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sacrifice - Libre Pensée Chrétienne
31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 11:49
Sauvés ? Mais de quoi ? - Herman Van den Meersschaut - 8 / 2009
Sauvés ? Mais de quoi ?
Minuit ! Chrétiens, c'est l'heure solennelle où l'homme Dieu descendit jusqu'à nous, pour effacer la tache originelle et de son père arrêter le courroux… (chant de Noël bien connu).
C'est lui, le Christ, qui a remis pour nous au Père éternel le prix de la dette encourue par Adam ; c'est lui qui répandit son sang par amour pour effacer la condamnation du premier péché… Il fallait le péché d'Adam que la mort du Christ abolit. Heureuse était la faute qui nous valut pareil Rédempteur (liturgie de la veillée pascale).
Le péché originel, la chute, le rachat, le sacrifice, la rédemption, le salut du monde, le salut personnel, l'histoire du salut…, voilà des formules bien connues, souvent entendues et répétées, mais que nous disent-elles encore aujourd'hui ? Que disons-nous quand nous affirmons que Jésus est mort pour nous sauver ? De quoi suis-je sauvé par la mort d'un homme crucifié il y a deux mille ans ?
En la matière, nous sommes évidemment tributaires d'une certaine lecture de l'Ancien Testament, appliquée à Jésus par les auteurs du Nouveau Testament. Et surtout, nous restons fort marqués par la théologie dite de la "satisfaction", et qui a été prédominante dans l'Eglise pendant de nombreux siècles jusqu'à nos jours.
En fait tout repose sur la doctrine du péché originel précisée au Vème siècle sous l'impulsion de St Augustin et au concile de Trente en 1546.
C'est simple, d'après le catéchisme de l'Eglise catholique :
"Etabli par Dieu dans un état de sainteté, l'homme séduit par le Malin, dès le début de l'histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu.
Par son péché, Adam en tant que premier homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu'il avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les hommes.
A leur descendance ils ont transmis la nature humaine blessée par le premier péché, donc privée de la sainteté. Cette privation est appelée "péché originel." (p. 93, art. 415 à 417)
Et ce péché s'est transmis par "propagation" à toute l'humanité.
La passion et la mort du Christ, le fils de Dieu lui-même, seront l'indispensable prix à payer pour la faute et le sacrifice à offrir si l'on veut que s'ouvrent aux hommes les portes de la vie éternelle.
Jésus se serait donc substitué à l'humanité pécheresse, il aurait pris sur lui le châtiment destiné à cette humanité. Il aurait fait de sa mort un sacrifice expiatoire qui permit la réparation de l'offense.
Question : Si Dieu exige une réparation pour le péché, peut-on encore parler de pardon ? Dieu ne pourrait donc donner libre cours à sa miséricorde que s'il est préalablement vengé ?
Les chrétiens se sont rarement arrêtés pour se rendre compte qu'ils avaient métamorphosé Dieu en ogre. Un père terrestre qui clouerait son fils sur une croix, quelle que soit son intention, serait arrêté pour maltraitance. Pourtant, on continue à le dire, comme si cela le rendait plus saint et plus digne d'adoration.
Le salut apporté par Jésus se présente comme un mouvement qui vient de Dieu et retourne à Dieu. Une descente vers l'homme déchu (jusqu'aux enfers) pour le remonter, par la souffrance et la mort, vers Dieu. Dieu devient homme pour que l'homme devienne Dieu disait saint Irénée.
La faute a précipité l'homme, privé de son état de grâce originel, dans les limites du corps, du temps et de l'espace. La mort a fait son entrée dans l'histoire de l'humanité. La fin sera donc un "hors temps", un "hors espace" sans manque et sans souffrance. Le paradis perdu… retrouvé dans l'au-delà. La vie terrestre n'est qu'un épisode qu'il faut subir en attendant le paradis éternel.
Nous sommes ici dans un scénario que José appelle "gnostique". Il se présente comme un "savoir", une gnose explicative de l'Histoire. Ce scénario prétend faire connaître l'origine et la fin comme un "donné révélé" à savoir, à admettre, à croire.
