Source: https://www.nosdeputes.fr/15/seance/1077
Timestamp: 2018-05-25 08:39:02+00:00

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Commission des affaires culturelles et de l'éducation : réunion du mardi 20 mars 2018 à 17h05 - NosDéputés.fr
Réunion du mardi 20 mars 2018 à 17h05
La commission des Affaires culturelles et de l'Éducation procède à l'examen de la proposition de loi, adoptée par le Sénat, visant à simplifier et mieux encadrer le régime d'ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat (n° 717) (M. Michel Zumkeller, rapporteur).
Nous sommes saisis de la proposition de loi adoptée par le Sénat visant à simplifier et à mieux encadrer le régime d'ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat. Sur ce texte, dont l'initiative revient à la sénatrice Françoise Gatel, du groupe Union centriste, nous avons désigné le 8 mars notre collègue Michel Zumkeller comme rapporteur.
Ce texte est inscrit à l'ordre du jour de la séance du mercredi 28 mars, à la suite des questions au Gouvernement.
Michel Zumkeller, rapporteur
Je vous remercie, monsieur le président, de m'accueillir dans votre commission, comme je remercie la majorité d'avoir accepté que je sois désigné rapporteur de ce texte qui a été adopté au Sénat dans le cadre de l'ordre du jour réservé au groupe de l'Union centriste. Pour qu'il soit examiné devant notre assemblée lors de la séance dont l'ordre du jour sera réservé à notre groupe, il aurait fallu attendre le mois de décembre. Vu l'importance du texte, je vous suis donc très reconnaissant, au nom du groupe UDI, Agir et Indépendants, de nous permettre d'aller plus vite et de poursuivre le travail engagé par nos collègues du Sénat : il est agréable de travailler dans ces conditions.
Cette proposition de loi a donc été adoptée par le Sénat le 21 février dernier, à l'initiative de Mme Françoise Gatel et plusieurs de ses collègues, Mme Annick Billon en étant la rapporteure. Elle vise à simplifier et encadrer le régime d'ouverture et de contrôle des établissements d'enseignement privés hors contrat et a été inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée le mercredi 28 mars.
Cette initiative parlementaire est partie d'un constat largement partagé : issu de lois datant de plus d'un siècle (loi Falloux de 1850, loi Goblet de 1886 et loi Astier de 1919), le régime de déclaration des établissements d'enseignement privé est aujourd'hui obsolète et complexe, et il manque cruellement de cohérence.
Pour chaque catégorie d'établissement – premier degré, second degré, enseignement technique –, les conditions de déclaration, les pièces qui sont demandées et les procédures d'opposition des autorités sont différentes.
Ainsi, les délais dont disposent le maire, l'autorité académique, le préfet et le procureur pour s'opposer à l'ouverture d'un établissement varient entre 8 jours et deux mois, selon les cas – ce qui est court, en tout état de cause, et ne permet pas d'exercer un contrôle véritablement efficace. De plus, les motifs pouvant justifier une opposition sont restreints et étonnamment désuets : est uniquement évoqué l'intérêt « des bonnes moeurs ou de l'hygiène » – sauf pour les établissements d'enseignement technique, pour lesquels l'ordre public peut être soulevé.
Les conditions qui sont requises des chefs d'établissement et des enseignants, en termes d'âge, de diplôme et d'expérience professionnelle, sont également très variables, ce qui peut aboutir à des situations surprenantes : aucune condition – ni d'âge, ni de diplôme, ni de nationalité – n'est fixée pour les enseignants des établissements secondaires, à la différence des maternelles et des écoles, ou des établissements d'enseignement technique… Aucune expérience professionnelle n'est demandée pour ouvrir un établissement d'enseignement primaire.
Le régime déclaratif actuel manque donc de lisibilité et de pertinence, à la fois pour les personnes porteuses de projets d'établissements et pour les administrations destinataires de ces déclarations.
Par ailleurs, le caractère restreint des motifs d'opposition à l'ouverture aboutit à ce paradoxe qu'un maire ou un préfet ne peut pas s'opposer à l'ouverture d'un établissement alors que son directeur ne remplirait pas les conditions requises par la loi – par exemple parce qu'il aurait été frappé d'une interdiction définitive d'enseigner : c'est seulement une fois l'établissement ouvert que le procureur de la République peut être saisi, et que le tribunal correctionnel peut prononcer la fermeture de l'établissement ! Les maires et les autorités de l'État se trouvent donc désarmés et mis devant le fait accompli.
Les incohérences du dispositif actuel apparaissent avec d'autant plus d'acuité que la création d'établissements privés hors contrat est en pleine expansion depuis plusieurs années – je rappelle qu'un nouvel établissement privé est nécessairement hors contrat dans un premier temps, puisqu'en principe, il ne peut passer contrat avec l'État qu'au bout de cinq années.
Ainsi, alors que l'on comptait environ 800 établissements hors contrat à la rentrée 2010, ce nombre s'est élevé à 1 300 à la rentrée 2017, pour 73 000 élèves scolarisés. C'est un chiffre important, mais qu'il faut relativiser, puisqu'il représente environ 0,5 % de la totalité des élèves scolarisés. Le secteur hors contrat se caractérise par sa diversité, puisqu'il inclut aussi bien des établissements confessionnels – entre 40 et 45 % des élèves –, que des établissements proposant des pédagogies alternatives, telles que Montessori ou Freinet, ou des enseignements en langue régionale.
Face à ce double constat, il est important d'apporter des réponses. C'est l'ambition de la présente proposition de loi, qui a été déposée en juin 2017 et adoptée par le Sénat voilà un mois. Ce texte propose une vraie cohérence.
En premier lieu, il conserve le principe d'un régime de déclaration mais il l'harmonise et le simplifie : les distinctions entre catégories d'établissements sont effacées, une même procédure s'applique puisque l'autorité académique constitue l'interlocuteur unique des porteurs de projets et c'est elle qui transmet le dossier de déclaration aux autres autorités, soit le maire, le préfet et le procureur.
Toujours pour permettre l'efficacité du contrôle, le délai d'opposition est porté à trois mois dans tous les cas, au lieu de huit jours aujourd'hui pour le maire, et un mois le plus souvent pour le préfet et l'autorité académique, tandis que les motifs d'opposition sont modernisés et étoffés : la notion d'ordre public est introduite, ainsi que la nécessité de respecter les conditions requises de la part de la personne qui déclare l'ouverture mais aussi, si ce n'est pas la même, de la personne qui dirigera l'établissement. La protection de l'enfance et de la jeunesse vient remplacer l'hygiène et les bonnes moeurs. L'on devrait ainsi éviter la situation paradoxale que j'ai évoquée tout à l'heure, à savoir la nécessité d'attendre qu'un établissement ouvre pour pouvoir saisir le juge pénal et obtenir sa fermeture.
Le Sénat a également prévu l'obligation d'informer l'autorité académique en cas de changement d'identité du directeur, pour éviter notamment les pratiques de prête-nom à l'ouverture des établissements.
Les conditions exigées des directeurs d'établissement et des enseignants sont harmonisées, sachant que les conditions de diplômes, de pratiques professionnelles et d'âge seront définies par décret en Conseil d'État, et que des possibilités de dérogations seront ouvertes.
Enfin, au-delà du contrôle « sur pièces » qui peut être exercé au moment de l'ouverture, il importe de garantir que les établissements d'enseignement puissent être efficacement inspectés lorsqu'ils sont en activité et accueillent leurs élèves. Comme le montrent les travaux de notre collègue Annick Billon, ces contrôles sont aujourd'hui insuffisants, à la fois du fait des contraintes qui pèsent sur les moyens d'inspection, et parce que, jusqu'à récemment, le contrôle des établissements hors contrat n'avait pas été identifié comme une priorité. Pour l'année scolaire 2016-2017, seulement la moitié des nouveaux établissements ont été contrôlés durant leur première année d'exercice – cette proportion devrait frôler 75 % pour l'année 2017-2018.
Le texte qui vous est proposé pose le principe d'un contrôle dès la première année d'exercice de l'établissement ; le ministre s'est engagé en séance, au Sénat, à ce que les moyens nécessaires soient mobilisés pour atteindre cet objectif. Le texte prévoit aussi que les noms et les titres des enseignants seront transmis chaque année à l'autorité académique, pour procéder aux vérifications nécessaires.
J'ai présenté les grandes lignes du texte qui nous est proposé, et qui aboutit à mon sens à un bon équilibre : il permet d'améliorer et de simplifier le régime actuel de déclaration, ce qui est souhaitable aussi bien pour les porteurs de projets que pour les administrations, tout en renforçant l'efficacité des contrôles qui peuvent être exercés, tant à l'ouverture que pendant l'activité des établissements.
Pour le groupe La République en Marche, la présente proposition de loi n'est pas anodine, puisque pas moins de 73 000 élèves sont actuellement scolarisés dans des écoles hors contrat – soit 0,5 % du total des élèves scolarisés –, dont 57 % au primaire. On constate depuis peu une progression des écoles hors contrat. Nous en recensions environ 1 300 en 2017 contre 803 en 2010, soit une progression de 60 %. Cette proposition de loi revêt par conséquent une importance toute particulière et doit retenir notre attention.
Suite à certaines dérives, les services de l'éducation nationale ont d'ores et déjà renforcé leurs contrôles et, si seulement 73,2 % des écoles hors contrat ouvertes en 2017-2018 ont été contrôlées, ce chiffre est en nette progression puisque seulement 48 % des nouvelles écoles avaient été contrôlées l'an passé. Toutefois, ces contrôles rencontrant certaines limites administratives, le but de cette proposition est précisément de mieux outiller les services concernés.
À notre sens, ce texte parvient à une juste conciliation entre les principes constitutionnels que sont la liberté de l'enseignement et le droit des enfants à l'éducation.
Cette proposition nous rappelle que la liberté est indissociable de la responsabilité : l'État doit veiller à protéger ses enfants contre l'insuffisance pédagogique, les phénomènes sectaires, la radicalisation. Contrôler ne signifie pas céder au tout répressif, c'est aussi accompagner et valoriser tout en respectant la liberté. Nous devons offrir davantage de garanties aux parents en élargissant les points de vigilance : outre l'hygiène et les bonnes moeurs, il faut aussi s'intéresser à l'ordre public, à la protection de l'enfance et à l'acquisition du socle commun de compétences et de connaissances.
