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Timestamp: 2019-05-27 09:27:26+00:00

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LE PHILOSOPHE PHILANTHROPE – 2 – L’homéopathie
Dans Actualités, Articles par Belladonna 30/04/2019 Laisser un commentaire
Homéopathe : la définition
La question se pose alors : qu’est-ce qu’on peut appeler un homéopathe ? Existe-il une définition puisque chacun semble pratiquer comme il veut l’homéopathie, et même réclamer toute liberté thérapeutique ? Nous avons parlé à l’instant de la proportion de résistants, il faut envisager maintenant celle des génies. Si nous considérons le siècle de Hahnemann, quels noms restent ? Une poignée comme Newton, Goethe, Mozart, D’Alembert, sur environ un milliard d’habitants de la planète à l’époque. Je préfère donc ne pas faire le calcul mais rester pragmatique en préférant étudier d’abord ce qu’un génie a à nous dire.
Combien de gens avant Newton ont-ils vu tomber une pomme avant qu’un génie se dise qu’une force doit nécessairement être appliquée à celle-ci pour qu’elle tombe ?
Combien de médecins depuis Hippocrate ont-ils constaté qu’une maladie pouvait en guérir une autre du moment que leurs symptômes coïncidaient ? On a vu ainsi nombre d’orchites chroniques guéries après les oreillons dont c’est une complication classique. Les exemples sont légion, Hahnemann en cite des centaines tirées des observations allopathiques de son temps. Aujourd’hui encore on se « surprend » à constater que telle affection connue dans la liste des effets « indésirables » d’une drogue allopathie a pourtant été guérie par cette même drogue…
Seul Hahnemann s’est demandé s’il n’y avait pas là une loi générale que nous appelons Loi de Similitude et a cherché à explorer cela expérimentalement. Ce n’est qu’au bout de 55 ans de recherches qu’il énonce au §26 :
26.— C’est ainsi que l’expérience prouve que tous les médicaments guérissent, sans exception, les maladies dont les symptômes ressemblent à leur [maladie artificielle], et qu’aucune ne leur résiste.[1]
Ceci repose sur la loi naturelle de l’homéopathie, loi parfois pressentie, mais méconnue jusqu’ici, bien qu’elle ait été dans tous les temps la base de toute guérison véritable, à savoir que:
Dans l’organisme vivant, une affection dynamique plus faible est éteinte d’une manière durable par une plus forte, si celle-ci (cependant différente d’espèce) lui ressemble cependant beaucoup dans sa manifestation (a). [Voir §45]
Peut-on réduire, comme bien des praticiens le prétendent, l’homéopathie à la loi des semblables ? La réponse est évidemment non et surtout formulée ainsi. Ce serait croire que le caoutchouc c’est la même chose que la sève de l’hévéa, alors qu’il y a un monde entre les deux.
Ainsi que l’avaient constaté quelques pionniers avant Hahnemann, de nombreux écueils guettent celui qui emprunte le chemin des semblables, pourtant le seul possible pour amener à une guérison. Le gros problème auquel on se heurte en premier c’est la réaction excessive du malade à qui on administre une drogue susceptible de mimer son état. Comme on peut s’y attendre, une aggravation fantastique survient immanquablement et empêche le résultat favorable. En cherchant à contourner cet inconvénient, le Fondateur a découvert la dynamisation. Il écrit :
269.— Le système de médecine homéopathique développe pour son usage spécial un procédé tout à fait inédit et qui n’avait jamais été expérimenté jusqu’alors, qui dégage et libère les vertus médicinales immatérielles inhérentes aux substances brutes. Par ce moyen seulement, celles-ci acquièrent des vertus médicinales et une efficacité incommensurablement pénétrantes (a), même celles qui à l’état brut ne donnent pas le moindre signe d’action médicinale sur le corps humain.
Cette transformation remarquable des qualités des corps de la nature développe les puissances latentes dynamiques, jusqu’à maintenant passées inaperçues, comme si elles étaient recelées dormantes dans un état potentiel (b), mais capables d’influencer la force vitale, et de modifier le bien-être de la vie animale (c) [Voir §11]. Ce processus est dénommé dynamisation, « potentialisation » (développement de la puissance médicinale) et ses produits sont des dynamisations (d) ou puissances obtenues à différents degrés.
Si on ne peut pas réduire l’homéopathie à la Loi des Semblables, il n’est pas non plus possible de la réduire à la prescription de substances dynamisées. Seule l’étude attentive et l’observance de tous les aphorismes de l’Organon peut produire un véritable homéopathe.
lois absolues et Principe de Relativité
Prenez par exemple les Principia de Newton. Dans son ouvrage immortel publié en 1687, le savant décrit toutes les équations nécessaires encore aujourd’hui pour comprendre le mouvement des corps célestes, placer un satellite en orbite, ou poser une sonde à la surface de Titan. Vieux de plus de 3 siècles, le livre n’a jamais pris une seule ride. Pourquoi ? Parce qu’il décrit des lois, patiemment déduites de l’observation et qu’il n’y a aucune spéculation ni interprétation de la part du savant.
