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Timestamp: 2018-02-19 21:47:06+00:00

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Le pont suspendu en construction
La construction de la passerelle commence le 4 août 1837. Les travaux sont rapidement menés puisque le 5 avril 1838 l'ingénieur des ponts et chaussées se rend sur place pour procéder à l'épreuve de résistance en présence du préfet. Elle dure 3 jours.
Le procès-verbal rend compte avec précision de la construction et des modalités de l'épreuve de résistance.
Tous les détails d'exécution m'ont paru très soignés et très judicieusement adoptés.
L'ingénieur en chef est d'avis d'autoriser les concessionnaires à livrer le pont à la circulation en percevant le droit de passage, ajoutant que les charrettes du pays pourront passer sur le pont quand les chemins qui s'exécutent seront terminés.
Ouverture du pont le 7 avril 1838
Le même jour le sous-préfet Villemain écrit à M. Joseph Marie Salo, fermier du bac de Kermélo. Je viens vous prévenir que votre bail du bac de Kermélo, en date du 20 juillet 1831, demeure résilié et annulé Vous devez cesser de passer qui que ce soit sur la rivière du Ter et de percevoir aucun droit de péage.
Le pont est ouvert au public depuis près d'un an quand le 7 mars 1839, les frères Seguin sollicitent du sous-préfet l'obtention d'un "Arrêté Réglementaire" pour le pont de Kermélo.
Nous réclamons de votre administration la prompte expédition de ce règlement, car il devient urgent de faire connaitre au public les dispositions qui assurent l'ordre du passage, la paisible perception des droits de péage, et la police du pont afin de prévenir toute contestation entre les voyageurs et le percepteur.
Ce n'est que le 3 juillet que l'arrêté du préfet Lorois est publié sous forme d'affiche. Il mentionne notamment :
TITRE PREMIER Perception des droits de péage
Art. 2 Les personnes et bestiaux sujets aux droits et qui s'engageront sur le pont, sans le traverser en entier ne pourront ressortir qu'après avoir acquitté le droit de péage. Une barrière pourra être fermée du 1er mars au 1er octobre, de 10 h du soir à 4 h du matin, et du 1er octobre au 1er mars de 8 h du soir à 6 h du matin. Mais l'ouverture aura lieu chaque fois que la demande en sera faite. A cet effet un commis de quart veillera pendant la nuit et sera préposé à ce service.
Art. 4 Le port d'armes est accordé aux préposés dans l'exercice de leurs fonctions.
Art.5 Si une exaction était accompagnée d'injures, menaces, violences ou voie de fait, les préposés seraient traduits devant le tribunal. Il leur est également défendu de favoriser la fraude et la contrebande.
Art. 6 Quiconque se permettrait de les injurier ou menacer serait livré aux tribunaux.
TITRE II Police ou conservation du pont
Art. 9 Il sera établi un réverbère à un bec, qui sera allumé la nuit lorsque le clair de lune ne dispensera pas de cette précaution.
Art. 11 Les conducteurs de chevaux, mulets, bœufs ou vaches, allant aux foires et marchés ou au pâturage ne pourront les faire passer que par nombre au-dessous de 15….
Art. 12 Il est formellement défendu à qui que ce soit de fumer ou de tenir du feu allumé sur le pont, dans la crainte d'incendie, exception faite pour les lanternes ou falots servant à éclairer les personnes qui viendraient à passer de nuit.
Art. 13 Tout corps ou détachement de garde nationale ou de troupe de ligne à pied, sera tenu de marcher sur deux files, en rompant le pas. La cavalerie ne pourra défiler que sur une seule ligne.
Art. 14 Nul ne pourra monter sur les garde-corps, chaînes, dés, obélisques, ni se suspendre aux tiges. On ne laissera stationner sur le pont aucune voiture, sous aucun prétexte que ce soit.
Le pont au quotidien
En 1845, l'ingénieur en chef des ponts et chaussées signale au préfet que des réparations urgentes s'imposent dans le système de suspension du pont.
