Source: http://ldhrennes.blogspot.com/2013/12/bulletin-annuel.html
Timestamp: 2018-04-20 14:29:43+00:00

Document:
La Ligue des droits de l'Homme - Section de Rennes: Bulletin annuel
Bulletin de la section de Rennes de la Ligue des droits de l’Homme
Nous avons le plaisir de publier ce bulletin 2013 que nous avons tenu à éditer afin de vous faire partager nos combats, nos révoltes, nos chagrins, mais aussi nos espoirs.
L’arrivée de nouveaux ligueurs nous renforce nous permettant de porter notre voix sur tous les terrains de la défense des droits de l’Homme car la présence militante de chacun d’entre nous est indispensable en cette période de crise où de sombres propos et de sinistres idées resurgissent.
Vous trouverez dans ce bulletin, trois plaidoiries de lycéennes du lycée V et H Basch. Nous avions été invités à les entendre. La force de leur engagement nous avait émus et nous tenions à vous faire partager leurs mots. Cette rencontre, nous aura permis de mûrir le projet phare de cette année, à savoir la journée d’hommage à Victor et Ilona Basch, le 10 janvier 2014.
Nous espérons en nous remémorant la force de l’engagement de nos aînés, raviver nos forces pour les combats du présent.
Grand merci à Malone de s’être chargé de la mise en forme de ce bulletin.
· L’élection du bureau pour 2014
· Le rapport moral 2013
· Concours de plaidoirie 2013 du mémorial de Caen – trois textes
· Les communiqués de l'année
· Les difficultés rencontrées au service nationalité de la préfecture
· Nos campagnes
· Commémoration du 17 octobre 1961
· La journée de refus de la misère
· À vos agendas !
Le mardi 12 novembre, a eu lieu l'assemblée générale de la section en présence d'une vingtaine de personnes.
Le bureau a été réélu à l'unanimité avec la participation de Malone ROLLAND qui prendra en charge la rédaction du bulletin et participera à la communication de la section avec Doriane SPITERI.
- Annie CLENET, présidente ;
- André HELARD et Yves TREGUER, vice-présidents ;
- André ROUSSEL, secrétaire, Jérôme BLANCHOT secrétaire adjoint ;
- Florence FOURNIER-CHEVALIER, trésorière ;
- Doriane SPITERI et Malone ROLLAND, responsables de la communication.
La lecture du rapport d’activité vous aura certainement permis d’apprécier toute la richesse, la diversité, et la difficulté des actions de cette année 2013.
Au lendemain des élections de 2012, nous avions espéré nous reposer un peu et pouvoir nous consacrer davantage à certains thèmes, tels que le monde du travail, la lutte contre les discriminations,
dont les discriminations sociales, l’économie solidaire, les dossiers internationaux, le devoir de mémoire.
Après l’arrivée de la gauche au pouvoir, notre désillusion fut forte et nous dûmes poursuivre les combats précédemment engagés. Tout était-il donc comme avant cet espéré « virage à gauche » ? Non… Ce fut, c’est, peut-être… pire.
Les Obligations à Quitter le Territoire se sont multipliées, malgré les espoirs suscités par la circulaire qui aurait pu permettre des régularisations, les centres de rétention ne désemplissent pas, on y enferme même parfois encore des enfants. Les migrants restent presque toujours accueillis dans des conditions indignes. Des familles errent de logements précaires en logement temporaires malgré tous les efforts de militants fortement engagés sur le terrain.
Le monde du travail est sinistré, délocalisations, fermetures d’usine, licenciements…La crise a le dos large.
Précarisations du logement, de la santé, fragilisations, désespoir, colères, révoltes.
Comme le chante Charlélie Couture
« …Tant de richesses accumulées
Tant d’opinions manipulées,
Trop de tout d’un côté
Trop de rien de l’autre côté… »
Or, nous pouvons difficilement compter sur l’appui de nos alliés d’avant, je veux parler des élus socialistes, qui ne peuvent se désolidariser de l’action gouvernementale, mais nous devons éviter malgré tout de participer à l’effondrement de cette gauche que nous avons choisie au risque de faire le jeu des extrêmes.
Dans ce tableau sombre, quelques lueurs, quelques avancées, que nous devons en très grande part à notre courageuse ministre de la Justice, madame Taubira. Je pense à la loi permettant le mariage pour tous, au projet de loi relatif à la prévention de la récidive et à l'individualisation des peines.
Quelques avancées également dans le domaine de l’Éducation avec la loi sur la refondation de l’École, la réflexion sur le contenu de l’enseignement, la formation des enseignants, un meilleur
taux d’encadrement des élèves. Notre gouvernement actuel sait aussi montrer son attachement à l’un des fondements de notre République, la laïcité.
Dans ce contexte confus, quelles perspectives? Devons-nous jouer les funambules?
Je pense qu’en période de crise, de doute, il faut revenir à nos fondamentaux et relire nos statuts, nos missions, nos méthodes d’actions.
Il est constitué une association française destinée à défendre les principes énoncés dans les Déclarations des droits de l’Homme de 1789 et de 1793, la Déclaration universelle de 1948 et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et ses protocoles additionnels.
Elle oeuvre à l’application des conventions et des pactes internationaux et régionaux en matière de droit d’asile, de droit civil, politique, économique, social et culturel.
Elle combat l’injustice, l’illégalité, l’arbitraire, l’intolérance, toute forme de racisme et de discrimination fondée sur le sexe, l’orientation sexuelle, les moeurs, l’état de santé ou le handicap, les opinions politiques, philosophiques et religieuses, la nationalité, et plus généralement toute atteinte au principe fondamental d’égalité entre les êtres humains, toutes les violences et toutes les mutilations sexuelles, toutes les tortures, tous les crimes de guerre, tous les génocides, et tout crime contre l’humanité.
Elle lutte en faveur du respect des libertés individuelles en matière de traitement des données informatisées, et
contre toute atteinte à la dignité, à l’intégrité et à la liberté du genre humain pouvant notamment résulter de l’usage de techniques médicales ou biologiques.
Nous sommes une association civique, laïque, politique et donc généraliste qui entend lutter contre l’ensemble des atteintes aux droits de l’individu dans tous les domaines de la vie civique, politique et sociale, d’où là diversité et la complexité de nos champs de compétence. De plus nous voulons promouvoir la citoyenneté politique et sociale de tous et garantir l’exercice entier de la démocratie. Nous considérons que la défense des libertés politiques et celle des droits économiques et sociaux sont inséparables.
Nous sommes sur tous les fronts défense des droits sociaux, respect de la vie privée, lutte contre les discriminations, le racisme et l’antisémitisme, défense des libertés publiques.
« LDH maintient, autant que cela est possible, un dialogue permanent avec les pouvoirs publics. Ceux-ci ne sont jamais des « ennemis » a priori. Elle se donne le droit de contrôler l’activité des structures de l’État lorsque la défense des droits est en cause : elle exerce un droit de critique et fait connaître ses critiques à l’opinion publique.
