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Par argien dans Accueil le 23 Mai 2017 à 18:26
A.S. 2017-05-23
§1 La trame du cycle pottérien oppose Harry Potter, aidé de ses amis, à Voldemort; la logique fonctionnelle veut que ce groupe combattant soit de seconde fonction, donc Gryffondor; mais comme il faut que ce groupe représente l’ordre F1+2+3 on aboutit à une répartition fonctionnelle à l’intérieur du groupe lui-même. Cet effet gigogne, on le sait, se rencontre aussi dans le Mahâbhârata, où les frères Pandavas, tous kshatriyas (guerriers), donc de seconde fonction (F2), expriment en même temps différenciellement les fonctions F1, F2 et F3 (Dumézil, ME1: 53-102). Si l’on met à part Harry Potter, héros royal synthétique, le groupe protagoniste inclut Ron Weasley, personnage F2 tout à fait typique, mais aussi Hermione Granger, intelligente, érudite, sérieuse et sage, qui par là aurait pu se faire assigner à Serdaigle; un terme F1donc..
A ce trio se joint souvent le jeune Neville Londubat (en v.o. Longbottom). C’est un personnage sérieux, humble, serviable, docile, plein d’admiration pour les exploits des héros, mais timide et craintif. On voit là le rôle qui peut être attribué à un personnage F3 dans un récit d’aventures héroïques. Cette fonctionnalité est confirmée par la matière préférée de Neville, la botanique (magique), en v.o. herbology. On sait le lien en mythologie indo-européenne de la troisième fonction et des plantes ; lien confirmé d’ailleurs, dans le récit pottérien même, par le fait que la Directrice de la Maison Poufsouffle, de troisième fonction, Pomona Chourave (en v.o. Pomona Sprout), enseigne justement la botanique (magique).[1]
Neville est catastrophiquement maladroit, ce qui est une des façons possibles de marquer l’inadéquation de F3 au rôle héroïque.
Neville se révèlera pourtant un héros, bien sûr, c’est un Gryffondor et le Choixpeau magique ne saurait se tromper: son peu de compétence dans le combat magique ne l’empêchera pas de sauver Harry Potter à la fin de l’Ordre du Phénix (OP: 899-900; chap. 35), et, au dénouement du cycle, il tranchera la tête de l’atroce serpent Nagini, sorte de double animal de Voldemort (RM: 783; chap. 36).
Le groupe des amis d’Harry forme donc, jusqu’à l’Ordre du Phénix, une structure trifonctionnelle :
· Harry Potter, terme royal, synthétique
· Hermione Granger, terme de première fonction (F1)
· Ron Weasley, terme de seconde fonction (F2)
· Neville Londubat, terme de troisième fonction (F3).
Mais dans l’Ordre du phénix un cinquième personnage s’adjoint au groupe, la marginale Luna Lovegood, dont on peut considérer qu’elle « hérite » d’une partie du domaine aryamanique de la mythologie indo-européenne. Nous avons dans La Quatrième Fonction, chapitre XVII, caractérisé un complexe idéologique panico-aryamanique regroupant ce qui est lié à l’échange, à la communication et au mouvement; avec un pôle proprement aryamanique dont sont proches l’intelligence créative et/ou impulsive, l’esprit critique, l’inventivité technique, et la communication, y compris avec l’Autre Monde. Dans la mythologie grecque on aura ici les figures d’Hermès et de Prométhée.
§2 Qu’en est-il, dans le monde d’Harry Potter, de ce qui constituait chez les Indo-Européens le domaine aryamanique ?
L’inventivité technique n’est pas rejetée, le personnage d’Arthur Weasley est sympathique. Simplement ses dangers sont reconnus : la « voiture volante », fruit du bricolage d’Arthur Weasley, qui joue un rôle important dans la Chambre des Secrets, manque de tuer Harry Potter et Ron Weasley. La leçon implicite est que le progrès technique doit être maîtrisé. C’est la même leçon que pour le capitalisme entrepreneurial, incarné par les jumeaux Weasley. Il n’y a pas identification entre les deux phénomènes, mais ils sont considérés de la même façon, comme des aspects de l’esprit explorateur et aventureux de l’homme, et pour cela rattachés tous deux à la famille Weasley, la famille Gryffondor type, représentant la seconde fonction.
L’intelligence critique, comme on pouvait s’y attendre chez une disciple des Lumières, est chez Rowling inséparable de l’ordre sous son aspect intellectuel et moral, incarné dans le groupe des amis d’Harry Potter par le terme F1 de ce groupe, Hermione Granger. On remarque que si le texte attribue à la jeune fille bien des défauts typiques de l’intellectuel selon les Lumières, il ne lui impute aucun des traits péjoratifs dont la pensée conservatrice affuble volontiers l’intellectuel critique : le ressentiment, l’envie, la bassesse. Hermione n’est d’aucune façon une contestataire à la Gollum.[2]
Le domaine aryamanique de la haute antiquité indo-européenne relevait de la quatrième fonction. Chez Rowling de grands secteurs sont rattachés à F1 et F2. Reste pourtant une partie qui n’est pas intégrable aux fonctions d’ordre, et qui est représentée par Luna Lovegood et son père.
