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Timestamp: 2019-03-25 14:13:06+00:00

Document:
Le voile du Temple déchiré l’Homme de bien - Association Jean Carmignac
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Le voile du Temple déchiré l’Homme de bien
Jacqueline C. Olivier
Flavius Josèphe, version slavone
tiré du bulletin No. 42
Suite voir Flavius Josèphe Le « Troisième Mur » d’Hérode Agrippa Ier (roi de Judée de 41 à 44 ap. J.-C.)
Flavius Josèphe :
le voile du Temple déchiré, l’Homme de bien livré à la mort, le tombeau vide..
Le texte de Flavius Josèphe que nous avons publié dans le dernier bulletin – Hérode, les Mages et le Massacre des Innocents – ayant suscité l’intérêt de plusieurs de nos lecteurs, nous continuons à explorer cette fameuse « version slavone » (car retrouvée en vieux russe uniquement) intitulée La prise de Jérusalem [1], dont il était extrait. Rappelons que, tout au début de La Guerre des Juifs, il dit lui-même avoir écrit « dans la langue de ses pères » (hébreu ou araméen en caractères hébraïques) une version précédente des évènements concernant la guerre commencée en 66 par un soulèvement des Juifs contre l’occupant romain, doublée de très durs épisodes de guerre civile et se terminant par le siège puis la prise de Jérusalem par les Romains (août 70), avec l’incendie du Temple.
Quelques années plus tard, alors qu’il était installé à Rome dans un appartement de l’empereur Vespasien et touchait une rente annuelle versée par le pouvoir impérial, Josèphe fit un second récit des évènements, cette fois en grec, La Guerre des Juifs, qu’il donna à lire au roi Agrippa II et offrit à Vespasien et Titus. C’est donc au tout début de ce second ouvrage qu’il prévient ses lecteurs qu’il a déjà raconté les mêmes évènements dans une version antérieure. Celle-ci fut longtemps considérée comme perdue, mais il y a de fortes chances que la « version slavone » en soit l’émanation, après un passage par le grec.
Cette première version - La Prise de Jérusalem – est plus courte, plus adaptée à un public juif, mais elle comporte aussi des passages qu’il a supprimés dans La Guerre des Juifs, sa seconde version donc, en particulier les passages qui évoquent des faits ou des personnes dont parlent aussi les Evangiles.
Voici deux « § 4 » parallèles, rangés au même endroit (livre V, chapitre 5, § 4) aussi bien dans La Prise de Jérusalem que dans La Guerre des Juifs. Mais la seconde partie de ce § 4 de la première version (ci-dessous à gauche, en gras) - qui se rapporte au voile du Temple qui s’est déchiré, à un « homme de bien » et à un tombeau vide, Josèphe l’a supprimée dans La Guerre des Juifs.
Extrait de La prise de Jérusalem, livre V, chapitre 5, § 4 :
§ 4. Le Temple lui-même était au milieu, le sanctuaire sacré ; on y accédait par douze marches. La hauteur de la façade s’élevait à cent coudées et en largeur elle en avait autant ; par derrière, il était plus étroit de quarante coudées. […]. Il y avait au dessus du portail que j’ai dit des pampres d’or, d’où pendaient des grappes d’or, hautes d’une taille d’homme. A l’intérieur il y avait aussi une porte à battants d’or massif, hauts de cinquante-cinq coudées et large de seize. Par devant pendait un voile égal en largeur et en longueur, qui était un tissu babylonien, travaillé d’hyacinthe, de byssus, d’écarlate et de pourpre, admirable à voir, et dont le dessin n’était pas sans philosophie, mais donnait une image de toutes choses. Car l’écarlate figurait le feu, le byssus la terre, l’hyacinthe l’air et la pourpre la mer : l’écarlate et l’hyacinthe sont comparées à ce qui a été dit en raison de leur aspect, le byssus et la pourpre sont rapprochées par leur origine, l’un de la terre, l’autre de la mer. Et sur le voile était figuré tout le spectacle des cieux et leur science, hormis les douze signes du zodiaque.