Je tiens aujourd'hui à féliciter les sénateurs, en particulier Mmes Gatel et Billon, pour leur important travail qui permet d'accroître les contrôles et de renforcer la vigilance de l'État. Ce travail législatif a permis de fixer dans la loi la liste des pièces qui constitueront le dossier d'ouverture d'un établissement scolaire ; d'affirmer clairement la distinction entre la personne qui souhaite ouvrir l'établissement et son directeur ; de simplifier la procédure en créant un guichet unique auprès des services de l'État ; d'unifier les motifs et les délais d'opposition ; d'actualiser les motifs d'opposition ; de permettre l'information des autorités compétentes en cas de changement de l'identité du directeur ou du représentant légal de l'établissement ; de renforcer les sanctions encourues en cas d'infraction, notamment pour le directeur de l'établissement ; de renforcer et de rendre plus efficace le contrôle a posteriori des établissements hors contrat – par exemple par la communication annuelle des noms et titres des enseignants – et de leur moralité ; de rendre obligatoire, pour les services de l'éducation nationale, les contrôles des établissements hors contrat dès leur première année d'exercice ; de permettre lors des missions de contrôles que des agents d'autres services comme ceux de la préfecture puissent assister les inspecteurs de l'éducation nationale ; d'unifier les conditions pour diriger et enseigner dans les établissements hors contrat, qu'ils soient du premier ou du second degré ou de l'enseignement technique, sauf dérogation ; de pouvoir prononcer la fermeture de l'établissement dès lors qu'il y a obstruction aux contrôles réalisés par les services de l'éducation nationale.
Le groupe La République en Marche se félicite que ce texte vienne aussi rapidement à l'ordre du jour de notre commission, car il est l'un des axes forts permettant de renforcer la lutte contre les phénomènes de radicalisation voulue par le gouvernement d'Édouard Philippe. Cependant, il ne faut pas réduire cette proposition de loi à un outil anti-radicalisation. N'oublions pas que seuls 45 % des élèves scolarisés dans le hors contrat sont dans des écoles confessionnelles et que, cette année, plus de 50 % des écoles hors contrat qui se sont créées étaient des écoles alternatives de type Montessori ou des écoles démocratiques. Je pense que, lors de nos échanges, nous aurons l'occasion de souligner la diversité et la richesse de ces écoles.
Notre groupe estime que ce texte a trouvé un juste équilibre qui permet de maintenir une liberté d'enseignement tout en protégeant les enfants dont les familles auraient fait le choix de ce type de structure.
Le groupe Les Républicains a la conviction que, pour défendre et protéger la liberté d'enseignement, il faut la protéger contre ses dévoiements, notamment lutter contre toute instrumentalisation radicale de l'école.
Dans le contexte que nous connaissons, ne pas prendre les dispositions nécessaires à la protection de nos libertés, en les sécurisant, c'est courir le risque de leur affaiblissement. Or, le droit existant, notamment le code de l'éducation, est aujourd'hui imparfait ; il ne donne pas assez de moyens à la puissance publique pour faire obstacle à l'instrumentalisation de l'école par des officines de radicalisation, notamment salafistes.
Pour autant, rechercher un meilleur équilibre entre défense de la liberté d'enseignement et sécurité publique accrue ne doit en aucun cas remettre en cause le régime déclaratif : un régime d'autorisation serait contraire à la liberté d'enseignement, principe à valeur constitutionnelle. La nouvelle loi doit donc, avant tout, rester protectrice de la liberté d'enseignement. Sur un sujet qui concerne une liberté fondamentale, protégée par notre Constitution, le législateur doit avoir, encore plus que sur tout autre, la « main tremblante », pour reprendre la célèbre formule de Montesquieu.
Le texte initial a été largement débattu lors de son examen au Sénat, qui a débouché sur une réécriture que nous jugeons positive car elle permet de clarifier le droit existant, tout en le rendant plus opérant, grâce à l'actualisation des motifs d'opposition et au renforcement du contrôle a posteriori. Aussi pensons-nous que le texte issu des débats au Sénat offre un bon équilibre entre le nécessaire contrôle et l'indispensable préservation de la liberté d'enseignement. C'est pourquoi notre groupe n'a pas déposé d'amendement, en l'état actuel du texte.
Notre groupe peut d'ailleurs rejoindre l'un des objectifs poursuivis par cette proposition de loi, à savoir le renforcement des contrôles, notamment celui du profil des directeurs et des enseignants, à l'ouverture des établissements hors contrat, pour lutter plus efficacement contre la radicalisation.
Le groupe Les Républicains reste cependant très attaché aux principes à valeur constitutionnelle de la liberté d'enseignement et du droit à l'instruction. Nos collègues sénateurs se sont ainsi mis d'accord avec le groupe de l'Union centriste sur le renforcement des éléments à fournir à l'ouverture d'un établissement, lesquels ne doivent pas être plus contraignants que pour les établissements publics : il en va en effet de l'équilibre entre l'enseignement public et l'enseignement privé.
Au cours du débat qui s'ouvre, le groupe Les Républicains veillera à ce que le contrôle reste strictement un contrôle d'ordre public et de protection de l'enfance – et certainement pas un contrôle de la pédagogie choisie. Nous avons en effet constaté que les écoles hors contrat offrent parfois l'occasion de développer des pédagogies innovantes, notamment au profit des enfants en situation de handicap, les parents peuvent en témoigner. Certes, le ministère de l'éducation nationale mène une politique d'inclusion, mais les établissements hors contrat permettent ainsi d'aller encore plus loin dans ce domaine.
Nous discutons aujourd'hui de la proposition de loi adoptée par le Sénat visant à simplifier et mieux encadrer le régime d'ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat.
Le texte a été porté au Sénat par la sénatrice de l'Union centriste, Mme Françoise Gatel, et a reçu un accueil favorable d'une large majorité sénatoriale et du Gouvernement. Nous sommes heureux de constater que la discussion a pu être fructueuse et aboutir à ce que le groupe du Mouvement Démocrate et apparentés considère comme un texte d'équilibre qui garantit à la fois la liberté d'enseignement et le nécessaire contrôle de l'État s'agissant de l'éducation de nos enfants.
Le contexte est bien connu de tous, celui d'une augmentation importante des établissements hors contrat, donc du nombre d'élèves concernés, et d'une procédure trop complexe qui ne permet pas aux autorités compétentes, élus locaux et services de l'État, de réagir à temps en cas d'infraction aux conditions fixées par la loi, loi qui est en outre jugée insuffisante. Il est donc nécessaire de revoir cette procédure pour en assurer l'efficacité. Ainsi, il était particulièrement utile de s'interroger sur les délais d'opposition des différentes autorités concernées, qui n'étaient que de huit jours pour les maires, et uniquement pour des raisons d'hygiène ou de bonnes moeurs.
La proposition de loi revoit le système déclaratif et le renforce, en allongeant les délais d'opposition, en étendant les motifs d'opposition, en harmonisant les trois régimes d'ouverture existants et en renforçant les sanctions en cas de manquement à ces principes. Ainsi, l'article premier étend les motifs d'opposition à des considérations d'ordre public ou de protection de l'enfance et de la jeunesse et précise les pièces que le dossier de déclaration d'ouverture devra comporter, notamment en ce qui concerne l'établissement et les modalités de son financement.
L'article 2 institue, entre autres, un contrôle des établissements privés au cours de la première année d'ouverture, puis, de manière aléatoire, les années suivantes. Sur ce point, les débats ont été plus ardus au Sénat pour définir la fréquence de ces contrôles. Nous sommes bien sûr sensibles aux arguments de certains de nos collègues qui voulaient systématiser les contrôles chaque année. Nous nous rangeons néanmoins à la méthode retenue par souci de réalisme, et nous faisons confiance au ministre, qui a assuré le Sénat de son intention de renforcer les contrôles des établissements privés hors contrat. Nous observons en outre que le texte prévoit un contrôle annuel des noms et titres des chefs d'établissement. L'ensemble de ces mesures nous semble ainsi répondre aux enjeux.
L'article 3 fixe les conditions – âge, nationalité, ancienneté à un poste similaire – qui doivent impérativement être remplies pour qu'un directeur ou un enseignant soit désigné.
La liberté de l'enseignement est un droit fondamental inscrit dans la Constitution de notre République. La nécessité de protéger nos enfants de certaines dérives de ces enseignements hors contrat n'en est pas moins importante. La liberté est un bien fragile qu'il nous faut parfois protéger d'elle-même, contre ceux qui seraient tentés d'en abuser au détriment de l'intérêt général et pour l'intérêt de quelques-uns seulement.
C'est pourquoi le groupe du Mouvement démocrate et apparentés soutiendra le texte qui nous est présenté, et qui établit un équilibre entre le droit de l'enseignement libre et l'impératif pour la République de se prémunir de certaines dérives.
Nous débattons aujourd'hui d'une proposition de loi adoptée par nos collègues sénateurs le mois dernier, qui vise à simplifier et mieux encadrer le régime d'ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat. Le texte a été porté au Sénat par Mme Gatel, du groupe de l'Union centriste.
Au nom du groupe UDI, Agir et Indépendants, je tiens à réaffirmer notre attachement au principe de la liberté d'enseignement, qui consacre le droit des parents de choisir librement l'instruction qu'ils désirent donner à leurs enfants : il s'agit d'un principe fondamental reconnu par les lois de la République, sur lequel nous ne saurions revenir. Pour autant, ce principe ne saurait faire obstacle à un autre principe auquel nous sommes très attachés, celui du droit à l'instruction de tous nos enfants sans exception, tel qu'affirmé dans le préambule de la Constitution et réaffirmé par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme.
Née du constat indéniable de l'inadéquation du cadre juridique applicable aux établissements privés au regard des enjeux actuels, cette proposition de loi vise à inscrire dans la loi des garde-fous pour permettre la sauvegarde de ce droit constitutionnel, tout en conservant et préservant la liberté d'enseignement.
Vous le savez, trois régimes distincts régissent aujourd'hui les déclarations d'ouverture des établissements privés. Établies par des lois anciennes, les lois Goblet du 30 octobre 1886, Falloux du 15 mars 1850 et Astier du 25 juillet 1919, ils font intervenir, dans des délais disparates et selon des critères changeants, quatre autorités administratives : le maire, le préfet, le procureur de la République et l'autorité académique.
