Source: http://le-temps-des-instituteurs.fr/doc-l27ecole.html
Timestamp: 2019-02-22 18:11:50+00:00

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Architectes scolaires
La Monarchie de juillet demande aux communes d’entretenir une maison d’école
La transformation devait commencer avec la loi du 28 juin 1833 qui assure à l’école des ressources nécessaires à sa fondation, à la construction et à l’entretien de la maison qui lui est destinée.
La Troisième République inonde la France de maisons d'école
En 1876, l'administration transmet aux préfets, avec une circulaire du 30 juillet 1858, « un exemplaire du recueil de plans-modèles présentant l'application des dispositions recommandées par les instructions » antérieures. Il résulte de ces faits que la maison d'école paraît avoir été assez mal comprise pendant de longues années. Aussi est-on obligé d'insister à plusieurs reprises pour préciser et détailler les pièces dont sera composé tout dossier de construction ou d'amélioration d'établissement scolaire soumis à l'examen de l'administration. Ce sont, avec la délibération du conseil municipal et les budgets de la commune, des plans de l'emplacement de la construction, des emplacements des cimetières, de la mairie et des autres écoles de la commune, des mares, cours d'eau, etc., et surtout le projet de la construction, comprenant les plan, élévation, coupe, devis, etc.
La grande loi en matière de construction scolaires est promulguée le 1er juin 1878. Lorsque la création d'une école dans une commune est décidée par l'autorité compétente, conformément aux prescriptions des lois du 15 mars 1850 et 10 avril 1867, les frais d'installation, d'acquisition, d'appropriation et de construction des locaux scolaires et d'acquisition du mobilier scolaire constituent pour la commune une dépense obligatoire. Des subventions et des taux avantageux leurs sont accordés par l'Etat. La tâche est immense et l'effort public est sans précédent.
Le terrain destiné à recevoir une école doit être central, bien aéré, d'un accès facile et sûr, éloigné de tout établissement bruyant, malsain ou dangereux, à 100 mètres au moins des cimetières actuels.
César Auguste Pompée publie d'ailleurs des "Plans modèles pour la construction de maisons, d'écoles et de mairies" en 1879, ouvrage adressé à tous les préfets de France, et proposant une architecture standardisée pour tous les bâtiments scolaires.
Suite au projet de règlement d'une commission, composée d'architectes, d'hygiénistes de représentant de l'administration et de l'enseignement, le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, établit, par l'arrêté du 17 juin 1880, les conditions d'après lesquelles les bâtiments scolaires devront être construits et aménagés.
En 1880, Félix Narjoux, architecte de la ville de Paris, publie « L’architecture communale » dont la troisième série est consacrée à l’architecture scolaire : écoles de hameaux, écoles mixtes, écoles de filles, écoles de garçons, groupes scolaires, salles d’asiles, écoles professionnelles, écoles normales primaires.
Ce que certain se scandalise de ce "qu'on a construit et ouvert, au détriment de la fortune publique, des palais scolaires pour enseigner l'amour de la République et la haine de la foi de nos pères."
L’école de C.D. Férard , en 1846.
« mémoires d’un vieux maître d’école »
Je trouvais un local peu convenable, composé, au rez-de-chaussée, d’une cuisine d’environ 25 mètres carrés, avec une chambre au-dessus. Cette chambre était la classe. On y accédait par un escalier de pierre, dont les marches, aux trois quarts usées, étaient fort dangereuses pour les enfants. Pas de préau couvert, pas de cour de récréation surveillable, pas de lieux d’aisances. Le mobilier scolaire était en rapport avec le bâtiment. A part un mauvais petit bureau fort incommode, qui portait le titre d’estrade, et trois ou quatre tables boiteuses pouvant asseoir une vingtaine d’élèves, rien que des murs nus, avec une cheminée en ruine dans l’un d’eux.
Le Second Empire s’intéresse à la maison d’école
A partir de l’année scolaire 1853-54, l’intérêt de l’Etat pour les maisons d’école et ses différentes composantes se manifeste dans les formulaires destinés aux rapports d’inspection des instituteurs. Les inspecteurs doivent rédiger un petit rapport sur la « maison d’école » et sur le « mobilier scolaire ». Ces formulaires, imprimés et remplis par les inspecteurs primaires changent de présentation, à trois reprises, entre 1853 et 1859. Après la publication des textes de 1858, les rubriques « maison d'école » et « mobilier scolaire » sont toujours placées à la première page et les inspecteurs doivent répondre à sept questions très précises concernant le statut de la maison (propriété communale, en location, prêtée), l'affectation d'autres services dans les locaux, l'état de la salle de classe et du mobilier, les objets à acquérir et l'existence ou non d'un jardin.
