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Timestamp: 2019-12-06 00:25:24+00:00

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Correspondance de Napoléon - Mai 1805
Alexandrie, ler mai 1805
ARTICLE ler. – Le ministre de l’intérieur fera construire, à Lans-le-Bourg, une auberge dans une bonne situation et détachée du village, avec grange et écurie pouvant contenir au moins vingt chevaux, jardin, cour, basse-cour et remise.
L’auberge devra contenir une vingtaine de chambres.
ART. 2. – La dépense ne pourra pas excéder 40,000 francs. Elle sera prise sur les fonds affectés aux travaux du passage du mont Cenis.
ART. 3. – Cette auberge sera louée immédiatement par le préfet du Mont-Blanc, à la diligence du sous-préfet de la Maurienne; le locataire s’obligera à y tenir auberge pour les voyageurs.
Elle pourra être louée pour trois, neuf ou vingt-sept années. Le loyer en sera appliqué à l’entretien de la route du mont Cenis.
ART. 4. – Le ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent décret.
Alexandrie, 2 mai 1805
Je vous envoie des pièces relatives à l’affaire du cardinal. Si c’était une affaire sérieuse, je m’en mêlerais; elle parait trop ridicule pour prendre sur mon temps pour approfondir s’il a raison ou tort. Il ne me convient pas d’examiner si le préfet peut avoir tort, après la phrase, “que ce préfet ne possède plus ma confiance, et qu’il ne correspondrait plus avec lui.” Je ne suis pas en tutelle, et je n’ai pas besoin qu’on dise qu’on ne possède plus ma confiance, ce qui est impertinent, et cela me donne peu d’opinion de l’esprit de Cambacérès. Qu’aurait-il donc fait au XII siècle de l’Église ?
Je ne conçois rien à vos jurisconsultes; ou mademoiselle Paterson est mariée ou non : non , il ne faut aucun acte pour annuler son mariage; et si Jérôme voulait contracter un nouveau mariage en France, les officiers de l’état civil l’admettraient, et il serait bon.
NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR
Le ministre de l’intérieur écrira au préfet du Tanaro de présenter cinq personnes pour être nommées maires d’Alba et de Brà. Il fera connaître les maires qui doivent être changés, ses motifs pour ce changement, ceux qui pourraient les remplacer, et la fortune dont ils jouissent. Il fera également les présentations de toutes les places vacantes dans le conseil général du département. Pour chaque place, il présentera des ex-nobles et des non-nobles, et des hommes de tous les partis, en les désignant par leurs opinions. Il ajoutera aussi ses motifs pour les choix qu’il proposera de faire. L’intention de l’Empereur n’est point de donner gain de cause à aucun parti ; elle est de les porter à la conciliation par des nominations, qui sont les plus efficaces de toutes les proclamations. Mais il exige, pour ces places de membre de conseil général de département, qu’ils aient, par leur fortune, un état indépendant.
L’Empereur n’est restreint par aucune clause constitutionnelle lorsque le conseil n’est pas complet.
Le ministre de l’intérieur présentera un projet de décret pour appeler à d’autres fonctions les commissaires de police de la ville d’Alexandrie, et présentera pour ces places des hommes au-dessous de quarante ans.
Monsieur Champagny, le grand nombre de militaires qui passent dans la vallée de Maurienne exigerait l’établissement d’hôpitaux militaires. Mon intention est d’y suppléer en encourageant et en dotant des hospices civils. Je viens d’accorder un bâtiment à l’hospice Saint-Jean-de-Maurienne. Je désire que vous me fassiez un rapport qui me fasse connaître la situation des hospices de Suze, de Saint-Michel et d’une autre commune à égale distance de Saint-Michel à Lans-le-Bourg. Il faut que l’hospice de Lans-le-Bourg, celui de Saint-Michel et celui qui est intermédiaire entre ces deux communes puissent avoir des sœurs de la Charité et vingt à vingt-cinq lits à donner à des militaires. Quant à celui de Saint-Jean-de-Maurienne, je pense qu’il est dans le cas de donner jusqu’à cinquante lits aux militaires passant. Cependant il sera à propos que vous le compreniez dans le rapport que vous me ferez.
Je ne vois pas d’inconvénient à une commission militaire pour l’affaire des plombs. Présentez-moi un projet de décret là-dessus.
Le Journal des Débats se permet de dire que Saliceti a reçu 200.000 francs. On ne peut considérer cela que comme un acte de malveillance. L’extrait de cette gazette et le rapport du ministre constatent que ce présent, non reçu, est de 20,000 francs, présent d’usage; ce qui est d’une nature bien différente. Faites relever cela dans les journaux.
Le Journal des Débats ne dit plus que des bêtises. A présent il envoie le prince Charles à Milan, pour avoir le plaisir de déclarer, d’ici à quinze jours, qu’il n’a pas voulu y venir. Il envoie Merveldt à Saint-Pétersbourg. Qu’est-ce que cela me fait ? Quelle espèce d’intérêt y prend le publie ? Comment un misérable bulletin de Francfort peut-il savoir, en avril, ce que fera le prince Charles, et comment Merveldt, qui n’est point parti, partira ? Mais ce sont des moyens d’alarmer. Il doit voir dans le bulletin qu’on lui envoie ce qui est de fait et non. Ce qui est de fait, on peut le lui pardonner; mais ce qui ne l’est pas, ce n’est que de la malveillance ou de l’extrême bêtise.
