Source: http://info-turk.be/221.F.htm
Timestamp: 2018-06-21 13:48:20+00:00

Document:
221.F.htm
19e année - N°221 Juillet-Août 1995
RENDEZ-VOUS EUROPEEN AVEC LA TURQUIE
18-22 septembre '95
25-29 septembre '95
MOQUERIE DE CILLER
Malgré les promesses de démocratisation faites auparavant par le premier ministre,
Ÿ Presque toutes les clauses anti-démocratiques de la Constitution de 1982, le code pénal turc et la loi anti-terreur sont toujours en vigueur.
Ÿ Le gouvernement, cédant aux militaires, abandonne la suppression de l'article 8.
Ÿ Suivant les directives des militaires, le Parlement prolonge une nouvelle fois l'état d'urgence dans les provinces kurdes.
Ÿ Les forces de sécurité continuent d'incendier les villages kurdes.
Ÿ L'armée turque répète ses incursions dans le nord de l'Irak.
Ÿ Le chef de l'état-major menace tous les défenseurs des droits de l'homme.
Ÿ L'Association des droits de l'homme annonce des chiffres effrayants concernant la violation des droits de l'homme.
Ÿ 99 intellectuels distingués sont jugés par la Cour de la sûreté de l'Etat.
Ÿ Besikci est une nouvelle fois condamné et Zarakolu risque trois nouveaux emprisonnements.
Ÿ Le quotidien pro-kurde Yeni Politika est fermé, un journaliste meurt sous la torture.
... et Ciller continue de réclamer avec insolence la ratification de l'union douanière entre la Turquie et l'UE!
EST-CE QU'EUROPALIA SE LAISSERA TROMPER PAR LE GOUVERNEMENT TURC?
Bien que le Festival Europalia-Turquie '96 a été suspendu par la Fondation Europalia, le gouvernement turc a récemment mobilisé ses forces pour tenter de changer l'opinion de leurs partenaires belges et finalement célébrer le prestigieux festival en 1996 et s'en servir comme propagande pour son régime.
Après la visite à Bruxelles du commissaire turc d'Europalia, Bülent Eczacibasi, le Conseil turc d'Europalia invitait pendant l'été de nombreux journalistes belges à se rendre en Turquie afin de les convaincre que la suspension d'Europalia était une erreur.
On s'attend à ce que les représentants turcs visitent Bruxelles bientôt avec la même intention, pendant l'offensive diplomatique turque avant et après les débats au Parlement européen.
Il convient de rappeler que depuis lors il ne s'est produit aucune amélioration de la situation des droits de l'homme et de la liberté d'expression. Tout changement de position quant à la suspension d'Europalia équivaudra à devenir complice de délits du régime turc dans le domaine culturel.
LA CONSTITUTION REPRESSIVE DES MILITAIRES EST TOUJOURS EN VIGUEUR
Dans une nouvelle manœuvre destinée à obtenir la ratification de l'union douanière entre la Turquie et l'UE par le Parlement européen, le 26 juillet dernier le régime turc modifiait à peine 17 des 177 articles de la Constitution imposée en 1982 par les militaires. Les six autres amendements proposés par le gouvernement ont été rejetés car ils n'ont pas obtenu les 300 votes nécessaires.
Bien que le premier ministre Ciller affirmait après le vote du Parlement que la Turquie était devenue plus démocratique grâce à ces amendements, des nombreux articles anti-démocratiques de cette constitution et des articles répressifs du code pénal turc et de la loi anti-terreur sont toujours en vigueur.
Selon le premier amendement, la partie du préambule de la constitution qui loue le coup d'Etat du 12 septembre 1980 a été supprimée.
Cependant, la proposition d'éliminer la clause qui empêche les gens de dénoncer les lois et décrets adoptés pendant l'ère militaire, après le coup du 12 septembre 1980, était rejetée. De plus, la clause qui empêche la poursuite des membres ou administrateurs de la junte militaire pour corruption, subornation, vol, trafic et autres crimes ordinaires, est également maintenue en vigueur.
Plus grave, dans son préambule, la Constitution, niant l'existence du peuple kurde, déclare que la "souveraineté incombe totalement et inconditionnellement à la nation turque" et que "aucune protection ne sera accordée aux pensées ou opinions contraires aux intérêts nationaux turcs, aux valeurs historiques et morales turques, ou au nationalisme, principes, réformes et modernisme d'Atatürk".
Dans l'article 2, la République de Turquie est décrite comme un état "loyal au nationalisme d'Atatürk".
La Constitution est toujours incompatible avec la Convention européenne des droits de l'homme.
L'article 13 de la Constitution donne une liste des hypothèses de restriction légitime des droits fondamentaux et dit: "Les raisons générales des restrictions reprises dans cet article s'appliqueront à tous les droits et libertés fondamentaux".
Cependant, la CEDH cite clairement certains droits garantis mentionnés dans ses articles 2, 7, 12, 13 et 14, notamment celui de ne pas être torturé ou subir un traitement dégradant ne peuvent jamais être restreintes quelque soit le prétexte.
Autres amendements adoptés et rejetés par le Parlement:
o La clause constitutionnelle qui interdit aux syndicats, associations, organisations et coopératives professionnelles publiques de faire de la politique a été supprimée. Il faudra également le mandat d'un tribunal pour fermer une association. Dans le cas d'une fermeture par les services compétents pour des raisons telles que la sécurité nationale, l'obtention d'un mandat judiciaire dans les 24 heures sera nécessaire.
Cependant, la proposition d'alléger les formalités pour la formation de syndicats et d'imposer un mandat judiciaire pour les fermer a été rejetée par le Parlement.
Le parlement a également rejeté la proposition de lever l'interdiction de grèves et lock-outs ayant des intentions politiques.
o Les fonctionnaires auront le droit d'établir des syndicats et de conclure des accords collectifs.
Cependant, ils n'ont pas le droit de grève.
Ÿ L'âge du vote est ramené de 20 à 18 ans. Le parlement s'est engagé à adopter une loi spéciale donnant droit de vote aux citoyens résidant à l'étranger. Les prisonniers et détenus auront également le droit de vote sous la supervision des juges.
On a cependant rejeté la diminution de l'âge minimum pour être membre du parlement de 30 à 25 ans.
Ÿ L'âge minimum pour être admis dans un parti politique a été réduit de 21 à 18 ans.
Le parlement a également accepté d'adopter une loi permettant aux professeurs universitaires d'assumer des postes dans les bureaux centraux des partis politiques et aux étudiants universitaires de devenir membres des partis politiques.
Pourtant, une proposition pour lever l'interdiction qui empêche les députés d'occuper des postes dans les syndicats, les associations, les fondations et les organisations publiques professionnelles, a été rejetée.
Les autres amendements sont les suivants:
Ÿ Le nombre de sièges parlementaires a été augmenté de 450 à 550. L'ouverture parlementaire de la nouvelle année législative est passée de septembre à octobre.
Ÿ Il sera possible d'organiser des élections locales en même temps que les élections générales ou les élections partielles dans le cas où un an seulement les sépare.
Ÿ La condition qui exigeait la majorité absolue pour accepter la démission d'un député a été supprimée. La clause de la constitution à ce sujet disait ceci : "Ceci (la démission d'un député) sera décidé par l'assemblée générale du parlement".
La clause selon laquelle un député perd son siège s'il abandonne son parti pour rejoindre un autre a été également supprimée.
Par ailleurs, un député dont le parti est dissout par le tribunal constitutionnel pourra conserver son siège à condition qu'il n'ait pas provoqué cette dissolution par ses déclarations ou activités. En d'autres mots, seuls les parlementaires responsables de la disparition de leur parti perdront leur siège au parlement.
Ÿ Un député dont l'immunité parlementaire a été levée ou a perdu son siège en séance plénière peut aller en appel devant la Cour constitutionnelle endéans les 7 jours. Si le tribunal prononce une sentence définitive concernant cet appel endéans les 15 jours la décision du parlement est sans effet.
Ÿ Au cours de l'audience de cas concernant la dissolution d'un parti politique, la Cour constitutionnelle devra entendre le témoignage du président de ce parti.
Ÿ L'interdiction aux partis politiques de s'organiser à l'étranger et de fonder leurs branches respectives pour jeunes et femmes a été levée.
Les principaux articles anti-démocratiques restent en vigueur
Ci-après sont repris les principaux articles anti-démocratiques de la constitution que le gouvernement n'a jamais proposé de modifier:
"Article 14 - Aucun des droits et libertés ne pourra être exercé de manière à violer l'intégrité de l'Etat avec son territoire et son peuple, mettant en danger l'existence de l'Etat turc et de la République, permettant la domination d'une classe sociale sur les autres, créant des discriminations en raison de la langue, la race, la religion, ou la secte, ou établissant par un quelconque moyen d'un système politique basé sur les concepts et les opinions cités ci-dessus".
Cet article prend pour cible les tentatives d'organisation s'appuyant sur la classe sociale, l'ethnie ou le groupe linguistique. Autrement dit, les classes travailleuses, la population kurde du pays et les autres minorités religieuses et ethniques sont privées du droit de s'organiser et de diffuser leurs opinions.
"Article 15 - En temps de guerre ou de mobilisation, sous la loi martiale ou pendant l'état d'urgence, les droits et libertés fondamentaux peuvent être partiellement ou totalement suspendus".
"Article 17 - La mort ne sera pas considérée comme une violation du droit à la vie lorsqu'elle résulte de l'exécution d'une peine de mort, de l'exercice de la légitime défense ou de l'utilisation légale et nécessaire des bras pour exécuter un mandat d'arrêt ou un ordre de détention, pour empêcher l'évasion d'une personne détenue en attendant un procès ou après une condamnation, pour suffoquer une révolte ou une rebellion, ou sous la loi martiale ou l'état d'urgence, pour exécuter les ordres émis par les autorités compétentes".
"Article 18 - Les travaux forcés ne comprennent pas le travail exigé pendant la détention en attendant le procès ou après la condamnation, les services exigés aux citoyens pendant l'état d'urgence, le travail physique et intellectuel faisant partie des obligations civiques normales dans des domaines découlant des besoins d'un pays.
"Article 19 - Les personnes arrêtées ou détenues seront amenées devant un tribunal endéans les 48 heures, ou dans le cas de délits collectifs, endéans les 15 jours. Ces délais peuvent être prolongés pendant les périodes d'état d'urgence, sous la loi martiale ou en temps de guerre.
"Article 26 - Le droit d'expression et de disséminer les pensées et les opinions peut être restreint dans le but de prévenir le crime, punir les délinquants condamnés, prévenir la diffusion d'information légalement classée secret d'Etat ou garantir le bon fonctionnement de l'autorité judiciaire.
"Aucune langue interdite par la loi ne pourra être utilisée pour exprimer ou disséminer la pensée".
"Article 27 - Le droit de disséminer de l'information ne pourra être exercé en vue d'obtenir la modification des clauses concernant l'Etat, le caractère de la République et l'intégrité de l'Etat, la langue officielle, le drapeau, l'hymne national et la capitale".
"Article 28 - Les personnes qui écrivent, se font imprimer, impriment, transmettent de l'information, du matériel ou toute description menaçant la sécurité interne ou externe de l'intégrité indivisible de l'Etat avec son territoire et son peuple, incitant au délit, à la rebellion ou à la révolte, ou concernant des secrets d'Etat, seront passibles de poursuites en vertu des dispositions légales concernées.
"La distribution peut être interdite comme mesure préventive en vertu d'un ordre judiciaire ou, dans les cas où un délai est considéré comme préjudiciable, un ordre de l'autorité expressément nantie de ce pouvoir par la loi.
"Les périodiques et autres publications peuvent être confisqués par une autorité expressément nantie de ce pouvoir par la loi dans les cas où un délai est considéré comme nuisible à la protection de l'indivisible intégrité de l'Etat.
"Les périodiques peuvent être temporairement suspendus par ordre judiciaire s'ils sont considérés coupables d'avoir publié du matériel incompatible avec l'indivisible intégrité de l'Etat, les principes fondamentaux de la République, la sécurité nationale ou la décence publique. Toutes les publications constituant une claire continuation d'un périodique suspendu seront interdites et saisies par ordre judiciaire".
"Article 30 - Les maisons d'édition et leurs collaborateurs ne peuvent subir des saisies ou des confiscations (...) à moins qu'ils aient été condamnés pour un délit commis contre l'indivisible intégrité de l'Etat, les principes fondamentaux de la République ou la sécurité nationale".
"Article 34 - L'autorité compétente peut interdire un meeting ou une manifestation ou les postposer pour un maximum de deux mois s'ils risquent d'entraîner de sérieux troubles, enfreignent les normes de sécurité nationale ou se produisent des actes portant atteinte au caractère fondamental de la République. Les associations, les fondations, les syndicats et les organisations professionnelles créées en accord avec la loi publique ne peuvent organiser des meetings ou des manifestations outrepassant leurs compétences et objectifs".
"Article 42 - Aucune activité autre que celles en rapport avec l'apprentissage, l'enseignement, la recherche et l'étude ne pourra avoir lieu dans les établissements éducatifs. Aucune autre langue que le turc ne pourra être enseignée aux citoyens turcs en tant que langue maternelle dans les établissements éducatifs".
"Article 51 - Les statuts, la direction et le mode d'opération des syndicats et des fédérations de syndicats ne peuvent être incompatibles avec les principes démocratiques ou le caractère de la République.
"Les fonctionnaires des syndicats ou des fédérations de syndicats devront avoir été employés comme travailleurs pendant au moins 10 ans".
"Article 54 - Le droit à la grève ne pourra être exercé et on ne pourra procéder à des lock-outs d'une manière contraire aux principes de la bonne volonté ou préjudiciables pour la communauté ou la santé nationale. Le syndicat sera responsable pour tout dommage matériel causé sur le lieu de travail pendant une grève, délibérément ou accidentellement, par les travailleurs et le syndicat.
"Le Conseil national d'arbitrage tranchera les différends dans les cas où les grèves et les lock-outs sont interdits, ou s'ils sont postposés, à la fin de la période pendant laquelle ils sont postposés.
"Les grèves et lock-outs à caractère politique, les grèves et lock-outs de soutien, les grèves et lock-outs généraux, les sit-in, les grèves ralentissantes, les grèves de zèle et autres formes d'obstruction seront interdits.
"Les grévistes ne pourront entreprendre aucun acte destiné à empêcher les non grévistes d'exercer leur métier sur le lieu de travail".
"Article 131 - L'Etat supervisera et contrôlera les universités et les centres subsidiaires et garantira leur sécurité. Les recteurs d'université seront nommés par le président de la République et les doyens par Conseil de l'Éducation supérieur (YÖK). Les universités, les membres du personnel enseignant et leurs assistants seront libres de participer à des recherches scientifiques et des publications de toutes sortes. Cependant, ceci ne suppose pas la liberté de participer à des activités portant atteinte à l'existence et l'indépendance de l'Etat ainsi qu'à l'intégrité et l'indivisibilité de la nation et du pays. Le Conseil de l'Éducation supérieure sera composé de membres nommés par les universités, le conseil des ministres et le chef de la République lui-même".
