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Timestamp: 2020-04-08 08:42:14+00:00

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dictionnaire:cognoscere4detaille [Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin]
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A. « Prendre connaissance » (d’une information)
A.1. « Acquérir une nouvelle information, connaître, être informé de »
A.2. La perception intellectuelle s’opère sur qqch. dont on a eu une expérience préalable ; « reconnaître » qqch. déjà vu, connu (qui, éventuellement, peut avoir changé)
B. Perfectum : « savoir, apprendre à connaître » (litt. « avoir connu »)
C. Par métonymie, sens euphémistique : « avoir des relations sexuelles »
Lire les exemples
L’appartenance1) du verbe cognoscere au champ lexical de la « perception intellectuelle » (voir l’analyse du § 5.3) justifie qu’il soit habituellement combiné, comme terme résultatif, avec la mention explicite du contenu sensoriel :
Ter. Haut. 656-657 :
(…) sed postquam aspexi, ilico
Cognoui, ad te exilui.
« (…) mais l’ayant examiné je l’ai reconnu sur-le-champ, et j’ai bondi vers toi. » (traduction J. Marouzeau, 1956, CUF)
Ter. Haut. 682 : (…) cognita est, quantum audio huius uerba.
« elle a bien été reconnue, pour autant que je comprenne les propos de celui-ci. » (traduction J. Marouzeau, 1956, CUF)
B.-Alex. 6, 2 : (…) degustando quantum inter se diferrent aquae cognoscebant.
« (…) en goûtant les eaux ils vérifiaient combien elles différaient entre elles. » (traduction J. Andrieu, 1954, CUF)
Dans sa première acception, le verbe possède un caractère non-duratif et suppose l’acquisition d’une nouvelle donnée, inconnue de la personne désignée par le sujet grammatical. Cela explique la solidarité lexicale que ce verbe établit avec des sujets du type /animé/ et /humain/. Ainsi, sa signification fondamentale peut être définie comme « obtenir une information nouvelle (sur un fait, un lieu, etc.), grâce aux sens », c’est-à-dire « connaître par l’expérience »).
A.1.1. « se rendre compte » (spontanément)
Comme on peut en juger par l’exemple suivant (de même que dans Ter., Haut. 656-657 et 682 cités ci-dessus), la perception peut survenir d’une manière spontanée ; par conséquent, on ne peut pas dire que l’agent du procès ou, plutôt, la personne qui est le siège du procès et qui est désignée par le sujet grammatical du verbe cognoscere à l’actif, exerce un contrôle réel sur celui-ci :
Caes. G. 5, 5, 2 : Ibi cognoscit LX naues (…) tempestate reiectas cursum tenere non potuisse atque eodem unde erant profectae reuertisse.
« Là, il apprend que soixante navires (…) ont été rejetés par la tempête, et, incapables de tenir leur route, ont dû revenir à leur point de départ. » (traduction L.-A. Constans, 1959, CUF)
Avec ce sens, il est fréquent que l’objet de la connaissance soit une personne ou une qualité personnelle (avec une construction à deux accusatifs dans le dernier cas) :
Pl. Cis. 780 : Propera ire intro huc ad adfinem tuum;
Filiam tuam iam cognosces.Intus ibidem uxor tua est.
« Dépêche-toi d’entrer là, chez ton futur gendre ; tu reconnaîtras ta fille. Ta femme y est déjà. » (traduction A. Ernout, 1935, CUF)
Cic. de Or. 2, 25 : Laelium Decumum (…) quem cognouimus uirum bonum et non inlitteratum (…).
« Laelius Decimus (celui-ci nous est connu : honnête homme, il avait de l’instruction (…)). » (traduction E. Courbaud, 1950, CUF)
Le verbe peut s’appliquer aussi à des réalités moins accessibles aux sens :
Liv. 26, 6, 12 : sed eam celeriter cognitam fraudem oppressamque magna caede hostium.
« Mais cette supercherie fut rapidement découverte et rendue inopérante à la suite du grand massacre que l’on fit des ennemis. » (traduction P. Jal, 1991, CUF)
À côté du complément d’objet direct (trait /transitif/) à l’accusatif, on observe un complément en de + abl., obligatoire si le verbe ne sélectionne pas un objet direct :
Cic. Att. 15, 3, 2 : Cognoui de Alexione quae desiderabam.
