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Timestamp: 2019-04-18 15:50:53+00:00

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12 mars 2008 : Albanie ( texte déposé au sénat - première lecture )
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Enregistré à la Présidence du Sénat le 12 mars 2008
autorisant la ratification de l'accord de stabilisation et d'association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d'une part, et la République d'Albanie, d'autre part,
L'Union européenne a lancé en juin 19991(*) le processus de stabilisation et d'association, cadre d'une nouvelle politique ambitieuse et à long terme vis-à-vis des pays des Balkans occidentaux (Albanie, Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), Bosnie-Herzégovine, Croatie, République fédérale de Yougoslavie). Cette politique se fonde sur les éléments suivants :
- l'idée qu'une perspective européenne crédible, une fois les conditions remplies, est le meilleur levier pour inciter ces pays à réaliser les réformes nécessaires. Conformément aux conclusions du Conseil européen de juin et décembre 2006, le rythme de l'élargissement devra tenir compte de la capacité d'absorption de l'Union européenne à intégrer de nouveaux États membres ;
- la nécessité que les pays de la région établissent entre eux des relations normales, afin de contribuer à la stabilité politique et économique de la région ;
- le désir d'adopter une approche fondée sur des éléments communs (conditions politiques et économiques définies précisément dans l'accord), tout en permettant à chaque pays de progresser à son rythme et selon ses mérites.
Le processus de stabilisation et d'association représente un engagement à long terme de l'Union européenne vis-à-vis de cette région, tant sur le plan des efforts politiques que sur celui des ressources financières et humaines. Il constitue un cadre général, qui s'appuie sur trois éléments :
- un nouveau type de relation contractuelle, les accords de stabilisation et d'association (ASA), pierre angulaire du processus et étape fondamentale dans sa réalisation. La conclusion de ces accords, fortement inspirés des accords européens, marque l'engagement des signataires de parvenir, au terme d'une période de transition, à une pleine association avec l'Union européenne, l'accent étant mis sur le respect des principes démocratiques essentiels et sur la reprise des éléments fondamentaux de l'acquis communautaire ;
- un programme unique d'assistance à la région, le programme communautaire d'assistance à la reconstruction, au développement et à la stabilisation des Balkans occidentaux (CARDS)2(*), doté d'un montant de référence financière indicatif de 4,65 milliards d'euros pour la période 2000-2006. Ce programme visait à accompagner et conforter le processus de réformes démocratiques, économiques et institutionnelles dans les pays de la région. Dans le cadre des perspectives financières 2007-2013, le nouvel instrument de pré-adhésion (IPA)3(*) s'y est substitué depuis le 1er janvier 2007. Le document de planification pluriannuelle pour l'Albanie prévoit une enveloppe de 306,1 millions d'euros pour la période 2007-2010 ;
- des préférences commerciales asymétriques exceptionnelles, destinées à favoriser l'accès au marché communautaire des produits industriels et agricoles des Balkans, de façon à contribuer au redémarrage de leurs économies par une stimulation de leurs exportations4(*).
La République d'Albanie est, après l'ARYM et la Croatie, le troisième pays de la région à avoir signé un accord de stabilisation et d'association. Sur la base des conclusions favorables de l'étude de faisabilité de la Commission, le Conseil affaires générales et relations extérieures d'octobre 2002 a adopté les directives de négociation en vue d'établir un accord de stabilisation et d'association. Les négociations, engagées par la Commission sous présidence grecque, ont pu être conclues sous présidence autrichienne, permettant de procéder au paraphe de l'accord le 18 février 2006 à Bruxelles. Il a été signé à Luxembourg le 12 juin 2006, entre les représentants de la Communauté et des États membres d'une part, et de la République d'Albanie, d'autre part (accord mixte, sur la base de l'article 310 du traité instituant la Communauté européenne).
L'accord est structuré en un préambule et cent trente-cinq articles répartis en dix titres. Y sont joints cinq annexes, six protocoles et quatorze déclarations communes ou unilatérales.