◊ L'année suivante, les frères Seguin se plaignent auprès du préfet de la baisse de leurs recettes qu'ils expliquent par l'établissement d'un bateau à vapeur faisant le service de Lorient à Port-Louis, le mauvais état de la route de Lorient aboutissant au pont et la création d'un passage public établi sur le Ter par le propriétaire du château du Ter.[…] Nous ne doutons pas que l'administration fera ce qui dépendra d'elle pour l'entretien des routes en bon état de viabilité et la suppression du nouveau passage signalé.
◊ La circulaire ministérielle du 24 mai 1850 impose de faire une visite du pont.
L'ingénieur ordinaire Théophile Dubreuil, procède le 26 juillet à la visite des câbles de suspension et de retenue.
Toute la partie apparente du pont est en très bon état d'entretien, les pièces du tablier sont coltarées avec soin…..
En résumé l'état est satisfaisant et ne laisse aucun doute sur sa solidité. Nous devons toutefois faire remarquer que le pont n'a été construit que pour donner passage à des voitures très légères, que cependant des voitures lourdement chargées y circulent tous les jours, qu'il peut en résulter des accidents et qu'il est indispensable d'interdire le passage des voitures chargées, attelées de plus d'un cheval.
Deux semaines plus tard les Seguin se permettent d'intervenir une fois de plus auprès du préfet rappelant que ce pont a déjà subi une demi-épreuve qui était suffisante pour constater sa bonne exécution et pour éloigner de l'esprit public toute inquiétude sérieuse.
Ils prétendent que l'épreuve n'aurait aucune utilité, évoquent les visites fréquentes faites par des hommes de l'art, la bonté des matériaux et l'intérêt que le constructeur a de conserver sa propriété, qui sont les meilleures garanties données à l'administration.
Nous osons donc espérer que vous ne maintiendrez pas votre arrêté. S'il en était autrement, nous vous prions, Monsieur le préfet, de vouloir bien en référer à l'autorité supérieure qui plusieurs fois, dans des circonstances analogues, nous a dispensés de l'épreuve.
Le préfet répond en termes assez sévères : je me bornerai à vous faire observer que l'épreuve est formellement imposée par l'article 4 du cahier des charges et qu'elle ne vous a pas empêchés de soumissionner.
Du reste il est appris que loin de vous plaindre du passage des grosses voitures, vous en avez profité pour percevoir une taxe qui ne se trouvait pas autorisée par votre tarif.
Enfin vous paraissez croire que l'administration supérieure serait favorable à vos prétentions. C'est précisément pour me conformer aux instructions ministérielles, que j'ai dû prendre mon arrêté du 19 mars.
Les Seguin lui répondent aussitôt :
Puisque vous persistez à maintenir votre arrêt, nous allons prendre les mesures nécessaires pour son exécution.
Mais nous écrirons néanmoins à monsieur le ministre pour le prier de réduire l'épreuve à la durée de 24 heures, durée suffisante puisqu'elle est adoptée dans tous les cahiers de charges. […] Quant au passage des grosses voitures, nous l'avons formellement interdit sur notre pont : vous avez été mal informé sur ce point, Monsieur le préfet. Nous avons seulement toléré le passage des charrettes et petites voitures du pays ainsi que l'indiquait monsieur l'ingénieur en chef dans son procès-verbal du 9 avril 1838.
Le 18 juin l'ingénieur ordinaire rédige son rapport sur la demande des Seguin de réduire l'épreuve à 24 heures. Il contredit complètement son supérieur : La condition des 3 jours imposée par l'art.5 du cahier des charges est anormale […] Les accidents ont toujours lieu dans les premières heures de l'épreuve et il est admis aujourd'hui par tous qu'une épreuve trop prolongée ne pourrait que fatiguer inutilement les diverses parties de la construction.
