Source: https://www.osteopathie-france.fr/essai/therapeutique/suth-swed/963-fuller-01
Timestamp: 2019-02-18 22:59:01+00:00

Document:
David B. Fuller [1] - Le cerveau vu par Swedenborg et le concept crânien de Sutherland
Traduit de l’américain par Pierre Tricot, décembre 2009.
© Jean-Louis BOUTIN et le Site de l’Ostéopathie pour la version française.
Titre original : Swedenborg’s brain and Sutherland’s cranial concept, paru dans la revue The New Philosophy, Octobre-décembre 2008, pp. 619-650 (format pdf).
Le Site de l'Ostéopathie remercie particulièrement David B. Fuller de l'avoir autorisé à traduire et publier cet article.
Nous remercions Pierre Tricot pour sa traduction de l'article de D. Fuller.
[1]. David B. Fuller DO, FAAO, membre de l’Académie Américaine d’Ostéopathie (AAO), diplômé dans les spécialités de : Médecine Familiale, Médecine neuro-musculo-squelettique et Médecine manipulative ostéopathique, et Médecine holistique. Il pratique en clientèle privée à Bay Minette, Alabama.
L’auteur désire remercier Caroll Odhner, directeur de la bibliothèque Swedenborg, et Cindy Walker, archiviste de la bibliothèque Swedenborg de Bryn Athyn, en Pennsylvanie. Tous deux ont particulièrement aidé dans le cadre de l’Acton research. Remerciements également à l’Académie Américaine d’Ostéopathie (AAO) qui a autorisé à utiliser les matériaux de la thèse d’admission, Une comparaison des descriptions faites par Swedenborg et Sutherland du cerveau, de la membrane durale et du mouvement osseux crânien (2006), [titre original : A Comparison of Swedenborg’s and Sutherland’s Descriptions of Brain, Dural Membrane and Cranial Bone Motion” (2006) paru dans American Academy of Osteopathy Journal (AAOJ)volume 18, number 2, June, 2008, pp. 20-29] dans cette publication.
Notes et crédits photographiques
Paradigme du cerveau
Similitudes - Différence
Nous pourrions peiner des milliers d’années sans même entamer la surface de tout ce qui serait à connaître sur le cerveau et sur son fonctionnement.
Swedenborg, Du cerveau, Vo. 1, § 104k.
Au milieu du XVIIIe siècle, Emmanuel Swedenborg a développé et décrit un modèle sophistiqué et unique de fonctionnement du corps et du cerveau. Comme il s’est référé à de nombreux ouvrages anatomiques de son temps, son paradigme du cerveau et du corps est exhaustif, mais il est également unique. Cela correspond à l’essentiel de son œuvre de la période philosophique scientifique. L’un des derniers écrits essentiels de cette période est l’ouvrage écrit en 1743-44 et publié ultérieurement sous le titre Le cerveau [titre original : The Brain].
Deux cents ans plus tard, pendant la première moitié du vingtième siècle, William Garner Sutherland, DO, développe un concept crânien original, également connu sous le nom d’ostéopathie dans le champ crânien, un système de diagnostic et de traitement typique de la profession ostéopathique. Sutherland a bien connu l’œuvre de Swedenborg qu’il mentionne épisodiquement. Mais, l’utilisation qu’il en a faite est beaucoup plus qu’épisodique.
Cet article se propose de présenter une vue d’ensemble du paradigme de Swedenborg sur le cerveau et sur le système nerveux central, tel qu’il les décrit dans ses écrits scientifiques, notamment dans Le cerveau. Il se propose d’examiner la description faite par Swedenborg de la fonction du cerveau envisagé comme intermédiaire entre l’âme et le corps, ainsi que le mouvement rythmique inhérent du cerveau et de la mœlle épinière, le mouvement réciproque de la dure-mère, le mouvement osseux crânien et le concept de Swedenborg sur le fluide éthéré et le liquide céphalo-rachidien.
Ces concepts seront alors comparés au concept crânien tel que Sutherland le détaille dans ses écrits. Nous explorerons également les connexions historiques existant entre les idées de Swedenborg et celles de Sutherland.
Biographie de Swedenborg
Emmanuel Swedenborg (1688-1772) est un scientifique et un philosophe suédois qui, dans la seconde partie de sa vie, s’est orienté vers la théologie. Au cours de sa longue et productive existence, il a abordé une vaste quantité de domaines et a écrit plus de 40 000 pages. Swedenborg est surtout connu aujourd’hui pour ses écrits tardifs, particulièrement centrés sur le domaine théologique. Pourtant, nombre de ses écrits philosophiques et scientifiques précédant la période théologique sont particulièrement en avance sur leur temps, développant des concepts qui ne seront reconnus que bien plus tard dans les siècles qui suivront. Ses écrits scientifiques et philosophiques, particulièrement tout ce qui concerne l’anatomie et la physiologie, contiennent également des idées qui serviront de fondements à ses écrits théologiques. (1)
À l’origine, Swedenborg est un scientifique qui, à la recherche de l’âme, s’est tourné vers la philosophie. Il a étudié de manière détaillée l’anatomie, à la recherche de la manifestation corporelle de l’âme. Il a procédé à une étude très approfondie de l’anatomie humaine et a porté tout particulièrement son attention sur le cerveau et ses influences sur le reste du corps. Au cours de ses études anatomiques, de la fin des années 1730 au milieu des années 1740, il a décrit de manière particulièrement détaillée, la structure, la fonction et la mobilité du cerveau. Au cours de cette période – 1730-40 —, il a rédigé un premier ouvrage sur le cerveau, intitulé De Cerebro. Son ouvrage le plus complet sur la question, intitulé Le cerveau, a également été l’un de ses derniers ouvrages scientifiques. Il a été écrit en 1743-44, mais n’a pas été publié de son vivant. À partir de 1745, il vit une série de profondes expériences spirituelles. Il délaisse tous ses écrits scientifiques, se tourne vers l’étude de la Bible et entreprend une nouvelle interprétation des écritures. Il développe une cosmologie et une théologie uniques et particulièrement détaillées. Pendant les trente années qui suivent et jusqu’à sa mort en 1772, il écrit sur des questions théologiques. Il est intéressant de noter que de nombreuses idées développées dans ses ouvrages scientifiques imprègnent ses écrits théologiques.
La quête de Swedenborg vers l’unification de la science et de l’esprit
L’une des motivations premières sous-tendant tous les écrits scientifiques de Swedenborg est l’exploration et la démonstration de l’unité intégrale, sous-jacente de la science et de l’esprit. Tout au long de ses écrits scientifiques on peut discerner un effort constant pour tenter de démontrer la structure et la forme comme émanant de Dieu, descendant du domaine spirituel vers la forme naturelle. Swedenborg reconnaît que Dieu est infinie Sagesse et que cette Sagesse est manifestée au sein même de toute Sa création. Il tente d’explorer et de comprendre les lois et principes inhérents à la création divine. Swedenborg estime que l’étude de la nature, particulièrement de la forme humaine, devrait aider à développer une compréhension du Créateur. (2)
Paradigme du cerveau comme partie de l’âme — interaction corporelle
L’un des derniers écrits scientifiques parmi les plus originaux de Swedenborg est Le Cerveau. C’est dans cet ouvrage que ses efforts orientés vers la découverte de la manifestation de l’âme dans le corps sont le plus clairement évidents. Sa doctrine de degrés discrets unissant âme, esprit et corps, guide clairement nombre de ses études anatomiques, à la recherche de l’interaction entre âme et corps. (3) Il voit Dieu, le Créateur, comme créant le genre humain à Son image, à la fois spirituellement et matériellement. La quête de Swedenborg à la recherche des mécanismes permettant l’interaction âme/corps le conduit à étudier le cerveau de la manière la plus détaillée possible, puis à développer un paradigme sophistiqué sur l’activité du cerveau à travers tout le corps. Il reconnaît le cerveau comme le vaisseau supportant l’esprit et permettant une interaction très étroite avec l’âme. Son paradigme est un modèle organique fluidique incluant une constante et intelligente mobilité en provenance de l’âme, se prolongeant dans le cerveau et dans l’activité du liquide céphalo-rachidien, se manifestant en mouvements secondaires à travers tout le corps, y compris dans les os crâniens, les membranes durales, le cœur, les poumons, le sang, les lymphatiques, le système nerveux et tous les viscères.
