Source: http://www.de-siebenthal.com/page79_granges.htm
Timestamp: 2019-12-16 07:06:11+00:00

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page79_granges
La communauté dans l'entreprise
Introduction :Remarque préliminaire sur les difficultés inhérentes à toutes réflexions dans ce domaine.
Définition : La Communauté - sens abstrait- sens concret -définitions des économistes et sociologues - la communauté de destin.
L'Entreprise définition des économistes définition par les quatre causes
Thèse principale : L'entreprise est un corps vivant qui réalise une communauté de destin.
Trois notes révèlent un corps vivant : confirmation par la pathologie de l'entreprise.
a) L'important, c'est les hommes
b) La hiérarchie joue un rôle capital
c) Le rôle de l'argent
d) La communauté de destin doit englober tous les participants
e) Entreprise et structure sociale
f) Le projet de révision de la Constitution fédérale comporte de graves menaces pour l'entreprise communauté de destin.
g) Cette notion de l'entreprise est conforme à la doctrine sociale de l'Église.
La Communauté dans l'entreprise : voilà le sujet sur lequel nous allons nous entretenir un moment. Un autre conférencier vous a parlé ce matin des conditions d'une communauté. Il vous a montré l'importance de cette réalité humaine qui se réalise dans différents ordres. L'un de ceux-ci est l'ordre économique.
L'économie, la vie économique : un domaine bien difficile. Il y a une apparence de facilité qui peut nous leurrer, parce que nous participons tous à cet ordre. Nous manions, nous voyons manier quotidiennement des notions, des concepts qui relèvent de cet ordre sans nous préoccuper outre mesure de la réalité qu'ils recouvrent. De là découlent bien des opinions préconçues, des sympathies irréfléchies mais aussi un sentiment d'insécurité et d'impuissance vis-à-vis des problèmes économiques. Nous sommes habitués, dans le cadre de ces journées, de parler de questions relevant du Droit naturel et chrétien d'une façon assez directe.
Cela permet de s'appuyer sur un corps de doctrine bien établi, exposé entre autres dans les encycliques, selon la formule bien connue :"argument d'autorité sous-tendu par l'argument de raison"
Pour un sujet touchant au domaine de l'Économie, il nous faut sortir des chemins battus. Nous nous trouvons dans un domaine soumis plus intensément à la liberté humaine et où l'application du Droit naturel et chrétien demande un travail d'explicitation. Nous nous trouvons sur le terrain de l'arrangement pratique de notre entourage plutôt que sur celui des raisonnements philosophiques, dans le champ d'application de la vertu de prudence bien plus que dans celui de la raison raisonnante.
Il n'est besoin que d'avoir suivi les journaux ces dernières semaines pour se rendre compte de ce phénomène : ce ne sont que batailles d'experts sur les problèmes de la crise économique, du chômage, de la relance nécessaire, de la crise monétaire, etc... Si les experts eux-mêmes ne peuvent s'entendre, il doit bien y avoir une raison, ou bien plusieurs. Une de ces raisons c'est que dans ce domaine on a de la peine à formuler des définitions de base précises.
D'autres que moi, et de bien plus célèbres, ont fait l'expérience de cette difficulté. Comme illustration je vais vous citer un passage d'un auteur que vous connaissez bien, Marcel Clément. Il écrit :
"C'est l'une des difficultés principales de l'étude et de l'élaboration des sciences sociales que de formuler des définitions correctes. Dans certains cas, le Droit naturel fournit cette définition. C'est ainsi par exemple que l'essence même des sociétés naturelles telles que la famille et l'état est facile à connaître et à expliquer. Au contraire lorsqu'il s'agit des sociétés libres, que l'art de l'Homme a imaginées, on se heurte à des difficultés réelles dans l'élaboration de leur définition."
Donc domaine difficile et par conséquent résultats incertains et contestables. Mais ce domaine est toutefois de plus haute importance : la civilisation humaine est impensable sans une éclosion sur le plan de l'économie. C'est pourquoi il, vaut la peine, malgré les dangers de fausse route, d'essayer de faire un peu de clarté sur au moins un point précis : les rapports de ces deux entités : Communauté, Entreprise, et de tirer quelques conclusions de cet examen.
Ces quelques mots d'introduction vous expliquent pourquoi je mettrai beaucoup de soin à établir tout d'abord des définitions et pourquoi les conclusions ne pourront avoir rien d'irréformable et de définitif.
Essayons d'abord, si vous le voulez bien, de cerner cette réalité de la Communauté. Observons que le mot lui-même à deux sens : l'un plus abstrait, l'autre plus concret
La communauté désigne l'état de ce qui est en commun, par exemple la communauté des biens, la communauté des champs, la communauté des opinions, la communauté des entreprises... nous rencontrons déjà un exemple de l'emploi du mot ici communauté en rapport avec notre sujet, l'entreprise. Nous avons affaire ici à un état qui s'applique à quelque chose comme la blancheur s'applique à un objet blanc.
La communauté désigne aussi, dans un sens plus concret, une réalité d'ordre sociologique : un ensemble d'êtres vivants qui partagent quelque chose, qui vivent ensemble : la communauté religieuse, la communauté des actionnaires, une communauté nomade, etc... Nous avons affaire ici plus à un état mais à un être qui a ses propres lois, qui est une réalité vivante. Notons ceci. Cette propriété est importante et elle explique l'attrait exercé par le mot communauté, la sympathie qu'il suscite.
