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Timestamp: 2017-01-19 23:27:16+00:00

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Archive Janvier 2010 - Opinions libres
I’ll let you be in my dreams if I can be in yours (Bob Dylan) À partir de 2003-2004, au fur et à mesure que s’est amplifiée la campagne contre les élèves voilées, un vague consensus national s’est construit autour du principe de la prohibition, mais cela n’est pas allé sans résistance. Et ce sont précisément ces résistances qui ont été qualifiées du délicat sobriquet d’ « islamo-gauchiste ». Premières concernées par cette campagne, les personnes issues de l’immigration coloniale et postcoloniale, ces « immigrés » de première, deuxième et troisième « génération » ont ainsi globalement et massivement été antiprohibitionnistes – mises à part certaines exceptions anecdotiques systématiquement mises en avant par les médias. Déjà montrés du doigt et frappés par les politiques sécuritaires, victimes de discriminations et d’exclusions de toutes sortes, premières cibles des violences policières, ces « indigènes » des deux sexes, qu’ils soient ou non « croyants », comprenaient spontanément que cette campagne était dirigée contre eux ; qu’il s’agissait, à travers leur religion de référence, même s’ils ne s’en réclamaient pas eux-mêmes d’une stigmatisation de plus. Mais ils n’étaient pas seuls. Nombre de militants « blancs » partageaient leur refus de la prohibition et analysaient le projet de loi comme étant à la fois sexiste et raciste, en ce qu’il visait spécifiquement des jeunes femmes et en leur seule qualité de musulmanes. Ces antiprohibitionnistes, d’abord isolés et submergés par l’hégémonie du discours ambiant, devaient rapidement trouver des points de ralliement pour produire un autre discours. Dès avant la rentrée scolaire 2003, diverses tribunes ou pétitions circulaient sur Internet et dans certains milieux militants – notamment la pétition intitulée « Oui à la laïcité, non aux lois d’exception », diffusée sur son site Internet par le collectif « Les Mots Sont Importants ». Deux autres appels, qui développaient de manière voisine leur argumentation antiprohibitionniste, devaient assez vite se fédérer, et c’est ainsi qu’après plusieurs réunions informelles se constituait à l’échelle nationale le « Collectif une école pour toutes et tous », dont l’objet était de s’opposer au projet de loi par différents modes d’action, allant de la publication de textes à la manifestation de rue, en passant par l’organisation de débats publics. Le film documentaire réalisé par un militant du collectif, Jérôme Host, et intitulé Un racisme à peine voilé, servit d’appui à cette campagne. Quelque temps plus tard était créé le « Collectif des féministes pour l’égalité ». L’une des caractéristiques de ces collectifs est qu’ils rassemblaient des militantes et des militants dont les références intellectuelles et culturelles étaient très variées, des mécréants et des religieux d’origines diverses et d’horizons politiques différents. Ils constituèrent des lieux de rencontre tout à fait inaccoutumés, des lieux de convergences, d’intelligence collective, d’imagination, de réflexions, de confrontations et d’enrichissement mutuel d’une grande intensité. Les idéologues du parti prohibitionniste trouvèrent cet assemblage trop hétéroclite pour être honnête et cherchèrent une caractérisation politique à ces collectifs pas comme les autres qui prétendaient que l’école devait être pour toutes et tous. Derrière tout cela ils eurent tôt fait de flairer l’odeur de soufre de Tariq Ramadan – depuis quelque temps constitué en ennemi public numéro un par la plupart des médias. Ce dernier, qui n’était pour rien dans l’initiative, avait en effet été en étroite relation avec les fondateurs du Collectif des musulmans de France, partie prenante du Collectif une école pour toutes et tous, et continuait à faire pour nombre d’entre eux figure de référence intellectuelle. Pour charger le trait, ils décrétèrent que le Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), mouvement notoirement séculier, était désormais contaminé par l’intégrisme – ce qui fit bien rire dans les cages d’escalier. Et pour les personnalités de la gauche radicale n’ayant rien à voir ni de près ni de loin avec l’islam, ils répandirent l’idée que les « islamistes » avaient trouvé pour complices, ou pour « idiots utiles », quelques « gauchistes » en mal de combat tiers-mondiste. Ils introduisirent donc dans le vocabulaire politique un nouveau syntagme : on avait affaire avec ce collectif à un complot « islamogauchiste », néologisme calqué sur la vieille expression stalinienne « hitlérotrotskiste ». Il est difficile de retracer l’origine de cette nouvelle expression, qui semble avoir été d’abord utilisée par les intégristes laïques de l’UFAL et de la feuille électronique Res Publica, mais le fait est qu’elle s’est répandue comme une traînée de poudre dans de larges secteurs de la mouvance prohibitionniste, et a été reprise telle quelle par des auteurs aussi « divers » que Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff ou Caroline Fourest. Bien au-delà des membres du Collectif une école pour toutes et tous, cette appellation en vint à désigner la plupart des antiprohibitionnistes, autrement stigmatisés comme « provoile », et en particulier les signataires de la pétition « Oui à la laïcité, non aux lois d’exception » accusés de « faire alliance » avec ce que le parti islamophobe qualifiait en vrac « d’extrême droite islamiste ». Cette dernière expression était forgée à la faveur d’un nouveau glissement sémantique permettant d’y englober à peu près n’importe quel courant culturel, politique ou religieux se réclamant de l’islam, et de confondre dans une même stigmatisation des organisations vaguement réactionnaires comme l’Union des organisations islamiques de France, d’autres qui l’étaient franchement, comme le Parti des musulmans de France de Mohamed Latrèche, et des mouvements ouverts au dialogue et dans l’ensemble plutôt « progressistes » comme le Collectif des musulmans de France. Or, il se trouve que la grande réunion qui devait déboucher sur la création du Collectif une école pour toutes et tous, réunion organisée par diverses organisations musulmanes « citoyennes » et à laquelle étaient invités un certain nombre de militantes et de militants de la gauche radicale, fut précisément organisée le jour même où Mohamed Latrèche menait à Paris une manifestation « provoile » à laquelle, par hypothèse, ceux qui allaient devenir les militants du collectif s’abstinrent de participer. Lors des manifestations plus tard organisées par le collectif, certains prohibitionnistes firent courir le bruit qu’il s’agissait là de défilés de « voilées encadrées par des barbus ». Fort heureusement, il existe des images pour rétablir la vérité de ces cortèges joyeux où hommes et femmes de tous âges, voilées et non voilées, musulmans et non musulmans, membres ou non du collectif, défilaient côte à côte sur des mots d’ordres communs. Ainsi, parallèlement à la chasse à « l’intégriste », la chasse à « l’islamogauchiste » était ouverte. On se mit à les traquer et à les dénoncer à longueur de colonnes, visant tour à tour Pierre Khalfa ou Annick Coupé, en passant par Michel Tubiana, Patrick Braouezec, José Bové ou Alain Gresh, la majorité du MRAP ou les organisateurs du Forum social européen. Dans cette chasse à l’islamogauchiste, l’un des outils fétiches des ultras fut la censure. On ne compte plus les cas dans lesquels la projection du film Un racisme à peine voilé fut interdite d’une manière ou d’une autre, les salles mises à disposition des collectifs pour une telle initiative leur étant retirées inopinément à la suite de pressions du parti prohibitionniste. Ce fut le cas à Bagnolet, municipalité communiste, à la demande d’élus des Verts. Il ne peut jamais être question d’une projection à Montreuil ou à Garges-lès-Gonesse. À l’université de Paris VIII (Saint-Denis) l’administration coupa le courant dans l’amphithéâtre où la projection était prévue. Sans doute aucun film, depuis la grande époque du porno clandestin, n’avait autant provoqué la fureur des censeurs. Les ultras le qualifiaient de « film pyromane » au motif sans doute qu’il risquait, selon eux, de mettre le feu aux banlieues en faisant témoigner des filles voilées victimes d’exclusion scolaire et en montrant des militantes et militants apportant témoignages et analyses. Mais partout où il put être diffusé – et il y eut plusieurs dizaines de représentations – il connut un succès certain et suscita de passionnantes discussions, permettant souvent de comprendre et de faire partager la posture antiprohibitionniste. C’est sans doute cela que les très républicains censeurs voulaient éviter. L’un des avantages de ce nouveau certificat d’infamie, « islamogauchisme », était que comme « hitléro-trotskysme », il était conçu pour comporter dans son libellé même une dénonciation sous couvert de caractérisation. Il renforçait l’idée du « complot islamiste » et leur prétendue alliance avec les intégristes devait faire obstacle à toute discussion avec les militants de la gauche radicale. La passion « laïque » était devenue croisade. En même temps que la gauche antiraciste ou la gauche féministe, c’est l’ensemble des secteurs de la gauche radicale qui se trouvait ainsi mis en demeure de choisir son camp. Laurent Lévy (extrait de La gauche, les Noirs et les Arabes, Éditions La Fabrique, 2010)
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Le consensus de plus en plus large au sein de l'élite politique française autour d'une loi interdisant la burqa a des implications profondes et inquiétantes. Présentés au mépris de l'opinion publique et de la constitution, les préparatifs à l'institutionnalisation d'une discrimination d'Etat contre certaines formes d'expression religieuse musulmane marquent une orientation vers des formes de gouvernement ouvertement antidémocratiques. La participation et la bénédiction apportées par des forces considérées comme de « gauche » à une campagne d'extrême droite contre la population immigrée a été essentielle à sa réussite. Lors d'un discours, le 22 juin, le Président Nicolas Sarkozy avait déclaré que la burqa n'était « pas la bienvenue » en France et avait proposé de créer une mission parlementaire, dirigée par André Gerin du Parti communiste français (PCF), pour étudier la possibilité de l'interdire. Cet automne, durant les délibérations de la mission Gerin, Sarkozy et le ministre de l'immigration Éric Besson, l'un des nombreux transfuges de fraîche date issus du Parti socialiste (PS) ayant rejoint l'UMP (Union pour un mouvement populaire) de Sarkozy, ont lancé un « débat » sur « l'identité nationale ». Le contenu néo-fasciste de ces initiatives est devenu de plus en plus clair. Les commentaires affichés sur l'un des sites Web du gouvernement pour promouvoir le débat sur cette « identité nationale » ont choqué l'opinion publique. L'un d'entre eux affirme qu'être français « c'est d'abord le respect de l'histoire de France, de nos rois, ne pas chasser Charles Martel (1) de nos livres d'histoire, ne pas avoir honte des croisades, ne pas renier l'ère de la colonisation. » Le débat a été largement compris comme une initiative en direction des sympathisants du Front national néo-fasciste dont les votes avaient aidé Sarkozy lors de l'élection de 2007, dans la perspective des prochaines élections régionales en mars. Dans un entretien publié dans Le Monde du 19 décembre, le député UMP François Baroin a commenté, « d'un point de vue strictement électoral, la ficelle est trop grosse, et les gens ne s'y trompent pas. Ce que j'observe sur le terrain, c'est que c'est compris et vu comme tel. Il y a désormais un risque de remontée du Front national favorisé par la crise, d'une part, et par ce débat qui, au fond, ne peut que le servir. » Des organes de presse de premier plan ont commencé à critiquer le débat sur l'identité nationale. Dans son éditorial du 16, Le Monde écrit que « l'affaire a été trop vite mal engagée et de manière si biaisée que chacun mesure les dégâts sérieux qu'elle produit. » L'une des questions soulevées était de savoir si une loi contre la burqa serait rapidement annulée par le Conseil constitutionnel. Interrogé par Le Monde, le professeur de droit Denys de Béchillon a répondu, « nous touchons là à un problème très aigu, car le propre d’une interdiction totale de la burqa serait justement de n’opérer aucune conciliation avec l’ensemble des libertés constitutionnelles en cause » ; il a ajouté que la Cour européenne des droits de l'Homme pourrait également sanctionner une loi contre la burqa car elle « protège assez scrupuleusement la liberté de religion et la liberté d’expression. » Le député UMP Éric Raoult, membre de la mission Gerin, a déclaré que les sondages qu'il avait commandés révèlent que même si 90 pour cent des Français sont opposés au port de la burqa, 80 pour cent d'entre eux sont également opposés à une loi contre celle-ci. Cependant, le 23 décembre, François Copé, chef de la majorité UMP à l'Assemblée nationale, a annoncé qu'il soumettait une loi visant à interdire le port de vêtements couvrant tout le corps, comme la burqa ou le niqab musulmans. Il a pris les devants sur le rapport de la mission en indiquant, « s'il y a des éléments qui viennent compléter notre dispositif, je suis évidemment, comme mes amis députés, très ouvert à tout ça. » La proposition de Copé infligerait une amende de 750 € aux femmes portant en public des vêtements couvrant tout le corps . Il a également affirmé que 220 députés sur 577 avaient déjà promis de soutenir cette proposition. La proposition de Copé est formulée d'une manière ouvertement anti-démocratique, selon lui, « La proposition visera à interdire de dissimuler son visage dans les lieux ouverts au public et sur la voie publique, sauf quelques exceptions du type événements culturels ou carnaval dont on déterminera la liste. » Ce qui fait écho à de précédentes propositions d'interdire le port de capuches ou de masques lors des manifestations, pour faciliter la victimisation par les employeurs et l'État. Alors que la proposition de Copé a divisé tous les grands partis – UMP, PS, PCF – l'élite politique reste trop impliquée dans ce projet pour offrir une véritable opposition à son texte. Ainsi, le porte-parole du PS, Benoît Hamon, dirigeant apparent de l'opposition à la Loi Copé au sein du PS, a déclaré le 6 janvier, « Nous sommes en opposition totale à la burqa, la burqa est une prison pour les femmes, dans la République, elle n'a pas sa place, mais une loi de circonstance n'aurait pas l'effet désiré. » Il a ajouté que le PS s'opposerait à « toute loi » qui serait « impossible à appliquer. » Initialement, le gouvernement n'a pas apporté un soutien enthousiaste au projet de Copé. Le Premier ministre François Fillon a dit que cette question devrait attendre le rapport de Gerin, et Sarkozy a proposé que la burqa soit condamnée publiquement par une résolution sans force juridique – évitant ainsi de faire passer formellement une loi contre la burqa. Mais Sarkozy et Fillon signalent à présent leur soutien à une loi anti-burqa. Le 12 janvier, Fillon a dit aux députés UMP qu'il voulait "des textes législatifs et des décisions réglementaires" pour instituer l'interdiction de voiles recouvrant tout le corps. Rejetant les mises en garde selon lesquelles cette loi serait déclarée anticonstitutionnelle, Fillon a dit que le débat "sur la compatibilité avec la constitution et la jurisprudence européenne" sera "tranché après les régionales." Le 13 janvier, Sarkozy a appelé à une résolution anti-burqa qui permettrait au parlement de "débattre d'un texte de loi adapté à la situation." Le Nouvel Observateur a aussi rapporté que la mission Gerin soutiendrait une loi anti-burqa. Pour ce qui est de Gerin, il a déclaré publiquement être favorable à une loi interdisant la burqa, comme l'ont fait un certain nombre d'autres personnalités du PS et du PCF, par exemple Manuel Valls. Il y a de profondes implications au fait que l'élite politique se lance dans une loi stigmatisant les musulmans, laquelle est largement, et correctement, analysée comme un appel de Sarkozy et du PCF en direction des néo-fascistes. Le débat au sujet d'une loi de ce genre – et encore plus son adoption qui semble de plus en plus probable – démontre que l'ordre politique en France repose sur le mépris absolu de l'opinion publique et des droits fondamentaux. Ces dernières évolutions constituent une mise en accusation dévastatrice de la position politique réactionnaire adoptée par tous ceux qui affirment que s'opposer aux diverses sortes de vêtements des femmes musulmanes constitue une défense de la laïcité (c'est-à-dire du principe selon lequel l'Etat n'accorde son soutien ou sa préférence à aucune religion sur son territoire). En fait, cela a préparé la voie à une loi persécutant une infime minorité religieuse déjà opprimée – on estime à environs 2000 le nombre de femmes concernées en France. Cela viole directement le principe de