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Timestamp: 2017-10-21 10:09:00+00:00

Document:
La guerre aérienne des Alliés et l’effondrement du Reich.
Sujet: La guerre aérienne des Alliés et l’effondrement du Reich. Dim 20 Jan - 12:56
Le premier a été pris à Kassel, en octobre 1943;le deuxième à Hambourg,
en août 1943. Ils montrent les restes carbonisés de trois civils allemands
(deux adultes et un bébé), victimes des « bombardements de terreur »
anglo-américains. Ils ont été publiés dans l’ouvrage de Jörg Friedrich :
Les « bombardements de terreur »
L’Allemagne avant.
L’auteur a effectué un intéressant travail qui permet au néophyte de comprendre
ce que furent ces bombardements de terreur.
Dans une première partie, il publie des photographies prises entre 1898 et 1939,
qui montrent des villes d’Allemagne avant la guerre (pp. 8-37).
Au fil des pages,on découvre Halberstadt, Würzburg, Leipzig, Ulm, Köln,Lübeck, Magdeburg…
Ici, des enfants jouent;là des adultes vaquent à leurs occupations quotidiennes :
un boulanger qui livre du pain, une marché aux fleurs,une parade militaire…
Tout respire le calme et la tranquillité.
L’arsenal destructeur des Alliés.
Puis la guerre arrive et l’on voit Arthur Harris, l’homme qui coordonna
les bombardements de terreur avec une équipe de pilotes (p. 40),
Winston Churchill devant une immense forteresse volante (p. 41),
un équipage prêt à partir en mission (p.41) et un bombardier au décollage (p. 42).
Les pages suivantes montrent ces forteresses volantes en formation dans le ciel,
elles se dirigent vers l’objectif.Viennent ensuite les clichés montrant le largage
d’engins explosifs ou incendiaires (pp. 44-45),d’immenses bombes de 500 kg
tombent. (p. 46).
Tornades de feu.
Suivent des photographies hallucinantes prises au sol et montrant, dans la nuit,
des bâtiments en flammes:Berlin (des immeubles ravagés par le feu),
Hambourg (des pompiers après un « petit » bombardement en février 1943),
Brême (un tramway en flammes dans une rue incendiée ),Essen, Aachen, Nuremberg... (pp. 50-57)
Des avions alliés s’écrasent au sol.
Naturellement,toutes ces opérations ne pouvaient se dérouler sans que
des avions ne s’écrasassent au sol.
Après avoir montré la carcasse d’un Lancaster tombé près de Berlin en 1943
et le cadavre d’un pilote britannique relevé près de Hambourg en 1940 (p. 58),
l’auteur publie les clichés d’aviateurs britanniques,canadiens et anglais
faits prisonniers (pp.58-59,voir photo 1,voir photo 2).
Une autre photo montre une scène qui se passe à Essen, durant l’été 1944 :
un pilote américain tombé est emmené, sous bonne escorte,dans une baraque
en bois (voir photo). Sur son passage, des civils et des militaires allemands
se sont massés, adoptant une attitude parfois hostile ;l’un d’entre eux,
un homme âgé montre son poing (p. 59)
[Pour plus d’informations sur le traitement réservé aux pilotes alliés tombés
entre les mains des Allemands,].
La défense allemande contre les avions.
Après avoir montré les bombardiers anglais, l’auteur nous fait découvrir
en quelques images la défense allemande contre les avions (pp. 62-66) :
un chasseur Messerschmitt BF 109, d’immenses projecteurs destinés à repérer
les appareils ennemis, une mitrailleuse anti-aérienne, des canons de 88 mm
en action, des civils auxquels on montre une bombe incendiaire…
Des détenus des camps utilisés pour déblayer.
Sur la page suivante, au-dessous d’un cliché montrant d’énormes bombes
anglaises et américaines (plusieurs centaines de kg) retrouvées non explosées
après un bombardement,est publiée une photographie insolite :
autour d’une bombe non explosée, des déportés en tenue rayée posent, décontractés,
en compagnie de militaires allemands.La légende porte simplement :
« KZ-Bergungskommando », ce que l’on peut traduire par :
« Commando de sauvetage issu d’un camp de concentration » (voir photo).
Ces prisonniers étaient très probablement employés à ramasser les énormes
bombes retrouvées intactes après les raids aériens. Cela n’a rien de surprenant :
on sait depuis toujours que les Allemands ont utilisé des déportés pour différentes tâches
après les bombardements. A la page 100,d’ailleurs,J. Friedrich en montre
deux qui déblayent un bâtiment touché à Brême le 13 juin 1943.
Bien que l’on ne puisse en tirer aucune conclusion générale, il est tout de même intéressant
de souligner que ces déportés ne sont pas réduits à l’état d’épaves terrorisées
et vêtues de loques;ils sont propres,bien chaussés,bien vêtus
et paraissent en bonne santé.
La Défense passive.
Après la défense active contre les avions, J. Friedrich nous fait découvrir
la défense passive au sol.Les clichés défilent, montrant des équipes
de secouristes en action (pp. 68-75) :des gens casqués manient des lances
à incendie à Hambourg et à Kassel ; trois garçons appartenant aux Jeunesses hitlériennes
arrosent un incendie ; devant un camion de pompier,des jeunes filles assemblent de gros tuyaux;
à Berlin, trois hommes font la chaîne avec des seaux
sur une maison dont toutes les vitres ont volé en éclat ;une équipe de secouristes pose
dans un hôpital détruit et incendié à Cologne;deux sauveteurs visiblement exténués et abattus,
munis de masques à gaz et d’une lampe électrique,
semblent revenir de mission (Berlin, juin 1943)…
Abris pour la population
L’auteur aborde ensuite les mesures prises par les autorités pour (tenter de)
protéger la population contre les bombardements. Outre la construction
de blockhaus en béton armé (comme à Hanovre, p. 78), les Allemands reconvertissaient
d’anciens bâtiments très solides en abris après avoir muré
les ouvertures (« l’Arche de Noé » à Brême [pp. 79 et 94], le « Zoo-Bunker »
à Berlin [pp. 84-85]).
Certains abris construits spécialement étaient dotés de tout ce qu’il fallait pour
vivre le plus confortablement possible : génératrices de courant, aérateurs
(pp. 90-91), espaces avec des tables munies de nappes et ornées de fleurs (p.89),
dortoirs avec lits superposés comprenant matelas et couvertures (p. 88),
salles d’opération pour les blessés (p. 91 ; voir photo).
Souvent,toutefois, les abris n’étaient que de simples galeries souterraines munies,
le long des parois, de bancs où les gens s’asseyaient en attendant la fin
de l’alerte (pp. 80-81).
Ailleurs, d’anciennes caves avaient été reconverties (p. 82);
certaines ressemblaient à des églises avec leurs rangées de bancs placés
perpendiculairement aux murs (p. 81 ; voir photo).
Dans d’autres, plus petites, des chaises et des fauteuils avaient été placés
le long des parois et les gens se retrouvaient assis autour d’une simple table (p. 83).
J. Friedrich publie certaines photographies montrant ces civils terrés.
Berlin 8 août 1944, l’alarme a retenti : une mère et ses deux enfants
descendent dans une galerie basse. Ils emportent des couvertures,
des valises et leur radio. La mère semble anxieuse, le jeune garçon résigné…(p. 82).
Dans le bunker du zoo, des dizaines de voitures d’enfants sont entassées ;
au premier plan, une jeune mère tient son bébé dans ses bras (p. 85).
Dans un autre abri, une dame se maquille (p. 88) ;
- une jeune fille se couche, souriante (p. 88) ;
sur les genoux d’un homme âgé, une petite fille joue,
insouciante (p. 89). Mais beaucoup de visages sont graves ou tristes :
dans un abri de Hambourg, un homme se penche et parle à une femme
visiblement désemparée, le regard vide (p. 89)…
A la page 93, une photographie saisissante montre l’impact d’une bombe
de 1 000 kg sur un bunker à Hambourg, par suite du bombardement
du 28 juillet 1943 (100 000 morts environ).
Touché de plein fouet,le mur en béton armé n’a pas résisté.
Arrachant l’armature interne, le projectile a creusé un trou béant
de 1,80 x 2,5 m. Preuve que les bunkers n’étaient pas à toute épreuve.
Dans les villes détruites après les bombardements.
Les pages suivantes sont consacrées à l’après bombardement.
A Berlin, dans la nuit éclairée par les lueurs des incendies,une équipe
de soldats armés de pelles part déblayer les ruines (p. 98).
A Hambourg, après le grand bombardement de juillet 1943, une équipe
inspecte les gravats (p. 99).
A Kassel, certains objets qui ont pu être sauvés des maisons détruites
sont mis sur le trottoir (p. 105).
Mais ce que l’on recherchait surtout, c’était les victimes.L’auteur commence sobrement,
avec un cliché montrant,sur le mur d’une maison de Hambourg
gravement détruite, une simple inscription : « Où est ma mère ? »
(Wo ist meine Mutter ?), signé Robert Zöllner (p. 106 ; voir photo).
En face, une photographie prise à Berlin montre une équipe de secours
qui sort un blessé d’une maison (p. 107).
- Puis viennent des images plus terribles :une femme morte sur un trottoir,
face contre terre (p. 108) ;
- un cadavre à demi décomposé extrait d’un sous-sol à Kassel
en octobre 1943 (p. 109) ;
- des ossements humains trouvés dans
une cave à Leipzig (pp. 110-111) ;
- des corps découverts au cours du déblaiement à Nuremberg (p. 112) ;
- des cadavres devant l’entrée d’un abri à Dortmund en octobre 1944 (Id.) ;
- un cadavre de femme déposé sur une grille par des soldats (p. 113)…
A la page suivante,un déporté muni de gants en caoutchouc manipule
des restes humains carbonisés.
Suivent deux clichés pris à Kassel en octobre 1943 :
- sur le premier, un homme recouvre d’une poudre blanche
(vraisemblablement de la chaux) le cadavre d’une femme retiré
des décombres ;
- sur le deuxième, un soldat dépose dans une grande bassine
un reste humain carbonisé alors qu’au premier plan,
on distingue nettement le bas d’un corps (deux jambes et bassin).
Tournons la page. Une maison détruite à Hambourg s’offre à notre regard.
Sur le mur encore debout, on a écrit :
« 40-50 morts » (40-50 Tote).
Une flèche indique l’entrée d’une cave qui a déjà été déblayée.
(p.118;voir photo).
Il ne reste plus qu’à retirer les corps.
En face, un cliché montre, dans une maison de repos berlinoise, un cadavre
de femme retrouvée dans son lit.
Au-dessous, deux femmes et une fillette gisent dans une cave à Hambourg :
elles sont mortes asphyxiées par le monoxyde de carbone (p. 119;voir photo).
Puis apparaissent des cadavres de soldats. Des Allemands ?
Non, des officiers américains du Stalag XIIA morts sous les bombes de leurs compatriotes
le 23 décembre 1944 (le bombardement fit 26 morts et 100 blessés parmi
les prisonniers de ce camp ;p.120).
Nous en arrivons alors aux images les plus terrifiantes ; les morts succèdent
aux morts, asphyxiés, brûlés, déchiquetés :un garçon des Jeunesses hitlériennes recouvre
d’un matelas le cadavre d’une jeune enfant (p. 121) ;
un tas de cadavres à Hambourg dont certains, carbonisés, ressemblent
à des statues de bronze (p. 122) ; des gens asphyxiés et à moitié brûlés
dans une cave (p. 123) ; des crânes et des ossements humains découverts
en août 1943 dans un sous-sol à Hambourg (le grand bombardement datait
du 30 juillet) ; des cadavres carbonisés à Brême et à Hambourg (pp. 124,
126 et 127 ; voir photo pour Brême ;voir photo pour Hambourg) ;
les restes carbonisés d’une femme et d’un bébé à Hambourg (p. 125,voir photo) ;
des cadavres d’animaux au zoo de Berlin (pp. 128-129) ;
des corps d’hommes et de femmes à Kassel, Leipzig et Nuremberg,
ils ne portent aucune trace du brûlure,la mort a dû survenir par asphyxie
(pp. 130-131) ;des cadavres alignés pour identification à Nuremberg
en août 1943 (p. 131, voir photo) ;
les restes carbonisés d’une femme mis en bière à Kassel (voir photo)…
L’auteur termine avec les clichés très connus de Dresde:
les cadavres et les bûchers en plein air,sur des poutrelles en fer (pp. 134-135).
Suivent deux clichés pris à Pforzheim en 1945.Sur des ruines, des croix
et des écriteaux ont été plantés avec les noms de victimes (pp. 136-137).
Les victimes dans le camp d’en face.
Par obligation, opportunisme ou honnêteté, l’auteur poursuit en s’intéressant
aux victimes d’en face. Il montre des aviateurs anglais morts dans la chute
de leur appareil (p. 139), une fabrique de bombes allemande (p. 140),
et trois clichés pris suite aux attaques allemandes sur l’Angleterre :
quatre sauveteurs emmènent le cadavre d’une londonienne tuée par l’explosion
d’un V2 en mars 1944 ; des cadavres sont glissés dans des sacs à Catford,
après que des bombes furent tombées sur une école;des juifs religieux lisent
dans un abri à Londres (p. 141).
Vient ensuite le cliché très connu d’une jeune polonaise de Varsovie en pleurs
devant le cadavre de sa mère tuée lors du bombardement de la ville par
la Luftwaffe le 25 septembre 1939 (p. 142).
Aucun parallèle ne peut être établi entre le bombardement de Varsovie
ou l’envoi de fusées « V » sur l’Angleterre et les « bombardements de terreur »
alliésLes bombardements à l’aide des fusées « V » ne furent qu’une mesure
de représailles désespérée.
Là encore, ces documents appellent plusieurs commentaires.
On dresse souvent un parallèle entre les bombardements de terreur
anglo-américains et les attaques de V1 et de V2 sur l’Angleterre.
C’est une erreur. Les fusées « V » furent envoyées dans les derniers mois
de la guerre à titre de représailles, dans l’espoir (vain) qu’elles permettraient
d’obtenir une diminution des raids terroristes et dans l’attente d’un très
improbable retournement de situation. A Nuremberg, H. Göring le concéda
sans aucune difficulté. Après avoir rappelé que les Alliés avaient par avance
refusé toute offre de paix allemande et qu’ils désiraient forcer le Reich
à une reddition sans condition[1],
il fit au procureur général américain les réponses suivantes :
ACCUSÉ GÖRING.[…] Si je n’ai aucune chance de conclure la guerre par
des négociations, alors il est inutile de tenter de négocier et il faut déployer
tous ses efforts pour essayer de forcer le destin en faisant appel aux armes […].
Si [en 1945] j’avais disposé de bombardiers et de carburant, j’aurais,
bien entendu, continué jusqu’à la dernière minute, quelles qu’eussent été
nos chances, les attaques de ce genre [bombardements] comme mesures
de représailles contre les attaques qui étaient dirigées sur les villes allemandes.
