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Timestamp: 2014-09-17 07:31:27+00:00

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Accueil > Numéros > 5 > Infantes - Péninsule ibérique, XI... > Le testament d’Elvire (Tábara, 1099)
Français Español Le testament d’Elvire livre de précieuses informations sur la réalité historique de l’infantat : son implantation, la composition de ses biens, ses évolutions, les formes de son acquisition et de sa transmission, sa fonction politique. Mais il nous renseigne aussi sur une infante de niveau moyen, sur son cadre de vie, son entourage, ses activités, les réseaux de son pouvoir et même sur sa foi. El testamento de Elvira brinda una preciosísima información sobre la realidad del infantazgo : su extensión, la composición de sus bienes, sus evoluciones, las formas de su adquisición y transmisión, su papel político. También nos informa sobre una infanta de nivel mediano, sobre el marco de su vida, su entorno personal, sus actividades, la red de sus influencias e incluso sobre su fe.
Mots-clés :Alphonse VI de Castille et de León, Elvire Fernandez, Ferdinand Ier de Castille et de León, infantat, infantaticum, infante Elvire, infante Sancie, infante Urraque, Saint-Isidore de León, Sancie Raimundez, testament, Urraque Fernandez, XIe siècle
Palabras claves :Alfonso VI de Castilla y León, Elvira Fernández, Fernando I de Castilla y León, Infanta Elvira, Infanta Sancha, Infanta Urraca, Infantazgo, San Isidoro de León, Sancha Raimundez, siglo XI, testamento, Urraca FernándezHaut de page
L’infantat
1 Première édition : María Amparo VALCARCE, El dominio de la Real Colegiata de San Isidoro de León h (...)
2 L’état de conservation du document est moyennement bon. Le texte reste en général très lisible mai (...)
3 « Ego Geloira in hanc ordinationem manum mea [signe]. Eius soror infante Urracha confirmo. [Premiè (...)
4 Crónica de Sampiro reprise dans l’Historia silensis (Francisco SANTOS COCO, éd., Madrid : Sucesore (...)
5 Sur la genèse de l’infantat de León et sa transmission aux filles de Ferdinand Ier : Julio PÉREZ L (...)
6 Sur ce point, Patrick HENRIET, « Deo votas ». Je montre ici toutefois que la seigneurie d’infantat (...)
1Le 11 novembre 1099, dans sa ville de Tábara, non loin de Benavente, l’infante Elvire, âgée d’environ 63 ans et « prisonnière de la lourde chaîne de la maladie », ordonne son testament1. Celui-ci nous a été convenablement conservé dans une copie précoce, écrite sur parchemin en lettres wisigothiques rondes2. Il est signé par l’infante et souscrit par sa sœur, l’infante Urraque, ainsi que par les évêques de León, de Tuy et d’Oviedo3. Elvire était la fille du roi Ferdinand Ier, mort en 1065, et la sœur d’Alphonse VI qui, après une période troublée, avait succédé à son père sur le trône de León et de Castille en 1072. Ferdinand, écrivent les chroniqueurs4, avait légué à Urraque et à Elvire – très amplifié, semble-t-il – un ensemble de monastères destinés aux filles de roi vivant, pour des raisons diverses, dans le célibat : l’infantaticum (infantazgo)5. De ces monastères, des établissements et des biens qui leur étaient rattachés, le testament et d’autres documents montrent que les infantes étaient les seigneurs, exerçant sur eux un pouvoir qui, sans être tout à fait indépendant, était assez libre6. 2Ce 11 novembre 1099, au seuil de la mort, l’infante s’apprête à céder ses biens, à les redistribuer en fonction du passé et de l’avenir, de la récompense qu’elle destine à ceux qui l’ont servie, des centres religieux qu’elle entend promouvoir. Le testament offre pour l’historien l’intérêt de cette double dimension temporelle, de cette tension dans la chronologie : suprêmement « politique » en ce qu’il contribue à dessiner le futur, il est aussi bilan d’une vie, témoignage de ce qui a été. Et ce témoignage vibre de la vérité toute concrète et matérielle qu’exige la rigoureuse exactitude de l’acte de tester. Le testament d’Elvire livre ainsi une information précieuse sur la réalité historique de l’infantat : son implantation territoriale, la composition de ses biens, les formes de son renouvellement et de sa transmission, son utilité politique. Mais il nous renseigne aussi sur une infante, sur son cadre de vie, son entourage, ses activités, le réseau de ses influences et même sur sa foi et sa pratique religieuse. Une infante de niveau moyen : fille de roi, richement pourvue, mais un peu reléguée par une sœur aînée plus puissante et à la personnalité plus affirmée. C’est aussi ce qui m’a orienté vers elle, un peu effacée, un peu assombrie, mais au bout du compte flattée par le sort, puisque, au contraire de ce qui se produisit avec sa sœur Urraque, un testament heureusement préservé a porté jusqu’à nous une trace authentique de ce qu’elle fut.
