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Timestamp: 2017-11-21 08:08:09+00:00

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Accueil > Numéros > 54 > Groupe verbal
p. 120-177
4.1. Structure argumentale et dérivation actancielle
4.1.1. Valence et arguments verbaux
4.1.2. Transitivité
4.1.2.1. Construction intransitive sans objet indirect
4.1.2.2. Construction transitive
4.1.2.3. Construction intransitive avec objet indirect
4.1.2.4. Construction transitive avec objet indirect
4.1.2.5. Actants phrastiques
4.1.3. Labilité
4.1.3.1. P-labilité
4.1.3.2. P-labilité non-canonique
4.1.3.3. A-labilité
4.1.3.4. Variation de transitivité
4.1.3.5. Labilité conversive
4.1.3.6. Labilité réfléchie
4.1.3.7. Labilité réciproque
4.1.4. Dérivation actancielle syntaxique
4.1.4.1. Construction impersonnelle
4.1.4.2. Construction réfléchie : valeur anticausative
4.1.4.3. Causatif
4.1.5. Classes syntaxiques des verbes
4.1.5.1. Verbes non-labiles
4.1.5.2. Verbes labiles
4.2. Nominalisation
4.2.1. Formes de nominalisation
4.2.2. Sujet et dépendant d’une postposition
4.2.3. Autres positions du groupe nominal
4.2.4. Topique verbal
4.2.5. Topique phrastique
4.2.6. Proposition enchâssée
4.2.7. Argument du prédicat zī gbɛ̰̀ ‘commencer’
4.3. Réflexivité
4.3.1. Morphologie des marqueurs réfléchis
4.3.2. Sémantisme de la construction réfléchie
4.3.3. Distribution des marqueurs réfléchis dans différentes positions syntaxiques
4.3.3.1. Marqueurs réfléchis dans la même proposition que l’antécédent
4.3.3.2. Marqueurs réfléchis dans la proposition non-finie
4.3.3.3. Marqueurs réfléchis distants : proposition finie
4.3.3.4. Cas spéciaux
4.3.3.5. Résumé
4.3.4. Distribution des marqueurs réfléchis simple et complexe : facteurs sémantiques
4.4. Actants et circonstants postverbaux
1Cet article est consacré au groupe verbal et à ses différentes composantes. Nous commençons par la structure argumentale et dérivation actancielle (§4.1).
2§4.2 porte sur la nominalisation. Il se trouve que le verbe en mano est marqué différemment en fonction de la position syntaxique du groupe verbal nominalisé, ainsi qu’en fonction de la présence de ses arguments. Nous discutons alors consécutivement ces différentes positions syntaxiques. Une autre conclusion importante est que les objets indirects dans certaines positions peuvent être positionnés à l’intérieur du groupe verbal nominalisé.
3§4.3 est consacrée à la réflexivité, nous discutons notamment l’emploi de différents marqueurs réfléchis en fonction de leur position syntaxique par rapport au groupe nominal de l’antécédent, mais aussi la distribution des marqueurs simples et complexes.
4Dans §4.4 nous abordons le problème des objets indirects et la possibilité de déterminer les actants et circonstants postverbaux.
5Les propriétés syntaxiques et sémantiques des principaux arguments verbaux (sujet, objet direct, objet indirect, actant phrastique) seront examinées dans §4.1.1.
6En fonction du nombre et de la manière d’exprimer les arguments, les verbes mano peuvent être employés dans les constructions suivantes : construction intransitive, construction transitive, construction intransitive avec un objet indirect, construction avec un actant phrastique. Ces constructions seront examinées dans §4.1.2.
7La labilité, possibilité de changement de transitivité et de nombre d’arguments exprimés auprès d’un verbe donné sans que la forme de ce dernier soit changée, est assez répandue en mano. Comme résultat, le verbe peut être employé dans plusieurs constructions parmi celles citées ci-dessus, typiquement dans les constructions transitive et intransitive. Les types de labilité seront examinés dans §4.1.3.
8Pour ajouter ou supprimer des arguments, des procédés syntaxiques supplémentaires peuvent être utilisés, à savoir l’impersonnalisation et la causativisation. La construction réfléchie, dont la valeur principale est la valeur réfléchie, sert également à exprimer la dérivation actancielle, à savoir l’anticausativisation. Les trois procédés seront examinés dans §4.1.4.
9Finalement dans §4.1.5 nous examinerons les classes syntaxiques des verbes établies en fonction des constructions dans lesquelles ils sont employés en faisant la distinction entre les verbes non-labiles (§4.1.5.1), qui constituent un cinquième des verbes en mano, et les verbes labiles (§4.1.5.2).
1 Le prédicat zī gbɛ̰̀ ‘commencer’ prend comme argument un groupe verbal nominalisé dans la position (...)
10Les arguments du verbe en mano peuvent occuper les positions suivantes : sujet, objet direct, préposé au verbe, objet indirect, postposé au verbe, actant phrastique. L’ordre des mots dans les énoncés verbaux en mano est le suivant : S – aux – O – V – X, où S est le groupe nominal du sujet (qui n’est pas obligatoire), aux est le marqueur prédicatif pronominal qui porte l’information sur la personne et le nombre du sujet, O est le groupe nominal de l’objet direct, V est le verbe, X est tout complément postverbal : groupe postpositionnel d’un objet indirect, actant phrastique1, ainsi que compléments circonstantiels : groupe postpositionnel, adverbe ou nom dans la fonction locative. Ainsi, la fonction grammaticale d’un groupe nominal donné peut être définie selon sa position dans l’énoncé.
11Les sujets expriment des rôles sémantiques divers. Typiquement ce sont les rôles d’Agent (4.1, 4.2), d’Expérienceur (4.3), de Causateur (4.4). Les objets directs expriment typiquement les rôles sémantiques de Thème (4.1, 4.2, 4.4) ou de Stimulus (4.3). Dans les constructions intransitives à valeur anticausative ou passive, les sujets peuvent avoir le rôle de Thème (4.5, 4.6).
‘Elle mange le poisson’.
gòlò-pɛ̀lɛ̀.
ramasser-inf
‘Elle attrape le poisson (avec le filet)’.
‘Elle voit le poisson’.
dá̰
‘Mon père m’a appris à chasser’.
fɔ̀ɔ̄.
‘Mon pied a gonflé’.
‘La terre a été labourée’.
12Les objets indirects sont exprimés par des groupes postpositionnels. Les objets indirects expriment les rôles de Thème, Destinataire, Instrument, Stimulus et, plus rarement, d’Agent. Mis à part l’expression des arguments, les groupes postpositionnels peuvent exprimer les compléments circonstantiels. Énumérons les postpositions employées dans les groupes postpositionnels d’objets indirects et leurs rôles principaux.
13Les postpositions kɛ̀lɛ̀, lɛ̀ɛ̄, ká ne s’emploient que dans les groupes postpositionnels d’arguments verbaux.
1. kɛ̀lɛ̀ : Destinataire ; Possesseur ; Agent dans la contruction intransitive avec les verbes labiles. Il est important de noter que les exemples de ce dernier type ont été obtenus par élicitation ; dans le parler spontané nous n’avons pas relevé d’exemples avec des constructions intransitives aux verbes labiles où l’agent était exprimé.
‘Je t’ai donné de l’argent’.
‘Nous avions (les plantations de) cola’.
kpàà-pɛ̀lɛ̀
‘La viande est en train d’être préparée par Ko’.
2. lɛ̀ɛ̄ : Destinataire, Stimulus
‘L’alcool est interdit aux Malinkés’.
tùò
effrayer:IPFV
‘Nous avons peur de mourir’.
3. ká : Instrument, Comitatif, Thème, Stimulus
tā-pɛ̀lɛ̀
planter-inf
‘Il est en train de labourer la terre avec la houe’.
‘J’ai amené ta femme’.
bólō
‘Offre-moi une banane !’
kɔ̰́
dɔ̄pɛ̄
‘Tu a perdu un membre’.
‘Tu a fini le travail’.
ɓɛ́ī
‘Tu aimes ton ami’.
14Les postpositions mɔ̀, yí, lé, bà, là, ŋwɛ́ŋ̀, píé s’emploient dans les groupes postpositionnels d’arguments aussi bien que de compléments circonstantiels. Les arguments exprimés par ces groupes postpositionnels ont la valeur de Thème, de Stimulus ou d’Expérienceur. La postposition mɔ̀ a une valeur locative large, nous la traduisons approximativement comme ‘sous, sur’. En fonction de tête du groupe postpositionnel d’objet indirect, elle s’emploie avec un grand nombre de verbes. Les autres postpositions ne s’emploient qu’avec quelques verbes seulement.
4. mɔ̀
léká̰
‘Les gens sont insolents avec vous’.
‘Elle a secoué son mari’.
‘Tu comptes sur Jésus’.
‘Elle a oublié son père’.
5. yí
kɔ̰́
‘Ils ont perdu leurs femmes’.
‘Il te contredit’.
Lúà
Mɔ́ízè
ɲ́à
1sg.conj>3sg.nsbj
‘La loi de Moïse, je suis venu y ajouter’.
vɔ̄
‘Le chef règne sur le village’.
dīà
passer.ger
‘Ma maison dépasse ta maison’.
9. wì
tɔ́ŋ̀
‘Tu as accepté les amendes de Dieu’.
10. ŋwɛ́ŋ̀
lìī
zúò
donner :nmlz
‘Je remercie mon frère de m’avoir aidé’.
11. píé
‘Sois satisfait de ton salaire’.
15Le troisième type d’arguments est l’actant phrastique. Les verbes de locution, de perception ou d’activité mentale (gèē ‘dire’), les verbes exprimant les émotions (túó ‘avoir peur’), ainsi que les verbes de phase (ɲɛ̄ ‘terminer’) ou les verbes modaux (bɛ̀ī ‘pouvoir’) ont des arguments avec un sémantisme particulier (stimulus de l’émotion ou de la perception, locution, pensée, ou action). Ces arguments sont typiquement exprimés par des propositions finies ou infinies. Ils peuvent également être exprimés par des groupes nominaux d’objet direct ou indirect, y compris par des pronoms. Pour certains de ces verbes, la position de l’objet direct est toujours remplie même si l’actant phrastique est présent, pour d’autres l’actant phrastique est en distribution complémentaire avec le groupe nominal d’objet direct ou indirect. Pour plus de détails, voir §4.1.2.5.
16Passons maintenant aux propriétés syntaxiques des arguments verbaux. Les objets directs sont des arguments obligatoires : la transformation du type il a mangé du poisson — il a mangé est impossible (par contre, la P-labilité, variation de structure actancielle impliquant la promotion des objets directs dans la position du sujet, est très répandue, §4.1.3.1). Or, les objets indirects peuvent être obligatoires ou facultatifs. De plus, certains groupes postpositionnels sont obligatoires tout en étant sémantiquement vides, c’est-à-dire, ils n’expriment pas un rôle sémantique particulier. Dans l’exemple (4.30), le rôle du Thème du verbe pá ‘rassembler’ est exprimé par l’objet direct ; cependant, le verbe demande la présence d’un groupe postpositionnel régi par la postposition mɔ̀ dans lequel le pronom soit coréférentiel à l’objet direct et suivi du déterminatif réciproque kíè :
‘Se a rassemblé beaucoup de gens’.
17Certains verbes se combinent obligatoirement avec un adverbe ou un nom dans la fonction locative. Ainsi le verbe dɔ̄ tá̰à̰ ‘interdire’ <arrêter + par terre>. Pour plus de détails sur les éléments postverbaux obligatoires, voir §4.4.
