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Où va la Russie ? Moscou, à la recherche d’une identité post-soviétique Jean Geronimo - COMITE VALMY
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Où va la Russie ? Moscou, à la recherche d’une identité post-soviétique Jean Geronimo
vendredi 18 septembre 2009, par Comité Valmy
« La Russie aura un niveau d’armement tel que personne n’aura l’idée de menacer notre pays ou nos alliés. »1 D. Medvedev Président de la Fédération de Russie 10/09/2009
La fin de la Guerre froide a précipité la chute du communisme soviétique, tombé en 1991, dans les oubliettes libérales de l’histoire. Dans le même temps, cette chute finale a été le point de départ d’une renaissance de la Russie post-communiste, après une phase de transition « libérale », particulièrement délicate – sous l’impulsion de B. Eltsine – qui l’a affaiblie et aggravé, in fine, un trouble identitaire.
Aujourd’hui, la Russie de D. Medvedev a quasiment achevé sa reconstruction économique et politico-psychologique. Mais sa réémergence comme puissance internationale majeure n’est pas toujours acceptée, notamment par le leadership américain, qui a pris le contrôle de la destinée du monde depuis la lutte implacable contre la menace communiste – perçue comme « l’axe du mal » – et, en cela, imposé son unilatéralisme dans la gouvernance mondiale. La lutte Est/Ouest aurait, en quelque sorte, légitimé l’hégémonie internationale de Washington, comme leader incontesté et messianique du monde libre. Par la suite, sous l’impulsion de l’idéologie néo-conservatrice expansionniste de G.W. Bush, elle a entrepris de réhabiliter le « facteur force » comme régulateur géopolitique, en réarmant le bras de la justice internationale et en relançant, par ce biais, la course aux armements2.
Face à cette résurgence de l’impérialisme politico-militaire américain et se sentant menacée, Moscou a été contrainte de recentrer son système de défense sur l’arme nucléaire – pour se protéger d’une Otan de plus en plus agressive à sa proche périphérie comme l’a montré, en 1999, le scénario yougoslave avec l’attaque et la déstabilisation d’un Etat souverain. En violant allègrement la résolution 1224 du conseil de sécurité de l’ONU sur l’intégrité territoriale de la Serbie, l’Otan – sous la bienveillance de Washington – montre alors qu’elle est au dessus des lois internationales et que sa capacité d’intervention s’est élargie à l’ancien espace communiste. Et son élargissement programmé est susceptible d’accroitre les tensions avec la Russie, comme le reconnait D. Medvedev : « L’OTAN devrait éviter d’aggraver les relations avec ses voisins. Avant d’admettre de nouveaux membres, il faut étudier les éventuelles conséquences d’une telle décision (…) »3 Mais, le plus troublant est de voir, au cœur de l’espace post-soviétique, le maintien d’une forme de conflictualité latente américano-russe issue de la Guerre froide, dans la mesure où la Russie post-communiste reste l’adversaire stratégique privilégié de l’hyper-puissance américaine – et inversement.
Dans son essence, la lutte américano-russe pour le leadership politique en Eurasie post-soviétique n’a pas cessé avec l’arrivée d’Obama à la présidence américaine. Cela est implicitement confirmé par Herman Pirchner, président du Conseil américain de politique étrangère, qui reconnait l’existence de tensions, liées au maintien de barrières idéologiques et de pressions américaines sur la politique russe dans les ex-républiques soviétiques. Le 9/09/2009, il admet notamment que « les disputes sur les destinées de l’espace post-soviétique entravent la coopération sur plusieurs questions d’intérêt commun »4. Car désormais, Washington doit assumer ses nouvelles responsabilités issues de son avancée en zone post-soviétique permise, à l’origine, par le recul russe. Et cette configuration explique la radicalisation d’une lutte d’influence centrée sur le contrôle d’un espace stratégique.
Ainsi, la Russie moderne cherche à retrouver sa place dans le système des relations internationales contre une certaine forme de méfiance, voire d’hostilité de la part du bloc libéral occidental, qui continue à voir en elle l’héritière de la puissance communiste. Et sa montée en puissance fait d’autant plus peur que de facto, elle remet en question l’influence de la puissance américaine en Eurasie post-soviétique – principalement en zones caucasienne et centre-asiatique, où de gros intérêts politiques, militaires et énergétiques sont en jeu. Autrement dit, son retour remet en cause les fondements même du nouvel ordre international libéral, dirigé par Washington et au-delà, menace de multilatéraliser ce dernier. Un enjeu sous-jacent au retour russe est donc le nouveau statut de Moscou sur la scène internationale qui, dans ses grandes lignes, sera fonction de sa capacité à reprendre en main l’espace post-soviétique – autrement dit, à recouvrer une certaine légitimité dans son ancienne zone de domination impériale, que la stratégie américaine visait, jusque là, à éroder.
De ce point de vue, il serait opportun de s’interroger sur la capacité de Moscou à se définir une nouvelle identité post-soviétique, intégrant les principales évolutions géopolitiques issues de la faillite du communisme. Et, en définitive, de se poser une question centrale et redondante : où va la Russie ?
A la recherche d’un statut post-impérial
La disparition de l’URSS5, le 25 décembre 1991 – avec la démission du premier (et dernier) président soviétique, Mikhaïl Gorbatchev – a provoqué une profonde rupture psychologique, au cœur du peuple russe et de ses élites dirigeantes. La Russie, brusquement, a perdu son statut de superpuissance de la Guerre froide pour devenir une simple puissance régionale, menacée à sa proche périphérie par des Etats politiquement instables, donc potentiellement hostiles. Et ce déclin géopolitique a été d’autant plus douloureux que la puissance russe a été considérablement fragilisée par une politique constante de déstabilisation menée, depuis les années 60, par l’Amérique – sous la houlette de Z. Brzezinski6. La chute du communisme a été une opportunité pour la puissance américaine de renforcer son monopole de la régulation mondiale et par ce biais, son unilatéralisme armé. Selon la vision américaine, la Russie reste un facteur d’incertitude, donc de menace latente pour le monde – ce qui implique la vigilance de l’Amérique. Dans cet axe, R. Kagan, un des leaders du courant néo-conservateur américain, a confirmé qu’il était « vital d’avoir une Amérique forte, voire toute puissante, pour le monde et surtout, pour l’Europe »7 – notamment, au regard des récentes velléités russes. La phase post-communiste coïncide donc avec la refondation identitaire d’un nouvel Etat russe contraint de redéfinir ses intérêts nationaux et, à terme, son positionnement sur la scène internationale. Il s’agit alors pour Moscou de passer à une vision moins idéologique des relations internationales et, de façon plus globale, de définir son statut post-impérial
Toutefois, l’héritage soviétique continue d’exercer une certaine influence sur l’orientation de la pensée stratégique russe, qui intègre les menaces militaires et politiques d’Etats structurellement opposés à ses intérêts en périphérie post-soviétique et in fine, dotés d’une autre vision du monde. Aujourd’hui, Moscou aspire à la revanche et perçoit sa marginalisation internationale comme une sanction de sa défaite idéologique de la Guerre froide. Car comme l’a rappelé Alexandre Zinoviev, ancien dissident soviétique, la chute du communisme soviétique « est la plus grande victoire de l’Occident »8. Et de manière officielle, elle regrette que les « vestiges » et le « fardeau du passé » continuent de grever ses relations avec l’Occident, principalement avec l’Amérique9. Estimant avoir trop reculé depuis la transition post-communiste10, la Russie s’efforce de défendre ses intérêts de puissance eurasienne et d’achever sa restructuration identitaire sur la scène internationale, contre le leadership américain et les prétentions politiques de l’Occident qui reste, selon l’expression d’I. Facon, « une source de menaces récurrentes »11. Car en dépit de l’inflexion politique impulsée par le président Obama, accusé par les néo-conservateurs de « trahison idéologique »12 – en violant les principes fondamentaux de la politique extérieure américaine – Moscou perçoit une certaine hostilité à son égard et surtout, à son retour comme grande puissance. Dans son essence, cette hostilité inertielle du bloc occidental tend à s’exprimer par l’instrumentalisation de l’Otan comme levier de compression d’un nouvel « impérialisme russe ». Cette fonction politique de l’Otan est reconnue, sans ambages, par le stratège « réaliste » de la Guerre froide, Henry Kissinger : « L’Otan est par définition une alliance militaire, dont l’un des objectifs est de protéger l’Europe contre une Russie qui serait tentée par une nouvelle aventure impériale »13.
Désormais, la Russie vise à renforcer ses positions dans le monde par une reprise en main de l’espace post-soviétique – dont les Etats sont ses « alliés naturels » – et l’insertion de cet espace dans son projet de puissance. Or face à la volonté de Moscou de retrouver son influence perdue, le vice-président américain, J. Biden, a affirmé le 23/07/2009 – en guise d’avertissement – qu’au 21° siècle, « la théorie du partage du monde n’était plus de mise », autrement dit, que la Russie devait abandonner ses vieux reflexes impériaux de l’époque communiste14. Dans son ouvrage, « L’Amérique face au monde », Z. Brzezinski est convaincu du maintien de la volonté impériale russe. Il rappelle que durant les 4 derniers siècles, la ligne directrice de la Russie se résume par « une expansion impériale à partir d’un centre bien défini pour créer un Etat multinational »15. Et surtout, il est persuadé que V. Poutine n’a pas « admis l’impossibilité de recréer le vieux système impérial »16, illustrant selon lui, « la résistance de l’ordre soviétique »17. Pour cette raison, Brzezinski prône le maintien d’une politique de contrôle de la puissance russe et d’érosion de son pouvoir en zones caucasienne et centre-asiatique, que celle-ci s’efforce de préserver, quel qu’en soit le prix. A terme, selon A. de Tinguy, il s’agit pour Moscou d’utiliser « les moyens dont elle dispose pour essayer de contrôler les évolutions dans l’espace post-soviétique »18. Car, avide de réhabiliter une certaine « idée russe », Moscou veut désormais apparaitre comme un Etat leader au sein de son espace historique – en dépit de l’activisme politique américain – et surtout, désireux de s’y faire (à nouveau) respecter.