Alors que toutes ces clauses anti-démocratiques de la Constitution restent en vigueur, le gouvernement parle d'une possible suppression de l'article 8 de la LAT. Malheureusement, certains hommes politiques européens considèrent cette manœuvre comme un pas positif dans la voie vers la démocratisation.
Les partenaires de la coalition ne sont même pas encore arrivés à un compromis sur la suppression de cet article, qui sanctionne toute déclaration ou écrit considéré comme "propagande séparatiste" ou "apologie d'organisations illégales".
Par ailleurs, les chefs de l'armée se sont montrés contraires à la suppression de cet article. Depuis lors, le projet de loi à ce propos a été retiré de l'agenda.
De nombreuses clauses de la Constitution concèdent aux militaires des pouvoirs extraordinaires même pendant les périodes de gouvernement civil. Et le gouvernement "civil" n'ose jamais proposer la suppression de ces privilèges à l'armée.
Institutions anti-démocratiques encore au pouvoir
Le Conseil de sécurité nationale (MGK), composé majoritairement de chefs de l'armée, dispose du pouvoir de dicter des décisions au Conseil des ministres :
"Article 118 - Le Conseil de sécurité nationale sera composé du premier ministre, du chef de l'État-major, des ministres de la Défense nationale, des ministres de l'Intérieur et des affaires étrangères, de commandants de l'armée, la marine et les forces aériennes et du commandant de la gendarmerie. Le CSN donnera au Conseil des ministres son opinion sur les décisions à prendre à propos de l'établissement, la formulation et l'application de la politique en matière de sécurité nationale et des mesures à prendre pour garantir une coordination adéquate. Le Conseil des ministres donnera priorité aux décisions concernant aux mesures qu'il considère nécessaires pour préserver l'existence et indépendance de l'Etat, l'intégrité et l'indivisibilité du pays, la paix nationale et l'ordre public. L'agenda du CNS sera dressé par le président de la République, qui tiendra compte des propositions du premier ministre et du chef d'État-major".
Etat d'urgence et loi martiale
"Article 121 - Dans le cas d'un désastre naturel, une épidémie dangereuse ou une crise économique grave, le Conseil des ministres sous la direction du président de la République peut décréter l'État d'urgence, dans une ou plusieurs régions ou dans tout le pays pour une période ne dépassant pas six mois. L'acte d'État d'urgence régira les obligations financières et matérielles, les obligations concernant le travail, ainsi que la procédure de restriction ou suspension des droits et libertés fondamentaux". Pendant l'état d'urgence, le Conseil des ministres sous la direction du président de la République peut approuver des décrets législatifs".
L'État d'urgence est toujours en vigueur dans le Kurdistan turc depuis 1987.
"Article 122 - Le Conseil des ministres, dirigé par la président de la République peut, après une consultation du CSN, déclarer la loi martiale dans une ou plusieurs régions ou dans tout le pays. Pendant la période de loi martiale, le Conseil des ministres sous la direction du président de la République peut approuver des décrets législatifs sur des thèmes concernant la loi martiale. Les commandants de la loi martiale exerceront leurs fonctions sous l'autorité de l'office du chef d'État-major".
Cours de la sûreté de l'état
"Article 143 - Des cours de la sûreté de l'état seront établies en vue de juger des délits commis contre l'indivisible intégrité de l'Etat, avec son territoire et son peuple, l'ordre démocratique libre de la République ou affectant directement la sécurité interne et externe de l'Etat. Ces CSE seront composées d'un président, deux membres, deux substituts, un procureur et un nombre suffisant de vice-procureurs. Un membre et un substitut seront choisis parmi les juges militaires les plus gradés, et les vice-procureurs parmi les procureurs publics et les juges militaires. Dans le cas d'une déclaration de loi martiale, la CSE peut être transformée en cour militaire".
Ce sont toujours ces cours de la sûreté de l'Etat qui jugent et condamnent des centaines d'intellectuels à des peines de prison et à payer des amendes pour leurs opinions.
LE BILAN CATASTROPHIQUE DU GOUVERNEMENT DE CILLER
Un des seniors journalistes turcs, Ilhan Selcuk, répondait dans un article publié par le quotidien Cumhuriyet le 10 juillet dernier à la question "Que s'est-il passé depuis que Tansu Ciller est devenue premier ministre?" en les termes suivants :
* L'inflation annuelle, qui depuis longtemps tournait autour des 60 pour cent, a "explosé", grimpant jusqu'à 150 pour cent.
* Le paquet de mesures économiques adopté le 5 avril dernier n'a fait qu'aggraver la situation déjà critique de la population.
* Tout le monde semble se réjouir parce que "malgré tout", l'inflation annuelle s'est réduite à 70-80 pour cent cette année.
* L'économie s'est totalement "soumise" au Fonds monétaire international (FMI). Les inspecteurs du Fonds viennent fréquemment faire des contrôles.
* Dans le Sud-est, la zone où se maintient la lutte anti-terroriste a été étendue, atteignant le nord de l'Irak.
* Le PKK est devenu plus effectif sur la scène internationale et compte de nouveaux sympathisants en Europe.
* Les députés du Sud-est ont été expulsés par la force du bâtiment du Parlement et remis à la police.
* La valeur du dollar américain a grimpé en flèche et coûte actuellement 40.000 TL.
* Pas un seul pas n'a pu être accompli vers la démocratisation. Le protocole de la coalition a été mis en attente.
* Le nombre de cas de privatisations suspectes a augmenté. Dans de nombreux cas les efforts de privatisation se sont soldés par un fiasco.
* Le taux de chômage a augmenté. Les travailleurs licenciés pendant le processus de privatisation se sont retrouvés dans des conditions pénibles.
* La Turquie a subi un déclin économique. La croissance s'est interrompue. Le revenu national traverse maintenant une période de déclin. La production a également chuté. Les investissements ont cessé.
* Le nombre de personnes jetées en prison parce qu'elles ont exprimé leurs idées par écrit a augmenté.
* L'Article 8 de la loi anti-terreur, en vertu duquel l'expression de certaines idées peut être assimilée à un "acte de terrorisme", demeure inchangé.
* Des milliers de villages et hameaux dans le Sud-est ont été brûlés et évacués de force. Des centaines de milliers de personnes ont été obligées de fuir vers d'autres parties du pays.
* Des incidents se sont produits dans plusieurs parties du pays. Le contentieux alawite-sunni s'est aggravé provoquant de nombreuses morts.
* A Sivas, 37 intellectuels ont péri dans l'incendie d'un hôtel provoqué pendant une manifestation longue d'un jour par des fondamentalistes religieux.
* L'attitude de l'Europe envers la Turquie est devenue de plus en plus négative. Ankara a été blâmée à de nombreuses occasions.
* Un membre de la coalition gouvernementale DYP-CHP a traité de "prostituées" trois membres féminins du Parlement européen en visite en Turquie et le gouvernement a dû s'en excuser. Le membre du gouvernement en question a conservé son poste.
* Le mouvement pro-shariah n'a cessé de s'amplifier.
* Les tortures, exécutions extra-judiciaires et les assassinats par des inconnus, n'ont toujours pas cessé. Bref, la Turquie glisse sur la mauvaise pente.
* Le gouvernement a non seulement rendu la Turquie plus petite, il a étendu la zone de combat anti-terroriste au nord de l'Irak et n'a pas réussi à promulguer une seule loi en faveur des droits et libertés démocratiques.
* par-dessus tout le chef de ce gouvernement est soupçonné. Il y a une grande controverse autour des propriétés de la famille Ciller. Le premier ministre n'a pas expliqué de manière satisfaisante comment sa famille avait acquis ces biens. Lorsqu'elle était ministre, elle a fait des investissements dans un pays étranger: les Etats-Unis. Des documents indiquent également que la famille Ciller est coupable d'évasion fiscale.
* Comment peut-elle être encore premier ministre ? Elle s'arrange tout comme elle l'a fait pour se faire "parachuter" sur le siège de premier ministre. Dans n'importe quel pays où le système parlementaire fonctionne normalement un premier ministre comme Ciller ne resterait pas même une minute à la tête du gouvernement.
IHD : PAS D'AMELIORATION DES DROITS DE L'HOMME
Malgré les promesses faites aux institutions européennes, ces derniers mois on n'a observé aucune amélioration de la situation des droits de l'homme en Turquie, selon un rapport de l'Association des droits de l'homme (IHD) publié le 22 août dernier.
En juillet 1995, les exécutions extra-judiciaires, la torture ou la durée de détention policière ont causé la mort de 14 personnes, selon le rapport. 13 personnes sont mortes au cours d'attentats mystérieux et 19 autres ont disparu alors qu'elles se trouvaient en détention policière. Les nombre de personnes mortes en conflit armé s'élève à 392.
En un mois, 1572 personnes, dont 62 appartenant au monde de la presse, ont été arrêtées par la police et 117 d'entre elles ont été placées en détention en attendant le procès.
Les tribunaux ont émis des sentences pour un total de 9 ans de prison et 2.221 milliards de TL d'amende au cours des procès politiques. Le nombre de prisonniers politiques en prison s'élève à 171.
Les procureurs ont demandé un total de 134 ans et 5 mois de prison pour les défendeurs.
En juillet, 30 publications ont été confisquées, 7 associations et organismes de presse ont été fermés et 23 ont subi des descentes de police. Sept bâtiments ont subi des attentats à la bombe.
354 personnes ont été renvoyées de leur lieu de travail.
Concernant le mois de juin 1995, le IHD donnait le 18 juillet dernier les chiffres suivants: personnes arrêtées: 1.648, travailleurs de la presse arrêtés: 44, arrestations judiciaires: 310, actions contre les civils: 24 morts et 34 blessés, attentats non élucidés: 9 morts et 21 blessés, disparitions en détention: 25, morts au cours des affrontements: 505, décès dus à la torture, les exécutions extra-judiciaires et les détentions: 10, personnes torturées: 17, villages et hameaux brûlés et évacués: 16 villages et 20 hameaux, violations concernant le monde du travail: 600 licenciements, total de peines prononcées: 14 ans et 9 mois de prison et 1.6 milliards de TL d'amendes, publications confisquées: 17, attentats à la bombe: 7, fermetures de syndicats, associations et publications: 17, descentes de police dans ces mêmes associations: 18, prisonniers de conscience: 165.
Selon un autre rapport publié par le quotidien Cumhuriyet le 29 juin dernier, le nombre total de détenus politiques est monté à 8.548 cette année, il y en avait moins de 7.000 l'année dernière. Le nombre de personnes arrêtées pour des délits ordinaires est passé à 38.386.
LE CHEF DE L'ARMEE MENACE LES DEFENSEURS DES DROITS DE L'HOMME
Le 28 juillet, le chef d'état-major, le général Ismail Hakki Karadayi, lançait un sévère avertissement contre "les preuves de sympathie envers les séparatistes", invitant les libéraux naïfs ou les critiques mal intentionnés à "retrouver leurs esprits" avant qu'ils n'aient à en payer un lourd tribut.
Après avoir reçu un chèque de 2,7 billions de TL (60 millions de $) recueillis par les familles des soldats morts dans les conflits armés, le général Karadayi a déclaré: "Les personnes dans le pays ou à l'étranger visant l'indivisible unité du pays, ceux qui cherchent de prétendues 'solutions', ceux qui offrent leur propre sagesse, qui donnent des conseils, ceux qui associent la démocratie à la liberté d'encourager le terrorisme, ceux qui voient dans les terroristes des combattants pour la liberté, et ceux qui voient dans tout cela l'ordre normal de la démocratie, sont en fait ceux qui, derrière leurs masques sombres et laids, veulent un Etat séparé et un autre drapeau".
"J'espère qu'ils auront assez de sense pour se réveiller et retrouver leur sagesse avant qu'ils n'aient à supporter les résultats de leurs erreurs répétées et n'aient à payer un lourd tribut pour leurs dettes accumulées", a conclu le commandant chef.
VIVES PROTESTATIONS DE LA VEUVE D'UN COLONEL DE L'ARMEE
Pendant les funérailles du colonel Ridvan Özden, abattu au cours d'un affrontement avec les guérillas kurdes, sa veuve, Tomris Özden, a accusé les autorités politiques de suivre une mauvaise politique dans le sud-est de la Turquie, rapportait le 18 août dernier le quotidien Cumhuriyet.
Le 16 août, à Mardin, alors que le corps de son mari était inhumé, Mme Özden a déclaré: "Je ne veux pas de funérailles prétentieuses pour mon mari, car je ne considère pas qu'il soit un martyre. Pour être un martyre il faut mourir dans une guerre contre l'armée d'un autre pays. Mon mari était l'instrument appliquant une sale politique. La question ne peut être résolue en tuant ou en se faisant tuer. De nombreux commandants, sergents et soldats sont morts à ce jour. Des milliers d'autres sont à présent handicapés. Tous sont allés au combat dans l'espoir de servir leur pays. Mais il n'est pas possible de sauver le pays ou de résoudre le problème par cette voie".
EXTENSION DE L'ETAT D'URGENCE
L'état d'urgence dans le Kurdistan turc était prolongé de quatre mois le 19 juillet dernier par l'Assemblée nationale, suite aux directives du Conseil de sécurité nationale à dominance militaire.
Les dix provinces soumises à l'état d'urgence sont Bitlis, Tunceli, Sirnak, Mardin, Van, Hakkari, Diyarbakir, Batman, Bingöl et Siirt.
Proclamé en juillet 1987 pour remplacer le régime de la loi martiale, l'état d'urgence fut prolongé à 24 reprises jusqu'à aujourd'hui. Le 27 juin, à l'Assemblée nationale, 225 députés ont voté en faveur de l'extension et 140 ont voté contre. La majorité de du parti social-démocrate Parti Républicain du Peuple (CHP), partenaire minoritaire de la coalition gouvernementale et qui était contre l'état d'urgence lorsqu'il était dans l'opposition, a voté en faveur de l'extension.
LES MILITAIRES S'OPPOSENT A LA SUPPRESSION DE L'ARTICLE 8
Alors les travaux du Parlement pour la suppression de l'article 8 de la loi anti-terreur se trouvaient dans l'impasse, les Forces armées turques annonçaient leur opposition à une telle mesure.
"La suppression de l'article 8 [de la loi anti-terreur, qui traite de la liberté d'expression] n'est pas une bonne mesure", a dit le vice-chef d'état-major, le général Ahmet Cörekci, à un groupe de journalistes choisis qui avaient été invités au quartier du commandement général le 30 juin dernier pour un briefing sur "la lutte contre le terrorisme séparatiste".
