Source: https://unionisme.be/ch18371127.htm
Timestamp: 2020-04-06 10:45:05+00:00

Document:
Chambre des représentants de Belgique. Séance du lundi 27 novembre 1837
Séance du lundi 27 novembre 1837
1) Pièces adressées à la chambre, notamment pétition relative au prix du charbon
2) Projet de loi portant organisation de l’école militaire. Discussion des articles. Proposition de supprimer l’université de Gand (Pirson, Dubus (aîné), Pirson), programmes des cours notamment cours de grammaire (Dubus (aîné), de langue flamande (Willmar, de Langhe, de Brouckere, Desmanet de Biesme, F. de Mérode), d’histoire nationale et des langues étrangères (Devaux), réplique générale (Willmar), de la langue flamande (de Brouckere, Willmar), d’histoire nationale et des langues étrangères (Devaux), de la langue flamande (de Langhe, de Brouckere, Willmar, Dolez), de la minéralogie (Dumortier), recours au jury d’examen universitaire pour l’admission des élèves aux cours d’application (Verhaegen, Pollénus, Willmar, de Puydt, A. Rodenbach, Desmanet de Biesme, (+instruction des sous-officiers) Desmaisières, de Brouckere, Dumortier), personnel enseignant et d’encadrement (Dumortier, Dubus (aîné), Willmar, de Puydt, Dumortier, Willmar)
(Moniteur belge n°322, du 28 novembre 1837)
« Le sieur Léon de Breckenheimer, ex-sergent d’artillerie, domicilié à Wavre, né à Breda, demande la naturalisation. »
« Des industriels et habitants de Dixmude demandent que la chambre prenne des mesures pour faire cesser la hausse sans cesse croissante du prix du charbon. »
« Le conseil communal de la ville de Soignies demande la réforme de la loi électorale. »
« Les sieurs van Straelens et comp., fabricans, demandent que les vases en verre de Bohême puissent continuer à entrer en Belgique au droit de 6 p. c. »
« Des médecins et chirurgiens de la province du Limbourg de mandent une loi qui défende aux officiers de santé militaires la pratique au civil. »
« Le sieur Bigler, sergent au 17ème régiment de réserve, demande la croix de Léopold ou de l’avancement, en récompense de ses services. »
- La pétition du sieur Breckenheimer est renvoyée à M. le ministre de la justice ; les autres requêtes sont renvoyées à la commission des pétitions.
La discussion continue sur l’article 2.
M. Pirson. - Jamais projet de loi n’a excité une divergence d’opinion telle que nous la voyons dans la chambre à l’occasion de l’école militaire.
Jamais résultat de discussion n’a été aussi incohérent. En effet, par l’article premier adopté, nous laissons au ministre le choix de l’emplacement de l’école militaire dans une ville forte quelconque. Par l’article nous fixons nous-mêmes cet emplacement, et moi qui ne voulais aucune limite pour le gouvernement, qui ai voté dans ce sens sur le premier article, j’ai cependant voté ensuite pour enlever tout choix d’emplacement au gouvernement.
Messieurs, je vais vous expliquer cette contradiction. D’abord je n’ai vu que l’établissement tout à fait isolé de l’école militaire, et je pensais que le gouvernement pouvait apprécier plus impartialement que nous le mérite de l’emplacement ; je pensais qu’il fallait repousser loin d’ici tout esprit d’intérêt local, j’ai presque dit de parti ; cependant toutes ces difficultés se sont traduites ; je n’en ai point de regret, elles ont amené des explications utiles, et j’en ai profité. On a parlé économie, de l’état actuel et de l’avenir de nos universités. Les uns voulaient pour l’école militaire toute l’extension possible, parce qu’il est reconnu que les élèves font des progrès avantageux quoique dans une situation tout à fait provisoire ; les autres craignaient d’enlever un seul élève à nos universités, parce que déjà elles sont peu fréquentées, On a été jusqu’à prévoir en quelque sorte la chute de quelques-unes. En effet, nous en avons cinq et c’est trop.
L’amendement de M. Devaux m’a paru conduire au remplacement de l’une d’elles par l’école militaire, et voilà pourquoi j’ai voté pour cet amendement.
J’espère que nous arriverons à quelque chose de plus clair, de plus net, de plus positif que ce qui résulte de l’adoption des deux premiers articles ; c’est-à-dire, à la suppression franche de l’université de Gand. S’il en était autrement au second vote, je me prononcerais contre mon dernier vote.
C’est dans ce sens que j’ai formulé un amendement qui peut-être sera considéré comme un projet tout nouveau.
Du reste, si vous voulez me le permettre, je vais en donner lecture ; cela n’est point long :
« Art. 1er. L’université de Gand est supprimée. »
« Art. 2. Elle est remplacée par une école polytechnique et une école militaire. »
« Art. 3. Il y aura à l’école polytechnique des cours généraux et théoriques pour toutes les armes, la marine, le génie civil, la minéralogie, la médecine et la chirurgie. »
« Art. 4. Il sera reçu autant d’élèves qu’il s’en présentera, après avoir subi toutefois un examen sur les matières énoncées dans le programme. »
« Art. 5. Le nombre des élèves ne sera limité que par l’impossibilité du casernement. »
« Art. 6. Les élèves paieront une pension de … par année ; il y aura des bourses et les demi-bourses. »
« Art. 7. Le ministre de la guerre prendra les élèves pour l’école d’application de chaque arme, la chirurgie, la médecine et la pharmacie de l’armée, parmi les élèves de l’école polytechnique qui en auront suivi les cours pendant deux années.
« Art. 8. Les élèves de l’école polytechnique concourront avec tous ceux qui se présenteront pour les emplois du génie civil et des mines, suivant le mode, le programme et les examens déterminés pour cette partie du service public.
« Art. 9. Les élèves de l’école polytechnique pourront, comme ceux des universités, se présenter aux examens généraux pour obtenir le diplôme de candidat et docteur en sciences. »
« Art. 10. Les élèves qui seront reçus à l’école d’application pour une arme quelconque devront, à leur entrée, souscrire un engagement de six ans. »
« Art. 11. Les cours de l’école d’application seront de deux années. »
« Art. 12. Le régime des deux écoles sera dans les attributions du ministre de la guerre. »
D’après mon projet, la ville de Gand ne perdrait rien, elle aurait plus que l’équivalent de son université. Mais il y aurait grande économie pour l’Etat. Le montant de la dépense de l’université serait plus que suffisant pour payer les frais de l’école militaire. En effet, les deux universités sont portées au budget pour une somme de 536,000 francs, dont moitié, 268,000, pour une seule.
M. le ministre de la guerre ne porte pour son école militaire que 160,000 francs ; mais avec l’extension que je propose de lui donner, je suppose que 268,000 francs ne seraient pas de trop.
D’après mon projet, le ministre aurait son école de médecine qu’il nous demandait l’année dernière et que nous lui avons refusée.
Par mon projet, l’opinion libérale de notre collègue Gendebien trouverait satisfaction, puisque pour les cours généraux on recevrait tous les élèves qui se présenteraient ; le ministre n’aurait que plus de choix pour ses élèves des cours spéciaux ; le grand nombre d’élèves ne porteraient aucun préjudice à l’Etat, puisqu’ils paieraient une pension plus que suffisante pour leur nourriture.
Ainsi nous aurons une école militaire qui ne nous coûtera rien, nous épargnerons encore les frais de bâtisse ; il y a des édifices suffisants à Gand, tandis que, quelque part que nous placions ailleurs notre école, il faut bâtir.
M. Dubus (aîné). - Je crois, messieurs, que la chambre ne peut pas s’occuper en ce moment du projet de loi qui vient d’être présenté par l’honorable député de Dinant. Ce projet de loi remanie entièrement l’article premier, que nous avons déjà voté, et toutes les autres dispositions principales, tant de la loi qui nous occupe que de la loi sur l’enseignement supérieur : on ne peut donc pas le considérer comme un amendement à l’article 2, mais c’est un projet de loi tout nouveau et contraire à celui qui est l’objet de la discussion actuelle, discussion dans laquelle nous avons déjà fait de grands pas. Je demande donc que la chambre prononce la question préalable sur le projet de loi que vient de présenter l’honorable M. Pirson, tout en laissant à l’honorable membre la faculté de déposer son projet sur le bureau pour être examiné par les sections.
M. Pirson. - Messieurs, j’avais l’intention d’expliquer la contradiction apparente qu’il peut y avoir entre les deux votes que j’ai émis avant-hier : après cela, comme j’avais un projet dans la tête, je désirais le communiquer à la chambre, afin qu’elle prononce nettement la suppression de l’université de Gand ; une fois cette résolution prise, nous travaillerions d’une manière solide pour l’avenir. Du reste, messieurs, je n’insisterai pas sur mon projet ; il me suffit que la chambre m’ait permis d’en donner lecture. Je ne propose donc plus rien.
M. Dubus (aîné). - Je désirerais savoir si M. le ministre de la guerre tient à conserver les mots : « la grammaire française » dans la nomenclature que présente l’article 2 ; l’ordonnance française pour l’organisation de l’école polytechnique ne fait mention que de la « composition française » sans parler de la grammaire. Est-il nécessaire de supposer dans la loi que les élèves ne savent pas la grammaire ? Je conçois que, transitoirement, il peut être nécessaire de l’enseigner ; mais je pense qu’à une époque plus ou moins prochaine, on pourra exiger des jeunes gens qui se présentent pour être admis à l’école militaire, la preuve qu’ils connaissent suffisamment la grammaire.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - Je ne tiens pas, messieurs, à la conservation du mot « grammaire » dans l’article 2 ; si on le supprime, il suffira d’insister fortement dans le programme d’admission sur la connaissance de la grammaire, et de n’admettre que les jeunes gens qui la connaissent suffisamment.
Je dirai quelques mots, messieurs, au sujet de l’amendement de M. de Langhe. Il me semble que les observations de M. Dubus, relativement à la grammaire française, doivent s’appliquer également à l’amendement de M. de Langhe : il ne s’agit pas en effet d’enseigner aux élèves de l’école militaire la composition flamande, mais seulement de leur apprendre assez de flamand pour qu’ils puissent se faire entendre de leurs soldats s’ils sont officiers de troupe, et s’ils sont officiers du génie, des ouvriers flamands avec lesquels ils pourraient se trouver en relation pour l’exécution de certains travaux.
