Source: http://www.homeoint.org/books/hahchrdi/frprefaces.htm
Timestamp: 2017-11-22 05:26:53+00:00

Document:
Préfaces - LES MALADIES CHRONIQUES, leur nature spécifique et leur traitement homœopathique. - Dr Samuel Hahnemann
TRADUIT DE L'ALLEMAND PAR LE DOCTEUR A.-J.-L. JOURDAN
RÉÉDITION DE 1985
REVUE, CORRIGÉE ET COMPLÉTÉE
Par le Docteur Jean-Claude Grégoire.
ÉDITIONS DE L'ÉCOLE BELGE D'HOMŒOPATHIE
A. S. B. L. - BD. LOUIS SCHMIDT, 91 - 1040 BRUXELLES.
Le document qui a servi de base à cette réimpression est une photocopie de l'édition de 1846, publiée à Paris par J.-B. Baillière et fils.
Dr Daniel Bucken.
Docteur Jean-Claude Grégoire.
La présente édition des MALADIES CHRONIQUES est (comme l'ORGANON que nous avons publié l'an dernier) une réimpression, avec des additions, des notes et des corrections, de la seconde édition française, parue en 1846 à Paris, chez J.-B. BAILLIÈRE.
Nous l'avons toutefois limitée -suivant en cela l'exemple américain- à la partie théorique qui forme le premier tiers du premier volume de ladite édition française (et dont l'importance doctrinale n'est plus à démontrer), que nous avons complétée de toutes les préfaces qui figurent dans les différents volumes de la seconde édition originale allemande.
Le texte que BAILLIÈRE publia en 1846 est une traduction, par le docteur A. J. L. JOURDAN, du premier volume, paru en 1835, de la seconde édition allemande, à laquelle le traducteur a ajouté en préface une traduction (incomplète d'ailleurs) de l'avant-propos du troisième volume paru en 1837.
Il existe en effet en librairie une traduction française, datant de 1969, de la main de Pierre SCHMIDT (de Genève), assisté de son élève Jost KUENZLI (de Saint-Gall). Celle-ci ne suffit-elle donc pas aux besoins des homœopathes de langue française ?
Force nous est de dire que non.
En effet, si le docteur SCHMIDT a l'admirable mérite, que nous sommes le dernier à lui contester, d'avoir ranimé puis tenu bien haut et pendant plusieurs décennies en Europe continentale le flambeau de l'homœopathie Hahnemannienne uniciste, qui sans lui eût menacé de s'éteindre, -nous tenons d'ailleurs à lui rendre ici publiquement l'hommage qui lui en revient,- il faut bien reconnaître que sa traduction des MALADIES CHRONIQUES est loin d'offrir la fidélité qu'on serait en droit d'attendre d'un ouvrage d'une telle importance doctrinale -ce dont pourtant il se targue à la page 11 de ses prolégomènes.
Tout d'abord SCHMIDT se complaît à utiliser un vocabulaire pour le moins bizarre. Il nous apprend ainsi à la page 224 que la prise journalière de sucre de lait maintient le patient dans "un état d'ataraxie", alors que Hahnemann se contentait de le voir simplement plus calme, d'humeur plus égale (gleichmüthiger). Ce que Hahnemann appelle, comme tout le monde, des "climats humides" (feuchten Klimate, p. 168) devient sous la plume enthousiaste de SCHMIDT des "influences météoropathiques humides" (p. 233, n° 248). Il nous parle de "pharmacochronie", de "pharmacopollaxie", de "pharmacopraxie" (et j'en passe !), là où Hahnemann emploie le langage de tous les jours de l'honnête homme. Le titre allemand "Syphilis" (p. 108), sans doute jugé trop simple, prend, abandonné au génie imaginatif de SCHMIDT, des allures de "Thérapeutique homœosyphilitique de la Lues venerea" (p. 163) !
Mais ces fantaisies innocentes deviennent dangereuses lorsqu'elles se mettent à avoir des conséquences doctrinales. Les antipsoriques de Hahnemann (die antipsorischen Arzneien) deviennent chez SCHMIDT des "homœopsoriques" ; les miasmes de Hahnemann se transforment en de vulgaires "agents infectieux" ; SCHMIDT va ainsi jusqu'à défigurer la pensée du Maître en nous apprenant "que le virus psorique est un agent infectieux" (p. 185), là où Hahnemann nous enseigne "que la psore est un miasme chronique" (dass die Psora ein chronischer Miasm (...) sey) !
Les imprécisions de la traduction de SCHMIDT sont parfois susceptibles de faire passer Hahnemann pour un naïf ou un ignorant. Par exemple, lorsqu'il nous affirme sans sourciller à la page 181 que deux globules de Sulphur suffisent à guérir un enfant de la psore "pour toute sa vie" ! Même Hahnemann, dont l'optimisme est parfois un peu excessif, n'a jamais osé aller si loin dans le triomphalisme ! Au bas de la page 244, SCHMIDT nous parle des "substances alcalino-terreuses", là où Hahnemann a écrit "die Erden", les terres, paraissant totalement ignorer que, pour le chimiste du XIXe siècle, le mot "terres" désignait des oxydes insolubles tels l'alumine, la silice (sic), la baryte, la chaux, la magnésie, etc. (cf. infra la note au § 282). Cette désinvolture étonne, quand on sait qu'il s'agit de délimiter quelles substances sont susceptibles de devenir des remèdes antipsoriques.
Mais ce n'est pas encore là le plus grave. Il arrive à SCHMIDT de corriger carrément Hahnemann d'après ses conceptions personnelles -sans prévenir le lecteur. Il modifie le texte en ajoutant ou retranchant des phrases (voire des alinéas entiers), en inversant des paragraphes, en bouleversant totalement l'ordre des symptômes dans les différentes listes données par Hahnemann.
C'est ainsi qu'il introduit l'alphabet de MURE, qui ne pouvait évidemment pas figurer dans le texte de Hahnemann, aux pages 117 et 153 de sa traduction. A l'alinéa 230 (page 173 ci-dessous), dont JOURDAN donne une traduction assez fidèle, SCHMIDT met dans la bouche de Hahnemann un texte que ce dernier n'a jamais écrit lorsqu'il lui fait dire "j'ai fait là une découverte importante, à savoir que certains remèdes psoriques à action profonde et prolongée comme par exemple ARSENICUM et SULPHUR ont également la possibilité d'une phase d'action courte, comme les apsoriques (par exemple BELLADONNA) et semblent se comporter comme tels dans les affections purement aiguës." Suivent alors, après cette traduction fantaisiste, six lignes de texte qui ne figurent absolument pas chez Hahnemann (n° 233, pp. 215 et 216).
Aux pages 207 et 209, SCHMIDT inverse l'ordre des paragraphes : ce qu'il regroupe sous le numéro 229 (§§ 216 et 217 de notre édition) doit en effet se trouver avant ce qu'il place sous le numéro 228 (§§ 218 à 221 de notre édition). Page 115, le paragraphe 145 est entièrement de la main de SCHMIDT (et non seulement les trois dernières lignes, comme la parenthèse tendrait à le faire croire). Page 235, SCHMIDT supprime carrément un alinéa entier (le § 256 de notre édition), pourtant fort important, puisqu'il a trait aux anciens symptômes qui reviennent et aux nouveaux qui apparaissent.
Mais la faute la moins pardonnable que SCHMIDT s'autorise est de corriger la conception hahnemannienne de la maladie chronique en décrivant à la psore trois stades : primaire, secondaire et tertiaire (distinguant artificiellement la psore éclatée de la psore manifestée pour faire de cette dernière la psore tertiaire), là où le Maître n'avait distingué que deux stades -séparés par une phase de latence : la symptôme cutané et les symptômes secondaires de la psore manifeste (voir le § 108, page 115 ci-dessous).