Demandez à Brune s’i1 amène des chevaux de chasse et autres; s’il les amène, ne rien dire; sinon c’est faire croire à un luxe qui n’existe pas. Il en est de même de la fameuse partie de chasse de Stupinigi, qui consistait en un mauvais daim lancé dans un petit parc, et qui n’a point coûté un louis. Par ces relations ampoulées, ne dirait-on pas qu’il y a eu une partie de chasse, qu’on a fait venir, de tous les coins de l’Italie, des chiens, et dépensé un demi-million ? Je crois qu’il faut prévenir ce rédacteur, par un chef de division, que je n’attribue point à la malveillance une bêtise, quoique je compte le rendre responsable. On a dit que j’avais fait cinq princes à Milan : tourner cette nouvelle en ridicule; elle vient de Francfort; il était beaucoup plus simple d’attendre que ces princes fussent nommés que d’en parler d’après les journaux étrangers. On publie les articles publiés dans les journaux étrangers; et, quand ils sont relatifs aux affaires de France, on part de là pour y croire.
Monsieur Talleyrand, comme les phrases des lettres que je signe, quand ce n’est pas moi qui les ai rédigées, sont souvent composées par Durand et compagnie, il n’est pas extraordinaire qu’après la lettre qu’on m’a fait écrire à l’Ordre équestre, l’empereur d’Allemagne se soit enhardi à attaquer les princes. On me fait faire dans cette lettre, qu’on a imprimée, l’éloge de Wachter ; c’est mettre ma patience à l’épreuve; vous m’avez dit cent fois que cet homme était un coquin. Il y a des gens qui me croient sans bile et sans griffes. Écrivez-leur, pardieu ! qu’ils ne s’y fient pas. Le métier des relations extérieures était toujours de faire ces lettres de protocole; il faut en charger un bureau à part; je joue un trop sot rôle en signant ainsi.
Faites passer à Paris, au dépôt des Invalides, les reliefs des dix-sept places fortes du roi de Sardaigne, de Parme et de Genève, aujourd’hui à l’Académie de Turin.
La marine, à Boulogne, a quatre mois d’arriéré de solde.
Vous ferez connaître à Decaen mon mécontentement sur la vexation de l’amiral; le droit d’avoir en main les dépêches à l’amiral est une véritable usurpation sur le droit de la métropole, qui, tout en accordant confiance à ses capitaines généraux, a des moyens direct d’être informée par une juste et sage politique; et que l’intention de l’Empereur n’est point de souffrir que les abus de l’assemblée coloniale se renouvellent sur ce point; qu’au lieu d’un contre-amiral n’y eût-il qu’un commandant de brick, il a droit d’avoir son paquet séparé; mais le préfet ni le grand juge n’ont le droit de prendre les paquets, qui doivent rester dans les mains des agents des postes; que vous le prévenez désormais que l’Empereur a ordonné que les dépêches de l’État seraient remises, en main propre, au commandant de la croisière, au capitaine général, au préfet colonial et au grand juge; et que tous les bâtiments de l’État doivent directement recevoir celles du capitaine général, de la croisière et du grand juge; qu’il est trop bon collègue pour ne pas sentir la nécessité de ces précautions pour des temps différents; que j’ai vu avec peine qu’on désorganisait des vaisseaux pour armer des corsaires; que, du reste, je rends justice à son zèle; mais qu’il est convenable qu’il se tienne dans de certaines mesures avec les chefs des différents services.
L’affaire de Hadir-Mirza, dont rend compte Decaen, n’est point aussi peu importante. Il se peut qu’il soit sans aveu, et, dans ce cas, il est difficile de voir ce qu’il voulait; et, par mes relations actuelles avec la Perse, et les communications fréquentes qui existent, je ne serais point étonné que le chàh ait écrit et envoyé un agent au gouverneur de l’île de France. S’il avait eu la précaution d’interroger l’agent, il eût été facile de voir s’il venait de Perse. Toutefois, lui écrire que cette affaire mérite une mûre délibération; elle ne doit pas être examinée légèrement. Il n’y avait point de mal à ne pas punir un aventurier, et il y en avait beaucoup à tenir en prison un agent de la Perse. Decaen est trop vif dans ses opérations. Envoyez une note aux relations extérieures pour voir ce qu’il en est.
Un courrier de Naples m’apprend que Nelson était sur le Maretimo le 2 floréal, et a appris là seulement que l’escadre de Toulon avait passé le détroit. Il s’est aussitôt dirigé sur Gibraltar. Il n’est pas probable qu’il arrive devant cette rade avant le 10 ou le 12. Notre escadre aura vingt jours d’avance.
Je suis surpris d’apprendre que Rochefort n’est prêt à partir que le 2. Il me semble que vous devez être assez an fait pour savoir que les troupes d’embarquement n’étaient plus nécessaires lorsque Villeneuve avait passé, et que, d’ailleurs, pour une expédition particulière comme l’est celle-là, il ne fallait pas . . . . .. de troupes. Si on vous rendait compte de Rochefort tous les jours, vous leur auriez répondu. Le ministère est organisé de manière que rien ne s’y fait que par extraordinaire, et rien par la marche ordinaire des choses.
J’imagine que les frégates de Lorient sont prêtes. Écrivez qu’elles doivent partir, toutes trois, six-heures après mon courrier. Interdire la terre aux équipages et faire coucher à bord. Beaucoup de gens instruits m’assurent que Ganteaume a manqué sa sortie, parce qu’il l’a retardée de vingt-quatre heures, et que beaucoup de capitaines n’étaient pas à bord.
Faites connaître à M. Lescalier que j’ai reçu sa lettre; qu’un conseiller d’État que j’envoie en mission ne doit point retourner sans ordre; que c’est là la cause de mon mécontentement; que, si les généraux en faisaient autant, les postes seraient très-mal gardés.
