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Sotériologie Le chrétien peut-il perdre son salut ? L’amissibilité ou l’inamissibilité de la grâce | Theologiechretienne
08 mars 2015 ~ 6 Commentaires
Sotériologie Le chrétien peut-il perdre son salut ? L’amissibilité ou l’inamissibilité de la grâce
Pour lire le texte biblique lorsqu’il y a des références :
1 . Bible version du Semeur 2015 : http://www.operabiblica.com/semeur/
2 . Nouvelle Bible Segond de 2002 :
texte seul : http://lire.la-bible.net/index.php
version d’étude : http://bible-etude-segond.com/?p=47
Chapitre 1 . La souveraineté divine
§ 1 . La souveraineté divine en général
§ 2 . La souveraineté divine et la volonté humaine
Chapitre 2 . La corruption humaine
Chapitre 3 . L’élection et la prédestination
§ 1 . L’exposé des doctrines de l’élection et de la prédestination
§ 2 . La critique des doctrines de l’élection et de la prédestination
Chapitre 4 . L’expiation limitée
§ 1 . L’exposé de la doctrine de l’expiation limitée
§ 2 . La critique de la doctrine de l’expiation limitée
Chapitre 5 . La persévérance finale
§ 1 . L’exposé de la doctrine de la persévérance finale
A . L’exposé
B . Les textes bibliques en cause
§ 2 . La critique de la doctrine de la persévérance finale
A . Les arguments de la critique de la doctrine de la persévérance finale
1 . Les arguments
2 . L’examen des textes bibliques en cause
B . L’argument du livre de vie
1 . Remarques sur Exode 32.33
a . Le livre en tant que livre de vie
b . Le livre en tant que livre différent du livre de vie
c . Conclusion
2 . Remarque sur Psaume 69.29
C . L’argument du blasphème contre le Saint-Esprit de Mt 12.22-32
Chapitre 6 . Comment savoir si on est élu ?
Amissible vient du latin amittere qui signifie perdre. Inamissible signifie au contraire quelque chose qu’on « ne peut [...] pas perdre, [qui] ne peut pas être retiré. »1 La question de la possible ou de l’impossible perte du salut est une question pastorale pour les responsables d’Églises mais elle est également « existentielle »2 pour chaque croyant chrétien. Il s’agit donc d’une question importante. Ainsi, « la question la plus importante au sujet de l’assurance du salut, c’est de savoir qui effectue le salut. Si c’est l’homme qui en est responsable, s’il dépend de lui de conserver son salut, alors, certes, il est bien possible qu’il ait la faiblesse de le perdre. Si par contre le salut est l’œuvre de Dieu, alors le croyant peut avoir l’assurance pleine et entière de son salut. »3 On s’attachera ici à démontrer que le salut est un « don de Dieu » (Ep 2.8-10a), une œuvre cent pour cent divine, uniquement divine. Ainsi, l’homme ne gagne pas son salut (Tt 3.5) ; il le reçoit.
La souveraineté de Dieu « fait référence à sa capacité de faire ce qu’il a décidé. »4 Or « Dieu est appelé le « Tout-Puissant » (2 Co 6.18, Ap 1.8), un terme (gr. pantokratôr) qui évoque la possession de tout pouvoir et de toute autorité »5. Ainsi, tout est possible à Dieu (Mt 19.26) et « il fait tout ce qu’il veut »6 (Ps 115.3,135.6). Il a créé le monde et il le maintient à l’état d’existence (Rm 11.36). Par ailleurs et de plus,
on ne doit jamais mettre en doute la maîtrise de Dieu sur tout événement, sa détermination de ce qui arrive, globalement et « en détail » : Dieu est souverain totalement, radicalement, absolument. L’affirmation monothéiste exclut déjà tout dualisme, exclut la pensée que la moindre parcelle de réalité subsistante soit indépendante de Dieu et son vouloir. L’Écriture l’enseigne encore de façon explicite : Dieu opère tout selon son plan, jusqu’à la chute des moineaux (Mt 10.29, [Rm 9.11-12], Ep 1.9-11). Les maux ne font pas exception (Es 45.7, Lm 3.38), et non pas seulement les « maux » infligés à titre punitif (et qui sont à ce titre, des biens), ni même les fautes où l’on peut voir la sanction de fautes préalables (l’endurcissement : le cas de 1S 2.25 ; peut-être les scandales de Mt 18.7), mais les actes mauvais en général, dirigés contre Dieu (2 S 16.10s,24.1, 1 R 12.15, Ez 14.9,20.25, Ac 2.23,4.28, Rm 9.18 qui porte sur toute la catégorie des faits semblables). L’Écriture n’atténue nulle part la proclamation du Pantokratôr, de qui, par qui et pour qui sont toutes choses.7
l’Écriture martèle l’affirmation de la souveraineté de Dieu. Il est, entre tous les dieux, le SEIGNEUR. Pantocrator [sic], il fait ce qu’il veut de l’argile qu’il pétrit. Tous les êtres sont à son égard dans une dépendance radicale et totale : tout est de lui, par lui, pour lui ; en lui nous vivons, nous nous mouvons, nous sommes ; il opère tout selon le conseil de sa volonté.