Le préfet, autorisé par le ministre, est finalement contraint d'accepter la demande des Seguin et de publier un nouvel arrêté limitant la durée de l'épreuve à vingt-quatre heures.
L'épreuve commence le 22 août 1852. Auparavant il a fallu préparer les matériaux nécessaires à la charge et organiser le passage par bateau pour les personnes souhaitant traverser le Ter.
Théophile Dubreil, ingénieur ordinaire des ponts et chaussées, chargé du service de l'arrondissement de l'ouest et Louis Pax, représentant de MM. Seguin concessionnaires, procèdent à l'épreuve complète du pont suspendu de Kermélo.
Le pont était en parfait état, toutes les parties pouvant laisser quelque doute sur leur solidité avaient été remplacées.
Sa charge devant être de 200 kg par m², le poids nécessaire était de 51 072 kilogrammes.
Du sable mêlé de galets, provenant de la côte près du Kernével, avait été approvisionné depuis plusieurs jours.
Le lendemain à 5 heures du matin la charge a commencé ; à 11 h elle était terminée.
Les transports ont été effectués au moyen d'un wagon à bascule, trainé par 2 chevaux qui, placés sur les 2 rives n'agissaient que successivement et en sens contraire. Deux hommes seuls étaient sur le pont, occupés à maintenir le wagon sur la voie et à le faire basculer au lieu convenable.
Un nivellement préalable avait eu lieu avant de charger le pont puis immédiatement après. Les matériaux sont restés 24 heures sur le tablier. Pendant ce temps, le passage était interdit et fait par bac.
Le lendemain, nouveaux nivellements avant de retirer la charge. On a constaté qu'il y a eu allongement des câbles pendant l'épreuve, mais l'épreuve terminée, cet allongement n'a pas persisté.
Pendant et après l'épreuve les diverses parties de la construction ont été visitées : pas un fil ne s'est brisé, pas un assemblage ne s'est détraqué, les maçonneries sont restées intactes.
◊ Fixation d'un tarif pour le passage des voitures
Le 22 septembre 1852 le préfet prend arrêté accordant un délai d'un an pour faire autoriser par un décret présidentiel la circulation des charrettes et voitures légères et le tarif auquel elles seront assujetties.
L'ingénieur chargé d'examiner le tarif proposé par Seguin estime qu'il ne peut être accepté parce que les prix sont très exagérés et en désaccord avec ceux en usage dans le département pour les concessions analogues. Citons quelques chiffres :
Projet Seguin Prix usuels
Voiture suspendue à 2 roues et 1 cheval 0,75 F 0,45 F
Voiture suspendue à 4 roues et 2 chevaux 1,50 0,60
Voiture d'agriculture du pays(ces voitures sont attelées de 2 bœufs et 2 petits chevaux)
1,25 0,40
et quand la voiture va de la ferme aux champs 0,20
La même voiture vide 0,85 0,15
Le pays est pauvre, l'agriculture et l'industrie sont peu avancées et il faut se garder de les entraver. Les prix ne peuvent donc être ici ce qu'ils sont dans d'autres contrées.
Si le passage des voitures est toléré, ce ne peut être que dans un intérêt public.
……il ne serait pas prudent d'y laisser passer les voitures de roulage à 2 ou 4 roues, attelées de plus de 2 chevaux. Le pont n'a que 2 mètres de largeur, sans trottoir.
