite marque les pages avec les signets placés sur le côté. Il prépare ensuite deux soutanes rouges ainsi que les surplis des enfants de chœur. Revêtu de sa soutane et de son surplis, les préparatifs terminés, il s'achemine vers l'école.
Il attend les élèves qui arrivent les uns après les autres ou par groupes. En entrant, chaque écolier se signe avec componction, se sachant surveillé, salue le régent, dépose son attirail sur la table et s'assied, en silence. Un coup de signal, les enfants se lèvent sans bousculade, se dirigent, en rang par deux, vers l'église.
Un des élèves se détache du groupe et met en branle la petite cloche qui annonce la prière du matin à l'ensemble de la paroisse. Beaucoup de femmes, toutes les filles de la paroisse, seulement quelques hommes, assistent à cet office. Dominique Bouchy, au lutrin, entame, par le signe de la croix, la prière du matin que récite l'ensemble de la paroisse.
L'abbé Lhuillier, seul sur son prie-Dieu dans le chœur, suit le service. La prière terminée, le curé revêt ses ornements sacerdotaux ; deux enfants, leurs soutane et surplis. Un troisième sonne l'heure de la messe. Pendant ce temps, le régent allume les cierges. La messe débute par l'introït, entonné par lui, que reprend la communauté paroissiale.
Vers huit heures, la messe terminée, le régent abandonne sa soutane et son surplis. Quelques enfants l'aident à ranger les livres, burettes, ornements sacerdotaux, etc. Ils éteignent les cierges. L'église remise en ordre, le groupe maître-élèves la quitte et se dirige vers l'école. En pénétrant dans la salle de classe, les enfants se signent. Au lieu de s'asseoir à leurs places respectives, ils attendent dans les rangées. Au signal, la classe s'agenouille, récite le Veni sancte spiritus. Les écoliers se lèvent pour se rendre à leurs places. Chaque élève se signe. (Il en était ainsi au début et à la fin de chaque leçon) Véritable ruche où les uns débitent de mémoire une prière en latin ou en français, tandis que les autres s'exercent à la lecture, à l'écriture, au calcul, sous la houlette du régent.
Onze heures, au coup de signal, la classe se signe, range soigneusement ses accessoires, se lève et attend. Tous les jours, à la même heure, le maître d'école enseigne le plain-chant. Il prend son missel, entonne le Credo in unum Deum. Le chœur reprend : Patrem omnipotentem... de Deo vero. Coup de signal. Les voix se taisent. Deux coups de signal, les enfants recommencent le verset, bâclé par eux. Vers onze heures et demie, la leçon de chant se termine. Les élèves quittent l'école sans oublier de se signer.
Peu avant midi, Dominique Bouchy se rend à l'église pour sonner l'angélus. Comme le curé ne le sollicite pas pour l'administration du baptême ou du Saint Viatique, il prend son repas au milieu de sa famille.
L'après-midi, même scénario que le matin, après la messe. À la fin des cours, seconde leçon de plain-chant. Avant de se quitter, la classe, à genoux, récite les commandements de Dieu, ceux de l'Église, les actes de foi, d'espérance et de charité. (Le samedi après-midi, les élèves ne récitaient pas les commandements, mais les chantaient). Puis le régent entonne l'antienne "Sub tuum praesidium". La prière terminée, les écoliers rangent leurs affaires. Deux d'entre eux ramassent les plumes d'oie qu'ils déposent sur la table du maître. En silence, ils quittent la salle de classe. Les élèves sortis, le maître d'école taille les plumes d'oie, range et nettoie la pièce.
Vers huit heures, il se rend à nouveau à l'église, met en branle la petite cloche qui annonce la prière du soir et revêt sa soutane et son surplis. Beaucoup plus de paroissiens que le matin assistent à l'office du soir qui se termine par "Domine, miserere nobis, Domine dona nobis pacem ".
Tandis que toute la paroisse se retire pour vivre en famille, Dominique Bouchy éteint la lampe du sanctuaire. Avant de quitter l'église, il sonne l'angélus du soir. Les portes de l'église et du cimetière verrouillées, il rentre chez lui.
Souhaitons-lui un bon repos... à moins qu'un paroissien, prêt à quitter ce monde, ne sollicite son assistance...
Établissons, à présent, un état chronologique des régents d'école de Moulins, en nous référant aux Registres paroissiaux.
Les régents d'école à Moulins
Depuis quand la paroisse de Moulins possédait-elle sa "petite école" ? La première mention d'un régent d'école, nous la trouvons dans les registres paroissiaux (Doc. N° 8) :
"le dernier jour de febvrier 1655 nous Thomas Gaudin regent descol et Françoise Estienne sa femme avons eux une enfant ... "
Doc. N°8 Archives municipales de Moulins
Nous pouvons donc affirmer que, depuis le milieu du XVIIe siècle, les petits Moulinois fréquentaient l'école ou avaient la possibilité de la fréquenter. À ce sujet, rappelons une visite pastorale du 14 juin 1694, sous l'épiscopat de Monseigneur d'Aubusson de la Feuillade. Le visiteur déplore :
"que la paroisse ne dispose pas de sage­-femme" et
"que les enfants ne fréquentent pas l'école".
Le 28 mai 1679, l'abbé Cuny Pierron baptise Françoise, fille de Jean Gaspard "Maistre d'escolle" . (Doc. N° 9)
Doc. N°9 Archives municipales de Moulins
Le successeur de l'abbé Pierron, l'abbé Lajeunesse, procède au baptême de Marie Woirgar, fille du "maisire d'escolle a moulin", le 18 janvier 1695. (Doc. N° 10)
Doc. N°10 Archives municipales de Moulins
En 1720, Jeanne Germain, épouse de Pierre Henselin, maître d'école à Scy, tient sur les fonts baptismaux, Nicolas, fils de messire Nicolas Henry, maître d'école à Moulins. (Doc. N° 11)
Doc. N°11 Archives municipales de Moulins
En 1745, Philippe Mouza, chantre et marguillier (donc régent d'école), assiste l'abbé Antoine, lors de la prestation de serment d'une sage-femme. (Doc. N° 12)
Doc. N°12 Archives municipales de Moulins
Et nous rencontrons, en 1759, Nicolas Huguet, "chantre et régent d'école". (Doc. N° 13)
Doc. N°13 Archives municipales de Moulins
Trois ans plus tard, l'abbé Lhuillier baptise "Joseph Étienne fils procréé du légitime mariage d'entre Nicolas Botte, régent d'école, chantre et marguillier de cette paroisse.. ". (Doc. N° 14
Doc. N°14 Archives municipales de Moulins
Nous vous avons présenté le traité passé entre la communauté moulinoise et Dominique Bouchy, le 28 juillet 1790...
Primo, qu'il existait une 'petite école" à Moulins, pendant toute la fin du XVIIe et pendant tout le XVIIIe siècle, jusqu'à sa suppression, au cours de la période révolutionnaire.
Secundo, que le régent d'école de notre paroisse exerçait, en plus de sa fonction d'instituteur, celles de chantre et de marguillier, fonctions conformes à la tradition.
En effet, les régents des autres paroisses, de l'importance de la nôtre, remplissaient les mêmes tâches.
Et nous pouvons conclure que l'apanage de l'instruction primaire ne revient pas à la République. Quant à la Révolution,nous lui devons, dans un premier temps, l'obligation, la gratuité de l'école primaire et la liberté de l'enseignement. Quelques années plus tard, la Convention thermidorienne admet encore la gratuité, mais plus l'obligation Au début du XIXe siècle, dans toutes les provinces françaises, le nombre des 'petites écoles" de campagne avait diminué, si nous le comparons à celui de 1789.
