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Timestamp: 2018-06-25 00:07:04+00:00

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Le rêve en pratique homéopathique - Bernard LONG
Bernard LONG - 1997
Le rêve en pratique homéopathique
De tout temps il a existé une oniromancie. L’interprète des songes a toujours été considéré avec respect et admiration. On connaît l’oniromancie égyptienne, chaldéenne, hindoue et grecque. La plus ancienne clef des songes connue est un fragment du Papyrus Chester-Beatty de la XII° dynastie égyptienne.
On peut distinguer trois catégories principales de livres des songes :
1° Les clefs des songes qui partent du contenu du rêve et qui en déduisent l’avenir
2° Les clefs qui se basent sur le moment où s’est produit le rêve
3° Les clefs qui se complètent d’autres mancies.
La technique d’interprétation partait en général du principe d’analogie (*1).
En Égypte, les songes obtenus par sommeil dans un temple établissaient une sorte de dialogue entre les mortels inquiets et la divinité... La majorité des songes obtenus par "incubation" dans un temple avaient pourtant un autre but : celui d'assurer, par intervention divine, la guérison des malades. Les sanatorium attachés aux grands sanctuaires à la basse époque devaient donc ressembler à ce que sont aujourd'hui certains lieux de pèlerinage de la chrétienté... Ce qui nous intéresse plus particulièrement dans cette coutume, c'est qu'au cours d'un songe les malades recevaient du dieu, par des voix prophétiques, l'indication du remède qui devait soulager leurs maux...
Le principe même de ces songes guérisseurs est exposé par Diodore (I, 25), qui en attribue tout le mérite à la déesse Isis.
"Selon les Égyptiens, Isis a inventé beaucoup de remèdes utiles à la santé; elle possède une grande expérience de la science médicale, et, devenue immortelle, elle se plaît à guérir les maladies... Elle se montre surtout aux malades pendant le sommeil, apporte des soulagements et guérit d'une façon surnaturelle ceux qui lui obéissent (*2).". Quelques papyrus grecs, et quelques documents égyptiens (démotiques) nous montrent quelle était la technique de ce genre de consultation oraculaire :
"Tu te rends en une pièce sombre et propre, dont la façade s'ouvre au sud, et tu la purifies avec de l'eau additionnée de natron. Puis tu prends une lampe blanche, neuve, en laquelle n'entre ni terre rouge ni eau de gomme, et tu y introduis une mèche propre, et tu l'emplis de vraie huile, après avoir, au préalable, écrit ce nom et ces figures sur la mèche, avec une encre additionnée de myrrhe (*3).
La tendance des spécialistes est de considérer que la pratique de l'incubation , tard venue en Égypte, est d'inspiration hellénistique (*4). Cette idée issue de la culture classique hellénistique est vraisemblablement erronée.
Ainsi l'incubation se retrouve en Grèce. Asclépios, qui dès le temps de la guerre du Péloponnèse, s'est fait admettre à Athènes parmi les dieux de la cité, devient dans la suite le "sauveur" par excellence... Ses sanctuaires sont assiégés sans cesse par une foule de pèlerins, surtout les deux plus considérables; celui d'Epidaure, dont le renom est ancien, et celui de Pergame, qui date du temps des Attalides... Les dévots d'Asclépios, après s'être purifiés d'eau lustrale et avoir présenté leur requête au dieu, passent la nuit dans un dortoir attenant au temple. Le "sauveur" leur apparaît en songe et, s'il ne les guérit pas sur-le-champ, leur prescrit les remèdes ou le traitement qui triomphera du mal. Certains dévots s'installent dans le sanctuaire et, pendant une période prolongée, bénéficient de la sollicitude du dieu. De très nombreuses inscriptions témoignent de l'efficacité de ces cures (*5).
