Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/EtatsNsouverains/Man-ile.htm
Timestamp: 2020-03-30 14:09:16+00:00

Document:
Population: 84 700 (2011)
Langues officielles: anglais (de facto); mannois (symbolique)
Groupes minoritaires: mannois (langue seconde)
Système politique: État dépendant de la Couronne britannique
Articles constitutionnels (langue): aucun dans la Constitution Act de 1971 ou de 2006.
Lois linguistiques: Loi sur les lettres d'échange (1883); Règlement du Conseil législatif (1966); Loi sur l'arbitrage (1976); Loi sur la garde d'enfant (1987); Loi sur les contrats (1992); Loi sur la radiodiffusion (1993); Règlement du Tynwald (1996); Loi de l'impôt sur la valeur ajoutée (1996); Loi bancaire (1998); Loi sur l'éducation (2001); Loi sur la juridiction civile (2001); Loi sur les droits de la personne (2001); Loi sur la Cour pénale internationale (2003); Loi de l'impôt sur le revenu (2003); Règlement de la Chambre des clés (2006); Règlement sur l'immigration (2007); Règlement en matière de demande d'immigration (procédure) (2008); Loi sur les fondations (2011).
L'île de Man ou Ellan Vannin en mannois, est située en mer d'Irlande à égale distance entre l'île de l'Irlande et l'île de Grande-Bretagne à environ 50 km des côtes anglaises. L'île est d'une superficie de 588 km², ce qui est à peine plus grand que la principauté d'Andorre. Comparativement, la Belgique est gigantesque avec ses 32 545 km². D'ailleurs, de nombreuses cartes du Royaume-Uni ignorent simplement l'île de Man, qui comptent plus d'une vingtaine de «districts», dont quatre villes (Douglas, Peel, Ramsey et Casteltown), quatre villages (Laxey, Onchan, Port Erin et Port St. Mary) et 18 «paroisses» (parishes).
Rappelons que le Royaume-Uni, sans ses colonies, est formé de l’Angleterre (angl. England : 130 412 km²), du pays de Galles (angl. Wales : 20 779 km²), de l’Écosse (angl. Scotland : 78 133 km²) et de l’Irlande du Nord (angl. Northern Ireland ou Ulster : 13 576 km²), pour une superficie totale de 244 820 km². La capitale de l'île de Man est Douglas, un nom composé issu de Dhoo et de Glass, les deux rivières qui encerclent la ville.
Juridiquement parlant, l'île de Man ne fait pas partie du Royaume-Uni, mais demeure une «dépendance de la Couronne britannique». Néanmoins, les Mannois peuvent commercer avec l'Europe et les citoyens européens ont le droit de circuler dans l'île, mais non d'y travailler.
L'île bénéficie d'une grande autonomie politique. En effet, elle dispose d'un parlement local, la Cour du Tynwald ou Tynwald Court, qui composé de la Chambre des clefs (en mannois: la "Kiare as Feed"; en anglais»: "the House of Keys"), la Chambre haute du Parlement (avec 24 représentants élus au suffrage universel), et du Conseil législatif (en mannois: "Yn Choonseil Slattyssaghle"; en anglais: "the Legislative Council"), la Chambre basse (avec 11 membres élus au suffrage indirect). Les projets de loi proviennent normalement de la Chambre des clés, alors que Conseil législatif est responsable de leur révision. Toutefois, les lois adoptées par le Parlement mannois sont soumises à l'assentiment royal. Le gouvernement mannois, qui est présidé par un lieutenant-gouverneur nommé par le souverain d'Angleterre, n'est autorisé à s'occuper que des affaires intérieures de l'île et siège à Douglas, la capitale. Par convention, le Parlement britannique ne légifère pas à propos de l'île de Man sans l'accord du gouvernement mannois. Les questions qui concernent les Mannois sont traitées à Londres par le Conseil privé de la Reine sur les conseils du ministre de l'Intérieur britannique et de son administration (le Home Office).
Le chef de l'État de l'île est donc le souverain britannique, qui porte le titre de «Lord of Man» depuis 1504 en lieu et place de «King of Man». Mais c'est depuis l'Isle of Man Revesting Act (Loi sur la ré-acquisition de l'île de Man) de 1765 que le roi d'Angleterre est devenu le souverain effectif, moyennant une somme de 70 000 livres sterling et une annuité de 2000 livres (à verser annuellement). Depuis fort longtemps, l'île de Man a conclu une sorte d'union douanière avec la Grande-Bretagne. La principale activité de l'île de Man est la finance, l'île étant considérée comme un paradis fiscal, sans faire partie de l'Union européenne et traînant avec elle une réputation sulfureuse. La richesse de l'île a doublé depuis les quinze dernières années,
Le drapeau de l’île de Man — dont le nom est Ny Tree Casyn («les Trois Jambes») — est un peu particulier avec ses trois jambes (un triskèle: de tri- «trois» et grec skelos «jambe»). L’origine de ce drapeau n'est pas claire. Le dieu celte de la mer, Mananann dont l'île tire son nom, aurait, lors de l'invasion de l'île par les Vikings, dévalé une montagne en se métamorphosant en trois jambes et les aurait fait fuir. Un triskèle représentant trois jambes apparaît également sur le drapeau de la Sicile depuis 1285.
Lors du recensement de 2011, la population de l'île comptait 84 500 habitants, ce qui ne représente donc que 0,1 % de l'ensemble du Royaume-Uni (58,2 millions). Les districts (voir la carte détaillé) les plus populeux étaient les suivants: Douglas (27 938), Onchan (9273), Ramsey (7821), Peel (5093), Braddan (3586), Port Erin (3530) et Castletown (3097). Les Mannois d'origine comptent pour 48 % de la population de l'île; ils sont donc minoritaires. Plus de 50 % des insulaires ne sont pas nés dans l'île, dont 35,9 % viennent de l'Angleterre, 3,2 % de l'Écosse, 2 % de l'Irlande du Nord, 1,1 % du pays de Galles et 0,2 % des îles Anglo-Normandes. Bref, les Britanniques qui ne sont pas des Mannois sont 35 910, soit 42,4 %des insulaires. Cela signifie que 9,5 % des habitants sont des «étrangers» et qu'ils ne sont pas originaires du Rayaume-Uni, mais des pays de l'Union européenne (2,4 %) à l'exception de la république d'Irlande (1,9 %), de l'Asie (2%), de l'Afrique (1,5 %), etc.
Pays ou région de naissance Nombre Pourcentage
Île de Man (R.-U.) 40 655 48,1 %
Angleterre (R.-U.) 30 329 35,9 %
Écosse (R.-U.) 2 711 3,2 %
Union européenne 2 004 2,4 %
Irlande du Nord (R.-U.) 1 706 2,0 %
Asie 1 668 2,0 %
République d'Irlande 1 611 1,9 %
Afrique 1 237 1,5 %
Pays de Galles (R.-U.) 962 1,1 %
Amérique du Nord 373 0,4 %
Australie & Nouvelle-Zélande 291 0,3 %
Amérique du Sud & Caraïbes 225 0,2 %
Îles Anglo-Normandes (R.-U.) 202 0,2 %
Autres 434 0,5 %
Total 2011 84 497 100,0 %
Le recensement de 2011 ne prend pas en compte les langues parlés dans l'île. Nous pouvons déduire que la quasi-totalité des Mannois d'origine parlent l'anglais ainsi que les Anglais d'Angleterre. Nous pouvons présumer aussi que, comme dans leur région d'origine, 95 % des Irlandais parlent l'anglais, ainsi que 97 % des Écossais, 82 % des Gallois et 98 % des Anglo-Normands et sûrement 98 % des Australiens, des Néo-Zélandais et des Nord-Américains. Cela fait beaucoup de locuteurs de l'anglais. Il ne reste plus que les Européens (Français, Allemand, Espagnols et Portugais), les Asiatiques, les Africains et les Sud-Américains à parler d'autres langues, ce qui ferait un total d'environ 5 % ou 6 %.
2.1 Le gaélique mannois
Dans les siècles passés, les Mannois d'origine parlaient une langue celtique particulière: le mannois (en anglais: Manx; en mannois: Gaelg). Il s'agit d'une langue issue à la fois du gaélique écossais et du norvégien. C'est pourquoi le mannois est considéré comme un «dialecte du gaélique écossais», avec une forte influence norroise. C'est une langue celtique qui a conservé des traits plus proches de l'écossais que de l'irlandais, tout en ayant des caractéristiques à la fois archaïsantes (des mots anciens disparus en écossais et en irlandais) et innovatrices (surtout en phonétique, en morphologie et en syntaxe).