En voulant réformer l'enseignement primaire, les assemblées révolutionnaires le désorganisèrent complètement. Le terme "enseignement primaire" date de la période révolutionnaire et succède ainsi à celui de 'petite école". Àla veille de la Révolution, le diocèse de Metz, comme tous les autres diocèses lorrains, se classe, en matière scolaire, parmi les plus éclairés de France.La paroisse de Moulins, village qui comptait, en 1753, 336 âmes et 495, en 1792, possédait une école,depuis 1655.
Rapport de Condorcet / Document Gallica-BNF
Art. 42. Comme c'est une charge pour toutes les paroisses qui n'ont point de biens de communauté, où il n'y a même aucun pro­priétaire, telles qu'Amanvillé (sic), nous désirerions tous avoir une somme, telle qu'au moins 100 écus, de la caisse économique des biens ecclé­siastiques pour la rétribution d'un maître d'école qui, par ce moyen, serait dans le cas de pouvoir tenir son école gratis, d'autant plus que les paroissiens sont très pauvres.
Bien public. 1° Notre communauté partage avec les autres la douleur de voir que les dîmes prises sur leurs biens sont consom­mées hors du lieu et de la province par les prêtres qui ne desservent pas les paroisses. Elle demande de rentrer dans la possession des dîmes quelconques afin d'en adjuger le tiers au prêtre desservant, le second tiers à l'éducation chrétienne des enfants et au soulagement des infirmes de la paroisse, et le dernier tiers à la reconstruction de la totalité de l'église, du presbytère, maison d'école, et entretien de ces objets et de ceux nécessaires au culte divin.
Art. 15°. Dîmes. - Nous payons avec bien du plaisir les dîmes de nos biens, que nos ancêtres avaient destinées avec tous leurs autres biens dont ils se sont dépouillés, pour l'honnête subsistance de nos pasteurs respectables et nécessaires et pour le soulagement des pauvres et pour l'entretien et décoration des églises, etc. Il conviendrait donc que ces mêmes biens soient rendus pour l'objet auquel ils étaient destinés; il faudrait aussi qu'une partie de ces mêmes biens puissent servir à pensionner les maîtres d'école, qui sont nécessaires pour donner de l'éducation aux enfants des campagnes et aider nos zélés pasteurs, qui sont les témoins et consolateurs de notre misère, dans les emplois dont ils sont chargés: ce qui donnerait de l'émulation et ferait que l'on trouverait des sujets qui mériteraient ces places. Et pour ce il faudrait reprendre à des décimateurs ingrats qui, n'étant que les dépo­sitaires de ces mêmes biens, les emploient contrairement à ce pour quoi ils étaient destinés: cela pourrait servir à supprimer le casuel qui fait tant de peine à nos pauvres habitants des campagnes.
8°. Le renvoi aux dîmes de tout ce dont on est chargé pour le service divin, même pour les gages des maître d'école et sage-femme.
18e. Remettre les abbés commendataires dans l'ordre régulier, et que les deux tiers de leurs revenus soient versés dans une caisse pour subvenir et pour mettre des vicaires et des maîtres d'école dans tous les villages des campagnes qui sont éloignés de leur paroisse ; que, faute d'éducation, il y a certainement bien des perles et diamants perdus á Sa Majesté pour jamais.
6°. Que l'on décharge les communautés de bâtir les églises parois­siales, et que les chantres et régents d'école soient payés dans toutes les paroisses, comme ils le sont en partie dans plusieurs, sur les dîmes et suivant la déclaration de 1724, du 14 mai, article 5, mais à la décharge des communautés et eu égard à la cherté actuelle des grains.
5°. Que les décimateurs soient chargés de la construction des églises paroissiales ou qu'au moins ils soient obligés de payer les chantres et régents d'école, suivant le règlement de la déclaration du roi du 14 mai 1724, article 5 ; mais à la décharge de la communauté. La cherté des denrées qui, à mesure qu'elle bonifie les bénéfices en dîmes, augmente l'impossibilité de [faire] subsister les maîtres d'école, qui sont obligés de cultiver les jeunes plantes de l'Église et de l'état civil et militaire, nous engage à demander et nous fait espérer une chose aussi utile à tous les habitants de la campagne qu'elle est juste.
4°. Que les charges respectives et locales des décimateurs, curés, paroissiens et habitants, soient fixées dans chaque communauté, et cela relativement aux réparations des églises, pavés, cimetières, sacristies, clochers, presbytères, maisons d'école, pensions des vicaires, gages des maîtres et maîtresses d'école, fourniture des ornements des quatre couleurs et noirs, linges d'autel, vases sacrés, calices, ciboires, osten­soirs, boîtes d'onctions, fourniture des registres, voyages aux synodes, luminaires, pain bénit, cloches, horloges, fourniture des bêtes mâles, nature des fruits décimables, quotité de la dîme, salaires des pauliers ; et que l'état des dites charges et droits, rédigé parties appelées, soit déposé au greffe des lieux et à celui de la juridiction royale pour y avoir recours.
1°. Les habitants se plaignent de ce que l'un de leurs curés ayant charitablement fondé en 1712 une école gratuite dans leur paroisse, qui dans le principe était une source réelle de bien-être et de soulagement pour eux par la facilité qu'ils avaient de faire instruire leurs enfants, sans qu'il leur en coûtât rien, ils ne jouissent néanmoins plus qu'en partie de ce bénéfice pour raison de remboursements qui ont été faits et qui, par la volonté du souverain ne pouvant plus être replacés que sur des gens de mainmorte, chôment déjà depuis nombre d'années faute de pouvoir trouver à replacer une somme si modique sur les dites gens de mainmorte. Ce non-replacement nécessite donc forcément les habitants à payer annuellement et de leurs propres deniers au régent d'école la rente d'un argent oisif entre les mains des échevins: source de murmures qui ne manque point d'être très féconde tous les ans. Le roi est instamment prié de la faire tarir en laissant dorénavant la liberté de replacer sur quiconque ce puisse être moyennant caution et arrière-caution, les remboursements de fondations de charité ; le bien public, la justice et la religion paraissent se réunir ici pour l'y inviter, et parce qu'il est le roi très chrétien, les habitants ont cette confiance qu'il ne pourra se refuser à être favorable à leur juste demande.
8°. Il serait à souhaiter que tous les frais pour les églises en ce qui concerne le clocher, les cloches, le chœur, la nef, ainsi que les ornements quelconques, soient à la charge de Messieurs qui sont obligés de tirer la dîme, ou que cette dîme soit et appartienne à MM. les curés pour leur entretien et pour les besoins de la com­munauté ainsi que du maître d'école et des pauvres de la paroisse.
Ie plainte : Des dîmes. - Les habitants de Jussy payent volontiers les dîmes selon l'usage ; mais ils voient avec douleur qu'elles sont enlevées du village et ravies à leur destination primordiale. Ils demandent donc qu'on restitue les dîmes aux paroisses et qu'elles soient employées à l'honnête entretien de leur curé, de celui d'un maître d'école qui enseignera gratuitement les garçons, et d'une maîtresse pour les filles aux réparations de l'église et du presbytère, au soulagement des pauvres, et le reste à. la décharge des impositions du village.
L'office de nos chantres qui, dans les paroisses des campagnes, sont en même temps maîtres d'école, était autrefois rempli par des clercs qui vivaient des offrandes ou des revenus de l'Église, de même que les ordres supérieurs de la hiérarchie. Nos chantres ou maîtres d'école leur ont été substitués; ils ont d'abord vécu des biens de l'Église, étant comme autant de représentants-clercs. Nous en avons la preuve dans le droit que conservent encore quantité de paroisses d'attribuer telle part de la dîme à leurs représentants-clercs. Les déci­mateurs qui sont pour la plupart des corps toujours existants, animés du même esprit, qui soutiennent de siècle en siècle leur attention à suivre le système de leurs intérêts et de la vigilance à leur conser­vation, ont profité de l'inattention ou de la facilité du peuple pour lui persuader de prendre à sa charge ses représentants-clercs, il ne man­quait pas de prétextes: ce n'était plus que des laïcs qui ne devaient point vivre des biens de l'Église. Ce raisonnement était spécieux ou on croyait beaucoup faire pour Dieu que de céder tout à l'Église. Il faut réclamer la restitution en entier de la dîme au pied du trÔne et, de ce point central de l'ordre public, faire renvoyer la dîme à sa vraie et essentielle destination: le sage qui y siège nous y ouvre l'accès.
