Source: http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/rh-10-le-roi-de-sukhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292.html
Timestamp: 2017-10-18 02:08:04+00:00

Document:
RH 10 - Le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292. - Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 18:04
Nous avons vu dans notre article précédent la difficulté d’écrire l’histoire du royaume de Sukhotai, en apprenant que les inscriptions (stèles) concernant ce royaume étaient peu nombreuses (moins d’une vingtaine) et que les informations qu’elles donnaient étaient très décevantes. Nous allons voir ici que la plus célèbre d’entre elles, appelée la stèle de Ramkhamhaeng (ou Rama Khamhaeng - พ่อขุน รามคำแหง) datée de 1292 et découverte en 1833 par le Prince Mongkut (Le futur Rama IV 1851-1868), bien que considérée comme l'acte fondateur de la nation thaïe suscite bien des questions. Elle a d’ailleurs été l’objet de nombreuses controverses et de nombreuses polémiques. (Cf. sur ce sujet notre article 19*)
Notons, tout au plus pour nous en étonner, que, de tous les experts pour beaucoup autoproclamés qui discutent sinon pérorent sur la stèle, à notre connaissance la seule reproduction lisible autre que de lointaines photographies est celle que nous en a donné Pavie en 1898, lesquels l’ont consultée ? Nous n’en connaissons pas de postérieure….
Il est donc important d’en connaître le contenu avant de s’autoriser tout commentaire. De nombreux érudits se sont risqués à cet exercice comme par exemple Le R. Bradley,
et le R. P. Schmitt, que nous avons choisi à tout hasard.
Il propose sa traduction dans une revue intitulée « Excursions et reconnaissances », d’octobre 1884. (Cf. La traduction en note**)
Elle se présente sous la forme de 57 séquences (Pourquoi ?) alors que par exemple Pavie a traduit les 124 lignes de la pierre, ligne par ligne, et que Bradley l’a mise en 1909 sous la forme de 9 paragraphes, en ajoutant en marge les sujets traités et en mettant en exposant les lignes concernées de la stèle.
Notons, toujours tout au plus pour nous en étonner, que la traduction française du R.P Schimtt de 1884, est la première avant celle de Pavie, la seconde est, semble-t-il, la dernière. Bradley semble avoir été le seul à en avoir donné une transcription en caractères thaïs contemporains mais ne donne pas d'explications sur les quelques lignes manquantes. Lesquels des experts postérieurs les ont consultés ?
Ces traductions bien que semblables ne sont pas identiques, en sachant qu’elles relèvent d’un travail de transcription de la « première » écriture thaïe qui comporte aussi, selon Bradley, des mots d’origine indienne, Khamen (Khmer), ou inconnue (11 mots).
Notre lecture (Eléments d’un récit possible) de la traduction du R.P. Schmitt. (Cf. Dans notre article 20 d’autres éléments possibles **)
Notons que le R.P. Schmitt est le seul à donner un assez long glossaire de ce qu’il estime être le sens actuel des mots de la stèle :
Pavie ne donne pas ses sources (probablement le dictionnaire de Monseigneur Pallegoix de 1854). Le Révérend Bradley donne lui aussi un glossaire.
Il fait référence à l’ouvrage de Frankfurter de 1900.
La stèle est rédigée essentiellement par le roi Ramkamhaeng (Le R.P. Schmitt dit Rama Somdet) qui va raconter les événements de son histoire et du royaume qui l’ont marqué, Il évoquera la loi administrative et religieuse, les usages civils et religieux qui régissent ce pays, et la grandeur du vaste royaume.
Ainsi Il donne sa filiation (Le nom de son père, (le fondateur du royaume), de sa mère, de ses deux frères et n’oublie pas ses deux sœurs dont il ne donne pas le nom). Il raconte brièvement son premier fait d’arme à l’âge de 19 ans (L’attaque de Tak par le gouverneur de la ville de Xot, la fuite des gens de son père ; son combat à dos d’éléphant mettant en fuite le seigneur Chon du muang de Chot et comment il fut honoré pas son père par le titre de Phra Rama Somdet). Il se voit comme un jeune guerrier, courageux et valeureux, et comme un bon fils respectueux de ses parents et de son frère quand il régna.