Dans ce cadre, la défense des intérêts russes à l’étranger devient une priorité de la politique extérieure, réitérée par le président Medvedev, le 24/07/2009 : « il faut être capable de riposter en cas de difficultés. Parfois de façon très ferme. Mais uniquement si les intérêts de nos concitoyens sont menacés »19. Dans sa mise en garde, Medvedev se réfère, de manière implicite, à la crise géorgienne d’Aout 2008, lorsque l’armée russe a dû intervenir pour protéger ses ressortissants d’un véritable massacre. Mais plus globalement, il redoute la répétition d’un tel scénario en zone post-soviétique. Cela a amené Moscou à revendiquer un droit de regard et d’intervention dans sa sphère d’influence, lorsque ses intérêts vitaux sont menacés. Or, le 27/07/2009, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton dans une interview au Wall Street Journal, a très clairement rappelé à la Russie qu’elle ne devait plus chercher à « imposer sa volonté » aux Etats issus de l’ex-URSS, au nom de son rôle passé dans la sphère soviétique – que Moscou viserait, selon elle, à rétablir20. Dans le même temps, la Russie prône un rééquilibrage des relations internationales qui implique, par essence, son renforcement comme centre d’influence, un rôle plus grand de l’ONU et in fine, une réforme des institutions financières du FMI (Front monétaire international) et de la BM (Banque mondiale), en vue d’accroître l’influence des puissances émergentes du type BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Ce faisant, en revendiquant le retour d’une gouvernance mondiale multipolaire, elle remet de facto en cause l’unilatéralisme américain.
L’héritage soviétique
Tendanciellement, la Russie post-communiste continue à se penser comme puissance mondiale (donc « globale ») et pour cette raison, s’appuie sur le noyau dur de sa conception stratégique structurée sous le régime soviétique – à partir d’une politique d’influence dans son proche étranger. Thomas Gomart revient sur cet aspect inertiel de la pensée stratégique russe : « Néo-impériale pour les uns, post-impériale pour les autres, la fédération de Russie n’a nullement renoncé à exercer une influence pour promouvoir ses intérêts nationaux. Se pensant et se voulant mondiale, elle englobe désormais son ‘étranger proche’ dans une politique ambitieuse destinée à renforcer ses positions sur la scène internationale »21. En outre, dans le prolongement du soviétisme, la Russie moderne – en tant que système social – est caractérisée par un instinct de survie surdimensionné, qui l’a conduit à privilégier les contraintes sécuritaires dans sa politique extérieure. En ce sens, la stratégie russe est emprunte d’une forte inertie soviétique.
Le poids du soviétisme dans la structuration de l’identité russe reste sensible, car c’est sous le régime communiste que Moscou a existé en tant que puissance majeure, redoutée et respectée dans le monde. Et c’est principalement sous ce régime que la Russie a été considérée comme puissance égale à l’Amérique et, en cela, capable de faire contre-poids à son pouvoir hégémon22. Avec justesse, G. Bensimon a ainsi affirmé que « la ligne historique du capitalisme n’a traversé ce pays que sur une période relativement brève, et elle n’y a pas été dominante. Les rapports communistes y sont bien ancrés, le pays est massif, et si sa vocation historique est d’être une puissance mondiale, c’est incontestablement grâce au système communiste qu’elle l’a réalisée »23. Jusqu’en 1991, ce rôle spécifique de la Russie communiste a rendu possible une forme d’équilibre des puissances, structurellement opposées dans une implacable lutte Est/Ouest, mais neutralisées selon une logique de dissuasion nucléaire « no first use » – rendant impossible toute première frappe. Car toute amorce de conflit nucléaire serait suicidaire, donc irrationnelle. Cela a été souligné par M. Gorbatchev : « La guerre nucléaire est insensée ; elle est irrationnelle. Il n’y aurait ni vainqueurs, ni vaincus dans un conflit nucléaire généralisé : la civilisation mondiale périrait inévitablement. Ce serait un suicide (…) »24. Arkadi Brich, directeur scientifique d’honneur de l’Institut russe d’automatique, qui a participé à la création de la bombe nucléaire soviétique, est persuadé que l’existence de cette dernière a permis d’éviter une troisième guerre mondiale, inaugurant en quelque sorte une forme de « paix froide »25. Et en ce sens, la Guerre froide a eu une fonction régulatrice implicite dans la stabilité mondiale, empêchant l’émergence de micro-conflits potentiellement menaçants pour cette dernière. Une paix idéologique, en quelque sorte.
De ce point de vue, la fin de la Guerre froide est une variable explicative majeure de l’instabilité géopolitique actuelle, doublement nourrie par la montée des revendications ethno-religieuses et par le retour des mouvements nationalistes – notamment en Eurasie post-communiste. Car cet équilibre (nucléaire) de la terreur – entre l’Est et l’Ouest – surdéterminé par l’idéologie, aurait de facto agit comme un verrou sur les tensions potentielles. La spécificité de ce contexte géopolitique explique, dans le cas soviétique, la primauté de la politique extérieure sur la politique intérieure26, dans la mesure où cette dernière est totalement subordonnée à l’impératif de survie idéologique d’un régime structurellement menacé – et encerclé – par le bloc occidental. Gorbatchev, dans son ouvrage-référence, « Perestroïka », rappelle cette méfiance naturelle de la Russie face à la puissance militaire de l’Occident : « Nous ne pouvons oublier qu’avant l’ère nucléaire, l’occident a plus d’une fois opéré des incursions sur notre territoire. Et le fait que toutes les manœuvres militaires de l’Otan comportent invariablement des scénarios offensifs envers nous n’est t’il pas en soi éloquent ? »27. Or depuis la transition post-communiste, la stratégie américaine – sous la direction des Bush, père et fils – a réactivé les vieux « reflexes » soviétiques de l’élite dirigeante russe et consolidé, selon J.P. Romer « un sentiment autrement plus profond et permanent chez les russes : celui de l’encerclement par les puissances potentiellement hostiles, qui a constitué une constante dans l’histoire de la Russie. »28 La peur de la menace extérieure est donc profondément ancrée dans l’inconscient russe et par ce biais, dans la rationalité décisionnelle de l’élite dirigeante. En ce sens, l’expansion impériale russe – initiée sous le tsarisme – a une visée fondamentalement défensive, destinée à créer une zone-tampon et relayée, plus tard, par l’idéologie soviétique.
Un trait systémique du communisme soviétique est sa vocation à étendre son idéologie messianique à l’échelle planétaire, comme l’a rappelé Lilly Marcou : « Le communisme, phénomène planétaire qui se confond avec le XX° siècle par sa présence prédominante sur toutes les scènes politiques, fut avant tout une idéologie à vocation internationaliste, soutenue par un mouvement mondial institutionnellement structuré. »29 Dans le cas de l’URSS, cette expansion – qui répond à un véritable besoin organique – visait aussi la création d’une zone d’influence fiable en vue de stabiliser sa domination dans son espace idéologique. Selon Alexandre Zinoviev, cette tendance organique expliquerait pourquoi l’immense Union soviétique – au nom de sa légitimité idéologique – a constitué « après 1945, une grande zone d’influence en Europe de l’Est, modelant à son image cette partie du continent ».30 Et une implication de cette prégnance de l’idéologie dans la société soviétique et la constitution de son empire a été de fonder la priorité de son identité internationale sur son identité nationale. En dernière instance, cela explique que la question nationale – et identitaire – en Russie ait été occultée par le rôle historique d’une puissance idéologique globale, revendiquant le leadership mondial. Et cela, au nom de son combat d’avant-garde pour la libération des peuples, car pour reprendre J.F. Soulet, les dirigeants communistes s’étaient auto-proclamés « hérauts d’une idéologie intrinsèquement anti-libérale et libératrice »31.
Ainsi, l’héritage soviétique est énorme. Non seulement il a influencé et « éduqué » la mentalité russe dans l’esprit d’une « citadelle assiégée », mais il a orienté la politique étrangère russe (en phase soviétique, puis fédérale à partir de 1992) contre un ennemi latent et politiquement opposé, la surpuissante Amérique – symbole supérieur de l’impérialisme, « stade suprême du capitalisme » selon l’expression de Lénine32. Et au-delà, la prégnance d’une idéologie soviétique universaliste – axée sur une mission mondiale – s’est imposée à toute conscience nationale et à terme, a fini par structurer un ordre social nouveau, lui-même générateur d’un homme nouveau : « l’homo-soviéticus »33. Dés 1965, Che Guevara affirmait que « Pour construire le communisme (…), il faut construire ‘l’homme nouveau’ « 34. Celui-ci, théoriquement soumis aux normes de l’idéologie communiste, a pour principale mission d’étendre cette dernière à la planète entière, au détriment de l’idéologie libérale qui exerce sur elle une menace permanente. Cette pression idéologique – et militaire – est une constante de la Guerre froide, forme de guerre latente entre deux ordres sociaux avides d’afficher leur supériorité. En définitive, la survie de l’ordre social soviétique a transformé la contrainte de sécurité extérieure en une véritable obsession pour les dirigeants russes.