Nous demandons que le tarif annexé à l'ordonnance du 16 8bre 1834 soit complété comme suit
Personne conduisant une brouette ou voiture à bras chargée ou vide 0,10
Voiture suspendue ou carriole à 2 roues et 1 cheval, conducteur compris 0,45
pour chaque cheval en plus 0,10
Voiture suspendue à 4 roues et 1 cheval, conducteur compris 0,50
Charrette de campagne chargée quel que soit l'attelage, conducteur compris 0,40
Charrette de campagne employée au transport d'engrais ou à la rentrée des récoltes 0,20
Charrette de campagne vide quel que soit l'attelage, conducteur compris 0,15
Charrette de roulage à 2 roues, chargée, attelée d'1 cheval, conducteur compris 0,50
Charrette de roulage à 2 roues, chargée, attelée à 2 chevaux, conducteur compris 0,60
Charrette de roulage à 2 roues, vide : 0,20 en moins que pour la même chargée
Chariot à 4 roues, chargé, attelé d'un cheval, conducteur compris 0,60
Chariot à 4 roues, chargé, attelé à 2 chevaux, conducteur compris 0,70
Chariot à 4 roues, vide : 0,25 en moins que pour le même chargé
Charrette chargée ou non, attelée d'un âne, conducteur compris 0,20
chaque âne en plus 0,05
Chaque personne autre que le conducteur, se trouvant dans les chariots, voitures 0,05
L'ingénieur en chef propose que ce rapport soit soumis aux enquêtes d'utilité publique conformément à l'ordonnance royale du 18 février 1834.
Bouette 10 centimes
Charrette de roulage 50 centimes
Voiture à bras 10 centimes
Mulet avec charrette 20 centimes
Voiture suspendue 50 centimes
Après une enquête en mairie de Plœmeur qui ne reçoit aucune observation, le 2 juillet 1854 le conseil municipal considérant qu'aucun des habitants n'a fait d'observation, que les modifications indiquées paraissent avantageuses à l'intérêt agricole et aux concessionnaires, est d'avis que le nouveau tarif pour le passage sur le pont de Kermélo soit arrêté conformément aux propositions.
Le 23 septembre le sous-préfet, est d'avis que ce nouveau tarif soit arrêté, mais il soulève un nouveau problème : Le pont avait été fait pour le passage exclusif des piétons, des cavaliers et des bestiaux. On a reconnu plus tard qu'on pourrait, par suite de l'épreuve qui en a été faite, laisser passer sur ce pont les charrettes du pays, quel qu'en soit l'attelage, mais qu'il ne serait pas prudent d'y laisser passer les voitures de roulage.
Il y aurait danger à admettre le passage de ces voitures qui d'ordinaire sont lourdes et attelées de plusieurs chevaux.
En soulevant cette question de la solidité du pont pour le passage des véhicules, le sous-préfet déclenche une nouvelle série de démarches administratives qui vont retarder de deux ans la mise en application du nouveau tarif.
Le 4 novembre 1854, au terme d'une nouvelle visite du pont, l'ingénieur conclut : L'état du pont est donc satisfaisant et ne permet aucun doute sur la solidité de la construction.
Afin de savoir si le pont suspendu de Kermélo peut être affecté sans inconvénient au passage des voitures, le 16 avril 1855 le ministre de l'intérieur demande au préfet de lui adresser les dessins de ce pont et de lui faire connaître avec plus de détails l'état de conservation dans lequel il se trouve, les épreuves qu'il a subies et la manière dont il les a supportées.
Pour satisfaire à cette demande l'ingénieur Dubreuil rend encore un rapport sur les nouvelles dispositions projetées tendant à laisser passer les voitures sur le pont suspendu.
A ce rapport sont joints les dessins propres à donner une idée exacte de l'ouvrage et les résultats de l'épreuve complète de 1852.
En conclusion : depuis l'épreuve, le pont a été visité plusieurs fois. Les fils ont été reconnus en bon état […] il n'est pas douteux qu'aujourd'hui l'épreuve pourrait être recommencée avec succès.
Le poids de l'épreuve est de 51 072 kg et il n'y a pas lieu de craindre que le poids des voitures n'atteigne jamais ce chiffre.
On peut donc sans aucune crainte laisser circuler les voitures en toute liberté.
Aucune voiture suspendue pour voyageurs et marchandises, aucune voiture employée au transport des récoltes ou des denrées ne pèse 3 tonnes. On peut donc les laisser passer sur le pont.
