Source: http://gazettenucleaire.org/1985/6465p26.html
Timestamp: 2018-03-17 12:48:41+00:00

Document:
N°64/65
NUCLEAIRE: des coûts et des déchets
C. A PROPOS DES ENQUETES PUBLIQUES
C'est fait, nous sommes sauvés les amis: le Journal Officiel a publié dans sa série à suspense des Textes d'Intérêt Général, l'arrêté et la circulaire du 10 août 1984 relatifs à la qualité de la conception, de la construction et de l'exploitation des installations nucléaires de base (I.N.B.).
Jusqu'à ces textes, tout ce qui a été construit comme réacteur en France était mal conçu, construit de façon approximative et exploité par des gens qui, sans texte réglementaire conduisaient les réacteurs comme des 2CV de 3e main.
On s'en doutait bien un peu que ça clochait mais au point qu'il faille cet arrêté signé Edith Cresson pour y remédier, qui l'eut cru??
(Remarquez que ça ne fait que confirmer nos demandes de lois nucléaires fixant des règles.)
Il existait pourtant des textes parlant d'assurance qualité, de procédures, de contrôles, de... que sais-je encore. Et puis à la suite de l'histoire des coudes moulés (leur histoire vous sera conté dans une prochaine Gazette) pour lesquels il a fallu 10 ans pour qu'un rigolo du Service Central de Sûreté Nucléaire aille - oh non sûrement pas lui - fasse lire le dossier constructeur contenant les mesures faites à la fabrication où on pouvait voir des cotes hors normes.
Vous direz, il faut un certain courage pour extraire des dossiers situés en bas des piles où, pour chaque tranche, s'accumulent les paperasses du contrôle qualité. Il ne devait pas exister de règle pour l'extraction des dossiers, ou plus exactement pour les modalités d'extraction.
Remarquez qu'ils ont de la veine d'appartenir à un corps d'état, ils peuvent garder leur job en faisant des travaux importants de ce genre, dans le privé pour d'obscures raisons de rentabilité cela ferait longtemps qu'on les aurait virés.
Pour revenir à notre arrêté, qu'à la rigueur vous pouvez vous offrir car il ne coûte que 2F40 au J.O., 26 rue Desaix 75015 Paris (mais autant s'acheter des sucres d'orge car ce fascicule de 30 pages ne tient pas la comparaison qualité-prix avec Trefle-soyeux!), il est assez édifiant à lire et je peux vous assurer que la qualité n'a qu'à bien se tenir - Par exemple l'article 5 commence par cette belle envolée:
«L'exploitant constitue et tient à jour un dossier résumant les mesures et moyens prévus pour appliquer le présent arrêté, en particulier il y décrit les principes de la surveillance des prestataires.»
Quant à l'article 7:
«En particulier, seules des personnes possédant la compétence requise peuvent être affectées à une activité concernée par la qualité.»
Diable, c'est quasiment révolutionnaire, car si on l'appliquait aux ministères, on les viderait aux trois quarts.
L'article 9 laisse perplexe car il dit que:
«Les personnes et organismes chargés des tâches de vérification doivent... être indépendantes des personnes chargées de l'accomplissement de l'activité concernée par la qualité.»
Faisons un rêve et appliquons cet article 9 au nœud de vipères que constituent CEA, EDF, SCSIN (Service Central de Sûreté des Installations Nucléaires), Framatome, IPSN (Institut de Protection et Sûreté Nucléaire du CEA) ou bien CEA, COGEMA, ANDRA (Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs), SCSIN, IPSN. Cela risque d'être fort amusant.
Allons, assez ironisé, la France est le premier pays en matière de réglementation: qu'on se le dise... et le premier en matière de dérogations.
Nous trouvons alors l'article 18:
«Les dérogations aux dispositions du présent arrêté sont accordées par le ministre du redéploiement industriel et du commerce extérieur aux conditions qu'il fixe.»...!
J'ai des craintes. Pourvu que personne, un jour, n'interprète «aux conditions qu'il fixe» au sens allemand, c'est-à-dire à celui de Eberhardt von Branchitsch, le fondé de pouvoir du groupe Flick!!