« Je sais maintenant ce que je voulais savoir sur Alexio. » (traduction J. Beaujeu, 1988, CUF)
Caes. G. 7, 1, 1 : Ibi cognoscit de P. Clodii caede .
« Là, il apprend le meurtre de P. Clodius. » (traduction L.-A. Constans, 1959, CUF)
A.1.2. Comme résultat d’une action volontaire préalable, d’une enquête, d’une recherche : « se renseigner, s’informer »
Cependant, l’acquisition de l’information peut être le résultat d’une action volontaire antérieure – ce qui fait de cognosco un synonyme de la lexie certior fio (cf. B. Segura et C. Arias, 1986, 155-156) –, qu’il s’agisse d’un effort, d’une enquête ou d’une recherche, comme le montrent respectivement les trois exemples suivants :
Lucr. 3, 1072 : Naturam primum studeat cognoscere rerum.
« Chacun s’attacherait avant tout à étudier la nature des choses. » (traduction A. Ernout, 1966, CUF)
Q. Cic. Pet. 31 : (…) perquiras et inuestiges homines ex omni regione, eos cognoscas.
« (…) recherche et découvre dans chaque région ceux qui seront tes agents, connais-les personnellement. » (traduction L.-A. Constans, 1934, CUF)
Caes. G. 6, 35, 7 : Quibus in locis sit Caesar ex captiuis quaerunt2) ; profectum longius reperiunt omnemque exercitum discessisse cognoscunt.
« Ils demandent à leurs prisonniers où est César : ils découvrent qu’il est parti et apprennent que toute l’armée s’en est allée. » (traduction L.-A. Constans, 1959, CUF, modifiée : « ceux-ci répondent que… »)
A.1.3. Comme conséquence de l’information fournie par qqn.
Le passage précédent, dans lequel l’origine de l’information est spécifiée (ex + abl.)3) , suppose un cas limite entre l’emploi étudié ici et celui dans lequel l’information s’obtient par l’intermédiaire de quelqu’un qui la fournit4) , ce qui apparaît clairement dans les exemples suivants :
Varr. L. 6, 51 : a quo narratio , per quam cognoscimus rem gestam.
« de là vient narratio (récit), par quoi nous prenons connaissance de ce qui s’est produit. » (traduction P. Flobert, 1985, CUF)
Cic. Att. 5, 20, 8 : Redeo ad urbana quae ego diu ignorans ex tuis iucundissimis litteris a. d. V. Kal. Ianuarias denique cognoui.
« Je reviens aux événements de Rome : je les ai ignorés longtemps, et ne les ai connus que le 26 décembre, par ta bien bonne lettre. » (traduction L.-A. Constans et P. Bayet, 1951, CUF)
Aussi l’impératif de cognoscere équivaut-il à l’emploi performatif d’un verbe de parole. Malgré son caractère redondant avec l’information qu’on apporte, il est possible de reconnaître dans cognosce (-ite) une fonction discursive, celle d’attirer l’attention de l’interlocuteur et d’introduire l’information qui suit (comme marqueur de contrôle du contact de type initiatif5) :
Cic. Q. 1, 2, 4 : Qua de re et de hoc genere toto, (…) pauca cognosce .
« Je veux te donner quelques brèves explications là-dessus, et sur toute la question de mes relations avec les Grecs. » (traduction L.-A. Constans, 1934, CUF)
Or, la recherche qu’autorise l’exercice des sens et des facultés intellectuelles peut être accomplie à propos d’une réalité dont on a eu une expérience préalable, contexte dans lequel le verbe acquiert une valeur itérative (« connaître de nouveau », « reconnaître »), propre (selon EM à la langue familière6) :
Pl. Amp. 441-442 :
So. Certe edepol, quom illum contemplo et formam cognosco meam,
Quem ad modum ego sum – saepe in speculum inspexi –, nimis similest mei.