Il est très utile que la langue flamande soit possédée par les officiers de notre armée, mais je ne regarde pas son utilité comme assez absolue pour en rendre l’enseignement obligatoire. Il serait peut-être préférable de substituer à cette obligation pour le gouvernement l’obligation pour les élèves de posséder les éléments de cette langue avant leur entrée à l’école.
M. de Langhe. - Certainement, messieurs, si M. le ministre consent à insérer dans le programme d’admission à l’école militaire l’obligation de connaître la langue flamande, le but de mon amendement sera en partie atteint. Cependant, lorsque des jeunes gens qui connaissent imparfaitement la langue flamande, entreront à l’école militaire à l’âge de 16 ou 17 ans, et que, pendant les 4 années qu’ils y resteront, ils ne recevront plus aucun enseignement dans cette langue, il est à peu près certain qu’ils l’auront tout à fait oubliée.
Quant à l’utilité du but que je veux atteindre par mon amendement, je crois, messieurs, qu’il est indispensable que les soldats comprennent leurs officiers, que les ouvriers comprennent celui qui est chargé de surveiller leurs travaux ; je demande donc qu’on maintienne mon amendement, sauf à substituer aux mots : « la langue flamande » ceux-ci : « les éléments de la langue flamande, » car je n’ai nullement l’intention d’imposer aux élèves une étude approfondie de cette langue ; il suffit qu’ils en sachent assez pour se faire comprendre.
M. de Brouckere. - Il me semble, messieurs, qu’il y aurait injustice à exiger la connaissance de la langue flamande ou même des éléments de cette langue, pour pouvoir être admis à l’école militaire, Une pareille disposition serait tout à fait préjudiciable aux provinces wallonnes : tout le monde sait, en effet, que, dans les provinces flamandes, toutes les personnes quelque peu bien élevées connaissent le français, tandis que, dans les provinces wallonnes, presque personne, je pourrais même dire personne, ne connaît le flamand ; vous allez donc forcer les jeunes gens de ces provinces qui se destinent à l’école militaire, d’étudier une langue que personne ne parle chez eux : il me paraît que cela serait souverainement injuste.
Dans tous les régiments de l’armée, il se trouve des soldats qui ne connaissent que le flamand, il faudrait donc que tous les officiers connussent cette langue ? Je demanderai à M. le ministre de la guerre s’il exigera cette connaissance de tous ceux qui deviennent officiers sans passer à l’école militaire. M. le ministre me répondra sans doute que non. Alors pourquoi exiger davantage sous ce rapport, des élèves de l’école militaire qui ont déjà tant d’autres choses importantes à étudier ?
Je crois, messieurs, qu’on peut très bien rendre des services à son pays sans savoir le flamand. S’il n’en était pas ainsi, nous ne verrions pas siéger au banc des ministres la plupart de ceux qui y sont assis ; car, si je ne me trompe, la plupart d’entre eux ne savent pas le flamand. Je suis loin de leur en faire un grief, mais dès lors, il ne faut pas non plus montrer tant d’exigence à l’égard des jeunes gens qui entreront à l’école militaire.
M. Desmanet de Biesme. - Messieurs, je pense, comme l’honorable M. de Brouckere, qu’on ne peut exiger des jeunes gens qui entrent à l’école, qu’ils sachent le flamand, car dans nos provinces wallonnes on apprend peu le flamand. Je crois cependant que l’étude de cette langue est utile aux officiers qui peuvent être cantonnés dans les différentes parties du royaume. Je voudrais donc qu’on rendît obligatoire l’étude des éléments de la langue flamande à l’école militaire, mais je ne voudrais pas qu’on fît de la connaissance de cette langue une condition d’admission à l’école.
M. F. de Mérode. - Messieurs, l’observation qu’on vient de présenter à l’égard des officiers ne me paraît pas concluante dans le cas actuel ; car pour moi, je voudrais qu’on ne nommât pas un seul officier qui ne sût assez le flamand pour se faire comprendre de ses soldats. Je voudrais qu’on imposât cette condition aux sous-officiers qui passent officiers, pour qu’ils pussent se faire entendre de la moitié des soldats du pays. Il ne s’agit pas ici d’établir la supériorité d’un idiome peu connu en Europe ; il s’agit seulement d’un fait, à savoir que la moitié de nos soldats ne comprend pas le français ; il doit dès lors être de fait aussi que nos officiers sachent la langue que parle cette moitié de nos soldats. On n’exige pas d’eux une connaissance approfondie de cette langue ; seulement ils devront en savoir assez pour pouvoir être en rapport avec les hommes qui seront sous leurs ordres. Et puisque nous nous occupons ici du peuple et que nous devons nous en occuper, il est certain qu’une des choses qui intéressent le plus le peuple, c’est qu’il puisse comprendre les gens qui lui donnent des ordres.
M. Devaux. - Messieurs, j’ai à faire une autre observation sur la nomenclature de l’article 2.
Si l’esprit national est désirable quelque part, je crois qu’il l’est dans l’école militaire. Aujourd’hui nos jeunes gens qui étudient l’art militaire ne doivent l’étudier que dans des ouvrages français. Certes, nous faisons très bien de profiter de ce qui se publie chez un peuple aussi éminemment militaire que la nation française ; mais il me paraît qu’il ne faut pas être exclusif. Pour ma part, je voudrais qu’il y eût dans l’instruction militaire au moins un élément national. Par exemple, je ne vois pas figurer dans la nomenclature l’histoire de la Belgique ; il me semble cependant que les officiers doivent connaître au moins les grands traits de l’histoire du pays.
J’appelle, messieurs, encore votre attention sur un autre point.
En France, on ne veut pas seulement que les officiers sachent uniquement le français, on veut encore qu’ils puissent étudier la stratégie chez les étrangers. Ainsi, à l’école polytechnique, les élèves sont obligés d’apprendre l’anglais et l’allemand ; je tiens en main le règlement de l’école polytechnique et celui de l’école d’application de Metz, ils sont également tenus d’étudier l’allemand ; à l’école polytechnique, on étudie encore la langue anglaise. Il y a encore plus d’utilité chez nous qu’en France à ce qu’on ne se borne pas à la connaissance de la langue française ; il me semble que c’est un besoin qui naît de la position politique et topographique du pays.
On pourrait introduire l’histoire de la Belgique, soit dans les cours obligatoires, soit dans les cours facultatifs, si le ministre pense que ces cours seront réellement donnés...
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - On enseigne déjà l’histoire à l’école militaire.
M. Devaux. - C’est l’histoire générale qu’on y enseigne ; l’histoire de la Belgique est tout autre chose que les éléments de l’histoire générale, et c’est surtout l’histoire de la Belgique que je voudrais voir enseigner dans l’école.
Je pense ensuite que l’on pourrait, à l’exemple de l’école polytechnique, astreindre les jeunes gens à étudier avec le flamand une des deux langues allemande et anglaise ; ainsi les jeunes gens des provinces wallonnes qui ne savent pas le flamand apprendraient l’anglais et le flamand, les jeunes gens qui savent le flamand étudieraient l’anglais et l’allemand.
L’étude des langues étrangères est un besoin généralement senti. On apprend le français dans tous les grands établissements d’instruction publique en Allemagne ; en France, on apprend l’allemand et l’anglais.
J’attendrai, sur ce point, l’opinion de M. le ministre de la guerre. Quant à l’emploi du temps, comme il est à peu près le même qu’à école polytechnique, je pense qu’on pourrait très bien intercaler l’étude des langues étrangères parmi les autres branches d’enseignement, comme on l’a fait à l’école polytechnique où 4 à 5 heures par semaine sont consacrées à l’étude des langues étrangères.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - Messieurs, quoique l’honorable préopinant m’ait déjà reproché plusieurs fois de me tenir dans un horizon excessivement étroit, je pense que la chambre sera convaincue que mon horizon n’est pas tel, que je ne suis pas persuadé de l’importance des plus hautes études scientifiques d’une part, et des langues étrangères de l’autre.
Lorsque j’ai placé ces langues au nombre des cours facultatifs, mon intention formelle était d’en introduire l’étude, si le temps consacré à des objets d’enseignement plus absolument nécessaires en laissait la possibilité. Je pense que, dans l’état actuel d’organisation de l’école militaire, il est sage de ne pas poser le principe que l’étude des langues allemande et anglaise sera obligatoire, et qu’il est prudent de laisser au gouvernement la latitude nécessaire pour introduire cette étude, lorsque la marche de l’instruction le permettra.
On a mis également l’étude de l’histoire dans les cours facultatifs. Messieurs, en général on n’a pas reproché jusqu’ici aux élèves de l’école polytechnique de tous les temps d’être des hommes par trop ignorants, et cependant le cours d’histoire n’y a été introduit que depuis un certain temps. Mon intention est d’introduire également ce cours, dès que la possibilité en existera. Je dois faire cependant ici une observation. En entrant à l’école militaire, comme en entrant à l’école polytechnique, on doit déjà avoir des notions générales d’histoire, on doit surtout connaître l’histoire de son pays ; et le programme d’admission répond sous ce rapport à l’objection de l’honorable préopinant ; en effet, vous y trouverez, messieurs, la preuve que le candidat doit avoir des notions d’histoire et de géographie générales, et la connaissance approfondie de l’histoire et de la géographie de la Belgique.
En général, l’histoire s’apprend, quant à ses éléments, avant le moment où l’on fait ses cours d’application, et son étude ne se complète qu’après qu’on a achevé ces cours. On n’étudie ordinairement pas l’histoire dans le temps qu’on est obligé de consacrer à l’acquisition des connaissances positives dont on a besoin pour parcourir la carrière qu’on veut embrasser.
Quant à l’enseignement de la langue flamande, je ne veux pas son exclusion. Mais je pense qu’à moins que la chambre ne veuille tracer pas à pas, quart d’heure par quart d’heure, tout ce qui doit se faire à l’école militaire, je pense, dis-je, que la chambre doit se contenter de consacrer comme obligatoires les cours qui sont véritablement nécessaires.
