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Timestamp: 2020-01-19 12:44:44+00:00

Document:
Missions et missionnaires Cameroun, Paraguay, Belgique, Italie � formation et presse missionnaire, culture des missions - Droit canonique et cultures/19. Pour bien faire le bien
Droit canonique et cultures/19
POUR BIEN FAIRE LE BIEN
Ministère épiscopal et service de la charité
Dans sa première encyclique, Deus caritas est du 25 décembre 2005, Benoît XVI avait développé le thème de l’amour dont Dieu comble l’homme; il avait approfondi le mystère de cet amour et la pratique ecclésiale du commandement de l'amour envers le prochain. L’encyclique visait à susciter dans le monde d’aujourd’hui un dynamisme renouvelé pour l'engagement dans la réponse humaine à l'amour divin.
Selon cette encyclique, la mission de l’Église se réalise dans une triple tâche qui comprend : l’annonce de la parole de Dieu, la célébration des sacrements et le service de la charité (cf. Deus caritas est, 25). Ce dernier aspect est en fait une dimension constitutive de sa mission.
Une lacune juridique à combler
Dans la même encyclique, Benoît XVI mettait en exergue une lacune dans le Code de Droit canonique par rapport à l’engagement que les Évêques sont appelés à assumer dans le domaine de la charité. En effet, les canons concernant le ministère épiscopal ne traitent pas expressément de la charité comme d’une activité spécifique de celui-ci; ils se bornent à exposer de façon générale la tâche de l’Évêque comme coordinateur des différentes œuvres d’apostolat.
Le Directoire pour le ministère pastoral des Évêques, Apostolorum Successores du 22 février 2004, avait développé de manière plus concrète l’engagement de l’Évêque diocésain dans le domaine de la charité. Malgré cela, il fallait combler cette lacune du Code et exprimer de façon adéquate, dans l’ordonnancement canonique, ce qui appartient à l’essence du service de la charité dans l’Église et son rapport avec le ministère épiscopal ainsi que les profils juridiques d’un tel service.
C’est donc dans cette optique que Benoît XVI a promulgué, parmi les derniers actes de son pontificat, le motu proprio Intima Ecclesiae natura[1], avec pour but d’offrir un cadre juridique organique et d’ordonner les différentes formes ecclésiales du service de la charité, étroitement liées à la mission de l’Église et au ministère épiscopal.
Comme l’a dit le Card. Robert Sarah, Président du Conseil Pontifical Cor Unum, après la promulgation du Motu proprio, il ne s’agit pas seulement de faire le bien, mais aussi de bien le faire[2].
Nous voulons souligner ici l’importance de ce document qui, avec les événements qui ont suivi jusqu’à la renonciation de Benoît XVI au ministère pontifical, est resté un peu dans l’ombre.
Les principes théologiques du Motu proprio
Le Motu proprio contient un Préambule et une Partie dispositive.
Le Préambule rappelle quelques principes théologiques fondamentaux dans tout service ecclésial de charité.
Aimer comme le Christ, voilà ce qu’est la charité. C’est son mystère de miséricorde et ses racines trinitaires qu’on veut révéler par l’activité caritative, afin que tout homme puisse faire l’expérience de l’amour de Dieu.
L’exercice de la charité est, comme l’annonce de la Parole et la célébration des sacrements, une dimension constitutive de la mission de l’Église. La charité n’est pas une forme d’assistanat qu’on peut déléguer aux autres, elle appartient à la nature même de l’Église. Ainsi, pour une communauté chrétienne, l’attention aux pauvres et aux souffrants n’est pas un élément accessoire de la mission ecclésiale, mais elle est coessentielle à celle-ci.
Le Préambule souligne que toute action ecclésiale concrète demeure insuffisante, si l’amour pour l’homme n’est pas perceptible en elle. Par conséquent, dans l’exercice de l’activité caritative, les organisations catholiques ne peuvent se limiter à récolter et à distribuer des fonds, mais elles sont appelées à témoigner d’une attention spéciale pour les personnes dans le besoin et à exercer en même temps, au sein de la communauté chrétienne, une fonction pédagogique précieuse qui favorise l’éducation au partage et à la solidarité. L’activité caritative de l’Église doit toujours éviter le risque de se dissoudre dans une organisation commune d’assistance (cf. Préambule).
Le Préambule fait référence à l’institution de la Caritas promue par la hiérarchie ecclésiastique et développée au niveau paroissial, diocésain, national et international qui témoigne de la foi généreuse des fidèles ainsi que d’une réponse concrète aux besoins des pauvres. Il y a, en outre, une multiplicité de formes qui enrichissent l’action caritative ecclésiale, liées aux charismes des familles religieuses, aux différents organismes catholiques et aux initiatives des fidèles.
Par rapport à toutes ces formes, la tâche de l’Évêque est de s’assurer que leur gestion soit effectuée conformément aux exigences de l’enseignement de l’Église et à l’intention des fidèles, dans le respect des normes promulguées par l’autorité civile.
C’est justement à cette fin que le Motu proprio, dans sa partie dispositive, fixe quelques normes essentielles inspirées des critères généraux de la discipline canonique, en soulignant les responsabilités des Évêques à cet égard.