A une question lui demandant quelle serait la réaction des militaires si l'article 8 de la LAT est modifié, le général Cörekci a déclaré: "Nous sommes à la disposition du pouvoir politique en Turquie. Cependant, une modification de l'article 8 aurait des conséquences sur notre lutte contre le terrorisme. Nous préférerions qu'on ne touche pas à cet article. Nous pensons que c'est une erreur de modifier cet article".
Cörekci a précisé que les conditions démocratiques et les considérations sur les droits de l'homme entravent une lutte efficace contre le terrorisme, qui donnerait des résultats en peu de temps, et a ajouté, "Nous aussi avons des problèmes pour coordonner nos forces et rassembler des renseignement électroniquement".
Selon le général les demandes d'émissions et d'éducation en kurde sont présentées comme des "droits démocratiques" mais font partie d'une tactique psychologique du PKK. "Nous l'appelons la tactique salami. Lorsque nous coupons le salami en rondelles ils nous le prennent. Plus nous coupons de rondelles, plus ils en prennent. Ce processus n'a pas de fin. Nous ne pouvons l'accepter".
Récemment, le 4 août dernier, le Conseil militaire suprême nommait le général Cörekci commandant des forces aériennes en récompense pour "son succès en tant que vice-chef d'état-major des forces armées".
EST-CE QUE TUNCELI S'EST TRANSFORMEE EN BOSNIE ?
L'administration du gouverneur de la région en Ètat d'urgence a annoncé le 25 juillet dernier que plus de 2.664 villages et agglomérations plus petites avaient été évacuées pendant la guerre menée par l'état contre le PKK dans le Sud-est. Les évacuations auraient touché 49.000 familles.
En l'absence d'un plan du gouvernement pour reloger les villageois déplacés, ces évacuations ont soulevé les critiques des partis de l'opposition et les alliés occidentaux de la Turquie.
L'exemple récent le plus spectaculaire de cette campagne d'évacuation est Tunceli, une province kurde dans l'est du pays dont le nom original en kurde était Dersim.
Dersim a toujours constitué une des cibles principales du terrorisme d'état tout au long de l'histoire de la République.
Dans un article publié le 24 juillet par le quotidien Sabah, Mehmet Altan décrit cette situation effrayante de Tunceli:
"Deux tiers des villages de Tunceli ont été évacués. Dans la province, l'élevage d'animaux a été dévasté. Les services scolaires et sanitaires n'existent plus dans les zones en dehors du siège provincial. Je songe à me plaindre de la Turquie sur les scènes internationales pour tenter de mettre fin au triste état de ces gens. Si aucune amélioration n'intervient, je contacterais les organisations internationales, à commencer par les Nations Unies, pour dénoncer la Turquie. Je tenterais même d'obtenir pour eux des "zones protégées" par les Nations Unies. En Bosnie, on souffre de la brutalité serbe. A Tunceli, il y a les 'équipes spéciales' de brutalité. Ces équipes recourent aux mêmes tactiques que les Serbes pour forcer leurs propres compatriotes à fuir".
Ces propos viennent de Sinan Yerlikaya, député du partenaire minoritaire de la coalition, le CHP.
Yerlikaya décrit les récents événements du 2 juillet dernier de la manière suivante:
"Aujourd'hui, Tunceli est écrasée sous le violent terrorisme des 'équipes spéciales'. Cette terreur a atteint son point culminant après que trois membres des 'équipes spéciales' aient été martyrisés dans une station de transmission des PTT prés du siège provincial de Tunceli au début de ce mois. Après l'incident, des compagnons de cette 'équipe spéciale' ont attaqué la ville. Ils ont pénétré de force dans les maisons des villages à proximité de la ville, brisant portes et fenêtres, battant des habitants avec une telle brutalité qu'ils ont dû être hospitalisés, bloquant les routes qui relient Tunceli avec les provinces adjacentes, arrêtant toutes les voitures pour briser les pare-brises et taillader les pneus. Ils ont battu un groupe de personnes de la localité qui s'étaient rendu à l'hôpital pour donner leur sang à deux policiers blessés, les repoussant en criant, 'Nous n'avons pas besoin de votre sang'. Ils ont également tué un chauffeur de taxi.
"Les incidents se sont poursuivis le lendemain, lorsque les corps étaient enterrés. Le gouverneur de la région en état d'urgence était également venu à Tunceli ce jour-là. En sa présence ils ont commencé à scander des slogans contre le gouverneur de Tunceli, Atil Uzelgün, criant 'gouverneur communiste', 'le gouverneur est un serviteur du CHP' et 'gouverneur-serviteur des habitants de Tunceli'. Ils ont alors commencé à chanter 'La victoire reviendra à l'Islam même si nous devons verser notre sang'. Ensuite ils ont dispersé la foule qui attendait les funérailles du policier mort, frappant certaines des personnes présentes.
Veli Yesil, chef de la branche provinciale du Parti de la juste voie (DYP), partenaire majoritaire de la coalition gouvernementale, a déclaré, "M. Yerlikaya n'a pas du tout exagéré. Les citoyens ont été sauvés de l'emprise de 'l'équipe spéciale' par la police (régulière). Même la vie du gouverneur n'est pas à l'abri. 'L'équipe spéciale' est contre le gouverneur et considère le peuple de Tunceli comme un ennemi".
Le chef de la branche provinciale du Mouvement de la de la nouvelle démocratie (YDH), Mustafa Zülal a déclaré : "On essaye de faire de Tunceli une zone inhabitée. Tout le monde a survécu aux incidents du 2 juillet. Mais la peur s'est installée. Tout le monde garde le silence. Pour nous, le 2 juillet se répète tous les jours. Les forces de sécurité essayent de protéger les gens mais se montrent incapables et détournent sur eux leur frustration. Elles agissent comme si elles étaient les représentants du Parti du mouvement nationaliste (MHP)".
Voici un extrait d'un article intitulé "Attention à Tunceli" publié dans l'édition d'hier du quotidien Yeni Yüzyil: "La tension continue de régner dans le centre provincial de Tunceli depuis qu'ont été martyrisés des membres de 'l'équipe spéciale'. Dans la ville, il est interdit d'acheter de la nourriture en grande quantité, et les fermiers ne peuvent pas se rendre à leurs champs. La délégation de solidarité qui est arrivée à Tunceli s'est vue privée du droit d'entrer dans la ville.
Le Ministère de l'Intérieur a officiellement annoncé l'évacuation de 111 villages et 450 hameaux de la région jusqu'à présent.
Ne s'agit-il pas d'une contradiction de la part de notre gouvernement de le voir se soucier seulement de la situation critique des musulmans de Bosnie ? Ne peut-il pas entendre les voix de ses députés quand ceux-ci parlent de la situation délicate des habitants de Tunceli ? Quelle efficacité peuvent avoir les offensives internationales sur la Bosnie alors que le député de Tunceli Yerlikaya ne cesse de clamer "Tunceli, c'est la Bosnie de la Turquie!"?
UNE NOUVELLE INCURSION TURQUE EN IRAK: OPERATION DRAGON
Les Forces armées turques, sous prétexte de répondre aux activités du PKK, de plus en plus intenses, dans le nord de l'Irak, lançaient le 5 juillet dernier une nouvelle incursion dans le territoire de leur voisin du sud sous le code d'Opération dragon.
Anxieux de ne pas porter préjudice aux efforts déployés à seulement quelques mois du verdict du Parlement européen concernant l'union douanière, Ankara a senti le besoin de rassurer les pouvoirs européens quant à l'ampleur de l'opération. Le porte-parole de l'état-major turc, qui à décrit cette nouvelle incursion comme "des activités menées avec un nombre limité de soldats dans une zone limitée afin de rendre inoffensifs les éléments terroristes dans certains points (à l'intérieur de l'Irak)", a précisé que pas plus de 3.000 soldats prenaient part à l'opération.
Cependant, l'Irak a condamné l'incursion et l'a qualifiée de "violation flagrante de la souveraineté irakienne". Le PDK de Massoud Barzani a déploré que les forces turques aient bombardé sept villages kurdes.
La Ligue arabe a également condamné le 9 juillet dernier l'Opération dragon, la qualifiant de "claire violation de la souveraineté nationale arabe, défiant la lettre et le principe de la loi internationale". La Ligue a exigé à la Turquie qu'elle "règle les tensions aux frontières au travers de la coopération et le dialogue et d'une politique de bon voisinage.
LA CIA EQUIPPE LE SERVICE DE RENSEIGNEMENT NATIONAL TURC
Le nouveau directeur de la CIA, John Deutsch, s'est discrètement rendu en Turquie le 24 juillet dernier où il s'est réuni avec Sönmez Köksal, sous-secrétaire de l'Organisation de renseignement nationale turque (MIT) à Ankara.
Selon le Turkish Daily News du 27 juillet 1995, le transfert de l'infrastructure technique disponible au MIT a constitué le principal thème des discussions.
Les discussions ont également tourné autour de l'importance du rôle joué par la Turquie en raison de sa situation stratégique, en contact direct avec quelque 30 pays européens, le nord de l'Afrique et l'Asie.
Köksal a exprimé la satisfaction d'Ankara devant l'importance que Washington accorde à sa coopération économique et militaire avec la Turquie et a demandé que cette coopération s'étende aux activités de renseignement où ont déjà surgi quelques difficultés. Il aurait fait mention des obstacles à l'acquisition par MIT d'équipement de renseignement hautement technologique fabriqué par des entreprises américaines. Il aurait demandé l'aide du chef de la CIA pour la suppression de ces obstacles.
Deutsch aurait promis "toutes sortes d'aides" pour permettre à la Turquie d'acheter du matériel dont elle a besoin par des "voies officielles" et de prendre les mesures nécessaires dès son retour.
Le directeur de la CIA a également demandé une coopération plus étroite entre les deux organisations dans le cadre de liens bilatéraux entre les deux pays et a exprimé une vive inquiétude quant à la situation dans le Caucase et les Balkans.
Les sources, qui ont rappelé que les relations entre la CIA et le MIT n'étaient pas un fait nouveau, ont néanmoins ajouté que les deux côtés étaient favorables à l'établissement de liens plus étroits et le fait que Deutsch ait fait son premier voyage en Turquie juste après sa nomination en est un clair indice.
242 DETENUS AU PROCES DE L'HADEP
Un total de 242 personnes ont été arrêtées le 6 juillet 1995 pour avoir revendiqué leur droit d'entrée dans la salle d'audience de la Cour de la sûreté de l'Etat où des représentants du Parti de la démocratie du peuple (HADEP) étaient jugés pour séparatisme.
Sirri Sakik, ancien député du disparu Parti de la démocratie (DEP), déjà jugé et condamné dans cette même salle pour séparatisme, était parmi les détenus sur ordre du Procureur chef Nusret Demiral.
Les autres détenus étaient Yavuz Önen, président de la Fondation des droits de l'homme de Turquie (TIHV), et l'avocat Hüsnü Öndül, secrétaire général de l'Association des droits de l'homme (IHD).
Les représentants de l'HADEP jugés sont les vice-présidents Sahabettin Özarslaner et Hikmet Fidan, le vice-secrétaire général Seyhmus Cagro et le président de l'organisation provinciale d'Ankara, Ferhan Türk.
Les avocats des défendeurs, qui avaient demandé qu'on admette les spectateurs dans la salle, ont précisé qu'en l'absence d'une décision concertée pour une session à huis-clos, la décision d'empêcher l'entrée des spectateurs devait être reconsidérée. Cependant, le procureur ne voulait pas permettre l'accès aux spectateurs pour préserver la sécurité des juges et des défendeurs.
Les juges, prenant en considération le point de vue du procureur, ont décidé de ne pas autoriser l'entrée du public. Les avocats pour leur part ont quitté la salle en signe de protestation contre cette décision et les représentants de l'HADEP jugés ont refusé de déclarer devant la cour.
La police a fait monter les manifestants dans des bus et les a conduits au Directorat de la Sûreté d'Ankara.
Les représentants de l'HADEP sont accusés de maintenir des liens avec le PKK et le procureur demande pour eux des peines de prison allant jusqu'à 15 ans.
LE PARTI D'UNION SOCIALISTE INTERDIT
Le 19 juillet dernier la Cour constitutionnelle décidait la fermeture du Parti d'Unité socialiste (SBP), l'accusant d'avoir des objectifs séparatistes dans son programme.
Suite à l'ouverture de cette action en justice, ce parti, qui était une émanation du disparu Parti Communiste Unifié de Turquie (TBKP), s'est joint au Parti Socialiste Unifié (BSP).
Le président du BSP, Sadun Aren, qui était également président du SBP, a critiqué la décision du tribunal, "L'existence de Kurdes en Turquie est un fait indéniable. La Cour constitutionnelle, au lieu de prendre une mesure aussi peu démocratique, aurait dû confirmer ce fait et oeuvrer en faveur du bon fonctionnement de la démocratie".
GREVES DE LA FAIM DES PRISONNIERS POLITIQUES
Plus de 10.000 prisonniers politiques et leurs familles ont commencé une grève de la faim le 14 juillet dernier aussi bien en Turquie que dans divers pays étrangers. Cette action massive s'est poursuivie par roulements jusqu'au 23 août. C'était la première de son genre dans l'histoire des grèves de la faim dans les prisons turques car elle ne vise pas l'amélioration des conditions de détention.
Cette grève est un témoignage du chagrin du peuple kurde après des années d'assassinats et de migrations forcées qui ont mené les familles loin de leurs maisons, leurs emplois et leur source d'alimentation.
Le IHD, après une réunion du conseil le 6 août 1995, a fait savoir que la situation actuelle viole l'Accord de Genève sur les prisons et a appelé les deux côtés à déclarer un cessez-le-feu. Il a également demandé à l'Etat turc d'entrer en négociations avec le peuple kurde.
Le IHD avait déjà demandé l'application de la Convention de Genève en Turquie lors de sa 5e Assemblée générale tenue le 29 octobre 1994.
"Depuis lors, la répression par l'Etat s'est intensifiée", soulignait une récente déclaration de l'IDH. "Notre association, qui soutient les droits de l'homme pour tout le monde, veut que ce pays devienne un jardin d'égalité, de liberté et de paix. Pour cela, les politiques basées sur la force et la privation devraient être abandonnées au profit d'une solution démocratique et pacifique".
Le IHD a également demandé l'abolition du système des gardiens de village et des équipes spéciales utilisé dans le Sud-est et qu'on mette fin à l'état d'urgence.
"Une amnistie générale devrait être décrétée", a conclu le IHD.
TERRORISME D'ETAT EN DEUX MOIS
Le 20.6, à Ankara, 37 hauts fonctionnaires de différents syndicats sont jugés par une cour pénale pour avoir organisé des manifestations en faveur d'une constitution démocratique. Chacun d'eux risque une peine de prison de trois ans.
