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Timestamp: 2019-04-25 02:42:36+00:00

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Bible chrétienne Evang. - § 7-8. Nativité de Jean-Baptiste: Lc 1,57-80
§ 7-8. Nativité de Jean-Baptiste: Lc 1,57-80
(Lc 1,57-80)
Le parallèle entre Jean-Baptiste et Jésus en montrera les différences. Ne serait-ce que par l'inversion de l'importance respective de la naissance et la circoncision: pour Jean-Baptiste: 2 et 20 versets; pour Jésus: 20 et 1 versets. Surtout, la scène change: Jean-Baptiste naît dans la maison familiale, à la joie des voisins et connaissances ; tout y serait naturel si, à la circoncision, Zacharie ne retrouvait la parole pour chanter, dans le Benedictus, le Messie (bien plus que son fils, précurseur). Par contraste, Jésus paraît à la fois plus démuni, puisqu'il naît en chemin, dans une < étable > (2,7 *), mais plus resplendissant aussi, puisqu'il est chanté par les anges et annoncé aux bergers comme le Sauveur.
Lc 1,57-58) — La naissance. Le Seigneur a exalté sa miséricorde: C'est la signification du nom même de Jean (v. 13 *), que les voisins lui donnent donc spontanément, sans savoir. < Exalter >, c'est le verbe même du Magnificat, qui exalte aussi la miséricorde (v. 50.54), comme va le faire à son tour le Benedictus (v. 72.78) : Dieu s'exalte lui-même en exaltant sa Miséricorde, puisque sa Miséricorde c'est l'envoi de son Fils, où se reflète son infinie Miséricorde.
// 1S 1,20, Conception, enfantement, reconnaissance du nom, c'est la même séquence, se concluant dans un cantique dont nous avons vu le parallélisme avec le Magnificat. Don du Seigneur, Samuel sera donné au Seigneur, comme Jean-Baptiste (v. 15 *). La naissance de Samuel intervient « après le cycle des jours » de la gestation, comme pour Jean-Baptiste « quand le temps de ï enfantement fut accompli ». Mais la formule grecque rappelle ici < la plénitude des temps > de Ga 4,4, comme pour nous signifier qu'avec la naissance du Précurseur, la longue attente de l’A.T. touche à son aboutissement.
Ils se réjouissaient: comme l'annonçait Gabriel au v. 14 *.
Lc 1,59-64 // Gn 17,9-12 — La circoncision et le nom, comme pour Jésus
(2,21 *).
// Is 62,2 Ex 33,12 1R 18,46 Ez 3,14 — Ces // Valent plus particulièrement pour Jean-Baptiste, mais s'appliquent aussi à chacun de nous: notre vrai nom, c'est celui que Dieu nous donne, en son amour unique et personnel; nous ne sommes pas moins < dans sa main >, même si c'est librement, en vertu de l'Alliance. La circoncision la marquait dans la chair; par le baptême la marque est maintenant, dans notre âme, l'empreinte du Saint-Esprit (2Co 1,21-22 Ep 1,13).
Lc 1,65-66) — Une crainte : Évidemment pas une peur, qui glacerait la joie. Devant le miracle de cette naissance et de la parole rendue à Zacharie, c'est la crainte révérencielle de Dieu, ainsi manifesté. Luc la signale souvent: Cf. § 3 ) — Lc 1,12 *.
Tous ces faits: < Rhêma >, comme au v. 37 *. Donc à la fois < Parole et Événement > que cette naissance, puisque c'est la Parole de l'ange, dont Zacharie avait d'abord douté, qu'il vient de reconnaître comme réalisée (cf. § 10 : Lc 2,15 *).
«Tous ceux... de toute la montagne... tous ces faits. Et tous ceux... »: Accomplissement de ce que Gabriel avait annoncé (v. 14.16 *).
Déposaient dans leur coeur: ils se posent une question; mais ils la < posent > dans leur coeur, pour la méditer comme fera Marie (2,19.51 *) : en ce sens ils l'y déposent. C'est le principe de cette mémoire attentive, active, réfléchie, qui est à la source de la Tradition.
Nous retrouvons au surplus, ici, les échelons déjà énumérés par Luc en son Prologue (1,1-4 *): 1) les voisins ont été témoins oculaires', 2) ils racontent ces < Rhêma > sur toute la montagne de Judée, devenus ainsi < serviteurs de la Parole > ; 3) ceux qui ont entendu vont garder en mémoire ce témoignage. Ils pourront même le vérifier plus tard, quand cet enfant sera devenu « le plus grand des enfants des femmes » (§ 107 : Mt 11,11), et alors, redire bien haut les < paroles > qui s'étaient < réalisées > à sa naissance et depuis lors...
La main du Seigneur: // 1R 18,46 Ez 3,14 — Image saisissante de < précurseur > que sera le Nouvel Élie, né 3 mois avant le < Roi des Juifs >, dont Achab fut l'ancêtre indigne; image aussi du prophète intransigeant que sera le Baptiste, comme Ezéchiel ou Jérémie. On retrouvera au v. 76 une image similaire du précurseur.
Par opposition à la main des ennemis (v. 71.74), cette main de Dieu est plus encore qu'emprise (< sur moi >) protection (< avec moi >, comme pour Jérémie 1,8): cf. // Ps 80,18 et 139,4-5.
Lc 1,67) — Le processus est le même pour Zacharie que pour Elisabeth: À l'instant même où Zacharie reconnaît par le nom de Jean la Parole de l'ange (v. 64) il est empli du Saint-Esprit, comme Elisabeth à la salutation de Marie (v. 41). Sous cette inspiration, lui aussi prophétise:
le benedictus : cantique très // au Magnificat. Il se compose lui aussi de deux strophes, mais inégales: v. 68-75 et 76-79. Chacune d'elle ne forme qu'une seule phrase, circonstanciée. En voici les articulations essentielles:
— a) Béni soit le Seigneur: c'est la proposition principale de la 1° strophe, mais elle s'étend aussi à toute la seconde. Le cantique tout entier est donc une bénédiction, cette forme de prière si fondamentale en Israël (BC I *, p. 93-94).
Dieu d'Israël: donne le cadre, qui est celui de l'Alliance; elle est au coeur de l'hymne, comme nous le verrons un peu plus loin.
— b) Vient alors le motif, triple: visite divine, du Rédempteur, Puissance incarnée dans la faiblesse (cf. v. 51 *).
- c) En cela, Dieu est fidèle à sa Parole: v. 70, qui est une sorte de parenthèse, en a parte, mais annonçant le thème, central, de l'Alliance (v. 73).