Le paradigme de Swedenborg relatif au cerveau n’est rien moins qu’un effort pour explorer les manifestations de l’âme au sein du corps. Ce paradigme l’a aidé à infléchir son chemin, à délaisser son œuvre scientifique et à consacrer le reste de sa vie à l’exploration de la science de l’esprit. Ainsi, les paradigmes organiques de Swedenborg sont d’une inestimable valeur non seulement par leur propre mérite, mais également parce qu’ils établissent un fondement pour sa théologie organique qui va suivre. (4)
L’ostéopathie a été découverte et établie dans la seconde moitié du XIXe siècle par le Dr Andrew Taylor Still (1818-1917), un médecin américain de la frontière exerçant dans le Kansas et le Missouri, très déçu par la médecine héroïque (5) impuissante, recourant à des drogues inefficaces et à des pratiques particulièrement invasives. En 1874, Still s’engage dans une nouvelle voie (6) qui aboutira quelques temps plus tard à la création d’un système qu’il nommera Ostéopathie. L’ostéopathie insiste sur deux points fondamentaux : la capacité inhérente du système corporel à s’auto-guérir et le rôle du médecin qui est d’assister la structure et la fonction afin que la santé puisse régner chez chaque individu. Still a rejeté les drogues toxiques de son temps et mis l’accent sur des techniques manuelles de médecine manipulative ostéopathique utilisées dans un contexte de pratique médicale complète. Il a obtenu d’excellents résultats et, en 1892, a ouvert un collège d’enseignement dans le Missouri. C’est de là que s’est développée la profession d’ostéopathe, aujourd’hui partie intégrante de la médecine américaine, grâce à une vingtaine d’écoles de médecine ostéopathique réparties dans tout le territoire des États-Unis.
L’ostéopathie crânienne de Sutherland
William Garner Sutherland (1873-1954) qui a étudié l’ostéopathie sous la férule de Still, a développé un système de diagnostic et de traitement connu sous le nom d’ostéopathie crânienne, autrefois appelé « Ostéopathie dans le champ crânien. » Sutherland a toujours reconnu en Still celui qui a découvert et développé la philosophie, les principes et la pratique de l’ostéopathie. En utilisant ce nouveau concept crânien, il les a appliqués d’une manière nouvelle et sophistiquée à la tête et au reste du corps. À partir de 1930 et jusqu’à sa mort dans le milieu des années 1950, Sutherland a formé des collègues ostéopathes à ce nouveau système de diagnostic et de traitement crâniens. (7)
L’ostéopathie dans le domaine crânien, comme toutes les autres pratiques de médecine manipulative ostéopathique, est enseignée dans tous les collèges d’ostéopathie des États-Unis et dans de nombreux autres pays à travers le monde. Elle est utilisée pour aider de nombreux patients de par le monde. La Cranial Academy, est une organisation faisant partie de l’American Academy of Osteopathy dont l’objectif est de poursuivre l’enseignement et la pratique de l’ostéopathie crânienne par des médecins (ou des dentistes). Elle compte actuellement environ 1200 membres.
Note du traducteur : les références bibliographiques renvoient à des textes américains, la plupart non traduits. Lorsque la référence est disponible en français, c’est elle qui a été indiquée.
1. Rose, Emmanuel Swedenborg : Essais, 388.
2. C’est l’objet de l’ouvrage Œconomia regni animalis (Économie du règne animal, 2 volumes, 1741) qui contient le texte De Cerebro (ndt).
3. « La correspondance que Swedenborg établit entre le monde spirituel et le monde matériel n’est pas une simple analogie, c’est un rapport de cause à effet : idée essentielle et fondamentale. L’univers que nos sens actuels ne peuvent percevoir est le domaine des causes et des fins, tandis que l’univers sensible est le domaine des effets. Ce sont les forces spirituelles qui produisent les phénomènes observés sur notre planète. » Jean Prieur, Swedenborg, p. 108 (ndt).
4. Swedenborg, De Cerebro, vol. I, § 1202, vol. II, § 156.
5. Jusqu’à la fin du dix neuvième siècle on peut considérer qu’il existait aux USA deux types de médecine. Celle enseignée et pratiquée dans l’Est du pays, c’est-à-dire dans les régions les plus développées socialement, industriellement et intellectuellement, correspondant à peu près à la médecine enseignée et pratiquée à la même époque dans les pays développés d’Europe. Et celle du Middlewest américain, pratiquée dans les régions pionnières, une médecine inefficace et dangereuse plus proche des descriptions de Molière que de la médecine actuelle. Still appellera les pratiques de ce temps médecine de l’à-peu-près, ou du viser-rater. Il fallait des individus solides pour résister aux traitements qui leur étaient imposés, au point que cette médecine fut nommée Médecine héroïque ! (ndt).
6. « Ma science ou ma découverte naquit au Kansas à l'issue de multiples essais, réalisés à la frontière, alors que je combattais les idées pro-esclavagistes, les serpents et les blaireaux puis, plus tard, tout au long de la guerre de Sécession et jusqu’au 22 juin 1874. Comme l'éclat d'un soleil, une vérité frappa mon esprit : par l'étude, la recherche et l'observation, j'approchai graduellement une science qui serait un grand bienfait pour le monde. » (Still, Autobiographie, Sully, Vannes, 1998, p.73-74) (ndt).
7. Sutherland, Contributions of Thought, 143, 188, 214.
Image 1 : Photo d'Emmanuel Swedenborg trouvée sur le site de Wikipédia, article Swedenborg
Image 2 : Photo de Andrew Taylor Still, in Philosophy of Osteopathy, publisched by A. T. Still, Kirksville, MO, 1899.
Image 3 : Photo de William Garner Sutherland.
Le paradigme du cerveau selon Swedenborg
Dans Le cerveau et d’autres écrits se trouvent développés de nombreux concepts fondamentaux concernant les idées de Swedenborg. Bien que quelques unes de ces idées relatives au cerveau aient été discutées au cours des ans, aucun résumé de son paradigme sur le cerveau n’a été établi. Dans cet écrit, la majorité des références utilisées concernant Swedenborg proviennent de son ouvrage Le cerveau, mais certains autres ouvrages seront également cités, notamment De Cerebro. Ce qui suit résume l’essentiel du paradigme de Swedenborg sur le cerveau. Notre propos n’est pas d’évoquer toutes les idées de Swedenborg sur le cerveau, sujet qui dépasserait largement les limites de la présente étude. (1)
Dans ses écrits théologiques, Swedenborg développe ses idées concernant l’interaction de l’âme et du corps. Cependant, la présente discussion met délibérément l’accent sur ses écrits scientifiques, parce que ceux-ci semblent avoir eu une influence évidente sur Sutherland. Suivant la coutume des spécialistes de Swedenborg, toutes les références à ses écrits se font par numéros de paragraphes plutôt que par numéros de page.
Séries de degrés
Le premier concept important du livre de Swedenborg Le cerveau, est celui des degrés en séries. Ce concept imprègne ses écrits sur l’anatomie, tout particulièrement ceux qui sont centrés sur le cerveau et il a aidé Swedenborg à développer ses remarquables intuitions. Ultérieurement, ce concept est également devenu un élément clé de ses écrits théologiques.