2. RÊVE, SYMPTÔME COMPENSATOIRE
On peut considérer l’organisme humain comme un système soumis à des agressions internes et externes qui ont pour conséquence le " stress ". La réponse à l’événement stressant va entraîner une tentative " d’adaptation " à la situation nouvelle pour revenir à un état "d’homéostasie" (*6). Ces réactions de stress vont s’exprimer par de l’anxiété et des troubles somatiques divers. Il y aura anxiété, compensation et éventuellement décompensation.
pulsion compensatoire
Une pulsion serait une poussée inhérente à l’organisme vivant vers le rétablissement d’un état antérieur que cet être vivant a dû abandonner sous l’influence perturbatrice de forces extérieures. (*7)
maladie compensatoire
La maladie peut être considérée comme un tentative d’autorégulation individuelle de la structure vitale un moment mise en danger par des forces perturbatrices. Cette force de cohésion interne, la Natura hippocratique tente de rééquilibrer l’homéostasie au moyens de symptômes dont le rôle est double :
1 - ils préviennent comme des voyants qui s’allument dans un véhicule
2 - ils guérissent par leur dynamisme interne pulsionnel dont le but est de rééquilibrer la structure perturbée
Si la maladie " compensatoire " dépasse son but et perd son contrôle, elle devient un danger pour l’organisme.
Si la force de cohésion de la Natura est affaiblie, la maladie est incurable par la seule force de l’individu : il faut utiliser des remèdes palliatifs.
symptôme compensatoire
Si la maladie est compensatoire, il en est de même des symptômes qui l’annoncent, puisqu’ils sont la composante phénoménologique du désordre installé : ils préviennent et essayent de montrer une issue réactionnelle curative. On peut dire en quelque sorte que "le symptôme est une tentative de guérison "(*9).
Avant Freud les auteurs avaient en gros deux sortes de réponses à la question de la nature du rêve :
- les uns avaient une notion " scientifique " sur une origine expérimentale du rêve. Des excitants internes ou externes (un mal de dent, la vessie peine ou un bruit extérieur) peuvent provoquer des rêves.
- les autres, tout particulièrement les penseurs de l’époque romantique (G.H. von Schubert), rattachent le rêve à des considérations philosophiques métaphysiques. Le rêve est " une langue primitive et naturelle de l’âme ".
F. Nietzsche "pense que " nous revivons en rêve ce qui a été pensé par une humanité antérieure ", ce qui annonce des conceptions freudiennes et l’inconscient collectif jungien.
Dans un ouvrage intitulé " Der Traum und seine Verwerthung fürs Leben " ( Leipzig 1785), F.W. Hildebrandt dit " qu’on ne peut imaginer aucune action commise en rêve dont le motif premier n’ait pas déjà traversé auparavant l’âme à l’état de veille, en qualité de souhait, de désir ou d’intuition. " (*9).
Freud affirme d’abord :
" Je prétends que le rêve a une signification et qu’il existe une méthode scientifique pour l’interpréter. " (*10)
Freud va défendre la conception de la satisfaction des désirs par le rêve :
" Le rêve... son contenu est l’accomplissement d’un désir, son motif un désir. " (*11)
Pour Freud, le rêve est la satisfaction hallucinatoire d’un désir refoulé ou tout au moins une tentative de réalisation qui échoue dans le rêve d’angoisse. Le rêve présente un contenu manifeste et un contenu latent. Son étude est toujours individualisée. Pour accéder au sens du rêve, à son contenu latent, la participation du rêveur est nécessaire, par le jeu des associations d’idées.
Adler insiste sur la fonction préparatrice et prophétique du rêve. Nos tendances instinctives visent à nous assurer une situation supérieure et la puissance (*12).
Jung a une attitude extrêmement riche vis à vis du rêve. Il constate que le sens de la plupart des rêves ne coïncide pas avec les tendances de la Conscience. Il admet que l’Inconscient, matrice des rêves, possède une fonction indépendante qu’il désigne par " autonomie de l’Inconscient ". Seule la compensation explique pour lui la coïncidence ou non du Conscient et de l’Inconscient. La compensation est l’affrontement et la comparaison de différentes données ou de différents points de vue, et il en résulté un équilibre ou un redressement. Si l’attitude consciente à l’égard d’une situation donnée de la vie est fortement unilatérale, le rêve adopte un parti opposé. Si la Conscience se tient aux environs du " juste milieu ", le rêve se contente d’exprimer des variantes. Si l’attitude de la Conscience est " correcte " (adéquate), le rêve coïncide avec cette attitude et en souligne les tendances, sans en perdre pour autant l’autonomie qui lui est propre. Les rêves s’organisent en " séries " qui semblent obéir à une sorte de plan, suivant un processus de développement ou d’organisation de la personne que Jung appelle processus d’individuation (*13).
