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Timestamp: 2017-06-24 19:04:25+00:00

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Il faut avoir l’amour du raisonnement Socrate : Commençons par nous mettre en garde contre un accident dont il nous faut éviter d’être les victimes… Phédon : Quel accident ? – Socrate :C’est de devenir des « misologues » comme il arrive à certains d’être des misanthropes ; attendu, qu’il n’est pire mal que celui là dont on puisse être victime, pire mal que d’avoir pris en haine le raisonnement. Or c’est de la même tournure d’esprit que procèdent « misologie » et misanthropie. (Phédon §89)
Prépondérance de la parole sur l'écrit
Socrate : ce qu’il y a même en effet sans doute de terrible dans l ‘écriture, c’est , Phèdre, sa ressemblance avec la peinture : les productions de celle ci ne se présentent elles pas comme des êtres vivants, mais ne se taisent elles pas majestueusement quand on les interroge? Il en est de même aussi pour les discours écrits : on croirait que ce qu’ils disent ils y pensent ; mais si on les interroge sur tel point de ce qu’ils disent, avec l’intention de s’instruire, c’est toujours pareil qu’ils répondent, toujours la même chose ! D’autre part, une fois écrit, chaque discours s’en va dans tous les azimuts aussi bien vers les gens qui s’y connaissent que vers ceux auxquels il ne convient pas du tout ; il ne sait pas à quelles gens il doit s’adresser ou non. Et quand il est critiqué ou injustement vilipendé, il a toujours besoin de son père, car il est incapable tout seul, et de se défendre et de se porter secours à lui même. ((Phèdre §275) Le mythe de Theuth sur l’invention de l’écriture
Socrate : ce qu’on m’a donc conté c’est que dans la région de Naucratis, en Egypte, a vécu un des antiques Dieux de ce pays là, celui dont l’emblème consacré est l’oiseau qu’ils nomment Ibis, et son nom est Theuth ; c’est lui me disait on qui inventa le premier les nombres et le calcul, la géométrie et l’astronomie, sans parler du trictrac et des dés, et enfin précisément les lettres de l’écriture. Or il se trouve qu’en ce temps là l’Egypte entière avait pour roi Thamous , pour eux le Dieu Ammon, qui résidait dans la région de cette grande ville du haut pays que les grecs appellent Thèbes d’Egypte. Theuth s’étant rendu près du roi, lui présenta ses inventions, en lui disant que tous les égyptiens allaient en bénéficier. Alors le roi l’interrogea sur l’utilité que chacune pourrait bien avoir, et, selon que les explications lui paraissaient satisfaisantes ou non, il blâmait ceci ou louait cela. Nombreuses furent assurément à ce qu’on rapporte, les observations que fit Thamous à Theuth, dans l’un et l’autre sens, au sujet de chaque art et dont une relation détaillée serait bien longue. Mais quand on en fut aux lettres de l’écriture « Voilà dit Theuth la connaissance, Oh roi, qui procurera aux Egyptiens davantage de science et de souvenir ; car le défaut de mémoire et le manque de science ont dorénavant trouvé leur remède ! » A quoi le roi répondit « Oh, Theuth, découvreur d’arts sans rival, c’est une chose de mettre au jour les procédés d’un art, et c’est une autre chose de réaliser l’utilité et le lot de dommage qu’ils vont entraîner pour les hommes appelés à s’en servir. Toi, maintenant ,en ta qualité de père des lettres et de l’écriture tu accordes à ton enfant un pouvoir opposé à celui qu’il possède. Car cette invention, en dispensant les hommes d’exercer leur mémoire, produira l’oubli dans l’âme de ceux qui en auront acquis la connaissance ; confiants dans l’écriture, ils chercheront à l’extérieur, grâce à des caractères étrangers, et non plus en eux et grâce à eux mêmes, le moyen de se souvenir ; en conséquence ce n’est pas pour la mémoire, c’est plutôt pour la procédure du ressouvenir que tu as trouvé un remède. Quant à la science, c’est son illusion et non la réalité que tu procureras à tes élèves ; lorsque en effet grâce à toi ils auront réussi sans apprentissage à se pourvoir d’une connaissance abondante, ils se croiront compétents en une quantité de choses, alors qu’ils seront dans la plupart incompétents ; en outre ils deviendront de fréquentation insupportable parce que, au lieu d’être vraiment savants, c’est seulement savants en apparence qu’ils seront devenus. (Phèdre § 274)
On ne découvre pas mais on se ressouvient
Ménon : Qu’entends tu par cette assertion que nous n’apprenons pas et que ce que nous appelons apprendre, c’est se ressouvenir ? Peux tu m’enseigner comment cela se fait qu’il en soit ainsi ?- Socrate : Menon je te disais que tu es un mauvais drôle : voilà qu’à présent tu me demandes si je suis à même de donner un enseignement, moi qui dis qu’il n’y a pas d’enseignement, mais un ressouvenir (Ménon §82) Exemple Socrate : Dis moi donc mon garçon, n’avons nous pas là l’espace de quatre pieds ? Tu te rends compte ?