Cet arrêté d'une limpide clarté est complété par une circulaire de longueur double qui explique article par article ce que son auteur a essayé de dire. Ce qui permet, si c'est possible, d'épaissir cette obscure clarté qui tombe du Ministère de l'Industrie.
Et pendant que nos têtes de "copsars" gambergent, que se passe-t-il dans les centrales?
Voici donc «C'est arrivé dans les centrales». Bulletin édifiant car comment les mêmes incidents peuvent-ils se produire plusieurs fois, leur analyse est-elle aussi sous la pile?
Et les salles de contrôle, à quand les salles à alarme hiérarchisée, est-ce réservé aux avions?
Et les problèmes non solubles car chers, chers en argent mais surtout chers en rem (qui avait dit et répété qu'il faut prendre en compte les retours d'expérience avant la mise en fonctionnement des réacteurs parce que APRES on ne peut plus le faire, vous avez deviné, c'est la Gazette qui a le triomphe modeste...).
I. C'EST ARRIVÉ
... DANS LES CENTRALES
... PUIS AU GSIEN
Quelques extraits de ce petit bulletin interne à EDF:
BUGEY 5: 14 avril 1984
Dans la soirée du 13 avril, alors que la tranche fonctionne à pleine puissance, survient un événement de faible importance qui va initier un incident d'une assez grande ampleur, au déroulement parfois étonnant, mais qui sera bien maîtrisé par l'équipe d'exploitation.
Peu avant minuit, le 13 avril, apparaît l'alarme «défaut tableau 48V - Voie A». Celle alarme fait clignoter un voyant situé sur le panneau commun entre les salles de commande des tranches 4 et 5. CE VOYANT QUI REGROUPE 6 ALARMES DIFFÉRENTES était non seulement déjà allumé, mais clignotait assez fréquemment en raison de la résistance d'isolement du réseau de câbles 48V, fluctuant au tour du seuil d'alarme.
Les opérateurs ne sont pas alertés par cette signalisation maintes fois vérifiée, mais cette fois-ci, à l'autre bout des locaux électriques, c'est le redresseur produisant le 48V de la voie A qui vient de signaler sa défaillance. La batterie reste seule à alimenter le tableau et naturellement elle se décharge.
Plusieurs heures plus tard, vers 3 h 15 le 14 avril, une signalisation indiquant un «défaut de l'armoire d'alarme Voie A» se met à apparaître et disparaître sans cesse. L'Adjoint Chef de Quart se rend sur place et constate immédiatement que la tension du tableau 48V - voie A est tombée à 30V seulement. Il appelle le Chef de Bloc et l'informe qu'il met en service le redresseur de secours. A l'instant précis où celle manœuvre est réalisée, il est juste trop tard: la baisse de tension provoque l'arrêt d'urgence du réacteur, le déclenchement de la turbine et l'ouverture du disjoncteur haute tension (entre autres actions automatiques).
L'incident a véritablement commencé et la situation va, en quelques minutes, se dégrader inexorablement et profondément.
La particularité d'une baisse progressive de la tension est que l'aptitude des actionneurs et des relais est affectée de façon variable et non simultanée: tandis que la baisse de tension provoque l'ouverture de certains actionneurs et relais, d'autres, mais pas tous, sont incapables de se fermer alors qu'ils le devraient.
Ainsi la turbine est déclenchée, le disjoncteur haute tension est ouvert mais le coupleur reste fermé et l'excitation de l'alternateur en service. Le groupe turboalternateur ralentit tout en continuant d'alimenter les auxiliaires de la tranche à une tension et une fréquence qui se dégradent de plus en plus.
Environ 3 minutes plus tard, le franchissement du seuil «manque tension 6,6 kV» met fin à cette situation; il provoque le passage d'abord sur la source auxiliaire 220 kV - qui échoue faute de 48V - ensuite sur les diesels, mais pour la même raison seul le diesel voie B peut remplir sa mission: il démarre sans problème et alimente l'ensemble des tableaux électriques voie B.
