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⭐Les systèmes de gestion environnementale au Canada : enjeux et implications pour les politiques publiques de l environnement
Les systèmes de gestion environnementale au Canada : enjeux et implications pour les politiques publiques de l environnement
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1 Les systèmes de gestion environnementale au Canada : enjeux et implications pour les politiques publiques de l environnement Paule Halley et Olivier Boiral * La certification ISO constitue l un des systèmes de gestion environnementale (SGE) de référence et les entités administratives gouvernementales chargées de la protection de l environnement en font la promotion de manière croissante auprès des entreprises. La normalisation privée ISO se transpose donc dans les politiques publiques de l environnement pour atteindre des objectifs plus larges de conformité à la législation environnementale et de développement durable. Néanmoins, il doit toujours revenir à l État d édicter les normes de qualité de l environnement dans ses lois et règlements, puisque la norme ISO ne fixe en soi aucune règle substantielle et vise essentiellement à confirmer que l entreprise possède un SGE. Les mesures volontaires adoptées par les entreprises, bien que réputées plus efficaces et plus flexibles, ne peuvent engendrer que des économies relatives pour l État. Sans objectifs clairs et sans un contrôle étatique crédible et fiable, les incidences environnementales des SGE risquent en effet d être limitées. Par exemple, les communications externes des entreprises demeurent partielles et facultatives et l accès à leur information environnementale au-delà de ce qu exige la législation est souvent imparfait, tout comme la formalisation de leurs mesures volontaires. La certification ISO démontre certes un engagement environnemental, mais cette normalisation privée ne peut que complémenter la législation environnementale. Elle ne saurait se substituer à l intervention de l État dans la régulation de l environnement. ISO certification serves as a model among environmental management systems (EMSs) and is increasingly being promoted to businesses by government administrative bodies whose responsibilities lie in protecting the environment. The private standardization that ISO provides is thus being transposed into public policies on the environment to achieve larger objectives such as conformity to environmental legislation and sustainable development. Nonetheless, it remains with the state to determine norms of environmental quality through its laws and regulations, as the ISO norm itself does not establish any substantial rules but merely aims to confirm that a business has established an EMS. The voluntary measures undertaken by businesses, while reputedly more effective and flexible, can only provide relative savings for the state. Without clear objectives and without a degree of state control that is credible and reliable, the environmental impact of EMSs may well be limited. For example, external communications by businesses are optional and usually only partial, and access to their environmental information beyond that which is required by legislation is often imperfect, as is the formalization of their voluntary measures. ISO certification does indicate a commitment to the environment, but private standardization may at best only complement environmental legislation. It cannot replace state intervention in the regulation of the environment. * Paule Halley, professeure à la Faculté de droit de l Université Laval, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de l environnement et Olivier Boiral, professeur au Département de management de la Faculté des sciences de l administration l Université Laval, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les normes internationales de gestion et les affaires environnementales. Paule Halley et Olivier Boiral 2008 Mode de référence : (2008) 53 R.D. McGill 649 To be cited as: (2008) 53 McGill L.J. 6492 650 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 Introduction 651 I. Évolution de l intérêt privé et public pour les systèmes de gestion environnementale 653 A. Origines et raison d être des SGE pour les entreprises 655 B. Le rôle croissant des SGE dans les politiques publiques 658 II. Les SGE dans les politiques publiques de l environnement : vers une amélioration de la conformité réglementaire et des performances environnementales? 664 A. Les SGE, des économies et une conformité à la réglementation relatives 666 B. Les SGE, un complément et non un substitut à la réglementation environnementale 668 C. L amélioration des performances environnementales, un objectif flou des SGE 672 III. Les SGE, un instrument de régulation de l environnement à parfaire 674 A. Des communications externes limitées et facultatives 676 B. Un accès limité aux informations environnementales produites par les SGE 678 C. Une formalisation insuffisante des mesures volontaires 681 Conclusion 6843 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 651 Introduction Depuis le milieu des années 1990, les entreprises ont volontairement élaboré et mis en place des systèmes de gestion environnementale (SGE) de plus en plus normalisés pour cerner et gérer les questions environnementales associées à leurs activités. Adoptée par près de organisations dans le monde en , soit 10 ans à peine après son lancement par l Organisation internationale de normalisation, la norme ISO est peu à peu devenue le modèle de référence des SGE. Pour les organisations, cette norme a une double vocation. À l intérieur des organisations, d une part, elle permet d intégrer les préoccupations environnementales par l instauration de pratiques reposant sur des principes de gestion traditionnels et reconnus : définition d une politique, mise en place d objectifs, de programmes, de systèmes de contrôles et d audits, etc. À l extérieur des organisations, d autre part, la certification ISO représente un moyen de démontrer l engagement environnemental auprès de diverses parties prenantes (stakeholders), y compris les gouvernements, les groupes de pression et le public en général. Cette double vocation se reflète dans l utilisation croissante de ce type de SGE dans les politiques publiques de l environnement. À l origine conçus pour servir des fins privées de gestion interne, les SGE sont maintenant promus par les politiques publiques pour atteindre des objectifs plus larges en matière de conformité à la législation environnementale et de développement durable. Cette transposition des SGE dans les politiques publiques propose de faire passer cette normalisation privée des organisations dans le champ de la régulation de l environnement. Ces transformations visent-elles une nouvelle source de normativité des activités polluantes? La régulation de la qualité de l environnement par la normalisation privée, en particulier par la norme ISO 14001, s inscrit dans une nouvelle forme de gouvernance qui tend à favoriser une logique d autocontrôle du secteur privé et à faire des entreprises des acteurs volontairement engagés dans la protection de l environnement. En Amérique du Nord, les gouvernements ont mis en place une grande variété de programmes, notamment les SGE, pour favoriser l observation volontaire de la législation, la divulgation des non-conformités, l autoévaluation des entreprises ou encore l amélioration des performances environnementales par la signature d ententes de réduction des émissions. Ces programmes proposent des incitatifs aux entreprises, allant du marketing vert à l allègement des contrôles réglementaires, en passant par la protection de la confidentialité des informations, jusqu à l octroi d une immunité de poursuite pour les infractions volontairement divulguées. 1 Organisation internationale de normalisation, «The ISO Survey of Certifications, 2006» (2007) à la p. 9, en ligne : Organisation internationale de normalisation <http://www.iso.org/iso/survey2006. pdf>. 