Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/kazakhstan.htm
Timestamp: 2017-04-28 10:16:00+00:00

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Groupes minoritaires : russe (30 %), allemand (3 %), ukrainien (2,9 %),
ouzbek (2,2 %), tatar (2 %), kirghiz (1,9 %), ouïgour (1,7 %), biélorusse (1,1 %),
coréen (0,6 %), doungane (0,1 %), etc. Système politique: république unitaire autoritaire
Articles constitutionnels (langue): art. 7, 19, 41 et 58 de la Constitution du
30 août 1995 Lois linguistiques: la Décision no 51 sur la mise en
oeuvre du Programme d’État pour le développement du kazakh et
des autres langues ethniques jusqu'à
l'an 2000 (21 janvier 1992), la Loi sur la procédure
d'arrangement des discussions économiques par les cours d'arbitrage
(17 février 1992), la Loi
sur l’éducation (18 janvier 1992), la Loi sur les Forces
internes militaires du ministère de l'Intérieur (23 juin 1992), le décret no 2368 sur les douanes
(20 juillet 1995), le Décret
constitutionnel no 2694 sur les tribunaux et le statut des juges (20 décembre 1995), la Loi sur les
du 11 juillet 1997 et
l'instruction no 343 sur la mise en oeuvre de la Loi sur les
langues (4 mai 1998). 1
La république du Kazakhstan (en kazakh: Qazaqstan
Respublikasy ; en russe: Respublika Kazahstan)
est un pays d’Asie centrale bordé au nord par la Russie, à
l’est par la Chine, au sud par le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan,
et à l’ouest par la mer Caspienne (voir
la carte de l'Asie centrale). Le pays pays est presque totalement enclavé et la frontière sur la mer
Caspienne avec la Russie, l'Azerbaïdjan et le Turkménistan fait actuellement
l'objet de controverses et de négociations. La superficie du pays est de 2,7 millions de kilomètres
carrés, ce qui en fait le pays le plus vaste parmi toutes les anciennes républiques
soviétiques de la région (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Turkménistan,
Ouzbékistan, Kirghizistan et Tadjikistan). Le Kazakhstan est cinq fois plus
grand que la France et occupe la neuvième plus grande superficie à l’échelle
mondiale (après la Russie, le Canada, la Chine, les États-Unis, le Brésil, l’Australie, l'Inde, l'Argentine et le Kazakhstan). C'est un pays de steppes (26 % du
territoire), de déserts (44 %) ou de semi-déserts, de forêts (14%) et de lacs
(48 000). N'oublions pas que le
Kazakhstan compte plus de 6000 km de frontières communes avec la Russie au
nord et environ 1500 km avec la Chine au sud. L'amélioration des relations
avec ces deux puissants voisins demeure un facteur déterminant pour l'avenir de
ce grand pays coincé entre deux grandes puissances.
Almaty (l'ancienne
capitale au sud) est la plus grande ville du
pays avec 1,1 million d'habitants. Les autres grandes villes sont Karaganda (613
000 habitants), Chymkent (401 000 habitants), Semeï (292 800 habitants),
Pavlodar (326 500 habitants), Öskemen (311 100 habitants) et Astana
(ex-Aqmola:
281 000 habitants), la capitale actuelle. Au lendemain de l'indépendance, le nouveau gouvernement a changé la capitale Almaty (située en périphérie, tout au sud) pour Astana, plus au centre.
Au plan administratif, le Kazakhstan est divisé en 17
entités: 14
oblasts (ou provinces/régions) et trois villes à statut spécial: Astana,
Almaty et Baïqonyr
(ex- Leninsk en russe, ou Tyuratam en kazakh, Baïkonour en français). Chacun
des oblasts est dirigé par un «akim» (gouverneur
local) nommé par le président de la République.
Les oblasts sont les suivants (voir la carte détaillée): Almaty,
Aqmola (Astana), Aqtobe, Atyrau, Batys Qazaqstan (Oral), Mangghystau (Aqtau;
formellement Shevchenko), Ongtustik Qazaqstan (Shymkent), Pavlodar, Qaraghandy,
Qostanay, Qyzylorda, Shyghys Qazaqstan (Oskemen; formellement Ust'-Kamenogorsk),
Soltustik Qazaqstan (Petropavl), Zhambyl (Taraz; formellement Dzhambul). Pour ce
qui est des villes à statut spécial, rappelons que Astana est la
nouvelle capitale; Almaty, l'ancienne capitale et Baïqonyr/Tyuratam,
la base spatiale ex-soviétique (le Cosmodrome de Baïqonyr situé près de la
ville de Tyuratam) aujourd'hui louée à la Russie (bail de 99 ans).
Le Kazakhstan possède une population multiethnique (près
d'une centaine de nationalités) qui présente
un caractère assez particulier. Les Kazakhs,
un peuple d'origine turco-mongol ne constituent qu'une faible majorité dans leur
propre pays, et ce, depuis seulement les toutes dernières années. 2.1 Les oblasts
Les citoyens du Kazakhstan sont réparties de façon inégale
(oblasts). Le tableau ci-dessous illustre cette situation. L'Almaty,
le Ongtüstik (Sud), le Qaraghandy, le Qostanay, le Shyghys (Est) et le Soltüstik
(Nord) dépassent le million d'habitants, sans compter les deux zones
municipales que forment les villes d'Almaty* et d'Astana*:
(oblysy)
*villes (qalasy)
080 500
(Aktyubinsk)
(Ouest) Qazaqstan
Ongtüstik
(Sud) Qazaqstan
017 900
(Karagande)
083 400
(Est) Qazaqstan
Soltüstik
(Nord) Qazaqstan
082 400
Statistical Agency of Kazakhstan
2.2 Les Kazakhs
En 2001, les Kazakhs, les locuteurs du kazakh, représentaient
53,8 % de la population, mais seulement 36 % avant l'indépendance. En réalité, une grande majorité de Kazakhs urbains maîtrisent mal leur propre langue et ils sont bien souvent des russophones. En raison d'un taux de natalité très supérieur à celui des Russes et au retour
continu des Kazakhs de l’étranger, sans oublier le départ de plus de 1,3
Russes, les Kazakhs ont connu une forte
augmentation démographique depuis 1997 jusqu’à redevenir, en 2001, le premier groupe
ethnique du pays. Les Kazakhs parlent le kazakh, une langue
altaïque du groupe turcique. Ils sont concentrés dans les régions méridionales
du Kazakhstan, celles-ci étant essentiellement rurales et économiquement peu développées; cependant, beaucoup de Kazakhs cohabitent les avec les russophones dans les zones septentrionales. Fait insolite: un Kazakh sur deux seulement parle couramment
sa langue et la plupart des Kazakhs parlent le russe, comme langue seconde ou
comme langue maternelle. Les Kazakhs unilingues sont
rares dans les villes, mais ils sont encore nombreux dans les campagnes. Le kazakh s’écrit avec l’alphabet cyrillique, qui comprend 33
lettres, auxquelles ont été ajoutés neuf caractères spéciaux. Au cours du
dernier siècle, trois alphabets différents ont été utilisés: d'abord l’alphabet
arabe, puis l'alphabet latin (1926) et enfin l'alphabet cyrillique (1939) imposé par le
Kazakhs kazakh famille altaïque
9 000 000 53,8 %
5 010 000 30,0 %
505 000 3,0 %
Ukrainiens ukrainien groupe slave
486 000 2,9 %
373 000 2,2 %
Tatars tatar famille altaïque
343 000 2,0 %
Kirghiz kirghiz famille altaïque
320 000 1,9 %
287 000 1,7 %
191 000 1,1 %
108 000 0,6 %
Plautdietsch groupe germanique
100 000 0,6 %
azéri du Nord
88 700 0,5 %
polonais groupe slave
59 000 0,3 %
48 700 0,2 %
Turcs turc famille altaïque
48 600 0,2 %
Grecs grec
46 000 0,2 %
41 200 0,2 %
33 000 0,2 %
Dounganes (Hui)
doungane (chinois régional)
29 700 0,1 %
29 500 0,1 %
26 000 0,1 %
25 000 0,1 %
21 900 0,1 %
Tchétchènes (2)
21 000 0,1 %
Arméniens (Ermeni)
19 000 0,1 %
Juifs yiddish de l'Est
18 800 0,1 %
15 786 0,0 %
Lesghiens lesghien
13 700 0,0 %
11 000 0,0 %
10 964 0,0 %
Géorgiens géorgien
9 300 0,0 %
4 200 0,0 %
Estoniens estonien
Lettoniens
3 300 0,0 %
Turkmènes turkmène famille altaïque
3 265 0,0 %
Tatars de Crimée turc de Crimée
Avars avar
2 900 0,0 %
Karachaï
Komi komi-zyrien
Darguines (Darguinien)
darguine (dargwa) famille caucasienne
1 800 0,0 %
Koumiks koumik
karakalpak famille altaïque
1 400 0,0 %
Gagaouzes gagaouze famille altaïque
1 000 0,0 %
800 0,0 %
Lacks Lacks famille caucasienne
617 0,0 %
tabassaran famille caucasienne
225 0,0 %
Nogaï nogaï famille altaïque
155 0,0 %
ili turki famille altaïque
120 0,0 %
2.3 Les Russes
Les Russes, un peuple slave,
constituent 30 % de la population. Ils sont concentrés principalement dans le
nord du pays (près de la Russie) et dans les grandes zones urbaines, en particulier à Almaty (ex-Alma-Ata)
où ils représentent la majorité de la population, mais aussi dans des villes
industrielles et culturelles telles que Petropavlovsk, Koustanaï,
Oust'-Kamenogorsk et Koktchetav. Étant donné que le Nord est plus industrialisé, il
est également plus riche que le Sud. Jusqu’à une période récente, les Russes étaient
plus nombreux que les Kazakhs de souche en raison d’un vaste mouvement d’immigration
et de peuplement slave commencé au XIXe siècle. Lors du recensement de
1996, les Kazakhs formaient encore une minorité, alors que les Russes représentaient
46% de la population. Beaucoup de Russes (1,3 million) ont quitté le pays ces dernières années
pour la Russie. La plupart de ceux
qui sont de descendance russe ignorent complètement le kazakh. Malgré
tout, le risque de sécession des territoires du Nord à majorité russe reste
l'obsession actuelle du Kazakhstan.