18Ensuite, en ce qui concerne le contrôle sur des processus syntaxiques, les sujets, les objets directs et les objets indirects ne se distinguent pratiquement pas : un groupe nominal dans n’importe quelle fonction syntaxique peut être relativisé (voir §6.2.2.4). Quant à la réflexivité, selon notre analyse, dans la plupart des cas, le sujet est le seul antécédent possible. Cependant, le groupe nominal de l’objet direct peut être l’antécédent du possesseur réfléchi dans le groupe postpositionnel (voir §4.3).
19En fonction des positions remplies par des groupes nominaux, les constructions suivantes peuvent être distinguées :
construction intransitive (sans objet indirect) ;
construction transitive (avec seulement objet direct) ;
construction intransitive avec un objet indirect ;
construction transitive avec un objet direct et un objet indirect.
20Les actants phrastiques se distinguent séparément et seront examinés dans §4.1.2.5.
21Dans les constructions intransitives de ce premier type, seule la position du sujet est remplie par le groupe nominal ; en l’absence de celui-ci, le sujet est obligatoirement indexé dans aux, le marqueur prédicatif. Ces constructions désignent des procès (contrôlés ou non-contrôlés), ils ont valeur d’anticausatif, de passif. Citons quelques exemples de ces constructions :
vúú.
‘Cette banane a pourri’.
bā̰.
‘Son père est venu’.
‘Le ventre de l’araignée s’est rompu’.
gḭ̀ḭ̄.
‘Cet enfant a été blessé’.
‘La vache a été tuée’.
22La position de l’objet direct dans la construction transitive peut être remplie par un groupe nominal, un pronom ; certains pronoms non-sujets, surtout le pronom de la 3e personne sg, peuvent se contracter avec les marqueurs prédicatifs pour former un marqueur portemanteau (voir §1.6.5.3).
23Les constructions transitives désignent des actions à deux participants, ainsi que des constructions réfléchies, réciproques, causatives et les prédicats complexes. Sur ces derniers, voir (Khachaturyan 2013a).
ɓèlè.
‘La personne a mangé la viande’.
‘Tu l’as mangé’.
kṵ́ !
‘Attrape-le !’
sūū
fàà.
pousser:IPFV
‘L’eau fait pousser l’herbe’.
‘Dieu ne dort pas’.
‘Il s’est blessé’.
‘Ils se sont vus’.
24Dans le groupe postpositionnel de l’objet indirect, la postposition peut régir un groupe nominal ou un pronom.
25Les prédicats avec objets indirects sont non seulement ceux avec une agentivité faible, comme les verbes de perception du type ‘avoir peur’, ex. (4.45), mais aussi avec une agentivité assez importante, comme ‘défendre’, ex. (4.46).
fòló
‘Il a raté l’animal’.
avoir.peur:IPFV
‘Il a peur des serpents’.
‘Il m’a défendu’.
26Les constructions à objet indirect peuvent être réfléchies et réciproques :
‘Il a aidé lui-même’.
‘Ils sont collés les uns contre les autres’.
27Les constructions transitives avec objet indirect servent à désigner les actions à trois participants, ex. (4.49). Il peut s’agir, en particulier, des emplois causatifs des verbes qui sont originellement intransitifs avec un objet indirect, ex. (4.50).
zɔ̰̀á̰
dɔ̀kɛ̄-ɛ̀
donner-ger
‘Si tu me montres le chemin, je te donnerai de l’argent’.
Kàlàmɔ̄ɔ̀
dā̰
bɛ̰̀ɛ̰᷆
enseigner:IPFV
écrire.ger
‘L’enseignant apprend aux enfants à écrire’ (emploi causatif).
bɛ̰̀ɛ̰
apprendre:IPFV
‘Les enfants apprennent à écrire’.
28Il y a plusieurs façons d’exprimer les actants phrastiques régis par les verbes matrices : groupe postpositionnel avec un groupe verbal enchâssé, le verbe ayant la forme du gérondif ou la forme à ton bas, en fonction de l’absence ou de la présence des arguments postverbaux (voir plus loin dans §4.2.5), proposition dépendante avec un marqueur prédicatif de la série conjonctive, autres propositions facultativement précédées par un connecteur.
29L’actant phrastique des verbes de phase (ɲɛ̄, tɛ̀ká ‘finir’) est exprimé par un groupe postpositionnel contenant un groupe verbal nominalisé. Le verbe est employé alors soit dans la forme du gérondif, soit dans la forme à ton bas, en fonction de la présence ou de l’absence d’un complément postverbal dans le groupe nominalisé.
gɛ̰̀-ɛ̰̀
‘J’ai commencé à observer les médecins (traditionnels)’.
30Le prédicat zī gbɛ̰̀ ‘commencer’ prend comme argument un groupe verbal nominalisé dans la position de’objet direct. Le verbe est employé alors soit dans la forme de gérondif, soit dans la forme de base, en fonction de la présence de l’objet direct.
gbɛ̰̀.
‘Il a commencé à marcher’.
‘Il a commencé à travailler au marché’.
Pour plus de détails sur la forme des actants phrastiques des verbes de phase, voir §4.2.
31L’actant phrastique des verbes modaux (bɛ̀ī ‘pouvoir’) ou des verbes exprimant les émotions (nāā ‘aimer’, túó ‘avoir peur’) est exprimé par une construction avec la série conjonctive des marqueurs prédicatifs (4.53) ; si le sujet du verbe matrice est coréférentiel au sujet du prédicat de l’actant phrastique, ce dernier peut être exprimé par une construction avec un groupe verbal enchâssé et une postposition facultative (ká pour tous les trois verbes ou, pour le verbe túó ‘avoir peur’, lɛ̀ɛ̄) à la fin de la construction (exemple sans postposition, 4.54, exemple avec la postposition, 4.55).
frère.aîné
‘Je veux que mon frère aîné achète une maison’.
tùò,
gèe᷆᷆᷆᷆᷆᷆᷆.
‘Ce que cette femme fait avec lui, il a peur, il ne veut pas le raconter’.
‘Ils aiment trop mentir’.
32L’actant phrastique des verbes désignant une activité mentale (yí dɔ̄ ‘savoir’), une activité locutive (gèē ‘dire’) et des verbes de perception (mā ‘entendre’) est formé de la même manière qu’une proposition simple, il est facultativement précédé par le connecteur kélɛ̄ ‘que’.
‘Ils ont dit que les chimpanzés en lesquels les Kpellés se sont transformés sont venus’.
Ākàlíyà
yàlà
‘Mais, ayant appris qu’Archélaüs régnait sur la Judée à la place d’Hérode... (lit. : Il a entendu qu’Archélaüs s’était assis à la place de son père Hérode)’ (M.2 :22).
33La position de l’objet direct des verbes désignant l’activité mentale ou locutive, des verbes de perception et de certains autres (comme le verbe yí dá̰ ‘essayer’) est obligatoirement remplie, même si l’actant phrastique est exprimé, par un pronom cataphorique de la 3e personne sg, (4.58) et (4.59). Pour le verbe nāā ‘vouloir’ ce pronom est facultatif, (4.54) et (4.60).
Ɓāā
gèē-pɛ̀lɛ̀
2sg.exi>3sg
‘Tu dis que tu as acheté la viande’.
‘J’ai essayé de construire une maison’.
34Les données sur les procédés d’expression des actants phrastiques sont résumées dans le Tableau 4.1.
Tableau 4.1. Procédés d’expression des actants phrastiques
du verbe matrice
sujets coréférentiels
sujets non-coréférentiels
position de l’od
verbes de phase
V-ger / V :nmlz + postposition
zī gbɛ̰̀ ‘commencer’
V / V-ger zī gbɛ̰̀
nāā ‘vouloir’
V-ger / V:nmlz + pp;
proposition avec conj
facult. remplie
verbes modaux, émotions
activité mentale, locutive, perception
35La valence remplie par un actant phrastique peut également être remplie par un groupe nominal ou un pronom, (4.60 – 4.62).
‘Elle aime beaucoup son mari’.
‘Elle l’aime beaucoup’ ; voir également les exemples (4.54) et (4.55).
ŋwánà
‘Tu dis la vérité’.
‘Tu la dis’ ; voir l’ex. (4.58).
dá̰.
‘J’ai goûté la nourriture’.
‘Je l’ai goûtée ; voir également l’exemple (4.59).
36La labilité verbale est une variation de diathèse selon laquelle les verbes peuvent être employés dans les constructions de différents types selon le nombre et le type de marquage des arguments, sans que la forme et le sens des verbes en soient changés. La labilité canonique du verbe, selon A. Letuchiy (2013), répond aux critères suivants :
(1) Le verbe s’emploie transitivement et intransitivement ;
(2) les propriétés du sujet et d’autres propriétés sémantiques de la situation diffèrent selon que le verbe est employé transitivement ou intransitivement ;
(3) toutes les formes du verbe sont caractérisées par les traits (1) et (2) ;
(4) toutes les paires des constructions intransitives et transitives ne sont pas liées en tant que diathèse « complète » et diathèse où un actant spécifique, qui peut être déduit du contexte, ou générique, est omis (du type il a mangé du poisson – il a mangé) ;
(5) deux emplois du verbe ne peuvent pas être considérés comme des lexèmes homonymiques (c’est-à-dire que les situations exprimées par ces verbes sont sémantiquement proches et se différencient principalement par les propriétés des actants).
37Vu le critère (5), les valeurs différentes d’un même verbe et les verbes homonymiques seront examinés séparément en ce qui concerne leur disposition à la labilité. Nous distinguons en mano les types de labilité suivants :
P-labilité canonique, ou P-labilité tout court : la variation selon laquelle les verbes sont utilisés dans les constructions transitives et intransitives, le sujet de la construction intransitive correspond à l’objet de la construction transitive (Letuchiy 2013) ;
P-labilité non-canonique intransitive : la variation selon laquelle la transitivité des verbes ne change pas, les deux emplois étant intransitifs. Cependant, au lieu de l’objet direct, c’est l’objet indirect qui est promu à la position du sujet ;
A-labilité du type applicatif : la variation selon laquelle le verbe peut être employé dans les constructions transitive et intransitive, dans le premier cas un objet direct est ajouté à la structure argumentale du verbe ;
variation de la transitivité : le même argument du verbe peut occuper la position de l’objet direct ou indirect ;
variation conversive : l’existence de plusieurs emplois du même verbe qui se différencient par la manière d’exprimer les participants de la situation dont le nombre reste stable ;
labilité réfléchie : la variation selon laquelle les verbes sont utilisés dans les constructions transitives et intransitives, l’emploi intransitif ayant valeur réfléchie ;
labilité réciproque : la variation selon laquelle les verbes sont utilisés dans les constructions transitives et intransitives, l’emploi intransitif ayant valeur réciproque.
2 “The verbs that can be used (...) intransitively with a subject representing the same patient-like (...)
38Un grand nombre de verbes pouvant être employés dans les constructions à objet direct peuvent également être employés dans les constructions intransitives à un seul argument, la position de l’objet dans le premier cas et la position du sujet dans le deuxième cas étant occupées par le même argument du verbe. Ce type de variation de structure actancielle est traditionnellement appelé P-labilité (voir notamment Kibrik 2001, mais aussi Creissels 2013)2.
táá-pɛ̀lɛ̀.
marcher-inf
‘Elle fait marcher l’enfant’.
‘L’enfant marche’.
káá-pɛ̀lɛ̀.
verser-inf
‘Il verse l’eau’.
‘L’eau coule’.
kpèŋ̀
‘Il a cassé un bâton’.
‘Le bâton s’est cassé/ a été cassé’.
‘Il a tué une vache’.