L'orthographe du mannois a été inventée au début du XVIIe siècle, soit vers 1610, date à laquelle John Phillips, évêque de Sodor et de Man, a fait traduire le Livre de la prière commune (le livre du rituel anglican), qui ne sera cependant publié qu'en 1894. La première publication en mannois est apparue un siècle après John Phillips, lorsque l'évêque Thomas Wilson a fait traduire en mannois ses Principes et obligations de la chrétienté, en utilisant une orthographe différente de celle de Phillips, qui s'inspirait du gallois. L'orthographe de Wilson, d'inspiration anglaise à quelques modifications et adaptations près, est restée en usage jusqu'à aujourd'hui. On trouvera ci-dessous l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'Homme dans les langues celtiques suivantes: mannois, écossais, irlandais, gallois et breton.
Le mannois apparaît plus particulier que les autres langues gaéliques en raison de ses influences norvégiennes, une langue germanique du Nord comme l'islandais, le féroïen et, dans une moindre mesure, le suédois et le danois.
2.2 Le mannois d'aujourd'hui
Bien qu'aucun des Mannois actuels n'ait conservé le mannois comme langue maternelle après 1974, date de la mort du dernier locuteur du mannois, certains insulaires l'ont réappris comme langue seconde. Les Mannois d'origine ont développé de forts sentiments nationalistes, lesquels passent nécessairement par la renaissance de la langue mannoise. Au recensement de 2011, on dénombrait 1823 individus aptes à «parler, lire ou écrire en mannois», dont 1662 qui «peuvent parler le mannois» et 796 qui «peuvent écrire le mannois» et 1079 qui peuvent le lire. On peut donc dire que ces 1823 individus, qui constituent 2,1 % de la population, sont les seuls bilingues (mannois-anglais) des Mannois.
Lieu de résidence Peuvent parler, lire ou écrire en mannois Peuvent parler le mannois Peuvent écrire le mannois Peuvent lire le mannois
Castletown -
Onchan -
Total 1 823 1 662 796 1 079
Par ailleurs, quelque 70 enfants auraient appris le mannois comme langue maternelle. On peut consulter une reproduction de cette carte en cliquant ICI, s.v.p. Au recensement de 2011, quelque 1800 locuteurs sur 80 398, soit 2,27 % de la population, ont affirmé avoir une connaissance du mannois. Même si le mannois n'est pas une langue officielle comme l'anglais (sauf au Parlement), les autorités locales multiplient les efforts pour promouvoir le mannois dans l'île.
L'anglais est la langue maternelle de la plupart des habitants de l'île, soit environ 90 %. Mais l'anglais parlé dans l'île peut présenter quelques particularités différentes. Les insulaires d'origine mannoise peuvent encore parler l'anglo-mannois (anglais: Anglo-Manx ou Manx English), une variété d'anglais qui se distingue par une influence d'emprunts au gaélique mannois. Toutefois, cette variété d'anglais est en net déclin en raison de la hausse de l'immigration et de l'influence culturelle de la Grande-Bretagne.
On trouve aussi sur l'île un anglais régional en provenance du nord de l'Angleterre, notamment de la ville de Liverpool et de la région du Lancashire. D'autres Mannois parlent l'anglo-irlandais parce qu'ils sont originaires de l'Irlande.
Quoi qu'il en soit, l'anglo-britannique sert de norme et il est généralement la langue véhiculaire des insulaires, puisque beaucoup d'Anglais se sont installés dans l'île et ont imposé leur variété linguistique.
L'île de Man fut occupée à l'origine par les Celtes, puis par les Romains qui ne s'y intéressèrent que faiblement. Le celtique fut d'abord introduit dans l’île de Man sous sa forme brittonique (breton, gallois et cornique), mais il apparut sous sa forme gaélique à partir du IVe siècle par l'affluence d'immigrants irlandais, de colons et de «maraudeurs». Au Ve siècle, des moines introduisirent le christianisme. L'île demeura sous l'influence de l'Irlande jusqu'au IXe siècle, ce qui explique son influence gaélique. Pendant plusieurs siècles, jusqu'à la conquête anglaise, le gaélique mannois allait demeurer proche du gaélique irlandais, malgré les influence scandinaves (le vieux-norrois) et écossaises. Durant quelques siècles, le gaélique mannois dut être similaire au gaélique irlandais et au gaélique écossais. Mais les invasions ont contribué à faire en sorte que cette langue s'est fragmentée et a fini par devenir l'irlandais, le mannois et l'écossais.
3.1 Les Vikings
Des le VIIIe siècle, la suprématie irlandaise fut contestée par des pirates vikings qui pillèrent les régions côtières. Les invasions vikings s'étendirent dans toutes les îles de la mer du Nord, c'est-à-dire les îles Shertland, les îles Orcades, ainsi que les îles Hébrides, l'île de Man, l'île d'Irlande et l'île de Grande-Bretagne, y compris l'Écosse et l'Angleterre. Toutes les langues gaéliques furent menacées, d'une part, par les Angles dans le sud-est, qui parlaient l'anglien, d'autre part, par le norrois des Vikings, en Écosse et dans les îles Orcades et Shetland, ainsi que dans les Hébrides. Le norrois des Vikings s'est généralisé dans les Shetland et les Orcades, îles connues par les Vikings sous le nom de Norðreyjar. Quant aux îles du Sud, les Hébrides, elles portaient le nom de Suðreyjar.
Ce royaume norrois, comprenant alors l'île de Man et toutes ces îles, a existé entre 1079 et 1266. Godred Crovan, appelé Orry le Danois, vainqueur des Mannois à Ramsey, fonda le «Royaume de Man et des Îles» ("Kingdom of Mann and the Isles") placé sous la suzeraineté du roi de Norvège. Le royaume viking se divisait donc en deux zones : l'une était constituée des îles du Sud, les Hébrides et l'île de Man, appelée Sodor (Suðr-eyjar), alors que l'autre comprenait les îles du Nord, les Orcades et les Shetland, appelée Norðr (Norðr-eyjar). Au total, ces îles recouvraient une superficie de 8300 km² et s'étendaient sur cinq cent kilomètres du nord au sud. Tous les habitants vécurent alors sous la dépendance des chefs vikings
Malgré la présence viking sur le royaume de Man, le gaélique, l'ancêtre du mannois, continua d'être parlé par la majorité de la population insulaire. Mais le gaélique mannois allait être influencé dorénavant par des apports importants du vieux-norrois, puisque les Vikings ont longtemps dominé l'île et que leur langue s'imposa dans de nombreuses situations. L'influence scandinave a laissé des traces dans la langue mannoise et la toponymie, notamment dans le vocabulaire maritime et commercial. L'une des plus grandes innovations de la période viking est sans nul doute le Parlement de l'île de Man, le Tynwald, qui doit son origine aux rois celto-norrois du royaume. Cependant, avec le temps, les Vikings s'assimilèrent aux Mannois et se gaélisèrent.
En 1263, le roi de Norvège, Håkon IV (de 1217 à 1263), trouva la mort lors de sa défaite aux mains des Écossais. Son successeur, Magnus VI Lagabøte (1263-1280), dut céder l'île de Man et les Hébrides au roi d'Écosse Alexandre III (de 1249 à 1286). En 1266, Magnus VI de Norvège signa le traité de Perth, qui reconnaissait la souveraineté écossaise sur ces îles contre un versement de 4000 marcs, plus 100 marcs par an à perpétuité. Malgré une révolte des Mannois en 1275, l'île demeura écossaise. À cette époque, la loi autorisait «à tirer à vue sur les Écossais» considérés comme les envahisseurs. C'est au cours de cette période que le gaélique mannois subit l'influence de la langue gaélique écossaise.
Mais les décennies qui suivirent devinrent le théâtre des rivalités entre l'Écosse et l'Angleterre pour la possession de l'île de Man. La dynastie écossaise s'affaiblissant, ce fut presque sans opposition que le roi d'Angleterre Édouard Ier (de 1272 à 1307) revendiqua l'île et en prit possession en 1290.
3.2 La tutelle anglaise
Lors de la bataille de Neville's Cross, qui eut lieu, le 17 octobre 1346, entre les Écossais et les Anglais près de Durham dans le nord-est de l'Angleterre. Quelque 15 000 Écossais périrent dans cette bataille, et David II, roi d'Écosse de 1329 à 1371, fut fait prisonnier avec toute sa noblesse. La captivité de David II dura onze années, dont plusieurs passées à la tour de Londres; le roi d'Écosse dut reconnaître Édouard III, roi d'Angleterre (de 1327 à 1377), comme son suzerain féodal. Cependant, la rivalité avec l'Angleterre persista, mais l'île de Man n'était plus écossaise, mais anglaise.