Le vouloir de Dieu, qui ne saurait jamais être mis en échec (Ps 115.3), s’organise dans un plan : les interventions de Dieu n’ont rien d’improvisé. Les prophètes le révèlent peu à peu (p. ex. Es 25.1) ; le « Livre de vérité » de Dieu contient son programme de l’histoire (Dn 10.21), et tous les jours de l’homme y sont inscrits d’avance (Ps 139.16). Le NT révèle le projet formé « dès avant la fondation du monde » – en particulier dans la grandiose introduction aux Éphésiens.
Nulle part l’Écriture ne suggère que le dessein de Dieu laisserait le « détail » indéterminé. C’est devant tout événement que les hommes de la Bible disent : c’est Dieu qui l’a voulu (cf p. ex., 2 S 16.10). Jésus nous assure, au contraire que la souveraineté divine s’exerce dans le moindre événement (Mt 10.29s). D’ailleurs qui déciderait de la différence entre faits mineurs et majeurs? Il faut à Dieu décider du nez de Cléopâtre s’il veut déterminer la face du monde…8
Ici, Henri Blocher9 poursuit :
Nulle part l’Écriture ne fait d’exception pour les décisions que prennent les hommes (d’ailleurs, que resterait-il de l’histoire pour dépendre de lui si les décisions humaines lui échappaient?). Les arminiens pensent qu’il doit y avoir exception pour que la décision et l’appel à la décision soient pris au sérieux ; mais cette logique n’apparaît jamais dans l’Écriture10. Au contraire, c’est l’Éternel qui incline partout où il veut le cœur du roi, cet homme libre entre tous (Pr 21.1). Même les péchés des hommes, qu’il ne produit pas mais permet souverainement, se perpètrent selon son « conseil arrêté » (Ac 2.23). A combien plus forte raison est-ce lui qui fait venir au Christ, sans aucune indétermination (Jn 6.44,65), qui donne la repentance (Ac 11.18, 2 Tm 2.25), qui produit le vouloir et le faire (déclaration très générale, Ph 2.13). [Ainsi,] ce n’est pas la décision de l’homme qui conditionne la prédestination ; c’est la prédestination qui entraîne la foi (Ac 13.48)…11
De manière plus générale, lorsque les hommes se comportent bien, lorsqu’ils accomplissent de bonnes œuvres ou prennent de bonnes décisions ; c’est Dieu qui en est la cause (Mt 5.45, Jc 1.17). A fortiori, lorsqu’un être humain reçoit le salut, cela est une excellente chose qui vient de Dieu (Ep 2.8, 2 Tm 1.9, Jc 1.17).
Cependant, une question demeure, celle de l’articulation de la volonté humaine et de la volonté divine (cf. p. ex. Pr 16.1,9,33). Pour Émile Nicole12, pasteur et théologien évangélique, la question de savoir comment s’articulent ces deux volontés est un mystère13. Pour Alain Nisus14, pasteur et théologien évangélique également,
entre la souveraineté divine et la liberté humaine, jamais la Bible ne suggère qu’il y ait antinomie. Ph 2.13s ne se présente pas comme une antinomie. Il y a un rapport d’harmonie, et, si nous percevons une antinomie, c’est probablement parce que nous l’avons projetée dedans. Certes, il y a un mystère dans cette harmonie entre la souveraineté divine et ma liberté responsable. Comment Dieu me rend-il libre en me déterminant au lieu d’annihiler ma liberté … nous ne pouvons pas en rendre compte totalement. En outre, il y a la question du mystère du mal. Dieu permet le mal dans sa souveraineté, mais de telle sorte que seule la créature est coupable. Mais ce n’est pas la liberté comme telle dont il est question. Alors que le scandale pour notre intelligence humaine est dans le surgissement du mal, on le déplace en disant que c’est la liberté. Où est le problème? Il est dans le fait que l’on a déjà commencé à considérer que la liberté est quelque chose qui se définit par rapport au mal (c’est soit le bien, soit le mal). Mais ce n’est pas la liberté comme telle, c’est le mal. La liberté est créée dans une harmonie parfaite avec Dieu, le mal est second. Comment définir la liberté ? On la définit souvent par les deux possibles réels du oui et du non. Mais cette interprétation tend déjà à excuser le mal, en lui donnant un statut dans cette symétrie. L’homme est libre en tant qu’il est apte à dire oui à Dieu et on ne parle pas d’un non à Dieu lorsque l’on veut décrire cette liberté. La liberté n’est pas une neutralité, l’homme est dans le rapport d’alliance comme un fils créaturel avec son père pour le oui. De même que le Fils éternel qui est parfaitement libre dans son rapport au Père … parfaitement libre pour dire toujours oui. C’est là la vraie liberté.15
Pour Henri Blocher, théologien évangélique,
Le SEIGNEUR me fait libre devant Lui ; il protège et garantit la réalité de ma décision, en la suscitant lui-même et en dosant parfaitement les pressions du dehors sur le vouloir pour qu’elles ne l’écrasent ni ne l’étouffent.