Ces personnages correspondent à une communication qui, en bien ou en mal, échappe à tout "ordre", que ce soit. D’abord en référence au journal du père, Xénophilius Lovegood, le Chicaneur : on y trouve n’importe quoi, rumeurs, informations fantaisistes, calomnies délirantes, bobards ; mais c’est pourtant ce journal, finalement, qui révèle la vérité sur le retour de Voldemort (OP: 650 ; chap. 26). Ensuite Luna Lovegood elle-même relève du non-ordre communicationnel par plusieurs de ses aspects, que ce soit par sa foi en des « informations » qu’Hermione nous dit être des élucubrations, par ses propos loufoques, mais aussi par son « talent pour dire des vérités gênantes » (PSM: 346 ; chap. 15).
§3 En fait, si l’on considère la série que constitue le groupe des compagnons d’Harry Potter, on constate que Luna Lovegood, en s’agrégeant à ce groupe, lui donne une structure quadrifonctionnelle :
· Harry Potter – terme synthétique (royal)
· Hermione Granger – F1
· Ron Weasley – F2
· Neville Londubat – F3
· Luna Lovegood – F4.
Luna est mentalement un peu « bizarre » (« lunatic », diraient les Anglais, d’où son prénom), tenue à l’écart par ses camarades d’école, cible de méchantes plaisanteries; c’est un membre tardif du groupe des amis d’Harry, et un membre « hétérogène » d’ailleurs puisque n’appartenant pas à Gryffondor ; bref, c’est un personnage marginal, ce qui convient au terme F4 d’une série indo-européenne.
§4 Chez Rowling le domaine aryamanique s’est réduit, en termes sociaux, à la partie « désordonnée » de la communication, domaine ambigu, qu’on ne peut rejeter purement et simplement, car dans ce n’importe quoi peuvent trouver place des vérités que l’Etablissement veut étouffer.
Ce domaine est représenté dans le mythe pottérien par Le Chicaneur, le journal de Xénophilus Lovegood, le père de Luna, et dont celle-ci est tout à fait solidaire.
Ce journal nous est présenté dans l’épisode où Harry en lit pour la première fois un exemplaire (OP, p 219-220, chap. 10). Harry a lu d’abord un article aberrant sur Sirius Black.
« Lorsqu'il eut achevé sa lecture, Harry contempla la page d'un air incrédule. Il s'agissait peut-être d'une plaisanterie, pensa-t-il, peut-être était-ce un magazine spécialisé dans le canular. Il revint quelques pages en arrière et trouva l'article consacré à Fudge.
Cornélius Fudge, le ministre de la Magie, a démenti avoir eu le projet de prendre la direction de Gringotts, la banque des sorciers, lorsqu'il a été élu à son poste, il y a maintenant cinq ans. Fudge a toujours répété qu'il souhaitait simplement « coopérer pacifiquement » avec les gardiens de notre or.
Des sources proches du ministre ont récemment révélé que la plus chère ambition de Fudge serait de s'assurer le contrôle des réserves d'or des gobelins et qu'il n'hésiterait pas pour cela à employer la force si nécessaire.
«D'ailleurs, ce ne serait pas la première fois, déclare un membre du ministère. Les amis de Cornélius Fudge l'ont surnommé l'Éventreur de gobelins. Si vous entendiez ce qu'il dit lorsqu'il se croit à l'abri des oreilles indiscrètes ! Il ne cesse de parler des gobelins qu'il a tués de toutes les manières possibles : il les a noyés, jetés du haut d’un immeuble, empoisonnés, il en a même fait du pâté en croûte... »
Harry n'alla pas plus loin. Fudge avait sans doute beaucoup de défauts mais il n'arrivait pas à l'imaginer donnant l'ordre de faire un pâté de gobelin. Il feuilleta le reste du magazine et découvrit divers articles : une accusation selon laquelle les Tornades de Tutshill étaient en train de gagner le championnat de Quidditch en combinant chantage, sabotage de balais et actes de barbarie.
Une interview d'un sorcier qui prétendait avoir volé jusqu'à la lune sur un Brossdur 6 et en avoir rapporté un sac de grenouilles lunaires pour le prouver. […] En fait, comparée au reste des articles, la suggestion selon laquelle Sirius serait le chanteur du groupe Croque-Mitaines paraissait tout à fait raisonnable. »
Ce domaine de la communication complètement désordonnée, il est difficile de ne pas penser qu’il renvoie, dans notre monde, à Internet.
On retrouve alors dans le groupe des amis d’Harry Potter la relation préhistorique entre première fonction et quatrième fonction aryamanique, mais avec un sens bien différent : il ne s’agit plus de la communication/médiation aidant à la conciliation, mais de la communication Internet permettant de tourner les médias de l’Etablissement.
Le mythe pottérien renvoie ici à un phénomène remarquable à l’orée du 21ème siècle, l’opposition des médias et d’Internet, avec deux exercices très différents du pouvoir : la mise en ordre orientée des informations contre le n’importe quoi : cette opposition se prête bien à une interprétation ordre/non-ordre selon la grille fonctionnelle indo-européenne. [3]
§5 Luna Lovegood est dans le groupe des amis d’Harry Potter la seule personne à ne pas être membre de Gryffondor. C’est une autre marque de sa marginalité. Que ce soit une élève, psychiquement « bizarre », de la maison Serdaigle, la maison de la première fonction et notamment de l’intellectualité, semble signifier que la communication désordonnée trouve sa valeur comme une auxiliaire de la pensée.
