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Timestamp: 2018-12-10 00:24:42+00:00

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Article dans le numéro 79 (décembre 1994) de LMDP * Version actualisée (février 2005) Mise à
© LMDP Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source e forme 08.2017Il y a 180 ans, l'enseignement du français...
Charles-Pierre GIRAULT-DUVIVIER, 1765-1832, La GRAMMAIRE des GRAMMAIRES
Lecture du titre, de l'Avertissement et de la Lettre au Roi (Sixième édition, 1827)
documents: titre * avertissement * lettre au Roi * lecture des trois documents * prolongements
Situer cette lecture dans un parcours didactique : voir notre proposition à la fin de l’article.
La Grammaire de Girault-Duvivier (1765-1832) paraît en 1811 ; des rééditions, souvent remaniées, sont publiées, jusqu’à la 21e, en 1866, plus de trente ans après la mort de l’auteur ; c’est dire le succès de l’ouvrage : plus de 40000 exemplaires vendus.
Trois passages seront analysés : page de titre (T), Avertissement (A), lettre au Roi Louis XVIII (L). Nous en donnons tout d’abord la reproduction.
1. La page de titre (échelle 113%) avec, à droite, la retranscription de quelques passages moins lisibles à l’image.
Et reconnu par l’Académie française comme indispensable à ses travaux et utile à la littérature en général.
Les difficultés grammaticales arrêtent quelquefois les plus grands esprits, et ne sont pas indignes de leur applications (Préface du Dictionnaire de l’Académie)
2. Avertissement (transcription)
A chacune des éditions qui ont paru de cet ouvrage, l’Auteur a annoncé de nombreux changements, des augmentations, des améliorations, et chaque fois il étoit persuadé d’avoir atteint le but qu’il s’était proposé. Mais il n’en est pas des ouvrages didactiques comme des ouvrages d’imagination : ceux-ci ont des bornes dans les facultés, dans le génie de leur auteur, et, après un certain temps de méditation, ils sont à peu près fixés invariablement : ceux-là, au contraire, s’accroissent en même temps qu’ils se perfectionnent, et leurs limites semblent se reculer à mesure que l’on croit y être parvenu. Plus on a étudié, plus on a appris, plus on a comparé, plus on voit qu’il reste à faire.
Après cinq éditions successives de la GRAMMAIRE DES GRAMMAIRES, couronnées de quelques succès, et reçues avec éloge par les Sociétés savantes et les Corps enseignants du royaume, l’Auteur s’est aperçu, en continuant à s’occuper de travaux analogues, qu’il pouvoit encore améliorer son ouvrage. Il l’a revu avec tout le soin dont il est capable, et, il ose le dire, avec la clairvoyance que donnent l’étude et l’application fixées sur un seul objet.
Il a consacré encore trois années à la tâche pénible, mais honorable pour lui, de faire d’utiles corrections, d’ajouter d’importantes Remarques à celles qu’il avoit déjà faites, d’étendre, par de nouvelles Recherches et de nouveaux Exemples, les chapitres qui ne lui ont pas paru suffisamment développés ou éclaircis.
Il s’est occupé du Régime que l’on doit donner aux Adjectifs, ce qu’il étoit d’autant plus nécessaire de faire connoître que les grammaires et les dictionnaires ne sont pas toujours des guides sûrs à cet égard.
Il a ajouté des Observations sur le pluriel des Substantifs composés, sur celui des Adjectifs en al, et sur l’emploi de plusieurs Propositions, Conjonctions et Adverbes.
Le chapitre sur le Régime à donner aux verbes, suivis d’un infinitif, a été refondu en entier.