2 Organisation internationale de normalisation, Systèmes de management environnemental : exigences et lignes directrices pour son utilisation, 2 e éd., Genève, 2004 [Norme ISO 14001].4 652 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 Pour les gouvernements, l utilisation des SGE comme outils de régulation de l environnement apparaît comme un moyen de réduire les coûts associés à l approche réglementaire traditionnelle fondée sur l application de la loi et de responsabiliser davantage les organisations en matière de qualité environnementale et de développement durable. Pour les entreprises, cette méthode de régulation offre plus de marge de manœuvre dans la prise en compte des enjeux environnementaux et renforce la pertinence d utiliser les SGE comme moyen de répondre aux pressions externes provenant, en particulier, des gouvernements. Le développement de ces nouvelles formes d intervention de l État dans les politiques de l environnement soulève beaucoup d intérêt, mais aussi des questions fondamentales qui ne sont pas toujours prises en compte dans les politiques publiques intégrant les SGE. Reposant sur une démarche généralement volontaire et sur des systèmes aux exigences souvent élastiques, la présence d un SGE conduit-elle nécessairement à un plus grand respect de la réglementation et à une amélioration continue des performances environnementales? Cela suppose, entre autres choses, que les résultats des entreprises soient disponibles et fiables afin de pouvoir être pris en compte par les autorités publiques responsables de la réglementation environnementale et par les bénéficiaires de cette réglementation, à savoir les membres du public. De fait, les résultats d une telle démarche dépendent, dans une large mesure, de la façon dont ces instruments sont mis en place et sont suivis par les autorités publiques. Selon la typologie des moyens d intervention de l État distinguant les instruments réglementaires, économiques et volontaires, les SGE entrent dans la dernière catégorie, regroupant l ensemble des dispositifs «en vertu desquels des entreprises s engagent à améliorer leur performance environnementale de façon à dépasser ou à respecter les exigences légales» 3. Les mesures volontaires se présentent sous diverses formes et espèces : l autoréglementation, les codes de conduite, les chartes, les ententes, etc. L Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) retient trois sous-catégories de mesures volontaires, à savoir les programmes publics volontaires, les accords négociés volontaires et les engagements unilatéraux 4. Les SGE sont présents dans chacune d entre elles. Dans la politique environnementale, les mesures volontaires et le renouvellement des formes de 3 Voir Organisation de coopération et de développement économiques, Les approches volontaires dans les politiques de l environnement : analyse et évaluation, Paris, Organisation de coopération et de développement économiques, 1999 à la p. 147 [OCDE, Analyse et évaluation]. Voir aussi la typologie de Evert Vedung qui introduit les mesures volontaires dans une catégorie plus large, celle de l information («Policy Instruments: Typologies and Theories» dans Marie-Louise Bemelmans-Videc, Ray C. Rist et Evert Vedung, Carrots, Sticks & Sermons: Policy Instruments and Their Evaluation, New Brunswick (N.J.), Transaction, 1998 aux pp ). 4 Voir Vedung, ibid. aux pp Voir aussi Organisation de coopération et de développement économiques, Les approches volontaires dans les politiques de l environnement : efficacité et combinaison avec d autres instruments d intervention, Paris, Organisation de coopération et de développement économiques, 2003 aux pp [OCDE, Efficacité et combinaison].5 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 653 l action publique font l objet de beaucoup d attention et une littérature abondante s intéresse actuellement à l éclatement du pouvoir normatif, au phénomène de contractualisation de l action publique, au pluralisme juridique, à l efficacité économique du droit ou encore à la nouvelle gouvernance. Cet article ne propose pas une réflexion générale sur les mesures volontaires, mais s attarde plutôt sur l émergence d un seul type de mesures volontaires, soit les SGE, et examine son introduction dans les politiques publiques de l environnement au Canada. Aussi, l objectif du présent article est d analyser le recours croissant aux SGE par les entités administratives chargées de la protection de l environnement, en s arrêtant sur les raisons qui motivent ces choix ainsi que sur leurs rôles et fonctions dans les politiques publiques et le régime juridique de l environnement et du développement durable. Cette analyse sera réalisée sous l angle de la gestion des organisations et de la régulation environnementale et retiendra, plus particulièrement, la norme ISO 14001, qui constitue, de loin, le SGE le plus utilisé par les organisations. Dans un premier temps, afin de mettre en lumière l intérêt des SGE pour les entités privées et publiques, nous préciserons les origines et raison d être des SGE (I). Dans un second temps, l utilisation croissante des SGE dans les politiques publiques, en particulier en Amérique du Nord, sera exposée et illustrée par divers exemples (II). Le rôle des SGE dans l amélioration de la conformité réglementaire et des performances environnementales sera considéré à partir des principales études quant à ses impacts dans les organisations certifiées. Enfin, les limites de la normalisation actuelle des SGE comme instrument de régulation environnementale seront discutées (III). I. Évolution de l intérêt privé et public pour les systèmes de gestion environnementale L intérêt des entreprises et des gouvernements pour les SGE reflète la recherche d une prise en compte globale, volontaire et systématique des enjeux écologiques par les organisations. Pour répondre à cet objectif, la plupart des SGE proposent un cadre plus ou moins structuré pour développer et appliquer une politique environnementale intégrant les principaux enjeux écologiques des organisations. Ainsi, selon la norme ISO 14001, un SGE se définit comme étant [la] composante du système de management d un organisme [...] utilisée pour développer et mettre en œuvre sa politique environnementale [...] et gérer ses aspects environnementaux [...] Un système de management comprend la structure organisationnelle, les activités de planification, les responsabilités, les pratiques, les procédures [...], les procédés et les ressources 5. De prime abord, cette définition très générale peut englober une grande variété de systèmes de gestion provenant de différents types d acteurs : gestionnaires, organisations modèles, organismes professionnels ou plurisectoriels, institutions 5 Norme ISO 14001, supra note 2, art. 3(8).6 654 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 nationales, organismes internationaux 6. De façon générale, malgré leur apparente diversité, les SGE répondent en réalité à des objectifs assez similaires et reposent généralement sur des pratiques de gestion comparables. Cependant, les exigences plus spécifiques de ces systèmes peuvent varier et être destinées à des secteurs particuliers. Par exemple, le programme Gestion Responsable 7, qui était, jusqu au début des années 1990, un des SGE les plus utilisés, repose sur six codes de bonne conduite destinés principalement à l industrie chimique et visant à contrôler les produits depuis leur création jusqu à leur destruction. Les principes Ceres, parfois appelés «principes de Valdez», développés par la Coalition for Environmentally Responsible Economies (Ceres), reposent en revanche sur un SGE plus général et moins technique 8. Devant la multiplication des SGE, les gouvernements ont dans un premier temps mis en place des normes nationales définissant la nature et les principales caractéristiques de ces systèmes. C est le cas par exemple des normes environnementales publiées par l Association canadienne de