1° Le préambule contient une « clause évolutive » alignée sur les conclusions des Conseils européens de Cologne (§ 72) et Feira (§ 67), qui confirme à la République d'Albanie sa qualité de candidat potentiel à l'adhésion : « rappelant la volonté de l'Union européenne d'intégrer dans la plus large mesure possible l'Albanie dans le courant politique et économique général de l'Europe et le statut de candidat potentiel à l'adhésion à l'Union européenne de ce pays, sur la base du traité sur l'Union européenne et du respect des critères définis par le Conseil européen de juin 1993, sous réserve de la bonne mise en oeuvre du présent accord, notamment en ce qui concerne la coopération régionale. » Cette clause évolutive est similaire à celle qui avait été adoptée pour les ASA ARYM et Croatie ;
2° L'article 1er énonce les objectifs de l'association : le renforcement du dialogue politique, un rapprochement de la législation de l'Albanie avec celle de la Communauté, l'achèvement de la transition vers une économie de marché, l'établissement progressif d'une zone de libre-échange avec la Communauté, le développement de la coopération régionale ;
3° Le titre Ier (articles 2 à 7) porte sur les principes généraux de l'accord. Outre le respect des principes démocratiques, des droits de l'homme et de l'économie de marché, qui constituent des éléments essentiels de l'accord, sont également citées les conditionnalités politiques et économiques de l'approche régionale de l'Union européenne (telles qu'énoncées dans les conclusions du Conseil du 29 avril 1997), ainsi que le développement de la coopération régionale et de relations de bon voisinage. L'association sera entièrement réalisée au terme d'une période transitoire maximale de dix ans, divisée en deux périodes successives : quatre ans après l'entrée en vigueur de l'accord, le conseil de stabilisation et d'association évalue les progrès accomplis et décide du passage à la seconde phase et de la durée de celle-ci. Cette division vise à permettre la mise en oeuvre progressive des dispositions de l'accord et à se concentrer pendant la première phase sur les domaines décrits au titre VI de l'accord : marché intérieur, concurrence, droits de la propriété intellectuelle, industrielle et commerciale, marchés publics, normes et certification, services financiers, transports terrestres et maritimes, droit des sociétés, comptabilité, protection des consommateurs, protection des données, santé et sécurité sur les lieux de travail ainsi que l'égalité des chances. Pendant la seconde phase, l'Albanie est invitée à se concentrer sur les autres parties de l'acquis. Les deux phases ne s'appliquent pas au titre IV (libre circulation des marchandises). Le conseil de stabilisation et d'association est chargé d'examiner régulièrement l'application de l'accord et la mise en oeuvre par l'Albanie des réformes juridiques, institutionnelles et économiques (article 5) ;
4° Le titre II (articles 8 à 10) porte sur le dialogue politique entre l'Albanie et l'Union européenne. Le dialogue politique est appelé à se dérouler, au niveau ministériel, au sein du conseil de stabilisation et d'association, et au niveau parlementaire, au sein de la commission parlementaire de stabilisation et d'association. Il peut prendre d'autres formes appropriées à la demande des Parties (réunions de hauts fonctionnaires notamment) ;
5° Le titre III (articles 12 à 15) porte sur la coopération régionale. Il s'agit d'une spécificité des accords de stabilisation et d'association. L'Albanie doit s'engager dans une coopération régionale avec les autres pays du processus de stabilisation et d'association. Conformément aux conclusions du sommet de Zagreb de 2000 (lors duquel les pays de la région s'étaient engagés à conclure entre eux des conventions de coopération régionale), l'accord porte obligation pour l'Albanie de conclure des conventions de coopération régionale avec les autres pays de la région qui concluront un ASA avec l'Union européenne (obligation d'entamer les discussions dès la signature de l'ASA par le pays concerné et de conclure une convention de coopération régionale dans les deux ans suivants l'entrée en vigueur de cet ASA). La volonté de l'Albanie de conclure une telle convention constituera l'un des facteurs déterminants du développement de ses relations avec l'Union européenne. Ces conventions devront porter sur le dialogue politique, l'établissement d'une zone de libre-échange entre les Parties, conformément aux dispositions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), des dispositions mutuelles concernant la libre circulation des travailleurs, des capitaux et des personnes. L'accord offre également la possibilité de conclure de telles conventions avec des pays candidats à l'Union européenne ;
6° Le titre IV (articles 16 à 45) porte sur la libre circulation des marchandises. L'article 16 prévoit la constitution progressive d'une zone de libre-échange, pendant une période transitoire maximale de dix ans, dès l'entrée en vigueur de l'accord.
Concernant l'Albanie, le détail et le calendrier de libéralisation sont précisés dans les annexes.
