Source: https://book.energytransition.org/fr/node/19
Timestamp: 2018-01-23 17:31:30+00:00

Document:
Moins d’électricité à base de charbon | La transition énergétique
C – L’énergie éolienne ➞⟩
Moins d’électricité à base de charbon
Si elle veut atteindre les objectifs climatiques qu'elle s'est fixée, l’Allemagne doit réduire sa production d’électricité à base de charbon. La consommation de charbon a fluctué, augmentant de 2011 à 2013, avant d’afficher en 2016 un recul d'un pour cent par rapport à 2010. L’Allemagne doit toutefois encore diminuer sa consommation si elle veut atteindre les objectifs de réduction des émissions de carbone qu’elle s’est fixée d’ici 2020.
Quand en 2011 l’Allemagne a décidé de fermer huit de ses dix-sept centrales nucléaires et de procéder à une fermeture progressive des autres d’ici 2022, l'on craignait que la production des centrales au charbon augmente afin de compenser la perte de l'énergie nucléaire. Cette conversion n’est pourtant pas l’objectif, car si l'Allemagne recourait davantage au charbon, elle ne pourrait atteindre ses objectifs climatiques. En brûlant du gaz naturel au lieu de la houille, les émissions de carbone diminuent environ de moitié. Le lignite, disponible en grandes quantités en Allemagne, émet trois fois plus de carbone que le gaz naturel. En outre, la production des centrales au charbon n’est pas aussi flexible que celle des turbines à gaz, ce qui rend ces dernières plus adaptées pour combler les écarts de la production variable d’énergie renouvelable.
Néanmoins, pour au moins trois raisons, la consommation d’électricité à base de charbon a provisoirement augmenté :
La décision de fermeture des huit centrales nucléaires a été subite et l’industrie n’a pas eu le temps de compenser la perte des capacités. Les fournisseurs d’énergie n’ont par conséquent pas eu d’autres choix que de se rabattre sur les centrales existantes ;
Le ralentissement économique au sein de l’UE a réduit la consommation d’énergie ce qui a entraîné indirectement une diminution des émissions de carbone et une baisse du prix du carbone ainsi que du charbon ; et
Actuellement, quelques nouvelles centrales à charbon, planifiées et construites plusieurs années avant la décision de sortir du nucléaire, ont été mises en fonction.
Projets de nouvelles centrales au charbon
Il y a quelques années seulement, les projets des quatre plus grandes entreprises énergétiques allemandes envisageaient la construction de plus de 30 nouvelles centrales au charbon, mais il est probable que la dernière centrale à charbon a déjà été construite en Allemagne. Un certain nombre de projets ont été abandonnés pour différentes raisons, notamment en raison de fortes protestations locales et la difficulté d’obtention des droits sur l’eau ainsi qu'une réévaluation de la rentabilité en tenant compte de l’essor des énergies renouvelables. Par ailleurs, aucun nouveau projet de centrale au charbon n’a été proposé depuis la sortie du nucléaire de 2011, alors que plusieurs projets qui avaient déjà été planifiés, ont depuis été abandonnés.
Durant la phase de sortie progressive du nucléaire (prévue d’ici la fin de l’année 2022), la part du lignite dans le secteur énergétique restera probablement stable. Selon la rapidité avec laquelle la part de l’énergie renouvelable augmente, l’électricité produite à partir de la houille peut être, toutefois, significativement couverte par ces énergies, même au cours de la phase de sortie du nucléaire.
En 2015, on a pu observer un effort concerté visant à initier une sortie du charbon en Allemagne. Mais les syndicats ont organisé des manifestations, estimant qu'un tel projet mettait en péril quelque 100 000 emplois. Le projet ambitieux de fixer une limite aux émissions de carbone des centrales à charbon en service de plus de 20 ans a donc été bloqué sur le plan politique. En revanche, une « réserve » a été créée pour les centrales à lignite dont 2,7 GW ont été retirés du marché. Cette capacité est susceptible d'être réactivée en cas de besoin. Pendant ce temps, ces centrales reçoivent une compensation spéciale pour avoir accepté de se mettre « en attente », c'est à dire disponible en cas de besoin.
