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Timestamp: 2019-03-24 05:38:46+00:00

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ILS : Définition de ILS
Pronom personnel non-prédicatif de la troisième personne, il masculin, elle féminin pour le singulier, ils et elles pour le pluriel, de forme atone (appelée aussi enclitique ou non accentuée), toujours sujet; pour les autres fonctions, v. lui et le2.
A. − Valeurs de représentant. Il(s) désigne une ou des personnes de sexe masculin (ou masculin et féminin) autre(s) que le locuteur (je) ou le destinataire (tu, vous) du discours; l'équivalent féminin est elle(s); pour les formes toniques, v. lui. Puis elle regarda le grand patron. « Ce qu'il est bien, dit-elle, ce qu'il a l'air intelligent! » (Sartre, Nausée,1938, p. 119).Parents, votre fille n'est plus à vous! C'est à moi seul! Anne Vercors : Eh bien, ils sont mariés, c'est fait! (Claudel, Annonce,1912, I, 3, p. 159).Boulevard Saint-Michel, des garçons et des filles se promenaient en bandes, ils riaient; ils allaient au café, au théâtre, au cinéma (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 174) :
1. l'âne : Jeanne, reconnais-tu que ce n'est pas par tes propres forces et par des moyens naturels que tu es venue à bout des Anglais? jeanne : Je l'avoue! le chœur : Elle avoue! Claudel, J. d'Arc,1939, 4, p. 1208.
Rem. a) Ils plur. peut renvoyer par syllepse à un subst. collectif. Il y a un peu de folie dans la façon de voir de toute cette famille (...) ils sont engoués de leur jeune abbé (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 403). b) Il(s), elle(s) sont d'un emploi peu respectueux quand les pron. désignent, dans le dialogue, une ou des pers. présentes. Excepté dans certains tours (vieillis) de politesse ou de révérence. La servante me dit : « Monsieur veut-il quelque chose? » (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 148). Celui des domestiques à l'autre bout, demanda : « Ces messieurs savent-ils que c'est ce soir le réveillon? » (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Réveillon, 1882, p. 50). c) Il peut représenter un indéf. L'homme est un apprenti, la douleur est son maître. Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert (Musset, Nuit Oct., 1837, p. 155). Est-il à mépriser, qui s'attache à son maître? (Moréas, Iphigénie, 1900, I, 3, p. 24). d) Il, elle, formes suj. atones, ne peuvent être renforcés comme les pron. toniques (*il-même, *il aussi = > lui-même, lui aussi).
1. Il(s) est un représentant servant à rappeler un substantif masculin (ou son équivalent : pronom, groupe nominal, pronom démonstratif + relative déterminative, etc.) qui vient d'être exprimé (dans une phrase ou une proposition précédente); elle(s) rappelle un substantif féminin.
a) Il(s) peut représenter des substantifs désignant des personnes de sexe masculin ou (au pluriel) féminin et masculin. C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs Il détient le record du monde pour la hauteur (Apoll., Alcools,1913, p. 40).Ma fille, les bonnes gens se demandent à quoi nous servons, et après tout ils sont bien excusables de se le demander (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 2etabl., 1, p. 1585).
b) Il(s) peut représenter des substantifs désignant des animaux mâles ou dont le nom est masculin. Nous venons de la promenade, papa, moi et mon chien, le joli chien de Lili : chère petite bête! il ne me quitte jamais (E. de Guérin, Journal,1838, p. 199).
c) Il(s) peut représenter des substantifs désignant des choses du genre masculin. Françoise avait précipitamment rentré les précieux fauteuils d'osier de peur qu'ils ne fussent mouillés (Proust, Swann,1913, p. 11).
d) Elle(s) représente des substantifs désignant des personnes de sexe féminin ou des substantifs du genre féminin. Ma pauvre mère est morte. Elle n'a pas beaucoup souffert (Villiers de L'I.-A., Corresp.,1882, p. 16).
