Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/georgie1-demo-hst.htm
Timestamp: 2019-02-18 11:11:16+00:00

Document:
Géorgie: Situation générale
Population: 4,4 millions (est. 2015)
Langue officielle: géorgien
Groupe majoritaire: géorgien (71 %)
Groupes minoritaires: mingrélien (7,7 %), azéri 6 %), arménien (5,4 %), abkhaze (2,9 %), ouroum (2 %), russe (1,4 %), ossète (0,8 %), kurde (0,4 %),grec (0,3 %), svane (0,3 %), tchétchène (0,2 %), ukrainien, assyrien, tatar, bats, turc, lezghien, judéo-géorgien, etc.
Articles constitutionnels (langue): art. 8, 14, 38 et 85 de la Constitution du 17 octobre 1995
Lois linguistiques: Loi sur la citoyenneté (1993); Loi organique sur le défenseur public (1996); Code civil (1997); Loi organique sur les tribunaux de juridiction générale (1997); Loi sur la culture (1997); Loi sur les associations politiques de citoyens (1997); Loi sur la publicité (1998); Loi sur le statut juridique des étrangers (1998); Code administratif général (1999); Code pénal (1999); Loi sur les marques (1999); Loi sur les appellations d'origine et les indications géographiques des marchandises (1999); Code du chemin de fer (2002); Loi sur l'enseignement supérieur (2004); Loi sur la liberté d'expression et de pensée (2004); Loi sur la radiodiffusion (2004); Loi sur l'éducation générale (2005); Loi organique sur l'autonomie locale (2005); Code du travail (2006); Loi sur les brevets (2010); Code électoral (2012); Loi organique du Code d'autonomie locale (2013); Loi organique sur la nationalité géorgienne (2014); Loi sur la langue officielle (2015).
La république de Géorgie (en géorgien: Sak'art'velos Respublika ou simplement Sak'art'velo) est un pays situé entre la mer Noire à l'ouest et la mer Caspienne à l'est, dans la région Transcaucasienne. La Géorgie est limitée au nord par plusieurs «sujets» de la fédération de Russie (Tchérkessie, Balkarie, Ossétie du Nord, Ingouchie, Tchétchénie et Daghestan), au sud-est par l'Azerbaïdjan et l'Arménie et au sud par la Turquie (voir la carte de la Géorgie). Toute la frontière nord est délimitée par la haute chaîne montagneuse que forment les montagnes du Grand Caucase.
Du point de vue géographique, la Géorgie ne fait partie ni de l’Europe ni de l’Asie (mais il est d'usage de situer la Géorgie en Asie); du point de vue culturelle, l’influence n’est ni occidentale ni orientale, le pays ayant sa propre langue (caucasienne) et ses propres coutumes et traditions. Du point de vue politique, la Géorgie fait partie à la fois du Conseil de l'Europe et de la Communauté des États indépendants (CEI). La capitale de la République est Tbilissi. Les Géorgiens se désignent eux-mêmes par le terme de Kartvéliens, ce qui correspond au peuple dominant dans cette région du Caucase du Sud.
D'une superficie totale de 69 700 km² (2,2 fois la Belgique), la république de Géorgie compte trois territoires autonomes (voir la carte):
- l’Abkhazie (8600 km²) : république autonome située au nord-ouest près de la mer Noire;
- l’Adjarie (3400 km²) : république autonome située au sud-est et également près de la mer Noire;
- l’Ossétie du Sud (3900 km²) : région autonome située dans le centre-nord du pays, située dans la Karthlie supérieure.
Dans la première moitié des années 1990, la Géorgie a connu deux conflits armés: le premier, entre 1990 et 1992, a opposé les autorités géorgiennes aux Ossètes à la suite de la déclaration d'indépendance de l'Ossétie du Sud en 1990; le second conflit, entre 1992 et 1993, a vu s'affronter les autorités géorgiennes et les sécessionnistes abkhazes. En août 2008, les troupes russes ont pénétré en Ossétie du Sud afin de «soutenir» la minorité russophone de cette région.
Présentement, la Géorgie n'exerce pratiquement aucun contrôle ni en Abkhazie ni en Ossétie du Sud, qui se sont autoproclamées indépendantes, mais vivent en fait sous l'autorité de la Russie. Évidemment, l'indépendance des deux républiques sécessionnistes n'est pas reconnue par la communauté internationale, sauf par la Russie qui les contrôle totalement.
Au point de vue administratif, la Géorgie compte 12 régions appelées mkhare (incluant l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud): l'Abkhazie, la Mingrélie-et-Haute-Svanétie, la Gourie, l'Adjarie, la Ratcha-Létchkhoumi-et- Kvémo-Svanétie, l'Iméréthie, la Samtskhé-Djavakhétie, la Karthlie supérieure (incluant l'Ossétie du Sud), la Meskhétie, la Karthlie inférieure, la Kakhétie et l'agglomération de Tbilissi.
Les 12 régions administratives de la Géorgie
Région (appellation française) Appellation géorgienne Chef-lieu Population (2011) Superficie
1 Abkhazie Apkhazeti Soukhoumi 240 705 8653 km²
2 Mingrélie-et-Haute-Svanétie Samegrelo-Zemo Svaneti Zougdidi 466 000 7441 km²
3 Gourie Guria Ozourguéti 143 357 2033 km²
4 Adjarie Adjara Batoumi 294 200 2900 km²
5 Ratcha Létchkhoumi et Basse-Svanétie Ratcha Letchkhumi da Kvemo Svaneti Ambrolauri 46 300 4600 km²
6 Iméréthie Imereti Koutaïssi 700 000 6552 km²
7 Samtskhé-Djavakhétie Samtskhe-Djavakheti Akhaltsikhé 207 598 6413 km²
8 Karthlie supérieure (ou Karthalinie) Shida Kartli Gori 314 000 6200 km²
9 Meskhétie (et Mtianeti) Mtskheta-Mtianeti Mtskheta 125 000 6785 km²
10 Karthlie inférieure (ou Karthalinie) Kvemo Kartli Roustavi 497 000 6527 km²
11 Kakhétie Kakheti Telavi 407 000 11 310 km²
12 Tbilissi Tbilisi Tbilissi 1 473 551 726 km²
Les dénominations de Karthlie supérieure et de Karthlie inférieure pourraient être traduites par Haute-Karthlie et par Basse-Karthlie. L'Ossétie du Sud fait partie de la Karthlie supérieure.
Ces régions sont elles-mêmes divisées en «raïons» (mot généralement traduit par «district») et en «collectivités locales». Ces dernières comprennent 64 municipalités et 5 villes autonomes, dont la capitale, Tbilissi, dotée d’un statut spécial, Roustavi (ville industrielle voisine de Tbilissi), Koutaïssi (qui abrite maintenant le Parlement), Batoumi et Poti (deux villes portuaires sur la mer Noire). Toutes ces régions et municipalités bénéficient d'une autonomie dans l'administration locale. Certains pouvoirs dévolus à l'État ont été transmis aux régions ou aux municipalités, ce qui permet une décentralisation de l'administration, de sorte que les minorités nationales peuvent plus facilement prendre part à des décisions lorsque leurs membres sont numériquement concentrés dans certaines agglomérations. D'ailleurs, la participation des minorités nationales à la prise de décision au niveau local est garantie par la législation géorgienne.
La capitale, Tbilissi, constitue le plus grand centre urbain avec 1,1 million d’habitants (2011) et beaucoup de diversité ethnique. La deuxième ville du pays, Koutaïssi, située sur le cours supérieur du Rioni, comptait 196 800 habitants en 2011. Les autres centres urbains de plus de 100 000 habitants sont Batoumi (125 800) et Roustavi (122 500), une ville située au sud-est de Tbilissi.
La Géorgie comptait en 2015 une population estimée à 4,4 millions d'habitants. Le pays comprend plus d'une cinquantaine de groupes ethniques. Depuis que les républiques autonomes d'Abkhazie (120 000) et d'Ossétie du Sud (10 000 habitants) se sont techniquement détachées du territoire géorgien, le caractère multiculturel de la société géorgienne a été amoindri, bien que le pays comprenne toujours de nombreuses minorités mingrélienne, azérie, arménienne, grecque, russe, ossète, yazidi, svane, tchétchène, biélorusse, etc.
Ethnie Population Pourcentage Langue Affiliation linguistique
Géorgiens 3 120 000 70,5 % géorgien famille caucasienne
Mingréliens 344 000 7,7 % mingrélien famille caucasienne
Azerbaïdjanais du Nord (Azéris) 269 000 6,0 % azéri du Nord famille altaïque
Arméniens 239 000 5,4 % arménien* Isolat indo-européen
Abkhazes 129 000 2,9 % abkhaze famille caucasienne
Grecs (turquifiés) de Marioupol (Ouroums) 90 000 2,0 % ouroum famille altaïque
Russes 65 000 1,4 % russe* langue slave
Ossètes 39 000 0,8 % ossète* langue indo-iranienne
Kurdes yézidis 18 000 0,4 % kurde kurmanji* langue indo-iranienne
Grecs pontiques 15 000 0,3 % grec* langue grecque
Svanes 14 000 0,3 % svane famille caucasienne
Tchétchènes 10 000 0,2 % tchétchène famille caucasienne
Biélorusses 7 000 0,1 % biélorusse* langue slave
Singilo ou Ingilois 7 000 0,1 % ingiloi (variante géorgienne) famille caucasienne
Ukrainiens 6 800 0,1 % ukrainien* langue slave
Assyriens 3 400 0,0 % assyrien langue sémitique
Tatars 3 400 0,0 % tatar famille altaïque
Bats (Tsova-Tush) 3 200 0,0 % bats famille caucasienne
Turcs 3 200 0,0 % turc famille altaïque
Lezghiens 3 000 0,0 % lezghien famille caucasienne
Juifs géorgiens 2 800 0,0 % judéo-géorgien famille caucasienne
Kurdes kurmanji 2 600 0,0 % kurde kurmanji* langue indo-iranienne
Moldaves 2300 0,0 % moldave (roumain)* langue romane
Kazakh 2 200 0,0 % kazakh famille altaïque
Avars 2 000 0,0 % avar famille caucasienne
Estoniens 1 800 0,0 % estonien famille ouralienne
Polonais 1 600 0,0 % polonais* langue slave
Valaques 1 400 0,0 % valaque (roumain)* langue romane
Allemands 1 200 0,0 % allemand* langue germanique
Ouzbeks du Nord 1 100 0.00 % ouzbek famille altaïque
Lazes 1 000 0,0 % laze famille caucasienne
Tadjiks 1 000 0,0 % tadjik famille altaïque
Néo-Araméens de Bohtan 900 0,0 % néo-araméen langue sémitique
Turcs meskhetiens 800 0,0 % géorgien famille caucasienne
Bejta 700 0,0 % bejta
Bulgares 600 0,0 % bulgare* langue slave
Oudis 90 0,0 % oudi
Autres 12 000
Total (estimation 2015) 4 425 090 100,0 % * = langue indo-européenne -
2.1 Les groupes ethniques
Les Géorgiens kartvéliens forment le plus important des groupes ethniques, car ils représentent 70 % de la population, ce qui en fait le groupe majoritaire. Ils font partie des peuples caucasiens au même titre que les Mingréliens, les Abkhazes, les Yazidi, les Svanes, les Tchétchènes, les Inghilois, les Bats, les Lezghiens, les Avars, les Lazes, les Bejta, etc. Les Géorgiens kartvéliens et les autres peuples caucasiens comptent pour au moins 82 % de la population du pays.