N'insistons pas. Le lecteur aura compris depuis longtemps que le texte présenté par SCHMIDT n'est plus du Hahnemann, c'est avant tout du SCHMIDT. On aurait cependant aimé savoir, dans ce fouillis et dans ce galimatias pédant, ce qui en fait vient de Hahnemann. Nous ne reprochons pas à Pierre SCHMIDT d'avoir des idées personnelles sur la question. Il a le droit et nous les respectons. Mais nous aurions préféré qu'il les coule en forme de notes, nettement distinctes du texte original.
C'est pourquoi nous avons entrepris la tâche de présenter aujourd'hui au public de langue française le texte français le plus près de la pensée du Maître qui existât à ce jour, savoir la traduction de JOURDAN sur la seconde édition allemande, qui était devenu introuvable depuis plus d'un siècle, car il n'a (à notre connaissance) jamais été réédité depuis 1846.
Est-ce à dire que cette traduction est sans défaut ? Certes non. Mais elle a au moins le mérite d'essayer d'être fidèle.
JOURDAN, cependant, était un homme parfois pressé. La première traduction qu'il fit, -en 1832,- sur la première édition allemande, était assez soignée. Dans sa traduction de la seconde édition, il a fait par-ci par-là quelques corrections à sa première traduction (dans la partie du texte restée identique d'une édition à l'autre), mais, lorsqu'il s'est agi de traduire les paragraphes que Hahnemann a modifiés, remplacés ou rajoutés à sa seconde édition, JOURDAN s'est alors contenté d'une traduction à la va-vite, souvent fort imprécise, et parfois très résumée, de la pensée du Maître.
Nous possédons une photocopie du texte original allemand (signalons au lecteur intéressé qu'il a été réédité en 1983 par ORGANON-VERLAG, Berg am Starnberger See, sous le titre original Die chronischen Krankheiten, etc., et qu'on peut facilement se le procurer en librairie). Nous avons donc revu le texte de JOURDAN à la lumière de l'original et avons ainsi pu mettre en évidence un certain nombre de non-concordances.
JOURDAN a délibérément opté pour l'allégement de la phraséologie. Omettant sans vergogne ce qu'il considérait sans nul doute comme des lourdeurs de style typiquement germaniques, il a malheureusement sacrifié ainsi un grand nombre de nuances du texte original, souvent importantes -puisqu'il s'agit ici d'une œuvre scientifique.
C'eût été un travail de titan que de refaire tout le texte. Aussi nous sommes-nous contenté de signaler les erreurs ou les imprécisions qui nous ont paru les plus importantes, surtout dans les passages les plus essentiels du point de vue doctrinal, où nous nous sommes livré à une comparaison extrêmement minutieuse à la fois avec le texte allemand original et avec l'excellente traduction américaine du Professeur Louis H. TAFEL, ce qui nous a permis de proposer des traductions, souvent un peu lourdes, mais toujours extrêmement fidèles, car, lorsque le choix s'offrait à nous, nous avons chaque fois préféré sacrifier l'élégance du style à la précision et à l'exactitude du rendu de la pensée de Hahnemann.
Le lecteur méticuleux trouvera peut-être nos corrections trop peu nombreuses, tandis que l'étudiant pressé nous traitera probablement de maniaque. Peu importe. Ce travail, si incomplet et si imparfait soit-il, aura au moins le mérite d'avoir été fait ; libre à celui qui veut encore le peaufiner de s'atteler à la tâche. Nous estimons cependant que, tel qu'il est présenté actuellement, ce texte -avec ses notes et ses corrections- est en ce moment le meilleur qui existe en langue française, et qu'il permet à tout homme de bonne volonté de se faire une idée suffisamment exacte et suffisamment précise de la pensée de Hahnemann, en particulier de sa conception géniale de la maladie chronique, c'est-à-dire du plus grand problème de la médecine de tous les temps et de tous les pays, celui sur lequel tous les systèmes thérapeutiques ont buté et dont il est le premier à lever un coin du voile, le premier à proposer une thérapeutique qui, dans un très grand nombre de cas, soit réellement efficace.
Pour des raisons strictement matérielles, il n'a pas paru possible de refaire la composition du texte pour les passages qui nécessitaient une note, un complément ou une correction. Cela nous aurait entraîné vraiment trop loin. Nous avons préféré grouper toutes nos remarques à la fin du livre, nous bornant à les signaler aux endroits voulus par un, deux ou trois astérisques, selon l'importance que nous leur accordions. Ce système offre de plus au lecteur l'avantage de lui permettre de ne pas être d'accord avec notre traduction et de lui préférer le cas échéant, et après comparaison avec l'original, celle de JOURDAN ou une autre de sa propre main. Elle permet aussi à l'historien de peut-être mieux comprendre certaines discordances, divergences ou même dissidences doctrinales qui ont pu apparaître dans la façon de comprendre et d'exercer l'homœopathie en France, et dont un des points de départ a pu être telle ou telle imprécision de la présente traduction de JOURDAN.
Et, puisque nous abordons ce problème, nous ne pouvons nous empêcher de mettre ici l'accent sur un point qui nous tient particulièrement à cœur. Une des choses les plus remarquables en homœopathie est que les points de vue les plus opposés s'y côtoient, se réclamant tous de la pensée de Hahnemann et se chamaillant à coup d'articles des Études de médecine homœopathique (publiées en anglais sous le titre Lesser writings), de paragraphes de l'Organon ou de fragments des Maladies chroniques, qu'ils s'assènent avec la plus grande conviction, en se traitant, par surcroît, des noms les plus élégants et les moins courtois que leur fournissent la dérivation gréco-latino-française ou la faune aviaire !
Il est malheureusement exact que, quoi qu'ait dit Hahnemann, il est assez souvent possible de trouver quelque part un autre texte où il affirme à peu près le contraire ! Serait-il un homme d'une rare inconséquence ? Point du tout. Les choses sont bien plus simples que cela. Il y a cent cinquante ans, personne ne disposait de machines à écrire avec traitement de texte par ordinateur. Ce qui signifie que la rédaction d'ouvrages aussi denses que l'ORGANON ou les MALADIES CHRONIQUES était une longue peine qui exigeait bien des veillées à la chandelle ; et que toute modification, correction ou addition signifiait automatiquement de longues heures d'un labeur ingrat. Or, chez un homme tel que Hahnemann, jamais la pensée ne peut s'arrêter de progresser, jamais donc son œuvre ne peut être parfaite, et toujours lui faut-il sur le métier remettre son ouvrage. C'est ce qu'il ne cesse de faire tout au long de sa vie. Sans cesse il corrige ses traités fondamentaux, l'ORGANON et les MALADIES CHRONIQUES. Mais, chaque fois qu'il modifie un alinéa ou un paragraphe, l'alignant sur le point ultime de l'évolution de sa pensée, il lui est bien évidemment impossible de revoir tout le texte de A à Z -faute d'ordinateur !- et c'est ainsi que les stades antérieurs de l'évolution de sa pensée persistent (même dans le même ouvrage) à côté des productions les plus récentes de son esprit, dont le génie est toujours sur la brèche.
Il est donc indispensable de lire Hahnemann d'une façon dynamique, de rétablir l'unité spatio-temporelle de sa pensée, sous peine de ne plus rien y comprendre.
Une étude exhaustive de ce problème n'a pas ici sa place, car elle nous entraînerait à des développements d'une ampleur telle que cet Avertissement risquerait d'étouffer le texte ! Nous nous bornerons donc à en résumer très brièvement les points les plus essentiels.
La conception Hahnemannienne de la santé, de la maladie et de la guérison.
L'homœopathie a commencé par n'être qu'une méthode thérapeutique, une simple technique de traitement, basée sur la loi des semblables et la dynamisation des doses infinitésimales. Dans l'application de cette loi des semblables, il y a d'ailleurs deux étapes : la première (et la plus ancienne) où l'on recherche la similitude avec la maladie du patient, la deuxième où l'on recherche la similitude avec le patient lui-même, la différence entre les deux conceptions se marquant par la façon opposée dont on fait la valorisation des symptômes et leur hiérarchisation, la première accordant la prééminence aux symptômes locaux (voire pathognomoniques), la seconde aux symptômes généraux, en commençant par les mentaux.