♦ Représentant d'un substantif de genre féminin, mais désignant un homme. Son Éminence avait aussitôt dicté à M. de Goulet une note favorable au candidat du nonce. Elle s'écria, de sa jolie voix chevrotante... (A. France, Orme,1897, p. 145).
− En partic. [Il(s), elle(s) servant dans la même prop. à reprendre le suj. lorsque celui-ci est un pron. tonique de la 3epers. : lui, elle(s), eux] L'hiver sous ses frimas tient la terre enchaînée; Le printemps les dissipe, et lui-même il s'enfuit (Chénier, Bucoliques,1794, p. 226).Et lui, le village, il semblait attendre aussi − sans grand espoir − (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1031) :
2. Un souvenir, en passant, aux macreuses du lac de Tunis. Elles, elles font une petite pirouette quand elles se laissent balancer par la houle légère. Montherl., Démon bien,1937, p. 1231.
Rem. La répétition du même pron. elle(s) atone et tonique s'évite habituellement; la constr. adoptée est alors elle(s) forme tonique comme suj. Lui, coiffé d'une casquette de soie (...); elles, également endimanchées (...) portaient des robes semblables (Zola, Terre, 1887, p. 168).
2. Il(s), elle(s) sont des représentants servant à annoncer un sujet qui va être exprimé, ce sujet étant postposé au verbe (le plus souvent en apposition, rejeté en fin de phrase, notamment dans des phrases exclamatives à valeur affective). Et ce qu'il manquait de chic, ce Louis, sans gants pour conduire (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 15).Mais ils font trop de musique, ces gens (Proust, Swann,1913, p. 147) :
3. manente : Voici venir le prince des lainiers, avec ses deux filles (...). uderigo : Elles sont belles, les deux filles. Salacrou, Terre ronde,1938, I, 1, p. 139.
− [ou en phrase interr. sans inversion du suj. (remplacée par l'intonation de la voix)] − Elle te plaît, cette montre? Prends-la! (Jacob, Cornet dés,1923, p. 11).Elle va bien, Mademoiselle Lili? (Bourdet, Sexe faible,1931, I, p. 242).
3. Il(s), elle(s) peuvent représenter des animés ou des inanimés que le locuteur et l'interlocuteur ont présents à l'esprit de sorte qu'il est inutile de les désigner nommément. Oh!... j'ai vu un crêpage de chignons hier. Elles s'écharpillaient (Zola, Assommoir,1877, p. 546).− Allons, voyons, ne répliquez pas! C'est curieux que lorsqu'ils arrivent, ils ont tous cette habitude! (Courteline, Train 8 h 47,1888, 1repart., 2, p. 22).Un coup d'œil sur la pendule. « Ils doivent être sortis de table, là-haut?... » (Martin du G., Thib., Consult., 1928, p. 1057).
B. − Valeurs sém. ou styl. partic.
1. Valeur hypocoristique de il et de elle, substitut d'un pron. pers. à une autre pers.
a) Il ou elle à la place de tu ou de vous (pour exprimer la tendresse, l'ironie, le mépris, etc.). Mais qu'est-ce qu'elle a, ce matin? Vous pensez à votre amoureux? (Bouvelet, Barbe-blonde,I, p. 7 ds Sandf. t. 1 1965, § 24).La mère à son enfant : Est-ce qu'il aime bien sa maman? (Grev.1975, § 468 n.b.).
b) Il ou elle à la place de je. Éponine! − Qu'est-ce qu'elle a fait? Que me voulez-vous donc? (Courteline, La Philos. de Georges Courteline,1917, p. 115 ds Sandf. t. 1 1965, § 24).
2. Emploi subst. à valeur générique, où elle représente le sexe fém. :
4. Par la diversité de son humeur (...) elle allait rappelant en lui mille désirs, évoquant des instincts ou des réminiscences. Elle était l'amoureuse de tous les romans, l'héroïne de tous les drames, le vague elle [it. dans le texte] de tous les volumes de vers. Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 114.
