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DÉVELOPPEMENTS RÉCENTS EN COMMERCIALISATION TROMPEUSE : DÉCISIONS MARQUANTES DE 2009 À PDF
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1 DÉVELOPPEMENTS RÉCENTS EN COMMERCIALISATION TROMPEUSE : DÉCISIONS MARQUANTES DE 2009 À ALEXANDRA STEELE AVOCATS ET AGENTS DE BREVETS ET DE MARQUES DE COMMERCE 1. Introduction 2. Quelques principes à retenir 3. Décisions canadiennes de T-Rex Vehicles Inc. c Canada Inc. et als, 2008 QCCA 947 (CAQ), confirmant 2006 QCCS 6230 (CSQ) Le jugement de première instance Le jugement de la Cour d appel Le jugement minoritaire (juge Chamberland J.A.) Le jugement de la majorité (juges Thibault et Giroux JJ.A.) 3.2 Inform Cycle Ltd. c. Rebound Inc. et al, 2008 ABQB 62 (ABQB) 3.3 Drolet c. Stiftung Gralsbotschaft et al, 2009 CF 17 (CF) 3.4 Pharmacommunications Holdings Inc. c. Avencia International Inc. et als CAF 144 (CAF), confirmant 2008 CF 828 (CF) Les faits Le jugement de la Cour fédérale Le jugement de la Cour d appel fédérale 3.5 Stenner c. ScotiaMcLeod et als, 2009 BCSC 1093 (BCSC) 3.6 Atomic Energy of Canada Limited c. AREVA NP Canada Ltd. et al, 2009 CF 980 (CF), jugement correctif 2009 CF 1119 (CF) Les faits Le jugement de la Cour fédérale 4. Décisions canadiennes de Chocolat Lamontagne inc. c. Humeur Groupe conseil inc., 2012 QCCS 3301 (CSQ) 4.2 Laurentide Cabinet Corporation et al. c. Beyond Flooring et al (2010) 86 C.P.R. (4th) 303 (ONSCJ (Div. Ct.)) Les faits Le jugement de la Cour supérieure de l Ontario 4.3 Cheung et al. c. Target Event Production Ltd., 2010 CAF 255 (CAF), modifiant en partie 2010 CF 27 (CF) Les faits Le jugement de la Cour fédérale CIPS, Avocate, Alexandra Steele est membre de, un cabinet multidisciplinaire d'avocats, d'agents de brevets et d'agents de marques de commerce. Développements récents en propriété intellectuelle 2012, coll. Service de Formation continue du Barreau du Québec. Publication
2 Le jugement de la Cour d appel fédérale 5. Décisions canadiennes de De Grandpré Joli-Cœur c. De Grandpré Chait, 2011 QCCS 2778 (CSQ), jugement rectificatif le 7 juin Les faits Le jugement de la cour supérieure du Québec 5.2 Target Brands, Inc. et al c. Fairweather Ltd. et als, 2011 CF 758 (CF) 5.3 Pick c Alberta Ltd., 2011 CF 1008 (CF) Les faits Le jugement de la Cour fédérale 5.4 Hollick Solar Systems Ltd. et al c. Matrix Energy Inc., 2011 CF 1213 (CF) Les faits Le jugement de la Cour fédérale Ontario Limited c. Café Mirage Inc. et al., 2011 CF 1290 (CF) Les faits Le jugement de la Cour fédérale 6. Décisions canadiennes de Boulangerie St-Méthode Inc. c. Boulangerie Canada Bread Ltée, 2012 QCCS 83 (CSQ) Les faits Le jugement de la Cour supérieure du Québec Le droit de St-Méthode La confusion Les dommages Arguments subsidiaires Conclusions 6.2 Insurance Corporation of British Columbia c. Stainton Ventures Ltd., 2012 BCSC 608 (BCSC) 6.3 BBM Canada c. Research In Motion Limited, 2012 CF 666 (CF) Le jugement de la Cour d appel fédérale sur la question procédurale : 2011 CAF 151 (CAF), infirmant 2011 CF 986 (CF) Le jugement de la Cour fédérale sur le fond du recours 6.4 Dentec Safety Specialists Inc. c. Degil Safety Products Inc., 2012 ONSC 4721 (ONSC) Les faits Le jugement de la Cour supérieure de l'ontario 7. Conclusion
3 3 1. Introduction Il est reconnu que le recours en commercialisation trompeuse, ou «passing-off» 1, est bien établi au Canada, tant en common law qu en droit civil. Cependant, comme il est souvent greffé à un recours en violation d une marque de commerce enregistrée, l on peut parfois avoir l impression que le recours est une demande «secondaire», ou qui sert à donner un peu plus de «mordant» à une action fondée sur d autres bases juridiques. Les tribunaux saisis d un tel recours, seul ou dans le cadre d une action en violation d un droit de propriété intellectuelle autre, ont la difficile tâche d appliquer les critères énoncés dans l arrêt Ciba-Gigey Inc. c. Apotex Inc. 2, considéré comme la pierre angulaire du recours en concurrence déloyale. Depuis 2006, la Cour suprême du Canada a eu l occasion de se prononcer dans trois dossiers impliquant des marques de commerce, en l occurrence Mattel, Inc. c Canada Inc., Veuve Clicquot Ponsardin c. Boutiques Cliquot Ltée et Masterpiece Inc. c. Alavida Lifestyles Inc. 3, et les principes qui se dégagent de ces arrêts constituent des lignes directrices incontournables pour les praticiens qui doivent préparer leurs dossiers et pour les tribunaux qui sont appelés à émettre, ou non, des injonctions et octroyer des dommages sur la base de la preuve présentée. Bien que nous n ayons pas repéré de décisions «révolutionnaires» sur le plan juridique, nous avons cependant pu constater qu au cours des trois dernières années, le recours en commercialisation trompeuse a fait couler beaucoup d encre à travers le Canada. Nous avons relevé plusieurs précédents intéressants, tant sur le plan factuel que juridique. Nous proposons, dans le cadre du présent article, de recenser et résumer les décisions d intérêt depuis 2009 jusqu à 2012 dans le but d offrir un portrait du paysage jurisprudentiel canadien en matière de passing-off. 2. Quelques principes à retenir Avant de d entamer l étude de la récente jurisprudence canadienne, il convient de rappeler qu au Québec, le recours en commercialisation trompeuse peut être entrepris suivant l article 1457 du Code civil du Québec 4 et des articles 7b), 7c) et 7d) de la Loi sur les marques de commerce 5 qui se lisent comme suit : 1 Dans le cadre du présent article, les expressions «commercialisation trompeuse» et «passing-off» sont employées de manière interchangeable. 2 Ciba-Gigey Inc. c. Apotex Inc., 1992 CanLII 33 (CSC). 3 Mattel, Inc. c Canada Inc., 2006 CSC 22 (CSC); Veuve Clicquot Ponsardin c. Boutiques Cliquot Ltée, 2006 CSC 23 (CSC); Masterpiece Inc. c. Alavida Lifestyles Inc., 2011 CSC 27 (CSC). 4 Code civil du Québec, L.Q. 1994, c. 64, ci-après citée comme «C.c.Q.» ou «Code civil du Québec». 5 Loi sur les marques de commerce, L.R.C. 1985, c. T-13, ci-après citée comme «Loi sur les marques de commerce».
