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Timestamp: 2019-08-24 20:15:29+00:00

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﻿ Charles le Téméraire : définition de Charles le Téméraire et synonymes de Charles le Téméraire (français)
définition - Charles le Téméraire
Charles le Téméraire (n.prop.)
1.Dijon 1433 devant Nancy 1477 fils de Philippe le Bon et d'Isabelle de Portugal, duc de Bourgogne (1467). Il fut un dangereux adversaire de Louis XI.
Comte d'Artois, de Flandres, de Hainaut,
Charles de Valois-Bourgogne, dit Charles le Téméraire[1] (Dijon, 10[2] ou 11 novembre 1433[3],[4] – Nancy, 5 janvier 1477) est, après Philippe II le Hardi, Jean sans Peur et Philippe III le Bon, le quatrième et dernier duc de Bourgogne (de la branche des Capétiens-Valois), souverain de l'État bourguignon[Note 1].
Charles reçut le titre de comte de Charolais qui, sous les ducs de Bourgogne de la Maison de Valois, était réservé à l'héritier des États bourguignons[5],[Note 2].
À l'âge de trois semaines, son père l'institua chevalier de la Toison d'or lors du troisième chapitre de l'ordre qui se tint à Dijon le 30 novembre, jour de la Saint-André, patron de la Bourgogne[5]. Dès sa première année, il eut sa propre maison que dirigeait sa gouvernante, Madame de Villers La Faye[Note 3].
Charles fut élevé aux Pays-Bas bourguignons, un ensemble de provinces formant la partie septentrionale de l'État bourguignon et correspondant aux pays modernes de Belgique et Pays-Bas. Il grandit avec ses cousin et cousine, enfants de sa tante Marie de Bourgogne († 1463), épouse du duc Adolphe II de Clèves :
Quelques années plus tard (septembre 1456), se produit un événement qui aura à terme des conséquences funestes pour Charles comme pour l'État bourguignon : le dauphin de France (futur Louis XI), fuyant la vindicte paternelle, cherche refuge en terre bourguignonne. Son cousin Philippe le Bon, à qui il demande asile, lui alloue une pension annuelle de 48 000 livres ainsi que le château de Genappe comme résidence[6]. Louis y demeura jusqu'à la mort de Charles VII (22 juillet 1461) qui le fit enfin roi. Durant ces presque cinq années, Genappe (depuis lequel le dauphin en exil observe les intrigues de la cour bourguignonne, sonde les esprits de ceux qui la composent, s'emploie à séduire ceux qui pourront lui être utiles, note discrètement les forces et faiblesses d'un Etat encore fragile) devient « le siège d'une puissance européenne[7] ».
Alors que Philippe le Bon, son père vieillissant, règne encore sur les riches mais disparates terres bourguignonnes, Charles prend la tête de la redoutable Ligue du Bien public qui s'est formée contre Louis XI parce que celui-ci voulait briser l'indépendance de ses plus puissants vassaux (Bourgogne, Bretagne, Bourbon). Le 16 juillet 1465, Charles tient en échec son royal adversaire à la bataille de Montlhéry, après qu'au cours de celle-ci, les cavaliers du comte du Maine, c'est-à-dire l'aile gauche de l'armée du roi, ont pris la fuite sans même combattre[8].
Aidé des princes coalisés, le hardi Bourguignon assiège ensuite Paris, contraignant Louis XI à signer le traité de Conflans (5 octobre 1465)[9], par lequel Bourgogne récupère ou obtient la Picardie, notamment Amiens, Abbeville, Guines et Saint-Quentin, mais aussi Boulogne-sur-Mer.
Le 25 août 1466, Charles prend d'assaut et brûle Dinant[10], en bord de Meuse, en révolte contre le protectorat bourguignon. Il espère ainsi étouffer les velléités d'indépendance de la principauté de Liège, une terre d'Église dont le contrôle est indispensable à l'unification des Pays-Bas bourguignons mais qui conteste l'autorité de celui que Philippe le Bon a placé sur le trône épiscopal : le prince-évêque Louis de Bourbon, son neveu. Les Liégeois semblent entendre la leçon puisque, dès le 10 septembre 1466, ils reconnaissent par le traité d'Oleye le duc de Bourgogne comme "avoué héréditaire de Liège"[10], c'est-à-dire comme le seigneur laïc chargé de défendre le temporel de l'évêché. Ainsi ce qui n'était qu'un protectorat devient, de fait, une véritable seigneurie bourguignonne étendue sur Liège et tous les territoires de la principauté.