2.4 Les minorités linguistiques
Les autres minorités sont principalement les Allemands
de la Volga (3 %), les Ukrainiens
(2,9 %), les Ouzbeks (2,2 %), les
Tatars (2 %), les Kirghiz (1,9 %), les Ouïgours (1,7 %)
et les Biélorusses (1,1 %). On compte aussi
des Coréens (famille
coréenne), des Tchétchènes (famille
caucasienne), ainsi qu'une foule de petites communautés ethniques (voir le tableau ci-dessus) parlant des langues indo-européennes, caucasiennes,
altaïques,
ouraliennes, etc. Comme les Russes, les Ukrainiens parlent une langue
slave (ukrainien); les Allemands de la Volga parlent l'allemand standard ou
le Plautdietsch (Plattdeutsch en allemand), une langue
germanique héritée du bas-allemand fortement teintée d'influences néerlandaises
et flamandes. Cependant, parce que la première génération est installée
au pays depuis la Seconde Guerre mondiale, beaucoup d'entre eux ne parlent même
plus un mot d'allemand. À l'instar des Kazakhs, les Ouzbeks, les Ouïgours et les
Tatars parlent des langues turciques de la famille
altaïque. 2.5 Les religions
Au Kazakhstan, les musulmans sunnites représentent 47 % de la population,
contre 44 % pour les orthodoxes russes, 2 % pour les protestants et 7 % pour les
autres confessions religieuses. Toutefois, d'après beaucoup
d'observateurs, les Kazakhs «ne comprennent rien à l'islam» et ils ont
complètement oublié l'arabe; non seulement ils ne connaissent guère
le Coran, mais ne respectent même pas le ramadan. Rappelons que
l'islamisation des Kazakh ne remonte qu'au début du XlXe
siècle et que l'abandon de l'alphabet arabe, remplacé par le latin en
1929, puis par le cyrillique en 1940, a fini par éloigner relativement les
Kazakhs de la religion musulmane. D'ailleurs, la séparation de l'Église
et de l'État est garantie par la Constitution qui fait du Kazakhstan une «république laïque».
Les humains se sont installés en Asie Centrale lors du
paléolithique supérieur (entre 40 000 ans à 9000 ans avant notre ère) sans
former, au cours de ces millénaires, d'ensemble politique homogène. Ils
vivaient en dépendant des aléas du climat et des guerres. L'histoire première des Kazakh a commencé vers les IIIe
et IIe millénaires avant notre ère. C'était l'époque de la grande
expansion sur ce territoire des Aryens dont la langue puisait ses racines dans
indo-européenne, notamment dans le groupe
indo-iranien; leur religion était celle de Zoroastre. Le territoire du
Kazakhstan fut au cœur de la construction et de l’effondrement des empires
des steppes: confédération scythe (VIIIe-IIIe siècle
avant notre ère) et empire des Huns hephthalites (Ier-VIe
siècle de notre ère). Le pays fut d'abord sillonné par les peuples nomades, les
Scythes, les Huns, les Mongols, puis les Turcs; tous y ont laissé, au fil de
leurs pérégrinations, des tombeaux en forme de tertres géants de leurs rois,
avant de devenir l'un des axes de cette fameuse «Route de la soie» qui a
longtemps relié, par l'intérieur du continent eurasien, l'Extrême-Orient au
Proche-Orient et à l'Europe. Au premier millénaire avant notre ère, les
tribus kazakh se différencièrent en fonction de leurs occupations: les
nomades guerriers s'étendirent sur une grande partie du Kazakhstan actuel,
alors que les nomades sédentarisés se concentrèrent dans le Sud. 3.1 La domination turque
Peuplée par des tribus nomades turques à partir du VIIIe siècle, la région fut dominée par les Turcs avant d'être absorbée au XIIIe siècle par l’immense empire mongol de Gengis Khan (connue sous le nom de «Horde
d'Or»), qui détruisit en 1218 Otrar, la ville mythique des Kazakh. Le peuple
kazakh actuel naquit du métissage des Mongols et des Turcs. Le cheval était le
premier parmi les animaux domestiques des Kazakh; c'était une sorte de «médiateur
entre deux mondes» (la vie et la mort). Un proverbe kazakh dit que «le cheval
et la mélodie (de la dombra) sont les deux ailes du Kazakh». L'islam ne fut
introduit que vers le XIIe siècle, mais l'islamisation définitive
n'eut lieu qu'au XIXe siècle. On peut affirmer que le peuple kazakh naquit du métissage des Mongols et des Turcs.
Le mot kazakh serait apparu au XIIIe siècle
dans un dictionnaire turco-arabe. II signifiait «homme libre» (indépendant),
«vagabond» (nomade) ou «exilé» (fuyard). L'origine de ce mot était d'ordre
social et ne référait à aucune appartenance ethnique: le «Kazakh» était un
individu libre qui avait quitté son peuple au profit de la liberté.
Collectivement, les Kazakhs étaient des groupes de nomades refusant de reconnaître
un État en particulier et menant la guerre contre celui-ci. Il ne faut pas
confondre les Kazakhs, un peuple musulman et turcophone, avec les
(du russe kazakh), un peuple de religion orthodoxe et de langue
slave. Les Cosaques
furent des cavaliers issus de l'une des composantes historiques du peuple russe et
apparurent vers le XIVe siècle sur les confins méridionaux et orientaux de la Moscovie, dans un territoire limité par le Don, le Dniepr, le Kouban et
l'Oural. Les deux communautés les plus importantes furent les Cosaques du Don, qui appartenaient au groupe linguistique grand-russien (russe), et celle des Cosaques du Dniepr, ou Zaporogues, rattachés au groupe petit-russien (ukrainien). Les Kazakhs vécurent sur le territoire
du Kazakhstan où apparurent et disparurent de nombreuses peuplades et plusieurs États
dont les armées conquirent de vastes parties de territoires. C'est au Kazakhstan que
passait la grande «Route de la soie» en provenance des Indes et de la Chine,
puis de l'Asie centrale vers l'Europe; il s'agissait d'un vaste réseau de
multiples routes praticables en fonction de la situation politique et des
conditions climatiques. Cette terre fut donc un véritable pont entre l'Asie et
premiers khanats (États) kazakh se formèrent, mais sans constituer d'entité
politique. Les khanats se faisaient sans cesse la guerre tout en pillant systématiquement
les populations locales. Les querelles intestines et le système féodal freinèrent
le développement de l'économie et de la culture tout en affaiblissant la
capacité de défense des États kazakhs. À la fin du XVIe siècle,
ceux-ci se divisèrent en trois «hordes» ou «jouz» (en kazakh, le mot
signifie «centaine»): la Petite Horde (entre le fleuve Oural et le Sarysou),
la Moyenne Horde et la Grande Horde (sur le Tchou et l’Illi). Le
territoire de la Grande Horde correspondait au Sémiretchié (100 000 yourtes),
celui de la Moyenne Horde au Kazakhstan central (400 000 «yourtes») et celui
de la Petite Horde au nord et nord-ouest du Kazakhstan (800 000 yourtes). Chaque
yourte regroupait en moyenne quatre à six personnes. 3.2 La protection russe
Afin de se défendre contre les Chinois, les Mongols et
les Kalmouks de la Volga, les Kazakhs se tournèrent vers les Russes. Les
incursions russes commencèrent au XVIe siècle lorsque les Cosaques,
qui furent le vecteur de la pénétration russe en Sibérie et en Asie centrale,
s’installèrent sur les rives du fleuve Oural. Les Kazakhs subirent dès le début
du XVIIIe siècle la domination de la Russie qui encouragea
l’installation des colons russes et ukrainiens dans la région. La politique kazakh de la Russie s’organisa en deux
phases principales. L’une, de conquête, se déroula de 1730 à 1873; elle
commença par la vassalisation en 1731 de la Petite Horde puis de la Moyenne
Horde. La domination russe sur les Kazakhs s’affirma par la suite avec la
construction de forteresses sur le Syr-Darya. L’ensemble du peuple kazakh ne fut
définitivement intégré à l’empire des tsars qu’en 1873, après la
soumission du khanat de Khiva. À la conquête politique succéda alors une phase de
colonisation économique, surtout après le décret de 1889 qui organisait la libre
installation de paysans russes au Kazakhstan.
L 'islamisation complète du Kazakhstan ne remonte qu'au début du XIXe siècle. Le nomadisme séculaire des Kazakh avait laissé jusque là peu de prise à l'islam.
Ce sont essentiellement des mollahs tatars itinérants qui, de village en
village, propagèrent une certaine forme de soufisme en détournant, assez
superficiellement, les peuplades kazakh du chamanisme qu'ils pratiquaient. C'est
pourquoi les Kazakhs n'ont pas la réputation d'être de fervents musulmans.
Plus d’un million de paysans slaves (russes et
ukrainiens) et des Allemands de la Volga s’implantèrent au nord des steppes
entre 1889 et 1914. Les tensions suscitées par la question agraire et la réquisition
des musulmans pour le service militaire déclenchèrent la grande révolte de
1916. Les Kazakhs attaquèrent et tuèrent plusieurs milliers de colons européens.
Le gouvernement du tsar répliqua par une sévère répression en expulsant près
de 300 000 Kazakh vers l’actuelle province chinoise du Xinjiang.
