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Timestamp: 2017-02-22 22:05:41+00:00

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COUR SUPRÊME DU CANADA. RÉFÉRENCE : Canada (Procureur général) c. Bedford, 2013 CSC 72 DATE : DOSSIER : PDF
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1 COUR SUPRÊME DU CANADA RÉFÉRENCE : Canada (Procureur général) c. Bedford, 2013 CSC 72 DATE : DOSSIER : ENTRE : ET ENTRE : Procureur général du Canada Appelant/Intimé au pourvoi incident et Terri Jean Bedford, Amy Lebovitch et Valerie Scott Intimées/Appelantes au pourvoi incident Procureur général de l Ontario Appelant/Intimé au pourvoi incident et Terri Jean Bedford, Amy Lebovitch et Valerie Scott Intimées/Appelantes au pourvoi incident - et - Procureur général du Québec, Pivot Legal Society, Downtown Eastside Sex Workers United Against Violence Society, PACE Society, Secrétariat du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida, Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, Alliance évangélique du Canada, Réseau juridique canadien VIH/sida, British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS, HIV & AIDS Legal Clinic Ontario, Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel, Association des femmes autochtones du Canada, Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry, Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, Concertation des luttes contre l exploitation sexuelle, Regroupement québécois des Centres d aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, Vancouver Rape Relief Society, Alliance des chrétiens en droit, Ligue catholique des droits de l homme, REAL Women of Canada, David Asper Centre for Constitutional Rights, Institut Simone de Beauvoir, AWCEP Asian Women for Equality Society, exerçant ses activités sous le nom Asian Women Coalition Ending Prostitution et Aboriginal Legal Services of Toronto Inc. Intervenants TRADUCTION FRANÇAISE OFFICIELLE2 CORAM : La juge en chef McLachlin et les juges LeBel, Fish, Abella, Rothstein, Cromwell, Moldaver, Karakatsanis et Wagner MOTIFS DE JUGEMENT : (par. 1 à 169) La juge en chef McLachlin (avec l accord des juges LeBel, Fish, Abella, Rothstein, Cromwell, Moldaver, Karakatsanis et Wagner) NOTE : Ce document fera l objet de retouches de forme avant la parution de sa version définitive dans le Recueil des arrêts de la Cour suprême du Canada.3 CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL) c. BEDFORD Procureur général du Canada Appelant/Intimé au pourvoi incident c. Terri Jean Bedford, Amy Lebovitch et Valerie Scott Intimées/Appelantes au pourvoi incident - et - Procureur général de l Ontario Appelant/Intimé au pourvoi incident c. Terri Jean Bedford, Amy Lebovitch et Valerie Scott Intimées/Appelantes au pourvoi incident et Procureur général du Québec, Pivot Legal Society, Downtown Eastside Sex Workers United Against Violence Society, PACE Society, Secrétariat du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida, Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, Alliance évangélique du Canada, Réseau juridique canadien VIH/sida, British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS,4 HIV & AIDS Legal Clinic Ontario, Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel, Association des femmes autochtones du Canada, Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry, Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, Concertation des luttes contre l exploitation sexuelle, Regroupement québécois des Centres d aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, Vancouver Rape Relief Society, Alliance des chrétiens en droit, Ligue catholique des droits de l homme, REAL Women of Canada, David Asper Centre for Constitutional Rights, Institut Simone de Beauvoir, AWCEP Asian Women for Equality Society, exerçant ses activités sous le nom Asian Women Coalition Ending Prostitution et Aboriginal Legal Services of Toronto Inc. Intervenants Répertorié : Canada (Procureur général) c. Bedford 2013 CSC 72 N o du greffe : : 13 juin; 2013 : 20 décembre. Présents : La juge en chef McLachlin et les juges LeBel, Fish, Abella, Rothstein, Cromwell, Moldaver, Karakatsanis et Wagner. EN APPEL DE LA COUR D APPEL DE L ONTARIO Droit constitutionnel Charte des droits Droit à la sécurité de la personne Liberté d expression Droit criminel Prostitution Maisons de5 débauche Proxénétisme Communiquer en public à des fins de prostitution Contestation par des prostituées des dispositions du Code criminel qui interdisent les maisons de débauche, le proxénétisme et la communication en public à des fins de prostitution Allégation selon laquelle ces dispositions portent atteinte au droit à la sécurité de la personne garanti à l art. 7 en empêchant les prostituées de prendre des mesures susceptibles de les protéger contre la violence de certains clients Allégation supplémentaire suivant laquelle l interdiction de communiquer en public porte atteinte à la liberté d expression garantie aux prostituées Charte canadienne des droits et libertés, art. 1, 2b), 7 Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C-46, art. 197(1), 210, 212(1)j), 213(1)c). Tribunaux Décisions Stare decisis Norme de contrôle Contestation par des prostituées des dispositions du Code criminel qui interdisent les maisons de débauche, le proxénétisme et la communication en public à des fins de prostitution À quelles conditions un juge de première instance peut-il réexaminer les conclusions de la Cour suprême du Canada dans le Renvoi sur la prostitution selon lesquelles les interdictions visant les maisons de débauche et la communication sont valides Degré de déférence que commandent les conclusions du juge de première instance sur des faits sociaux ou législatifs. B, L et S trois prostituées ou ex-prostituées ont sollicité un jugement déclarant que trois dispositions du Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C-46, qui criminalisent diverses activités liées à la prostitution, portent atteinte au droit que6 leur garantit l art. 7 de la Charte : l art. 210 crée l acte criminel de tenir une maison de débauche ou de s y trouver; l al. 212(1)j) interdit de vivre des produits de la prostitution d autrui; l al. 213(1)c) interdit la communication en public à des fins de prostitution. Elles font valoir que ces restrictions apportées à la prostitution compromettent la sécurité et la vie des prostituées en ce qu elles les empêchent de prendre certaines mesures de protection contre les actes de violence, telles l embauche d un garde ou l évaluation préalable du client. Elles ajoutent que l al. 213(1)c) porte atteinte à la liberté d expression garantie à l al. 2b) de la Charte et qu aucune des dispositions n est sauvegardée par l article premier. La Cour supérieure de Justice de l Ontario a fait droit à la demande et déclaré, sans effet suspensif, que chacune des dispositions contestées du Code criminel porte atteinte à un droit ou à une liberté garantis par la Charte et ne peut être sauvegardée par application de l article premier. La Cour d appel de l Ontario a convenu de l inconstitutionnalité de l art. 210 et radié le mot «prostitution» de la définition de «maison de débauche» applicable à cette disposition, mais elle a suspendu l effet de la déclaration d invalidité pendant 12 mois. Elle a statué que l al. 212(1)j) constitue une atteinte injustifiable au droit garanti à l art. 7 et ordonné d interpréter la disposition de manière que l interdiction vise seulement les personnes qui vivent de la prostitution d autrui «dans des situations d exploitation», comme si ces mots y étaient employés. Elle a par ailleurs estimé que l interdiction de communiquer prévue à l al. 213(1)c) n est attentatoire ni à la liberté garantie par l al.2b), ni à au droit que consacre l art. 7. Les procureurs généraux se pourvoient7 contre la déclaration d inconstitutionnalité de l art. 210 et de l al. 