Les spécialistes de la dialectique n'ignorent pas cette distinction fondamentale. Ils spéculent souvent sur l'attrait presqu'instinctif exercé par ce qu'évoque le mot communauté dans son sens concret pour faire passer des idées qui relèvent de la première notion de communauté : notion abstraite, mathématique, niveleuse et par le fait même commode pour les idéologues.
Communauté des entreprises, communauté dans l'entreprise ; les mots sont presque les mêmes et pourtant un monde les sépare. Voilà pourquoi la compréhension des textes - et aussi l'audition de conférences - sur ces matières ne sont pas si faciles. Il faut continuellement faire un effort de discernement pour écarter les confusions possibles.
Notons maintenant que les sociologues eux-mêmes ne sont pas d'accord sur la définition de la communauté.
Les opinions vont de celle d'un Monsieur Haesert: qui écrit
"Les communautés sont des groupes humains autarciques, c'est à dire capables de se suffire à eux-mêmes"
à celle d'un Monsieur Thonnard
Communauté désigne un groupement naturel d'hommes apte à recevoir l'organisation sociale proprement dite : la communauté est le sujet immédiat de la forme sociale comme le peuple est le sujet immédiat de la forme politique ou société civile".
ou encore à celle de Monsieur Peiroux
"La communauté est un tout organique et spontané, œuvre de l'histoire. Elle hiérarchise des fonctions complémentaires qui suscitent et expriment la fusion des activités et des consciences à l'occasion d'éléments communs et en vue d'objets communs. Les groupements appelés fondamentaux au cours des civilisations historiques (famille, cité, état) sont des communautés par excellence , d'autres telles que les sociétés commerciales, les associations, etc. ne sont pas au même degré des communautés."
Quelle leçon pouvons-nous tirer de ces définitions? que le terme de communauté perd sa nuance caractéristique et devient presque synonyme de celui de société dans le langage scientifique. Comme nous ne sommes pas une assemblée de spécialistes, nous pouvons cependant l'employer sans arrière-pensée, mais en sachant que nous ne parlons plus tout à fait le même langage que les spécialistes de l'économie, science positive.
Pour notre usage, la définition de Monsieur Peiroux est fort utile. Vous y trouverez sans doute des réminiscences de la conférence de tout à l'heure. Nous voulons toutefois aller plus loin dans la définition. Dans ce but je m'en vais introduire une notion que j'emprunte à un auteur que vous connaissez bien, à Gustave Thibon.
C'est celle de "communauté de destin". Elle nous permettra de mieux comprendre quel type de communauté se réalise dans l'entreprise.
La communauté de destin se réalise entre deux ou plusieurs individus lorsque ces individus partagent spirituellement ou matériellement la même existence,lorsqu'ils sont soumis aux mêmes risques ou poursuivent les mêmes buts.
Thibon distingue :
- la communauté (de destin) de ressemblance qui se réalise entre des individus qui font les mêmes travaux et mènent à peu près le même genre de vie. Par exemple il y a communauté de destin entre un paysan vaudois et un paysan valaisan, entre un ouvrier de chez Bobst ou un ouvrier de chez Sécheron... leur destinée se ressemblent, mais c'est tout.
- la communauté (de destin) d'interdépendance ou de solidarité réciproque. Si commun que soit le destin des individus évoqués il y a un instant, ils restent quand même séparés les uns des autres. Si le paysan valaisan voit sa récolte détruite par le gel, le paysan vaudois n'en sera pas directement affecté. Mais prenons le cas de deux paysans associés qui exploitent une même ferme ou deux marins à bord du même navire, ces individus ne vivent plus seulement l'un comme l'autre, ils vivent l'un par l'autre : leurs destins ne sont pas seulement semblables, ils sont solidaires.
Remarquons maintenant que la définition de Monsieur Peiroux convient beaucoup plus à ce deuxième type de communauté de destin. Pour notre sujet, c'est ce deuxième type de communauté de destin qui est important. Précisons un peu cette notion.
a) La solidarité des destinées n'implique pas nécessairement la ressemblance dans le cas des paysans associés l'un peut être patron, l'autre ouvrier, dans le cas des marins, l'un peut être capitaine, l'autre mousse. Tous pâtiront si, dans un cas, la ferme est dévastée ou si, dans le deuxième cas, le bateau sombre. Cette communauté de destin entre des êtres qui, malgré leur diversité de situation et de vocation restent dépendants les uns des autres confère à ces groupements leur caractère organique, nous pouvons même dire hiérarchique, si nous suivons la définition de Monsieur Peiroux. C'est là si l'on y regarde bien, un principe de vie. Ainsi dans le corps vivant, les organes les plus divers par leur nature et leur fonction vivent, s'épanouissent, souffrent et meurent ensemble. Nouvelle illustration de la fable des membres et de l'estomac !Cette découverte ne date pas d'aujourd'hui.
b) Cette forme de communauté de destin est comme le principe vital, l'âme des sociétés. La communauté d'interdépendance fait l'unité des groupements humains. C'est aussi le cas pour la famille. L'expérience prouve par exemple que les liens de parenté les plus étroits ne suffisent pas à maintenir unis des êtres qui vivent éloignés les uns des autres et ne pratiquent plus l'entraide quotidienne. La preuve a contra se trouve dans le fait que partout où la communauté de destin tend à disparaître, la société atteinte ne tarde pas à se disloquer. L'absentéisme n'est pas autre chose que le refus de la communauté de destin.
