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Timestamp: 2020-02-24 06:39:38+00:00

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﻿ 1897 - Homologation de la Société de chasse "La Saint-Guénolé" - GrandTerrier
Où l'on découvre une société de chasse implantée à Ergué-Gabéric à la fin du 19e siècle et fréquentée par des notables de la région quimpéroise.
La passion de la chasse les réunissait malgré leurs différences d'affiliation politique, conservatrice ou républicaine.
En savoir plus : « Emprise communale du Rallye Saint-Guénolé, Le Finistère, Action Libérale et autres 1902-05 » ¤ « Les 29 sociétés de chasse gabéricoises, OF-LQ 1984 » ¤ « Corentin Signour, maire (1947-1953) » ¤ « Grand concours de tir à Ergué-Gabéric, Le Finistère 1895 » ¤ « Un combat fratricide entre deux cousins à Penhars »
Ergué-Gabéric en 1897 ne comptait que 2500 habitants et le paysage y était très rural. Ce qui peut expliquer une passion locale pour les activités cynégétiques [1], autrement dit la chasse, aux 19e et 20e siècles.
La société de chasse « La Saint Guénolé » tire son nom très certainement de la chapelle campagnarde du nord-ouest de la commune. Le président est Corentin Signour [2] du village de Keranroux au sud-ouest, près de l'entrée de Quimper. Marié en 1886 avec Marie Anne Thomas de Penhars, il sera élu adjoint de la ville du Grand Quimper. Son petit fils sera élu maire d'Ergué-Gabéric en 1947 sur la liste M.R.R. (droite conservatrice).
Un autre propriétaire membre actif de la société est Pierre-Louis Yaouanc de Kermoysan sur le territoire sud-est de la commune. Comme il ne sait pas signer, Corentin Signour attestent pour lui, et il est déclaré dans les statuts comme bénéficiaire d'une remise de cotisation, en échange de la grande surface de terres mises à disposition des autres sociétaires.
La particularité de « La Saint-Guénolé » est de réunir des notables du Grand Quimper, agriculteurs, négociants, engagés politiquement et de surcroit chasseurs :
Théodore Le Hars [3], maire de Quimper de 1902 à 1914, puis sénateur jusqu'en 1928.
Auguste Chuto [4], agriculteur à Kerviel en Penhars, marié en 1894 avec Marie Josèphe Thomas, sœur de l'épouse de Corentin Signour précédemment citée. Conservateur, engagé en 1905 contre la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat.
J. Chuto (de Penhars) : sans doute le cousin germain du précédent Auguste, prénommé Jean Louis [4], agriculteur à Prateyer en Penhars, radical de gauche, élu maire de Penhars de 1908 à 1917. La lutte fratricide le site Internet entre les 2 cousins est relatée dans un article sur le site Internet Histoire-Généalogie : « Un combat fratricide entre deux cousins à Penhars ». À noter aussi qu'un autre Jean-louis domicilié à Guengat, frère d'Auguste, était également un adepte de tir (et peut-être chasseur) : « Image:LeFinistère18950727-ConcoursTir.jpg ».
Et les autres : B. Menguy (négociant), Alardine (négociant), Troalen (propriétaire à Kerfeunteun), Kernilis (commis des Postes à Quimper), Le Berre (propriétaire), Biger (propriétaire), Le Theuff (négociant), dont les biographies seraient à faire.
Le principe de fonctionnement de la société de chasse est la mise à disposition des terres par leurs propriétaires sociétaires « soit gracieusement, soit à titre onéreux », et ses terres de chasse étaient réparties sur au moins trois communes à l'époque encore rurales : Penhars, Kerfeunteun et Ergué-Gabéric. Les terres sont réputées praticables par les chasseurs de la St-Guénolé pour une période de 12 ans à dater de 1897, même si leurs propriétaires s'avisent à quitter la société. À noter aussi le souci de préservation des gibiers : « Pendant les trois premières années à dater du 1er septembre 1897, les perdrix cesseront d'être tirées le 31 octobre. Dans le cas où il serait constaté après cet essai que le gibier ne s'est pas suffisamment reproduit, il appartiendra aux sociétaires de proroger l'interdiction du tiré de la perdrix pendant une nouvelle période ».
Pour éviter des conflits entre les membres de la société de chasse (et on pense particulièrement aux Chuto de Penhars [4]), certains sujets de discussion sont rigoureusement interdits :
