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Timestamp: 2018-10-22 16:07:22+00:00

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CAMPAGNE DE L'ARMÉE DE RÉSERVE EN 1800: PARTIE 1, CHAPITRE VI
Research | Napoleonic | Cugnac | Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 | French | Partie 1 Chapitre 6
EN 1800
{p.239}
NOUVEAU PROJET D'OPÉRATIONS
Le quartier général de l'armée de réserve à Genève. – Situation difficile de l'armée d'Italie. – Nécessité d'une prompte diversion en Piémont. – Succès de l'armée du Rhin en Allemagne. – Détachement qu'elle doit envoyer en Italie. – Départ du Premier Consul de Paris. – Renseignements sur les passages du Valais et les forces de l'ennemi.
Au commencement de mai, le quartier général de l'armée de réserve est transféré de Dijon à Genève. C'est à ce moment qu'est enfin connue la véritable situation de l'armée d'Italie Masséna bloqué dans Gênes, Suchet rejeté sur le Var. Il est urgent de les dégager au moyen d'une prompte et puissante diversion.
Ainsi se précise l'opération de la traversée des Alpes: l'armée de réserve débouchera en Piémont par la vallée d'Aoste, tandis que l'aile gauche de l'armée d'Italie marchera vers Turin, et que l'armée du Rhin, victorieuse à Stockach, enverra un gros détachement en Lombardie par le Saint-Gothard.
Le Premier Consul quitte Paris le 6 mai, pour se rendre à Genève, activer l'organisation, presser les mouvements, lever toutes difficultés. {p.240}
Le Premier Consul, au Ministre de la guerre (1).
Paris, le 11 floréal an 8 (1er mai 1800).
Je vous prie, citoyen Ministre, d'expédier un officier d'état-major ou du génie très intelligent (2); il aura l'ordre d'aller joindre le général Suchet, et de là, le général Masséna.
Il fera connaître à ces deux généraux que l'armée de réserve est en pleine marche pour déboucher par les Alpes, et que le 21 floréal elle sera en Piémont.
Vous ne lui remettrez aucune lettre, afin qu'en allant rejoindre le général Masséna, l'ennemi, s'il le prenait, ne trouvât aucune dépêche. Vous ferez connaître à cet officier à peu près la marche que doit tenir l'armée de réserve, afin qu'il en fasse part aux généraux Masséna et Suchet, qu'ils agissent selon les circonstances, et que, lorsque l'ennemi se sera affaibli devant eux pour se porter sur l'armée de réserve, ils tâchent de regagner le terrain perdu.
Écrivez au général Saint-Hilaire qu'il mette en mouvement, par Antibes et Nice, les différents régiments de cavalerie qui sont sur le Rhône.
Il faudrait que cet officier fût porteur d'une centaine de mille francs pour les hôpitaux de Nice (3).
B. {p.241}
Le Premier Consul, au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve.
Vous trouverez ci-joint copie de la lettre que je reçois à l'instant de Suchet (4); vous y verrez, citoyen Général, notre véritable situation en Italie.
Donnez l'ordre à la division Loison de se diriger par le plus court chemin sur Lausanne ou Genève (5).
La division Watrin doit être, à l'heure qu'il est, arrivée à Genève; faites-la filer de suite sur Villeneuve et Saint-Maurice.
La division Boudet doit être arrivée à Genève et Nyon; faites-la également filer sur Villeneuve (6).
Faites partir de Bourg un détachement de 1500 Italiens, et, en général, de tout ce qui est armé et dans le cas de se battre. Dirigez-les en toute diligence sur Genève. Le reste attendra, pour se mettre en route, l'arrivée des armes.
Le général Chabran doit, si j'ai bonne mémoire, être à Genève avec 1500 hommes de sa division. Dirigez-le sur le Petit-Saint-Bernard. Avec ce corps de troupe et les 500 ou 600 hommes qu'il y trouvera, il attirera de ce côté-là l'attention de l'ennemi.
Faites partir de Chalon et de Mâcon les bataillons de l'armée d'Orient qui sont armés et que vous comptez employer. Qu'ils se rendent à marches forcées sur le Petit-Saint-Bernard, où ils trouveront le général Chabran.
Je ne sais pas s'il y a des pièces de canon sur le Petit-Saint-Bernard. Écrivez au général Boyer, qui est à Chambéry, pour qu'il vous envoie sur-le-champ 2 pièces sur le Petit-Saint-Bernard, qui seront aux ordres du général Chabran. {p.242}
Mon calcul serait que, le 17 ou le 18, le général Chabran pourrait être au Petit-Saint-Bernard avec une division de 5,000 hommes (7); elle se réunirait à Aoste avec le corps du général Victor, qui peut également se trouver ce jour sur le Grand-Saint-Bernard.
Je crois que la 28e de ligne est destinée par le général Moreau à défendre le Grand-Saint-Bernard. Vous pouvez la prendre pour faire l'avant-garde du général Watrin, puisqu'elle connaît mieux les chemins et est plus reposée.
J'imagine que toute votre armée a fait un mouvement sur Genève.
Envoyez, je vous prie, un courrier au général qui commande à Briançon, afin qu'il m'expédie un aide de camp à Genève, où je serai le 15. Vous le préviendrez qu'il se tienne prêt à marcher, avec toute l'artillerie et les munitions qu'il pourra atteler, et tous les hommes qu'il aura de disponibles.
J'arriverai sans faute à Genève le 16 (8), j'aurai alors des nouvelles du général Moreau, et nous prendrons des mesures pour la diversion qu'il est indispensable de faire par le Simplon.
Mettez-vous en correspondance avec le général qui commande dans la Suisse pour connaître l'état de ses forces.
J'estime votre présence très nécessaire à Genève, spécialement pour la formation des magasins de Villeneuve, où il faut que les troupes puissent prendre pour six jours de biscuit. Mettez en marche pour Villeneuve le plus de boeufs que vous pourrez.
Faites partir toute la garde des Consuls pour Genève. Laissez cependant 25 hommes de cavalerie à Dijon, pour mon logement (9).
Que le général Vignolle puisse me remettre un état exact:
1° Sur le nombre et l'emploi des conscrits; {p.243}
2° Sur la situation exacte des régiments de cavalerie, en chevaux, armes, présents sous les armes;
3° Sur la légion italique;
4° Sur les bataillons de l'armée d'Orient;
5° Sur la quantité d'armes qui sont arrivées;
6° Sur ce qu'on en a fait.
Il paraît que les étapes de Dijon à Genève sont trop courtes; celle d'Auxonne est un tiers d'étape ordinaire (10).
Vous voyez par la lettre de Merlin, qu'il vous arrive de l'argent. Prenez des mesures pour qu'il en soit de suite envoyé à Genève.
Lambert et Boinod ne manqueront point d'argent. Qu'ils activent vigoureusement les levées dont ils sont chargés.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.
Dijon, le 12 floréal an 8 (2 mai 1800), à 11 heures du soir.
Je reçois le courrier qui m'apporte votre dépêche du 11 floréal, par laquelle vous me faites connaître la situation de l'armée d'Italie, au moment où, moi-même, j'allais vous en expédier un.
Mes chevaux étaient mis pour me rendre à Genève, passant par Chalon et Bourg; j'ai donné rendez-vous dans cette dernière ville à Lambert et Boinod.
Toutes les dispositions contenues dans votre lettre étaient déjà ordonnées, à l'exception de celle de la marche du général Chabran dans la Tarentaise et des ordres pour Briançon.
Watrin est en position à Saint-Maurice et Villeneuve; tout suit. Je sens la nécessité de vaincre les difficultés.
J'avais prévu la position de Masséna. 15,000 hommes de Lecourbe sur le Gothard eussent fait une terrible diversion en faveur du général Masséna. Moreau, avec 110,000 hommes d'infanterie, n'a-t-il pas plus de monde qu'il ne lui en faut contre un ennemi qui n'en a pas plus de 80,000. {p.244}
M. Mélas payera cher ses succès momentanés et j'espère qu'il n'aura rien à reprocher à Beaulieu et à Wurmser.
J'ai expédié des courriers à Genève et dans le Mont-Blanc.
Alex. BERTHIER.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont, chef d'état-major.
Dijon, le 12 floréal an 8 (2 mai 1800).
Ordonnez au général Lechi de partir de Bourg avec 1500 Italiens, les premiers prêts et en état de se battre, pour se rendre en toute diligence à Genève. Le reste de la légion attendra, pour se mettre en marche, l'arrivée des armes.
Ordonnez au général Chabran de partir du point où il se trouve avec ses 1500 hommes pour se rendre à Saint-Maurice (11) et, de là, au Petit-Saint-Bernard où il se réunira aux troupes du général Turreau qui y sont, afin d'attirer de ce côté l'attention de l'ennemi. Il fera toutes les dispositions nécessaires pour avoir des subsistances (12).
Ordonnez aux bataillons de l'armée d'Orient destinés à la colonne du général Chabran de partir sur-le-champ pour se rendre à marches forcées sur le Petit-Saint-Bernard, où ils rejoindront le général Chabran (13).
N'oubliez pas, citoyen Général, de recommander à l'ordonnateur {p.245} en chef d'envoyer un commissaire des guerres et des agents à la colonne du général Chabran pour y organiser tous les services et les subsistances.
Il serait à désirer que le général Chabran fût avec toute la colonne vers le 18 à Saint-Maurice.
Je vous prie d'écrire à l'adjudant général Boyer, qui est à Chambéry, pour qu'il envoie sur-le-champ 2 pièces, au Petit-Saint-Bernard, qui seront aux ordres du général Chabran. Il faudrait qu'elles y fussent rendues le 18.
Vous expédierez l'ordre au général Mainoni, qui commande au Grand-Saint-Bernard, de se tenir prêt avec la 28e de ligne qu'il doit avoir à ses ordres, pour faire l'avant-garde de la division Watrin, qui doit descendre par le Grand-Saint-Bernard.
Donnez l'ordre au général Turreau qu'il ordonne au général qui commande à Briançon d'expédier un de ses aides de camp à Genève au Premier Consul, qui y sera arrivé le 15. Il doit se tenir prêt à marcher avec toutes les munitions et l'artillerie qu'il pourra atteler et tous les hommes qu'il aura de disponibles.
Prévenez le général Turreau que le Premier Consul sera le 15 à Genève. Il doit tout préparer dans sa division pour, au premier ordre, faire un mouvement. Il doit préparer artillerie, munitions, vivres et transports.
Ordonnez à tout ce qui tient à la garde des Consuls, artillerie, etc. . . . . de partir demain pour se rendre à marches forcées à Genève (14), à l'exception de 25 hommes qui resteront au logement du Premier Consul à Dijon.
Il est ordonné au général Loison de se rendre en toute diligence à la tête de sa colonne et de lui faire presser la marche pour se rendre à Lausanne (15).
Alex. BERTHIER. {p.246}
L'armée est prévenue que le quartier général partira demain, 13, de cette place, pour aller s'établir à Genève (16).
L'armée est également prévenue que, d'après l'arrêté des Consuls, il ne sera employé dans les conseils de guerre que des officiers en activité de service.
Le Général de division chef de l'état-major général de l'armée de réserve,
Le Payeur général de l'armée de réserve, au général Berthier, commandant en chef l'armée.
Dijon, le 12 floréal an 5 (2 mai 1800).
Je joins ici l'état le situation de ma caisse, à la date d'hier (17).
Je vous prie d'observer qu'il ne me reste plus de disponible, en pièces effectives, que 74,000 francs.
Conformément à vos ordres, le trésor de l'armée est parti en entier pour se rendre à Genève.
Le payeur général de la Côte-d'Or s'est chargé du service des troupes faisant partie de l'armée et restant dans ce département. Je lui délègue, pour pourvoir à cette dépense, les produits qui me sont assignés sur son département, et j'y suppléerai, s'ils sont insuffisants.
Je serais parti avec mon trésor, si je n'avais été informé qu'une somme considérable, destinée pour mon service, devait arriver le 15 (18). Je compte, {p.247} aussitôt qu'elle me sera remise, la faire passer le plus promptement possible à Genève et y arriver en même temps.
Je crois devoir vous rappeler que, depuis le 12 germinal jusqu'au 12 floréal, les dépenses ont monté à environ 790,000 francs en espèces effectives et 1,700,000 francs en traites; en tout, 2,490,000 francs.
JEHANNOT.
Chabran, général de division, au général Dupont, chef de l'état-major général.
Genève, le 12 floréal an 8 (2 mai 1800).
Le général en chef, dans une lettre (19) écrite au général Watrin, s'exprimant ainsi: « Si le général Chabran est encore à Genève, il pourrait se porter à Annecy », j'ai cru devoir donner l'ordre à la colonne que j'ai conduite de se rendre à cette destination (20), et je me suis, par conséquent, conformé aux dispositions de votre lettre du 9 (21), qu'un courrier m'apporte, avant d'en connaître le contenu.
Vous savez sans doute, Général, que c'est avec 1500 hommes seulement que je suis parti de Châlons. Ils se trouvent réduits aujourd'hui, par la désertion, à environ 1200. J'en ai conféré le commandement provisoire au citoyen Miquel, chef de brigade de la 88e, et j'en ai instruit le général en chef.
Si l'ennemi n'avait pas été chassé du Mont-Cenis, si la tranquillité la plus parfaite n'était pas rétablie dans le Mont-Blanc, je me serais porté, avec ce détachement, partout où ma présence aurait été nécessaire; telles étaient les instructions du Ministre de la guerre et les ordres du général Berthier. Mais toute espèce de danger ayant disparu et mon but étant, comme celui que vous m'exprimez, de ne pas disséminer le peu de forces que j'avais, je me félicite d'avoir prévu vos intentions et de n'avoir pas obtempéré aux invitations du général Turreau et du général de brigade Valette, qui ne tendaient à rien moins qu'à faire porter en avant une partie de l'armée de réserve.
Désirant connaître ma destination ultérieure, j'attendrai ici les ordres ou l'arrivée du général en chef.
CHABRAN.
P. S. – Vous n'ignorez pas, citoyen Général, que l'ordre du jour du 30 germinal, sur la formation de l'armée de réserve, ne fait mention ni de moi ni des corps formant la division dont le commandement m'avait été conféré par le Premier Consul et transmis par le général Berthier, alors Ministre de la guerre.
CHABRAN. {p.248}
F. Watrin, général de division (22), au général Dupont, chef de l'état-major général.
Lausanne, le 12 floréal an 8 (2 mai 1800).
J'ai reçu hier soir, mon cher Général, votre lettre du 9 (23).
Je vous envoie copie de celle que je reçois à l'instant du général Montchoisy. Vous y verrez que l'on veut me faire relever les troupes de l'armée du Rhin dans le Valais (24). Je ne pourrai pas obéir à cet ordre, quand on me l'enverra, puisque les instructions que vous et le général Berthier m'avez données (25) portent formellement que je dois soutenir et non relever les troupes de l'armée du Rhin; et, que, par votre lettre du 9, vous me prescrivez de ne disséminer nullement mes troupes, ce qui aurait lieu si je relevais le général Mainoni, qui occupe plus de 20 lieues de terrain.
Je vais aller reconnaître le Saint-Bernard, avec le général Marescot, et j'ai donné rendez-vous au général Mainoni, à Martigny. Comme il est dans cette partie depuis très longtemps, il nous donnera des renseignements très précieux.
Ne craignez pas que je me dissémine trop. Voici la ligne des postes que je vais occuper (26) : {p.249}
La 6e légère, 1er et 2e bataillons Bex, Saint-Maurice et Martigny, pour observer le col Ferret.
La 22e : Aigle, Villeneuve, Vevey, etc.
La 40e Lausanne et Saint-Saphorin.
Il me manque le 3e bataillon et beaucoup de monde de la 6e légère. Je vous priais, par ma lettre du 9, de leur contre mander le mouvement vers Briançon, que leur avait prescrit le général Turreau. Sans doute que vous leur avez donné contre-ordre.
Mes fusils sont arrivés et nous avons pris notre complet de cartouches à Genève, où l'on en fabrique avec beaucoup d'activité.
Tous les souliers sont usés. Faites-en venir le plus que vous pourrez, car la troupe est nu-pieds.
Le hasard nous a fait rencontrer à Morges, près Lausanne, au général Marescot et à moi, 40 pièces de canon de bronze de divers calibres et la plupart de très petit calibre, tous montés sur leurs affûts. Ils appartiennent aux Suisses, sont sans munitions. On pourra, avec très peu de frais, en mettre au moins 20 en état de marcher de suite. Prévenez-en, je vous prie, le général Marmont. Qu'il envoie, s'il le juge à propos, un officier, qui les y trouvera au château et au magasin à sel de Morges (27).
A mon retour du Saint-Bernard, je vous donnerai de grands renseignements; j'espère que vous serez à Genève.
Je vous remercie de la nouvelle des succès du général Masséna. Nous ne savons rien ici de la suite des opérations du général Moreau.