Dans Le cerveau, Swedenborg décrit chacune des grandes séries de degrés comme ayant trois niveaux, donnant un degré supérieur, un moyen et un inférieur. Swedenborg a nommé le degré le plus élevé d’une série « la fin, » (2) le degré moyen « la cause, » et le degré inférieur, « l’effet. » Ainsi, chaque série de degrés comporte une fin, une cause et un effet. À partir du degré le plus élevé, les idées les plus universelles et idéales, se déversent vers les degrés inférieurs. Les degrés inférieurs sont, en retour, des représentations des degrés supérieurs. (3)
Correspondance et harmonie co-établie
Un important corollaire à ce concept, est celui de la co-réponse (4), ou correspondance. Dans toute série, le degré le plus élevé contient le principe ou fin, qui tient sous sa dépendance ce qui est au-dessous de lui dans cette série de degrés. Il dispose à l’action les degrés les plus inférieurs qui, en retour, représentent les principes en lui contenus. Bien que ces degrés soient séparés, il existe un influx allant des degrés les plus élevés vers les moins élevés. Il existe également une réciprocité ou reflux des degrés les plus inférieurs vers les plus élevés. Swedenborg a nommé cela « harmonie co-établie, » ou correspondance qui existe simultanément entre les degrés de cause, fin et effet. De plus, le troisième degré consiste en effets qui sont « genre et image », représentant les choses correspondantes contenues dans le degré le plus élevé de principes. L’une des séries les plus importantes est la série âme, esprit, corps. (5)
Une autre approche fondamentale de Swedenborg est l’accent mis sur l’utilité. L’emploi ou fonction de toute chose est de la plus grande importance, parce que c’est pour cette raison qu’elle existe. Anatomiquement on voit clairement que l’accent mis par Swedenborg sur la structure et la fonction comme étant deux aspects d’une seule entité. Cependant, Swedenborg croit que c’est seulement par l’étude de la fonction que nous pouvons véritablement parvenir à une compréhension de la structure anatomique du corps humain. L’usage de quelque chose détermine la localisation de son degré dans une série par rapport à d’autres et reflète la fin ou le principe rendu manifeste par son usage. Tous les fondamentaux du corps trouvent finalement leur origine dans l’âme et en sont également le reflet. « Ainsi, toute chose appartenant au corps et qui émane du corps en tant qu’action manifeste dans la vie la qualité de l’âme. » (6)
Un objectif majeur de la plupart des écrits de Swedenborg, semble être de découvrir davantage à propos de l’interaction âme/corps. Ce thème court tout au long de ses écrits scientifiques et théologiques et il est fondamental dans sa vision du cerveau. Il décrit le corps et l’âme dans le paradigme de degrés séparés. L’âme est le principe dernier ou principe le plus élevé d’une série dans laquelle le corps est l’effet, forme finale ou ultime. En conséquence, le corps humain est l’image de l’âme et il est, dès l’origine, formé en accord avec son principe. Ainsi, Swedenborg en vient à écrire : « Par conséquent, par l’un (le corps humain), nous sommes capables de percevoir ce qui est contenu dans l’âme et par l’âme, ce qui est contenu dans le corps. » Il décrit âme et corps comme une unité organique divisée en degrés séparés. Bien que l’âme ne soit pas détectable par les sens, ni par les instruments matériels, elle est en correspondance avec le corps. Elle donne forme au corps, vaisseau de l’âme. L’ordre et la sagesse intrinsèque de l’âme guident l’influx, la structure et la fonction de son vaisseau, le corps, par l’intermédiaire des correspondances. La sagesse inhérente de la structure et de la fonction corporelles tirent leur origine de l’âme. Cette unité individuelle de la forme humaine est une image du Créateur, en lui-même Sagesse Divine. (7)
Âme, cerveau et corps
Swedenborg reconnaît le cerveau en général et le télencéphale en particulier comme ce qui « institue la relation entre l’âme et le corps. » Il identifie les degrés de fin, de cause et d’effet s’appliquant à cette série. Tout comme la fin est l’objectif, la cause, les moyens grâce auxquels l’objectif peut être poursuivi et l’effet, le résultat final, l’âme est la sphère de l’intention, le télencéphale est la sphère de la cause et le corps la sphère des effets. Il reconnaît le corps comme étroitement intriqué à travers l’anatomie et la fonction, à de nombreux niveaux, incluant le neurologique, le musculo-squelettique, le viscéral et le fascial. Tous ces niveaux son interconnectés mais la force de cohésion sous jacente, c’est la présence de l’âme dans le corps. Le mécanisme essentiel permettant cette mise en place se fait à travers le cerveau et ce qu’il anime dans le corps. (8)
Mobilité du cerveau
Swedenborg décrit la mobilité du cerveau comme une alternance de subtiles expansions et rétractions. Il mentionne souvent cette mobilité comme un mouvement alternant systole et diastole ou comme animation du cerveau. Il estime la connaissance du mouvement du cerveau comme vraiment nécessaire, indispensable à la compréhension de la structure et de la fonction. (9)
C’est dans son anatomie ainsi que dans celle de la mœlle épinière et du système nerveux que Swedenborg voit la preuve de la mobilité du cerveau. Il voit cette mobilité dans les structures des membranes intra-crâniennes durales et autres, aussi bien que dans les os crâniens et les structures qui les unissent. Il affirme que ce mouvement d’animation est trouvé à travers tout le système nerveux et, de fait à travers tout le corps. Swedenborg décrit chaque artère, veine et chaque fibre nerveuse comme « le véritable courant de la mobilité du cerveau. » Cette mobilité persiste tout au long de la vie du corps. (10)
Caractéristiques de la mobilité du cerveau
Swedenborg décrit les subtiles expansion et rétraction comme mouvements existant globalement dans l’ensemble du cerveau. Il exprime qu’il existe un mouvement animant les parties des différentes régions du cerveau, mais que pourtant, ces structures bougent ensemble dans une « variation harmonieuse », de sorte que le cerveau se contracte et se dilate d’une manière simultanée. Cela s’accomplit grâce à la qualité spiralée du mouvement de parties distinctes du cerveau, qui peuvent se décrire comme une « fluxion (11) spiralée. » Cette fluxion spiralée autorise chaque partie à bouger sans être gênée par les structures contigües. Cette activité aide à comprendre la structure et la forme des circonvolutions du cerveau. Il exprime cette mobilité comme subtile et non évidente aux sens. (12)
Mobilité de la mœlle épinière
Swedenborg décrit le mouvement du cerveau comme se prolongeant à travers le tronc cérébral jusque dans la mœlle épinière. Mœlle épinière et tronc cérébral s’allongent et se rétractent, se dilatent et se contractent, en conjonction avec le mouvement du cerveau. (13)
La mobilité du cerveau précède le mouvement pulmonaire, « respiration » du cerveau
Swedenborg décrit l’animation ou l’expansion et la rétraction du cerveau comme coïncidant habituellement avec la ventilation des poumons. Cependant, cette mobilité est primaire par rapport au mouvement pulmonaire. (14)
Swedenborg fait également référence à l’animation et à la « respiration » du télencéphale. Il écrit même que « Le télencéphale alterne ses mouvements et respirations et respire avec les poumons. » Cela est primaire par rapport au mouvement de la respiration. (15)
Origine du mouvement/animation du cerveau
Swedenborg écrit que bien que les principes de la mobilité du cerveau soient profondément cachés, la source de son mouvement est le cortex, particulièrement le cortex cérébral. La mobilité du cerveau est également étroitement liée au fluide éthéré en provenance des cellules du cortex (les concepts de fluide éthéré sont discutés plus loin dans cet article). Cependant, l’origine première de la mobilité du cerveau prend sa source dans l’essence du fluide éthéré qui est l’âme. Swedenborg voit la mobilité du cerveau comme une manifestation de la présence de l’âme au sein du corps. Par conséquent, l’utilisation qu’il fait du terme « animation » peut être simultanément compris comme la vivification du corps physique et comme la mobilité rythmique du cerveau se propageant dans tout le corps et qui rend cela possible. Swedenborg voit cette activité comme unissant les degrés distincts de l’âme, de l’esprit et du corps, permettant influx et correspondances entre ces niveaux. Il voit la vie humaine comme une tri-unité d’âme, d’esprit et de corps, unis par l’influx et la correspondance. Il reconnaît les rythmes de mobilité organique se propageant dans le corps physique comme jouant également un rôle important, unissant âme, esprit et corps. La vie est mobilité ; une mobilité rythmique, coordonnée se produit à tous les niveaux. (16)
Cerveau, membrane intra-crânienne et mouvement osseux crânien
Swedenborg décrit la mobilité du cerveau comme étant une partie d’un système complexe de systèmes en relation mutuelle. La mobilité du cerveau affecte toutes les structures du corps qui sont en continuité avec lui, mais le cerveau interagit également avec des structures contigües d’une manière particulièrement sophistiquée et complexe. La mobilité du cerveau est intimement reliée à la structure et à la fonction des membranes qui l’entourent et aux os du crâne.
Mobilité réciproque de la dure-mère
Swedenborg décrit la mobilité comme réciproque au mouvement du cerveau. La mobilité durale est passive, suivant celle du cerveau, pourtant, également, « Cela en vertu de son élasticité, et en ses capacités, tel un tendon musculaire, elle contribue d’une manière générale à la mobilité expansive réciproque du cerveau. » Lorsque le cerveau se trouve dans sa phase expansive, la dure-mère est étirée, lorsque le cerveau se rétracte, la dure-mère est « déchaînée ». De cet étirement et de ce retour alternatifs résulte une « action réciproque. » Cet étirement et ce retour réciproques est rythmique, possédant un « pouvoir réactif » répondant et affectant le cycle du mouvement d’expansion et de rétraction alternatif du cerveau. (17)
Communication entre dure-mère, plèvre, péritoine et connexions dans tout le corps
Swedenborg décrit la dure-mère comme enfermant le cerveau, régulant la mobilité cérébrale et communiquant la mobilité animatrice non seulement au crâne, mais également au reste du corps. Il affirme que cela se fait grâce à l’enveloppement dure-mérien qui accompagne les nerfs, et communiquant avec la plèvre, le péritoine et vers la « sphère du corps. » Il reconnaît que ce revêtement des nerfs se poursuit jusque dans tous les muscles, tous les organes des sens et tous les viscères. De cette manière, l’influence du cerveau, via les membranes générales de la dure-mère, se poursuit jusque dans la plèvre et le péritoine, et donc dans tout le corps. En résumé, la mobilité du cerveau, transmise par la dure-mère se répand dans tout le corps. (18)
Mobilité osseuse crânienne
Swedenborg reconnaît la mobilité osseuse crânienne comme passive et secondaire à la mobilité active primaire du cerveau. Il affirme que la structure individuelle des os du crâne reflète la mobilité du cerveau. Il décrit ces os comme bougeant dans un cycle d’expansion et de rétraction en harmonie avec la mobilité du cerveau. (19)
Swedenborg affirme que les sutures osseuses crâniennes démontrent la mobilité et la « sphère d’activité » de chaque os pris individuellement. Il reconnaît que les détails des interdigitations et articulations des différentes sutures reflètent les nombreuses différentes mobilités des os crâniens. (20)
Mouvement individuel de l’os frontal, du pariétal et de l’occipital
Swedenborg décrit le mouvement des os crâniens en termes généraux. Ces mouvements accompagnent le cycle rythmique de la mobilité cérébrale. Il ne décrit particulièrement le mouvement que pour trois os : le frontal, les deux pariétaux et l’occipital.
