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Timestamp: 2019-04-25 06:48:33+00:00

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DECRET n° 2005-991 du 21 octobre 2005
DECRET n° 2005-991 du 21 octobre 2005 relatif à l‘orthographe et la séparation des mots en sooninké
L’orthographe et la séparation des mots en sooninké avaient été fixées, dans un premier temps, par le décret n° 83-371 du 2 avril 1983.
Le sooninké étant une langue transfrontalière en usage en Mauritanie, au Mali, en Gambie et au Sénégal, une rencontre tenue à Bakel en novembre 1995, réunissant les représentants des trois pays et l’Association pour la Promotion du Soninké (APS) basée en France, avait fait des recommandations allant dans le sens de l’harmonisation et de la stabilisation de son écriture.
Depuis lors, dans le cadre de la recherche appliquée, beaucoup de travaux ont été faits sur l’orthographe et la séparation des mots en sooninké. Tenant compte des résultats de tous ces travaux, il était nécessaire d’aller dans le sens de modifier le décret n° 83-371 du 2 avril 1983 afin d’intégrer toutes les propositions validées.
C’est ainsi qu’à l’occasion de la 29e Semaine nationale de l’Alphabétisation (atelier des 7 et 8 septembre 2004 à Dakar), la codification du sooninké a été remise à jour, corrigée et validée.
Vu le décret n° 83-371 du 2 avril 1983 relatif à l’orthographe et la séparation des mots en soninké ;
Article premier. - Les règles qui régissent l’orthographe et la séparation des mots en soninké sont fixées par le présent décret. Les exemples sont pris dans les différents dialectes.
Art. 2. - L’alphabet soninké compte vingt six lettres, dont vingt et une consonnes et cinq voyelles, selon l’ordre alphabétique suivant :
Village/ville
charbon/famille
ñexe
turuŋe
fanqe
xaaxo
yiraame
Les consonnes sont : b, c, d, f, g, h, j, k, l, m, n, ñ, n, p, q, r, s, t, w, x, y.
Art. 3. - Le système vocalique du sooninké connaît une opposition pertinente de longueur. Chaque voyelle brève a une correspondante longue.
tooxe
Art. 4. - Le système consonantique du sooninké comporte des consonnes prénasales. Pour les orthographier, la lettre n est systématiquement retenue devant toutes les consonnes :
dobbe/dobbi
« boucles d’oreilles »
hedde/fedde
« coq »
xiññi
« a mordu »
Art. 6. - Le sooninké réalise une occlusive globale à l’initiale vocalique et à la finale vocalique de certains mots. Etant prévisible à ces positions, elle n’est pas notée à l’écrit.
añjobe
« poisson-chat »
[ si ?]
[ ta ?]
« pied »
Lorsqu’elles sont précédées de la nasale n, les glottales occlusive / ?/ et aspirée /h/ s’assimilent à la nasale pour donner une nasale vélaire phonétique géminée [nn] ou la prénasale [mp], lorsqu’il s’agit du /h/. L’écriture ne tient pas compte de la réalisation de cette assimilation phonétique.
n’anjobe
[ŋŋanjobe]
« mon poisson-chat »
n haqile
[ŋŋaqile] / [mpaqile]
« mon esprit »
n hoore
[ŋŋo : re] / [mpo :re]
« mon noble »
Art. 7. - Lorsqu’elles sont précédées de la nasale n, les constrictives suivantes se transforment (phonétiquement) en occlusives. L’écriture ne tient pas compte de la réalisation de cette alternance phonétique.
n fuure
[npu :re]
« ma piroque »
n raqqe
[ nlaqqe]
« ma bouche »
« mon cheval »
n xanne
[nqanne]
« mon cou »
n wulle
[nnulle]
« mon chien »
n yaqqe
[ññaqqe]
Art. 8. - Le sooninké est une langue à tons. Mais les tons ne sont pas notés à l’écrit, le contexte permettant de faire la distinction.
« soleil/pastèque »
niiñe
« souris/terre »
« fer/saleté »
« retourner/mil »
Chapitre III. - Le nom et ses déterminants.
Art. 9. - A l’indéfini, le nom soninké se présente comme un radical nu.
« un pied ».
Art. 10. - On obtient le nom défini en suffixant la marque -n du défini à la forme indéfinie.
« le pied ».
Art. 11. - Le pluriel des noms se forme par suffixation à la forme indéfinie, des marques -ni/-nu ou -o/-u selon les cas suivants :