4 4 7. Nul ne peut : ( ) b) appeler l attention du public sur ses marchandises, ses services ou son entreprise de manière à causer ou à vraisemblablement causer de la confusion au Canada, lorsqu il a commencé à y appeler ainsi l attention, entre ses marchandises, ses services ou son entreprise et ceux d un autre; c) faire passer d autres marchandises ou services pour ceux qui sont commandés ou demandés; d) utiliser, en liaison avec des marchandises ou services, une désignation qui est fausse sous un rapport essentiel et de nature à tromper le public en ce qui regarde : (i) soit leurs caractéristiques, leur qualité, quantité ou composition, (ii) soit leur origine géographique, (iii) soit leur mode de fabrication, de production ou d exécution; ( ) Les éléments constitutifs du recours en commercialisation trompeuse sont l existence d un achalandage, la déception du public due à la représentation trompeuse et des dommages actuels ou possibles pour le demandeur 6. Il convient également de rappeler que la confusion s évalue suivant plusieurs critères, notamment ceux énoncés à l article 6 de la Loi sur les marques de commerce : Quand une marque ou un nom crée de la confusion 6. (1) Pour l application de la présente loi, une marque de commerce ou un nom commercial crée de la confusion avec une autre marque de commerce ou un autre nom commercial si l emploi de la marque de commerce ou du nom commercial en premier lieu mentionnés cause de la confusion avec la marque de commerce ou le nom commercial en dernier lieu mentionnés, de la manière et dans les circonstances décrites au présent article. (2) L emploi d une marque de commerce crée de la confusion avec une autre marque de commerce lorsque l emploi des deux marques de commerce dans la même région serait susceptible de faire conclure que les marchandises liées à ces marques de commerce sont fabriquées, vendues, données à bail ou louées, ou que les services liés à ces marques sont loués ou exécutés, par la même 6 Ciba-Gigey Inc. c. Apotex Inc., 1992 CanLII 33 (CSC). L auteur a également discuté des éléments constitutifs du recours, tant en droit canadien qu en droit québécois, dans: Alexandra STEELE, «Tromperie commerciale et passing-off : développements récents», Développements récents en droit de la propriété intellectuelle 2003, Volume 197, pages 109 et suivantes.
5 5 personne, que ces marchandises ou ces services soient ou non de la même catégorie générale. (3) L emploi d une marque de commerce crée de la confusion avec un nom commercial, lorsque l emploi des deux dans la même région serait susceptible de faire conclure que les marchandises liées à cette marque et les marchandises liées à l entreprise poursuivie sous ce nom sont fabriquées, vendues, données à bail ou louées, ou que les services liés à cette marque et les services liés à l entreprise poursuivie sous ce nom sont loués ou exécutés, par la même personne, que ces marchandises ou services soient ou non de la même catégorie générale. (4) L emploi d un nom commercial crée de la confusion avec une marque de commerce, lorsque l emploi des deux dans la même région serait susceptible de faire conclure que les marchandises liées à l entreprise poursuivie sous ce nom et les marchandises liées à cette marque sont fabriquées, vendues, données à bail ou louées, ou que les services liés à l entreprise poursuivie sous ce nom et les services liés à cette marque sont loués ou exécutés, par la même personne, que ces marchandises ou services soient ou non de la même catégorie générale. Éléments d appréciation (5) En décidant si des marques de commerce ou des noms commerciaux créent de la confusion, le tribunal ou le registraire, selon le cas, tient compte de toutes les circonstances de l espèce, y compris : a) le caractère distinctif inhérent des marques de commerce ou noms commerciaux, et la mesure dans laquelle ils sont devenus connus; b) la période pendant laquelle les marques de commerce ou noms commerciaux ont été en usage; c) le genre de marchandises, services ou entreprises; d) la nature du commerce; e) le degré de ressemblance entre les marques de commerce ou les noms commerciaux dans la présentation ou le son, ou dans les idées qu ils suggèrent. Dans le cadre du présent article, nous ne traiterons pas du fond des arrêts Mattel, Inc. c Canada Inc., Veuve Clicquot Ponsardin c. Boutiques Cliquot Ltée et Masterpiece Inc. c. Alavida Lifestyles Inc 7., mais il faut souligner que ces décisions sont d importance primordiale dans toute analyse de passing-off 8. 7 Mattel, Inc. c Canada Inc., 2006 CSC 22 (CSC); Veuve Clicquot Ponsardin c. Boutiques Cliquot Ltée, 2006 CSC 23 (CSC); Masterpiece Inc. c. Alavida Lifestyles Inc., 2011 CSC 27 (CSC). 8 Ces arrêts ont fait l objet d analyses complètes et approfondies. Voir entre autres : Barry GAMACHE, «Quand le sort s acharne sur la veuve (Clicquot) et l orphelin(e) (Barbie) ou la protection
6 6 Dans la décision récente De Grandpré Joli-Cœur c. De Grandpré Chait 9, l Honorable juge Sénécal, de la Cour supérieure du Québec, a fait un résumé succinct et utile des principes qui se dégagent des trois arrêts récents de la Cour suprême du Canada et qui s appliquent au recours en commercialisation trompeuse. Le juge Sénécal écrit : [34] La Cour suprême s'est penchée sur les principes en matière de marques de commerce et de confusion dans deux arrêts rendus en 2006 : Mattel inc. c Canada inc., 2006 CSC 22 (CanLII), [2006] 1 R.C.S. 772, et Veuve Clicquot Ponsardin c. Boutiques Cliquot Ltée, 2006 CSC 23 (CanLII), [2006] 1 R.C.S Elle l'a fait à nouveau dans un arrêt rendu au moment même où l'audition de la présente affaire se terminait : Masterpiece inc. c. Alavida Lifestyles inc.,2011 CSC 27 (CanLII), 2011 CSC 27, 26 mai [35] Des deux premiers arrêts, on retient que : Le pouvoir d'attraction des marques de commerce et des noms commerciaux est l'un des plus précieux actif d'une entreprise. Les marques de commerce ont toujours pour objet, sur le plan juridique, de distinguer les produits et services de l'un, de ceux des autres, et d éviter ainsi la «confusion» sur le marché. C'est en même temps une garantie d'origine et un gage de qualité (ou l'inverse) pour le consommateur. Le droit