3.3 La période soviétique En novembre 1917, le chef des Kazakh, Ali Khan Boukeï, demanda l’autonomie
pour son pays et forma un éphémère gouvernement nationaliste. L’Armée rouge
vainquit en 1919-1920 les troupes russes contre-révolutionnaires réfugiées
dans les steppes et occupa le Kazakhstan qui fut proclamé en 1920 République
socialiste soviétique autonome des Kirghizes (RSSA). Celle-ci fut transformée en République
socialiste soviétique autonome kazakhe en 1925 puis, en 1936, en
République socialiste soviétique du Kazakhstan fédérée
de l’URSS, avant de devenir plus simplement la République socialiste soviétique du Kazakhstan. Une politique de sédentarisation forcée des nomades et de
collectivisation des terres eut pour résultat de détruire la culture et le
mode de vie kazakh. Des centaines de milliers d’habitants furent tués ou
s’enfuirent vers la Chine. Le Kazakhstan devint un lieu de relégation des
peuples «punis» par Staline en 1943 et 1944, ce qui allait accentuer son
caractère pluriethnique. Durant la période soviétique, la poursuite de
l’immigration russe et l’industrialisation dans le cadre de l’économie
planifiée de l’URSS ont eu pour effet de rendre la population kazakh
minoritaire sur son territoire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la république
du Kazakhstan, éloignée du front de l’Ouest, accueillit de nombreuses usines
russes. En 1954, le gouvernement soviétique de Khrouchtchev lança le programme
«Terres vierges et inoccupées» afin d’accroître rapidement la superficie
de terres ensemencées en Sibérie occidentale et au Kazakhstan, ce qui eut pour
effet de faire arriver près de deux millions de Russes au Kazakhstan. En six
ans, ceux-ci défrichèrent 25 millions de terres agricoles au Kazakhstan.
L'immigration russe réduisit la proportion de Kazakh à 29 % de la population
de la région en 1962; ce taux avait presque doublé pour atteindre 53 % en 2001. Pivot
géostratégique entre la Russie et l’Asie, le Kazakhstan devint une place
forte militaire et nucléaire (quatrième puissance atomique de l’ex-URSS).
C’est au Kazakhstan que se déroulèrent la majeure partie des essais nucléaires
soviétiques, notamment dans les environs de Semeï.
Sur le plan linguistique, entre 2 % et 5 % des Russes parlaient
le kazakh, bien que la majorité des Kazakh pouvaient parler le russe. Par
ailleurs, selon les évaluations démolinguistiques de l'époque, quelque 40 %
de la population kazakh ne parlait pas couramment le kazakh. Les écoles
reflétaient aussi la domination de la langue russe. On comptait deux fois plus
d'écoles primaires russes que d'écoles kazakh. Avant l'indépendance,
tout l'enseignement supérieur se donnait massivement en russe et le kazakh n'était
la langue de l'instruction que pour seulement 17,6 % des étudiants. La langue
des affaires demeurait le russe et, pour bien des Kazakh, leur langue maternelle
était reléguée au rang de «langue seconde». Comme en Ukraine et en Biélorussie, les soixante-dix ans du
régime soviétique ont fait reculer considérablement la langue kazakh. Encore
aujourd'hui, tout le monde parle russe au Kazakhstan. Dans les villes, les
citoyens parlent plus volontiers le russe, alors que dans plusieurs villages seules
certaines personnes des générations précédentes pratiquent encore le kazakh. Bref, les Kazakhs ont subi l'assimilation et la russification de leur
langue nationale. 3.4 Le Kazakhstan indépendant Le Kazakhstan proclama sa souveraineté en octobre 1990 et le Soviet suprême
fut dissous en août 1991.
Élu président par le Parlement en 1990, puis
confirmé à ce poste au suffrage universel avec 95 % des suffrages (le 1er
décembre 1991), Noursoultan Nazarbaïev — ancien premier secrétaire du
Parti communiste et possédant la septième fortune mondiale — engagea son
pays sur la voie de l’indépendance. Le Kazakhstan fut la dernière république
d’Asie centrale à proclamer son indépendance, soit le 16 décembre 1991. Mais le pays se situa parmi les premiers à signer les accords de la
constitution de la Communauté des États indépendants (CEI) et du commandement
unique des forces stratégiques et conventionnelles. En 1992, le président
Nazarbaïev redonna à la capitale, Alma-Alta, l'ancien nom turc qu'elle portait
avant la conquête russe: Almaty. Le nouvel État du Kazakhstan adopta sa
Constitution en janvier 1993. Le Kazakhstan mit en place une équipe gouvernementale
nationaliste et s’engagea avec pragmatisme dans une transition en douce vers
l’économie de marché et la recherche de la stabilité politique. La liberté
de parole et de réunion fut accordée à tous les citoyens, sauf aux «extrémistes
nationalistes», tant russes que kazakh. Toutes les activités susceptibles de
fomenter des troubles ethniques furent interdites. Des relations étroites
furent maintenues avec la Russie dans les domaines économiques, militaires et
politiques. En mars 1992, les deux pays signèrent un accord octroyant à la
Russie le contrôle du cosmodrome de Baïkonour (d'où sont partis le Spoutnik
en 1957 et la fusée de Youri Gagarine en 1961), situé à proximité de la mer
d’Aral, pour une durée de 99 ans, au prix de 115 millions de dollars US
par an. Depuis l’indépendance, plus aucun essai nucléaire n’a été effectué. Selon les termes du traité de 1992, le Kazakhstan devait détruire toutes ses armes nucléaires ou les transférer sous contrôle russe dans les sept années à venir. Les premières élections parlementaires qui se tinrent en mars 1994, quoique
contestées, accordèrent la majorité au parti du président
Nazarbaïev. La détérioration
de la situation économique provoqua la démission du premier ministre. La crise
politique s’aggrava encore au début de l’année 1995 avec la décision de
la Cour constitutionnelle d’invalider le scrutin de mars 1994 pour «vice de
procédure». Le Parlement fut dissous par le président Nazarbaïev. Lors du référendum
d’avril 1995, ce dernier obtint le prolongement de son mandat présidentiel
jusqu’en 2001. La Constitution du 30 août 1995, adoptée par référendum se caractérise par un renforcement des pouvoirs du chef de l’État et par l’introduction du bicamérisme. Inspirée de la Constitution de la Ve République française, la Constitution kazakh fixe les grandes lignes de la politique linguistique de l'État, ce qui orientera la rédaction de plusieurs lois à caractère linguistique.
En 1998, Nazarbaïev transféra les pouvoirs publics de Almaty,
appelée auparavant Alma-Ata, à Tselinograd, appelée la «Cité des Terres vierges», une ville située
à la fois beaucoup plus au nord et beaucoup plus au centre. Il lui rendit, à
elle aussi, son ancien nom kazakh, Akmola, signifiant «Mausolée blanc».
Au bout d'un an, le président rebaptisa la capitale Astana,
ce qui veut simplement dire «capitale». Le transfert de
l'Administration centrale à Astana semble être un signe de règlement de
compte avec le passé soviétique dans la mesure où Almaty était la capitale
désignée par le Parti communiste soviétique de Moscou.
Le pays connut ensuite un grand malaise social, malgré un bilan positif de la
politique d’austérité menée par le gouvernement depuis 1997. Les salaires
n’ont pas été payés pendant des mois, les manifestations et les grèves se
sont répétées. Ainsi, entre 1992 et 1997, quelque 1,6 million de personnes
ont quitté le pays pour des raisons économiques, entraînant ainsi une baisse
de la population de presque 200 000 personnes juste en 1997. Toujours en 1998, un
accord a été signé entre la Russie, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan sur les
conditions de partage des immenses réserves pétrolières de la mer Caspienne.
Un autre accord avec la Chine a fixé la démarcation de leur frontière
commune. Lors de l’élection présidentielle anticipée du 10 janvier 1999, le
président Noursoultan Nazarbaïev a obtenu plus de 80 % des voix; la validité du scrutin
a cependant été remise en cause par les instances internationales. En décembre
de la même année, réunis à Istanbul au sommet de l’OSCE, le Kazakhstan,
l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie ont signé un accord pour la
construction d’un oléoduc stratégique reliant Bakou (Azerbaïdjan) à Ceyhan
(Turquie). Son ouverture était prévue pour 2004.