Mais les voitures de roulage ou celles chargées de matériaux de construction, attelées de plus de 2 chevaux pèsent souvent de 3,5 à 4 tonnes et plus; il pourrait donc y avoir danger à leur permettre ce passage.
Cette restriction n'apportera aucune gêne à l'état de choses existant, car il n'y a pas de charrettes lourdement chargées qui suivent cette voie.
Le 13 octobre 1855, l'Empereur décide d'adopter le projet de tarif du péage, pour les voitures et charrettes, élaboré par l'ingénieur ordinaire des ponts et chaussées.
Ce nouveau tarif s'ajoute à celui de l'ordonnance royale de 1834. En outre le passage sera interdit à toute voiture attelée de plus de 2 chevaux ou 4 bœufs.
Entretien et réparations du pont
◊ Suite à une visite du pont, en septembre 1858, le préfet prend deux arrêtés.
L'un mettant en demeure les concessionnaires du pont d'établir un système de bute-roues et l'autre réglementant la circulation :
Art. 1 – Le passage de plus d'une voiture à la fois sur le pont suspendu de Kermélo est interdit.
Art 2 – Tout conducteur de voiture devra descendre et se tenir à la tête de son attelage pendant la traversée du pont.
Les frères Seguin contestent l'utilité des bute-roues et demandent un délai pour les réaliser lors d'une prochaine réparation en meilleur saison. Contre l'avis des ponts et chaussées qui considèrent qu'ils sont indispensables pour la sécurité des voyageurs qui passent en voiture, le préfet accède à leur demande.
◊ Le 24 avril 1861, suite à la visite annuelle de surveillance du pont, le préfet met en demeure les frères Seguin :
1° de faire visiter dans toute son étendue le tablier du pont et remplacer les madriers pourris ou rompus ainsi que les poutrelles avariées ;
2° de remplacer ou réparer toutes les autres parties défectueuses de la charpente ;
3° de repeindre et restaurer les tiges de suspension détériorées ;
4° de commencer immédiatement et terminer dans le délai de 2 mois, à dater de la notification du présent arrêté, toutes les réparations à faire.
Les réparations prescrites effectuées, il est constaté que les ouvrages de charpentes, les câbles et les tiges de suspension sont en bon état d'entretien.
◊ Trois ans plus tard, en juillet 1864, l'ingénieur des ponts et chaussées constate que par endroits, les fils constituant les câbles sont rongés par la rouille, qu'il est dangereux de laisser les voitures y passer et qu'une réparation urgente s'impose.
Le 1er août, le préfet J. Lefebvre prend un arrêté réglementant la circulation.
Art 1er La circulation des voitures est interdite sur le pont de Kermélo. Le concessionnaire devra en conséquence établir à chaque extrémité du pont une barrière disposée de manière à ne laisser passer que les piétons.
Art 2 Il ne devra pas se trouver plus de 20 personnes à la fois sur le pont tant qu'il n'aura pas été réparé.
Dans le même temps, il contraint les Seguin à assurer le passage des voitures au moyen d'un bac et les met en demeure de présenter dans un délai de 3 mois un moyen de rétablir par des câbles de suspension, dressés de telle sorte qu'ils soient accessibles et à l'abri de l'eau dans toutes leurs parties, et que la tension des fils au moment de l'épreuve prescrite par l'article 4 du devis de concession n'excède pas 15 kilogrammes par millimètre carré.
Le 19 septembre l'administration constate qu'on a suppléé au défaut de résistance au moyen de chaînes marines […] et que ces travaux donnent des garanties de sécurité suffisantes pour qu'on puisse autoriser le rétablissement de la circulation des voitures.
Le rétablissement provisoire est décidé le 23 septembre. Il reste encore à procéder à la restauration définitive du pont.
Le concessionnaire propose de renforcer les câbles au moyen de barres de fer. Ce procédé est accepté par les ponts et chaussées. Le 25 novembre, le préfet approuve le projet de restauration, ordonne l'exécution des travaux et décide de soumettre le pont à une épreuve avant d'autoriser le rétablissement définitif de la circulation.