La tranche a perdu ses deux sources électriques extérieures et une des deux sources internes; il n'en reste qu'une.
De plus, durant les trois minutes passées avec une alimentation électrique très dégradée, les onduleurs qui produisent le 220V de la voie A n'ont pas résisté et leurs fusibles de protection ont fondu. Cette disparition du 220V entraîne de sérieuses perturbations dans les mesures et dans la position des organes de réglage. Ainsi, les vannes de charge du circuit primaire sont ouvertes en grand, la décharge est fermée et l'injection aux joints des pompes primaires est maximale.
Pour compléter le tableau, il faut dire que le gyrophare normalement actionné par les gardiens du site pour donner l'alerte s'est mis à fonctionner en salle de commande. Le temps de penser à un acte de malveillance, les exploitants ont compris que cet événement perturbateur résultait du manque de tension (car le poste de garde est normalement alimenté par la tranche 5). Autre conséquence insolite: les ingénieurs d'astreinte ont éprouvé quelques difficultés (vite surmontées) à pénétrer sur le site avec un poste de garde «dans le noir» et un portail fermé... Décidément, la pratique de ce métier procure une certaine humilité.
Tout s'est passé en quelques minutes mais l'équipe d'exploitation entreprend très efficacement la récupération de l'incident. Notamment, l'Ingénieur Sûreté-Radioprotection (I.S.R.) et le Chef de Quart jouent pleinement leurs rôles complémentaires avec une parfaite coordination, La récupération de l'incident comporte deux axes principaux: assurer le refroidissement du cœur et rétablir les alimentations électriques.
Le circuit primaire est en thermo-siphon et la chaleur est évacuée par le contournement à l'atmosphère, au secondaire des générateurs de vapeur. L'arrêt des pompes primaires (donc de l'aspersion au pressuriseur) et l'appoint d'eau très important fait au circuit primaire entraînent une augmentation de la pression et le fonctionnement répété de la décharge du pressuriseur. Bien conscients de cette situation, les exploitants accélèrent le refroidissement; plus tard, une intervention en local sera réalisée pour réduire cet appoint d'eau (débit de charge).
Du côté des alimentations électriques, après quelques instants passés en vain pour essayer de connecter le diesel voie A, des manœuvres manuelles de disjoncteurs sont entreprises pour rétablir l'alimentation auxiliaire par le 220 kV, C'est chose faite environ 45 minutes après le début de l'incident. Cette alimentation permet le rétablissement du 48V voie A et la mise en service d'une pompe primaire et donc de l'aspersion au pressuriseur pour contrôler la pression primaire. Le 220V ne sera rétabli qu'une heure plus tard, le temps de dépanner les onduleurs.
Au retour de la tension qui les alimente, des détecteurs d'activité situés dans le bâtiment réacteur se manifestent: vérification faite, ces alarmes résultent d'une fuite légère au passage de l'arbre de deux pompes primaires.
Lorsqu'un peu plus tard survient une injection de sécurité, les visages fatigués se figent un instant, le temps d'entendre un électricien déclarer qu'il a probablement fait une fausse manœuvre...
La situation est bien rétablie définitivement. La tranche redémarrera une semaine plus tard. Les enseignements tirés de ce remarquable incident ne font que commencer.
Contacts pour information:
J. FLUCHEE, (74) 61.04.66
J.M. COGOLUEGNES, (74) 61.04.66
G. COEPELLE, (1) 764.59.75
SAS, ENCORE ET TOUJOURS
CHINON 132 : 21 mai 1984
Une nouvelle inétanchéité d'un sas du bâtiment réacteur s'est produite, tranche en service. Comme plusieurs fois déjà, cet événement résulte du dégonflage malencontreux des joints d'étanchéité. Les modifications décidées après analyse du premir incident survenu à TRICASTIN n'étaient pas encore réalisées (voir «C'est arrivé... dans les centrales» n°1). La sensibilisation qui - a minima - devait résulter des incidents précédents paraît ne pas avoir atteint tout le monde.
