Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/mozambique.htm
Timestamp: 2017-05-01 02:20:36+00:00

Document:
Population: 23,3 millions (est. 2010)
Groupes minoritaires: macua ou makuwa (13,2 %), tsonga (11,4 %), lomwe (6,8 %), sena (5,7 %), macua-meetto (4,2 %), chopi (4 %), tshwa (3,6 ), chuwabo (3,5 %), macua-niassa (2,6 %), ndau (2,6 %), ronga (2,2 %), marenje (2,1 %), maconde (1,9 %), maca du Sud (1,9 %), tete (1,3 %), tewe (1,3 %), tonga (1,1 %), yao (1 %), manyawa (0,7 %), manyaka (0,5 %), nsenga (0,5 %), mwani ou ibo (0,5 %) Langue coloniale: portugais
art. 9, 10, 21, 27 et 125 de la Constitution
du 16 novembre 2004Lois linguistiques:
Loi sur la presse (1991); Loi sur les tribunaux communautaires (1992);
Déclaration constitutive des pays de langue portugaise (1996);
Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise (1996);
Loi fondamentale de l'organisation judiciaire (2005);
Loi du travail (loi no 23/2007);
Principes fondamentaux de la procédure pénale (2009);
Code de procédure pénale (2009);
Code commercial du Mozambique (2009).
Le Mozambique est un pays de l’Afrique australe, ouvert sur l’océan Indien (canal du Mozambique), puis limité au nord par la Tanzanie, à l’ouest par le Zimbabwe, le Malawi et la Zambie, et au sud par l’Afrique du Sud et le petit Swaziland (voir la carte détaillée). Au point de vue superficie, le Mozambique couvre une superficie de 799 380 km², ce qui en fait un pays 8,6 fois plus grand que le Portugal. Le pays s'étire sur environ 2000 km du nord au sud, avec 2470 km de côtes sur
l'océan Indien. Le Zambèze (Zambézia)
et le Limpopo, deux des plus grands fleuves du sud de l'Afrique,
traversent le pays. Le Mozambique fait partie des cinq pays d'Afrique utilisent le portugais comme langue
ces pays: l'Angola, la Guinée-Bissau, les îles du Cap-Vert et les îles de São-Tomé-et-Príncipe. La capitale du Mozambique est Maputo (auparavant Lourenço Marques). Les autres grandes villes sont
Beira, grand port maritime et lien ferroviaire, et Nampula, pôle commercial.
Le Mozambique est divisé en 10
provinces administratives (voir la carte détaillée): Cabo Delgado, Niassa, Nampula, Tete, Zambézia,
Manica, Sofala, Inhambane, Gaza et Maputo (province). Le Mozambique est le second
pays lusophone d'importance (après l'Angola) en Afrique. Le Mozambique est membre de la Communauté des pays de langue portugaise (la Comunidade dos Países de Língua Portuguesa
ou CPLP) depuis 1996 et également membre du Commonwealth depuis 1995. 2 Données démolinguistiques
Lors du recensement de 1980, le Mozambique comptait 12 millions d’habitants. En 2001, sa population était estimée à 19,4 millions d'habitants. Le Mozambique compte 99 % de Noirs et 1% d'Indiens et d'Européens,
le tout réparti en plus de 30 groupes ethniques. Il ne reste plus aujourd'hui dans le pays que quelques milliers d'Européens (0,06 %) et d'Indiens (0,08 %). Les animistes (50 %), les chrétiens (30 %) et
les musulmans (20 %) composent les trois religions du pays. Près de 40 % de la
population vit dans deux provinces : Nampula et Zambézia, les provinces les moins populeuses étant
Niassa et Tete.
80 145 km2
122 176 km2
Nampula Namoula
78 197 km2
100 724 km2
Quelimane 3 241 000
103 127 km2
61 661 km2
67 218 km2
Inhambane Inhambane 1 222 000
68 615 km2
Gaza Xai-Xai 1 173 000
75 450 km2
23 576 km2
Formé de plus de trente groupes ethniques, le Mozambique en compte quatre grands, dont la
localisation se distribue de la façon suivante: 1) Les Macua, qui se répartissent dans la province de Cabo Delgado et d'une partie de celle de
Niassa. Les sous-groupes
sont les Lómué, les Chaca, les Medo, les Acherima, les Podzo, les Maconde,
2) Les Tsonga (ou Changana), surtout dans les provinces de Gaza, de Manica avec des ramifications dans la province de Tete. Les principaux sous-groupes s'appellent
Changana, Chopi, Tsua et Ronga.
3) Les Caranga, habitant entre les fleuves Save et Zambeze (provinces de Sofala et Manica). 4) Les Nhanja, qui occupent tout le nord-ouest du pays et la plus grande partie de la vallée du Zambeze et
de la province de Niassa; leurs sous-groupes sont les Vanhúnguès, les Atande,
les Ajaua, les Anguro, les Senga et les Maganja. 2.2 Les langues locales Il n'est pas aisé d'énumérer les nombreuses langues du Mozambique, toutes d'origine bantoue. On a dénombré plus d'une trentaine de langues différentes: tsonga, ronga, changane, chopi, chitsua, tonga et bitonga (sud du Save); sena, ndau et shona (Manica et Sofala), chuabo, nianja et macua (Zambézia); nihungue, sena et nianja (Tete); macua (Nampula); macua, maconde, swahili (Cabo Delgado); macua, swahili, ajaua et nianja (Niassa).
Toutes ces langues peuvent être regroupées en 14 groupes, lesquels se
divisent à leur tour dans plusieurs dialectes, dont les désignations et les localisations se présentent comme suit: Groupe
m'vita, unguja, lamu, mavia et
amuane
Pemba, Mocímboa, Ibo, Macomia
andonde (ndonde)
muera et konde
Mocímboa, Macomia et
macua côtier,
macuana, macua mêto, macua de Niassa et macua lómuè
acherima, maganja ou xi-maganja
Lichinga (Niassa),
Cabo Delgado, Nampula et Zambézia
crundo)
Quelimane, Namacurra, Pebane et Chinde
nhanja
(ou nianja)
manaja et mazarro
cheua et peta
Niassa entre Amaramba et
Maniamba, Mopeia, Marrumbala, Maganja (Zambézia), Angónia et Macanga
nesenga
(ou senga)
chicunda et sena
(ou xi-sena)
nhúnguè et podzo
Mopeia (Zambézia), Tete,
Máguè, Marávia, Mutarara et Zumbo, vallée du Zambézia,
de Chemba, de Cheringoma, de Gorongosa, de Marromeu et de Sena (Manica et
Sofala)
manico (ou manyco),
a-teve (ou mateve) et baruè
hkonde, nhassa, tumbua, henga et
Macanga, Marávia et Zumbo (Tete), Chimoio
et Manica, Mossurize, Sofala et Norte de Báruè (Manica et
shona occidental,
shona septentrional et shona oriental, zezuro,
karanga occidental et karanga oriental
niai, rozi, calanga, lilima, peri,
gova, shangue, corecore, tande, shauasha, harava, hera, m'bire, nobua, cicuácua,
zimba, tsunga, hungue, duma, jena, govera, ngova, ndau, garve et danda
sud de Tete et dans
(ou mutsua)
dzibi, macuácua, lengue et dzonga
Govuro, Homoíne, Massinga,
Morrumbene et Vilanculos (Inhambane)
(ou thonga
ou xi-thonga
ou xi-changana)
nualungu, halanganu, bila et guambé
Gaza, Bilene et Chibuto, dans
le Guijá et le nord de Magude (Gaza), d'Inharrime et de Morrumbene
(Inhambane), de Sábiè (Maputo)
ronga, jong
(ou xi-ronga)
nonduana, nyissa, pfumo, calanga et
de Maputo, de Manhiça, de Marracuene (Maputo)
(ou xi-chope)
Muchopes (Gaza),
d'Inhambane et de Zavala (Inhambane)
Bilene et Chibuto, Guijá et
Chokwé (Gaza),
Inhambane, Homoíne.