En notre temps, surtout, de folie libertaire ou de dissolution de l’homme dans le physico-chimique, il faut le proclamer : le rempart, le rocher de la décision humaine, c’est la souveraineté du Dieu de la Bible.16
La désobéissance d’Adam et Ève (Gn 3.1-7) les a rendus pécheurs et a introduit le mal dans le monde. Cet état de péché a été transmis à toute la descendance du premier couple (Ps 14.2-3, Rm 5.12,15, 1 Co 15.22). Par conséquent, chaque être humain est habité par le péché (Jn 8.34,) qui s’est logé dans son cœur et dans ses reins (Ps 7.10, 26.2, 73.21), dans sa conscience et dans son subconscient autrement dit au plus superficiel comme au plus profond de lui-même (1 R 8.46, Ps 14.2-3, Éc 7.20, Es 64.5, Jr 17.9, Rm 3.9-18,23,6.20,8.7, Ép 2.1-3,4.18, Jc 3.2, 1 Jn 1.8). Cette inhabitation est en étendue mais pas en intensité. En effet, le mal touche l’humanité non pas dans toute son intensité possible mais dans toute son étendue. Ainsi, tous les aspects du monde et de la nature humaine sont désormais touchés par le mal et le péché à des degrés d’intensité divers. En outre, les péchés peuvent être conscients ou inconscients (Ps 19.13). De plus, la nature pécheresse est une réalité à l’âge adulte mais aussi dès la conception dans le ventre maternel et pendant l’enfance (Gn 8.21, Ps 51.7,58.4).
C’est ainsi que cette dépravation/corruption empêche l’homme de comprendre et de chercher Dieu (Es 64.6, Rm 3.11, 1 Co 2.14). Elle l’empêche de recevoir l’Esprit-Saint (Jn 14.17). On peut donc parler de serf arbitre face aux tenants du libre arbitre. De cela il découle que les humains ne peuvent pas par eux-mêmes recevoir la vie éternelle à moins d’être spécialement choisis, appelés et inspirés par Dieu (1 Co 12.2-3, Ép 2.1,8-9).
Par élection on entend le choix éternel de Dieu. En effet, Dieu a choisi des êtres humains pour leur donner la vie éternelle (Mt 24.22,24, Ac 13.48, Rm 8.33,11.5,7, Col 3.12, Ép 1.4, 1 Th 1.4, 2 Th 2.13, 2 Tm 1.9,2.10, Tt 1.1, Jc 2.5, 1 P 1.1,2.9, 2 P 1.10, Ap 17.14).
La prédestination (Rm 8.29-30, Ép 1.5,11) est également une réalité biblique.
La doctrine de l’élection/prédestination est accusée d’être injuste envers ceux qui n’ont pas été choisis pour le salut. A cela on peut répondre que Dieu était en droit d’envoyer l’ensemble de l’humanité en enfer. Au lieu de cela Dieu a fait preuve de générosité en choisissant certains pour le salut (Rm 9.14-23). Le fait que certains seront condamnés sert à manifester la justice de Dieu. Par ailleurs, la réalité des réprouvés renvoie à « l’obscur et douloureux mystère de la permission du mal (avec la non-élection de certains au salut qui lui est liée ou en fait partie) »17.
L’expiation limitée (ou expiation particulière ou rédemption particulière) [...] affirme que la portée de l’expiation substitutive de Jésus-Christ sur la croix est limitée aux prédestinés au salut et que ses principaux bénéfices ne sont pas donnés à toute l’humanité mais réservés aux seuls croyants.18 (Jn 6.37,44,10.11,14-16,26-29,17.2,6,9,12,15, Rm 3.25a)
On oppose à cette doctrine des versets qui énoncent que le salut en Christ est valable pour « tous » au sens « du monde entier » (Jn 1.29,3.16, 1 Tm 2.4, 1 Jn 2.2).
Ici, force est de constater que « beaucoup sont invités, mais ceux qui sont élus sont peu nombreux » (Mt 22.14). De plus, les non élus sont destinés à l’enfer et à la mort éternelle (Es 66.24, Dn 12.2, Mt 18.8,23.33,25.46, 2 Th 1.9, Jd 7).
