Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/bresil-2pol-portugais.htm
Timestamp: 2017-11-21 09:54:12+00:00

Document:
à l'égard du portugais
A língua portuguesa é o idioma oficial da República Federativa do Brasil. Article 13
Le portugais est la langue officielle de la République fédérative du Brésil.
L'un des organismes les plus connus au Brésil est certainement la fameuse Academia Brasileira de Letras (Académie brésilienne des lettres). À l'origine, en 1897, l'Academia Brasileira de Letras se voulait progressiste, mais avec les années elle est devenue une institution très conservatrice, sans aucune représentation scientifique, car elle regroupe aujourd'hui plus de «notables» que des spécialistes de la langue, notamment des politiciens, des ex-présidents de la République, des militaires, des journalistes, etc.). Mentionnons aussi le Movimento Nacional em Defesa da Língua Portuguesa (Mouvement national pour la défense de la langue portugaise), une organisation non gouvernementale qui a tenté de politiser la question de la langue portugaise, alors que cette question avait traditionnellement été considérée comme non politisée. En effet, la langue a toujours été perçue au Brésil comme un objet de «haute culture» associé aux élites littéraires et aux institutions officielles, pas un objet de débat public. Soulignons encore l'Associação Brasileira de Lingüística (l'Association brésilienne de linguistique) et l'Instituto de Investigação e Desenvolvimento em Política Lingüística (l'Institut de recherche et développement en politique linguistique).
Mentionnons aussi que le Brésil a fondé en 2005 le Musée de la langue portugaise à Sao Paulo: Museu da Língua Portuguesa. C'est un musée unique au monde, non seulement parce qu'il est consacré au portugais, mais parce qu'il ne contient pas de livres ni de tableaux. On y trouve des bandes sonores sur le portugais brésilien. Des écrans illustrent la richesse du portugais du Brésil dans sa culture, sa cuisine, le football, les rapports humains ou les fêtes populaires, sans négliger la musique et le carnaval. Le musée est situé dans l’ancienne gare de Luz ("Estação da Luz"), constituant ainsi un symbole, car cette gare, au demeurant d'une grande richesse architecturale (photo de gauche: Cralize, 2006), constituait à l'origine la porte d'entrée de Sao Paulo et de la langue portugaise pour les immigrants venus des quatre coins du monde.
On peut lire en traduction française le texte du décret no 50.322 créant le Musée de la langue portugaise: Décret no 50.322 du 8 décembre 2005 Instituant au sein du Secrétariat à la culture le Musée de la langue portugaise et autres dispositions corollaires.
Enfin, en septembre 2005, le gouvernement brésilien créait la Comissão de Língua Portuguesa (Commission de la langue portugaise) composée de 14 membres. Selon le ministre de l'Éducation (Fernando Haddad), les objectifs de cette commission sont de contribuer à la divulgation de la langue portugaise au Brésil et à l'étranger: «L'idée est de penser à des formules innovantes pour développer la langue portugaise, que ce soit dans les relations internationales ou dans les programmes du ministère.» L'une des missions est de créer une méthodologie pour enseigner le portugais, avec l'objectif de promouvoir la langue auprès des jeunes et des adolescents. Une autre tâche consistait à aider le Ministère à mettre en oeuvre en octobre 2006 l'Instituto Machado de Assis, en hommage à l'écrivain brésilien du même nom qui vécut de 1839 à 1908. Cet institut, voué à la promotion de la langue portugaise et de la culture lusophone («a língua portuguesa e a cultura lusófona» dans le monde, est sous la direction du palais d'Itamaraty, le siège de la diplomatie brésilienne, avec la collaboration de l'Académie brésilienne des lettres. L'Institut Machado de Assis fonctionne selon le modèle de l'actuel Institut Camões au Portugal, qui coordonne les activités de promotion et de diffusion de la langue et de la culture portugaises à l'étranger.
De façon générale, le «discours élitiste» sur la langue au Brésil est souvent resté au niveau d'une sensibilité passéiste. Par exemple, certains Brésiliens aimaient bien parler de la «grande langue» du célèbre poète portugais du XVIe siècle, Luís de Camões, de celle de Rui Barbosa (un poète considéré comme médiocre, mais ministre des Finances du Brésil et polyglotte) ou de Machado de Assis (le romancier célèbre du XIXe siècle, encore très respecté mais très peu lu par les masses au Brésil), etc. Autrement dit, on pourrait accuser certains Brésiliens des milieux littéraires de faire de forts beaux discours sur les gloires du passé tout en faisant fort peu pour la promotion réelle de la langue portugaise contemporaine. Quand on sait que les livres les plus lus, c'est-à-dire les plus grands succès commerciaux, sont les... best-sellers (!) américains en traduction portugaise. Comme il arrive fréquemment dans d'autres pays, les célébrités littéraires du passé font davantage l'objet d'examens ministériels que de lectures passionnées de la part de la population.
