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Timestamp: 2017-07-20 12:27:16+00:00

Document:
Page réalisée pour la préparation d'un exposé fait
au Cercle Condorcet de Montluçon (CCM) le 11 mai 2017
A / ACTUALITÉ ÉDITORIALE DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE
B / ACTUALITÉ DE LA PENSÉE DE CE PHILOSOPHE
C / MON INDEX
Réédition 2002 (à gauche) de Grasset, 1991 (à droite).
Alain Finkielkraut ne se sentait pas assez philosophe pour participer à cet ouvrage (Répliques, 4 mars 2017). Ce livre s'appuie sur des extraits de Nietzsche mal traduits et mal interprétés.
affect du commandement
Apparence (Schein)
Aristocratique, noble
(vornehm)
(Ursache, Ursächlichkeit)
Chose (Ding)
Connaissance (Erkenntnis)
(Selbstsucht, Egoismus)
(Züchtung/Zähmung)
Esprit libre (freier Geist)
(ewige Wiederkehr)
(Erklärung, erklären)
(fröhliche Wissenschaft,
gaya scienza, gai saber),
gaieté d’esprit (Heiterkeit)
Hérédité (Vererbung)
Hiérarchie (Rangordnung)
Histoire, histoire naturelle
(Geschichte, Historie ;
Naturgeschichte)
Inconditionné, absolu
(unbedingt, absolut)
Instinct, pulsion
(Trieb)
(Auslegung, Interpretation)
Législateur, législation
(Gesetzgeber, Gesetzgebung)
(Materie, Stoff)
Pathos, affect,
sentiment de la distance Gefühl der Distanz)
Pitié, compassion (Mitleid)
Plaisir/déplaisir,
(Lust/Unlust, Leiden)
(Umwerthung aller Werthe)
(historischer Sinn)
Soulèvement d’esclaves
(Sklavenaufstand)
(Vergeistigung)
(Übermensch)
Type, typologie
(Typus, Typenlehre)
Valeur, évaluation
(Werth, Werthschätzung)
Vie (Leben)
Volonté (Wille)
(Wille zur Macht)
Bruxelles (Belgique) : Les Impressions Nouvelles, 2016.
Alain Jugnon, Nietzsche est la scène : " le nietzschéisme inscrit dans l'air du temps comme un poisson critique dans l'eau post-démocratique ".
Alain Jouffroy, Nietzsche fut mon compagnon de lecture Michel Surya, Ecce monstrum
Giuliano Campioni, Pour une nouvelle lecture de Nietzsche - La leçon de Mazzino Montinari et de son édition critique
Miguel Morey, Les danses du présent Monique Dixsaut, Le dur service de la vérité : " qu'est-ce qui, chez Nietzsche, peut rendre un tel livre possible ? Son style et son refus de systématiser, ses diagnostics impitoyables et so anthropologie sans illusion (que l'époque actuelle confirme tous les jours, du moins pour qui ose la regarder en face) ? "
Bernard Stiegler, La grande bifurcation vers le néguanthropos - Exceptions et sélections dans la noodiversité
Paul Audi, Suis-je nietzschéen ?
Jean Maurel, Oui, sept fois oui
Hadrien Laroche, De l’œuvre d’art là où elle apparaît sans artiste - Art, vie, monde, souffrance - fête
Jean-Clet Martin, Nietzsche et le criminel
Frédéric Neyrat, Nietzsche et la relance métaphorique
Avital Ronell, Friedrich, ami d’une intello, malgré tout
Stefan Lorenz Sorgner, Nietzsche éducateur - D’Héraclite au transhumanisme : " Le projet du transhumanisme consiste à repousser les frontières actuelles de l'homme afin de favoriser une vie bonne. "
Philippe Beck, Comment ne pas être nietzschéen - Contre l'ambivalence d'une douleur
Jean-Luc Nancy, Wer bin ich [Qui suis-je] ?
Dorian Astor, Les monstres de courage et de curiosité
Marseille : Agone, 2016, collection Banc d'essais.
I L'objectivité, la connaissance et le pouvoir.
II Remarques sur le problème de la vérité chez Nietzsche et sur Foucault lecteur de Nietzsche.
Dictionnaire Nietzsche en collection Bouquins chez Robert Laffont (32 €) paru en mars 2017.
" Ce volume réunit, pour la première fois en français, l’intégralité des travaux préparatoires de Friedrich Nietzsche, alors âgé de 24 ans, pour une thèse de doctorat sur Le concept de l’organique depuis Kant. À l’époque où il envisageait cette thèse, en 1868, Nietzsche achevait ses études à Leipzig et était déjà reconnu comme un spécialiste de la philologie classique. L’interruption de ses recherches par le service militaire obligatoire, son éloignement consécutif du milieu des philologues et les premières manifestations de la maladie, firent rejaillir sa vocation pour la pensée philosophique, concrétisée ici pour la toute première fois. Nous y découvrons une réflexion différente, moins connue que les thèmes les plus discutés, où Nietzsche fait non seulement preuve de sensibilité à l’égard de la tradition philosophique, mais s’intéresse aussi au débat scientifique de son temps. Imprégnés de ce dernier, ces écrits font transparaître une vision profondément matérialiste : l’organisme est une « pluralité » de « forces aveugles » qui combattent entre elles. Confirmées plus tard par ses lectures sur les mécaniques du développement – désormais appelées « embryologie expérimentale » –, ces thèses s’étendront au domaine de l’inorganique et fourniront la base du célèbre concept de « volonté de puissance ». "
B / Après ce rapide survol de l'actualité éditoriale récente relative à Nietzsche, je voudrais souligner l'actualité de la pensée de ce philosophe ; actualité de la philosophie aussi, puisque, pour la première fois, nous avons, avec Macron, un président de la République philosophe.
Intoduction :a) Sur la philosophie
b) Nietzsche : né en 1844 ; intellectuellement mort jeune (au début de sa 45e année), comme notre Pascal (décédé à 39 ans) ; les Fragments Posthumes sont analogues aux Pensées, la quantité en plus.
École d'élite Pforta, fondée en 1543 (actuel land de Saxe-Anhalt, au nord-est de l'Allemagne) : 1858-1864, avec une bourse d'études. 1864-1865 : études de théologie et de philologie classique à l'université de Bonn.1865-1869 : études de philologie classique à l'université de Leipzig. Publications sur Diogène Laërce.
Professeur de philologie à Bâle pendant 10 ans (1869-1879). Malade depuis au moins 1875.
