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Timestamp: 2019-05-26 03:08:01+00:00

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Bible chrétienne Evang. - § 43-45. Questions sur le jeûne et le sabbat: Mt 9,14-17 et 12,1-14; Mc 2,18 à 3,6; Lc 5,33 à 6,11
§ 43-45. Questions sur le jeûne et le sabbat: Mt 9,14-17 et 12,1-14; Mc 2,18 à 3,6; Lc 5,33 à 6,11
((Mt 9,14-17 et Mt 12,1-14 Mc 2,18-3,6 Lc 5,33-6,11)
Suite des controverses, qui sont dans le même ordre en Mt-Mc-Lc, même si Mt sépare les deux dernières (§ 112 -113) des trois premières (§ 90 .92.93).
§ 43. QUESTIONS SUR LE JEÛNE, LE VIEUX ET LE NEUF:
Mc 2,18 Lc 5,33 Mt 9,14)
— La question. D'après Mt elle est posée par “ les disciples de Jean ” ; d'après Lc, par “ les Pharisiens et les scribes ”, au cours du même repas chez Lévi, comme un simple rebondissement de la controverse déjà lancée au § 42 . Mc mentionne les deux groupes: disciples de Jean et Pharisiens. Pour les départager, cf. A. Feuillet: La controverse sur le jeûne... p. 115-127. Mais de toutes manières, même Mt fait dire aux disciples de Jean : “ nous et les Pharisiens ”. Le partage est donc net: Jésus et ses disciples ne respectent pas les pratiques communes à ces divers opposants.
Les disciples de Jean : ceux qui lui sont restés fidèles même après le baptême de Jésus, et qu'on retrouve encore même après l'Ascension (Ac 18,25 Ac 19,1-7). Entre disciples de Jean-Baptiste et de Jésus, il y a émulation, non exempte d'une certaine jalousie (cf. surtout Jn 3,25-26 et 4,1-2; mais inversement Lc 11,1).
Le jeûne (Luc y ajoute les prières, mais sans reprocher à Jésus et à ses disciples d'y manquer) :
// Tb 12,8 Is 58,5-7 Lc 2,37 Ac 13,2-3 — Jeûne, prière (et aumône, en Tb 12,8) sont associés durant tout l’A.T., jusqu'au temps de Jésus inclusivement (// Lc 2,37). Le Christ les a pratiqués au désert (§ 27 ) — Mt 4,2. Les Apôtres n'y renoncent pas (// Ac 13,2-3), ni l'Eglise encore aujourd'hui, notamment durant son carême annuel.
Celui-ci rappelle les saintes quarantaines jeûnées de Moïse (Ex 34,28), Elie (1R 19,8), pour préparer ou accompagner leur rencontre avec Dieu. De même le jeûne est prescrit pour le < Yôm Kippûr >, de pair avec les rites d'expiation (Lv 16,29-31). Cf. aussi .
Le jeûne était en outre un signe de deuil, comme on le voit à la mort de Saül (1S 31,13 2S 1,12). C'est à ce titre qu'Anne (// Lc 2,37) ou Judith “jeûne tous les jours de son veuvage, hormis les veilles de sabbat, et les sabbats, ainsi que les jours de fête d'Israël ” (Jdt 8,5-6).
Dans leur ferveur disciples de Jean et Pharisiens multiplient, nous dit Saint-Luc, jeûnes et prières. Mais les prophètes insistent moins sur la quantité que sur l'accord nécessaire du jeûne et d'une conduite avec le prochain plus juste et charitable (// Is 58,5-7 Za 7,5 Za 7,9 Jl 2,12-16, en // au § 93 . Za 7,5.9 demande “ la miséricorde et la bonté ”, qui viennent précisément d'être données en modèle par le Christ, au § précédent).
Mc 2,19 Lc 5,34 Mt 9,15a — Réponse de Jésus, pour le temps présent: L'Époux est avec eux: c'est exactement la situation de ses disciples, appelés à “ venir avec Jésus ” (§ 41 *). Mais Jésus s'appelle donc ici < l'Époux >. Titre éclatant, auquel nous devons donner son poids et sa nouveauté !
Car l'Époux, d'après les Prophètes ou le Cantique des Cantiques, c'est Yahvé lui-même, comme le déclarait en particulier Os 2,16-17. Os 2,21-22, donné en // au § 19 . Cf. également Jr 2,2 Jr 31,3 Ez 16 Is 61,10 Is 62,4 Is 62,
// Is 54,5-8 — Nous choisissons ce texte où l'amour nuptial du Créateur s'annonce comme aussi rédempteur.
Dans ces conditions, se tenir pour l'Époux était pour Jésus tellement audacieux que plusieurs exégètes préfèrent interpréter cette phrase comme une simple parabole prenant en exemple les noces humaines où, de fait, on ne jeûne pas. Mais A. Feuillet n'a pas de peine à répondre que, dès l’A.T., le Messie était attendu comme < l'Époux >, dans le Ps 45 et le Cantique, dont le sens messianique fut admis très tôt, de la tradition juive d'abord, puis chrétienne:
“ Au reste... il est un fait sur lequel tout le monde devrait s'accorder : souvent dans les Évangiles, Jésus s'attribue des titres et des fonctions réservés à Yahvé dans l'A. T. Pourquoi aurait-il fait une exception pour le titre d'époux? Nous avons des indices positifs du contraire. La formule “ aussi longtemps que l'époux est là ” ne convient nullement à des noces ordinaires, où ce n'est pas le départ de l'époux, mais celui des invités, qui met fin à la fête. Et que la phrase doive être comprise au sens de “ aussi longtemps que l'époux est là ”, et non simplement comme s'il y avait: “ durant le temps de la noce ”, c'est ce que montre Mc 2,19 b, fort bien attesté, et dont il n'y a pas lieu de suspecter l'authenticité... ” (Op. cit. p. 134).