Chapitre 5 . La persévérance finale19
On appelle ainsi la doctrine selon laquelle un croyant vraiment régénéré ne risque pas de s’écarter de la voie du salut au point d’être perdu éternellement. En bonne logique, elle va de pair avec la prédestination. En effet, d’après la doctrine de l’élection, quand quelqu’un [reçoit] la grâce, c’est que Dieu l’a choisi en vertu de son décret immuable. Il parviendra donc sans faute à la félicité éternelle. Par contre, si la repentance et la foi résultaient principalement d’un choix humain, l’intéressé pourrait revenir sur sa décision et se détourner de la vérité. [...]
Par définition, une vie que l’on pourrait perdre ne serait pas « éternelle »20.
Paul-André Dubois, pasteur évangélique, a lui-même écrit qu’« un salut qui pourrait se perdre ne serait pas le salut du tout. »21
Pascal Herrmann, pasteur évangélique, quant à lui, m’a dit que la vie « éternelle » par définition n’a pas de fin sinon ce n’est pas une vie « éternelle ».
Pour sa part, Alain Nisus22, pasteur et théologien évangélique, m’a dit que le salut est un « cadeau » que Dieu ne reprend pas.
Or, d’après de nombreux versets, le salut apparaît comme inamissible (Ps 37.23-24,121.3-8,
145.20a, Jn 3.16,6.39,47,10.28-29, Rm 8.31-39, 1Co 1.8, Ep 4.30, Ph 1.6, 1 P 1.4-5).
Ainsi, « la sécurité éternelle du croyant par la grâce de Dieu constitue le point culminant et l’apogée du plan glorieux du salut des hommes par Dieu.23 » On parle également de « persévérance des saints (Ap 14.12) [ou de] préservation »24.
De plus, la persévérance finale est liée à
la doctrine du Saint-Esprit. Non seulement quand l’Esprit est donné, il semble donné pour toujours (Jn 14.16) […], mais il constitue le « sceau » du Seigneur sur nous en vue de la délivrance finale (2 Co 1.22, Ep 1.13-14,4.30, Ap 7.1-8). Or le sceau symbolise le définitif, l’irréversible, l’irrévocable. En outre si c’est l’Esprit qui fait le prodige de tirer du cœur de pierre, transformé par lui en cœur de chair, la foi, si c’est lui qui opère le vouloir et le faire, selon Dieu (Ph 2.13), et s’il habite le croyant, faut-il redouter qu’il laisse la volonté de l’homme retomber dans la dure mort de la « pierre »?
Ici se loge une considération assez générale. Les avertissements bibliques sur les dangers de la défection, tout solennels qu’ils demeurent, n’évoquent pas la grâce avec la force et l’ampleur des textes positifs. Ils parlent de la justice, de la foi, de la connaissance, qu’il ne faut pas abandonner sous peine de perdre l’héritage du Royaume. Mais ils ne disent pas que le cœur de chair redevient cœur de pierre, que le régénéré change à nouveau de nature (dé-ré-génère!), que la nouvelle création est annulée, que la résurrection avec le Christ est totalement gommée, que la vie « éternelle » est après un temps retirée. Tout cela serait bien impliqué dans une séparation réelle d’avec le Seigneur, mais les auteurs bibliques n’en parlent pas, tellement pareil renversement dans les faits leur serait impensable25. Vue du côté de la foi, de la justice pratiquée par l’homme, la grâce peut paraître amissible (d’où les avertissements) ; mais vue de l’autre côté, il est glorieusement clair qu’elle ne l’est pas (c’est pourquoi les avertissements ne se placent pas de cet autre côté). L’Écriture en dit juste assez pour que la Parole, appliquée par l’Esprit, suscite chez les élus le moyen de leur préservation, c’est à dire la persévérance de la foi.
Et enfin, l’assurance. Sauf étrange présomption, nous ne comprendrions pas qu’un croyant ait l’assurance d’être sauvé, si la persévérance dépendait, en dernière instance, de lui. Or nous entendons dans le Nouveau Testament le chant triomphal de l’assurance du salut (relire tout Rm 8 !).