On peut donc considérer que le " symptôme rêve " est une tentative inconsciente de rééquilibrage de l’économie malade vers l’homéostasie. (*14)
Ainsi, pour utiliser un exemple simple, soit un sujet un sujet fébrile qui présente une soif intense. Si le rêve exprime sa soif, il pourra imaginer :
- une scène bienfaitrice d’oasis ressentie positivement
- une scène de fournaise infernale ressentie négativement et douloureusement.
remède compensatoire
Si la maladie est compensatoire comme nous l’avons vu précédemment, elle va osciller entre une expression " primitive " liée à la force propre de l’agent morbide et une expression " secondaire " liée à la réaction opposée réactionnelle de la force vitale du sujet atteint (*15). Ainsi l’homéostasie va se situer au degré " 0 ", entre le degré " +1 " (réaction primitive) et le degré " -1 " (réaction secondaire). Des phases sinusoïdales peuvent se succéder avant d’atteindre le niveau " 0 ".
Le but du remède homéopathique sera d’accéder plus vite et plus sûrement à cet équilibre
On est en présence d’une sorte d’un phénomène proche d’une équation vectorielle où les vecteurs ne peuvent s’annuler que s’ils sont égaux, opposés et de même direction :
notation : M(-->) est le vecteur M orienté vers la droite; M(<--) est le vecteur M orienté vers la gauche
soit M (-->) un vecteur représentant une force morbide.
cette force morbide a un effet primitif sur l’organisme Mp et un effet secondaire Ms tels que :
M(-->) =Mp(-->) + Ms(<--)
par exemple myosis et mydriase
de même : rêve de soif ou rêve de boire (aspect primitif et aspect réactionnel)
soit H(->) un vecteur représentant la force médicamenteuse choisie pour le traitement homéopathique
En homéopathie, l’image médicamenteuse est l’image miroir de la maladie :
M(-->) + H(<--) = 0
car les deux vecteurs sont égaux et de même direction mais de sens opposé (image miroir)
la maladie disparaît.
M(-->) = Mp(-->) + Ms(<--) est différent de H(-->)
tout est à reconsidérer. (*16)
L’énergie perturbée du malade sous forme d’affection individualisée rencontre une énergie médicamenteuse sous forme d’image-miroir. Il existe au moment de cette rencontre une synchronicité (phénomène non causal) qui témoigne d’un lien sémantique existant entre deux monde distincts, celui du malade et celui du remède (*17). Le remède homéopathique est un objet sémantique qui est un élément concret, ni symbolique ni linguistique, traité en tant qu’élément d’information. (*18) Cette information n’existe pas en soi : elle n’a de réalité que reçue et traitée par le receveur. Elle joue le rôle d’une médiation , c’est à dire un lien qui réunit deux éléments tout en maintenant leur différence et en ayant une fonction d’opérateur. Une médiation est une différence créatrice qui lie deux états avec changement de niveau : par exemple, la psychanalyse révèle la somatisation d’états psychiques; de même, les remèdes dilués et dynamisés provoquent un changement (il y a causalité) de l’état pathologique à l’état de guérison (*19). Il y a eu information mimétique active, mimesis active, principe d’une transmission agissante de l’information, complexe et créative (*20).
Pour HAHNEMANN, deux maladies semblables ne peuvent pas cohabiter dans un même organisme; l’une annule l’autre (*21).
Bien entendu si la force médicamenteuse est mal adaptée ou de sens différent à la maladie, le processus continue, change de nature ou s’aggrave. Si la force morbide est trop considérable ou si le niveau vital de l’individu est trop faible, le traitement homéopathique sera impossible : il faudra faire appel à la palliation.