Art. 11. Cet article est de la plus grande conséquence pour nous ce sont les dîmes que le chapitre de la cathédrale lève sur toutes les communautés de la paroisse, et [ces décimateurs] ne sont obligés à aucun entretien de notre église ; tout est au compte des paroissiens. Ne serait-il pas mieux que ces dîmes soient destinées à entretenir notre église, à payer le luminaire, à un établissement pour l'instruction de la jeunesse, et à soulager les pauvres qui sont en grand nombre ?
14°. Et avant [de] signer, les habitants ont représenté qu'il fallait aussi remontrer qu'ayant des charges à acquitter sur les biens de communauté, comme prés et eaux mortes, lesquelles dites charges sont l'entretien de deux pressoirs, un trottoir avec sa digue sur la rivière de Seille de la capacité de plus de 130 toises, le clocher, l'horloge de la paroisse, le vingtième de communauté, le gage du maître d'école, et le luminaire dont il est question à l'article 8, charges auxquelles les revenus peuvent à peine suffire; et que, nonobstant cela, les seigneurs prétendent encore en vertu d'un certain édit qu'en cas de vente le tiers du prix de l' adjudication leur appartient: ce qui fait que les dettes de communauté ne peuvent s'acquitter et s'augmentent de jour en jour, en sorte qu'ayant du bien, c'est comme s'ils n'en avaient point, et que le pauvre ne reçoit aucun avantage des biens communs. En conséquence, supplions Sa Majesté sur cet article ou de supprimer ce droit des seigneurs ou au moins, leur droit subsistant, de les charger du tiers des dettes.
De la dîme. - La dîme tire son origine de la loi judaïque, par laquelle il était dit que les prêtres et les lévites, qui servaient les prêtres dans toutes leurs fonctions, vivraient du revenu de la dîme. Les marguilliers, qui sont en même temps maîtres d'école dans les paroisses de campagne, faisant les mêmes fonctions et rendant les mêmes services à l'église que ces lévites, sont néanmoins toujours au compte des pauvres paroissiens qui ont mille peines de les payer. Il semble que, si l'on chargeait la dîme de l'entretien des patrons, curés, marguilliers, chœurs et nefs des églises, le fardeau paraîtrait peut­-être insupportable, mais l'on peut raisonnablement espérer de deux choses l'une, ou qu'il sera fait un fixe aux marguilliers de 120 livres sur la dîme, ou que les églises seront totalement au compte des patrons, le tout à la décharge des paroissiens.
20°. Que les maîtres d'école des campagnes seront pavés par les décimateurs, l'instruction étant une charge des biens de l'Église, les pauvres gens n'ayant pas le moyen de faire instruire les enfants.
La banalité du moulin auquel les habitants sont assujettis est aussi une charge pour les habitants. La communauté de Mars-la-Tour est encore chargée des réparations et, le cas échéant, de la recon­struction de la nef de l'église paroissiale et de la maison de cure ainsi que des gages du maître d'école. Le chapitre de Saint-Thiébault qui possède la moitié des dîmes de Mars-la-Tour, le chapitre de Gorze qui en a un huitième dans la portion du seigneur, se regardent, autorisés par un arrêt du conseil obtenu il y a quelques années, exempts de ces charges, qui devraient être si naturellement et avec tant de justice aux décimateurs, les dîmes étant faites pour les supporter
Art. 13. Qu'il sera arrêté ou au moins demandé qu'il soit pro­cédé, à la réquisition des parties intéressées ou de la partie publique, par les voies de droit, à la désunion de toutes les cures des paroisses situées dans le royaume, unies, dans quelque temps que ce soit, aux corps, chapitres, abbayes et monastères des deux sexes, aux prieurés et autres bénéfices quelconques non-cures ; qu'en conséquence toutes les paroisses seront autorisées à rentrer dans leur patrimoine primitif, notamment dans la perception de toutes les dîmes et autres revenus affectés à la célébration de l'office divin, à l'administration des sacre­ments et autres secours spirituels, à condition que le tout demeurera chargé de la construction, reconstruction et entretien des églises parois­siales, annexes et succursales, en leur entier et leurs dépendances, des presbytères, logements des vicaires et des maîtres d'école et chantres de paroisse, de la rétribution des dits maîtres d'école et chantres, ainsi que de la fourniture de tout ce qui est nécessaire au culte et au ser­vice divin et autres charges de la dîme, au moyen de quoi il n'existera plus de curés primitifs ni de vicaires perpétuels, les ordonnances sur ce point, ainsi que sur celui qui a chargé les paroissiens de ce qui, dans l'état primitif, devait être supporté par les dîmes et revenus des cures, seront révoquées, notamment la loi de 1772 qui met à la charge des paroissiens la reconstruction des nefs des églises contrairement. aux anciens usages du pays. Et au cas que la réunion des dîmes aux cures n'équivaudrait pas, toutes charges déduites, à une portion congrue de deux mille quatre cents livres pour les curés de ville, de quinze cents livres pour les curés de campagne, de huit cents livres pour les vicaires résidant dans les annexes, de six cents livres pour les autres vicaires, il y sera suppléé par des pensions sur des abbayes et autres bénéfices simples.
Art. 8 Que notre village n'a aucun revenu de communauté, en façon que ce puisse être, [autre] que chacun une chétive portion de pâquis qui n'est que d'un quart et demi de terrain répandu dans toutes les parties du ban, de façon que le produit du revenu annuel n'est pas pour éteindre seulement les gages du maître d'école, l'église de cette paroisse n'ayant aucun revenu : de là il faut tout tirer sur les pauvres misérables, qui sont les plus pauvres des environs et qui sont et se croient dignes de l'attention pour mériter du soulagement dans les répartitions des impositions royales.
Outre les impositions royales ci-devant détaillées, à combien d'autres charges de communauté celle de Nouilly ne se trouve-t-elle pas encore attenue par des rôles journaliers à rendre exécutoires tant pour l'achat des vases sacrés que pour l'entretien de l'église, pour la cire et autres choses, et pour le payement du chantre-maître d'école, l'entretien de leurs fontaines, des ponts, de la maison du pâtre, etc. ! L'on ne voit que très journellement des rôles pendant toutes les années. Enfin le village est écrasé par tant de payements.
Que nous soyons aussi déchargés du Payement du maître d'école.
Art. 15. Supprimer les maisons religieuses inutiles à l'Eglise, employer leurs revenus pour fournir à la subsistance de ceux qui n'ont pas le nécessaire dans une portion congrue ; augmenter les vicaires, supprimer le casuel que les pasteurs n'osent demander et que les peuples ne peuvent pas payer : obliger les décimateurs à l'entretien des églises et des presbytères, les obliger aussi à donner des pensions aux maîtres d'école.
Saint-Baudier
La communauté de Saint-Baudier n'ont aucuns biens communaux, sont obligés de payer toutes les charges de communauté, comme les gages du maître d'école, la cire et entretien de l'église et du cimetière, les loyers de la maison curiale, entretenir les chemins, sans pouvoir retirer aucune indemnité.
8. Une plainte essentielle que nous [avons] à faire, est que, les dîmes dans leur origine ayant été données et payées par les fidèles pour l'entretien des églises et des ministres des autels et de tous ceux qui servent dans les mêmes églises, nous avons tout lieu d'être étonnés et surpris que la plupart des décimateurs refusent d'y contribuer, de sorte que dans les paroisses auxquelles les fabriques sont peu ou point rentées, ce qui n'est pas rare dans notre province, l'entretien des églises, du luminaire, la plupart des vaisseaux sacrés, comme les soleils, ciboires, ainsi que la solde du chantre et régent d'école, sont et restent à la charge des communautés: ce qui est, comme il est facile [de voir] à quiconque voudra un peu l'examiner avec réflexion, prudence, conscience, très onéreux aux pauvres peuples.