De fait, nous avions déjà trouvé le thème nuptial au baptême du Christ (§ 24
— Mt 3,16 c,* et les hymnes d'EPHREM citées aux pages 142-143), à Cana (§ 29
— Jn 2,11*, J.P. Charlier et Isaac de l’Etoile). Nous avions souligné l'atmosphère nuptiale des présents paragraphes en donnant Ct 2,10-13 en // au § 41 *. Jean-Baptiste lui-même reconnaîtra au Christ ce titre d'Époux (§ 79 ) — Jn 3,29*), sans parler des développements que saint Paul tirera de ce thème ; (2Co 11,2 Ep 5,25-32 etc.).
Sans doute, ces noces ne se réaliseront définitivement qu'à la Fin des temps, comme le laisse entendre déjà la suite même de la réponse du Christ, et mieux encore les paraboles du festin (Mt 22,2-14 — donné en // au § 42 ) et des Vierges sages ou folles (§ 305 ) — Mt 25,1.5.10), si bien que c'est sur cette apothéose que se conclut l'Apocalypse et donc toute la Révélation (Ap 21-22). Mais ce que précise la première partie de la réponse du Christ en ce § 43 , c'est justement qu'avant cet avènement eschatologique, l'Époux est déjà venu, pour un temps (c'est, sous une autre forme, le < Kérygme > : “ Le Royaume s'est rendu proche ”). Et pendant ce temps — si court puisqu'il se réduit aux 3 années du ministère public - le jeûne est impossible : “ Ils ne peuvent jeûner ” (Mc), “ pouvez-vous faire jeûner ” (Lc).
peuvent-ils prendre le deuil (Mt) : en passant du signe qu'est le jeûne, au deuil qu'il signifierait, Mt marque encore mieux l'incompatibilité entre noces et jeûne de deuil.
les amis de l'Époux: Litt. “ les fils de la chambre nuptiale ”. Sémitisme. “ < Fils de > est usité pour exprimer une relation avec une chose, ce qui est maintes fois une façon de suppléer au manque d'adjectifs: fils de la mort (= qui mérite la mort) ; fils de cent ans (= âgé de cent ans)... Les “ fils de la chambre nuptiale ” sont, soit tous les invités de la noce, soit plutôt les jeunes gens qui tiennent compagnie à l'Époux pendant la fête (Jg 14,11) et sont chargés d'entretenir la joie parmi les convives ” (A. Feuillet; op. cit. p. 130). Celui qui peut se dire littéralement “ l'ami de l'Époux ”, c'est Jean-Baptiste (Jn 3,29), tandis qu'ici, Jésus parle du cercle des disciples qui l'accompagnent, et qui deviendront aussi ses “ amis ” (Jn 15,15). Mais plus encore, semble-t-il, “ du moment que le mot “ Époux ”, employé en la circonstance par Jésus a une portée allégorique (le désignant, Lui, comme l'Époux par excellence), n'est-il pas normal de s'attendre à ce que l'Épouse à laquelle Il doit s'unir soit elle-même une collectivité, la communauté messianique ? “ Les fils de la chambre nuptiale ” ne seraient-ils pas dès lors tout simplement une manière discrète de désigner cette communauté qui a pour vocation de s'unir au Messie par de véritables épousailles ? ” (A. Feuillet: Les épousailles messianiques... p. 197) — Cf. § 226 * et 205*). D'où nos // Is 61,10 Is 62,5, au § 93
Ce qui reste l'essentiel de la réponse du Christ, c'est que l'Époux est là, et avec Lui, les temps messianiques, temps de noces, d'abondance et de joie. Les v. 21-22 vont revenir sur ce thème.
Mc 2,20 Lc 5,35 b) — Viendront des jours: C'est bien une prédiction, si générale encore soit-elle.
où l'Époux leur sera enlevé: L'expression évoque en tous cas la mort du Christ; peut-être aussi l'Ascension. On retrouvera cette même image d'“ enlèvement” (avec il est vrai un verbe différent) en Lc 9,51*, lorsque Jésus se met en marche vers Jérusalem, donc vers la Passion, la Résurrection et l'Ascension. Et de même encore, Saint Jean joue des deux sens que peut prendre “ le verbe énigmatique < être élevé > (Jn 3,14 Jn 8,28 Jn 12,32.34) : l'élévation matérielle de Jésus sur la Croix, mais aussi son élévation spirituelle qui en sera la conséquence, conformément à ce qu'Is 52,13 avait prédit du Serviteur de Yahvé comme contrepartie de ses humiliations inouïes ” (A. Feuillet: op. cit. p. 258).
// Is 53,8 — La prophétie du Serviteur souffrant s'achève sur cette double mention qu'il sera “enlevé”. Il est de la plus haute importance, remarque A. Feuillet, “ de savoir dans quelle mesure ces paroles de Jésus (sur “ les jours où l'Époux sera enlevé ”) se rattachent à la conception du Christ Serviteur, et plus précisément encore au Serviteur martyrisé d'Is 53 ”.