39Au sein de la P-labilité, deux types sémantico-syntaxiques se distinguent : la labilité anticausative inchoative et la labilité passive. La labilité anticausative inchoative est définie comme suit : l’emploi transitif représente du point de vue sémantique le causatif de l’emploi intransitif (Letuchiy 2006 : 68). Dans la construction intransitive, le participant patientif de la situation est au centre de la proposition, il occupe la position du sujet, le causateur étant supprimé ou déplacé à la périphérie. La labilité de ce type caractérise les verbes suivants : ɲɔ́nɔ́ ‘se déplacer, conduire (une voiture)’, nīà ‘(se) tourner’, sīè ‘(se) gâter’, ainsi que les verbes yɛ́ ‘(se) casser’, káá ‘verser, couler’ et táá ‘marcher, faire marcher’, (4.63) – (4.64).
40Les emplois transitif et intransitif du verbe labile du type passif ne se différencient pas sémantiquement : si l’agent dans l’emploi intransitif n’est pas exprimé, il est présent au niveau sémantique (4.66). La présence de la composante du sémantisme de ces verbes orientée vers l’agent est très prononcée. Pour certains verbes, l’interprétation anticausative, qui sous-entend l’absence de force extérieure impliquée dans le changement d’état du sujet qui se produit spontanément, est impossible (4.67a). Pour exprimer cette valeur anticausative, la construction réfléchie est choisie. La spontanéité est expliquée alors par la magie (4.67b).
bɛ̰̀ɛ̰̄.
‘La lettre a été écrite (*par elle-même)’.
‘La lettre a été écrite par elle-même (suite à une action magique)’.
41D’autres actions de ce type qui ne peuvent pas se produire spontanément sont : gwɛ́ɛ́ ‘crépir, être crépi’, wɔ́ɔ́ ‘ramasser / être ramassé’ etc, ainsi que le verbe zɛ̄ ‘tuer’ de l’exemple (4.66).
3 Il est possible que dans le cas de certains verbes labiles du type passif il s’agisse d’un sous-typ (...)
42Cependant, la différence entre la labilité du type anticausatif inchoatif et du type passif est plutôt graduelle, puisque l’importance de la composante du sémantisme orientée vers l’agent, ainsi que l’absence du causateur externe peuvent varier d’un verbe à l’autre et d’un contexte à l’autre. Ainsi, le verbe yɛ́ ‘casser’ peut avoir les trois emplois, causatif, anticausatif et passif. Nous verrons plus loin qu’en mano, cette différence, cruciale dans certaines langues ayant les verbes labiles, n’a pas de valeur explicative en ce qui concerne la distribution de la labilité dans le lexique verbal3.
43Les verbes P-labiles peuvent avoir également un argument dans la position de l’objet indirect. Ce sont des verbes comme : dá̰ ‘apprendre qqch, enseigner qqch à qqn’ : objet direct (à qqn), Х mɔ̀ (qqch) ; lèmā ‘(faire qqn) oublier qqch’ : objet direct (qqn), Х mɔ̀ (qqch). lá ‘énerver (avec qqch)’ : objet direct (le sujet énervant), Х mɔ̀ (qqn).
énerver:IPFV
‘Cette histoire m’énerve’.
‘Il m’énerve avec cette histoire’.
44Dans la construction intransitive avec les verbes labiles, l’agent peut être exprimé par un groupe postpositionnel avec la postposition kɛ̀lɛ̀. Il est important de noter que les exemples de ce type sont issus de l’élicitation ; dans notre corpus du parler spontané, dans les constructions intransitives avec les verbes labiles l’agent ne s’est pas exprimé.
45Les verbes intransitifs non-labiles qui n’ont pas d’emploi transitif causatif et les verbes transitifs non-labiles qui n’ont pas d’emploi intransitif anticausatif ou passif sont énumérés en §4.1.5.1.
46Certains verbes en mano ont deux emplois qui satisfont aux critères (2) – (4) de la labilité canonique, mais ne satisfont pas au critère (1), à savoir, la différence entre la transitivité des deux emplois, les deux emplois étant intransitifs. Il s’agit donc de P-labilité non-canonique intransitive qui caractérise trois verbes de phase, ɲɛ̄ et tɛ̀ká ‘(se) finir’ et wɛ̀lɛ̀ ‘commencer’.
sà̰ā̰
‘Il a fini ce travail’.
‘Le travail est fini’.
tɛ̀ká
‘Ils ont terminé la guerre’.
tɛ̀ká.
‘La guerre s’est terminée’.
47Le quatrième verbe caractérisé par la P-labilité non-canonique est sālà ‘payer’. Ce verbe peut être employé dans la construction transitive où la position de l’objet direct est occupée par le Bénéficiaire, et la position de l’objet indirect par la Cause (typiquement, la Cause est le travail accompli par le Bénéficiaire). Dans la construction intransitive, la position du sujet peut être occupée par le Bénéficiaire ou par la Cause, dans ce deuxième cas il s’agit de la P-labilité non-canonique :
‘Il t’a payé pour le travail’.
payer:IPFV
‘Les travailleurs se font payer’.
‘Le travail se paie’.
48En français, l’objet direct qui n’est pas important pragmatiquement peut être omis. Cette variation est appelée la A-labilité :
Il a mangé la soupe.
49En mano, dans ce type de contexte l’objet direct sera remplacé par un nom avec un sémantisme large, typiquement le nom pɛ̄ ‘chose’ :
súòyíí
‘Il a mangé la soupe (une sauce spécifique accompagnant le riz)’.
‘Il a mangé’.
50Cependant, il existe un verbe en mano qui manifeste une variation de la structure argumentale proche de la A-labilité. Or, du point de vue sémantique, il ne s’agit pas de l’omission de l’objet pragmatiquement non-important, ce que A. Letuchiy ne considère pas, selon son critère 4, comme labilité canonique, mais plutôt de l’addition d’un objet privilégié. Ce procédé est appelé applicatif.
51Ainsi, le sujet du verbe wàā ‘faire mal’ désigne la partie du corps qui fait mal, alors que l’objet direct désigne le Maléficiaire :
(ŋ̄)
‘La dent me fait mal’.
wàā
piment.rel
top>3sg.nsbj
‘Il a acheté du piment qui fait mal’.
52Il existe des verbes dont le même argument peut occuper la position d’objet direct ou indirect sans que le sémantisme ou la forme du verbe changent. Ce type de variation peut être considéré comme labilité non-canonique, puisqu’elle ne satisfait pas à la caractéristique (2) de la labilité canonique.
fòló.
‘Il a raté un animal’.
53Cette catégorie comporte les verbes suivants : ɓúó ‘rater’, fòló ‘rater’, pɛ̰́ ‘demander qqn, prier qqn’, nī ‘oublier’.
54L’objet indirect du verbe transitif nɔ̄ ‘donner’ peut être promu à la position d’objet direct. Dans ce cas l’argument qui avant était en position d’objet direct n’est pas exprimé.
‘On a donné à manger à cette personne’.
nɔ̄.
‘On a donné à cette personne (sa part)’.
55Le complément locatif du verbe tɛ̀nɛ̀ ‘monter’ peut être exprimé par un groupe postpositionnel mais peut également être promu à la position d’objet direct :
tɛ̀nɛ̀
tɛ̀nɛ̀.
‘Il a monté une montagne’.
56La variation conversive, telle qu’elle est comprise par A. Letuchiy (2013), implique l’existence de plusieurs emplois du même verbe qui diffèrent par la manière d’exprimer les participants de la situation dont le nombre reste stable. Cette variation ne se limite pas à la variation de transitivité (voir §4.1.3.4) et implique le sujet. Les situations exprimées par l’un ou l’autre emploi du verbe sont égales, les participants ne sont pas des agents ni des patients prototypiques. La labilité conversive caractérise deux verbes : kpàā ‘gêner ; être gêné’ et nī ‘oublier, être oublié’ ; dans les deux cas les rôles des participants sont Stimulus et Expérienceur. Dans le cas du verbe kpàā, lorsque le Stimulus occupe la position du sujet, l’Expérienceur occupe la position de l’objet direct ; lorsque c’est l’Expérienceur qui occupe la position du sujet, le Stimulus occupe la position du groupe postpositionnel :
kpàā
gêner:IPFV
‘Tu me gênes maintenant’.
57Dans le cas de verbe nī, lorsque l’Expérienceur occupe la position du sujet, le Stimulus occupe la position du groupe postpositionnel avec la postposition mɔ̀, lorsque c’est le Stimulus qui est dans la position sujet et l’Expérienceur, à son tour, dans le groupe postpositionnel, la postposition utilisée est ká.
‘Il a oublié son père’.
‘Son père a été oublié par lui’.
58La labilité réfléchie caractérise les verbes qui peuvent être employés dans les constructions transitive et intransitive, cette dernière ayant la valeur réfléchie. Nous distinguons la valeur réfléchie dans le sens de l’action sur le corps ou sur une partie du corps et dans le sens de l’autocausatif, ou contrôle sur l’action que le participant produit avec tout son corps. La labilité réfléchie dans ce premier sens est très rare en mano : seul le verbe lā ‘(se) soigner’ est concerné. Les verbes labiles autocausatifs sont plus fréquents : ɲɔ̀ɔ̄ ‘(s’) approcher’, kpɛ́nɛ́ ‘(se) tordre’, nīà ‘(se) tourner’, gá̰á̰ ‘(s’) approcher’, yɔ̀ɔ́ ~ yɔ̀ló ‘descendre’, gìnīgíní ‘rouler’, mìīmíí ‘(se) bouger’, fóló ‘(se) détacher’, nɛ̀ɛ̄ ‘(se) serrer’ et quelques autres.
gá̰á̰-pɛ̀lɛ̀
ɓɛ̄ɛ̄
gbínīī
tirer-INF
‘Une branche se tire au sol sous le poids des fruits’.
main:CS
‘Il tire une branche au sol’.
59La labilité réciproque caractérise les verbes qui peuvent être employés dans les constructions transitive et intransitive, cette dernière ayant la valeur réciproque. Ce procédé caractérise un seul verbe, gɔ̰̄ ‘lutter’.
gɔ̰̄-pɛ̀lɛ̀.
lutter-inf
‘Ils luttent’.
‘Il lutte contre toi’.
kwíí
‘Nous ne luttons pas contre les Européens’.
60Mise à part la labilité, il existe en mano des mécanismes syntaxiques d’addition et de suppression des arguments : impersonnalisation (non-référentialité du participant agentif), anticausativisation (suppression du participant agentif) et causativisation (addition du causateur).
61Dans la construction impersonnelle, l’agent est spécifique, mais non-connu du locuteur (cf. Les bandits l’ont tué – On l’a tué). En mano, il est exprimé par un marqueur prédicatif pronominal de la 3e personne pl :
‘On a organisé la fête dans sept villages’.
62Cette construction, qui est sémantiquement équivalente à la construction intransitive passive des verbes P-labiles, est parfois préférable à cette dernière.
‘Je suis né à Banguéta’ (lit. : on m’a accouché à Banguéta).
63Certains verbes transitifs, utilisés dans la construction intransitive, expriment la valeur anticausative, le patient étant promu à la position du sujet (§4.1.3.1). Cependant, il y a ambiguïté en ce qui concerne la valeur de cette construction, qui peut également avoir une valeur passive :
‘Il a déchiré l’habit’.
‘L’habit s’est déchiré/ a été déchiré’.