Maître de l'État bourguignon
Philippe le Bon meurt le 15 juin 1467. Charles hérite du duché de Bourgogne, ainsi que de tous les titres et possessions de son père : duc de Lothier, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, comte de Flandre, d'Artois, de Bourgogne palatine, de Hainaut, de Hollande, de Zélande, de Namur, marquis du Saint-Empire, seigneur de Frise. Il est premier pair de France, mais, en dehors de ses campagnes, il réside à Bruges, Bruxelles et Malines. Il fonde une puissante armée bourguignonne de métier mais aussi (et cela sera une des raisons de son effondrement final) de mercenaires issus de tous les pays d'Europe. Charles de Valois-Bourgogne perpétue la politique de ses prédécesseurs : volonté d'indépendance souveraine de l'État bourguignon vis-à-vis du royaume de France et, pour contrer celui-ci, alliance avec le royaume d'Angleterre dans la guerre de Cent Ans. Son souhait le plus ardent est de joindre en un royaume d'un seul tenant ses terres des deux Bourgognes (ou « pays de par-delà ») et ses possessions du nord : Picardie, Artois, Boulonnais, Flandre et autres Pays-Bas bourguignons (ou « pays de par-deçà »).
Philippe le Bon n'est pas mort depuis trois mois que son fils se voit contraint de mater une révolte des Liégeois. Il les écrase à la bataille de Brustem près de Saint-Trond (28 octobre1467)[11].
En octobre 1468, craignant une résurrection de la Ligue du Bien Public et le débarquement d'une armée anglaise pour la soutenir, Louis XI vient à Péronne, quartier général bourguignon du moment, discuter d'un accord de paix. En échange de celle-ci, le duc Charles souhaite, lui, obtenir une confirmation de la ligne de la Somme et une juridiction souveraine sur ses fiefs français[12]. Alors que les négociations ne sont pas loin d'aboutir, Charles apprend avec colère que Liège, semble-t-il encouragée par des émissaires français, s'est à nouveau révoltée. Pris au piège à Péronne et craignant pour sa vie, Louis XI est alors contraint de signer le traité aux conditions du duc Charles et de l'accompagner dans l'expédition punitive que celui-ci lance aussitôt contre la ville révoltée.
Malgré l'attaque surprise des Six cents Franchimontois et suite à celle-ci, Bourgogne prend Liège sans coup férir le 30 octobre 1468[13] et — en présence de Louis XI, probable instigateur de la révolte[14] — la livre au pillage et au feu, avant de la faire raser (dans le but de sceller ainsi en un seul bloc[15] l'ensemble des "pays de par-deçà"). Cette mise à sac soulève, de la Hollande à l'Alsace, la réprobation des villes rhénanes[16].
En mai 1469, au traité de Saint-Omer, le duc d'Autriche Sigismond de Habsbourg lui cède en gage, pour 50 000 florins du Rhin, ses domaines de Haute-Alsace et le pays de Brisgau, du comté de Bade en Allemagne (plus précisément : le landgraviat d'Alsace, le comté de Ferrette, les quatre Waldstetten, le comté de Hauenstein et la ville de Brisach)[17].
À partir de fin octobre 1469, c’est-à-dire un an après la paix jurée au traité de Péronne (14 octobre 1468), les deux monarques se livrent un duel à mort : le règne du Téméraire n'est plus qu'une suite presque ininterrompue de guerres soit contre le roi de France, soit contre des ennemis que l'or du roi de France lui suscite. Pour résister à Louis XI, Charles cherche à s'allier tantôt à l'empereur germanique Frédéric III de Habsbourg, tantôt à Édouard IV d'Angleterre.