§6 Un autre point, spécifiquement épistémologique, est à considérer.
Un des éléments majeurs de la tradition rationaliste issue des Lumières est la position critique envers le témoignage (A propos de la critique du témoignage dans la pensée des Lumières, voir la revue Dix-huitième siècle, n° 39, 2007/1). Si celui-ci n'est pas encadré par une méthodologie contraignante et pertinente, sa force probante est très faible, et la quantité ne fait rien à l'affaire: les superstitions les plus bizarres, les croyances les plus aberrantes peuvent se réclamer de témoignages accumulés. Le niveau d'instruction générale ou les capacités intellectuelles ne sont d'ailleurs pas en l'espèce des paramètres décisifs. D'éminents savants se sont laissé tromper lors d'expériences « parapsychiques »: c'est la compétence d'un illusionniste qui sera alors pertinente par rapport aux trucages, pas celle d'un physicien. Le statut moral n'est pas non plus décisif: le témoignage d'une victime, d'un héros ou d’un saint ne doit pas échapper à la critique. D’autant que le témoignage faux peut relever de phénomènes psychiques bien différents du mensonge froid.
La psychologie expérimentale a par ailleurs confirmé dans son domaine d'étude la légitimité de la méfiance envers le témoignage.
Cela ne l’a nullement empêché de prendre une place privilégiée dans le paysage idéo-médiatique contemporain. Il y a eu sans doute le poids culturel du monde anglo-saxon, dont le système judiciaire donne un rôle central au témoignage[4]. Les campagnes dénonçant les abus sexuels ont contribué à l'exalter. « On doit attribuer aux témoignages des enfants autant de crédibilité qu'à ceux des adultes », a déclaré naguère en substance une importante personnalité politique française, et bien sûr il s'agissait dans son esprit d'égaliser les crédibilités à un haut niveau, par principe.
Plus profondément, la sphère médiatique donne presque inévitablement une place considérable au témoignage : d’une part il constitue une matière première directement utilisable avec un fort rendement émotionnel, d’autre part c’est un instrument de pouvoir dans le contexte communicationnel contemporain : un témoignage peut être biaisé ou complétement faux, mais les médias qui le citent ne peuvent être accusé d’émettre une contre-vérité - ils disent la vérité sur le témoignage.
Le conflit entre le rationalisme et la foi dans le témoignage est mis en scène par Rowling dans la « prise de bec » entre Hermione et Luna, à propos des supposés Héliopathes (OP:392 ; chap. 16) :
« − C’est quoi, des Héliopathes ? demanda Neville, intrigué.
− Ce sont des esprits du feu, répondit Luna, dont les yeux exorbités s’arrondirent en lui donnant l’air plus fou que jamais, de grandes créatures enflammées qui galopent droit devant elles en brûlant tout sur leur passage …
− Ces créatures n’existent pas, Neville, affirma Hermione d’un ton acerbe.
− Si, elles existent ! protesta Luna avec colère.
− Je suis navrée, mais as-tu la preuve de leur existence ? demanda Hermione.
− Il y a plein de témoignages. Tu es tellement bornée qu’il faut toujours tout te mettre sous le nez pour que tu y croies …. »
§7 L’ARYAMAN indo-européen présidait aux communications avec les Autres Mondes, avec le monde des dieux (le Prométhée grec institue les sacrifices selon Hésiode, Théogonie, v 535-560), avec le monde des morts (Aryaman en Inde, Hermès en Grèce). On ne s’étonne donc pas que le personnage aryamanique du mythe pottérien, Luna Lovegood, soit présent et moralement agissant au moment où le héros protagoniste, Harry Potter, va affronter la mort comme problème existentiel, à l’occasion de la disparition de son parrain Sirius Black. Au chapitre 34 de l’Ordre du Phénix, Harry et ses compagnons, explorant le Département des Mystères, entrent dans une pièce particulièrement étrange (OP:867-9), avec au centre
« un socle de pierre sur lequel reposait une arcade, également en pierre, qui paraissait si antique, lézardée, croulante, que Harry fut étonné qu'elle puisse encore tenir debout. Isolée, sans aucun mur pour la soutenir, elle encadrait un rideau noir en lambeaux, ou plutôt un voile qui, malgré la totale immobilité de l'air, ondulait très légèrement, comme si quelqu'un venait de l’effleurer.
− Qui est là ? C'est toi, Sirius? demanda Harry [.. ] Personne ne répondit mais le voile continua de bouger.
− Attention! murmura Hermione.
[.. ]. L’écho [des pas d’Harry] résonna bruyamment lorsqu'il s'approcha du socle. [.. ] Le voile se balançait doucement comme si quelqu'un venait de le traverser.
− Sirius? appela à nouveau Harry, en parlant moins fort, maintenant qu'il était tout près.
Il avait l'impression très étrange que quelqu'un se tenait der­rière le voile, de l'autre côté de l'arcade. […]
− Allons-nous-en, dit Hermione qui était descendue jusqu’au milieu des gradins. Il y a quelque chose de bizarre, ici, viens, Harry, partons.[…] Il venait d'entendre quelque chose. Un faible murmure s’élevait derrière le voile.