Ce que Newton a fait pour la physique, Hahnemann l’a réalisé pour la médecine. C’est pourquoi l’Organon n’a pas vieilli non plus. Ce qu’il décrit de la compréhension des phénomènes pathologiques et des réactions à toute substance active introduite dans un organisme vivant restera éternellement vrai.
Ce qu’il nous faut retenir c’est qu’il n’existe pas de proposition unique possédant une valeur absolue, mais uniquement des propositions relatives qui prennent du sens lorsqu’elles sont appréhendées toutes ensemble. L’Organon ne permet de devenir homéopathe que lorsque son ensemble est appliqué, on peut éventuellement le compléter mais rien y retrancher.
Le patient manifeste une réalité semblable : il ne peut être réduit à un organe malade, et la seule manière d’aborder le problème c’est par la totalité de ses symptômes qui caractérise indirectement l’intérieur invisible de l’organisme. C’est cette totalité qui caractérise le cas, c’est la notion de totalité signifiante.[2]
Les propriétés des médicaments ne peuvent en aucun cas non plus se réduire à un seul symptôme, thème ou idée. C’est bien un ensemble de signes apparus expérimentalement et confirmés cliniquement qui nous donne une idée de son génie particulier, de son empreinte dans l’organisme, de sa capacité à produire une certaine maladie artificielle. Pareillement, une maladie ne peut se définir qu’avec un syndrome particulier, un ensemble de signes et de symptômes.
Cette notion de relativité introduite par Hahnemann en médecine n’est pas sans rappeler l’inexistence de repère absolu qui a conduit Poincaré à formuler la relativité, idée qui lui a été ensuite subtilisée par Einstein. Même l’existence des nombres premiers, qui ne sont divisibles que par eux-mêmes ou par 1 semble nous confirmer que l’univers ne pourra pas être réduit à une simple loi du tout.
Ainsi des rares certitudes peuvent se dégager, confirmée par 200 ans d’existence de l’homéopathie pure,
Il n’est pas possible de propulser un concept relatif en concept absolu. Pas plus qu’il ne sera possible d’établir une théorie du tout, de résumer l’univers à une seule formule « magique. »
Il s’ensuit que puisque le malade exprime par une totalité de symptômes sa pathologie, c’est une vue de l’esprit de ne s’adresser qu’à un sous-ensemble arbitraire de symptômes (allopathie), ou de ne le résumer qu’un un symptôme « essentiel » (dérives de l’homéopathie).
Par conséquent, la seule méthode thérapeutique viable est celle qui intègre les points 1 et 2. Cela s’appelle l’homéopathie… nous discuterons plu loin (voir Thérapie séquentielle) du paradoxe entre une loi absolue de guérison et son application par un ensemble de règles relatives.
Toutes les déviations de l’homéopathie seront caractérisées par leur positionnement autour d’un fait de valeur relative érigé en absolu. Exit donc les « recherches » et autres spéculations autour d’une supposée « essence » d’un médicament, cela n’existe pas plus que l’essence de l’homéopathie ou d’un malade… Exit la médecine classique mais aussi tous les faiseurs de systèmes qui se saisissent d’un minuscule petit bout d’homéopathie, qu’ils n’ont jamais étudiée, pour ériger ce fragment en système et faire école.
Seule la démarche philosophique peut nous garantir contre de tels errements, dont les plus haut scientifiques sont victimes, aussi bien que les humbles praticiens. Le propos est d’élargir notre conscience pour nous empêcher de sombrer dans de tels dogmatismes. C’est un exercice constant qu’il faut mener contre notre propre nature, qui nous incite à nous accrocher à ce qui est déjà connu, à ce qui a déjà fonctionné.
Le philosophe philanthrope***
Cependant se contenter de philosopher ne peut suffire en médecine. Essayer de bien penser et traquer nos zones de fanatisme est une chose, encore faut-il agir pour secourir les malades. Voici ce que dit le Maître au §285 :
L’homéopathe est avant tout un philanthrope, il ne fait pas comme tant d’autres confrères de l’Ecole officielle qui prescrivent des remèdes dont ils ignorent l’action positive sur l’homme sain et dont ils ont seulement ouï dire « qu’il a fait du bien dans telle ou telle maladie » [comme les publications et autres études prétendument scientifiques émanant des grands laboratoires, études sur les animaux, etc.]
L’homéopathe véritable est donc un amoureux du genre humain, il met l’humanité au premier rang de ses priorités. Cet état d’esprit se traduit concrètement par le fait que le philanthrope met tout en œuvre pour améliorer le sort du genre humain. Et c’est bien ce qu’exige Hahnemann dès le premier paragraphe de l’Organon :
Sa vocation ne consiste pas non plus à chercher par d’innombrables tentatives d’expliquer les phénomènes pathologiques et la cause prochaine des maladies, etc., qui leur est toujours restée cachée.