Une fois devenus anglais, les habitants de l'île de Man allaient subir l'influence de la langue anglaise. Leur gaélique mannois se distingua définitivement du gaélique irlandais, mais la langue écrite se différencia seulement vers le XVe siècle. Le mannois continua d'être l'une des deux langues officielles de l'île avec l'anglais; les deux langues étaient enseignées dans les quelques écoles de l'île. Mais le statut du mannois commença à décliner, bien que cette langue aie pu se maintenir jusqu'au XIXe siècle. En fait, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, la majorité des habitants de l'île ont conservé le mannois comme langue maternelle, et ils ne connaissaient que fort peu l'anglais. Les textes écrits au XVIIe siècle révèlent aujourd'hui que le mannois était fortement influencé par l'anglais en raison des nombreux emprunts à cette langue. L'évêque de man, qui était aussi gouverneur de l'île, Isaac Barrow (1613-1680), décida de remédier au manque d'instruction des insulaires en créant dans chaque paroisse une école primaire où l'on y enseignerait l'anglais. Ce fut le commencement du déclin pour le gaélique mannois, car les enfants reçurent un enseignement comme s'ils étaient anglophones. À cette époque, le mannois demeurait toujours la langue normale des insulaires. Une note trouvée dans la Society for Propagating Christian Knowledge de 1764 indiquait :
The population of the Isle is 20,000, of whom the far greater number are ignorant of English. [La population de l'île est de 20 000 personnes, dont la plupart ignorent l'anglais.]
En 1765, au lieu d'envahir la petite île, la Couronne d'Angleterre l'a achetée pour 70 000 £ au duc d'Atholl (du nom d'un district des Highlands en Écosse), héritier de la seigneurie de Man. À cette époque, les ducs d'Atholl étaient les propriétaires et les administrateurs de l'île et, à ce titre, ils étaient en mesure de fixer les droits à l'importation à un taux inférieur à celui du reste des îles britanniques. Toutefois, de tels droits d'importation inférieurs à l'île de Man a eu pour effet d'entraîner une perte de revenus pour le gouvernement britannique qui considérait les activités des insulaires comme de «la contrebande». À la suite de la Revestment Act de 1765, connue sur l'île comme la Yn Chialg Vooar («Le Grande Déception»), la souveraineté de l'île fut transférée du duc d'Atholl à la Couronne anglaise. La loi britannique prévoyait que la Couronne pouvait prendre les moyens pour mettre un terme à «contrebande» privant ainsi de nombreux Mannois de leurs moyens de subsistance, ce qui a entraîné une émigration des locuteurs du mannois. Le roi George III (de 1727 à 1777) voulut ainsi mettre un terme au trafic de rhum, de brandy et de soie avec les navires qui transitaient par les ports de Man. Ainsi, dès cette l'époque, l'île avait bâti sa richesse sur l'absence de taxes.
L'arrivée de nombreux immigrants anglais dans l'île finit par avoir raison du gaélique mannois. L'ouverture de l'île au tourisme anglais à partir de 1833 accentua encore l'anglicisation déjà fortement avancée. De toute façon, l'élite sociale de l'île parlait déjà uniquement l'anglais, considérant que la langue mannoise était devenue inutile, sinon nuisible. En 1821, un Mannois écrivait dans le journal Manks Advertiser les propos dépréciatifs suivants au sujet de sa langue:
What better is the gibberish called Manx than an uncouth mouthful of course savage expressions. Abolish the Manx; I would say then, asfast as ye can, ye learned of the country. Judges, Lawyers, Clergy, crush it. Allow noone, not even one of your servants or neighbours to speak one word of Manx; and thus,by degrees, annihilate it. [Le jargon qu'on appelle le mannois ne vaut guère mieux qu'une vulgaire bouchée d'expressions grossières et sauvages. Supprimez le mannois; je dirais le plus vite possible, vous les personnes instruites du pays. Juges, avocats, pasteurs, écrasez-le. Ne permettez à personne, pas même à l'un de vos serviteurs ou de vos voisins, de perler un seul mot de mannois; et ainsi, petit à petit, anéantissez-le.]
Le recensement de 1874 révélait que seulement 30 % des Mannois parlaient encore le mannois ancestral. La première enquête destinée à donner une évaluation du nombre des locuteurs du mannois fut réalisée en 1875 par un spécialiste des langues celtiques, Henry Jenner (1848-1934). Celui-ci a envoyé un questionnaire aux ecclésiastiques de chaque paroisse dans le but de découvrir si l'anglais ou le mannois était la langue dominante de la paroisse et combien de gens parlaient le mannois comme une «langue maternelle». Les résultats de l'enquête de Jenner sur la revitalisation du mannois (qui exclut la capitale de l'île, Douglas) donnèrent un total de 12 340 locuteurs du mannois sur une population de 41 084 habitants, ce qui correspondait à 30 % de la population. Cependant, Henry Jenner ajouta une commentaire nuancé en ce qui concerne le nombre des locuteurs enregistrés:
Of course these statistics can hardly be taken to represent a perfect philological census of the Island, and it would be very difficult to obtain such a thing by answers from different people, as each man (as regards my second question at any rate) would have his own standards to judge by and I am very sure that the standards vary considerably. Still I think they may be said to give a fair approximate view of the philological state of the Isle of Man in the year 1875 (Jenner 1875:14). [Bien sûr, ces statistiques ne peuvent guère être considérées pour représenter un recensement philologique parfait de l'île, et il serait très difficile d'obtenir un tel résultat par des réponses venant de différentes personnes, puisque chacun (en tout cas en ce qui concerne ma deuxième question) aurait ses propres normes pour juger de cela et je suis très assuré que ces normes varient considérablement. Cependant, je pense que ces résultats peuvent donner une vue approximative assez juste de l'état philologique de l'île de Man en 1875 (Jenner 1875: 14).]
La deuxième question dont il es fait mention ici était formulée de la façon suivante: "'How many persons speak Manx as their mother tongue?" («Combien de personnes parlent le mannois comme leur langue maternelle?»). Les résultats chiffrés se rapportaient aux réponses recueillies par les ecclésiastiques de chaque paroisse et non par les locuteurs eux-mêmes. C'est pourquoi Henry Jenner a ajouté un commentaire restrictif à ce sujet. Les résultats de l'enquête de Jenner comprend aussi des commentaires donnés par le clergé local. Le commentaire suivant a été donné par le vicaire de la paroisse Saint-Georges de Douglas:
In the country parishes one finds three generations in one cottage. The old speaking Manx only, the middle Manx and English, and the children English only. [Dans les paroisses du pays, nous trouvons trois générations dans une seule maison. Les vieux parlent seulement le mannois, ceux d'âge moyen parlent le mannois et l'anglais, et les enfants, l'anglais seulement.]
Cette déclaration laisse présager la baisse des locuteurs dont révélera le recensement de 1901, date à laquelle le nombre des locuteurs du mannois était tombé à 4419. Il est évident que le mannois avait alors perdu son titre de langue principale parlée à la maison. Dix ans plus tard, le taux avait baissé à 4,8 % (en 1911) pour atteindre seulement 1,5 % en 1921:
Locuteurs du mannois
Population de l'île
Pourcentage de la population mannoise
1874 16 200 30 % 54 000 (1871)
1901 4 419 8,1 % 55 000
1911 2 382 4,8 % 52 000
1921 896 1,5 % 60 000
1931 529 1 % 49 000
1951 275 0,5 % 55 000
Décès du dernier locuteur du mannois
1991 650 0,9 % 71 000
2001 1 500 1,9 % 78 000
2011 1 650 1,9 % 86 000
2015 1 800 2 % 88 000
- Le statut particulier de Man
En 1866, l’île de Man obtint un gouvernement local autonome lorsque le Parlement de Londres adopta la Isle of Man Customs, Harbours, and Public Purposes Act, 1866 ("Loi sur les douanes, les ports et les fins publiques de l'île de Man").
En vertu de cette loi, l'île de Man est considérée comme un État dépendant de la Couronne anglaise et non de la Grande-Bretagne ou du Royaume-Uni. Ce statut signifiait que l'île de Man pouvait adopter ses propres lois et les faire appliquer grâce à un système judiciaire particulier et à sa police locale; l'île pouvait aussi percevoir elle-même les impôts, taxes et douanes. Le Parlement local (le Tynwald Court), qui existe depuis plus de 1000 ans, semble être la plus vieille institution du genre dans le monde. Ce statut d'autonomie de l'île de Man existe encore aujourd'hui.
Le gouvernement britannique est, selon la tradition, responsable de la Défense et des Affaires extérieures de l'île, moyennant une certaine compensation financière de la part du gouvernement local. Le Parlement britannique peut, moyennant l'accord du gouvernement mannois, légiférer sur des domaines d'intérêt commun tels que la défense, la citoyenneté et l'immigration. En 1979, la Convention sur les douanes et les taxes (Customs and Excise Agreement de1979) réactivait la vieille loi de 1866 et reconnaissait de nouveau à l'île de Man le droit exclusif de prélever impôts, taxes et douanes. Étant donné que l'île de Man ne fais pas juridiquement partie du Royaume-Uni, elle n'est pas membre de l'Union européenne; rappelons qu'en juin 2016 un référendum a statué pour le retrait du pays de l'Union européenne.
