Source: https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2017/05/histoire-de-jules-ecolier-de-1900.html
Timestamp: 2018-02-24 19:34:52+00:00

Document:
Musée de l'école à Montceau-les-Mines: Histoire de Jules, écolier de 1900 (VIII)
« J’aurai mon vélo ! »
Une partie des élèves pourront, à l’issue de leur scolarité obligatoire, être présentés au « Certificat ». En ce qui concerne Jules, bon écolier, ses capacités ont été décelées par le maître, il poussera encore plus loin sa réussite pour peu que sa famille en soit d’accord. Après avoir passé son Certificat d’Etudes Primaires, il pourra accéder à d’autres examens.
Ce premier certificat est institué par la Circulaire du 20 août 1866, à la fin du Second Empire. En 1878, 40 000 certificats sont délivrés sur 83 départements. La loi de 1880 précise les modalités de passage de cet examen et dès 1882 (1), il est passé par les enfants de 11 ans révolus (peu nombreux) et permet d'entrer au cours supérieur, qui comprend deux années, ou de quitter l'école.
Aux termes de la loi du 6 novembre 1892, le C.E.P donne le droit à un enfant d'être admis dans les établissements industriels à partir de 12 ans au lieu de 13.
Si c’est la loi de 1882 qui rend obligatoire l'organisation du certificat, elle n’en rend pas obligatoire le passage. Jusqu'en 1936, on devait s'y présenter (ou y être présenté…) avant l'âge de 13 ans.
Les communes ou la Caisse d'Epargne récompensaient alors les candidats, comme en 1929, à Palinges, où les impétrants recevaient la somme de 50 F de la Caisse d'Epargne locale avec un bonus de 20 F à la première du canton offert par la commune.
En 1923 et en 1946, on a tenté de créer un examen en deux parties, la réussite à la première partie aurait permis d'entrer en 6ème. En 1936, le C.E.P peut être passé jusqu'à 14 ans par des élèves qui achèvent ainsi leur scolarité obligatoire. Il disparaîtra avec le Décret du 28 août 1989 car depuis 1972, ce n'était plus qu'un examen pour adultes et enfants volontaires. Dans notre région, après 1945, des marchands vendaient des cocardes que tout candidat reçu s'empressait d'acheter et d'épingler sur son plastron pour montrer à tous sa réussite. Les familles avaient parfois économisé pour offrir un vélo à l'heureux certifié...
L’obtention du Certificat d’Etudes Primaires est la porte d’entrée obligatoire à la formation au Brevet Élémentaire, il faut avoir 16 ans au 1er octobre de l'année de l'examen. Il comporte 3 séries d'épreuves.
Depuis l'ordonnance de 1816, les postulants instituteurs doivent présenter un titre de capacité : le Brevet Élémentaire en question. La loi Guizot de 1833 distinguait le Brevet de degré élémentaire et le Brevet de degré supérieur. Les futurs instituteurs entrent à l'Ecole Normale sur concours pour deux ans et préparent ces brevets.
La loi du 6 juin 1881 exige cette fois le Brevet Elémentaire pour les instituteurs des écoles publiques et privées, ce qui supprime dans les faits la lettre d'obédience des congréganistes, datant de 1850. A noter qu'à cette époque, il n'est possédé que par 80% des laïcs et 9 à 10% des congréganistes. Plus tard, le Brevet Élémentaire sera passé en 3ème de lycée, de Cours Complémentaires, de Collèges d'Enseignement Général, de Collèges d'Enseignement Secondaire et changera plusieurs fois de formule.
Pour passer par la suite les épreuves du Brevet Supérieur, il fallait évidemment posséder le Brevet Élémentaire et avoir 18 ans au 1er octobre de l'année de l'examen. Les épreuves écrites sont éliminatoires et l'admissibilité permet de passer les épreuves orales. Jean Zay, Ministre de l'Instruction Publique, proposera le 5 mars 1937 que les Directeurs d'écoles primaires possèdent en plus le baccalauréat.