Ainsi le catéchisme affirme :
"Le récit de la chute utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme. La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l'histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents." (p. 88, art. 390)
"Interprète authentique des affirmations de la Sainte Ecriture et de la Tradition, le Magistère de l'Eglise enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l'homme… (p. 216, art. 1008)
Jésus, le fils de Dieu, a librement souffert la mort pour nous dans une soumission totale et libre à la volonté de Dieu, son Père. Par sa mort il a vaincu la mort, ouvrant ainsi à tous les hommes la possibilité du salut." (p. 217, art. 1015)
"A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes règneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l'univers sera renouvelé." (p. 223, art. 1042)
C'est ainsi, puisque révélé par Dieu dans les Ecritures.
Bien sûr, on peut comprendre l'origine de telles doctrines par le contexte culturel et rituel des premiers siècles de notre ère dans lequel elles sont apparues. On rencontre déjà certains éléments de ce scénario dans les Evangiles, les Actes ou certaines lettres de Paul, mais ce seront surtout les Pères de l'Eglise qui les développeront.
Conçues dans une société qui vit dans une vision Ptoléméenne de l'univers, ces doctrines se trouvent complètement déphasées par rapport à la perception et la connaissance scientifique du monde qu'a acquis au cours des siècles l'homme moderne.
On ne peut que constater que cela reste cependant le discours dominant du magistère et celui que développe encore le Credo que nous propose l'Eglise, obligeant certains chrétiens à garder le silence pendant leur proclamation, afin de rester vrais avec eux-mêmes.
Tout cela pourrait faire sourire et certains ne s'en privent pas. Seulement voilà, des générations de chrétiens ont joué dans ce scénario et ont été victimes de ce Dieu pervers.
On comprend mieux la réticence de l'Eglise à admettre le Darwinisme, puisqu'il provoque inévitablement l'écroulement de toute la doctrine du péché originel et de la rédemption. Ne lit-on pas dans le catéchisme : "L'Eglise qui a le sens du Christ sait bien qu'on ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ." (p. 88, art. 389) ?
Ce qu'elle craignait arrive ; aujourd'hui tout s'écroule.
Cette vision de l'Histoire humaine et du rôle qu'on fait jouer à Jésus n'est donc plus acceptable. La théorie de l'évolution contredit complètement cette conception négative de l'homme. Il est évident aujourd'hui que la vie humaine est le fruit de l'évolution depuis la première cellule, il y a plus de trois milliards et demi d'années et que chercher un premier couple humain responsable de tout est un leurre.
De plus, dire que la création était parfaite dès l'origine, implique que celle-ci est achevée.
Or, Darwin nous a fait comprendre qu'elle ne l'est pas encore aujourd'hui.
Les hommes n'ont jamais pu briser la perfection à laquelle Dieu les destinait, puisqu'il n'y a pas de création parfaite. Comment s'imaginer une chute dans le péché, s'il n'y a jamais eu de perfection d'où tomber ? Quelle serait cette divinité qui exigerait une offrande sacrificielle pour combler un abîme qui, nous le savons maintenant, n'a jamais existé ?
Un autre scénario que José Reding appelle "interprétatif", semble mieux coller à notre réalité vécue. Il est aussi plus proche de l'esprit évangélique. C'est la démarche qui part de l'homme lui-même et de son expérience de vie personnelle.
Non, nous ne sommes pas nés dans le péché. Nous ne sommes pas des créatures déchues. Nous sortons seulement de notre animalité et nous sommes en train de nous faire. Nous avons simplement évolué à partir de formes inférieures de vie et avons pu développer peu à peu la conscience. Depuis que cette conscience a émergé dans l'être qu'on appelle humain, celui-ci n'a cessé de s'interroger sur ce qui lui arrive. La Bible est un merveilleux témoin, parmi d'autres, de cette recherche spirituelle. C'est ainsi qu'elle présente, par exemple, des récits mythiques, parfois historiques à propos desquels des hommes vont risquer une interprétation transcendante. Dans tel événement quelque chose nous dépasse, nous étonne. Qu'est-ce ? Ou Qui est-ce ? Le sens donné à ces événements va parfois permettre des hypothèses concernant les origines et la fin et donner ainsi un certain sens à l'histoire. Mais ce ne sont que des hypothèses; nous n'avons aucun accès, ni à l'origine ni à la fin.