212(1)j) du Code. B, L et S se pourvoient de manière incidente relativement à la constitutionnalité de l al. 213(1)c) et à la mesure prise pour remédier à l inconstitutionnalité de l art Arrêt : Les pourvois sont rejetés, et le pourvoi incident est accueilli. L article 210 et les al. 212(1)j) et 213(1)c) du Code criminel sont déclarés incompatibles avec la Charte. L effet de la déclaration d invalidité est suspendu pendant un an. Les trois dispositions contestées, qui visent principalement à empêcher les nuisances publiques et l exploitation des prostituées, ne résistent pas au contrôle constitutionnel. Elles portent atteinte au droit à la sécurité de la personne que l art. 7 garantit aux prostituées, et ce, d une manière non conforme aux principes de justice fondamentale. Point n est besoin de déterminer si notre Cour devrait rompre avec la conclusion qu elle a tirée dans le Renvoi sur la prostitution, à savoir que l al. 213(1)c) ne porte pas atteinte à la liberté garantie à l al. 2b), ou la réexaminer, puisqu il est possible de trancher en l espèce sur le fondement du seul art. 7. La règle du stare decisis issue de la common law est subordonnée à la Constitution et ne saurait avoir pour effet d obliger un tribunal à valider une loi inconstitutionnelle. Une juridiction inférieure ne peut toutefois pas faire abstraction d un précédent qui fait autorité, et la barre est haute lorsqu il s agit d en justifier le réexamen. Les conditions sont réunies lorsqu une nouvelle question de droit se pose ou qu il y a modification importante de la situation ou de la preuve. En l espèce, la8 juge de première instance pouvait trancher la question nouvelle de savoir si les dispositions en cause portent atteinte ou non au droit à la sécurité de la personne garanti à l art. 7 car, dans le Renvoi sur la prostitution, les juges majoritaires de la Cour statuent uniquement en fonction du droit à la liberté physique de la personne garanti par l art. 7. Qui plus est, dans le Renvoi sur la prostitution, les principes de justice fondamentale sont examinés sous l angle de l imprécision de la criminalisation indirecte et de l acceptabilité de celle-ci. En l espèce, ce sont le caractère arbitraire, la portée trop grande et le caractère totalement disproportionné qui sont allégués, des notions qui ont en grande partie vu le jour au cours des vingt dernières années. La juge de première instance n était cependant pas admise à trancher la question de savoir si la disposition sur la communication constitue une limitation justifiée de la liberté d expression. Notre Cour s était prononcée sur ce point dans le Renvoi sur la prostitution, et la juge était liée par cette décision. Les conclusions tirées en première instance sur des faits sociaux ou législatifs commandent la déférence. La norme de contrôle applicable aux conclusions de fait qu elles portent sur les faits en litige, des faits sociaux ou des faits législatifs demeure celle de l erreur manifeste et dominante. Les dispositions contestées ont un effet préjudiciable sur la sécurité des prostituées et mettent donc en jeu le droit garanti à l art. 7. La norme qui convient est celle du «lien de causalité suffisant», appliquée avec souplesse, celle retenue à juste titre par la juge de première instance. Les interdictions augmentent toutes les risques9 auxquels s exposent les demanderesses lorsqu elles se livrent à la prostitution, une activité qui est en soi légale. Elles ne font pas qu encadrer la pratique de la prostitution. Elles franchissent un pas supplémentaire déterminant par l imposition de conditions dangereuses à la pratique de la prostitution : elles empêchent des personnes qui se livrent à une activité risquée, mais légale, de prendre des mesures pour assurer leur propre protection. Le lien de causalité n est pas rendu inexistant par les actes de tiers (clients et proxénètes) ou le prétendu choix des intéressées de se prostituer. Bien que certaines