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Timestamp: 2020-07-13 10:08:32+00:00

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Les Rues d'Aix - Église St Jean - L'Aixois
Les Rues d’Aix – Église St Jean
COMMANDERIE ET PRIEURÉ DE MALTE
ÉGLISE de Saint-Jean appartenait, avant la révolution à l’ordre religieux et militaire des chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, appelés depuis chevaliers de Rhodes et, en dernier lieu, chevaliers de Malte. Elle était le chef de la commanderie d’Aix, dépendante du grand-prieuré de Saint-Gilles et l’une des plus importantes de la langue de Provence, la première des langues ou provinces de cet Ordre illustre. A la tête de son clergé marchait un prieur tiré du rang des chapelains conventuels du même Ordre et qui jouissait, de toute ancienneté, à l’instar des prieurs de l’église primatiale et conventuelle de Saint-Jean de Rhodes ou de Malte, du droit d’officier pontificalement avec la mitre et la crosse, dans les grandes solennités. Enfin, cette église est une des plus remarquables de cette ville, soit par l’élégance de son architecture et la hardiesse de son clocher, soit par les monuments qu’elle renferme et les souvenirs qui y sont attachés. C’est ce qui faisait le sujet d’une notice assez étendue que nous avions destinée depuis longtemps à l’impression, 1 que nous avons retirée depuis et dont nous allons donner ici un abrégé.
Les Hospitaliers s’établirent à Aix vers l’an 1129, ou tout au moins avant la fin de la première moitié du XIIe siècle, 2 c’est-à-dire trente ou quarante ans après leur institution à Jérusalem. Quelques pieux habitants et les souverains du pays eux-mêmes leur cédèrent gratuitement des terres au midi et à peu de distance en dehors des murs de la ville comtale, et ils y bâtirent une chapelle sous l’invocation de saint Jean-Baptiste leur patron. Ces terres étaient situées là même où subsiste encore l’église de Saint-Jean, dont les alentours ont continué d’appartenir aux prieurs de cette église qui en aliénèrent ensuite diverses parties à titre de baux emphytéotiques avec cens, directe, droit de lods et autres droits seigneuriaux dont ces prieurs ont joui jusqu’à la révolution. 3
Eglise de St Jean.
anciennement commanderie et prieuré de Malte.
Les comtes catalans qui régnaient alors en Provence, favorisèrent de tout leur pouvoir cet établissement naissant et contribuèrent à sa dotation. On doit citer plus particulièrement parmi eux Alphonse, roi d’Aragon, comte de Barcelonne et le premier de son nom en Provence ; Raymond-Bérenger III et Sanche d’Aragon ses frères, auxquels il avait cédé momentanément ce dernier comté en commande, et Alphonse Il, son second fils qui lui succéda depuis dans la souveraineté de ce pays.
Alphonse II avait épousé Garsende de Sabran, héritière du comté de Forcalquier, 4 et ils tinrent à Aix la cour la plus polie et la plus brillante de l’Europe par l’effet des encouragements que ces nobles époux accordèrent aux troubadours. Le comte Alphonse II s’était fait agréger à l’ordre des Hospitaliers et avait résolu de faire construire pour ces religieux une église plus grande et plus belle que celle qu’ils occupaient et dans laquelle il voulait être enseveli. Mais il n’eut pas le temps d’exécuter son dessein, étant mort en 1209 à Palerme où il était allé pour le mariage de sa sœur avec le roi de Sicile. Son corps fut transporté à Aix, suivant ses intentions et déposé dans l’ancienne église ou chapelle de Saint-Jean.
Raymond-Bérenger IV, son fils et son successeur, ne fut pas moins affectionné que lui à l’ordre des Hospitaliers, et par les dons considérables qu’il fit à leur maison, il mit le grand-prieur de Saint-Gilles, frère Bertrand de Comps, depuis grand-maître de l’Ordre, à même d’entreprendre la bâtisse de la nouvelle église de Saint-Jean, vers l’an 1234. Ce prince doit donc en être considéré comme le véritable fondateur, d’autant mieux que par son testament fait au mois de juin 1238, après avoir élu sa sépulture dans cette église, il légua le lieu de Vinon à la commanderie d’Aix, 5 à la charge d’entretenir trois prêtres qui diraient tous les jours la messe à son intention. Au mois de février 1239 (n. st.). ce même prince prit l’habit des Hospitaliers dans l’église de Saint-Jean en présence de tous les archevêques, évêques et barons de ses comtés de Provence et de Forcalquier et reçut d’eux en même temps le serment de fidélité. 6
La réputation de sainteté que s’étaient acquise les Hospitaliers dès leur établissement à Aix, leur ayant attiré dès lors une grande quantité de dons et de legs, leur valut aussi un nombre considérable d’élections de sépulture dans le cimetière attenant à leur église, 7 ce qui privait le chapitre de Saint-Sauveur, curé primitif de toute la ville, d’une bonne partie des droits qu’il percevait à raison des inhumations. Il voulut donc interdire celles qui auraient lieu dans le cimetière des Hospitaliers, lesquels ayant résisté à toutes les défenses que leur faisait le chapitre, les parties convinrent de s’en rapporter à la décision de cinq arbitres dont faisaient partie les archevêques d’Arles et de Vienne, l’évêque de Riez, etc. Ces arbitres ou leurs délégués, étant venus à Aix, ordonnèrent, par leur sentence du 5 des calendes d’août 1234, que le quart des offrandes ou legs faits à raison des sépultures dans l’église ou le cimetière des Hospitaliers, appartiendrait aux prévôt et chanoines de Saint-Sauveur, excepté toutefois les legs faits par les Hospitaliers eux-mêmes ou les gens tenant à leur maison ; que le chapitre jouirait aussi du quart de la dîme sur les biens acquis ou à acquérir par les Hospitaliers ; que ceux-ci ne pourraient administrer le sacrement de l’eucharistie due dans l’intérieur de leur maison, prout viaticum ; qu’ils donneront, annuellement à Pâques, six livres de cire à l’archevêque ; qu’ils ne pourront faire la bénédiction des rameaux qu’après celle de l’archevêque ; qu’ils n’auront que deux cloches à leur clocher et ne pourront les sonner que modérément ; etc., etc. 8
La plupart de ces dispositions furent plus ou moins modifiées par la suite, notamment celle concernant les cloches, le roi Charles II, comte de Provence, ayant permis aux Hospitaliers, par ses lettres du 22 avril 1291, 9 d’en avoir quatre à leur clocher, y compris les deux qu’ils avaient déjà.
Raymond-Bérenger IV, sous qui fut rendu cette sentence arbitrale, mourut à Aix, le 19 août 1245, laissant quatre filles dont nous avons déjà parlé. 10 L’église de Saint-Jean n’était pas encore entièrement bâtie à cette époque. Néanmoins elle fut consacrée le 3 mai 1251, par le cardinal Pierre de Colmieu, évêque d’Albano, légat du pape Innocent IV en Provence, assisté de l’évêque de Panéas, ville de Syrie qu’on nommait anciennement Césarée de Philippe. 11
C’est alors que le frère Bérenger Monachi (nommé indifféremment par les auteurs Monge ou Moyne), commandeur d’Aix et. de Manosque, fit ensevelir dans l’église de Saint-Jean et dans un magnifique sépulcre, sur lequel nous reviendrons, les corps des comtes Alphonse II et Raymond-Bérenger IV, père et fils.
La comtesse Béatrix de Savoie, veuve de ce dernier, donna, en 1257, à l’église de Saint-Jean, plusieurs héritages situés dans le territoire d’Aix, à la condition d’entretenir trois autres prêtres qui prieraient Dieu pour le repos de son âme et de celle de son mari 12 ; et en 1266, leur fille, Béatrix, reine de Naples, fit son testament par lequel elle élut sa sépulture dans le tombeau de son père et de son aïeul, et fonda encore dans l’église de Saint-Jean, l’entretien de cinq prêtres chargés de prier Dieu pour elle. Cette princesse étant morte la même année à Nocéra, dans le royaume de Naples, le roi Charles 1er, son mari, la fit ensevelir dans une église de Naples, de quoi le frère Feraud de Barras, grand-prieur de Saint-Gilles, ayant porté plainte au pape Clément IV, le souverain pontife en écrivit, le 12 juillet 1268, au roi Charles qui fit aussitôt transporter le corps de Béatrix à Aix, où il fut inhumé dans l’église de Saint-Jean et dans un mausolée supérieur en beauté à celui de son père et de son aïeul. 13 Nous parlerons plus bas de ce monument.
Le même Charles 1er donna à cette église, en 1278, plusieurs saintes reliques et de très riches ornements qui furent consignés en son nom entre les mains du prieur, par le grand-sénéchal de Provence, en présence de l’archevêque d’Aix. 14 Parmi ces reliques, il en était une qu’on croit être le bras de saint Jean-Baptiste et qui est encore exposée comme telle à la vénération des fidèles.
Frère Guillaume de Villaret, grand-prieur de Saint-Gilles, qui fut depuis grand-maître de l’Ordre, se mit aussi au nombre des bienfaiteurs de l’église de Saint-Jean, à laquelle il donna, le jour de la fête de saint Jean-Baptiste de l’an 1286, divers objets de prix, consistant en une croix d’argent du poids de vingt-deux marcs, enrichie d’émail et de pierres précieuses ; un doigt de sainte Magdelaine dans une châsse d’argent ; une image de sainte Véronique que Villaret avait apportée de Rome ; deux bassins en argent sur l’un desquels était une croix blanche (probablement en émail) et sur l’autre, les armes de Villaret ; un beau missel contenant le texte des Evangiles, avec ses fermoirs en argent ; un pluvial tissu de fil d’or, etc., le tout accompagné d’imprécations contre ceux qui tenteront d’enlever ces objets de l’église.15 Ce grand-prieur fonda de plus l’entretien d’un prêtre à Saint-Jean, qui prierait Dieu à son intention.
Enfin Charles II, dit le Boiteux, roi de Naples et comte de Provence, fils de Charles 1er et de Béatrix, établit à Saint-Jean, en 1294, les cinq prêtres que sa mère avait chargé le roi, son mari, de fonder dans cette église, ce que celui-ci avait négligé de faire.16
Il parait inutile de pousser plus loin la liste de ces fondations. Il suffira de dire qu’une foule de grands-maîtres de l’ordre, de grands-prieurs de Saint-Gilles, de commandeurs d’Aix, de prieurs de Saint-Jean et de simples chevaliers donnèrent, en différents temps, des preuves de leur dévotion et de leur attachement à l’église dont nous parlons.
Le commandeur d’Aix, frère Bérenger Monachi, mourut en l’année 1300 dans un âge très avancé. 17 Il avait achevé la bâtisse de l’église en 1264, et c’est à lui qu’est due la construction du superbe clocher dont elle est ornée.
Le XIVe siècle ne fut pas moins fécond que les deux précédents en événements importants pour la maison hospitalière de Saint-Jean.
