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Timestamp: 2018-12-11 04:48:50+00:00

Document:
Fidélité & Ouverture - Le Catéchisme en France et la Transmission de la Foi
L'AVENIR DE LA CATECHESE
APRES LA PUBLICATION DU TEXTE NATIONAL
POUR L'ORIENTATION DE LA CATECHESE EN FRANCE
par Véronique CHEVRIAUT et Jean-François REILLE
La Conférence des Evêques de France, lors de sa dernière réunion à Lourdes en novembre 2006, a publié son "Texte national pour l'Orientation de la Catéchèse en France" et en a fait le don à tous les Catholiques désireux d'améliorer le service de la Catéchèse. Ce texte est accompagné d'un document intitulé : "Propositions pour l'organisation de l'action catéchétique".
En suivant ces orientations, c'est maintenant à chaque diocèse de se doter des meilleures conditions et des moyens les plus adéquats pour rendre accessible à tous le message du Christ.
Alors que s'ouvre ce vaste chantier, il nous a semblé important de vous livrer quelques constats et réflexions.
Que l'on s'adresse à des enfants ou à des adultes, spécialement dans le cadre d'une "pédagogie d'initiation", il nous paraît essentiel de toujours en équilibrer les différents "points d'appui" que sont : la Parole puisée à la source des Ecritures, la Tradition vivante de l'Eglise, ainsi que la vie ecclésiale alimentée par les sacrements de l'Eglise. Il serait dangereux de privilégier ou encore de négliger l'un ou l'autre de ces points d'appui au risque de voir tout l'édifice s'écrouler. Contenu, vie communautaire, sacrements et prière ont tous la même importance et se retrouvent comme "imbriqués" l'un dans l'autre.
C'est bien aussi le message transmis par le "Texte national d'orientation pour la Catéchèse en France" - ce que souligne d'ailleurs le Cardinal Castrillon Hoyos, Préfet de la Congrégation pour le Clergé, dans un passage du Décret d'approbation - :
"Le texte fait droit à la pédagogie originale de la foi, ouvrant des voies à la catéchèse permettant d'harmoniser, sans jamais les séparer, tant l'accueil du don de Dieu dans l'expérience ecclésiale que l'enseignement du contenu objectif du message chrétien".
S'il est une constante dans toutes ces années où l'Eglise connut de nombreuses difficultés, c'est bien le dévouement des milliers de catéchistes qui se dépensèrent et se dépensent encore sans compter au service de la Parole de Dieu.
Nous constatons cependant depuis de nombreuses années une perte de vitesse, un affadissement de la composante "contenu" de nos catéchèses.
Le texte que nous proposons aujourd'hui à votre lecture tend à le démontrer, non pas dans une recherche stérile des causes ou responsables, mais tout simplement parce qu'elle appelle à prendre la grave décision d'y remédier et tout spécialement aussi parce que le moment nous semble propice.
I – Le texte pour l'orientation de la catéchèse en France : vers un renouveau de la transmission de la foi
Annexe 1 : propositions pour une catéchèse complète et structurée
Annexe 2 : quelques suggestions et réflexions
Annexe 3 : extraits du Catéchisme de l'Eglise catholique
II – Documents romains et français de référence
III – Evolution de la catéchèse au fil du temps : nécessité d'un texte pour l'orientation de la catéchèse
I – LE TEXTE POUR L'ORIENTATION DE LA CATECHESE EN FRANCE : VERS UN RENOUVEAU DE LA TRANSMISSION DE LA FOI.
Nous pouvons dégager plusieurs points importants à la lecture du récent "Texte national pour l'Orientation de la Catéchèse en France" :
a) La volonté affirmée de mettre en œuvre le Directoire Général pour la catéchèse. Notamment dans l'avant-propos du Cardinal Ricard, on peut lire cette citation : "Le Directoire général pour la catéchèse, publié en 1997 (mais reprenant les termes du Directoire de 1971), … souhaite que les conférences épiscopales publient des textes donnant les fondements de la catéchèse pour leurs Eglises particulières. "Destinés principalement aux responsables et aux catéchistes, ils éclaircissent le concept de catéchèse : sa nature, finalité, tâches, contenus, destinataires, méthode (…) . Aussi leur élaboration est-elle recommandée et opportune, d'autant qu'elles constituent un point de référence important pour la formation des catéchistes". D.G.C. N° 282 .
Ajoutons que l'article N° 281 indique : "l'expérience montre que le programme d'action est très utile pour la catéchèse car, dans la définition de certains objectifs communs, il conduit à unir les efforts et à travailler dans une perspective d'ensemble. C'est pourquoi sa première condition doit être le réalisme, uni à la simplicité, à la concision et à la clarté."
Toujours dans l'avant-propos, on lit que "l'Eglise a voulu répondre au "désir légitime de tout baptisé d'apprendre de l'Eglise ce qu'elle a reçu et ce qu'elle croit" en publiant de nombreux catéchismes, dont le Catéchisme de l'Eglise catholique (1992) et son Abrégé (2005) sont l'expression la plus élaborée. Il fut précédé, en France, par des catéchismes qui ont fait dates, notamment le Catéchisme national à l'usage des diocèses de France de 1937 (revu en 1947) et le Catéchisme pour adultes des évêques de France, de 1991."
Et pour que les choses soient claires, les évêques précisent dans l'introduction : "Avec ce texte national pour l'orientation de la catéchèse en France, nous voulons exposer les principes qui fondent l'organisation de la catéchèse en France. Notre but premier n'est pas de développer une réflexion générale sur la catéchèse, mais de mettre en œuvre, pour la France, le Directoire général pour la catéchèse publié à Rome en 1997, qui est la norme pour l'Eglise universelle. (…) Chaque évêque trouvera ainsi une aide substantielle pour sa responsabilité d'organiser la catéchèse diocésaine selon les principes et les normes émanant du Siège Apostolique".
b) La reconnaissance officielle des difficultés de la catéchèse, et la perception "d'un vrai désir de renouvellement, demandé avec humilité et attendu avec joie" (avant-propos, page 17). La question posée est bien : "Comment transmettre la foi dans le contexte de crise de transmission généralisée que connaît la société tout entière ?" (préface page7). Au paragraphe "découvrir la foi de l'Eglise", page 42, on lit : "L'initiation comporte aussi nécessairement des moments de confrontation avec les énoncés de la foi tels que l'Eglise les transmet dans les Catéchismes, et en particulier dans le Catéchisme de l'Eglise catholique et son Abrégé. Le langage de la foi n'est plus compris par beaucoup de nos contemporains. Certains même ne trouvent plus crédible ce que l'Eglise dit de sa foi. Il nous faut en prendre acte et creuser dans les cœurs un sillon dans lequel pourra germer la compréhension de la totalité de ce que croit l'Eglise, en veillant continuellement à honorer les quatre modalités par lesquelles s'exprime la vie chrétienne : la foi professée, célébrée, vécue et priée." C'est bien là le défi qu'il faut relever et il n'est pas mince dans la situation actuelle.
c) Le chapitre 3 sur la pédagogie d'initiation a le grand mérite de remettre les choses à leur vraie place. Par exemple, il y est bien précisé que la proposition de catéchèse doit être ordonnée et systématique. Il ne s'agit plus de donner des éléments de réponse à quelqu'un qui devrait chercher par lui-même, mais bien de communiquer le message dans son entier. On ne pourra plus faire comme si la foi, l'intimité avec Dieu, devait forcément précéder la connaissance de la doctrine chrétienne.