Au vice-amiral Ver-Huell
Monsieur le Vice-Amiral Ver Huell, je suis fâché que vous n’ayez pas fait partir de chaloupes canonnières avec les bateaux canonniers, les uns servant de protection aux autres. Des bateaux canonniers seuls n’ont point la force nécessaire pour résister à des bricks et cutters. Trop de confiance produit des échecs et une erreur nouvelle, comme celle de la flottille; l’échec le plus petit a des conséquences désagréables. L’officier qui commandait le Batave n’avait pas les instructions convenables pour passer le cap Grisnez, qui n’est point un passage égal à Dunkerque ou Ostende.
A M. Barbé-Marbois, ministre du trésor public
J’ai reçu votre lettre du 6. Faites faire un petit pamphlet sur l’affaire Melville pour montrer l’immoralité de M. Pitt et du gouvernement anglais. Un écrit bien frappé la rendra évidente à tout le monde, et l’immoralité des chefs n’est point indifférente pour leur crédit.
Alexandrie, 3 mai 1805
Mon Cousin, les affaires du culte marchent très-lentement. M. Portalis, avec la meilleure volonté, ne voit pas clair. Il ne reste plus qu’un moyen de lui conserver le portefeuille, c’est de mettre son fils à côté de lui, de manière qu’il prime toutes les jalousies de bureau, et fasse expédier toutes les affaires. Si ce moyen ne suffit pas, quelque considération que j’aie pour les talents et les services de M. Portalis, je serai obligé de pourvoir d’une manière au service.
Un article d’un rapport du ministre de la police me donnerai de soupçonner qu’il y a un projet d’insurrection formé dans le département du Cher. J’ai chargé ce ministre d’envoyer dans ce département le conseiller d’État dans l’arrondissement duquel il se trouve pour le visiter et me faire un rapport sur l’esprit des différents fonctionnaires publics qui y sont employés.
Monsieur Marbois, j’ai reçu votre numéro 16, daté du 8 floréal. Je suis sans inquiétude sur la tranquillité du continent. J’avais communiqué à l’empereur d’Autriche et aux rois de Prusse et d’Espagne les événements qui m’avaient déterminé aux nouveaux arrangements d’Italie. J’ai reçu de ces trois souverains les réponses les plus satisfaisantes. Cela est bon à répandre, mais sans affectation.
Alexandrie , 3 mai 1805
Monsieur Fouché, la police ne marche point du tout à Alexandrie. Un délégué de la police générale y serait fort utile. Il aurait pour but de surveiller toute la frontière de la Ligurie, et de donner à la gendarmerie les renseignements nécessaires pour la recherche des brigands, qui viennent même souvent se promener à Alexandrie.
Je vois dans le bulletin du 5 (floréal) un article sur le département du Cher qui laisserait soupçonner qu’il y eût un projet d’insurrection établi dans ce département. Mon intention est que le conseiller d’État chargé de l’arrondissement s’y rende. Il sera reçu comme un conseiller d’État en mission, visitera le département, se rendra à chaque chef-lieu de sous-préfecture, dans l’occasion parcourra aussi le département voisin et me fera sur l’esprit public de l’Indre, des différents magistrats, des fonctionnaires publics un rapport détaillé.
Les gains que font les fournisseurs sur les fourrages sont incalculables, et partout ils fournissent mal. Le général Songis me rend compte que, au camp de Saint-Omer, les chevaux sont très-mal, qu’ils dépérissent. Il serait cependant bien temps de porter remède à ces abus. C’est la partie de l’administration qui marche le plus mal.
Mon Cousin, j’ai reçu vos différentes lettres. Je suis ici au milieu d’une armée bonne et dont je suis extrêmement satisfait. Donnez-moi des nouvelles de madame Murat. Qu’elle se ménage et ne sorte pas de trop bonne heure. J’approuve qu’elle ne vienne pas à Milan, et c’est surtout des ménagements qu’il faut après des couches. Partez demain; je pense vous revoir sur le champ de Marengo, auquel j’ai fait une visite hier soir.
Monsieur Talleyrand, je suis satisfait de la lettre de l’empereur. Je désire que vous écriviez à Berlin, à Naples et à Madrid, pour connaître ce nouvel état de choses. Il est bon aussi de le répandre à Milan, mais sans affectation. Dites-en même un mot à Marescalchi et rédigez un petit article pour les journaux de Milan, que vous ferez mettre aussi dans ceux de Gènes, et dans lequel vous direz que les cours de Madrid, Berlin, Vienne, Naples, Lisbonne, Toscane, Ratisbonne, Bade, et tous les petits princes d’Allemagne, ont reconnu les nouveaux arrangements en Italie.
Mon intention est d’établir des sœurs de la Charité dans les hôpitaux de la 27e division militaire; il n’y en a pas. Faites, en attendant, le travail nécessaire pour desservir les hôpitaux d’Alexandrie, d’Asti, etc.
Monsieur Portalis, je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de ce que les diocèses des Alpes ne sont pas encore organisés. Cependant le secrétaire d’État vous a expédié, le 9 germinal, le décret. Une affaire de cette importance aurait dû être expédiée le 10.
Alexandrie, 4 mai 1805
Je n’ai pu qu’être extrêmement étonné de l’article Oise de votrebulletin. Mon intention est que le conseiller d’État se rende à Com-piègne, y fasse venir le préfet, et me fasse un rapport détaillé. Je veux connaître le commissaire corrompu et le dessous de cette affaire, Vous ordonnerez à l’ancien maire de Compiègne de se rendre à votre ministère et de vous donner tous les renseignements. Je ne raille point sur l’objet de la corruption , et je serai inexorable sur les agents corrompus. Vous témoignerez mon mécontentement au préfet de l’Oise, et lui ferez connaître que, si je ne connais point le dessous de cette affaire, je m’en prendrai à lui et le destituerai comme indigne de sa place.