normalisation 9 ou la British Standard Institute 10. Si ces normes nationales sont très similaires, l existence de plusieurs systèmes concurrents peut prêter à confusion et être utilisée comme une barrière à l entrée de certains marchés. C est principalement pour favoriser la mise en place d un langage commun et pour favoriser les échanges internationaux que l Organisation internationale de normalisation a lancé, en 1996, la norme ISO En raison de son caractère international, de sa très large reconnaissance et de l existence d un processus de certification se voulant rigoureux, cette norme s est assez rapidement substituée aux SGE locaux ou sectoriels existants. Ainsi, à partir de la fin des années 1990, la norme ISO est devenue le modèle de référence dans la plupart des pays et des secteurs d activités, si bien que le concept de SGE est parfois implicitement associé à cette norme. La majorité des politiques publiques sur les SGE et des études sur la question est d ailleurs aujourd hui centrée sur la norme ISO 14001, qui a eu un impact similaire au référentiel ISO 9001 dans le domaine de l assurance qualité. De fait, si les SGE ne peuvent se réduire à cette norme, le système ISO demeure au 6 Sur ces divers types de SGE et leur développement, voir Olivier Boiral, Environnement et gestion : de la prévention à la mobilisation, Québec, Presses de l Université Laval, 2007 aux pp [Boiral, Environnement et gestion]. 7 Association canadienne des fabricants de produits chimiques, «Gestion responsable», en ligne : Association canadienne des fabricants de produits chimiques <http://www.ccpa.ca/fr/ ResponsibleCare/>. 8 Coalition for Environmentally Responsible Economies, «Ceres Principles», en ligne : Ceres <http://www.ceres.org/page.aspx?pid=416>. 9 Association canadienne de normalisation, «Environnement», en ligne : Association canadienne de normalisation <http://www.csa-intl.org/onlinestore/getcatalogdrilldown.asp?parent=3658>. 10 British Standard Institute, «Environmental Management», en ligne : British Standard Institute <http://bsi-global.com/en/standards-and-publications/industry-sectors/environment/environmental- Management>.7 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 655 centre des débats sur l utilisation d outils de gestion volontaires dans la régulation de l environnement. Cependant, avant d analyser les impacts de cette norme et des SGE en général dans les politiques publiques sur l environnement, il est essentiel de comprendre l origine de ces systèmes et les raisons qui expliquent leur rôle croissant, tant pour les entreprises (A) que pour les gouvernements (B). A. Origines et raison d être des SGE pour les entreprises L intérêt croissant des entreprises pour les SGE se résume à quatre catégories de motifs interdépendants, qui se sont manifestés graduellement à travers l aggravation de la crise écologique et le déploiement de la responsabilité environnementale des entreprises : répondre aux exigences réglementaires et financières, démontrer la conduite diligente, renforcer la légitimité sociale de l organisation et améliorer les pratiques et les performances organisationnelles. Les SGE ont fait leur apparition dans les années 1970, après l adoption des premières lois environnementales imposant de nouvelles obligations aux entreprises polluantes. S inspirant des pratiques anciennes de l audit financier, les entreprises ont alors développé des systèmes de vérification et de gestion interne axés sur la conformité à la législation et le contrôle des impacts négatifs de leurs activités pour l environnement 11. L objectif principal des organisations était alors de rassurer les institutions financières au sujet des questions relatives à la responsabilité environnementale et à la valeur des actifs. En effet, c est dans un contexte de durcissement de la législation environnementale américaine et de son application que s est développée la pratique, chez les investisseurs, de procéder à une vérification environnementale des activités polluantes et de requérir des engagements de conformité avant de conclure une transaction avec une entreprise assujettie à la législation environnementale. La mise en place d un SGE et la répétition des audits de vérification du système répondent ainsi au besoin de prévenir les contraventions à la loi et de communiquer aux investisseurs, actionnaires, prêteurs, assureurs, locateurs et autres partenaires de l entreprise l état de conformité environnementale de leurs activités 12. Dans cette logique, les possibilités de poursuites judiciaires contre l entreprise et ses dirigeants ainsi que celles de dépréciation des actifs exercent un 11 Voir Felicity N. Edwards, dir., Environmental Auditing: The Challenge of the 1990 s, Banff (Alta.), Banff Centre for Management, 1992 ; Élizabeth Giroux, «L entreprise et l audit environnemental : perspectives de développement national et international dans les secteurs de l environnement et du commerce» (1997) 38 C. de D. 71 aux pp Voir Nola Buhr, «The Environmental Audit : Who Needs It?» (1991) 55 Business Quarterly 27 ; Caroline London, Environnement et stratégie de l entreprise : dix concepts clefs, Rennes, Apogée, 1993 à la p. 50 ; Groupe de travail de la Chambre de commerce international sur les audits d environnement, Audit d environnement, Paris, ICC, 1988 au n o 468.8 656 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 rôle dissuasif non négligeable sur l entreprise. De fait, ces risques tendent à renforcer la mise en place de SGE bien documentés, crédibles et capables de les prévenir. La seconde raison ayant favorisé l introduction des SGE découle directement de la première. En pratique, le souci de veiller à la conformité et à la santé financière de l entreprise emporte avec lui la preuve documentée des actes posés en matière d environnement. La documentation produite par un SGE en fait un instrument de gestion interne bien adapté pour soutenir en justice une défense de conduite diligente. En effet, la mise en place d un SGE, sa vérification périodique et le suivi de ses recommandations représentent autant d éléments de preuve susceptibles de démontrer que l organisation, ses dirigeants et ses administrateurs ont adopté une conduite exempte de faute ou de négligence dans le respect de la loi. De nombreuses études montrent que s il est bien appliqué, un SGE peut aider l organisation à prévenir la pollution, à vérifier et à améliorer ses méthodes et à se défendre contre des poursuites pénales et civiles en dommages et en injonction 13. En effet, la mise en œuvre d un SGE repose sur le principe «écrire ce qu on fait, faire ce qu on écrit». Par exemple, la norme ISO exige une définition précise des rôles et des responsabilités au sein de l organisation par rapport aux pratiques de gestion environnementale. Ainsi, les dirigeants sont généralement responsables de la définition de la politique environnementale, de la mise en œuvre des moyens pour atteindre les objectifs et de sa révision périodique. La documentation de ces aspects étant une des exigences de la norme ISO 14001, il est alors plus facile de démontrer comment l entreprise et ses dirigeants conduisent les activités polluantes, en plus de simplifier l étaiement d une défense de diligence raisonnable. L intérêt pour les attributs des SGE s est également intensifié avec la crise environnementale et l occurrence d événements catastrophiques ayant hypothéqué la confiance et la légitimité de certaines entreprises et secteurs d activités, tels que le naufrage de l Exxon-Valdez et l explosion de l usine de pesticides de Bhopal. Aussi, la troisième catégorie de motifs favorisant l adoption d un SGE dans les organisations est-elle liée à la nécessité de restaurer la confiance du public et des différentes parties prenantes quant à leur participation à la résolution des enjeux environnementaux. Par 13 Voir par ex. Commission de coopération environnementale, «Les mesures volontaires visant l observation de la législation sur l environnement : un examen