Tout ceci marche très bien quand il s'agit des maladies aiguës, mais en ce qui concerne les maladies chroniques, Hahnemann s'est rapidement rendu compte qu'il persistait un réel problème.
La solution à ce problème se trouve dans le présent livre des MALADIES CHRONIQUES, où Hahnemann explique, en 1828, qu'il a découvert qu' "on n'a jamais affaire qu'à une portion séparée d'un mal primitif profondément situé". (1)
(1) Man hat es nimmer nur mit einem abgesonderten Theile eines tief liegenden Ur-Uebels zu thun, cf. § 20, p. 9 ci-dessous- p. 7 de l'original allemand.
Et qu'est-ce que c'est, ce mal primitif profondément situé ? Hahnemann a d'abord cru que c'était un principe contagieux, qu'il appelait "miasme", et il explique dans le présent ouvrage qu'il en existe trois.
Mais il lui fallut encore cinq ans de réflexion pour arriver à la conclusion qu'il s'agissait en réalité d'un déséquilibre, d'un désaccord, d'un dérèglement de la force vitale, ce qu'il nous enseigne pour la première fois dans la cinquième édition de l'ORGANON, parue en 1833 (§§ 9 à 16).
Ceci bien sûr n'enlève rien à ce qu'il a découvert auparavant, et, par conséquent, rien ne l'empêche de publier, en 1835, deux ans plus tard, sa seconde édition des MALADIES CHRONIQUES, étant bien entendu que tout homme intelligent comprendra, -sans qu'il soit besoin de modifier tout le texte coûteusement typographié en 1828,- que, lorsqu'on parle des trois miasmes, il ne saurait désormais plus être question d'autre chose que de trois types différents de déséquilibre de la force vitale.
L'essentiel de la pensée Hahnemannienne, à propos des maladies chroniques, c'est qu'il y a en tout être vivant, apparemment en bonne santé, un désaccord latent de la force vitale, un dérèglement caché, insoupçonné. Et ce déséquilibre latent de la force vitale, qu'il soit du type psorique, sycosique ou syphilitique -ou d'un type combiné de deux ou des trois miasmes- ne demande qu'à sortir au grand jour à la première occasion. Il se manifestera donc à la faveur d'une cause occasionnelle (1), qui fera éclater la maladie (2). Et ce pourront alors être toutes sortes de maladies, qui apparaîtront comme des maladies différentes et indépendantes les unes des autres, qui surviennent chez le même individu tout au long de son existence, mais qui ne sont jamais, en fait, que des expressions différentes d'une seule et même maladie latente, d'un seul désaccord caché de la force vitale, qui constitue une charge explosive morbide insoupçonnée (une charge miasmatique), et qui ne se manifestera (3) que si une cause occasionnelle lui sert de détonateur et la fait éclater sous la forme d'une maladie. Ce détonateur pouvant être à peu près n'importe quoi : un refroidissement ou un échauffement, des vexations répétées, un effort physique anormal, un violent chagrin, un traumatisme, etc. -et si Hahnemann avait été au courant des découvertes de la bactériologie moderne, il aurait certainement ajouté : un microbe ou un virus.
(1) Causa occasionalis, ORGANON, §§ 7 et 93.
(2) § 100, pp. 71 à 75 ci-après : diese oder jene von den namenlosen, (psorischen) chronischen Krankheiten bricht aus, l'une ou l'autre des innombrables maladies chroniques (psoriques) éclate.
(3) § 107, p. 114 ci-après : das (...) laut werdende Krätz-Siechthum, la maladie chronique psorique qui devient manifeste.
G. H. G. JAHR (1) ira jusqu'à nous dire (parlant de Hahnemann) que "même, dans sa théorie de la psore, il est loin de faire des recherches sur la nature de la tendance morbide que la gale aurait pu imprimer aux fonctions vitales de l'organisme ; ce qu'il y voyait, c'était la cause ou l'influence étrangère qui avait occasionné cette diathèse morbide et contre laquelle il cherchait des antidotes (...). Nous avons assez souvent causé avec lui pour être sûr d'avoir connu à fond sa manière de voir sur tous ces points." (Notons que c'est JAHR lui-même qui a mis les italiques.) On ne peut dire plus clairement que même l'acare n'est que la cause occasionnelle qui sert de révélateur au déséquilibre préexistant de la force vitale, mettant ainsi la diathèse psorique en évidence. (2).
(1) Principes et règles qui doivent guider dans la pratique de l'homœopathie, Paris, J.-B. BAILLIÈRE et FILS, 1857, pp. 46 et 47.
(2) Voir également le § 280 ci-après (texte complet, uniquement dans nos notes de l'éditeur).
Et cette psore, ce désaccord d'abord latent, puis manifeste, de la force vitale, qui est la seule véritable cause fondamentale qui produit toutes les autres formes de maladie, d'ailleurs innombrables (1), ne fait que s'amplifier et se développer d'année en année jusqu'à la mort du malade, malgré les traitements, pourtant homœopathiques, dont nous venons de parler. Nous sommes donc obligés de conclure qu'on n'a ainsi diminué en rien la charge psorique du malade.
(1) Die einzig wahre Grund-Ursache und Erzeugerin aller der übrigen vielen, ja unzähligen Krankheits-Formen -ORGANON, 5e éd, § 80.
On comprend dès lors qu'il n'y ait, en fait, que deux types de traitement possibles :
1. Le traitement curatif, qui diminue la charge psorique du malade, et qui améliore donc le niveau de santé général du malade.
2. Le traitement palliatif, qui ne diminue pas cette charge miasmatique. Il se limite à soulager le malade au plus vite des symptômes qui le gênent. Il n'améliore pas le niveau de santé général du patient. Et l'expérience montre au contraire que, malheureusement, dans la plupart des cas, il l'aggrave.
La mission du véritable médecin est de rendre la santé au malade (ORGANON, § 1) et, s'il lui est impossible d'atteindre ce bel idéal, il faut au moins qu'il améliore son niveau général de santé, c'est-à-dire qu'il diminue sa charge psorique, le désaccord -latent ou manifeste- de sa force vitale, qui est la seule véritable maladie de l'individu.
Les moyens pour y parvenir sont exposés d'une manière générale dans l'ORGANON, et dans le détail dans LES MALADIES CHRONIQUES.
Le message essentiel que nous transmet Hahnemann dans cet ouvrage n'est cependant pas limité à une technique plus efficace pour combattre la maladie chronique. Non, c'est avant tout une conception différente de la santé, de la maladie et de la guérison.
La scission se fera par conséquent entre deux types d'homœopathie, qui toutes deux cependant se réclameront de Hahnemann :
1. Celle qui rejette le message transmis dans LES MALADIES CHRONIQUES et qui se présente uniquement comme une technique supplémentaire à ajouter à l'arsenal déjà proposé par la médecine classique et les diverses médecines non conventionnelles. Elle se subdivise encore en deux catégories :
a) Une méthode purement palliative qui se focalise sur la maladie et court ainsi le risque de n'aboutir qu'à une suppression avec augmentation de la charge miasmatique du malade, et qui, dans les meilleurs des cas, ne permet de toute façon d'obtenir rien de plus qu'une palliation non toxique.
b) Une méthode superficiellement curative, qui se centre au contraire sur la totalité du malade, mais qui ne le considère que dans sa réalité instantanée, et qui, le plus souvent, ne produira pas de guérison plus profonde ou plus durable que celle d'un état aigu.
Dans les deux cas, cette façon de concevoir les choses n'est pas bien différente de celle des allopathes.
2. Celle qui a compris et qui applique le message contenu dans LES MALADIES CHRONIQUES, qui considère le malade dans la totalité spatio-temporelle de sa biopathographie (comme l'a si bien dit le docteur Daniel BUCKEN dans sa préface à l'ORGANON (1), qui regarde l'individu comme une unité réactionnelle dont chaque épisode pathologique, -fût-il le plus insignifiant en apparence ou le plus lointain dans le temps,- a une véritable signification et qui, visant la guérison -si elle ne peut toujours l'atteindre- aura pour objectif premier de réduire au minimum la charge psorique du patient, c'est-à-dire, en fait, sa susceptibilité à toutes les autres maladies.