c)-La communauté de destin présente des avantages psychologiques qui favorisent la vie sociale. Elle crée un climat favorable à la sympathie. Elle neutralise l'égoïsme et l'infléchit au service du bien commun. L'interdépendance crée presqu'automatiquement l'entraide. Il n'est pas de meilleur stimulant au dévouement que de se sentir personnellement atteint par le malheur de son semblable.
d)-La communauté de destin permet à l'individu de se dépasser dans le temps et dans l'espace : il incline l'individu vers les entreprises à longue échéance qui sont comme le germe d'éternité dans la vie des sociétés.
Nous avons ainsi vu la définition du premier terme de notre sujet. Voyons maintenant le second : l'entreprise.
Qu'est-ce qu'une entreprise ? Il s'agit là d'une notion relevant de l'économie, science positive. On peut même dire qu'il s'agit de la réalité première qui apparaît comme telle à tout observateur de l'activité économique. Partout où les rapports entre les hommes ont dépassé l'autarcie familiale il y a des entreprises. Que ce soit dans les pays de régime libéral où dans les pays collectivistes, l'activité économique se réalise au moyen d'entreprises.
Déjà Charles Gide, au siècle passé, écrivait dans son ouvrage "Principe d'Économie Politique" :
"Toutes les fois que celui qui a l'initiative de la production doit emprunter au dehors tout ou partie des moyens de productions, alors il s'appelle l'entrepreneur. Et son rôle, qui est d'ailleurs le tout premier rôle, est de combiner tous les élérnents de la production pour en tirer le meilleur parti possible. L'entrepreneur est donc le pivot de tout le mécanisme économique.
Pour mémoire je vous rappelle les éléments de la production qui sont : la nature, le capital et le travail.
Un autre auteur, Maurice Lenormand, cité dans les Informations CEE (Centre d'Étude des Entreprises) définit l'entreprise de l'extérieur, par l'observation
"C'est au sein de l'entreprise que collaborent en vue d'un résultat commun, les hommes de métiers souvent différents dont la convergence des techniques et des connaissances permet l'œuvre de "Production" : extraction, production ou vente. Cette collaboration est la condition d'existence de l'entreprise dont toutes les catégories de producteurs - chef d'entreprise et personnel - sont interdépendants et ne peuvent se passer l'un de l'autre. Pour qu'il y ait production, la participation de chaque élément est indispensable : sans chef d'entreprise, pas d'initiative créatrice, pas de direction. Sans main-d'œuvre, pas d'exécution . L'entreprise est une cellule vivante : c'est une unité économique naturelle... ce n'est pas uniquement une association de machines et de capitaux, mais une communauté dans une tâche productrice, expression de leur solidarité".
Si vous vous rappeliez ce que nous avons dit tout à l'heure de la communauté de destin, des rapprochements se dessinent immédiatement.
Voyons pour compléter notre tour d'horizon une définition plus systématique s'appuyant sur celle que donne Marcel Clément : Posons d'abord une définition générale que nous appellerons le genre. Ensuite nous la préciserons par l'examen des quatre causes : la cause finale, la cause formelle, la cause efficiente et la cause matérielle. La définition générale peut se déduire très facilement de ce que nous venons de voir par généralisation :
L'entreprise est une union d'hommes poursuivant une fin commune par des moyens pris en commun.
L'entreprise ne s'identifie ni aux bâtiments et à ce qui la détermine matériellement : locaux, machines, capitaux, ni aux hommes qui y travaillent. Capitaux, machines, hommes, tout peut être remplacé : l'entreprise demeure. Ce n'est pas notre époque avec sa vague de restructurations, de diversification, de renouvellement des méthodes de travail, de mesures d'assainissement etc... qui va s'inscrire en faux contre cette constatation.
Cette définition générale n'est pas suffisante, puisqu'elle s'applique à beaucoup d'autres sociétés ou groupes humains.
Que nous apprend l'examen de cette notion sous l'aspect des quatre causes
a) la cause finale : Nous sommes dans l'ordre économique. Quel est le but de la vie économique ? J'emprunte la formulation à Pie XII :
"le but de la vie économique est de mettre d'une façon stable à la portée de tous les membres de la société les conditions matérielles requises pour le développement de leur vie culturelle et spirituelle".