des marques de commerce repose sur le principe de l'équité dans les activités commerciales. La confusion survient si l acheteur éventuel l acheteur occasionnel plutôt pressé est susceptible d être amené à conclure à tort «que les marchandises liées à ces marques de commerce sont fabriquées, vendues, données à bail ou louées, ou que les services liés à ces marques sont loués ou exécutés, par la même personne, que ces marchandises ou ces services soient ou non de la même catégorie générale. Pour en juger, il faut tenir compte de toutes les circonstances de l espèce, y compris les facteurs énumérés au paragraphe 6 (5) de la Loi. La liste établie au paragraphe 6 (5) n est pas exhaustive. Il se peut que certains des facteurs énumérés ne soient pas des marques de commerce célèbres au Canada après les arrêts Mattel et Veuve Clicquot Ponsardin de la Cour suprême du Canada», Développements récents en droit de la propriété intellectuelle 2006, Volume 256, pages 35 et suivantes; Barry GAMACHE, «Un chef-d oeuvre a mari usque ad mare: retour sur le récent arrêt Masterpiece de la Cour suprême du Canada», Développements récents en droit de la propriété intellectuelle 2011, Volume 342, pages 63 et suivantes. 9 De Grandpré Joli-Cœur c. De Grandpré Chait, 2011 QCCS 2778 (CSQ), jugement rectificatif le 7 juin Nous traiterons de ce jugement dans la section 5.1 du présent article.
7 7 particulièrement pertinents dans un cas précis et, de toute façon, leur importance varie en fonction d un toutes les circonstances de l espèce. Chaque situation doit être examinée en considérant l ensemble de son contexte factuel. Un poids différent sera attribué à différents facteurs selon le contexte. C est l ensemble des circonstances qui déterminera le poids à accorder à chacun des facteurs. Le genre de marchandises ou de services en cause est pertinent, mais la différence entre les marchandises ou les services ne constitue pas un facteur propre à éliminer en soi les autres facteurs, pas plus que la notoriété de la marque. Cela dit, une grande différence entre les biens ou services en cause peut avoir pour effet d'éloigner tout risque de confusion. La preuve d une confusion réelle est une circonstance pertinente, mais pareille preuve n est pas nécessaire. En effet, la question pertinente est la «probabilité de confusion» et non la«confusion réelle». Une conclusion défavorable peut toutefois être tirée de l absence d une telle preuve dans le cas où elle pourrait facilement être obtenue si l allégation de probabilité de confusion est justifiée. La question de savoir s il existe une probabilité de confusion est principalement une question de faits. Le critère applicable en matière de confusion est celui de la première impression que laisse dans l esprit du consommateur ordinaire plutôt pressé la vue de la marque alors qu il n a qu un vague souvenir des marques de commerce antérieures et qu il ne s arrête pas pour réfléchir à la question en profondeur, pas plus que pour examiner de près les ressemblances et les différences entre les marques. C est à celui qui allègue usurpation d une marque qu il incombe de prouver, selon la prépondérance des probabilités, que la confusion était susceptible de survenir. Le tribunal appelé à déterminer s il existe un achalandage susceptible d être déprécié par l'emploi d'une marque qui ne crée pas de confusion (art. 22) tient compte notamment du degré de connaissance de la marque par les consommateurs de la population de référence, du volume des ventes et du degré de pénétration du marché des produits associés à la marque, de l étendue et de la durée de la publicité accordée à la marque, de sa portée géographique, de l importance de son caractère distinctif inhérent ou acquis, du fait que les produits associés à la marque soient confinés à une voie de commercialisation restreinte ou spécialisée ou qu ils empruntent des voies
8 8 multiples, ainsi que de la mesure dans laquelle les marques sont perçues comme un gage de qualité. [36] De l'arrêt Masterpiece que la Cour suprême vient de rendre, on retient que : C est l emploi d une marque de commerce et non l enregistrement qui confère un droit prioritaire sur la marque et le droit exclusif de l employer. L endroit où les marques sont employées au Canada n est pas pertinent lorsqu il s agit de décider s il existe une probabilité qu une marque crée de la confusion avec une autre. En effet, il ne faut pas qu une marque soit susceptible de créer de la confusion avec une autre marque à quelque autre endroit que ce soit au pays. Pour cette raison, l endroit où les marques ont été réellement employées n est pas pertinent. Celui qui allègue confusion a le droit de faire comparer séparément chacune de ses marques de commerce aux autres marques. Dans la plupart des cas, l évaluation de la ressemblance entre les marques doit constituer le point de départ de l analyse relative à la confusion. En effet, il arrive souvent que le degré de ressemblance soit le facteur susceptible d'avoir le plus d'importance dans l'analyse relative à la confusion. Si les marques ou les noms ne se ressemblent pas, il est peu probable que l'analyse amène à conclure à la probabilité de confusion même si les autres facteurs tendent fortement à indiquer le contraire. En effet, ces autres facteurs ne deviennent importants que si les marques sont jugées identiques ou très similaires. Des marques comportant un certain nombre de différences peuvent aussi engendrer une probabilité de confusion. Dans l'analyse d'une marque de commerce, le tribunal ne doit pas considérer chaque partie de celle-ci séparément des autres éléments. Il convient plutôt d'examiner la marque telle que le consommateur la voit, à savoir comme un tout, et sur la base d'une première impression. Toutefois examiner la marque de commerce dans son ensemble ne veut pas dire qu'il faut faire abstraction d'une composante dominante de celle-ci qui aurait une incidence sur l'impression générale du consommateur moyen. Les juges doivent examiner chaque marque litigieuse globalement, mais aussi eu égard à sa caractéristique dominante, sa caractéristique la plus frappante ou singulière. Il faut rechercher l aspect frappant ou unique de la marque.