Il s'agit donc dans notre vie de "chercher le sens des destinées" à partir d'une interprétation de notre propre histoire. C'est une démarche évidemment plus subjective que le scénario précédent mais qui semble plus honnête et qui respecte notre liberté de conscience.
Les récits bibliques ne cherchent pas d'abord à expliquer la souffrance et la mort mais relatent des expériences de lutte entre les puissances de vie et de mort qui nous habitent.
L'homme apparaît à lui-même comme fragile, énigmatique, divisé, écartelé même, capable du meilleur comme du pire. C'est cependant avec cette nature-là qu'il doit accomplir son destin dans ce monde qui lui est imposé. C'est à travers cet océan qu'il doit tracer son chemin. Il se découvre aussi, à la fois libre et conditionné, ce qui provoque en lui l'angoisse de ne pas être à la hauteur de ce qui lui arrive, de ne pas être maître de sa propre vie. D'où ses frustrations, ses errements, ses enfermements, ses replis sur soi, son sentiment d'échec, qui l'entraîneront souvent à vouloir dominer pour ne pas être dominé, n'hésitant pas à utiliser la violence et le meurtre. N'est-ce pas de cela que l'homme devrait se sauver ?
Mais, d'autre part, il se découvre aussi capable d‘élans extraordinaires et très constructifs de compassion, d'amour, de pardon, de solidarité qui l'entraînent parfois bien au-delà de ce qui lui semblait possible.
C'est ainsi que le témoignage de Jésus de Nazareth peut être interprété comme révélation d'une transcendance qui habite l'homme et qu'il nous fait découvrir comme source d'une autre logique que celle de la violence, de la vengeance, de la soumission et du meurtre.
C'est la logique de "l'altruisme", celle du respect, du pardon, de l'amour, du partage, de la solidarité, de la communion entre humains.
Jésus nous révèle cela à travers des récits qui nous permettent d'interpréter l'origine et la fin comme don, création à recevoir, comme cadeau dans la confiance.
Dans l'interprétation que les évangélistes font de la vie-mort-résurrection de Jésus, celle-ci apparaît comme une Bonne Nouvelle, pour tous les hommes en quête de sens. Il est "l'homme pour les autres", celui en qui l'amour a pris toute la place, celui qui est entièrement ouvert et uni, au fond de son être, à Dieu. Jésus nous montre dans les Béatitudes que cette "autre manière d'envisager les relations", peut être source de Salut pour nous dans cette vie que nous avons à assumer ici et maintenant. Il nous laisse percevoir une présence aimante, bienveillante, qui nous accompagne sur notre chemin et nous pousse à faire confiance en nos propres capacités.
On est loin des comptes à rendre à un despote qui aurait prévu un "plan de Salut" pour ceux qui se soumettent à sa volonté. Il ne s'agit plus ici de racheter quoi que ce soit, mais de proposer à la liberté de l'homme un chemin de Vie et d'Amour qui, seul, peut le sauver de son angoisse, de sa division, et de l'amener à une transfiguration progressive de cette vie en vue d'un mieux être et vivre ensemble.
Le Salut n'est plus rejeté dans un hypothétique paradis, mais il est à vivre dans l'instant du quotidien, comme des moments d'éternité. Il est une invitation à oser, dans la liberté, aller vers l'autre et, ensemble, vivre debout, conscients de rayonner l'au-delà qui nous habite et que nous appelons Dieu. Et, s'il y a une suite à ces moments d'éternité, nous pouvons, dans la confiance, les accepter comme une grâce.
"Joie de croire – Joie de vivre" François Varillon (Centurion-1981)
"Lueurs d'aurores" José Reding (Feuilles familiales-1999), théologien du diocèse de Namur
"Jésus Sauveur : une image à réviser" John Shelbby Spong (Evangile et liberté n° 231/2009)
"Catéchisme de l'Eglise catholique" (Mame/Plon 1992)
"Honest to God" John Robinson (1963)
Le sacrifice du Christ. - John Shelby Spong - 8 / 2009
Il nous faut être conscients de cette idée de sacrifice afin de nous en débarrasser. Mais elle nous a pénétrés si profondément que nombreux sont ceux qui s'imaginent qu'elle fait intrinsèquement partie du christianisme.