64La construction réfléchie peut être utilisée dans ce contexte. Pour les verbes dont le sujet dans les constructions transitives contrôle la situation et peut accomplir une action sur lui-même ou sur une partie de son corps, cette construction a la valeur réfléchie proprement dite, y compris la valeur réfléchie autocausative (§4.3.2). Pour les autres verbes cependant, elle aura la valeur anticausative (il faut aussi tenir compte du fait que les valeurs autocausative et anticausative ne sont pas toujours faciles à distinguer, puisque l’agentivité du sujet est plutôt une échelle, et non pas une catégorie binaire agentif/non-agentif) :
‘L’habit s’est déchiré (par lui-même, il n’y a pas de force externe)’.
65La construction causative se forme à l’aide du verbe kɛ̄ ‘faire (faire)’, dont le sujet est le causateur, alors que la position de l’objet direct est remplie par un pronom non-sujet cataphorique. L’action causée est le plus souvent marquée par la construction avec un marqueur prédicatif de la série conjonctive ; sont également possibles une construction avec un marqueur prédicatif de la même série que celle qui marque la proposition de causation (comme dans l’exemple 4.87 – marqueur prédicatif de la série parfaite) ou une construction avec un marqueur prédicatif de la série conjointe (4.88).
wɛ́ì
‘Je l’ai forcé à te donner de l’argent’.
ɓā.
ɓà.
fructifier.jnt
‘Il fait en sorte que l’arbre fructifie’.
66Le sujet de la construction intransitive ou l’objet de la construction transitive causée peuvent occuper la position de l’objet direct auprès du verbe kɛ̄ ‘faire’. Dans la construction causée, le groupe nominal correspondant est remplacé par un index pronominal : marqueur prédicatif, dans le cas du sujet, ou pronom non-sujet, dans le cas de l’objet.
67Cette section est consacrée aux classes syntaxiques des verbes. Nous distinguons les classes suivantes, en fonction de la structure argumentale et des constructions dans lesquelles les verbes peuvent s’employer :
Verbes intransitifs à un actant (qui ne s’emploient que dans les constructions intransitives à un seul actant – le sujet) ;
Verbes intransitifs à deux actants (qui ne s’emploient que dans les constructions intransitives à deux actants – le sujet et l’objet indirect ; sur la distinction des actants et des circonstants postverbaux, voir §4.4) ;
Verbes transitifs (qui ne s’emploient que dans les constructions transitives) ;
Verbes P-labiles canoniques (qui s’emploient dans les constructions transitives et intransitives) ;
Verbes P-labiles non-canoniques (qui s’emploient dans les constructions intransitives à deux actants et intransitives à un actant, dans ce dernier cas l’objet indirect étant promu à la position de sujet) ;
Verbes A-labiles ;
Verbes à trois actants ;
Verbes labiles à trois actants ;
Verbes labiles conversifs.
68Nous avons étudié les verbes qui peuvent être employés dans plusieurs constructions sans changement de leur sémantisme. Il s’agit de la distribution en classes de valence des verbes dans des sens précis, les verbes homonymiques ou deux valeurs du même verbe pouvant appartenir à des classes différentes. Dans ce qui suit, nous allons entendre par « verbe » le verbe dans un sens particulier.
Nous avons ainsi étudié 297 verbes. 66 verbes, soit à peu près un sur cinq, ne sont pas labiles, tous les autres sont labiles.
69Parmi les verbes non-labiles, on trouve 14 verbes intransitifs à un seul argument, 25 verbes intransitifs à objet indirect, 23 verbes transitifs, deux verbes transitifs à objet indirect. Ces verbes seront énumérés dans les tableaux qui suivent.
70Le Tableau 4.2 contient les verbes non-labiles intransitifs. Des arguments postverbaux facultatifs peuvent être ajoutés dans la proposition contenant ces verbes, ils sont indiqués dans le tableau entre parenthèses.
Tableau 4.2. Verbes non-labiles intransitifs
gḭ̀ḭ̄
mettre beaucoup de temps (à faire qqch)
(+ mɔ̀)
quitter (un endroit)
(+ ká)
aller ; mener
se préparer (la nourriture)
venir ; amener
sɔ̀ɔ̄
sùò
(+ lɛ̀ɛ̄)
parler (à qqn)
zṵ́
être d’accord (avec qqn)
71Les verbes non-labiles intransitifs à objet indirect sont énumérés dans le Tableau 4.3.
Tableau 4.3. Verbes non-labiles intransitifs à objet indirect
bá̰, bḭ́
+ mɔ̀
toucher qqn/qqch
atteindre, arriver à qqch
bɛ̀ī
être capable de qqch
+ là
défendre qqn
fɔ̰́
+ ká
passer à travers un endroit (pp ou nom dans la fonction locative)
commencer qqch
gbṵ̄
ká̰
jeter, abandonner qqn
permettre à qqn
passer à côté (pp ou nom nom dans la fonction locative)
accoucher de qqn
avoir confiance en qqn
nāā
aimer qqn/qqch
entourer qqn/qqch
tā̰ā̰
+ lé
fatiguer qqn
tɛ̰́
s’accouder contre qqch
túó
+ lɛ̀ɛ̄
avoir peur de qqn
+ bà
accepter qqch
se jeter à la rencontre de qqn
toucher, piquer
72Les verbes non-labiles transitifs sont réunis dans le Tableau 4.4.
Tableau 4.4 : Verbes non-labiles transitifs
ɓɔ́lɔ́
pétrir, caresser
bèè
tɛ̀nɛ̄
dúlú
pêcher quelque part
parler de qqn, qch
vɔ̀ɔ̄
kɔ̰̀ɔ̰̄
(s’)agiter
vúlú
éclorer ; mûrir (graminées)
piquer (les moustiques)
ŋwɛ̀ɛ̄
yɛ̄
zúlú
73Il est intéressant de noter que deux verbes non-labiles transitifs, kɔ̰̀ɔ̰̄ ‘(s’)agiter’, bḭ̀ḭ̀ ‘(se) cacher’, sont employés dans la construction réfléchie lorsqu’ils expriment la valeur anticausative qui en mano est typiquement exprimée par la construction intransitive. Notons également le verbe zúlú ‘(se) laver’ lui aussi ne s’emploie pas dans la construction intransitive. Ces verbes peuvent être employés dans la construction transitive avec un objet direct autre que le marqueur réfléchi :
bḭ̀ḭ̀.
‘Il a caché l’argent’.
‘L’enfant s’est caché’.
74Le verbe lúó ‘refuser de donner qqch’ est transitif non-labile à objet indirect.
‘Il a refusé de donner de l’argent à sa femme’.
75Le verbe yɛ́ ‘enfoncer qqch dans qqn/qqch’ régit un objet direct qui désigne l’objet enfoncé et un objet indirect exprimé par un groupe postpositionnel avec la postposition mɔ̀.
76Sur 231 verbes labiles, 15 changent de structure argumentale selon les types 2-7 décrits dans §4.1.3 : P-labilité non-canonique, A-labilité, variation de transitivité, labilité conversive, labilité réfléchie, labilité réciproque. Trois verbes combinent plusieurs types de labilité. Ainsi, le verbe nī ‘oublier’ manifeste à la fois la variation de transitivité et la labilité conversive. Le verbe ɲɛ̄ ‘finir’ manifeste la P-labilité non-canonique et la variation de transitivité. Le verbe sālà ‘payer’ manifeste à la fois la P-labilité canonique et non-canonique.
77Tous les autres verbes changent de structure argumentale selon la labilité du premier type, ou P-labilité, l’emploi intransitif ayant la valeur inchoative/ anticausative/ passive et l’emploi transitif, la valeur causative ou active.
kpànē.
cuire:IPFV
‘Elle fait cuire la viande’.
kpànē
‘On ne fait pas cuire la viande (lit. : la viande ne se cuit pas) sans piment’.
être.ami:IPFV
‘Ma fille et ton fils sont amis’.
être.ami
‘Ils ont fait que ma fille et ton fils sont devenus amis’.
78Il est important de noter que les emplois passifs sont aussi répandus que les emplois anticausatifs ; très souvent, les emplois intransitifs sont polysémiques, combinant les deux valeurs.
gūtɔ́nɔ̀
étendre:IPFV
‘Elle étend le riz sur le goudron’.
‘Le riz est répandu/étendu (par qqn.) sur le goudron’.
79Le degré d’agentivité et du contrôle du sujet dans l’emploi transitif n’influe pas sur la distribution de la labilité et les types des verbes qui ne sont pas labiles.
80Nous définissons la nominalisation comme un processus à la suite duquel le groupe verbal peut occuper des positions propres aux noms. Dans ce processus, le groupe verbal subit des modifications dans le marquage des arguments (le sujet et l’objet direct) et dans leur position (surtout les compléments postverbaux). Le verbe en tête peut assumer ou ne pas assumer des morphèmes ; dans le dernier cas, il s’agit de la nominalisation par conversion.
4 “Nouns derived from verbs (deverbal nouns) with a general meaning of an action or process”.
81Cette définition syntaxique correspond à la définition des constructions avec des noms d’action (action noun constructions) proposée dans (Comrie 1976 : 178) et reprise dans (Koptjevskaja-Tamm 1993 : 5). Ces derniers sont définis en tant que « noms dérivés de verbes (noms déverbaux) avec une valeur générale d’action ou de processus4 ». En mano, les noms de mode (mode nominals, Koptjevskaja-Tamm 1993 : 19) ne diffèrent pas formellement des noms d’actions et font également partie des constructions nominalisées.
82Il existe en mano quatre formes de nominalisation verbale : le gérondif, qui se forme à l’aide du suffixe –à, l’infinitif qui se forme à l’aide du suffixe –pɛ̀lɛ̀, la forme sans suffixe et la forme à ton bas.
831. Le gérondif s’emploie dans la position d’oblique, notamment régi par une postposition (4.96) ; dans le groupe de sujet dans une construction résultative (4.97) ; dans la fonction de nom d’action dans diverses positions (4.98), ainsi que dans la position de topique assumant la fonction d’une proposition subordonnée circonstantielle de temps (l’action exprimée par cette construction précède l’action exprimée dans la proposition principale, 4.99) :
faire–ger
‘La viande est mangée’.
dá̰-à̰
kpēŋ̄
chose.écrite
goûter-ger
‘Apprendre à lire est bon’.
gó-à
íì
zɔ̰̄-ɔ̰̀
‘Quand tu reviendras du marché, je finirai de piler le manioc’.
842. La forme sans suffixe s’emploie dans de nombreux contextes de nominalisation. Voir la position du dépendant génitival d’un nom (4.100), la position du topique (4.101) ou la position de l’objet direct (4.102) :
‘Quand la femme du léopard a accouché (lit. : l’accouchement de la femme du léopard étant fait)...’
Gɔ̰́
mìà,
se.lever:IPFV
‘Cet homme se lève et s’en va (lit. : et fait son aller)’.
853. La forme à ton bas remplace la forme de base (sans suffixe) et la forme du gérondif lorsque le verbe a des dépendants postposés (adverbes, groupes postpositionnels, noms dans la fonction locative).
rester :nmlz
‘l’enfant qui reste au village’ ; túó ‘rester’
864. L’infinitif s’emploie dans les constructions de l’imperfectif négatif, où le groupe verbal à la base de l’infinitif occupe la position du sujet (ex. 4.104, pour plus de détails, voir §5.4.2 et §5.4.3), ainsi que dans la position du topique phrastique à valeur de proposition subordonnée de temps (l’action exprimée par cette construction et l’action exprimée dans la proposition principale se produisent simultanément) :
‘(En parlant d’un ruisseau sacré) Personne ne s’y promène’.
yà-pìà
asseoir–inf
se.jeter:JNT
‘Alors qu’il mettait la nourriture par terre et ils l’ont vu, ils se sont jetés sur lui’.
87Dans les sections suivantes nous nous concentrons sur l’emploi des trois premières formes (le gérondif, la forme sans suffixe, la forme à ton bas).