9 9 Il a été établi que le premier mot est important lorsqu'il s'agit d'établir le caractère distinctif d'une marque. Cela dit, il est préférable de se demander d'abord si l'un des aspects de celle-ci est particulièrement frappant ou unique. On ne peut fonder l analyse en matière de confusion sur l emploi qu une entreprise a réellement fait de sa marque après l avoir fait enregistrer. Il faut plutôt tenir compte de toute la portée des droits exclusifs que l enregistrement d une marque confère. Constitue une erreur le fait de croire qu en général, étant donné que le consommateur à la recherche de biens et de services onéreux consacre un temps appréciable à s informer sur la source de tels biens et services, cela donne à penser que la probabilité de confusion dans un tel cas sera moins grande. Il convient plutôt d évaluer la confusion en se fondant sur la première impression du consommateur s apprêtant à faire un achat coûteux lorsqu il voit la marque de commerce. Il est sans importance qu'il soit peu probable que les consommateurs basent leur choix sur une première impression ou que, en règle générale, ils consacrent un temps appréciable à s'informer sur la source des biens et services qui coûtent cher. La possibilité que des recherches approfondies puissent ultérieurement dissiper la confusion ne signifie pas qu elle n a jamais existé ou qu elle cesserait de subsister dans l esprit du consommateur qui n a pas fait de telles recherches. Il faut s en tenir à la question de savoir comment le consommateur ayant un vague souvenir des marques d une entreprise aurait réagi en voyant la marque de l autre entreprise. La question du coût ne mènera vraisemblablement pas à une conclusion différente dans les cas où l existence d une forte ressemblance donne à penser qu il y a probabilité de confusion et où les autres facteurs énoncés au paragraphe 6 (5) de la Loi ne militent pas fortement contre l existence d une telle probabilité. Dans les cas où le «consommateur ordinaire»n est pas censé posséder des connaissances particulières et où il existe une ressemblance entre les marques, il n est généralement pas nécessaire de soumettre une preuve d expert qui ne fournit qu une simple appréciation de cette ressemblance. Le juge doit en ce cas faire appel à son bon sens pour décider s il y a probabilité de confusion chez le consommateur ordinaire qui voit la marque pour la première fois. (soulignés de la Cour)
10 10 Ayant à l esprit le libellé de la loi, ainsi que les principes dégagés par la Cour suprême du Canada, entamons maintenant un survol du paysage jurisprudentiel canadien en matière de commercialisation trompeuse. 3. Décisions canadiennes de 2009 Nous débutons notre survol de l année 2009 en commençant néanmoins avec deux décisions intéressantes rendues en 2008, l une par la Cour d appel du Québec et l autre par la Cour supérieure de l Alberta en matière de passing-off. 3.1 T-Rex Vehicles Inc. c Canada Inc. et als, 2008 QCCA 947 (CAQ), confirmant 2006 QCCS 6230 (CSQ) Le jugement de première instance Cette décision est d intérêt comme il s agit de l un des rares jugements concernant la commercialisation trompeuse d un objet tridimensionnel, lequel objet était allégué à titre de marque de commerce non-enregistrée qualifiée de signe distinctif 10. La demanderesse, T-Rex Vehicles Inc. («T-Rex») fabrique et vend un véhicule toutterrain à trois roues sous la marque de commerce non-enregistrée T-REX Canada Inc. («Canada Inc.») fait l acquisition de l un de ces véhicules et, à toutes fins pratiques, le copie et vend le véhicule ainsi copié non assemblé sous la marque G Articles 2 et 13 de la Loi sur les marques de commerce, L.R.C. 1985, ch. T-13 : 2. ( ) «signe distinctif» Selon le cas : a) façonnement de marchandises ou de leurs contenants; b) mode d envelopper ou empaqueter des marchandises, dont la présentation est employée par une personne afin de distinguer, ou de façon à distinguer, les marchandises fabriquées, vendues, données à bail ou louées ou les services loués ou exécutés, par elle, des marchandises fabriquées, vendues, données à bail ou louées ou des services loués ou exécutés, par d autres. 13. (1) Un signe distinctif n est enregistrable que si, à la fois : a) le signe a été employé au Canada par le requérant ou son prédécesseur en titre de façon à être devenu distinctif à la date de la production d une demande d enregistrement le concernant; b) l emploi exclusif, par le requérant, de ce signe distinctif en liaison avec les marchandises ou services avec lesquels il a été employé n a pas vraisemblablement pour effet de restreindre de façon déraisonnable le développement d un art ou d une industrie. (2) Aucun enregistrement d un signe distinctif ne gêne l emploi de toute particularité utilitaire incorporée dans le signe distinctif. (3) L enregistrement d un signe distinctif peut être radié par la Cour fédérale, sur demande de toute personne intéressée, si le tribunal décide que l enregistrement est vraisemblablement devenu de nature à restreindre d une façon déraisonnable le développement d un art ou d une industrie.