- La disparition du mannois
Au cours du XIXe siècle, la langue ancestrale des Mannois a été totalement éclipsée par l'anglais. En 1872, l'anglais devenait la seule langue d'enseignement avec l'adoption de l'Education Act. Bien que cette loi ne mentionnait aucune disposition concernant la langue d'enseignement, elle introduisait pour la première fois un système d'éducation nationale. Des conseils scolaires furent créés dans tous les districts de l'île et contrôlés par un conseil d'administration siégeant en Angleterre. L'école primaire devint obligatoire. Dans le journal mannois Mona's Herald, John Thomas Clarke (1799-1888), pasteur à la paroisse Saint-Marc de Malew, écrivait le 18 avril 1872:
This is the principal reason that our Manx dialect is of no use, therefore the English language takes the lead, and it will prevail. The reason is very evident. The Manx market is brought within five or six hours of the English markets; and in order to be able to deal in the English markets, it is English, and only English, Manx people must learn to speak. [C’est la principale raison pour laquelle notre dialecte mannois n'est d’aucune utilité et que par conséquent l’anglais prend la tête et l’emportera. La raison semble très évidente. Afin d'être en mesure de traiter sur les marchés anglais, c'est l'anglais et seulement l'anglais que les Mannois doivent apprendre à parler.]
Une enquête tenue deux ans plus tard (1874) révélait que, sur 41 000 habitants, il restait 190 unilingues du mannois et 12 350 bilingues (mannois-anglais). La pauvreté alors omniprésente dans l'île faisait en sorte que les autorités croyaient que le déclin économique était lié à la langue mannoise. De plus, les Mannois ne vivaient plus isolés dans leur île, cat ils étaient en contact constant avec les Britanniques. Les locuteurs du mannois en vinrent à penser que leur langue était sans valeur et qu'il valait mieux la changer pour l'anglais. Avec l'arrivée des immigrants anglophones de la Grande-Bretagne, l'assimilation des classes moyennes s'accentua et la langue mannoise disparut rapidement.
En 1899, la Société pour la langue mannoise — Yn Çheshaght Ghailckagh — a été fondée afin de préserver et promouvoir le mannois. Au cours des années 1930 et 1940, les militants de la Yn Çheshaght Ghailckagh, inquiétés de la disparition prochaine des derniers locuteurs du mannois, décidèrent de les faire enregistrer, afin de préserver l'héritage phonologique de la langue ancestrale.
En 1971, il ne restait que 284 locuteurs du mannois parlé comme langue seconde. Le dernier locuteur du mannois, comme langue maternelle, est décédé en 1974: il s'agit de Ned Maddrell (1877-1974). Ce dernier était un pêcheur, mais aussi un fervent défenseur de sa langue ancestrale. Durant des dizaines d'années, de nombreux chercheurs avaient anticipé la mort du mannois et avaient enregistré des locuteurs âgés sur des cylindres de phonographe et des machines à ruban portatives. Aujourd'hui, une bonne partie de ces enregistrements sont entreposés au Manx Museum à Douglas, capitale de l'île.
Évidemment, la mort de la langue mannoise n'est pas due au fait que les Mannois parlaient mal leur langue, mais bien parce qu'elle était devenue seulement folklorique et qu'elle avait perdu son utilité et son prestige pour des raisons économiques politiques et culturelles.
Après la Deuxième Guerre mondiale, le tourisme favorisa le développement économique de l'île et les Britanniques anglophones affluèrent à Man. Au cours des années 1960–1970, le tourisme commença à péricliter, car les Britanniques délaissèrent l'île pour explorer d'autres régions plus éloignées en raison de l'essor de l'aviation civile. En réaction, le gouvernement mannois fit de l’île un paradis fiscal, ce qui stimula l’économie, malgré certaines affaires de corruption.
3.3 La restauration du mannois
Au cours de la décennie de 1980, la culture mannoise fit l’objet d'une plus grande reconnaissance. La restauration du mannois a commencé à prendre de l'ampleur dans au milieu de la décennie lorsque la question a attiré l'attention du Tynwald, le Parlement mannois. En 1984, Charles Cain, président de la Chambre des clés (House of Keys) de Ramsey, a présenté le 12 décembre une motion devant le Tynwald soutenant l'usage du mannois en public :
Cette motion, qui n'avait évidemment pas de valeur de loi, témoignait néanmoins de l'intérêt des politiciens pour la question linguistique. Le premier résultat fut la création d'un Comité spécial sur l'usage accru du gaélique mannois dont la tâche était d'examiner la motion présentée et d'analyser les réactions des parties intéressées. En 1985, paraissait le Rapport du Comité spécial sur l'utilisation accrue du gaélique mannois, dont les principales recommandations furent les suivantes:
Bien qu'il y ait eu de nombreuses opposition de la part de certains organismes gouvernementaux et de certaines entreprises, le rapport du Comité spécial sur l'utilisation accrue du gaélique mannois fut approuvé par le Tynwald le 10 juillet, 1985. En décembre 1985, le gouvernement mannois créait le Coonceil ny Gaelgey (en anglais: The Manx Gaelic Council), c'est-à-dire le Conseil du gaélique mannois, dont l'objectif était de réglementer le gaélique mannois.
Le gouvernement a réintroduit le mannois dans le système scolaire en septembre 1992 en tant que matière facultative pour les élèves âgés de sept ans et plus. On a alors prévu un poste de «chargé de mission pour le développement du mannois». Le recensement de 1991 révélait que, sur un total de 70 000 habitants, 643 déclaraient parler le mannois (sans plus de précisions). En 1993, les autorités locales affirmaient que 1200 enfants pouvaient parler un «mannois élémentaire». Lors du recensement de 2001, près de 1700 locuteurs avaient une certaine compétence en mannois comme langue seconde. En 2015, c'était 1800, soit 2 % de la population.
Encore en 1992, le Parlement de l'île, le Tynwald, le Centre for Manx Studies (Laare-Studeyrys Manninagh) ainsi que le Manx National Heritage. Le Centre for Manx Studies (ou Centre d'études mannoises) permet de fournir des possibilités de recherche dans un grand choix de domaines touchant l'île de Man, à partir des temps les plus anciens jusqu'à nos jours. Situé près du Manx Museum et de la Bibliothèque Manx National Heritage à Douglas, le Centre offre plusieurs services et équipements aux chercheurs et attire l'expertise et l'expérience de ses organismes apparentés (le Patrimoine national mannois, l'Université de Liverpool et le ministère de l'Éducation de l'île de Man).
La Fondation pour le patrimoine mannois (Manx Heritage Foundation) continue de promouvoir l'emploi de la langue mannoise. Elle produit du matériel pédagogique en mannois pour les jeunes lecteurs et les adultes. De plus, le Coonceil ny Gaelgey (en anglais: Manx Gaelic Council), le Conseil du gaélique mannois, qui relève de la Fondation, fournit des versions mannoises des noms des départements administratifs, des noms de rues, etc., qui font autorité, et créent des mots en gaélique mannois. Le gouvernement de l'île de Man considère que la meilleure approche consiste à favoriser la valorisation de la langue et de la culture mannoises dans les écoles, en donnant dans le même temps aux adultes qui le souhaitent la possibilité d'apprendre le mannois.
Au point de vue politique, les Mannois bénéficient d'une grande autonomie; ils possèdent leur propre drapeau, leur propre monnaie (la livre mannoise ou M£), leurs propres timbres et leur passeport. L'île n'appartient pas au Royaume-Uni, que les Mannois appellent «l'autre île» par dérision sans doute, bien que son puissant voisin lui fournit l'électricité, lui ouvre ses universités et ses hôpitaux, s'occupe de sa diplomatie et de sa défense. Malgré tout, chaque fois que le gouvernement britannique ose trop se mêler des affaires de l'île, les Mannois parlent d'indépendance.
Le statut des langues dans l'île de Man n'est pas clair. Aucun texte de loi n'énonce que le mannois est une langue officielle, pas plus d'ailleurs que l'anglais. Cela signifie que l'anglais est une langue officielle de facto (dans les faits), puisque c'est la langue du gouvernement, des services administratifs, des établissements d'enseignement, des entreprises publiques et privées, des affaires commerciales, etc.
Quant au statut du mannois (''Manx Gaelic language''), c'est celui d'une «langue régionale» dans le cadre du Conseil britannico-irlandais. Voici l'article 7 adopté dans la Charte européenne des langues régionales et ou minoritaires, appliquée au gaélique mannois pare le Royaume-Uni :
Ce sont là des dispositions concernant une langue régionale, non une langue officielle, car rien n'oblige un quelconque gouvernement d'employer la langue mannoise. La seule obligation consiste à respecter, promouvoir et aider la langue mannoise à se maintenir. D'une part, l'anglais est demeuré la seule langue officielle de l'île de Man, depuis au moins un siècle, d'autre part, le mannois parlé s'est éteint en 1974et son statut reste symbolique à des fins strictement identitaires. Néanmoins, le gouvernement local tente de nombreux efforts pour promouvoir la langue et la culture mannoises.