88La structure des constructions nominalisées dépend largement de la position syntaxique d’une telle construction. Nous distinguons les positions suivantes :
position du sujet ;
autres positions du groupe nominal à l’intérieur d’une proposition : objet direct, dépendant d’une postposition, dépendant d’un nom ;
position du topique verbal ;
position du topique phrastique ;
position de la proposition enchâssée en tant que complément postverbal (typiquement, dépendant d’une postposition) ;
position de l’actant du verbe zī gbɛ̰̀ ‘commencer’.
89En fonction de la position dans laquelle la construction nominalisée est employée, les paramètres suivants changent :
la présence obligatoire ou non du groupe nominal sujet et la manière dont il est exprimé ;
la forme du verbe ;
la position des compléments postverbaux (juxtaposés au verbe dans la construction nominalisée ou positionnés séparément, à l’intérieur de la proposition principale) ;
la possibilité d’interprétation anticausative des constructions avec des verbes labiles.
Nous examinerons les constructions nominalisées une à une dans diverses positions en observant les paramètres cités.
90Les formes employées dans ces constructions sont : la forme du gérondif, la forme de base, la forme à ton bas, l’infinitif. La nominalisation à base d’infinitif n’est pas suffisamment étudiée ; cependant, quelques exemples peuvent être trouvés dans §3.9.2.
91Pour les différentes positions des groupes nominaux dans la proposition, nous allons utiliser des étiquettes communément adoptées : S pour les groupes nominaux des sujets des verbes intransitifs et des copules, A pour les groupes nominaux des sujets des verbes transitifs, P pour les groupes nominaux des objets des verbes transitifs. Pour éviter toute confusion, nous n’utiliserons ces étiquettes que pour les arguments des verbes dans les constructions nominalisées. En ce qui concerne les positions dans lesquelles les constructions nominalisées sont elles-mêmes employées, nous allons les nommer explicitement, sans abréviations.
Nous résumerons les données dans le Tableau 4.5 à la fin de cette section.
92Lorsque le groupe verbal nominalisé occupe la position de sujet, nous avons relev des cas où le verbe intransitif ne pouvait pas être employé sans le S, ou sans un complément postverbal, y compris une proposition conjointe. Ce n’est cependant pas toujours le cas (cf. l’ex. 4.107a et 4.108a). Le S est exprimé par un pronom non-sujet ou un groupe nominal (4.108), le A est exprimé par un pronom possessif, précédé ou non par un groupe nominal (4.109).
Bḭ̀ḭ̀
‘Se cacher n’est pas bon’.
bḭ̀à̰
cacher.ger
‘Le fait que tu te sois caché/que tu aies été caché n’est pas bon’.
*Nū
‘C’est bien qu’il soit venu’.
venir :nmlz
‘C’est bien de venir ici’.
casser:JNT
‘Venir et tout casser n’est pas bon’.
93En l’absence de S et de compléments postverbaux, le verbe intransitif s’emploie dans sa forme de base ; si le S est présent, le verbe s’emploie au gérondif (4.107b). En ce qui concerne les verbes transitifs, ils s’emploient au gérondif (4.109, 4.110), toujours en l’absence de compléments postverbaux.
‘Le fait qu’il ait fait le travail, c’est bon’.
wí-à
‘Casser (des choses ; lit. : le casser) n’est pas bon’.
*‘Le fait qu’il soit cassé n’est pas bon’.
94En présence des compléments postverbaux, le verbe s’emploie dans la forme à ton bas ; cependant, certains verbes transitifs manifestent une variation : pour eux, la forme du gérondif est également possible (comparer l’ex. 4.111 et 4.112). Cela peut potentiellement servir de critère pour distinguer les actants et les circonstants postverbaux (voir §4.4).
faire :nmlz
‘Être violent vis-à-vis des femmes n’est pas bon’.
arrêter :nmlz
‘Interdire des choses n’est pas bon’.
95La possibilité du placement des compléments postverbaux à l’extérieur du groupe verbal nominalisé n’a pas été étudiée.
96L’interprétation anticausative des constructions avec des verbes labiles est possible dans certains cas (4.107) et n’est pas possible dans d’autres (4.110).
97Dans la plupart des exemples cités ci-dessus, la proposition se traduit comme ‘faire X est bon’ ou ‘faire X n’est pas bon’. Notons cependant que d’autres propositions sont également possibles (4.113, 4.114).
brûler :nmlz
‘Ils sont énervés (lit. : le brûlement du coeur dans le ventre est sur eux)’.
pɛ́lɛ́-ɛ̀
tɔ́útɔ̀ù.
se.laver-ger
‘Le lavage le rend insipide (le riz)’.
98Dans la position du dépendant d’une postposition, le verbe a les mêmes formes que dans la position du sujet. Cf. ex. 4.108a et 4.115a, 4.112a et 4.115b.
kpóŋ́là
dɛ̄ɛ̄
effectuer : ipfv
gā-à
zízàá.
‘Ils obtiennent un nouveau monde après leur mort’.
Lààbíá
[pà
mɔ̀]
se.rassembler :nmlz
‘Nous et les gens du Libéria, nous sommes allés nous rencontrer’.
99Le groupe verbal nominalisé peut se trouver dans les positions typiques du groupe nominal, mise à part la position du sujet de la proposition (objet direct, ex. 4.116, dépendant d’un nom, 4.117 ; la structure nominalisée peut même s’adjoindre le suffixe dérivationnel -zɛ̀ pour former des adjectifs, ex. 4.118).
‘Il a accepté de travailler’.
pɛ̀lɛ̀
ɓé.
mainten.ant
‘Tu n’as pas où aller maintenant (lit. : un lieu de ton aller n’existe pas)’.
zò-dɔ̀-à-mɔ̀-zɛ̀...
2pl.conj
cœur-s’arrêter :nmlz-3sg.nsbj-sur-adj
‘Vous devez être croyants’.
100L’expression du groupe nominal du sujet du verbe nominalisé n’est pas obligatoire, cf. (4.117) vs (4.118). Le S est exprimé par un pronom non-sujet ou un groupe nominal (4.117), le A est exprimé par un pronom possessif, précédé ou non par un groupe nominal (4.119).
Yɛ̀í
‘Yei a entendu (parler de) l’achat de la maison par son père (autre interprétation : la maison de son père)’.
101Le verbe s’emploie dans la forme de base lorsque la construction ne contient pas de compléments postverbaux (4.119, 4.120a), sinon il s’emploie dans la forme à ton bas (4.118, 4.120b). Les compléments postverbaux peuvent être situés à l’intérieur ou à l’extérieur de la construction nominalisée (4.120).
pàà.
‘Yei a entendu la nouvelle de la mort de son père en Europe (deux interprétations possibles : le père ou Yei était en Europe)’.
mourir :nmlz
‘Yei a entendu la nouvelle de la mort de son père en Europe (une seule interprétation possible : le père était en Europe)’.
102L’interprétation anticausative des constructions avec des verbes labiles est possible (4.121).
‘Il a appris que le fétiche avait été cassé / s’était cassé’.
103Dans le groupe nominalisé employé dans la construction de topique (dans les propositions relatives et les constructions de cleft), ni le S ni le A ne sont obligatoires (4.122). Ils peuvent cependant être exprimés par un groupe nominal suivi d’un pronom possessif. À la place du pronom possessif de la 3e personne sg, la marque lɛ̀ peut être employée (c’est par ailleurs le seul contexte où une telle variation est possible, ex. 4.123, 4.124).
bòōbóó
‘Le fait que tu aies mélangé les livres, ce n’est pas bon’.
là/lɛ̀
‘Le fait que Yei soit partie (lit. : le départ de Yei qu’elle a effectué), ce n’est pas bon’.
‘Le fait que Yei ait fait marcher l’enfant, c’est bon’.
104Dans le cas des verbes anticausatifs, à l’opposé des verbes intransitifs de mouvement, par exemple (4.123), le S ne peut pas être exprimé (4.125b, c).
fóló
‘Le fait qu’il l’ait détaché...’.
*‘Le fait qu’il ait été détaché/ le fait qu’il se soit détaché....’.
‘Le fait qu’il se soit détaché....’.
105Le verbe est toujours employé dans la forme de base (cf. construction transitive et intransitive, ex. 4.122 et ex. 4.123).
Les compléments postverbaux sont placés à l’extérieur du groupe verbal nominalisé, dans la proposition principale (4.126).
‘Le fait qu’il ait caché l’argent à sa femme, ce n’est pas bon’.
*Wɛ́ì
cacher :nmlz
106L’interprétation anticausative des constructions avec des verbes labiles n’est possible que lorsque ces verbes employés intransitivement ne sont pas accompagnés par leurs objets directs (4.125b), sinon l’interprétation sera active (4.125a).
107Dans l’exemple suivant, le groupe verbal nominalisé (marqué par des crochets), employé dans la construction de cleft, est suivi d’un quantificateur. Ce quantificateur peut référer au pronom kō ‘1pl.nsbj’, étant un quantificateur flottant, ou à tout le groupe verbal nominalisé.
gbūnū
3pl.conj>3sg
[kō
‘Si on le fait dans notre corps humain (si on pêche trop), on va nous chasser définitivement (de l’église, lit. : c’est notre chassement de tous / tout notre chassement qu’on va effectuer)’.
108Dans les constructions nominalisées employées dans la position du topique phrastique, le sujet est facultatif dans les constructions transitives (4.128).
kṵ́-à̰
‘Quand on a attrapé Jean-Baptiste, le travail s’est arrêté’.
109En ce qui concerne les constructions intransitives à complément postverbal, la nature de ce complément joue le rôle décisif : si le complément postverbal est un circonstant, le S est obligatoire (4.129), s’il s’agit d’un actant, le S est facultatif (4.130). De plus, dans les constructions avec des verbes intransitifs, il faut qu’un dépendant postverbal (actant ou circonstant) soit présent (4.129). Il est intéressant de noter que ce complément peut être exprimé par une construction conjointe (4.131).
‘Du fait qu’elle est venue ici...’.
nú-à
*Nù
Gbṵ̀
lēkè
líé.
aider :nmlz
frère.cadet
‘Quand (il) a aidé son frère cadet, le travail a avancé’.
kṵ̀
prendre :nmlz
jeter:JNT
‘Quand on l’a attrapé et qu’on l’a jeté dans la prison...’.
110Le S est exprimé par un pronom non-sujet ou un groupe nominal (4.129), le A est exprimé par un pronom possessif, précédé ou non par un groupe nominal (4.132).
bòōbóà
mélanger.ger
‘Comme il a mélangé les livres, cela a fait que je ne vois pas le livre (que je cherche)’.
111Le verbe s’emploie dans la forme du gérondif, lorsqu’il n’y a pas de compléments postverbaux (4.132), sinon il s’emploie dans la forme à ton bas (4.129-4.131).
Les compléments postverbaux sont obligatoirement situés à l’intérieur de la construction nominalisée (4.133).
attraper :nmlz
‘Du fait qu’on l’a attrapé (à côté du) Jourdain, le travail s’est arrêté’.
kṵ́-à
kú-à̰
ā̰,
‘Du fait qu’on l’a attrapé, le travail s’est arrêté (à côté du) Jourdain’.
112Dans cette section, nous examinerons les groupes verbaux nominalisés enchâssés, typiquement dans un groupe postpositionnel, exprimant un actant phrastique. Le fait que dans la plupart des cas, l’actant phrastique peut être remplacé par un pronom, légitimise notre traitement de ces propositions en tant que constructions nominalisées.
