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Timestamp: 2017-12-12 00:33:37+00:00

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Les voyages dans le judaïsme: Livre de Ruth premier verset « Garder l'inaccompli
Les voyages dans le judaïsme: Livre de Ruth premier verset
Certains, pour nier l’existence d’un peuple juif, fondent à peu près toute leur argumentation sur l’idée qu’il n’y a pas eu d’exil pour les Juifs. Or nous allons montrer que non seulement le peuple juif voyage, mais qu’il a aussi une façon particulière de séjourner et que sa pensée de l’émigration est fondamentale pour réfléchir sur la pensée tout court. Mais aussi, faut-il exclure toute idée d’enracinement dans la pensée juive, comme tend à le faire le philosophe Emmanuel Lévinas ?
Nous allons surtout travailler sur le premier verset du Livre de Ruth, qui est au centre de la fête de Chavouot.
Ce premier verset, il serait bon de le lire à la lumière de la Hagada que nous racontons à Pessa’h. Car nous savons bien par le compte de l’Omer qu’il y a un lien entre Pessa’h et Chavouot, la libération physique et la libération morale. A quelle condition voyageons-nous bien, hors de la terre d’Israël ? Lorsque Jacob descendit en Egypte, il y fit l’expérience de vivre en « guer », en étranger, et selon la tradition l’Eternel rusa pour le faire partir d’Israël : la Hagada nous dit : « vayagar cham » ן׳גר שם
Cela nous enseigne que Jacob ne descendit pas en Egypte pour s’y installer (lehichtaqea :
להשתקע)
Mais pour y séjourner en tant qu’étranger (lagour
לגןר)
Comme il est dit (Gen. 47,4) « Ils déclarèrent à Pharaon : nous sommes venus séjourner (« lagour ») dans le pays car il n’y a plus de pâturage pour le petit bétail qui appartient à tes serviteurs, tant est grave la famine au pays de Canaan. A présent, puissent tes serviteurs habiter (yechevou ») au pays de Gochen ».
Peut-être l’erreur de Jacob se voit-elle dans sa demande : est-il possible de vivre sur le mode indiqué par le verbe « yachav », habiter de façon disons solennelle, installée en quelque sorte, ou même gagner une demeure « définitive » selon l’exégèse de Maïmonide du verbe « chakhan », ailleurs qu’en Israël ? Ne faut-il pas en réalité, même en Eretz Israël, garder quelque chose de l’attitude du « guer », l’étranger, le « séjourneur éphémère » qui sait se séparer ?
Au début du Livre de Ruth, la famine fait aussi partir, du temps des Juges, un homme qui (1,1) « partit de Bethléem en Juda pour aller séjourner (« lagour ») dans les plaines de Moav, lui, sa femme et ses deux fils ». Il est donc là aussi parti de la terre d’Israël, de la « maison de pain » (Beit le’hem), et l’on peut se demander ce qui a provoqué là une famine, ou ce qu’est la famine, et il est allé chez les Moabites.
N’est-ce pas bien dangereux de quitter ainsi son pays ? Je lisais les « conseils aux voyageurs » sur un site gouvernemental (Affaires étrangères et diplomatie). Voilà comment cela commence : « Il est fortement recommandé de suivre les conseils figurant en particulier dans la rubrique « Sécurité » afin de garantir votre sécurité personnelle ». Et cela se termine ainsi : « Soyez prudent et vigilant, observez et respectez les usages, les coutumes et la loi du pays visité. » Cette insistance sur le danger est bien un signe de notre temps. Mais on voit aussi qu’il y a une difficulté à sortir du pays d’Israël : ne risque-t-on pas de perdre ses racines et de mal agir du point de vue de la loi morale ?