La Ligue des droits de l’Homme, enfin, propose les changements ou évolutions qui lui paraissent nécessaires. Elle sensibilise les pouvoirs publics et l’opinion publique à ces sujets ».
Nous avons là, notre ligne de conduite, notre légitimité à dénoncer, à agir, à proposer.
Lors de la journée de formation du 19 octobre dernier, notre président nous a exhorté à sortir de la sidération, il nous a demandé de verbaliser, d’échanger, de réfléchir afin de nous donner confiance.
« Nous devons être présents dans les débats publics lors des élections municipales et européennes, afin de faire connaître nos propositions pour nous adresser aux forces démocratiques pour permettre à notre pays de résister aux idées d’extrême droite » - Pierre Tartakowsky.
Voilà donc un ordre de mission et d’action. Rassemblons-nous, échangeons, proposons, faisons avancer les idées républicaines, laïques, démocratiques pour le respect des droits de l’Homme.
Faisons nôtres, les grandes campagnes de la Ligue des Droits de l’Homme en nous appuyant sur les 35 propositions du pacte pour les droits et la citoyenneté, soutenons les campagnes pour l’inscription sur les listes électorales, sans oublier notre devoir de mémoire, je pense, au lendemain de la commémoration du 11 novembre, à la réhabilitation des fusillés pour l’exemple.
Plus que jamais nous avons besoin de la présence de chacun. Nous devons améliorer la promotion de nos idées afin de susciter de nouvelles vocations militantes.
Gardons espoir dans l’adversité en songeant à la volonté et au courage de celles et de ceux qui nous ont précédés. Le 10 janvier prochain, nous allons commémorer le 70ème anniversaire de l’assassinat de Victor et d’Ilona Basch. Que l’engagement de nos aînés nous serve de modèle !
Je dédie ce rapport moral et nos actions futures, à notre ami Yves Quéau, à madame Simone Alizon et à Clara Kasekera-Mokango, jeune femme mariée à un réfugié angolais et renvoyée en RDC, en grève de la faim, après 45 jours de rétention sans autre forme de procès.
Deux ligueurs nous ont quittés cette année. Notre cher trésorier et ami, Yves QUEAU, en avril et madame Simone ALIZON en juillet.
Nous les avons accompagnés dans un dernier hommage. Nous ne les oublions pas. L'un comme l'autre auront honoré notre section de leur présence.
Yves, par son engagement citoyen exemplaire, sa gentillesse, sa courtoisie et son dévouement au service de tous les ligueurs de la section, Madame Alizon, rescapée du convoi du 24 janvier 1943 pour Auschwitz-Birkenau, par son courage exemplaire et son témoignage remarquable au retour de sa déportation.
Nous sommes fiers de les avoir connus.
Plaidoiries présentées par des élèves du lycée Victor et Hélène Basch – février 2013
Nous avons été invités en février dernier à écouter les plaidoiries présentées par une classe de seconde à l’occasion du concours de plaidoirie du mémorial de Caen.
« Châtiments virtuels mais dégâts bien réels »
« Maman, au départ, ce n’était qu’un jeu : il enlevait ses vêtements devant sa webcam et je faisais de même. Et puis il m’a menacée de divulguer les photos. Je ne l’ai pas cru. Ensuite, mes amis m’ont tourné le dos un à un. Il l’avait fait maman, il leur avait envoyé les photos. J’étais seule, tellement seule, on se moquait de moi, on m’insultait, on me prenait à part à la sortie du lycée. C’en était trop, je ne pouvais plus continuer à respirer, à dormir, à parler, à vivre. ».
C'est par ces mots, qu’Amanda Todd aurait pu adresser à sa mère ses derniers adieux avant de se suicider à l’âge de 15 ans. Cependant, elle laisse tout de même des questions sans réponse derrière elle :
Comment Amanda avait-t-elle pu cacher cela à ses proches ?
Pourquoi ne pas leur en avoir parlé ?
Son harceleur allait-il être puni ?
En effet, cette jeune adolescente a été harcelée, traquée, tourmentée, malmenée. Elle a déménagé plusieurs fois, recommencé une nouvelle vie mais toujours, son harceleur retrouvait sa trace. Elle a lancé un appel au secours le 7 septembre dernier sur Youtube. 13 millions de personnes ont vu cette vidéo. 13 millions de personnes ont reçu cette bouteille à la mer. Mais parmi ces 13 millions de personnes, aucune n'a su l'empêcher de mettre fin à ces jours le 10 octobre 2012 à l'âge de 15 ans.
Pire encore, aujourd'hui, deux mois après le battage médiatique suscité par son acte, plus personne n'évoque
Je m'adresse à vous aujourd’hui pour relayer le message qu'Amanda, canadienne de 15 ans, Gauthier, brestois de 18 ans, Megan, américaine de 13 ans et que des milliers d’autres personnes à travers le monde ont tenté de transmettre. Ces personnes peuvent être n'importe qui : vous, moi mais aussi vos enfants, vos frères, vos soeurs, vos amis.
Cela ne paraît pas évident, mais ces personnes ont en réalité un point commun : elles naviguent toutes sur les flots tumultueux d’Internet et plus particulièrement des réseaux sociaux.
En 2012, l’agence spécialisée de l’ONU sur les télécommunications chiffrait à plus de 2.3 milliards le nombre d’internautes dans le monde. Soit plus de 2.3 milliards de cibles potentielles pour des cyber-harceleurs malveillants.
Le magazine Paris Berlin en 2010 a, quant à lui, réalisé le constat alarmant qu’« un jeune sur trois a déjà été victime de harcèlement sur Internet » et qu’ « un jeune sur cinq déclare en avoir été l'auteur. »
Le cyber-harcèlement se manifeste par des moqueries, des commentaires discriminants, du chantage ou des menaces via Internet, les réseaux sociaux ou encore les blogs. Ce fléau se propage parfois jusque dans les cours d’écoles et les lieux de travail.
Bien souvent les victimes, que certains pensent naïves, ne se rendent pas compte qu’elles sont en train d’être prises au piège par les filets vicieux de la toile. Une fois ce piège refermé, elles essayent de se débattre, en vain.
Elles parlent, elles crient, elles hurlent, sans que, presque jamais, leur voix ne soit entendue. Alors elles finissent par subir, en silence, la torture qui leur est infligée.
Il me semble pourtant qu’il est formellement stipulé dans l’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».
N’est-ce pas, pourtant, de la torture que de recevoir chaque jour des emails d’insultes envoyées par un corbeau trop lâche pour dévoiler son identité ?
N’est-ce pas, pourtant, un traitement cruel que de persécuter un adolescent gratuitement et de créer une page Facebook pour le ridiculiser juste pour le plaisir de lui faire du mal ?
N’est-ce pas, pourtant, inhumain de provoquer la mort d’un individu à coup de menaces, d’injures et d’intimidation ?