Frère Dragonet de Montdragon, pieux et vaillant chevalier de Saint-Jean, ayant combattu honorablement les infidèles dans la terre sainte, fut nommé grand-prieur de Saint-Gilles en 1300, et lieutenant du grand-maître en-deçà des mers. Il choisit la commanderie d’Aix pour l’une de ses chambres prieurales, et il y fit sa résidence habituelle jusqu’à sa mort, d’autant mieux que le roi de Naples, Charles II, comte de Provence, l’avait créé son conseiller et son commensal. 18 Étant mort à Aix le 11e jour des calendes de février de l’an 1310 (22 janvier 1311, suivant la nouvelle manière de compter), il fut enseveli dans l’église de Saint-Jean, sous un riche mausolée dont nous parlerons ci-après.
L’abolition de l’Ordre des Templiers prononcée au concile de Vienne, par le pape Clément V, en 1312, fut suivie du don que fit le même pape des grands biens de cet Ordre à celui des Hospitaliers. C’est ainsi que le prieur de Saint-Jean fut mis en possession de la chapelle de Sainte-Catherine qui avait appartenu aux chevaliers du Temple. Nous avons dit que ceux-ci habitaient le quartier de la ville au nord-ouest du palais des comtes de Provence et que ce quartier était appelé anciennement, le Puy de la Cavalerie. 19 Les biens que les Templiers y possédaient ainsi qu’en d’autres rues, notamment dans celle du Puits-Neuf, devinrent à cette époque la propriété de la commanderie d’Aix de l’ordre des Hospitaliers.
Le dimanche 10 mars 1330 (1331, n. st.), le grand-maître Hélion de Villeneuve, issu d’une des plus illustres maisons de Provence, tint dans l’église de Saint-Jean le chapitre du grand-prieuré de Saint-Gilles et y publia une célèbre bulle de réformation du prieuré d’Aix, par laquelle il ordonna que l’église serait desservie désormais par dix-huit prêtres, tous religieux de l’Ordre, au lieu de vingt-quatre ; douze desquels satisfairaient aux fondations du comte Raymond-Bérenger IV et de la reine Béatrix, sa fille ; deux à celles de Pierre Corsini, trésorier du roi ; un à celles du grand-maître Guillaume de Villaret et du commandeur Bérenger Monachi, et un à celle du grand-prieur Dragonet de Montdragon ; réservant les deux derniers pour le service de l’église Sainte-Catherine, anciennement des Templiers et pour celui de la chapelle de Saint-Louis et des onze mille Vierges qu’il avait fondée lui-même dans l’hôpital de Saint-Jean. Le grand-maître ordonna encore qu’il y aurait à perpétuité dans la maison d’Aix un diacre, un sous-diacre et deux clercs ; le commandeur d’Aix fut chargé par lui de la nourriture de tous ces prêtres et chapelains dont l’entretien serait pris sur le revenu des commanderies d’Aix, des Bayles et de Calissanne. Enfin, le grand-maître voulut que tous les prêtres allassent en procession, chaque dimanche, à son hôpital pour y chanter l’épître et l’évangile, ainsi que cela avait lieu à l’église conventuelle de Rhôdes. 20 Ces divers règlements furent approuvés par le chapitre général de l’Ordre tenu à Rhodes, au mois de décembre 1344. 21
L’hôpital dont il vient d’être question ne doit pas être confondu, comme l’a fait Pitton dans ses Annales de la sainte Église d’Aix, avec la maison des Hospitaliers qui, comme leur maison-mère à Jérusalem, à Acre et à Rhodes portait le nom générique d’hôpital. C’était une dépendance ou annexe de cette maison d’Aix, que le grand-maître Villeneuve avait fondée pour le soulagement des pauvres de la ville et à laquelle il avait affecté spécialement certains revenus. Mais ceux-ci ayant disparu en totalité par les malheurs des siècles suivants, la dépréciation des monnaies et autres causes, cet hôpital particulier ne subsista pas longtemps. Ses bâtiments néanmoins, étaient encore en état lors de la venue du connétable de Bourbon à Aix en 1524. Ils furent abattus alors et les matériaux employés, dix ou douze ans plus tard, à la construction des Boucheries ou abattoir public que nous voyons encore aujourd’hui, à quelques cents pas hors des murs de la ville, au midi de la porte d’Orbitelle. 22
Hélion de Villeneuve portait une extrême affection à l’église de Saint-Jean. Il y fit construire une chapelle aussi élevée que l’église même, actuellement la quatrième à gauche en entrant par la porte principale et qui touche immédiatement celle où reposent les comtes Alphonse II et Raymond-Bérenger IV. Il eut même une fois l’intention de s’y faire enterrer, ainsi qu’il paraît par une lettre de lui, datée de Rhodes, le 20 août 1340, 23 et adressée au commandeur d’Aix, frère Isnard de Albarno, par laquelle le grand-maître le commet pour faire choix de sa sépulture dans l’église de Saint-Jean et lui ordonne d’y faire porter son corps et ses hardes dans le cas où il viendrait à mourir sur mer.
Ce frère Isnard de Albarno, commandeur d’Aix, appartenait à la noble maison de Grasse qui a possédé, depuis le XIIIe siècle jusqu’à la révolution, la seigneurie du Bar, village nommé en latin Castrum de Albarno et qui est situé entre les villes de Grasse et de Vence, non loin du Var. Suivant l’usage usité de son temps et dont on pourrait citer une foule d’exemples, il ne portait pas le nom patronimique de sa famille et ne prenait que celui du fief qu’elle possédait. Les historiens de l’Ordre parlent tous honorablement de sa valeur et de son habileté dans les affaires. En même temps commandeur d’Aix, de Naples et de Sainte-Euphémie dans la Calabre, il fut pourvu, vers 1340, du grand-prieuré de Capoue qui dépendait alors de la langue de Provence, et c’est en cette qualité qu’il fut commis par le grand-maître Hélion de Villeneuve, avec Odon de Montaigu, grand-prieur d’Auvergne, et Pierre Plantin, prieur de l’église de Rhodes, pour aller soumettre à la sanction du pape, les règlements que ce grand-maître et le conseil de l’Ordre avaient faits pour la réformation des mœurs, surtout dans les provinces d’Occident. 24 D’après ces règlements les chevaliers ne pouvaient se vêtir que de draps valant moins de deux florins la canne (deux mètres d’aujourd’hui) ; ils ne devaient avoir à leur table que d’une sorte de viande ou de poisson, et l’usage des vins délicieux leur était interdit. 25 Isnard de Albarno fut nommé, en 1347, lieutenant du grand-sénéchal de Provence, Philippe de Sanguinetto, 26 et mourut au plus tard en 1362.
Vers la fin du même siècle, vivait dans l’église de Saint-Jean, un pieux religieux de l’Ordre, nommé frère Bernard Grassi, né à Aix, d’une famille qui y exerçait alors le notariat et qui avait fourni plusieurs syndics ou consuls de cette ville. 27 S’il faut en croire le prieur Anne de Naberat, ce vertueux prêtre fut élu prieur de l’église de Rhodes, le 24 août 1394, sous le grand-maître Jean-Ferdinand d’Hérédia. 28 Les divers historiens de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem font unanimement la plus honorable mention du prêtre Grassi ; mais ils le nomment Gautier Grassi au lieu de Bernard, ce qui peut faire douter de l’exactitude du témoignage de Naberat. Celui-ci est avantageusement connu par ses nombreuses recherches dans les archives de l’Ordre à Malte et celles du prieuré d’Aix, ainsi que par sa scrupuleuse exactitude comme nous le dirons plus bas, et si l’on peut conjecturer qu’il a fait erreur ici, on peut répondre d’un autre côté, que c’est peut-être Jacques Bosio, le plus ancien historien de l’Ordre, qui a commis l’erreur en appelant Gautier Grassi le personnage qui se nommait Bernard Grassi car, c’est d’après Bosio, que Baudoin, Vertot et autres on écrit sans se donner la peine de vérifier un fait si peu important pour eux que ce prénom, et qu’ils n’ont même jamais su avoir été écrit autrement par Naberat.
Tenant donc pour certain ce que rapporte ce dernier d’un illustre enfant d’Aix, nous dirons que le prieur de l’église de Rhodes était le second dignitaire de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il avait rang immédiatement après le grand-maître et précédait tous les autres baillis et grand’croix. Il officiait pontificalement dans son église avec la mitre et la crosse, et était le chef de tous les chapelains de l’Ordre. 29 Mais lorsque les chevaliers de Saint-Jean eurent établi le site de leur gouvernement à Malte, les évêques de cette île disputèrent le pas au prieur et obtinrent enfin la préséance sur lui, sous le grand-maître Claude de la Sangle. Depuis lors, le prieur de l’église n’eut plus que la troisième place dans le conseil, en conservant néanmoins toutes ses autres prérogatives et même le pas sur l’évêque dans l’église conventuelle de Saint-Jean à Malte. 30
Un poste aussi éminent suppose de hautes qualités dans celui en est revêtu. Il est donc à présumer que Bernard Grassi était d’un rare mérite, lorsqu’on voit ce simple religieux de l’église de Saint-Jean d’Aix appelé à la seconde dignité d’un Ordre alors si fécond en illustres personnages. Aussi, voyons-nous, par le peu que nous connaissons de la vie de ce prieur, qu’il justifia pleinement l’opinion qu’on avait de lui et qu’il fut chargé de commissions importantes.