14°. Que le régent d'école soit rétribué par les décimateurs.
Les seigneurs et les curés, les couvents fort riches et les ecclé­siastiques jouissent de tout ce qu'il y a de plus beaux biens. Nous croyons qu'il serait bien juste qu'ils payent [à] proportion de leurs biens et revenus.
La communauté est aussi chargée de payer la location de la maison qu'occupe M. le vicaire, quoi[qu'] étant encore attenue à payer le tiers de la maison curiale. Charges de communauté: le luminaire et les gages du maître d'école.
Le bien public. - 1. Notre communauté désirerait que les dîmes soient, comme du temps des premiers chrétiens, un tiers pour le des­servant, un tiers pour instruire les enfants et le soulagement des pauvres et vieillards sans ressources, notamment en notre commu­nauté, et le dernier tiers pour l'entretien et reconstruction tant de l'église que des maisons du prêtre et des écoles, que des ornements pour l'église ; puisque anciennement cela était ainsi, pourquoi avoir changé un si grand bien ?
HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT À MOULINS-LÈS-METZ
Essai de Gabriel POIRÉ
Au Moyen-âge, l'État reste étranger à l'enseignement. On ne possède aucun document se rapportant aux écoles de Moulins-lès-Metz.
D'une façon générale, il est connu que les petites écoles étaient dirigées par le clergé paroissial, et encore, beaucoup de prêtres dans les campagnes étaient-ils incapables, vu leur ignorance d'instruire les enfants.
Pour les XVIe et XVIIe siècles, les renseignements relatifs à l'enseignement primaire sont encore peu abondants. Les registres paroissiaux permettent d'établir une liste incomplète des "Maîtres d'école", mais au XVIIIe siècle les renseignements deviennent plus nombreux.
La commune de Moulins-lès-Metz ne possédait pas de maison d'école. Le maître d'école louait, à ses frais, un local pour servir de salle de classe ; parfois il en fournissait un dans sa maison propre. La salle était presque toujours petite, mal éclairée, mal chauffée pendant l'hiver. Le matériel scolaire était des plus sommaires.
Les instituteurs appelés "Maîtres d'école" ou aussi "Régents" étaient au XVIIIe siècle, en très grande majorité des laïques. Comme il n'existait pas d'École Normale, les maîtres se formaient comme ils pouvaient.
Pour avoir le droit d'enseigner, ils subissaient un examen. Le ou les candidats donnaient des spécimens de leur écriture et de leur talent de chantre. Quand plusieurs candidats se présentaient, les postulants subissaient un examen qui prenait la forme d'un concours. La nomination appartenait en général à l'assemblée de communauté ; le curé était toujours appelé à donner son avis, souvent lui seul intervenait dans la désignation du maître.
Une fois agréé, le candidat passait avec la communauté de paroisse ou avec le corps municipal un traité qui fixait ses droits et ses devoirs (nous avons relevé plusieurs de ces contrats dans les archives municipales). Il était d'une durée variable : trois, six, neuf ans. À l'expiration du traité, la paroisse pouvait remercier le maître, de même que celui-ci avait le droit de s'en aller.
Non content d'instruire les petits garçons de la paroisse, le maître remplissait les fonctions de chantre, de sacristain et de sonneur de cloches.
La condition du maître laissait beaucoup à désirer sous tous les rapports. Nous venons de le voir, l'instituteur louait, à ses frais, la maison d'école qui lui servait en même temps d'habitation.
À Moulins-lès-Metz, il recevait un traitement fixe de la commune. Parfois il touchait l'écolage, c'est à dire les frais de scolarité payés par les parents des élèves. L'écolage variait non seulement d'une localité à une autre, mais n'était pas la même pour tous les enfants, rangés en trois catégories (voir les différents contrats ci-après).
Ces ressources, de même que celles rapportées par le casuel – bénéfice d’une cure pour les baptêmes, mariages, enterrements - ne suffisaient pas à assurer l'existence du maître d'école, surtout s'il avait une famille ; force lui était d'exercer un autre métier, par exemple tailleur, cordonnier...
Au XVIIIe siècle, on enseignait les matières suivantes : lecture, écriture, orthographe, catéchisme, prières et quelquefois le plain-chant.
Les enfants formaient trois catégories :
Ø Ceux qui commençaient (les commençants)
Ø Ceux qui lisaient et écrivaient
Ø Ceux qui comptaient
De toutes les facultés intellectuelles, la mémoire était la seule que cet enseignement développait.
L'obligation de l'instruction n'existait pas. Un trop grand nombre de parents n'en comprenait pas l'utilité. Ils négligeaient d'envoyer leurs enfants à l'école, d'autres se contentaient de les laisser y aller pendant l'hiver – de la Toussaint à Pâques - pour les reprendre à la belle saison, afin de les employer aux travaux des champs.
Le maître d'école maintenait la discipline parmi les enfants au moyen de la férule et des verges. Tout le monde admettait alors les châtiments corporels pourvu que le maître n'en abusât point.
II n'est pas facile de déterminer avec exactitude les résultats de l'enseignement primaire dans notre région. Les registres paroissiaux ne fournissent pas un élément d'appréciation absolument sûr. Un certain nombre de parrains, marraines, époux, témoins ne signant que d'une croix (+ marque de l'époux) étaient donc des illettrés ; il semble que le pourcentage ait été plus fort chez les femmes que chez les hommes.
Voici d'après les registres paroissiaux une liste certainement incomplète des maîtres d'école jusqu'à la Révolution, la date précise de l'année de la rédaction de l'acte ayant fourni le nom du maître.
I668 LABIER Jean
1672 HORQUEL Antoine
1673 DROUOT Cuny
1677 BAILLET Jacques
1679-1682 GASPARD Jean
1704 CORDEVAM J.
1712 CHARDIN
1712 HASARD Nicolas
1713 CHARDON Louis
1719-1720 HANRY Nicolas
1727 FERY Pierre (20 novembre 1738)
1729 V1GNON François (1740)
1761 -1763 BOTTE Nicolas
1772 BOUCHY Dominique [1][1]
Le 13 décembre 1772, la communauté de Moulins-lès-Metz était en proie à des difficultés financières ; elle devait payer 30 livres pour le taureau communal à Pierre MITARD, 111 livres et 10 sols au Sieur LA COURRE pour la cire qu'il a fournie à l'église et 60 livres à Dominique BOUCHY pour son gage de régent d'école qui doit échoir à Noël prochain. Ne possédant pas les fonds nécessaires, elle demanda l'autorisation d'engager une chenevière[2][2], située prés du pont, contenant environ un jour et demi[3][3] et le pré de la ville - actuellement au-delà de la Moselle, le long du canal - d'environ un jour et demi et ce pour trois années, le loyer payable comptant et trois années à l'avance.
Ceci montre l'intérêt que nos ancêtres portaient à l'instruction de leurs enfants puisqu'ils n'hésitèrent pas à engager pour trois ans à l'avance le loyer de terrains communaux, mais la communauté devait vraiment manquer de ressources.
Voici le contrat signé le 28 juillet 1790 entre la commune et Dominique BOUCHY. On peut y lire les droits et les devoirs du maître d'école et de son employeur.
Registre des délibérations du Conseil Municipal 1790 – Foliot (sic) 44
[1]Dans son ouvrage sur Chazelles p. 45, Mademoiselle MICHEL, cite qu'un Dominique BOUCHY y fut "régent d'école de 1770 à 1778, au salaire de 70 livres paran.