3Le testament d’Elvire permet d’abord d’établir la configuration territoriale de sa part d’infantat et la nature des biens qui la composaient. 7 Celles que j’ai pu localiser. J’ai été dans l’impossibilité de situer Grocus ou Grecus [(San Juan (...)
8 Pour « Castro », selon MARTÍN LÓPEZ (index final ; les références au document 12 correspondent tou (...)
9 Confirmation, probablement fausse, des biens de Saint-Pélage d’Oviedo par Alphonse VI : « In Prama (...)
10 Si le « (ualle de) Sauuco » du document correspond à ce village proche de Zamora...
11 « Penella » : Pinilla de Toro, selon MARTÍN LÓPEZ (op. cit., index final). 12 « In Campo de Toro tribuo ibi Puzol de Campo » (confirmation d’Alphonse VI : GAMBRA, II, doc. 175, (...)
13 Villalba de la Loma, selon MARTÍN LÓPEZ (index final ; doc. 12 = doc. 11).
14 Testament : « uilla Garsea » ; MARTÍN LÓPEZ, index final : Villagarcía de Campos (doc. 12 = doc. 1 (...)
4Les implantations les plus nombreuses7, et du reste les plus importantes, se trouvaient en territoire astur-léonais (à Carracedo, Castrotierra de la Valduerna8, Cea, León, Oviedo, San Emeterio, Santa Cruz9 Sogo10, Tábara, Tendal, Valdevimbre, Villamanín, Villamontán de la Valduerna, Villaquilambre) et en Terre de Campos (à Monzón, Pinilla11, Pozuelo12, Villa Ermegildo, Villalba13, Villa Albín, Villafrechós, Villagarcía de Campos14, Wamba). Venaient ensuite, presque aussi nombreux, les biens situés en Galice (à Piloño, Villagarcía, Junquera de Limia, Compostelle, Porquera, Celanova, Broza) puis, plus rares, les possessions castillanes (à Covarrubias, Escalada, Mamblas, Montorio). 15 Sur le référent du mot corte, VALCARCE, p. 44 (cette citation, notamment : « una corte cum suas ca (...)
16 Sur l’importance des vignes dans l’infantat, VALCARCE, p. 25-26 et 49-50.
5L’ensemble comprenait des monastères (Saint-Michel d’Escalada, Saint-Michel de León, Saint-Pélage et Saint-Isidore de León, Saint-Pélage d’Oviedo, Saint-Sauveur de Carracedo, monastères de Piloño, de Covarrubias et de Celanova), des églises (Saint-Pélage de Villalba, Saint-Benoît de Compostelle, église de Villa Albín), des villes et des villages (Mamblas, Pozuelo de Campos, Orresinos, San Emeterio, Santa Cruz, Santa María de Villaferrosines, Tendal, Villalba, Villa Albín, Villaquilambre, Wamba) ainsi que divers biens immeubles : fermes (cortes)15 – à Villabín et à León ou bien appartenant aux monastères de Saint-Michel et de Saint-Pélage de León ou à la cathédrale Notre-Dame –, champs (hereditates) – à Villa Albín, à Santa Cruz ou bien possédées par les monastères de Covarrubias, de Piloño, de Celanova ou encore par l’église de Saint-Benoît de Compostelle) – et vignes (vineae) (à Montorio et Valdevimbre)16. 17 Voir Georges MARTIN, « Fondations monastiques et territorialité. Comment Rodrigue de Tolède a inve (...)