M. JUSTICE JACKSON. En ce qui concerne les attaques par les avions robots,
y eut-il encore des avions robots après le mois de janvier 1945 ?
ACCUSÉ GÖRING. Grâce à Dieu, nous avions encore une arme dont nous pouvions
nous servir ! Je viens de dire qu’aussi longtemps que durerait le combat,
nous devrions riposter. En tant que soldat, je puis seulement regretter que
nous n’ayons pas eu suffisamment de ces bombes V1 et V2, car une diminution
des attaques sur les villes allemandes ne pouvait s’obtenir qu’en infligeant
à l’ennemi des pertes aussi lourdes que les nôtres […]. Aussi longtemps que
mes ennemis me menacent et exigent une reddition sans condition, je me bats
jusqu’à mon dernier souffle, car il ne reste rien, à l’exception peut-être de la
chance de voir changer la destinée, d’une manière quelconque, bien que la
situation semble désespérée [TMI, IX, 459-460].
On le voit,loin d’être une stratégie minutieusement préparée et mise en place
dans le but d’obtenir une victoire militaire par l’écrasement total de l’ennemi
ce que furent les bombardements de terreurs alliés,le lancement de fusées «V»
fut une ultime manœuvre désespérée,décidée et réalisée dans l’urgence avec
un manque de moyens manifeste. Un peu comme l’homme qui, entravé et sur
le point de mourir étranglé par un agresseur ayant juré sa perte, lui décoche
un ultime coup avec son pied resté libre.
La vérité sur le bombardement de Varsovie.
Concernant Varsovie,il faut savoir que depuis le 24 septembre, la Pologne
était battue. Il ne restait que trois poches de résistance : Modlin,
la presqu’île de Héla et Varsovie.
Cette dernière ville étant totalement encerclée,les Allemands lui demandèrent
de se rendre. A Nuremberg, H.Göring expliqua :
"On refusa de rendre la ville.Je me rappelle au contraire les appels qui ont
encouragé toute la population civile de Pologne ainsi que les habitants
de Varsovie à offrir une résistance, qu’il s’agisse des militaires, mais aussi
des civils, ce qu’on sait être en contradiction avec le Droit international.
Nous avons encore adressé un autre avertissement. Nous avons commencé
à envoyer non des bombes, mais des tracts dans lesquels nous demandions
à la population de cesser le combat. Puis, comme le commandant demeurait
sur ses positions, nous avons demandé l’évacuation de la population civile,
avant le bombardement. Nous avons reçu un message par radio selon lequel
le commandant désirait envoyer un parlementaire ; nous avons consenti mais
nous l’avons attendu en vain. Nous avons alors demandé et obtenu que le corps diplomatique
et tous les neutres quittent Varsovie par une route que nous avions indiquée.Ce qui fut fait.
Puis,après avoir déclaré dans un dernier appel que
nous allions être dans l’obligation d’attaquer sérieusement la ville si aucune
reddition ne survenait, nous avons commencé à attaquer d’abord les forts,
puis les batteries disposées dans la ville et enfin les troupes.
Telle fut l’attaque de Varsovie." [Ibid. , p.362].
En agissant ainsi,les Allemands avaient parfaitement respecté la Convention
de La Haye sur les « lois et coutumes de la guerre sur terre »,
et plus particulièrement l’article 26 qui stipulait :
Le commandant des troupes assaillantes,avant d’entreprendre le bombardement,
et sauf en cas d’attaque de vive force,devra faire tout ce qui dépend de lui
pour en avertir les autorités.
Ces rappels démontrent que les civils tués à Varsovie ne sont pas morts suite
à des bombardements de terreur, mais suite à des opérations strictement
militaires ; la faute revient en outre aux autorités polonaises qui refusèrent
d’évacuer la ville[2].
Par conséquent, on ne saurait dresser un parallèle entre Varsovie
et Hambourg ou Dresde.
La vie immédiatement après les bombardements.
Poursuivant son exposé,J. Friedrich consacre un chapitre à l’organisation
de la vie peu après les bombardements. Après avoir montré une infirmerie
mobile de la Croix-Rouge dans laquelle des premiers soins étaient administrés,
puis un bloc opératoire où deux blessés sont opérés, l’auteur s’intéresse
au ravitaillement des populations sinistrées :distribution d’eau à Hambourg
et à Braunschweig (pp. 150-151), préparation de soupes populaires dans
d’immenses autocuiseurs (p. 154), marmites chauffées avec des moyens
de fortune à Berlin en 1944 (p. 156), garçons des Jeunesses hitlériennes
les bras chargés de pains qu’ils vont distribuer (p. 156), vieilles femmes confectionnant
des sandwichs à la chaîne à Berlin en février 1945 (p.158),
distribution de rations de saucisses à Hambourg en 1943 (p.159),
distribution de soupe chaude à Berlin, à Brême et à Kassel (pp.155,160 et 161),
sinistrés mangeant leur soupe en plein air,debout ou assis sur des caisses
à Kassel en octobre 1943 (voir photo):
Ruines et villes englouties.
La chapitre suivant est consacré aux destructions matérielles causées par les bombardements.
Bien qu’on n’y voie aucun cadavre, les clichés sont terrifiants. Immeubles éventrés,
pans de murs branlants, toits effondrés, maisons soufflées, intérieurs dévastés,
cimetière retourné, églises détruites, bibliothèque universitaire rasée, route suspendue
à demi effondrée, carcasses calcinées de wagons,
de trams et de voitures (pp. 168-183).
Quatre clichés aériens montrent des villes englouties :Rostock, Darmstadt,
Nuremberg, Hambourg (pp. 184-185, voir photo de Hambourg).
Suivent des photographies prises dans les rues ou du haut de certaines ruines.
Au fil des pages,ainsi, le lecteur évolue dans ces villes dévastées devenues
des cités fantômes : Mannheim, Paderborn, Hildesheim, Berlin, Nuremberg
(voir photo), Cologne, Pforzheim, Hanovre…Telles des ombres, quelques civils apparaissent
au milieu des ruines (pp. 186-195).
Le quotidien des civils dans les ruines.
J. Friedrich s’intéresse ensuite au quotidien des civils dans les villes englouties.
Car la vie devait continuer.A Remagen, à Hambourg et à Frankfort,des gens
marchent dans des rues encombrées de gravats (pp. 203-204).
A Dresde,après le grand bombardement de février 1945, des vieillards déblayent
les voies en entassant des briques (p. 210).
A Cologne, une femme a sorti tout le mobilier et le linge qu’elle avait pu sauver
de son habitation détruite : quelques chaises, des matelas, un sommier,
une table cassée, des planches,une bassine en zinc…
Assise devant ce bric-à-brac,elle attend (p. 211, voir photo).
Les immeubles étant détruits, la vie s’organisait dehors.A Cologne, des soldats
en permission discutent assis à une table d’intérieur désormais installée
en plein air (p. 209).Ailleurs, une petite fille dort sur un matelas mis dans la rue ;
derrière elle,une femme s’allonge comme elle le peut pendant qu’une vieille
est assise, emmitouflée (p.208, voir photo):
Privés de leurs locaux, de nombreux commerçants exposaient ce qui leur restait
sur les trottoirs.L’auteur publie quelques clichés insolites :un étalage de vaisselle
en pleine rue à Brême en 1942 (p. 203) ; des mannequins avec des costumes
sur le trottoir en juin 1943 (p. 205) ;la caisse d’une pâtisserie et quelques
présentoirs à gâteaux posés à même le sol, dans la rue, à Berlin en juin 1943
(p. 209) ; un marchand de conserves a refait son magasin dans une cave :
il expose à même le trottoir (p. 211, voir photo).
(Afin de secourir les sinistrés, les dirigeants allemands expédièrent dans le Reich
du mobilier des habitations juives laissées vacantes notamment en France ;
en 1945, ces expéditions furent présentées comme des opérations de pillage.
J. Friedrich publie également quelques photos prises à Berlin en février 1945.
Dans une rue bordée de bâtiments détruits,un groupe de femmes et des enfants chargés
de bagages attend ; certains portent des lunettes de protection (p. 205).
A la gare, on procède, dans le calme, à des évacuations : deux femmes
avec bagages et landaus attendent elles aussi (p. 213).
Une dame et sa petite fille se tiennent près d’une valise et de quelques sacs (p. 212)…
Les clichés qui suivent montrent Josef Goebbels qui s’entretient avec un blessé
à Essen en 1943 (p. 219), H. Göring qui prend un bain de foule à Berlin (Id.),
la visite de Gauleiter à Kassel en octobre 1943 (pp. 220-221).
Puis viennent les photos des cérémonies d’enterrement à Braunschweig,
à Hambourg, à Paderborn (pp. 222-223).
Dresde:13/14 février 1945:crématoire à ciel ouvert:
Le dernier chapitre est consacré à la reconstruction. L’auteur montre des villes,
des rues ou des bâtiments tels qu’ils étaient avant la guerre ou après les bombardements,
et tels qu’ils sont aujourd’hui.
Les « bombardements de terreur » face à la morale
La principale question qui se pose.
Comme on pouvait s’y attendre, la parution de ce livre a provoqué d’intenses
débats outre-Rhin.D’après notre correspondant allemand qui nous a rendu
compte de la polémique,J. Friedrich que l’on ne peut soupçonner de sympathie
envers le national-socialisme;il a notamment collaboré à la rédaction
de « l’Encyclopédie de l’Holocauste » a été attaqué au motif qu’il présentait
les Allemands comme… des victimes. Le fait que nos voisins se disputent sur
ce point est symptomatique du national-masochisme qui règne là-bas.
Victimes, les Allemands l’ont été, c’est évident.
La vraie question qui se pose est la suivante:les « bombardements de terreur »
anglo-américains étaient-ils moralement défendables ?
Pour y répondre,il est intéressant d’aborder le problème sous l’angle
La quatorzième convention de La Haye
Elle prohibe les bombardements aériens.
Très peu de gens le savent,il existe une quatorzième convention de La Haye,
signée comme les autres le 18 octobre 1907, qui interdisait la décharge
« de projectiles et d’explosifs à partir de ballons ».
Les signataires se déclaraient d’accord pour interdire (je souligne)
« la décharge de projectiles et d’explosifs à partir de ballons
ou par d’autres nouvelles méthodes d’une nature analogue ».
La dernière partie de la phrase est capitale:de façon évidente,le législateur
avait anticipé les progrès de l’aviation et avait par avance interdit
Cette convention a été ratifiée par l’Angleterre et les Etats-Unis le 27 novembre
1909 (l’Allemagne, quant à elle, avait signé une première convention
sur le sujet le 4 septembre 1900).
Par conséquent,on peut dire qu’en adoptant la stratégie des
« bombardements de terreur »,les Anglo-américains ont renié leur signature
et violé le Droit international.
L’objection qui peut être soulevée.
Mais certains pourront répondre que,dans les faits, cette quatorzième convention
avait cessé d’exister dès 1918, puisque tous les belligérants avaient développé
pendant la première guerre mondiale une aviation de chasse et de bombardement.
L’annexe à la quatrième convention de La Haye
Son article 25 interdit le bombardement des villes ouvertes.
Admettons. Mais il convient alors de rappeler que, dans son article 25,
l’annexe à la quatrième convention de La Haye du 18 octobre 1907
(qui fixe les « lois et coutumes de la guerre sur terre ») stipule :
Il est interdit d’attaquer ou de bombarder, par quelque moyen que ce soit,
des villes, villages, habitations qui ne sont pas défendus.
Or, il va de soi que, notamment dans les derniers mois de la guerre,
l’Allemagne était absolument sans défense face aux bombardiers
Par conséquent, personne ne peut contester que les Alliés ont sciemment
violé le Droit international.
Première objection : la Convention s’intéresse à la guerre sur terre.
On pourra objecter que l’annexe à la quatrième convention de La Haye s’intéresse
à la guerre sur terre, pas dans les airs.
L’article 1er de ladite convention déclare en effet (je souligne) :
Les Puissances contractantes donneront à leurs forces armées de terre
des instructions qui seront conformes au Règlement concernant les lois
et coutumes de la guerre sur terre, annexé à la présente Convention.
Pourquoi elle doit être rejetée.
Cet argument doit cependant être rejeté pour trois raisons qui se complètent :
1°) En tant qu’il opère le bombardement d’une ville sans rencontrer de résistance
aérienne notable,un avion participe,de fait, à la guerre sur terre.
2°) Si, en 1907, les armées de l’air avaient existé, le législateur leur aurait
interdit les bombardements.
Je fonde ma conviction non seulement sur la quatorzième convention de La Haye
citée plus haut, mais également sur la neuvième, qui réglait
« le bombardement par les forces navales en temps de guerre ».
L’article 1, § 1, énonçait :
Le bombardement par des forces navales de ports,villes,villages,
habitations,ou constructions non défendus est interdit.
C’est clair:en 1907, le législateur avait interdit aux deux armées existantes
(l’armée de terre et l’armée de mer) le bombardement d’objectifs non défendus.
Dès lors, on peut être sûr que si l’armée de l’air avait existé, il lui aurait signifié
la même interdiction.
La Conférence de Washington confirme.
3°) D’ailleurs, de décembre 1922 à février 1923, à La Haye, une commission
de juristes nommée par la Conférence de Washington fut chargée de combler
le vide laissé en 1907 et de rédiger un code de la guerre aérienne.
Elle rendit un texte précis qui consistait en 62 articles.
Les articles 22 et 24 stipulaient :
Article 22. Les bombardements aériens destinés à terroriser la population civile
ou à détruire ou endommager la propriété privée qui n’a pas de caractère militaire,
ou à blesser des non-combattants, sont prohibés.
1. Les bombardements aériens ne sont licites que s’ils dirigés contre un objectif militaire,
c’est-à-dire un objet dont la destruction ou l’endommagement
constituerait un avantage militaire distinct pour le belligérant.
2. De tels bombardements ne sont licites que s’ils sont dirigés exclusivement
contre les objectifs suivants : forces militaires ; ouvrages militaires ;
établissements ou dépôts militaires ; usines constituant des centres importants
ou notoires de la fabrication d’armes, de munitions ou de produits nettement militaires ;
lignes de communication ou de transport employées dans des buts
3. Le bombardement de villes, hameaux, villages, maisons habitées ou bâtiments
qui ne sont pas dans le voisinage immédiat des opérations de forces terrestres
est prohibé. Dans le cas où les objectifs spécifiés au paragraphe 2 sont tellement situés
qu’ils ne peuvent pas être bombardés sans le bombardement indiscriminé
de la population civile, la force aérienne doit s’abstenir du bombardement.
4. Dans le voisinage immédiat des opérations de l’armée de terre,
le bombardement des villes, hameaux, villages, maisons habitées ou bâtiments
est licite pourvu qu’il y ait une présomption raisonnable que la concentration
militaire est suffisamment importante pour justifier ce bombardement, eu égard
au danger causé ainsi à la population civile.
Ces deux paragraphes condamnent les « bombardements de terreur »
tels qu’ils ont été pratiqués par les Anglo-américains pendant
Nouvelle objection:le code de guerre aérienne n’a ni signé,ni ratifié.