laïcité, et établit les fondements d'une énorme poussée vers la droite de la politique officielle. De plus, cela relève d'une décision bien réfléchie de la part de l'élite dirigeante d'établir les bases d'une forme de gouvernement autoritaire, se dispensant du principe de légalité. Une loi contre la burqa, si elle n'était pas censurée par le Conseil constitutionnel, établirait un précédent pouvant servir à faire passer d'autres exceptions à l'article 1 de la constitution, lequel déclare que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » Cette forme particulière de stigmatisation des musulmans avait déjà été utilisée par le prédécesseur de Sarkozy, le président Jacques Chirac (UMP) en 2003, il avait proposé une loi visant à interdire le voile musulman et les foulards dans les écoles publiques, prétendant ainsi défendre la laïcité à l'école publique. Il trouva un large soutien dans la classe politique, y compris au PS et au PCF. Cette mesure avait principalement pour objectif de créer la confusion et de diviser la classe ouvrière, et en particulier les enseignants qui avaient organisé au printemps 2003 une grève très importante contre la réduction des retraites. L'agitation contre les immigrés et pour une politique du tout sécuritaire, et la capacité ainsi gagnée par l'UMP à mobiliser des électeurs du FN, ont joué un rôle clé dans l'élection de Sarkozy en 2007. Il faut ajouter que la persécution des immigrés est un phénomène qui touche toute l'Europe. On la retrouve dans la loi suisse interdisant la construction de minarets, les déclarations islamophobes de personnalités de premier plan de la politique allemande comme Thilo Sarrazin, et les attaques lancées ce mois-ci contre les travailleurs immigrés de Calabre en Italie, organisées par la Mafia, l'Etat et les politiciens de droite. Dans le contexte de la participation impopulaire de l'Europe à l'occupation de l'Afghanistan par l'OTAN, les appels lancés aux sentiments anti-musulmans et anti-burqa servent également à encourager l'hostilité envers la résistance afghane – dont certaines sections promeuvent la burqa. Ils alimentent également les arguments cyniques selon lesquels l'occupation impérialiste menée par l'OTAN serait en fait une lutte pour la libération de l'Afghanistan. Ainsi, la première fois où Sarkozy a évoqué l'interdiction de la burqa, le député UMP Pierre Lellouche, spécialiste des questions militaires et représentant spécial de la France en Afghanistan et au Pakistan, avait déclaré, « Si je me bats au quotidien pour le droit des femmes en Afghanistan, vous comprendrez bien que je souhaiterais que toutes les femmes en France aient droit à leur corps et à leur personne. » Note : (1) Charles Martel (vers 690 – 741), souverain de fait des tribus franques qui occupaient une partie de ce qui est devenu la France actuelle, après la chute de l'Empire romain. Dans les livres d'histoire français, il est traditionnellement mentionné pour avoir arrêté l'invasion musulmane arrivant d'Espagne, lors d'une bataille décisive près de Poitiers en 732. par Antoine Lerougetel et Alex Lantier Article original, WSWS, paru le 15 janvier 2010. Articles de Antoine Lerougetel publiés par Mondialisation.ca
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Ashley SMITH photos : www.thewe.cc Un terrible tremblement de terre, le pire depuis 200 ans, a frappé Port-au-Prince mardi, provoquant d’innombrables dégâts et victimes. L’intensité du séisme était de 7,0 sur l’échelle de Richter et a été suivi durant toute la nuit jusqu’au matin par 30 autres secousses, toutes supérieures à une magnitude de 4,5. Le séisme a fait tomber des maisons, des hôtels, des hôpitaux et même les principaux bâtiments publics de la capitale, dont le palais présidentiel. L’effondrement de tous ces batiments a provoqué un gigantesque nuage qui a plané au-dessus de la ville et une pluie de poussière sur le sol dévasté. Selon les estimations, on compterait plus de 100.000 morts pour une métropole de 2 millions d’habitants. Ceux qui ont survécu vivent dans la rue par crainte de retourner dans les constructions qui sont encore debout. Partout dans le monde, les Haïtiens tentent d’entrer en contact avec leurs familles et amis mais la plupart des lignes téléphoniques du pays sont coupées. Alors que la majorité des gens ont réagi à cette crise en cherchant comment fournir de l’aide ou faire un don, le fanatique de la Droite Chrétienne (US), Pat Robertson, s’est distingué par une déclaration raciste abjecte. Il a expliqué que les Haïtiens étaient maudits parce qu’ils avaient signé un pacte avec le diable pour se libérer de l’esclavagisme de leurs maîtres français lors de la révolution haïtienne, il y a 200 ans. Les grands médias ont expliqué que le séisme avait été provoqué par un glissement de plaques tectoniques le long d’une faille située sous la capitale de Port-au-Prince, et que la misère et l’impuissance du gouvernement Préval avaient amplifié le désastre. Mais ils n’ont pas tout dit. « La couverture médiatique du séisme se caractérise par une déconnexion quasi totale entre le désastre et l’histoire sociale et politique d’Haïti », explique le militant de la solidarité avec Haïti, le Canadien Yves Engler. « Ils répètent que le gouvernement n’était pas du tout préparé pour faire face à une telle crise. C’est vrai. Mais ils n’ont pas expliqué pourquoi. » Pourquoi est-ce que 60 pour cent des bâtiments à Port-au-Prince étaient-ils mal construits et dangereux, même dans des conditions normales, selon le maire de la capitale ? Pourquoi n’y a-t-il pas de réglementation sur les constructions dans une ville située au-dessus d’une faille ? Pourquoi est-ce que la population de Port-au-Prince est-elle passée de 50.000 habitants dans les années 50 à 2 millions de miséreux aujourd’hui ? Pourquoi l’état a-t-il été totalement dépassé par les évènements ? Pour le comprendre, il faut examiner une deuxième ligne de fracture – la politique impériale des Etats-Unis à l’égard d’Haïti. Le gouvernement des Etats-Unis, les Nations Unies, et d’autres puissances ont aidé la classe dirigeante haïtienne à soumettre le pays aux plans économiques néolibéraux qui ont appauvri les masses, provoqué des déforestations, ruiné l’infrastructure et rendu le gouvernement impuissant. La ligne de fracture de l’impérialisme US a amplifié la ligne de fracture géologique et a transformé une catastrophe naturelle en une catastrophe sociale. Pendant la Guerre Froide, les Etats-Unis ont soutenu les dictatures de Papa Doc Duvalier et ensuite Bébé Doc Duvalier – qui ont régné sur le pays de 1957 à 1986 – pour faire un contrepoids à Cuba. Sous la supervision de Washington, Bebé Doc Duvalier a ouvert l’économie haïtienne aux capitaux US dans les années 70 et 80. Les produits agricoles importés des Etats-Unis ont inondé le pays et ruiné la paysannerie locale. Des centaines de milliers de gens sont venus se réfugier dans les bidonvilles de Port-au-Prince pour fournir une main d’oeuvre extrêmement bon marché aux « ateliers à sueur » (sweat shops) US situés dans les zones franches. Dans les années 80, les Haïtiens se sont soulevés pour chasser les Duvalier et ont ensuite élu à la présidence le réformiste Jean-Bertrand Aristide sur un programme de réforme agraire, d’aide aux paysans, de reforestation, d’investissement dans les infrastructures, d’augmentation des salaires et des droits syndicaux pour les travailleurs. En réaction, les Etats-Unis ont soutenu un coup d’état qui a chassé Aristide en 1991. En 1994, après que Bill Clinton ait envoyé ses troupes sur l’île, le président élu a retrouvé son poste mais à la condition d’appliquer le plan néolibéral US, appelé « plan de la mort » par les Haïtiens. Aristide a résisté à certaines mesures du programme US pour Haïti, mais en a mis d’autres en oeuvre, brisant ainsi la perspective de réformes. Et puis un jour, les Etats-Unis ont perdu patience devant les résistances d’Aristide qui refusait de se soumettre totalement, surtout lorsqu’il a demandé au cours de sa dernière année de mandat 21 milliards de dollars en guise d’indemnisations pour son pays. Les Etats-Unis ont imposé un embargo économique qui a étranglé le pays et plongé les paysans et les travailleurs dans une misère encore plus profonde. En 2004, Washington a collaboré avec la classe dirigeante haïtienne dans son soutien aux escadrons de la mort qui ont renversé le gouvernement puis enlevé et déporté Aristide. Les Nations Unies ont ensuite envoyé des troupes pour occuper le pays et le gouvernement marionnette de Gérard Latortue a été installé afin de poursuivre les plans néolibéraux de Washington. Le court règne de Latortue a été marqué par une profonde corruption – lui et ses partisans ont empoché une bonne partie des 4 milliards de dollars injectés par les Etats-Unis et d’autres pays après la levée de l’embargo. Le régime a démantelé les timides réformes qu’Aristide avait réussies à mettre en place. Ainsi, le processus d’appauvrissement et de dégradation des infrastructures du pays s’est accéléré. En 2006, les Haïtiens ont massivement élu à la présidence René Préval, allié de longue date d’Aristide. Mais Préval n’a pas fait preuve de beaucoup de détermination et a fini par collaborer avec les plans US et ignorer la crise sociale qui s’amplifiait. En fait, les Etats-Unis, les Nations Unies et les autres puissances impériales ont court-circuité le gouvernement Préval en injectant de l’argent directement dans les ONG. « Aujourd’hui, en Haïti, le nombre d’ONG par habitant est le plus élevé au monde » dit Yves Engler. Le gouvernement Préval n’est plus qu’un paravent derrière lequel les véritables décisions sont prises par les puissances impériales qui les mettent en application par l’intermédiaire d’ONG qu’elles ont choisies. Le véritable pouvoir dans le pays n’est pas exercé par le gouvernement Préval mais par la force d’occupation des Nations Unies appuyée par les Etats-Unis. Sous direction brésilienne, les forces de l’ONU ont protégé les riches et ont collaboré avec – ou ont fait semblant de ne pas voir – les escadrons de la mort d’extrême droite qui terrorisent les partisans d’Aristide et de son parti Lavalas. Les forces d’occupation n’ont rien fait pour lutter contre la misère, la dégradation des infrastructures et la déforestation massive qui ont amplifié les effets d’une série de catastrophes naturelles – de violents cyclones en 2004 et 2008 et maintenant le séisme. Au lieu de cela, elles se sont contentées de faire la police au milieu d’une catastrophe sociale et ont commis les crimes habituels et caractéristiques de toutes les forces de police. Selon Ban Beeton, dans un article de la NACLA sur les Amériques, « la mission de stabilisation de l’ONU en Haiti (MINUSTAH), qui a commencé en juin 2004, a été marquée pratiquement dés le premier jour par des scandales de meurtres, de viols et autres violences commises par ses troupes. » L’administration Bush d’abord, et maintenant l’administration Obama, ont toutes deux profité du coup d’état, des crises sociales et des catastrophes naturelles pour étendre les projets néolibéraux des Etats-Unis. Sous Obama, les Etats-Unis ont annulé une partie de la dette, pour un montant de 1,2 milliards de dollars, mais n’ont pas annulé la totalité de celle-ci – Haiti rembourse encore d’énormes sommes à la Banque Inter-Américaine pour le Développement. L’annulation d’une partie de la dette fait partie de la mise en scène habituelle destinée à occulter la véritable politique d’Obama en Haiti, qui est encore et toujours la même. clinton-promotes-elite-haiti-tourism En étroite collaboration avec le nouvel envoyé spécial des Nations Unies pour Haïti, l’ancien président Bill Clinton, Obama est intervenu pour faire appliquer un programme économique similaire à celle du reste des Caraïbes – tourisme, ateliers de textiles, et la réduction du contrôle de l’état sur l’économie par le biais des privatisations et des déréglementations. Plus précisemment, Clinton a dirigé un plan visant à transformer le nord d’Haïti en un terrain de loisirs pour touristes, situé le plus loin possible des bidonvilles de Port-au-Prince. Clinton a convaincu la compagnie Royal Caribbean Cruise Lines d’investir 55 millions de dollars pour construire un port le long de la côte de Labadee, loué jusqu’en 2050. A partir de là, l’industrie touristique de Haïti espère organiser des expéditions vers les forteresses haut perchées de Citadelle et de Palais Sans Souci, toutes deux construites par Henri Christophe, un des dirigeants de la révolution des esclaves d’Haïti. Selon le Miami Herald, le plan de 40 millions de dollars comprend la transformation de la ville paisible de Milot, base de départ pour la Citadelle et le Palais Sans Souci, en un village touristique animé comprenant des galeries d’arts, des marchés d’artisanat, des restaurants et des rues pavées. Les touristes seront transportés en contournant le cap embouteillé de Cap-Haïtien jusqu’à la baie, puis transportés par autocars le long des plantations paysannes pittoresques. Une fois à Milot, ils pourront grimper à pied ou à cheval jusqu’à la Citadelle... classée patrimoine mondial depuis 1982... Dés lors que la Royal Caribbean a prévu de faire venir le plus grand navire de croisière au monde, provoquant ainsi une demande en excursions, l’industrie du tourisme d’Haiti encourage le développement de l’écotourisme, d’explorations archéologiques et de démonstrations voyeurs de rites vaudous. Ainsi, tandis que Pat Robinson compare la grande révolution des esclaves d’Haïti à un pacte avec le diable, Clinton s’active à la réduire à un piège à touristes. Dans le même temps, les plans de Clinton pour Haïti prévoient une expansion des « ateliers à sueur » (sweat shops) pour profiter de la main d’oeuvre bon marché fournie par les masses urbaines. Les Etats-Unis ont détaxé les importations en provenance d’Haiti pour faciliter le retour de la production de ces ateliers. Clinton a vanté les opportunités offertes par le développement des « ateliers à sueur » lors d’une visite éclair d’une usine à textile appartenant et géré par la célèbre Cintas Corp. Il a annoncé que George Soros avait offert 50 millions de dollars pour un nouveau parc industriel d’ateliers qui pourrait créer 25.000 emplois dans l’industrie du textile. Clinton a expliqué à une conférence de presse que le gouvernement d’Haïti pourrait créer « plus d’emplois en baissant le coût des investissements, y compris le prix des loyers ». Le fondateur de TransAfrica, Randall Robinson, a déclaré à Democracy Now ! (radio progressiste US – NdT) « Haïti n’a pas besoin de ce genre d’investissement. Il a besoin d’investissements en capital. Il a besoin d’investissements qui lui permettraient d’atteindre l’autosuffisance. Il a besoin d’investissements pour pouvoir se nourrir. » Une des raisons pour lesquelles Clinton a pu promouvoir aussi facilement les « ateliers à sueur » est que le coup d’état appuyé par les Etats-Unis a éradiqué toute forme de résistance. Ils se sont débarrassés d’Aristide et de sa manie qui consistait à augmenter le salaire minimum. Ils l’ont forcé à l’exil, ils ont terrorisé ses alliés restés sur place et ils ont interdit à son parti politique, Fanmi Lavalas, le parti le plus populaire du pays, de se présenter aux élections. De plus, le régime issu du coup d’état a attaqué les syndicalistes présents dans les « ateliers à sueur ». Clinton pouvait ainsi annoncer aux hommes d’affaires que « Le risque politique en Haïti est le plus faible que je n’ai jamais vu de ma vie ». Ainsi, à l’instar des présidents américains avant lui, Obama a aidé les classes privilégiées d’Haïti, a soutenu les multinationales qui voulaient profiter des coûts de main-d’oeuvre, a réduit le pouvoir de réglementation de l’état haïtien et a réprimé toute forme de résistance politique. Les conséquences directes de ces politiques sont un état haïtien impuissant, une infrastructure en ruines, des constructions hasardeuses et une misère noire qui, conjuguées aux cyclones et maintenant au séisme, ont transformé une catastrophe naturelle en une catastrophe sociale. Tout le monde devrait soutenir la fourniture d’aide à Haïti, mais personne ne devrait le faire avec des oeillères. Comme l’a dit Engler : « l’aide destinée à Haïti a toujours été employée au profit d’intérêts impérialistes. Ceci est évident lorsqu’on observe comment les Etats-Unis et le Canada ont traité le gouvernement Aristide en contraste au traitement réservé au régime issu du coup d’état. Les Etats-Unis et le Canada ont affamé Aristide en supprimant pratiquement toute aide. Mais après le coup d’état, ils ont ouvert en grand les robinets financiers pour appuyer les forces les plus réactionnaires de la société haïtienne. » Ils ne faut pas se tromper sur le rôle des ONG internationales. Tandis que de nombreuses ONG tentent de répondre à la crise, les Etats-Unis et d’autres gouvernements fournissent une aide destinée à miner le droit à l’autodétermination du pays. Les ONG internationales n’ont aucun compte à rendre au gouvernement haïtien, pas plus qu’au peuple haïtien. Par conséquence, toute aide qui passe par ces ONG ne fait qu’affaiblir un peu plus le peu d’emprise sur leur propre société encore entre les mains des Haïtiens. L’administration Obama devrait aussi lever l’exil d’Aristide et lui permettre de retourner en Haïti, et lever aussi l’interdiction faite à son parti politique, Fanmi Lavalas, de participer aux élections. Après tout, un criminel et trafiquant de drogue notoire, Guy Philippe, et sont parti le Front National pour la Reconstruction (FNR) ont été autorisés à participer aux élections. Aristide et son parti, par contraste, sont encore la force politique la plus populaire du pays et devraient être autorisés à participer à une élection libre et démocratique. Les Etats-Unis devraient aussi cesser de déporter les Haïtiens qui ont fui leur pays déchiré par la crise et leur accorder une statut temporaire de réfugiés. Ce qui permettrait aux Haïtiens qui ont fui la crise politique et sociale que traverse le pays depuis le coup d’état, les cyclones et à présent le séisme, de rester aux Etats-Unis. Par-dessus tout, nous devons exiger que les Etats-Unis cessent d’imposer leurs programmes néolibéraux. Les Etats-Unis ont pillé Haïti depuis des décennies. Ce n’est pas Haïti qui a une dette envers les Etats-Unis, et d’autres pays, mais l’inverse. Les Etats-Unis, la France, le Canada et les Nations Unies doivent au peuple haïtien une indemnisation pour le pillage de leur pays. Avec ces indemnités et un espace politique, les Haïtiens pourraient commencer à déterminer leur propre avenir politique et économique – tel qu’il avait été rêvé par la grande révolution des esclaves, il y a 200 ans. Ashley Smith Article original : http://www.counterpunch.org/smith01... Traduction par le Grand Soir Lien permanent