18 HENRIET, « Deo votas », p. 303-307 et 318-319.
19 Trois noms de donateurs apparaissent dans le testament : Rodrigue Gutierrez, Martin Pelaez et Cypr (...)
6L’infantat se présente donc à la fin du XIe siècle comme un ensemble d’établissements ecclésiastiques, de foyers de peuplement et de biens immeubles – ces derniers quelquefois rattachés à des monastères ou à des églises – qui étaient communément placés sous la seigneurie d’une infante. Les premières fondations avaient sans doute répondu au souci des rois de León et des comtes de Castille de confier à des membres de leur propre lignage la gestion d’une intercession spirituelle17. Au Xe siècle, l’infante léonaise Elvire ou les Castillanes Urraque et Tigride assumèrent ainsi une part importante de la « sacralité » du lignage royal ou comtal18. Le testament qui nous occupe suggère aussi que, d’un point de vue économique, la dominante ecclésiale des biens qui formaient l’infantat permit d’orienter vers lui – vers les infantes, et derrière elles, nous le verrons, vers la couronne – le flux des donations des fidèles et notamment des donations en terres venues de la noblesse19. Pour ce qui concerne l’expansion de l’infantat œuvrée par Ferdinand Ier et Sancie de León, on peut se demander néanmoins si à ces raisons spirituelles ou économiques ne s’ajoutèrent pas des motivations plus « politiques ». 20 Voir note 4 de cet article.
22 Le partage des royaumes entre enfants mâles avait été la politique héréditaire de Sanche III le Gr (...)
7Le placement du plus grand nombre des monastères royaux – de la totalité, s’il fallait en croire l’auteur de l’Historia (dite) silensis20 – sous la coupe des infantes Urraque et Elvire ressemble bien à une « rationalisation » de leur gouvernement, destinée à faciliter et à consolider le contrôle de la royauté sur une partie de l’Église des royaumes21. Surtout, l’expansion territoriale tout à fait considérable que l’infantat connut avec Ferdinand et Sancie, et qui le porta à disséminer ses possessions dans l’ensemble des royaumes que les rois avaient partagés entre leurs enfants mâles, mettait en place une structure fédérative susceptible de compenser les effets néfastes de ce démembrement. La Galice, León, la Castille – ainsi que l’espace limitrophe et disputé de la Terre de Campos – restaient ainsi liés les uns aux autres par ce dominium transversal qu’exerçaient les infantes22. 23 De très nombreux biens d’infantat étaient en effet partagés par moitié entre Urraque et Elvire. Cf (...)
24 Crónica de Sampiro reprise dans l’Historia silensis (SANTOS COCO, p. 52 : « Et Ranimirus qui erat (...)
25 Après le placement par Elvire de Saint-Pélage sous la coupe de Saint-Isidore, ce dernier devint se (...)
8La seigneurie d’infantat – celle d’Elvire, mais l’on est fondé à croire qu’il en allait de même pour celle d’Urraque23 – concentrait néanmoins ses dépendances dans la partie occidentale des royaumes, resserrant notamment les liens de la Galice avec León et ménageant des relations pacifiques entre León et la Castille – ou poussant vers la Castille l’influence léonaise... – grâce à une forte implantation en Terre de Campos. De cet ensemble – l’infantat était né non loin de là, par la volonté de Ramire II, et l’extension provoquée par Ferdinand Ier l’y avait enraciné24 – un établissement léonais constituait en cette fin du XIe siècle le « chef » (caput)25 : le monastère de Saint-Pélage et de Saint-Isidore de León. L’infantat contribuait ainsi, dans la dislocation consécutive au partage des royaumes, à perpétuer le prestige, l’autorité, voire l’hégémonie que Ferdinand et Sancie avaient conférés au royaume de León. Les caractéristiques de l’implantation territoriale de l’infantat et sa polarisation gouvernementale semblent reflétées par la présence, auprès d’Elvire mourante, d’Urraque et des évêques de León, de Tuy et d’Oviedo. 26 « Mea ratione de Couas Ruuias », Testament, § 38 ; « mea ratione de Pironio », § 38 ; « mea ration (...)