Par sa circulaire de juillet 1858, Rouland leur permet de contrôler les plans d’écoles que les communes doivent fournir à l’administration. La maison d’école doit être simple et modeste, mais commode, isolée de toute habitation bruyante ou malsaine qui exposerait les enfants à recevoir des impressions soit morales soit physiques, non moins contraires à leurs mœurs qu’à leur santé.
Si le XIXe siècle différencie les espaces de la maison d’école, il continue, jusque dans les années 1870, de confondre les fonctions. L’instituteur doit, en permanence, partager son espace avec des personnes étrangères au monde de l’école primaire… pendant les deux derniers tiers du XIXe siècle, et particulièrement sous le Second Empire, dans les communes rurales, l’école est effectivement étroitement liée à la mairie. (Le grand débat de l’école au XIXe siècle de Gilbert Nicolas, Belin)
Si quelques instituteurs mesurent les progrès accomplis en matière de constructions scolaires, dans l'ensemble, les manuscrits de 1861 jugent sévèrement les bâtiments servant d'écoles. Les critiques sont d'abord liées au statut de l'école. Depuis la mise en vigueur de la législation Guizot, les communes avaient utilisé trois possibilités pour répondre à la demande d'installation d'une maison d'école : la construction de bâtiments neufs, l'achat d'une maison déjà existante, aménagée pour répondre à la vocation scolaire, la location d'un bâtiment plus ou moins adapté à l'accueil des élèves et au logement du maître. Exceptionnellement, la classe pouvait également être installée dans un local prêté par un particulier ou une association. Les bâtiments loués ou empruntés par la commune, pour en faire des salles de classes provisoires le plus souvent exiguës, malsaines ou inadaptées à la fonction d'enseignement, sont unanimement rejetés aussi bien par les instituteurs que par l'inspection générale. Alors que l'État encourage l'acquisition et les constructions, on constate, dans certains départements, une augmentation persistante des subventions pour loyers.
Le site et la situation de l'école au sein de la commune sont d'ailleurs les premiers aspects soulignés par les textes ministériels de juillet 1858. Deux cas de figure sont le plus souvent repoussés par les maîtres, celui d'une implantation imbriquée dans d'autres constructions, au cœur d'un bourg, et celui d'une construction en bordure immédiate d'une voie publique. Objet de critiques sévères de la part des maîtres, ces écoles constituent un danger permanent pour les enfants, dès lors qu'ils entrent ou sortent de la classe, plus encore quand la rue sert de lieu de récréation. Quand elle existe, la cour n'est pas toujours close et ne permet donc pas de surveiller, d'encadrer efficacement les enfants. Ces derniers s'égaient sur la voie publique ou dans le bourg, lors des récréations et avant et après la classe.
L'absence d'espace, l'inadaptation des locaux à la population scolaire de la commune est un autre objet de doléances. Les écoles anciennes, propriétés de la commune ou louées, ne sont souvent plus adaptées à l'effectif croissant des enfants. Les bâtiments récemment construits ne donnent guère plus de satisfaction aux instituteurs. En effet, dans la plupart des cas, les plans de la nouvelle école sont établis en fonction de l'effectif inscrit et non du nombre d'enfants de la commune, en âge de fréquenter l'école.
La distribution intérieure des bâtiments et la nature des matériaux employés ne permettent pas aux maîtres, de séparer les fonctions, pas plus que de cloisonner le temps.
La nature des matériaux utilisés dans la construction a des conséquences importantes, sur la solidité du bâtiment, et donc sur sa durée. Le pisé est plus fragile que les moellons avec mortier de chaux et de sable et demande un séchage très long. Quand la mairie n'est séparée de la salle de classe, au-dessous, que par un plancher, le lieu de travail des élèves étant rarement doté d'un plafond, cette disposition favorise la diffusion de la poussière, au-dessous, dans la classe et dans le logement de l'instituteur. De même, la nature du sol de la salle de classe est un objet de plaintes chez les maîtres des années 1860. Dans beaucoup d'écoles « l'aire des classes » est ordinairement composée de terre battue. Pendant l'été, cette terre produit une poussière malsaine. L'hiver le sol se transforme en boue. Dans certaines écoles, le sol est couvert de dalles de pierre. Une grande partie de l'année, la pierre froide et humide oblige les enfants à garder leurs sabots, ce qui produit du bruit à chaque déplacement. Quand à la nature des matériaux du sol s'ajoute la proximité du bourg ou d'une route importante, le bruit est omniprésent.