Les Remarques détachées, placées par ordre alphabétique à la fin de l’ouvrage, ont été l’objet de recherches nouvelles et de corrections nombreuses. Ces Remarques sont d’une haute importance, en ce qu’elles présentent la solution d’un grand nombre de difficultés, et indiquent ces locutions vicieuses, adoptées par le peuple, et dont quelques-unes, moins grossières en apparence, mais tout aussi contraires au bon goût, à la pureté et à l’élégance, se sont glissées dans la conversation des gens du monde, et s’y sont, pour ainsi dire, impatronisées sans discussion et par habitude.
Tels sont les objets principaux sur lesquels il étoit nécessaire de fixer dans cet avertissement l’attention des Lecteurs : si l’Auteur n’a pas la présomption de penser qu’il est enfin arrivé au terme auquel, depuis près de vingt ans, il s’efforce d’atteindre, il ne craint pas du moins d’assurer qu’il a mis tout à contribution, et ses foibles moyens, et les ouvrages qui ont paru récemment, pour que cette sixième édition n’éprouve aucun changement dans les éditions subséquentes.
3. Lettre A Sa Majesté LOUIS XVIII
Echelle 75% * Retranscription dans la colonne de droite (sauts de page indiqué par /).
J’ai l’honneur de déposer aux pieds de Votre Majesté l’Ouvrage qu’Elle a daigné me permettre de lui offrir. /
En m’accordant cette faveur honorable, Sire, Vous avez assuré le succès de mon Ouvrage, et comblé les vœux d’un père de famille qui léguera à ses enfants le souvenir de votre bienveillance. Ils seront fiers de penser que l’auteur de leurs jours, après avoir consacré une partie de sa vie à un travail utile, a obtenu un regard d’approbation d’un Grand Prince, dont le moindre titre à la vénération de ses sujets et à l’admiration de la postérité, est d’être le plus éclairé des Rois que la France cite avec orgueil.
Soyez asssuré, Sire, que la reconnaissance profonde que m’inspire cette marque de bonté ne peut rien ajouter aux sentiments d’amour et de respect dont je suis pénétré, non plus qu’au dévouement sans bornes dont / je suis heureux de pouvoir donner ici l’assurance à Votre Majesté.
Je suis avec le plus profond respect, Sire, De Votre Majesté,
Le très-humble [etc.]
L'image ci-dessus ne respecte pas la mise en page originale. La lettre est disposée comme ci-dessous (selon les convenances épistolaires de l’époque)
A Sa Majesté
[espace / 60mm]
[espace/25mm]
J’ai l’honneur [...] me permettre de lui offrir.
En m’accordant [...]
au dévouement sans
borne dont/
je suis heureux [...] respect.
[espace/30mm]
[espace/45mm]
Le très-humble, très obéissant et très fidèle sujet.
GIRAULT DUVIVIER
Charles-Pierre GIRAULT-DUVIVIER, GRAMMAIRE DES GRAMMAIRES
Lecture du titre, de l'Avertissement et de la Lettre au Roi (Sixième édition, 1827) * 3e degré
[Les deux tomes de cette sixième édition comprennent respectivement [En italique, les titres repris textuellement] : Tome 1 - I. Des mots considérés comme sons (1. Voyelles, 2. Consonnes, 3.Prosodie). II. Des mots considérés comme moyens de rendre nos pensées (1. Substantif, 2. Article, 3. Adjectif, 4. Pronom, 5. Verbe (début) Tome 2 - 5. Verbe (suite), 6. Préposition, 7. Adverbe, 8. Conjonction, 9. Interjection, 10. Orthographe, 11. Ponctuation, 12. De la construction grammaticale et et de la construction figurée, 13. Des qualités qui contribuent à la perfection du langage et du style, 14. De la phrase, de la période, des membres qui entrent dans la construction d’une phrase et la manière de les analyser. - Remarques détachées (liste alphabétique de mots observés), 180 p. Index alphabétique, 87 p.]
Voir les reproductions ci-dessus :
titre (T, page 1), Avertissement (A, page 2), lettre A Sa Majesté Louis XIII (L, page 3).