(1) Éditions de l'École Belge d'Homœopathie, Bruxelles, 1984.
Quelques précisions historiques.
La première édition allemande des MALADIES CHRONIQUES (en 4 volumes) parut de 1828 à 1830 sous le titre "Die chronischen Krankheiten, / ihre eigenthümliche Natur / und / homöopathische Heilung" (Les maladies chroniques, leur nature spécifique et leur traitement homœopathique). Elle fut traduite en français par le docteur A. J. L. JOURDAN et publiée en 1832, par J.-B. BAILLIÈRE, sous le titre de Doctrine et traitement homœopathique des maladies chroniques.
La deuxième édition allemande, corrigée et considérablement augmentée (zweite, viel vermehrte -und verbesserte- Auflage), en 5 volumes cette fois, parut de 1835 à 1839 ; il fallut cependant attendre 1846 pour que la traduction de JOURDAN (en trois volumes) voie enfin le jour.
Le premier volume de cette deuxième édition allemande est formé du texte théorique dont la traduction forme le gros du présent ouvrage, avec pour seule préface celle de la première édition. Les quatre autres volumes sont consacrés à la matière médicale, les trois derniers étant chaque fois précédés d'une préface.
Le texte de JOURDAN, curieusement, ne reprend pas la préface de la première édition mais lui substitue celle du troisième volume (amputée des deux derniers alinéas). Chose plus curieuse encore, une partie de cette préface, dans une traduction différente de JOURDAN, est incorporée dans les trois dernières pages du texte théorique, pour des raisons qui ne sont connues de personne. Il n'y a, dans cette édition, aucune trace des préfaces des deux derniers volumes.
SCHMIDT, visiblement, ne possédait que le premier volume de l'original allemand, car il s'est laissé prendre au piège de cette préface fantaisiste, allant jusqu'à prétendre (aux pages 29, 32 et 259 de sa traduction) que la seconde édition française contient une importante préface et une postface posthumes, qui toutes deux ne figurent que dans la seconde édition française. Or ce texte a été publié en allemand en 1837 ! Le texte que présente SCHMIDT (en guise de préface et de postface) n'est autre chose qu'une interprétation de celui de JOURDAN ; il est manifeste qu'il ignore totalement l'original allemand.
Nous avons tenu à rétablir la réalité historique et avons donc, dans la présente édition, reproduit toutes ces préfaces dans le même ordre que dans l'original allemand. Celle de la première édition est donnée dans la traduction de JOURDAN. Celle de la troisième dans une traduction personnelle où nous avons repris ce que celle de JOURDAN avait de bon, mais que nous avons remaniée, corrigée et complétée d'après l'original allemand. Les traductions des préfaces des volumes IV et V sont entièrement de notre main.
Justification des additions, corrections et suppressions.
1. Suppressions.
Nous avons, cela allait de soi, supprimé la partie de préface artificiellement introduite par JOURDAN dans les trois dernières pages, rétablissant ainsi la conformité de la traduction avec l'original.
Nous avons également supprimé le court avertissement de l'éditeur de 1846, estimant qu'il ne présentait plus, en 1985, le même intérêt qu'au siècle dernier.
2. Corrections.
Nous avons effectué quelques corrections dans le corps du texte, à vrai dire peu nombreuses, préférant en reporter la plupart (et les commenter, le cas échéant) en fin de volume, pour des raisons avant tout techniques -des corrections dans le texte nous auraient en effet obligé à refaire une partie trop importante de la composition, ce qui aurait introduit, par ailleurs, des passages entiers en caractères légèrement différents des originaux.
Nous avons reproduit intégralement la préface de la première édition française, ne nous autorisant qu'une seule modification : l'adaptation à l'orthographe moderne. Nous avons ajouté les préfaces des volumes IV et V de l'édition allemande, comme nous l'avons déjà signalé ci-dessus.
Nous avons ajouté en fin de volume de nombreuses notes, qui sont le plus souvent des précisions ou des corrections de la traduction de JOURDAN, mais qui contiennent fréquemment aussi des commentaires et / ou des renseignements complémentaires difficilement trouvables actuellement. Nous nous sommes le plus possible abstenu de considérations purement doctrinales, estimant que ce n'en était pas ici le lieu : nos commentaires visent avant tout à préciser la réalité historique, qui souvent permet de mieux comprendre la doctrine.
Le texte original contient exactement deux grands titres (Natur der chronischen Krankheiten, nature des maladies chroniques, et Heilung der chronischen Krankheiten, traitement des maladies chroniques) et cinq sous-titres (Heilung, traitement, Sycosis, sycose, Syphilis, syphilis, Psora, psore et Die Arzneien, les médicaments). En dehors de cela, il y a de temps en temps une division marquée par une ligne horizontale dans le texte. Et c'est tout.
Aussi avons-nous jugé indispensable de compléter ce livre par une table des matières détaillée, qui est en même temps le plan de l'ouvrage, car on ne retient bien que ce que l'on a bien compris, et l'on ne comprend bien que ce que l'on a bien structuré dans son esprit.
Mais pour qu'une telle table soit réellement utilisable, il fallait qu'elle renvoie à des endroits précis du texte, le numéro de la page ne pouvant suffire. Pour l'ORGANON, il n'y avait pas de problème à cet égard, puisque cet ouvrage comporte une division en paragraphes numérotés. Mais ici, point de numérotation. Aussi l'avons-nous résolument rajoutée, en suivant à la lettre la division en alinéas du texte allemand (contrairement à Pierre SCHMIDT, qui, lui, a utilisé une numérotation de son cru, sans aucune relation avec le texte original). Comme pour l'ORGANON, nous avons complété le foliotage d'origine par l'inscription de ces numéros à côté du titre courant. Nous avons également jugé utile d'ajouter une numérotation (absente dans le texte de Hahnemann) aux listes des symptômes de la psore latente (§ 97, p. 66 sqq.) et de la psore secondaire (§ 106, p. 74 sqq.). Quant aux numéros que nous avons rajoutés au § 54 (cas cliniques, p. 29 sqq.), il ne s'agit d'autre chose que d'une simple mise en conformité avec l'original allemand.
Bruxelles, le 1er novembre 1985.
*, **, ***. Ces astérisques, dans la marge, renvoient aux notes page 231 et suivantes. Le nombre d'astérisques est proportionnel à l'importance que nous accordons à cette note.
DOCTRINE ET TRAITEMENT
PAR LE DOCTEUR S. HAHNEMANN,
TRADUIT DE L'ALLEMAND SUR LA DERNIÈRE ÉDITION,
PAR A.-J.-L. JOURDAN,
A PARIS, CHEZ J. B. BAILLIÈRE,
LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE,
RUE DE L'ECOLE DE MÉDECINE, 17.
LONDRES, CHEZ H. BAILLIÈRE, 219, REGENT-STREET.
de la première édition (1828)
Si je ne savais que je suis sur terre pour me perfectionner autant qu'il est en moi et faire aux autres tout le bien que mes facultés me permettent d'accomplir, je m'estimerais très maladroit de lancer dans le domaine public, avant de mourir, un art en possession duquel j'étais seul, et dont il ne tenait par conséquence qu'à moi de me réserver les avantages, en le dissimulant.
Mais, lorsque je révèle cette grande découverte au monde, je regrette d'avoir à douter que mes contemporains apprécient la justesse de ma doctrine, qu'ils se montrent observateurs scrupuleux de mes principes, et qu'ils en tirent ainsi, pour l'humanité souffrante, l'immense profit que peuvent s'en promettre ceux qui les suivront avec ponctualité. Peut-être que, rebutés par l'étrangeté de quelques-uns de mes principes, ils aimeront mieux les rejeter sans examen, sans les soumettre au creuset de l'expérience, et sans chercher à les utiliser.