lorsque le nom est monosyllabique, le pluriel se forme par allongement de la voyelle finale et suffixation des marques -ni/-nu.
« un bovin »
naani/naanu
« des bovins »
« un cheval »
siini/siinu
« des chevaux »
« un champ »
teeni/teenu
« des champs »
fo/ho
« une chose »
fooni/foonu
hooni/hoonu
Lorsque le nom est polysyllabique, le pluriel se forme par substitution de la marque -o/-u du pluriel à la voyelle finale du nom indéfini.
kore « un charbon »	=>
« des charbons »
fare	« un âne »	=>
« des ânes »
Lorsque le nom, à l’indéfini, se termine par -u, le pluriel se forme avec la particule -ni/nu.
buudu « une galette =>
buuduni/buudunu
« des galettes »
buutu « un cor »	=>
buutuni/buutunu
« des cors »
yexu	« un mariage »	=>
yexuri/yexunu
« des mariages ».
Lorsque le nom, à l’indéfini, se termine par -o, le pluriel se forme avec la marque -u.
Sugo	« une chèvre »	=>	sugu	« des chèvres.
Art. 12. - Tous les autres déterminants s’écrivent séparément du nom qu’ils déterminent.
n faaba
ke gide
« cette pierre »
yugo su
« tout homme ».
soro sikki
« trois personnes »
ka fillandi
« une deuxième maison ».
Chapitre IV. - Le verbe et ses modalités
Art. 13. - Les pronoms personnels sujets simples et emphatiques du sooninke sont :
Pronoms simples
Pronoms emphatiques
n/-in-
(position « je » interne)
« moi, me »
« toi te »
« lui, se »
xa ku
« ils/elles ».
« eux/elles ».
Les pronoms emphatiques se forment à partir des formes du pronom personnel simple suivi de ke pour les personnes du singulier, et de ku pour les personnes du pluriel. Tous ces pronoms s’écrivent séparément du verbe.
n daga
« je pars, je m’en vais »
xa yige
« vous mangez, mangez ! »
o ku ri
« nous, nous sommes venus »
Art. 14. - Le sooninké possède beaucoup de particules modales qui accompagnent le verbe. Elles sont autonomes et s’écrivent séparément.
Particules du réfléchi :
nda du katu
« je me suis frappé »
Particules du réciproque :
da me wari
« vous vous êtes vus »
Particules verbales :
ya, wa, yi, na, ma, maxa, ntaxa, nta, ga :
A ga daga, o sewo
« quand il est parti, nous sommes contents »
Particules négatives :
feti, fe, ni, ma, mañi :
a jaxe feti
son mouton »
Particules emphatiques :
ya, na :
a toxon ni Xunba
« son nom c’est Coumba »
a daga saxan na
« elle est partie au marché »
Particules interrogatives :
xori, ba, keti, ko, kooni, kan :
a daga ha ?
« est ce qu’il est parti ? »
xori a daga ?
keti a daga ?
Particules de subordination
et d’intensification :
leminen nda ri
« si l’enfant vient »
yaxare gana xara,
nafa duro « lorsque la f emme s’instruit, ce n’est
que bénéfice »
kamme gan texe,
sokken na bogu
« s’il avait plu, l’herbe aurait poussé ».
Art. 15. - En sooninké, lorsque deux voyelles se rencontrent à la frontière de mots (finale du mot précédent et initiale du mot suivant), il se produit un phénomène phonétique d’élision ou de contraction. L’écriture ne tient pas compte de ces réalisations.
a da in katu
[a din katu]
« il m’a frappé »
a da o katu
[a doo katu]
« il nous a frappé »
a suugu o da
[a suugoo da ]
« il a chanté pour nous »
a ñono a da
[a ñonaa da ]
« il a puisé pour elle »
a kari i da
[a karii da]
« tue le pour eux »
a senbe a da
[a senhaa da]
« mets le lui (la) de côté ».
Art. 16. - Dans la marque aspectuelle discontinue wa...-ni/-ne, seul l’élément -ni/-ne est suffixé au verbe.
a dangi
« il est passé »
a wa dangini
« il est entrain de passer »
a soxe
« elle s’est tatouée »
a wa soxene
« elle est entrain de se tatouer »
Art. 17. - A l’oral, les pronoms personnels à forme vocalique s’amalgament avec certaines marques aspecto-modales comme l’impératif.
daga « partir » =>	o nan daga => on ndaga
Chapitre V. - La dérivation et la composition.
Art. 18. - Pour la formation des mots, le sooninké use beaucoup de la dérivation et de la composition. Les dérivatifs sont suffixés ou préfixés à la base lexicale.
« unir »
baanondi
« unifier »
baanonde