Les minorités nationales non caucasiennes (soit 18 %) les plus importantes au point de vue numérique sont, dans l'ordre, les Azéris (6 %), les Arméniens (5,4 %), les Ouroums (2 %), les Russes (1,4 %), les Biélorusses et les Ukrainiens. Suivent un grand nombre de petites minorités: Assyriens, Tatars, Turcs, Kurdes, Moldaves, Kazakhs, Estoniens, Polonais, Allemands, etc. Les communautés linguistiques qui sont concentrés sur une partie du territoire de la Géorgie, sont, outre les Géorgiens eux-mêmes, les Abkhazes (Abkhazie) et les Ossètes (Ossétie du Sud), puis les Arméniens (n° 4) et les Azéris (n° 6), suivis principalement des Grecs (n° 7), des Russes (n° 8), des Tchétchènes (n° 10), des Kurdes (n° 11) et des Svanes (n° 12). Il existe d'autres petites communautés, telles les Bats, les Bejta, les Néo-Araméens, les Dido, les Ouroums, etc.
Avant l'indépendance (1989), les minorités nationales non caucasiennes constituaient près de 29,9 % de la population, alors qu'ils ne formaient plus en 2011 que 18 % de cette population, et ce, en comptabilisant les Abkhazes (2,9 %) et les Ossètes (0,8 %). Si l'on exclut ces deux communautés qui ne font plus techniquement partie de la Géorgie, le pourcentage des minorités nationales s'élèverait à 14,3 %. Autrement dit, depuis l'indépendance (1991), la proportion des minorités aurait fondu de la moitié, passant de 30 % à moins de 15 %.
Cette diminution du nombre des membres des minorités nationales en Géorgie est principalement due à l’émigration. La première vague d’émigration a été provoquée dans la décennie de 1990 par la détérioration des conditions sociales et économiques et par des événements politiques survenus dans les anciennes républiques soviétiques. Par la suite, les problèmes sociaux et économiques des minorités se sont aggravés en raison notamment du manque d’information. À l'époque de l'Union soviétique, le russe était la principale langue véhiculaire entre les divers groupes ethniques, mais après l’indépendance le géorgien a presque entièrement remplacé le russe dans tous les domaines, y compris dans les médias.
2.2 La langue géorgienne
Les Géorgiens de souche se désignent eux-mêmes comme des Kartvéliens («habitants de la Karthlie») et nomment leur territoire Sakhartvelo, c’est-à-dire le «pays des Kartvéliens», les ancêtres des Géorgiens, le pays de l’unification politique, culturelle et religieuse du début du XIe siècle. Pour les Géorgiens, ces appellations remontent au héros mythique Karthlos auquel la légende aurait trouvé une origine biblique: d’après le livre de la Genèse, Karthlos serait le fils de Thorgama, petit-fils de Japhet, lui-même fils de Noé. Les Arabes et les Perses désignent les Géorgiens par Kourdj ou Gourdj, d’où dérive Gruzia, le nom russe de la Géorgie.
Notons que les Géorgiens sont présents dans toutes les régions et qu'ils forment une écrasante majorité dans la quasi-totalité de ces régions administratives du pays (voir le tableau de la répartition des ethnies) à l'exception des suivantes: Abkhazie (19,2 %), Ossétie du Sud (25 %), Samtskhé-Djavakhétie (43,3 %) et Karthlie inférieure (44,7 %).
La langue géorgienne appartient au groupe des langues caucasiennes du Sud, lesquelles ne se rattachent à aucun des autres groupes linguistiques. Ainsi, la langue géorgienne n'est ni indo-européenne (comme le russe ou l'arménien) ni altaïque (comme l'azéri ou le turc). Elle ne s'apparente qu'à quelques langues caucasiennes comme le mingrélien, le laze et le svane. De façon beaucoup plus lointaine, on peut citer parmi les autres langues caucasiennes le tcherkesse, l'abkhaze, l'avar, le lezghien, le tabassaran, le lack, le tchétchène et l'ingouche. Le géorgien est aussi parlé dans certaines parties de l'Azerbaïdjan et du nord de la Turquie, ainsi que dans une quinzaine de villages de la région d'Ispahan en Iran.
La langue géorgienne n'est pas uniforme et elle compte de nombreuses variétés dialectales réparties en deux grands sous-groupes groupes: le géorgien oriental (kakhétien) et le géorgien occidental (gourien).
Le géorgien possède son propre alphabet appelé mkhedruli, qui comporte 33 lettres (28 consonnes et cinq voyelles) et s'écrit de gauche à droite. Cette écriture remonterait au IIIe siècle, où elle aurait été créée par Pharnavaz, le premier roi du pays, à partir du phénicien, puis du grec. Les alphabets arménien et géorgien sont voisins et vraisemblablement apparentés; la légende leur a donné un «père» commun: saint Mesrob. Toutefois, les spécialistes ne s'entendent pas, et l'origine de l'alphabet fait l'objet de controverses: certains croient qu'il est issu de l’alphabet grec, d'autres, de l'alphabet persan.
Au point de vue phonétique, notons l'existence de deux [r], l'un «grasseyé», l'autre, roulé. La langue géorgienne est également réputée pour posséder une grammaire relativement complexe. Outre un système de déclinaisons de sept cas (nominatif, narratif, datif, génitif, ablatif, circonstanciel et vocatif), le géorgien a recours à un système verbal particulier, dont le caractère «pluripersonnel». Contrairement au français où la conjugaison des verbes dépend du seul sujet (j'aime, il aime, nous aimons, etc.), le géorgien, à l'instar du basque, possède une conjugaison où interviennent à la fois le sujet et le complément du verbe. Si l'on ajoute que la racine verbale peut être différente selon qu'il s'agit du «perfectif» ou de l'«imperfectif», le système se révèle d'une certaine complexité, ce qui demande un «bon entraînement» pour s'y retrouver. Soulignons aussi que le géorgien utilise un système de numérotation vicésimale, c'est-à-dire un multiple de 20. Malgré l'originalité profonde du géorgien, on y retrouve des mots empruntés au turc, au persan, à l'arabe, au russe et, pour le vocabulaire technique, à l'anglais.
Le géorgien contemporain a donné naissance à plusieurs langues voisines, telles que la langue de la province montagneuse de Svaneti, le svane (svanuri); la langue de la province de Samegrelo, le mingrélien (megruli), et quelques autres qui, avec la plus répandue d’entre elles, le géorgien moderne, forment la famille des langues caucasiennes. Le géorgien connaît également, selon les régions, des variantes dialectales: l'imérétien, le racha-lechkhoum, le gourien, l'adjhar (ou acharien), l'imérkhev kartlien, le kakhétien, l'ingilo, le touch, le khevsour (kheysour), le mokhev, le pchav, le mtioul, le ferejdien et le meskhour-javakhouri.
Au point de vue du vocabulaire, le géorgien a emprunté de nombreux mots aux langues indo-iraniennes (persan, pachtou, kurde, ossète, etc.), au grec ancien, à l'araméen, à l'hébreu, à l'assyro-babylonien, au syriaque, à l'arabe, à l'azéri, à l'arménien et, plus récemment, au russe et à l'anglais.
Les plus importantes minorités nationales parlent le mingrélien, l'azéri du Nord, l'arménien, l'abkhaze, l'ouroum, le russe, l'ossète, le grec, le svane, le tchétchène, le biélorusse et l'ukrainien. Juridiquement parlant, la langue d'une minorité nationale est celle qui est parlée traditionnellement par une communauté linguistique résidant sur el territoire de la Géorgie. Les membres des minorités sont présents dans toutes les régions, mais ils ne constituent que d'infimes minorités (voir le tableau de la répartition des ethnies), sauf en Abkhazie (80,8 %), en Ossétie du Sud (75 %), dans la Samtskhé-Djavakhétie (56,7 %) et la Karthlie inférieure (55,3 %).
- Les Azéris (269 000)
Les Azéris ou Azerbaïdjanais (langue altaïque), qui ne comptent que pour 6,6 % de la population du pays, résident surtout au sud de la Géorgie, principalement dans la Karthlie inférieure (45,1 %) et dans la Kakhétie (9,8 %), régions situées à la frontière de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan. Si les Azéris sont minoritaires dans ces deux régions méridionales, ils forment néanmoins des majorités locales dans les districts de Marneuli (83,1 %), de Dmanisi (66,8 %) et de Bolnisi (66 %), et d'importantes minorités dans les districts de Gardabani (43,7 %) et de Tsalka (9,5 %), et en Kakhétie dans les districts de Sagarejo (31,9 %), de Lagodekhi (22,3 %) et de Telavi (12 %). On compte aussi près de 11 000 Azéris (voir le tableau) dans la capitale, Tbilissi, mais ils correspondent à 1 % de la population. La majorité des Azéris vivant dans les agglomérations où ils sont majoritaires ne maîtrise pas la langue officielle du pays. La plupart des Azéris (env. 80 %) sont de confession musulmane de rite chiite, les autres étant sunnites (env. 20 %).
- Les Arméniens (239 000)
Les Arméniens (langue indo-européenne) constituent la seconde plus importante minorité ethnique non caucasienne de la Géorgie avec une communauté représentant 5,4 % de la population totale. À l'exemple des Azéris, les Arméniens de Géorgie sont géographiquement concentrés dans le sud du pays, mais également au nord en Abkhazie, sous contrôle russe. Dans le Sud, les Arméniens habitent principalement dans la région de la Samtskhé-Djavakhétie (au nord de l'Arménie) où ils représentent 54,6 % (125 000) de la population locale (env. 208 000). S'ils sont majoritaires dans les districts de Ninotsminda (95,8 %), d'Akhalkalaki (94,3 %) et de Tsalka (55 %), ils sont minoritaires dans les districts d'Akhaltsikhé (36,6 %), d'Aspindza (35,5 %), de Borjomi (9,6 %) et d'Adigeni (3,4 %).
On trouve aussi un bon nombre d'Arméniens (82 600 ou 7,6 %) à Tbilissi, ainsi que quelques petites communautés dans la Kakhétie et en Adgarie. Les autres Arméniens sont concentrés en Abkhazie, où vivent environ 40 000 d'entre eux, principalement dans les districts de Gagra, de Gulripsh et de Soukhoumi. Les Arméniens constituent le 3e groupe ethnique en importance en Abkhazie après les Abkhazes (50,7 %) et les Géorgiens (19,2 %), car les Arméniens représentent 17,4 % de la population locale. Dans les agglomérations où ils sont concentrés, notamment dans la Samtskhé-Djavakhétie, la plupart des Arméniens ne parlent pas le géorgien.
Les Arméniens du Sud se trouvent à être les descendants des réfugiés arméniens d'Anatolie occidentale venus pendant les guerres russo-turques (XIXe siècle) et également avant la Première Guerre mondiale. Coupée de la capitale par une chaîne de montagnes, la communauté arménienne est géographiquement isolée des responsables politiques de Tbilissi. L'interaction économique, sociale et culturelle entre cette région et le reste du pays est très limitée, ce qui entraîne une situation de pauvreté généralisée et un climat de résignation. Par ailleurs, quelque 100 000 Arméniens vivaient en Abkhazie avant le conflit qui a éclaté après l'indépendance de la Géorgie; aujourd'hui, ils sont un peu plus de 40 000. De petites communautés arméniennes se sont dispersées dans les plaines géorgiennes, surtout dans la Karthlie supérieure.
- Les Grecs (100 000)
Les Grecs géorgiens sont d'origines diverses, bien qu'ils soient presque tous de confession orthodoxe grecque. Il faut, en effet, faire une distinction entre les Grecs turcophones appelés «urumy» (ou Ouroums) et les Grecs hellénophones appelés «rumei». De plus, parmi les Ouroums, il existe deux sous-groupes: les turcophones de Tsalka et les tartarophones originaires de Crimée ou d'Ukraine, qui vivent principalement à Tbilissi ou autour de la capitale.
Ces divisions linguistiques entre turcophones et hellénophones se seraient produites à la fin du XVIIIe siècle lorsque des Grecs se sont installés dans l'ancien Empire russe. Avec le temps, les habitants des villages grecs situés à proximité de grandes villes auraient adopté la langue turque parlée par les Tatars de Crimée, tandis que dans les villages de l'arrière-pays les Grecs auraient continué à se servir des parlers hellènes. Le mot «ouroum» serait dérivé de l'arabe rûm/rûmi qui signifie «romain», car les Grecs étaient à l'origine des citoyens de l'Empire romain d'Orient (Empire byzantin). Après la vague d'émigration massive du début des années 1990, le nombre des Grecs est passé, à Tsalka même et dans les villages environnants, de 35 000 à seulement 3000. Il en reste environ 1300 en Abkhazie (2011). La région qui compte le plus de Grecs est la Karthlie inférieure (env. 7400 personnes). La législation grecque sur la citoyenneté aurait grandement facilité l'émigration vers la Grèce de 85 % des Grecs de Géorgie.