En 1409, il eut celle d’accompagner le grand-maître Philibert de Naillac au concile de Pise 31 où fut élu le pape Alexandre V. Cette élection, qui semblait devoir éteindre le schisme, fut reçue avec la plus grande joie dans toute l’église. » Il n’y eut personne, dit l’abbé de Vertot, qui en fut plus touché que le grand-maître qui l’envisagea comme un moyen de réunir tous les princes chrétiens et de les engager dans une ligue contre les Turcs. Dans cette vue, il fit choix de frère Grassi, prieur de l’église de Rhodes et de frère Luce de Valines, grand-maréchal, qu’il envoya comme ses ambassadeurs vers la plupart des souverains de la chrétienté, pour leur faire part de l’élection du pape. Ils avaient ordre de leur représenter de sa part, combien la conjoncture présente était favorable pour faire la guerre aux Turcs ; que le trône de Bajazet avait été ébranlé par la chûte de ce prince et par les victoires de Tamerlan, et qu’il fallait profiter des guerres civiles allumées entre les enfants du prince turc qui se disputaient sa succession et les débris de son empire. 32 »
Dans le temps que vivait Bernard Grassi, Reforciat d’Agout, fils de Raymond, seigneur de Sault, était commandeur d’Aix et de Puymoisson. Nous avons dit ailleurs 33 qu’il avait été l’un des plus zélés partisans de la seconde maison d’Anjou, contre Charles de Duras, et que le pape Benoît XIII (Pierre de Lune) l’avant nommé grand-prieur de Saint-Gilles, au mois de mars 1402, il avait élu sa sépulture dans l’église de Saint-Jean d’Aix. Nous n’en dirons rien de plus ici, sinon qu’if ne jouit pas longtemps du grand-prieuré, étant mort avant les moissons de la même année 1402, et que, deux siècles plus tard, ses armes se voyaient encore sur l’autel de la chapelle où il fut enterré suivant ses intentions. Il déclara dans son testament ou désappropriement qu’il possédait la quantité de vaisselle d’argent que voici : Vingt-quatre plats armoriés à ses armes, dont quatre avaient été par lui mis en gage entre les mains d’Antoine Fabre d’Aix, qui lui avait prêté cinquante florins courants ; quatre douzaines d’écuelles (escudellas) aussi à ses armes ; cinq douzaines de tasses (tassas), dont trois douzaines étaient dorées, c’est-à-dire en vermeil ; douze pots, dont six dorés ; huit aiguières (eygadieras), dont six dorées ; plus une épée (spaza), dont la garniture en argent pesait trois marcs, etc. 34
Un célèbre chapitre général de l’Ordre fut tenu dans l’église de Saint-Jean aux mois d’avril et de mai 1410, auquel assistèrent tous les prieurs et les quatre plus anciens commandeurs de chaque prieuré. 35 Le grand-maître Philibert de Naillac devait le présider ; mais les intérêts de la religion exigeant sa présence aux cours de France et d’Angleterre où le pape l’avait envoyé en ambassade, les frères Jacques Tivelly, prieur d’Auvergne, Raymond de Lesture, prieur de Toulouse, et Philippe de Languèglia, prieur de Lombardie, présidèrent en son absence. Il se fit dans ce chapitre plusieurs règlements très importants, soit par rapport aux responsions que le trésor commun tirait de chaque commanderie, soit à l’égard de l’abus que quelques-uns des prieurs faisaient de leur autorité.
En 1480, sous le magistère du célèbre Pierre d’Aubusson, eut lieu le siège de Rhodes où résidait le gouvernement de l’Ordre, entrepris le 25 mai par le pacha Misach Paléologue, chrétien renégat, au nom du sultan Mahomet II, avec une flotte de cent soixante vaisseaux et une armée de terre de cent mille combattants. Le grand-maître, instruit à l’avance de l’armement des Turcs, avait cité à Rhodes tous les chevaliers de son Ordre, et René Martin, commandeur d’Aix, avait été des premiers à répondre à son appel avec Pierre Raoul ou Rodulphe, l’un de ses compatriotes. Le premier était fils de Jean Martin, seigneur de Puyloubier, chancelier de Provence sous le bon roi René, 36 et l’autre l’était de Pierre Raoul, dit le Baron, seigneur de Limans, chambellan du même prince. Ces deux nobles enfants d’Aix combattirent vaillamment pendant toute la durée du siège, qui fut enfin levé au bout de trois mois, le 19 août, avec Perle pour les Turcs d’environ neuf mille morts et quinze mille blessés. 37
Un accord très important fut passé, en 1484, entre frère Antoine de Pontevès-Bargème, commandeur d’Aix, et frère Guillaume de Ronchinol, prieur de Saint-Jean. Suivant cet acte rédigé en forme de sentence arbitrale acquiescée par chacune des parties, le commandeur, qui avait en vue de se décharger du soin d’entretenir l’église et d’y faire les réparations convenables, de nourrir et de salarier les prêtres qui la desservaient, etc., laissa tout ce soin au prieur, lui abandonnant à cet effet le domaine de Moissac dans le territoire d’Aix, aux quartiers de Luynes et du Plan d’Aillanne ; les censes, lods, directe et autres droits imposés sur les maisons et terres dans la ville ou le territoire, etc., se réservant, ledit commandeur pour lui et ses successeurs, les terres de Vinon et de Ginasservis, le droit de nommer les prêtres et d’occuper la première place dans l’église de Saint-Jean, comme en étant le collateur et prieur primitif, et quelques autres droits tels que celui d’être défrayé avec deux ou trois de ses serviteurs, trois fois chaque année et chaque fois pendant sept ou huit jours, c’est-à-dire lorsqu’il viendrait à Aix visiter l’église de Saint-Jean, chef de la commanderie. 38 Le prieur n’avait auparavant aucune autre prérogative sur les prêtres que celle d’une double distribution au chœur, d’avoir un valet à ses ordres et un cheval à son usage dans son écurie.
On sait que le dérèglement des mœurs du clergé dans les commencements du XVIe siècle, fut l’une des principales causes de l’hérésie de Luther et de la réforme dont il fut le chef. Les prêtres de l’église de Saint-Jean nous paraissent avoir donné dans ces désordres et avoir mérité les censures de Luther, autant que nous pouvons en juger par la lecture d’un arrêt du parlement d’Aix, en date du 6 février 1542, 39 le seul, au reste, sur lequel nous puissions appuyer notre conjecture peut-être un peu hasardée, car nul auteur n’a parlé avant nous de ces désordres.
Au milieu du XVIIe siècle, l’église de Saint-Jean fut renfermée dans la ville avec le faubourg du même nom et le quartier d’Orbitelle qui comprenait, avons-nous dit ailleurs, une bonne partie des prés et des jardins de l’archevêque. D’autres tentatives avaient été faites plus anciennement ayant le même but, quant au quartier de Saint-Jean seulement, notamment en 1608 ; mais le prieur frère Anne de Naberat y avait mis de fortes oppositions, et le projet avait échoué. Il ne parait pas que l’ordre de Malte ni le prieur frère Honoré Pellegrin, qui siégeait en 1646, y aient apporté les mêmes obstacles, peut-être parce qu’ils prévoyaient l’inutilité de leurs efforts en présence du crédit tout puissant de l’archevêque Mazarin, qui avait fort à cœur ce nouvel agrandissement. Il en coûta de grandes sommes à l’Ordre pour satisfaire aux prétentions du sieur d’Hervart, cessionnaire des droits de l’archevêque, lesquelles furent réglées à vingt-cinq mille huit cent quarante-deux livres quatre sols, par arrêt du conseil du roi, du 2 décembre 1654, rendu entre le bailli de Souvré, ambassadeur de Malte à la cour de France, et frère Hercules de Berre, prieur de Saint-Jean, d’une part, et le sieur d’Hervart, d’autre part. La langue de Provence fut condamnée à payer sur cette somme celle de vingt-trois mille livres, dont elle se remboursa plus tard sur le produit des ventes de places à bâtir, et elle céda au prieur Viany l’ancien enclos de Saint-Jean, situé à l’entour de son église. 40
Nous arrivons à l’époque où ledit frère Jean-Claude Viany, ayant été pourvu du prieuré de Saint-Jean, entreprit les changements et les améliorations qu’il fit dans son église pendant environ un demi-siècle. Un auteur moderne en a parlé avec beaucoup de détails auxquels nous ne saurions mieux faire que de renvoyer nos lecteurs. 41 Toutefois, pour leur en faciliter encore plus l’intelligence, nous rapporterons ici une pièce assez curieuse, ce nous semble, que cet auteur n a probablement ni lue ni même vue, quoiqu’il la cite dans son ouvrage. 42 Cette pièce, qui ne date guère plus que de deux cent trente ans, n’est autre que le procès-verbal de visite du prieuré et de l’église de Saint-Jean, faite au mois de janvier 1613, par les frères Jean-Jacques de Mauléon de la Bastide, commandeur d’Espalion et de SaintChristol, et Anne de Naberat, commandeur de Ville-Jésus, prieur de Saint-Chartrier et de Saint-Jean d’Aix, aumônier ordinaire du roi, vicaires et visiteurs-généraux de toutes les commanderies, membres et annexes du grand-prieuré de Saint-Gilles, suivant la commission du grand-prieur, frère Pierre d’Esparbès de Lussan. 43
» . . . . Ce faict, m’a ledict de Naberat, 44 prieur susdict, déclaré sondict prieuré consister en deux églises, l’une dans la ville d’Aix, dédiée soubs le titre de Sainte-Catherine, 45 qui a esté autrefois aux Templiers, laquelle n’est paroisse.
» L’aultre est hors la ville, 46 qui est l’église prieuralle, collégiale et conventuelle dudict prieuré et est une dignité ou prélature fondée au mesme prototype de la dignité prieuralle de Saint-Jean de Rhodes et de Malte ; et les prieurs dudict prieuré de Saint-Jean d’Aix, de toute antiquité, dèz son institution et origine, ont tousjours cellébré la messe in pontificalibus, ayant l’usage de la mittre et de la crosse, les grandes festes annuelles. M’a dict aussi que le prieur de l’église de Saint-Jean de Rhodes avoit soubs sa mittre et dignité prieuralle deux aultres mittres ou prieurés mittrés deppandants de la sienne, assavoyr le prieuré de Saint-Jean d’Aix, comme fondation des comtes de Provence ainsi que dessus a esté dict, et le prieuré de Saint-Jean de l’Isle de Corbeil, deppandant du grand-prieuré de France, lequel est une fondation des rois de France, le prieur duquel de tout temps cellébroit in pontificalibus et avoit le mesme usage de la mittre et crosse et mesme portoit la grand croix et présidait aux chapittres provinciaulx au Temple à Paris, en absence des grands-prieurs de France. 47
Ladicte église et chapelle a été édiffiée par frère Bérenger Moyne, 48 bailli de Manosque et commandeur d’Aix; consistant en un grand temple vouté, y ayant plusieurs chapelles au dedans et par le dessus y a plusieurs pointes de pierres de taille faictes en forme de pyramides qui est belle chose à voir ; prèz de laquelle y a un grand clocher carré par le bas et la pointe faicte en pyramide voutée, le tout de pierres de taille, auquel y a trois grandes cloches, si bien il y en a eu autrefois quatre, l’une desquelles a été mise à l’église et clocher de Saint-Saulveur, ne sachant pour quel sujet elle fut transportée audict lieu. De plus m’a dict ladicte église n’estre paroisse, n’y ayant aulcuns fonts baptismaux.
Pour l’église elle est belle, grande et spacieuse, consistant en cinq chapelles dedans icelle et un autel au milieu de l’église dédié à l’honneur de saint Blaise, et un aultre petit prèz du grand autel, dédié à saint Pantaleon.
Quant au grand autel il est tout d’une pièce, au-dessus duquel y a un grand rétable peinct d’or et d’azur, auquel sont depeincts les images de N. D., de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l’Evangéliste, auquel rétable sont dépeinctes les armoiries de la religion et celles de la maison d’Agoult qui est un loup ravissant d’azur au champ d’or.
Prèz duquel grand autel à main droicte est le sépulchre du jeune fils du feu comte Raymond-Bérenguier. 49 Au-devant du grand autel, il y a le chœur faict en bois de chastaignier, auquel il y a vingt-deux siéges en hault et seize en bas.