Après examen, voilà ce que l'on est en droit de conclure: “ De quelque façon qu'on la justifie, la référence discrète au Serviteur nous paraît presque certaine. La contester sous le seul prétexte que ce personnage du Deutéro-Isaie ne jouerait quasi aucun rôle dans la pensée de Jésus, c'est, à notre avis, aller à l'encontre de l'évidence... Jésus a véritablement contemplé son destin à travers celui du Serviteur de Yahvé... B. Rigaux souligne que Marc voit dans la carrière de Jésus une montée vers la mort et la résurrection, et, parmi les textes qui suggèrent cette perspective en se référant à Is 53, il mentionne en premier lieu l'annonce de l'enlèvement de l'Époux. Nous ne pouvons que lui donner raison.
... La constatation à laquelle nous sommes ainsi conduits est d'une importance capitale. Contrairement à ce que certains critiques ont annoncé bien à la légère, Jésus n'a pas été obligé de changer à proprement parler son programme messianique, même s'il est vrai qu'aux yeux de sa conscience humaine celui-ci s'est peu à peu précisé. Même s'il est difficile de la dater, la controverse sur le jeûne a toutes chances d'être antérieure chronologiquement aux grandes annonces de la Passion. On doit donc penser que Jésus n'a pas eu besoin des déboires consécutifs à son ministère en Galilée pour comprendre qu'il était chargé de réaliser la tâche du Serviteur souffrant. Cela nous le savions déjà par les récits du baptême (cf. § 24 ) — Mt 3,17 // Is 42*) ; l'examen du logion sur l'Époux messianique violemment enlevé confirme pleinement cette conclusion ” (p. 256-58).
Alors ils jeûneront : en signe de tristesse et de deuil. On peut donc bien penser que le Christ ici vise plutôt qu'un simple rétablissement pour ainsi dire juridique de l'institution du jeûne, l'épreuve de ce “ jeûne spirituel ” que connaîtront ces disciples “ quand le Christ leur aura été ravi à la suite d'un drame atroce ”. Même si, à l'occasion, il sera signifié par un jeûne corporel, celui-ci sera “ d'un genre tout nouveau, puisqu'il aura pour motif la privation de l'Époux messianique. Si fort est le lien qui attache les disciples à la personne de leur Maître qu'ils expérimenteront alors comme la brûlure d'une absence, ce sentiment de l'absence du Bien-Aimé que le Cantique a exprimé en termes inoubliables ” (A. Feuillet : op. cit. p. 261 ; cf. p. 274).
// Ac 14,22-23, Le jeûne, pratiqué dans l'Église dès l'époque apostolique, unit donc doublement au Christ “ enlevé ” : physiquement, par la privation volontaire, participation au sacrifice rédempteur de la Croix; symboliquement, par le souvenir de l'Époux invisible, mais que ce < rappel > même rend plus présent dans notre coeur affamé de Lui. C'est pourquoi le jeûne et la prière vont si bien de pair (cf. § 171 ) — Mt 17,21*).
// Ct 5,6 Ct 5,8 Ct 6,1 — Ce qui vaut pour l'Église et pour son Époux vaut pour chacun de ses disciples, comme l'explique saint Bernard, à propos du cri de l'Épouse: “ Reviens ! ”, lors d'une autre disparition de l'Époux (Ct 2,17 à 3,5):
Bernard de Clairvaux : S. 74 sur le Cantique, n° 1-4 (Éd. J. Leclercq, p. 239 ss): “ Reviens! ” dit-elle. Bien. Il s'en allait, on le rappelle. Qui m'ouvrira le mystère de cette volte-face? Qui m'expliquera de manière satisfaisante le départ et le retour du Verbe? L'Époux serait-il changeant? D'où peut-il venir, où peut-il retourner, Celui qui remplit tout ? Et enfin, quel mouvement local peut-on supposer chez celui qui est esprit ? Ou plutôt, quel mouvement, de quelque sorte que ce soit attribuer à Celui qui est Dieu ? Il est immuable !
Comprenne qui peut comprendre ! Et nous, qui avançons avec prudence et simplicité dans l'exposition de ce livre saint et mystique, nous imitons l'Écriture, qui exprime en notre langage la Sagesse cachée sous le mystère. Elle parle de Dieu en figures pour lui donner accès à nos sentiments. Elle utilise comme des vases sans valeur les ressemblances des choses sensibles et connues, pour répandre dans l'esprit humain leur contenu précieux: les choses invisibles de Dieu, le mystère. Suivons donc l'exemple des Saintes Lettres, et disons que le Verbe de Dieu, Dieu, et époux de l'âme, vient à elle et la renvoie, comme il lui plaît: mais cette allée et venue doit s'entendre du sentiment de l'âme, non pas d'un mouvement du Verbe. Par exemple : quand l'âme sent la grâce, elle reconnaît la présence de l'Époux ; dans le cas contraire, elle se plaint de son éloignement et recherche sa présence, disant avec le prophète : “ Je te cherche : je cherche ta Face, Seigneur! ” Pourquoi ne le chercherait-elle pas? Car quand cet époux si digne d'amour lui est enlevé, elle est incapable, je ne dirai pas de désirer autre chose, mais de penser même à autre chose. Elle n'a plus qu'à rechercher de tout son pouvoir l'absent, de rappeler celui qui s'éloigne. C'est ainsi qu'elle rappelle le Verbe: le Verbe est rappelé par le désir de l'âme, mais de cette âme à qui une fois il a fait goûter sa douceur. Le désir n'a-t-il pas une voix ? Certes, et une voix puissante ! Le Seigneur entend le désir des pauvres, dit le psaume. Quand le Verbe s'éloigne, l'appel de l'âme est continuel, et continuel son désir : c'est comme un continuel “ Reviens! ”, jusqu'à ce qu'il vienne... Et peut-être l'Époux s'est-il un instant dérobé pour être rappelé plus ardemment, retenu plus fortement. Car un jour, il fit semblant d'aller plus loin, non que telle fût son intention, mais parce qu'il voulait entendre: “ Reste avec nous, le soir tombe! ” (Lc 24,29). Et une autre fois, comme les apôtres étaient en barque et ramaient avec peine, il marchait sur la mer et faisait mine de les dépasser sans les voir, mais ce jour-là encore telle n'était pas sa pensée : il voulait plutôt éprouver la foi et provoquer la prière...