prostituées puissent correspondre au profil de celle qui choisit librement de se livrer à l activité économique risquée qu est la prostitution (ou qui a un jour fait ce choix), de nombreuses prostituées n ont pas vraiment d autre solution que la prostitution. De plus, le fait que le comportement des proxénètes et des clients soit la source immédiate des préjudices subis par les prostituées ne change rien. La violence d un client ne diminue en rien la responsabilité de l État qui rend une prostituée plus vulnérable à cette violence. Les demanderesses ont également établi que l atteinte à leur droit à la sécurité n est pas conforme aux principes de justice fondamentale, lesquels sont censés intégrer les valeurs fondamentales qui sous-tendent notre ordre constitutionnel. Dans la présente affaire, les valeurs fondamentales qui nous intéressent s opposent à l arbitraire (absence de lien entre l effet de la loi et son objet), à la portée excessive (la disposition va trop loin et empiète sur quelque comportement sans lien avec son objectif) et à la disproportion totale (l effet de la disposition est totalement disproportionné à l objectif de l État). Il s agit de trois notions distinctes, mais la10 portée excessive est liée au caractère arbitraire en ce que l absence de lien entre l effet de la disposition et son objectif est commune aux deux. Les trois notions supposent de comparer l atteinte aux droits qui découle de la loi avec l objectif de la loi, et non avec son efficacité; elles ne s intéressent pas à la réalisation de l objectif législatif ou au pourcentage de la population qui bénéficie de l application de la loi ou qui en pâtit. L analyse se veut qualitative, et non quantitative. La question que commande l art. 7 est celle de savoir si une disposition législative intrinsèquement mauvaise prive qui que ce soit du droit à la vie, à la liberté ou à la sécurité de sa personne; un effet totalement disproportionné, excessif ou arbitraire sur une seule personne suffit pour établir l atteinte au droit garanti à l art. 7. Si l on applique ces notions aux dispositions contestées, l effet préjudiciable de l interdiction des maisons de débauche (art. 210) sur le droit à la sécurité des demanderesses est totalement disproportionné à l objectif de prévenir les nuisances publiques. Les préjudices subis par les prostituées selon les juridictions inférieures (p. ex. le fait de ne pouvoir travailler dans un lieu fixe, sûr et situé à l intérieur, ni avoir recours à un refuge sûr) sont totalement disproportionnés à l objectif de réprimer le désordre public. Le législateur a le pouvoir de réprimer les nuisances, mais pas au prix de la santé, de la sécurité et de la vie des prostituées. L interdiction faite à l al. 212(1)j) de vivre des produits de la prostitution d autrui vise à réprimer le proxénétisme, ainsi que le parasitisme et l exploitation qui y sont associés. Or, la disposition vise toute personne qui vit des produits de la prostitution d autrui sans établir de distinction entre celui qui exploite une prostituée et celui qui11 peut accroître la sécurité d une prostituée (tel le chauffeur, le gérant ou le garde du corps véritable). La disposition vise également toute personne qui fait affaire avec une prostituée, y compris un comptable ou un réceptionniste. Certains actes sans aucun rapport avec l objectif de prévenir l exploitation des prostituées tombent ainsi sous le coup de la loi. La disposition sur le proxénétisme a donc une portée excessive. L alinéa 213(1)c), qui interdit la communication, vise non pas à éliminer la prostitution dans la rue comme telle, mais bien à sortir la prostitution de la rue et à la soustraire au regard du public afin d empêcher les nuisances susceptibles d en découler. Son effet préjudiciable sur le droit à la sécurité et à la vie des prostituées de la rue, du fait que ces dernières sont empêchées de communiquer avec leurs clients éventuels afin de déterminer