Source: https://www.napoleon-histoire.com/correspondance-de-napoleon-aout-1805/4/
Timestamp: 2020-01-21 03:47:12+00:00

Document:
Camp de Boulogne, 25 août 1805
J’ai reçu votre lettre. Vous n’avez jamais démérité de la confiance que J’ai en vous; mais, dans les circonstances où l’Angleterre tend tous ses ressorts et où elle paraît être parvenue à agiter l’Europe, je ne puis trop vous recommander d’écarter tout ce qui peut être un sujet de trouble et un motif d’espérance pour nos ennemis. Tenez donc la main à ce que les individus dont vous m’avez envoyé la note ne restent pas à Paris. Si le général Lecourbe y met le pied à plus de quarante lieues, faites-le arrêter
Les mouvements de la Maison d’Autriche m’obligent à envoyer 30,000 hommes sur le Rhin, pour garantir nos frontières. Je vous dis cela pour vous seul. Les journaux n’en parleront que dans huit jours. Quand il en sera question , il faut qu’ils ne disent que cela et que, quand même on aurait des nouvelles de plus grands mouvements, ils s’en tiennent à cela. L’Autriche devient trop insolente, ses préparatifs sont trop considérables.
Monsieur Talleyrand, j’accorderai volontiers le grade de général de brigade au prince électoral de Wurtemberg, et le grand cordon de la Légion d’honneur; mais il faut qu’on s’entende entre nous. Les grands événements approchent. Je ne puis rien faire tant que son père sera à la tête de l’électorat. L’opinion du pays est contre lui, la mienne ne peut lui être plus défavorable. Le prince a lui-même à s’en plaindre; son père a même un grade dans l’armée autrichienne. Je puis traiter avec lui, mais non avec son père. Arrivé à Stuttgart, je mets tout entre ses mains; je lui donne ce que l’Autriche a en Souabe, et je l’agrandirai autant que me le permettront les circonstances. Faites-lui connaître que je ne dors pas; que les préparatifs de l’Autriche ont suspendu mon embarquement, et que, dans cette circonstance, il me faut une décision franche et prompte de sa part.
Je vous envoie la note pour le Corps Germanique. Mon intention est que vous me la remettiez sous les yeux avant de l’envoyer; j’entends qu’elle soit présentée le 18 fructidor et, comme il faut huit jours pour qu’elle arrive, nous avons, jusqu’au 10. Mon parti est pris. Mon mouvement est commencé; je serai le 30 avec 200,000 hommes en Allemane. Tout ceci est pour vous seul. Attendez qu’on en parle à Paris. Vous direz que, mes frontières étant dégarnies, je fait marcher 25,000 hommes pour les garnir.
Je ne puis que vous répéter ce que je vous ai dit; préparez mon manifeste. La manière anglaise n’est pas si mauvaise, surtout lorsqu’il y a des faits. Réunissez les dépêches de mes ministres où il est question des mouvements de l’Autriche. Je vous envoie un arrêté de l’architrésorier, qui figurera bien dans le manifeste, et une lettre de lui. Dès ce moment je change de batteries : il. ne faut plus d’audace, il faut de la pusillanimité, afin que j’aie le temps de me préparer. Montrez les deux dépêches de Salzburg et les extraits des journaux anglais à M. de Cobenzl; voyez quels sont les moyens d’accommodement qu’il propose. Il s’agit de me gagner vingt jours, et d’empêcher les Autrichiens de passer l’Inn pendant que je me porterai sur le Rhin. J’ai expédié mon aide de camp, le général Bertrand, en Bavière, avec une lettre pour l’Électeur, dans laquelle je lui fais part de mes projets. La nouvelle de M. de Lucchesini n’a pas de bon sens. Elle veut dire que la Prusse a peur que je me repente et qu’elle dévore déjà sa proie. Je n’aurais pas cru les Autrichiens aussi décidés; mais je me suis tant trompé en ma vie, que je n’en rougis pas. Soit qu’ils craignent que je ne fasse la descente, soit que, comme il arrive toujours en de pareils événements, ils ne s’attendent pas à ce que fera l’ennemi, et avec quelle rapidité je ferai pirouetter mes 200,000 hommes et les ferai entrer, cet hiver, en Allemagne, le fait est que ces mouvements de l’Autriche sont fort extraordinaires.
Continuez à faire mettre dans le Moniteur les paragraphes des lettres de Salzburg, de Trieste, d’Inspruck, etc. , afin d’entretenir l’opinion à la guerre. Assurez, cependant, que je ne fais aucun préparatif, que je garantis seulement mes frontières.
Je vous renvoie votre portefeuille. Il n’y a rien, à ce qu’il paraît, d’important de Munich. Les affaires de Toscane ne méritent aucune considération. Écrivez au cardinal Fesch que je ne veux point du baron de Caraccioli pour grand maître de Malte. Je ne puis comprendre la dépêche de Trieste, où il est dit que 16,000 hommes s’y embarquent pour, Venise; il y a peu de jours de marche par terre, et il y a cent lieues par mer, ce qui entraîne des frais et des lenteurs; joignez à cela qu’on n’est pas sûr qu’ils arrivent. J’ai donc peine à croire à cette nouvelle.
Monsieur Talleyrand, M. Thiard doit à l’heure qu’il est, être arrivé à Bade. Mon intention est que vous lui donniez les instructions et pouvoirs nécessaires pour traiter une alliance offensive et défensive avec Bade. Je garantirai à l’Électeur le recès de l’Empire, un accroissement dans ses États à la paix, et il mettra 3,000 hommes avec mon armée. Si M. Thiard n’y est pas, et que son ministre se trouve à Paris, vous pouvez le charger de cette négociation.
le maréchal Murat partira demain, dans une chaise de poste, sous le nom du colonel Beaumont, se rendra droit à Mayence, où il ne fera que changer de chevaux. Il traversera Francfort et, à cette occasion, reconnaîtra Offenbach; il se rendra à Würzburg reconnaître la place, y séjournera un jour et demi, et il verra les les liaisons de cette place avec Mayence et le Danube, en se faisant rendre compte des des débouchés sur Ulm, Ingolstadt et Ratisbonne. De là il se rendra à Bamberg sur la Regnitz. De Bamberg il se rendra jusqu’aux frontières de la Bohême, près d’Eger, sans entrer sur le territoire autrichien, et se tiendra sur pays neutre et non occupé par les troupes autrichiennes. Lui défendre expressément de passer en lieux où seraient les troupes autrichiennes. Il verra le rapport entre Bamberg, la Bohême et le Danube, se fera rendre compte des montagnes de Bohême, fera dresser l’itinéraire de la route de Bamberg à Prague, et spécialement des gorges d´Eger, se procurera, avant tout, la campagne du maréchal de Belle-Isle. Il suivra ensuite la Regnitz, en passant par Nuremberg et la Woernitz. Après cela il longera le Danube, sur la rive gauche, traversant rapidement Ratisbonne; arrivera vis-à-vis de Passau, passera là le Danube; parcourra l’Inn jusqu’à Kufstein; traversera Munich; viendra à Ulm, de là à Stockach; verra le champ de bataille de Moesskirh; jettera un coup d’œil sur les différents débouchés de la forêt Noire, et fera en sorte d’être à Strasbourg le 24 fructidor. Il saisira l’ensemble du pays, la largeur des rivières du pays, et ce dont il pourra avoir besoin, en comparant sa position avec le Tyrol et le Danube; ne s’engagera pas en pays occupé par les Autrichiens; et, s’ils avaient passé l’Inn, ne pas tomber dans leurs postes; mènera un officier parlant allemand ou un secrétaire; on en demandera un à Jean-Bon Saint-André, sans que l’ officier le sache.
Les chevaux partiront sans éclat de Paris avec les fourgon et états-majors.
INSTRUCTIONS POUR LE GÉNÉRAL BERTRAND
Le général Bertrand se rendra en droite ligne à Munich; il descendra chez M. Otto; il présentera à l’Électeur la lettre ci-jointe; après quoi, il se rendra à Passau; il y verra la situation de cette place; il remontera l’Inn jusqu’à Kufstein; il en fera une reconnaissance en règle : la situation des lieux, leur distance, la nature des chemins, la largeur de la rivière, la quantité des eaux, la domination alternative de l’une et l’autre rive, les bacs, ponts, gués. Il sera accompagné de quelques ingénieurs bavarois; mais il aura soin de voir par lui-même, et écrira ce que les ingénieurs pourront lui dire des circonstances de la rivière et des évènements qui s’y seraient passés.
Il suivra ensuite la Salzach jusqu’à Salzburg, de là reviendra à Munich, en passant l’Inn à Wasserburg, et tiendra encore note de cette troisième reconnaissance. Il prendra tous les renseignements à Munich, d’hommes très-connaisseurs, sur les débouchés de l’Isar et autres qui se rendent dans le Tyrol, jusqu’au débouché du Lech.
De Munich il se rendra à Füssen, sans sortir du territoire bavarois. Si Füssen n’est pas occupé par les Autrichiens, il le verra en détail.
De Füssen, il descendra le Lech, dont il fera une parfaite reconnaissance jusqu’au Danube; reconnaîtra Ingolstadt et Donauwoerth; longera le Danube, et, allant de l’un à l’autre, il aura vu le Danube à Passau et en tiendra note toutes les fois qu’il le verra de Donauwoerth.
Il fera la reconnaissance de la Regnitz jusqu’à Mein; de Bamberg il reviendra sur Ulm par la route qu’il jugera à propos; d’Ulm, il ira à Stuttgart, toujours à petites journées et ne voyageant que le jour, de Stuttgart, il ira à Radsatd, et fera une bonne reconnaissance de la route d’Ulm à Radstadt, sous les points de vue militaire et d’état-major.
Dans toutes ces courses, il aura soin de bien tracer la route d’Ulm à Donauwoerth par la rive gauche du Danube; de là à Ingolstadt, et de là à Ratisbonne; de Ratisbonne à Passau, d’après les renseignements.
Nota. Quand il sera à Passau, il reconnaîtra la route qui va de Passau en Bohême, autant que possible sur le territoire de Bavière; renseignements sur le reste. Peut-on aller à Prague par cette route ?
Il fera la reconnaissance détaillée du petit ruisseau d’Ilz, et la nature des chemins et du terrain, depuis la source de l’Ilz,
qui descend des montagnes de Bohême, jusqu’à l’embouchure de l’Ilz; quelle est la largeur de la vallée ; quels sont la nature des chemins, les principaux bourgs, et la facilité ou les inconvénients qu’aurait une armée qui se porterait sur la rive gauche du Danube, et tournerait par ce moyen l’Inn, et se porterait sur Freystadt et voudrai se porter en Moravie.
Prendre tous les renseignements sur les fortifications qu’aurait faites l’ennemi, soit à Linz, ou Steyer, ou toute autre place, jusqu’à Vienne, et même Vienne.