M. de Brouckere. - Messieurs, si j’ai bien compris M. le ministre de la guerre, il ne serait plus dans l’intention d’exiger la preuve que l’on possède la connaissance de la langue flamande, avant l’entrée à l’école militaire.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - Je pense que dans l’état actuel des choses on ne doit pas rendre l’étude du flamand obligatoire ; je préférerais à cette obligation celle qui serait imposée aux élèves de posséder les éléments de cette langue avant leur entrée à l’école.
M. de Brouckere. - Messieurs, je crois que la chambre peut se contenter de cette explication. J’en tire la conséquence que la connaissance préalable du flamand ne sera pas obligatoire aux yeux du gouvernement. Voilà tout ce que je voulais obtenir. Je m’en rapporte assez à la justice du gouvernement pour ne pas croire qu’il exigera de l’élève, qui entrera à l’école militaire, qu’il sache le flamand ; car si je croyais qu’il pût l’exiger, je m’y opposerais. Ce serait une injustice. Qu’on enseigne le flamand à l’école militaire, je le veux bien, je crois même qu’il convient de l’enseigner ; mais on ne peut pas exiger la connaissance des éléments du flamand pour être admis à l’école.
M. Devaux. - Je ne me suis pas permis de dire que M. le ministre était renfermé dans un horizon étroit ; je n’ai pas dit non plus que les élèves de l’école polytechnique fussent des ignorants. Mais je pense que cette école s’est perfectionnée et qu’elle se perfectionnera encore, car on a créé à côté un conseil de perfectionnement.
Quant à l’histoire de la Belgique, je ne crois pas que ce soit en entrant à l’école militaire, à l5 ans, qu’on puisse connaître l’histoire de la Belgique. C’est à l’âge où on est à l’école que cela doit s’apprendre.
Au reste, je regrette que M. le ministre ait mis un peu d’aigreur dans sa réponse. Pour ne pas suivie son exemple, je déclare que les explications qu’il a données sont suffisantes. Je suis persuadé qu’il introduira l’étude de l’allemand et de l’anglais, dès qu’il pourra concilier cette étude avec les autres. Les élèves dans ce moment n’étant pas aussi forts qu’on pourrait le désirer, on est obligé de consacrer à certaines études un temps qu’on pourra réduire pour faciliter l’introduction de ces connaissances.
Je ferai une autre observation sur la distribution des cours ; 70 leçons sont consacrées à l’hygiène, tandis qu’on n’en consacre que 17 à la chimie et 25 à d’autres de beaucoup d’importance. Je crois que c’est donner un développement excessif à des branches d’enseignement moins importantes que d’autres.
Je me réfère à ce que j’ai dit. Je suis persuadé que M. le ministre introduira toutes les améliorations possibles.
M. de Langhe. - Je demande la parole pour expliquer la portée de mon amendement. Je n’ai pas demandé que la connaissance du flamand fût exigée pour l’admission à l’école. C’est M. le ministre de la guerre qui a fait cette proposition pour remplacer mon amendement. Je comprends l’impossibilité que des jeunes gens qui se sont préparés dans le pays wallon sachent le flamand. Ce serait les exclure du concours que d’exiger d’eux cette connaissance.
Pour moi, je demande que l’étude du flamand soit obligatoire au lieu d’être facultative. L’utilité, la nécessité de cette connaissance ne peut être contestée.
Je persiste à demander que mon amendement soit mis aux voix avec cette modification : « les éléments de la langue flamande, » au lieu de « la langue flamande. »
M. le président. - Je vais mettre aux voix l’amendement de M. de Langhe.
M. de Brouckere. - M. de Langhe demande que l’étude du flamand soit obligatoire ; M. le ministre répond que si cette étude est obligatoire, il aime mieux exiger qu’on sache le flamand avant d’entrer à l’école. Voilà ce qu’a répondu le ministre. Si on décide que la connaissance de la langue flamande est obligatoire, et si le ministre persiste, il exigera qu’on sache cette langue avant d’entrer. Quant à moi, je désire qu’on apprenne le flamand, mais je m’oppose à ce qu’on l’exige pour l’admission.
M. de Langhe. - Mon amendement dit que des cours de langue flamande seront donnés à l’école. Il n’y a pas d’article qui spécifie les connaissances exigées pour entrer à l’école.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - Je voudrais faire comprendre la difficulté d’introduire l’enseignement obligatoire du flamand. Mon intention est d’introduire cet enseignement aussitôt que possible, mais je pense qu’il ne faut pas le rendre obligatoire dès maintenant.
M. Dolez. - Je prends la parole pour combattre l’amendement dont il s’agit, et démontrer que ce qu’il y a de mieux à faire, c’est d’adopter la nomenclature proposée par le ministre. Qu’a-t-on dit pour appuyer l’amendement de M. de Langhe ? Qu’il y aurait utilité à connaître la langue flamande. Mais n’y a-t-il pas utilité plus grande à connaître d’autres sciences dont les cours ne sont que facultatifs, dans le projet du gouvernement ? C’est ainsi que je vois parmi les études facultatives la connaissance de la législation militaire, et vous voulez, à côté de l’étude facultative de la législation militaire, rendre obligatoire l’étude de la langue flamande ! Pourquoi ? Parce qu’elle sera utile aux officiers, pour se faire comprendre des soldats. La grande utilité de se faire comprendre, c’est dans le commandement ; or, le commandement se fait en français.
Je ne conteste pas l’utilité qu’il y a à savoir parler flamand. Mais je n’admets pas que cette utilité soit tellement grande, qu’il faille y sacrifier, pendant la période de quatre années qu’on passe à l’école, un temps qui doit être consacré à acquérir des connaissances spéciales. Je ferai observer que pour les Wallons, dont l’idiome est étranger au flamand, l’étude de cette langue présentera des difficultés tellement grandes qu’ils ne pourront s’y livrer qu’au détriment d’études plus sérieuses.
Je répète ce que j’ai dit en commençant, que ce qu’il y a de mieux à faire est d’adopter la proposition de M. le ministre de la guerre. Je ne vois la nécessité d’exiger l’étude de la langue flamande. (Aux voix ! aux voix !)
L’amendement de M. de Langhe est mis aux voix.
Deux épreuves étant douteuses, on procède à l’appel nominal.
71 membres prennent part au vote :
37 membres votent pour l’adoption ;
Ont voté pour l’adoption : MM. Andries, Beerenbroeck, Bekaert, Coppieters, Corneli, de Jaegher, de Langhe, de Man d’Attenrode, F. de Mérode. de Muelenaere, de Renesse, de Roo, Desmaisières, Desmanet de Biesme, Devaux, Doignon, Donny, Dubois, B. Dubus, Dumortier, Hye-Hoys, Kervyn, Lebeau, Lejeune, Maertens, Morel-Danheel, A. Rodenbach, C. Rodenbach, Scheyven, Simons, Thienpont, Troye, Ullens, Vandenbossche, Vandenhove, Van Hoobrouck, Verdussen.
Ont voté contre : MM. Berger, de Behr, de Brouckere, de Longrée, de Puydt, Dequesne, Desmet, de Terbecq, de Theux, d’Huart, Dolez, Dubus (aîné), Duvivier, Ernst, Gendebien, Jadot, Lardinois, Lecreps, Meeus, Mercier, Metz, Nothomb, Pirmez, Pirson, Pollénus, Raikem, Raymaeckers, Seron, Smits, Van Volxem, Verhaegen, Willmar, Zoude.
- L’amendement de M. Dubus (aîné), consistant dans la suppression du mot « grammaire » dans le paragraphe : « Les belles-lettres (grammaire, composition française), » est mis aux voix et adopté.
L’article 2 est mis aux voix et adopté dans son ensemble.
M. Dumortier. - Je demanderai si la chambre a statué sur le deuxième paragraphe de l’article 2 comprenant la minéralogie et la géologie, etc. »
Plusieurs membres.- Oui ! oui !
M. Dumortier. - Alors je verrai au deuxième vote.
La chambre adopte sans discussion les articles 3 et 4, ainsi conçus :
« Art. 3. L’enseignement se divise en deux parties.
« Dans la première, qui dure deux ans, les élèves destinés aux armes spéciales, reçoivent l’instruction préparatoire nécessaire pour suivre les cours d’application de la seconde partie ; et les élèves destinés aux armes de l’infanterie et de la cavalerie ou de la marine, réunis en sections distinctes, reçoivent, en outre de la partie de cette instruction préparatoire qui leur est applicable, l’instruction particulière appropriée à leur destination. »
« Art. 4. Dans la seconde partie, qui dure également deux ans, on enseigne les applications et les développements dans les matières des cours de la première, qui sont nécessaires pour les services des armes spéciales. »
La chambre passe à la discussion de l’amendement de M. Verhaegen, ainsi conçu :
« Les jeunes gens de 16 à 21 ans, qui désireraient embrasser la carrière militaire, pourront se présenter aux examens auxquels soit soumis les élèves de l’école à la fin de leur deuxième année d’études.
« Ceux de ces jeunes gens qui satisferaient à ces examens seront classés selon leur mérite et placés, d’après le rang obtenu, dans l’une des sections de l’école pour y suivre les études et les travaux d’application et pour concourir indistinctement avec tous les élèves de la même section au placement définitif dans l’armée.
M. Verhaegen. - Cet amendement est devenu sans but, depuis que la chambre a adopté l’amendement de MM. Brabant et Mast de Vries. En conséquence, je déclare y renoncer.
M. Pollénus. - Je reprends cet amendement.
Un membre. - Alors, vous devez le développer.
M. Pollénus. - Je croyais pouvoir me dispenser d’entrer dans de nouveaux développements, et m’en référer à ceux qui vous ont été donnés par l’honorable auteur de l’amendement que je viens de faire mien. Que nous disait M. Verhaegen à une précédente séance ? « Nous voulons, disait-il, que tous les élèves auxquels un jury impartial reconnaîtra des capacités, puissent être reçus indistinctement aux écoles d’application. »
Ce système me paraît tout rationnel, il est un nouvel hommage rendu au principe de la liberté d’enseignement que consacre notre pacte fondamental.
Qu’ajouterai-je encore aux paroles de l’honorable M. Verhaegen que je viens de citer, et qui justifient d’une manière si complète la proposition qu’il vient d’abandonner ?
