Source: https://www.lesedc.org/eclairage/structures-de-peche-frein-bien-commun/
Timestamp: 2019-01-17 23:24:55+00:00

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Accueil / Doctrine sociale de l’Eglise : les structures de péché comme frein au bien commun
Jean Paul II utilisa la notion de structure de péché1 dans le discours introductif à la conférence de Puebla (1979). Il la développa dans ses deux encycliques Sollicitudo Rei Socialis (1987) et Centesimus Annus (1991).
L’homme est pécheur et par chacune de ses fautes, le pécheur inflige une double blessure. Celle qu’il s’inflige à lui-même et celle qu’il inflige à son prochain. Comme le rappelle Jean-Paul II: « en vertu d’une solidarité humaine aussi mystérieuse et imperceptible que réelle et concrète, le péché de chacun se répercute d’une certaine manière sur les autres »2.
« Certains de ces péchés sont, par leur objet même, une agression directe contre le prochain. Ces péchés, en particulier, se définissent comme des péchés sociaux. Est social tout péché commis contre la justice dans les rapports de personne à personne, de la personne avec la communauté, ou encore de la communauté avec la personne. (…). Est social tout péché contre le bien commun et contre ses exigences »3
Les structures de péché sont le résultat d’une accumulation de péchés personnels
Les structures de péché sont le résultat d’une accumulation de péchés personnels sociaux ou non. Cette accumulation crée à la longue des faits de société qui par leur influence créeront une vraie disposition aux péchés personnels. « Ainsi elles (les structures de péchés) se renforcent, se répandent et deviennent sources d’autres péchés, et elles conditionnent la conduite des hommes »4. Le compendium précise qu’« il s’agit de conditionnements et d’obstacles qui durent beaucoup plus longtemps que les actions accomplies dans le bref laps de temps de la vie d’un individu »5.
Comment transmettre des valeurs quand celles-ci ne sont pas vécues… Comment développer la confiance, la capacité à être libres, la fidélité, le don désintéressé… Quand ce qui est prôné et vécu est davantage le plaisir, la consommation…
Ces structures de péché sont des lieux de destruction du bien commun.
Ces structures de péché sont des lieux de destruction du bien commun. Elles sont au cœur de la question du développement des personnes. Leur identification met en évidence « la véritable nature du mal auquel on a à faire face dans le problème du développement des peuples : il s’agit d’un mal moral»6
Dans un monde soumis aux structures de péché, « La somme des facteurs négatifs qui agissent à l’opposé d’une vraie conscience du bien commun universel et du devoir de le promouvoir, donne l’impression de créer, chez les personnes et dans les institutions, un obstacle très difficile à surmonter à première vue »7.
Le travail sur les structures est au cœur de la responsabilité du dirigeant quelle que soit la taille de l’entreprise ou de l’équipe dont il à la charge. Car comme le rappelait Pie XII : « de la forme donnée à la société, conforme ou non aux Lois Divines, dépend et découle le Bien ou le mal des âmes »8.
Une des atteintes les plus remarquables des structures de péché est l’affaiblissement de notre conscience.
Une des atteintes les plus remarquables des structures de péché est l’affaiblissement de notre conscience. « Il existe une terrible force d’attraction du mal qui font juger «normales» et «inévitables» beaucoup d’attitudes. Le mal grandit et influence avec des effets dévastateurs les consciences, qui restent désorientées et ne sont même pas en mesure d’opérer un discernement.»9
Nous vivons donc « sous la menace d’une éclipse de la conscience, d’une déformation de la conscience, d’un engourdissement ou d’une « anesthésie » des consciences (…) Certains, par exemple, tendent à remplacer des attitudes excessives du passé par d’autres excès: au lieu de voir le péché partout, on ne le distingue plus nulle part ; au lieu de trop mettre l’accent sur la peur des peines éternelles, on prêche un amour de Dieu qui exclurait toute peine méritée par le péché ; au lieu de la sévérité avec laquelle on s’efforce de corriger les consciences erronées, on prône un tel respect de la conscience qu’il supprime le devoir de dire la vérité. » 10
Cependant le péché reste toujours personnel11. « Au fond de chaque situation de péché se trouve toujours la personne qui pèche»12. Ce n’est pas la société qui nous rend pécheur… c’est notre propre faiblesse et nos égoïsmes. La notion de structure de péché n’est pas une faute collective dont personne ne serait vraiment responsable. Elle est accumulation de fautes personnelles. 13
Cependant, toutes les organisations qui incitent à mal faire ne sont pas toujours le résultat ou l’accumulation de péché personnel14. Beaucoup de fonctionnements problématiques sont le fruit de mauvaises évaluations, d’erreurs de jugement, d’imitation, sans recul, de ce qui se fait… ou tout simplement d’un manque de connaissance et de l’absence de remise en cause de ses propres représentations.