Il présente ensuite de façon positive la vie et l’administration de son royaume, où tous sont heureux, bénéficient de l’abondance (eau, riz), de la liberté du commerce, de la justice (héritage préservé pour le cadet ; la justice à l’amiable, la compréhension mutuelle des intérêts de chacun) ; mais une justice intraitable pour les marchands injurieux qui ne peuvent réparer leurs fautes par un don ; ou pour les chefs de bande qui peuvent être mis à mort. D’ailleurs, est-il précisé : Tout habitant de Sukkhotai peut avoir accès à sa justice en actionnant une cloche pour avoir un procès équitable.
Il aime décrire la grandeur et la beauté de la capitale du royaume (avec ses routes, sa fontaine, l’eau en abondance, ses jardins de palmiers, d’arecs, de tamariniers, ses statues de bouddha, ses pagodes, sa bibliothèque, ses instituteurs …), et il encourage chacun à créer des jardins, car il en deviendra le propriétaire. Il n’oublie pas de mentionner les communautés et villages qui sont en dehors de la ville ; A l’Occident, il est honoré par la présence de la communauté des Hindous-Brahms, appelé ici « les Aryens », à laquelle le roi rend hommage, d’autant plus que tous les instituteurs de la ville de Çri Dhamrammayara y demeurent.
Il se félicite de la piété et de la générosité de ses habitants qui font des offrandes au roi et aux temples pour acquérir des mérites et qui observent les préceptes pendant la saison des pluies, et suivent les processions avec respect, tout en s’amusant. Il rappelle la nécessité d’être respectueux envers les esprits et de les honorer si on veut leur protection et le bonheur, car ils peuvent se venger.
Le roi évoque ensuite trois événements importants datés qui l’ont marqué durant son règne.
En 1281, le roi Ramkamhaeng fit venir un maître qui crée l’écriture siamoise et qui ensuite enseigna tous les Siamois et leur fit connaître le vrai mérite et la vraie foi.
En 1285, a été organisé une grande cérémonie qui va durer un mois et six jours pour honorer les reliques devant lui et tous les habitants.
Et en 1290, il sera fier d’avoir pu reconstruire la ville de Sachannallai - Sukkhotai, à l’occasion de laquelle il fit tailler un trône de pierre, où fut organisé de nombreuses cérémonies, rites, fêtes, et où tous les habitants firent le serment de défendre la ville et le pays.
Il termine enfin sur les qualités des habitants du Siam (intelligence, ruse, courage, audace, rudesse, force ), qui ont fondé un grand royaume « avec beaucoup d’éléphants), en soumettant à l’Orient les villes de Saraluang, Songkhéo, Lumbachai, Sakhathao, sur les bords du fleuve Khong jusqu’à Viengkham, qui font frontière ; au Sud, les habitants de Phra : Bang Phrek, Suvannaphum, Ratxaburi, Phetxaburi …, Cri Dharmmarat, qui fait frontière sur les bords de la mer ; A l’Occident, le pays de Xot, de …, de Hongsawadi Samutra, qu’ils ont fait frontière ; Au Nord, la ville Phlé, la ville Nan, la ville … , la ville Phlaophon, sur le bord du fleuve, la ville de Sava fait frontière.
Pour terminer avec : « Après cela ils se mirent à installer et à nourrir les habitants des villages et des villes, et tous pratiquèrent la justice. »
(Qui devient chez Pavie par exemple : « Après (la conquête) ils se sont livrés à l’agriculture pour nourrir les nombreux habitants des villages et des villes ; tout le monde observe le dharma. »
Quelques commentaires. (Cf. Article 20 **)
A défaut d’histoire, nous avons là une belle hagiographie.
Le roi Ramkamhaeng est : bon fils, grand guerrier, grand roi, sage et maître bouddhiste, a été l’initiateur de la création de l’écriture thaïe, et « le chef et le souverain de tous les Thaïs ».
Ses qualités sont immenses : Respectueux de ses parents, de ses sujets (même de ses prisonniers. Il ne les frappe pas), juste, généreux, équitable, savant, audacieux, hardi, énergique, fort … Il ne convoite pas les biens d’autrui ; Accorde aide et assistance aux pays qui se mettent sous sa protection, comme à tout sujet « si quelqu’un vient, n’ayant ni éléphants, ni chevaux, ni hommes, ni femmes, ni argent, ni or, il lui en donne et l’aide jusqu’à ce qu’il puisse se constituer son propre état ».
