Source: http://wintzenheimlogelbach.free.fr/Herzog/Annuaire2001/Annuaire2001.htm
Timestamp: 2020-03-31 14:09:20+00:00

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3ème Partie : Les œuvres sociales - La chapelle
1. Les préoccupations d'Antoine Herzog
L'usine qui fut construite à l'emplacement du Moulin Rouge, bénéficiait de tout le confort « moderne » de l'époque. On y trouve un cabinet médical, une salle d'asile, des écoles et un hôpital pour les ouvriers isolés.
Joseph Antoine Herzog semblait sincèrement préoccupé du sort de ses ouvriers. Il s'efforçait, en temps de chômage forcé des usines de trouver à employer les ouvriers et donc de les payer. Pour diminuer ce chômage il entreprit de grands travaux tant sur le Logelbach que sur les lacs, ce qui ne lui valut pas que des compliments !
Qu'en était-il dans les usines Herzog ? Nous parlerons successivement des travailleurs, des logements des ouvriers et des caisses de prévention pour finir d'évoquer Joseph Antoine Herzog, mécène.
2. Les ouvriers
La condition ouvrière au 19ème siècle n'était de loin pas aussi idyllique que Charles Grad nous la décrit. De nombreux ouvriers étaient ce qu'on appellera des « ouvriers paysans » : ils vivaient au village, allaient à l'usine puis, en rentrant, s'occupaient encore d'un lopin de terre, parfois aussi d'une ou deux bêtes, vache ou chèvre, certains étaient propriétaires de leur maison.
Dans son étude sur les ouvriers de l'industrie cotonnière alsacienne, H. Herkner, décrit les horaires de travail : 12 à 13 heures par jour étaient la règle au début du siècle, avec une heure de pause pour midi. Les gens venaient à pieds depuis leur lieu d'habitation, Turckheim, Wintzenheim voire Niedermorschwihr ce qui faisait entre une et deux heures de trajet en toutes saisons. On nous décrit souvent les femmes allant à l'usine en tricotant. Le même auteur nous apprend qu'à Orbey on travaillait de 4 heures du matin à 9 heures le soir avec une heure de pause. On comprend alors aisément qu'aucun des enfants allant à l'usine ne savait lire. Où auraient-ils trouvé le temps ?
Les choses évolueront lentement, la révolution de février 1848 s'intéressera au sort des ouvriers et le temps de travail est fixé à 11 heures par une loi. Sans effet d'ailleurs : une fois l'industrie remise en route, les patrons continuent à faire travailler comme avant, quand les maires ne leur accordent pas des dérogations ! Ce n'est qu'en 1864 que Herzog réduira la durée de travail à 11 heures. On constatera à cette occasion un gain de productivité.
Le Letzenberg et son mur (photo Paul-André Cattin)
Une autre cause de perturbation sera le chômage des usines. En effet, la plupart des établissements étaient tributaires des cours d'eau et malgré les aménagements, les usines s'arrêtaient parce que les torrents comme la Fecht n'avaient plus assez d'eau. C'est à un de ces moments qu'Antoine Herzog a fait ériger le grand mur du Letzenberg pour occuper ses ouvriers et leur permettre de gagner leur existence. Voici un témoignage de Charles Grad : (1) L'Alsace...
« Un escalier gigantesque de plus de quatre cents marches conduit d'un seul jet au haut de la montagne. Il aboutit à un mur de circonvallation, formant rempart, sur l'origine duquel les archéologues de l'avenir pourront exercer leur sagacité. Origine bien simple d'ailleurs, toute expliquée pour quiconque saura déchiffrer l'inscription gravée par un maître maçon sur une pierre de taille au-dessus de la partie en ogive qui donne accès dans l'intérieur. Cette inscription porte : « Construit pour donner du travail aux ouvriers pauvres ; 1850 ».
Une autre difficulté venait du fonctionnement interne des usines. On y trouvait plusieurs catégories de travailleurs : les manœuvres-journaliers payés à la journée de travail et dont l'embauche était précaire, les ouvriers spécialisés possédant un métier, les ouvriers travaillant à la pièce, payés pour le travail fourni, et l'encadrement. Les relations entre les uns et les autres n'étaient pas toujours des meilleures. En effet, des amendes frappaient les ouvriers dont le travail était mal fait, mais aussi la « désobéissance et la rébellion envers les supérieurs ». Herkner de remarquer : « ainsi, les ouvriers étaient exposés au bon vouloir des «employés» qui, pour acquérir la faveur de leurs patrons, cherchaient son avantage avec plus de zèle que lui-même ne le faisait. »
En 1834 a lieu une inspection des écoles de Wintzenheim qui compte à ce moment 3.300 habitants dont 750 israélites dont les enfants fréquentent une école de leur confession. Voici un extrait de ce rapport :