Au bruit qui dérange s'ajoutent les odeurs qui incommodent et qui s'expliquent par la promiscuité régnant dans les classes. Les normes d'hygiène ne sont donc pas souvent respectées. Il manque le plus souvent un ou plusieurs des éléments indispensables au confort des yeux, de la respiration et de la propreté. Les salles manquent fréquemment de lumière, ou au moins de lumière pour tous. La ventilation ne se fait pas toujours et l'air est vite saturé de gaz carbonique. L'absence d'eau, ou son éloignement de l'école, constitue un problème quotidien. Se laver les mains, se désaltérer, nettoyer les lieux d'aisances, quand ils existent, ou la salle de classe, est difficile, exigeant des déplacements et du temps.
Un autre défaut émerge des mémoires, celui de l'absence d'esthétique des bâtiments. Pour un certain nombre de maîtres, l'apparence des locaux ne flatte pas assez l'œil des enfants et des parents. Les installations parfois vétustés, incomplètes ou mal entretenues rebutent les enfants. Les écoles ne disposent que très rarement de toutes leurs composantes légales.
Beaucoup d'écoles n'ont ni cour de récréation, ni préau. De nombreux instituteurs se lamentent sur le manque de lieux d'aisances dans les écoles rurales. Ils sont considérés comme un luxe et leur utilité n'est pas comprise. « N'est-ce pas chose bien triste de voir ces pauvres enfants courir ça et là, sur la route publique ou dans le champ du voisin, pour satisfaire à leurs besoins naturels ? », s'exclame Guillaume Morvan, instituteur des Côtes-du-Nord.
L'administration reconnaissant la nécessité de modèles pour diriger les architectes, ouvre en 1862 un concours pour la rédaction de plans-modèles de maisons d'école. Considérant, dit l'arrêté, que les projets de maisons d'école produits par les communes à l'appui de leurs demandes de subvention sont le plus souvent défectueux et témoignent d'une entente incomplète des conditions d'installation matérielle dans lesquelles ces établissements doivent se fonder, il sera procédé, sous la direction de la commission des bâtiments des lycées impériaux et des écoles normales, à la rédaction de plans-modèles de maisons d'école.
Dans l'ancien régime, loger l’école, ne va pas sans difficultés, car dans l’église paroissiale elle nuit au recueillement des fidèles. C’est avec beaucoup de peine que l’on trouve un lieu à cause du bruit que font les écoliers et les désordres qu’ils entraînent toujours avec eux. C’est souvent, faute de mieux, dans le logement du maître que l’école s’installe ou dans un endroit abandonné de tous.
A la Révolution, dans toute les communes, les presbytères non vendus au profit de la République, sont mis à la disposition des municipalités, pour servir, tant au logement de l’instituteur, qu’à recevoir les élèves pendant la durée des leçons. Dans les communes où il n’existe plus de presbytère à la disposition de la nation, il sera accordé un local convenable pour la tenue des écoles primaires. (loi du 27 brumaire an 3)
Après le Concordat, les biens ecclésiastiques non vendus sont rendus à l’église et les instituteurs perdent le bénéfice des presbytères.
« Il faut que l’école attire l’enfant. Il faut qu’elle ait de grandes et belles salles bien aérées, bien ensoleillées. Il faut qu’elle soit ornée, ornementée, parée. Il faut que nous fassions pour elle ce que nos pères faisaient pour leur église. L’école, c’est notre église laïque à tous. » Paul Bert
La maison d’école, c’est l’habitation de l’instituteur
Généralement, il n'y a pas de locaux spécialement destinés à l'instruction. L'école est établie chez l’instituteur ou dans une maison ordinaire que l'instituteur prend à bail et qui répond du loyer ; seulement la commune lui accorde une allocation annuelle de 30, 40, 50 ou 60 F, sous le titre d'indemnité de logement.
Louis-Arsène Meunier, chargé de visiter les écoles de l’Eure en 1833, relate :
« L'habitation de l'instituteur ne se distinguait en rien des autres demeures villageoises: c'était une chétive chaumière composée uniquement de deux pièces, l'une servant de classe, l'autre, de logement à l'instituteur et à sa famille. Quoique la plus grande fût toujours affectée à la classe, les enfants y étaient souvent entassés les uns sur les autres, sans pouvoir bouger ni faire usage de leurs bras et sans qu'il restât le moindre vide, pour que l'instituteur pût circuler. Lui-même était comme un prisonnier dans l'étroit espace qu'il s'était réservé. Comme le plancher supérieur en était très bas et que le jour n'y pénétrait d'ordinaire que par une seule petite fenêtre, l'air en était vicié au point qu'on n'y pouvait entrer sans éprouver une suffocation. La chambre de l'instituteur, à usage à la fois de cuisine, de salle à manger, de chambre à coucher et de bureau, était un misérable réduit aux murailles nues, humides et enfumées. Point de cour de récréation: un coin du jardin tenait lieu de communs. »
L'école au début du XIXe siècle, à La Housaye Béranger en Seine-Inférieure. Maison d'habitation de l'instituetur.