27 Pour Villalbín, document de 1087 cité par Henriet, p. 308, note 24 ; pour les deux monastères, don (...)
28 Voir la donation d’Alphonse VI au chapitre de Saint-Jacques de Compostelle du 16 janvier 1100 (GAM (...)
29 « Mando tornare tota illa hereditate que tenebam de Sancto Pelagio a Sancto Isidoro… », Testament(...)
30 « De Sancta Maria de Uilla Ferrocinti quantum ibi de mea ganancia habeo », Testament, § 38 ; « San (...)
31 « Sancto Martino de Arias que fuit de mea ganancia cum tota sua hereditate et illas meas cortes qu (...)
32 « Et a dona Uelasquita mando illa mula que fuit de Martino Pelaiz », Testament, § 39.
33 « Et mando a Sancto Petro de Couellas tota illa hereditate que fuit de Ruderico Gutierriz », Testa (...)
34 GAMBRA, I, p. 491, note 218.
35 « Et dedi a Diaco Aluitiz Uilla Quirami et confirmo illa mea ratione », Testament, § 38 ; « Et ded (...)
36 « Et mando a Sancto Isidoro de Sancta Maria de Uilla Ferrocinti quantum ibi de mea ganancia habeo (...)
37 « Et mando a Sancto Iacobo tota mea ratione de Pironio cum suas hereditates et adhuc Sancto Martin (...)
9Les biens mentionnés par Elvire, celle-ci les possédait en totalité ou seulement en partie (rationes26). La documentation montre que les autres possesseurs partiels furent sa sœur (cas de Villa Albín ainsi que des monastères de Sainte-Eulalie et de Saint-Antonin de Fingoy27) ou son frère (monastère de Piloño28). Elvire est une héritière, mais elle a augmenté son héritage (hereditas29) par des acquisitions (ganancias30) dont il est difficile de connaître toujours les modalités. Le testament évoque ici ou là un achat31 ou la donation d’un particulier, clerc32 ou noble laïc33. On sait par ailleurs que certains biens furent donnés à Elvire par son frère : Wamba et Tábara notamment34. Le système des legs ne fait pas toujours la part entre biens hérités et biens acquis. Divers héritages, qu’on pourrait croire liés à un « patrimoine d’infantat », vont à des particuliers35, tandis que telle possession de ganancia, dont on pourrait penser qu’Elvire en disposait plus librement, est assignée à Saint-Isidore de León36. Saint-Jacques de Compostelle reçoit indifféremment des biens hérités et des biens diversement acquis37.
38 Le mot infantaticum n’apparaît pas, du reste, dans le testament. Therese MARTIN indique dans ce mê (...)
39 « Et mando a Sancto Iacobo tota mea ratione de Pironio cum suas hereditates et adhuc Sancto Martin (...)
40 « Et mando a Sancta Maria de Tui La Bruxia cum adiantionibus suis », Testament, § 38.
41 Diègue Albitez, Pélage Bellidez, Diègue Fernandez, Sanche Fernandez, Aragonte, Ferrand Fernandez e (...)
42 Celles faites à Pélage Cristoforez (« […] illa ecclesia que teneat inde Pelagus Christoforiz cum i (...)
43 « Et mando a Martino de Iohannes illas uineas in Ualle de Uimi et seruiat cum eas a Sancto Isidoro(...)
44 « Et mando a mea nepta Sancia que crio Tauara et Bamba et Sancto Micael cum adiuntionibus suis de (...)
45 Cf. notre note 34.
46 « Et dedi a Geluira Muninci Uilla Fructusu que fuit de Ruderico Guteriquiz », Testament, § 39.