L'entreprise est donc appelée à coopérer à la production de biens et de services susceptibles d'apporter à tous les conditions matérielles de leur vie.
b) la cause formelle : 11 s'agit ici de la forme que prend l'entreprise pour se réaliser, de la façon dont se réalisent des rapports entre des hommes agissant en vue d'un but commun. La forme relève donc de l'ordre juridique : droit des sociétés, droit du travail, etc... L'entreprise relevant du droit privé, il en résulte que le choix de ces formes est réglé par la prudence et non pas par la doctrine. Nous nous trouvons dans le vaste domaine de la liberté humaine. Vu la diversité des options possibles, nous ne pouvons obtenir d'un examen en détail des précisions nous aidant au plan de la définition.
c)-la cause efficiente : L'entreprise se réalise par des actes humains. Elle est constituée de libres décisions d'hommes qui coopèrent à l'œuvre commune sur le plan d'une égale dignité. Il y a donc en principe parité de tous ceux qui collaborent à l'entreprise : ils ont les mêmes droits naturels innés. On peut même aller plus loin et se mettre sur le plan chrétien: si nous voulons considérer l'homme dans son ensemble, il nous faut aussi tenir compte de sa vie surnaturelle. Il doit aussi y avoir au sein de l'entreprise, des personnes qui agissent en tant que baptisées,
d) la cause matérielle : c'est la partie la plus apparente : les bâtiments, les machines, etc. . . ., tout ce qui est mis en œuvre pour réaliser l'entreprise. De cette analyse, nous pouvons maintenant dégager une définition plus satisfaisante : l'entreprise apparaît comme l'union morale, organique de sujets de droit, liés par la forme et la matière d'un contrat de droit privé et coopérant par la mise en œuvre du matériel approprié à la production des biens et des services nécessaires ou utiles à la vie culturelle et spirituelle de tous.
Pour terminer j'ajouterai une définition plus moderne qui montre l'entreprise comme un système en échange constant avec l'extérieur. Cette définition est intéressante parce qu'elle permet de mieux saisir comment l'entreprise est une cellule vivante par analogie avec la cellule de la biologie que nous connaissons bien.
L'entreprise est donc le siège d'échange avec le monde extérieur composé de ses fournisseurs, des concurrents et des consommateurs puis du monde politique et économique, la population en tant que réservoir de main d'œuvre, le monde de la recherche et de l'Université, etc. ...
Nous avons donc ainsi les deux termes de notre sujet : l'entreprise et la communauté, Voyons maintenant ce que nous pouvons tirer de l'observation et des définitions que nous avons élaborées.
Il semble bien que nous pouvons établir la thèse suivante
L'entreprise est un corps vivant qui réalise une vraie communauté du type communauté de destin.
Nous allons d'abord mettre en lumière trois notes qui révèlent l'existence d'un corps vivant :
- L'interdépendance autour d'une hiérarchie - la convergence vers un même but de toute l'activité - la conscience d'un "nous" commun
L'entreprise apparaît comme un lieu où convergent les besoins, les compétences, les initiations, les moyens (en capitaux, équipements, en savoir-faire, en métiers) les intérêts de personnes venues d'horizons très divers.
Cette convergence est illustrée de façon très parlante par le schéma de l'entreprise en tant que système. Ce schéma a été donné lors d'une conférence par le Chef du service d'information de la maison Nestlé.
Notons au passage que cette conception de l'entreprise s'oppose à une conception de la vie sociale fondée sur la divergence des intérêts et la lutte des classes.
Tous les jours dans les millions d'entreprises du monde des hommes se retrouvent pour collaborer à un travail commun parce que leurs compétences, leurs aptitudes, leurs goûts, leurs moyens d'action sont différents et complémentaires. On ne fait pas fonctionner une entreprise avec des hommes tous semblables et interchangeables. La diversité des techniques, des formations et des expériences est indispensable pour assurer la diversité des fonctions, des rôles et des responsabilités dont la convergence permet de réaliser l'œuvre commune de "production".
Deuxième observation : les hommes agissant dans l'entreprise s'y trouvent interdépendants les uns des autres.
Il y a interdépendance au niveau de l'équipe de travail : les qualités ou les défaut d'un homme peuvent modifier les conditions de travail. Cela ne vaut pas seulement pour les capacités techniques : L'entrain, la bonne humeur, la camaraderie améliorent les conditions de travail. Il y a des ateliers, des bureaux où l'air est empesté par la présence de quelques-uns et d'autres où chacun bénéficie du bon moral de l'un ou l'autre.
Il y a interdépendance entre les départements, entre les différents ateliers d'une entreprise. Tous ressentent plus ou moins les ratés d'un autre service. Il y a interdépendance hiérarchique entre chefs et subordonnés. La qualité du chef est déterminante pour la progression, l'épanouissement, la promotion des collaborateurs.
La qualité de l'organe de commandement suprême de l'entreprise, du chef d'entreprise est déterminante au regard des résultats même simplement économiques: qualité, productivité, gestion, prévision. Surtout lors de phases délicates de l'évolution de la conjoncture, telles que celle que nous vivons actuellement dans bien des secteurs, on prend conscience de cette solidarité.
Les relations d'interdépendance fondent en effet une véritable solidarité. La vie commune de tous les jours et la collaboration habituelle tissent des liens autrement plus riches que ceux des solidarités horizontales fondées sur la ressemblance. (Communauté au sens abstrait).
Vie commune, travail en commun, risques courus ensemble et perçus comme tels développent un esprit qui fait dire "nous" aux gens d'une même atelier, d'un même département, d'une même entreprise. Il est inutile d'insister sur ce point : il s'agit d'un fait d'expérience que chacun de nous a pu constater lui-même l'une ou l'autre fois.
Cette dernière observation est toutefois importante parce qu'elle nous permet de comprendre comment se développe l'esprit de loyauté vis-à-vis de l'entreprise : valeur que les conseillers d'entreprise d'aujourd'hui taxent très haut bien qu'elle n'apparaisse dans aucun bilan.