La normative du Motu proprio
Après le Préambule, il y a la Partie dispositive, qui comprend 15 articles et qui a été décrétée sur proposition du Président de Cor Unum et après avoir entendu le Conseil Pontifical pour les Textes législatifs.
La normative du Motu proprio veut expliciter les responsabilités concrètes de l’Évêque diocésain dans la pastorale caritative, à partir de son implication personnelle dans le témoignage de sobriété et de proximité avec les pauvres.
Son rôle se concrétise en plusieurs tâches : l’animation des fidèles pour susciter la ferveur d’une charité active, favoriser la naissance, la croissance et le développement des institutions de charité dans le diocèse, vérifier l’esprit chrétien dans les initiatives caritatives et contrôler les finances.
Le Motu proprio dispose que tous les organismes et les fondations promus à des fins caritatives, dans la mesure où ils sont liés au service de la charité des Pasteurs de l’Église et/ou veulent, en tant que tels, employer la contribution des fidèles, sont tenus de soumettre leurs Statuts à l’approbation de l’autorité ecclésiastique compétente. Dans leurs initiatives caritatives, ils sont tenus d’observer les principes de la doctrine catholique et ne peuvent accepter des engagements qui pourraient de quelque manière que ce soit conditionner l’observance de ces principes (cf. art. 1).
Un organisme caritatif ne peut utiliser la dénomination "catholique" qu’avec le consentement écrit de l’autorité compétente (cf. art. 2 §2).
L’Évêque a un droit de vigilance sur les organismes présents dans son diocèse, qu’il doit coordonner, dans le respect de leur autonomie.
L’Évêque est également tenu d’exiger le respect des normes du droit universel et particulier de l’Église ainsi que celui des intentions des fidèles qui auraient fait des dons pour des fins spécifiques (cf. art. 3 §3). Il doit de même s’assurer du respect de la législation légitime civile en la matière (cf. art.5).
Le souci de la transparence dans la gestion
Il revient à l’Évêque d’exercer la vigilance sur les biens ecclésiastiques des organismes de charité soumis à son autorité et qui sont tenus de lui présenter un compte-rendu annuel à cet égard.
Il lui revient de s’assurer que le fruit des collectes soit affecté aux fins pour lesquelles elles ont été effectuées. Il doit aussi éviter que les organismes de charité soient financés par des institutions qui poursuivent des buts contraires à la doctrine de l’Église ou qu’ils acceptent des contributions en faveur d’initiatives qui, dans leurs finalités ou par les moyens pour les atteindre, ne sont pas en accord avec les principes ecclésiaux.
La tâche de l’Évêque est aussi de veiller à ce que dans la gestion des initiatives caritatives qui lui sont soumises, il y ait un témoignage de sobriété ; il est tenu de veiller à ce que les salaires et les frais de gestion, bien que conformes aux exigences de la justice et aux profils professionnels, soient dûment en rapport avec des frais analogues dans sa propre curie diocésaine (cf. art. 10).
Le Motu proprio consacre un article au service de la Caritas dont la création doit être encouragée par l’Évêque dans chaque paroisse; ce service vise à promouvoir, en même temps, une activité pédagogique dans la communauté tout entière, pour l’éduquer à l’esprit de partage et de solidarité.
Par ailleurs, l’Évêque et les curés ont le devoir d’éviter tout malentendu et toute erreur chez les fidèles et empêcher que, par le biais des structures paroissiales ou diocésaines, soient promues des initiatives qui, bien que se présentant avec des finalités caritatives, proposent des choix ou des méthodes contraires à l’enseignement de l’Église (cf. art. 9).
Un aspect important du Motu proprio concerne la formation des personnes qui œuvrent dans la pastorale caritative. Pour garantir un témoignage évangélique dans le service de charité, l’Évêque doit veiller à ce que ces personnes, outre la compétence professionnelle, mènent une vie chrétienne en bénéficiant aussi d’une formation adéquate dans le domaine théologique, pastoral et spirituel pour approfondir le sens véritable de la charité chrétienne (cf. art. 7).
Le motu proprio Intima Ecclesiae natura attribue au Conseil Pontifical Cor Unum la tâche de promouvoir l’application de ces normes et de veiller à leur application à tous les niveaux; le même Conseil Pontifical a le pouvoir d’ériger canoniquement les organismes de service de charité œuvrant à un niveau international.
Le Motu proprio représente un instrument juridique qui, en tant que tel, peut soutenir, orienter, discipliner l’activité caritative dans l’Église. Cette activité appartient de manière constitutive à sa mission et, depuis les origines, a reçu aussi une expression institutionnelle.
Ainsi, le Motu proprio fait comprendre davantage que l’action caritative est un vrai ministère. Le Préambule du document parle en effet de ministerium caritatis, un service ordonné auquel est associé le don de l’Esprit Saint. En tant que tel, il a un lien particulier avec le ministère ordonné et spécialement le ministère épiscopal, car la structure de l’Église est épiscopale.
[1] Cf. Benoît XVI, Motu proprio Intima Ecclesiae natura, 11 novembre 2012 ; le Motu proprio est entré en vigueur le 10 décembre 2012.
[2] Cf. Card. R. Sarah, Un cuore che vede le miserie della società , in “L’Osservatore Romano” (2 décembre 2012).

References: art. 1
 art. 2
 §2
 art. 3
 §3
 art.5
 art. 10
 art. 9
 art. 7