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Timestamp: 2019-03-18 13:57:49+00:00

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Catéchisme § 2052 à 2141
Deuxième section : Les dix commandements
"Maître, que dois-je faire... ?" Le Décalogue dans l’Écriture Sainte Le Décalogue dans la Tradition de l’Église L’unité du Décalogue Le Décalogue et la loi naturelle L’obligation du Décalogue "Hors de moi, vous ne pouvez rien faire" Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit Le Premier commandement Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras La foi L’Espérance La charité C’est à lui seul que tu rendras un culte L’adoration La prière Promesses et vœux Le devoir social de religion et le droit à la liberté religieuse Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi La superstition L’idolâtrie Divination et magie L’irréligion L’athéisme L’agnosticisme Tu ne te feras aucune image sculptée.
Saint Basile de Césarée en Cappadoce
(Paul VI - 18 novembre 1965)
sur l'Église et les religions
non chrétiennes
(Paul VI - 28 octobre 1965)
d'une fête du Chris-Roi
(Pie XI – 11 décembre 1925)
(Léon XIII – 20 juin 1888)
SACROSENTUM CONCILIUM
(Paul VI - 4 décembre 1963)
Texte complet des dix commandements.
"Maître, que dois-je faire... ?"
"Maître, que dois-je faire de bon pour posséder la vie éternelle ?" Au jeune homme qui lui pose cette question, Jésus répond d’abord en invoquant la nécessité de reconnaître Dieu comme "le seul Bon", comme le Bien par excellence et comme la source de tout bien. Puis, Jésus lui déclare : "Siracide (Ben Sirac) tu veux entrer dans la vie, observe les commandements". Et de citer à son interlocuteur les préceptes qui concernent l’amour du prochain : "Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère". Jésus résume enfin ces commandements d’une manière positive : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même"(1).
(1) Matthieu 19, 16-19.
À cette première réponse, une seconde vient s’ajouter : "Siracide (Ben Sirac) tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor aux cieux ; puis viens, suis-moi"(1). Elle n’annule pas la première. La suite de Jésus Christ comprend l’accomplissement des commandements. La Loi n’est pas abolie(2), mais l’homme est invité à la retrouver en la Personne de son Maître, qui en est l’accomplissement parfait. Dans les trois évangiles synoptiques, l’appel de Jésus adressé au jeune homme riche, de le suivre dans l’obéissance du disciple et dans l’observance des préceptes, est rapproché de l’appel à la pauvreté et à la chasteté(3). Les conseils évangéliques sont indissociables des commandements.
(1) Matthieu 19, 21 – (2) cf. Matthieu 5, 17 – (3) cf. Matthieu 19, 6-12. 21. 23-29.
Jésus a repris les dix commandements, mais il a manifesté la force de l’Esprit à l’œuvre dans leur lettre. Il a prêché la "justice qui surpasse celle des scribes et des pharisiens"(1) aussi bien que celle des païens(2). Il a déployé toutes les exigences des commandements. "Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras pas ... Eh bien ! Moi je vous dis : quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal"(3).
(1) Matthieu 5, 20 – (2) cf. Matthieu 5, 46-47 – (3) Matthieu 5, 21-22.
Lorsqu’on lui pose la question : "Quel est le plus grand commandement de la Loi ?"(1), Jésus répond : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ; voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes"(2). Le Décalogue doit être interprété à la lumière de ce double et unique commandement de la charité, plénitude de la Loi :
Le précepte : tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en ces mots : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la loi dans sa plénitude(3).
(1) Matthieu 22, 36 – (2) Matthieu 22, 37-40 ; cf. Deutéronome 6, 5 ; Lévitique 19, 18 – (3) Romains 13, 9-10.
Le Décalogue dans l’Écriture Sainte.
Le mot "Décalogue" signifie littéralement "dix paroles"(1). Ces "dix paroles", Dieu les a révélées à son peuple sur la montagne sainte. Il les a écrites "de son Doigt"(2), à la différence des autres préceptes écrits par Moïse(3). Elles constituent des paroles de Dieu à un titre éminent. Elles nous sont transmises dans le livre de l’Exode(4) et dans celui du Deutéronome(5). Dès l’Ancien Testament, les livres saints font référence aux "dix paroles"(6). Mais c’est dans la nouvelle Alliance en Jésus Christ que leur plein sens sera révélé.
(1) Exode 34, 28 ; Deutéronome 4, 13 ; 10, 4 – (2) Exode 31, 18 ; Deutéronome 5, 22 – (3) cf. Deutéronome 31, 9. 24 – (4) cf. Exode 20, 1-17 – (5) cf. Deutéronome 5, 6-22 – (6) cf. par exemple Osée 4, 2 ; Jérémie 7, 9 ; Ezéchiel 18, 5-9.