Bien déterminer, à quel point le Danube porte bateau, soit pour la descente ou la remonte.
Il fera une reconnaissance très-détaillée sur Ulm : population, position militaire, etc.; il tiendra note de ce qu’on lui dira sur l’Ems, sur l’espèce des difficultés qu’il peut présenter, de même que si la largeur du Danube derrière le Trasen, à quelques lieues de Vienne, quatre à cinq.
De Rastadt il se rendra à Fribourg, de Fribourg à Donaueschingen, et de là à Bâle; et de là il viendra me rejoindre sur Huningue, sans passer sur le territoire suisse; en longeant la rive droite du Rhin, il fera une reconnaissance de la position de Stockach.
Bertrand m’écrira de Strasbourg pour me faire connaître toutes les rumeurs du pays sur la guerre, la paix et les mouvements des Autrichiens; il ira à Stuttgart, où il verra M. Didelot; il dira ce qu’il entendra dire sur les forces des Autrichiens dans le Tyrol; il engagera M. Didelot à faire un mémoire sur toutes les possessions de l’Autriche en Souabe, anciennes ou acquises depuis le traité de Lunéville, en faisant à peu près une statistique; à son retour il pourra me donner ces mémoires, ce qui ferait voir qu’il ne perd son temps là.
Il m’écrira de Munich tout ce qu’on dit sur la situation des Autrichiens sur l’Inn et dans le Tyrol : sa présentation à l’Electeur et tout ce qui est relatif à l’autre partie de sa mission; de Munich il m’expédiera un courrier pour me donner de ses nouvelles. De Stuggart M. Didelot enverra, par un de ses gens, sa dépêche à Strasbourg; elle sera adressée au préfet, qui me la fera passer où je serai. De Passau il me fera les reconnaissances, celle de l’Inn et du Danube à Passau, et celle de 1’Ilz, et tout ce qui est relatif à la rive gauche il l’enverra par une estafette à M. Otto, qui la fera passer par un des nombreux courriers allant à Vienne ou Munich.
De Salzburg il m’enverra la reconnaissance de l’Inn ou de la Salza, qui sera envoyée par une estafette à M. Otto; si les Autrichiens étaient à Salzburg ou qu’il y eût des inconvénients à s’y rendre, il n’ira pas; de Munich il m’enverra la reconnaissance du chemin de Salzburg à Munich et celle de la rive gauche du Danube, d’après les renseignements.
Partout son langage sera pacifique; il parlera de l’expédition d’Angleterre comme imminente : les troupes embarquées, il ne montrera aucune inquiétude, même à nos agents; ne fera aucune attention aux préparatifs de l’Autriche: qu’ils ne peuvent commencer la guerre, que cela n’aurait pas de sens.
Mon Frère, mon aide de camp, le général de brigade Bertrand remettra à votre Altesse Électorale cette lettre. Je l’envoie pour qu’il voie la position de Passau, qu’il parcoure l’Inn, Ingolstadt, Ulm et les différents débouchés du Tyrol.
L’Autriche paraît vouloir la guerre; je ne puis me rendre raison d’un tel égarement; toutefois, elle l’aura, et plus tôt qu’elle ne s’y attend. J’ai contremandé les mouvements de mes escadres. L’existence de vingt-cinq autrichiens dans le Tyrol menace trop la Bavière et mes frontières. J’ai déjà mis en mouvement différents régiments d’infanterie pour Strasbourg; vingt-six régiments de dragons et dix de cuirassiers, avec des attelages, et quarante pièces d’artillerie sont en marche pour l’Alsace. Cent mille hommes d’infanterie sont déjà désignés de mes camps pour s’y rendre.
Mon intention est de commander moi-même mon armée, et je serai, dans le courant de vendémiaire, auprès de Votre Altesse.. Je ne puis lui donner une plus grande marque de confiance que de lui confier ce secret, qui n’est connu d’aucun de mes ministres, et qui est encore dans ma plus arrière pensée.
L’Autriche se repentira trop tard des fausses démarches qu’on lui fait faire. La Bavière y gagnera l’accroissement et la splendeur que lui réservent l’ancienne amitié de la France et la politique actuelle de mon empire.
Le général Bertrand, qui est un officier du génie d’une grande expérience, fera connaître à Votre Altesse s’il pense qu’on puisse tenir ou non dans Passau, ce qui serait assez important. Dans tous les cas, je désire que Votre Altesse, pour déguiser mes mouvements, devienne plus que jamais pacifique, feigne de craindre plus que jamais l’armée autrichienne. Qu’elle fasse confectionner à Würzburg 500,000 rations de biscuit, sous prétexte d’approvisionner cette place, et 500,000 à Ulm. Je ferai rembourser le tout au trésor de Votre Altesse.
Voulant-mettre beaucoup de rapidité dans mes mouvements, je ne puis qu’engager Votre Altesse à lever le plus de chevaux de trait qu’elle pourra. Si elle en faire fournir 2,000, les fonds en seraient faits sur le champ.
L’intérêt de Votre Altesse est que mon armée ne séjourne pas dans ses États; il faut donc que je puisse les traverser rapidement cet automne.
Il n’y a qu’un moyen à l’Autriche de conjurer l’orage, c’est d’exécuter le recès de l’Empire et de renoncer au droit d’épave, d’évacuer le Tyrol, la Styrie et la Carinthie, et de faire rentrer ses troupes dans leurs garnisons de paix; je le lui ai fait signifier. Je vois qu’il est dans son intérêt de passer l’automne et de gagner du temps pour former de nouvelles intrigues; mais elles seront complètement déjouées.
Mon cœur saigne de douleur en pensant aux maux qui seront la suite de ces nouvelles circonstances. Mais Dieu sait que je suis innocent. J’ai deux fois sauvé l’Allemagne, deux fois rassis l’Autriche sur son trône ébranlé. Elle profite du temps où mes opérations maritimes sont commencées, où mes troupes sont campées sur le bord de l’Océan pour faire marcher ses troupes vers la Suisse, où je n’ai pas un homme, et menacer toutes mes frontières.
Je désire que Votre Altesse ne communique cette lettre à personne, pas même à ses ministres; c’est un secret que je confie à son honneur. Elle peut, dans toutes les circonstances, reposer avec tranquillité.
Si Votre Altesse ne voit pas d’inconvénient à envoyer près de moi un ingénieur qui connaisse parfaitement le pays, avec des cartes, je le recevrai avec plaisir.
Que Votre Altesse ne néglige rien pour rendre ma marche plus rapide; qu’elle me procure abondamment des subsistances et des charrois, sans se démasquer. Son intérêt, encore une fois, est que je ne m’arrête pas en Bavière.
Quant aux objets qu’elle aura fait fournir, je sais que, par le traité conclu entre nos ministres, je suis tenu de tout payer : tout le sera ponctuellement.
Mon intention est de confier mon avant-garde au prince Murat, qui pourra me précéder de quelques jours.
Je prie Votre Altesse de répondre à cette lettre par un courrier extraordinaire, sans attendre le retour de mon aide de camp, afin que je puisse profiter de tous les instants et donner un plus grand développement à nos armées combinées.
Tous les renseignements que je reçois par mes courriers me font prendre le parti de ne pas perdre un jour. Je désire donc que le mouvement de dragons se fasse dès demain; que les dragons à pied partent également demain; et après-demain 9, je veux commencer le contre-marche de toute mon armée. Vous laisserez à la disposition des généraux de division de faire des séjours ou non. Le moment décisif est arrivé. Un moment de retard nous présentera de plus grands obstacles. Ainsi donc modifiez vos ordres en conséquence, et venez me trouver immédiatement après. Faites partir même demain la 4e division de dragons; tracez-lui une quatrième route par le Nord : dirigez-la sur Spire; envoyez cette nuit des commissaires des guerres et des officiers d’état-major sur toutes les trois routes. Vous sentez. quelle est l’importance d’un jour dans cette affaire. L’Autriche ne se contient plus ; elle croit sans doute que nous sommes tous noyés dans l’Océan.
Camp de Boulogne, 25 août 1805, à minuit
Monsieur Talleyrand, je vous ai envoyé cette après-dînée la note de Ratisbonne. Il me semble, en y mieux pensant, que rien ne presse tant pour cette démarche. Il ne faut pas se dissimuler qu’il ne peut y avoir là rien de pacifique; c’est une espèce de premier manifeste. L’opinion de l’Europe est pour nous. Il est évident que l’Autriche a attaqué. Je considère que c’est le 15 thermidor que j’ai envoyé la grande note, qui est la seule qui doive faire effet, si quelque chose doit faire effet. Il me semble donc qu’il est préférable à tout d’attendre la réponse à cette note. Je ne vois pas qu’avant le ler vendémiaire je puisse me trouver en force sur le Rhin. Jusqu’à ce temps rien ne presse, et quand ma note ne serait remise à Ratisbonne que le 25 ou le 26, l’Europe saura que j’ai marché, et le ton modéré en sera plus raisonnable. Des notes envoyées au cabinet de Vienne, nous pouvions espérer des résultats, mais des notes présentées à Ratisbonne, rien. Il faut donc attendre la réponse de Vienne. Faîtes-moi connaître le jour où mes notes arriveront à Vienne, et le jour où il est présumable que nous aurons la réponse. Il paraît que Cetto est inquiet que nous ayons un traité conclu avec l’Autriche pour céder la Bavière ; rassurez-le sur ce point. D’ailleurs, pourquoi ne feriez-vous point dire à Bacher, en conversation, que le premier pas de l’Autriche sur la Bavière serait un signal de guerre imminente ? J’imagine qu’Otto devrait, à l’heure qu’il est, avoir le traité. Faîtes-moi connaître quand vous croyez en avoir la réponse.
Camp de Boulogne, 26 août 1805
Le général Marmont se mettra en marche avec tout son corps fort de 20,000 hommes, tout son matériel d’artillerie et le plus d’approvisionnements de guerre qu’il pourra emporter. Il se rendra à Mayence : il lui faut quatorze jours de marche. Cet ordre sera expédié le 9, après m’en avoir demandé l’autorisation à dix heures du soir; il arrivera le 12; le général Marmont partira le 14 et sera arrivé à Mayence le 28. Il marchera à la fois, par trois routes, de manière que tout son corps soit réuni à Mayence avant 30 fructidor. Il fera verser la solde dans les caisses des quartiers-maîtres de son corps jusqu’au 1er brumaire.