Qu'il est désagréable, mon cher Général, d'être ainsi à la disposition des généraux des autres armées! Je les seconderai de mon mieux, surtout le général Mainoni; mais je ne me disséminerai pas trop, soyez tranquille.
Salut amical.
F. WATRIN.
Chalon, le 13 floréal an 8 (3 mai 1800), à 4 heures après-midi.
Je rencontre ici un aide de camp (28) que Masséna vous envoie; il est dans Gênes où il parait qu'il peut tenir un mois. {p.250} Un grand mal est qu'il ait rendu les prisonniers qu'il a faits.
Il n'y a pas un instant à perdre pour se jeter en Italie et y attaquer à revers M. de Mélas.
Mais je pense comme j'ai toujours pensé et Masséna est du même avis que l'ennemi est perdu si un corps de 12,000 ou 15,000 hommes se présente au Gothard au moment où nous entrerons par le Saint-Bernard. Il n'y a que ce moyen de détruire l'ennemi.
Votre présence me parait indispensable; ce moment est décisif pour la paix.
Les demi-brigades de Chabran, qui sont ici, manquent de tout; je les fais marcher comme je peux en Tarentaise.
Je continue ma route pour Mâcon et Bourg; je mettrai tout en mouvement et je serai demain à Genève où je vous attends avec impatience.
Attachement et respect.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.
Mâcon, le 14 floréal an 8 (4 mai 1800).
Vous donnerez l'ordre aux demi-brigades n° 1, n° 2 et n° 3 dont les bataillons sont à Mâcon, d'en partir demain 15, pour se rendre à marches forcées au fort de l'Écluse, où elles recevront de nouveaux ordres.
Le général Veaux fera délivrer à ces corps tons les effets qui peuvent être à Mâcon. Il fera suivre le plus promptement possible les habits de ligne qui peuvent se trouver à Chalon, afin d'habiller les demi-brigades légères.
Vous ordonnerez au général Seriziat (29) de conduire ces corps, qui forment la division du général Chabran. Vous recommanderez à ce général de prendre les précautions nécessaires pour empêcher la désertion des conscrits (30). {p.251}
Donnez l'ordre au général Veaux d'organiser promptement es 2 demi-brigades qui doivent être formées des 6 bataillons de l'armée d'Orient.
Le général Veaux fera filer de suite les 400 hommes qui doivent arriver de Chalon.
Veaux, général de brigade, au Premier Consul.
Chalon, le 19 floréal an 8 (9 mai 150e).
Citoyen Consul,
J'ai l'honneur de vous adresser le tableau de situation des trois demi-brigades provisoires que j'ai formées, d'après les dispositions du général en chef Berthier (31).
Ces demi-brigades étant parties le 14 de Mâcon, pour se rendre au fort de l'Écluse, il m'est impossible de vous en donner l'état détaillé, tel que vous le désirez. Le général en chef ayant donné des ordres pour les compléter en armes et autres objets, aussitôt leur arrivée à destination, j'ai dû leur laisser les différents états de besoin qu'ils avaient formés.
Il me reste 6 bataillons à organiser, qui sont: la 2e demi-brigade légère, les 18e, 19e, 25e, 61e et 32e demi-brigades de bataille. Ces corps formeront deux demi-brigades provisoires, dès qu'il sera arrivé des conscrits pour les compléter et des armes pour les armer. J'ai écrit à Dijon, au général Vignolle, à cet égard.
J'ai envoyé mon aide de camp à Mâcon, pour avoir les renseignements exacts des 3 bataillons qui s'y trouvent, ainsi que vous le demandez, mais seulement des 6 bataillons complémentaires restant des dépôts de l'armée d'Orient; ils vous parviendront incessamment.
J'aurai l'honneur de vous envoyer exactement l'état des hommes incapables de faire la guerre et restant aux dépôts des différents bataillons que je suis chargé d'organiser.
La pénurie de fusils et d'habits est absolue, ainsi que de la chaussure. Les bataillons qui sont ici n'ont rien. Il en faudra également pour les conscrits qui arriveront.
Je crois devoir vous rendre compte, citoyen Consul, de la désertion; elle est toujours considérable, surtout dans les mouvements que font les bataillons. La trop grande indulgence a pu seule l'enhardir jusqu'à présent.
Aussitôt que j'aurai terminé l'organisation des demi-brigades restantes, je vous demanderai, citoyen Consul, de vouloir bien ne pas me laisser dans l'intérieur. Depuis le commencement de la guerre, je n'ai cessé de servir activement, je la verrais terminer avec regret sans y avoir part.
VEAUX. {p.252}
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.
Bourg, le 14 floréal an 8 (4 mai 1800).
Vous donnerez l'ordre au général Lechi de faire partir demain 15 pour Genève le bataillon italien venant de l'armée d'Italie. Il lui fera distribuer tous les objets d'habillement qu'il peut avoir en ce moment.
Vous direz en outre an générai Lechi de partir le 19 avec le 1er bataillon de la légion italienne, les 2 escadrons cisalpins, les canonniers, les 2 compagnies de sous-officiers dites infernales, les 6 compagnies de grenadiers et les 6 compagnies de chasseurs, pour se rendre à marches forcées à Genève où ils seront armés.
Vous expédierez l'ordre à l'ordonnateur Lambert de. prendre telles mesures que les circonstances exigeront pour que le 18 il soit arrivé à Bourg tous les effets d'habillement que la Compagnie Pelletier pourra fournir pour les 1200 hommes de la légion italique qui doivent partir le 19 (32). L'ordonnateur Lambert sera autorisé à prendre telle mesure qu'il jugera convenable à Lyon pour suppléer au manque d'engagement de la Compagnie Pelletier. Il sera en même temps autorisé à faire passer les effets sur des chariots conduits par des chevaux de poste (33). {p.253}
Le commissaire ordonnateur Lambert préviendra la Compagnie Pelletier que, d'ici à dix jours, tout le reste de la légion doit être habillé. S'il prévoit que la Compagnie ne tienne pas ses engagements, il sera autorisé à prendre telle mesure qu'il jugera convenable pour que ces engagements soient effectués (34).
Donnez l'ordre à l'adjudant général Tailler de rester à Bourg pour y faire habiller et équiper le reste de la légion, de manière qu'elle puisse être prête à partir le 25 suivant les ordres qu'elle pourra recevoir.
Bourg, le 14 floréal (4 mai 1800).
Donnez l'ordre au commissaire ordonnateur Lambert (35) de faire partir sur-le-champ l'approvisionnement extraordinaire des 1000 boeufs pour se rendre à Villeneuve, à l'extrémité du lac de Genève;
Au même, de charger la Compagnie Julien de la manutention et distribution de ces 1000 boeufs, lorsqu'elles seront ordonnées;
De charger également la même Compagnie de fournir la {p.254} viande à la légion italique, vu que la Compagnie Olri lui en laisse manquer depuis quelque jours;
De faire filer en poste sur Genève les 5,000 paires de souliers qu'il a arrêtées à Lyon;
De donner des ordres pour qu'on fasse filer de Grenoble sur le Petit-Saint-Bernard et à marches forcées 50,000 rations de biscuit;
D'activer l'envoi sur Genève de tout le biscuit confectionné, des avoines, etc. . . . . , étant dans l'intention de passer le Saint-Bernard vers le 20;
D'ordonner au commissaire ordonnateur Boinod de faire partir demain pour se rendre à grandes marches à Genève tous les mulets disponibles et d'y faire filer également ceux qui arriveront successivement à Bourg. Le commissaire Boinod laissera quelqu'un dans cette dernière ville pour surveiller l'opération et se rendre de suite à Genève (36).
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major (37).
Genève, le 15 floréal an 8 (5 mai 1800).
Donnez l'ordre à la division Boudet de se rendre à Lausanne. La division Watrin doit occuper Vevey et Villeneuve (38).
Demandez 4 armuriers par demi-brigade pour être sur-le-champ à la disposition du chef de brigade Guériot, directeur du parc, pour y être employés à la réparation des armes. {p.255} Recommandez au citoyen Guériot de faire travailler jour et nuit, si cela est possible.
Assurez-vous si les ordres que j'ai donnés pour le payement de la solde sont exécutés.
Genève, le 16 floréal an 8 (6 mai 1800).
Le quartier général de l'armée est établi à Genève.
Le général en chef est satisfait de la conduite des troupes pendant leur marche et compte que la discipline la plus exacte sera constamment observée, et il y tiendra fortement la main.
Les généraux de division donneront des ordres pour que 4 armuriers par demi-brigade se rendent sur-le-champ à Genève, où ils seront à la disposition du chef de brigade d'artillerie Guériot.
Toutes les divisions de l'armée enverront sur-le-champ. à l'état-major général l'état de situation de leurs armements et de leurs munitions de guerre.
Les officiers généraux et d'état-major qui se trouvent à Genève enverront leur adresse à l'état-major général établi maison (deux mots illisibles).
Donnez l'ordre à la 96e de rester à Nyon. Il est inutile qu'elle vienne à Genève pour être obligée de retourner au même endroit dans quelques jours (39). {p.256}
Donnez des ordres pour que les troupes de la division Loison continuent leur route jusqu'à Lausanne (40) où elles seront cantonnées dans les environs, ce qui fera deux divisions dans cette partie.
Ayez soin de prévenir l'ordonnateur à cause des subsistances.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont, chef de l'état-major général.
Je vous préviens, citoyen Général, que la première organisation de l'artillerie de l'armée a lieu ainsi qu'il suit (41):
La division Watrin a :
Deux pièces de 4;
Deux pièces de 8;
Deux obusiers attelés.
Il faut lui donner quatre pièces de 4, six affûts-traîneaux, et deux affûts-traîneaux pour les obusiers, ce qui lui fera 10 pièces.
Elle aura, de plus, deux pièces de 2, portées à dos de mulets, et les quatre pièces courtes de 4 génevoises.
Il lui manquera des chevaux pour les quatre pièces de 4 et pour les quatre pièces génevoises courtes.
La division Boudet n'a point d'artillerie; il faut lui donner quatre pièces de 4 avec quatre affûts-traîneaux, quatre pièces de 8 et deux obusiers.
Total: 10 bouches à feu. {p.257}
La division Loison a:
Deux obusiers;
Quatre pièces de 8;
Quatre pièces de 4.
La division Chambarlhac a :
Il faut des chevaux pour les pièces de 4 pour ces quatre divisions.
Il y a en réserve:
Quatre pièces de 4 et les six pièces d'artillerie à cheval. Il manquera les chevaux pour les quatre pièces de 4.
Le Premier Consul, au général Berthier.
Paris, le 12 floréal an 8 (2 mai 1800).
Si vous envoyez un courrier au général Turreau, dites-lui que pour se préparer au mouvement qu'il devra faire pour vous aider, il réunisse, indépendamment du 7e de chasseurs qu'il doit avoir à Embrun, le 4e de chasseurs qui est à Montélimart; que si ce régiment se trouve toujours à Montélimart, il le mette en marche pour le joindre, et le tienne prêt avec l'infanterie et l'artillerie qui sont à sa disposition à exécuter le mouvement qui lui sera ordonné (42).
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Turreau.
Genève, le 17 floréal an 8 (7 mai 1800).
Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 14, que vous m'envoyez par un courrier extraordinaire.
Je connaissais la position du général Masséna; j'ai vu un de ses aides de camp, parti de Gênes le 7 floréal. Le général Suchet n'ayant pu parvenir à {p.258} rétablir la communication, le général Masséna a pris le parti de s'enfermer dans Gênes, où il assure avoir pour un mois et demi de vivres. Le général Suchet occupe la ligne de Borghetto. Telles sont les nouvelles envoyées au Premier Consul par l'officier dont je vous parle.
La position de Masséna est pénible, et je presse tout ce qui peut me mettre à même d'entrer en Italie pour le secourir.
Je fais l'impossible; mais je ne peux être à Aoste avant le 25 ou le 30. Mon artillerie et mes cartouches sont encore en arrière.
J'ai fait passer les 1500 hommes du général Chabran à Saint-Maurice en Tarentaise. Le reste de la division, qui arrive ici après-demain, doit se réunir pour passer par le Petit-Saint-Bernard.
Je pense que les attaques, que vous m'annoncez à vos postes, ne sont que pour vous inquiéter, tandis que l'on attaque sérieusement le général Suchet. Si le mouvement de l'armée de réserve réussit, l'ennemi se trouvera d'autant plus embarrassé qu'il se sera plus avancé.
Le Premier Consul, par une lettre que je reçois à l'instant, me marque:
« Faites dire au général Turreau que, pour le préparer au mouvement qu'il devra faire pour vous aider, il réunisse, indépendamment du 9e de chasseurs qu'il doit avoir à Embrun, le 4e de chasseurs, qui est à Montélimart. Il le mettra en marche pour le joindre et le tenir prêt, avec l'infanterie et l'artillerie qui sont à sa disposition, à exécuter le mouvement qui lui sera ordonné. »
J'attends le Premier Consul à chaque instant et j'attends de vos nouvelles par le retour du courrier que je vous ai expédié.
Il est essentiel que vous établissiez quelques relais, soit de chevaux, soit de troupes, pour correspondre promptement d'Embrun à Grenoble. Du moment où j'aurai déterminé le jour de mon attaque, je vous en préviendrai.
Faites approvisionner les places de Mont-Lion et Briançon d'autorité, si l'on ne peut faire autrement. Le général Lacombe Saint-Michel m'a dit qu'on pourrait le faire en quelques jours avec de l'argent. Prenez des engagements en mon nom, s'il le faut; je ferai payer.
Le général Moreau poursuit l'ennemi, qui se retire derrière le Lech; il a pris de grands magasins à Stockach et fait quelques mille prisonniers.
Le quartier général du général Moreau, citoyen Général, était, le 12, à Saint-Blaise. Il avait pris 2 pièces de canon et fait 300 prisonniers. Le général Vigovich, contre qui nous avons eu affaire en Italie, est chargé, avec un corps de 9,000 hommes, dont 3,000 seulement de bonnes troupes, de la garde du Simplon, de Bellinzona et du Saint-Gothard. Son quartier général est a Arona.
J'imagine que vous établirez deux ateliers de réparation {p.259} d'armes, un à Genève et un à Auxonne. Faites remettre en activité celui de Chambéry, s'il existe toujours, et, s'il n'existe plus, faites-en passer les débris à Genève.
Vous avez 7 escadrons de cavalerie à l'armée d'Orient; sont-ils dans le cas de faire la campagne?
Je reçois une lettre de Murat (43), d'après laquelle il paraît que le 7e de chasseurs est en bien mauvais état. S'il y a un escadron de 120 hommes en état de faire la campagne, attachez-le à une division, et, si vous jugez le reste hors d'état, dirigez-le sur la Hollande. Il sera remplacé par le 10e de dragons, qui est en Hollande.
Je fais donner l'ordre, par un courrier extraordinaire, au général Augereau, de diriger ce régiment sur Genève. Il arrivera à temps pour remplacer vos pertes (44).
Il est parti aujourd'hui pour Dijon:
2 escadrons du 5e de dragons
hommes;
2 escadrons du 9e de dragons
1 escadron du 1er de cavalerie
1 compagnie du 3e de cavalerie
1 escadron du 5e de cavalerie
1 escadron du 1er de hussards
1 escadron du 15e de chasseurs
300 grenadiers de la garde;
60 canonniers à cheval de la garde;
6 pièces de canon avec double approvisionnement;
100 chevaux haut le pied.
Le dépôt de la 30e, fort de 500 hommes, est parti il y a plusieurs jours.
Le 18, partent 500 hommes du 11e de hussards.
Le 24, partent 400 hommes du 15e de chasseurs. {p.260}
Tout ce qui part et partira de Paris est parfaitement harnaché et armé.
Le général Gardanne commandera la 6e division de votre armée. Il vient de se mettre en marche pour cet effet.
Indépendamment de ce que je vous ai annoncé ci-dessus, 230 chevaux sont partis aujourd'hui haut le pied; 600 chevaux des attelages de l'armée de l'Ouest ont ordre aussi de partir.
Je prends des mesures pour faire fournir 300 chevaux par Laumont, indépendamment des 800 que vous fournira le dépôt de Versailles pendant le courant du mois.
Dans la position où se trouve l'armée autrichienne d'Italie, affaiblie considérablement par la lutte terrible qu'elle soutient dans la rivière de Gênes, 30,000 hommes et 30 pièces de canon vous rendent momentanément maître de l'Italie; mais je sens la nécessité de diriger une grande quantité de chevaux sur Auxonne, afin de pouvoir faire filer les munitions d'infanterie et les pièces de 12 dont vous avez besoin; sinon pour le premier, du moins pour les deuxième et troisième actes de la campagne.
Mon aide de camp Lefebvre m'annonce qu'il vous a envoyé 3,000 fusils de Châlons; 4,000 sont partis, il y a deux jours de Paris. Ceux de Saint-Étienne, Charleville, Liège doivent enfin être arrivés.