zoulou)
ville de Maputo et Namaacha
Les langues comptant plus d'un million de locuteurs sont les suivantes: le macua ou makhuwa (13,2 % ou 26,3 % pour toutes les variétés de macua), le tsonga (11,4 %), le lomwe (6,8 %) et le sena (5,7 %). Plusieurs autres langues bantoues sont parlées par plus de 100 000 locuteurs: le macua-meetto (800 000), le
chopi (760 000), le tshwa (695 212), le chuwabo (664 280), le macua-niassa ou macua de
Niassa (500 000), le
ndau (500 000), le ronga (423 455), le marenje (402 860), le maconde (360 000), le
maca du Sud (300 000 à 400 000), le
tete (262 455), le tewe (250 000), le tonga (223 970), le yao (195 000), le
manyawa (150 000), le manyaka (100 000 à 200 000), le nsenga (141 000) et le mwani ou
ibo (100 000). Le tableau qui suit porte sur une population de 12,5 millions de personnes (les cinq ans et plus) et reproduit les statistiques officielles de 1997 sur les langues parlées (les cinq plus importantes): Répartition nationale des langues en pourcentage de la population âgée de cinq ans et plus, par groupe d'âge et par langue maternelle, Mozambique, 1997
12 536 800
5 430 600
1 426 100 %
Xichangana (tsonga)
Autres langues mozambicaines
Aucune langue 0,1 %
Source: gouvernement du Mozambique, Instituto Nacional de Estatística, 1997
Le questionnaire du gouvernement demandait aux gens «Savez-vous parler portugais?» (question no 15), «Dans quelle langue avez-vous appris à parler?» (question no 16), «Quelle est la langue la plus utilisée à votre domicile?» (question no 17 a) et «Outre les langues précédemment citées, quelle autre langue utilisez-vous pour communiquer?» (question no 17 b). Le recensement ne tient compte que des cinq langues africaines les plus importantes dans chacune des provinces (et ces langues ne sont pas les mêmes d'une province à l'autre), mais le questionnaire est fermé. Au plan national, on se retrouve avec un fort grand nombre de langues non identifiées (cf. la catégorie «Autres langues mozambicaines»), ce qui inclut l'étonnante catégorie «Aucune langue». Le portugais est placé au premier rang en vertu de son statut de «langue officielle», puis il est suivi des langues mozambicaines par ordre décroissant d'importance. Le macua est placé en première position (26,3 %), tandis que le xichangana ou tsonga est en seconde (11,4 %). On sait que cette dernière est la langue privilégiée de l'élite dirigeante du FRELIMO, celle de ses trois premiers présidents et des deux premiers présidents du pays indépendant. 2.3 Le portugais
Le portugais est la langue officielle du Mozambique. Ailleurs en Afrique, le portugais est la langue officielle en Guinée-Bissau, en Angola, au Cap-Vert et aux îles São Tomé e Principe. À l'instar des autres pays lusophones, le portugais est demeuré la langue officielle du Mozambique après l’indépendance
(1975). En 1975, c’était la langue maternelle des Blancs et seule une minorité de Noirs le parlait comme langue seconde. On estime qu'environ 746 905 locuteurs, sur une population de 19,4 millions d'habitants, pratiquent le portugais comme langue maternelle. Ce sont d'abord
des Européens et une certaine élite mozambicaine, mais aussi, de plus en plus, des habitants des centres urbains.
En fait, au Mozambique, comme en Angola, il existe bien quelques millions de «mauvais locuteurs» du portugais dans les grands centres urbains, où se croisent des gens de toutes les origines ethniques échappés à la guerre, lesquels non seulement doivent parler en portugais, mais transforment aussi leurs enfants en des locuteurs ayant le portugais comme langue maternelle. Dans les zones rurales, le portugais ne s’est pas beaucoup
implanté, parce que les langues bantoues sont restées très vivantes, comme en font foi les émissions radiodiffusées dans les principales langues nationales. Néanmoins, là aussi comme dans les centres urbains du Mozambique, le portugais s’est développé en tant que langue véhiculaire au détriment des langues locales. En fait, la guerre civile a fait davantage que l’école, dans la mesure où elle a occasionné d’immenses brassages des populations dans les centres urbains, ce qui a accéléré la propagation du portugais aux dépens des langues
bantoues. Précisons aussi que le portugais parlé au Mozambique, tout en étant aligné sur celui du Portugal, en diffère quelque peu par certaines créations lexicales propres et certaines connotations sémantiques distinctes. Le
portugais mozambicain ("português moçambicano") est fortement influencé dans son vocabulaire par les langues bantoues. Le portugais employé dans ce pays pourrait être perçu comme une variété du portugais, mais avec des traits fondamentaux
similaires et des traits distinctifs. La langue portugaise est surtout employée dans les centres urbains où vit 17 % de la population. Ceux qui parlent le portugais sont favorisés dans les domaines de l'éducation, l'accès à des emplois mieux rémunérés et dans la sphère politique. Si l'élite sociopolitique et les habitants des villes parlent le portugais, la majorité des Mozambicains vivant dans les zones rurales ne le parle pratiquement pas. Les statistiques officielles (recensement de 1997) révèlent que seuls 40 % des Mozambicains ont des notions de portugais, et ce pourcentage tombe à 25 % dans les zones rurales. En fait, seuls 7 % de la population considèreraient le portugais comme leur langue maternelle. La moitié des hommes mozambicains (50,4 %) connaissent le portugais, contre 20,7 % pour les femmes, 72,4 % dans les villes, 36,6 % à la campagne. 3 Données historiques
Le Mozambique fut occupé à l’origine par les ancêtres des Bochimans; il fut ensuite envahi par des peuples bantous aux premiers siècles de notre ère. Le Mozambique fut traversé par la route commerciale reliant le royaume du Zimbabwe à l'océan Indien. Les navigateurs indiens et arabes ouvrirent de nombreux comptoirs sur la côte est de l’Afrique. Rappelons qu’en 1494 le pape Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à signer le traité de Tordesillas qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien appartiendrait à l’Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal (voir la carte du traité). En réalité, l’Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d'évangélisation; toutefois, cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits impérialistes. En vertu du traité de Tordesillas, l'Afrique devait appartenir aux seuls Portugais, puisque les Espagnols y étaient écartés. C’est ce qui explique pourquoi ces derniers furent exclus de ce continent jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, voire au XIXe siècle, la seule exception demeurant la Guinée équatoriale. Les autres pays de l'Europe, comme la France, la Grande-Bretagne et la Hollande, furent incapables de s'opposer au traité de Tordesillas jusqu'à la fin du XVIe siècle. Le Portugais Vasco de Gama reconnut les côtes lors de sa première expédition en 1498 et débarqua sur le site de la future Lourenço Marques (aujourd'hui Maputo); il passa des accords avec les chefs locaux. Les Noirs vivaient dans des cités-États administrées par les Arabes ou les Swahilis. Vasco de Gama découvrit également, en face de Madagascar, une petite île (longue de trois kilomètres et large de 500 mètres) contrôlée par un sultan nommé Mussa Mbiki, qui deviendra en portugais Moçambique et qui laissera son nom à l'île, puis au pays tout entier. À l'origine, la «côte swahilie» (voir
le tracé en rouge indiquant un «couloir») s'étendait
Ce n'est qu'au cours du XIXe siècle que le swahili pénétra le continent
européenne favorisa encore son extension. Le swahili est aujourd'hui la langue africaine la plus enseignée dans le monde. 3.1 La colonisation portugaise C'est au XVIe siècle que le Mozambique reçut ses premiers colons portugais dans les comptoirs musulmans dont ils s’étaient emparés lors du second voyage de Vasco de Gama. En 1507, les Portugais prirent l'île de Mozambique dans le nord du pays (aujourd'hui dans la province de Nampula) et y édifièrent une grande forteresse. Ils placèrent leur nouvelle colonie sous l'administration du vice-roi des Indes installé à Goa. L'arrivée des premiers Portugais au Mozambique jeta les bases de l'usage de la langue portugaise dans cette région du globe. Toutefois, la façon dont a été mené le processus de colonisation par le pouvoir colonial, le portugais ne s'est pas implanté dans la population locale. Il faudra pratiquement attendre le XXe siècle pour voir le portugais devenir une langue véhiculaire. Les descendants des ces colons, des métis appelés pomberos, s'installèrent à l’intérieur des terres et pratiquèrent le commerce de l'ivoire, des métaux et... celui des esclaves. En 1752, les Portugais signèrent un accord avec le sultan d'Oman, établi à l'île de Zanzibar, ce qui fixait la limite de leur d'influence dans le Cabo Delgrado. C'est à ce moment que l'île de Mozambique, appelée également l'ilha,
accéda au rang de capitale de la colonie qui se détacha ainsi de l'administration du vice-roi des Indes. En même temps, ses relations commerciales changèrent de nature, alors que la nouvelle capitale allait participer activement à la traite des Noirs. Les autorités portugaises concédèrent des fiefs (appelés prazos) dans la vallée du Zambezi; ils devinrent des royaumes esclavagistes. La traite systématique des esclaves avait commencé vers les années 1730 et fut favorisée par l'amitié qui liait le gouverneur français de La Réunion et le gouverneur portugais du Mozambique. Du point de vue juridique portugais, cette traite était pourtant illégale, car l'entrée de navires étrangers (incluant les vaisseaux français) dans les ports portugais était interdit. - L'esclavage
La traite des esclaves s'était développée avec la complicité de certaines ethnies, les Portugais sachant susciter des rivalités entre les unes et les autres. Capturés dans leurs villages par des caravaniers de tribus africaines arabisées, les esclaves provenaient en grande partie des Macua, la principale ethnie du Mozambique, installée dans le nord du pays. Ces caravanes récupéraient aussi des
indigènes le long du fleuve Zambezi pour les envoyer dans les îles de l'océan Indien. Les Portugais s'impliquèrent directement dans les réseaux guerriers et marchands africains, avec la complicité de partenaires locaux, noirs ou métis. Ces partenaires étaient issus
d'aventuriers blancs à la réputation parfois peu enviable. Ainsi, les
lançados portugais (ceux qui osèrent «se lancer» à l'intérieur des terres) furent décrits au début du XVIe siècle comme «la semence de l'enfer», «tout ce qu'il y a de mal», «assassins, débauchés, voleurs», etc. Avec le temps, ce groupe d'intermédiaires réussit à devenir, en plusieurs points de la côte,
une classe de «princes marchands» sur laquelle la traite portugaise allait reposer. On estime qu'environ un demi-million d’esclaves noirs ont dû quitter le Mozambique pour les seules colonies françaises de l'océan Indien, mais qu'un nombre beaucoup plus considérable de Noirs fut déporté vers le Brésil et dans d'autres pays complices.
