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dictionnaire:quaerere5 [Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin]
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Quaerere n’est pas analysable en synchronie. Voir § 6.2 pour son analyse en diachronie.
Quelques auteurs latins font « dériver » le verbe quaerere du syntagme qua re, relation favorisée par la similitude phonétique1) :
Varr. L. 6, 79 : ipsum quaerere ab eo quod quae res ut reciperetur datur opera.
« quaerere, quant à lui, vient du fait que l’on donne ses soins à récupérer quelque chose (quae res). »
Prop. 2, 22a, 13-14 :
Quaeris , Demophoon, cur sim tam mollis in omnis ?
Quod quaeris, ‘quare’, non habet ullus amor.
« Tu demandes, Démophon, pourquoi je suis si sensible à toutes. Aucun amour n’a de réponse à ce ‘pourquoi’ que tu cherches. » (traduction S. Viarre, 2005, CUF)
La famille morphologique de quaerere présente une grande cohérence sémantique avec certains des sens de quaerere lui-même, analysés en détail au § 4.
La première raison en est que le paradigme du verbe quaero est, selon EM, le résultat d’un supplétisme, incorporant des formes de son dérivé désidératif quaeso (cf. infra § 6.2). Comme il a existé deux formes de supin, quaesītum et quaestum, on trouve de même deux allomorphes quaes- et quaesī- comme base de dérivation des substantifs associés au verbe quaerereavec des doublets parallèles, par exemple les noms d’action quaesī-tiō (peu attesté : Apul.) et quaes-tiō (usuel), qui reflète les valeurs principales de la base : « recherche », « enquête » et « interrogatoire ». Dans le lexique philosophique, quaestio fonctionne comme un calque sémantique du grec ζήτησις, ζήτημα (« question philosophique »)2) :
Gell. 20, 6, 2 : quaeris […] ex me, quod mihi quoque est iamdiu in perpetua quaestione .
« Tu me demandes […] ce qui est pour moi aussi, depuis longtemps, en perpétuelle question. » (traduction Y. Julien, 1998, CUF)
Dans la langue juridique, quaestio a le sens d’« enquête judiciaire, interrogatoire », valeur parallèle à l’emploi technique de quaerere dans cette langue spécialisée (cf. § 4.2.B.2). C’est aussi quaestio qui est employé pour dénoter l’interrogatoire effectué au moyen de la torture (quaestio per tormenta) ainsi que le lieu où la personne interrogée est torturée (EM, s.u. quaero) ; dans ce sens, quaestio a servi de base de dérivation pour former le verbe dénominatif tardif (Cypr.) quaestiōn-āre « rechercher à l’aide de la torture, torturer».
De la même façon, quaesītor, à l’origine « juge d’instruction », qui a servi à traduire gr. σκεπτικός3) dans la langue philosophique de l’époque tardive, coexiste avec le terme plus fréquent quaestor, qui désigne le questeur dans ses fonctions de juge d’instruction chargé des enquêtes criminelles4) ; de quaestor « questeur » sont dérivés à leur tour quaestūra « fonction de questeur », quaestōr-ius « de questeur » (cf. quaestōr-ĭcĭus « de questeur », attesté épigraphiquement).
Quaestus , -tūs, m., parallèlement à quelques préverbés de quaerere, développe une valeur perfective pour la « façon d’obtenir un profit » et, par métonymie, le « profit » lui-même ; par conséquent, il se trouve souvent associé à lucrum, et, par antonymie, à sumptus5). Il peut désigner, de manière euphémique, le « plus vieux métier du monde », évoqué souvent en droit par la formule quaestus corpore6) :
Pl. Asin. 215-218 :
CL.Non tu scis? Hic noster quaestus aucupi simillimust.
Auceps quando concinnauit aream, offundit cibum ;
Aues adsuescunt : necesse est facere sumptum qui quaerit lucrum.