Je serai le 16 ou le 17 à Genève.
J'imagine que vous avez sur le lac autant de barques que vous voulez pour transporter vos vivres à Villeneuve, où il faut que vous établissiez tout de suite un commandant militaire et organisiez un dépôt.
D'après tout ce que je vois des manoeuvres du général Mélas, je suis intimement persuadé que sur toute la ligne de la rivière de Gênes, compris le Levant, il n'avait pas plus de 40,000 hommes. A l'heure qu'il est, il en a perdu 15,000, prisonniers, tués ou malades. Ainsi il ne lui en reste pas 25,000. Je n'y comprends pas 6,000 hommes de cavalerie qu'il peut avoir dans les plaines d'Italie, ni le corps de 8,000 hommes qu'a le général dont je vous ai parlé plus haut.
Il faudrait tâcher d'avoir à Aoste vos quatre premières divisions le 22, ainsi que la division du général Chabran.
D'après tous les renseignements qu'on m'a donnés, j'imagine que de Villeneuve à Aoste il n'y a que cinq jours. Il {p.261} faudra au moins deux jours pour que ces 5 divisions puissent défiler par le Saint-Bernard.
L'ennemi ne s'attend pas du tout à l'opération que vous faites. Il suppose bien qu'il est possible qu'une division de 10,000 à 12,000 hommes se présente pour dégager l'armée d'Italie, et dans ce cas-là il ne la craint pas. J'ai des renseignements très sûrs que l'on se moque à Vienne et en Italie de l'armée de réserve; on ne croit pas qu'elle soit prête avant le mois d'août, et on la regarde comme un rassemblement de conscrits pour compléter l'armée du Rhin.
Il faudrait, le 16, avoir à Villeneuve 400,000 à 500,000 rations de biscuit, et, le 20, le double et 150 mulets au moins de réquisition, ou autrement, qui porteraient 30,000 rations au village de Saint-Pierre. Vous pouvez prendre des chars à bancs du pays. Ils y seraient arrivés le 19 et seraient de retour à Villeneuve le 21, pour prendre une pareille charge qui arriverait à Saint-Pierre le 24. Si vous aviez deux transports de cette nature, vos approvisionnements seraient parfaitement assurés; il faut que vous envoyiez sur-le-champ un agent des transports, un commissaire des guerres et quelques brigades de vos mulets, si vous en avez, et de l'argent pour ce transport essentiel.
Il est nécessaire d'établir de suite un magasin à un village entre Saint-Pierre et le pied du Saint-Bernard, où vous ferez bien également de mettre un commandant et d'établir un hôpital, qui évacuera sur l'hôpital qui sera à Villeneuve et sur celui qui sera à Saint-Maurice.
Ainsi les troupes pourraient prendre à Villeneuve pour quatre jours de biscuit; elles prendraient à Saint-Pierre pour trois jours, où le soldat seul prendrait. La cavalerie, les charretiers, l'état-major, tout ce qui est à cheval, pourrait être tenu de prendre pour huit jours, ce qui les conduirait à Aoste; et, pendant ce temps-là, on continuerait d'approvisionner le dépôt de Saint-Pierre pour pourvoir au passage et à la retraite, si on y était forcé!
La saison, heureusement, rend la nourriture des chevaux plus facile; il faudrait cependant avoir un peu d'avoine au pied du Saint-Bernard et au couvent. Les moines doivent, à ce qu'on m'assure, avoir de l'orge et de l'avoine qu'avec un peu d'argent ils déterreraient. {p.262}
Vous voyez que je m'occupe beaucoup de vos détails; mais c'est que c'est dans votre opération qu'est véritablement le succès de la campagne, et que je ne doute nullement que vous n'ayez la gloire de reconquérir ce beau théâtre de la valeur française.
Quant à l'armée du Rhin, il est bien clair qu'au 20 il y aura quelque chose de décidé; et, dès lors, elle pourra dans le temps où vous arriverez à Aoste préparer une forte diversion par le Saint-Gothard et le Simplon, de manière à déboucher au moment où vous auriez concentré sur vous toutes les forces de l'ennemi. J'estime qu'à la rigueur une simple division de 6,000 hommes d'infanterie et de 1000 hommes de cavalerie qui viendraient par le Saint-Gothard, et 4,000 par le Simplon, vous seraient d'un secours puissant et rendraient infaillible votre opération.
Si Masséna ne se fait pas trop écraser, et s'il a le bon esprit ou de forcer la ligne et prendre une position quelconque dans la rivière de Gênes, ou de se laisser enfermer dans Gênes, l'attaque sur Gênes nous vaudra de grands avantages. Car vous n'auriez pas pu faire la même diversion sans une coopération immense de l'armée du Rhin, si l'armée autrichienne eût eu le bon esprit de rester cantonnée sur le Pô (45).
Veillez, citoyen Général, à ce qu'il y ait la plus grande activité dans les réparations d'armes à Auxonne, Genève et Chambéry; si ce dernier établissement n'existait plus, j'ai ordonné au général Marmont d'en réunir les débris à celui de Genève (46).
Envoyez au-devant des fusils venant de Lyon et prenez toutes les mesures nécessaires pour que le général Marmont, auquel j'ai déjà donné des ordres, {p.263} arme le reste de la colonne du général Chabran, qui doit arriver ici le 19, ainsi que les 1600 hommes aux ordres du général Lechi, qui doivent arriver ici le 21 (47).
Faites connaître au Ministre que les 7 escadrons de dépôt de l'armée d'Orient ne peuvent être d'aucune ressource pour notre armée (48).
Faites former un escadron de tout ce qu'il y a de montés et disponibles du 7e de chasseurs, dont la plus grande partie est avec le général Chabran. Demandez à l'ordonnateur en chef de faire fournir à ces hommes les objets dont ils ont le plus besoin, en employant les ressources que peut fournir Genève.
Cet escadron sera la seule partie du régiment qui sera attaché à l'armée de réserve. Quant au reste du corps, qui est absolument hors d'état d'agir, dirigez-le sur l'armée française en Batavie.
Prévenez le Ministre de la route qu'il tiendra, afin qu'il puisse lui envoyer des ordres.
Le Premier Consul fait arriver à marches forcées, pour le remplacer à notre armée, le 10e de dragons, qui vient de la Batavie.
Il est parti le 12, de Paris, 2 escadrons du 5e de dragons, forts de 260 hommes; 2 du 9e de dragons, de 300 hommes; 1 du 1er de cavalerie, fort de 120 hommes; 1 compagnie du 3e de cavalerie, de 60 hommes; 1 escadron du 5e de cavalerie, de 120 hommes; 1 du 1er de hussards, de 120 hommes; 1 du 15e de chasseurs, de 120 hommes; des anciens guides du Consul, 110 hommes ; 300 grenadiers de la garde; 60 canonniers à cheval; 6 pièces de canon, avec double approvisionnement.
Il m'annonce que le dépôt de la 30e, fort de 500 hommes, est parti il y a plusieurs jours; que, le 18, il part 500 hommes du 11e de hussards; que, le 24, partent 400 hommes du 15e de chasseurs. Il m'annonce également le départ de beaucoup de chevaux, destinés pour l'artillerie, qui doivent se rendre à Auxonne.
Donnez des ordres à Dijon pour que tout ce qui est destiné pour l'armée y soit dirigé sans séjour. Je joins ici la copie de l'ordre que j'ai donné à l'ordonnateur en chef.
Nommez un commandant d'armes à Villeneuve; vous pouvez y mettre un chef de brigade à la suite de l'état-major.
Nommez également un commandant à Saint-Pierre et au petit village qui se trouve entre ce dernier lieu et le pied du Saint-Bernard, ces points étant des lieux d'approvisionnements. {p.264}
Vous sentez surtout l'importance de Villeneuve. Surveillez l'exécution de toutes les dispositions que je prescris à l'ordonnateur en chef.
Faites partir un adjudant général pour Villeneuve.
La cavalerie suivra de près le mouvement de l'infanterie; concertez-vous avec l'ordonnateur pour que les fourrages soient assurés, sans compter sur l'approvisionnement des 100,000 boisseaux d'avoine qui doivent être rendus à Villeneuve, et partie à Saint-Pierre, pour être employés seulement au passage du Mont-Saint-Bernard.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, à l'ordonnateur en chef.
Genève, le 16 floréal an 8 (6 mai 1800)
Je vous préviens que j'établis un commandant de place à Villeneuve et un à Saint-Pierre, au pied du Saint-Bernard, points où nous devons établir des magasins.
Procurez-vous tous les moyens possibles de transport, soit par eau, soit par terre, pour qu'il y ait à Villeneuve, le 18 au soir, 4 à 500,000 rations de biscuit et le double le 20.
Il faut louer sur-le-champ 150 ou 200 mulets dans le Valais, ou les prendre de réquisition, si on ne peut les avoir autrement, pour porter 30,000 rations au village de Saint-Pierre. On peut prendre aussi des chars à bancs du pays. Il faudrait que ces 30,000 rations de biscuit fussent arrivées à Saint-Pierre le 20. Les transports seraient de retour à Villeneuve le 22, pour porter une pareille charge, qui arriverait à Saint-Pierre le 25. Si vous avez des transports de cette nature, nos approvisionnements seront parfaitement assurés.
Il faut que vous envoyiez sur-le-champ un agent des transports, un commissaire des guerres et quelque argent pour assurer ces transports essentiels.
Il serait nécessaire d'établir de suite un magasin de biscuit à un village entre Saint-Pierre et le pied du Saint-Bernard; vous ferez établir dans ce village un hôpital, qui évacuera sur celui qui sera à Saint-Maurice et à Villeneuve. Il n'y a pas un instant à perdre pour établir ces trois hôpitaux. Mon projet est de réunir 4 divisions à Villeneuve vers le 19. Les troupes y prendraient du biscuit pour quatre jours; elles en prendraient à Saint-Pierre pour trois jours; ce qui les conduirait à Aoste. Pendant ce temps, on continuerait d'approvisionner le dépôt de Saint-Pierre pour pourvoir au passage ou à un mouvement rétrograde, si on y était forcé. La cavalerie, les charretiers, l'état-major et enfin tout ce qui est à cheval sera tenu de prendre du biscuit pour huit jours.
Il faut faire transporter de l'avoine au pied du Saint-Bernard et au couvent. On assure que les moines ont de l'orge et de l'avoine, qu'ils déterreraient avec des écus.
Vous voyez que vous n'avez pas un instant à perdre pour faire transporter, dans les magasins de Villeneuve et de Saint-Pierre, nos approvisionnements extraordinaires.
Je vous recommande les souliers, dont nous avons le plus pressant besoin.
Indépendamment des dispositions que vous allez faire et des ordres que vous {p.265} allez donner, prenez des mesures pour être assuré de leur exécution. Par ces dispositions, vous voyez que les points de Lausanne et de Villeneuve doivent être fortement approvisionnés en pain et en fourrages, puisque c'est le point de réunion d'où je voudrais partir vers le 20, pour entrer dans la vallée d'Aoste. Tel est l'ensemble de mes projets.
Vous serez instruit par l'état-major des mouvements des troupes quand ils seront ordonnés; mais il serait trop tard, si vos dispositions n'étaient pas faites d'avance.
Vous sentez combien il est intéressant d'envoyer des agents actifs à Villeneuve, point où sera notre premier quartier général de guerre. Vous sentez aussi que ces dispositions doivent être secrètes, quant à leur ensemble.
Je compte peu, citoyen Général, sur les mesures prises par l'ordonnateur pour assurer nos transports. Je vous prie d'écrire une circulaire aux maires des villes et villages situés sur le bord du lac de Genève, pour qu'ils envoient à Genève des bateaux propres à effectuer les transports de l'armée. Voyez à régler la quantité qu'ils devront fournir.
P. S. – Faites-moi remettre avant 4 heures l'état de situation des magasins de la place. Faites avertir le commissaire chargé des approvisionnements que j'irai voir les magasins à 3 heures. J'irai vous prendre à cette heure et à 4 heures nous verrons les ouvrages de la place.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.
Je vous préviens que, le 14, à mon passage à Bourg, j'ai requis les préfets des départements de l'Ain, du Jura, de Saône-et-Loire et de la Côte-d'Or, de me faire fournir à loyer chacun 50 voitures du pays à un collier, pour être rendues à Versoix le 21 de ce mois. Je vous prie de veiller à ce que ces voitures soient utilisées le plus promptement possible pour nos transports de Villeneuve, au pied du Saint-Bernard.
Je vous ai envoyé la copie de l'ordre (49) que j'ai donné à {p.266} l'ordonnateur en chef pour le transport des approvisionnements extraordinaires à Villeneuve et à Saint-Pierre.
Assurez-vous si toutes les dispositions sont faites pour que la quantité d'approvisionnements demandée soit rendue à sa destination. Faites venir le commissaire des guerres Michaud ; assurez-vous s'il a tous les moyens de transport nécessaires.
Faites requérir à Lausanne, sur tous les autres ports du lac les bateaux que nous louerons, qu'ils se rendent promptement à Genève afin de transporter à Villeneuve tout ce qui est nécessaire à l'armée.
Je suis décidé à commencer mon mouvement le 20. Chargez un adjudant général de surveiller tous les transports des approvisionnements extraordinaires à Saint-Pierre et enfin l'exécution de toutes les mesures que j'ai prescrites à l'ordonnateur en chef tant à Villeneuve qu'à Saint-Maurice et à Saint-Pierre pour les hôpitaux et les subsistances (50).
Qu'il s'assure si l'ordonnateur a fait remettre 1000 écus au commissaire des guerres Dalbon, si ce dernier s'est occupé de lever des mulets dans les vallées du Rhône. D'ici au 20, il faut qu'il tâche d'en avoir 500 et autant de chars à bancs qu'il sera possible, pour transporter le biscuit de Villeneuve jusqu'à Saint-Pierre.
Donnez l'ordre pour que tous les chevaux des officiers de l'état-major partent aujourd'hui, ou au plus tard demain, pour se rendre à Lausanne où vous enverrez un officier de l'état-major pour y faire l'établissement du quartier général.
J'ai reçu hier, à 7 heures du matin, citoyen Consul, votre lettre du 12. Je suis arrivé ici le 15.
L'infanterie se rassemble, mais je suis arrêté par l'artillerie {p.267} (51); les chemins sont affreux; je n'ai pas encore un affût-traîneau ni un traîneau.
Je fais l'impossible, mais je ne peux attaquer l'ennemi sans artillerie. J'attends ces affûts aujourd'hui ou demain (52).
J'éprouve de grandes difficultés, je ferai tout pour les surmonter. Si les affûts-traîneaux arrivent, je tâcherai de passer le Saint-Bernard du 20 au 22; il y a beaucoup de neige, et des avalanches très dangereuses; on ne peut passer que la nuit et jusqu'à midi sans beaucoup de danger (53).
La position de Masséna m'inquiète. Le général Turreau me mande que ses postes sont attaqués à Césane; je présume que ce ne sont que de fausses attaques et que c'est Suchet qui est attaqué sérieusement.
Je voudrais vous voir ici. Il y a des ordres à donner pour que les trois armées agissent de concert; vous seul pouvez donner cette direction sur les lieux; les mesures décidées à Paris sont trop tardives.
Les dépôts des troupes à cheval des régiments qui sont en Orient, sont hors d'état de faire aucun service à cette armée.
Les 3 demi-brigades du général Chabran sont dans un état de dénuement pénible. En passant à Mâcon, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour habiller la partie qui y était. Je suis obligé de les faire passer ici pour leur donner des armes.
Les 1200 hommes de Chabran sont déjà à Moutiers (54); le reste formant environ 2,500 hommes va y marcher aussitôt {p.268} qu'il sera arrivé ici et qu'il sera armé. Il ne faut pas compter sur ces demi-brigades; il n'y a pas assez de vieux soldats. Chabran aura au plus 3,000 hommes pour passer le Petit-Saint-Bernard.
J'envoie le 7e de chasseurs en Hollande; je garde à l'armée 120 hommes, formant un escadron mal équipé.
J'ai le 15e régiment de chasseurs sans pistolets, sans carabines; je ne sais où en prendre. Donnez des ordres pour qu'on en envoie de Saint-Étienne.
Les officiers de santé ne sont pas arrivés; il n'y a pas une seule caisse d'instruments de chirurgie; tout est en arrière.
J'ai envoyé en poste chercher ce qu'il peut y avoir à Lyon.
La pluie, qui est tombée, a mis la moitié de l'armée pieds nus. Tous les corps crient après des souliers; j'en ai fait venir en poste de Lyon, de Dijon; j'en ai fait acheter ici. Il y en a peu et on les fait payer 5 fr. 15.
J'ai ordonné qu'on en fabrique dans les environs au prix de 4 francs (55).
L'artillerie seule et les transports me retardent.
Le général Marescot arrive du Saint-Bernard, il a fait une bonne reconnaissance.