De par la tradition, le Parlement mannois (ou Tynwald) continue d'utiliser le gaélique mannois comme l'une des langues officielles avec l'anglais. Les lois adoptées doivent être lues et promulguées en mannois et en anglais; de plus, toute pétition officielle adressée au gouvernement de l'île doit être présentée dans les deux langues. Une certain statut juridique de la langue mannoise est reconnu dans les Règlements du Conseil législatif (Standing Orders of the Legislative Council) de 1966, règlements modifiées ultérieurement en 1971, 1981, 1990 et 2004. Voici le texte de l'article 34 du règlement de 1966 à ce sujet :
Dépenses des projets de lois privés
Les dépenses des prises de notes pour les témoignages d'un comité, comprenant les frais pour un sténographe, si le comité décide qu'un seul doit être embauché, que l'impression et la distribution de ces témoignages ainsi que le rapport Comité, s'il est exigé par le comité ou le Conseil législatif, doivent être imprimés; ainsi que l'impression et la distribution des projets de loi, avec les modifications adoptées avant ou après, ou l'expédition et l'impression de projets de loi adoptés et de leur traduction en mannois, si un projet de loi reçoit l'assentiment royal, et toutes les dépenses encourues en relation avec l'étude d'un projet de loi apporté par les promoteurs. Les frais dans le respect des dépenses encourues par le gouvernement doivent être assumés par les promoteurs ou leurs avocats au Trésor pour être justifiés par le Revenu public. Les frais doivent être autorisés par le directeur des Finances.
En fait, le texte ne fait que reconnaître la possibilité de traduire une version anglaise en langue mannoise aux frais des promoteurs (ou des proposeurs) ou de leurs avocats, le tout devant être autorisé par le directeur des Finances.
L'article 3.23 du Règlement du Tynwald (1996) énonce que les règles de procédure du Tynwald doivent être en anglais et que l'emploi du mannois peut exiger une traduction par un membre de l'assemblée:
Langue des membres
5) Les règles de procédure du Tynwald doivent être en anglais; mais si un membre emploie à un moment donné un terme en usage ou une phrase en gaélique mannois, ou dans une autre langue, le président peut faire appel à des membres pour une traduction.
Il en est ainsi à l'article 3.24 du Règlement de la Chambre des clés (2006):
Article 3.24
6) Les règles de procédure de la Chambre doivent être en anglais; mais si un membre emploie à un moment donné un terme en usage ou une phrase en gaélique mannois ou dans dans une autre langue, le président peut faire appel à des membres pour une traduction.
De fait, il n'est pas possible d'exiger la connaissance du mannois pour les membres du Parlement, mais on ne peut que l'admettre de manière symbolique.
4.2 L'emploi des langues en matière de justice
Personne ne peut exiger un procès en mannois, les cours de justice ne fonctionnant qu'en anglais. Ce sont les articles 4 et 5 de la Loi sur les droits de la personne (2001), qui constituent les dispositions les importantes en matière de langue. Il est clair qu'un justiciable a le droit d'être informé dans une langue qu'il comprend des motifs de son arrestation ou des accusions portées, avec au besoin le recours à un interprète:
2) Toute personne arrêtée doit être informée, dans une langue qu'elle comprend, des motifs de son arrestation et de toute accusation portée contre elle.
3) Toute personne accusée d'une infraction pénale a les droits minimaux suivants:
(a) être informée rapidement, dans une langue qu'elle comprend et en détail, de la nature et du motif de l'accusation portée contre elle;
(e) se faire assister gratuitement d'un interprète si elle ne comprend pas ou ne parle pas la langue employée à la cour.
Les faits démontrent que l'anglais est la langue officielle des tribunaux. La Loi sur l'arbitrage (1976) exige même une traduction certifiée dans le cas de documents rédigés dans une langue étrangère:
1) La partie qui demande l'exécution d'une sentence étrangère doit produire:
(a) l'original ou une copie de celle-ci dûment authentifiée selon la manière requise par la loi du pays dans lequel elle a été produite;
(b) la preuve prouvant que la sentence est devenue définitive; et
2) Dans tous les cas où un document qui doit être présenté en vertu du paragraphe 1 ci-dessus est rédigé dans une langue étrangère, il est du devoir de la partie qui demande l'exécution de la sentence à produire de fournir une traduction certifiée conforme par un agent diplomatique ou consulaire du pays auquel cette partie appartient et qu'elle soit certifiée conforme de la manière suffisante en vertu de la législation de l'île.
L'article 55 de la Loi sur la Cour pénale internationale (2003) exige un interprète lorsqu'une personne est interrogée dans une autre langue que celle qu'elle comprend:
1) En ce qui concerne une enquête en vertu du présent règlement, une personne:
(a) ne doit pas être contrainte à s'incriminer elle-même ni d'avouer sa culpabilité;
(b) ne doit pas être soumise à une forme de coercition, de contrainte ou de menace, à la torture ou à toute autre forme de peines ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants;
(c) doit, si elle est interrogée dans une autre langue que celle qu'elle comprend et parle parfaitement, recevoir gratuitement l'aide d'un interprète compétent et bénéficier de traductions nécessaires afin de répondre aux exigences de l'équité; et
(d) ne doit pas être soumise à une arrestation ou à une détention arbitraire, et elle ne doit pas être privée de sa liberté, sauf pour des motifs et en accord avec la procédure prévue dans le présent règlement.
Si un témoin ou un justiciable mannois tenait à employer le mannois, ce serait alors considéré comme une langue étrangère et la cour exigerait un traduction certifiée.
La politique linguistique du gouvernement mannois repose sur les recommandations du rapport du Rapport du Comité spécial sur l'utilisation accrue du gaélique mannois de 1985.
Les armoiries de l'île de Man se composent d'un écu central reprenant le triskèle (à trois jambes) et le rouge du drapeau de l'île de Man, surmonté par la couronne britannique, encadré par un faucon pèlerin à gauche et un corbeau à droite, le tout reposant sur la devise (depuis 1300) de l'archipel en latin inscrite sur un ruban : Quocunque jeceris stabit, ce qui signifie «Où que tu le jettes, il restera debout». Certaines édifices du gouvernement portent une inscription bilingue, en anglais ("Government Office") et en mannois ("Oikyn Reiltys Ellan Vannin"), mais ce n'est pas systématique.
Toute l'Administration de l'île n'utilise que l'anglais, mais il est possible pour les citoyens de communiquer oralement en mannois lorsqu'un fonctionnaire connaît la langue, ce qui est rarissime. En principe, le recours à des documents bilingues (anglais et mannois) n'est pas découragé, à la condition que ces mêmes documents n'aient pas d'effets néfastes sur les activités commerciales et qu'ils ne ralentissent pas le fonctionnement ni de l'Administration ni de la justice.
- Le bilinguisme limité
Il est permis d'utiliser une papeterie avec des en-têtes bilingues lorsque cela est possible et réalisable, et surtout si cette mesure n'entraîne pas une augmentation des coûts ni une diminution de l'efficacité dans les services. Plusieurs ministères du gouvernement local ont pris l'habitude de diffuser tous leurs documents avec des en-têtes bilingues. C'est un geste certes symbolique, mais qui démontre une certaine réceptivité à l'égard de la langue mannoise. De plus, le gouvernement accepte que les «serments cérémoniels» inscrits dans le Liber Juramentorum (ou Book of Oaths : «Livre des serments»), qui contient les serments pris par les divers fonctionnaires lors de l'acceptation de leur nominations, devraient pouvoir être prononcés également en gaélique mannois, dans la mesure où certaines conditions soient remplies et qu'une éventuelle législation soit adoptée à ce sujet.
Les municipalités, villages et paroisses peuvent employer une signalisation bilingue dans leurs services auprès de leurs concitoyens, sur leurs véhicules, les enseignes administratives, les plaques des noms de rues et des panneaux indiquant l'entrée et la sortie des villes et villages en deux langues, sauf lorsque le nom mannois traditionnel correspond aussi à la forme officielle (p. ex., Andreas / Andreas). Le Manx National Heritage a publié à cet effet la liste officielle bilingue de la plupart des toponymes de l'île, dont en voici quelques-uns:
Dénomination anglaise I Dénomination mannoise I Dénomination anglaise II Dénomination mannoise II
Douglas (capitale)
Port Erin Ghoolish
Kione Droghad
Purt Chiarn Baldrine
Glen Maye Balley Drine
Balley Salley
Balley ny Loughey
Glion Maye
Les toponymes de l'île de Man sont généralement d'origine pré-scandinave (Douglas < Dubhghlais; Rushen < Roisean), scandinave (< Cardle < kvernárdalr; Ramsey < hrams-á; Cregneash < krók-nes), gaélique (Carrick < carraig; Niarbyl < an earball > yn arbyl) ou anglaise (Castletown, Peel, etc.).