« Vois-tu, notre métier est tout pareil à celui de l’oiseleur. L’oiseleur commence par préparer le terrain, puis il répand les graines. Peu à peu les oiseaux s’habituent : pour gagner, il faut savoir dépenser. » (traduction A. Ernout, 1932, CUF)
Ulp. Dig. 23, 2, 43 : Palam quaestum facere dicemus non tantum eam, quae in lupanario se prostituit, uerum etiam si qua (ut adsolet) in taberna cauponia uel qua alia pudori suo non parcit.
« Nous disons qu’est ouvertement en quête d’enrichissement non seulement celle qui se prostitue dans un lupanar, mais aussi, à vrai dire, celle qui, comme cela arrive souvent, n’épargne sa pudeur ni dans une auberge, ni dans toute autre échoppe. » (traduction G. Minaud, 2005, 259)
De là, quaestuaria ou quaestuosa sont, comme esp. buscona, des appellatifs habituels pour la prostituée :
Ulp. Dig. 23, 2, 43, 7, 1 : lenas autem eas dicimus, quae mulieres quaestuarias prostituunt.
« Or nous appelons entremetteuses celles qui livrent à la prostitution des femmes qui en font leur métier. »
Quaestus, -tūs m. a d’autres dérivés : quaesticulus, -i m. « petit gain » (suffixe -iculus de diminutif, Cic., cf. DHELL, 3èmepartie) ainsi que l’adjectif quaestu-ōsus, -a, -um (suffixe -ōsus avec le sème de grande quantité : cf. DHELL, 3èmepartie) « lucratif, avantageux » et « qui cherche le gain ».
Parmi les verbes formés sur quaerere, on trouve d’abord un fréquentatif, quaerĭtāre, qui apparaît principalement dans la langue des comiques et qui ajoute une nuance fréquentative aux valeurs de la base lexicale. On trouve aussi le verbe hypercaractérisé dans sa valeur itérative par le préverbe re-: requīritāre7) .
Quaerere a donné lieu, d’autre part, à plusieurs dérivés par préverbation. Anquīrere, réduction d’*amb(i)-quaero, malgré sa formation et la valeur spatiale que devrait ajouter le préverbe (glosé circumquirere par P.-Festus 20, 16), fonctionne dans une certaine mesure comme synonyme de sa base dans l’acception générique « chercher » et dans son acception spécifique dans la langue juridique, chez les auteurs qui l’utilisent : Cicéron, Tacite, Tite-Live.
Il en est presque de même du verbe inquīrere, mieux représenté, et de ses dérivés (inquīsītio, inquīsītor, inquīsītus), qui développent la valeur de « chercher » (§ 4.2.B)8), qu’il s’agisse d’un objet physique ou d’une information ; c’est pourquoi sa spécialisation dans la langue juridique (« faire une enquête »), dans la langue scientifique ou dans celle de la philosophie n’est pas surprenante :
Quint. Inst. 1, 6, 28 : etymologia, quae uerborum originem inquirit .
« L’étymologie, qui enquête sur l’origine des mots. »
Par ailleurs, les préverbés en ad- et en com-, acquīrere et conquīrere, développent plus nettement la valeur résultative que l’on pouvait reconnaître dans la base comme un effet contextuel (cf. § 4.2.A.2). Pour le premier, la valeur résultative est évidente dans sa combinaison avec des verbes d’« acquisition », comme pario, dont il diffère par la valeur d’« addition » que fournit le préverbe (cf. J.F. Domínguez, 1995-b, 15), voire la valeur d’« accroissement interne » (cf. S. Van Laer, 2010, 319) :
Bell. Afr. 47, 4 : In Africa autem non modo sibi quicquam non adquisierant aut parauerant sed etiam propter annonae caritatem ante parta consumpserant.