3. Valeur partic. de elle désignant l'histoire (drôle), le fait comique dont on parle (fam.). Elle est raide, celle-là! Il riait d'un rire formidable, et demandait toujours comme conclusion : « Est-elle bonne, celle-là? (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Rouille, 1882, p. 791).Mais il lui vint une idée (...). − Si je faisais Guitrel évêque? Elle serait bien bonne! (A. France, Anneau améth.,1899, p. 249).
4. Valeur péj. ou euphémique des indéf. plur. ils et elles.
a) Elles désignant un groupe indéterminé de femmes/filles ou les femmes en général. « Ah! elles auront toujours le dernier mot », soupire Lohengrin (Laforgue, Moral. légend.,1887, p. 125).Ça n'est pas la première fois qu'une femme supérieure se sera laissé dévorer, c'est même comme ça qu'elles finissent toutes (Bernanos, Mauv. rêve,1948, p. 924) :
5. − Elles sont toutes les mêmes, tu sais, conclut le cordonnier (...). Andréas avait une sagesse à lui, et, coupant son mutisme, des réflexions définitives. Son « elles sont toutes les mêmes » englobait dans son esprit toutes les exaltées. Peyré, Matterhorn,1939, p. 117.
b) Parfois iron. ou péj. Ils désignant un groupe de personnes plus ou moins indéterminé, que le locuteur rend responsables d'un événement, d'une situation plutôt désagréable et souvent d'ampleur nationale (par exemple le gouvernement, le fisc, les hommes politiques, l'ennemi pendant la guerre, les patrons, les supérieurs, les riches) :
6. ... dans les armes parlantes de la bourgeoisie figure une boîte de spécialité pharmaceutique. (Ils ont besoin d'un médecin pour leur dire de moins manger. Ils ont besoin d'un médecin pour leurs « cures de silence ». Ils consultent le médecin s'ils prennent du ventre. Ils consultent le médecin si leur gosse se touche). Montherl., Lépreuses,1939, p. 1375.
− Ils désignant des personnes que le locuteur ne veut pas désigner par le titre attaché à leur fonction. Eh bien! Ils en ont de bonnes au ministère. Lisez plutôt (Benoit, Atlant.,1919, p. 16).Le jour où ils m'ont arrêté, j'allais vous rejoindre (Camus, Justes,1950, I, p. 308) :
7. Ils, c'est tout le monde : les patrons pour les employés, les employés pour les patrons, les domestiques pour les maîtres de maison, les maîtres de maison pour les domestiques, les automobilistes pour les piétons, les piétons pour les automobilistes et, pour les uns comme pour les autres, les grands ennemis communs : l'État, le fisc, l'étranger. P. Daninos, Les Carnets du Major Thomson,pp. 32-33 ds Grev. 1975, § 470, rem. 1, note 1.
− Ils désignant les gens, l'opinion, le quartier (= on). Une épicerie modèle, qu'ils disaient (Giono, Baumugnes,1929, p. 16).Ils racontent que vous ne vous nourrissez point (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1182).
C. − Mécanismes syntaxiques (applicables également à il2impers.)
1. Emplois pléonastiques
a) [Si le verbe est relativement éloigné de son suj.] :
8. Les êtres que nous désespérions d'atteindre et d'influencer, ils sont là, tous réunis par la pointe la plus vulnérable, la plus réceptive, la plus enrichissante de leur substance. Teilhard de Ch., Milieu divin,1955, p. 138.
b) Très fam. ou pop. [Dans la lang. parlée relâchée ou la lang. enfantine, reprise immédiate du suj. par il(s) ou elle(s), placé entre le suj. et le verbe] La maîtresse elle a dit... Tout le monde il a voulu parler (Musette,[Cagayous phil.], 1906, p. 187).Quand Messiou Rascasse il sera là, je pourrai travailler (Achard, Voulez-vous jouer,1924, I, 1, p. 13) :
9. − Monsieur, dit Poil de Carotte réellement audacieux et fier, le maître d'étude et Marseau, ils font des choses! Aussitôt les yeux du Directeur se troublent comme si deux moucherons s'y étaient précipités soudain. Renard, Poil Carotte,1894, p. 140.