Lorsqu'ils sont d'origine norvégienne (en vieux-norrois), certains ont subi des transformations phonétiques du gaélique ou de l'anglais; les influences mannois ont aussi modifié des dénominations d'origine anglaise. Les toponymes mannois comprennent des termes génériques tels que, par exemple, Beg («petit»), Balla («lieu», «ferme» ou «maison»), Creg («rocher» ou «roc»), Bayr («chemin»), Purt («port»), Cronk («colline»), Fell («montagne»), Rick/Wick («golfe» ou «baie»), Howe («colline») et Ayre («plage de gravier»). Pour le moment, la visibilité du mannois n'est pas systématiquement bilingue, car elle est limitée à un petit nombre de plaques odonymiques (noms des rues) et à quelques noms d'édifices publics.
Malgré la politique de valorisation en vigueur, les bilinguisme dans l'affichage public demeure encore timide et restrictif, car l'unilinguisme anglais est omniprésent; on voit des panneaux bilingues pour identifier les bureaux du gouvernement, des musées, des autobus, la poste mannoise, etc. Cependant, les passeports, les timbres-postes et les billets de banque de l'île n'ont que des inscriptions en anglais seulement. Quant à l'affichage commercial, même bilingue, il est inexistant. Les mots en mannois n'apparaissent occasionnellement que dans les noms propres (cf. Arg Beiyn, Veterinary Practice). Il faut admettre que le mannois est une langue totalement étrangère pour les 90 % d'anglophones de l'île.
- Une langue identitaire
Le mannois est avant tout une langue identitaire pour les mannois anglophones, surtout s'il est limité à quelques panneaux administratifs et qu'il n'existe aucune coercition de la part des autorités locales auprès de la population. Le Programme de 2005-2008 du gouvernement de l'île de Man (Isle of Man Government Plan 2005-2008) compte six objectifs généraux. L'un de ces objectifs, intitulé «Identité nationale positive», comprend un volet «Culture et patrimoine», dont le but est de protéger, présenter et promouvoir le patrimoine culturel unique de l'île de Man. Ce volet poursuit notamment les trois buts suivants :
1) soutenir la recherche sur le mannois et la publication de A New History of the Isle of Man (Une nouvelle histoire de l'île de Man) en cinq tomes (Liverpool University Press);
2) étendre l'offre d'enseignement du mannois dans les écoles;
3) soutenir les activités de la Commission sur la radiodiffusion en gaélique.
Pour sa part, le Manx National Heritage (Eiraght Ashoonagh Vannin), l'organisme officiel du gouvernement de l'île de Man pour la protection des musées et du patrimoine dans toute l'île, assume la responsabilités du Manx National Museum Service, du National Monuments Service, du National Trust Service, des National Archives et de la National Art Gallery. La Manx Heritage Foundation (Undinys Eiraght Vannin: Fondation pour le patrimoine mannois), qui dépend du gouvernement de l'île de Man, subventionne les projets de promotion du gaélique mannois, tels que les travaux de recherche menés sous l'égide du Centre d'études mannoises, lequel est affilié à l'université de Liverpool et cofinancé par le Patrimoine national mannois et le ministère mannois de l'Éducation. Un membre du personnel de la Fondation est chargé, à plein temps, de la promotion de la langue mannoise. La Fondation fournit aussi un soutien financier au Mooinjer Veggey, le groupe préscolaire en gaélique mannois. Elle offre aussi une aide financière pour la traduction, la rédaction, la réalisation et la publication de documents écrits et audiovisuels en mannois (y compris des livres et des vidéos pour les enfants).
Mentionnons aussi le Manx Gaelic Advisory Council (Coonceil ny Gaelgey : Conseil consultatif du gaélique mannois), qui est responsable de l'usage normalisé officiel du mannois. Les obligations du Coonceil ny Gaelgey comprennent la traduction en mannois des résumés des lois adoptées par le Tynwald et la désignation autorisée des noms des ministères du gouvernement, les noms de rue et autres toponymes, ainsi que les nouveaux termes à admettre dans la langue.
Il n'existe pas de loi linguistique à l'île de Man pour réglementer l'emploi des langues. Seuls quelques textes font allusion à la langue anglaise ou mannoise. Ainsi, le Règlement sur l'immigration (2007) exige une «une connaissance suffisante de la langue anglaise et des connaissances suffisantes sur la vie au Royaume-Uni et aux îles» afin d'obtenir un permis de séjour permanent dans l'île de Man:
Permis de séjour permanent pour un titulaire d'un permis de travail
Une autorisation de séjour indéfini peut être accordée sur demande à quiconque est titulaire d'un permis de travail à la condition que le requérant :
(i) a passé une période ininterrompue de cinq ans dans l'île de Man à ce titre; et
(vi) a démontré une connaissance suffisante de la langue anglaise et des connaissances suffisantes sur la vie au Royaume-Uni et aux îles, conformément à l'Annexe KoLL;
Article 245ZS
Exigences relatives à l'autorisation de demeurer en permanence
Pour être admissible à demeurer en permanence en tant qu'immigrant de l'échelon «Tier 5» (travailleur temporaire), le requérant doit satisfaire aux conditions énumérées ci-dessous. Si le requérant répond à ces exigences, l'autorisation de demeurer en permanence sera accordée. Si le requérant ne satisfait pas à ces exigences, sa demande lui sera refusée.
(b) Le requérant doit avoir passé une période ininterrompue de cinq ans légalement dans l'île de Man, avec l'autorisation, conformément à la convention internationale de l'échelon «Tier 5», et avoir travaillé comme «domestique privé» dans un ménage du corps diplomatique.
(c) Le requérant doit avoir démontré une connaissance suffisante de la langue anglaise et des connaissances suffisantes sur la vie au Royaume-Uni et aux îles, conformément à l'Annexe KoLL.
Ainsi, le visa d'échelon 5 (Tier 5) pour les travailleurs temporaires est ouvert aux ressortissants étrangers ayant une connaissance suffisante de la langue anglaise. Il est aussi offert aux ressortissants énumérés à l'article 2.2 parce qu'ils sont réputés savoir l'anglais :
Annexe KoLL
PARTIE 2 - CONNAISSANCE DE LA LANGUE ET DE LA VIE
2.1 Un requérant pour un permis d'entrer ou de demeurer doit démontrer une connaissance suffisante de la langue anglaise et de la vie au Royaume-Uni et aux îles aux fins d'une demande d'autorisation d'entrer ou de demeurer de façon permanente, conformément au présent règlement si les conditions énoncées aux paragraphes 2.2 et 2.3 sont satisfaites à moins que les exceptions prévues dans la partie 3 soient applicables.
2.2 Pour les fins du paragraphe 2.1, le requérant a une connaissance suffisante de la langue anglaise si:
(a) il a fourni spécifié une preuve documentaire précisant que:
(i) il est un ressortissant ou un citoyen de l'un des pays suivants: Antigua-et-Barbuda, Australie, Bahamas, Barbade, Belize, Canada, Dominique, Grenade, Guyana, Jamaïque, Nouvelle-Zélande, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint- Vincent-et-les-Grenadines, Trinité-et-Tobago, les États-Unis.
Dans une procédure d'immigration, le Règlement en matière de demande d'immigration (procédure) de 2008 oblige l'emploi de l'anglais et énonce qu'un juge n'est d'aucune manière tenu d'examiner un document qui n'est pas rédigé en anglais ou accompagné d'une traduction certifiée.
1) Tous les avis d'appel ou toute demande déposé auprès du juge doit être complété en anglais.
2) Tout autre document déposé auprès du juge doit être en anglais ou accompagné d'une traduction en anglais signée par le traducteur pour certifier que la traduction est exacte.
3) Le juge n'est d'aucune manière tenu d'examiner un document qui n'est pas rédigé en anglais ou accompagné d'une traduction certifiée.
De plus, l'article 10 de la Loi sur les fondations (2011) impose l'anglais lorsque les règles de base de la fondation sont rédigées dans une autre langue:
Nécessité des règles de base pour une fondation
1) Une fondation doit avoir des règles de base conformes à la présente loi.
2) Les règles de base peuvent être rédigées dans une autre langue qu'en anglais.
3) Lorsque les règles de base ne sont pas en anglais, la fondation doit fournir une copie d'une traduction anglaise précise de ces règles à l'agent d'enregistrement.
4) L'agent d'enregistrement doit conserver la traduction.
5) Une fondation qui ne se conforme pas au paragraphe 3 commet une infraction.
6) Un agent d'enregistrement qui ne se conforme pas au paragraphe 4 commet une infraction.
À l'article 2A de la Loi de l'impôt sur la valeur ajoutée (1996), il faut fournir une traduction en anglais lorsqu'une facture est rédigée dans une autre langue:
6) Les règlements peuvent accorder un droit sur le Trésor à exercer de la part d'une personne qui a reçu dans l'île une facture (ou une partie de celle-ci) de TVA envoyée dans une autre langue que l'anglais afin de lui fournir une traduction en anglais de la facture (ou partie).
