Source: http://www.marocagreg.com/forum/sujet-djc-chapitre-xiii-30605.html
Timestamp: 2017-09-24 08:24:33+00:00

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Jaafari Ahmed (Prof) [942 msg envoyés ] - 28-03-13 à 20:30 Lu :2190 fois
J'aimerais partager avec vous,cet extrait du projet de
Gabrielle PHILIPPE-SAUVILLERS, professeur agrégé de Lettres modernes, Collège Pierre Mendès-France, Paris 20ème
Lire une oeuvre argumentative du XIXe siècle contre la peine de mort: Le Dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo
Repérer la théâtralité d’un récit et ses enjeux:
Chapitre XIII: le ferrement des forçats
Lecture, à haute voix, par les élèves.
Demander aux élèves de résumer ce chapitre: Le condamné raconte un spectacle auquel il a assisté: le ferrement, dans la cour de la prison, des forçats prêts à partir pour le bagne de Toulon. Toutes les étapes sont décrites: l’arrivée des gardiens et des chaînes, l’arrivée des forçats, la visite médicale, le ferrement. Les forçats s’approchent de lui, l’acclament, et il s’évanouit.
Amener les élèves, en les questionnant pour les aider à résumer le chapitre, à dire qu’il s’agit d’une véritable parenthèse théâtrale, assez longue (7 pages1/2), dans le récit. S’appuyer pour cela sur les mots appartenant au champ lexical du théâtre: scène, spectateur...
1-Le ferrement des forçats: véritable mise en scène
Bien que ce chapitre se présente sous la forme d’un récit, comme l’ensemble du roman, et bien qu’il exclue le dialogue, il se déroule, dans son intégralité, à la manière d’une pièce de théâtre. Les éléments faisant allusion à ce genre littéraire sont omniprésents, et font du chapitre XIII du Dernier jour une métaphore filée du théâtre.
Cette métaphore est construite à l’aide:
- du vocabulaire appartenant au champ lexical du théâtre: «spectacle» (l.21), «loge» (l.29), «spectateurs» (l.42), «acteurs» (l.43), «acclamations et d’applaudissements» (l.104), «cela n’était pas dans le programme» (l.177), «Trois actes à ce spectacle» (l.208)
-de la description du décor: les cours de la prison; les accessoires: les grilles, les bancs de pierre, les chaînes...; et les costumes: «en uniformes bleus, à épaulettes rouges et à bandoulières jaunes» (l.62-64)
-des expressions qui encadrent le début et la fin de la représentation: «Midi sonne» (=les trois coups qui annoncent le début d’une pièce) ... «Trois actes à ce spectacle», qui conclue cette première partie, avant le renversement de situation où le spectateur prend conscience du fait qu’il sera bientôt à son tour acteur. Puis dénouement: évanouissement.
-des personnages faisant leur apparition comme des acteurs qui entrent en scène: «C’était la chiourme et les chaînes.» (l.65), «C’étaient les forçats.» (l.101)
2-De la comédie à la tragédie: la descente aux enfers
Tout commence dans l’allégresse, comme dans une comédie, avec la joie des «spectateurs» qui se manifeste par le bruit. Ce champ lexical du bruit est d’ailleurs très développé:
§2: «bruit... on entendait... grincer... carillonner les trousseaux de clefs entre-choqués... des voix s’appeler et se répondre... rire...chanter...»
§3: «muet...ce tumulte...j’écoutais.»
§9: «vous entendrez»
§12: «tous regardaient en silence»
§15 (l.64): «avec un bruit de ferraille»
§16: «comme si ce bruit réveillait tout le bruit de la prison... silencieux... éclatèrent en cris de joie, en chansons, en menaces, en imprécations mêlées d’éclats de rire poignants à entendre.... toutes les voix hurlèrent»...etc.
§19: «acclamations... applaudissements»
Puis, un élément vient rompre cette gaîté des spectateurs, pour mettre un terme à cette comédie burlesque, et la transformer en tragédie: c’est la pluie, le déluge qui s’abat soudain sur les corps nus des forçats.
Les forçats étaient déjà comparés, avant ce bouleversement, à des «démons» (l.71), derrière leurs barreaux: «On eût dit des âmes en peine aux soupiraux du purgatoire qui donnent sur l’enfer.» (l.43-45). Mais avec la pluie, cette descente aux enfers se concrétise, et le ferrement des forçats, effectué par les forgerons de la chiourme (figure symbolique des enfers) qui assène des coups de marteaux prêts à leur faire «sauter le crâne» (=squelettes), au milieu de la boue, paraît encore plus odieux et tragique. (l.191 et sqq)
La fête à laquelle se livrent alors les forçats enchaînés, qui forment une ronde convulsive, en chantant et poussant des cris sinistres (observer le champ lexical du tintamarre: ) ressemble à un «sabbat». (l.210-223).
3- «La Grève est sœur de Toulon»: le spectateur mu en acteur
Pendant tout le déroulement de cette tragédie, le condamné reste en position d’observateur, à l’écart, et constate que «les prisonniers, [sont] spectateurs de la cérémonie en attendant leur jour d’être acteurs.» (l.41) Il ne songe pas alors que lui aussi jouera à son tour un rôle d’acteur, le jour où on le guillotinera sur la place de Grève.
Alors qu’il venait d’éprouver «Un profond sentiment de pitié» pour les condamnés (l.235), mais aussi pour lui même, au moment où les prisonniers l’interpellent: «- Le condamné! le condamné!», il prend conscience que cette euphorie tragique n’était que la répétition générale du moment où serait à son tour «rogné».
«La Grève est sœur de Toulon» signifie que le spectacle de la guillotine, acclamé par les spectateurs sur la place de Grève, à Paris, ressemble beaucoup à celui du ferrement des forçats, prêts à partir pour le bagne de Toulon. Cette prise de conscience est si violente et douloureuse, pour le condamné, qui se voit mis dans le même sac que ces démons qui le répugnaient, qu’il s’évanouit.
Le fait d’avoir présenté le témoignage historique du ferrement des forçats, scène la plus terrible et la plus pathétique des mœurs de Bicêtre, sous une forme théâtrale, permet de rendre plus fort cet argument supplémentaire contre la peine de mort. En effet, la représentation de la délectation odieuse de la foule pour un événement aussi tragique que celui du ferrement des forçats, qui préfigure celui de la décapitation publique du condamné, est plus vivante et plus forte. Le fait que le condamné ait été spectateur de cette scène a particulièrement bien mis en évidence l’atrocité de la douleur qu’un tel moment peut lui faire éprouver.
Cet article est apprécié par : Semlali karim - Aziz hayat - Elmzouri mostafa - Loumatine abderrahim - Fatiha kerzazi -
TAGS: #chapitre #xiii!
Réponse N°1 36349
Par Fatiha Kerzazi (Prof) le 16-03-16 à 19:43
Profitons de cette analyse.
Merci encore, M Jaafari.
Réponse N°2 36353
Par Semlali Karim (Prof) le 18-03-16 à 18:45

References: §2

§3

§9

§12

§15

§16

§19