Les pays balkaniques ont bénéficié d'une procédure originale de la part de l'Union européenne : le Conseil européen de Lisbonne avait en effet conclu que les accords de stabilisation et d'association devaient être précédés d'une libéralisation asymétrique des échanges. Sur cette base, le Conseil des affaires générales du 18 septembre 2000 a adopté le règlement n° 2007/2000 CE offrant à ces pays de façon unilatérale et temporaire (deux ans, étendues à cinq ans renouvelables) des préférences commerciales asymétriques exceptionnelles, permettant à leurs produits industriels et à la quasi-totalité de leurs produits agricoles (à l'exception de la viande bovine, du vin et des conserves de poisson) d'accéder au marché communautaire sans quota et à droit zéro.
L'articulation entre ces préférences asymétriques et le volet commercial des ASA avait constitué l'un des points les plus durs des discussions à quinze. Tout en acceptant l'abandon des prix d'entrée pour les fruits et légumes5(*) dans le cadre des préférences asymétriques (en raison de leur caractère unilatéral, exceptionnel et temporaire), plusieurs délégations s'opposaient à ce que cet abandon soit contractualisé dans l'ASA, soulignant qu'une telle contractualisation ne pourrait que susciter des demandes reconventionnelles de la part d'autres pays tiers liés à l'Union européenne par des accords. L'Union européenne serait obligée de leur accorder les mêmes préférences contractuelles conformément aux règles de l'OMC, ce qui remettrait en cause le fonctionnement de l'une des organisations communes du marché les plus sensibles de la politique agricole commune. Les dispositions prévues par l'ASA ARYM, conclu à l'automne 2000, et qui repose sur trois éléments, ont finalement été reconduites pour l'Albanie, à savoir :
- l'insertion, dans les décisions du Conseil concernant la signature et la conclusion de l'ASA, d'un article de non-précédent (indiquant que « les dispositions commerciales contenues dans l'accord ont un caractère exceptionnel, lié à la politique mise en oeuvre dans le cadre du processus de stabilisation et d'association, et ne feront pas, pour l'Union européenne, figure de précédent à l'égard de pays tiers autres que les pays des Balkans occidentaux ») ;
- le renforcement des clauses de sauvegarde dans l'ASA : outre la clause de sauvegarde générale (article 38) prévoyant la possibilité pour les Parties de prendre les mesures appropriées en cas de dommages graves causés par l'importation d'un produit, une clause de sauvegarde spécifique est prévue au cas où l'importation de produits agricoles transformés, de produits agricoles et de produits de la pêche de l'une des Parties entraînerait « une perturbation grave des marchés ou des mécanismes de régulation de l'autre partie » (article 31) ;
- le maintien dans l'ASA du système des prix d'entrée pour les fruits et légumes, sachant que les mesures commerciales exceptionnelles6(*) prévoient un dispositif plus favorable (sans prix d'entrée), accordé sur une base unilatérale. Il est ainsi indiqué que, pour les fruits et légumes, pour lesquels le tarif douanier commun prévoit l'application de droits de douane ad valorem et d'un droit de douane spécifique (prix d'entrée), la suppression ne s'applique qu'au droit ad valorem (article 27). Mais dans le même temps, il est précisé que le dispositif plus favorable mis en place dans le cadre des préférences commerciales prévaut sur les dispositions de l'accord : l'article 30 prévoit que « les dispositions du présent chapitre n'affectent en rien l'application, sur une base unilatérale, de mesures plus favorables par l'une ou l'autre des parties ». Par ailleurs, une déclaration unilatérale de la Communauté et des États membres annexée à l'accord ajoute que « les mesures commerciales autonomes unilatérales les plus favorables s'appliquent en plus des concessions commerciales contractuelles offertes par la Communauté dans le présent accord », et que, pour les fruits et légumes, « la réduction s'applique également au droit de douane spécifique (prix d'entrée), par dérogation à la disposition correspondante de l'article 27-1 ». Ce dispositif permet de conserver aux pays des Balkans le bénéfice intégral des préférences commerciales, sans créer juridiquement de précédent vis-à-vis des pays tiers.
L'Albanie obtient un accès en franchise de droits aux importations dans la communauté du sucre et de certains produits à base de sucre (n° 1701 et 1702 de la nomenclature combinée), dans les limites d'un contingent tarifaire annuel de 1 000 tonnes (article 27-2).
