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Timestamp: 2020-07-02 10:22:01+00:00

Document:
THOMAS, Antoine - DE PROYART
Opera PP Societ. Jesu Pekini pro Evangeli propagatione laborantium
Pékin, 29 juillet 1701
L’EUROPE SI PROCHE DE LA CHINE : LE GRAND TEXTE DES JÉSUITES SUR LA QUERELLE DES RITES.
RARE IMPRESSION XYLOGRAPHIQUE DUE AUX FAMEUSES PRESSES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS À PÉKIN
In-4 (245 x 156mm)
COLLATION : 61 feuillets imprimés d’un seul côté, xylographiés sur papier de chine, les deux feuillets blancs sont conservés
CONTENU : § 1 : Acta ante declarationem, au verso de la page de titre, avec le Libellus supplex à l’Empereur de Chine imprimé en latin et Mandchou. § 2 : Libelli Supplicis versio, in quo continetur Declaratio Rituum quorundam, § 3 : Consecuta post Declarationem divulgatio, avec la loi impériale en traduction chinoise et latine, § 4 : Effectus Declarationem consequentes, § 5 : Testimonia primatum, § 6 : Clarissima Divini Cultus ex Traditione Monumenta. La dernière page est signée par les neuf jésuites qui ont participé à la rédaction du livre sous la direction du R. P. Antoine Thomas
RELIURE : brochage des feuillets à la chinoise, couture postérieure. Boîte
PROVENANCE : Travel and Exploration, Portugal and Spain, Reiss et Auverman, 3-4 avril 1989, n° 438
Antoine Thomas naquit à Namur en 1644 et mourut à Pékin en 1709. Il entra dans la Compagnie de Jésus en 1660 et devint prêtre en 1678. Il étudia la philosophie au Collège de Douai en 1665, puis à Lille et Namur avant d’achever un cycle de théologie de nouveau à Douai entre 1671 et 1675. De 1678 à 1680, il étudia les mathématiques à Coimbra, au Portugal. Cet esprit universel si typique des grands jésuites du XVIIe siècle voulait depuis son plus jeune âge partir pour la Chine. Il embarqua le 4 avril 1680 sur un bateau appelé le San Antonio. Thomas se rendit au Siam, à Macao puis à Canton où il arriva en 1685. Le Vice-roi le convainquit alors de se rendre à Pékin. Il passa un an à Nankin et, de là, enfin à Pékin, le 7 novembre 1686 où il devint l’assistant du célèbre P. Ferdinand Verbiest (mort en 1688). En 1699, l’empereur Kangxi (règne 1662-1722) utilisa ses compétences d’ingénieur pour contenir le cours capricieux du Fleuve jaune (Huang He). Thomas fixa aussi la mesure d’un degré de longitude et cartographia la région de Pékin, époque à laquelle l’empereur fit de son principal conseiller un mandarin. Il fut Vice-provincial des jésuites de la Chine et l’un des plus ardents disciples de la christianisation de ce pays. Thomas était aussi devenu Vice-directeur puis même directeur du Bureau d’astronomie de Pékin.
Les Jésuites pensaient en effet que la sinisation des rites chrétiens et la création d’un clergé chinois étaient nécessaires à l’évangélisation de la Chine. Ils avaient obtenu du pape l’autorisation de remplacer le latin par le chinois littéraire dans la liturgie et ils acceptaient avec tolérance la pratique des rites confucéens. L’interdiction faite aux chrétiens par Mgr Charles-Thomas Maillard de Tournon (1668-1710), vicaire apostolique du Fujian guidé par un jansénisme aveugle, en 1693, d’exercer leurs rites envers le Ciel, Confucius et les ancêtres, allait déclencher la fameuse « Querelle des Rites ». Elle divisa l’église et porta un coup d’arrêt à la mission des Jésuites en Chine. Ce n’est qu’en 1939 que le Vatican reconnut le bien fondé des positions jésuites. Thomas fut aussi, depuis la Chine, l’un des correspondants directs de Leibniz et donc l’une de ses meilleures sources d’informations dans la querelle des rites. On dit que la brouille entre Rome et son maître Kangxi fut cause de sa mort précoce.
Par malheur, cette « Querelle » s’inscrivit dans la grande controverse qui opposait les Jésuites aux Jansénistes. Ces derniers finirent, au nom du respect d’une orthodoxie trop rigoureuse, par avoir raison de l’une des plus grandes entreprises d’acculturation tentée par des européens. La correspondance de Leibniz témoigne qu’on attendait comme imminente, à la cour de Louis XIV et dans toute l’Europe, la conversion de l’empereur de Chine au christianisme.
Au plus fort de la controverse, les Jésuites adressèrent un placet à l’empereur Kangxi qui avait promulgué, à leur instigation, en 1692, un édit de tolérance en faveur du christianisme. Ce placet, approuvé par l’empereur le 30 novembre 1700, exposait leur interprétation de la signification philosophique des rites chinois. Afin de faire connaître au monde l’approbation impériale, ils publièrent cette Brevis Relatio... qui donne successivement le texte du placet en latin, en mandchou et en chinois.
Cette édition princeps parut à Beijing en 1701, et dès l’année suivante, une réédition fut exécutée à Canton. Calquée sur la présente édition originale, elle offre quelques variantes, essentiellement des corrections dans la coupure des mots et dans l’accentuation. Seuls une vingtaine d’exemplaires de l’édition originale sont répertoriés dans les collections publiques dont quatre à la Bibliothèque nationale. Fait étrange, l’un d’eux fut relié pour Napoléon Ier. Depuis 1977, et à l’exception de celui-ci, seul l’exemplaire des ducs de Devonshire a été proposé sur le marché international des ventes aux enchères (Christie's, 24 février 1982). Le Manuel de Brunet ne cite que deux exemplaires : ceux de Rémusat et de Libri. C’est, avec l’Innocientia Victrix gravée à Canton en 1671, l’un des plus longs textes latins ainsi publié en Chine.
RÉFÉRENCES : J.-C. Brunet, Manuel du libraire, I, col. 1249 -- Boxer, C. R. A., « Some Sino-European xylographic books 1662-1728 », Journal of the Royal Asiatic Society, 1947, pp. 209 ssq., n° 6 -- Cordier, Bibliotheca sinica, 2:892–893 -- P. Pelliot, « La Brevis Relatio » T’oung Pao 23 (1924), pp. 355–372 -- Sommervogel, VII, 1978 -- J.-P. Duteil, Le mandat du Ciel. Le rôle des jésuites en Chine, Paris, 1994, p. 370 qui donne une collation de l’ouvrage

References: § 1
 § 2
 § 3
 § 4
 § 5
 § 6