Mais, m’objectera-t-on peut-être, vous-même vous convenez par votre proposition que, pour l’école d’application, il faut faire exception au principe de liberté d’enseignement ; pourquoi ne suivez-vous pas le même système relativement à l’école préparatoire ?
Je répondrai à cela qu’il me semble devoir y avoir une différence entre ces deux cours, et si je reconnais que les cours d’application à l’école militaire même sont une nécessité, je ne puis en dire autant des cours préparatoires que l’on peut fort bien suivre ailleurs qu’à l’école militaire.
Je rappellerai qu’à l’école spéciale du génie civil à Gand les élèves sont reçus quand même ils auraient acquis l’instruction préparatoire en dehors de la faculté des sciences de Gand ; pourquoi ne pas admettre le même principe pour l’école militaire ?
Messieurs, si vous repoussez la proposition que je viens vous faire, vous portez un nouveau coup à une autre université de l’Etat.
Je crois exprimer d’une manière plus concise le système que je viens d’exposer en disant :
« Les élèves qui n’ont pas reçu l’instruction préparatoire à l’école militaire peuvent y être reçus à l’école d’application en passant un examen sur les matières qui font l’objet de la première partie de l’enseignement. »
Je propose de remplacer la proposition de M. Verhaegen par celle que je viens d’indiquer.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - Puisque l’honorable membre s’est borné à répéter les arguments dont M. Verhaegen s’est servi, je crois que je pourrai me dispenser d’y répondre actuellement, car j’y ai déjà répondu trois ou quatre fois ; je me bornerai à faire une seule observation.
On a parlé d’instruction comme si l’on n’avait besoin que d’instruction pour être un bon officier du génie ou d’artillerie. La forme de l’instruction est aussi très importante.
Messieurs, je m’en référerai, sur ce point, à ce que j’ai exposé à plusieurs reprises. Mais l’honorable membre n’a pas dit un mot de l’esprit militaire, de la discipline, toutes choses qui ont été examinées, appréciées pendant la discussion de l’amendement de M. Verhaegen ; tous ces arguments-là, n’ayant pas été réfutés, restent debout.
M. de Puydt. - Je crois aussi que tout a été dit, à peu près, sur l’amendement de M. Verhaegen ; cependant il y a une observation qui a échappé.
Si vous voulez admettre dans l’école de pure application des élèves venant de toute espèce d’établissement public ou particulier, vous pouvez aussi admettre les élèves qui auraient été instruits dans le sein de leurs familles ; mais qu’en ferez-vous, de ces élèves ? En ferez-vous des officiers ou des sous-officiers ? Vous ne pouvez pas en faire des officiers, parce que la loi d’avancement s’y oppose formellement ; un jeune homme sortant du sein de sa famille, ayant toutes les connaissances mathématiques possibles, ne peut être officier sur-le-champ, à moins de détruire toutes les conséquences de la loi.
Si vous les recevez dans l’école d’application, sans grade, vous vous exposez à ne pas avoir les élèves sortant des universités, parce que ceux-ci, quand ils possèdent les connaissances qu’on acquiert dans les cours des facultés, ont le grade de candidat ou de docteur, et ont droit d’entrer dans le génie civil, ingénieurs de troisième classe ; ils ne voudront pas perdre ce grade et ce droit, et devenir soldats à l’école d’application.
Il y a encore un inconvénient, c’est que vous excluez les sous-officiers auxquels on accorde la faculté d’entrer dans l’école jusqu’à 25 ans : puisqu’ils ne peuvent acquérir les connaissances nécessaires dans leurs corps, il faut qu’ils les acquièrent quelque part ; ainsi vous enlèveriez aux sous-officiers une prérogative importante.
M. A. Rodenbach. - Au premier abord, la remarque faite par le préopinant semble vraie ; car on pourrait dire d’un jeune homme sortant d’une université ou d’un établissement particulier, il n’a pas été sous-officier, et il entre officier d’emblée. Mais c’est une loi qui a exigé qu’on ait servi avant d’être officier ; or, une autre loi peut faire des exceptions à la première. Qu’un élève ait été instruit dans une université ou dans sa famille, s’il a du talent, pourquoi ne pas l’admettre ? C’est attenter à la liberté de l’enseignement que de le repousser.
On a parlé de la discipline ; ceux qui sortent de l’université ou de chez eux, auront deux années à l’école d’application, pour se façonner à la discipline.
Ceux qui entrent dans l’école préparatoire en auront quatre ; mais n’y aura-t-il pas les officiers de cavalerie, d’infanterie qui n’en auront que deux ?
Ils n’auront pas été soumis à la discipline et, ajoute-t-on, ils n’auront pas l’esprit militaire : messieurs, dans les familles et dans les universités on inspire aux jeunes gens des sentiments patriotiques, des sentiments de bravoure, et l’esprit militaire ne leur manquera pas.
Je ne vois donc pas pourquoi on ne modifierait pas la loi.
M. Desmanet de Biesme. - Je crois très fondées les observations faites par M. le ministre de la guerre. De plus, par l’amendement de M. Brabant, les jeunes gens dont il s’agit seraient placés dans une catégorie distincte. Les cours durent quatre années ; dans la seconde année les élèves doivent déclarer s’ils contractent un engagement de six ans de service ; ceux qui n’entreraient que pour les cours d’application seraient obligés de rester plus longtemps au service que les autres ; il y aurait là une anomalie choquante.
M. Desmaisières. - Je vais également me prononcer contre l’amendement. Je dirai, comme M. le ministre de la guerre : on ne se rend pas assez compte et de la méthode et du régime auxquels sont soumis les élèves, non seulement sur les études du moment, mais encore sur les études futures ; ainsi les élèves qui entrent à l’école dès la première des quatre années sont soumis à la discipline, et leurs études dans l’école d’application sont d’autant meilleures, parce qu’ils sont formés à la méthode et au régime.
Je vois ensuite, dans cet amendement, une très grande injustice envers l’armée. Nous sommes tous d’accord, je crois, qu’avant tout l’école militaire est instituée pour produire des militaires, pour produire des officiers instruits ; qu’elle est instituée en faveur de ceux qui veulent réellement embrasser la carrière militaire, qui s’y vouent tout à fait ; eh bien, si l’amendement de l’honorable M. Gendebien était admis, et j’aime à croire qu’il le sera, les élèves des écoles régimentales ne pourraient pas venir concourir à la troisième année d’étude, car il leur serait impossible d’acquérir les connaissances nécessaires pour entrer à l’école d’application ; ils ne pourraient entrer à l’école que la première des quatre années d’études, et quand ils auraient étudié pendant deux années, les jeunes gens de familles aisées, qui auraient étudié ailleurs, et à leur convenance, viendraient se présenter, et comme le nombre des places est limité en raison du service, il pourrait arriver que les militaires se trouveraient exclus par les jeunes gens de famille.
Je crois, moi, que l’école militaire commence la première des quatre années d’études ; et c’est là que la liberté d’enseignement trouve son application ; c’est là seulement que doit se trouver la libre concurrence. Une fois les études militaires commencées, la concurrence ne doit plus exister, et d’ailleurs il n’y aurait plus concurrence.
M. de Brouckere. - Je ne pense pas que l’amendement de M. Verhaegen, abandonné par lui, puis repris par M. Pollénus, puisse avoir la moindre chance de succès, parce que cet amendement serait le coup de mort de l’école militaire. On vous a prouvé d’une manière péremptoire qu’il ne peut être introduit dans la loi organique de l’école militaire ; toutefois il me reste à répondre à un argument que l’on a produit et que l’on reproduira, c’est l’argument que l’on tire de la liberté d’enseignement.
« Ce serait, dit-on, porter atteinte à la liberté d’enseignement que d’exiger, pour être admis à l’école d’application, que l’on ait d’abord suivi pendant deux ans les cours généraux à l’école militaire. »
Je voudrais bien qu’on m’expliquât ce qu’il y aurait de contraire à la liberté d’enseignement, en ce que la loi, lorsqu’elle forme un établissement, détermine en même temps les conditions auxquelles on peut y entrer ? Lorsque la loi établit une école militaire, n’a-t-elle pas le droit de dire qu’on n’y entrera que sous telle condition bien définie, bien expliquée ? Qu’y a-t-il là de contraire à l’égalité ? Rien, messieurs.
Mais s’il en était ainsi, il faudrait au moins que ceux qui invoquent si mal à propos la liberté de l’enseignement fussent conséquents avec eux-mêmes : ils devraient soutenir que pour être nommé officier, sans avoir servi activement dans un régiment comme sous-officier, il suffit de passer un examen sur toutes les connaissances exigées de ceux qui sortent de l’école d’application ; car je voudrais bien que l’on me dît pourquoi l’école d’application serait plus obligatoire que les cours généraux ? S’il faut entendre dans ce sens la liberté de l’enseignement, alors faisons davantage : donnons toutes les places aux examens ; disons que pour être officier, il suffira d’avoir passé un examen ; que pour être juge, il suffira d’avoir passé un examen, et ainsi de suite. Est-ce ainsi, messieurs, que la liberté de l’enseignement doit être interprétée ? Je ne le crois pas. Je crois que la liberté de l’enseignement n’a rien à faire dans la question qui nous occupe, et qu’il s’agit uniquement de savoir quels sont ceux qui pourront être admis à l’école d’application. M. le ministre demande que ce soient uniquement ceux qui auront suivi pendant deux ans les cours généraux, et il a démontré qu’il doit en être ainsi dans l’intérêt de la discipline, dans l’intérêt de l’armée et dans l’intérêt de l’école militaire elle-même : nous devons donc rejeter l’amendement de M. Pollénus.
M. Dumortier. - Messieurs, l’honorable préopinant a prétendu que la liberté de l’enseignement est désintéressée dans la question qui nous occupe ; mais il a confondu deux choses : d’abord il s’agit de savoir quelles connaissances on exigera. Je conviens que dans la solution de cette question la liberté de l’enseignement est tout à fait désintéressée ; mais il en est une autre, c’est celle de savoir si l’on pourra exiger que les élèves aient reçu l’instruction de telles ou telles personnes déterminées ; or, il me paraît, messieurs, que cela serait réellement contraire à la liberté de l’enseignement. Cependant ce qui modifie singulièrement le premier état de cette question, c’est que la chambre à maintenant décidé que l’école militaire sera purement militaire, que les élèves devront contracter un engagement pour six ans ; je conçois que par suite de ce vote la liberté de l’enseignement soit moins en cause. Quoiqu’il en soit, il s’agit de savoir si nous pouvons sacrifier une université à l’autre, si nous pouvons sacrifier Liége à Gand ? II me semble, messieurs, que nous ne le pouvons pas.