Mais j’entends déjà la réponse qui me sera faite en face :
vous invoquez, me dira-t-on, la Conférence de Washington, mais vous oubliez
de dire que le code de la guerre aérienne n’a été ni signé, ni ratifié par
les gouvernements[3]. Dès lors, il n’avait aucune force de loi…
Troisième objection plus générale : H. Göring lui-même a déclaré
que les conventions de La Haye ne s’appliquaient plus lors de la deuxième
…Quant aux conventions de La Haye, même à admettre qu’elles interdisent implicitement
les bombardements aériens des villes ouvertes, vous oubliez là
encore de dire que l’évolution de la technique (qui avait transformé les conflits
en guerres totales) les avait rendues caduques. Ce n’est pas nous qui le disons,
mais vos « amis ».
L’exposé de Göring à Nuremberg.
A Nuremberg, H.Göring a longuement expliqué que les textes de 1907
n’avaient plus cours en 1939. Le 15 mars 1946, il a déclaré :
"C'est avant le conflit polonais que j'ai pour la première fois pris connaissance
des dispositions de La Haye concernant la guerre sur terre.
J'ai alors regretté de ne pas les avoir connus plus tôt. J'aurais dit au Führer
que les dispositions de ces règlements interdisaient toute guerre moderne
et que l'évolution actuelle de la technique contraignait tout belligérant
à se mettre en contradiction avec ces obligations établies […] en 1907.
Il fallait ou les annuler ou fixer un nouveau règlement établi en tenant
compte de l'évolution de la technique.
Mes raisons sont les suivantes : à mon avis, les règlements de La Haye
sur la guerre sur terre étaient absolument justifiés en 1907.
De 1939 à 1945, il ne s'agissait plus uniquement de guerre sur terre,
la guerre aérienne a fait son apparition, elle n’avait pas été prévue à La Haye,
et elle a créé une situation absolument nouvelle qui a bouleversé les conditions existant
à cette époque. Mais ce n'est pas là le point essentiel ; à mon avis,
la guerre moderne, totale, se fait dans trois domaines : la guerre des soldats
sur terre, sur mer et dans les airs, la guerre économique qui est devenue partie intégrante
de toute stratégie moderne et, troisièmement, la guerre de la propagande qui en est aussi
un domaine important. Si, en bonne logique, on accepte ces bases,
il en résulte un certain nombre de conséquences qui pourraient être, à la lettre,
une violation de la logique [de La Haye], mais qui n'en sont pas en réalité.
Si les règlements de la guerre sur terre de la Convention de La Haye prévoient
que les armes de l'adversaire sont considérées comme butin de guerre[4]
il convient tout de même de dire qu’aujourd'hui, dans la guerre moderne,
les armes de l'adversaire n'ont souvent qu'une valeur de ferraille alors que
les matières premières, l'acier, l'aluminium, le cuivre, le plomb, l'étain, semblent
et sont beaucoup plus importants comme butin de guerre que les vieilles armes
prises à l'adversaire. Mais il ne s'agit pas seulement de matières premières
sans considération de savoir à qui elles appartiennent.
Les règlements relatifs à la guerre sur terre de la Convention de La Haye
stipulent , je ne me les rappelle pas très bien maintenant ,que les choses indispensables
peuvent être réquisitionnées, mais seulement avec indemnisation[5].
Cela non plus n'est pas un facteur décisif. Ce qui est décisif, c'est que
dans cette guerre moderne, dans cette guerre économique qui est la base
de toute conduite de la guerre, les produits alimentaires sont absolument
nécessaires et il faut aussi considérer comme indispensables, dans le domaine industriel,
les matières premières. C'est pourquoi on peut considérer qu'ils sont saisissables.
En outre, les usines et les machines font également partie du domaine de la guerre économique.
Si elles ont pu servir à l'adversaire dans le cadre de l’industrie de l'armement ou de la conduite
de la guerre, elles doivent profiter à celui qui, par le moyen d'une décision militaire,
est entré ultérieurement en possessions de ces moyens de production,
qu'il s'agisse de la durée d'un armistice ou de territoires occupés.
Et, ici aussi, la question de la main-d'œuvre joue évidemment un rôle beaucoup
plus grand dans la guerre économique que lors guerres qui ont servi d'exemples
pour établir les dispositions de la Convention de La Haye sur la conduite
des opérations sur terre. En 1907, les guerres les plus récentes, la guerre
russo-japonaise et peut-être la guerre des Boers, menées dans des circonstances
très différentes l'une de l'autre, n’avaient eu lieu que dix ans plus tôt et
pouvaient servir d'exemples.
A cette époque, c'était une guerre entre armées, à laquelle la population civile
prit plus ou moins part. Mais elle ne peut, se comparer à la guerre totale moderne,
qui touche tout le monde, fût-ce un enfant, du fait des bombardements aériens.
A mon avis, la main-d'œuvre,les travailleurs et leur emploi , fait partie intégrante
de la guerre économique. Cela ne veut pas dire que le travailleur doit être
exploité à tel point qu’il en subisse des dommages corporels, mais seulement
que sa capacité de production soit pleinement utilisée. […].
La question de la déportation des travailleurs devait donc être considérée
du point de vue de la sécurité. Nous étions obligés de nourrir, dans la mesure
du possible, l'ensemble du territoire occupé. Nous devions aussi utiliser
la main-d'œuvre et, en même temps, envisager le déplacement de ceux
surtout qui, n'ayant pas de travail dans leur propre pays, représentaient
un danger, du fait de la résistance qui s'organisait contre nous.
Si ces différentes classes ont été déportées en Allemagne pour travailler,
ce fut principalement pour des raisons de sécurité, afin qu’elles ne restent
pas oisives dans leur pays et, partant, soient utilisées pour la lutte contre
nous, mais au contraire pour que nous puissions utiliser leurs services à notre avantage
dans la guerre économique.
En troisième lieu, je désire le mentionner très brièvement et en conclusion,
la guerre de propagande. Un des chefs de l'Acte d'accusation déclare que
nous avons réquisitionné les postes de radio. C'est parfaitement exact.
Car aucun pays n'a ressenti plus profondément que l’Allemagne l'influence prépondérante
de la propagande ennemie, dont les effets se propageaient
jusque dans les moindres recoins du pays. Tous les dangers suscités par
les mouvements de résistance clandestine, la lutte des partisans,
les organisations de sabotage, avec toutes leurs conséquences et,
finalement aussi, cette atmosphère de haine et d'amertume ont atteint
leur paroxysme, dans cette guerre, par la lutte radiophonique.
De même, toutes les atrocités et autres actes de ce genre, qui ne sauraient
être tolérés, sont, en dernière analyse, si l'on considère la question objectivement,
principalement le résultat de la guerre de propagande.
Par conséquent, le règlement de la Convention de La Haye sur la conduite
de la guerre ne peut, à mon avis, servir comme base pour la guerre moderne,
car il ne prend pas en considération les principes essentiels de cette guerre :
la guerre aérienne, la guerre économique, la guerre de propagande."
[TMI, IX, 386-388].
L’appui donné à cet exposé par un avocat allemand.
H. Göring ne fut pas le seul à tenir ce discours.
Dans sa plaidoirie, l’avocat de Rudolf Hess et de Hans Frank,
Maître Alfred Seidl, a expliqué :
[…] il faut encore ajouter quelque chose à propos de la Convention de La Haye
de 1907 sur la guerre sur terre. Les principes qu’elle contient sont inspirés
des expériences tirées des guerres du XIXème siècle.
Ces guerres se limitaient principalement aux forces armées qui y participaient directement.
La première guerre mondiale, déjà, a abandonné ce cadre,
et non seulement du point de vue de l’extension dans l’espace des opérations guerrières.
La guerre devint plutôt un combat d’anéantissement des peuples intéressés dans lequel
chacun des deux partis belligérants mettait en œuvre la totalité de son potentiel de guerre
et toutes ses forces matérielles et morales.
Devant le perfectionnement de la technique de guerre, la deuxième guerre
mondiale devait forcément briser le cadre prévu de la Convention de La Haye
pour la conduite de la guerre […].
Dans ces conditions,on ne peut plus employer les modalités de la Convention
de La Haye sur la guerre sur terre,même dans le sens le plus large et
avec une adaptation adéquate pour fonder là-dessus une responsabilité
pénale personnelle.En l’état des faits, il faut considérer comme impossible
de fixer sur le plan général, et sans équivoque, les éléments constitutifs
de ce que l’on a appelé le crime de guerre[6].
Par conséquent,me dira-t-on,tous vos développements fondés sur le respect
du Droit international s’effondrent puisque,même d’après vos « amis »,
les textes de 1907 n’étaient plus applicables en 1939.
Ma réponse se fera en deux temps.
Il faut être cohérent:à Nuremberg, les juges ont invoqués
les conventions de La Haye pour condamner les accusés.
Certes,concernant les conventions de La Haye, les démonstrations d’H. Göring
et de Me Seidl me paraissent inattaquables. Mais je rappelle que le procès
de Nuremberg a été intenté,entre autres,au nom de ces conventions qui
auraient été violées par les Allemands. L’acte d’accusation, ainsi, regorgeait
de formules du genre : « Des tels crimes et mauvais traitements sont contraires
aux conventions internationales, en particulier à l’article 46 du Règlement
de La Haye de 1907… » (TMI, I, 47) ;
« Ces déportations sont contraires aux conventions internationales,en particulier
à l’article 46 du Règlement de La Haye de 1907, aux lois et coutumes de la guerre… »
(Ibid., p. 54) ;
« Ces meurtres et mauvais traitements étaient contraires aux conventions internationales,
particulièrement aux articles 4, 5, 6 et 7 du Règlement de La Haye de 1907… » (p. 56) ;
« Ces actes étaient contraires aux conventions internationales, particulièrement
à l’article 50 du Règlement de La Haye de 1907, aux lois et coutumes de la guerre…» (pp. 57-58) etc.
Quant au jugement, un chapitre entier était consacré aux :
- « Violation des traités internationaux » par les accusés (TMI, I, 228-230),
avec les conventions de la Haye mentionnées en premier sur la liste (TMI, I, 228).
Plus loin, on trouvait des formules du genre : « La Convention de La Haye de 1907
proscrivait l’emploi dans la conduite de la guerre, de certaines méthodes » (p. 232) ;
« L’article 6, b du Statut [du TMI qui définit les crimes de guerre est]
la reconnaissance officielle des lois de la guerre en vigueur, telles qu’elles sont exprimées
par l’article 46 de la Convention de La Haye » (p. 244)…
Ainsi les vainqueurs ont-ils, de fait,repoussé l’argumentation selon laquelle
les conventions internationales ne s’appliquaient plus pendant la deuxième
guerre mondiale. Dès lors, leurs défenseurs ne sauraient aujourd’hui prétendre
le contraire pour dire que, finalement, les « bombardements de terreur »
au-dessus du Reich étaient légaux. C’est une simple question de cohérence :
vous avez condamné hier les vaincus au nom des lois internationales qu’ils
avaient violées, vous ne pouvez aujourd’hui absoudre les vainqueurs au motif
que lesdites lois ne s’imposaient pas.
[1] « Après le débarquement en Afrique, l’ennemi de l’Ouest déclara,
autant que je m’en souvienne, qu’en aucune circonstance il ne négocierait
avec l’Allemagne, mais la forcerait à une reddition sans condition »
(TMI, IX, 459).
[2] Varsovie tomba définitivement le 29 septembre et eut droit
aux honneurs de la guerre ; Modlin capitula le lendemain et les troupes
qui défendaient Héla se rendirent le 2 octobre.
[3] Voy.Le bombardement des villes ouvertes. Qu’en pensez-vous ?
(éd. du Cerf, 1938), p.36.
[4] Voy.quatrième convention de La Haye, art. 53 :
« Tous […] les dépôts d’armes,et, en général,toute espèce de munition de guerre,
peuvent être saisis, même s’ils appartiennent à des personnes privées […] ».
[5] Voy. l’art. 53 : « L’armée qui occupe un territoire ne pourra saisir
que le numéraire, les fonds et les valeurs exigibles appartenant en propre à l’État,
les dépôts d’armes, moyens de transport, magasins et approvisionnements
et, en général, toute propriété mobilière de l’État de nature à servir aux
opérations de la guerre. Tous les moyens affectés sur terre, sur mer et dans
les airs à la transmission des nouvelles, au transport des personnes ou des choses,
en dehors des cas régis par le droit maritime, les dépôts d’armes et, en général,
toute espèce de munitions de guerre, peuvent être saisis […] mais devront
être restitués et les indemnités seront réglées à la paix ».
[6] TMI, XVIII, 151-152.
Voy. également la plaidoirie de Maître Steinbauer, avocat d’Arthur Seyss-Inquart,
TMI, XIX, pp. 80-81.
Dernière édition par Spartacus le Dim 20 Jan - 13:34, édité 2 fois
Sujet: Re: La guerre aérienne des Alliés et l’effondrement du Reich. Dim 20 Jan - 13:13
La convention de Washington formalisait un droit coutumier.
Cela dit,venons-en à la Convention de Washington et,plus particulièrement,
au code de la guerre aérienne rédigé à La Haye en 1923.
Dans sa plaidoirie pour J. von Ribbentrop,Maître Horn a justement rappelé
qu’il interdisait le bombardement de centres d’habitation de la population civile;
puis il a précisé :
"Bien que la réglementation de La Haye n’ait pas été ratifiée, elle a depuis
été respectée dans la pratique par les belligérants et reconnue comme
Droit coutumier" [TMI, XVII, 604].
A Nuremberg, le droit coutumier a été opposé aux accusés.
L’invocation de la coutume pour pallier une absence de signature et de ratification
pourra faire sourire.
Mais à Nuremberg,ce procédé à été utilisé pour rejeter
l’argument selon lequel l’URSS n’étant pas signataire de la convention de Genève,
l’Allemagne n’avait aucun compte à rendre sur la façon dont elle avait traité
les prisonniers de guerre soviétiques.
Les juges produisirent un document de 1941 dans lequel l’amiral Canaris déclarait
que, convention ou pas, le traitement des prisonniers de guerre obéissait à
des lois d’humanité qui s’étaient dégagées depuis le XVIIIème siècle et que,
du point de vue de toutes les armées, il était « contraire à la tradition militaire
de tuer ou de blesser des gens sans défense » (TMI, I, 243-244).
Le Tribunal estima que ce discours « définissait exactement l’état du Droit » (Id.).
Cette affirmation permit notamment de condamner à mort le maréchal Keitel
(voy. TMI, I, 307-308).
Encore une fois, il faut être cohérent.
Là encore,il faut être cohérent.Puisque la coutume a été utilisée pour condamner
le vaincu dans l’affaire du traitement des prisonniers de guerre, elle doit
également l’être,même si elle est moins ancienne, pour condamner les
« bombardements de terreur » anglo-américains.
Dès 1916, les « bons » fustigeaient les bombardements de villes et de villages.