« Art. 11. Toute discussion politique ou religieuse est formellement interdite aux réunions des sociétaires. ».
Tous ces personnages sont des passionnés de chasse, et les statuts de la Société transcrits ci-après en attestent, sont très liés entre eux et attachés à leur pays :
« Il est accordé à chaque sociétaire la faculté d'inviter un ami du pays deux fois par an ».
« S'ils quittaient le pays, ils n'auraient à payer que le trimestre commencé lors de leur départ, l'année de chasse commençant le 1er septembre, le restant de leur cotisation leur serait remboursé ».
La Société « La Saint-Guénolé » est assez prospère pour se payer les services d'un garde, Jean-Marie Pétillon, lequel est tenu de mettre à jour son carnet de rencontres :
« Le garde sera porteur d'un livret qu'il devra faire signer chaque fois qu'étant en tournée il rencontrera des sociétaires ».
Lettres du Ministère de l'Intérieur
Ministère de l'Intérieur. Direction de la Sûreté Générale. 4e bureau. Associations.
République française. Paris le 15 septembre 1897.
Le Ministre de l'Intérieur à M. le Préfet du Finistère.
Vous m'avez communiqué, le 9 de ce mois, les statuts de la Société de chasse dite « La Saint Guénolé », en voie de formation à Ergué-Gabéric.
Comme un décret en date du 24 février dernier a transféré au Ministère de l'Agriculture les attributions exercées antérieurement par mon Administration, en ce qui concerne la police de la chasse, j'ai transmis le dossier de l'affaire à M. le Président du Conseil, en lui laissant le soin de vous adresser ses instructions.
Pour le Ministre de l'Intérieur : Le Directeur de la Sûreté générale, le Contrôleur général délégué, M.Lavand.
République française. Paris le 13 octobre 1897.
Pour faire suite à ma lettre du 17 septembre dernier, j'ai l'honneur de vous informer que M. le Ministre de l'Agriculture m'a renvoyé le dossier de la Société de chasse en voie de formation à Ergué-Gabéric, sous la dénomination de « La Saint-Guénolé », que je lui avais transmis comme étant de sa compétence.
Il estime que le décret du 24 février 1897, qui a transféré à son Département les attributions précédemment exercées par le Ministre de l'Intérieur dans l'application de la loi du 3 mai 1844 et de l'arrêté du 19 pluviose, an V, n'a rien innové en ce qui concerne l'autorité qui a qualité pour statuer sur les demandes en autorisation d'associations cynégétiques [1].
J'ai, en conséquence, examiné au fond.
Il résulte de l'examen des statuts, que cette association, qui compte d'ailleurs moins de 21 personnes, constitue en réalité une société civile et non pas une association régie par l'article 291 du code pénal. Elle peut dès lors fonctionner valablement, en dehors de toute intervention administrative en se conformant aux prescriptions de droit commun applicables au contrat de société.
Je vous prie d'en aviser les intéressés.
Pour le Ministre de l'Intérieur. Le directeur de la Sûreté générale. (signature).
République Française. Préfecture du Finistère. Nous Préfet du Finistère, Officier de la Légion d'honneur.
Vu la demande qui nous a été adressée par les personnes dont les noms et adresses figurent sur la liste ci-jointe à l'effet d'obtenir l'autorisation nécessaire à la constitution régulière d'une société de chasse fondée à Ergué-Gabéric sous le titre de « La Saint-Guénolé » :
Art. 1er - La société de chasse organisée à Ergué-Gabéric sous la dénomination de « La Saint-Guénolé » est autorisée à se constituer et à fonctionner régulièrement ;
Art. II. Cette autorisation est accordée à charge par les intéressés de se conformer strictement aux conditions suivantes :
1°. Interdire toute discussion sur des questions politiques ou religieuses ;
2°. Ne changer sous aucun prétexte le lieu des réunions sans en avoir obtenu notre agrément ;
3°. Faire administrer l'association par un Comité de membres solidaires et également responsables de tous les frais et de tous les actes de gestion, solidarité et responsabilité qui devront s'étendre à tous les membres de l'association ;
4°. En cas de modifications aux statuts, demander de nouveau à l'autorité compétente l'autorisation prescrite par l'article 291 du Code Pénal ;