« Cependant, en Afrique, non seulement ils n’avaient rien acheté et ne s’étaient approvisionné de rien, mais, pire, à cause du prix considérable des aliments, ils avaient consommé leurs provisions en avance. »
Dans conquirere, le préverbe ajoute une valeur de convergence qui implique la réunion ou la concentration des objets (cf. B. García-Hernández, 1980, 140-141), ce qui transparaît dans la plupart de ses emplois (cf. en outre, conquīsītor « enrôleur, recruteur »).
Dans exquīrere, le préverbe apporte une nuance intensive qui peut être glosée par « chercher avec soin » (d’où exquīsītim et exquīsītus « choisi, raffiné, exquis »)9).
Le préverbe per- dans perquīrere ajoute une valeur « progressive » (cf. B. García-Hernández, 1980, 180), tant dans l’acception de « chercher » que dans celle de « poser une question ». Si l’on prête une valeur d’extension spatiale au préverbe (cf. S. Van Laer, 2010, 215), il permet d’insister sur l’étendue du champ d’investigation.
Enfin, le préverbé requīrere a un statut particulier : non seulement il exprime des nuances se rapportant aux sens de « quête » et de « question » propres à quaerere, comme la plupart des dérivés et des composés, mais il présente aussi la valeur générique « chercher à atteindre ». Dans tous ses emplois, il apporte une nuance intensive10). En outre, il exprime aussi la modalité déontique, parallèlement au verbe simple (cf. § 4.2.D) :
Caes. G. 6, 34, 3 : […] magnamque res diligentiam requirebat .
« …et il fallait observer une grande prudence… » (traduction L.-A. Constans, 1926, CUF)
Cette valeur est encore perceptible dans l’héritier espagnol de requīrere : requerir11).
Le dérivé quaesere complète le panorama avec un signifié non attesté dans la base : « demander ». À l’origine, on pourrait postuler : a) comme le fait le dictionnaire d’EM, une formation désidérative issue de *quais-s-ō (semblable à capesso, facesso, lacesso, expetesso) par addition d’un –s- désidératif derrière quais-, qui figure dans quaero; b) ou bien un subjonctif aoriste du type de faxō: on poserait alors un ancien *ko-ais-s-ō, comme le propose O. Szemerényi (1960, 238).
Dans tous les cas, le signifié de quaesere partage avec sa base quaerere la valeur aspectuelle de classe non-résultative12). Avec le signifié13) « demander », quaeso est attesté surtout à l’époque archaïque :
Pl. Bacch. 179 :
mirumst me ut redeam te opere tanto quaesere .
« A quoi bon me prier avec tant d’insistance de revenir ? » (traduction A. Ernout, 1933, CUF)
Il pourrait représenter un archaïsme de la langue religieuse (cf. L. Unceta, 2009-a, 72-73 et n. 18) :
Cat. Agr. CL, 141, 2 : Mars pater, te precor quaesoque 14) uti sies uolens propitius mihi domo familiaeque nostrae.
« Mars notre père, je te supplie et te demande de bien vouloir être propice pour moi, pour ma maison et pour mes gens. » (traduction S. Dorothée, cf. DHELL , 1èrepartie, precari)
Il figure dans de vieilles formules de la langue juridique, transmises par Festus15) :
Fest. p. 312 :quaeso, ut significat idem quod rogo, ita quaesere ponitur ab antiquis pro quaerere, ut est apud Ennium […] in Cresphonte (120): ‘ducit me uxorem liberorum sibi quaesendum gratia’; et in Andromeda (97): ‘liberum quaesendum causa familiae matrem tuae’.
« Quaeso : si quaeso veut dire la même chose que rogo, quaesere est employé par les Anciens à la place de quaerere, comme c’est le cas chez Ennius […] dans le Cresphon (120) : ‘il me prend pour épouse pour avoir des enfants légitimes’ et dans son Andromède (97) : ‘…une mère à ta famille pour avoir des enfants légitimes’. » (traduction P. Lecaudé)
Hors de ces cadres conservateurs, les emplois de quaeso sont restreints presque totalement à des emplois absolus en juxtaposition, en incise ou en position parenthétique, ce qui réduit le terme à une simple « particule » ou à un simple « adverbe d’énonciation » et révéle un processus de grammaticalisation16). Quaeso fonctionne donc comme une formule de politesse et peut être comparé au marqueur discursif fr. s’il vous plaît, surtout lorsqu’il est combiné avec des phrases impératives ou interrogatives :
Pl. Asin. 417 :
quaeso , hercle noli , Saurea, mea caussa hunc uerberare.