Le 20.6, à Izmir, les forces de sécurité font une descente dans une pension pour étudiants et arrêtent 63 étudiants qui résistaient à l'opération.
Le 20.6, à Sason, deux petites filles, Meryem Yavuz et Fatma Yavuz, sont abattues par des inconnus alors qu'elles gardaient des animaux. Lorsque les paysans se précipitent vers le lieu de l'incindent, l'un d'entre eux, Isa Abay, est victime de l'explosion d'une mine et trois autres sont gravement blessés.
Le 21.6, à Istanbul, une manifestation de travailleurs est empêchée de force par la police. Au cours de l'affrontement, 17 travailleurs et 11 policiers sont gravement blessés. Par la suite, quelque 150 manifestants sont arrêtés.
Le 21.6, à Istanbul, l'avocat Ahmet Düzgün Yüksel est arrêté juste avant un procès concernant deux exécutions sommaires dans lequel il devait représenter les familles des victimes. Une fois en liberté, le 26 juin, Düzgün déclare avoir été torturé pendant sa détention.
Le 22.6, la police annonce l'arrestation de dix membres présumés de l'Armée de libération des travailleurs et paysans de Turquie (TIKKO) à Istanbul après dix jours d'opérations. Soumis à des tortures, certains des détenus commencent une grève de la faim.
Le 22.6, le Procureur chef de la République introduit une action en justice contre le Parti de la démocratie et la transformation (DDP), dirigé par Ibrahim Aksoy, ancien secrétaire général du Parti travailliste du peuple (HEP), aujourd'hui disparu. Le procureur demande au Tribunal constitutionnel d'interdire le parti pour activités séparatistes.
Le 22.6, à Lice, quatre inconnus sont assassinés et ensuite brûlés dans une forêt.
Le 23.6, une cour pénale d'Istanbul ouvre un procès contre 24 personnes accusées d'avoir célébré le nouvel an kurde Newroz le 21 mars 1995.
Le 24.6, à Ankara, un groupe de 60 activistes des droits de l'homme qui organisaient une marche vers le ministère de l'Intérieur pour protester contre les disparitions, est arrêté devant le siège de l'IHD. Le président de l'IHD, Akin Birdal, a accusé les autorités de les empêcher d'exercer leurs droits démocratiques.
Le 24.6, à Adana, Aladdin Önen affirme avoir été torturé pendant les 24 heures qu'a duré sa détention au poste de police.
Le 24.6, à Istanbul, 88 des 103 travailleurs arrêtés le 21 juin au cours d'un acte de protestation sont placés en détention par une cour pénale.
Le 24.6, les forces de sécurité arrêtent onze personnes à Mersin les accusant d'être membres du Parti communiste marxiste-léniniste/Construction, (MLKP-K).
Le 24.6, à Adana, le membre de l'HADEP Izzettin Görnü, blessé à l'arme à feu par des inconnus le 3 juin dernier, meurt à l'hôpital.
Le 24.6, à Sason, le fermier Ismet Erdem et le fonctionnaire Mim Hadi Güngördü sont victimes de l'explosion d'une mine posée par les forces de sécurité.
Le 24.6, à Nusaybin, un groupe d'habitants du village de Yolbilen est attaqué par des protecteurs de village pro-gouvernementaux alors qu'ils faisaient des courses dans le bazar de la ville. Trois d'entre eux ont été gravement blessés et ont dû être hospitalisés.
Le 26.6, à Dicle, un passager d'un minibus, Recai Dülger, est victime de l'explosion d'une mine posée par les forces de sécurité.
Le 26.6, à Ovacik, le chauffeur Sabri Sarigül meurt après l'explosion d'une bombe placée dans son taxi. Trois autres personnes sont également blessées. Sarigül avait été arrêté en 1994 pour appartenance au PKK et emprisonné pendant huit mois.
Le 26.6, à Sirnak, une patrouille militaire ouvre le feu sur un groupe de villageois qui ramassaient du bois dans les montagnes. L'un d'entre eux est blessé et quatre autres sont blessés.
Le 30.6, la CSE d'Ankara condamne neuf membres présumés du Dev-Sol à différentes peines de prison allant jusqu'à 21 ans et huit mois.
Le 1.7, à Hazro, Abdülvahap Kocan est abattu par des inconnus qui attaquaient le village de Dersi.
Le 2.7, au cours des cérémonies de commémoration du massacre de 37 intellectuel le 2 juillet 1993 à Sivas, les forces de sécurité attaquent des manifestants à Istanbul, Ankara et Adana. Un total de 50 personnes sont arrêtées et bien d'autres sont blessées.
Le 2.7, à Silvan, Mehmet Salih Savas et Seyfettin Zengin sont abattus après avoir été enlevés par des assaillants inconnus.
Le 2.7, à Ankara, une tentative pour fouiller le pavillon des prisonniers de Dev-Sol à la Prison centrale d'Ankara donne lieu à de violents affrontements entre au cours desquels 29 détenus ainsi que le directeur de la prison, six gendarmes et quatre gardiens sont gravement blessés.
Le 3.7, vingt personnes arrêtées le 30 juin au cours des funérailles d'Hasan Ocak se plaignent d'avoir été torturés et subi de mauvais traitements au poste de police.
Le 4.7, à Kastamonu, le travailleur Halil Akca (34 ans) meurt après avoir subi des tortures dans un poste de police local où il avait été emmené suite à un accident de voiture.
Le 4.7, à Nusaybin, l'étudiant universitaire Serdar Ugras est abattu par des militaires qui faisaient une descente dans son domicile devant sa mère et ses soeurs.
Le 5.7, la CSE d'Ankara condamne 40 membres présumés du Dev-Sol à diverses peines de prison allant jusqu'à 15 ans. Après la sentence du juge, les défendeurs ont commencé à scander des slogans de protestation contre la décision et tous ont été brutalement battus par les gendarmes dans l'enceinte du tribunal.
Le 5.7, à Istanbul, les habitants des quartiers de Kücükarmutlu se battent contre les forces de sécurité après que des employés municipaux aient commencé à démolir les cabanes qu'ils avaient construites sans autorisation. Quelque 70 personnes sont arrêtées après l'incident.
Le 5.7, à Diyarbakir, Ferit Yonca est assassiné à la hache par des inconnus.
Le 6.7, la CSE de Malatya condamne trois militants du PKK à la prison à vie et quatre autres à différentes peines de prison allant jusqu'à 12 ans et 6 mois.
Le 8.7, à Istanbul, un groupe d'intellectuels manifestant contre les disparitions est attaqué et brutalisé par les forces de sécurité. Après l'incident, 33 manifestants sont arrêtés.
Le 9.7, le président de l'Association de Recherches de la loi sociale (TOHAV), l'avocat Talat Tepe, est arrêté à l'aéroport d'Istanbul alors qu'il quittait la Turquie pour participer à une conférence internationale sur les droits de l'homme en Allemagne.
Le 7.7, à Silvan, Kadir Alphan, enlevé par des inconnus, est retrouvé mort hors de la ville.
Le 9.7, à Ankara, 36 personnes arrivant d'Istanbul en voiture pour protester contre les disparitions sont arrêtées àl'entrée de la ville et emmenées au poste de police.
Le 9.7, à Hizan, Muzaffer Gültekin et Mehmet Sirin Günal sont victimes de l'explosion d'une mine posée par les forces de sécurité.
Le 11.7, à Adana, les forces de sécurité arrêtent 34 personnes accusées de prendre part aux activités du PKK. Les détenus auraient été torturés au poste de police.
Le 11.7, à Diyarbakir, l'étudiant universitaire Cengiz Canoglu est assassiné à la hache par des inconnus. Le même jour, Mehmet Ay est abattu et Kendal Kurt, blessé le 8 juillet par des tireurs inconnus, meurt à l'hôpital.
Le 12.7, à Ankara, Rifat Onurcan et l'enfant de 13 ans Tayfun Kirs, arrêtés le 9 juillet et accusés de vol, affirment après leur libération avoir été torturés.
Le 13.7, le président du Parti de la démocratie et la transformation (DDP), Ibrahim Aksoy est condamné par la CSE de Konya à 20 mois de prison et à 41 millions d'amende pour un discours prononcé lorsqu'il était secrétaire général du disparu Parti travailliste du peuple (HEP). Aksoy se trouve actuellement en Europe et sera arrêté dès son retour en Turquie.
Le 16.7, à Istanbul, neuf personnes arrêtées après qu'elles aient occupé le bureau du Mouvement nouvelle démocratie (YDH) au cours d'un acte de protestation auraient été torturées au poste de police.
Le 16.7, des inconnus abattent Ahmet Sulak à Diyarbakir et Ibrahim Celik à Batman.
Le 17.7, s'ouvre le procès des représentants de l'IHD de Gaziantep accusés de garder des publications interdites dans les locaux de l'IHD, dans une cour pénale de Gaziantep. Le président de l'IHD et six autres fonctionnaires risquent jusqu'à trois ans de prison.
Le 18.7, à Bingöl, trois enfants, Semra Ölmez, Sedat Cicek et Nihat Cicek, meurent suite à l'explosion d'une grenade qu'ils avaient trouvée dans un champ.
Le 20.7, à Izmir, 22 détenus sont battus brutalement par des gendarmes alors qu'ils étaient emmenés de la prison de Buca vers la CSE d'Izmir pour y être jugés.
Le 20.7, à Diyarbakir, Ahmet Sulak est poignardé à mort par des inconnus. A Batman, Ibrahim Celik est victime d'un assassinat politique. A Silvan, Ahmet Yikilmaz est assassiné par le Hezbollah.
Le 20.7, à Ankara, les forces de sécurité arrêtent quelque 50 personnes au cours d'une série d'opérations de répression.
Le 21.7, des tireurs inconnus abattent Ömer Erkek à Diyarbakir.
Le 21.7, à Kiziltepe, Hüseyin Ertas, arrêté le 18 juillet par des protecteurs de village, est retrouvé mort.
Le 23.7, à Elazig, Sinan Demirbas (23 ans), arrêté le 8 juillet et accusé d'appartenir au TIKKO, meurt à l'hôpital suite aux tortures subies au poste de police.
Le 24.7, à Istanbul, le travailleur Fethi Polat affirme avoir été torturé au Centre de police de Beyoglu après son arrestation le 22 juillet dernier.
Le 25.7, la section de Malatya de l'Association des droits de l'homme (IHD) est fermée par le gouverneur qui l'accuse de posséder des publications illégales dans ses locaux.
Le 25.7, à Midyat, le villageois kurde Hüseyin Altiner est abattu par des protecteurs de village devant son fils de 8 ans Sehmuz.
Le 25.7, à Izmir, quelque 600 travailleurs du secteur du transport sont brutalement battus par la police alors qu'ils s'opposaient à l'arrivée d'un groupe de militants néo-fascistes formant des "équipes spéciales de gardiens" à leur lieu de travail où ils étaient en grève depuis le 6 juillet. Au cours de l'affrontement, quatre hauts représentants du Syndicat des travailleurs du transport motorisé (MTIS) et quelque 20 travailleurs sont blessés.
Le 26.7, le quotidien Yeni Politika rapporte qu'Ahmet Cingöz et Edip Aksoy sont portés disparus depuis le 7 juin. A ce moment-là ils avaient été enlevés par des personnes armées et se présentant comme des agents de police.
Le 26.7, à Izmir, la police fait une descente et abat Ali Riza Kurt, militant du Parti/Front de la libération révolutionnaire du peuple (DHKP/C).
Le 26.7, par décision d'une cour pénale, le Syndicat des travailleurs des communications (Tüm Haber Sen) à Istanbul et toutes ses sections à travers le pays sont fermées par le gouverneur sans attendre la décision de la cour de cassation auprès de laquelle le syndicat avait introduit un recours.
Le 26.7, à Hatay, Murat Kahraman et Mehmet Kaplanci sont abattus par la police après avoir été emmenés dans une zone militaire où ils ont été torturés.
Le 27.7, à Elazig, Hüseyin Demirbas affirme dans une pétition adressée au bureau du Procureur public que son fils Sinan Demirbas avait été arrêté le 7 juillet et tué sous la torture au poste de police.
Le 27.7, à Istanbul, la police intervient dans un sit-in et une grève de la faim suivie par des employés municipaux devant la municipalité d'Eminönü et arrête plus de 50 personnes. Au cours de l'opération six travailleurs sont blessés par la police.
Le 27.7, neuf militants présumés du PKK sont capturés par les forces de sécurité à Hatay et Adana et sont placés en détention par un tribunal.
Le 28.7, à Izmir, au cours d'un affrontement entre les détenus politiques et les forces de sécurité dans la prison de Buca, 20 prisonniers, quatre gardiens de prison et sept gendarmes sont blessés.
Le 28.7, à Mersin, l'Association des citoyens de Tunceli (TD) est fermée par le gouverneur parce qu'elle abritait un groupe de personnes en grève de la faim dans ses locaux.
Le 30.7, à Istanbul, une femme kurde, Hazal Deniz, fait une fausse couche après avoir été brutalement battue par le police au cours d'une manifestation de solidarité envers les prisonniers politique en grève de la faim. Au cours de ce même incident, 20 autres personnes sont gravement blessées et 79 autres sont arrêtées.
Le 30.7, à Istanbul, l'avocat Bilgütay Hakki Durna est harcelé et menacé au poste de police d'Akbiyik où il s'était rendu pour rencontrer un client en détention.
Le 30.7, à Diyarbakir, deux tireurs inconnus abattent Ensari Demir.
Le 31.7, à Genc, deux passagers d'un minibus, Ahmet Varan et Ismail Toprak, sont victimes de l'explosion d'une mine et sept autres sont blessés.
Le 31.7, à Adana, la police annonce l'arrestation de 14 membres de l'Hezbollah.
Le 1.8, la cour de cassation ratifie une sentence contre Halil Ürün, maire de la ville de Konya. Ürün avait été condamné en 1994 par une cour pénale à un an de prison pour avoir insulté Kemal Atatürk, fondateur de la République. Sa peine de prison avait ensuite été commuée en une amende de 1.825.000 TL.
Le 2.8, à Adana, le membre de l'HADEP Cemal Kahraman se plaint d'avoir subi des tortures après avoir été emmené du local du parti au poste de police le 31 juillet dernier.
Le 2.8, à Diyarbakir, un affrontement entre les fractions d'Ilim et Menzil du Hezbollah donne lieu à la mort de Süleyman Duran. Quatre autres personnes sont blessées.
Le 2.8, à Diyarbakir, le corps de Fahri Kusun, portant des traces de torture, est retrouvé en train de flotter sur le fleuve Tigre.
Le 3.8, à Mutki, des inconnus abattent le chauffeur d'un minibus, Burhan Celebi, et blessent trois passagers.
Le 3.8, à Silvan, le chef du village de Gözderesi, Mehmet Salih Eraslan, est abattu par des tireurs inconnus.