Portez la plus sérieuse attention sur la conscription et, en général, sur l’administration des préfets et sous-préfets. L’administration n’est bonne nulle part, et elle tue par sa racine l’ordre social. Ne manquez pas de me communiquer les nouveaux renseignements sur la contrebande de Mayence; le chef de bataillon doit être puni sévèrement. Un officier qui fait la contrebande n’a point d’honneur. J’ai appris avec plaisir que des bandes de colporteurs avaient été arrêtées. Le conseiller d’État de cet arrondissement y portera une attention particulière; si c’est celui de Bourges, il le verra; si c’est un autre, il ira et approfondira cette affaire. Un homme puni sévèrement, à propos, et livré à la vengeance des lois, épargne la vie de beaucoup de monde et évite un incendie. Je n’approuve pas que, sur un objet si important, vous vous en soyez remis au préfet d’Indre-et-Loire. Mon intention est de me servir, pour les faire marcher, des agents mis auprès de vous. Réunissez dans un seul rapport, comme celui de Vanlerberghe du 20 thermidor, celui de Compiègne; le faire imprimer, et faire connaître par une apostille sévère la manière dont je prétends punir ceux qui se livreront à des spéculations sur la conscription.
Faites connaître au préfet de Nîmes mon mécontentement de ce qu’il laisse mettre sur la scène les sœurs hospitalières. Ces bonnes filles nous sont trop utiles pour les tourner en ridicule.
Je suis étonné que vous n’ayez pas procédé contre le curé d’Hyères; si les faits sont vrais, lancez un mandat d’amener et faites-le arrêter. Avant, vérifiez les faits et faites-lui demander la copie de son discours. Vous ne prenez pas, en général, assez de mesures. En demandant un état à deux colonnes, mettre sur un tableau les mesures que vous prenez.
Si le sieur Ravel, de Paris, fait des voyages à Londres, faites-le arrêter au retour avec toutes les lettres dont il pourrait être porteur. Si la conduite de Blanchard , de Nantes, se vérifie, faites-le arrêter.
On veut me faire croire que les agents forestiers de ma forêt de Fontainebleau font des coupes à leur profit; faites veiller sur cela.
Présentez-moi, dans la journée de demain, un décret pour l’établissement d’hôpitaux à Alexandrie. Il faut là quatre hôpitaux, éloignés les uns des autres, chacun pouvant contenir facilement 400 lits et 600 dans des moments pressés. En temps de paix, on ne tiendra que 200 malades dans ces quatre hôpitaux, qu’on tiendra tous les quatre en activité. Vous me présenterez un projet pour le casernement de l’artillerie.
L’artillerie doit avoir dans la ville un bâtiment pour le parc de siège, c’est-à-dire tant pour les affûts de siège, les armements, un parc à boulets, les caissons, une salle d’artifices; pour cela seul il faut un très-grand couvent. Mon intention est qu’il y ait un garde chargé de tous les inventaires des équipages de siège, ainsi que de leur entretien et réparation.
Un autre emplacement doit contenir les équipages de campagne; celui-là doit être plus considérable, vu la grande quantité de caissons. Il y aura également un garde logeant là, et chargé de l’entretien de ces équipages.
Un troisième sera le magasin de la place, et contiendra tous les affûts de place, armes, approvisionnements nécessaires à la place. Il y aura un garde général pour cet objet.
Un quatrième bâtiment sera l’arsenal; là sera l’atelier, capable de faire travailler 200 armuriers, avec les magasins nécessaires pour donner du travail. Si cela est nécessaire, on pourra faire un magasin à part pour cet objet.
La citadelle devra avoir, 1° un arsenal consistant en quatre forges, en ateliers et charrons; 2° la salle d’artifices; 3° les hangars, avec des parcs aux boulets, pour armements et approvisionnements, et affûts de toutes les pièces de la citadelle.
Après ces objets, vous me présenterez un projet de décret pour le casernement de la troupe, qui doit consister en un régiment complet d’artillerie à pied, 4 compagnies d’ouvriers, 1 bataillon du train et ses chevaux, 1 bataillon complet de sapeurs, 2 compagnies de mineurs, 2 régiments complets de cavalerie, 4 régiments complets d’infanterie, c’est-à-dire 12 bataillons, 12,000 hommes; tout cela pour la ville seulement, et absolument indépendant de la citadelle.
Les officiers et soldats doivent être également casernés.
Le gouverneur général, le commandant d’armes, l’état-major, le commissaire ordonnateur, le commissaire des guerres, la mairie, la préfecture, tous les chefs de service, tels que payeurs, munitionnaire général, etc., doivent tous être logés sur la grande place, et, à cet effet, s’il est nécessaire, on achètera toutes les maisons qui environnent la place.
Vous donnerez l’ordre au 2e bataillon bis du train d’artillerie, qui est en Hanovre, composé de plus de 500 hommes, de se rendre à Douai, avec 1,000 chevaux du train harnachés. Vous donnerez l’ordre au maréchal Bernadotte de former ces 1,000 meilleurs chevaux de son train de Hanovre. Vous lui ferez connaître que le bataillon se mettra en marche le 15 prairial. Je vous prie d’ordonner qu’on me remette, au 1er prairial, un nouvel état de situation des 16 bataillons du train et des chevaux de ces bataillons, ainsi que de l’endroit où ils se trouvent.
On a autorisé à substituer, dans la 27e division militaire, le maïs à l’avoine, six jours par mois; faites-moi connaître qui a donné cette autorisation.