Rem. Dans ce cas, la forme pop. y est fréq., pouvant désigner a) il masc. sing. Et qu'est-ce qu'il a dit, ce Monsieur? − Qu' M'sieu Canu y viendrait en personne (Maupass., Pierre et Jean, 1888, p. 298). b) ils masc. plur. Vous savez, les rentiers, y vivent de leurs rentes (Balzac, Pts bourg., 1850, p. 207). c) elle(s) sing. ou plur. (rare). Ta mère y [= elle] t'appelle (Musette, Cagayous partout, 1905, p. 101).
2. Répétition ou non-répétition de il(s), elle(s)
a) [Il(s), elle(s) sont répétés]
− [en juxtaposition de prop. ou de phrases] On ne lit point aujourd'hui les longs ouvrages; ils fatiguent, ils ennuient (Lamennais, Religion,1825, p. 5).Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants (Apoll., Alcools,1913, p. 43).
− [impérativement quand l'une des deux phrases est positive, l'autre négative] Vous l'avez entendu, monsieur Henry, il va chez elle, il ne s'en cache pas, il le dit, il s'en vante! (Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p. 128).Ils ne comprendraient pas, ils accuseraient maman (Martin du G., Thib., Pénitenc., 1922, p. 746).
b) [Il(s), elle(s) ne sont pas répétés]
− [en coordination de prop. ou de phrases] Elle avait tiré sa houppette et la passait légèrement sur ses pommettes et sous ses yeux (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 156).
Rem. Lorsque les verbes sont à des temps différents, le pron. en principe se répète. Il ne sortit plus de sa maison, et il guettait sans cesse la route par la petite fenêtre de sa cuisine (Maupass., Contes et nouv., t. 2, St-Antoine, 1883, p. 194).
− [lorsque la série se clôt par une prop. coordonnée ou lorsque les actions sont successives et continues (les verbes étant au même temps)] Elle écouta longtemps, n'entendit rien, comprit cet affront public et pleura (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 6).Le souvenir d'une enfance libre et heureuse, où il se couchait, se levait, galopait à sa fantaisie (Alain, Propos,1906, p. 6).
Rem. L'omission du suj. il(s), elle(s) a lieu dans le style télégraphique ou dans des citations à l'ordre du jour. A été voir quelqu'un à Auteuil, a causé tranquillement (Goncourt, Journal, 1856, p. 253). Léon Blum ne sait pas; il cherche; il tâtonne; a trop d'intelligence et pas assez de personnalité (Gide, Journal, 1890, p. 15). V. citation ex. 9.
3. Place de il(s), elle(s)
a) [Directement postposé au verbe ou à l'auxil., lorsque la syntaxe demande l'inversion du suj., notamment]
− [dans l'interr. dir., sauf avec l'outil est-ce que] Mais qu'ont-ils donc à rire là-bas? (Hugo, L. Borgia,1833, III, 1, p. 149).J'ai une fille qui s'appelle Judith. Est-elle ici? Est-elle ailleurs? (Becque, Corbeaux,1882, I, 1, p. 56).
Rem. Dans la lang. parlée, l'intonation de la voix remplace parfois l'inversion du suj. Elle est gentille? − Et comment! (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 48).
− [après certains adv. comme ainsi, à peine, aussi (= « c'est pourquoi »), du moins, encore (= « mais il faut préciser que »), en vain, peut-être] Il la trouva couchée dans leur chambre, comme il lui avait demandé de le faire. Ainsi se préparait-elle à la fatigue du déplacement (Camus, Peste,1947, p. 1221).