et une analyse des initiatives nordsaméricaines», en ligne : (1998) 1 Le droit et les politiques de l environnement en Amérique du Nord 1 aux pp <http://www.cec.org/files/pdf/lawpolicy/vol-2f_fr.pdf> [CCE, «Mesures volontaires»] ; Dianne Saxe, «Voluntary Compliance: How Can Regulators Make It Work?» (1997) 5 Environmental Liability 79 à la p. 80 ; Paule Halley, «La vérification environnementale : réflexions sur l émergence des modes d autorégulation» (1999) 40 C. de D. 621 à la p. 637 ; John Swaigen, Regulatory Offences in Canada : Liability & Defences, Toronto, Carswell, 1992 aux pp ; Laurence Boy, «La valeur juridique de la normalisation» dans Jean Clam et Gilles Martin, dir., Les transformations de la régulation juridique, t. 5, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1998, 183 aux pp ; Gérard Farjat, «Nouvelles réflexions sur les codes de conduite privée» dans Jean Clam et Gilles Martin, Les transformations de la régulation juridique, t. 5, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1998, 151 aux pp9 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 657 exemple, la crise de Bhopal, survenue en 1984, a contribué à la mise en place du programme Gestion Responsable 14. De fait, à partir des années 1980, soit avant l avènement de la norme ISO 14001, ce SGE s est rapidement répandu dans l industrie chimique. Comme l explique l un des fondateurs de ce programme : L accident de Bhopal avait placé l industrie chimique, jusque-là relativement discrète, sur la sellette : les citoyens ont commencé à craindre qu un désastre semblable ne se produise dans leur propre voisinage. [...] Refuser de reconnaître les préoccupations du public et de poser des gestes en conséquence peut détruire la crédibilité sociale d une industrie et hypothéquer son avenir en l exposant à des réglementations éventuellement coûteuses et inefficaces 15. Ainsi, les SGE comme le programme Gestion Responsable ou la norme ISO entendent restaurer la crédibilité sociale environnementale des organisations, promouvoir la légitimité 16 de leurs pratiques et éviter un retour à une logique coercitive 17. Enfin, les SGE représentent également des opportunités économiques pour les entreprises. Ainsi, la norme ISO peut constituer un outil de sélection des fournisseurs et se diffuser à travers les relations clients-fournisseurs ou de soustraitance. Ces relations commerciales sont d ailleurs prises en compte par la norme ISO 14001, qui stipule que les organisations doivent faire un examen «des pratiques et des procédures environnementales existantes, y compris celles associées aux achats et aux activités sous-traitées» 18. Pour simplifier cet examen, les organisations tendent à demander à leurs fournisseurs et sous-traitants d adopter également le système ISO 14001, lequel peut ainsi devenir une exigence de base pour accéder à certains marchés. De façon plus générale, la mise en œuvre des SGE est souvent associée à 14 Pour l historique du programme, voir Arthur O Connor, «Poser les bons gestes : l histoire de la gestion responsable», en ligne : Association canadienne des fabricants de produits chimiques <http://www.ccpa.ca/fr/responsiblecare/default.asp>. 15 Voir Jean M. Bélanger, «L industrie chimique canadienne redore son blason» (1992) 7 Écodécision 48 à la p Une organisation est légitime lorsque ses activités sont conformes aux attentes générales de ses principales parties prenantes, ainsi qu aux normes, valeurs et croyances qui prédominent dans une société donnée. Ainsi, les SGE améliorent l apparence de légitimité des organisations parce qu ils traduisent leur engagement volontaire à se conformer à des exigences environnementales perçues comme pertinentes, voire essentielles à la promotion d un développement durable. Cet engagement n est cependant pas crédible pour tous les acteurs sociaux et ne reflète la responsabilité sociale de l organisation que dans la mesure où il se traduit par des actions ou des améliorations réelles, lesquelles échappent souvent aux perceptions sociales externes. Pour une analyse de la définition, du rôle et des principales dimensions de la légitimité des organisations, voir notamment Brad Long et Cathy Driscoll, «Codes of Ethics and the Pursuit of Organizational Legitimacy: Theorical and Empirical Contributions» (2007) 77 Journal of Business Ethics Voir Ruihua Joy Jiang et Pratima Bansal, «Seeing the Need for ISO 14001» (2003) 40 Journal of Management Studies 1047 à la p ; Olivier Boiral, «Corporate Greening through ISO 14001: A Rational Myth?» (2007) 18 Organization Science 127 [Boiral, «Corporate Greening»]. 18 Norme ISO 14001, supra note 2, ann. A, art. A1.10 658 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 une perspective dite «gagnant-gagnant» de la relation entre environnement et économie. Indépendamment des pressions commerciales, un des objectifs de la norme ISO est d ailleurs «d aider les organismes à atteindre leurs objectifs environnementaux et économiques» 19. De nombreux travaux ont confirmé cette logique «gagnant-gagnant» en montrant que les actions environnementales ont souvent un impact positif sur la compétitivité, l innovation technologique ainsi que sur les performances générales des entreprises 20. La logique «gagnant-gagnant» est généralement associée à la promotion des interventions préventives et à la mise en place de solutions remédiant aux problèmes environnementaux 21. En effet, les actions environnementales des entreprises industrielles ont longtemps reposé sur des technologies palliatives de traitement des contaminants. Ces technologies, souvent coûteuses, ne visaient pas la réduction de la pollution à la source. Quant aux SGE, ils favorisent la mise en place de mesures préventives en amenant les gestionnaires à mettre en œuvre des politiques, des programmes et des pratiques reposant sur des principes de gestion et non plus seulement sur des équipements techniques. Afin de répondre à cet objectif, les SGE proposent une structure pour ordonner et systématiser les principaux éléments d une politique environnementale. En définitive, la recherche de bénéfices économiques et l amélioration des pratiques par l instauration de SGE de type ISO représentent les principales motivations à la mise en œuvre de ces systèmes. B. Le rôle croissant des SGE dans les politiques publiques À partir des années 1990, les SGE ne sont plus seulement promus par les acteurs économiques tenants des approches volontaires, mais également par les acteurs publics à la recherche de nouveaux instruments pour compléter, voire renouveler, leurs interventions dans le secteur de l environnement et promouvoir l amélioration continue des performances environnementales des organisations. 19 Ibid. à la p. v. 20 Voir Paul Shrivastava, «The Role of Corporations in Achieving Ecological Sustainability» (1995) 20 Academy of Management Review 936 ; Michael E. Porter et Claas van der Linde, «Toward a New Conception of the Environment-Competitiveness Relationship» (1995) 9 The Journal of Economic Perspectives 97 ; Meena Chavan, «An Appraisal of Environment Management Systems: A Competitive Advantage for Small Businesses» (2005) 16 Management of Environmental Quality 444 ; Boiral, Environnement et gestion, supra note 6 à la p Voir Stuart L. Hart, «A Natural-Resource-Based View of the Firm» (1995) 20 Academy of Management Review 986 ; Richard Florida, «Lean and Green: The Move to Environmentally Conscious Manufacturing» (1996) 39 California Management Review 80 ; Olivier Boiral, «The Impact of Operator Involvement in Pollution Reduction: Case Studies in Canadian Chemical Companies» (2005) 14 Business Strategy and the Environment 339 à la p. 342.11 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 659 En Amérique du Nord, la promotion des mesures volontaires et la croissance des SGE ont largement profité du mouvement de réforme des approches réglementaires de l État. En ce sens, en 1993, l administration Clinton entreprit un programme de modernisation de l administration