Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/pacifique/vanuatu.htm
Timestamp: 2013-05-21 19:56:50+00:00

Document:
R�publique de Vanuatu
Capitale: Port-Vila Population: 220 000 (2005) Langues officielles: anglais, fran�ais, bichlamar Groupe majoritaire: bichlamar (langue
Groupes minoritaires: de 106 � 120 langues m�lan�siennes, trois langues polyn�siennes, fran�ais, anglais, chinois hakka, vietnamien
Articles constitutionnels (langue): art. 3, 5, 28, 64 et 84 de la Constitution de
1980 Lois linguistiques: Loi sur le mariage (1971); Loi sur les commissions d'enqu�te (1974); Code de proc�dure criminelle (1981);
Loi sur les services publics (1981); Loi sur l'interpr�tation (1981);
Loi sur l'�ducation (2001); Loi relative � la codification des textes fran�ais et anglais des lois de Vanuatu (2003).
La r�publique de Vanuatu (terme qui, dans les langues du nord du pays, signifie �notre pays�) forme un archipel de la M�lan�sie dans le Pacifique-Sud (voir la carte de l'archipel). Cet archipel est compos� d'une douzaine de grandes �les (Espiritu Santo, Malekula, �fat�, Tanna, Erromango, etc.) et environ 80 petites �les ou �lots, qui dessinent sur la carte une sorte de �Y�. Le Vanuatu est un un archipel montagneux dont la superficie atteint seulement 14 765 km� (deux fois moins que la Belgique), mais dont les eaux territoriales s'�tendent sur une superficie de 450 000 km�, soit un peu moins que l'Espagne (504 748 km�). L'archipel est entour� par d'autres �tats: les �les Salomon au nord, les �les Fidji et Tuvalu � l'est, la Nouvelle-Cal�donie (France) au sud, la Nouvelle-Z�lande au sud et, plus � l'ouest, l'Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guin�e (voir la carte du Pacifique). La capitale, Port-Vila, est situ�e dans l'�le d'�fat� (ou Vat�). Le Vanuatu est divis� en six provinces administratives:
2779 km�
P�nama
1198 km�
4248 km�
Sh�fa
1455 km�
Taf�a
1628 km�
882 km�
12 190 km�
La population vanuataise �tait estim�e � quelque 220 000 habitants en 2005. Les six �les les plus importantes, soit Esp�ritu Santo, �fat� ou Vat� (1100 km�), Mallicolo ou Malekula (2053 km�), Tanna (1628 km�),
Pentec�te et Ma�wo, regroupent plus de 80 % de la population. Les deux seules villes sont Port-Vila, la capitale, sur l'�le Sh�fa (ou �le Vat�), qui concentre 10 % de la population totale de l'archipel, et Luganville sur l'�le d'Espiritu Santo. La capitale du Vanuatu (env. 40 000 hab.), Port-Vila, donne l'image d'une ville cosmopolite o� se m�lent les cultures europ�ennes, vietnamiennes, chinoises et m�lan�siennes.
Les habitants du Vanuatu sont appel�s officiellement des
ou Vanuatais (en fran�ais). La presque totalit� de la population est
constitu�e de M�lan�siens (97,7 %), mais on y trouve aussi des
(britanniques et fran�ais: 1,1 %), des Asiatiques et diff�rents peuples polyn�siens originaires des autres �les du Pacifique. Les non-M�lan�siens habitent g�n�ralement les deux principaux centres urbains que sont Port-Vila (�le de �fat�) et Lugainville (�le de Esp�ritu Santo). Les habitants de ce petit pays de moins de 200 000 habitants parlent plus d�une centaine de langues diverses et des diff�rences, parfois consid�rables, s'affirment d'une �le � l'autre, mais aussi de village � village. La plus grande particularit� du Vanuatu r�side dans son impressionnante densit� linguistique, l'une des plus fortes de la plan�te. En fait, la Papouasie-Nouvelle-Guin�e, les �les Salomon et le Vanuatu ont en commun le fait de poss�der une multiplicit� de langues, m�lan�siennes pour les �les Salomon et le Vanuatu, m�lan�siennes et papoues pour la Papouasie-Nouvelle-Guin�e. Par ailleurs, au point de vue de la religion, les fid�les des diff�rentes �glises protestantes (58 %) sont plus nombreux que les catholiques (15,2 %) et que les adeptes des religions traditionnelles (7,5 %).
2.1 Les langues autochtones
Rappelons-le, on compte au Vanuatu de 106 � 120 langues,
selon les crit�res retenus pour diff�rencier les langues et les dialectes
dispers�s dans les 90 �les pour moins de 200 000 locuteurs. C'est la plus
forte densit� linguistique du monde, selon la linguiste Claire Moyse. Toutes
les langues autochtones sont parl�es par de tr�s petites communaut�s
linguistiques. D�ailleurs, on ne compte que 12 langues parl�es par plus de
2000 locuteurs, le chiffre maximal de 3000 locuteurs par langue n'�tant atteint
que par trois d'entre elles. Sauf quelques exceptions, les langues parl�es au
Vanuatu appartiennent au groupe m�lan�sien de la famille austron�sienne. La
population est partag�e entre 110 langues
m�lan�siennes, trois langues
polyn�siennes (wallisien, tahitien et tongien), ainsi qu�une langue
sino-tib�taine (chinois hakka) et une langue de la famille
austro-asiatique (le vietnamien) provenant de l�immigration.
Plusieurs des langues m�lan�siennes ne comptent plus que quelques locuteurs et
certaines d�entre elles semblent inexorablement condamn�es � dispara�tre. 2.2 Le bichlamar
Pour communiquer efficacement entre eux, les Vanuatais utilisent le bichlamar
(appel� aussi pidgin bislama). Cette langue tire son origine du
pidgin-english parl� dans toutes les mers du Pacifique-Sud au XIXe
si�cle. En
r�alit�, le bichlamar est un pidgin d�riv� de l�anglais et form� �
partir de 1860. On estime qu'entre 80 % � 90 % du vocabulaire serait d�origine anglaise, 4 %
d�origine m�lan�sienne, et 3 % seulement d�origine fran�aise. Au XIXe si�cle, les marchands portugais recherchaient des p�cheurs n�o-h�bridais pour captuter des �biches de mer� (en fran�ais moderne: des holothuries) qu'on appelait alors en portugais bicho do mar (�b�te de mer�), d'o� le nom bislama utilis� pour d�signer la langue parl�e entre les marchands et les p�cheurs (ou plongeurs). Il semble que le terme portugais bicho do mar ait �t� de loin pr�f�r� aux termes anglais sea-slug (�limace de mer�), sea-cucumber (�concombre de mer�) ou holothurian (�holothurie�). Les Fran�ais, pour leur part, ne connaissaient que les mots cocombre de mer et holothurie. Les holothuries, une fois s�ch�es, servaient de condiments dans de nombreux mets chinois, surtout depuis l'expansion du commerce entre la Chine et les �les du Pacifique-Sud. C'est en 1885 que le premier Fran�ais � associer le bichlamar � une langue fut �H. Le Chatrier qui mentionnait que les langues communes dans l'archipel �taient l'anglais, le fran�ais et �le canaque appel� le bichelamar�. D'autres mentionnaient plut�t �le patois b�che-de-mer� et en anglais le �beach-la-mar�. � l'origine, le bichlamar servait d�idiome de communication par excellence entre les nombreux groupes
linguistiques du pays et des �les de la r�gion environnante. Le bichlamar, aujourd'hui pass� au stade du cr�ole,
s'est m�me transform� en symbole de la �m�lan�sianit�
locale� et concurrence directement les langues m�lan�siennes de l�archipel.