Philologie : Discipline (correspondant à nos lettres classiques) qui vise à rechercher, à conserver et à interpréter les documents, généralement écrits et le plus souvent littéraires ou philosophiques, rédigés dans une langue donnée, et dont la tâche essentielle est d'établir une édition critique du texte. Pour Nietzsche, c'est surtout un art de bien lire. (Antéchrist, § 52)
Hiver 1869 : cours sur Les Travaux et les Jours d'Hésiode.
Nietzsche est donc venu à la philosophie par la philologie (ses travaux sur Diogène Laërce) ; pour Condorcet, c'était par les mathématiques ; dans les deux cas, à partir d'une formation scientifique.
" Un écrivain philosophique avec une formation poussée dans l'ordre de la pensée conceptuelle. " (Patrick Worling).
Œuvres philosophiques complètes : œuvres publiées de son vivant, œuvres posthumes, fragments posthumes (FP), correspondance.
Notamment 1878 (mai) : Humain, trop humain Un livre pour esprits libres (dédicacé à Voltaire pour le 100e anniversaire de sa mort.
1879 (début mars) : Opinions et sentences mêlées (Hth 2)
1879 (mi-décembre) : Le Voyageur et son ombre (Hth 2)
1886 (septembre) : Par-delà bien et mal
1886 (août) : Essai d'autocritique, dans Naissance de la tragédie)
1887 (novembre) : La Généalogie de la morale
Nietzsche sur wikisource
Tout Nietzsche en version originale
Thèmes appartenant à notre actualité. Philosophie, socialisme, athéisme, fin de vie, journalisme, connaissance, science, nazisme.
Nazisme : voir la partie B de ma page INDEX NIETZSCHE (7/16) : LES JUIFS ET LE JUDAÏSME suivi de : Index Onfray
Chez Nietzsche le concept d'esprit libre déborde le strict athéisme (s'applique aux religions, mais aussi aux doctrines socialistes et à la mentalité révolutionnaire). Reprise et dépassement de la devise des Lumières " penser par soi-même " (Voltaire, D'Alembert). L'esprit libre est ce que certains appellent un esprit fort.
Chez Condorcet aussi :
La critique nietzschéenne de la foi religieuse est faite au nom de la logique (Dieu est " une hypothèse bien trop extrême ") mais aussi, dans le cas du christianisme, au nom de la valeur " vie ". Application pratique, son opinion sur la fin de vie :
Le premier volume de Humain, trop humain Un livre pour esprits libres , dédié à Voltaire pour le centième anniversaire de sa mort (30 mai 1778).
Intérêt de sa critique des socialistes (culture insuffisante) pour comprendre la gauche française en crise. Pas assez d'importance accordée à l'instruction, à la culture (confondue avec le spectacle), aux sciences.
" Égalité de l'enseignement pour tous jusqu'à quinze ans ; la prédestination au lycée par les parents est une injustice. "
Le Voyageur et son ombre, 1879, § 263 : Le chemin de l’égalité.Quelques heures d’escalade en montagne font d’un coquin et d’un saint deux êtres passablement égaux. La fatigue est le plus court chemin pour aller à l’égalité et à la fraternité – et la liberté enfin nous est donnée de surcroît par le sommeil.
Le socialisme est fondé sur la résolution de poser les hommes égaux et d'être juste envers chacun. C'est la moralité la plus élevée (dans l'esprit de N. ce n'est pas un compliment), et le plus grand des mensonges. Cela relève de la décadence.
Volonté de puissance = intensification de la volonté de vivre, trait de caractère fondamental des dominateurs, des esprits libres et forts. Moyen contre le socialisme : mener une vie sobre et modeste pour ne pas susciter l'envie.
Le socialisme vise à la destruction de la grande intelligence et de la forte individualité : intelligence et individualité correspondent à représentation et volonté (caractère) selon Schopenhauer.
Christianisme latent dans le socialisme [Dolléans]. Le socialiste cherche la raison de son malaise dans la société comme le chrétien la recherche dans ses fautes. Les socialistes en appellent aux instincts chrétiens, c'est leur plus fine habileté.
N. les critique depuis 1872 (28 ans).
La philosophie a de précieux d'enseigner le contraire de tout ce qui est journalistique : moment, opinions, mode. Cf André Gide, " J'appelle journalisme tout ce qui sera moins intéressant demain ".
Quiconque a de l'argent et de l'influence peut, de toute opinion, faire une opinion publique.
Le journalisme se substitue à la culture et l'information à l'instruction (à l'étude).
Œuvre de séduction du peuple poursuivie par les journalistes. Menues malhonnêtetés qui égarent l'opinion. Fausse alerte permanente qui détourne vers une fausse direction.
La presse a été mal vue par de nombreux auteurs, à commencer par Voltaire.
Marx : " On croirait jusqu'à présent que la formulation des mythes chrétiens dans l'Empire romain n'avait été possible que parce que l'imprimerie n'était pas encore inventée. C'est tout le contraire. la presse quotidienne et le télégraphe qui répand ses inventions en un clin d'œil dans tout le globe fabriquent plus de mythes en un jour qu'on ne pouvait en fabriquer autrefois en un siècle (et ces veaux de bourgeois les gobent et les diffusent). " (Lettre au médecin Ludwig Kugelman, 27 juillet 1871).
Jessica Abrahams et Brice Couturier proposent une déontologie :
1 / Être tout simplement compétents
2 / S’efforcer à la plus grande précision possible.
3 / Cesser de mêler à la relation des faits nos jugements de valeur.
4 / Veiller au pluralisme de l’information, améliorer la diversité d’opinion.
5 / Éviter toute connivence avec le milieu politique.
La connaissance, les sciences :
Pourquoi accéder à la connaissance ? Pourquoi pas plutôt se faire des illusions ?
Préludes de la science : magie, alchimie et astrologie.
Origine des sciences :
Ces Grecs d'exception qui créèrent la science. Histoire la plus héroïque de l'esprit humain (cf le titre du mathématicien Jean Dieudonné). La pensée philosophique peut être décelée au cœur de toute pensée scientifique. Toutes les sciences reposent sur le fondement général du philosophe. Il n'y a pas de philosophie en a parte, coupée de la science. On pense pareillement ici et là.