Art. 9. Toute commune est tenue, soit par elle-même, soit en se réunissant à une ou plusieurs communes voisines, d'entretenir au moins une école primaire élémentaire.
Art. 12. Il sera fourni à tout instituteur communal, un local convenablement disposé, tant pour lui servir d'habitation, que pour recevoir les élèves.
Art. 13. A défaut de fondations, donations ou legs, qui assurent un local et un traitement, conformément à l'article précédent, le conseil municipal délibérera sur les moyens d'y pourvoir.
En cas d'insuffisance des revenus ordinaires pour l'établissement des écoles primaires communales élémentaires et supérieures, votée par le conseil municipal, ou, à défaut du vote de ce conseil, établie par ordonnance royale. Cette imposition, qui devra être autorisée chaque année par la loi de finances, ne pourra excéder trois centimes additionnels au principal des contributions foncière, personnelle et mobilière.
Lorsque des communes n'auront pu, soit isolément, soit par la réunion de plusieurs d'entre elles, procurer un local et assurer le traitement au moyen de cette contribution de trois centimes, il sera pourvu aux dépenses reconnues nécessaires à l'instruction primaire, et, en cas d'insuffisance des fonds départementaux, par une imposition spéciale, votée par le conseil général du département, ou, à défaut du vote de ce conseil, établie par ordonnance royale. Cette imposition, qui devra être autorisée chaque année par la loi de finances, ne pourra excéder deux centimes additionnels au principal des contributions foncière, personnelle et mobilière.
Depuis 1833, l’autorisation de l’administration est exigée pour toute construction d’école dans les communes qui sollicitent les secours de l’Etat.
Lorain écrit dans son tableau de l’instruction primaire : Malgré les subsides de l’Etat, une amélioration s'opère mais la situation reste déplorable. La simple location d’une maison quelconque paraît satisfaisante aux communes. On préfère utiliser des bâtiments existant que d’en édifier de nouveaux.
Un ouvrage utile a été publié par un architecte qui s’est spécialement occupé de ce genre de construction ; M. Bouillon a prévu un grand nombre de cas différents, et embrassé, dans une série de proportions variées les besoins présumés de la plupart des communes. Il a joint à ses instructions des plans et des dessins gravés qui les font mieux comprendre. Le Ministre, convaincu de l’utilité d’un pareil livre, l’a fait adresser aux comités supérieurs, et il serait fort à désirer que, dans les campagnes, on le connût davantage ; mais on n’a que trop lieu de craindre que cet envoi gratuit fait par l’administration n’ait subi le sort de tant d’autres présents de même nature, dont on n’a pas assez senti le prix, et qui se sont ensevelis dans les cartons des comités, sans pénétrer jusqu’à leur véritable destination. (Voir page Architectes)
A partir du premier janvier 1864, toute commune désireuse d’obtenir le concours de l’Etat pour la construction ou l’acquisition d’une maison d’école, sera obligée de comprendre dans ses prévisions de dépenses, une somme de 300 fr. pour sa part contributive dans l’acquisition de mobilier de l’instituteur dont la dépense totale est évaluée à 600 fr.
Détail du mobilier :
2 tables rondes en noyer ciré
2 toiles à paillasse
2 couvertures en laine
2 couvertures en coton
1 table de cuisine en bois blanc
4 chaises en bois blanc
1 marmite en fonte
3 casseroles en fer
Ce mobilier est comme le mobilier scolaire, la propriété de la commune. C’est elle qui doit l’entretenir et le renouveler ; mais c’est l’instituteur qui est particulièrement chargé de sa conservation. En conséquence, il devra, au moment de son installation et au moment de son départ, faire en présence de M. le Maire, ou son délégué, le récolement des meubles et ustensiles mis à sa disposition.