Ces solidarités essentielles ne sont durables que sur le fond d'une hiérarchie bien constituée. Que la hiérarchie soit ébranlée, que les chefs soient mal formés, doutent d'eux-mêmes et fuyant devant leurs responsabilités : l'entreprise risque de devenir le champ clos des rivalités, des querelles, des clans et des jalousies. Que de débâcles actuelles ont à l'origine des difficultés de cet ordre. Les bons chefs font les bonnes équipes.
Ces trois notes relèvent l'existence d'un corps réellement vivant qui obéit à ses propres lois.
On pourrait trouver là l'essence de la communauté de destin dans l'entreprise. La communauté ne naît que lorsqu'il y a une sorte de communication de vie entre ceux qui participent à l'effort commun. Cette communication de vie constitue en réalité une véritable amitié. Amitié veut dire connaissance réciproque, échange mutue1.
Il ne suffit pas dans l'entreprise que le conseil d'administration, les actionnaires, les cadres, les salariés, les sous-traitants, les représentants, etc. ... coexistent . il faut qu'ils vivent ensemble, qu'ils communiquent : alors seulement l'entreprise est humaine parce qu'elle constitue une communauté de destin.
Sans doute nous avons de la peine, en notre siècle de laïcisme, de concevoir que la religion ait son mot à dire en ces matières. La réalité n'en demeure pas moins et il est bon de s'en souvenir de temps en temps.
Pathologie des entreprises
Voyons maintenant comment ce qu'on pourrait appeler la pathologie des entreprises corrobore ce que nous venons d'établir.
La vie, le corps vivant a deux ennemis : le développement désordonné et la paralysie - le cancer et la sclérose.
L'entreprise sujette à la sclérose, c'est l'entreprise où une organisation de type mécanique remplace la souplesse de la vie, où les prothèses remplacent la communauté de destin disparue.
Le gouvernement de l'entreprise et sa vie elle-même sont conçus comme une gigantesque machine dont les cadres disposent les rouages à leur gré selon un plan. Cette vision matérialiste de l'entreprise peut même dominer au niveau de la nation : l'État lui-même se transforme en immense machine administrative. Cette vision stérilise jusqu'aux sources mêmes de l'initiative privée. Le sens du bien commun s'émousse dans les consciences, les hommes n'ont plus de "nous" commun. C'est le règne de la combine,de la tricherie, des "affaires". On observe qu'une entreprise et les économies nationales atteintes de ce mal souffrent d'une extrême fragilité. Cette maladie s'observe de la façon la plus clinique, la plus évidente, dans les économies collectivistes de l'Est avec leurs perpétuelles difficultés. Un organisme vivant peut s'accommoder de défaillances, des réactions de compensation s'opèrent presque d'elles-mêmes. Pour une machine, la défaillance d'une pièce peut avoir des conséquences tragiques.
Alors on voit État et entreprises multiplier les contrôles et installer un appareil policier : les notes de service, les rapports, les statistiques, etc. ... se multiplient. L'Administration prolifère. Les hommes doués de personnalité,d'esprit critique et d'originalité créative sont écartés.
Il ne s'agit là pas du tout de théorie, mais de pratique. Nous pouvons le constater tous par nous-même si nous lisons les journaux avec un esprit averti. Les méfaits de ce genre de maladie ne sont pas arrêtés par le rideau de fer. La même maladie peut atteindre nos entreprises et nos économies où elle produit des symptômes analogues.
Voyons maintenant l'autre maladie, pour demeurer dans les comparaisons médicales : Que se passe-t-il si les entreprises sont le siège d'une prolifération désordonnée ? Observons le phénomène à deux niveaux: celui de l'entreprise et celui de la nation ou même de la communauté internationale.
Dans le cadre de l'entreprise, l'anarchie provient de l'autonomie déréglée des constituants. Les liens de solidarité sont brisés. C'est le règne du chacun pour soi qui s'instaure. Nous retrouvons ici les méfaits de l'individualisme exacerbé. Ce mal atteint l'entreprise principalement en régime capitaliste libéral. Au sein de l'entreprise, les facteurs opposés à la communauté de destin prennent le dessus. Ces facteurs sont la poursuite de la fausse inégalité et de l'égalitarisme. L'entreprise devient sujette à une soif d'extension dévorante et le siège de luttes intestines qui peuvent donner l'illusion de la vie mais qui ne sont que les signes avant-coureurs de la mort.
Le premier de ces facteurs de dissolution c'est la destruction de la hiérarchie organique par la démission des chefs. Toute inégalité ne se justifie que par le service rendu à la communauté. Si le chef n'a pas souci du bien-être de ses subordonnés, ceux-ci le sentent et se mettent à douter de la nécessité même d'une hiérarchie,
Et voilà le deuxième symptôme : la révolte de l'inférieur. Si le subordonné n'est pas intimement persuadé que son chef se préoccupe aussi de son bien, si le chef démissionne, la réaction suit : le subordonné pense : Tu ne veux plus dépendre de moi pour me protéger, je ne veux plus dépendre de toi pour t'obéir.
Nous saisissons ici une racine d'un phénomène que nous observons tous actuellement:la lutte pour la "Participation" dans l'entreprise. Cette participation n'est qu'un succédané, un ersatz, une illusion qui doit remplacer les communautés de destin mortes. Bien entendu cela n'explique pas tout le phénomène de la contestation "participatrice". Il y a en son sein d'autres courants qui utilisent cette idée pour véhiculer une autre conception de l'entreprise ou pour miner l'économie des pays libres. Mais ceci est une autre histoire.