N'oublions pas que la langue portugaise brésilienne d'aujourd'hui est le résultat d'une pratique langagière très peu normalisée (contrairement au français) et qu'elle est utilisée par une masse de locuteurs traditionnellement perçus à tort ou à raison comme peu lettrés, voire semi-alphabétisés ou analphabètes, sans grande littérature populaire. Il est donc normal que la créativité lexicale soit demeurée plus flexible pour recevoir les «importations» venant des langues étrangères. C'est, rappelons-le, une situation très différente, par exemple, du français hexagonal qui a toujours été très normalisé. Ce n'est pas le cas au Brésil où la langue a évolué pratiquement sans contrainte depuis l'indépendance. Bref, la langue portugaise du Brésil a toujours été très «ouverte» aux estrangeirismos, c'est-à-dire aux emprunts étrangers, ce qu'on pourrait appelé en français des «étrangérismes» (mot inexistant en cette langue). Au Brésil, les estrangeirismos comprennent non seulement les emprunts à l'anglais, au français, etc., mais aussi les mots nouveaux (néologismes) en provenance du portugais du Portugal. Ajoutons aussi que le mot portugais pour désigner ce processus de naturalisation à la langue portugaise est aportuguesamento ou portugaisization, un mot qui pourrait correspondre au néologisme français «portuguisation» ou même «lusophonisation», abstraction faite que l'élément latin luso- paraîtrait inacceptable pour un Brésilien parce que, pour lui, il fait référence au Portugal et non au Brésil.
Au point de vue juridique, la langue d’enseignement est régie par la Loi n° 9.394 du 20 décembre de 1996 fixant les directives et les bases de l'Éducation nationale (Lei nº 9.394, de 20 de Dezembro de 1996 estabelece as diretrizes e bases da Educação Nacional) et dévoile certains principes de la politique linguistique que le gouvernement a l’intention de mettre en application. En matière de langue portugaise, la loi ne mentionne que deux articles (32 et 36). L’article 32 de la loi n° 9.394 porte sur l’enseignement de base et reprend intégralement les dispositions de la Constitution à ce sujet:
La loi n° 9.394 prescrit l’enseignement obligatoire d’une langue étrangère (art. 26, § 5):
Voici également le paragraphe 3 de l’article 36 de la loi n° 9.394 :
§ 3º Il sera inclus une (première) langue étrangère moderne, comme discipline obligatoire choisie par la communauté scolaire et une seconde, à caractère facultatif, selon les disponibilités de l'établissement.
Comme le précisent bien les dispositions de la loi 9.394, non seulement cet enseignement d’une «langue étrangère moderne» est confié au choix de la «communauté scolaire», mais ce choix est au surplus conditionné aux «possibilités de l’établissement». Précisons que l’enseignement d’une langue étrangère ne commence qu’en 5e, ce qui correspond pour d’autres pays au début de l’enseignement secondaire ou, selon le cas, à la 6e année du primaire. L’enseignement d’une seconde langue étrangère reste facultatif et est confié à ce qui serait ailleurs au lycée. Comme tout ces choix sont limités aux «possibilités de l’établissement», il reste à savoir dans quelle mesure ces décisions sont appliquées par la «communauté scolaire» locale. Pour sa part, l'État d'Amapa, situé à l'extrême nord-est du pays près de la Guyane française, a choisi depuis 1999 le français. C'est le seul État du Brésil à avoir inclus l'enseignement du français à l'école publique, et ce, comme politique gouvernementale.
On peut cependant regretter que, dans les collèges, on conditionne le choix de la communauté scolaire «disponibilités de l'établissement», que l'on n'ait pas osé introduire obligatoirement le choix d'une langue étrangère moderne dès l'enseignement primaire et qu'on n'ait généralisé pour tout l'enseignement secondaire l'obligation de deux langues étrangères modernes. Lorsque l'enseignement d'une langue étrangère est possible, les Brésiliens ont tendance à choisir l'espagnol ou l'anglais, reléguant loin derrière des langues telles que le français, l'italien, l'allemand ou le japonais; il y a aussi des «offres» pour le chinois, l'arabe et le russe.