Certaines entreprises mettent en place des systèmes de rémunération, des outils informatiques, des méthodes de ventes ou de reporting qui développent chez leurs collaborateurs des comportements problématiques. Pourtant, leurs dirigeants étaient persuadés que ce qu’ils avaient décidé était bon pour l’entreprise et pour ses collaborateurs.
Dans cette conférence, le terme de structures de péché s’appliquait aux déséquilibres sociaux majeurs qui affectaient l’Amérique du Sud (Corruption, trafic d’armes, marginalisation économique d’une partie de la population). Cette réflexion se trouvait dans le prolongement de Léon XIII mais aussi de Pie XII ; et renvoie à la question de la qualité des institutions. ↵
Jean-Paul II : Reconciliatio et paenitentia, 16 – (1985) ↵
Compendium § 118 ↵
Jean-Paul II : Sollicitudo Rei Socialis § 35 ↵
Compendium § 119 ↵
Jean-Paul II : Sollicitudo Rei Socialis § 37 ↵
Jean-Paul II : Sollicitudo Rei Socialis § 36 ↵
Pie XII : Discours du 1er juin 1941 à l’occasion du 50° anniversaire de Rerum Novarum ↵
Jean-Paul II : audience du 25/8/1999 ↵
Jean-Paul II : Reconciliatio et paenitentia § 18 ↵
« En pêchant, l’homme meurt à soi-même et se sépare de sa vérité. En recherchant la totale autonomie et l’autarcie, il nie Dieu et se nie lui-même… Le péché est ainsi une perversion de la vérité sur l’homme, sur le monde et surtout sur Dieu » (Libertatis et Conscientia – 38) ↵
Compendium § 117 ↵
« Mais c’est une vérité de foi, confirmée également par notre expérience et notre raison, que la personne humaine est libre. On ne peut ignorer cette vérité en imputant le péché des individus à des réalités extérieures: les structures, les systèmes, les autres. Ce serait surtout nier la dignité et la liberté de la personne qui s’expriment – même de manière négative et malheureuse – jusque dans cette responsabilité de commettre le péché. C’est pourquoi, en tout homme il n’y a rien d’aussi personnel et incommunicable que le mérite de la vertu ou la responsabilité de la faute. » (Reconciliatio et paenitentia – 16). ↵
Il n’en reste pas moins que ne pas rechercher avec détermination ce qui est bon ou pas bon et pour cela nourrir sans cesse son intelligence est de l’ordre de la faute. Un dirigeant n’as-t-il pas l’obligation de se former pour mieux décider ? ↵
Doctrine sociale de l’Eglise : bien commun et communauté
Le premier acte de cette « Pensée Sociale Chrétienne » est l’Encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII en 1891, qui s’élève contre le socialisme qui pousse à « la haine jalouse des pauvres contre les riches », tout en prônant la justice des rémunérations et la liberté des travailleurs. Mais elle appelle déjà à porter le regard « encore plus haut », de façon à unir les deux classes « par les liens d’une véritable amitié ».
Doctrine sociale de l’Eglise : bien commun et personne
Dans l’Encyclique Mit Brennender Sorge en 1937, le pape Pie XI rappelle avec force le fondement du bien commun, que les pouvoirs publics ne sauraient s’arroger : « … le véritable bien commun est déterminé et reconnu, en dernière analyse, par la nature de l’homme, qui équilibre harmonieusement droits personnels et obligations sociales, et par le but de la société, déterminé aussi par cette même nature humaine… Chacun, donnant et recevant tour à tour, doit faire valoir pour son bien et celui des autres…».

References: § 118
 § 35
 § 119
 § 37
 § 36
 § 18
 § 117