Swedenborg décrit l’os frontal avec ses deux bosses antérieures bilatérales comme allant en expansion antérieure au cours de la phase expansive de la mobilité cérébrale, en correspondance avec le lobe frontal du cerveau. Il décrit les os pariétaux pairs comme s’élevant et bougeant latéralement, avec l’expansion des régions latérales du cerveau. Il décrit également l’os occipital comme bougeant avec le cervelet, s’élevant en son milieu. (21)
Il mentionne explicitement que bien que le mouvement du système s’étende à travers tout le corps, il est subtil et non évident aux sens physiques. (22)
Fluide éthéré/essence éthérée/esprit animal (23)
Swedenborg décrit les structures les plus subtiles des cortex cérébral et cérébelleux comme des circonvolutions dont les fibres s’étendent à travers tout le cerveau, connectant le cortex au reste du corps. Voilà qui est tout à fait similaire aux structures décrites par le concept moderne de la théorie cellulaire sous forme de neurones et de fibres nerveuses. Cependant, il décrit une fonction qui n’est pas clairement reconnue aujourd’hui : il décrit la circonvolution individuelle comme produisant une substance très hautement raffinée qu’il appelle essence éthérée ou fluide éthéré (également appelé esprit animal). Les termes sont parfois utilisés avec différentes variations quant à leur sens, mais, d’une manière générale, il se réfère à une substance particulière, de type fluide, émanant des cellules du cortex cérébral et qui voyage à travers et autour des fibres nerveuses connectées et donc, à travers tout le corps. Swedenborg décrit également le fluide éthéré comme voyageant à partir du cortex à travers et autour des fibres nerveuses vers les ventricules où il se mélange avec une lymphe « plus raffinée » ou fluide émanant des plexus choroïdes pour former le liquide céphalo-rachidien. (24)
Caractéristiques du fluide éthéré
Swedenborg décrit le fluide éthéré comme étant plus subtil et plus raffiné que les autres fluides trouvés dans le corps. Il affirme que le caractère de fluide éthéré est différent des fluides habituels en ce sens qu’il est volatile, très élastique, expansible, compressible et productif. Il peut sourdre à travers les interstices et les pores de la substance médullaire. (25)
Swedenborg affirme que le caractère particulier de cette « buée » de fluide éthéré transmet sa subtilité aux fluides corporels, y compris le liquide céphalo-rachidien et le sang. Ce fluide éthéré est « bien au-delà de la perception par les sens » et il est « une force déterminante de premier ordre, cependant lumière. » Il décrit des fluides éthérés comme sécrétés dans les ventricules aussi bien que dans les glandes du corps et pénétrant dans les fibres corticales par des voies que les yeux ne peuvent même pas percevoir. L’essence éthérée ou fluide éthéré, se mêle aux autres fluides, tout en conservant son caractère particulier. Ce fluide éthéré est intimement relié à la mobilité du cerveau. La mobilité du cerveau et le fluide éthéré tiennent tous deux leur force et leur pouvoir de la même origine, qui est l’âme. (26)
Swedenborg mentionne également que l’âme investit, c’est-à-dire souffle (ou inspire) le fluide éthéré, animant ainsi le cerveau. L’âme est « la véritable cause de l’animation du cerveau. » (27)
Le liquide céphalo-rachidien animé par le fluide éthéré
Swedenborg décrit le liquide céphalo-rachidien comme animé par le fluide éthéré qui tient son origine du cerveau. L’élément éthéré vivifie le liquide céphalo-rachidien auquel, fluide dans le fluide, il confère un caractère particulier. Le liquide céphalo-rachidien se mélange finalement au flux sanguin, donnant au sang une partie de son caractère particulier. (28)
Pulsation du liquide céphalo-rachidien
Swedenborg décrit le liquide céphalo-rachidien comme mis en mouvement par la force animatrice et la mobilité du cerveau et du cervelet. Il décrit son flux à partir du cortex cérébral, vers les ventricules latéraux, vers le troisième et le quatrième ventricules et vers la mœlle épinière en une manière pulsatile, synchrone de la mobilité cérébrale. Il décrit également le liquide céphalo-rachidien comme voyageant entre et à travers les racines et les faisceaux de nerfs et le long et autour d’eux, vers le reste du corps. (29)
Swedenborg décrit une circulation du fluide éthéré. Cette circulation commence avec la production du fluide éthéré dans le cortex cérébral d’où il est transmis par les fibres nerveuses et le liquide céphalo-rachidien au reste du corps, pour se terminer finalement dans le flux sanguin. Le sang alors, termine le circuit en ramenant le fluide éthéré au contact du cortex cérébral où il est extrait et régénéré par les influx en provenance de l’âme. Cela termine ainsi « le cercle de la vie, » animé par l’expansion et la rétraction du cerveau et donnant une mobilité universelle au fluide éthéré et à tout le corps. (30)
Mobilité ventriculaire
Swedenborg décrit les ventricules cérébraux comme subissant une mobilité phasique similaire à celle du cerveau, du cervelet et du tronc cérébral. Au cours de la phase de contraction de la mobilité cérébrale, chaque ventricule latéral s’allonge et se rétrécit et le tronc cérébral s’allonge. La corne postérieure et descendante des ventricules latéraux se rétrécit, devenant plus étroite. Cette mobilité générale du cerveau et des ventricules est en corrélation avec un subtil rétrécissement et allongement du crâne survenant pendant la phase de rétraction de la mobilité crânienne. Par conséquent, l’opposé survient au cours de la phase d’expansion, où se produisent un élargissement et un raccourcissement subtils du crâne. (31)
Résumé de la description du cerveau par Swedenborg
Bien que résumer un paradigme aussi complexe soit difficile, certaines idées de Swedenborg émergent à l’évidence :
1. Le concept de séries de degrés distincts, illustré par l’exemple de l’âme, de l’esprit et du corps et leur interaction au sein d’un ensemble organique.
2. La focalisation sur la structure et la fonction, en insistant sur l’usage.
3. L’importance primordiale d’une mobilité inhérente du cerveau, s’exprimant en une subtile expansion et rétraction trouvant son origine dans le cortex et transmise à travers tout le corps, servant comme moyen à l’interaction âme/corps aussi bien qu’à une animation rythmique de l’entièreté du corps.
4. La mobilité réciproque des membranes durales (accompagnant le mouvement rythmique du cerveau) transmise par les connexions durales aux os crâniens aussi bien qu’à la plèvre, au péritoine et à l’apport nerveux au reste du corps.
5. Les mobilités spécifiques des os crâniens pris individuellement, déterminées par les sutures crâniennes et les mobilités correspondantes de la dure-mère et du cerveau.
6. Le rôle de l’essence éthérée fluide, transmise du cortex cérébral au système nerveux, au liquide céphalo-rachidien, et finalement au sang et aux autres fluides corporels.
7. La nature pulsatile de la distribution du liquide céphalo-rachidien animé à travers le système nerveux et l’entièreté du corps et son retour au cerveau par le « cercle de la vie. »
Le paradigme organique de Swedenborg est par nature holistique, intégrant la fonction du cerveau et sa mobilité, les systèmes neurologique, squelettique, fascial, respiratoire et cardio-vasculaire tout comme l’âme, l’esprit et le corps en une unité rythmique. Son paradigme organique n’est pas seulement une philosophie d’idées, mais se fonde sur une étude anatomique détaillée, insistant sur la structure et la fonction. De plus cette philosophie se retrouve, constante, tout au long de ses écrits.