publique fédérale américaine. Ce programme, le National Partnership for Reinventing Government, mit l accent sur la réduction de la réglementation et des dépenses de l État ainsi que sur de meilleurs services pour le client 22. Comme l a souligné Andrew Hoffman, il y avait déjà eu des efforts au sein de l Agence de protection de l environnement (EPA) américaine afin de développer des politiques publiques de concert avec les entreprises 23. Le même phénomène fut observé au Canada. S inspirant des travaux de Neil Gunningham et Peter Grabosky 24, le gouvernement fédéral canadien entreprit lui aussi de moderniser ses interventions, notamment en matière réglementaire, au moyen de son programme de «réglementation intelligente» 25. La littérature souligne que la multiplication des accords volontaires tendant à se substituer aux normes réglementaires et aux contrôles d application traditionnels s inscrit également dans la logique de déréglementation et de promotion d ententes négociées avec l industrie 26. À cette époque, une importante doctrine alimente le débat entre l efficacité relative des instruments réglementaires et la nouvelle gamme d instruments économiques et volontaires à la disposition des autorités publiques 27. D un point de 22 Voir É.-U., «History of the National Partnership for Reinventing Government: Accomplishments, » (12 janvier 2001), en ligne : CyberCemetery <http://govinfo.library.unt.edu/npr/ whoweare/appendixf.html>. Pour un historique de la réglementation gouvernementale aux États-Unis, voir aussi Richard H. Pildes et Cass R. Sunstein, «Reinventing the Regulatory State» (1995) 62 U. Chicago L. Rev Andrew J. Hoffman, «Institutional Evolution and Change: Environmentalism and the U.S. Chemical Industry» (1999) 42 Academy of Management Journal 351 à la p Neil Gunningham, Peter Grabosky et Darren Sinclair, Smart Regulation: Designing Environmental Policy, Oxford, Clarendon Press, 1998 aux pp. 11, 15, La réglementation intelligente combine des interventions gouvernementales sélectives à un éventail de solutions de marché et d ordonnancements publics et privés pour capter des ressources externes au secteur public dans l intérêt des politiques publiques. En théorie, la réglementation intelligente n exigerait pas davantage de ressources gouvernementales, mais apporterait un degré accru d innovation, de flexibilité réglementaire et de rendement. Elle promet ainsi une meilleure performance environnementale à un prix acceptable aux entreprises et aux communautés. Voir aussi Mark S. Winfield, «Governance and the Environment in Canada from Regulatory Renaissance to Smart Regulation» (2007) 17 J. Envtl. L. & Prac Canada, Comité consultatif externe sur la réglementation intelligente, La réglementation intelligente : une stratégie réglementaire pour le Canada, Ottawa, Bureau du Conseil Privé, 2004 [Canada, Réglementation intelligente]. Voir aussi Canada, «Directive du Cabinet sur la rationalisation de la réglementation» (novembre 2007), en ligne : Gouvernement du Canada <http://www. regulation.gc.ca/directive/directive01-fra.asp>. La directive encourage le recours à la normalisation. 26 Voir Thomas P. Lyon, «Green Firms Bearing Gifts» (2003) 26 Regulation Voir Maureen L. Cropper et Wallace E. Oates, «Environmental Economics: A Survey» (1992) 30 Journal of Economic Literature 675. Voir aussi Corinne Gendron, Le développement durable comme compromis : la modernisation écologique de l économie à l ère de la mondialisation, Québec, Presses12 660 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 vue économique, ces nouveaux instruments apparaissent plus efficaces, car ils s appuient sur le principe du pollueur-payeur et ont des objectifs plus dynamiques. Ils sont également plus flexibles quant à la façon d atteindre un objectif environnemental, car les agents économiques sont les mieux placés pour le faire à moindre coût. En outre, ils réduisent les coûts administratifs et de contrôle par leurs effets autorégulateurs 28. Dans ce contexte, les tenants des approches volontaires font valoir que la mise en œuvre des SGE de type ISO favorise le respect de la réglementation environnementale. Même si encore peu d études concernant les impacts de la certification sur le respect de la réglementation ont été menées jusqu à présent, l étude de Matthew Potoski et Aseem Prakash, réalisée auprès de 3700 usines américaines, indique que la certification ISO tend à améliorer la conformité avec la réglementation 29. De plus, les usines certifiées seraient plus rapides que les autres à se conformer à la réglementation concernant les émissions atmosphériques. Ce constat semble confirmer que la norme permet un meilleur suivi de la réglementation et qu en cas de non-conformité, les organisations certifiées réagissent de façon plus énergique que les autres. En Corée du Sud, l étude menée par Dong- Myung Kwon et ses collègues auprès de 138 entreprises locales a également montré que les organisations certifiées ISO avaient moins tendance à enfreindre la réglementation que les autres 30. Les administrations publiques nord-américaines chargées d assurer la protection de l environnement ont été sensibles aux liens existant entre les SGE et la norme juridique de diligence raisonnable ainsi qu à ses fonctions utiles pour atteindre les objectifs publics de protection environnementale à moindre coût. Aujourd hui, des organisations régionales, des législatures et des gouvernements nord-américains font la promotion des SGE. L objectif est double : il s agit d améliorer la conformité à la législation environnementale aux frais des entreprises et d encourager l amélioration des performances environnementales au-delà des exigences réglementaires. de l Université du Québec, 2006 aux pp ; Pierre Issalys, «Figures et avenir de la déréglementation» (1999) 1:2 Éthique publique 83 aux pp Voir Richard B. Stewart, «Economics, Environment and the Limits of Legal Control» (1985) 9 Harv. Envtl. L. Rev. 1 aux pp ; Bruce A. Ackerman et Richard B. Stewart, «Reforming Environmental Law» (1985) 37 Stan. L. Rev aux pp ; Gilles Grolleau, Naoufel Mzoughi et Luc Thiébaut, «Les instruments volontaires : un nouveau mode de régulation de l environnement?» (2004) R.I.D. Econ. 461 à la p Matthew Potoski et Aseem Prakash, «Green Clubs and Voluntary Governance: ISO and Firms Regulatory Compliance» (2005) 49 American Journal of Political Science Dong-Myung Kwon, Min-Seok Seo et Yong-Chil Seo, «A Study of Compliance with Environmental Regulations of ISO Certified Companies in Korea» (2002) 65 Journal of Environmental Management 347.13 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 661 C est le cas de l Accord nord-américain de coopération dans le domaine de l environnement 31 adopté par le Canada, le Mexique et les États-Unis afin de compléter les dispositions de l Accord de libre-échange nord-américain 32 relatives à l environnement. L ANACDE fait la promotion des mesures volontaires dans le choix des politiques environnementales efficaces. En effet, l article 5 prévoit que pour parvenir à des niveaux élevés de protection environnementale et d observation de la réglementation environnementale, chacun des pays s engage à en assurer «l application efficace» en mettant en œuvre des mesures gouvernementales appropriées. Parmi ces mesures, on retrouve «l obtention d engagements volontaires et d accords d observation; la diffusion d information touchant la non-observation; la promotion des vérifications environnementales; l obligation de tenir des dossiers et de produire des rapports» 33. La Commission de coopération environnementale (CCE), créée en application de l ANACDE, fait elle aussi la promotion des SGE. Publié en 2000, son guide d orientation Améliorer la performance environnementale et la conformité à la législation sur l environnement : dix éléments pour les systèmes efficaces de gestion de l environnement exprime, pour la première fois, les vues conjointes des gouvernements des trois pays sur les avantages tant internes qu externes des SGE, soit des «avantages commerciaux pour le secteur industriel et [une] protection accrue de l environnement pour tous» 34. Dans ce document, ce qui retient davantage l attention est toutefois la promotion des SGE comme instruments utiles de politiques publiques. Aussi, le guide n est pas seulement destiné aux organisations à la recherche d un SGE capable d améliorer leurs relations avec leurs partenaires économiques, mais aussi à celles cherchant à améliorer leurs relations avec les collectivités locales et les gouvernements 35. Deux avantages externes des SGE dominent l appui accordé par les trois gouvernements : Dans ce document, les gouvernements se penchent sur deux objectifs : la conformité aux lois sur l environnement et la performance environnementale 31 Accord nord-américain de coopération dans le domaine de l environnement entre le gouvernement du Canada, le gouvernement des États-Unis d Amérique et le gouvernement des États- Unis du Mexique, 14 septembre 1993, 32 I.L.M (entrée en vigueur : 1 er janvier 1994) [ANACDE]. 