Cette lettre vous trouvera en route; votre arrivée est indispensable.
Avec de l'argent (56) nous aurons du pain et des fourrages. {p.269}
Les approvisionnements extraordinaires filent par le lac sur Villeneuve et, de là, sur Saint-Pierre.
J'ai ordonné qu'on loue des mulets dans la vallée du Rhône.
Respect et dévouement.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major général.
Donnez des ordres pour que la 24e demi-brigade légère, prenne du pain pour deux jours et parte demain, 18, pour se rendre à Nyon et le 19 à Morges, où elle sera cantonnée jusqu'à nouvel ordre.
Vous donnerez l'ordre à la 43e demi-brigade de partir le 19 avec du pain pour deux jours; elle couchera à Nyon et, le 20, elle cantonnera dans les environs de Morges.
Prévenez l'ordonnateur pour qu'il assure leurs subsistances. Je crois qu'il peut le faire de Lausanne.
J'apprends à l'instant, avec le plus grand étonnement, que les 4 pièces d'artillerie sont restées à Pontarlier (57); envoyez sur-le-champ un courrier de l'armée pour les faire partir aussitôt la réception de l'ordre, et qu'à marches forcées, elles se rendent à Lausanne.
Cette erreur vient de ce que l'état-major n'a pas prévenu le général commandant l'artillerie; vous sentez combien de pareils oublis peuvent être dangereux à la guerre.
J'ai appris par moi-même que, dans un état-major, il ne fallait s'en rapporter qu'à soi.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Moncey.
Je reçois la lettre que vous m'écrivez par l'adjudant général Delort. {p.270}
Le Premier Consul n'est pas encore arrivé et je l'attends avec impatience.
Je mande au général Mainoni qu'il peut faire passer le bataillon de la 44e demi-brigade dans la vallée de la Reuss et le Rheinthal où vous désirez augmenter les forces. Il conservera la 28e demi-brigade que le Premier Consul désire employer. La division Watrin remplacera le bataillon de la 44e dans le Valais.
Il est bien pressant que l'armée de réserve agisse avec célérité; le général Masséna est bloqué dans Gênes. Il est indispensable que le général Moreau vous donne quelques bataillons.
Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Mainoni.
Vous pouvez envoyer, comme le désire le général Moncey, quelques forces tirées des troupes à vos ordres dans la vallée de la Reuss et le Rheinthal.
Détachez le bataillon de la 44e, son service sera suppléé par des troupes de la division Watrin.
Vous garderez la 28e demi-brigade que le Premier Consul désire employer sous vos ordres au moment de notre attaque en Italie.
J'espère vous voir dans quelques jours. Je voudrais être à Aoste du 25 au 30 s'il était possible. J'aurai grand besoin d'employer vos talents et les connaissances précises que vous avez du pays.
Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.
Je vous fais passer une lettre de la municipalité de Nyon. Vous verrez que le service n'est assuré pour aucune troupe de passage. Faites venir le commissaire des guerres qui remplace Dubreton; voyez s'il connaît les mouvements et l'époque de l'arrivée des demi-brigades passant par Nyon. Enfin, qu'il y ait un agent français pour assurer le service par les moyens de l'armée et sans épuiser le pays.
Écrivez une lettre honnête à la municipalité de Nyon.
Alex. BERTHIER. {p.271}
La Municipalité de Nyon, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve.
Le 6 mai 1800 (58).
Nous nous sommes fait jusqu'ici, et nous nous ferons toujours un devoir sacré, de ne regretter, pour nos bons alliés, les braves défenseurs de notre liberté, aucun sacrifice qui est en notre pouvoir. Nous sommes persuadés, citoyen Général, que l'intention de la nation française et la vôtre n'est pas de nous ruiner totalement pour prix de ces sacrifices. Nous ne saurions manquer de l'être, si vous ne prenez en considération les justes réclamations que nous sommes obligés de vous faire.
Le général de division Boudet a établi ici son quartier général. Le commissaire des guerres, attaché à cette division, nous a fait des réquisitions multipliées, auxquelles nous avons satisfait tant que nous en avons eu les moyens. Actuellement, toutes nos ressources sont épuisées et ledit commissaire déclare, dans sa lettre au commissaire helvétique ci-incluse (59), qu'il ne fournira les subsistances que pour la division Boudet, tandis qu'il passe des corps considérables de celles des généraux Watrin (60), Chambarlhac (61), Loison (62) et autres.
On nous requiert d'y pourvoir, et nous n'avons ni blé, ni bétail, ni aucun moyen de nous en procurer; d'autant plus que notre pays ne produit de grains que pour quatre mois, et qu'on n'en laisse point sortir de la France, dont nous tirions autrefois cette denrée de première nécessité.
Dans l'angoisse où nous nous trouvons, nous nous jetons avec confiance entre vos bras, vous priant de donner les ordres nécessaires pour que les vivres soient fournis par les commissaires français à toutes les troupes qui passeront ici.
Salut et considération.
BONNARD, Président.
GIGNOUX, Greffier municipal. {p.272}
Le Premier Consul, au général Marmont, commandant l'artillerie de l'armée de réserve.
Paris, le 13 floréal an 8 (3 mai 1800).
Les transports militaires m'assurent, citoyen Général, qu'il est arrivé à Auxoune:
de Versailles.
de Maubeuge.
de Saint-Etienne.
de Saint-Étienne.
Il devrait donc être arrivé.
Il en arrivera:
2,000 de Mézières.
7,000 de Moulins.
5,160 de Liège.
840 de Liège.
1,500 de Caen.
1,200 de Paris.
2,000 de Paris.
1,000 de Saint-Étienne.
Total général: 27,800 fusils.
Je vous prie de me faire connaître si ce qui a dû arriver par les quatre premiers envois est véritablement arrivé, si vous avez des nouvelles de l'arrivée des autres, enfin les corps auxquels vous en avez distribué.
Il est parti les 6, 9, 11 et 12 floréal, 800 chevaux et 222 voitures, de Paris pour Auxonne, indépendamment des chevaux et voitures partis avec la garde. Ces convois portaient, entre autres objets, 1 million de cartouches. Je vous prie de me faire connaître également si ces différents convois sont arrivés.
Je vous prie de me marquer, par le retour du courrier, la situation positive du matériel de l'artillerie et de vos besoins les plus pressants.
Le chef de brigade Gassendi (63), directeur du parc de l'artillerie de l'armée de réserve, au citoyen Bonaparte, Premier Consul.
Auxonne, le 15 floréal an 8 (5 mai 1800).
Le général Marmont est parti, d'Auxonne pour Genève, le 13, où je dois l'aller joindre aussitôt que les deux tiers des objets promis seront arrivés et dans le commencement de la troisième décade de floréal. {p.273}
En conséquence de la suscription de votre lettre adressée à ce général, je l'ai reçue; je la lui ferai passer par la poste et je vais y répondre.
Il n'y a d'arrivé, en fusils, que les 1740 venus de Versailles et les 2,000 de Maubeuge, des envois dont vous parlez.
Vous verrez, par l'état ci-joint, les remises et consommations des fusils.
D'après les ordres du général Marmont, j'ai envoyé successivement à Saint-Etienne, un officier pour hâter l'expédition des fusils sur Auxonne, puis un second pour en diriger:
2,000 sur Genève;
3,000 sur Bourg;
2,000 sur Chalon-sur-Saône.
Ceux de Liège ne sont partis que le 26 germinal.
Ceux de Charleville, le 28 germinal.
L'inexactitude des fabricants nous arrête continuellement. Les uns venant sans baïonnettes, on est obligé d'être un long temps pour les y ajuster. Je le suis, dans ce moment, pour fournir les 3,000 à la légion italique.
Les commandants des brigades font des demandes surabondantes, puis rendent des fusils qu'ils échangent, et pourraient être conservés, en les mettant tout déballés sur des voitures, où ils s'abîment. La 96e de ligne en a emporté ainsi 150, malgré moi, puis en a laissé 100 à Dôle, de ceux que je lui avais donnés, en mauvais état, etc. J'en ai porté mes plaintes.
Voici les objets d'urgente nécessité, dont on ne peut assigner le rang, car ils sont tous en première ligne.
L'argent. – Le général Berthier m'a envoyé hier un mandat de 50,000 francs sur le payeur. J'ai envoyé sur-le-champ un officier à Dijon, et on m'a dit que le payeur était parti; mais cela n'est pas sûr (64).
Le plomb. – Il devait en venir 250 milliers de Tours; j'ai envoyé à sa rencontre pour le hâter, et l'on m'a écrit des bords de la Loire, de Digoin, jonction du canal du Centre à cette rivière, qu'il n'y est pas encore venu. J'en ai acheté quelques milliers.
Les cartouches d'infanterie; j'en ai fait. quelques-unes avec le plomb acheté.
Les pierres à fusil qui devaient les accompagner, et qu'en conséquence, je n'ai point cherché à me procurer.
Les voitures. . . . . , caissons, chariots, forges. . . . . ; pour monter une douzaine de chariots, j'ai démonté des affûts de 4, quatre-vingts essieux, venant avec le plomb, n'étant pas arrivés. J'ai indiqué 6 forges à Châlons-sur-Marne {p.274} au Ministre. On dit qu'elles sont en route. J'en ai fait faire de montagne pour les mulets.
Les boulets et les balles, s'il faut un deuxième approvisionnement.
Étoupes. . . . . Les caissons venus ne sont point bourrés suffisamment; quelques-uns l'ont été en foin. . . . . Les étoupes manquent partout depuis plus d'un mois. Sur un rayon de 25 lieues, on n'a pu en avoir 3 quintaux; il en faudrait 40. La récolte en chanvre a été mauvaise; l'hiver, on a filé les étoupes.
Le caisson d'outils, celui d'ustensiles, d'artifices . . . . . Ces deux voitures indispensables n'ont pu être créées dans un arsenal dépourvu et un pays sans ressources.
Les bataillons du train sont dans un dénuement absolu de tout, au matériel et au personnel. Les soldats, non pavés des entrepreneurs, manquent de tout. Les chevaux, non harnachés, non ferrés, sans assortiment d'étrilles, bou-choirs, etc., souvent sans foin, sans avoine, sont dans un mauvais état. . . . .
J'avais demandé que les harnais pussent passer de l'allemande à la française, et vice versa, dès qu'on le voudrait. Cela n'a pas été exécuté, et les harnais neufs, venus de Versailles, ne sont pas même exempts de reproches. . . . . Les masses, pour tous ces objets, n'étant point faites, on n'a pu y pourvoir, ni prévoir ces besoins d'après ma demande, sur les harnais, faite en ventôse, à Paris, et répétée depuis, que lors de l'arrivée des chevaux. La plupart des chevaux de reprise, n'étant pas dans le cas d'être repris, ont pourtant été conservés par besoin. Le bataillon que j'ai ici est réduit à 4 mauvais attelages.
Je fais faire ici le supplément à 300 harnais, pour qu'ils puissent passer de l'allemande à la française.
GASSENDI.
Paris, le 14 floréal an 8 (4 mai 1800).
Je reçois à l'instant votre courrier, citoyen Général, du 12 floréal. Voici les dernières nouvelles d'Italie (65). {p.275}
Masséna était le 3 au pont de Cornigliano (66); ainsi il paraissait décidément bloqué dans Gênes.
Il avait fait l'échange des prisonniers avec le général Mélas; mais il se trouvait en avoir 6,000 de plus que l'ennemi.
Il pourrait être arrivé:
1° Que Masséna capitulât et évacuât Gênes, s'entend sans être prisonnier, et vint rejoindre son armée et prendre la ligne de Borghetto ou toute autre;
2° Que Masséna fût forcé dans Gênes.
Dans l'un et l'autre cas, vous sentez que, du 5 au 20, voilà quinze jours de différence, et que le général Mélas n'a besoin que de huit jours pour se porter de Gênes à Aoste (67), et, s'il parvenait là avant que vous eussiez débouché seulement avec 20,000 hommes, cela lui donnerait des avantages immenses pour vous disputer l'entrée en Italie.
Aussi tâchez que, le 20, le général Chabran, vos six premières demi-brigades, leur train d'artillerie, la demi-brigade de l'armée du Rhin qui garde le Saint-Bernard et le Valais, un millier d'hommes de cavalerie, soient à Aoste et que le reste y arrive le 22 et le 23.
Je mets en marche encore quelques escadrons de cavalerie, {p.276} entre autres le 7e de dragons, qui a été changé, et je pars demain dans la nuit; je serai le 18 à Genève.
Faites connaître par un courrier au général Moreau la situation où est l'armée d'Italie; faites-lui sentir que quelques demi-brigades de plus ne font rien pour lui, mais que quelques demi-brigades de moins compromettraient non seulement l'armée de réserve d'Italie, mais encore le comté de Nice (68).
Écrivez au général Moncey pour qu'il fasse filer sur le Simplon le plus de forces qu'il pourra, afin que vous ayez là 5 ou 6,000 hommes, qui seraient à portée de vous rejoindre et de vous faire une puissante diversion.
Au reste, je vous expédierai ce soir un courrier par lequel je vous ferai connaître toutes les dispositions que je vais prendre pour que l'armée du Rhin vous seconde autant que possible (69).
Je ne sais pas si vous avez donné l'ordre à mes bagages {p.277} de partir pour Genève; je donne cet ordre par ce courrier, pour qu'ils soient le 18 à Genève, où je me trouverai aussi.
Un million part demain pour Genève (70).
Le Premier Consul, au Ministre de la guerre.
Les nouvelles que je reçois, citoyen Ministre, de Nice, sont que le général Masséna était, le 3, au pont de Cornigliano. Ainsi, il parait être entièrement bloqué par l'ennemi.
Il avait eu des pourparlers avec l'ennemi pour l'échange des prisonniers; mais il s'est trouvé en avoir 6,000 de plus que l'ennemi. Je vous prie de me transmettre, dans la journée, une note de 6,000 hommes qui se trouveraient prisonniers en France sur parole, afin que je les déclare échangés.
Vous comprendrez dans ce nombre la 64e et le 7e de dragons, et vous ferez sur-le-champ connaître à ces deux corps leur échange.
Vous donnerez contre-ordre au 7e de dragons, qui, étant échangé, ne sera plus destiné pour l'Ouest.
Vous trouverez, ci-joint, une lettre de M. Scherbaum. Vous donnerez ordre qu'il soit envoyé, par Mayence, chez lui, et vous ferez connaître au citoyen Bacher que le général de brigade Monnier, qui était à Ancône, est échangé. Ordre à ce général de se rendre sur-le-champ à Dijon, où il est indispensable qu'il soit arrivé le 17.
Paris, le 15 floréal an 8 (5 mai 1800).
Je pars, citoyen Général, demain matin; j'arriverai le 17 à Dijon, et le 18 au soir à Genève.
J'espère ne m'arrêter qu'un jour à Genève et me rendre de suite à Villeneuve.
Le Ministre de la guerre part aujourd'hui pour se rendre à l'armée du Rhin avec le projet d'arrêté et les instructions {p.278} que vous trouverez ci-joint (71). Il sera de retour le 22 ou le 23 à Lausanne ou Villeneuve (72).
Le million que je vous ai annoncé par mon dernier courrier n'est parti que ce matin par la messagerie; il arrivera à Genève le 25. Il faudra avoir des moyens de transport tout prêts pour lui faire suivre l'armée (73).
Faites aligner un peu la solde de ces malheureux bataillons de l'armée d'Orient.
Vous trouverez ci-joint un arrêté pour le Valais. Envoyez promptement un général de division, si vous en avez sous la main, pour commander au Simplon (74), prendre connaissance du local et des troupes qui s'y trouvent. Celles qui se trouvent au Simplon et au Saint-Bernard sont très utiles, parce qu'elles connaissent parfaitement le local; elles pourront guider les colonnes (75).
Tout à vous (76).
BONAPARTE. {p.279}
Les (77) Consuls de la République, vu la situation critique où se trouve l'armée d'Italie, la nécessité de ne pas laisser entamer le territoire français et de sauver les départements du Midi menacés par terre et par mer, arrêtent:
Art. 1er. – Le détachement que l'armée du Rhin devait faire, en conséquence de l'article 2 de l'arrêté du 26 germinal (78), en Italie, lorsqu'elle aurait poussé l'ennemi à dix journées, aura lieu sur-le-champ.
A cet effet, une colonne de 25,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie comprises, pénétrera par le Saint-Gothard et le Simplon, pour agir sous les ordres du général en chef de l'armée de réserve, et conformément aux instructions particulières que donnera le Ministre de la guerre.
Art. 2. – Le Ministre de la guerre partira dans la journée pour se rendre au quartier général de l'armée du Rhin, se concerter pour ce mouvement avec le général en chef, donner toutes les instructions nécessaires et prendre tous les renseignements sur la situation des armées.
Art. 3. – Aussitôt les ordres donnés, le Ministre de la guerre se rendra à Genève, près le Premier Consul.