— d) Les v. 71-73 se rattachent — par-delà la parenthèse, à la < Puissance de Salut > du v. 69: ils en sont les appositions, d'autant plus manifestement que le premier des titres ainsi donnés au Sauveur est: < Salut > — Salut libérant, Miséricorde attendue, Alliance conclue, Parole tenue. Mais ils rejoignent aussi le Magnificat: Salut (v. 47a), Miséricorde (v. 50.54), Se souvenir du Serment (v. 54-55).
— e) Le but et l'effet de cette venue (v. 74-75): libération — service. La 2° strophe est bâtie un peu de la même manière:
— f) La proposition principale (v. 76) annonce la triple mission de ce < petit enfant>: prophète, précurseur, baptiste (cf. v. 15-17 *). C'est par là même un triple motif de bénir Dieu.
— g) On passe donc directement au but et à l'effet de cette mission (v. 77).
— h) Mais le < salut en la rémission des péchés >, c'est le nom même de Jésus, « celui qui sauve son peuple de leurs péchés » (§ 13 : Mt 1,21 *). Par conséquent le v. 78 vient en apposition: ce Pardon, c'est Jésus, Miséricorde vivante (cf. v. 72), Soleil illuminateur et guide assuré d'une paix en la Nouvelle Alliance (v. 78-79).
On voit qu'en réalité, dans ce cantique pour la naissance de l'enfant, seuls ont trait à Jean-Baptiste les v. 76-77'. Et l'on n'a pas manqué de supposer qu'ils auraient été ajoutés à une hymne préexistante, pour l'adapter à la circonstance — tout comme le v. 48 au Magnificat (cf. § 6 : L'historicité). Mais l'hypothèse est d'autant plus fragile que l'analyse du vocabulaire et de sa mise en oeuvre montre au contraire l'extrême rigueur dans l'homogénéité de tout le cantique.
Il saute aux yeux en effet que les termes caractéristiques vont par paire. Mais en outre, A. Vanhoye a montré qu'ils étaient symétriques par rapport au centre du cantique, situé aux v. 72-73 (Nts 1966, p. 382-389):
v. 68 visité v. 78
v. 68 son peuple v. 77
v. 69.71 Salut v. 77
v. 71 de la main de nos adversaires
ou: de nos ennemis (même mot en grec) v. 74
v. 72 nos pères — notre père Abraham v. 73
v. 72 Alliance — Parole jurée v. 73
La liste est descendante du v. 68 à 72, remontante du v. 73 à 78, avec, au centre, un double verset fondé sur le couple Alliance — Serment, qui est classique depuis Abraham (Gn 22,16, commenté par He 6,13-18 — cf. BC I / Cp). Nous en donnons ici deux exemples avec les // des Ps 89 et 105.
Par conséquent, nous sommes en présence d'un développement concentrique du même type que celui du Prologue de Saint-Jean (Cf. § 1 ) — Composition). A. Vanhoye montre même que chacune des parties est elle-même composée en symétrie: autour du v. 70 pour la 1° (v. 68-72) et du v. 76 pour la 2° (v. 73-79). Car, outre les mots redoublés, il y a toutes sortes d'équivalences subtiles, comme entre < visiter > et < rendre présente > (68b.72b), < faire rédemption > et < faire miséricorde > (68b.72a), et naturellement < Salut > (69a.71a).
Or chacun de ces deux centres secondaires est la Parole annoncée par les prophètes (v.70.76), tout comme le centre principal était Parole jurée (v. 73). On voit que le thème premier du cantique est donc bien la Parole d'Alliance, par laquelle Dieu intervient (v. 68b.72a.73b.78) pour le salut de son peuple (v. 69.72.74-75). L'appartenance mutuelle est d'ailleurs une autre référence à l'Alliance: son peuple — notre Dieu (v. 68b.78a).
Si serrée que soit cette structure concentrique (v. 68-72 / 73-79), le fait qu'elle ne coïncide pas exactement avec la composition strophique (v. 68-75 / 76-79) garde à l'ensemble une souplesse plus naturelle, en même temps qu'elle assure son élan. Car chacune de ces strophes ne forme qu'une seule longue phrase, dont la pente — c'est-à-dire la convergence logique, donnant < le sens > (comme on parle du < sens d'une vallée >) — ne nous laisse pas de repos jusqu'à son aboutissement: justice et sainteté (v. 75), lumière et paix (v. 79).
Devant une si délicate unité de composition, le morcellement supposé par la critique en recherche de source hypothétique apparaît tout à la fois barbare et peu vraisemblable...
Le Style est évidemment < anthologique >. Les // En feront foi. Il n'est pas utile de s'y étendre, tant la similitude des expressions et de la pensée s'avère convergente. Plus encore que dans le Magnificat, qui chante déjà le Règne messianique, le Benedictus est le point où se concentre une dernière fois Ta.T. au seuil du Nouveau. D'où la réalité, le poids qu'il faut mettre en chacun des mots, en les reprenant et méditant comme l'Eglise nous engage à le faire à l'aurore de nos journées, comme au seuil d'une Alliance toujours Nouvelle :
v. 68) — A visité: La proximité bénéfique (ou terrible) de Dieu, qui apparaît à Abraham avant d'aller juger Sodome (Gn 18 — cf. BC I *, p. 109). Elle devient ici incarnation de la Parole de Dieu, en ce Jésus qui est venu d'abord visiter Jean-Baptiste encore dans le sein de sa mère, et reprochera plus tard à Jérusalem de « n'avoir pas connu le temps de sa visite » (§ 274 : Lc 19,44). Mais, si < Jean > signifie: « Dieu a été favorable » (v. 13b *), la naissance de cet enfant est elle-même une < visite > de Dieu, conjuguée avec celle de l'incarnation:
Bruno de Segni : Sur Lc 1,1 (PL 165,350) : Dieu a visité par son héraut, il a visité par son Fils ; il a évangélisé par l'un et par l'autre... L'un et l'autre ont appelé les peuples au baptême ; mais seul, le Fils a racheté le peuple et l'a baptisé dans l'Esprit Saint.
Fait la rédemption: // au Magnificat: « fait l'action de Puissance ».
v. 69: — A suscité: en grec, c'est le verbe du réveil, du lever, de la résurrection..
Puissance de Salut : Litt. < Corne >. On hésite devant la brutalité de cette image de la corne, par exemple du taureau, si forte et en même temps si précise qu'il suffit de la limer de quelques millimètres pour qu'elle ne soit plus aussi sûrement mortelle pour le matador. Combien plus ajustée la < corne > du Seigneur, pour < l'action de puissance > qu'est la rédemption, donc non pour la mort, mais pour le Salut.
Dans la maison de David: d'où Dieu avait promis de susciter le Messie (v. 70) — cf. v. 33), qui est lui-même Temple de Dieu, maison d'Église où prend place tout homme qui le veut bien (// 2S 7,19 2S 7,28-29 Ps 132,17).