32 Accord de libre-échange nord-américain entre le gouvernement du Canada, le gouvernement des États-Unis et le gouvernement du Mexique, 17 décembre 1992, R.T. Can n 2, 32 I.L.M. 289 (entrée en vigueur : 1 er janvier 1994) [ALÉNA]. 33 ANACDE, supra note 31, art Commission de coopération environnementale, Guide d orientation Améliorer la performance environnementale et la conformité à la législation sur l environnement : dix éléments pour des systèmes efficaces de gestion de l environnement, Montréal, Commission de coopération environnementale, 2000 à la p. 1 [CCE, Guide d orientation]. 35 Ibid. à la p. 1.14 662 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 qui va au-delà du simple respect des lois dans les secteurs réglementés et non réglementés 36. Cette approche favorable aux mesures volontaires est également associée au courant de pensée alliant les actions des entreprises au projet de développement durable, lequel entend trouver un équilibre entre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Il n est donc pas étonnant de noter que le programme Action 21 des Nations Unies en matière de développement durable fait lui aussi la promotion des SGE à son chapitre Au Canada, la législation environnementale et les pratiques administratives s associant aux organisations dotées d un SGE offrent un large spectre d exemples allant de la simple valorisation des conduites exemplaires aux ententes d autocontrôle confiant les tâches de vérification de la conformité et d amélioration des performances environnementales aux organisations dotées d un SGE. Les pratiques sont aussi variées : elles ont cours de manière informelle en marge de la loi ou dans le cadre de programmes officiels, mais elles ne sont que rarement encadrées par la loi et les habilitations des autorités publiques à réguler ainsi l environnement ne sont pas claires. Aussi, les différents SGE utilisés dans les organisations ne forment pas une catégorie uniforme et ne possèdent pas tous les mêmes attributs juridiques. Actuellement, certains de ces SGE sont obligatoires, mais la plupart sont facultatifs et entrent dans la catégorie des mesures volontaires. La catégorie des SGE rendus obligatoires par l effet de la loi correspond aux hypothèses classiques de réception de la normalisation dans le droit national : par renvoi dans la réglementation à des normes techniques de SGE, telles que la norme ISO 14001, par l attribution d habilitations réglementaires, judiciaires et administratives à imposer une norme reconnue de SGE et par l application obligatoire de normes de SGE dans les marchés publics. Bien que les exemples tendent à se multiplier en droit canadien, cette dernière catégorie demeure encore peu importante 38. Par exemple, à l occasion de la révision de la Loi canadienne sur la 36 Ibid. à la p Voir notamment les para. 30.3, et du Chapitre 30 dans Action 21 : Conférence des Nations Unies sur l environnement et le développement, Rapport de la Conférence des Nations Unies sur l environnement et le développement, Rio de Janeiro, 3 14 juin 1992, Doc. off. Conférence des Nations Unies sur l environnement et le développement, Annexe II Action 21, Doc. NU A/CONF.151/26/Rev.1 (Vol. I) (1993) à la p Le droit provincial offre également plusieurs exemples. Au Québec, la Loi modifiant la Loi sur le ministère de l Environnement, la Loi sur la qualité de l environnement et d autres dispositions législatives, attribue le pouvoir réglementaire d exempter, des frais relatifs aux coûts des mesures de contrôle et de surveillance, les administrés ayant «mis en place un système de gestion de l environnement répondant à une norme québécoise, canadienne ou internationale reconnue» (L.Q. 2004, c. 24, art. 4(1)). Toutefois, aucune exemption n a été introduite dans le Règlement sur le tarif permettant de déterminer les coûts d échantillonnage, d analyse, d inspection ou d enquête faisant partie des frais d une poursuite civile ou pénale intentée pour l application de la Loi sur la qualité de l environnement (R.Q. c. Q-2, r. 23.2).15 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 663 protection de l environnement, le Parlement a retenu que «la mise en place d un système de gestion de l environnement répondant à une norme canadienne ou internationale» est un facteur que le tribunal doit prendre en considération lors de la détermination de la peine 39. Le Parlement a également accordé au tribunal le pouvoir d ordonner à un contrevenant de mettre en place un SGE en sus de toutes autres peines 40. Aussi, des tribunaux canadiens imposent maintenant à des entreprises ayant contrevenu à la législation environnementale l obligation de se doter d un système de gestion environnementale certifié ISO Soulignons que dans ces exemples, l obligation légale vise l obtention de la certification demandée et non la démonstration du respect de la réglementation. La seconde catégorie de mesures administratives faisant intervenir les organisations dotées de SGE couvre l ensemble plus large et diversifié des mesures dites volontaires. Il s agit de la catégorie principale, que le SGE soit certifié ou non. Malgré leur caractère facultatif, la mise en place d un SGE, comme celui de la norme ISO 14001, est considérée par les administrations publiques comme un moyen d inciter et de favoriser une démarche d autorégulation encourageant la conformité à la loi. Dans cette catégorie de mesures administratives, les cas de figure sont fort variés et l ensemble demeure flou : tantôt il est question d un programme ou d une directive rendu public et tantôt d une simple pratique administrative connue à l interne. Pour les entreprises, le passage par les gouvernements d une approche prescriptive à la promotion de partenariats environnementaux volontaires offre plusieurs avantages. D une part, l entreprise apparaît désormais comme un partenaire dans un nouveau mode de gouvernance où les contraintes réglementaires ne sont pas imposées unilatéralement, mais définies et appliquées de façon concertée, ce qui favorise les solutions les plus efficaces pour elle. D autre part, les approches volontaires tendent à accroître la marge de manœuvre des organisations en limitant les contrôles réglementaires, qui peuvent s avérer coûteux à gérer et éventuellement compromettants pour les dirigeants. Enfin, ces approches permettent aux organisations d apparaître comme de «bons citoyens corporatifs» et de ménager leur image. Vues ainsi, les actions environnementales ne découlant plus uniquement des pressions réglementaires peuvent être associées à des initiatives reflétant la responsabilité sociale des entreprises et de leurs dirigeants. 39 L.C. 1999, c. 33, art. 287(c). 40 Ibid., art. 291(c). 