Le pain n’est pas bon dans la 27e division militaire, parce que le froment est de mauvaise qualité, parce que l’on emploie de mauvais grain. Le riz est de meilleure qualité. Au lieu de haricots blancs, des haricots jaunes constamment. Le ministre Dejean a traité de la viande pour dix sous. Cependant le traitant a sous-traité pour huit sous avec un boucher d’Alexandrie. Présentez-moi un décret pour casser le marché du ministre Dejean, et pour que le sous-traitant reçoive directement les fonds.
Faites-moi connaître pourquoi le premier médecin manque à l’hôpital d’Alexandrie.
Monsieur Decrès, votre lettre du 8 floréal m’annonce que l’amiral Magon est prêt à partir. Vous devez être sans inquiétude sur le Ferrol; l’escadre espagnole n’aura pas un mois de vivres, elle en aura six. Vous croyez que Beurnonville fait quelque chose; c’est la mouche du coche. Ce grand nombre de vaisseaux espagnols qu’il dit être en armement ne le sont pas; les Espagnols ne peuvent en armer plus qu’ils n’ont d’équipages, et il serait ridicule que j’allasse refroidir leur zèle; ne faites donc rien. On ne réagit pas sur des alliés, et on fait à peine ce que l’on veut, sur ce point, dans ses propres ports. Quant aux troupes qui doivent s’embarquer sur l’escadre du Ferrol, elles sont indispensables pour dérouter l’ennemi, en supposant qu’elle se réunisse à l’amiral Ganteaume. Si, cependant, au lieu de se réunir à l’amiral Ganteaume, cette escadre se réunissait à l’amiral Villeneuve, je serais à temps de faire connaître, d’ici à deux mois, ce qu’il faudrait faire. Les tempêtes que vous me dites exister sur l’Océan me font espérer qu’enfin Ganteaume sortira. Je crois que le nombre des vaisseaux espagnols que l’amiral Villeneuve pourrait rallier à Cadix ne serait qu’égal à celui des vaisseaux anglais qu’il attirerait. Si l’Espagne envoie les 6 vaisseaux de Carthagène à Toulon, je ferai une telle peur aux Anglais, qu’ils seront forcés d’y tenir une flotte imposante, car je menacerai l’Égypte de tant de manières et si évidemment, qu’ils craindront un grand coup; ils croiront que mes escadres vont aux Indes orientales, ce qui dès lors paraîtrait une opération combinée. Ajoutez que la saison dans laquelle nous allons entrer est la véritable saison pour une expédition d’Égypte. Si les Anglais sont obligés de tenir 6 vaisseaux à Toulon et 6 vaisseaux à Cadix pour être maîtres du détroit, ce sera une belle et puissante diversion. Quand l’amiral Villeneuve se présentera devant le Ferrol, il n’y trouvera pas une escadre anglaise égale à celle qui doit le joindre, car les Anglais observeront plutôt qu’ils ne bloqueront le Ferrol. D’ailleurs, l’escadre anglaise du Ferrol ne saura pas où va Villeneuve; elle ne saura pas si l’escadre qu’elle voit n’est pas celle de Brest. Villeneuve a déjà avec lui 22 vaisseaux; en supposant que Magon le rejoigne, cette force serait suffisante pour se présenter devant Brest, l’amiral Ganteaume surtout étant prévenu. Soyez certain qu’il trouvera au Ferrol plus de 14 vaisseaux français ou espagnols, ce qui rompra tout équilibre, quand même les 7 ou 8 vaisseaux anglais du Ferrol joindraient à temps Cornwallis.
Parlez à Vanlerberghe et à Ouvrard pour qu’ils fassent passer du biscuit au Ferrol.
Missiessy va arriver. Il y aurait un projet qui pourrait avoir quelque avantage, ce serait de le faire venir à Toulon, avec les 6 vaisseaux de Carthagène; cela ferait 11 vaisseaux. L’Annibal, qui pourrait être propre à une campagne d’été, ferait le douzième. Ou les Anglais me les bloqueraient, ou ils ne me les bloqueraient pas : s’ils les bloquent, je ne les fais point sortir, et j’occuperai ainsi, entre Cadix et Toulon , 20 vaisseaux de guerre anglais; s’ils ne les bloquent pas, je les enverrai à Cadix se joindre aux 8 vaisseaux espagnols et venir débloquer le Ferrol. Cette hypothèse ne paraît pas très-probable, car la garnison de Malte serait compromise, et l’Égypte leur donnerait alors une alarme épouvantable. J’ai une armée prête à Tarente , et j’y ai un million de rations de biscuit. Si Missiessy y arrivait avant le 1er prairial, il pourrait être avant le 5 à Toulon. Cependant ces combinaisons sont soumises au départ du général Magon. S’il ne partait pas avant le 20 floréal et qu’il dût aller à Santiago, il faudrait réunir beaucoup de forces à Cadix : l’escadre de Carthagène, approvisionnée , et l’escadre de l’amiral Missiessy pourraient nous offrir à Cadix une vingtaine de vaisseaux. Dans cette hypothèse, il serait nécessaire d’avoir à Toulon une certaine quantité de vivres que l’on chargerait sur des flûtes,et que l’amiral Missiessy porterait à Cadix pour l’escadre de l’amiral Villeneuve. Ainsi, si le général Magon n’était point parti et que l’amiral Villeneuve dût aller à Santiago, quand même l’amiral Magon ne pourrait sortir assez à temps pour arriver dans cette baie, l’amiral Villeneuve doit retourner à Cadix, d’après ses instructions. Il ne s’agit plus que de réunir dans ce port le plus de vaisseaux possible : les deux vaisseaux de l’amiral Magon, s’il n’a pu aller à Santiago, ceux de l’amiral Missiessy, et tous les espagnols de Carthagène. J’ai tout cet échiquier très-présent.