Il règne sur un pays stable et prospère, où « les habitants font tous l’éloge du roi », et « se plaisent à observer les préceptes (bouddhistes) et à pratiquer l’aumône », ou « Tous les Ma, les Kao, les Lao, les Thaï des contrées lointaines et les Thai qui vivent le long de la rivière U et du Khong viennent lui rendre hommage ».
Un pays où les sujets : Ne payent pas de péage ; Sont libres de commercer même les éléphants, l’argent, et l’or ; Ne payent pas de droit de succession, pas de taxes, pas d’impôts (quiconque fait des plantations, en récolte le produit et le garde pour lui-même) ; Ont droit à la justice du roi, rien qu’en sonnant la cloche du palais.
La stèle pour le moins propose un modèle idéal : un Roi exemplaire, une utopie politique, une religion bouddhiste observée par tous. (On se doit « d’observer les préceptes » de Bouddha, de « pratiquer l’aumône », de suivre le calendrier, cérémoniel et les rites bouddhistes.)
Elle montre une société hiérarchisée : avec le roi, la noblesse, les princes, ses sujets, ses « prisonniers ». (La stèle indique une autre hiérarchie entre éléphants, chevaux, hommes, femmes, argent et or), une société organisée en muang dans une relation de vassalité au muang « central » (La stèle donne la liste des cités vassales du royaume de Sukhotai en 1292.)
Une société néanmoins dépendante d’un double pouvoir royal et religieux en synergie. (Le roi assis sur le nouveau trône en pierre reçoit en audience, et les moines prêchent la Loi de Bouddha) dans un royaume qui a désormais une écriture (La stèle indique la date de la création de l’écriture thaïe en 1283)
On ne peut manquer d’être étonné par plusieurs omissions : le fait que la stèle n’évoque pas les cérémonies des funérailles du roi précédent et de l’intronisation de Ramkhamhaeng, si essentielles dans la légitimité de tout nouveau règne, comme nous le verrons dans « les Chroniques royales d’Ayutthaya » ; le fait que la stèle ne remémore qu’un seul fait d’armes alors que Ramkhamhaeng a soumis de nombreux muang et fondé un immense royaume ; le fait qu’il n’est jamais fait mention les dieux hindous (Brahma, Vishnu, etc) et des interventions surnaturelles (tremblement de terre, présages, actions citées des esprits, etc) présentes dans toutes les autres stèles trouvées de cette période ou dans les annales siamoises. On pourrait ainsi multiplier nos étonnements, comme par exemple "l'oubli" du pacte d'amitié de 1287 avec le roi Mangraï du Lanna et le prince de Phayao pour faire face à la menace mongole ...
Mais quels que soient les commentaires et les controverses, la stèle dite de Ramkhamhaeng de 1292 a été considérée comme l'acte fondateur de la nation thaïe par le roi Mongkut et ses descendants. La mettriez-vous en doute publiquement, qu’il vous en coûterait un procès pour lèse-majesté. ****
*19. Notre Histoire : « La stèle de Ramakhamhèng (fin du XIIème ou début du XIIIème ?) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html
Et 20. Notre Histoire : « Le roi de Sukkhotaï Ramkhamhèng, selon la stèle de 1292. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html
**Article de Schmitt, « Les deux Inscriptions de la pagode Phra-kéo à Bangkok, 2ième partie », pp. 169-188, in Cochinchine Française, « Excursions et reconnaissances », VIII, n° 19, septembre, octobre 1884.
Schmitt a repéré 22 informations sur le 1er côté de la pierre, 23 à 34 sur le 2ème côté, 35 à 46 sur le 3ème côté, et 47 à 57 sur le 4ème et dernier côté ; soit 57 informations.
1) Mon père se nommait Sri Indra Ditiya et ma mère se nommait Suang.
2) Mes frères s’appelaient Ban et Muang. Nous avons eu cinq frères et sœurs du même père et mère : trois garçons et deux filles.