[2] Chenevière : champ de chanvre
[3] Jour : mesure de terrain équivalent à ce qu’un homme pouvait travailler en une journée. Cette mesure diffère suivant la topographie et la nature du sol.
« Contrat entre la Commune et Dominique BOUCHY, maître d'école.
L'an mil sept cent quatre vingt-dix le vingt-huit juillet, Nous, Maire et Officiers municipaux de Moulins-lès-Metz, assemblés ce dit jour pour délibérer de leurs affaires et notamment à l'effet de faire un traité de continuité d'exercice et fonction de Chantre, Marguillier et Maître d’École, au sieur Dominique BOUCHY ci présent pour trois années consécutives, qui commenceront à Noël prochain pour finir à pareil jour, les dites trois années finies et révolues, suivant les clauses et conditions, insérées dans les traités qui lui ont été ci-devant passées par la Communauté. Lequel s'oblige par ces présents de continuer les dites fonctions avec la fidélité que nous fui avons reconnue s'être acquitté jusqu'à ce jour. Lesquelles clauses et conditions sont :
1°) de tenir l’école tous les jours de l’année, excepté les jours de fêtes et dimanches, les veilles de fête, et les jeudis l'après-midi aussi pendant toute l'année.
2 °) tenir l’église le plus propre possible et avec décence, d'y répondre toutes les messes et autres offices qui si (sic) célébreront en chantant.
3°) sonner l'angélus trois fois le jour ainsi qu'il est d'usage.
4°) Blanchir les linges qui servent à la dite église.
Pour rétribution de quoi, Nous, Susdit Maire et Officiers nous obligeons à lui payer en deux termes égaux et ordinaires, savoir moitié à la St Jean-Baptiste et l'autre moitié à Noël de chacune année la somme de cent cinquante livres Sans y comprendre la rétribution de chacun des enfants qu'il instruira, Divisés en quatre classes : la première qui sont les enfants commençant l'a, b, c, à raison de trente sols ; ceux hors de ce petit livre, à quarante ; ceux qui écrivent, à trois livres, et ceux qui seront susceptibles des règles d'arithmétique, quatre livres. Lesquelles rétributions se payeront au Sieur Bouchy avant jour de Noël de chacune année. Le tout délibéré en la dite assemblée le dit jour 28 juillet 1790. Entendu que lesdites rétributions d'écolage se payeront par les pères et mères ou autres chargés de l’Éducation des dits enfants et en cas où les Officiers municipaux reconnaîtront de la part dudit Bouchy quelques forfaitures le présent bail sera sensé résilié.
Barthélémy INGUEL, Maire
Liste des instituteurs après laRévolution :
An 1 - An 9 Poste vacant
1806 - 1818 MASSON
1815 – 1831 COLSON
1831 – 1837 COLLIGNON
1837 – 1845 FRANÇOIS Jean-Baptiste
1845 – 1875 BAZIN
1875 – 1892 CÉZARD Étienne
1892 – 1911 RICHARD Eugène
1911 – 1918 SCHAEFFER Pierre
1918 – 1934 THUILLIER Adrien
1934 – 1953 POIRÉ Gabriel
1945 -1946 DIDELOT Georges
1946 - ALLARY Eugène
Registre 3 - Foliot 39 - 20 Pluviôse, an IX (9 février 1801)
« Le Maire a représenté qu'il demandait un local suffisant pour tenir les assemblées qui jusqu'alors ont été tenues dans son domicile.
Le Maire a aussi représenté que la Commune se trouvait depuis près de huit ans sans maître d'école, que la jeunesse ne sait rien et croupit dans l'ignorance.
Le Conseil Municipal ayant considéré qu'il était essentiel d'avoir un lieu d'assemblée fixe n'en a point trouvé de plus convenable que le ci-devant temple et qu'il sera en conséquence destiné à ce sujet toutes et quant fois qu'il en sera nécessaire autorisant autant que besoin le Mire à faire les réparations et dispositions nécessaires à ce local..
Enfin, le Conseil Municipal voulant concourir aux vues sages du Gouvernement invite le Maire à prendre dans le plus bref délai tous les moyens possibles pour louer un Maître d'école à la Commune qui servira :
Premièrement de Secrétaire de Mairie et pour l'entretien de la propreté dans la Maison Commune et sonner journellement la retraite, que pour remplir les fonctions ci-dessus, le Conseil estime qu'il y a lieu d'accorder la somme de deux cents francs par année ; celui qui sera nommé pour remplir les fonctions susdites sera tenu de tenir une école dans la Commune. Les enfants qui n'apprendront qu'à lire lui payeront quarante sols par année et ceux qui apprendront à écrire et l'arithmétique donneront quatre francs aussi par année ».
Registre 3 - Foliot 48 - 27 Pluviôse, an X (16 février 1802)
« Le Maire déclare : Qu’il a été aussi déposé sur le Bureau une réclamation du Citoyen POINSATTE Maître d’Ecole de la commune tendant à obtenir une augmentation tant surle fixe qui lui a été accordé l'année dernière que le traitement des parents dont les enfants fréquentent l’École. Le Conseil ayant pris en considération sa réclamation vu la cherté des denrées de première nécessité a proposé de lui accorder cent cinquante livres pour l'an X que pour enseigner les Enfants ceux qu'écrivent, les parents donneront quatre livres douze sols par année et les autres quarante-huit sols en observant que relativement aux deux derniers objets ils ne pourront avoir lieu qu'à compter du 1er Germinal (22 mars 1802) prochain et que le fixe dont est proposé ci-dessus il lui sera payé par le Maire des deniers de la Commune à elle revenant, le tout sous ['approbation du Préfet de Département. »
Registre 3 - Foliot 64 - 30 Pluviôse, an XII (20 février 1804)
« Le Logement du Maître d’Ecole a été réglé à la somme de cent livres, plus cinquante livres pour sonner la retraite. »
Registre 3 - Foliot 79 - 11 février 1806 (nous avons respecté l’orthographe)
« Il a été aussi observé par l'un des membres du Conseil que le Maître d’Ecole actuel n'avoit pas les connaissances suffisantes que le genre d'instruction répandue parmi les habitants de Moulins-lès-Metz demande un maître plus éclairé et a demandé qu'il soit pourvu, à son remplacement.
Le Conseil considérant que sa première attention doit être de donner à la Jeunesse de sa Commune un Maître d’École qui puissent leur enseigner les principes dont une partie ont été privée pendant le cours de la Révolution, que cette négligence soutenue plus longtemps propagèrent l'ignorance et l'immoralité dont les effets peuvent essentiellement nuire à la postérité, que d'après la loi du 11 floréal an X (22 avril 1802), c'est au Conseil Municipal à nommer un Maître d’École, fixer son traitement et une rétribution pour les parens. En conséquence le Maire est invité à prévenir l'ancien Maître d’École de sa sortie et de présenter au Conseil des sujets qui puissent convenir ; qu'à cet effet il sera accordé au Maître d’Ecole entrant la somme de cent cinquante francs
Ø pour son loyer de maison
Ø pour sonner la retraite cinquante francs
Ø pour blanchissage du linge et balayage de l'église cinquante francs
qu'il sera en outre payé par les parents de chaque enfant pour leur enseigner
1 °) Les premiers éléments de la lecture trois francs, par année.
2°) pour enseigner à lire et les commencements d'écriture, quatre francs.
3°) pour enseigner l'écriture, l'orthographe, l'arithmétique et à lire, six francs aussi par année,
que le Maître d’École sera de même tenu comme il est d'usage de chanter les messes et vêpres quand il en sera requis par le pasteur auquel il sera subordonné. »
Registre 3 - Foliot 121 - 13 mai 1812.