L'Alsace ...
« ... des circonstances qui ne dépendent ni de l'instituteur, ni de l'autorité locale, laisseront toujours des enfants de la classe ouvrière arriérés dans l'instruction. 150 enfants des deux sexes de l'âge 6 à 12 ans, au lieu de fréquenter les écoles, sont envoyés par leurs parents dans le fabriques de MM. Haussmann et Herzog, pour leur faire gagner quelque chose ; à 12, 13 ans ils commencent seulement à fréquenter les écoles pour apprendre à lire pour pouvoir faire leur première communion et retournent à leurs travaux de fabrique.
Il serait digne de la sollicitude de ces MM. de n'accepter ces malheureux dans leurs établissements qu'à l'âge de 8, 9 ans, après s'être assurés qu'ils savent lire et écrire, afin qu'en retournant aux écoles à l'âge de 12 et 15 ans, à cause de leurs devoirs religieux, ils aient au moins encore un souvenir des premiers éléments de la lecture. » Nous voyons d'abord le grand nombre d'enfants travaillant en usine. Puis comment ils étaient instruits : on n'apprenait à lire que pour pouvoir apprendre le catéchisme en vue de la première communion !
Le 27 Mars 1834 le comité supérieur de l'instruction primaire du ressort de Colmar adopte la proposition suivante :
« Vu aussi le rapport déjà fait à ce même sujet, concernant les enfants de la commune de Wintzenheim qui fréquentent les fabriques, rapport dont la copie sera jointe à la présente délibération ;
Le Comité joint avec empressement des vœux à la sollicitude de Monsieur le Préfet, en priant très instamment ce Magistrat d'intercéder et d'employer tout son crédit pour le succès de sa proposition et à chercher, s'il est possible, d'obtenir l'établissement d'écoles dans les fabriques mêmes, là où les distances ou l'éloignement ne permettent point aux enfants de fréquenter l'école communale.»
L'école et l'hôpital sous un même toit (carte postale, collection Guy Frank)
Quelle suite fut donnée à ces suggestions ?
Le 19 février 1850, suite à une enquête du préfet, le maire donne un état des lieux :
« État des renseignements dressé par nous, maire de la Commune de Wintzenheim au vu de la lettre de Monsieur le Préfet de la République de ce département du 11 courant, sur le nombre et la situation des écoles affectées spécialement aux jeunes enfants employés dans les fabriques et manufactures ainsi que des écoles du dimanche destinées aux adultes et aux ouvriers en général. »
- Où sont établies les écoles de ce genre - Dans une des maisons de M. Haussmann manufacturier au Logelbach, ban de Wintzenheim.
- Par qui elles sont dirigées - Par un sieur Speisser George Bernard ancien instituteur bachelier es lettres.
- Par qui elles sont entretenues - Par MM. Haussmann frères au Logelbach, ban de Wintzenheim.
- Quelles sont les heures de classe - De 8 heures du matin à midi et deux heures de relevé à six heures du soir.
- Quel est le nombre des élèves qui fréquentent chaque école - De 38 dans ce moment, il était déjà de 60, on peut admettre une moyenne de 45.
- Quels résultats elles produisent quant aux progrès de l'instruction - Bons progrès.
- Observations - Il existe en ce moment une seule école de ce genre, aucune école de dimanche.
Herzog à l'air de se faire tirer l'oreille ! Cependant en 1860 on commence à trouver des rapports d'inspection d'une école primaire libre catholique dirigée par des sœurs de Ribeauvillé. Voici la conclusion de celui du 21 juillet 1860 :
« Cette école est établie pour les enfants des ouvriers des fabriques de M. Herzog. C'est une salle d'asile avec une dernière d'une école élémentaire. Pour remédier à cet inconvénient M. Herzog établira pour la rentrée une salle d'asile et une école primaire, dirigées chacune par une sœur. »
16 garçons et 44 filles sont inscrits, tous gratuitement, ce qui montre que les ressources des parents étaient faibles. Cependant, ce jour, seulement 12 garçons et 37 filles sont présents.
Ouverte en 1869, l'école Bagatelle fonctionna d'abord au 33, route d'Ingersheim. Un nouveau bâtiment fut construit rue du Logelbach, l'école y fut transférée en 1871. Ce bâtiment servira longtemps d'école de filles, il existe encore. (2) I. BEUCHOT - Colmarer Volksschulen seit hundert Jahren, Jung et Cie 1903. La situation ne s'améliorera qu'avec l'obligation de scolarité instituée en 1871 par les Allemands. Voici le commentaire de Charles Grad : (3) Études statistiques sur l'industrie de l'Alsace (Colmar Barth 1880).