L’analyse de ces trois passages vise à observer surtout la façon dont sont représentés la langue française et son enseignement, ainsi que la considération que mérite cet ouvrage... aux dires de l’auteur, C.-P. Girault-Duvivier ; elle relèvera aussi, çà et là, quelques traits de la rhétorique et des pratiques sociales de l’époque.
(Les citations sont italique gras.)
A. La langue française et son enseignement
Rappel : T, titre ; A, avertissement ; L : lettre au Roi
La langue française est présentée comme un domaine qui peut être décrit, défini, raisonné (T, ligne 4),
et dont on peut, par conséquent, dégager des règles, des normes de fonctionnement, au nom du bon goût, de l’élégance (« On dit, on ne dit pas... »). D’où l’idée, fortement soulignée,
- qu’on peut (qu’on doit !) décréter quel usage s’impose, ce qui est correct, surtout ce qui ne ne l’est pas : ces locutions vicieuses, adoptées par le peuple et dont quelques-unes, moins grossières en apparence, mais tout aussi contraires au bon goût, à la pureté et à l’élégance, se sont glissées dans la conversation des gens du monde (...) (A, § 7)
C’est comme une mise en accusation du ‘peuple’, pour délit de contamination langagière des ‘gens du monde’ !
- que l’on peut même envisager de fixer, de stabiliser l’usage, d’en bloquer par autorité l’évolution : pour que cette sixième édition n’éprouve aucun changement dans les éditions subséquentes (A § 8).
Notre langue, écrit-il, est assez riche de son propre fonds ; elle n’a pas besoin d’acquisitions nouvelles ; il ne faut plus que la fixer, au moins pour nous, au point auquel [ces] grands écrivains l’ont élevée. (Préface, p. V)
Ce code, [cette Grammaire des Grammaires] (...) est la seule digue qui puisse arrêter les efforts toujours renouvelés, et les envahissements successifs de l’esprit d’innovation. (Id, ibid.)
L’auteur nie donc l’évidence : la langue vit, évolue !
Cette description, ou plutôt cette codification, se fait sur l’autorité des meilleurs traités sur la langue française (T, ligne 5-6) et non à partir d’une observation des usages sur le terrain, des pratiques réelles de communication. Par ailleurs, la langue orale semble tout à fait ignorée dans ce qu’elle a de spécifique.
Dans cette présentation par l’auteur, l’implicite est l’association entre bon usage et bonne conduite : une société doit être respectueuse du bon ordre linguistique. Vigilance ! Car cet ordre, transgressé par le peuple, risque – si l’on n’y prend garde – d’être transgressé par les gens du monde.
Le fait de dédier au Roi Louis XVIII la Grammaire des grammaires fait considérer le livre comme un travail utile (L, § 2) pour le maintien, à la fois, de la langue et du bon ordre des fidèles sujets du Prince (L, in fine): c’est bien dans la ligne d’un ‘projet de société’ (comme on dirait maintenant) à cette époque de la Restauration (noter au passage le changement de caractère typographique mettant en relief : DÉDIÉ AU ROI...).
Louis XVIII est décédé en 1824. La lettre de dédicace, antérieure à ce décès, est maintenue dans cette édition de 1827. Dans la première, en 1811, plusieurs coups d’encensoir étaient donnés à Napoléon, dûment gommés après le retour des Bourbons. La flatterie est donc plus intéressée que sincère...
B. Un ouvrage ‘sérieux’, cautionné
Le titre (T) et l’Avertissement (A) multiplient les preuves du sérieux de l’entreprise, et donc du crédit qu’il convient de lui reconnaître ; on y signale aussi la caution et l’estime que daignent lui accorder les plus hautes autorités en matière de langue (la caution suprême étant, sans aucun doute, de pouvoir déposer aux pieds de [Sa] Majesté l’ouvrage qu’elle a daigné lui permettre de lui offrir (L § 1) :
- La caution de l’Université. (T, lignes 7 & 8)
Il faut savoir qu’à cette époque c’est l’Université qui règle et organise l’ensemble de l’enseignement. En mettant cet ouvrage parmi les livres à donner en prix dans les collèges, elle reconnaît l’importance du langage correct prôné par cette Grammaire ; elle confirme ainsi l’idée que l’école est au service du bon ordre en général, de l’ordre linguistique en particulier : pratiquer correctement la langue, c’est faire acte de soumission.