Sous le régime soviétique, Moscou a structuré une zone de domination idéologique, jouant un rôle sécuritaire indéniable et s’étendant à l’Est européen. Mais dés 1989, la perte des alliés est-européens – qui préfigure celle des républiques soviétiques en 1991- tend à réduire de manière radicale cette zone d’influence impériale. Cela a justifié la création de la Communauté des Etats indépendants (CEI), à travers laquelle la Russie a essayé de préserver une forme d’influence politique (et économique) à sa périphérie sud, associée à une fonction stratégique (et protectrice) vitale. Désormais, comme le souligne sa doctrine stratégique, la CEI fait partie de ses « intérêts vitaux » (dont nationaux) et surtout, de son espace potentiel d’intervention. Autrement dit – dans la continuité soviétique – elle reste la « chasse gardée » de la Russie post-communiste et en conséquence, la première priorité de sa politique étrangère. Cette priorité a été explicitement précisée par la nouvelle orientation stratégique de Moscou, amorcée à la fin des années 1990, d’abord sous l’impulsion de E. Primakov – ministre des affaires étrangères de 1996 à 1998, puis premier ministre de 1998 à 1999 – et ensuite, sous celle de V. Poutine : « Les intérêts nationaux de la Russie résident dans la protection de son indépendance, de sa souveraineté, de son intégrité d’Etat et territoriale, dans la prévention d’une agression militaire contre la Russie et de ses alliés (de la CEI : jg) »35.
En 2009, la nouvelle doctrine militaire de Moscou a confirmé ce statut central de la CEI dans sa stratégie de puissance et de recomposition identitaire issue de la phase post-communiste. Et de manière globale, l’efficacité de la politique russe en zone post-soviétique (CEI) déterminera son futur statut international, dans la mesure où un contrôle renforcé de la CEI pourrait être utilisé par Moscou comme levier de son pouvoir dans les instituions multilatérales et par ce biais, de son influence dans la gouvernance mondiale. Cela est mentionné par Anne de Tinguy : « L’avenir de la Russie, de ses positions dans le monde et de son projet de puissance se joue en partie dans l’espace post-soviétique. »36 Or l’espace de la CEI est aujourd’hui au cœur d’une lutte d’influence avec l’Amérique, avide d’affaiblir la puissance russe, dans l’optique finale de contrôler le cœur stratégique de l’Eurasie. Autrement dit, la conflictualité bipolaire de la Guerre froide – sous des formes certes réactualisées – tend à perdurer en Eurasie post-communiste.
La douloureuse transition
Au lendemain de l’implosion de l’URSS, la Russie a connu une transition politique particulièrement difficile, grevée par la désagrégation et le retrait de l’Etat qui a affaibli la cohésion sociale – via le développement de la précarité économique et des inégalités – et favorisé l’extrémisme religieux, qui tend aujourd’hui à fragiliser (principalement) le Caucase nord37. Début 2000, rapporte V. Fedorovski, 40% de la population vivait au dessous du seuil de pauvreté38 (contre 12,4 % en 2009, suite à la politique sociale de Poutine39). En effet, dans un pays naguère socialiste, « où l’Etat se confondait avec le Parti unique, la désétatisation consécutive à la chute de l’ancien régime n’a fait qu’affaiblir le seul rempart qui aurait pu défendre les plus faibles ».40 Sous le régime soviétique, l’Etat-parti était le ciment social de la société russe, garant de son unité. Et cette transition vers l’économie de marché fut d’autant plus douloureuse pour Moscou, qu’elle l’a radicalement appauvrie et marginalisée sur la scène mondiale. La politique de réforme ultralibérale alors adoptée par Eltsine en vue de l’intégration de la Russie à l’économie mondiale a été perçue, par les citoyens russes, comme une trahison et comme une soumission totale au diktat américain. Désireuse d’obtenir des crédits et la coopération d’experts américains, la Russie de Eltsine s’est alors « couchée » devant l’Occident et en définitive, favorisé la progression de la puissance américaine en Eurasie. L’objectif clé de la réforme était de désétatiser et de déréglementer l’économie russe en vue de faire émerger le marché. Mais un autre objectif (latent) de la réforme était d’étendre l’idéologie libérale à l’Eurasie post-soviétique, pour repousser la Russie et mieux défendre les intérêts vitaux de l’Amérique, dans le cadre d’un ordre international idéologiquement orienté. Ainsi, R. Kagan a reconnu que « dans la mesure où ils croient à la puissance, les américains pensent que celle-ci doit servir à promouvoir les principes d’une civilisation libérale et d’un ordre mondial libéral »41. Au final, cette « thérapie de choc », proposée par J. Sachs et appliquée à la lettre par des bureaucrates incompétents et déconnectés de la réalité locale, s’est révélée totalement inadaptée aux conditions socio-économiques de la Russie, structurellement imprégnée de la culture soviétique. D’autant plus que cette reforme a été appliquée selon un mode de décision en « vase clôt ». Et au regard de son impact sur le tissu socio-économique russe, elle a été déstructurante. Suprême incompétence.
Associée à une « décroissance économique » – croissance négative de 1994 à 199842 – la perte du statut de grande puissance a été douloureusement ressentie. Comme le note A. de Tinguy, la Russie « éprouvait (…) le sentiment d’avoir été humiliée sur la scène internationale. Le pays a développé une très forte nostalgie de la puissance perdue. Il considérait que la reconnaissance internationale qu’il avait eue avait disparu. La société était en quête d’ordre (…) »43. Ce contexte de crise a crée, de facto, un terreau favorable au retour du mythe stalinien du complot occidental. La politique du Consensus de Washington a été suspectée de vouloir maintenir la Russie dans un état de sous-développement relatif pour in fine, l’empêcher de se renforcer et de revenir sur la scène internationale, en tant que puissance concurrente de l’Etat américain. Au passage, on remarquera que la stratégie d’épuisement de l’économie soviétique – via la course au surarmement et l’IDS44 – conduite au début des années 80 par R. Reagan, poursuivait le même objectif : affaiblir les bases économiques de la puissance russe pour éroder son pouvoir géopolitique et, à terme, la déstabiliser. Cette volonté d’accélérer la chute de la Russie est une constante de la stratégie occidentale sur long terme qui, dans un premier temps – durant la Guerre froide – a été justifiée par la lutte contre le communisme : « La catastrophe russe a été voulue et programmée ici, en Occident », a reconnu A. Zinoviev45. Dans son essence, cette régression statutaire de Moscou sur le plan international a coïncidé avec une politique occidentale globalement hostile et nuisant aux intérêts russes – comme l’attestent les manœuvres douteuses de l’Otan dans l’étranger proche de la Russie (dans le cadre du « Partenariat pour la paix »46) et, en avril 1999, le bombardement meurtrier de l’ex-Yougoslavie (sans accord du Conseil de sécurité de l’ONU) dont une suite logique a été l’indépendance illégale du Kossovo, le 17 février 2008. Mais le plus inquiétant est que cette manipulation occidentale a réactivé l’idée d’une « grande Albanie ».
Ce renforcement de l’Otan en Eurasie post-soviétique s’est exprimé par sa globalisation, impliquant d’abord son expansion vers l’Est – ce qui a conduit S. Lavrov, chef de la diplomatie russe, à s’interroger sur sa fonction sécuritaire en Europe : « Je ne crois pas que cette résolution des questions liées à l’expansion de l’Otan vers l’Est puisse contribuer au renforcement de la sécurité européenne (…) ».47 Mais ce qui inquiète le plus Moscou est l’extension de l’Otan aux ex-républiques soviétiques – dont les prochaines cibles sont la Géorgie et l’Ukraine, qui appartiennent à son étranger « très » proche. Récemment, J. Biden, en visite en Ukraine, a confirmé le soutien américain à la volonté de ces dernières d’intégrer l’Otan, s’opposant en cela ouvertement à la position russe. Et le 21/07/2007, J. Biden a visé implicitement la Russie en s’adressant aux ukrainiens : « Personne n’est en droit de vous dicter quelle alliance rejoindre »48. En d’autres termes, Moscou doit abandonner ses anciennes pratiques impériales en zone post-soviétique et renoncer définitivement à toute idée d’ingérence dans les affaires intérieures d’Etats (désormais) souverains. Un peu plus tard, lors de son séjour en Géorgie, J. Biden a réaffirmé que « Nous (les américains : jg) soutenons entièrement le désir de la Géorgie d’intégrer l’Alliance atlantique et continuerons de l’aider à se mettre au niveau des normes requises »49. Dans le même temps, Washington a accueilli favorablement la demande d’aide militaire de la Géorgie, qui continue à voir la Russie comme un « ennemi mortel ». Dans l’optique d’adapter la Géorgie aux normes de l’Otan, Washington a promis de coopérer avec elle « pour maintenir ses forces armées, l’aider à s’entraîner et à s’organiser »50. Aujourd’hui, la Géorgie – qui continue ses provocations à l’égard de Moscou – reçoit l’aide américaine par habitant la plus importante au monde, selon le propre aveu de J. Biden. Et ce dernier a réitéré la position américaine sur la nécessité de respecter l’intégrité territoriale de la Géorgie – alors que celle de l’ex-Yougoslavie a été objectivement violée – tout en demandant in fine à Moscou de revenir sur sa reconnaissance de l’indépendance des deux républiques séparatistes géorgiennes d’Ossétie du sud et d’Abkhazie. En réponse, le 26/08/09, V. Poutine a affirmé que cette reconnaissance était « irrévocable » et qu’il ne tolérera « aucune tentative de revanche, ni de nouvelles aventures militaires dans la région »51. En conséquence, Moscou n’a à recevoir de leçons de morale de personne, et encore moins d’une Géorgie vindicative et allègrement soutenue par Washington. Inutile gifle.