En novembre 1471, Charles se déclare affranchi de la suzeraineté du roi de France. Se considérant comme un souverain de droit divin, Charles le Téméraire, qui travaille à faire de ses nombreuses possessions un État unifié et centralisé, représente un défi permanent pour le roi de France. De cette volonté de ne plus être le vassal, même théorique, du roi de France et de l'Empereur romain germanique, témoigne notamment le fait que Charles se fit confectionner un diadème en or d'une richesse prodigieuse, orné de saphirs, de rubis balais et surmonté d'une forme de velours jaune brodée de perles, avec à son sommet un énorme rubis enchâssé dans un ornement d'or[18],[Note 4].
Mais son souci obsessionnel de constituer à tout prix (aux dépens de ses voisins allemands, lorrains et autrichiens) le grand royaume rhénan dont il rêve va lui aliéner la sympathie et le soutien de l'empereur germanique Frédéric III et du roi d'Angleterre Edouard IV[19], en même temps que dilapider ses ressources et celles de ses États. Ceux-ci, d'ailleurs, rechignent de plus en plus[20] à financer son effort de guerre. Si les bourgeois (riches marchands ou simples artisans) des grandes villes de Flandre et autres provinces des Pays-Bas Bourguignons ne le soutiennent plus ou de moins en moins, c'est que Charles de Bourgogne, tout pétri qu'il est de chevalerie, n'a aucune considération[21] pour eux et qu'il se refuse à admettre le pouvoir grandissant de ces démocrates[22] avant la lettre qui résistent à ses vues. Cette politique va le conduire à sa perte.
L'échec du Téméraire devant Neuss, redore un temps le blason de Frédéric III.
En 1472, pendant l'été, Charles massacre la population de Nesle mais échoue à prendre Beauvais, vaillamment défendue par ses habitants dont Jeanne Hachette[Note 5].
En 1473, lors de la conférence de Trèves entre le 30 septembre et le 25 novembre, l'empereur Frédéric III du Saint-Empire, refuse d'aider Charles le Téméraire à se faire élire "roi des Romains" pour en faire son successeur. Il accepte cependant d'ériger en un royaume de Bourgogne indépendant ses possessions en terre d'empire. L'empereur avait accepté également de faire entrer dans la souveraineté de ce royaume de Bourgogne le duché de Lorraine, le duché de Savoie (qui incluait alors le Piémont, la Bresse, le Bugey, l'ouest de l'actuelle Suisse, avec Genève et Lausanne), le duché de Clèves, les évêchés d'Utrecht, Liège, Toul et Verdun[23],[24],[Note 6]. La duchesse de Savoie (Yolande de France) ainsi que le duc de Clèves et les six évêques seraient devenus les vassaux du roi de Bourgogne[25]. Charles exigea également la souveraineté de la Bourgogne sur les cantons suisses[26]. Cependant, l'empereur rompt les pourparlers la veille même du couronnement[27] et s'enfuit nuitamment à cheval puis en barque sur la Moselle avec son fils Maximilien qui, dans le cadre de l'accord, devait épouser Marie de Bourgogne.
En juin 1475, Charles renonce au siège de Neuss (entrepris dans le but d'assurer un protectorat bourguignon sur l'archevêché de Cologne et toute la partie basse de la vallée du Rhin[28]) sans succès concluant et avec une armée très affaiblie par dix longs mois de vain siège.
En août 1475, Édouard IV d'Angleterre accepte les offres de paix de Louis XI et, pour cinq cent mille écus[29] versés par celui-ci, signe le traité de Picquigny. Charles avait tenté en 1474 de rallumer la guerre de Cent Ans, en s'alliant formellement avec son beau-frère le roi d'Angleterre et en le convainquant de réenvahir la France.
Annexion de la Gueldre et de la Lorraine
Mais son objectif premier reste, bien sûr, de réunir en un tout géographique et politique les deux morceaux (d'une part les Bourgognes, d'autre part les Pays-Bas bourguignons) constitutifs de ses Etats. C'est sans doute pourquoi, durant l'été 1475, il détourne l'armée qu'il prévoyait d'utiliser, de concert avec celle nouvellement débarquée d'Edouard IV d'Angleterre, contre le roi de France et s'en sert plutôt pour conquérir la Lorraine, après que Louis XI lui a habilement (au traité de Soleuvre, 13 septembre 1475) laissé les mains libres à ce sujet.