Je demanderai à M. le ministre de la guerre s’il ne se trouverait pas dans une position cruelle si, dans le cas où un jeune homme d’une haute capacité et qui aurait étudié soit à Liége, soit ailleurs, demanderait à entrer à l’école d’application, il devait le lui refuser ou le mettre dans la nécessité d’entrer à l’école préparatoire, où il trouverait des professeurs qui n’en sauraient pas autant que lui.
Il me paraît donc que l’amendement de M. Pollénus, loin d’être défavorable à l’armée, lui est au contraire très favorable, puisqu’il tend à laisser au ministre de la guerre la faculté d’admettre tous les hommes capables qui pourront se présenter. Le ministre déterminera les questions sur lesquelles devra porter l’examen, et sans doute cet examen sera sévère, car il ne faut pas qu’on puisse arriver à l’armée sans avoir des connaissances réelles ; il n’est donc pas à craindre qu’on admette des sujets incapables ; il n’y a donc aucun danger à laisser au gouvernement la faculté d’admettre à l’école d’application des jeunes gens véritablement instruits, qui auraient fait leurs études préparatoires ailleurs qu’à l’école militaire. Remarquez, messieurs, que les mêmes cours qui se donnent à la section préparatoire de l’école militaire se donnent également à l’université de Liége, et que par conséquent cette institution pourrait très bien fournir des élèves capables pour l’école d’application.
« Mais, dira-t-on, on ne tient pas assez compte des habitudes militaires qu’il faut posséder pour devenir bon officier. » La réponse à cette objection se trouve dans la disposition par laquelle le gouvernement propose de n’exiger pour les officiers d’infanterie et de cavalerie que deux années d’études à l’école militaire : si deux années suffisent pour pénétrer des officiers d’infanterie et de cavalerie de l’esprit de discipline qui leur convient, à plus forte raison doivent-elles suffire pour des officiers du génie et de l’artillerie qui n’ont pas un aussi grand nombre de troupes sous leurs ordres et qui ne sont pas, pour ainsi dire, constamment à la tête de leurs soldats, depuis leur lever jusqu’à leur coucher. Sous ce rapport donc les deux années d’études préparatoires qu’on exige des officiers d’artillerie et du génie sont surabondantes.
Je conviens qu’il y a un grand degré d’utilité à faire acquérir des connaissances spéciales très approfondies aux officiers de l’armée, mais il est toujours vrai qu’ils peuvent acquérir ces connaissances ailleurs encore qu’à l’école militaire, et que, pour l’honneur des principes, il faut admettre que ceux qui les ont acquises puissent entrer à l’école militaire. Je crois que plus tard M. le ministre de la guerre sera charmé d’avoir une pareille disposition dans la loi.
- L’amendement de M. Pollénus est mis aux voix ; il n’est pas adopté.
On passe à l’article 5 du nouveau projet, qui est l’article 4 du projet de la section centrale ; il est ainsi conçu :
« Etat-major :
« Un commandant.
« Un directeur des études. (Ces deux fonctions peuvent être réunies.)
« Un commandant en second, officier supérieur chargé, sous le commandant de l’école, de l’administration.
« Deux examinateurs permanents.
« Un instructeur et deux adjoints.
« Quatre inspecteurs des études.
« Un bibliothécaire, conservateur des instruments, etc.
« Un secrétaire.
« Deux dessinateurs.
« Un aumônier.
« Un médecin.
« Les employés nécessaires pour le service intérieur.
« Enseignement :
« L’enseignement est confié à des professeurs et des répétiteurs, militaires ou civils, et à des maîtres.
« Le nombre des professeurs est de 20. Les professeurs civils sont divisés en deux classes.
« Le nombre des répétiteurs est de 14.
« Le nombre des maîtres est de 6 au plus. »
M. Dumortier. - Cet article, messieurs, institue un personnel vraiment exubérant ; dans une séance précédente j’ai eu l’honneur de vous présenter des chiffres d’où il résulte que l’école militaire, où il ne s’enseigne que la moitié des branches qui sont enseignées dans une seule faculté des universités, aura un plus grand nombre de professeurs qu’une université tout entière ; je pense donc, messieurs, qu’il y a lieu ici d’opérer des réductions, surtout depuis que vous avez décidé que l’école militaire serait transférée à Gand.
Certes, quand j’ai voté l’amendement de l’honorable M. Devaux, le motif principal de mon vote a été l’économie qui pourra en résulter, et si nous ne pouvions pas en arriver à réaliser cette économie, certes au second vote je voterais contre l’amendement, puisque je préférerais alors laisser au gouvernement toute espèce de latitude sur la place forte où il jugerait convenable d’établir l’école militaire.
On nous propose d’adjoindre à l’école militaire un bibliothécaire au traitement de 4,000 fr. ; certes la bibliothèque de l’école militaire ne devra pas être considérable, puisque les élèves auront à leur disposition la bibliothèque de la ville de Gand qui est magnifique ; un bibliothécaire est donc superflu, à moins qu’on ne veuille plus tard acheter une bibliothèque, car on ne veut sans doute pas un bibliothécaire sans bibliothèque,
Vous aurez donc voté une double dépense, et une dépense inutile, puisqu’il existe à Gand une bibliothèque considérable qui pourra suffire à tous les besoins,
Nous avons ensuite un conservateur des instruments ; je ne pense pas que les instruments soient bien nombreux à l’école militaire, car je ne crois pas que ce soit pour garder les canons et les fusils qu’on demande un conservateur.
Viennent ensuite deux examinateurs permanents exclusivement chargés des examens qui ont lieu à la fin de chaque année, et pour l’entrée à l’école et à la sortie.
Je ne pense pas que ces deux examinateurs soient nécessaires. Selon moi, il y a à cet égard un mode préférable à suivre. Je regrette que mon honorable ami Brabant ne soit pas ici, c’est lui qui m’a communiqué cette pensée judicieuse. Ce mode consisterait à faire examiner les élèves par les professeurs qui doivent les recevoir l’année suivante. Je conçois que ce mode serait assez vicieux, si l’examen devait se faire par les professeurs mêmes des branches sur lesquelles l’élève doit être interrogé ; mais si on les fait examiner par les professeurs qui doivent les recevoir l’année prochaine, le gouvernement a la garantie que les examens seront rigoureux, puisque les professeurs examinateurs auront intérêt à n’admettre que de bons élèves. Cette observation m’a paru extrêmement saillante, et je la crois digne de toute l’attention de la chambre et du ministre.
Si ce mode était adopté, les fonctions d’examinateur permanent deviendraient inutiles ; on retirerait un grand avantage de cette mesure, sans qu’il en résultât aucune nouvelle dépense pour l’Etat.
Quant au commandant directeur, au commandant en second, à l’instructeur et aux deux adjoints, le ministre peut seul juger jusqu’à quel point ces divers fonctionnaires sont nécessaires ; je ne ferai donc pas d’observations à cet égard.
Quant au médecin à attacher à l’établissement avec un traitement spécial, je ne sais pas jusqu’à quel point ces fonctions sont nécessaires ; car s’il s’agit d’un médecin pour soigner les élèves, il est manifeste que dans la ville où l’école sera établie, le ministre aura à sa disposition des médecins militaires qui pourront le servir à cet égard.
En ce qui concerne l’enseignement, il me paraît qu’on pourrait borner, comme à l’école de Metz, le nombre des professeurs à douze, et celui des répétiteurs et maîtres également à douze. Le ministre de la guerre pourrait, à l’aide de ce personnel, pourvoir à tous les besoins de l’école. L’établissement a longtemps marché avec ce nombre de professeurs, et je crois que ce n’est guère que depuis un an que ce nombre a été augmenté. Il est d’autant plus évident que le personnel que j’indique sera suffisant, que les officiers de l’état-major pourront encore donner des leçons.
Si le nombre des professeurs de l’école est réduit à 12, avec faculté, pour le ministre, de se servir des leçons de l’université de Gand, l’école militaire ne coûtera que 100 à 150,000 fr., tandis que, dans le système contraire, cette même école occasionnera une dépense de plus de 200,000 fr.
Parmi les cours qu’on a votés à l’article 3, il en est dont l’utilité paraît fort contestable. Ainsi, par exemple, la minéralogie et la géologie qui, sans doute, sont des sciences très intéressantes, qui peuvent servir relativement aux mines, ne sont nullement utiles dans l’état militaire. Qu’est-ce en effet que la géologie ? Elle consiste à connaître les terrains dans leurs couches successives, et à déterminer les caractères de ces couches. Or, les officiers n’ont nullement besoin de cette connaissance, pas plus que de celle de la botanique et de l’anatomie comparée ; il est certain que ces diverses sciences n’offrent aucune utilité quant à l’art militaire lui-même. Dès lors cela n’est pas strictement exigible.
Il en est de même de la géographie, de la statistique et autres branches des sciences qui ne paraissent pas non plus nécessaires comme cours obligatoires. Mais comme le ministre aura à Gand tous les professeurs de l’université, s’il le juge nécessaire, il me paraît que nous devons maintenant supprimer la dépense que l’on nous propose de ce chef. Je comprends très bien la position de M. le ministre de la guerre ; il préférerait avoir affaire à des professeurs qu’il aurait tous nommés, ce serait beaucoup plus commode pour lui. Mais si tel est l’intérêt du ministre de de la guerre, le pays a un intérêt différent ; cet intérêt consiste à faire les choses le mieux du inonde, mais en n’exagérant pas la dépense. Le ministre de la guerre pourra s’entendre avec son collègue de l’intérieur, et j’espère qu’ils s’entendront ; car, en définitive, je pense que nous avons non des ministres, mais un ministère qui se mettra d’accord pour utiliser les professeurs de l’université de Gand sans augmenter les charges de l’Etat.