Le 6.8, à Diyarbakir, Hüsnü Elduru est abattu par des inconnus attaquant un café.
Le 8.8, à Istanbul, Kasim Yörük se plaint d'avoir subi des tortures suite à son arrestation le 29 juillet dernier. En outre, il affirme avoir été témoin des tortures infligées à 30 autres détenus au quartier de la police politique.
Le 9.8, à Diyarbakir, Harun Efe est abattu par des inconnus. Il était un des leaders de l'Association culturelle progressive démocratique (DDKD).
Le 10.8, à Antalya, une soirée culturelle organisée en l'honneur du poète Can Yücel est interdite par le gouverneur.
Le 11.8, à Ankara, Ali Haydar Efe, de 31 ans, meurt des tortures subies après son arrestation le 10 août dernier. Selon les autorités Efe s'est suicidé en se jetant du troisième étage du quartier de la police.
Le 11.8, à Erug, le fermier Abdüllatif Kilic, enlevé le 6 juin dernier par des inconnus, est retrouvé mort.
Le 13.8, à Ankara, Mme Leman Celikaslan, de 24 ans, se plaint d'avoir été torturée et harcelée sexuellement après son arrestation le 21 juillet dernier au cours d'une descente de police dans une maison où elle se trouvait en visite.
Le 13.8, l'imam du village de Kalkansögüt dans la frontière turco-bulgare, Selim Tonca, est abattu par une patrouille militaire sous prétexte qu'il avait pénétré dans une zone interdite. Le même jour, à Bitlis, un autre imam, Mehmet Serif Aslan, est blessé par trois protecteurs de village alors qu'il visitait ses parents dans la ville de Gölbasi.
Le 13.8, le fonctionnaire public Mehmet Bicakci, enlevé le 10 août à Batman est retrouvé assassiné dans le village d'Aydinkonak. Son corps aurait porté des traces de torture.
Le 14.8, à Diyarbakir, des tireurs inconnus abattent Nurettin Ekinci.
Le 14.8, le président de la section de Batman du Syndicat des travailleurs du pétrole (Petrol-Is), Nimetullah Sözen, est arrêté par la police.
Le 14.8, le président de l'IHD d'Iskenderun, Sadullah Caglar et Abdullah Aydar, père de l'ancien député du DEP, Zübeyir Aydar, sont arrêtés par la police à Iskenderun.
Le 15.8, à Istanbul, l'étudiante universitaire de 19 ans Zeynep Askara se plaint d'avoir été torturée après sa détention le 1er août alors qu'elle voyageait vers Corlu.
Le 16.8, à Iskenderun, la police fait une descente dans plusieurs maisons et arrête six personnes. Le même jour, à Istanbul, douze personnes sont arrêtées alors qu'elles portaient des bougies dans une manifestation.
Le 17.8, le procureur public introduit une action en justice contre les leaders de la Confédérations des syndicats de Turquie (Türk-Is) pour des manifestations et des sit-in les 5 et 8 août 1995. Le président Bayram Meral et d'autres fonctionnaires sont accusés d'enfreindre les lois sur les syndicats et les manifestations.
Le 17.8, huit étrangers menant des grèves de la faim dans les prisons turques sont arrêtés par la police à Diyarbakir. Eva Erle, Jeanine Weigel, Holber Neibert, Anina Jendreyko, Ann Kristien Kowarsch, Uwe Oetken, Martin Dietermann et Thomas Vappeller sont relâchés le lendemain par la CSE de Diyarbakir.
Le 17.8, à Cayeli, huit personnes sont arrêtées par la police et accusées d'appartenir à des organisations illégales. Leurs parents affirment que les détenus ont été torturés au poste de police.
Le 18.8, à Bismil, les forces de sécurité font une descente dans une maison et tuent deux membres présumés du PKK.
Le 18.8, à Midyat, des tireurs inconnus abattent Mehmet Nezir Akinci.
Le 22.8, à Ovacik, le jeune de treize ans Güngör Koc est victime de l'explosion d'une grenade et trois autres enfants sont gravement blessés.
Le 23.8, commence à la CSE d'Istanbul le procès contre huit membres du DHKP/C. Le procureur demande la peine capitale pour quatre des défendeurs et des peines de prison allant jusqu'à 15 ans pour les autres.
Le 23.8, à Ankara, cinq fonctionnaires du Syndicat des travailleurs de la santé (Tüm Saglik Sen), Veysi Ülgen, Songül Beydilli, Cafer Balci, Metin Karabulut et Özkan Tüm, sont arrêtés alors qu'ils menaient un acte de protestation contre la condamnation du président du syndicat, Fevzi Gercek, condamné à deux ans de prison pour un article écrit pour le périodique Direnis.
Le 24.8, la CSE d'Ankara place en détention onze des quinze membres du Hezbollah arrêtés une semaine auparavant à Bolu.
Le 25.8, le procès de 97 personnes accusées d'avoir participé à la résistance populaire dans les quartiers de Gazi s'ouvre à la cour pénale d'Istanbul. Le tribunal se déclare incompétent dans cette affaire et transfère le dossier à la CSE d'Istanbul avec la demande de juger les défendeurs en vertu de l'article 8 de la loi anti-terreur.
Le 26.8, à Hakkari, le village de Bag subit une descente des forces de sécurité et dix paysans sont arrêtés.
Le 28.8, à Istanbul, Yunus Atalay se plaint d'avoir été torturé par la police après que celle-ci l'ait arrêté pour avoir écrit des slogans politiques sur les murs.
Le 28.8, à Ankara, neuf personnes sont battues par les gendarmes alors qu'elles visitent des membres de leurs familles à la Prison centrale.
FERMETURE DU QUOTIDIEN YENI POLITIKA
Le seul quotidien pro-kurde de Turquie, Yeni Politika, avait interrompu ses publications indéfiniment le 18 août dernier après qu'une cour pénale d'Istanbul ait décidé de confisquer le journal le 16 août, en accord avec une décision du Conseil national de sécurité (MGK).
Yeni Politika est le troisième journal pro-kurde réduit au silence après Özgür Gündem et Özgür Ülke.
La cour a appuyé sa décision sur ce prétexte: "Yeni Politika est le clair successeur d'Özgür Gündem et Özgür Ülke, tous deux fermés pour incitation au séparatisme".
Necati Taniyan, propriétaire du quotidien, a dit que la décision de confiscation prise par la cour était une fermeture de facto du journal. "Toutes les éditions que nous publierons seront considérées illégales et confisquées", a dit Taniyan.
Yeni Politika était publié pour la première fois le 13 avril 1995. Des 127 éditions du quotidien, 118 ont fait l'objet d'un ordre de confiscation. Depuis la première édition, 500 articles, photos et caricatures ont été soumis à la censure. La publication de nombreux articles avec l'inscription "censuré" était la justification donnée pour confisquer le journal.
Le 27 juillet 1995, le Conseil de sécurité nationale (MGK), présidé par le Président Demirel et composé de chefs de l'armée et de ministres clé dont le premier ministre Ciller, a décidé d'amplifier son contrôle sur les "publications séparatistes" et d'étendre le contrôle avant la publication, appliqué jusqu'à maintenant uniquement aux publications "séparatistes", à celles d'extrême droite et d'extrême gauche.
D'autre part, la Fondation des droits de l'homme de Turquie (TIHV) rapportait le 30 août dernier que Seyfettin Tepe, correspondant à Batman de Yeni Politika était tué alors qu'il se trouvait en détention policière.
Tepe avait été arrêté le 22 août dernier en compagnie de Ramazan Ötünc et Aydin Bokan, respectivement représentant et correspondant à Batman du même journal. Ötünc et Bokan étaient relâchés le même jour, mais Tepe était retenu et emmené au Directorat de la sûreté de Bitlis le matin du 26 août. Tepe y est décédé le 29 août.
Par la suite, ce Directorat allait communiquer aux parents de Tepe que leur fils s'était suicidé.
CELEBRATIONS ABSURDES DE LA JOURNEE DE LA PRESSE
Le 87e anniversaire de l'abolition de la censure en Turquie était marqué le 24 juillet dernier par de vifs débats sur la liberté d'expression et la censure qui existe actuellement dans le pays.
Historiquement, la pression pour la liberté de la presse par un groupe de journalistes progressistes a influencé l'adoption de la Seconde constitution ottomane en 1908, qui marquait l'abolition de la censure en Turquie. Celle-ci est célébrée comme la "fête des médias".
A cette occasion, le Président Demirel a dit, "Bien que la presse soit libre en Turquie, certains débats reflètent l'idée que la liberté de la presse suppose l'illégalité. En fait, comme dans toute liberté, la liberté de la presse ne peut s'exercer qu'en respectant quelques lois".
Cependant, des associations ou des personnalités de la presse, considérant qu'il existe toujours une censure des médias dans le pays, refusent de considérer ce jour comme la "fête des médias".
L'Association des journalistes turcs (TGC) a émis la déclaration suivante: "Aujourd'hui il n'existe pas de censure officielle. Cependant, il est difficile de dire que la liberté de la presse - qui suppose le droit des gens de faire face à la réalité - soit préservée. Les célébrations ne seront pas enthousiastes alors que des journalistes sont en prison en vertu de l'article 9 de la loi anti-terreur".
LA CAMPAGNE DE PROMOTION HONTEUSE DES MEDIA TURCS
Les grands media turcs, qui ignorent totalement la défense des droits de l'Homme et des libertés individuelles, ont entamé une campagne de promotion honteuse dans le cadre d'une impitoyable guerre de tirage.
Le Turkish Daily News du 2 août 1995 rapporte:
"Yeni Ufuk, un petit journal local de la ville de Cine a distribué des préservatifs à ses lecteurs augmentant ainsi son tirage de 2.000 à 8.000 exemplaires.
"Le résultat des campagnes des journaux à grand tirage montre qu'aucun d'eux n'a été capable de multiplier son tirage par quatre de la même façon que ce journal local. Les grands journaux - Hürriyet et son concurrent Sabah - qui ont offert des sets de table, ont augmenté leur tirage de 200.000 à 250.000 exemplaires par jour, plus ou moins 25 pour-cent, selon les statistiques publiées par la BBD.
"Les dernières campagnes de promotion, qui ont été lancées il y a presque deux mois et qui ont fait du bruit entre les deux grands journaux, Hürriyet et Sabah, n'ont pas seulement inspiré les journaux à grand tirage mais également les journaux locaux.
"Le seul autre journal qui a augmenté son tirage avec succès était le journal Aksam qui avait promis des téléviseurs à ses lecteurs. Les deux grands journaux ne le considèrent pas comme un concurrent et - selon les statistiques de la BBD - son tirage est passé de 60.000 à 1 million. Ceci montre également que les téléviseurs ont plus de succès que les sets de table."
Pendant ce temps les grands journaux, y compris Hürriyet, Milliyet, Sabah, Yeni Yüzyil, Türkiye, Aksam, poursuivent leurs campagnes de promotion en ajoutant des articles à leurs listes. Selon ces statistiques de la BBD, après les diverses campagnes des journaux, le nombre de lecteurs en Turquie est passé de 3 millions à 5 millions.
Certains, dont le président de l'Association des Journalistes (TGC), Nail Güreli, pensent que les lecteurs n'étaient pas motivé par la qualité de l'information mais bien par la variété des articles offerts par les journaux.
"Les journaux pourraient utiliser l'argent investi dans ces campagnes pour créer des journaux de meilleure qualité offrant une meilleure information à ses lecteurs," selon une déclaration de Güreli dans l'hebdomadaire Nokta paru le 2 juillet.
Voici une liste des articles offerts récemment par les grands journaux :
Sabah: un mixer Moulinex, un set de couteaux anglais, un petit ordinateur de banque de données et un set de couverts italien. Milliyet: un fer à repasser, un set de draps, un set de casseroles, un autre set de casseroles, un traducteur et un set de table Arcopal. Hürriyet : un mixer Ultima, un set de couverts Silver Star, un set de table Arcoroc. Türkiye : une bicyclette, un téléphone avec répondeur automatique, un aspirateur et des produits de beauté. Aksam: un téléviseur à celui qui collectionne les coupons.
Aksam avait, il y a quelques mois, distribué à ses lecteurs un jeu de soldats en miniature représentant "les héroïques soldats turcs en train d'éliminer les traîtres kurdes"!
PROCES CONTRE 99 INTELLECTUELS DISTINGUES
La CSE d'Istanbul a commencé à juger 99 intellectuels accusés de favoriser le séparatisme, d'inciter le public au désordre et de distribuer du matériel imprimé considéré délictif.
A l'ouverture du procès, le procureur public a demandé deux ans de prison et une forte amende pour ces intellectuels distingués, mais en même temps a suggéré à la cour de transférer le cas au tribunal constitutionnel afin de déterminer si certaines inculpations sont anti-constitutionnelles.
Les défendeurs appartiennent à un groupe de 1.080 intellectuels qui avaient signé comme "coéditeurs" du livre Liberté de pensée, comprenant les écrits de huit auteurs, dont le plus célèbre romancier turc Yasar Kemal.
Parmi les personnes jugées figurent les musiciens Sanar Yurdatapan et Ilhan Irem, le professeur d'économie Asaf Savas Akat, les romanciers Adalet Agaoglu et Orhan Pamuk, l'animateur de télévision Cenk Koray, le journaliste de télévision Can Dündar, et les journalistes Ahmet Altan, Musa Agacik et Bülent Denli.
Parmi les défendeurs figurent également Ömer Erzeren, un reporter du journal allemand Die Tages Zeitung, et Nadire Mater, un journaliste de l'agence de presse basée en Hollande Interpress.
Selon les défendeurs, toutes les charges sont anti-constitutionnelles car elles vont à l'encontre des accords internationaux signés par la Turquie concernant les droits de l'homme et la liberté d'expression.
La cour, composée de trois membres, a remis le procès au 26 octobre.
UN RAPPORT CONTROVERSE SUR LA QUESTION KURDE
Un rapport intitulé La Question de l'Est - Diagnostic et Observations, publié le 3 août 1995, par l'Union des Chambres de Commerce et des Bourses (TOBB), a relancé un nouveau débat sur la solution de la Question Kurde en Turquie.
Alors que certaines organisations kurdes considèrent la publication du rapport comme une manœuvre du gouvernement pour tromper l'opinion publique sur la question kurde, les milieux militaristes accusent les auteurs du rapport, principalement le professeur Dogu Ergil, de servir les puissances étrangères qui visent à diviser la Turquie en rendant public la Question Kurde.
Il convient de souligner que le président de la TOBB, Yalim Erez, est le principal allié et ami de Ciller dans le milieu des affaires et qu'il a en outre personnellement mené la campagne de promotion de Ciller pour remplacer Demirel en tant que président du DYP et Premier Ministre.
Quelle que soit la finalité de la préparation de ce rapport, celui-ci a permis de lancer un grand débat sur la Question Kurde et ses solutions possibles.