Cela étant dit, le Parlement fédéral a adopté en 2005 la loi no 11.161 du 5 août 2005 prévoyant l'enseignement de l'espagnol (Lei nº 11.161, de 5.8.2005 Dispõe sobre o ensino da língua espanhola). En vertu de cette loi, l'enseignement de l'espagnol sera obligatoire dans tous les écoles publiques, de la 5e à la 8e année, à partir de 2010:
L'article 2 précise même que «l'offre de l'espagnol par le réseau public d'enseignement doit être faite dans l'horaire régulier des cours des élèves».
Jusqu'à récemment, les Brésiliens ne semblaient pas trop souffrir des conséquences de la mondialisation et, par le fait même, de l'influence de la langue anglo-américaine dans leur portugais. Le gouvernement fédéral du Brésil n'avait jamais développé une politique linguistique particulière à cet égard. Là comme ailleurs, la langue du commerce, des affaires, de la technologie, des finances, des médias et du savoir scientifique a été envahie par l'anglo-américain à un point tel que des intellectuels, des journalistes et des des politiciens parlent maintenant de «deux langues» au Brésil: celle des gens pauvres et en partie illettrés, celle des riches, relativement anglicisés, qui ne communiquent presque plus avec le peuple. Certains affirment même que le Brésil est devenu linguistiquement un «pays occupé» dans ce monde soumis à la «macdonaldisation» (Macdonaldização) des économies et des intérêts financiers, lesquels ont profondément modifié le contexte social et culturel.
Déjà en 1938, un cas isolé s'était manifesté pour freiner l'envahissement des estrangeirismos («étrangérismes»), c'est-à-dire aux emprunts étrangers: à l'époque, il s'agissait de l'allemand et probablement aussi de l'italien et du polonais. Située à 620 km au sud de São Paulo dans l'État de Santa Catarina, la ville de Blumenau (261 800 hab. en 2005) est caractérisée par sa population d'origine européenne, surtout allemande, italienne, polonaise et portugaise. Encore aujourd'hui, plus de la moitié de la population est de descendance allemande. En 1938, la préfecture de Blumenau avait décidé d'adopter un décret-loi (no 12) interdisant l'emploi, dans une langue étrangère, d'inscriptions sur les tombes, mausolées, tableaux noirs, croix, etc., dans les cimetières de cette municipalité. Cette interdiction ne valait que pour les cimetières et imposait l'usage exclusif du portugais:
Ce décret-loi s'inscrit dans un contexte particulier à époque. Getúlio Vargas (1883-1954) avait pris le pouvoir au Brésil lors d'un coup d'État en octobre 1930 et était devenu formellement président du Brésil en 1934 pour instaurer une dictature en 1937 avec l'Estado Novo. Or, le président Vargas (1934-1945 et 1951-1954) avait interdit toute manifestation culturelle identifiant l'Allemagne. La ville de Blumenau était particulièrement visée.
La situation semble bien différente aujourd'hui, car le Brésil doit faire face à la langue anglaise, la langue de la mondialisation. Des voix brésiliennes se sont élevées pour mettre un frein à l'invasion linguistique anglo-américaine. Parmi ces voix, citons celle du député fédéral Aldo Rebelo, qui a présenté en 1999 au Congrès national (Chambre des députés) un projet de loi destiné à assurer la promotion, la protection, la défense et l'usage de la langue portugaise. C'est le Projeto de Lei no 1676 de 1999 Dispõe sobre a promoção, a proteção, a defesa e o uso da língua portuguesa e dá outras providências. De plus, le même député a également présenté un autre projet de loi, le Projet de loi no 4681 de 2001 relatif, celui-là, au doublage des films étrangers importés pour fins de représentation au moyen de bandes ou disques pour appareils vidéos. Il s'agit là d'une attitude nouvelle au Brésil, celle qui consiste à intervenir par la voie législative dans le code linguistique, mais c'est une pratique courante en France depuis quelques siècles. Ces deux projets de loi relatifs à la promotion, la protection et la défense de la langue portugaise ont fait couler beaucoup d'encre dans le pays, surtout dans les journaux. Ils ont mis les linguistes brésiliens sur «le pied de guerre», mais c'est en même temps une excellente occasion pour favoriser la confrontation des idées sur la question linguistique brésilienne. Examinons maintenant de quoi il en retourne.