C'est donc dans l'âme qu'a lieu cette alternance du départ et du retour du Verbe, selon que lui-même a dit: “ Je m'en vais, et je viens à vous ”, et encore: “ Un peu de temps, et vous ne me verrez plus, puis encore un peu de temps et vous me verrez ”. Oh, ce peu et ce peu! Oh, ce peu qui n’ en finit pas ! Seigneur, si bon, tu appelles cela < peu >, le temps où nous ne te voyons pas ? Cependant, les deux choses sont vraies : peu de temps, par rapport à la disgrâce que je mériterais ; longtemps, si je regarde mon désir...
// Jn 16,19-22 — Ce n'est pas seulement saint Bernard qui fait le rapprochement (dans le texte précédent) : A. Feuillet note également ce “ parallèle johannique ”, non moins que la désignation par Jean-Baptiste de Jésus comme l'Époux, et de lui-même comme “ ami de l'Epoux ”, témoin ravi de sa joie nuptiale, messianique (Jn 3,29*). Ainsi les Évangiles se correspondent sans se recopier.
// Gn 5,24 2R 2,11-12 — Hénok annonce le Christ non seulement pour avoir été, lui aussi, “ enlevé ” par Dieu, mais d'abord pour avoir “ plu à Dieu ” et donné “ aux générations à venir le modèle d'un parfait retour à Dieu ”, par la foi (Si 44,16 et He 11,5, donnés en // à Gn 5,24 en BC I / Am; explication en BC I*, p. 73). Or c'est réaliser les 3 points du < Kérygme > : Règne de Dieu / auquel on adhère par < pénitence-conversion-retour > / qui est de croire à l'Évangile (§ 28 ) — Mc 1,14-15*).
Elie annonce plus particulièrement les temps qui seront ceux du Christ: 1) vie terrestre — 2) enlèvement et disparition (mais après avoir transmis son Esprit à son disciple Elisée, comme le Christ fera avec les Apôtres) — 3) retour, annoncé dans Ml 3,23-24, réalisé en Jean-Baptiste (§ 170 *).
// Ps 73,23-24 — “ Je suis toujours avec Toi ”, fait écho au “ Je m'éveille, et je suis encore avec Toi ” (Ps 139,18) où l'Église a vu le cri de joie du Christ ressuscitant (Introït de la messe de Pâques). “ Tu m'as pris par la main* (si paternellement) ; en ton Dessein tu me conduis ”, du ministère de Galilée à la Passion rédemptrice. “ Puis dans la Gloire tu m'enlèveras ”, me disant: “ Siège à ma Droite ” (Ps 110,1). Les psaumes et la Bible entière se recoupent, en notre Seigneur.
En ce jour-là (Mc) ; en ces jours-là (Lc) : Le singulier de Mc est curieux, surtout après le pluriel “ des jours où l'Époux leur sera enlevé ”. De soi, dans les prophéties, “ en ce Jour-là ” prend un sens eschatologique, référant au Jugement Dernier (So 1,7-18) qui verra aussi l'instauration définitive du Règne de Dieu (So 3,11 So 3,16 Mi 4,6 Mi 5,9 Mi 7,11-12). Est-ce possible que Jésus vise un jeûne ultime? — Généralement, on interprète plutôt que suivant la version de Luc, le Christ parle de “ ces jours-là ” au pluriel, où Il aura été “ enlevé ” à ses disciples, soit par la mort, donc du Vendredi-Saint à Pâques, soit plus probablement de l'Ascension à la Parousie: le temps où nous sommes... Mieux encore, les périodes se répartissent ainsi : Joie des années de ministère du Christ / Deuil de sa Passion et de sa mort / Joie de Pâques, mais dans la disparition du Christ ressuscité “ enlevé ” à la Droite du Père. Car, entre l'Ascension et la Fin des Temps, c'est à la fois la joie de sa présence “ avec nous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles ” (Mt 28,20*), et le jeûne d'une trop sensible absence (Sur les interprétations de la Tradition chrétienne, cf. F.G. Kremer: Die Fastenansage Jesu).
En tous cas, concluons avec A. Feuillet (op. cit. p. 275) : “ Ce texte constitue un témoignage suprêmement éloquent de la conscience qu'avait Jésus d'être un Messie transcendant: un Messie qui non seulement se met au-dessus des pratiques traditionnelles d'ascétisme, mais va jusqu'à déclarer qu'elles n'ont de sens désormais que par rapport à Lui (sa présence actuelle les exclut et son absence future les réintroduira) ; un Messie qui n'hésite pas à s'attribuer le rôle d'Époux messianique, très habituellement dévolu à Yahvé dans l'A.T.