Cette configuration géopolitique a alors renforcé en Russie (en proie à des crises nationalistes et séparatistes) la peur d’une agression militaire de l’Otan, au nom d’un devoir d’ingérence humanitaire ou du droit des peuples à disposer d’eux même, voire de principes démocratiques à géométrie variable – comme dans le cas de l’ex-Yougoslavie et de l’Irak. Certains dirigeants russes ont même pensé que seule la détention de l’arme nucléaire avait empêché la reproduction d’un tel scénario en zone post-soviétique, s’insérant dans une stratégie plus globale de « guerre préventive »52 contre le terrorisme, inaugurée par le Pentagone dans les années 2000 et destinée à neutraliser les menaces potentielles – au mépris du droit international. H. Kissinger a reconnu, à propos de la guerre en Irak, qu’il s’agissait de faire comprendre « au reste du monde, que notre première guerre préventive nous a été imposée par les faits et que nous cherchons à servir la cause du monde, et pas seulement nos propres intérêts »53. De manière globale, le déclin géopolitique de la Russie post-communiste, ajouté à son état de délabrement économique, social et psychologique – provoqué par l’inefficacité structurelle des réformes – a fait le nid d’un nationalisme anti-occidental, surtout anti-américain. A l’époque, l’impression du citoyen russe est de payer, à travers la crise systémique, la défaite symbolique de la Guerre froide. Ultime humiliation.
L’impression dominante a été alors que les intérêts nationaux russes – dont les actifs économiques et industriels – avaient été bradés dans le cadre d’une douteuse procédure de privatisation profitant d’une part, aux entrepreneurs étrangers et d’autre part, aux oligarques russes. Mais le plus scandaleux dans cette ruine morale et économique de la Russie a été d’assister – sous la bienveillance d’Eltsine – à la naissance d’une véritable nomenklatura capitaliste, infiltrant le pouvoir central et qualifiée par L. Marcou de bourgeoisie moderne « compradoro-mafieuse »54. A cela s’est ajouté un recul territorial spectaculaire, enlevant à l’Empire russe des espaces stratégiques ou politiquement importants – porteurs des racines européennes de la Russie – tels que les ex-républiques de Biélorussie, de Géorgie et d’Ukraine. Cette rupture géopolitique, en réactivant le « spectre du séparatisme régional »55 – par ailleurs encouragé par la main insidieuse de Washington – conditionne le caractère instable de la transition russe post-communiste.
Dans ses grandes lignes, cette instabilité de la transition a été renforcée par le déclin du surpuissant complexe militaro-industriel, principal levier de la croissance économique russe depuis la période soviétique. Mais surtout, ce déclin a, de facto, précipité celui de l’armée russe. Et en raison d’une compression abyssale du budget militaire56, souhaitée par Washington, l’armée russe vieillissante a été laissée à elle-même et sa capacité de défense – dont nucléaire – a été considérablement réduite. Cette marginalisation de la composante militaire (aggravée par l’absence d’investissement) a contribué à nuire à l’image internationale de l’Etat russe, ancienne superpuissance de la Guerre froide et partageant avec l’Amérique, le leadership idéologique mondial. D’autant plus que la puissance militaire est un élément clé du statut géopolitique de la Russie et, dans le même temps, le symbole historique d’un Etat fort. Autrement dit, l’armée est un vecteur à la fois structurant de l’identité nationale russe et garant de la stabilité politique du régime. Et en définitive, ce déclin international de la Russie eltsinienne a été favorisé par l’absence d’une réelle politique étrangère, c’est-à-dire indépendante et déconnectée de l’influence de Washington – et, en rupture avec la tradition soviétique, incapable de s’appuyer sur le levier militaire.
Le retour russe
L’arrivée de Vladimir Poutine, comme premier ministre de Boris Eltsine en août 1999 – puis comme président, à partir de mai 2000 – va coïncider avec le retour international de la Russie. Indéniablement, une préoccupation centrale de Poutine a été son attachement « à la renaissance de la Russie »57. En effet, ce dernier va mettre en œuvre une reforme structurelle cohérente et globale – sur le triple plan économique, politique et militaire – permettant non seulement le retour de la croissance (positive depuis 1999) – certes favorisée par la double évolution des cours du rouble et du pétrole – mais surtout, le renforcement de l’Etat russe sur la scène internationale. Dés 2000, la Russie de Poutine affiche sa volonté de devenir un élément moteur – un « centre influent » – du futur monde multipolaire, en tant que « grande puissance ». Ainsi, comme le précise alors son Concept stratégique : « Les intérêts nationaux de la Fédération de Russie dans la sphère internationale consistent en la garantie de la souveraineté, dans la consolidation des positions de la Russie en tant que grande puissance et qu’un des centres influents du monde multipolaire (…) »58. Et, en définitive, la politique de restructuration radicale impulsée par V. Poutine a permis l’insertion de la Russie moderne au nouvel ordre international – en dépit du frein américain à son admission à l’OMC.
Dans ses grandes lignes, V. Poutine a recentré la politique étrangère russe d’une part, sur la défense de ses intérêts nationaux, élargis à l’espace post-soviétique – la CEI, considérée comme son espace politique – et d’autre part, sur le renforcement de son influence régionale, pour stabiliser son étranger proche. Et dans ce but, Poutine a axé sa politique sur le développement du complexe militaro-industriel et de la force nucléaire et, parallèlement, sur la modernisation de l’armée russe, trop longtemps négligée par le suivisme occidental de la ligne Eltsine. Cette orientation est confirmée par le président D. Medvedev, soulignant la nécessité d’améliorer la gestion opérationnelle des troupes et de les doter « d’équipements modernes ». Selon Medvedev, « les forces armées doivent tenir compte des menaces contemporaines, sans oublier celles qui appartiennent au passé mais persistent toujours (…) »59. On remarquera que, dans ce discours, est implicitement visée l’hégémonie politico-militaire américaine, porteuse de menaces latentes (qui « persistent toujours ») pour la stabilité de l’espace post-soviétique. Le 4/09/2009, le chef de la 12e direction générale du ministère de la Défense, le général Vladimir Verkhovtsev, a officiellement annoncé la modernisation de l’arsenal nucléaire russe : « Compte tenu des perspectives – y compris à long terme – du développement des troupes russes [...] il a été décidé de renouveler l’arsenal nucléaire du pays. Il s’agit de doter les forces armées de munitions nucléaires aux caractéristiques techniques et tactiques améliorées »60. Dans cette optique, le nucléaire redevient – dans le prolongement du soviétisme – une source majeure de la puissance politique de la Russie fédérale. Ainsi, selon l’aveu du président du Conseil russe pour la politique extérieure, Sergueï Karaganov, l’arme nucléaire constitue toujours « le fondement de l’influence politique et en partie économique de la Russie »61. On peut donc parler du « retour de l’Atome rouge », pour reprendre le titre d’un ancien article62 – en référence à la fonction politique de l’atome sous le régime communisme et à son utilisation par ce dernier comme vecteur de sa stratégie extérieure. Et le nucléaire a un rôle d’autant plus vital, qu’il permet un rééquilibrage des rapports de force internationaux initialement défavorables pour la Russie.
Le général Makhmout Gareev, président de l’Académie des sciences militaires de Moscou, lors de sa présentation des grandes lignes de la future doctrine militaire russe, le 20 janvier 2007, a précisé que « pour la Russie, étant donné un rapport des forces qui lui est extrêmement défavorable sur tous les axes stratégiques, l’arme nucléaire demeurera capitale, le plus sûr moyen de dissuasion stratégique d’une agression extérieure et le plus sûr moyen de garantir sa propre sécurité. »63 Cette fonction vitale de l’atome explique, en partie, l’opposition russe au projet américain d’implanter un bouclier anti-missiles dans l’Est européen – qui neutraliserait, à un certain degré, la puissance nucléaire russe et sa capacité de riposte à une première frappe. Mais une raison majeure de cette opposition est le sentiment de Moscou d’être visée par le bouclier américain – perçu par celle-ci comme un relent de Guerre froide. Sur ce point, le premier ministre russe, V. Poutine, a récemment affirmé que « Si nos partenaires américains renoncent à installer de nouveaux systèmes de combat en Europe, notamment leur bouclier antimissile en Europe, s’ils réexaminent leur approche concernant l’élargissement des blocs militaires ou, si à plus forte raison ils refusent totalement à de nouvelles adhésions, ce serait un grand pas en avant »64. Globalement, à travers ce recentrage sur l’atome, il s’agit pour Moscou de revenir vers une stratégie de projection de force, en vue d’afficher sa puissance et de dissuader toute velléité de puissances hostiles – percevant la faiblesse de la Russie post-impériale en transition, comme une opportunité stratégique. Et cela, d’autant plus que depuis 1992, l’Occident s’est octroyé un droit d’ingérence en zone post-soviétique, au nom de principes humanitaires et moraux discutables ou, alternativement, d’une aide au développement politiquement orientée.