Le régime applicable aux produits textiles et aux produits sidérurgiques est précisé dans des protocoles annexés à l'accord. Le régime applicable aux vins et spiritueux est défini dans le protocole n° 3. À la demande de la France, a été adjointe au protocole une clause de « phasing out » sur les marques usurpant des indications géographiques européennes. Le régime applicable aux produits agricoles transformés est déterminé par un protocole annexé à l'accord. L'article 29 prévoit une clause de rendez-vous : au plus tard six ans après l'entrée en vigueur de l'accord, la Communauté et l'Albanie devront examiner, au sein du Conseil de stabilisation et d'association, la possibilité de s'accorder de nouvelles concessions, produit par produit, pour les produits agricoles et de la pêche.
Le chapitre III définit les dispositions communes :
- clause de statu quo (article 33, interdisant l'introduction, après l'entrée en vigueur de l'accord, de mesures plus restrictives dans les relations commerciales) ;
- interdiction de discrimination fiscale (article 34) ;
- clause antidumping (article 37) ;
- clause de sauvegarde générale (article 38, permettant à une partie de suspendre les réductions tarifaires ou d'augmenter les taux pour une durée limitée, sous réserve d'une notification au comité de stabilisation et d'association, et en cas de dommage grave à la production nationale ou de perturbations sérieuses dans un secteur de l'économie causé par l'importation d'un produit. Ces mesures font l'objet de consultations au sein du comité de stabilisation et d'association, en vue d'arrêter un calendrier pour leur suppression) ;
- clause de pénurie (article 39, permettant à la partie exportatrice de prendre les mesures appropriées lorsque l'exportation d'un produit conduit à une situation ou à un risque de pénurie grave de produits alimentaires ou essentiels, ou risque de provoquer chez elle des difficultés majeures) ;
- clause anti-fraude (article 43). Sur cette dernière, la Commission a accepté, à la demande de la France, la rédaction d'un règlement d'application qui définit les conditions dans lesquelles les États membres pourront demander à la Commission de recourir aux clauses de sauvegarde et anti-fraudes prévues dans le texte de l'article 43 et fixe les délais nécessaires à chaque étape de la procédure, ainsi que les critères objectifs pouvant justifier le déclenchement de telles clauses. Il est précisé que l'accord ne fait pas obstacle au maintien ou à l'établissement d'unions douanières, de zones de libre-échange ou de régimes de trafic frontalier, dans la mesure où ils n'ont pas pour effet de modifier le régime des échanges prévu par l'accord (article 36) ;
7° Le titre V (articles 46 à 69) porte sur la circulation des travailleurs, le droit d'établissement, la prestation de services et la libre circulation des capitaux :
- la circulation des travailleurs (chapitre Ier) : l'article 46 fixe le principe de non discrimination en ce qui concerne les conditions de travail, de rémunération et de licenciement dans le traitement des travailleurs ressortissants de l'Albanie légalement employés sur le territoire d'un État membre, ainsi que du conjoint et des enfants résidant légalement dans ce pays. Le même traitement est applicable aux travailleurs ressortissants d'un État membre, ainsi qu'à leurs conjoint et enfants, légalement employés sur le territoire de l'Albanie. L'article 47 prévoit que les États membres doivent préserver et si possible améliorer les possibilités d'accès à l'emploi accordées aux travailleurs albanais en vertu d'accords bilatéraux, et examiner la possibilité de conclure de tels accords s'ils n'en disposent pas. Le conseil de stabilisation et d'association devra adopter un certain nombre de dispositions afin d'établir la coordination des régimes de sécurité sociale de travailleurs albanais employés dans un État membre (article 48) ;
- le droit d'établissement (chapitre II): l'article 51 fixe le principe de non discrimination entre l'Union européenne et l'Albanie en ce qui concerne l'établissement des sociétés ainsi que l'activité des filiales et succursales de ces sociétés (exception faite des services de transport aérien, de navigation intérieure et de cabotage maritime, cf. article 52). Il ne reconnaît pas de droit d'établissement pour les travailleurs indépendants, mais prévoit que le conseil de stabilisation et d'association devra revenir sur la question (article 50-4 : « cinq ans après l'entrée en vigueur du présent accord, le conseil de stabilisation et d'association examinera les modalités permettant d'étendre les dispositions ci-dessus à l'établissement de ressortissants des deux Parties au présent accord, leur conférant le droit d'exercer des activités économiques en tant qu'indépendants »). Le conseil de stabilisation et d'association examine les dispositions qu'il est nécessaire de prendre pour une reconnaissance mutuelle des qualifications (article 54), afin de faciliter l'accès réciproques aux activités professionnelles réglementées. L'Albanie peut toutefois déroger à ces dispositions pendant les trois ans suivants l'entrée en vigueur de l'accord pour protéger certaines industries (article 56) ;