s ils sont intoxiqués ou enclins à la violence, est totalement disproportionné au risque de nuisance causée par la prostitution de la rue. Même si les procureurs généraux ne prétendent pas sérieusement que, si elles sont jugées contraires à l art. 7, les dispositions en cause peuvent être justifiées en vertu de l article premier de la Charte, certaines des thèses qu ils défendent en fonction de l art. 7 sont reprises à juste titre à cette étape de l analyse. En particulier, ils tentent de justifier la disposition sur le proxénétisme par la nécessité d un libellé général afin que tombent sous le coup de son application toutes les relations empreintes d exploitation. Or, la disposition vise non seulement le chauffeur ou le garde du corps, qui peut en réalité être un proxénète, mais aussi la personne qui entretient avec la prostituée des rapports manifestement dénués d exploitation (p. ex. un réceptionniste ou un comptable). La disposition n équivaut donc pas à une atteinte12 minimale. Pour les besoins du dernier volet de l analyse fondée sur l article premier, son effet bénéfique protéger les prostituées contre l exploitation ne l emporte pas non plus sur son effet qui empêche les prostituées de prendre des mesures pour accroître leur sécurité et, peut-être, leur sauver la vie. Les dispositions contestées ne sont pas sauvegardées par application de l article premier. La conclusion que les dispositions contestées portent atteinte à des droits garantis par la Charte ne dépouille pas le législateur du pouvoir de décider des lieux et des modalités de la prostitution, à condition qu il exerce ce pouvoir sans porter atteinte aux droits constitutionnels des prostituées. L encadrement de la prostitution est un sujet complexe et délicat. Il appartiendra au législateur, s il le juge opportun, de concevoir une nouvelle approche qui intègre les différents éléments du régime actuel. Au vu de l ensemble des intérêts en jeu, il convient de suspendre l effet de la déclaration d invalidité pendant un an. Jurisprudence Arrêts mentionnés : Renvoi relatif à l art. 193 et à l al (1)c) du Code criminel (Man.), [1990] 1 R.C.S. 1123; Canada (Procureur général) c. PHS Community Services Society, 2011 CSC 44, [2011] 3 R.C.S. 134; R. c. Morgentaler, [1988] 1 R.C.S. 30; Canada c. Craig, 2012 CSC 43, [2012] 2 R.C.S. 489; Housen c. Nikolaisen, 2002 CSC 33, [2002] 2 R.C.S. 235; RJR-MacDonald Inc. c. Canada (Procureur général), [1995] 3 R.C.S. 199; R. c. Malmo-Levine, 2003 CSC 74, [2003] 3 R.C.S. 571; R. c. Spence, 2005 CSC 71, [2005] 3 R.C.S. 458; R. c. Abbey, 200913 ONCA 624, 97 O.R. (3d) 330; H.L. c. Canada (Procureur général), 2005 CSC 25, [2005] 1 R.C.S. 401; R. c. Pierce (1982), 37 O.R. (2d) 721; R. c. Worthington (1972), 10 C.C.C. (2d) 311; R. c. Downey, [1992] 2 R.C.S. 10; R. c. Grilo (1991), 2 O.R. (3d) 514; R. c. Barrow (2001), 54 O.R. (3d) 417; R. c. Head (1987), 59 C.R. (3d) 80; Blencoe c. Colombie-Britannique (Human Rights Commission), 2000 CSC 44, [2000] 2 R.C.S. 307; États-Unis c. Burns, 2001 CSC 7, [2001] 1 R.C.S. 283; Suresh c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l Immigration), 2002 CSC 1, [2002] 1 R.C.S. 3; Canada (Premier ministre) c. Khadr, 2010 CSC 3, [2010] 1 R.C.S. 44; Rodriguez c. Colombie-Britannique (Procureur général), [1993] 3 R.C.S. 519; Nouveau-Brunswick (Ministre de la Santé et des Services communautaires) c. G. (J.), [1999] 3 R.C.S. 46; Renvoi : Motor Vehicle Act de la C.-B., [1985] 2 R.C.S. 486; Chaoulli c. Québec (Procureur général), 2005 CSC 35, [2005] 1 R.C.S. 791; R. c. Heywood, [1994] 3 R.C.S. 761; R. c. Demers, 2004 CSC 46, [2004] 2 R.C.S. 489; R. c. Khawaja, 2012 CSC 69, [2012] 3 R.C.S. 555; R. c. S.S.C., 2008 BCCA 262, 257 B.C.A.C. 57; R. c. Clay, 2003 CSC 75, [2003] 3 R.C.S. 735; Rockert c. La Reine, [1978] 2 R.C.S. 704; R. c. Zundel, [1992] 2 R.C.S. 731; Shaw c. Director of Public Prosecutions, [1962] A.C. 220; Schachter c. Canada, [1992] 2 R.C.S Lois et règlements cités Charte canadienne des droits et libertés, art. 1, 2b), 7. Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C-46, art. 197(1) «maison de débauche», 210, 212(1)j), 213(1)c). Code criminel, S.C , ch. 51, partie V, art. 182.14 Règles de procédure civile, R.R.O. 1990, Règl. 194, règle 14.05(3)g.1). Doctrine et autres documents cités Canada. Chambre des communes. Sous-comité de l examen des lois sur le racolage du Comité permanent de la justice et des droits de la personne. Le défi du changement : Étude des lois pénales en matière de prostitution au Canada. Ottawa : Communication Canada, Coke, Edward. The Third Part of the Institutes of the Laws of England : Concerning High Treason, and Other Pleas of the Crown and Criminal Causes. London : Clarke, 1817 (first published 1644). Hogg, Peter W. «The Brilliant Career of Section 7 of the Charter» (2012), 58 S.C.L.R. (2d) 195. Ontario. Commission d enquête sur la médecine légale pédiatrique en Ontario : Rapport, vol. 3, Politique et recommandations, par Stephen T. Goudge. Toronto : Ministère du Procureur général, Rubin, Gerald. «The Nature, Use and Effect of Reference Cases in Canadian Constitutional Law» (1960), 6 McGill L.J Stewart, Hamish. Fundamental Justice : Section 7 of the Canadian Charter of Rights and Freedoms. Toronto : Irwin Law, POURVOIS et POURVOI INCIDENT contre un arrêt de la Cour d appel de l Ontario (les juges Doherty, Rosenberg, Feldman, MacPherson et Cronk), 2012 ONCA 186, 109 O.R. (3d) 1, 290 O.A.C. 236, 346 D.L.R. (4th) 385, 282 C.C.C. (3d) 1, 256 C.R.R. (2d) 143, 91 C.R. (6th) 257, [2012] O.J. No (QL), 2012 CarswellOnt 3557, qui a confirmé en partie une décision de la juge Himel, 2010 ONSC 4264, 102 O.R. (3d) 321, 327 D.L.R. (4th) 52, 262 C.C.C. (3d) 129, 217 C.R.R. (2d) 1, 80 C.R. (6th) 256, [2010] O.J. No (QL), 2010 CarswellOnt Pourvois rejetés et pourvoi incident accueilli.15 Michael H. Morris, Nancy Dennison et Gail Sinclair, pour l appelant/intimé au pourvoi incident le procureur général du Canada. Jamie C. Klukach, Christine Bartlett-Hughes et Megan Stephens, pour l appelant/intimé au pourvoi incident le procureur général de l Ontario. Alan N. Young, Marlys A. Edwardh et Daniel Sheppard, pour les intimées/appelantes au pourvoi incident. du Québec. Sylvain Leboeuf et Julie Dassylva, pour l intervenant le procureur général Katrina E. Pacey, Joseph J. Arvay, c.r., Elin R. S. Sigurdson, Lisa C. Glowacki et M. Kathleen Kinch, pour les intervenantes Pivot Legal Society, Downtown Eastside Sex Workers United Against Violence Society et PACE Society. Argumentation écrite seulement par Michael A. Feder et Tammy Shoranick, pour l intervenant le Secrétariat du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida. Brent B. Olthuis, Megan Vis-Dunbar et Michael Sobkin, pour l intervenante l Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique.16 Georgialee A. Lang et Donald Hutchinson, pour l intervenante l Alliance évangélique du Canada. Jonathan A. Shime, Megan Schwartzentruber et Renée Lang, pour les intervenants le Réseau juridique canadien VIH/sida, British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS et HIV & AIDS Legal Clinic Ontario. Janine Benedet et Fay Faraday, pour les intervenants l Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel, l Association des femmes autochtones du Canada, l Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry, l Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, la Concertation des luttes contre l exploitation sexuelle, le Regroupement québécois des Centres d aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et Vancouver Rape Relief Society. Robert W. Staley, Ranjan K. Agarwal et Amanda C. McLachlan, pour les intervenantes l Alliance des chrétiens en droit, la Ligue catholique des droits de l homme et REAL Women of Canada. Joseph J. Arvay, c.r., et Cheryl Milne, pour l intervenant David Asper Centre for Constitutional Rights. Walid