3. RÊVES et PRATIQUE HOMÉOPATHIQUE
3.a OPINIONS des HOMÉOPATHES
HAHNEMANN et suivants
ORGANON § 153 : ... il faut surtout et presque exclusivement dans la recherche du remède homoeopathique spécifique, s'attacher aux symptômes objectifs et subjectifs caractéristiques
les plus frappants
les plus inusités
et les plus personnels
ORGANON § 211
"Cela va si loin que l'état moral du malade devient souvent, dans la sélection du remède homoeopathique, l'élément le plus déterminant, parce qu'il constitue une des manifestations les plus caractéristiques et les plus essentielles de celles qui, entre toutes, doivent le moins échapper au médecin habitué à faire des observations exactes"
ORGANON § 212
"...il n'y a pas au monde un seul médicament énergétique qui n'opère une modification notable et très appréciable dans la disposition d'esprit et du tempérament du sujet sain qui en fait l'essai et qui diffère avec substance médicinale."
ORGANON § 213
"On ne guérira donc jamais d'une façon conforme à la nature, c'est-à-dire d'une manière homoeopathique, tant qu'à chaque cas individuel de maladie, même aiguë, on n'aura pas simultanément égard aux changements survenus dans l'état psychique et l'état mental du sujet."
Il est clair que presque toutes les pathogénésies (dès HAHNEMANN) contiennent de nombreux rêves. Le rêve a été utilisé comme symptôme psychique issu du sommeil dès les débuts de l’homéopathie.
" Quand un malade vous dit : " J'étais éveillé la nuit dernière", il nous relate quelque chose de personnel, de lui-même, c'est pourquoi c'est là un symptôme général. Ou bien il dira : " J'ai rêvé". Et bien, il n'est pas faux d'affirmer que l'homme, considéré comme un tout, a réellement rêvé. Vous pourriez arguer que le mental seul a rêvé, mais le mental constitue l'homme. Il ne faut pas sous-estimer, mais bien réaliser la valeur importante acquise par le sommeil et les rêves dans une anamnèse" (*22).
3.b en PRATIQUE
Le rêve raconté par le malade peut exceptionnellement se trouver tel quel dans une pathogénésie :
une enfant de 11 ans; otite droite. Elle vient de faire un cauchemar : elle était à cheval; le cheval s'est transformé en chien, puis le chien en peluche qui est allé manger le cheval et le chien; ensuite elle saute d'un arbre et devient un oiseau.
dreams, horses, changing into dogs
rêves que des chevaux se transforment en chiens : Zincum metallicum
thèmes concomitants (*23)
Nous savons à quel point les pathogénésies sont partielles. Les provers n’ont pu ni ressentir ni présenter des symptômes dans toutes les localisations, toutes les modalités, toutes les sensations. D’où l’intérêt des répertoires analytiques ou synthétiques de type BOENNINGHAUSEN ou BOGER. Il est donc difficile de retrouver un rêve dans le corpus limité des rêves décrits .
rêves, illusions, peurs, pulsions
Il est courant de considérer que la peur ou l’illusion d’un phénomène sont des équivalents du rêve de ces phénomènes. Ils font partie des sensations que ressent l’organisme stressé dans sa tentative d’adaptation. Ce sont des " illusions " (bien réelles) d’un organisme qui ressent, s’inquiète, rêve, envahi par des pulsions dans sa quête d’homéostasie.
Dans la plupart des cas le rêve, n’existant pas dans les pathogénésies décrites est choisi dans un équivalent de type " peur ", " illusion " ou " pulsion comportementale ". Il est alors utilisé comme symptôme concomitant dans la maladie en présence.
une femme. Elle à perdu son mari deux mois auparavant. Elle est très angoissée, vient de faire un voyage, elle a quitté son domicile pour venir se reposer quelque temps. Depuis la veille, elle présente un zona du sein gauche.
" Cette nuit j’ai fait un drôle de rêve : j’allais chez un docteur; il me disait que ce n’était pas grave et que j’allais bien. " Ce rêve parlait évidemment de son état intérieur depuis la maladie de son mari et l’issue malheureuse.