C'est ainsi que le gouvernement portugais «exporta» une bonne partie de sa main d'oeuvre noire vers les mines des colonies britanniques: le gouvernement signait des contrats avec des compagnies anglaises qui leur autorisaient à «prélever» des milliers d'indigènes mozambicains afin de travailler dans les mines d'Afrique du Sud ou des Rhodésie
(Nord et Sud). On estime que, entre les XVIe et XIXe siècles, quelque 16 millions d’Africains auraient été déportés à bord de bateaux portugais, mais seulement quatre millions d’entre eux auraient survécu au voyage et seraient devenus des esclaves au Brésil, au Mexique ou ailleurs. La traite des Noirs a vidé une portion considérable de l'Angola et du Mozambique; à partir de la fin du XVIIe siècle on sait que les esclaves qui arrivaient au Brésil provenaient majoritairement en Angola de l’ethnie yorouba dont les descendants vivent aujourd’hui au Nigeria. Mais le Mozambique attirait peu les Européens. Une campagne de colonisation fut lancée par le pouvoir portugais à la fin du XVIIIe siècle. Il s’agissait d’attirer des colons en leur offrant des concessions sur les terres de la Couronne. Ce système de prazo da coroa («propriété avec bail emphytéotique») ne réussit guère. Lorsque la traite des Noirs fut interdite par le Portugal en 1856, le commerce clandestin continua avec le Brésil jusqu'en 1862 (date du dernier envoi connu d'esclaves mozambicains au Brésil). Durant tout le régime esclavagiste, le Mozambique resta très lié au Brésil parce qu’il lui fournissait les esclaves et qu’en retour le Brésil envoyaient ses trafiquants, ses fonctionnaires et «son portugais», c’est-à-dire sa variété de portugais: le «portugais brésilien» qui influença un peu le «portugais mozambicain». Une importante communauté métissée se développa, sa culture mêlant les coutumes africaines et celles des Portugais.
- Colonisation et engagés
Toutefois, avec les années, les colons portugais du Mozambique durent faire appel à des «engagés» (comprometidos) indigènes
afin de se donner bonne conscience. On continua à déporter des Noirs «engagés de force» vers les îles de l'océan Indien. Les chaînes que les «engagés» se voyaient passer autour du cou restaient les mêmes que pour les esclaves: la
seule différence, c'est qu'ils se faisaient imposer leur contrat (avec rémunération) sans possibilité de refus. Au fil du temps, un bon nombre de ce qu'on appelait des «cargaisons de bois d'ébène» destinées aux colons des îles des Mascareignes
et des environs ont continué de «vider le Mozambique». D'ailleurs, les historiens racontent que des navires chargés d'«engagés africains» mouillaient encore au large des côtes mozambicaines en 1903. À cette époque, le Portugal n'administrait encore qu'une centaine de milliers d'habitants, sur la côte, tandis que la langue portugaise ne s'était pratiquement pas implantée au sein de la population, sauf chez les
colons. En 1907, Lisbonne décida de déplacer la capitale de sa colonie d'Afrique orientale, l'île de Mozambique (l'ilha), en face de l'archipel des Comores, soit à Lourenço-Marques (aujourd'hui Maputo) dans l'extrémité sud du pays. Précisons que l'ouverture du canal de Suez lui avait d'abord supprimé son rôle de plaque tournante entre l'Europe et l'Asie, en permettant de gagner l'Inde sans passer par le canal de Mozambique. Par ailleurs, les Portugais désiraient mettre l'économie de leur colonie en relation avec celle, en plein essor, de l'Union sud-africaine et de la Rhodésie, Lisbonne choisissant ainsi de faire du Mozambique une «colonie de service» pour l'Empire britannique. Non seulement, l'île de Mozambique, alors une «petit Babel» de peuples bantous, de commerçants arabes et indiens, de Portugais, de Créoles, etc., allait péricliter, mais la vieille élite portugaise locale installée sur la côte allait être complètement marginalisée.
Le régime de l'indigénat Au XXe siècle, l’administration portugaise devint de type autocratique. À partir de 1933, date de fondation de l’Estado Novo («Nouvel État») par Antonio de Oliveira Salazar au Portugal, le régime colonial se durcit considérablement. On sait que le régime de Salazar fut un amalgame d’État totalitaire catholique et de dictature fasciste. L’Acto Colonial (l'Acte colonial) de Salazar codifia et centralisa l'Administration des colonies qui furent soumises au contrôle direct de la Métropole par l'intermédiaire d'un gouverneur général. Celui-ci fut placé au sommet d'une hiérarchie administrative bureaucratique, d'une réputation souvent douteuse, dont le chef de village (le regulo) représentait au bas de l'échelle le seul élément indigène, lequel était chargé d'exécuter les exigences coloniales. Le régime exerça une sévère répression à l’égard des élites mozambicaines qui pouvaient revendiquer une représentation politique et l'amélioration des conditions de vie des populations autochtones. À un moindre degré qu'en Angola, on encouragea une petite colonisation portugaise sur des périmètres irrigués (vallée de la Maputo et surtout du Limpopo), mais les colons ne vinrent jamais très nombreux. Plusieurs d'entre eux, appelés les degradados (personnes «dégradées»), étaient des forçats ayant un passé judiciaire et politique, qui arrivaient malgré leur volonté au Mozambique pour accroître la présence portugaise et fournir une main d’oeuvre utile à l’Administration coloniale.