Le 1er mars 1865, les travaux terminés, les frères Seguin estiment que soumettre le pont à l'épreuve est inutile et nuisible à sa solidité. Ils ajoutent que la largeur du pont ne parait plus en rapport avec les besoins et suggèrent de le transformer en pont fixe.
Les ponts et chaussées, tout en reconnaissant que les travaux paraissent convenablement exécutés maintiennent l'obligation de l'épreuve.
◊ L'épreuve a finalement lieu de 12 juin. Le jour même, l'ingénieur Guibert en rend compte.
Le pont de Kermélo n'a pas résisté à l'épreuve. L'opération a commencé ce matin à 7 h.30 par le chargement de la travée de la rive droite. A midi quand cette travée n'avait reçu encore que les trois quarts de la charge à porter, le hauban du côté opposé s'est rompu.
Le tablier de la travée rive droite s'est affaissé et s'est gauchi en s'inclinant vers l'amont. Le tablier de la travée rive gauche s'est soulevé.
C'est un pont à refaire.
Des barrières ont été placées aux abords du pont pour empêcher que personne ne veuille y passer et le passage des piétons est assuré par un canot.
Quatre jours plus tard, le préfet prend un arrêté d'interdiction de la circulation tant pour les piétons que pour les voitures.
Les frères Seguin sont mis en demeure d'établir un passage provisoire pour les piétons à l'aide d'un bac ou de bateaux.
Ils doivent également prendre les mesures nécessaires pour éviter les accidents qui pourraient résulter soit du passage fortuit sur le pont, soit de la chute spontanée du tablier.
Par ailleurs, ils ont obligation de présenter un projet de restauration dans les trois mois.
Le lendemain, les Seguin proposent une solution pour réparer le hauban cassé en fixant un hauban provisoire en chaine de fer. Cette réparation provisoire reçoit l'agrément des ponts et chaussées. Toutefois, en vue de la fête de Larmor qui doit avoir lieu le 24 de ce mois et qui attire sur ce chemin une nombreuse affluence, ils préconisent de limiter le passage à 20 personnes à la fois, d'empêcher qui que ce soit de s'arrêter sur le pont et faire en sorte que les passants marchent isolément sans courir et sans cadencer leur pas.
Satisfaits de leur travail, les Seguin demandent de procéder à une nouvelle épreuve pour avoir la certitude que nous pouvons avec toute sécurité charger notre pont.
Elle a lieu le 31 juillet. Vers 9 heures du soir, la travée de rive gauche s'est subitement effondrée tout entière. Cette chute a été produite par la rupture des deux câbles de suspension du côté aval qui se sont brisés l'un et l'autre près de leur point d'attache.
Nous avons constaté que les fils de l'un étaient entièrement oxydés, tandis que ceux de l'autre étaient dans un état de conservation convenable.
Le tablier est tombé, pour ainsi dire tout d'une pièce, à la mer.
Le 4 août 1865 le préfet s'adresse aux Seguin : Je viens d'être informé du mauvais résultat de l'épreuve. Dans ces conditions, je ne puis, messieurs, que maintenir l'invitation que je vous ai faite de me soumettre un projet de reconstruction et j'ajoute que je n'ordonnerai une nouvelle épreuve que dans le cas où j'aurai été mis à même d'apprécier par l'examen du projet, le degré de solidité.
Le concessionnaire propose d'établir un pont fixe, plus en rapport avec les besoins de la population, à condition d'obtenir une subvention de 70 000 francs. Le sous-préfet de Lorient reconnait son utilité, mais le préfet répond sans équivoque : le département n'est pas à même et ne le sera pas de sitôt de donner aucune subvention pour cette substitution.
M. Granet, termine le dossier de reconstruction de la suspension et du tablier le 22 octobre 1865. Il comporte la description des travaux, un métré très détaillé du plancher, des haubans, des tiges etc. et des plans.