113Nous n’avons examiné que les exemples où le sujet de la proposition principale et de la proposition enchâssée sont coréférentiels, par conséquent, le sujet de la proposition enchâssée n’est pas exprimé (lorsque les sujets ne sont pas coréférentiels, une autre construction est employée, cf. §4.1.2.5). Le verbe s’emploie au gérondif lorsque la construction ne contient pas de compléments postverbaux juxtaposés au verbe (4.134, 4.135a), sinon il s’emploie à la forme à ton bas (4.135b).
‘Tu peux partir (permission)’.
túó
sortir :nmlz
‘N’aie pas peur de puiser l’eau du puits’.
114Les compléments postverbaux peuvent être situés à l’intérieur ou à l’extérieur de la construction nominalisée (4.135). Comme le sujet de la proposition enchâssée est toujours présent, étant coréférentiel au sujet de la proposition principale, l’interprétation anticausative des constructions avec des verbes labiles à un seul argument préverbal n’est pas possible.
115Le prédicat zī gbɛ̰̀ ‘commencer’ prend comme argument un groupe verbal nominalisé dans la position d’objet direct. Le sujet de la proposition principale et de la proposition enchâssée exprimée par le groupe verbal nominalisé étant coréférentiels, ce dernier n’est par conséquent pas exprimé.
116Lorsque le verbe est intransitif, il est employé à la forme de base (4.136), sinon au gérondif (4.137). Les compléments postverbaux se trouvent toujours à l’extérieur du groupe verbal nominalisé, c’est-à-dire dans la proposition principale (4.137).
117Comme le sujet de la proposition enchâssée est toujours présent, étant coréférentiel au sujet de la proposition principale, l’interprétation anticausative des constructions avec les verbes labiles à un seul argument préverbal n’est pas possible.
lɔ́ɔ́kpánàlà
118Un récapitulatif des constructions nominalisées est donné dans le Tableau 4.5. Les abréviations utilisées dans ce tableau sont comme suit :
sujet obl. :
expression obligatoire ou non du sujet ;
sujet (in)trans. :
expression du sujet dans une construction (in)transitive ;
+/- compl. postv. :
sans ou avec complément postverbal ;
pos. compl. postv. :
position du complément postverbal ;
anticaus. :
possibilité d’interprétation anticausative des constructions avec des verbes labiles ; - : une telle interprétation est impossible ; +/- : il y a ambiguïté ou l’interprétation anticausative n’est pas toujours possible ;
non-sujet :
pronom non-sujet ou groupe nominal ;
pronom possessif précédé optionnellement par un groupe nominal ;
à l’ext., à l’int. :
à l’extérieur, à l’intérieur.
Tableau 4.5. Types de nominalisation en mano
-compl. postv.
+compl. postv.
sujet obl.
sujet intrans.
sujet trans.
pos. compl. postv.
anticaus.
sujet, dépendant d’une postposition
forme de base, gérondif
à l’int./ ?
autres positions des np
à l’ext.,
à l’int.
topique verbal
poss. + lɛ̀ (3sg)
à l’ext.
topique phrastique
proposition enchâssée
ton bas, gérondif
argument de zī gbɛ̰̀
119Les marqueurs réfléchis complexes sont des combinaisons des marqueurs simples et des déterminatifs emphatiques dìè et zì. Le déterminatif zì forme un marqueur réfléchi possessif ‘son propre’ (voir §3.7.6), alors que le déterminatif dìè a une distribution plus large.
120Dans cette section, nous analyserons les constructions réfléchies. Ces dernières contiennent un marqueur réfléchi qui peut être employé anaphoriquement et qui, dans la plupart de ces emplois, a un antécédent obligatoire qui est syntaxiquement prioritaire (typiquement, le sujet) et fait partie de la même unité syntaxique que le marqueur réfléchi en question (typiquement, une proposition, Testelets and Toldova 1998 : 35). Les marqueurs réfléchis sont opposés aux pronoms libres qui n’ont pas d’antécédent syntaxiquement prioritaire au sein de la même unité syntaxique.
121Dans §4.3.1, nous abordons la morphologie des marqueurs réfléchis. Dans §4.3.2, nous étudions le sémantisme de la construction réfléchie dans laquelle un des participants est exprimé par un marqueur réfléchi. Dans §4.3.3, nous abordons la question de la distribution des marqueurs réfléchis dans différentes positions syntaxiques. Dans §4.3.4, nous analysons le choix du marqueur réfléchi (simple ou complexe) en position d’objet direct.
122Les marqueurs réfléchis en mano sont de deux types : simples et complexes. Les réfléchis simples sont : le pronom réfléchi de la 3e personne sg ē, ainsi que les pronoms non-sujets qui peuvent eux aussi être employés dans la fonction réfléchie. La distinction formelle entre un pronom réfléchi spécialisé et un pronom non-sujet dans la fonction réfléchie n’existe que pour la 3e personne sg (ē ‘3sg.refl’ vs à ‘3sg.nsbj’). Le pronom de la 3e personne sg à peut fonctionner comme pronom libre. Le pronom ō ‘3pl.nsbj’ peut avoir une valeur réfléchie et pronominale.
123La valeur principale de la construction réfléchie dans laquelle un des participants (objet direct ou indirect) est exprimé par un marqueur réfléchi sous-entend la coréférence du sujet et de l’objet direct ou indirect et, en règle générale, le degré d’agentivité important du sujet, puisqu’il s’agit généralement d’une action contrôlée (4.138).
‘Il lutte contre lui-même’.
124Cependant, la coïncidence des participants peut être partielle, lorsqu’il s’agit d’une action sur une partie du corps (4.141) ; en même temps, l’agent peut ne pas agir sur lui-même, mais plutôt causer et contrôler ses propres actions (4.142). Le premier type de verbes réfléchis est appelé réfléchi possessif, le dernier type est appelé autocausatif (Geniušienė 1987).
bḭ̀ḭ̄.
kɔ̰̀ɔ̰̄-pɛ̀lɛ̀.
s’agiter-inf
‘Elle s’agite’.
125Les constructions réfléchies peuvent avoir également une valeur anticausative, qui, au contraire, sous-entend le degré d’agentivité assez bas du sujet. Néanmoins, à la différence du passif, l’action se déroule sans que la force extérieure soit impliquée.
126Ainsi, pour distinguer les autocausatifs des anticausatifs, il faut tenir compte de l’agentivité du sujet et du degré de son contrôle sur l’action. Cependant, c’est un paramètre graduel qui peut varier pour le même verbe en fonction du référent du sujet. Ainsi, le même verbe mìīmíí ‘(se) bouger’ désignera une action autocausative, lorsque le sujet est animé, et une action anticausative, lorsque le sujet est inanimé. Compte tenu de cette subtilité du sémantisme, nous ne ferons plus la dictinction entre la valeur anticausative et la valeur autocausative, retenant seulement le terme « anticausatif ».
Les mêmes verbes peuvent avoir une valeur réfléchie proprement dite et une valeur anticausative. Comparez les emplois du verbe gélé ‘(se) brûler’ :
tíē
‘Il s’est brûlé avec le feu’.
gélé-pɛ̀lɛ̀.
brûler-inf
‘L’arbre brûle lui-même (référence au Buisson Ardent)’.
127Si la coïncidence des participants ne s’exprime que par la construction réfléchie, la valeur anticausative peut également être exprimée par la construction intransitive (voir §4.1.3.6). Or, dans la construction réfléchie, l’absence d’agent extérieur est mise en valeur, l’action se déroule « comme par soi-même » ou bien « de sa propre volonté ». Comparez :
dīē
‘Il est passé dans l’eau’.
‘Il est passé dans l’eau de sa propre volonté (alors que cela lui est interdit)’.
‘Il est tombé’.
‘Il s’est fait tomber (il est tombé exprès, de sa propre volonté)’.
128Certains verbes dans l’emploi intransitif peuvent avoir la valeur passive ou anticausative. Pour ces verbes, la différence entre la construction intransitive et les constructions réfléchies devient importante, puisque l’ambigüité passif / anticausatif ne se présente pas dans le cas des constructions réfléchies :
lìèlīē-pɛ̀lɛ̀.
se.refroidir-inf
‘L’eau se refroidit / est en train d’être refroidie par quelqu’un’.
‘L’eau se refroidit (elle-même, éloignée du feu)’.
129Employée dans la valeur anticausative, la réflexivisation sert alors à la dérivation actancielle syntaxique complémentaire (si l’emploi intransitif du verbe a la valeur anticausative) ou opposée (si l’emploi intransitif du verbe a la valeur passive) à la P-labilité (voir également §4.1.4.2).
130Enfin, deux verbes mano peuvent être considérés comme reflexiva tantum : ils ne s’emploient que dans la construction réfléchie, tandis que le marqueur réfléchi n’a pas la valeur de marqueur de coréférence avec le sujet, ni la valeur de dérivation actantielle. Il s’agit de yē ‘accoucher’ (ce verbe est réfléchi s’il s’agit d’animal ; l’enfant est introduit par la postposition ká ; ce même verbe employé avec un sujet humain est transitif)’ et wí ‘mûrir (graminées), éclore’.
131Certains verbes ne peuvent pas être employés dans la construction réfléchie. Il s’agit notamment de verbes comme lìè ‘gémir, faire gémir’, gḭ̀ḭ̄ ‘rester, faire rester’, lɔ́ ‘acheter / être acheté’, gòlò ‘rassembler / être rassemblé dans un tas’. Il est possible cependant qu’un contexte approprié permettant un emploi réfléchi n’ait pas encore été trouvé.
132Les marqueurs réfléchis en mano peuvent occuper les positions suivantes : objet direct, dépendant d’une postposition, dépendant génitival, possesseur. En règle générale, la réflexivation est contrôlée par le sujet. Cependant, le dépendant génitival animé d’un sujet inanimé peut aussi contrôler la réflexivation. De plus, le dépendant génitival réfléchi peut avoir comme antécédent un autre groupe nominal que le sujet. Nous analyserons ces cas dans §4.3.3.4.
133Le domaine d’enchâssement du marqueur réfléchi est la proposition minimale finie. Cela veut dire que le sujet peut contrôler non seulement les marqueurs réfléchis dans la même prédication (§4.3.3.1), mais aussi dans les propositions dépendantes non-finies (§4.3.3.2).
134Hormis les marqueurs réfléchis de la 3e personne sg ē ‘3sg.refl’, ē dìè ‘3sg.refl emph’, à ‘3sg.nsbj’, à dìè ‘3sg.nsbj emph’, nous analyserons les marqueurs réfléchis de la 3e personne pl ō ‘3pl.nsbj’ et ō dìè ‘3pl.nsbj emph’, ainsi que les marqueurs réfléchis et les pronoms possessifs de la 3e personne sg et pl : ē zì ‘3sg.refl emph’, là ‘3sg.poss’, ō zì ‘3pl.nsbj emph’, wà ‘3pl.poss’. Nous examinerons séparément les marqueurs réfléchis locaux se trouvant dans la même proposition que l’antécédent ainsi que les marqueurs réfléchis distants se trouvant dans des propositions dépendantes, finies ou non-finies.
135Dans les tableaux résumant la distribution des marqueurs réfléchis dans différentes positions syntaxiques, sur le segment marqué par les chevrons, le marqueur donné n’a que la valeur réfléchie, alors que sur le segment non-marqué par les chevrons, il a également la valeur de pronominal. La ligne pointillée indique que le marqueur ne s’utilise pas dans tous les contextes : certains prédicats autorisent l’utilisation du marqueur, alors que certains autres ne l’autorisent pas. Les positions des arguments sont séparées des positions des composantes d’actants (dépendant génitival et possesseur) par une barre verticale.
136Nous commençons par l’emploi des marqueurs réfléchis dans la même proposition que leur antécédent, Tableau 4.6.