- Les Russes (65 000)
Les Russes (langue slave) forment un autre important groupe minoritaire. En Abkhazie et en Ossétie du Sud, les deux régions autonomes contrôlées par la Russie, les russophones se sentent majoritaires, car ils font partie techniquement de la fédération de Russie. Le recensement de 1926 révélait que le nombre des Russes était de 96 000 sur l'ensemble du territoire de la Géorgie. Dans leur plus grande extension démographique en 1959, ils étaient plus de 400 000 dans la Géorgie soviétique. Juste avant l'indépendance, les russophones avaient baissé à 341 000, mais au recensement de 2002 ils n'étaient plus que 67 600, ce qui signifie que 80 % des Russes avaient déjà quitté la Géorgie.
Aujourd'hui, bien que les Russes constituent le 7e groupe ethnique (après les Géorgiens, les Mingréliens, les Azéris, les Arméniens, les Abkhazes et les Grecs turquifiés ou Ouroums), ils ne se sentent guère une minorité ou, du moins, ils se considèrent comme une minorité «pas comme les autres». Bien que présents dans toutes les régions, les russophones géorgiens sont relativement concentrés en Abkhazie (22 000), en Ossétie du Sud (2100), à Tbilissi (32 580), ainsi que dans les régions d'Adjarie (9000), d'Iméréthie (4924), de la Kakhétie (3844), de la Mingrélie-Svanétie (4163) et de la Karthlie inférieure (6464).
Contrairement à certaines petites communautés (Grecs, Kurdes, Mingréliens, Svanes, etc.), les Russes ne parlent généralement pas le géorgien, ce qui leur cause de nombreux problèmes depuis l'indépendance, et ce, d'autant plus que la langue russe est de moins en moins utilisée en Géorgie, surtout parmi les jeunes gens de moins de 25 ans. Il serait même devenu rare que des jeunes âgés de 25 ans, ou moins maîtrisent bien la langue russe.
- Les Biélorusses (7000) et les Ukrainiens (6000)
Les quelque 7000 Biélorusses et 6000 Ukrainiens sont un peu dans la même situation. Avant l'indépendance, Biélorusses et Ukrainiens étaient dix fois plus nombreux, mais beaucoup d'entre eux ont depuis quitté la Géorgie. Aujourd'hui, ils sont principalement concentrés dans la capitale Tbilissi (la moitié d'entre eux), puis dans les régions autonomes, en Adjarie (plus de 1000), en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Les premiers Biélorusses et Ukrainiens sont arrivés en Géorgie au cours du XIXe siècle et se sont installés près de la mer Noire et dans la capitale.
- Les Abkhazes (129 000)
On compte quelque 129 000 Abkhazes (langue caucasienne) en Géorgie. La plupart d'entre eux habitent l'Abkahzie (122 000), la région autonome qui a autoproclamé son indépendance et sur laquelle la Géorgie n'exerce plus aucun contrôle. C'est plutôt la Russie qui occupe entièrement le territoire. Malgré la répression dont ils ont été victimes sous le régime soviétique, les Abkhazes ont su préserver leur culture caucasienne traditionnelle et leur héritage historique. Certains sont musulmans, d'autres chrétiens. À l'exemple des Ossètes, les Abkhazes réclament leur rattachement à la fédération de Russie, mais ils sont à peine majoritaires (50,7 %) dans leur propre république autonome. Les groupes ethniques se présentaient ainsi au recensement de 2011:
Année Abkhazes Géorgiens Arméniens Russes Grecs Total
Recensement de 2011 122 069 46 367 41 864 22 077 1380 240 705
Pourcentage 50,7 % 19,2 % 17,3 % 9,1 % 0,6 % 100 %
Il resterait environ 6000 Abkhazes qui sont répartis principalement en Ossétie du sud, en Adjarie (1500) et à Tbilissi (moins de 500).
- Les Ossètes (39 000)
Selon le recensement de la Géorgie de 2011, il y aurait 39 000 Ossètes en Géorgie, mais selon le ministère des Affaires étrangères de la fédération de Russie, il y aurait 47 000 Ossètes en Ossétie du Sud. Jusqu'en 2008, la majorité des Ossètes (langue indo-iranienne) de Géorgie ont vécu à l'extérieur de l'ancienne région autonome d'Ossétie qui avait été créée en avril 1922 après l'invasion soviétique. Aujourd'hui, si la plupart des Ossètes habitent dans la république autonome d'Ossétie du Sud. D'après les chiffres russes de 2014, la situation démographique se présenterait ainsi en Ossétie du Sud :
Année Ossètes Géorgiens Russes Arméniens Juifs Autres Total
Estimation de 2007 47 000 17 500 2100 900 650 1850 70 000
Pourcentage 67,1 % 25 % 3 % 1,3 % 0,9 % 2,6 % 100 %
En plus de l'Ossétie du Sud, on trouve des Ossètes dans le district de Tskhinvali, bien que d'autres vivent à Tbilissi, à Gori, à Khashouri et à Roustavi. Les Ossètes sont parmi les derniers descendants des grands peuples nomades d'origine iranienne, comme les Squithiens, les Sarmats et les Alans. Les Ossètes de Géorgie ont beaucoup fait parler d'eux, depuis qu'ils se sont soulevés contre l'État géorgien afin que leur république autonome (l'Ossétie du Sud) soit réunie à l'Ossétie du Nord au sein de la fédération de Russie. D'ailleurs, à l'heure actuelle, on assiste à un fort processus de migration causé par la guerre civile vers l'Ossétie du Nord en Russie. Des Tchétchènes et des Avars habitent près de la frontière avec le Daghestan et la Tchétchénie. Comme en Abkhazie, l'Ossétie du Sud demeure sous le contrôle de la Russie.
La plupart des Ossètes qui vivent à l'extérieur de l'Ossétie du Sud résident à Tbilissi (10 270), dans les régions de la Karthlie supérieure (13 383), de la Kakhétie (6000) et de la Meskhétie (4000).
- Les Kurdes (2600) et les Yézidis (18 000)
Il y a une quinzaine d'années, les Kurdes formaient une communauté d'environ 33 000 personnes. Ils sont moins de 20 000 aujourd'hui. Ce sont des musulmans de confession yézidie. Le yézidisme est une religion syncrétique qui combine des éléments du zoroastrisme, du judaïsme, du christianisme et de l'islam. Cette religion s'est développée dans le passé chez les Kurdes d'Irak, de Syrie, de Turquie, du Caucase et, du fait de l'immigration récente, dans les pays d'Europe occidentale. Les Kurdes yézidis parlent généralement la variété du kurde dite kurmanji. Ils sont les descendants de réfugiés ayant échappé la répression religieuse sous l'Empire ottoman. Ils vivent principalement à Tbilissi (les trois quarts) et à Roustavi en Karthlie inférieure. Bien que les Kurdes soient urbanisés et bien intégrés socialement, ils ont su préserver leur identité ethnique, leur langue et leurs traditions culturelles.
Comme les Kurdes (et les Assyriens) n'ont pas d'État voisin ou de patrie abritant leurs frères d'origine, ils se trouvent en Géorgie dans une situation moins favorable que d'autres minorités, ce qui les fragilise davantage. Selon les associations locales, le nombre réel des Yézidis seraient artificiellement gonflés (18 000) et ils seraient moins de 6000. Enfin, l'image des Kurdes dans la société géorgienne semble plutôt négative; ils souffriraient d'un mépris partagé.
- Les Juifs (2800)
Les Juifs constituent l'une des minorités nationales les plus anciennes de Géorgie. Au recensement de 1989, il y avait 24 795 Juifs dans le pays et vivaient principalement à Tbilissi, à Kutaïssi et, plus au nord, à Oni. À l'heure actuelle, la plupart des Juifs ont quitté la Géorgie pour Israël, car il n'en resterait que 2800, notamment à Oni et à Tbilissi. Les Juifs géorgiens parlent le géorgien; les Juifs russes, le russe; mais une minorité parle le yiddish.
- La langue seconde des minorités
La plupart des minorités linguistiques parlent le russe comme langue seconde, non le géorgien. Ainsi, en 1989, moins de 3 % des Abkhazes, moins de 10 % des Azerbaïdjanais et environ 20 % des Arméniens vivant en Géorgie déclaraient parler couramment le géorgien. De fait, le russe est, après le géorgien (langue officielle), la langue la plus répandue dans le pays. Le russe sert de langue des communications inter-ethniques, surtout de la part des Azéris, des Arméniens et des Géorgiens. La quasi-totalité de la population est encore bilingue (russe / langue maternelle), mais une tendance semble se dessiner pour l'abandon du russe en faveur de l'anglais considéré maintenant comme plus prestigieux. Toutefois, l'abandon du russe attire des critiques, car les enfants ainsi éduqués se révèlent incapables de communiquer avec leurs voisins du Caucase.
Ainsi, le recensement national de 2002 a révélé que quelque 31 % de l'ensemble de la population minoritaire parlait assez couramment le géorgien. En 2008, l'ECMI (European Centre for Minority Issues), c'est-à-dire le Centre européen pour les questions des minorités, a mené une enquête dans 59 agglomérations minoritaires de la Géorgie, soit les régions de Samtskhe-Javakhetie et de Karthlie (Kvemo Kartli). Or, cette enquête révélait que 32,2 % des Arméniens et 27,7 % des Azéris, les deux plus grandes communautés minoritaires, ne comprenaient pas du tout la langue géorgienne, alors que seulement 8,4 % des Arméniens et 9,8 % Azéris la parlaient couramment.
Évidemment, l'ignorance du géorgien demeure le principal obstacle à l'intégration des minorités nationales. Les Arméniens, les Azéris, les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses souffrent d'isolement par rapport à la population majoritaire, non seulement en raison de la barrière linguistique, mais aussi à cause des infrastructures insuffisantes, notamment en matière scolaire, et du manque de communications.
2.4 Les alphabets
La Géorgie est aux prises avec des langues possédant des alphabets différents:
Alphabet géorgien Alphabet
cyrillique Alphabet
grec Alphabet arménien Alphabet
géorgien, mingrélien, svane, laze, etc. russe, biélorusse, ukrainien, ossète, abkhaze, tchétchène, tatar, ouzbek, lezghien, tadjik, etc. azéri, kurde, moldave, estonien, allemand, polonais, turc, etc. grec arménien assyrien
Notons que l'alphabet latin peut différer s'il transcrit le kurde, l'allemand, le polonais ou le turc, comme c'est aussi le cas pour l'alphabet cyrillique avec le russe, l'ossète ou le tadjik. De plus, certaines langues peuvent utiliser des alphabets multiples. Ainsi, l'avar emploie les alphabets latin et cyrillique; le kazakh, les alphabets latin, cyrillique et arabe; l'ouroum, les alphabets cyrillique et grec. La communication peut paraître plus difficile dans les textes écrits.
Au point de vue religieux, les Géorgiens sont majoritairement (84 %) des chrétiens orthodoxes (Géorgiens orthodoxes: 65 %; Russes orthodoxes: 10%), puis des musulmans (10 %, surtout chez les Azéris), des apostoliques arméniens (4 %), ainsi que quelques petites communautés juives, catholiques et protestantes. Les musulmans sont relativement concentrés en Karthlie intérieure, en Kakhétie, à Tbilissi, en Adjarie et en Abkhazie. De multiples informations font état de manifestations répétées de violence et de harcèlement à l'encontre des membres des minorités religieuses de Géorgie. Les témoins de Jéhovah, les baptistes et les chrétiens de l'Église évangélique semblent être les cibles les plus fréquentes de manifestations comme des actes de violence et de harcèlement.