Ainsi, l'avenir du Kazakhstan semble être lié au pétrole
et au gaz naturel, puisque le pays compte l'une des plus importantes réserves mondiales de gaz et de pétrole. Le Kazakhstan en regorge, notamment autour de la mer
Caspienne. La technologie soviétique ne permettait pas d'exploiter
adéquatement ces
gisements, mais les technologies américaines et européennes, quant à elles, devraient
assurer une production importante pendant les premières décennies du XXIe
siècle. Des oléoducs et des gazoducs, dont le tracé fait actuellement l'objet
d'âpres négociations, devraient acheminer ces hydrocarbures vers les marchés
occidentaux. Malheureusement, les problèmes concernant les droits de
l’Homme sont nombreux au Kazakhstan; ils sont d’ailleurs décrits dans les
rapports de Human Rights Watch, d’Amnesty International, de l’OSCE ou encore
du Département d’État américain. De plus, le pouvoir politique, l’Administration,
la police et le monde des affaires semblent intimement liés au Kazakhstan. Ces
secteurs sont caractérisés par une corruption généralisée, d'autant plus
que le président Nazerbaïev et son clan règnent en maîtres absolus. Par
ailleurs, la famille du président contrôle de larges parts de l’industrie,
du commerce et même des médias. On ne se surprendra pas que, dans ces
conditions, l'omniprésence de l'État dans la vie sociale et politique du
Kazakhstan soit incontestée et incontestable. Aux yeux de nombreux
observateurs, l'appareil de l'État et son fonctionnement semblent être
pratiquement les mêmes qu'à l'époque du régime soviétique. En 1997, le président Nazerbaïev a publié un ouvrage intitulé Kazakhstan - 2030, qui décrit au peuple l'avenir merveilleux qu'il connaîtra dans une trentaine d'années, à la condition de soutenir les choix du président actuel. Ce texte est devenu l'ouvrage de référence dans tous les milieux officiels. Des affiches ornent les rues des villes, notamment la nouvelle capitale Astana. Un Kazakh sur trois demanderait l'organisation d'un référendum pour que le «leader de la nation» soit réélu sans opposition jusqu'en 2020. Paradoxalement, le dictateur s'y opposerait sous prétexte que ce serait antidémocratique, le monde à l'envers pour cet homme qui muselle l'opposition et monopolise les médias, mais qui craint qu'un mandat de dix ans sans élection nuise à son image sur la scène internationale. 4
La politique linguistique de kazakhisation
La politique linguistique du Kazakhstan est liée à l'histoire du pays,
notamment en matière de démographie et d'économie. Ainsi, le problème de la
distorsion sociologique entre le Nord — en majorité
peuplé de groupes de souche européenne (des Russes et des Ukrainiens), plus industrialisé et plus
riche — et le Sud — majoritairement kazakh, plus rural et économiquement
moins développé — reste fondamental. Dans cette conjoncture où se présente
une telle hétérogénéité (démographique, économique et régionale), l'une des priorités du gouvernement du Kazakhstan a
à assurer la prééminence du groupe ethnique kazakh dans la nouvelle structure
politique issue de l'indépendance. On parle depuis d'une kazakhisation
qui a pris racine peu de temps après l'indépendance et qui vise à
développer la langue kazakh en lieu et place de la langue russe, et à
réduire au maximum la présence des Russes, notamment au sein de l'Administration
publique. C'est pourquoi les premiers effets du processus de kazakhisation engagé
par le gouvernement nationaliste d'Astana se sont manifestés uniquement dans le
car la loi ne réglemente pas l'usage des langues dans les relations personnelles et
les organismes religieux. Priorité est accordée aux kazahophones dans
les fonctions de l’État et également dans les entreprises, le tout
dans un contexte de «retour au pays», avec comme fond idéologique
«les Russes en Russie» et «les Kazakhs au Kazakhstan». Dans
cette perspective, il n’est guère étonnant que le pays ait perdu
près de deux millions d’habitants (sur 16 millions) depuis l’indépendance,
les Russes étant particulièrement visés. Le Kazakhstan a défini sa politique linguistique dans la
Constitution du 30 août 1995, ainsi que dans plusieurs lois à caractère
linguistique, notamment la Décision no 51 sur la mise en oeuvre du Programme
d’État pour le développement du kazakh et des autres langues ethniques jusqu'à l'an 2000 (21 janvier 1992), la Loi sur la procédure
d'arrangement des discussions économiques par les cours d'arbitrage (17 février 1992), la Loi sur l’éducation (18
janvier 1992), la Loi sur les Forces internes militaires du ministère de
l'Intérieur (23 juin 1992), le décret no
2368 sur les douanes (20 juillet 1995), le Décret
constitutionnel no 2694 sur les tribunaux et le statut des juges (20 décembre 1995), la Loi sur les langues du 11 juillet 1997 et l'instruction no 343 sur la mise en
oeuvre de la Loi sur les langues de la république du Kazakhstan (4 mai
1998). On retiendra que c'est la Loi sur les langues de 1997,
qui constitue le fer de lance juridique de la politique linguistique. De plus, le ministère de la Culture, de l'Information et
de l'Entente civique a reçu des «pouvoirs supplémentaires» afin de faire
appliquer la politique linguistique. Les fonctionnaires peuvent inspecter le
travail de n'importe quel organisme de l'État en ce qui a trait à la politique
linguistique, ce qui inclut les réprimandes disciplinaires, les congédiements,
voire les accusations criminelles. Par ailleurs, un Bureau public du procureur
général de la république du Kazakhstan a été créé au sein du
Ministère public (Justice) pour veiller aux vérifications d'ordre juridique dans
de la langue officielle. Après l'adoption de la Loi sur des langues, le
président du Kazakhstan a publié, le 5 octobre 1998, un décret portant sur l'adoption
d'un «Programme d'État pour la mise en oeuvre et le développement des langues»;
le texte intégral de ce document n'a cependant été publié qu'en mars 1999.
Finalement, il est quelque peu surprenant que la loi linguistique du Kazakhstan
ne prévoit aucun financement pour mettre en œuvre la politique linguistique.
Le paragraphe 1 de l'article 7 de la Constitution proclame
que le kazakh est la langue officielle, mais en même temps le russe est
officiellement employée à égalité avec la langue kazakh dans les établissements
d’État et les organismes d’autonomie administrative (ou collectivités
territoriales):
La langue officielle de la république du Kazakhstan est la langue
Dans les établissements d’État et les organismes d’autonomie
administrative, la langue russe est officiellement employée à égalité
avec la langue kazakh.
L'État doit promouvoir les conditions pour l'étude et le développement
des langues des citoyens du Kazakhstan.
Selon l’article 7.2 de la Constitution, le russe est
officiellement utilisé, sur un pied d‘égalité avec le kazakh dans les
institutions de l’État et dans les collectivités territoriales. En
fait, le russe reste la langue de communication inter-ethnique, largement
utilisée dans les villes aux dépens du kazakh. L'article 19 fait état des principes de
non-discrimination quant à l'appartenance ethnique ou religieuse ou l'emploi de
sa langue maternelle: Article 19
1) Chacun a le droit de déterminer et
d' indiquer ou non son appartenance nationale et son affiliation religieuse.
2) Chacun a le droit d’employer sa langue maternelle
et de culture, de choisir librement sa langue de communication, d'éducation,
d'instruction et celle des activités créatrices.
Cela dit, il ne semble pas y avoir de contradiction avec
le fait que l'État accorde maintenant la priorité d'emploi aux kazakhophones,
ce qui élimine graduellement les non-kazakhophones aux postes-clés de
l'Administration et des entreprises. Le paragraphe 2 de l'article 41 fait de la connaissance du kazakh une
condition nécessaire pour être éligible au poste de président de la république
du Kazakhstan:
2) Tout citoyen de la République
est éligible au poste de président de la république du Kazakhstan
s'il est par la naissance âgé d'au moins 35 ans mais pas plus de 65
ans, a une connaissance parfaite de la langue officielle et s’il
a vécu au Kazakhstan depuis au moins quinze ans.
Enfin, l'article 58 (paragraphe 1) déclare que les députés,
tant au Sénat qu'au Majilis (Chambre basse), doivent
avoir une connaissance de la langue officielle:
1) Les Chambres sont dirigées
par leurs présidents élus par le Sénat et le Majilis
parmi les députés ayant une connaissance de la langue officielle,
par bulletin secret, au moyen d’une majorité des voix du nombre
total des députés des Chambres.
Autrement dit, pour siéger comme sénateur ou député,
il faut au préalable connaître la langue kazakh.
4.2 Le kazakh comme langue officielle de l'État
Le domaine de la vie politique et administrative semble la
première cible privilégiée par la législation sur la langue officielle, parce
qu’il constitue un élément essentiel de l'affirmation de l'identité
nationale. - La première loi linguistique
Déjà, selon les termes de la Loi sur les
langues de la République socialiste soviétique du Kazakhstan de 1989, tout le travail de gestion
administrative devait se faire en kazakh et en russe, et la connaissance des
deux langues était une
condition essentielle pour obtenir un emploi dans l'Administration publique et
dans les services de santé. L'objectif était de revaloriser le kazakh au
même rang que le russe et lui donner un prestige qu'il avait perdu. De
plus, la connaissance du kazakh devenait une exigence pour tout poste de
cadre au sein de l'appareil de l'État. La Loi sur des langues
établissait aussi que les diplômés des lycées spéciaux ou des
établissements d'enseignement supérieurs devaient former les
étudiants dans la connaissance du kazakh à un niveau suffisant pour
assumer plus tard leurs responsabilités professionnelles. Quelques
moyens ont été prévus pour transposer la loi dans la réalité, mais
dans les faits la loi est restée sans effet et ne fut à peu près pas
appliquée. Dès 1994, le président Nazarbaïev intervint pour
dénoncer les «fausses espérances» de la Loi sur les langues et qu'une
nouvelle loi s'imposait. Il donna l'assurance à ses concitoyens que l'adoption
d'une nouvelle politique entraînerait l'élimination de la discrimination
basée sur la langue et la pleine égalité des deux langues, le kazakh et le
russe, dans les questions d'emploi du domaine public. Deux seuls critères devaient compter
dorénavant: «la compétence et la fidélité à la patrie». La première loi
linguistique de 1989 avait été adoptée avant l'indépendance effective dans une
atmosphère de frénésie et d'improvisation. D'ailleurs, le président du Kazakhstan, N.
Nazarbaïev, a
déclaré lui-même que la Loi sur les langues était «irréfléchie et
hâtive».
Depuis lors, dans l’attribution des emplois
dans les services publics ou l’Administration, de même que dans l’allocation
de crédits dans les secteurs de l’éducation et l’attribution de
logements, les Kazakhs bénéficient d’un «traitement préférentiel»
qui fait en sorte que les autres nationalités sont nécessairement désavantagées. Ces
mesures semblent conformes à la politique de kazakhisation dont l'une
des conditions de recrutement dans toute l'Administration publique
consiste à parler la langue kazakh. - La loi de 1997
Le 11 juillet 1997, la Chambre basse du parlement du Kazakhstan
a adopté la nouvelle Loi sur les langues. Le
kazakh y est à nouveau déclaré langue officielle et, fait à retenir, tout
citoyen kazakh a le
devoir de le connaître: «Tout citoyen de la république du Kazakhstan devra maîtriser
la langue officielle en tant que facteur principal de l’unité des
citoyens du Kazakhstan.» Rappelons que la législation kazakh ne
réglemente pas l'usage des langues dans la vie privée et les organismes
religieux. Les autorités ont pris des dispositions afin de favoriser l’immigration
de Kazakh vivant à l'extérieur du territoire de la République. Cette mesure
s'inscrit dans une idéologie dite «de rapatriement» des minorités dans «leur»
pays, c'est-à-dire, en l'occurrence, correspond à quelque 180 000 immigrés
venant de Turquie, de Chine, de Mongolie, d’Iran et d’Afghanistan. Comme 90
% d’entre eux n’ont pas reçu la nationalité kazakh, ils doivent vivre
l'inconvénient de ne pouvoir acheter de biens immobiliers au Kazakhstan ou d’y
ouvrir un commerce. Comme ces immigrants ne connaissent généralement pas
la langue russe, leur intégration demeure un peu plus difficile. Néanmoins,
les Kazakhs en provenance des autres pays reçoivent automatiquement
le statut des réfugiés.