- les prestations de services (chapitre III) : les Parties s'engagent à prendre les mesures nécessaires pour libéraliser progressivement les activités de prestation de services. Les prestations de services de transport font l'objet de dispositions particulières (article 59) ;
- les paiements courants et mouvements de capitaux (chapitre IV): l'accord instaure, à partir de son entrée en vigueur, la libre circulation des investissements directs effectués dans des sociétés, ainsi que des capitaux concernant les crédits liés à des transactions commerciales ou la prestation de services, et des prêts et crédits financiers d'une échéance supérieure à un an (les investissements de portefeuille, emprunts financiers et crédits d'une échéance inférieure à un an étant libéralisés dès la cinquième année suivant l'entrée en vigueur de l'accord). L'article 62 prévoit qu'à la fin de la troisième année suivant l'entrée en vigueur de l'accord, le conseil de stabilisation et d'association examine les moyens permettant l'application intégrale de la réglementation communautaire relative à la circulation des capitaux. Des mesures de sauvegarde sont prévues lorsque les mouvements de capitaux causent ou risquent de causer de graves difficultés dans le fonctionnement de la politique des changes ou de la politique monétaire.
L'article 61 souligne également que l'Albanie doit adapter sa législation, dans un délai de sept ans après l'entrée en vigueur de l'accord, pour mettre en oeuvre « progressivement » une procédure de non-discrimination en vertu de la nationalité, s'agissant de l'acquisition de biens immobiliers en Albanie par des ressortissants de l'Union européenne ;
8° Le titre VI (articles 70 à 77) porte sur le rapprochement des dispositions législatives : il n'est pas demandé à l'Albanie de reprendre l'ensemble de l'acquis communautaire, mais de s'en « rapprocher », en donnant la priorité dans un premier temps aux éléments « fondamentaux » de l'acquis. Les Parties reconnaissent l'importance du rapprochement de la législation existante de l'Albanie avec celle de la Communauté. L'Albanie veille à ce que sa législation actuelle et future soit rendue progressivement compatible avec la législation de la Communauté. A compter de la date de signature de l'accord et dans une première phase, le rapprochement législatif se concentrera sur certains éléments fondamentaux de l'acquis dans le domaine du marché intérieur et dans d'autres domaines liés au commerce, conformément à un programme qui devra être établi avec la Commission. Des principes et des dates limites sont fixées pour la législation sur la concurrence (délai de quatre ans pour supprimer toute mesure susceptible de fausser le jeu de la concurrence et assurer la transparence des aides publiques, article 71), la propriété intellectuelle (délai de quatre ans pour garantir une protection d'un niveau comparable au niveau atteint dans la Communauté, assortie de moyens réels d'application, article 73), les normes et la certification (article 75), les marchés publics (article 74 : dès l'entrée en vigueur, égalité d'accès aux marchés publics de l'Union européenne pour les entreprises albanaises, et égalité d'accès aux marchés publics en Albanie pour les sociétés de la Communauté établies en Albanie ; pour les sociétés de l'Union européenne non établies en Albanie : délai maximal de quatre ans pour mettre en oeuvre l'égalité d'accès), ainsi que la protection des données ;
9° Le titre VII (articles 78 à 85) porte sur le domaine de la justice et des affaires intérieures. Il prévoit la mise en place d'une coopération étroite entre l'Union européenne et l'Albanie, sur un grand nombre de secteurs :
- prévention et contrôle de l'immigration clandestine. Les Parties s'engagent à réadmettre leurs ressortissants présents illégalement sur le territoire de l'autre Partie, à la demande de cette dernière et sans autre formalité, et à leur fournir les documents d'identité appropriés. Les procédures relatives à la réadmission des ressortissants, des ressortissants des pays tiers et des apatrides ont été fixées par l'accord entre la Communauté européenne et l'Albanie sur la réadmission des personnes résidant sans autorisation, signé le 14 avril 2005 et en vigueur depuis le 1er juin 2006 ;
