Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/niger.htm
Timestamp: 2017-05-01 02:21:25+00:00

Document:
Capitale: Niamey Population: 18,0 millions (2014)
Langue officielle: français Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: haoussa (47 %), zarma (18 %), peul (8 %), amazigh (4,8 %), kanouri (4,2 %),
arabe algérien (3,4 %), mossi (0,9 %), tamajeq: (0,7 %), dendi (0,5 %), etc. Langue coloniale: français
Système politique: république longtemps dirigée par des militaires
Articles constitutionnels (langue): article 3 de la Constitution du 18 juillet 1999
Lois linguistiques: Code du travail (1996);
Loi n° 98-12 du 1er juin 1998, portant orientation du système éducatif
Loi n° 2001-037 du 31 décembre 2001 fixant les modalités de promotion et du développement des langues nationales (2001); Code de procédure pénale (2007);
Règlement intérieur de l'Assemblée nationale (2011).
Le Niger — prononcer [ni-jèr] et non pas [ni-jé] —, officiellement la «république du Niger», est un pays enclavé d’Afrique occidentale, à 700 km de l'océan Atlantique. Il est limité au nord par l’Algérie et la Libye, à l’est par le Tchad, au sud par le Nigeria et le Bénin, et à l’ouest par le Burkina Faso et le Mali. La superficie totale du Niger est de 1 267 000 km², soit 2,3 fois la France. Sa capitale est Niamey. Le Niger est divisé en huit régions : l'Agadez, le Diffa, le Zinder, le Tahoua, le Tillabéry, le Dosso, le Maradi et Niamey (voir la carte détaillée). En réalité, on compte sept régions ainsi que la Communauté urbaine de Niamey. Le pays compte aussi 63 départements, 265 communes dont 52 urbaines et 213 rurales, ainsi que 12 700 villages.
Le Niger est un véritable trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Situé au cœur du Sahel, il se caractérise par des conditions climatiques extrêmes, un sol pauvre et une influence croissante de la désertification. Tout le nord du pays est entièrement désertique. C’est seulement dans le Sud que la pluviométrie est suffisante pour permettre des activités agricoles qui ne parviennent pas cependant à assurer une véritable sécurité alimentaire.
La population du Niger était estimée en 2014 à quelque 18 millions d'habitants, contre 15,7 millions en 2012 et 13,5 millions en 2005. Cette population est inégalement répartie à travers les huit régions, les plus populeuses étant Maradi (19,8 %), Zinder (18,5 %), Tahoua (17,4 %) et Tillabéry (16,3 %). Les trois quarts de cette population vivent sur une superficie égale au quart du territoire: Zinder (155 778 km²), Maradi (41 796 km²), Tillabéry (97 251 km²), Tahoua (113 371 km²), Dosso (33 844 km²), la Communauté urbaine de Niamey (255 km²), Agadez (667 799 km²) et Diffa (156 906 km²). Région
2 078 339
33 844 km²
3 117 810
41 796 km²
2 741 922
113 371 km²
2 572 125
97 251 km²
2 916 929
155 778 km²
1 302 910
15 730 754
Le Niger se caractérise par une répartition inégale du territoire : il est nettement plus dense au sud dans les zones de cultures et moins dense au nord dans les zones arides. La moyenne de la densité de la population varie du sud au nord elle est de 8,2 habitants au kilomètre carré, l’une des plus faibles du continent. Les zones les plus denses sont occupées par les Zarma autour de Niamey et les Haoussa plus à l'est.
Ce sous peuplement s’explique par les conditions climatiques pénibles sur une grande partie du territoire. L’écrasante majorité de la population (75 % environ ) occupe la bande sud du pays qui représente le quart du territoire national.
2.1 Les ethnies Au Niger, il faut compter trois grands groupes ethniques: les Haoussa
(47,2 %); les Zarma (18,2 %) et les Peuls (8,3 %). Il faut ajouter aussi les Songaï (5,2 %), les Touaregs
(4,6 %), les Kanouri (4,2 ) et les Maures (3,7 %). Il existe aussi plusieurs petites communautés telles les Algériens, les Libanais, les Libyens, les Mossi, les Dendi, les Dagaza, les Yorouba, les Bambara, etc. Les ethnies des communautés étrangères (Arabes, Français, etc.) représentent moins de 2 % de la population. Soulignons que l'ethnie principale est formée des Haoussa, sédentaires, tandis qu'au nord vivent des Touaregs, des Toubou et des Arabes, en grande partie nomades. Les Peuls, pour leur part, sont plus ou moins dispersés. La quasi-totalité de la population est composée de musulmans sunnites (98,6 %). 2.2 Les langues Les données traitées par l'Institut national de la statistique ne permettent pas de savoir la répartition de la population globale par le nombre de langues nationales parlées, encore moins le lien entre l'ethnie d'appartenance et la langue maternelle déclarée. Il faut donc recourir à des recensements privés. Les langues nationales sont relativement nombreuses au Niger; elles font partie de trois familles linguistiques importantes: la famille afro-asiatique (ou chamito-sémitique), la famille nilo-saharienne et la
famille nigéro-congolaise. Le tableau ci-dessous présente ces familles ainsi que les sous-groupes (sémitique, berbère, tchadique, etc.) et les langues qui en font partie : Famille afro-asiatique
(chamito-sémitique)
Famille nilo-saharienne
Famille nigéro-congolaise
arabe algérien, hassanya, arabe libyen, arabe choa, arabe libanais
Songhaï méridional
zarma, songhaï, dendi, tassawaq
peul, Langues romanes
amazigh, tamasheq, tamajaq
kanouri, dazaga, kanembou, toubou
haoussa, bouduma
mossi, yorouba, gourmantché -
La carte linguistique ne présente que les langues principales. Parmi les ethnies, les Haoussa sont les plus nombreux dans le pays (47 % de la population), mais ils n'occupent qu'.une fable portion au sud du territoire à la frontière avec le Nigeria. Les Zarma constituent le second groupe en importance (18,2 %); associés avec les Songhaï, ils sont concentrés avec les Peuls et les Gourmantchés dans le Sud-Ouest près de la frontière du Burkina Faso. Les Touaregs nigériens forment une ethnie nomade particulière. Avec 4,6 % de la population (l'amazigh) et 0,7 % (le tamasheq), ils occupent les trois quarts du territoire, notamment la région d'Agadez, la frange sud du Sahara, près du Mali. Ils parlent des langues berbères, l'amazigh, le tamasheq ou le tamajaq. Il existe aussi des Touaregs arabisés (algériens) et des Touaregs à la peau «blanche», aux statuts sociaux élevés, et des Touaregs à la peau «noire», descendants d'esclaves. Beaucoup de Touaregs ont aujourd'hui abandonné la vie de nomade du désert et vivent à Agadez.