Disloquée par les deux révoltes : la démission du supérieur et l'insoumission de l'inférieur, la communauté de destin disparaît. Elle est remplacée dans la plupart des cas par une prothèse, par une mécanique.
Si nous pensons à ce que nous avons dit tout à l'heure, nous constatons que les deux excès opposés convergent dans leurs conséquences nocives.
Cette observation est intéressante parce qu'elle vaut aussi à d'autres niveaux que n'a-t-on pas écrit ces derniers temps sur la convergence à long terme des deux systèmes économiques matérialistes : communisme et capitalisme libéral exacerbé ? Il s'agit même d'une loi générale que la sagesse populaire avait formulée depuis longtemps : les extrêmes se touchent. Il ne faut pas trop se moquer de la sagesse populaire ; bien des "expertocrates" feront bien d'y penser de temps en temps.
La'dislocation de la communauté de destin ne s'observe pas seulement entre chefs et subordonnés : une autre rupture se produit dans les entreprises revêtant la forme juridique d'une société anonyme : entre les actionnaires et les employés de l'entreprise, si l'on prend le terme employé dans le sens le plus large, donc y compris les organes dirigeants.
Là où l'actionnaire n'est plus lié à l'entreprise que par de l'argent, la rupture s'amorce. Cette rupture préoccupe bien des économistes à l'heure actuelle.
Le clivage entre l'appareil de production et les fournisseurs de capital est à l'origine de ce que l'on a nommé la révolution des managers. Il y a toute une littérature à ce sujet, mais qui passe à côté du problème fondamental :Le capital, le patrimoine n'est justifié et accepté que lorsqu'il est une prolongation de la personnalité du propriétaire. Précisément lorsqu'il y a une communauté de destin qui s'établit entre le propriétaire et l'utilisateur du capital. L'argent au lieu d'être le serviteur des communautés de destins en devient le pire solvant .
Le capital anonyme, hors de tout échange de prochain à prochain, de tout encadrement biologique ou spirituel, de toute référence à une hiérarchie fondée sur d'autres valeurs va jouer le rôle de dissolvant pour la communauté de destin.
La prolifération désordonnée ne demeure pas limitée à l'entreprise : atteinte de ce mal l'entreprise est prise d'une fringale de croissance. Une mécanique peut toujours s'accroître par adjonction. Il n'y a plus de limitation organique. On dit qu' un arbre ne peut pas croître jusqu'au ciel, mais une machine, on peut vouloir la faire croître jusqu'au ciel et voici déjà la tour de Babel qui pointe à l'horizon. L'équivalent de cette évolution sur le plan qui nous intéresse, c'est la formation de ces multinationales immenses qui tendent à dépasser l'échelle humaine et conduisent à des abus bien connus.
Nous constatons ici aussi que l'entreprise humaine c'est l'entreprise qui réalise une communauté de destin.
Quelles conséquences pourrons nous tirer de nos réflexions ?
Le développement de ces conséquences pourrait occuper bien des séances de travail. Pour demeurer dans le cadre prévu pour cette conférence, il ne m'est possible que d'esquisser quelques grandes lignes. Dans chacune des directions évoquées on pourrait trouver la matière pour les travaux de nombreuses cellules.
La vie économique est un secteur important de la vie humaine. Nous avons vu plus haut que l'objet de l'entreprise est la production des biens et des services nécessaires ou utiles à la vie culturelle et spirituelle de l'homme.
Quel programme ! Si nos entreprises sont saines, elles participeront certainement à l'amélioration du climat social. Encore faut-il savoir faire passer les idées nécessaires à la santé des entreprises. Celle-ci est fortement menacée comme nous l'avons vu lors de l'étude succincte des maladies qui la guettent. Tout à l'heure je m'en vais encore évoquer une menace toute particulière : le nouveau projet de Constitution fédérale, présentement en consultation populaire.
Résumons si vous le voulez bien notre définition de l'entreprise
L'entreprise saine est une communauté de destin organique et hiérarchisée impliquant une communication mutuelle des participants et une solidarité réelle débouchant, dans le cas le plus favorable, sur une fraternité chrétienne.
1) Personnes humaines
Une des premières conséquences,la première, c'est de reconnaître que la vie, l'énergie vitale de l'entreprise repose en définitive dans les personnes humaines qui la composent. La vitalité de l'entreprise est fonction de l'aptitude personnelle de celles-ci à progresser. On ne peut donc pas, sans briser le ressort de la vie, enlever aux hommes pour les transférer à des échelons irresponsables des attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur propre initiative et par leurs propres moyens. Il faut donc éviter les formules d'organisation qui massifient, qui cultivent les routines, affaiblissent le goût de la progression personnelle. Il est essentiel de développer le goût de l'initiative, de la qualité et du perfectionnement.
C'est peut-être une des forces principales de nos entreprises suisses de "coller" plus au réel, d'échapper à cette tentation de la masse. Nous vivons dans un petit pays très cloisonné, ce qui a favorisé l'établissement de petites unités. D'autre part la nécessité de s'imposer sur les marchés extérieurs face à des concurrents de dimensions gigantesques nous a forcé presque dès les début à cultiver le goût de la qualité, du travail bien fait, de la spécialité qui permet justement l'éclosion des talents humains.