Lors d'une récente réunion de catéchistes, nous avons compris avec tristesse que les mots "enseignement, doctrine, péché originel, Jugement de Dieu…" étaient considérés comme périmés par certains d'entre eux. Ce sont pourtant ces mots qui portent tout l'édifice de l'Eglise et sa continuité dans les siècles. Il ne peut y avoir d'Eglise et de foi sans la connaissance de sa doctrine, en ignorant l'origine du mal et de quoi le Christ est venu nous sauver, sans savoir vers quel but nous marchons (Voir annexe 3 p. 10).
Les catéchistes donnent les clefs pour parvenir à la foi. Sans eux, sans leur enseignement et leur propre foi, on voit bien que rien n'est possible : "Le catéchète est frère du catéchisé. Il n'est pourtant pas "à égalité avec lui" : le devoir de transmettre appelle à exercer une forme d'autorité, celle qui permet à l'autre de devenir "auteur" de sa vie. Dans une pédagogie d'initiation, l'autorité du catéchète vient de ce qu'il n'est pas lui-même la source, mais le garant de la fidélité à une longue histoire de la foi vécue dans l'Eglise à travers les âges." (Texte pour l'orientation de la catéchèse, chap. 3, p. 53).
d) Le mot "vérité" est aussi devenu difficile à prononcer dans l'Eglise : "Le rapport au christianisme a changé, le lien à l'Eglise s'est affaibli et les références chrétiennes sont devenues floues, les autres religions font entendre leur voix et le rapport à la Vérité s'en est trouvé modifié." (préface du Texte d'orientation). On pourrait rappeler que le Concile Vatican II n'a pas du tout relativisé ce mot, bien au contraire. L'Eglise apporte la Vérité au monde, c'est sa mission (1). Il convient donc d'en tirer des conclusions et de ne pas craindre de proclamer la Vérité de l'Evangile.
e) Le dialogue avec Dieu, le fait que Dieu nous parle, ne peut pas être mieux exprimé que dans la prière chrétienne. "C'est ce dialogue que vit l'Eglise quand elle célèbre la liturgie … Ce dialogue est aussi le fondement de la prière où chacun peut, dans l'intimité de son cœur, appeler Dieu "notre Père"…" (chap. 3, p. 51). Il nous faut beaucoup insister pour qu'au catéchisme, les enfants apprennent à prier, et pour qu'ils sachent reconnaître l'efficacité de la prière.
f) Dans les propositions pour l'organisation de la catéchèse qui suivent le Texte national pour l'orientation, le choix a été fait de laisser à chaque évêque, à chaque diocèse, de définir précisément les modalités d'application. Nous ne pensons pas que les différences entre les diocèses soient telles qu'il eût été impossible d'envisager une action commune. Mais nous comprenons bien que les divergences de vues font qu'il était peut-être difficile d'imposer une seule et même pratique de la catéchèse. Nous le regrettons, surtout en raison du temps qui sera nécessaire pour réaliser de véritables avancées. Il y a urgence, surtout pour les enfants en âge d'être catéchisés.
g) Catéchèse à l'occasion des demandes de sacrements : Que la catéchèse soit déployée en fonction des étapes de la vie, par lieux, et articulée à l'année liturgique ne peut être que bénéfique. Un soin particulier doit veiller à "l'organisation de la catéchèse en réponse aux demandes sacramentelles". Certains modules existent déjà en maints endroits. Il est important que ces pratiques soient unifiées et que les paroisses agissent de façon identique, de façon à limiter les conflits et les incompréhensions.
Pour conclure, nous pensons que l'essentiel peut être préservé et mis en application par un renouveau de la pratique de la catéchèse. On ne trouve guère dans ces textes la distinction entre le catéchisme des enfants et celui des adultes. Cette distinction sera faite dans de futurs textes à élaborer. Si l'on s'en tient aux chiffres, il est quand même souhaitable de se préoccuper en urgence des enfants catéchisés (environ 700 000 en France, sur 4 années). On peut se réjouir que de plus en plus d'adultes ressentent l'appel de Dieu, on doit en rendre grâce, mais, fort logiquement, plus il y aura d'enfants non catéchisés, plus il y aura d'adultes catéchumènes. La proportion en est toutefois minime (environ 10 000).
Si nous devions choisir les points qui nous semblent les plus importants, nous en citerions quatre :
L'impérieuse nécessité de retrouver une catéchèse intégrale, organique et systématique où aucun point important du message du Christ ne soit ignoré. La connaissance du mystère chrétien n'est pas la foi, mais elle est indispensable pour y parvenir.
Pour cela, la publication d'un nouveau catéchisme pour les enfants, sur le modèle de l'Abrégé du Catéchisme de l'Eglise catholique ; la mise au point des nouvelles publications est définie à l'annexe 1 du Texte d'orientation.
Toute catéchèse doit comporter une initiation à la prière en communauté, à la prière individuelle, à la prière du chapelet, à la prière d'adoration.
Une insistance particulière pour la compréhension de la messe et son importance pour toute vie chrétienne authentique.
Propositions pour une catéchèse complète et structurée au cours des quatre années de catéchisme :
Note préliminaire : les lignes qui suivent ne se veulent nullement être un "modèle" de ce qui doit se faire mais sont tout simplement le fruit de quinze années de catéchèse dispensée à des enfants de tous âges. Les exemples donnés ont été vécus.
Première année : les thèmes abordés "colleront" à l'année liturgique.
