Source: http://www.linglat.paris-sorbonne.fr/dictionnaire:examen5?do=edit&rev=
Timestamp: 2020-04-06 20:53:58+00:00

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<html><p class="lestitres"> exāmĕn, -ĭnis (n .) </p></html> <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>
Le terme examen était probablement motivé pour ce qui est du suffixe -men, mais ne l’était pas pour la séquence qui précède ce suffixe.
5.1.1. Un suffixe motivé
En synchronie, le substantif exāmĕn (génitif -mĭn-is Nt.) comporte le suffixe formant des substantifs neutres -mĕn, qui fut étoffé en -mentum, -i Nt. Les termes en -men sont nombreux dès l’époque archaïque, mais au fil de la latinité le suffixe -men perd sa productivité au profit du suffixe -mentum (étoffé en -tum issu de *-to-, probable suffixe de collectif ancien). Le suffixe lat. -mentum, -i Nt., devenu productif, passa dans certaines langues romanes (par exemple dans fr. -ment dans le substantif fr. armement, qui correspond à lat. arma-menta, -orum Nt. pl. de sens collectif pour « un ensemble d’outils »).
5.1.2. Une base de suffixation immotivée
Le sens d’« essaim, troupe » renvoie à l’étymologie communément admise d’exāmen (*ex-ag-s-men Perrot, 1961, 48) sur le radical ag- « mettre en mouvement » (cf. §4.2.D.). Mais il est peu probable que ce rapprochement ait été fait par la communauté linguistique en synchronie, puisque le radical ăg- n’apparaissait plus dans exāmen.
Les valeurs relevant de la pesée n’ont de lien diachronique possible qu’avec le verbe exigere « mesurer, évaluer » (cf. §4.2.D.). Un même raisonnement pourrait rendre compte du sens d’« examen » pris par le substantif à partir du verbe exigere « mesurer, évaluer » (cf. §4.2.D.).
Mais ces processus qui ont présidé à la formation de ces lexèmes et à l’établissement de leurs sens n’étaient probablement plus perçus dans l’usage des sujets parlants. La polysémie d’examen est décrite par le lexicographe Paul Diacre (cf. §5.2.), mais présentée par lui comme une juxtaposition de significations différentes et indépendantes, sans que cet auteur ait tenté de mettre en lumière une quelconque filiation entre les trois significations qu’il mentionne (§5.2.).
Paul Diacre, reprenant Festus, donne pour le terme examen une pluralité de significations en rapprochant trois expressions correspondant à trois sens différents que nous avons répertoriés (au §4) :
P.F. 70, 29-30 L. (= p. 80 M.):
Examen est et aequamentum et iudicii inuestigatio et apum congregatio uel locustarum.
Dans la première expression de Paul Diacre, le substantif aequamentum « action de rendre pareil » (Nonius 3,26) est un doublet en -mentum du terme en -men plus ancien : aequamen (Varron apud Nonius) « niveau, instrument pour niveler ». Les deux substantifs sont faits sur la base du verbe aequare « rendre égal », qui est lui-même un dénominatif dé-adjectival sur aequus, -a, -um « égal ». Cette expression de Paul Diacre semble donc correspondre au sens B.2. « mesure de l’équilibre, mise en équilibre » (§4.2.B.2.) et au sens B.3. (§4.2.B.3.) « équilibre ».
La seconde expression dans le commentaire de Paul Diacre : iudicii inuestigatio « recherche attentive d’un jugement » (cf. inuestigare « rechercher avec soin ») correspond au sens C (§4.2.C.) « examen, analyse, appréciation ».
La troisième expression apum congregatio uel locustarum « rassemblement d’abeilles ou de sauterelles » coïncide avec le sens A « essaim » de signification concrète (§4.2.A.).
On remarque ainsi que Paul Diacre a rangé en dernier le sens concret, ce qui semble indiquer que les deux significations qu’il range en premier étaient davantage présentes à son esprit et étaient donc peut-être plus usuelles dans son milieu social et dans son idiolecte de grammairien. Mais c’est essentiellement le sens concret qui est passé dans les langues romanes (cf. §7), ce qui est l’indice d’un usage continu en latin de toutes les époques et notamment en latin tardif dans la langue parlée familière usuelle.
A) Sur le substantif examen, le latin a formé le verbe dénominatif dé-substantival examinare (analysable en examin-a-re) : examen, -min-is Nt. → examin-a-re
Conformément à son statut de dénominatif, le verbe examinare offre une polysémie parallèle à celle de sa base de dérivation : « essaimer » en parlant de ruches dans le vocabulaire agricole (Columelle), « peser » au sens concret (Cés., Cic.), « mettre en équilibre » (Vitruve) et au sens abstrait notionnel « peser, examiner » dans le cadre d’un jugement (Cic.), avec une spécialisation dans le vocabulaire chrétien pour Dieu portant un jugement sur les hommes.