Les dimensions des différentes pièces ont été calculées pour permettre la circulation des voitures pesant tout compris 5000 kilos.
Rien ne sera négligé pour donner à cette réparation la solidité et la durée.
Les ponts et chaussées constatent que dans ses dispositions générales le nouvel ouvrage est la reproduction exacte de l'ancien. Toutes les parties fixes sont conservées, seuls les nouveaux câbles et haubans auront une section supérieure à celle des anciens. Néanmoins, ils pensent que le projet est bien conçu et peut être approuvé.
Courant mars 1866, les travaux de reconstruction sont terminés. L'épreuve est fixée au 29. Le pont résiste normalement à la charge et la circulation est rétablie le 31.
Inquiétudes sur la sécurité du pont
Le 4 septembre 1904 le maire de Plœmeur expose que depuis quelques semaines il est l'objet de demandes incessantes de renseignements sur la solidité du pont de Kermélo.
Des renseignements obtenus auprès des personnes compétentes, il résulte :
1° que les câbles du pont datent de 1827, sont les plus vieux câbles des ponts français et n'ont jamais fait l'objet d'une visite minutieuse et approfondie (ce qui est inexact) ;
2° que la circulation a au moins quadruplé depuis le rachat du péage ;
3° que sous les charges nouvelles, le pont voit son tablier en très mauvais état et sa pile centrale s'infléchir de plus en plus.
Le conseil émet le vœu que le pont soit soumis à l'examen des ingénieurs et de faire procéder à un essai complet et sérieux si nécessaire.
Le 1er octobre, le conseil municipal de Lorient émet un vœu analogue à celui de Plœmeur.
Moins de 3 semaines plus tard, l'agent voyer procède à la visite du pont et conclut que toutes les parties visibles, pierres, bois et fer sont dans un état assez satisfaisant d'entretien et sont consciencieusement entretenues par le gardien du pont.
Le ministère, par le biais du comité consultatif de la vicinalité réagit vigoureusement à ce rapport. Les agents voyers ne doivent pas se borner à déclarer comme ils l'ont fait au sujet du pont de Kermélo que certaines parties de l'ouvrage paraissent en bon état. Quand des doutes existent sur certains points, les agent-voyers doivent procéder aux vérifications nécessaires pour les éclaircir et présenter telles propositions ou conclusions que de droit.
Vous voudrez bien donner connaissance de ces observations à l'agent-voyer en chef de votre département.
M. Bidu, agent voyer en chef fait appel à l'expertise de M. Arnodin qui évalue à 1400 francs les dépenses à engager pour réparer les câbles. Il ajoute que compte tenu de ce que le pont continuera d'être insuffisant pour les besoins de la circulation à desservir, une réfection complète s'imposera toujours à brève échéance.
Deux jours plus tard, ayant eu connaissance du résultat de la dernière visite du pont, il précise que la détérioration des câbles est trop avancée pour qu'il soit sage de tabler sur le rhabillage envisagé.
Ce n'est pas seulement un "point" qui est malade, mais c'est "l'ensemble", et pendant que l'on réparera ce point, une rupture peut se faire à côté. Les risques sont si graves, que je n'ose pas en assumer la responsabilité.
Il propose alors une autre technique de réparation plus complexe et plus onéreuse.
Quatre mois après les inquiétudes émises par les conseils municipaux de Plœmeur et de Lorient, quant à la solidité du pont, l'agent-voyer en chef Bidu critique ces délibérations basées sur des renseignements plus ou moins spécieux, et non moins tendancieux. Il rétablit la vérité et se veut rassurant. Néanmoins il décide de faire vérifier si les organes du pont ont perdu de leur résistance et que pour parer à toute éventualité, il y a lieu d'interdire le passage sur le pont à toute voiture chargée.
Le 2 février 1905 le préfet prend un arrêté en conséquence.
La circulation des voitures chargées est interdite sur le pont de Kermélo ; les voitures vides ne devront pas être attelées de plus de 3 chevaux.