Après un siège d'un mois, Charles entre dans Nancy le 30 novembre 1475[30]. Et le 18 décembre, il annonce aux Lorrains qu'il fera de cette ville sa capitale, laissant entendre qu'elle sera celle de son royaume[31]. (Concernant la conquête de la Lorraine, on peut noter que, bien que niant les droits du prince légitime de celle-ci, Charles n'ajouta pas à sa titulature le titre de duc de Lorraine, alors qu'il avait pris celui de duc de Gueldre après l'annexion de ce duché ; probablement, considérait-il que celui de duc de Lothier, adopté par son père après la prise en main du Brabant, rendait compte de sa conquête[32], car les deux termes de Lothier et Lorraine procèdent tous deux de Lotharingie, le premier désignant la Basse-Lotharingie, le second désignant la Haute-Lotharingie).
Être enfin à la tête d'un royaume ? La ligue de ses ennemis (essentiellement, la Basse-Union de quatre villes d'Empire de la région du Haut-Rhin : Strasbourg, Bâle, Colmar et Sélestat, Sigismond d'Autriche, les Confédérés suisses et, agençant l'ensemble, Louis XI)[33] scellée par le traité de Constance (mars et juin 1474), ne lui laissera pas le temps de concrétiser ce rêve.
Révoltes contre la domination bourguignonne
L'Alsace s'est soulevée contre Charles notamment à cause de la mauvaise gestion de son bailli, Pierre von Hagenbach et aussi de son refus de la revendre à l'archiduc Sigismond d'Autriche pour un prix pourtant supérieur à ce qu'il la lui avait achetée. C'est ainsi qu'a commencé en automne 1474 ce qu'on connaît sous le nom de Guerre de Bourgogne. Berne et les autres membres de la Confédération des cantons suisses, encouragés et financés par Louis XI, ont déclaré la guerre au duc de Bourgogne le 25 octobre 1474[34], puis à son allié Jacques de Savoie (comte de Romont, baron de Vaud et beau-frère de Yolande de France, duchesse-régente de Savoie) le 14 octobre 1475. Les Confédérés ont d'abord enlevé quelques villes et places fortes (Cerlier en Savoie, Héricourt puis Pontarlier en Franche-Comté), avant d'envahir tout le pays de Vaud. Grandson, Orbe, Blamont, Morat, Estavayer, Yverdon tombent aux mains des Suisses[35].
Double défaite contre les Suisses
Charles, pour répondre à l'appel de ses alliés et de ses vassaux, décide d'en finir avec les Confédérés et part en guerre contre eux. Il quitte Nancy le 11 janvier 1476 mais, trop sûr de son fait, il commet la double erreur de sous-estimer la valeur guerrière des Suisses et l'effet néfaste des retards de paiement sur l'humeur des mercenaires italiens[36] qui composent une bonne partie de ses forces. Il est battu par les confédérés d'abord à Grandson, le 2 mars de la même année, où ses troupes se débandent, puis surtout à Morat, le 22 juin suivant, où son armée est taillée en pièces[37].
Alors installé à Lyon, Louis XI y savoure la déroute bourguignonne, laquelle ne lui a coûté aucun homme de ses propres troupes mais beaucoup d'argent : selon le chroniqueur Philippe de Commynes, Louis aura, en tout, versé près d'un million de florins du Rhin aux Cantons suisses[38] ; pour apprécier l'importance de la somme, il faut la rapporter aux 50 000 florins pour lesquels Charles le Téméraire obtint la cession de la Haute-Alsace et du Brisgau.
Écroulement final
En octobre 1476, avec une armée reconstituée vaille que vaille, Charles le Téméraire qui veut sauver le trait d'union lorrain entre les Bourgognes et ses États du nord[39], remet le siège devant Nancy, reprise entre-temps par le duc René II de Lorraine. Là, refusant de se replier en son duché de Luxembourg, il trouve la mort le 5 janvier 1477 à la bataille se déroulant au sud de la ville.