Avec un autre similaire,le cliché publié en annexe (voir le cliché)
a été publié accompagné d’un texte qui commençait ainsi :
Dévastation des dévastations et tout n’est que dévastation !
Ce cri jaillira de tous les cœurs à la vue du spectacle abominable que nous donne,
de la malheureuse ville de…, les deux photographies ci-dessus.
Elles stigmatisent à jamais la main des bandits qui s’est appesantie sur elle.
Ce document, pris d’en haut, d’un avion, nous étale toute son horreur.
Non, il ne s’agit pas d’un texte de J. Goebbels. Le cliché date de 1916 ;
il montre Gerbeviller (en Meurthe-et-Moselle) après un bombardement.
Le texte est paru dans un hebdomadaire français :
L’image de la guerre (n° 109, décembre 1916).
A l’époque,les Alliés stigmatisaient haut et fort ces destructions de villes.
En août 1917,ainsi, ce même hebdomadaire dénonça la « barbarie allemande »
qui s’exerçait « sans but militaire ».
Sous une photo de Reims bombardée, il écrivit :
"La barbarie allemande a fait de la glorieuse cité un but, une cible où sa rage impuissante
à vaincre l’héroïsme des armées de la France s’exerce sans but militaire.
Elle déverse lâchement le feu et le fer pour le plaisir de détruire les souvenirs de l’histoire,
qui appartiennent au monde civilisé et que les siècles avaient respectés.
Sous les obus tonnant la mort et la ruine sans interruption, il y a des femmes
et des enfants,des vieillards qui tous les jours sont tués "[…] [7].
Le 25 mars 1918,alors que Paris était bombardé par des gothas, le président
du Conseil municipal fustigea cette « extermination savamment préparée
des enfants, des vieillards et des femmes ». Dans un discours, il lança :
"La Capitale,depuis trois jours, est soumise à une épreuve nouvelle.
Un bombardement systématique et régulier de quart d’heure en quart d’heure
en quart d’heure frappe sa victime.
Il est superflu de redire l’horreur que nous inspire cette extermination savamment
préparée des enfants,des vieillards et des femmes.
Nos ennemis n’essaient même plus de nous faire croire à des représailles.
C’est la fin d’une hypocrisie[8].
En 1937-1938, les « bons » ont fustigé les bombardements d’objectifs civils
non défendus.
Pendant la guerre d’Espagne
Vingt ans plus tard, en mai 1937,alors que la guerre civile espagnole faisait rage
et que des raids aériens avaient été perpétrés sur des villes sans aucun rapport
avec les « bombardements de terreur » , le Conseil de la Société des Nations
avait condamné « le recours dans la guerre espagnole à des méthodes contraire
au droit des gens, ainsi que le bombardement des villes ouvertes »[9].
Quelques mois plus tard, suite aux raids meurtriers sur Barcelone, la France
et l’Angleterre protestèrent officiellement (p. 22).
Puis ce fut le tour du Vatican :le chargé d’affaires pontifical à Burgos signifia
aux autorités franquistes que « le Saint-Siège déplor[ait] les bombardements
aériens dirigés contre la population civile » (Ibid., p. 24).
Pendant la guerre sino-japonaise.
Mieux :après que,pendant la guerre sino-japonaise,trois avions japonais
eurent pris pour cible une institution américaine où se trouvaient 37 citoyens américains,
le gouvernement de Washington protesta énergiquement et
demanda au autorités nippones « de prendre les mesures nécessaires pour
arrêter le bombardement des propriétés appartenant à des non-combattants »
(Ibid., p. 29).
Huit jours plus tard, le 17 juin 1938, le Sénat américain adopta une résolution
« condamnant sans réserve le bombardement inhumain des populations civiles »
Les justifications invoquées par les accusés sont rejetées.
A l’époque, des condamnations véhémentes s’élevaient contre les « fascistes »
parce que,selon des rapports officieux, un peu moins de 10 000 enfants
étaient morts lors des raids en Espagne[10].
Avec raison,on reprochait aux franquistes de considérer les grandes villes
tenues par les Républicains comme des points vulnérables et de vouloir
« briser la volonté de résistance de leurs adversaires par tous les moyens »
Toujours avec raison, les aviateurs allemands et italiens étaient accusés
de « mener une lutte inégale » p. 8 / et de s’attaquer à des gens
« presque entièrement dépourvus d’avions » (p. 13).
Ils étaient d’autant plus condamnés qu’ils « agissaient froidement, sans colère,
aux ordres du chef catholique de “l’armée sainte” » (p. 11) ;
un évêque espagnol lançait d’ailleurs : « La bannière du Christ-Roi peut-elle
encore dissiper le spectre casqué de la guerre totale de Ludendorff ? » (p. 19).
Quant au Japon, il était accusé d’être « hostile au genre humain »,
de se prendre pour le « justicier de l’univers », et d’incendier des villes
« comme si le feu de ciel était descendu sur elles » (Ibid., p. 31).
Et lorsque les « méchants » avançaient quelques tentatives de justifications,
qui se fondaient sur l’absence de textes ou le défaut de ratification, on lançait :
"pour le moraliste,un assassinat est un assassinat, même si l’assassin n’a pas
signé auparavant une déclaration où il promet solennellement de ne pas
vouloir commettre ce crime.
Pour violer le droit des gens,il n’est pas nécessaire de violer quelques
paragraphes d’un traité international" [Ibid., p. 43].
Quand on relit cela, et on quand on sait que moins d’une dizaine d’années plus tard,
les anglo-américains joueront à leur tour les « justiciers » la Bible dans la poche
et briseront la volonté ennemie en faisant descendre le feu du ciel dans une lutte
devenue complètement inégale,la nausée vous prend face à tant de cynisme.
Les protestations des « bons » en 1937-1938 démontrent qu’ils avaient accepté
le droit qui condamnait les bombardements de terreur.
Mais pour l’heure, l’important est ailleurs. Les réactions rappelées ci-dessus
et la citation qui vient d’être faite démontrent, sans aucun doute possible,
que, pour ceux qui allaient devenir les « bons » (France, Angleterre, USA,
Vatican, futures Nations unies…), les bombardements des villes ouvertes
étaient criminels, convention ou pas… Dès lors, on ne saurait arguer que
les conventions de La Haye étaient devenues caduques et que le code
de la guerre aérienne n’avait pas été ratifié pour excuser les vainqueurs de 1945.
Une nouvelle objection :ce sont les « méchants » qui ont commencé
Ces sont les Allemands et les Japonais qui ont commencé dès 1937-1938.
Mais le défenseur des Anglo-américains trouvera sans doute dans ces derniers
rappels un nouvel argument : finalement, dira-t-il, ce sont les Allemands,
les Italiens et les Japonais qui ont commencé.
Ce sont eux qui ont pratiqué les premiers raids aériens contre des civils en Espagne,
en Ethiopie et en Chine. Ayant semé le vent dans les années trente,
ils ont récolté la tempête dans les années quarante.
Les « bons » ont eux-mêmes rejeté cet argument en 1938.
Pour y répondre,je me contenterai de me référer à la brochure déjà citée,
qui dénonçait les bombardements « fascistes » en Chine, en Ethiopie
et en Espagne. Les auteurs racontent qu’après les interventions de la France,
de l’Angleterre et du Vatican en 1938, J. Goebbels répliqua en faisant paraître
dans les journaux des articles sur le bombardement de Karlsruhe par les Français
le 22 juin 1916. Son objectif était de démontrer l’hypocrisie française.
En guise de réponse à cette campagne de la « presse naziste », les auteurs
de la brochure susmentionnée écrivent :
"Comme si les méfaits de la guerre mondiale justifiaient les massacres des femmes
et des enfants espagnols ! Même avec la guerre mondiale et ses innombrables atrocités,
c’étaient des cas isolés. En Espagne, il y a eu des centaines
de bombardements dont chacun (chacun !) était plus meurtrier que le raid
de Karlsruhe. Le petit hameau catalan de Granollers seul a eu plus de femmes
et d’enfants massacrés que la grande ville de Karlsruhe…"[11]
Cette réponse qui, au fond, recueille toute mon adhésion , s’articule autour
de deux affirmations :
a) Les méfaits d’une guerre antérieure ne justifient pas ceux d’une guerre postérieure,
b) L’excuse qui consiste à rappeler que l’accusateur a lui aussi commis
des méfaits identiques dans les termes n’est pas valable si les méfaits dont
je me suis rendu coupable ont été perpétrés à une échelle bien plus grande
et ont ainsi causé bien plus de morts.
Mais cet argument se retourne immédiatement contre le défenseur
des Anglo-américains car,adoptant la même dialectique,on peut désormais
a) Les méfaits des guerres survenues dans les années 30 en Chine,
en Éthiopie et en Espagne ne justifient pas ceux de la deuxième guerre mondiale ;
b)Les « bombardements de terreur » anglo-américains ont été perpétrés sur
une échelle incomparablement plus grande que les raids allemands, italiens
et japonais. Officiellement, ainsi, les bombardements de Barcelone, de Bilbao
et Madrid firent respectivement 2 282, 2 352 et 3 019 victimes[12].
En chine, le bombardement de Canton au printemps 1938 causa la mort
d’environ 1 500 personnes[13].
Or, à lui seul, le bombardement de Hambourg en juillet 1943 fit 100 000 morts.
Ne parlons pas de celui de Dresde (février 1945) avec ses 300 000 victimes environ.
Et c’est ainsi que le défenseur des Anglo-américains se trouve piégé par
les discours de ses propres amis…
Encore une objection : « en bombardant, l’objectif premier des Alliés était
de gagner la guerre, pas de tuer des civils »
« On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs »
Une autre tentative de justification consiste à pénétrer sur le terrain de la morale
en disant :«L’important, quand on pose une action,c’est la fin première recherchée.
En bombardant les villes allemandes, l’objectif premier n’était pas de détruire
et de tuer, mais de gagner la guerre. Les destructions et les morts qui en ont
résulté ne sont que des conséquences de cette stratégie adoptée.
Par conséquent, vous ne pouvez pas, moralement, condamner les Anglo-américains
pour leurs bombardements de terreur. Plus simplement, et selon l’adage bien connu :
“On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs”.»
Cet « argument », je l’ai entendu des dizaines de fois.
La réfutation est cependant très aisée, pour deux raisons :
Pour être moralement acceptable, une action qui a des effets secondaires
mauvais doit être bonne ou,au moins, indifférente.
1°) D’après la morale catholique, « une action d’où résulte une conséquence mauvaise »
n’est permise que si quatre conditions sont remplies, dont la première est :
« L’action elle-même qui est posée doit être bonne ou tout au moins
moralement indifférente »[14] (comprenez : elle ne doit pas être condamnable).
Or, nous avons vu que le bombardement d’objectifs civils a été condamné
aussi bien par la SDN que par la France, l’Angleterre, les USA ou le Vatican.
Par conséquent, d’un point de vue moral, les Anglo-américains n’étaient pas
en droit d’engloutir les villes du Reich.
Les effets secondaires mauvais ne doivent pas être rendus nécessaires
par la fin première poursuivie,
2°) Pour qu’une action dont il résulte une conséquence mauvaise soit permise,
il faut que « l’objet directement voulu [ici : la victoire militaire] ne soit pas perçu comme ayant,
de par sa nature et son essence même, un lien causal le reliant nécessairement
à l’effet mauvais [ici : les destructions et la mort de civils] »[15].
Or, de façon évidente, les destructions et les morts de civils étaient voulues
pour provoquer l’effondrement (moral et physique) de l’adversaire et, ainsi,
pour apporter la victoire militaire. On en déduit qu’un lien très fort de nécessité
reliait l’effet mauvais à l’objectif recherché, ce qui rendait les
« bombardements de terreur » indéfendables d’un point de vue moral.
L’ultime objection : Hitler était le Mal incarné, il fallait donc à tout prix
s’en débarrasser « La fin justifie les moyens ».
Reste alors l’ultime argument qui consiste à lâcher dans un soupir :
« C’est vrai, les raids aériens sur les villes allemandes sont regrettables.
Mais que voulez-vous, c’était pour débarrasser le monde d’un tyran démoniaque
et d’un régime incontestablement criminel. Et puis,ça a permis d’écourter la guerre.
La fin était donc bonne et comme on dit : “La fin justifie les moyens” ».
Un argument sans fondement.
A celui qui me fait cette objection, je demande toujours :
« Sur quoi vous fondez-vous pour affirmer que l’hitlérisme aurait été plus criminel
que la Révolution française avec sa guillotine et ses massacres de Vendée,
que le libéralisme américain avec ses multiples guerres d’agression ou que
le stalinisme avec ses goulags ? »
A chaque fois, la réponse offusquée est la même :
« Mais enfin ! Vous ne pouvez pas dresser de parallèles, même avec le goulag.
Les nazis, eux, ont perpétré un crime sans précédent : l’“Holocauste” ;
six millions d’innocents exterminés uniquement par ce qu’ils étaient nés juifs ! »
Il est alors temps d’exposer les principaux arguments des révisionnistes,
afin de saper à la base l’ultime tentative de justification des
« bombardements de terreur ».
L’attaque frontale permet d’éviter que,comme d’habitude,
le contradicteur n’inverse les rôles.
Certains me rétorqueront qu’aborder le révisionnisme dans une discussion
où l’on tente déjà de faire admettre le caractère criminel des raids anglo-américains
est une erreur stratégique : « C’est trop en une fois », diront-ils.
Je leur répondrai tout d’abord que ce n’est pas un choix, mais une obligation.
Les prétendues chambres à gaz homicides et le prétendu « Holocauste »
justifient tout, des « bombardements de terreur » au massacre des Palestiniens,
en passant par l’écrasement de la Yougoslavie (Milosevic = Hitler) et,
plus près de nous, le viol des toutes les règles de la démocratie (Le Pen = Hitler).
C’est le joker qu’on nous ressort immanquablement quand tout a échoué.
Par conséquent, que vous le vouliez ou non, vous serez contraint de porter
la discussion sur ce point.
J’ajoute qu’aborder le révisionnisme dans une discussion sur les
« bombardements de terreur » est un avantage. Pourquoi ?
Parce qu’inévitablement,vos adversaires vous reprocheront de tenir
des propos scandaleux, d’être un criminel en puissance etc.
Mais vous pourrez alors leur répondre : « Pardonnez-moi, mais c’est vous
qui êtes en train de justifier moralement le massacre de centaines de milliers
de non-combattants, femmes et enfants pour la plupart, asphyxiés, déchiquetés,
carbonisés dans des villes englouties sous des tonnes de bombes incendiaires.
De plus, vous le justifiez en portant contre tout un pays une accusation terrible :
l’assassinat de six millions d’innocents. Et lorsque, après vous avoir démontré
que cette accusation n’est pas fondée, je vous demande d’apporter des preuves solides
(ce qui est la moindre des choses), vous m’accusez d’être un ignoble personnage.
Vous ne manquez pas de toupet ! Les criminels, c’est vous, pas moi. N’inversez pas les rôles. »
La morale condamne l’adage selon lequel « la fin justifie les moyens ».