Dans une vieille loi de 1883, modifiée depuis et encore en vigueur, la Loi sur les lettres d'échange, les chèques en langue mannoise ne peuvent être refusés au seul motif qu'il sont rédigés dans cette langue:
Chèques en langue mannoise
1) Lorsqu'un chèque est :
(a) émis par un banquier qui est autorisé en vertu de l'article 7 de la Loi sur les services financiers de 2008; et
(b) présenté comme paiement dans l'île de Man, celui-ci ne peut être refusé au seul motif que le chèque ou une partie de celui-ci est dans la langue mannoise.
2) Sauf disposition contraire au paragraphe 1, ce paragraphe est sans préjudice de toute règle de droit relative à la validité des projets de loi qui sont établis dans une autre langue que l'anglais.
La Loi bancaire de 1998 reprend le même libellé:
Aujourd'hui, toutes les banques de l'île acceptent les chèques rédigés en langue mannoise. En 2003, la Chambre des clés a présenté une modification à la Loi de l'impôt sur le revenu dans le but d'accorder une déduction fiscale de 100 £ de son revenu total s'il un citoyen prouve qu'il a obtenu un certificat général d'études en enseignement secondaire en langue mannoise ou un examen dont l'assesseur est satisfait et d'un niveau équivalent:
Prime pour une connaissance linguistique du mannois
1) Après l'article 35C de la Loi de l'impôt sur le revenu de 1970, insérer:
"Prime pour les personnes qualifiées pour la langue mannoise
35D. Sous réserve des dispositions suivantes du présent article, toute personne a droit, dans le but de déterminer le revenu imposable, à une déduction de 100 £ de son revenu total s'il prouve qu'il a obtenu un certificat général d'études en enseignement secondaire en langue mannoise ou un examen dont l'assesseur est satisfait et d'un niveau équivalent.
2) Le présent article entre en vigueur en ce qui concerne l'année de l'impôt sur le revenu commençant le 6 avril 2006 et les années suivantes."
Cependant, la proposition parlementaire n'a jamais été approuvée par la Chambre basse, le Conseil législatif.
Quant à la Loi sur la garde d'enfant (1987), elle impose une traduction officielle du pays originaire de l'enfant ou une «traduction en français ou en anglais» :
Toute requête, toute communication ou tout autre document envoyé à l'Autorité centrale de l'État requis doit être dans la langue originale et être accompagnée d'une traduction dans la langue officielle ou l'une des langues officielles de l'État requis ou, si ce n’est pas possible, une traduction en français ou en anglais.
En somme, l'administration mannoise n'impose pas de coercition en matière de langue, car l'immense majorité des Mannois a le mannois comme langue maternelle et que plus de 50 % d'entre eux ne sont même pas nés dans l'île, la cause identitaire n'étant pas nécessairement partagée par toute la population. Aujourd'hui, beaucoup de documents officiels du Tynwald et de certains départements administratifs sont disponibles en mannois et en anglais, mais la demande pour la documentation en mannois est relativement faible.
L'île de Man dispose de son propre Department of Education, bien que le cadre général des programmes scolaires soit similaire à celui de la Grande-Bretagne, mais avec des adaptations afin de tenir compte du contexte local. L'enseignement préscolaire est disponible dans les pouponnières, les jardins d'enfants et les garderies, ainsi que dans tous les établissements d'enseignement approuvés par le département de la Santé et des Services sociaux. Les enfants fréquentent l'école primaire jusqu'à 11 ans, puis l'école secondaire.
L'île bénéficie actuellement de 35 écoles primaires publiques et de cinq écoles secondaires non confessionnelles dirigées par le département mannois de l'Éducation. Les écoles secondaires sont les suivantes: la Castle Rushen High School dans le Sud, la Ramsey Grammar School dans le Nord, la St Ninian's High School et la Ballakermeen High School à Douglas et la Queen Elizabeth II High School dans l'Ouest.
À la différence des écoles du Royaume-Uni, les écoles de l'île de Man enseignent le gaélique mannois aux enfants à partir de l'âge de leur septième année. Ils doivent également apprendre le français. La Loi sur l'éducation (2001), qui entrait en vigueur en 2004, précise ainsi le programme d'enseignement (art. 3 et 4) :
Les élèves âgés de 14 à 16 ans (cycle principal 4)
1) Les principes suivants s'appliquent au programme d'études pour tous les élèves âgés de 14 à 16 ans :
2) Le programme d'études pour des élèves âgés de 14 à 16 ans doit comprendre:
(a) l'anglais;
(d) l'éducation religieuse;
(f) la culture et l'histoire mannoises (qu'il est possible enseigner au moyen d'autres matières).
3) De plus, une gamme d'autres options possibles est disponible à tous les élèves âgés de 14 à 16 ans, ce qui comprend:
(a) une langue étrangère moderne;
(g) le gaélique mannois;
4) Nulle autre option qui ne mène pas à une accréditation extérieure reconnue ne peut être offerte sans l'approbation préalable de la direction de l'école.
Selon ce programme, les cours d'histoire et de géographie ont été révisés afin d'assurer qu'ils reflètent adéquatement l'histoire et la géographie de l'île de Man. Les cours de gaélique mannois ne sont obligatoires qu'au secondaire; au primaire, ils demeurent une matière facultative. De toute façon, le mannois est enseigné comme matière, non comme langue maternelle, ce qui réduit l'opposition éventuelle de la part des parents trop anglophiles.
Le Conseil de l'éducation, conjointement avec la Fondation pour le patrimoine mannois, assure l'offre des cours au primaire à tous les élèves des établissements primaires et secondaires, et de cours facultatifs d'approfondissement. Le Conseil de l'éducation s'assure de la formation des enseignants à cette fin. L'enseignement est dispensé par une équipe itinérante qui comprend un responsable du mannois et trois enseignants. Les buts poursuivis du Ministère sont les suivants :
1) offrir un enseignement scolaire du mannois pour les enfants dont les parents le souhaitent;
2) susciter un sentiment d'identité et développer la confiance en soi;
3) promouvoir des attitudes positives à l'égard de la culture mannoise;
4) promouvoir des attitudes positives à l'égard de l'apprentissage de la langue.
1) permettre aux élèves qui étudient le mannois d'expérimenter diverses situations d'apprentissage qui seront conçues pour être à la fois agréables et efficaces;
2) permettre aux élèves de parler, de lire et (dans une moindre mesure) d'écrire le mannois dans diverses situations concrètes;
3) permettre aux élèves de poursuivre un programme continu et progressif afin d'obtenir, à terme, un Certificat général en mannois.
Depuis 2001, il existe un type d'école primaire particulier: la Manx Gaelic School (en mannois: la Bunscoill Ghaelgagh). Dans ce genre d'établissement, les enfants apprennent toutes leurs matières en gaélique mannois. La Bunscoill Ghaelgagh fut ouverte en septembre 2001 dans l'école Ballacottier de Douglas, la capitale. En janvier 2003, l'établissement fut déplacé dans une école du Vieux-Saint-Jean. En septembre 2005, on comptait 43 enfants recevant entièrement leur instruction en mannois; en 2012, c'étaient 78 enfants. L'objectif est de former des enfants bilingues maîtrisant l'anglais et le mannois. En quittant l'école primaire en mannois, les élèves ont la possibilité de poursuivre leurs études dans trois disciplines en mannois au sein des écoles secondaires de la zone de recrutement où se trouve une Bunscoill.
Dans deux des cinq écoles secondaires, le mannois est devenu une discipline facultative proposée à des élèves dont l'âge varie de 11 à 14 ans. Ces derniers peuvent réussir des examens de niveau général et avancé destinés à valider les cours de gaélique mannois.
Enfin, le gouvernement encourage et finance une partie des activités de la Yn Cheshaght Ghailckagh, c'est-à-dire la Manx Gaelic Society (ou Société du gaélique mannois). Celle-ci désire préserver le mannois comme langue nationale de l'île, et diffuser la culture et la littérature gaélique. La Société du gaélique mannois informe aussi l'opinion publique sur les livres écrits en mannois, la musique et les chansons mannoises, et diffuse des messages destinés à encourager l'emploi du mannois à l'oral ainsi que son enseignement dans les écoles.
Selon des sources gouvernementales mannoises, 30 % des élèves comprendraient le mannois. Or, on compte seulement une douzaine d'établissements d'enseignement — sur plus de 30 écoles pour toute l'île — qui offrent, généralement en cours du soir, à une centaine d'élèves des cours de mannois comme langue seconde. De façon plus réaliste, environ 1800 personnes sauraient lire et écrire en mannois et seulement de 200 à 300 personnes pourraient s'exprimer oralement en mannois... en tant que langue seconde. Même si, à partir de la 3e année du primaire, le français est une langue étrangère obligatoire dans toutes les écoles de l'île, ils peuvent apprendre également au choix l'allemand ou l'espagnol.
Quant à l'enseignement supérieur, le département de l'Éducation encourage et soutient les étudiants qui accèdent à ce niveau d'enseignement dans les collèges et universités du Royaume-Uni ou encore au Isle of Man College, le tout grâce à des subventions et un système de de bourses. Cet appui est entièrement financé par le gouvernement local et le programme est mis à jour chaque année selon les règlements du Tynwald.