- Le statut du kazakh et du russe
L'article 4 de la Loi sur les langues dans la
république du Kazakhstan est important parce qu'il donne en
quelque sorte un résumé de toute la politique linguistique:
Langue officielle de la république du Kazakhstan
1) La langue officielle (d'État) de
la république du Kazakhstan est la langue kazakh. 2) La langue officielle
est la langue de la gestion de l’État, de la législation, de la
justice et du travail de bureau, et doit fonctionner dans tous les domaines des relations sociales sur la totalité du territoire de
3) Tout citoyen de la république du Kazakhstan doit maîtriser
citoyens du Kazakhstan. 4)
Le gouvernement, les autres organismes de l’État,
les organismes représentatifs et exécutifs locaux, sont dans l’obligation:
- de développer au maximum la
langue officielle de la république du Kazakhstan, en consolidant ainsi son
pouvoir international;
- de créer toutes les conditions
organisationnelles nécessaires, matérielles et techniques, pour
l'étude non restreinte et libre de la langue officielle par tous les
citoyens de la république du Kazakhstan;
- de prêter assistance à la
diaspora kazakh dans le maintien et le développement de la langue
maternelle. De façon symbolique, le kazakh est défini comme LA langue officielle, mais le russe peut être employée à égalité avec le kazakh. Dans la pratique, le russe est aussi officiel que le kazakh, mais symboliquement seul le kazakh a le statut de «langue officielle». Le paragraphe 3 de cet article de la Loi sur les langues fait penser à des
dispositions similaires qu'on trouve à l'article 3 de la Constitution espagnole:
Article 3 (Constitution espagnole)
castillan est la langue espagnole officielle de l'État. Tous les
Espagnols ont le devoir de le connaître et le droit de l'utiliser.
autres langues espagnoles seront également officielles dans les différentes
Communautés autonomes en accord avec leurs Statuts. On trouve ce genre de mesure à l'égard du russe, qui
jouit d'un statut de co-officialité dans les administrations gouvernementales.
Voici ce que déclare l'article 5 de la Loi sur les langues à
propos du russe:
Utilisation de la langue russe Dans
les administrations gouvernementales et dans les collectivités
territoriales, le russe est utilisé comme langue officielle à côté du
L'article 8 de la
langues est de la même eau:
Les langues de travail et les
langues de bureau dans les organismes de l’État et ceux des
collectivités territoriales de la république du Kazakhstan sont la langue
kazakh et la langue russe comme étant officiellement employée à côté de la
langue kazakh. [...]
L'article 9 de la Loi sur les
langues précise que les lois et actes des organismes de l'État doivent être rédigés et adoptés dans la langue officielle, mais si cela s’avère nécessaire, ils peuvent être en langue russe, tout en fournissant autant que possible la traduction de ces documents en d'autres langues:
Langue des actes des organismes d'État
Les actes des organismes de l’État
sont rédigés et adoptés dans la langue officielle et, si cela s’avère
nécessaire, ils peuvent être en langue russe et en fournissant autant
que possible la traduction de ceux-ci en d'autres langues.
On peut supposer que, comme en Ouzbékistan, la plupart
des lois et règlements des deux Chambres (Sénat et Majlis, la Chambre
basse) sont encore rédigés en russe, mais ces documents
n’ont maintenant aucune valeur juridique. Ils ne sont considérés que comme des
«traductions». C'est la version kazakh des textes législatifs qui prévaut et
constitue la seule référence légale. À l'article 10 de la Loi sur les
langues, il est précisé que la
gestion des documents statistiques, financiers et techniques en usage dans les
organismes de l’État, sera effectuée dans la langue officielle et la langue
russe, ce qui accorde au russe un statut de «seconde langue officielle». La loi prévoit
aussi dresser une liste des professions, spécialisations
et fonctions qui exigeront la connaissance de la langue officielle en fonction
de certains barèmes (ou critères). On peut supposer que l'ignorance de la langue officielle
interdit l'accès aux professions; conséquemment, comme plusieurs le pensent,
cela lèse les droits des citoyens. Quant aux Forces armées, l'article 12 de la Loi sur
les langues prévoit que le
fonctionnement de la langue officielle et de la langue russe y sera assuré, de
même dans toutes les unités militaires soumises à l'État. Mais la Loi sur
les Forces internes militaires du ministère de l'Intérieur (du 23 juin
1992) précise ce qui suit: Les
directives et la documentation destinées aux militaires, comme la
correspondance officielle, doivent être transmises dans la langue
officielle, aussi bien que dans la langue des communications
Le décret no 2368 sur les douanes du 20
juillet 1995 ordonne que «le kazakh ou le russe peut être employé dans la documentation
de la douane».
De façon générale, la «terminologie administrative soviétique» a été remplacée par
des mots issus de la tradition arabo-persane, voire turque: par exemple, la
Chambre basse du Parlement est appelée désormais Majilis, les
gouverneurs des oblasts, des akim (gouverneur
provincial), le Soviet suprême, le Kenges, etc. Par un décret du 6 avril 1996, le
président N. Nazarbaïev, a autorisé et
encouragé les Kazakhs à supprimer le suffixe russe de leur nom de famille et
à rétablir l'équivalent patronymique kazakh. Depuis 2000, le pouvoir politique a fini par imposer de manière plus insistante le kazakh dans l'Administration, même si la mauvaise maîtrise du kazakh a ralenti le processus dans certaines régions qui fonctionnent provisoirement en russe. L'entrée ans la fonction publique est dorénavant soumise à un examen du kazakh, très difficile à réussir pour les russophones. Par contre, un non-russophone peut quand même avoir accès à la fonction publique, même s'il ignore le kazakh, à la condition de l'apprendre dans le cadre de son travail.
- Les services aux citoyens
L'article 11 de la Loi sur les
langues énonce que les réponses des organisations gouvernementales et non gouvernementales aux demandes des citoyens, ainsi que d'autres documents, seront publiées dans la langue officielle ou dans la langue de la
Les réponses des organisations
gouvernementales et non gouvernementales aux demandes des citoyens, ainsi
que d'autres documents, sont publiées dans la langue officielle ou
dans la langue de la demande.
Par exemple, les certificats d'enregistrement et des
licences publiées par des administrations publiques au Kazakhstan sont publiés
en kazakh et en russe sur le côté verso. Si une demande d'information est
faite en russe, une réponse en langue russe paraît acceptable, mais si un
organisme reçoit une demande en langue kazakh il est obligatoire de répondre en kazakh.
Depuis quelques années, le recrutement des fonctionnaires s'effectue en tenant
compte de la connaissance obligatoire de la langue kazakh. Une législation
linguistique adoptée en novembre 1996 prévoyait l'usage obligatoire du kazakh dans les établissements publics
à partir de 2001 pour les Kazakhs, et à partir de 2006 pour les autres
nationalités (incluant les Russes). C'est donc dire que l'ignorance de la langue
officielle de la part des fonctionnaires pourrait constituer une violation massive
des droits des citoyens appartenant à la nationalité kazakh. Il semble que l'éviction, en octobre 1994, du premier ministre Sergueï
Térechtchenko, un
Ukrainien, ait étendu le phénomène de la kazakhisation aux intérêts privés, avec la
faillite du puissant groupe Krams, dont aucun responsable n'était... kazakh. Par ailleurs, l'instruction no 343 du 4 mai 1998 portant sur la mise en oeuvre de la
Loi sur les langues précise ce qui suit : 1)
Tous les actes du Ministère doivent être transmis dans la langue
officielle (avec la traduction en russe). 2) La documentation doit être rédigée
dans les langues kazakh et russe. 3) Les réponses aux demandes des citoyens et des
organisations doivent être faites en kazakh ou dans la langue de la
communication inter-ethnique. 4) Les cachets et les timbres doivent porter des
titres seulement en kazakh. 5) L’apprentissage de la langue officielle doit être
libre de la part des employés du Ministère et du pouvoir judiciaire. 6) Les
messages postaux télégraphiques dans les frontières de la République peuvent
être en kazakh et en russe.
Lors d'une déclaration publique, le président
Noursoultan Nazarbaïev a fait cette mise au point, qui résume d'une autre
politique linguistique du gouvernement: En
ce qui concerne le statut de la langue, nous avons déclaré le
kazakh langue officielle pour sauver cette langue. Le russe a un
statut de langue internationale de communication. Personne n'est
sanctionné pour la méconnaissance d'une de ces langues. Tout le
reste n'est que de la manipulation de certains politiciens russes
comme Jirinovski, qui veulent agiter les Russes de la diaspora au
Kazakhstan, en Ukraine ou dans les pays baltes.
Mentionnons que Vladimir Jirinovski (cité par Nazarbaïev) est un politicien
ultranationaliste russe (militariste et pro-serbe), le chef du Parti
libéral-démocrate et un ancien vice-président de la Douma russe (Chambre
basse du Parlement) sous Boris Eltsine. Jirinovski est réputé pour ses propos
extravagants et souvent xénophobes. Il s'est rendu particulièrement célèbre
en juin 2001 lorsqu'il s'est lancé à la Douma dans une diatribe tonitruante
contre les femmes pour demander qu'elles soient bannies des postes de juge, d'économiste,
de médecin et même cuisinière! Il s'était fait répondre par Mme Tatiana
Koryagina, une économiste renommée, par ces mots: «Peut-être
serait-il effectivement préférable pour nos femmes de rester dans leur
cuisine, si nos concitoyens n'étaient pas obligés de voir tant d'hommes idiots
se produire sur leur écran de télévision et si la brillante présentation de
Vladimir Jirinowski n'avait pas été aussi incohérente que d'habitude.»