Cela dit,j’irai plus loin. Depuis vingt minutes,vous parlez du prétendu « Holocauste »
à vos adversaires, mais ils s’attachent à leur croyance.
Tout n’est cependant pas perdu pour autant, car même à considérer
le national-socialisme comme le mal absolu et la prolongation d’une guerre
comme une catastrophe à éviter l’ultime tentative de justification des raids
anglo-américains n’en est pas sauvée pour autant.
En effet, la morale enseigne que :
Si l’objet d’une action est moralement mauvais et reste tel dans le concret,
un motif même excellent,sera impuissant à le justifier.
La fin ne justifie pas les moyens[16].
Un motif bon ajoute à une bonne action une nouvelle valeur morale,
mais il n’enlève jamais sa malice à une action mauvaise ;
car la fin ne justifie pas les moyens[17].
Cette position n’est pas uniquement celle des moralistes catholiques.
Un compagnon de Gandhi, Lanza del Vasto, écrit que l’on glisse insensiblement
de la Justice à l’injustice par trois formules dont les deux premières sont :
1.) Qu’on a le droit de rendre le mal pour le mal et d’appeler bon et juste
le mal rendu ;
2.) Que la fin justifie les moyens et les bonnes fins les moyens mauvais[18].
Pourquoi une fin même bonne ne justifie pas l’emploi de moyens mauvais ?
Naturellement,il faut maintenant expliquer pourquoi la fin ne saurait justifier les moyens.
Afin d’être le plus clair possible je vais commencer par un exemple simple :
si ma maison est infestée par des souris, je vais tenter de me débarrasser
de ces animaux. Pour parvenir à cette fin, je dois trouver un moyen.
L’un d’entre eux consisterait à inonder les pièces et à noyer la cave avec
un liquide toxique. Mais je ne l’adopterai jamais. Pourquoi ?
Parce que la fin première que je me fixe me débarrasser des souris est
subordonnée à une fin qui lui est supérieure : rendre ma maison habitable.
C’est parce que je veux rendre ma maison habitable que je souhaite me débarrasser des souris.
Par conséquent, je ne vais pas utiliser un moyen qui, s’il me permet effectivement de parvenir
à la première fin (celle qui est exprimée), m’empêchera d’arriver à la fin supérieure
(celle qui, bien que sous-entendue,est la plus importante).
Telle est la justification de l’adage selon lequel « la fin ne justifie pas les moyens » ;
en fait, cet adage est mal exprimé :la fin première justifie toujours les moyens,
mais c’est en vertu d’une fin supérieure,très souvent inexprimée mais plus
importante, que ces moyens se révèlent injustifiés.
Mais mon analyse serait incomplète si j’omettais d’aller encore plus loin.
L’exemple que je viens de prendre est clair, car on voit immédiatement que
le moyen proposé compromet l’avènement la fin supérieure.
Mais certains cas sont moins évidents. Supposez qu’un propriétaire connu
d’une chaîne de sex-shop affirme que l’argent retiré de cette exploitation lui sert
à financer des institutions chrétiennes pour la bonne éducation des jeunes gens.
A priori et sauf mauvaise gestion, le moyen utilisé (l’exploitation du vice)
ne s’oppose ni à la fin première (un financement d’institutions) ni à la fin
supérieure (la formation, au sein de ces institutions, de bons chrétiens).
L’homme pourra donc toujours se justifier en soulignant que la fin proposée
est non seulement bonne, mais aussi atteinte :
« Regardez les bons garçons qui sortent de mes institutions ».
Toutefois, c’est-là une illusion, car de façon évidente, il est contradictoire
d’exploiter le vice d’un côté pour, de l’autre, élever les âmes.
Les conséquences de cette contradiction apparaîtront nécessairement :
la nature humaine est ainsi faite que beaucoup de jeunes sortant des institutions
se diront un jour ou l’autre : s’il accepte le vice, pourquoi pas nous ?
Par conséquent, tôt ou tard, la fin supérieure ne sera plus atteinte,
Dès lors, il n’y a plus que deux possibilités :
a) soit le gérant de sex-shops est un honnête homme mais en même temps
un dangereux imbécile ;
b) soit c’est un hypocrite qui a choisi un paravent pour justifier ses actes coupables.
La deuxième ayant 99 % de chances d’être conforme à la réalité
Voilà pourquoi l’adage selon lequel « la fin justifie les moyens » ne s’applique jamais,
même si, dans un premier temps, il paraît parfois se justifier.
Le vrai visage des « bons » n’a pas mis longtemps à se découvrir.
C’est le cas pour les « bombardements de terreur ».
« C’était pour gagner la guerre, nous dit-on ; c’était pour la civilisation
et contre la barbarie ». Sans doute les deux ou trois années qui ont suivi
la guerre ont pu faire illusion. Mais la contradiction qui consistait à gagner
la guerre (fin première) pour éradiquer la barbarie (fin supérieure)
en utilisant des moyens barbares existait bel et bien, hypothéquant l’avenir.
Le résultat ne s’est d’ailleurs point fait attendre.
Après que le monde dit civilisé eut repris son souffle, la guerre de Corée
inaugura en juin 1950 une série de conflits tous plus meurtriers les uns que
les autres. Jamais, depuis 1945, on ne s’est autant battu et on a autant
massacré avec des moyens aussi terribles : mines antipersonnel, gaz, Napalm,
bombes à aspiration et plus récemment uranium appauvri. Vietnam, Cambodge
, Kenya, Algérie, Inde, Pakistan, Honduras, Salvador, Timor oriental, Angola, Afghanistan,
Guinée-Bissau, Biafra, Éthiopie, Rwanda, Serbie, Irak…, autant
de nom qui évoquent des luttes sans merci parfois accompagnées de massacres,
de famines organisées et de génocides. Pourquoi cela ?
Parce qu’en écrasant les villes allemandes avec les civils qui s’y trouvaient,
en atomisant Hiroshima et Nagasaki, tout cela impunément, les vainqueurs
de 1945 ont posé un précédent ; ils ont cautionné l’hyper violence dans
la conduite de la guerre, empêchant ainsi le monde de parvenir à la fin supérieure
qu’ils invoquaient hypocritement (le règne de la « civilisation).
Cette dernière précision démontre l’importance des discussions concernant
la valeur morale des « bombardements de terreur » alliés sur l’Allemagne
(et sur le Japon). Beaucoup, en effet, déclarent : « Tout ça, c’est du passé.
Winston Churchill est mort, Franklin Roosevelt est mort, Arthur Harris est mort.
Même s’il est indéniable que les raids aériens ont été des crimes,
vous n’allez tout de même pas, comme les juifs, commencer à rechercher
les lampistes qui pourraient être encore vivants pour déposer plainte contre eux… »
Naturellement, il n’est question ni d’organiser des procès posthumes,
ni d’engager des poursuites. Les personnes ne m’intéressent pas ;
je laisse Dieu seul juge.
L’intérêt est ailleurs ; il dépasse les personnes : le problème des
« bombardements de terreur » est capital pour apporter des solutions
aux grands problèmes actuels. Je m’explique : de plus en plus de personnes
ont conscience que le monde est engagé dans une mauvaise voie.
La disparition des souverainetés nationales et la création d’un État mondial
devaient apporter aux peuples la paix et la prospérité, mais les espérances
ont été cruellement déçues. Aujourd’hui, un pays domine, les USA, qui prétend
hypocritement faire régner l’ordre et la sécurité par l’hyper violence.
Quand on recherche objectivement les origines de cette évolution mortifère,
on trouve Nuremberg. C’est Nuremberg qui a tué la souveraineté nationale
et c’est Nuremberg qui a fait naître l’État mondial (la SDN s’était soldée par un échec).
Très souvent, j’ai parlé de Maurice Bardèche et de sa lumineuse démonstration
apportée en 1948 dans Nuremberg ou la terre promise. J’étais injuste :
l’auteur français avait eu deux devanciers ; deux avocats allemands à Nuremberg :
maître Hermann Jahreiss, qui assistait le défenseur d’A. Jodl et maître Otto Stahmer
qui défendait H. Göring.
Prenant la parole le 4 juillet 1946 au matin, le premier rappela que lors
des conflits mandchourien, italo-abyssin et russo-finlandais, aucun homme
d’État n’avait été poursuivi pour « complot contre la paix » :
Et, si l’on a pas porté d’accusation [poursuivit-il], ce n’est pas parce qu’on
a pas été […] jusqu’au bout des déductions, mais cela ne s’est pas produit
parce que cela ne pourra pas se produire, aussi longtemps que la souveraineté
des États sera le principe organisateur de tout l’ordre international […].
C’est l’un ou l’autre, s’il fallait en arriver à ce que des hommes ayant participé
à la conception, à l’organisation, à la déclaration et à l’exécution d’une guerre interdite
par le Droit international soient traduits devant un tribunal criminel,
alors les décisions sur les ultimes questions de l’existence de l’État seraient
soumises à un contrôle superétatique. On pourrait encore appeler ces États
des États souverains, mais ils ne le seraient plus […].
Ce que l’Accusation fait quand elle veut voir condamner juridiquement
des hommes isolés au nom de la communauté basée sur le Droit international
pour avoir pris des décisions au sujet de la guerre et de la paix, deviendra
dans la perspective de l’histoire européenne un rabaissement de l’État au niveau
de personne privée, et même une destruction de l’État dans son essence. […]
une telle accusation est […] incompatible avec la nature de la souveraineté
et avec le sentiment de la plupart des Européens
[TMI, XVII, 487-488 ; je souligne].
Peu après,Maître Jahreiss souligna que, jusqu’alors, le Droit international
était « par son essence un Droit de coordination, d’association de puissances souveraines »
(ibid., p. 489). Puis il lança (je souligne) :
"Si nous comparons les règlements de ce Statut [celui du TMI de Nuremberg]
avec ce Droit, nous sommes obligés de dire : les principes de ce Statut nient
les bases de ce Droit ; ils anticipent sur le Droit d’un État mondial.
Ils sont révolutionnaires" [Id.].
"[…] on peut dire aujourd’hui rétrospectivement que pendant la deuxième
guerre mondiale a eu lieu un développement révolutionnaire.
Il a poussé l’Humanité au delà des frontières de ce qui représentait encore récemment
le siècle moderne : les premiers pas, mais les pas essentiels
pour un État mondial, ont été faits" [Ibid., p. 516].
"Ne se décidera […] à faire la guerre que celui qui croira être sûr de la victoire
et qui, en conséquence, ne comptera pas sérieusement sur la sanction
qui ne l’atteindra que dans le cas de sa défaite" [Id.].
C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui : pour éviter des sanctions,
la grande puissance qui agit comme le bras armé de Big Brother doit non
seulement gagner les guerres, mais les gagner vite. D’où l’utilisation d’armes sophistiquées,
extrêmement meurtrières et destructrices, comme ce fut le cas
il y a peu en Serbie et en Irak, où des armes proprement diaboliques,
à l’uranium appauvri,furent massivement utilisées (pour plus d’informations
sur ce sujet, cliquez ici).
On le voit :même si, dans certains esprits tordus, l’idée d’un État mondial
était née bien avant 1945,c’est Nuremberg qui, dans les faits, a permis
sa réalisation, avec toutes les funestes conséquences que l’on constate aujourd’hui.
Mais c’est ici qu’intervient le grave problème : lorsque vous réussissez
à convaincre des gens que Nuremberg est à l’origine de l’évolution actuelle,
un blocage s’opère car ils se disent : « Mais, Nuremberg, c’était pour le bien
et contre le mal. Comment le mal pourrait-il sortir du bien ? »
C’est alors qu’il faut parler des « bombardements de terreur », démontrer
qu’ils étaient criminels et invoquer les principes de la morale pour faire comprendre
que si les moyens furent mauvais, c’est que la fin était, malgré les apparences, mauvaise.
Tout comme l’homme qui exploite les sex-shops se justifie hypocritement
en invoquant son soutien aux institutions pieuses, les Alliés ont hypocritement invoqué
la civilisation pour, en vérité, assurer le triomphe de leur idéologie
mortifère (dont les fruits s’étalent aujourd’hui devant nous). La vérité, elle est là.
Le mal, en 1945 c’était les vainqueurs. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle
ils ont été contraints d’inventer le mythe des chambres à gaz et de l’ «Holocauste » ;
ils voulaient non seulement faire oublier leurs propres crimes qui les démasquaient,
mais aussi « prouver » qu’ils avaient bien été les sauveurs de l’humanité.
En regroupant et en publiant dans un ordre logique des clichés peu connus ,
voire inédits , des effets des raids anglo-américains sur l’Allemagne pendant
la deuxième guerre mondiale, J. Friedrich a comblé une lacune.
Toutefois, par peur,par opportunisme ou par conviction,il n’a pas été jusqu’au bout.
A nous de terminer le travail ;à nous de démontrer qu’en 1945,
le camp du bien était celui du principal vaincu:l’Allemagne nationale-socialiste…
[7] Voy. L’image de la guerre, n° 147, août 1917.
[8] Voy. L’Image de la guerre, n° 183, mai 1918.
[9] Voy. Le bombardement…, op. cit., p. 23.
[10] Ibid., p. 21. Notons que, d’après des statistiques
publiées en décembre 1938, les bombardements « rouges » auraient causé
18 805 victimes et les bombardement franquistes 16 014
(Voy. La Documentation catholique, n° 888, 5 janvier 1939, col. 27).
[11] Voy. Le Bombardement…, op. cit., p. 26.
[12] Voy. La Documentation catholique, déjà citée.
[13] Voy. Les bombardements…, op. cit., p. 27.
[14] Voy. Héribert Jone, Précis de théologie morale catholique
(éd. Salvator, Mulhouse, 1959), p. 18, art. 14.
[15] Voy. Jean-Benoît Vittrant, Théologie morale
(éd. Beauchesne et ses fils, 1942), p. 24, art. 32, § 1.
[16] Voy. J.-B. Vittrant, op. cit., p. 23, art. 29, § e).
[17 ] Voy. H. Jone, op. cit., p. 29, art. 42.
[18] Voy. L. del Vasto, Pages d’enseignement
(éd. Du Rocher, 1993), p. 33.
Sujet: Re: La guerre aérienne des Alliés et l’effondrement du Reich. Dim 20 Jan - 13:26
L’origine des terribles clichés pris dans les camps en 1945 (1)…
Pourquoi,en 1945,les Alliés ont-ils découvert d’horribles spectacles dans les camps :
tas de cadavres, déportés squelettiques agonisant etc. ?
Pour le comprendre, il est nécessaire de ne pas dissocier l’histoire du système
concentrationnaire allemand de l’histoire de l’Allemagne à partir de 1942.
La guerre aérienne des Alliés.
A partir 1942, les Anglo-américains,programmèrent des raids sur le Reich.
Leur objectif était double : paralyser le pays en atteignant ses usines
et ses voies de communication et démoraliser les populations.