« Le Maire a. représenté au Conseil qu'il conviendrait que la Commune fasse l'acquisition d'une maison propre à loger l'instituteur qui n'en ayant point elle est obligée de payer chaque année un loyer pour ce logement ; qu'il arrive souvent qu'étant obligé de changer, il n'en trouve pas toujours de convenable et qu'ayant une maison appartenant à la Commune elle seroit plus apportée de la rendre propre à loger un Instituteur : Que dans ce moment il pourrait s'en trouver à vendre, qui seroient propres à ce Logement, qu'en prenant des arrangements avec les vendeurs, la Commune pourroit faire face à cette acquisition par l'amélioration de ses revenus, qui chaque année deviennent plus forts, Le Saulcy étant mis en coupe réglée, ce qui n'avoit pas été fait jusqu'alors, fournit une grande ressource.
Le Conseil délibérant sur la proposition de Monsieur le Maire, est d'avis que lorsqu'il se trouvera à vendre une maison en État de faire un Logement à l'Instituteur, Monsieur le Maire se présente par devant Monsieur le Préfet, afin d'obtenir l'autorisation nécessaire pour faire cette acquisition ; la Commune le pouvant, vu l'amélioration de ses revenus, et en économisant sur ses autres dépenses sans avoir recours à aucun rôle qui grèveroient les habitants. »
Après la Révolution, si la commune avait pu embaucher un maître d'école, (cf délibération du 13.05.1816) le besoin d'un bâtiment pour abriter l'école et la mairie s'étant fait sentir, la commune avait acquis en 1820 au prix de 7.000 francs l'immeuble GOURMAUX., actuellement 16 rue de Verdun, pour servir de presbytère mais qui devint en réalité l'école. On s'intéressait à l'enseignement et même aux méthodes.
Lors de la séance du Conseil Municipal en date du 5 mai 1820, le maire expose qu'il existe trois modes d'enseignement :
Ø le mode individuel
Ø le mode simultané
Ø le mode mutuel
Le Conseil se prononce pour le mode simultané et décide d'envoyer l'instituteur à Metz à l'École des Frères de la Doctrine Chrétienne pour y apprendre la méthode de cet enseignement. Il n'y avait pas encore d'École Normale ; elle sera ouverte en Moselle en 1822 à Helfétang.
En outre, le Conseil Municipal, pour la première fois décide de séparer les sexes, d'établir deux salles de classes.
Registre 3 - Foliot 142 ~ 1er mai 1818
« Contrat du Maître d’École
Nous soussignés, Maire et Membre, du Conseil Municipal de la Commune de Moulins-lès-Metz, Arrondissement de Metz
Considérant que la place d'instituteur et Chantre de cette Commune se trouve vacante, ce dit jour, par l’effet de la démission que nous a faite le sieur MASSON et qu'il est urgent de faire choix d'un Citoyen propre pour occuper cette place,
En conséquence d'après les bons témoignages qui nous ont été rendus des bonne Conduite, Capacité et Mœurs de la personne du sieur Étienne Colson, Instituteur et Chantre de la Commune de Saulny et d'après le Certificat de Capacité qui lui a été délivré par Monsieur le Recteur de l’Académie de Metz en date du 18 janvier 1817 et qu'il nous a exhibé, avons de l'agrément de Monsieur le Curé de cette paroisse traité avec ledit Sieur COLSON, pour occuper la dite place à commencer dès ce jour, aux clauses et condition suivante à savoir :
Article 1er Que le dit COLSON s'oblige de tenir l’École toute l’année d’’Enseigner avec tout le zèle et l'application possible aux Élèves qui lui seront confiés à lire, écrire, le Calcul et les principes de la religion catholique et suivant la Méthode de l’Enseignement qui lui sera désignée par les autorités supérieures.
Article 2ème De sonner exactement l’Angélus le matin, à Midi et le Soir, ainsi que la retraite aux heures qui seront désignées par Monsieur le Maire et tout et quant fois qu'il en sera requis pour le Service de la Commune.
Article 3 Qu'il assistera et répondra à tous les offices de la paroisse sous la direction de Monsieur le Curé et suivant les ordres qu'il en recevra.
Article 4 Qu'il aura le plus grand soin d'entretenir l’Église constamment propre et les linges de la dite église, d'une propreté décente.
Article 5 Que pour rétribuer de tout quoi, il lui sera payé
1°) pour lui tenir lieu de logement, cent cinquante francs
2°) Deux cent cinquante francs de traitement
3°) Cinquante francs pour sonner la retraite et pour l’Enseignement de douze Enfants de la classe indigente
Article 6 Lesquelles sommes lui seront payées par Monsieur le Percepteur de la Commune sur les Mandats de Monsieur le Maire et qu'il touchera annuellement sur les fonds de la dite Commune ; il jouira aussi de la portion de terre près du paquis de Vaux.
Qu'indépendamment de tout quoi, il lui sera payé par les parents des élèves qui fréquentent son École, savoir pour ceux qui apprendront les premiers éléments de la lecture, trois francs, pour ceux qui apprendront à lire et à écrire, quatre francs et six francs pour ceux qui apprendront à lire, écrire, l’orthographe et le Calcul ; et pour tenir lieu de bois de chauffage, soixante centimes par chaque élève, moitié au vingt-quatre juin et moitié au vingt-quatre décembre de chaque année. Sur quoi le dit Sieur COLSON, s'oblige d'enseigner gratuitement les élèves indigents qui lui seront désignés par Messieurs les Curé, Maire et Membres du Conseil Municipal.
Le présent traité ne vaudra que pour deux années et huit mois à dater de ce jour et finir au jour de Noël 25 décembre 1820 et ne recevra son plein et entier exécution qu'après avoir été approuvé par les autorités compétentes.
Ledit ..... et suit la signature.
Pétition de plusieurs habitants pour l'obtention d'une sœur institutrice. Conditions : fournir le logement ainsi qu'un ameublement modeste. Les dépenses envisagées pour la première année sont de l'ordre de 888 Francs, à savoir :
Ø Logement ............................................................ 100 Francs
Ø Ameublement ..................................................... 538 Francs
Ø Traitement .......................................................... 100 Francs
Ø Chauffage ................................................................ 50 Francs
Ø Indemnité à l'instituteur pour perte d'écolage… 100 Francs.
Pour les années suivantes, il y aura lieu de prévoir un crédit de 400 Francs. Le Conseil recule devant les dépenses.
Démission de COLSON : Insuffisance professionnelle, de plus, il battait les enfants et les insultait dans les termes les plus abjects.
Le maire est chargé de prendre des mesures pour l'organisation intérieure de l'école : bancs, tables, acquisition de livres, matériel.
Vote d'un crédit de 283 Francs pour bancs et mobilier de l'école, faits par Monsieur CUNY.
18 septembre 1834
Jusqu'ici, le local affecté par location à l'école et à la mairie, Château Fabert, n'étant plus disponible, on utilisera dorénavant la maison communale de la rue de Verdun.
Traitement de l'instituteur : 400 Francs
Rétribution scolaire :
Élèves de moins de 5 ans 3 Francs
de 5 à8 ans 4 Francs
de 8 ans et au-dessus 6 Francs, payable par trimestre.
Construction d'un clocheton pour l'horloge communale[1][1], legs de BAUZIN[2]
27 mars 1837
L'instituteur COLLIGNON, menacé de révocation pour son inconduite notoire, démissionne. Il est remplacé par FRANÇOIS Jean-Baptiste.
Besoin d'une nouvelle salle de classe ; demande d'un devis.
Rétribution scolaire mensuelle : 0 Franc 25 pour enfant de moins de 5 ans
0 Franc 35 pour enfant de 5 à 8 ans
0 Franc 50 pour enfant de plus de 8 ans.
Achat de poids et mesure pour l'école : 11 francs 90.
Rétribution scolaire mensuelle :
1 Franc 50 pour enfant de 8 ans et plus,
1 Franc pour enfant au-dessous de 8 ans et pour les enfants qui ne fréquentent pas régulièrement l'école.
On avait commandé un bureau pour l'École de Garçons, comprenant bureau, estrade, bancs avec dossier. (C'est le bureau actuel du Directeur de l'École de Garçons).