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Tags : haiti, usa, tremblement de terre, politique, actualités
Chems Eddine CHITOUR photo du Yemen, voir la série sur New York Times « Quand les riches se font la guerre ce sont les pauvres qui meurent » Jean Paul Sartre Que se passe t-il au Yémen dont on dit que c’est la nouvelle poudrière qui va faire exploser la marmite du Moyen Orient ? Petit pays de 20,9 millions avec une superficie de 527970 km2, un taux d’alphabétisation de 47,7 % , il est composé de Musulmans sunnites (55 %), et de musulmans chiites (42 %). Les autres habitants sont chrétiens, hindouistes, juifs. C’est une République islamique. Sa principale ressource est le pétrole. Son PNB-PPA par habitant (à parité de pouvoir d’achat) (en dollars) est de 751. Sa consommation d’énergie est de 184 kilogramme-pétrole par habitant. On voit que c’est un pays sous développé qui n’a rien d’exceptionnel. Ce qui fait son intérêt c’est d’abord sa position géographique sur le flanc sud de l’Arabie Saoudite , il a une vue directe sur le détroit de Bab el Mandeb, il est placé sur les routes du commerce international notamment pétrolier et sur la zone de « piraterie » dit-on somalienne. C’est ensuite la découverte du pétrole qui ne peut laisser indifférent ceux qui en ont besoin. C’est enfin le régime, un régime despotique : Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis trente ans et qui a pu éliminer tous ces adversaires et qui, comme tout homme, doit passer la main ; d’où une lutte sourde pour la succession d’autant plus féroce que le Yémen est le seul pays musulman où la proportion Sunnite Chiite est du même ordre. Ce qui explique en partie l’état de guerre civile depuis plus de 10 ans entre le gouvernement central (sunnite) aidé par l’Arabie Saoudite et les Houtistes (chiite) du Nord (zone frontière avec justement l’Arabie Saoudite) aidés, dit-on, par l’Iran, le Satan actuel de l’Occident... Une autre complication est venue, dit-on dans la presse mainstream, avec l’irruption d’Al Qaida qui après l’Irak, le Pakistan, l’Afghanistan, et même, dit-on, l’AQMI du Maghreb, ouvre un « succursale » au Yémen. Il faut donc - au nom de la lutte contre le terrorisme international - le combattre. Le Yémen, troisième front de la lutte contre le terrorisme écrit le New York Times. Les questions se multiplient aux Etats-Unis après l’attentat manqué, le 25 décembre, du jeune Nigérian Umar Farouk Adulmutallab. Celui-ci a tenté de faire exploser un avion au-dessus de Detroit. Il a affirmé avoir été entraîné par Al-Qaida au Yémen, où le quotidien américain révèle que les Etats-Unis ont ouvert très discrètement depuis un an un troisième front contre le réseau terroriste. L’armée américaine y a notamment envoyé des forces spéciales pour assurer la formation de militaires yéménites. (1) Dans le même ordre d’idée concernant Al Qaida au Yémen, Jeffrey Fleishman écrit : « Profitant de la situation chaotique qui règne dans le pays, l’organisation terroriste recrute et tisse un réseau solide susceptible de frapper n’importe où. L’attentat manqué contre un appareil de la compagnie Northwest Airlines, le 25 décembre, en est l’illustration. La branche d’Al-Qaida au Yémen, qui a revendiqué la tentative d’attentat sur un vol de la Northwest Airlines qui assurait la liaison entre Amsterdam et Detroit, compterait près de 2 000 militants et sympathisants, affirme un spécialiste du terrorisme yéménite. (…) Le pays ne fournit plus seulement des penseurs radicaux, il attire désormais les extrémistes qui rêvent de rejoindre un front en pleine évolution au Moyen-Orient. (2) (….) Le groupe qui, selon les analystes, a pour objectif l’établissement d’un califat islamique dans tout le golfe Persique, à partir duquel il pourrait attaquer ensuite les intérêts occidentaux et israéliens - opère depuis l’autre rive de la mer Rouge, en Somalie, où une autre branche du réseau s’est installée dans la région de non-droit qu’est devenue la Corne de l’Afrique. Ce scénario inquiète Washington. (…) “Au niveau mondial, Al-Qaida est peut-être militairement affaibli, mais ce n’est pas le cas au Yémen. On y trouve beaucoup d’armes. Le Yémen est un Etat idéal pour le développement d’Al-Qaida. Les djihadistes peuvent tirer parti du chaos qui règne dans le pays." (2) Autre appréciation aux antipodes de la doxa occidentale : « Ce nouveau conflit est très grave : Pour plusieurs raisons. Au départ, il s’agit d’un foyer d’instabilité, mettant aux prises des courants de l’Islam différents (…). L’Occident divise pour régner, c’est machiavélique. Ensuite, le Yemen occupe une position stratégique, dans la Mer Rouge, et donc convoitable, d’autant que les rivaux russes, chinois, ou d’autres, peuvent être tentés de s’implanter là où il n’y a pas encore de bases anglo-saxonnes. De surcroît, chaque parcelle de sol peut recéler des ressources que l’Amérique, toujours à l’affût d’espace vital, veut utiliser elle-même pour maintenir son niveau de vie, assurer sa prééminence, continuer à dominer le monde ». (3) « Les USA tentent par tous les moyens de perpétuer leur hégémonie, comme toujours par la force puisqu’ils la préfèrent au Droit. Mais il y a plus : Cette zone, en partie sous influence Chiite, intéresse l’Iran, et donc les USA bien décidés à affaiblir l’ennemi qu’il s’est choisi. Dans ce cadre, on situe mieux la tentative avortée d’attentat, parfaitement grotesque d’ailleurs, du pseudo terroriste d’Al Qaïda. (…) Bref, nous avons à nouveau un (projet d’) attentat sous fausse bannière, sans doute moins d’Al Qaïda que des services secrets occidentaux, ou au mieux, nous avons un simple prétexte pour justifier ce qui est programmé de longue date ». Donc, nouveau terrain d’opération pour les USA. Et c’est très grave. Non seulement parce que les populations, évidemment, commencent à souffrir (raids aériens, drones, meurtres ciblés...), mais parce que ces choix illustrent parfaitement les objectifs réels du Prix Nobel de la Paix, nouveau visage d’une politique qui ne varie pas, furieusement néo-coloniale, impériale, hors-la-loi, comme du temps de Bush. Pour moi, nous assistons aux prémices d’une tactique planétaire : Prendre prétexte d’un fait plus ou moins mis en scène, et complaisamment relayé par une presse servile, pour s’implanter sur toujours plus de territoires : Mise en place de bases militaires et de marionnettes dévouées aux ordres de Washington, pillage des ressources, contrôle des populations et des zones, voire des routes pétrolières, signaux lancés aux rivaux, supplantation des Chinois ou des Russes, etc. A ce tragique jeu, qui commence par des opérations de basse intensité et se termine par la sanglante mise à sac de tout le territoire convoité, les Occidentaux sont passés maîtres. Ils avancent pas à pas, mais tout, au final, tombe dans leur escarcelle.. ». (3) « (…) Tout se fait discrètement, en petit comité, entre dirigeants du complexe militaro-industriel, entre amis, entre futurs bénéficiaires, ou comme dirait notre cher Sarkozy, tout, vraiment tout, est désormais possible. Et tant pis si un peu partout les peuples en font les frais, tant pis s’ils sont massacrés, bombardés, terrorisés, mutilés, blessés, meurtris, démunis, ruinés, dressés les uns contre les autres, anéantis, exterminés, c’est du grand art, disons-le : Du grand terrorisme, du terrorisme absolu, celui d’Etat. Toutes les lois humaines, de guerre, internationales, sont violées, le champ est libre : on convoite, on s’empare... vols, mensonges, crimes, tout est permis.... Le cynisme est total » (3) La dernière phase paroxystique de la guerre au Yémen contre les rebelles Houthis a fait plus de 2000 morts en moins d’un mois et plus de 150 000 sans-abri. Les troupes du gouvernement yéménite se battent contre environ 15 000 rebelles Houthis, armés et entraînés par l’Iran et retranchés dans les montagnes du Nord, autour de Saada, sur la frontière de l’Arabie Saoudite. Les bombardiers de l’armée de l’air saoudienne tapissent les zones rebelles et civiles, et l’armée de l’air et la marine égyptienne transportent des munitions pour l’armée du Yémen avec les encouragements et le financement des Etats-Unis. Plusieurs sources confirment les traits saillants du conflit en cours au Yémen : La petite armée yéménite de 66 000 hommes, manquant de stocks de matériel militaire organisés, a bientôt commencé à se trouver à court de munitions et d’équipement militaire. L’armée égyptienne s’est empressée de fournir cet approvisionnement nécessaire, en mettant en œuvre un corridor naval et aérien. L’Administration Obama s’est lancée dans la mêlée, grâce à son assistance financière alimentant les efforts saoudiens et égyptiens pour venir en aide au Yémen. Autant que les Etats-Unis et Israël avaient été pris par surprise par les capacités militaires du Hezbollah, lors de la guerre du Liban en 2006, les Américains et ses alliés ont été stupéfaits par la maîtrise du champ de bataille des rebelles Houthi. La 1ère Division d’infanterie mécanisée de l’armée yéménite, renforcée par chacune de ses 6 brigades de commandos- parachutistes et le soutien aérien saoudien, s’est avérée incapable, depuis septembre, de briser la résistance des rebelles. La situation ressemble de plus en plus à une guerre par procuration entre Riyad et Téhéran, la presse saoudienne du 5 novembre n’hésitant pas à parler d’"assaut des agents de l’Iran contre la frontière". Les Saoudiens accusent les Iraniens de vouloir étendre l’influence chiite dans la région en fournissant armes et argent aux rebelles, tandis que les Iraniens reprochent aux Saoudiens de soutenir le régime yéménite d’Ali Saleh et de vouloir exporter la doctrine wahhabite. Le Yémen est devenu la priorité des priorités pour le président Barack Obama depuis l’attentat avorté du Nigérian Omar Farouk Abdulmutallab contre un avion, le jour de Noël. Le général David Petraeus s’est rendu à Sanaa et y a rencontré le président du Yémen, Ali Abdallah Saleh, pour lui transmettre un message de son homologue américain. Le Premier ministre britannique Gordon Brown a appelé à la tenue d’une conférence internationale à la fin du mois, pour parler du terrorisme au Yémen et en Somalie, et à la création d’une unité spéciale pour intervenir dans la région. Le mot clé est "Al-Qaida", qui utilise le sol yéménite comme terrain d’entraînement, centre de recrutement et base de lancement pour des attaques contre des cibles américaines et européennes. Omar Abdulmutallab a reçu sa formation dans une université fondamentaliste de Sanaa et a rencontré les dirigeants d’Al-Qaida pour la péninsule Arabique à Aden et à Abyan [fief présumé d’Al-Qaida, dans le sud du Yémen]. (4) « (…) Ce pays n’a jamais disparu des écrans radar d’Al-Qaida. Aujourd’hui, le président américain veut doubler les aides au Yémen et s’engager dans une guerre commune avec les forces yéménites contre l’organisation terroriste. Concrètement, cela signifie que le pays sera mis sous tutelle militaire américaine, puisque ce genre d’aides et de coopération ne se fait pas sans contrepartie. Les Américains n’interviendront pas au nom du bien-être des habitants, mais pour protéger leurs propres intérêts. Cet engagement n’empêchera pas le Yémen d’être un Etat en faillite. Il risque même d’aggraver les difficultés et risquera de transformer toute la péninsule en foyer d’instabilité. Rappelons-nous que l’intervention américaine a fait de l’Afghanistan et de l’Irak les pays les plus corrompus et les plus instables du monde. Le destin du président yéménite Ali Abdallah Saleh ne sera peut-être pas meilleur que celui de l’Afghan Hamid Karzai. (4) Pour François Marginean, s’agissant de « l’attentat raté d’Amsterdam », nous sommes en face d’un complot du style Armes de Destruction Massive prélude à l’invasion de l’Irak. Il écrit : « (…) Les États-Unis ont accusé Abdulmutallab d’être lié à une cellule d’Al Qaïda située au Yémen et en Arabie Saoudite. Vous vous rappelez quand on nous disait qu’Al Qaïda était en Afghanistan ? Nous avons ensuite envahit. Et la fois où on nous disait que l’Irak était devenu la nouvelle base d’Al Qaïda ? Nous avons aussi envahit le pays. Que pensez-vous que nous risquons de voir se produire si Obama et les médias clament que le Yémen et l’Arabie Saoudite sont la nouvelle demeure du célèbre groupe terroriste crée à l’origine par la CIA ? Mais qu’en est-il réellement ? Nous pourrions commencer par demander comment Umar Farouk Abdulmutallab a pu être capable de monter à bord de l’avion qui partait d’Amsterdam vers Détroit sans passeport. Nous savons tous que le profilage ethnique existe, surtout envers les musulmans. Particulièrement depuis le 11 septembre 2001 et la subséquente guerre contre le terrorisme. Imaginez maintenant un jeune homme provenant d’un pays musulman voyageant seul et sans bagage, avec un billet allez simple en direction des États-Unis et sans passeport. (…) et qui a convaincu le personnel à la porte de sécurité de laisser passer Umar Farouk Abdulmutallab sans passeport ? (…) Et pour palier à tout cela, on nous dit qu’il va falloir augmenter la sécurité dans les aéroports, se soumettre à des fouilles à nu virtuelles, faire du profilage ethnique à fond, attendre en file des heures, le temps de nous créer de nouveau une illusion de sécurité et de nous faire frire aux rayons X potentiellement mutagènes et cancérigènes. » (5) Le 4 janvier 2010, la Secrétaire d’Etat US, Hillary Clinton, a déclaré que l’insécurité au Yémen est une menace régionale et globale. Il faut donc armer les Arabes. On apprend, que l’Administration Américaine a signé une série de marchés d’armements à grande échelle avec les pays arabes, en vertu desquels les Etats-Unis ravitaillent l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, les Emirats arabes unis, de moyens de combat ultramodernes, comme des missiles antinavires, des missiles antichars, des bombes intelligentes etc. Ces marchés visent à renforcer ce qui est appelé "l’axe modéré dans le monde arabe"… En définitive à travers le Yémen c’est la configuration réelle du Grand Moyen Orient qui est modelée. Le pays à abattre est l’Iran accusé d’aider les Houtistes. Pour cela L’Occident est prêt à s’allier à Al Qaida Sunnite pour combattre le chiisme et créer une nouvelle Fitna. Il serait prêt a à libérer les « terroristes » yéménites d’Al Qaida retenus à Guantanamo pour les incorporer dans l’armée yéménite. Des jours sombres se profilent pour le monde musulman du fait de la duplicité des potentats arabes. Après l’Irak, après l’Afghanistan la « démocratie aéroportée » est offerte au Yémen pays de vieille civilisation du mythique Royaume de Saba qui terminera comme l’Irak dans le chaos. Ainsi va le monde … Professeur Chems Eddine Chitour Ecole Polytechnique enp-edu.dz 1.The New York Times Le Yémen, troisième front de la lutte contre le terrorisme 28.12.2009 2.Jeffrey Fleishman Al-Qaida fait son trou au Yémen, Los Angeles Times 30.12.2009 3. Yemen, une nouvelle guerre impériale qui ne dit pas son nom http//www. 20.six.fr/ basta./art/ 173504043/ 4 .1.10 4. Abdelbari Atouan Branle-bas de combat au Yémen Al-Quds Al-Arabi 04.01.2010 5.François Marginean : Le présumé terroriste prend le vol 253 de Northwest sans passeport ; fiché comme terrorisme : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=16831 URL de cet article
Tags : yemen, moyen-orient, usa, iran, sunnites, chiites, houtites, arabes.