N’est-ce pas, pourtant, dégradant, enfin de voir son intimité dévoilée et de fausses rumeurs vous concernant lancées sur internet ?
Un second article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen attire mon attention et nourrit ma révolte contre cette injustice. Il s’agit de l’article 12 qui énonce que « Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. ».
Nous sommes d'accord pour dire que les harceleurs d’internet s’immiscent, le plus souvent, dans la vie privée de leur victime.
Nous sommes d'accord pour dire que les harceleurs d’Internet s’attaquent à l’honneur et à la réputation de leur victime.
Nous serons donc d'accord pour dire que, conformément à l’article 12 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, les victimes des harceleurs d’Internet auraient droit à la protection de la loi.
Et bien détrompez-vous ! En France, aucune loi, je dis bien aucune, n’indique clairement que le harcèlement sur Internet à proprement dit soit passible d’une peine quelconque. Certes, il y a des recours judiciaires possibles. Mais le délit est difficile à prouver. Les procédures sont, quand à elles, longues, éprouvantes et n'aboutissent que dans de très rares cas, qui font offices d'exceptions, à un jugement acceptable.
Internet est censé être un progrès en terme de technologie et de communication hors, il se révèle être une régression quand il en va des droits fondamentaux de l'être humain.
Essayez d’imaginer, tout d’abord, la peine ressentie par les proches d’une victime dont un cyber-harceleur a causé la mort.
Essayez d’imaginer, ensuite, leur réaction quand ils apprennent que ce dernier pourra continuer à mener une vie paisible, sans être inquiété, avec tout de même un léger détail sur la conscience : la mort d’un être humain.
Maintenant essayez d’imaginer que la victime soit votre fille, votre fils, votre sœur ou votre frère.
Oui, « essayer d’imaginer » c’est bien la seule chose que nous puissions faire tant que nous n’avons pas vécu une telle situation.
Le pays des droits de l’homme n'est malheureusement pas le seul à laisser passer de telles conduites. Dans des pays tels que l'Allemagne, l'Espagne ou encore le Canada où les technologies informatiques sont omniprésentes, les harceleurs ne sont pas punis non
Certes, des numéros d'écoute existent : notamment « net écoute », créé en octobre 2011 en France qui
permet de répondre aux questions des internautes.
Mais soyons réalistes ! Se contenter d'être à l'écoute des victimes n'a jamais arrêté les bourreaux !
Qu'attendons nous alors pour suivre l'exemple de l’État américain de Californie qui depuis 2008 déjà punit le
harcèlement sur Internet ?
Qu'attendons nous alors pour suivre l'exemple de la Pologne qui depuis juin 2011 déjà punit les internautes qui créent de faux profils sur les réseaux sociaux dans le but de nuire?
Je profite donc, d’être face à vous aujourd’hui pour demander au gouvernement français et à tous les autres gouvernements ayant adopté la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen de prendre des mesures pour enrayer ce fléau et pour que les harceleurs d’internet soient enfin traités comme des criminels et qu’ils écopent d’une peine à la mesure de celle qu’ils ont fait subir à leur victimes.
Car Gauthier, Amanda et Megan ne sont pas des cas isolés et ne peuvent être classés au rang d’anecdotes dans la rubrique des faits divers. Alors agissons avant qu’un autre nom vienne se rajouter à la liste déjà trop longue des victimes. Car sur Internet les châtiments sont, certes, virtuels, mais les dégâts, eux, sont biens réels.
Par Cécile Marchand
Élève de seconde au Lycée Victor et
Moi, 12 ans, victime d'être criminel
« Je ne ressentais rien pour lui, je ne pensais pas vraiment à ce que j'allais faire, j'attendais simplement l'ordre du caporal. Le prisonnier n'était qu'un rebelle de plus, responsable de la mort de ma famille, comme j'avais fini par m'en persuader. Quand le caporal a donné le signal d'un coup de pistolet, j'ai saisi la tête du prisonnier et je l'ai égorgé d'un geste souple».
Ces mots font froid dans le dos. Il serait déjà effroyable s'il sortait de la bouche d'un adulte, d'un militaire aguerri. Mais ce n'est pas le cas. Ces mots sont ceux d'un enfant. Ce sont les mots d'Ishmaël. Il n'a que 12 ans. Il est un enfant-soldat. Ils sont des centaines de milliers comme lui à prendre part aux horreurs de la guerre. Peut-on seulement imaginer leur quotidien ?
D'autres s'appellent Alexis, Juan, Moussa, Ming ou encore Yanis. Ils ont 7, 10, 14 ou 16 ans. Certains sont combattants de première ligne, d'autres sont espions, esclaves sexuels ou détecteurs de mines. Ils vivent en Tchétchénie, en Colombie, en République Démocratique du Congo, en Birmanie ou en Somalie. On pourrait penser qu'ils sont tous différents.
…Et pourtant, ils ont tous comme point commun d'être des enfants. Ils ont tous comme point commun d'être des soldats. Ils ont tous comme point commun d'être des enfants-soldats.
Ces enfants, filles et garçons, sont arrachés à leurs familles, quand elles n'ont pas déjà été massacrées. Ils sont intégrés de force dans des armées ou des guérillas. Leur quotidien c'est la mort. Ils tuent. Le plus souvent, sans même savoir pour qui ou pour quoi.
D'autres prennent les armes volontairement. Par besoin de protection ou par envie de vengeance. Parfois pour les deux. Mais après tout qu'importe leurs raisons. Pour eux aussi, le quotidien, c'est la mort. Eux aussi tuent. Eux non plus, ne savent pas vraiment pour qui ou pour quoi.
L'intégration volontaire, c'est le chemin qu'a emprunté Ishmaël, Il a choisi de s'enrôler dans un groupe combattant au Sierra Leone. Mais peut-on vraiment parler d'un choix ? Il errait loin de son village depuis près d'un an lorsqu'il a croisé le chemin d'un groupe militaire. Il a décidé de les suivre. Mais cela fait-il de lui un criminel ?
Il raconte : « Quand mes parents et mes deux frères ont été tués, je n’avais plus nulle part où aller. Aucun moyen de trouver un abri ou de quoi manger. Aucune protection. Pour survivre, il fallait rejoindre un groupe armé. C’est ce que j’ai fait, comme les autres enfants de mon âge. Mais en réalité, je n’ai rien choisi ».
Ce sont les mots d'Ishmaël. Ils nous poussent à réfléchir.
Son témoignage nous aide à mieux comprendre que la décision de s'engager dans la guerre est tout sauf un choix. Le choix qui lui était proposé n'est pas celui d'intégrer, on non, un groupe armé. Le choix qui lui était donné était celui de vivre, ou celui de mourir.
Est-ce condamnable de choisir de vivre ?