Le serviteur : Mais oui Socrate : Or ne pourrions nous lui en adjoindre un second, celui ci qui lui est égal ?
Le serviteur : Oui
Socrate : Puis un troisième celui ci égal à chacun des deux autres ? Le serviteur : oui
Socrate : Mais ne devrions nous pas en outre combler l’espace ici dans le coin ? Le serviteur : eh, absolument !
Socrate : or est ce que quatre espaces égaux ne seraient pas ainsi constitués , que voici ? Le serviteur ;oui Socrate : Et l’espace ainsi déterminé combien de fois est il plus grand que le premier ? Le serviteur : Il est quatre fois plus grand
Socrate : Or c’est un espace double que nous avons à réaliser, t’en souviens tu ?
Le serviteur : eh absolument
Socrate : mais n’y a t il pas la cette ligne qui , d’un coin à l’autre coin coupe en deux chacun de ces espaces ?
Le serviteur oui
Socrate : Ne voilà t il donc pas quatre lignes égales entourant l’espace que voici ? Le serviteur : Les voilà
Socrate : Observe maintenant : quelle est la grandeur de cet espace ? Le serviteur : je ne me rends pas compte ! Socrate Etant donnés ces quatre espaces est ce que chacune des lignes n’a pas retranché une moitié à l’intérieur de chacun d’eux ? Le serviteur : oui
Socrate : Or l’espace entouré combien contient t il de telles moitiés ? Le serviteur : Quatre
Socrate : Et combien l’espace que voici ? Le serviteur : Deux
Socrate : Or qu’est ce que quatre par rapport à deux ? Le serviteur : C’est le double
Socrate : Alors de combien de pieds est cet espace ci ? Le serviteur : il est de huit pieds
Socrate : En partant de quelle ligne se construit il ? Le serviteur : En partant de celle ci
Socrate : N’est ce pas à partir de celle qui va d’un coin du carré à l’autre ?