Un autre objectif sous-jacent à l’ingérence occidentale est le contrôle des sources et des voies de transport énergétiques (gaz, pétrole) qui renforce le caractère stratégique de la région, notamment en Asie centrale – et menace la centralité russe sur la question énergétique. Le général Gareev prédit donc, dans un proche avenir, une véritable lutte pour les ressources : « Les facteurs écologiques et énergétiques constitueront, dans les dix ou quinze prochaines années, la principale cause des conflits politiques et militaires. » Et M. Gareev ajoute que « la lutte pour les ressources sera portée à son paroxysme, générant une confrontation politique et économique. On ne peut exclure, sur ce terrain, la possibilité d’une confrontation militaire. »65 La nouvelle doctrine de sécurité russe – publiée en mai 2009 – précise d’ailleurs que cette course pour le contrôle des sources énergétiques sera, à long terme, particulièrement intense dans les zones de la Caspienne et de l’Asie centrale – devenant, par ce biais, un facteur majeur d’instabilité géopolitique. De ce pont de vue, il semble logique que la nouvelle conception stratégique de l’Otan (prévue en 2010) envisage d’intégrer la variable énergétique comme un enjeu stratégique majeur66. Et le plus inquiétant est qu’aujourd’hui, l’Occident – sous la houlette américaine – n’hésite pas à sécuriser « ses » espaces stratégiques en zone post-soviétique via l’avancée de l’Otan et l’installation de bases militaires. En outre, auto-légitimée par la supériorité morale de l’idéologie libérale, Washington vise, depuis la fin de la Guerre froide, à étendre son influence idéologique en zone post-soviétique. Cela est réaffirmé, de manière claire, par R. Kagan : « La fin de la guerre froide a été considérée par les américains comme une occasion non pas de restreindre mais d’étendre leur influence, d’étendre l’alliance qu’ils dirigent vers l’Est en direction de la Russie (…), d’investir dans des régions du monde telles que l’Asie centrale »67. Ce faisant, cette offensive occidentale remet en cause le statut historiquement dominant de Moscou dans son pré-carré. Ce que l’orgueilleuse Russie ne sera jamais prête à accepter.
Globalement, le retour de l’Etat russe – et la réhabilitation de ses valeurs nationales – s’est traduit par un durcissement de sa politique étrangère. En effet, depuis la fin des années 90, Moscou doit faire face à la militarisation des relations internationales, impulsée par l’Amérique de G.W. Bush et dont l’unilatéralisme hautain a été ouvertement condamné par V. Poutine, en février 2007, dans son harangue anti-impérialiste de Munich – qui souligne un « mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international » et rejette « l’emploi hypertrophié, sans aucune entrave , de la force – militaire – dans les affaires internationales, qui plonge le monde dans un abîme de conflits successifs ». Pour l’ancien président russe, cet expansionnisme exacerbé de la puissance américaine représente alors un « risque potentiel de déstabilisation des relations internationales (…) »68. Depuis la chute du communisme soviétique, le recours à la force a été institutionnalisé par Washington comme levier de sa politique étrangère car, comme l’admet R. Kagan, « une fois supprimé le frein que constituait la puissance soviétique, le pays était libre d’intervenir où il voulait (…) »69. Dans son essence, cette orientation a justifié la stratégie de puissance de la Russie fédérale, s’appuyant sur l’armée et son idéologie nationaliste – stratégie illustrée par les interventions en Tchétchénie et en Géorgie. Symboliquement, il fallait montrer que l’armée – et l’Etat – russe était « de retour » et au-delà, préserver l’unité de la nation russe autour d’une cause mobilisatrice.
Sous la présidence de Poutine – puis, à partir de mars 2009, sous celle de Medvedev – la politique extérieure russe s’est focalisée contre les menaces potentielles pesant sur ses intérêts nationaux et, notamment, dans sa zone de domination traditionnelle. Dans ce but, la Russie s’est efforcée de reconstruire le glacis sécuritaire hérité du soviétisme et permettant d’une part, de créer une profondeur stratégique et d’autre part, d’anticiper les menaces latentes des zones non contrôlées. Cela a justifié la création des alliances politico-militaires de l’OTSC et de l’OCS70. Un objectif implicite de ces alliances eurasiennes étant de freiner l’expansion de l’Occident – via le levier otanien – au cœur de l’espace post-soviétique et dans ce but, faire contre-poids au pouvoir croissant de l’Otan dans la région, qui dépasse sa zone de responsabilité. Cette volonté expansionniste de l’Otan – aspirant à devenir un gendarme mondial – a été dénoncée le 20/03/2009 par S. Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères : « Les activités de l’Alliance attestent qu’elle accorde une attention grandissante dans ses plans militaires à des problèmes surgissant à l’extérieur de sa zone de responsabilité traditionnelle. Il s’agit en fait d’une tentative de jouer un rôle mondial, et nous ne manquerons pas de prendre ce facteur en considération »71. Cette incertitude géopolitique croissante en périphérie russe, définie en 2009 par sa doctrine de sécurité nationale comme une « nouvelle menace », rendrait désormais possible l’émergence de conflits (potentiellement nucléaires) dans les régions frontalières. Et, de manière explicite, la stratégie de l’Otan est visée. Sur ce point, nous rejoignons l’analyse d’Isabelle Facon, qui rapporte que pour certains responsables russes, « la possibilité d’une guerre régionale majeure ne peut être exclue à l’heure actuelle. Or ce risque est rattaché notamment à des scénarios de crises potentielles avec l’Otan, en particulier dans l’environnement proche de la Fédération »72.
De tels scénarios ont été simulés par les exercices militaires « Zapad-1999″, centrés sur les capacités d’action de l’armée russe dans un conflit avec l’Otan, similaire à celui en Yougoslavie au printemps 1999. Ces manœuvres ont alors montré que la Russie ne pourrait repousser une attaque éventuelle de l’Otan, dans son étranger proche, qu’en recourant à l’arme nucléaire. Ce résultat a, par la suite, conduit la Russie à abaisser le seuil d’emploi de l’arme nucléaire en renonçant, de facto, à l’ancien engagement soviétique de ne pas y recourir la première. Désormais, dans la nouvelle vision stratégique russe, le nucléaire intègre – en dehors de sa fonction dissuasive – une fonction défensive et tactique, potentiellement utilisable dans des conflits régionaux et conventionnels, en cas d’impuissance des armes classiques. Et au-delà, le nucléaire devient un levier d’action en vue d’influer sur une situation géopolitique critique et in fine, il apparait comme une réponse ultime au renforcement et à l’ingérence croissante de l’Otan en zone post-soviétique. De ce point de vue, il semble logique que les récentes manœuvres conjointes russo-biélorusses « Zapad-2009″ aient eu pour objectif central « les préparatifs en cas de menace contre la stabilité stratégique dans la région de l’Europe orientale ».73
L’Otan, dont l’extension aux ex-alliés de la Russie communiste est perçue comme une provocation par Moscou, est toujours considérée comme le bras armé de l’Occident et manipulée à des fins politiques. Ainsi selon L. Ivachov, président de l’académie russe des problèmes géopolitiques : « l’Otan, sous couvert de ‘coopération avec la Russie’, progresse vers l’Est, crée des bases à proximité des frontières russes, fait adhérer de nouveaux membres »74. Dans son intervention de Munich de février 2007, V. Poutine s’est, avec légitimité, étonné de cet élargissement virtuellement dirigé contre la Russie : « l’OTAN rapproche ses forces avancées de nos frontières (…). Il est évident, je pense, que l’élargissement de l’OTAN n’a rien à voir avec la modernisation de l’alliance, ni avec la sécurité en Europe. Au contraire, c’est un facteur représentant une provocation sérieuse et abaissant le niveau de la confiance mutuelle. Nous sommes légitimement en droit de demander ouvertement contre qui cet élargissement est opéré. »75 Cette progression des infrastructures militaires de l’Otan, à la périphérie russe – ainsi que son aspiration à un « rôle global » – est perçue par Moscou, dans sa doctrine de sécurité, comme une menace et, à terme, comme un vecteur de déséquilibres. Mais le plus inquiétant est que cette offensive occidentale, principalement américaine – mais aussi, depuis peu, européenne, via un « partenariat oriental » proposé à 6 anciennes républiques soviétiques76 – s’appuie sur la manipulation politique des institutions du FMI et de la BM. Car désormais, ces dernières n’hésitent pas à proposer aux nouveaux Etats indépendants des orientations économiques politiquement non neutres – rompant avec la culture russe – et associées à une coopération étroite (dont militaire) ou à une aide financière conséquente77. En novembre 2008, le FMI a approuvé un programme de deux ans pour un total de 16,43 milliards de dollars ( !), afin de permettre à l’Ukraine de lutter – en théorie – contre les conséquences de la crise financière internationale. Mais il s’agit surtout, selon nous, d’empêcher une Ukraine fragilisée de retomber dans le giron russe.