D'une manière paradoxale, en même temps qu'il s'affirme Messie transcendant, Jésus se présente ici à mots couverts comme le Serviteur de Yahvé destiné à être martyrisé (// 1S 53,8)... Ce qui frappe et touche le plus, c'est la façon qu'a Jésus d'associer très étroitement à son sort celui de ses disciples et de se mettre comme tout naturellement au centre de leur existence...
Mc 2,21-22 Lc 5,36-39 Mt 9,16-17 — Ces deux brèves < paraboles > (le mot se trouve en Lc 5,36 cf. surtout § 125 -126*), même si le Christ les a dites par ailleurs, complètent fort bien la sentence prophétique à laquelle les 3 Évangélistes l'ont adjointe, d'un commun accord. Car le vêtement est condition pour se voir admis au festin nuptial (§ 282 ) — Mt 22,11-14, dont nous avions déjà vu qu'il n'était pas sans rapport avec la présente controverse) ; et le vin à conserver (même durant le départ de l'Époux) est celui de nos eucharisties.
// Ps 102,26-28 — Toute créature est sujette à l'usure du temps. Seul Dieu est toujours neuf, et par là même capable de rénover l'ancienne Alliance usée par tant d'infidélités d'Israël. Alliance et Mariage allant bien de pair, évidemment. C'est le thème de la Nouvelle création annoncée par Isaïe : ciel et terre seront renouvelés au point que “ l'on ne se souviendra plus du passé ” (Is 65,17 cf. Is 51,6 et Is 66,22). La nouveauté, c'est l'Évangile (et non le monde, qui s'use aussi vite qu'il “ passe ”), aujourd'hui comme toujours et pour toujours ! Mais le changement fut spécialement sensible et radical au tournant de l’A.T. au N.T.Dans les Actes ou les Épîtres de saint Paul, on assiste à cette < nouvelle naissance > de l'Église, non sans hésitations ni sans heurts, qu'illustre le différend d'Antioche entre saint Paul et saint Pierre (Ga 2,11-21), et que résoudra le Premier Concile de Jérusalem (Ac 15). L'Épître aux Hébreux en tire les mêmes conclusions que notre Évangile: Changé le Sacerdoce du Grand Prêtre, inventeur d'un Sacrifice nouveau (le “ vin nouveau ” de la seconde parabole) pleinement rédempteur, non seulement la Loi en est pour autant approfondie et accomplie (He 7,12), mais ses < enveloppes > même doivent être réadaptées.
Le vêtement: Le force l'image, puisqu'il ne s'agit plus seulement de mettre une pièce neuve, mais de déchirer un manteau neuf pour réparer le vieux. Cela fait penser à cette tunique sans couture, symbole de l'unité de l'Église, que les soldats ont évité de déchirer (Jn 19,23-24*). C'est du mot grec signifiant la déchirure, donc la séparation, que les chrétiens ont tiré le terme de < Schisme >. Il se trouve en ce sens propre en Jn 7,43 Jn 9,16 Jn 10,19 Ac 14,4 Ac 23,7 1Co 1,10 1Co 11,18 1Co 12,25.
C'est que l'image du vêtement n'est pas celle d'un pur revêtement, sans rapport avec ce qu'il couvre. Il y a toute une symbolique à la fois fonctionnelle (habits de travail ou de fête), sociale ou spirituelle, qui est universelle. Dans la Bible, elle commence avec les “ feuilles de figuier ” de l'après-péché et les “ tuniques de peau ” dont Yahvé lui-même couvre Adam et Eve (Gn 3,7 Gn 3,21 BC I*, p. 64, D. Barsotti). Elle demeure jusque dans la Jérusalem céleste (Ap 21 Is 61,10). Dans l'Évangile même, pour participer au festin des noces (évoqué au § 42 comme dans la présente parabole du vin nouveau jointe à celle du vêtement), il faut être revêtu de la robe nuptiale (§ 282 ) — Mt 22,11-14.
// Ep 4,22-24 Col 3,9-11 (au § 93 ) — La phrase est construite sur les deux adverbes-prépositions que nous traduisons par “ à la ressemblance ”. Il y a donc aussi correspondance entre les deux compléments, “ à la ressemblance des convoitises du mensonge (trompeuses), ou de Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité (vraie) ”. Enfin, on retrouve l'opposition du vieil homme et de l'homme nouveau (// Col 3,9-11). Tout cela explicite donc l'Évangile, et permet de mesurer à quel point le message évangélique (le < Kérygme >) et ses moyens d'expression qu'ils soient littéraires (dans le N.T.) ou symboliques (dans les sacrements) sont étroitement liés. Il en va de même que dans tous les arts, fond et forme sont aussi inséparables que l'âme et le corps, s'engendrant l'un l'autre et réagissant l'un sur l'autre, si bien qu'ils ne peuvent strictement aller que de pair (Cf. Vtb < Vêtement > — E. haulotte: Symbolique du vêtement dans la Bible, Aubier 1966).
Le vin nouveau: C'est la bénédiction promise à Jacob (Gn 27,28), à Israël (Lv 26,5 Dt 11,14 — parallèlement au vêtement qui ne s'use pas, Dt 8,4), et à quiconque pratique fidèlement la Loi (Pr 3,9-10). Mais nous avons déjà rencontré aux Noces de Cana l'image de la surabondance du vin comme caractéristique des temps messianiques — et que l'institution de l'eucharistie accomplira*: Mt 26,29; cf. Za 9,16-17, en // au § 93 ) — Sur Cana, cf. § 29 ) — Jn 2,6-10* et // ; cf. Vtb < Vin >.