Le Décalogue se comprend d’abord dans le contexte de l’Exode qui est le grand événement libérateur de Dieu au centre de l’ancienne Alliance. Qu’ils soient formulés comme des préceptes négatifs, des interdictions, ou comme des commandements positifs (comme : "honore ton père et ta mère"), les "dix paroles" indiquent les conditions d’une vie libérée de l’esclavage du péché. Le Décalogue est un chemin de vie :
"Siracide (Ben Sirac) tu aimes ton Dieu, si tu marches dans ses voies, si tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu te multiplieras"(1).
Souvenez-vous : vous étiez des esclaves sur une terre étrangère. Le Seigneur votre Dieu vous en a fait sortir à main forte et à bras étendu(2).
(1) Deutéronome 30, 14 –(2) Deutéronome 5, 15.
Les "dix paroles" résument et proclament la loi de Dieu : "Telles sont les paroles que vous adressa le Seigneur quand vous étiez tous assemblés sur la montagne. Il vous parla du milieu du feu, dans la nuée et les ténèbres d’une voix puissante. Il n’y ajouta rien et les écrivit sur deux tables de pierre qu’il me donna"(1). C’est pourquoi ces deux tables sont appelées "le Témoignage"(2). Elles contiennent en effet les clauses de l’alliance conclue entre Dieu et son peuple. Ces "tables du Témoignage"(3) doivent être déposées dans "l’arche"(4).
(1) Deutéronome 5, 22 – (2) Exode 25, 16 – (3) Exode 31, 18 ; 32, 15 ; 34, 29 – (4) Exode 25, 16 ; 40, 1-2.
Les "dix paroles" sont prononcées par Dieu au sein d’une théophanie(1) ("Sur la montagne, au milieu du feu, le Seigneur vous a parlé face à face")(2). Elles appartiennent à la révélation que Dieu fait de lui-même et de sa gloire. Le don des commandements est don de Dieu lui-même et de sa sainte volonté. En faisant connaître ses volontés, Dieu se révèle à son peuple.
(1) Théophanie = manifestation de Dieu – (2) Deutéronome 5, 4.
Le don des commandements et de la Loi fait partie de l’Alliance scellée par Dieu avec les siens. Suivant le livre de l’Exode, la révélation des "dix paroles" est accordée entre la proposition de l’Alliance(1) et sa conclusion(2), – après que le peuple se soit engagé à "faire" tout ce que le Seigneur avait dit, et à y "obéir"(3). Le Décalogue n’est jamais transmis qu’après le rappel de l’Alliance ("Le Seigneur, notre Dieu, a conclu avec nous une alliance à l’Horeb")(4).
(1) cf. Exode 19 – (2) cf. Exode 24 – (3) Exode 24, 7 – (4) Deutéronome 5, 2.
Les commandements reçoivent leur pleine signification à l’intérieur de l’Alliance. Selon l’Écriture, l’agir moral de l’homme prend tout son sens dans et par l’Alliance. La première des "dix paroles" rappelle l’amour premier de Dieu pour son peuple :
Comme il y avait eu, en châtiment du péché, passage du paradis de la liberté à la servitude de ce monde, pour cette raison, la première phrase du Décalogue, première parole des commandements de Dieu, porte sur la liberté "Moi, je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir de la terre d’Égypte, de la maison de servitude"(1)(2).
(1) Exode 20, 2 ; Deutéronome 5, 6 – (2) Origène, Homélies sur l'Exode, 8, 1
L’alliance et le dialogue entre Dieu et l’homme sont encore attestés du fait que toutes les obligations sont énoncées à la première personne ("Je suis le Seigneur ...") et adressées à un autre sujet ("tu ..."). Dans tous les commandements de Dieu, c’est un pronom personnel singulier qui désigne le destinataire. En même temps qu’à tout le peuple, Dieu fait connaître sa volonté à chacun en particulier :
Le Seigneur prescrivit l’amour envers Dieu et enseigna la justice envers le prochain, afin que l’homme ne fut ni injuste, ni indigne de Dieu. Ainsi, par le Décalogue, Dieu préparait l’homme à devenir son ami et à n’avoir qu’un seul cœur avec son prochain .... Les paroles du Décalogue demeurent pareillement chez nous [chrétiens]. Loin d’être abolies, elles ont reçu amplification et développement du fait de la venue du Seigneur dans la chair(1).
(1) Saint Irénée de Lyon, Adversus hæreses, 4, 16, 3-4.
Le Décalogue dans la Tradition de l’Église.
Depuis saint Augustin, les "dix commandements" ont une place prépondérante dans la catéchèse des futurs baptisés et des fidèles. Au quinzième siècle, on prit l’habitude d’exprimer les préceptes du Décalogue en formules rimées, faciles à mémoriser, et positives. Elles sont encore en usage aujourd’hui. Les catéchismes de l’Église ont souvent exposé la morale chrétienne en suivant l’ordre des "dix commandements".
La division et la numérotation des commandements a varié au cours de l’histoire. Le présent catéchisme suit la division des commandements établie par saint Augustin et devenue traditionnelle dans l’Église catholique. Elle est également celle des confessions luthériennes. Les Pères grecs ont opéré une division quelque peu différente qui se retrouve dans les Églises orthodoxes et dans les communautés réformées.