Ce voile avant cette génération était entier, parce que les hommes étaient pieux ; mais maintenant c’était pitié de le regarder, car il s’était déchiré soudain du haut jusqu’en bas, lorsqu’un homme de bien, et qui par ses œuvres n’était pas un homme, fut livré à la mort contre salaire. Et beaucoup d’autres signes effrayants, raconte-t-on, eurent lieu alors. Et une fois tué, après l’ensevelissement, on disait qu’il avait été introuvable dans le tombeau : les uns en effet le prétendaient ressuscité, et les autres volés par ses amis. Je ne sais lesquels disent le plus vrai. Car un mort ne peut se relever de lui-même, mais par l’aide de la prière d’un autre juste, à moins que ce ne soit un ange ou quelqu’autre des puissances célestes, ou que Dieu lui-même ne paraisse comme un homme et accomplisse tout ce qu’il veut, et marche avec les hommes et tombe et se couche et se relève, selon sa volonté. Les autres disaient qu’on n’avait pas pu le voler, puisqu’autour de son tombeau on avait posté des gardiens, mille Romains et mille Juifs. Voilà ce qu’on dit à propos de ce voile et pour la cause de son déchirement.
[Et La prise de Jérusalem passe au § 5 : ]
§ 5. Quand on était à l’intérieur, on était accueilli par la partie de plain-pied du Temple, dont la hauteur était de soixante coudées…etc.. Extrait de La Guerre des Juifs, livre V, chapitre 5, § 4 :
§ 4. Le Sanctuaire lui-même, le Saint Temple, était placé au centre et on y accédait par douze marches ; la hauteur et la largeur de sa façade étaient égales, chacune faisant cent coudées ; mais en arrière elle était plus étroite et mesurait quarante coudées. […]. Le portail par lequel on y entrait était, comme je l’ai dit, entièrement recouvert d’or, ainsi que tout le mur autour. Il était surmonté de vignes en or, d’où pendait des grappes de la taille d’un homme ; il y avait des portes en or de cinquante-cinq coudées de haut et de onze de large, devant lesquelles était suspendu un voile d’une longueur égale : c’était une étoffe babylonienne brodée de jacinthe, de lin très fin, d’écarlate et de pourpre, d’un admirable travail. D’ailleurs ce mélange de matériau n’était pas sans valeur symbolique : il constituait une image de l’univers. L’écarlate semblait faire allusion au feu, le lin à la terre, la jacinthe à l’air, et la pourpre à la mer ; pour l’écarlate et la jacinthe, à cause de la ressemblance des couleurs, pour le lin et la pourpre, à cause de leur origine ; puisque l’un est produit par la terre, l’autre par la mer. Sur l’étoffe était représentée une carte complète du ciel, sauf les signes du Zodiaque.
[Dans La Guerre des Juifs commence aussitôt le § 5 : ]
§ 5. Si l’on entrait, on se trouvait sur la partie du Temple constituant le rez-de-chaussée. Elle avait soixante coudées de haut…etc.
Il n’est pas nécessaire de commenter l’aspect « contact » avec les Evangiles de cette seconde partie du § 4 de la version slavone. Notons toutefois que c’est à propos du rideau du Temple – parce que tout ce qui touche au Temple est central pour un Juif (alors que les Evangiles n’y consacrent qu’un seul verset : Mt 27, 51 ; Mc 15, 38 ; Lc 23, 45) – que Josèphe raconte la rumeur qui lui est parvenue à propos de la cause spectaculaire et énigmatique de sa déchirure. Notons aussi que Josèphe est très confus dans son évocation de « l’homme de bien, livré à la mort et introuvable dans le tombeau ». De plus il n’hésite pas à exagérer – ou à se faire l’écho de l’exagération portée par la rumeur populaire – concernant le nombre de gardes (ici un total de deux mille ! ) postés autour du tombeau.
Nous continuerons à reproduire, dans de prochains bulletins, ces passages du slavon qui présentent des contacts avec des personnes et des faits connus par les Evangiles, puis, in fine, nous tenterons de résumer l’étude très approfondie [2] d’Etienne Nodet, qui lui permet de conclure de façon formelle à l’authenticité de la version slavone.
[1] La Prise de Jérusalem, de Josèphe le Juif, texte vieux-russe édité intégralement par V. Istrin, Membre de l’Académie des Sciences de Léningrad ; éd. bilingue vieux-russe/français publiée par l’Institut d’Etudes slaves, Paris 1934-38, 2 vol.
[2] Le Dominicain Etienne Nodet a consacré à la version slavone les pp.129 à 242 de Flavius Josèphe, l’homme et l’historien, 2000, puis les pp. 242 à 316 de Le Fils de Dieu, 2002, et a publié les textes slavons présentant des contacts avec les Evangiles, en annexe de Histoire de Jésus ?, 2003. Le tout aux éditions du Cerf, à Paris.
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References: § 4
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in fine