− Qu'est-ce que tu dis? demanda-t-il à haute voix.
Ses paroles se répercutèrent en écho sur les gradins de pierre.
− Personne n'a rien dit, Harry ! répondit Hermione qui s'était rapprochée.
− On entend murmurer quelqu'un derrière ce rideau, assura-t-il en s'éloignant d'elle. […].
− Moi aussi, je les entends, dit Luna dans un souffle.
Elle les rejoignit à côté de l'arcade et contempla le voile qui ondulait toujours.
− Il y a des gens, là-dedans!
− Qu'est-ce que tu veux dire par là-dedans? Interrogea Hermione en sautant de la dernière marche.
Elle paraissait beaucoup plus en colère que ne le justifiaient les circonstances.
− Il n'y a pas de là-dedans, c'est une simple arcade. Elle n'est pas assez grande pour y mettre quelqu'un. Harry, arrête ça, sortons d'ici...
Elle lui saisit le bras et voulut l'entraîner mais il résista. »
Comme le souligne Ken Jacobsen (Vision : §3.11), l’arcade est un évident symbole de la Mort, et c’est de l’existence au-delà de la Mort, ou plus généralement du sens de la Mort, qu’il s’agit. Hermione refuse de s’y intéresser, trouve tout intérêt à ce sujet oiseux ou dangereux. Harry, le héros royal, synthétique, soit d’un certain point de vue l’homme tout court, hésite. Face à au rationalisme étroit d’Hermione, Luna représente le point de vue antagonique. « La scène, commente Ken Jacobsen, est un affrontement structuré de très belle façon entre les points de vue religieux et profane ».
Certes, le lecteur a vu les deux jeunes filles s’opposer intellectuellement en bien des occasions, et a pris l’habitude de faire confiance au savoir et à l’intelligence d’Hermione, la Raison incarnée, plutôt qu’aux divagations de Luna. Pourtant il est clair que Rowling, en l’occurrence, pousse le lecteur à s’interroger - en insistant, par exemple, sur le malaise d’Hermione. Nous avons cité la « prise de bec » entre les deux jeunes filles dans le pub « A la tête de sanglier », à propos des supposés Héliopathes (OP: 392). Dans ce passage c’est Luna qui se met en colère, qui apparaît donc déstabilisée, tandis que dans l’épisode de l’arcade mystérieuse on voit Hermione « beaucoup plus en colère que ne le justifiaient les circonstances ».
Il y a peut-être des domaines où la raison humaine trouve ses limites, où l’ « intuition » et une sorte de « foi » doivent prendre le relais; où, sans céder à la déraison, nous devons nous remettre à une pensée plus « ouverte ». C’est ce qu’exprime le personnage de Luna, appartenant à Serdaigle, la maison de première fonction (de la pensée), mais constituant le terme de quatrième fonction de la série des amis d’Harry Potter ; une position qui a ici un sens d’ « ouverture » par rapport à un ordre mental qui se recroquevillerait sur le « positif » .
§8 On ne peut qu'approuver l'analyse d'Antosha (Luna’s Place). Elle observe que Luna, c’est « Hermione dans le miroir ». Même physiquement: la blonde s’oppose à la brune. Les deux jeunes filles sont « cérébrales », mais pensent selon des modes différents. Luna « incarne tout ce qui manque à Hermione : l’intuition et la foi. Non pas la Foi avec un F majuscule [l’œuvre de Rowling ne prêche pas pour une religion], mais la foi, avec un f minuscule, dans la possibilité d’un monde fonctionnant selon des lois qui dépassent les limites des simples physique, chimie et biologie ».
§9 Luna incarne, plus largement, l’ouverture aux préoccupations métaphysiques, et si le personnage tel qu’il est décrit amène à se défier de la divagation, il ne pousse pas réellement à un rejet de cette ouverture. Si Rowling se rattache aux Lumières, ce n’est pas à des Lumières voltairiennes ou holbachiques.
§10 Luna est certes, plus qu’à son tour, ridicule. Mais, en même temps, sa (sous-) créatrice prend soin de nous montrer que son intuition peut être puissante : dans les Reliques de la Mort, Luna reconnaît Harry, pour « son expression » (RM:154 ; chap. 8), alors même que celui-ci, grâce au Polynectar, a pris l’aspect d’un « jeune Moldu aux cheveux roux qui habitait le village voisin ». Luna a ainsi le pouvoir de discerner des réalités profondes, non accessibles au fonctionnement ordinaire de l’esprit humain.
§11 Que la foi par opposition à une sagesse purement humaine soit assignée à la quatrième fonction peut se retrouver en divers contextes, où la foi et l’inspiration seront F4 comme extérieures à un ordre purement humain, comme communications avec l’Ailleurs. Chez Rowling cela s'accorde à la conception des Lumières selon laquelle l'ordre se fonde sur des universaux, comme la raison; l'intuition et la foi, étant a-rationnelles, relèvent alors du non-ordre. Mais la foi chez Rowling fait partie de F4 interne, puisque Luna est membre du groupe des amis d’Harry Potter. Cela signale que Rowling relève d’une variante ouverte des Lumières, acceptant la foi et l’intuition comme compléments, hasardeux mais nécessaires, de la raison.