Socrate : Cette ligne les savants l’appellent « diagonale ». Par conséquent, si son nom est diagonale, alors, serviteur de Ménon, ce serait en partant de la diagonale que se construit l'espace double. Le serviteur: eh oui, absolument. (Ménon § 84)
:Le mythe de la caverne
Socrate à Glaucon : Pour la condition de notre propre naturel sous le rapport de la culture ou de l’inculture, figures toi une situation telle que celle ci : Représente toi des hommes qui vivent dans une sorte de demeure souterraine en forme de caverne…. (La République II514)
La vraie beauté n’est que mathématique
Socrate : …par « beauté des formes » je n’entreprends pas d’alléguer cette beauté qu’allègueraient précisément la plupart des gens, celle des êtres animés ou des peintures qui les représentent. Mais je veux parler de quelque chose de droit , c’est le cas de le dire, et de circulaire, et aussi , à supposer que tu me comprennes ,de tout ce qui, plan ou solide, justement en partant de ces figures est aussi bien fait au tour qu’au moyen de la règle et de l’équerre. Car ce ne sont pas là, je le dis, des beautés relatives, ainsi que le sont les autres beautés ; mais il est dans la nature de ces choses d’être, par elles mêmes, belles toujours et de comporter des plaisirs qui leur sont propres. (Philèbe § 51) Nul n’est méchant volontairement
Socrate : Je suis en effet , pour mon compte, bien près de croire qu’il n’y a pas un seul sage à juger qu’il y ait un seul homme qui commette des fautes de son plein gré, et qui, de son plein gré, réalise des actes laids et mauvais. Tout au contraire les sages savent parfaitement que tous ceux qui font des choses laides et mauvaises, les font malgré eux.(Protagoras § 346) A peu près tous les défauts que l’on appelle intempérance dans les plaisirs et dont on fait reproche, comme s’ils venaient de leur gré aux méchants, sont autant de reproches injustifiés; méchant, nul ne l’est en effet de son gré, mais c’est par quelque vice de constitution corporelle, ou par la maladresse de ceux qui l’ont élevé, que le méchant devient méchant ; or à tout homme ce sont là des accidents inopinés et qui ne lui arrivent que contre son gré. (Timée 86) L’égalité peut être de forme ou de fond.
…entre des esclaves et des maîtres, l’amitié ne peut jamais s’établir, et pas davantage la voix publique ne doit honorer de la même façon des hommes sans valeur et des gens de bien, car, à moins que l’on n’atteigne la juste mesure, l’égalité entre conditions inégales se changera en inégalité ; et, de fait, en vertu de ces deux causes réunies, les organisations politiques s’emplissent de dissensions. Il est de bon ton et tout à fait juste le vieil adage qui dit que l’amitié est un effet de l’égalité ; seulement comme on n’est pas très bien fixé sur la sorte d’égalité qui est capable précisément de produire cet effet, l’adage en question est pour nous une très troublante source de profonde incertitude. Il y a en effet deux espèces d’égalité, portant toutes deux le même nom, mais qui en fait sont à de nombreux égards presque opposées : - l’une peut être employée par n’importe quel état suffisamment organisé et par n’importe quel législateur pour la promotion aux dignités, à savoir en les distribuant par le tirage au sort et en jugeant que l’égalité résulte de la mesure, ou du poids ou du nombre. Quant à l’égalité la plus vraie et la meilleure, celle là, ce n’est plus n’importe qui qui peut la comprendre ! Il y faut en effet le discernement de Zeus ; mais celui des hommes est bien faible, et pourtant, pour les états et pour les particuliers, chaque fois qu’ils auront ce discernement en quantité suffisante ce sera toujours une source de biens : - celui qui vaut davantage doit avoir plus, celui qui vaut moins doit avoir moins, en proportion exacte pour chacun d’eux de ce que vaut sa nature ; accordant aussi, comme de juste, de plus grands honneurs à ceux dont le mérite est le plus grand, et de moins grands honneurs à ceux qui se révèleront inférieurs en mérite et en éducation ; bref attribuant aux uns comme aux autres proportionnellement la part qui convient (Les Lois VI 757)
Commettre l’injustice est pire que de la subir