Comme mathématicien, Thalès s'était fermé à tout ce qui est mystique ou allégorique. Répugnance pour le mythe.
Je sais si peu de choses des résultats de la science. Et pourtant ce peu me semble déjà inépuisablement riche pour éclairer l’obscur et pour la mise à l’écart des façons primitives de penser et d’agir.
" Vive la physique ! Et davantage encore ce qui nous y contraint – notre probité ! ". cf " Ce n'a été qu'avec beaucoup de peine que les Écoles ont enfin osé admettre une Physique qu'elles s'imaginaient être contraire à celle de Moïse. " D'Alembert.
Chaque pas en avant dans la connaissance résulte de la probité envers soi (honnêteté intellectuelle). La connaissance affaiblit l'action, car l'action exige une part illusion (notamment l'action politique).
C'est sur la méthode que repose l'esprit scientifique ; les découvertes les plus précieuses, ce sont les méthodes. La coexistence pas trop méfiant / méfiant engendre la probité dans la République des savants.
Les sciences se sont ralliées à la philosophie d'Épicure (les atomes et le vide) et ont réfuté le christianisme. Religion et sciences vivent sur des astres différents. Là où l'être humain cesse de connaître, il commence à croire. Cf André Gide : " Cesse de croire et instruis-toi ".
La pensée philosophique est toujours sur les traces des choses les plus dignes d'être connues. La science moderne a pour but aussi peu de douleur que possible, une vie aussi longue que possible.
" L'homme à convictions n'est pas l'homme de la pensée scientifique ; plus de respect pour les savants ! À bas tous les partis ! "
Il y a un antagonisme entre les domaines scientifiques particuliers et la philosophie.
La philosophie, comme l'art, vise à donner le plus de profondeur et de sens possible à la vie et à l'action.
Dans les domaines scientifiques, on cherche la connaissance et rien de plus.
Condorcet : « Tous les individus ne naissent pas avec des facultés égales […] En cherchant à faire apprendre davantage à ceux qui ont moins de facilité et de talent, loin de diminuer les effets de cette inégalité, on ne ferait que les augmenter. » (Nature et objet de l’instruction publique, 1791)
" En avril 1792, Condorcet présente au nom du Comité d'instruction publique de l'Assemblée législative un projet de réforme du système éducatif visant à créer un système hiérarchique d'instruction, dirigé et contrôlé de manière indépendante par les hommes de savoir qui agiraient comme gardiens des " Lumières " et qui garantiraient les libertés publiques. Les pirncipales dispositions du projet sont jugées contraires à l'égalité et à la vertu républicaines, on y voyait une tentative pour remplacer subrepticement la tyrannie institutionnelle des prêtres par celle d'une aristocratie de savants. Avec son système hiérarchique d'instruction couronné par un Institut national, la loi générale sur l'éducation, finalement adoptée par la Convention le 3 brumaire an III (25 octobre 1795), s'inspirait ouvertement de Condorcet.
La culture doit à la fois être transportée dans des cercles de plus en plus vastes, abandonner ses plus hautes prétentions à la souveraineté, et se soumettre comme une servante à la vie de l'État. (1872)
2 : "DIEU", LA FOI, LA RELIGION3 :A / "L'ESPRIT LIBRE", B / LES JOURNALISTES
Index Nietzsche,
Guillaume Erner ;" Le philosophe aimait l’art et l’Antiquité grecque, mais son désir de surhomme ou ses diatribes contre ce « juif de Socrate » (1) le rendent difficile à citer. " France Culture, 7 mars 2017) 1. Cette expression ne se trouve pas dans les écrits de Nietzsche. Note sur mes indexations de Nietzsche :
A / Les notes et les indications entre [ ] sont de MOI, sauf lorsqu'il s'agit de phrases allemandes en italiques, l'original nietzschéen. Les passages mis en gras le sont par moi, sauf indication contraire (le gras est exceptionnel chez Nietzsche). La traduction est le plus souvent revue vers une plus grande littéralité à partir de celle des éditions Gallimard (Paris),Œuvres philosophiques complètes. Traducteurs : Anne-Sophie Astrup, Henri-Alexis Baatsch, Jean-Louis Backès, Pascal David, Maurice de Gandillac, Jean Gratien, Michel Haar, Cornélius Heim, Jean-Claude Hémery, Julien Hervier, Isabelle Hildenbrand, Pierre Klossowski, Philippe Lacoue-Labarthe, Jean Launay, Marc B. de Launay, Jean-Luc Nancy, Robert Rovini, Pierre Rusch. Plus récemment, j'ai aussi utilisé les traductions GF-Flammarion de Geneviève Blanquis, Eric Blondel, Ole Hansen-Love, Théo Leydenbach et Patrick Wotling B / Je signale ci-dessous ce qui me semble quelques rares erreurs ou imperfections manifestes de l'édition de ces traductions :
Gai savoir I, § 11 : « la conscience est la dernière et plus tardive évolution de l’Organique, et par conséquent ce qu’il y a de moins accompli et de plus fragile en lui » ;
VI, § 213 : « Il est difficile d’apprendre ce qu’est un philosophe, parce qu’il n’y a rien à enseigner » (au lieu de difficile d'enseigner ce qu'est un philosophe, parce qu'il n'y a rien à enseigner) ;
Les textes allemands sont tous accessibles sur Nietzsche Source Je me permets de franciser le prénom de notre philosophe parce qu'il avait une connaissance et une estime particulière pour la culture française, et parce que j'ai pour lui une affection durable. Ces notes de (re)lecture rassemblées par thèmes sont l'émanation lointaine de ma réaction indignée, en 1991, face aux citations mal traduites de la première édition de Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens. * * * * *
INDEX NIETZSCHE (2/16) : "DIEU", LA FOI, LA RELIGION3/16 : A / "L'ESPRIT LIBRE", B / LES JOURNALISTES
II 1b, automne 1869 : [3] : valeur de la croyance grecque
aux dieux : elle se laissait mettre de côté d’une main
légère et n’inhibait pas le philosopher [Philosophiren].
U I 2b,
fin 1870 - avril 1871 : [17] : la pensée philosophique ne
peut pas construire, mais seulement détruire. Cf Alfred de Vigny :