Du moins ne puis-je guère me flatter que ces importantes communications soient mieux accueillies que l'ont été jusqu'à présent mes vues générales sur l'homœopathie. Car, ne voulant pas croire à l'efficacité de ces doses si faibles et si étendues, qui sont cependant la meilleure manière de développer la puissance dynamique des médicaments appliqués d'après les principes homœopathiques, et que des milliers de faits me permettaient enfin de présenter au monde médical comme étant celles qui conviennent le mieux, on a préféré, pendant des années, d'exposer les malades à des dangers, en forçant les doses, et l'on a manqué le but de cette manière, ainsi qu'il m'était arrivé à moi-même, tout le premier, avant que je me fusse arrêté à mon mode actuel d'étendre et d'atténuer les substances médicamenteuses.
Que risquait-on néanmoins en se conformant de suite à mes prescriptions, et mettant en usage, dès le principe, les faibles doses que je recommande ? Pouvait-il rien arriver de pire que de les voir ne produire aucun bien ? Car il était impossible qu'elles nuisissent ! Mais, en appliquant contre tous principes des doses élevées à des traitements homœopathiques, on a pris, pour arriver à la vérité, le détour si dangereux dans lequel je m'étais engagé moi-même en tremblant, afin de l'épargner aux autres, et d'où j'avais réussi à me tirer heureusement. Après avoir porté plus d'une fois préjudice aux malades, après avoir dissipé le temps en pure perte, il a fallu, pour obtenir des guérisons réelles, en revenir à ce que j'avais proclamé depuis longtemps avec franchise et en m'appuyant sur des motifs péremptoires.
En agira-t-on mieux par rapport à la grande découverte dont je fais part ici au public ?
Si l'on se comporte de même à son égard, tant pis pour mes contemporains ! Il sera réservé alors à la postérité plus consciencieuse et plus éclairée d'en recueillir le fruit. Elle seule parviendra, en suivant fidèlement et ponctuellement les préceptes qui vont être tracés, à délivrer le genre humain des tourments dont, aussi loin que l'histoire remonte, nous le voyons accablé par des maladies chroniques trop nombreuses pour avoir toutes reçu des noms, bienfait que n'ont point encore pu lui procurer ceux qui ont déjà exercé l'homœopathie jusqu'à ce jour.
du volume III, paru en 1837.
Traduction du docteur Jean-Claude Grégoire.
(inspirée de celle du docteur JOURDAN, mais entièrement refondue d'après l'original allemand)
sur le côté technique de l'homœopathie.
Depuis la dernière fois (1) que j'ai entretenu le public de notre art de guérir, j'ai eu l'occasion, entre autres choses, de faire des expériences sur la meilleure manière d'administrer les doses aux malades, et je vais dire ici ce qui m'a paru le plus convenable à cet égard.
(1) J'ai écrit les deux premières parties de ce livre au début de l'année 1834 et, bien qu'elles ne comptassent à elles deux que 36 feuilles d'impression, mon éditeur précédent, M. Arnold, à Dresde, mit pourtant deux années entières à les publier ; par qui a-t-il été retenu ? C'est ce que pourront deviner mes amis et connaissances.
Lorsqu'on met sur la langue un petit globule sec, imprégné d'une des plus hautes dynamisations d'un médicament, ou qu'on flaire modérément un flacon contenant un ou plusieurs de ces globules, ce qui s'avère la dose la plus petite, la plus faible, celle dont l'action dure le moins longtemps (quoiqu'il se trouve encore des malades de nature assez excitable pour que, dans les petites maladies aiguës contre lesquelles le remède a été choisi homœopathiquement, cette dose suffise à les secourir), on se rend compte aisément que l'incroyable diversité des malades quant à leur excitabilité (*1), leur âge, leur développement spirituel et corporel, leur force vitale et surtout la nature de leur maladie (tantôt naturelle et simple, mais apparue récemment, tantôt naturelle et simple, mais ancienne, ou encore compliquée, -combinaison de plusieurs miasmes,- ou enfin, ce qui est le cas le plus fréquent et le plus grave, détériorée par un traitement médical absurde et surchargée de symptômes médicamenteux), rend nécessaire une grande diversité dans leur traitement et dans la manière de régler les doses des remèdes qu'on leur administre.
(*1) Note de l'éditeur : Erregbarkeit, disposition à recevoir les impressions et à réagir sur elles (Nouveau Dictionnaire des langues allemande et française, par C. G. Th. SCHUSTER et Ad. REGNIER, tome premier, allemand-français, Paris, 1850). JOURDAN a traduit "irritabilité", mais nous avons estimé que ce mot prêtait doublement à confusion, tant avec la disposition à se mettre en colère qu'avec la contractilité musculaire (car, au siècle dernier, le mot "irritabilité" avait aussi ce sens -cf. le dict. de LITTRÉ). Nous avons hésité à utiliser le mot "susceptibilité", que le Nouveau Dictionnaire national de BESCHERELLE (vers 1890) définit comme la "propriété de recevoir les impressions qui déterminent l'exercice des actions organiques", parce que ce terme aurait dépassé la pensée de Hahnemann, puisqu'il a aussi le sens de "disposition à subir l'influence des milieux et à contracter les maladies" (op. cit.), sans compter le sens de "disposition à se choquer trop aisément" (dict. de l'Académie française, 6ème éd., 1835), qui était le sens le plus courant vers 1835. Si JOURDAN n'a pas utilisé le terme "excitabilité", c'est parce que ce dernier commençait seulement à se répandre à cette époque avec le sens de "faculté qu'ont les êtres vivants d'être sensibles à l'action des stimulants" (Dict. national de BESCHERELLE, 1843-46), comme le prouve le fait qu'il soit absent des dictionnaires de BOISTE (2ème éd., 1803), de GATTEL (1819) et de l'Académie française (6ème éd., 1835), et qu'on le trouve avec un sens légèrement différent dans ceux de BOISTE (7ème éd., 1829) et de LANDAIS (1836).
Je ne puis ici faire autrement que de me limiter au dernier point, car les autres considérations doivent être abandonnées à la rigueur, à la diligence et à la réflexion des esprits intelligents et maîtres de leur art et ne peuvent en aucun cas être réduites en tableaux pour les faibles ou les négligents.
L'expérience m'a montré, comme elle l'a fait aussi, certes, aux meilleurs de mes disciples, que, dans les maladies de quelque importance (sans excepter même les plus aiguës, mais à plus forte raison dans les semi-aiguës, les chroniques et jusqu'aux plus longues des maladies chroniques), il est plus avantageux de n'utiliser le ou les puissants globules médicamenteux homœopathiques que sous forme de dissolution, et d'administrer cette solution par doses fractionnées au malade, p. ex. de dissoudre le remède dans 7 à 20 cuillerées à bouche (*1) d'eau, et d'administrer, dans les maladies aiguës ou très aiguës, toutes les 6, 4 ou 2 heures, et, si le danger est pressant, toutes les heures ou toutes les demi-heures, une cuillerée à bouche à la fois de la solution sans aucune addition, ou encore, chez les sujets débiles ou les enfants, de réduire cette dose à une petite portion de cuillerée à bouche (une ou deux cuillerées à thé ou à café).
(1) Note de l'éditeur : LITTRÉ nous apprend qu'une cuillerée à bouche équivaut à quatre cuillerées à café, et par conséquent à vingt grammes ; il faut huit cuillerées à bouche pour un verre ou une verrée (Dictionnaire de la langue française, 1863-1872).
Dans les maladies chroniques, j'ai trouvé que le mieux était de faire prendre une dose (p. ex. une cuillerée) de cette solution du remède adéquat à des intervalles qui ne dépassent point deux jours, mais le plus habituellement de la donner tous les jours.