Polos : N’est ce pas, je pense, celui qui périt injustement qui, à la fois, est malheureux et mérite la pitié ? – Socrate : il l’est moins Polos que celui qui le fait périr, moins même que celui qui périt justement ! – Polos : par exemple ! Et comment ? – Socrate : En ce sens ci que le plus grand des maux est de commettre l’injustice - Polos : Est ce effectivement le plus grand ? Etre victime de l’injustice, n’est ce pas un mal plus grand ? – Socrate : Point du tout ! – Polos : Alors toi tu aimerais mieux être victime de l’injustice, plutôt que de commettre l’injustice ? – Socrate : Pour ma part je n’aimerais mieux ni l’un ni l’autre. Mais si, forcément, il devait y avoir ou injustice commise, ou injustice subie, je choisirais de la subir plutôt que de la commettre. (Gorgias §469) On est moins malheureux quand on expie sa peine
Socrate : Or, Polos,, d’après mon opinion à moi, celui qui commet l’injustice et est injuste, si de toutes façons il est malheureux, est cependant plus malheureux encore dans le cas où il ne paye pas la peine de ses injustices et n’en reçoit point le châtiment, mais moins malheureux dans le cas où il en paye la peine et doit aux Dieux, comme aux hommes, d’avoir reçu cette peine. (Gorgias § 472)
On rend son ennemi malheureux en le privant de châtiment Socrate : supposons qu’on ait à faire du mal à quelqu’un, qu’il s’agisse d’un ennemi ou de n’importe qui d’autre, il faut par tous les moyens s’arranger, dans ses actes et dans ses paroles, à faire qu’il ne paie pas la peine de son injustice et qu’il n’aille pas trouver le juge ; et, s’il y est allé, il faut tout mettre en œuvre pour que cet homme, qui est notre ennemi, échappe à la peine et ne paie pas sa dette, mais plutôt que, s’il a abondamment pillé de l’argent, il ne restitue pas cet argent, qu’il le dépense au contraire d’une manière injuste et impie, tant pour lui même que pour les siens ; si enfin c’est la mort que, cette fois, ses injustices ont méritée, il faut encore tout mettre en œuvre pour qu’il ne meure pas, pour que, bien plus, cela n’arrive même jamais, mais que lui qui est méchant devienne immortel ; et sinon pour qu’il vive le plus longtemps possible dans la condition où il est. (Gorgias § 480)
L'objet en soi: trois est impair mais il n'est pas tout l'impair
Socrate…j’en donne pour exemple le nombre trois, sans parler de beaucoup d’autres. Or examine la question pour trois : est ce qu’à ton avis il n’est pas toujours désigné, et par son nom à lui et par celui d’impair, quoique l’impair ne soit pas ce que trois est précisément ? Il n’en reste pas moins que telle est , peut on dire, la nature et de trois et de cinq et de la moitié toute entière de la série des nombres, que toujours chacun d’eux, quoique n’étant pas ce qu’est précisément l’impair, est cependant impair. Inversement, 2,4, et toute entière encore l’autre série de nombres, quoique n’étant pas ce qu’est précisément le pair, sont toujours cependant, chacun un nombre pair. (Phédon §104)
La hierarchie des différents biens
l’Athénien :…il y a deux sortes de bien : les uns sont des biens humains les autres des biens divins. Les premiers dépendent de ceux qui sont divins, et, si un état a reçu en partage ceux qui sont les plus grands, il possède aussi ceux qui sont moindres ; tandis que, s’il n’en est pas ainsi, il est privé à la fois des uns et des autres. Pour ce qui est des moindres biens, c’est la santé qui ouvre la marche ; en second lieu vient la beauté ; au troisième rang c’est la vigueur, appliquée à la course aussi bien qu’à tous les autres mouvements qui s’opèrent au moyen du corps ; au quatrième enfin la richesse, non point aveugle mais plutôt au regard perçant, pourvu qu’entre elle et la pensée réfléchie il y ait concomitance . Le premier maintenant des biens divins, celui qui vient en tête, c’est la pensée ; à la seconde place c’est la sagesse mesurée que la réflexion accompagne ; de ces deux premiers biens combinés avec le courage, naîtrait le troisième dans l’ordre : la justice ; le quatrième bien c’est le courage. (Les lois I §631)
Les trois besoins de l’homme