Vous me présenterez égalem,ent le 9, à dix heures du soir les ordres pour le maréchal Bernadotte. Vous lui ordonnerez de se réunir à Göttingen. Le courrier ne sera pas arrivé avant le 14. Le maréchal Bernadotte partira le 15 ; il lui faut quatre jours de marche pour se réunir à Göttingen. Recommandez-lui de lever le plus de chevaux d’équipages et de fournir à son corps d’armée le plus d’approvisionnements de guerre et d’artillerie qu’il pourra.
Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, les ordres pour l’Italie, c’est-à-dire, le départ de tous les corps qui doivent composer la 4e et la 5e division et qui sont en Piémont et à Gênes, pour Brescia , ainsi que tous les régiments d’artillerie, de chasseurs, de dragons et cavalerie qui se trouvent en Piémont. Faites armer et approvisionner sur-le-champ les citadelles de Turin et d’Alexandrie, que mon intention est de garder cette campagne, puisque Alexandrie ne peut pas encore remplir mon but. Votre ordre arrivera le 14; ainsi, avant le 30, tout sera prêt à Brescia.
Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, l’ordre de mettre en route la première division du corps du maréchal Davout par une des routes de gauche, la première division du corps du maréchal Soult par une des routes du milieu, et la première division du corps du maréchal Ney par une des routes de droite. Ce premier mouvement se fera le 10; le 12 partiront les deuxièmes divisions, et le 13 les troisièmes : et comme il faut vingt-quatre jours de marche pour se rendre sur le Rhin , elles y arriveront pour le 1er vendémiaire. Chaque corps d’armée laissera un régiment, savoir : le corps du centre, le 72e; le corps de droite, le 2le d’infanterie légère, et le corps de gauche, le régiment qui est le plus faible et qui a le plus de conscrits. Les 3e bataillons de ces régiments viendront les joindre au camp; indépendamment de ces bataillons, trois 3e bataillons des corps de la droite se rendront au camp d’Ambleteuse; six 3e bataillons des corps du centre se rendront à Boulogne; et un 3e bataillon du corps de la gauche se rendra à Étaples. Par ce moyen, il restera au camp neuf bataillons entiers, et dix 3e bataillons, ce qui fera dix-neuf bataillons.
La division Gazan et la 4e division du centre partiront par les deux meilleures routes, immédiatement après les autres divisions. Vous ordonnerez de donner sur-le-champ, des magasins, à chaque soldat de la division Gazan, la troisième paire de souliers, comme l’a eue toute l’armée.
Vous ordonnerez qu’on fasse partir de Metz des effets de campement pour Strasbourg, de manière qu’au 1er vendémiaire on ait de quoi tenter(mettre sous la tente) 80,000 hommes. Chaque division partira avec son artillerie, personnel, matériel et attelages, à moins que le premier inspecteur ne garantisse avoir le matériel à Strasbourg. Vous aurez soin qu’avant de partir on ait chargé tous les fusils et que chacun parte bien armé.
Les sapeurs, les officiers du génie, les commissaires des guerre les administrations, etc. , tout restera organisé comme il l’est. L’administration partira en règle après la 2e division. Vous aurez une conférence avec M. Petiet, pour que la manière dont l’armée doit être nourrie soit bien déterminée; mon intention est qu’elle le soit par les mêmes administrations; aussi bien dans trois mois puis-je faire une contre-marche.
Le prince Murat sera nommé lieutenant de l’Empereur, commandant en chef de l’armée en l’absence de Sa Majesté. Vous me présenterez aussi, le même jour, un ordre au prince Murat d’être rendu à Strasbourg le 24 fructidor, pour commander en l’absence de l’Empereur. Vous nommerez le général Sanson chef de votre bureau topographique. Il préparera les cartes relatives au théâtre de la guerre en Allemagne et en Italie. Vous vous concerterez avec le ministre la marine, pour me présenter, aussi le 9 au soir, un projet de décret pour que la flottille d’Étaples et de Wimereux soit transportée à Boulogne, excepté une division de chaloupes canonnières. Cependant, si la flottille d’Étaples pouvait remonter jusques auprès de Montreuil, je préférerais la placer là, et que toute la flottille de Boulogne, excepté les prames et les chaloupes canonnières, soit conservée à flot au delà du barrage. Que les vivres et les munitions, et tout ce qui pourrait péricliter, soient transportés au château de Boulogne; que huit compagnies d’artillerie, qui sont à Douai, viennent ici pour le service des côtes. Vous laisserez un corps de gendarmerie pour empêcher la désertion des matelots, qui tous sont armés de fusils et feront le service, sous le commandement de leurs officiers, pour défendre la flottille jusqu’au retour de l’armée. Un général de brigade commandera à Étaples, un à Ambleteuse et un à Boulogne. Un général de division commandera tout l’arrondissement de l’armée depuis et y compris Gravelines, jusqu’à la Somme. Il sera laissé à Boulogne une compagnie d’artillerie légère avec deux batteries mobiles. L’unique soin du général de division sera de veiller à la sûreté de la côte et des ports et à la conservation des camps. Peut-être serait-il aussi convenable d’enfermer à Boulogne la flottille batave afin qu’il n’y ait que ce point à garder, ce qui n’empêcherait pas de laisser la même disposition aux troupes, d’après la facilité de transporter d’Ambleteuse à Boulogne. Jusqu’à nouvel ordre et jusqu’à l’arrivée des 3e bataillons, la division italienne campera à Boulogne; elle recevra l’ordre de rejoindre la grande armée lorsque les 3e bataillons commenceront à être fortifiés de conscrits. Le général Taviel restera à Boulogne pour commander les batteries. Les 500 hommes des canonniers de la marine y resteront aussi pour ce service. Les places de Dunkerque, Gravelines, Calais, la haute ville de Boulogne, seront, seront armées comme il convient en temps de guerre.
Faites partir, le 10 au matin, la division de cavalerie légère que commandait le général Broussier; envoyez-la sur Spire par la quatrième route, de manière qu’elle ne gêne pas les trois grandes routes de l’armée.
Les trois bataillons qui se rendront à Ambleteuse sont le 3e du 23e de ligne, les deux du 17e. Il suffit que ces corps soient rendus à Boulogne avant le 15 fructidor. Le 21e d’infanterie campera le plus près possible des vaisseaux.
Les six bataillons destinés à Boulogne sont le 3e du 36e, le 3e du 45e, le 3e du 55e, le 3e du 46e, le 3e du 28e et le 3e du 65e.
Les trois régiments italiens viendront, le le à Boulogne, au camp de gauche : ils y resteront jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire jusqu’à ce que les dix-neuf bataillons soient bien organisés et un peu renforcés.
Il y aura deux compagnies d’artillerie fortes au moins de 120 hommes, toutes deux à Ambleteuse; deux compagnies pour la droite de Boulogne; deux compagnies pour la gauche; deux compagnies pour Étaples. Le général d’artillerie désignera les compagnies; ce ne devront pas être celles destinées à l’expédition.
Le général Taviel commandera l’artillerie. Il aura quatre officiers supérieurs d’artillerie, campés un au camp de droite de Boulogne, un au camp de gauche, un à Ambleteuse et un à Étaples.
Monsieur Decrès, il résulte des nouvelles que je reçois de Londres que l’alarme y est vive et la paix grandement souhaitée; que Calder ne sera pas mis en jugement, ni disgracié, parce que la raison de ce qu’il n’a pas soutenu un combat plus opiniâtre est légitime : il n’avait que le tiers de ses équipages. Il y a des journaux où ces détails étaient mis qu’on est parvenu à supprimer à temps. L’escadre de Calder a souffert plus qu’on ne l’a dit; la plupart de ses vaisseaux sont rentrés désemparés.
Camp de Boulogne, 27 août 1805
Mon Cousin, les affaires du continent se brouillent. Il parait qu’on a des projets contre la France.
Le 102e régiment a dû partir. Le 20e va partir également; il sera remplacé par le 67e; et quand celui-ci aura reçu ses conscrits et le reste de son détachement qui est en Espagne, il partira aussi.
Il faut former à Gênes une garde nationale, c’est le seul moyen de garder les portes et le port, et de faire la police. Les Gênois sont accoutumés à cela, et je n’ai pas de soldats à leur donner. Ils ont un corps pour la garde du préfet; il faut l’augmenter, et établir aussi des corps pour les préfectures de Montenotte et des Apennins. Vous avez à Gênes trois compagnies du 4e régiment de ligne : celles-là vous resteront. Trois compagnies de vétérans français doivent être arrivées : celles-là aussi vous resteront. Deux compagnies de canonniers vétérans doivent ê1re arrivées : elles vous resteront également. Ne comptez pas sur d’autres troupes, j’en ai besoin ailleurs. Vous devez aussi avoir dans l’arsenal un bataillon de canonniers de la marine venu de Toulon; il est peu nombreux, mais il vous sera aussi de quelque ressource.
On m’assure qu’il y a un colonel d’artillerie qui vexe ses hôtes : voilà une chose intolérable pour des Italiens. Sans dire d’où cela vient, montrez que vous en êtes informez, et faites qu’il change de maison.
Je désire que vous m’adressiez, vers la fin de ce mois, un petit mémoire qui me fasse connaître où en est l’organisation des trois départements, sous le point de vue des impositions et de la force publique.
Mon Cousin, j’ai vu avec plaisir les mesures que vous avez prises pour réprimer le brigandage. I1 faut supprimer tous les
tribunaux qu’avait établis l’ancien gouvernement ligurien. Le meilleur tribunal est une commission militaire composée de cinq officiers nommés ad hoc. De l’énergie et de l’énergie, voilà la grande recette dans le pays où vous êtes.
Monsieur Talleyrand, le travail qu’on fait aux relations extérieures sur le mouvement des vaisseaux ennemis est très-utile, mais il pourrait être plus complet. Mon intention est qu’on fasse un pareil travail sur les forces anglaises de terre. La même personne chargée du mouvement des flottes devra être chargée par vous de faire les mêmes états pour moi sur cet objet, et de tenir une boîte à compartiments pour tous les mouvements de l’armée anglaise de terre, y compris l’artillerie, et en réservant des places pour les mouvements des généraux et officiers d’état-major. Vous aurez soin, en un mot, que rien ne soit oublié dans ce travail; et, dès qu’il sera prêt, vous m’adresserez la boîte portative qui me sera destinée.