Dès le premier semestre de 1942,les Gauleiter s’inquiétèrent de ces bombardements
et des « difficultés grandissantes qui en résultaient, surtout pour la population »
Mais les Alliés en étaient alors à leurs coups d’essai et les autorités ne s’émurent
pas vraiment. « Jusqu’en août 1943, écrit le général Walrimont, l’offensive
aérienne contre l’Allemagne [ne fut] considérée au Grand Quartier Général
que comme une affaire de routine »[2].
Le 28 juillet 1943, toutefois, le bombardement de Hambourg avec ses 100 000 morts
retentit comme un signal d’alarme.
(voir une photo de Hambourg après le bombardement ;voir la photo de victimes).
Visiblement, les Alliés étaient au point. Dans les semaines qui suivirent,
des attaques de plus en plus violentes se produisirent qui n’épargnèrent
ni les voies de communication, ni les villes, ni les centres industriels
(voir un quartier industriel après un bombardement).
Il en résultat une large désorganisation dans le travail.
A Nuremberg, A. Speer rappela:« à partir de 1943, la réparation des dommages
causés par les attaques aériennes extrêmement violentes nous obligea
à travailler avec des moyens improvisés » (TMI, XVI, 454).
Déjà en difficulté sur le plan militaire, le Reich commençait à vaciller de point
de vue économique…
Les Allemands autorisent la Croix-Rouge à envoyer des colis dans les camps
Les premiers envois effectués malgré les difficultés.
Les premières difficultés de ravitaillement apparurent à cette époque
et c’est pourquoi les autorités allemandes lâchèrent un peu de lest au sujet
des camps. Elles permirent l’envoi par la Croix-Rouge de colis de vivres,
« à condition qu’ils soient adressés directement et nominalement à
des ressortissants de nationalités étrangères à l’Allemagne »[3].
Une autre condition était que la détention ne devait pas avoir été décidée
« pour des raisons graves » (Ibid., p. 53).
L’ennui est que,dans le même temps,l’accès aux listes de déportés était refusé
au CICR (Ibid., p. 16),si bien que cette autorisation d’envoyer des colis
« était illusoire » (Id.). Toutefois, des contacts divers pris avec des évadés
des camps, des détenus employés à la Kommandantur, des commandants
de camps, des employés subalternes etc. permirent de recueillir des
« milliers de noms et d’adresses de détenus », si bien qu’un
« Service des colis aux camps de concentration » (dit Service CCC) fut crée.
(Ibid., p. 17).
La majorité des colis parviennent à leur destinataire.
Très rapidement,les premiers envois eurent lieu.
Arrivèrent-ils à leurs destinataires ? Le CICR répond :
"L’absence de tout contrôle exercé par les délégués du Comité international
sur leur distribution impliquait un risque que le Comité n’hésita pas à courir.
A vrai dire, si des abus ont été commis, si des colis furent confisqués,
le Comité international en eut rapidement connaissance et suspendit
immédiatement les envois dans les camps où ces faits se produisaient ;
ce fut le cas, notamment, pour le camp de Mauthausen.
Toutefois, dans de nombreux autres cas,l’action de secours se révéla efficace
et fut même quelque peu facilitée par certains commandants de camps.
D’utiles témoignages sur l’arrivée et la distribution des colis de secours
étaient fournis au Comité international par des déclarations de détenus évadés
et par des lettres qui lui parvenaient des camps de concentration" [Ibid.,p.19].
De nombreux documents confirment ces assertions.
Le 24 août 1943, ainsi,le CICR écrivit au Consul britannique à Genève :
"A titre d’essai, nous avons envoyé 50 colis d’origine suisse,chacun contenant
une quittance ; ces colis furent adressés personnellement à 50 détenus
dont nous possédions les noms, dans différents camps de concentration
et prisons en Allemagne. Les résultats ont dépassé tous nos espoirs.
En moins de six semaines, plus des deux tiers des quittances, dûment
signées par les bénéficiaires, nous sont revenues.
Ce résultat est d’autant plus frappant que, vu les mutations constantes
dans les camps, on pouvait s’attendre à ce qu’un certain pourcentage
des bénéficiaires ne puisse être atteint" [Ibid., pp. 53-54].
Début 1944,le CICR informa des personnalités françaises :
"Dans le courant de 1943, le Comité international de la Croix-Rouge
a pu créer un Service de colis individuels pour les camps de concentration
et a expédié un certain nombre de colis de vivres à des prisonniers
administratifs en Allemagne et dans les pays occupés.
Les accusés de réception qui sont venus en retour prouvent que ces colis
ont atteint en grande partie leurs destinataires" [Ibid., p. 58].
(voir la carte dressée par le CICR et montrant les chemins utilisés
pour le ravitaillement des camps):
9 000 colis envoyés quotidiennement.
Grâce au ravitaillement trouvé en Roumanie, en Hongrie et en Slovaquie
(conserves de viande, biscuits, marmelade, sucre etc.),
« jusqu’à 9 000 colis par jour » purent être confectionnés (Ibid., p. 18)
et envoyés. Parmi les bénéficiaires, mentionnons le ghetto de Theresienstadt
qui reçut « 51 caisses de médicaments et de fortifiants » (Ibid., p. 62).
De son côté, le camp de Dachau reçut des marchandises qui avaient
été récupérées dans un vapeur récemment coulé en eaux peu profondes
(le Cristina) (Ibid., p. 65).
A Sachsenhausen, les colis arrivés la veille de Noël « furent reçus avec
enthousiasme et par des cris de joie » (Ibid., p. 76).
Dans un rapport rédigé peu après une inspection au camp d’Auschwitz,
un fonctionnaire du CICR écrivit :
"La distribution des envois faits par le Comité nous paraît certaine.
Nous n’en avons pas la preuve, mais notre impression est que le Commandant
dit vrai quand il affirme que ces distributions se font régulièrement et que
tout vol est puni sévèrement… "[Ibid., p. 91].
A supposer que les camps aient été des usines de mort lente par la faim,
le manque de soins etc., on ne voit pas pourquoi, à partir de 1943,
les autorités allemandes auraient permis tous ces envois du CICR.
En revanche, lorsqu’on sait que les déportés travaillaient pour l’Allemagne
et qu’il fallait donc les maintenir dans le meilleur état de santé possible
(lire : « L’extermination par le travail : mythe ou réalité ? »),
le bon accueil réservé à l’action du CICR s’explique parfaitement.
(Pour plus d’informations sur l’action de la Croix-Rouge dans les camps lors
des derniers mois de la guerre, action qui permit de sauver des dizaines
de milliers de vies, cliquez ici.)
La guerre aérienne des Alliés s’intensifie.
Le Reich s’effondre économiquement
La production paralysée en France.
Dans les mois qui suivirent, la guerre aérienne des alliés s’intensifia,
avec des répercussions sensibles sur la production et les transports.
A Nuremberg, A.Speer rappela :
"Le début de l’invasion fut préparé par des violentes attaques aériennes
sur le système ferroviaire des territoires occupés de l’Ouest.
Cela eut pour conséquence que, dès les mois de mai et juin 1944,
la production en France était paralysée" [TMI, XVI, 487].
(voir le cliché d’une usine bombardée à Montluçon)
Mai 1944 : le Reich reçoit un coup fatal.
L’accusé précisa qu’à la même époque, un coup fatal fut porté au Reich :
"[…] à partir du 12 mai 1944 nos fabriques de carburant subirent des attaques
concentrées de la part des avions ennemis.
Cela amena une catastrophe : 90 % de notre production de carburant
était perdue." [Ibid., p. 504].
"Le succès de ces attaques signifiait que la guerre était perdue pour nous
du point de vue de la production car les nouveaux avions et les nouveaux
chars ne nous servaient à rien sans carburant" [Id.].
Le 30 juin 1944,A. Speer rédigea à l’intention d’Hitler un mémoire
dans lequel il prévenait :
"Mais à partir du mois de septembre de cette année, il deviendra impossible
de fournir les quantités nécessaires à la satisfaction des besoins les plus
urgents de la Wehrmacht, c’est-à-dire qu’à partir de ce moment, il se produira
un fossé que nous ne pourrons plus combler et qui aura nécessairement
des conséquences tragiques" [Ibid., p. 505].
Les voies de communication sévèrement touchées.
Les attaques aériennes étaient si destructrices que le 31 juillet 1944,
face à Hitler qui parlait d’employer l’organisation Todt à la construction
d’une nouvelle ligne de défense, le général Jodl répondit :
"La grande masse de l’organisation Todt, pour autant qu’elle ne travaille pas
à la construction de positions avancées à la 19ème et à la 1ère armée,
est maintenant occupée à la remise en état d’ensemble des voies ferrées
et des routes"[4].
La presse alliée annonce que l’Allemagne est écrasée sous les bombes.
Le 21 septembre 1944,le quotidien français Libres annonça en première page :
"La Royal Air Force et l’aviation américaine attaquent sans répit les villes allemandes.
Berlin a subi la nuit dernière un violent bombardement ;
la veille, des escadrilles de bombardiers lourds avaient sur Brême
400 000 bombes incendiaires en vingt minutes
[voir une victime de Brême].
Les pilotes des appareils de reconnaissance qui ont survolé la ville affirment
que les incendies qui y faisaient rage étaient d’une telle violence qu’ils
semblaient ne pouvoir être maîtrisés"[5].
En deuxième page,un Français que la Croix-Rouge avait rapatrié
et qui avait ainsi traversé le Reich racontait :
"On imagine le voyage de ce train à travers l’Allemagne. Il dura cinq jours.
Parmi les villes traversées, Wuppertal, Düsseldorf, Hagen étaient littéralement
rasées par les bombes. Wuppertal, en particulier,ravagée par des incendies,
ne dressait plus vers le ciel que des moignons de maisons calcinées" [Ibid.,p.2].
Quatre jours plus tard,ce même quotidien titrait en première page :
« Dislocation matérielle et morale du Reich ».
Le sous-titre était : « 8 500 000 tués, 9 500 000 blessés, 18 000 000
de sans abris et 21 000 000 de malades ».
Dans le corps du texte,on lisait que,d’après des informations suisses :
"Tout le monde [en Allemagne] est convaincu que la guerre est perdue
et on s’attend à des événements sensationnels.
L’Allemagne compterait aujourd’hui 8 millions 500 000 morts,
18 millions de sans-abri, 13 millions de maisons détruites, 9 500 000 blessés
et 21 millions de malades des suites de la sous-alimentation.
Ces chiffres ont leur éloquence !
Des nouvelles et sévères restrictions alimentaires rendent plus malaisée la vie,
et déjà on en annonce d’autres.
Dans un mois la ration de pain sera réduite à 200 grammes par jour".
(voir la manchette d’un quotidien français le 28 septembre 1944)
Chute de la production d’armement.
A partir de septembre 1944,la production des munitions baissa.
Un mois plus tard, ce fut au tour des avions[6].
En novembre 1944,les bombardements éliminèrent (quasi) complètement
la région de la Ruhr « qui constituait pour l’Allemagne le centre le plus
important d’approvisionnement en matières premières » (Ibid., p. 511).
Deux mois plus tard, l’offensive soviétique enleva au Reich le bassin houille
r de Haute-Silésie, ce qui priva l’Allemagne
« de la plus grande partie de [son] approvisionnement en charbon » (Id.).
A Nuremberg, A. Speer commenta ainsi l’événement :
"On pouvait […] prévoir avec précision l’époque jusqu’à laquelle l’économie tiendrait.
Nous avions atteint une situation dans laquelle, même si les opérations militaires
de l’adversaires étaient arrêtées, la guerre était perdue pour nous à bref délai,
puisque le Reich manquait de charbon à l’intérieur et devait nécessairement
subir un effondrement économique" [Id.].
Le Reich entrait en agonie…
Dans les camps, on connaissait la vérité.
Cette réalité était si criante qu’on ne pouvait plus la cacher.
Même dans les camps, les internés la connaissaient.
Un ancien déporté à Buchenwald écrit :
"Trois fois,depuis juin 1944,de grands vents d’enthousiasme et d’espoir
avaient soulevé le camp,suivis de nouvelles périodes de pénible attente.
Les informations qui parvenaient d’Allemagne, montraient un pays épuisé,
aux prises avec les plus grandes difficultés"[7].
Un Reich moribond.
Le 4 novembre 1944,en première page,le quotidien français Libres cita
avec satisfaction le Munchner Neueste Nachrichten laissait entrevoir
la situation terrible dans le Reich. Le journaliste allemand demandait
en effet aux femmes de se regrouper pour l’hiver afin d’avoir chaud
et de se prêter leurs chaussures et leurs vêtements à tour de rôle pour sortir.
« Il va falloir, poursuivait-il, faire la cuisine sans gaz, sans électricité,
sans fourneaux. Heureux ceux qui ont un toit sur la tête et des carreaux aux fenêtres »
Le quotidien français commentait avec une pointe d’ironie :
« On imagine mal ce que sont les conditions de vie dans des villes
comme Cologne ou Dusseldorf qui reçoivent 9 000 tonnes de bombes
en deux ou trois raids d’avions » (voy. Libre, 4 novembre 1944, p. 1)
(voir une photo de sinistrés couchant dehors;voir une photo d’une sinistrée
avec le reste de son mobilier)
1945 : les Alliés écrasent le Reich moribond.
Le Reich sans défense face aux bombardiers anglo-américains.
Mais les Alliés ne cessèrent ni les opérations militaires, ni leur guerre aérienne.
Bien au contraire, ils intensifièrent cette dernière alors que l’ennemi , à genoux ,
était sans défense. Le 5 décembre 1944, Libres titra en première page :
« Offensive non stop des Alliés sur le Reich annonce la presse anglaise :
5 000 bombardiers vont pilonner l’Allemagne 24 heures par jour ».
"Dès que les circonstances atmosphériques créeront le climat favorable
à de telles opérations,5 000 bombardiers alliés seront lancés, chaque jour,
à l’attaque contre les centres vitaux du Reich" [8].
Dans ses « derniers carnets », qui couvrent la période allant de la fin février
au 10 avril 1945,Joseph Goebbels parle très souvent de ces bombardements
contre lesquels il n’était plus possible d’agir [9].
"[1er mars 1945] Une nouvelle fois,une série d’attaques aériennes
extrêmement violentes a secoué toute la journée la partie occidentale du pays.
A peine s’il est encore possible de les enregistrer une par une.
Face à cette fureur de la guerre aérienne menée par l’ennemi,
nous sommes absolument sans défense" [p. 29].
"[2 mars] La guerre aérienne continue ses orgies les plus folles,
et nous sommes absolument sans défense à cet égard.
Le Reich se transforme progressivement en un désert total" [p. 36].
"[3 mars] la guerre aérienne continue d’être le grand aspect douloureux
de la situation actuelle. Les Anglo-américains ont de nouveau attaqué
très violemment l’ouest et le sud-ouest du pays en causant des dégâts
qu’il n’est même plus possible d’évaluer dans le détail.
La situation devient de jour en jour moins supportable, et nous n’avons aucune possibilité
de nous défendre contre ce qui nous arrive." [p. 43].