C’est parce que nous faisons cette expérience de la relative insécurité du « guer » parmi les peuples que nous sommes davantage capables de bonté et d’amour non pas seulement à l’égard de notre famille, de notre mari ou notre épouse, de nos parents, de nos enfants, de nos cousins, mais aussi de notre « lointain », de celui qui est venu vers nous sans forcément vouloir s’intégrer, s’assimiler totalement. Préfigurant la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, la Bible nous dit (Paracha Emor, Lév. 24,21 : « …On vous jugera de la même façon, concernant l’étranger comme concernant l’indigène ». Autre traduction : « il y aura une seule loi (« michpat ») pour vous, elle sera la même pour l’étranger comme pour l’indigène ». Et l’on a aussi (Paracha Kedochim, Lév. 19, 33, 34) : « Si un étranger séjourne (« yagour ») avec vous dans votre terrre, ne le molestez pas. Comme un indigène d’entre vous sera pour vous l’étranger qui séjourne (« hagar ») avec vous et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers sur la terre d’Egypte ».
C’est parce que nous pensons ainsi que nous ne saurions limiter sans dégâts spirituels le sens de « guer » à celui du converti, qui, lui, fait partie de la famille, devenant fils ou fille d’Abraham et de Sarah.
Le paradoxe, c’est que ce sont les brus de Noémi qui sont incitées à rebrousser chemin. Quelle différence entre une mauvaise façon de « revenir » et la bonne façon, la « techouva », un mot si proche de la racine qui signifie « résider » ou « siéger » (« yachav ») ? Il faut pour y penser réfléchir sur celui qui partit de la terre de ses parents et de l’idolâtrie initiale, Abraham. La hagada décrit ainsi notre point d’origine dans le temps :
מתחלה עובדי עבדודה זרה היו אבות׳נו
« mite’hila ovedei avoda zara haiou avotenou » : « A l’origine nos pères étaient idolâtres ».
Le Talmud pose la question initiale ainsi pour un Juif : « A partir de quand ». A partir de quand récite-t-on le Chema du soir ? A partir de quand est-on juif ?
L’Eternel pour le faire partir parle à Abraham au futur : « Je te ferai voir » (Gen. 12,1). Philon d’Alexandrie dans le De Abrahamo §57 dit que le nom « Israël » signifie « Celui qui voit Dieu » L’âme qui a foi en Dieu remercie et témoigne de sa foi en rendant grâce non devant des réalisations présentes, mais devant l’attente du futur. Un futur non pas forcément de pierres élevées (le Temple de pierre) mais un futur de vision et de perfection personnelle et collective. ( Cf Philon Περι ἀποικιας, « De l’émigration », §43)
Philon d’Alexandrie ( 20 avant l’ère vulgaire, 54 après) a écrit ce traité parmi 18 traités correspondant au 17 chapitres de la Genèse, appelés « Interprétations allégoriques » Il y écrit (§164) que l’intérêt pour les récompenses terrestres est comme un frelon qui gâche le travail de l’abeille. « L’amant de la pensée » (ὁ φρονησεως ἐραστης) s’en protège par un mur de séparation. Il nous faut nous interroger sur cette question de la séparation comme effort moral, qui nous permet en nous absentant relativement de certaines réalités, de concevoir ce qui sans cela serait resté absent de notre conscience. Philon, ibid. § 44 L’âme « conçoit sans hésitation que des réalités absentes soient déjà présentes par la foi, pourvu qu’elle soit assurée en Celui qui a donné la promesse ». S’absenter un tant soit peu du présent permet de voir l’avenir et d’en éprouver du bonheur déjà maintenant. Dans le Deutéronome (34,4), L’Eternel dit à Moïse : « Je t’ai fait voir de tes yeux, mais tu n’y entreras pas » : Philon §46 commente ainsi : « Les merveilles de la nature sont à voir plutôt qu’à posséder ». Vivre un minimum en « guer » sur terre, c’est ne pas trop prêter de prix à la possession.
Dans l’Exode 20,18 il est dit paradoxalement : « Tout le peuple voyait la voix », de même dans l’Exode 20,22, il est dit : « Vous avez vu que je vous ai parlé depuis le ciel ». Pourtant la voix n’est pas visible, d’ordinaire : cette voix-là ne remue pas l’air, elle est pure de tout mélange avec l’air (§52). Elle est accessible aux yeux de l’âme §39) « C’est par la Sagesse que se contemple le monde de la Sagesse ». On peut peut-être trouver que Philon va trop loin dans la façon de se détourner de la sensation. Mais pour lui c’est ainsi qu’il faut interpréter l’idée qu’être juif c’est se souvenir d’avoir été étranger quelque part, dans les limites (mitzraim) de l’Egypte par exemple.