Le menuisier, Monsieur François CUNY, présenta sa facture, se montant à la somme de 163 Francs 45. Le Conseil Municipal trouvant le montant trop élevé, fit appel à un expert, Monsieur LEJEAILLE, architecte~voyer[3][3] qui ramena le tout à 127 Francs 40. Deux autres experts, Monsieur THOMAS François, maître menuisier, et MOUTON Nicolas, entrepreneur, rabaissèrent la facture à 70 Francs.
Monsieur CUNY répondit par une réclamation détaillée et ironique et en adressa une à Monsieur le Préfet, demandant en plus les frais de peinture, ce qui fit monter la facture à 174 Francs.
Nouvelle expertise par Messieurs SERIS Jean-Guillaume et ALZINGER Jean, tous deux menuisiers à Metz, qui concluent à la somme de 152Francs 45, plus 10 Francs pour frais de vacation et justifient leur décision "parce qu'il s'agit d'un travail de suggestion, pas de menuiserie ordinaire". Et vraiment ce meuble est remarquable, en chêne massif, galbé, les tiroirs eux-mêmes en chêne sans nœud et de 2 cm d'épaisseur.
II semble que dans toute l'affaire, CUNY ait fait preuve de beaucoup de bonne volonté, que le Conseil Municipal ait agit par esprit de chicane.
[1][1] L'horloge, qui sonnait les heures et les répétitions ainsi que les quarts et les demis, avait été confectionnée par Monsieur Jaquot à Metz
[2] Bauzin : Propriétaire de Préville
[3] Appellation de l’architecte vicinal.
Écolage : 25 centimes pour enfant de moins de 5 ans
35 centimes de 5 à 8 ans
50 centimes pour enfant de plus de 8 ans.
Rétribution scolaire évaluée à 300 Francs.
Payable pour 6 mois, même si l'élève n a fréquenté l'école que pendant un iaps de temps ou par intermittence.
Salle d'Asile :
Pour réduire les frais, la personne chargée d'asile s'occupera des enfants n'ayant pas encore l'âge scolaire, ainsi que des filles (hors les heures de classe) pour les travaux de leur sexe : couture, tricot…
La Commune n'ayant pas les ressources suffisantes fait appel aux habitants pour des contributions volontaires afin de payer les travaux à exécuter.
Traitement de la Directrice : 150 Francs
Traitement de la Directrice de l'asile : 200 Francs
Mobilier……………………………. 100 Francs
Projet d'une école séparée pour les Filles et Salle d'asile.
« 1°) Il sera établi dans la Commune une école séparée pour les Jeunes filles sous la direction d'une institutrice présentée par la Commission du Conseil et autorisée par le Comité local d'instruction primaire.
2°) Il sera annexé à cette école une salle d'asyle (sic) pour les jeunes enfants au-dessous de six ans, elle sera tenue par une personne convenable choisie et gagée par l'institutrice et agréée par le Comité.
3°) Il sera alloué un traitement fixe à l’instituteur et à l'institutrice pour fixer leur position et éviter toute difficulté d'intérêts particuliers sur le prélèvement des écolages qui seront perçus au profit de la Commune. Le traitement de l'instituteur chargé de l’Ecole de garçons, du secrétariat de la. Mairie et de la Conduite de l'horloge est fixé à neuf cents francs. Le traitement de l'institutrice chargée de l’Ecole de filles + de la surveillance de la Salle d'asyle est fixé à la somme de six cents francs tant pour elle que pour la personne à ses gages chargée de la tenue des petits enfants ; en plus la rétribution temporaire, soit environ cent francs.
4°) La salle pour les filles et pour la Salle d'asyle seront établies au moyen d'une séparation pratiquée au milieu de la salle d'école actuelle et d'une claire-voie pour la Salle d'asye. Coust : 100 francs.
En outre 80 francs pour le logement de, l'instituteur + Directrice de la Salle d'asyle pour 1843
Les travaux seront exécutés pour Ce 1er mars.
Traitement de l'instituteur 900 Francs
(Ecole, secrétariat de mairie, remontage de l'horloge)
La rétribution scolaire sera perçue au profit de la Commune.
Traitement de l'institutrice 600 Francs
(Plus la personne chargée des jeunes enfants)
La rétribution des parents est estimée à 100 Francs.
À l'occasion du vote du budget, le Conseil Municipal en raison des charges communales réduit le traitement de l'instituteur à 600 Francs (2/3 des voix pour la réduction). Le budget se monte à 7.701 Francs 63.
Dépenses : Acquisition d'un cimetière
Réparations de l'église qui tombe en ruine
Établissement d'une institutrice !!! pour séparer les sexes, mesure inutile dans une Commune où il y a si peu d'enfants, qu'il sera toujours facile à les surveiller !
Discussions et décision remise à un autre jour.
Voté le budget sans crédit pour l'institutrice en raison des dépenses indiquées et remise en état du Saulcy raviné par les eaux.
29 juin 1843
Le Préfet a porté d'office 400 francs pour l'institutrice au budget : Le Conseil Municipal charge le Maire de se pourvoir contre l'inscription d'office.
Seuls : Monsieur LEFORESTIER observe que l'objet de la réunion était le choix d'une institutrice et non de remettre en question l'établissement d'une École de Filles et repousse les conclusions.
Monsieur AMARD ne prend pas part au vote.
Monsieur CUNY dit "que le Préfet est juste" et "qu'en faisant tout le bien qui est en son pouvoir" n'a pu commettre d'erreur.
Le Comité local de l'Instruction Publique constate que l'instituteur FRANÇOIS n'accomplit pas ses devoirs religieux et que sa moralité laisse à désirer.
Le Comité local de l'instruction publique inflige un blâme à l'instituteur FRANÇOIS avec suspension de fonctions et privation de traitement pendant 15 jours.
Déroulement d'un concours pour recruter un instituteur dont ci-dessous le procès-verbal.
Le concours terminé, le Conseil Municipal est appelé à se prononcer. Ne tenant pas compte du classement, une majorité se prononça pour Monsieur GOBERT (coup de piston probablement). Mais Monsieur GOBERT renonça, déclarant ne s'être présenté que "pour titre de gloire".
Monsieur BAZIN resta instituteur jusqu'au 1er novembre 1875, puis se retira en France.
À sa demande, sa dépouille mortelle fut ramenée au cimetière de Moulins-lès-Metz. Il avait emporté le drapeau municipal portant l'aigle du Second Empire. Sa famille le restitua après la Grande Guerre. Il fut remis solennellement à la municipalité lors de la Fête de la Libération, en présence de Monsieur MIRMAN, premier Préfet français.
Ce drapeau reçut le coup de grâce lors de la Seconde Grande Guerre. Il fut caché pendant l'occupation nazie par Monsieur le Curé HARTMANN, dans l'église. Lors de son retour d'expulsion, il ne le retrouva pas.
Grâce à l'intervention de Monsieur POIRÉ, à l'occasion de la réfection intérieure de l'église, il fut découvert par Monsieur FISCHER, maître peintre, dissimulé dans l'autel de Saint Joseph. Il était enfermé dans une boîte en fer blanc, mais l’eau y avait pénétré lors de l'inondation de 1947 (60 cm d'eau dans l'église). La rouille l’avait attaqué et totalement détérioré.
Il reste à retrouver l'aigle en laiton qui doit se trouver quelque part dans une cachette à l'église.
Registre des délibérations du Comité d'Instruction Primaire de la Commune de Moulins-lès-Metz - Séance du 30 janvier 1845[1][1]
La Commission chargée de diriger Ce concours ouvert pour la place d'Instituteur à Moulins-lès-Metz, s'est réunie le 30 janvier 1845, dans le loca de l"École.