En novembre de l'année précédente, le député Jirinovski avait fait rire
de lui en soumettant à la Douma une proposition visant à légaliser la
polygamie, qui aurait autorisé les hommes à avoir jusqu'à quatre épouses.
Selon lui: «Il s'agit de légaliser les relations déjà existantes». Dans son
esprit, une telle loi aurait permis de résoudre les problèmes démographiques
et sociaux du pays, puisque «20 millions de femmes russe ne peuvent pas se
marier actuellement». Jirinovski est considéré comme un opposant politique au
président kazakh. Il n'en demeure pas moins que
la politique kazakh a eu pour effet de réduire les services offerts en
russe. - La toponymie
En ce qui a trait aux toponymes, l'article 19 de la Loi sur les langues prévoit que les dénominations kazakh
doivent être reproduites en d'autres langues, et ce, en conformité avec les règles de
translittération de ces langues: Article 19Les noms traditionnel kazakh et historiquement formés des localités
habitées, des rues, des places, aussi bien que d'autres lieux géographiques,
doivent être reproduites en d'autres langues en conformité avec les règles de
translittération. Les noms des organisation étatiques et des subdivisions
administratives seront rédigés dans la langue officielle et la langue russe.
Depuis l'indépendance, des noms ou dénominations telles
que Marx, Engels, Lénine, Gorki, Komsomol, Révolution
d'Octobre, Amitié entre
les peuples, etc., sont disparus pour faire place aux noms locaux, par
profit de Rachidov, un ancien premier secrétaire communiste (corrompu).
Les russophones ne voient pas d'un bon oeil ce retournement de situation qui les
défavorise au plan de la visibilité linguistique
Cependant, en général, les
personnages historiques choisis pour représenter le Kazakhstan — soit ceux qui
donnent leur nom aux rues, qui sont imprimés sur les billets de banque et qui
font l'objet de célébrations nationales — sont plutôt des figures littéraires ou,
de toute façon, de l'histoire culturelle avec, entre autres des musiciens, des ethnographes ou
des écrivains. Parmi ceux-ci, il faut mentionner le cas abondamment exploité du poète et philosophe Abaï (1845-1904), qui
symbolise à la fois le patrimoine littéraire kazakh moderne et le prestige de
la tradition nomade. En revanche, à Achkabad, l'avenue Karl-Marx continue de longer les
édifices ministériels; pour ses 60 ans, le 6 juillet, le président du Kazakhstan s'est offert un
mont Nazarbaïev. De façon générale, les réformes toponymiques ont rendu aux localités leur nom kazakh
d'origine ainsi que favoriser le passage de la transcription russe à la transcription
L'administration de la justice n'est pas en reste, car les
tribunaux doivent utiliser la langue officielle, mais l'emploi du russe et
d'autres langue sont possibles, selon les besoins. Ainsi,
l'article 13 de la Loi sur les langues dans la
république du Kazakhstan stipule:
La procédure judiciaire dans la république du Kazakhstan sera conduite dans
la langue officielle, l'emploi du russe et d'autres langues étant,
en cas de besoin, également applicable
Quant à l'article 14 de la
langues, qui porte sur la langue des mesures dans les infractions administratives de la
loi, il décrit: «La procédure dans les infractions administratives à la loi seront conduites
dans la langue officielle et, si cela s’avère nécessaire, également en
d'autres.» Enfin, le Décret constitutionnel no 2694 sur les tribunaux et le statut des juges
du 20 décembre 1995 déclare ce qui suit: Le kazakh et le russe sont tous les deux officiels dans les tribunaux de
la République; la langue de la majorité résidant dans la localité donnée
peut également être employée.
Rappelons l'article 159 de la Constitution du 20 avril
1978, alors que le Kazakhstan s'appelait la République
socialiste soviétique du Kazakhstan:
Article 1591)
dans la RSS du Kazakhstan est conduite dans les langues kazakh ou russe
ou dans la langue de la majorité de la population de la localité
donnée. 2) Les personnes
participant au procès et ne possédant pas la langue dans laquelle se
fait la procédure judiciaire ont le droit de prendre pleinement
connaissance du dossier, de prendre part aux actions judiciaires par
l'intermédiaire d'un interprète et de s'exprimer durant l'audience
Les dispositions de la Constitution de 1995 et celles de
1978 se ressemblent en plus d'un point, mais la dernière version apparaît
moins précise. Dans les faits, la plupart des procès continuent, par
habitude, de se dérouler en russe, car presque tout le monde parle le russe.
Progressivement, le kazakh fait son nid de la part des employés du Ministère,
mais les citoyens continuent généralement de recourir au russe. Il est à
prévoir que, dans le futur, l'usage du kazakh est appelé à augmenter
sensiblement. 4.4 Les langues de l'éducation
La législation concernant l'éducation est précisée
dans la Constitution, la Loi sur les langues et la Loi sur
l'éducation. L’article 30 de la Constitution de la République énonce:
1) L’éducation secondaire gratuite dans les établissements
nationaux d’enseignement est garantie aux citoyens. L’éducation secondaire
2) Le citoyen a le droit de recevoir,
concours, l’éducation supérieure gratuite dans un établissement national
d’enseignement supérieur. La réception de l’éducation payante dans les établissements
d’enseignement privés s’effectue sur ces bases et dans l’ordre établi
3) L’État établit les standards
généraux d’éducation.
Les activités de tout établissement d’enseignement doivent correspondre à ces
Le système de l’éducation de la République du
Kazakhstan comprends les ordres suivants: l’enseignement préscolaire,
l'enseignement primaire, l’éducation secondaire générale, l’enseignement
et l’éducation extrascolaire, l’éducation familiale, l’enseignement
professionnel et technique, l’enseignement supérieur, l’enseignement après
la terminaison des études supérieures, la perfection de qualification et la
formation des cadres et l’enseignement «supplémentaire».
L'article 16 de la Loi sur les langues précise ce
qui suit au sujet des établissements d'enseignement: Article 16
fonctionnement des établissements scolaires à l’intention des enfant
préscolaires est assuré dans la langue officielle en république du Kazakhstan
et, dans les zones d'habitation réservées aux groupes
nationaux, dans leur langue maternelle. 2) La langue
d'enseignement dans les jardins d'enfant et les organismes similaires est
reconnue par les organismes locaux exécutifs en ce qui a trait à la
composition ethnique du contingent scolaire.
supérieur secondaire et secondaire spécial est assuré en république du
Kazakhstan dans la langue officielle, en russe et, si cela est nécessaire et
possible, en d'autres langues. 4) La langue
officielle et la langue russe seront des matières obligatoires, et les
établissements scolaires publics et privés doivent enseigner ces matières
dans les programmes éducatifs.
Par ailleurs, selon Loi sur l’éducation du 18 janvier 1992
1) Les établissements
d'enseignement doivent participer à l'étude active,
à l'utilisation et au développement du kazakh comme une langue officielle
partout sur le territoire de la République, aussi bien que dispenser librement l'apprentissage
du russe. 2) Les minorités nombreuses et concentrées
sur une base ethnique doivent bénéficier des conditions pour créer ou recevoir le soutien
de l’État pour des établissements éducatifs et recevoir leur instruction
3) Pour les groupes ethniques peu nombreux et dispersés, des activités
parascolaires et des écoles du dimanche peuvent être créées.
Il demeure quand même curieux que la Loi sur les
langues ne mentionne jamais que deux langues: le kazakh et le russe. Dans
aucun article, on fait mention d'une seule des nombreuses langues minoritaires. Le texte parle
des «autres langues» ou de «langue maternelle», mais n'en nomme aucune. Il
s'agit là d'une omission qui en dit long sur le faible intérêt que portent les dirigeants
kazakh aux langues minoritaires des nationalités. - Les établissements d'enseignement
D'après des sources gouvernementales, on compterait au
Kazakhstan plus de 1900 établissements d’enseignement
préscolaire (crèches et écoles maternelles) fréquentés par 184 000 enfants.
Le système de l’enseignement primaire/secondaire comprend 8027 écoles (pour
trois millions d'élèves), 131 gymnases, 85 lycées, 62 écoles de soir, 31
écoles d’études du jour et par correspondance, 21 centres d’enseignement
secondaire pour les adultes, 40 maisons d’enfant du type général (pour 5066
élèves), 43 maisons d’enfant du type familial (pour 266 élèves), 48
écoles-internats du type général (pour 15 647 élèves), 22 écoles-internats
pour les orphelins (pour 3881 élèves), 249 internats auprès des écoles (pour
8250 élèves), 32 écoles-internats pour les handicapés (pour 4853 élèves).
population étant très dispersée, le Kazakhstan offre
plusieurs programmes d’enseignement à distance pour
permettre aux étudiants des régions éloignées de
Compte tenu des besoins des communautés
ethniques, l’enseignement
primaire/secondaire est effectué en sept langues dans 3291 écoles en kazakh,
2406 en russe, 2138 en kazakh et russe, 77 en ouzbek, 13 en ouïgour, 6 en
tadjik, en ukrainien et en allemand. Dans les zones d’habitation concentrée
des ethnies peu nombreuses, l'enseignement de la langue maternelle est dispensé
dans la langue maternelle, surtout dans les «écoles du dimanche». Dans la
plupart des écoles minoritaires, l'enseignement se déroule dans la
langue maternelle, mais des cours de kazakh, de russe,
d'arabe et d'anglais peuvent aussi être dispensés.
Dans le système de l’enseignement supérieur, on
compte quelque 126 établissements, dont 53 établissements publics et 73
établissements privés. Le Kazakhstan accueille aussi les étudiants étrangers. Dans 47
établissements d’enseignement supérieur, quelque 3598 étudiants en
provenance de 43 pays du monde, y compris ceux des États de la CEI et des
pays baltes, font leurs études.