Dans ce cas l’inconscient lui disait " qu’elle allait très bien " dans une situation qui paraissait dramatique pour un observateur extérieur.
delusions, well, thinks he is
illusions qu’elle va bien
well, says he is, when very sick
dit qu’il va bien alors qu’il est très malade
grief, ailments, from
suite de chagrin
fear, death, of
death, thoughts, of
pensées de mort
skin, herpetic, zoster, zona
peau, herpes zoster, zona
ici le rêve est l’équivalent d’une illusion
Arsenicum album 10 DH. Résultat positif sur 2 jours.
une enfant de 5 ans vient en 93; elle présente un zona de l’hemi-thorax gauche. Il s’agit d’une enfant extrêmement sociable, très bavarde.
" Çà pique et çà démange. "
Elle a passé 3 semaine de vacances fatigantes en Lituanie.
" Hier j’ai rêvé qu’on était dans une montagne, dans un hôtel. Quelqu’un avait mis le feu et on ne pouvait plus sortir. "
" J’ai peur du noir. "
fear, dark
delusions, fire, visions of
illusions de feu
J’avais déjà guéri rapidement cet enfant d’une toux avec Stramonium 2 ans auparavant.
ici encore le rêve est l’équivalent d’une illusion.
L’intérêt de ce cas est double :
1 - le thème du feu est présent
2 - il y a synchronicité entre le rêve et la maladie, feu de Saint Antoine (*24).
un petit garçon de 5 ans tousse depuis la veille. Dans la nuit; il a eu de la fièvre et s'est levé à moitié endormi pour aller aux toilettes. Là, il a eu l'impression d'être assailli par des abeilles.
dreams, bees
rêves d’abeilles : Pulsatilla 15 CH
ici l’illusion est l’équivalent d’un rêve
une jeune femme vient me voir pour un zona de la cuisse gauche;
" Je suis stressée en ce moment car mon fils passe le bac. "
Elle est infirmière : " Les vieux m’énervent, ils ne vont pas assez vite. "
" J’ai toujours mes petites bouffées de chaleur. "
" çà brûle comme une bande large, c’est lourd et c’est sensible au frottement . "
A ce stade de l’interrogatoire, on peut penser que la maladie est venue à la suite du souci, qu’elle se fait pour son fils qui n’est certes pas un foudre de guerre au lycée.
Et le sommeil ? : " Correct. "
Et les rêves. " Alors là, je viens de faire un rêve, je n’ose pas vous le raconter. J’étais dans une forêt et le me promenais, je fumais un énorme pétard qui était un sexe !. "
Nous sourions à l’évocation de cette scène et elle dit que depuis de nombreux mois elle est abstinente, ceci expliquant cela !
Il est évident que le thème de la sexualité, en particulier de la frustration sexuelle est au coeur de l’émergence de la maladie cutanée, puisque ce rêve ( assez inhabituel chez la patiente) est un concomitant du zona.
dreams amorous
pain, burning, externally
douleur brûlante externe
rubbing, agg
aggravation en frictionnant
ici le rêve est certes présent dans la rubrique générale des rêves érotiques, mais surtout il souligne le thème fondamental de la sexualité dans la problématique de la rêveuse à cette période précise de sa vie.
L’association d’une éruption vésiculeuse brûlante à un éréthisme sexuel est une indication de Cantharis qui est donné en 9 CH, 3 fois par jour pendant 3 jours et qui arrête net les douleurs et l’éruption.
une femme vient pour une toux. 5 jours auparavant elle a séjourné dans un endroit surchauffé. Depuis ce temps, elle tousse et a un peu mal à la gorge. Elle tousse peu dans la journée et présente des quintes de toux sèche qui la réveillent vers 1 heure et demi du matin. Les quintes la font presque vomir.
" Cette nuit j’ai rêvé que je mordais une femme ."