Monsieur le Maire de Moulins-lès-Metz
Monsieur l’abbé PIERRET, Curé
Messieurs GOMBERT
DOUÉ Membres du Comité Local
Messieurs THOMAS
NICOLAS Membres du Conseil Municipal
Monsieur LASAULCE Membre du Comité Supérieur de l'Arrondissement, délégué par Monsieur le Préfet pour assister à ce concours.
Monsieur le Maire fait connaître d'abord la liste des candidats qui sont au nombre de quatre :
1 °) Monsieur GOBERT Instituteur à Montigny-lès~Metz
2°) Monsieur ROBERT id. à Arnaville (Meurthe)
3°) Monsieur BAZIN id. à Corny
°) Monsieur BECKER id. à Thionville
À cette occasion, Monsieur le Délégué informe la Commission que d'après une décision du Comité Supérieur, Monsieur le Préfet de la Moselle a établi comme une condition indispensable d'admission au concours que les candidats soient des instituteurs appartenant au département ou des élèves-maîtres sortis de l’École normale de Metz.
Cette mesure est unanimement accueillie par la Commission qui, en conséquence déclare que le sieur ROBERT d'Arnaville est mis hors concours, comme, appartenant au département de la Meurthe.
Avant tout examen, la Commission adopte en principe que les épreuves du concours devront surtout tendre à faire juger du degré d'aptitude de chacun des candidats, leur capacité étant déjà établie par le brevet dont il est muni.
La première épreuve consistera dans la rédaction d'un sujet à traiter sur cette question : "Quels sont les devoirs de l'instituteur, sous le rapport de l'éducation morale des enfants qui lui sont confiés".
Ces dispositions étant arrêtées, Monsieur le Maire établit les candidats dans une salle voisine, pour qu'ils fassent seuls la composition qui leur a été donnée de faire.
Epreuve d'arithmétique :
Chacun des candidats est ensuite successivement appelé pour faire une leçon sur la théorie et la pratique de l'enseignement de la multiplication.
Le 1er Monsieur GOBERT est clair et méthodique.
Le 2ème Monsieur BAZIN est plus élémentaire, plus complet, plein de fermeté, mais moins correct dans son langage.
Le 3ème Monsieur BECKER possède, mais trop de précipitation.
D'où il est résulté le classement suivant :
1er BAZIN
2ème GOBERT
3ème BECKER
Epreuve de grammaire :
Un des membres du Comité Local pose ensuite la question suivante :
« Exposez la théorie des participes ».
Monsieur BECKER encore de la précipitation, pas assez de méthode.
Monsieur GOBERT de la méthode, assez explicite, quelques lacunes.
Monsieur BAZIN un peu moins méthodique, de bons détails élémentaires, de la clarté.
Classement de la Commission :
1er BAZIN et GOBERT ex aequo
Monsieur BECKER Ton pas toujours juste, lit couramment et facilement, assez animé quelques hésitations.
Monsieur GOBERT Très couramment, de l'intelligence, ton un peu forcé.
Monsieur BAZIN Très couramment, ton simple.
Au 1er rang BAZIN et GOBERT
Au 2ème BECKER
Les compositions écrites ont paru offrir les résultats suivants :
Monsieur BAZIN des idées raisonnables style assez bien.
Monsieur GOBERT un peu moins d'idées style passable,
Monsieur BECKER des idées style satisfaisant.
2ème BECKER
3ème GOBERT
Epreuve sur ['écriture
Fait à Moulins-lès-Metz, le 30 janvier 1845
Ont signé à la minute avec le délégué, Messieurs les Membres du Comité Local :
LASAULCE ; J. GOULIN ; C. PIERRET , Curé ; GOMBERT ; DOUE.
Après la séance du concours, le Comité résumant les différentes épreuves reconnaît que le résultat définitif est :
TOTAL DESPOINTS
M .BECKER
M.GOBERT
Fait en séance à Moulins-lès-Metz
Le 30 janvier 1845
GOMBERT ; DOUE ; C. PIERRET, Curé
L'école se tiendra dans la maison appartenant à la Commune et qui est actuellement affectée à cette destination.
18 févier 1847
Départ de Mademoiselle PISTRE, institutrice, renonce à ses fonctions en raison de son prochain mariage.
Pétition revêtue des 23 signatures de pères et mères de familles qui demandent la suppression de l'établissement d'une institutrice et de confier l'éducation des jeunes filles à l'instituteur :
Le Conseil Municipal se prononce alors pour une religieuse ; on charge le maire de se mettre en relation avec une institution religieuse pour obtenir des religieuses.
4 voix pour une institutrice laïque
2 voix pour une religieuse,
2 abstentions (LEFORESTIER, DOUÉ)
2 candidates sont présentées :
Mademoiselle SALIS sous-maîtresse à Thionville
Mademoiselle CAILLOT institutrice à Ancerville
Sur les 12 conseillers : 4 votants, 8 abstentionnistes.
3 voix pour Mademoiselle CAILLOT
1 voix pour une laïque.
Les opposants (DOUÉ, GOMBERT, LEFORESTIER, THOMAS, DOUCET, LÉONNARD et DELACOL'R) protestent que la décision du 22 mars n'ait pas été prise en considération et maintiennent leur demande pour une religieuse pour l'école et une seconde religieuse pour l'asyle qui serait en même temps chargée du soin des malades.
SOUS LOUIS NAPOLÉON
Traitement de l'instituteur : 745 Francs
En octobre, le Recteur de Nancy autorise Sœur Léopoldine (DIDELON Barbe Elisabeth) de la congrégation de la Doctrine Chrétienne à diriger une École privée de Filles à Moulins- lès-Metz.
Une pétition avait étéadressée au Préfet pour les motifs suivants :
1°) Les jeune filles ne s'attachent pas à la commune, elles se marient et partent.
2°) II y a deux religieuses pour tenir l'École de Filles et la salle d'asyle à peu de frais, mais ne pouvant congédier l'institutrice, une école privée fut autorisée.
Gratuité de l'enseignement, un vote entérine la suppression de l'écolage.
21 février 1850
Aménagement d'une nouvelle salle d'asile, Mademoiselle TOUTENUIT en est chargée.
Traitement : 250 Francs
Rétribution scolaire mensuelle : 50 centimes
Acceptation de Mademoiselle VIGNEURT Anne, pour surveillante de la Salle d'asile, en b remplacement de Madame Veuve AMARD, âgée de 80 ans.
Rétribution des parents : 50 centimes par mois, par enfant.
Le traitement de l'institutrice est réduit de 600 à 500 Francs.
Construction d'une salle d'asile pour les Filles et d'un logement pour l'institutrice.
Départ de Mademoiselle CAILLOT.
La Commune demande que l'école soit dirigée par une religieuse, et une pour l'asile.
Vote d'un crédit de 260 Francs pour l'achat du mobilier des sœurs : 1 lit de sangles, 1 armoire, 1 buffet-dressoir, 2 tables de nuit, 12 chaises, 1 fourneau, des ustensiles de cuisine.
Traitements : Instituteur 750 Francs
Sœur institutrice 400 Francs Total : 1450 Francs
Sœur directrice d'asile 300 Francs
Sur un budget approximatif de 8.000 francs annuels.
Augmentation de la rétribution scolaire :
8 Francs par élèves fréquentant l'école
6 Francs par élèves fréquentant l'asile,
ceci au profit de la Commune.
Agrandissement du logement des Sœurs.
Instituteur 750 Francs
2 Francs par mois ou 8 Francs d'abonnement mensuel.
Hiver 1865-1866
Cours d'adultes faits par Monsieur BAZIN :
+ 50 Francs pour l'éclairage et le chauffage.
+ 50 Francs pour la distribution des prix.
Instituteur 800 Francs
Sœur institutrice 500 Francs

References: Art. 42

Art. 15

Art. 11
 l'article 8

Art. 13

Art. 8

Art. 15