David, son serviteur: titre de gloire, fréquemment reconnu à ce Roi d'Israël, si particulièrement aimé de Dieu, malgré ses péchés ou ses erreurs: cf. 2S 3,18; 24,10; 1R 3,6; Ps 78,70; 144,10 etc... Le Christ sera bien son descendant, en qui les Évangiles reconnaîtront le Serviteur annoncé par Isaïe — « les prophètes des temps anciens », du v. 70, et fils de Marie, servante du Seigneur (v. 38 *).
v. 71.74) — À la main de nos ennemis s'oppose le bras de Dieu, triomphant dans la faiblesse du Christ en croix (v. 51 *). Il n'y a pas de vie chrétienne sans combat, que ce soit de la Lumière, victorieuse des ténèbres (Jn 1,5 *), ou de la grâce en nous.
v. 71-73) — Salut, Miséricorde, Alliance, Parole jurée: nous avons dit que ce sont les titres de la < Puissance de Salut >, le Messie. À eux quatre, ils expriment la < Hésed > de Dieu: Amour-Alliance-Fidélité-Miséricorde.
On a remarqué aussi que Salut se trouve dans le nom de Jésus, Miséricorde dans le nom de Jean; dans se souvenir (v. 72b), il y a le radical de Zacharie, et dans Parole jurée, celui d'Elisabeth. Regroupement caché de la famille d'Aïn Karem autour de Celui qui, en Marie, est en effet venu les visiter (v. 43).
pour rendre présente son Alliance sainte (v. 72b), ou : « se souvenir de... » (Cf. § 6 ) — Lc 1,54). Dieu « se souvient » de l'homme : qu'est-ce que cela veut dire ? On comprend que l'homme se souvienne de Dieu : se souvenir de Dieu, cela veut dire penser à Lui comme présent, se rendre soi-même présent à Dieu. Mais que Dieu se souvienne de nous... ? Cela veut dire que Dieu se rend les choses présentes d'une manière nouvelle, qu'il les introduit en lui-même, qu'il les transporte en son mystère, les insère dans sa vie intime... (D. Barsotti: Spiritualité de l'Exode, ch. 6, p. 49).
// 2M 1,2 — C'est le voeu sur lequel s'ouvre la Lettre aux Juifs d'Egypte qui introduit 2M. Comme dans les psaumes 105,8-9 et 106,4.45, également donnés en //, ce souvenir de Dieu est tenu pour la faveur la plus haute, comme l'explique D. Barsotti:
D. Barsotti: Sur 2M, p. 13-14: La vie du Judaïsme dépend du souvenir que Dieu a de son peuple parce que ce peuple est l'héritier de la bénédiction des patriarches: Abraham, Isaac, Jacob. Dans le souvenir de Dieu, le judaïsme est en continuité avec l'élection et la bénédiction des patriarches ; et en protégeant le Temple et la nation [au temps des Maccabées], Dieu a montré qu'en effet il se souvient : « Dieu veuille vous accorder ses bienfaits et se souvenir de son Alliance ». L'expression est une des plus admirables que nous ait laissées le judaïsme.
Ta vie avec Dieu, c'est le souvenir que Dieu a de toi. Si Dieu se souvient de toi, il te porte dans son coeur. Pour Dieu, il n'y a pas de passé : tu lui es présent; et si tu lui es présent, il te sauve. Tu es, dans la mesure où Dieu te connaît; tu es sauvé dans la mesure où il t'aime.
Mais la vie religieuse de l'homme est encore le souvenir de ce que Dieu a fait pour lui, de ce que Dieu lui a donné. La vie spirituelle, c'est de garder dans son coeur les bienfaits de Dieu, et de conserver aussi la promesse de ce qu'il accomplira encore, car il est fidèle. Souvenir réciproque : Dieu, se souvenant de l'homme, le porte dans son coeur — l'homme, se souvenant de Dieu, le possède. Dans la mémoire, le passé et le futur sont présents. « Que Dieu veuille se souvenir de son Alliance » : c'est proprement par le souvenir que l'Alliance continue, et qu'elle triomphe des machinations des grands prêtres. « Et qu'il vous donne d'accomplir ses désirs avec un coeur généreux et une âme prompte ». Le souvenir des bienfaits de Dieu entraîne, pour l'homme, l'adoration, et l'obéissance aux commandements.
De même ici, au v. 74 : « pour que sans peur, nous servions en sa présence... »
v. 74-76) — Libérés... nous servions: passage de la servitude au service: suivant l'excellente formule de G. Auzou, c'est le sens de tout l'Exode (BC I *, p. 212) — cf. le // de Jos 24,14, pour le renouvellement de l'Alliance).
En sa présence: c'est toute la consolation de l'amour, et qui en fait un service d'amour. La même expression se retrouve au v. 76, donc à propos de Jean-Baptiste, comme il avait été prédit par l'ange: « Il sera grand devant le Seigneur »/v. 15). Mais le verbe: < tu courras >, et l'image du pré-curseur comme celle d'Élie courant devant le char d'Achab (// 1R 18,46 — au v. 66), nous ont portés à traduire : en avant. C'est d'ailleurs si naturel que la Vulgate va dans ce sens, comme un certain nombre de mss. grecs. Et cela rejoint la sentence de Jean-Baptiste lui-même : « Celui qui vient après (ou : derrière) moi m'a précédé, car le Premier, Il était » (Jn 1,15 *). Ce n'est pas exclusif du « en présence du Seigneur », tout au contraire.
Préparer ses voies: // Ml 3,1, mais aussi Is 40,1-3 (§ 19 ), conformément à l'annonce de l'ange, v. 16-17 *.
v. 77) — Irénée: Adv. Hoer. III, 10,3 (PG 7,874; SC 211,124): La connaissance du Salut, c'était la connaissance du Fils de Dieu, qui est Salut et Sauveur, qui est dit et est en toute vérité « le Salut ».
Savoir en quoi consiste ce Salut, c'est le situer en la rémission des péchés. Car Jésus est notre Salut comme Miséricorde et Pardon de Dieu, Rédempteur et Libérateur (v. 68b.71.74), pour être Alliance (v. 72-73) qui nous ré-unit à Dieu, dans la justice et la sainteté, la lumière et la paix retrouvées (v. 75.79). C'est la Bonne Nouvelle de la Rémission des péchés, que Jésus a chargé ses Apôtres d'annoncer en son nom au monde entier (Lc 24,47-48, en accord avec Mt 28,19 et Jn 20,22-23). Nous sommes au coeur de l'Evangile, si méconnu soit-il. Et Jean-Baptiste, précurseur, prêchera cette rémission des péchés en invitant les Juifs au repentir et au baptême (Lc 3,3).
v. 78) — Tendre miséricorde: Litt. < les entrailles >, ou encore < le coeur et l'âme, comme siège de l'affection >. L'image aussi est de l’A.T. : // Jr 31,20 Is 63,7 Ps 119,77 Ps 119, faut n'avoir qu'une connaissance toute superficielle de la Bible pour lui reprocher de révéler un Dieu dur et sanguinaire.