« Après notre séparation de la France, une ordonnance du gouverneur-général de l'Alsace- Lorraine, datée du 18 avril 1871, obligea tous les enfants sans distinction de condition, à suivre une école depuis l'âge de six ans jusqu'à celui de treize à quatorze ans. Selon l'article 133 de la Gewerbeordnung allemande, comme loi d'Empire, des enfants au-dessous de douze ans ne peuvent être employés dans les fabriques. Au-dessous de quatorze ans, le travail des enfants ne doit pas dépasser une durée de six heures par jour. Les jeunes gens entre quatorze et seize ans, ne doivent pas être occupés journellement plus de dix heures. Les enfants soumis à l'obligation scolaire ne peuvent travailler dans une fabrique que s'ils jouissent d'une instruction régulière d'au moins trois heures par jour, dans l'école communale ou dans une école autorisée par les autorités scolaires et soumise à son plan d'étude. « D'après la même loi, le travail de nuit est interdit pour les enfants. »
Il aura donc fallu une loi autoritaire de l'occupant pour régler la question.
4. Les logements
Préoccupé par le logement des ouvriers, Joseph Antoine Herzog crée en 1864 une société immobilière. (4) ADHR 6 E 15/153
Dans « Le Glaneur du Haut-Rhin » du 11 février 1866 on trouve un appel signé par Antoine Herzog pour la création de la Société immobilière de Colmar.
Il propose la création d'une société par actions dont il souscrirait le l/5ème et donnerait la préférence à de petits actionnaires.
« l'association n'hésiterait pas, en effet, à regrouper dans les quartiers nouveaux toutes les institutions utiles ou de sage prévoyance qui peuvent y être établies, à créer, par exemple, en même temps que des écoles, des bains, des asiles, des bibliothèques, des maisons de secours, unissant ainsi à de justes préoccupations matérielles les vues les plus élevées et les plus fécondes de la charité et de l'économie sociale.
... centre d'un remarquable mouvement agricole, situé au milieu d'un territoire éminemment fertile et riche en cours d'eau, à l'entrée de vallées populeuses et industrielles et pourvu de nombreuses voies de communication, Colmar doit avoir un avenir. Il ne peut se faire qu'une ville si libéralement dotée par la nature soit moins bien traitée par ses habitants. »
Le 25 mars on lit :
« L'appel que M. Herzog a fait aux capitaux colmariens en vue de l'établissement de cités ouvrières dans la banlieue de notre ville a été entendu. L'intégralité du capital social fixé à un million de francs a été souscrite. »
Voici des extraits des statuts de cette Société :
Formation de la société, son siège sa durée.
Il est formé entre les propriétaires des actions créées à l'article quatrième ci-après une société à responsabilité limitée, sous la dénomination de Société Immobilière de Colmar.
Cette société a pour but l'achat, la revente et l'échange ou la location de terrains à Colmar et dans la banlieue, la construction de bâtiments, la vente, l'échange ou la location de ces bâtiments destinés à des cités ouvrières, des habitations particulières et des débits et magasins de denrées et marchandises principalement à l'usage des ouvriers, et généralement toutes opérations et transactions quoique non prévues, auxquelles lesdites acquisitions, constructions, locations, ventes, échanges et exploitations économiques pourront donner lieu.
Le siège de la société est établi à Colmar, rue du Logelbach N°20 (enclos Bagatelle) (5) Les numéros des rues ont changé depuis.
La durée de la société est fixée à douze années commençant à courir du jour de la constitution définitive pour finir le cinq juin mil huit cent soixante-dix-huit.
Capital social. Apports. Actions. Actionnaires. Transferts.
Le capital de la société est fixé à un million de francs divisé en mille actions nominatives de mille francs chacune, donnant droit à une part proportionnelle dans l'actif social.
Les mille actions sont souscrites par les personnes ci-après nommées et dans les proportions suivantes : suivent 89 noms pour 800 actions souscrites, entre 200 et 1.
La cité ouvrière de la Bagatelle à Colmar (d'après une gravure dans Charles Grad)
La société immobilière créera entre autres la cité ouvrière qui fut le plus grand ensemble d'habitations du quartier. Elle comprenait à son achèvement 72 maisons.
Laissons parler Charles Grad qui la connaissait bien :