Il était une fois l'Egypte
La honte pharaonique : La police Egyptienne tabasse la caravanne pour la Paix à Gaza. Jamal Abdel Nasser doit se redresser sous sa tombe. Pauvre Egypte ! Et dire que tu fus le leader et la fièrté des Arabes. Tu étais à leur tête. Mais c'est bien un proverbe juif qui dit que "le poisson pourrit par la tête". Lien permanent
Tags : gaza, blocus, egypte, rafah
Les USA ont transféré des combattants d’Al Qaeda au Yémen, un marché d'amement juteux. Le Yémen, pays le plus pauvre de la Péninsule Arabe mais stratégiquement bien situé est l’objet des convoitises non seulement des USA qui y ont transféré des membres d’Al Qaeda pour justifier leur ingérence dans les affaires du pays, mais aussi de la Russie et de la Chine, trois grandes puissances en quête d’influence sur une route maritime vitale mais aussi fournisseurs attitrés d’un pays qui représente un marché de l’armement de plusieurs milliards de dollars financé en grande partie par l’Arabie Saoudite. Du déjà vu, même scénario qu’en AfPak ou les USA avaient aidé activement à la création l’entraînement puis le transfert vers le Pakistan de combattants d’Al Qaeda. Cette fois c’est au Yémen que la « précieuse cargaison » a été livrée. Désormais après le Pakistan, où les forces spéciales américaines aidées en cela par la CIA sont à l’œuvre, le Sud Yémen est d’après les Etats Unis -ils sont bien placés pour le savoir - devenu le principal bastion des combattants d’Al Qaeda, où selon la presse américaine ils entraînent de nouvelles recrues. Des médias arabes dont Al –Manbar, ont affirmé que Washington transfère des membres d’Al Qaeda au Yémen non seulement des prisonniers de Guantanamo libérés après plusieurs années de détention sans aucune charge, mais également des transfuges des guerres d’ AfPak. Ces médias accusent les US de les faire recruter par l’armée yéménite pour aller combattre les militants Shi’ites Houthis au Nord du Yémen en rébellion contre le pouvoir central corrompu. Les USA sont également accusés d’envoyer ces combattants d’Al Qaeda au Yémen pour justifier leur intervention para militaire/militaire dans ce pays. En effet, peu de temps après la publication de ces affirmations, les USA se sont engagés dans des activités militaires directes au Yémen en participant à des attaques aériennes dans le pays. L’infiltration de l’armée yéménite par des militants d’Al Qaeda reste néanmoins à prouver. Pourtant c’est une proposition qui avait été faite en Août 2009 par l’ex candidat républicain à la présidentielle, John Mac Cain, lors d’une visite au Yémen après plusieurs discussions à huit clos au Congrés américain sur le sujet. L'accusation à l'encontre des Etats Unis de transfert de membres d’Al Qaeda au Yémen pourrait expliquer pourquoi ce nigérien de 23 ans, Umar Farouk Abdulmutallab, pris en flagrant délit de vouloir faire exploser un avion US le 25 Décembre avait des liens avec des militants du Yémen où il aurait soit disant suivi un entraînement et pourquoi aussi les services de renseignements US et d’autres dont les britanniques, le pistaient mais l’ont néanmoins laissé faire ou « aidé ». Cela expliquerait aussi les raisons de cette tentative d’attentat qui s’apparente plus à une opération sous faux pavillon qu’a une véritable attaque. La nébuleuse d’Al Qaeda sert depuis plusieurs années aux Etats Unis pour mener ses guerres d’agression que ce soit en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, et bientôt au Yémen. Washington a besoin de prouver qu’il existe une menace pour les pays occidentaux de la part de ces soit disant groupes « terroristes « pour justifier ses guerres. Ces entités « terroristes » ne sont en fait que le produit de la machine de propagande médiatique occidentale. Les pays occidentaux dont la Grande Bretagne et la Sarkozie à la botte de Washington sont semble t-il prêt à suivre les US dans l’ouverture d’un nouveau front contre « Al Qaeda », alors même que la guerre d’Afghanistan a été justifiée par le prétendu combat contre cette nébuleuse, mais que les principales victimes à ce jour des attaques US/OTAN sont non pas les membres d’Al Qaeda mais les civils afghans et aussi pakistanais tués ou blessés par des tirs de missiles de drones Prédator et autres engins de mort génocidaires selon les statistiques de l’ONU. Le Yémen un marché juteux pour le complexe militaro industriel US, Russie et Chine Le Yémen est un pays très pauvre avec un taux de chômage très élevé, sans réserves énergétiques, des problèmes croissants d’approvisionnement en eau, agité par des révoltes au Nord, des velleités cessessionistes au Sud, un gouvernement central à Sanaa corrompu sans réelle autorité le pays ayant un mode de fonctionnement principalement tribal, mais qui représente un marché juteux de plusieurs milliards de dollars pour l’industrie de l’armement américano russo chinoise. Actuellement, l’armée yéménite a un ambitieux programme de modernisation estimé à 4 milliards de dollars US d’armements provenant de Russie, de Chine, d’Ukraine, d’Europe de l’Est et d’anciennes républiques de l’ex Union Soviétique. L’aide américaine au gouvernement assiégé du Président Ali Abdullah Saleh pour entretenir l’armée yéménite et la formation de milices à la contre insurrection est de 150 millions de $. Le Yémen reçoit de l’aide via différents programmes US mais cette aide bien que doublée pour 2010 par l’Administration Obama est négligeable comparée aux armes, aux entraînements militaires et à l’expertise technique fournis par d’autres pays. Selon le Stockholm International Peace Research Institute ( SIPRI) l’un des plus réputés think tank de recherche en matière d’armements, la Russie a fourni de 2004 à 2008 à elle seule 59% des plus importantes livraisons d’armements au Yémen suivie par l’Ukraine 25%, l’Italie 10% l’Australie 5% et les US moins de 1%. Le Yémen a signé un contrat avec la Russie pour l’achat d’armements estimé à 1 milliard de dollars certains même affirmant que celui-ci s’élèverait en fait à 2.5 milliards de $. Parmi ceux-ci on trouve des avions de combat MiG-29, des hélicoptères, des tanks et des véhicules blindés. Ces achats feraient donc partie de ce programme de modernisation de 4 milliards de $. La Chine a elle fournit de 2001 à 2008 pour 200 millions de $ d’armements, tandis qu’environ 400 millions de $ d’armements provenaient de pays d’Europe de l’Est tels la Pologne et la République Tchèque mais aussi la Biélorussie et surtout l’Ukraine sans oublier l’Italie. Le Yémen est un pays « désespérément pauvre » selon la qualification du département d’état américain mais, toujours selon ce dernier, un allié stratégique pour les US en matière de lutte contre «le terrorisme». Autre généreux donateur pour alimenter la machine de guerre yéménite, l’Arabie Saoudite qui a financé le Yémen a hauteur de 2 milliards pour protéger ses arrières mais surtout la route d’acheminement de son pétrole. Le Yémen est situé dans une zone stratégique en termes de voies maritimes d’acheminement du pétrole venant des Pays du Golfe, dont l’Iran, mais aussi à l’entrée de la Mer Rouge dont l’un des principaux pays riverains n’est autre qu’Israël. La situation au Yémen doit faire l’objet d’une réunion internationale d’ici peu pour savoir comment aider ce pays. Il va sans dire que les décisions prises lors de cette réunion le seront non pas en fonction des besoins réels de la population yéménite, son extrême pauvreté, mais des intérêts majeurs des industries de l’armement des principales puissances occidentales et asiatiques telles la Chine. Le nerf de la guerre ce n’est pas la lutte contre le prétendu terrorisme représenté par la nébuleuse d’Al Qaeda mais les besoins voraces du complexe militaro industriel de ces pays qui font du lobbying et sont de mèche avec ceux qui gouvernent. Mireille Delamarre
Tags : yémen, al qaida, usa, obama, terrorisme
300 Français montrent la voie lors de la Marche pour la liberté de Gaza Les héros français de la Marche pour la Liberté à Gaza (Dissident Voice) Note de la traductrice : Arrêtons de nous lamenter, de nous fustiger, d’avoir "honte d’être Français", et de rester à genoux. Rassemblons-nous. Lors du rassemblement pour la liberté de Gaza, au Caire, la délégation française a brillé par son esprit d’initiative, son courage et sa détermination. Si, si. Ce n’est pas ironique et ce n’est pas moi qui le dis : c’est Emily Ratner, dans un billet paru dans Dissident Voice , le 6 janvier 2010, "Palestine Vivra ! The French Heroes of the Gaza Freedom March" Un grand nombre de héros sont nés lors des manifestations de la Marche pour la liberté de Gaza au Caire, où plus de 1400 manifestants internationaux venus de 43 pays différents se sont retrouvés pour exiger la fin du siège de Gaza par Israël. La délégation sud-africaine nous a tous inspirés en facilitant la rédaction de la Déclaration du Caire pour demander que soit mis un terme à l’apartheid israélien, un document qui réaffirme notre "engagement dans la lutte pour la libération de la Palestine et l’auto-détermination" et propose un plan concret. Des petits groupes de militants ont accroché le drapeau palestinien depuis le sommet de la Tour du Caire et sur une des pyramides. De nombreux délégués ont refusé les 200 places qui avaient été proposées sur deux cars à destination de Gaza qui réduisait notre rassemblement historique ici à un nouveau voyage humanitaire symbolique. Nous allons quitter le Caire avec bien plus d’espoir, de sagesse, et de force que nous n’en avions en arrivant. Parmi tous les épisodes dont j’ai été témoin au cours des journées que nous avons passées en Egypte, l’action de la délégation française restera un phare dans le ciel assombri au-dessus du Sinaï qui nous sépare de Gaza. Nous revenons sans cesse sur ces actions, pour les graver dans nos mémoires comme étant le signe de tout ce qu’on peut accomplir quand on est ensemble et solidaires. Cordonnée par Euro-Palestine, la délégation française compte plus de 300 membres. Venus des quatre coins de la France, ils se préparent à la Marche depuis des mois. Euro Palestine et les autres organisations ont tenu des meetings locaux toutes les semaines pour s’assurer que les délégués auraient tout le temps nécessaire pour discuter des projets pour le voyage pour Gaza, de comment acheminer leur aide humanitaire jusqu’au Caire et parler de ce que ferait le groupe si on leur refusait de passer la frontière à Rafah. Certains de ses membres m’ont raconté que, parmi toutes les stratégies qu’ils avaient élaborées, aucune n’envisageait la possibilité qu’on les empêcherait de quitter le Caire. Tandis que nous autres avions tous prévu de nous retrouver devant les bus à destination de la frontière le 28 janvier, les Français, eux, étaient arrivés la veille, leur car étant attendu aux environs de 19h. Ils s’étaient rassemblés sur le trottoir de la rue très fréquentée de Giza (Gizeh)/Charles de Gaulle Street, trainant derrière eux leurs sacs et leurs tentes, mais les cars ne sont jamais arrivés. Soudain, un des organisateurs a lancé : "On y va !". Et, prenant par la main une femme près de lui, il s’est dirigé tout droit, au milieu du flot de circulation de Giza St. Sans même réfléchir, les centaines de délégués se sont précipités sur la chaussée, suivis par des chats et des chiens égyptiens, entraînés par cet enthousiasme. Hamid Rabhi, un militant français marocain, un musulman de Beaune se rappelle ces instants, les yeux brillants : "Et c’est là que j’ai compris que c’était le début de l’aventure", dit-il. La circulation dans Giza Street était purement abominable, mais les Français refusaient de partir, bloquant le trafic pendant une heure. Finalement, la police réussissait à les convaincre de retourner sur le trottoir, en promettant que leurs cars arriveraient bientôt si le groupe laissait avancer le flot de circulation. Les Français sont retournés sur le trottoir et se sont mis à sortir leurs tentes et leurs sacs de couchage, installant un campement que nous allions par la suite appeler ’la Bande de Giza". Trois rangées de policiers égyptiens surveillaient le camp étroit des 300, et plus de 40 camions militaires étaient garés dans la rue, attendant probablement de ramener les policiers, ou peut-être pour arrêter les manifestants et les renvoyer en France. "Cette première nuit, c’était la pire", dit Hamid, "nous n’avions pas le droit de circuler à notre guise. Je pense qu’ils nous testaient pour savoir si nous étions déterminés". Dans les jours qui ont suivi, les Français ont montré qu’ils étaient déterminés. Alors que les négociations entre les membres de la Marche pour Gaza et le ministère des affaires étrangères égyptien se détérioraient de plus en plus, un nombre croissant d’entre nous considérions les Français comme la merveilleuse représentation de ce que pouvait être notre mouvement. La délégation française prenait toutes les décisions à la suite d’un accord général et à une vitesse remarquable, en étant assez souple pour rester à l’écoute, toutefois, d’autres points de vue venant de groupes moins importants, et pour se lancer dans des actions de moindre importance, tout en ne perdant pas de vue la vision d’ensemble : en entendant que nos militants avaient hissé promptement un énorme drapeau sur une des pyramides, un groupe d’environ 25 Français lançaient leur propre action devant cette pyramide, organisant, cette fois-ci, un spectacle de rue pour les passants : Par une belle après-midi fraîche sur le site le plus touristique d’Egypte, une vingtaine de "touristes" français entourait la pyramide qui ne s’y attendait pas, dansant et sautillant en direction de leur cible. Et alors, catastrophe ! Une femme française d’un certain âge s’effondrait sur le sable de Giza. Alors que la police égyptienne se précipitait pour lui porter secours, la pyramide était devenue une scène de théâtre où huit militants grimpaient à toute vitesse vers les quatre têtes, convergeant sur un des côtés pour étaler un immense drapeau palestinien, qu’ils déployaient fièrement sous les applaudissements de centaines de témoins. Au bout d’un bon quart d’heure, la police avait fini par remarquer la cause de ces applaudissements et escaladait promptement la pyramide, se rendant ainsi complice d’avoir foulé illégalement une des septièmes Merveilles du Monde. Nos héros français, qui savaient qu’ils ne pouvaient pas rester sur place bien longtemps, roulaient alors le drapeau en boule et le lançaient en l’air, suivant le drapeau jusqu’à son point d’atterrissage, plongeaient sur le sable où ils se sont pris par la main pour s’asseoir en cercle sur le drapeau, déterminés à ramener le rouge, le blanc, le noir et le vert jusqu’à leur camp devant l’ambassade de France. Quand ils sont revenus effectivement à la "Bande de Giza", pas un seul n’avait été arrêté et le drapeau était revenu avec eux également. Quelques heures plus tard, une vidéo de toute cette action était postée sur leur site, europalestine.com, qui avait été constamment attaqué par des hackers pro-israéliens (autre signe de l’importance du travail de la délégation française !). Le lendemain, les membres de la délégation distribuaient des posters et des cartes postales représentant la photo de leurs camarades sur la pyramide, avec le drapeau palestinien entre eux, avec la légende : “Gaza Freedom March in Cairo” à la fois en anglais et en arabe. Cette même image a depuis été publiée à la une des journaux en Egypte, au Koweït, au Yémen, et dans tout le monde arabe. Les Français ont apporté une touche de