Les Toubous vivent dans les départements désertiques de N'Guigmi, de N'Gourti et de Bilma; ils pratiquent le pastoralisme et le nomadisme.
Au Niger, les dix langues les plus importantes sont les suivantes:
Dosso, Tahoua et Maradi
Tillabéry, Dosso et Niamey
Tillabéry et Niamey
Agadez, Tahoua, Maradi, Zinder et Diffa
Agadez et Diffa
Agadez mossi
Le tableau qui suit présente la plupart des langues parlées au Niger, ainsi que leur affiliation linguistique.
Peuls (Fulani)
songhaï (sonrhaï)
amazigh (tamajaq)
Maures haoussa
Touaregs arabisés
Arabes algériens
gourmantché famille nigéro-congolaise
Tagdals berbères
langue mixte (-berbère)
Kanembous
Maures blancs
toubou (tedaga)
Tassawaqs
Arabes choa
Total (est. 2014)
18 072 900
La désertification du Sahara a commencé vers le VIIIe millénaire avant notre ère et a repoussé vers le sud les populations d’agriculteurs, laissant la place à des communautés d’éleveurs de bovins. Les territoires constituant le Niger actuel entrèrent dans l’histoire avec l’établissement de relations transsahariennes au Moyen Âge, vers le Maroc, par la vallée du Niger et Tombouctou (empires du Mali et du Songhaï), vers la Tunisie (Ifriqiya) à travers le Sahara central, et vers la Libye et l’Égypte par le Fezzan et le Tchad (empire de Kanem-Bornou et États haoussa). Très vite, l’islam s’imposa dans la partie méridionale. À partir du XIe siècle, les Touaregs nomades s’installèrent au nord par vagues successives et commencèrent à lancer des raids sur les sédentaires du Sud. Les États haoussa islamisés dominèrent le Niger méridional du Xe siècle au début du
XIXe siècle. À cette époque, ils furent soumis par la force par les Peuls menés par Ousman dan Fodio. Les Songhaï exercèrent une forte influence sur la vallée du fleuve durant la dernière partie du Moyen Âge, tandis que l’empire de Kanem-Bornou dominait la frontière orientale. Les Touareg arrivèrent par vagues de l’Aïr à partir du XIe siècle, se répandirent dans l’Azawagh et commencèrent à lancer des raids sur les sédentaires du Sud; au XVe siècle, ils établir un sultanat à Agadez.
2.2 La colonisation française
Les premiers Européens à entrer dans cette région sont l'explorateur écossais Mungo Park, ainsi les explorateurs allemands Heinrich Barth et Eduard Vogel. Les Français pénétrèrent dans la région vers 1890, atteignirent le lac Tchad et luttèrent contre Rabah, dont l’influence s’étendait sur le Bornou; ils mirent longtemps à réduire la résistance des Touareg de l’Aïr. Le territoire nigérien fut conquis et occupé par les Français entre 1897 et 1900, malgré les tentatives de résistance et de soulèvement des populations locales. En 1900, ils firent du Niger un territoire militaire administré à partir de l’ancien sultanat de Zinder. Le français devint la langue administrative du pays. Le Niger devint une colonie française en 1922, administrée à partir de Niamey afin de rééquilibrer les pouvoirs économiques et politiques locaux des émirs de l'Est, diminuer le poids de la communauté haoussa de Zinder, ainsi que l’influence du nord du Nigeria, une région riche et peuplée. La colonie connut une relative prospérité avec le développement de l'agriculture et de l'éducation. En 1926, la capitale est déplacée de nouveau de Zinder à Niamey.Le pays fut intégré au sein de la fédération de l'Afrique occidentale française.
L'arrivée du franc français conduisirent nombre d'agriculteurs à chercher du travail dans les villes pendant que la France contrôlait facilement tous les marchés. Pendant l'occupation par les Allemands en France, les fonctionnaires de la colonie nigérienne restèrent fidèle au régime de Vichy, à l'inverse de la colonie du Tchad voisine.
Comme pour la plupart des colonies françaises d'Afrique, la fin de la Seconde Guerre mondiale fut le point de départ d'une évolution qui fera du Niger un territoire d’outre-mer en 1946, puis une république autonome au sein de la Communauté française (ou Communauté franco-africaine) en 1958, malgré une campagne pour le «non» au référendum de Djibo Bakary, opposé au chef du gouvernement Hamani Diori, élu président du Conseil par une Assemblée constituante.
2.3 L'indépendance Le Niger accéda à l’indépendance le 3 août 1960 et Hamani Diori
(mandat 1960-1974) fut élu président par l’Assemblée nationale, sous régime d'un parti unique. Des liens étroits furent maintenus avec la France. Djibo Bakary, contraint à l'exil à la veille de l'indépendance et qui bénéficiait du soutien du camp progressiste (Nkrumah, Sékou Touré), tenta sans succès de prendre le pouvoir par la force; en avril 1965, le président Diori échappa à une tentative d’assassinat. Il fut réélu la même année, soutenu par le Parti progressiste nigérien (PPN), qu’il avait fondé à partir de la section nigérienne du Rassemblement démocratique africain (RDA). En 1967, le le ministère de l'Éducation a émis un arrêté fixant les alphabets des langues peul, haoussa, kanouri, zarma et tamajaq : ce fut l'arrêté n°017 / MEN/ALPHA du 27 avril 1967. En 1973, le Niger fut l’un des six pays sahéliens à souffrir d’une sécheresse qui affectait particulièrement les nomades. Accusé de corruption et d’incapacité dans la gestion des secours, le président Diori fut renversé par un coup d’État militaire en avril 1974 et exilé dans l’est du pays; on avait découvert des stocks de nourriture dans les résidences des ministres. C'est alors que le lieutenant-colonel Seyni Kountché (mandat 1974-1987) entra en scène et mit fin au gouvernement par un coup d'État sanglant. Il installa un régime militaire. Son programme porta sur le redressement économique consécutif à la sécheresse et sur la poursuite de la coopération avec la France, notamment en matière d’exploitation de l’uranium (signature d’un nouvel accord économique en 1977). Les complots et les tentatives de coup d’État se succédèrent durant les cinq premières années de pouvoir de Seyni Kountché.