Ainsi, le maire ne dispose aujourd'hui que de huit jours pour s'opposer à l'ouverture d'une école sur sa commune, alors que les déclarations ont généralement lieu en plein été, au coeur du mois d'août, ce qui est peu propice à un contrôle efficace. Ce cadre n'est sécurisant ni pour les demandeurs, ni pour les administrations. Il est donc plus que nécessaire de simplifier et d'harmoniser ces procédures, d'autant plus que le nombre d'ouvertures d'écoles privées connaît, depuis près de dix ans, une croissance soutenue, qu'il convient d'encadrer.
Nous avons tous en mémoire l'exemple de cet établissement toulousain, fermé en 2016 par le tribunal correctionnel à la suite de quatre inspections, et qui avait pu rouvrir dans les mêmes locaux en raison des carences de notre droit.
Sans attenter à la liberté de l'enseignement, les dispositions de cette proposition de loi apportent des réponses concrètes à ces enjeux nouveaux, tout en garantissant des droits nouveaux pour nos concitoyens.
Ainsi, les dispositions de l'article premier simplifieront la procédure d'ouverture d'une école, en créant un guichet unique et en harmonisant les motifs et les délais d'opposition. Pour garantir le droit à l'instruction de nos enfants, les articles 2 et 4 posent le principe d'un contrôle par les services de l'éducation nationale au cours de la première année suivant l'ouverture, et renforcent l'efficience de ces contrôles en supprimant la condition de récidive pour la fermeture d'une école. L'article 3 unifie les conditions requises pour diriger un établissement privé ou y enseigner.
Notre groupe se prononcera donc en faveur de cette proposition de loi, qui maintient un juste équilibre entre la protection de la liberté de l'enseignement et le droit à l'instruction des enfants que garantit la République.
Cette proposition de loi maintient le principe de la déclaration pour les établissements hors contrat. Vous améliorez ainsi la situation, en renforçant le régime de déclaration et en rendant possibles des contrôles plus nombreux. Le groupe Nouvelle Gauche considère cependant que cette proposition de loi ne permettra pas d'interdire l'ouverture d'écoles diffusant des idées contraires aux valeurs républicaines. Les contrôles a posteriori n'empêcheront pas que ces idées se diffusent dans l'esprit des plus jeunes de nos enfants, et y infusent.
Aussi avons-nous déposé des amendements prévoyant qu'une école ne puisse ouvrir sans autorisation préalable. Pas plus dans cette proposition que dans le droit actuel, la diffusion d'idées liées à l'islam radical, au salafisme, ou même à d'autres religions, n'est répertoriée comme motif valable de refus d'ouverture. Cela revient à accepter que des personnes radicalisées donnent des cours et concourent aux missions d'éducation dans notre pays.
Notre groupe veut donc aller plus loin. Avant d'ouvrir un établissement hors contrat, il faudrait demander une autorisation. C'est un changement profond. Nous avions proposé des dispositions en ce sens lors de la précédente législature, à l'occasion de l'examen du projet de loi relatif à l'égalité et à la citoyenneté, et plusieurs responsables de culte s'y étaient opposés. Mais l'évolution des circonstances nous conduit à réitérer notre démarche.
Autre sujet de préoccupation, à propos duquel nous déposerons des amendements en séance publique : des personnes ouvrent aujourd'hui des écoles sans même les déclarer. À Sarcelles, où je suis élu, une école opère ainsi depuis huit ans au vu et au su de tous. Alors que toutes les autorités – parquet, ministère de l'intérieur, ministère de l'éducation nationale – sont informées, elle continue son activité en toute impunité ! Vous pouvez vous y rendre, mes chers collègues… Cet exemple tirée de mon expérience me laisse penser qu'il faut renforcer les sanctions contre ceux qui ouvrent des écoles sans les déclarer.
Je salue le renforcement de l'obligation déclarative prônée par la proposition de loi, mais je crois qu'il faut aller plus loin, jusqu'à l'autorisation préalable, en étant également plus ferme contre les parents qui ne respectent pas la loi et envers les écoles qui ouvrent sans respecter leur obligation de déclaration.
Au nom du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, je me félicite de l'examen de cette proposition de loi qui a le mérite de s'attaquer à un problème important qui touche les établissements privés hors contrat : l'incohérence du système déclaratif actuel et l'absence de contrôle effectif.
Je pense qu'on peut encore améliorer cette proposition de loi, de façon à mettre fin aux dérives constatées au sein de certains de ces établissements, que ces dérives soient de nature sectaire ou de nature radicale.
La Constitution protège la liberté d'enseignement, mais elle protège aussi le droit à l'instruction. Or certains établissements privés hors contrat ne respectent en rien leurs obligations pédagogiques de base, c'est-à-dire le socle commun de connaissances. Les enseignants y font ainsi l'impasse sur des pans entiers de connaissances ou diffusent des idées contraires aux valeurs de notre République.
Certes, les établissements privés hors contrat ne concernent que 0,5 % des élèves, mais leur part est en progression, de sorte qu'il faut les encadrer beaucoup plus strictement, pour garantir à tous les enfants de la République, indépendamment du choix des parents, un accès égal à la connaissance.
Cette proposition de loi doit avoir pour but de protéger l'élève, de protéger le jeune dans son parcours scolaire. C'est pourquoi notre groupe présentera des amendements tendant à renforcer le contrôle par l'État des établissements privés hors contrat. Il soutiendra toutes les propositions allant dans le sens d'un encadrement beaucoup plus sévère de ces établissements qui, pour certains d'entre eux, paraissent se situer en dehors de la République.
Une fois n'est pas coutume, j'ai un point d'accord avec M. Blanquer qui a déclaré qu'« il n'est pas tout à fait normal que n'importe qui puisse ouvrir une école ». Je m'inquiète néanmoins de la hausse sensible du nombre d'établissements privés hors contrat : on en dénombre en effet 1 300, mais ce concept semble séduire de plus en plus puisque leur nombre a augmenté de 25 % en cinq ans. Cela m'évoque la pensée de Noam Chomsky : on organise le démantèlement de l'école publique, ce qui encourage le départ vers le privé.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le groupe La France insoumise s'oppose au principe même des établissements hors contrat. Il existe une raison plus fondamentale encore : ces établissements se placent hors du contrat de société qui nous unit tous autour du socle commun que constitue l'école républicaine. Pour recréer ce lien social que nous appelons tous de nos voeux, il est selon nous essentiel que les enfants puissent grandir ensemble, sans être enfermés avec des enfants ayant la même origine sociale, culturelle ou religieuse. Pour ceux qui souhaitent que leurs enfants bénéficient de pédagogies alternatives, il appartient à l'éducation nationale de reprendre les expérimentations positives afin que chaque enseignant dispose d'une palette d'outils pédagogiques lui permettant de répondre au mieux aux besoins des différents élèves. À cet égard, je distingue entre les contenus et les outils pédagogiques : les contenus doivent être communs. Tout cela pose la question du système de formation des enseignants. Tels sont les points fondamentaux d'un véritable programme pour l'éducation.
Ceci étant posé, la proposition de loi que nous examinons, qui vise à renforcer le contrôle par l'État des écoles hors contrat, nous paraît bien timorée. En effet, la simplification que vous visez ne sert qu'à harmoniser le régime d'ouverture des trois types d'établissements – primaire, secondaire et technique – et à uniformiser les conditions à remplir pour y enseigner. Elle n'apporte aucunement la garantie d'un contrôle efficace.
La simplification du régime de déclaration ne nous semble pas nécessaire compte tenu de l'augmentation incessante du nombre d'établissements. Ensuite, cette proposition de loi, qui imposerait à l'établissement de transmettre le nom des enseignants qui y interviennent, ne prévoit qu'a posteriori des obligations de contrôle par les académies, dans les trois mois en cas d'opposition et dans l'année qui suit l'ouverture. Comme M. Pupponi à l'instant, nous souhaiterions a minima un régime d'autorisation préalable à l'ouverture pour que le contrôle soit vraiment efficace. Peut-être soutiendrions-nous alors ces nouvelles obligations qui incombent à l'État.
Pourtant, de l'aveu même des rédacteurs de ce texte, il serait alors impossible d'augmenter le nombre des contrôles car le personnel académique n'est pas assez nombreux. Nous ne souscrivons naturellement pas à cet aveu d'impuissance, d'autant plus que le Gouvernement vient d'annoncer hier le renforcement du contrôle des chômeurs : certes, c'est un sujet différent, mais le fait est que de l'argent est disponible. Les quatre cents agents de contrôle de Pôle Emploi pourraient aussi bien être utilisés à des fins de contrôle par l'éducation nationale. Quoi qu'il en soit, il s'agit une nouvelle fois d'un choix politique masqué en constat d'impuissance ; le Gouvernement est plus suspicieux envers les chômeurs qu'envers ceux qui créent des écoles…
C'est grave, car les établissements hors contrat ont des pratiques douteuses, voire des plus dangereuses pour nos enfants – c'est avéré. J'en veux pour preuve le rapport de la sénatrice Annick Billon, d'où il ressort qu'un quart des contrôles effectués en 2016-2017 a fait apparaître des manquements, parmi lesquels l'occultation de certains pans du savoir et l'absence totale de preuves d'enseignements scolaires.
J'aimerais interroger le rapporteur sur un type particulier d'écoles qui ont vocation à rejoindre un réseau déjà sous contrat : je pense notamment aux cinq réseaux associatifs d'enseignement immersif en langues régionales – catalan, occitan, basque, alsacien et breton. En principe, une école peut passer un contrat avec l'État à l'issue d'une période de cinq ans. Les réseaux que j'ai cités, qui relèvent de l'Institut supérieur des langues de la République française, sont connus, à tel point qu'il existe désormais des conventions visant à réduire ce délai en le ramenant par exemple à deux ans en Bretagne pour le réseau Diwan. C'est bien la preuve qu'il s'agit d'écoles reconnues qui cherchent à entrer dans le réseau sous contrat.