Je constate que chez les hommes tout dépend de trois sortes de besoins et désirs, dont ils tirent des bienfaits quand ils les conduisent bien, et inversement quand ils les ont menés de travers. Or ces besoins et désirs fondamentaux sont, dés la naissance, le manger puis le boire : instincts innés dans leur ensemble chez tout animal et qui pareils à des taons et sans vouloir rien entendre ne cessent de piquer celui qui ne peut rien faire d’autre que de satisfaire à ces besoins et ces désirs. Mais il y a en nous un troisième besoin, particulièrement impérieux, une troisième appétition qui, si elle se lance à la charge la dernière de toutes avec une incomparable vivacité, rend malgré tout l’homme enflammé de passion : c’est celle qui , embrasée d’une violence sans mesure, se rapporte à la procréation de l’espèce. (Les lois VI § 782)
L’art oratoire n’est que flatteries
Socrate :…C’est sur le même terrain et par rapport aux mêmes objets que sophistes et orateurs s’entremêlent ; on est incapable de savoir à qui on va avoir affaire ; ils ne le savent pas eux mêmes à l’égard d’eux mêmes, ni le reste du monde à leur égard. C’est que, si l’âme ne commandait pas au corps, mais que ce fut le corps qui se commande lui même, que si l’âme n’avait pas une vue d’ensemble de l’art culinaire et de l’art médical en les distinguant bien, et si c’était au contraire le corps qui doive les départager en se fondant sur le seul plaisir qu’ils lui apportent, alors, mon cher Polos, ce serait en plein le thème d’Anaxagore : ce serait la confusion complète dans un mélange de ce qui relève de l’art culinaire et de ce qui relève de l’art médical ! Voilà donc comment je vois l’art oratoire : il est pour l’âme comme l’art culinaire et pour le corps comme l’art médical. (Gorgias §465) Le mythe d’Aristophane sur l’existence des homosexuels
Aristophane :Tous ceux d’entre les hommes qui sont une coupe de cet être mixte qu’alors justement on appelait androgyne, sont amoureux des femmes, et c’est de ce genre que sont issus pour la plupart les hommes qui trompent leur femme ; de même à leur tour toutes les femmes qui aiment les hommes, et de ce genre proviennent les femmes qui trompent leur mari ! D’autre part, toutes celles de ces femmes qui sont une coupe de femme primitive, celles la ne font pas grande attention aux hommes, mais c’est bien plutôt vers les femmes qu’elles sont tournées, et c’est de ce genre que proviennent les tribades. Tous ceux enfin qui sont une coupe d’un mâle originel recherchent les moitiés mâles….(Le Banquet §192)
Le corps entrave à la connaissance
Socrate : Le moyen , semble t il d’être le plus prés de la connaissance, c’est d’avoir le moins possible commerce avec le corps, pas davantage d’en tenir compte, à moins d’y être obligé, pas davantage de nous laisser contaminer par sa nature , mais au contraire de nous en purifier, jusqu’au jour où la divinité en personne nous en aura délivrés. Ainsi nous voilà purs, séparés des errements du corps, appelés alors, c’est probable, à être admis au sein de réalités analogues, et c’est par nous tous seuls que nous connaîtrons cette pureté. Or c’est probablement cela qui est le vrai, car il n’est pas bon de laisser en contact l’un avec l’autre ce qui est pur et ce qui est impur. (Phédon §67)
La maitrise des désirs
Socrate :…voilà pourquoi ceux qui philosophent au sens exact du terme s’abstiennent sans exception de tous les désirs qui se rapportent au corps : en face de ceux ci, plein de fermeté, ils refusent de se mettre à leur discrétion ; presque indifférents, en ce qui concerne la perte de leur patrimoine et la pauvreté, aux frayeurs qu’éprouvent à cet égard ceux qui aiment les richesses ; ne redoutant d’autre part, pas davantage, comme cela arrive aux amis du pouvoir et des honneurs, l’exclusion des charges ni la déconsidération qui résulte de la misère ; en conséquence de quoi ils s’abstiennent de ces désirs. (Phédon § 82) La tromperie se justifie si c'est dans un but louable