« À quelques pas du tissage Bagatelle, avant d'entrer à Colmar par la route des Vosges, nous trouvons la cité ouvrière construite par M. Antoine Herzog afin de mettre des logements salubres et à bon marché à la disposition des ouvriers de ses établissements... Construits à étages, les deux groupes de maisons rangées le long de l'avenue Bagatelle présentent deux groupes distincts. Chaque logement est pourvu d'une cave et d'un grenier, avec deux portes, donnant l'une sur la façade de la rue, l'autre à l'intérieur de la cité, dans une petite cour avec remise. Les croisées des façades principales sont plus larges, afin de faciliter l'installation de petits ateliers et de boutiques... Au rez-de-chaussée il y a la pièce principale, une chambre à coucher et une cuisine ; à l'étage, deux pièces, dont l'une, très vaste, peut au besoin être subdivisée par une cloison. Les loyers varient de 5 à 26 francs par mois, prix sur lequel les ouvriers particuliers des établissements Herzog jouissent d'une remise de 20%. Moyennant 6 à 8 francs, on a une chambre avec cuisine ou caveau ; à 10 francs, deux chambres plus vastes avec cave, grenier et jardin...» (6) Charles Grad, L'Alsace...
En payant une petite somme en plus des loyers, les ouvriers peuvent acheter leur maison (7). Pour les salaires et les dépenses des ouvriers voir l'annexe A.
5. Les caisses et l'hôpital
Là encore laissons parler Charles Grad qui était le Président de la caisse de prévoyance : (8) Annexe B
« Dans les sociétés de secours mutuel, les soins du médecin et la pharmacie sont ordinairement gratuits. La gratuité existe pour les sociétaires et, dans certains établissements, elle s'étend à leur famille.
C'est ce que nous constatons notamment pour la caisse de la maison Herzog au Logelbach, dont les sociétaires peuvent faire soigner leurs femmes et leurs enfants sans contribution particulière pour ceux-ci. De plus, Madame Herzog entretient à sa charge particulière un hospice où les malades et les infirmes sans famille sont soignés par deux sœurs de charité. »
M.J Bopp parle de deux sœurs de Niederbronn, cependant dans les rapports du début du 20ème siècle on nous parle de sœurs de St Vincent c'est à dire des sœurs de la Charité. L'hôpital n'était pas très grand, en 1907, on y trouvait 7 malades, 3 sœurs et une bonne, en 1912 il y avait 5 malades pour le même personnel. Les contagieux et les enfants ne sont pas admis. L'établissement sera fermé le 1er janvier 1914 sur avis de la caisse de maladie de l'établissement. Ce qui nous amène à parler des caisses de prévention. Il s'agissait avant tout de caisses de maladie, en effet, la maladie de l'ouvrier le laissait, jusque vers le deuxième tiers du 19ème siècle totalement démuni : pas de travail, pas de salaire et les soins à payer.
Charles Grad analyse les comptes :
« pour la caisse de secours des établissements Antoine Herzog et Cie, nous trouvons dans les comptes de la période décennale de 1870 à 1879, pour 1762 ouvriers sociétaires, 20.568F de cotisations annuelles versées par les ouvriers ; 16.800F de subventions des patrons ; 100F de produits divers ; en tout 37.468F de recettes, contre 29.920F de dépenses ainsi réparties : 9.500F indemnités de chômage ; 350F honoraires des sages-femmes ; 9.800F honoraires des médecins ; 8.988F médicaments ; 923F pour dépenses diverses, telles que dentiste, bandages, imprimés etc. etc.
La caisse de secours du Logelbach a vu ses frais doubler en moins de cinq ans, et atteindre la somme de 12.905F en 1876 au lieu de 6.162F en 1872, cela par l'effet de la liberté laissé aux sociétaires de choisir leur médecin, chacun suivant son gré. Sur un total de 1762 sociétaires, les frais de pharmacie des établissement du Logelbach revenaient en 1877 à 7,62F par sociétaire. »
Les prestations sont la gratuité du médecin, des médicaments et des accessoires comme les lunettes s'ils sont utiles au travail de l'ouvrier, parmi les accessoires énumérés, on trouve les bandages herniaires ce qui donne une idée et des efforts faits par les ouvriers et peut-être aussi de leurs carences alimentaires.
Sont exemptés de cette obligation les employés, techniciens et ouvriers artisans dont le salaire dépasse 2.000 M par an, ainsi que les membres d'autres caisses.
Autres aides : 50% du salaire en cas d'invalidité, payé hebdomadairement sur présentation d'un certificat ; le comité peut accorder une aide aux soins en clinique ; les épouses et les enfants qui ne sont pas capables de travailler peuvent être aidés ; les femmes ayant accouché reçoivent une aide d'allaitement pendant 6 semaines. Le versement d'un capital décès est envisagé.
La gestion des caisses est assurée par un comité composé d'un représentant de l'établissement et du comptable et de 5 assesseurs (filature du Logelbach 1, tissage Bagatelle 1, filature Barth 1, tissage Orbey 1 et tissage Logelbach 1) tous élus pour 4 ans. L'Assemblée Générale se compose de 11 représentants des Établissements et de 22 représentants des membres. Ces dispositions changeront au cours du temps.