A noter que cette patiente présente une exophtalmie droite.
cough dry, night
toux sèche la nuit
eye, protrusion
protrusion de l’oeil
Belladona 15 CH, une dose la débarrasse rapidement et définitivement de cette toux. .
ici le rêve est l’équivalent d’une pulsion de la rêveuse. Elle a envie de mordre.
une jeune femme vint me voit avec une gingivite extrêmement douloureuse d'apparition récente; la gencive était violette, gonflée. Mercurius resta sans effet. Interrogée sur sa nuit, elle raconta le rêve suivant : "des harkis étaient entrés dans son jardin; ils passaient au dessus du grillage le cadavre d'un des leurs, un vieillard dont les jambes avaient été brûlées et qui portait un turban; elle voulut appeler la police ...". Elle se réveilla angoissée (à une heure du matin).
dreams, dead, of the
rêves de mort (problématique du cadavre)
anxiety, night
angoisse la nuit
Ars-a agit très rapidement.
ici les thèmes généraux du rêve concomitant de la maladie aiguë sont analysés et découpés afin d’être utilisés comme éléments symptomatiques.
une femme vient me voir début septembre 96. Depuis fin juin elle tousse; la radio des poumons est normale; elle a eu des antibiotiques.
" Je tousse toujours. Une amie médecin pense que c’est un RGO. Je prends Motilium et Gaviscon "
" Je ne supporte pas la connerie de ma belle-fille. "
" Maintenant, çà part du creux de l’estomac; j’ai du mal à décrocher ce que je crache, c’est mousseux et ridicule. "
" Je ne supporte pas le moindre souffle d’air; çà me fait tousser et çà me donne mal à la gorge. "
" Les odeurs m’incommodent en ce moment. "
Nux vomica 30 CH : amélioration, mais...
elle revient début octobre.
" Il y a quelque chose qui reste accroché là. " ( elle montre la région xiphoïdienne).
" Je n’ai rien à cracher, c’est un amas de bulles. "
" J’ai mal à la gorge si je parle, si j’ai froid. " (mal à gauche).
" J’ai envie de boire, chaud et de dormir sur le côté droit. "
" La nuit, je me mets un châle sur le front, l’air froid me fait mal à la tête. "
" En ce moment je pense au mot allemand entzündet (enflammé); c’est ce qui me semble correspondre le plus à ce que je ressens ! "
" J’ai fait un rêve, que je lisais dans la nuit. Psychologiquement, la lumière était en moi. "
cough, lying, side, left, turning to right side amel
toux, allongé su le côté gauche, améliorée en se tournant sur le côté droit
head, uncovering agg
aggravé en se découvrant la tête
throat, pain, cold, on becoming
mal à la gorge en se refroidissant
Voit plus distinctement le matin, dans la pénombre que pendant le jour (*25)
vision, dim, twilight, amel
vision basse, améliorée dans la pénombre
L’impression d’avoir la lumière en soi, le porteur de lumière !
On connaît le symptôme décrit dans ALLEN (*26) : Je pensais être une aurore boréale et pouvais entendre distinctement des voix qui criaient "Beau ! Oh n'était-ce pas splendide ?"
Phosphorus 15 CH.
ici le thème de la lumière contenu dans le rêve confirme le choix du remède en l’associant au faisceau des autres symptômes.
associations :contenu latent et contenu manifeste
L’homéopathie fait partie classiquement du domaine de la phénoménologie. On connaît le chapitre 1 de l’ORGANON :
Sa vocation n’est pas de forger de prétendus systèmes, en combinant des idées creuses et des hypothèses sur l’essence intime du processus de la vie et de l’origine des maladies dans l’intérieur invisible de l’organisme...
Sa vocation ne consiste pas non plus à chercher par d’innombrables tentatives d’expliquer les phénomènes morbides et la cause prochaine des maladies, etc., qui leur est toujours restée cachée,
Son but ne vise pas davantage à se prodiguer en paroles inintelligibles et en un fatras d’expressions vagues et pompeuses ...
Il est bien évident que l’homéopathie est basée sur l’observation des phénomènes. Mais comment ignorer l’avènement de sciences aussi fondamentales que les sciences de la psyché, sachant que la phénoménologie est souvent illusoire, tant l’intersubjectivité est grande entre le médecin et son malade, et sachant aussi à quel point l’outil homéopathique est un outil sémantique (*27).