// Jr 31,12-13 Ps 4,7 — Le vin est associé à la joie et au repas de fête (Ps 104,15 Qo 10,19 Si 31,27-28) par opposition au deuil et au jeûne. Nous retrouvons par conséquent l'alternance des temps de Mc 2,19-20) — et cela confirme comment ces deux petites paraboles s'accordent naturellement avec la controverse dont elles forment la conclusion.
// Mt 26,27-29 — Voici le vrai “ vin nouveau ” : tout comme le Christ est le vrai pain du ciel, Il est lui-même “ le vin de la vie nouvelle ”. Vin trop fort pour notre nature humaine, parce que divin. Ainsi, la vie de l'Esprit ne peut-elle nous < emplir > sans faire craquer notre être qui doit mourir à ses limites pour ressusciter à la plénitude éternelle. Ce que saint Paul explique encore en termes de vêtements, qu'on ne peut revêtir sans avoir accepté de se laisser dépouiller de ce qui est encore trop terrestre (2Co 5). Toujours le lien entre repas des noces et robe nuptiale, entre eucharistie et baptême ! (Bien entendu, pas plus qu'aux noces de Cana, ces sacrements ne sont expressément visés ici. Ce ne sont que des harmoniques, en l'Évangile où tout se tient).
Lc 5,39 — C'est une autre parabole, car celle qui précède était en faveur du vin nouveau, requérant des outres appropriées, tandis que ce verset est tout à l'honneur du vin vieux. Après vingt siècles de christianisme, l'Évangile l'est devenu pour nous, au point qu'il n'y a plus à désirer du nouveau...
§ 44. Les épis arrachés
— Mt-Lc d'une part, et de l'autre Mc présentent assez différemment la scène, non moins que la réponse du Christ aux récriminations des pharisiens. Mais, pour les trois Synoptiques, c'est la première attaque sur le respect du sabbat: thème qui reviendra au § suivant, puis § 148 § 217 § 223 § 256 .
Mt 12,1-2 (donc Mt sépare cette controverse des précédentes, qui se trouvaient au ch. 9); Lc 6,1-2) — Les disciples “ ont faim ” (Mt), et s'ils arrachent des épis “ les frottant dans leurs mains ” d'un geste familier qu'a noté Saint-Luc, c'est pour “ manger les grains de blé ” (Mt-Lc).
// Dt 23,26 — La Loi autorisait expressément cette façon d'agir, aussi les pharisiens reprochent-ils seulement que ce n'est pas permis durant le sabbat.
Mc 2,23-24 — Dans un article que nous citons plus loin, le P. Benoît, prenant l'expression < faire route > au sens matériel de < frayer la route > en arrachant des épis, estime que, pour Mc, le motif de la réprobation des pharisiens est changé: ils s'élèveraient contre la déprédation du champ de blé. Mais pas besoin d'arracher les épis pour frayer un passage dans les blés: ils se couchent d'eux-mêmes à mesure qu'on pénètre dans leur masse. < Faire route >, sans article, signifie donc tout bonnement, en grec ou en hébreu comme en français, non pas frayer la route, mais: avancer, continuer sa route, comme en Jg 17,8 (exemple donné par Sander et Tremel, à < Route >); Tob traduit: “ chemin faisant ”. De même ici, avec la précision supplémentaire donnée par le premier verbe grec (< arkhô >) que les disciples “ allaient en tête ”. D'où notre traduction, qui est bien dans le style visualisé propre à Saint-Marc.
Mc 2,25-26 // 1S 21,3-7 Mt 12,3-4 — Le précédent allégué vaut doublement: d'une part, il n'y a pas lieu de reprocher aux disciples du Christ ce qui fut admis des compagnons de David, eux-mêmes pressés par la faim, et dont le < délit > aurait été pire, puisqu'il s'agissait de pain consacré “ réservé aux prètres ”; d'autre part, la circonstance aggravante que c'était “ durant le sabbat ” s'y trouve aussi, puisque c'est ce jour-là qu'on devait disposer “ le pain chaud ” sur l'autel, devant Yahvé (Lv 24,5-9), mentionné en // 1S 21,7 (Sur cette sanctification du sabbat, cf. § 112 ) — // Ex 20,10; 25,30; Lv 24,5; Nb 28,9).
Mais en réalité, l'important est ailleurs que dans l'incident, de soi mineur; et il est significatif que les 3 Synoptiques se rejoignent absolument pour y relever surtout l'occasion qu'il donne au < Seigneur > de révéler son être et sa mission. Car le // Entre ses disciples et les compagnons de David s'appuie au moins implicitement sur un rapport équiparant le Christ lui-même à son ancêtre vénéré :
P. Benoit : Les épis arrachés (dans Ex. Th. III, p. 238-39) : Ce qui permet, au premier regard, d'appliquer au cas des disciples le précédent de David à Nob, c'est une certaine analogie des situations : dans les deux cas une manducation interdite rattachée de quelque façon au jour du sabbat, et dans les deux cas le motif de la faim qui justifie la dispense. Mais une analogie plus profonde sous-tend ces rapports de surface. Elle est la qualité des personnes engagées : d'une part David et ses gens, d'autre part Jésus et ses disciples. La mise en parallèle des deux groupes est manifeste. Les compagnons de David ne retiennent l'attention que parce qu'ils correspondent dans le < type > à ce que seront les disciples dans < l'antitype >. Ces derniers ne sont excusés et dispensés, tout comme les premiers, qu'à cause du personnage exceptionnel qu'ils escortent. Car David n'est pas ici un homme affamé quelconque, il est le roi d'Israël, ancêtre de la lignée messianique et type du Roi Messie. Plus que son urgent besoin, c'est son autorité personnelle qui légitime son infraction à la Loi. Dès lors, l'application au cas de Jésus et des siens exige une correspondance non seulement des situations mais des personnes. Si Jésus peut s'autoriser de ce qu'un David s'est permis parce qu'il était David, c'est qu'il est, Lui, Jésus: plus qu'un homme ordinaire, l'héritier de David, le Messie. C'est ce qu'exprimé bien le logion de conclusion, qui revendique pour le “ Fils de l'Homme ”, à entendre au sens messianique, l'autorité sur la Loi dont le roi David avait déjà fait preuve.