Hijazi, pour l intervenant l Institut Simone de Beauvoir.17 Gwendoline Allison, pour l intervenante AWCEP Asian Women for Equality Society, exerçant ses activités sous le nom Asian Women Coalition Ending Prostitution. Services of Toronto Inc. Christa Big Canoe et Emily R. Hill, pour l intervenante Aboriginal Legal Procureur de l appelant/intimé au pourvoi incident le procureur général du Canada : Procureur général du Canada, Toronto. Procureur de l appelant/intimé au pourvoi incident le procureur général de l Ontario : Procureur général de l Ontario, Toronto. Procureurs des intimées/appelantes au pourvoi incident : Osgoode Hall Law School of York University, Toronto; Sack Goldblatt Mitchell, Toronto. Procureur de l intervenant le procureur général du Québec : Procureur général du Québec, Québec. Procureurs des intervenantes Pivot Legal Society, Downtown Eastside Sex Workers United Against Violence Society et PACE Society : Pivot Legal Society, Vancouver; Arvay Finlay, Vancouver; Janes Freedman Kyle Law Corporation, Vancouver; Ratcliff & Company, North Vancouver; Harper Grey, Vancouver.18 Procureurs de l intervenant le Secrétariat du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida : McCarthy Tétrault, Vancouver. Procureurs de l intervenante l Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique : Hunter Litigation Chambers, Vancouver. Procureur de l intervenante l Alliance évangélique du Canada : Alliance évangélique du Canada, Ottawa. Procureurs des intervenants le Réseau juridique canadien VIH/sida, British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS et HIV & AIDS Legal Clinic Ontario : Cooper & Sandler, Toronto; HIV & AIDS Legal Clinic Ontario, Toronto. Procureurs des intervenants l Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel, l Association des femmes autochtones du Canada, l Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry, l Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, la Concertation des luttes contre l exploitation sexuelle, le Regroupement québécois des Centres d aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et Vancouver Rape Relief Society : University of British Columbia, Vancouver; Fay Faraday, Toronto. Procureurs des intervenantes l Alliance des chrétiens en droit, la Ligue catholique des droits de l homme et REAL Women of Canada : Bennett Jones, Toronto.19 Procureurs de l intervenant David Asper Centre for Constitutional Rights : Arvay Finlay, Vancouver; David Asper Centre for Constitutional Rights, Toronto. Procureurs de l intervenant l Institut Simone de Beauvoir : Desrosiers, Joncas, Massicotte, Montréal. Procureurs de l intervenante AWCEP Asian Women for Equality Society, exerçant ses activités sous le nom Asian Women Coalition Ending Prostitution : Foy Allison Law Group, West Vancouver. Procureur de l intervenante Aboriginal Legal Services of Toronto Inc. : Aboriginal Legal Services of Toronto Inc., Toronto. TABLE DES MATIÈRES I. Le dossier II. Dispositions législatives III. Décisions des juridictions inférieures A. Cour supérieure de Justice de l Ontario (la juge Himel) B. Cour d appel de l Ontario (les juges Doherty, Rosenberg, Feldman, MacPherson et Cronk) IV. Analyse A. Questions préliminaires (1) Réexamen du Renvoi sur la prostitution (2) Déférence envers les conclusions tirées en première instance sur des faits sociaux ou législatifs20 B. Analyse fondée sur l article 7 (1) Le droit à la sécurité de la personne est-il en jeu? (a) (b) (c) Articles 197 et 210 : Tenue d une maison de débauche Alinéa 212(1)j) : Proxénétisme Alinéa 213(1)c) : Communication en public (2) Examen approfondi du lien de causalité (a) (b) Nature du lien de causalité requis Le lien de causalité est-il rendu inexistant par le choix de se prostituer ou les actes de tiers? (3) Principes de justice fondamentale (a) (b) Normes applicables Interaction entre l article 7 et l article premier (4) Les dispositions législatives contestées