Va-t-en de ta terre, et de ton parentage, et de l’habitation de ton père (Gen. 12,1)
Philon dans son livre « Au sujet de l’émigration » §2 explique pour commenter ce passage qu’il cite en tête de l’ouvrage : l’âme doit quitter trois domaines, et s’y rendre étrangère : le corps, la sensation et le logos (ce mot grec de logos veut dire à la fois le langage et la raison, mais ici Philon laisse entendre que l’on doit toujours se souvenir que les mots ne sont pas la pensée mais ne font que l’indiquer).
Le corps tout d’abord est asssemblage d’éléments de matière, et lorsqu’il est dissout par la mort on voit bien qu’il n’est plus que des éléments de matière.
La sensation est la partie irrationnelle de l’âme, pour lui (c’est la sœur « alogon » de la dianoia (l’intelligence capable de faire des distinctions, ou de la « logika »(la logique, le raisonnement)). Il faut donc s’en méfier car elle fait bien partie de l’esprit, mais risque de nous emporter vers la folie et l’irréel, l’imaginaire.
Le logos est la résidence de l’esprit, en ceci que l’esprit y formule ses pensées. Mais aussi il ne faut pas oublier qu’il n’en est que la résidence, il n’est pas l’esprit lui-même. L’esprit s’y établit, s’y ordonne (§4). (§5) « Lorsque l’ascète Jacob a reçu la manifestation (fantasia, φαντασια, qui veut dire aussi imagination) [de cette parole], il reconnaît (ὁμολογει) directement que « ce n’est pas autre chose que la maison de l’Eternel » (Gen. 28, 17) On pourrait donc s’attacher à cette « maison de Dieu » plus qu’à Dieu lui-même. Et donc il faut partir même de cela. §7 « Adopte une mentalité d’étranger ». Mais Philon dit : attention, ce que je dis ce n’est pas « Meurs » !
Va-t-en (Gen. 12,1)
S’en aller ici, cela ne signifie pas une séparation (διαζευγμι) de la substance (ὀυσια), car ce serait mourir. Mais il s’agit d’une autre forme de séparation : se rendre étranger. Le mot grec, ἀλλοτριοω signifie au passif se rendre étranger à sa propre nature, chez Platon, dans le Timée, ici par la pensée, il faut rendre notre pensée étrangère, ce qui veut dire notamment ne pas se laisser enfermer dans une nature, une fonction, une identité donnée par les conditions matérielles de notre vie. Cette idée de ne se laisser enfermer par rien, et notamment pas par le corps, la sensation et le logos, se retrouve dans un verbe qui évoque l’idée d’être encerclé (περιεχω, §7, penser à « périmètre »). « Va-t-en loin du terrestre qui te cernes » (§9), « Ressaisis-toi » (§10). « Gare à la beauté des paroles, tu risques de te séparer de la beauté authentique, celle des choses elles-mêmes que désignent les mots » (§11). Méfions-nous des images et des mots. « Quelle aberration, nous dit Philon, de voir accorder plus de valeur à l’ombre qu’aux objets, à la copie plus qu’aux archétypes » (§12).
Comment ne pas se laisser définir, encercler ? Il s’agit de « se tenir au-dessus de tout », au-dessus. « Ainsi l’esprit aura commencé à se reconnaître lui-même » (§13). L’étranger, le migrant est invité ici à se tenir au-dessus de tout, malgré les risques d’humiliation que connaissent les migrants. « Tu es roi », lui dit Philon (§8). Ajoutons cependant qu’il ne faut pas être roi, selon les commentateurs, comme Elimelekh, cet homme qui part au début du Livre de Ruth, parce qu’Elimelekh peut vouloir dire « roi pour soi », uniquement pour soi, égoïstement.