Lors de celle-ci, du fait de l'écrasante supériorité numérique des troupes lorraino-suisses (encore accentuée par la trahison d'un des lieutenants du Téméraire, Nicolas de Montfort, comte de Campobasso, qui vient de passer à l'ennemi avec ses lances et mercenaires), l'armée bourguignonne est rapidement submergée[40]. Ce qu'il en reste se replie vers le pont de Bouxières-aux-Dames qui permettrait de fuir vers Metz. Mais Nicolas de Montfort y attend sa vengeance. Croyant que ses cavaliers sont toujours fidèles à la cause bourguignonne et qu'ils sont restés là pour leur assurer le libre passage du pont, les Bourguignons se précipitent, mais Campobasso massacre les fuyards et les Suisses qui les poursuivent en font de même. Une sortie de la garnison de Nancy achève l'éparpillement des troupes du Téméraire[41].
Deux jours après la bataille, le corps du « Grand Duc d'Occident » est retrouvé, nu, le crâne fendu jusqu'aux dents par un coup de hallebarde[42], une joue rongée par les loups, au bord d'un étang marécageux dit « étang Saint-Jean », à l'emplacement de l'actuelle place de la Croix de Bourgogne, à Nancy (nul ne peut dire avec certitude qui, dans la soldatesque anonyme, lui porta le coup fatal mais la tradition relate qu'un obscur soldat nommé Claude de Bauzémont se serait jeté sur lui sans le connaître ; Charles aurait crié « Sauvez le duc de Bourgogne ! », ce qui aurait été compris comme « Vive le duc de Bourgogne ! » et aurait entraîné sa mise à mort immédiate[43]). Une simple croix, au centre de cette place, a longtemps marqué l'endroit de sa mort (souvenir remplacé plus tard par un monument édifié à la mémoire du duc René II de Lorraine). Ramenée à Nancy, la dépouille mortelle du Téméraire est exposée sur un lit de parade dans la maison de Georges Marqueix, au numéro 30 de la Grande-Rue (cette maison n'existe plus aujourd'hui mais son emplacement est signalé par un pavage de granit noir et blanc dessinant une croix de Lorraine et la date 1477).
Tombeau du Téméraire à l'église Notre-Dame de Bruges.
La dépouille de Charles de Bourgogne fut inhumée sur place dans la collégiale Saint-Georges de Nancy (aujourd'hui disparue). En 1550, elle fut transférée à l'église Notre-Dame de Bruges à la demande de Charles Quint[44] et y repose depuis dans le somptueux tombeau que le fils de celui-ci, Philippe II, fit élever pour son trisaïeul. Le non moins magnifique tombeau de sa fille Marie de Bourgogne figure à son côté.
À la mort de Charles, dernier duc de Valois-Bourgogne, le roi Louis XI, enfin débarrassé de son puissant rival (qui, de Péronne à Liège, l'avait en octobre 1468 tenu à merci pendant quelque trois semaines et que lui-même, pour se dégager du traité de Péronne, avait fait condamner pour félonie en décembre 1470[45]), s'empare de la Picardie, du comté de Boulogne et surtout du duché de Bourgogne[46], une annexion confirmée quelques années plus tard par un nouveau traité d'Arras, celui du 23 décembre 1482.
En 1493, Charles VIII ayant décidé de répudier la fille de Maximilien Ier de Habsbourg pour épouser Anne de Bretagne, l'empereur récupéra au traité de Senlis : la Flandre, l'Artois, la Franche-Comté et le Charolais[47].
Il faudra attendre près de deux siècles pour que le comté de Bourgogne (ou Franche-Comté, car terre d'empire) soit en 1678 arraché aux Habsbourg d'Autriche et d'Espagne par Louis XIV. L'héritage de Charles le Téméraire fut l'objet de nombreuses batailles entre rois de France et maison Habsbourg d'Autriche et d'Espagne pendant plusieurs générations.
Selon le chroniqueur flamand Georges Chastelain, le jeune Charles de Bourgogne était pétri de qualités : droit, franc, pieux, généreux dans ses aumônes, fidèle à son épouse, familier et joyeux avec les siens, évitant toujours de faire la moindre injure à qui que ce fût[48]. C'était de fait un homme d'un courage exceptionnel[49],[Note 7]. C'était aussi un homme très instruit, doté d'une très grande puissance de travail[50].