Au milieu du chœur, y a un sépulchre relevé pour les commandeurs et prieurs, auquel d’un costé sont les armoiries de feu frère Poncet d’Urre, bailli de Manosque, commandeur d’Aix et de Marseille, et de l’autre costé celles de frère Valentin du Boys, prieur dudict prieuré.50
Et à main droite du grand autel, descendant sur la nef, est la chapelle de feu comte Raymond-Bérenguier, appelée la chapelle des onze mille vierges, 51 avec les armoiries de la maison d’Agoult. Près duquel autel est le sépulchre de feu comte Raymond-Bérenguier avec son portraict relevé en bosse au-dessus, lequel mourut en l’an 1244, le jeudi après la saint Luc, ayant régné vingt-neuf ans.52
Et aux costés dudict sépulchre est le portraict dudict comte tout debout, de pierre de Calissane, et de l’autre costé est l’effigie de la reine Béatrix, fille dudict comte, femme du roi Charles 1er.53
Et en continuant du même costé, est la chapelle fondée et faicte par frère Ellion de Villeneuve, grand-maître de Rhodes, dotée par icelui, pavée et voûtée et au-dessus de la voûte sont les armoiries dudict grand-maître, de lances brisées et entrelacées, avec la croix magistrale.54
Près duquel autel y a un sépulchre pour ensevelir les religieux dudict couvent, et de l’autre costé, la chapelle du prédicateur.
Et de même costé dans la nef, y a deux autels, l’un dédié à saint Antoine, et l’autre à l’honneur de saint Blaise, le bras duquel est enchâssé en argent dans ladicte église, en grande dévotion pour le peuple d’Aix.55
Et du mesme costé, sous le grand clocher, est une chapelle dédiée à Notre-Dame du Repos et d’Espérance, près de laquelle est la porte de la visette pour monter au clocher.56
Et retournant de l’aultre costé, est une chapelle dédiée à saint Louis, saint Roch et sainte Anne, où est un grand sépulchre avec l’effigie relevée en bosse de Dragonet de Montdragon, jadis grand-prieur de Saint-Gilles, lequel fonda et dota ladicte chapelle d’une messe tous les jours.57
» Au milieu de ladicte église y a un puits faict en rond en pierres de taille, de bonne eau claire et nette. 58
Et du mesme costé, retournant rentrer à main gauche dudict choeur, y a une chapelle dédiée à saint Barthélemy, en laquelle sur l’autel est le portraict du prieur Pierre Curti 59 et les armoiries de la maison d’Agoult ; préz duquel y a un bien grand et superbe sépulchre en pierre de Calissane, auquel est enterrée la susdicte reine Béatrix.
De ladicte chapelle on entre dans une grande visette en pierres de taille pour monter sur l’église, etc., etc.
Peu de mois avant l’avènement de Jean-Claude Viany au prieuré de Saint-Jean, un frère de ce prieur, comme lui chapelain conventuel de l’Ordre, avait été appelé, à cause de son mérite, à l’éminente dignité de grand-prieur de l’église primatiale de Saint-Jean, à Malte. Nous avons rapporté plus haut, à l’occasion de frère Bernard Grassi, quelle était jadis la seconde dignité de l’ordre, ce grand-prieur ayant le pas immédiatement après le grand-maître et avant tous les autres baillis et grand’croix. Mais celui dont nous allons parler, n’occupa plus que lei troisième rang, les évêques de Malte ayant obtenu, depuis un siècle environ, comme on l’a vu, la préséance sur les prieurs de l’église.
Frère Pierre Viany, né a Aix le 4 août 1632, fils d’un premier lit de Jacques Viany, avocat très distingué, qui, deux fois avait occupé la charge d’assesseur, fut reçu dans l’Ordre en 1642, au nombre des chapelains, et envoyé, peu d’années plus tard, à Malte, où le grand-maître Nicolas Cotoner, instruit de sa capacité, le choisit pour son secrétaire des commandements dans la langue latine. L’évêché de Malte étant venu à vaquer vers le même temps, il fut porté sur la liste des trois sujets que le conseil de l’Ordre proposait au roi d’Espagne comme roi de Sicile, pour remplir le siége vacant, et la nomination du grand-prieur de l’église à ce siége étant arrivée après trois ans d’attente, dans les premiers jours de 1667, Viany, qui remplissait alors les fonctions de vice-prieur, fut élu unanimement grand-prieur le 6 février de la même année 1667 60. Il gouverna très sagement son église pendant trente-quatre ans, jusqu’à sa mort arrivée à Malte le 18 novembre 1700, et fut enterré solennellement dans son église conventuelle, où l’on plaça sur sa tombe une inscription qu’on peut lire dans de Haitze. 61
Treize ans après , un autre enfant d’Aix fut encore nommé grand-prieur de Saint-Jean de Malte : frère Melchior Alpheran, né le 8 novembre 1654, fils de Claude, dernier consul en 1690 et frère de Boniface qui le fut également en 1716. Reçu dans l’Ordre comme chapelain en 1664, Melchior était sacristain de l’église de Saint-Jean d’Aix et se trouvait à Malte lorsque le grand-prieuré vint à vaquer, il fut élu dans le conseil tenu le mercredi 10 janvier 1714, à la grande majorité des suffrages et l’emporta sur ses concurrents qui étaient deux Provençaux comme lui : frère Jean Rebutti, de Marseille, et frère François Bardon, d’Aix ; mais le pape Clément XI l’avait recommandé vivement, et la plupart des grand’croix formant le conseil, le désiraient non moins ardemment. C’était justice. Plein de zèle et de piété, il s’occupa uniquement des devoirs de son état, et loin de disposer en faveur de sa famille du quint de sa dépouille, ainsi que l’y autorisaient les statuts de l’Ordre, il laissa comme monument de sa libéralité à l’église de Malte, un tabernacle de la valeur de quatorze mille livres monnaie de France, et une somme de quinze mille écus maltais au Grand-Conservatoire des filles établies à la Floriane. Il mourut à Malte le 30 décembre 1734 et fut inhumé dans la nef de l’église conventuelle de Saint-Jean, au-devant de la principale porte d’entrée. Nous nous dispenserons de rapporter ici l’inscription qui fut placée sur sa tombe et qu’on trouvera au besoin dans les manuscrits du chevalier Louis de Boisgelin, conservés à Aix à la bibliothèque Méjanes. 62
L’église de Saint-Jean avait été, en 1701, témoin de deux évènements aussi glorieux pour elle qu’honorables pour la ville d’Aix. Au mois d’octobre de l’année précédente, les galères de l’Ordre s’étaient emparées de la Sultane-Benghem, gros vaisseau turc de quatre-vingts pièces de canon et trois cents hommes d’armes, qui fut pris à l’abordage après un combat très opiniâtre et très sanglant sur les côtes de Barbarie. Le chevalier frère Sextius-Ange de Ricard, depuis grand’croix de l’Ordre et commandeur de La Ville-Dieu, né à Aix le 31 mai 1673 d’une famille parlementaire avait le plus contribué, par sa valeur, à cette capture importante. Le grand-maître Raymond Perellos de Rocafull, voulant honorer cette action d’éclat et la bravoure du généreux enfant d’Aix, avait envoyé au bailli de Manosque, frère Thomas-Joseph de Merles-Beauchamp, commandeur d’Aix, et au frère Jean-Claude Viany, prieur de Saint-Jean, le grand étendard du vaisseau turc pour le faire suspendre solennellement à la voûte de l’église de Saint-Jean. 63
La cérémonie eut lieu dans le courant de février, présidée par le seul bailli de Beauchamp qui, voulant mortifier le prieur Viany, son ennemi, ne le fit pas prévenir de venir l’assister dans la pose de l’étendard. Viany eut bientôt après l’occasion de se venger de cet affront. Les ducs de Bourgogne et de Berri étant arrivés à Aix au mois de mars suivant, le prieur les invita à venir dans son église visiter le tombeau d’Alphonse II et de Raymond-Bérenger IV, augustes ancêtres de ces princes, et le magnifique étendard nouvellement conquis sur les Infidèles, le tout sans en prévenir le commandeur d’Aix. Les petits-fils de Louis XIV vinrent en effet à Saint-Jean le 5 mars et furent reçus par le prieur Viany seul qui, voulant éterniser le souvenir de cette visite, fit placer dans la chapelle du transsept du nord de son église, une plaque de marbre où était gravée une inscription qu’on peut lire dans l’historien moderne de Saint-Jean. 64 Le bailli de Beauchamp fit enlever, peu de temps après, cette inscription qu’il fit replacer avec quelques changements dans le chœur, ce qui amena entre le prieur et lui de puériles discussions indignes de tels rivaux et d’être rappelées ici, les mémoires imprimés et manuscrits qu’ils publièrent à cette occasion étant remplis de personnalités aussi plates que déplacées.
Le prieur que le grand-maître Zondodari donna pour successeur, en 1720, au frère Jean-Claude Viany qui venait de se démettre, parvint, sept ans plus tard, à l’évêché de Malte, ce qui répandit un nouvel éclat sur l’église de Saint-Jean dont jamais aucun prieur n’avait encore été élevé à l’épiscopat. Nous en parlerons plus bas dans la chronologie de ces prieurs, et nous passerons au récit d’un événement qui faillit détruire l’un des plus beaux monuments de cette ville. Dans le courant de novembre 1754 la foudre tomba sur le clocher de Saint-Jean et abattit la boule et la croix latine en fer qui le surmontaient. Sans la promptitude des réparations qui y furent faites, la flèche se fût écroulée, dit-on, pierre par pierre. Mais le mal n’alla pas si loin, et au mois de septembre de l’année suivante, une grande croix de Malte (à huit pointes) en fer doré, qu’on voit encore aujourd’hui, fut placée au haut du clocher dont la flèche fut alors raccourcie de deux mètres environ, suivant les calculs de l’historien moderne de Saint-Jean, calculs que nous croyons un peu exagérés. 65 Le clocher était anciennement d’une élévation totale de cent quatre-vingt-douze pieds ; il n’en a plus que cent quatre-vingt-cinq environ, s’il faut en croire l’auteur que nous citons.