Soleil levant: l'image est dans le // Ml 3,20, précédant les v. 23-24 où est annoncé Jean-Baptiste (§ 3 : // à Lc 1,17). Mais c'est aussi l'astre annoncé par Balaam (Nb 24,17 — § 14 ). Le mot grec < Anatole > (d'où est venu: Anatolie, pays du Levant) signifie aussi: rejeton, germe, comme en Jr 23,5. Mais l'image de la lumière, au v. 79, implique qu'au v. 78, c'est bien celle de ce Soleil, chanté aussi (quoique différemment) par les Ps 84,12 et 68,5, pareil à « l'Époux sortant de la chambre nuptiale » (// Ps 19,6).
Venu d'En Haut: non comme notre soleil, qui va d'un horizon à l'autre (Ps 19,7), mais donné d'En Haut, du Très-Haut. Sous une image plus matérialisée, c'est la même foi en l'origine céleste, divine du Christ, que le Prologue de Saint-Jean.
Lc 1,80) — Comme nous l'avons déjà indiqué au v. 56 *, de procédé analogue, Luc clôt ici la scène. Mais du même coup, il prépare le retour du Baptiste sur nouveau décor de désert, ce qui n'est pas sans évoquer la préparation providentielle de Moïse (// Ex 3,1):
Léon le Philosophe : Or 16 sur Jn-Baptiste (PG 107,194) : Quand arriva le moment d'annoncer aux hommes, esclaves du péché, la liberté qui serait le fruit du régime de la grâce, il convenait que le messager sorte du désert, comme autrefois Moïse envoyé de la montagne à V antique Israël pour annoncer au peuple qu'il était racheté de la servitude d'Egypte.
C'est au désert que s'exercera la mission de Jean-Baptiste, prophétisée aux v. 76-77 du Benedictus. Celle-ci le manifestera aux yeux de tout Israël, comme elle manifestera aussi premièrement le Jésus jusque-là caché dans l'humilité de Nazareth (Jn 1,31). Car le // Entre l'annonce et la nativité du précurseur et celles du Messie, se poursuit durant le temps de leur croissance (Lc 2,40 Lc 2,52, en attendant que vienne une seconde < Visitation > de Jésus à Jean, autant que la première révélatrice pour le Baptiste (§ 24 ) — Jn 1,33-34 *).
Sur les liens possibles entre l'apprentissage au désert de Jean-Baptiste et Qumrân, cf. J. Schmitt: Les écrits du N.T.et les textes de Qumrân, i. Jean le Baptiste et le mouvement Johannite, dans Rsr 1955, p. 394-401 ; 1956, p. 55-74 et 261-267. Ou plus simplement J. Daniélou : Jean-Baptiste, p. 44 ss. Sur l'hypothèse que ces données évangéliques sur l'enfance de Jean-Baptiste viennent du milieu de ses disciples, hostiles au Christ qui l'a supplanté (Jn 3,26), cf. la critique triplement justifiée (langue, formes littéraires, psychologie) du P. Benoit: L'enfance de Jean-Baptiste selon Luc, Nts 1956-57, p. 169-194.
§ 9. Naissance de Jésus : Lc 2,1-7
Le chapitre second de Luc relate essentiellement 3 événements dont nous verrons en finale comment ils composent entre eux (§ 18 in fine): Nativité — Présentation au Temple — Jésus retrouvé au Temple.
Mais la Nativité elle-même comporte plusieurs scènes : Après la naissance proprement dite, l'Annonce aux bergers, suivie de leur < Visitation >.
situation historique — Il est remarquable que l'Évangile y consacre 5 versets (3 au cadre général et 2 aux répercussions pour la sainte famille), contre 2 seulement à la naissance.
Lc 2,1-2 — La mention de Quirinius fait difficulté, parce que les autres sources historiques et notamment FI. Josèphe, ne parlent de recensement sous Quirinius qu'en l'an 6 de notre ère, alors que d'après Lc 1,5 corroboré par Mt 2,1-22, Jésus est né avant la mort d'Hérode le Grand, datée habituellement de l'an 4)/p en fait de l'an 3 (cf. le comput de J. Aulagnier: Avec Jésus, au jour le jour: Ed. 1985, voir page 33) ; mais en tous cas, c'est avant notre ère. Il y a donc un décalage d'une dizaine d'années avec le recensement de Quirinius. On a tenté d'en donner diverses explications (cf. l'article « Quirinius » de P. Benoit, dans Dbs ix (1979), p. 693-720). Aucune n'est absolument décisive, mais du moins les recherches ont vérifié l'existence de tels recensements sous l'empereur Auguste (v. 1), en Gaule, Espagne, Egypte et Syrie — ce qui était bien pratiquement « toute la terre » aux yeux des méditerranéens d'alors. On a même trouvé spécifié, pour l'Egypte, qu'il fallait se faire inscrire « dans sa ville d'origine » (v. 3), femmes comprises (Pap. Lond. III, 25). Les circonstances générales sont donc plausibles. Quant au décalage des 10 ans, le texte de Saint-Luc pourrait bien l'expliquer par ce mot de « Prêté » qui, de quelque manière qu'on le traduise (la nôtre est loin d'être admise par tous), a le sens d'une antériorité du recensement au cours duquel Jésus naquit sur un recensement — sans doute celui de Quirinius, en + 6 (Voir Tob, note q).
Quoi qu'il en soit de la difficulté sur la matérialité de la précision donnée par Luc, son propos n'en est pas moins indéniable : il entend bien situer l'événement dans le lieu (Bethléem) et le temps (du recensement), donc le présenter comme un fait historique; et il n'y a aucune raison de douter du fait lui-même. Cependant l'Evangile ne tient pas moins à donner du même coup le sens, unique, de cette naissance entre toutes les autres.
sens messianique et eschatologique — En ces jours-là : C'est l'expres-sion habituelle pour désigner les temps non pas quelconques, mais primordiaux (Lc 1,39 *) ; elle complète donc le verbe initial qui désignait ce qui advient, donc l'événement comme tel (Jn 1,6 *).