3) Le frère qui suivit l’aîné (le cadet) mourut quand il était encore tout petit.
4) Quand je fus devenu grand et que j’eu atteint mes dix-neuf ans, le seigneur de troisième rang, gouverneur de la ville de Xot, vint attaquer la ville de Tak.
5) Mon père alla combattre le seigneur de troisième rang, sur la rive gauche, le seigneur de troisième rang s’avança par la rive droite.
6) Le seigneur de troisième rang dispersa le peuple et poursuivit, en se moquant, mon père était qui avait pris la fuite.
7) Quant-à moi, je n’ai pas fui. J’ai monté sur un éléphant, percé la foule et attaqué avant mon père.
8) Je poussais mon éléphant contre celui du seigneur de troisième rang, je sautais sur l’éléphant du seigneur de troisième rang, surnommé Mat, de la ville de Phé.
9) Le seigneur de troisième rang tourna le dos et prit la fuite. Mon père alors éleva mon nom au titre de Phra : Rama Somdet pour avoir sauté sur l’éléphant du seigneur de troisième rang.
10) Tant que vivait mon père, je pris soin de lui; je pris soin aussi de ma mère. Quand je pus prendre des chevreuils, du poisson, je les portai à mon père.
11) Quand je pus trouver de l’arek, doux ou aigre, bon à manger, je le portais à mon père.
12) Quand je pus, faisant la chasse dans les marais, avoir des trompes d’éléphants, je les portais à mon père.
13) Quand faisant la guerre aux villages et aux villes, je pris des éléphants, des trompes d’éléphants, des esclaves hommes et femmes, de l’argent, de l’or, j’en fis mettre à part pour mon père.
14) mon père mourut, il me resta mon frère. Je pleurai mon père, et n’ayant plus à soigner ce dernier, je continuais les soins à mon frère.
15) A la mort de mon frère (aîné), le gouvernement me revint avec ses revenus.
16) Sous le règne du seigneur Rama Somdet la ville de Sukkhothaï fut heureuse. Le poisson abondait dans l’eau et le riz dans les champs. Le seigneur ne prélevait pas d’impôts sur le peuple.
17) Parmi ceux qui s’associent pour mener les bœufs, monter des chevaux et aller les vendre, s’il y en a qui désirent vendre des éléphants, qu’ils le fassent, vendre des chevaux, faire le commerce de l’argent et d’or, ils peuvent le faire.
18) Si parmi le peuple, les princes ou mandarins, quelque individu meurt qui est déjà marié, le chef de la famille demandera ses habits, ses bijoux, ses éléphants pour ses enfants et la veuve qui rentrent dans les rangs du peuple, les jardins d’arec et de bétel seront conservés par le tuteur, chef de la famille, pour les enfants tout au complet.
19) Le peuple, princes et mandarins, s’il arrive parmi eux une altercation et qu’ils se séparent les uns des autres, après enquête, qu’on me fasse un rapport avec les noms des individus, sans envoyer devant les juges. Je voudrais trouver quelqu’un pour les instruire à ne pas être trop passionnés quand ils voient la richesse leur arriver et à ne pas trop s’affliger quand la richesse leur échappe.
20/ Si quelque marchand vient dans notre royaume et qu’il me fasse injure, s’il n’a ni éléphants, ni chevaux, ni esclaves hommes et femmes, pour me faire réparation de l’injure, que lui-même, avec ses biens, devienne propriété du royaume.
21/ Pour condamner et mettre à mort, il faut faire choix des chefs de bande, des chefs de brigands, qui sont de vrais tigres ; ne pas les tuer ne serait pas bien.
22/ A l’entrée de la porte, il y a une cloche suspendue là ; s’il arrive dans la ville que le peuple ait quelque dispute ou qu’on lui fasse du mal, en allant trouver les princes et les mandarins, le roi ne le saurait pas, qu’il sonne alors cette cloche suspendue là, et le roi Rama Somdet entendra appeler.
Deuxième côté de la pierre.
23/ Après s’être assuré du nom de l’individu et reconnu sa qualité d’habitant de de la ville de Sukkhotai, le roi jugera son procès.