Toutefois, des critiques s'élèvent pour dénoncer le fait que ces centrales ne sont absolument pas « disponibles ». Elles doivent en effet recevoir une notification dix jours avant d'accélérer la production. Et les experts affirment qu'on ne saurait en aucun cas prévoir dix jours à l'avance un goulet d'étranglement du réseau ou un déficit de production d'électricité. Cette politique ne consiste ainsi qu'à rétribuer les pollueurs.
Le débat sur le charbon se poursuit en Allemagne. En 2016, les leaders des syndicats ont donné des signes indiquant qu'ils commencent à accepter le caractère inéluctable de la sortie du charbon et à axer leur démarche sur l'obtention du meilleur accord pour les travailleurs. Une commission sur le charbon composée de décideurs locaux et nationaux, de syndicats, d’organisations professionnelles et de dirigeants de collectivités a été mise en place pour examiner la question de la sortie du charbon après les élections législatives de septembre 2017. Le véritable défi consiste à déterminer comment la filière industrielle du charbom peut trouver un nouvel élan et de nouvelles opportunités économiques lorsque les mines et les centrales de charbon auront fermé.
Par ailleurs, en 2023, l'énergie produite à partir du charbon ne sera plus protégée de la croissance des énergies renouvelables. En 2015, le gouvernement allemand a proposé un mécanisme visant à limiter les émissions de ses vieilles centrales à charbon. Ce tournant a été interprété comme le début d'une "sortie du charbon" - mais l'expression est sans doute légèrement trompeuse : il n'existe pas encore de stratégie politique pour une sortie totale du charbon. Quoiqu'il en soit, avec ou sans cette décision politique, la part de l'électricité produite à partir du charbon devrait diminuer drastiquement à partir de 2023.
La capture et stockage du carbone n’est pas une option pour l’électricité à base de charbon
Au cours des dix dernières années, on a beaucoup parlé dans le monde entier de la capture et stockage du carbone (CSC), une technologie appelée à tort par ses partisans « charbon propre ». Cette technologie capture essentiellement les polluants et le dioxyde de carbone pour les stocker séparément. La CSC est une option alternative de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, dans des procédés industriels comme la production de ciment où il est extrêmement difficile de réduire les émissions. Toutefois, en ce qui concerne les centrales électriques, les experts en énergie s’accordent à dire que la CSC est peu attrayante, car elle en réduit considérablement l’efficacité et entraîne donc une hausse considérable des coûts de carburant.
Les investissements en CSC se révèlent en outre prohibitifs. L’Allemagne a créé la première installation d’essai (conçue par Siemens) en 2006 à Schwarze Pumpe, une centrale au charbon gérée par la société suédoise Vattenfall à l’époque. Vattenfall annonçait fin 2011 l’abandon de son projet d’une deuxième centrale de démonstration de 300 mégawatts, dix fois la taille de l’installation pilote de Schwarze Pumpe, et par là même le financement prévu par l’UE pour la première centrale CSC de grande taille. Vattenfall a déclaré n’être plus en mesure de faire avancer ses projets et d’en accepter le risque en raison du refus des Länder allemands qui possédaient le potentiel de stockage approprié.
En général, la technologie n’enthousiasme pas les écologistes non plus, le stockage des polluants et du CO2 engendrant de nouveaux problèmes pour les générations futures qui devront veiller à l’étanchéité de ces installations de stockage. Les administrations locales ne souhaitant pas d’entrepôts de dioxyde de carbone à proximité, la coalition d’Angela Merkel – qui soutient le CSC – est arrivée à un compromis avec les Länder en 2012. Ils ont aujourd’hui la possibilité de s’opposer à des projets de construction de dépôts de dioxyde de carbone, ce qui rend les projets très peu pratiquables. L’accord précise également que la responsabilité des Länder, et donc des contribuables, ne sera engagée qu’après les 40 premières années d’exploitation au cours desquelles la responsabilité incombe à l’entreprise.
L'ancien ministre allemand de l’Énergie, M. Peter Altmaier abandonnait, en juillet 2012, l’idée de la CSC en Allemagne: « Nous devons être réalistes. Nous ne pouvons pas stocker le dioxyde de carbone dans le sol contre la volonté de la population. Et je constate que la technologie de CSC, avec des centrales de houille et de lignite, n’a reçu l’approbation politique d’aucun Land allemand ».

References: CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC 
 CSC