Néanmoins, d'autres traits de caractère se développèrent avec le temps. Il faisait preuve d'un caractère violent et impulsif. Il recourut volontiers à la force et à la guerre pour obtenir ce qu'il voulait mais il l'aimait pour elle-même. Pour Louis XI, la guerre n'était rien d'autre qu'une activité prosaïque dépourvue de valeur intrinsèque et destinée à servir des ambitions politiques et à laquelle il préférait d'ailleurs la diplomatie. Pour Charles, la guerre dépassait la mesure d'un mode de conquête pour revêtir un caractère presque sacré et qui s'enrichissait de tous les mythes collectés dans les traditions païennes ou chrétiennes : on connaît sa passion pour le plus grand des conquérants, Alexandre, son enthousiasme pour les Croisades et les combats singuliers[51]. Pour Charles, le champ de bataille constituait l'espace privilégié de la prouesse individuelle par laquelle l'homme se transcendait et apprenait, au prix de la souffrance physique ou morale, la maîtrise de son corps et de son esprit[52]. Philippe de Commynes assure que le duc de Bourgogne, à partir de 1472, donna des témoignages de férocité dont il n'avait pas été coutumier jusqu'alors[53].
De plus, devenu duc de Bourgogne, il se laissa aller à un grand orgueil qui fut dénoncé par Thomas Basin[54] : « Il lui prit un tel orgueil qu'il en vint à ne ménager, estimer ou craindre personne ».
De fait, son tempérament entreprenant et téméraire transparaît dans sa devise : « Je l'ay emprins », c'est-à-dire : « Je l'ai entrepris »[55]. Il adopta cette devise alors que son épouse, Isabelle de Bourbon le suppliait de renoncer à ses projets martiaux lors de la Guerre du Bien public[56],[57].
La forte personnalité du duc, que tous les chroniqueurs décrivent comme un personnage austère, vertueux et impitoyable, pieux et chaste, animé d'un sens de l'honneur exacerbé[56], incita ses contemporains à lui attribuer des surnoms : ils le surnommèrent ainsi le Hardi ou le Guerrier[58], voire le Téméraire, terme qu'on rencontre déjà sous la plume du chroniqueur, évêque de Lisieux, Thomas Basin, vers 1484.
Cependant, s'ils mentionnent ces qualificatifs, aucun des chroniqueurs du XVe siècle ne les emploie de façon systématique et dans leurs écrits, ce prince apparaît sous le nom de Charles de Bourgogne[58].
L'adjonction d'un surnom ne s'imposa que fort lentement.
Au XVIIe siècle, le Grand Dictionnaire Historique de Louis Moreri consacre une rubrique à "Charles de Bourgogne, surnommé le Guerrier, le Hardi ou le Téméraire".
Au XVIIIe siècle, l'historien bénédictin Dom Plancher le mentionne encore comme "Charles le Hardi".
Au XIXe siècle, le surnom de Téméraire s'impose en France et en Belgique à l'époque romantique. Ses contemporains le qualifiaient plus souvent de Hardi, de Travaillant, de Guerrier, voire de Terrible.
Charles le Téméraire est un prince français, descendant et héritier direct de quatrième génération du roi de France Jean II le Bon et du duché de Bourgogne. Mais par sa mère, il est de sang Lancastre, Plantagenêt, et descend du roi Édouard III d'Angleterre, lui-même petit-fils de Philippe IV le Bel.
39. Marie d'Evreux
10. Albert Ier de Bavière
11. Marguerite de Silésie-Liegnitz
23. Agnès de Glogau
Charles contracta trois mariages.
Il épouse le 19 mai 1440, Catherine de France (1428-1446), elle-même âgée de douze ans, fille du roi Charles VII de France (et de Marie d'Anjou). Lors du mariage, son épouse a douze ans et lui six. Catherine mourut à dix-huit ans.
Il épouse à Lille, le 30 octobre 1454, Isabelle de Bourbon (1437-1465), fille du duc Charles Ier de Bourbon. Charles aurait plutôt souhaité épouser Anne d'York (fille du duc Richard d'York, descendant direct du roi Édouard III d'Angleterre), mais son père lui rappela les termes du traité d'Arras, l'obligeant à épouser une princesse du sang de France. Quoi qu'il en soit, le mariage est heureux[59], et il en naît son seul enfant, la future duchesse Marie de Bourgogne (le 13 février 1457).