Au-delà de son bien-fondé général, que je ne remets aucunement en cause, cette proposition de loi présente un problème : l'article 3 fixe de nouvelles conditions pour la direction de l'un de ces établissements. Il existe dans ces réseaux de nouvelles écoles sous contrat dans lesquelles exercent des enseignants fraîchement formés ; or, avec cette nouvelle condition exigeant cinq années d'expérience, ils ne pourront plus exercer les fonctions de direction après un ou deux ans d'enseignement, voire à la sortie de leur formation.
Je souhaiterais donc obtenir des engagements sur ce sujet, car je mesure mal comment une telle proposition de loi respecte l'esprit de l'article 75-1 de la Constitution en vertu duquel nous devons veiller à protéger les langues régionales qui appartiennent au patrimoine immatériel de la France.
Ces dernières années, l'éducation nationale a enfin posé et traité la question des adultes professionnellement chargés d'enfants. On ne peut que regretter les drames qui le lui ont imposé, mais c'est chose faite – et c'est bien. Le texte qui nous est soumis n'impose pas le contrôle effectif de l'extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire ni la consultation du fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAISV), alors que c'est le cas pour tout accueil de loisir sans hébergement. Je sais que ce fichier est désormais consulté automatiquement pour tous les enseignants exerçant dans les écoles publiques. Qu'en est-il des écoles hors contrat ? J'aurais apprécié que la proposition de loi le précisât expressément, et qu'il soit prévu une obligation annuelle de consultation de ce fichier.
D'autre part, sur un sujet aussi crucial que l'éducation de nos enfants, je tiens à souligner l'importance du bloc institutionnel. Si l'instauration du guichet unique visant à simplifier les démarches d'ouverture est à noter, veillons à ce que les échanges entre l'autorité académique, la préfecture, la mairie mais aussi la protection maternelle et infantile soient effectifs tout au long de la vie de l'établissement, lors de son ouverture et, surtout, lors de tout changement significatif des éléments et des pièces du dossier initial.
La proposition de loi que nous examinons aujourd'hui vise à mieux encadrer l'ouverture des établissements scolaires privés hors contrat. Son exposé des motifs fait état d'une progression exponentielle du nombre de ces établissements au cours des dix dernières années : alors qu'une trentaine d'écoles était créée en 2011, quatre-vingt-treize l'ont été en 2016. Certes, l'objectif de ce texte consiste à mieux contrôler certaines dérives que peuvent dissimuler ces créations nouvelles. Pour dire les choses plus clairement encore, certains établissements privés hors contrat sont des établissements confessionnels intégristes et il importe de protéger nos enfants contre ces intégrismes.
Cependant, il faut garder à l'esprit que plus de la moitié des écoles privées hors contrat sont des établissements à pédagogie dite alternative, et que trois écoles privées sur cinq ne sont pas confessionnelles. Ces pédagogies alternatives ont fait leurs preuves et sont parfois – au moins en partie – utilisées dans les établissements publics, c'est par exemple le cas, entre autres, de la méthode Montessori qui vise à favoriser l'autonomie de l'enfant en lui laissant l'initiative d'apprendre à son rythme. En outre, ces pédagogies dites alternatives – de type Montessori, école démocratique européenne ou encore école immersive – apportent parfois des réponses pertinentes à la question de l'accueil des élèves en situation de handicap ou en grande difficulté. En clair, ces établissements fournissent une solution là où, parfois, le service public de l'éducation nationale est défaillant ou inexistant.
Toujours est-il que, dans les établissements privés hors contrat, ces pédagogies alternatives sont adaptées aux publics qu'ils accueillent et se caractérisent souvent par une expertise précieuse, y compris pour les réflexions sur l'évolution de l'enseignement dans le secteur public.
Ma question venant d'être posée par M. Le Bohec, je renonce à mon temps de parole.
Je m'associe aux félicitations adressées au rapporteur pour la qualité de son rapport très équilibré qui permet de mieux appréhender le caractère nécessaire de cette proposition de loi. Permettez-moi de vous interroger sur l'article 2 afin d'obtenir des précisions supplémentaires concernant le contrôle des établissements hors contrat. En effet, il y est prévu que les établissements seront désormais contrôlés la première année, et c'est une excellente disposition. Je m'interroge toutefois sur la régularité et la périodicité des contrôles entre la première et la cinquième année. Votre rapport ne mentionne pas de contrôles annuels de ces établissements autres que le contrôle déclaratif déjà cité, notamment celui des qualifications des directeurs et des enseignants. Ne pensez-vous pas qu'un contrôle régulier des contenus sur place répondrait à un réel besoin, afin de lever certains doutes et d'éviter du même coup toute dérive ?
Je vous remercie, monsieur le rapporteur, pour ce rapport qui fournit des données chiffrées. Je partage comme les promoteurs de cette proposition de loi le constat selon lequel il est nécessaire de moderniser et de mieux encadrer le régime d'ouverture et de contrôle des établissements hors contrat. Le cadre juridique doit en effet permettre de concilier le droit qu'ont les parents de choisir le mode d'instruction de leurs enfants et celui de créer un établissement, mais aussi – et surtout – le droit de l'enfant à bénéficier d'une instruction. J'insiste sur ce dernier point : trop d'enfants qui tentent ensuite d'intégrer des cursus dans d'autres établissements révèlent des carences dans les apprentissages, voire pire. Cette réflexion pourrait d'ailleurs être approfondie davantage, par exemple s'agissant de l'enseignement à domicile. Aujourd'hui, le pouvoir de contrôle de l'administration, quoique renforcé en 2016, n'est pas suffisant pour des élèves parfois totalement déscolarisés. L'État doit pouvoir s'assurer que tous les enfants de France reçoivent bien une instruction comme le prescrivent les principes républicains.
Pendant vos travaux, monsieur le rapporteur, avez-vous pu obtenir des chiffres concernant l'évolution de l'instruction à domicile, ses manques éventuels et un contrôle attestant que cette instruction est effective ?
Dans le sillage de Mme Thill, je souhaiterais savoir si, en préparant votre rapport et au fil de vos auditions, vous avez envisagé et évalué, monsieur le rapporteur, le fait que la mise en place de ce nouveau régime pousse un certain nombre d'établissements ou de familles vers des formes clandestines de scolarisation à domicile ?
D'autre part, se pose la question des dérogations aux conditions requises pour les chefs d'établissements et les enseignants, qui existent déjà sous la forme d'autorisations rectorales, et qui sont destinées à être préservées. Pouvez-vous nous fournir des précisions ou des recommandations concernant la façon dont des dérogations seront concrètement appliquées aux établissements ?
Le principal défaut de cette proposition de loi tient à ce qu'elle place sur un pied d'égalité les écoles hors contrat qui veulent le rester parce qu'elles veulent conserver la liberté la plus grande et les écoles destinées à passer sous contrat parce qu'elles fonctionnent déjà dans des réseaux sous contrat. Certes, la loi ne permet pas, à quelques exceptions près, à une école catholique ou immersive, par exemple, de créer une nouvelle école, à moins, le cas échéant, de créer une annexe ou, sinon, de tomber sous les fourches caudines de votre texte. Elle sera pourtant gérée exactement de la même manière que toutes les autres écoles du réseau, qu'il soit catholique ou immersif, c'est-à-dire dans le respect du code de l'éducation. Là est le danger principal : un maire pourra s'opposer à la création d'une école de ce type – ce qui, convenez-en, serait tout de même cavalier, puisqu'il en existe ailleurs. Il faudra désormais sinon trouver un enseignant ayant cinq ans d'ancienneté, alors qu'il est aujourd'hui possible de devenir directeur d'un établissement d'enseignement juste après l'obtention d'un master 2 en métiers de l'éducation et de la formation (MEF), même sans expérience préalable.
D'expérience, je crains que votre loi ne soit détournée pour lutter contre les écoles associatives de langue immersive. Rappelons en effet que l'article 2 de la Constitution, conçu pour lutter contre l'anglais, est devenu une arme majeure de lutte contre les langues régionales dans l'espace public.
Je répondrai brièvement aux intervenants car les amendements nous donneront la possibilité de revenir sur tous les sujets qu'ils ont évoqués. Vous ne serez pas surprise d'apprendre, madame Rubin, que nos points de vue sur la liberté d'enseignement sont totalement opposés, à tel point qu'il m'est très difficile de vous apporter des éléments de réponse ; nous y reviendrons lors de l'examen des amendements.
Madame Buffet, je me réjouis que vous ayez jugé le texte équilibré : c'est un bon point de départ, mais tout dépend de l'endroit où est placé le curseur, certains groupes estimant que nous n'allons pas assez loin. De façon générale, cependant, ce texte instaure un équilibre et se traduit par une avancée ; on ne pouvait souhaiter meilleur résultat.
Comme le Sénat, Monsieur Pupponi, nous n'avons pas souhaité privilégier l'option de l'autorisation préalable. Vous prétendez qu'il sera impossible d'interdire telle ou telle école : à mon sens, vous vous trompez. Le motif d'ordre public changera tout et permettra aux préfets de s'opposer à l'ouverture d'établissements. C'est une véritable avancée, peut-être imparfaite, je vous l'accorde, mais qui nous mène dans la bonne direction.
Mmes Descamps, Bannier et Charrière et M. Hetzel ont tour à tour jugé ce texte équilibré : nous nous accordons en effet sur le respect de la liberté d'enseignement, qu'il convenait de réaffirmer. Ce texte constitue ainsi une solide base de travail. Comme l'a indiqué M. Hetzel, le fait que certaines lois relatives à l'enseignement existent depuis une centaine d'années démontre bien que toute modification doit être faite de façon mesurée. S'il a sans doute des défauts, ce texte a au moins l'avantage de la modération afin d'adapter la situation à un monde qui change.
M. Molac nous accuse à tort de toutes sortes de choses : ne voyons pas le mal partout. En tant qu'ancien maire, je fais toute confiance aux élus et aux maires, qui respecteront la loi en appliquant les critères qu'elle définit.
J'ai des noms…
Moi aussi, naturellement, mais le présent texte fixe tout de même des critères d'opposition. Le maire appliquera la loi, et la personne qui aura essuyé un refus disposera de recours, car nous vivons dans un État de droit. Évitons donc les procès d'intention.