B) Le participe parfait passif d’examinare a pu être adjectivisé en exanimatus, -a, -um « scrupuleux, précis », devenu un adjectif qualificatif graduable au superlatif chez Augustin appliqué à un inanimé abstrait à partir du sens « examiner attentivement » pour le verbe :
Aug. Conf. 7,6,8 :
… dominum qui etiam canum suarum partus examinatissima diligentia nosse curabat.
« … le maître qui mettait tant de diligente précision à surveiller les portées de ses chiennes. » (traduction P. de Labriolle, 1969, Paris, CUF) ; littéralement « … le maître qui prenait soin d’être informé avec le zèle le plus précis des accouchements de ses chiennes ».
Le thème d’infectum du verbe examinare a servi à son tour de base de suffixation pour un nom de procès en –tio, un nom d’agent en –tor :
C) Un nom de procès en -tiō : exāminātiō (-tiōn-is F.) dans le vocabulaire technique concret : « pesée, pesage » (Vitruve), « équilibre » (Vitruve : en mécanique) ; on le trouve aussi au sens abstrait notionnel : « examen » (Ulp.), et au sens chrétien : « épreuve » (Cypr.).
D) Un nom d’agent en -tor : exāminā-tor, -tōr-is M. « celui qui examine, qui juge » (Augustin), « celui qui met à l’épreuve » (Tertullien) avec le féminin correspondant exāminā-trīx (-trīc-is F.) « celle qui met à l’épreuve » (Augustin).
E) Ce nom d’agent a servi de base à un adjectif en -ius fonctionnant comme un adjectif en -tōrius s’appliquant à des entités inanimées : exāminātōrius, -a, -um « qui sert à éprouver » (Tertullien).
Le substantif examen a donc servi de point de départ, par étapes morphologiques successives, à une petite « famille synchronique » de termes, mais il ne pouvait lui-même en synchronie être considéré comme fait sur la base d’un autre lexème.
Les relations concernent d’abord le champ lexical de la masse globale. L’application à un essaim d’insectes fait l’originalité du mot par rapport à agmen, caterua, globus, grex, turba :
Sen. Oed. 602 :
cum examen arto flectitur densum globo
« lorsque d’épais essaims s’y pressent en grappes compactes » (traduction F.-R. Chaumartin, 1999, CUF)
Avec cette spécificité référentielle de l’essaim d’insectes, examen n’a pas d’équivalent car turba se dit non des insectes mais d’autres animaux comme les loups, les serpents, les chiens :
Ov. M.. 4, 723 :
[…] apri, quem turba canum circumsona terret.
« […] un sanglier, qu’une meute de chiens hurlante entoure. » (traduction J.-F. Thomas)
En dehors de ce domaine particulier, examen a un emploi plus large pour la masse des hommes, où il rejoint caterua et turba :
Hier. Com. Is. 5, 23, 4 :
[…] in qua nascebatur turba mortalium, caterua puerorum, iuuentutis examina […]
« […] où naissait la foule des mortels, la masse des enfants, les groupes de la jeunesse […] » (traduction J.-F. Thomas)
Hier. Ep. 125, 56 :
[…] inter turbas et examina ministrorum nomen sibi uindicant solitarii.
« […] au milieu de la masse et des groupes de serviteurs, ils revendiquent pour eux le titre de solitaires. » (traduction J.-F. Thomas)
Au sens d’« examen, analyse », examen entre en relation avec les termes exprimant le jugement comme discrimen, judicium, mensura :
Cypr. Ep. 20, 2, 2 :
[…] ut sine ullo discrimine atque examine singulorum darentur confessorum cotidie libellorum milia contra euangelii legem.
« […] en sorte que contre la règle de l’Evangile, des milliers de billets étaient donnés tous les jours sans aucune distinction et sans examen. » (traduction J.-F. Thomas)
Ambr. De Noe, 27, 104, 484 :
[…] sed sit quaedam mensura et quoddam diuinae uirtutis examen.
« […], mais qu’il y ait cependant une compréhension et une sorte d’analyse de la puissance divine. » (traduction J.-F. Thomas)
Aug. Contra Iul. 2, 700, 21 :
[…] quasi tu, qui maxime quereris examen uobis et episcopale iudicium denegari […] possis inuenire concilium ubi […]
« [….] comme si, te plaignant très fortement de ce qu’un examen et un jugement de l’évêque vous étaient refusés, tu pouvais trouver une assemblée où […] » (traduction J.-F. Thomas)
Pour la désignation de l’« aiguille de la balance », examen n’a pas d’équivalent. La pesée se dit aussi libratio, pensio, mais il n’y a pas d’occurrence où examen entre en relation avec ces termes.

References: §4
 §4
 §4
 §5
 §4
 §7