Pour l'Exposition universelle de 1867, l’instruction du 10 décembre 1866 préconise la préparation et l'envoi de travaux effectués dans les écoles primaires. Parmi ces travaux, il est prévu de faire réaliser les plans de maisons d'écoles et de salles d'asile par les instituteurs : Vous voudrez bien, Monsieur le Préfet, faire préparer et m'adresser les plans des trois maisons d'écoles de votre département qui vous paraîtront les plus convenables sous tous les rapports (...). On produira, pour chaque maison d'école, le plan du rez-de-chaussée et celui du premier étage, une coupe et une élévation longitudinale (...). Les plans seront établis d'après une échelle d'un centimètre par mètre et sur du papier dont les dimensions ne dépasseront pas 70 centimètres de longueur sur 50 centimètres de largeur.
L’architecture scolaire se diversifie dans l’entre-deux-guerres. Deux grands courants esthétiques marquent les années 1920 et 1930. Le premier s’inspire de la vogue régionaliste, qui traverse l’architecture européenne. Un second courant architectural s’inspire au contraire des recherches picturales (cubisme) et des arts décoratifs.
Après guerre la construction scolaire s’industrialise
L’apogée démographique de l’après-guerre se fait sentir au milieu des années 1960. Le besoin d’école amène le Ministère de l’Education nationale à s’engager dans la voie de l’industrialisation de la construction scolaire. Fondée sur la rationalisation des techniques de construction, cette politique va favoriser les grandes entreprises de travaux publics, qui seules seront capables de livrer rapidement les bâtiments scolaires. Pour gagner sur le temps de construction, on va privilégier les écoles monoblocs et la répétition de trames de 1,75 mètres, qui correspond à une largeur de couloir. Les classes exposées au sud représentent 5 trames sur 4. La qualité architecturale et le souci d’intégration des écoles dans leur environnement passent au second plan. (L’architecture scolaire par Loïc Vadelorge dans la collection histoire d’agglo, Rouen)
A partir des années 1950, le mouvement moderne se dégage dans les nouvelles constructions. Il utilise de nouveaux matériaux, béton et acier, qui permettent la conquête de la hauteur, c’est à dire selon les cinq principes de Le Corbusier : toit en terrasse, pilotis qui libèrent le sol pour la circulation et la végétation, les fenêtres en longueur ou «en bandeau», et les plateaux libres (espace intérieur libre de tout cloisonnement).
Le mouvement moderniste va de pair avec la lutte des hygiénistes, prônant la salubrité.
Si ces modèles d’écoles industrielles ont permis de répondre à la demande scolaire de masse qui caractérise les années 1960, ils n’en confinaient pas moins à la monotonie. Dès la fin des années 1960, des critiques se font jour, fondées sur le déficit de qualité architecturale et environnementale.
Le décret du 6 juin 1972 permet d’adapter la construction industrielle aux nouveaux besoins pédagogiques et sociaux qui se font jour. La montée en puissance de la pédagogie nouvelle après 1968, conduit les enseignants à réclamer des espaces spécifiques et nouveaux comme les salles polyvalentes, les coins bibliothèque, les coins repos.
L'application de la loi du 11 juillet 1975 implique d'adapter les projets de constructions scolaires dans la préoccupation de mieux assurer la liaison entre les deux niveaux d'enseignement, maternelle et élémentaire. Cette nécessité conduit à recommander la construction d'un ensemble de bâtiments susceptibles d'accueillir les enfants des différents âges relevant de la scolarité dans les écoles, étant entendu par ailleurs que toutes les écoles sont désormais mixtes.
Dans cette hypothèse, les locaux à construire incluraient donc dans un même ensemble les classes maternelles et les classes élémentaires correspondant aux groupes d'âge et cycles suivants : 2 et 3 ans, 4 ans, 5 ans, cycle préparatoire (un an), cycle élémentaire (deux ans), cycle moyen (deux ans).
(Circulaire du 7 janvier 1980, relative à l'élaboration et à l'approbation des programmes pédagogiques des constructions scolaires de l'enseignement du premier degré)
A partir des années 1980, l’architecture scolaire va se transformer en profondeur. La baisse des effectifs, la décentralisation et la politique de la qualité architecturale sont les raisons de ce changement. En 1981, l’Etat abandonne la politique de l’industrialisation et revient à la procédure classique du concours d’architecture. C’est l’époque où disparaissent progressivement des procédés utilisés massivement depuis les années 1950. Finis les toits-terrasses, coupables de trop fréquents problèmes d’étanchéité. Finies les structures métalliques, responsables d’incendies meurtriers. On redécouvre alors les vertus des toitures à pente, des matériaux traditionnels (briques, bois). Les architectes abandonnent sans regret l’esthétique de l’angle droit, au profit des angles saillants ou rentrants, puis des formes courbes, qui adoucissent les façades. (L’architecture scolaire par Loïc Vadelorge dans la collection histoire d’agglo, Rouen)
CPA : L'école communale des filles de Saint Pierre-de-Bénouville, Seine-Inférieure.