24/ Jardins d’arec, jardins de bétel par toute la contrée, il y en a partout. Les cocotiers sont nombreux par toute la contrée, les jardins de palmiers sont nombreux par la contrée, les manguiers sont nombreux par la contrée, les tamariniers sont nombreux dans cette contrée. Quiconque fait un jardin en devient propriétaire.
25/ Au milieu de la ville de Sukkhotai, il y a une source qui découle d’un rocher avec une eau claire, limpide, bonne à boire ; il faut boire l’eau du fleuve au temps de sécheresse. Le contour de la ville de Sukkhotai, les trois faubourgs compris, mesure trois mille quatre cents va ou brasses (une va a deux mètres)
26/ Les habitants de la ville de Sukkhotai désireux de faire des offrandes, d’acquérir des mérites et d’avoir les bonnes grâces du seigneur Rama Somdet, gouverneur de la ville de Sukkhotai, tant princesses que princes, lui offrirent des serviteurs, garçons et filles, de toutes les classes de la société, enfants de princes, enfants de mandarins, garçons et filles.
27/ La foule qui fait des offrandes a foi dans la religion du phra : Bouddha, elle observe les préceptes pendant la saison des pluies.
28/ Tout individu, après la saison des pluies, assiste aux processions tout un mois durant, jusque la conclusion. En assistant aux processions, on fait des offrandes en arec, des offrandes en argent (monnaies), des offrandes en fleurs, des coussins pour s’asseoir, coussins pour dormir.
29/ En célébrant les processions, on fait l’aumône, on joue de la musique, et, à l’entrée de la cour des pagodes, on récite les louanges des processions, jusqu’au moment où l’on entend comme un tumulte : c’est quand tout le monde est entré et qu’un chacun s’est rangé à sa place ; dès que ce tumulte se fait d’un bout à l’autre de la cour de la pagode, à travers les bambous, semblable au bruit de quelque chose qui s’agite, vole, change de place et chasse devant lui, alors qui veut jouer joue, qui veut causer cause, qui veut quitter sa place la quitte.
30/ Notre ville de Sukkhotai a quatre grandes portes tournantes où le peuple peut entrer en foule compacte, pour assister aux fêtes des crémations, aux fêtes ……….., aux fêtes des feux d’artifice.
31/ Dans notre ville de Sukkhotai les routes se croisent, au milieu de la ville ; au milieu de la ville, il y a des vihâras (pagodes) et de statues de Bouddha en or.
32/ Il y a une bibliothèque, il y a des statues de Bouddha, de grandes, de magnifiques ; il y a de grands vihâras (pagodes), il y a des vihâras splendides ; il y a des instituteurs …. ; il y a des bonzes, des bonzes vénérables.
33/ Dans le pays qui se trouve à l’Occident de la ville de Sukkhotai, il y a les Aryens. Le seigneur Rama Somdet fait l’aumône au grand chef bonze de l’Assemblée (sangkarat) qui a su retenir par cœur les trois pitakas (corbeilles ou la somme des ouvrages bouddhiques). Tous les instituteurs de notre ville sont tous venus de la ville de çri Dhamrammayara et demeurent avec les Aryens, qui ont un temple immense très élevé de grande beauté ; il y a une bibliothèque.
34/ Les aînés de leur race, dans le pays à l‘est de la ville de Sukkhotai ont des vihâras (temples), des instituteurs; ils ont la grande mer ; ils ont des jardins d’arec, ils ont des jardins de bétel ; ils ont des rizières, ils ont des places publiques, ils ont des villes, des villages, des jardins de manguiers, de tamariniers ; tout charme la vue. Ils portent le toupet.
Troisième côté de la pierre.
35) …. Au Nord de la ville de Sukkhotai, il y a un bazar où les maisons se touchent.
36) Il y a un maitre instituteur, il y a un palais, il y a des jardins d’aréquiers, de cocotiers, il y a des jardins de palmiers, des rizières, des places publiques, des villes, des villages.
37) Il y a là, du côté Sud de Sukkhotai, des vihâras, des instituteurs pour bénir, de célèbres pénitents ; il y a des jardins de cocotiers, de palmiers, de manguiers, des jardins de tamariniers.