A cette question, nous devons répondre NON. Ce qu'il faut juger, ce ne sont pas les enfants. Ce qu'il faut dénoncer, ce ne sont pas les actes qu'ils ont pu commettre. Leurs actes ne sont que des conséquences. Ce qu'il faut combattre, ce sont au contraire les causes de cette situation, car ce sont elles qui sont criminelles:
La faim qui les tiraille est criminelle. La misère dans laquelle ils vivent est criminelle.
L'endoctrinement qu'on leur inculque est criminel. Leur faire consommer des drogues est criminel. Les violences sexuelles qu'ils subissent et la prostitution à laquelle ils sont soumis sont criminelles.
Plus qu'un enfant-soldat, Ishmaël était surtout, et avant tout, un enfant-victime. En fait, Ishmaël a toujours été
une victime. Il a été victime lorsqu'il a été séparé de sa famille dans une guerre à laquelle il ne comprenait rien. Il a été une victime quand il était soldat et qu'il a dû assister à des exécutions, des viols et des pillages. Il a été une victime lorsqu'il a fallu qu'il y participe lui-même. Il est même resté une victime lorsque tout cela a cessé. Car ni lui, ni personne, ne peut sortir indemne d'une expérience comme celle qu'il a vécu.
Aujourd'hui, Ishmaël n'est plus un enfant soldat. Mais pourtant, il mène toujours un combat. Il mène une nouvelle guerre. Une guerre sans arme. Ou plutôt avec d'autres armes. Ses armes, c'est son histoire, son témoignage. Il combat désormais aux côtés de l'UNICEF.
Mais si Ishmaël a pu trouver de l'aide, combien d'autres sont laissés à leur triste sort ? Combien doivent survivre avec de lourdes séquelles physiques et doivent porter pour le restant de leur vie le poids de blessures profondes, ou même de mutilations ? Combien d'autres doivent surmonter des traumatismes psychologiques irréparables ?
Combien doivent maintenant se battre contre la dépression, contre une anxiété permanente, contre des phobies, contre leur dépendance à la drogue ou à l'alcool, contre le sentiment de culpabilité ? Combien de filles doivent élever un enfant, seules et sans un toit ?
C'est pour cela que la réinsertion des enfants soldats doit être une priorité.
C'est une nécessité. C'est un devoir. Les abandonner, c'est les laisser à leur seule condition de soldats, les laisser à leur seule condition de criminels et de bourreaux. Les aider, c'est au contraire reconnaître leur statut de victime, c'est reconnaître qu'ils se sont juste trouvés au mauvais endroit, au mauvais moment.
Des organisations humanitaires comme celle d'Ishmaël sont indispensables.
Des conventions internationales pour condamner la participation des enfants à la guerre sont nécessaires. Mais malheureusement, cela ne suffit pas. C'est pour cela que, individuellement, nous devons tous plaider pour eux, pour rappeler sans cesse qu'un enfant-soldat, même enfant-bourreau, sera toujours un enfant-victime. En plaidant cela, nous plaidons pour eux. En réalité, en plaidant pour eux, nous faisons même mieux... Nous leur donnons la parole.
Par Chloé Lucas
Être femme au Mali, aucune
chance de survie.
Hadja, Youssouffa, Animata. C'est pour elles et toutes ses femmes maliennes que je suis devant vous aujourd'hui. Elles étaient professeurs, commerçantes, ou bien étudiantes.
A présent elles sont maltraitées, violées, et pour certaines tuées.
Le Mali, ancienne colonie française.
Depuis son indépendance en 1960, le pays enchaîne les coups d'états et dictatures.
Comme ce dernier, du 22 mars 2012 qui a amené les islamistes au pouvoir. En connaissez-vous les raisons ?
Le manque d'armes pour faire la guerre, voilà tout.
Dès lors, les femmes sont devenues les principales victimes de ce coup d'état.
Un seul pas de travers, et elles peuvent voir leur vie s'arrêter. Chaque jour la vie de ses femmes repose sur un fil ténu !
5797 femmes maltraitées, 329 femmes violées, 261 femmes tuées d'après le service de sécurité international.
Cela vous atteint-il ?
Pour ma part, un sentiment de révolte est monté en moi quand j'ai pris conscience des atrocités se cachant
derrière ses chiffres !
Comment pouvons-nous laisser une telle situation se produire ?
Ne devrions-nous pas en tant qu'homme que femme, agir pour les droits des ses maliennes !
5797 femmes maltraitées, 329 femmes violées, 261 femmes tuées ! Tout cela en l'espace de quelques mois !
Ce pays est le théâtre systématique de violations des droits de l'Homme, droit du mâle...
A vos yeux, le prix d'un voyage à New York ? D'un vêtement de grande marque ?
Figurez vous que c'est le prix d'une femme Malienne !
Violées, achetées, refusées, revendues, mariées.
Hadja, 20 ans a connu tout cela.
« J'étais souriante, j'étudiais, j'étais heureuse. J'avais la vie devant moi. Je me promène en ville, non voilée à cause de la chaleur.
Des islamistes viennent alors vers moi et commencent à me frapper avec une force inimaginable.
A force, je ne sens plus les coups. Je vois déjà la mort devant mes yeux. Puis ils me lient les mains avec un tel acharnement qui me laisse penser que je ne suis même plus une femme mais une bête.
Ils me jettent dans un camion.
Je suis terrassée par la peur, je tremble, je souffre.
Après de longs moments d'atroce souffrance, nous arrivons devant un camp.
Ils me poussent dans ce tas de femmes agonisantes.
A présent l'heure de ma punition est venue. On me tranche une oreille, avec un tel plaisir.
Je pleure, je cris, je veux me révolter. Mais comment, une femme contre ses hommes si puissants ? Impossible !
Alors je souffre dans le silence.
Puis deux hommes viennent me voir et me présentent la terrible situation que je vais devoir affronter. Je vais devoir dire oui.
Oui au début de nouvelles longues heures d'agonie, oui à la fin de ma vie.
Cette vie, je ne voulais même plus me battre pour elle. On vient de me vendre à un homme que je vais devoir
épouser. On vient de me vendre !
Je viens de passer de l'état d'humaine à l'état animal !
Puis on me présente l'homme, le tyran qui fait de moi sa chose.
Il m'emmène, et déjà abuse de moi sexuellement.
Voici mon quotidien durant des mois et des mois.
Je dois lui donner tout ce dont il a besoin, et le soir, il me mord, me frappe pour son plaisir, puis me viole.
Je tente de m'enfuir le 8 octobre 2012.
J'ai tout prévu pour m'échapper. Je vais retourner dans le sud du pays. Il vient de me surprendre et devient incontrôlable. Il jubile en me donnant des coups. Il me frappe à coups de poings, puis de pieds.
Sur les bras, les jambes, les cuisses, la tête.
Il me frappe de plus en plus fort. Je crie, lui rit, je souffre, lui jubile, je tremble, lui s'amuse.
Lassé, il prend son arme et la pointe devant mes yeux.