11 11 En première instance 11, l Honorable juge Viens, de la Cour supérieure du Québec, arrive à la conclusion que le véhicule T-REX ne peut constituer un signe distinctif protégeable à titre de marque de commerce suivant l article 13 de la Loi sur les marques de commerce puisque cela aurait pour effet de restreindre le développement de l industrie des véhicules à trois roues. Également, la Cour estime que le design du véhicule répond à des impératifs fonctionnels et que cela ne permet pas à son titulaire de prétendre à l exclusivité du design. Le juge Viens rejette également l action de T-Rex en matière de passing-off : bien qu il existe un achalandage lié au véhicule T-REX, vu la notoriété et l originalité de son design, le produit était destiné à une clientèle spéciale et restreinte. Le véhicule G-2 de Canada Inc. visait une clientèle encore plus spécialisée puisque le modèle était vendu en pièces détachées, et vu cette spécialisation de la clientèle, il ne pouvait y exister de confusion dans l esprit des consommateurs de ces produits. D ailleurs, bien que le juge Viens a conclu qu il existait une ressemblance frappante entre les véhicules T-REX et G-2, cela n était pas suffisant pour conclure qu il y avait eu passing-off. Selon la Cour, le consommateur d un produit G-2 savait qu il achetait ce produit, et non un produit T-REX, même si les deux véhicules se ressemblaient au point de la confusion. Le juge Viens note que le véhicule T-REX était déjà assemblé et prêt à être immatriculé auprès de la SAAQ, sans pré-inspection, alors que le modèle G-2 était vendu sur la base d une formule prête à assembler, et qui devait être inspecté par la SAAQ avant d être immatriculé. Également, le prix du T-REX était substantiellement plus élevé que celui du G-2 et chacun des véhicules arborait sa marque de commerce respective. Le juge Viens rejette donc l action en commercialisation trompeuse et T-Rex porte cette décision en appel Le jugement de la Cour d appel Le jugement minoritaire (juge Chamberland J.A.) Après un rappel des faits et du jugement du juge Viens sur la question de l existence même du signe distinctif, le juge Chamberland est en accord avec le juge Viens à l effet que T-Rex n'a pas prouvé le caractère distinctif de l apparence visuelle de son véhicule. De plus, T-Rex n a pas circonscrit l étendue du signe distinctif pour lequel elle réclame maintenant un monopole perpétuel en vertu de la Loi sur les marques de commerce. Le juge Chamberland est également en accord avec la conclusion du juge Viens quant à la doctrine de la fonctionnalité : la structure de base du véhicule ne fait que répondre à des impératifs fonctionnels et de sécurité. Bien que T-Rex était en droit de ne pas solliciter l enregistrement d un droit d auteur, d un dessin industriel ou d un brevet pour son véhicule, elle ne peut s attendre à obtenir des droits plus étendus que ce que les lois canadiennes lui auraient conférés si elle avait demandé l enregistrement. Le juge Chamberland conclut donc que le design du véhicule T-REX ne peut être protégé à titre de marque de commerce. 11 T-Rex Vehicles Inc. v Canada Inc et als., 2006 QCCS 6230 (CSQ).
12 12 Sur la question du passing-off, le juge Chamberland rappelle d abord que le véhicule T-REX était connu et reconnu par le public lorsque les véhicules G-2 ont fait leur apparition sur le marché. Il s est dit d accord avec les conclusions du juge Viens à l effet que ce n est pas illégal de vendre une copie d un produit pourvu que le consommateur puisse distinguer entre la copie et l original 12. Le juge Chamberland estime qu il ne peut y avoir de confusion vu les différences de présentation des produits au moment où ils sont vendus, notamment qu il faut une inspection pour le véhicule G-2 et que le prix du véhicule T-REX est substantiellement plus élevé que celui du G-2. Le public consommateur de ces produits est un public informé. Le risque de confusion doit être évalué au moment de l achat du produit, dans la forme qui est présentée au public consommateur 13. Le risque de confusion doit être évalué in concreto, du point de vue de la clientèle visée par les deux produits, et non in abstracto, en se plaçant dans la position du public général. Le juge Chamberland rejette donc l appel de la demanderesse T-Rex Le jugement de la majorité (juges Thibault et Giroux JJ.A.) La majorité de la Cour d appel aurait également rejeté l appel, mais pour des raisons différentes de celles évoquées par le juge Chamberland. La Cour est en désaccord avec la conclusion du juge Chamberland à l effet que le châssis et le corps du véhicule T-REX ne peuvent constituer un signe distinctif. Elle est également en désaccord avec la conclusion du juge Chamberland à l effet que T-Rex n a pas précisément défini l étendue du signe distinctif pour lequel elle réclame l exclusivité. Selon la majorité, les dessins du véhicule T-REX sont suffisamment détaillés pour permettre à des tiers de connaître l étendue du design que la demanderesse cherche à protéger et ce que les tiers ne peuvent donc copier. La Cour rappelle que l action en passing-off est d intérêt public, et vise non seulement de protéger la réputation du marchand, mais également de protéger les consommateurs pour qu ils ne soient pas frauduleusement induits à faire l acquisition de produits d une source autre que celle avec laquelle ils désirent transiger. Une approche trop restrictive de l action en passing-off ne serait donc pas de nature à protéger les consommateurs. Sur la question de la fonctionnalité du design du véhicule T-REX, la Cour rappelle les enseignements de la Cour suprême du Canada dans Kirkbi AG c. Ritvik Holdings Inc. 14 à l effet qu un signe distinctif «essentiellement» fonctionnel ne peut être protégé à titre de marque de commerce. La majorité estime que le juge Viens a 12 Et évidemment, pourvu qu il ne soit pas protégé ou protégeable par les lois de propriété intellectuelle! 13 Cette conclusion est conforme à l arrêt Masterpiece Inc. c. Alavida Lifestyles Inc., 2011 CSC 27 (CSC) rendu quelques années plus tard. 14 Kirkbi AG c. Ritvik Holdings Inc, 2005 CSC 65 (CSC).
13 13 imposé un critère trop restrictif de fonctionnalité et qu il n a pas pris en considération que la Loi sur les marques de commerce prohibe l enregistrement d une marque de commerce qui est entièrement ou essentiellement fonctionnelle, et non pas qui contient des éléments qui sont fonctionnels. La Cour estime que le juge de première instance a aussi erré en concluant que certains aspects fonctionnels du châssis et du corps du véhicule T-REX l empêchent d être protégé à titre de marque de commerce. Selon la Cour d appel, le juge Viens confond l aspect fonctionnel du design avec le caractère distinctif de la marque. Selon la majorité, la preuve n établit pas que le design du véhicule T-REX couvre tous les véhicules à trois roues, de sorte qu aucun autre design ne pourrait être fait pour un tel véhicule. En d autres termes, la preuve ne révèle pas que le design du T- REX est la seule configuration possible d un véhicule à trois roues. La majorité est également en désaccord avec la conclusion à l effet qu il y a une restriction déraisonnable sur le développement d un art ou d une industrie, jugeant qu aucune preuve d expert n est venue appuyer cette allégation de la défenderesse Canada Inc. La Cour supérieure ne pouvait donc adopter cette position sans l assistance d experts. La majorité conclut que l industrie des véhicules à trois roues ne serait donc pas compromise si le design du véhicule T-REX était protégé à titre de signe distinctif. Quant à la confusion, les raisons qui ont mené le juge de première instance à rejeter la preuve de l existence de confusion ne convainc pas la Cour d appel. La seule question à se poser devrait être : «Est-ce que le consommateur des biens en cause serait enclin à penser que les véhicules émanent de la même source?» Le fait que l un des véhicules soit vendu assemblé, alors que l autre ne l est pas, ou qu il faille des autorisations de Transport Canada ou des pré-inspections par la SAAQ, ou encore que le prix des produits est très variable, n ont pas d impact sur l analyse de l origine des produits. La majorité conclut néanmoins que T-Rex n a pas prouvé l existence de confusion dans l esprit du public sur la base de l article 6(5)a) de la Loi sur les marques de commerce. Seulement 332 véhicules ont été vendus dans le monde entre 1994 et 2006, incluant 113 au Québec, et cela constitue un très petit nombre de véhicules sur une grande période de temps. La majorité ne peut conclure, ipso facto, que le public consommateur était familier avec les produits T-REX. La Cour écrit : [115] La confusion du public est liée, jusqu à un certain point, à l achalandage et à la notoriété du commerçant. Si la marchandise marquée d un signe distinctif n est pas connue et qu elle n est pas associée à une source, il n est pas possible de déduire que la mise en marché et la vente d une marchandise identique amèneront le consommateur à confondre les deux sources de la marchandise. L appel a donc été rejeté par la Cour d appel du Québec.