Les dix commandements énoncent les requêtes de l’amour de Dieu et du prochain. Les trois premiers se rapportent davantage à l’amour de Dieu, et les sept autres à l’amour du prochain.
Comme la charité comprend deux préceptes auxquels le Seigneur rapporte toute la loi et les prophètes ..., ainsi les dix préceptes sont eux-mêmes divisés en deux tables. Trois ont été écrits sur une table et sept sur l’autre (1).
(1) Saint Augustin, Sermons, 33, 2, 2
Le Concile de Trente enseigne que les dix commandements obligent les chrétiens et que l’homme justifié est encore tenu de les observer(1). Et le Concile Vatican II l’affirme : "Les évêques, successeurs des apôtres, reçoivent du Seigneur ... la mission d’enseigner toutes les nations et de prêcher l’Évangile à toute créature, afin que tous les hommes, par la foi, le baptême et l’accomplissement des commandements, obtiennent le salut"(2).
(1) cf. Denzinger-Schönmetzer 1569-1570 – (2) Lumen gentium 24.
L’unité du Décalogue.
Le Décalogue forme un tout indissociable. Chaque "parole" renvoie à chacune des autres et à toutes ; elles se conditionnent réciproquement. Les deux Tables s’éclairent mutuellement ; elles forment une unité organique. Transgresser un commandement, c’est enfreindre tous les autres(1). On ne peut honorer autrui sans bénir Dieu son Créateur. On ne saurait adorer Dieu sans aimer tous les hommes ses créatures. Le Décalogue unifie la vie théologale et la vie sociale de l’homme.
(1) cf. Jacques 2, 10-11.
Le Décalogue et la loi naturelle.
Les dix commandements appartiennent à la révélation de Dieu. Ils nous enseignent en même temps la véritable humanité de l’homme. Ils mettent en lumière les devoirs essentiels, et donc indirectement, les droits fondamentaux, inhérents à la nature de la personne humaine. Le Décalogue contient une expression privilégiée de la "loi naturelle" :
Dès le commencement, Dieu avait enraciné dans le cœur des hommes les préceptes de la loi naturelle. Il se contenta d’abord de les leur rappeler. Ce fut le Décalogue(1).
(1) Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, 4, 15, 1
Bien qu’accessibles à la seule raison, les préceptes du Décalogue ont été révélés. Pour atteindre une connaissance complète et certaine des exigences de la loi naturelle, l’humanité pécheresse avait besoin de cette révélation :
Une explication plénière des commandements du Décalogue fut rendue nécessaire dans l’état de péché à cause de l’obscurcissement de la lumière de la raison et de la déviation de la volonté(1).
(1) Saint Bonaventure, In libros sententiarum, 4, 37, 1, 3
L’obligation du Décalogue.
Puisqu’ils expriment les devoirs fondamentaux de l’homme envers Dieu et envers son prochain, les dix commandements révèlent, en leur contenu primordial, des obligations graves. Ils sont foncièrement immuables et leur obligation vaut toujours et partout. Nul ne pourrait en dispenser. Les dix commandements sont gravés par Dieu dans le cœur de l’être humain.
L’obéissance aux commandements implique encore des obligations dont la matière est, en elle-même, légère. Ainsi l’injure en parole est-elle défendue par le cinquième commandement, mais elle ne pourrait être une faute grave qu’en fonction des circonstances ou de l’intention de celui qui la profère.
"Hors de moi, vous ne pouvez rien faire".
Jésus dit : "Je suis la vigne ; vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire"(1). Le fruit évoqué dans cette parole est la sainteté d’une vie fécondée par l’union au Christ. Lorsque nous croyons en Jésus Christ, communions à ses mystères et gardons ses commandements, le Sauveur vient lui-même aimer en nous son Père et ses frères, notre Père et nos frères. Sa personne devient, grâce à l’Esprit, la règle vivante et intérieure de notre agir. "Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés"(2).
(1) Jean 15, 5 – (2) Jean 15, 12.
"Que dois-je faire de bon pour posséder la vie éternelle ?" – "Siracide (Ben Sirac) tu veux entrer dans la vie, observe les commandements" (Matthieu 19, 16-17).
Le Décalogue forme une unité organique où chaque "parole" ou "commandement" renvoie à tout l’ensemble. Transgresser un commandement, c’est enfreindre toute la Loi (cf. Jacques 2, 10-11).
"Tu aimeras le Seigneur ton dieu
de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit"
Jésus a résumé les devoirs de l’homme envers Dieu par cette parole : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit"(1). Celle-ci fait immédiatement écho à l’appel solennel : "Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique"(2).
Dieu a aimé le premier. L’amour du Dieu Unique est rappelé dans la première des "dix paroles". Les commandements explicitent ensuite la réponse d’amour que l’homme est appelé à donner à son Dieu.
(1) Matthieu 22, 37 ; cf. Luc 10, 27 : " ... toutes tes forces " – (2) Deutéronome 6, 4-5.
Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur la terre ici-bas, ou dans les eaux en dessous de la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces images ni ne les serviras(1).
Il est écrit : "C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte"(2).
(1) Exode 20, 2-5 ; cf. Deutéronome 5, 6-9 – (2) Matthieu 4, 10.
I. "Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras".
Dieu se fait connaître en rappelant son action toute-puissante, bienveillante et libératrice dans l’histoire de celui auquel il s’adresse : "Je t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude". La première parole contient le premier commandement de la loi : "Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras ... Vous n’irez pas à la suite d’autres dieux"(1). Le premier appel et la juste exigence de Dieu est que l’homme l’accueille et l’adore.
(1) Deutéronome 6, 13-14.
Le Dieu unique et vrai révèle d’abord sa gloire à Israël(1). La révélation de la vocation et de la vérité de l’homme est liée à la révélation de Dieu. L’homme a la vocation de manifester Dieu par son agir en conformité avec sa création "à l’image et à la ressemblance de Dieu" :
"Il n’y aura jamais d’autre Dieu, Tryphon, et il n’y en a pas eu d’autre, depuis les siècles ... que celui qui a fait et ordonné l’univers. Nous ne pensons pas que notre Dieu soit différent du vôtre. Il est le même qui a fait sortir vos pères d’Égypte "par sa main puissante et son bras élevé". Nous ne mettons pas nos espérances en quelque autre, il n’y en a pas, mais dans le même que vous, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob"(2).
(1) cf. Exode 19, 16-25 ; 24, 15-18 – (2) Saint Justin, Dialogues avec le juif Tryphon, 11, 1.
"Le premier des préceptes embrasse la foi, l’espérance et la charité. Qui dit Dieu, en effet, dit un être constant, immuable, toujours le même, fidèle, parfaitement juste. D’où il suit que nous devons nécessairement accepter ses Paroles, et avoir en lui une foi et une confiance entières. Il est tout-puissant, clément, infiniment porté à faire du bien. Qui pourrait ne pas mettre en lui toutes ses espérances ? Et qui pourrait ne pas l’aimer en contemplant les trésors de bonté et de tendresse qu’il a répandus sur nous ? De là cette formule que Dieu emploie dans la Sainte Écriture soit au commencement, soit à la fin de ses préceptes : Je suis le Seigneur"(1).
(1) Catechismus Romanus 3, 2, 4.
Notre vie morale trouve sa source dans la foi en Dieu qui nous révèle son amour. Saint Paul parle de "l'obéissance de la foi"(1) comme de la première obligation. Il fait voir dans la "méconnaissance de Dieu" le principe et l’explication de toutes les déviations morales(2). Notre devoir à l’égard de Dieu est de croire en Lui et de Lui rendre témoignage.
(1) Romains 1, 5 ; 16, 2 – (2) cf. Romains 1, 18-32.
Le premier commandement nous demande de nourrir et de garder avec prudence et vigilance notre foi et de rejeter tout ce qui s’oppose à elle. Il y a de diverses manières de pécher contre la foi :
L’incrédulité est la négligence de la vérité révélée ou le refus volontaire d’y donner son assentiment. "L’hérésie est la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité. L’apostasie est le rejet total de la foi chrétienne. Le schisme est le refus de la soumission au Souverain Pontife ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis"(1).
(1) Codex Juris Canonici, canon 751.
Lorsque Dieu se révèle et appelle l’homme, celui-ci ne peut répondre pleinement à l’amour divin par ses propres forces. Il doit espérer que Dieu lui donnera la capacité de l’aimer en retour et d’agir conformément aux commandements de la charité. L’espérance est l’attente confiante de la bénédiction divine et de la vision bienheureuse de Dieu ; elle est aussi la crainte d’offenser l’amour de Dieu et de provoquer le châtiment.
Le premier commandement vise aussi les péchés contre l’espérance, qui sont le désespoir et la présomption :
La foi dans l’amour de Dieu enveloppe l’appel et l’obligation de répondre à la charité divine par un amour sincère. Le premier commandement nous ordonne d’aimer Dieu par-dessus tout et toutes les créatures pour Lui et à cause de Lui(1).
(1) cf. Deutéronome 6, 4-5.
On peut pécher de diverses manières contre l’amour de Dieu : L’indifférence néglige ou refuse la considération de la charité divine ; elle en méconnaît la prévenance et en dénie la force. L’ingratitude omet ou récuse de reconnaître la charité divine et de lui rendre en retour amour pour amour. La tiédeur est une hésitation ou une négligence à répondre à l’amour divin, elle peut impliquer le refus de se livrer au mouvement de la charité. L’acédie ou paresse spirituelle va jusqu’à refuser la joie qui vient de Dieu et à prendre en horreur le bien divin. La haine de Dieu vient de l’orgueil. Elle s’oppose à l’amour de Dieu dont elle nie la bonté et qu’elle prétend maudire comme celui qui prohibe les péchés et qui inflige les peines.