§12 Pour les Lumières du dix-huitième siècle la démarcation entre le domaine de la raison et celui de la foi (de l’intuition, du sentiment, du cœur …) ne place pas forcément dans le second la question de l’ « existence de Dieu ». Beaucoup d’esprits « éclairés » intègrent alors leur croyance en Dieu dans un système rationnel : d’une part ils considèrent que les aspects ordonnés du monde, et notamment les merveilles d’organisation fonctionnelle des êtres vivants, constituent une preuve raisonnable de l’existence d’une intelligence organisatrice ; d’autre part ils estiment que la morale exige une croyance en un Dieu « rémunérateur et vengeur » (l’exige intellectuellement pour que soient compensées ultimement les injustices de ce monde, l’exige socialement pour que les méchants soient réfrénés par la crainte de sanctions en un autre monde). Au-delà des croyances particulières des juifs, des mazdéens, des chrétiens, des musulmans, appuyées sur l’autorité et la tradition (ou de celles des païens anciens, qui adoraient en Jupiter un dieu suprême), il y a une croyance fondamentale en une divinité personnelle (un Dieu doté d’intelligence et de volonté) qui peut s’appuyer sur un discours rationnel.
Deux siècles après, ces fondements du « théisme rationnel » ont perdu toute solidité.
Le contact avec l’Asie Orientale a appris aux Occidentaux que le monothéisme n’était pas universel, fût-ce comme virtualité; que les brillantes civilisations et les immenses masses humaines relevant de l’hindouisme et du bouddhisme n’avaient pas eu besoin de supposer un Dieu suprême créateur, organisateur et justicier, et qu’il ne s’agissait certes pas d’une exigence absolue de l’intellect humain.
La géographie a aussi enseigné que le respect des normes éthiques couramment reconnues dans notre monde était très peu corrélé à l’option métaphysique dominante: dans les sociétés de l’aire atlantique il n’apparaît pas de corrélation entre la puissance de la croyance en un Dieu qui a commandé « Tu ne tueras pas » et la fréquence du meurtre.
L’histoire contemporaine ne nous montre pas davantage de lien entre les crimes de masse commis par les sectes totalitaires et leur position métaphysique, n’en déplaise à ceux qui pointent le matérialisme des communistes et l’anti-christianisme des nazis – qui d’ailleurs n’était pas un anti-théisme. Les communistes roumains étaient-ils pires que leurs ennemis, les totalitaires férocement antisémites de la Garde de Fer, qui se réclamaient hautement du christianisme et s’appelaient eux-mêmes la Légion de l’Archange Michel ? ceux-ci étaient chrétiens orthodoxes, mais les fascistes croates, les Oustachis, étaient catholiques romains. Le protestantisme allemand n’a certes pas été immunisé contre le nazisme – jusqu’à donner les « Chrétiens Allemands ». Les sectaires assassins d’Al-Qaïda ou de Daesh sont des musulmans sunnites dévots. Etc …
Quant à la preuve de l’existence de Dieu par la nature, elle a été battue en brèche par le darwinisme: le jeu du hasard et de la sélection naturelle peut fournir une explication à l’adaptation des organismes vivants, sans faire appel à une transcendance organisatrice. Le hasard et la nécessité suffisent. Darwin ne démontre certes rien contre Dieu, mais il permet à la raison de s’en passer.
Le théisme rationnel a perdu ses fondements. Il en résulte qu’à l’époque contemporaine pour les esprits se rattachant aux Lumières, Dieu ne peut relever que du domaine de la foi et de l’intuition – la question cruciale étant alors de savoir si on reconnaît une légitimité à ce domaine. C’est une réponse positive que Rowling propose, subtilement, à cette question de légitimité.
§13 La pensée de Rowling est un étrange surgeon des Lumières dans le monde contemporain. Il est curieux que pour cela le discours de l’écrivaine s’appuie sur une structure quadrifonctionnelle venue de la plus haute antiquité indo-européenne. Car avec l’adjonction de Luna, l’ensemble des amis d’Harry Potter constitue une belle série quadrifonctionnelle.
Nous avons vu que les Maisons de Poudlard constituaient également une série quadrifonctionnelle. Mais il faut noter qu’il n’y a pas correspondance: la marginalité de Serpentard parmi les Maisons est éthique, la marginalité de Luna parmi les amis d’Harry est intellectuelle.