Après les lois Ferry, les institutrices et les instituteurs étaient souvent à l’origine des vocations intellectuelles de leurs élèves et les préparaient assidûment à ces différents examens :
"Neuf heures. C'est la fin d'une longue journée laborieuse et la veillée s'achève dans notre grande cuisine. La mémé tricote au coin du feu. (..) Autour de la longue table rectangulaire baignée par la lueur d'une haute lampe à pétrole, il y a maman et les deux adjointes que nous avons prises en pension. Mademoiselle Dauxois, chlorotique et silencieuse, mène une vie effacée. Elle découpe avec soin, et à tout petit bruit, dans de vieilles couvertures de cahiers, d'étroites et longues bandes multicolores que les fillettes de la petite classe tisseront à l'heure du travail manuel. Mademoiselle Rivet, une bouche moqueuse, des yeux myopes, mais pourtant vifs sous le binocle pédagogique, se montre aussi expansive que Mademoiselle Dauxois apparaît réservée. Elle mène la classe du certificat d'études avec décision et belle humeur. La voici qui pouffe en annotant les rédactions de ses élèves : "Non ! Ces sottes n'en font pas d'autres ! ". (..) L'étude du soir, de cinq à sept, se passait en petit comité. Maman (2) la réservait à la douzaine d'aspirantes qui lui paraissaient aptes à réussir au Brevet ou à l'Ecole Normale. J'y étais admis sans cérémonie. Cela commençait par un exercice scolaire : dictée, problème ou rédaction. Les problèmes me rebutaient; mais j'acceptais volontiers l'épreuve d'orthographe et de composition où, sensiblement plus jeune, je n'arrivais pas toujours dernier. Pendant la deuxième heure, le travail était libre. Nous nous rapprochions; nous nous faisions réciter nos leçons à voix basse tandis que "La Dame" préparait la classe du lendemain. (..) Lorsqu'enfin l'horloge de l'hôtel de ville laissait tomber sept coups, nous rangions nos affaires. Maman se levait, recevait et rendait en souriant le bonsoir de ses disciples. Elle éteignait le gaz, vérifiait le compteur, et nous montions dîner."(Extrait de "Au Pays Noir", H.Besseige.).
(1) : ARRÊTÉ DU 16 JUIN 1880 :
Art. 2 - À l'époque et dans les délais prescrits par l'inspecteur d'académie, chaque instituteur dresse, pour son école, l'état des candidats au certificat d'études. Cet état porte : les nom et prénoms, la date et le lieu de naissance, la demeure de la famille, la signature de chaque candidat. L'état, visé et certifié par le maire, est transmis, en temps opportun, à l'inspecteur primaire. Aucun candidat ne peut être inscrit s'il n'a au moins 12 ans au 1er octobre de l'année de l'examen.
Art. 3 - Les épreuves de l'examen sont de deux sortes : les épreuves écrites et les épreuves orales. Les épreuves écrites ont lieu à huis clos, sous la surveillance des membres de la commission ; elles comprennent :
- Une dictée d'orthographe de vingt-cinq lignes au plus ; le point final de chaque phrase est indiqué ;
- La dictée peut servir d'épreuve d'écriture ;
- Deux questions d'arithmétique portant sur les applications du calcul et du système métrique, avec solution raisonnée ;
- Une rédaction d'un genre simple (récit, lettre, etc.).
- Les jeunes filles exécuteront, en outre, un travail de couture usuelle, sous la surveillance d'une dame désignée à cet effet. Les textes et les sujets de compositions, choisis par l'inspecteur d'académie, sont remis, à l'ouverture des épreuves, sous pli cacheté, au président de la commission. Les compositions portent en tête et sous pli fermé les nom et prénoms des candidats, avec l'indication de l'école à laquelle ils appartiennent ; ce pli n'est ouvert qu'après l'achèvement de la correction des copies et l'inscription des notes données pour chacune d'elles.