41 R. v. Prospec Chemicals Ltd. (1996), 19 C.E.L.R. (N.S.) 178 (Alta. Prov. Ct.) ; R. v. Calgary (Ville de) (2001), 272 A.R. 161, 35 C.E.L.R. (N.S.) 253 (Alta. Prov. Ct.). Ces deux décisions ont été prises en vertu du Environmental Protection and Enhancement Act (S.A. 1992, c. E-13.3, art. 220(1), abr. par R.S.A. 2000, c. E-12, art. 234(1)).16 664 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 II. Les SGE dans les politiques publiques de l environnement : vers une amélioration de la conformité réglementaire et des performances environnementales? En Amérique du Nord, l intérêt des administrations publiques pour les SGE se reflète dans le renouvellement des stratégies d élaboration et d application de la loi annonçant une réduction des inspections et du contrôle des entreprises dotées d un SGE afin d allouer ces ressources à d autres priorités. En témoigne l accroissement du nombre de programmes, politiques, directives, normes législatives et pratiques administratives précisant les appuis des gouvernements envers les SGE des entreprises. Aux États-Unis, les pratiques d application de la loi font maintenant une large place aux mesures d observation volontaire impliquant des SGE, c est-à-dire aux programmes et initiatives volontaires de conformité à la réglementation, d amélioration de l environnement ou encore de substitution de normes. Par exemple, l EPA s est dotée de plusieurs dizaines de programmes de mesures volontaires pour les industries au cours des dernières années 42. Plus particulièrement, elle lança en 1999 son programme Aiming for Excellence : Actions to Encourage Stewardship and Accelerate Environmental Progress, qui encourage les organisations à se doter d un SGE 43. En 2001, l État du Connecticut formalisa dans une loi, An Act Concerning Exemplary Environmental Management Systems 44, l utilisation des SGE et les privilèges offerts aux organisations dotées d un SGE reconnu, notamment un allègement des procédures administratives et une réduction des frais et des rapports périodiques. Au Canada, les mesures volontaires occupent également une place importante dans les réformes réglementaires et les politiques d application de la loi 45. Par 42 Pour des programmes de mesures volontaires pour les industries de l EPA, voir É.-U., Environmental Protection Agency, «Partnership Programs: List of Programs», en ligne : Environmental Protection Agency <http://epa.gov/partners/programs/index.htm>. Des programmes variés commencèrent à essaimer dès 1986, avec la première politique de l EPA sur l utilisation des rapports d audit. Voir Karry A. Johnson et Bertram C. Frey, «Environmental Auditing Since EPA s 1986 Audit Policy», en ligne : Environmental Protection Agency <www.epa.gov/region5/orc/articles/ env-audits.htm>. En 1991, le Département de la justice américain formula une politique encourageant l autoévaluation et la divulgation des cas de non-conformité à la loi en échange d une réduction de la gravité des accusations. Voir É.-U., Department of Justice, «Factors in Decisions on Criminal Prosecutions for Environmental Violations in the Context of Significant Voluntary Compliance or Disclosure Efforts by the Violator», en ligne : United States Department of Justice <http://www. usdoj.gov/enrd/electronic_reading_room/factors.htm>. 43 É.-U., Environmental Protection Agency, Aiming for Excellence: Actions to Encourage Stewardship and Accelerate Environmental Progress, Washington (D.C.), Environmental Protection Agency, Conn. Gen. Stat. 22a-6y (2001). 45 Voir les différents programmes canadiens recensés dans CCE, «Mesures volontaires», supra note 13 aux pp17 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 665 exemple, en 2002, Environnement Canada se dota d une politique-cadre relative aux ententes sur la performance environnementale 46. Quant aux provinces de l Alberta et de l Ontario, elles rendirent publics, respectivement en 2005 et 2004, des programmes offrant des avantages administratifs et réglementaires aux organisations les plus performantes, soit EnviroVista 47 et Chefs de file environnementaux de l Ontario 48. Ces exemples d intervention publique ont en commun de recourir moins fréquemment aux moyens traditionnels d application de la loi, de privilégier une application flexible, voire un infléchissement, de la réglementation dans le but d inciter les organisations réglementées à adopter des mesures favorisant la conformité à la législation et, au-delà, l amélioration des performances environnementales. Les administrations publiques y voient aussi une manière de réduire les coûts d application de la réglementation, de l alléger et même de l élaborer. L introduction des mesures volontaires dans les politiques publiques, notamment celles fondées sur des SGE, suscite beaucoup d intérêt et d attentes en matière de renouvellement des modes d intervention de l État dans la protection de l environnement 49. Ces interventions, plus consensuelles, fourniraient à l État l occasion de repenser le cadre et la nature de ses rapports, non seulement avec les personnes réglementées, mais avec l ensemble des justiciables. Elles autorisent la participation des personnes intéressées et du public, en plus d être associées à l idée d une gestion plus moderne, efficace et démocratique des affaires publiques, par contraste avec les actes unilatéraux associés à l idée d un État bureaucrate et autoritaire. Par ailleurs, l arrimage de la normalisation privée des entreprises en matière de gestion environnementale avec les politiques publiques soulève des interrogations quant à leur rôle dans la régulation de l environnement et la promotion du développement durable. Nous verrons que les attentes des administrations publiques quant aux SGE des entreprises sont importantes en matière de réduction des coûts et 46 Environnement Canada, «Politique-cadre relative aux ententes sur la performance environnementale» (février 2008), en ligne : Environnement Canada <http://www.ec.gc.ca/epaepe/pol/fr/index.cfm>. 47 Alberta Environment, EnviroVista, en ligne : Alberta Environment <http://environment.alberta. ca/867.html>. 48 Ontario, ministère de l Environnement, Chefs de file environnementaux de l Ontario, en ligne : ministère de l Environnement <http://www.ene.gov.on.ca/envision/general/leadership/index-fr.htm>. 49 Voir par ex. François Rangeon, «Contrat et décentralisation : de nouvelles formes de régulation au plan local» dans Jean Clam et Gilles Martin, dir., Les transformations de la régulation juridique, t. 5, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1998, 321 ; Issalys, supra note 27 ; James Hartshorn, «Better Government: The Value of Environmental Management Systems in Achieving Policy Objectives» (2003) 12 J. Envtl. L. & Prac. 99 aux pp18 666 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 de respect de la conformité (A), de substitution à la réglementation environnementale (B) et d amélioration continue (C), alors que les SGE n offrent que des garanties relatives. A. Les SGE, des économies et une conformité à la réglementation relatives Dans l état actuel de normalisation des SGE, l intérêt des administrations publiques chargées de la politique environnementale pour les entreprises dotées d un SGE se fonde sur deux hypothèses principales. La première vise la réduction des coûts de mise en œuvre et de contrôle de la réglementation supportés par l État en les transférant vers les organisations. La seconde hypothèse sous-entend que la mise en place des SGE favorise les démarches d autorégulation conformes à la loi, voire le dépassement des exigences de la réglementation environnementale. Sur le plan des coûts administratifs de la politique environnementale, la littérature institutionnelle et académique soutient que les mesures volontaires permettent de répartir les coûts associés aux activités de suivi et de contrôle de la réglementation 50. En pratique, l efficience économique recherchée paraît toutefois devoir être nuancée 51. Tout d abord, même si les administrations publiques peuvent réduire l intensité de leurs activités d application, elles ne peuvent se retirer complètement des activités de contrôle des engagements consentis par les organisations dotées d un SGE sans nuire à l efficacité de la réglementation