« La philosophie de Voltaire […] fut très belle, non parce
qu’elle révéla ce qui est, mais parce qu’elle montra ce qui
n’est pas. » (Journal
d’un poète, 1830).
I 5a, hiver 1870-1871 - automne 1872 : [62] : impossibilité
de la philosophie à l’Université
P I 20b, été 1872 - début 1873 : 19[7] : Décrire la tâche de la
nouvelle génération philosophique.
19[52] :
la philosophie est indispensable à la formation [Bildung]
car elle intègre le
savoir dans
une conception du monde artistique
19[62] :
philosophie : exposition par concepts [Darstellung in Begriffen] en commun avec la
science ; la philosophie est une forme de l’art poétique ;
impossible à classer.
19[75] : La pensée philosophique peut être décelée au cœur de toute
pensée scientifique ; même dans la conjecture. [Das philosophische Denken ist mitten in allem wissenschaftlichen Denken zu spüren: selbst bei der Conjektur. Cf Heidegger, Koyré.]
19[76] :
philosophie en aparte,
coupée de la science : on pense pareillement ici et là.
19[136] :
"Toutes les sciences ne reposent que sur le fondement général
qu'offre le philosophe".[alle Wissenschaften ruhen nur auf dem allgemeinen Fundamente des Philosophen. Idée présente chez Martin
Heidegger, et chez Alexandre Koyré (1954)].
19[216] :
la philosophie fut d’abord pratiquée de la même manière que
s’était formé le
langage, c’est-à-dire
de manière illogique. [Wir sehen, wie zuerst weiter philosophirt wird, so wie die Sprache entstanden ist, d.h. unlogisch.
Mp XII 4, hiver 1872-1873 : 23[45] : la philosophie n’est
donc pas la base d’une civilisation.
préfaces à cinq livres qui n'ont pas été écrits, 1872, [Fünf Vorreden zu fünf ungeschriebenen Büchern]
1 "Sur le Pathos de la vérité" : " le dédain du présent et de l’instantané fait partie du mode
philosophique de réflexion. Il détient la vérité ; que la roue du temps roule où elle veut, jamais elle ne pourra échapper à la vérité. " [die Mißachtung des Gegenwärtigen und Augenblicklichen liegt in der Art des philosophischen Betrachtens. Er hat die Wahrheit; mag das Rad der Zeit rollen, wohin es will, nie wird es der Wahrheit entfliehen können.]
§ 1 : les questions qui touchent aux origines de la philosophie
sont parfaitement indifférentes, parce qu’à l’origine la
barbarie, l’informe, le vide et la laideur règnent partout, et
qu’en toutes choses seuls importent les degrés supérieurs.
peuples ont des saints [ou des prophètes], les Grecs ont des sages.
§ 3 : S’il [Thalès] a, en l’occurrence, bien utilisé la
science et employé des vérités démontrables pour les dépasser
aussitôt, c’est précisément là un trait caractéristique de
l’esprit philosophique. […] Une acuité dans l’activité de
discernement et de connaissance, une grande capacité de distinction
constituent donc, suivant la conscience populaire, l’art qui
définit le philosophe. […] En choisissant et en distinguant ce qui
est extraordinaire, étonnant, difficile, divin, la philosophie se
définit par rapport à la science, de même qu’elle se définit
par rapport à l’habileté en préférant l’inutile. La science
se précipite sans faire de tels choix, sans une telle délicatesse,
sur tout ce qui est connaissable, aveuglée par le désir de tout
connaître à n’importe quel prix. La pensée philosophique est au
contraire toujours sur les traces des choses les plus dignes d’être
connues, des grandes et importantes connaissances. [Wenn er dabei die Wissenschaft und das Beweisbare zwar benutzte, aber bald übersprang, so ist dies ebenfalls ein typisches Merkmal des philosophischen Kopfes. [...] ein scharfes Herausmerken und -erkennen, ein bedeutendes Unterscheiden macht also, nach dem Bewußtsein des Volkes, die eigenthümliche Kunst des Philosophen aus. [...] Durch dieses Auswählen und Ausscheiden des Ungewöhnlichen Erstaunlichen Schwierigen Göttlichen grenzt sich die Philosophie gegen die Wissenschaft eben so ab, wie sie durch das Hervorheben des Unnützen sich gegen die Klugheit abgrenzt. Die Wissenschaft stürzt sich, ohne solches Auswählen, ohne solchen Feingeschmack, auf alles Wißbare, in der blinden Begierde, alles um jeden Preis erkennen zu wollen; das philosophische Denken dagegen ist immer auf der Fährte der wissenswürdigsten Dinge, der großen und wichtigen Erkenntnisse.]
U II 2, été
- automne 1873 : 29[199] ; faire de la philosophie une pure
science, c’est renoncer sur toute la ligne
29[205] :
Le philosophe est philosophe d’abord pour lui-même, ensuite pour
d’autres. Il n’est pas possible de l’être seulement pour soi tout seul.
produit du philosophe est sa vie
(d’abord, avant ses œuvres)
la question des effets de la philosophie sur la civilisation en
général 29[223] :
De la destination du
philosophe n’est jamais utile que pour un petit nombre, et pas pour
le peuple. Et encore l’utilité n’est-elle pas aussi grande pour
ce petit nombre que pour le philosophe lui-même.
29[230] :
la philosophie populaire (Plutarque, Montaigne)
II 3, automne 1873 - hiver 1873-1874 : 30[18] : Socrate
exigerait que l’on fasse redescendre la philosophie vers les
hommes Mp
XIII 5, automne 1873 - hiver 1873-1874 : [5] : la
philosophie est devenue une discipline historique
toute la philosophie antique était basée sur la simplicité de la
vie. Tant que les philosophes ne trouveront pas le courage de
transformer radicalement leur mode de vie et de le donner en
exemple [cité par Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, I.], ils n’auront rien fait.
à une jeunesse qui voudrait s’accrocher aux plus hautes branches
éducateur [Schopenhauer als Erzieher], 1874,