Il est parfois inévitable de voir le malade parler de son rêve. Bien entendu cette source de renseignements doit être utilisée avec la plus grande prudence, et si possible après une approche personnelle du thérapeute.
femme de 45 ans, atteinte de PCE; en 91, elle présente une passe difficile après une opération orthopédique de ses poignets. Elle souffre beaucoup de son genou gauche, très gonflé. Lors d'une consultation, elle me raconte un rêve de la nuit précédente : "j'étais dans un dortoir et j'ai voulu en sortir; il y avait un lit à étage; le lit supérieur était très bas, ma tête était coincée, alors je suis passée par la fenêtre et j'ai atterre dans un champ avec des vaches". Après le récit de ce rêve, elle a rapidement évoqué sa naissance avec les "forceps".
La prise de Natrum sulfuricum a soulagé de façon spectaculaire cette crise, chez cette malade que je suis depuis 9 ans et dont le remède le plus fidèle est Calcarea phosphorica.
une jeune femme vient en octobre 96; elle a mal à la gorge, "comme si çà serrait "; sensation de gorge enflée; brûlure de la gorge en toussant.
"La veille j’ai fait une séance de thérapie; ensuite j’ai eu l’impression de faire toute seule un rebirth. J’ai rêvé cette nuit que je sauvais un bébé de la noyade; je le prenais dans mes bras en le sortant de l’eau, alors que personne autour n’y faisait attention ."
dreams, children, about / rêves d’enfants : Am-m; hura; kali-n; mag-c; merc.
Devant le caractère assez " nerveux " de cette toux, je donne Ign 30 CH
Elle revient 2 jours après pour une toux sèche qui s’est aggravée; cette toux survient jour et nuit, elle est < à l’expiration, en position allongée.
" J’ai perdu l’odorat. La nuit je ne trouve pas ma place pour dormir. "
Crachats jaunes. Elle a plutôt soif; fièvre à 38°.
" En ce moment, je suis facilement attendrie; j’ai envie d’arriver au stade adulte, d’arrêter le stade bébé ! "
" J’ai l’impression de sentir partout la fumée de tabac. "
odors, tobacco
cough, dry, lying, agg
toux sèche < allongé
restlessness, night
agitation la nuit
Quant au rêve il exprime assez clairement la problématique de Pulsatilla et son angoisse devant l’impermanence de l’amour maternel, la peur de l’abandon. Seule la totalité des symptômes et le symptôme rare et particulier (*28) d’illusion de " rêve " d’odeur de tabac pouvait donner un accès fiable à Pulsatilla.
Pulsatilla 200 K
4. RÊVE INCUBATOIRE
Incubatoire, c'est à dire que le rêve propose sous forme directe, symbolique ou cryptée le remède nécessaire, un peu comme au temps de Diodore de Sicile.
enfant de 9 ans, nez bouché de façon chronique. cauchemars nombreux, peur des chiens +++. Les remèdes indiqués par ces symptômes sont décevants. Or il a un rêve récurrent : un loup vient lui croquer les jambes. Ce rêve donne de façon cryptée comme un rébus, à la manière ptolémaïque (*29) :
pied (jambe) + loup = Lycopodium
Ce remède était confirmé par une grosse amygdale droite et un caractère affirmé.
une jeune femme vient me voir pour ,dit-elle, une " crise de paludisme ". Elle présente une fièvre importante, avec une asthénie prononcée. Elle a fait des séjours en pays impaludé.
A l’examen, je trouve une angine érythémato-pultacée majeure. Elle ne ressent aucune douleur de gorge. Son rêve de la nuit : " Je devais prendre une remède qui finissait en ...ia ".
inflammation non douloureuse de la gorge : Baptisia est seul au répertoire. La rêve confirme le choix du remède.
5. RÊVE EXPLICATIF : l’HOMÉOPATHIE INVERSE
Rêve explicatif de la causalité de la maladie (à la suite d'un traitement homéopathique)
exemple d'un enfant qui était couvert de molluscum à tel point que la maîtresse s'inquiétait beaucoup et l'acceptait de plus en plus difficilement à l'école. Sur quelques signes du remède je lui donne Causticum. Quelques jours après, il rêve qu'il va marcher sur un serpent et se réveille en sursaut. Les parents se rappellent que peu avant le début des molluscum il avait en effet failli marcher sur un petit serpent en sortant de la maison. Les verrues ont disparu en une semaine.