Nous en avons assez de ces savantes rêveries que l’on appelle médecine théorique et pour lesquelles on a même institué des chaires spéciales et il est grand temps que ceux qui se disent médecins cessent de tromper les pauvres humains par leur galimatias et commencent enfin à agir, c’est-à-dire à secourir et guérir réellement.
Admirable construction en thèse et antithèse comme souvent dans l’Organon. Hahnemann rappelle notre devoir, qui consiste à guérir, puis explicite les travers les plus courants rencontrés chez les médecins :
Forger des prétendus systèmes. Prenant le cadavre comme modèle de santé depuis Vésale, la médecine classique n’est elle même plus qu’un énorme système arbitraire qui se décompose à la manière d’un kaléidoscope en différents appareils traités chacun selon des théories physiopathologiques. Dans l’homéopathie, ces systèmes prolifèrent comme des parasites au point où la véritable homéopathie n’est bientôt plus discernable. Comme nous l’avons vu, ces systèmes érigent une vérité tout relative en concept absolu. Scintillants et attractifs à leurs débuts, comme toute mode, ils ne survivent jamais à leur inventeur…
Explications interminables. C’est un fait courant de justifier les déviances via une allégeance à la science officielle, c’est un peu le pendant en médecine des délires ufologistes. Les auteurs retirent quelque crédit en utilisant comme point de départ une nouvelle découverte scientifique (à la mode de préférence, c’est à dire qui possède une certaine audience dans le grand public) pour la déformer ensuite au service de leur propre fantaisie. On trouvera souvent des phrases telles que « on sait aujourd’hui que », ce qui permettra d’utiliser toute nouvelle découverte des sciences dures pour croire l’utiliser en médecine. A côté de ces démarches de charlatans, on peut faire rentrer ici la médecine classique qui persiste à baser ses traitements sur de théories, invariablement avec le même échec. Il aurait pourtant suffi d’observer la nature pour tenter d’en déduire les lois qui régissent les phénomènes, comme dan toutes les autres sciences. Hahnemann fait ici le procès de la démarche réductionniste qui ne pourra jamais rendre service en biologie.
Expressions vagues et pompeuses. Pour atteindre le point 2, il s’agira bien souvent d’en mettre plein la figure avec des termes dans l’air du temps. Jetons un regard amusé vers la « thérapie quantique », « méthode de la sensation », etc. Parmi des centaines de perles : « L’action énergétique utilisée en thérapie quantique est proche des rayonnements électromagnétiques de la nature et est destinée à influencer de façon cohérente les fonctions de la cellule, des tissus et des organes de l’individu tout entier »
L’homéopathe est donc celui qui pense bien et qui agit pour porter secours. Il est nécessairement un philosophe philanthrope, il pense et il agit.
Force est d’avouer que peu de médecins répondent à cet idéal. Si tel état le cas nous n’aurions pour seule fierté que de guérir des malades, et non pas le besoin de nous distinguer pour avoir administré un médicament rarissime. En assistant à bien des congrès, on regrette que la plupart de ces prescripteurs n’aient pas lu les Précieuses ridicules !
A grand renfort d’annonces on tient à former à toutes ces nouvelles « approches », ce qui nous ramène au niveau de l’allopathie gouvernée par les modes. A chaque nouvelle génération d’homéopathes le niveau baisse un peu plus. Les prescripteurs n’ayant jamais appris l’Organon pratiquent et diffusent une caricature d’homéopathie toujours plus dévoyée, simplifiée et éloignée de l’original. Les résultats n’étant pas au rendez-vous, peu de gens ont le courage d’admettre leur faillite intellectuelle et d’effectuer un retour aux sources du génie. On élabore alors de nouvelles modes, de nouvelles théories, et le niveau continue de baisser pour maintenant friser avec la charlatanerie.[3] Finalement, on relativise « l’homéopathie » pour la réduire à une technique de prescription parmi des centaines d’autres. C’est une spirale épouvantable de baisse de niveau qui permet facilement de prévoir l’écroulement des écoles dites d’homéopathie qui ne pensent plus qu’à être dans la mode pour attirer le chaland.
Je continue d’espérer qu’il nous reste des bonnes volontés et des gens de bon sens pour inverser la tendance avant qu’elle nous soit fatale.
[1] C’est-à-dire quand la comparaison des effets d’un médicament avec ceux d’une maladie montre une grande homéopathicité établie d’après les critères du §153 et que le cas répond au §279.
[2] Je ne peux pas développer ici la notion de Gestalt, de la reconnaissance d’une forme globale. Ainsi pour reconnaître un arbre on ne passe pas l’écorce au microscope, ni on ne compte et examine chaque feuille, chaque branche.
[3] On en est maintenant à enseigner des médicament jamais expérimentés en fonction des indications d’astrologues !

References: §26
 §45
 §11
 §285
 §153
 §279