Il me paraît que M. le ministre de la guerre pourrait très bien faire fréquenter les cours de l’université par les élèves de l’école militaire. Quand je faisais mes études à Paris, j’habitais dans un collège, et tous les jours nous allions suivre les cours du lycée : mais nous n’avons éprouvé la plus petite difficulté. Ce qui se faisait sous l’empire, peut très bien se faire aujourd’hui, et la chose est d’autant plus praticable que le siège de l’école sera dans le local même de l’université.
Le contact des élèves de l’école militaire avec ceux de l’université, ne peut présenter aucun inconvénient ; il pourra toujours y avoir un sous-officier ou surveillant qui sera chargé de conduire et de ramener les élèves et qui sera présent à la leçon. Si, par impossible, il pouvait exister quelques inconvénients, il y aurait un moyen de les prévenir, ce serait de faire une demi-cloison, de manière à ce que les élèves de l’école fussent d’un côté et les élèves de l’université de l’autre. Je vois des membres que cette idée fait rire ; je ne comprends pas ce que cette idée peut avoir de si ridicule : qu’y a-t-il de plus simple que d’avoir des bancs séparés dans une classe ? Mais ce qui me paraîtrait extrêmement ridicule, ce serait de faire un double emploi, en matière de dépenses ; ce serait de créer deux universités dans la même ville.
Et remarquez, messieurs, que le ministre de l’intérieur a l’avantage de nommer aux chaires de l’université de Gand toutes les sommités scientifiques du pays ; le ministre de la guerre ne pourrait plus dès lors choisir des hommes aussi distingués pour son université spéciale ; il est donc de son intérêt qu’il puisse tirer parti des professeurs éminents que son collègue de l’intérieur a eu l’avantage de nommer. Le ministre de la guerre pourrait par suite supprimer la bibliothèque, le bibliothécaire et les examinateurs permanents, et réduire le nombre des professeurs à douze.
M. Dubus (aîné). - Messieurs, en venant appuyer les observations de mon honorable ami, relativement à l’article 5 du projet, je crois devoir y ajouter quelques réflexions résultant de la comparaison que j’ai faite des propositions de M. le ministre avec les propositions de la section centrale, et avec l’organisation telle qu’elle résulte des ordonnances françaises. C’est de cette comparaison que je tire la conséquence (et cela jusqu’à ce qu’on me démontre mon erreur) que réellement le personnel que demande le ministre est tout à fait exagéré.
Il y a déjà une économie à attendre sans doute du résultat du vote de la chambre sur l’amendement de l’honorable député de Bruges. C’est, entre autres motifs, dans des vues d’économies qu’on a placé l’école militaire près de l’université de Gand ; or, si vous admettiez l’article 5, tel qu’il est proposé par le ministre, toute l’économie s’évanouirait. L’université de Gand resterait isolée, et une université militaire s’établirait vis-à-vis d’elle. Ce qui serait pour une grande partie de l’enseignement un véritable double emploi.
Mais, considérât-on même cette école militaire comme un établissement tout à fait séparé de l’université, quant à tous ses professeurs, alors encore j’ai peine à m’expliquer comment on peut vous demander un personnel de 20 professeurs, 14 répétiteurs et 6 maîtres.
Je remarque que la section centrale demandait d’abord un personnel moindre, tant pour l’administration de l’école que pour l’enseignement. C’est ainsi que la section centrale ne demandait qu’un examinateur permanent, et le ministre en demande deux. Eh bien, quand j’ai recours à l’ordonnance française, je vois que pour l’école polytechnique de France, où le nombre des élèves est de 300 et plus, il n’y a que deux examinateurs permanents, et les fonctions de ces examinateurs permanents sont de prendre connaissance, dans le cours de l’année, des progrès de tous les élèves.
Evidemment, si ces examinateurs qui sont obligés de s’enquérir des progrès de tous les élèves de l’école polytechnique sont dans un ordre proportionnel au nombre des élèves ; en un mot, si deux examinateurs suffisent pour l’école polytechnique peuplée de 300 jeunes gens, je ne puis comprendre comment un seul examinateur ne suffirait pas pour notre petite école qui ne renfermera que 120 élèves, et où même la partie qui représente l’école polytechnique française, ne sera peut-être composée que de 80 ou 90 jeunes gens.
La section centrale proposait deux inspecteurs des études, le ministre en demande quatre ; eh bien, pour l’école polytechnique française qui a 300 élèves, il n’y a que quatre capitaines-inspecteurs des études ; on a donc pris précisément le chiffre de la grande école française pour notre petite école, quoique le nombre des élèves soit chez nous infiniment moindre.
Il me paraît qu’ici encore, et d’après la nature même des fonctions indiquées par l’article 8 de l’ordonnance qui exige grand nombre d’hommes là où il y a un plus grand nombre d’élèves, la section centrale avait fait assez en proposant deux inspecteurs d’étude au lieu de quatre. Le ministre a ajouté aux propositions de la section centrale un bibliothécaire. Mon honorable ami a déjà démontré que ce n’était pas utile. Si, plus tard, on crée une bibliothèque, on pourra réunir les fonctions de secrétaire et celles de bibliothécaire. De cette manière vous ne créerez pas un personnel inutilement nombreux.
J’arrive maintenant aux professeurs. Ici nous avons à considérer le nombre de professeurs exigé pour l’école polytechnique française et l’école d’application.
Toutefois, il me semble que de la réunion des deux écoles en une, comme cela a lieu à Bruxelles, il doit résulter une facilité plus grande pour donner l’enseignement avec un nombre moindre de professeurs. Eh bien, c’est tout le contraire. Ou vous demande un nombre de professeurs supérieur au nombre des professeurs réunis des deux écoles de Paris et de Metz. Nous réunissons les deux écoles, le nombre des élèves est inférieur, il n’est pas de 120, maximum qu’on n’atteindra jamais, et on demande un nombre de professeurs supérieur à celui des deux écoles françaises.
A l’école polytechnique il y a neuf professeurs : deux professeurs d’analyse et de mécanique, un professeur de géométrie descriptive, un professeur de physique, deux professeurs de chimie, un professeur de géodésie, de topographie et de machine, un professeur d’architecture, et un professeur de composition française.
A l’école de Metz, il y a sept professeurs : un professeur d’application des sciences militaires à l’art et au constructions militaires, un professeur de mécanique appliquée aux machines, un professeur de fortifications permanentes, d’attaque et de défense, un professeur d’art militaire et de fortifications passagères, un professeur d’architecture et de constructions militaires, un professeur de géodésie et de topographie, un professeur d’application des sciences physiques et chimiques.
Ainsi pour les deux écoles réunies, vous avez 16 professeurs. Au lieu de cela la section centrale en propose 18, et le ministre 20. Quant aux répétiteurs, la section centrale en propose 14, le ministre demande le même nombre. Je ne comprends pas qu’on demande un personnel double avec cette circonstance de la réunion des deux écoles en une ; je ne comprends pas qu’un nombre d’élèves moindre nécessite un plus grand nombre de professeurs. Il m’est impossible de comprendre cela.
A l’école polytechnique française, il y a deux professeurs de chimie, et il y en a un à Metz, ce qui fait trois.
En faudra-t-il plus de trois pour notre école qui comprend et les cours généraux et les cours d’application ? Il en faudra moins, car j’ai eu recours aux détails que fournissent les pages 16 et 17 du rapport de la section centrale ; j’ai vu que les professeurs de chimie pour les deux années, pour les cours généraux et d’application, pour la première et la seconde année réunies, donneraient trois leçons par semaine. Assurément, pour ces trois leçons, il ne faudra pas deux professeurs, comme pour l’école polytechnique de France. Je trouve à la page 18 que, pour le cours d’application de la chimie, il n’y aura en tout pour toute l’année que 30 leçons. Pour donner 30 leçons, il ne faut pas trois professeurs, un seul suffirait.
Il me semble qu’il y aurait lieu de réduire plutôt que d’augmenter le nombre des professeurs des écoles françaises. Pour l’architecture en France, il y a deux professeurs pour deux écoles séparées ; mais, en les réunissant, un seul suffira. Il y aurait encore là lieu à réduire ; en sorte que 16 professeurs, ce serait au-delà du besoin dans le cas où on aurait une école séparée de l’université quant à ses professeurs.
J’ai donc besoin d’explication de la part de M. le ministre de la guerre, avant de voter le personnel demandé par lui.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - Je suis obligé de défendre tout le personnel demandé pour l’école militaire. Avant d’entrer dans les réponses de détail, je commencerai par prier la chambre d’observer que les honorables MM. Dubus et Dumortier ont oublié que notre école militaire ne comprend pas seulement l’école polytechnique et l’école d’application, mais encore l’école de Saint-Cyr. Ainsi, en admettant que le nombre de professeurs pour l’école polytechnique et l’école d’application pût être le même, alors il devrait y avoir deux professeurs de plus pour les sections de cavalerie et d’infanterie. Ainsi, prise d’une manière générale, l’objection trouve ici sa réponse.
Maintenant, entrant dans quelques détails pour suivre le préopinant dans son argumentation, je dirai que si la dernière proposition de porter le nombre des professeurs à vingt au lieu de dix-huit a été faite, c’est qu’il a fallu ajouter deux professeurs, à raison de l’adjonction de l’école de marine à l’école militaire proprement dite.
L’honorable préopinant nous a présenté la nomenclature des professeurs des diverses sciences à l’école polytechnique et à l’école d’application. Je puis donner le tableau de la répartition des cours. Je ferai observer que le nombre total des professeurs pour les cours obligatoires et facultatifs présente un maximum qui ne sera jamais atteint, mais qui doit être consacré par la loi comme les cours le sont.
On demande pour l’école militaire proprement dite 18 professeurs, 14 répétiteurs, 6 maîtres.
Voici, messieurs, la justification de ce personnel :
Mathématiques : 2 professeurs et 2 répétiteurs.
Géométrie descriptive : 2 professeurs et 2 répétiteurs.
Physique : 1 professeur et 1 répétiteur.
Chimie : 1 professeur et 1 répétiteur.
Géodésie-astronomie : 1 professeur et 1 répétiteur.
Topographie : 1 professeur.
Architecture-construction : 1 professeur.
Mécanique appliquée : 1 professeur et 1 répétiteur (pouvant faire la balistique).