Alors je prend conscience que ma courte vie s'achève ici le 8 octobre 2012.
Ma vie s'est arrêtée à cause d'un voile. »
Cette pauvre vie s'est réduite à une surdose d'agonie.
Aucun droit d'expression, aucun droit de révolte, aucun droit tout simplement n'est même envisageable pour ces femmes.
Comment un pays se prétendant démocratique peut-il laisser agir de telles violations aux droits de l'homme ?
La guerre dans le pays a trop longtemps caché ces atrocités, il est temps que ces faits transparaissent, il est
grand temps d'aider ces femmes ! Il nous faut agir.
Ne devrions-nous pas en tant qu'êtres humains sauver ces femmes ?
Une aide humanitaire, une simple aide humanitaire pour sortir ces femmes de cette situation. Pour une fois ne pas intervenir pour la guerre mais pour ses femmes qui vivent un tel enfer !
Ne devrions-nous pas faire respecter la Déclaration des droits de l'homme dans ce pays ?
Aucun article n'est respecté !
L'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme : « Tout individu a le droit à la vie, la liberté et la sûreté de sa personne ».
L'article 4 : « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude »
L'article 5 : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements dégradants pour sa personne »
L'article 9, l'article 16, l'article 27, l'article 28, l'article 29 et tant d'autres encore...
Moi Marie Pengam m'engage à plaider pour le respect des droits humains au Mali.
Moi citoyenne, m'engage à donner une chance à ces Maliennes qui ne méritent en rien ces atrocités !
Oui moi, je m'engage à laisser de coté cette guerre incessante, pour sauver ces femmes !
Au nom de notre humanité, de notre relation franco-malienne, Nous, Vous, Toi devons les sortir de cette situation !
Nous, chacun d'entre nous doit agir pour ces femmes !
Il nous faut aider les femmes au Mali, pour donner à celles encore en vie, une chance de survie.
Par Marie Pengam
Les communiqués de l'année
Non à l'enfermement des enfants
dans les centres de rétention.
A Rennes, le 25 juillet.
Une fois encore, et une fois de trop, des enfants sont enfermés au Centre de Rétention de Rennes.
En dépit des condamnations répétées de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, et des courriers de protestation de nos députés d’Ille et Vilaine, François ANDRÉ, Nathalie APPÉRÉ, Marie-Anne HAPDELAINE, René MARSAC et Marcel ROGEMONT, en date du 21 février 2013, une famille tchétchène avec ses deux enfants de 3 et à peine 4 ans est retenue au Centre de Rétention de Rennes depuis le dimanche 21 juillet 2013 après s’être opposée à son expulsion vers la Pologne, pays par lequel elle avait transité et où le droit d’asile n’est pas respecté.
Après avoir été interpellée à son hôtel à Nantes à 5 heures du matin le dimanche 21 juillet, la famille MEJIDOV a été conduite au Centre de Rétention de Rennes. Le lundi 22 juillet, la famille a été réveillée dès 4 heures du matin pour être conduite à Nantes où un vol leur était réservé pour être expulsée vers la Pologne.
Après son refus d’embarquement vers l’aéroport de Nantes, la famille est restée placée en rétention. Auprès du Tribunal Administratif de Rennes, elle a demandé l’annulation de la décision du préfet de la placer en rétention. Les enfants sont particulièrement choqués par la succession d’interpellations brutales et par leur séjour au Centre de Rétention dans un environnement particulièrement stressant, (enfermement derrière des grilles, présence des détenus eux mêmes en situation de stress…) conduisant à une perte de 2 à 3 kg, et une perte de sommeil.
Les parents, qui ont déjà deux membres de leur famille en France bénéficiant de la nationalité française, s’opposent à leur expulsion vers la Pologne où les conditions d’accueil des réfugiés, en particulier tchétchènes, (voir le rapport de Jenia Waschewko «La situation des réfugiés tchétchènes en Pologne » publié par la Society for Threatened People en 2011) et la prise en charge médicale sont sévèrement condamnées par les organisations internationales.
De plus, en tant que réfugiés tchétchènes en Pologne, leur sécurité ne peut être garantie, et plus de la moitié des demandeurs d’asile est réacheminée de la Pologne vers la Tchétchénie.
Lors de l’audience, l’ensemble des justifications présentées par la famille n’a pas suffi à convaincre le juge du Tribunal Administratif. Après avoir demandé à la famille pourquoi elle n’avait pas confié ses enfants à des tierces personnes avant d’être amenée au CRA, et « s’ils avaient fait l’objet de traitements inhumains au CRA », le juge arenvoyé la famille au CRA.
Une fois encore, devant cette situation affligeante permise par l’application de la circulaire du 6 juillet 2012, nous demandons la refonte de cette circulaire afin que plus aucun enfant ne puisse être incarcéré, et que cette circulaire ne puisse continuer à être utilisée comme un leurre pour habiller une situation inchangée depuis le changement de majorité, en dépit de l’engagement de François HOLLANDE pendant sa campagne électorale.
A propos du Grand sondage
« Municipales 2014 » lancé par Gérard de Mellon
Alerte à la manipulation !
Ce luxueux document de quatre pages en couleurs qui a été distribué dans les boites aux lettres de certains quartiers de Rennes (et d’autres communes de France ?), additionne trois moyens de manipulation : l’opacité de son origine, un système de questions-réponses imposant des implicites idéologiques, une incitation à la discrimination et à la xénophobie à travers certaines des réponses proposées à cocher.
Opacité de son origine
Les seuls indices qui permettent d’identifier l’origine politique ou institutionnelle de ce sondage sont à la fin d’un avant-propos la signature d’un certain Gérard de Mellon accompagnée de la mention « Rennes Bleu Marine » et, dans un coin, une vague transformation d’une écharpe de Marianne en flamme bleu-blanc-rouge (la flamme est le symbole de plusieurs partis fascistes en Europe et la bleue blanche- rouge celle du Front National).
Beaucoup de gens, peu attentifs au fait que la mention « Bleu Marine » est l’expression derrière laquelle se cache désormais le nom du Front National, peuvent penser qu’il s’agit là d’un sondage de la ville de Rennes, d’autant que le document mentionne plusieurs
fois « l’équipe municipale ».
Des réponses imposant des accords implicites
Dans la plupart du questionnaire, les réponses impliquent des consentements à des affirmations implicites.