« Je t’en prie, morbleu, Sauréa ;ne va pas le battre à cause de moi. » (traduction A. Ernout, 1932, CUF)
Pl. Curc. 315 :
[…] quid facitis, quaeso ? […].
« Qu’est-ce que vous faites, je vous prie? » (traduction A. Ernout, 1935, CUF)
Conformément à sa valeur générique de « chercher à atteindre » (cf. §4.2.A), par laquelle il peut être comparé à petere, le verbe quaerere fonctionne comme l’archilexème dans le champ lexical des verbes signifiant « chercher », au sein duquel il apparaît comme un terme non marqué. Dans les autres unités lexicales qui forment la structure de ce cadre notionnel (indagare, inuestigare, plusieurs des préverbés de quaerere et même les verbes plus spécifiques rimari, scrutari, eruere), il est possible, selon E. BARRAULT (1853, 518), de voir des contenus additionnels. Il resterait à délimiter le fonctionnement exact de chacun de ces verbes par rapport aux autres.
En revanche, dans le champ lexical des verbes signifiant « poser une question », c’est rogare qui semble occuper la position de lexème générique ou archilexème. En effet, il peut désigner un énoncé caractérisé par une modalité phrastique interrogative quelconque – que cet énoncé soit ou non une véritable question –, ce qui lui permet, en outre, d’assumer le sens de « demander », dérivé du premier (cf. L. UNCETA, 2005). L’étroite similitude de ces notions (« poser une question » et « demander »), impliquée par leur contenu de volonté (dans la mesure où toutes deux impliquent l’acharnement de l’agent à atteindre un objectif : « susciter une réaction chez l’interlocuteur », que celle-ci soit une parole ou une action), rend proportionnelles les chaînes intrasubjectives suivantes17) :
je demande .- tu donnes :: je pose une question .- tu réponds.
Cette proportionnalité suscite certaines interférences entre ces contenus (de même qu’avec la valeur intentionnelle inhérente à la « recherche » par rapport au contenu de « trouver ») et aboutit même à l’identification de ses expressions lexicales canoniques dans certaines circonstances :
Pl. Aul. 91-94 :
Quod quispiam ignem quaerat , exstingui uolo,
Ne causae quid sit quod te quisquam quaeritet . […]
Tum aquam aufugisse dicito, si quis petet .
« On pourrait venir chercher du feu ; je veux qu’on l’éteigne : on n’aura plus de raison pour t’en demander. […] Si l’on te demande de l’eau, tu diras qu’elle est partie. » (traduction A. Ernout, 1932, CUF)
Enfin, en ce qui concerne quaerere, comme la « recherche » au sens intellectuel et l’« investigation » (cf. § 4.2.B.2), l’interrogation (cf. § 4.2.C) reste une conséquence directe d’une curiosité intellectuelle ou d’un « désir de savoir »18). Aussi l’expression périphrastique de la dernière idée peut-elle avoir, sur le plan syntaxique, les mêmes effets qu’une expression performative avec un verbe d’interrogation à la 1epers. sg. de l’indicatif présent :
Cic. Q. fr. 2, 3, 7 : quid agas et ut te oblectes scire cupio .
« Que fais-tu ? Quelles sont tes distractions ? Je voudrais le savoir. » (traduction L.-A. Constans, 1950, CUF)
Cic. Att. 13, 35, 2 : scire igitur aueo 19) quo modo res se habeat.