Toute la terre: ce signe de l'hégémonie romaine — < César > — sur l'Oikou-ménè, notamment sur la Terre d'Israël, ne pouvait qu'être odieux au peuple élu. Mais ce qui est visé ici, au-delà du politique, c'est la portée universelle que prend pour ainsi dire officiellement cette naissance, puisque, de par la < Pax Romana > et les communications qui s'établissent entre toutes les parties de l'immense empire, elle est appelée à rayonner « sur toute la terre ».
// Ps 87,5-6 — Ce parallèle montre que, dès l’A.T. il avait été révélé que chaque homme bénéficie, outre sa patrie terrestre, d'une patrie spirituelle dont il est citoyen, parce qu'il y trouve spirituellement sa source. Non seulement les tribus d'Israël sont ainsi reliées à Jérusalem (Ps 122): pour Babel, la Philistie ou l'Ethiopie aussi, Jérusalem est une mère, dans la perspective messianique et uni-versaliste d'Is 2,1-5 (en // aux § 48 -49). Et la traduction LXX — Vg du Ps 87,5 b: « Homo et homo natus est in ea », est interprétée par les Pères: « Par et en cet Homme (le Christ), tous les autres hommes viendront à elle » (Cf. Pc III, p. 317).
Quant à l'inscription sur « le Livre des peuples », tout comme le recensement c'est une image eschatologique du « Livre de Vie » d'après lequel nous serons tous jugés (Ap 20,11-15). D'où la cçnclusion d'Origène, montrant l'harmonie des circonstances historiques de l'Évangile avec leur accomplissement messianique, dès cette terre et jusque dans l'éternité:
Origène : Sur Lc, finale de l'Hom. 11 (PG 13,1828) : Il fallait que le Christ fût inscrit dans ce recensement général, pour qu inscrit avec tous les hommes il les sanctifiât tous ; pour qu'il ouvrît au monde sa communion, afin de recenser tous les hommes avec lui dans le livre de vie, et que tous ceux qui croiraient en lui soient plus tard recensés dans les deux.
Ephrem : 2° Hymne sur l'Epiphanie (Lamy I, 13):
Aux jours de ce roi, qui recensa les hommes dans son livre,
le Seigneur descendit du ciel
pour recenser les hommes dans le Livre de vie.
Il fut recensé, et il recensa :
il nous inscrivit dans le ciel et fut inscrit sur la terre.
Lc 2,3 — Verset de transition, qui explique la venue de Joseph et de Marie à Bethléem, aux v. 4-5. Mais il faut être sensible à la vision < cinématographique > ainsi amorcée d'une fourmilière où les hommes s'agitent en tout sens, au milieu de laquelle Jésus lui-même, porté en Marie « qui était enceinte », se met en mouvement. Le réalisme d'un Breughel traduit cette < incarnation > de l'événement sublime (Cf. Jours de la Nativité, pi. 1-4).
Lc 2,4-5 — Joseph, son rôle commence seulement ici, du moins dans Luc (pour Mt voir § 13 ), car il avait tout juste été nommé au ch. 1°, v. 27. S'il entre en jeu, c'est toujours au même titre non seulement d'époux de la Vierge (v. 5), mais d'abord à celui de « descendant de la maison de David » à qui Dieu avait promis qu'il « lui bâtirait une maison » (287,11), en faisant naître de lui le Messie, comme l'ultime rameau de la tige de Jessé (Is 11,1).
Du même coup, Joseph vérifierait aussi la prophétie tout aussi célèbre de Michée 5,1-4 (Cf. § 14 ) sur le lieu de la naissance à Bethléem puisqu'il devrait y revenir comme dans « sa ville d'origine » :
// Rt 1,22 Rt 4,11-17 1S 17,12 — Bethléem est en effet le lieu où s'était accompli, plus de 1000 ans auparavant, le sacrifice de Ruth pour Noémi (Rt 1,15-18), récompensé par son mariage avec Booz, aïeul de Jessé. Roman si exemplaire que V. Hugo l'a fait entrer dans « La Légende des siècles ». Ce seul nom de < Bethléem > relie donc Jésus à ses origines humaines, pré-davidiques, et l'enracine dans notre histoire.
Lc 2,4 // 1S 16,4-12 1S 17,34-37 — À la ville de David: Normalement c'est Jérusalem, sa capitale, dont il fit la Cité sainte en y amenant l'Arche d'Alliance (2S 6 — donc au chapitre précédant la prophétie de Natan sur la maison que Yahvé lui bâtirait en Jésus). Ici bien entendu, il s'agit de la ville d'origine de David (// 1S 7,12). Aussi, en deçà de la grotte, ce que les chrétiens vénèrent à Bethléem, ce sont toutes ces lointaines préparations évangéliques : à peu près dans les mêmes lieux où les anges vont chanter aux bergers le Gloria de Noël, le jeune David a lui-même gardé les troupeaux, avec le courage du Bon Pasteur (1S 17,34-36), avant de recevoir de Samuel l'onction sainte (d'où vient le titre de < Christus > ou de < Messie >). C'est bien < la terre natale > qui convenait à Jésus.
Bethléem: son étymologie permet d'y voir < la maison du pain >. Jésus y trouvera place dans une < mangeoire > (v. 7.12.16), Lui qui se déclarera < le Pain de la Vie > (Jn 6,35). Les Pères n'ont pas manqué de faire le rapprochement, et il ne faudrait pas insister trop lourdement sur ce qui deviendrait alors procédé allégori-sant risquant de déplacer le sens qui est évidemment historique. Mais la sémioti-que nous apprend à ne pas être non plus entièrement négatif: « Il n'est pas impossible que cette symbolique induise déjà que le Fils de Dieu fait homme est venu se donner en nourriture. Même si cela n'est pas explicité, cela appartient à la cohérence et à la puissance poétique du texte » (R. Laurentin: Ev. de l'En-fance (p. 236).
À l'opposé, on a émis l'hypothèse que Luc aurait pu inventer de toutes pièces le voyage à Bethléem, pour accorder la naissance de < Jésus de Nazareth > avec la prophétie de Michée. Mais ce serait une supposition gratuite, que dément à la fois le propos exprès de l'évangéliste, de « s'informer exactement sur les origines » (Lc 1,1-4 *), et son accord avec les sources les plus anciennes que nous pouvons consulter: non seulement Mt 2,1, mais le Protévangile de Jacques, n° 17-18, Y Ascension d'isaïe xi, 7-10 (apocryphes du II° siècle), et Justin, Contre Tryphon n° 78 (milieu du n° siècle).
Que la foule ait attribué à Jésus Nazareth pour origine, c'était tout naturel puisqu'il y avait habité durant tant d'années que le souvenir du lieu propre à sa naissance avait été oublié; qu'au surplus les ennemis du Christ aient adopté cette appellation comme un moyen de le discréditer, s'explique aussi fort bien. Tout cela ne saurait fonder une objection contre la désignation unanime de Bethléem par tous ceux qui se souciaient d'histoire.