On assiste de plus en plus � la pidginisation des langues locales, lesquelles
perdent progressivement des parties importantes de leur vocabulaire respectif au
profit du bichlamar. Du fait que le bichlamar puise de plus en plus dans la langue anglaise pour trouver les mots qu'il lui manque, il sert � favoriser l'apprentissage et l'expansion de l'anglais. De cette fa�on, il s'�loigne de son objectif d'origine, celui de servir de langue v�hiculaire entre les communaut�s vanuataises. C'est pourquoi on parle d'un certain d�clin du bichlamar parce qu'il s'apparente de plus en plus � l'anglais.
Voici un petit texte tir� de la Bible (saint Luc 2, 6-7), qui t�moigne que le bichlamar, malgr� ses similitudes avec l'anglais, demeure n�anmoins une langue distincte: �Tufala i stap yet long Betlehem, nao i kam kasem stret taem blong Meri i bonem pikinini. Nao hem i bonem fasbon pikinin blong hem we hem i boe. Hem i kavremapgud long kaliko, nao i putum hem i slip long wan bokis we oltaim ol man oli stap putum gras long hem, blong ol anamol oli kakae. Tufala i mekem olsem, from we long hotel, i no gat ples blong tufala i stap.� - Luk 2:6-7.
En fran�ais, le texte est le suivant; �Pendant qu'ils �taient l�, le temps o� Marue devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils premier-n�. Elle l'emmaillota, et le coucha dans une cr�che, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'h�tellerie� (Luc 2,6-7).
3.2 Les langues m�tropolitaines: fran�ais et anglais
Le fran�ais et l'anglais ont maintenu leur statut de langues co-officielles de
l'�tat, mais seule une tr�s faible minorit� d'individus utilise le fran�ais
ou l'anglais comme langue maternelle. Il s'agit essentiellement de Fran�ais ou
de Britanniques qui sont demeur�s au Vanuatu apr�s l'ind�pendance (environ
1000 par communaut�). Encore plus rares sont ceux qui peuvent pr�tendre �tre
bilingues fran�ais-anglais. Aussi, peut-on dire que le bilinguisme
fran�ais-anglais au Vanuatu n'est r�serv� qu'aux institutions.
Au plan strictement administratif, on peut rattacher approximativement 60 % de la population vanuataise � la communaut� anglophone et environ 40 % � la communaut� francophone, c�est-�-dire � l'Administration fran�aise ou � l�Administration
anglaise. Du point de vue sociolinguistique, la situation n'est cependant pas
aussi claire, du fait qu'avant 1965, on avait laiss� le soin de l'�ducation
aux mains des communaut�s religieuses et que le nombre de pasteurs anglophones
�tait beaucoup plus �lev� que celui des pr�tres fran�ais. Cette situation
semble avoir produit un rapport de l'ordre de trois contre un en faveur de
l'anglais quant � l'influence exerc�e et � l'enseignement dispens� pour
cette p�riode. C�est pourquoi, aujourd�hui, on estime que l'anglais est
parl� �techniquement� par les deux tiers de la population et le
fran�ais, en principe, par l�autre tiers. Historiquement, les francophones sont concentr�s essentiellement dans les �les du Nord, d'Espiritu-Santo et de Mallicolo (voir la carte de l'archipel). 3 Donn�es historiques
L'archipel de Vanuatu est habit� par les M�lan�siens depuis plusieurs
mill�naires. En 1606, l'explorateur portugais Pedro de Queir�s d�couvrit
l'�le d'Espiritu Santo. L'archipel fut red�couvert en 1768 par le c�l�bre
navigateur fran�ais Louis-Antoine de Bougainville qui le nomma
Cyclades du Sud. En 1773, le navigateur britannique James Cook lui donna le
nom de New Hebrides (ou Nouvelles-H�brides) en souvenir des �les Hebrides dans son �cosse natale. La plupart des �les conserv�rent le nom donn� � cette �poque: Tanna, Erromango, Ambrym, etc. Les premiers missionnaires presbyt�riens (britanniques) arriv�rent au Vanuatu en 1839, suivis en 1860 par les anglicans et, en 1887, par les catholiques fran�ais; ces communaut�s religieuses entr�rent aussit�t en rivalit�. Des colons britanniques venus d'Australie et des colons fran�ais de la Nouvelle-Cal�donie commenc�rent � s'y
�tablir d�s 1854
au d�triment des autochtones, ce qui provoqua des r�voltes chez ces derniers
suivies de sanglantes r�pressions de la part des Europ�ens (Fran�ais et Britanniques). Les infections apport�es par les navires � chol�ra, petite v�role, grippe, pneumonie, fi�vre jaune, dysenterie � provoqu�rent des �pid�mies dans la population, ce qui aurait fait passer leur nombre suppos�ment de moins d'un million au d�but du XIXe si�cle � quelque 650 000 en 1870 et, vingt ans plus tard, � 100 000, pour atteindre 41 000 habitants en 1935; les �les d'Anatom et d'Erromango ne conserv�rent que 5 % de leur population d'origine. En 1882, John Higginson, un sp�culateur terrien fran�ais d'origine irlandaise, fonda la Compagnie cal�donienne des Nouvelles-H�brides (CCNH). Il acquit plus de 20 % des terres exploit�es par les Britanniques et les chefs locaux. En 1894, rebaptis�e Soci�t� fran�aise des Nouvelles-H�brides (SFNH), la Compagnie poss�dait 55 % des terres cultivables du Vanuatu.