- La caution de l’Académie française (T, lignes 9 & 10)
Un ouvrage indispensable pour ses travaux : une (auto)satisfaction suprême, de savoir que l’on procure aux Académiciens un bon outil de travail.
La citation du Dictionnaire de l’Académie (T, lignes 15-17), mise typographiquement en évidence par la justification à droite et par la double bordure, souligne qu’une bonne grammaire vient bien à point pour éclairer parfois les plus grands esprits.
(...) utile à la littérature en général : il est sous-entendu ici que l’écrivain exemplaire, c’est celui qui se montre respectueux des normes grammaticales. La représentation de la création littéraire est centrée sur cet aspect normatif et conforme, et nullement sur la liberté créative, sur l’esthétique, sur les valeurs.
- La caution des élites (A, § 2) : les Sociétés savantes et les Corps enseignants du Royaume ont [reçu] avec éloge les cinq éditions précédentes.
- Enfin, et ce n’est pas négligeable, (verso de la page titre) l’ouvrage a l’honneur d’être imprimé par Firmin Didot, imprimeur du Roi et de l’Institut (ce dernier terme désigne les cinq Académies : A. française, A. des inscriptions et des belles-lettres, A. des sciences, A. des beaux-arts, A. des sciences morales et politiques).
On ne peut être en meilleure compagnie !
- Mais aussi, aux yeux de l’auteur, la caution de son travail sérieux et méticuleux, lui conférant donc une autorité méritée.
[Et il vrai que l’auteur se fonde sur une documentation surabondante : citations d’écrivains, de grammairiens, de dictionnaires... Un index d’une petite centaine de pages, comprenant quelque 2000 rubriques. 150 ans à l’avance, c’est la méthode et la présentation de ‘Maurice Grevisse’ ! Mais, pratiquement jamais, le langage oral n’est pris en compte.]
Ce travail sérieux, il le rappelle à plusieurs reprises :
T, ligne 13 : revue avec soin, considérablement augmentée.
A, § 1 à 3 : nombreux changements (...) augmentations (...) améliorations (...)
plus on a étudié (...) plus on voit ce qu’il reste à faire
tout le soin dont il est capable (...) clairvoyance (...) application fixée[s] sur un seul objet
(A, §§ 3 & 8) : trois années consécutives consacrées à la tâche pénible, mais honorable (...).
Au total, plus de vingt années de travail: [le] terme auquel, depuis plus de vingt années, il s’efforce d’atteindre.
(A, § 6) : [à propos du chapitre sur le régime des verbes] refondu en entier
Au passage, il se considère comme un guide plus sûr que d’autres guides (c’est au sujet de son chapitre sur le régime de l’adjectif) : il était d’autant plus important de [le] faire connaître que les grammaires et dictionnaires ne sont pas toujours des guides sûrs à cet égard (A, § 4).
Bref, tant de soins au travail, tant de cautions de la part des connaisseurs, justifient bien que l’auteur donne à son Ouvrage – avec majuscule ! - le titre emphatique de Grammaire des Grammaires, comme on dit ‘le meilleur du meilleur’, ou ‘le fin du fin’, le ‘roi des rois’...
C. Prolongements...
La lecture de ces documents – Titre, Avertissement - Lettre au Roi – pourrait se prolonger par diverses activités, telles que :
1. Pratiquer le débat : Langue et pouvoir, y compris le pouvoir politique
Le rôle de l’école d’après ces trois documents ?