Ou comment savoir quelque chose en ce domaine, si l'on se met à suspecter, sans aucun indice contraire, le dire concordant des témoins?
Lc 2,6-7 — La naissance proprement dite est annoncée avec une sobriété remarquable. On retrouve d'abord la même association qu'au v. 1 : d'une part le verbe de l'événement, renforcé par la double mention temporelle: «pendant que... les jours »; mais d'autre part, le « accomplir », indiquant < la plénitude des temps > de < ces jours-là >. Nous avions trouvé ce thème de l'accomplissement dès Lc 1,1 *. Il va servir de refrain introducteur des deux épisodes complémentaires, de la Circoncision puis de la Présentation au Temple (2,21-22 *). Il n'est pas non plus sans rapport avec < l'accomplissement des Écritures >, souligné par Matthieu seulement de façon plus explicite (§ 13 = Mt 1,22 *), mais non moins présent à l'esprit de Luc — qu'il suffise de se rappeler les rappels implicites de l'A.T.sous-jacents à l'Annonciation ou à la Visitation... (Sur ce vocabulaire de l'accomplissement, cf. R. Laurentin: Ev. Enfance, p. 147).
La Tradition chrétienne aime à méditer le mystère de Noël en soi, mais aussi comme accomplissement de l’A.T. au-delà même de ce qu'il pouvait laisser pressentir. Pour nous en tenir à la sobriété de la liturgie romaine, au matin de Noël ses Laudes chantent surtout l'événement, non sans solennité:
« La jeune mère a enfanté le roi I dont le Nom est « l'Éternel ». I Elle a les joies de la maternité I et l'honneur de la virginité. I De pareille, oncques n'en fut avant elle: I il n'en viendra pas après elle, Alléluia!
À l'octave, donc le 1° janvier, on admire le Mystère:
1) O admirable échange! / le créateur du genre humain, / prenant un corps et une âme, / a daigné naître de la Vierge. Il vint au monde, homme que nul homme n'a semé, / et nous donna, en don gracieux, / sa divinité.
2) Quand tu naquis de la Vierge / ineffablement, / alors s'accomplit l'Écriture : / Comme la pluie sur la toison, tu descendis, / pour que soit sauvé par toi tout le genre humain. I O notre Dieu, nous te louons!
3) Ce buisson que vit Moïse / — jamais consumé — / nous savons qu'il symbolise / ta virginité gardée. / Mère de Dieu, intercède pour nous!
4) Le tronc de Jessé a germé, / l'étoile s'est levée sur Jacob : / la Vierge a enfanté le Sauveur. / O notre Dieu, nous te louons!
5) Voici: Marie nous a enfanté le Sauveur. / A sa vue, Jean s'est écrié : / Voici l'Agneau de Dieu! / Voici celui qui enlève les péchés du monde, Alléluia!
Et au Benedictus: Le mystère admirable se révèle aujourd'hui: / les deux natures acquièrent quelque chose de nouveau: / Dieu s'est fait homme. / Il demeure ce qu'il fut toujours; / il assume ce qu'il n'était pas, / n'ayant souffert ni mélange, ni division.
La 1° antienne met le Mystère en rapport avec nous, suivant l'adage si souvent repris et commenté par les Pères : « Il s'est fait homme pour que nous devenions Dieu » — < participants de la nature divine > et < fils de Dieu > (2P 1,4 Jn 1,12). La 5° nous rappelle que l'Incarnation ne va pas sans la Rédemption (Cf. § 11 *). Les trois antiennes médianes se reportent soit aux prophéties — Rameau de Jessé (Is 11,1 — § 24 en // à Mt 3,17) ; Étoile de Jacob, annoncée au païen Balaam (Nb 24,17 — § 14 ) — soit aux figures de l’A.T. : Buisson ardent et Toison de Gédéon. Celles-ci peuvent d'abord paraître inattendues, secondaires et artificielles. En fait, l'une et l'autre sont bien dans la ligne messianique:
D'une part, l'ange Gabriel annonce à Marie l'Incarnation, l'oeuvre de Dieu en elle sous la figure, avons-nous vu, de la Shékinah, de la Présence et de la Gloire de Dieu venant prendre possession de sa Demeure: Tabernacle, Temple, Sein de la Vierge (Lc 1,35 *). Le Buisson ardent que la présence de Dieu enflamme sans le consumer (Ex 3,2-6) est le même mystère incandescent: il s'accomplit au premier chef entre la divinité et l'humanité de Jésus, mais par suite aussi en celle qui l'a porté — « Et Sanctum Nomen ejus ! »... C'est aussi l'annonce que désormais, en Jésus, les hommes pourront « voir la Gloire de Dieu » (Jn 1,14 Lc 2,14), sans mourir.
D'autre part, qu'il y ait un lien entre la Toison de Gédéon et la venue du Christ, cela ressort non seulement du parallélisme général entre l'histoire de Gédéon (annonce de sa naissance et mission salvatrice) et celle de Jésus (Cf. § 4 ) — Lc 1,28 *), mais de l'interprétation que l'Écriture elle-même nous suggère du signe de la toison :
// Ps 72,6 Jg 6,37-40 — Nul doute en effet que le Ps 72 soit messianique. Or, pour annoncer l'avènement de ce « Fils du Roi », juste, pacifique et miséricodieux, le verset 6 reprend le double signe inversé, demandé par Gédéon: d'abord la pluie humecte la tonte du pré, puis la terre (v. 6 a-b // Jg 6). Le rapprochement est d'autant plus indiqué par l'Écriture elle-même que le psalmiste ne se borne pas à l'image, classique, de la pluie « sur le gazon » (comme on traduit souvent) : il choisit la racine < Gez > signifiant indistinctement < ce qui est tondu, que ce soit l'herbe des prés ou la laine des brebis > ; et c'est donc de la même racine que vient < Gizah >, la toison. La venue du Messie se trouve donc expressément annoncée par le Ps 72,6 comme préfigurée dans le signe miraculeux demandé et obtenu par Gédéon. Les Pères n'ont fait qu'en tirer la conséquence: Si le Messie vient comme la rosée imprégnant la toison, alors c'est bien en Marie toujours Vierge que s'accomplit ce que figurait le signe.
// Ga 4,4-6 — Le Christ étant le centre auquel se réfère toute l'Histoire du Salut, qu'elle soit antécédente ou conséquente, le thème de < l'accomplissement > est aussi celui de « la plénitude des temps ». Mais pourquoi à ce moment-là ?