- prévention et lutte contre la criminalité et autres activités illégales (article 85) ;
- lutte contre le terrorisme (article 84) ;
- lutte contre la drogue (article 83) ;
10° Le titre VIII (articles 86 à 111) concerne les politiques de coopération. Il est indiqué que la Communauté et l'Albanie instaurent une coopération étroite visant à promouvoir le développement et la croissance de l'Albanie, par le renforcement des liens économiques. Les politiques de coopération s'inscriront dans un cadre régional, une attention particulière devant être donnée aux mesures susceptibles d'encourager la coopération entre l'Albanie et les pays limitrophes (article 86). Les articles 87 à 111 définissent les modalités de la coopération dans les domaine suivants : politique économique et commerciale, pêche, douane, fiscalité, coopération sociale, éducation et formation, culture, audiovisuel, société de l'information, réseaux et services de communication électronique, information et communication, transports, énergie, environnement, recherche et développement technologique, développement régional et local, administration publique ;
11° Le titre IX (articles 112 à 115) concerne la coopération financière : il détaille les aides financières que l'Union européenne peut accorder à l'Albanie :
- afin de réaliser les objectifs de l'accord, l'Albanie peut recevoir une assistance sous forme d'aides non remboursables et de prêts, notamment de prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI) (article 112). L'article 113 précise que les aides non remboursables seront couvertes par les mesures de coopération prévues dans le règlement du Conseil correspondant sur la base pluriannuelle indicative établie par la Communauté à l'issue de consultations avec l'Albanie7(*) ;
- à la demande de l'Albanie, et en cas de besoin particulier, la Communauté peut examiner, en liaison avec les institutions financières internationales, la possibilité d'accorder à titre exceptionnel une aide financière macro-économique soumise à certaines conditions (article 114) ;
- afin d'assurer une utilisation optimale des ressources, les Parties veillent à ce qu'il y ait une coordination étroite entre les différents donateurs (article 115) ;
12° Le titre X (articles 116 à 137) porte sur les dispositions institutionnelles, générales et finales.
Les articles 116 à 122 décrivent les institutions conjointes mises en place par l'accord :
- Le conseil de stabilisation et d'association supervise l'application et la mise en oeuvre de l'accord. Il se réunit régulièrement au niveau approprié, et lorsque les circonstances l'exigent. Chaque Partie peut le saisir de tout différend relatif à l'application et à l'interprétation de l'accord. Il est composé, d'une part de membres du Conseil de l'Union européenne et de la Commission, d'autre part de membres du Gouvernement de l'Albanie. La présidence est exercée à tour de rôle par un représentant de la Communauté et un représentant de l'Albanie. La BEI participe aux travaux du conseil comme observateur, pour les questions relevant de sa compétence. Le conseil dispose d'un pouvoir de décision, et les décisions prises sont obligatoires pour les Parties. Il réexamine régulièrement l'application de l'accord et sa mise en oeuvre par l'Albanie (cf article 6) ;
- Le comité de stabilisation et d'association assiste le Conseil dans l'accomplissement de sa mission. Il est notamment chargé de préparer les réunions du Conseil, qui peut lui déléguer tout pouvoir. Ses tâches et son mode de fonctionnement sont déterminés dans le règlement intérieur du conseil. Il est composé, d'une part de représentants du Conseil et de la Commission, d'autre part de représentants de l'Albanie. Le comité de stabilisation et d'association peut créer des sous-comités. ;
- La commission parlementaire de stabilisation et d'association constitue une enceinte de rencontre et de dialogue entre les membres du Parlement albanais et ceux du Parlement européen. Elle se réunit selon une périodicité qu'elle détermine, et est présidée à tour de rôle par le Parlement européen et le Parlement albanais.
L'article 124 préserve le droit des parties de prendre des mesures nécessaires pour assurer leur sécurité ou leur défense et satisfaire à leurs obligations en vue d'assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales.
L'article 125 pose le principe de non discrimination (dans le régime appliqué par l'Albanie : entre les États membres, leurs ressortissants ou leurs sociétés et dans le régime appliqué par la Communauté : entre les ressortissants de l'Albanie ou leurs sociétés).