47 Cf. notre note 36.
10Ce qui semble une forme de liberté dans la disposition de biens dont on ne sait pas toujours s’ils sont personnels ou « d’infantat »38 n’opère néanmoins qu’à la marge. Manifestement, les grands pôles de l’infantat sont inaliénables et la gestion que fait Elvire de ses legs est fondamentalement conservatrice. S’il est d’authentiques aliénations, comme celles résultant des donations faites aux cathédrales galiciennes de Saint-Jacques39 et de Notre-Dame de Tuy40 ou encore de celles, en pleine propriété, faites à d’assez nombreux particuliers41, plusieurs donations destinées à des personnes ne sont, en revanche, que viagères et se trouvent expressément vouées à retomber dans l’infantat42. Telle autre encore, comme les vignes léguées à Martin de Juanez, doit, du vivant même de son bénéficiaire, être mise au service d’un établissement religieux placé sous la seigneurie des infantes (Saint-Isidore de León)43. Certains legs personnels – Tábara et Wamba, données à Sancie44, Villafrechós donnée à Elvire Muñínez – ne font que transmettre des dons faits au préalable à l’infante (respectivement par son frère45 et par Rodrigue Gutierrez46) et n’affectent donc pas la masse des biens hérités. Enfin, des ganancias d’Elvire viennent grossir les biens d’infantat, comme ce qu’elle a acquis à Santa María de Ferrosines47. Toutes ces opérations sont guidées par le souci de conserver les possesions et les dépendances de la seigneurie, ou, en tout cas, d’en maintenir la valeur globale. 48 VALCARCE, p. 24 : « En una donación se establece como condición que lo donado al monasterio de San (...)
49 Il est difficile d’entrevoir l’histoire de l’infantat entre la mort de l’infante Urraque (1101) et (...)
50 Pour le document de 1127, voir note antérieure. Sancie déclare également dans deux chartes royales (...)
11C’est qu’au bout du compte les monastères, les églises, les villages et les fermes confiés à Elvire par son père ou par son frère faisaient partie intégrante du patrimoine royal. L’infantazgo était certes distinct du realengo48 – bien qu’on ne sache pas dans quelle mesure (ni, peut-être, dans quelles circonstances) –, mais les biens qui le composaient étaient attribués par le roi, ils revenaient au roi après la mort des infantes, et celui-ci pouvait suspendre ou retarder à sa guise leur attribution49. L’infantazgo n’était donc pas inclus dans le realengo, mais il constituait, comme celui-ci, une possession royale que le souverain pouvait confier à titre de seigneurie viagère à une fille ou à une sœur dont le célibat garantissait l’inaliénabilité des biens que, transitoirement, elle détenait. Trois documents produits, l’un en 1127 par le notariat de l’infante Sancie, les deux autres en 1148 par la chancellerie d’Alphonse VII, font du reste usage du terme qui définit en toute exactitude le statut juridique des biens confiés aux infantes : ceux-ci constituaient tout simplement un honor royal50 (avec la particularité que cet honor était pré-défini dans sa composition et réservé, sous certaines conditions, aux sœurs ou aux filles de rois).
51 GAMBRA, doc. 154, p. 401. Alphonse donne au chapitre sa propre moitié du monastère et confirme la (...)
12La documentation du règne d’Alphonse VI montre du reste que le roi fut très vite sollicité de valider les donations de sa sœur. À peine Elvire morte, Alphonse confirma (16 janvier 1100) la donation qu’elle avait faite au chapitre de Saint-Jacques de Compostelle de la moitié du monastère de Piloño51. Le 6 mai 1103, moins de deux ans après la disparition d’Urraque, il dut confirmer au nouvel administrateur des biens de Saint-Isidore, celles qu’Elvire avait faites au monastère de Villa Albín, de Pozuelo de Campos, de Santa María de Ferrosines et de la moitié de Villa Orresinos52. Deux précautions valaient mieux qu’une et chacun savait qui était le maître véritable de l’infantat. 53 MARTÍN LÓPEZ, doc. 10, p. 33. L’établissement dépendant de Saint-Isidore, Urraque avait compensé c (...)
54 « Ubi offero ego Adefonsus, tocius Hyspanie imperator, quoddam mee hereditatis monasterium quod uu (...)