A la fin de floréal, où il sera décidé si les généraux Magon et Ganteaume partent ou ne partent pas, les choses seront déjà éclaircies; mais, pour être en état d’agir selon les circonstances, il faut beaucoup de vivres à Toulon , à Rochefort, à Brest, à Lorient. Ce n’est donc pas le cas de faire de ridicules économies, d’autant plus que cette dépense ne peut être considérée comme de l’argent perdu. Faites doubler les commandes qui ont été faites, afin que, dans le cas où j’aurais besoin de vivres, je les trouve. Calculez les différentes chances qui se présentent, et que partout les vivres ne soient un obstacle à rien. Vous ordonnerez donc bien positivement que la fin de floréal et les mois de prairial et de messidor soient employés à confectionner le plus de vivres qu’il sera possible dans les ports de Brest, Rochefort, Lorient et Toulon. Après tout, une ration complète coûte vingt sous; c’est donc une avance de deux ou trois millions; je dis avance, car, quand je n’en aurais pas besoin, les vivres me restent. Et si, par des événements qu’on ne peut calculer, mon grand plan venait à être déjoué, vous entendez bien que je ne veux pas arrêté par le défaut de vivres. J’ai fait faire du biscuit à Ostende; Savary m’en a apporté de deux ans; il est sain comme s’il était d’hier. Quand on peut si longtemps garder des vivres, et dans une guerre aussi active, c’est une grande ignorance de n’en pas en avoir beaucoup. Je ne veux pas être retardé de deux jours pour raison de vivres. Forcez tous les moyens, et que j’aie, dans mes quatre grands ports, au moins 7 à 8,000,000 de rations de vivres.
Ayez soin, si vous expédiez des bâtiments, indépendamment de l’amiral Magon, de ne rien écrire qui puisse nous gêner ensuite, dans l’incertitude de savoir si un bâtiment est ou non arrivé. C’est cette manière de voir que je vous ai prescrit de vous borner, en expédiant un brick à l’amiral Villeneuve, à l’instruire de l’état des choses, et lui ordonner d’attendre quelques jours , sans lui donner aucun autre ordre. Si le général Magon est parti, j’approuve que les deux frégates de Lorient partent, quand il sera décidé que Ganteaume ne doit plus partir, et portent à l’amiral Villeneuve l’ordre de se porter sur le Ferrol, sans perdre de temps. Je n’ai pas besoin de vous que, en écrivant par ces frégates, vous devez remettre une lettre à chaque capitaine, afin d’en prévenir la perte en cas de séparation ou d’événements malheureux. J’imagine que vous avez fait autant de copies de ma dépêche que l’amiral Magon a de bâtiments, en faisant sentir à cet amiral la nécessité de la faire parvenir à sa destination et que vous avez donné ordre, en cas de séparation, à ces bâtiments d’arriver.
Au général Gassendi
Le général Gassendi prendra connaissance de la lettre ci-jointe que j’adresse à M. le maréchal Bernadotte et la fera mettre immédiatement à la poste.
L’Empereur désire avoir un nouvel état de situation, au 1er prairial, des 16 bataillons du train et des chevaux de ces bataillons, avec l’indication des lieux où ils se trouvent.
Le général Gassendi s’entendra avec l’adjudant commandant Lomet pour faire dresser cet état avec la plus grande exactitude. Il devra m’être adressé, en double expédition, à Milan, par un des courriers extraordinaires qui partent chaque jour de Paris
Au maréchal Bernadotte, commandant en chef l’armée de Hanovre
L’intention de Sa Majesté l’Empereur, Monsieur le Maréchal est que le 2e bataillon bis du train d’artillerie, qui est actuellement dans le Hanovre et dont la force est de plus de 500 hommes, se rende à Douai, avec 1.000 chevaux du train enharnachés.
Vous voudrez bien, en conséquence, Monsieur le Maréchal, donner les ordres nécessaires pour l’exécution de cette disposition et faire partir ce bataillon de Hanovre le 15 prairial prochain, suivant les intentions de S. M, pour le diriger sur Reuss, où j’adresse des ordres pour sa marche ultérieure.
Comme il faut éviter de faire passer plus de 200 chevaux à la fois dans les lieux de logement militaire situés sur le territoire prussien, il sera nécessaire que, depuis Osnabrück, ce bataillon ne marche que par compagnie ou détachement, dont la force n’excède pas 200 chevaux ; au moyen de cette disposition, ce bataillon pourra être réuni à Reuss du ler au 6 messidor, et se mettre en marche le 8 messidor, pour se rendre à Douai.
J’ai l’honneur de vous prévenir au surplus, M. le Maréchal, que l’intention de S. M. est que vous composiez ces 1.000 chevaux des meilleurs de votre train d’artillerie ; veillez à ce qu ‘ils soient pouvus de leurs harnais avant leur départ, et donnez les ordres et instructions nécessaires pour qu’ils soient conduits de manière à ce qu’ils soient le moins possible fatigués de la route.
Je vous prie, Monsieur le Maréchal, de m’informer de l’exécution de ce mouvement.
Alexandrie, 5 mai 1805
Le ministre de l’intérieur me fera connaître quel emploi peut être donné au maire d’Alba. Un emploi de 2 à 3,000 livres de rente peut convenir à sa modique fortune. Je ne veux pas le destituer, vu qu’il est un des coryphées du parti qui a fait triompher la France, et que sa destitution ne pourrait être qu’un mauvais exemple et peu encourageant pour ses amis.