Tout au cours de cette p�riode, les colons fran�ais se m�fi�rent des missionnaires presbyt�riens qui, pour leur part, les faisaient passer aupr�s de leurs convertis pour les �repr�sentants du diable�. Partag�s entre les deux pouvoirs, les M�lan�siens choisissent l'un ou l'autre et se prononcent la plupart du temps en choisissant soit le syst�me d'enseignement francophone soit le syst�me anglophone. Les rivalit�s s'accentu�rent entre les Fran�ais et les Britanniques. Quant aux M�lan�siens, partag�s entre les deux communaut�s, ils opt�rent pour l'un ou pour l'autre camp; ils se pronon�aient g�n�ralement en choisissant un syst�me d'enseignement francophone (catholique) ou anglophone (protestant). 3.1 Le condominium franco-britannique
Pour �viter les risques d'affrontement entre les deux communaut�s, la France et la Grande-Bretagne proclam�rent, en 1878, la neutralit� de l'archipel des Nouvelles-H�brides, puis institu�rent en 1887 une convention navale mixte. Ce fut la loi du 30 juillet 1901 qui officialisa le statut du condominium sur les Nouvelles-H�brides. D'une part, la Grande-Bretagne s'appuyait sur le statut de ses colonies voisines (l'Australie, les �les
Fidji et les �les Salomon) pour exercer son autorit�, d'autre part, la France affirmait sa pr�sence en raison de la Nouvelle-Cal�donie. Par la Convention de Londres (1906), les deux puissances d�cid�rent d'�tablir un r�gime de condominium (appel� �condominium franco-britannique�) qui fut pr�cis� par un protocole en 1914 (officiellement ratifi� en 1923), au terme duquel chaque pays avait autorit� sur ses ressortissants, et tous deux, conjointement, sur la population autochtone. Ces accords �tablissent une influence �gale entre les deux pouvoirs coloniaux, sans souverainet� exclusive. Dans le Protocole entre la Grande-Bretagne et la France concernant les Nouvelles H�brides (Protocol between Great Britain and France Respecting the New Hebrides) de 1906, l'article 18 �non�ait ainsi les langues officielles: Article 18
Les langues officiellement usit�es devant le Tribunal mixte seront la langue fran�aise et la langue anglaise. Les d�bats seront interpr�t�s et la r�daction des jugements devra �tre faite dans les deux langues lorsque le proc�s aura lieu entre ressortissants fran�ais et britanniques. Il en sera de m�me lorsqu'il s'agira, quelles que soient les parties, d'un litige immobilier ou d'une requ�te � fin d'immatriculation. Les registres du greffe devront �tre tenus dans les deux langues
� cette �poque la population totale �tait d'environ 65 000 M�lan�siens, 2000 Fran�ais et 1000 Britanniques. Fran�ais et Britanniques disposaient de droits �gaux, mais les autochtones n'avaient aucun �tat � eux et restaient subordonn�s aux coloniaux. Chacune des deux grandes communaut�s b�n�ficiait de ses services propres; par exemple, il existait deux polices, deux services de sant�, deux r�gimes �ducatifs, deux syst�mes judiciaires, deux syst�mes p�nitentiaires, deux monnaies, etc. Au moment de la cr�ation du condominium en 1906, la population totale �tait d'environ 2000 Fran�ais, 1000 Britanniques et 65 000 insulaires.
Ce fut l'�poque o� le bichlamar connut sa plus grande vitalit� parce qu'il constituait une sorte de �lien fondateur� chez les diff�rentes communaut�s. Il �tait surtout parl� par les autochtones illettr�s et analphab�tes, mais il s'est enrichi par des apports linguistiques locaux, surtout par la langue anglaise. N'oublions pas que tout l'archipel comptait une bonne centaine de langues, ce qui ne pouvait que causer des difficult�s de communication. C'est purquoi les populations ont eu recours au pidgin-english. � cette �poque, le pidgin-english �tait parl� et compris dans la plupart des �les m�lan�siennes, que ce soit aux Nouvelles-H�brides comme aux �les Fidji, en Papouasie-Nouvelle-Guin�e, aux �les Salomon ou en Nouvelle-Cal�donie. Encore aujourd'hui, ce pidgin-english est parl� au Vanuatu, en Papouasie-Nouvelle-Guin�e et dans les �les Salomon. Au Vanauatu, il s'est appel� �bichlamar�. Finalement, il en est r�sult� deux �tats dans le pays. Dans l'administration publique, la
fran�aise ne fonctionnait qu'en fran�ais et la
qu'en anglais, avec des droits de r�sidence et de commerce �gaux pour les
sujets fran�ais et britanniques. Pour l'enseignement, les M�lan�siens du
Vanuatu ont d� �subir� deux syst�mes s�par�s: l'un contr�l� par la
France, l'autre par la Grande-Bretagne. Pour la plupart des habitants de l'archipel,
la connaissance de �l'autre langue� est toujours demeur�e sans int�r�t. Le condominium, tout en �vitant le partage g�ographique de l'archipel, laissait surtout une grande sph�re d'autonomie et de libert� � la population m�lan�sienne qui put ainsi conserver sa culture propre. N�anmoins, la rivalit� franco-britannique s'est perp�tu�e
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les �tats-Unis �tablirent une
grande base a�ronavale sur l��le de Espiritu Santo. D�s lors, l'archipel
devint une base alli�e essentielle dans la lutte contre le Japon. Le pays connut alors une br�ve p�riode de prosp�rit�. Au cours des ann�es soixante, un mouvement autochtone � le Nagriamel � revendiqua les terres sur lesquelles voulaient s'�tendre les colons europ�ens d�j� install�s. Par la suite, les Nouvelles-H�brides b�n�fici�rent d'institutions telles que le Conseil consultatif en 1957, qui m�neront � l'autonomie en 1975. Une p�tition fut d�pos�e aux Nations unies en 1971 par le leader du mouvement, Jimmy Stevens, revendiquant l'ind�pendance du pays. La m�me ann�e, le pasteur Walter Lini (1942-1999) fonda le Parti national des Nouvelles-H�brides, qui devint plus tard le Vanuaaku Pati, un mouvement essentiellement anglophone. D�s lors, le d�saccord entre les anglophones (majoritaires) et les francophones (minoritaires) s'accrut, mais une tr�ve permit l'adoption d'un projet de Constitution en septembre 1979. En novembre de la m�me ann�e, les �lections furent remport�es par le parti anglophone de Walter Lini, qui devint premier ministre. Les francophones des �les Esp�ritu Santo et Tanna tent�rent alors de faire s�cession (sous la conduite de l'anglophone Jimmy Steevens). Un contingent franco-britannique intervint pour r�duire cette tentative de s�cession. Par la suite, l'attitude du gouvernement de Vanuatu resta toujours m�fiante par rapport aux influences fran�aises; cette m�fiance s'amplifia � la suite des conflits qui eurent lieu en Nouvelle-Cal�donie. 3.2 L'ind�pendance
L'ind�pendance fut proclam�e le 30 juillet 1980, les Nouvelles-H�brides devenant officiellement la r�publique de Vanuatu. Le pays fut aussit�t plac� sous les feux de l'actualit� internationale en raison de la grave crise politique qui r�sultait du d�saccord entre la majorit� anglophone et la minorit� francophone. De nombreux francophones d�cid�rent de fuir en Nouvelle-Cal�donie o� ils pouvaient continuer de vivre en fran�ais. Au moment de l'ind�pendance, le pays ne comptait que 32 �coles priv�es en fran�ais (pour 126 classes) et 40 �coles publiques (pour 123 classes). Ce nombre d'�coles fran�aise �tait largement inf�rieurs � celui des �coles anglaises o� il existait une certaine prise en charge des �coles par les parents d'�l�ves.