55 « Interim insero et per ordinem cuncta disponere fateor quemadmodum locus ille quod testo ab eo ip (...)
56 Voir également les exemples donnés par Gambra (I, p. 489-493).
13Dans ces conditions, les initiatives particulières – possibles, quoique dans d’étroites limites – d’Elvire et d’Urraque se combinèrent et s’agencèrent en outre avec celles d’Alphonse de façon cohérente, les rationes ou medietates de chacun finissant par se regrouper dans une donation globale à tel ou tel établissement. Le 11 mars 1099, Urraque et Elvire avaient donné conjointement leurs deux moitiés du monastère de Saint-Pierre de los Huertos au comte Martin53. Le 16 janvier 1100, la part d’Elvire et celle d’Alphonse du monastère de Piloño s’ajouteraient l’une à l’autre dans une donation du roi à la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle54. Une donation d’Alphonse VI à la cathédrale de Lugo – qui est peut-être un faux, cependant – avait rassemblé en 1088 la moitié des monastères de Sainte-Eulalie et de Saint-Antonin de Fingoy, obtenue par Alphonse d’Urraque au terme d’une permutation, et l’autre moitié préalablement donnée à la cathédrale par Elvire55. Ces mouvements d’échange et de recomposition56 soulignent, s’il en était besoin, à quel point l’infantazgo était étroitement associé au realengo.
57 Le testament de la soeur d'Alphonse VII l'Empereur, l'infante Sancie Raimundez, provisoire et non c (...)
58 « Et ceteras hereditates meas dimitto in manu imperatoris ut disponat et faciat de eis qualiter si (...)
14C’est du reste pourquoi – même si aucun autre testament d’infante n’a été conservé dans une version véritablement fiable57 et si l’on est dans l’ignorance d’éventuelles dispositions prises par Sancie et Ferdinand quant à la transmission des biens qu’ils léguaient à leurs filles – l’on peut s’étonner de ce qu’Elvire mourante ait pu, de son propre chef (quoique dans les limites que nous venons de rappeler), décider de ne pas remettre au roi sa part d’infantat – comme le ferait, semble-t-il, un demi-siècle plus tard sa petite-nièce, l'infante Sancie58 –, mais de la transmettre presque tout entière à sa soeur et à l’établissement qui constituait le siège de sa seigneurie. 59 « Et mando ibi a Sancto Pelagio ouetenssi Sancta Cruce cum sua hereditate », Testament, § 38.
60 « Et mando ibi ad Couas Ruuias de meo arrexi mea ratione et Mamblas », Testament, § 38.
61 « Et mando a Sancto Stephano de Ripa de Sil Iuncaria de Limia cum tota sua mandatione et Sancto Be (...)
62 « Et mando a Sancto Martino aurienssi Manin et Porcaria », Testament, § 38.
63 « Et mando a Sancto Petro de Couellas tota illa hereditate que fuit de Ruderico Gutierriz extra is (...)
64 « Et mando ad Celam Nouam tornare totas suas hereditates quantas inde tenebam et quantas potuerit (...)
65 « Et mando tornare Sancto Johanne de Ualle sacre a Karrazeto », Testament, § 38.
66 « Et mando tornare a Sancta Maria de Bamba Uillalba et Penella », Testament, § 38.
67 « Imprimis pro mea anima mando tornare tota illa hereditate que tenebam de Sancto Pelagio a Sancto (...)
68 Voir note précédente. 69 « Et mando ibi Uilla Alvin extra illa hereditate que dedi a Didaco Fernandiz… », Testament, § 38.
70 « Et mando a Sancto Isidoro de Sancta Maria de Uilla Ferrocinti quantum ibi de mea ganantia habeo (...)
71 « Et mando Urrusinus a Sancto Isidoro de Legione », Testament, § 38.
72 « Et do pro inde a Sancto Isidoro illa mea ratione de Poçol de Campos », Testament, § 38.
73 « Et mando illas cortes de Sancto Michel de Legione et illas de Ceia et illas de Monçone a Sancto (...)<

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