Carte postale : Groupe scolaire Joliot-Curie, Bagneux (92), 1960
De la construction des maisons d'école primaire, par A. Bouillon, architecte, Librairie Hachette, 1834.
Plan type de 1854
d'une école pour soixante à soixante-dix élèves, pouvant servir aux deux sexes, avec bâtiment pour le logement de l'instituteur et la mairie.
a. cuisine et salle à manger
b. cave et cellier.
c. mairie
d. classe des garçons, classe des filles
e. estrade et bureau du maître
f. tables et bancs
g. banc circulaire
h. poële
i. lieux d'aisances pour les deux classes
k. galerie couverte
Dans le plan, nous avons indiqué la place des lieux d'aisances à droite et à gauche de la classe, dans chacune des cours affectées aux enfants de chaque sexe, de manière que le maître puisse les surveiller de sa place.
Petites constructions françaises, Emile Thézard et fils Editeurs à Dourdan (S-&-O),
Maison d'école, M. Ballereau Père, Architecte à Luçon (Vendée).
Façade principale, coupe longitudinale, plan, élévation de la lucarne, légende-devis, estimation
CPA, L'école des filles de Saint-André-de-l'Eure.
Groupe scolaire laïque de Pernes-les-Fontaines dans le Vaucluse.
Architecte Valentin André Louis, 1893.
Plan symétrique en alignement, où les classes des filles et des garçons sont séparées par un pavillon central pour le logement des instituteurs.
Entrées des filles à gauche, des garçons à droite donnant sur les préaux et amenant aux salles de classe. A l'époque de la construction, la cour était séparée en son axe, séparant également les toilettes.
Instruction 18 janvier 1887
Batiments scolaires, Asile, Ecole de filles, Ecole de garçons, rue Keller à Paris
Architecte Durand - Billion, 1876.
Installation instit
- Santilly (Saône-et-Loire), la future maison d'école, une équipe d'ouvriers au chantier.
- CPA, Ecole de filles de Droué (Loir-et-Cher) en construction, 1907.
- CPA, mairie et groupe scolaire à Cour-et-Buis (Isère).
- CPA, école de garçons à Livry (Seine-et- Oise)
Voici comment voit l'architecte A. Bouillon les latrines, en 1834:
Les latrines doivent être accessibles d'une manière directe à toutes les parties qui composent l'école.
Durant la classe, le maître doit pouvoir les surveiller de sa place. A cet effet, on pratiquera dans le mur qui les sépare de la salle une ou plusieurs ouvertures fermées par un châssis vitré.
On pratiquera un certain nombre de cabinets, séparés par des cloisons en bois, en briques, ou mieux encore en plaques de fonte couvertes d'une couche de peinture à l'huile, posant sur parpaing, et fermées par des portes de 1 mètre de hauteur. Si on établit des sièges, ces portes ne descendront que jusqu'au niveau de la tablette où l'on pose les pieds.
Mais dans les latrines pour les enfans, les sièges entraînent des désagrémens et même des dangers. Il est préférable d'y substituer des ouvertures à fleur du sol ; on obtient ainsi d'ailleurs une plus grande propreté.
Dans chaque cabinet on scellera une dalle d'une plus grande épaisseur que les autres, forée dans son milieu d'un trou d'environ 0m, 22 (8 pouces) de diamètre, et communiquant avec la fosse au moyen d'un conduit pratiqué dans l'épaisseur de la voute.
Dans un coin des latrines où l'on emploiera des sièges, on placera un urinoir en forme d'auge, doublé en plomb, et qui communiquera avec la fosse au moyen d'un conduit.
CPA, Rochefort-sur-mer, les nouvelles écoles.
INSTRUCTION SPECIALE du 18 janvier 1887
Privés et urinoirs. — Fosses.
ART. 36. — Toute école devra être munie de privés à raison de deux cabinets par classe dans les écoles de garçons et de trois cabinets par classe dans les écoles de filles.
Un cabinet sera réservé pour les maîtres.
ART. 37. — Les privés seront placés dans la cour de façon à être facilement surveillés.
Ils seront disposés de telle sorte que les vents régnants ne rejettent pas les gaz dans les bâtiments, ni dans la cour.
Les cases auront 0m, 70 de largeur et 1m, 10 de longueur environ. Les portes ouvriront en dehors et seront munies de tampons en caoutchouc ; elles seront surélevées de 0m20 au-dessus du sol et auront 1m, 10 de hauteur.