Outre la défaillance temporaire de l'étanchéité de l'enceinte de confinement, cet incident fait apparaître un défaut dans la transmission orale de message très révélateur en même temps que non exceptionnel.
Tout commence par une consignation d'un tronçon du circuit d'air pour réaliser un piquage juste avant l'arrêt de la tranche 2 pour visite et rechargement. Le dossier de préparation signalait l'arrêt de la tranche parmi les conditions requises; mais le libellé de la demande de consignation indiquait qu'il s'agissait de l'alimentation en air de portiques de manutention - évidemment non indispensables en fonctionnement normal - sans préciser que ce tronçon de circuit alimentait aussi les joints du sas.
En temps réel la consignation est accordée par l'exploitant et réalisée par l'Adjoint Chef de Quart le vendredi 18 mai à 3 heures.
Vingt-quatre heures plus tard (samedi 19, 3 heures du matin) apparaît en salle de commande l'alarme «DEFAUT SAS» qui signifie en occurrence "temps trop long d'appoint d'air"; et pour cause: le réservoir qui assure l'autonomie des joints en cas d'interruption momentanée de l'alimentation générale est vide.
Le Chef de Bloc informe l'Adjoint Chef de Quart qui n'est autre que l'auteur de la consignation de la veille. Celui-ci, qui connaît évidemment l'état des circuits, se rend sur place, vérifie qu'il n 'y a pas de travaux, décondamne le robinet d'alimentation et regonfle le circuit des joints de sas, y compris son réservoir.
L'opportunité de réévaluer la situation en prenant conscience de son caractère anormal, sinon dangereux, ne se concrétise pas.
L'Adjoint Chef de Quart se contente de DIRE au Chef de Bloc de TRANSMETTRE à son successeur, lors de la relève, le message suivant:
«En cas d'apparition de l'alarme - défaut sas - réaliser un appoint, comme lui-même l'a fait.»
Le Chef de Bloc a, semble-t-il, bien compris le message et l'a transmis ORALEMENT à son successeur. A partir de ce moment-là (samedi matin) et jusqu'au lundi matin, un message ORAL est transmis d'équipe à équipe mais, malheureusement, il a dès le premier relais changé complètement de signification; ce message est désormais le suivant:
«Ne pas tenir compte des alarmes provenant du sas car une intervention sur le circuit d'air est en cours.»
L'équipe initiatrice du message a terminé sa période de quart et donc elle ne réapparaît plus au cours de l'événement qui va ainsi aller jusqu'à son terme.
Dans la journée de samedi apparaît l'alarme «DEFAUT SAS»; elle n'est suivie d'aucune action particulière. Le lundi 21 mai, vers 5 heures du matin, la pression de l'enceinte commence à chuter; vers 6 h 30, l'Ingénieur de Sûreté et Radioprotection qui vient de prendre son service s'en aperçoit. La recherche de la cause de cette anomalie est entreprise sans délai et, après 7 heures du matin, l'étanchéité de l'enceinte est rétablie.
Environ 1.200 m3 d'air se sont échappés de l'enceinte: ils représentent un rejet radioactif de très faible importance, quoique incontrôlé.
Cet événement ne manque pas de rappeler cet exercice auquel chacun a certainement participé et consistant à faire circuler un message de bouche à oreille autour d'une table.
- M, LASEURE (47) 93.21.34
- M. LALLIERE (1) 764.44.80
ERREUR DE TRANCHE A SAINT -LAURENT
Dans la nuit du samedi au dimanche 1er juillet 1984, un opérateur a commis une regrettable confusion entre les deux tranches au cours de manœuvres de vannes exécutées localement depuis les tableaux électriques. Persuadé d'être en tranche 1 (à l'arrêt, cœur déchargé), l'opérateur a tenté d'ouvrir les deux vannes de liaison entre le circuit primaire et le circuit de réfrigération à l'arrêt (liaison RCP-RRA). Il était malheureusement en tranche 2, alors en situation d'arrêt à chaud avec une pression primaire normale. La vanne côté primaire s'est ouverte mais la seconde, soumise à une importante différence de pression, a fort heureusement refusé de s'ouvrir; ce qui a évité, in extremis, un incident très sérieux.