Ch. Journet : L'Église du Verbe Incarné, III, p. 522: C'est de la seule histoire spirituelle du monde que se préoccupaient les anciens. Leurs réponses, que saint Thomas expose à plusieurs reprises (Somme théologique, i-n, qu. 98, a. 6, etc.) en se référant à saint Augustin, s'inscrivent toutes dans une vue, appuyée sur l'Écriture, du double progrès contrastant de l'histoire.
1. D'une part, sous le poids du péché, elle s'enfonce toujours davantage dans la nuit; et la miséricorde divine doit se faire toujours plus condescendante pour s'efforcer de secourir les âmes. En sorte que c’est au moment le plus désespéré du monde, après l'échec de l'économie de la loi de nature (Rm 1,18-32) et l'échec de l'économie de la Loi mosaïque (Rm 2,1 Rm 3,8), quand « Juifs et Grecs, tous sont soumis au péché » (3,10), que se produira la miséricorde suprême de l'Incarnation...
2. D'autre part, Dieu n'enverra pas son Fils dans le monde sans avoir fait pressentir, sans doute obscurément, sa venue, sous l'économie de la loi de nature, sans l'avoir annoncée et préparée par des lumières prophétiques de plus en plus précises sous l'économie de la Loi mosaïque, jusqu'au jour où le Baptiste, « voyant venir Jésus, dira : Voici l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jn 1,29). En sorte que sous cet aspect, l'histoire spirituelle de l'humanité est celle d'une montée progressive vers le point où, en le touchant, le Verbe illuminera le monde. C[est une patiente pédagogie, en effet, qui prépare Israël à recevoir son Messie. (À l'appui, Ch. Journet cite Ga 4,4 puis He 1,1-3 — Cf. § l : // à Jn 1,3)...
« La condition de la nature humaine, écrit saint Thomas fiv C.G., c. 55), demande qu'on ne soit pas amené à la perfection du premier coup, mais qu'on y parvienne en y étant conduit par le chemin des réalités imparfaites... Une multitude à qui l'on proposerait des choses jamais entendues et difficiles, ne pourrait les saisir aussitôt, à moins d'avoir été préparée par des choses plus élémentaires. Il convenait donc qu'au début le genre humain fût instruit de ce qui touche à son salut par des enseignements simples et élémentaires, donnés par les Patriarches, la Loi et les Prophètes, pour qu'enfin, à la plénitude des temps, la doctrine parfaite du Christ fût proposée sur terre, selon ce que dit l'Apôtre : « La Loi nous a servi de pédagogue jusqu au Christ » (Ga 3,24-25)...
[Celse demande (Parole de Vérité, vers 178)] pourquoi Dieu a laissé errer les hommes durant tant de siècles. Origène répondra : « Jamais Dieu ne cesse de désirer que la vie des hommes soit juste... Il donne aux êtres raisonnables les moyens d'accéder à la vertu et de bien agir. À toutes les époques, la Sagesse de Dieu descend dans les âmes qu'elle trouve prêtes, pour susciter des amis à Dieu et des prophètes. Les Livres Saints eux-mêmes nous indiquent ceux qui aux diverses époques ont été saints, ont reçu l'Esprit divin, et qui selon leur pouvoir se sont dévoués à convertir leurs proches » (Contra Celsum, IV, n° 7, PG 11,1037)...
Au diacre Deogratias, saint Augustin rappellera l'unité et la perpétuité de la religion (Ép. 102, q. 2) : « Depuis le commencement du genre humain, d'une manière d'abord plus cachée, puis plus évidente selon que Dieu le jugeait pertinent, le Christ, avant son Incarnation, n'a jamais cessé d'être prophétisé, et jamais on n'a cessé de croire en lui, depuis Adam jusqu'à Moïse ; non seulement parmi le peuple d'Israël, qui par un mystère particulier a été une nation prophétique, mais encore parmi les autres nations. Les Livres Saints des Hébreux citent les noms de quelques privilégiés qui, dès le temps d'Abraham, sans être ni de sa race, ni du peuple d'Israël, ni rattachés à ce peuple, ont connu ces mystères. Pourquoi ne croirions-nous pas qu'il s'en trouvait pareillement ici et là, dans les différents peuples, dont les Livres Saints ne nous ont pas transmis le souvenir? »...
Il restera à comprendre que la foi au Christ Médiateur peut être incluse, très implicitement mais véritablement, dans la croyance aux deux premiers < cre-dibilia >, à savoir que Dieu est, et qu'il est rémunérateur pour ceux qui le cherchent (He 11,6); que l'invitation à croire est adressée en particulier à chaque homme dès son éveil à la vie morale, en sorte que personne ne périt sinon par sa faute ; que sous les économies de la loi de nature puis de la Loi mosaïque, la grâce est offerte au monde en considération de la Passion future du Sauveur, et qu'elle est déjà christique par anticipation.
// He 10,5-10 — Tout comme Ga 4,4-6 voyait d'un même coup d'oeil < l'admirable échange > entre filiation et servitude, Loi et don de l'Esprit, accomplis par le mystère entier du Christ, Incarnation et Rédemption conjointes, ainsi l'Épître aux Hébreux applique la prophétie du Ps 40 inséparablement à la naissance (« Entrant dans le monde... Tu m'as façonné un corps... Voici, je viens ») et à la Passion du Christ (« Faire ta volonté... Oblation du corps de Jésus-Christ une fois pour toutes » — conformément à ce qui est la thèse centrale de toute cette Épître). C'est dans la même perspective que la liturgie chrétienne célèbre en Noël « la fête de notre Rédemption » (cf. Spiritualité de Noël, p. 83-86 et 192-196). Nous verrons que Luc lui-même suggère la portée Pascale des événements de son en. 2.
Lc 2,7) — En un verset, quelques phrases on ne peut plus simples, pour annoncer le Mystère que les croyants ne cesseront plus de chanter :
Ephrem: Hymne 3 de la Nativité (Lamy n, 461): 2 O admirable économie !
Le Fils habita tout entier dans un corps,
tout entier il y demeura, ce corps lui suffisait.
Il y demeura, mais n'en fut pas captif:
volontairement, il était dans un corps
mais il s'étendait jusqu'au Père.
Comment put-il donc habiter
tout entier dans un corps et tout entier dans l'univers ?
Béni soit Celui que rien ne peut limiter...
4 Gloire à lui, qui se fit petit quand par nature il est immense ! Par amour il devient l'Unique de Marie, Lui qui est l'Unique de la divinité.
On le nomme fils de Joseph, Lui qui est Fils du Très-Haut; Lui qui par nature est Dieu devient homme par volonté. Gloire à ta volonté, et gloire à ta nature ! Bénie soit la majesté, qui notre image revêtit...