Aussit�t apr�s l'ind�pendance, en septembre 1980, une r�volte s�cessionniste venant des francophones des
�les Esp�ritu Santo et Tanna fut m�t�e sans m�nagement avec l'aide de l'arm�e de la Papouasie-Nouvelle-Guin�e appuy�e par la logistique de l'Australie. Ce malheureux �pisode de l'histoire du pays fit appara�tre les francophones comme des �tra�tres� � l'�gard de leur pays, tandis que l'image de la France fut grandement ternie parce qu'elle avait promis des armes. Par la suite, les relations entre le Vanuatu et la France demeur�rent tr�s tendues. Le nouvel �tat, voulant marquer son ind�pendance, a m�me chass� deux ambassadeurs fran�ais. La grande majorit� des ressortissants fran�ais quitt�rent le Vanuatu, re�urent des compensations de la part du gouvernement fran�ais pour la perte de leurs terres, qui revinrent toutes aux M�lan�siens. Par la suite, toute la vie politique de Vanuatu resta marqu�e par l'opposition entre anglophones et francophones. La Vanuatu a adh�r� � la Francophonie en d�cembre 1979 tout en demeurant membre du Commonwealth.
L'anglophone Georges Ati Sokomanu fut �lu pr�sident de la R�publique. En 1983, Vanuaaku Party (en anglais remporta les �lections. En 1987, Walter Lini, le chef du Vanuaaku Party, remporta les �lections. �tant donn� que les fonctionnaires locaux �taient majoritairement de langue anglaise, la plupart des documents ne furent r�dig�s qu'en anglais. M�me le mot �Vanuatu� devint un objet de controverse, car les francophones souhait�rent en vain l'orthographe �Vanouatou�. En janvier 1989, l'ancien d�chu et emprisonn�; l'anglophone Karlomnana Timakata fut �lu � son poste. En septembre 1991, Walter Lini dut se retirer pour �tre remplac� par un autre anglophone, mais en d�cembre le parti francophone remporta les �lections et le francophone Maxime Carlot Korman devint premier ministre. En 1994, le francophone Jean-Marc Ley� fut �lu pr�sident de la R�publique. La victoire de l�UMP (Union des partis mod�r�s) aux �lections de 1995 vit pour la premi�re fois l�arriv�e � la t�te du gouvernement du francophone Serge Vohor. En mars 1999, John Bani, un anglophone, fut �lu � la t�te de l'�tat. Depuis novembre 1999, un gouvernement de coalition de cinq partis a �t� mis en place, mais ce gouvernement semble fragile, les partis qui le composent ayant des int�r�ts divergents et le premier ministre n'est pas le chef du parti le plus important de la coalition. Bref, durant une longue d�cennie, la classe politique a �t� anglophone avec le r�sultat que les francophones ont �t� rel�gu�s � l�arri�re-plan. Ainsi, le recensement de 2003 r�v�lait que le nombre d'enfants inscrits dans les �coles de langue fran�aise et dans celles des �coles de langue anglaise s'est consid�rablement modifi�. Alors que les francophones et les anglophones se partageaient les �coles dans environ 50 %, l'�galit� est disparue au profit des anglophones qui comptent 70 % des �l�ves, contre 28 % pour les �coles fran�aises. Dans ces conditions, la vie politique reste encore marqu�e par l'opposition entre les deux �communaut�s� linguistiques. Dans le but de d�nouer l'impasse, le gouvernement a pr�sent� en 2005 un projet de loi cr�ant le Conseil national des langues de Vanuatu (''Vanuatu National Language Council''). La m�me ann�e, le gouvernement pr�sentait aussi un projet de Politique linguistique nationale. Les projets sont encore � l'�tude.
Depuis son accession � l�ind�pendance, on ne peut pas dire que le Vanuatu
a �tabli une r�elle politique linguistique en faveur des langues locales.
Sous pr�texte que le pays est relativement pauvre, les responsables politiques
ont jusqu�ici mis l�accent sur les priorit�s �conomiques, les questions
linguistiques �tant laiss�es pour compte. Le Vanuatu n'a m�me jamais adopt�
de v�ritable l�gislation en mati�re linguistique. Cependant, il existe quelques textes juridiques comptant des dispositions linguistiques, que ce soit dans la Constitution ou dans des lois ordinaires portant sur le mariage, l'�ducation, les permis de conduire, les commissions d'enqu�te, les services publics, le code criminel, l'interpr�tation des lois, etc.
Selon l'article 3 de la
Constitution, le Vanuatu est un �tat officiellement
1) The national language of the Republic of Vanuatu is Bislama. The official languages are Bislama, English and French. The principal languages of education are English and French.
2) The Republic of Vanuatu shall protect the different local languages which are part of the national heritage, and may declare one of them as a national language.
Langue nationale et langues officielles 1) La langue v�hiculaire nationale de la R�publique est le bichlamar. Les langues officielles sont l'anglais, le bichlamar, le fran�ais. Les langues principales d'�ducation sont l'anglais et le fran�ais. 2) La R�publique prot�ge les diff�rentes langues locales qui font partie de l'h�ritage national, et peut d�clarer l'une d'elles langue nationale.
Dans son projet de Politique linguistique nationale, pr�sent� pour la premi�re fois au public � la IIe Conf�rence sur la langue nationale tenue au campus Emalus de l'Universit� du Pacifique-Sud et financ� par l'UNESCO, le gouvernement innove en explicitant par �crit le trilinguisme du pays. Cette
politique est fond�e sur des principes promulgu�s dans la Constitution nationale, mais �galement promouvoir le multilinguisme au rang d�actif national, promouvoir l��galit� des chances d�acc�s � toute langue officielle et promouvoir l�acc�s de tout citoyen aux chances d�apprendre les langues. De plus, les langues locales ou indig�nes restent les langues maternelles de nombreux enfants; c'est pourquoi elles doivent �tre promues pour �tre parl�es par des g�n�rations � venir. Le Vanuatu a l�obligation d�utiliser, d��crire et de promouvoir et prot�ger les langues indig�nes. Enfin, le projet de politique encourage l�apprentissage des langues �immigrantes�, les langues autres que les deux langues principales de l��ducation ou le bichlamar, ou les langues indig�nes.