Depuis l'indépendance, les religions minoritaires ont perdu beaucoup d’adeptes. Comme beaucoup de non-géorgianophones, des croyants de diverses confessions religieuses ont non seulement géorgianisé leur nom, mais se sont aussi convertis à la religion orthodoxe soit par sécurité soit pour éviter l’ostracisme. Le cas semble particulièrement flagrant en Adjarie, revenue sous l'administration de Tbilissi en 2004 et chez les Azéris dans les régions de la Karthlie inférieure et de la Kakhétie.
Peuplée dès l’époque paléolithique, la région de la Géorgie était, entre les VIe et IVe siècles avant notre ère, divisée en deux régions: à l’ouest, la Colchide (partie occidentale de la Géorgie actuelle), une terre mythique de la légende de la Toison d’or, colonisée par les Grecs ; à l’est, l’Ibérie en Géorgie orientale. Située à un point stratégique entre l’Orient et l’Occident, la Géorgie fut fréquemment envahie par des armées conquérantes, ses terres furent dévastées et ses habitants, soumis à des lois étrangères et à des querelles pour la possession de territoires. Les Géorgiens furent dominés par les Perses et par Alexandre le Grand, puis après un court intervalle d'indépendance, ils furent conquise par les Romains en 65 avant notre ère, mais purent conserver leurs souverains. Finalement, la Colchide tomba alors sous la suzeraineté de Rome, tandis que l’Ibérie fut dominée par la Perse.
3.1 Le royaume de Géorgie
Le christianisme fut introduit au IVe siècle de notre ère lorsqu''une vierge de Cappadoce, appelée plus tard sainte Nino, évangélisa les Géorgiens et accomplit des miracles. Après sa mort, les Géorgiens la vénérèrent et la considérèrent comme leur sainte patronne. Par la suite, le pays se couvrit de nombreuses écoles et de plusieurs monastères, ce qui permit un essor et une diffusion de la culture et de la langue géorgiennes. Jusqu’au VIIe siècle, les Byzantins et les Perses se disputèrent la Géorgie, conquise par les Arabes au VIIe siècle, puis par les Turcs seldjoukides au XIe siècle.
Au début du XIIe siècle, David III chassa les Turcs et restaura le royaume de Géorgie, qui atteint son apogée sous le règne de la reine Thamar (1184-1213), dont le royaume s'étendit de la mer Noire à la mer Caspienne, du Caucase du Nord à l'Azerbaïdjan iranien. La reine Thamar, qui poussa ses armées jusqu’au royaume de Trébizonde (territoire grec près de la mer Noire), étendant son royaume de la mer Noire à la mer Caspienne et du Caucase à l’Azerbaïdjan, fut à l’origine d’une véritable renaissance culturelle (voir la carte ci-contre). En 1204, la chute de l’Empire byzantin en 1204 fit de la Géorgie l’État chrétien le plus puissant de la Méditerranée orientale. Une intense activité culturelle se développa, notamment dans le domaine de l’architecture, de la littérature, de la philosophie et des science, ce qui permet de considérer cette période comme l'âge d'or de la Géorgie.
3.2 Les dominations perse et turque
Cependant, à la fin du XIVe siècle, déjà ravagé par les invasions mongoles (1336-1405), la Géorgie se retrouva isolé du monde chrétien après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Dès lors, la Géorgie connut une période de déclin et passa sous le contrôle de la Perse et de l’Empire ottoman jusqu’au XVIIIe siècle. Certains Géorgiens des territoires inclus dans l'Empire ottoman furent islamisés: les Adjars, qui ont conservé la langue et la culture géorgiennes, les Turcs meskhètes devenus turcophones, ainsi que les Abkhazes. D'autres groupes non géorgiens furent également islamisés dans le Caucase occidental: d'une part, les «peuples montagnards», c'est-à-dire les Tcherkesses (ou Circassiens) les Adigués, les Balkars, les Tchétchènes et les Ingouches; d'autre part, les «peuples montagnards du Daguestan», dont les Avars, les Darghiniens et les Lezguiens. La majorité de ces musulmans étaient de rite sunnite, mais il y avait aussi des chiites.
En 1783, grâce à un accord de protectorat, la Russie prit le contrôle des Affaires étrangères du royaume géorgien et, en 1801, le dernier roi géorgien abdiqua. La Géorgie intégra alors l’Empire russe du tsar Alexandre Ier ; malgré les nombreux soulèvements qui éclatèrent localement, la Russie réussit à étendre son influence dans toute la région. Les Géorgiens furent fractionnés en des sous-ensembles ethniques et régionaux (Mingrélie, Imérétie, Kakhétie, Karthvélie, Svanétie, etc.), qui les affaiblirent. En 1880, le russe fut proclamé langue obligatoire dans toute la Géorgie. Puis, afin de renforcer son influence dans la région, l'Empire russe prit l'habitude de faire déporter certaines communautés, religieuses ou linguistiques, vers la Géorgie. La région frontalière de la Samstkhé-Djavakhétie (Géorgie et Turquie) fut particulièrement soumise à de nombreux mouvements de population, forcés ou volontaires. Après son rattachement à l'Empire russe, des populations chrétiennes, probablement jugées plus fiables, y ont été installées, notamment des Arméniens, des Russes et des Grecs, en remplacement des populations musulmanes (Turcs et Azerbaïdjanais). Tout ce ceci explique en partie le caractère multiethnique du pays.
3.3 La domination soviétique
En 1918, au lendemain de la révolution d'Octobre, la Géorgie proclama son indépendance sous le nom de «République démocratique géorgienne» et se rangea sous la «protection de l’Allemagne». Voici le texte de la déclaration:
Acte d'indépendance de la Géorgie (1917)
Pendant plusieurs siècles, la Géorgie a existé comme État libre et indépendant.
À la fin du XVIIIe siècle, pressée de tous les côtés par des ennemis, la Géorgie s’allia volontairement à la Russie, à condition que la Russie s’engageât à défendre la Géorgie contre ses ennemis extérieurs.
Les événements de la Grande Révolution russe ont créés une situation intérieure telle que le front de guerre s’est effondré entièrement et que la Transcaucasie a été évacuée par les armées russes.
Abandonnées à leurs propres forces, la Géorgie et avec elle la Transcaucasie, ont pris entre leurs mains le soin et la direction de leurs propres affaires et se sont donné des organes gouvernementaux appropriés. Mais la pression des forces extérieures a amené la dissolution des liens qui unissaient les peuples de la Transcaucasie et l’unité politique de celle-ci s’est effondrée.
La situation présente de la nation géorgienne commande impérieusement à la Géorgie d’avoir sa propre organisation d’État en vue de prévenir, par ce moyen, la conquête du pays par les forces extérieures et de créer des bases solides pour son développement indépendant.
En conséquence, le Conseil national géorgien, élu par l’Assemblée nationale, le 22 novembre 1917, déclare :
1) La nation géorgienne rentre en possession de tous ses droits; la Géorgie est un État indépendant qui jouit de tous les droits de la souveraineté.
2) La forme de l’organisation politique de la Géorgie indépendante est la République démocratique.
3) En cas de conflits internationaux, la Géorgie reste perpétuellement État neutre.
4) La République démocratique géorgienne désire avoir des relations amicales avec tous les membres de la communauté internationale et, en particulier, avec les États et les peuples voisins.
5) La République démocratique géorgienne garantit, dans les limites de son territoire, tous les droits civils et politiques, à tous les citoyens également, sans distinction de nationalité, de croyance, d’état social ou de sexe.
6) La République démocratique géorgienne ouvre à toutes les nationalités habitant son territoire un champ libre à leur développement.
7) Jusqu’à la convocation de l’Assemblée constituante, les affaires publiques de toute la Géorgie sont gérées par le Conseil national, avec adjonction des représentants des minorités ethniques, et par le gouvernement provisoire, responsable devant le Conseil national.
Mais, en 1921, les troupes soviétiques envahirent le pays qui fut aussitôt incorporé à l’URSS pour former, avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie.
La RSS de Géorgie constituait alors l'une des 15 républiques membres de l'Union soviétique avant la dissolution de cette dernière en 1991. La Géorgie soviétique dut compter en son sein trois entités autonomes: deux républiques socialistes soviétiques autonomes, la RSSA d'Abkhazie et la RSSA d'Adjarie, et une oblast autonome, l'Ossétie du Sud (voir la carte ci-contre). En effet, les petits peuples minoritaires, tels les Ossètes, les Abkhazes et les Adjars, avaient reçu en 1922, de la part de Lénine et de Staline, un statut d'autonomie culturelle et administrative au sein de la république géorgienne. Ce statut a permis le développement des langues et l'affirmation d'une identité culturelle de ces peuples. Évidemment, l'autonomie accordée à ces trois régions visait moins à favoriser le caractère identitaire minoritaire de ces peuples qu'à briser le sentiment national géorgien selon le principe de «diviser pour régner».
En 1927, un Géorgien, Joseph Staline (en russe»: «l'homme d'acier») s'empara du pouvoir à Moscou et dirigea l'Union soviétique, y compris ses compatriotes Géorgiens qui n'échappèrent pas aux purges staliniennes. Après la dissolution de la RSFS de Transcaucasie en 1936, dans le cadre de la réorganisation administrative de l’Asie centrale, la Géorgie devint une république de l’Union soviétique: la République socialiste soviétique de Géorgie.
- La politique de russification
Sous le régime soviétique, la langue russe supplanta le géorgien. La plupart des établissements d'enseignement utilisèrent le russe. Les professeurs géorgiens parlaient aux élèves en russe; ils devinrent rapidement incapables d'enseigner en géorgien des matières comme les mathématiques, la physique ou l'anglais, sans compter la pénurie effarante des manuels en langue géorgienne; lorsque ces derniers étaient en langue géorgienne, il s'agissait de simples traductions du russe. Les écoles russes étaient vues comme les meilleures écoles, même par les Géorgiens de souche. Si les cours de géorgiens demeuraient obligatoires, à l'exception des enfants de militaires russes appelés à déménager souvent, ils n’étaient pas pris au sérieux par les élèves et étaient plutôt considérés comme une «matière à option». Quoi qu'il en soit, ces cours ne suffisaient généralement pas pour apprendre à parler le géorgien et encore moins à s’intégrer dans la société géorgienne. Quant aux programmes scolaires, ils étaient décidés par Moscou, sauf l’histoire de la Géorgie, laquelle était rédigée par Tbilissi, mais cette matière était enseignée en russe, de même que l’examen de fin d’année . Enfin, il était possible pour les écoles géorgiennes de regrouper différentes nationalités (comme les Abkhazes, les Ossètes, les Arméniens, etc.) et de leur enseigner le géorgien en plus de leur langue maternelle. La plupart des fonctionnaires ne s'exprimaient qu'en russe, y compris aux Géorgiens. Ajoutons aussi que le géorgien n'était à peu près pas utilisé comme langue de travail, sauf dans les régions rurales. En Abkhazie et en Ossétie du Sud, on assista aussi à une généralisation progressive de la connaissance du russe, ce qui se fit au détriment de l'usage du géorgien, qui perdit son statut de «langue de culture»; l'abkhaze et l'ossète réussirent à se maintenir au sein des langues en concurrence.
Profitant d'une période de développement économique, Joseph Staline (un Géorgien) appliqua une politique de russification dans toutes les républiques de l'URSS, ce qui incluait la Géorgie. La langue du «socialisme internationaliste», celle des dirigeants soviétiques, celle de l'ethnie majoritaire, celle de la littérature et des sciences était le russe. Le 13 mars 1938, Staline décréta l'apprentissage obligatoire du russe dans toutes les écoles de l'URSS, proclamé comme «le moyen de communication transnationale». D'où l'introduction (ou l'imposition), dès le début des années quarante, des alphabets cyrilliques qui facilitaient, notamment dans les républiques d'Asie centrale, l'emprunt de mots russes.