Le même auteur donne, sur le clocher de Saint-Jean quelques détails que nous ne reproduirons pas ici, attendu qu’on peut les lire, soit dans son ouvrage même, soit dans le Mémorial d’Aix où nous les avions consignés antérieurement et d’où il les a tirés mot pour mot, ce dont les curieux pourront se convaincre en comparant les pièces. Ce qu’ils ne manqueront pas surtout d’admirer, c’est le talent de l’auteur qui, en copiant l’article du Mémorial, par note seulement sans daigner ajouter notre signature qui le termine, en a cependant extrait avec art le passage le plus intéressant, à notre avis, et l’a intercalé dans son propre texte, apparemment pour se faire honneur de notre remarque. Voici le passage que les dénicheurs de plagiats rencontreront littéralement là et là :
» En réparant, disions-nous, le dommage occasionné par la foudre, on trouva, vers l’extrémité de la flèche, deux pierres blanches sur lesquelles étaient gravées, en caractères gothiques, deux inscriptions semblables que nous allons rapporter :
Ces deux inscriptions furent replacées extérieurement au-dessus des plus hautes lucarnes du clocher, l’une sur la face méridionale, l’autre sur la face septentrionale. On les distingue facilement à l’œil nu, mais il faut des lunettes d’approche pour les lire. Ce qu’elles ont de singulier, c’est que ces mots Christus rex venit in pace, Deus homo factus est, forment la légende des écus d’or à la couronne frappés à la fin du XIVe siècle ou au commencement du XVe (de 1384 à 1417) sous le règne de Louis II d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence, etc., etc. » 66
Une autre inscription existe sur la face orientale du clocher de Saint-Jean, à côté de la seconde fenêtre. Suivant l’auteur que nous venons de citer, c’est là l’inscription romaine » très curieuse et très difficile à expliquer, » dit-il, 67 rapportée par H. Bouche 68 et par J.-S. Pitton, 69 de laquelle J.-R. de Soliers et J.-M. Suarèz, évêque de Vaison, ont donné de savantes explications et qui est ainsi conçue :
IO. MA. OP.
De très consciencieux et habiles antiquaires, aux connaissances desquels chacun rend hommage dans cette ville, ayant voulu examiner la pierre avec attention pour la déchiffrer et l’expliquer à leur tour, assurent que loin d’être écrite en caractères romains elle l’est en caractères gothiques, et que ce n’est pas là l’inscription citée par Bouche et par Pitton ; c’est tout simplement, disent-ils, une troisième copie de l’inscription : Christus rex venit in pace, Deus homo factus est !!! 70
Nous donnions, dans notre notice plus étendue sur l’église de Saint-Jean, la description du tombeau des comtes de Provence Alphonse II et Raymond-Bérenger IV, et de celui de la reine Béatrix de Provence, femme de Charles 1er d’Anjou, roi de Naples. Ne nous croyant pas en état de parler aussi dignement qu’il convient de ces superbes monuments, nous nous contentions de copier, avec citations de pages, de volume et surtout avec des guillemets, les descriptions qu’en a fait Millin dans son Voyage dans le midi de la France. Ce n’est plus le cas, dans cet abrégé de reproduire ces extraits de Millin ; chacun peut se procurer et lire son ouvrage, et à défaut, le tome V des Mémoires de l’académie d’Aix, où on les retrouvera, à quelques changements près, dans les expressions qui n’empêchent nullement de reconnaître dans quel auteur ils ont été copiés. 71
Aucune ville de la langue de Provence, peut-être même de la France entière, Paris excepté, n’a fourni autant de chevaliers à l’ordre de Malte que la ville d’Aix. Nous en comptons plus de trois cents sur la Liste générale des chevaliers reçus ou présentés dans l’Auberge 72 de Provence, depuis l’année 1513 jusqu’en l’année 1795 inclusivement ; liste authentique, composée de trois mille deux cent vingt-sept noms, conservée à Aix, chez MM. les chevaliers de Lestang-Parade. 73 Dans ce nombre ne sont compris que les chevaliers de justice proprement dits, et nullement les frères chapelains, non plus que les servants-d’armes, formant la seconde classe des membres de l’Ordre.
Parmi les chevaliers portés sur cette liste, un grand nombre étaient parvenus aux plus hautes dignités de l’Ordre, telles que celles de grands-commandeurs, chefs ou piliers de la langue de Provence, de grands-prieurs de Saint-Gilles ou de Toulouse, de baillis de Manosque, etc. Un bien plus grand nombre étaient devenus commandeurs, et la plupart faisant leur résidence à Aix, y répandaient des revenus considérables qui joints à tant d’autres, augmentaient l’opulence et l’éclat dont cette ville jouissait avant la révolution.
Ceux des chevaliers qui mouraient à Aix, étaient enterrés à Saint-Jean, et lorsque Louis XVI prohiba les inhumations dans les églises en 1776, le prieur Joseph-Félix Alpheran fit construire, dans la cour située auprès de la sacristie, une chapelle sépulcrale en pierres de taille, au-dessous de laquelle étaient des tombes où furent ensevelis les chevaliers jusqu’en 1792. Celles-ci ont été détruites depuis, ainsi que la chapelle, et les ossements transportés au cimetière commun de la ville.
Les registres mortuaires de Saint-Jean ne remontant pas bien haut, nous regrettons de ne pouvoir donner les noms de tous les grand’croix de l’Ordre qui reposent dans cette église. Voici ceux que nous avons pu découvrir appartenant aux derniers temps.
F. Vincent de Forbin-la-Fare, né à Aix en 1611,grand-prieur de Toulouse, mort en 1688. 74
F. François-Antoine de Croze-Lincel, né à Aix en 1651, bailli de Manosque, mort en 1731.
F. Vincent-Sauveur de Gaillard, né à Aix en 1663, grand-prieur de Saint-Gilles, mort en 1745.
F. Antoine d’Albertas-Dauphin, né à Aix en 1678, grand-prieur de Toulouse, mort en août 1766.
F. Jacques-Armand de Vachon-Belmont, natif de Grenoble, grand-prieur de Toulouse, mort en novembre 1766.
F. Joseph d’Olivary, né à Aix en 1682, grand-prieur de Toulouse, mort en 1767.
F. Joseph d’Albert du Chaine, né à Aix, bailli de Manosque, mort en 1774.
F. Nicolas de Cabre-Roquevaire, natif de Marseille, bailli de Manosque, mort en 1784. 75
A la suite de ces noms on sera peut-être curieux de connaître ceux de quelques autres hauts dignitaires de l’Ordre qui, nés à Aix, n’y sont pas morts cependant, tels que les suivants :
F. André de Tressemanes-Chastueil, né en 1653, lieutenant-général et commandant en Dauphiné, mort à Grenoble en 1718. 76
F. Joseph-Sauveur de Foresta-Collongue, né en 1653, grand-prieur de Saint-Gilles et chef d’escadre des galères de France, mort à Marseille en 1737.
F. Claude de Simiane-la-Coste, né en 1673, grand-prieur de Toulouse, mort à… vers 1750. 77
F. Joseph-François de Piolenc, né en 1681, grand-prieur de Saint-Gilles, mort à… en 1757.
F. Henri-Augustin de Piolenc, né en 1687, grand-prieur de Saint-Gilles, mort à… vers 1765.
F. Paul-Augustin de Rolland-Beauville, né en 1699, grand-prieur de Saint-Gilles, mort à… vers 1780.
F. Louis-Nicolas-Victor de Félix du Muy, né en 1711, mort en 1775, étant chevalier-commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, maréchal de France et ministre de la guerre. 78
F. Antoine de Lestang-Parade, né en 1716, grand-prieur de Saint-Gilles, mort à Arles en 1786.
F. Pierre-André de Suffren-Saint-Tropez, né en 1729 à Saint-Cannat, d’une famille d’Aix, bailli, grand’croix de l’Ordre, chevalier-commandeur de celui du Saint-Esprit, vice-amiral de France, mort à Paris en 1788. 79
F. François-Henri de Guiran-la-Brillane, né en 1727, bailli, grand’croix, mort à Paris en 1790 ou 91, étant ambassadeur de l’Ordre à la cour de France. 80
F. Pierre de Lombard-Montauroux, né en 1731, dernier grand-commandeur de l’Ordre, chef ou pilier de la langue de Provence. Il se trouvait à Malte lors de la capitulation de l’île en 1798, et s’attacha à la fortune du grand-maître Ferdinand de Hompech qu’il suivit d’abord à Trieste, puis à Montpellier où celui-ci mourut, et où nous croyons qu’il mourut lui-même. Il fut le dernier mâle de sa famille.
Les biens que l’ordre de Malte possédait en France, ayant été déclarés domaines nationaux au mois de septembre 1792, ceux appartenant à la commanderie et au prieuré d’Aix, ne tardèrent pas à être vendus. Un curé et des vicaires, membres du clergé constitutionnel ou assermenté, furent établis dans l’église et dans la maison prieurale de Saint-Jean et les occupèrent pendant quinze ou dix-huit mois environ, au bout desquels la Nation, qui les avait créés, les mit dehors elle-même, ne voulant plus d’aucune religion. La plupart d’entre eux allèrent alors sacrifier leurs lettres de prêtrise sur l’Autel de la patrie au club des Frères Anti-Politiques républicains, et quelques-uns se marièrent. C’est à cette époque que furent abattus et réduits en poudre les mausolées des anciens souverains provençaux qui se trouvaient à Saint-Jean et dans d’autres églises de la ville, telles que Saint-Sauveur, Saint-Barthélemy, etc. Celle de Saint-Jean fut convertie en magasin de fourrages et entièrement dévastées mais quelques huit ou dix mois après la mort de Robespierre, l’exercice du culte catholique par des prêtres non assermentés revenus d’Espagne ou d’Italie, y fut toléré momentanément.
Un régime de demi-terreur s’étant de nouveau établi sous le directoire exécutif, l’église, la maison prieurale et les jardins de Saint-Jean, échappés jusqu’alors à la vente des domaines nationaux, furent enfin exposés aux enchères comme tels, dans les premiers jours de mai 1798, et adjugés à un particulier au prix énorme d’un million soixante-trois mille francs. Mais ce particulier jouait la comédie, car il n’avait pas un sou à lui pour payer son acquisition. Instruit qu’une association de citoyens pieux s’était formée dans l’intention de conserver ces édifices pour de meilleurs temps, et qu’elle s’était vantée fort imprudemment qu’elle pousserait les enchères plus haut que personne, il les poussa lui-même, et lorsque l’adjudication eut été prononcée en sa faveur, il vint offrir aux chefs de l’association de faire une déclaration de commande au nom de celle-ci, moyennant douze ou quinze cents francs de pot-de-vin pour lui, avouant que si dès l’ouverture de l’enchère on se fût entendu avec lui, on aurait obtenu l’adjudication au prix de cinquante ou soixante mille francs au plus, la mise à prix n’ayant été que de trente mille francs. La sottise était faite ; il n’y avait plus moyen de reculer. Il fallut en passer par là, sous peine de voir démolir l’église et la maison prieurale dont la valeur des matériaux eût servi à l’adjudicataire pour payer le montant du prix d’achat à la nation. Le tout n’était pas payable en argent. Une partie l’était aussi en bons de deux tiers mobilisés et une autre partie en tiers consolidé ; bref, il n’en coûta définitivement à l’association qui se substitua au premier adjudicataire, en sus du pot-de-vin donné à celui-ci de la main à la main, que la somme de cinq cent treize mille francs en valeur réelle. 81
M. Champion de Cicé, archevêque d’Aix, nommé en suite du Concordat conclu en 1801 entre la France et le Saint-Père, étant arrivé au mois de juillet 1802, les propriétaires de l’église de Saint-Jean se hâtèrent de la mettre à sa disposition, et le nouveau prélat l’érigea aussitôt en succursale, qui, depuis, a été convertie en église paroissiale sous le titre de Saint-Jean-Baptiste intra muros.