légèreté et d’humour bien nécessaire à la situation difficile que nous vivions au Caire. Leur créativité était infinie : quand les campeurs non français s’étaient vu refuser les toilettes de l’ambassade, les Français se sont mis à scander : "des toilettes pour tout le monde !". Nos amis français se sont avérés être également parmi les plus courageux : alors que des dizaines de militants volaient au secours de manifestants qui se faisaient matraquer et traîner par la police égyptienne pendant notre manifestation du 31, les Français, et plus particulièrement les Français musulmans, étaient parmi ceux qui étaient en première ligne pour contrer les violences policières. Ces mêmes musulmans nous rappelaient à tous l’honneur et la beauté de cette lutte quand, à midi, ils s’étaient agenouillés pour prier face à des rangées de CRS au cours de cette même manifestation. Le lendemain, des centaines de militants suivaient les traces des Français quand leur délégation appelait à une manifestation devant l’ambassade d’Israël, demandant que nous n’oubliions pas le gouvernement qui détient réellement le pouvoir sur le peuple de Palestine. Nous étions tous tristes quand les Français ont défait leur camp, le 1 janvier. Leur campement était devenu un lieu de réconfort extraordinaire pour tous les autres participants à la marche malgré le fait que des centaines de CRS n’aient jamais quitté les abords de la Bande de Giza. Beaucoup d’entre nous allions les retrouver la nuit pour ressentir ce sentiment de solidarité remarquable qui se propageait sur le trottoir le plus célèbre du monde. Et alors que plus de 200 délégués français repartaient pour Paris le 2 janvier, ils quittaient le Caire avec une dernière mission à accomplir avant de retourner chez eux. En arrivant à Roissy, où il était accueilli sous les acclamations de dizaines de supporters, le groupe s’est aussitôt rendu à l’ambassade d’Israël, avec tous les bagages, pour y organiser une nouvelle manifestation. Ambassades d’Israël, prenez garde : tôt ou tard, nous retourneront tous dans nos villes et nous n’avons pas oublié notre mission d’y poursuivre la lutte ! Alors que nous nous organisions pour nous rendre à Rafah par petits groupes, les Français restaient notre inspiration, même si leur groupe en Egypte était maintenant réduit. Le 2 janvier, un groupe d’environ 15 Français montait dans un bus à destination de Rafah, mais on nous faisait descendre du bus dès le premier checkpoint. Ils se sont assis en cercle devant le bus jusqu’à ce qu’un garde du checkpoint monte dans le bus pour expliquer aux passagers qu’ils avaient fait descendre ces internationaux parce qu’ils voulaient se rendre à Gaza. La population égyptienne se souviendra encore longtemps de cette Marche pour Gaza, et je suis sûre qu’elle n’oubliera pas les Français plus particulièrement. Le 4 janvier nous avons dit au revoir au dernier contingent de Français, qui retournaient à Paris le lendemain. Parmi eux se trouvait un couple qui avait passé son voyage de noces sur la bande de Gaza, et plusieurs frères musulmans qui ont noué des liens forts avec des militants palestiniens et égyptiens du Caire. Ils ont tous promis de revenir au Caire le 31 décembre 2010 pour la seconde marche pour la liberté de Gaza. Leur solidarité et leurs efforts sans relâche ont inspiré beaucoup de monde au Caire, à Gaza et dans le monde entier, et l’année prochaine, ils reviendront encore plus forts que quand ils ont commencé. Et, avant cela, les rues du Caire, de Gaza, de Paris et de toutes les villes du monde entier seront portées quotidiennement par le slogan qui sonne toujours à nos oreilles : Palestine Vivra ! Emily Ratner ARTICLE ORIGINAL http://dissidentvoice.org/2010/01/p...
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Retour sur un procès de lynchage : Saddam Hussein, le procès
par Gilles Munier Le président Saddam Hussein a été livré aux Américains début décembre 2003, près de Dour, par un ami chez qui il était caché. Selon l’avocat égyptien Mahmoud al-Mouni, il aurait été aussitôt transféré à l’étranger pour être interrogé, puis ramené sur le lieu de sa capture. Ce qui est certain, c’est qu’arrêté officiellement le 13 décembre, il est apparu épuisé sur les écrans de télévision, comme hébété par l'absorption de drogues. « Le voir humilié ainsi, sorti de son trou à rats», déclara alors Toby Dodge, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), est «une étape de plus dans la libération mentale des Irakiens », organisée cela va sans dire pour démoraliser la résistance irakienne. Les « 20 interviews et 5 conversations ordinaires » du FBI, déclassifiés en juillet 2009, ne seraient que le remake soft des interrogatoires infructueux effectués avant qu’on le déclare prisonnier de guerre. Bien que réalisés avant son inculpation, et deux ans avant sa condamnation à mort, « Mr George », son intervieweur, y informait Saddam que « sa vie touchait à sa fin » ! « Tout cela est du théâtre », dit Saddam La peine capitale, suspendue après l’invasion, avait été rétablie « provisoirement » le 8 août 2004, par le Premier ministre Iyad Allaoui, pour condamner à mort Saddam et ses compagnons, en dépit du principe de la non rétroactivité de la loi par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Paul Bremer, chef de l’Autorité Provisoire de la Coalition (CPA), créa, en décembre 2003, un Tribunal spécial irakien (TSI) sans se soucier de légalité ou de légitimité, entendu qu’il était une émanation Département d’Etat à la Justice des Etats-Unis, puissance occupante. La constitution du TSI n’a soulevé que des protestations de pure forme, même quand il est apparu que ses statuts n’avaient fait l’objet d’aucune consultation, que ses membres étaient formés en Grande-Bretagne pour jouer un rôle fixé d’avance, qu’aucun critère d’équité et d’impartialité n’était rempli, même pour la galerie. Dès la première séance, le 1 juillet 2004, il se présenta comme «Saddam Hussein al-Majid, président de l’Irak», refusa de reconnaître la légitimité du tribunal, rejeta les charges retenues contre lui, et déclara : « Tout cela est du théâtre, le véritable criminel : c’est Bush». Pour Mouwafak al-Rubaie, directeur de la Sécurité nationale du régime de Bagdad, le procès de Saddam Hussein devait être celui du siècle, faire du nouvel Irak un exemple à suivre. Il n’en fut rien. Les juges sont apparus pour ce qu’ils étaient : des marionnettes aux mains d’opposants en mal de vengeance. Les avocats de la défense n’eurent jamais accès à la totalité du dossier : 36 tonnes de documents à charge collationnés par des agents du FBI ne parlant pas l’arabe, ni ne purent vérifier l’authenticité des pièces remises. Les menaces de mort se multiplièrent contre eux, dont celle de Malek Dohane al-Hassan, ministre de la Justice, de les « découper en morceaux » ! Trois furent assassinés : Saadoun al-Janabi en octobre 2005, Adil al-Zubeidi en novembre 2005 et Khamis al-Obeidi en juin 2006. La dépouille de ce dernier, retrouvée près de Sadr City, sous un poster de l’ayatollah Mohammad Sadek al-Sadr, père de Moqtada, présentait des traces de torture. L’avocat avait été promené dans le quartier, ligoté à l’arrière d’un pick-up. Abou Der’ra - le «Zarqaoui chiite» - avait célébré son assassinat en offrant un rafraîchissement général à la population des environs et invité les passants à tirer une balle sur son cadavre « pour se venger des baasistes ». Les juges qui ne jouaient pas le jeu durent démissionner ou furent écartés. Rizgar Muhammad Amin se retira au bout de quatre mois car les « politiques » lui reprochaient de ne pas être assez sévère. Sayeed al-Hamashi fut écarté quand on découvrit qu’il avait appartenu au parti Baas, Rauf Rashid Abdul Rahman parce qu’il était natif de Halabja, et Abdullah al-Amiri pour manque de «neutralité». Il avait déclaré que Saddam Hussein n’était pas un dictateur ! Bushra Khalil, avocate libanaise, chiite, fut expulsée, non parce qu’elle avait établi un parallèle entre l’affaire de Doujail pour laquelle il était jugé et celle d’Abou Ghraib, mais en raison de sa confession. Elle était la seule chiite dans l’équipe de défense. Cela dérangeait les Américains, dit-elle, « car le dossier perdait son caractère confessionnel ». Finalement, Nouri al-Maliki, nouveau Premier ministre, désigna un membre de la Brigade Badr, Mohammad al-Araiby, comme juge. Les pro-iraniens voulaient en finir vite, car le bruit courait que Donald Rumsfeld avait proposé à Saddam de le libérer en échange d’un appel demandant aux « insurgés » de déposer leurs armes. Le Président avait refusé. Les pro-iraniens ne voulaient courir aucun risque, d’autant qu’on sait aujourd’hui que la résistance avait envisagé de le libérer en attaquant sa prison, et qu’il s’en était fallu de peu pour que l’opération ait lieu. Le verdict tomba le 5 novembre 2006. Comme prévu, le TSI condamna à mort Saddam Hussein, son demi-frère Barzan al-Tikriti et le juge Awad al-Bandar. Les 300 pages justifiant la décision ne furent remises à la défense que le 22 novembre pour qu’elle n’ait pas le temps de l’étudier sérieusement. De toute manière, Saddam avait interdit à ses avocats de réclamer sa grâce. Comme le dira un membre de l’Union des juristes irakiens: « Ce procès n’a été qu’une farce dégoûtante … ». Rites barbares La sentence fut confirmée le 26 décembre. Les autorités d’occupation avaient 30 jours pour fixer la date de l’exécution. C’était trop. George Bush voulait que Saddam soit exécuté avant le nouvel an chrétien et avant un discours qu’il devait prononcé sur sa nouvelle stratégie en Irak. La date de l’Aïd al-Adha sunnite fut suggérée par Nouri al-Maliki qui, mariant son fils ce jour-là, ne prévoyait pas d’assister à la pendaison, mais avait ordonné qu’on transporte le cercueil du Raïs à son domicile pour fêter l’exécution. Dans la nuit du 30 décembre, les Américains livrèrent Saddam Hussein à ses bourreaux. La Hawza de Nadjaf avait donné son aval au choix de la date, façon barbare de signifier aux Irakiens que le pouvoir religieux avait changé de mains, que le rite chiite prévalait désormais dans le pays. L’exécution était conçue comme un spectacle multimédia. Une caméra filmait officiellement l’évènement, doublée par un ou plusieurs téléphones portables dont celui de Mouwafak al-Rubaie. Ils espéraient tous le voir s’effondrer à la dernière minute. Le Président est monté calmement à la potence sous les insultes des extrémistes de l’Armée du Mahdi invités pour l’occasion. Moqtada al-Sadr était présent, mais il a démenti avoir participé, masqué, à l’exécution comme l’affirma, photo à l’appui, un journal saoudien. Saddam a répondu sarcastiquement à un de ceux qui le conspuait : «Hiya hiy al marjale?» - «Est-ce çà, ta virilité?» -répartie qui remonte aux temps anciens de l’Arabie et de l’islam, intraduisible littéralement car associant virilité et courage, fierté et valeurs chevaleresques. A un autre qui lui a dit d’aller en enfer, il répliqua que l’enfer, c’était ce que l’Irak était devenu. La corde au cou, on ne lui laissa pas le temps de terminer la Shahada, la profession de foi des musulmans. La trappe s’ouvrit sous ses pieds. Des fanatiques se jetèrent ensuite sur sa dépouille pour tenter de l’égorger. Comme prévu, son cercueil fut exposé au domicile de Nouri al-Maliki pour égayer les personnalités invitées au mariage de son fils. Le convoi funèbre prit ensuite le chemin d’Al-Awja, près de Tikrit, où son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage. Pendu le jour de l’Aïd al-Adha, fête du sacrifice… et du pardon L’Aïd al-Adha (ou Aïd el-Kebir) commémore le sacrifice d’Abraham. Pour les musulmans, c’est la fête du pardon, de la réconciliation, de la clémence et de la générosité. Elle a lieu le dixième jour du mois de Dhul Hijja du calendrier lunaire islamique, 40 jours après l’Aïd el- Fitr qui correspond à la fin du Ramadhan. La différence de date de sa célébration chez les sunnites et les chiites irakiens n’est pas fonction de l’apparition de la lune qui clôt le jeûne du Ramadhan. Sous Saddam Hussein, la date était la même pour les deux communautés. Pour des motifs politico-religieux, les autorités religieuses chiites formant la Hawza de Nadjaf se sont mis depuis 2003 à l’heure de Téhéran. Pour se différencier des sunnites, les Iraniens n’aperçoivent la lune… qu’un jour plus tard, ce qui décale automatiquement la célébration de cette fête pour les chiites irakiens. http://www.france-irak-actualite.com/article-saddam-hussein-le-proces-42529512.html/
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Les raisons qui poussent l’Occident à s'immiscer dans les récents troubles en Iran
L'Iran est une figure de proue qui compte et qui pèse de tout son poids au Moyen-Orient et sur le littoral du golfe Persique. L'établissement de l'Ordre islamique, en Iran, a donné ses fruits, en apportant indépendance, liberté et résistance, face à l'hégémonie des super-puissances du monde, en totale incompatibilité avec les intérêts des Etats occidentaux dans la région. C'est pourquoi ces derniers se tuent à dire que l'Iran menace leurs intérêts. Dans ce droit fil, ils ne cessent de dresser des obstacles devant l'Ordre islamique d'Iran. Mais les troubles post-électoraux, en Iran, ces derniers mois, ont monopolisé l'attention des gouvernements et des médias européens et américains. Après les élections présidentielles du 12 juin 2009, en Iran, chaleureusement, accueillies, par le peuple iranien, certrains candidats malheureux ont parlé d’irrégularités électorales. Les gouvernements et les médias occidentaux opportunistes ont, alors, sauté sur l’occasion, en s’efforçant de tirer profit des différends entre les candidats à la présidentielle, pour attiser les divergences. Les Occidentaux recourent, ces jours-ci, à diverses méthodes, pour tirer profit des récents événements survenus, en Iran. Plus que quiconque, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont, durant ces derniers mois, orchestré un tapage médiatique sans commune mesure sur les troubles en Iran. Ils ont, dans la foulée, tenté d'instrumentaliser des principes, tels que les Droits de l'homme et la Démocratie, pour s'immiscer dans les affaires intérieures de l'Iran. Dans ce droit fil, ils ont mobilisé tous leurs moyens, afin de tromper certains individus ignorants, à l'intérieur du pays, et les inciter à attiser les troubles intérieurs. C’est ainsi que certains d’entre eux ont fait offense aux valeurs sacro-saintes islamiques, sous le prétexte de la contestation des résultats des élections. Pour ce faire, ils n'ont pas hésité à infliger de lourds dégâts matériels aux biens publics. Des protestataires se sont rassemblés, le 27 décembre 2009, coïncidant avec le jour d'Achoura, pour provoquer des troubles. Certains d'entre eux ont profité de l'occasion pour faire outrage à l’Achoura, suscitant la colère du peuple iranien. Pendant ce temps là, le président américain n'a pas gardé le silence et il a apporté son soutien flagrant aux fauteurs de troubles, condamnant les responsables iraniens pour avoir pris contrôle de la situation. Les responsables britanniques, français et certains pays occidentaux n'ont pas lésiné sur leur soutien à ceux qui ont fait offense aux valeurs du jour de l'Achoura. En l’espace de quelques jours, des millions des citoyens iraniens sont descendus dans la rue, façon de faire entendre leur protestation contre l'outrage fait aux valeurs sacrées islamiques et à l'Ordre de la République islamique. Les vastes manifestations, à travers tout