À l’exemple de la France dans ses colonies, le Portugal instaura son «régime de l'indigénat» aux Noirs (98 % de la population), qui furent privés ainsi de l’instruction (réservée aux Portugais, les civilizados) et de tous leurs droits humains. Seuls les assimilados (citoyens assimilés) regroupant les Métis et quelques Noirs eurent accès à l’instruction (en portugais). Les autres autochtones, les indígenas, furent soumis aux travaux forcés, à l’interdiction de circuler la nuit, aux réquisitions, aux impôts sur les «réserves» et à un ensemble d’autres mesures tout aussi répressives telles que les châtiments corporels. Un ministre de Salazar, Viera Machado, partit du principe suivant en 1943: «Si nous voulons civiliser les indigènes, nous devons leur inculquer comme un précepte moral élémentaire l'idée qu'ils n'ont pas le droit de vivre sans travailler.» Les «sujets portugais» soumis au régime de l’indigénat furent privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques; ils ne conservaient sur le plan civil que leur statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière. En somme, on peut dire que le colonialisme pratiqué au Mozambique (comme en Angola) s’apparentait à une sorte d’esclavage des populations autochtones sous une forme nouvelle, car celles-ci avaient «l’obligation morale et légale de travailler», et elles furent dépouillées de toute leur identité. Pour être exemptés des règles restrictives du régime de l’indigénat, il fallait, entre autres, que les Noirs puissent parler et écrire le «portugais de la
Métropole», porter des costumes européens et pratiquer la religion catholique. Lorsque des Noirs étaient ainsi officiellement reconnus, ils devaient demander le statut de «citoyens assimilés» (assimilados). Ce système colonial odieux, qui paraît sans aucun doute honteux aujourd’hui mais paraissait tout à fait normal à l’époque, perdura jusqu’en 1954, alors qu’il fut «allégé», puis définitivement aboli en 1961, soit de nombreuses années après que les accords de Genève (du 23 avril
1938) eurent interdit toute forme de travaux forcés.
- La «mission civilisatrice» du Portugal
Quant à l’idéologie portugaise de l’époque, elle véhiculait le croyance, ou plutôt la certitude, que le Portugal devait apporter aux indigènes son «génie» et sa «civilisation», y compris sa langue, le portugais. Dans le Titre 1 de l’Acto Colonial («Loi coloniale») du 11 avril 1933 (Decreto-Lei Nº 22:465), on peut lire ce
texte aux articles 2 et 3:
1) Os domínios ultramarinos de Portugal denominam-se colónias e constituem o Império Colonial Português. 2) O território do Império Colonial Português é definido nos n.ºs 2º a 5º do artigo 1º da Constituição. Article 2Il est de l'essence organique de la Nation portugaise de remplir la fonction historique de posséder et de coloniser des possessions d'outre-mer, et de civiliser les populations indigènes qui s'y trouvent, exerçant aussi un influence morale adjointe du padroado d'Orient. Article 3
Le padroado (cf. l'article 2 de l'Acto Colonial) est un terme juridique portugais signifiant «patronat». Depuis la traité de traité de Tordesillas de 1494, la supervision des missions d'Orient avait été déléguée par la papauté au Portugal (et à l'Espagne). Ce droit historique de patronat est connu sous le nom de padroado. Le «droit de patronat» des souverains du Portugal consistait notamment en un droit de
nomination des évêques. C'est dans ce contexte historique et social qu'est apparu la communauté actuelle des locuteurs du «portugais du Mozambique», une ofrme locale du portugais. Le début de ce «nouveau» portugais, plus particulièrement la caractérisation des phénomènes qui se produisirent dans les premiers jours de la formation de cette variété, fait encore l'objet d'une étude systématique, alors que certaines tendances se manifestèrent par rapport au modèle original du portugais européen.
À partir de 1945, il se développa au Portugal la thèse du «luso-tropicalisme» qui prônait l'idée que les Portugais faisaient preuve d'un «génie colonisateur» reposant sur le métissage culturel et racial. C'est à partir de
ce moment que s'est effectuée la période intensive de colonisation, et ce, jusqu'à la libération du pays en 1975,
laquelle a coïncidé avec la révolution des Œillets au Portugal. Au cours de cette période, beaucoup de colons sont venus du Portugal; la population européenne est passée d'environ 32 000 à 100 000 au début des années soixante pour atteindre plus de 200 000 avant l'indépendance (en 1975). En 1951, le Mozambique devint une province
d'outre-mer. Les Mozambicains purent devenir des «citoyens portugais» moyennant certaines conditions, dont savoir lire et parler correctement le portugais, avoir un casier judiciaire vierge, produire deux témoignages de moralité et un certificat médical. Le gouverneur général du Mozambique était nommé par le Conseil des ministres du Portugal; il disposait des pouvoirs exécutif et législatif, mais il était assisté par un Conseil de gouvernement et un Conseil législatif.
Le problème, c’est que la «fonction historique» du Portugal en tant que «génie colonisateur»
a certainement connu des ratés, puisqu’en 1960 le taux d’analphabètes au Mozambique était aussi élevé que 98 % chez la population indigène. Au cours de la période coloniale de Salazar, les langues africaines furent violemment réprimées au profit du portugais de la Métropole. Même le «portugais mozambicain» fut sévèrement combattu par le régime autoritaire de Salazar. La politique d'autarcie prit la forme d'une défense de la prétendue «pureté» de la langue portugaise, avec une inévitable hostilité envers tout ce qui se révélait différent, y compris le «portugais
mozambicain». Dans les écoles fréquentées pratiquement seulement par les Blancs et administrées par l’Église catholique, on enseignait exclusivement le «portugais du Portugal», alors que la plupart des colons arrivés avant la Seconde Guerre mondiale parlaient encore le «portugais mozambicain».
De très nombreux Mozambicains, bien que rémunérés, furent employés contre leur gré dans les grandes compagnies industrielles ou sur les grandes plantations. Le gouvernement portugais imposait à «tout citoyen libre» six mois de travail par an. La plupart du temps, ces ouvriers étaient plus ou moins contraints de rester travailler toute l' année chez leur «employeur». C'est ce qu'on a appelé l'«engagisme»
(les comprometidos)!
En raison de l'indigénat et du colonialisme, les communautés noires furent spoliées de leurs terres et exclues de tout pouvoir politique et économique. Il n’est pas surprenant que dans ces conditions la rébellion nationaliste ait éclaté au Mozambique (comme dans les autres anciennes
colonies du Portugal).
Le régime de l'indigénat fut supprimé en 1961, ainsi que, l'année suivante, le Code du travail indigène. Quant à l'Église catholique, elle perdit son monopole de l'enseignement indigène en 1964. - Le réveil nationaliste et la décolonisation
En 1964, le Front de libération du Mozambique (Frente de Libertação de Moçambique),
le FRELIMO, d’appartenance marxiste-léniniste, fut fondé par un anthropologue: Eduardo Chivano Mondlane. Après l'assassinat de ce dernier en Europe en 1969, Samora Moises Machel
prit la direction du mouvement. Soutenu militairement par la Chine et l’Union soviétique, le FRELIMO
lança ses premières offensives contre le colonisateur portugais dans le Nord et les grands centres du pays. Lors des années suivantes, le Portugal augmenta son effectif militaire en Afrique, qui atteignit quelque 60 000 hommes. On estime que 160 000 soldats se sont battus pour le Portugal en Afrique (Guinée équatoriale, Angola, Mozambique et Cap-Vert). Alors que, à la fin des années cinquante, la décolonisation soufflait sur toute l’Afrique, notamment les colonies françaises et britanniques, le Portugal allait à contre-courant de l’histoire, en exportant massivement des colons vers ses colonies. Les guerres coloniales se poursuivirent après la mort du dictateur Salazar (1970), soit jusqu’en 1974, alors que se désintégraient toutes les colonies portugaises.
Le Portugal allait être le dernier pays d’Europe à «libérer» ses colonies. Il était temps, car la petite puissance coloniale qu'était devenu le Portugal se dirigeait vers la faillite économique, près de la moitié du budget national passant à l’«effort de guerre» et à la «pacification» dans les colonies. Bref, le Portugal, le pays le plus pauvre d’Europe, avait à l’époque des exigences totalement inadaptées qui auront des conséquences dramatiques dans les «colonies libérées».
Au Mozambique, comme en Guinée-Bissau et en Angola, la guérilla, menée à partir de la Tanzanie, prit fin en avril 1974 avec la révolution des Œillets au Portugal,
mettant fin ainsi à 50 ans de dictature dans ce pays. Lassés d'une guerre coloniale sans issue, les militaires portugais renversèrent le régime et portèrent le général Antonio de Spínola à la présidence de la république du Portugal. Les Portugais accueillirent cette «révolution» avec joie; ils tendirent aux soldats des œillets rouges ou blancs, qui symbolisaient les espoir d'un nouvel avenir socialiste. Spínola promit la démocratie et l'indépendance des colonies. Le dirigeant mozambicain du FRELIMO, Samora Machel, négocia avec le nouveau gouvernement établi à Lisbonne l’indépendance effective du pays survenue le 25 juin 1975.