« Sosie : Vraiment parbleu, quand je l’examine, et que je me rappelle ma figure (je l’ai souvent regardée au miroir), c’est tout à fait mon portrait. » (traduction A. Ernout, 1932, CUF)
Pl. Bac. 730 :
Ch. Quod iubebo scribito istic. Nam propterea <te> uolo
Scribere, ut pater cognoscat litteras, quando legat.
« Chrysale : Ecris là-dessus ce que je te dirai. Je veux que ce soit toi-même qui écrives, de façon que ton père, en lisant, reconnaisse ta main. » (traduction A. Ernout, 1933, CUF)
Même si (comme on peut le voir en Pl. Amp. 441-442) l’objet peut n’avoir souffert aucune modification, en règle générale, l’intellection se réalise sur une réalité que l’on peut avoir oubliée ou qui a pu, éventuellement, être modifiée :
Pl. Bac. 963 : (…) atque id periculum adsimilo, Vlixem ut praedicant
Cognitum ab Helena esse proditum Hecubae.
« et le danger que j’ai couru, je le compare à celui que courut Ulysse quand il fut reconnu par Hélène et livré à Hécube. » (traduction A. Ernout, 1933, CUF)
Sall. C. 61, 8 : (…) uoluentes hostilia cadauera, amicum alii, pars hospitem aut cognatum reperiebant ; fuere item qui inimicos suos cognoscerent .
« [ils] découvraient en retournant les cadavres ennemis les uns un ami, les autres un hôte ou un parent ; quelques-uns aussi reconnaissaient des adversaires personnels. » (traduction A. Ernout, 1941, CUF)
En effet, la reconnaissance peut se réaliser au moyen d’un indice (indicium et signum sont des compléments fréquents dans cette acception), de telle manière que cognitio traduit le mot grec ἀνάγνωσις « action de reconnaître, reconnaissance » :
Pl. Cis. 635-636 : Nam hic crepundia insunt, quibuscum te illa olim ad me detulit,
Quae mihi dedit, parentes te ut cognoscant facilius.
« Ici dedans sont les jouets qui me furent remis avec toi par la femme de qui je t’ai reçue : ils serviront à te faire reconnaître de tes parents. » (traduction A. Ernout, 1935, CUF)
Tib., 1, 6, 60-61 : Haec foribusque manet noctu me adfixa proculque
cognoscit strepitus me ueniente pedum .
« [C’est] elle [qui] m’attend la nuit à la porte, sans bouger, et de loin me reconnaît quand j’arrive, au bruit de mes pas. » (traduction M. Ponchont, 1955, CUF)
Cette signification va être assumée peu à peu en latin tardif par le verbe hypercaractérisé recognosco, qui possédait au préalable le sens d’« inspecter quelque chose que l’on connaît » (cf. G. Haverling, 2000, 368).
De même que pour le verbe simple nosco avec son perfecto-présentnoui « je sais », le thème de perfectum cognoui peut assumer la valeur perfective de « savoir » (lit. « avoir accompli le procès de connaître »7) :
Cic. de Or. 1, 131 : quod in uobis egregiam quandam ac praeclaram indolem ad dicendum esse cognoui, idcirco haec exposui omnia.
« C’est pour avoir reconnu en vous des natures d’élite, merveilleusement propres à l’éloquence, que je vous ai exposé tout ce qui précède. » (traduction E. Courbaud, 1962, CUF)
Front. Ad. M.. 1, 7, 1 (Fleury 2003) : primum, quod caput est omnis mei gaudii, cum te bene ualere cognoui, tum quod ita amantem mei sensi finem ut amori nullum neque modum statuas.
« En premier lieu – et c’est, parmi toutes mes joies la plus grande, – savoir que tu te portes bien ; ensuite, sentir que tu m’aimes sans poser aucune limite et aucune condition à ton amour. » (traduction P. Fleury, 2003, Les Belles Lettres)
Cette valeur résultative est encore plus évidente lorsqu’existe dans le contexte immédiat un morphème déictique renvoyant au moment présent :
Catull. 72, 5 : Nunc te cognoui.
« Maintenant je te connais. » (traduction G. Lafaye, 1923, CUF)
Alors qu’il était propre au thème de perfectum à l’époque archaïque et classique, le contenu résultatif s’étend progressivement au thème d’infectum; celui-ci finira par remplacer la forme noui dans cette fonction8). La forme préverbée, ainsi que celle de recognoscere, seront les seuls membres de cette famille à survivre dans les langues romanes.