− [en incise, avec des verbes déclaratifs comme dire, s'écrier, murmurer, répondre] Ma fille, lui dit-il, quelle route veux-tu? Mon père, répond-elle, où marche la vertu (Jammes, Géorgiques,1912, chant 5, p. 9).L'accouchée tourna légèrement la tête et lui sourit. − Ça ne fait rien, ma mère, ça ne fait rien, murmura-t-elle (Druon, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 13).
− [dans certaines prop. exclam. à valeur affective (exprimant l'admiration, l'étonnement, le mépris, l'indignation, etc.)] Que de peine Moïse n'eut-il pas, à prévenir chez les Juifs le culte des images! (Bonstetten, Homme Midi,1824, p. 48).Aura-t-elle bientôt fini de me faire trotter! (Claudel, Endormie,1883, p. 6).
− [dans certaines prop. suppositives ou dubitatives] Dût-il en mourir; fût-il le meilleur. Et fût-il gratifié de tous les honneurs que peuvent conférer les républiques et les princes, je crois que le crépuscule allumerait encore en lui la brûlante envie de distinctions imaginaires (Baudel., Poèmes prose,1867, p. 106).Ce respect pour ceux qui se trouvaient au-dessus de lui et qu'il voyait d'en bas (eussent-ils été fort au-dessous de lui jusque-là) (Proust, Swann,1913, p. 148).
b) [Séparé du verbe par ne, en, y ou un pron. pers. atone ou tonique] Alors... ils se voient? (Drieu La Roch., Rêv. bourg.,1939, p. 146).C'est une mission embêtante. Mais ils y tiennent à l'État-Major. Ils y tiennent beaucoup (Saint-Exup., Pilote guerre,1942, p. 268).
c) [Disjoint du verbe, parfois en emploi subst.] Qui, ils? Henriette : Des lettres? mais je vous prie de croire qu'il ne m'a jamais écrit!... Blandinet, avec force : Il!... il y a un il... j'en étais sûr! (Labiche, Pts oiseaux,1862, II, 10, p. 255).Il commettait une faute en se reconnaissant dans cet il fameux qui est le héros de l'article (Vallès, Réfract.,1865, p. 138).
Rem. 1. Il(s), elle(s), dans le discours indir. (paroles rapportées) peuvent représenter la 1repers. (je, nous). Il dit qu'il viendra (= il dit : « Je viendrai »); elles disent qu'elles viendront (= elles disent : « Nous viendrons »). Il dit qu'il s'étonne beaucoup de ce que l'on verse ainsi tant de pleurs, pour un acte d'une telle insignifiance (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p. 310). Il voulut lui conter tout ce qu'il ferait plus tard (Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 377). 2. La postposition du pron. suj. exige a) un trait d'union. Vient-elle? b) un t euphonique épenthétique si la forme verbale se termine par une voyelle. Viendra-t-il? 3. La docum. atteste des formes phonét. pop. ou de lang. parlée : ell'; i, y (sing. ou plur.). Comben t'a-t-il donné? I doit être généreux; il est si riche! (Leclercq, Prov. dram., Savet. et financ., 1835, 8, p. 234). À quel donc moument qu'i' font ça, les chiens? (Martin du G., Gonfle, 1928, I, 2, p. 1178). Ell' ne l'aimait pas, lui non plus (Éluard, Donner, 1939, p. 168). V. aussi Prononc. infra.