Ces confusions entre tranches - celle-là n'est pas la première tout en étant sans doute la plus grave, potentiellement - sont une préoccupation majeure et nécessitent des mesures énergiques destinées à les prévenir.
Cet incident sans conséquences réelles mais potentiellement grave, illustre également la sous-évaluation systématique de l'importance que chacun doit accorder à un événement; sous-évaluation que reflète l'urgence mise à informer les personnes ayant à en connaître: par l'équipe d'exploitation vis-à-vis des ingénieurs d'astreinte et l'état-major de la centrale; par l'état-major de la centrale vis-à-vis de la direction du S,P. T. et vis-à-vis des autorités de sûreté.
Le premier télex informant la direction est «tombé» le mercredi 4 juillet à 16 h 14, près de 4 jours après l'événement (sans information téléphonique préalable durant ce délai).
L'EVALUATION faite d'un événement par le« détecteur» est importante si cet événement demeure sans conséquence réelle; elle est décisive s'il est initiateur d'une situation plus sérieuse.
II. LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE
Notre association à vocation à assurer la plus large information sur les différents aspects du développement de l'Energie Nucléaire. Elle a également pour souci de veiller à ce que ce développement soit conduit dans le souci de limiter au maximum les risques de pollution du milieu et d'exposition aux risques de la population. A ce sujet, elle a de longue date jugé regrettables et contestables les dispositions spécifiques adoptées en 1974 qui soumettent les rejets d'effluents radioactifs à un régime d'autorisation dérogatoire.
Il est en particulier surprenant, sinon inacceptable, qu'un simple décret, n°7411-81 du 31.12.1974, ait abrogé certaines dispositions de la loi du 16.12.1964, et notamment l'article 2, selon lequel: «est interdit le déversement ou l'immersion dans les eaux de la mer de matières de toute nature, en particulier de déchets industriels ou atomiques, susceptibles de porter atteinte à la santé publique, ainsi qu'à la faune et à la flore sous-marine, et de mettre en cause le développement économique et touristique des régions côtières».
Fort à propos, saisi d'un recours des "Amis de la Terre" contre divers arrêtés d'application du décret susvisé, le Conseil d'Etat, statuant au Contentieux, a considéré, dans sa séance du 25 janvier, que: «... le décret susvisé est entaché d'illégalité, en tant qu'il ne s'est pas borné à abroger les articles 2 et 5 de la loi du 16 décembre 1964, en tant seulement qu'ils désignaient le Préfet comme étant l'autorité compétente pour autoriser et réglementer les rejets d'effluents radioactifs provenant des installations nucléaires» (Recueil LEBON).
L'article 3 du décret 83-1025 du 28.11.1983 concernant les relations entre l'Administration et les usagers dispose quant à lui que: «... L'autorité compétente est tenue de faire droit à toute demande tendant à l'abrogation d'un règlement illégal, soit que ce règlement ait été illégal dès la date de sa signature, soit que l'illégalité résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures à cette date».
En nous référant tant à cette nouvelle disposition réglementaire qu'au considérant du jugement sus-visé du Conseil d'Etat, nous avons l'honneur, Monsieur le Premier Ministre, de vous demander de bien vouloir abroger les dispositions illégales du décret 74-1181 du 31.12.1974.
Il nous semble que la décision que nous sollicitons traduira de façon concrète le double souci du Gouvernement de renforcer la légalité des décisions administratives et de veiller à la protection du milieu marin, ce à quoi nous vous savons très attaché.
Au demeurant nous vous demandons d'aller au-delà de cette décision. L'ensemble des textes régissant les rejets d'effluents radioactifs provenant des installations nucléaires de base nous semble devoir être abrogé en ce qu'il a institué un régime dérogatoire qui n'est plus justifié.