Mais comme l'eau (même distillée) commence déjà à s'altérer après quelques jours, ce qui détruit la force de la petite quantité de médicament qu'elle contient, il est nécessaire d'ajouter un peu d'alcool, on, si la chose n'est pas praticable, ou si le malade ne le supporte pas, je fais ajouter à la solution aqueuse, à la place de l'alcool, quelques petits fragments d'un charbon de bois dur, et j'arrive ainsi à mon but, sauf toutefois que, dans le second cas, le liquide devient trouble et noirâtre au bout de quelques jours. Ceci provient du fait qu'il est nécessaire d'agiter le liquide avant la prise de chaque dose, comme on le verra ci-dessous.
Avant d'aller plus loin, je dois faire l'importante remarque que notre principe vital ne supporte guère qu'on fasse prendre deux fois de suite au malade, ni à plus forte raison plus fréquemment encore, la même dose, inchangée, du médicament. Tantôt alors le bien qu'a fait la dose précédente se trouve en partie détruit, tantôt on voit apparaître de nouveaux symptômes et de nouvelles incommodités qui appartiennent non à la maladie, mais au remède, et qui entravent la guérison ; en un mot, le médicament, même choisi de la manière la plus parfaitement homœopathique, n'agit point d'une façon correcte, et le but n'est point atteint ou ne l'est qu'incomplètement. De là, les nombreuses contradictions des homœopathes entre eux à propos de la répétition des doses.
Mais si, quand on veut faire prendre une seule et même substance à plusieurs reprises (ce qui est indispensable pour arriver à guérir une maladie chronique grave), on modifie chaque fois la dose en changeant son degré de dynamisation, ne fût-ce même qu'un peu, la force vitale du malade accepte tranquillement, et pour ainsi dire spontanément, le même médicament, même à de courts intervalles, un nombre incroyable de fois, les unes après les autres, et cela avec le plus grand succès, le bien-être du malade allant chaque fois en croissant.
Il suffit déjà, pour opérer ce léger changement dans le degré de dynamisation, de donner, du bras, 5 ou 6 secousses vigoureuses au flacon qui contient la dissolution d'un (ou de plusieurs) globule(s), avant chaque prise du remède.
Si l'on a épuisé la dissolution du remède en en faisant prendre, de cette façon, plusieurs cuillerées l'une derrière l'autre (en ayant soin, toutefois, si le remède agit avec trop d'énergie, d'en suspendre l'emploi pendant un jour), et que le médicament a continué jusqu'ici à se montrer salutaire, on prend un ou deux globules du même médicament, à une dynamisation inférieure (p. ex. à la vingt-quatrième, lorsqu'on a employé d'abord la trentième), on les dissout dans la même quantité de cuillerées d'eau, en secouant le flacon, on ajoute un peu d'alcool ou quelques petits morceaux de charbon, et l'on administre cette nouvelle dissolution, soit de la même manière, soit à de plus longs intervalles, parfois aussi en en faisant prendre un peu moins à la fois, mais toujours après lui avoir imprimé chaque fois cinq à six secousses ; et l'on continue ainsi tant que le médicament procure de l'amélioration et qu'il n'apparaît pas de nouvelles incommodités dues au remède (et que l'on n'a jamais rencontrées chez d'autres malades), car dans ce cas il faudrait avoir recours à un autre médicament. S'il ne se manifeste toujours que les symptômes de la maladie elle-même, mais qu'ils s'exaspèrent de manière significative, même si, tout en continuant le remède, on en modère l'emploi, alors il est temps de l'interrompre pendant une à deux semaines ou davantage et d'attendre qu'il ait produit un amendement appréciable (1).
(1) Pour le traitement des maladies aiguës, l'homœopathe procède d'une manière semblable. Après avoir bien choisi le remède, il en dissout, en secouant le flacon, un (ou deux) globule(s) d'une haute dynamisation dans 7, 10 ou 15 cuillerées à bouche d'eau (sans rien y ajouter) et, selon que le mal est plus ou moins aigu ou plus ou moins dangereux, il fait prendre au malade, toutes les demi-heures, toutes les heures ou toutes les 2, 3, 4 ou 6 heures, une cuillerée à bouche entière de la solution, ou une demi-cuillerée, ou moins encore, s'il s'agit d'un enfant (en prenant soin, chaque fois, de bien secouer le flacon au préalable). Si le médecin ne voit apparaître aucune nouvelle incommodité, il continue, aux mêmes intervalles, jusqu'à ce que les symptômes présents au départ commencent à s'aggraver ; à ce moment, il diminue la fréquence et le volume des prises.
Comme on sait, dans le choléra, il faut souvent administrer le remède indiqué à des intervalles beaucoup plus courts.
Quant aux enfants, on leur donne toujours ces dissolutions dans le récipient qui leur sert habituellement à boire ; pour eux en effet, boire dans une cuiller à café ou une cuiller à bouche est quelque chose d'inhabituel et de suspect, et il suffit de cela pour qu'ils repoussent ce liquide insipide. Néanmoins, pour eux on peut ajouter un peu de sucre à la solution.
Une fois épuisée cette préparation, si l'on trouvait que le même remède fût encore nécessaire, et que le médecin veuille en préparer pour le malade une nouvelle dissolution au même degré de dynamisation, il faudrait alors commencer par donner à la nouvelle solution autant de secousses qu'en ont reçues toutes les précédentes, prises ensemble, et même quelques-unes de plus, avant que le malade n'en prenne la première dose ; les doses suivantes n'auraient plus besoin que de 5 à 6 secousses.
De cette manière, le médecin homœopathe retirera d'un médicament bien choisi tout le profit que l'on peut en attendre dans cette maladie chronique, en faisant prendre le remède par la bouche.
Mais on accroît de beaucoup l'action salutaire du médicament adéquat, si on le fait agir sur l'organisme malade, non seulement au niveau de la bouche et du tube digestif, mais encore et simultanément à d'autres endroits sensibles, je veux dire, si on utilise en même temps (même si ce n'est qu'en petites quantités) la solution aqueuse du remède qui a été trouvé salutaire, en frictions à l'extérieur sur un ou plusieurs points du corps, en choisissant ceux qui sont le plus exempts de symptômes morbides (p. ex. sur un bras, une cuisse ou une jambe, qui ne souffre ni d'une éruption à la peau, ni de douleurs, ni de crampes) ; on peut aussi alterner les membres que l'on frictionne de la sorte. De cette manière, le médecin retire du médicament homœopathique approprié un profit de loin supérieur pour le malade chronique, qu'il peut guérir bien plus rapidement que lorsqu'il se limite à faire prendre le remède par la bouche.
Cette façon d'utiliser le remède en solution à la fois par la voie interne et en frictions externes sur la peau, que j'ai essayée à de nombreuses reprises et trouvée extraordinairement salutaire (elle m'a en effet procuré les meilleurs résultats, et de la manière la plus frappante), explique les cures miraculeuses, rares il est vrai, où des malades, estropiés depuis longtemps, mais dont la peau était saine, ont guéri rapidement et pour toujours après quelques bains dans une eau minérale dont les constituants médicamenteux étaient, par hasard, adaptés homœopathiquement à leur cas (1).
(1) En revanche, ces bains ont provoqué un dommage d'autant plus grand chez les malades atteints d'ulcérations et d'éruptions cutanées, qu'ils répercutaient en dedans, comme cela se produit lorsqu'on emploie d'autres moyens extérieurs, de sorte qu'après une courte période de bien-être, la force vitale du malade reportait le mal interne, non guéri, sur une autre partie du corps, beaucoup plus importante cette fois pour la vie et la santé, avec pour conséquence par exemple la cataracte, la paralysie du nerf optique, la surdité, des douleurs de tous genres qui martyrisent le malade, le trouble de ses facultés intellectuelles, l'assombrissement de son humeur, l'asthme spasmodique qui menace de l'étouffer, la crise d'apoplexie qui l'emporte, ou quelque autre maladie dangereuse ou insupportable qui prend la place de la première. C'est pourquoi il ne faut jamais frictionner le remède homœopathique, qu'on administre par la voie interne, à des endroits qui souffrent d'une maladie externe.