Prononc. : [il , [εl]. À la différence de l'usage anc., la consonne de il se prononce auj. partout, au sing. et au plur. Les formes tronquées devant consonne et, au plur., devant voyelle, appartiennent à un parler relâché : i(l) va [iva], i(l)s vont [ivɔ], i(l)s ont [izɔ ̃]. L'appréciation ds Mart. Comment prononce 1913, p. 259, n'est plus actuelle : ,,dans l'usage courant et familier, les choses n'ont guère changé : où va-t-i(l), i(l) vient s'entendent presque uniquement à côté de il a. L'enseignement seul maintient cet l dans la lecture et dans le langage soigné``. Le pron. peut aussi se réduire à la consonne : il aurait dû filer [lɔ ʀ εdyfile], voire à néant : il y a [ja], il n'y a [nja] (Nyrop Phonét. 1951, § 79, rem. 2); graph. gn'y en a pas (s.v. incorruptible B ex. de Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p. 84). Dans une prop. interr., noter l'absence de liaison avec le mot suiv. : ils, elles ont eu une mère aimante, mais ont-ils, elles eu une mère aimante (la liaison verbe-pron. s'établit en revanche normalement). Étymol. et Hist. Il, el(l)e, els pron. pers. de la 3epers. I. Cas suj. A. Masc. 1. sing. : il 842 intention d'insistance, d'opposition (Serments Strasbourg, ds Henry Chrestomathie, no1, 6 : si saluarai eo cist meon fradre Karlo... in o quid il mi altresi fazet); 2emoitié xes. el medeps (Passion, éd. D'A. S. Avalle, 255); 2emoitié xes. sert d'appel pour annoncer un subst. à venir (St Léger, éd. J. Linskill, 152); id. rappelle un subst. précédemment énoncé (ibid., 115); ca 1190 fait fonction d'appos. au suj. (Aspremont, éd. L. Brandin, 1113 : Vait s'en Turpins, il et sa compaignie) [cf. ca 1200 Escoufle, 451 ds T.-L., s.v. il, 1315, 5 : Ains i sejorne volentiers Lui et sa gent]; 2. plur. a) il 937-52 (Jonas, ds Bartsch Chrestomathie, col. 7, 2); b) eus ca 1130 (Gormont et Isembart éd. A. Bayot, 497). B. Fém. 1. sing. ele ca 881 (Eulalie, ds Henry Chrestomathie, no2, 5); 2. plur. eles (Passion, 413). C. Neutre il mil. xies. (Alexis, éd. Chr. Storey, 503), cf. la forme rég. el relevée notamment ds les dial. de l'ouest : ca 1165 (B. de Ste-Maure, Troie, 20263 ds T.-L. s.v., 1313, 12); empl. en position de suj. devant un verbe unipersonnel : mil. xies. (Alexis, 51 : Quant li jurz passet et il fut anuitet); annonçant un verbe en emploi unipersonnel a) ca 1100 suivi d'un subst. (Roland, éd. J. Bédier, 192 : Il nus i cuvent guarde); id. (ibid., 2418 : Il n'en i ad chevaler ne barun Que...); 1121-34 (Ph. de Thaon, Bestiaire, 1037 ds T.-L. s.v., 1304, 43 : Il n'en est creature... Ki...); b) ca 1100 suivi d'une complétive (Roland, 1443). II. Cas régime A. tonique 1. masc. plur. els 937-52 (Jonas, loc. cit., col. 8,6 : sic liberat de cel peril quet il habebat decretum que super els mettreit); 2. fém. sing. ele 1284 [ms.] (Brunet Latin, Trésor, éd. P. Chabaille, I, CLXXXIII, p. 231, ms. F; li, éd. J. Carmody, ms. T début xives.); fém. plur. eles ca 1160 (Eneas, 119 ds T.-L., s.v. il, 1312, 1). B. Atone; masc. plur. els mil. xies. (Alexis, 580 : Ço peiset els); ca 1100 obj. d'un verbe pronom. (Roland, 111 : pur els esbaneier). Il, pron. pers. masc. suj. du verbe à la 3epers. du sing., est issu du b. lat. illī (époque mérov., Vään., § 276), lui-même issu du dém. lat. ille (désignant l'objet éloigné; marquant avec insistance ce qui a rapport à la 3epers.) sous l'infl. du pron. rel. quī. La forme el (St Léger, 29 et passim; Passion, 17 et passim; v. aussi T.