Art. 4. – Le présent arrêté ne sera pas imprimé.
Le Premier Consul,
Par le Premier Consul:
Hugues B. MARET.
Les Consuls de la République arrêtent (79) :
Art. 1er. – Le Valais fera partie de l'armée de réserve (80).
Art. 2. – Les officiers généraux, les employés, l'artillerie et les troupes qui s'y trouvent feront également partie de l'armée de réserve. {p.280}
Art. 3. – Le Ministre de la guerre donnera directement les ordres, par un courrier extraordinaire, au général commandant en Helvétie, de compléter sur-le-champ, jusqu'à 3,500 hommes, les troupes destinées à garder le Simplon (81).
Le Premier Consul, au général Masséna à Gênes.
Votre aide de camp arrive (82), citoyen Général, et je reçois votre lettre. {p.281}
Je reçois actuellement, par le courrier, la nouvelle que l'armée du Rhin a remporté une victoire sur l'ennemi, s'est emparée de toutes les positions de Stockach, et lui a fait 7,000 prisonniers et pris 9 pièces de canon; elle s'est emparée de tous ses magasins.
L'armée de réserve est en grande marche. Je pars cette nuit. Je compte que vous tiendrez le plus possible, mais au moins jusqu'au 10 prairial (83).
Je vous salue (84).
Le Premier Consul, au général Moreau.
Je partais pour Genève lorsque le télégraphe m'a instruit de la victoire que vous avez remportée sur l'armée autrichienne: gloire et trois fois gloire!
Le Ministre de la guerre arrivera quelques heures après ce courrier à votre quartier général, et, de là, viendra me joindre à Genève.
La position de l'armée d'Italie et du Midi est assez critique: Masséna, renfermé dans Gênes, a des vivres jusqu'au 5 ou 6 prairial; l'armée de Mélas paraît assez considérable, quoique fortement affaiblie.
Je vous salue affectueusement.
Donnez-moi de vos nouvelles à Genève. Leclerc se porte-t-il bien? Mille choses à Dessolle (85).
J'apprends à l'instant par le télégraphe, citoyen Général, que Moreau a eu à Stockach une affaire avec l'ennemi; qu'il {p.282} a fait 7,000 prisonniers, pris 9 pièces de canon et des magasins considérables (86).
Le Ministre de la guerre part dans une demi-heure; je pars à minuit (87); vous pouvez calculer quand je serai à Genève; je ne m'arrêterai que quelques heures à Dijon (88).
Tout va ici au parfait.
L'aide de camp de Masséna arrive; il m'assure qu'il a des vivres pour vingt-cinq jours, à calculer depuis le 5 du mois de floréal (89); ainsi vous voyez qu'il faut qu'il soit dégagé dans la dernière décade du mois. Faites marcher à force (90).
BONAPARTE. {p.283}
Je vous prie, citoyen Ministre, de donner l'ordre au général Brune de se rendre à Dijon, où il est nécessaire qu'il soit rendu le 20 du mois. Il recevra là des instructions sur ce qu'il a à faire; il recevra des ordres de moi (91).
Vu les circonstances extraordinaires dans lesquelles se trouve l'armée d'Italie, les Consuls désirent que le Ministre de la guerre envoie, l'ordre, en toute diligence, à la 64e demi-brigade de ligne, qui est à Rennes, de se mettre en marche pour se rendre à Paris (92), et, dès l'instant que cette demi-brigade sera arrivée, de mettre les deux bataillons de la 14° en marche pour l'armée de réserve (93).
Instructions pour le citoyen Petiet, conseiller d'État (94).
Le citoyen Petiet, conseiller d'État, se concertera avec le Ministre de la guerre et s'assurera que 30,000 paires de souliers aient été envoyées à l'armée de réserve et qu'elles y soient arrivées le 25 ou le 30, ainsi que tous les effets d'habillement qu'on pourrait faire partir de Paris.
Que tous les chevaux d'artillerie qui se trouvent à Versailles ou dans les autres dépôts soient partis pour Genève avec leur harnachement.
Il prendra des renseignements au bureau de la guerre, qui lui fera connaître {p.284} les mesures prises et tous les envois faits en habits, gibernes, chapeaux et effets d'habillement de toute espèce pour l'armée de réserve.
Il fera enlever tout ce qui sera disponible.
Enfin, qu'il s'assure, à son passage à Dijon, de ce qui est arrivé, de ce qui y est attendu et quels sont les moyens à prendre pour accélérer l'envoi des effets qui ne sont pas encore parvenus.
Il emmènera avec lui quelques commissaires des guerres intelligents. Il pourra en faire partir un avec le convoi qui partira de Paris.
Il se fera remettre par le Ministre des finances l'état des vérificateurs employés dans la République, et spécialement à l'armée de réserve.
Il écrira une lettre aux préfets des départements compris dans l'arrondissement de cette armée, pour leur faire sentir combien il est important qu'ils fassent verser les fonds destinés à l'armée de réserve et qu'ils les fassent partir pour Dijon.
Il trouvera, ci-joints, les noms des départements qui ont été frappés d'une assignation.
Il écrira donc de ma part aux préfets de ces départements, pour qu'ils fassent verser tout l'argent provenant des congés, le plus rapidement possible, dans la caisse du payeur de l'armée, à Dijon.
Il est nécessaire, pour ces différentes circonstances, qu'il se concerte avec le Ministre des finances.
Le Ministre des finances a l'ordre de faire partir 500,000 francs en or, avec un caissier de la trésorerie, pour être rendus en poste à Genève le 20.
Le citoyen Petiet aura soin, avant son départ, de s'assurer que ces fonds sont partis pour Dijon (95).
Parti de Paris le 6 mai, le Premier Consul écrit de Dijon le 7: {p.285}
« Je suis arrivé, citoyens Consuls, aujourd'hui à 6 heures du matin; ainsi, je n'ai mis que vingt-cinq heures de Paris à Dijon (96) ».
Il était accompagné de Bourienne, son secrétaire, et du conseiller d'État Defermont. Au bruit du canon qui saluait son entrée, toute la population, massée sur son passage, le salua de vivats enthousiastes (97). . . . .
Il écrit à Berthier:
« J'arrive à l'instant, citoyen général, à Dijon: Je partirai à 3 heures du matin (98), par la route d'Auxonne et Dôle, pour être à Genève dans la journée de demain.
« Je vous salue.
« BONAPARTE. »
. . . . . Vers les trois heures de l'après-midi, revêtu du simple costume de conseiller d'État, il passe à pied, aux acclamations d'une foule énorme, la revue d'une portion de la 17e demi-brigade (légère), rangée en bataille devant le palais . . . . .
. . . . . A l'issue du dîner, et toujours entouré d'une foule qui ne pouvait se lasser de contempler ses traits, le Premier Consul gagna le cours du parc, où l'attendaient, rangés en bataille, la 17e demi-brigade (légère) avec plusieurs corps de conscrits (99). . . . .
Le Premier Consul, à l'ordonnateur Lambert.
Dijon, le 17 floréal an 8 (7 mai 1800).
Les Ministres de la guerre et des finances, citoyen ordonnateur, ont mis hier à votre disposition 200,000 francs, pour subvenir aux dépenses d'approvisionnement extraordinaire dont vous êtes chargé. Tout l'argent provenant des conscrits, à Lyon, est spécialement affecté à l'acquittement desdites ordonnances (100).
Je vois avec peine que les 1,500,000 rations de biscuit ne sont pas encore complètes; j'espère que, pour le 20 floréal, vous en aurez un million rendu à Genève.
Il est indispensable que les 500,000 autres soient rendues pour le 25 floréal et que vous activiez votre fabrication, de manière à avoir au 10 prairial {p.286} 500,000 autres rations, ce qui portera le total de ce que vous aurez procuré à l'armée à 2 millions de rations.
Il est également nécessaire que vous complétiez le plus possible l'eau-de-vie, laquelle fourniture devra être également augmentée d'un quart.
Répondez-moi à Genève, où je serai demain au soir (101).
F. Watrin, général de division, au général Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.
Lausanne, le 16 floréal an 8 (6 mai 1800).
Je viens, mon cher Général, de visiter ma ligne et le Mont-Saint-Bernard (102).
Il était temps que j'arrivasse à Martigny, car le général Mainoni avait déjà deux fois donné l'ordre à la 6e légère d'occuper le haut Valais, et il voulait la mêler dans son corps de troupes. Après quelques légers débats, je suis convenu avec lui qu'il vous renverrait de suite le bataillon de la 9e légère, qui aura rejoint son corps à Morges sous deux jours.
Les deux bataillons de la 6e légère formant, comme je vous l'ai déjà mandé, environ 800 hommes, vont occuper Saint-Maurice et Bex (103). Je n'ai pas encore de nouvelles du restant de ce corps, qui, comme vous voyez, est très faible.
Les 22e et 40e de bataille sont cantonneés le long du lac, depuis Bex jusqu'à Lausanne inclus (104). On les instruit à force; mais, comme je vous l'ai mandé dans mes précédentes lettres, mon cher Général, nous avons tous le plus grand besoin de souliers. Je vous prie de nous en envoyer par eau à Lausanne.
Le général Moncey, comme je le marque au général en chef (105), a reçu les ordres les plus précis du général Moreau, de faire relever par moi son corps {p.287} de troupes dans le haut Valais. Je n'ai pu acquiescer à ses désirs; j'attends la réponse du général en chef à ce sujet. Je lui en écris (106) et lui donne d'autres détails sur la possibilité d'avoir ici des mulets, de passer le Saint-Bernard, et sur les forces de l'ennemi. Mon aide de camp vous donnera bien d'autres renseignements, que le départ prompt du général Marescot ne permet pas de vous écrire.
Quand je saurai votre arrivée à Genève et celle du général en chef, j'irai vous y voir, si vous m'en laissez le temps.
Adieu, mon cher Général, je vous embrasse.
F. WATRIN (107).
Rapport sur la position de l'ennemi.
La force de l'ennemi était, il y a quelques jours, de 10,000 hommes, depuis la Levantine jusqu'à la vallée d'Aoste incluse. Quelque cavalerie occupait les vallées qui aboutissent sur le haut Valais.
Tout ce corps de troupe est commandé par le général Vukassovich, qui a sous ses ordres les généraux Dedovich, Victor de Rohan, Landon et Depré. Ce dernier, qui est un émigré, réside à Aoste.
2,000 hommes du régiment François Kinsky occupent, avec quelques pandours, cette vallée. Ils se sont bien retranchés à Courmayeur et au fort de Bard.
Les régiments de Laudon, Croates, Victor Rohan et les chasseurs du Loup occupent le centre; ils se sont fortifiés à Maggendone et Ornavasso, où ils ont leurs magasins.
Sur la droite, 2,700 hommes sont campés et retranchés à Bellinzona et à Biasca.
3 à 4,000 hommes de cavalerie sont dans les vallées de la Maggia et de Vigesso.
De l'artillerie et une réserve de 14 à 1500 hommes à Lugano et environs; ils ont leur grand parc et un camp assez considérable à Varese (108).
Le Général,
F. WATRIN. {p.288}
Mainoni, général de brigade (109), au citoyen Berthier, général en chef commandant l'armée de réserve.
Sion, le 16 floréal an 8 (6 mai 1800).
Je m'étais rendu à Martigny pour avoir une conférence avec le général Marescot, inspecteur général du génie, et le général de division Watrin. Après cette conférence, dans laquelle je leur ai fait connaître, et ma position, et mes moyens de défense, il a été convenu qu'aujourd'hui, 16, arrivés à Genève, ils vous rendraient compte du résultat de nos combinaisons et observations.
Au moment de mon retour, j'ai reçu la dépêche du général de division Dupont, chef de votre état-major général, expédiée le 12 de Dijon. Je m'empresse, citoyen Général, de répondre à vos désirs et vous mettre sur-le-champ au fait, et de ma position, et des forces que j'ai à ma disposition.
Je défends, depuis les sources du Rhône jusqu'à Saint-Maurice, tous les débouchés sur l'Italie qui sont la vallée d'Im-loch, par laquelle, en passant par le col de Bedretto, suivant la gauche, on arrive à Airolo en sept heures de temps. Airolo est le commencement de la vallée Levantina et se trouve au pied du Saint-Gothard; en prenant à droite, on se jette, passant la montagne du Gries, dans la Formazza, qui va aboutir à Baceno; en passant par la même vallée la montagne de Saint-Jacques, on se jette dans la Maggia et on tombe à Locarno.
Le second passage est celui de la Binna, qui conduit en dix heures de temps, en partant d'Aernen jusqu'à Baceno, commune assez considérable, située sur la Toca. De là, en suivant la rivière, on arrive à Domodossola, etc, etc.
Le troisième passage est celui de Brieg, par le Simplon. On monte six heures de temps pour arriver au sommet; de là, on descend encore presque autant et, en traversant le village de Davedro, on arrive à Domodossola, etc. Ce passage est le plus praticable des trois précités; on y passe à cheval et avec des mulets; on y a même fait passer du canon, etc.
Le quatrième débouché est celui de la vallée de Saas, par celle de Viege; ce passage, seul propre pour l'infanterie, s'opère par le Monte-Moro, ensuite par la montagne du Turbo, et conduit à Varallo, sur le lac d'Orta (110). En bas de la montagne du Monte-Moro, on peut éviter la montagne du Turlo, en passant par la vallée Mastallone et celle de Strona; ce passage deviendrait intéressant pour tourner et prendre à dos les ouvrages des Autrichiens, qu'ils ont établis à Ornavasso, pour nous empêcher de déboucher par la vallée de Domodossola.
Le cinquième passage est celui de la vallée de Saint-Nicolas, qui conduit aux glaciers de la vallée d'Hèrens et, de là, dans la vallée d'Aoste.
Le sixième est celui du val d'Anniviers; par la vallée d'Hèrens, sur le glacier, et, de là, dans la vallée d'Aoste. {p.289}
Le septième, celui de la vallée d'Herens : l'un par le glacier, tout droit, dans la vallée d'Aoste; l'autre par la vallée d'Heremence au glacier de celle de Bagne et, de là, dans la vallée d'Aoste.
Le huitième, par la vallée de Bagne; passant le glacier, on tombe dans la vallée d'Aoste.
Le neuvième, celui de la plaine de Proz; côtoyant le Mont-Veland, on arrive sur la montagne contiguë au Saint-Bernard, par laquelle on descend tout droit à Saint-Rémy, premier endroit de la vallée d'Aoste.
Le dixième, le passage du Grand-Saint-Bernard; on monte huit heures, depuis Martigny jusqu'à la maison, et, de là, on descend deux heures pour arriver à Saint-Rémy.
Le onzième passage est celui par le col Ferret sur Courmayeur.
Il y a beaucoup d'autres sentiers qui conduisent soit en Piémont, soit en Italie; mais, dans cette saison, ils sont presque tous impraticables ou très difficiles. Suivant moi, le passage nécessaire et praticable pour plonger sur l'ennemi en Italie, est celui par le col Maggia; on couperait, par là, ses forces qu'il a dans la Levantina, Bellinzona, etc.
Celui du Simplon, passage par lequel on peut faire marcher beaucoup de troupes, vivres, etc., passage nécessaire, et pour chasser l'ennemi des bords du lac Majeur, et pour faciliter les opérations du Saint-Bernard.
Celui de la vallée de Saas, par le Monte-Moro, pour prendre les ouvrages d'Ornavasso à dos, et remplir le même but que les troupes descendant le Simplon.
Celui du Saint-Bernard doit être le principal; il est, selon moi, le plus facile et le plus décisif, surtout si l'on fait marcher, à temps calculé, une petite colonne par le Petit-Saint-Bernard, avec du canon et des obusiers surtout, pour attaquer de concert le petit fort de Bard, et l'écraser, pour sauter à l'instant cet obstacle, qui pourrait retarder de quelques heures la jonction et l'ensemble des opérations.
Mes forces actuelles sont, à la vérité, peu de chose. C'est la 28e de ligne, qui ne fournira, tout au plus, que 1500 combattants ; ler bataillon de la 44e, qui en fournira tout au plus 550 ; 5 compagnies du 1er bataillon de troupes légères helvétiques, qui fourniront 400 hommes.
Quelques artilleurs, quatre pièces de 4 et six de 2, et une livre de balles.
Point de cavalerie du tout.
Point de moyens de transports.
Assez de munitions.
Passablement de vivres, à l'exception de viande, dont je manque déjà.
Point d'argent pour préparer et assurer les moyens d'une expédition; pas même pour l'espionnage, vu que les 25 louis, que j'ai touchés depuis quatre mois et plus que je suis dans le pays, sont épuisés.