Chimie appliquée : 1 professeur et 1 répétiteur (pouvant faire la minéralogie).
Artillerie : 1 professeur et 1 répétiteur.
Fortification : 1 professeur et 2 répétiteurs.
Administration : 1 professeur et 1 répétiteur (pouvant faire la législation militaire).
Belles-lettres : 1 professeur.
Dessin : 1 professeur.
Minéralogie, géologie, histoire, etc. : 2 professeurs.
Total : 18 professeurs et 14 répétiteurs.
Langues étrangères : 2 maîtres.
Dessin : 1 maître.
Equitation : 1 maître.
Escrime : 1 maître.
Manipulation : 1 maître.
Total : 6 maîtres.
Ainsi la répartition des professeurs est d’accord avec ce que l’honorable membre a demandé. Et j’ai expliqué comment, en réunissant trois établissements, le nombre des professeurs devait être plus fort que celui de deux de ces établissements. Mais on a fait l’objection que l’école polytechnique et l’école d’application renfermant un plus grand nombre d’élèves, il fallait un plus grand nombre de professeurs. J’ai déjà répondu à M. Devaux que les élèves sont divisés en cours, et que c’est le nombre des cours et non le nombre des élèves qu’il fallait considérer.
Un honorable membre a pensé que le secrétaire pouvait être bibliothécaire. Le secrétaire étant la seule personne qui doit aider le directeur à faire les écritures de toute espèce, on comprendra qu’il aura assez d’occupation. On a prétendu qu’un bibliothécaire était superflu. Quand M. Dumortier a critiqué la double nomination de bibliothécaire et de conservateur d’instruments, on lui a fait observer que ces deux fonctions étaient réunies. Il faut ajouter la conservation des modèles qui n’est pas sans importance ; ce sont des modèles de coupes de pierre et de machines, et cela donne assez d’occupation pour qu’un homme puisse y consacrer toute sa journée.
On dit que l’école militaire n’aura pas de bibliothèque ; mais elle en a déjà une assez nombreuse et composée de livres d’art militaire et de livres scientifiques ; cette bibliothèque, sans devoir être très considérable, devra l’être assez pour satisfaire à tous les besoins d’instruction des officiers de toute arme.
Les fonctions du bibliothécaire ne consisteront pas à placer et à déplacer les livres dans les rayons de la bibliothèque ; c’est là l’office d’un homme de peine ; il devra connaître les différentes branches de l’enseignement, de manière à pouvoir donner aux élèves les explications dont ils auront besoin ; ce devra être un homme assez instruit pour qu’on doive lui donner un traitement convenable. A ce propos je ferai observer que le projet établit une échelle qui permettra de graduer le traitement selon les services et le mérite du titulaire.
L’honorable M. Dumortier a fait remarquer que les élèves pourront fréquenter les bibliothèques de la ville et de l’université ; mais il a sans doute oublié que les élèves sont casernés, qu’ils n’ont pas la faculté de sortir, qu’ils doivent faire leurs études dans l’école ; qu’on ne leur laisse libres que quelques heures pour leur donner quelques moments de distraction, et qu’ils ne consacreront pas ces moments-là, s’il y a une bibliothèque, à fréquenter la bibliothèque de la ville ou celle de l’université. Il est donc nécessaire que l’école militaire ait sa bibliothèque, il faut nécessairement un bibliothécaire.
L’honorable M. Dubus aîné a critiqué le nombre d’inspecteurs des études portés à quatre, comme à l’école polytechnique. Il faut ici avoir égard au nombre des cours ; il y a quatre inspecteurs des études à l’école polytechnique où il n’y a que deux cours, et il y a le même nombre d’inspecteurs à notre école militaire où il y a quatre cours.
Les inspecteurs des études sont spécialement chargés de suivre les élèves dans tous leurs travaux de la journée, de les surveiller constamment, de leur donner les éclaircissements nécessaires et de maintenir l’ordre parmi eux. C’est là leurs fonctions principales ; il en faut un par division, tant pour ces fonctions là que pour suppléer les répétiteurs et les professeurs, afin que jamais une explication ne manque lorsque le besoin s’en fait sentir. Si donc on propose quatre inspecteurs des études, c’est simplement parce qu’il y a quatre divisions dans l’école et qu’on regarde comme nécessaire que chaque division soit surveillée par un inspecteur des études.
Les examinateurs permanents ont été également critiqués, parce que le nombre proposé est celui qui existe à l’école polytechnique ; mais je ferai ici la même observation que tout à l’heure ; c’est qu’il y a 4 cours à l’école militaire et qu’il n’y en a que 2 à l’école polytechnique. Si les choses sont à cette école comme de mon temps (car je n’ai pas eu le temps de revoir les règlements), il y aurait un examinateur permanent pour les sciences mathématiques, un autre pour les sciences physiques et les études graphiques et un troisième pour la chimie appliquée. S’il n’y a plus que 2 examinateurs permanents à l’école polytechnique, je suppose que l’examinateur pour les sciences physiques et les études graphiques l’est en même temps pour la chimie appliquée. C’est la même division qu’on propose pour l’école militaire.
Ce nombre d’examinateurs a également pour objet de réduire autant que possible le temps des examens. Si un seul professeur doit diriger les examens, ces examens dureront longtemps, et quoiqu’on prenne le parti de faire tirer les élèves au sort, il y aura, pour ceux qui seront examinés les derniers, un avantage très grand, parce qu’ils auront beaucoup plus de temps que les autres pour se préparer. C’est pour effacer cette inégalité, cette injustice réelle, en même temps que pour ne pas trop charger un homme, qu’on propose deux examinateurs. Déjà pour éviter cette double objection il a fallu faire présider un examen par un professeur.
L’honorable M. Dubus aîné a appris à la chambre que ceux qui examinent les élèves de l’école polytechnique, qui doivent passer d’une division à une autre, étaient en même temps chargés de prendre connaissance des progrès des élèves. Cette marche est également suivie à l’école militaire.
L’honorable M. Dumortier va plus loin que M. Dubus ; il met en doute l’utilité des examinateurs permanents, il pense qu’on peut les remplacer par les professeurs des cours ; son système serait que les professeurs des cours suivants examinassent les élèves des cours précédents ; il pense que des professeurs sont seuls aptes à examiner dans une école vraiment scientifique ; mais il y a des inconvénients de plus d’une espèce dans ce système. Il y a d’abord une difficulté matérielle ; peut-être est-il inutile d’en chercher une autre. Ainsi que je l’ai dit, il y a quatre divisions bien distinctes à l’école militaire, et, d’après l’énumération que je viens de faire des professeurs, il n’y a, à trois exceptions près, qu’un professeur par matière d’enseignement ; vous ne pouvez donc faire examiner les élèves d’un cours par le professeur du cours suivant puisque c’est le même professeur pour ces différents cours. Il y a donc ici une impossibilité matérielle qui me dispense de rencontrer les autres objections.
Je dirai cependant à la chambre ce que doit être un inspecteur permanent pour qu’elle comprenne l’importance de ces fonctions. Ce doit être un homme au moins aussi instruit qu’un professeur ; il doit être prêt à tout instant à aller au tableau, à faire tous les cours sur lesquels il doit examiner les élèves ; il doit avoir toutes les connaissances d’un véritable professeur.
L’honorable M. Dubus a fait valoir comme un argument que le nombre des professeurs demandés par le ministre n’est pas le même que celui qui a été proposé par la section centrale. Cette différence provient, d’une part, de ce que la section centrale a conservé ce qui existe sans songer au perfectionnement nécessaire, et, en second lieu, de ce qu’à l’époque où la section centrale a fait son rapport, il n’y avait que trois divisions à l’école militaire ; la quatrième n’est arrivée que depuis, par conséquent tous les cours n’avaient pas encore pris leur développement.
Je viens à l’objection qu’mi a faite : que l’école devant à être Gand, les professeurs de l’université devront donner des cours, qu’en conséquence il faut diminuer le nombre des professeurs de l’école militaire. Je ferai observer qu’une disposition dans ce sens, qu’on insérerait dans la loi, serait manifestement contraire à l’amendement de Devaux, tel qu’il a été modifié par lui, et adopté par la chambre. Il a été admis par cet honorable membre, et par la chambre après lui, que le ministre de la guerre ne devait pas être obligé de prendre des professeurs de cette université pour les attacher à l’école militaire. L’amendement de M. Devaux, tel qu’il a été adopté, établit une faculté et rien de plus ; si, maintenant vous rayez un certain nombre de professeurs, évidemment vous faites disparaître la faculté et vous la changez en une obligation ; par conséquent vous allez contre le principe que vous avez consacré, en adoptant l’amendement modifié de M. Devaux.
D’après cela, je pense qu’il n’est pas besoin de chercher à réfuter l’expédient que l’honorable M. Dumortier a développé, et qui tendait à démontrer que les élèves de l’école militaire pourraient suivre les cours de l’université. En admettant même que l’école serait dans le local dont on a parlé (ce qui n’est pas prouvé, car ce local n’ayant pas été choisi, on ne sait pas si l’école sera là ou ailleurs), il est certain qu’il y aurait un grand inconvénient à faire suivre les cours de l’université aux élèves de l’école militaire. Il en résulterait une perte de temps considérable. Ce n’est pas après m’être opposé à un cours de plus, faute du temps nécessaire, que je consentirais à un système qui ferait perdre aux élèves une heure pour les conduire d’un cours à l’autre. Au reste, l’objection principale est celle du contact entre élèves soumis à des règles toutes différentes et tout à fait antipathiques.
L’honorable M. Dumortier a critiqué un certain nombre de cours, notamment celui de géographie. Je pense qu’il serait extraordinaire que les élèves de l’école militaire ne connussent pas la géographie.
Quant à la statistique, c’est une connaissance tout à fait essentielle aux officiers d’état-major.
L’honorable membre a ensuite critiqué l’enseignement de la minéralogie et de la géologie ; après avoir donné une définition très juste de la géologie, il a déclaré que cette science ne peut être nécessaire à des officiers, sans faire de distinction d’armes.