C'est en 1974 que le gouvernement nigérien a jeté les bases d'une réforme en éducation. Le projet de réforme s'est concrétisé l'année suivante au moyen des objectifs suivants relativement à l’enseignement bilingue. Ainsi, dans l’optique de cette réforme, les objectifs spécifiques suivants ont été retenus en ce qui concerne les langues :
- utiliser les langues nationales comme véhicule et matières de l’enseignement en alternance avec le français ;
- réviser les structures et modalités de formation des formateurs ;
- orienter et dynamiser la recherche aux fins l’implantation de l’enseignement bilingue ;
- produire du matériel didactique adapté aux besoins de l’enseignement bilingue.
L'ouverture de la première école d'enseignement bilingue du Niger s'est effectuée à la rentrée scolaire de 1973-1974 sous l'appellation d'«école expérimentale» (EE). Elle a ouvert ses portes à Zinder dans un établissement annexe de l’École normale de cette localité, avec comme langues d'enseignement le haoussa et le français. Dès lors, des structures telles que l'Institut national de documentation, de recherche et d’animation pédagogique (INDRAP), le Secrétariat permanent de la commission nationale pour la réforme de l’enseignement et le Plan de scolarisation (SP-CNRE/PS), l’Université de Niamey et les écoles normales ont été mobilisées pour résoudre le double problème des innovations internes exigées par l’emploi du français et des langues nationales comme matières d’enseignement, et celui de l’inadaptation des programmes antérieur.
Lors de la rentrée scolaire de 1979-1980, il y avait sept établissements d'enseignement qui offraient des cours dans les cinq langues nationales principales du pays. En 1993, ce nombre passera à 42, toujours avec cinq langues majoritaires (haoussa, zarma, peul, tamasheq et kanouri) et couvrant plus de 80 % des zones scolaires de l'époque. La première phase de l'enseignement bilingue s'est étendu de 1974 à 1998, date de la promulgation de la
loi n° 98-12 du 1er juin 1998, portant orientation du système éducatif. L'expérimentation portait sur un modèle d'emploi alterné de deux langues comme suit :
1) De la première à la quatrième année, la langue maternelle est la langue d’enseignement et le français est matière d’enseignement à partir du 3e trimestre de la première année ;
2) À partir de la cinquième année,
la langue maternelle devient une matière d’enseignement et le français, une langue d’enseignement.
En 1988,m ce fut l'arrêt quasi-simultané de l'expérimentation et du financement, et ce, malgré les évaluations internes et externes jugées concluantes.
À la mort du président Seyni Kountché, en novembre 1987, le colonel Ali Seybou (mandat 1987-1993) prit le pouvoir. Il libéra Hamani Diori, puis devint président en 1989 après le vote d’une nouvelle constitution qui ramena les civils au pouvoir, mais toujours dans le cadre d’un parti unique. En 1990, une vague de grèves et de manifestations conduisit Ali Seybou à légaliser les partis d’opposition. En avril 1991, la Constitution et la Charte furent révisées par l’Assemblée nationale, alors que le multipartisme était autorisé. Ainsi, plusieurs partis politiques ont vu le jour.Le 27 mars 1993, au cours de la première élection démocratique, Mahamane Ousmane fut élu président de la République avec 55,4 % des voix, mais il fut il fut renversé par un coup d’État le 27 janvier 1996 mené par le colonel Ibrahim Baré Maïnassara (mandat 1996-1999). Celui-ci organisa l'adoption d’une nouvelle constitution de type présidentiel. À partir de la fin des années quatre-vingt, les Touareg réclamèrent un partage plus équitable des richesses. En 1997-1998, la crise économique causée par la chute des cours de l’uranium entraîna un profond malaise politique (dissolution du gouvernement), des grèves de fonctionnaires et d’étudiants et des mutineries dans l’armée, qui réclamèrent le paiement de leur solde. En avril 1999, le président Maïnassara, dont l'image s'était fortement dégradée dans le pays en raison de son népotisme et de son refus de tout dialogue avec l'opposition, fut assassiné par des militaires sur l'aérodrome de Niamey. Son successeur, le commandant Daouda Mallam Wanké (mandat avril-décembre 1999), chef de la Garde présidentielle, qui a qualifié cette mort de «malencontreux accident», fut nommé chef de l'État par un Conseil de réconciliation nationale composé uniquement de militaires. L'armée, qui avait promis de rendre le pouvoir aux civils, interdit les partis politiques et confirma la tenue d'un référendum constitutionnel en juin et d'une élection présidentielle au suffrage universel à la fin de l'année. Une nouvelle constitution fut promulguée le 9 août 1999: c'était la Ve République. Les élections de novembre 1999 donnèrent la présidence à au colonel à la retraite Mamadou Tandja (mandat 1999-2010), candidat de l'ancien parti unique. Son premier fait d’arme politico-militaire remonte à 1974, où il avait participé au renversement du président Diori Hamani par le général Seyni Kountché. En 1999, la crise politique semblait close, mais le pays se trouvait appauvri au plan économique. Le président nigérien Tandja a été réélu sans surprise à l'issue du scrutin présidentiel du 7 décembre 2004 avec 65,5 % des suffrages. En 2000, le gouvernement autorisa l'ouverture de 16 écoles bilingues pilotes dans le but d'expérimenter les dispositions de la
loi n° 98-12 du 1er juin 1998, portant orientation du système éducatif et de préparer la généralisation de l'enseignement bilingue. On élabora un curriculum bilingue, on conçut un système de formation et de suivi, on produisit du matériel didactique et pédagogique et on prépara une stratégie de communication pour le développement de l’enseignement bilingue. En 2009, ce fut l'extension de l'enseignement bilingue par l'ouverture de quelque 400 nouvelles écoles bilingues dans tout le pays. La plupart des ces écoles couvraient les cinq langues nationales majoritaires (haoussa, zarma, peul, tamasheq et kanouri). Le 18 février 2010, Salou Djibo (mandat 2010-2011) fut à la tête du coup d'État qui renversa le président Mamadou Tandja. Il demeura à la tête du Niger en qualité de président du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie jusqu'à ce qu'il transmette ses pouvoirs au nouveau président de la République, Mahamadou Issoufou élu au scrutin présidentiel avec 57,9 % des voix.