L'enseignement du mannois au primaire et au secondaire a principalement comme objectif de développer auprès de la population une identité nationale positive. Étant donné que moins de 50 % des Mannois ne sont pas natifs de l'île, l'enseignement du mannois doit au moins assurer que les enfants reçoivent une instruction particulière concernant la culture et l'histoire de l'île. En ce sens, l'enseignement de la langue mannoise peut être considérée comme culturellement inclusive. d'ailleurs, l'accent est mis de plus en plus sur l'enseignement des «compétences en matière de citoyenneté» (en anglais: "citizenship skills") dans les écoles. La langue et la culture mannoises peuvent fournir une identité enracinée pour tous les enfants de l'île et elles peuvent renforcer les liens entre le traditionnel et le moderne.
Le gouvernement semble avoir réussi à susciter une demande croissante pour l'enseignement du mannois. Un 2001, un sondage de la firme Ipsos Mori révélait que près de 25 % des répondants mannois seraient intéressés à apprendre le mannois, tandis que le sondage sur la culture et le patrimoine indiquait que 75 % croyaient que la langue et la culture étaient importants pour l'identité nationale et que 86 % pensaient qu'il devrait y avoir plus d'encouragement pour les enfants à apprendre la langue. Évidemment, tout le monde est pour la vertu. Dans les faits, lorsque le gouvernement tente d'imposer des mesures destinées à valoriser le mannois, les insulaires s'y opposent. Il n'acceptent que ce qui est de nature symbolique. Les parents sont influencés par une variété de facteurs lorsqu'il leur faut décider de faire instruire leurs enfants en anglais ou en mannois. L'un de ces facteurs réside dans la valeur sociale du mannois par rapport à l'anglais. Or, sur cet aspect, le mannois ne pèse pas lourd, surtout par ceux qui, majoritaires, sont nés hors de l'île.
Il n'existe guère de législation spécifique concernant les médias sur l'île, sauf pour les médias électroniques. Les journaux (Isle of Man Examiner, Courrier, Manx Independant, Business News) sont tous unilingues anglais. Dans la presse mannoise, le gaélique mannois apparaît, dans un quotidien, de manière irrégulière sous la forme d'une rubrique bilingue d'informations et, dans un autre, sous celle d'une chronique hebdomadaire. Les seules publications régulières en mannois sont les lois du Parlement local et les livres scolaires destinés aux enfants des écoles primaires et secondaires.
En ce qui a trait aux médias électroniques, la Broadcasting Act de 1993 (Loi sur la radiodiffusion) prévoit qu'une licence octroyée aux services de radiodiffusion sonore destinés à l'île de Man compte une disposition selon laquelle le titulaire de cette licence doit inclure dans sa programmation une certaine proportion d'émissions en gaélique mannois. Il s'agit de l'article 12 de la Loi sur la radiodiffusion (1993) :
Radiodiffusion en gaélique
1) Une licence pour un service de radiodiffusion sonore destiné à la réception sur la totalité ou la majorité de l'île comprend une disposition selon laquelle le titulaire de cette licence doit inclure dans sa programmation une certaine proportion d'émissions en gaélique mannois, qui peut être spécifiée dans la licence ou déterminée en fonction du type de licence.
2) Lorsqu'une une licence est accordée en vertu d'une disposition mentionnée au paragraphe 1, le Trésor doit, après consultation auprès de la Commission, effectuer des paiements, par voie de subventions ou autrement, au détenteur de la licence ou à toute autre personne dans le but de financer la création et l'inclusion dans le service en question d'émissions en gaélique mannois.
3) Il est créé un organisme appelé Comité de radiodiffusion en gaélique (''le Comité''), comprenant un président et pas moins de trois autres membres nommés par le Conseil des ministres.
4) Avant la nomination d'un membre du Comité, le Conseil des ministres doit consulter la Commission et les personnes ayant une connaissance du gaélique mannois, tel qu'il apparaît pertinent au Conseil des ministres.
5) Les membres du Comité maintiennent un bureau, conformément au mandat lors de leur nomination.
6) Les fonctions du Comité doivent promouvoir et conseiller la Commission et le Trésor sur la création et la radiodiffusion d'émissions en gaélique mannois.
7) Le Comité doit, chaque année, informer le Conseil des ministres sur le travail du Comité au cours de l'année précédente, mais le rapport doit être remis auparavant au Tynwald. Dans le présent paragraphe, «année» désigne l'année se terminant au 31 mars.
8) Dans le présent article, «émissions en gaélique mannois» comprend des programmes en anglais pour l'enseignement du gaélique mannois.
Il ne faut pas de faire trop d'illusions à ce sujet, car les émissions en mannois ne seront jamais rentables en raison du trop petit nombre de locuteurs capables de comprendre cette langue.
La Manx Radio (en mannois: Radio Vannin) est la station de radio commerciale de l'île de Man. La station a commencé à émettre le 29 juin 1964, presque dix ans avant que la radio commerciale n'ait obtenu une licence du Royaume-Uni. Même si les organismes de Man ne sont pas soumis aux lois sur la radiodiffusion du Royaume-Uni, le gouvernement de Man a dû demander une fréquence afin d'émettre sur le territoire du Royaume-Uni. La Manx Radio diffuse principalement en anglais avec quelques heures par semaine consacrées à des émissions en mannois. Certaines émissions sont diffusées dans d'autres langues européennes, dont le français et l'allemand.
Le gouvernement de l'île subventionne la Commission pour la radiodiffusion en gaélique (Bing Ymskeaylley Gaelgagh), qui donne des conseils sur la réalisation et la diffusion des programmes en gaélique mannois.
Le gouvernement de l'île de Man pratique un bilinguisme symbolique limité d'ailleurs à la législature, à des en-têtes de lettres, des inscriptions sur les édifices publics et des cours facultatifs dans les écoles primaires. Pour le reste, le mannois à l'île de Man demeure une curiosité historique, presque tout autant que le fameux «chat de l'île de Man», une race dont la caractéristique principale est l'absence de queue.
Dans ces conditions, il est malaisé de parler de «droits linguistiques», car le seul statut juridique reconnu est celui d'une «langue régionale» accordé en fonction de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, signée d'ailleurs par le Royaume-Uni. Si le gouvernement mannois s'emploie activement à promouvoir une plus grande connaissance du gaélique mannois, il est également conscient que le faible nombre des locuteurs de cette langue représente un handicap majeur. C'est pourquoi il veille à ce que cette promotion ne soit pas menée de façon à engendrer des problèmes ou un ressentiment parmi la majorité des habitants de l'île, qui ne parlent que peu ou pas du tout le mannois. Si la population paraît d'accord en principe sur la promotion d'un bilinguisme symbolique, elle demeure très réticente à toute forme de coercition à ce sujet.
Quoi qu'il en soit, la vitalité du mannois risque de meurer symbolique, car rien n'indique que cette langue puisse un jour devenir une langue de travail, des affaires et des loisirs. Une population entière ne parle pas une langue pour des motifs strictement identitaires, mais pour des raisons économiques parce que la connaissance d'une langue permet de gagner sa vie, d'améliorer son niveau de vie et de se hausser dans la hiérarchie sociale. Pour le moment, rien d'indique que le mannois se dirige dans cette voie.
En définitive, la politique linguistique mannoise ne pourra faire en sorte que le gaélique mannois remplace un jour l’anglais comme langue véhiculaire dans l’île, mais elle pourra peut-être perpétuer l’usage d’une langue seconde. Après avoir été une langue morte, le mannois a accédé à une certaine supériorité identitaire qui ne menace pas le moindrement du monde la langue anglaise. Le modèle de l'île de Man montre bien qu'une langue, même après sa mort, peut survivre comme symbole identitaire. Il est peu probable que la politique linguistique ait pour effet de redonner vie au mannois, car il est maintenant trop tard pour appliquer une politique de bilinguisme plus systématique dans laquelle le mannois et l'anglais seraient sur un pied d'égalité. Pourquoi les Mannois consacreraient-ils tant d'efforts intellectuels, pédagogiques et financiers à maîtriser le mannois si c'est l'anglais qui demeure la langue de la réussite sociale? Il faut retenir que ce ne sont pas les beaux discours, les grands congrès nationaux, les grandes campagnes de promotion linguistique, les grands sentiments axés sur l’identité nationale, qui assurent la survie d’une langue. Rien à ce sujet ne peut modifier le comportement linguistique des individus! Pour gagner sa vie dans l'île de Man et pour obtenir de la reconnaissance sociale, c'est l'anglais qui est nécessaire, pas le gaélique mannois. Tant qu'il ne sera pas possible de changer cette situation, le mannois demeurera avant tout une langue du drapeau, c'est-à-dire une bannière identitaire.

References: l'article 7
 l'article 34

L'article 3
 l'article 3

L'article 55
 l'article 2
 l'article 10
 l'article 2
 l'article 7
 l'article 35
 l'article 12