MM. Kerlogot et Le Bohec et Mme Colboc craignent l'instauration de la condition d'expérience de cinq ans pour les directeurs d'établissements. Nous demanderons au ministre d'apporter des précisions en séance, mais il est tout de même prévu qu'il soit possible d'y déroger dans des conditions fixées par décret. La volonté des uns et des autres est de permettre à nos écoles de vivre. Privilégions la confiance. De même, M. Attal, les dérogations sont possibles. Quoi qu'il en soit, nous interpellerons le ministre en séance sur ce point ; je ne doute pas qu'il saura nous éclairer.
Mme Brugnera m'a interrogé sur la consultation des fichiers : avec le critère de trouble à l'ordre public, il me semble que nous devons faire confiance aux préfets pour que les décisions soient prises dans ce cadre et que les personnes ayant manifesté des comportements déviants relèvent de ce critère. Cela devrait permettre de lever vos interrogations.
Enfin, madame Thill, je n'ai pas oublié l'enseignement à domicile mais il n'est pas le sujet de ce texte. De mémoire, quelques 25 000 enfants seraient scolarisés à domicile. C'est un sujet à ne pas négliger, je vous l'accorde : interrogés par l'inspection académique, les maires ont souvent beaucoup de difficultés à attester que les enfants scolarisés à domicile suivent un enseignement satisfaisant. Il y a sans doute matière à encadrer ce secteur, même s'il sort du champ du présent texte ; là encore, nous interrogerons le ministre.
Encore une fois, l'examen des amendements permettra de revenir sur l'ensemble des points soulevés par les intervenants.
La discussion générale est close. Nous passons à l'examen des amendements.
La commission examine l'amendement AC10 de Mme Sabine Rubin.
Cet amendement correspond à mon sens au voeu de tout bon républicain puisqu'il concerne un combat qu'il convient désormais d'achever avec sérénité et détermination : il vise la simple mais stricte application du principe de laïcité dans la République en supprimant toute forme de subvention du culte par le moindre denier public.
Depuis un quart de siècle, alors que les vicissitudes de l'histoire mouvementée des luttes contre le cléricalisme semblent de plus en plus lointaines, un fait demeure : tous les territoires qui composent notre République ne respectent pas encore la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, pourtant garante de la liberté de croyance.
Alors qu'une politique d'austérité s'abat sur nos collectivités territoriales et mine nos services publics, il est inadmissible que le contribuable doive encore supporter le coût de l'organisation d'un culte, quel qu'il soit. Ce coût est loin d'être négligeable puisqu'il s'élève à près de 58 millions d'euros par an pour le seul régime concordataire d'Alsace-Moselle. Depuis la suppression de la dîme, c'est par un acte libre et consenti de foi et de charité et par les dons des fidèles que l'Église s'organise en toute liberté sur le territoire de la République.
En somme, notre amendement ne vise qu'un seul objectif : rien que la loi de 1905 mais toute la loi de 1905.
M. le président Studer et M. Hetzel m'indiquent à l'instant leur souhait de cosigner cet amendement qu'ils défendent eux aussi pour leur territoire ! Trêve de plaisanterie : la question du concordat en Alsace-Moselle peut certes être posée mais elle dépasse largement le champ du texte que nous examinons. Avis défavorable.
Le concordat est un traité international qui, à l'époque, a lié le pape et l'empereur. Il ne correspond en rien ni au niveau ni à l'objet du présent texte ; le groupe La République en marche votera donc contre cet amendement.
La commission rejette l'amendement AC10.
Puis elle examine l'amendement AC18 de Mme Sabine Rubin.
Je profite en effet de l'examen de cette proposition de loi pour aborder des thèmes liés à celui de l'enseignement privé.
Au nom de mon groupe, je propose donc par cet amendement que le Gouvernement rédige un rapport d'information sur les conséquences économiques qu'entraînerait la suppression du financement public de l'enseignement religieux en Alsace-Moselle. Alors que le débat public semble aimanté par les mots « laïcité » et « austérité », il est pour le moins paradoxal que la question concordataire ne soit pas posée en France.
On exige que les deniers publics soient employés avec plus de parcimonie, on s'émeut des manquements à la laïcité et l'on couvre pourtant d'un voile pudique un régime concordataire qui s'applique à près de trois millions de nos concitoyens. Le contribuable français dépense ainsi 58 millions d'euros par an, mais quid du coût que représente le financement public indirect de l'enseignement religieux, même fardé en « fait religieux » ? Il ne s'agit pas d'une peccadille : une heure par semaine touchant en 2014 près de 95 000 élèves du primaire, 26 500 collégiens et 7 200 lycéens. Les ministres du culte profitent ainsi des locaux d'établissements pourtant publics pour dispenser un enseignement qui relève d'un fait essentiellement privé, étranger à la morale laïque que doit insuffler l'école républicaine.
C'est pourquoi je demande que le Gouvernement transmette au Parlement, dans un délai de douze mois, un rapport permettant au législateur d'apprécier précisément le gain que représenterait la suppression du régime concordataire pour l'école publique.
Le Parlement dispose déjà de trop nombreux rapports et celui-ci serait hors sujet ; avis défavorable.
J'invite Mme Rubin à lire l'intervention que Robert Schuman a faite à l'Assemblée nationale en 1923 pour justifier l'existence des spécificités du droit local d'Alsace-Moselle. En réalité, on ne saurait passer sous silence l'histoire de notre pays : certaines de ses contrées ont une histoire particulière. D'aucuns oublient peut-être qu'en 1905, l'Alsace-Moselle n'était hélas pas française, mais allemande. C'est pourquoi la loi de 1905 ne s'y est pas appliquée à l'époque. La commission chargée de traiter cette question y a travaillé de 1919 à 1923 ; il a donc fallu quatre années pour aboutir à la proposition visant à instaurer le droit local. De surcroît, ce droit local est pleinement conforme à la Constitution, ce que le Conseil constitutionnel rappelle en toute clarté depuis 1958.
En tout état de cause, il serait pertinent de ne pas s'engager sur de tels sujets la fleur au fusil, car la concorde doit régner sur le territoire national et, pour la préserver, il faut se garder d'ouvrir certains débats qui n'ont pas lieu d'être.
Rappelons que les religions sont également enseignées à l'école publique pendant les cours d'histoire.
Il s'agit du fait religieux !
Certes, il ne s'agit pas d'un enseignement religieux à proprement parler, mais il comporte une dimension religieuse car, pour expliquer certains faits historiques, il faut parfois commencer par expliquer ce qui a trait à la religion.
En outre, n'ayez crainte : j'ai connu un certain nombre d'écoles catholiques qui ont formé des générations d'anticléricaux. Ne croyez pas qu'il suffise d'une heure de cours de religion pour devenir dévot !
La commission rejette l'amendement AC18.
Article 1er : Conditions de déclaration et d'ouverture des établissements d'enseignement scolaire privés
La commission est saisie de l'amendement AC6 de Mme Sabine Rubin.
Par cet amendement, nous vous proposons un régime d'autorisation préalable à la création d'établissements privés hors contrat. Sur le plan administratif, il est aujourd'hui plus simple d'ouvrir une école que de faire construire une véranda. Il s'agit de la qualité de l'éducation de nos enfants : s'il n'y a pas assez d'inspecteurs pour effectuer des contrôles réguliers de qualité, un contrôle a posteriori pendant l'année qui suit la création de l'école est largement insuffisant. Il faut a minima une autorisation préalable de l'État pour l'ouverture d'un établissement.
Ce régime d'autorisation avait été proposé dans la loi dite « égalité et citoyenneté », mais le Parlement avait alors laissé une trop grande latitude au Gouvernement pour légiférer par ordonnances sur un sujet aussi sensible que la liberté d'enseignement. Nous saisissons donc l'occasion qui nous est offerte par ce texte d'instaurer de nouveau un régime d'autorisation préalable qui, à n'en pas douter, passera sans encombre sous les fourches caudines du Conseil constitutionnel.
Cet amendement modifierait profondément la logique du texte, alors que nous souhaitons naturellement garantir la liberté d'enseignement. Avis défavorable.
Le groupe La République en marche y est également défavorable.
La commission rejette l'amendement AC6.
Elle passe à l'amendement AC3 de Mme Brigitte Kuster.
Cet amendement poursuit l'objectif assez simple d'interdire l'ouverture d'un établissement aux individus figurant sur le fichier des personnes recherchées, notamment à celles qui sont inscrites sur le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste et sur le fichier de la sûreté de l'État – les individus dits « fichés S ». Pour ce faire, il convient d'ajouter les mots « et ne figurant pas sur le fichier des personnes recherchées » à l'alinéa 4 de l'article.
Nous partageons tous votre objectif mais l'amendement est satisfait car le motif d'opposition faisant référence à l'ordre public nous semble suffire pour éviter ce risque. De plus, le fichier des personnes recherchées est beaucoup plus large que le seul fichier S : il suffit par exemple d'être débiteur du Trésor pour y figurer. Il comporte environ 400 000 fiches ; ce serait donc excessif. Avis défavorable.
Je pense vraiment que vous vous trompez, monsieur le rapporteur : le motif d'ordre public est assez précisément défini dans le droit français. Et une personne « fichée S » ne remet pas forcément en cause l'ordre public. Or, que quelqu'un « fiché S » puisse devenir directeur d'une école pose problème.
Je vais vous raconter une anecdote : après les attentats, on a découvert, un peu à ma demande, que soixante-dix personnes « fichées S » travaillaient dans les aéroports parisiens : personne n'avait vérifié qu'ils manipulaient les bagages dans les aéroports, personne ! Aussi, si nous ne faisons pas attention, nous allons confier nos enfants à des gens qui peuvent être « fichés S », certains d'entre eux pouvant être liés à des réseaux de radicalisation. Il faut donc aller plus loin : demander le casier judiciaire ne suffit pas.
Je comprends la logique de l'amendement et, d'ici à l'examen du texte en séance, nous pouvons trouver ensemble le moyen de l'améliorer pour éviter que des individus qui peuvent être considérés comme dangereux par les services de renseignement puissent s'occuper d'enfants dès leur plus jeune âge. Cela paraît relever du bon sens mais il faut l'écrire car, j'insiste sur ce point, je n'ai pas le sentiment que la notion d'ordre public suffise à éviter une telle situation.