Revenons donc au projet fédéral dont l'objectif est de protéger et défendre l'usage de la langue portugaise, notamment par rapport aux emprunts (anglo-américains), dans le domaine des communications officielles, des médias et de la publicité. L'article 1er rappelle les grands principes qui orientent la loi: le portugais est la langue officielle de la République, la forme d'expression orale et écrite du peuple brésilien et constitue un bien de nature immatérielle, partie intégrale du patrimoine culturel brésilien (art. 1 du projet no 1.071/99):
L'article 2 rend responsables les pouvoirs publics de la mission de promouvoir, protéger et défendre la langue portugaise en matière d'enseignement et d'apprentissage, d'études et de recherches, de campagne d'éducation, de diffusion du portugais, de participation du Brésil au sein de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), de naturalisation des mots étrangers au portugais. Le projet no 1.071/99 attribue à l'Académie brésilienne des lettres le rôle de «gardien des éléments constitutifs de la langue portugaise employée au Brésil»:
L'article 3 est plus précis, car il rend obligatoire, dans certaines domaines socioculturels (I à VIII), l'usage de la langue portugaise pour les Brésiliens d’origine ou naturalisés et par les étrangers résidant durant plus d’une année au pays, ce qui inclut le monde de l'enseignement, du travail, des médias, des biens de consommation et de services. Voici le libellé de cet article 3 du projet no 1.071/99:
L'utilisation du portugais est obligatoire, dans les domaines socioculturels qui suivent, pour les Brésiliens d’origine ou naturalisés et par les étrangers résidant au pays pour plus d’une année:
Comme on le constatera dans la suite du même article 3 (voir les paragraphes § 1º, alinéas I à VIII), les dispositions de cette loi ne s'appliqueraient pas, entre autres, aux communautés indigènes, aux situations qui découlent de la libre manifestation de la pensée et de la libre expression dans les activités intellectuelles, artistiques et scientifiques; la loi exempterait aussi les informations destinées aux étrangers, l'enseignement et l'apprentissage des langues étrangères ainsi que les expressions et mots d'une langue étrangère consacrés par l'usage et dûment enregistrés dans le Vocabulaire orthographique de la langue portugaise. On constatera aussi que l'exemption s'applique en principe à la totalité des actes de communications et, comme il n'y a pas dans le texte de précision sur ce qui constitue une «libre manifestation de la pensée», on pourrait comprendre que tous les Brésiliens sont libres de dire, écrire, imprimer ou transmettre ce qui leur convient. Voici la suite de cet article 3 du projet no 1.071/99:
1) Les dispositions des paragraphes I à VIII du présent article ne s'appliquent pas:
2) La réglementation de la présente loi tiendra compte des situations qui puissent exiger:
II – l’utilisation simultanément, à parité de conditions, du portugais avec la langue ou les langues étrangères.
En vertu de l'article 4 du projet no 1.071/99, sera considérée préjudiciable au patrimoine culturel brésilien et punissable formellement par la loi toute utilisation d'un mot ou d’une expression dans une langue étrangère, sauf pour les cas prévus dans la présente et dans la réglementation:
Le projet de loi fédéral du député Aldo Rebelo a fait des petits. En effet, des projets de loi similaires ont été présentés dans au moins deux États fédérés: celui de São Paulo et celui du Rio Grande do Sul. Ces projets de loi, jamais adoptés par la suite, ressemblent étrangement au projet fédéral, mais ils diffèrent sur la question des infractions, lesquelles prévoient des amendes précises. En réalité, outre la question des amendes, il convient de constater que les différences sont pratiquement inexistantes entre le projet de loi fédéral et les deux projets cités ici.
Le projet de loi no 1.071/99 présenté à l'Assemblée de l'État de São Paulo prévoyait à l'article 6 des amendes de 1300 (équivalant à 525 $US) à 4000 réals brésiliens (équivalant à 1600 $ US) dans le cas d’une personne physique et de 4000 à 13 000 réals brésiliens (équivalant à 5280 $US) dans le cas d’une personne morale; de plus, le montant de l'amende doublera à chaque récidive. Pour consulter le texte du projet no 1.071/99 de l'État de São Paulo, cliquer ICI s.v.p.