Le lien entre respect des normes linguistiques et respect du ‘pouvoir’ en général.
La disqualification du locuteur inexpert, la domination – consciente ou non - du locuteur expert : situations observables dans la sphère scolaire et en dehors.
Citoyenneté de « très-fidèles sujets » (L § 8) ou citoyenneté responsable, dans sa prise de parole et de décision ?
La séduction du ‘beau parleur’, le rideau de fumée de la ‘langue de bois’.
L’évolution de la langue perçue comme un risque, voire une agression (Une anecdote : l’Académicien Royer-Collard, chef des Doctrinaires ( !) sous la Restauration déclare : S’il entre, je sors !, à propos du verbe baser, qui apparaît alors dans l’usage !)
Activité de recherche :
la perception de la langue dans les chroniques langagières des quotidiens ou des périodiques actuels (conservatisme, ouverture ?).
2. Observer l’évolution de l’orthographe, de la graphie
Dans les premières décennies du 19e siècle, la graphie « oi », prononcé [wε] est encore en usage: pouvoit’, ‘reconnoître’, ‘étoit’, ses ‘foibles’ moyens (A) ; ‘reconnoissance’ (Préface) [mais reconnaissance dans l’Avertissement] ; je ‘mangerois’, il ‘employoit’ (tableaux de conjugaison).
A cette époque également, les majuscules sont beaucoup plus fréquentes dans les écrits courants, dans les ouvrages scientifiques :
(...) déposer aux pieds de Votre Majesté l’Ouvrage qu’Elle a daigné me permettre de lui offrir [L];
(...) ajouter d’importantes Remarques (...), de nouvelles Recherches et de nouveaux Exemples (...) ; du Régime que l’on doit donner aux Adjectifs [A].
[Girault Duvivier « célèbre » la majuscule : (...) Ajoutons que l’œil même est intéressé à la conservations des lettres Majuscules ; il s’égareroit, et se lasseroit de l’uniformité d’une page où toutes les lettres seroient constamment égales. Les Grandes lettres, répandues avec intelligence parmi les petites, sont des points de repos pour l’œil, auquel elles offrent en même temps le plaisir de la variété ; ce sont, en outre, des avis muets sur des observations nécessaires ; c’est une heureuse invention de l’art, pour augmenter ou pour fixer la lumière, et alors leur usage est d’un très-grand prix. (Tome 2, p. 1059).]
La langue évolue, l’orthographe aussi...
Quand l’école primaire devient obligatoire (après le milieu du 19e siècle), on voudra figer l’orthographe, uniformiser ce qui variait - d’un auteur à l’autre, et chez un même auteur ! Un code graphique unique va s’imposer à tous les petits Français.
Les aménagements orthographiques de 1990 – qui proposent certaines graphies nouvelles, tout en admettant les anciennes - n’ébranlent que très peu ce dogme de l’unité graphique...
1. Comparer, par exemple, l’orthographe dans le roman de Renart (vers le 12e siècle), dans les Essais de Montaigne (16e siècle).
Quelques maximes tirées du Roman de Renart
Car un jor vault mielz que uns anz.
Renart, soies de bel senblant;
Qui tot covoite trestot pert.
Mes meinte fois ei oï dire
Qu'aprés grant joie vient grant ire
Un jour vaut mieux que des [plusieurs] annnées [ans]
Renart, sois de beau semblant (de belle apparence)
Qui tout convoite perd tout
Mais mainte fois [j’]ai oui dire
Qu’après grande joie vient grande ire [colère]
Dans les Essais de Montaigne (III, 9)
Outre ces raisons, le voyager me semble un exercice profitable. L'ame y a une continuelle exercitation, à remarquer des choses incogneuës et nouvelles. Et je ne sçache point meilleure escole, comme j'ay dict souvent, à façonner la vie, que de luy proposer incessamment la diversité de tant d'autres vies, fantasies, et usances [coutumes] : et luy faire gouster une si perpetuelle varieté de formes de nostre nature. Le corps n'y est ny oisif ny travaillé [ cfatigué]: et cette moderee agitation le met en haleine. Je me tien à cheval sans demonter, tout choliqueux que je suis, et sans m'y ennuyer, huict et dix heures.