ARTICLE ler. – Il sera élevé dans la plaine de Marengo un monument à la mémoire des braves morts dans cette journée.
ART. 2. – Ce monument consistera en une pyramide de grande dimension. Dans l’intérieur de cette pyramide sera pratiquée une chambre revêtue de tables de marbre, sur lesquelles seront inscrits les noms des hommes qui sont morts.
ART. 3. – Le génie militaire sera chargé de l’exécution dudit monument. Il y sera employé, dès cette année, 30,000 francs sur les fonds du génie.
ART. 4. – Le ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.
Alexandrie, 6 mai 1805
Mon Cousin, vous trouverez ci-joint un projet de décret pour le monument dont j’ai posé la première pierre. Mon intention est que sur-le-champ le génie fasse travailler à poser la première pierre; que des fondations soient faites autant qu’il sera nécessaire, et que l’on construise un bloc de maçonnerie; on y mettra des médailles et pièces de monnaie qui puissent conserver le souvenir de l’époque actuelle. Mon intention est que ce monument soit une pyramide toute en grosses pierres, afin d’être à l’abri du temps. Je désirerais qu’elle coûtât tout au plus 300,000 francs. On mettra, s’il est nécessaire, deux ou trois ans à la construire; 30,000 francs cette année, du génie. On suivra les mêmes dimensions de la grande pyramide d’Égypte, bien entendu qu’elle sera moindre; une disposition analogue peut être déterminée par le prix à y mettre; assez grande pour avoir une belle salle intérieure, obscure; et, sur des tables de marbre, seront écrits les détails de la bataille, les noms des soldats morts et différents événements. Je ne verrai aucun inconvénient à ce que sur une table de marbre soit le plan figuré de la bataille. Il n’y aura pas besoin d’escaliers pour monter dessus; qu’on y monte de bloc en bloc, comme sur celle d’Égypte. Ainsi, avant huit jours, je désire que la première pierre soit véritablement posée sous de gros blocs, de manière qu’elle ne soit pas dérangée, et que ce qu’on y a fait ne soit pas à faire. Vous me présenterez le plan à Milan. Cette année, avant le ler frimaire, je déterminerai ce qui devra être fait. Je désire que Chasseloup fasse
placer, cette année, à Dego et Montenotte, des inscriptions su r de petits monuments d’un goût extrêmement simple, et qui ne doivent pas coûter plus de 5,000 francs : à Dego, à l’endroit au delà de la rivière, où j’ai fait les dispositions de la bataille; à Montenotte, au delà de ………. au point où la colonne qui a tourné est venue attaquer l’ennemi. Vous mettrez les inscriptions, qui devront inscrites sur des tables de marbre. Il y sera rappelé la reprise de Dego et l’affaire de Cosseria. Un à Mondovi, où les ennemis avaient leur redoute.
Mon Cousin, vous trouverez, ci-joint un rapport du préfet de police, que je vous prie de lire avec attention. Comme c’est une affaire d’espionnage, je crois qu’il faut traduire ces individus devant une commission militaire et les faire fusiller. Si vous trouvez les preuves suffisantes, envoyez-moi le projet de décret. Cet exemple produira un bon effet, et je le crois nécessaire. Vous comprenez facilement que, dans un moment où je fais mouvoir tant d’escadres, il faut sévir contre les espions.
Jérôme est arrivé à Lisbonne avec mademoiselle Paterson, sa maîtresse. J’ai donné l’ordre qu’il se rende auprès de moi, et j’ai ordonné que sa maîtresse fût rembarquée pour l’Amérique. Je vous prie de me faire connaître ce qu’il faut faire, pour le train de cette affaire, et pour que le mariage fût tout à . . . . . . . . . ; et le modèle des actes qu’il faudrait qu’il signât, s’il y avait son consentement.
A M. Jérôme Bonaparte
Mon Frère, votre lettre de ce matin m’apprend votre arrivée à Alexandrie. Il n’y a point de fautes qu’un véritable repentir n’efface à mes yeux. Votre union avec mademoiselle Paterson est nulle aux yeux de la religion comme aux yeux de la loi. Écrivez à mademoiselle Paterson de s’en retourner en Amérique. Je lui accorderai une pension de 60,000 francs, sa vie durant, à condition que, dans aucun cas, elle ne portera mon nom, droit qu’elle n’a pas dans la non-existence de son union. Vous-même, faites-lui connaître que vous n’avez pu ni ne pouvez changer la nature des choses. Votre mariage ainsi annulé dans votre propre volonté, je vous rendrai mon amitié, et je reprendrai les sentiments que j’ai eus pour vous depuis votre enfance, espérant que vous vous en rendrez digne par les soins que vous porterez à acquérir ma reconnaissance et à vous distinguer dans mes armées.
A la princesse Élisa, grande-duchesse de Toscane
Ma Sœur, M. Jérôme est arrivé; j’ai été satisfait de ses sentiments. Son secrétaire, qui est à Milan, doit se rendre auprès de mademoiselle Paterson pour lui faire connaître l’État des choses, et lui faire sentir que son mariage, nul aux yeux de la religion comme aux yeux de la loi, doit l’être à ses yeux. Parlez à M. Lecamus, et écrivez dans ce sens à M. Jérôme. Faites-lui connaître la nécessité dont il est pour lui de tenir exactement les promesses qu’il m’a faites, car c’est à cette condition que j’ai pu lui rendre mon amitié.
Faites-moi un rapport qui me fasse connaître de quelle manière messieurs les inspecteurs et sous-inspecteurs dilapidaient la forêt d’Armainvilliers : faisaient-ils des coupes à leur compte ou coupaient-ils des arbres isolés ?