D'ici à la discussion du texte en séance publique, on pourrait en effet préciser cette notion d'ordre public. Mais, même si je puis partager votre point de vue, l'amendement concerne le « fichier des personnes recherchées » qui est beaucoup plus large que le seul fichier S.
Ce qu'il faut interdire, c'est que des individus potentiellement dangereux soient responsables d'un des établissements visés par le texte. Il faut durcir les motifs de refus de diriger un établissement scolaire et les préciser.
Nous avons tout intérêt à être le plus précis possible. J'entends bien votre argument, Monsieur le rapporteur, concernant le fichier des personnes recherchées, même si je suis un peu étonnée du chiffre que vous avez donné. Nous avons tous eu ou nous avons tous encore des responsabilités locales et quand nous découvrons avec surprise, dans les cantines scolaires ou dans les colonies de vacances, que certaines personnes sont fichées, sincèrement – et je remercie M. Pupponi pour sa réaction –, j'estime que la question vaut d'être soulevée et je suis en tout cas heureuse de l'avoir fait.
Cet amendement est en partie satisfait par l'alinéa 5 de l'article 2, lequel mentionne que le registre du personnel doit être fourni chaque année.
De plus, une personne « fichée S » est soupçonnée d'avoir commis un délit et non condamnée, si l'on veut respecter les libertés individuelles, je ne sais pas si on peut aller aussi loin que le propose l'amendement.
Après discussion, les députés du groupe Mouvement démocrate et apparentés sont favorables à l'esprit de l'amendement mais souhaitent attendre que des précisions soient apportées sur le fichier des personnes recherchées. Nous serons donc favorables à l'avancée proposée pour peu qu'un terrain d'entente soit trouvé avec le Gouvernement.
Votre réaction, Madame Charrière, me surprend. Il faut cesser d'être naïf ; il faut raison garder. Même si la présomption d'innocence doit prévaloir, on ne peut pas prendre de risque dans le domaine de l'éducation s'agissant des questions de radicalisation et des personnes fichées. Si des personnes sont « fichées S », il y a une raison pour cela. Il s'agit ici de prévenir.
Je partage votre avis sur le fond, madame Kuster, mais Mme Charrière a raison : la France est un État de droit et je ne suis pas sûr qu'il soit tout à fait possible d'interdire à un « fiché S » de diriger une école alors qu'il est réputé n'avoir commis aucun délit.
Lorsque l'État a découvert que soixante-dix « fichés S » travaillaient dans les aéroports parisiens, bien entendu leur badge leur a été immédiatement retiré. Juridiquement, l'État peut donc considérer que dans certains métiers, dans certaines situations, on ne peut pas exercer telle ou telle activité. L'État le fait tous les jours. Certes la présomption d'innocence s'applique, mais, ici, on ne peut pas prendre de risque ; il faut, d'une certaine manière, respecter un principe de précaution. Et, je le répète, c'est juridiquement possible.
Je rappelle que nous parlons d'enfants, très malléables, influençables.
Nous sommes tous d'accord sur le sujet mais, concernant les aéroports de Paris, c'est l'employeur qui a retiré le badge des employés concernés, ce qui ne revient pas au même que d'inscrire dans la loi qu'un « fiché S » ne peut pas exercer telle activité…
C'est l'État qui a pris la décision !
Encore une fois, je ne suis pas sûr que, juridiquement, il soit possible d'interdire telle ou telle activité à quelqu'un qui n'a commis aucun délit même si on le soupçonne de certaines activités.
Cela peut très bien faire partie des critères d'embauche, tout comme le fait de parler français peut en être un.
Nous entendons appliquer ici le principe d'autorisation plutôt que celui de déclaration.
Ces amendements changent la logique du dispositif, aussi l'avis est-il défavorable.
Puis elle en vient à l'amendement AC23 de M. Jean-Félix Acquaviva.
Le présent amendement vise à ajouter, parmi les destinataires de la déclaration d'ouverture, le président de la collectivité territoriale compétente en fonction de la nature de l'établissement. En effet, les départements sont chargés des collèges et les régions des lycées, quand certaines collectivités ont des compétences partagées en matière d'éducation et d'élaboration de la carte scolaire. C'est pourquoi il nous semble souhaitable que ces collectivités soient destinataires – tout comme le maire, le préfet ou le procureur de la République – de la déclaration d'ouverture des établissements d'enseignement scolaire privés pour lesquels elles sont compétentes, par l'intermédiaire du recteur.
Le rôle du maire à l'ouverture d'un établissement résulte de ses compétences de police et de sa connaissance de la commune, outre ses compétences en matière d'éducation. L'ajout proposé n'est donc pas nécessaire. Avis défavorable.
Elle examine ensuite, l'amendement AC24 de M. Jean-Félix Acquaviva.
La référence aux « bonnes moeurs » est désormais peu à peu supprimée des différents codes et remplacée par la notion d'« ordre public », comme le propose l'alinéa 6. Il nous apparaît néanmoins judicieux de maintenir la notion « d'hygiène » et son non-respect parmi les motifs possibles d'opposition à l'ouverture d'un établissement. En effet, il n'est pas évident que la notion de « protection de l'enfance et de la jeunesse » recouvre également cet aspect relatif aux conditions d'accueil matérielles dans les lieux d'enseignement.
L'amendement est satisfait car l'hygiène relève de réglementations de santé et d'urbanisme. Or, les établissements privés hors contrat feront l'objet de contrôles de la part des administrations compétentes et du maire. Avis défavorable.
J'imagine qu'il est surtout question ici de la restauration, qui relève des services vétérinaires, et qui ne concerne donc pas le code de l'éducation. Les députés du groupe La République en marche voteront donc contre cet amendement.
Puis elle en vient à l'amendement AC17 de M. Michel Larive.
Il vise à permettre à l'administration de s'opposer à l'ouverture d'un établissement en raison de l'absence d'un projet pédagogique cohérent avec l'intérêt supérieur des enfants et avec le principe fondamental d'égal accès à l'instruction. Nous souhaitons donc qu'un projet pédagogique soit transmis à l'autorité compétente de l'État en matière d'éducation, lors de la demande d'ouverture d'un établissement, et que les manquements manifestes qu'elle y relèverait puissent servir de fondement à un refus d'ouverture.
Le texte prévoit bien, comme motif d'opposition à l'ouverture, le fait que l'établissement n'aurait pas le caractère d'un établissement scolaire, élément qui renvoie à la notion d'instruction obligatoire des enfants. L'amendement paraissant ainsi satisfait, j'émets un avis défavorable.
Les députés du groupe La République en marche pensent également que l'amendement est satisfait dès lors qu'on croise la demande de projet d'établissement et l'indication de l'objet de l'enseignement. On évite aussi, par-là, de se soucier de la pédagogie parce que c'est justement la liberté pédagogique qui caractérise les établissements privés hors contrat.
Le projet pédagogique ne serait pas présenté lors d'un contrôle a posteriori mais bien en tant qu'élément nécessaire pour permettre l'ouverture de l'établissement. Bien sûr, quand s'ouvre une école, on suppose que c'est pour éduquer ; ici, le projet pédagogique apporte des compléments d'information aussi bien sur le contenu que sur les méthodes et les objectifs poursuivis. Un tel dispositif nous paraît essentiel.
J'ai peur que l'adoption d'un tel dispositif ne conduise à porter un jugement sur un projet pédagogique. Or je ne suis pas certain que quand la première école par immersion a été ouverte, le ministère de l'éducation nationale y était complètement favorable même s'il s'inspire aujourd'hui de certaines de ses méthodes pour ses propres écoles. Le contrôle préalable ici proposé me semble d'autant moins nécessaire qu'il existe d'autres garde-fous.
Il semble que Mme Rubin commette une légère confusion entre projet d'établissement et projet pédagogique. Qu'on se préoccupe de ce qu'un projet d'établissement soit au coeur de l'ouverture d'un établissement scolaire, certes, mais, comme M. Molac vient de le souligner, c'est bien la liberté pédagogique qui prévaut dans les établissements privés hors contrat, en particulier pour ce qui est des pédagogies alternatives.
Puis elle examine l'amendement AC42 de M. François Pupponi.
Comme l'a souligné M. Pupponi, lors de l'examen en 2015 du projet de loi relatif à l'égalité et à la citoyenneté, nous avons adopté un amendement habilitant le Gouvernement à légiférer par ordonnances pour revoir le régime déclaratif d'ouverture des établissements privés hors contrat afin de l'aligner sur le régime d'autorisation préalable, en vigueur en Alsace et en Moselle, et qui, selon nous, apporte plus de garanties. Or, cette disposition a été censurée par le Conseil constitutionnel, mais pour des questions de forme : son adoption ne respectait pas la « règle de l'entonnoir ».
Nous entendons donc proposer de nouveau ce système d'autorisation préalable, en donnant notamment à l'administration un délai de quatre mois pour rendre sa décision, au lieu des trois mois prévus par la proposition de loi.
Cette question a été abordée au Sénat. Le texte garantit un bon équilibre entre la nécessité de contrôle – dont nous avons tous conscience – et la préservation de la liberté de l'enseignement – de nature constitutionnelle. La censure du Conseil constitutionnel à laquelle il vient d'être fait allusion ne portait pas que sur des éléments de forme mais également sur des éléments de fond ayant trait à la liberté de l'enseignement. Il serait par conséquent troublant d'introduire des dispositions qui posent problème au Conseil constitutionnel. Je me souviens d'ailleurs être intervenu, à l'époque, dans l'hémicycle, pour soulever ce problème de constitutionnalité, la majorité d'alors m'ayant bien sûr répondu qu'il n'en était rien. Puisque, manifestement, il y en a un, je maintiens donc ce que j'avais déclaré.
J'irai dans le même sens que Patrick Hetzel. La logique proposée par un régime d'autorisation préalable est différente de celle du texte. Donc avis défavorable.
Les députés du groupe La République en marche voteront contre cet amendement, pour les mêmes raisons.
Elle en vient à l'amendement AC43 de M. François Pupponi.
Cet amendement de coordination devait compléter les amendements AC33 et AC41 de M. Pupponi, qui ont été rejetés, et qui visaient à passer d'un régime déclaratif à un régime d'autorisation.
Les amendements que celui-ci était censé compléter ayant été rejetés, je vous suggère de le retirer.