4.1 Les langues de la l�gislature
En principe, les trois langues officielles sont admises au Parlement et, dans l'interpr�tation d'un texte l�gislatif, toutes ses versions dans les langues officielles du Vanuatu font �galement foi (art.17 de la Loi sur l'interpr�tation): Section 17
Authentic version (1) In construing an enactment, all its versions in the official languages of Vanuatu shall be equally authentic.
(1) Dans l'interpr�tation d'un texte l�gislatif, toutes ses versions dans les langues officielles du Vanuatu font �galement foi.
(2) Lorsqu'il existe une diff�rence entre deux ou plusieurs versions d'un texte l�gislatif, la pr�f�rence sera accord�e dans l'interpr�tation du texte � la version qui, selon le sens le plus fid�le, assure le mieux la r�alisation des objectifs selon l'intention et le sens du texte. (3) Dans le pr�sent article: �texte l�gislatif� d�signe toute disposition dans une loi du Parlement ou un arr�t�, un r�glement, une ordonnance, un avis, une proclamation ou un autre instrument juridique adopt� ou �mis sous l'autorit� d'une loi du Parlement;
�version� d�signe une version publi�e par ou sous l'autorit� du gouvernement ou de toute autorit� publique du Vanuatu.
Comme l'indique le paragraphe 2, s'il existe une diff�rence entre deux ou plusieurs versions d'un texte l�gislatif, la pr�f�rence sera accord�e dans l'interpr�tation du texte � la version qui, selon le sens le plus fid�le, assure le mieux la r�alisation des objectifs selon l'intention et le sens du texte. Dans les faits, l'anglais correspond � la �langue officielle �crite�,
c'est-�-dire celle des lois, des d�crets, des r�glements, des notes de
service, des formulaires administratifs, etc. Autrement dit, tous les documents officiels (lois, r�glements, formulaires, etc.) sont d'abord r�dig�s en anglais, puis traduits plus ou moins rapidement en fran�ais. On assiste ainsi � une v�ritable triglossie: les lois
sont discut�es en bichlamar, promulgu�es en anglais et traduites en fran�ais. De plus, les lois ne sont pas toutes traduites en fran�ais et les services de traduction simultan�e pr�vus n'ont jamais �t� mis en oeuvre, faute d'argent. L'anglais est aussi pr�pond�rant
au plan de l'affichage et conserve l'exclusivit� dans les m�dias tant �crits
qu'�lectroniques. Bref, bien que plac� sur un pied d'�galit� avec l'anglais dans la Constitution,
le fran�ais n'occupe qu'une place tr�s restreinte: celle de �langue
officielle traduite�. 4.2 Les langues de la justice
Dans le domaine de la justice, l'anglais, le fran�ais et le bichlamar sont les trois langues officielles. Cependant, ces langues ne sont pas �quivalentes dans la pratique. Le
Code de proc�dure criminelle de 1981 donne une certaine id�e du statut r�el des langues. Tout accus� ou t�moin a le droit d'obtenir les services d'un interpr�te s'il ne comprend pas la langue utilis�e au tribunal. C'est au juge de d�cider de recourir aux services d'un interpr�te asserment�, dans la mesure o� il ne conna�t pas suffisamment la langue d'un accus� ou d'un t�moin (par. 4): Section 121
Interpr�tation d'un t�moignage de la part d'un accus� ou de son avocat (1) Chaque fois qu'un t�moignage est donn� dans une langue qui n'est pas comprise par l'accus� et qu'il est physiquement pr�sent, il doit recevoir une traduction du tribunal dans une langue qu'il comprend. (2) S'il appara�t de la part de l'avocat que le t�moignage est rendu dans une autre langue que l'anglais ou le fran�ais et qu'il n'est pas compris par celui-ci, il doit recevoir une traduction en anglais ou en fran�ais selon le cas.
(3) Lorsque les documents sont d�pos�s comme preuve formelle, il rel�ve de la discr�tion du pr�sident du tribunal de les faire traduire si cela lui para�t n�cessaire. (4) Lorsque le pr�sident du tribunal est convaincu qu'il conna�t suffisamment l'anglais, le fran�ais ou le bichlamar, il peut, sans avoir recours � un interpr�te asserment�, entreprendre une traduction pr�vue en vertu du pr�sent article ou qui peut �tre n�cessaire � un proc�s � partir d'une ou d'autres langues mentionn�es qu'il conna�t. Il y a aussi la Loi sur les tribunaux insulaires de 1983 dans laquelle il est pr�cis� que le bichlamar est la langue normale des tribunaux insulaires. Si un accus� ou un t�moin ignore cette langue, la cour peut ordonner une traduction dans une langue comprise par l'accus� ou le t�moin:
Island Courts Act, 1983 [Chap. 167] Order 4
Miscellaneous Provisions Section 4
Language and Interpretation (1) The language of every court shall be Bislama, and if in any cause or matter the court considers that any party thereto or any witness giving evidence therein is incapable of sufficiently understanding Bislama, the court shall appoint a fit and proper person to interpret the same.
Evidence to be taken in presence of accused and to be interpreted if necessary (1) Except as otherwise expressly provided, all evidence taken in any trial shall be taken in the presence of the accused.
Loi sur les tribunaux insulaires de 1983 [chap. 167] Ordonnance 4
Langue et traduction (1) La langue de chacun des tribunaux est le bichlamar et, si dans une cause ou une affaire la cour consid�re qu'une partie ou un t�moin produit une d�position alors qu'il est incapable de comprendre suffisamment le bichlamar, la cour d�signe une personne appropri�e et ad�quate pour traduire ses propos. (2) Le greffier peut s'il conna�t la langue de la partie ou du t�moin traduire la proc�dure si c'est n�cessaire.
(3) Lorsque le greffier ou un employ� agit comme interpr�te tel qu'il est susmentionn�, aucune r�mun�ration ne doit �tre pay�e pour le respect de la traduction, mais si quelqu'un d'autre qu'un greffier ou un employ� sert d'interpr�te, cette personne aura droit au paiement d'honoraires prescrits pour la r�mun�ration de ses services.
(4) Les honoraires prescrits pour la traduction doivent �tre assum�s en premier lieu par le demandeur.