Mon Cousin, les échecs qu’a éprouvés l’amiral Ver Huell proviennent de l’excès de confiance de cet amiral et du peu de précaution qui ont été prises. Nous avons pour principe de ne point faire marcher seuls les bateaux canonniers. Je regrette peu les bâtiments, beaucoup les 200 hommes des 5e et 108e régiments, qui sont prisonniers. Veillez à ce que l’on prenne plus de précautions; le passage du cap Grisnez n’à rien de commun avec les passages d’Ostende et de Dunkerque.
Alexandrie, 7 mai 1805
Monsieur Decrès, je reçois votre lettre du 12 floréal. Il parait que vous avez reçu des dépêches télégraphiques du 11, et que l’escadre de Brest n’était pas partie; cependant les dépêches du 10 annonçaient que l’ennemi s’était éloigné, et faisaient espérer que l’escadre aurait pu sortir. Envoyez-moi copie de toutes les dépêches que vous avez envoyées par le Président.
Ordonnez une presse de matelots à Bordeaux; vous aurez alors de quoi armer la Thétis.
Mon intention est que toute la flottille batave, chaloupes canonnières et bateaux canonniers, soit réunie à Ambleteuse. Les corvettes de pêche doivent rester à Calais avec une portion des écuries. La question n’est point de savoir si les travaux qu’on fait dans la cunette d’Ambleteuse se comblent ou non, mais bien si cette cunetti contenir des bateaux. Je pense donc qu’il faut ordonner ce travail, afin que la flottille batave soit contenue tout entière dans ce port.
Une fois l’année passée et l’expédition terminée, nous n’aurons plus besoin de tous ces ports de campagne.
Il paraît, par la dépêche télégraphique ci-jointe, que l’escadre de Brest aurait pu sortir.
Je vous avais ordonné d’envoyer en Corse des frégates pour ramener des conscrits et des marins. L’ennemi ne tient plus la mer actuellement dans ces parages; faites-moi connaître si mes ordres sont exécutés.
Je désire que vous m’envoyiez un journal des forces que les Anglais tiennent devant Rochefort, Lorient, Toulon et Marseille.
Milan, 7 mai 1805
Le ministre propose à l’Empereur d’accorder à 26 militaires retirés du service la solde de retraite Renvoyé au Conseil d’État, section de la guerre
Le ministre propose de confier la fourniture des fourrages en Italie et dans la 27e division militaire, du 1er messidor an XIII au 1er fructidor an XIV, au sieur Ghizzoni, de Plaisance S. M. a répondu qu’elle acceptait le marché, pourvu que le prix n’exédât pas 60 centimes.
Pavie, 8 mai 1805
J’ai nommé M. Plancy, sous-préfet de Soissons, préfet d’Ivrée. Je désire qu’il s’y rende le plus tôt possible, et y déploie le zèle, l’assiduité et le talent que je suis en droit d’attendre de votre beau-fils. Il arrive dans un pays où il y a du bien à faire, dans un pays où l’on est extrêmement sensible à la bonne administration, à la sévère probité et aux bonnes manières. Je suis extrêmement satisfait de la partie de mon royaume où je suis arrivé. J’y ai trouvé le même esprit qu’au delà des Alpes.
Les rentes à Turin sont à moins de trente pour cent. Mon intention est d’en faire acheter le plus possible. Vous trouverez ci-joint un mandat du payeur de la 27e division militaire, que vous remettrez à M. Mollien, qui le fera rembourser. Vous trouverez aussi une note que m’envoie ce payeur, à laquelle vous répondrez. Il faut distinguer si ce sont des rentes du royaume d’Italie que nous ne devions pas payer, et il n’y a nul doute qu’il ne faille accepter cette proposition; si, au contraire, cela appartenait à des couvents supprimés ou autres objets de cette nature que vous croyiez ne devoir point rembourser en conséquence du droit d’épargne, alors je pense qu’il ne faut pas acheter. Le royaume d’Italie doit un million pour la portion de la dette du Novarais. Si ce royaume avait des crédits sur Turin , ne pourrait-on pas les effacer et les prendre en compte de ce qu’il doit ? Mon intention donc est que M. Mollien fasse acheter, jusqu’à concurrence de deux millions argent, toutes les rentes qui pourraient se trouver et revenant à moins de trente pour cent. Je n’aibesoin de vous dire combien il est essentiel de garder le plus profond secret, et que M. Mollien traite cette affaire directement avec le payeur. Il y a là-dessous des rentes qui appartiennent à quelques étrangers; il faudrait tâcher de les acheter à ce cours. Je désirerais bien que, l’année prochaine, les rentes viagères et pensions du Piémont fussent toutes payées à Paris.
Je vous renvoie vos lettres de l’île de France. Je n’y vois que des discussions assez peu modestes entre Linois, qui est un homme médiocre, et Decaen, homme ardent et fougueux, qui ne connaît de manière de se. . . . . que la force. Le résultat de ces discussions est que Linois restera le moins possible à l’île de France; qu’il fera beaucoup de croisières, et que, s’il perd une ou deux frégates sera une perte sur laquelle j’aurai calculé, mais qui aura coûté cher à l’ennemi. Dans cette situation des choses, vous devez modérer un peu le général. Écrivez à Linois qu’un plus de zèle, d’activité, de hardiesse à la mer doit être l’esprit d’une croisière comme celle des Indes.
Tags:1805CorrespondancesNapoléon
Aigles, abeilles : la symbolique impériale

References: ART. 2

ART. 3

ART. 4

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