Les forces de l'ennemi devant moi, si elles ne sont pas changées depuis quelques jours, sont:
Dans la Levantina, 3,000 hommes d'infanterie, 3 ou 400 chevaux, commandés. par le général Dedovich, la plupart Croates. A Lugano et Locarno, 1800 hommes. Sur mon front, à Domodossola et environs, le corps des chasseurs du Loup, commandé par le Loup lui-même, 1000 hommes à peu près. Le corps de Rohan, commandé par Victor de Rohan, 8 à 900 hommes. {p.290} Les corps d'Otto et Laudon, commandés par ce dernier, stationnés le long du lac, 2,000 hommes, 2 à 300 chevaux, hussards de nouvelle création, beaucoup d'artillerie de petit calibre en batterie à Ornavasso et à Arona.
Dans la vallée d'Aoste, 1500 hommes du régiment François Kinski et 4 compagnies de Croates; au fort de Bard, 150 hommes et 4 pièces de canon; à Varrese, un parc assez considérable, de même qu'un camp assez fort, de 10 à 12,000 hommes, commandés par le général Vukassovich.
Voilà, mon Général, les détails que je peux vous donner à la hâte et que je vous continuerai. Je m'aventure à vous assurer que si, effectivement, il y a une expédition bien secondée par le Saint-Gothard, et soutenue de tous les points, elle ne peut que réussir complètement et avec satisfaction.
MAINONI.
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F. Watrin, général de division, au général Dupont, chef de l'état-major de l'armée.
Lausanne, le 17 floréal an 8 (7 mai 1800).
D'après les dispositions contenues dans votre lettre du 16, que j'ai reçue hier au soir (111), mon cher Général, j'ai fait partir la 40e de Lausanne, et je vais m'établir avec elle à Vevey. Je pousserai la 6e légère jusqu'à Martigny (112). {p.291}
Le 3e bataillon de cette demi-brigade arrive à l'instant à Lausanne. Il n'est fort que d'environ 400 hommes, ce qui donne 1200 hommes présents sous les armes à ce corps, ce qui est bien différent du nombre de 2,400 où vous le portiez (113). {p.292}
Il est dû à ce bataillon environ 6,000 francs, pour aligner sa solde. Je vous prie, mon cher Général, de prier l'ordonnateur en chef de les envoyer de suite, avec un payeur divisionnaire.
Il n'y a pas un instant à perdre, comme vous dites fort bien, pour secourir le général Masséna. Qu'on se dépêche d'approvisionner Saint-Pierre et le Mont-Saint-Bernard, afin que nous passions sur-le-champ. Je fais préparer à Martigny le plus de traîneaux possibles, afin de passer l'artillerie et des subsistances. 5 à 600 mulets, avec des chars à bancs, devraient déjà être à Villeneuve.
Je fais raccommoder quelques ponts au Pissevache (114) et sur la Dranse. Les paysans, femmes et enfants, peuvent vous aider aussi aux transports, en cas de besoin. Ils sont accoutumés à cela dans le pays.
Il faut, dans des cas aussi pressés, que nos administrateurs passent pardessus les formes et emploient des moyens extraordinaires. Je les aiderai de mon mieux.
Je vous envoie copie d'une lettre que je reçois à l'instant du préfet de ce canton (115). Cette bonne nouvelle est confirmée par les lettres particulières. Que je brûle qu'on parle de suite de l'armée de réserve.
Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.
L'armée continue avec rapidité son mouvement.
La division Watrin quitte aujourd'hui Lausanne pour se porter plus avant.
Les divisions Boudet (116) et Loison vont occuper Lausanne.
La division Chambarlhac est, partie à Nyon, et partie à Genève. {p.293}
Une partie de la division Chabran est à Moutiers, l'autre sera rendue à Genève le 19 (117).
1700 hommes de la légion italique seront ici le 21 (118); le reste de ce corps suivra immédiatement malgré l'état de dénuement où il se trouve.
Les demi-brigades de la division Gardanne reçoivent ordre à leur arrivée à Dijon de presser leur marche (119).
A la faveur de ces dispositions et de l'activité que nous donnons à nos très faibles moyens de transport, la tête de l'armée pourra se trouver vers le 27 à Aoste, si les affûts-traîneaux arrivent à temps. Ils nous sont indispensables pour le passage. On a donné ordre à ce convoi de marcher nuit et jour.
Le biscuit se transporte à Villeneuve et à Saint-Pierre ainsi que les autres approvisionnements qui se trouvent prêts.
Le général Marescot vient de faire avec le général Watrin la reconnaissance du Saint-Bernard. Le passage est praticable mais il exige des précautions.
Vous trouverez ci-joint l'état des troupes que l'ennemi tient sur le revers des Alpes de notre côté; il parait vouloir faire résistance au château de Bard, mais cet obstacle ne peut être que léger.
Un courrier du général Turreau, parti d'Embrun, nous apprend que l'ennemi s'est porté sur Césanne; cela nous fait présumer que le général Suchet a été attaqué dans sa ligne de Borghetto.
Si Masséna se soutient dans Gênes, comme on n'en peut douter, pendant un mois et demi à dater du jour où il s'y est {p.294} enfermé, nous avons le plus grand espoir de le dégager. Nous précipitons à cet effet notre mouvement.
Il parait que le général Kray veut éviter une bataille générale; si tel est son dessein, il faut modifier les conventions faites à Bâle entre les généraux en chef Berthier et Moreau, attendu la nécessité de reprendre sur-le-champ l'offensive en Italie. La diversion du Gothard est urgente.
Salut et inviolable attachement.
Je vous observe que l'armée de réserve étant formée en sept divisions, il est nécessaire de donner des lettres de service à des adjudants généraux pour être attachés aux divisions; il en manque plusieurs.
Le général en chef désirerait que l'adjudant général Schiner, employé à l'armée du Rhin, passât à l'armée de réserve. Je vous prie de donner ordre pour que tous les officiers généraux, les adjudants généraux et officiers d'état-major qui sont destinés pour cette armée, se rendent le plus rapidement possible à leur poste.
Je vous salue, citoyen Ministre.
P. S. – Les ingénieurs et dessinateurs n'arrivent point ; donnez, je vous prie, citoyen Ministre, les ordres les plus positifs pour accélérer leur arrivée au quartier général, à Genève (120).
Dupont, général de division, chef de l'état-major de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.
Je vous ai rendu compte que les officiers supérieurs de santé n'étaient point encore rendus à leur poste; leur absence est très nuisible à l'organisation de ce service, qui ne souffre plus un instant de délai. Je vous réitère l'invitation que je vous ai faite pour que tous les officiers attachés à ce service se rendent sur-le-champ à l'armée.
Les caisses d'instruments, qui ont dû être expédiées, ne sont point encore arrivées. Cet objet mérite toute votre sollicitude, puisque nous touchons au moment d'agir.
CHAPITRE V: MARCHE DE L'ARMÉE DE DIJON VERS LE LAC DE GENÈVE
CHAPITRE VII: STATIONNEMENT SUR LES BORDS DU LAC DE GENÈVE
{p.239} {p.240}
Au Ministre de la guerre
A lui seul
Le Premier Consul.
L'officier désigné fut le chef de brigade du génie Vallongue. Il rejoignit le général Suchet et fit avec lui toute la campagne du Var.
Correspondance de Napoléon, n° 4746. {p.241}
Dans cette lettre du 1er floréal (21 avril), Suchet annonçait au Premier Consul l'échec qu'il avait subi le 20 avril à Saint-Jacques, devant des forces supérieures (au moins 12,000 hommes), sa crainte de ne pouvoir conserver, avec ses 4,000 hommes, la ligne de Borghetto et d'être obligé de se retirer sur Vintiniglia.
L'ordre, à la division Loison, de se diriger sur le lac de Genève, et non sur Pontarlier, avait été déjà donné par Berthier, le 28 avril, au reçu des lettres du Premier Consul du 26 avril. V. p. 206.
Le Premier Consul ne donne aucun ordre pour la division Chambarlhac. {p.242}
Le Premier Consul vise, dans cette phrase, le général Chabran, qui était à Genève avec 1500 hommes seulement. Le reste de la division, encore à Chalon et Mâcon, ne pouvait être le 7 ou le 8 mai au Petit-Saint-Bernard. A cette date-là, il était donc impossible d'atteindre l'effectif de 5,000 hommes.
6 mai. Il y arriva dans la nuit du 8 au 9.
Correspondance de Napoléon, n° 4745. La fin de la lettre n'a pas été publiée. {p.243}
Auxonne à Dôle, 15 kilomètres. La moyenne des étapes était de 25 kilomètres, entre Dijon et Genève. La plupart des demi-brigades ne faisaient pas de séjour. (Voir l'itinéraire, annexe n° 12.) {p.244}
Bourg-Saint-Maurice, en Tarentaise.
Chabran était à Genève; mais ses 1500 hommes, partis de cette ville le 29 ou 30 avril, devaient être à Annecy. Voir lettre do chabran, p. 217.
L'ordre de marcher sur le Petit-Saint-Bernard, partant de Dijon dans la nuit du 2 au 3, a pu arriver à Annecy dans la journée du 4 mai.
La colonne Miquel se mit sans doute en mouvement le 5 et suivit probablement l'itinéraire suivant:
5 mai 22
8 mai 24
Petit-Saint-Bernard
L'ordre de départ aux bataillons d'Orient fut renouvelé le 4 mai par Berthier lui-même , à son passage à Mâcon; le général Seriziat, avec trois demi-brigades, partit le 5 mai pour Genève. V. p. 250. {p.245}
Une autre fraction de la garde rejoignit plus tard, d'après un ordre du Premier Consul à Bessières.
Le général Loison était rendu le 7 mai à Nyon, où la première demi-brigade de sa division arrivait le même jour. {p.246}
Il est ordonné aux aides de camp Bruyère et Arrighi de partir ce soir en poste, pour se rendre à Genève, en passant par Dôle.
Le chef de l'état-major leur fera donner l'argent nécessaire à leur voyage.
Au chef d'état-major.
Je vous prie de faire partir sur-le-champ le courrier Floquet, pour faire retenir, sur la route de Bourg, les chevaux qui nous seront nécessaires demain. Il nous en faudra 9 de voiture et 2 bidets. Nous partirons à quatre heures du matin.
Floquet continuera sa route pour Lyon et viendra me rejoindre à Bourg, où nous serons le 14, à huit heures du matin. Je compte coucher à Mâcon.
J'écris à Lyon pour avoir des nouvelles de Masséna et pour engager l'ordonnateur Lambert à venir me voir à Bourg.
Aussitôt que le courrier Floquet aura son passeport et son argent, vous me l'enverrez prendre mes dépêches.
Donnez l'ordre pour que 4 gendarmes se rendent demain, à cinq heures du matin, chez moi, pour escorter mon fourgon.
Voir l'annexe n° 25.
692,000 francs, conduits par Merlin. V. p. 212, note 1. {p.247}
Cette lettre n'a pas été retrouvée.
« Une grande partie des troupes françaises ayant été obligée de partir (de Genève), les Génevois durent prendre la garde. » (Journal manuscrit de Dunant, t. III, p. 94, 1er mai 1800. Bibliothèque de Genève).
Cette lettre n'a pas été retrouvée. {p.248}
Le général Watrin était le 29 avril à Genève, d'où il se portait à Lausanne.
Sa division était échelonnée sur la rive nord du lac de Genève.
Partis de Lyon le 21 avril, les deux premiers bataillons de la 6e légère étaient arrivés le 1er mai à Vevey, n'atteignant ensemble que l'effectif de 800 hommes. (Manuscrit Couvreu, Vevey; ce faible effectif fait croire à l'auteur de ce manuscrit qu'il n'y a qu'un bataillon.)
Le 2, ils repartent pour le Valais, à l'exception de 2 compagnies, qui restent à Vevey (Manuscrit Couvreu). Une de ces compagnies quitte Vevey le 3 mai; mais elle y est remplacée par trois nouvelles compagnies, qui doivent y « faire séjour jusqu'à nouvel ordre ».
Ces compagnies, qui étaient sans doute de la 6e légère, furent casernées à Vevey et y furent fort bien traitées; car, « en considération de la représentation du chef de ces trois compagnies, qu'elles n'ont pas reçu de solde depuis longtemps, la municipalité leur accorde demi-batz (0 fr. 07 c. 5) par jour pour chaque homme ». (Registre de la municipalité de Vevey, 3 mai.)
Le 3e bataillon de cette demi-brigade était encore sur la route de Lyon à Lausanne, où il n'arrivait que le 7 mai.
La 22e était près d'atteindre Lausanne.
La 40e arrivait à Morges le 2 mai, à l'effectif de 1600 hommes, et devait y séjourner le 3; elle y était nourrie chez l'habitant. (Registre de la municipalité de Morges, p. 349, 2 mai.)
Le général de division Montchoisy « commandant la 1re de l'aile droite de l'intérieur de l'Helvétie », présumait que le général Lecourbe laisserait entièrement la garde du Valais au général Watrin, « afin de pouvoir renforcer le Gothard, où il n'existe en ce moment qu'un bataillon de la 44e demi-brigade. . . . . »
Le général Montchoisy, nommé inspecteur général aux revues, allait quitter l'armée.
Voir p. 150, l'ordre de Berthier à Dupont, et p. 152, les instructions de Dupont à Watrin.
Ces cantonnements, que Watrin prenait pour ne pas se disséminer, s'étendaient sur 68 kilomètres de profondeur, pour un effectif de moins de 6,000 hommes!
Le projet de Watrin ne fut pas mis à exécution; ses troupes ne dépassent pas Villeneuve avant le 9 mai, et, ce jour-là, sa division a évacué tous les cantonnements en aval de ce point. {p.249}
Watrin rendait de nouveau compte de l'existence de ces 40 pièces d'artillerie, dans une lettre à Dupont, le 5 mai. Quatre seulement semblent avoir été utilisées, d'après les ordres d'organisation des 6 et 10 mai. V. p. 256 et 315.
Cet aide de camp, Franceschi, arrive à Paris le surlendemain, 5 mai. V. p. 280. {p.250}
Seriziat (Charles), né à Lyon le 21 avril 1756, chef du 1er bataillon de Rhône-et-Loire le 10 août 1791, adjudant général provisoire le 29 octobre 1792, général de brigade ci-devant maréchal de camp le 1er février 1793.
Il fut mis en non-activité le 23 septembre 1801 et mourut à la Guadeloupe le 8 juin 1802.
Les 3 demi-brigades du général Seriziat durent passer par Genève « pour leur donner des armes ». (Berthier au Premier Consul, 7 mai.)
Leur itinéraire fut le suivant:
4 mai, Mâcon; 5 mai, Bourg; 6 mai, Nantua; 7 mai, Châtillon-de-Michaille; 8 mai, {p.251} Colonge; 9 mai, Genève; 10 mai, séjour; 11 mai, Cruseilles; 12 mai, Annecy; 13 mai, Faverges; 14 mai, Conflans; 15 mai, Moutiers; 16 mai, Bourg-Saint-Maurice.
Cette situation n'a pas été retrouvée. {p.252}
Lambert écrivait de Lyon, le 6 mai, que « l'envoi de 400 habits, 400 gilets et 400 pantalons », joint aux envoie précédents, « assurait l'habillement des 1200 hommes qui doivent se mettre en marche le 19 ».
Pour activer les transports, Berthier réquisitionnait chevaux et postillons.
Les maîtres des postes aux chevaux de Lyon à Genève feront fournir, sur leur responsabilité et sans le moindre retard, le nombre de chevaux et de postillons nécessaires pour les voitures qui transporteront des souliers et autres effets pour l'armée de réserve.
Le commissaire ordonnateur Lambert fera constater par procès-verbal tous les retards que l'on mettrait à fournir lesdits chevaux et tous les obstacles que l'on opposerait à l'exécution du présent ordre.
Les commandants militaires concourront à l'exécution de cet ordre.
Signé: Alex. BERTHIER.
Pour copie conforme :
Le commissaire ordonnateur en mission particulière,
En vertu de l'ordre ci dessus, les citoyens maîtres des postes de Lyon à Genève sont requis de faire fournir et atteler sur-le-champ. . . . . chevaux conduits par. . . . . postillons, et. . . . . cheval pour le conducteur, qui en payera le prix à raison de {p.253} 30 sous par cheval et 30 sous par postillon. Les voitures iront jour et nuit, étant extrêmement urgent qu'elles arrivent à l'armée de réserve, envers laquelle les citoyens maîtres des postes s'empresseront, sans doute, de donner une preuve de leur dévouement.
Lyon, le. . . . . floréal an 8.
Le commissaire ordonnateur en mission particulière.
Pour le relais de. . . . . à. . . . .
Lambert écrivait le 6 mai: « L'atelier de la Compagnie Pelletier va forcer d'activité, et il y a lieu d'espérer que, dans dix jours, la totalité du corps recevra successivement ce qui lui revient. »
Berthier avait donné rendez-vous à Lambert par la lettre suivante, datée de Dijon, le 2 mai:
« Je pars demain, à quatre heures du matin, mon cher Lambert, pour me rendre à Chalon et, de là, à Bourg, où je serai le 14, à huit heures du matin. Je désirerais que vous vinssiez m'y voir. Dans tous les cas, renvoyez moi mon courrier avec les nouvelles que vous pourriez avoir du général Masséna.