Quant au projet de loi no 65/2000 présenté à l'Assemblée de l'État du Rio Grande do Sul, il prévoyait les mêmes amendes. Pour consulter le texte du projet no 65/2000 de l'État du Rio Grande do Sul, cliquer ICI s.v.p.
Ces projets de loi sur la défense de la langue portugaise ont entraîné une véritable «guerre linguistique» entre les linguistes et les journalises, mais aussi les politiciens de toute tendance. Le député fédéral Aldo Rebelo, l'initiateur du projet de loi, explique que sa préoccupation n'est pas seulement de «discipliner» ou régulariser l'usage des mots étrangers, mais aussi d'évaluer et d'améliorer la langue portugaise. Selon lui, la «dénationalisation» dont fait l'objet le Brésil appauvrit le portugais. Il suffit de mentionner des mots tels que site, down load, delete, chat, file, mouse, home page, shift, chip, e-mail, on line, software, game, etc. On pourrait citer aussi, pour le vocabulaire courant des mots tels que sale, delivery, no shopping, check up, bestseller, outdoors, open house, franchising, hamburger, cheeseburger ou eggsburger, coffee-break, milk-shake, Halloween, on the rocks, etc. Même la Banco do Brasil (Banque du Brésil) utilise comme nom BB Personal Banking dès qu'elle fait de la publicité sur Internet. Il est vrai que la plupart de ces mots pourraient, par exemple, se retrouver en français, en italien, en néerlandais, en serbe, etc., mais certainement pas en islandais en raison de la politique d'islandisation pratiquée en Islande.
En effet, Il est devenu rare qu’un formulaire, surtout dans les textes électroniques, apparaissent avec tous les signes graphiques du portugais (accents, cédille, etc.). Et que penser, par exemple, du service de «clipping» du Secrétariat de la communication sociale (Secretaria de Comunicação Sociale) de la Chambre des députés ou du «newsletter» du Secrétariat d’État au développement urbain de la présidence de la République ou encore des milliers d'appareils de «personal banking» de la Banque du Brésil éparpillés par tout le pays? Il est vrai que de telles pratiques seraient impensables dans certains pays, même si, dans la plupart des cas, il s'agit surtout de satisfaire une «mode lexicale» par définition passagère. Afin d'exprimer le degré de la menace anglo-saxonne, nous présentons en guise d'exemples un extrait d'un discours du sénateur Ronaldo Cunha Lime, prononcé le 12 novembre 1998, devant le Sénat:
A invasão de termos estrangeiros têm sido tão intensa que ninguém estranharia se eu fizesse aqui o seguinte relato do meu cotidiano:
Precisava de um relax. Meu check up indicava stress. Dei um time e fui ler um bestseller no living do meu flat. Desci ao playground; depois fui fazer o meu cooper. Na rua, vi novos outdoors e revi velhos amigos do footing. Um deles comunicou-me aquisição de uma nova maison, com quatro suites e até convidou-me para o open house. Marcamos, inclusive, um happy hour. Tomaríamos um drink, um scotch, de preferência on the rocks. O barman, muito chic, parecia um lord inglês. Perguntou-me se eu conhecia o novo point society da cidade: Times Square, ali na Gilberto Salomão, que fica perto do Gaf, o La Basque e o Baby Beef, com serviço a la carte e self service. [...] Voltei para casa, ou, aliás, para o flat, pensando no day after. O que fazer? Dei boa noite ao meu chofer que, com muito flair play, respondeu-me: Good night.
L'invasion de termes étrangers a été si intense que personne ne trouverait étrange si je traçais ici l'histoire suivante de mon quotidien:
J'avais besoin d'un relax. Mon check up indiquait du stress. J'ai donné un time et j'ai été lire un best-seller dans le living de mon flat. Je suis descendu au playground ; j'ai ensuite été faire mon cooper. Dans la rue, j'ai vu de nouveaux outdoors et j'ai visité de vieux amis du footing. L'un d'eux a communiqué l'acquisition de ma nouvelle maison, avec quatre suites et m'a invité pour un open house. Nous réservons même une happy hour. Nous prenons un drink, un scotch, de préférence on the rocks. Le barman, très chic, semblait un lord anglais. Il m'a demandé si je connaissais un nouveau point society en ville : le Times Square, là où Gilberto Salomão, qui demeure près du Gaf, à La Basque et au Baby Beef, avec service à la carte et self service. [...] Je suis rentré à la maison ou d'ailleurs pour un flat, j'ai pensé au day after. Que ferai-je? J'ai souhaité bonne nuit à mon chofer qui, avec un très grand flair play, m'a répondu : Good night.