Gouverné longtemps par des régimes autoritaires, le Niger n’a pas eu besoin de loi pour légitimer sa politique linguistique. Par exemple, la Constitution de 1960 a été suspendue en 1974. La dernière constitution avant le coup d'État de janvier 1996,qui datait du 26 décembre 1992, a également été suspendue, de même que celle de 1996.
La Constitution du 18 juillet 1999 proclame dans son article 3 que la langue officielle est le français :
1) Toutes les communautés composant la Nation nigérienne jouissent de la liberté d’utiliser leurs langues en respectant celles des autres. 2) Ces langues ont, en toute égalité, le statut de langues nationales. 3) La loi fixe les modalités de leur promotion et de leur développement. 4) La langue officielle est le français. En même temps, les langues des communautés composant la Nation nigérienne ont toutes le «statut de langues nationales». Cet article mentionne bien «toutes les communautés», mais comme il y en a une trentaine il est peu probable que toutes les langues aient ce statut. De fait, l'article 2 de la loi n° 2001-037 du 31 décembre 2001 fixant les modalités de promotion et du développement des langues nationales identifient dix langues (arabe, bouduma, peul ou fulfudé, gourmantché, haoussa, kanouri, zarma, tamajaq, tassawaq et toubou): Article 2Sont proclamées langues nationales : l'arabe, le budurna, le fulfuldé, le guimancema, le hausa, le kanuri, le sonay-zarma, le tamajaq, le tassawaq et le tubu.
L'article 1er de cette même loi précise que les groupes suivants ont droit à la reconnaissance de leur langue: Article 1er
Est reconnue comme langue nationale du Niger, la langue commune à un groupe établi de citoyens au sein du territoire du Niger à sa formation.
Est considéré comme groupe établi de citoyens au sein du territoire du Niger à sa formation un groupe historiquement identifié à ce territoire par l'existence d'un village ou d'un campement au moment de l'établissement de la territorialité du Niger.
Au sens de l'alinéa 2 du présent article, les groupes concernés sont les Arabes, les Buduma, les Fulbé, les Gulmance, les Hausawa, les lsawghan, les Kanuri, les Kel-tamajaq, les Sonay-Zarma et les Tubu.
Dans le texte original de la loi, le nom des langues et des peuples est rédigé en anglais (buduma, fulfude, etc.).De plus, la politique linguistique du Niger est strictement scolaire. C'est pourquoi toutes les lois qui font référence à une ou plusieurs langues sont des lois scolaires, bien que le
Code de procédure pénale prévoie un interprète lorsqu'un justiciable ne connaît pas suffisamment la langue française.
4.2 La législation et la justice
Bien que le français
soit la seule langue officielle proclamée de ce pays, le haoussa et le zarma sont admis dans les débats parlementaires (quand il y a un parlement).
Toutefois, les lois sont rédigées et promulguées seulement en français.
Règlement intérieur de l'Assemblée nationale (2011) oblige les membres du Bureau d'âge à «savoir lire et écrire en langue officielle»: Article 7 1) La première séance de chaque législature est présidée par le plus âgé des députés présents jusqu’à l’élection du président de l’Assemblée nationale.
2) Les deux plus jeunes députés présents remplissent le rôle de secrétaires jusqu’à l’élection du Bureau définitif.
3) Les membres du Bureau d'âge doivent savoir lire et écrire en langue officielle.
4) Aucun débat dont l’objet est étranger à l’élection du président de l’Assemblée nationale ne peut avoir lieu sous la présidence du doyen d’âge. Toutefois, il est fait exception à cette règle pour l’élaboration ou l’interprétation du Règlement Intérieur de l’Assemblée nationale.
Dans les tribunaux, les langues écrites admises sont le français et l’arabe classique (rarement). Dans les communications orales, la plupart des langues nationales – haoussa, zarma, peul, tamajeq, kanouri, songhaï, arabe dialectal, etc. – sont admises devant le juge qui peut recourir à un ou plusieurs interprètes. D'ailleurs, l'article 57 du Code de procédure pénale (2007) prévoie qu'un justiciable puisse utiliser sa langue devant un officier de police judiciaire afin d'être entendue: Article 57
L’officier de police judiciaire peut appeler et entendre toutes personnes susceptibles de fournir des renseignements sur les faits. Les personnes convoquées par lui sont tenues de comparaître et de déposer. Si elles ne satisfont pas à cette obligation, avis en est donné au procureur de la République qui peut les contraindre à comparaître par la force publique.
Il dresse un procès-verbal de leurs déclarations. Les personnes entendues procèdent elles-mêmes à sa lecture, peuvent y faire consigner leurs observations et y apposent leur signature. Si elles déclarent ne savoir lire, lecture et traduction leur en sont faites par un interprète ou par un
officier de police dans leurs langues. Au cas de refus de signer le procès-verbal, mention en est faite sur celui-ci.
En vertu de l'article 5 de la
loi n° 2001-037 du 31 décembre 2001 fixant les modalités de promotion et du développement des langues nationales, tout citoyen nigérien a droit de bénéficier des services de la justice dans la langue de son choix:
Tout citoyen nigérien a droit de bénéficier
des services de la justice dans la langue de son choix.
Cela signifie qu'un justiciable nigérien a le droit d'utiliser sa langue, mais pas nécessairement celui d'être compris, sinon par le biais d'un interprète. Selon l'article 260 du
Code de procédure pénale, devant une cour d'assisses, un accusé doit faire appel à un interprète s'il ne parle ou ne comprend pas la langue française:
Le président de la cour d’assises interroge l’accusé dans le plus bref délai, après l’arrivée de ce dernier à l’établissement pénitentiaire et la remise du dossier au procureur de la République et des pièces à conviction au greffe.