Une voie alternative a été la création d’alliances politico-militaires ouvertement anti-russes, du type GUAM78, pour favoriser l’émancipation des ex-républiques soviétiques et en ce sens, montrer à la Russie que sa période impériale est définitivement terminée, notamment en Asie centrale. De retour d’un voyage dans cette région, William Burns, sous-secrétaire d’Etat américain et ancien ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, a affiché son soutien à une véritable indépendance de l’Asie centrale – qui, à la base, exige une réduction de l’emprise politique de Moscou. Il a ainsi admis qu’un des objectifs de sa tournée « était de mettre en relief la nécessité de l’indépendance, de la souveraineté et de la stabilité économique pour ces pays qui font actuellement face à des problèmes très graves »79. Autrement dit, par le biais de stratégies économiques et politiques insidieuses, il s’agit – selon la ligne Brzezinski – de détacher les ex-républiques soviétiques de la domination russe et par ce biais, continuer le reflux ( »roll back ») de la puissance russe, pour in fine sanctionner de manière éclatante, sa défaite de la Guerre froide. Z. Brzezinski a reconnu la nécessité de bloquer toute velléité russe de reconquête en zone post-soviétique, en poursuivant le rapprochement avec les ex-républiques soviétiques de l’Asie centrale, cœur névralgique de l’ancien empire : « Ce qui est vraiment important est de créer un contexte géopolitique tel que le désir nostalgique (de la Russie : jg) de redevenir une grande puissance impériale aura moins de chances de se réaliser (…) ». Ce qui implique selon Brzezinski « d’instaurer des liens économiques plus nombreux et plus directs avec les pays d’Asie centrale en tant qu’exportateurs d’énergie (….) »80. D’autant plus que ce dernier est persuadé que « la domination coloniale russe sur l’Asie centrale est une chose du passé »81. L’Asie centrale est donc au cœur de la stratégie américaine de compression de la puissance russe, élaborée en phase de Guerre froide. Troublante inertie.
Globalement, le respect de l’intégrité territoriale – donc de la souveraineté – de l’Etat russe a été une des priorités de la ligne Poutine dans le but de retrouver sa crédibilité et son leadership en zone post-soviétique et à terme, de se construire un statut post-impérial. Car il s’agit d’abord de réhabiliter la « grandeur russe » en redonnant à Moscou son statut de puissance internationale, sur la base de ses valeurs eurasiennes. Et ce faisant, Poutine s’est appuyé sur une forme de nationalisme russe, centré sur la défense des valeurs ancestrales de « l’éternelle Russie » et structuré contre l’hostilité plus ou moins virtuelle de l’Occident, accusé de soutenir certaines velléités indépendantistes – notamment en Tchétchénie et dans le Caucase nord. En fait, cette capacité de l’Occident à réactiver les courants nationalistes s’inscrit dans le prolongement de la Guerre froide et aurait, autrefois, précipité l’implosion d’une URSS multi-ethnique. Ainsi, selon A. Zinoviev, « ce sont les démocraties occidentales qui ont fait des efforts de propagande surhumains, à l’époque de la guerre froide, pour réveiller les nationalismes. Parce qu’elles voyaient dans l’éclatement de l’URSS, le meilleur moyen de la détruire »82. Ces accusations sont reprises par le nouveau discours stratégique russe, relayé par le général Gareev et qui dénonce les manipulations extérieures conduites par un ennemi puissant : « les menaces internes, les plus dangereuses sont le terrorisme et le séparatisme, qui sont généralement attisés de l’extérieur et visent l’unité et l’intégrité territoriale de la Russie »83. Aujourd’hui, le président Medvedev s’inquiète de l’instabilité du Caucase et prône le renforcement de la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Le 19/08/2009, il a reconnu qu’il y a « quelques temps, nous avons eu l’impression que la situation en matière de terrorisme dans le Caucase s’était sensiblement améliorée. Or, les récents événements montrent qu’il n’en est rien »84. V. Vassiliev, président du comité pour la Douma pour la sécurité, a récemment affirmé – le 17/07/2009 – que les « terroristes » dans les républiques nord-caucasiennes étaient « manipulés et financés de l’étranger »85. Le mythe stalinien de l’ennemi intérieur manipulé par l’extérieur est donc de retour. Et désormais, il est l’objet privilégié d’une instrumentalisation politique de la part des dirigeants russes. Car l’existence d’un « ennemi systémique », selon l’expression de J. Fontanel, est nécessaire à la régulation et au métabolisme de la société russe86 – autrement dit, à sa survie comme système social.
La nouvelle ambition russe
Ainsi, V. Poutine a réussi à redonner une forme de cohésion à l’Etat russe à partir d’une refonte politique et morale de la société. Mais cette renaissance de la Russie, porteuse d’une nouvelle idée nationale, a été permise par le renforcement des tendances autoritaires et centralisatrices intégrées au projet politique de V. Poutine et poursuivi par son successeur, D. Medvedev. Pour reprendre l’affirmation de V. Poutine dés l’année 2000 : « la clef de la renaissance et du relèvement de la Russie se trouve aujourd’hui dans la sphère politique »87. Dés son intronisation à la présidence, ce dernier s’est donné comme tâche prioritaire de réhabiliter l’idée russe – excessivement déformée par le régime eltsinien – pour redonner sa fierté au « grand peuple russe ». Et selon Poutine, « la nouvelle idée russe va se former comme un alliage, comme une union organique entre les valeurs humaines universelles et les richesses traditionnelles du peuple »88. De manière générale, ce projet radical s’inscrit dans la renaissance internationale de l’Etat russe – longtemps redoutée par la puissance américaine, dans la mesure où elle menace son système de domination unipolaire et en cela, ses intérêts géopolitiques. Cela a conduit J. Biden à exiger de la Russie de revenir à plus de réalisme et « de réviser considérablement les sphères de ses intérêts internationaux »89. Désormais, cette nouvelle ambition russe est perçue par Washington comme une forme de néo-impérialisme et surtout, selon Z. Brzezinski, elle attesterait du refus de Moscou d’accepter « la nouvelle réalité de l’espace post-soviétique »90 – autrement dit, l’ingérence américaine dans son ancien espace impérial. Mais la Russie ne tolèrera pas un tel diktat. Car, en dernière instance, il s’agit aussi pour elle de se relever de son trouble identitaire issu de sa période post-soviétique. Et, dans cette optique, son renforcement politique en zone post-soviétique est vital.
Dans ses grandes lignes, le trouble identitaire de la Russie a été aggravé d’une part, par les dérives de la transition post-communiste et d’autre part, par la politique structurellement anti-russe de l’administration Bush. Dans le même temps, la fédération de Russie a considérablement souffert des inerties de Guerre froide manifestées par les institutions internationales et de leur tendance expansive, au cœur même de son espace politique et au mépris de ses intérêts. Cette opposition d’intérêts sera, pour la période future, un vecteur structurant de conflictualité et parallèlement, à l’origine de menaces non militaires et à dominante politique, économique ou informationnelle. Le général Gareev revient sur le caractère « non classique » (et détourné) de ces nouvelles menaces : » ‘L’expérience’ de la désagrégation de l’URSS, de la Yougoslavie, des ‘révolutions colorées’ en Géorgie, en Ukraine, en Kirghizie et dans d’autres régions du monde est là pour nous convaincre que les principales menaces sont mises à exécution moins par des moyens militaires que par des moyens détournés. »91
Malgré tout, la Russie s’efforce de maintenir – parfois, par le soft power – sa stratégie d’influence en zone post-soviétique, radicalement fragilisée par la politique interventionniste de l’Occident et l’influence croissante de nouvelles puissances, comme la Chine, l’Inde, voire l’Iran et le Pakistan. « Dans ce contexte – précise T. Gomart – l’influence de la Russie se heurte non seulement à des obstacles internes à l’espace post-soviétique, mais aussi aux influences exercées par des puissances cherchant à prendre pied, selon des modalités différentes, dans tout ou partie de la zone. »92 Et désormais, Washington vise à isoler certains Etats de la zone post-soviétique de l’influence russe, par le biais de stratégies coopératives ou partenariales renforcées93 – comme l’attestent d’une part, le « partenariat stratégique » avec l’Ukraine et la « coopération militaire » avec la Géorgie et d’autre part, sa politique de rapprochement avec le Kirghizstan et l’Ouzbékistan (afin d’y réinstaller des bases militaires). D’une manière générale, il s’agit pour Washington de contrer toute tentative de retour russe dans son ancienne zone de domination. Et dans ce but, elle n’hésite pas à instrumentaliser l’Otan, dont le champ d’action stratégique selon Brzezinski, « est appelé à s’élargir à l’espace eurasien »94. Et plus inquiétant, ce dernier a revendiqué, en 2009, l’émergence d’une Otan globale – à l’échelle du monde – et dotée d’un contrôle centralisé des structures sécuritaires régionales. Car, au nom de sa destinée manifeste, l’Amérique s’est auto-proclamée gendarme international pour veiller sur l’Eurasie – donc, sur le monde – comme cela a été réitéré par H. Kissinger : « Au cours de la dernière décennie du XX° siècle, la prépondérance des Etats-Unis a assuré un rôle irremplaçable dans la stabilité du monde »95. Inquiétante certitude.
Ainsi, la restructuration identitaire de la Russie post-communiste est conditionnée par l’évolution, dans l’espace eurasien, des rapports de force fondant le nouvel ordre international, structurellement dominé par l’idéologie libérale et le poids économique – donc politique – des puissances occidentales. Car ces dernières, en contrôlant les institutions financières majeures, verrouillent la gouvernance mondiale et en cela, la hiérarchie de l’ordre international qui lui est associé – hiérarchie qui définit le statut, donc le pouvoir géopolitique potentiel des différents Etats. Autrement dit, la renaissance russe est médiatisée, sur le plan international, par une structure de pouvoir informelle, fondée sur des considérations idéologiques et stratégiques. En ce sens, la réémergence mondiale finale de la Russie est soumise d’une part, à un enjeu idéologique majeur, centré sur l’opposition de visions du monde spécifiques et d’autre part, à un enjeu stratégique incontournable, centré sur l’opposition des intérêts nationaux des Etats leaders.