38) Il y a des citernes, il y a des lieux de séjour pour les esprits, les dèvas, dans les montagnes ; ceux-ci sont supérieurs à tous ceux de la ville.
39) Quel que soit le seigneur de la ville de Sukkhotai, s’il adore comme il convient et s’il sacrifie (à ces esprits) selon les règles, notre ville est en sûreté, notre ville est heureuse.
40) Tandis que s’il les adore mal et si les sacrifices ne sont pas convenables, les génies de la montagne ne nous protègent point, et ne nous respectent plus. La ville alors, devra périr.
41) En l’an saka 1212 (C’est de nous : saka ? de l’ére Mahasakarat du Cambodge ; +78 ans de l’ère A. D.), année du grand dragon, le seigneur Rama Somdet, gouverneur de la célèbre ville de Sajjannallai Sukkhotai, la reconstruisit de nouveau ; il y a cela quatorze ans aujourd’hui.
42) Ensuite il fit tailler par les ouvriers un trône en pierre qu’il plaça sur la nouvelle place publique ; à ce moment-là, le jour et le mois prescrits, le huitième mois à la lune croissante, le jour du lundi, tout un mois plus huit jours du mois suivant,
43/ La foule des instituteurs, les bonzes ainsi que le grand bonze, montèrent s’asseoir sur le trône de pierre, ils récitèrent les préceptes aux fidèles qui, en grand nombre offrirent des présents et observèrent le jeune.
44) Le jour où les bhikhous (talapoins) récitèrent les préceptes, le seigneur Rama Somdet, gouverneur de Çri Sajjannallai Sukkhotai monta s’asseoir sur le trône en pierre pour se voir présenter les fils de princes et de mandarins, et se voir recevoir de la foule le serment de défendre la ville et le pays.
45) Pendant un mois entier, selon la coutume, on fit des fêtes à installer l’éléphant blanc, qui fut nourri par les révoltés ; on dora son beau palais. De même pour le taureau appelé Rupa Çri (l’excellente créature), le seigneur Rama Somdet le monta pour aller faire ses dévotions dans le vihâra des Aryens et revenir.
46) Il y a une inscription dans la ville Xalieng Sakhahok, avec les précieuses reliques ; une inscription dans une caverne appelée la bénédiction de Rama ; une inscription dans la caverne de la source précieuse ; au milieu de la forêt. En ce moment nous avons deux sâlas (caravansérails), qu’on appelle, l’un le Sâla phra : Masa (doré), l’autre le bouddhabala (la force de bouddha). Cette pierre-ci (la pierre de cette inscription même), nous l’appelons Manga sila (pierre glorieuse). Ces faits ont été incisés dans la pierre pour que tout le monde les puisse voir.
Quatrième et dernier côté de la pierre.
47) Le seigneur Rama Somdet, fils du seigneur Cri Indrathitya, fut seigneur de la ville de Çri Sajjannallai Sukkhotai, tous les habitants, les Makhaos, les Laotiens et les Siamois de la province, ceux de la plaine et tous ceux qui vivent le long des canaux et des rizières vinrent se réunir.
48) En l’an saka 1207 (1285 A.D.), année du porc, il fallut creuser et retirer toutes les reliques pour les voir, les honorer en faisant des offrandes.
49) Après un mois et six jours, on les enterra au milieu de la ville de Sajjannallai Sukkhotai ; on construisit des chétis (sic) (tours) sur ces reliques, Jusqu’au nombre de six ; et pour tout compléter, on éleva autour des glorieuses reliques une triple enceinte avec colonnes en pierres.
50) Autrefois l’écriture siamoise n’existait pas encore. En l’an saka 1203 (1281 A.D.), année de la chèvre, le seigneur Rama Somdet fit venir un maître qui sut créer l’écriture siamoise ; depuis lors l’écriture siamoise a demeuré. Ce maître bienfaiteur a lui-même fait cette inscription.
51) Le seigneur Rama Somdet le fit venir comme maître et instituteur de tous les Siamois, comme précepteur pour enseigner tous les Siamois et leur faire connaître le vrai mérite et la vraie foi.
52) Les habitants du pays de Siam n’ont pas leur pareille en intelligence, en ruse, en courage, en audace, en rudesse, en force ; ils ont su vaincre la foule des ennemis, ils ont un grand royaume, beaucoup d’éléphants.