- La prédominance du russe
Cela dit, les écoles reflètent la domination effective de la langue russe.
Il faut savoir que les parents peuvent choisir le kazakh ou le russe comme langue
d’enseignement pour leurs enfants. Le gouvernement ouvre de plus en plus d’écoles
en kazakh au fur et à mesure que cette langue se substitue au russe. De plus, certaines
familles envoient aussi leurs enfants dans des écoles islamiques appelées madressah où l'on enseigne aussi l'arabe coranique. Malgré des efforts visant à augmenter le nombre d'écoles où le kazakh est la langue
première de l'éducation, le russe continue d'assurer sa prééminence, et
ce, même après le milieu des années quatre-vingt-dix. Par
exemple, toute proportion gardée, on compte deux fois plus d'écoles en russe
qu'en kazakh. L'enseignement se donnerait dans la langue officielle dans à peine 23
des établissements préscolaires et dans 40 % des écoles d'enseignement général
dont le nombre diminue constamment, car les parents transfèrent leurs
enfants des écoles kazakh vers les écoles russes où le niveau de
l'enseignement est traditionnellement plus élevé. Un projet de développement de l'enseignement secondaire
élaboré en 1997, de même que le programme-cadre des établissements
d'enseignement général prévoyaient une diminution du temps consacré à
l'enseignement du russe dans les écoles primaires. Dans les écoles
secondaires, le russe est maintenant considéré comme une «langue étrangère»,
car les élèves ont le choix entre le russe et une autre langue étrangère
(souvent l'anglais, l'allemand, l'arabe ou le français). Au Kazakhstan, il
semble exister un courant
d'opinion voulant que, compte tenu des déficiences terminologiques dans les
domaines de la science et de la technique, le passage au kazakh comme langue
d'enseignement diminuerait la qualité de l'enseignement, notamment dans l’enseignement supérieur.
Bien que les établissements
d'enseignement supérieur montrent maintenant un augmentation du choix en faveur
de l'enseignement en kazakh, le russe est employé comme une
langue d'instruction pour la majorité des étudiants. Toutefois, la part des étudiants
russes dans les établissements d`enseignement supérieur continue de diminuer,
tandis que celle des Kazakh a tendance à s'accroître. - Les enseignants
Depuis la politique de kazakhisation, les enseignants qui s'expriment en kazakh sont payés de 15
% à 20 % de plus que ceux
qui utilisent le russe. Par ailleurs, les
enseignants doivent faire face à de nouveaux défis, car la plupart d’entre
eux ont étudié en russe, alors que les écoles ont besoin de professeurs
pouvant enseigner le kazakh. Quant aux manuels de classe datant de l’époque
russe, ils sont devenus aujourd'hui désuets. Ces manuels diffusaient l'idéologie
soviétique! Le gouvernement a décidé de réécrire l'histoire du pays. Il
s'agit en effet pour le Kazakhstan de «mettre en valeur sa spécificité
historique», de «rétablir une mémoire collective tronquée» et de «créer une
image du passé national susceptible d'inspirer aux Kazakh confiance dans
l'avenir». Ça, c'est la propagande officielle. Mais d'autres diront que la
réécriture de l'histoire revêt l'«allure d'un procès sans appel de la
Russie et de l'URSS», un procès dont la kazakhisation s'incarne dans la «réhabilitation
des personnages kazakh» et des «événements occultés par l'historiographie
soviétique». En somme, les historiens kazakh doivent s'efforcer de
reconstruire une histoire qui légitime l'État indépendant du Kazakhstan
actuel. Pour le moment, comme
l’impression de nouveaux manuels coûte cher, les nouveaux manuels
«revisités» écrits en kazakh
En principe, la presse est libre au Kazakhstan, même si les médias sont sous
la surveillance étroite du pouvoir. La situation semble
sensiblement dégradée au cours des dernières années. Soulignons que la
propre fille du président Nazerbaïev est à la tête d’un important groupe de presse,
lequel a racheté un grand nombre de périodiques et journaux. D’une manière générale, l’ensemble
des médias est soumis à des pressions continuelles, au moyen d’amendes ou
de tracasseries administratives, voire en empêchant l’impression et la
diffusion de tout matériel suspect aux yeux des autorités. En vertu de l'article 18 de la Loi sur les
langues, le comité
audiovisuel national Gosteleradio a imposé à la télévision un quota horaire de transmission en
langue kazakh afin de limiter la part des transmissions en
russe et de faire en sorte que celles-ci n'excèdent pas en temps les diffusions
en kazakh. C'est pourquoi 50 % des émissions de toute la
radiodiffusion doivent être en kazakh: Article
1) Le fonctionnement de
la langue officielle et des autres langues sera assuré en ce qui a
trait aux imprimés et aux médias dans la république du Kazakhstan.
2) Afin de favoriser le
médium nécessaire et le fonctionnement de la langue officielle à
son maximum, le volume des émissions de télévision et des canaux de
radio en kazakh, sans tenir compte de leurs formes de propriété, ne
doit pas être moidre en durée que le volume total des émissions en
Dans la presse écrite, en août 1999, on comptait au
Kazakhstan 689 journaux, 161 magasines, 157 médias électroniques et 9
agences d'information. La moitié de tous les journaux et magazines sont aujourd'hui en
russe; sur 1000 publications, quelque 350 se font en deux langues
(kazakh-russe) et une centaine en d'autres langues.
La production nationale est très «encouragée» au moyen d'incitations fiscales et
de ristournes sur
la production locale. L'autorisation d’utiliser des programmes étrangers,
notamment russes, a été limitée à 50 % du temps d’émission depuis le 1er
janvier 2002, et elle doit passer à 20 % à partir du 1er janvier 2003. Comme on peut s'y attendre, les journaux publiés en
russe sont lus non seulement par la communauté russe, mais aussi massivement
par les Kazakhs. Parmi les journaux en langue russe, citons le Caravan (240 000 lecteurs),
la Kazakhstanskaya Pravda (55
000), le Caravan-Blitz (45 000), l'Argumenty i Fakty - Kazakhstan,
le Panorama (12 000), la Delovaya Nedelya (8000) et le Novoye Pokolenie (7000). La
Kazakhstanskaya Pravda et le Novoye Pokolenie expriment
plus ou moins officiellement le point de
vue de la présidence et du gouvernement. Quant aux journaux en kazakh,
mentionnons, entre autres, le Yeghemen Kazakhstan (62 000), l’édition
de la Société républicaine pour l’avancement de la langue kazakh Ana Tili
(«Langue maternelle») (42 000), les journaux pour les jeunes Zhas Alash (22 000)
et Ulan (16 000). Le gouvernement encourage la diversité des expressions
culturelles et linguistiques: de nombreux journaux et publications paraissent,
outre en kazakh et en russe, en ukrainien, en coréen, en allemand (les médias dans
ces langues ont été privatisés, mais continuent de recevoir des subventions
publiques), en ouïgour (également subventionné), en doungane, en turc, en anglais,
en arabe et en polonais. Les journaux en kazakh expriment habituellement le
point de vue du gouvernement. Le gouvernement a subventionné quelque 472
périodiques en kazakh, mais seulement 60 périodiques bilingues russe/kazakh,
tout en s'assurant un certain contrôle sur les contenus véhiculés. Du côté des médias électroniques, on compte à
Almaty huit chaînes de télévision; certaines d'entre elles sont russes et diffusées
à partir de Moscou. Les chaînes locales sont aussi en langue russe, car le
russe demeure encore le plus grand moyen de communication dans le pays. Sur 200 studios de télévision et
sociétés de radio-télévision, quelle que soit leur forme de propriété,
seulement trois émettent en kazakh. Ces dernières années, certains programmes de télévision
sont diffusés en kazakh. Beaucoup d'émissions sont diffusées en anglais,
surtout des films américains de mauvaise qualité. Certains films européens et surtout français sont
également diffusés. Les émissions de 44 studios de télévision utilisent 12
langues différentes et celles de 18 stations de radio, 6 langues. La télévision d’État diffuse
et des émissions en kazakh et en russe. 4.6 La vie économique
La Loi sur les langues établit des règles particulières pour l'emplacement
de divers textes où la langue kazakh est employée. La version en kazakh doit
toujours apparaître dans la partie supérieure ou à gauche, alors
que la version en langue russe doit apparaître en-dessous ou à droite; les
textes bilingues doivent être de taille égale. D'autres versions
étrangères peuvent être employées, mais elles doivent être en-dessous ou à
droite (à la place du russe). Notons que ces règles s'appliquent à la conception de
la publicité, à l'«information visuelle» et aux cachets des entreprises. À ce
sujet, citons les huit paragraphes de ce long article 21 de la
1) Le texte des cachets et des timbres des organismes de l’État
doivent contenir des dénominations dans la langue officielle. 2) Le texte des
cachets et des timbres des entreprises, indépendamment de leurs formes de
propriété, seront rédigés dans la langue officielle et la langue
russe. 3) Les documents, les enseignes, la publicité, les avis, les tarifs et
autres informations visuelles seront rédigées dans la langue officielle et
la langue russe et, si cela s’avère nécessaire, également en d'autres
langues. 4) Les étiquettes avec des renseignements particuliers, les
inscriptions, les modes d’emploi des produits fabriqués au Kazakhstan
doivent contenir toute information nécessaire dans la langue officielle et
la langue russe. 5) Les étiquettes avec des
renseignements particuliers, les
inscriptions et les modes d’emploi des produits fabriqués à l’étranger
seront accompagnés, aux frais des organisations d'importation, de la traduction dans la langue officielle et de la
langue russe. 6) Tous les documents
d'information visuelle seront placés dans l'ordre suivant : à gauche ou
au-dessus, dans la langue officielle; à droite ou en-dessous, en langue russe,
et l’égalité dans la taille des lettres sera exigé. 7) Si cela est
nécessaire, il est possible, dans les documents d’information visuelle, de
fournir de manière additionnelle des textes en d'autres langues. Dans ce cas, la
taille de ce type de texte ne doit pas excéder les exigences indiquées par les lois normatives légales. 8) Dans l'information orale, de même que dans la
publicité et les avis de même nature, la langue officielle et le russe sont
employés et, si cela est nécessaire, également d'autres langues.