Aujourd’hui, après avoir retrouvé ses repères politico-psychologiques, la Russie de Medvedev s’efforce – malgré la crise systémique – d’achever sa reconstruction économique pour donner à son peuple, la prospérité tant espérée sous le communisme. Et selon l’expression de V. Poutine elle devra, à terme, « retrouver son chemin propre, sur la voie de la rénovation »96, tout en préservant ses valeurs eurasiennes. Après s’être longtemps égarée sur les chemins idéologiques de l’histoire, elle devra recentrer son projet économique sur l’homme et la dimension sociale du développement pour in fine donner, selon Gorbatchev, « une réelle impulsion au facteur humain »97 – objet constant des réformes de l’ancien modèle économique soviétique. Et, pour reprendre l’expression de Che Guevara, ultime défenseur d’un socialisme à visage humain, cela revient à « placer l’homme au centre »98. En cela, il s’agit de redonner sens au vieux rêve de l’ordre social soviétique, sur la voie de l’avenir radieux.
En définitive, il s’agit aussi de concentrer les efforts du peuple russe sur l’exécution d’un projet socio-économique spécifique, inspiré d’une « troisième voie » eurasienne, entre le plan socialiste et le libéralisme de marché. Autrement dit, pour la Russie du 21° siècle, le véritable enjeu est la construction d’un modèle alternatif de civilisation.
1 « Défense : la Russie doit être suffisamment armée », D. Medvedev, 10/09/2009, www.fr.rian.ru.
2 Selon le rapport du Congrès américain, Washington aurait exporté, en 2008, pour 37,8 milliards de dollars d’armes contre seulement 3,5 milliards à la Russie. Autrement dit, elle vendrait 10 fois plus d’armes dans le monde que la Russie, renforçant ainsi sa première place internationale. Et surtout, sous la pression du lobby militaro-industriel américain, elle remporte une victoire spectaculaire dans la course aux armements initiée, depuis la Guerre froide, contre la Russie. Réf. : « Washington affirme avoir vendu dix fois plus d’armes que la Russie », Revue de la presse russe du 8 septembre, Gazeta.Ru/Izvestia/Komsomolskaïa pravda, 8/09/2009, www.fr.rian.ru.
3 « Elargissement de l’OTAN : le président russe conseille d’étudier les éventuelles conséquences », D. Medvedev, 2/04/2009, www.fr.rian.ru.
4 « Russie-USA : la lutte antiterroriste entravée par les divergences en ex-URSS », H. Pirchner, 09/09/2009, www.fr.rian.ru.
5 Dés le 8 décembre 1991, à Belovèje, prés de Minsk, les dirigeants de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie constatent officiellement que « l’URSS cessait d’exister en tant que sujet du droit international et en tant que réalité politique ». Réf. : Soulet J.F. (2000, pp. 223-224) : « L’Empire stalinien – L’URSS et les pays de l’Est depuis 1945″, éd. le Livre de poche.
6 Cette stratégie de déstabilisation, de division et d’érosion de la puissance russe est clairement prônée par Brzezinski, dans son fameux ouvrage, le Grand échiquier. Voir donc Brzezinski Z. (2000) : « Le grand échiquier – L’Amérique et le reste du monde », éd. Hachette (1° éd. : Bayard, 1997). Cette stratégie est reprise (et confirmée) dans 2 ouvrages récents de Brzezinski : « Le Vrai Choix », éd. Odile Jacob (2004) et « L’Amérique face au monde », éd. Pearson (2008).
7 Kagan R. (2006, p. 159) : « La puissance et la faiblesse », suivi de « Le revers de la puissance », éd. Hachette littératures, coll. Pluriel Actuel.
8 Zinoviev A. (1999, p. 91) : « La grande rupture – sociologie d’un monde bouleversé », éd. L’Age d’Homme.
9 « Moscou invite Washington à abandonner l’héritage de la guerre froide », MID (ministère russe des Affaires étrangères), 21/07/2009, www.fr.rian.ru.
10 On peut mentionner : l’extension de l’Otan, l’installation de bases américaines en Roumanie, en Bulgarie, au Kossovo, en Ouzbékistan et au Kirghizstan ; la déstabilisation de l’ex-Yougoslavie et l’indépendance (planifiée) du Kossovo ; l’implantation du système anti-missile ABM dans l’est-européen voire, à terme, dans les ex-républiques soviétiques ; les « révolutions » de couleur en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizstan ; l’attitude hostile de l’Occident lors des crises tchétchène (depuis 1994), géorgienne (2008) et ukrainienne (2009) ; l’intervention occidentale croissante en zone post-soviétique et la construction de circuits énergétiques alternatifs, contournant la Russie… Sur l’ensemble de ces évolutions, on doit souligner l’influence déterminante du stratège de la Guerre froide, Z. Brzezinski, concepteur d’une stratégie anti-russe et aujourd’hui conseiller du président Obama.
11 Facon I. (2007, p. 10) : « Politique de défense : les débats sur la doctrine militaire et l’évaluation de la menace », Journées d’Etudes, in Actes du 2 octobre 2007 : « Le projet de puissance de la Russie : enjeux, réalités et implications stratégiques », Fondation pour la Recherche Stratégique.
12 « Obama entre idéalistes et pragmatiques », I. Krammik, 20/07/2009, www.fr.rian.ru. La fille de l’ancien vice-président D. Cheney a accusé Obama de « réviser l’histoire » lorsqu’il a affirmé que la guerre froide avait pris fin, de manière pacifique, du fait de la décision des ex-pays communistes, dont principalement l’Union soviétique.
13 Kissinger H. (2004, p. 467) : « La Nouvelle Puissance Américaine », éd. Fayard, le Livre de Poche.
14 « USA-Géorgie : pas de redémarrage avec Moscou aux dépens de Tbilissi », J. Biden, 23/07/2009, www.fr.rian.fr.
15 Brzezinski (2008, p. 186), op. cit.
16 Brzezinski, 2008, p. 191), op. cit.
17 Brzezinski, 2000, p. 141), op. cit.
18 De Tinguy A. (2007, p. 85) : « Espace post-soviétique : quelles sont les logiques de la politique russe ? », Journées d’Etudes, in Actes du 2 octobre 2007 : « Le projet de puissance de la Russie : enjeux, réalités et implications stratégiques », Fondation pour la Recherche Stratégique.
19 « La Russie répondra fermement en cas de menace contre ses intérêts nationaux », D. Medvedev, 24/07/2009, www.fr.rian.ru.
20 « Les Etats-Unis souhaitent une Russie puissante, pacifique et prospère », H. Clinton, 27/07/2009, www.fr.rian.ru.
21 Gomart T. – 2006, p. 8 – : « Quelle influence russe dans l’espace post-soviétique ? », Le courrier des pays de l’Est, n° 1055, mai-juin 2006 (pp. 4-13).
22 Au début des années 70, l’URSS aurait atteint, voir dépasser les Etats-Unis en termes de puissance nucléaire projetable. D’où, à l’époque, la nécessité pour Washington de définir une stratégie visant à épuiser l’économie soviétique et in fine, déstabiliser son régime politique.
23 Bensimon G. (1996, p. 259) : « Essai sur l’Economie Communiste », éd. L’Harmattan.
24 Gorbatchev M. (1990, p. 202) : « Perestroïka – Vues neuves sur notre pays et le monde », J’ai Lu ( 1ère éd. : 1988).
25 « Nucléaire : la bombe soviétique a permis d’éviter la 3° guerre mondiale », A. Brich, 29/08/2009, www.fr.rian.ru.
26 Cette primauté de la contrainte extérieure dans la politique soviétique est une thèse développée par Sokoloff. Voir donc Sokoloff G. (1976) : »L’Economie Obéissante – décisions politiques et vie économique en URSS », Calman-Levy.
27 Gorbatchev (1990, p. 300), op. cit.
28 Romer J.P. (2007, p. 25) : « Stratégie russe : ruptures et continuités », Journées d’Etudes, in Actes du 2 octobre 2007 : « Le projet de puissance de la Russie : enjeux, réalités et implications stratégiques », Fondation pour la Recherche Stratégique.
29 Marcou L. (1997, p. 17) : « Le crépuscule du communisme », Presses de Sciences Po.
30 Fassio F. (1991, p. 105) : « La nature du communisme selon Alexandre Zinoviev », éd. Arcane-Beaunieux.
31 Soulet (2000, p. 29), op. cit.
32 Lénine W.I. (1916) : « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », Moscou, éd. du Progrès.
33 Zinoviev A. (1983) : « Homo-soviéticus », Julliard/l’Age d’Homme.
34 Che Guevara E. (1965, p. 273) : « Le socialisme et l’homme à Cuba », tome 1.
35 Concept de sécurité nationale de la fédération de Russie (2000), Décret présidentiel n°24, 10 janv. 2000.
36 De Tinguy (2007, p. 83), op. cit.
37 Selon D. Medvedev, « les conditions pour le banditisme et l’extrémisme religieux ont été crées par la désintégration de l’Etat, ils plongent leurs racines dans l’organisation de notre vie, le chômage, la pauvreté (…) ». Réf. : « Les leçons de Beslan cinq ans après », M. Krans, 01/09/2009, www.fr.rian.ru.
38 Fedorovski V. (2007, p. 192) : « De Raspoutine à Poutine – les hommes de l’ombre », éd. Perrin
39 « Russie : les revenus de la population en chute libre », 31/08/2009, www.fr.rian.ru.
40 Marcou (1997, p. 112), op. cit.
41 Kagan (2006, p. 69), op. cit
42 En 1998, la croissance économique russe est encore de – 4,6 % avant d’amorcer une reprise en 1999 : + 5,4 %. Sources : GOSKOMSTAT et Banque Centrale de Russie.