3.2 L'indépendance et la guerre civile
Rappelons que la libération du Mozambique, comme en Angola, n’était pas due au combat indépendantiste, mais au changement subit de régime au Portugal et à l'abolition de la dictature. Au lendemain de
l'indépendance, en quelques jours, quelque 250 000 Européens quittèrent le Mozambique, notamment beaucoup d'enseignants portugais. Malgré tout, le portugais resta de facto la langue officielle du pays, par défaut. Par contre, le système scolaire fut immédiatement modifié. Pendant la période coloniale, il y avait toujours eu des différences entre le contenu enseigné dans les écoles urbaines et les écoles rurales des missionnaires. Dans des zones urbaines, les élèves bénéficiaient des mêmes programme d'études qu'au Portugal, mais dans les zones rurales les programmes contenaient beaucoup plus de contenu religieux. Après l'indépendance, toutes les écoles mozambicaines ont suivi un programme d'études identique. - Le Frelimo de Samora Machel Le Front de libération du Mozambique (le FRELIMO), qui bénéficiait alors d’une forte légitimité au sein de la population mozambicaine, devint le seul
parti politique. Samora Machel mit en place un régime socialiste et nationalisa les industries et le secteur agricole. Le Mozambique devint l’un des plus fermes soutiens des nationalistes sud-africains et rhodésiens du Sud, en lutte contre la domination blanche et le régime ségrégationniste. Mais le Mozambique devint un vaste champ de bataille. Les frontières avec la Rhodésie du Sud (l'actuel Zimbabwe) furent fermées.
Puis le gouvernement rhodésien favorisa la création d’un mouvement d’opposition armée anticommuniste, la Résistance nationale du Mozambique (Resistência Nacional
de Moçambique), la RENAMO, qui reçut ensuite le soutien du régime sud-africain et, plus indirectement, des États-Unis. La RENAMO, dont les excès effrayaient les Rhodésiens et les Sud-Africains, s’appuya sur l’ethnie guerrière des Ngunis et le rapt d’enfants. Ces enfants étaient destinés à devenir des guerriers et à commettre des actes terroristes. La guerre civile s’amplifia, malgré le pacte de non-agression conclu entre l’Afrique du Sud et le FRELIMO en 1984, à Nkomati, et reconduit en 1987. Le conflit provoqua dans le pays l’effondrement des secteurs de l’éducation et de la santé et la paralysie de la production agricole.
Au plan linguistique, le FRELIMO adopta une politique linguistique quelque peu étonnante, compte tenu du nationalisme qui caractérisait les nouveaux dirigeants du pays. Non seulement le portugais a-t-il été adopté comme la langue officielle, mais des efforts plus grands ont été faits pour en élargir la connaissance et faire en sorte que les Mozambicains sachent lire et écrire le portugais devenu la langue des dirigeants mozambicains. Le portugais fut employé pour toutes les communications formelles de l'État; même lorsque les dirigeants s'adressaient au peuple, ils avaient recours à des interprètes qui traduisaient du portugais vers les langues locales. Comme à l'époque coloniale, c'était la seule langue employée pour la communication écrite et également celle de la télévision. Seule la radio véhiculait des informations dans plusieurs langues bantoues, bien que le portugais restait prédominant; la plupart des émissions diffusées dans des langues locales demeuraient des traductions du portugais. En 1981, le président Samora Machel lança la campagne Enriquecer un Língua («Enrichir une langue») en espérant voir le portugais influencer les langues mozambicaines et en croyant inventer une nouvelle variété de portugais mozambicain. Ce fut un échec! Malgré de tous les efforts pour réduire le nombre d'analphabètes, le taux des illettrés se situait autour de 70 %. Néanmoins, avec l'avènement de l'indépendance nationale, le portugais a vu sa réputation encore renforcée par son adoption en tant qu'élément de l'unité nationale.
- La présidence de Joachim Chissano
En octobre 1986, Samora Machel décéda lors d'un accident d’avion imputé aux services secrets sud-africains. Joaquim Chissano, qui était ministre des Affaires étrangères, prit sa succession. Mais la guerre se poursuivit de plus bel. L’Afrique du Sud, la Zambie et la Tanzanie déployèrent des troupes afin d’assurer la protection des centres vitaux. En 1990, la guerre avait fait près d'un million de morts, dont 600 000 victimes de la famine, 1,3 million de réfugiés et deux millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Le Mozambique se retrouva rapidement épuisé, le FRELIMO (Front de libération du Mozambique)
ayant perdu son ancien allié soviétique et la RENAMO (Résistance nationale du Mozambique) ayant été peu à peu lâchée par l’Afrique du Sud. Le président Chissano fit adopter une constitution pluraliste et favorisa des négociations entre les parties belligérantes afin d'obtenir la fin du conflit. Il faut dire que la chute du communisme, la décolonisation du Zimbabwe et l'abolition du régime d'apartheid en Afrique du Sud aidèrent fortement les négociations de paix à aboutir entre la RENAMO et le FRELIMO: le traité de Rome de 1992 mettait fin à dix-sept ans de guerre civile aux atrocités sans nombre.
3.3 La reconstruction Après toutes ces années de guerre civile, des élections libres purent enfin être organisées en 1994. Joaquim Chissano remporta la première élection libre à la présidence du Mozambique. Avant de reconstruire le pays, il fallut rétablir la production alimentaire, réintégrer dans la société les anciens combattants, obtenir la restitution des armes en circulation et éliminer le banditisme. Durant le conflit, la RENAMO avait enrôlé systématiquement des enfants, enlevés dans leurs villages et soumis à des entraînements brutaux. Selon les études menées depuis dans le sud du pays, les enfants-soldats, âgés de onze ans en moyenne, représentaient jusqu’aux deux tiers de certaines unités combattantes. En mars 1995, les institutions financières internationales accordèrent au Mozambique un prêt pour mettre en place les réformes économiques et réduire la pauvreté. Après son entrée dans la Communauté des pays de langue portugaise (la Comunidade dos Países de Língua Portuguesa ou CPLP) en juillet 1996, le Mozambique tenta de régler les séquelles de la guerre et de ses alliances. Le banditisme demeura un problème majeur, les anciens combattants n’ayant pas tous rendu leurs armes et, sur un million d’armes légères en circulation dans le pays, seules 200 000 auraient été remises aux autorités. Les tensions entre le FRELIMO au pouvoir et la
RENAMO restent toujours fortes.
Les relations entre le président Chissano et le chef de la RENAMO se sont tendues davantage à l'occasion des élections municipales de 1998, qui ont été boycottées par l'opposition. Le Portugal est demeuré le principal pays étranger représenté dans l'économie du pays, notamment dans le secteur bancaire. Cependant, l'Afrique du Sud est également devenu un acteur de premier plan au Mozambique. Cette situation implique l'omniprésence du portugais et l'entrée progressive de l'anglais. Pour le moment, le portugais est resté la langue officielle parce que c'est la langue de l'élite politique et culturelle et qu'elle constitue un symbole d'unité nationale entre les différentes ethnies. D'ailleurs, il est significatif que le Mozambique ait été accepté en 1995 de devenir membre du Commonwealth, alors que non seulement l'anglais n'est pas la langue officielle du pays, mais il n'a jamais fait partie de l'Empire britannique. L'anglais est cependant la langue de tous les pays voisins qui, eux, sont membres du Commonwealth depuis longtemps (Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud, Swaziland, Zimbabwe, Malawi). C'est également une langue de plus en plus employée chez les Mozambicains instruits et dans les transactions internationales. Beaucoup de Mozambicains instruits voient l'anglais comme une langue qui remplacerait éventuellement le portugais. On peut imaginer que l'adhésion du Mozambique au Commonwealth a semé la consternation au Portugal, ce qui a probablement favorisé, l'année suivante (1996), la création de la CPLP, la Comunidade dos Países de Língua Portuguesa (Communauté des pays de langue portugaise). Cette inquiétude s'est étendue également en France. À plusieurs reprises, l'ambassadeur français au Mozambique a souligné l'importance des rapports intimes entre les pays et les communautés «de langues latines» en Afrique. Mais, pour les Mozambicains, le portugais n'a rien à voir avec la «latinité» et la lusophonie prônées par le Portugal lors de la création de la
CPLP. C'est un mythe que ne partage absolument pas la population mozambicaine. Autrefois,
on a fait croire aux Mozambicains qu'ils étaient des Portugais. Maintenant,
on leur dit qu'ils sont des lusophones. Avec une
quarantaine de langues nationales, le concept de lusophonie fait sourire les Mozambicains: c'est un peu comme
si on appelait «Bantou» un Français vivant aux Comores! Le Portugal monolingue ne semble pas comprendre cette délicate problématique. La majorité des Mozambicains parlent leur langue locale
(bantoue) dans laquelle ils expriment beaucoup mieux leurs émotions et leurs pensées qu'en portugais. En même temps, de plus en plus de Mozambicains s'approprient la langue portugaise à travers un processus d'interaction entre cette situation et les langues nationales, en lui donnant leurs propres marques et fonctionnalités, qui sont incorporés dans de nouveaux mots et de nouvelles expressions.