(5) Avant la traduction � toute audience de la cour, l'interpr�te pr�tera serment ou prononcera la formule suivante:
Je jure par Dieu tout-puissant (ou sinc�rement et solennellement, je d�clare et j'affirme) que je ferai de mon mieux pour interpr�ter et expliquer vraiment � la cour et au t�moin les propos tels que je devrai interpr�ter et expliquer. Que Dieu me vienne en aide.
T�moignage rapport� en pr�sence de l'accus� et devant �tre traduit si n�cessaire (1) Sauf dispositions contraires express�ment pr�vues, tout le t�moignage rapport� au cours d'un proc�s doit l'�tre en pr�sence de l'accus�.
(2) La langue de la cour est le bichlamar et, chaque fois qu'un t�moignage est apport� dans une langue que l'accus� ne comprend pas,
celui-ci doit recevoir une traduction du tribunal dans une langue qu'il comprend.
En fait, l'anglais r�gne en ma�tre au plan des
communications �crites, mais les proc�s se d�roulent aussi souvent en
fran�ais qu'en anglais ou en bichlamar, ce qui n'emp�che pas les juges de
toujours prononcer leurs sentences uniquement en anglais.
4.3 Les langues des services gouvernementaux
Dans les faits, la place du bichlamar �quivaut au statut de �langue
officielle parl�e�, que ce soit au conseil des ministres,
dans les minist�res, dans l'administration, sur la place publique, etc. Afin
d'�tre compris des masses �anglophones� et �francophones�, les ministres
font leur discours en bichlamar. N�anmoins, priv� d'une orthographe
normalis�e et codifi�e, et exclu de l'�cole, le bichlamar joue un r�le
subalterne et reste confin� � la communication orale.
gouvernementaux, la Constitution pr�voit (art.
64, par. 1) que ceux-ci doivent �tre assur�s dans n'importe laquelle des
Article 64Right of a citizen to services in own language
1) A citizen of Vanuatu may obtain, in the official language that he uses, the services which he may rightfully expect from the administration of the Republic of Vanuatu.
Droit du citoyen aux services dans sa langue
Tout citoyen de Vanuatu peut obtenir, dans celle des langues officielles
qu'il pratique, les services qu'il est en droit d'attendre de l'administration
Les services sont effectivement partout assur�s en anglais et en bichlamar,
puis �ventuellement en fran�ais dans les zones o� r�sident les �francophones�. Dans l'ensemble de l'administration publique, les langues de travail sont l�anglais �crit et le bichlamar � l'oral. Dans la gestion interne de l'administration, la langue
fran�aise demeure peu pr�sente entre les fonctionnaires. Seuls les minist�res
de l'�ducation et des Finances garantissent des services en fran�ais.
L'un des rares textes l�gislatifs � traiter de la langue dans l'Administration est la
Loi sur les services publics de 1981. L'article 18 �nonce que toute d�position devant le Conseil disciplinaire de service public peut �tre pr�sent�e en fran�ais, en anglais et en bichlamar. Section 18Manner of recording evidence before the Board
Modalit�s pour consigner un t�moignage devant le Conseil
(1) Dans toute audition devant le Conseil, la d�position des t�moins est enregistr�e de la fa�on suivante:
(a) La d�position de chaque t�moin est consign�e par �crit en anglais, en fran�ais ou en bichlamar par le pr�sident ou en sa pr�sence, et entendue sous sa direction et supervision personnelle et sign�e par le pr�sident pour faire partie du dossier;
L'article 6 de la Loi sur les commissions d'enqu�te de 1974 pr�voit que les d�lib�rations de la Commission sont effectu�es en bichlamar, en anglais ou en fran�ais, avec au besoin interpr�tes qualifi�s, et que le compte rendu des d�lib�rations et le rapport des commissaires doivent �tre r�dig�s en bichlamar, en anglais et en fran�ais:
(1) Les Commissaires peuvent adopter des r�glements, compatibles avec les conditions de leur commission, pour la conduite de la proc�dure devant eux, les dates et lieux de leurs r�unions et leur ajournement, comme ils l'estiment appropri�.
(2) La d�lib�rations de la Commission sont effectu�es en bichlamar, en anglais ou en fran�ais, tel qu'il en sera d�cid� le ou les pr�sident, et l� o� ce sera r�alisable des interpr�tes d�ment qualifi�s dans chaque langue concern�e seront employ�s. Le compte rendu des d�lib�rations et le rapport des commissaires doivent �tre r�dig�s en bichlamar, en anglais et en fran�ais.
La Loi sur le mariage de 1971 pr�cise qu'un avis �crit doit �tre affich� de fa�on visible dans un endroit � l'int�rieur ou � l'ext�rieur des �glises dans l'une des langues officielles et, si n�cessaire, dans une langue comprise par les parties. Enfin, dans les Lois consolid�es (chap. 9, art. 3), il est pr�vu que, pour obtenir un permis de conduire, il faut �une connaissance ordinaire de l'anglais, du fran�ais ou du bichlamar� (�a knowledge of simple English, French or Bislama�). De fa�on g�n�rale, le fran�ais est une �langue de traduction� dans les rouages administratifs, et la version fran�aise des textes peut arriver avec beaucoup de retard. 4.4 Les langues des m�dias
Dans les m�dias, la situation pr�sente un ensemble assez disparate. S'il existe des journaux quotidiens priv�s uniquement en anglais (Vanuatu Daily Post) ou en bichlamar (Tam Tam), la presse unilingue francophone est inexistante; toutefois, on compte quelques journaux en fran�ais sur une base hebdomadaire (Vanuatu hebdomadaire) et mensuelle, la dur�e de vie des titres �tant tr�s variable. Au Vanuatu, la presse est souvent trilingue (anglais, fran�ais et bichlamar): le
Vanuatu Weekly et Port Vila Presse, mais il faut comprendre que les articles en fran�ais et en bichlamar sont en r�alit� des traductions de l'anglais.
Le Vanuatu ne poss�de qu'une seule corporation nationale qui offre les services de radio et de t�l�vision: la Soci�t� de Radiodifusion et de T�l�vision du Vanuatu (SRTV). Elle op�re, en trois langues, une station de t�l�vision (Television Blong Vanuatu, TBV) et trois stations de radio. Toutefois, plus de 70 % des �missions radiophoniques de la SRTV sont en bichlamar. On peut aussi capter les ondes de BBC, ABC Radio, Radio-France et Radio-Noum�a (Nouvelle-Cal�donie) sur les ondes de radio FM. Par ailleurs, la t�l�vision n'occupe pas une grande place au Vanuatu. La minorit� des Vanuatais (Ni-Vanuatu) qui poss�dent un appareil �coute surtout les nouvelles quotidiennes offertes en fran�ais, anglais et bichlamar. Depuis quelques ann�es, le bouquet fran�ais Canal+ transmis par satellite est accessible sur abonnement au Vanuatu.