43 De Tinguy (2007, p. 89), op. cit.
44 IDS : Initiative de défense stratégique. C’est un projet lancé le 23 mars 1983 par R. Reagan et destiné à créer un bouclier spatial anti-missiles, protégeant l’Amérique de la menace nucléaire soviétique. Ce programme a préfiguré l’actuel projet anti-missiles ABM, étendu à l’est-européen.
45 Zinoviev en a la preuve et affirme : « J’ai lu des documents, participé à des études qui, sous prétexte de combattre une idéologie, préparaient la mort de la Russie ». Réf. : Zinoviev (1999, pp. 89-90), op. cit.
46 Les dernières manœuvres provocantes de l’Otan, dans le cadre de ce partenariat – et avec la participation d’anciens Etats soviétiques – ont eu lieu en mai 2009 en Géorgie ( !), ex-république stratégique de l’URSS… A. Tsyganok, directeur du Centre de prévisions de l’Institut d’analyse politique et miliaire, a affirmé que ces manœuvres de l’Otan avaient « un caractère nettement anti-russe dans le contexte du conflit d’août dernier dans le Caucase du sud ». Réf. : « Russie-Otan : l’Alliance devrait annuler ses exercices en Géorgie », A. Tsyganok, 13/04/2009, www.fr.rian.ru.
47 « Moscou opposée à l’élargissement artificiel de l’Otan », S. Lavrov, 26/03/2009, www.fr.rian.ru.
48 « Otan : les Etats-Unis appuient le désir de l’Ukraine d’intégrer l’Alliance », J. Biden, 21/07/2009, www.fr.rian.ru.
49 « Biden à Tbilissi : Washington aidera la Géorgie à intégrer l’OTAN », 23/07/2009, www.fr.rian.ru.
50 « Les Etats-Unis prêts à réarmer la Géorgie », 24/07/2009, www.fr.rian.ru.
51 « Caucase : la Russie ne tolèrera aucune ‘aventure militaire’ « , V. Poutine, 26/08/2009, www.fr.rian.ru.
52 « En réalité, ‘l’action préventive’, c’est ce que l’administration Bush a fait en Irak, intervenir avant même que la décision de frapper ait été prise par une puissance potentiellement hostile, et peut être avant. » Réf. : Kagan (2006, p. 217), op. cit.
53 Cité par Kagan (2006, p. 239), op. cit.
54 Marcou (1997, p. 96), op. cit.
55 Mazet M. (2007, p. 153) : « La Russie et ses marges : nouvel empire ? », éd. Ellipses.
56 La chute du rouble et le krach financier – associés à la soumission politique de B. Eltsine à la volonté américaine de « démilitariser » la Russie – expliquent la réduction drastique du budget militaire : en 1999, il était de 20 fois inférieur (en dollars) à celui des Etats-Unis. Réf. : Loupan V. (2000, p. 166) : « Le Défi russe », éd. des Syrtes. Pour mémoire, rappelons que sous le régime soviétique, les dépenses d’armement étaient estimées entre 15 % (CIA américaine) et 25 % du PIB (E. Chevarnadzé, ancien ministre des affaires étrangères), soit entre trois et cinq fois le taux américain (5 % du PIB). Réf. : Soulet (2000, p. 162), op. cit.
57 Fedorovski (2007, p. 173), op. cit.
58 Concept de sécurité nationale de la fédération de Russie (2000), op. cit.
59 « Armée russe : Medvedev fixe les priorités », Rossiiskaïa gazeta, 21/07/2009, www.fr.rian.ru.
60 « La Russie modernisera son arsenal nucléaire », V. Verkhovtsev, 04/09/2009, www.fr.rian.ru.
61 « Charges nucléaires : le décalage de la Russie doit demeurer important », S. Karaganov, 1/07/2009, wwww.fr.rian.ru.
62 Géronimo J. (2007) : « Le retour de l’atome rouge’, Revue regard sur l’Est, 30/09/2007. Papier publié également (en russe) dans la revue biélorusse de géopolitique « Bechik », n° 2, 2008 (pp. 105-108), la Revue Eurasia, n° 4, 2009 et sur geostrategie.com.
63 Gareev M. (2007, p. 6) : « La Russie sera l’arbitre géopolitique des conflits à venir », 26/01/2007, www.voltairenet.org.
64 « ABM : le renoncement des Etats-Unis serait un ‘grand pas en avant’ « , V. Poutine, 03/07/2009, www.fr.rian.ru.
65 Gareev (2007, p. 3), op. cit.
66 « Quel nouveau concept stratégique pour l’Otan ? », F. Loukianov, 04/09/2009, www.fr.rian.ru.
67 Kagan (2006, p. 138), op. cit.
68 « La gouvernance unipolaire est illégitime et immorale », discours de V. Poutine à la conférence de Munich, 13/02/2007, www.voltairenet.org.
69 Kagan (2006, p. 46) op. cit.
70 Sous l’impulsion russe, le renforcement de l’alliance politico-stratégique OCS (Organisation de coopération de Shanghai) semble justifié et, selon une logique d’équilibre stratégique, adapté à l’avancée provocante de l’Otan en zone post-soviétique. L’organisation de Shanghai est une organisation régionale qui regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, la Kirghizie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Elle a été crée à Shanghai les 14 et 15 juin 2001 par les présidents des six pays eurasiatiques. D’autre part, l’OTSC (Organisation du Traité de sécurité collective), regroupe actuellement sept Etats – Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizie, Tadjikistan, Russie et Ouzbékistan – qui couvrent près de 70% du territoire de l’ex-URSS. Elle est politiquement dominée par la Russie. Le traité de sécurité collective a été signé en 1992 et faisait alors figure de bras armé de la CEI, luttant notamment contre le terrorisme et la mafia ; par la suite, elle a étendu son action à la sphère politico-stratégique. Aujourd’hui, avec le déclin de la CEI, l’OTSC reste très active en Asie centrale et apparaît désormais comme le complément politico-militaire de la communauté économique eurasienne (CEEA), qui regroupe la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan.
71 « Russie-Otan : Moscou dénonce les velléités expansionnistes de l’Alliance », S. Riabkov, 20/03/2009, www.fr.rian.ru.
72 Facon (2007, p. 10), op. cit.
73 « Zapad : 19 ans de manœuvres de grande envergure aux portes de l’Occident », I. Kramnik, 09/09/2009, www.fr.rian.ru.
74 « Otan-Russie : la reprise de la coopération ne profite qu’à l’Alliance », L. Ivachov, 29/06/2009, www.fr.rian.ru.
75 « La gouvernance unipolaire est illégitime et immorale », V. Poutine, 13/02/2007, op. cit.
76 Depuis 2009, l’Europe conduit une politique particulièrement active en zone post-soviétique, dans une région qu’elle appelle désormais « le voisinage partagé ». Par ce biais, elle s’octroie un droit de regard et d’intervention menaçant les prérogatives russes au cœur même de son espace historique.
77 Par exemple l’initiative de la dette PPTE (pour les pays pauvres et très endettés) proposée au Kirghizstan vise, de manière implicite, à déconnecter ce pays de l’influence (et de la culture) russe et à imposer un modèle libéral de développement. En quelque sorte, il s’agit de créer une nouvelle dépendance (politique) à l’égard de l’Occident. Sur ce thème, voir : Géronimo J. (2007) : ‘Les leviers d’une stratégie anti-russe’, Nouvelles Fondations – La Revue, n° 6, juillet 2007. Papier publié (en russe) dans la Revue « Obshestevennyi Reiting », Bichkek, Kirghizistan (19/04/2007) et www.cairn.info
78 GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) : alliance politique, économique et stratégique destinée à renforcer, hors de la tutelle russe, l’indépendance et la souveraineté de ses pays membres. En fait, cette alliance est une instrumentalisation américaine orientée contre la Russie
79 « Washington promouvra l’indépendance de l’Asie centrale », W. Burns, 24/07/2009, www.fr.rian.ru.
80 Brzezinski (2008, p. 199), op. cit.
81 Brzezinski (2004, p. 98), op. cit.
82 Zinoviev (1999, p. 103), op. cit.
83 Gareev (2007, p. 5), op. cit.
84 « Caucase du Nord : intensifier la lutte contre le terrorisme », D. Medvedev, 19/08/2009, www.fr.rian.ru.
85 « Caucase du Nord : les terroristes manipulés depuis l’étranger », V. Vassiliev, 17/07/2009, www.fr.rian.ru.
86 Fontanel J. (1998, p. 6) : « L’économie russe, ou la transition douloureuse » in « L’avenir de l’économie russe en question », PUG (sous la direction de).
87 Cité par Loupan (2000, p. 215), op. cit.
88 Cité par Loupan (2000, p. 214), op. cit.
89 « Les Etats-Unis souhaitent une Russie puissante, pacifique et prospère », 27/07/2009, www.fr.rian.ru.
90 Brzezinski (2008, p. 208), op. cit.
91 Gareev (2007, p. 4), op. cit.
92 Gomart (2006, p. 11), op. cit.
93 Les Etats (principalement) concernés sont : l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, l’Ukraine, le Kirghizstan et, depuis peu, la Biélorussie qui s’est éloignée de Moscou.
94 Brzezinski (2004, p. 296), op. cit.
95 Kissinger (2004, p. 13), op. cit.
96 Cité par Loupan (2000, p. 212), op. cit.
97 Gorbatchev (1990, p. 33), op. cit.
98 « El Che en la revolucion cubana », La Habana, ediciones del Minaz, t. 6, p. 562.
Jean Geronimo : Docteur en Sciences économiques. Spécialiste de l’URSS et des questions russes. Mail : Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr
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