En 2001, Armando Guebuza succéda au président Joaquim Chissano et remporta aussi les élections de décembre 2004. Bien que le Mozambique soit l’un des pays les plus pauvres du monde, le pays a connu, depuis 1995, une croissance annuelle exceptionnelle qui atteignait 9 % en 2005. Selon la Banque mondiale, le Mozambique est perçu comme «un modèle de réussite». Il s'agit d'une réussite relative, mais qui témoigne que le Mozambique a su tirer parti de l’aide internationale. 4 La politique linguistique
La politique linguistique du Mozambique compte deux volets: l'un concerne la langue officielle, l'autre, les langues nationales. D'ailleurs, les articles 9 et 10 de la Constitution du 16 novembre 2004 présentent ces deux aspects: Article 9
Les langues nationales du Mozambique, qui font partie de la protection de l'État, appartiennent toutes à la grande famille des langues bantoues: le XiTsonga (songa), le XiChope (chope), le BiTonga (tonga), le XiSena (sena), le XiShona (shona), le ciNyungwe (nyungwe), le eMacua (macua ou makhuwa), le eChuwabo (chuwabo ou chuwabu), le eKoti (koto), le eLomwe (lomwe), le ciNyanja (nyanja), le ciYao (yao), le XiMaconde (maconde) et le kiMwani (mwani).
4.1 Les langues dans le domaine de la législation et de la justice
Dès la proclamation de l’indépendance, les dirigeants politiques mozambicains avaient privilégié la langue qui leur paraissait la seule immédiatement disponible et opérationnelle: la langue du colonisateur, le portugais du Portugal. De toute façon, ils n’auraient rien pu faire d’autre, puisque aucune des langues autochtones ne pouvaient assurer la relève. Un peu comme en Angola, les nationalistes mozambicains se seraient approprié le portugais, la «langue du colon» et, ce faisant, il serait devenu la «langue conquise au colon», c’est-à-dire un véritable «trophée de guerre». C’est pourquoi l’implantation du portugais post-colonial est souvent considérée par beaucoup de Mozambicains comme «la plus grande victoire de l’indépendance». Le portugais est alors devenu la langue du pouvoir, soit la langue de la présidence de la République, du Parlement (Assembleia Nacional
da República de Moçambique), de l'Administration publique, des cours de justice, des forces armées et policières, de l'enseignement à tous les niveaux, de l'affichage, des médias, etc. Le portugais conserve aujourd’hui toute la place dans l'espace politique et socio-économique. Bien que le portugais reste la langue de l’État, quelques langues nationales (macua, tsonga, lomwe, sena, etc.) sont néanmoins utilisées lorsque les citoyens ignorent le portugais, ce qui est fréquent. De plus, le gouvernement accepte de plus en plus l'existence d'un «portugais mozambicain» (português moçambicano), ce qui suppose l'introduction de mots des langues autochtones dans le portugais utilisé dans le pays. À l'Assemblée nationale, tous les lois sont discutées et adoptées en portugais, la langue officielle. Selon l'article 27 de la
Constitution de 2004, la connaissance du portugais ou d'une langue mozambicaine est l'une des conditions pour obtenir la nationalité mozambicaine: Article 27
Constitution énonce que la république du Mozambique entretient des liens particuliers d'amitié et de coopération avec les pays de la région, avec les pays de langue portugaise et avec les pays d'accueil des émigrants mozambicains:
La république du Mozambique entretient des liens particuliers d'amitié et de coopération avec les pays de la région, avec les pays de langue portugaise et avec les pays d'accueil des émigrants mozambicains. Les pays de langue portugaise sont bien connus: outre le Mozambique, ce sont le Portugal, le Brésil, l'Angola, la Guinée-Bissau, les îles du Cap-Vert, les
îles de São-Tomé-et-Príncipe et le
Timor Leste. Les pays de la région sont la Tanzanie, le Zimbabwe, le Malawi, la Zambie, l’Afrique du Sud et le Swaziland (voir la carte détaillée), tous des pays anglophones. Les pays d'accueil des émigrants mozambicains sont d'abord l'Afrique du Sud et le Malawi, puis le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. Autrement dit, le Mozambique doit entretenir des liens privilégiés avec des pays lusophones et anglophones. Dans le domaine judiciaire, l'emploi des langues est relativement étendu. Il faut distinguer deux types principaux de tribunaux: les tribunaux communautaires et les tribunaux judiciaires. Les tribunaux communautaires ont été créés en 1992 par la Loi sur les tribunaux communautaires (Lei dos Tribunais Communitarios). Ces tribunaux traitent des litiges mineurs tant au civil qu'au pénal; ils n'ont pas de liens officiels avec les tribunaux judiciaires ou ordinaires. Ce sont des tribunaux importants, car ils sont plus proches des citoyens que les autres tribunaux. De plus, ils constituent au Mozambique les tribunaux les plus répandus: plus de 1500 de ces tribunaux seraient en activité. En vertu de l'article 2 de la Loi sur les tribunaux communautaires, le grand intérêt de ces tribunaux et de viser la conciliation en misant sur l'équité, le bon sens et la justice. Article 3
Loi fondamentale de l'organisation judiciaire (2005) traite de la langue des tribunaux communautaires. En principe, ces tribunaux privilégient la langue orale. La procédure orale est en portugais ou en toute autre langue nationale; à l'écrit, c'est le portugais.
Comme il est proclamé à l’article 10 de la Constitution de 2004, le portugais est la langue officielle du Mozambique et, par conséquent, la langue qui doit être utilisée dans les tribunaux. Cependant, les statistiques officielles révèlent que seuls 40 % des Mozambicains ont des notions de portugais, et ce pourcentage tombe à 25 % dans les zones rurales. En fait, seuls 7 % de la population considèreraient le portugais comme leur langue maternelle. Dans ces conditions, le recours à une langue maternelle nationale dans un tribunal communautaire s'avère extrêmement important, sinon incontournable. Il en est ainsi dans le
Code de procédure pénale (2009), dont l'article 267 prévoit le recours à un interprète lorsque le témoin, l'accusé ou un justiciable ne parle pas le portugais: Article 267
1) Si le témoin ou le justiciable ne parle pas le portugais, un interprète doit être désigné, afin que sous serment il transmette les questions et traduise les réponses. 2) En l'absence d'un interprète qui connaît la langue parlée par le témoin ou le justiciable, une personne qui peut le mieux comprendre doit être désignée. Article 282
Cela signifie que la langue du tribunal est le portugais, mais la présence d'un interprète est autorisée lorsqu'un personne ignore la langue officielle. Ces dispositions n'accordent pas de droit à obtenir un procès dans sa langue maternelle. De fait, les tribunaux essaient généralement d'offrir des services de traduction lorsque cela apparaît nécessaire. Toutefois, un réel problème à ce sujet subsiste. D'une part, les interprètes sont en nombre insuffisant; d'autre part, leur formation professionnelle laisse à désirer. Surtout à l'extérieur des grands centres urbains, la cour embauche rarement des professionnels par manque de fonds; ce sont souvent de simples «engagés» recrutés pour la journée, parce qu'ils connaissent la langue locale. Dans de nombreux tribunaux de district, le juge peut parler la langue locale; il sert alors lui-même d'interprète. Les traducteurs qualifiés sont peu nombreux au Mozambique. Dans les Principes fondamentaux de la procédure pénale (2009), l'article 170 est très clair: dans tous les actes de procédure, tant à l'oral qu'à l'écrit, la langue officielle doit être employée sous peine de nullité:
3) Pour le texte des déclarations faites par écrit, qui n'ont pas utilisé la langue officielle, un interprète doit être obligatoirement désigné. 4) Pour les tribunaux communautaires dans lesquels le témoignage ou les déclarations orales ont été présentés dans la langue maternelle dominante, un interprète doit être désigné si l'une des parties en cause ignore cette langue, dans le domaine de leur compétence.