Dès l’année 1813, le conseil municipal considérant que depuis longtemps ces propriétaires ne retiraient aucune indemnité des sacrifices énormes qu’ils avaient faits en 1798 pour la conservation de l’église de Saint-Jean, leur alloua une somme annuelle de huit cents francs, à titre de loyer, qui leur a été payée jusqu’en 1824. A cette époque, le roi Charles X ayant autorisé la ville d’Aix à acheter l’église, la maison prieurale et les jardins de Saint-Jean au prix de quarante mille francs convenu avec les propriétaires, le contrat de vente en fut passé, le 29 Janvier 1825, devant Me Bayle et son collègue, stipulant pour la ville M. Louis-Jules-François d’Estienne du Bourguet, maire, chevalier de la Légion-d’Honneur, etc.
M. le comte Christophle de Villeneuve-Bargemont était alors préfet du département des Bouches-du-Rhône. Il eut la généreuse pensée de faire rétablir le tombeau des comtes de Provence Alphonse II et Raymond-Bérenger IV, détruits à la fin de 1795 ; une souscription fut ouverte à cet effet, à la tête de laquelle voulut se placer le roi Charles X. Le département et la ville d’Aix contribuèrent aussi, et l’ouvrage confié à l’habile ciseau de M. Sébastien Pezetti, sculpteur de cette ville, étant achevé, la reconnaissance des ossements de ces anciens souverains, conservés miraculeusement depuis la profanation de leur mausolée, eut lieu le mardi, 11 novembre 1828, dans l’église de Saint-Jean, par M. de Villeneuve, préfet du département et commissaire du roi, Mgr. de Bausset, archevêque, M. le premier président de Sèze et autres personnes de distinction.
Le lendemain 12, dans la matinée, M. le commissaire du roi se rendit de nouveau à Saint-Jean, accompagné de tous les hauts fonctionnaires ecclésiastiques, civils et militaires du département et suivi d’une foule innombrable de citoyens de toutes les classes. Une chapelle ardente, où était déposé le cercueil renfermant les ossements reconnus la veille, avait été disposée dans l’église, et après un discours de Mgr l’archevêque et une grand’messe de requiem célébrée par Mgr de Posada, ancien évêque de Carthagène et de Murcie, qui faisait sa résidence à Aix en ce temps-là, l’inauguration du monument fut faite solennellement par M. le commissaire du roi. Le cercueil y fut transporté processionnellement et l’entrée en fut scellée aussitôt. 82 C’est ce monument que nous voyons aujourd’hui à Saint-Jean ; mais celui de la reine Béatrix n a jamais été rétabli et ne le sera probablement jamais.
Dans le dernier chapitre général tenu à Malte en 1777, la commanderie d’Aix avait été taxée, pour sa cotisation aux charges de l’Ordre, à raison d’un revenu annuel de vingt-un mille livres, et le prieuré de Saint-Jean sur un de dix mille. Ce dernier revenu est le même que celui dont jouissent actuellement les évêques de France, depuis le rétablissement du culte en 1802.
1 Voyez le Mémorial d’Aix du 10 avril 1843, art, la Tour d’Aygosi, et celui du 17 décembre suivant, art. rue Cardinale, où cette publication est annoncée. Retour
2 L’époque certaine de l’établissement des Hospitaliers à Aix n’est pas connue ; mais elle a été regardée de tout temps comme antérieure à celle des Templiers. Or, il est positif qu’une bulle du pape Adrien IV, de l’an 1454, citée partie Haitze, en son Histoire d’Aix, liv. III, § 35, parle des Templiers connue récemment établis à Aix, d’où il suit que les hospitaliers l’avaient été avant l’épiscopat de Hugues de Montlaur, qui siégea de 1166 à 1178, suivant tous les auteurs. Retour
3 Nous entendons ici par le mot Prieur, non pas le chef de plusieurs commanderies, tels que les Prieurs de Saint-Gilles et de Toulouse dans la langue de Provence, qu’on appelait aussi Grands-Prieurs, mais le chef spirituel des prêtres attachés au service de l’église de Saint-Jean et qui les présidait dans l’exercice des fonctions sacerdotales. Retour
4 Voyez notre 1er volume, pag. 11. Retour
5 Les noms de commanderie et de commandeur dérivent des mots commendamus tibi, employés dans les commissions données par le chef de l’Ordre à ceux des chevaliers qu’il chargeait d’administrer une partie des biens de celui-ci. Ces commanderies furent ensuite rangées sous divers prieurs, qu’on appela plus tard grands-prieurs, chargés d’en faire la visite, et d’envoyer à la terre sainte, en troupes ou en argent, les contributions ordinaires de chaque commanderie de son prieuré. On voit par là que ces prieurs ou grands-prieurs n’avaient absolument aucun rapport avec les chefs spirituels des prêtres desservant les églises de l’Ordre, quoique ceux-ci portassent aussi le titre de prieurs, tel que celui de Saint-Jean d’Aix. Retour
6 Archives du roi en Provence, regist. pergamenorum, f° 66. – H. Bouche, Histoire de Provence, in-f° tom. II, pag. 241. – J. Raybaud, Histoire du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, manuscrit de la bibliothèque Méjanes, in-f° tom. 1er, pag. 126, etc. Retour
7 Les sacs N, O, P, Q et R des archives du prieuré sont remplis en grande partie d’actes portant élections de sépulture dans le cimetière de Saint-Jean, ou d’offrandes d’âme et de corps à l’église de Saint-Jean, pour l’amour de Dieu, de la sainte Vierge, de saint Jean-Baptiste, etc. Les offrants se mettent à genoux devant le prieur, et, les mains jointes, promettent de garder et défendre de tout leur pouvoir les biens de cette église ; et le prieur les reçoit comme confrères et participant à toutes les prières qui seront faites tant sur terre que sur mer. Retour
8 Archives du prieuré, sac Z, n° 1 et Histoire d’Aix , liv. III, § 47, par de Haitze, à qui son ami, lit prieur Viany, parait avoir ouvert ses archives. Retour
9 Archives du prieuré, sac &, n°5. Retour
10 Voyez notre 1er vol., pag. 12. Retour
11 Pitton, Annales de la sainte église d’ Aix, in-4°, pag. 118.- J. Raybaud, Histoire de prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 136. – Procès-verbal de visite de l’église et prieuré de Saint-Jean d’Aix, du mois de janvier 1613, f° 334. Nous parlerons plus bas de ce curieux procès-verbal que des auteurs qui le citent n’ont jamais lu ni même vu. Retour
12 Archives du prieuré, sac N, n° 5. Retour
13 Voyez la lettre du pape à Charles 1er, dans l’Histoire des comtes de Provence, par Ruffi, Aix, 1654, in-f° pag. 213. Retour
14 Archives du Prieuré, sac z, n°3. Cet acte de consignation fut reçu par Rostang Gantelmi, notaire, issu de famille noble, le jour des calendes d’avril 1278. Retour
15 Archives du prieuré, sac Z, n° 4. Retour
16 Archives du roi en Provence, regist. Carolus II, n° 292. Retour
17 Il fut enterré dans le cimetière de Saint-Jean, suivant l’élection qu’il y avait faite de sa sépulture, le jour des calendes de mars 1280. Archives du prieuré, sac Z, n° 22. Retour
18 Histoire du grand-prieuré de Saint-Gilles, par J. Raybaud , tom. 1er pag. 194 et suiv. Retour
19 Voyez notre 1er vol., pag. 18 et suiv., 146, 452, 466 et suiv. Retour
20 Archives du prieuré, sac Z, n° 8. Archives du roi en Provence, arm. A, regist. Lividis, f° 319. Retour
21 Archives du prieuré, Sac Z, n° 11. Retour
22 Archives du prieuré, et Gaufridi, Hist. de Prov. Retour
23 Archives du prieuré, sac DD, n° 5. Retour
24 Vertot, histoire de Malte, in-4°, tom. II, pag. 35. Retour
25 Vertot , ibid. – Baudoin, Hist. des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, in-f°, 2e édit., pag. 64. Retour
26 J. Bosio, dell’ Istoria della sacra religione et illma militia di san Giovanni Gerosolimitano, édition du vatican, 1594, in-f°, parte seconda, pag. 49. – J. Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 275. Retour
27 Elzéard Grassi, Jean Grassi, notaires, et Jacques Grassi étaient syndics d’Aix, en 1381, 1385, 1416 et 1421. Bertrand Grassi y était notaire en 1425, 26 et 27, après Jean son père. Depuis lors, les Grassi avaient continué de vivre honorablement dans Aix jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Un Jean-Louis Grassi se qualifie de conseiller et médecin ordinaire du roi, dans un acte de 1645 que nous avons sous les yeux. Joseph et Jean-Louis Grassi, troisièmes consuls d’Aix en 1697, 1730, 1743 et ann. suiv., paraissent avoir été les derniers mâles de cette famille dont les armes étaient d’argent au cœur enflammé de gueules, au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or. On connaît, aux environs de la ville, au-dessous du faubourg Notre-Dame, une domaine important qui porte encore leur nom pour leur avoir appartenu. Retour
28 Visites générales des commanderies dépendantes du grand-prieuré de Saint-Gilles, aux archives de ce grand-prieuré, actuellement réunies à celles de la préfecture à Marseille, ann. 1613 , tom. 1er, pag. 335 , où le prieur de Naberat cite le registre des archives de Malte, intitulé Liber Bullarum, f° 39. Ce dernier registre nous paraît être le seul titre à consulter pour décider si le prieur de l’église de Rhodes dont il est question s’appelait Gautier ou Bernard Grassi. Retour
29 Vertot, Hist. de Malte ; Traité sur le gouvernement de l’Ordre, à la suite de cette histoire. Retour
30 Bosio, parte terza, pag. 213 et 351 ; Baudoin, pag. 362 et 425. Retour
31 Bosio, parte seconda, pag. 122 ; Baudoin, pag. 90. Retour
32 Vertot, in-4°, liv. VI, tom. II, pag. 175. Retour
33 Voyez notre 1er vol. pag. 318, not. 3. Retour
34 J. Raybaud, tom. 1er , pag. 329, et tom. II., pag. 242 et suiv. Retour
35 J Bosio, parte seconda, pag. 127 ; Baudoin, pag. 91; et Vertot, in-4°, tom II, pag. 176. Retour
36 Voyez notre 1er vol., pag. 520 et suiv. jusqu’à 527 inclus. Retour
37 Voyez tous les historiens de l’Ordre sous l’année 1480, et J. Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 381. Retour
38 Archives de la commanderie d’Aix, actuellement réunies avec celles du prieuré d’Aix, du grand-prieuré de Saint-Gilles, etc., aux archives de la préfecture à Marseille. Retour