Mt 12,5-7) — Le second argument, rapporté par Mt seulement, affirme plus expressément la transcendance de Jésus, légitimant l'affirmation du v. 8 qui, autrement, serait blasphématoire. C'est un a fortiori: si le service du Temple peut dispenser du Sabbat, à combien plus forte raison le service du Fils de l'Homme par ses disciples ! Car Jésus lui-même est supérieur au Temple (v. 6). “ Ceci, dit encore P. Benoît, est la pointe du deuxième argument, où la pensée progresse : du premier il ressortait que Jésus, comme David, était supérieur au sabbat; ici il apparaît supérieur au Temple, qui est lui-même supérieur au sabbat. C'est un crescendo. Ailleurs Jésus se dira plus grand que Jonas, plus grand que Salomon (Mt 12,41-42) ; ici on ne fausserait pas la pensée en complétant: il est plus grand que David ” (Mt 22,41-46).
Au v. 7, le Christ passe à l'attaque, en reprochant aux pharisiens de n'avoir pas compris l'esprit du culte sabbatique demandé par Dieu. Or Il s'appuie sur la sentence d'Os 6,6 également citée pour signifier sa mission en faveur des pécheurs (Mt 9,13 — cf. § 92 *). C'est que tout se tient, et que le < Pouvoir > judiciaire et rédempteur prouvé par le Christ dans la guérison du paralytique (§ 40 ), Il va l'affirmer ici dans le domaine législatif et libérateur.
Mc 2,28 ; Lc 6,5 ; (Mt 12,8 — En Mt, le “ car ” doit être pris au sens fort, introduisant non pas une conclusion, mais un principe légitimant la référence à David et aux prêtres (du v. 5) : “ Ce n'est pas parce que David peut s'affranchir en certains cas du sabbat, que le Fils de l'Homme en est maître lui aussi. C'est au contraire parce que le Fils de l'Homme est maître du sabbat, et en général de la loi juive, qu'il peut se réclamer du précédent de David et dispenser souverainement ses compagnons en cas de besoin ” (P. Benoit : Ibid. p. 239).
Il faut donner toute sa force à l'expression: “ Maître du sabbat ”. En grec c'est < Kurios >, Seigneur; et A. Feuillet explique à juste titre que “ si le génitif apposé à < Kurios > — “ Seigneur du sabbat ” — lui enlève sa valeur de titre, il ne diminue pas pour autant sa portée transcendante... il s'agit d'une Seigneurie telle que Dieu seul peut en être le détenteur ” (L'Exousia du Fils de l'Homme, p. 185). Si, suivant W. Foerster (Twnt < Kurios > p. 1088), le < Kurios > est celui qui possède le < Pouvoir >, Jésus revendique bien ici, et sous le même titre de “ Fils de l'Homme ” qu'au § 40 , ce < Pouvoir > suprême et proprement divin, puisqu'il touche au sabbat qui est d'institution divine. (Sur la présentation parallèle du même principe par Saint-Jean, cf. § 148 ) — Jn 5,17*).
Cette déclaration essentielle se retrouve littéralement en Mc 2,28 et Lc 6,5. Marc y ajoute pourtant un mot, qui a son importance: “ Le Fils de l'Homme est le Maître même du sabbat ”. Car s'il s'agit de Seigneurie divine, elle doit porter, bien entendu, sur toute la Loi divine, comme Jésus le montrera au long du Sermon sur la Montagne, et même sur son orientation eschatologique, dont la loi du sabbat n'est que le rappel.
Que, cette fois encore, le Christ affirme détenir ce < Pouvoir > divin de par sa qualité de < Fils de l'Homme >* nous invite à donner à ce titre valeur fondamentale, dont les répercussions sont multiples, comme l'indique A.Feuillet, en conclusion de son étude sur L'Exousia du Fils de l'Homme (p. 190):
Ce mystère de son être divin, Jésus lui-même s'est constamment employé à le souligner en prenant le titre de Fils de l'Homme, formule christologique que l'on doit tenir pour la plus vénérable, puisqu'elle remonte à Jésus lui-même; la plus archaïque, puisque aucun écrivain du Nouveau Testament n'a osé la reprendre à son compte ; en un certain sens la plus importante, puisque mieux qu'aucune autre elle souligne le lien caché, mais profond entre les deux Testaments, puisqu'aussi bien elle constitue la racine de toute la christologie ultérieure à commencer par le message paulinien.