Mais il faut, comme on a dit, que le membre que l'on veut frictionner dans ce but soit exempt de maladie de la peau ; lorsque plusieurs membres sont dans ce cas, et de façon à introduire ici encore quelque peu de changement et d'alternance, il faut également frictionner les membres l'un après l'autre, alternativement et à des jours différents (le mieux est de le faire les jours où l'on ne prend pas le remède par la voie interne). La friction s'exécute au moyen de la main, avec une petite quantité de la solution médicamenteuse ; on continue de frotter jusqu'à ce que la peau soit sèche. -Avant d'administrer le remède de cette manière, il faut également commencer par secouer le flacon cinq ou six fois.
Cependant, quelque commode que soit ce procédé, et quoiqu'il accélère certainement beaucoup la guérison des maladies chroniques, la nécessité d'ajouter à la solution aqueuse du médicament, pour pouvoir la conserver durant la saison chaude, une plus grande quantité d'esprit-de-vin ou d'eau-de-vie, ou un plus grand nombre de petits morceaux de charbon de bois, l'a toujours rendu extrêmement déplaisant pour de nombreux malades.
C'est pourquoi, ces derniers temps, j'ai préféré la manière suivante de procéder, lorsque j'avais affaire à des malades soigneux de leur personne : j'opère un mélange d'environ cinq cuillerées à bouche d'eau pure et de la même quantité d'eau-de-vie française (et je le tiens en réserve dans un flacon bien bouché) ; j'en verse 200, 300 ou 400 gouttes (suivant la force que doit avoir la solution médicinale) dans un petit flacon qui contient soit la poudre, soit le ou les globules médicamenteux, de façon à le remplir au delà de la moitié ; je bouche le flacon, et je le secoue jusqu'à ce que la dissolution soit complète. Ensuite je verse, en me guidant sur l'état de l'excitabilité et de la force vitale du patient, 1, 2, 3 ou plusieurs gouttes de cette dernière solution dans une tasse contenant une cuillerée à bouche d'eau, que je remue bien et que je fais prendre entièrement au malade, n'en donnant toutefois que la moitié dans les cas ou plus de prudence est nécessaire. Cette dernière dose d'une demi-cuillerée convient également pour l'utilisation en friction externe, dont il a été question ci-dessus.
Les jours où l'on ne se sert que de la friction, il faut, comme pour l'usage interne, commencer chaque fois par secouer violemment 5 à 6 fois le petit flacon qui contient les gouttes, de même qu'il faut également bien remuer le mélange de l'eau et des gouttes médicinales dans la tasse. Il vaut encore mieux prendre, à la place de la tasse, un petit flacon, dans lesquels on verse une cuillerée d'eau et le nombre convenu de gouttes médicinales, puis on secoue le tout ensemble, pareillement, 5 à 6 fois, et on en boit le contenu, soit entièrement, soit seulement la moitié.
Il est souvent utile, dans le traitement des maladies chroniques, de faire prendre le médicament par la bouche, comme aussi de faire la friction, le soir, peu avant que le malade se mette au lit, parce qu'alors on a moins à craindre que le matin, une perturbation quelconque d'origine extérieure.
Lorsque je faisais encore prendre les remèdes sans les fractionner, chacun en une seule prise avec un peu d'eau, j'avais trouvé que la dynamisation effectuée en secouant dix fois le flacon avait souvent une action trop violente (que ses forces médicinales étaient trop développées) ; c'est pourquoi j'avais alors conseillé de ne plus donner que deux secousses. Mais, depuis quelques années que j'arrive à fractionner chaque dose médicamenteuse, au moyen d'une dissolution qui ne peut pas se corrompre, et à la répartir sur 15, 20, 30 jours et davantage, aucune dynamisation ne me paraît plus trop forte et je redonne 10 secousses du bras à chacune d'elles. C'est pourquoi je rétracte ce que j'ai encore écrit là-dessus il y a trois ans, dans le premier volume de ce livre, à la page 209 (*1).
(*1) Note du traducteur : § 304 note n° 3 du § 304.
Dans les cas où une grande excitabilité du malade s'accompagnait d'une extrême faiblesse, et où il ne fallait utiliser que le reniflement du flacon contenant quelques petits globules du médicament salutaire, lorsqu'il était nécessaire d'administrer le remède plusieurs jours, je faisais flairer chaque jour au malade un flacon différent, contenant des globules du même médicament, mais chaque fois à un degré de dynamisation moins élevé, une ou deux fois de chaque narine, selon que je voulais produire une impression plus ou moins marquée.
du volume IV -1838.
Coup d'œil sur la façon dont se produit la guérison homœopathique.
Il ne nous est pas possible d'atteindre par nos sens le processus de la vie à l'intérieur de l'être humain ni d'en connaître l'essence. Ce n'est que de temps en temps qu'il nous est accordé de tirer de ce qui se passe des conclusions conjecturales sur la manière dont cela a bien pu arriver et se réaliser, sans que nous soyons néanmoins en état de trouver des preuves frappantes de nos explications dans les modifications que l'on peut observer dans le règne inorganique, puisque le règne vivant n'a, dans ses modifications, absolument rien de commun avec ce dernier et que, bien que contraire, l'un et l'autre prennent origine dans des processus qui divergent totalement.
Il était par conséquent parfaitement naturel que je ne me risque pas, dans l'exposition de la thérapeutique homœopathique, à expliquer comment la guérison des maladies peut se faire par notre intervention sur l'homme malade au moyen de substances qui possèdent la force de provoquer chez l'homme sain des états morbides très semblables. C'est à titre d'hypothèse que j'ai avancé mes propres suppositions à ce sujet, sans vouloir aucunement les appeler une explication, je veux dire une explication définitive, qui d'ailleurs n'était nullement nécessaire, puisque notre seul devoir est de guérir correctement et avec succès par les semblables, d'après la loi de la nature que l'on connaît et qui continue à se confirmer, et non de tirer vanité d'explications abstraites, ce en quoi, jusqu'à présent, a consisté la pratique des soi-disant médecins.
Ces derniers m'ont fait une infinité d'objections et ils auraient encore préféré rejeter radicalement l'art de guérir homœopathique tout entier (le seul pourtant qui soit possible) parce que ma tentative d'explication de la nature du processus de guérison homœopathique dans les profondeurs cachées de l'organisme ne les satisfaisait point.
Ce n'est pas pour les contenter, mais seulement pour me présenter à moi-même et à mes successeurs, véritables homœopathes praticiens, une tentative d'explication encore plus vraisemblable de ce phénomène, que j'ai écrit ces lignes, car en effet l'esprit humain a un penchant irrésistible, innocent et louable, à se rendre quelque peu compte de la manière dont il est possible que son action fasse du bien.
Comme je l'ai montré ailleurs, il est indéniable que notre force vitale est incapable, sans le secours de véritables remèdes produits par l'art de l'homme, de vaincre même les petites maladies à évolution rapide (si toutefois elle n'y succombe pas), ni de rétablir une sorte de santé, sans y sacrifier une part (souvent une grande part) des parties liquides ou solides de l'organisme au cours d'une soi-disant crise. Comment elle le fait au juste, nous n'en saurons jamais rien ; la seule chose qui soit sûre, c'est qu'elle ne peut vaincre, même ces petites maladies, ni directement, ni sans ce genre de sacrifices. Quant aux maladies chroniques, qui tirent leur origine des miasmes, elle ne peut non plus à elle seule les guérir ni rétablir la véritable santé, pas même au prix de telles pertes. Mais il est tout aussi certain que si, au moyen du véritable art de guérir (homœopathique), guidé par l'intelligence humaine, on la met en état de venir à bout et de vaincre (de guérir) tant les maladies aiguës que les maladies chroniques d'origine miasmatique, directement et sans ce genre de sacrifices, sans perte ni corporelle ni vitale, c'est pourtant toujours elle, c'est pourtant toujours la force vitale qui remporte la victoire, de même que c'est l'armée nationale qui l'on devra appeler l'armée victorieuse lorsqu'elle aura chassé l'ennemi du pays, même si elle a dû pour cela faire appel à l'appui de troupes auxiliaires d'origine étrangère. C'est la force vitale organique de notre corps qui guérit les maladies naturelles en tout genre, même directement et sans aucun sacrifice de cette sorte, dès que les médicaments (homœopathiques) corrects la mettent en état de remporter la victoire, ce qui certes lui resterait toujours impossible sans cette puissance auxiliaire, sans cet appui ; car notre force vitale organique, prise seule, n'est capable que de maintenir la vie dans son cours normal, tant que l'être humain n'est pas morbidement désaccordé par l'action hostile des puissances morbifiques.