L'article 393 du
Code de procédure pénale rappelle la nécessité d'un interprète «dans le cas où le prévenu ne parle pas suffisamment la langue française ou s’il est nécessaire de traduire un document» :
Dans le cas où le prévenu ne parle pas suffisamment la langue française ou s’il est nécessaire de traduire un document versé aux débats, et à défaut d’un interprète assermenté, le président désigne d’office un interprète, âgé de vingt et un ans au moins, et lui fait prêter serment de remplir fidèlement sa mission.
Le Ministère public, le prévenu et la partie civile peuvent récuser l’interprète en motivant leur récusation. Le tribunal se prononce sur cette récusation, et sa décision n’est susceptible d’aucune voie de recours.
L’interprète ne peut, même du consentement du président ou du ministère public, être pris parmi les juges composant les tribunaux, les greffiers d’audience, les parties et les témoins.
Il en est ainsi à l'article 430 du
Lorsqu’un témoin est sourd-muet ou ne parle pas suffisamment la langue française, les dispositions des articles 393 et 394 sont applicables.
À la fin du procès, la sentence est rendue en français ou en arabe classique (rarement).
4.3 Les langues de l'administration Dans l’administration publique, les langues nigériennes sont employées dans les communications orales avec les fonctionnaires parlant la ou les mêmes langues, mais cette pratique ne constitue pas un droit. Puisque le français est la langue de l’État, c’est cette dernière langue qui obtient ce droit d’être utilisée. Toutefois, les documents relevant des ministères de la Justice, de la Santé, de l’Éducation et de l’Agriculture peuvent avoir une version dans certaines langues nationales. Là encore, cette pratique ne correspond pas à un droit,
mais à des cas de force majeure. On comprendra, par exemple, qu’il est inutile pour un médecin ou une infirmière de s’adresser à un patient qui ne comprend pas le français.
Il faut recourir alors aux langues nationales ou du moins à certaines d'entre elles.
En vertu de l'article 3 de la loi n° 2001-037 du 31 décembre 2001 fixant les modalités de promotion et du développement des langues nationales, les langues nationales sont autorisées dans les usages institutionnel: Article 3
Les usages institutionnels des langues nationales dans les secteurs publics, parapublics et privés sont autorisés par la présente loi.
Est définie comme usage institutionnel d'une langue, l'utilisation codifiée orale ou écrite de cette langue.
Toutefois, dans les circonstances formelles, par exemple les contrats d'apprentissage, la langue officielle est de mise. Ainsi, les articles 25 et 227 du Code du travail (1996) prescrivent l'emploi du français: Article 25
Le contrat d’apprentissage est celui par lequel un chef d’établissement industriel, commercial ou agricole, un artisan ou un façonnier s’oblige à donner ou à faire donner une formation professionnelle méthodique et complète à une autre personne et par lequel celle-ci s’oblige, en
retour, à se conformer aux instructions qu’elle reçoit et à exécuter les ouvrages qui lui sont confiés en vue de son apprentissage.
Le contrat doit être constaté par écrit, à peine de nullité. Il est rédigé en langue française.
Le contrat est exempt de tout droit de timbre et d’enregistrement.
La convention collective doit être écrite en langue française sous peine de nullité ; un décret pris après avis de la commission consultative du travail détermine les conditions dans lesquelles les conventions collectives sont déposées, publiées et traduites.
Dès que la langue écrite entre en jeu, seul le français assure la communication: affichage, publicité, étiquetage, modes d’emploi, etc. Dans les contacts entre les gens, tous parlent deux ou trois langues, surtout le haoussa et le zarma. Certains connaissent simplement plus la langue officielle que d’autres. Bref, le bilinguisme constitue une pratique normale dans ce pays et personne ne remet cette pratique en question.
4.4 Les langues d'enseignement
Au Niger, il faut distinguer l'éducation non formelle de l'éducation formelle.
L’éducation non formelle fait partie intégrante de la notion d’éducation permanente qui permet aux adultes et aux jeunes qui ont été exclus du réseau scolaire formel d’acquérir et d’entretenir les compétences, les aptitudes et les dispositions nécessaires pour s’adapter à un environnement en mutation constante. Elle peut résulter d’une initiative individuelle et prendre la forme de diverses activités d’apprentissage menées en dehors du système éducatif formel. Dans un pays comme le Niger,
l'éducation non formelle est une absolue nécessité dans le processus de développement social et économique.
Quant à l'éducation formelle, elle est constituée des composantes suivantes : l'enseignement préscolaire, l'enseignement primaire de base(cycle de base 1), le premier cycle du secondaire (cycle de base 2) et l'enseignement moyen (second cycle du secondaire). L’enseignement préscolaire est offert dans les jardins d’enfants et les classes maternelles; il concerne les enfants de 3 à 5 ans. D’implantation limitée, l’enseignement préscolaire, surtout dans le cas des établissements privés, demeure la quasi-exclusivité des centres urbains. Quant à l'enseignement primaire, il accueille les enfants âgés de 6 à 7 ans et comprend quatre types d’établissements :
- les écoles unilingues en français;
- les écoles franco-arabes;
- les écoles bilingues (langues nationales et français);
- les écoles spécialisées accueillant des handicapés physiques. Le premier cycle du secondaire (cycle de base 2) accueille, par la voie du concours d’entrée en sixième, des enfants âgés de 11 à 13 ans pour un cycle d’une durée de quatre ans, sanctionné par le brevet d'étude du premier cycle du second degré (BEPC). L’enseignement moyen (second cycle du secondaire) constitue le deuxième degré d’enseignement et est composé d’une filière enseignement général et une filière enseignement technique et professionnelle.
- Les dix langues nationales
L'article 10 de la loi n° 98-12 du 1er juin 1998, portant orientation du système éducatif
(1998) ou LOSEN énonce que «les langues d'enseignement sont le français et les langues nationales» :
1) Les langues d'enseignement sont le français et les langues nationales.
2) D'autres langues interviennent comme disciplines d'enseignement dans les établissements scolaires et universitaires.
3) Les textes organiques des différents degrés d'enseignement précisent les principes, les modalités, les contenus et la pédagogie des enseignements des langues.
Il s'agit maintenant de savoir quelles sont ces langues nationales. C'est l'article 2 de la loi n° 2001-037 du 31 décembre 2001 fixant les modalités de promotion et du développement des langues nationales (2001) qui nous donne cette réponse: Article 2
Sont proclamées langues nationales : l'arabe, le budurna, le fulfuldé, le guimancema, le hausa, le kanuri, le sonay-zarma, le tamajaq, le tassawaq et le tubu.