53) Ils ont soumis à l’Orient les villes de Saraluang, Songkhéo, Lumbachai, Sakhathao, sur les bords du fleuve Khong jusqu’à Viengkham, qui font frontière.
54) Dans le Sud, ils ont soumis les habitants de Phra : Bang Phrek, Suvannaphum, Ratxaburi, Phetxaburi …, Cri Dharmmarat, qui fait frontière sur les bords de la mer.
55) A l’Occident, le pays de Xot, de …, de Hongsvadi Samutra, qu’ils ont fait frontière.
56) Au Nord, ils ont soumis, la ville Phlé, la ville Nan, la ville … , la ville Phlaophon, sur le bord du fleuve, la ville de Sava fait frontière.
57) Après cela ils se mirent à installer et à nourrir les habitants des villages et des villes, et tous pratiquèrent la justice.
Ensuite le R.P. Schmitt présente en deux pages : « Les cérémonies religieuses mentionnées dans l’inscription ».
Ainsi pour la traduction de Schmitt, nous pouvons proposer les séquences suivantes :
1/ Lignes 1-3 : La filiation
2/ 4-9 : le futur roi est un jeune prince courageux et un guerrier redoutable. Il vient au secours de son père et défait à dix-neuf ans, le seigneur de troisième rang, gouverneur de la ville de Xot qui vint attaquer la ville de Tak. Son père l’honore du titre de Phra : Rama Somdet pour avoir sauté sur l’éléphant du seigneur de troisième rang surnommé Mat, de la ville de Phé).
3/ 10-15. Le jeune prince est respectueux et prend soin de son père et de son frère.
4/ 16-23 : Le règne du roi qui présente lui-même la vie et l’administration de son royaume : heureux, abondant (eau, riz), liberté du commerce, juste (héritage préservé pour le cadet. Privilégie la justice à l’amiable, la compréhension mutuelle des intérêts de chacun ; mais est intraitable pour une injure qu’un marchand ne peut réparer que par un don ; ou pour les chefs de bande qui peuvent être mis à mort. Tout habitant de sukkhotai peut avoir accès à sa justice en actionnant une cloche pour avoir un procès équitable.
5/ 24-25 : Description de la beauté de la capitale du royaume, encouragement à créer des jardins (on en devient le propriétaire).
6/ 26-29 : Religion. Ses habitants sont généreux (font des offrandes au roi et aux temples pour acquérir des mérites et observe les préceptes pendant la saison des pluies. Suit les processions avec respect, s’y amuse, s’y sent bien.
7/ 30-32 : Revient sur la description de la capitale, (routes, statues de bouddha, pagodes bibliothèque, instituteurs …
8/ 33- 38 : Décrit les communautés et villages qui sont en dehors de la ville. (De l’occident, les Aryens (Hindou-Brahms) ; à l’orient, du nord au sud. A l’Occident, il est honoré par la présence de la communauté des Hindous-Brahms, appelé ici « les Aryens », à laquelle le roi rend hommage, d’autant plus que tous les instituteurs de la ville de çri Dhamrammayara y demeure.
9/ 39-40 : Religion. Il convient d’être respectueux et d’honorer les esprits si on veut leur protection et être heureux, sinon ils peuvent se venger.
10/ 41- 45 : En l’an 1290, reconstitution de la ville de Sachannallai Sukkhotai, taille d’un trône de pierre, cérémonies, rites, fêtes, serment de défendre la ville et le pays.
11/ 46. Signale le lieu de trois autres inscriptions et que cette stèle est la pierre glorieuse.
12/ 47-49. Un événement important : En 1285, a lieu devant le roi et tous les habitants, une grande cérémonie qui va durer un mois et six jours pour honorer les reliques.
13/ 50-51 : Création de l’écriture siamoise. En 1281, le roi Ramkamhaeng fait venir un maître qui crée l’écriture siamoise et qui ensuite enseigna tous les Siamois et leur fit connaître le vrai mérite et la vraie foi.