LE CYCLE D’HARRY POTTER par J. K. ROWLING
ES Harry Potter à l’école des sorciers , cité dans la réédition 2000, Gallimard
CS Harry Potter et la Chambre des Secrets, cité dans la réédition 2000, Gallimard
PA Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, cité dans la réédition 2000, Gallimard
CF Harry Potter et la Coupe de Feu, 2000, Gallimard
OP Harry Potter et l’Ordre du Phénix, 2003, Gallimard
PSM Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, 2005, Gallimard
RM Harry Potter et les Reliques de la Mort, 2007, Gallimard
Luna’s Place Luna’s Place in the Expanding Circle of Friends
2004 ; sur INTERNET, Harry Potter Lexicon, Essays
ME1 Mythe et Epopée I 1986 (1ère ed. 1968)
JACOBSEN (Ken)
Vision « Harry Potter and the Secular City: The Dialectical Religious Vision of J.K. Rowling »
Animus , vol 9, 2004
SAUZEAU (Pierre & André)
QFAMI La Quatrième Fonction. Altérité et marginalité dans l'idéologie des Indo-Européens Paris, Belles-Lettres, 2012
[1] Son nom l’y prédisposait. Sprout, c’est en anglais la pousse, ou le chou de Bruxelles, et Pomona
est la déesse romaine des fruits. Les noms chez Rowling sont volontiers prédictifs, ce dont certains
critiques se sont indignés au nom de la vraisemblance …
[2] Il n’y a qu’un seul domaine où Hermione puisse être accusée de quelque jalousie ou ressentiment, c’est lorsqu’il s’agit de beauté féminine et d’attractivité érotique, et cela n’est pas présenté comme relevant de son esprit critique ; plutôt de la perturbation de la raison critique par de trop fortes préoccupations personnelles.
[3] L’opposition médias / Internet a pris récemment dans les sociétés nord-atlantiques une corrélation politique : les « médias au service des élites » contre « Internet, ses "fake news" et son complotisme, au service des populismes ». Mais les romans pottériens sont antérieurs à cette nouvelle grille politique, et ne peuvent être interprétés à travers elle. Plus généralement, toute appréciation de la position du mythe pottérien par rapport au « « problème politique » doit tenir compte de ce qu’il a été écrit de 1997 à 2007, soit dans le créneau qui a séparé l’époque où la démocratie représentative affrontait des adversaires qui en contestaient le principe (fin symbolique avec la chute du mur de Berlin en 1989) et celle où elle a affaire à des « populismes » qui attaquent son authenticité.
[4] La série télévisée Les experts et ses dérivés ont peut-être dû leur succès à ce qu'elles s'inscrivaient en sens opposé au rôle prédominant du témoignage humain. Politiquement, on remarque que les analyses ADN qui ont mis en évidence des erreurs judiciaires multiples (et en auraient décelé encore davantage si tous les échantillons pertinents avaient été conservés) ont finalement eu aux Etats-Unis un effet idéologique limité. La confiance dans le système judiciaire en vigueur et dans l’hégémonie du témoignage ne semble pas avoir été sérieusement ébranlée (et l’argument contre la peine capitale tirée de son irréversibilité ne semble pas avoir tiré grand profit des multiples erreurs avérées).
Noter que la foi dans le témoignage n’est pas le seul facteur épistémologique des erreurs judiciaires mises en évidence. On doit ajouter les raisonnements statistiques erronés et l’utilisation abusive de pseudo-sciences.
Par argien dans Accueil le 23 Mai 2017 à 17:55
Titres à commander selon Platon. 2017-05-23 A.S.
§0 Extrait de Platon, Lois, livre III, texte grec.
[689e] […]
Ἄρχοντας δὲ δὴ καὶ ἀρχομένους ἀναγκαῖον ἐν ταῖς πόλεσιν εἶναί που.
Εἶεν· ἀξιώματα δὲ δὴ τοῦ τε ἄρχειν καὶ ἄρχεσθαι ποῖά ἐστι καὶ πόσα, ἔν τε πόλεσιν μεγάλαις καὶ σμικραῖς ἔν τε οἰκίαις ὡσαύτως; Ἆρ' οὐχὶ ἓν μὲν τό τε πατρὸς καὶ μητρός; Καὶ ὅλως γονέας ἐκγόνων ἄρχειν ἀξίωμα ὀρθὸν πανταχοῦ ἂν εἴη;
Τούτῳ δέ γε ἑπόμενον γενναίους ἀγεννῶν ἄρχειν· καὶ τρίτον ἔτι τούτοις συνέπεται τὸ πρεσβυτέρους μὲν ἄρχειν δεῖν, νεωτέρους δὲ ἄρχεσθαι.
Τέταρτον δ' αὖ δούλους μὲν ἄρχεσθαι, δεσπότας δὲ ἄρχειν.
Πέμπτον γε οἶμαι τὸ κρείττονα μὲν ἄρχειν, τὸν ἥττω δὲ ἄρχεσθαι.
Μάλα γε ἀναγκαῖον ἀρχὴν εἴρηκας.
Καὶ πλείστην γε ἐν σύμπασιν τοῖς ζῴοις οὖσαν καὶ κατὰ φύσιν, ὡς ὁ Θηβαῖος ἔφη ποτὲ Πίνδαρος. Τὸ δὲ μέγιστον, ὡς ἔοικεν, ἀξίωμα ἕκτον ἂν γίγνοιτο, ἕπεσθαι μὲν τὸν ἀνεπιστήμονα κελεῦον, τὸν δὲ φρονοῦντα ἡγεῖσθαί τε καὶ
ἄρχειν. Καίτοι τοῦτό γε, ὦ Πίνδαρε σοφώτατε, σχεδὸν οὐκ ἂν παρὰ φύσιν ἔγωγε φαίην γίγνεσθαι, κατὰ φύσιν δέ, τὴν τοῦ νόμου ἑκόντων ἀρχὴν ἀλλ' οὐ βίαιον πεφυκυῖαν.