Cognoscere connaît, enfin, un sens euphémique additionnel, qui lui permet de désigner, par métonymie, le fait d’avoir des relations sexuelles. Bien que cette valeur – présente aussi dans le grec γιγνώσκω – apparaisse dans quelques exemples du latin classique et postclassique, ce sera, cependant, dans le latin chrétien qu’elle aura la plus grande fréquence ; aussi continue-t-on à parler de « sens biblique » pour se référer à cette valeur :
Ov. H. 6, 133 : Turpiter illa uirum cognouit adultera uirgo.
« Honteusement elle [Médée] a connu son mari, vierge adultère. » (traduction M. Prévost, 1928, CUF)
Tac. Hist. 4, 44 : Octauius Pontiam Postuminam, stupro cognitam et nuptias suas abnuentem, impotens amoris interfecerat.
« Octavius avait séduit Pontia Postumina et, comme elle refusait de l’épouser, il l’avait tuée dans un accès de folie amoureuse. » (traduction H. Le Bonniec, revue par J. Hellegouarc’h, 1992, CUF)
Vulg. Matth. 1, 25 : Non congnoscebat eam donec peperit filium suum primogenitum .
« Et il (Joseph) ne la (Marie) connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils, son premier-né. » (traduction Bible de Jérusalem, Cerf, 1973, modifiée)
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1) Ce § 4 illustre la méthode d’analyse lexématique et la terminologie de B. García-Hernández. Voir « Le système classématique des relations intersubjectives et intrasubjectives ».
2) Comme terme résultatif des verbes de ‘recherche’, cognoscere occupe dans ces usages la même position que les verbes qui expriment la notion de ‘trouver’ ou ‘découvrir’ : reperire, inuenire, comperire, ce qui met en évidence l’aspect non-duratif du verbe. Dans ce cas, le complément en per + accusatif peut souligner le contenu /effort pour obtenir l’information/ (cf. B. SEGURA ET C. ARIAS, 1986, 154). Cf. Lucr. 1, 403; Caes. G. 1, 22, 4 ; 1, 28, 2 ; 2, 11, 2 ; Col. 1, 8, 15.
3) L’origine de l’information est fréquemment exprimée à l’aide de tels syntagmes : à côté du tour prépositionnel déjà mentionné ex + abl. de personne ou de chose (cf. Varr. R. 1, 5, 30 : aetatem eorum ex dentibus cognoscunt) ou ab + abl. (sur l’ambiguïté de ce tour, qui peut aussi exprimer l’agent, et sa désambiguïsation, voir T. HERNANDEZ, 2001), on peut trouver les tournuresin aliqua re, de aliquo / aliqua re ou encore le seul ablatif de chose. Sur per + acc., cf. note précédente. Cf. TLL,s.u., col. 1510-1513.
4) En ce sens, il fonctionne comme terme complémentaire des verbes de ‘monstration’ au sens large du terme. Cf. § 5.3..
5) Il équivaut à l’expression ut cognoscas (cf. Cat. Agr. 157, 1) et à certains usages des marqueurs françaistu sais, vous savez (cf. H. L. ANDERSEN, 2007). L’impératif au pluriel a une grande fréquence dans les discours de Cicéron, avec le sens technique du droit (cf. § 3.2). Le singulier, par contre, reste caractéristique de la correspondance privée.
6) Comme nous l’a suggéré B. García-Hernández, l’explication pourrait être la suivante : dans la mesure où cognoscere remplace noscere, il a pu être senti comme un verbe simple et, en tant que tel, fonctionner comme simplex pro composito par rapport à recognosco, auquel il se substitue avec une certaine fréquence.
7) Il faut avoir à l’esprit aussi la construction de valeur résultative cognitum habere (Catul. 67, 31 ; Cic. Brut. 147 ; Att. 15, 20, 4 ; Vitr. 1, 1, 3, etc.).
8) Cf. § 5.3. Cette évolution neutralise l’opposition cognoscere → scire de l’époque archaïque et classique (cf. B. SEGURA et C. ARIAS, 1986, 157).
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