Elle n'est pas de taille à se mesurer seule à ces dernières ; lorsque leur influence hostile s'exerce sur elle, elle leur oppose une force à peine égale, et ceci, soulignons-le, s'accompagne de toutes sortes de signes de sa propre souffrance (que nous appelons les symptômes de maladie), mais elle ne pourrait jamais, par sa propre force, venir à bout de l'ennemi que constitue la maladie chronique, comme elle ne pourrait même pas vaincre les maladies aiguës sans subir des pertes considérables dans plusieurs parties de l'organisme, si on ne la soutenait de l'extérieur à l'aide d'un véritable remède, ce dont le Conservateur de la vie humaine a donné mission à l'intelligence du médecin.
C'est une résistance à peine égale, dis-je, que la force vitale oppose à l'ennemi constitué par la maladie, et cependant aucun ennemi ne peut être subjugué, si ce n'est par une puissance supérieure.
Seul le remède homœopathique est capable d'investir le principe vital malade de cette puissance supérieure.
De lui-même, ce principe vital qui nous anime, en tant que force vitale purement organique, et qui n'est destinée qu'au maintien de l'ordre dans la santé, n'oppose qu'une faible résistance à l'avance de l'ennemi constitué par la maladie, et ensuite, lorsque le mal croît et se renforce, une résistance plus grande, mais (dans les meilleurs cas) ce ne sera jamais qu'une résistance égale à l'envahissement de l'ennemi, tandis que, chez les malades fragiles, elle sera à peine égale, et souvent plus faible -la force vitale n'est ni capable, ni destinée, ni créée pour une résistance qui écraserait l'ennemi sans faire de dégâts.
Mais si nous, les médecins, par le truchement de l'action que les remèdes homœopathiques ont sur elle, nous arrivons à opposer à cette force vitale instinctive son ennemi, la maladie, en le faisant apparaître comme agrandi, si peu que ce soit, et si le principe vital perçoit l'image de l'ennemi (la maladie) agrandie, de cette manière par les remèdes homœopathiques, qui imitent à s'y tromper la maladie originelle, nous amenons ainsi et nous forçons peu à peu cette force vitale instinctive à augmenter progressivement et de plus en plus son énergie jusqu'à ce qu'enfin elle soit beaucoup plus forte que ne l'était la maladie d'origine, en sorte qu'elle redevienne souveraine dans son organisme, qu'elle reprenne en main la direction de la santé et qu'elle continue à l'assurer, pendant que l'augmentation apparente de la maladie, qu'avaient provoquée les remèdes homœopathiques, disparaît d'elle-même aussitôt que, constatant que la prépondérance de la force vitale, c'est à dire la santé, a été rétablie, nous cessons d'administrer les remèdes.
Les ressources du principe vital de nature spirituelle, que le Créateur infiniment bon nous a donné en partage, à nous, les hommes, sont incroyablement grandes, à condition que nous, les médecins, comprenions comment maintenir son intégrité dans les périodes de santé en prescrivant un mode de vie sain, et comment l'animer et l'exalter dans les maladies par un traitement purement homœopathique.
du volume V -1839.
Dilutions et puissances (dynamisations).
Au sens propre le mot dilution ne s'applique presque qu'à des choses qui ont un goût et une couleur. Une solution de substances salées ou amères perd de plus en plus son goût à mesure qu'on lui ajoute de l'eau, et à la fin elle sera tout à fait insipide, quel que soit l'acharnement avec lequel on l'agite. De même une solution d'une matière colorante, lorsqu'on ne cesse de lui ajouter de l'eau, finit par perdre toute couleur et on aura beau l'agiter d'une manière inimaginable, sa couleur n'en deviendra pas plus intense.
Il s'agit en effet ici de vraies atténuations ou dilutions, mais non de dynamisations.
Les dynamisations homœopathiques sont des processus qui provoquent véritablement une exaltation des propriétés médicamenteuses qui se trouvent à l'état latent dans les substances naturelles, quand celles-ci sont à l'état brut, et qui deviennent alors capables d'agir d'une manière presque spirituelle sur notre vie, c'est-à-dire sur notre fibre sensible et irritable. Ce développement, inconnu avant moi, des propriétés des substances naturelles brutes (dynamisation) se produit, comme j'ai été le premier à l'enseigner, par la trituration des substances sèches dans un mortier, mais, pour les liquides, par la succussion, qui équivaut à une trituration. Il en résulte que ces préparations ne peuvent être appelées des dilutions, bien qu'il faille commencer par diluer à nouveau davantage chaque préparation de cette espèce pour l'élever à un plus haut degré de puissance, c'est-à-dire pour éveiller et développer encore davantage ses propriétés médicamenteuses encore latentes, en sorte que la trituration ou la succussion puisse pénétrer encore plus profondément dans l'essence de la substance médicinale et ainsi libérer et mettre au jour la partie la plus raffinée des forces médicamenteuses situées encore plus profondément, ce qu'il serait impossible d'obtenir sur des substances à l'état concentré, quelque ardeur qu'on mette à les triturer et à les secouer.
On lit souvent, dans des livres d'homœopathie, que, chez telle ou telle personne, dans un cas bien déterminé de maladie, telle ou telle haute dynamisation (dilution) d'un médicament n'a manifesté aucune action, mais qu'une basse dynamisation lui a bien rendu le service attendu -tandis que d'autres ont obtenu plus de succès avec les hautes dynamisations. Mais on ne cherche pas à savoir quelle pourrait être l'origine de cette grande différence de résultats. Qui empêche le fabricant de remèdes homœopathiques (et celui-ci devrait toujours être l'homœopathe lui-même ; c'est lui-même qui devrait forger et aiguiser ses armes contre les maladies), qui l'empêche, pour obtenir de puissantes dynamisations, au lieu de se contenter de donner quelques secousses nonchalantes (qui ne produisent pas grand-chose de plus que de simples dilutions, ce qui n'est vraiment pas l'effet recherché), qui l'empêche, dis-je, lors de la préparation de chaque dynamisation, de donner chaque fois au flacon qui contient 1 goutte de la puissance inférieure et 99 gouttes d'esprit-de-vin, 10, 20, 50 fortes secousses ou davantage, en le frappant contre un corps dur et élastique ?
Alors, si chaque basse puissance a également été dynamisée par le même nombre de secousses, on obtient déjà à la cinquantième dynamisation (jusqu'ici les jeunes esprits forts se moquaient déjà de la trentième et se contentaient de préparations peu développées et plus massives de médicaments à basse dynamisation qu'ils utilisaient à fortes doses ; c'est la raison pour laquelle il leur a été impossible d'arriver aux résultats que notre art de guérir a le pouvoir de produire), on obtient alors, dis-je, des remèdes dont l'efficacité est des plus pénétrantes, au point que chacun des plus petits globules qui en ont été imprégnés puisse et doive être pris par petites portions, après avoir été dissous dans une grande quantité d'eau, afin de ne pas engendrer une action trop violente chez des malades sensibles, car il ne faut pas perdre de vue qu'un tel mode de préparation a développé à ce moment presque toutes les propriétés qui se trouvaient à l'état latent dans l'essence de la substance médicamenteuse et qui, seulement ainsi et seulement alors, ont pu parvenir à leur pleine activité.
Paris, le 19 décembre 1838.

References: § 282
 § 256
 § 108
 § 20
 § 100
 § 107
 § 280
 § 80
 § 1
 § 54
 § 304
 § 304