L'arrivée des minorités russophones, avec les incontournables purges politiques dans presque toutes les républiques, eut un effet d'entraînement considérable pour la diffusion du russe. Staline abolit toutes les unités militaires nationales et imposa l'unique langue russe à l'armée soviétique. Les purges staliniennes décimèrent le personnel politique géorgien et les intellectuels, alors que les minorités nationales, surtout les Abkhazes, furent soumises à une vigoureuse campagne d'assimilation. Toutefois, il semble que la culture géorgienne n’ait pas trop souffert d'étouffement sous l’Union soviétique: on y comptait nombre de journaux, radios et chaînes de télévision en langue géorgienne.
En 1971, Édouard Chevardnadzé, un Géorgien, fut chargé par Moscou de prendre le contrôle de la Géorgie alors que la corruption et le nationalisme semblaient avoir dépassé les limites du tolérable. En fait, Chevardnadzé se posa en protecteur de la langue géorgienne et de la culture nationale. Gérant «sa» république avec mesure et habileté, le futur ministre des Affaires étrangères de l'URSS acquit la réputation d'un grand réformateur. Au début des années de 1980, Mikhaïl Souslov (1902-1982), le gardien intransigeant de l'idéologie communiste sous Leonid Brejnev, fit une «conférence à huis clos» au cours de laquelle il justifiait ainsi les intentions quasi machiavéliques de l'URSS à l'égard de la Géorgie:
Le Parti communiste est le ciment de la Russie et nous devons oeuvrer pour un plan de sauvegarde de la Russie, avant que celui-ci ne perde sa force et sa nature même, plan qui sera différent selon la République à laquelle il s'adressera.
Nous devons permettre à nos généraux d'Extrême-Orient de continuer à avoir des conditions de vie «normales». Pour procéder à leurs rapatriements, nous avons besoin des territoires situés au bord de la mer Noire où vivent, comme vous le savez, les Géorgiens.
Nous devons tenir compte du fait que les Géorgiens se différencient fortement de nous et que, tôt ou tard, ils poseront la question de l'indépendance et de la liberté. Nous devons commencer à les affronter en Abkhazie. En profitant de l'Abkhazie, nous accorderons l'indépendance à la Mingrélie, la Svanéthie et l'Adjarie. Nous raviverons ainsi les sentiments provinciaux et nationaux entre eux. Nous devons dresser la Géorgie occidentale contre la Géorgie orientale et ensuite jouer le rôle de conciliateurs.
Nous devons simultanément persuader scientifiquement les Géorgiens qu'ils sont issus de pays divers et qu'ils sont les représentants de diverses nations, ce qui nous donnera la possibilité de les chasser définitivement du territoire géorgien. [...]
Ce texte a été rapporté par Vakhtang Abachidze, le directeur des relations de presse du président Édouard Chevardnadzé, dans l'édition du 30 octobre 1999 du journal La République de Géorgie. La russification de la Géorgie avait commencé sous les tsars, mais elle a été poursuivie avec une plus grande intensité par l’URSS, ce qui a favorisé la mobilisation géorgienne nationaliste durant toute la période soviétique. Toutefois, il fallut attendre la réforme constitutionnelle de 1978 pour que surgisse une forte mobilisation dans la défense de la langue. L'article 75 de la nouvelle Constitution prévoyait une remise en cause du statut de la langue titulaire, le géorgien, en garantissant l’emploi du russe dans les administrations locales. S'engagèrent alors des débats publics avant la session du Soviet suprême de la République socialiste soviétique de Géorgie (RSSG), session qui devait se réunir le 14 avril pour approuver ladite Constitution. Dans les jours qui précédèrent cette session, des tracts furent distribués, appelant à des manifestations afin de défendre le géorgien comme langue officielle de la République. Le 13 avril 1978, en raison des nombreuses manifestations dans les rues de la capitale et des avertissements d'Édouard Chevardnadzé, alors premier secrétaire du Parti communiste de Géorgie, le Soviet suprême recula en décidant de maintenir le statut du géorgien comme langue officielle.
Les revendications linguistiques surgirent de nouveau quelques années plus tard. Au cours de la décennie de 1980, des institutions géorgiennes œuvrèrent pour étendre l'usage du géorgien. Un programme fut proposé par l'Institut scientifique d’État pour la langue, l’Université de Tbilissi, l’Union des écrivains, le présidium de la Société Roustaveli (une organisation indépendante crée en 1987 pour promouvoir la culture géorgienne) et les ministères locaux. Cependant, le programme sur la langue, qui parut en août 1989, proposait l'apprentissage obligatoire du géorgien dans les écoles, mais ne donnait aucune date butoir pour son apprentissage et ne précisait pas davantage les modalités de communication dans les administrations avec les citoyens qui ne parlaient pas la langue nationale. La situation allait changé radicalement avec l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir en URSS et la Perestroïka. Puis ce furent la chute du mur de Berlin, l'effondrement des régimes communistes, la fin du monopole politique des partis communistes, etc.
En même temps, les Abkhazes et les Ossètes commencèrent à réclamer leur autonomie. Les tensions entre le gouvernement géorgien et les enclaves ethniques augmentèrent en 1989, lorsque le Soviet suprême soviétique de Géorgie finit par accorder à la langue géorgienne un statut supérieur aux autres langues. On peut comprendre que le statut du géorgien fut aussitôt perçu comme une menace par les minorités nationales, notamment en Abkhazie et en Ossétie du Sud. La question linguistique devint l’un des enjeux des mobilisations nationalistes dans ces deux régions autonomes. En même temps, les revendications linguistiques émanant des minorités furent considérées par les autorités géorgiennes comme une menace supplémentaire qui pèserait sur la langue nationale.
Or, comme dans les autres républiques socialistes soviétiques, les soixante-dix ans du régime soviétique avaient fait reculer considérablement la langue géorgienne. Pendant des décennies, presque tout le monde a parlé le russe en Géorgie, surtout dans les villes; dans les zones rurales, seules certaines personnes des générations précédentes ont pratiqué encore quotidiennement cette langue. Bref, les Géorgiens ont subi l'assimilation et la russification de leur langue nationale. C'est pourquoi la «restructuration» (Perestroïka) en Géorgie se manifesta par une remise en valeur des aspirations nationales, ce qui devait entraîner ce qu'on peut appeler la «géorgianisation linguistique».
Après que l’Ossétie du Sud eût déclaré sa souveraineté en 1990, le Soviet suprême géorgien supprima le statut administratif de la région. Des combats entre les Géorgiens et les Ossètes s’ensuivirent et ne se calmèrent que lorsqu’une force de maintien de la paix, composée de quatre parties (russe, géorgienne, ossète du Sud et ossète du Nord), fût déployée en 1994.
- La situation linguistique à la veille de l'indépendance
La situation linguistique, lors de l'effondrement de l’URSS, présentait un «multilinguisme hétérogène». Les politiques linguistiques des Soviétiques avaient eu comme effet de créer un renforcement progressif du géorgien. Ainsi, en 1979, les titres des journaux étaient en géorgien dans une proportion de 86 %, tandis que 83 % des journaux locaux paraissaient en cette langue. En 1985, plus de 90 % des volumes publiés l'étaient en géorgien. De plus, à la veille de l'indépendance, plus de 95 % des Géorgiens considéraient que le géorgien était leur langue maternelle. Parallèlement, à peine 32 % de la population géorgienne maîtrisait le russe comme langue seconde, cette proportion étant encore plus faible dans les campagnes.
En même temps, les communautés minoritaires vivaient les unes à côté des autres en utilisant le russe comme langue véhiculaire. Vers la fin du Régime soviétique, le russe demeurait non seulement la langue maternelle des Russes, mais aussi celle de certaines minorités ethniques pour lesquelles le russe représentait la langue de la promotion sociale. D'ailleurs, de nombreux Arméniens, Grecs, Abkhazes, Ossètes, etc., faisaient ainsi le choix de scolariser leurs enfants dans des écoles russophones. Dans certains cas, beaucoup de membres des minorités finissaient par perdre la maîtrise de la langue d’origine. Quant à la langue géorgienne, elle leur apparaissant bien souvent comme la langue des Géorgiens, une langue locale sans grand intérêt. Dans ces conditions, leur connaissance du géorgien était souvent fort limitée. Ainsi, lors du recensement de 1979, seulement 31,4 % des Ossètes, 15,5 % des Russes, et 13,7 % des Arméniens affirmaient maîtriser le géorgien comme langue seconde. La communication paraissait d’autant plus difficile entre les groupes linguistiques que les langues appartenaient à des familles linguistiques différentes (langues caucasiennes, langues slaves, langues turciques, etc.) et que les nombreux alphabets (géorgien, cyrillique, latin, grec, syriaque, etc.) rendaient même la lecture des noms propres fort difficile, voire impossible.
3.4 L'indépendance de 1991
La Géorgie se déclara indépendante le 9 avril 1991. Ce fut d’ailleurs la première république socialiste à déclarer son indépendance. Un second conflit éclata peu de temps après l’élection du premier président du pays, Zviad Gamsakhourdia, en avril 1991. Accusé de corruption, de violation des droits de l’Homme et d’abus de pouvoir, il fut chassé du pouvoir en janvier 1992 par un Conseil militaire. Durant son court mandat à la présidence, Gamsakhourdia a limité sa politique nationaliste à «une Géorgie pour les Géorgiens», au détriment des autres groupes ethniques tout en excluant leur assimilation. Durant la présidence de Gamsakhourdia, les dénominations de quelque 32 villages azéris ont été modifiés pendant la nuit pour des appellations géorgiennes par un décret spécial. Évidemment, les populations azéries ont exprimé leur mécontentement avec cette décision controversée, mais le problème n'a jamais été résolu. De plus, le gouvernement de Gamsakhourdia avait profité de la situation pour supprimer l'autonomie de l'oblast d'Ossétie du Sud, ce qui poussa les Ossètes à se rebeller contre les autorités; des affrontements militaires firent des dizaines de morts jusqu'à la fin de l'année.
Le 7 mars 1992, Édouard Chevardnadzé rentra de Moscou; il fut élu à la présidence du Conseil d’État et, en novembre, plébiscité à la présidence du Parlement. On ne procéda à aucune élection ni référendum pour avaliser cette nomination. Zviad Gamsakhourdia et ses partisans montèrent plusieurs opérations pour tenter de reprendre Tbilissi par la force et, en octobre 1993, menacèrent la ville de Koutaïssi. Le gouvernement de Chevardnadzé imposa un régime très répressif dans toute la Géorgie pour supprimer le «zviadisme». La révolte allait prendre fin après la mort, apparemment par suicide, de Gamsakhourdia, annoncée en janvier 1994.
Au moment de l'indépendance, les établissements scolaires offraient encore un enseignement pouvant couvrir six langues dans le pays: le géorgien, le russe, l'abkhaze, l'ossète, l'arménien et l'azéri. À cette époque, il n'y avait ni discrimination ni dépréciation dans les écoles en raison de la langue ou de l'ethnie d'appartenance. Le pourcentage des Géorgiens qui avaient choisi leurs études en géorgien atteignait 68 % (en 1990), alors que seulement moins de 7 % des géorgianophones fréquentaient une école russophone. En fait, les «écoles russes» étaient principalement fréquentées par les minorités. Outre les Russes, les minorités nationales choisissaient massivement ces écoles dans des proportions parfois très élevées: 40 % chez les Arméniens, 81 % chez les Kurdes, 96 % chez les Grecs et les Ourums, etc. En 1992, quelque 551 «écoles nationales» fonctionnaient encore.
- Les conflits en Abkhazie
Un autre conflit avait éclaté entre les forces géorgiennes et abkhazes, après que le Soviet suprême abkhaze eût proclamé l’indépendance de l’Abkhazie en juillet 1992. Les autorités géorgiennes envoyèrent aussitôt des troupes en Abkhazie, apparemment pour protéger les voies d’approvisionnement et pour poursuivre les forces soutenant l'ex-président Gamsakhourdia. D’intenses combats eurent lieu, les Abkhazes recevant le soutien des peuples caucasiens de la fédération de Russie. Quelque 200 000 Géorgiens quittèrent la république sécessionniste d'Abkhazie, victimes d'un véritable «nettoyage ethnique» de la part des Abkhazes. Les forces géorgiennes perdirent énormément de terrain jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu fût déclaré en juillet 1993. Les Abkhazes violèrent l’accord de cessez-le-feu et expulsèrent en octobre 1993 la milice géorgienne, ainsi que quelque 200 000 résidents géorgiens.