Tableau 4.6. Marqueurs réfléchis dans la proposition principale
5 do - objet direct ; pp - groupe postpositionnel ; gen - dépendant génitival ; poss - possesseur.
6 Le pronom non-sujet à ne s’emploie pas dans la fonction réfléchie dans la proposition principale. (...)
‘3sg.refl’
<_ _ _
ē dìè
‘3sg.refl emph’
ē zì
à6
‘3sg.nsbj’
à dìè
‘3sg.nsbj emph’
à zì
‘3pl.nsbj’
ō dìè
ō zì
‘3sg.poss’
‘3pl.poss’
7 Nous avons attesté quelques emplois du pronom réfléchi dans la position du groupe postpositionnel d (...)
137Seuls certains verbes transitifs peuvent être employés avec le pronom réfléchi ē en position d’objet direct, pour d’autres cet emploi n’est pas préférable, pour d’autres encore il est inacceptable (comparer l’ex. 4.145, l’ex. 4.146 et l’ex. 4.148). Cette distinction n’est pas due au hasard, elle est liée à des facteurs sémantiques ; nous y reviendrons dans §4.3.4. Au sein du groupe postpositionnel, dans certains cas, ce pronom n’est pas préférable7, dans d’autres, il n’est pas acceptable (comparer l’ex. 4.147 et l’ex. 4.149). Le marqueur réfléchi complexe ē dìè est le seul qui soit acceptable dans tous les contextes pour la 3e personne.
bḭ̀ḭ̀-pɛ̀lɛ̀.
cacher-inf
‘Il se cache’.
?Lɛ̄
mɛ̀-pɛ̀lɛ̀.
taper-inf
‘Il se tape’.
bḭ́-pɛ̀lɛ̀
toucher-inf
‘Il se touche’.
kpàā-pɛ̀lɛ̀.
déranger-inf
‘Il se dérange’.
ká̰-pɛ̀lɛ̀
couper-inf
‘Il se transforme en lui-même’.
138Cette restriction ne s’applique pas seulement à la 3e personne. Voir l’exemple avec un pronom non-sujet de la 2e personne sg dans la fonction réfléchie qui ne s’emploie que suivi du déterminatif emphatique :
*Ɓī
yɛ́īŋ̄-zɛ̀
‘Tu te fais toi-même misérable’.
139Le sg et le pl de la 3e personne se comportent différemment : la plupart des marqueurs du pluriel ont non seulement la valeur réfléchie mais aussi la valeur pronominale. Ce n’est pas surprenant étant donné que la forme spécialisée réfléchie de la 3e personne pl n’existe pas. Par conséquent, le pronom non-sujet de la 3e personne pl. exprime inévitablement des valeurs réfléchies et pronominales.
‘Ilsi lesj/ ?sei touchent’.
‘Ilsi sei touchent’.
túó-pɛ̀lɛ̀
avoir.peur-inf
‘Ilsi ont peur d’euxj/*eux-mêmesi’.
‘Ilsi ont peur d’eux-mêmesi’.
140Dans la position du dépendant génitival s’emploie le marqueur ē (4.153a). Le marqueur complexe dans cette position aurait une valeur emphatique (4.153b).
lūú.
‘Il a chassé sa femme’.
‘Il a chassé sa propre femme’.
141En position de possesseur des noms autosémantiques, le marqueur réfléchi complexe ē dìè est employé. Le simple ē ne peut pas y être employé. Notons également qu’il existe un marqueur réfléchi complexe ē zì employé uniquement dans la position possessive, en parallèle avec le marqueur réfléchi ē dìè employé dans la même position :
8 La seule exception semble être le groupe postpositionnel circonstanciel :
ē | nū | à | pà.
3sg.pret | (...)
142À de rares exceptions près, le pronom non-sujet de la 3e personne sg à ne s’emploie pas, même combiné avec les déterminatifs dìè et zì8, si son antécédent est le sujet de la même proposition finie. Or, il s’emploie dans la proposition dépendante non-finie, ce que nous verrons par la suite. Il s’emploie également dans la construction coordinative pour référer au premier conjunct, voir §4.3.3.4.
143Analysons maintenant la réflexivité dans la proposition dépendante non-finie. L’emploi des marqueurs réfléchis est résumé dans le Tableau 4.7. En gros, ils s’emploient de la même manière que dans la proposition principale.
Tableau 4.7. Marqueurs réfléchis distants : proposition non-finie
9 do - objet direct ; pp - groupe postpositionnel ; gen - dépendant génitival ; poss - possesseur.
144Les différences se résument au fait que le pronom non-sujet à et ses dérivés peuvent avoir une valeur réfléchie en position de groupe postpositionnel et, possiblement, du possesseur. Comparez les exemples (4.155a) et (4.155b), (4.156) et (4.157).
‘Ili lej/*sei touche’.
bḭ́-à̰
toucher-ger
‘Ili veut lej/ ?sei toucher’.
‘Ili voit saj/*sa proprei maison’.
‘Ili veut regarder saj/ ?sa proprei maison’.
145Abordons maintenant les marqueurs réfléchis dans la proposition dépendante finie. Nous considérons seulement les marqueurs qui sont coréférentiels avec l’argument de la proposition principale qui n’est pas repris en tant que sujet dans la proposition dépendante, puisque dans ce cas, les mêmes règles s’appliquent que dans le cas où l’antécédent et le marqueur réfléchi se trouvent dans la même proposition. Ainsi, dans une phrase comme Georgei a dit à Jeannej que, de toute évidence, ellej ?i déteste nous nous intéressons à la coréférentialité de l’objet direct de la proposition subordonnée avec le sujet de la proposition principale, et non pas avec l’objet indirect. Nous verrons que dans ce contexte, en mano, aussi bien qu’en français, les marqueurs réfléchis à la base du pronom réfléchi (ē en mano, se en français) sont impossibles : Georgei a dit à Jeannej que, de toute évidence, ellej lei /*sei déteste. L’emploi des marqueurs réfléchis dans la proposition dépendante est résumé dans le Tableau 4.8.
146Nous voyons que le pronom à et les autres marqueurs qui en sont dérivés fonctionnent comme des marqueurs réfléchis distants, puisqu’ils peuvent avoir la valeur réfléchie dans les propositions dépendantes. En fait, puisque leur fonction principale est celle des pronoms libres, ils peuvent choisir leur référent en dehors de la proposition finie dans laquelle ils se trouvent, par conséquent, cela peut être le sujet de la proposition matrice. La distribution de toute la série des marqueurs de sg, y compris le pronom possessif, est analogue à celle des marqueurs de pl. Lorsque le déterminatif dìè est employé, l’interprétation préférable est celle avec la valeur réfléchie.
Tableau 4.8. Marqueurs réfléchis dans la proposition subordonnée finie
10 do - objet direct ; pp - groupe postpositionnel ; gen - dépendant génitival ; poss - possesseur.
11 Dans l’exemple (4.160), un marqueur prédicatif portemanteau á ‘3sg.conj>3sg’ est employé. Nous pouv (...)
‘Yeii a dit à Koj qu’ellej lai/laf/*sej regarde’11.
‘Yeii a dit à Koj qu’ellej lai/laf/*sej regarde’.
gɛ̰̀.
‘Yeii a dit à Koj qu’ellej regarde sai/saf/*saj photo’.
147Jusqu’à maintenant nous n’avons considéré que l’enchâssement au sein d’une proposition finie, l’antécédent étant le sujet. Cependant, ce n’est pas toujours le cas.
148Tout d’abord, adressons-nous au dépendant dans le groupe nominal sujet. Dans le cas général, il ne peut pas être un antécédent du marqueur réfléchi. Dans l’exemple (4.160), l’objet direct exprimé par un marqueur réfléchi n’est coréférentiel qu’à la tête du groupe nominal du sujet, dàā ‘père’, et non pas à son dépendant génitival, Pèé. Pour que la coréférentialité avec le dépendant génitival puisse être établie, le marqueur prédicatif portemanteau doit être choisi :
Pèéi
dàāj
gààzù.
‘Le pèrej dePei a vu soi-mêmej,*i dans le miroir’.
‘Le pèrej dePei l’i,k*ja vu dans le miroir’.
149Idem pour le possesseur dans l’exemple (4.161), qui ne peut être coréférentiel au dépendant de la postposition píé que si ce dernier est exprimé par un pronom non-sujet à :
*Kɔ̀ɔ́i
ēi
píé
kɛ́ì.
Kɔ̀ɔ́i
‘Les enfants de Ko se sont rassemblés dans sa maison’.
150Cependant, si la tête du groupe nominal du sujet est inanimée, alors que le dépendant génitival est animé, ce dernier peut contrôler la réflexivation :
zò
‘Ili a oublié soni père’.
‘Il s’est oublié’.
151Ensuite, les possesseurs inaliénables ont souvent avoir comme antécédent le groupe nominal autre que le sujet.
1) Premièrement, dans le cas de la coordination des groupes nominaux, le premier groupe nominal coordonné peut devenir l’antécédent du marqueur réfléchi ē qui est le possesseur inaliénable du deuxième conjunct :
nɛ́fúi
‘Il a pris l’enfanti et sai mère’.
152De plus, même en l’absence du premier conjunct, le marqueur réfléchi peut tout de même être employé. Nous considérons dans ce cas que le premier conjunct est exprimé par zéro :
‘lui et ses parents’
153Cependant, le pronom non-sujet à peut également être employé dans les deux positions :
sɔ̀ɔ̄mì
ā]
nù.
‘Sa femmei et soni amant sont venus’.
‘luii et sesi amis’
154D’après notre étude de corpus, le marqueur réfléchi apparaît lorsque son antécédent est un participant proéminent dans le récit, alors que le pronom non-sujet apparaît pour référer à des participants périphériques.
2) Ensuite, le marqueur réfléchi dans le groupe postpositionnel peut être coréférentiel au groupe nominal objet direct. Comparez les exemples suivants, où, dans le premier exemple, l’antécédent du marqueur réfléchi est le groupe nominal objet direct, et dans le deuxième, le groupe nominal sujet.
2sg.prf
‘Tu a montré la femmei à soni mari’.
bɛ̰̀ɛ̰̄,
‘Quant à luii, le poisson, ili a vu que sai mère l’avait (lit. : il l’a vu dans la main de sa mère’.
155Il est important que le marqueur réfléchi doive occuper la position du possesseur inaliénable ; s’il dépend directement de la postposition, il ne peut pas référer à l’objet direct :
zɔ̰̀ɔ̰̀–pɛ̀lɛ̀
fòtóò
montrer–inf
‘Koi montre Pej à elle-mêmei,*j,*k sur la photo’.
156La question de savoir pourquoi les possesseurs inaliénables, contrairement à toutes les autres positions des groupes nominaux, sont plus libres dans leur choix de l’antécédent, demande une investigation supplémentaire.
157Résumons les données sur la distribution des marqueurs réfléchis. Nous avons commencé par l’analyse classique de réflexivisation avec comme antécédent le sujet de la prédication. Il s’est avéré que le pronom réfléchi de la 3e personne sg ē ne s’emploie indépendamment que dans un nombre assez limité de contextes. Les pronoms non-sujet et possessif de la 3e personne, indépendamment et en combinaison avec des déterminatifs, peuvent avoir des emplois réfléchis distants et pronominaux. Le déterminatif dìè est un procédé universel d’expression de la valeur réfléchie. Employé avec dìè, a) le pronom réfléchi de la 3e personne sg ē s’emploie dans tous les contextes (sauf dans la fonction du marqueur réfléchi distant dans les propositions dépendantes), b) dans la proposition dépendante non-finie, les pronoms non-sujet de la 3e personne sg et pl acquièrent la valeur du marqueur réfléchi distant (tout en gardant la valeur pronominale), c) le pronom non-sujet de la 3e personne pl acquièrt la valeur du marqueur réfléchi local ; de plus, dans la position de l’objet direct et du groupe postpositionnel, cette valeur est la seule possible, la valeur du pronom libre étant exclue. Le déterminatif emphatique zì est également un moyen d’expression de la réflexivité, mais il ne s’emploie que pour marquer le possesseur.