§ 4 : « Il existe encore des gens naïfs dans quelque coin de la Terre, en Allemagne par exemple, [...] qui affirment avec le plus grand sérieux que depuis quelques années le Monde s'est corrigé [...] L'on n'a même plus idée de ce qui sépare le sérieux de la philosophie du sérieux d'un journal. C'es gens-là [aussi des hommes réputés pensants et honorables] ont perdu le dernier vestige, non seulement de toute pensée philosophique, mais aussi de toute pensée religieuse, et en lieu et place, ce qu'ils ont acquis, ce n'est pas l'optimisme, c'est le journalisme, l'esprit — et l'absence d'esprit — du jour et des journaux. Toute
philosophie qui croit qu’un événement politique puisse écarter,
ou qui plus est résoudre, le problème de l’existence [Dasein]
est une plaisanterie de philosophie, une pseudo-philosophie. » [Nun giebt es auch augenblicklich naive Leute in irgend einem Winkel der Erde, etwa in Deutschland, [...] ja die alles Ernstes davon sprechen, dass seit ein paar Jahren die Welt corrigirt sei [...] ein Beweis dafür, dass man gar nicht mehr ahnt, wie weit der Ernst der Philosophie von dem Ernst einer Zeitung entfernt ist. Solche Menschen haben den letzten Rest nicht nur einer philosophischen, sondern auch einer religiösen Gesinnung eingebüsst und statt alle dem nicht etwa den Optimismus, sondern den Journalismus eingehandelt, den Geist und Ungeist des Tages und der Tageblätter. Jede Philosophie, welche durch ein politisches Ereigniss das Problem des Daseins verrückt oder gar gelöst glaubt, ist eine Spaass- und Afterphilosophie.]
§ 8 : Liberté et
toujours liberté : ce même élément merveileux et dangereux
dans lequel les philosophes grecs ont pu s’éveiller. […] de tout
temps ce sont les pères qui se sont le plus farouchement opposés à
la vocation philosophique de leur fils.
Concessions de la
philosophie à l’État
L’histoire érudite du
passé n’a jamais été l’affaire d’un vrai philosophe
pour la culture de retirer à la philosophie cette reconnaissance de
l’État et de l’Université.
C’est l’esprit des
journalistes qui se presse toujours plus à l’Université, et il
n’est pas rare que ce soit sous le nom de philosophie.
U II 5a, début 1874 -
printemps 1874 : Éducation du philosophe.
Mp XIII 3, printemps-été
1874 : [12] : ce que la philosophie a de plus précieux,
c’est précisément d’enseigner sans cesse le contraire de tout
ce qui est journalistique.
U II 5c, octobre-décembre
1876 : [39] : la philosophie peut délivrer progressivement
de […] la peur qui vient au lit de mort, du reprentir et du
remords suivant l’acte ; l’état d’esprit philosophique
est un fatalisme froid ; la philosophie n’a pas à porter son
attention sur les conséquences de la vérité.
Mp XIV 1a, hiver
1876-1877 : [2] : la philosophie n’a pas à porter du
tout son attention sur les conséquences de la vérité, mais
seulement sur la vérité elle-même.
N II 3, fin 1876 - été
1877 : [46] : la philosophie est le mirage qui fait
miroiter la solution aux yeux des disciples fatigués des sciences.
N II 2, printemps-été
1877 : [107] : défaut de presque toutes les philosophies :
leur manque de connaissance des hommes, une analyse psychologique
Le philosophe déploie sa
science de la nature autour des fausses données psychologiques, et
il enveloppe le tout d’un besoin métaphysique.
Mp XIV 1b, fin 1876 –été 1877 : 23[22] : Chez presque tous les philosophes,
l’utilisation d’un devancier et la lutte menée contre lui
manquent de rigueur, et sont injustes. Il n’ont pas appris à lire
et interpréter correctement, les philosophes
sous-estiment la difficulté de comprendre réellement ce qu’un
autre a dit, et n’y appliquent pas leur attention. [Fast bei allen Philosophen ist die Benutzung des Vorgängers und die Bekämpfung desselben nicht streng, und ungerecht. Sie haben nicht gelernt ordentlich zu lesen und zu interpretiren, die Philosophen unterschätzen die Schwierigkeit wirklich zu verstehen, was einer gesagt hat und wenden ihre Sorgfalt nicht dahin.]
Humain, trop humain, I.
Un livre pour esprits libres (1878),
I " Des principes et des fins ", § 2 : Tous les
philosophes ont en commun ce défaut qu’ils partent de l’homme
actuel et s’imaginent arriver au but par l’analyse qu’ils en
font […] le manque de sens historien est le péché originel de
tous les philosophes.
§ 6 : soulève la
question de l’utilité de la connaissance en général
VII " Femme et enfant ", § 436 : dans
l’ordre des plus hautes spéculations philosophiques, tous les gens
mariés sont suspects. [Pour Sylviane Agacinski-Jospin, ce sont les célibataires qui sont suspects.]
Humain, trop humain, II. Opinions et sentences
mêlées (1879), [Vermischte Meinungen und Sprüche]
§ 271 : Toute philosophie est la
philosophie d’un âge de la vie.
V 6, fin 1880 : [97] : on devrait apprendre aux ouvriers à
vivre en philosophes ; la philosophie convient à ces
Aurore (1881,
Avant-propos, § 3 : Tous les philosophes ont construit
sous le charme de la morale, même Kant.
V, § 427 : Du
sentiment la science est laide, aride, désolante, difficile, ardue,
allons ! embellissons là, renaît constamment quelque chose qui
s’appelle la philosophie.
V, § 504 :
concilier ce que l’enfant a appris et ce que l’homme
Les philosophes forment
leurs conceptions au moment où il est trop tard pour croire et trop
tôt encore pour savoir.
V, § 544 : Comment
on fait aujourd’hui de la philosophie. Dialogue platonicien :
jubilation que procurait la découverte nouvelle de la pensée
rationnelle. [das Jauchzen über die neue Erfindung des vernünftigen Denkens]
III 1, printemps-automne 1881 : [124] : Platon entend que
l’amour de la connaissance et de la philosophie serait une
impulsion sexuelle sublimée [Banquet,
207-212].
La raison ! Privée
de savoir, elle est
quelque chose d’absolument insensé, même chez les plus grands
philosophes ! Comme Spinoza divague sur la raison !
[262] :
L’histoire de la philosophie jusqu’alors est courte :
ce n’est qu’un commencement, elle n’a pas encore livré de
guerres ni rassemblé les peuples pour les confronter en son nom :
le suprême moment de son stade préliminaire fut les guerres
ecclésiastiques –
l’époque des guerres de religion est loin d’être close. [273] :