L'article 126 oblige les Parties à prendre toute mesure générale ou particulière nécessaire pour s'acquitter de leurs obligations au titre de l'accord. Elles veillent à ce que les objectifs définis par l'accord soient atteints. Si l'une des Parties considère que l'autre Partie n'a pas satisfait à l'une de ses obligations, elle peut prendre les mesures appropriées. Auparavant, elle doit, sauf urgence spéciale, fournir au conseil de stabilisation et d'association toutes les informations pertinentes nécessaires en vue de rechercher une solution acceptable. Le choix doit porter en priorité sur les mesures qui perturbent le moins le fonctionnement de l'accord, elles sont notifiées au conseil et font l'objet de consultations au sein de celui-ci, à la demande de l'autre Partie.
L'accord est conclu pour une durée illimitée. Chacune des Parties peut le dénoncer en notifiant son intention à l'autre Partie et il cesse alors d'être applicable six mois après cette notification (article 130).
Il entre en vigueur le premier jour du deuxième mois suivant la date à laquelle les Parties se notifient l'accomplissement des procédures d'approbation et se substitue à l'accord entre la Communauté économique européenne et la République d'Albanie concernant le commerce et la coopération commerciale et économique, signé le 11 mai 1992. Pour les dispositions, notamment celles relatives à la libre circulation des marchandises et celles pertinentes, concernant les transports, qui seront mises en application avant l'entrée en vigueur de l'accord par un accord intérimaire entre la Communauté et l'Albanie, la date d'entrée en vigueur des obligations correspondantes est la date de l'entrée en vigueur de l'accord intérimaire (article 136).8(*)
Telles sont les principales observations qu'appelle l'accord de stabilisation et d'association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d'une part, et la République d'Albanie, d'autre part et qui, comportant des dispositions de nature législative, est soumis au Parlement conformément à l'article 53 de la Constitution.
Le présent projet de loi autorisant la ratification de l'accord de stabilisation et d'association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d'une part, et la République d'Albanie, d'autre part, délibéré en Conseil des ministres après avis du Conseil d'État, sera présenté au Sénat par le ministre des affaires étrangères et européennes, qui sera chargé d'en exposer les motifs et d'en soutenir la discussion.
Est autorisée la ratification de l' accord de stabilisation et d'association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d'une part, et la République d'Albanie, d'autre part (ensemble cinq annexes, six protocoles et un acte final), signé le 12 juin 2006 à Luxembourg, et dont le texte est annexé à la présente loi.
Fait à Paris, le 12 mars 2008
* 1 Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen du 26 mai 1999 et conclusions du Conseil du 21 juin 1999.
* 2 Règlement n° 2666/2000 du Conseil du 5 décembre 2000
* 3 Règlement n° 1085/2006 du Conseil du 17 juillet 2006
* 4 Règlements n° 2007/00 du Conseil du 18 septembre 2000 et n° 2563/00 du Conseil du 20 novembre 2000.
* 5 Le système de prix d'entrée, spécifique à l'organisation de marché fruits et légumes, permet de fixer un prix de référence communautaire et d'imposer aux pays exportant des produits vers la communauté un «équivalent tarifaire» compensant la différence de prix si leurs produits entrent sur le marché communautaire à un prix inférieur au prix d'entrée.
* 6 Le règlement du Conseil n° 2007/2000 du 18 septembre 2000 introduit des mesures commerciales exceptionnelles (mesures préférentielles, concessions, contingents tarifaires...) en faveur des pays et des territoires participant ou liés au processus de stabilisation et d'association.
* 7 il s'agit en l'occurrence du règlement créant le programme CARDS (CE n° 2666/2000).
* 8 Un accord intérimaire entre la Communauté et l'Albanie a été conclu le 12 juin 2006, en même temps que l'accord de stabilisation et d'association, pour permettre la mise en oeuvre anticipée des articles 40, 71, 72, 73 et 74 du titre IV, des protocoles 1, 2, 3, 4 et 6 et des dispositions pertinentes du protocole 5 de l'accord.

References: l'article 310
 L'article 1
 L'article 16
 l'article 30
 l'article 27
 L'article 29
 l'article 43
 l'article 46
 L'article 47
 l'article 51
 L'article 62

L'article 61
 L'article 113

L'article 124

L'article 125

L'article 126
 l'article 53