La loi reconnaît ainsi dix langues nationales: l'arabe, le bouduma (buduma), le peul (fulfuldé), le gourmantché (guimancema), le haoussa (hausa), le kanouri (kanuri), le zarma (sonay-zarma), le tamajaq, le tassawaq et le toubou (tubu). Dans le texte original de la loi, le nom des langues (buduma, fulfude, etc.) et des peuples (Buduma, Hausawa, Tubu, etc.) est rédigé selon l'orthographe anglaise.
Selon l'article 4 de la
loi n° 2001-037 du 31 décembre 2001 fixant les modalités de promotion et du développement des langues nationales, les langues nationales sont obligatoires dans le sens de la
loi 98-12 du 1er juin 1998, portant ici d'orientation du système éducatif nigérien:
L'État a la responsabilité d'assurer la promotion, le développement et le contrôle des langues nationales à travers les institutions publiques, parapubliques et privées, les personnes physiques et morales.
Dans le secteur de l'éducation, l'utilisation et l'enseignement des langues nationales sont obligatoires dans le sens de la
loi 98-12 du 1er juin 1998, portant ici d'orientation du système éducatif nigérien.
Les écoles professionnelles et techniques, les grandes écoles et facultés d'universités intègrent dans leurs programmes, les formations linguistiques appropriées en vue d'une bonne intégration sociale de leurs sortants et d'une vulgarisation effective des résultats de leurs recherches à l'échelle nationale.
Dans le secteur de l'administration et du partenariat au développement, l'alphabétisation en langues nationales des cadres et agents de développement est obligatoire. Un certificat de connaissance linguistique est créé pour attester des capacités linguistiques des postulants aux postes qui l'exigent.
loi n° 98-12 du 1er juin 1998, portant orientation du système éducatif, au cycle de base 1, la langue maternelle ou première est langue d'enseignement, alors que le français est matière d'enseignement à partir de la première année. Au cycle de base 2, le français est langue d'enseignement et les langues maternelles ou premières deviennent des matières d'enseignement. Article 19Le cycle de base 1 accueille les enfants âgés de six à sept ans. La durée normale de la scolarité est de six ans. La langue maternelle ou première est langue d'enseignement ; le français, matière d'enseignement à partir de la première année.
1) Le cycle de base 2 accueille les enfants âgés de onze à treize ans. Sa durée normale est de quatre ans.
Le français est langue d'enseignement et les langues maternelles ou premières, matières d'enseignement. Il est sanctionné par un diplôme de fin d'études de base (DFEB).
Il donne accès à l'enseignement moyen (général, technique et professionnel) ou à la vie active. Les modalités d'accès à l'enseignement moyen sont définies par voie réglementaire.
Plus précisément, la LOSEN prévoit, pour le cycle de base 1, la langue maternelle de l’élève comme langue d’enseignement de la 1re à la 3e année du cycle primaire, puis à partir de la 4e année d’utiliser progressivement le français comme langue d’enseignement. Ainsi, au niveau préscolaire, et pendant les trois premières années du tronc commun, les langues maternelles sont des langues d’enseignement avec une initiation à la langue officielle. Autrement dit, les langues nationales coexistent avec le français dans les écoles maternelles. Pendant les cinq premières années du tronc commun, la formation théorique va de pair avec une initiation technologique polyvalente. La cinquième année permet aux moins méritants d’accéder à une classe de transition. Vers la 3e ou 4e année du tronc commun, sous réserve d’expérience, la langue officielle devient langue d’enseignement avec renforcement des acquis de la langue maternelle. Les enfants dont la langue maternelle est langue officielle approfondiront leurs connaissances dans la langue nationale de leur première option. À partir de la 6e année, une langue étrangère à option est introduite. De la 6e à la 9e année, les élèves reçoivent une formation générale et une formation technique à option conduisant à un diplôme unique : le Diplôme d’études secondaires élémentaires et pratiques (DESEP).
Quant au cycle secondaire (général et technique), il comporte deux années d’études. La langue officielle reste langue d’enseignement avec l'introduction d'une seconde langue étrangère. On retient le principe d’un enseignement à distance. Les sections littéraires devront obligatoirement poursuivre l’étude de la langue nationale à option. Le cycle secondaire d'enseignement général conduit au diplôme de fin d'études secondaires générales (DFESG). Le cycle secondaire d’enseignement technique spécialisé conduit au diplôme de fin d’études secondaires techniques (DFEST). Les deux ouvrent la voie à l’enseignement supérieur et les élèves peuvent passer de l’un à l’autre.
Bien que dix langues nationales soient légalement reconnues, elles ne sont pas traitées avec la même égalité du simple fait que le nombre des locuteurs n'est pas le même. Ainsi, le haoussa atteint 47,2 % de la population scolaire, le zarma 18,2 %, le peul 8,3 % , le tamajaq 4,6 % et le kanouri 4,2 %. Le pourcentage des autres langues est négligeable (source: (OIF):
Pourcentage de la population (2010)
Transcription à l'écrit
gourmantché 0,3 %
D'après l'article 7 de la loi n° 2001-037 du 31 décembre 2001, il est prévu à l'échelle nationale un organisme d'appui au développement et à la promotion des langues nationales: Article 7
Il est créé à l'échelle nationale un organisme d'appui au développement et à la promotion des langues nationales.
La tutelle, l'organisation, les attributions et le fonctionnement de cet organisme sont fixés par voie réglementaire.
- La langue nationale dans les écoles bilingues
Les arrêtés n° 0103 MEN/SG et n° 0117 MEN/SG d'avril 2001 créaient les écoles bilingues pilotes (EBP) qui constituaient la deuxième génération d'écoles bilingues dont la mission était de préparer la mise en œuvre de la réforme projetée.
C'est le ministère de l'Éducation nationale qui est responsable du choix de la langue nationale à enseigner dans une école bilingue, que ce soit directement ou par l’intermédiaire des services éducatifs. De toute façon, ce choix doit être approuvé par la communauté locale réunie en assemblée générale. Les quotas d’écoles à ouvrir sont fixés au niveau central, mais les sites d'accueil tond déterminés par les citoyens.