14/ 51- 57 : Les habitants du Siam ont beaucoup de qualités (intelligence, ruse, courage, audace, rudesse, force ) ; Ils ont fondé un grand royaume, en vainquant leurs ennemis du nord au sud et de l’est à l’ouest, (53-56, énumération des 15 villes vaincues) ; un grand royaume où tous ont de quoi manger et de pratiquer la justice.
Bradley in , « The oldest known writing in Siamese, the inscription of Phra Ram Khamhaeng of Sukkhotai, 1293 A. D. », (by Cornelius Beach Bradley, A. M., Professor of rhetoric in the University of California, Bangkok, 1909)
Bradley donne le texte original tel que gravé, ligne par ligne :
Soit pour la 1ère face : 1-35 (35 lignes) ; La 2ème face : 36-70 (34 lignes) ; La 3ème face : 71-97 (26 lignes) ; La 4ème face : 98-124 (26 lignes).
Il explique ensuite en citant les lignes ou groupe de lignes les difficultés rencontrées dans la traduction.
Il traduit en anglais mais sous la forme de paragraphes, en ajoutant en marge les sujets traités et en mettant en exposant les lignes concernées de la stèle. Parfois certains d’entre eux sont en fin de § à cheval sur 2 §.
Ses 9 paragraphes concernent :
§1 : Ses origines et sa famille, son jeune exploit guerrier (Ligne 1-10). §2 : Sa dévotion filiale au père et au frère (11-17). §3 : Son règne prospère ; la liberté et la sécurité ; la justice ; généreux traitement donné aux visiteurs ; l’appel au prince (17-36). §4 : La capitale (36-43). §5 : Religion (44-55). §6 : Objets d’intérêts (sur la cite de Sukhotai …) (56-Début 80). §7 : Les inscriptions, leurs localisations. (Fin 80-100). § 8 : La 1ère écriture siamoise (100-début 108). Et §9 : Epilogue. (Fin 108- 124)
Ou bien la traduction de Pavie in « Mission Pavie, Indo-chine 1879-1895. Etudes diverses II, Paris, 1898 », « Inscription thaïe du roi Rama Khomheng, groupe Sajjanayya Sukhodaya, recuellie au Vat Phrakéo à Bangkok en août 1883, (planches 1, 2, 3 ,4.), pp. 176-201.
Il commence avec une notice qui nous donne – entre autre - le sujet de cette stèle, « le roi Rama-Khomheng, après nous avoir fait connaître ses prédécesseurs : Çri Indrâtitya, son père qui fut probablement (remarquer le probablement) le premier roi thaï de ce royaume, et son frère Bân, nous raconte les aventures de sa jeunesse. Il donne ensuite la constitution de son royaume, tant administrative que religieuse. Il a fait graver sur cette pierre la loi qui régit ce royaume, pour que le peuple en prît connaissance. Les usages civils et religieux indiqués sur cette inscription sont encore aujourd’hui mis en pratique, dans le pays de Siam sans changement notable. Cette inscription est restée la base fondamentale de leur vie civile et religieuse. » (Nous sommes en 1883)
Après avoir donné sa transcription des 124 lignes de la pierre, il propose sa traduction ligne par ligne, en ajoutant des notes explicatives en bas de page.
Voir aussi : Barend Jan Terwiel, “The Ram Khamhaeng inscription, the fake that did not come true.” http://www.reihe-gelbe-erde.de/rge/bilder/005.pdf
Pour les controverses. Entre autres :
Notre article 19. Notre Histoire : « La stèle de Ramakhamhèng (fin du XIIème ou début du XIIIème ?) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html
Et « The inscription and its image of a Sukhothai utopia remain central to Thai nationalism, and the suggestion it may have been faked caused Michael Wright, an expatriate British scholar, to be threatened with deportation under Thailand's lèse majesté laws » (In Seditious Histories: Contesting Thai and Southeast Asian Pasts, by Craig J. Reynolds. University of Washington Press, 2006, p. vii . (Wikipédia)
Et : « Récréations épigraphiques (2 2). Un western épigraphique : le cas du Ramkhamhaeng », by Jean –Michel Filippi, 28 juin 2012
https://kampotmuseum.wordpress.com/tag/the-ramkhamhaeng-controversy/

References: §1
 §2
 §3
 §4
 §5
 §6
 §7
 § 8
 §9