En août 1995, le Parlement géorgien adopta une nouvelle constitution, instaura un régime présidentiel, et Chevardnadzé fut élu le 5 novembre président de la République. Son nouveau gouvernement prononça en 1997 l’abolition de la peine de mort. Le pays, qui avait subi depuis son indépendance une grave crise économique et sociale, vit s’amorcer à partir de 1995 un renouveau économique, encouragé par le Fonds monétaire international qui lui accorda un prêt de 246 millions de dollars. Le président Chevardnadzé fut perçu comme le «fossoyeur de l'Empire du Mal», sauf que le président ne pouvait faire des miracles.
Cependant, les tensions avec l’Ossétie et l’Abkhazie se poursuivirent. Impuissants à résorber le conflit, les Géorgiens accordèrent finalement à l’Abkhazie une grande autonomie. De surcroît, ne pouvant soutenir en Géorgie le droit des Abkhazes à l’indépendance tout en le refusant en Russie aux Tchétchènes, les Russes finirent par se rallier aux positions géorgiennes. Sous l’impulsion de Moscou, une déclaration de paix entre la Géorgie et les sécessionnistes abkhazes fut signée en août 1997, les deux parties s’engageant à ne plus recourir aux armes. Mais cette paix s'est révélée fragile: le 9 février 1998, Édouard Chevardnadzé échappait à un attentat à Tbilissi. En mai de la même année, alors que les combats avaient repris entre Géorgiens et Abkhazes, ces derniers prirent le contrôle de zones disputées, jusqu’alors sous contrôle géorgien.
La Géorgie devenait en 1999 le 41e État membre du Conseil de l’Europe. La même année, elle signait un accord de coopération avec la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, pour la construction d’un oléoduc stratégique reliant Bakhou (Azerbaïdjan) à Ceyhan (Turquie). Prévue en 2004, son ouverture devrait permettre de réduire la dépendance économique de la Géorgie à l’égard de la Russie. Après les élections législatives du 2 novembre 2003, la Cour suprême de Géorgie avait annoncé l'annulation des résultats des élections législatives, pour falsifications. Celles-ci ont été à l'origine du mouvement de contestation populaire qui a abouti à la démission du président Édouard Chevardnadzé. Le 22 novembre, les opposants menés par Mikheil Saakachvili, portant des roses, interrompirent une session du Parlement et forcèrent le président Chevardnadzé à quitter le bâtiment et, le lendemain, à démissionner. C'est ce qu'on a appelé en Géorgie la «révolution des Roses» (en géorgien: Vardebis Revoloutsia). La Cour suprême annula ensuite les élections parlementaires et une élection présidentielle anticipée amena Mikheil Saakachvili à la présidence de la Géorgie, le 4 janvier 2004. Quelques mois plus tard, ses partisans remportèrent les élections parlementaires.
- Le président Chevardnadzé et la question linguistique
Au cours de son mandat, le président Chevardnadzé a maintenu l'usage du russe dans l'administration. Il a même signé un décret qui aurait autorisé l'usage du russe dans la correspondance administrative. Le fonctionnement de la justice témoignait de la même non-intervention en matière de langue. En principe, seul le géorgien devait être autorisé, des interprètes assurant la traduction pour les non-géorgianophones. En réalité, le russe demeurait tout aussi utilisé, sinon davantage que le géorgien. Étant donné la pénurie de traducteurs, le russe et certaines langues minoritaires, tels l'arménien, l'azéri, l'abkhaze ou l'ossète, étaient tout aussi employés. La situation était souvent anarchique. Par exemple, dans un procès, les procureurs et le juge pouvaient utiliser le géorgien, pendant que les témoins s'exprimaient en russe, alors que tous les documents écrits étaient rédigés en géorgien, lesquels demeuraient incompris par les non-géorgianophones. L'organisation des élections pouvait être tout aussi chaotique. Des électeurs non géorgianophones pouvaient recevoir des listes de candidats en russe avec des procès-verbaux en géorgien, sans qu'un fonctionnaire dans les bureaux de vote ne puisse comprendre cette langue.
La démission de M. Chevardnadzé a probablement évité que la situation politique ne s’aggrave et que les antagonismes sociaux dans le pays ne dégénèrent encore plus. Néanmoins, la Géorgie dut gérer sur son territoire les relations inter-ethniques et maintenir sont intégrité territoriale. Les problèmes qui secouèrent l'Abkhazie et l’Ossétie du Sud ne datent pas d’hier. C’est grâce à l’habileté et au prestige de M. Chevardnadzé, surnommé le «renard du Caucase» que la Géorgie a maintenu tant bien que mal une unité nationale très précaire. Ses successeurs ont dû aussi franchir tous ces caps délicats à négocier. Certains analystes prévoyaient même que le départ de M. Chevardnadzé pouvait entraîner une dislocation du territoire géorgien, comme l’a connu la Yougoslavie dans les années 1990. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé.
- La nouvelle approche linguistique
Le 4 janvier 2004, Mikheil Saakachvili remporta l’élection présidentielle de Géorgie avec plus de 96 % des suffrages exprimés, et devenait ainsi le plus jeune président «européen» et aussi le premier président géorgien qui voulait se débarrasser des Russes. À ce moment, la plupart des observateurs internationaux décrivaient la Géorgie comme un «État faible» incapable d'assurer sa souverainement sur des pans entiers de son territoire, aux prises avec une élite corrompue beaucoup plus intéressée à leur enrichissement personnel que par le développement économique de leur pays. Par voie de conséquence, la Géorgie était demeurée incapable de modifier substantiellement sa politique linguistique à l'égard du russe et du géorgien.
Le nouveau président géorgien avait fait des études aux États-Unis, ce qui explique le fait que Mikheil Sakachvili désirait tisser des liens étroits avec ce pays et souhaitait que la Géorgie intègre rapidement l’Alliance atlantique. Il bénéficia d’un fort soutien de la part de Washington et parut comme un défenseur du libéralisme. Cependant, l'arrivée au pouvoir du président Saakachvili augmenta les tensions entre la Géorgie et la Russie. En effet, le président géorgien s'efforça de rétablir l'autorité géorgienne sur la totalité du territoire national; il voulut aussi s'imposer comme le meilleur allié des Américains dans le Caucase afin de contrer l'influence de la Russie.
Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Saakachvili a reçu des États-Unis un soutien politique et militaire; ce soutien se traduisit par une aide à armer, à équiper et à renforcer l’armée géorgienne qui, durant les décennies passées, avait surtout été un rassemblement d’unités disparates subordonnées à différents commandants. Saakachvili engagea l'armée géorgienne aux côtés des États-Unis en Irak. Le président Saakachvili a fait tapisser les rues de la capitale géorgienne de photos du président américain (alors George W. Bush) au côté de son protégé géorgien. Puis ce fut l'avenue George W. Bush qui mena à l'aéroport de Tbilissi.
En matière de langue, l’arrivée au pouvoir de Mikheil Saakachvili (de 2004 à 2007, et de 2008 à 2013) marqua un tournant pour le statut du géorgien. L'équipe de Saakachvili considérait que le maintien des prérogatives du russe et le prolongement du profil bas du géorgien constituaient un échec pour la construction d'un État géorgien moderne. Tirant avantage du départ de 80 % des Russes, les autorités géorgiennes interprétèrent favorablement cette conjoncture pour faire la promotion du géorgien et de l'anglais, une langue dont l'apprentissage répondait aux nouvelles orientations de politique extérieure et à la volonté d’un arrimage géopolitique vers l’Ouest. On a accusé M. Saakachvili d'être un partenaire servile et une marionnette des États-Unis. Les premiers mois de la présidence de Mikhaïl Saakachvili furent caractérisés par une relative indifférence face à la question des minorités, clairement identifiée comme pas du tout prioritaire.
Par voie de conséquence, le gouvernement géorgien commença à faire adopter diverses dispositions linguistiques dans les textes législatifs et réglementaires, tout en agissant avec un zèle accru dans l’application de la législation existante. Les directives gouvernementales langues consistèrent à réduire l’usage du russe dans la correspondance administrative et à restreindre les langues des minorités nationales aux communications orales. Dans les faits, les en employés œuvrant dans les domaines de la justice, de la police et de l’éducation durent subir des tests linguistiques en géorgien autant pour être recrutés que pour être reconduits dans leurs fonctions. Seuls ceux qui parlaient le géorgien purent obtenir des postes de cadre dans la fonction publique. De plus, la plupart des fonctionnaires non géorgianophones ne maîtrisaient pas plus qu'auparavant le géorgien. Cette nouvelle approche dans la politique linguistique attisa les tensions entre la majorité géorgienne et les minorités nationales qui ont vu fondre leurs effectifs de près de 50 %. En somme, le russe ne paraissait plus tellement «rentable» en termes d'intégration sociale et économique. La méconnaissance de la langue officielle incita de nombreux unilingues non géorgianophones à émigrer plutôt que de s'insérer dans des réseaux sociaux avec lesquels ils ne pouvaient pas communiquer.
Les écriteaux en russe disparurent progressivement pour laisser place à des inscriptions en géorgien, voire en anglais, occasionnellement dans une langue minoritaire dans les agglomérations a majorité arménienne, azérie, etc. La visibilité moindre du russe contribua à une utilisation plus restreinte de cette langue. Même les russophones commencèrent à moins s'exprimer publiquement en russe. Les quotidiens ou hebdomadaires russophones cessèrent pratiquement toute diffusion en Géorgie. Les russophones furent obligés de se rabattre sur la presse en provenance de Russie, car elle était encore accessible dans les grands centres urbains; de même, ils continuèrent à regarder les émissions de télévision diffusées à partir de ce pays. Néanmoins, le russe ne disparut pas partout : il s'est maintenu dans certaines régions, par exemple en Adjarie. Les langues minoritaires les plus pratiquées, comme l'arménien et l'azéri, ont pu renforcer leur position aux dépens du russe.
- La reprise des conflits armés en Ossétie (2008)
Puis la Géorgie a continué à avoir des difficultés avec l'Ossétie du Sud, en principe sous sa juridiction. En août 2004, la Géorgie a aussi repris l'offensive contre l'Abkhazie en tirant sur tout navire s'approchant des côtes abkhazes et du port de Soukhoumi. En juillet 2006, la Géorgie a placé une partie de ses troupes dans la partie géorgienne des gorges de Kodori, une zone frontalière de l'Abkhazie, pour combattre une insurrection. Le président Saakachvili s'est ensuite rendu sur place pour assister à la mise en place d'un gouvernement abkhaze pro-géorgien.
Puis, en 2008, la Géorgie et la Russie s'affrontèrent pour le contrôle de la région sécessionniste d’Ossétie du Sud, un territoire géorgien jugé pro-russe. En effet, après une offensive géorgienne les 7 et 8 août, la Russie riposta par une opération militaire d’envergure et en envahissant une partie de la Géorgie par le déploiement de quelque 20 000 hommes et 2000 chars.
À l’issue d'un affrontement de cinq jours, l'armée russe mit en déroute l'armée géorgienne, pourtant équipée de matériel récent et formée par les Américains. La Géorgie dénonça les violences de guerre perpétrées par l'armée russe et, de façon générale, le caractère punitif de la campagne menée à l'encontre de «la petite Géorgie». Le 26 août 2008, Moscou reconnaissait l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, un autre territoire géorgien, où étaient stationnés des milliers de militaires russes, ce qui provoqua ainsi une nouvelle crise dans le Caucase.