Mon Cousin, je vous ai répondu (lettres du 19 août) relativement aux plaintes de la cour de Rome; c’est une affaire de vanité et de formes, arrangez-la; bien entendu que je ne reviendrai pas sur les mesures que j’ai prises. Je pense qu’il n’y aurait aucun inconvénient à engager le secrétaire d’État à mettre à Ancône un corps de troupes plus nombreux et à en faire autant à Cività-Vecchia et autres forteresses que le Pape peut avoir; encore faut-il qu’on y mette de braves gens et quelques bonnes troupes, afin de protéger ces côtes contre toute t6utative de débarquement.
Mon Cousin, les grands préparatifs de l’Autriche me portent à penser que véritablement elle veut la guerre, vœu insensé dont elle doit redouter l’accomplissement. Toutefois ces mouvements sont trop considérables. Je les suis de l’œil avec une grande attention. Le maréchal Jourdan, dans des circonstances aussi importantes, ne connaît pas assez le pays, n’a pas assez de vigueur, et a trop la réputation de se décourager facilement, pour que je puisse lui confier une armée aussi intéressante. Je suis dans l’intention de vous envoyer le maréchal Masséna, qui a plus de caractère, et une connaissance parfaite des lieux.
Toutes les troupes qui sont en Piémont, à Gênes et en Étrurie se mettent en route pour se rendre à Brescia, et moi-même, avec 150,000 hommes, je me porte sur le Rhin. Toutes vos troupes italiennes doivent être parties pour le royaume de Naples. Je n’ai pas besoin de vous dire que ces renseignements sont pour vous seul, et que personne ne doit les lire ni s’en douter.
Je vois avec plaisir que votre séjour soit à Monza. Partez-en dans une sorte d’incognito; allez voir la Rocca d’Anfo, Peschierra, le château de Vérone, Legnago, Mantoue et Pizzighettone. Cette course faite, peu de jours après, faites-en une autre et reconnaissez vous-même l’Adda depuis le lac jusqu’à Lodi. Donnez ordre à l’officier qui commande l’artillerie et au ministre de la guerre de se rendre dans ces places. Voyez les magasins; assurez-vous s’ils sont bien tenus et s’ils renferment les approvisionnements qui doivent y être; donnez-en la garde aux commandants des places de Mantoue, Peschiera, Legnago, en leur faisant connaître que, sous quelque prétexte que ce soit, on ne doit y toucher qu’en cas de siège. Visitez aussi les magasins d’artillerie. Mantoue a besoin de douze mortiers, Peschiera de six; les autres places ont besoin d’obusiers. Quelques pièces de campagne suffisent pour la défense du petit château de Pavie; tout le reste doit être distribué dans vos places.
Ignorez ce que je vous dis du maréchal Jourdan; s’il est avec vous, ayez d’autant plus de déférence pour lui que la guerre menace. Si la guerre commence, le bataillon de grenadiers français que vous avez deviendra nécessaire à l’armée. Je verrais donc avec intérêt que les vélites et les gardes d’honneur commençassent à s’organiser, pour qu’ils puissent vous servir. Dans tous les cas, ayez à Monza au moins deux escadrons de votre régiment de dragons, une portion de la gendarmerie d’élite que je vous ai laissée, une demi-compagnie d’artillerie légère avec six pièces attelées, et, enfin, gardez avec vous une portion des deux détachements de ma Garde à pied que je vous ai laissés; faites-les habiller, la garde impériale vous en tiendra compte. Quand vous serez à Mantoue, écrivez-moi en détail sur la situation où se trouve Pietole.
Mon Cousin, je ne puis que vous recommander de presser les approvisionnements des places avec la plus grande activité. Les circonstances deviennent de jour en jour plus graves. Il ne faut rien épargner. Faites compléter ces approvisionnements, et pressez l’exécution pleine et entière des décrets que je vous ai envoyés. Mandez-moi par votre premier courrier pour combien de mille hommes il y aura au 1er vendémiaire dans les magasins de Vérone, de Peschiera et Mantoue. Faites travailler avec la plus grande activité aux affûts, et, à mesure qu’ils sont finis, faites-les filer sur les places. Faites armer le plus de barques qu’il vous sera possible sur le lac de Garda. Le bataillon que vous avez à Rimini ne fait rien; il sera très-bon pour ce service, et cela sera très-utile à l’armée.
J’approuve beaucoup le décret que vous avez pris pour empêcher les bestiaux de sortir du royaume. Mettez votre vigilance à réprimer tout ce qui pourrait être utile aux Autrichiens. Je vous renvoie votre décret relatif aux péages. Vous n’avez pas besoin de moi pour prendre un décret relatif à la citation de M. J. Pirlo devant la préture criminelle de Brescia; en France, ces choses-là se font par le Conseil d’État.
Je vous autorise à nommer les officiers du corps des vélites. Quand ils le seront, vous m’enverrez tous les trois mois leurs brevets, pour que je les signe; mais vous pourrez, les faire recevoir, et cela pour la première formation seulement.
J’approuve que vous ayez porté quatre de vos aides de camp sur le budget de ma Maison pour 6,000 francs par an. J’approuve de même qu’il y ait toujours une somme de 100,000 francs à votre disposition pour des gratifications à la Garde et aux troupes qui font le service auprès de vous. Cette somme vous servira aussi pour les frais
de mission de vos aides de camp; mais il ne faut pas que cela dégénère en abus. Toutes les fois que cette somme sera consommée, je vous accorderai un nouveau crédit.
Vous trouverez un décret pour que le trésor public tienne un fonds de 1,400,000 francs à la disposition du ministre de la guerre, pour solder les approvisionnements de siège. Vous trouverez un décret par lequel j’ai fait ce que vous désirez pour M. Volta. Le Piémont manque entièrement de blé cette année; ainsi fermez la barrière du côté de la Toscane et du côté de Rome, mais laissez sortir le blé du côté du Piémont; je vous envoie un décret à ce sujet.
Camp de Boulogne, 28 août 1805
A M. Estève, trésorier général de la Couronne
Monsieur Estève, je désirerais que vous pussiez me réaliser dix millions en argent; vous les avez en billets de caisse. Si vous alliez convertir sur la place de Paris dix millions de billets de caisse en argent, vous occasionneriez une secousse très-funeste pour la Banque. Il faut donc tâcher de réaliser successivement deux millions en argent sans secousse. Servez-vous pour cela de M. Mollien, que vous mettrez seul dans votre confidence. Échangez-m’en une partie en obligations de l’échéance de vendémiaire et brumaire, sur les départements du Rhin, de la Belgique et autres départements à portée du Rhin, de manière que, dans le courant de vendémiaire et brumaire, je puisse réaliser ces obligations pour mon service. Si vous pouvez réaliser les dix millions en argent sans faire tort à la Banque, faites-le, mais prévenez-m’en avant de rien faire. Il est intéressant pour moi d’avoir désormais dix millions en argent dans ma caisse, surtout dans de telles circonstances, pour activer les opérations de mon armée. Il est nécessaire que vous envoyiez au quartier général à Strasbourg un caissier qui aura toujours quelques millions en argent. Le solde de ma garde impériale et de ma garde royale sera aussi portée par ce payeur. Par ce moyen ce service sera toujours parfaitement assuré.
Voyez M. de Lima, et pressez le recouvrement de quelques millions; cela devient ridicule. Dites-loi que je me plaindrai au prince régent d’un pareil manquement de parole.
Monsieur Barbé-Marbois, je suis d’opinion, et je crois que tous les jurisconsultes éclairés penseront de même, que, s’il arrivait des événements à la Banque, les régents en seraient responsables, vu l’infraction ou la transgression de la loi.
On a été obligé de violer la caisse du payeur pour la solde; on a pris 600,000 francs des sommes à ma disposition; je n’ai pas voulu donner d’ordres, il a fallu recourir à la violation. Le payeur n’avait sans doute pas d’autres moyens, ou bien il est coupable.
Je crois devoir vous prévenir que l’armée fait un mouvement sur le Rhin; que la guerre est à peu près certaine; que, d’après les préparatifs de l’Autriche, je suis forcé à couper ce nouveau nœud gordien, avant qu’ils deviennent redoutables.
Comme l’armée fait son mouvement en masse, le payeur se porte sur le Rhin, ainsi que toute la trésorerie de l’armée. Il faut donc que vous dirigiez tout le service de l’armée sur les départements du Rhin, et que vous donniez, de préférence, les obligations de ce pays. Cependant mon intention, si l’on vous parle de ce mouvement, est que vous disiez qu’un détachement de 30,000 hommes s’est rendu sur le Rhin.
Maret vous aura envoyé deux décrets. Par l’un, vous devez faire recette d’un million sur les quatre de la caisse d’amortissement provenant des effets militaires, et vous devez sur-le-champ distribuer ce million entre les différents bataillons du train, pour les mettre dans le cas d’acheter 5,000 chevaux, et entre quelques régiments d’artillerie légère. Le second décret vous enjoint de faire recette de 1,200,000 francs du même fonds, et vous devez sur-le-champ le distribuer entre les régiments de l’armée pour dépense extraordinaire de capotes et de souliers. Il ne restera donc plus de ces quatre millions que 1,800,000 francs; je désire qu’ils soient à ma disposition dans la caisse du payeur à Strasbourg.
Dans les circonstances actuelles, il pourrait être utile de former un corps franc de deux ou trois bataillons, et de donner ainsi de remploi à tous les chefs de bande qui ont fait la guerre civile et à d’autres individus qui ont servi dans l’armée de Condé. Il faut savoir quel homme, ayant de l’influence, serait assez sûr pour en être le colonel, et quels hommes conviendraient pour les trois chefs de bataillon, les quinze capitaines et les trente lieutenants et sous-lieutenants. Il est bien entendu qu’on n’admettrait dans ce corps aucune personne de l’âge de la conscription , ni d’un âge inférieur.