« Je désirerais que Boinod pût venir aussi me voir à Bourg. Je vous y attendrai jusqu'à dix heures du matin, venez plus tôt, si cela est possible.
« Alex. BERTHIER. » {p.254}
Voir au chap. XII les mesures prises par l'ordonnateur Lambert pour obéir à toutes ces prescriptions.
Berthier, venant de Bourg, arrive à Genève dans la matinée du 5 mai. Il descend « à la maison Picot, près le Temple neuf », où « on lui avait loué, pour 10 louis par mois, un grand appartement très bien meublé, de M. Rerdot, major ». (Manuscrit Bourdillon et Manuscrit Dunant, t. VI. Bibliothèque de Genève.)
Le quartier général de la division Watrin est à Lausanne, d'où est daté, le 4 mai, l'ordre du jour suivant:
« Les chefs des corps tiendront la main à ce que les commandants des détachements veillent aux réparations à faire à l'armement, à l'habillement et équipement des troupes sous leurs ordres, afin qu'elles soient dans le meilleur état possible lors de la revue qu'en passera incessamment le général Watrin. Ils auront aussi le plus grand soin de faire exercer leurs troupes.
« Ils enverront sans délai à l'état-major l'état nominatif des femmes qui, d'après la loi, {p.255} doivent rester aux corps. Les généraux de brigade surveilleront la stricte exécution du présent ordre.
« HULIN. »
Les deux bataillons de la 6e légère sont le 4 mai au delà de Vevey, vers Villeneuve, occupé depuis le 2 mai, et Saint-Maurice.
La 22e, à l'effectif de 2,700 hommes, arrivée le 3 à Lausanne, vient à Vevey le 4 et cantonne dans tout le district. (Manuscrit Couvreu, Vevey.)
La 40e arrive à Lausanne, partie dans la journée du 3, partie dans celle du 4. (Journal du professeur Pichard sur la révolution helvétique et Bulletin helvétique, 1800, t. Ill, p. 32.)
La division Boudet (9e légère et 59e), était concentrée à Nyon le 4.
D'après le registre municipal de Nyon, à la date du 2 mai, il semble que la 9e légère arriva le 2 mai à Nyon: « Lettre du 1er mai au soir, du commissaire des guerres, annonçant l'arrivée de 2,400 hommes dans les environs, dont 200 logeront à Nyon. »
Mais le général Boudet, devançant sa division, était arrivé à Nyon dès le 29 avril; car, dès ce jour-là, il requérait la ville « de lui fournir le linge de nuit et de table et quelque batterie de cuisine ». (Registre municipal de Nyon, 29 avril.)
Il était encore près de cette ville le 3 mai, car, de nouveau, il y faisait réquisitionner du linge. (Registre municipal de Nyon, 3 mai.)
D'après l'itinéraire du 27 avril (v. l'annexe n° 12), les divisions Watrin et Chambarlhac {p.256} étaient dirigées sur Genève. Les 22e et 40e de bataille et la 24e légère avaient déjà fait ce détour inutile. Il était encore temps de rectifier l'itinéraire de la 96e.
Cette division était encore en marche le 7 : la 58e à Nyon, où la présence du général Loison est constatée par une réquisition de bois qu'il adresse à la ville (Registre municipal de Nyon, 7 mai); la 60e à une étape en arrière.
L'artillerie dont Berthier croit pouvoir disposer comprend:
6 pièces amenées par la division Watrin. (V. 20 avril, Berthier à Dupont, p. 150.)
6 pièces d'artillerie à cheval, amenées par la garde, et arrivant avec elle vers le 10 mai.
24 pièces parties d'Auxonne le 29 avril et 12 pièces parties le 2 mai (V. 29 avril, Marmont au Premier Consul, p. 221), et arrivant, sans doute, les 5 et 8 mai à Genève.
4 pièces parties d'Auxonne pour Pontarlier le 28 avril. (V. tableau de marche, 27 avril, annexe n° 12.)
4 pièces trouvées à Genève.
Le Premier Consul modifia, quatre jours plus tard, la répartition de l'artillerie entre les divisions et n'utilisa que 36 pièces, sans doute à cause du manque de chevaux. {p.257}
Le 4e de chasseurs ne rejoignit pas Terreau. {p.258} {p.259}
Voir cette lettre au chapitre précédent, p. 234.
Le 3 mai, le Ministre donnait les ordres en conséquence et informait Berthier que « le 10e de dragons, composé d'environ 622 hommes et 835 chevaux », arriverait à Genève le 14 juin (25 prairial). Ce régiment ne prit donc point part à la campagne.
Le 7e de chasseurs reçut l'ordre de quitter Bourg-en-Bresse et « de se rendre en toute diligence en Hollande ». Le Premier Consul avait ajouté de sa main, sur l'ordre du Ministre, au sujet de ce régiment: « Il a besoin de trois mois de repos. » Un escadron seulement, formé avec « ce qu'il y a de montés et disponibles », reste à l'armée de réserve. (Ordre de Berthier à Dupont, le 6 mai, p. 263.) {p.260} {p.261} {p.262}
Correspondance de Napoléon, n° 4747.
« Le 7, un inspecteur général a fait l'inspection, à Plainpalais, des troupes qui étaient à Genève et à Carouge et les environs; il y avait environ 3,000 soldats. L'on a vu ensuite arriver beaucoup de chars qui venaient de Dijon et amenaient des canons, de la poudre et des obusiers. . . . . » (Manuscrit de Dunant, t. VI. Bibliothèque de Genève.) {p.263}
Les 9 bataillons de la division Chabran, sous les ordres du général Seriziat, partis le 5 mai de Mâcon, arrivent à Genève le 9 mai. V p. 250.
Le général Lechi ne devait partir que le 9 de Bourg, d'après l'ordre donné par Berthier à son passage à Bourg le 4. (V. p. 252.) Pour arriver le 11 à Genève, il fallait qu'il doublât une étape.
Dupont écrit le 7 mai au Ministre:
« Je vous préviens que les 7 escadrons formés des dépôts de l'armée d'Orient se trouvent hors d'état de servir en ce moment; le général en chef en a passé la revue à son passage à Chalon. » {p.264} {p.265}
Voir p. 264. {p.266}
C'est l'inspecteur aux revues Boinod qui semble avoir été chargé de cette mission. {p.267}
Le 2e régiment d'artillerie à cheval part le 1er mai « d'Auxonne, avec armes et bagages, pour se rendre à Lons-le-Saunier ». (Sénarmont, chef d'état-major général de l'artillerie, au Ministre de la guerre, 1er mai.)
Les affûts-traîneaux étaient partis de Dijon, le 30 avril, et les traîneaux, d'Auxonne, le 2 mai, d'après la lettre de Marmont au Premier Consul, du 29 avril. V. p. 221. Berthier avait tout fait peur hâter leur marche, car il venait d'écrire à Dupont la lettre suivante, non datée, mais qui est, selon toute vraisemblance, du 6 ou du 7 mai:
« Vous ferez partir sur-le-champ, citoyen Général, un officier d'état-major qui se rendra sur la route par laquelle arrivent les traîneaux.
« Cet officier devra prendre toutes les mesures nécessaires pour que ces affûts aient des moyens de transports et qu'ils marchent sur-le-champ, jour et nuit, pour se rendre ici.
« Cet officier devra employer les moyens de réquisition ou tous autres pour se procurer des transports et devra mettre la plus grande célérité dans l'exécution de cet ordre. Il ne quittera pas le convoi.
« Alex. BERTHIER. »
Sans doute, d'après les renseignements des généraux Watrin et Marescot, qui revenaient du Grand-Saint-Bernard. V. p. 286 et 301.
Les 1200 hommes de Chabran, colonne Miquel, arrivent à Moutiers le 7 mai. {p.268}
Le Ministre écrit le 7 mai au Premier Consul:
« . . . . . Il est parti, hier soir, 10,000 paires de souliers; il en partira, sous deux jours, 2,294 paires; tous les trois jours, il partira un convoi de 3 à 4,000 paires de souliers, jusqu'au moment où il en sera arrivé le nombre de 30,000, que vous avez demandé. »
Dubreton écrit à Berthier le 9 mai:
« Je me hâte de vous prévenir, Général, que le préposé du payeur général est arrivé à Genève.
« Sa caisse comporte :
« 75,000 francs en argent.
« 100,000 francs en lingots.
« 200,000 francs en traites.
« Le payeur général annonce avoir chargé à la diligence:
« 1° Une somme de 150,000 francs, qui paraît devoir arriver demain;
« 2° Le surplus de ses fonds, dont il n'annonce pas la quotité, (et qui) doit arriver trente-six heures après.
« J'ai ordonné au préposé d'ouvrir sa caisse sur-le-champ même.
« Il est logé chez le citoyen Rammed, maison du receveur général, Grande-Rue.
« Salut et respect.
« DUBRETON. » {p.269}
Ces 4 pièces doivent être celles portées au tableau de marche du 27 avril. V. Annexe n° 12. {p.270} {p.271}
Emploi du calendrier grégorien.
Martin, commissaire des guerres, chargé en chef de l'administration de la division Boudet, au commissaire des guerres helvétique.
Nyon, le 16 floréal an 8 (6 mai 1500).
Vous savez, mon camarade, que je ne suis chargé que des troupes qui composent la division Boudet. La subsistance à fournir à toutes les autres de passage est de votre ressort. Je vous engage, en conséquence, à y pourvoir; et vous le devez d'autant plus faire que vous connaissez la bonne volonté que j'ai mise à favoriser un service qui m'est étranger, lorsque mes approvisionnements me l'ont permis; mais à peine ai-je de quoi nourrir la troupe dont j'ai la police spécialement.
Le 3e bataillon de la 6e légère, qui passait le 6 mai à Nyon.
La 96e, qui arrivait le 6 à Nyon, pour plusieurs jours.
Régiments annoncés à Nyon pour le 8 et le 9 mai. {p.272}
Gassendi (Jean-Jacques-Bazilien), né à Digne le 18 décembre 1748, aspirant au corps d'artillerie le 24 février 1767, élève le 9 novembre 1767, lieutenant le 9 mai 1768, {p.273} capitaine le 3 juin 1779, chef de bataillon le 8 mars 1793, suspendu le 20 janvier 1794, réintégré et proposé pour la retraite en mars 1795, rentré dans l'artillerie avec le grade de chef de brigade en mars 1796.
Il devint général de brigade le 14 septembre 1800, général de division le 20 septembre 1805, fut fait comte de l'Empire, et mourut le 14 décembre 1828.
Le payeur Jehannot n'avait pas quitté Dijon le 4 mai, bien que son trésor tôt parti pour Genève le 2.
Le payeur général de la Côte-d'Or était chargé du service des troupes restant dans son département. {p.274}
Le Premier Consul reçoit, le 4 mai, la première communication officielle de Masséna depuis l'offensive de Mélas, du 6 avril :
« Masséna au Premier Consul.
« Gênes, le 3 floréal an 8 (23 avril 1800).
« Nos communications avec la France ayant été interrompues par l'invasion des Autrichiens, il m'a été impossible de vous en rendre compte plus tôt.
« Je hasarde même cette lettre pour vous instruire de ce qu'il y a de plus intéressant {p.275} à cet égard et lever vos doutes sur la nature des opérations qui ont eu lieu, depuis le 16 jusqu'à ce jour. . . . .
Nous avons été, après quelques tentatives qui ont eu quelques instants de succès, et pressés par la privation absolue de subsistances et de munitions de guerre, nous avons été, dis-je, obligés de nous replier sur Gênes . . . . .
. . . . . Ma position est une des plus malheureuses et des plus critiques dont on puisse se faire une idée. L'ennemi s'est emparé de tous les moulins des environs de la place et a coupé l'aqueduc qui faisait tourner ceux de Gênes. . . . . Je ne peux pas me persuader que vous n'ayez déjà marché à notre secours. . . . . Le fort de Savone est sur le point de tomber.
« Enfin, je pourrai ici, en continuant la réduction des rations et en faisant manger des légumes, tenir encore dix ou douze jours et peut-être quinze.
« C'est à peu près, et sans quelque inconvénient que je ne peux prévoir, le maximum de la résistance, qu'avec les plus grands efforts, je pourrai opposer à l'ennemi. . . . .
. . . . . Je vous en conjure, citoyen Consul, venez à notre secours! La poignée de braves que je commande ici mérite bien, par sa constance et son dévouement, toute votre sollicitude.
« MASSÉNA. »
Cornigliano, 3 kilomètres ouest de Gênes, sur le littoral, à l'embouchure de la Polcevera.
Gênes à Aoste, 250 kilomètres environ. {p.276}
Par ordre de Berthier, Dupont écrit au général Dessolle, chef d'état-major de Moreau, après quelques félicitations sur la victoire de Stockach :
« Nous précipitons notre marche, quoique tous nos moyens d'action ne soient pas prêts. Aussitôt que nos affûts-traîneaux, qui s'avancent nuit et jour, seront arrivés, nous passerons les montagnes. La tête de l'armée entrera vers le 25 dans la vallée d'Aoste.
« La situation de Masséna est bien pénible; il est enfermé dans Gênes avec peu de vivres; il faut tout tenter pour le dégager.
« L'ennemi menace Nice en même temps qu'il bloque Gênes.
« Nous allons nous jeter en Italie avec la conviction que l'armée du Rhin nous donnera. un renfort, qui agira par le Gothard; cette diversion est indispensable. Le général Moreau, voyant l'armée d'Italie dans une situation aussi critique, ne balancera sûrement pas à détacher 15,000 hommes sur-le-champ, en attendant que de nouveaux succès lui permettent de nous envoyer tout ce qui a été convenu.
« L'armée de réserve, étant obligée d'agir sur-le-champ pour ne pas laisser écraser Masséna; se trouve inférieure de moitié environ à ce qu'elle devait être d'après le premier plan. Vous sentez que notre principal espoir est fondé sur votre secours; l'absence de quelques demi-brigades sera insensible pour le général Moreau.
« Annoncez-moi, mon cher Général, que, vers le 30, un corps de 15,000 hommes se montrera sur le Gothard et le Simplon. Je le répète, ce détachement est d'une nécessité absolue.
« Je vous félicite bien sincèrement de vos succès, et de ce qu'il y a de personnel pour le général Moreau, et pour vous, dans ce brillant début.
« Je vous embrasse.
« DUPONT. »
Dessolle dut recevoir cette lettre vers le 10 mai; il n'y répondit que le 20. Il avait écrit en marge « Répondre que j'ai été malade et n'ai pu lui répondre plus tôt; que le corps ne peut être rendu le 30 sur le Gothard; mais qu'il sera en marche de Zurich et que la tête sera sans doute, à cette époque, sur le Gothard. »
Ce courrier ne partit que le 5 mai. {p.277}
Correspondance de Napoléon, n° 4751. {p.278}
Les instructions n'ont pas été retrouvées.
Carnot fut à l'armée du Rhin le 10 mai, à Lausanne le 13 (23 floréal) et de retour à Paris le 22 mai.
L'intérim du Ministère était fait par le général Lacuée.
Bonaparte, Premier Consul de la République, sur la proposition du Ministre de la guerre, chargé d'une mission spéciale qui nécessite momentanément son absence, arrête que le général Lacuée, conseiller d'État, remplira par intérim les fonctions de ce Ministère.
Le présent arrêté sera inséré au Bulletin des Lois.
Signé: BONAPARTE.
Par le Premier Consul :
Genève, le 18 floréal an 8 (8 mai IS00).
Vous donnerez des ordres, citoyen Général, pour qu'il soit préparé à Genève, pour le 25, des transports pour porter à Villeneuve un million en argent, qui arrive de Paris.
Berthier envoya le général de brigade Vaufreland.
Cette lettre du Premier Consul arriva à Genève le 8 mai. Voir les mesures prises en conséquence par Berthier, p. 297 et 298.
Correspondance de Napoléon, n° 4755. {p.279}
Extrait des registres de délibération des Consuls de la République. Corr. de Napoléon, n° 4754.
Voir le procès-verbal des dispositions arrêtées entre Berthier et Moreau, p. 117.
Extrait des registres de délibération des Consuls de la République. Corr. de Napoléon, n° 4757.
Le département du Mont-Blanc était aussi affecté à l'armée de réserve par arrêté du même jour. {p.280}
Le 8 mai, Carnot envoie de Bâle cet ordre à Moncey, en même temps que des instructions sur la défense du Saint-Gothard et sur la réunion de ses troupes.
Le 13 mai, Moncey répond à Carnot et rend compte au Premier Consul que les mesures ordonnées « sont inexécutables », qu'il est impossible de réunir 3,500 hommes au Simplon, « puisque ce nombre n'existe pas en Helvétie, si l'on veut garder le Gothard et couvrir les magasins de Zurich ». Il n'y réunit donc que la 44e demi-brigade qui n'y sera tout entière qu'à la fin de mai
Cet aide de camp est le chef d'escadron Franceschi, aide de camp du général Soult.