Encore une fois: la loi n'autorise pas un procès dans une langue maternelle nationale ou dans une langue étrangère, fusse-t-elle l'anglais, mais elle impose le recours à un interprète ou un traducteur de façon à ce que le procès se déroule dans la langue officielle. 4.2 Les langues dans l'administration publique
Toutes les institutions de l'État se servent exclusivement de la langue portugaise. Cette pratique vaut pour les autorités, la fonction publique, la police, les forces armées, les tribunaux, etc. Les services publics sont donc assurés partout en portugais, tant à l'oral qu'à l'écrit. Si toute la documentation écrite n'est disponible qu'en portugais, les communications orales se déroulent normalement dans la langue locale, si le fonctionnaire connaît cette langue. Malgré de tous les efforts pour réduire le nombre des analphabètes au Mozambique, la proportion des illettrés oscille encore aujourd'hui autour 70 %. On croit que l'usage exclusif de du portugais dans l'administration publique y est pour quelque chose. Il semble n'exister qu'un seul texte juridique traitant de la langue portugaise dans les entreprises par rapport à l'État, c'est le Code commercial du Mozambique (2009). Dans cette loi, l'usage du portugais est obligatoire pour les entreprises dans le nom ou raison sociale (art. 19) et les contrats commerciaux (art. 422) conclus sur le territoire national. Toutefois, le paragraphe 2 de l'article 19 prévoit plusieurs exemptions pour un nom qui ne serait pas en portugais. Quant à l'article 570, il oblige les entreprises à donner leurs informations obligatoirement en portugais et facultativement en anglais:
2) En tant qu'étranger, l'un des contractants d'un accord conclu à l'étranger, s'il est rédigé dans une autre langue doit être traduit dans la langue officielle, par un traducteur public assermenté, sous peine de ne pas être admis comme preuve dans une procédure légale du pays. Article 570
1) Le représentant de l'entreprise doit informer les parties concernées sur les pouvoirs qu'il a, entre autres au moyen de panneaux affichés dans les lieux de travail et dans tous les documents sur lesquels il s'identifie comme agent d'autres personnes, et doit toujours montrer s'il est ou n'est pas un représentant du pouvoir et s'il peut ou non procéder à la récupération des crédits.
4.3 Les langues en éducation Jusqu'à tout récemment, avant même l'indépendance, le «portugais de la Métropole» a toujours constitué l'unique langue d’enseignement au Mozambique. Après la sécession d’avec le Portugal, le «portugais mozambicain» revint en force. Jamais les élites mozambicaines ne pensèrent un instant de faire entrer les langues africaines à l’école. Ainsi, la «lusophonisation» post-coloniale s’implanta progressivement avec plus ou moins de succès dans la population mozambicaine. Or, le Mozambique est un pays multilingue avec plus d'une trentaine de langues africaines bantoues, avec leurs nombreuses variétés
dialectales. Toutes les langues bantoues du Mozambique ont une forme écrite et 18 d'entre elles bénéficient d'une orthographe normalisée. Dans le système d'éducation, le gouvernement a décidé d’offrir 16 langues dans l'enseignement , du moins dans une phase initiale, à partir des critères suivants: l'extension géographique de la langue dans la mesure où une langue couvre pratiquement le pays tout entier; aucune province n'est exclue dans cette première phase. Ces langues d'enseignement disposent déjà de documents écrits, ce qui inclut des manuels scolaires et certaines d'entre elles ont déjà une orthographe normalisée. Les autres langues mozambicaines devraient aussi être introduites progressivement une fois satisfaites les conditions appropriées. Il fallait
respecter l'article 5 de l'ancienne Constitution du 30 novembre 1990,
maintenant l'article 9 de la Constitution de 2004: «L'État valorise les langues nationales comme patrimoine culturel et éducatif, et favorise son développement et son usage croissant en tant que langues véhiculaires de notre identité.» Évidemment, l'adoption des langues mozambicaines comme langue d'enseignement dans les programme officiels d'études de l’éducation de base reflète une perspective sans précédent dans la politique linguistique et culturelle au Mozambique. Le nouveau système compte trois modalités d'application:
1) Un programme d'éducation bilingue : Il s'agit d'un enseignement simultané, donc à la fois en portugais et dans les langues mozambicaines. Pendant les trois premières années du primaire, le nombre des cours dispensés dans les langues mozambicaines doit être prédominant. Après la troisième année, l’introduction du portugais commence progressivement à changer de telle sorte qu’à la sixième année le nombre des cours dispensés en portugais est devenu majoritaire.
2) Un premier programme d'éducation unilingue:
Le portugais est la langue de l'instruction, mais les langues mozambicaines sont employées comme un moyen d'expliquer des concepts difficiles incompris dans la langue d'instruction. Les élèves n'apprennent pas les langues mozambicaines comme matière d’enseignement ou comme seconde langue, à moins qu'elles ne soient choisies facultativement en sixième et septième année.
3) Un second programme d'éducation monolingue:
Le portugais est la langue d'instruction, mais les langues mozambicaines sont enseignées séparément comme matière d’enseignement. On introduit l’anglais comme langue étrangère pour permettre à l'élève de développer un vocabulaire de base.
Mais le nouveau système n'est pas encore très répandu, il fait
même l'objet d'expérimentations. Mozambique, les niveaux d'éducation sont très bas, avec un taux d'analphabétisme de l'ordre de 60 %, soit supérieur d'environ 15 points à la moyenne de la zone, et un taux de scolarisation de quelque 25 % seulement. Les femmes sont particulièrement défavorisées avec 75 % d'analphabétisme, et ce, malgré une participation plutôt active à la vie professionnelle. Le pays est placé en 79e position sur les 92 pays en développement examinés du point de vue de l'indicateur de pauvreté humaine. En somme, l'enseignement de 19 langues nationales ne constitue pas encore une réussite, car le portugais est bien souvent l'unique langue d'enseignement.
Il existe aussi des écoles
privées, destinées surtout aux étrangers. En effet, pour des raisons linguistiques et de dégradation de l'infrastructure scolaire, les écoles publiques ne se prêtent pas à la formation des enfants des familles européennes ou américaines. Les écoles privées, qui peuvent être recommandées pour les classes maternelles et primaires, sont l'École française, l'École italienne, la American International School, la Maputo International School et l'École sud-africaine. Ces écoles sont arrivées à la limite de leurs possibilités d'accueil et il faut réserver une place si possible avant d'arriver à Maputo.
L'enseignement supérieur est
sous la responsabilité du ministère de l'Éducation nationale et est financé par l'État. Les universités
possèdent un haut degré d'autonomie et coordonnent leurs politiques avec le Conseil
national d'enseignement supérieur. Tout l'enseignement est dispensé en
portugais. Le Mozambique a le statut d'observateur su sein de la Francophonie depuis 2006. Le pays compte de nombreux immigrant ouest-africains familiers avec l'anglais, mais le gouvernement juge aussi la langue française «de plus en plus utile pour échanger avec le reste du continent et du monde». Selon les projections nationales, les effectifs atteindront 300 000 élèves et nécessiteront 500 professeurs, car l'enseignement du français est proposé depuis le début de 2009 en option aux élèves du premier cycle du secondaire.