1. Woofenden, Swedenborg Explorer’s Guidebook, 196-237.
2. La fin en tant qu’intention, effet ou but recherché (ndt).
3. Swedenborg, Le Cerveau, Vol. 1, § 1-2.
4. L’anglais dit co-respondance ce qui devrait littéralement se traduire par « co-réponse », le jeu de mot avec correspondance n’est pas traduisible directement (ndt).
6. Swedenborg, Le Règne animal, § 32.
7. Swedenborg, Le cerveau, Vol. 1, §§ 2, 65, 104q, 195.
8. Ibid., § 80.
9. Ibid., § 59.
10. Ibid., §§ 43, 59, 260, 277.
11. Fluxion, dans le sens « gonflement. » (Ndt).
12. Ibid., §§ 43, 46, 48, 104r, 350.
13. Ibid., § 51 ; 1887, 708.
14. Ibid., 1, § 53.
15. Swedenborg, Le cerveau, Vol. 1, § 41 ; Swedenborg, Le télencéphale, vol. I, § 213.
16. Ibid., Vol. 1, §§ 58, 56.
17. Ibid., §§ 250, 286c, 353.
18. Ibid., §§ 59, 78, 104o, 272.
19. Ibid., § 196.
20. Swedenborg, Le cerveau, Vol 1, §§ 191, 198, Cerebrum, Vol. I, §§ 170, 736, Vol II, § 9.
21. Ibid., Vol 1, § 198.
22. Ibid., § 350.
23. Le mot anglais utilisé est « spirituous fluid », « spirituous essence » dont les synonymes anglais sont éthéré, subtil, vaporeux. Nous avons choisi de traduire le mot « spirituous » par éthéré (ndt).
24. Ibid., §§ 58, 104n.
25. Ibid., § 577.
26. Swedenborg, Le cerveau, Vol. 1, § 58 ; Swedenborg, De cerebro, vol. 1, § 214. Swedenborg, Le cerveau, Vol. 2, § 518f, 577.
27. Swedenborg, De Cerebro vol. I, § 214.
28. Swedenborg, Le cerveau, Vol. 1, §§ 104, 90 ; Vol. 2, § 715n.
29. Ibid., Vol. 1, §§ 104v, 471, 473, 527 ; Vol. 2, § 715n.
20. Ibid., Vol. 1, § 75, 78.
21. Swedenborg, Le cerveau, Vol. 1, §§ 466, 469.
William Garner Sutherland et le concept crânien
Biographie de Sutherland
William Garner Sutherland naît dans le Wisconsin en 1873. Il entre à l’American School of Osteopathy, le premier collège de formation à l’ostéopathie, en 1898. Il étudie sous la férule du corps enseignant des premiers temps, y compris celle d’Andrew Taylor Still, le fondateur de l’ostéopathie et le directeur du collège. Dès 1898, alors qu’il est encore étudiant, Sutherland reçoit une intuition concernant les os du crâne qui changera ultérieurement sa vie et le conduira au développement d’une nouvelle application de la médecine manipulative ostéopathique. Il est frappé comme par un éclair par l’intuition que les os crâniens sont « biseautés comme les ouïes d’un poisson, indiquant par là une mobilité pour un mécanisme respiratoire. » À cette époque, les os crâniens sont considérés comme n’étant absolument pas mobiles. Sutherland laisse tomber cette idée pendant plus de vingt années, puis la reprend et commence à explorer sérieusement ce concept et ses ramifications. (1)
Au cours des années 1920, Sutherland développe sa compréhension initiale du concept crânien. Il applique les principes et pratiques ostéopathiques du Dr Andrew Taylor Still au concept crânien émergeant, expérimentant diagnostics et traitements des dysfonctions crâniennes sur lui-même et sur ses patients. Vers 1929, il commence à introduire le concept et ses applications manipulatives auprès des professionnels ostéopathes. Au cours des années 1930, il enseigne auprès de petits groupes de collègues ostéopathes. Au cours des années 1940, il commence à développe des cours organisés, avec des programmes précis à des groupes de praticiens ostéopathes qui viennent de tous les coins du pays pour étudier avec lui et son corps enseignant. Il continue à enseigner et à développer le concept jusqu’à sa mort en 1954. (2)
Les références de Sutherland à Swedenborg
Il existe trois références certaines de Sutherland à Swedenborg. Deux d’entre-elles ont été publiées après 1944. La première compare le fondateur de l’ostéopathie à Swedenborg.
Comme Swedenborg qui a étudié l’anatomie il y a deux cents ans, à la recherche de l’âme, le Dr Andrew Taylor Still a étudié l’ouvrage de son Créateur – le corps humain. (3)
La seconde référence est un commentaire sur les descriptions de la mobilité du cerveau par Swedenborg.
Si vous devenez un mécanicien du mécanisme crânien en corrigeant une lésion crânienne, vous devenez du même coup un apothicaire. Il n’existe aucune limite à cette pensée. Ce n’est pas une pensée nouvelle. Swedenborg, il y a 200 ans, affirmait que le cerveau est animé de mouvements. Il ne s’agit donc pas de quelque chose totalement nouveau. Non. (4)
Alors que Sutherland n’a jamais écrit d’analyse détaillée à propos des idées de Swedenborg, il est intéressant de constater que dans ces brefs commentaires, il établit plusieurs formulations importantes. Sutherland compare Andrew Taylor Still, le fondateur de l’ostéopathie (qu’il tenait en très haute estime) à Swedenborg et à sa quête vers l’unité âme-corps à travers l’étude de l’anatomie humaine. Sutherland mentionne également que l’idée de mobilité du cerveau n’est pas nouvelle et crédite Swedenborg pour ses études 200 ans auparavant (Le cerveau fut écrit exactement 200 ans auparavant, en 1744). Sutherland affirme même que ses propres idées ne sont pas nouvelles, impliquant par là que Swedenborg avait bien évidemment décrit d’importantes notions relatives à la mobilité du cerveau. Par ces affirmations, il semble évident que Sutherland voue un grand respect à Swedenborg en se reliant à lui à propos des choses les plus importantes de sa vie professionnelle : l’ostéopathie et son fondateur, et le concept crânien.
Sutherland établit une troisième référence qui implique Swedenborg et l’un des traducteurs des écrits scientifiques de Swedenborg, le Révérend Alfred Acton, PhD (5). Nous en discuterons dans la partie appelée « Acton et les Lippincott. »
Le concept crânien de Sutherland, vue d’ensemble
Au cours de sa longue carrière professionnelle, Sutherland a écrit beaucoup d’articles et a donné beaucoup de conférences qui ont été enregistrées, transcrites et ultérieurement publiées. Il a décrit le concept crânien de nombreuses manières différentes, mais cinq point sont bien reconnus comme des fondamentaux du concept crânien qu’il a nommé Mécanisme Respiratoire Primaire.
3. Mobilité des membranes intra-crâniennes et intra-spinales
5. Mobilité involontaire du sacrum entre les iliaques (6)
Mobilité inhérente du cerveau et de la mœlle épinière
Sutherland décrit un subtile et puissant mouvement d’expansion et de rétraction rythmique du cerveau qui sert de force motrice, mobilisant les membranes intracrâniennes et des os crâniens. Il est très précis dans sa terminologie et décrit le mouvement du cerveau comme une mobilité intrinsèque et le mouvement de la membrane intracrânienne et de l’os crânien comme une mobilité. Ce mouvement trouve son origine dans le cerveau et le cervelet mais implique également la mœlle épinière et les structures connexes. En fait, cette mobilité est continue à travers tout le corps et perpétuelle, tout au long de la vie. Tous les tissus vivants présentent une constante mobilité, le rythme le plus primaire étant celui du mécanisme respiratoire primaire.
Sutherland décrit un mouvement d’enroulement et de déroulement des convolutions ou circonvolutions du cerveau. Au temps d’expansion de ce mécanisme respiratoire primaire cyclique, il donne le nom d’inspiration ou de flexion et au temps de rétraction, le nom d’expiration ou de rotation interne. Pour Sutherland, les convolutions et fissures du cerveau sont prévues pour accommoder l’activité intrinsèque rythmique du cerveau, en s’enroulant et en se déroulant de manière spiralée. La forme spiralée des structures du cerveau permet à la mobilité de se produire d’une façon synchronisée, ajustée aux structures de la dure-mère et du crâne. Cette mobilité est particulièrement subtile et inclut également le tronc cérébral et la mœlle épinière. (7)
Le mécanisme respiratoire primaire est antérieur à la mobilité pulmonaire
Sutherland considère comme évident que le mécanisme respiratoire primaire implique un mouvement cyclique du cerveau et une fluctuation du liquide céphalo-rachidien qui sont premiers par rapport au mouvement du diaphragme et des poumons. Les deux, cependant, bougent souvent simultanément. Les deux mobilités peuvent même être décrites comme respiratoires (de différentes manières), cependant, la mobilité du cerveau est primaire, et celle des poumons, secondaire. Elles ne sont pas toujours synchronisées. Dans certaines techniques de traitement, Sutherland demande la collaboration respiratoire du patient.