Par exception au régime général découlant de la législation sur l'Eau et de la législation sur les Installations classées, le contrôle des rejets radioactifs est assuré par un organisme unique, non déconcentré, peut-être parce qu'il suppose une technicité peu répandue en 1974. Les autorisations de rejets radioactifs sont obligatoirement délivrées par les Ministres concernés, peut-être du fait de l'importance des installations concernées, au lieu et place des Commissaires de la République. Enfin, il avait été Institué une procédure d'instruction des autorisations singulière, notamment et à juste titre, sur ce point, pour introduire une enquête publique.
Mais les motifs qui pouvaient justifier le régime dérogatoire n'existent plus!
Le développement du programme nucléaire a conduit à une forte augmentation du nombre des spécialistes à même d'apporter leur appui aux autorités déconcentrées de l'Etat pour le contrôle des rejets radioactifs. Les textes généraux relatifs aux rejets d'effluents laissent la possibilité aux Ministres de se substituer aux Commissaires de la République, quand ils le jugent opportun. Du reste, les lois de Décentralisation, les mesures corrélatives de déconcentration conduisent à envisager de confier au Commissaire de la République la responsabilité d'autoriser les rejets d'effluents radioactifs, quelle que soit leur origine, comme c'est déjà le cas pour les rejets ne provenant pas d'installations nucléaires de base. Il ne semble pas que les rejets provenant d'autres installations soient plus mal contrôlés, ou encore que le risque résultant d'un éventuel contrôle insuffisant soit moindre. Enfin, la loi relative à la réforme des enquêtes publiques de juillet 1983 conduit à très court terme à introduire une enquête publique dans les procédures d'autorisations de rejet, lorsqu'elle n'est pas encore aujourd'hui prévue.
Ainsi, les motifs d'ordre technique qui justifiaient le régime dérogatoire ne nous semblent plus exister. Mais ce n'est bien évidemment pas cette seule constatation qui motive notre demande.
Le régime juridique actuel d'autorisation des rejets des effluents radioactifs des installations nucléaires de base éloigne les décideurs et les détenteurs d'information de la population concernée. Il conduit à une insuffisante prise en compte des préoccupations locales et à une mauvaise information du public.
Participant à de nombreuses commissions locales d'information, les membres de notre Association constatent régulièrement ces insuffisances, et sont prêts à vous fournir une large information sur ce point si vous le souhaitez. Ainsi, il est exceptionnel que les Commissions locales d'information aient connaissance des résultats du suivi de l'Environnement susceptible d'être contaminé par les rejets. Les arrêtés autorisant les rejets sont uniformes dans leur présentation et leur contenu, ne reflétant pas la diversité des situations locales et des préoccupations de la population. Ils n'indiquent jamais les conditions dans lesquelles et en particulier auprès de qui l'information sur les effets des rejets peut être fournie.
L'incontestable souci marqué par le Gouvernement depuis trois ans de rapprocher l'Administration du public, et d'améliorer l'information des citoyens semble ne pouvoir être aisément prise en compte dans un domaine particulièrement sensible du fait de la subsistance de textes dépassés et dont les effets négatifs ressortent à l'évidence.
Notre association n'est pas opposée par principe à l'énergie nucléaire. Elle a certes déploré les excès de ce développement dont l'actuel gouvernement doit assumer les conséquences. Elle n'a jamais accepté et du reste ne comprend pas que les exploitants des installations nucléaires, comme parfois l'administration, répugnent à fournir largement l'information sur les contrôles effectués et sur leurs résultats. Seule l'information atteste de la réalité du contrôle et étaie le point de vue selon lequel les effets du développement du nucléaire sur l'environnement pourraient être négligeables. Il est vrai qu'une information permanente exige la permanence d'un contrôle de bonne qualité et une constante limitation des effets sur l'environnement. Mais ceci ne peut qu'apporter des garanties à la population et au Gouvernement. Au demeurant, l'exemple des pays voisins montre que ces exigences peuvent être aisément satisfaites.