Le conflit en Ossétie du Sud provoqua la mort de quelque 2000 personnes, dont plus de la moitié de civils. En outre, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, quelque 158 000 personnes furent déplacées au cours du mois d'août 2008 : plus de 30 000 Ossètes ont fui en direction de l'Ossétie du Nord (Russie), 15 000 Géorgiens ont été chassés d'Ossétie du Sud (Géorgie) et 56 000 Géorgiens ont fui la ville de Gori. Par ailleurs, des soldats russes, des milices armées d'Ossétie du Sud et de simples bandits y semèrent la terreur. De nombreux villages géorgiens furent abandonnés et la plupart des maisons furent détruites ou brûlées. D'autres d'habitants se sont par ailleurs installés dans des colonies construites par les autorités géorgiennes non loin de frontière.
Lors de ce conflit appelé la «deuxième guerre d'Ossétie du Sud», Vladimir Poutine occupait les fonctions de premier ministre de la fédération de Russie, alors que Dmitri Medvedev était président, mais dans les faits Poutine était le seul maître à bord. Quant au président géorgien, Mikheil Saakachvili, il est sorti affaibli par ce conflit, et ce, d'autant plus qu'il durcit son régime, tandis que les investissements étrangers chutèrent de 80 % au cours du premier trimestre 2009. Le président Saakachvili a été critiqué pour son style autoritaire et surtout pour la guerre désastreuse avec la Russie, sans oublier que le copinage et la pauvreté, qui ont caractérisé la période Chevardnadzé, n'avaient pas disparu.
Pour les Russes, l'offensive géorgienne ressemblait au nettoyage ethnique que les puissances occidentales ont considéré comme «un crime contre l'humanité» quand il était commis dans l'ex-Yougoslavie, au Kosovo. Or, l'objectif de la Géorgie consistait moins à s'emparer de cette ville de Tskhinvali que de la détruire et d'éliminer le plus possible ses habitants, dont 90 % avaient un passeport russe. Finalement, plus de 2000 civils ont été tués et 30 000 se sont enfuis en Russie. L'issue de cette guerre de 2008 en Ossétie s'est trouvée à démontrer l'échec des politiques de renforcement du pouvoir coercitif de l'État géorgien. De plus, aux territoires perdus en 1992-1993 s'étaient ajoutés d'autres territoires sous contrôle gouvernemental, qui s'étaient vidés de leur population géorgienne.
La crise de 2008 a démontré la présence de deux nationalismes inconciliables : l'impérialisme russe contre l'ambition d'un État-nation géorgien. D'une part, la Russie cherchait à étendre sa zone d'influence, d'autre part, la Géorgie voulait manifester son indépendance et sa souveraineté sur son territoire. Pendant que Tbilissi désirait consolider son territoire, Moscou voulait le réduire. Alors que la Russie percevait l'OTAN comme un système tourné contre elle, la Géorgie y voyait plutôt une protection. Si la Russie voulait empêcher l'adhésion de la Géorgie à l'OTAN, les États-Unis cherchaient à élargir leur influence avec comme ambition ultime d'empêcher la Russie de redevenir une grande puissance. Le véritable objectif de l'OTAN et des États-Unis s'inscrivait dans une entreprise de déstabilisation de la Russie, la protection de la souveraineté géorgienne n'étant qu'un prétexte. Toutefois, pour sauvegarder son indépendance, la Géorgie ne devait ni provoquer Moscou ni s'abandonner à Washington. Depuis lors, la Russie maintient des troupes militaires importantes en Abkhazie et en Ossétie du Sud; elle a réussi par son intervention à consolider sa présence dans la région et sur toute l'Abkhazie et toute l'Ossétie du Sud. Le conflit Russie-Géorgie semble «gelé» indéfiniment, mais le statut actuel peut changer à tout moment et, au pire, une aggravation est possible, bien que personne ne souhaite une escalade du conflit.
- De nouvelles relations avec la Russie?
Par la suite, la Géorgie a introduit devant la Cour internationale de justice une instance contre la Russie pour «violations de la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale», en prenant prétexte des expulsions et prétendues exactions commises à l'encontre des Géorgiens vivant en Ossétie du Sud. Quant à la Russie, elle a lancé une enquête judiciaire pour prouver que l'armée géorgienne a pratiqué un génocide à l'égard du peuple ossète. Par ailleurs, le gouvernement de la Géorgie a reconnu que les politiques nationalistes avaient largement contribué à l'éclatement du conflit entre l'Ossétie du Sud et la Géorgie. À présent, les autorités géorgiennes semblent dans un effort visant à un règlement politique. Mais la perception par les Géorgiens que leur pays est un petit État en danger provoque aussi une impuissance souvent revendiquée qui entrave toute action politique.
En 2013, Guiorgui Margvelachvili est devenu le nouveau président de la Géorgie. Parmi ses priorités figuraient des relations moins tendues entre son pays et la Russie, car le mandat précédent de Saakachvili avait été marqué par une détérioration nette des relations entre les deux pays, notamment lors de la guerre de 2008. Il n'en demeure pas moins que la question de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud n'est toujours pas réglée. L'un des objectifs du président Margvelachvili est de récupérer l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud occupées par les troupes russes. Toutefois, ce ne sera pas facile, car les Russes sont considérés en Abkhazie et en Ossétie du Sud comme une «protection» contre une éventuelle reprise du «nettoyage ethnique» pratiqué par les Géorgiens.
De plus, la situation économique et sociale du pays fait en sorte que les inégalités sont renforcées, ce qui affecte plus particulièrement les groupes minoritaires. Le problème de la corruption n'est pas résolue de façon satisfaisante, ce qui touche les droits de l’Homme et notamment les membres les plus vulnérables de la société, les membres des minorités nationales. Quant à l'intégration de la Géorgie à l'OTAN, elle semble au point mort, car la Russie, après la Crimée et l'Ukraine, apparaît de plus en plus en position de force face à ses concurrents occidentaux.
Les tensions se poursuivent, entre autres, dans les régions de la Samtskhé-Djavakhétie et de la Karthlie inférieure, là où sont concentrées les minorités les plus importantes du pays, les Azéris et les Arméniens. Après la «révolution des Roses» de 2003, la pleine intégration de toutes les minorités ethniques en Géorgie demeurait encore une entreprise difficile pour le gouvernement géorgien. Néanmoins, la Géorgie a fait des efforts en faveur de la protection des droits des minorités nationales. En avril 1999, en devenant membre du Conseil de l'Europe, la Géorgie a entrepris de signer et de ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. En janvier 2000, la Géorgie a signé la Convention et, en 2005, le Parlement géorgien la ratifiait, la ratification devenant effective le 1er avril 2006.
3.5 L'adoption de la Loi sur la langue officielle de 2015
Dès les premières années après l'indépendance (1991), un groupe de parlementaires et de spécialistes avait été chargé d’élaborer une loi sur la langue officielle, qui devait réglementer de façon détaillée l'usage des langues en Géorgie. Dans la première version, toutes les autres langues que le géorgien furent désignées comme des «langues étrangères», y compris celles des minorités nationales comme le mingrélien, l'abkhaze, le lezghien, etc. À la suite des nombreuses protestations de la part des représentants des minorités, ces langues furent appelées «non officielles». Quoi qu'il en soit, la controverse suscitée par le projet de loi fut telle qu'il n'a pu être adopté. Non seulement les Géorgiens des différentes communautés ne purent s'entendre sur les exigences en matière de connaissance de la langue officielle, mais les tentatives de promotion du géorgien se heurtèrent à de nombreux obstacles tant financiers que matériels ou sociaux.
Devant l’incapacité à élaborer une politique linguistique efficace pour la valorisation du géorgien, les autorités avaient souvent préféré maintenir les institutions héritées de l’Union soviétique, car elles apparaissaient comme un moindre mal. La plupart des Géorgiens s'en sont accommodé et rien ne fut remis en cause, que ce soit les écoles dites «nationales», les organisations culturelles, le cinéma, la presse écrite ou la publicité. D'ailleurs, l’existence d’écoles minoritaires, les «écoles nationales» ou ethniques, était communément admise tant dans l'entourage du président Gamsakhourdia que du président Chevardnadzé. Il paraissait normal que, par exemple, un Arménien étudie en arménien ou un Azerbaïdjanais en azéri. Ce qui n'était pas accepté, c'est la russification des minorités ethniques parce qu'elle augmentait le rapport de force pour le russe et, par voie de conséquence, limitait celui du géorgien. Beaucoup de Géorgiens commencèrent à percevoir cette situation comme particulièrement pernicieuse.
Ce fut la réforme de l'éducation menée par les partisans du président Mikheil Saakachvil, qui fut présentée comme le coup de barre pour le changement et la géorgianisation de l'État. Un nouveau cadre législatif fut élaboré, et ce, dans les établissements d'enseignement secondaire et dans les établissements d'enseignement supérieure. Ce fut l'objet de la Loi sur l'enseignement supérieur (2004) et de la Loi sur l'éducation générale (2005). La politique linguistique ne vise pas à géorgianiser de force les minorités, ni à démanteler les «écoles nationales», mais à rendre ces écoles inadaptées à la nouvelle réalité. Cependant, si le renforcement de l'État géorgien pouvait avoir pour effet de rendre nécessaire l'apprentissage de la langue officielle par les membres des minorités nationales, il était aussi probable qu'il entraîne une certaine disqualification des langues minoritaires dans le système scolaire et provoque une montée des tensions.
Quoi qu'il en soit, le président Guiorgui Margvelachvili réussit à faire adopter par le Parlement géorgien, en juillet 2015, la Loi sur la langue officielle. Cette loi est construite en 12 chapitres et couvre tous les domaines de la vie publique, de la langue de la législation à la langue de l'éducation, en passant par le monde du travail, la publicité, les médias, les élections, les relations extérieures, etc.
4 Le statut des langues
Les Géorgiens se sont toujours préoccupés de leur langue nationale. Cette question avait fait la «Une» des journaux en 1973, alors que les Géorgiens avaient protesté contre l'apprentissage obligatoire du russe dans les écoles.
4.1 La Constitution soviétique
En 1978, les Géorgiens se mobilisèrent contre la Constitution socialiste soviétique du 15 avril, qui voulait rendre le russe et le géorgien les langues co-officielles de la République. Finalement, les dirigeants soviétiques durent accorder, par l'article 75, le statut de langue officielle au géorgien et le statut de langue des relations inter-ethniques au russe:
Article 75 [abrogé]
1) Le géorgien est la langue officielle de la RSS de Géorgie.
2) La RSS de Géorgie accorde tout le soin possible de l'État au développement de la langue géorgienne et garantit son utilisation dans les organismes gouvernementaux et sociaux, dans les institutions culturelles, dans les institutions d'enseignement et autres.
3) En RSS de Géorgie est garantie dans les institutions et organismes susmentionnés la libre utilisation du russe et des autres langues qu'emploie la population.
4) Aucun privilège ou restriction dans l'utilisation de ces langues ou d'autres langues n'est autorisé.
Les dispositions constitutionnelles de 1978 prévoyaient en réalité que le statut du russe était préservé et qu'aucun privilège ou restriction dans l'utilisation d'une langue n'était autorisé. Il n'en demeure pas moins que le géorgien obtenait un statut hiérarchiquement supérieur. Ce genre de disposition était très rare dans les anciennes républiques soviétiques. À l'époque, les parlementaires géorgiens utilisaient le russe ou le géorgien; les lois étaient rédigées en géorgien et traduites en russe (ou l'inverse), mais les deux versions étaient considérées comme d'égale valeur juridique.
Il est vrai que tous les anciens textes rédigés en russe conservent encore leur valeur légale. Depuis l'indépendance, seule la version géorgienne est maintenant considérée comme officielle. Le russe est peu employé au Parlement dans les débats oraux (moins de cinq députés russophones), mais il n'est pas interdit; il n'y a pas de système de traduction simultanée. En général, seuls les rares députés russophones et ceux appartenant à une minorité ethnique s'expriment en russe. Bref, l'article 110 de la Constitution soviétique de 1978 reste encore appliqué, bien qu'il soit abrogé:
Article 110 [abrogé]
Les lois de la RSS de Géorgie, les décrets et les autres documents du Soviet suprême de la RSS de Géorgie sont publiés dans les langues géorgienne et russe et, dans le cas des républiques autonomes et des régions autonomes, aussi dans la langue de la république autonome et de la région autonome, et portent les signatures du président et du secrétaire du Soviet suprême de la RSS de Géorgie.