Il épouse le 2[60] ou le 3 juillet 1468[61] Marguerite d'York (1446-1503). Elle est fille du duc Richard d'York (à l'origine de la guerre des Deux-Roses) et sœur de l'actuel roi d'Angleterre, Édouard. Le mariage est célébré à Damme[62], l'avant-port de Bruges, par l'évêque de Salisbury. Puis suivent pendant dix jours, à Bruges même, des fêtes fastueuses qui constituent une promotion éclatante de l'État bourguignon.
Père de Marie de Bourgogne, Charles est l'arrière-grand-père de l'empereur romain-germanique et roi d'Espagne Charles Quint. En effet, Marie de Bourgogne (1457-1482), transmit ses possessions héréditaires en grand danger d'être conquises par Louis XI, à la maison des Habsbourg d'Autriche, par son mariage avec le futur empereur romain-germanique Maximilien Ier de Habsbourg (1459-1519). Charles est donc l'ancêtre des Habsbourg d'Espagne.
Charles le Téméraire aurait laissé des enfants naturels, mais les sources manquent[63],[Note 8].
Charles le Téméraire par Rubens (vers 1618). Musée de l'histoire de l'art à Vienne (Autriche).
Duc de Gueldre (1473-1477)
Marquis d'Anvers
Comte de Bourgogne palatine
Comte de Zutphen (1473-1477)
Autres États sous influence
Armoiries de Charles le Téméraire.
John Bartier, Charles le Téméraire, Éditions Arcade, Bruxelles, 1970.
Marcel Brion, Charles le Téméraire, grand-duc d'Occident, Éditions Tallandier, 2006.
Joseph Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne, Éditions Albin Michel, 1949 (et 1994).
Jean-Marie Cauchies, Louis XI et Charles le Hardi. De Péronne à Nancy (1468-1477) : le conflit, De Boeck Université, Bruxelles, 1996.
Philippe de Commynes, Mémoires - Louis XI et Charles le Téméraire, Pierre Belfond, 1978 (ISBN 2-7144-1144-4).
Quentin Debray, La Bataille de Nancy, Éditions du Rocher, publié le 4 janvier 2007 (ISBN 978-2-268-06069-9).
Henri Dubois, Charles le Téméraire, Librairie Arthème Fayard, 2004.
Jean Favier, Louis XI, Librairie Arthème Fayard, 2001.
Pierre Frédérix, La Mort de Charles le Téméraire, NRF Gallimard, 1966.
Paul Murray Kendall, Louis XI, Librairie Arthème Fayard, 1974.
Charles-François Landry, Charles, dernier duc de Bourgogne, La Guilde du livre, 1960.
Klaus Schelle, Charles le Téméraire - La Bourgogne entre les lys de France et l'aigle de l'Empire, traduit de l'allemand par Denise Meunier, Fayard, 1979 - (ISBN 2-213-00686-5).
Jean-Pierre Soisson, Charles le Téméraire, Éditions Grasset et Fasquelle, 1997.
Bertrand Schnerb,L'État bourguignon 1363-1477, Editions Perrin, 1999.
Paul Bonenfant, Philippe le Bon : sa politique, son action, De Boeck Université, 1996, 476 p., (ISBN 2804121151).
Etat bourguignon et Lotharingie, Académie royale de Belgique, dans : « Bulletin de la classe des lettres et des sciences morales et politiques », 5e série, tome XLI, 1955, p. 266-282.
↑ En droit, Charles avait deux suzerains, tous deux souverains c'est-à-dire sans supérieur au temporel, le roi de France et l'empereur romain germanique ; c'est d'eux qu'il tenait ses possessions ; il n'était donc pas juridiquement souverain même s'il l'était de fait et chercha à le devenir en droit. Ainsi, il chercha à atteindre la souveraineté, pour ses terres françaises, en déclarant que ses sujets ne devaient plus faire appel au parlement de Paris en 1471, pour ses terres impériales, en cherchant à les ériger en royaume en 1473.
↑ Philippe le Hardi son père et Jean sans Peur son grand-père avaient porté ce titre avant de devenir duc de Bourgogne.