Premier exemple : pour la question « Face au fléau du chômage et des destructions d’emplois, quelle(s) action(s) attendez-vous des pouvoirs publics ? » l’une des quatre réponses possibles est « Diminuer les impôts locaux pour donner de l’oxygène aux entreprises de la ville », sous-entendu « les impôts locaux étouffent les entreprises
de la ville ». Deuxième exemple : sur le thème « sécurité » la seule question portant sur ce qui pourrait insécuriser est « Avez-vous été victime d’une agression ou d’un vol ? »
sans laisser la possibilité de mentionner d’autres sources d’insécurité comme la présence de militaires et de policiers armés ou de conducteurs/-trices dangereux. Troisième exemple : la question fermée (seules réponses possibles « oui / non ») « Considérez vous
que votre sécurité est bien assurée dans les transports collectifs ? » implique qu’il faille indiscutablement assurer la sécurité dans ces transports et donc qu’on y serait dans tous les cas en insécurité possible. Quatrième exemple enfin : pour la question « Y a t- il des problèmes persistants dans l’établissement scolaire ? » les réponses fermées à cocher sont « racket, drogue, vol, violence, communautarisme », qui amalgament une façon de vivre supposée (« communautarisme ») avec des délits et qui n’envisagent pas les inégalités sociales, les injustices, le manque de moyens, la ghettoïsation, etc. comme des « problèmes persistants ». Répondre à ces questions, c’est ouvrir la porte à d’évidentes manipulations des réponses et des sous-entendus ainsi validés même inconsciemment.
Incitation aux discriminations et à la xénophobie
La xénophobie et la stigmatisation des « étrangers » et surtout des « immigrés », et parmi eux surtout des Africains et Musulmans, sont une constante du discours du Front National
depuis sa fondation. Le sondage propose « stopper l’immigration » pour résoudre le chômage (dont les immigrés seraient donc une cause), « diriez- vous que l’insécurité est souvent liée à une immigration incontrôlée » (les immigrés seraient donc délinquants ou criminels par définition), « diriez-vous que l’action culturelle municipale défend la culture et l’identité françaises ? » (Supposée attaquées par des non-Français ou non patriotes –y compris peut-être par une culture et une identité régionales ?), « pensez-vous que les différentes aides et prestations sociales accordées par les CCAS devraient être réservées en priorité aux Français ? » (ouvrant la porte à une discrimination officialisée), « Êtes-vous favorable à l’intrusion d’interdits alimentaires religieux (halal par exemple) dans les cantines scolaires ? » (ce qui vise clairement la religion musulmane comme fautive dans cette « intrusion » -terme négatif- et aucune autre, surtout pas la religion chrétienne à laquelle on doit pourtant l’interdit de la viande le vendredi d’où le poisson systématique dans les cantines de nombreuses villes de France, Rennes comprise). Le « sondage » invite ainsi clairement à tenir un discours xénophobe et à soutenir des actions xénophobes, pourtant illégales. Interroger la population sur la ville est une bonne chose, à condition que le questionnement ne soit pas fondé sur une manipulation et ne serve pas de prétexte à répandre ou à faire exprimer des idées immorales ou illégales. Il faut avoir atteint une bassesse extrême pour en arriver à une telle malhonnêteté intellectuelle.
A Rennes, le 12 novembre.
Mme Taubira a récemment été la cible d'injures racistes immondes auxquelles elle a réagi avec une grande dignité. Attachés à la défense des droits de l'homme et au respect de sa dignité, nous nous élevons non seulement contre de tels actes mais aussi contre
la relative indifférence avec laquelle ils sont reçus par notre société.
L'ignominie de ces insultes n'a d'égale que l'indigence intellectuelle de ceux qui les profèrent ou les propagent par la bouche de leurs enfants. C'est par incapacité à élaborer des argumentaires critiques à l'encontre de leurs cibles que les racistes en sont réduits aux insultes, apanage des faibles. Si d'aventure un semblant de raisonnement apparaît, il se fonde sur un obscurantisme niant l'unicité de l'espèce humaine et les droits fondamentaux de chacun de ses individus. C'est cela qu'il faut dénoncer et combattre, inlassablement.
En effet, ne rien dire, ne pas réagir, laisse entendre que ce n'est pas grave, voire – pire - que l'on cautionne de tels actes. Mais le racisme et les actes qui le manifestent ne doivent pas devenir « ordinaires ». Contrairement à l'expression en vogue, il faut que le racisme
retrouve ses complexes. Il est pour cela nécessaire que des voix s'élèvent pour que ceux qui désapprouvent se sentent confortés et osent manifester – même et surtout dans la vie de tous les jours – leur désaccord.
Comme l'écrivait déjà Jaurès en 1899 à propos des calomnies et des préjugés racistes, « Il faut être prêt à une rude besogne de destruction quotidienne. Il faut n’être ralenti ni par la persévérance du mensonge, ni par les calomnies abominables, ni par les préjugés
Les difficultés rencontrées au service de la nationalité de la préfecture.
Par Marie-José Trinité-Confiant
Difficultés rencontrées par les usagers du service de la nationalité et de l’intégration de la préfecture d’Ille et Vilaine (31 octobre 2013)
Le député Matthias Felk a remis au premier ministre au mois de mai dernier un rapport confirmant notamment les conditions d’accueil inadmissibles des usagers du service préfectoral chargé de la délivrance des titres et cartes de séjour et de la nationalité. La préfecture de Rennes ne fait pas exception et semble même actuellement être un modèle en matière de dysfonctionnement et de refus de réelle concertation avec les diverses associations de défense des ressortissants étrangers.
Depuis 3 ans les conditions d’accueil au guichet ont changé à 3 reprises.
En 2012-2013, un pré-accueil était organisé tous les matins destiné d’une part à la vérification des dossiers et prises de rendez-vous et d’autre part à la gestion des opérations considérées comme rapides (renouvellement de cartes de séjour, renouvellement récépissé) 6 guichets de rendez-vous étaient opérationnels l’après-midi tous les jours pour les procédures normales et un pour l’admission exceptionnelle au séjour.
Depuis le mois d’août la situation a changé : les rendez-vous pour renouvellement sont pris par internet sur le site de la préfecture. Délai moyen d’attente : 2 mois.
Conséquence : - de multiples difficultés pour les étrangers ne bénéficiant pas d’accès au net. Obligation de se rendre dans un lieu public sans aucune confidentialité et de plus accès au site particulièrement difficile.
- Les usagers sont dans l’obligation d’avoir recours aux services sociaux ou aux associations. Les risques de dépassement de délai sont multipliés et bien entendu les usagers ne peuvent recevoir aucune précision sur l’état d’avancement de leur dossier.
- Pour les autres dossiers l’accueil n’est plus organisé que trois jours par
semaine et uniquement l’après-midi de 13 heures 30 à 15 heures 30 soit 6 heures par semaine.
Conséquence : Multiplication des files d’attente dès le matin à l’extérieur sans abri et incertitude quant à la possibilité de parvenir jusqu’au guichet. Cette situation engendre une irritation compréhensible pour les usagers qui se présentent pour la deuxième ou troisième fois sans pouvoir être reçus et il faut parfois constater des agressions verbales liées à cette inadmissible situation.
Là encore les migrants subissent en raison de ce problème des retards graves pour la régularisation de leur situation administrative.
La multiplication des refus de guichet
Le refus de guichet est caractérisé par le refus pour le fonctionnaire chargé de l’accueil de délivrer un dossier ou de refuser son dépôt pour des motifs divers.