5 Les langues de l'enseignement
L'anglais et le fran�ais sont les deux seules langues d'enseignement au
Vanuatu, bien que des cours d'alphab�tisation dans les langues m�lan�siennes soient pr�vus au d�but du primaire. Le fran�ais a gard� ses positions privil�gi�es dans le syst�me
scolaire, du primaire � la fin du secondaire. Selon l'article 6 de la Loi sur l��ducation (no 21) de 2001, les langues principales de l'�ducation sont l�anglais et le fran�ais, et tous les �l�ves, pendant leur �ducation primaire, doivent recevoir leur instruction ou en fran�ais ou en anglais:
Section 6 Language policy
Article 6 Politique linguistique
(1) Conform�ment � l'article 3.1 de la Constitution, les langues principales de l'�ducation sont l'anglais et le fran�ais.
(2) Tous les �l�ves pendant leur �ducation primaire doivent recevoir leur instruction en fran�ais ou en anglais.
(3) Tous les �l�ves qui passent � l'enseignement secondaire doivent poursuivre dans leur premi�re langue d'enseignement (par exemple le fran�ais) et commencer l'�tude de l'autre langue d'enseignement (par exemple l'anglais).
(4) Cependant, rien dans le paragraphe 3 ne doit emp�cher un �l�ve qui a entrepris son instruction primaire dans une langue d'enseignement de poursuivre son instruction secondaire dans l'autre.
(5) Le Ministre, agissant d'apr�s les conseils du directeur g�n�ral, peut selon les directives de ce dernier, d�cider qu'une ou plusieurs mati�res sp�cifi�es dans une �cole ou des �coles donn�es doivent �tre apprises par les �l�ves dans la langue vernaculaire ou en bichlamar. Le paragraphe 5 de cet article �nonce que des mati�res �sp�cifi�es� (non reli�es � la langue) peuvent �tre enseign�es dans une langue vernaculaire ou en bichlamar. Il y a eu des classes-pilotes qui ont tent� l'exp�rience au premier cycle du primaire. Mais l'exp�rience ne s'est pas �tendue tr�s loin en raison des probl�mes de disponibilit� du personnel enseignant et des manuels. Il ne semble pas pr�vu de g�n�raliser l�enseignement dabs les nombreuses langues vernaculaires. De plus, l'article 8 de la Loi sur l'�ducation pr�cise qu'aucun enfant ne peut se voir refuser son admission dans une �cole pour des raisons de sexe, de religion, de nationalit�, de race, de langue ou de handicap physique. Durant les premi�res ann�es de l'ind�pendance, le secteur de l'�ducation a �t� largement domin� par les �lites anglophones. Toutefois, la nette am�lioration des relations avec la France a fait que la langue fran�aise n'est plus ouvertement contest�e. Non seulement, le gouvernement a nomm� un ministre responsable de l'�ducation francophone, mais il a adopt� en 2001 la Loi sur l'�ducation qui confirme le caract�re bilingue de l'�ducation en scindant le syst�me scolaire en deux voies parall�les, l'un sous la direction administrative d'un ministre francophone, l'autre sous celle d'un ministre anglophone. Le choix de la �fili�re francophone� ou de la �fili�re anglophone� appartient aux familles. Il est fr�quent qu'une famille ayant plusieurs enfants les place dans des diff�rentes fili�res. Pour les francophones, la promotion du bilinguisme constitue un �l�ment essentiel pour inverser le processus en cours de marginalisation du fran�ais. L'enseignement de la seconde langue, conform�ment au paragraphe 3, intervient la premi�re ann�e du secondaire (coll�ge); le fran�ais ou l'anglais devient alors langue seconde ou langue �trang�re. Selon le paragraphe 5, le ministre peut, d�s le primaire, introduire le bichlamar (la langue vernaculaire) en cas de difficult�s en plus du fran�ais ou de l'anglais.
Par ailleurs, les Vanuatais semblent avoir peu d'estime pour leur syst�me d'�ducation qu'ils croient �tre �de qualit� moyenne�. Cette situation proviendrait, d'une part, du bas niveau des enseignants, d'autre part, de la p�nurie de manuels et de mat�riels p�dagogiques, sans oublier l'�tat souvent d�labr� des b�timents et de leur peu d'entretien. Au Vanuatu, l'enseignement secondaire, d'une dur�e de deux � trois ann�es, ne touche qu'un nombre limit� de jeunes, soit environ moins de 500 �l�ves. De plus, l'entr�e au secondaire est contr�l� par la r�ussite � un examen qui se pr�sente sous forme d'un concours dont les places sont compt�es. En ce qui a trait aux �tudes sup�rieures, les �tudiants anglophones ont acc�s � l'Universit� de Nouvelle-Z�lande, alors que les francophones se dirigent vers l'Universit� du Pacifique-Sud en Nouvelle-Cal�donie. Des bourses sont accord�es, la plupart du temps par les ambassades d'Australie et de France, les principaux bailleurs de fonds du Vanuatu. Autrement dit, l'enseignement sup�rieur n'existe pas au Vanuatu. Pour l'instant, le fran�ais et l'anglais, seules langues d'enseignement,
servent de crit�res � l'appartenance linguistique et au bilinguisme. La
population vanuataise se divise donc en �francophones� et en �anglophones�,
selon que les individus ont �t� inscrits � l'�cole fran�aise ou � l'�cole
anglaise. Au Vanuatu, est �anglophone� toute personne ayant �t� � l'�cole
anglaise ou qui est membre d'une �glise protestante, ou encore, sympathisante
du Vanuaaku Pati, le parti gouvernemental culturellement anglophile. Le
qualificatif �francophone� s'applique aux individus ayant fr�quent� l'�cole
fran�aise, aux catholiques et aux opposants du Vanuaaku Pati.
Mais l��cole vanuataise actuelle refl�te encore, selon un rapport gouvernemental de septembre 1999,
�l'�ternel conflit qui subsiste politiquement entre les francophones et
les anglophones et ses retomb�es sur l'�ducation nationale�. En effet,
il arrive parfois que des �l�ves d�une �cole doivent, au gr� des
changements de gouvernements, passer successivement, par exemple, du fran�ais �
l'anglais puis de nouveau au fran�ais. Pour r�soudre de tels conflits,
certains tentent de proposer la cr�ation d'�coles bilingues qui pourraient
servir ensuite de projet pilote pour le reste du pays.