II. "C’est à lui seul que tu rendras un culte"
De la vertu de religion, l’adoration est l’acte premier. Adorer Dieu, c’est le reconnaître comme Dieu, comme le Créateur et le Sauveur, le Seigneur et le Maître de tout ce qui existe, l’Amour infini et miséricordieux. "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c’est à lui seul que tu rendras un culte"(1) dit Jésus, citant le Deutéronome 6, 13.
(1) Luc 4, 8.
Adorer Dieu, c’est, dans le respect et la soumission absolue reconnaître le "néant de la créature" qui n’est que par Dieu. Adorer Dieu, c’est comme Marie, dans le Magnificat, le louer, l’exalter et s’humilier soi-même, en confessant avec gratitude qu’Il a fait de grandes choses et que saint est son nom(1). L’adoration du Dieu unique libère l’homme du repliement sur soi-même, de l’esclavage du péché et de l’idolâtrie du monde.
(1) cf. Luc 1, 46-49.
Les actes de foi, d’espérance et de charité que commande le premier commandement s’accomplissent dans la prière. L’élévation de l’esprit vers Dieu est une expression de notre adoration de Dieu : prière de louange et d’action de grâce, d’intercession et de demande. La prière est une condition indispensable pour pouvoir obéir aux commandements de Dieu. "Il faut toujours prier sans jamais se lasser"(1).
(1) Luc 18, 1.
Il est juste d’offrir à Dieu des sacrifices en signe d’adoration et de reconnaissance, de supplication et de communion : "Est un véritable sacrifice toute action opérée pour adhérer à Dieu dans la sainte communion et pouvoir être bienheureux"(1).
(1) Saint Augustin, De civitate Dei, 10, 6.
Pour être véridique, le sacrifice extérieur doit être l’expression du sacrifice spirituel : "Mon sacrifice, c’est un esprit brisé ..."(1). Les prophètes de l’Ancienne Alliance ont souvent dénoncé les sacrifices faits sans participation intérieure(2) ou sans lien avec l’amour du prochain(3). Jésus rappelle la parole du prophète Osée : "C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice"(4). Le seul sacrifice parfait est celui que le Christ a offert sur la croix en totale offrande à l’amour du Père et pour notre salut(5). En nous unissant à son sacrifice nous pouvons faire de notre vie un sacrifice à Dieu.
(1) Psaume 51, 19 – (2) cf. Amos 5, 21-25 – (3) cf. Isaïe 1, 10-20 – (4) Matthieu 9, 13 ; 12, 7 ; cf. Osée 6, 6 – (5) cf. Hébreux 9, 13-14.
Promesses et vœux.
En plusieurs circonstances, le chrétien est appelé à faire des promesses à Dieu. Le baptême et la confirmation, le mariage et l’ordination en comportent toujours. Par dévotion personnelle, le chrétien peut aussi promettre à Dieu tel acte, telle prière, telle aumône, tel pèlerinage, etc. La fidélité aux promesses faites à Dieu est une manifestation du respect dû à la Majesté divine et de l’amour envers le Dieu fidèle.
"Le vœu, c’est-à-dire la promesse délibérée et libre faite à Dieu d’un bien possible et meilleur doit être accompli au titre de la vertu de religion"(1). Le vœu est un acte de dévotion dans lequel le chrétien se voue lui-même à Dieu ou lui promet une œuvre bonne. Par l’accomplissement de ses vœux, il rend donc à Dieu ce qui Lui a été promis et consacré. Les Actes des Apôtres nous montrent saint Paul soucieux d’accomplir les vœux qu’il a faits(2).
(1) Codex Juris Canonici, canon 1191, § 1 – (2) cf. Actes 18, 18 ; 21, 23-24.
L’Église reconnaît une valeur exemplaire aux vœux de pratiquer les conseils évangéliques(1) : L’Église notre Mère se réjouit de ce qu’il se trouve dans son sein en grand nombre des hommes et des femmes pour vouloir suivre de plus près et manifester plus clairement l’anéantissement du Sauveur, en assumant, dans la liberté des fils de Dieu, la pauvreté et en renonçant à leur propre volonté ; c’est-à-dire des hommes et des femmes qui se soumettent en matière de perfection, au-delà de ce qu’exige le commandement, à une créature humaine à cause de Dieu afin de se conformer plus pleinement au Christ obéissant(2).
En certains cas, l’Église peut, pour des raisons proportionnées, dispenser des vœux et des promesses(3).
(1) cf. Codex Juris Canonici, canon 654 – (2) Lumen gentium 42 – (3) cf. Codex Juris Canonici, canon 692 ; 1196-1197.
Le devoir social de religion et le droit à la liberté religieuse.
"Tous les hommes sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ; et quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèles"(1). Ce devoir découle de "la nature même des hommes"(2). Il ne contredit pas un "respect sincère" pour les diverses religions qui "apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes"(3), ni l’exigence de la charité qui presse les chrétiens "d’agir avec amour, prudence, patience, envers ceux qui se trouvent dans l’erreur ou dans l’ignorance de la foi"(4).