39 Le prieur Viany cite cet arrêt dans l’un de ses mémoires imprimés contre le bailli de Merles-Beauchamp, commandeur d’Aix, adressé à monseigneur l’éminentissime grand-maître ( in-f° pag. 12), et après en avoir rapporté quelques dispositions, il ajoute : et autres choses qu’on obmet par modestie. Ces derniers mots ayant un jour piqué notre curiosité, nous recourûmes au premier registre des arrêts rendus par le parlement en 1542, où se trouve celui dont nous parlons et nous lûmes: » Sur la requeste faicte judiciellement par le procureur-général du roi, contenant que en receptant les papiers dudit seigneur, il aurait trouvé que l’église Saint-Jehan en ceste ville d’Aix estait de fondation royale et en icelle se doivent faire aulmones suivant les légats faits en ladicte église, et aultres charges d’icelle, ce que ne faisoient les commandeurs et aultres gens qui se tiennent en ladite église, ains tiennent femmes impudiques, et requiert, etc. La Cour a ordonné et ordonne que les prieur et commandeur de ladicte église Saint-Jehan seront adjournés à venir deffendre à la requeste dudict procureur-général à quinzaine, etc., et a, ladicte cour, admonesté et enjoint à iceulx prieur et commandeur de faire dire les messes et aultres heures canoniales et tenir l’église garnie des choses nécessaires, et néanmoins de faire vivre honnestement ceulx qui sont par eux députés au service de ladicte église, ainsi qu’il appartient à gens de leur estat. » Le lecteur voudra bien décider lui-même, d’après cette citation, si notre conjecture est fondée ou non ; car, nous le répétons volontiers, elle est uniquement appuyée sur l’arrêt que nous venons de rapporter et nul auteur n’en dit le moindre mot. Retour
40 Voyez aux archives du prieuré, notamment la transaction du 8 juillet 1656, passée devant André, notaire, à Aix, ratifiée le 15 septembre suivant par le chapitre général du grand-prieuré de Saint-Gilles ; et celle du 30 juillet 1669, devant Claude Alpheran, aussi notaire, à Aix. Retour
41 Mémoires de l’académie d’Aix, tom. V, pag. 201 à 308. Retour
42 Ibid, pag.339, not. 1. Retour
43 Archives du grand-prieuré de Saint-Gilles, réunies à celles de la préfecture à Marseille, tom. 1er des visites générales de 1613, f° 295 et suiv. jusqu’au f° 337 inclusivement, où se trouvent les signatures : F. de Mauléon, le commandeur de Ville-Jésus, F. A. de Naberat et Raybaud ; not. et secret. Retour
44 Le commandeur de Mauléon parle seul ici, attendu qu’il s’agit d’un bénéfice de son collègue le prieur de Naberat qui fait la déclaration, laquelle, dans tous les autres cas, est faite aux deux délégués du grand-prieur. Retour
45 Voyez notre 1er vol., pag. 18 et suiv., et ci-dessus, pag. 303. Retour
46 Il faut se rappeler que ce procès-verbal est de 1613, antérieur de trente-trois ans à la clôture de l’église de Saint-Jean dans la ville. Retour
47 Antiquités nationales, etc., par Millin, cinq vol., in-4°, Paris, 1791, tom. III, art. XXXIII (Commanderie de Saint-Jean-en-l’Isle, départ. de Seine-et-Oise, dist. de Corbeil ; trente-deux pages avec cinq planches). Là se trouve la liste des vingt-neuf prieurs de Saint-Jean-en-l’lsle de Corbeil, connus depuis 1239 jusqu’à la révolution. Ils ne portaient la mitre et la crosse que depuis 1450 environ. Retour
48 Voyez ci-dessus, pag. 302. Retour
49 Ce petit tombeau fut transporté, sous le prieur Viany, dans la chapelle du comte Raymond-Bérenger, où il est encore en face de l’autel actuel de la Sainte-Vierge. On l’a transformé en armoire. Retour
50 L’historien moderne de Saint-Jean prétend que la sépulture commune des prieurs était dans la chapelle de la reine Béatrix, dans le transsept du sud (Mém. de l’acad. d Aix tom. V, pag. 242 et 268). C’est une erreur. Les prieurs et les commandeurs avaient toujours eu la même sépulture, comme le dit ici le prieur de Narebat, située au milieu du chœur, jusqu’au jour où le prieur Viany fit déplacer ce tombeau pour élever le grand autel au même lieu. Retour
51 Le prieur de Naberat dit, dans la chronologie des prieurs de Saint-jean, que cette chapelle des onze mille vierges fut fondée par le grand-prieur de Capoue, Isnard de Albarno, sous le prieur Jacques de Clerio. Retour
52 Il y a ici une erreur évidente quant à l’année. Raymond-Bérenger mourut en 1245 à son retour du concile général de Lyon, où il reçut la rose d’or des mains du pape Innocent IV. C’est ce dont conviennent tous les auteurs. La date du 19 août qu’ils rapportent est moins certaine, et celle du jeudi après la saint Luc que donne ici Naberat, mérite attention ; car c’était anciennement, jusqu’à la révolution, le premier jeudi après la saint Luc que le chapitre de Saint-Sauveur allait célébrer annuellement un service pour le repos de l’âme du comte Raymond-Bérenger, dans l’église de Saint-Jean, où il était obligé de porter tous les vases sacrés et ornements nécessaires, le prieur ne lui fournissant absolument rien pour cela, pas même le feu pour allumer les cierges. Retour
53 Il est fâcheux que M. de Saint-Vincens ait dit par inadvertance (Mém. msst sur les églises, monuments, etc., de la ville d’Aix, que cette statue était celle de Béatrix de Savoie, femme de Raymond-Bérenger IV. Millin l’a dit, d’après lui (Voyage dans le midi, tom. II, pag. 288), et l’historien moderne de Saint-Jean l’a répété (Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 234), sans faire attention, les uns et les autres, que la statue porte une couronne de reine, ce qui indique la reine de Naples, Béatrix de Provence, plutôt que la comtesse Béatrix de Savoie, sa mère. H. Bouche (Hist. de Prov., in-f°. tom. II, pag. 287) ne s’y était pas trompé non plus que Naberat. Retour
54 Chacun peut aisément reconnaître là les armoiries de l’illustre maison de Villeneuve, et l’on ne comprend pas comment l’historien moderne de Saint-Jean y a vu celles des grands-prieurs de Saint-Gilles (Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 252). Celles-ci étaient un agneau pascal avec sa banderolle, telles qu’on les voit encore à la clef de voûte de la dernière travée de la nef de Saint-Jean dans le chœur. Retour
55 Ces autels étaient situés dans la nef l’un, celui de saint Antoine, en avant de la chapelle actuelle où se trouve la petite porte de l’église ; l’autre, celui de saint Blaise, en avant de la chapelle actuellement dédiée au même saint, fondée par l’avocat Jacques Viany, père du prieur Viany. Retour
56 On voit ici que ce n’est pas seulement vers 1680 que cette chapelle fut dédiée à Notre-Dame d’Espérance, comme le dit l’historien moderne (pag. 265) : elle l’était plus anciennement. C’est celle qu’avait fondée et où fut enterré, en 1347, non pas le chevalier Grossis, mais le professeur en droit civil, François de Grossis, chevalier, ce qui n’est pas la même chose. Le testament de ce personnage existe aux archives du prieuré, sac O, n° 17, et par copie au sac AA, n° 15, à la date du 4 avril 1347, Jean Bastardi, notaire. Noble François de Grossis, chevalier, professeur en droit civil, fils de Barthélemy de Grossis, élit la sépulture de son corps dans l’église de Saint-Jean ; fait des legs à Douce de la Lande, sa femme ; à noble Catherine de Grossis, sa fille, femme de noble Raymond Bossi, de la ville d’Apt ; à N…. de Grossis, soit autre fille, femme d’Elzear d’Allamanon, demeurant à Puyricard, outre les douze cents florins qu’elles ont reçus en dot lors de leur mariage ; nomme sa femme tutrice et régente de Jean et Louis de Grossis, ses fils, auxquels il substitue Barthélemy et Georges de Grossis, ses neveux, et au cas où ceux-ci mourront sans enfants, leur substitue ses dites filles, susnommées ; veut que ses armes soient gravées sur sa tombe ; fonde deux chapelles dans l’église de Saint-Jean et l’établissement de deux prêtres pour les desservir, avec le consentement du prieur, etc.. etc. Ce testament indique, ce nous semble, une fortune considérable chez le testateur. – Voyez au tom. 1er, p. 172, note 1, 218 et 283. – Noble Jean de Grossis, l’un des fils de François, s’en allant au Saint-Sépulcre, institua pour ses héritiers ses enfants à naître, et leur substitua Louis de Grossis, son frère, religieux de Saint-Honoré de Lérins et prieur de la Napoule, établissant Phanette, sa femme, exécutrice de son testament reçu le 2 octobre 1363, par Antoine Henrici, notaire. Archiv. du prieuré, sac O, n° 21. Guillaume Barrel, et non Barret comme le dit le moderne historien de Saint-Jean (pag. 266), avocat très distingué, issu d’un Honoré Barrel, assesseur d’Aix en 1492, se chargea, sous le prieur Viany, des frais de la restauration de cette chapelle dans laquelle il élut sa sépulture et celle de sa famille, et où il fut enterré en effet en 1687. Joseph Barrel son fils, assesseur d’Aix en 1685, y fut enterré aussi en 1711. Celui-ci avait épousé Anne de Pontevès, d’où est venu que leurs descendants ont pris le nom de Pontevès et mis de côté celui de Barrel. Retour
57 Nous avions perdu de vue ce passage, lorsque, aux mois de mai et de juin 1843, nous indiquâmes assez maladroitement à messieurs les Membres de la commission d’archéologie, nos confrères, la chapelle du transsept du sud de l’église de Saint-Jean, comme celle où le tombeau et la statue en pierre du grand-prieur Dragonet de Montdragon auraient été enfouis sous l’autel, en 1693, par ordre du prieur Viany. L’épitaphe de ce grand-prieur, placée dans cette chapelle où elle est encore aujourd’hui et quelques phrases assez embarrassées de de Haitze et de Jean Raybaud, avaient causé notre erreur que nous rectifions ici, en indiquant l’autel de la chapelle actuellement dédiée à saint Roch, saint Sébastien et saint Bernardin (c’est-à-dire la troisième chapelle, à droite en entrant à Saint-Jean par la porte principale et qui fait face à celle où s’ouvre la petite porte), comme étant celui où sont enfouis les monuments en question, à moins qu’on ne les ait découverts et détruits lors de la dévastation des églises pendant la révolution, ce que nous ignorons complètement. – Voyez le Rapport sur les fouilles d’antiquités faites à Aix, en 1843 et 1844 ; Aix, Vitalis, 1844, in-4°, pag. 19 et suiv. – Voyez aussi les feuilles du Mémorial d’Aix des mêmes mois de mai et de juin 1843, n° 55, 57, etc. Retour