14 Inform Cycle Ltd. c. Rebound Inc. et al, 2008 ABQB 62 (ABQB) Le défendeur Ryan Draper a quitté son premier employeur, la demanderesse Inform Cycle Ltd. («Inform»), pour s associer à une nouvelle entreprise. Afin d attirer l attention de son ex-employeur, M. Draper a enregistré le nom de domaine «informcycle.com», alors que Inform utilisait le nom de domaine «informcycle.ca». M. Draper a redirigé le trafic internet de «informcycle.ca» vers le site de Rebound Inc. («Rebound») pendant une période d environ un mois. Qui plus est, M. Draper a, avant de quitter pour ses vacances, de nouveau redirigé le site «informcycle.com» vers un site pornographique. La preuve révèle que sa motivation était d attirer l attention de son ex-employeur à qui il reprochait de lui devoir certaines sommes d argent. La Cour supérieure de l Alberta a initialement rendu jugement contre M. Draper et Rebound, les trouvant passibles de concurrence déloyale résultant du fait d avoir redirigé le site de Inform vers son nouvel employeur Rebound 15. Pour le fait d avoir redirigé le site «informcycle.com» vers un site pornographique, il s agissait d un recours en diffamation. La Cour devait donc déterminer le quantum des dommages résultant de l achalandage détourné de «informcycle.ca» vers le site de Rebound. Inform connaissait des difficultés financières à cette époque et pendant une période de vingt-et-un jours, toutes les personnes qui tapaient «informcycle.com», en lieu de «informcycle.ca», se trouvaient automatiquement sur le site de Rebound qui offrait les mêmes marchandises et services que la demanderesse. Il n y a pas eu de preuve de la quantité de personnes qui ont été redirigées et ni de preuve de perte de ventes. Selon la Cour, ce type de preuve est difficile à produire, mais la demanderesse n a pas non plus présenté de preuve d historique de ventes sur une base hebdomadaire ou mensuelle, à cette période de l année, afin de fournir un ordre de grandeur des dommages. Par conséquent, la Cour a accordé des dommages généraux de l ordre de $ pour commercialisation trompeuse. 3.3 Drolet c. Stiftung Gralsbotschaft et al, 2009 CF 17 (CF) Dans cette affaire complexe, la Cour fédérale devait évaluer si le titre d une œuvre littéraire était enregistrable à titre de marque de commerce 16. Dans le cas où la Cour 15 Inform Cycle Ltd. c. Rebound Inc., 2006 ABQB 825, confirmé en appel 2007 ABQB Nous ne traiterons pas dans cette analyse de la question du droit d auteur et de l enregistrabilité de titre d œuvre littéraire à titre de marque de commerce. Il suffit de noter que suite à son analyse, la Cour conclut que les marques ABD-RU-SHIN et A & SERPENT & DESSIN sont valides et que le demandeur a effectivement violé ces marques en reproduisant le logo de la défenderesse sur les pages frontispices de chacun des trois tomes de son livre. Pour une analyse plus complète de la décision, voir Sébastien PIGEON, «Droit d auteur, marque de commerce et titre d une œuvre, état de
15 15 concluait à la validité des marques, elle devait aussi déterminer si la publication par M. Drolet de son ouvrage constitue un acte de concurrence déloyale en vertu des articles 7b) et 7c) de la Loi sur les marques de commerce. La Cour rappelle que l application de cette disposition ne présuppose pas l existence de marque déposée. L Honorable juge de Montigny souligne : [207] Tant en vertu de l alinéa 7b) que 7c), les défenderesses devaient faire la preuve que le demandeur avait fait des fausses représentations, volontairement ou par sa propre négligence. D autre part, les défenderesses devaient également établir que les agissements du demandeur avaient eu pour effet de créer de la confusion auprès du public cible. C est ce à quoi Roger T. Hughes (maintenant de cette Cour) réfère comme le «conduct test» et le «confusion test» dans son traité sur les marques de commerce (Hughes on Trade Marks, 2e éd. feuilles mobiles, à la page 989). Dans l arrêt Kirkbi, précité, la Cour suprême a décrit ainsi le deuxième élément nécessaire pour donner naissance â une action valide en commercialisation trompeuse (au paragraphe 68) : Le deuxième élément est la fausse déclaration ou représentations trompeuses qui sème la confusion dans le public. Une fausse déclaration peut être délibérée et avoir ainsi le même sens que tromperie. Toutefois, la doctrine de la commercialisation trompeuse englobe désormais a fausse déclaration faite par négligence ou avec insouciance par le commerçant (Ceiba-Geigy, p. 133; Consumers Distributing Co. c. Seiko Time Canada Ltd., [1984] 1 R.C.S. 583, p. 601, le juge Estey). [208] Or, la preuve n a pas démontré que D. Drolet avait, délibérément ou même par sa propre négligence, tenté de faire passer son livre pour une publication de la Stiftung. Au contraire, il s est dissocié de la Stiftung et de la Fondation et crie haut et fort que la version de l œuvre d Oskar Ernst Bernhardt diffusée par les défenderesses n est pas conforme au Message «original». qui plus est, il ne fait pas de publicité pour son livre, dont il a fait imprimer un ombre très restreint et de copies et qu il n a vendu qu à des amis ou à des membres qui l ont sollicité. Ce n est pas là le comportement de quelqu un qui se livre à de la fausse représentation. [209] D autre part, pour les motifs déjà exposés plus haut dans le contexte de l analyse portant sur l article 20 de la Loi, je suis d avis que l utilisation par le demandeur du pseudonyme de l auteur, du sigle A entouré d un serpent et du titre Dans la Lumière de la vérité ne porte pas à confusion. En fait, le sigle qui se retrouve sur la la protection juridique accordée au titre d une œuvre à la suite de la décision Drolet c. Stiftung», Développements récents en Droit du divertissement 2009, Volume 311, pages 115 et suivantes.