8 Le don que nous apporte le jour de ta naissance est tel, que le Père lui-même n'en a pas un second.
Il n'envoie pas les Séraphim, les Khéroubim, mais le Fils Unique dont ceux-là sont serviteurs.
Son fils premier-né: À diverses reprises, Luc parlera de fils uniques (7,12; 8,42; 9,38). Pourquoi ne le dit-il pas ici du fils unique de la Vierge? — Non pas bien sûr au sens qu'il aurait eu des frères aînés (bibliographie dans R. Laurentin : Év. de l'Enfance, p. 242). Dans un texte aussi construit, on peut voir dans ce titre une première amorce pour désigner en Jésus < le premier-né > consacré de droit à Dieu, accomplissant de ce fait la Loi du Lévitique lors de sa Présentation au Temple (Cf. § 11 *), et destiné à racheter en réalité « la multitude de ses frères ».
// Rm 8,29 — C'est ce mystère de conformation au Christ qu'indiqué ce // . Du même coup aussi, la maternité de Marie s'étend spirituellement, ou mieux:
< mystiquement >, à cette « multitude de frères », comme Jésus le confirmera sur la croix (§ 354 = Jn 19,26-27 *).
Lc 2,7) — Elle l'enveloppa... et le coucha... : Tous ces soins nous suggèrent une activité, une liberté d'allure bien éloignées des immobilisations de F enfantement dans la douleur auquel sont soumises les femmes, par la faute d'Eve,
< mère des vivants > pourtant (Gn 3,16 Gn 3,20 — Cf. BC I *, p. 62-64). D'où l'iconographie de la Vierge, à genoux, ce qui est aussi un appel à notre foi en la divinité de son enfant: « La Vierge adore : l'atmosphère véritable de Noël c'est elle qui la crée. Toutes les Nativités du xv° siècle sont grandes par la Vierge, à genoux, mains jointes, en silence, ignorant tout ce qui se passe alentour ». Mais dans les siècles antécédents, si la Vierge était représentée couchée pour le réalisme de l'enfantement, le mystère de Noël y était encore plus fortement et largement souligné : « L'Enfant Jésus est enveloppé au-dessus d'elle, mais il n'est pas dans une crèche, il est sur un autel, dans une église... Ce n'est pas un enfant, c'est une victime qui s'offre, qui pense déjà à l'avenir... L'Incarnation est rattachée à la Rédemption. Ily a un courant d'air froid dans la crèche du Moyen Âge. On ne se lamente pas sur la pauvreté du lieu ni des hommes, on assiste à la première messe » (D. Grivot: Les jours de la Nativité, p. 171 et 169).
Or ce rapprochement non plus n'est pas gratuit, il est suggéré, dans Saint-Luc, par le // Entre la crèche et le sépulcre :
// Lc 23,53 — L'emploi ici et là d'expressions semblables pour une même séquence: enveloppement — déposition, sera encore souligné par le rapprochement des vérifications: en Lc 2,16, « les bergers vinrent en hâte, et ils trouvèrent... » En Lc 24,12 « Pierre courut au tombeau, et se penchant, il vit les linges... » mais ni lui ni les femmes (v. 3) « ne trouvèrent le corps du Seigneur » (Cf. R. Laurentin: Év. Enfance, p. 222).
Lc 2,7) — Couché dans une crèche: C'est bien une mangeoire, de boeuf ou d'âne (Lc 13,15) ; mais c'est surtout devenu, dans notre langue imprégnée de christianisme, le mot « spécifique qui, employé absolument » évoque Noël. (Cf. le Trésor de la Langue Française VI — 1978) — p. 447). Cela signifie que Jésus « naît dans une étable », comme le chanteront les Noëls populaires.
Que ce fût une grotte, comme l'assure la tradition, dès le Protévangile de Jacques et saint Justin (précédemment cités), concorde avec ce que nous pouvons savoir de l'habitat souvent semi-troglodyte, à cette époque, dans les villages de Palestine.
// Is 1,3 — L'âne et le boeuf de nos crèches ne sont donc pas tant une image folklorique, bonne pour les enfants, qu'un rappel de Jn 1,11 : « Il est venu dans sa propre maison et les siens ne l'ont pas reçu ». La comparaison avec la naissance de Jean-Baptiste, chez lui, entouré des voisins et des proches dans l'allégresse générale (Lc 1,57-58) est significative de l'extrême dénuement que subit le Fils de Dieu par sa venue au monde.
parce qu'il n'y avait pas de place pour eux : On n'a que trop brodé sur le manque d'hospitalité, ou même le refus de faire place à Dieu, quand il vient parmi les hommes. Ce n'est pas le propos de Luc. Il ne donne pas une leçon de morale, mais se borne à rapporter sans autre explication un fait qui pourrait bien résulter simplement des circonstances, par exemple de l'afflux des gens venus pour le recensement.
L'expression ne signifie d'ailleurs même pas nécessairement qu'il n'y avait plus matériellement de place pour eux. En traduisant: « parce qu'ils n'avaient pas leur place dans l'hôtellerie », Delebecque suggère que la délicatesse de Marie aurait souffert d'accoucher au milieu de tous ces gens, préférant à la promiscuité et au bruit la discrétion, fût-ce d'une étable...
à l'hôtellerie : Il ne s'agit pas d'une auberge payante (comme dans la parabole du Bon Samaritain, Lc 10,34), mais d'une salle où l'on trouve nourriture et sans doute aussi logement, comme celles où Zachée reçoit Jésus (Lc 19,7), où les Apôtres sont envoyés préparer la Cène (Lc 22,11), où les foules affamées auraient à être renvoyées dans les villages environnants si Jésus ne multipliait les pains sur place (Lc 9,12). Peut-être simplement un caravansérail, suivant l'interprétation la plus commune (s'il y en avait un à Bethléem?).
Mais en tous cas ce serait un contresens que de donner à ce fait une portée principale, et qui demanderait à être expliquée, comme si le manque de place avait une importance en lui-même. À l'inverse, toute la proposition ne survient qu'après coup, introduite d'un « parce que... » — donc pour expliquer le principal qui reste ce qui précède l'explication: « elle le coucha dans une crèche ». Luc semble n'ajouter « parce qu'il n'y avait pas de place... » que pour parer à l'objection: « N'y avait-il donc pas de berceau plus approprié? » Et de fait, l'important c'est tellement: « un nouveau-né, enveloppé de langes et couché dans une crèche » que l'Ange le donnera textuellement comme signe de reconnaissance aux bergers, donc à nous (Lc 2,12 *), et que Luc le répète une troisième fois au v. 16.

References: § 7

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 § 10
 § 6
 § 1
 § 6
 § 14

§ 9
in fine
 § 48
 § 13
 § 14
 § 11
 § 24
 § 14
 § 4
 § 11