Il convient, pour conclure […], de rappeler sur quels piliers repose, d’après la Confession de Brême, l’assurance de notre foi :
1 . le premier est l’effet et l’attribution du sacrifice très saint de Jésus-Christ
2 . le deuxième est la puissance permanente de l’intercession de Jésus-Christ pour tous les croyants
3 . le troisième est le gouvernement tout-puissant de Jésus-Christ à la droite de la majesté divine, selon lequel il règne sur le péché, la mort, le diable, et l’enfer, et ne laisse personne arracher ses brebis de sa main
4 . le quatrième est l’amour éternel de Dieu et le choix de sa grâce, selon lesquels il nous a aimés et élus en Christ dès avant la fondation du monde, et qu’il maintient immuable pour l’éternité26
Pour terminer, on peut rappeler les différents éléments du salut. Il s’agit de l’élection, de la prédestination, de la régénération (Jn 1.13,3.3-8, 2 Co 5.17, Ga 6.15, Ép 2.5,6,10,4.23-24, Col 2.13,3.1, Jc 1.18, 1 P 1.23, 1 Jn 2.29,3.9,4.7,5.1,4,18), de l’habitation (Jn 14.17,23, 1 Co 3.6,6.19-20, 2 Co 4.18), de la conversion (Ac 9.35,11.21,14.15,15.3,19, 2 P 3.9), du changement/repentance (Ac 2.38,3.19,11.18,20.21, 2 Co 7.9-10, 2 P 3.9), de la foi (Gn 15.6, Pr 3.5, Rm 3.22a, Ép 2.8, 1 Tm 3.9, Hé 11), de la justification (Rm 5.19b,8.30b, 1 Co 1.30, 2 Co 5.21, Tt 3.7), de l’adoption (Jn 1.12, Rm 8.15, Ga 3.26,4.5, Ép 1.5, 1 Jn 3.1), de l’institution d’héritier (Ac 26.18, Rm 8.17, Ép 1.14,18,3.6, Col 1.12,3.24, Hé 1.14,6.12, Tt 3.7, 1 P 1.4, Ap 21.7), de la sanctification (Rm 6.19 in fine,22b, 1 Th 4.4, 1 Tm 2.15, Hé 12.10,14, 1 P 1.15, 2 P 3.11) et de la persévérance (Lc 8.15b,21.19, Rm 2.7,8.25, Col 1.11, 2 Th 3.5, 1 Tm 6.11, Hé 10.36,12.1, 2 P 1.6, Jd 24, Ap 1.9,2.3,19a,13.10,14.12).
Devant tous ces éléments constitutifs du salut, il semble difficilement envisageable pour Dieu de revenir sur tous ces dons. Il semble inconcevable que Dieu donne puis reprenne, dans un va-et-vient récurrent, ces éléments vitaux pour le croyant. En effet, il s’agit tout de même de pas moins de douze éléments à savoir : l’élection, la prédestination, la régénération/renaissance, l’habitation, la conversion, le changement/repentance, la foi, la justification, l’adoption, l’institution d’héritier, la sanctification et enfin la persévérance. Ainsi, il faudrait imaginer que Dieu passe son temps à successivement donner puis retirer à nouveau tous ces éléments pour chaque aspirant au salut. Il faudrait prendre acte de ce que Dieu puisse dé-choisir, dé-prédestiner, dé-régénérer, dé-habiter, dé-convertir, dé-repentir, enlever la foi, dé-justifier, dé-adopter, dé-instituer héritier, dé-sanctifier et enfin retirer la persévérance. En plus de tout cela il faudrait imaginer l’opération en sens inverse (rechoisir, reprédestiner, rerégénérer…) dans un mouvement incessant entre les deux états de sauvé et de non-sauvé (redéchoisir, rerechoisir, reredéchoisir, rererechoisir…). Peut-on se fier à un Dieu aussi instable dans ses élans, dans sa volonté, dans ses choix et dans ses décisions?
De même, si c’est l’homme qui choisit d’être sauvé ou de ne plus l’être, on se retrouve là aussi dans une situation d’instabilité permanente entre le statut de sauvé ou de non-sauvé.
Tout cela ne semble pas conforme au plan éternel de Dieu pour ses élus.
Il s’agit des versets « qui rapportent au don de Dieu la persévérance finale »27 (Ps 55.23, Jr 32.40, Mt 24.22-24, Lc 22.32, Jn 6.39,10.28,17.2,6,9,12,15, Rm 8.34-39,11.29, 1 Co 1.8,10.13, Ph 1.6, 1 Th 5.23-24, 2 Th 3.3, 2 Tm 1.12,2.13, 1 P 1.5, Jd 1,24).
La doctrine de la sécurité éternelle rattachée à la notion biblique de vie éternelle est mise en cause sur divers plans. Ainsi, elle est critiquée parce qu’elle diminuerait le zèle du croyant pour aimer Dieu. A cela on peut répondre que l’Esprit-Saint communique l’amour de Dieu (Rm 5.5). Or l’Esprit de Dieu habite le croyant (Jn 14.16-17, Rm 8.11, 1 Co 3.16,6.19) et produit ainsi la vie et l’amour au plus profond de lui. D’autre part, les arminiens et les calvinistes citent différents passages de la Bible.