16 16 couverture du premier tome de M. Drolet est quelque peu différent de celui enregistré par la Stiftung (voir plus haut, paragraphe 194, pour le sigle utilisé e par M. Drolet, et le paragraphe 27 pour le logo sur lequel la Stiftung a enregistré une marque de commerce). Au surplus, le sigle n apparaît pas sur la couverture du deuxième et troisième tome de M. Drolet. [210] quant au trie, M. Drolet n utilise Dans la lumière de la vérité que sur la couverture de son premier tome. Le titres qui figurent sur le deuxième et le troisième tome sont Résonances au Message du Graal et Résonances au Message du Graal 2. Dans l édition de la Stiftung, le titre Dans la lumière de la vérité apparaît sur la couverture de trois tomes, et ils ne se distinguent que par leur tranche (on y indique sous le titre, les numéros I, II et III). [211] Enfin, je note que dans chacun des trois tomes de M. Drolet se trouve, immédiatement après la page frontispice, un «Avis au Lecteur» faisant clairement ressortir qu il s agir d une édition privée, tirée à 100 exemplaires, avec les initiales de l auteur et la date de publication. [212] Compte tenu de tous ces facteurs, et en l absence de toute preuve contraire, je me dois donc de conclure que les défenderesses n ont pas satisfait à l une des conditions de l action pour commercialisation trompeuse, en ce qu elles n ont pas démontré que M. Droit avait créé de la confusion auprès des personnes susceptibles d acheter les livres de la Stiftung en publiant son livre. Plus spécifiquement, on ne m a pas convaincu que M. Drolet avait attiré l attention du public sur son livre de manière à semer de la confusion avec les ouvrages publiés par la Stiftung et diffusés par la fondation, ni que M. Drolet avait fait passer son livre pour ceux des défenderesses. Par conséquent, je rejette l action des défenderesses reconventionnelles fondée sur l article 7 de la Loi. 3.4 Pharmacommunications Holdings Inc. c. Avencia International Inc. et als CAF 144 (CAF), confirmant 2008 CF 828 (CF) Les faits Il s agit d un appel d une décision de la Cour fédérale rejetant une demande de jugement déclaratoire Pharmacommunications Holdings Inc. c. Avencia International Inc. et als CF 828 (CF).
17 17 Pharmacommunications Holdings Inc. («Pharmacommunications») avait présenté devant la Cour fédérale une requête en jugement déclaratoire à l effet qu elle était propriétaire de la marque de commerce non enregistrée PHARMACOMMUNICATIONS, qu il y avait eu concurrence déloyale contrairement à l article 7b) de la Loi sur les marques de commerce et que le nom commercial de la société intimée, Avencia International Inc. («Avencia») était similaire au point tel de créer de la confusion. Une injonction permanente a également été demandée par la requérante pour interdire l emploi de tout nom commercial ou marque de commerce confusément similaire du nom commercial de la requérante Le jugement de la Cour fédérale En première instance, l Honorable juge Frenette ne s était prononcé que sur la question de savoir si l intimée Avencia s était livrée à des agissements de commercialisation trompeuse. La Cour a rejeté la requête, estimant que Pharmacommunications n avait présenté aucun élément de preuve établissant des dommages actuels ou éventuels, élément essentiel d une action en commercialisation trompeuse fondée sur l article 7b) de la Loi sur les marques de commerce. La Cour n a pas considéré les autres questions Le jugement de la Cour d appel fédérale En appel, la question était de savoir s il était nécessaire, dans le cadre d une action fondée sur l article 7b) de la Loi sur les marques de commerce, que la requérante prouve l existence de dommages actuels ou éventuels. Pharmacommunications a soumis que le juge Frenette avait commis une erreur en statuant qu elle devait prouver l existence de dommages actuels ou éventuels pour réussir sous l article 7b) de la Loi sur les marques de commerce. Pharmacommunications plaidait que la décision BMW Canada Inc. c. Nissan Canada Inc. 18, ne devrait pas être suivie puisque cette affaire avait été décidée en vertu de la common law et non de la Loi sur les marques de commerce. La Cour d appel conclut que l arrêt BMW Canada Inc. c. Nissan Canada Inc. n est pas manifestement erroné et qu il n existe aucune «différence importante entre la Loi et la Common Law» 19. Les principes qui sous-tendent le recours d origine législative sont les mêmes que ceux qui sous-tendent le recours en common law et l arrêt BMW Canada Inc. c. Nissan Canada Inc. demeure de bon droit. Subsidiairement, Pharmacommunications affirmait que la Cour pouvait présumer de l existence de dommages lorsqu une probabilité raisonnable de confusion était démontrée. La Cour d appel réitère que cet argument a été spécifiquement écarté 18 BMW Canada Inc. c. Nissan Canada Inc., 2007 CAF 255 (CAF). 19 BMW Canada Inc. c. Nissan Canada Inc., 2007 CAF 255 (CAF), au paragraphe 8.