Là, le rêve vient à posteriori ; il accompagne la guérison en indiquant l'étiologie de la maladie. Le processus est inverse.
En conclusion, le rêve présente un intérêt énorme en homéopathie :
il approfondit sans conteste l’écoute lors de la consultation, lui donnant un caractère parfois inattendu et toujours très révélateur du malade. Il élargit l’espace thérapeutique.
le rêveur peut difficilement inventer de toutes pièces son rêve, au contraire de ses sensations et impressions diverses dont il peut allonger la liste à force de s’auto-observer
il est souvent un outil de grande précision dans la recherche du similimum : c’est un concomitant sans égal.
l’homéopathie est sans doute la seule thérapeutique moderne où il existe un lien signifiant entre une substance médicamenteuse et le contenu des rêves.
1---- JACOBI, Les livres des songes, in Revue CIBA
2---- SAUNERON, Les songes et leur interprétation dans l’Égypte ancienne, pp.46-47.
3---- ibid., p.51.
4---- ibid., p.40.
5---- GERNET et BOULANGER, Le génie grec dans la religion, p.334.
6---- CANNON, 1926.
7---- FREUD - Au delà du principe de plaisir, in Essais de psychanalyse, p. 80.
8---- BASTIDE - Proposition de modèles pour la compréhension de l’homéopathie.
9---- HAFFER, De l’évolution de l’analyse moderne des rêves, in Revue CIBA.
10--- FREUD, L’interprétation des rêves, Introduction.
11--- FREUD, ibid., p.110
12--- HAFFER, op. cit.
13--- JUNG - De la nature des rêves, in Revue CIBA.
14--- L’étude du sommeil paradoxal (qui correspond à la phase du rêve) a permis à Michel JOUVET de penser qu’il pourrait permettre une " reprogrammation du cerveau ".
15--- HAHNEMANN - ORGANON, § 63.
16--- cf. CONTE R., BERLIOCCHI H...., Théorie des hautes dilutions. pp.124-126.
J’ai utilisé ici l’idée de représentation de l’activité du traitement homéopathique et de l’état de l’organisme par des vecteurs : ce que les auteurs appellent " interaction entre des champs (ondes rémanentes) en présence lors d’un traitement ".
17--- LONG - Homéopathie et synchronicité.
18--- BASTIDE , LAGACHE - A communication process : a new paradigm applied to high dilution effets on the living body.
19--- BASTIDE - Proposition de modèles pour la compréhension de l’homéopathie, pp. 13-14.
20--- BASTIDE, LAGACHE - Le paradigme du sens.
21--- HAHNEMANN - ORGANON, § 44.
22--- KENT J.T.- La science et l'art de l'homoeopathie, p. 315.
23--- le concomitant : c'est une notion due à BOENNINGHAUSEN
Il s'agit d'un symptôme qui ne fait pas partie des symptômes nosologiques habituels de la maladie et qui est apparu en même temps que cette maladie. Il est l'expression personnelle réactionnelle de la force vitale du malade face à la maladie qui l'afflige. Plus il est singulier, spécifique, particulier, moins il est logique par rapport à la loi de causalité physiopathologique, plus il est homéopathique.
24--- JUNG - Essai d’exploration de l’inconscient, p. 132 : un homme rêva qu’il voyait son père périr dans les flammes d’une maison en feu. Peu de temps après, il mourait lui-même d’un phlegmon (du grec phlegein, flamber).
25--- encyclopédie de HERING.
26--- encyclopédie de ALLEN : symptôme 86.
27--- cf. les travaux de BASTIDE et LAGACHE.
28--- HAHNEMANN - ORGANON, § 153.
29--- il s’agit tout simplement du rébus cher à tout la tradition hermétique. La psychanalyse n’a fait que réactualiser ce procédé vieux comme le monde. A sa suite les Surréalistes ont beaucoup joué avec les mots de cette façon.
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Copyright © Bernard LONG - 1997

References: § 153
 § 211
 § 212
 § 213
 § 63
 § 44
 § 153