Le siège, en pierre, ciment ou fonte, aura 0m, 20 de hauteur ; il sera incliné de toutes parts vers l'orifice.
L'orifice, de forme oblongue, aura environ 0m, 20 sur 0m, 14 ; il sera à 0m, 10 du devant La cuvette sera munie d'un appareil obturateur.
ART. 38. — Les écoles de garçons seront munies d'urinoirs en nombre au moins égal à celui des privés. Les cases auront environ 0m, 35 de profondeur sur 0m,, 80 de hauteur ; elles seront espacées de 0m, 40.
Un service d'eau sera établi pour le nettoyage.
ART. 39. — Les parois et le sol seront en matériaux imperméables ; tous les angles seront arrondis.
Une pente sera ménagée pour l'écoulement des liquides vers le siège, avec l'ouverture d'échappement au-dessus de la fermeture de l'appareil obturateur.
ART. 40. — Les fosses seront fixes ou mobiles.
Les fosses mobiles, quel que soit le système de vidange adopté, seront, préférées toutes les fois qu'il sera possible de les établir ; elles seront pourvues d'un ventilateur.
Les fosses fixes seront de petite dimension, sans jamais avoir toutefois moins de 2 mètres de long, de large et de haut.
Elles seront voûtées, construites en matériaux imperméables et enduites de ciment.
Elles seront étanches et le fond sera disposé en forme de cuvette ; les angles extérieurs seront arrondis sur un rayon de 0m, 25.
Elles seront établies loin des puits.
Elles seront munies d'un tuyau d'évent qui sera élevé au-dessus de la toiture des privés, aussi haut que l'exigera la disposition des constructions voisines.
- CPA, école de garçons à Arthonnay (Yonne)
En 1870, Félix Narjoux, architecte de la ville de Paris, indique, dans le livre Architecture communale, que les cabinets d'aisance seront établis dans le préau découvert.
Il y en aura deux pour cent élèves. Il y aura, en outre un cabinet pour le maître, avec siège ordinaire en bois et abattant.
Ces cabinets seront isolés et regarderont le nord.
Les portes fermeront par un loquet et seront pleines jusqu'à 1 mètre 60 centimètres ; le reste de la porte, 30 centimètres, sera à claire-voie ; le bas à 10 centimètres du sol.
Les impostes au-dessus de ces portes seront garnies de lames de persienne, ainsi que les deux cloisons extrêmes des cabinets à la même hauteur.
La largeur du cabinet, à l'intérieur, sera de 70 centimètres, profondeur de 1 mètre.
Les sièges seront revêtus de bois, hauteur 30 centimètres, profondeur 45 centimètres.
L'ouverture sera ovale, de 25 centimètres sur 20 (12 au fond), et à 14 centimètres du bord antérieur…
Le maître devra pouvoir, de sa place, surveiller les cabinets.
Le Conseil académique du département peut autoriser une commune à se réunir à une ou plusieurs communes voisines pour l’entretien d’une école.
Tout commune a la faculté d’entretenir une ou plusieurs écoles entièrement gratuites, à la condition d’y subvenir sur ses propres ressources.
Art. 37. – Toute commune doit fournir à l’instituteur un local convenable, tant pour son habitation que pour la tenue de l’école, le mobilier de classe et un traitement.
Les espaces de la maison d'école, continue de confondre les fonctions. L'instituteur doit en permanence, partager son espace avec des personnes étrangères au monde de l'école primaire. Il est souvent, lui-même, le représentant de plusieurs fonctions, entre autres celles d'instituteur et de secrétaire de mairie. Au sein de la même construction cohabitent fréquemment la mairie et l'école, voire la justice de paix, dans les chefs-lieux de cantons.
La confusion des fonctions se lit également dans la terminologie. On emploie d'ailleurs les expressions de « maison commune », de « maison d'école », de « mairie-école », la réalité des constructions faisant plutôt pencher pour l'adoption du terme « école-mairie », la classe et le logement de l'instituteur occupant toujours plus d'espace et un nombre de pièces plus important au sein du bâtiment commun. Pendant les deux derniers tiers du XIXe siècle, et particulièrement sous le Second Empire, dans les communes rurales, l'école est effectivement étroitement liée à la mairie. Des raisons financières poussent les autorités à préconiser, dans les communes rurales, la cohabitation de la mairie et de l'école.