(1) Dignitatis humanae 1 – (2) Dignitatis humanae 2 – (3) Nostra aetate 2 – (4) Dignitatis humanae 14.
Le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne l’homme individuellement et socialement. C’est là "la doctrine catholique traditionnelle sur le devoir moral des hommes et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ"(1). En évangélisant sans cesse les hommes, l’Église travaille à ce qu’ils puissent "pénétrer d’esprit chrétien les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent"(2). Le devoir social des chrétiens est de respecter et d’éveiller en chaque homme l’amour du vrai et du bien. Il leur demande de faire connaître le culte de l’unique vraie religion qui subsiste dans l’Église catholique et apostolique(3). Les chrétiens sont appelés à être la lumière du monde(4). L’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines(5).
(1) Dignitatis humanae 1 – (2) Apostolicam actuositatem 10 – (3) cf. Dignitatis humanae 1 – (4) cf. Apostolicam actuositatem 13 – (5) cf. Immortale Dei ; Quas primas.
"Qu’en matière religieuse, nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir, dans de justes limites, suivant sa conscience en privé comme en public, seul ou associé à d’autres"(1). Ce droit est fondé sur la nature même de la personne humaine dont la dignité lui fait adhérer librement à vérité divine qui transcende l’ordre temporel. C’est pourquoi il "persiste même en ceux-là qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer"(2).
(1) Dignitatis humanae 2 – (2) Dignitatis humanae 2.
"Si, en raison des circonstances particulières dans lesquelles se trouvent des peuples, une reconnaissance civile spéciale est accordée dans l’ordre juridique de la cité à une société religieuse donnée, il est nécessaire qu’en même temps, pour tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le droit à la liberté en matière religieuse soit reconnu et respecté"(1).
(1) Dignitatis humanae 6.
Le droit à la liberté religieuse n’est ni la permission morale d’adhérer à l’erreur(1), ni un droit supposé à l’erreur(2), mais un droit naturel de la personne humaine à la liberté civile, c’est-à-dire à l’immunité de contrainte extérieure, dans de justes limites, en matière religieuse, de la part du pouvoir politique. Ce droit naturel doit être reconnu dans l’ordre juridique de la société de telle manière qu’il constitue un droit civil(3).
(1) cf. Libertas præstantissimum – (2) cf. Pie XII, discours 6 décembre 1953 - officiel, en italien – traduction française – (3) cf. Dignitatis humanae 2.
Le droit à la liberté religieuse ne peut être de soi ni illimité(1), ni limité seulement par un "ordre public" conçu de manière positiviste ou naturaliste(2). Les "justes limites" qui lui sont inhérentes doivent être déterminées pour chaque situation sociale par la prudence politique, selon les exigences du bien commun, et ratifiées par l’autorité civile selon des "règles juridiques conformes à l’ordre moral objectif"(3).
(1) cf. Pie VI, bref Quod aliquantum – (2) cf. Pie IX, encyclique Quanta cura – (3) Dignitatis humanae 7.
III. "Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi".
La superstition est la déviation du sentiment religieux et des pratiques qu’il impose. Elle peut affecter aussi le culte que nous rendons au vrai Dieu, par exemple, lorsqu’on attribue une importance en quelque sorte magique à certaines pratiques, par ailleurs légitimes ou nécessaires. Attacher à la seule matérialité des prières ou des signes sacramentels leur efficacité, en dehors de dispositions intérieures qu’ils exigent, c’est tomber dans la superstition(1).
(1) cf. Matthieu 23, 16-22.
Le premier commandement condamne le polythéisme. Il exige de l’homme de ne pas croire en d’autres dieux que Dieu, de ne pas vénérer d’autres divinités que l’Unique. L’Écriture rappelle constamment ce rejet des "idoles, or et argent, œuvres de mains d’hommes", elles qui "ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas ...". Ces idoles vaines rendent vain : "Comme elles, seront ceux qui les firent, quiconque met en elles sa foi"(1). Dieu, au contraire, est le "Dieu vivant"(2), qui fait vivre et intervient dans l’histoire.
(1) Psaume 115, 4-5. 8 ; cf. Isaïe 44, 9-20 ; Jérémie 10, 1-16 ; Daniel 14, 1-30 ; Baruch 6 ; Sagesse 13, 1 – 15, 19 – (2) Josué 3, 10 ; Psaume 42, 3 ; etc.
L’idolâtrie ne concerne pas seulement les faux cultes du paganisme. Elle reste une tentation constante de la foi. Elle consiste à diviniser ce qui n’est pas Dieu. Il y a idolâtrie dès lors que l’homme honore et révère une créature à la place de Dieu, qu’il s’agisse des dieux ou des démons (par exemple le satanisme), de pouvoir, de plaisir, de la race, des ancêtres, de l’Etat, de l’argent, etc. "Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon", dit Jésus(1). De nombreux martyrs sont morts pour ne pas adorer "la Bête"(2), en refusant même d’en simuler le culte. L’idolâtrie récuse l’unique Seigneurie de Dieu ; elle est donc incompatible avec la communion divine(3).