Le temps vient où sera livré le combat pour la souveraineté
planétaire – il sera mené au nom des doctrines
(1882,1887),
Préface à la 2e édition, § 2 : je me
suis demandé assez souvent si, tout compte fait, la philosophie
jusqu’alors n’aurait pas été uniquement
une interprétation [Auslegung] du corps et une
incompréhension du corps.
IV, § 289 : ce qui
fait défaut, c’est une nouvelle justice […] Et de
nouveaux philosophes [Expression utilisée en France
dans les années 1970] ! La Terre morale, elle aussi, est
ronde ! [Sondern eine neue Gerechtigkeit thut noth! Und eine neue Losung! Und neue Philosophen! Auch die moralische Erde ist rund!]
§ 328 : Faire du tort à la bêtise. l’Antiquité
philosophique [...] ces philosophes ont fait du tort à la bêtise. [Das philosophische Alterthum [...] — diese Philosophen haben der Dummheit Schaden gethan.]
V, § 346 : Le monde
ne vaut pas ce que nous avons cru qu’il valait, voilà à
peu près la chose la plus certaine dont notre méfiance se soit
enfin saisie. Autant de méfiance, autant de philosophie. [die Welt nicht das werth ist, was wir geglaubt haben, das ist ungefähr das Sicherste, dessen unser Misstrauen endlich habhaft geworden ist. So viel Misstrauen, so viel Philosophie.]
§ 372 : Pourquoi
nous ne sommes pas idéalistes. [Warum wir keine Idealisten sind.] [D'où
I 1, printemps 1884 : [337] : l’époque du suffrage
universel a porté à
son comble le ton
irrespectueux avec
lequel on traite aujourd’hui le philosophe : toutes les oies
font déjà chorus de leurs cris ! [372] :
On a toujours oublié
le principal : pourquoi
donc le philosophe veut-il connaître ?
Pourquoi estime-t-il
la "vérité" davantage que l’apparence ?
[451] :
philosophie comme
II 5a, été-automne 1884 : 27[76] : malhonnêteté des
philosophes à déduire
quelque chose [Dieu, notamment], qu’ils tiennent pour bon et vrai
depuis le début. [Allusion au Descartes des Méditations métaphysiques].
VII 1, avril-juin 1885 : [75] : les Stoïciens et presque
tous les philosophes n’ont aucun regard pour le lointain.
XVI 1-2, juin-juillet 1885 : [11] : l’esprit
philosophique supérieur est environné de solitude
deux espèces différentes de philosophes.
I 5, août-septembre 1885 : [12] : je vois venir de
I 2c, automne 1885 : [1] : croyance de Platon que même
la philosophie serait une manière de sublime instinct sexuel et de
XVII 2b, automne 1885 : [2] : il ne s’est rien passé
depuis Pascal : face à lui, les philosophes allemands n’entrent
§ 2 : Il faudra attendre la venue d'une nouvelle race de philosophes, de philosophes dont les goûts et les penchants s'orienteront en sens inverse de ceux de leurs devanciers — philosophes du dangereux peut-être dans tous les sens — Sérieusement, je vois poindre au loin ces philosophes
nouveaux. [Man muss dazu schon die Ankunft einer neuen Gattung von Philosophen abwarten, solcher, die irgend welchen anderen umgekehrten Geschmack und Hang haben als die bisherigen, — Philosophen des gefährlichen Vielleicht in jedem Verstande. — Und allen Ernstes gesprochen: ich sehe solche neue Philosophen heraufkommen.]
3 : Après avoir assez longtemps lu entre les lignes des philosophes et épié leurs tours et détours, je me dis : la majeure partie de la pensée consciente doit être
imputée aux activités des instincts, et aussi dans le cas de la pensée
philosophique. [Nachdem ich lange genug den Philosophen zwischen die Zeilen und auf die Finger gesehn habe, sage ich mir: man muss noch den grössten Theil des bewussten Denkens unter die Instinkt-Thätigkeiten rechnen, und sogar im Falle des philosophischen Denkens].
6 : « Peu à peu j'ai appris à discerner ce que toute grande philosophie a été jusqu’à ce jour :
la confession de son auteur, des sortes de mémoires involontaires et qui n'étaient pas pris pour tels ; de même, j'ai reconnu que les intentions morales (ou immorales) constituaient le germe proprement dit de toute philosophie. [...] je ne crois pas qu'une pulsion de la connaissance soit le père de la philosophie, mais qu'une autre pulsion, ici comme ailleurs, s'est servi de la connnaissance (et de la méconnaissance !) comme d'un simple instrument. » [Allmählich hat sich mir herausgestellt, was jede grosse Philosophie bisher war: nämlich das Selbstbekenntnis ihres Urhebers und eine Art ungewollter und unvermerkter mémoires; insgleichen, dass die moralischen (oder unmoralischen) Absichten in jeder Philosophie den eigentlichen Lebenskeim ausmachten, aus dem jedesmal die ganze Pflanze gewachsen ist. [...] Ich glaube demgemäss nicht, dass ein „Trieb zur Erkenntniss“ der Vater der Philosophie ist, sondern dass sich ein andrer Trieb, hier wie sonst, der Erkenntniss (und der Verkenntniss!) nur wie eines Werkzeugs bedient hat. ]
9 : La philosophie est cette pulsion tyrannique elle-même, la plus intellectuelle volonté de puissance, de "création du monde", de causa prima. [Philosophie ist dieser tyrannische Trieb selbst, der geistigste Wille zur Macht, zur „Schaffung der Welt“, zur causa prima.]
25 : jusqu’ici aucun philosophe n’a eu le dernier mot
de l’indignation morale : signe certain, chez un philosophe,
que l’humour philosophique l’a quitté ;
§ 30 : les vertus de l’homme ordinaire constitueraient
peut-être des vices et des faiblesses chez un philosophe.
39 : Personne n’admettra aisément qu’une doctrine est vraie
pour la simple raison qu’elle rend heureux […] On ne doit pas
restreindre la notion de "philosophe" au seul philosophe
qui écrit des livres, et encore moins à celui qui couche sa
philosophie dans des livres. Esquisse du philosophe à l’esprit
libre [Stendhal : sec, clair, sans illusion]
42 : une nouvelle race de philosophes monte à l’horizon.
43 : tous les philosophes connus ont aimé leurs vérités.
44 : ils seront de libres, très
libres esprits, ces philosophes de l’avenir, tout aussi
certainement qu’ils ne seront pas seulement des esprits libres,