Mon Cousin, je désire que vous fassiez faire deux boîtes ,à compartiments – une pour moi, et l’autre pour vous. Elles seront distribuées de telle sorte que, d’un coup d’œil, on puisse connaître, à l’aide de cartes écrites, les mouvements de toutes les troupes autrichiennes, régiment par régiment, bataillon par bataillon, et même jusqu’à ceux des détachements un peu considérables. Vous les partagerez en autant d’armées qu’il y a d’armées autrichiennes, et vous réserverez des cases pour les troupes que l’empereur d’Allemagne a en Hongrie, en Bohême, ou dans l’intérieur de ses États. Tous les quinze jours vous m’enverrez l’état des changements qui auront eu lieu pendant la quinzaine précédente, en vous aidant de tous les moyens que vous donneront, pour cet effet, non-seulement les gazettes allemandes et italiennes, mais encore les divers renseignements qui vous parviennent ainsi qu’à mon ministre des relations extérieures, avec lequel vous vous concerterez pour cet objet. Ce sera le même individu qui devra faire jouer les cartes dans la boite et dresser l’état de situation de l’armée autrichienne chaque quinzaine.
Il faut charger de cette besogne un homme qui s’en occupe constamment, qui sache bien l’allemand, qui reçoive toutes
les gazettes de l’Allemagne et fasse toutes les mutations en conséquence.
Vous ferez partir, le 13, ma Garde à pied et à cheval, qui est à Boulogne, ainsi que toute l’artillerie, qui doit consister en quinze pièces de canon.
Elle partira, le 13, pour se rendre à Strasbourg, où elle sera casernée dans la ville.
Ordre au maréchal Bessières de faire partir deux bataillons de la garde italienne, deux bataillons de la garde impériale et tout ce qu’il y a de disponible de grenadiers et de chasseurs à cheval et d’artillerie, avec chirurgiens, ambulance, etc., et tout ce qui est nécessaire pour faire la campagne. Ils se mettront en route, le 13, de Paris pour Strasbourg.
Ces six bataillons de ma Garde, les deux régiments à cheval, grenadiers et chasseurs et artillerie légère, seront casernés dans la ville de Strasbourg.
Partout où se trouvera l’Empereur, la ville sera commandée par un des maréchaux de l’Empire de service près l’Empereur.
Donnez ordre au général d’artillerie de faire préparer l’équipage de pont qui est à Strasbourg , et de réunir le matériel nécessaire pour construire deux ponts sur le Rhin, aux lieux qui seront désignés.
Monsieur Dejean, le ministre de la guerre a du vous faire passer différents ordres pour mettre en état de faire la guerre mes armées d’Italie et du Rhin; vous pouvez la regarder comme certaine. J’ai donné des ordres pour pourvoir aux capotes et souliers nécessaires à l’armée. Faites-moi connaître si vous avez quelque chose de disponible à Paris. J’ai besoin que vous donniez des ordres à tous les régiments de cavalerie de se remonter à toute force. Je ne vois pas d’inconvénient à leur distribuer pour cela un million. J’ai mis à votre disposition une somme extraordinaire de 2,200,000 francs, dont un million pour l’achat de chevaux du train et de l’artillerie et 1,200,000 francs pour les capotes et souliers. Occupez-vous des charrois; faites construire à Sampigny. Il y a un- marché pour des transports ici; voyez à lui donner une plus grande extension. J’imagine que vous avez pourvu à ce que j’aie du biscuit à Mayence et Strasbourg; j’en ai ici beaucoup. Il faut faire manger la partie faite depuis vingt mois; il restera ici plus de vingt mille bouches; la partie qui est faite depuis douze-mois pourra être conservée. Il se peut que les affaires s’arrangent après quelques batailles, et que je revienne sur la côte. Faites hâter la fourniture de draps de l’an XIV; c’est de la plus grande urgence.
Vous allez avoir dans toute la 5e division militaire, depuis Mayence jusqu’à Schelestadt, 5 à 6,000 chevaux d’artillerie, 9,000 chevaux de dragons, 8 ou 9,000 de chasseurs et de hussards, 4 à 5,000 de grosse cavalerie et 1,500 de la Garde, indépendamment de ceux de l’état-major. Je désire que le service soit fait par la même administration qu’à Boulogne, surtout pour le pain et la viande. Ne perdez pas un moment à faire accaparer des vins et des eau à Landau , Strasbourg et Spire. Landau sera un des principaux points de rassemblement. J’imagine que Vanterberghe envoie à Strasbourg les mêmes individus qu’à Boulogne. Les premières divisions sont parties; voyez-le pour cela. Je vous ai demandé 500,000 rations de biscuit à Strasbourg; je ne verrais pas d’inconvénient à les diviser ainsi : 200,000 à Strasbourg; 200,000 à Landau, et 100,000 à Spire. J’attends de vous deux états, dont le premier me fasse connaître le nombre existant de chevaux propres au service de chaque régiment de cavalerie, ce qui existe en caisse de leur masse, et l’état des chevaux qu’ils peuvent se procurer; le second état me fera connaître la situation de l’habillement de tous les corps de la Grande Armée, et le temps où ils auront l’habillement de l’an XIV.
Le ministre de la guerre vous aura envoyé l’organisation de la Grande Armée partagée en sept corps. Pensez aux ambulances, et occupez-vous sans délai des détails de l’organisation de cette immense armée. Je vous dirai, mais pour vous seul, que je compte passer le Rhin le 5 vendémiaire (27 septembre); organisez tout en conséquence. Il me reste à vous ajouter que cette lettre doit être pour vous seul, et qu’elle ne doit être lue par personne. Dissimulez, dites que je fais seulement marcher 30,000 hommes pour garantir mes frontières du Rhin. Avec les chefs de service auxquels on ne peut rien dissimuler vous leur ferez sentir l’importance de dire la même chose que vous.
Mon Cousin , le ministre de la guerre vous envoie l’ordre de faire partir ma Garde pour Strasbourg.
Comme je vais me rendre incessamment à Paris, vous laisserez assez de monde pour faire le service de Saint-Cloud. J’espère que les deux bataillons qui sont à Boulogne, et les quatre bataillons et italiens qui sont à Paris, formeront 4,000 hommes, et ma Garde à cheval, en y comprenant les Mameluks, 1,500 hommes. Vous serez spécialement chargé du commandement de ces 5,500 hommes de ma Garde.
Faites-moi connaître le chef d’état-major que vous voulez prendre. Les généraux Hulin et Soulès commanderont l’infanterie, le général Ordener la cavalerie, et le colonel Couin l’artillerie. Il vous faut un chef d’état-major et vos quatre aides de camp.
Faites partir sur-le-champ vos chevaux, vos fourgons et vos bagages pour Strasbourg. Les hommes de l’artillerie de la Garde sont en nombre suffisant pour servir quinze pièces de canon.
Faites-moi connaître combien de pièces pourrait servir l’artillerie italienne. Ce ne sera pas trop, pour un corps de réserve comme la Garde, d’avoir vingt-quatre ou vingt-cinq pièces de canon. Je vois, par votre dernier état, que ma garde royale a 70 hommes d’artillerie; ils peuvent très-bien servir huit pièces. Cela portera donc l’artillerie de ma Garde à vingt-quatre pièces de canon.
Mon Cousin, je vous ai fait connaître que je vous confiais le commandement de ma Garde. Veillez à ce qu’elle ne manque de rien. Il faut des ambulances, des caissons pour le transport de ses subsistances et de ses bagages. Je ne puis trop fixer le nombre qui vous serait nécessaire, mais je crois qu’une vingtaine de caissons ne serait pas de trop. L’armée ne sera que trop dépourvue. Ainsi, allez de l’avant. Faites faire ce qui vous manque, et, par le retour de mon courrier, présentez-moi l’état de l’excédant de dépenses qui pourrait être nécessaire.
J’ai ordonné qu’on fasse acheter des chevaux et confectionner des harnais pour l’artillerie. Il faut que ma Garde n’ait besoin de rien de l’armée, ni pour le transport de ses vivres, ni pour ses chirurgiens, ni pour ses médicaments.
Prenez pour chef d’état-major un homme vigoureux.
Mon Cousin, mon intention est que ma Garde ait vingt-huit pièces d’artillerie bien attelées, avec l’approvisionnement et les cartouches nécessaires pour une division de 6,000 hommes. Ces vint-quatre pièces seront servies, savoir : seize par ma garde impériale et huit par ma garde royale. Elles seront partagées en trois divisions, chacune de huit pièces.
Voyez le général Songis pour que le matériel soit complété. Achetez les chevaux qui vous sont nécessaires, et faites confectionner sans retard vos harnais.
Remettez-moi un état de la dépense des chevaux, harnais, de ce que le ministre vous accorde, ainsi que de ce qui vous est nécessaire. Je désire aussi avoir le détail de l’équipage et le nombre de voitures qu’il comporte.
le général Savary se rendra à Landau et de là à Germersheim. Il passera le Rhin dans les environs de Germersheim et dans l’endroit qu’il jugera le plus favorable pour l’établissement d’un pont de bateaux. Il observera Philippsburg, de manière à rendre un compte succinct de l’état de la place. Il se rendra ensuite à Bruchsal, puis à Knittlingen; de là à Vaihingen, à Cannstadt, à Gmünd, à Aalen, à Giengen et à Gundelfingen, sur la Brenz, à une demi-lieu du Danube. Il ne voyagera que le jour.
Il tiendra note, de toutes les communications latérales qui existent d’une part, entre cette route et celle de Durlach à Ulm, par Pforzheim, Stuttgart, Esslingen, Goeppingen et Geislingen, et, de l’autre part, entre la route qui doit parcourir et une autre route partant de Wiesloch pour aller à Sinsheim, Heilbronn, Oehringen, Hall, Ellwangen, Neresheim et Dillingen, sur le Danube. Il rendra compte de chacune des villes et villages, ponts, châteaux, collines, bois où endroits remarquables qu’il rencontrera, de la distance qui les sépare respectivement, ainsi que des villes, villages ou châteaux qui peuvent servir au logement des troupes. L’Enz à Vaihingen, le Neckar à Cannstadt mériteront une attention particulière de sa part, et il notera leur largeur et les difficultés ou facilités que présentent ces deux rivières pour un passage de troupes. Il fera attention à la largeur des grandes vallées, et notera l’éloignement où se trouvera chaque point un peu considérable de sa route, des montagnes Noires, ou de celles qui séparent la vallée du Danube de celle du Neckar. Il prendra connaissance de la meilleure communication qui existe entre Gmünd et Giengen, soit par Heubach et Heidenheim, soit par Weisenstein et Langeneau. Il les examinera personnellement, afin de bien savoir quelle est la plus favorable pour les transports du matériel d’une armée.