Les critiques de Herkner, si Bopp les qualifie d'injustes, ne sont pourtant pas sans fondement... Voilà ce qui ressort de son analyse :
Les caisses ont été fondées assez tardivement. Seuls les ouvriers employés à long terme peuvent être membres de la caisse, ce qui exclut les nombreux journaliers.
Pour ces ouvriers, l'adhésion est obligatoire et ils versent 3 1/2 % de leur salaire. (9) ce qui est vrai au début du 20ème siècle mais faux à la création des caisses.
Les avoirs de fin d'année des caisses servent à d'autres fins que la prévoyance maladie.
Les explications de Charles Grad sont vagues. L'additif aux statuts exclut beaucoup d'ouvriers.
On remarque aussi que le système des amendes alimente la caisse et que les sociétaires doivent annuellement combler un éventuel déficit. D'autre part le patron tient les finances puisque c'est lui qui ouvre le compte.
Enfin le comité exécutif est nommé par le patron. Certains termes font réfléchir à l'état d'esprit des promoteurs de ces caisses : « acte de générosité, Messieurs A. Herzog et Cie consentent à ouvrir un compte,...»
La chapelle, appelée actuellement chapelle Herzog, semble être l'expression des préoccupations religieuses d'Antoine Herzog père. En effet le projet de construction de cette chapelle remonte à 1855.
Pourquoi cette chapelle et pour qui ? L'agglomération industrielle du Logelbach n'est pas très peuplée au début du 19ème siècle, les résidents sont surtout les chefs d'entreprises et leurs familles. Les ouvriers viennent des villages environnants et le besoin d'un lieu de culte n'est donc pas évident. Cependant les distances des églises les plus proches sont importantes, plus de 2 km pour Wintzenheim et Turckheim et plus de trois pour St Martin de Colmar la seule église paroissiale de la ville. Pour les protestants le problème est identique.
Les préoccupations d'Antoine Herzog sont surtout d'ordre familial et personnel : en 1850, Eugène Herzog obtient du Saint-Siège la permission d'avoir une chapelle privée dans sa maison. Une fois la chapelle construite, elle fut consacrée en 1862 par Mgr Raess, évêque de Strasbourg sous le vocable de N. D. de l'Assomption, elle servira surtout à la famille. Ce n'est qu'en 1891, que sur la demande de Joseph Antoine Herzog un vicaire résident fut nommé. Logelbach comptait à ce moment-là 530 catholiques. La paroisse ne sera autonome que deux années plus tard et la chapelle ouverte officiellement au public.
Construite d'après les plans de l'architecte Van Soolen qui s'est inspiré de la sainte Chapelle de Paris, la chapelle ND de l'Assomption est un monument néogothique en grès des Vosges. Son portail est surmonté d'une crucifixion encadrée par les statues de St Antoine et de St Eugène. Les statues des apôtres dues au ciseau de Henry Fonderie, comme toutes les sculptures de la chapelle, entourent l'édifice à l'extérieur. Deux petites tourelles actuellement mutilées encadrent la façade. L'édifice a beaucoup souffert des deux guerres mondiales et de la pollution. Il contient un autel dont le tombeau présente une statue de Ste Thérèse de l'Enfant Jésus. La sacristie et le caveau ajoutés plus tard sont dans le même style que la chapelle. Une balustrade remarquable entoure la toiture de la sacristie.
La famille fera aussi construire une sacristie en 1886 ainsi que la crypte qui sert de caveau familial. Il est à noter que les constructions et dons en faveur du culte ne s'arrêtent pas là. On trouvait ainsi une chapelle sur le Letzenberg. Un atelier dirigé par la famille Herzog a créé un certain nombre d'ornements de l'église St Joseph de Colmar et la magnifique chaire, œuvre de Théophile Klem, qui s'y trouve est un don de Georges Robin-Herzog.
Le mécénat n'est peut-être pas vraiment l'expression des préoccupations sociales de son auteur, il contribue cependant à donner du travail à un certain nombre de personnes, comme il donne des indications sur les vues artistiques du mécène. En analysant les actes notariés, on tombe de temps en temps sur l'énumération de produits de l'art. Ainsi, le contrat de mariage entre Marie Émile Fauconneau-Dufresne et Marie Caroline Herzog cite dans l'apport de Mlle Herzog des partitions de musique, sans donner de détails. L'acte le plus intéressant est sans conteste l'inventaire après décès de Joseph Antoine Herzog qui énumère 36 peintures parmi lesquelles nous trouvons les noms de Hertrich bien sûr, mais aussi de Corot et d'Ingres. À Paris (île de la Grande Jatte) on trouve des statues de marbre évaluées à 8.000 M.