On le voit, être étranger sur une terre peut être positif, c’est aussi cela, courir la chance de commencer à se tourner vers soi comme esprit, comme une âme, et se reconnaître, et reconnaître ses idées, sa culture, ses valeurs. Il faut faire attention au type de conseils de prudence que nous donnent les ministères des affaires étrangères. Même du sage il faut parfois s’éloigner : Abraham dit à Loth : « Sépare-toi de moi » (Gen. 13,9). Philon traduit ce verbe par un nouveau verbe indiquant la séparation : διαχωρισθητι qui veut dire : « Franchis la limite » (§13) On se rappelle que c’est un sens donné au nom des « Hébreux », ceux qui passent la limite (Mitzraim c’est l’Egypte, Peretz c’est la brêche) Il faut que le pédagogue encourage l’élève à sortir de son influence si celle-ci devient une prison. L’élève doit trouver sa fierté. D’où l’attitude paradoxale du Rabbin lors de la conversion ; attirer et repousser du même geste : encourager à sortir des limites par soi-même.
A propos de Joseph qui ne cède pas à Putiphar et ne se comporte pas en sujet avec le panetier et l’échanson, dans la prison, mais devient gouverneur en Egypte, Philon dit qu’ « il a été fier de son appartenance au peuple des Hébreux (Voir Gen. 40,15) dont l’éthique est de toujours voyager du sensible vers l’intelligible » et Philon continue : « Hébreu se traduit par émigrant » (περατης §22). Le verbe qui correspond à ce nom, περαω, signifie passer à travers, traverser la limite (περας, cf. Mitzraim). Ainsi, Joseph a été d’accord pour dire qu’il appartient à Dieu (Gen. 50,19) et non pas à « aucune des choses qui viennent à l’existence sur le mode de la génération » (§22).
Même l’exil du Jardin d’Eden apparaît du coup comme ayant été une nécessité, du moins à lire le Zohar sur Ruth (Midrach Ha-néélam sur Ruth, 75c, p.49 de l’édition française chez Verdier, 1987). Il y a selon le Zohar des choses qu’on montre à l’homme entre sa conception et sa naissance, et entre autres : « On lui dit : Adonai dit à Abram : Va-t-en pour toi, etc., et je ferai de toi une grande nation » (Gen. 12, 1-2). Adonai dit à Abram, tel est le respir (nechama) qui est un père (av) pour l’esprit (roua’h) et qui est supérieur (ram) au corps. « Va-t-en pour toi de la terre », c’est le jardin d’Eden. « Et de ton lieu natal », c’est le ventre de la mère de l’être de chair et de sang. « Et de la maison », c’est la Chekhina, « de ton père », c’est le Saint béni soit-il, et sa mère n’est autre que la communauté d’Israël. « Vers la terre », c’est ce bas monde. » Il y a donc un exil nécessaire, c’est la naissance, toutes les naissances, et donc l’exil du jardin d’eden est aussi une nécessité, une naissance à la vie de l’histoire, de la marche, de l’activité.
Cet exil doit quand même ne pas être solitaire : (ibid. p. 75) « Celui qui marche sur la route doit avoir quelqu’un à ses côtés avec qui s’entretenir des paroles de la Torah » (dans le Chema il est écrit « sur le chemin ») Alors la dispersion des Juifs sur terre est positive : T. B. Pessa’him 87b : « L’Eternel n’a dispersé les Juifs que pour répandre leur croyance au milieu des nations ». Un « ich » selon le Zohar, c’est en général dans la Bible un grand juste de sa génération (Ibid. p 74), capable d’être un bouclier pour soi et pour les autres. Donc au début du Livre de Ruth on nous parle d’un juste, mais il a fui la famine, et il a été châtié pour cela. Il y a d’autres justes qui sont partis en exil volontaire, mais là où « les compagnons répandent les sources de la Torah », ceux-là sont bénis.
Que fallait-il faire alors par rapport à la famine ?
La famine a un rapport avec l’injustice
L’habitation est possible quand il n’y a pas de famine, ce qui implique qu’il y ait suffisamment de justice dans le monde (Voir le Zohar ibid.) C’est pourquoi, malgré même l’existence de l’Etat d’Israël, notre habitation dans le monde est à concevoir comme relativement fragile, ce que nous rappelle les cabanes de Soukot, tant il y a de misère dans le monde. Inversement, fuir l’endroit où l’on est quand la famine vient n’est pas forcément bien, si c’est un juste qui fait cela.