Dieu – la Création du monde. La Création de l'homme. L'homme : un corps et un esprit – la Création des anges – l'ange gardien – le péché originel – la promesse d'un Sauveur – l'Annonciation – la Nativité – adoration des bergers, des mages – la fuite en Egypte – Jésus enfant – Jésus perdu et retrouvé – vie publique du Christ : le Baptême, les miracles, Jésus et les enfants – l'enfant prodigue – le péché et le pardon – la Cène – la Passion – la Résurrection et les apparitions du Christ ressuscité – le Baptême – la Messe – le Prêtre - Jésus présent dans le tabernacle – l'Ascension – la Pentecôte – les apôtres après la Pentecôte – le Ciel, le Purgatoire et l'enfer – Marie, notre maman du Ciel –
Prières à mémoriser : "Je vous salue Marie" et "Notre Père". (on expliquera surtout le "Je vous salue Marie")
La Bible, la façon dont elle s'est constituée, ses deux parties, les livres qui la composent, comment y chercher un texte.
Les prophètes – Noë – Abraham - Moïse – les dix Commandements (qui seront développés en détail) – les 7 sacrements en développant le pardon et l'eucharistie – la messe, ses différentes parties - l'adoration - explication de la prière du Notre Père.
Prière à mémoriser : "Je crois en Dieu" (on l'apprendra doucement, tout au long de l'année en expliquant les deux premières parties).
Les attributs de Dieu – la Création au regard de la science – Foi et évolution – la Trinité – l'Eglise du Christ, son organisation – l'espérance chrétienne - la communion des saints – le jugement et la vie éternelle - la résurrection de la chair – la prière du chrétien – les "mystères" de Marie : l'Immaculée Conception, l'Annonciation, la Conception virginale, la Visitation, la Présentation, la Nativité, Cana, la Croix, la Pentecôte, l'Assomption, le Couronnement. –
Prière : le chapelet.
Première année d'aumônerie :
Foi et raison – le Saint Esprit – la Confirmation – les Béatitudes – la condition humaine suite au premier péché : la mal, la souffrance, la mort – le sacrement des malades -
Le salut – la façon de vivre en chrétien : ce que l'Eglise demande et enseigne sur ce sujet – la grâce de Dieu - la sainteté - les saints – la vie consacrée – le sacrement de l'Ordre – le sacrement du mariage – thèmes d'actualité : drogue, sida, écologie … , qui nécessitent un éclairage chrétien.
Les thèmes seront abordés de façon à tenir compte du degré de maturité des enfants ainsi que de la dynamique du groupe, rien ne doit être "figé".
Les grandes fêtes chrétiennes feront l'objet d'une "révision" chaque année (au cours de la première année, on parle de toutes les fêtes de l'année liturgique).
Autant qu'on le pourra, on respectera l'ordre chronologique des événements, à défaut, on replacera toujours le thème abordé dans son contexte chronologique et historique.
On parlera de Marie comme modèle de foi lorsque le thème le permettra.
Un temps sera consacré à la prière à chaque rencontre, prière apprise ou en cours d'acquisition, ou prière silencieuse.
Ce paragraphe ne se veut être qu'une énumération d'exemples, on peut en imaginer d'autres.
Confection d'une couronne de l'Avent qui sera apportée à la maison pour y vivre en famille le temps de l'Avent.
Confection d'un petit cadeau quel qu'il soit à offrir à un proche ou une personne isolée.
Quelques petites privations bien comprises, en vue d'un partage avec ceux qui manquent de tout (carême).
Deux ou trois fois dans l'année : un "temps fort" en groupe élargi. Ce pourra être un rassemblement (par année) sur la paroisse pour approfondir un thème (ex : le pardon, la messe), mais aussi la participation au pèlerinage paroissial ou à un grand rassemblement organisé pour tous au niveau du doyenné ou du diocèse.
Une animation en "maison de retraite" où l'on chantera des chants appris en catéchèse, et où l'on donnera un petit spectacle qui sera suivi d'un goûter partagé.
La participation des jeunes en première année d'aumônerie pour servir les invités aux "tables ouvertes" organisées sur la paroisse.
L'envoi de dessins au chef du service pédiatrie de l'hôpital afin qu'ils soient distribués aux enfants malades.
La confection et la vente de gâteaux ou de cartes de voeux au profit d'une œuvre caritative.
La participation des jeunes en première année d'aumônerie aux activités proposées par l'aumônerie des collèges en doyenné.
Un grand jeu de fin d'année dont les questions porteront sur ce qui a été vu ensemble.
Tout au long de l'année, une participation la plus régulière possible à la messe dominicale sera demandée aux enfants inscrits au catéchisme. Ainsi, l'accent sera mis sur le lien entre préparation à la première communion et assistance régulière à la messe.
Des chants seront appris dans les différents groupes et certains pourront être employés lors de cérémonies comme la première communion.
Dès la première année, le sacrement du pardon sera expliqué et préparé (en général au moment du Carême), et les enfants seront invités à le recevoir. La réception de ce sacrement peut revêtir un aspect festif : rendre grâce pour l'amour de Dieu qui va jusqu'au pardon.
Une remise solennelle d'un livre, d'un chapelet, d'une croix… pourra marquer une étape dans l'avancée catéchétique des enfants.
Quelques suggestions et réflexions
Catéchèse pour les parents.
Aujourd'hui, un glissement s'est opéré : le manque de culture religieuse, l'appauvrissement du message catéchétique, ont conduit à l'indifférentisme la majeure partie des Français. C'est que les parents d'enfants en âge d'être instruits ont eux-mêmes très peu reçu.
Si l'on veut transmettre la Foi aux enfants, on ne pourra plus ignorer le manque de culture religieuse des parents. C'est ce qui motive la réflexion à tous les niveaux de l'Eglise, et déjà les paroisses sont confrontées à ce problème.
Ce souci de proposer la foi à tous les âges de la vie est au cœur des préoccupations de nos évêques : "Dans notre pays de vieille tradition chrétienne, nombre d'adultes et de jeunes ont pris leur distance vis-à-vis de l'institution ecclésiale, mais, en même temps, beaucoup de nos contemporains manifestent une véritable soif spirituelle. Comment ne pas se sentir appelé à une "nouvelle évangélisation" ? (Texte pour l'orientation de la Catéchèse, chapitre premier, page 25)
Il est donc urgent aujourd'hui de s'occuper des parents si l'on veut que le catéchisme des enfants ne meure pas. Pour cela, je me contenterai de tracer quelques pistes : par exemple, lorsque ces mêmes jeunes parents (qui avouent leurs lacunes concernant la foi), demandent le baptême de leur enfant, nous pouvons, en paroisse, inclure dans la préparation même en vue du baptême, une ou plusieurs séances de catéchèse centrées sur le baptême, partant du péché des origines et passant nécessairement par le salut opéré par le Christ sur la Croix. On peut ensuite leur proposer un cursus simple de formation, adapté à leurs besoins, à leur demande et à leur rythme de vie. Un système très souple en somme, qu'une paroisse pourrait seule organiser à l'aide de paroissiens convaincus, désireux de partager leur foi et qui pourraient se rendre disponibles "au coup par coup".