En lisant l'article de Goutzwiller consacré à la famille Herzog nous trouvons le nom de quelques familiers, Charles Grad, Henner mais surtout Hertrich dont l'auteur nous décrit l'activité : « dans ce milieu ou dominait la sévère figure de M. Antoine Herzog, que Charles Grad appelait Magnus on voyait s'agiter un personnage curieux, espèce de pince-sans-rire, qui jouait le rôle d'amuseur dans la famille et avait su s'y rendre aussi indispensable qu'un chambellan dans un palais. C'était M. Michel Hertrich, peintre miniaturiste et poète d'un certain talent...»
Plus loin : « Attirés dans la sphère d'influence de cette aimable colonie, des artistes, des savants, des hommes de lettres, des ingénieurs, des magistrats, des ecclésiastiques surtout, prenaient volontiers le chemin du Logelbach...»
On voit que le cercle qui entourait ce riche industriel était étendu. L'activité des industriels ne se limitait pas à leur objet social, mais elle se déployait dans toute la sphère environnementale de leurs usines que ce soit en ce qui concerne la vie des ouvriers ou leur place dans la bonne société du lieu de leur activité.
(10) Revue d'Alsace 1898.
A. Les salaires et les dépenses des ouvriers (Charles Grad)
1. Salaires journaliers moyens d'après les feuilles de paie en F
2 Exemples de budget d'ouvriers de Herzog
1) Pareur au tissage habitant Colmar, trois enfants dont l'aîné de 15 ans est tisserand, revenu global de la famille 1940F.
Dépenses : Loyer 120F, Éclairage et chauffage 140F, Vêtements 507F, Nourriture 740F, Divers 230F, Total 1737F.
2) Débourreur de cadres habitant Wintzenheim, 4 enfants dont l'aînée de 14 ans est soigneuse de cadres, revenu global de la famille 1000F.
Dépenses : Loyer 66F, Éclairage et chauffage 40F, Vêtements 113F, Nourriture 819F, Divers 32F, Total 1070F.
B. Statuts et situation de la caisse de secours des établissements A Herzog et Cie au Logelbach.
La maison A. Herzog et Cie désirant venir en aide à la Société pour une large part et d'une façon efficace, prend complètement à sa charge les frais médicaux et pharmaceutiques.
Il résulte de cet acte de générosité que les fonds versés par les Sociétaires leur reviennent intégralement et directement, soit sous forme de secours pécuniaires en cas de maladie, soit sous forme de retraite, soit comme frais d'inhumation en cas de décès.
Art.1er. Le but de la Société est donc d'assurer aux sociétaires :
1° un secours pécuniaire en cas de chômage pour cause de maladie
2° une retraite, quand l'âge et les infirmités ne leur permettent plus de subvenir à leur existence par le travail
3° une inhumation convenable en cas de décès.
Art. 2. Le fonds social se compose :
1° des cotisations obligées des sociétaires
2° du montant des amendes infligées pour contravention aux règlements des établissements A. Herzog et Cie
3° des dons qui seront faits à la société
4° des intérêts de ces diverses sommes.
Art. 3. L'actif social constaté par les comptes de fin d'année ne peut jamais être entamé quelle que soit son importance.
Il constitue un fonds de réserve dont les intérêts seuls peuvent être consacrés à servir des pensions temporaires et des rentes viagères aux sociétaires des deux sexes que l'âge ou les infirmités rendraient incapables de travailler.
Art. 4. En exécution de la disposition qui précède, les cotisations des sociétaires doivent toujours couvrir le montant des dépenses. Dans le cas contraire, le Conseil d'Administration de la caisse imposerait aux sociétaires une surtaxe proportionnelle.
Conditions d'admission et de participation.
Art. 5. Toute personne, quel que soit son âge, quel que soit son sexe, employée dans les établissements A. Herzog et Cie doit faire partie de la société.
Art. 6. Les cotisations des sociétaires sont les deux pour cent du salaire de chacun. À chaque paie, cette cotisation est prélevée sur le salaire de quinzaine de tous les ouvriers.
Art. 7. La caisse de secours est spécialement instituée en faveur des personnes employées dans les établissements de Messieurs A. Herzog et Cie. Cependant, peuvent continuer à en faire partie, les sociétaires que le défaut de travail éloignerait momentanément des ateliers. Tout sociétaire qui, volontairement, quitte les établissements A. Herzog et Cie, ou qui est renvoyé pour inconduite, est par ce fait exclu de la Caisse, sans prétentions d'aucune sorte aux sommes qu'il a versées.
Droits à l'assistance de la caisse.