Une deuxième conséquence, c'est de remarquer que le système nerveux de l'entreprise, la hiérarchie, joue un rôle capital. Sans hiérarchie digne de ce nom, qui reconnaîtra ce que chacun apporte de personnel, sa valeur réelle, ses mérites ?
Sans elle où serait la cohérence, le moyen de communication entre les hommes, le principe d'unité. Supprimer le système nerveux d'un être vivant c'est le tuer Ou en faire un robot . . .
3) Valeurs sociales non monnayables
Une troisième conséquence : L'entreprise demeure saine dans la mesure où subsistent en elle un certain nombre de valeurs sociales (travaux, services) qui n'ont pas leur équivalent exact en monnaie, qui ne sont pas directement convertibles en argent. Toute entreprise dans laquelle l'argent constitue le régulateur absolu des échanges a perdu la richesse et la fraîcheur de la vie. Il y a des services "inestimables" "inappréciables". Il faut que tous les participants à l'entreprise : les actionnaires, les cadres, les employés le reconnaissent.
4) Communauté et participation
Une quatrième conséquence, et elle est de taille puisqu'elle s'oppose à une conception de l'entreprise qui découle de notre Code des Obligations, c'est que la communauté de destin doit s'établir aussi entre les fournisseurs du capital et les travailleurs. Bien entendu, cette communauté de destin existe automatiquement à un certain degré puisque, si l'entreprise fait faillite, le capitaliste perd son capital et le travailleur son emploi. Mais il y aurait matière à réflexion pour trouver les moyens de provoquer une prise de conscience de cette solidarité. Beaucoup de difficultés des entreprises actuelles provenant de ce foyer de malaclie,voyons en de plus près les raisons :
La propriété privée implique de la part du propriétaire, pour être bienfaisante,un engagement, un risque, un effort fécondant. La propriété ne se justifie que dans la mesure où, permettant un travail personnel plus libre, elle suscite une participation plus efficace au bien commun.
Dans le cas clés sociétés anonymes à multitude d'actionnaires que nous connaissons fort peu en Suisse certes, mais qui donnent le ton dans le monde actuel, quel rapport de ce genre peut-il s'établir entre le possesseur d'une infime partie de l'entreprise et l'entreprise elle-même mis à part l'encaissement du dividende ?
Quel est le risque de la personne actionnaire par rapport au risque du travailleur? nous percevons ici la raison d'un malaise que les adversaires de la propriété privée s'empressent d'amplifier pour amener de l'eau à leur moulin. Notre Code des Obligations lui aussi part de l'hypothèse que le capitaliste risque tout, puisque il peut perdre la totalité de son capital, tandis que le travailleur ne risquerait rien, en cas de faillite il peut trouver un autre emploi.
Il s'agit là d'une conception sortie tout droit du libéralisme économique et la conséquence juridique qu'on en a tiré, c'est que le capital doit avoir un droit de disposition absolu sur l'entreprise,entre autres de nommer tout seul l'organe suprême de commandement.
La réalité nous enseigne que cette conception théorique ne correspond plus ou ne correspond que bien rarement, à la réalité des faits. Nous constatons aujourd'hui que le travailleur, l'employé, qui se voue à une entreprise en tant que personne humaine et non pas seulement en tant que main-d'œuvre, prend aussi des risques. En bonne logique, il devrait donc avoir aussi un mot à dire, mais et c'est très important, selon ses compétences.
Nous voyons comment la conception de l'entreprise communauté de destin nous aide à trouver une clé pour traiter de façon rationnelle et non idéologique le problème très actuel de la participation en nous montrant les écueils à éviter :
- participation allant jusqu'à la destruction de la hiérarchie et à la paralysie de l'entreprise entre autres par l'immixtion d'éléments étrangers à l'entreprise
participation attaquant la propriété privée elle-même pour autant qu'elle concerne l'entreprise
participation vidée de sa substance parce que réduite à des détails secondaires de la vie courante de l'entreprise.
Soyons conscient du fait que l'entreprise communauté de destin repose précisément sur la propriété privée des entreprises. D'abord parce que les hommes sont ainsi fait qu'ils ne peuvent poursuivre l'intérêt général qu'au travers leur intérêt particulier. L'existence d'un bien qui leur appartient personnellement constitue le meilleur stimulant au travail et à l'initiative. Ensuite parce que la propriété privée peut seule donner aux responsables cette vigilance et cette solidarité vitale avec les êtres et les choses dont ils sont responsables. C'est là la condition première d'une vraie hiérarchie. Enfin, parce que la transmission héréditaire des biens matériels jetant des ponts d'une génération à l'autre favorise la continuité des traditions et des mœurs sans laquelle le sentiment de la communauté de destin tend à s'affaiblir.