En amont, il va de soi que la demande du mariage religieux peut constituer le point de départ de cette formation religieuse. Il nous faut en tous les cas, qu'il s'agisse des parents ou bien de leurs enfants, revenir à une catéchèse vivante et nourrissante, attachée à la personne du Christ et qui donne soif de la vraie vie.
Invitation individuelle pour l'inscription au catéchisme :
Une véritable difficulté consiste à ce que le plus grand nombre d'enfants soient inscrits en 1ère année de catéchisme. Car cela n'est pas seulement affaire de choix : il y a des problèmes individuels de lieux, de disponibilité, plus ou moins d'acquiescement des enfants eux-mêmes. S'il y a une ferme volonté des parents, tout cela peut être surmonté. C'est pourquoi la paroisse doit faire un véritable effort de pédagogie dans l'invitation individuelle de chaque enfant en âge d'être catéchisé, qu'il soit baptisé ou non.
Beaucoup de parents attendent en effet que l'information arrive jusqu'à eux et ne feront guère l'effort d'aller à la recherche du renseignement ; même si l'on doit privilégier l'invitation individuelle, la distribution en nombre dans chaque boîte aux lettres, malgré son coût, a le grand avantage de n'oublier personne.
Certaines paroisses citadines n'hésitent d'ailleurs plus à utiliser tous les supports publicitaires courants, et moins courants (j'ai vu des banderoles en travers des rues dans une petite ville) afin de sortir le catéchisme des sacristies, annonces et journaux paroissiaux.
Il ne faut pas faire porter sur cette cérémonie le poids des difficultés de la catéchèse. La Profession de Foi devrait garder toute son importance car elle est l'expression du caractère communautaire de la religion. Dire sa foi devant l'assemblée reste souhaitable, même si cette foi est souvent peu assurée, peu construite ; elle ne demandera qu'à s'épanouir si le message a été bien transmis. Pensons que l'Esprit-Saint agit en tous temps.
On insiste parfois beaucoup, pour le déplorer, sur l'abondance et le choix des cadeaux reçus à cette occasion. Est-ce aussi grave ? Si l'on n'a pas oublié d'offrir un chapelet ou encore une Bible, le mal n'est pas si grand, car ce qui habite le cœur de l'enfant reste l'essentiel.
Par contre, l'instant de cette Profession de Foi est capital, en ce sens que c'est souvent là que se produit la rupture avec la vie de la paroisse, en particulier avec l'Eucharistie. Aussi, il importe que le prêtre ou quelqu'un de confiance sache, pour chaque enfant, trouver les mots et les motivations qui soient de nature à le convaincre de garder ce lien avec sa paroisse.
Ensuite se posent des questions simples mais redoutables : "Vais-je aller à la messe dimanche prochain ? Comment irai-je ? Ai-je d'autres choses à faire ? Comment vont réagir mes parents ? Vont-ils m'y conduire ? Existe-t-il un service pour m'emmener ?
A cet âge où l'effet de groupe est primordial, pensons à les entourer de 2 ou 3 bons copains, proposons-leur de participer aux grands rassemblements organisés dans notre doyenné, diocèse et autres. Là, ils auront l'occasion de rencontrer des jeunes comme eux, de tous horizons. L'ambiance y sera décontractée, chaleureuse, ils vivront des moments forts, d'intense communion, ils découvriront une Eglise jeune et dynamique. Et nous serons étonnés d'apprendre que ces jeunes qui rechignent si souvent pour se lever le dimanche matin, auront trouvé "formidable" la nuit d'adoration proposée à cette occasion !
L'anniversaire du baptême.
Dans le contexte d'une société où l'on commémore de plus en plus de choses qui, parfois, nous sont étrangères, nous pensons que fêter l'anniversaire du baptême des enfants (ou même des adultes) serait une manière commode de se rappeler qu'il a eu lieu. Ce serait comme fêter une autre naissance.
La paroisse s'efforcerait de faire ce rappel aux parents des jeunes connus d'elle en y joignant une invitation à l'Eucharistie. L'idéal serait qu'il y ait un véritable suivi des enfants à travers le temps et leurs lieux de résidence. Il est vrai qu'on peut voir ici un réel obstacle, mais peut-être qu'en réfléchissant plus avant, celui-ci n'est pas insurmontable. En tout cas, pour les enfants restant domiciliés sur la paroisse, il est très possible de garder un lien régulier. Là où il existe, l'Eveil à la Foi est bien sûr le meilleur relais pour garder ce lien.
L'initiative prise dans certaines paroisses depuis quelques années mérite d'être soulignée : une invitation personnelle est adressée aux familles ayant conduit un enfant au baptême l'année précédente. Elle invite à la célébration de l'Eucharistie paroissiale en la solennité du baptême du Christ et à la bénédiction des enfants. Un pot de l'amitié est ensuite offert au fond de l'église, ce qui permet souvent de se connaître un peu mieux.
Ce que dit le Catéchisme de l'Eglise Catholique à propos du péché originel :
"Le péché originel : une vérité essentielle de la foi" (CEC 338).
"L'Eglise qui a le sens du Christ sait bien qu'on ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ" (CEC 389).
"Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme. La révélation nous donne la certitude de foi que toute l'histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents" (CEC 390).
"L'Ecriture montre les conséquences dramatiques de cette première désobéissance" (CEC 401).
"Depuis ce premier péché, une véritable "invasion" du péché inonde le monde" (CEC 401).
"Ignorer que l'homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l'éducation, de l'action sociale et des mœurs". (CEC 407).
"Cette situation dramatique du monde qui "tout entier gît au pouvoir du mauvais" (1Jn 5, 19) fait de la vie de l'homme un combat" (CEC 409).
Ce que dit le Catéchisme de l'Eglise Catholique à propos du Jugement :
"Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts" (Credo).
"Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours. " (CEC 1022)
"L'enseignement de l'Eglise affirme l'existence de l'enfer et de son éternité" (CEC 1035).
"Les affirmations de la Sainte Ecriture et les enseignements de l'Eglise au sujet de l'enfer sont un appel à la responsabilité avec laquelle l'homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion". (CEC 1036)
II – DOCUMENTS ROMAINS ET FRANÇAIS DE REFERENCE.
Principaux textes de référence.