« unification »
baanaaxu
Baane « un » =>
baanoye
« ressemblance »
baananke
baanonte
« uni »
baanankaaxu
« unicité »
baanan baanan
« un à un »
dubaane
« une seule fois ».
Art. 19. - En sooninké, les éléments du mot composé sont séparés par un trait d’union.
turune « hyène »
+ fa « jujubier »
turun-fa
« jujubier sauvage »
kutu « couper »
+ kutu « couper »
« couper en morceaux »
bonte « sauter »
+ bonte « sauter »
bonte-bonte
« sautiller »
Art. 20. - Toutefois, en cas de normalisation du composé formé à partir de la réduplication nominale, le nom s’écrit en un seul mot. Il en est de même lorsque les éléments du composé sont reliés par des particules :
kutu « couper »	=> kutu-kutu =>	kutukutunde
« le fait de couper en morceaux »
wuru « courir » => wuru-wuru =>	wuruwuruye	« le fait de courir dans tous les sens ».
mexe « fer » + si « cheval » =>	mexenci
« bicyclette ».
Art. 21. - Lorsque les deux termes d’un mot composé sont reliés par les particules : du, ra, n, maxa, si l’un des termes du mot composé est un verbe ou un adjectif, ou s’il y a chute syllabique, ils s’écrivent aussi en un seul mot.
kille+maxa+n+saqqaana	killimaxansaqqaana
« coupeur de route »
kitte + ra + n + gode	kittirangode	« bracelet »
tammu + Fillo	tanpille	« vingt »
tammu + sikko	tanjikke	« trente »
yugo « homme » + sire « bon »	yugusire	« brave »
texu « toux » + xoore « grand » texuxoore
« tuberculose ».
Art. 22. - Le mot remme « petit » ou « petit de » entre souvent en combinaison avec le nom qu’il détermine pour former divers composés. Ils s’écrivent en un seul mot avec des modifications morphologiques et sémantiques.
yitte « arbre, médicament » + remme
yittiremme
yitte + n (yittin) + remme
yittinremme
« arbuste »
si « cheval » + N +remme
sinremme/
sillemme
« poulain ».
Art. 23. - Pour délimiter la phrase et ses composantes, le sooninké utilise les signes et les valeurs de la ponctuation en usage en français en tenant compte de la structure de la phrase sooninke. Les signes sont :
tonbe do gorobe
tonbun filli
tonbun sikki
xiile/fuutiye
jokkindi xiile
bundannu
tiridindi tonbe
kaawa tonbe
Les lettres majuscules sont utilisées au début des phrases, des vers et des noms propres, ainsi que pour noter les sigles.
« Soumaré (nom de famille) »
« Guidimakha (nom de province) »
Ñiiñen ni an menjannen ya
Ñiiñen ni an menjaŋŋen ya, awa an da xo saaxe. A na i funcun do i ñiimun kini an ŋa, an ga bireene ti i ya. A wa sokken kinni naaburu, i ga bireene yi. Yittun wa bakka a yi, an gan guppen do an soxurexen do an taaxaadun golliñaana ti I ya. An ga na ñi an yinben kumunu, an faayi suwan ya wutu. Ke ñiiñe baane ya ni o mini jin marana i noxon na. Xo an saaxa, a wa mulla an ga i sorogono, an ga i laabandini, an ga i xanunu.
An nan xawa manne ñaana a dan na ? An ga na gunnen yittun su soppi, an ga da i bedegun su buyi, a yi xo an ga da an ma faten duuron wara wuron mullen noxon ŋa.
La terre, c’est ton amie
La terre, c’est ton amie : elle est comme une mère pour toi. Elle te donne ses graines et ses racines avec lesquelles tu te nourris. Elle donne l’herbe aux animaux pour qu’ils se nourrissent. Elle fait pousser les arbres avec lesquels tu fabriques ta hutte, ton lit et ton siège. Pour allumer ton feu, c’est du bois que tu utilises. C’est cette même terre qui garde en son sein l’eau que nous buvons. Comme ta mère, elle veut que tu t’occupes d’elle, que tu la tiennes propre, que tu l’aimes.
Que dois-tu faire pour elle ? Si tu coupes tous les arbres de la brousse et que tu brûles tous les arbustes, c’est comme si tu laissais ta mère sans vêtement dans le froid de la nuit.
Art. 24. - Sont abrogées toutes dispositions contraires au présent décret, notamment le décret n° 83-371 du 2 avril 1983.

References: Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12

Art. 13

Art. 14

Art. 15

Art. 16

Art. 17

Art. 18

Art. 19

Art. 20

Art. 21

Art. 22

Art. 23

Art. 24