Dans le domaine de l’enseignement non formel, le choix des langues d’enseignement est du ressort exclusif de la communauté ou des groupes cibles, qu’ils soient ou non les initiateurs du projet. Ainsi, c’est la langue nationale majoritaire ou dominante dans le milieu, qui est généralement retenue et, selon les cas, le français vient au début de la formation ou à la fin, selon la demande des élèves.Le nombre d'écoles bilingues qui étaient théoriquement fonctionnelles au cours de l'année scolaire 2009-2010 était estimé à 573, tous modèles bilingues confondus. Elles représentaient environ 5 % des écoles du cycle de base 1, dépassant de loin le nombre d'écoles privées ou communautaires du pays. La répartition de ces écoles par région et langue utilisée se présentait de la façon suivante :
Répartition des écoles bilingues par région et par langue utilisée (2010)
Total 2010 573
Conformément à la loi n° 98-12 du 1er juin 1998, portant orientation du système éducatif, le gouvernement tend à généraliser l'approche bilingue, c'est-à-dire avec le choix de la langue maternelle comme première langue d'enseignement et du français comme langue de continuation des études au secondaire et à l'enseignement supérieur. Par ailleurs, le PSEF de 2014-2024 (Programme sectoriel de l’éducation et de la formation) met l’accent sur l’enseignement bilingue qu’il considère comme une des conditions d’une éducation de qualité en ces termes :
Le redressement de la qualité de l’éducation est un objectif assorti d’un degré élevé de priorité. Le gouvernement a opté pour l’introduction et la généralisation progressive du bilinguisme. Chaque enfant sera scolarisé dans sa langue maternelle pendant les premières années de son parcours. La langue française, langue officielle, sera enseignée à l’oral d’abord comme matière avant de devenir progressivement langue d’enseignement, les langues nationales devenant à leur tour matières. Le socioconstructivisme est retenu comme cadre général de référence pour l’élaboration des programmes d’études. Cette orientation prône des approches de construction des connaissances et de développement de compétences par les apprenants, plutôt que des démarches pédagogiques de simple transmission de contenus. L’option est l’Approche par les situations (APS) qui est une composante de l’Approche par les compétences (APC). En somme, pour aborder l’enseignement du français, l’enfant doit avoir d’abord une maîtrise parfaite des connaissances dans sa langue maternelle. Au Niger, le recours aux langues maternelles contribue à maintenir les filles à l'école, car elles ont généralement moins de contact avec la langue française que les garçons. - L'enseignement de l'arabe
Le ministère de l'Éducation nationale a élaboré un Programme de promotion de l’enseignement bilingue franco-arabe, de l’alphabétisation et de la formation en caractères arabes. Le programme est caractérisé principalement par une «approche globale» et une «approche «participative» dans a mise en œuvre. L’arabe classique est enseigné dans plusieurs écoles (medersas ou écoles franco-arabes) à titre expérimental. De nombreux parents semblent orienter leurs enfants vers ce type d'enseignement au détriment du système d'enseignement traditionnel en français. Mais ce processus demeure encore marginal.
Il existe aussi des écoles coraniques dans une structure d'enseignement non formelle où un maître-marabout apprend à lire le Coran aux enfants d’âges variés. Cet enseignement est offert au gré du maître et, le plus souvent, le soir, à la lumière d’un feu de bois. Avec l'appui de la Banque islamique de développement, cette expérience pourrait connaître un certain développement certain au Niger.
On distingue les écoles coraniques «de type 1» et des écoles coraniques «de type 2». Les écoles de type 1 offrent un cycle primaire complet avec un programme basé à 75 % sur l’enseignement du Coran (100% du programme pendant les deux premières années) et 25 % du temps consacré au français et aux mathématiques à partir de la 3e année. Quant aux écoles de type 2, elles offrent un programme ouvert à toutes les personnes sans limite d’âge et elle sont essentiellement consacré à la transcription de la langue locale en caractères coraniques harmonisés. Il était à l'origine prévu d’inscrire des jeunes filles et des garçons âgés de 15 à 25 ans. Mais l’intérêt manifesté par d’autres groupes d’âge a imposé la suppression de la limite d’âge. Ce sont toutes des écoles expérimentales. De façon générale, l'État nigérien néglige ces écoles et ne leur donne guère les moyens financiers ni les ressources humaines pour les mener à bien.
Aujourd'hui, l’arabe semble prendre de plus en plus d’importance au Niger. Des groupes de pression à caractère religieux fondent des écoles coraniques où l'enseignement est devenu la principale matière. Ces groupes de pression exercent une très grande influence sur une proportion importante de la population que les hommes politiques ne peuvent pas ignorer.
Les universités publiques nigériennes sont au nombre de cinq, réparties dans les différentes villes du pays: l'Université Abdou Moumouni de Niamey, l'Université islamique de Say, l'Université de Zinder, l'Université de Tahoua et l'Université de Maradi. Il existe aussi des universités privées: l'Université canadienne du Niger, l'Université libre de Maradi et l'Université populaire de Niamey. Ces établissements sont complétés par des grandes écoles telles l’École nationale de l’administration et de la magistrature, l’École de mine et de géologie, l'École normale supérieure de Niamey et l’Institut de formation aux techniques d’information et de communication, sans oublier de nombreux établissements privés. Tous ces établissements ne donnent leur formation qu'en français, rarement en anglais.
4.5 Les langues des médias et de la vie économiqueLa loi n° 67-011 du 11 février 1967, modifiée par l’ordonnance n° 78-21 du 12 octobre 1978, créait l’Office de radiodiffusion et de télévision du Niger (ORTN) comme établissement public à caractère industriel et commercial doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière. L’ORTN est placé sous la tutelle du ministère de la Communication, et régi par les ordonnances relatives au régime général et à la tutelle des établissements publics, sociétés d’état et sociétés d’économie mixte. L’ORTN assure le service public national de la radiodiffusion et de la télévision dans le but de répondre aux besoins d’information, d’éducation, de culture et de distraction du public.