158Ensuite, nous avons analysé quelques exemples où l’antécédent de la réflexivation n’était pas le sujet de la prédication. Il se trouve notamment que le possesseur animé du sujet inanimé peut contrôler la réflexivation. De plus, le marqueur réfléchi en position de possesseur inaliénable est plus libre dans le choix de l’antécédent que dans toutes les autres positions du groupe nominal : situé dans le deuxième conjunct du groupe coordinatif, il peut avoir comme antécédent le premier conjunct ; situé dans le groupe postpositionnel, il peut avoir comme antécédent l’objet direct. Il n’est pas clair de savoir pourquoi le possesseur inaliénable est si particulier vis-à-vis des règles d’enchâssement des marqueurs réfléchis.
159Nous avons évoqué dans la section précédente une restriction par rapport à l’emploi du marqueur réfléchi simple, ē ‘3sg.refl’, en position d’objet direct et de groupe postpositionnel dans la proposition où se trouve l’antécédent du marqueur réfléchi.
160Commençons par la position d’objet direct. Nous avons étudié 32 emplois de verbes dans une construction réfléchie en examinant la possibilité de l’emploi du marqueur réfléchi simple. Une moitié des exemples correspond à la valeur réfléchie, une autre moitié à la valeur anticausative de la construction en question.
161Examinons d’abord la valeur réfléchie. D’après nos observations, les verbes qui se combinent uniquement avec le marqueur complexe ont tendance à exprimer une action qui n’implique pas le changement d’état du Thème (tɛ̀nɛ̄ ‘s’apprécier’, gɛ̰̀ ‘se considérer’, ex. 4.170). Au contraire, si l’emploi du marqueur simple est possible, le sémantisme du verbe implique généralement une action physique qui change l’état du Thème de l’action (zúlú ‘se laver’, gḭ̀ḭ̄ ‘se blesser, ex. 4.171 et 4.172).
‘Il se considère comme chef’.
(dìè)
kwííyɔ̀
se.réchauffer
‘Il s’est réchauffé avec l’eau-de-vie’.
162En ce qui concerne la construction réfléchie à valeur anticausative, la présence des composantes orientées vers l’agent du sémantisme verbal est le facteur décisif. Il est utile de regarder la valeur de la construction intransitive. Dans les trois cas où le sémantisme du verbe implique des composantes orientées vers l’agent, qui font qu’il est difficile d’éliminer l’agent de la situation et que, par conséquent, la construction intransitive a la valeur passive (les verbes (bɛ̰̀ɛ̰̄ ‘écrire’, bɛ̀ī ‘réparer’ et ɓèlè ‘manger ; dépenser (l’argent)’, ex. 4.173), le marqueur réfléchi complexe est préféré. Tous les verbes dont le sémantisme ne contient pas de composantes fortes orientées vers l’agent et qui ont la valeur anticausative dans la construction intransitive se combinent avec le marqueur simple (mìīmíí ‘(se) bouger’, lìēlíé ‘(se) refroidir’, ex. 4.174). La seule exception est le verbe gá̰á̰ ‘se traîner’ qui a la valeur anticausative dans la construction intransitive et ne se combine qu’avec le marqueur complexe. Le sémantisme de trois verbes (bḭ̀ḭ̀ ‘se cacher’, kɔ̰̀ɔ̰̀ ‘s’agiter’ et wí ‘éclore’) ne contient pas de composantes forte orientées vers l’agent, cependant, ils ne s’emploient pas dans la construction intransitive. La seule possibilité pour eux d’exprimer la valeur anticausative est la construction réfléchie, l’emploi du marqueur simple est alors parfaitement admissible.
?Wɛ́ì
‘L’argent s’est fait dépenser tout seul (on y voit une force magique)’.
‘L’argent a été dépensé’.
‘L’eau se refroidit (elle-même, mise à côté du feu)’.
làkólē
traîner-inf
‘Il se traîne à l’école’.
‘Il s’est traîné à l’école/ il a été traîné à l’école’.
163Par conséquent, deux facteurs prédisposent à l’emploi du marqueur complexe : 1) valeur réfléchie : l’état de Thème ne change pas ; 2) valeur anticausative : présence de composantes fortes oriéntées vers l’agent.
164Nous n’avons pas vérifié systématiquement la différence du sémantisme de la construction avec le même verbe, employé avec le marqueur réfléchi simple et complexe. Il est clair cependant qu’au moins pour certains verbes cette différence est assez nette. Ainsi, dans le cas du verbe gḭ̀ḭ̄ ‘blesser’, la construction réfléchie peut avoir la valeur anticausative, si le marqueur simple est employé (4.176b) ou réfléchie, si le marqueur complexe est employé (4.176c). La construction intransitive avec ce verbe a la valeur passive (4.176a).
gḭ̀ḭ̄
(gèlè
píé).
‘Il a été blessé (à la guerre)’.
‘Il s’est blessé involontairement’.
‘Il s’est blessé volontairement’.
165Abordons maintenant les verbes aux groupes postpositionnels employés dans les constructions réfléchies. Aucun verbe ne se combine librement avec le marqueur simple, le marqueur complexe étant préférable et dans certains cas le seul possible. En même temps, le sémantisme d’aucun de ces verbes n’implique l’affectation physique du Thème, ce facteur se trouve alors confirmé (voir les exemples 4.147 et 4.149 plus haut). Dans tous les cas la construction a la valeur réfléchie, et non pas anticausative.
166Pour déterminer formellement la structure argumentale, il est important de distinguer les actants des circonstants. Si pour l’objet direct cela ne pose pas de problème, cette distinction est beaucoup moins claire pour les arguments postverbaux. Dans cette section, nous énumérons quelques paramètres qui distinguent les arguments postverbaux, notamment les paramètres syntaxiques qui reflètent leur degré d’enchâssement structurel dans le groupe verbal. Cependant, nous verrons que la délimitation des arguments postverbaux en actants et circonstants n’est pas nette.
1. Choix de la postposition
167Certains arguments postverbaux représentent un rôle sémantique particulier qui est exprimé par un groupe postpositionnel régi par un nombre limité de postpositions, typiquement une ou deux. Lorsque le verbe est employé avec une autre postposition, soit il s’agit d’un cas agrammatical, soit le groupe postpositionnel en question exprime un autre participant de la situation et/ou le sémantisme du verbe change.
168Ainsi, le verbe tɛ̀ká ‘finir’ exige que le groupe postpositionnel exprimant son argument (finir qqch) soit régi par la postposition ká ou mɔ̀. Le verbe ká̰ employé avec la postposition mɔ̀ a, soit la valeur ‘quitter (qqn)’, soit la valeur ‘permettre (à qqn)’ ; employé avec la postposition yí il a la valeur ‘se transformer (en qqn/qqch)’.
169Le choix de la postposition qui régit le groupe postpositionnel des compléments circonstantiels peut être prédit en fonction de la valeur exprimée : ainsi, la valeur de superessif est exprimée par la postposition là, la valeur de subessif, par la postposition wì, la valeur de cause, par la postposition ŋwɛ́ŋ̀ etc. Par contre, les mêmes rôles sémantiques peuvent être marqués différemment. Ainsi, le bénéficiaire de deux verbes synonymiques, dɔ̀kɛ̄ et nɔ̄ ‘donner’, est exprimé par un groupe postpositionnel régi par les postpositions kɛ̀lɛ̀ et lɛ̀ɛ̄ respectivement.
2. Présence obligatoire du groupe postpositionnel
170Certains groupes postpositionnels sont obligatoires dans les propositions finies. En leur absence, soit l’énoncé devient agrammatical, soit le verbe change de sémantisme, soit sa structure actancielle change.
bḭ́.
‘Il t’a touché’ ;
‘Il a défendu l’enfant’.
‘Il s’est arrêté’.
171Comparez avec le complément circonstantiel :
‘Il est descendu vers le (champ de) riz’.
‘Il est descendu’.
12 Les arguments locatifs sont souvent obligatoires auprès des verbes de mouvement, de déplacement dan (...)
172Certains arguments locatifs peuvent être obligatoires. Ainsi, le verbe tó ‘rester’ exige la présence d’un groupe postpositionnel locatif ou d’un adverbe locatif, par defaut, un groupe postpositionnel avec une postposition yí et un pronom non-sujet de la 3e personne sg sémantiquement vide12.
zízàá.
‘Nous sommes en retard (lit. : nous sommes restés derrière)’.
vouloir:COND.cond
finir:IPFV
laisser :nmlz
‘Si tu veux obtenir beaucoup de choses, tu ne gagnes rien (lit. : le résultat finit par le fait de rester là-bas’.
173Dans certains cas, les compléments circonstantiels perdent leur sémantisme lors de la lexicalisation, tout en devenant obligatoires. Ainsi, dans l’expression idiomatique dɔ̄ tá̰à̰, littéralement ‘poser par terre’, la composante obligatoire tá̰à̰ ‘par terre’ n’a pas de rapport avec le sémantisme de l’expression en question ‘interdire’. De même pour l’expression zò gélé ‘énerver’, littéralement ‘brûler le cœur’, le complément circonstanciel X gé ‘dans le ventre de X’ avec un pronom coréférentiel à l’objet direct du verbe est obligatoirement présent ; idem pour l’expression kpóló kpɔ́ ‘maîtriser’ (qui régit la postposition mɔ̀) :
gélé-pɛ̀lɛ̀
‘Il m’énerve’.
174L’expression gí ɓō ‘avorter’ se combine obligatoirement avec l’adverbe yī ‘là-bas’. Le verbe ló dans la valeur ‘continuer’ régit la postposition ká, et dans ce cas il demande la présence du nom locatif líé ‘devant’.
‘Il a continué le travail’.
175Le verbe pá ‘(se) rassembler’ exige la présence d’un groupe postpositionnel, sémantiquement vide, qui régit un pronom non-sujet ou réfléchi coréférentiel à l’objet direct (dans le cas de l’emploi transitif du verbe) ou sujet (dans le cas de l’emploi intransitif) accompagné du déterminatif réciproque kíè.
176Idem pour le verbe yà ‘rassembler’ qui régit la postposition lé ou mɔ̀.
3. Nominalisation et présence des arguments postverbaux
177Certains verbes se nominalisent toujours avec leurs arguments postverbaux (classe 1, 4.185) ; pour certains autres, ceux-ci sont facultatifs (classe 2, 4.189). Dans la classe 1, nous pouvons distinguer une sous-classe 1a qui représente les verbes qui gardent lors de la nominalisation les mêmes compléments postverbaux que dans la proposition finie (4.186). Dans la sous-classe 1b cependant, les verbes se nominalisent avec une postposition autre que celle employée dans la proposition finie (4.187). Dans la sous-classe 1c, les deux variantes sont possibles (4.188). Il est aussi intéressant de noter que le groupe nominal que la postposition régit peut parfois chuter, si elle est non-spécifique, ce qui est typique pour ces verbes avec un argument postverbal sémantiquement vide (4.186b, 4.187c).
Bà̰
toucher :nmlz
*Bá̰
‘Énerver les gens n’est pas bon’.
yī.
‘Elle s’est fait avorter’.
enlever :nmlz
‘L’avortement est interdit’.
*Gí

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