l'Iran, ont, bien entendu, fait couler beaucoup d'encre. Les manifestations enthousiastes du peuple iranien, dans diverses villes, n'ont, pourtant, guère été répercutées par les médias occidentaux. Les hommes d'Etat et des médias européens et américains mettent en cause la démocratie et les Droits de l'Homme, en Iran, alors que, dans la plupart des pays riverains du golfe Persique et du Moyen-Orient, aucune élection libre n’a lieu et que les peuples de ces pays sont confrontés à de nombreuses restrictions. Mais comme ces pays s'alignent sur les politiques de l'Occident, ils ne font jamais l'objet de récriminations. Fahmi Hoveyda, écrivain égyptien de grande renommée, se demande, dans ses écrits, pourquoi les partisans de la démocratie, en Occident, ferment les yeux sur la répression de ceux qui s'opposent aux régimes arabes, estimant que cette attitude illustre de la meilleure manière l'hypocrisie de ceux qui s'érigent en défenseurs de la démocratie. La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a, récemment, reconnu, dans une interview accordée à la chaîne d'informations CNN, les interventions des Etats-Unis dans les affaires iraniennes, en ajoutant que Washington procédait à des tractations en coulisse, sans pour cela se trouver entre l'Ordre iranien et les protestataires, tout en apportant, néanmoins, un soutien flagrant aux opposants, en Iran. La méthode principale qu'a choisie l'Occident, dans la lutte contre l'Ordre de la RII, notamment, dans les événements post-électoraux, est le recours à "la guerre douce", guerre dont les médias sont les principaux et indispensables instruments. Les Etats occidentaux mobilisent leurs radios, leurs télévisions, leurs chaînes d'informations, leur presse et le réseau d'Internet pour exacerber les sentiments de ceux qui croient encore à des irrégularités dans les élections du 12 juin. Ils tentent de les dresser contre l'Ordre islamique d'Iran. Parmi d'autres médias occidentaux, CNN, Fox News, Euro News, BBC et la radio persanophone des Etats-Unis se focalisent au maximum sur ces plans néfastes. La Grande-Bretagne a emboîté le pas aux Etats-Unis, dans ce domaine, de sorte que les média de ce pays, notamment, la BBC, ont joué leur rôle interventionniste dans les récents événements du pays. Cette chaîne d'informations qui diffuse, minute par minute, les actes des fauteurs de troubles et fait grand bruit sur ce que font ces derniers, évitent, toutefois, de rapporter les événements qui pourraient nuire à leurs intérêts. Dans sa dernière interview, à ce propos, le ministre iranien de l'Intérieur, Mustafa Mohammad Nadjar, a affirmé que la chaîne persanophone BBC incitait les fauteurs de troubles à continuer de commettre leurs actes illégaux. L'Internet est sous le contrôle des Etats-Unis, qui tentent de profiter des sites qui sont à leur disposition, tels que Facebook, Twitter, ou YouTube, pour se livrer à la désinformation et à la propagation de fausses nouvelles sur ce qui se passe en Iran. Ils jouent le rôle de coordinateurs entre les opposants. Lesdits web sites ont, jusqu'à présent, propagé de nombreuses informations montées de toute pièce et en rassemblant de nombreuses images ont procédé à un grand tapage médiatique sur les événements post-électoraux. Ils essaient de faire croire que la police avait adopté une attitude violente et cruelle envers les manifestants protestataires. L'écrivain égyptien, Fahmi Hoveyda, a écrit, dans un article, que les Occidentaux ne se sont pas, seulement, tenus au langage de la menace, mais encore, qu’ils ont mobilisé, aujourd'hui, leurs mass médias, pour exacerber les sentiments des Iraniens et faire porter leurs slogans par certains d’entre eux. Mais reste à savoir quels objectifs les Etats occidentaux poursuivent en Iran. La RII présente, aujourd'hui, un modèle réussi de démocratie religieuse au monde, modèle qu'ont, favorablement, accueilli les Musulmans et les hommes épris de liberté. C'est pourquoi les Etats occidentaux ont eu recours à des actes de représailles. A titre d'exemple, ils s’efforcent de propager le modèle de la démocratie libérale, à travers le monde, pour contrer l'Ordre de la RII. Alors que la plupart des protestataires ont accepté la validité des élections présidentielles d'il y a quelques mois, les médias occidentaux tentent de jeter de l'huile sur le feu. Furieux des positions indépendantes et contre l’hégémonie des super-puissances du monde de l’Iran, l'Occident n’a lésiné sur rien pour affaiblir l'Ordre de la RII. Mais il n'est pas, jusqu'ici, parvenu à son but. Après avoir eu recours aux expériences infructueuses et sans résultat que sont les sanctions économiques, les coups d'Etat, et la création de troubles, ces échecs l’ont poussé à recourir à d'autres méthodes, telles que la guerre douce ou « soft war » et la guerre de nerfs contre la RII. Depuis son avènement, en 1979, la RII a poursuivi sa politique de principe, consistant à défendre les déshérités du monde, notamment, les Musulmans. Défendre les Palestiniens, les Irakiens, les Afghans et les autres nations opprimées et tenir tête aux puissances hégémoniques, telles que les Etats-Unis et le régime sioniste, sont les politiques de la RII qui ont bouleversé les calculs de l'Occident au Moyen-Orient. C'est la raison pour laquelle les pays occidentaux apportent leur soutien total aux troubles temporaires à l'intérieur de l'Iran. Les médias occidentaux s’efforcent de créer des dissensions entre le peuple et les autorités iraniennes et de porter atteinte au prestige et à la place éminente du leadership de l'Ordre islamique. Mais on doit rappeler à ces derniers que le scénario de la guerre douce, ainsi que le projet de la révolution colorée, à l’image de celles qui sont survenues, en Ukraine ou en Géorgie, ont échoué. La plupart des experts pensent que si l'Occident ne s'était pas ingéré dans les affaires intérieures iraniennes, les événements post-électoraux, en Iran, auraient pris fin depuis longtemps. http://french.irib.ir/ Lien permanent
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Gaza sous le feu : Les mystères de l’impuissance arabe
Une chose est sûre : l’impuissance arabe face aux événements qui se succèdent dans la région est simplement ahurissante. Les bombardements que subit Gaza depuis le 27 décembre 2008 et qui viennent d’être accompagnés depuis le 3 janvier par une incursion israélienne terrestre, sont venus mettre à nu des régimes arabes divisés plus que jamais. Il n’est même pas exagéré de dire que ce 27 décembre 2008 est un jour historique pour l’ensemble du monde arabe, historique dans le sens où cette partie du monde ne sera plus la même après les événements de Gaza : divisé entre régime modéré et régime extrémistes, le monde arabe a commencé une métamorphose aux conséquences dévastatrices : une métamorphose qui se fait dans la division. Et cette division aboutie à une impuissance complète. Avant d’analyser de près quelques illustrations de l’impuissance arabe qui -contrairement à ce que disent certains- n’a pas commencé avec les événements de Gaza ; ces événements n’ont fait que la sortir au grand jour, essayons de voir de près l’historique de cette discorde. Je commence par un adage arabe très célèbre selon lequel « les arabes se sont mis d’accord pour ne jamais se mettre d’accord », l’existence de ce genre d’expressions populaires témoigne du fait que les pays arabe souffrent (depuis toujours !) d’un problème de concordance des points de vues et d’unanimité dans les prises de décisions. Seulement, ce qui est nouveau, c’est que d’une part ces divergences deviennent de plus en plus médiatisées. Et d’autre part, les régimes arabes ne tentent même plus de sauver la face avec les mises en scène habituelles (sommets arabes, réunions d’urgence…) qui avaient pour seule mission de faire croire aux populations de ces pays qu’il y avait encore de l’espoir de voir émerger un jour un monde arabe uni. L’amplification de cette division arabe commencera avec deux événements de taille : 1- L’effritement du trio : Egypte – Arabie Saoudite – Syrie qui représentait les différentes tendances existantes dans le monde arabe et qui avait un certain poids sur le plan international. Depuis l’assassinat de Rafik Hariri le 14 février 2005, ce trio a commencé sa descente aux enfers et aujourd’hui la Syrie a préféré à cette union une autre qui est celle avec l’Iran (et le Hamas). Alors que l’Arabie Saoudite a montré sa volonté de devenir une puissance régionale (et partant de prendre la place Egyptienne) ce qui n’a pas fait plaisir aux autorités du Caire. 2- La perte progressive –mais quasi-totale- par l’Egypte de sa place de leader (ou de porte drapeau) des pays arabe. « L’Egypte –tenue par son traité de paix avec Israël, affaiblie par sa dépendance à l’égard de l’aide américaine, terrifiée par l’extrémisme des Frères musulmans, accablée par les difficultés internes et obsédée par le problème de la succession d’un président Hosni Moubarak a bout de souffle – semble totalement incapable du moindre geste qui puisse soulager la misère de Gaza à ses portes. »* Nous pouvons donc faire remonter à l’assassinat de Rafik Hariri, les premiers signes flagrants de cette division arabe. D’autres événements viendront par la suite amplifier d’avantage la discorde. *2 Au Liban, après la capture de soldats israéliens par le Hezbollah dans le but de les échanger avec l’Etat hébreu contre des prisonniers libanais, Israël mena en juillet 2006 une guerre contre le Liban causant la mort de plus de 1000 personnes et la destruction de la majorité des infrastructures libanaises. A l’occasion de cette guerre, les pays arabes avaient encore une fois des postions divergentes : Ce qu’on appelle désormais l’axe des pays « modérés » considère que la responsabilité de ce massacre est a attribué aux « milices terroristes » du Hezbollah (shiite) qui ne feraient qu’exécuter les ordres de leurs parrain Iranien qui souhaite devenir une puissance régionale dominante au détriment des pays arabes. De l’autre coté, pour ce qui est de l’axe des « extrémistes », le Hezbollah n’avait fait que son rôle de résistance et la responsabilité ne peut être attribuée à ses milices mais plutôt à « l’ennemi israélien » qui n’a pas besoin de prétexte pour commettre ses crimes. Une guerre médiatique et politique intense aura lieu entre les deux axes. Désormais, l’union arabe est aux oubliettes. Enfin, cela se confirmera avec les événements qui auront lieu dans la bande de Gaza en juin 2007. Le 15 juin 2007, suite à une guerre civile inter-palestinienne, les milices du Hamas finiront par prendre le pouvoir dans la bande de Gaza, évinçant totalement l’autorité palestinienne représentée par le Fath du président Mahmoud Abbas. Encore une fois, les régimes arabes avaient des positions divergentes sur ce qui venait de se passer : les modérés appuyaient « l’autorité légitime et légale » à savoir l’autorité palestinienne, accusant le Hamas de jouer le jeu de l’Iran. Et les « extrémistes » pour qui leurs adversaires étaient au solde des américains et des israéliens, soutenaient le Hamas. Hamza Belloumi * Jeune Afrique, n° 2501, p.42 *2 En réalité le division du monde arabe remonte au début du 20 ème siècle. Mais des evènements particuliers viennent nous rappeler cette division : la guerre contre l'Irak a déjà été une heure de vérité pour le "monde arabe"
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Le Roi Mohammed VI a prononcé hier soir un important discours consacré entièrement à la Régionalisation élargie. Le discours royal marque, en effet, un tournant majeur dans le grand chantier des réformes lancées et mises en œuvre depuis quelques années. Cependant, dans le fond comme dans la forme, le discours du dimanche 3 janvier 2010, marqué au sceau de l'innovation constitue une rupture méthodologique parce qu'il interpelle directement l'ensemble des composantes de la nation, politiques, économiques, financières sociales, culturelles et humaines... «Conformément à l'approche participative dont nous avons ancré l'usage dans toutes les réformes majeures, a souligné le Souverain, nous appelons la Commission à un travail d'écoute et de concertation avec les instances et les acteurs concernés et qualifiés. Nous attendons de cette Commission qu'elle mette au point la conception générale d'un modèle national de régionalisation avancée, englobant toutes les régions du Royaume et qu'elle le soumette à notre haute appréciation à la fin du mois de juin prochain ». C'est peu dire que l'exergue royal est en elle-même une mission et un exaltant soutien du Roi aux membres de la Commission. Carte des Régions Abdelillah Benkirane, le Secretaire Général du PJD Islamiste a fait remarqué à juste titre que le Maroc a toujours été au cours de son histoire un Etat Fédéral où les régions autonomes avaient des liens de Beyaa ( Allégeance) avec les souverains et bénéficiaient d'une forte autonomie de gestion des affaires locales. Le projet marocain d'autonomie et les expériences étrangères : le modèle belge Du point de vue du régime politique, le Maroc et la Belgique sont deux monarchies constitutionnelles. Mais leur organisation étatique est différente : le Maroc est un Etat unitaire, la Belgique un Etat fédéral, alliant le fédéralisme culturel et personnel (communautés linguistiques) et fédéralisme territorial (régions). Historiquement, la Belgique s'est transformée d'un Etat unitaire en un Etat fédéral sur une période de plus de vingt ans, de 1970 à 1993. Le problème linguistique, et plus généralement culturel, se trouve à l'origine de ce processus. La révision constitutionnelle de 1970 a créé trois communautés culturelles (la communauté flamande, la communauté française et la communauté germanophone), et aussi trois régions (la région flamande, la région wallonne, la région bruxelloise) pour répondre à des aspirations de développement économique. Ces entités se superposent sur des territoires qui se recoupent largement mais ne coïncident pas complètement. En 1993, une nouvelle révision de la Constitution et de nouvelles lois achèvent de transformer l'État belge en un État fédéral. Les compétences des entités fédérées (Régions et Communautés) sont devenues plus étendues. Le Maroc, pays demeuré unitaire, applique la décentralisation administrative au niveau régional, et vient de proposer un projet de statut d'autonomie pour ses provinces du sud. Quels peuvent être les points de comparaison entre deux systèmes différents par nature, entre un statut particulier d'autonomie et un fédéralisme généralisé ? Le système belge constitue-t-il un modèle au sens où l'on peut s'en inspirer ? C'est ce qu'il convient de préciser en premier lieu. Le fédéralisme belge s'est construit sur une différenciation interne, pour résoudre des problèmes linguistiques, et non pas sur une unification d'Etats initialement indépendants. La Belgique est divisée culturellement et linguistiquement ; des revendications d'ordre économique ont achevé de provoquer des conflits politiques et engendrer un système de gouvernance complexe. Ce fédéralisme s'est fondé sur un compromis entre communautés et régions, toujours remis en cause ; de nombreuses divergences sont apparues en particulier depuis les élections législatives de juin 2007. Ce n'est pas donc en tant que modèle à suivre que l'exemple de la Belgique sera étudié ici. Ce qui retiendra notre attention, c'est la structure générale du système fédéral belge, du point de vue de l'organisation, de la répartition des compétences et du