Les étiquettes commerciales contenant l'information et
des instructions concernant des marchandises fabriquées au Kazakhstan doivent
contenir l'information appropriée en langues kazakh et russe. Dans le cas
de marchandises fabriquées à l'extérieur du Kazakhstan et importées, la Loi
sur les langues engage la responsabilité de l'importateur à fournir et payer
pour les traductions d'étiquettes en kazakh et en russe. Il est possible
aussi d'enregistrer des marques déposées dans des langues autres que le kazakh
ou le russe. Le Code civil du Kazakhstan accorde le droit au détenteur
l'usage exclusif d'une marque déposée dans une langue donnée, ce qui inclut
la publicité. Selon la Loi
sur les langues, il n'existe pas d'exception pour des marques déposées, mais
n'importe quel visiteur dans les grandes villes remarquera des panneaux d'affichage et
des publicités en russe, en anglais, en allemand ou en d'autres langues. Néanmoins, l'obligation de rédiger
des enseignes commerciales en kazakh a contribué à modifier le paysage
visuel du Kazakhstan. Enfin, la Loi sur les langues touche aussi la langue des
transactions commerciales. L’article 15 de
cette loi oblige tout individu ayant une résidence
permanente au Kazakhstan et toute personne morale ou toute succursale
fonctionnant légalement sur le territoire de la République à employer le
kazakh et/ou le russe dans toutes les transactions commerciales. Cela signifie
que les offres, annonces, listes de prix, modes d’emploi, manuels
d’entretien, certificats de garantie, factures, reçus, accusés de réception
et informations doivent être rédigés en kazakh et/ou en russe; on peut
penser qu'il en est ainsi — en remplaçant le russe par la langue
étrangère — des descriptions des marchandises étrangères, des services,
des offres et de la publicité employés dans ces transactions. Voici le
libellé de cet article 15 de la loi : Article 15
1) Toutes les transactions des personnes physiques et morales dans la
république du Kazakhstan effectuées par écrit seront rédigées dans la
langue officielle et en russe, la traduction dans d'autres langues étant jointe
dans les cas jugés nécessaires. 2) Les transactions avec des personnes morales
étrangères sont rédigées par écrit, puis présentées dans la langue
officielle et une langue acceptable pour les parties.
Notons que la loi n'a rien prévu en ce qui a trait aux
sociétés utilisant Internet, même s'il s'agit parfois d'informations dites
visuelles. Le fait qu'on ne trouve aucune disposition à ce sujet ne
supprimerait aucunement le fait que l'usage de la langue kazakh demeure
obligatoire. Il n'est pas facile de
résumer la politique linguistique du Kazakhstan dans la mesure où elle
présente des ambiguïtés et accuse de graves limites. C'est une politique de
valorisation de la langue officielle, celle de l'ethnie titulaire, les Kazakhs.
Le problème, c'est que la langue kazakh avait subi les affres de la politique
soviétique d'assimilation durant un bon demi-siècle. Le kazakh était devenu une
langue reléguée aux conversations informelles à la maison ou entre amis. Le
russe prenait toute la place au point où, dans les lieux publics
des villes, on n'entendait pratiquement plus parler le kazakh. Or, la politique de
kazakhisation n'a pas rempli toutes ses promesses, le russe étant demeuré une
langue incontournable dans l'Administration publique, la santé, l'éducation et
les médias. Si le kazakh est devenu la langue officielle, le russe est resté
la langue du travail et des affaires.
politique de kazakhisation ne semble pas faire l'unanimité dans le pays. D'une part, elle ne fait
pas l'objet d'une revendication consensuelle au sein de la société kazakh
ni d'une pratique généralisée, car de nombreux Kazakh croient qu'il faut conserver le russe et
l'utiliser même en priorité; d'autre part, la kazakhisation entreprise par le
gouvernement s'inscrit en même temps dans une certaine valorisation du caractère
multiethnique du pays, ce qui impliquerait une identité multiculturelle kazakh
dépassant les différences ethniques. Ce n'est guère le cas! Il est
difficile de valoriser en même temps l'idéologie de l'homogénéité ethnique et
celle de la pureté culturelle dans un pays très multiethnique.
Comme il fallait s'y
attendre, la politique linguistique suscite la désapprobation de la communauté
russe. Dès août 1997, les leaders
de la communauté russe du pays ont durement critiqué la nouvelle
politique linguistique du Kazakhstan. Ils ont
vivement demandé au Parlement de
prendre «des mesures concrètes» pour protéger les droits des
locuteurs russes du Kazakhstan qui, soulignaient-ils, comptent plus de la moitié
de la population. Selon Mme Alexandra Dokutchaeva, présidente du mouvement
nationaliste LAD de défense des minorités slaves, la situation paraissait
inacceptable pour les russophones: «Nos droits doivent être respectés. La langue russe doit redevenir
la langue officielle puisqu'elle est majoritairement parlée dans le pays. Nous
devons aussi obtenir la double nationalité russe et kazakhe.» Il semble
bien que la communauté russe n'ait pas été clairement entendue.
Bien que la politique de kazahisation
paraisse légitime à plus d'un titre, elle ne favorise guère le respect des
groupes minoritaires dans le pays. Forcément, une telle politique se fait au
détriment des communautés minoritaires faibles, c'est-à-dire tous les groupes
à l'exception des russophones. Pour les tenants du bilinguisme, la politique linguistique
de kazakhisation est trop restrictive à l'égard du russe. Selon certains, elle ne compromettrait pas uniquement la situation des
russophones, mais elle nuirait au niveau général de l’éducation — tout l’enseignement, y
compris l’enseignement supérieur, serait passé d’urgence au kazakh, sans
de programmes, sans formation adéquate des maîtres, sans normalisation des terminologies, etc.
— et aussi à l’économie du Kazakhstan, puisque la difficulté d’avoir accès à
l’enseignement en russe serait l’une des principales causes de l’émigration
de la population russophone, en particulier de la part des spécialistes. La
vision monolithique du gouvernement est rejetée par la communauté russe.
Cette situation a également
entraîné une certaine détérioration des
relations inter-ethniques. C'est d'ailleurs ce que révélait une enquête publiée
en août 2000 dans le périodique Kontinent (Almaty): seuls 4,2 % des
personnes interrogées estimaient que l’harmonie inter-ethnique existe au
Kazakhstan, alors que 30,7 % en doutaient et que 23,1 % affirmaient qu’elle n’existe
pas. L’enquête montre par ailleurs qu’il existe une perception différente de la
situation entre les Kazakhs dits «de souche» et les autres groupes nationaux: 66 % des
Kazakh estiment que le kazakh devrait devenir la seule langue officielle du
pays, alors que 73,9 % des non-Kazakh pensent qu’il devrait y avoir au moins
deux langues officielles (le kazakh et le russe). Depuis le milieu des années
quatre-vingt-dix, le
gouvernement kazakh a même modifié son attitude vis-à-vis des minorités en
devenant plus répressif, notamment à l'égard des Ouïgours. En 1995, un accord de coopération a été signé entre la Chine et le
Kazakhstan; cet accord comportait une clause dans laquelle le gouvernement kazakh
s’engageait à lutter contre les séparatistes — il
s’agit en l'occurrence du séparatisme ouïghour — sur
son territoire. Rappelons qu'on compte 210 000 Ouïgours au Kazakhstan, tandis
qu'environ un million de Kazakh sont installés dans la région autonome
chinoise du Xianjiang. C’est à la suite de cet
accord que la répression contre le «séparatisme» s’est accélérée, le
gouvernement chinois continuant de faire pression auprès du Kazakhstan. Bref,
pour les nationalités du Kazakhstan, leur pays est perçu avant tout comme «un
État pour les Kazakhs» et l'officialisation de la langue kazakh n'a pas
entraîné un sentiment d'identité collective. Étant
donné que la politique actuelle ne semble pas devoir être pour le moment
remise en question, on peut s’attendre à ce que les relations inter-ethniques au Kazakhstan se détériorent dans les années à venir. En
fait, la politique de kazahisation se justifie en raison de la
relative faiblesse numérique de l’ethnie kazakh (53 %), de la grande superficie du pays
(difficile à contrôler) et de l’importance socio-économique des Russes
concentrés dans le Nord, ce qui fait craindre
une guerre civile ou une sécession d’une partie du pays, la grande hantise du
gouvernement. Mais la question linguistique a dérapé — il
n'y a jamais eu de participation de la part des citoyens ni discussion
publique — et elle est devenue extrêmement
politisée. Plusieurs y voient surtout un instrument de discrimination
basée sur la langue et un moyen de se débarrasser de l'encombrante
communauté russe. Quoi
qu'il en soit, c'est l'évolution
démographique, pour l'instant en faveur des Kazakh, qui sera le facteur
décisif le plus important dans la réussite du processus de kazakhisation
linguistique. Le démographe national kazakh, M. Tatimov, déclarait: «Le XXIe siècle appartiendra aux kazakhophones.» Il
n'en demeure pas moins que le Kazakhstan a encore beaucoup de chemin à faire
pour parvenir à un juste équilibre entre les aspirations légitimes de
l'ethnie titulaire et les droits des nationalités. Dernière révision: 13 janvier, 2016
BRUNET, Roger. «La Russie et
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References: art. 7
 l'article 7
 L'article 19
 l'article 41
 l'article 58

L'article 4
 l'article 3
 l'article 5

L'article 8

L'article 9
 l'article 10
 l'article 12

L'article 11
 l'article 19

l'article 13
 l'article 14
 l'article 159

L'article 16
 l'article 18