Le nombre des animaux pouvant passer à la fois, est réduit à 10 au lieu de 15.
Il est interdit de s'engager ou d'y engager une voiture vide attelée, ou un nombre quelconque de bestiaux lorsqu'il s'y trouvera 20 personnes à la fois. Il est également interdit à toute voiture de s'engager alors qu'une ou plusieurs personnes ou animaux s'y trouvent déjà en sens inverse.
Pendant la traversée les chevaux seront mis au pas ; les voituriers ou rouliers devront descendre et se tenir à la tête de leur attelage.
Concernant le passage des troupes, le nombre de soldats est limité à des groupes de 20 et celui des cavaliers à des groupes de 6.
Le 4 novembre, a lieu la visite annuelle du pont. Selon l'agent d'arrondissement toutes les parties de cet ouvrage d'art paraissent être en bon état. L'administration évalue à 18 000 francs la dépense de renforcement des organes suspenseurs qu'il considère hors de proportion avec sa durée.
Le ministre estime qu'il serait prudent d'appeler l'attention de l'autorité militaire sur l'état du pont de Kermélo et de lui demander d'éviter dans la mesure du possible d'y faire passer les troupes en marche.
Le préfet maritime et le général commandant le XIème corps d'armée prennent acte de cette demande et donnent des ordres dans ce sens.
En février 1906 le conseil municipal de Lorient émet le vœu que l'administration préfectorale prenne les mesures nécessaires pour que soit strictement appliqué l'arrêté préfectoral relatif aux voitures lourdement chargées qui se présentent pour passer le pont de Kermélo.
En mai, celui de Plœmeur souhaite au contraire que les voitures attelées de moins de 600 kilos puissent passer sur le pont.
En réponse, l'agent voyer considérant qu'il n'y a pas d'instrument de mesure à proximité du pont estime qu'il faut maintenir l'interdiction de passage aux voitures chargées.
Le conseil municipal de Lorient déplore que la commune de Plœmeur délaisse la question du pont et dénonce le zèle du gardien qu'on a vu faire faire demi-tour à une charrette qui portait une malle. Le gardien, à la suite d'instructions, la classait dans la catégorie des voitures lourdement chargées, c'est-à-dire dépassant 600 kilos.
Monsieur Georges Ouizille s'interroge sur la solidité du pont. Depuis bien des mois il n'y a pas eu de réparations et des accidents sont à craindre.
Le conseil adopte à l'unanimité un vœu tendant à la reconstruction du pont avec appel à l'état, à la réglementation du passage et à un meilleur entretien.
Les voituriers de Larmor et Kernével s'obstinent à vouloir passer avec des charges légères, insultant et menaçant le gardien qui s'y oppose. A tel point que sa femme ne voulant plus rester à Kermélo, il demande son changement.
Devant la difficulté qu'éprouve le gardien à s'assurer que la charge de 600 kilos tolérée n'est pas dépassée, M. Ouizille propose à l'agent voyer cantonal de ne laisser passer que les voitures à deux roues, suspendues et attelées d'un seul cheval, car dans la pratique les ressorts d'une telle voiture ne peuvent guère supporter plus de 500 kilos. Ceci aplanirait bien des difficultés.
Le 7 septembre 1906, le préfet prend un arrêté de police dans ce sens.
Toutefois, une semaine plus tard, l'agent voyer cantonal revient sur cette question en écrivant puisque M. Ouizille doute tant de la solidité du pont et craint des accidents, nous ne comprenons pas qu'il y fasse passer journellement sa famille, dans des automobiles pesant jusqu'à 1500 kg alors qu'il lui serait si facile, disposant de moyens de locomotions aussi rapides, de faire le détour par Plœmeur.

References: Art. 2

Art. 4

Art.5

Art. 6

Art. 9

Art. 11

Art. 12

Art. 13

Art. 14
 l'article 4

Art. 1
 l'article 4