respectent-elles les principes de justice fondamentale? (a) (b) (c) (i) (ii) (i) (ii) (i) (ii) Article 210 : Interdiction des maisons de débauche Objet de la disposition Conformité aux principes de justice fondamentale Alinéa 212(1)j) : Proxénétisme Objet de la disposition Conformité avec les principes de justice fondamentale Alinéa 213(1)c) : Communiquer en public à des fins de prostitution Objet de la disposition Conformité aux principes de justice fondamentale C. Les interdictions de communiquer en public portent-elles atteinte à une liberté garantie à l al. 2b) de la Charte? D. Les atteintes sont-elles justifiées suivant l article premier de la Charte? V. Dispositif et réparation Version française du jugement de la Cour rendu par LA JUGE EN CHEF21 [1] Au Canada, offrir ses services sexuels contre de l argent n est pas un crime. Par contre, tenir une maison de débauche, vivre des produits de la prostitution d autrui ou communiquer avec quelqu un en public en vue d un acte de prostitution constituent des actes criminels. On fait valoir que ces restrictions apportées à la prostitution compromettent la sécurité et la vie des prostituées et qu elles sont de ce fait inconstitutionnelles. [2] Les pourvois et le pourvoi incident ne visent pas à déterminer si la prostitution doit être légale ou non, mais bien si les dispositions adoptées par le législateur fédéral pour encadrer sa pratique résistent au contrôle constitutionnel. Je conclus qu elles n y résistent pas. Je suis donc d avis de les invalider avec effet suspensif et de renvoyer la question au législateur afin qu il redéfinisse les modalités de cet encadrement. I. Le dossier [3] Les demanderesses trois prostituées ou ex-prostituées ont sollicité un jugement qui déclare inconstitutionnelles trois dispositions du Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C-46. [4] Les trois dispositions contestées criminalisent diverses activités liées à la prostitution. Elles visent principalement à empêcher les nuisances publiques et l exploitation des prostituées. Suivant l art. 210, est coupable d une infraction quiconque, selon le cas, habite une maison de débauche, est trouvé, sans excuse22 légitime, dans une maison de débauche ou, en qualité de propriétaire, locateur ou occupant d un local, en permet sciemment l utilisation comme maison de débauche. L alinéa 212(1)j) dispose qu est coupable d un acte criminel quiconque vit des produits de la prostitution d autrui. L alinéa 213(1)c) crée l infraction d arrêter ou de tenter d arrêter une personne ou de communiquer ou de tenter de communiquer avec elle dans un endroit public dans le but de se livrer à la prostitution ou de retenir les services sexuels d une personne qui s y livre. [5] Or, la prostitution n est pas elle-même illégale. Échanger des services sexuels contre de l argent n est pas contraire à la loi. Le régime actuel ne permet que deux types de prostitution : celle qui se pratique dans la rue et celle qui est «itinérante», où la prostituée se déplace pour aller à la rencontre de son client dans un endroit convenu, chez lui par exemple. Cette limitation témoigne d un choix de politique générale du législateur. Il est loisible à ce dernier de limiter les modalités et les lieux d exercice de la prostitution à condition qu il le fasse sans porter atteinte aux droits constitutionnels des prostituées. [6] Les demanderesses soutiennent que les dispositions portent toutes trois atteinte au droit garanti à l art. 7 de la Charte canadienne de droits et libertés en ce qu elles empêchent les prostituées de prendre certaines mesures pour se prémunir contre les actes de violence, telles l embauche d un garde ou l évaluation préalable du client. Elles ajoutent que l al. 213(1)c) porte atteinte à une liberté garantie à l al. 2b) de la Charte et qu aucune des dispositions n est sauvegardée par l article premier. Montrer encore
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