5) Autonomie de destin
Cinquième conséquence : Communauté de destin signifie aussi le droit et le devoir de prendre en main son destin. L'entreprise communauté de destin doit pouvoir vivre dans un environnement qui lui permet de vivre et d'assumer ses responsabilités. Cela signifie que toute planification étatique et autoritaire a tendance à l'étouffer. L'entreprise communauté de destin est comme le prolongement organique de la liberté des hommes qui y participent. Elle a besoin d'une structure sociale ferme et souple, ordonnée et décentralisée. Nous touchons ici du doigt la bienfaisance d'un ordre économique favorisant en définitive la liberté de chaque être humain en créant les relais, les niches, les corps intermédiaires indispensables pour éviter l'écrasement. Une économie trop dirigiste crée un climat irrespirable pour les entreprises communautés de destin qui les fait dégénérer très rapidement, selon le processus que nous avons décrit tout à l'heure.
6) Menaces constitutionnelles
Sixième conséquence : le nouveau projet de Constitution fédérale doit être refusé parce qu'il comporte des menaces très graves pour l'entreprise communauté de destin : il prend sur bien des points le contre-pied des notes que nous venons de découvrir :
la nouvelle Constitution attaque gravement la propriété privée, dont nous avons vu qu'elle était une condition importante de l'éclosion des communautés de destin. Par exemple l'article 17 :
Art. 17 : 1. La propriété est garantie dans les limites de la législation
3. Dans les cas d'expropriation ... une indemnité est due.
Cette disposition est une menace. La Constitution permet ainsi au législateur d'intervenir directement, par simple loi, sans la majorité des cantons, pour rendre en fin de compte la propriété collective sans compensation suffisante.
la nouvelle Constitution par son article 29 en particulier, mais aussi par les articles 26, 27 et 30 permettrait à une majorité parlementaire d'enlever toutes compétences aux entrepreneurs.
Art. 29 : Statut de l'entreprise.
La législation sur les entreprises détermine a) les droits des bailleurs de fonds
b) les compétences des organes directeurs
c) la participation aux décisions de l'entreprise des personnes qui y sont occupées
d) la position juridique des tiers qui sont directement touchés par des décisions de l'entreprise.
L'État veille à assurer, autant qu'il est possible, la sécurité économique des personnes occupées dans l'entreprise et le développement de leur personnalité à leur place de travail.
l'article 26 règle les droits sociaux et l'article 27 les conventions collectives,
l'article 30 la politique de la propriété. La simple lecture de ces articles permet de voir à quel point le législateur pourrait intervenir.
il y a même plus grave : l'article 34 permet à l'État de s'engager dans l'économie et de nationaliser des entreprises.
Art. 34 : Activité économique de l'État, nationalisations.
L'État peut exercer une activité économique, lorsque cela est conforme à l'intérêt public.
La nationalisation de secteurs économiques ou d'entreprises n'est licite que moyennant une indemnité et seulement si la poursuite de l'activité privée compromet gravement l'intérêt public.
Une interprétation large de cette disposition, par exemple si le mot grave est pris dans le même sens que dans la législation actuelle sur l'avortement (danger grave et, etc. ... ) il peut servir à couvrir toute nationalisation après un petit effort de propagande. Quant à l'indemnité, remarquons qu'il s'agit ici de nouveau du mot sans qualificatif (par exemple équitable, ou bien complète) ce qui veut dire qu'elle pourrait bien se révéler symbolique !
l'entreprise communauté de destin a besoin de liberté par le biais de la réalisation des nombreux droits sociaux dans presque tous les domaines. Si l'État doit garantir le droit à la formation (Art. 26 a) le droit au travail (Art. 26 b) le droit à la sécurité sociale (Art. 26 c) le droit au logement (Art. 26 e) ou même le droit à une rente minimum (Art. 26 d) etc. . . il sera amené à légiférer dans tous ces domaines, sans le correctif de la majorité des cantons, ce qui conduira certainement à des restitutions de la liberté d'action des entreprises et à leur nationalisation. A ce sujet. il est inquiétant de constater que les Articles réglant la question des impôts (35, 54 et 56) permettent à l'État de se procurer par ce moyen les fonds nécessaires à une politique de nationalisations.
Il y aurait encore bien des choses à dire et l'analyse du Projet de Constitution pourrait faire à elle seule l'objet d'une conférence. Restons-en là pour le moment car le temps réservé à la présente conférence est écoulé... Qu'il me suffise de vous rappeler que cette Constitution permettrait à la population des grandes villes de procéder à un bouleversement total de notre système économique pour nous lancer dans une expérience collective. Personne j'entre-nous n'en veut. C'est pourquoi je vous engage tous à écrire votre désaccord à Monsieur Furgler, puisque tout le monde peut prendre part à la consultation. Faites-le, cela en vaut la peine,.vu tout ce qui est en question.
Nous voilà ainsi arrivé au terme de notre tour d'horizon sur la communauté dans l'entreprise. Je ne voudrais toutefois pas clore le sujet sans attirer voire attention sur une dernière conclusion :
Tout ce que nous avons dit porte comme en filigrane les principes de la Doctrine sociale de l'Église :
b) Diffusion de la propriété
Ceci nous fait constater une fois de plus combien il Peut y avoir intérêt à suivre ses enseignements constants. Argument d'autorité renforçant l'argument de raison, pour une fois la démarche est inverse, mais elle n'en est pas moins fructueuse.
Ramon Granges
ausanne, lors du 8e Congrès de lOffice suisse de formation et d'action civique selon le droit naturel et chrétien,

References: l'article 17

Art. 17

Art. 29

l'article 26
 l'article 27

l'article 30
 l'article 34

Art. 34