De leur côté, les opposants au projet de loi fédéral n'y vont pas avec le dos de la cuillère. Certains accusent le député Rebelo de se prendre pour un «dictateur»; ils citent fréquemment dans les journaux les noms de Francisco Franco (1892-1975) et de Benito Mussolini (1883-1945), lesquels auraient voulu imposer par la force, selon le cas, l'espagnol ou l'italien, à tous les habitants de leur pays. Le député Rebelo réfute ces accusations en disant que le projet de loi n'a pas pour but d'imposer le portugais aux individus, mais seulement de préserver la langue nationale en conformité avec les dispositions constitutionnelles. La loi n'imposerait le portugais à personne, seulement aux institutions et aux organismes, exception faite pour les cas prévus par la loi. D'autres traitent Aldo Rebelo de «héraut de l'apocalypse» («arauto do apocalipse») qui, tel un croisé, entraînerait le Brésil dans un «guerre sainte pour la langue» («guerra santa pelo idioma»).
Ces illustres savants affirment aussi que les emprunts n'ont jamais constitué un problème et que les locuteurs, sans interdiction de la part de personne, ont toujours su «gérer» la dynamique de l'emprunt lexical. Selon certains, il n'est pas vrai que les nombreux emprunts lexicaux dans la langue portugaise, surtout ceux provenant de l'anglais, soient «sans précédents» dans l'histoire. Dans le passé, les Brésiliens ont emprunté des mots par centaines ou par milliers (en castillan, français, italien, tupinambá, yorouba ou en d'autres langues), sans que cela ne menace l’existence ou la promotion du portugais brésilien. Évidemment, ces mêmes spécialistes omettent de dire qu'aujourd'hui les mots empruntés correspondent à des mots d'usage très courant, c'est-à-dire employés avec une haute fréquence par les médias et la publicité, et que ces mots sont inculqués presque «de force» au sein de la population brésilienne.
Pour bon nombre d'opposants, l'intention de préserver la langue portugaise brésilienne de l'invasion étrangère est peut-être bonne, mais le résultat serait nul, car aucun Brésilien ne va cesser d'utiliser des expressions ou des mots étrangers seulement parce qu'une loi l'interdit. D'autres croient aussi que ce projet de loi est un signe de xénophobie et d'intolérance, et que l'usage de néologismes, d’emprunts et d'«étrangérismes» (estrangeirismos) ne corrompt pas la langue ni humilie leurs utilisateurs. Pour eux, la présence d'estrangeirismos ne doit pas être perçue comme une «invasion» corruptrice, mais comme une occasion d'«enrichissement lexical», ce qui favoriserait par surcroît le développement scientifique et culturel. Si le Brésil adoptait ce projet de loi, le pays sombrerait dans la xénophobie et l'isolationnisme, et resterait fermé aux innovations; il serait non seulement isolé linguistiquement, mais aussi culturellement, socialement, politiquement et économiquement. L'apocalypse, quoi! Enfin, d'autres linguistes estiment simplement que le projet de loi repose sur des bases bien plus politiques que linguistiques. Quoi qu'il en soit, il reste aux parlementaires brésiliens le soin d'adopter, avec ou sans modifications, le texte du controversé projet de loi. Selon toute probabilité, il semble que le texte présenté finira par être adopté et qu'il deviendra une loi, mais avec des modifications destinées à l'améliorer.
Dans les circonstances actuelles, la langue est maintenant devenue un étendard politique au Brésil. Les Brésiliens sont en train de réaliser, eux aussi que, dans les faits, les interventions politiques en matière de langue s'inspirent rarement de motifs purement linguistiques. Elles se rapportent le plus souvent à des projets de société formulés en fonction d'objectifs d'ordre culturel, économique et politique. Or, le fondement idéologique de l'actuelle politique brésilienne est la défense de la langue portugaise en tant que symbole de la souveraineté nationale, laquelle se transforme en une lutte anti-impérialiste ou, en l'occurrence, anti-anglo-américaine. Les opposants au projet de loi ont raison d'y voir un caractère politique à cette intervention législative. On peut affirmer sans se tromper que toute «politique linguistique» est par essence un «acte politique». Le nier revient à considérer la langue comme un simple instrument de communication, ce qu'elle est d'abord sans doute, mais toute langue est aussi le symbole identitaire d'un peuple ou d'une nation. Et ça, on n'y peut rien, car la langue a toujours été un instrument d'identité sociale ou nationale, voire un instrument politique servant parfois à dominer. Les Américains, l'ont compris! Avant eux, les Britanniques, les Français, les Espagnols, les Portugais, les Arabes, les Chinois, etc.