Les enquêtes pour l'élaboration de ce rapport ont été menées dans les villes les plus problématiques des gens qui se définissent comme kurdes. Des habitants des provinces du sud-est de Diyarbakir, Batman et Mardin ont été interrogés. Trois villes de la Méditerranée : Adana, Mersin et Antalya ont été choisies comme les villes qui attirent des immigrés du sud-est. Dans le cadre de l'enquête, 1.267 personnes ont été questionnées dans ces six villes. 90,3 pour-cent d'hommes et 9,7 pour-cent de femmes. 90,8 pour-cent sont d'origine kurde, 5,6 pour-cent d'origine zaza et 3,6 d'origine arabe.
Voici les résultats principaux de ce rapport :
A la question "Quelle est votre langue maternelle ?", 89,8 pour-cent ont répondu le kurde, 6 pour-cent le zaza, 3,5 pour-cent l'arabe et 0,007 le turc. Quand on leur a demandé quelle langue ils utilisaient quotidiennement, 65,1 ont répondu le kurde, alors que 15,1 pour-cent ont déclaré utiliser le turc. Ils ont néanmoins reconnu qu'ils ne le parlaient seulement à la maison. En dehors de la maison, 52,5 pour-cent parlent aussi bien le turc que le kurde, alors que 23 pour-cent ne parlent que le turc et 21,5 pour-cent le kurde.
Une grande majorité d'entre-eux sont musulmans - 97 pour-cent; 1,4 pour-cent sont athées, 0,002 pour-cent sont chrétiens. La répartition par sectes est la suivante : 83,3 pour-cent de sufis, 13,5 de hanéfis, 1,7 d'alévis.
Quant à savoir s'ils ont ou non un lien quelconque avec le PKK, 34,8 pour-cent n'ont pas hésité à répondre "oui". Parmi ceux qui ont des liens avec le PKK, 40,3 pour-cent que la finalité du PKK était la création d'un état. 17 pour-cent croient que la démocratie et la reconnaissance de l'identité kurde étaient les objectifs du PKK. Toutefois, 75 pour-cent de ceux qui ont un membre de la famille dans le PKK ne désirent pas la création d'un état kurde. Ils précisent être en faveur d'une solution dans les frontières de la République turque. Ces revendications se traduisent par la reconnaissance de l'identité culturelle kurde et la création d'une structure politique et légale.
20,3 pour-cent sont persuadés que la République turque (TC) remportera son combat contre le PKK, alors que 76,8 pour-cent pensent que la TC ne gagnera pas.
Parmi ceux qui sont persuadés que la TC ne remportera pas la victoire, 24 pour-cent ont déclaré que le PKK bénéficiait du soutien populaire, 18 pour-cent ont indiqué que l'état appliquait la force et l'autorité alors que 10 pour-cent ont déclaré que l'État utilisait les mêmes méthodes terroristes que le PKK.
Quand on leur a demandé quelle devrait être la politique de l'État dans le sud-est, 3,2 pour-cent ont répondu que l'identité culturelle et politique des Kurdes devrait être reconnue, 7,5 pour-cent soutiennent l'instauration d'une démocratie et 12,2 pour-cent exigent des investissements et la création de nouveaux emplois. 2,7 pour-cent demandent la levée de l'état d'urgence et la suppression des gardiens de village et des forces spéciales.
Le rapport conclut :"Il apparaît qu'une importante partie des milieux dans lesquels le PKK recrute les cadres de sa branche politique et armée demandera à l'organisation de poursuivre sa lutte sanglante dans l'Est sur le plan politique. Le PKK devra tôt ou tard répondre à cette demande. Sinon il rencontrera des difficultés à recruter des militants et à récolter des fonds. La République turque a entièrement placé sa lutte contre cette organisation sur un plan militaire. Si l'organisation déclare soudainement vouloir déposer les armes et se convertir en parti politique, la Turquie pourrait être prise au dépourvu alors que le PKK gagnerait le soutien de l'opinion publique mondiale. Le combat contre le PKK ne représente qu'un aspect de la question de l'Est. Le phénomène kurde est un autre aspect de la question de l'Est. C'est pour cette raison qu'il est avantageux de poursuivre les initiatives économiques, administratives et culturelles indépendamment de la lutte armée."
A savoir comment le gouvernement assurera la paix dans le pays, 5 pour-cent des gens interrogés ont répondu que "chacun doit être libre d'exprimer son identité, ses pensées et les organisations ainsi créées doivent être acceptés en tant qu'interlocuteurs."
Parmi les gens interrogés, 9,8 pour-cent maintiennent que ce gouvernement ne sera pas capable de résoudre ce problème. D'autre part, 5,8 pour-cent des gens questionnés ont demanda la reconnaissance de la réalité kurde et du problème du sud-est, la fin des refus et des pressions, et le début d'une récupération économique. Alors que 8,8 pour-cent veulent que le PKK soit accepté en tant qu'interlocuteur et que l'État réponde favorablement à l'appel à un cessez-le-feu de la part de l'organisation, 15 pour-cent désirent que l'État reconnaisse l'identité kurde, donne des droits culturels aux Kurdes et assure le cadre démocratique nécessaire au respect de ces droits. Des réformes sociales, culturelles et pédagogiques devraient être entreprises afin de libérer l'individu des mécanismes traditionnels de contrôle. La base des politique devrait être élargie et les programmes politiques et organisations de toutes sortes devraient être encouragés sauf le séparatisme. Si ceci ne se réalise pas, l'Est poursuivra sa lutte sanglante dans sa traditionnelle structure sous-développée. Suite aux réponses du questionnaire, il apparaît que 42,5 pour-cent des Kurdes s'identifient à leur origine ethnique, que 21,8 pour-cent se considèrent citoyens turcs et que 9,3 pour-cent s'identifient à leur religion. Le rapport analyse ces résultats comme suit :
En ce qui concerne la langue on peut conclure que:
32 pour-cent veulent que la langue turque soit la langue officielle du pays, 5 pour-cent veulent que ce soit le kurde et 63 pour-cent désirent que ce soit le turc et le kurde. 60 pour-cent des gens interrogés pensent que chaque groupe ethnique devrait avoir droit à un enseignement dans sa propre langue. Et 68,8 pour-cent pensent que chaque groupe ethnique devrait pouvoir publier dans sa langue.
A savoir si la République turque devrait recevoir une nouvelle structure politique et administrative, 89,7 pour-cent des gens interrogés ont répondu "oui" et 10,3 "non". Parmi ceux qui demandent un changement structurel de la société, 13 pour-cent sont en faveur de la création d'un état kurde, 13 pour-cent veulent une autonomie, 19,4 pour-cent proposent des réformes de l'administration locale et une plus grande participation à l'administration locale. En réponse à une autre question, pas moins de 42,5 pour-cent des gens interrogés ont demandé la création d'une fédération.
Dans les villes à forte majorité d'immigrés kurdes, 71 pour-cent des gens interrogés demandent la création d'un état kurde alors que 58 pour-cent sont en faveur d'une fédération.
Le rapport, soulignant le fait que 71,5 pour-cent de ceux qui désirent la création d'un état indépendant sont des gens qui ont le certificat d'études primaires ou des gens illettrés, écrit "Que la majeure partie de la branche armée du PKK soit constituée de jeunes sans instruction provenant des zones rurales n'est pas une simple coïncidence. Les conclusions montrent que les gens qui sont les moins instruits sont également les plus radicaux dans leurs revendications."
NOUVELLE CONDAMNATION D'ISMAIL BESIKCI
Le 5 juillet dernier, le sociologue Ismail Besikci était encore condamné à deux ans de prison et à payer une amende de 550 millions de TL par la CSE d'Ankara pour son livre Interdictions qui perdent leur fonction. Le directeur de la maison d'édition Yurt, Ünsal Öztürk, est également condamné par le même tribunal à six mois de prison et à payer une amende de 75 millions de TL.
Avec cette nouvelle condamnation, la peine de prison totale de Besikci s'élève à 69 ans et 1 mois et les amendes totalisent 5 milliards 54 millions de TL. Parmi ces condamnations, 23 ans et 3 mois de prison et 1 milliard 850 millions de TL (44.047 $) ont déjà été ratifiés par la cour de cassation.
En vertu de la loi anti-terreur, si on ne paie pas les amendes, le défendeur écope de trois ans de prison supplémentaires pour chaque amende non payée. Etant donné que Besikci n'a pas les possibilités financières pour payer ses amendes, sa peine de prison totale dépassera les deux siècles, rapportait le quotidien Yeni Politika du 8 juillet 1995.
Dans le cas d'Öztürk, après cette nouvelle condamnation, il doit faire face à 13 ans et 6 mois de prison et à 1 milliard 28 millions de TL d'amende au total.
L'EDITRICE ZARAKOLU RISQUE DE RETOURNER EN PRISON
Le directrice de la Maison d'édition Belge, Ayse Zarakolu, était jugée une nouvelle fois par la CSE d'Istanbul le 7 juillet 1995 pour trois livres qu'elle a publiés.
Zarakolu est accusé d'enfreindre la loi anti-terreur et l'article 312 du code pénal en publiant Notre Ferhat - Anatomie d'un meurtre, le livre de poésie de Mehdi Zana Evina dile min et le livre du prof. Vakhan Dadrian Le génocide dans les documents nationaux et internationaux/le cas arménien de 1915 et ses conséquences.
Mme Ayse Zarakolu avait déjà été condamnée à deux ans de prison et à payer une amende de 250 millions de TL pour avoir publié le livre d'Yves Ternon Tabou arménien. (Voir: Info-Türk, janv.-fév. 95).
Dans la salle d'audience était présent l'avocat français Yves Baudolet, représentant de la Fédération internationale des droits de l'homme.
Le tribunal a remis le procès au 3 octobre 1995.
L'ECRIVAIN KURDE MARASLI MAINTENU EN PRISON MALGRE SA MALADIE
Le 29 juin dernier, la CSE d'Istanbul refusait un recours de la défense pour la libération d'un écrivain kurde malade.
Recep Marasli, jugé pour un article où il analysait la résistance kurde dans le sud-est de la Turquie, fait de la prison par périodes intermittentes depuis les années 70. Il fut déclaré prisonnier de conscience dans les années 80.
Marasli, de 39 ans, risque 24 autres procès pour ses articles et discours.
Il souffre de troubles cérébraux et nerveux dus à la prison et selon ses avocats il ne peut recevoir un traitement dans la prison d'Istanbul où il séjourne. "Sa santé est suffisamment atteinte pour qu'il ne puisse demeurer en prison encore longtemps", a précisé un groupe de grands écrivain turcs et kurdes dans une déclaration.
MORT DU GRAND HUMORISTE AZIZ NESIN
Aziz Nesin, de 80 ans, humoriste turc internationalement reconnu et une des principales cibles du terrorisme d'Etat et du fondamentalisme islamique, est mort d'une crise cardiaque le 6 juillet dernier dans la station balnéaire de Cesme où il avait été invité pour signer ses livres.
Au cours de sa vie, Aziz Nesin a reçu d'innombrables récompenses littéraires en Turquie et à l'étranger pour ses livres, qui ont été traduits dans de nombreuses langues.
Fruit de son grand talent satyrique, il est devenu commun pour les Turcs, lorsqu'ils se trouvent devant une situation ridicule, de dire "une situation digne d'Aziz Nesin".
Dans les dernières années, il s'était attiré la colère de quasiment tout le monde, y compris ses amis des médias, en disant "60 pour cent des Turcs sont stupides", en raison de la soumission de la population aux militaires.
Ses plus grands détracteurs, cependant, venaient des quartiers islamiques, en raison de ses opinions franches sur l'islam, le Coran et les fidèles.
A ce propos, les événements ont tourné à la tragédie à cause de son insistance de publier les Versets sataniques de Salman Rushdie. En juillet 1992, une foule, mécontente de sa présence à Sivas, attaquait un hôtel et le brûlait, causant la mort de 37 écrivains et intellectuels. Nesin, qui se trouvait à Sivas pour le festival culturel alévite et échappa de justesse à l'incendie, déclarait par la suite que l'incident de Sivas était une preuve des manières radicales que le fondamentalisme islamique est en train d'instaurer en Turquie.
Le Cour de la sûreté de l'Etat a ordonné récemment une action en justice contre Nesin pour avoir provoqué des désordres publics alors que certains des incendiaires recevaient des peines dérisoires pour le massacre qu'ils avaient commis.
Nesin, né en 1915, a commencé sa carrière littéraire après avoir été expulsé de l'armée en 1944 pour "abus de son poste et d'autorité". Son véritable nom était Mehmet Nusret, mais avait choisi Aziz Nesin comme nom d'écrivain, qui en turc veut dire "Qu'est-ce que tu es?".
Nesin, représentant mondial de l'humour turc, a écrit pour divers journaux et magazines avant de devenir lui-même éditeur en 1956. En 1963, il abandonnait toutes les autres occupations pour se consacrer uniquement à l'écriture. Cependant, au cours de sa carrière littéraire, il a souvent été condamné et emprisonné pour ses opinions.
En 1972, il a établi la fondation Aziz Nesin, destinée à élever et éduquer les orphelins. Nesin versait tous ses gains comme écrivain à la fondation.
Personnage controversé au cours de sa vie, Nesin l'est également après sa mort en raison des dernières volontés qu'il a laissées dans son testament. Il ne voulait pas d'enterrement religieux ni d'annonces nécrologiques dans les journaux. Il a émis le désir d'être enterré dans le jardin de sa maison de Catalca, un faubourg d'Istanbul, qu'il avait transformée en fondation pour l'éducation des enfants sans foyer.
Ses enfants, se conformant aux volontés de Nesin, ont secrètement enterré son corps dans une des huit tombes creusées dans le jardin de sa maison afin de cacher l'endroit exact où se trouve sa dépouille.
"J'ai 70 ans et je n'ai pas l'intention de mourir", écrivait Nesin dans l'en-tête d'un article, "Salut, septante", qu'il écrivit en 1985.
Dans une interview qu'il avait concédée tôt un matin à plusieurs journalistes il y a quelques mois, Nesin disait qu'il était en train de préparer un nouveau livre -un recueil des articles parus dans les médias- sous le titre Les chats enfouis dans un sac. Nesin, qui se vantait d'avoir écrit tant de livres que s'il les mettait les uns au-dessus des autres ils dépasseraient sa taille en hauteur, était déterminé à poursuivre l'écriture.
Dans la préface de son livre, Oh, nous lâches intellectuels, il disait avoir le sentiment que tous ses livres n'étaient que la préparation de son Ultime livre, bien qu'il ne savait pas quand il l'écrirait.
"Mes livres sont comme des legos", disait-il simplement. "Mettez-les ensemble et vous aurez une carte de la Turquie".