Dans la très grande majorité des communes, l'espace physique de l'école rurale, dans lequel évolue le maître, n'est donc ni clos, ni spécifique. L'environnement scolaire est, au quotidien, occupé par des personnes étrangères au monde de l'enseignement primaire.
Parmi les revendications des instituteurs qui reviennent le plus souvent, se référant à des projets architecturaux de la monarchie de Juillet, tels ceux de Bouillon, s'affirme celle d'une séparation nette des fonctions au sein de la maison d'école, matérialisée par des corps de bâtiments distincts, séparant la classe du logement du maître. Pour une majorité de maîtres, l'école doit être nettement séparée de la mairie.
Dans les quelques projets précis, qui ressortent des manuscrits, deux types de plans émergent. Le premier plan consiste en une mairie-école, comprenant un corps central avec étage, renfermant la mairie et le logement de l'instituteur et, de part et d'autre, deux ailes réduites à un rez-de- chaussée, abritant les classes.
Le plan en T est un autre modèle revendiqué.
La loi du 2 août 1881, augmente de 120 millions de francs le fonds de dotation de la Caisse des lycées, collèges et écoles primaires.
Une exposition de projets et modèles est organisée au Trocadéro par un décret du 10 octobre 1881.
Une uniformisation s'établit et le bâtiment n'a pas de spécificité régionale; seuls les matériaux utilisés pour la construction ont un caractère local.
Jules Ferry dit dans un discours prononcé devant l'Association Philotechnique le 2 juillet 1882 : le ministère de l'Instruction Publique est devenu une véritable usine dans laquelle on fabrique des écoles. Il crée en moyenne 3 écoles ou classes par jour. Nous faisons des écoles aussi rapidement que le boulanger fabrique son pain.
L'école type de la 3ème République est constituée de la mairie au centre, en légère avancée de façade surmontée de la devise républicaine, des écoles de garçons et de filles de part et d'autre et du logement du maître à l'étage. La régularité des baies, la sobriété du décor et le graphisme classique des inscriptions sur la façade, renvoient aux principes du rationalisme architectural.
On lui adjoint certaines dépendances : une cour de récréation, un préau couvert, un jardin et des lieux d'aisance.
C'est sous le préau que les élèves prennent leur récréation par mauvais temps et se restaurent à midi lorsqu'ils ne rentrent pas chez eux. C'est également là qu'ils déposent casquettes et manteaux, les accrochant à des chevilles de bois baptisées "champignons" et les paniers repas.
Trente mille maisons d'école sont construites ou rénovées et donnent lieu, du 1er juin 1878 au 20 juin 1885 à 448 millions de dépenses.
Vers 1884-1885, les difficultés financières et la conviction que tout ce qui était urgent est fait ou va être fait, amène le Parlement à refermer un peu la vanne des crédits. C'est la loi du 20 juin 1885. Elle ralentit la construction mais ne l'arrête pas.
De l’emplacement pour la construction d’une maison d’école.
L’emplacement à rechercher pour la construction d’une maison d’école sera situé sinon au centre de la commune, du moins sur le point le plus accessible aux enfants des divers quartiers ou hameaux, et dans le voisinage de l’église, à moins que celle-ci ne soit placée dans une situation tout à fait excentrique.
Il sera éloigné de tout ce qui peut être pour les élèves une occasion d’impressions fâcheuses, des auberges, des cafés, des cabarets, etc. Il le sera encore des exploitations trop bruyantes, des foires, des marchés, des mares et étangs, des amas d’immondices, en un mot de tout ce qui peut nuire à l’état sanitaire, ou troubler le calme et le recueillement nécessaires aux études. Enfin, il sera suffisamment vaste pour que l’air, l’espace et la lumière n’y fassent point défaut.
Construction et installation des écoles primaires par Félix Narjoux
Editeurs Vve A. Morel & Cie, Paris, 1873.
Aérage : Les ventilateurs sont destinés à créer une force expulsive et des courants d'air capables de chasser au dehors les mauvaises odeurs.
Projet d'école primaire de filles pour une commune de 4800 habitants.
Les bâtiments comprennent un premier corps de logis ; élevé sur caves d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage, ce corps de logis est consacré à l'habitation des institutrices, la porte d'entrée sur la façade leur est exclusivement réservée ; elles communiquent avec les classes par deux portes intérieures que n'ont pas à franchir les élèves ; à droite et à gauche s'étendent en ailes les deux bâtiments d'école, comprenant chacun un vestiaire, un préau couvert et une classe.

References: Art. 9

Art. 12

Art. 13

ART. 36

ART. 37

ART. 38

ART. 39

ART. 40

Art. 37