Concernant 2 P 2.1. Ce verset
peut avoir valeur de dénonciation ironique : ils renient le Maître qui les a rachetés, à ce qu’ils disent… (cf. Tt 1.16). Que le texte ait pu employer une telle façon de parler est établi : il l’emploie un peu plus loin, pour les mêmes personnes (2.20s.) ; elles avaient reconnu la voie de la vérité, à ce qu’elles disaient, mais la truie était restée truie, et l’a montré.28
Concernant un groupe de versets d’admonitions (Éz 33.18, Mt 18.23-35, Rm 11.20-22, 1 Co 6.9s.,10.12, Ga 5.19s.,6.7s., Ép 5.5, 2 Tm 2.12, Hé 3.6,12,14,6.11s,10.23,35-39,12.3, Ap 2.4s.,3.2s.,10s.,16s.) on peut dire qu’
on se trompe si on infère des admonitions [sic] de l’Écriture la possibilité d’une perte totale de la grâce. La certitude du résultat ne rend pas les moyens superflus, mais leur est, dans l’ordre de Dieu, indissolublement liée. [Ainsi, ces textes sont là] pour bien marquer la nature de la préservation (non pas un automatisme, mais une œuvre de l’Esprit, par la Parole, qui produit la constance de la foi)!29
Concernant 2 Pierre 2.20s., il s’agit du passage
le plus facile à expliquer, grâce au commentaire qui suit aussitôt (v. 22) : l’apostasie des hommes en cause illustre le proverbe dont la version française serait « chassez le naturel, il revient au galop ». Les apostats prouvent par leur apostasie qu’ils étaient restés des chiens et des cochons au cœur, malgré leur transformation superficielle. La purification et la connaissance qu’ils avaient reçue n’avaient pas impliqué de changement de nature, c’est-à-dire de régénération. […] Le cas envisagé est celui de la semence tombée sur le rocher et peut-être parmi les ronces, de ceux qui « croient pour un temps » mais sans fruit ni racine (Lc 8.13s.) : en tout cas il leur manque d’être la « bonne terre » préparée, figure de la nature régénérée.30
Concernant Hébreux 6.4s. :
L’observation du v. 9 favorise plutôt la lecture calviniste (les apostats ne faisaient pas partie des vrais chrétiens), mais c’est le commentaire illustratif des v. 7 et 8 qui nous paraît décisif. Dans l’image allégorique, les « pluies fréquentes » représentent les bénédictions énumérées : illumination, participation au don céleste, etc., et les apostats sont la terre infertile, réprouvée, près d’être maudite parce qu’elle ne porte pas le fruit de la foi. Il devient donc clair que la nature (la terre, comme dans la parabole du Semeur) n’a pas été régénérée, et que les privilèges (les pluies) sont restés extérieurs à la personnalité profonde. Sur ce texte, on doit donc débouter les arminiens.
Il est bien peu vraisemblable que Hébreux 10.26-29 ait en vue d’autres personnes. Le système lévitique ayant été aboli, il ne reste plus dans le judaïsme de sacrifice pour le péché que Dieu agrée : ceux qui y retournent s’illusionnent! Au contraire, le mépris du sacrifice du Messie, du Fils de Dieu, ajoute une effroyable culpabilité. La seule clause difficile pour le calviniste est celle du v. 29 : « le sang de l’alliance par lequel il a été sanctifié ». Deux solutions s’offrent aux suffrages : soit prendre pour sujet le Christ, qui s’est consacré, par la mort, à son sacerdoce (Jn 17.19, Hé 2.10) ; soit n’envisager ici qu’une sanctification externe, d’appartenance au peuple de l’Alliance, sanctification des Juifs comme tels dont l’alliance externe même reposait à l’avance sur le sacrifice de Jésus-Christ. Quoi qu’on choisisse, la difficulté n’est pas insurmontable.
Quant aux exemples personnels de défection, on en sait généralement trop peu pour trancher entre les analyses. On ne peut écarter ni l’idée d’une crise grave dans la vie d’un régénéré, comme le reniement de Pierre ou l’adultère criminel de David, ni celle d’une apostasie selon 2 Pierre 2.20.31
Ici, il est plus ou moins question d’un livre de vie duquel le croyant pourrait être effacé. Il existe des références explicites au livre de vie (Ps 69.29, És 4.3, Ph 4.3, Hé 12.23, Ap 3.5,13.8,17.8,20.12,15,21.27) ainsi que des références éventuelles au livre de vie ou à d’autres registres divins (Ex 32.32, 33, Ps 56.9,87.6,139.16, És 34.16, Dn 12.1, Lc 10.20, Rm 9.3).
Dans toute la Bible il n’y a que dans Exode 32.33 où Dieu efface de son livre celui qui pèche contre lui. S’agit-il ici du livre de vie (a) ou d’un livre différent du livre de vie? (b) On terminera la démonstration par une conclusion (c).
Pour les auteurs de la Bible d’étude version Semeur 2000, « [...] il s’agit ici de la première mention du livre (ou registre) céleste dans lequel se trouvent écrits les noms de tous ceux qui font partie du peuple de Dieu, de tous les élus »32.