mais quelque chose de plus, de plus élevé, de plus grand, de
radicalement autre.
§ 46 : la philosophie
"éclairée" indigne ; l’esclave veut de l’absolu.
54 : Depuis Descartes, et plutôt pour braver sa pensée que
pour la suivre, les philosophes s’attaquent de toutes parts à
l’ancienne notion d’âme, sous prétexte de critiquer la notion
de sujet et de verbe, autrement dit ils s’en prennent au postulat
fondamental de la doctrine chrétienne. En tant qu’elle est
sceptique en matière de connaissance, la philosophie moderne est
antichrétienne.
61 : le philosophe […] l’homme de la plus vaste
responsabilité, qui se fait un cas de conscience du développement
global de l’humanité.
§ 204 : philosophes du
micmac qui se nomment "réalistes" ou "positivistes"
211 : les philosophes proprement dits sont des êtres qui
commandent et qui légifèrent.
212 : Le philosophe, qui est nécessairement
l’homme de demain et d’après-demain, s’est trouvé et devait
se trouver à n’importe quelle époque en contradiction avec le
213 : Il est difficile d’apprendre ce qu’est un philosophe,
parce qu’il n’y a rien à enseigner [cf Kant] : on doit le
« savoir » d’expérience, ou avoir l’orgueil de ne
pas le savoir. Si de
nos jours chacun parle de choses dont il ne peut avoir aucune
expérience, cela est vrai surtout du philosophe et de l’esprit
philosophique : très peu d’hommes connaissent cet esprit,
peuvent le connaître, et toutes les opinions populaires sur ce
chapitre sont fausses. [...] un droit à la philosophie [Was ein Philosoph ist, das ist deshalb schlecht zu lernen, weil es nicht zu lehren ist: man muss es „wissen“, aus Erfahrung, — oder man soll den Stolz haben, es nicht zu wissen. Dass aber heutzutage alle Welt von Dingen redet, in Bezug auf welche sie keine Erfahrung haben kann, gilt am meisten und schlimmsten vom Philosophen und den philosophischen Zuständen: — die Wenigsten kennen sie, dürfen sie kennen, und alle populären Meinungen über sie sind falsch. [...] ein Recht auf Philosophie — das Wort im grossen Sinne genommen — hat man nur Dank seiner Abkunft, die Vorfahren, das „Geblüt“ entscheidet auch hier.]
§ 252 : " C'est une race non philosophique — ces Anglais : Bacon c'est la contestation de l'esprit philosophique en soi. Hobbes, Hume et Locke, un avilissement et une dépréciation pour plus d'un siècle du concept même de philosophe. [...] la puissance de l'intellectualité, la profondeur du regard intellectuel, bref la philosophie, tout cela lui [à Carlyle] faisait absolument défaut. — Un trait qui caractérise une race non philosophique, c'est qu'elle tinet fortement au christianisme. [Das ist keine philosophische Rasse — diese Engländer: Bacon bedeutet einen Angriff auf den philosophischen Geist überhaupt, Hobbes, Hume und Locke eine Erniedrigung und Werth-Minderung des Begriffs „Philosoph“ für mehr als ein Jahrhundert. [...] nämlich woran es in Carlyle fehlte — an eigentlicher Macht der Geistigkeit, an eigentlicher Tiefe des geistigen Blicks, kurz, an Philosophie. — Es kennzeichnet eine solche unphilosophische Rasse, dass sie streng zum Christenthume hält]Nb : j'ai rectifié ce passage particulièrement mal traduit par Cornélius Heim dans le volume VII des Œuvres philosophiques complètes (Gallimard, 1971, pp. 171-172).
« Qu’est-ce qui est aristocratique ? »,
§ 289 :
toute philosophie dissimule
aussi une philosophie.
292 : un philosophe prend souvent la fuite devant ses pensées.
Début1886 – printemps 1886 : 4[1] : philosophe = qui
aime les hommes sages. [es Philosophen geben soll, im griechischen Sinne und Wortverstande, heran zuerst mit euren „weisen Männern“!]
La Généalogie de la
morale. Un écrit polémique, 1887,
I " « Bon et méchant » « Bon et mauvais » ", § 17 : Remarque :
le philosophe doit résoudre le problème de la valeur, il doit
déterminer la hiérarchie des valeurs.
III « Que
signifient les idéaux ascétiques ? », § 7 : un
philosophe marié est à sa place dans la comédie. ; le
philosophe n’affirme que son existence.
§ 8 : " Nous
philosophes, avons par-dessus tout besoin qu’une chose nous laisse en paix : tour l' "aujourd'hui " [...] le philosophe se reconnaît à ce qu’il
évite la gloire, les princes et les femmes. "
" cette manière d'être caractéristique du philosophe qui le fait se tenir à l'écart et qui, se prologeant jusqu'à notre époque est à peu près parvenue à) s'imposer comme l'attitude philosophique par excellence "
II 1, automne 1887 : [55] : La philosophie comme art de
découvrir la vérité : ainsi selon Aristote. À
l’opposé les
Épicuriens qui surent mettre à profit la théorie sensualiste de la
connaissance d’Aristote : contre la recherche de la vérité,
s’y refusant, pleins d’ironie ; « la philosophie comme
un art de vie ».
philosophique objectif
pourrait être ainsi le signe d’une pauvreté en force et en
II 2, automne 1887 : [175] : La haine de la médiocrité
est indigne d’un philosophe : c’est presque un point
d’interrogation sur son droit
à la "philosophie". Précisément parce qu’il est
l’exception il se doit de préserver la règle, d’entretenir pour
tout ce qui est médiocre le courage de lui-même.
II 3, novembre 1887 - mars 1888 : [107] : L’oisiveté est
le commencement de toute philosophie. – Par conséquent – la
philosophie est un vice ? [Allusion au proverbe « l’oisiveté est la mère de tous les vices ».]
[296] :
Voltaire le dernier esprit de la France ancienne, Diderot le premier
de la France nouvelle.
[347] :
« les Grecs ont divinisé la nature et ils ont légué au monde
leur religion, c’est-à-dire la philosophie et l’art. »
(Dostoïevski.)
[83] : le philosophe de décadence a jusqu’ici passé
pour le philosophe typique.
[91] : le mouvement
chrétien est en opposition avec tout mouvement intellectuel,
toute philosophie : il prend le parti des imbéciles et jette un
anathème contre l’esprit.
[94] : la
philosophie comme décadence
[100] : les