le général Savary cherchera ensuite, en la visitant lui-même, la meilleure route qui existe entre celle qui vient d’être tracée plus haut, de Philippsburg à Gundelfingen , et une autre route partant de Dillingen, par Neresheim, Hülen, Ellwangen, Hall, Oehringen, Heilbronn, Sinsheim, Wiesloch et Spire, de manière que la route en question soit, en quelque sorte, parallèle aux deux autres. Cette route, qui devra être praticable pour l’artillerie et les transports militaires, pourra se diriger soit d’Aalen sur Murrhardt, Loewenstein et Heilbronn, soit, mieux encore, d’Aalen à Gmünd, puis à Winnenden, Marbach, Bietigheim , Sachsenheim et Knittlingen, et de là par Bruchsal à Philippsburg. S’il y a une communication directe, bonne et praticable, de Giengen à Gmünd, elle devra être préférée. Revenu dans les environs de Philippsburg, M. le général Savary examinera la rive droite du Rhin jusque vers Spire, et se dirigera de nouveau sur le Danube à Dillingen, par Wiesloch, Sinsheim, Heilbronn, Oehringen, Hall, Ellwangen, Hülen et Dischingen. Il examinera soigneusement cette route, ses divers embranchements, et le Neckar à Heilbronn. Il parcourra ensuite le Danube, depuis Dillingen jusqu’à Ulm; se rendra à Göppingen et donnera la plus grande attention à la route dans cette partie. Il s’assurera des moyens de communication de cette ville avec Gmünd ; puis il passera à Esslingen et à Stuttgart, où il prendra de nouveau connaissance du Neckar, et de là à Pforzheim, à Durlach et à Mühlburg, pour prendre aussi connaissance du Rhin vis-à-vis de Pforz. Il se rendra ensuite partout où sera l’Empereur.
Monsieur le général Duroc, l’armée est en plein mouvement. Les grenadiers et les premières divisions de chaque corps d’armée sont partis. Demain partent les deuxièmes divisions. J’ai envoyé des ordres au général Marmont et à l’armée de Hanovre. Ces corps d’armées seront organisés et devront se rendre sur le Rhin dans les premiers jours de vendémiaire. J’imagine qu’à l’heure qu’il est vous savez à quoi vous en tenir sur le but de votre mission. L’armée de Hanovre n’a encore reçu que l’ordre de se rendre à Göttingen. Si je m’arrange avec la Prusse, je n’ai pas besoin de penser au Hanovre; si je ne m’arrange pas avec elle, je laisserai dans la place forte des vivres pour un an, un bon commandant et de l’artillerie; et, si quelqu’un vient l’assiéger, je reviendrai, avant que la tranchée soit terminée, tomber sur l’armée assiégeante. Ces renseignements peuvent vous être utiles, car on pourrait croire que j’ai plus d’intérêt à me défaire du Hanovre qu’à le garder. Ce ne serait que de 3,000 hommes que me priverait le refus de la Prusse, c’est-à-dire de la garnison de Hameln, et, si 30 ou 40,000 Anglais venaient l’assiéger, vous sentez combien cela serait heureux. Frédéric allait bien, rapidement Prague, à Rosbach.
Lorsque l’armée apprit qu’elle allait sur le Rhin, la joie fut universelle. Comme vous êtes près du Nord, que votre langage soit modéré et pacifique. Mais dites au Roi, seulement, que l’Autriche m’insulte trop et d’une manière trop évidente; que, dans le fait, elle a déjà déclaré la guerre.
Il est possible que d’ici à cinq ou six jours j’envoie l’ordre au corps du maréchal Bernadotte de se rendre à Würzburg. Il devra alors traverser un pays neutre. Commencez à faire les premières démarches pour obtenir des facilités pour le passage, par l’intermédiaire de la Prusse; ce sera, si l’on veut, un corps qui se rend en France, et qui se dirige, par le plus court chemin, sur Strasbourg. J’ai envoyé le général Bertrand à Munich.
Le 31 août 1805
Tout est parti; je serai en mesure le 5 vendémiaire. J’ai donné l’armée d’Italie à Masséna. L’Autriche est très-insolente; elle redouble ses préparatifs. Mon escadre est entrée à Cadix. Gardez le secret; ceci est pour vous seul. Prenez toutes les cartes possibles du Danube au Mein, de la Bohême, et portez-moi l’organisation de l’armée autrichienne et russe.
Camp de Boulogne, 29 août 1805
Monsieur Talleyrand, il est probable que les Suisses devront prendre les armes pour garantir leur territoire. La nomination du chef de l’état-major général est un objet de haute importance. Il faut faire nommer M. d’Affry, le désigner d’avance, et écrire au général Vial que, s’il y a une masse pour défendre le territoire , nous désirons que M. d’Affry en ait le commandement.
Monsieur Talleyrand, le prince de Hesse-Darmstadt pourrait nous donner 4,000 hommes; il ne faut pas le laisser neutre. Expédiez un courrier à mon chargé d’affaires près de lui, pour négocier un traité d’alliance, et qu’il soit tenu à nous donner une petite division selon ses forces.
Je vous ai déjà donné l’ordre de mettre en marche pour Alençon le 116e d’infanterie légère et le 105e de ligne, sous les ordres du général Desjardins. Mon intention est que vous donniez le même ordre aux deux bataillons du 44e de ligne, qui sont à Brest, ce qui achèvera de compléter la division du général Desjardins.
Vous composerez une autre division des deux bataillons du 63e qui sont à Brest, du 7e d’infanterie légère et du 24e de ligne, qui se dirigeront, par la plus courte route, également sur Alençon. Vous ordonnerez, à cet effet, que tout le 7e d’infanterie légère et le 24e de ligne soient débarqués des vaisseaux, les troupes n’y étant pas comme garnison. Vous nommerez le général Sarrut et le général Sarrazin pour commander ces troupes, sous les ordres du général Mathieu, commandant la division.
Chacune de ces divisions se trouvera ainsi composée de neuf bataillons.
Les administrations, les commissaires des guerres, les sapeurs, les compagnies d’artillerie, qui étaient attachés à l’armée de Brest, seront partagés entre ces deux divisions. Il sera également tiré du parc de Brest douze pièces d’artillerie attelées pour être attachées à chacune de ces divisions.
La Grande Armée sera composée de sept corps
1e corps, composé de deux divisions, chaque division de trois régiments, c’est-à-dire neuf bataillons, plus une division de cavalerie légère de quatre régiments. Ce sera le corps de Hanovre, que commande le maréchal Bernadotte;
2e corps, sous les ordres du général Marmont, et composé de trois divisions et une division de cavalerie légère;
3e corps, sous les ordres du maréchal Davout, composé de trois divisions et une division de cavalerie légère;
4e corps, sous les ordres du maréchal Soult, et composé de trois divisions et une division de cavalerie légère;
5e corps, sous les ordres du maréchal Lannes, composé de trois divisions et une division de cavalerie légère;
6e corps, sous les ordres du maréchal Ney, composé de trois divisions et une division de cavalerie légère;
7e corps, sous les ordres du maréchal Augereau, composé deux divisions, chacune de neuf bataillons; ce corps formera la réserve.
Maret vous enverra le décret pour l’organisation des équipages de la flottille. Vous verrez que je les organise en onze équipages. Les équipages seront à peu près de 1,000 hommes; ce qui fera 10 à 11,000 hommes.
Je laisse ici trois régiments italiens et trois régiments français, ce qui fait quinze bataillons. J’y laisse dix 3e bataillons, ce qui vingt-cinq bataillons. Il y aura donc ici, tout compris, plus de 25,000 hommes, et une grande quantité d’officiers et sous-officiers de terre qui pourront instruire les équipages. Les Anglais ne pourraient donc rien tenter qu’avec une armée de 40,000 hommes. Il n’y aura rien à Étaples. Il suffira que vous ordonniez qu’on arme sur-le-champ la ville de Montreuil. Il n’y aura même à Wimereux rien d’important , puisque je n’y laisse que 18 chaloupes canonnières. Tous les magasins à poudre seront évacués sur la haute ville de Boulogne, Calais, Montreuil, et les petites places fortes voisines. Il y a besoin ici d’un maréchal commandant en chef; de deux généraux de division commandant, l’un la droite, l’autre la gauche de Boulogne; de quatre généraux de brigade sous leurs ordres; d’un général de brigade commandant à Wimereux, un à Étaples et un à Ambleteuse; de huit compagnies d’artillerie, d’un général d’artillerie et de quatre officiers supérieurs d’artillerie.
Je pense qu’avec cette organisation il n’y aura rien à craindre. Le général Marescot laissera des officiers du génie en nombre suffisant. Présentez-moi demain le projet des redoutes de campagne à faire aux environs de Boulogne, de manière qu’on puisse y faire battre les marins avantageusement. La grande quantité d’artillerie qui reste ici y sera employée. Avec la quantité d’hommes, d’outils, de moyens de travail, on peut, en un mois ou six semaines, faire de manière que je puisse retirer une partie des troupes que j’y laisse. Le bon établissement des lignes et la bonne instruction des équipages doivent me mettre à même de tirer cinq ou six bataillons.
Présentez-moi donc les généraux qui doivent composer l’armée de Boulogne.
Je désire également que vous chargiez un général de brigade de se concerter sur-le-champ avec le contre-amiral Lacrosse pour la formation des équipages. Ce général de brigade restera ici jusqu’à ce que cette organisation soit faite. Vous nommerez les adjudants-majors parmi les capitaines des 3e bataillons qui restent. Donnez aussi à l’amiral Lacrosse un adjudant commandant intelligent, pour diriger tous les mouvements et lui fournir les renseignements nécessaires pour cette organisation.