4.2 La Constitution géorgienne de 1995
Aujourd'hui, la Constitution du 15 avril 1995 proclame le géorgien comme langue officielle, ainsi que l'abkhaze (ou abkhazien) en Abkahzie. Voici le texte de l'article 8 à ce sujet:
La langue officielle de la Géorgie est le géorgien. Les langues officielles de la République autonome d'Abkhazie sont le géorgien et l’abkhaze.
L'article 4 de la Loi sur la langue officielle (2015) proclame ainsi le statut de la langue officielle:
1) Conformément à l'article 8 de la Constitution de la Géorgie, la langue officielle de la Géorgie est le géorgien et les langues officielles de la République autonome d'Abkhazie sont le géorgien ainsi que l'abkhaze.
L'article 3 de la Loi sur la langue officielle distingue quatre type de langues dans le pays:
1) la langue officielle = le géorgien;
2) les langues non officielles = toute langue utilisée dans la vie privée;
3) les langues d'une minorité nationale = langue non officielle utilisée traditionnellement par un membre d'une minorité;
4) la langue littéraire = géorgien écrit normalisé.
Pour résumer la situation, nous pouvons dire que le géorgien est la seule langue officielle sur l'ensemble du territoire géorgien, mais que l'abkhaze a acquis ce statut également en Abkhazie. Le problème, c'est que cette disposition sur la co-officialité de l'abkhaze demeure strictement théorique, puisque l'État géorgien n'exerce aucun contrôle sur cette partie du territoire. Il en est ainsi en Ossétie du Sud.
Toutes les autres langues sont des «langues non officielles» parlées des citoyens de la Géorgie, mais si ces langues sont parlées traditionnellement par des membres d'une communauté linguistique en Géorgie, il s'agit alors de la «langue d'une minorité nationale». En ce sens, l'anglais est une langue non officielle, mais n'est pas une langue minoritaire. Serait-ce une langue «étrangère»? Quant à la «langue littéraire», c'est le géorgien écrit, normalisé par les dictionnaires et les académies; il est utilisé par les autorités publiques, le milieu de l'éducation, les médias, le monde des affaires, les écrivains, etc.
Comme il est normal, la législation prévoit des prérogatives importantes pour la langue officielle. Ainsi, l'article 6 de la Loi sur la langue officielle crée un ministère de la Langue officielle, lequel doit assurer la protection et la diffusion du statut constitutionnel de la langue, ainsi que la création et l'introduction des règles de la langue littéraire géorgienne:
De plus, à l'article 37, la loi établit un «Programme unifié de la langue officielle»:
Le Programme unifié de la langue officielle poursuit les objectifs suivants (art. 37.3):
Il est encore trop tôt pour évaluer les effets de la Loi sur la langue officielle de 2015, mais il semble évident que le gouvernement a décidé de prendre les grands moyens pour imposer le géorgien comme langue officielle auprès de sa population de moins en moins multi-ethnique.
En vertu de l'article 35 de la Loi sur la langue officielle, l'État doit exercer un contrôle de la langue officielle auprès des organismes suivants:
Selon l'article 39 de la Loi sur la langue officielle, les cadres des autorités publiques et des instances d'autonomie locale, les institutions et les organisations sont personnellement responsables de toute violation de la législation de la Géorgie sur les langues officielles par des personnes agissant dans le domaine sous leur autorité. Par contre, la loi ne prévoit aucune pénalité d'ordre financier ou carcéral.
5 Le concept de l'autonomie locale
En Géorgie, le concept de l'«autonomie locale» est une réalité juridique importante, qui a pour effet de décentraliser les pouvoirs de l'État. Ce principe de l'autonomie locale est énoncé à l'article 2 de la Constitution géorgienne, qui dispose que les questions d’intérêt local sont réglées par les citoyens géorgiens dans le cadre de l’autonomie locale, sans préjudice de la souveraineté de l’Etat. Les fonctions de responsables des organes exécutifs et de représentant de l’autonomie locale sont des fonctions électives.
1) Le territoire de l'État géorgien comprend le territoire du pays au 21 décembre 1991. L'intégrité territoriale de la Géorgie et l'inviolabilité des frontières de l'État sont garanties et reconnues par la Constitution et la législation de la Géorgie ainsi que par le concert des États et des organisations internationales.
2) Toute cession du territoire de la Géorgie est interdite. Les frontières de l'État ne peuvent être modifiées que par des accords bilatéraux avec des pays voisins.
3) L'organisation territoriale interne de la Géorgie est définie par la loi constitutionnelle sur la base du principe de démarcation appliqué sur l'ensemble du territoire géorgien au moment où la juridiction géorgienne aura été pleinement rétablie.
4*) Les citoyens géorgiens décident des questions d'intérêt local dans le cadre d'un système d'autonomie sous réserve de ne pas porter atteinte à la souveraineté de l'État. [Les responsables des organes exécutifs et représentatifs de l'autonomie locale sont élus. Le droit de créer des organes autonomes, ainsi que leurs attributions et leurs relations avec les organes de l'État, sont fixés par une loi organique.] L'État encourage le développement de l'autonomie locale.
* Les deuxième et troisième phrases du paragraphe 4 ont été ajoutées par la loi constitutionnelle du 6 février 2004, puis supprimées la loi constitutionnelle du 15 octobre 2010.
Les procédures relatives à la création des instances d'autonomie locale ont été fixées par le Code administratif général (1999), la Loi organique sur l'autonomie locale (2005) et le Loi organique du Code d'autonomie locale (2013). De plus, en vertu de l'article 73/j de la Constitution, l'article 73/i, le président de la République, avec l'accord du Parlement, est autorisé à suspendre les activités des instances d'autonomie locale ou à les dissoudre, si ces activités compromettent la souveraineté, l'intégrité territoriale du pays ou l'exercice des pouvoirs constitutionnels des autorités de l'État dans le pays. Voici comment la Loi organique du Code d'autonomie locale (2013) définit la concept de l'autonomie locale:
Concept de l'autonomie locale
1) L'autonomie locale est le droit et la capacité des citoyens géorgiens, inscrits dans une instance autonome, de se prononcer sur les questions locales par l'intermédiaire de leurs élus locaux, sur la base de la législation géorgienne.
2) L'instance de l'autonomie locale est la municipalité. Celle-ci représente une localité habitée (ville autonome) ou une association de localités habitées (communauté autonome), qui a ses frontières administratives, ses autorités représentatives et exécutives élues d'autonomie locale (ci-après: les autorités municipales), qui a ses propres propriétés, son budget, ses revenus et constitue une personne morale indépendante de droit public.
Selon l'article 3 de la même loi, l'autonomie locale est exercée par les municipalités, c'est-à-dire des villes et des communautés autonomes. Une ville autonome est une localité habitée comprenant en principe au moins 15 000 habitants, inscrits sur son territoire. La communauté autonome est une association de plusieurs localités habitées ayant des caractéristiques historiques, socio-économiques et géographiques naturelles uniformes.
L'article 15 de la Loi organique du Code d'autonomie locale énonce que «les pouvoirs particuliers des municipalités constituent des compétences exclusives». Ces compétences exclusives sont liées à la gestion foncière et financière, la réglementation sur l’aménagement du territoire, la gestion des ressources forestières et hydrauliques de portée locale, L'émission des permis de construire , la gestion des infrastructures urbaines, les transports et la sécurité, les activités municipales de secours et de lutte contre l'incendie, ainsi que les affaires sociales (santé et protection sociale) et les affaires culturelles. Ces dernières concernent l'organisation des activités des bibliothèques, des musées, des théâtres, des galeries, etc. Enfin, l'autonomie locale touche aussi les questions relatives à l'éducation telles que la création d’établissements d’enseignement préscolaire et non scolaires, les activités de loisirs, de sport à portée locale, le patrimoine culturel, etc.
Dans le paragraphe 2 du même article 15, l'alinéa m) énumère les éléments dont les noms doivent être désignés par les instances d'autonomie locale: les lieux géographiques à l'intérieur des frontières administratives, les aires historiquement établies, les squares, les esplanades, les avenues, les autoroutes, les rues, les boulevards, les jardins publics et les parcs, les cours d'eau, les cimetières, etc.
Les municipalités comptent chacune trois organismes :
- le conseil municipal (sakrebulo), l'organisme représentatif doté d’une fonction législative (règlements) ;
- la mairie (gamgeoba), l'administration locale;
- le maire (gamgebeli), qui représente l'exécutif.
Soulignons que la capitale, Tbilissi, bénéficie d’un statut particulier. En vertu de la Loi sur la capitale de la Géorgie - Tbilissi, elle constitue une instance autonome unique, où l’autonomie est exercée par deux instances élues, soit le conseil (autorité représentative) et le maire.
Ce droit de pratiquer l'autonomie locale est exercé par une assemblée ou un conseil municipal composé de citoyens élus au suffrage libre, secret, direct et universel. et pouvant disposer d’organes exécutifs responsables devant eux. Cette disposition ne porte pas préjudice au recours aux assemblées de citoyens, au référendum ou à toute autre forme de participation directe des citoyens là où elle est permise par la loi. L'article 6 de la Loi organique du Code d'autonomie locale précise ainsi le droit de chaque citoyen d'exercer ce droit à l'autonomie locale, sans aucune discrimination autorisée (à l'exception de l'âge minimal requis, 18 ans):
Droit d'exercice de l'autonomie locale par les citoyens de la Géorgie
1) Les citoyens de la Géorgie exercent le droit à l'autonomie locale, conformément à la Constitution de la Géorgie, la Charte européenne sur l'autonomie locale, les traités et les accords internationaux, le présent code et d'autres actes législatifs et normatifs soumis à la loi.
2) Les citoyens de la Géorgie ont le droit d'élire leurs autorités autonomes locales, conformément à la procédure établie par le présent code et la législation électorale, ainsi que le droit d'être élu membres de ces autorités, indépendamment de leur race, leur couleur de la peau, leur langue, leur sexe, leur religion, leurs opinions politiques ou autres, leur origine ethnique, nationale ou sociale, leur statut de fortune et de titre.
En somme, tout citoyen géorgien ayant atteint l'âge de 18 ans doit avoir le droit de participer aux élections et aux référendums des instances d'autonomie, et de se faire élire. La libre expression de la volonté des électeurs est garantie. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas se faire d'illusion. L'État ne peut forcer les citoyens à participer aux assemblées municipales, signer des pétitions ou débattre d'un budget, ni de se porter candidat aux élections.
Le gouvernement géorgien croit que c'est dans les structures de l'autonomie locale que les membres des minorités nationales peuvent davantage faire valoir leurs points de vue et faire entendre leurs revendications. Toutefois, les représentants des minorités nationales ne sont pas convaincus que la décentralisation va leur donner une plus grande influence sur la prise de décision. Par exemple, les Arméniens souhaitent prendre leurs propres décisions sur des questions telles que l’éducation et la culture. Si la décentralisation ne le favorise pas, ils continueront à demander l’autonomie de la région de la Samtskhé-Djavakhétie où ils sont majoritaires. Par ailleurs, depuis plus d'une décennie, beaucoup de membres de minorités arméniennes et azéries ont émigré vers l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Dernière révision: 22 oct. 2018
(2) Politique linguistique du géorgien
(3) Politique des minorités nationales
Abkhazie - Adjarie - Ossétie du Sud

References: art. 8
 L'article 75
 l'article 75
 l'article 110
 l'article 8

L'article 4
 l'article 8

L'article 3
 l'article 6
 l'article 37
 l'article 35
 l'article 39
 l'article 2
 l'article 73
 l'article 73
 l'article 3

L'article 15
 L'article 6