"[5 mars] […] durant ces dernières vingt-quatre heures, le territoire allemand
a encore été le théâtre d’attaques aériennes très violentes.
On n’est même plus en mesure de les enregistrer une par une.
Les Américains survolent l’espace aérien allemand pratiquement sans rencontrer
de résistance ; ils détruisent nos villes les unes après les autres,
et ils font des ravages dans notre potentiel d’armement, qui ne seront
certainement plus réparables" [pp. 60-1].
"[6 mars] Terreur aérienne sans fin ! Impossible d’enregistrer une par une
les conséquences des bombardements.
L’éternelle question, qu’on ne cesse de répéter, reste toujours la même :
où sont donc nos chasseurs ?" [p. 73]
"[8 mars] Nous sommes bombardés nuit et jour sans interruption et enregistrons
des ravages extrêmement lourds dans notre potentiel d’habitation et de matériel.
Nous n’avons rien de valable à opposer à l’armada aérienne de l’ennemi.
La nuit dernière, ce fut le tour de Sassnitz. […] là bas, la situation est presque désespérée.
Il faut que nous mobilisions les secours du Reich pour aider la ville
à parer au moins au plus urgent" [p. 94].
"[11 mars] La guerre aérienne continue à faire gare sur le territoire du Reich.
Les rapports à ce sujet sont presque monotones, mais ils contiennent tant
de souffrances et de misère qu’on n’ose même pas penser aux détails" [p. 123]
"[13 mars] Les derniers raids de Mosquitos sur Berlin ont été de plus en plus importants.
Nous avons surtout à nous plaindre de ravages considérables
dans nos transports. Les Anglais viennent de bombarder tous les soirs,
pendant 21 jours de suite. Il n’existe pratiquement aucun moyen de défense
contre eux" [p.144].
"[21 mars] Nous enregistrons de nouveau une invraisemblable série
de bombardements aériens sur le territoire du Reich au cours des
ces dernières vingt-quatre heures.
On ne peut même plus en établir la liste détaillée" [p. 215].
"[25 mars] Je reçois une nouvelle affreuse de Hildesheim :
cette jolie ville ancienne est rayée de la carte.
On ne voit pas la fin de la guerre aérienne.
Nous nouveaux chasseurs arrivent trop tard, et il y en a d’ailleurs si peu
que les succès qu’ils remportent ne valent même pas la peine d’être mentionnés" [p. 256].
Les villes allemandes rasées les unes après les autres.
Le 8 mars,J.Goebbels traversa Berlin. Dans son journal, il rapporte :
"La traversée de Berlin me bouleverse. Je revois au bout d’un certain temps
la capitale du Reich transformée en un champ de ruines" [p. 95].
Chaque jour apportait ses nouveaux rapports concernant des villes
partiellement ou complètement rasées.On lit par exemple :
"[9 mars] La guerre aérienne a de nouveau, ces dernières vingt-quatre heures,
fait des ravages affreux sur le territoire du Reich allemand.
Cette fois, c’était le tour de Magdeburg et de Dessau.
A Dessau, des incendies ont éclaté sur de vastes surfaces, ce qui a détruit
la presque totalité de la ville. Encore une ville allemande en majeure partie rasée.
A cela s’ajoutent des nouvelles venant des villes récemment bombardées,
et en particulier de Schemnitz, qui vous font dresser les cheveux sur la tête."
[pp. 103-104].
"[10 mars] Dans la guerre aérienne, la série des graves bombardements
de nos grandes villes se poursuit. Cette fois, c’est le tour de Kassel
[voir une victime de Kassel], Hambourg et Bad Hombourg.
Si les Américains attaquent Bad Hombourg, c’est dans la seule intention
de semer la terreur. La ville a été en grande partie anéantie" [p. 116].
"[14 mars] La guerre aérienne continue à être épouvantable.
Cette fois ci, c’est le tour de Dortmund et surtout de Swinemünde.
A Swinemünde, les bombes ennemis ont frappé une masse d’évacués.
Un grand nombre de bateaux à vapeur ont coulé dans le port de Sweinemünde,
parmi lesquels un bâtiment chargé de 2 000 réfugiés.
C’est une sorte de catastrophe de masse qui s’est déroulée là.
A cela s’ajoutent les rapports en provenance d’Essen, Dessau, et Schemnitz.
Chacune de ces villes est transformée en un champ de ruines." [p. 151].
"[21 mars] J’ai reçu un rapport affreux de Würzburg.
Au cours de la dernière attaque de terreur sur la ville, tous les monuments
culturels et 85 % des habitations ont été détruits […].
Avec elle, c’est pour ainsi dire le dernier centre culturel allemand qui est réduit
en cendres. Quand nous serons sortis avec succès de cette guerre,
il nous faudra tout recommencer à zéro.
Il ne restera pas grand-chose de l’ancien monde" [p. 215].
"[24 mars] Les Anglo-américains se sont encore une fois affreusement déchaînés
dans les airs. La série des bombardements atroces sur le territoire du Reich
n’en finit pas. La jolie ville de Hildesheim a été transformée en un tas
de décombres par une unique attaque de terreur lancée par les Anglais.
On m’a rapporté que la ville compte 40 000 sans-abri.
C’est vraisemblablement une nouvelle catastrophe qui vient de se dérouler là-bas" [p. 246].
(voir deux photos prises pendant des bombardements)
Des millions de sans-abri.
Nous avons déjà vu que depuis le dernier trimestre de l’année 1944,
des millions de sans-abri survivaient dans le Reich.
Le 3 mars 1945,J.Goebbels nota :
"La guerre, et en particulier la guerre aérienne, a totalement détruit jusqu’ici
environ 6 millions d’habitations dans le Reich.
Cela représente un pourcentage effrayant,si l’on compare ce nombre
aux 23 millions d’habitations recensées en 1939 dans tout le Reich.
On peut parler pour l’instant d’un manque de 9 millions d’habitations dans le Reich." [p. 44].
Dix-neuf jours plus tard, il écrivit :
"Il est absolument impossible de faire le compte des sans-abri.
La guerre aérienne a transformé le Reich en un énorme tas de décombres"
[p. 225].
(voir une photo montrant des sans-abris dans les ruines de Berlin)
Les voies de communication et les industries méthodiquement détruites.
N’oublions pas en outre que,non contents d’écraser les villes,
les Alliés paralysaient chaque jour davantage l’Allemagne en détruisant méthodiquement
ses industries et ses voies de communication.
Dès le 16 décembre 1944, le quotidien Libres avait annoncé :
"Le Dr Ley a dû en convenir : la désorganisation des transports allemands,
à la suite des bombardements, est si grande qu’il est impossible d’assurer,
dans certaines villes, la distribution des rations alimentaires" [10].
Interrogé comme témoin à Nuremberg, Erhard Milch rappela qu’en février 1945 :
"L’état des transports et des communications approchait à tel point
de la catastrophe à la suite des attaques aériennes des bombardiers
américains que nous [les Allemands] ne pouvions plus véhiculer les denrées
les plus essentielles ni le matériel d’armement" [TMI, IX, 73].
Le témoin précisa que si « des mesures très strictes n’avaient pas été prises »,
« l’effondrement total, dû uniquement aux difficultés de transport,
n’eût été qu’une question d’heures » (Ibid., pp. 73-4).
Parmi ces mesures figurait la mobilisation 800 000 travailleurs uniquement
pour « la remise en état [des] gares de triages »
(J. Goebbels, op. cit., p. 45).
Ce simple chiffre permet de mesurer l’ampleur des dégâts…
Mais les Alliés ne laissèrent aucune chance à leur ennemi.
Durant le mois de mars, les attaques des voies de communication redoublèrent.
Sur ce sujet aussi, les « derniers carnets » de J. Goebbels sont instructifs.
"[1er mars 1945] 1 100 bombardiers quadrimoteurs américains accompagnés
d’une forte escorte de chasseurs ont fait une incursion sur le territoire du Reich,
attaquant les voies de communication à Halle et à Leipzig.
L’après-midi, 150 bombardiers britanniques escortés de chasseurs ont
attaqué les voies de communication à Dortmund, Castrop-Rauxel
et Recklinghausen. 300 bombardiers britanniques environ ont attaqué Mayence
et 600 bombardiers quadrimoteurs américains venant d’Italie les voies
de communication et les centres industriels de la région d’Augsburg" [p. 24].
"[4 mars] :Environ 150 bombardiers britanniques escortés de chasseurs
ont attaqué les voies de communication dans le secteur Coblence-Neuwied "
[…] les trajets jusqu’au front sont extrêmement compliqués du fait de la rupture
des communications" [p. 54].
"[7 mars] 800 bombardiers quadrimoteurs américains […] ont pénétré le jour
dans l’espace aérien du Reich […]. Leurs principales cibles ont été les voies
de communication et les centres industriels.
Une unité plus faible de quadrimoteurs anglais, comprenant 120 bombardiers
environ, a visé dans le bassin de la Ruhr des centres industriels et
des voies de communication dans la région de Gelsenkirchen" [p. 78].
"[9 mars] Des bombardiers américains ont survolé le Reich en plein jour
pour s’attaquer aux voies de communication et aux centres industriels
en Westphalie et en Allemagne centrale" [p. 100].
A cette époque, A. Speer proposa de ramener « 500 000 étrangers du Reich »
dans les régions qui étaient encore sous contrôle allemand.
Mais les chemins de fer du Reich refusèrent de prendre la responsabilité
de tels transports au motif « que le réseau ferré était détruit à un tel point
que ce plan n’était plus réalisable » (Ibid., pp. 523-4).
Malgré cela, les violentes attaques des voies de communication continuèrent.
J. Goebbels note :
"[11 mars] De fortes unités de bombardiers quadrimoteurs américains,
escortés de chasseurs ont attaqué des voies de communication et
des centres industriels en Allemagne occidentale" [p. 120].
"[15 mars] La nuit, 200 bombardiers quadrimoteurs anglais environ ont
attaqué les voies de communication dans les secteurs de Recklingausen,
Gelsenkirchen et Dortmund" [p. 158].
"[16 mars] Environ 1 100 bombardiers quadrimoteurs américains ont attaqué
les voies de communication dans les secteurs de Hanovre, Hildesheim,
Osnabrück et Hameln […]. 150 bombardiers bimoteurs britanniques ont
attaqué les voies de communication dans le région de Limburg" [p. 168].
"[18 mars] Venant d’Italie, 350 bombardiers quadrimoteurs américains environ
ont attaqué les voies de communication à Vienne, Kornneuenburg, Moosbierbaum
et Wiener-Neustadt […] "[pp. 187-8].
Un effondrement définitif prévu pour les semaines à venir.
Ce même jour, A. Speer avertit que l’effondrement économique du Reich
n’était plus qu’une question de semaines.
Dans un mémoire destiné à Hitler, il écrivit :
"L’aviation ennemie a continué à attaquer comme objectif principal des voies
de communication. De ce fait, les transports économiques ont diminué considérablement…
Il convient donc d’escompter dans un délai de quatre à huit semaines,
et cela d’une façon certaine, l’effondrement définitif de l’économie allemande"
[TMI, XVI, 518. Doc Speer-23].
On le voit, la situation était désespérée.
Mais les attaques ne cessèrent pas :
"[20 mars] L’après-midi une unité britannique de 150 bombardiers quadrimoteurs
a attaqué des centres industriels et des voies de communication à Bochum.
[…] Dans la nuit […] [e]nviron 150 bombardiers quadrimoteurs britanniques
ont visé les voies de communication dans le secteur Dortmund-Bochum […]
A part cela, l’ennemi a de nouveau bombardé Kassel, Hanau et la Ruhr ;
il a visé principalement les voies de communication, ce qui nous atteint
le plus gravement, comme on le sait" [11].
"[21 mars] Des attaques menées par des unités de combat spéciales britanniques
ont visé des ponts et des viaducs [...].
150 bombardiers quadrimoteurs britanniques environ ont pris pour cibles
des voies de communication et des centres industriels dans le secteur de Bochum
[…]. Venant d’Italie, 600 bombardiers quadrimoteurs américains ont pénétré
dans l’espace aérien du Reich et bombardé des voies de communication
et des centres industriels "[…] [p. 212].
"[22 mars] Les raids sur le territoire du Reich ont été, hier aussi, très violents.
400 bombardiers quadrimoteurs britanniques environ ont attaqué la gare
de triage de Hamm ainsi que des centres industriels et des voies
de communication dans la région de Recklingausen.
Une unité spéciale britannique […] comprenant 30 appareils, a été engagée
dans la région de Nienburg pour détruire des ponts […].
550 bombardiers américains […] ont lancé une attaque massive sur des voies
de communication et des centres industriels à Hemmingstedt" [pp. 220-1].
Le lendemain, le colonel von Below livra au Führer le compte rendu de l’activité
aérienne alliée pour les dernières vingt-quatre heures.
Les nouvelles étaient effrayantes ; ponts, gares, voies ferrées,
terrains d’aviation…, rien n’était épargné. Hitler put alors entendre :
"Les formations de quadrimoteurs américains ont attaqué aujourd’hui
des installations ferroviaires dans la région Rhin-Münster-Osnabruck,
un autre groupe dans le secteur Bochum, Essen, Iserlohn, Hagen et Dinslaken.
Les quadrimoteurs anglais ont également attaqué des installations ferroviaires
dans la région de Bocholt, et une partie des appareils a fait des attaques
sur Brême et sur le camp d’aviation de Quakenbrück […].
Au sud, attaque de 600 quadrimoteurs américains sur les usines de carburant synthétique
de Schwarzheide et sur des objectifs industriels dans cette même région de Lusace.
De plus, 200 avions sur les installations ferroviaires de Saint-Valentin et dans la région de Vienne.
A l’est, des avions de combat se sont attaqués aux ponts.
Trois coups au but sur le pont près de Lebus, et un sur le pont près de Gœritz"
L’effondrement définitif du système de communication à l’Ouest.
Ce 23 mars,J.Goebbels parla de « l’effondrement de notre système
de communication, en particulier à l’Ouest » (J. Goebbels, op. cit., p. 238).
Trois jours plus tard, il écrivit :
"Notre circulation ferroviaire est totalement désorganisée.
Il y a des régions où plus un seul train ne marche ; et là où les trains roulent,
ils ne peuvent rouler que la nuit et à une allure d’escargot" [Ibid., p. 263].
Ces propos n’étaient pas mensongers. Un ancien déporté à Buchenwald déclare
qu’en mars 1945, les trains « mettaient parfois 48 heures pour parcourir 200 km »
(Voy. J. Fonteyne, op. cit., p. 46).
Nous verrons plus loin les tragiques conséquences de ce fait lors de l’évacuation
de certains camps…
Les Alliés veulent porter le coup de grâce.
Mais les Alliés voulaient porter le coup de grâce.
Dans les jours qui suivirent, ainsi, les raids se poursuivirent,
toujours relevés par J. Goebbels :
"[26 mars] Dans la matinée, 800 bombardiers et 3 000 avions de chasse
ont survolé le nord, l’ouest et le sud-ouest de l’Allemagne.