Monsieur Decrès, voici ce que m’apprennent les nouvelles de Londres du 5 fructidor. La frégate la Topaze, accompagnée de deux bricks, a rencontré la frégate anglaise la Blanche, et s’en est emparée après un combat très-meurtrier. Une lettre du capitaine de la Blanche, en mer, est datée du 22 juillet. Il paraît que le brick le Faune, qui avait assisté au combat de la Blanche, a été pris quelques jours après par le vaisseau anglais le Goliath, par les 45° 18′ et 7° 36′. Le Faune avait 20 hommes d’équipage de la Blanche à bord. L’amiral Nelson était à Londres; son escadre s’était réunie, avec celle de Calder, à la flotte de Brest, et Cornwallis avait fait l’insigne bêtise d’envoyer 20 vaisseaux sur le Ferrol pour y bloquer l’escadre française. Il paraît que, le 15 thermidor, le brick l’Iris a reconnu notre escadre, forte de 28 vaisseaux, à l’embouchure du Ferrol; que, 17 août, c’est-à-dire le 29 thermidor, trois jours après la sortie nos escadres du Ferrol, l’amiral Calder est parti de Brest avec un vent de nord fait. Les Anglais conjecturent que, le 19, c’est-à-dire le 1er fructidor, il doit y avoir un combat. L’escadre de Nelson fait partie de celle de Calder, mais Nelson et son vaisseau-amiral n’y sont pas. Quelle chance a manquée là Villeneuve ! Il pouvait, en arrivant sur Brest par le large, jouer aux barres avec l’escadre de Calder et venir tomber sur Cornwallis, ou, avec ses 30 vaisseaux, battre les 20 anglais et acquérir une prépondérance décidée. Voilà cependant ces Anglais dont on vante tant les manœuvres et les combinaison ! Quand la France aura deux ou trois amiraux qui veuillent mourir, ils deviendront bien petits.
Les Anglais trouvent notre relation officielle très-modeste; ils conviennent aujourd’hui qu’ils ont été bien rossés devant le Ferrol; les uns l’attribuent à la faiblesse des équipages, d’autres à la mauvaise organisation du matériel. Les Espagnols disent qu’ils se sont battus toute la nuit, ne voulant pas se rendre à un ennemi qu’ils voyaient si maltraité, tandis qu’ils avaient vu, dans une éclaircie, notre escadre en si bon état; mais qu’au point du jour, se trouvant très-loin et affalés sous le vent, ils ont été forcés de se rendre. Les Anglais avouent eux-mêmes que ces deux vaisseaux ne sont tombés en leur pouvoir que par hasard.
Camp de Boulogne, 30 août 1805
Monsieur Daru, je vais me rendre, dans le courant du mois, à Strasbourg. J’y occuperai l’hôtel de ville, qui est, je crois, l’ancien palais du cardinal de Strasbourg; comme j’y établis mon quartier général, il sera sous la surveillance du grand maréchal. J’ai destiné 60,000 francs aux dépenses les plus pressantes. J’ai désiré que l’architecte Fontaine s’y rendit; recommandez-lui de n’y mettre ni colle ni odeur; c’est la pire de toutes les choses, et je puis y être d’un moment à l’autre. Dans les circonstances actuelles, je n’irai pas cette année à Rambouillet; il est donc inutile de faire travailler dans ce moment à ce château. Ce sera donc 500,000 francs dont on peut disposer ailleurs. Il n’en est pas de même de Fontainebleau; que j’y aille ou que je n’y aille pas, il n’en doit pas moins être prêt à me recevoir, puisque j’en ai fait un des principaux lieux de ma résidence. La maladie de M. Petiet me décide à vous nommer commissaire général de la grande armée. Voyez à vous faire suppléer, pour le temps de votre absence, dans vos fonctions d’intendant de ma liste civile. Il me semble que, me trouvant à l’armée et vos occupations de commissaire général vous donnant de fréquentes occasions de travailler avec moi, vous pourrez me mettre sous les yeux les principales choses relatives à mes affaires particulières. Il faudra charger de mes affaires un homme intelligent qui ait toute votre confiance. Répondez-moi sur-le-champ, et préparez-vous, car le temps presse et les jours sont des mois.
Monsieur Barbé-Marbois, vous avez envoyé au payeur de l’armée un fonds à ma disposition. La solde manque à Boulogne; sans ce fonds, je ne sais comment j’aurais fait. M. Desprez se moque de moi : il saisit le moment où je me trouve à mon armée pour la faire manquer de tout. Mon armée est à marches forcées, et a la solde jusqu’au 15, moyennant qu’on a absorbé le fonds destiné pour les opérations extraordinaires. Si MM. Roger et Desprez sont dans l’intention de faire manquer mon service, ils en prennent bien le chemin.
Je me trouve dans une situation où je ne me suis pas trouvé au temps de l’armée de réserve. La seule chose à laquelle pourvoyait M. Dufresne, quand la pénurie était extrême, était de ne point laisser manquer la solde de l’armée. M. Desprez tire un million sur le payeur d’Arras, qui ne peut rien donner. Il me semble que les conditions de M. Desprez sont assez avantageuses. Le service de l’armée ne se fait qu’avec un retard immense et à prix double de ce que tout coûterait, parce que les payements sont illusoires.
Envoyez sur-le-champ trois millions pour assurer la solde, mais non en chiffons de papier qui ne sont pas échus. Désormais, quand je voudrai avoir un fonds en réserve, je n’en chargerai point le trésor public, puisqu’il est illusoire pour lui et qu’il compte sur ce fonds pour le service courant.
Il est aussi extraordinaire qu’on ait changé le payeur sans permission. Je laisse MM. Desprez et Roger assez maîtres de mes affaires; ils ne devraient pas laisser 150,000 hommes manquer de solde. Vous trouverez que j’ai de la mauvaise humeur; à ma place, qui que ce soit en aurait plus. Si, ensuite, l’argent du trésor est employé à secourir la Banque, c’est-à-dire à escompter des papiers de circulation, je ne puis plus compter sur rien. Si la loi était suivie, je ne serais pas jeté dans l’état de crise où elle me met. Serai-je réduit, à Boulogne, à perdre quinze jours ou à voir déserter mon armée faute de solde ? Si cela est, mes affaires ont bien empiré depuis l’an VIII. Expédiez trois millions au payeur général de l’armée, sur Strasbourg.
Envoyez l’ordre au général Gassendi de se rendre en poste à Grenoble, de s’assurer que tous les fusils que j’ai ordonnés pour l’Italie sont partis. Il ira de là à Briançon et fera partir les quatre mortiers de 12 pouces, à chambre soit cylindrique, soit sphérique, pour Mantoue. Il donnera ordre qu’on arme Fenestrelle, et on s’assurera que l’artillerie de cette place est en état. Il se rendra de là à Turin, ordonnera sur-le-champ que cette citadelle soit armée, en formera lui-même l’armement, et prescrira des mesures pour l’approvisionnement de tout ce qui est nécessaire sous le point de vue de l’artillerie.
Vous ferez connaître à M. Lamogère qu’en cas de siège il mandera l’artillerie de la citadelle de Turin; qu’il est donc nécessaire qu’il prenne, dès ce moment, toutes ses précautions, et que le sous-directeur de l’artillerie de Turin commandera l’artillerie de la place. Vous mettrez 50,000 francs à sa disposition, et vous donnerez l’ordre qu’on travaille sur-le-champ aux réparations de ladite citadelle; qu’on répare les parapets et qu’on réunisse un approvisionnement abondant de gabions, sacs à terre, outils, etc., de Briançon, de Fenestrelle, de Grenoble, de Turin. Le général Gassendi vous enverra des ports détaillés. Vous préviendrez le général Lacombe Saint-Michel de cette mission de Gassendi, pour que toutes les pièces de campagne, etc., qui se trouveraient sous sa main, Gassendi puisse sur-le-champ les lui faire passer.
Vous ferez connaître au général Menou que, si Turin se trouvait assiégé, mon intention est de le charger de s’enfermer dans la citadelle; que, dans ce cas, M. Lamogère et le directeur du génie de Turin commanderont l’artillerie et le génie; qu’il ait donc à la mettre dans le meilleur état de défense. Désormais, le poste d’honneur est la défense des places.
Faites connaître au général Despinoy qu’étant destiné à défendre la citadelle d’Alexandrie, il doit s’y prendre d’avance, et à Chasseloup, qu’il s’enferme dans la citadelle et place d’Alexandrie pour y commander le génie; qu’il ait donc à la mettre en bon état de défense. Le directeur d’artillerie d’Alexandrie commanderait l’artillerie.
Que Menou veille sur l’arsenal et la citadelle de Turin, et, tous les sept jours, vous envoie un rapport que vous me mettrez sous les yeux.
Gassendi, en voyant la citadelle de Turin, fera passer des munitions à Legnago, Mantoue, et, sans perdre un moment, mettra tout en train. Après avoir conféré et mis la citadelle d’Alexandrie en état, il se rendra à Monza, de là à Mantoue; il s’assurera de la situation de l’artillerie de cette place, donnera tous les ordres, prendra note, et vous fera un rapport pour l’améliorer. Il se rendra de là à Legnago, et de là à Peschiera, de là à Pizzighettone, de là à la citadelle de Plaisance, à Gavi, à Gênes et à Savone.
Il vous rapportera des procès-verbaux et états, en bien précisant et ordonnant qu’il soit fait mention de tout ce qui sera fait. Il me rendra compte des mesures qu’il aura prises pour mettre tout en état. Je m’en rapporte à ce qu’il fera. Inspecteur général de l’artillerie des 27e et 28e divisions militaires et de toute l’armée d’Italie, fonderies, poudrières, arsenaux, équipages de campagne, tout sera de son ressort; il correspondra le plus fréquemment possible avec vous, et, avant le 15 octobre, se mettra en route pour venir me rejoindre et me rendre un compte direct de sa mission. Il fixera à Gênes l’emplacement de tous les établissements d’artillerie, organisera la fonderie de Gènes, la fera transporter où il voudra, la laissant en pleine et entière activité.
Vous ferez connaître aux généraux la mission extraordinaire que j’ai donnée au général Gassendi.
Faites connaître au général Montchoisy que c’est lui qui commandera à Gênes en cas d’événement; qu’il prenne les précautions convenables; qu’il ait l’œil sur les armements et pour les approvisionnements de cette belle et intéressante cité. Qu’il porte également attention sur Savone et Gavi.
ARTICLE 1er. – Toute la flottille sera réunie à Boulogne.
Les escadrilles qui sont à Étaples, à Wimereux et à Ambleteuse s’y rendront le plus tôt possible.
Ce qui est à Calais continuera à rester dans ce port.
Il restera cependant, à Wimereux et à Ambleteuse, une division de chaloupes canonnières et une section de péniches, lesquels mettront à la mer et occuperont la rade toutes les fois que le temps le permettra.
ART. 2. – Il y aura dans le port de Boulogne 72 chaloupes canonnières et 6 prames armées et prêtes à sortir toutes les fois que le temps le permettra. Il y aura également 72 péniches.
ART. 3. – L’amiral Lacrosse saisira toutes les circonstances se présenteront, soit pour attaquer l’ennemi, s’il devient trop audacieux, et le tenir en haleine et éloigné, soit pour exercer les officiers et les équipages à manœuvrer ensemble et à prendre leur ligne d’embossage et leur ligne de combat.