Pour Wayne Grudem, il ne s’agit pas de « la notion néo-testamentaire d’un « livre de vie » [mais il s'agirait] plutôt […] d’un registre sur lequel Dieu consigne les membres de son peuple, comme le ferait un roi terrestre. Effacer un nom dans ce livre voudrait dire que cette personne est morte. Selon cette imagerie, Exode 32.33 signifie probablement que Dieu prendra la vie de quiconque a péché contre lui (voir v. 35). La notion de destinée éternelle est absente de ce passage.33 »
Wayne Grudem a tort de mentionner que la notion de livre de vie est uniquement néotestamentaire car il existe des références vétérotestamentaires au « livre de vie » (Ps 69.29, Es 4.3).
Par ailleurs, Exode 32.33 ne mentionne pas un livre de vie mais simplement un « livre ». D’après Apocalypse 3.5 Dieu n’effacera « jamais [le] nom [du] vainqueur [de son] livre de vie ». Or en Exode 32.33, contrairement à Apocalypse 3.5, il est question que Dieu effacera de son « livre » celui qui aura péché contre lui. On peut donc déduire que le « livre » tel que mentionné en Exode 32.33 est différent du « livre de vie » mentionné en Apocalypse 3.5. En effet, on peut être effacé du livre mentionné en Exode tandis qu’on ne peut pas l’être de celui mentionné en Apocalypse.
On pourrait cependant objecter qu’il y a une autre différence entre les deux textes. En effet, en Exode 32.33 il est question du pécheur alors qu’en Apocalypse 3.5 il est question du vainqueur. Mais le vainqueur est également assimilable à un pécheur puisque tous les hommes sont pécheurs en Adam (Ps 51.7, Rm 3.10,23,5.12,14-15,18-19) hormis Jésus-Christ.
On pourrait encore objecter qu’en Exode 32.33 il n’est pas question de celui qui a simplement péché mais il est question de celui qui a péché contre Dieu. Or on peut ici arguer de l’exemple de David qui après avoir péché contre Urie et Bath-Shéba (2 S 11,12) a dit à Dieu : « Contre toi, contre toi seul, j’ai péché, j’ai commis ce qui est mal à tes yeux. » (Ps 51.6a) On voit ici que l’offence entre êtres humains est d’abord et avant tout une offence contre Dieu. Par conséquent le pécheur d’Exode 32.33, comme David, est assimilable à tout pécheur.
Il s’agit ici d’effacer « du livre de vie » (Nouvelle Bible Segond). Selon un commentateur, cette référence est « purement terrestre »34.
Certains disent que le chrétien peut perdre son salut si il pèche contre le Saint-Esprit or dans Mt 12 Jésus-Christ est confronté à l’incrédulité des pharisiens. En effet, Jésus exorcise une personne démonisée et les pharisiens disent que Jésus agit par le pouvoir de Satan donc ils refusent de se convertir au christianisme ce qui est le blasphème contre le Saint-Esprit mentionné par Jésus par la suite aux versets 31 et 32.
L’élection est secrète, il n’y a pas de symptôme d’élection cependant il serait impossible que quelqu’un qui veut être sauvé ne soit pas élu. Il faut donc se demander si on croit à l’enfer et si on veut en être sauvé. Il faut aussi se demander ce qu’on doit faire pour être sauvé : on doit mettre sa confiance dans le Christ, dans son sacrifice à la croix qui nous justifie par la substitution pénale : il a été puni à notre place. Tout le monde mérite l’enfer mais certains sont élus et donc sauvés.
1. Wiktionary, inamissible. Disponible sur http://fr.wiktionary.org/wiki/inamissible
2. Henri BLOCHER, La doctrine du péché et de la rédemption, collection Didaskalia, Edifac 2001, p. 321.
3. Paul ENNS, Introduction à la théologie, Une synthèse accessible de 5 dimensions de la théologie : biblique, systématique, historique, dogmatique et contemporaine, Éditions Impact-Clé, 2009, p. 351.
4. Wayne GRUDEM, Théologie systématique, Introduction à la doctrine biblique, Éditions Excelsis, 2010, p. 219.
5. Ibid., p. 220.
6. Jules-Marcel NICOLE, Précis de doctrine chrétienne, 6ème Edition, 2002, p. 53.
7. BLOCHER, La doctrine du péché et de la rédemption, p. 19-20.
8. Henri BLOCHER, Souveraineté de Dieu et décision humaine, Ichtus 71, 1977, p. 6.
9. Henri BLOCHER
a. http://flte.fr/spip.php?article95
b. http://www.xl6.com/auteurs/henri-blocher
c. http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Blocher
10. Les arminiens pensent que Dieu crée un espace de liberté absolument indéterminé pour permettre une décision humaine libre. Cet espace de liberté absolue est ainsi une « idole » (Alain NISUS, La doctrine de l’élection, cours.) dressée devant Dieu.