Chiffre maximum d'appréciation
Nota : Le texte est lu préalablement à haute voix, dicté, puis relu, et cinq minutes sont accordées aux candidats pour se corriger.Tout élève ayant fait plus de cinq fautes d'orthographe dans la dictée est éliminé. La dictée d'orthographe est corrigée d'après les règles suivantes : chaque demi-faute fait diminuer le maximum d'un point ; une faute d'orthographe grammaticale, une faute ; l'accent changeant la nature du mot, une demi-faute ; les autres fautes d'accent, les fautes de cédille, de trait d'union, de tréma, de majuscule, de ponctuation, appréciées par le jury, sont évaluées, dans leur ensemble, une faute ou une demi-faute.
La nullité d'une épreuve entraîne l'élimination. Les compositions sont corrigées, séance tenante, par les membres de la commission. L'indication de la note est portée en tête de chaque copie et sur un tableau dressé à cet effet. Ne sont admis aux épreuves orales que les candidats qui ont obtenu, pour la première série d'épreuves, au moins la moyenne de 20 points (garçons) ou de 25 points (filles).
- La lecture expliquée ; l'analyse d'une phrase de la lecture ou d'une phrase écrite au tableau noir ; les éléments de l'histoire et de la géographie de la France ; des questions d'application pratique sur le calcul et sur le système métrique.
Les épreuves orales sont appréciées de la même manière que les épreuves écrites, c'est-à-dire au moyen d'un chiffre variant de 0 à 10. La durée de l'ensemble des épreuves, pour chaque candidat, ne doit pas excéder vingt-cinq minutes.
Art. 6 - Les points obtenus pour les épreuves orales sont ajoutés aux points obtenus pour les épreuves écrites.Nul n'est définitivement déclaré apte à recevoir le certificat d'études s'il n'a obtenu la moitié au moins du total maximum des points accordés pour les deux catégories d'épreuves, soit 40 points pour les garçons, 45 points pour les filles.
Art. 7 - Outre les matières énoncées aux articles 3 et 5 du présent règlement, l'examen peut comprendre : un exercice de dessin linéaire et des interrogations sur l'agriculture.
Art. 8 - Le procès-verbal de l'examen est transmis à l'inspecteur d'académie, qui, après avoir vérifié la régularité des opérations, délivre, s'il y a lieu, le certificat d'études.
Art. 9 - Le surplus des dispositions à prendre pour assurer la marche des examens et les opérations des commissions sera réglé par les autorités départementales.
Article rajouté par la loi de 1882 :
Art. 6 - Il est institué un certificat d'études primaires ; il est décerné après un examen public auquel pourront se présenter les enfants dès l'âge de onze ans. Ceux qui, à partir de cet âge, auront obtenu le certificat d'études primaires, seront dispensés du temps de scolarité obligatoire qui leur restait à passer. [...]
(2) : SOUVENIR DE L'ECOLE DE FILLES DE MONTCEAU-CENTRE :
Edifiée en 1881 et 1882 par la Municipalité du Docteur Jeannin, ce bâtiment, en tous points identique à celui que nous occupons au musée (bâtiment classé à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques), se dressait à l'angle de la rue E.Pottier et de la rue Centrale (aujourd'hui rue Carnot).
Madame Besseige (née Pierrette Roy), mère d'Henri Besseige, en fut la première Directrice, d'abord chargée de la classe du Certificat, puis, vers les années 1890, d'une classe de Cours Complémentaire, qui préparait au Brevet Elémentaire et au concours d'entrée à l'Ecole Normale.
Madame Besseige exerça ses fonctions jusqu'à son admission à la retraite en 1911.
En 1947, le Cours Complémentaire, séparé de l'école primaire, s'installa à l'ancienne école des Mines, rue de l'Hôpital (actuellement collège Saint Exupéry). L'école primaire conserva ses locaux jusqu'en 1970.
L'école de garçons de la rue Jean Jaurès, devenue mixte en 1970, accueillit alors les élèves de l'école de filles de la rue Carnot... qui disparut en 1974 (année de démolition du bâtiment).
Publié par Patrick PLUCHOT, Président du Musée de la Maison d'école à Montceau-les-Mines à 06:22

References: Art. 2

Art. 3

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 6