Mc 2,27) — Ce logion est propre à Saint-Marc. Nous avions déjà expliqué en BC I*, p. 261, pourquoi il semble que l'on doive traduire: < à cause de... > plutôt que < pour >. Car l'homme a bien été fait pour le sabbat, si celui-ci est comme dans toute la Bible non pas une restriction de l'emploi du temps (que le laisser-aller d'aujourd'hui réduit encore plus à rien que les casuistiques d'hier), mais tout au contraire une garantie contre la servitude totalitaire du travail par une assimilation à Dieu :
// Ex 31,13-17) — Le sabbat est non seulement un signe perpétuel rendant l'homme et son rythme de travail à l'image de Dieu, mais un signe sanctifiant (ce qui est la définition même du sacrement), unissant à Dieu, et par conséquent gage de l'Alliance et de l'entrée définitive dans le < Repos éternel > — et le repas nuptial — de la vie céleste. Cf. BC I*, p. 266-267, Aelred de Rievaux, et le dossier patristique de Pc n, p. 42-48.
Irénée: Adv. Hoer. IV, 16,1 (PG 7,1015; SC 100, p. 559 et 563): Dieu donna la circoncision comme un signe... Le prophète Ezéchiel dit la même chose à propos des sabbats : “ Je leur ai donné mes sabbats pour être un signe entre moi et eux, pour qu'ils sachent que je suis leur Seigneur, qui les sanctifie. Et dans l'Exode, Dieu dit à Moïse : “ Vous garderez mes sabbats, ce sera un signe entre moi et vous, à travers vos générations ”. La circoncision de la chair préfigurait la circoncision spirituelle: “ Et nous, dit l'Apôtre, nous avons été circoncis d'une circoncision non faite de main d'homme ”. Et le prophète: “ Vous devez circoncire votre dureté de coeur ”.
Les sabbats enseignaient la persévérance dans le service de Dieu, durant tout le temps où nous vivons de la foi. Ils exprimaient aussi le repos de Dieu, c'est-à-dire le Royaume dans lequel entrera l'homme qui persévère au service de Dieu.
Ce qu'il y a de plus remarquable en Mc 2,27, c'est que le privilège du droit au sabbat, si solennellement garanti à Israël dans la Loi mosaïque, soit ici reconnu à tout homme, conformément d'ailleurs à ce que pouvait laisser entendre la Genèse, 2,1-3. Il y a là un élargissement universaliste, que l'on remarque en d'autres endroits de l'Évangile de Marc, répondant à sa destination première, puisqu'il s'adressait aux milieux issus du paganisme. Voir la comparaison établie par F. Gils (Le sabbat a été fait pour l'homme, p. 515-522) entre Mt et Mc 2,23-28, mais aussi 3,1-6; 10,1-12 (§ 246 ) et 12,28-34 (§ 285 ): chaque fois, “ Marc tente d'enrichir les controverses basées sur une problématique purement juive, en dégageant aussi clairement que possible un principe à portée universelle ” (cf. § suivant — Mc 3,4*). La formule introductive : “ Et il leur dit ”, serait d'ailleurs typique en Saint-Marc, quand il “ réunit plusieurs pièces de nature semblable, mais sans unité organique et prises dans des contextes différents ” (par exemple Mc 4,2 Mc 4,11 Mc 4,21 Mc 4,24 Mc 4,26..., Vaganay: Le problème synoptique, p. 430, cité et commenté par F. Gils, Ibid. p. 514-515).
Curieusement, dans le Codex Bezae, on trouve à la version parallèle de Lc 6,5 une addition approuvant une semblable liberté par rapport à la loi du sabbat, à condition qu'elle soit < responsable > : “ Le même jour Il vit un homme qui exécutait un travail le jour du sabbat. Il lui dit : Homme, si tu sais ce que tu fais tu es bienheureux ; mais si tu ne le sais pas, tu es un maudit et un transgresseur de la Loi ” (cf. J. Jérémias; Les paroles inconnues..., p. 62). Même si l'authenticité de ce logion n'est pas admise par la plupart des exégètes, il va comme Mc 2,27 dans le sens — que saint Paul illustrera mieux encore — d'une libération qui ne soit pas licence mais liberté de servir Dieu. C'était déjà le programme de l'Exode: “ De la servitude au service ” (BC I*, p. 212).
Mc 2,28) — L'insertion du v. 27 (dont F. Gils défend l'authenticité victorieusement) ne s'agence pourtant pas sans difficulté avec le v. 28. De deux choses l'une en effet: “ Si le v. 27 reconnaît à tout homme une autorité sur le sabbat, la suite devient banale : Jésus prend rang parmi les simples mortels ” : pas besoin du titre unique et divin de “ Fils de l'Homme ” pour être “ le maître du sabbat ”, puisque tout le monde le serait. Par contre, “ si le v. 27 entend simplement dire que, dans certains cas de force majeure, l'homme n'est pas tenu par la loi sabbatique, on ne voit pas comment en conclure que, Jésus, le Fils de l'Homme, soit maître absolu du sabbat ” (F. Gils, p. 509-510).
Vu à la loupe, c'est juste. Mais si l'on reprend la controverse dans son ensemble, le sens n'en reste pas moins clair: comme David et mieux que David, le Fils de l'Homme a < Pouvoir > sur le sabbat qui, même pour tout homme, n'est pas un règlement arbitraire et tyrannique, mais une disposition bienveillante de Dieu pour le garder libre de son travail; et le Fils de l'Homme vient, dans la même ligne, donner l'exemple de liberté vis-à-vis du sabbat, pour faire le bien comme va le montrer le paragraphe suivant.

References: § 43

§ 43

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 § 93
 § 19
 § 41
 § 42
 § 43
 § 226
 § 93
 § 24
 § 171
 § 125
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 § 29

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 § 148
 § 217
 § 223
 § 256
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 § 92
 § 40
 § 148