Sutherland insiste sur la fluctuation du liquide céphalo-rachidien, synchrone de la mobilité du cerveau, comme un composant clé du mécanisme respiratoire primaire. Il reconnaît que le liquide bouge de manière pulsatile, affecte le cerveau, les membranes durales et les os crâniens et est affecté par eux. Il met davantage l’accent sur la fluctuation du liquide céphalo-rachidien au sein d’une cavité quasiment close que sur une circulation d’un point d’origine vers un point d’extrémité, comme dans un cycle de circulation. (8)
Mobilité des membranes intracrâniennes et intra-spinales
Sutherland décrit les membranes internes au crâne et à la colonne vertébrale comme mises en mouvement de manière réciproque, suivant la mobilité rythmique du cerveau et de la mœlle épinière. Il nomme cela membrane de tension réciproque. Il met davantage l’accent sur le repli interne de la dure-mère, particulièrement la faux du cerveau, la faux du cervelet et la tente du cervelet, aussi bien que des membranes durales intra-spinales. La dure-mère, plus particulièrement, maintient une tension dans le système, bouge réciproquement avec le cerveau, servant de ligament de contrôle, contrôlant et limitant la mobilité du cerveau, encourageant la fluctuation du liquide céphalo-rachidien et unissant le cerveau et les os crâniens. Attachée à l’occiput, elle descend ensuite jusqu’au sacrum, servant ainsi de tendon central entre le crâne et le bassin. (9)
Mobilité articulaire des os du crâne
Sutherland décrit tous les os crâniens comme animés d’un mouvement rythmique subtil, avec le mécanisme respiratoire primaire. Il décrit les deux phases du mécanisme en leur donnant le nom de flexion (aussi appelé inspiration) et d’extension (aussi appelé expiration). Généralement, la phase de flexion et d’expansion provoque une augmentation de la largeur du crâne, un rétrécissement antéropostérieur, avec une élévation de la jonction entre le sphénoïde et l’occiput. Pendant cette phase de flexion, les os pairs du crâne bougent en rotation externe. Pendant la phase d’extension ou expiration de ce cycle, c’est l’opposé qui se produit, le crâne se rétrécissant en largeur et s’allongeant sur son axe antéropostérieur, la jonction sphénoïde/occiput s’abaissant et les os crâniens pairs bougeant en rotation interne. (10)
Mobilité particulière des os pariétaux, du frontal et de l’occipital
Bien que Sutherland ait décrit en détail le mouvement de tous les os crâniens, nous ne considèrerons dans cet article que les trois os dont Swedenborg décrit la mobilité : le frontal, le pariétal et l’occipital. Au cours de la phase inspiratoire du mécanisme respiratoire primaire, Sutherland décrit les parties latérales de l’os frontal comme s’écartant bougeant vers l’avant, comme si le frontal était suspendu à la suture coronale qu’il partage avec les os pariétaux.
Également au cours de la phase d’inspiration, la partie latérale des pariétaux, articulés l’un sur l’autre à la suture sagittale, bouge vers le dehors. Au cours de l’inspiration également, la partie antérieure de la partie basilaire de l’occiput bouge vers le haut. Au cours de l’expiration, ou extension, les parties latérales du frontal se resserrent en arrière, les pariétaux se resserrent médialement et la partie basilaire de l’occiput bouge inférieurement. (11)
Mobilité involontaire du sacrum entre les iliaques
En plus des cinq composants du concept crânien, Sutherland développe le concept de « Souffle de Vie, » pour lequel il n’a pas donné de définition précise, mais auquel il se réfère fréquemment, particulièrement vers la fin de sa vie. Le Souffle de Vie devient particulièrement important dans l’interprétation de son concept crânien, notamment pendant les dix dernières années de sa vie.
Sutherland décrit le Souffle de Vie comme différent du souffle de l’air, plutôt comme quelque chose d’invisible résidant dans le liquide céphalo-rachidien et de primaire par rapport au souffle de l’air. Il est de nature fluide et manifeste un potentiel inhérent possédant une Intelligence, « avec un grand I ». Le potentiel inhérent et l’Intelligence du Souffle de Vie se manifestent de manière primaire dans la fluctuation du liquide céphalo-rachidien. Il possède une tendance à la fonction normale du corps qui, en ostéopathie crânienne, peut être utilisée à des fins thérapeutiques. Ses origines sont inconnues, mais le fait qu’il soit présent est suffisant. Ce Souffle de Vie sert d’étincelle, de mise à feu au moteur du cerveau humain. Il n’est pas matériel. On ne peut le voir. Sutherland décrit ce Souffle de Vie comme un « liquide dans un liquide » et comme un « fluide au sein d’un fluide, » comme un potentiel intelligent contenu dans le liquide céphalo-rachidien mais qui ne se mélange pas avec lui. Il visualise ce « fluide au sein d’un fluide » comme l’élément le plus élevé connu qui nourrit les cellules nerveuses et voyage le long des fibres nerveuses par transmutation. (12)
1. Sutherland, Contributions of thought, 146, 214, 228 ; Sutherland, With thinking fingers (traduit en français sous le titre Avec les doigts qui pensent, publié chez Satas), 5, 18.
2. Sutherland, Contributions of thought, 41, 46, 51, 74, 142, 147 ; Sutherland, With thinking fingers, 76, 77.
3. Sutherland, Cranial Bowl, 4. Je n’ai pas retrouvé cette allusion à Swedenborg dans l’édition américaine que je possède de Cranial Bowl (réédition de 1986), ni dans la traduction française d’Henri Louwette parue en 2002 chez Sully (Ndt).
4. Sutherland, Contributions of thought, 163.
5. PhD, Docteur en philosophie (Ndt).
6. Sutherland, Contributions of thought.
7. Sutherland, Contributions of thought, 74-75, 97-98, 119, 129, 161 ; Sutherland, Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 176 ; Magoun, Ostéopathie dans le champ crânien (Ed. 1950), 44,46.
8. Sutherland, Contributions of thought, 201, 273, 336, 348 ; Sutherland, Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 19.
9. Sutherland, Contributions of thought, 74, 97-98, 143, 149 ; Sutherland, Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 42 ; Magoun, Ostéopathie dans le champ crânien (Ed. 1950), 47.
10. Sutherland, Contributions of thought, 152,156.
11. Ibid., 152, 193 ; Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 73.
12. Sutherland, Contributions of thought, 147, 191, 201, 204, 216, 219 ; Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 14, 31, 63, 147, 166, 169, 176.
Similitudes entre les paradigmes de Swedenborg et de Sutherland
Mobilité intrinsèque du cerveau
Swedenborg et Sutherland décrivent tous deux un cycle d’expansion et de rétraction subtiles du cerveau. Tous deux décrivent une mobilité de type spiralée des différentes circonvolutions du cerveau.
Mobilité du cerveau primaire par rapport à la mobilité respiratoire pulmonaire
Swedenborg et Sutherland voient tous les deux la mobilité inhérente du cerveau et des structures dépendantes comme primaire par rapport à la mobilité respiratoire, même si toutes les deux sont souvent synchrones.
Tension réciproque des membranes
Swedenborg et Sutherland partagent une vue similaire des membranes durales bougeant réciproquement en réponse à la mobilité du cerveau et transmettant cette mobilité aux os crâniens.
Mouvement des os crâniens
Swedenborg et Sutherland semblent partager le concept des os crâniens bougeant de manière rythmique, en suivant la mobilité du cerveau et de la dure-mère, en fonction des sutures crâniennes. Les deux hommes décrivent des changements similaires dans le forme de la tête, accompagnant le mouvement alternatif du cerveau, de la dure-mère, des os crâniens avec élargissement latéral et raccourcissement antéropostérieur associé à la phase d’expansion/inspiration et l’opposé dans la phase de rétraction/expiration.
Similitudes entre le souffle de vie de Sutherland et le fluide éthéré de Swedenborg
Bien que le Souffle de Vie de Sutherland ne paraisse pas identique au concept de fluide éthéré de Swedenborg, il existe entre les deux d’intéressantes similitudes. Tous deux répondent à un modèle fluidique, mais contenant quelque chose de plus que de simples liquides physiques. Tous deux contiennent une force motrice qui aide à conduire le système crânien. Tous deux donnent une qualité particulière au liquide céphalo-rachidien, sans pour autant se mélanger à lui. Tous deux partagent une origine plus élevée que le seul liquide céphalo-rachidien et même que le reste du corps. Tous deux sont indétectables par les sens. Tous deux nourrissent les nerfs et finalement, le reste du corps. Tous deux jouent un rôle essentiel dans le système crânien et à travers tout le corps, rôle qui n’est pas facile à comprendre.