18 18 dans BMW Canada Inc. c. Nissan Canada Inc. et qu il n y avait aucune autre autorité au soutien de cet argument. En l absence de preuve de dommages actuels ou éventuels, l action en passing-off basée sur l article 7b) de la Loi sur les marques de commerce devait être rejetée. La Cour d appel fédérale confirme donc le jugement de première instance. 3.5 Stenner c. ScotiaMcLeod et als, 2009 BCSC 1093 (BCSC) Il s agit d une affaire complexe qui a fait l objet de deux procès. Le premier procès a résulté en l émission d une injonction permanente prohibant l emploi du nom de domaine «stennerteam.ca» et de la marque enregistrée STENNER, et le transfert du nom de domaine à M. Stenner suite à la conclusion par la Cour supérieure de la Colombie-Britannique de l existence de passing-off par les défendeurs 20. Dans le cadre du deuxième procès, la Cour avait à décider du quantum des dommages pour la commercialisation trompeuse. Dans le premier jugement, le juge avait conclu qu il devrait y avoir un plafond à ces dommages de l ordre de $. La marque de commerce STENNER en cause ne semblait pas avoir de valeur indépendante de M. Stenner, la marque étant son nom de famille, et celle-ci n avait pas été employée durant les années antérieures au procès. Dans son analyse de la quantification des dommages, le juge souligne que les défendeurs devaient acquérir l entreprise de la partie demanderesse, incluant la marque de commerce et l achalandage pour une valeur inférieure à $ 21, d où le plafond de dommages. L évaluation des dommages est donc difficile à faire vu l absence de preuve concernant la valeur indépendante de la marque de commerce. Le juge n est d ailleurs pas convaincu qu il y a eu atteinte à l achalandage résultant de la concurrence déloyale. Cette difficulté d évaluation est exacerbée par le fait que M. Stenner n a pas continué d utiliser la marque, qu il n a pas tenté de la vendre ou d obtenir une évaluation indépendante de sa valeur. La Cour n a pas de preuve à l effet que le demandeur ait tenté de soutenir l achalandage, ni qu il n a des plans pour ce faire à l avenir. M. Stenner a tout de même subi un dommage, qui n est pas nominal, et la Cour ordonne le paiement de la somme arbitraire de $ : [88] Lord Goddard in Draper v. Trist, supra, page 527 directed that once one has established passing off, there is injury to goodwill, and this court or the jury must assess, by the best means they can, what is a fair and temperate sum to be given the plaintiff for the injury. I assess the plaintiff s damages for the passing off to be $350, Stenner c. ScotiaMcLeod et als, 2007 BCSC 1377 (BCSC). 21 Stenner c. ScotiaMcLeod et als, 2007 BCSC 1377 (BCSC), au paragraphe 185.
19 Atomic Energy of Canada Limited c. AREVA NP Canada Ltd. et al, 2009 CF 980 (CF), jugement correctif 2009 CF 1119 (CF) Les faits La Cour fédérale avait à décider d une requête en jugement sommaire impliquant, entre autres, des allégations de commercialisation trompeuse fondée sur l article 7b) de la Loi sur les marques de commerce. Par le biais de la requête en jugement sommaire, la requérante AREVA NP Canada Ltd. («Areva») demandait le rejet de l action de la demanderesse. Les parties sont des concurrentes dans le domaine de la fourniture de produits et services reliés à la technologie nucléaire. Atomic Energy of Canada Limited («Atomic») vend des réacteurs nucléaires. Areva ne vend pas de réacteurs au Canada, mais elle commercialise des composantes et pièces de réacteurs nucléaires. S agissant d une requête en jugement sommaire, la preuve était documentaire, basée sur les affidavits respectifs des parties 22. La Cour devait donc déterminer s il y avait matière à procès dans le dossier tel que constitué ou si l action devait être rejetée d emblée, n ayant aucune chance de succès Le jugement de la Cour fédérale Le tribunal devait déterminer s il y avait violation des marques de commerce enregistrées d Atomic par Areva. L existence de la confusion entre les marques en cause étant le point de départ de son analyse, la Cour accepte l argument d Areva à l effet que la nature des biens, services et entreprise des parties et la nature du commerce sont déterminantes dans ce dossier. La Cour estime d abord que la confusion est fortement improbable. Le consommateur «moyen» de produits et services relatifs à l industrie nucléaire n est pas du tout le même consommateur «moyen» décrit dans la plupart des recours en marques de commerce. La Cour écrit : [24] It is difficult to imagine more sophisticated consumers, and a more prudent procurement process, than exists in the nuclear power business. In this context, adopting the point of view of the somewhat hurried consumer, as urged by AECL, does not make sense as there is no such thing as a hurried consumer of nuclear products and services. On the evidence before the Court, it can be determined at this stage that it is beyond the realm of possibility that any utility 22 Règles 213 à 219, Règles des Cours fédérales, DORS/98-106, telles qu amendées DORS/ L auteur constate qu en Cour fédérale, les jugements sommaires sont rarement accordés bien qu un remaniement des Règles des Cours fédérales pourrait changer cette tendance jurisprudentielle.
20 20 could be confused by the resemblance of the AREVA and AECL marks into purchasing a reactor from the wrong company (as indeed AECL s witnesses and its counsel admitted), or services from the wrong company. The lengthy and detailed procurement process that is involved in purchasing the wares and services of these parties makes that quite simply impossible. La Cour devait néanmoins déterminer si le logo employé par Areva pouvait être confondu avec celui de Atomic, ce logo étant intimement associé avec Atomic, ses produits et sa réputation. En d autres mots, la Cour accepte qu il existe un achalandage relatif à la marque d Atomic. À titre illustratif, les marques graphiques des parties sont les suivantes : La demanderesse Atomic LMC 160,039 La défenderesse Areva LMC 651,852 La Cour doit considérer la présentation générale utilisée par les parties quant à leurs marques de commerce respectives. Après analyse, la Cour souligne qu il y a suffisamment de différences dans la présentation visuelle des marques et qu elles sont toujours employées de concert avec le nom de l entreprise, ou ses initiales, pour éviter la confusion. Le test n est pas de savoir si la seule personne qui puisse être confondue est un «crétin empressé» 23, mais plutôt une personne ordinaire et avisée du public. Au vu de la preuve, la Cour conclut qu il n y a pas de matière à procès en ce qui a trait à la violation de la marque de commerce enregistrée d Atomic. Atomic avait également allégué une violation de l article 7b) de la Loi sur les marques de commerce. La Cour ayant conclu qu il ne pouvait y avoir de confusion entre les marques des parties, ni de risque de confusion, la Cour juge également qu il n y a pas de matière à procès pour commercialisation trompeuse. La requête pour jugement sommaire a été accueillie et l action a été rejetée. 4. Décisions canadiennes de Chocolat Lamontagne inc. c. Humeur Groupe conseil inc., 2012 QCCS 3301 (CSQ) 23 Traduction libérale de moron in a hurry : Newsweek Inc. c. British Broadcasting Corp., [1979] RPC 441, page 446.

References: CSC 
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