Les sacrifices d'enfants étaient pratiqués primitivement, même dans le judaïsme comme le montre l'histoire du sacrifice d'Isaac. Ils ont été ensuite remplacés par des sacrifices d'animaux. Les rites de la Pâque (1) et du Yom Kippour (2) comprenaient le sacrifice de l'agneau de Dieu, dont on disait que le sang purifiait le peuple de ses péchés.
Il était inévitable que la crucifixion de Jésus soit interprétée à la lumière de ces deux traditions religieuses juives. Paul appelle Jésus "notre agneau pascal" (1 Co 5, 7) et on trouve les symboles du Yom Kippour en plusieurs endroits, notamment dans les phrases "il est mort pour nos péchés" (Rm 6, 10), "il a donné sa vie comme la rançon de la multitude" (Mt 20, 28), "voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde" (Jn 1, 29).
Même le passage du récit de la crucifixion où il est dit qu'aucun de ses os n'a été brisé (Jn 19, 36) se réfère à la liturgie du sacrifice du Yom Kippour.
Dire que la mort de Jésus a été un sacrifice exigé par Dieu pour ôter les péchés du monde induit une idée barbare de Dieu, fait de Jésus la victime d'une divinité sadique, introduit dans le christianisme une conception masochiste et contredit absolument l'Évangile qui dit que Dieu est amour et qu'il nous appelle à aimer.
Je pense que nous ne sommes pas obligés d'admettre cette explication du sens de la croix. Si nous l'éliminons, il nous reste l'image d'un homme libre et sain qui fut injustement et cruellement mis à mort. Les Évangiles nous le décrivent pardonnant les soldats qui le clouent sur la croix et disant un mot d'encouragement au brigand crucifié comme lui. Il dit, depuis sa croix, un mot de réconfort à sa mère qui le pleure.
Ces deux souvenirs, dont je doute qu'ils soient réels, nous décrivent bien l'attitude de Jésus. Mais leur authenticité est, à mes yeux, sans aucune importance. Nous contemplons en lui une existence injustement supprimée et, au lieu de se raccrocher à sa vie qui s'enfuit, il trouve encore le moyen de ranimer la vie de son entourage.
Pourquoi ne pas voir la croix comme l'expression ultime de fidélité à sa vocation de celui qui a accepté de mourir plutôt que de la trahir ? Ou comme la preuve que lorsqu'on tue l'amour de Dieu on est pourtant aimé par Dieu ? Ne pouvons-nous pas nous débarrasser de la culpabilisation qui émane de l'affirmation - religieuse mais aliénante - "Jésus est mort pour mes péchés" ?
Je suis convaincu que l'avenir du christianisme se trouve dans notre capacité à abandonner le langage du sacrifice et de la punition et à parler de Jésus comme de celui qui nous donne la capacité de vivre pleinement, la grâce d'aimer vraiment et le courage d'épanouir nos potentialités.
John Shelby Spong est évêque épiscopalien émérite de Newar (New York).
(1) La Pâque juive commémore la délivrance du peuple hébreu de l'esclavage en Egypte et le passage de la mer Rouge. C'est une fête qui se célébrait au printemps parce qu'elle trouve son origine dans d'anciennes pratiques païennes du monde agricole. C'est le renouveau de la nature, les premières pousses, les moutons qui mettent bas, etc. Dans le temple, on offrait des sacrifices et en famille, on célébrait le Séder, c'est-à-dire le repas de Pâque (= passage) : du pain sans levain, les coupes de vin, un agneau et une salade amère. C'est ce que les juifs actuels font encore. (retour)
(2) La fête de Yom Kippour se célèbre une fois par an. C'est le jour du grand pardon. C'était au cours de cette fête qu'avait lieu le sacrifice expiatoire en immolant un agneau et en le brûlant entièrement : c'est l'holocauste. Suivait ensuite le rite du bouc émissaire que le prêtre chargeait des péchés du peuple et qu'on chassait dans le désert où il était dévoré par les bêtes sauvages. Puisqu'il n'y a plus de temple aujourd'hui, cela ne se pratique plus. (retour)

References: art. 415
 art. 390
 art. 1008
 art. 1015
 art. 1042
 art. 389