Afin d'appuyer les quelques réflexions du chapitre précédent, intéressons-nous aux principaux documents de base concernant la catéchèse :
- Le Concile Vatican II a indiqué les grandes orientations à suivre pour la transmission de la foi. Il n'a pas précisé les détails de ce qu'il fallait faire ou ne pas faire.
- L'exhortation apostolique "Catechesi Tradendae (2)" de Jean-Paul II, qui faisait suite au Synode des Evêques réunis autour de Paul VI.
- Le "Directoire Général pour la Catéchèse", de la Congrégation romaine pour le Clergé, promulgué en 1997. Ce document a été conçu par un groupe d'évêques et par des experts en théologie et en catéchèse. Le texte a été envoyé pour consultation aux conférences épiscopales et aux principaux centres d'études catéchétiques. Il a remplacé un premier Directoire Général qui datait de 1971.
- Et depuis peu, le "Texte national d'Orientation pour la Catéchèse en France" du 7 octobre 2006, dont le but "est de mettre en œuvre, pour la France, le Directoire Général pour la Catéchèse publié à Rome en 1997, qui est la norme pour l'Eglise universelle" (Mgr Ricard, dans l'introduction générale, page 21).
On me permettra un souvenir personnel. Vers 1990 (3), j'ai trouvé chez un ami libraire un livre intitulé "Jean-Paul II Catéchiste". Cet ouvrage traduit de l'américain présentait l'Exhortation "Catechesi Tradendae" avec un commentaire pour chaque article. Il est bon de savoir que la parution de cette exhortation date de 1979, que les déficiences de la catéchèse en France y étaient déjà décrites de la manière la plus claire ainsi que les remèdes à y apporter. Mais comme je l'ai dit dans la première partie, il ne sert à rien de regretter, l'occasion nous est donnée maintenant de mettre en application ces textes romains pleins de bon sens et de réalisme.
Pourquoi tenons-nous autant à mettre au jour les difficultés de la catéchèse actuelle? Ce n'est pas pour pointer du doigt les erreurs du passé ; elles sont de toute façon humaines. C'est parce que nous espérons le Salut pour le plus grand nombre, c'est aussi parce que la Foi rend joyeux, et pas de n'importe quelle façon. Ainsi en parlait le Cardinal Ratzinger dans un livre paru en 1997, le Sel de la Terre (4) :
"…c'est la foi qui donne la joie. Quand Dieu n'est pas là, alors le monde se désertifie, et tout devient ennuyeux, et tout est complètement insatisfaisant. On voit bien aujourd'hui qu'un monde sans Dieu s'use de plus en plus de lui-même, qu'il est devenu un monde entièrement dépourvu de joie. La grande joie vient de ce qu'existe le grand amour, et c'est la déclaration essentielle de la foi.
…Je parle de la joie véritable. Une joie qui subsiste même si l'existence est difficile, et qui rend alors vivante cette existence. L'histoire de Jésus-Christ commence, dans l'Evangile, avec cet ange qui dit à Marie : Réjouis-toi ! La nuit de la naissance, les anges disent à leur tour : Nous vous annonçons une grande joie ! Et Jésus dit : Je vous annonce la bonne nouvelle ! Donc, au cœur du christianisme, il y a toujours ces mots : je vous annonce une grande joie, Dieu est là, vous êtes aimés, et c'est établi pour toujours."
Extraits des documents de référence.
Voici quelques extraits de ces textes, qui, mieux que de longs commentaires, mettent l'accent sur les améliorations possibles et les possibilités d'évoluer vers plus d'efficacité :
Nécessité d'une catéchèse systématique. (5)
Dans son discours de clôture de la IVème Assemblée générale du Synode, le pape Paul VI se félicitait "de constater que la nécessité absolue d'une catéchèse bien structurée et cohérente avait été soulignée par tous, car un tel approfondissement du mystère chrétien lui-même distingue fondamentalement la catéchèse de toutes les autres formes d'annonce de la Parole de Dieu.
Face aux difficultés pratiques, quelques caractéristiques de cet enseignement sont à souligner parmi d'autres :
- Il doit être un enseignement non pas improvisé mais systématique, selon un programme qui lui permette d'arriver à un but précis ;
- Un enseignement qui porte sur l'essentiel sans prétendre aborder toutes les questions disputées ni se transformer en recherche théologique ou en exégèse scientifique ;
- Un enseignement assez complet, toutefois, qui ne s'arrête pas à la première annonce du mystère chrétien, tel que nous l'avons dans le kérygme ;
- Une initiation chrétienne intégrale, ouverte à toutes les composantes de la vie chrétienne.
Sans oublier l'intérêt des multiples occasions de catéchèse en relation avec la vie personnelle, familiale, sociale ou ecclésiale, qu'il faut savoir saisir, j'insiste sur la nécessité d'un enseignement chrétien organique et systématique, parce que de divers côtés on tend à en minimiser l'importance. (Catechesi Tradendae – Article 21).
Catéchèse et expérience vitale.
Il est tout aussi vain de prôner l'abandon d'une étude sérieuse et ordonnée du message du Christ au nom d'une méthode qui privilégie l'expérience vitale. "Personne ne peut atteindre la vérité intégrale par une simple expérience privée, c'est-à-dire sans une explication adéquate du message du Christ, qui est "Chemin, Vérité et Vie" (Jn 14,6)"
On n'opposera pas non plus une catéchèse à partir de la vie à une catéchèse traditionnelle, doctrinale et systématique. La catéchèse authentique est toujours initiation ordonnée et systématique à la Révélation que Dieu a faite de lui-même à l'homme, en Jésus-Christ, Révélation gardée dans la mémoire profonde de l'Eglise et dans les Saintes Ecritures, et constamment communiquée, par une "tradition" vivante et active, d'une génération à l'autre. Elle concerne le sens dernier de l'existence qu'elle éclaire tout entière, pour l'inspirer ou pour la critiquer, à la lumière de l'Evangile.
C'est pourquoi nous pouvons appliquer aux catéchistes ce que le Concile Vatican II a dit plus spécialement des prêtres : éducateurs – de l'homme et de la vie de l'homme – dans la foi. (C.T. art. 22).
Complémentarité entre enseignement et initiation.