véritables philosophes des Grecs sont ceux d’avant
Socrate : avec Socrate, quelque chose change.
[109] : caractère
falsificateur de la vénération …
La vénération est
l’épreuve suprême de la probité intellectuelle :
mais il n’y a dans toute l’histoire de la
philosophie aucune probité intellectuelle.
[111] : la
[116] : les
sophistes effleurent la première critique de la morale, la
première vue pénétrante sur la morale
[131] : Science et
philosophie [134] : hostilité
sournoise et aveugle des philosophes envers les sens
philosophie est une rage secrète contre les conditions
premières de la vie, contre les sentiments de valeurs de la vie,
contre le parti-pris en faveur de la vie.
[143] : La prétendue
pulsion de connaissance de tous les philosophes est régie par leurs
"vérités" morales, – n’est qu’apparemment
indépendant … [194] : Le
philosophe en face de ses rivaux, par exemple en face de la
: là, il devient un
: là, il se réserve une
forme de connaissance qu’il refuse à l’homme de science
: là, il va la main dans
la main avec le prêtre
des Idoles, 1889, [1888]
« raison » dans la philosophie,
qui veulent « amender » l’humanité, § 1 :
J’exige du philosophe qu’il soit au-dessus
de l’illusion du jugement moral.
d’un inactuel, § 3 : historien, il [Sainte-Beuve] est sans
philosophie, sans la puissance
du regard philosophique. §
42 : les philosophes ne laissent affleurer que certaines
§ 12 : Je mets à part quelques Sceptiques — le seul type
convenable dans toute l’histoire de la philosophie – : mais
les autres ignorent les exigences élémentaires de la probité
intellectuelle. Tous, sans exception, font comme les bonnes femmes : ces grands rêveurs, ces rares phénomènes,
prennent les "beaux sentiments" pour des arguments, le
"sein agité" pour un divin soufflet de forge, la
conviction pour un criterium
Finalement Kant, dans sa candeur "allemande", est allé
jusqu’à tenter de donner un aspect scientifique à cette forme de
corruption, à ce manque de conscience de l’intellect, en
l’appelant "raison pratique" : il a inventé une
raison spéciale qui doit indiquer dans quel cas on n’a pas à se
soucier de la raison, c’est-à-dire quand la morale, quand le
sublime commandement "tu dois" se fait entendre. [Ich nehme ein Paar Skeptiker bei Seite, den anständigen Typus in der Geschichte der Philosophie: aber der Rest kennt die ersten Forderungen der intellektuellen Rechtschaffenheit nicht. Sie machen es allesammt wie die Weiblein, alle diese grossen Schwärmer und Wunderthiere, — sie halten die „schönen Gefühle“ bereits für Argumente, den „gehobenen Busen“ für einen Blasebalg der Gottheit, die Überzeugung für ein Kriterium der Wahrheit. Zuletzt hat noch Kant, in „deutscher“ Unschuld, diese Form der Corruption, diesen Mangel an intellektuellem Gewissen unter dem Begriff „praktische Vernunft“ zu verwissenschaftlichen versucht: er erfand eigens eine Vernunft dafür, in welchem Falle man sich nicht um die Vernunft zu kümmern habe, nämlich wenn die Moral, wenn die erhabne Forderung „du sollst“ laut wird.]
55 : Comprendre les limites de la raison, c’est cela,
et cela seulement la vraie philosophie … [description critique de
la philosophie kantienne ; Déjà Pascal,
Pensées, Br 267 :
« La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il
y a une infinité de choses qui la surpassent. ». Mais, comme Schopenhauer, Nietzsche reproche à Kant d'avoir produit une " philosophie de professeurs ".].
3 : La philosophie, telle que je l’ai toujours comprise et
vécue, consiste à vivre volontairement dans les glaces et sur les
cimes, – à rechercher tout ce qui, dans l’existence dépayse et
fait question, tout ce qui, jusqu’alors, a été mis au ban par la
Pourquoi je suis si avisé, § 3 : « Une remarquable étude de Victor Brochard [1848-1907}, Les Sceptiques grecs [Paris, 1887], qui, entre autres, exploite intelligemment mes Laertiana. Les Sceptiques, le seul type respectable parmi la gent, pleine de duplicité, de quintuplicité des philosophes ! [Ich muss ein Halbjahr zurückrechnen, dass ich mich mit einem Buch in der Hand ertappe. Was war es doch? — Eine ausgezeichnete Studie von Victor Brochard, les Sceptiques Grecs, in der auch meine Laertiana gut benutzt sind. Die Skeptiker, der einzige ehrenwerthe Typus unter dem so zwei- bis fünfdeutigen Volk der Philosophen!…]
« Inactuelles », § 3 : je conçois le philosophe
comme un terrifiant explosif.
II 6a, printemps 1888 : [25] : rien n’est plus rare parmi
les philosophes que la probité
[118] :
l’oisiveté est la mère de toute philosophie. Par conséquent, la
philosophie est-elle un vice ?
II 7a, printemps-été 1888 : 16[32] : À quoi je reconnais
mes pairs. – La philosophie, telle que je l’ai jusqu’à
présent comprise et vécue, c’est la recherche délibérée
des aspects mêmes les plus maudits et les plus infâmes de
l’existence. [Woran ich meines Gleichen erkenne. — Philosophie, wie ich sie bisher verstanden und gelebt habe, ist das freiwillige Aufsuchen auch der verwünschten und verruchten Seiten des Daseins.]
XVII 5, juillet-août 1888 : [14] : Les
parle du plus grand
philosophie moderne, – de Kant
quelque chose du Souabe confiant en Dieu, de l’optimisme
raisonnable et bovin
II 9c, octobre-novembre 1888 : 24[1] : § 1 [Ecce homo Oder:
2 : Faire de
sa vie même une expérience – c’est d'abord cela la
l’esprit, cela devint plus tard ma philosophie … [Aus seinem Leben selbst ein Experiment machen — das erst ist Freiheit des Geistes, das wurde mir später zur Philosophie…]
INDEX NIETZSCHE (3/16) : "L'ESPRIT LIBRE" Publié par

References: § 52
 § 263
 § 11
 § 213

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§ 3

§ 4

§ 8
 § 2

§ 6
 § 436

§ 271
 § 3
 § 427
 § 504
 § 544
 § 2
 § 289

§ 328
 § 346

§ 372

§ 2

§ 30

§ 46

§ 204

§ 252

§ 289
 § 17
 § 7

§ 8
 § 1
 § 3
 §
42

§ 12
 § 3
 § 3
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