« Je brûle de savoir comment cela tourne. » (traduction J. Beaujeu, 1983, CUF)
Cic. Nat. 1, 104 : quaero igitur uester deus primum ubi habitet.
« C’est pourquoi je vous demande où habite votre dieu. » (traduction C. Auvray-Assayas, 2002, Belles Lettres)
Liv. 4, 40, 6 : quaero de te arbitrerisne C. Sempronium consulem aut in tempore pugnam inisse.
« Je te demande ton avis sur le consul Sempronius. A-t-il engagé le combat en temps voulu ? » (traduction J. Bayet, 1946, CUF)
Cette valeur inquisitive est aussi reconnaissable dans un grand nombre des emplois du verbe inchoatif-itératif scītor, scītārī « s’informer, interroger »20) ou sciscĭtor, sciscĭtārī « questionner sur, s’informer de », créé à partir du thème d’infectum de sciscō, sciscĕre « chercher à savoir, s’informer »21) et préféré par la prose classique (cf. EM, s.u. sciō). Ce champ lexical est enfin complété par percontari, qui finit par remplacer quaerere, dans le sens de « poser une question », en espagnol et en portugais.
1) Cf. A. MICHALOPOULOS (1998, 239), qui cite aussi Prop. 2, 24a, 9-10 et Lucr. 4, 779-780.
2) Sur quaestio avec le sens de « problème », « question que l’on cherche à éclaircir », cf. F. GARCÍA JURADO (2004, 205).
3) Cf. EM (s.u. quaero) et E. BENVENISTE (1969, II, 153 sqq.).
4) Cf. Fest. p. 247 : parrici ‹di ›quaestores appellabantur, qui solebant creari causa rerum capitalium quaerendarum. D’une manière secondaire, ces magistrats assument des fonctions administratives (quaestores paricidi et aerari), en tant que responsables du trésor public ; cf. E. BENVENISTE (1969, II, 153 sqq.), qui rappelle (p. 160) que le quaestor « n’est pas seulement chargé de ‘faire une enquête’, son rôle est bien de quaerere, de chercher à se procurer par des moyens matériels soit le coupable lui-même dans une affaire criminelle, soit (et le mot s’associe avec quaestus) l’argent du trésor dont il doit assurer la rentrée et la répartition ».
5) Cf. EM (s.u.), où sont cités des exemples comme Cic. Tusc. 5, 9 et Verr. II, 3, 106.
6) Selon G. MINAUD (2005, 259). Voir plus généralement son analyse sur quaestus, p. 254 sqq.
7) La formation de ce verbe s’explique très probablement par la possibilité qu’a quaerere d’assumer une valeur aspectuelle de type itératif (cf. § 4.2.A.2). Chez Ammien Marcellin, ce lexème a une fréquence remarquable (18 occurrences), qui pourrait être due à une neutralisation de l’opposition entre la base et son dérivé fréquentatif.
8) Pour certains emplois de ce verbe, il est possible de reconnaître une valeur aspectuelle ingressive, portée par le préverbe, par laquelle le préverbé établirait une relation séquentielle avec d’autres préverbés. Selon B. GARCÍA-HERNÁNDEZ, dans « Le système classématique des relations intersubjectives et intrasubjectives » : « La modification préverbale est un moyen commun de réanalyse des procès ; par ex., le degré « non résultatif » de la séquence quaerere → inuenire peut être analysé à nouveau en trois sous-degrés : inquirere → perquirere → exquirere ».
9) L’hapax horatien disquirere (Sat. 2, 2, 7) pourrait refléter une fonction dissociative de « distinction » et « différence » (sur ce sujet, cf. B. GARCÍA-HERNÁNDEZ, 1980, 154) plutôt qu’une valeur intensive ; il est possible que sa formation soit analogique de verbes comme discerno, dignosco, distinguo, etc.