…. L'initiation ne s'oppose donc pas à la fonction d'enseignement. Elle a une dimension didactique. En introduisant dans l'expérience que porte l'Eglise, elle honore un contenu objectif de la foi. Elle veillera à en donner une présentation "organique est hiérarchisée. Sept éléments de base la configurent : les trois étapes du récit de l'histoire du Salut, - l'Ancien Testament, la vie de Jésus-Christ et l'histoire de l'Eglise, et les quatre piliers de l'exposé-, le Symbole, les Sacrements, le Décalogue et le Notre Père". Avec ces sept pierres fondamentales, (…) il est possible de construire des édifices de diverse architecture ou ordonnancement." (Texte national d'Orientation chapitre 2)
La nécessité des Catéchismes locaux. (6)
Le Catéchisme de l'Eglise catholique est offert à tous les fidèles et à chaque homme qui veut connaître ce que croit l'Eglise catholique et, de façon toute particulière, il "est destiné à encourager et à aider à la rédaction de nouveaux catéchismes locaux qui tiennent compte des diverses situations et cultures, mais qui gardent avec soin l'unité de la foi et la fidélité à la doctrine catholique." (…) (Directoire Général pour la Catéchèse – Art. 131).
La situation de la catéchèse : vitalité et problèmes.
Après avoir indiqué dans l'article 29 ce qui marche bien et les motifs d'encouragements, le Directoire poursuit ainsi :
Dans beaucoup de catéchismes, la référence à l'Ecriture Sainte est quasi exclusive, et pas suffisamment accompagnée de la réflexion et de la vie bimillénaire de l'Eglise. La nature ecclésiale de la catéchèse apparaît, dans ce cas, moins claire. Le concours de la Sainte Ecriture, de la Tradition et du Magistère, chacun à sa façon, ne féconde pas encore harmonieusement la transmission catéchétique de la foi.
Quant au contenu de la catéchèse, divers problèmes demeurent, comme certaines lacunes doctrinales au sujet de la vérité sur Dieu et sur l'homme, sur le péché, la grâce et les fins dernières. Une formation morale plus solide est nécessaire ; l'histoire de l'Eglise est présentée de manière inadéquate et sa doctrine sociale n'est pas assez mise en évidence. En certaines régions, on assiste à une prolifération de catéchismes et de textes dus à des initiatives particulières, aux tendances sélectives et aux accentuations si différentes qu'elles nuisent à l'indispensable convergence dans l'unité de la foi.
La Catéchèse est intrinsèquement reliée à toute l'action liturgique et sacramentelle. Souvent, pourtant, la pratique de la catéchèse n'a qu'un rapport faible ou décousu avec la liturgie. On constate peu d'attention aux signes et aux rites liturgiques et une pauvre mise en valeur des sources liturgiques. Des parcours catéchétiques sont peu ou pas du tout reliés à l'année liturgique et les célébrations n'y ont qu'une présence marginale. (D.G.C. Art. 30).
L'intégrité du message évangélique.
Dans cette tâche d'inculturation de la foi, la catéchèse doit transmettre le message évangélique dans son intégrité et sa pureté. Jésus annonce l'Evangile intégralement : "Tout ce que j'ai entendu du Père, je vous l'ai fait connaître" (Jn 15,15). Le Christ exige cette même intégrité de ses disciples lorsqu'il les envoie en mission : "…enseignez-les à observer tout ce que je vous ai commandé" (Mt 28,19). Aussi, un critère fondamental de la catéchèse est de sauvegarder l'intégrité du message, en évitant des présentations partielles ou déformées : "Afin que l'oblation de sa foi soit parfaite, celui qui devient disciple du Christ a le droit de recevoir la "parole de la foi" non pas mutilée, falsifiée, diminuée, mais pleine et entière, dans toute sa rigueur et toute sa vigueur (7)" (D.G.C. Art. 111).
Les quelques citations ci-dessus ne présentent que très partiellement l'insistance avec laquelle le Directoire demande que les enfants utilisent un manuel présentant la foi catholique de manière complète et ordonnée. Il y a un bon nombre de catéchistes qui adaptent les instruments qui sont à leur disposition et qui, plus ou moins, suivent avec leur foi et leur instinct, les indications ci-dessus. Mais ces efforts demandent à être étendus à tous ; c'est ainsi que la catéchèse retrouvera sa crédibilité.
Sur l'utilisation de la mémoire dans la Catéchèse.
Un autre aspect des choses abordé dans les textes réside dans le fait que l'on n'ose plus faire apprendre les choses essentielles et indispensables qui permettront de s'approprier le message que l'on veut transmettre. Là encore, le bon sens indique que certaines erreurs de l'enseignement en général demandent à être rectifiées :
"Pour introduire dans l'expérience chrétienne, la catéchèse a besoin de s'adresser à la personne globale, à la fois au cœur et à l'intelligence, à la volonté et à la mémoire." (T.N.O. chapitre 2)
"Alors que dans l'enseignement profane de certains pays, des plaintes s'élèvent de plus en plus nombreuses sur les fâcheuses conséquences du mépris de cette faculté humaine qu'est la mémoire, pourquoi ne chercherions-nous pas à la remettre en valeur de manière intelligente et même originale dans la catéchèse, d'autant plus que la célébration ou "mémoire" des grands faits de l'histoire du Salut exige qu'on en possède une connaissance précise ? Une certaine mémorisation des paroles de Jésus, de passages bibliques importants, des dix Commandements, des formules de profession de foi, des textes liturgiques, des prières essentielles, des notions clefs de la doctrine…, loin d'être contraire à la dignité des jeunes chrétiens, ou de constituer un obstacle au dialogue personnel avec le Seigneur, est une véritable nécessité, comme l'ont rappelé avec vigueur les Pères synodaux. Il faut être réaliste : ces fleurs, si l'on peut dire, de la foi et de la piété ne poussent pas dans les espaces désertiques d'une catéchèse sans mémoire. L'essentiel est que ces textes mémorisés soient en même temps intériorisés, compris peu à peu dans leur profondeur, pour devenir source de vie chrétienne personnelle et communautaire." (C.T. - N° 55).
Il faut en particulier mémoriser les principales formules de la foi parce qu'elles en assurent l'exposé le plus précis et garantissent un précieux patrimoine commun, doctrinal, culturel et linguistique. La possession sûre des langages de la foi est une condition indispensable pour vivre la foi elle-même. (D.G.C. Art. 154).
III – EVOLUTION DE LA CATECHESE AU FIL DU TEMPS : NECESSITE D'UN TEXTE POUR L'ORIENTATION DE LA CATECHESE.
a) Petit historique des méthodes employées.
Jusque dans les années soixante existait un catéchisme national élaboré par l'Eglise de France, selon la méthode habituelle des questions-réponses. Celui que beaucoup ont eu enfants se nommait : "Catéchisme à l'usage des diocèses de France", Editions Tardy, avec imprimatur du Cardinal Joseph Lefebvre, Archevêque de Bourges, en date du 30 juillet 1947. Il comportait des questions différenciées selon l'âge de l'enfant, des exercices et des résolutions.