-L., s.v. il, 1302, 9 sqq.) dénote une infl. mérid. Devant consonne et par suite d'un relâchement de l'articulation de la liquide en position implosive, il peut se réduire à i (1178 Renart, éd. M. Roques, 3687). Il cas suj. masc. plur. (< illī ) a pris, vers le mil. ou la 2emoitié du xiiies., un -s : ils par anal. de la flexion nominale. Ele, eles sont respectivement issus du lat. ílla, íllas. L'éviction progressive de lei, li, cas régime fém. tonique (< *illáei) par ele, commence dans la 2emoitié du xiiies. El pron. neutre suj. (< lat. vulg. ǐllum, TLL, s.v. ille, 340, 59-71; class. illud) a de bonne heure été évincé par la forme masc. il. Tandis qu'en lat. class. la dés. du verbe suffisait à en marquer la pers., le pron. n'étant utilisé que pour mettre en valeur le suj. du verbe, la lang. parlée a eu, dans un souci d'expressivité, tendance à généraliser l'emploi du pron. pers. suj. au point de l'utiliser fréquemment sans nuance styl. partic. (Vään., § 281). En très a. fr., l'emploi du pron. pers. suj. traduit un besoin de renforcement, d'insistance, d'expressivité; ce pron. devient par la suite de plus en plus fréquent, étant dans la prose du début du xiiies. la marque normale de la pers. suj.; d'emploi peu à peu obligatoire, il deviendra pron. conjoint, simple indice de la pers. suj. (Moignet, Gramm. de l'a. fr., p. 128; Ménard, Synt. de l'a. fr., pp. 72-74; v. aussi Von Wartburg, Probl. et Méthodes2, pp. 68-79 qui, faisant le point sur cette évolution à partir d'études partic., insiste sur la relation entre l'emploi du pron. suj. et les règles rythmiques de la phrase en a. fr. où le verbe occupe régulièrement la 2eplace). Cette évolution a pour conséquence de faire peu à peu perdre aux pron. suj. leur intensité et leur valeur, et à les faire progressivement remplacer par les pron. du cas régime toniques (lui, eux pour la 3epers.), v. Moignet, op. cit., p. 152, Von Wartburg, op. cit., p. 77.
STAT. − Fréq. abs. littér. Il1 et 2: 1 150 105. Ils1: 176 912. Fréq. rel. littér. Il1 et 2: xixes. : a) 1 439 998, b) 1 552 553; xxes. : a) 1 780 815, b) 1 759 668. Ils1: xixes. : a) 246 033, b) 215 896; xxes. : a) 283 427, b) 256 302. Fréq. abs. littér. Elle : 461 941. Elles : 58 958. Fréq. rel. littér. Elle : xixes. : a) 514 382, b) 697 240; xxes. : a) 761 791, b) 693 928. Elles : xixes. : a) 92 894, b) 68 572; xxes. : a) 84 342, b) 84 006.
BBG. − Brandt (G.). La Concurrence entre soi et lui, eux, elle(s). Lund-Copenhague, 1944, 346 p. - Foulet (L.). L'Extension de la forme oblique du pron. pers. en anc. fr. Romania. 1935, t. 61, pp. 401-463. - Hériau (M.). Le Verbe impers. en fr. mod. Lille-Paris, 1980, p. 10, 13, 47, 51; pp. 76-77; p. 96; pp. 1113-1116 (Thèse. 1976). - Pinchon (J.). Hist. d'une norme. Lang. fr. 1972, no16, pp. 74-87. - Sankoff (G.), Cedergren (H.). Les Contraintes ling. et soc. de l'élision du l chez les Montréalais. In : Congrès Internat. de Ling. et Philol. Rom. 13. 1971. Québec. Québec, 1976, t. 2, pp. 1001-1116. - Seelbach (D.). Transformationsregeln im Französischen... Heidelberg, 1978, pp. 48-56.

References: § 24
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 § 24
 § 470
 § 79
 § 276
 § 281