Parti de Gênes le 27 avril, il atteint le même jour la Pietra qu'occupait encore le général Suchet, et lui annonce que « le général en chef s'est déterminé à se renfermer dans Gênes, qu'il y a pour un mois de vivres et que les habitants sont dans les meilleures dispositions ».
Il poursuit sa route et après avoir pris des dispositions pour assurer l'approvisionnement de Gênes, rencontre Berthier à Chalon le 3 mai (v. p. 249) et arrive à Paris le 5.
Les nouvelles apportées par Franceschi déterminent de nombreux ordres du Premier Consul. Neuf courriers, dont cinq pour Genève, partent de Paris le 5 mai. Ordinairement il y avait un courrier par jour (Liste des courriers partis, Arch. nationales, AF, IV, 427 reg.).
Le lendemain, arrivait à Paris un courrier de Suchet; il apportait un rapport de ce général écrit à la Piétra, le 27 avril, quelques heures après le passage de Franceschi.
Le Moniteur du 6 mai résumait, ainsi qu'il suit, les nouvelles contenues dans cette lettre: « Le général Suchet écrit du quartier général de la Piétra, en date du 7 floréal, qu'il est toujours sur les hauteurs de Melogno et de Settepani.
« Le 4, il a ordonné au général Serras de s'emparer des hauteurs de Muriatto. Ce général, à la tête des grenadiers des 10e et 99e, a fait 150 prisonniers dont 3 officiers.
« Le général Masséna se trouvait à Gênes, ayant journellement des attaques avec l'ennemi, Le 4, le général Soult avait fait, près du pont de la Polcevera, 600 prisonniers, dont 27 officiers et 1 colonel du régiment de Nadasti. »
Suchet ajoutait « Le général Mélas a rassemblé toutes ses forces pour marcher sur nous. . . . . , il a dégarni toutes ses places. . . . . ». {p.281}
Correspondance de Napoléon, n° 4760.
Correspondance de Napoléon, n° 4759. {p.282}
Le télégramme annonçant la victoire de Stockach était inséré dans le Moniteur du 6 mai (16 floréal) :
« Transmission télégraphique du 15 floréal:
« L'armée du Rhin, dans la journée du 14, a culbuté l'ennemi; elle s'est emparée de la position intéressante de Stockach et de tous les bords du lac de Constance, a fait 7,000 prisonniers, pris 9 pièces de canon, et des magasins très considérables. »
Le départ du Premier Consul et du Ministre de la guerre étaient annoncés au public par la note suivante, parue au Moniteur du 6 mai :
« Paris, le 15 floréal :
« Le Premier Consul part cette nuit à 3 heures, pour se rendre à Dijon et à Genève, où il va passer en revue l'armée de réserve.
« Les conseillers d'État Petiet et Dejean sont partis aujourd'hui pour Genève.
« Le citoyen Carnot, Ministre de la guerre, a été chargé d'une mission spéciale, qui nécessite momentanément son absence. Le conseiller d'État, Lacuée, est chargé, par intérim, du portefeuille de la Guerre. »
Le Premier Consul avait commandé un sabre avant de partir; cette arme ne fut prête que le 12 mai.
Ce jour-là Boutet, « directeur-artiste », écrivait « de la manufacture nationale d'armes de Versailles », au Ministre de la guerre :
« Citoyen Ministre, j'ai l'honneur de vous adresser un sabre de bataille garni de son ceinturon, le tout garni en or plein, ainsi que me l'a demandé le Premier Consul.
« BOUTET. »
Lacuée priait « les administrateurs de la poste aux lettres de faire partir par le courrier de ce jour le sabre du Premier Consul ».
L'arme dut parvenir au Premier Consul au moment de son passage du Grand-Saint-Bernard, le 20 mai.
Soit des vivres jusqu'au 30 floréal (19 mai). Le même jour, le Premier Consul écrivait à Bernadotte:
« . . . . . Masséna, avec 15,000 hommes, est dans Gênes. Il a des vivres jusqu'au 15 prairial. . . . . ».
Correspondance de Napoléon, n° 4758. {p.283}
Brune fut nommé général en chef de l'armée de réserve de 2e ligne, qui se forma à Dijon.
Le même jour, le Premier Consul écrivait une lettre en conséquence au général Bernadotte « conseiller d'État, commandant en chef l'armée de l'Ouest », auquel le Ministre de la guerre, Lacuée, envoyait le 6 mai l'ordre de faire rassembler de suite, à Rennes, la 64e demi-brigade « dont l'échange vient d'être consomme ». . . . . « de manière à ce qu'elle puisse partir de cette place le 20 floréal, pour se rendre avec rapidité et sans séjour à Paris».
Elle devait arriver à Paris le 30 floréal (Lacuée à Mortier, 6 mai).
Le 6 mai, le Ministre invitait le général Mortier « à tenir ces deux bataillons prêts à se mettre en marche le 2 prairial, pour se rendre à Dijon ».
Le même jour avis était donné au général Berthier de l'arrivée à destination de ces deux bataillons le 11 prairial, avec invitation de garder à l'armée de réserve le 1er bataillon de la même demi-brigade, qui, de Chambéry, devait être dirigé sur Paris. En même temps, le général Gilly, commandant la 19e division à Lyon, recevait l'ordre d'envoyer ce bataillon à Genève.
Correspondance de Napoléon, n° 4756. {p.284}
Des ordres sont envoyés le même jour au Ministre des finances Gaudin:
Je vous prie, citoyen Ministre, de faire partir les 500,000 francs avec un payeur de confiance et intelligent, en poste pour Genève, où il est indispensable qu'il soit arrivé le 18 au soir.
Ce caissier gardera ces fonds, et il ne les emploira que d'après mes ordres.
Je désire que vous m'envoyiez un payeur intelligent, afin que je puisse, selon les circonstances, m'en servir comme d'une espèce de caisse centrale, et qu'il soit dans le cas de rendre au directeur du Trésor public compte de toutes les mesures que je pourrais prendre pour avoir de l'argent.
J'ai chargé le conseiller d'État Petiet, qui me suit, de vous voir pour différents autres objets.
Correspondance de Napoléon, n° 4753. {p.285}
Journal du soir des frères Chaigneau (17 floréal an 8).
Annuaire départemental de la Côte-d'Or, par Joseph Garnier, p. 147.
« 3 heures du matin » se rapporte évidemment au lendemain 8 mai.
Ces deux lettres prouvent que, contrairement aux indications des Mémoires du due de Bellune, le Premier Consul passa une journée à Dijon.
Annuaire départemental de la Côte-d'Or, p. 147;
Lambert fait observer dans sa réponse qu' « il n'existe dans la caisse du payeur que 14,510 francs ». {p.286}
Le 9 mai, Lambert répondait de Lyon et exposait au Premier Consul l'état des approvisionnements préparés (plus d'un million de rations de biscuit, 100,000 pintes d'eau-de-vie, 100,000 boisseaux d'avoine). V. chap. XII.
Watrin, ayant donné rendez-vous, à Martigny, au général Marescot, partait de Lausanne le 3 dès l'aube, et Moncey, venu de Berne pour conférer avec lui, ne le trouvait plus à Lausanne (Moncey à Berthier, 3 mai).
Le même jour, Watrin allait avec Marescot, de Martigny à Sembrancher (Archives du Grand-Saint-Bernard).
Le 4, Watrin et Marescot montaient jusqu'à l'hospice, en descendaient aussitôt, allaient en char d'Orsières à Sembrancher (Archives d'Orsières), puis de Sembrancher à Martigny (Archives du Grand-Saint-Bernard).
Le 5, Watrin voyait au retour ses demi-brigades et arrivait le 6 à Lausanne.
Ce mouvement n'eut pas lieu de suite, car le 8 mai la 6e légère était encore en aval de Bex et recevait l'ordre d'occuper ce point le 9.
Les deux bataillons de la 6e légère étaient aussi dans la même région.
Lettre non retrouvée. {p.287}
Lettre non retrouvée.
Watrin occupait à Lausanne un appartement dans la maison Steiner (Registre de la municipalité de Lausanne, t. II, p. 57).
Ces renseignements se trouvent aussi dans une autre note non signée, qui paraît devoir être attribuée au général Mainoni et a dû être remise à Marescot (Voir le rapport de ce dernier, p. 299). On y lit en outre:
« Je ne sais s'ils ont fait quelques changements depuis la grande victoire du général Masséna. Les grandes pluies et la chute des neiges m'en ont empêché toute communication et découverte; au premier jour, j'en tenterai une pour savoir à quoi m'en tenir.
Malgré mes faibles moyens, je suis en mesure pour la défensive et je serais d'ailleurs fort embarrassé dans ce moment de placer plus de troupe dans le haut Valais, vu le peu de subsistances. Les moyens presque nuls des transports réduiraient cette troupe à périr de faim, vu que ce misérable pays n'offre aucune ressource, dénué de tout.
Je me trouve sans cavalerie; nonobstant la correspondance se fait autant bien que possible par l'infanterie (Archives du génie). {p.288}
Mainoni (Joseph-Antoine-Michel), né à Lugano le 29 septembre 1754, enrôlé dans la garde départementale soldée de Strasbourg le 18 octobre 1790, capitaine en octobre 1792, chef du 6e bataillon du Bas-Rhin, chef de brigade nommé par les représentants du peuple le 11 mai 1794, général de brigade le 19 novembre 1798.
Il devint général de division le 27 août 1803, commandant d'armes à Mantoue le 30 octobre 1803, et mourut dans cette place le 12 décembre 1807.
Varallo n'est pas sur le lac d'Orta, mais sur la Sésia. {p.289} {p.290}
Cette lettre de Dupont à Watrin n'a pas été retrouvée.
Au général de brigade Gency.
En conséquence des dispositions arrêtées par le général commandant la division, je vous préviens, citoyen Général, qu'il établira demain son quartier général à Vevey, et que les troupes qui se trouvent sous vos ordres, occuperont demain Vevey, Clauze, Montreux et Anevevoux. Il conviendrait pour remplir les intentions du général que le bataillon de la 40e demi-brigade, actuellement ici, partît demain matin de bonne heure. Je préviens le général Malher de ce mouvement pour qu'il donne des ordres aux troupes qui se trouvent sous ses ordres à Vevey d'en partir de suite pour prendre les cantonnements qui lui seront désignés.
Les dépôts resteront à Lausanne jusqu'à nouvel ordre.
HULIN.
Au général de brigade Malher.
Je vous préviens, citoyen Général, qu'en conséquence des dispositions arrêtées par le général de division Watrin, il établira son quartier général demain à Vevey, et qu'une partie de la brigade commandée par le général Gency, occupera demain Vevey,et ses environs.
En conséquence, le général divisionnaire ordonne que toute la 6e demi- brigade légère soit cantonnée à Saint-Maurice et environs.
Le général se repose entièrement sur vous pour asseoir ses cantonnements de manière à ce que les troupes soient resserrées le plus possible et partagées dans les divers villages proportionnellement à leurs grandeurs.
Il convient que vous établissiez votre quartier général le plus possible au centre de ces cantonnements.
Au commandant du détachement du 11e régiment d'hussards.
En conséquence des dispositions arrêtées par le général commandant la division, il est ordonné au détachement du 11e régiment d'hussards de partir demain 17 courant de Lausanne, {p.291} pour se rendre au quartier général de la division, à Vevey, où ils resteront jusqu'à nouvel ordre.
L'officier commandant le détachement laissera, pour l'escorte du général, 8 hussards commandés par un maréchal des logis et un brigadier.
(Même ordre au commandant du détachement de la gendarmerie et au commandant de l'artillerie, lequel « enverra demain matin de bonne heure un sous-officier pour reconnaître l'emplacement où il pourrait asseoir son parc ».
Avis au commissaire ordonnateur Dalbon que le quartier général de la division, « les troupes ainsi que le parc d'artillerie qui se trouvent à Lausanne » partiront le lendemain pour Vevey.)
Au commissaire des guerres Trousset.
Je vous préviens, citoyen commissaire, que d'après les dispositions arrêtées par le général commandant la division, il établira demain 17 courant son quartier général à Vevey, que le bataillon de la 40e de ligne, le détachement dû 11e régiment d'hussards et celui de la gendarmerie, ainsi que le parc d'artillerie, ont reçu ordre de se rendre demain à Vevey et environs, et que les troupes sous les ordres du général Malher ont reçu ordre de se rendre à Bex, Villeneuve, Martigny et environs (*).
Vous voudrez bien prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer tous les services des subsistances pour les différents cantonnements, comme aussi de donner les ordres aux administrations de suivre le mouvement du quartier général de la division.
(*) L'ordre au général Malher ne fait mention que de l'envoi de la 6e légère à Saint-Maurice.
Ces ordres s'exécutent dans la journée du 7 mai:
« Une demi-brigade, la 40e, arrivée ici, est restée dans le district, dont un bataillon ici avec 2 généraux et un nombreux état-major. Effectif: 2,700 hommes d'infanterie » (Manuscrit Couvreu, Vevey, 7 mai).
La 22e quittait Vevey où elle était depuis le 4 mai et partait pour le Valais (Manuscrit Couvreu).
La 6e légère faisait transporter des bagages à Martigny (Archives de Martigny, 7 mai).
Dupont transmit le 9 mai au Ministre la réclamation du général Watrin sur le faible effectif de la 6e légère:
Je vous rappelle que la 6e demi-brigade légère a laissé un détachement de 500 hommes à Brest. Vous avez donné des ordres pour qu'il rejoigne son corps, mais ils ne sont point exécutés; je vous prie de les réitérer d'une manière positive.
Les carabiniers de cette demi-brigade, qui étaient employés auprès du quartier général de l'armée de l'Ouest, ne sont point encore rentrés à leurs corps. L'absence de ces détachements altère singulièrement la composition de cette demi-brigade.
Le Ministre (Lacuée, par intérim), répondait le 19 mai à Dupont:
Je vous préviens, citoyen Général, en réponse à votre lettre du 19 floréal, que le détachement de 400 hommes de la 6e demi-brigade d'infanterie légère, dont vous réclamez le retour à son corps, se trouve à la disposition de la marine, à l'exception de 160 hommes qui doivent arriver incessamment à l'armée de réserve, s'ils n'y sont déjà rendus.
Le général en chef de l'armée de l'Ouest n'a pu obtenir de substituer d'autres troupes {p.292} au surplus de ce détachement qui est embarqué depuis longtemps, par la considération que les hommes qui le composent sont familiarisés avec les manoeuvres de mer et qu'il serait impossible de les remplacer convenablement.
A l'égard des carabiniers de ce corps, qui étaient restés auprès du quartier général de l'armée de l'Ouest, je viens de recommander expressément au général Bernadotte de les faire diriger avec rapidité et sans séjour sur Dijon, où ils attendront de nouveaux ordres pour leur marche ultérieure.
LACUÉE.
Torrent qui se jette dans le Rhône, entre Saint-Maurice et Martigny.
Cette lettre annonçait la victoire de Stockach, remportée le 4 mai par Moreau sur Kray, et la retraite des Autrichiens sur Ulm.
Le bataillon de la 9e légère, venu de l'armée du Rhin, était en avant. Le 7 mai, « revenant du Valais », il passait à Vevey « sans s'arrêter, allant coucher à Chexbre (entre Vevey et Lausanne). à l'effectif de 800 hommes » (Manuscrit Couvreu, Vevey),
Le 8, ce bataillon revenait cantonner à Vevey (Manuscrit Couvreu). {p.293}
Il ne doit être question que des trois demi-brigades du général Seriziat, dont l'itinéraire a été donné p. 250.
Quant aux 400 hommes auxquels Berthier a donné le 3 mai l'ordre de partir de Chalon, leur marche a dû être la suivante :
Le 4 mai, Tournus; le 5, Mâcon; le 6, Bourg; le 7, Nantua; le 8, Châtillon; le 9, Collonge; le 10, Genève.
Les bataillons d'infanterie légère n'étaient pas prêts à être mis en marche le 4 mai, quand Berthier était passé à Mâcon.
Légion italique partie le 9 mai de Bourg (voir p. 252).
13e légère, 70e et 72e de bataille. La 13e arrive à Dijon les 30 avril et 6 mai, la 70e le 8 mai, la 72e vers la même date.
Le général Monnier « échangé » recevait l'ordre d'être à Dijon le 7 mai (voir p. 277) et prenait le commandement de cette division à la place du général Gardanne. {p.294}
Les dessinateurs et ingénieurs arrivèrent à temps, car les Archives de la guerre possèdent des levés et dessins faits par eux pendant la campagne, depuis le passage du Grand-Saint-Bernard, et dont plusieurs sont reproduits dans ce volume aux chapitres X et XI.

References: Art. 1
 l'article 2

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 1

Art. 2

Art. 3