58 Nous regrettons que l’historien moderne de Saint-Jean n’ait pas connu ce procès-verbal de visite de 1613 ; il nous aurait appris sans doute à quel usage pouvait servir ce puits faict en rond en pierres de taille, de bonne eau, claire et nette, ouvert au milieu de l’église. Retour
59 Voyez ci-après, l’article de ce prieur dans la Chronologie des prieurs de Saint-Jean. Retour
60 Pitton, Annales de la sainte église d’Aix, pag. 304 et 305. Retour
61 De Haitze, Hist. d’Aix, manusc., liv. 25, § 4. – Voyage de Malte, par Dumont (tom. II, de ses voyages, pag. 23), où, après avoir parlé de la dignité de grand-prieur de l’église, il ajoute : » Celui qui la possède aujourd’hui (1697) est » Provençal, de la ville d’Aix d’un nom qui n’est pas connu hors de son quartier, bien que d’ailleurs il soit très honnête homme. » En effet, le grand-prieur de l’église comme l’évêque de Malte, étaient tirés du rang des chapelains et appartenaient la plupart à des familles bourgeoises, quoiqu’ils fussent les premiers grand’croix de l’Ordre après le grand-maître, leur dignité les relevant du défaut de naissance, à defectu natalium, suivant les expressions de l’abbé de Vertot dans sa Dissertation sur le gouvernement de l’Ordre de Malte. Retour
62 De Haitze, Hist. d’Aix manusc., liv. 25, § 59. – Le chevalier Luc de Boyer d’Argens, Réflexions politiques sur l’état et les devoirs des chevaliers de Malte, pag. 99 et suiv., où l’auteur s’exprime ainsi » Le dernier grand-prieur de l’église était un homme d’un mérite distingué, dont le nom et la mémoire doivent être éternellement respectables à tous les chevaliers ; il s’appelait Alpheran. Il est mort dans un âge très avancé et a laissé deux neveux dans l’Ordre ; l’un, est évêque de Malte et a toutes les vertus de son oncle ; il est, ainsi qu’était ce sage vieillard, pieux, charitable, affable, cherchant à obliger tout le monde, rendant même des services à ses ennemis et joignant l’esprit le plus orné à toutes les plus excellentes qualités du cœur ; l’autre, prieur de la Commanderie de Saint-Jean, à Aix en Provence, n’est pas moins estimable que son frère et moins digne d’un oncle aussi illustre. » – A L’égard de ces deux derniers, voyez ci-après la Chronologie des prieurs de Saint-Jean. Retour
63 Vertot, Hist. de Malte, in-4°, tom. IV, pag. 220.-MM. les chevaliers Alexandre et Melchior de Lestang-Parade, arrière-petits-neveux par leur mère du chevalier de Ricard, possèdent une médaille frappée à cette occasion, où ce dernier est représenté d’un côté, avec cette légende autour F. SEXTUS ANGELUS DE RICARD MILES HOSPITALIS HIE : TRIREMIS MAGIST : PREFECTUS. Le revers offre les armoiries du chevalier, entourées du cordon et des attributs de l’Ordre, avec cette exergue : PREMIUM IN EXPUGNATIONE SULTANAE BENGHEM, ANNO SALUTIS M DCC. Nous n’en connaissons à Aix pas d’autre exemplaire que celui-là. Ce glorieux étendard a disparu pendant la révolution, lorsque l’église fut dévastée. Retour
64 Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 282 et suiv. – Gallaup de Chastueil, Disc. sur les arcs triomph. dressés en la ville d’Aix pour les ducs de Bourgogne et de Berri, Aix, 1701, in-f°, pag. 73. -De Haitze, Hist. d’Aix manusc., liv. 25, § 6.- Quant aux mémoires du bailli de Beauchamp (Merles et non Merlès) et du prieur Viany, on les trouve dans tous les anciens recueils de factums des vieilles bibliothèques d’avocats. Ils nous paraissent peu dignes de l’honneur qu’on leur promet de les faire réimprimer, d’autant mieux qu’ils sont remplis de fautes d’impression propres à induire en erreur ceux qui y puiseraient des dates et des noms, sans les comparer avec des documents plus authentiques et plus certains. Retour
65 Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 221 et 297 not. 1. Retour
66 Voyez le Mémorial d’Aix du 3 octobre 1840, art. rue Cardinale, en réponse à un article du précédent numéro, intitulé : lou clouchié de San-Jean. C’est dans celui-ci qu’on peut lire une petite pièce de vers provençaux qui nous paraissent peu faits pour entrer dans un ouvrage sérieux et qu’on trouve néanmoins dans le tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 296 et 297. – Il est surprenant que personne, avant nous, n’ait parlé de ces inscriptions. Retour
67 Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 298, in fine, 299 et 300. Retour
68 Chorographie et histoire de Provence, in-f°, tom. 1er, pag. 198. Retour
69 Hist. de la ville d’Aix, in-f°, pag. 635 et 664. Retour
70 C’est ainsi que nous venons de le reconnaître nous-même récemment, et si l’historien moderne de Saint-Jean eût pris la précaution de revoir la pierre avant de faire imprimer sa notice, il ne fût pas tombé dans une méprise aussi grossière que plaisante. Nous invitons les curieux à aller la vérifier sur place. Retour
71 Mém. de l’acad. d’Aix, tom. V, pag. 231, 236 et 278. – Au surplus, nous convenons bien volontiers que l’ouvrage dont nous venons de critiquer quelques passages, en renferme un plus grand nombre d’autres qui sont dignes de tous les éloges. On y trouve avec plaisir le recueil complet des inscriptions anciennes et modernes qui existaient jadis ou qu’on lit encore dans l’église de Saint-Jean, et même six vers d’Antonius Aréna, qu’on croit, au premier coup d’œil, être une belle inscription romaine, tant ils sont bien exposés (pag. 223), sauf le quatrième qui est faux. Enfin, la partie descriptive de l’ouvrage est parfaitement traitée, et si nous ne craignions que l’auteur ne nous accusât encore une fois d ‘être un homme dévoré par le dépit (celui sans doute que nous cause son œuvre), nous dirions que nul mieux que lui ne sait parler de trilobes, de transsepts et de choux-frisés. Retour
72 Le mot Auberge équivalait à celui de Langue dans l’ordre de Malte. Retour
73 Nous possédons une pareille liste parmi un grand nombre de pièces sur l’ordre de Malte et particulièrement sur le prieuré de Saint-Jean d’Aix. Celle-ci se trouve dans un registre in-f° manuscrit, que nous tenons de l’obligeance de l’honorable M. Bouteuil, doyen de la faculté de droit d’Aix, intitulé : Etat et inventaire général des archives de la vénérable langue de Provence, 1752, deux parties en un seul vol. de plus de mille pages ; mais le tout s’arrête à 1752. Retour
74 C’est lui qui fit construire à ses frais la première chapelle à droite en entrant dans l’église, où se trouvait la porte de communication avec la maison prieurale. Retour
75 Parmi quelques autres sépultures remarquables dans l’église de Saint-Jean, nous citerons, à la date du 21 août 1689, celle de Jean-François-Charles de Panola, âgé de trois ans, fils de feu noble Charles, petit-fils du roi de Madagascar et de dame Catherine des Essars de Cardon. On nous ferait plaisir de nous dire qui était ce petit-fils du roi de Madagascar qui vint mourir à Aix ; nous n’avons jamais su le découvrir, et le registre mortuaire ne dit rien de plus. Retour
76 Voyez au tom. 1er, pag. 545. Retour
77 Il ne faut pas confondre, comme l’a fait l’historien moderne de Saint-Jean (tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 274), ce Claude de Simiane devenu grand-prieur de Toulouse en 1722, avec le fondateur de la chapelle du purgatoire dans l’église de Saint-Jean. Celui-ci était l’oncle du grand-prieur et se nommait Henri de Simiane, né à Aix en 1642, reçu dans l’Ordre en 1658. En 1704, le 17 décembre, il fit encore présent à l’église de Saint-Jean, d’une croix en diamants de la valeur de quatre mille livres environ, pour être placée au-dessus de l’ostensoire, laquelle croix ne se trouva plus valoir que huit cents livres le 10 octobre 1708, deux ans après la mort du donateur, par l’effet de quelque supercherie qu’il serait inutile d’approfondir. Henri mourut en 1706 et fut enterré, le 6 août, dans la chapelle du Purgatoire qu’il avait fondée, où reposaient déjà trois de ses frères comme lui chevaliers de Malte. Claude de Simiane, leur neveu, depuis grand-prieur de Toulouse, était né à Aix le 19 juin 1673, et n’avait ainsi que quinze ans lors de la fondation de la chapelle dont il est question, ce qui suffit pour prouver qu’il n’en est pas le fondateur. Retour
78 Voyez ci-après, rue Saint-Michel. Retour
79 Voyez au tom. 1er, pag. 645. Retour
80 Voyez au tom. 1er, pag. 543 et suiv. Retour
81 A cette époque la nation venait de rembourser les deux tiers de la dette publique en bons dits de deux tiers mobilisés, dont le taux n’était que de deux francs par cent francs à la bourse de Paris, et avait inscrit l’autre tiers sur le grand-livre, ce qu’on appelait le tiers consolidé, qui se vendait au prix de quinze ou seize francs pour cent francs. Les membres de l’association employèrent à cette acquisition leurs bons de deux tiers et leur tiers consolidé qui, négociés à la bourse à l’effet de parfaire le prix d’achat dans les proportions voulues par la loi, représentèrent pour eux en définitive ladite somme de cinq cent treize mille francs. – Ces membres étaient MM. Aubert-Mignard et Antoine Aubert, syndics, de Philip et de Callamand, anciens conseillers aux comptes, de Mayol-Saint-Simon, de Meyronnet-Châteauneuf, Pellicot, médecin, Vial et Roux-Alpheran (auteur de cette notice) ; mesdames Lieutaud épouse Pochet, de Calvy veuve de Joannis, Pazèry de Thorame veuve d’Eymar de Nans, Barrème veuve Brochier, et mademoiselle Tamisier. Retour
82 La cérémonie fut extrêmement longue, d’autant mieux qu’elle avait commencé par une première séance à l’Hôtel-de-Ville où M. le commissaire du roi avait prononcé un discours analogue la circonstance. Nous n’assistâmes qu’à celle qui eut lieu à Saint-Jean, et nous nous souvenons qu’un autre spectateur placé assez près de nous, dit à l’un de ses voisins- » Croyez-vous que ce soit en l’honneur de Raymond-Bérenger qu’on nous fait ennuyer depuis deux ou trois heures ? pas du tout. C’est pour nous apprendre que Romée de Villeneuve était le ministre de ce prince, il y a six cents ans. « – En effet, les discours de M. le comte de Villeneuve et de M. l’archevêque de Bausset, son oncle, s’étaient fort étendus sur les hautes qualités de ce ministre. Retour

References: § 35
 § 47
 § 4
 § 59
 § 6
in fine