La commission examine l'amendement AC25 de M. Jean-Félix Acquaviva.
Il s'agit d'interdire d'ouvrir un établissement d'enseignement scolaire privé à toute personne ayant fait l'objet d'une condamnation incompatible avec l'accueil de mineurs. Réclamer le bulletin n° 2 du casier judiciaire nous apparaît d'autant plus souhaitable qu'il s'agit du type d'extrait de casier judiciaire généralement délivré à certaines administrations pour accéder à un emploi en contact avec des mineurs.
L'amendement est satisfait : les administrations peuvent demander le bulletin n° 2 du casier judiciaire et le feront en cas de besoin. En revanche, la personne concernée ne le peut pas, seul le bulletin n° 3 peut lui être délivré.
Il faut rendre cette demande automatique. On a vu le cas d'administrations qui ont embauché des gens condamnés pour pédophilie, pour enseigner ! On sait qu'il y a des loupés ; c'est pourquoi il importe d'instaurer une procédure qui permette de les éviter au maximum.
Les députés du groupe La République en marche pensent également que l'amendement est satisfait.
Puis elle examine l'amendement AC36 de M. François Pupponi.
Il s'agit, encore une fois, de prendre le moins de risques possible en ajoutant, après l'alinéa 16, un alinéa prévoyant « un certificat de stage constatant que la ou les personnes ont rempli, pendant cinq ans au moins, les fonctions de direction, d'enseignement ou de surveillance dans un enseignement scolaire public ou privé d'un État membre de l'Union européenne ou d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen », et un second alinéa précisant : « Pour chaque personne la copie, soit du diplôme du baccalauréat, soit du diplôme de licence, soit d'un des certificats d'aptitude à l'enseignement ».
L'amendement est satisfait par l'article 1er, qui prévoit que doivent être fournies l'ensemble des pièces attestant que les conditions de diplômes et d'expérience professionnelle sont remplies par le futur chef d'établissement.
Elle en vient à l'amendement AC26 de M. Jean-Félix Acquaviva.
Cet amendement a pour but de rétablir certaines informations nécessaires à la constitution du dossier du déclarant qui figuraient, à juste titre, dans l'ancienne version de l'article L. 441-2 du code de l'éducation. Il semble naturel en effet que le ou les déclarants informent les autorités de leurs diplômes et parcours professionnels.
Même réponse que précédemment : l'amendement est satisfait par l'article 1er. Avis défavorable.
Puis elle examine l'amendement AC13 de M. Michel Larive.
Nous demandons au Gouvernement un rapport d'information sur le financement direct et indirect de l'école privée par les collectivités territoriales. Nous l'avions déjà demandé lors de l'examen du projet de loi de finances. En effet, environ 17 % des élèves français sont scolarisés dans des établissements privés sous et hors contrat. Les collectivités doivent assumer 20,6 % du financement des dépenses d'éducation des écoles privées du premier degré et 8,9 % des dépenses du second degré, qu'il s'agisse de dépenses pédagogiques ou de fonctionnement ou encore, dans certains cas, d'investissements immobiliers.
Un rapport sur ce sujet a été remis en 2007 ; il semble nécessaire de le mettre à jour à l'heure où les élèves désertent l'enseignement public pour l'enseignement privé.
Cette demande de rapport est dépourvue de lien avec l'objet du texte. Avis défavorable.
Nos amendements posent la question de la nécessité de ces écoles hors contrat. Nombre de ces établissements s'ouvrent dans la perspective d'accueillir de façon différenciée les élèves filles et les élèves garçons. Cette sélection, cette discrimination est grave, bien sûr, aussi grave que celle consistant à refuser d'accueillir des élèves en fonction de leurs origines ou de leurs croyances. C'est pourquoi nous proposons de remplacer, à la dernière phrase de l'article L. 442-1 du code de l'éducation, les mots : « ou de croyances », par les mots : «, de croyances ou de sexe ».
Votre proposition d'imposer la mixité dans les établissements sous contrat n'a guère de rapport avec le texte. En outre, cette question est compliquée : il existe des écoles réservées aux filles… Avis défavorable.
Il y a tellement d'abus dans ce type d'écoles que nous sommes conduits à proposer de telles dispositions. Nombre de nos amendements peuvent sembler hors sujet alors qu'ils sont précisément en lien avec l'objet du texte.
Notre rôle est tout de même de faire en sorte que les lois résolvent des problèmes, plutôt qu'elles n'en créent. Si l'amendement devait être adopté, qu'adviendrait-il des établissements d'éducation de la Légion d'honneur ? Ils deviendraient illégaux. Rien n'empêche par ailleurs de débattre de la question mais le vote de l'amendement, j'insiste sur ce point, créerait des difficultés pour des établissements qui ont une histoire et une légitimité que nombre d'entre nous ne souhaitent pas remettre en cause.
L'histoire est en mouvement continu, avec l'apparition de nouvelles valeurs… L'amendement est aussi un support pour lancer la réflexion.
Comme M. Hetzel, nous pensons que l'adoption de cet amendement nous conduirait à franchir des limites et déstabiliserait des établissements comme les maisons d'éducation de la Légion d'honneur. On touche ici, en outre, quelque peu à la liberté pédagogique même si je suis pour l'égalité entre les garçons et les filles.
Elle en vient à l'amendement AC14 de Mme Sabine Rubin.
Les établissements privés non liés par un contrat avec l'État ne perçoivent pas, en principe, de financement direct de l'État. Nous savons toutefois que des méthodes sont à l'oeuvre pour contourner cette règle. Par ailleurs, nombre d'établissements sont subventionnés par des États étrangers ou des entreprises privées étrangères. Ce type de financement, qui nous semble inacceptable pour les partis politiques, doit l'être aussi pour nos écoles. En effet, il ne saurait exister d'influence pédagogique d'entreprises privées ou d'États étrangers sur les jeunes esprits qui concourront dans leur avenir à la fabrique de la société.
La proposition de loi prévoir d'ores et déjà que le dossier de déclaration d'ouverture présente les modalités de financement de l'établissement. Par ailleurs, introduire des critères de nationalité pour les personnes effectuant des dons me semble problématique. Avis défavorable.
Pour les députés du groupe La République en marche, cet amendement contrevient à la liberté d'entreprendre. Il n'empêche que, pour la première fois, nous allons enfin examiner les modalités de financement des établissements concernés par le texte. C'est une forte avancée. Ainsi, si le financement repose sur une grosse subvention associative et une faible contribution des familles, les autorités seront alertées.
Peut-être faudrait-il dès lors préciser les critères en fonction desquels on s'oppose à l'ouverture de l'établissement et, parmi ces critères, pourquoi ne pas mentionner le financement étranger ?
Puis, suivant l'avis défavorable du rapporteur, elle rejette l'amendement AC9 de M. Michel Larive.
Article 2 : Contrôle exercé sur les établissements d'enseignement scolaire privés hors contrat
La commission examine l'amendement AC37 de M. François Pupponi.
J'en reviens aux considérations de Patrick Hetzel à propos de la décision du Conseil constitutionnel concernant la loi relative à l'égalité et à la citoyenneté. Il a raison quand il rappelle que des éléments de fond ont été soulevés, en particulier les atteintes possibles à la liberté de l'enseignement, mais c'était pour mieux souligner la question de la forme, à savoir l'habilitation donnée au Gouvernement de légiférer par ordonnances. Le Conseil constitutionnel précise que, « en confiant au Gouvernement sans autre indication le soin de préciser "les motifs pour lesquels les autorités compétentes peuvent refuser d'autoriser l'ouverture [des établissements hors contrat] ", [le législateur] a insuffisamment précisé les finalités des mesures susceptibles d'être prises par voie d'ordonnance ». C'est donc, je le répète, essentiellement pour des raisons de forme que le Conseil a censuré cette disposition, même si des éléments de fond, en termes de proportionnalité, étaient bien visés.
Le présent amendement vise à ce que le contrôle des établissements se fasse désormais de manière inopinée. En effet, dans l'écrasante majorité des cas, ils sont réalisés en coordination avec les établissements contrôlés, qui peuvent donc s'y préparer. Un peu plus de spontanéité s'impose.
Les contrôles inopinés sont déjà possibles, comme le prévoit une circulaire de 2015 ; les systématiser n'irait pas dans le sens de la relation de confiance que nous voulons créer avec les établissements. Avis défavorable.
Les contrôles inopinés sont déjà possibles mais M. Juanico a tout à fait raison de soulever la question des qualités pédagogiques des dirigeants d'établissements hors contrat. Il faudrait peut-être reformuler cet amendement de manière à rappeler aux instances d'inspection qu'elles ont la possibilité de mener ce type de contrôles.
En tant qu'ancien recteur, je peux vous dire que cette possibilité existe et qu'elle est utilisée, le rapporteur vient de le rappeler. Il faut laisser faire les autorités académiques. Dans un certain nombre de cas, il n'y a pas de raison que les contrôles soient inopinés. Dès lors qu'il y a suspicion, les contrôles le sont. Qui plus est, des réunions sont organisées par le préfet au moins une fois par mois pour faire le point de la situation avec tous les services de l'État. Faisons confiance à notre administration.
Il faut laisser toute latitude aux équipes de terrain quant au choix de la méthode de contrôle et faire confiance aux instances de l'éducation nationale. Le groupe La République en marche votera donc contre cet amendement.
Je suis un peu étonné par la position du groupe La République en marche car dans les faits, les contrôles n'ont pas lieu. Il y a huit ans, j'ai signalé l'existence d'une école qui n'avait pas été déclarée. La réponse des services du ministère de l'éducation nationale fut qu'une école non déclarée n'est pas une école et ils ont donc refusé de contrôler l'établissement. En outre, dans le département du Val-d'Oise, un seul agent, qui plus est à temps partiel, est dédié au contrôle des établissements hors contrat, qui sont au nombre de plusieurs centaines. Comment voulez-vous qu'il remplisse sa mission si on n'incite pas l'administration à plus de vigilance, en rendant les contrôles inopinés obligatoires ?
On peut aussi le prévoir par circulaire.
Posons la question au ministre !
J'allais vous le proposer : il s'est engagé à donner aux agents les moyens de faire ces contrôles, nous l'interrogerons en séance publique à ce sujet.