Déjà avant le Concile Vatican II, de nouvelles méthodes étaient publiées qui faisaient réagir les évêques de France : en 1957, ceux-ci recommandaient de ne pas «omettre, ni surtout exclure positivement, pendant les premières années, l'enseignement des vérités surnaturelles fondamentales, comme le péché originel, la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa mission de Rédempteur du genre humain, le Saint-Esprit, les commandements de Dieu et de l'Eglise".
Le Concile n'avait proposé aucune règle nouvelle à propos de la catéchèse, mais les innovations vinrent de toutes parts. En 1964, malgré les efforts du futur Cardinal Honoré (8), on abandonna l'idée de recréer un catéchisme pour les enfants qui serait un inventaire complet et organique des vérités du Credo. Cela eut pour conséquence la relativisation ou la suppression d'une partie des éléments essentiels de la Foi catholique : le péché originel, certains aspects de la messe comme sacrifice, la dévotion à la Sainte Vierge et aux Saints, etc.
Les insuffisances des "parcours catéchétiques" furent perçues par certains évêques qui, en 1977, décidèrent de mettre en chantier une édition de "Pierres Vivantes". Hélas, ce livre comportait également de graves atteintes à la Foi et des erreurs. Et il n'était toujours pas question de recréer un véritable manuel de catéchisme.
A Rome, ces difficultés étaient connues ; il y eut le Synode des évêques réuni autour de Paul VI en 1977, avec pour thème "la catéchèse en notre temps", qui mettait en évidence des insuffisances des méthodes employées. Ce Synode fut à l'origine de l'exhortation apostolique "Catechesi Tradendae". C'est alors que le Cardinal Ratzinger vint à Paris et à Lyon pour donner sa conférence "Transmettre la Foi et Sources de la Foi" (1983), dont nous citons plus loin quelques extraits, car il faut bien essayer de comprendre ce qui se passa en France pendant toutes ces années.
Il est aussi évident que la plainte des parents et de certains catéchistes envers les méthodes utilisées était entendue par les responsables de l'Eglise. Ceux-ci firent alors paraître le "Catéchisme pour adultes" (1991). Comme son titre l'indique, cette publication fort bien faite ne s'adressait qu'aux adultes, principalement aux catéchistes.
L'année suivante paraissait le "Catéchisme de l'Eglise Catholique".
La genèse du récent "Texte pour l'orientation de la Catéchèse" date d'une dizaine d'années. En 1996, on a pu lire la "lettre aux Catholiques de France" : proposer la Foi dans la société actuelle". En 2003, nous avons reçu le livret "Aller au cœur de la Foi – Questions d'avenir sur la Catéchèse".
b) Nécessité d'une catéchèse complète et structurée.
"Quelles que soient les solutions concrètes qu'il retient pour organiser la catéchèse – selon les étapes de la vie, selon les lieux de vie, articulées à l'année liturgique ou répondant aux demandes sacramentelles, l'évêque veille à ce que chaque personne, quel que soit son point de départ, accède au tout de la foi et que la catéchèse qui lui est offerte présente ainsi un caractère organique et complet". (texte pour l'orientation de la catéchèse, propositions, chapitre 5, page 98).
Cette citation rejoint les propos du Cardinal Ratzinger lorsque, dans la première partie de sa conférence de 1983 consacrée à la crise du catéchisme, celui-ci démontrait comment l'Eglise de France avait évolué dans la façon de transmettre le message du Christ :
"La théologie pratique s'est énergiquement consacrée aux problèmes (posés par la Société moderne) dans les dernières décennies, afin de tracer à la transmission de la foi des voies nouvelles et mieux adaptées à cette situation. Beaucoup, certes, sont arrivés à se convaincre dans l'intervalle que ces efforts ont contribué davantage à aggraver qu'à résoudre la crise. Il serait injuste de généraliser cette affirmation, mais il serait tout aussi faux de la nier purement et simplement. Ce fut une première et grave faute de supprimer le catéchisme et de déclarer "dépassé" le genre même du catéchisme. Certes, le catéchisme comme livre n'est devenu usuel qu'au temps de la Réforme ; mais la transmission de la foi, comme structure fondamentale née de la logique de la foi, est aussi ancienne que le catéchuménat, c'est-à-dire que l'Eglise elle-même. Elle découle de la nature même de sa mission et on ne peut donc y renoncer. La rupture avec une transmission de la foi comme structure fondamentale puisée aux sources d'une tradition totale, a eu pour conséquence de fragmenter la proclamation de la foi. Celle-ci fut non seulement livrée à l'arbitraire dans son exposé, mais encore remise en question dans certaines de ses parties, qui appartiennent pourtant à un tout et qui, détachées de lui, apparaissent décousues."
Dans une grande majorité de paroisses, on n'utilise plus de véritable manuel de catéchisme depuis plus de trente ans, c'est-à-dire un ouvrage présentant de façon complète et structurée la foi chrétienne. On utilise des "parcours catéchétiques" que bon nombre de catéchistes aménagent pour justement rendre intelligible le message chrétien dans son entier ; évidemment, ces aménagements nécessaires sont cause de travail supplémentaire pour ces bénévoles.
Il est un exemple assez frappant de cet état de fait : dans les fiches utilisées dans notre paroisse, au demeurant fort attrayantes, la naissance d'un Sauveur est annoncée dès le début de la première année, au moment de préparer la fête de Noël, mais, si l'on suit exactement l'ordre prévu, il nous faudra attendre la 3ème année pour savoir de quoi Jésus vient nous sauver. Et encore, les notions de Salut et de péché sont tellement délayées qu'il n'y a là rien de bien important à prendre au sérieux.
Nous avons affaire à une catéchèse pour le moins édulcorée, les "fins dernières" étant réduites au seul "Royaume de Dieu" et évoquées uniquement en termes de résurrection, Salut, plénitude de vie en Dieu, bonheur, joie… Plus de mots tels que "jugement", "purgatoire" ou "enfer" (9) ! Mots que nous retrouvons cependant en plusieurs endroits du Catéchisme de l'Eglise catholique, Catéchisme qui n'a pas été prévu pour l'enseignement des jeunes enfants, c'est certain ; mais qui leur parlera de ces réalités si cela n'est pas fait au cours des quatre années de catéchisme, celles qui précèdent la profession de foi et qui seront pour la plupart d'entre eux le seul enseignement religieux qu'ils auront jamais ?