Différence entre les paradigmes de Swedenborg et de Sutherland
Circulation du liquide céphalo-rachidien opposée à fluctuation
Swedenborg décrit un « cercle de vie » qui comprend la circulation du fluide éthéré qui serait produit dans le cortex cérébral, et qui se propagerait dans le liquide céphalo-rachidien pour le vivifier, pour finalement passer dans le flot sanguin, pour revenir au cortex cérébral où il pourrait être extrait et remis en circulation. Il voit le cerveau comme une pompe liquidienne similaire à celle du cœur avec ses propres mouvements systoliques et diastoliques.
Sutherland voit dans le liquide céphalo-rachidien un principe potentiel particulier s’écoulant du cerveau vers la périphérie du système nerveux et le corps sous forme de fluctuation ; il n’indique cependant pas de circulation de retour. À propos du liquide céphalo-rachidien, il parle de fluctuation au sein d’une cavité presque close plutôt que de circulation du liquide céphalo-rachidien.
Mobilité involontaire du sacrum entre les os iliaques
Sutherland décrit un mouvement involontaire du sacrum correspondant à la mobilité sphénobasilaire du mécanisme respiratoire primaire. Swedenborg mentionne que la mobilité du cerveau est transmise au reste du corps, mais il ne fait pas mention d’une mobilité spécifique du sacrum. La description que donne Sutherland du mouvement sacré ne se retrouve pas dans les écrits de Swedenborg.
Swedenborg a travaillé d’arrache-pied pendant des années afin de mieux comprendre le corps humain et la manière dont sa structure et sa fonction sont mutuellement reliées, ce qui s’exprime dans l’usage. Il a beaucoup écrit dans le but de faire partager sa vision des choses et ses découvertes à ses semblables, mais il n’a développé aucune application spécifique thérapeutique de son œuvre.
Sutherland s’est également consacré à développer une compréhension du même ordre de la structure et de la fonction humaines. Mais il a appliqué cette compréhension dans le contexte de la tradition philosophique ostéopathique d’Andrew Taylor Still et a ainsi développé un système sophistiqué et efficace de diagnostic et de traitement manipulatif ostéopathique, fondé sur le concept crânien et destiné à l’ensemble du corps.
Swedenborg, le premier, décrit quatre des cinq composants du MRP
Comme nous venons de le décrire, le concept crânien de Sutherland possède cinq éléments fondamentaux.
3. Mobilité des membranes intracrâniennes et intra-spinales
Nous ne pouvons manquer de remarquer que Swedenborg a exprimé des idées similaires concernant les quatre premiers éléments du concept crânien de Sutherland. Comme Sutherland, il décrit la mobilité cérébrale et spinale, souvent synchrone de la mobilité respiratoire. Swedenborg décrit une pulsation synchrone du liquide céphalo-rachidien contenant un principe plus élevé lui donnant plus de signification et de capacité qu’un simple liquide, qui ressemble beaucoup à la description que fait Sutherland de la fluctuation du liquide céphalo-rachidien et de son potentiel inhérent, de son Intelligence, et du Souffle de Vie. Les descriptions que font Swedenborg et Sutherland de la membrane de tension réciproque sont très similaires. Tous deux décrivent une mobilité des os crâniens, répondant à la mobilité du cerveau. La description que donne Sutherland du mouvement des os crâniens est plus précise et plus sophistiquée que celle proposée par Swedenborg ; cependant, elles sont très similaires dans leur principe.
Par contraste, les descriptions de la mobilité du cerveau que donne Swedenborg sont nettement plus détaillées que celles de Sutherland, mais elles sont bien en harmonie avec le concept crânien de Sutherland.
Les quatre premiers composants du concept crânien de Sutherland sont similaires et en harmonie avec les descriptions qu’en a donné Swedenborg dans ses écrits deux cents ans plus tôt.
Liens historiques entre Sutherland et Swedenborg
Révérend Alfred Acton, Ph.D.
Le révérend Alfred Acton, Ph.D. était ministre de la Nouvelle Église (1) de l’époque de Sutherland. La Nouvelle Église est également connue sous le nom de Nouvelle Église Chrétienne ou Église Générale de la Nouvelle Jérusalem. La Nouvelle Église est fondée à partir des œuvres théologiques et des explications de Swedenborg sur la chrétienté. Acton a été un familier des ouvrages scientifiques et théologiques de Swedenborg. Élevé à la dignité d’évêque en 1936, il a également été le doyen de l'École Théologique de l’Académie des quartiers généraux de la Nouvelle Église à Bryn Athyn, en Pennsylvanie. Sur le plan mondial, Acton compte également parmi les plus au fait des travaux scientifiques de Swedenborg, particulièrement ceux traitant du cerveau. Il a passé en revue les ouvrages scientifiques de Swedenborg et traduit De Cerebro du latin vers l’anglais. C’est la première (et seule fois) que cet ouvrage a été traduit en anglais. Il a été publié par l’Association Scientifique Swedenborg en 1938. (2)
Acton est largement reconnu comme un maître concernant la compréhension, la traduction et l’enseignement des ouvrages scientifiques de Swedenborg. À l’affut d’applications et de vérifications modernes sur les idées scientifiques de Swedenborg, particulièrement sur le cerveau, il a activement recherché l’opinion des scientifiques et des médecins de son époque sur les idées de Swedenborg. Il a ainsi correspondu avec des professeurs des écoles de médecine de Harvard, de l’université Yale, de l’université médicale de Boston, de Cambridge en Angleterre, et de beaucoup d’autres. Les échanges de courriers avec ces facultés s’échelonnent de 1931 à 1957. Il a également correspondu avec au moins un médecin ostéopathe, Isabelle Biddle, DO, pratiquant et enseignant l’ostéopathie crânienne. Cette correspondance s’est tenue entre 1951 et 1956. Tout au long de sa vie, jusqu’à sa mort en 1956, Acton a œuvré à la recherche de validation et d’applications pour les travaux scientifiques de Swedenborg. (3)
Il s’est également trouvé en contact avec le groupe d’étude des Lippincott à Moorestown, dans le New Jersey. Ce fait est référencé non seulement par Acton, mais également par Sutherland. Acton en fait mention dans des notes autobiographiques écrites en novembre en 1944. Dans ces notes, il écrit :
1938-SSA (Swedenborg Scientific Association) vient de publier ma traduction de De Cerebro, 3 volumes.
Cette publication m’a valu d’être invité à m’adresser à un groupe de médecins ostéopathes dans le New jersey, ce que j’ai fait. (4)
Il a visité ce groupe d’ostéopathes du New Jersey sans doute entre 1938 et novembre 1944. Cette visite est probablement la même que celle mentionnée par Sutherland, dont nous parlerons dans la partie consacrée aux Lippincott.
Biddle, Acton et Sutherland
Sutherland et Acton se sont connus et ont échangé et comparé des idées. Les détails n’en ont pas été enregistrés, de sorte que l’on sait peu de choses sur leurs échanges. Chacun de ces spécialistes s’est trouvé très engagé dans des études sur le cerveau. Leur rencontre est référencée par un médecin ostéopathe, également praticien et enseignant en ostéopathie crânienne, Isabelle Biddle, DO, de Californie. Elle a écrit à Acton, lui faisant part de ses commentaires sur les similitudes existant entre les idées de Swedenborg et celles de Sutherland. Elle mentionne qu’Acton et Sutherland se sont rencontrés pour discuter d’ostéopathie crânienne et des idées de Swedenborg sur le cerveau. Biddle a étudié De Cerebro et The Brain de Swedenborg, cherchant à appliquer les idées de Swedenborg à l’ostéopathie crânienne. Biddle écrit à Acton :
Merci pour l’envoi du magazine New Philosophy avec l’article du Dr Bancroft. Je l’ai trouvé particulièrement intéressant et je me propose de lui écrire. J’ai commencé l’étude des ouvrages scientifiques et philosophiques de Swedenborg et je me trouve particulièrement intéressée par The Brain. J’ai votre édition, ainsi que celle de Tafel.