(1) Matthieu 6, 24 – (2) cf. Apocalypse 13-14 – (3) cf. Galates 5, 20 ; Éphésiens 5, 5.
La vie humaine s’unifie dans l’adoration de l’Unique. Le commandement d’adorer le seul Seigneur simplifie l’homme et le sauve d’une dispersion infinie. L’idolâtrie est une perversion du sens religieux inné de l’homme. L’idolâtre est celui qui "rapporte à n’importe quoi plutôt qu’à Dieu son indestructible notion de Dieu"(1).
(1) Origène, Contre Celse, 2, 40.
Le premier commandement de Dieu réprouve les principaux péchés d’irréligion : l’action de tenter Dieu, en paroles ou en actes, le sacrilège et la simonie.
L’action de tenter Dieu consiste en une mise à l’épreuve, en parole ou en acte, de sa bonté et de sa toute-puissance. C’est ainsi que Satan voulait obtenir de Jésus qu’il se jette du Temple et force Dieu, par ce geste, à agir(1). Jésus lui oppose la parole de Dieu : "Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu"(2). Le défi que contient pareille tentation de Dieu blesse le respect et la confiance que nous devons à notre Créateur et Seigneur. Il inclut toujours un doute concernant son amour, sa providence et sa puissance (3).
(1) cf. Luc 4, 9 – (2) Deutéronome 6, 16 – (3) cf. 1 Corinthiens 10, 9 ; Exode 17, 2-7 ; Psaume 95, 9.
Le sacrilège consiste à profaner ou à traiter indignement les sacrements et les autres actions liturgiques, ainsi que les personnes, les choses et les lieux consacrés à Dieu. Le sacrilège est un péché grave surtout quand il est commis contre l’Eucharistie puisque, dans ce sacrement, le Corps même du Christ nous est rendu présent substantiellement(1).
(1) cf. Codex Juris Canonici, canon 1367 ; 1376.
La simonie(1) se définit comme l’achat ou la vente des réalités spirituelles. À Simon le magicien, qui voulait acheter le pouvoir spirituel qu’il voyait à l’œuvre dans les apôtres, Pierre répond : "Périsse ton argent, et toi avec lui, puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix d’argent"(2). Il se conformait ainsi à la parole de Jésus : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement"(3). Il est impossible de s’approprier les biens spirituels et de se comporter à leur égard comme un possesseur ou un maître, puisqu’ils ont leur source en Dieu. On ne peut que les recevoir gratuitement de Lui.
(1) cf. Actes 8, 9-24 – (2) Actes 8, 20 – (3) Matthieu 10, 8 ; cf. déjà Isaïe 55, 1.
"En dehors des offrandes fixées par l’autorité compétente, le ministre ne demandera rien pour l’administration des sacrements, en veillant toujours à ce que les nécessiteux ne soient pas privés de l’aide des sacrements à cause de leur pauvreté"(1). L’autorité compétente fixe ces "offrandes" en vertu du principe que le peuple chrétien doit subvenir à l’entretien des ministres de l’Église. "L’ouvrier mérite sa nourriture"(2).
(1) Codex Juris Canonici, canon 848 – (2) Matthieu 10, 10 ; cf. Luc 10, 7 ; 1 Corinthiens 9, 5-18 ; 1 Timothée 5, 17-18.
"Beaucoup de nos contemporains ne perçoivent pas du tout ou même rejettent explicitement le rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu : à tel point que l’athéisme compte parmi les faits les plus graves de ce temps"(1).
(1) Gaudium et spes 19, § 1.
Le nom d’athéisme recouvre des phénomènes très divers. Une forme fréquente en est le matérialisme pratique qui borne ses besoins et ses ambitions à l’espace et au temps. L’humanisme athée considère faussement que l’homme "est pour lui-même sa propre fin, le seul artisan et le démiurge de son histoire"(1). Une autre forme de l’athéisme contemporain attend la libération de l’homme d’une libération économique et sociale à laquelle "s’opposerait par sa nature même, la religion, dans la mesure où érigeant l’espérance de l’homme sur le mirage d’une vie future, elle le détournerait d’édifier la cité terrestre"(2).
(1) Gaudium et spes 20, § 1 – (2) Gaudium et spes 20, § 2.
En tant qu’il rejette ou refuse l’existence de Dieu, l’athéisme est un péché contre la vertu de religion(1). L’imputabilité de cette faute peut être largement diminuée en vertu des intentions et des circonstances. Dans la genèse et la diffusion de l’athéisme, "les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de la foi, par des représentations trompeuses de la doctrine, et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent"(2).
(1) cf. Romains 1, 18 – (2) Gaudium et spes 19, § 3.