Nesin n'était pas sûr que le verdict soit le point final de l'affaire Sivas. "Sous la loi actuelle, on devrait me faire un procès, car j'accuse tous les juges d'être des menteurs", disait-il. "Je l'ai dit partout. Mais je pense qu'ils ne veulent pas que je le dise dans un tribunal, c'est pour cela qu'ils ne me font pas de procès. Dans un pays où les juges commencent à mentir où appuient leurs décisions sur des mensonges, il n'y a plus de confiance en la justice".
Aziz Nesin soutenait fermement que la Turquie était "historiquement coupable" envers les Kurdes.
"Les Kurdes s'acheminent vers une guerre de libération. Que nous ayons des ministres et des parlementaires kurdes ne se traduit pas en la concession de droits fondamentaux aux Kurdes. Les Kurdes ne peuvent ni parler ni émettre en leur langue dans cette région... Si j'avais été traité comme l'ont été les Kurdes, j'aurais fait ce qu'ils ont fait".
Dans son livre "Turcs en Bulgarie, Kurdes en Turquie", Nesin fait una parallèle entre l'ethnie turque de Bulgarie, dont les noms ont été changés sous le régime communiste et a été privée de droits culturels fondamentaux, et l'ethnie kurde en Turquie. "Tous les noms kurdes qui ont été changés par l'État dans le Sud-est devraient être rétablis", a-t-il dit. "La Turquie a une dette envers les Kurdes et elle devrait la régler".
Il n'était pas sûr que la Turquie deviendrait une démocratie à part entière dans un futur prévisible, "mais la complète démocratisation du pays est la seule manière de résoudre le problème entre les Turcs et les Kurdes, les Sunnites et les Alévites", a-t-il souligné.
Récemment, le 30 juin dernier, Aziz Nesin avait déclaré la guerre au fondamentalisme au cours d'une conférence de presse célébrée à Istanbul et avait suggéré l'organisation d'une conférence internationale contre la montée du fondamentalisme à travers le monde.
Il se plaignait que le Parlement et les gouvernements locaux exploitaient la religion et avertissait que si on ne trouvait pas rapidement une solution la Turquie serait bientôt dans une situation pire que celle de l'Algérie. Il a ajouté qu'il ne s'agissait pas d'une simple confrontation entre les politiques de gauche et de droite. "Je n'ai pas confiance dans le gouvernement, pas plus que dans les puissances étrangères", poursuivait-il. "A mon avis la solution réside dans la nation. Si nous arrivons à organiser une nation civilisée, nous résoudrons le problème à la racine".
Nesin a précisé que de nombreux intellectuels, écrivains et scientifiques turcs et étrangers seraient invités à la conférence internationale. Ce qui importe ici, soulignait-il, est la manière dont le gouvernement va prendre cette convention, et a ajouté que si cette rencontre n'est pas autorisée en Turquie, "Nous pourrons facilement l'organiser à Paris, Londres ou tout autre endroit".
DEUX MOIS DE PRESSION SUR LES MEDIAS
Le 20.6, la cour de cassation ratifie la sentence prononcée contre Fevzi Gercek, président du Syndicat des travailleurs de la santé (Tüm Saglik Sen), condamné par la CSE d'Istanbul à deux ans de prison pour un article qu'il avait écrit pour le périodique Direnis. La cour a également ratifié une peine de deux ans de prison et une amende de 250 millions de TL pour le rédacteur responsable du périodique, Ayla Tuncdemir. Suite à la sentence, le périodique ne pourra pas publier ses journaux pendant un mois.
Le 20.6, la CSE d'Istanbul condamne le rédacteur responsable d'Insan Haklari Bülteni (Bulletin des droits de l'homme), Izzet Eray à 5 mois de prison et à payer 42 millions de TL d'amende pour un article publié à l'occasion de la journée mondiale de la paix. Le président de l'IHD d'Istanbul, Ercan Kanar, a également écopé d'une amende de 83 millions de TL en tant que propriétaire du bulletin.
Le 23.6, à Istanbul, un concert organisé pour célébrer le premier anniversaire de la radio privée Cizgi est interdit par le gouverneur.
Le 24.6, la branche d'Adana du Centre culturel Mesopotamia (MKM) subit une descente des forces de sécurité. Au cours de l'opération 17 personnes, dont les hauts représentants du centre Hüsnü Adibelli et Hasan Kaya, sont arrêtées et tous les documents sont confisqués.
Le 26.6, cinq périodiques, le N˚ 46 d'Alinteri, le N˚ 24 de Kizil Bayrak, le N˚ 43 d'Odak, le N˚ 20 de Kurtulus et le N˚ 6 de Ronahi, sont confisqués par la CSE d'Istanbul pour propagande en faveur du séparatisme et de certaines organisations illégales.
Le 27.6, le tribunal militaire de l'état-major turc condamne l'actrice de théâtre Bilgesu Erenus à deux mois de prison et à payer une amende de 100.000 TL pour avoir fait de la propagande contre la guerre.
Le 27.6, le N˚ 3 du périodique Roj est confisqué par la CSE d'Istanbul pour propagande séparatiste.
Le 29.6, le directeur de la maison d'édition Yaba, Aydin Dogan, est emprisonné après que la cour de cassation ait ratifié sa sentence. Il avait été condamné le 23 juin 1994 à six mois de prison et à payer une amende de 100 millions de TL pour avoir publié un livre sur l'écrivain kurde Musa Anter, victime d'un assassinat politique. Mustafa Pala, éditeur du livre, a également écopé de deux ans de prison et d'une amende de 250 millions de TL.
Le 29.6, le rédacteur responsable du magazine politique Aydinlik, Serhat Bolluk, est condamné par la CSE d'Istanbul à 18 mois de prison et à payer une amende de 375 millions de TL en vertu des articles 6, 7 et 8 de la loi anti-terreur.
Le 29.6, la CSE d'Istanbul condamne le rédacteur de la publication kurde Hewdem, Diddik Tasdemir, à 20 mois de prison et à payer une amende de 50 millions de TL pour propagande séparatiste.
Le 29.6, à Istanbul, le centre culturel Ortaköy subit une descente de police pour avoir inscrit dans une de ses fenêtres "Personne ne peut réduire l'art révolutionnaire au silence!" Au cours de l'opération, quatorze personnes sont harcelées et arrêtées.
Le 29.6, la CSE de Diyarbakir condamne le correspondant du quotidien disparu Özgür Ülke Nezahat Özen à neuf mois de prison. Il était accusé d'avoir aidé le PKK.
Le 29.6, le chanteur populaire Gani Nar est arrêté à Istanbul après un concert et envoyé à Konya pour y être interrogé en relation avec un autre concert qu'il avait donné dans cette ville l'année précédente.
Le 2.7, le Conseil suprême de la radio et la télévision (RTÜK) décide d'interrompre l'émission des chaînes de télévision privées Kanal 6, Kanal D, Show TV et ART-TV pendant un jour pour avoir émis certains programmes considérés incompatibles avec la moralité générale et la vie familiale turque. RTÜK a également donné des avertissements à Kral TV à Istanbul, Kayisi FM à Malatya, Keciören FM à Ankara et Aktif Radio à Izmir. Le président de l'IHD, Akin Birdal, accuse RTÜK de violer la liberté d'expression.
Le 2.7, le N˚ 418 de l'hebdomadaire Aydinlik est confisqué par la CSE d'Istanbul pour propagande séparatiste.
Le 3.7, la CSE d'Istanbul confisque le N˚ 38 du périodique Atilim et le N˚ 7 de Ronahi pour propagande séparatiste. La dernière édition du périodique Partizanin Sesi est également confisquée par une cour pénale d'Istanbul pour le même motif.
Le 3.7, le chanteur populaire Gani Nar est placé en détention par la CSE de Konya en relation avec un concert donné dans cette ville en 1994.
Le 5.7, la CSE d'Istanbul condamne le rédacteur responsable du périodique Kizil Bayrak, Ayse Öztürk, à six mois de prison et à payer une amende de 50 millions de TL. La cour décide également d'interdire la publication du journal pendant un mois.
Le 7.7, le centre culturel Ortaköy est fermé par décision du gouverneur d'Istanbul.
Le 10.7, la CSE d'Istanbul confisque le N˚ 48 d'Alinteri et le N˚ 11 d'Ada pour propagande séparatiste.
Le 11.7, à Istanbul, les locaux du périodique Kurtulus subissent une descente de police et 16 personnes sont arrêtées.
Le 11.7, le gouverneur d'Istanbul interdit un poster du Parti socialiste unifié (BSP) pour protester contre les disparitions.
Le 12.7, la CSE d'Istanbul condamne Nebahat Ayhan à 20 mois de prison et à payer une amende de 375 millions de TL pour son livre Une lettre au soleil levant, publié par l'Union des femmes au travail (EKB). L'éditeur du livre, Gülderen Baysungur, écope également de 5 mois de prison et d'une amende de 41 millions de TL.
Le 12.7, le rédacteur en chef du périodique Toplumsal Dayanisma, Kenan Kalyon, est condamné par la CSE d'Istanbul à 20 mois de prison et à payer une amende de 83 millions de TL pour une interview concédée à la revue Emegin Bayragi.
Le 12.7, à Alanya, la librairie Baran est incendiée par des inconnus.
Le 13.7, la CSE d'Istanbul confisque le N˚ 5 de Roj, le N˚ 45 d'Hedef et l'édition de juillet du bulletin Haklar ve Özgürlükler (Droits et libertés) en vertu des articles 6 et 8 de la LAT.
Le 14.7, le rédacteur responsable de périodique Devrimci Yasam, Alican Güncü est condamné par la CSE d'Istanbul à deux ans de prison et à payer une amende de 980 millions de TL. La cour a également interdit la publication du journal pendant un mois.
Le 15.7, le correspondant à Malatya du quotidien Yeni Politika, Ziya Köseoglu, est arrêté par les gendarmes qui faisaient une descente chez lui.
Le 17.7, la CSE d'Istanbul confisque le N˚ 6 de Roj, le N˚ 9 de Ronahi, le N˚ 40 d'Atilim et le N˚ 1 de Partizanin Sesi pour propagande séparatiste et apologie d'organisations illégales.
Le 19.7, le journaliste Yazgül Güder, arrêté le 11 juillet dernier au cours d'une descente de police dans les locaux du périodique Kurtulus, aurait été torturé au poste de police.
Le 20.7, les quatre dernières éditions du quotidien Evrensel sont confisquées par la CSE d'Istanbul pour propagande séparatiste.
Le 20.7, la CSE d'Istanbul condamne le directeur de la maison d'édition Firat, Süleyman Yasar, à six mois de prison et à payer une amende de 50 millions de TL pour avoir publié le livre de l'écrivain kurde Malmisanij intitulé Kemal Fevzi de Bitlis et sa place dans les organisations kurdes.
Le 20.7, les dernières éditions des périodiques Alinteri et Emek sont confisquées par la CSE d'Istanbul pour propagande séparatiste.
Le 20.7, à Ankara, une radio locale, Cagdas Radyo, subit une descente de police et l'animateur, Tezcan Erdinc Tan, est arrêté pour avoir diffusé un communiqué de l'IHD sur les disparitions.
Le 23.7, le quotidien Evrensel est confisqué par la CSE d'Istanbul pour avoir incité les gens à l'hostilité raciale. Selon un communiqué du conseil éditorial, sept des 48 éditions d'Evrensel ont fait l'objet d'une confiscation.
Le 24.7, la CSE d'Istanbul confisque les dernières éditions des périodiques Sterka Rizgari et Kervan pour propagande séparatiste.
Le 27.7, à Izmir, trois journalistes, Ahmet Subasi (Kizil Bayrak), Gürcan Yildiz (Sosyalist Alternatif) et Serhat Karaduman (Kurtulus), arrêtés par la police au cours d'une manifestation de la Prison de Buca, sont placés en détention par une cour.
Le 30.7, le gouverneur d'Istanbul interdit le Soir des droits et des libertés organisé par l'Union des écrivains de Turquie (TYS) et l'Association culturelle Divrigi (DKD).
Le 31.7, la cour de cassation ratifie un sentence prononcée contre le directeur de la Maison d'édition Evrensel, Songül Özkan. Il avait été condamné en 1994 par la CSE d'Istanbul à cinq mois de prison et à payer une amende de 42 millions de TL pour avoir publié un livre intitulé Impérialisme, nationalisme et la question kurde.
Le 1.8, la CSE d'Istanbul confisque le N˚ 8 du périodique Roj, le N˚ 42 d'Atilim et le N˚ 12 de Ronahi pour propagande séparatiste et apologie d'organisations illégales.
Le 1.8, à Istanbul, deux journalistes du quotidien Evrensel, Nedim Köroglu et Ali Gündogdu, sont interceptés par la police qui les menace avec des armes à feu et les harcèles dans la rue.
Le 4.8, la CSE d'Istanbul ouvre le procès du journaliste Ahmet Altan pour son article Atatürk, publié par le quotidien Milliyet le 17 avril 1995. Le procureur public demande une peine de prison de pas moins de deux ans pour incitation du peuple à l'hostilité ethnique et raciale. Après la publication de cet article, Milliyet a renvoyé Altan sous la pression des autorités. L'article était alors réimprimé par Yeni Politika et les périodiques Söz et Express, mais ces publications ont été confisquées par la CSE d'Istanbul.
Le 4.8, sept membres du groupe musical Yorum occupent le bureau d'Istanbul du Parti du peuple républicain (CHP) pour protester contre la fermeture du Centre culturel Ortaköy et de la Maison culturelle du peuple de Gazi. Après leur action ils sont arrêtés par la police.
Le 8.8, le N˚ 9 du périodique Roj et le N˚ 51 d'Alinteri sont confisqués par la CSE d'Istanbul pour propagande séparatiste et apologie d'organisations illégales.
Le 12.8, la CSE d'Istanbul confisque le N˚ 67 du quotidien Evrensel et le N˚ 46 d'Hedef pour propagande séparatiste.
Le 14.8, l'interdiction de publication d'un mois imposée au périodique Özgür Halk ainsi que la peine de deux ans de prison imposée à son rédacteur sont ratifiées par la cour de cassation. Özgür Halk avait déjà été suspendu deux autres fois auparavant, du 19 mars au 18 avril et du 24 mai au 23 juin.
Le 15.8, la CSE d'Istanbul confisque le N˚ 10 du périodique Roj pour propagande séparatiste et incitation au crime.
Le 17.8, à Izmir, le correspondant du périodique Odak, Emine Can, se plaint d'avoir été torturé au quartier de la police politique après avoir été arrêté alors qu'il couvrait un acte de protestation.
Le 18.8, le N˚ 57 du périodique Özgür Gelecek et le N˚ 45 d'Odak sont confisqués par la CSE d'Istanbul pour propagande séparatiste et apologie de certaines actions illégales.