J’ai étudié l’ostéopathie crânienne et compris que vous avez discuté avec le Dr Sutherland à propos de sa relation à la théorie de Swedenborg ; il semble y avoir des différences. Cependant, je crois qu’elles sont vraiment très similaires et c’est là-dessus que je travaille en ce moment. Les résultats dans les traitements semblent indiquer que la théorie de Swedenborg est correcte. (5)
L’article auquel Biddle fait référence s’intitule Mobilité du cerveau et électroencéphalographie [titre original : “The Motion of the Brain and Electroencephalography”]. Il a été écrit par Edith Bancroft, MD, et publié dans The New Philosophy (la revue de l’association scientifique Swedenborg) en 1951. Cet article examine les concepts de mobilité et d’animation du cerveau envisagés par Swedenborg et le compare aux récentes trouvailles de l’électroencéphalographie. (6)
On n’en sait pas plus sur Isabelle Biddle. Les archives de la Cranial Academy à Indianapolis possèdent bien la transcription d’une présentation donnée par le Dr Biddle au collège ostéopathique de médecine et de chirurgie de Los Angeles, en Californie, le 8 février 1951, intitulé Application et utilisation de la technique crânienne [titre original : The Application and Uses of Cranial Technique]. Mais cette transcription ne mentionne pas Swedenborg. Elle démontre en tout cas que Biddle donnait des présentations approfondies d’ostéopathie crânienne au début des années 50. Il est intéressant de noter que les Sutherland ont déménagé en Californie en 1951 et y ont vécu jusqu’au décès de Sutherland en 1954. (7)
Acton et les Lippincott
Sutherland fait référence à Acton dans un enregistrement spécial de 1953, repris dans Contributions of Tought, collected writtings of William Garner Sutherland, D. O. Cette référence est faite alors que Sutherland commente les premiers enseignements et groupes d’étude.
Il y avait également un groupe d’étude chez les Lippincott, à Moorestown, dans le New Jersey qui a été visité par le Dr Alfred Acton, le traducteur des textes anatomiques d’Emmanuel Swedenborg. (8)
Acton a rendu visite au groupe d’étude des Lippincott au moins une fois et a activement exploré les relations avec les praticiens ostéopathes étudiant l’ostéopathie crânienne. Par l’intermédiaire de ce groupe d’étude, il a certainement rencontré Howard et Rebecca Lippincott et sans doute d’autres praticiens ostéopathes. Il est intéressant de noter qu’Acton a vécu, étudié, enseigné et pratiqué son ministère à Bryn Athyn, un faubourg situé au nord ouest de Philadelphie, le groupe d’étude des Lippincott se réunissant dans l’état limitrophe du New Jersey, à Moorestown.
Howard et Rebecca Lippincott
Howard A. Lippincott, DO, et Rebecca Conrow Lippincott, DO, mari et femme sont deux médecins ostéopathes, étudiants et supporters enthousiastes de Sutherland. Ils ont rencontré Sutherland en 1942 et se sont immédiatement immergés dans l’univers de l’ostéopathie crânienne. En novembre 1943, ils mettent sur pied le premier groupe d’étude crânienne, se réunissant dans la maison des Lippincott à Moorestown, dans le New Jersey. Il sera très actif, les réunions auront lieu régulièrement pendant plusieurs années, avec un programme bien structuré et des sessions de pratique. Des notes résumant les programmes des réunions de 1947 à 1964 sont conservées dans les archives de la Cranial Academy. À ces réunions régulières se retrouvaient habituellement une vingtaine de médecins ostéopathes. Le groupe d’étude crânienne de Moorestown a été un centre d’intérêt régional et national de l’ostéopathie crânienne, attirant des praticiens ostéopathes d’un vaste périmètre. En joignant le groupe d’étude des Lippincott, Acton est entré en interaction avec les leaders et futurs leaders de l’ostéopathie, et plus particulièrement, de l’ostéopathie crânienne. (9)
Comme le groupe d’étude crânienne des Lippincott à Moorestown n’a commencé qu’à partir de novembre 1943 et que la référence donnée par Acton date de novembre 1944, la visite au groupement d’étude crânienne (vraisemblablement celle que mentionne Sutherland dans ses souvenirs de 1953), doit se situer quelque part au cours des douze mois d’existence du groupe, entre novembre 1943 et novembre 1944.
Au cours de la période 1940-1950, les praticiens actifs dans la communauté ostéopathique crânienne, y compris William Garner Sutherland, semblent s’être particulièrement intéressés à Swedenborg. Bien que n’appartenant pas à la profession, Alfred Acton a été l’un des personnages clés quant à la diffusion des idées de Swedenborg, indirectement grâce à la traduction des ouvrages scientifiques de Swedenborg et directement par les contacts avec les leaders et les praticiens de l’ostéopathie crânienne.
Il est probable que Sutherland a eu connaissance des ouvrages de Swedenborg concernant le cerveau au cours de ses premières études datant des années 1920, alors qu’il commençait à développer le concept crânien. Il est également probable qu’il a continué d’étudier les ouvrages de Swedenborg tout au long de sa vie, alors qu’il développait ses idées, ce qui comprend des concepts tels que le Souffle de Vie.
1. The New Church est le nom d'un mouvement religieux, défini dans les écrits d’Emanuel Swedenborg (1688-1772). Dans ces écrits, il est prédit que Dieu établirait une Nouvelle Église, succédant à la première Église du christianisme traditionnel. Ici, le mot « Église » désigne l'état de réception de Dieu par l'humanité. Dieu a toujours eu une relation avec le genre humain qui s'est manifestée par une série d'états spirituels. La croyance est que la Nouvelle Église, l'état final, correspond à un renouveau de la chrétienté, fondé sur la seconde venue du Messie. La seconde venue du Messie est envisagée comme se faisant en Esprit, comme révélé au plus profond de la bible. L'avènement de l’état spirituel final de l'humanité sera lorsque le Messie sera entièrement reçu ou marié à l'Église.
2. Swedenborg, De Cerebro et Acton, Notes biographiques.
3. Acton, Letters.
4. Acton, Notes biographiques, 12.
5. Biddle, Letter.
6. Bancroft, Mobilité du cerveau, 169-179.
7. Biddle, Cranial Technique.
8. Sutherland, Contributions of Thought, 311.
9. Sutherland, Avec les doigts qui pensent, 91-92 ; Lippincott Study Group files, 1947-1964 ; Still-Sutherland Study Group, Tributes to Anne L. Wales, 7.
Sutherland a construit sur les fondements établis par Swedenborg
L’influence de Swedenborg sur Sutherland est significative. Ce n’est pas un accident si quatre des cinq éléments fondamentaux du concept crânien de Sutherland sont présentés dans les textes de Swedenborg, rédigés deux cent ans plus tôt.
Swedenborg a été l’un des plus brillants étudiants de la forme et de la fonction humaines. Dès le XVIIIe siècle, il a décrit l’anatomie fonctionnelle et la mobilité du cerveau dans un incomparable paradigme. Il a décrit l’animation rythmique du cerveau comme un mécanisme dédié à l’interaction âme-corps, unifiant toutes les autres fonctions de la vie organique. Il a décrit le mouvement du cerveau, la tension durale réciproque, le mouvement osseux crânien et les qualités du fluide éthéré pulsatile animant le liquide céphalo-rachidien qui, en retour, anime tout le corps. Son œuvre anatomique brillante lui a servi de tremplin pour dépasser la science anatomique afin d’explorer une théologie organique qui demeure aujourd’hui influente et signifiante.
Sutherland a reçu son intuition novatrice du mécanisme crânien en 1898. Il a poursuivi son idée, à la recherche d’autres aperçus. À un certain moment, il a croisé les écrits anatomiques de Swedenborg et a trouvé les idées de celui-ci en cohérence avec sa propre vision et la manière dont il envisageait la perspective ostéopathique de la structure et de la fonction. Il apparaît que Sutherland a intégré d’importantes parties du paradigme anatomique de Swedenborg sur l’interaction rythmique cerveau-corps pour développer l’ostéopathie crânienne.
Sutherland s’est appuyé sur les fondements de Swedenborg, incorporant son paradigme sur le cerveau dans une approche thérapeutique ostéopathique, devenue l’ostéopathie dans le champ crânien, un système sophistiqué de diagnostic et de traitement qui aujourd’hui encore, bénéficie à de nombreux patients.
En comprenant mieux les idées de Swedenborg, nous pouvons mieux comprendre les racines de l’ostéopathie, y compris la puissante influence qu’a eu Swedenborg sur Sutherland dans le développement du concept crânien.
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Lecture conseillée en français sur Swedenborg
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References: § 104
 § 1202
 § 156
 § 1
 § 32
 § 80
 § 59
 § 51
 § 53
 § 41
 § 213
 § 196
 § 9
 § 198
 § 350
 § 577
 § 58
 § 214
 § 518
 § 214
 § 715
 § 715
 § 75