Art. 8. Les secours pécuniaires auxquels a droit tout sociétaire en chômage pour cause de maladie sont : les quarante pour cent (40 %) de son salaire moyen. La moyenne de ce salaire est calculée sur les trois dernières paies précédant immédiatement celle pendant laquelle le sociétaire a dû quitter l'atelier.
Art. 9. Le malade n'a droit aux secours de la caisse que du jour où le médecin a constaté sa maladie.
Art. 10. N'a droit à aucun secours pécuniaire le sociétaire dont la maladie serait le résultat d'une rixe ou la suite de débauches.
Art. 11. Les femmes en couches, ouvrières de l'établissement, et par conséquent sociétaires de la caisse, reçoivent pendant toute la durée de leurs couches le secours auquel donne droit leur cotisation de sociétaire. Les filles en pareille situation, n'ont droit à aucun secours pécuniaire. Cependant le Conseil d'administration peut, en certains cas dont il sera juge, leur en accorder partie.
Art. 12. Dans le cas où un malade resterait à la charge de la Société au-delà de six mois, le secours pécuniaire accordé par l'article 8 sera réduit à vingt-cinq pour cent (25%) et le droit au secours de la caisse cesse complètement pour tout sociétaire dont le temps de chômage arrive à dépasser le temps de sa participation à la caisse.
Art. 13. Un sociétaire réputé incurable après une année de maladie et de secours reçus de la caisse, cesse de faire partie de la Société. - Le Conseil d'administration de la caisse de secours est alors juge de la somme qui peut lui être allouée à sa sortie, en raison de ses besoins et de son ancienneté comme sociétaire. - En tous cas, cette somme donnée une fois pour toutes, ne peut dépasser cent francs.
Art. 14. En cas de décès d'un sociétaire, il sera remis à sa famille, pour frais d'inhumation, une somme égale à celle qui lui fût due comme secours après trois quinzaines de maladie.
Art. 15. Aux sociétaires faisant partie de la caisse de secours, au moins depuis dix années, et qui, trop âgés ou infirmes, ne pourront plus subvenir à leur existence par le travail, le Conseil d'administration votera soit une pension temporaire, soit une rente viagère, dont le taux mensuel, en aucun cas, ne pourra dépasser le montant annuel des cotisations du sociétaire pensionné.
Les titres à présenter au Conseil d'administration pour l'obtention d'une rente ou pension, titres d'après lesquels sera fixé le chiffre de la rente ou pension, sont :
1° un état des sommes par lui versées comme cotisations, et reçues comme secours pendant tout le temps de sa participation à la caisse.
2° Un certificat de bonne vie et mœurs du maire de la commune à laquelle appartient le postulant.
3° Une déclaration de l'un des chefs des Établissements A. Herzog et Cie, sur ses bons et loyaux services.
Art. 16. La Société se divise en autant de sections que d'établissements, savoir :
1 ° la section Filatures du Logelbach comprenant le personnel des deux filatures du Logelbach.
2° la section Externes du Logelbach comprenant le personnel des ateliers de réparation, des chantiers de construction et de culture, des magasins, bureaux, etc.
3° la section filature de Turckheim comprenant tout le personnel de cet établissement.
4° la section Filature de la Fecht comprenant tout son personnel.
5° la section tissage de Bagatelle comprenant tout le personnel attaché à cet établissement.
6° la section de l'établissement de retordage.
Art. 17. L'administration de la caisse est confiée à un Conseil composé comme suit :
1° Un Président, un Trésorier, quatre secrétaires comptables ; tous nommés directement par Messieurs A. Herzog et Cie, constituent le comité exécutif de la Société.
2° Un nombre déterminé de délégués pour chaque section, savoir :
- 5 pour la Section filatures du Logelbach,
- 3 pour la Section externes du Logelbach,
- 3 pour la Section filature de Turckheim,
- 3 pour la Section filature de la Fecht,
- 5 pour la Section tissage de la Bagatelle,
- 3 pour la Section établissement de retordage.
Ensemble, vingt-deux délégués, choisis parmi les contremaîtres et les ouvriers les plus imposés de chaque section, constituent le Comité de contrôle et de surveillance de la Société.- Toutes ces fonctions sont gratuites.
Art. 18. Le Président règle l'ordre des réunions et convoque le conseil d'administration toutes les fois qu'il le juge nécessaire. Cependant le conseil peut être convoqué par le président sur la demande de trois de ses membres.