Θεοφιλῆ δέ γε καὶ εὐτυχῆ τινα λέγοντες ἑβδόμην ἀρχήν, εἰς κλῆρόν τινα προάγομεν, καὶ λαχόντα μὲν ἄρχειν, δυσκληροῦντα δὲ ἀπιόντα ἄρχεσθαι τὸ δικαιότατον εἶναί φαμεν.
“Ὁρᾷς δή,” φαῖμεν ἄν, “ὦ νομοθέτα,” πρός τινα παίζοντες τῶν ἐπὶ νόμων θέσιν ἰόντων ῥᾳδίως, “ὅσα ἐστὶ πρὸς ἄρχοντας ἀξιώματα, καὶ ὅτι πεφυκότα πρὸς ἄλληλα ἐναντίως; Νῦν γὰρ δὴ στάσεων πηγήν τινα ἀνηυρήκαμεν ἡμεῖς, ἣν δεῖ σε θεραπεύειν.
§1 Traduction française.
(L. Brisson, J-F Pradeau, GF/Flammarion, 2006)
L'ÉTRANGER D 'ATHÈNES
Oui, mais dans les cités, il y a nécessairement des gens qui commandent et des gens qui sont commandés.
Et comment en irait-il autrement?
L'ÉTRANGER D'ATHÈNES
[690a] Bien! Mais quels sont et combien sont les titres d'autorité qui permettent à ceux gui commandent de maintenir d'autres personnes sous leur commandement, soit dans de grandes ou de petites cités, soit dans de grandes ou petites maisons? L'un de ces titres n'est-il pas celui de père et de mère? Et, en général, le fait d'être géniteur ne serait- il pas un juste titre d'autorité partout reconnu?
Oui, et, tout de suite après celui-là, vient le titre à commander de ceux qui sont de noble naissance à l'égard de ceux qui sont de basse extraction. Selon un troisième, qui vient après les précédents, il revient à ceux qui sont plus âgés de commander et à ceux qui sont plus jeunes d'être commandés.
CLlNIAS·
[690b] Suivant un quatrième encore, il revient aux esclaves d'étre commandés et aux maîtres de commander.
CLlNIAS
Suivant un cinquième, j'imagine, il revient au plus fort de commander et au plus faible d'être commandé.
Tu viens de mentionner une autorité particulièrement inéluctable.
L'ÉTRANGER D' ATHÈNES
Oui, et qui plus est, c'est celle qui prévaut chez tous les êtres vivants et qui est conforme à la nature, comme jadis le déclara Pindare de Thèbes. Mais, me semble-t-il bien, le titre le plus important est le sixième, celui qui enjoint à celui qui est dépourvu de savoir de suivre, et à l'homme réfléchi de diriger et [690c] de commander. À coup sûr, très savant Pindare, je ne suis pas prêt à dire que ce titre est contre-nature; au contraire je soutiendrais même qu' est conforme à la nature l'autorité que la loi exerce naturellement sur des gens qui s'y soumettent de leur gré et non sous la contrainte.
Oui, et en mentionnant une septième forme d'autorité qui résulte de la faveur des dieux et de l'heureuse fortune, nous faisons intervenir le sort: que celui qu'aura désigné le sort commande et que celui qui se retire non désigné soit commandé; il n'y a rien, disons-nous, de plus juste.
"Tu vois bien, législateur, pourrions-nous dire [690d] en plaisantant à l'un de ceux qui ne voient pas de difficulté à se mettre à instituer des lois, combien il y a de titres à commander, et comment ils s'opposent naturellement les uns aux autres". Oui, nous venons tout juste de découvrir une source de séditions, et il te revient d'y apporter remède.
§ 2 Interprétation politologique
§ 2.1 Les quatre premiers titres mentionnés relèvent de la naissance et/ou de la sphère domestique et peuvent être considérés comme "naturels", sans qu'il y ait besoin de l'expliciter. Platon d'ailleurs mentionne des titres que la démocratie athénienne reconnaît peu ou prou. L'âge: on n’est majeur qu’à dix-huit ans, et il y a un seuil de 30 ans pour pouvoir être magistrat, membre du Conseil, juré dans un jury judiciaire ou législatif. La bonne origine, le peuple athénien s'en attribue une collectivement, et cela le conforte dans son attitude restrictive envers les naturalisations. La domination de l'esclave par le maître, si elle ne joue pas de rôle proprement politique à Athènes (un esclave athénien est un étranger, de toute façon), est un pilier de son droit privé, comme la domination des parents sur les enfants mineurs.
Le discours a des aspects un peu sournois: Platon "oublie" que le père athénien n'a pas de pouvoir sur ses fils majeurs; il n'oublie pas en revanche de mentionner l'autorité familiale de la mère, ce qui met en cause la domination politique par un peuple exclusivement masculin; il mentionne le statut servile, absent dans beaucoup de ses exposés philosophiques, parce qu'ici cela peut mettre en cause l'idéal d'égalité.
§ 2.2 Les titres de la force et du savoir sont déclarés naturels, avec une préférence pour le dernier. L'invocation de Pindare est un peu sournoise, on sait bien que pour Platon la poésie n'a pas d'autorité morale.