↑ Henri Pirenne, Histoire de Belgique, réédition BiblioBazaar, LLC, 2008, p. 290
↑ Philippe Contamine et Geneviève Contamine, Autour de Marguerite d'Écosse : reines, princesses et dames du XVe siècle, H. Champion, 1999, p. 99
↑ Joseph Calmette, Autour de Louis XI, Éditions de Fontenelle, 1947, p. 138
↑ a et b Anne Le Cam, Charles le Téméraire, un homme et son rêve, éd. In Fine, 1992, p. 18.
↑ Jean-Pierre Soisson, op. cit., p. 102-104
↑ Paul Murray Kendall, Louis XI (trad. fse, Fayard, 1974), p. 87
↑ Jean Favier, Louis XI, op. cit., p. 478
↑ Jean Favier, Louis XI, op. cit., p. 505
↑ a et b Jean Favier, Louis XI, op. cit., p. 562
↑ Joseph Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne (Albin Michel, 1949 et juin 1976) p. 242
↑ Jean-Pierre Soisson, Charles le Téméraire, op. cit., p. 180
↑ Joseph Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne (Albin Michel, 1949 et juin 1976), p. 247
↑ Jean Favier, Louis XI (Fayard, sept. 2001), p. 577
↑ Jean-Louis Kupper et Philippe George, Charles le Téméraire, de la violence et du sacré (Editions du Perron, juin 2007), p. 20.
↑ Jean-Pierre Soisson, Charles le Téméraire, op. cit., p. 188
↑ Jean Favier, Louis XI op. cit., p. 726-728
↑ Paul Murray Kendall, Louis XI (trad. fse, Fayard, 1974) - Edition Le Livre de Poche, 1977, p. 432
↑ Jean Favier, Louis XI, op. cit., p. 724
↑ J.L. Kupper et Ph. George, Charles le Téméraire, de la violence et du sacré, (Editions du Perron - 2007), p. 22
↑ Philippe Contamine, Pays Lorrain, n° 1, "Charles le Téméraire, fossoyeur ou fondateur de l'État bourguignon", p. 123-134.
↑ http://books.google.fr/books?id=j3kUAQAAMAAJ&pg=PA14 Lettres patentes de Louis XI concernant la trêve jusqu'au 1er mai 1475, La Croix-Saint-Ouen, le 13 juin 1474
↑ Jean Favier, Louis XI, op. cit., p. 662.
↑ Jean Favier. Son intervention-radio du 23 juin 2011 à 14 heures dans l'émission "Au cœur de l'histoire" de Franck Ferrand sur Europe 1.
↑ Klaus Schelle, Charles le Téméraire - La Bourgogne entre les lys de France et l'aigle de l'Empire, traduit de l'allemand par Denise Meunier, Fayard, 1979, ISBN 2-213-00686-5, p. 254.
↑ Klaus Schelle, op. cit., p. 221.
↑ Klaus Schelle, op. cit., p. 222 à 227.
↑ Jean Favier, Louis XI, op. cit., p. 698 et 713.
↑ Jacques Baudoin, La sculpture flamboyante en Bourgogne et Franche-Comté, éditions Créer, 1996, p. 11.
↑ Paul Murray Kendall, Louis XI, (trad. fse, Fayard, 1974), Édition Le Livre de Poche, 1977, p. 442.
↑ Klaus Schelle, op. cit., p. 304
↑ Jean Favier, Louis XI, op. cit., p. 720 à 722.
↑ Marcel Brion, Charles le Téméraire, grand-Duc d'Occident (Librairie Jules Tallandier, 1977) Marabout Université (1979), p. 298.
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↑ Anne Le Cam, Charles le Téméraire, un homme et son rêve, éd. In Fine, 1992, p. 384.
↑ Klaus Schelle, op. cit., p. 317.
↑ Jean-Pierre Soisson, Charles le Téméraire, op. cit., p. 198-199
↑ François Pernot, La Franche-Comté espagnole, Presses Univ. Franche-Comté, 2003, p. 355
↑ Herman Vander Linden, L'hégémonie européenne- Période italo-espagnole, volume 10 de l'Histoire du monde, E. de Boccard, 1936, p. 8
↑ Anne Le Cam, Charles le Téméraire, un homme et son rêve, éd. In Fine, 1992, p. 70.
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↑ Patrick Van Kerrebrouck, Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, Les Valois, 1990, page 387.
Marie de Bourgogne avec Maximilien Ier
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References: In Fine
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