6 Le projet de politique linguistique
Au Vanuatu, le bilinguisme institutionnel demeure jusqu'� pr�sent presque symbolique pour un pays bilingue: le
fran�ais ne joue pas le r�le d'une v�ritable langue officielle, r�le tenu
actuellement par l'anglais � l'�crit et par le bichlamar � l'oral. Selon J.-M. Charpentier, tout au plus, le fran�ais partage avec l'anglais le r�le d'une langue de relations internationales :
C'est dans cette optique que les dirigeants le maintiennent comme langue
enseign�e, esp�rant ainsi profiter � la fois des aides accord�es aux pays
membres du Commonwealth et de celles distribu�es par les organismes
francophones. Au Vanuatu, le maintien ou le renoncement � la langue
fran�aise est un choix d'ordre politique et culturel, le fran�ais n'�tant
pas une n�cessit� absolue pour l'�tat en question.
Il suffit d'observer la participation soutenue du Vanuatu aux instances
internationales francophones pour constater que le but des dirigeants politiques
est manifestement de solliciter l'aide financi�re, principalement de la France
et du Canada. La politique du bilinguisme institutionnel du Vanuatu ne vise pas
� prot�ger les �francophones�, mais � tirer profit de leur pr�sence afin
d'obtenir des ressources financi�res et culturelles des autres pays
francophones, cela dans l'espoir d'un meilleur d�veloppement �conomique et
technologique. Ce n'est pas pour rien que la r�publique de Vanuatu
est � la fois membre du Commonwealth et de la Francophonie. N�anmoins, gr�ce � la coop�ration internationale, le gouvernement a pr�sent� en 2005 un projet de
Politique linguistique nationale. Cette politique vise un objectif de plurilinguisme tr�s ambitieux. En effet, la politique propos�e est destin�e � promouvoir le bichlamar comme langue nationale; le bichlamar, l�anglais et le fran�ais comme langues officielles; l�anglais et le fran�ais comme principales langues d��ducation; l'usage de toutes les langues et tous les dialectes indig�nes de Vanuatu; l'apprentissage des langues �immigrantes� (autres que le bichlamar, l�anglais et le fran�ais et les langues indig�nes) qui sont parl�es au Vanuatu, comme le mandarin, le japonais, etc. Voil� beaucoup d'objectifs pour un pays de 200 000 habitants, comptant une centaine de langues, avec des moyens financiers limit�s. En 2010, le gouvernement d�cidait de proposer des solutions d�unification du syst�me d'�ducation afin d�offrir aux �l�ves une �cole plurilingue. Les programmes doivent tenir compte � la fois des particularit�s culturelles sp�cifiques � chaque grande communaut� linguistique et des �l�ments communs � ces deux communaut�s. L'anglais et le fran�ais resteraient les principales langues d�enseignement � tous, mais les langues vernaculaires seraient aussi valoris�es, car elles sont �porteuses de la culture, des valeurs et des traditions ancestrales�. Bref, le Vanuatu n'a pas r�ussi en trente ans d'ind�pendance � rendre ses trois langues officielles � �galit� de statut. De l� � promouvoir � la fois les autres langues vernaculaires et les langues immigrantes, le projet n'appara�t pas tr�s r�aliste, sauf s'il s'agit de simples d�clarations de principe � l'�gard de ces m�mes langues. L'exp�rience des autres pays d�montre que vouloir favoriser un plurilinguisme trop ambitieux revient en d�finitive � noyer le poisson dans l'eau et � favoriser la langue la plus forte, en l'occurrence l'anglais. Une telle attitude �quivaut � ne pas faire de choix.
Le Vanuatu pratique une politique de bilinguisme institutionnel un peu bancal. Dans la pratique, c'est
l'�quivalent du statut juridique diff�renci� ou inf�riorisant qui pr�vaut, et ce, aux d�pens du fran�ais et � l'avantage de l'anglais.
Cette forme de bilinguisme aboutit n�cessairement � une forme de discrimination
linguistique. Le bilinguisme vanuatais d�coule des vicissitudes de l'histoire. Les rivalit�s commenc�es lors de la colonisation entre fran�ais et Britanniques se sont perp�tu�es et n'ont jamais cess�. Depuis l'ind�pendance, les �francophones� ont perdu beaucoup de pouvoir parce qu'ils sont minoritaires et �galement parce qu'ils n'ont � peu pr�s jamais contr�l� le pouvoir politique. Depuis 1991, la classe politique dite francophone s�affirme
davantage, mais les rivalit�s demeurent. Forc�ment, le bilinguisme institutionnel en souffre. Mais des espoirs d'am�lioration subsistent, notamment gr�ce � la coop�ration internationale. Le projet Politique linguistique nationale d�pos� en 2005 pourrait �tre un pas en ce sens, mais il appara�t peu r�aliste � vouloir promouvoir � la fois tous les langues vernaculaires et immigrantes. Derni�re mise � jour: 21 f�vr. 2013
CHARPENTIER, Jean-Michel. �La francophonie en M�lan�sie,
extension et avenir�, dans Anthropologie et soci�t�s, vol. 6, no
2, Qu�bec, D�partement d'anthropologie de l'Universit� Laval, 1982, p. 107-126.
D�L�GATION DU GROUPE S�NATORIAL FRANCE-VANUATU - �LES DU PACIFIQUE. Le Vanuatu: survivance de la francophonie dans un archipel du Pacifique-Sud, Paris, S�nat, Compte rendu de la mission effectu�e au Vanuatu et en Nouvelle-Cal�donie, 9 au 19 septembre 2000. GAUTHIER, Fran�ois, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et
de la langue fran�aise, 1993, 131 p. LECLERC, Jacques. Langue et soci�t�, Laval, Mondia �diteur,
coll. "Synth�se", 1992, 708 p. MOYSE-FAURIE, Claire. �Langues
PITE, Jean. �La francophonie au Vanuatu� dans Herm�s, Paris, no 40, 2004, p. 302-307. En ligne: [http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/2042/9564/1/HERMES_2004_40_302.pdf].
ROSSILLON, Philippe (sous la direction de). Atlas
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WURM, S.A. �Nouvelles-H�brides� dans Papouasie-Nouvelle-Guin�e, sept. 1998,
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WAUTHION, Michel. Politique linguistique en Francon�sie, Noum�a, Universit� de la Nouvelle-Cal�donie, octobre 2005.
YACOUB, Joseph. �L�Oc�anie
et ses minorit�s� dans Les minorit�s dans le monde,
Paris, Descl�e de Brouwer, 1998, p. 709-110.

References: art. 3
 l'article 18
 l'article 3
 L'article 18

L'article 6
 art. 3
 l'article 6
 l'article 3
 l'article 8