Je rappellerai à ce sujet que sous le gouvernement hollandais les officiers du corps d’état-major étaient chargés de dresser la carte géologique du pays, et qu’ils l’ont faite. Nous ne devons pas vouloir que nos officiers soient moins savants que ceux de nos voisins. Je rappellerai aussi que l’école militaire doit fournir des officiers du génie qui sont chargés des constructions les plus importantes, et qui doivent connaître parfaitement les matériaux qu’on y emploie ; de là à l’étude de la minéralogie il n’y a qu’un pas, puisque c’est l’étude de cette science qui apprend à connaître les qualités des matériaux dont on fait usage dans l’art de bâtir. Ces deux sciences doivent être forcément enseignées à des officiers qui, dans toutes les positions de la vie, doivent pouvoir prendre l’attitude d’hommes possédant l’ensemble de presque toutes les connaissances scientifiques.
Le médecin attaché à l’école a été l’objet de la critique de M. Dumortier. La chambre verra, à l’article suivant, qu’il n’y a pas de traitement pour ce médecin ; car on suppose qu’on appellera un médecin militaire, ou un médecin de la garnison, et que pour ce surcroît de travail il lui sera accordé un supplément de traitement, ainsi qu’on en accordera à tous les officiers détachés à l’école. Ce professeur devra d’ailleurs donner le cours d’hygiène.
L’honorable orateur est revenu sur une question d’économie. Il a été véritablement admis en principe que l’économie ne devait pas être ici une règle de premier ordre : il faut introduire l’économie dans tous les services publics ; mais dans un objet aussi important que l’institution d’une école militaire, qui est l’âme de l’armée, l’économie ne doit être qu’une chose secondaire.
Mais, à propos d’économie, l’honorable orateur est revenu sur un calcul qu’il a établi dans une séance précédente et duquel il suit que l’école militaire, développée sur l’échelle qui résulterait des dernières propositions faites, coûterait au-delà de 200,000 fr. ; j’ai dit que cette dépense ne s’élèverait pas au-delà de 170,000 fr. J’ai besoin de faire ressortir l’erreur dans laquelle il est tombé. L’honorable orateur a dit que les professeurs de l’école militaire étaient des professeurs civils, que les dix-huit professeurs étaient civils. Je vois M. Dumortier faire un signe négatif ; eh bien, je vais lui prouver que telle a été son assertion.
Il a porté à 108,000 fr. le chiffre du traitement des professeurs ; prenez 18 fois 6,000 fr. et vous aurez en effet ce chiffre.
L’orateur avait cependant sous les yeux le projet de la section centrale et le projet du ministre de la guerre, qui portent, l’un et l’autre, qu’il y a des professeurs et des répétiteurs civils et militaires. Le nombre n’en a pas été désigné. Mais l’équité lui commandait de prendre la moyenne pour faire ses calculs. S’il avait pris la moyenne, il aurait obtenu sur les professeurs une réduction de 40,000 fr. passés, et son chiffre n’aurait pas été loin du mien, c’est-à-dire près de la vérité.
Je me résume. En votant l’amendement de M. Devaux, la chambre a entendu laisser au ministre de la guerre la faculté de prendre les professeurs de l’université pour l’école militaire, mais non lui en imposer l’obligation.
Je persiste à réclamer de la chambre le maintien du personnel que j’ai indiqué, parce que je suis persuadé que ce personnel est nécessaire pour maintenir l’école militaire dans l’état de prospérité et d’éclat auquel elle est parvenue.
M. de Puydt. - Je voulais expliquer comment la section centrale avait demandé un personnel aussi nombreux que le ministre de la guerre ; mais le ministre est entré, à ce sujet, dans des explications qui me paraissent suffisantes ; toutefois j’ajouterai quelque chose sur la question d’économie.
(Erratum inséré au Moniteur belge n°333, du 29 novembre 1837) Il semblerait, d’après cette discussion, que l’école militaire de la Belgique produirait des officiers qui coûteraient relativement plus cher que les officiers produits par les écoles de France que l’on cite comme modèle : j’ai fait un relevé, d’après des documents officiels, de ce que coûtent les élèves dans les diverses écoles de France. En voici le résultat :
D’après le budget, un officier d’artillerie et du génie, sortant de l’école polytechnique et de l’école de Metz successivement, coûte à l’Etat, y compris sa solde d’officier, 10,154 fr. 52 c.
D’après le budget, un officier sortant de l’école d’état-major et de l’école polytechnique, qui est l’école préparatoire, coûte à l’Etat 12,695 fr. 8 c.
L’école de St-Cyr, pour l’infanterie, a 300 élèves : d’après le budget, un officier d’infanterie sortant de cette école coûte à l’Etat, 5,750 fr. 97 c.
L’école de Breda est constituée pour 308 élèves : chaque officier sortant de cette école coûte à l’Etat 8,644 fr. 20 c.
A l’école projetée en Belgique :
Un officier du génie, de l’artillerie et de l’état-major, coûtera, après 4 ans, et y compris sa solde d’officier, 7,960 fr. ;
Un officier d’infanterie et de cavalerie, 4,210 fr.
Ce qui est beaucoup en dessous de l’école de France et de Breda. C’est, je le répète, sur des documents officiels que j’ai établi ce calcul, et je le crois sans réplique.
M. Dumortier. - Nous avons le même but, c’est de former des officiers instruits ; mais nous devons faire des officiers instruits sans prodiguer les dépenses.
Maintenant une autre question se présente, c’est de savoir si cette quantité énorme de professeurs, d’inspecteurs et de maîtres sera un bien-être pour notre école ; et ici je rappellerai ce qui s’est passé quand nous faisions la loi sur l’instruction publique. On exigeait beaucoup de connaissances des élèves ; moi et mon honorable ami, nous nous opposions à ce système ; il a prévalu, et l’on a vu qu’il était vicieux. Il vaut mieux être fort dans une spécialité que de n’avoir que des connaissances vagues dans plusieurs sciences. S’il a 20 professeurs, à une heure chacun, cela fera 20 heures de leçons par jour.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - Mais il y a quatre divisions.
M. Dumortier. - Eh bien, s’il y a quatre divisions, je dis que les professeurs de la deuxième division peuvent examiner les élèves de la première, que les professeurs de la troisième peuvent examiner les élèves de la seconde, et ainsi de suite. Le ministre a dit que c’étaient les mêmes professeurs.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - Les élèves n’ont que six heures de leçons.
M. Dumortier. - Mais c’est déjà beaucoup, parce qu’il faut que les leçons profitent, et pour cela il faut qu’ils aient le temps de méditer.
Il est donc impossible d’employer utilement tout ce nombreux personnel ; dans l’état actuel de l’école militaire il n’y a que 12 à 14 professeurs ; je ne vois aucun motif d’en porter le nombre jusqu’à 20.
Les universités renferment quatre facultés, parmi lesquelles la faculté des sciences où, indépendamment des branches qui s’enseignent à l’école militaire, sont encore enseignées les sciences naturelles ; eh bien, messieurs, il n’y a que 30 professeurs pour une université tout entière, et pour l’école militaire, où l’on n’enseigne que la huitième partie de ce qui est enseigné dans une université, on veut établir 20 professeurs, 14 répétiteurs et 6 maîtres ; évidemment c’est là beaucoup trop.
Donnons à l’école militaire ce dont elle a besoin, réglons-nous sur ce qui existe en France ; mais ne créons pas un personnel démesurément nombreux, sans aucune utilité réelle.
Je suis convaincu, messieurs, qu’en réduisant à 12 le nombre des professeurs et au même chiffre le nombre des répétiteurs et maîtres, il y en aurait plus qu’il n’en peut être employé, pourvu que M. le ministre de la guerre prenne des hommes qui ne fassent autre chose que s’occuper de l’école militaire. Je conviens que si les professeurs de l’école militaire enseignent de trois ou quatre côtés à la fois, le nombre que j’indique ne pourra pas suffire ; mais s’ils sont rétribués comme on le propose, ils peuvent consacrer tout leur temps à l’école militaire ; je pense aussi que plusieurs de ces professeurs pourront donner chacun plus d’un seul cours, et que différents cours pourront d’ailleurs être donnés par des professeurs distingués qui sont attachés à l’université de Gand. En opérant de cette manière, on fera des économies considérables et on n’atteindra que mieux peut-être le but qu’on se propose et que je désire aussi vivement devoir atteindre que M. le ministre de la guerre, c’est-à-dire d’avoir des officiers instruits qui aient fait des études fortes dans leur spécialité.
M. le ministre de la guerre (M. Willmar). - M. Dumortier s’est encore trompé complétement, messieurs, quand il a dit que les maîtres font double emploi avec les professeurs. Il paraît que l’honorable membre ne m’a pas écouté lorsque je réfutais ses assertions ; car j’ai déjà dit que les maîtres doivent enseigner les langues étrangères, le dessin, l’équitation, l’escrime, les manipulations de chimie : j’ajouterai qu’ils doivent donner en outre leur partie des cours facultatifs.
Quant au nombre des professeurs que l’honorable orateur trouve trop considérable, j’ai fait l’énumération des cours qu’ils doivent donner ; je suis entré à cet égard dans beaucoup de détails, et personne ne m’a contredit ; je pense donc avoir suffisamment prouve l’utilité des professeurs que je propose d’attacher à l’école militaire, et l’honorable membre a tort de venir prétendre que le nombre en devrait être réduit à 12, alors qu’il ne donne aucune explication sur ce que chacun d’eux aurait à faire.
L’honorable orateur demande qu’un seul professeur donne plusieurs cours ; c’est précisément ce qui a lieu ; par exemple, le professeur de fortification aura trois ou quatre cours à donner, ce qui est certainement beaucoup pour ne pas dire trop.
En définitive, je suis aussi ennemi de la prodigalité que M. Dumortier, mais je le répète encore, il faut maintenir l’école militaire au degré de prospérité et d’éclat où elle se trouve, et le nombre de professeurs que je demande n’est pas trop grand pour atteindre ce but.
D’autres membres. - Nous ne sommes plus en nombre ! L’appel nominal !
On procède à l’appel nominal ; 36 membres seulement sont présents.

References: Art. 1
 Art. 2
 Art. 3
 Art. 4
 Art. 5
 Art. 6
 Art. 7
 Art. 8
 Art. 9
 Art. 10
 Art. 11
 Art. 12
 Art. 3
 Art. 4