contrôle. D'un point de vue abstrait, les points communs, et les divergences, avec le projet marocain ne manquent pas, et contrairement à ce que l'on pourrait penser, le statut marocain d'autonomie est à certains égards assez évolué. C'est ce que nous allons montrer dans cet article. Mais il faut noter dès à présent que le fédéralisme belge est incomplet. Et pour cela il est considéré comme unique. D'une part, l'Etat belge garde certains traits de l'Etat unitaire. Les entités fédérées n'ont pas de constitution propre, leur statut étant essentiellement déterminé par la constitution fédérale et par des lois nationales dites spéciales, parce que votées à une majorité qualifiée. D'autre part, la Belgique présente les caractéristiques d'une confédération du fait de l'application de la règle dite de l'équipollence des normes qui met les entités fédérées sur un pied d'égalité avec l'État fédéral, et la possibilité pour ces entités de conclure des traités internationaux. D'autres caractéristiques remarquables seront exposées dans la comparaison synthétique qui va suivre. Nous traiterons le projet marocain d'autonomie à la lumière de l'expérience belge à travers les quatre thèmes principaux suivants : les organes centraux et locaux, la répartition des compétences, les mécanismes de régulation et de contrôle. I. Organes centraux et régionaux dans les deux systèmes Selon la Constitution belge, « le pouvoir législatif fédéral s'exerce collectivement par le Roi, la Chambre des représentants et le Sénat » (article 36). Ces derniers forment le Parlement, qui contrôle en outre le Gouvernement. Quant au pouvoir exécutif fédéral, il appartient au Roi (article 37). Le pouvoir judiciaire est, quant à lui, exercé par les cours et les tribunaux de la Fédération. Les arrêts et jugements sont exécutés au nom du Roi (article 40). Ce schéma de la séparation des pouvoirs est transposé au niveau des Communautés et des Régions, qui disposent chacune d'un organe délibérant doté de compétences législatives (le Parlement), et d'un organe exécutif : le Gouvernement, présidé par un Ministre-président. Ce dernier prête serment à la Constitution belge entre les mains du Roi des Belges. Mais les communautés et les régions n'ont pas de juridictions propres. Il convient de noter que le Projet marocain d'autonomie emprunte au fédéralisme le principe dit de participation. Ainsi, les populations de la Région autonome du Sahara sont représentées au sein du Parlement et des autres institutions nationales. Elles participent à toutes les consultations électorales nationales (article 18 du Projet Marocain d'Autonomie). S'agissant du projet marocain d'autonomie, les organes de la Région autonome du Sahara sont le Parlement de la Région, l'Exécutif régional exercé par un Chef de Gouvernement élu par le Parlement régional, et qui a qualité de Représentant de l'Etat dans la région. En outre, il est important de noter que, à la différence de l'exemple belge, le projet marocain précise que des juridictions peuvent être créées par le Parlement régional afin de statuer sur les litiges nés de l'application des normes édictées par les organes compétents de la Région autonome du Sahara. Leurs décisions seront rendues, en toute indépendance, au nom du Roi. Le même projet va plus loin et prévoit la création d'une haute juridiction dans la Région autonome du Sahara, le Tribunal Régional Supérieur, qui statue en dernier ressort sur l'interprétation de la loi de la région. II. La répartition des compétences entre pouvoir central et organes régionaux Malgré le caractère fédéral de la Belgique, c'est bien au niveau de la Constitution et des lois spéciales fédérales que sont déterminées les compétences respectives de l'Etat fédéral et des entités fédérées. A. Les compétences des entités fédérées en belgique La répartition des compétences entre le pouvoir central et les entités fédérées est prévue par l'article 35 de la Constitution qui stipule que « L'autorité fédérale n'a de compétences que dans les matières que lui attribuent formellement la Constitution et les lois portées en vertu de la Constitution même. Les communautés ou les régions, chacune pour ce qui la concerne, sont compétentes pour les autres matières, dans les conditions et selon les modalités fixées par la loi (...) ». Les compétences de l'Etat fédéral sont assez classiques : défense nationale, justice, sécurité sociale, une partie importante de la santé publique et des affaires intérieures, notamment. Les communautés et les régions exercent leurs compétences par voie de décret ayant valeur législative. Du fait du caractère fédéral de l'Etat, il n'y a pas de hiérarchie entre les normes édictées par l'Autorité fédérale et celles émanant des régions et communautés : un décret régional ou communautaire pris dans les matières appartenant à ces entités est équivalent à une loi fédérale. La Constitution ne prévoit pas de domaine de compétences concurrentes. Cependant, ce sont les lois fédérales qui s'imposeront aux différentes entités pour les compétences non attribuées, étant donné que la Constitution belge dispose que les compétences des entités fédérées sont nécessairement déterminées par une loi nationale. Selon les articles 127 à 129 de la Constitution belge, les Communautés ont des compétences dans les domaines suivants : Les matières culturelles. L'enseignement, à l'exception de la fixation du début et de la fin de l'obligation scolaire, des conditions minimales pour la délivrance des diplômes et du régime des pensions. Les matières personnalisables (notamment la politique de santé, la politique à l'égard des personnes handicapées sauf la sécurité sociale, qui demeure une compétence fédérale). L'emploi des langues pour les matières administratives, l'enseignement et les relations sociales entre les employeurs et leur personnel. La coopération entre Communautés et la coopération internationale, y compris la conclusion de traités, pour les matières culturelles, l'enseignement et les matières personnalisables. Les compétences des Régions ne sont pas explicitement délimitées par la Constitution, mais peuvent être modifiées par des lois à majorité spéciale. Les principales compétences des Régions sont actuellement, selon la liste établie par le Conseil Supérieur des Finances (service public fédéral présidé par le ministre des Finances) : Des compétences de politique économique, dont les aides à l'investissement et à l'emploi. L'emploi. Les transports. Les travaux publics. La politique scientifique relative à leurs compétences. L'énergie. L'épuration des eaux usées, la protection et la distribution d'eau. La politique des déchets et la protection de l'environnement. Les monuments et les sites. Le commerce extérieur. L'agriculture. La tutelle ainsi que le financement et l'organisation des provinces et des communes. Les relations internationales concernant des matières relevant de leur compétence. L'aide aux pays en développement. Comme on peut le constater, les compétences des Communautés sont réduites à des domaines précis, et ne concernent que l'aspect linguistique. Quant aux compétences des régions, elles ne sont nullement précisées par la Constitution, et ne bénéficient donc d'aucune véritable garantie d'existence. La Constitution belge ne consacre aux régions qu'un seul article (article 134) qui dispose que « Les lois prises en exécution de l'article 39 déterminent la force juridique des règles que les organes qu'elles créent prennent dans les matières qu'elles déterminent. Elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets ayant force de loi dans le ressort et selon le mode qu'elles établissent ». Selon l'article 39, la loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la compétence de régler les matières qu'elle détermine, à l'exception de l'emploi des langues utilisées en Belgique, et des compétences expressément attribuées aux communautés par les articles 127 à 129 de la Constitution. B. Les compétences de la région autonome du sahara dans le cadre du projet marocain Comme on vient de le constater, la répartition des compétences entre régions et communautés belges se fait selon deux critères principaux : le premier s'attache à la langue et à la culture et justifie la création des communautés. Le second est lié à la réalisation autonome du développement économique et a conduit à la création des régions. Le Projet marocain d'autonomie est différent. Il a pour objet de créer une région à statut dérogatoire, dotée de compétences globales, culturelles, économiques et sociales. Ceci dit, l'Etat se réserve les prérogatives régaliennes, comme cela est de règle dans tous les pays, en particulier la défense, les relations extérieures et les attributions constitutionnelles et religieuses du Roi. Alors que les compétences de la Région autonome du Sahara concernent essentiellement les domaines suivants : De l'administration locale, de la police locale et des juridictions de la Région. Economique : le développement économique, la planification régionale, l'encouragement des investissements, le commerce, l'industrie, le tourisme, et l'agriculture. Du budget et de la fiscalité de la Région. Des infrastructures : l'eau, les installations hydrauliques, l'électricité, les travaux publics et le transport. Social : l'habitat, l'éducation, la santé, l'emploi, le sport, la sécurité et la protection sociales. Culturel, y compris la promotion du patrimoine culturel sahraoui hassani. De l'environnement. En raison du caractère unitaire de l'Etat - et cela est vrai même pour un Etat fédéral, la Belgique étant une exception - la région autonome du Sahara ne peut conduire les relations extérieures. Cependant, dans un souci de concertation et de participation, le Projet marocain d'autonomie prévoit que « La responsabilité de l'Etat dans le domaine des relations extérieures sera exercée en consultation avec la Région autonome du Sahara concernant les questions qui se rapportent directement aux attributions de cette Région. La Région Autonome du Sahara peut, en concertation avec le Gouvernement, établir des liens de coopération avec des Régions étrangères en vue de développer le dialogue et la coopération interrégionale » (point 15 du Projet Marocain d'Autonomie). Quant à L'Etat, il conservera la compétence exclusive, notamment sur : Les attributs de souveraineté, notamment le drapeau, l'hymne national et la monnaie. Les attributs liés aux compétences constitutionnelles et religieuses du Roi, Commandeur des croyants et Garant de la liberté du culte et des libertés individuelles et collectives. La sécurité nationale, la défense extérieure et de l'intégrité territoriale. Les relations extérieures. L'ordre juridictionnel du Royaume. Enfin, les compétences qui ne sont expressément attribuées seront exercées conjointement sur la base du principe de subsidiarité. III. La régulation et le contrôle de l'exercice des compétences A. Cas de la belgique La Constitution belge réserve un chapitre V à la Cour constitutionnelle et à la prévention et au règlement des conflits. En effet, la question de la prévention des conflits de compétence est prévue par la Constitution belge dans son article 141 selon lequel : « La loi organise la procédure tendant à prévenir les conflits entre la loi, le décret et les règles visées à l'article 134 [compétences des régions], ainsi qu'entre les décrets entre eux et entre les règles visées à l'article 134 entre elles ». D'autre part, il existe, « pour toute la Belgique, une Cour constitutionnelle, dont la composition, la compétence et le fonctionnement sont déterminés par la loi. Cette Cour statue par voie d'arrêt sur : 1° les conflits visés à l'article 141; 2° la violation par une loi, un décret ou une règle visée à l'article 134, des articles 10, 11[1] et 24[2]. 3° la violation par une loi, un décret ou une règle visée à l'article 134, des articles de la Constitution que la loi détermine. La Cour peut être saisie par toute autorité que la loi désigne, par toute personne justifiant d'un intérêt ou, à titre préjudiciel, par toute juridiction. (...) » (article 142). B. Cas du projet marocain d'autonomie Ce projet dispose, dans son point 24 que « Les lois, les règlements et les décisions de justice émanant des organes de la Région autonome du Sahara doivent être conformes au Statut d'autonomie de ladite Région et à la Constitution du Royaume ». Il existe au Maroc un Conseil constitutionnel, chargé en partie du règlement de la répartition des compétences entre autorités publiques centrales (Gouvernement et Parlement), et du contrôle de constitutionnalité des lois. Il faut y ajouter aussi le contrôle de régularité des actes administratifs des organes autonomes. En principe, la Constitution doit poser, d'une manière générale, le principe du contrôle des actes émanant des organes de la région autonome. Les hypothèses principales doivent être prévues, et l'organe de contrôle désigné. Ainsi, le contrôle des actes émanant des organes de la Région autonome s'exercera, par le Conseil constitutionnel en ce qui concerne la constitutionnalité des lois et des actes ayant force de loi, ainsi que les conflits de répartition des compétences entre l'Etat et la Région autonome. Et par la juridiction administrative en ce qui concerne l'administration de la région autonome et ses actes réglementaires. Conclusion Le Projet marocain d'autonomie pour la Région du Sahara est conçu pour donner à une région déterminée un statut garantissant son essor économique et social dans le cadre de l'unité et de la souveraineté nationale. L'Initiative marocaine demeure innovante et courageuse, dans la mesure où elle attribue à la région autonome des compétences exclusives globales dans son ressort, des juridictions propres, des organes démocratiquement élus, le tout étant garanti par la Constitution et non par de simples lois. Tous les éléments de réussite de cette Initiative sont réunies. [1] Article 10 : « Il n'y a dans l'État aucune distinction d'ordres. Les Belges sont égaux devant la loi; seuls ils sont admissibles aux emplois civils et militaires, sauf les exceptions qui peuvent être établies par une loi pour des cas particuliers. L'égalité des femmes et des hommes est garantie ». Article 11 : « La jouissance des droits et libertés reconnus aux Belges doit être assurée sans discrimination. A cette fin, la loi et le décret garantissent notamment les droits et libertés des minorités idéologiques et philosophiques ». [2] Cet article est relatif à de nombreux droits et libertés fondamentales. Abdallah HARSI Professeur à la faculté de droit de Fès Lien permanent