Art. 19. Le Trésorier tient la comptabilité générale de la caisse de secours. Il reçoit des chefs ou des secrétaires de section le montant des perceptions, et leur remet à distribuer les sommes nécessaires au secours de chaque quinzaine. Il règle toutes les dépenses nécessitées par le service de la Caisse ; il dispose directement des sommes nécessaires à ses divers paiements sur la caisse de Messieurs A. Herzog et Cie par bons contresignés du Président de la Société. Chaque année au 30 juin, il arrête ses comptes, il établit le bilan de la Société et rédige un rapport sur sa situation. Rapport et bilan sont affichés dans tous les établissements, afin que chaque sociétaire puisse en prendre connaissance.
Art. 20. Messieurs A. Herzog et Cie consentent à ouvrir un compte courant à la Caisse de secours, et le montant des cotisations leur sera versé par le Trésorier à chaque paie de quinzaine des établissements. L'intérêt annuel des versements sera compté à 5%.
Art. 21. Les chefs de section, avec l'aide des délégués, surveillent le service de la Caisse, la stricte exécution des statuts de la Société ; ils signent les billets de malade, visent les notes de dépenses et les feuilles de quinzaine pour le paiement des secours. Ils reçoivent les réclamations des sociétaires, et défèrent au Conseil d'administration, par un rapport au Président, les abus qui viendraient à leur connaissance.
Art. 22. Les secrétaires de section, à leur défaut, les chefs de section perçoivent directement sur la paye de chaque quinzaine le montant des cotisations, et font le versement au Trésorier le jour même de la perception. Ils présentent au visa du chef de section les feuilles de quinzaine constatant le chiffre des secours auxquels ont droit les sociétaires absents de l'atelier pour cause de maladie. Ils reçoivent du Trésorier la somme nécessaire à ces secours et la distribuent aux ayant-droit. Chaque secrétaire tient pour sa section une comptabilité comprenant un livre de recettes et dépenses (cotisations perçues et sommes données en secours) et les livrets des sociétaires. Cette comptabilité des secrétaires est résumée pour les six sections dans la comptabilité du Trésorier qui, par le fait, a charge de contrôle sur la comptabilité des Chefs de section.
Art. 23. La maison A. Herzog et Cie prenant entièrement à sa charge les frais médicaux et pharmaceutiques, ce service se trouve soumis à son contrôle direct. Tout ouvrier malade se fera délivrer par le secrétaire de sa section un certificat constatant qu'il travaille dans les établissements A. Herzog et Cie ; muni de cette pièce justificative, il se présentera chez le médecin choisi par la maison, qui, s'il y a lieu de lui donner une prescription, lui désignera le pharmacien auquel il doit s'adresser. Tout ouvrier qui, par suite de sa maladie, n'aura pu continuer de travailler, recevra du médecin un certificat constatant la date d'invasion de la maladie et celle du jour où il a pu reprendre son travail, certificat qui lui donnera le droit de recevoir les secours qui lui sont dus par la Caisse. Les frais de séjour à l'hospice ou telle autre maison de santé incombent à la caisse de secours ainsi que les bandages herniaires et autre appareils nécessités en certains cas. L'administration décidera, sur l'avis du médecin, de l'envoi des sociétaires dans ces établissements lorsqu'ils ne pourront être efficacement traités à domicile.
Art. 24. Un règlement d'administration pourvoira s'il y a lieu à toutes les mesures de bonne administration non prévus par les présents statuts.
Art. 25. La Société prend cours à partir du 1er janvier 1871 et sa dissolution ne peut avoir lieu que de l'assentiment de Messieurs A. Herzog et Cie. En cas de dissolution, le Conseil d'administration aviserait à une liquidation des comptes de la Caisse la plus avantageuse possible à tous les sociétaires.
Résolutions additionnelles votées par le Conseil d'administration de la Caisse de secours, dans sa réunion du 28 janvier 1872.
Art. 1. Tout ouvrier entrant dans la caisse de secours n'aura droit aux secours pécuniaires qu'après avoir payé sa cotisation pendant cinq quinzaines.
Art. 2. Tout ouvrier entrant dans l'établissement ne peut participer à la caisse de secours s'il est affecté d'une maladie incurable pouvant grever indéfiniment la caisse.
Art. 3. Tout sociétaire malade ne recevra les secours pécuniaires de la caisse qu'à partir du quatrième jour de sa maladie. Cependant il touchera le secours entier, c'est à dire du premier jour du chômage, si sa maladie se prolonge au delà d'une quinzaine.
Annuaire N° 5 – 2001

References: l'article 133

Art.1

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12
 l'article 8

Art. 13

Art. 14

Art. 15

Art. 16

Art. 17

Art. 18

Art. 19

Art. 20

Art. 21

Art. 22

Art. 23

Art. 24

Art. 25

Art. 1

Art. 2

Art. 3