Quand on lit les déclarations des opposants brésiliens au projet de loi, force est de constater que leur point de vue reste relativement incomplet. Ils oublient que d'autres pays interviennent par la voie législative sur leur langue nationale et qu'ils ne sont pas nécessairement taxés de xénophobie. Parmi ceux-là, et non des moindres: les États-Unis d'Amérique! On dirait bien que certains linguistes brésiliens n'ont jamais entendu parler des mouvements américains pro-anglais tels que US English («L'anglais pour les États-Unis»), English First («L'anglais d'abord») et, surtout, English Only («L'anglais seulement»), le plus hispanophobe de tous. Par ailleurs, la liste des organismes qui appuient officiellement l'idéologie d'US English est impressionnante: on y compte au moins 110 organismes, dont de fort nombreux groupes allophones tels que l'American East European Ethnic Conference, l'American Ethnic Coalition, l'American Hungarian Federation, le Bulgarian National Front in the USA, la Croatian Fraternal Union of America, etc. La «guerre linguistique» entreprise par US English a porté fruit, car de nombreux États ont modifié leur constitution pour «protéger l'anglais» qui serait gravement menacé, entre autres, par la communauté hispanique. Le gouvernement fédéral américain n'a pas encore pu légiférer sur ce sujet — il a échoué, mais ce n'est que partie remise! —, ce qui n'a pas empêché de nombreux États de le faire. À la fin de 2007, quelque 29 États américains avaient adopté l'anglais comme langue officielle, ce qui permettra à plusieurs d'entre eux de légiférer sur la promotion et la défense de la langue anglaise.
Enfin, on pourrait ajouter que des politiques linguistiques similaires à celle que se prépare à adopter le Brésil sont relativement nombreuses. Outre la France, mentionnons le Mexique, le Costa Rica et la Colombie, mais aussi le Québec, l'Islande, la Catalogne, l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, l'Arménie et plusieurs autres. Cela dit, le projet de loi brésilien s'apparente davantage à la Loi sur la langue polonaise qu'à la législation française. Dans une entrevue accordée (au 1er février 2002) à la Presse Canadienne, le député Rebelo a affirmé: «Je me suis inspiré de la législation du Québec.»
- L'impérialisme linguistique
En réalité, c'est de l'impérialisme linguistique dont il est question, plus particulièrement de la domination de la langue anglo-américaine sur le portugais du Brésil, comme sur toute autre langue. D'où l'expression «dollarisation linguistique». En ce sens, le journaliste et écrivain de . Il est prudent d'appeler alors à la rescousse des auteurs étrangers. Par exemple le journaliste de renom et écrivain brésilien célèbre, Luis Fernando Verissimo, auteur de plusieurs best-sellers, écrivait ainsi en anglais dans le journal O Globo de Rio de Janeiro du 23 janvier 1999:
I am writing this in English to set an example. I think the Brazilian press has the patriotic duty to start publising news and opinion in English so the people at IMF can know what is going on here on a daily basis without having to wait for reports and resumes. With the troublesome Portuguese out of the way, they can assesss our situation directly by reading our newspapers and make the necessary decisions more quickly. I plan to write in English from now on, reverting to Portuguese only in the case of untranslatable words like "marketing", "currency board", etc., and hope that the responsible press will follow my lead. J'écris cet article en anglais pour donner l'exemple. Je pense que la presse brésilienne a le devoir patriotique de commencer à publier des informations et des tribunes en anglais pour que les gens du FMI puissent savoir quotidiennement ce qui se passe ici sans devoir attendre des rapports et des résumés. L'ennuyeux portugais étant évacué, ils pourront évaluer directement notre situation en lisant nos journaux et prendre plus rapidement les décisions nécessaires. Dorénavant, je compte écrire en anglais, ne revenant au portugais que pour les termes intraduisibles comme «marketing» ou «currency board», et j'espère que la presse responsable m'emboîtera le pas.