La presse écrite est publique ou privée. Les médias public sont en français et privilégient les informations officielles et institutionnelles, sans éclairage et mise en perspective nécessaires à une meilleure compréhension, et ce, malgré les efforts fournis dans le cadre d’informations générales relatives à la santé, l’éducation, l’environnement. Quant aux médias privés, ils offrent l’avantage d’offrir d’autres points de vue, mais ils peuvent être très partisans de sorte qu'ils ne laissent qu'une faible marge aux lecteurs afin qu’ils puissent se faire leur propre opinion par rapport aux informations reçues. La plupart des journaux sont en français, mais il existe quelques magazines en haoussa et en zarma. Les quotidiens en français sont les suivants :
Le Sahel, Mat Info et Ténéré Express. Les hebdomadaires sont plus nombreux: Sahel Dimanche, Alternative, Le Démocrate, le Républicain, Le Fric, Le Canard libéré, La Tribune du peuple, Le Canard déchaîné, L'Opinion, La Hache, La Liberté, Le Regard, etc. Il existe aussi de nombreux mensuels.
Autant les médias écrits sont francophones, autant les médias électroniques sont dans les langues nationales. Ainsi, La Voix du Sahel, présente des émission en français, mais aussi en haoussa, en zarma, en kanouri, en bouduma, en toubou, en gourmantché, en tamajaq, en arabe, en peul, etc. La plupart des autres chaînes radiophoniques (R & M, Anfani, Ténéré FM, Tambara, Saraouina, La Voix de l'Hémicycle) font de même au point où environ 70 % de la programmation est offerte dans les langues nationales. Mais les radios étrangères telles Radio France Internationale (RFI), British Broad-Casting Corporation (BBC), Voix de l'Amérique (VOA) ou La Voix de l'Allemagne offrent leurs émissions dans leur langue (français, anglais ou allemand).
On compte actuellement une douzaine de radios privées émettant principalement de la capitale et dont les champs d’antenne couvrent les environs de Niamey: R & M, Anfani Niamey, Souda Niamey, Ténéré FM, Fara’a Gaya, Radio nomade Agadez et Tambara.
En fait, les moyens de diffusion donnent une couverture radio à 95 % de la population du Niger: deux chaînes pour dix langues, dont huit nationales. La chaîne 1 diffuse les programmes destinés aux populations parlant le gourmantché, le songhaï-zarma et le tamajaq, lesquelles résident dans les départements de Tillabéry, de Niamey, de Dosso, de Tahoua et d'Agadez. Quant à la chaîne 2, elle diffuse les programmes destinés aux populations parlant le kanouri, le haoussa et le toubou, qui résident dans les régions de Diffa, de Zinder, de Maradi et également de Dosso, de Tahoua et d'Agadez. Le reste des programmes est en arabe, en peul (fulfuldé) et en français, et est diffusé sur les deux chaînes synchronisées.
L'Office de radiodiffusion et de télévision du Niger (ORTN) a autorisé Télé-Sahel, une chaîne publique, d'avoir un service chargé de produire des émissions télévisées en français et dans les langues nationales. Ce service assume la responsabilité de la programmation, de la régie d’antenne, de l’ensemble des thèmes relevant de la Direction de la télévision, et de l’organisation du reportage. Le service comprend les bureaux suivants: la production langue française et la production langues nationales. Télé-Sahel rejoint près de 80 % de la population nigérienne avec un réseau de treize centres d’émission et de six centres de réémission. La chaîne diffuse principalement en français, en haoussa, en zarma, en peul, en tamajaq et et kanouri.
Tal TV est devenue la seconde chaîne de télévision publique nigérienne autorisée par l'Office de radiodiffusion télévision du Niger, lancée en décembre 2001. La diffusion de cette chaîne en français est encore limitée à Niamey, la capitale, et ses environs. La chaîne Tal TV a été créée dans un contexte favorisant la libéralisation de l'espace télévisuel afin de se rapprocher des téléspectateurs de plus en plus exigeants quant au contenu et à la qualité du programme.
Il n'existe qu'une seule chaîne de télévision privée, Télé-Ténéré, qui émet à Niamey. On compte aussi deux chaînes de télévision de courtage qui émettent en MMDS à Niamey et à Zinder; celles-ci captent et émettent les émissions de plusieurs chaînes internationales, telles que TV5, Canal horizon, CFI, etc.
Au Niger, comme dans d’autres pays d’Afrique, le problème ne se pose pas en terme de majorité ni de minorité, mais au plan de l’usage du français par rapport aux langues nationales. Ce qui frappe peut-être le plus dans ce pays, c’est l’absence de statut des langues nigériennes, car dans la réalité le bilinguisme est la règle générale. Compte tenu que les gouvernements qui se sont succédé au Niger ont tous prôné l’importance des langues nigériennes, il semble que beaucoup de chemin reste encore à parcourir avant d’atteindre ce noble but.
Pour le moment, la politique linguistique du Niger consiste à intervenir par voix législative afin de faire utiliser, à côté du français, les langues nationales dans l'enseignement et dans les médias. Il resterait encore à en assurer la généralisation dans l'administration publique et le domaine judiciaire. Il n'en demeure pas moins que le Niger pourrait servir de modèle a bien d'autre pays africains.
ABADIE, Maurice. La colonie du Niger, Paris, Éditions L'Harmattan, 2010, 466 p. BARRETEAU Daniel et DAOUDA Ali. Systèmes éducatifs et multilinguisme au Niger. Déscolarisation et formations alternatives, Paris-Niamey, 1998, Orstom - Université Abdou Moumouni de Niamey, 224 p.
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Niger», pour la partie historique.
MALLAM GARBA, Maman. «Éducation bilingue au Niger : entre convivialité et conflits linguistiques» dans Penser la francophonie. Concepts, actions et outils linguistiques, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2004, p. 455-471.
NATIONS UNIES. «Le Comité des droits de l'enfant examine le rapport initial du Niger», Genève, 30e session, 24 mai 2002.
ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE. Les Langues de scolarisation dans l’enseignement fondamental en Afrique subsaharienne francophone : cas du Niger, Niamey, rapport d’étude-pays, 2010, 131 p.
SALIFOU, André. Histoire du Niger, Niamey/Paris, Agence de coopération culturelle et technique / Éditions Nathan, 1989, 317 p.
ZEÏNABOU, Sow. Les langues nationales dans l'enseignement de base 1 au Niger, Paris, Université Sorbonne nouvelle, 2004, 203 p.

References: l'article 2

L'article 1
 l'article 57
 l'article 5
 l'article 260

L'article 393
 l'article 430
 l'article 3

L'article 10
 l'article 2
 l'article 4
 l'article 7