§ 2.3 Le dernier titre est surnaturel. On note qu'il est justifié par une référence aux dieux et à la Bonne Fortune (Eutukhê). Or Platon aurait pu se limiter aux dieux, sans citer une entité surnaturelle notoirement capricieuse. Pour les dieux en général, il aurait pu parler d'un choix, incompréhensible pour les mortels, mais fondé peut-être sur des raisons supérieures, plutôt que de la faveur ou l'affection des dieux (theophilê).
On rappelle d'autre part qu'aucune des textes démocrates que nous connaissons ne donne une justification religieuse du tirage au sort; celui-ci y est considéré comme une façon d'assurer l’alternance des citoyens dans les postes d'autorité. Comme le dit Thésée, fondateur mythique de la démocratie athénienne dans les Suppliantes d’Euripide (v 406-407) : δῆμος δ´ ἀνάσσει διαδοχαῖσιν ἐν μέρει ἐνιαυσίαισιν « le peuple règne selon des successions annuelles par alternance ».
Au demeurant les règles institutionnelles dans la démocratie athénienne du quatrième siècle manifestent cette interprétation séculière du tirage au sort politique. L’itération, c’est à dire la réélection (au sens large) à un même poste, était exclue à Athènes au quatrième siècle pour les postes de magistrat (pouvoir exécutif) - sauf pour les postes militaires et financiers (Aristote, Constitution d’Athènes, LXII, §3), qui se trouvaient justement élus par vote. Il était permis de siéger deux fois au Conseil des Cinq Cents, tiré au sort, sans doute pour assurer un vivier suffisant. Deux fois, mais pas plus. Ce refus de l’itération témoigne de l'absence de sens théologique du tirage au sort athénien classique, car si la sélection par le sort était la manifestation de la faveur divine, la répétition de la sélection ne devrait pas faire l'objet d'une réticence, bien au contraire : elle manifesterait qu'on a affaire à un élu des dieux, à qui on devrait confier les plus grandes responsabilités séance tenante.
L’application aux magistrats choisis par le sort (comme aux élus par vote) de l’habilitation (dokimasia), examen probatoire de vertu sociale et attachement à la démocratie, va dans le même sens: rejeter pour personnalité incivique un élu de la divinité relèverait du blasphème.
Bien sûr, on peut toujours penser que quelque idée du tirage au sort comme choix divin avait aidé à un niveau non conscient ou non explicite à favoriser l’usage politique du tirage au sort. Mais Platon évidemment est de mauvaise foi en considérant que c’est la justification de la procédure.
Platon insiste sur le fait que le tirage au sort est le titre le plus juste (dikaiótaton). Propos ironique assurément, reprenant un discours démocratique sur le sort come moyen d'assurer l’alternance égalitaire entre citoyens, mais contraire à la conception platonicienne de la justice, et provocateur dans le cadre d'un discours qui rattache la procédure à la Bonne Fortune.
§ 3 Interprétation selon la grille fonctionnelle indo-européenne.
Les quatre premiers titres relèvent de la naissance et/ou de la sphère domestique. On peut les assigner à la troisième fonction.
Le cinquième titre est la force; on est évidemment dans la seconde fonction.
Le sixième titre est la supériorité du savoir; d'un savoir qui s'agissant de la cité ne peut être celui d'un expert technique, mais d'un sage ou d'un philosophe; on est dans la première fonction.
Le septième titre est le choix par le sort, « qui résulte de la faveur des dieux et de l'heureuse fortune ». Ce titre se distingue des autres, par ce qu'il est le dernier mentionné, et par ce qu'il est le seul qui ne soit pas attribué à la nature, à un ordre naturel. Les quatre premiers le sont implicitement, on n'a pas à le dire tant cela est évident; pour le titre F2 et le titre F1, l'Etranger d'Athènes l'affirme explicitement. Le septième titre est donc à part, il relève, lui, de la surnature; d'une décision surnaturelle dont on ne connait d'ailleurs ni vraiment l'auteur, ni la justification.
Ce titre-là est extérieur à l'ordre humain, il relève de la quatrième fonction.
Ici, comme en bien d’autres cas chez Platon, une analyse philosophique se développe en suivant la structure mythique indo-européenne des fonctions.
Par argien dans Accueil le 20 Novembre 2016 à 18:24
Le Crépuscule des Dieux scandinave, les récits de Platon sur l’Atlantide, la Théogonie grecque opposant Zeus aux Titans ou au monstrueux Typhée, la Geste de Troie, le règlement de comptes à Ithaque selon l’Odyssée, les traditions sur la Révolution romaine, la guerre Lavinienne dans l’Énéide de Virgile, l’histoire mythique des « Conquêtes de l’Irlande », l’immense combat d’Aliscans, la grande épopée indienne du Mahābhārata : tous ces récits, qui sont une part importante du patrimoine culturel de l’Europe et de l’Asie méridionale, relèvent certes de genres et de champs d’étude bien différents. Nous prétendons pourtant établir que ces récits dérivent d’un commun héritage indo-européen, d’une « matrice mythique » décrivant la « fin d’un âge », ou la « fin des temps », sous forme d’une bataille cataclysmique opposant des camps apparentés ; « bataille finale » dont les camps sont définis en relation avec les quatre « fonctions » indo-européennes.
Par argien dans Accueil le 17 Septembre 2012 à 17:30
Par argien dans Accueil le 2 Février 2012 à 17:52
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