Nous sommes confiants, Monsieur le Premier Ministre, dans la décision que vous allez prendre et vous en savons gré à l'avance. En son attente, nous vous prions d'agréer l'expression de notre considération.
III. Dossier d'enquête pour la demande d'autorisation de rejet d'effluents radioactifs de la centrale de St ALBAN.
Ce dossier a eu deux versions successives, la seconde (révision janvier 84) a dû subir le passage de Pellerin.
Lisez et comparez:
Voilà comment on caviarde des résultats et comment on peut éviter un bilan global du Rhône.
C'est ce qu'on peut reprocher aux enquêtes. Elles sont si édulcorées que ce n'est plus un dossier. Vous avez d'ailleurs lu les critiques faites par la commission de la Hague (Gazette N°62/63). Commissions de tous les sites unissez-vous et faites pression pour obtenir les vrais dossiers car les études sont faites et bien faites. Alors pourquoi ces cachotteries inadmissibles: pour ne pas faire d'enquêtes épidémiologiques, pour promouvoir mieux le nucléaire? A notre avis c'est un leurre, la vérité finit toujours par éclater et alors après, on s'étonne que les gens ne fassent plus confiance.
Citons pour finir un document du groupe permanent chargé des installations nucléaires autres que les réacteurs nucléaires, ainsi qu'un document présenté au cinquantenaire de la radioactivité artificielle.
1. Questions 1.3 (R 63, page 6)
«Le CEA indiquera au SCSIN, sous quatre mois, l'état de ses connaissances sur la toxicité du TBP et plus généralement des produits chimiques utilisés dans le procédé PUREX, compte tenu de leur présence dans les effluents des usines de retraitement, et l'état d'avancement des études menées sur ce sujet.
A la demande de Monsieur Slizewicz, Monsieur Bastien-Thiry précise que la teneur en cobalt de l'eau de la mer est extrêmement faible; le cobalt ajouté dans les effluents, au point de rejet, amène à doubler pratiquement cette teneur qui reste extrêmement faible. A son avis, la toxicité de cet élément est très hypothétique.
A cet égard, Monsieur Nénot indique que le cobalt présentant des facteurs de concentration extrêmement élevés dans certains organismes vivants présents dans la mer, il est nécessaire d'effectuer quelques études.»
Donc il n'est pas évident que le cobalt soit si peu nocif.
Certes il s'agit d'organismes marins mais la question peut être posée pour les organismes d'eau douce. Il faut donc faire des études avant de retirer une information indiquant que Bugey rejette du cobalt.
Niveaux de contamination de l'environnement
Quelles sont en fait les concentrations, les activités consécutives aux différents types de rejets? D'une façon générale, les radio-éléments présents dans les rejets liquides, notamment le plutonium, le cobalt, à un degré moindre le césium, etc., ont tendance à venir se fixer sur les matières solides, notamment sur les sédiments en suspension dans l'eau. Ceci peut évidemment diminuer les risques de contamination de la faune aquatique, si ce n'est pour les organismes benthiques qui vivent précisément sur ou dans ces sédiments. Ainsi, la présence constante de cobalt-60 (période = 5 ans) en concentrations croissantes vers l'aval dans les sédiments de la Loire fluviale reflète les rejets des centrales nucléaires (fig. 7). Figure 7
Cet élément, de même que le cobalt-58 de plus courte période (71 jours) se rencontre systématiquement dans les effluents des réacteurs PWR. Les rejets des centrales nucléaires contribuent donc à la radioactivité des sédiments fluviaux. La figure 8 montre le même type de contamination consécutive aux rejets de la centrale PWR de Doel située sur le cours de l'Escaut.
L'intérêt de cette distribution est de montrer que des radionucléides peuvent être transportés à plus de 150 km du point de rejet par les courants de marée permettant ainsi de délimiter avec précision leur domaine d'influence et fournissant des renseignements précieux sur la dynamique sédimentaire estuarienne.
Extrait de la Conférence du Cinquantenaire
de la radioactivité artificielle
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References: l'article 5
 l'article 7

L'article 9
 l'article 18
 l'article 2

L'article 3