ART. 4. – Tout le reste de la flottille, soit française, soit batave, sera placé à flot au delà du barrage. Les prames seront placées dans le bassin circulaire.
Du reste, il ne sera, jusqu’à nouvel ordre, débarqué aucune pièce de canon, aucun équipage, et la flottille sera toujours tenue armée.
ART. 5. – Au 1er vendémiaire, le ministre de la marine nous rendra compte de la partie du port de Boulogne qu’occupera chaque escadrille, et nous ferons connaître nos ordres ultérieurs.
ART. 6. – Tous les marins logeront à bord, mais ils seront divisés en équipages.
ART. 7. – Il y aura autant d’équipages qu’il y a d’escadrilles c’est-à-dire huit. Chaque équipage sera commandé par le contre-amiral ou capitaine de vaisseau commandant l’escadrille.
L’escadrille sera divisée en cinq divisions. Chaque division sera commandée par les officiers de marine les plus élevés en grade.
ART. 8. – Dans cette organisation, les équipages d’une même division de chaloupes canonnières, de bateaux canonniers et de bâtiments de transport qui y sont affectés feront partie de la même division, de manière qu’ils soient toujours entre eux.
ART. 9. – Il y aura, à chaque division, des sergents et des instructeurs pour instruire les marins au maniement des armes et aux manœuvres pour la défense.
Le maréchal de l’Empire qui commandera assignera les postes qu’occupera chaque équipage en cas d’attaque de l’ennemi.
La marine fournira tous les jours 4,000 hommes pour les travaux du génie; ces hommes seront payés.
ART. 10. – Les Bataves formeront trois équipages, composés chacun des matelots d’une des parties de la flottille batave, ce qui portera le nombre total des équipages de la flottille à onze.
ART. 11. – Toutes les fois qu’une portion de la flottille ira en rade, non pour de simples manœuvres, mais pour repousser une attaque imminente de l’ennemi, elle n’aura que des équipages renforcés et aucune troupe de terre. Les détachements, de terre resteront tous à leurs drapeaux.
ART. 12. – Lorsque ces équipages seront formés et instruits, il leur sera donné, par nos ordres, une aigle pour leur signe de ralliement.
A l’exception de l’exercice, qu’ils feront deux fois par jour, il ne sera rien changé à leur manière ordinaire de vivre sur leurs bâtiments.
ART. 13. – L’arsenal de terre leur fournira des fusils; celui de marine leur fournira des gibernes.
ART. 14. – Les ministres de la guerre et de la marine sont chargés de l’exécution du présent décret.
Camp de Boulogne, 31 août 1805
Mon Cousin, je vous envoie des notes sur les candidats présentés pour le Sénat conservateur. Je vous prie d’influer autant qu’il vous sera possible pour éloigner ceux qui auraient de mauvaises notes.
Boulogne, 31 août 1805
Mon Cousin, j’ir reçu vos lettres. Je désire que vous fassiez présenter dans la séance du sénat du 15 le sénatus-consulte relatif au calendrier. (Le senatus-consulte du 9 septembre 1805 remet le calendrier grégorien en vigueur, à partir du 1er janvier 1806.)
ARTICLE ler. – Il sera successivement établi des courses de chevaux dans les départements de l’Empire les plus remarquables par la bonté (sic)des chevaux qu’on y élève; des prix seront accordés aux chevaux les plus vites (re sic).
ART. 2. – A dater de l’an XIV des courses auront lieu dans départements de l’Orne, de la Corrèze, de la Seine, du Morbihan ou des Côtes-du-Nord, de la Sarre et des Hautes-Pyrénées.
ART. 3. – Le ministre de l’intérieur fera tous les règlements nécessaires; il est chargé de l’exécution du présent décret.
Le ministre de l’intérieur propose à l’Empereur que M. Moreau de Saint-Méry fils pour la place de secrétaire général de l’administration générale de Parme. Refusé. Cette proposition est contraire au bien du service Les secrétaires généraux, les payeurs ne doivent pas être parents des administrateurs et des préfets.
Le ministre de la guerre vous fera connaître comment la solde manque et comment les dispositions que j’ai prises se trouvent entièrement paralysées et retardées de quinze jours par le défaut du trésor public, puisque les fonds de la caisse d’amortissement que j’ai mandés et confiés au trésor publie pour être envoyés à Boulogne ont été employés à payer la solde.
Il vous fera connaître les sommes à payer au ler vendémiaire pour qu’on ait à Strasbourg de quoi payer la solde à l’armée jusqu’au 1er brumaire, car il est probable que je passerai le Rhin dans première dizaine de vendémiaire. Il faut que la solde se trouve payée au 1er brumaire, parce que le pillage et la dévastation des neutres en seraient la conséquence naturelle, ainsi que les mauvais résultats qui en sont la suite.
Les quatre millions reçus de la caisse d’amortissement doivent être employés conformément à mon décret, et payés en fructidor. Je dois récapituler ici l’emploi de cette somme.
300,000 francs au ministre de la guerre, à imputer sur le chapitre de son budget des dépenses imprévues;
500,000 francs en gratification à l’armée, même article de son budget;
1,000,000 pour l’achat de chevaux d’artillerie à distribuer par le ministre de la guerre;
1,200,000 francs à la disposition du ministre Dejean pour capotes et souliers;
1,200,000 francs à la disposition de Dejean pour la remonte de la cavalerie.
La caisse d’amortissement pourra verser les deux autres cent mille francs.
Ces fonds n’entrant point dans le service, ni dans la distribution du mois, doivent être entièrement payés avant le 20 fructidor en argent, car la confection de tout est retardée. Je dis en argent, puisque la caisse d’amortissement payera de l’argent pour cet objet.
Pour porter la solde de l’armée jusqu’au 1er brumaire, il paraît qu’il ne faudra pas loin de quatre millions; et il faut me trouver ces fonds extraordinaires, qui doivent être comptés en espèces sonnantes au payeur de Strasbourg, au ler vendémiaire, pour le transport, les charrois et les besoins extraordinaires de l’armée; et encore ces quatre millions ne seront qu’une avance, vu qu’ils pourront être imputés sur le service de l’administration de la guerre pour vendémiaire et brumaire. Ainsi je ferai la guerre du continent sans demander aucun fonds extraordinaire au trésor public et déranger en rien la marche de mon budget.
Il faut également organiser votre payeur comme doit l’être un payeur d’armée. Il va faire un mouvement et suivra le quartier général; il ne peut le faire sans fourgons pour son trésor et sans voitures pour ses papiers; et comme mon intention est d’avoir toujours dans mon trésor deux millions en argent, ne serait-ce que pour ma propre dignité vis-à-vis des peuples d’Allemagne, vous lui ferez donner des caissons pour de l’argent et non de l’or.
J’imagine que vous avez suivi la route que vous a prescrite le ministre de la guerre. Mon intention n’était pas que mes troupes partissent en six jours, mais ensemble. Du reste, je serai content si vous avez suivi les ordres du ministre de la guerre; sinon, non. Je n’approuve point les dispositions que vous avez faites pour la compagnie d’artillerie légère italienne : croyez-vous donc que je vais sur les bords du Rhin pour m’amuser à y passer l’hiver ?
J’ai renvoyé vos états au ministre de la guerre pour qu’il me présente un projet de décret. Faites faire toujours les caissons, et que tout soit prêt à la fin du mois. .
Il est nécessaire que les généraux commandant des corps de ma Garde aient leurs aides de camp, tels que le général Ordener, Soulès.
Il est dû quelque chose par la marine aux officiers d’infanterie pour les mois de thermidor et fructidor an XII; on me dit que cela ne monte qu’à 60,000 francs. Comme ils vont à la guerre, ils ont un grand regret de laisser cela derrière eux. Faites-les payer dans la journée de demain , sans quoi, j’en serai ennuyé dans toutes les revues que j’en passerai. Faites verser la somme chez le payeur de l’armée et déposez-y le bordereau.
Mon Cousin, je suis encore à Boulogne. Je compte en partir dans deux jours. La Grande Armée est en pleine marche; elle sera toute rendue sur le Rhin au ler vendémiaire. J’occuperai l’ennemi de manière qu’il n’aura pas de temps à perdre à vous chicaner en Italie. Je n’ai pas besoin de vous répéter que cela est pour vous seul. Vous devez dire que je fais marcher quelques troupes de mon armée des côtes, mais seulement 30,000 hommes. Du reste, que votre langage soit pacifique et modéré; c’est dans ce sens qu’il faut faire expliquer les journaux de Milan.
Ma Garde italienne part pour l’armée avec le reste de ma Garde. Je laisse les trois corps italiens qui sont à Calais, pour garder mon camp de Boulogne, avec un bon corps français. J’imagine qu’à l’heure qu’il est vous vous serez mis en route pour votre tournée. Pressez l’approvisionnement de la place de Mantoue. J’en ai donné le commandement au général Miollis, et j’y envoie le général Campredon pour commander le génie, et un bon officier pour commander l’artillerie. Allez de l’avant et faites approvisionner Mantoue de manière qu’il puisse se défendre un an. Envoyez, sans faire semblant de rien, quelqu’un pour savoir si l’on travaille à la citadelle de Plaisance, que j’ai ordonné de mettre en état de défense. Faites-moi connaître quand il arrivera des mortiers de Pavie, et s’il en est venu de Turin. Toutes les troupes du Piémont et de Gênes doivent à l’heure qu’il est être en route pour se rendre à Brescia. Plusieurs régiments filent par le Simplon.
Il est constant aujourd’hui que nos escadres ont battu les Anglais. Si elles n’ont pas fait tout ce que je voulais, je n’ai pas lieu d’être trop mécontent. Quand j’aurai donné une leçon à l’Autriche, je reviendrai à mes projets. Je sens que vous devez regretter de ne pas vous trouver à la guerre; mais soyez sans inquiétude : aussitôt que cela sera possible et que l’Italie ne sera plus menacée, je vous y appellerai. Aujourd’hui vous sentez que cela ne serait pas convenable.
Mon intention est que la Gazette de France cesse à compter d’aujourd’hui de courir. Donnez des ordres pour qu’elle soit arrêté à la poste et ce jusqu’au 1er vendémiaire. 23 septembre)

References: ART. 2

ART. 3

ART. 4

ART. 5

ART. 6

ART. 7

ART. 8

ART. 9

ART. 10

ART. 11

ART. 12

ART. 13

ART. 14

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