Dans une note, Verissimo joignait un résumé en portugais «pour ceux qui utilisent encore cette langue obsolète». Évidemment, Verissimo voulait se moquer de la situation du fait que les vraies décisions ne se prenaient pas à Brasilia, mais bien à Washington, et que le Brésil était aussi victime d'une sorte de «dollarisation» linguistique. C'est à se demander si défendre sa langue dans son propre pays n'équivaut pas à un acte d'agression contre les États-Unis.
En vertu de l'article 1er de ce projet de loi n°4681 de 2001, la traduction, le doublage et les légendes de films produits en langue étrangère et commercialisés au Brésil devront dorénavant être réalisés par des professionnels qualifiés:
Selon l’article 3, l'Accord devait entrer en vigueur le 1er janvier 1994, une fois que seront déposés les instruments de ratification de tous les États signataires auprès du gouvernement de la république du Portugal. Quant à l’article 4, il oblige les États signataires à prendre les mesures appropriées pour assurer le respect effectif de la date d'entrée en vigueur établie à l’article précédent. Le document fut signé par les sept États, à Lisbonne, le 16 décembre 1990. Pour diverses raisons, la date butoir a été reportée en mai 2015, car en janvier 1994 seuls le Portugal, le Brésil et le Cap-Vert avaient ratifié l'accord. Quant au Brésil, il a ratifié par le décret 43/1991 l’Accord orthographique sur la langue portugaise, le 4 août 1991, en ces termes:
L'Accord fut ratifié par tous les participants, sauf par l'Angola et le Mozambique; il est entré en vigueur au Brésil et au Portugal, en 2009, et à la condition d'une période d'ajustement. Puis, après une prolongation de trois ans, cette période devait s'achever en décembre 2014 pour le Brésil et en mai pour le Portugal.
Néanmoins, cet accord orthographique n'est appliqué au Brésil qu'avec parcimonie. Des campagnes de presse ont tout fait pour discréditer le traité. C’est que l'Accord orthographique sur la langue portugaise ne fait pas l’unanimité dans le pays, ce qui a entraîné une polémique sans véritables arguments scientifiques. Beaucoup craignent de perdre le «caractère brésilien de la langue portugaise». Les partisans de l’Accord dénoncent, pour leur part, l’affaiblissement de la langue portugaise dans le monde en raison de son hétérogénéité, résultat de sa dispersion géographique entre trois continents. Il est vrai que le portugais est quelque peu différent selon les pays et qu'on a tendance à parler plutôt du «portugais du Portugal», du «portugais du Brésil», du «portugais d'Angola», du «portugais du Mozambique», etc. En cela, la situation ne diffère pas tellement du «français de France», du «français de Belgique», du «français du Canada» ou d'ailleurs. La situation est identique pour les pays anglophones.
Le traité de 1990 est accompagné d’annexes décrivant les points orthographiques et/ou grammaticaux sur lesquels porte l’accord: alphabet, [h] initial et final, homophonie, séquences consonantique, voyelles atones, voyelles nasales, accentuation des oxytons/paroxytons, accent grave, tréma, trait d’union, apostrophe, minuscules et majuscules, divisions syllabiques, etc.
On peut consulter une version française de la Déclaration constitutive des pays de langue portugaise.
- L'Institut international de la langue portugaise
L'Institut international de la langue portugaise (IILP: Instituto Internacional da Língua Portuguesa) a été fondé officiellement en 1989, quand les pays d'expression portugaise se réunirent à São Luís du Maranhão pour planifier les bases d'une communauté de la langue portugaise. À cette occasion, l'idée de la création d'un tel institut fut une initiative du président de la république du Brésil, José Sarney. Cependant, l'Institut ne devint une réalité que dix ans plus tard lors de la VIe Réunion habituelle du Conseil des ministres de la Communauté des pays de langue officielle portugaise (VI Reunião Ordinária do Conselho de Ministros da Comunidade dos Países de Língua Oficial Portuguesa) qui a eu lieu à São-Tomé-e-Príncipe. Les orientations pour la mise en oeuvre de cet organisme promotionnel de la langue portugaise ont été tracées.
L'Institut international de la langue portugaise a pour objets fondamentaux «la promotion, la défense, l'enrichissement et la diffusion de la langue portugaise comme véhicule de la culture, de l'éducation, des informations et d'accès à la connaissance scientifique, technologique et d'usage officiel dans les forums internationaux».

References: § 5

§ 3

L'article 2
 L'article 1

L'article 2

L'article 3
 § 1
 l'article 4
 l'article 6
 l'article 1