environnementale et à l intégration des SGE dans les politiques publiques. Ensuite, les administrations publiques ne peuvent réduire l intensité des activités de contrôle de la conformité à la réglementation si les informations produites par les organisations dotées d un SGE, dans le cadre d un programme de conformité, ne sont pas disponibles, accessibles ou fiables. Nous verrons que la conception des programmes de conformité peut être lacunaire en matière d information. Enfin, compte tenu des privilèges accordés à ces organisations, les autorités publiques devront vérifier périodiquement si elles administrent efficacement la réglementation environnementale en se fondant sur ces mesures volontaires. Les autorités publiques devront également rendre compte des résultats obtenus. Vue ainsi, la réduction des coûts pour les administrations publiques ne peut être que partielle Pour une revue critique de la littérature sur l efficience économique des SGE à la fois pour les entreprises et le régulateur, voir Maia David, «Les approches volontaires comme instruments de régulation environnementale» (2003) 19 Revue française d économie 227 aux pp. 238 et s. 51 Voir OCDE, Analyse et évaluation, supra note 3 à la p. 139 ; OCDE, Efficacité et combinaison, supra note 4 aux pp. 13, 16 ; Grolleau, Mzoughi et Thiébaut, supra note 28 aux pp Voir OCDE, Efficacité et combinaison, ibid. à la p. 16 («[s]i l on consacre trop peu de ressources à leur préparation, à leur négociation et à leur application, les incidences environnementales risquent d être très limitées»).19 2008] HALLEY ET BOIRAL SYSTÈMES DE GESTION ENVIRONNEMENTALE 667 L hypothèse voulant que la présence d un SGE améliore la conformité à la réglementation suscite elle aussi des interrogations. Si certaines études ont montré que la certification ISO a effectivement contribué à améliorer les performances environnementales 53, d autres recherches ont remis en cause l efficacité de cette norme pour réduire les impacts environnementaux 54. Par exemple, dans son étude effectuée auprès de trente-sept usines québécoises de pâtes et papiers, Philippe Barla a montré que les établissements certifiés n avaient pas obtenu de meilleures performances que les autres 55. Pour certains indicateurs environnementaux, comme la demande biologique en oxygène (DBO5), les usines certifiées avaient même obtenu de moins bonnes performances que celles qui n avaient pas adopté la norme ISO Les conclusions de ces études sur les impacts de la norme ISO en matière de conformité réglementaire demeurent, certes, préliminaires et incomplètes. D une part, les relations positives entre l adoption de la norme et l amélioration des performances ou encore entre l adoption de la norme et le respect des normes réglementaires peuvent refléter une propension accrue des organisations les plus «vertes» à adopter la norme. Dans ce contexte, ce n est peut-être pas la norme qui améliore les performances environnementales des organisations, mais le fait que l organisation était au départ plus «verte», plus motivée et mieux gérée, ce qui rend l adoption de la norme plus probable. D autre part, les recherches sur la question demeurent encore peu nombreuses et leurs résultats trop divergents pour tirer des conclusions sur les impacts réels de la présence d un SGE, même certifié. Enfin, la plupart des études sur ce thème sont basées sur des approches quantitatives qui ne permettent pas d approfondir tous les effets de la certification. En outre, ces études reposent le plus souvent sur l attitude de gestionnaires qui, par leur fonction, ont tendance à avoir une vision plutôt optimiste des systèmes de gestion mis en œuvre et dont ils ont la responsabilité. 53 Voir Steven A. Melnyk, Robert P. Sroufe et Roger Calantone, «Assessing the Impact of Environmental Management Systems on Corporate and Environmental Performance» (2003) 21 Journal of Operations Management 329 ; K. F. Pun et I. K. Hui, «An Analytical Hierarchy Process Assessment of the ISO Environmental Management System» (2001) 12 Integrated Manufacturing Systems 333 aux pp. 341, 343 ; Goh Eng Ann, Suhaiza Zailani et Nabsiah Abd Wahid, «A Study on the Impact of Environmental Management System (EMS) Certification Towards Firms Performance in Malaysia» (2006) 17 Management of Environmental Quality 73 ; Eric W. Welch, Ashish Rana et Yasuhumi Mori, «The Promises and Pitfalls of ISO for Competitiveness and Sustainability» (2003) 44 Greener Management International Voir Jiang et Bansal, supra note 17; Boiral, «Corporate Greening», supra note Philippe Barla, «ISO Certification and Environmental Performance in Quebec s Pulp and Paper Industry», en ligne : (2005) Cahiers de recherche GREEN 1 <http://www.green.ecn. ulaval.ca/cahiersgreen2005/05-03.pdf>.20 668 MCGILL LAW JOURNAL / REVUE DE DROIT DE MCGILL [Vol. 53 B. Les SGE, un complément et non un substitut à la réglementation environnementale La principale question soulevée par la popularité croissante des SGE normalisés, certifiés ou non, demeure leur valeur juridique. La réponse ne peut être que nuancée en raison de la complexité des relations qu entretiennent les mesures volontaires avec la réglementation environnementale. Les SGE, comme celui de la norme ISO 14001, sont des normes privées de gestion environnementale des activités de développement économique. Ils ne fixent aucune norme d émission ou de qualité de l environnement, mais précisent plutôt les moyens de connaître et de respecter la réglementation à ce sujet. C est en effet la responsabilité de l État d édicter les normes de qualité de l environnement dans ses lois et règlements. De nombreuses études ont conclu que les SGE des entreprises ne peuvent, à eux seuls, constituer une alternative efficace à la réglementation environnementale 56. Ainsi compris, les SGE représentent davantage un complément qu un substitut à cette dernière. Les normes réglementaires de protection environnementale demeurent néanmoins au cœur des SGE. Ainsi, l introduction de la norme ISO énonce que la mise en œuvre de ce système permet «à un organisme de développer et de mettre en œuvre une politique et des objectifs qui prennent en compte les exigences légales et les informations relatives aux aspects environnementaux significatifs» 57. Selon cette norme, la mise en place de la politique environnementale doit également comporter «un engagement de conformité aux exigences légales applicables et autres exigences» 58. De façon plus spécifique, la norme précise : L organisme doit établir et tenir à jour une (des) procédure(s) pour identifier et avoir accès aux exigences légales applicables et aux autres exigences applicables auxquelles l organisme a souscrit relatives à ses aspects environnementaux, et déterminer comment ces exigences s appliquent à ses aspects environnementaux. L organisme doit s assurer que ces exigences légales applicables et autres exigences applicables auxquelles l organisme a souscrit sont prises en compte dans l établissement, la mise en œuvre et la tenue à jour de son système de management environnemental 59. L organisation certifiée ISO est donc tenue de prendre en compte les exigences légales dans sa politique, dans la définition de ses objectifs, dans ses programmes et dans ses systèmes de contrôle. De plus, la norme prescrit aux organisations de «mettre 56 Voir CCE, «Mesures volontaires», supra note 13 aux pp ; Hartshorn, supra note 49 aux pp ; David, supra note 50 aux pp. 238 et s. ; Alastair R. Lucas, «Voluntary Initiatives for Greenhouse Gas Reduction: The Legal Implications» (2000) 10 J. Envtl. L. & Prac. 89 aux pp ; Halley, supra note 13 à la p. 635 ; Saxe, supra note 13 à la p. 81 ; Darren Sinclair, «Self-Regulation Versus Command and Control? Beyond False Dichotomies» (1997) 19 Law and Pol y Norme ISO 14001, supra note 2 à la p. v. 58 Ibid., art Ibid., art Montrer encore
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 art. 4
 art. 287
 art. 291
 art. 220
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