Il s’agit d’une décision verbale prise par une personne incompétente, seul le préfet ou toute personne jouissant d’une délégation de signature peut prendre valablement une décision en matière de séjour, cette décision devant de surplus être écrite. Ce principe en droit administratif est une liberté fondamentale, les décisions préfectorales étant susceptibles de recours devant le tribunal administratif. Les refus de guichet privent les usagers de cette possibilité de recours. Il s’agit donc d’une violation insupportable d’un principe de légalité démocratique.
- De multiples refus de délivrance de dossier sont constatés pour les parents d’enfants français au motif que ceux-ci ne présentent pas de visa long séjour
or ce visa n’est pas prévu par le CESEDA.
Les usagers sont invités sans fondement à retourner dans leur pays d’origine pour se voir délivrer le visa …
Sont particulièrement visées les femmes comoriennes mères d’enfants français : actuellement la délivrance des dossiers est systématiquement refusée au motif qu’il existerait de nombreuses fraudes à Mayotte. Les agents de la préfecture se prévalent d’une fraude présumée incompatible avec les règles du droit français. Ces refus entraînent une précarisation des parents d’enfants français et également des enfants bénéficiant de la nationalité française (pas de ressources, pas de droit au logement, scolarisation difficile et socialisation aléatoire…).
Cette situation constitue une mise en danger de familles particulièrement vulnérables (familles monoparentales, avec le plus souvent une femme isolée chef de famille et sans ressources ) A noter que la préfecture de Rennes exige du parent isolé une attestation de l’autre parent autorisant le demandeur à “avoir la garde “ de l’enfant bien que la notion de garde ait été supprimée en droit français depuis la loi Malhuret de 1987 au profit de celle d’autorité parentale conjointe … (l’attestation demandée est donc absurde mais non sans conséquence sur le plan de la situation juridique des personnes concernées). Par ailleurs il est également enjoint au parent demandeur de tire de séjour de saisir le juge aux affaires familiales pour qu’il soit statué sur la situation de l’enfant .Il s’agit d’une exigence contraire à l’intérêt de l’enfant les parents pouvant librement décider d’exercer conjointement leur autorité nonobstant une séparation sans immixtion d’une autorité judiciaire et surtout d’une autorité administrative.
- Difficultés pour les étrangers malades à obtenir la délivrance d’un dossier sous des prétextes divers : Domiciliation incertaine, absence de visa (non exigé par les textes), et avis du guichetier quant à l’opportunité de la demande.
A noter qu’à plusieurs reprises le préfet ou son délégataire n’a pas estimé devoir suivre l’avis de l’ARS ! Les difficultés sont accrues lorsque la demande de titre fait suite à une demande d’asile, là encore prévaut la présomption de fraude.
- Refus de traitement de dossier au motif qu’un enquête administrative est nécessaire (procédure antérieure, enquête de police intracommunautaire ...)
Bien entendu cette enquête dure plusieurs mois pour ne pas écrire années sans aucun résultat ...et sans délivrance de titre de séjour ou sans décision concernant le droit au séjour ce qui prive l’usager de tout recours.
- Refus de délivrance du dossier de demande de titre de séjour vie privée et de famille ART L.311 7° au motif tiré de l’absence de visa long séjour ( Visa non exigé par les textes à la suite d’une loi de 2007)Là encore les usagers se voient invités illégalement à retourner dans leur pays d’origine .
Méfiance systématique à l’égard des associations.
La concertation est loin d’être la règle à la préfecture de Rennes.
Les membres des associations doivent justifier de leur identité par la production d’une pièce d’identité lorsqu’ils accompagnent au guichet un usager. Les fonctionnaires des guichets semblent avoir reçu l’instruction de photocopier cette pièce. En cas de refus d’obtempérer les membres des associations ne peuvent accompagner un usager au motif de la “sécurisation des titres de séjour “ A noter que jusqu’à une date récente le motif allégué était le « plan VIGIPIRATE ». Ce prétexte a suivi une autre justification « La protection des étrangers ».
De telles pratiques sont dénuées de tout fondement légal. Monsieur CADOT précédent préfet au cours d’une rencontre avec les associations avait reconnu qu’il s’agissait d’une pratique « anormale ». Pourtant aucune mesure n’a été prise pour la supprimer. Les pouvoirs publics ne cessent de recommander la concertation avec les associations. Il ne semble pas que ces recommandations soient parvenues à la préfecture de Rennes.
Cette liste de pratiques constituant des violations flagrantes des droits des usagers du service public ne vise que les plus flagrantes et concernent les conditions d’accueil. Il faudrait également évoquer les insuffisances en matière de logement d’urgence, et d’hébergement des demandeurs d’asile sous la responsabilité directe des préfets ou encore les multiplications de la délivrance de simples récépissés là ou un titre devrait être accordé ou celles de titres de séjours à durée limitée sans réelle justification mais aggravant la précarisation et les difficultés d’intégration.
Je n’ai pas volontairement abordé le problème de l’admission exceptionnelle au séjour qui répond sauf circulaire Valls à un critère d’opportunité. Il s’agit ci-dessus de violations de droit commis par un service administratif.
Nous avons alerté le service juridique de la LDH, le secrétariat général, toutes les sections bretonnes ainsi que les élus. Un courrier, cosigné par a été envoyé aux parlementaires.
Nous préparons une saisine pour le Défenseur Des Droits.
Près de deux millions et demi d’étranger(e)s extracommunautaires vivent et travaillent dans des communes où elles/ils participent à la vie locale et paient des impôts. Nombre d’entre elles/eux sont responsables d’associations, délégué(e)s de parents d’élèves, délégué(e)s syndicaux (cales)...
La vie locale est un lieu essentiel de la vie démocratique et il n’existe aucune raison pour que toutes celles et tous ceux qui résident sur ces territoires n’y participent pas de façon égale. Il est temps de franchir une nouvelle étape pour l’élargissement du suffrage
universel, la démocratie, la cohésion sociale et pour l’égalité des droits.
Les promesses électorales faites depuis plus de trente ans, approuvées par les électeurs (trices) à au moins quatre reprises, depuis 1981, doivent maintenant être tenues.
Par Michèle Fougeron du MRAP
Chers amis, merci à tous d'être là cette année encore pour cette commémoration d'un événement bien sombre de notre histoire. Et merci d'avoir à cette occasion donné la parole au MRAP au nom des associations appelantes que je rappelle ici avec mes excuses pour les oublis et erreurs du communiqué de presse : 4ACG, ACBB, ARAC, ASA, LDH, Mouvement de la paix et Rennes Setif.
Certes cela s'est produit à Paris et non à Rennes et certains s'étonnent que les associations rennaises invitent à cette commémoration. Mais n'est pas aussi notre histoire ? Ne peut-on tirer des enseignements de ces fautes ?