Les médias mozambicains ont historiquement toujours
privilégié le portugais, une langue comprise à différents degrés par à
peine 30 % des habitants du pays. De plus, la presse écrite, de même que la télévision, n'est généralement disponible que dans les centres urbains. Selon l'article 11 de la Loi sur la presse (1991), les organismes d'information du secteur public ont comme fonction principale «de développer l'usage des langues nationales»:
Article 11Secteur public
Il reste à voir ce qu'il en est à ce sujet. - La radio
le portugais est encore largement diffusé, mais le réseau d'État (Rádio
Moçambique) a récemment commencé à employer les langues nationales dans ses émissions provinciales (14 stations d'émission locales).
Rádio Moçambique émet maintenant en 21 langues africaines, mais aussi en anglais et en français. Le système de radiodiffusion atteint jusqu'à environ 70 % à 80 % de la population dans tout le pays. L'État
considère maintenant que la radio contribue «à la socialisation, l'éducation, la consolidation de paix et la promotion de droits de l'homme». Cela dit, la radio mozambicaine connaît de sérieux problèmes,
car on ne compte que 42 récepteurs par 1000 habitants. Radio-Mozambique (RM), la radio d'État, ne
couvre que 80 % du territoire national pour 85 % des auditeurs possibles, et la réception est souvent inégale. La programmation
est centralisée dans les centres urbains et favorise ceux qui parlent le
portugais. Rádio Moçambique diffuse non seulement en portugais, mais aussi en anglais et dans 19 langues nationales. Il existe aussi des stations privées dirigées principalement par
des organismes religieux (Rádio Miramar, Rádio Transmundial,
Rádio Maria, Rádio Encontro, Rádio Pax, Rádio Nova Paz et Rádio Escola
Moatize) et la RENAMO (Rádio Terra Verde, la VOR) à Maputo, Beira et Nampula. La musique populaire
de langue anglaise, d'origine sud-africaine ou américaine, commence à pénétrer dans l'environnement
urbain, surtout chez les jeunes. - La télévision
Quant à la télévision, elle
demeure encore un média limité à une minorité, mais c'est une minorité
culturellement et économiquement influente dans le pays. On estime qu'il y aurait environ
entre 60 000 et 80 000 récepteurs de télévision dans le pays. La télévision
d'État, la Televisão de Moçambique (TVM) diffuse à partir des trois
principales villes (Maputo, Beira et Nampula) en portugais. De temps en temps,
certaines émissions sont diffusées dans quelques langues locales (en xindau et en emakwa) et en
anglais, notamment des films américains avec sous-titres en portugais. Il est aussi possible de capter le canal international portugais RTP, qui diffuse des émissions du Portugal et du Brésil. Dans Maputo, il y a également le canal RTK, une société commerciale
mozambicaine. Bien qu'il n'y ait pas une grande pénétration de l'influence
sud-africaine, des émissions en provenance de l'Afrique du Sud atteignent une
partie du sud du Mozambique. Grâce à des antennes paraboliques, il est
possible de capter des canaux anglophones du SABC'S et de M-Net. L'anglais
devient donc une langue de plus en plus importante en raison des pays voisins de langue
anglaise. La RTK, la chaîne de télévision privée de Maputo, transmet des films en anglais et des téléséries en version originale, sans sous-titres. - La presse écrite
La presse écrite est
également restreinte à une élite et demeure un phénomène urbain. On peut
distinguer la presse publique ou officielle, d'une part, et la presse indépendante, d'autre part. La presse officielle comprend deux quotidiens portugais du pays et un journal du dimanche, avec une diffusion totale d'approximativement 30 000 à 40 000 exemplaires pour Notícias de Moçambique (Maputo), Domingo, Savane, Zambese, Magazine Indépendent, Publico, Escorpiao, A Verdade, Canal de Moçambique, Desafio et le Beira Diario de Moçambique (province de
Safala). La presse indépendante consiste en quelques hebdomadaires et bi-hebdomadaires, tous en portugais. Quelques journaux
étrangers sont disponibles dans quelques grandes villes, ils sont en anglais,
en français ou en arabe. Beaucoup de gens habitant loin des grands centres
n'ont aucun accès aux médias écrits, ni à la télévision, parfois même pas
5 La politique linguistique et les pays lusophones
Nous le savons, le Mozambique fait partie des pays
lusophones. Depuis 1990, de nombreux accords de coopération scientifique et technique ont été signés entre les États de la CPLP, ce qui a donné lieu à plusieurs commissions communes de terminologie.
5.1 L’accord orthographique de 1990
l’article 4, il oblige les États signataires à prendre les mesures appropriées pour assurer le respect effectif de la date d'entrée en vigueur établie à l’article précédent. Le document fut signé par les sept États, à Lisbonne, le 16 décembre 1990. Cependant, cet accord orthographique, bien que signé, n'a pas été ratifié par
le Mozambique (ni par l'Angola) dans l'année qui suivit. Ce n'est qu'en juin 2012 que le Mozambique a ratifié l'accord.
Le ministre mozambicain des Affaires étrangères et de la Coopération, a déclaré alors que l'une des raisons qui avait retardé l'approbation du document était le fait que les Mozambicains parlaient un portugais avec des caractéristiques très particulières et qu'on avait ignoré l'importance des langues nationales dans ce processus. ll y avait aussi le coût de l'implantation de l'Accord orthographique, qui correspondrait à 80 millions d'euros, selon le ministère de l'Éducation (2012).
Malgré la ratification, le Mozambique a encore un délai d'application; même une durée indéterminée pendant laquelle l'état peut faire les ajustements nécessaires pour donner effet à l'accord.
Le traité est accompagné d’annexes décrivant les points orthographiques et/ou grammaticaux sur lesquels porte l’accord: alphabet, h initial et final, homophonie, séquences consonantique, voyelles atones, voyelles nasales, accentuation des oxytons/paroxytons, accent grave, tréma, trait d’union, apostrophe, minuscules et majuscules, divisions syllabiques, etc.
5.2 La Communauté des pays de langue portugaise
suivants: l'Angola, le Brésil, le
Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique,
Grosso modo, les pays de la CPLP veulent encourager la diffusion et l'enrichissement de la langue portugaise, accroître les échanges culturels dans l’espace lusophone, renforcer la coopération entre les pays de langue portugaise dans le domaine de la concertation politique et diplomatique, encourager le développement d'actions de coopération interparlementaire, développer la coopération économique, dynamiser et approfondir la coopération dans le domaine universitaire, de la formation professionnelle et dans les différents secteurs de la recherche scientifique et technologique, mobiliser des efforts et des ressources en appui solidaire aux programmes de reconstruction et de réhabilitation, promouvoir la coordination des activités des institutions publiques et entités privées, associations de nature économique et organisations non gouvernementales oeuvrant au développement de la coopération entre les pays lusophones, etc. 5.3 La Déclaration constitutive des pays de langue portugaise Deux documents ont été signés par les États de la CPLP: la
Déclaration constitutive des pays de langue portugaise (du 17 juillet 1996) et les Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise, également du 17 juillet 1996.
5.4 Les Statuts des pays de langue portugaise (CPLP)
On peut consulter une version française du texte complet des Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise.
La politique linguistique du Mozambique n'en est
plus une de non-intervention. Elle perpétue, d'une part, le système hérité
du régime colonial en promouvant le portugais, mais elle commence aussi à
élaborer timidement une politique à l'égard des langues nationales africaines. Pour
l'instant, la politique linguistique favorise encore le portugais, notamment
dans la législation, l'école, la justice, l'administration de l'État et les médias. Il n'en demeure
pas moins que, contrairement à l'Angola, le Mozambique commence à harmoniser
sa langue coloniale et ses langues nationales. Depuis l'indépendance, la langue portugaise a joué un grand rôle dans l'unité nationale, malgré les guerres. On peut supposer aussi que le maintien de la langue portugaise sert à s'opposer plus efficacement aux États anglophones qui se répandent dans les deux zones économiques et stratégiques de l'Angola et du Mozambique, deux pays constituant l'essentiel de l’Afrique lusophone. Bref, on peut caractériser le Mozambique comme ayant une politique
linguistique prônant, d'une part, la valorisation de la langue officielle,
d'autre part, la sectorisation partielle de l'éducation et des médias.
Dernière révision: 02 décembre, 2016
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References: art. 9
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 l'article 27
 l'article 2
 l'article 267
 l'article 170
 l'article 19
 l'article 570
 l'article 5
 l'article 9
 l'article 11