2. Echange oral sur l’acquisition et la maîtrise de l’orthographe
Suffit-il d’être d’être ‘bon en orthographe’... pour être ‘bon en français’ ? La peur d’écrire à cause de la norme graphique. Bien écrire, ce n’est pas seulement écrire sans faute !
La dictée, moyen de contrôle, plutôt que moyen d’acquisition de l’orthographe.
Un tour de table entre élèves : ‘Toi, comment tu t’y prends pour apprendre à écrire correctement ?’
La dictée n'est qu'un moyen de contrôle, pas d'apprentissage. La dictée en elle-même n'apprend rien. Elle est un instrument de contrôle. En réalité, c'est en multipliant les exercices de toutes sortes qu'on peut faire vivre l'orthographe activement par l'enfant, dans ce qu'elle a de plus intéressant: observation des mots, des régularités, des différences... Travail avec le dictionnaire, jeux orthographiques, mots croisés...
Danielle Manesse
La lettre à Louis XVIII mériterait d'être étudiée de plus près. Bornons-nous à citer deux champs d'exploration:
* les bienséances épistolaires: calligraphie, mise en page, appellation(s) du destinataire, marques de l'énonciateur, état de la langue au début du 19e s. (lexique, syntaxe, graphie)...
* l'image du pouvoir royal durant la Restauration.
Dans une "pédagogie du parcours", cette lecture peut se situer au "carrefour" de plusieurs pistes, telles que:
* Décodage idéologique et histoire des idées (mise en perspective d'un document non littéraire... et on peut aller voir dans la "grande" littérature des similitudes ou des différences). Le rôle de l'école, d'après ce texte?
* Histoire de la langue: l'évolution d'une matière vivante. Les résistances à cette évolution; la position des grammairiens: intégrisme ou progressisme? Évolution de la syntaxe, du vocabulaire: mots nouveaux, sens nouveaux... L'Académicien Royer-Collard (1763-1845), chef des "doctrinaires" sous la Restauration (!) déclarait, à propos du verbe baser: «S'il entre - dans le Dictionnaire - je sors!»
Dans la presse actuelle, voir les chroniques du "bon langage": tolérance , conservatisme?
* L'esthétique et le graphisme (le titre).
Ce titre-programme est-il encore en usage actuellement? Voir des titres de manuels modernes.
Le centrage des lignes (sauf quelle "cellule", et pourquoi, sans doute?).
Les caractères et leur proportion. (Dans une section Arts graphiques, ou Arts appliqués, s'informer - démarche interdisciplinaire - sur les techniques et les modes graphiques de l'époque.)
* L'argumentation. Elle est très marquée dans l'Avertissement: repérage des arguments et reformulation.
* Activités orales (théâtrales?). - Pourquoi ne pas imaginer une sorte d'émission Apostrophe ou B(r)ouillon de culture avec un sieur Bernard Pivot des années 1827..., invitant l'illustre grammairien? Cérémonial, costume, mobilier, et surtout un "langage d'époque".
Pour en savoir plus sur Charles-Pierre Girault Duvivier, voir le site Internet :
http://www.chass.utoronto.ca/epc/langueXIX/gramacor/girault.htm
Un autre document de la même époque, la page de couverture du Dictionnaire National de Bescherelle, est analysé par Pierre Lemaire dans un article de LMDP paru en décembre 1884 :
http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/pile.html
Autres articles téléchargeables parus dans LMDP :
http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/archives.html

References: § 7
 § 8
 § 2
in fine
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 § 6
 § 4
 § 8