1°) les « Perouchim », les séparés
C’est le nom qu’on a donné en hébreu aux Pharisiens, même si comme l’indique le mot « paracha » leur vocation était plutôt celle de rester au sein du peuple afin de lui expliquer les textes (mepharchim). La séparation est une étape sur la voie de la sainteté.
Selon Rabbi Pin’has ben Yaïr (parent de Chiméon bar Yo’hai) « la promptitude aboutit à la propreté, et la propreté aboutit à la pureté, la pureté aboutit à la « perichout » (« séparation »), et la séparation aboutit à la sainteté. La sainteté aboutit à l’« anava » (l’humilité, la pauvreté en esprit), l’humilité aboutit à la « hassidout », à la piété, qui elle-même aboutit au « roua’h Ha-kodech », à l’esprit de sainteté. L’esprit de sainteté aboutit à la résurrection des morts, qui adviendra grâce à Eliahou Hanavi, au prophète Elie ».
Le « parouch » se retire pour étudier la Torah mais il est en même temps au milieu du peuple, qu’il conduit sur les voies de la Torah, qui l’aide à « sortir » (Nombres 27,17) dans le monde extérieur, mais aussi à se concentrer sur le monde intérieur.
2°) La question de l’enracinement
L’habitation est possible comme « yachav », demeure (idée de solennité, Boaz siège (« yochev ») aux portes pour le jugement final concernant le « goel »), quand il n’y a pas de famine, ce qui implique qu’il y a suffisamment de justice dans le monde (ce qui n’est pas notamment le cas au temps des Juges, si c’est un temps où « les juges sont jugés »).
C’est pourquoi, même s’il existe un Etat d’Israël, notre habitation dans le monde est pour une part à concevoir comme relativement fragile, tant il y a de misère dans le monde.
Inversement, fuir l’endroit où l’on craint la famine, c’est-à-dire tout d’abord l’endroit où croît l’injustice, n’est pas forcément bien, si par hasard c’est un juste qui le fait, donc un homme qui pourrait enseigner.
D’autre part on peut comprendre positivement l’idée d’avoir des racines pour un Juif. Ainsi, l’on présente comme négatif le départ d’Elimelekh dans le Midrach Rabba sur Ruth (1,5) en commentant ainsi : « Et un homme s’en alla » : « sans attaches ! » C’est comme un homme sans racines, il n’est pas précisé qu’il a des chevaux ou des ânes, etc. On peut penser qu’il y a ici une façon de critiquer son attitude en disant qu’il est « sans racines ». Le philosophe Lévinas insiste sur l’intérêt de sortir de l’idéologie de l’enracinement. Il le fait en disant que l’homme n’est pas un arbre. Mais de fait, l’image de l’arbre peut nous aider à concevoir un bon enracinement. Plusieurs passages de la Bible vont en ce sens. Et regardons plus précisément les Pirkei Avot 3,22 : l’image de l’arbre avec de petites racines, et celle de l’arbre avec des grandes racines qu’on ne peut facilement déraciner même avec une grande tempête, nous indiquent qu’il s’agit d’avoir une grande force morale pour résister, et cette force morale s’obtient par de l’étude, certes, mais plus d’action que d’étude : les œuvres doivent surpasser l’étude. En effet nos œuvres ne cesseront de produire des fruits, et là encore c’est dans le futur que nous nous enracinons.
Ajoutons qu’indépendamment des actions qui nous enracinent dans le monde, les liens d’amitié et de fraternité, qui nous rattachent à nos ancêtres, à nos contemporains et à ceux qui viendront, nous enracinent dans une durée qui nous rapproche de la permanence divine, à qui seule selon Maïmonide appartient la Chekhina, la possibilité de demeurer (« chakhan »). L’Eternel, c’est celui qui demeurait dans le buisson (Deut. 33,16, celui qui demeurait au milieu des fils d’Israël (Ex. 29,45) et sa gloire demeura. (Ex. 24,17). Ces citations que relève Maïmonide dans le Guide des Egarés (1e partie §25) vont avec la définition du verbe « chakhan » selon lui : « séjourner en permanence dans un seul et même endroit ». Donc l’Eternel est toujours là puisqu’une fois déjà il a demeuré là.
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References: §57
 §43
 § 44
 §46
 §39
 §2
 §7
 §7
 §22
 §25