Le 21.8, la CSE d'Ankara condamne trois journalistes du périodique Direnis, Gülseren Duman, Günes Uysal et Hasan Bahcivan, à trois ans de prison et une amende d'un million de TL chacun. Accusés d'avoir distribué des tracts pour le 1er mai à Ankara, les trois journalistes ont été jugés pendant plus de 16 mois, période pendant laquelle ils sont restés en détention.
Le 22.8, trois journalistes du périodique Özgür Gelecek, Ercan Baskan, Riza Yesil et Devrim Yurtsever sont arrêtés alors qu'ils rendaient une visite de solidarité au quotidien Yeni Politika, fermé récemment par un tribunal.
Le 23.8, à Istanbul, deux journalistes, Mehmet Yildiz (Kurtulus) et Ömer Berber (Atilim) sont arrêtés dans un tribunal d'Eyüp alors qu'ils couvraient un procès.
Le 26.8, un distributeur du quotidien Evrensel, Kemal Dogan, est arrêté à Adana.
Le 26.8, le N˚ 83 de l'hebdomadaire Express est confisqué par la CSE d'Istanbul en vertu de l'article 312 du code pénal.
Le 28.8, le procureur de la CSE d'Ankara, se conformant à une demande de l'état-major turc, inculpe le rédacteur du bulletin Gündem Strateji Grubu Haber Bülteni, Nezih Tavlas, d'avoir révélé des informations top secret concernant la sûreté de l'Etat.
LE NOUVEAU SALAIRE MINIMUM INSUFFISANT
Le nouveau salaire brut minimum, fixé le 10 août à 8.460.000 TL (176$) après des semaines d'intenses discussions, ne satisfait pas les syndicats des travailleurs et a provoqué de vives réactions. Bien que par rapport à l'ancien salaire cela suppose une hausse de 102,7 pour cent, un travailleur ne recevra que 5.547.000 TL (115$) après les déductions fiscales.
Les représentants syndicaux ont boycotté le meeting de la Commission du salaire minimum pour marquer leur désaccord avec les avantages concédés aux employeurs. Qualifiant ce salaire de cruel alors qu'une paire de chaussures coûte 1,5 millions de TL (31$), la Confédération des syndicats turcs (Türk-Is) a fait savoir que le nouveau salaire aurait dû être d'au moins 18 millions de TL (375$) après les déductions fiscales.
Pour sa part, le président de la Confédération des employeurs de Turquie (TISK), Nihat Yüksel, a fait savoir que les conditions économiques actuelles de la Turquie ne supporteraient pas une telle charge mais que l'augmentation salariale de 103 pour cent avait été accordée pour le bien des travailleurs.
D'autre part, des négociations collectives concernant 700.000 fonctionnaires publics sont récemment entrées dans une impasse lorsque le gouvernement a proposé une augmentation salariale de 5,4 pour cent, tandis que Türk-Is a demandé une meilleure offre en fonction du taux d'inflation de 80 pour cent. Le salaire mensuel moyen actuel des fonctionnaires publics est de 19 millions de TL (407$).
Le premier ministre Tansu Ciller a simplement dit "Je ne céderai pas à leurs demandes".
PROTESTATION DES TRAVAILLEURS CONTRE LE GOUVERNEMENT
Pendant les chaudes journées d'été, l'ensemble de la Turquie a été le théâtre de manifestations de travailleurs protestant contre les politiques anti-démocratiques et anti-sociales du gouvernement.
Le 15 juin, le Conseil de la confédération des syndicats des fonctionnaires publics (KCSKK) a convoqué une série de rassemblements et de sit-ins à Ankara, pour revendiquer les droits syndicaux des fonctionnaires. La protestation s'est amplifiée lorsque des dizaines de milliers de fonctionnaires sont arrivés en bus de tous les coins de Turquie pour participer à l'acte, organisant des manifestations, des marches et des meetings. Le district de Kizilay résonnait des slogans des fonctionnaires qui critiquaient les politiques anti-démocratiques du gouvernement. Le porte-parole du KCSKK, Yildirim Kaya, et trois autres hauts fonctionnaires ont été arrêtés le 19 juin pour avoir violé l'article 27 de la loi sur les rassemblements et les manifestations, qui interdit les appels verbaux ou écrits incitant les gens à protester.
Le 21 juin, des fonctionnaires publics interrompaient leur travail partout en Turquie. Dans leur protestations ils demandaient que la police cesse d'enquêter sur leurs leaders.
Le même jour, des rassemblements similaires avaient lieu à Istanbul. On y accusait le gouvernement d'agresser les travailleurs pour étouffer ce qui était qualifié de plus grande crise de l'histoire du pays.
Le 5 août, des milliers de travailleurs du secteurs public dénonçaient les conditions de travail au cours d'une marche dans le centre d'Ankara et menaçaient de convoquer une interruption de travail plus importante pour la semaine suivante.
Les manifestants, qui scandaient des slogans contre le gouvernement et portaient des bannières disant "ça vient, ça vient. Une grève générale se prépare" et "Du pain, de la paix, de la liberté", marchaient vers le quartier des affaires de la ville jouant de la musique.
Finalement, le 8 août, Türk-Is convoquait un arrêt de travail dans tout le pays pour dénoncer l'impasse dans laquelle se trouvaient les négociations collectives concernant 700.000 fonctionnaires publics.
Les manifestations étaient non seulement une réaction contre la proposition de hausse salariale de 5,4 pour cent et l'injustice commise envers les employés du secteur public, annonçait Türk-Is. Elles symbolisent également la demande d'une constitution démocratique, la protection des droits des travailleurs du secteur public, et l'abolition de l'article 8, qui restreint la liberté d'expression.
La Confédération des syndicats conservateurs (Hak-Is) et la Confédération des syndicats progressistes (DISK) ont également fait entendre leur voix dans l'action.
LE PRESIDENT DU BARREAU EST TUE PAR DES FONDAMENTALISTES
Le président de l'Association du Barreau Gümüshane, Ali Günday, a été assassiné le 25 juillet par un fondamentaliste islamique, Izzet Kirac, suite ‡ l'expulsion du Barreau de deux avocates qui portaient le voile.
Après la décision du Barreau, deux journaux pro-islamiques, Akit et Milli Gazete ont lancé une campagne d'insultes contre Günday. L'assassin, Izzet Kirac, qui s'est constitué prisonnier après le meurtre, a déclaré qu'il était venu d'Adana à Gümüshane pour tuer Günday après avoir lu les articles dans les journaux pro-islamiques.
Önder Sav, président de l'Union des Barreaux Turcs (TBB), a déclaré le 27 juillet que des forces réactionnaires tentaient de renvoyer la Turquie à l'époque du Moyen-âge et que ceux qui encouragent des assassins à commettre des crimes au nom de la religion sont aussi responsables pour ces meurtres.
LA SOUMISSION DE LA TURQUIE AU FONDAMENTALISME SAOUDIEN
La décapitation de quatre ressortissants turcs condamnés pour trafic de drogue en Arabie Saoudite - deux le 11 août et deux le 14 août, a provoqué une grande colère en Turquie. Au début, certains représentants de l'Etat, ainsi que de leaders politiques, ont participé à cette campagne anti-saoudienne lancée par les médias qui considéraient les Saoudiens comme des barbares.
La Première Ministre Ciller a immédiatement envoyé un professeur islamiste de renom, Nevzat Yalcintas, en tant qu'émissaire extraordinaire auprès du Roi Fahd dans l'espoir de mettre fin à d'autres exécutions de ressortissants turcs. Selon le Ministère des Affaires Etrangères turc, 20 Turcs étaient déjà condamnés à mort et 20 autres étaient en procès pour trafic de Captagon, un stimulant sexuel.
Malgré les requêtes personnelles de Demirel et Ciller, le Roi Fahd n'a pas reçu l'émissaire. Abdullah bin Abdul-Aziz, Prince héritier de la Couronne d'Arabie Saoudite, qui a reçu l'émissaire extraordinaire, a déclaré le 22 août que son pays maintiendrait la peine capitale à l'encontre des trafiquants de drogue car cette mesure contribue à réduire la criminalité dans le Royaume.
La réaction du gouvernement turc vis-à-vis de ce refus n'avait pas le même ton que les réactions à l'encontre de l'Europe. Au lieu de cela, le porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères, Ömer Akbel, a déclaré qu'Ankara tentait d'atténuer les réactions quant à ce problème. "Nous pensons qu'une diplomatie silencieuse serait beaucoup plus efficace dans la recherche d'une solution satisfaisante à cette question".
Selon les rapports de presse, le marchandage de pouvoir entre la Turquie et Riyad est soumis à deux facteurs : le programme d'aide de 3,5 millions de dollars de l'Arabie Saoudite pour la Turquie dans le cadre de la guerre du Golf, et le volume des affaires de constructions lucratives dont bénéficient actuellement les entreprises turques dans le Royaume. Les entrepreneurs turcs ont affirmé avoir récemment gagné 500 million de dollars en contrats en Arabie Saoudite et assuré un emploi pour environ 50.000 travailleurs turcs. En outre, les exportations turques vers l'Arabie Saoudite atteignent les 609 millions de dollars et les importations s'élèvent à 1,23 milliard de dollars en 1994.
LA MONTEE DE L'ANTI-SEMITISME EN TURQUIE
Un nouveau rapport publié le 25 juin par l'Institut des Affaires Juives et le Comité Juif Américain, et qui a pour but de rendre compte du traitement que reçoivent les Juifs dans le monde entier, contient un chapitre sur la Turquie où les activités du Parti du Bien-Etre (RP) et les journaux pro-islamiques font l'objet d'une attention particulière.
Le rapport "Anti-Sémitisme: Rapport Mondial 1995" remarque qu'"au cours de ces dernières années, il y a eu certains cas d'Anti-Sémitisme: en septembre 1986 et mars 1992 des attaques contre la synagogue de Neve Shalom à Istanbul ainsi que l'attentat en janvier 1993 contre la vie de l'industriel juif turc, Jak Kamhi. Avant les élections de mars 1994, des lettres anonymes ont été envoyées "appelant à boycotter les sociétés et magasins juifs."
En 1994, les prières du vendredi étaient, entre autres, l'occasion de violences contre Israël et les Juifs. Le rapport remarque que les événements en Bosnie et le massacre de Hebron ont été le détonateur de ces sentiments anti-juifs.
"En mars, les Vengeurs Islamiques du Grand Orient (IBDA-C), une organisation jusque là inconnue, ont distribué des tracts appelant tous les musulmans de Turquie à tuer les Juifs en représailles pour le massacre de Hebron. Ils ont également fourni une liste d'éminents Juifs à prendre pour cible en promettant une récompense de 500 DM pour chaque Juif assassiné."
La montée du RP fait l'objet d'une analyse en profondeur dans le rapport. Dans un chapitre soigneusement équilibré, le rapport remarque le record du RP en matière d'anti-sémitisme.
"Refah est la principale organisation politique avec des tendances anti-sémites. Le parti, qui occupe 40 sièges des 450 au Parlement, pense que le laïcité est un concept 'étranger' et que la Turquie devrait se tourner vers ses racines islamiques," écrit le rapport. (Le président du RP, Erbakan, et d'autres représentants importants du parti ont fait des violentes déclarations à l'encontre des Juifs et d'Israël au Parlement et dans les médias. Toutefois, début 1994, Refah a atténué ses vues anti-sémites afin de gagner des voix dans les élections locales du mois de mars.
Le président de la Bilim Arastirma Vakfi (Fondation pour la Recherche de la Connaissance), Adnan Oktar, connu sous le nom de "Adnan Hoca", est également cité comme représentant "nationaliste et islamique".
"Oktar est connu pour ses attaques virulentes à l'égard d'Israël, les Juifs et les francs-maçons..." En 1994, Oktar a publié une lettre d'information appelée Siyasi Cizgi (Ligne Politique) selon laquelle "la présence de certains Juifs parmi la délégation (de Ciller à Israël) vise à renforcer le lobby judéo-maçonnique en Turquie afin de stopper les activités anti-sionistes et de retourner l'opinion publique contre les musulmans."
A plusieurs reprises, les imams dans les mosquées ont utilisé le terme de "juif" pour dénoncer les actions d'Israël contre les Palestiniens musulmans… En décembre 1994, Ali Bozkurt, un des imams de la mosquée Fatih à Istanbul, a réclamé la mort pour la "Nation juive, du gouvernement israélien, les Grecs, les Arméniens, les Bulgares, les terroristes, les anarchistes, les communistes et tous nous ennemis cachés." Le sermon de Bozkurt faisait partie d'un service commémorant "l'ascension du prophète Mahomet au ciel," service télévisé par la chaîne privée Kanal 6.
En Turquie, tous les imams sont nommés par la Direction des affaires religieuses, qui est attachée au cabinet du Premier Ministre.
Le rapport s'arrête également sur certains journaux pro-islamiques tels que Türkiye, Zaman, Milli Gazete et Vakit qui sont des plates-formes à partir desquelles on défend l'anti-sémitisme.
"Zaman, qui est considéré comme le journal pro-islamique le plus modéré, a de temps à autres fait figurer à la une des attaques à l'encontre de Juifs turcs, y compris les hommes d'affaires Jak Kamhi et Izak Alaton.
"Par exemple, lorsque le professeur Yuda Yürüm, un professeur juif de l'université d'Ankara, a reçu le prix annuel de chimie pour ses recherches, Zaman a prétendu que Albert Bilen, président de l'association des industries chimiques… avait contribué à ce choix et qu'il s'agissait là d'une récompense donnée par un Juif à un autre Juif."
La voiture de Yürüm a été récemment la cible d'un attentat à la bombe de la part de militants pro-islamiques.
"Zaman a également attaqué Yusuf Azuz, un mannequin juif, pour "conduite" immorale, en mettant l'accent sur son appartenance à la communauté juive.
"Un producteur de télévision, Nedim Saban, a également été attaqué pour ses programmes, en soulignant encore une fois son origine juive.
"Abdullah Atay, qui écrit pour le Milli Gazete, prétend qu'Israël cherche à créer un plus grand Israël qui comprendrait certaines parties de la Turquie."
Le rapport conclut avec cette triste évaluation : "Le nombre croissant de publications anti-sémites, en plus de la popularité grandissante du parti pro-islamique, n'ont cessé d'être une source d'inquiétude pour les Juifs de Turquie au cours de l'année 1994. Suite au succès du Refah dans les élections municipales de mars, la probabilité, renforcée par les sondages, de voir ce parti remporter une élection à l'échelle nationale est une perspective bien inquiétante pour beaucoup de Juifs, qui craignent pour leur avenir dans un régime pro-islamique."

References: l'article 8
 l'article 2

L'article 13
 l'article 8
 L'Article 8
 L'ARTICLE 8
 l'article 8
 l'article 8
 l'article 8
 l'article 8
 l'article 8
 l'article 9
 l'article 312
 l'article 312
 l'article 27
 l'article 8