10) Cf. B. GARCÍA-HERNÁNDEZ (1980, 199), qui signale qu’ici, comme dans d’autres cas, il est possible aussi de reconnaître un effet duratif dérivé de la valeur intensive, comme l’écrit explicitement Nonius Marcellus (p. 699) : quaerere et requirere. Hoc differt, quoniam requirere est diu quaerere .
11) La valeur d’action complémentaire successive que fournit, par rapport à sa base, le préverbe re- dans ces cas (cf. B. GARCÍA-HERNÁNDEZ, 1980, 196) établit une relation privilégiée avec les représentants de la sphère « coactive » (cf. supra §4.2. n. 14) du champ de la demande (repetere, reposcere, reflagitare), ce qui rapproche beaucoup esp. requerir, de même que son homologue italien, rivolere (Rivolgo la mia libertà! Rivolgo i libri che ti ho prestato!), de la notion d’« exigence » ou « ré clamation ».
12) Malgré tout, dans l’expression liberum (-orum) quaesundum (-orum) causa (gratia), formule par laquelle le droit romain le plus ancien définissait la fonction primordiale du mariage (« pour avoir des enfants légitimes »), quaeso pourrait s’interpréter, selon E. Benveniste (1969, I, 324-325), comme une expression de valeur résultative (cf. § 4.2.A.2). Mais, selon le dictionnaire d’EM, il pourrait alors s’agir d’une confusion entre les paradigmes de quaero et quaeso (cf. Fest. p. 312, cit. infra).
13) On ne comprend pas les raisons qui portent E. BENVENISTE (1969, II, 157) à le gloser comme s’il s’agissait d’un fréquentatif : « demander avec insistance ».
14) Selon E. BENVENISTE (1969, II, 160), la formule précative doit être interprétée dans les termes suivants : « quaeso diffère de precor en ce qu’il implique l’emploi des moyens appropriés à cette obtention, tel que le sacrifice des trois animaux et la conjonction même de la formule avec les offrandes ».
15) Toutefois, selon A. CHRISTOL (2008, 93, n. 22), « il ne peut s’agir du verbe de base chez Plaute et d’un désidératif chez Ennius ». L’auteur interprète de manière générale la forme quaeso comme une forme archaïque de quaero, qui aurait échappé au rhotacisme en contexte rituel (cf. A. CHRISTOL, 2008, 93).
16) La preuve de son caractère idiomatique apparaît dans la prédominance de la forme de 1epersonne du singulier du présent de l’indicatif. D’autre part, en raison de la préférence marquée des personnages masculins de la comédie archaïque pour cette forme, on observe une distribution complémentaire avec amabo, qui est propre à la langue des femmes (voir L. UNCETA, 2009-a, 72-73). Pour les traits caractéristiques de ses emplois dans les comédies de Térence, cf. T.F. CARNEY (1964). Ce lexème est l’atténuateur de politesse par excellence dans les discours Cicéron ; sur son emploi, on peut consulter L. UNCETA (2009-b).
17) Pour ces analogies, voir L. UNCETA (2006, 273-276). Sur le principe de proportionnalité (::), cf. B. GARCÍA-HERNÁNDEZ (1981).
18) C. BODELOT (1987, 26 sqq.) reconnaît le signifié « désir de savoir » comme un trait sémantique commun aux uerba interrogandi et aux uerba inuestigandi.
19) La construction d’aueo avec l’infinitif d’audio, scio ou de verbes similaires, très représentée dans la correspondance de Cicéron, relève d’un bas niveau de langue, comme l’a mis en évidence A.S. GRATWICK (1972, 392, n. 1), du moins en ce qui concerne Cicéron.
20) Bâti avec le suffixe fréquentatif -tāre, -tārī sur la base scī- du verbe scī-re « savoir » : cf. DHELL 3èmepartie, « Verbes suffixés en -tāre ».
21) Probablement selon la relation de suffixation : scī-re à scī-sc-ere, avec le suffixe « inchoatif » -sc- : cf. DHELL 3èmepartie,« Verbes suffixés en -sco ».
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