5°. Nous adresser chaque année la liste de tous les membres avec les professions et adresses en regard des noms.
Art. III. Cette autorisation est toujours révocable. Elle pourra notamment être immédiatement retirée en cas d'infraction aux statuts et aux dispositions qui précèdent.
Art. IV. Ampliation du présent arrêté sera transmise à M. le maire d'Ergué-Gabéric qui en assurera l’exécution.
Quimper, le 9 septembre 1897. Pour le préfet, le secrétaire général.
Société St-Guénolé
Président : M. Signour, propriétaire à Keranroux.
Sécrétaire : B. Menguy, négociant à Quimper.
Le Hars, propriétaire à Quimper.
Alardine, négociant à Quimper.
Troalen, propriétaire à Kerfeunteun.
Kernilis, commis des Postes à Quimper.
A. Chuto, propriétaire à Penhars.
J. Chuto, propriétaire à Penhars.
Le Berre, propriétaire à Quimper.
Biger, propriétaire à Quimper.
Le Theuff, négociant à Quimper.
Yaouan, propriétaire à Ergué-Gabéric.
Le vice président soussigné certifie que tous les membres dessus désignés sont citoyens français et âgés de 21 ans. Quimper le 5 septembre 1897. Pour le président empêché, le vice-président. De Kernilis Y.
Société St Guénolé
Les soussignés fondent à Quimper une société cynégétique [1] sous la dénomination de Société St Guénolé, aux charges, clauses et conditions du règlement ci-après, qu'ils prennent l'engagement d'honneur d'observer et de faire rigoureusement observer.
Art. 1. Un président, un vice-président et un secrétaire seront nommés tous les ans au mois d'août, à la majorité des votants, l'assemblée étant composée d'au moins les 3/4 des sociétaires.
Les fonctions des membres élus dureront une année. Le président aura la haute direction de la société, accordera les autorisations réglementaires infligera les amendes, transigera le cas échéant, dirigera le service de garde et sera remplacé en cas d'absence ou à son défaut par le vice président.
Le secrétaire tiendra les écritures et rendra compte du mouvement des fonds.
Art. 2. Chaque année dans le mois suivant la clôture de la chasse, les sociétaires devront se réunir et le secrétaire sera tenu de fournir un relevé de la situation des fonds.
Art. 3. Les modifications aux Règlements et l'admission de nouveaux sociétaires auront lieu dans les mêmes conditions que la nomination des membres du bureau. Les sociétaires seront convoqués par le président chaque fois que les intérêts de la société le nécessiteront.
Art. 4. La cotisation est égale pour tous. Elle sera fixée chaque année d'après le montant approximatif des dépenses. Elle est payable en une seule fois du 1er au 15 août de chaque année.
Art. 5. Les sociétaires qui ne paieront pas leur cotisation après avertissement du président et nouveau délai de 15 jours ne feront définitivement plus partie de la société.
Art. 6. La chasse est commune à tous les sociétaires.
Art. 7. Chaque sociétaire s'engage à ne chasser que deux fois par semaine.
Art. 8. Il est accordé à chaque sociétaire la faculté d'inviter un ami du pays deux fois par an. Les parents ou amis de passage (sont considérés de passage, les étrangers ne restant pas plus de 8 jours dans la localité) pourront chasser sur toutes les terres de la société avec l'autorisation écrite du président en se faisant toujours accompagner d'un sociétaire et en se conformant aux prescriptions de l'article 7.
Le sociétaire reste responsable des délits qui pourraient être commis par son invité.
Art. 9. Pendant les trois premières années à dater du 1er septembre 1897, les perdrix cesseront d'être tirées le 31 octobre. Dans le cas où il serait constaté après cet essai que le gibier ne s'est pas suffisamment reproduit, il appartiendra aux sociétaires de proroger l'interdiction du tiré de la perdrix pendant une nouvelle période. Le vote se ferait à la majorité dans les conditions déjà énoncées.
Art. 10. Les sociétaires qui se laisseraient aller à enfreindre les articles précédents paieraient dans les huit jours une amende de 10 francs. En cas de récidive et de méprise évidente, l'amende serait de 15 francs. Mais si la méprise n'était pas admise par la majorité des membres, l'exclusion s'en suivrait. Il en serait de même si le contrevenant n'acquittait pas dans les délais réglementaires l'amende prononcée contre lui. Dans l'un et l'autre cas, la cotisation versée pour l'année courante reste acquise à la société.