Socrate à Glaucon : Très souvent il faudra que ceux qui commandent aient recours à la fausseté et à la tromperie, dans l’intérêt de ceux qui sont commandés. Or nous disions, je crois bien, que toutes ces choses là sont utilisables à la façon des remèdes – Et c’était à bon droit certes – Et maintenant encore dans les mariages et dans la procréation des enfants, le bon droit en question n’est pas une chose de minime valeur- Comment donc ?- Il faut, répondis je , d’après ce dont nous sommes convenus, que, le plus souvent possible, ce soit l’élite des hommes qui ait commerce avec l’élite des femmes, et, au contraire, le rebut avec le rebut ; que les rejetons des premiers soient élevés et non ceux des seconds, si l’on veut que le troupeau garde sa qualité éminente ; et en outre que toutes ces dispositions, quand on les prend, soient ignorées de tout le monde, sauf des magistrats, pour que la troupe animale dont ils sont les gardiens soit, au maximum, exempte de toute dissensions. (La république V 459) L'amour se justifie par la procréation et non par le seul plaisir
L’athénien : …quelle que soit la façon, plaisante ou sérieuse, dont les plaisirs de cet ordre doivent être conçus, la conception en doit être celle ci : le plaisir qui s’y rapporte semble, selon la nature, avoir été accordé au sexe féminin et au sexe masculin quand ils vont l’un à l’autre s’unir en vue de la génération, tandis qu’est contre nature la copulation des mâles avec des mâles, ou des femelles avec des femelles ; et c’est l’incontinence dans le plaisir qui a inspiré un tel acte à ceux qui l’ont osé les premiers. Or tous nous accusons précisément les Crétois d'avoir été les inventeurs de l'histoire de Ganymède: comme c’était une tradition accréditée qu’ils tenaient de Zeus leurs lois, ils ont mis cette histoire sur le compte de Zeus afin justement ,quand ils cueilleraient à leur tour le fruit de ce plaisir, de pouvoir prétendre suivre la loi du Dieu ! Aussi bien laissons tomber ce racontar (les lois I 636)
La femme est la réincarnation d'un homme imparfait
Cette condition supérieure était le sexe qui par la suite serait appelé viril. Mais une fois que dans les corps les âmes se trouveraient nécessairement installées , tantôt des apports, tantôt des pertes se produiraient dans le corps leur appartenant : en premier lieu c’est la sensation qui viendrait nécessairement s’ajouter, commune à toutes du fait de ces impressions violentes ; en second lieu apparaîtrait le désir mêlé au plaisir et à la peine, et outre ces passions apparaîtraient aussi la frayeur et la colère et celles qui leur font suite, de même que toutes celles qui par leur nature se tiennent à l’opposé : les dominer serait vivre avec justice ; en être dominé, ce serait l’injustice. Et celui qui aurait convenablement vécu pendant un temps donné, retournerait au ciel pour y mener une vie bienheureuse et conforme à sa condition. Si au contraire il échouait dans cette épreuve, à la seconde naissance il changerait de nature pour celle d’une femme ; et si , en ce nouvel état, il ne mettait encore pas fin à sa malice, selon son vice il se changerait indéfiniment , à la ressemblance de sa tournure naturelle, en une bête de naturel semblable (Timée § 42) La croyance en la sagesse de tout le monde est pernicieuse.
... c’est par la musique qu’a débuté chez nous , avec la croyance en la sagesse de tout le monde pour juger de toutes choses, l’esprit de révolution ; et la culture libérale lui a emboîté le pas ! Aucune crainte en effet ne les retenait, puisqu’ils se croyaient savants, et cette absence de crainte a enfanté l’impudence : c’est que, par audace, ne pas redouter l’opinion de qui vaut mieux que nous, voilà précisément l’impudence détestable, celle qui est l’effet même d’une liberté dont les audaces ont été poussées à l’excès. (Les lois III701) La patrie doit être pieusement honorée
Socrate : …la patrie est chose plus auguste, plus sainte, de plus haute classe, tant auprès des Dieux que des hommes raisonnables. Elle doit être pieusement honorée et, plus qu’à l’égard d’un père, il faut, quand la patrie se fâche contre vous, lui céder, lui donner des marques de soumission. On doit ou bien la convaincre ou bien alors faire ce qu’elle aura ordonné, et subir sans tergiverser tel traitement qu’elle a prescrit de subir, que ce soit d’être frappé de verges ou chargé de chaînes, que ce soit d’aller à la guerre pour y trouver blessures ou mort. (Criton § 51)