11. BLOCHER, Souveraineté de Dieu et décision humaine, Ichtus 71, 1977, p. 6.
12. Émile NICOLE
a. http://flte.fr/spip.php?article43
b. http://www.xl6.com/auteurs/emile-nicole.php
13. Émile NICOLE, conférence.
14. Alain NISUS
a. http://flte.fr/spip.php?article42
b. http://www.xl6.com/auteurs/alain-nisus
15. Alain NISUS, La doctrine de l’élection, cours, la mise en gras a été faite par nos soins.
16. BLOCHER, Souveraineté de Dieu et décision humaine, Ichtus 71, 1977, p. 8, la mise en gras a été faite par nos soins.
17. BLOCHER, La doctrine du péché et de la rédemption, p. 170.
18. Wikipédia, expiation limitée, article disponible sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Expiation_limit%C3%A9e
19. Pour des développements complets cf. BLOCHER, La doctrine du péché et de la rédemption, p. 321 à 333.
20. Jules-Marcel NICOLE, Précis de doctrine chrétienne, 6ème Edition, 2002, p. 238-239.
21. Paul-André DUBOIS, La perte du salut est-elle une notion biblique ?, La Bonne Nouvelle, 1982, p. 21.
22. Alain NISUS
23. ENNS, op. cit., p. 351.
24. BLOCHER, La doctrine du péché et de la rédemption, p. 321.
25. Aussi impensables pour les auteurs bibliques seraient des mouvements de va-et-vient répétés entre les ténèbres et la lumière, la perdition et la grâce. Imagine-t-on quelqu’un qui meurt et qui ressuscite plusieurs fois avec le Christ, qui est l’objet de la nouvelle création, puis dé-créé, puis re-créé à nouveau etc.? Pourtant, les doctrines arminienne, catholique et luthérienne affirment de tels mouvements (la seule chose qu’on refuse de répéter, c’est le baptême d’eau : pas d’« anabaptisme »).
26. BLOCHER, La doctrine du péché et de la rédemption, p. 332 et 333.
27. BLOCHER, La doctrine du péché et de la rédemption, p. 326.
28. Ibid. p. 168.
29. Ibid. p. 325.
30. Ibid. p. 328.
31. Ibid. p. 330.
32. Bible d’étude, version semeur 2000, Éditions Excelsis 2005, p. 136, note sous Ex. 32.32 efface-moi du livre.
33. GRUDEM, op. cit., p. 881 note n°26.
34. BLOCHER, La doctrine du péché et de la rédemption, p. 332 note n°1.
6 Réponses à “Sotériologie Le chrétien peut-il perdre son salut ? L’amissibilité ou l’inamissibilité de la grâce”
JEAN LOUIS Jean Frantz 11 mars 2016 à 1 h 33 min
Excellent article. après l’avoir lu, j’ai retrouvé bien des réconforts, surtout une vraie assurance dans ma conviction que le salut ne se perd pas car il est don de Dieu souverainement fait à l’homme. Rien de ce que l’homme va faire ne saura satisfaire la sainteté de Dieu pour mériter un tel don. s’il est vrai que nous sommes appelés à une vie de sanctification, il n’en demeure pas moins que c’est Dieu qui sanctifie.
theologiechretienne 30 novembre 2016 à 6 h 08 min
Pour la sanctification, il y a concours entre Dieu et l’homme qui coopère à sa sanctification qui est un processus plus ou moins continu. On ne sait pas comment s’articule la volonté de Dieu et celle de l’homme, là est le mystère.
theologiechretienne 30 novembre 2016 à 6 h 12 min
La sanctification est un processus plus ou moins continu et étalé dans le temps entre la nouvelle naissance et la première mort.
emric bouvier 9 avril 2016 à 11 h 17 min
Bonjour, j’aime bien tout votre développement qui est respectueux des différentes positions tout en montrant bien quelle est la votre.
Par contre là où je « m’amuse », c’est en fait au même endroit où tous les argumentaires calvinistes ont leur limites, c’est à votre chap.6 « comment savoir si on est élu » : votre réponse, comme celle de tous les calviniste, est très simpliste, très humaine, très dans l’apparence et du coup extrêmement limitée… Bref, il n’y a que Dieu qui sait vraiment qui fait partie de l’Église invisible (car selon votre conclusion, un chrétien qui ne fréquente pas d’église locale ne peut pas être élu…un chouilla limite comme position !) Bonne route à vous. Amitiés en Christ. E.B.
theologiechretienne 9 avril 2016 à 16 h 21 min
Merci pour votre remarque qui m’a permis d’améliorer mon texte.
theologiechretienne 18 juillet 2017 à 5 h 22 min
j’ai encore modifié mon texte à la fin sur la question de savoir si on est élu
Répondre à theologiechretienne
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내 2 센트도 던져, 이것은 2 센트도

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