Le but de cette proposition de loi est à la fois de simplifier le droit et de mieux contrôler les établissements. Le texte instaure des contrôles systématiques la première année puis des contrôles ultérieurs. Faisons confiance à notre administration quant à sa façon de diligenter les contrôles et ne caricaturons pas les choses.
Si les contrôles sont systématisés, ils risquent de mobiliser toutes les capacités de contrôle de l'administration, donc de l'empêcher de renforcer le contrôle des écoles qui posent des difficultés. Faisons confiance à nos institutions.
La commission rejette l'amendement AC37.
L'amendement AC38 rend obligatoire le contrôle des établissements privés hors contrat au cours de la première, de la troisième et de la cinquième année de leur fonctionnement.
L'amendement AC27 est défendu.
Avis défavorable. Si on systématise les contrôles, on risque de disperser les moyens vers des écoles n'ayant pas besoin d'être contrôlées et de ne plus en avoir pour contrôler les écoles qui en auraient besoin. À moins de donner beaucoup plus de moyens de contrôle à l'administration mais M. Pupponi, qui a été dans la majorité au cours des cinq dernières années, n'a pas obtenu plus de moyens que nous… Soyons raisonnables.
Elle en vient à l'amendement AC16 de Mme Sabine Rubin.
Le rapport de la sénatrice Billon indique que « les manquements ou insuffisances constatés à l'occasion des contrôles, s'ils sont minoritaires, ne sont toutefois pas insignifiants : près du quart des contrôles réalisés en 2016-2017 ont relevé des manquements. Ce taux pourrait même croître en 2017-2018 si l'on considère qu'un tiers environ des contrôles prévus avaient effectivement été réalisés à la date de la réponse du ministère. »
Le rapport poursuit : « Il ressort des auditions et de la lecture des rapports d'inspection que la notion de manquements recouvre une grande diversité de situations : si l'opposition frontale de l'enseignement aux valeurs de la République n'est relevée que dans de très rares cas, on observe toutefois l'occultation de certains pans du savoir ou un enseignement tendancieux ou partial, particulièrement en histoire-géographie, en arts et en sciences ; dans certaines écoles, les contrôles constatent une absence totale de preuves d'enseignement scolaire, ce qui met en question le caractère scolaire de ces établissements ; le recours à des méthodes pédagogiques excluant tout esprit critique ou réflexion personnelle ».
Ces éléments sont alarmants et montrent un manquement de l'État à son obligation de protéger les enfants. Par conséquent, il nous semble bon de rappeler à l'occasion de cette proposition de loi que la responsabilité de l'État doit être engagée s'il manque à son obligation de contrôle des établissements et de protection de l'intérêt supérieur de l'enfant.
Cet amendement est satisfait puisque la circulaire du 17 juillet 2015 rappelle déjà le principe selon lequel la responsabilité de l'État est engagée en cas de manquement à ses obligations de contrôle. Avis défavorable.
La commission étudie l'amendement AC15 de M. Michel Larive.
Avis défavorable. Il conduirait à décharger les établissements de leur obligation de dispenser notamment un enseignement civique, ce qui semble peu intuitif et plutôt contre-productif.
Puis elle examine l'amendement AC39 de M. François Pupponi.
Pour limiter le nombre d'établissements hors contrat, cet amendement permet à l'État, et non plus seulement aux établissements, de prendre l'initiative de passer un contrat.
Avis défavorable à cet amendement de conséquence d'amendements déclarés irrecevables au titre de l'article 40 de la Constitution.
Article 3 : Conditions requises pour diriger et enseigner dans un établissement d'enseignement scolaire privé
La commission est saisie de l'amendement AC2 de Mme Brigitte Kuster.
Imposer aux écoles privées hors contrat de recruter un directeur disposant d'un parcours professionnel d'au moins cinq ans au sein d'un établissement d'enseignement public ou privé revient à les priver de la possibilité de recourir aux services de personnalités susceptibles de porter un projet pédagogique unique et original. Je citerai l'exemple précis de l'École 42 dans le 17ème arrondissement de Paris. Cette disposition constituant une entrave à la liberté pédagogique des écoles privées hors contrat, cet amendement a pour objet de la supprimer.
Cette condition d'expérience existait déjà auparavant pour les établissements du second degré et les établissements d'enseignement technique. La proposition de loi ne fait que l'étendre aux établissements du premier degré. Par ailleurs, des dérogations seront possibles, qui devraient permettre d'éviter le problème que vous soulevez concernant l'école de M. Niel.
Cette disposition risque d'entraîner des discriminations entre les différents types d'établissements.
L'objectif, monsieur Molac, est d'aligner la réglementation applicable au secteur privé, a fortiori hors contrat, sur celle applicable dans le secteur public. Un chef d'établissement se doit d'avoir cinq ans d'exercice pour pouvoir postuler au concours de recrutement.
Il y a des dérogations possibles et on est en droit d'exiger un certain niveau de la personne qui ouvre ou qui va diriger un établissement hors contrat.
Quand vous créez une école de production hors contrat, la personne qui la dirige n'a pas forcément l'expérience que vous souhaitez imposer par la proposition de loi. Ne privons pas de la possibilité d'ouvrir des écoles les personnes qui connaissent un métier autrement que de la manière classique qui est celle de l'enseignement public.
La condition des cinq ans d'expérience s'applique déjà dans l'enseignement technique. On ne modifie donc pas le droit existant. Il est vrai que certains réseaux d'enseignement s'inquiètent de ces dispositions, c'est pourquoi il serait bon de demander en séance publique au ministre des précisions quant aux dérogations possibles. Le but n'est pas de verrouiller les dispositifs.
Imposer des conditions d'expérience professionnelle vise le même objectif que les contrôles dont on a parlé et devrait permettre d'éviter les dérives dans la direction et la gestion des établissements.
Monsieur le rapporteur, pourriez-vous me confirmer que ces cinq années de parcours professionnel peuvent être des années d'enseignement ou de conseil en orientation et non seulement des années de direction ?
Oui, et même être cinq années de surveillance.
Le groupe La République en marche votera contre cet amendement.
Elle en vient à l'amendement AC1 de Mme Brigitte Kuster.
Imposer une condition de nationalité française ou d'appartenance à un État membre de l'Union européenne est trop restrictif. Il n'est pas compréhensible qu'un Américain, un Chinois ou un Indien se voie interdire d'enseigner. Cet amendement vise donc à soustraire les enseignants à l'obligation faite aux directeurs d'être français ou ressortissant d'un État membre de l'Union européenne.
Cette condition de nationalité existe déjà pour les enseignants du premier degré et de l'enseignement technique. La proposition de loi ne fait que l'étendre aux enseignants des établissements du second degré. Il existe en outre des possibilités de dérogations.
Puis elle est saisie de l'amendement AC4 du même auteur.
Ce qui devrait valoir pour les directeurs vaut également pour les personnels chargés d'enseignement. L'objectif de cet amendement est donc d'étendre le régime d'interdiction aux individus figurant sur le fichier des personnes recherchées. Je rappelle les dérives graves que nous avions constatées en 2017 au sein de l'école privée hors contrat Al-Badr à Toulouse, où plusieurs membres du corps enseignant étaient inscrits au fichier S.
Avis défavorable. Vous visez un fichier trop large.
Article 4 : Régime de sanctions en cas d'opposition d'un établissement d'enseignement scolaire privé à un contrôle et dispositions de coordination
La commission étudie l'amendement AC7 de M. Michel Larive.
L'amende que vous proposez de porter à 15 000 euros – pour une école qui n'aurait pas respecté les exigences de ce que vous appelez le socle commun et que nous préférons appeler exigences pédagogiques adaptées au niveau de l'élève et qui sont définies de façon stricte dans les établissements publics – n'est pas dissuasive ni même punitive. Elle n'atteint donc pas ses objectifs.
Pourtant, elle vient frapper des établissements qui n'ont pas pris, « malgré la mise en demeure de l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, les dispositions nécessaires pour que l'enseignement qui y est dispensé soit conforme à l'objet de l'instruction obligatoire. » D'une part, la définition de l'instruction obligatoire établie dans le code de l'éducation est extrêmement vague et non détaillée. Que des chefs d'établissement ne se plient pas aux mises en demeure qui leur sont adressées révèle des manquements graves qu'il faut lourdement condamner. D'autre part, les contrôles de l'État sont défaillants et il faut que cette amende puisse avoir un caractère dissuasif suffisant.
L'amende actuelle est de 7 500 euros. Nous proposons de doubler ce montant. Outre l'amende, six mois de prison et la fermeture de l'école sont encourus. Cela nous paraît suffisant. Avis défavorable.
La commission rejette l'amendement AC7.
La commission examine l'amendement AC40 de M. François Pupponi.
Nous proposons de demander au Gouvernement de remettre au Parlement un rapport sur la contractualisation obligatoire avec l'État pour les établissements d'enseignement privé. Nous reprenons un amendement présenté au projet de loi relatif à la sécurité intérieure il y a quelques mois. C'est un amendement de repli, les deux amendements que nous avions déposés pour supprimer les établissements hors contrat ayant été déclarés irrecevables au titre de l'article 40 de la Constitution.
Vous souhaitez comme tout à l'heure faire basculer les établissements hors contrat vers le sous-contrat, ce qui n'est pas la logique du texte. Avis défavorable.
La commission est saisie de l'amendement AC5 de Mme Sabine Rubin.
Cet amendement vise à intituler le texte que nous examinons « proposition de loi visant à supprimer les établissements scolaires sans lien avec la République ». Comme le prévoit le Préambule de la Constitution de 1946, la République française garantit à toutes et à tous un égal accès à l'instruction. Or, il semblerait, au vu des documents que nous avons tous pu consulter – que ce soit le rapport de la sénatrice Annick Billon ou le bilan établi par l'académie de Versailles dans son rapport de 2017 – que beaucoup d'écoles hors contrat privent littéralement certains élèves de tout accès à l'instruction. La liberté d'enseignement de ce type d'établissements entre en contradiction avec un droit garanti par notre bloc de constitutionnalité.

References: L'article 2

L'article 3
 L'article 3
 l'article 3
 l'article 75
 l'article 2
 l'article 2
 l'article 2
 l'article 1
 l'article 1
 l'article 40
 l'article 40