Art. 11. Toute discussion politique ou religieuse est formellement interdite aux réunions des sociétaires.
Art. 12. Le traitement du garde sera de 50 francs. Il recevra en outre de la société à titre de gratification les sommes provenant des transactions avec les délinquants.
Art. 13. Le président ne pourra jamais transiger avec des personnes solvables à moins de 10 francs pour un premier délit et de 20 francs pour la récidive.
Art. 14. Les sociétaires et le garde sont rigoureusement tenus de signaler de suite et par écrit au président toute infraction aux règlements. Le garde sera porteur d'un livret qu'il devra faire signer chaque fois qu'étant en tournée il rencontrera des sociétaires.
Art. 15. Les sociétaires qui voudraient se retirer devront prévenir le président 3 mois au moins avant le 1er septembre, sinon la cotisation sera due pour l'année entière. S'ils quittaient le pays, ils n'auraient à payer que le trimestre commencé lors de leur départ, l'année de chasse commençant le 1er septembre, le restant de leur cotisation leur serait remboursé. Dans l'un et l'autre cas, les terres qu'ils auraient apportées, soit gracieusement, soit à titre onéreux, resteront acquises à la société pendant une période de 12 ans à partir du 1er septembre 1897.
Art. 16. En cas de dissolution de la société, l'actif existant en cours sera partagé entre tous ses membres.
Les baux de location sont résiliables sans indemnité au propriétaire.
Art. 17. Le présent règlement fait en triple et de bonne foi et revêtu de la signature de tous les membres et du garde, reste entre les mains du président et du secrétaire.
Nota. À titre exceptionnel et par égard pour leur concours dans la location des terres MM Troalen Jean-Marie et Yaouan Pierre-Marie sont autorisés à ne payer annuellement que la moitié de la cotisation.
Quimper le 1er septembre 1897.
J. Cruza ; Signour
Menguy ; Le Berre
Troalen; L'Herigues
A. Chuto ; Titrigez
Fait en présence de deux témoins, M. Yaouanc déclare ne savoir signer. Signour ; A. Chuto. J. Alardini fils ; P. Le Theuf ; T. Le Hars ; Pétillon Jean-Marie, garde.
Cote 4 M 416.
Ministère et préfecture
Cynégétique, adj. : qui concerne la chasse avec chiens et, par extension, la chasse en général. Source : Trésor Langue Française. [Ref.↑ 1,0 1,1 1,2]
Corentin Marie Signour est né le 11 avril 1861 à Keranroux en Ergué-Gabéric. Marié le 21 janvier 1886, Penhars, avec Marie Anne Louise Thomas, née le 17 avril 1867 à Penhars. Corentin Signour père avait été élu adjoint de la ville de Quimper. Le fils Corentin également sera maire d'Ergué-Gabéric : « Corentin Signour, maire (1947-1953) » ¤ . [Ref.↑]
Théodore Le Hars est né le 12 août 1861 à Quimper et décédé le 2 octobre 1928 à Scrignac. Conseiller municipal en 1891, maire de Quimper de 1902 à 1914 et en 1920, conseiller général en 1918, Théodore Le Hars est élu sénateur le 11 janvier 1920, en remplacement de Louis Pichon, jusqu'en 1928. [Ref.↑]
Auguste Chuto et Marie-Josèphe Thomas sont les grands-parents de Pierrick Chuto, écrivain et mémorialiste de ses ancêtres de Guengat, Plonéis et Penhars. Il a déjà publié trois ouvrages : « Le maître de Guengat » ¤ « Plonéis, la terre aux sabots » ¤ « Les exposés de Créac'h-Euzen » ¤ . À Noter que le maitre de Guengat et le paysan en sabots sont les aïeux du couple de Penhars. Pierrick a publié aussi sur le site Internet Histoire-Généalogie un très bel article article sur le conflit politique et culturel entre les deux cousins Chuto de Penhars au début du 20e siècle : « Un combat fratricide entre deux cousins à Penhars ». [Ref.↑ 4,0 4,1 4,2]
Date de création : Mai 2012 Dernière modification : 12.12.2015 Avancement : [Développé]
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( Dernière mise-à-jour le 12 décembre ~ kerzu 2015 à 09:30 )

References: Art. 11
 l'article 291

Art. 1
 l'article 291

Art. 1

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8
 l'article 7

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12

Art. 13

Art. 14

Art. 15

Art. 16

Art. 17