Ne s'agit il pas d'un événement historique qui a terni l'image de la France et de notre démocratie et dont le souvenir perdure dans les esprits, notamment des familles immigrées de l'Algérie ?
Une manifestation pacifique réprimée avec une rare violence; des policiers lâchés dans les rues de Paris pour se livrer à de sanglantes exactions ; des violences répétées dans les jours suivants; un préfet de police de sinistre mémoire Maurice Papon, minimisant ces violences (reconnaissant 3 morts !) et couvrant ses séides ; une presse caviardée au mépris de la liberté et des témoins de ces exactions, comme le Président du MRAP ou de la LDH de l'époque, n'hésitant pas à aller constater dans la cour même de la Préfecture
de police les violences subies par les hommes qui y gisaient à même le sol.
Un Chef de l'État et un gouvernement dont le silence vaut approbation ; Et cela pendant des décennies : des pressions pour tenter de museler les historiens qui refusaient de se taire ; des commissions d'enquête parlementaires niant d'abord la réalité, puis la reconnaissant du bout des lèvres et si tard : 300 morts ou disparus, qu'on a tout fait en haut lieu pour faire oublier.
Il aura fallu 51 ans pour que soit connue au plus haut niveau la responsabilité d'État, donc politique, dans la violente répression de la manifestation contre le couvre-feu des travailleurs algériens. Certes une plaque avait déjà été apposée par le Maire de Paris en mémoire des Algériens jetés à la Seine et bien d'autres villes ont rendu hommage publiquement à ces morts algériens de leurs villes de banlieue.
C'est une satisfaction pour tous ceux qui ont milité pour cette reconnaissance. Mais le communiqué de 4 lignes, publié par l’Élysée du 17 octobre 2012, fait un peu figure de "service minimum", de promesse satisfaite du bout des lèvres. La responsabilité est reconnue, mais non la faute.
Décidément, la politique française a du mal avec sa police à toutes les époques : c'est la sale habitude de couvrir les fautes comme le prouve la nomination de Papon au poste oh!
combien politique de préfet de police pendant cette période de la guerre d'Algérie. Et les historiens ont démontré qu'il ne s'agissait pas d'un hasard, d'un débordement de policiers imprévisible. En 1961, Papon avait développé un véritable climat de vengeance qui n'attendait que l'occasion pour passer à l'acte. Depuis des mois, des Algériens de France étaient victimes de violences répétées, des hommes disparaissaient dans le silence de l'indifférence.
Il en reste quelque chose aujourd'hui encore, comme le prouvent les procès avortés des décennies plus tard chaque fois que sont mis en cause des policiers pour des violences contre "des jeunes des banlieues" comme à Villiers le Bel, à Dammarie les Lys ou à Clichy sous bois.
Alors il est de notre devoir de ne pas participer à cette tentation de l'oubli, de transmettre et de garder vivants dans la mémoire collective ces morts Algériens qui réclamaient simplement un droit fondamental : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Et n'oublions pas que ce sont des violences policières graves qui ont conduit des jeunes des Minguettes, banlieue de Lyon, à s'engager voici 30 ans dans la Marche de l'égalité et
contre le racisme le 15 octobre 1983. Le MRAP Ille-et-Vilaine a décidé de marquer à Rennes cet anniversaire en ce mois de novembre et appelle toutes les associations à le rejoindre dans ce projet.
Nous allons maintenant jeter ces quelques fleurs au fil de la Vilaine en hommage aux Algériens victimes des violences à Paris le 17 octobre 1961 dont beaucoup périrent dans la Seine.
Au même moment, le même geste est accompli comme chaque année à Paris sur le pont St Michel.
Pétition « Je ne veux plus »
Lors de la journée de refus de la misère du 17 octobre, des dizaines de personnes ont signé une pétition afin de demander au gouvernement que des dispositions législatives soient prises afin que les actes de discrimination sociale subis par un grand nombre de nos concitoyens soient réprimés comme tous les autres actes discriminatoires.
Je ne veux plus voir d'enfants interdits de cantine parce que leurs parents sont chômeurs.
Je ne veux plus entendre un enfant traité de « cas soc' » dans la cour de récré parce que ses parents touchent les minimas sociaux.
Je ne veux plus qu'on refuse la location d’un logement à une famille qui a les moyens de payer le loyer parce que sa condition sociale est trop visible.
Je ne veux plus qu'on traite différemment des personnes parce qu'elles portent les stigmates de la pauvreté.
Je ne veux plus qu'on leur refuse l'accès à leurs droits.
Je leur demande de donner un signal fort d'une République où l'on ne veut plus être discriminé en raison de sa pauvreté.
Je demande que les dispositions législatives appropriées soient prises pour que soit reconnue la discrimination pour condition sociale, signifiant ainsi à tous que les actes cités ci-dessus soient moralement inacceptables et illégaux.
Notre section par un courrier conjoint avec ATD Quart-Monde s’est adressée aux parlementaires rennais.
Samedi 7 décembre 2013, de 9h30 à 16h à la MJC du Grand Cordel à Rennes.
Formation régionale à l'histoire de la LDH avec comme intervenant Emmanuel Naquet, (historien, responsable de la Commission LDH « Histoire, Mémoire, Archives », co-auteur avec Gilles Manceron : Être dreyfusard hier et aujourd'hui) et André Hélard, (vice président de la section de Rennes, auteur de L’honneur d’une ville, la naissance de la section rennaise de la LDH).
Inscription possible jusqu'au 30 novembre 2013.
Vendredi 10 janvier 2014, à l’auditorium du lycée Victor et Hélène Basch
En partenariat avec la Ville de Rennes, le lycée Victor et Hélène Basch, la Ligue de l'Enseignement, et la Région Bretagne, la section rennaise de la Ligue des Droits de l’Homme organise une journée d’hommage à Victor et Ilona Basch, présidée par leur petite-fille, Madame Françoise Basch. La matinée sera consacrée à l’évocation du parcours de Victor et Ilona Basch. Ainsi qu’à la création de la section rennaise de la Ligue des Droits de l’Homme, avec les interventions de Colette Cosnier, d’André Hélard et d’Emmanuel Naquet.
Pascal Ory évoquera l’assassinat perpétré le 10 janvier 1944. Après la projection du film de Vincent Lowy, Victor Basch, dreyfusard de combat (2006), il sera question de l’engagement citoyen d’hier à aujourd’hui, avec Edmond Hervé, Gilles Manceron et Pierre Tartakowsky.
Des débats et des lectures ponctueront la journée.
Protestation silencieuse, contre les Centres de rétention administrative de 18 h à 19 h, Place de La Mairie de Rennes.
Notre blog : ldhrennes.blogspot.com
Publié par LdH Rennes à 22:10:00
L'affaire Dreyfus et la ligue des droits de l'homm...

References: L'article 3

L'article 4

L'article 5

L'article 9
 l'article 16
 l'article 27
 l'article 28
 l'article 29