La loi du nombre est mauvaise
Socrate : Lysimaque, est ce de celle des deux thèses qui aura obtenu l’approbation de la majorité d’entre nous que tu as l’intention de t’accommoder ?-Lys : Y aurait il Socrate un autre parti à prendre ?- Soc : Et toi, Mélésias, est ce aussi celui que tu prendrais ? Supposons que, concernant la formation gymnique de ton fils, tu sois en train de te livrer à quelques délibérations sur les exercice qu’il faut lui faire pratiquer, est ce la majorité d’entre nous que tu en croirais, ou bien celui qui se trouverait avoir été formé par un bon maître de gymnase, sous la direction duquel il se serait exercé ? – Mélésias : Celui là selon toute vraisemblance, Socrate- Soc : Autrement dit tu l’en croirais davantage que nous qui sommes quatre ? – Mel : sans doute !- Socrate : Je pense que si l’on veut faire un bon arbitrage, on doit se fier plutôt au savoir qu’au nombre ! – Mel : Comment le nier !- Soc : Donc voilà pour commencer le point à considérer précisément : y a t il oui ou non l’un de nous qui soit compétent sur la question dont nous délibérons ? Et s’il y en a un , c’est celui là qu’il faut croire, lui qui est seul, et laisser de coté les autres ; mais s’il n’y en a pas un qui soit compétent parmi nous, alors adressons nous ailleurs. (Lachès §184) L'homme de bien parle dans un but précis
Socrate : l’homme de bien, celui qui vise au meilleur quand il dit ce qu’il dit, n’est ce pas la vérité qu’il ne parlera point au hasard, mais ayant les yeux fixés sur un objet précis ? C’est le cas par ailleurs de tous les professionnels : chacun ayant les yeux fixés sur l’ouvrage qui est le sien, ne choisit pas au hasard, pour appliquer à l’ouvrage qui est le sien, ce qu’en fait il y applique, mais il fait cela de façon que l’œuvre qu’il réalise possède une forme bien définie. Tu peux à ton choix, envisager l’exemple des peintres, celui des architectes, des constructeurs de bateaux, de tous les autres professionnels, celui d’entre eux que tu voudras : chacun d’eux se propose un certain ordre quand il met à sa place chacune des choses qu’il a à placer, et il contraint l’une à être ce qui convient à l’autre, à s’ajuster à elle, jusqu’à ce que l’ensemble constitue une œuvre qui réalise un ordre et un arrangement. (Gorgias §503)
La vie modérée est préférable à la vie incontinente
….l’homme qui sait ce que c’est qu’une vie sagement modérée , la jugera sous tous les rapports pleine de douceur : car si les plaisirs qu’elle procure sont effectivement modérés, les peines aussi y sont d’intensité modérée et ne comportent pas de passions furieuses, tandis qu’une vie d’incontinence est sous tous les points de vue pleine d’irritabilité : car si les plaisirs y sont intenses, elle entraîne aussi des peines intenses, les désirs y sont comme aiguillonnés par la piqûre d’un taon, et les passions d’une fureur qui dépasse tout ce qui est possible ; dans la vie sagement modérée les plaisirs surpassent les ennuis, tandis que dans la vie incontinente ce sont les peines qui en nombre, en grandeur et en densité surpassent les plaisirs. D’où il résulte que nécessairement la première de ces vies sera, conformément à la nature, la plus agréable, et la seconde, de même la plus chargée de peines. (Les Lois V §733)
Même le méchant sait voir qui vaut le mieux
.... il ne faut jamais faire peu de cas de la bonne ou de la mauvaise opinion que les autres se font de notre valeur morale ; autant la masse a en fait de penchants à se laisser glisser loin de la vertu véritable, autant est il réel en revanche que , même chez les méchants, il existe en elle une divine sûreté de coup d’œil pour discerner quand il s’agit des autres, tous les pervers et tous les gens de bien ; en sorte qu’un très grand nombre d’individus, fussent ils de ceux dont la perversité est extrême, distinguent parfaitement dans leurs propos comme dans leurs jugements, ceux des hommes qui moralement valent mieux ou valent moins. (Les Lois XII 950)
Ce n’est qu’aux gens âgés qu’apparaissent les bienfaits de la vertu.