Souvent l’athéisme se fonde sur une conception fausse de l’autonomie humaine, poussée jusqu’au refus de toute dépendance à l’égard de Dieu(1). Pourtant, "la reconnaissance de Dieu ne s’oppose en aucune façon à la dignité de l’homme, puisque cette dignité trouve en Dieu lui-même ce qui la fonde et ce qui l’achève"(2). L’Église sait "que son message est en accord avec le fond secret du cœur humain"(3).
(1) cf. Gaudium et spes 20, § 1 – (2) Gaudium et spes 21, § 3 – (3) Gaudium et spes 21, § 7.
L’agnosticisme revêt plusieurs formes. Dans certains cas, l’agnostique se refuse à nier Dieu ; il postule au contraire l’existence d’un être transcendant qui ne pourrait se révéler et dont personne ne saurait rien dire. Dans d’autres cas, l’agnostique ne se prononce pas sur l’existence de Dieu, déclarant qu’il est impossible de la prouver et même de l’affirmer ou de la nier.
L’agnosticisme peut parfois contenir une certaine recherche de Dieu, mais il peut également représenter un indifférentisme, une fuite devant la question ultime de l’existence, et une paresse de la conscience morale. L’agnosticisme équivaut trop souvent à un athéisme pratique.
IV. "Tu ne te feras aucune image sculptée...".
L’injonction divine comportait l’interdiction de toute représentation de Dieu par la main de l’homme. Le Deutéronome explique : "Puisque vous n’avez vu aucune forme, le jour où le Seigneur, à l’Horeb, vous a parlé du milieu du feu, n’allez pas vous pervertir et vous faire une image sculptée représentant quoi que ce soit ..."(1). C’est le Dieu absolument Transcendant qui s’est révélé à Israël. "Il est toutes choses", mais en même temps, "Il est au-dessus de toutes ses œuvres"(2). Il est "la source même de toute beauté créée"(3).
(1) Deutéronome 4, 15-16 – (2) Siracide (Ben Sirac) 43, 27-28 – (3) Sagesse 13, 3.
Cependant dès l’Ancien Testament, Dieu a ordonné ou permis l’institution d’images qui conduiraient symboliquement au salut par le Verbe incarné : ainsi le serpent d’airain(1), l’arche d’Alliance et les chérubins(2).
(1) cf. Nombres 21, 4-9 ; Sagesse 16, 5-14 ; Jean 3, 14-15 – (2) cf. Exode 25, 10-22 ; 1 Rois 6, 23-28 ; 7, 23-26.
C’est en se fondant sur le mystère du Verbe incarné que le septième Concile œcuménique, à Nicée (en 787), a justifié, contre les iconoclastes, le culte des icônes : celles du Christ, mais aussi celles de la Mère de Dieu, des anges et de tous les saints. En s’incarnant, le Fils de Dieu a inauguré une nouvelle "économie(1)" des images.
(1) Économie = organisation des parties d'un ensemble, structure.
Le culte chrétien des images n’est pas contraire au premier commandement qui proscrit les idoles. En effet, "l’honneur rendu à une image remonte au modèle original"(1), et "quiconque vénère une image, vénère en elle la personne qui y est dépeinte"(2). L’honneur rendu aux saintes images est une "vénération respectueuse", non une adoration qui ne convient qu’à Dieu seul :
Le culte de la religion ne s’adresse pas aux images en elles-mêmes comme des réalités, mais les regarde sous leur aspect propre d’images qui nous conduisent à Dieu incarné. Or le mouvement qui s’adresse à l’image en tant que telle ne s’arrête pas à elle, mais tend à la réalité dont elle est l’image(3).
(1) Saint Basile de Césarée en Cappadoce (saint Basile le grand), Traité du Saint-Esprit, 18, 45 – (2) Concile de Nicée II (Denzinger-Schönmetzer 601) ; cf. Concile de Trente (Denzinger-Schönmetzer 1821-1825) ; Concile de Vatican II (Sacrosanctum concilium 126 ; Lumen gentium 67 – (3) Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, 2-2, 81, 3, ad 3.
"Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces" (Deutéronome 5, 6).
Le premier commandement appelle l’homme à croire en Dieu, à espérer en Lui et à L’aimer par-dessus tout.
"C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras" (Matthieu 4, 10). Adorer Dieu, Le prier, Lui offrir le culte qui Lui revient, accomplir les promesses et les vœux qu’on Lui a faits, sont des actes de la vertu de religion qui relèvent de l’obéissance au premier commandement.
Le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne l’homme individuellement et socialement.
L’homme "doit pouvoir professer librement la religion en privé et en public" (Dignitatis humanae 15).
La superstition est une déviation du culte que nous rendons au vrai Dieu. Elle éclate dans l’idolâtrie, ainsi que dans les différentes formes de divination et de magie.
L’action de tenter Dieu, en paroles ou en actes, le sacrilège, la simonie sont des péchés d’irréligion interdits par le premier commandement.
En tant qu’il rejette ou refuse l’existence de Dieu, l’athéisme est un péché contre le premier commandement.
Le culte des images saintes est fondé sur le mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu. Il n’est pas contraire au premier commandement.

References: § 2052
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 § 7