En d'autres termes, peut-on abandonner le vocabulaire spécifiquement chrétien sans aucune perte de sens ? Laissons sur ce sujet la parole à Mgr Jean-Louis Bruguès, Evêque d'Angers : " On évoque l'évolution du langage: certains termes atteints par l'usure et l'obsolescence viendraient à disparaître, tandis que de nouveaux feraient leur apparition… Est-ce si sûr ? Est-il inévitable que des mots s'abîment définitivement dans les oubliettes de l'Histoire ? (…) Les mots disent le génie de l'homme. Non, ils ne s'usent guère (…), parce qu'ils racontent toujours la même expérience, et portent chaque fois la même charge de peine et d'espoir (…). Chacun s'approche de nous, riche d'une sagesse millénaire. Les plus décisifs d'entre eux ont été lestés du poids de la grâce quand ils ont été prononcés par le Christ ou par ses saints. L'oubli, ici, est un appauvrissement, une perte insupportable. Q'un mot vienne à s'éteindre, et notre route se fait plus obscure, plus solitaire (…). A ceux qui sont chargés d'enseigner et de transmettre, aux prêtres et aux parents, je laisse ce conseil : tenez les mots, retenez-les, serrez leur sens ou le sel s'affadira, et les chrétiens cesseront d'éclairer leurs semblables."
Notons ici que notre critique porte, non sur ce qui est écrit et qui par ailleurs est bon, mais sur ce qui ne l'est pas, ou encore ce qui vient trop tard.
L'histoire du Salut forme un tout cohérent dont il est risqué d'occulter la "clé de lecture" ; les enfants, quel que soit leur âge, sont capables de Dieu (capax Dei) : "Je te remercie ô Père, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits".
Nos enfants n'ont-ils donc pas droit à l'exposé complet du dogme de notre foi ?
Venons-en à la méthode. Il semblerait qu'en ce domaine on ait voulu mettre en œuvre les mêmes errements qu'à l'école. Tout se passe comme si l'animateur n'avait pas grand chose à transmettre, les enfants devant tout découvrir par eux-mêmes par le jeu de questions, de recherches, d'activités diverses.
Dieu, dans sa grande sagesse, n'a pas procédé ainsi ; l'homme étant incapable de l'approcher par ses propres moyens, Il s'est fait connaître, Il s'est révélé.
Nous pouvons sans nous tromper considérer Jésus comme un grand pédagogue n'est-ce pas ? Pourtant son enseignement était magistral, il parlait avec autorité et tous étaient stupéfaits de son intelligence. (10)
Mettons-nous à l'école du Maître et demandons-lui d'humbles catéchistes qui sachent se mettre au service de la Vérité révélée et qui seront ainsi pleinement au service de l'éveil à la foi des enfants.
Nous ne sommes pas des champions de la rhétorique, et sans doute l'avez-vous remarqué ! D'ailleurs notre propos s'appuie pour une large part sur des citations de textes qui font référence en matière catéchétique.
L'Annexe 1 du Texte National d'Orientation préconise la création de nouveaux instruments de travail –ou modules- adaptés à l'âge, à la demande spécifique, au niveau de formation religieuse, au rythme de vie des personnes à qui l'on proposera une démarche catéchétique. Nous avons conscience de l'étendue de cette tâche qui nécessitera de votre part une intense réflexion et de nombreuses rencontres de travail.
Nous nous permettons cependant pour conclure de vous poser cette question : n'est-ce pas là une opportunité à saisir en vue de remédier à l'insuffisance doctrinale du contenu de notre catéchèse ?
Nous faisons pour cela appel au souci qui est le vôtre de proposer la foi aux hommes de notre temps, dans l'ensemble de ses dimensions, et cela pour que vive l'Eglise de demain car :
« La catéchèse est invitée à offrir des cheminements structurés qui aident à éclairer la connaissance de la foi. Loin d'opposer la transmission d'un savoir à l'entrée dans une expérience, la formation des adultes, par exemple, montre que l'entrée dans une meilleure intelligence de la foi de l'Eglise aide à vivre une foi plus sereine, moins crispée, heureuse de la lumière reçue, davantage disposée au partage et au témoignage." (Mgr Ricard, à Lourdes, en conclusion de l'assemblée des évêques de France, le 9 novembre 2004)
(extrait bulletin Fidélité et Ouverture - mai 2007)
"c'est pourquoi, tout d'abord, le Concile déclare que Dieu a lui-même fait connaître au genre humain la voie par laquelle, en le servant, les hommes peuvent obtenir le salut et parvenir à la béatitude. Cette unique vraie religion, nous croyons qu'elle subsiste dans l'Eglise catholique et apostolique à qui le Seigneur Jésus a confié le mandat de la faire connaître à tous les hommes. (…) Tous les hommes, d'autre part, sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Eglise ; et, quand ils l'ont connue, de l'embrasser et de lui être fidèle. (Vatican II – Déclaration sur la liberté religieuse – chap 1).
"L'Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans (les autres) religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie" (Jean 14, 6) dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses". (Vatican II – Déclaration sur les relations de l'Eglise avec les religions non chrétiennes – chap. 2).
"La Catéchèse en notre temps" – octobre 1979.
Sur la place du Sacré-Cœur à Issoudun où cet ami tenait son stand, un jour de pèlerinage (8 septembre).
Editions Flammarion/Cerf.
Les sous-titres en italique sont ceux des documents cités.
Le Directoire Général précise en note : "Ce titre se réfère exclusivement aux catéchismes officiels, c'est-à-dire ceux que l'Evêque diocésain ou la conférence des Evêques font leurs.
C.T. Art. 30.
Au début des années 60, celui-ci était chargé par les évêques de France de la rédaction d'un formulaire devant servir de base pour les futurs catéchismes destinés aux enfants. Dans ses mémoires intitulés : "La grâce d'être né" (Presses de la Renaissance – 2006), il explique comment ce projet ne put aboutir ; il nous confie son désarroi: « Je reste atterré d'entendre le rejet brutal que suscite la seule mention d'un savoir religieux. Comme si le simple fait d'évoquer la connaissance du mystère chrétien évacuait radicalement toutes expériences spirituelles que l'on peut en avoir ! Comme si – pour reprendre la distinction classique – la foi qui est apprise (fides quae) était incompatible avec la foi qui est vécue (fides qua) !"
"Jésus a enseigné. C'est le témoignage qu'il donne de lui-même : "Chaque jour j'étais assis dans le Temple à enseigner". C'est l'observation pleine d'admiration des Evangélistes surpris de le voir enseigner en tout temps et en tout lieu, d'une façon et avec une autorité inconnues jusqu'alors : " De nouveau les foules se rassemblent auprès de lui et, selon sa coutume, de nouveau il les enseignait" ; "Et ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait comme ayant autorité". (Catechesi Tradendae – N° 7)

References: art. 22
 Art. 131
 l'article 29
 Art. 30
 Art. 111
 Art. 154
 Art. 30