...quand tu auras convenablement mis à l’épreuve les réponses que je t’aurai envoyées, je serais bien surpris qu’il n’y ait pas pour toi un grand changement concernant tes problèmes actuels. Donc il faut avoir confiance dans cette façon de faire. Il n’y a pas de danger en effet que tu puisses un jour ni mener, ni confier à Archédème, une correspondance qui soit ou plus belle ou plus agréable aux Dieux. Prends en tout cas tes précautions pour que jamais ceci ne vienne à tomber dans les oreilles d’hommes sans culture ! Car peut être n’y a t il pas à mon sens d’enseignements qui , plus que ceux là, puisse prêter à rire au vulgaire quand il les écoute ; il n’y en a pas non plus en revanche qui, pour les hommes bien doués, soient plus admirables ni qui témoignent davantage d’une inspiration divine : on peut les donner plus d’une fois, on peut les entendre constamment et pendant nombre d’années, et c’est à peine si, pour les purifier comme le feu purifie l’or, on a besoin de beaucoup travailler ! Mais ce qu’il y a de merveilleux la dedans, écoute le : c’est qu’il y a des hommes en grand nombre qui les ont entendus, hommes capables de les avoir appris, capable d’autre part de les avoir retenus, et, après les avoir mis à l’épreuve, de porter sur eux, de toutes façons un jugement décisif : hommes déjà vieux, qui les ont entendus plus de trente ans, et qui maintenant se disent que ce qu’ils jugeaient jadis être le plus incroyable du monde leur apparaît à présent comme étant ce qu’il y a de plus croyable et de plus lumineux, tandis que ce qu’ils jugeaient jadis le plus croyable, ils voient maintenant que c’est tout l’opposé. (Lettre II 314) Les cinq facteurs de la connaissance
Les facteurs indispensables de la connaissance sont au nombre de trois, et un quatrième est la connaissance elle même ; pour ce qui est d’un cinquième, il faut admettre que c’est précisément l’objet de la connaissance en soi. Premier facteur : le nom ; Deuxième facteur : la définition ; Troisième facteur : l’image représentée ; Quatrième facteur : la connaissance. Mais si vous voulez maintenant comprendre ce que je veux dire envisagez cet exemple : le cercle. - D’abord c’est la chose qui a pour nom le mot même que nous prononçons à présent. - Vient en second lieu la détermination de la chose en question, définition qui est composée de noms et de verbes : c’est ce qui est dans tous ses points à égale distance quand on part de la périphérie pour aller vers le centre ; c’est bien la définition de ce que nous appelons un rond, une circonférence ou un cercle. - En troisième lieu il y a ensuite la figure qu’on dessine, qu’on efface, qu’on tourne au tour et qui se détruit : possibilité impossible avec le cercle en soi auquel se rapportent toutes ces images, parce qu’il n’a pas la même nature. - En quatrième lieu il y a la connaissance et la compréhension de cet objet. Et tout ceci fait un seul bloc qui n’est pas constitué par les sons que l’on profère, pas davantage par la figure matérielle mais par sa conception dans l’esprit par quoi il est manifeste que la nature en est autre que celle du cercle en soi et des trois facteurs dont il a été question précédemment ; mais d’un autre coté c’est la compréhension qui approche le plus près du cinquième facteur tant pour la parenté que pour la ressemblance, tandis que les autres s’en éloignent davantage. Ce sera la même chose à propos des figures droites ou circulaires, à propos des couleurs, à propos du bon, du beau du juste, aussi bien qu’à propos de tout objet matériel, que ce soit un objet fabriqué ou bien une chose de la Nature comme le feu, l’eau, et tout ce qui est du même genre, à propos aussi de tout vivant sans exception, comme à propos du comportement intérieur des âmes, enfin à propos de tout état absolument soit de passivité soit d’activité. (Lettres VII 342) Retour à l'accueil

References: §89
 §275
 § 274
 §82
 § 84
 § 51
 § 346
 §469
 § 472
 § 480
 §104
 §631
 § 782
 §465
 §192
 §67
 § 82
 § 42
 § 51
 §184
 §503
 §733