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«(...) De plus, le processus de transformation, même s’il apporte un changement révolutionnaire, risque d’être long, en l’absence de quelque événement catastrophique et catalyseur - tel qu’un nouveau Pearl Harbour.(...)» Project for New American Century (Pnac) Chems Eddine CHITOUR Cette phrase tirée du document Pnac ; «Projet pour un nouveau siècle américain» mis en place par les néoconservateurs américains, explique à bien des égards, la situation mondiale actuelle et le président actuel est dans une grande mesure amené à suivre dans ses grandes lignes le «projet» peut-être avec des méthodes plus enveloppées- dans de beaux discours- et moins brutales que celles de son prédécesseur, le résultat final devant être toujours le même : la suprématie des Etats-Unis à tout prix. La vieille Europe n’étant là que pour suivre comme supplétif ce que décide le maître du monde. Il faut comprendre que l’impérialisme , ne peut dans l’absolu, perdurer que s’il s’appuie sur des situations conflictuelles permanentes qui lui donnent des raisons d’intervenir dans le sens de ses intérêts. Toute l’histoire de l’hégémonie américaine est jalonnée « d’incidents » qui furent le point de départ d’une guerre de conquête pour s’approprier des territoires ( Guerre avec le Mexique, l’Espagne) ou des marchés . Ainsi l’incident de Pearl Harbour a été programm é dit-on pour pousser à bout les Japonais qui sont alors tombés dans le piège qui leur a valu deux bombes atomiques malgré les offres de reddition. Ce fut aussi le cas de l’incident du Tonkin qui vit le démarrage de l’aventure vietnamienne. Beaucoup d’historiens font un lien entre les attentats du WTC et le besoin des Etats Unis de s’assurer une main mise définitive sur le Moyen Orient en vue d’en contrôler les ressources en hydrocarbures. Pour s’en convaincre, il suffit de suivre le tracé des pipes et les positions des puits de pétrole pour nous apercevoir sans surprise de l’implantation des bases américaines… En clair la citation tirée du PNAC nous incite à comprendre que "si l’incident n’existe pas il faut le créer !" Tout s’est accéléré il y a une vingtaine d’années. 1989, le mur de Berlin tombe. A l’automne1991, l’empire soviétique - l’empire du mal dans la doxa occidentale- n’est plus que l’ombre de lui-même ; il s’écroule en quelques semaines, le 25 décembre, il perd la moitié de sa population et une partie de son territoire au profit de Républiques dont le souci premier est de se déclarer indépendantes et s’arrimer à l’Occident. Le rouleau occidental ne s’arrête pas là, il n’eut de cesse d’attiser les rivalités dans le monde et les crises de la Russie avec l’Ukraine et surtout avec la Géorgie - crise de l’été 2008- participent de cette entreprise de déstabilisation planétaire de tout ce qui s’oppose à la «civilisation occidentale», elle seule habilitée à «dicter la norme». Dans ce cadre, elle a mis en place un véritable gouvernement mondial qui ne dit pas son nom. Un «gouvernement occidental du monde» qui a profondément structuré la décennie 2000-2009. C’est ainsi que graduellement, la mondialisation s’est emparée du monde, elle lamine les économies, casse les barrières douanières au profit des produits manufacturés de l’Occident. Pour cela l’OMC fut mise en place pour réguler le marché. Les prix des matières premières du Sud sont décidés au Nord dans des Bourses (New York, Londres, Rotterdam, Paris). Plus tard, suite à la crise financière 2007-2009 due à des manipulations boursières qui ont ruiné des millions de petits épargnants mais pas les banques qui se sont vues renflouées à coups de centaines de milliards de dollars, fut institué le G20 qui réunit les vingt principales économies mondiales où, pour la première fois, on intègre les pays émergents pour mieux les contrôler... en vain. Les organisations multilatérales ont de plus en plus un rôle marginal, c’est le cas des Nations unies, ce «grand machin» dont parlait De Gaulle avec un rôle aussi pâle que ne l’est le secrétaire général de l’ONU et de ses agences (Unesco, Fao, Unicef, Pnud). Tout se décide au niveau du Conseil de sécurité. Les trois principaux membres font ce qu’ils veulent sous la direction unique des Etats-Unis. Mieux, le bras armé du gouvernement mondial est l’Otan qui devait disparaître en principe avec la disparition du Pacte de Varsovie mais qui est toujours là est plus agressif que jamais. D’ailleurs le marché des armes ne s’est jamais aussi bien porté avec 1200 milliards de dollars. Les armes sont vendues par les pyromanes (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Russie Israël) qui jouent par la suite, s’agissant des Occidentaux, le rôle de pompiers dans le cadre du -droit d’ingérence humanitaire- concept forgé par un certain Dr Kouchner qui ne parle, lui aussi, que de guerre, de civilisation, de valeurs occidentales s’agissant de porter la démocratie aéroportée, c’est-à-dire imposer la mort, la misère au nom du magistère dixit de la Nouvelle Rome. Jacques Diouf, le directeur général de la Fao demande 50 milliards de dollars pour éradiquer la faim. Les promesses des Nations unies en 2000 pour éradiquer la faim dans le monde deviennent une vue de l’esprit. Après la chute de l’Union soviétique, l’Occident s’est trouvé en l’Islam, un nouveau Satan de rechange selon la prophétie de Huntington. La civilisation confucéenne est «épargnée». Le Pnac Project for New Age Century représente la doctrine autour de laquelle s’articule la politique mondiale des Etats-Unis, il faut s’assurer avant tout des sources d’approvisionnement pérenne en énergie. Peu importe le prix que les faibles auront à payer même s’ils se chiffrent par centaines de milliers. Si c‘est le prix à payer pour faire partir Saddam Hussein, ce n’est pas cher payé, disait Madeleine Albright à propos des 500.000 enfants irakiens morts des suites du blocus. Israël, toujours... Pendant cette décennie, en dehors des morts palestiniens sous le feu israélien, nous avons vu par deux fois ces mêmes Israéliens détruire un pays et ses infrastructures en juillet 2006. On peut reprocher beaucoup de choses au mouvement Hizbollah sauf celui d’avoir, dans les faits, vaincu les Israéliens, ce que toutes les armées arabes guidées par l’Egypte n’ont jamais pu faire. Il en fut de même pendant trois semaines fin décembre 2008 janvier 2009. Toute la haine et le déluge de feu d’Israël s’est déversé sur la Bande de Gaza. 1400 morts -dont 400 enfants- Plus tard, Israël est toujours aussi arrogant. Sous l’oeil complice de l’Occident, celui de Bush pendant huit ans, mais aussi celui d’Obama -dont on espérait qu’il arriverait à contrôler Israël. Peine perdue. Il ne peut pas et il ne veut pas. Pourquoi cette décennie est, le pensons- nous, noire pour l’humanité? Il n’y a pas un conflit qui n’a pas eu des soubassements matériels ou idéologiques. C’est encore pire quand les deux paramètres sont croisés comme nous le verrons. Le capitalisme sauvage et la mondialisation ont laminé les économies des pays vulnérables en rendant de plus en plus pauvres les pays qui n’arrivent pas à payer leur dette. Quand un enfant meurt toutes les cinq secondes, il y a quelque chose de pourri dans l’humanité. De la décennie, nous devons retenir la mort de milliers d’Irakiens et aussi l’invasion de l’Irak malgré le veto français. Souvenons nous : le 15 février, au moins 10 millions de personnes défilent dans plus de 600 villes du monde contre la guerre d’Irak. Le 9 avril : le régime de Saddam Hussein en Irak tombe. Prise du pouvoir par les Etats-Unis qui installent un proconsul. Le 13 décembre 2003 : arrestation de Saddam Hussein à Tikrit. La télévision insiste pour le démonétiser en le présentant hirsute avec les yeux hagards. Le 31 décembre 2006, Saddam Hussein fut digne lors de son exécution filmée le jour de l’Aïd el Adha comme s’il était le mouton du sacrifice. Les Etats-Unis de Bush ont mis le plus grand soin à donner l’apparence d’une «justice» exclusivement irakienne (sachant que la majorité gouvernementale est chiite). L’exécution du «sunnite» Saddam Hussein par un gouvernement «chiite» le jour même d’Al Adha, le 31 décembre 2006, n’aurait eu, en définitive, qu’un but : exacerber les tensions confessionnelles et provoquer enfin cette guerre civile qui ne veut pas vraiment éclater malgré tous les efforts déployés. Cette guerre a éclaté vraiment, les troupes américaines se retireront d’Irak. Exactement comme les Britanniques avaient fait en Palestine en 1948 et les Israéliens en atomisant l’unité palestinienne. Les Américains et leurs alliés qui ont envahi l’Irak sur la base d’un mensonge -les armes de destruction massive-, en utilisant bombes à phosphore, bombes à fragmentations, uranium appauvri ont tué, meurtri, saccagé, détruit une civilisation qui a connu l’enfance de l’humanité. Les premiers Gis ne sont pas allés protéger le musée de Baghdad unique en son genre mais plutôt le ministère du Pétrole. Massacrer les corps ne leur suffit pas, il faut aussi s’en prendre à ce que les êtres ont de plus intime comme ils l’ont fait à Abu Ghraïb, comme ils l’ont fait en photographiant, sans manquer de diffuser mondialement les images, comme ils l’ont fait en ce jour d’Aïd, Jour de trêve et de joie pour un milliard et demi de musulmans. La réponse fut dérisoire mais qui fit le tour du monde. Elle fut donnée par Montadher Az Zaïdi qui lança ses chaussures à l’assaut d’un Bush venu rendre visite en décembre 2008 à un Irak en lambeaux. Les «damnés de la terre» de par le monde eurent un rare moment de bonheur... En tout cas, pas les potentats musulmans ont bien reçu le message : C’est la reddition en définitive en rase campagne, à commencer par El kaddafi qui fait allégeance en sacrifiant tout ce qui lui reste de dignité. C’est aussi le cas des potentats du Golfe qui ont permis la démolition de l’Irak. C’est le cas de l’Egypte qui donne l’exemple d’un maton pour le compte d’Israël et suprême injure, à la dignité humaine : elle érige un mur de la honte pour empêcher des damnés de la terre de venir se ravitailler pour ne pas mourir des suites d’un blocus inhumain de Ghaza. Une fatwa du Conseil de recherche islamique d’Al Azhar, présidé par l’imam Mohamed Sayed Tantaoui, nommé par le président Hosni Moubarak, a qualifié de «légitime le droit de l’Egypte de construire une barrière qui empêche les nuisances venant des tunnels construits sous Rafah». Comment expliquer «l’acharnement de l’Occident à dicter sa norme à des pays arabes en déshérence au nom de la lutte contre l’Islamisme?». Mérick Freedy Alagbe fait remonter les faits à la fin des années 90. Il écrit : «Dans l’euphorie ambiante, Francis Fukuyama publie La fin de l’histoire et le dernier homme qui traduit sa vision d’un monde marqué par la prééminence de la démocratie libérale occidentale. Pour lui, l’humanité a atteint le bout de sa fécondité idéologique et le modèle occidental s’impose comme la forme accomplie de gouvernement des humains. En l’absence d’alternative sérieuse, le monde ne pouvait désormais qu’être homogène. Condescendance ethnocentrique ou angélisme? En tout cas, ce tableau pour rassurant qu’il soit, ne résistera pourtant pas aux vaticinations à la Cassandre de Samuel Huntington, qui y jettera une ombre d’inquiétude ». « La fin des idéologies, loin de voir émerger un monde pacifique, avec l’universalisation des valeurs et principes d’organisation politique qu’épouse l’Occident chrétien, ouvre au contraire une nouvelle page de l’histoire, où les prodromes d’un "choc des civilisations" n’ont jamais été aussi prégnants. (...)Elle sera cependant pompeusement réhabilitée au lendemain des attentats du 11 Septembre 2001 et l’engagement militaire des Etats-Unis en Afghanistan et plus tard en Irak, sous le slogan de "Croisade" contre le terrorisme.(1) En effet, dans la présentation synoptique que S. Huntington nous fournit sur les grandes lignes de fracture entre les différentes civilisations, deux grandes entités distinctes que tout semble opposer retiennent l’attention : l’Occident, imprégné de culture judéo-chrétienne et le Proche-Orient de tradition islamique. Les autres communautés, bouddhiste, taoïste, shintoïste, hindouiste...ayant subi aussi des risques d’anomie face à la montée en puissance de l’Occident chrétien - à la pointe de la technologie - ont su par moments se résigner à cette hégémonie tout en se préservant de la destruction. La tactique semble d’ailleurs payer aujourd’hui car dans leur capacité d’adaptation aux différentes mutations qui affectent le monde, ces nations recouvrent peu à peu leur dynamisme économique et leur prospérité d’antan.» C’est le cas de la Chine, du Japon, et de l’Inde dont le dynamisme économique durant la décennie fait rêver l’Occident. En effet, entre 1999 et 2009, l’économie mondiale a connu de grands bouleversements. Leur point commun : la vitesse à laquelle ils se sont produits. Dans le même temps, un autre facteur marque tout autant : l’accélération du rythme de ces changements. Accélération tout d’abord chinoise. Avec un taux de croissance annuelle de 10%, la Chine double son produit intérieur brut tous les 7 ans et demi. Il avait fallu 58 ans au Royaume-Uni, pour doubler son revenu par tête à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles ; 47 ans aux Etats-Unis, entre 1839 et 1886 ; 34 ans au Japon entre 1885 et 1919. La Chine l’a fait plus de trois fois depuis 1978. En 1999, elle occupait la 7e place mondiale, derrière l’Italie. L’an prochain, elle devrait être numéro deux, derrière les Etats-Unis.(2) Les uns et les autres «Mais la réaction des communautés musulmanes, poursuit Alagbe, essentiellement concentrées dans le Golfe arabo-persique et en Afrique du Nord, ne sera pas identique. La résistance à la suprématie occidentale et à ses éclaboussures culturelles, tourne parfois à l’affrontement ouvert, souvent illustré par des actes terroristes. On pouvait entendre A. Meddeb décrire cette situation en ces termes : "Depuis la fin du XVIIIe siècle, l’Islam n’a pas trouvé les moyens de riposter à l’hégémonie occidentale. De nos jours, nombreux sont ceux qui se sentent tellement impuissants face à l’hyperpuissance américaine que la violence sacrificielle leur apparaît comme la seule réponse." (...) Alors que prévaut en Occident le constitutionnalisme qui pose les normes d’acquisition du pouvoir et son usage, et la démocratie libérale avec toutes les libertés qu’elle implique, de l’autre côté du Bosphore et en Afrique du Nord, les monarchies héréditaires, les pouvoirs autocratiques, les dictatures...ont encore de beaux jours devant eux (...).»(1) On l’aura compris, le refus de l’alternance est une des causes de l’arriération de ces pays qui sont peut être riches d’une rente imméritée mais pas développés. S’agissant par contre des pays asiatiques qui talonnent l’Occident, selon le diplomate Mahbubani, pendant des siècles, les Asiatiques ont eu le sentiment d’avoir été exclus de l’histoire mondiale. Aujourd’hui, ils sont prêts à devenir des acteurs à part entière, après avoir intégré les «bonnes pratiques» de l’Occident - l’économie de marché, les sciences et les technologies, la méritocratie, l’Etat de droit, le pragmatisme, la culture de la paix et le développement de l’éducation. Tels sont, selon Kishore Mahbubani, les «sept piliers de la sagesse occidentale» dont se sont inspirés les pays asiatiques pour avancer à grands pas. L’Occident saura-t-il résister à l’ascension économique vertigineuse de l’Asie? L’Asie n’a nulle intention de dominer l’Occident, elle y puise simplement les solutions qui lui permettront de tourner définitivement la page de la pauvreté. Mais elle nous met aussi en garde : l’Occident devra à son tour renoncer à sa domination, notamment sur les institutions internationales.(3). L’Occident deviendra alors une simple «province du monde», selon J.-C. Guillebaud avec seulement 9% de la population mondiale en 2025. Le permettra-t-il? Cette nouvelle décennie nous donnera la réponse. 1.Mérick Freedy Alagbe : L’impensé du Choc des civilisations.Agoravox 2 janvier 2010 2.Frédéric Lelièvre : Accélération, mot-clé de la décennie. LeTemps.ch. 23 décembre 2009 3.Kishore Mahbubani : Le défi asiatique. Editions Fayard 2008 Pr Chems Eddine CHITOUR Ecole Polytechnique enp-edu.dz
Tags : obaùa, usa, monde, geopolitique, histoire, moyen_-orient

References: l'article 1
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