Ce sont surtout les voies de communication qui ont été bombardées [p. 260].
L’après-midi, 400 avions américains ont attaqué principalement des voies
de communications dans la région de Kassel, et des bases aériennes" [p.261].
"[1er avril] 1 300 bombardiers quadrimoteurs américains ont pénétré de jour
dans l’espace aérien du Reich et ont bombardé des installations portuaires
et les voies de communication de Hambourg, Brême et Wilhelmshaffen" [p. 327].
Mars 1945 : l’effondrement économique définitif survient.
Écrasée sous les bombes, l’Allemagne s’effondra économiquement,
comme l’avait prévu A. Speer.
Pour la journée du 22 mars 1945,J.Goebbels écrit :
"Je viens de recevoir un rapport bouleversant du Gauleiter Hoffmann,
concernant le sud de la Westphalie. D’après lui, il serait pratiquement
impossible de mener une vie publique dans son district.
La circulation est paralysée, et on ne peut plus se déplacer dans les rues.
L’économie est anéantie.
L’extraction et le transport du charbon sont stoppés" [13].
Plus loin, il constate :
"Il est pratiquement devenu impossible de compter sur une direction cohérente
dans le Reich. Nous n’avons plus de voies de communication ni de liaisons
pour la transmission des nouvelles.
Non seulement nos villes sont en majeure partie détruites mais notre industrie
l’est aussi". [Ibid., p. 229].
Un flot continu de réfugiés.
A cela, il fallait ajouter le flot continu de réfugiés de l’Ouest mais surtout de l’Est
qui déferlait sur la partie de l’Allemagne encore inoccupée
(voir une photo d’une colonne de réfugiés).
Le 4 mars 1945, J. Goebbels écrivit :
"J’ai eu a midi une conversation assez longue avec [le secrétaire d’État
au ministère de l’Intérieur] Stuckart sur le problème de l’évacuation.
Stuckart m’a fait un rapport sur les mesures qui ont déjà été prises
dans ce domaine, sur celles qui sont préparées, et sur celles qui sont encore
à prendre. Sur tout le territoire du Reich, on a évacué en tout, actuellement,
environ 17 millions d’habitants. Ce pourcentage est littéralement effroyable.
Il y a des régions qui sont surpeuplées à 400 %.
Inutile de faire un effort d’imagination pour se représenter les conditions
d’existence qui y règnent". [Ibid., pp. 52-3].
La situation était telle que, malgré les ordres d’Hitler,l’évacuation des régions
de l’Ouest fut,dans la pratique,abandonnée.
Le 8 mars, J. Goebbels nota :
"Il reste environ 3 millions d’Allemands dans le secteur que les Anglais
et les Américains ont conquis.
Ils n’ont pas pu être évacués et nous n’avons pas exercé une grande pression
sur eux car il n’y a plus assez de place à l’intérieur du Reich pour accueillir
une telle masse de population". [14].
En revanche,il ne pouvait être question de laisser tomber les populations de l’Est
aux mains des Soviétiques. Voilà pourquoi de ce côté, l’évacuation se poursuivit.
De janvier à mars 1945, elle s’était déroulée dans l’ordre ; mais avec
l’effondrement définitif du front de l’Est, elle se transforma en fuite éperdue,
avec toutes les misères qu’une telle situation entraîne.
Le 15 mars, J. Goebbels écrivit :
"En Poméranie […], 400 000 personnes sont tombées aux mains des Soviétiques,
et nous n’avons pas pu maîtriser la situation assez désolante qui en est résultée.
En particulier à Swinemünde,les gens affluent en masse en vue de l’évacuation,
et on ne peut nourrir et habiller qu’un très petit nombre d’entre eux.
Bref, au lieu d’être résolu, le problème de l’évacuation reparaît aujourd’hui
avec une acuité accrue" [Ibid., p. 164].
Neuf jours plus tard, Stuckart l’avertit que le nombre de réfugiés s’élevait
désormais « à environ 19 millions » (Ibid., p. 247).
Sur ce nombre, on comptait « plus de 4 millions d’individus en déplacement »
(Ibid., p. 300),
c’est-à-dire des sans-abri qui marchaient sur les routes.
Dans de nombreuses villes, le taux de saturation était depuis longtemps dépassé.
Ainsi en était-il de Macklenburg, une ville de 900 000 habitants et qui comptait
à cette date « 1 million 700 000 réfugiés en plus », soit une surpopulation
« à presque 200 % » (Ibid., p. 300).
La crise aiguë du ravitaillement dans toute l’Allemagne
Une situation bien pire que celle de 1940 ou de 1914.
Je rappelle qu’en 1940, l’arrivée soudaine de centaines de milliers de prisonniers
de guerre en Allemagne avait gêné en partie le ravitaillement.
En novembre 1941, un ancien détenu d’un oflag, Louis Lapierre,écrivit :
"Les mois de juillet, août, septembre 1940 auront laissé à tous un souvenir pénible.
Du point de vue matériel, un changement brutal des conditions de vie :
par suite des difficultés du ravitaillement et du brusque apport de plus
d’un million de prisonniers en Allemagne, les quantités de nourriture par tête
sont très faibles "[15].
Un autre témoignage encore plus intéressant nous est offert par Jean Mariat.
Il montre les difficultés de ravitaillement dans des régions dévastées,
même lorsque, à l’arrière,tout est bien organisé :
"De toute évidence,les Allemands ne s’attendaient pas à une victoire si rapide
et si totale [en mai-juin 1940]. Du jour au lendemain, dans un pays dévasté
par la guerre, ils devaient prendre en charge près de 300 000 prisonniers.
Leur ravitaillement fit des prodiges. Mais à l’impossible nul n’est tenu.
Les réquisitions dans ces pays dévastés ne donnant pas grand’chose,
des trains entiers arrivèrent d’Allemagne avec des stocks de pain de guerre.
Il n’en demeure pas moins que des prisonniers français connurent, en juin 1940,
de longues étapes avec le ventre creux.
En principe, les villes où nous couchions le soir devaient nous nourrir,
mais, bien souvent, elles manquaient elles-mêmes de tout" [16].
Déjà pendant la première guerre mondiale, l’Allemagne, soumise à un blocus impitoyable
de la part des Alliés, avait eu du mal à loger et à nourrir tous ses prisonniers de guerre.
Un de ceux-ci, M.A. Warnod, auteur d’un livre intitulé :
Prisonniers de guerre, avait séjourné dans un camp bâti pour la circonstance
afin d’accueillir des soldats (et même certains civils) de diverses nationalités.
"On meurt de faim ;on couche à trois sur deux paillasses couvertes de vermine;
il y a des prisonniers qui, de tout l’hiver, n’ont pas pu arriver un instant à
se réchauffer. Après quelques mois d’usage, partout le bois a joué ;
les toits laissent passer l’eau […]. La vie commence avant le jour, triste et gris.
La « section de jour » fournit les hommes chargés d’aller chercher le café.
C’est un vague liquide noirâtre, mais chaud ; il ne faut pas lui en demander davantage :
glands ou orge grillés sans sucre.
La chambrée s’est éveillée ; les prévoyants, qui avaient préféré se coucher
presque sans dîner, ont encore dans la poche un petit morceau d’horrible
pain KK qu’il trempent avec délice dans le breuvage noir" […]. …
Dix heures et demie. La soupe […]. Chacun a droit à une louche d’un demi-litre.
Un jour c’est une soupe grasse, un jour une soupe maigre.
Le repas maigre consiste en une farine de légumes délayée dans l’eau,
tantôt trop salée, tantôt pas salée du tout, ou bien c’est de l’orge ou du riz.
Les jours gras, on ajoute à cela des petits bouts de viande hachée ,
et quelle viande ! Tétines et tripailles, foie, cœur ou rate.
Une nausée me vient quand j’y repense !
La soupe du soir était pire peut-être ; graine de lin, millet, farine, tapioca,
bouillis à l’eau sans sel ni sucre […] : ou bien ce sont des pommes de terre
à cochons, à peine lavées, cuites avec les pelures auxquelles s’ajoute
un bout de boudin froid souvent avarié, ou un hareng cru conservé sans saumure".
A partir de février 1945,certains donnent la priorité
au ravitaillement sur l’armement.
Ce qui fut vrai en 1914 et en 1940 le fut d’autant plus en 1945 lorsque,
épuisé et déjà amputé de nombreuses régions agricoles, le Reich dut nourrir
ces millions de ventres supplémentaires, sans aucune bonne organisation à l’arrière.
Le ravitaillement devint à cette époque un problème majeur.
Le 27 janvier 1945, alors qu’au QG du Führer, on discutait sur l’éventualité
d’une désertion du général Vlassov et de ses hommes, H. Göring lança :
« Ils ne peuvent pas faire plus que déserter.
Après, ça fera toujours ça de moins à nourrir »[18].
Dans les semaines qui suivirent, la situation empira. La dégradation fut telle que,
dans le courant du mois de février 1945, certains dirigeants du Reich estimèrent
que le ravitaillement était désormais prioritaire sur l’armement.
A Nuremberg, E. Milch déclara :
"Speer pensait comme moi que les armements ne pouvaient plus avoir d’intérêt
à ce stade des opérations et il a, de son propre chef, donné la priorité
au ravitaillement de la population.
Le plus urgent était d’évacuer les stocks alimentaires des régions que
nous pouvions craindre de perdre […].
On pensait qu’il fallait mettre en sécurité la plus grande quantité de denrées disponibles
et transportables". [TMI, IX, 74].
Sachant que le système ferroviaire était quasiment hors service et que
les derniers camions étaient utilisés par l’Armée, E. Milch expliqua qu’on
« dut avoir recours au moyens de fortune : tramways, voitures à chevaux » ;
ces moyens furent mis « à la disposition de la population allemande afin
de faciliter autant que possible la distribution du ravitaillement » (Id.).
Les rations alimentaires diminuent inexorablement.
Ces mesures se révélèrent toutefois insuffisantes pour contrebalancer la perte
des régions agricoles, la désorganisation générale due aux bombardements
et la demande croissante des réfugiés qui affluaient.
Le 2 mars 1945, J. Goebbels nota :
"Nous sommes déjà obligés, et ne tarderons pas à l’être davantage encore,
de limiter sévèrement nos rations alimentaires. La perte des régions orientales
du pays se fait sentir d’une manière très douloureuse. Backe n’est même pas
en mesure d’établir un bilan d’alimentation clair, car il ne sait pas ce dont
il peut disposer en ce moment et ce dont il disposera à l’avenir.
Nous allons être obligés, dans un laps de temps très proche, de baisser
les rations alimentaires de 35 à 50 % pour les produits essentiels,c’est-à-dire
les matières grasses et le pain ; pratiquement, elles seront au-dessous
du minimum vital […]. A toutes les tribulations que notre peuple est obligé
de supporter viendra donc s’ajouter encore la faim". [19].
Le 6 mars, il écrivit :
"D’après l’agence Reuter,nous n’avons de vraies difficultés que dans le secteur
du ravitaillement alimentaire, ce qui est le cas, en effet.
Dans ce secteur, nous pouvons nous attendre vraisemblablement à une crise
des plus graves dans les trois ou quatre mois". [Ibid., p. 72].
Les rations descendent au-dessous du minimum vital.
Onze jours plus tard, il rapporta :
"A Essen, il n’y a plus de pain, et on se plaint aussi amèrement de cette pénurie
dans la partie sud de la Westphalie. Il faut que le Reich leur vienne en aide ;
mais nos stocks de farine ne nous permettent plus de faire les généreux".
[Ibid.,p.181].
Le 24 mars,H. Göring tua un bison dans un zoo afin de le donner
à des réfugiés affamés [20]. Peu après,J. Goebbels nota :
"La question du ravitaillement est devenue extrêmement critique à l’Ouest.
Plusieurs villes manquent de pain depuis des jours ou des semaines".
[Ibid., p. 247].
"Dans toute la population domine le souci du ravitaillement.
On attend d’autres restrictions dans le rationnement,des restrictions très dures,
et cela très prochainement". [Ibid.,p.248].
Ces restrictions survinrent effectivement. Le 1er avril, J. Gobbels nota :
« Les dernières réductions ont tellement abaissé nos rations qu’elles suffisent
à peine comme minimum vital » (Ibid., pp. 332-3).
Conséquence de cette situation, une semaine plus tard, des émeutes
et des scènes de pillage eurent lieu dans un faubourg de Berlin :
"Pour la première fois depuis le début de la guerre, il y a eu des petites émeutes
à Berlin-Rahnsdorf. 200 hommes et femmes ont pris d’assaut 2 boulangeries
et ont emporté le pain". [Ibid., p. 361].
Et toujours, les réfugiés affluaient, maintenant dans le plus complet désordre.
Un membre du CICR qui circulait en Allemagne dans le courant du mois d’avril écrivit :
"Mais que penser des évacuations du mois d’avril.
Ce ne sont plus des convois organisés que l’on voit. C’est le désordre complet.
Il n’y a plus de chefs. On vit au jour le jour. Les fugitifs dorment sur place
et se nourrissent des victuailles qu’ils ont emportées avec eux ou qu’ils réussissent
à trouver sur place. Quelquefois c’est un cheval ou un bœuf épuisé qui périt
au bord de la route. Alors on se précipite sur le pauvre animal et la curée commence.
Les faibles restent en arrière". [21].
(voir la photo d’un habitant de Berlin dépeçant un cheval)
Une question capitale.
Au terme de ces développements,il convient de résumer succinctement :
- 1939 : l’Allemagne envahit la Pologne alors que le réarmement était loin
d’être achevé. Mais il croit pouvoir limiter le conflit ;
- 1940-1941 : le conflit se mondialise et l’Allemagne non préparée se retrouve
finalement prise entre deux adversaires redoutables : les USA à l’Ouest et l’URSS à l’Est.
Elle doit impérativement vaincre l’un avant que l’autre ne déploie toute sa puissance ;
- 1942 : l’Allemagne tente d’en finir avec l’URSS. En vain.
Le Reich connaît ses premiers graves revers militaires.
Il sait désormais que la guerre sera longue et qu’il doit gagner la course
aux armements s’il veut conserver une chance de vaincre.
Des plans sont imaginés pour que toutes les ressources humaines soient utilisées
afin de soutenir l’effort de guerre. En particulier, les camps changent de destination :
ils s’intègrent désormais à la machine de production allemande ;
- 1943 : dans la sphère d’influence allemande, des foules immenses travaillent
à l’effort de guerre. Les graves revers militaires du Reich se confirment.
Les Alliés mettent au point la guerre aérienne dont l’objectif est de paralyser
la machine de guerre allemande ; cette guerre prévoit la destruction des villes,
des voies de communication et des centres industriels.
Après une période d’essai de quelques mois, la méthode est définitivement
mise au point avec le bombardement de Hambourg, à la fin du mois de juillet ;
-1944 : la guerre aérienne fait des ravages.
En France, la production est paralysée.
En Allemagne, les usines de carburant sont mises hors service et les voies
de communication gravement endommagées.
Dans le dernier semestre, la production d’armement chute ;
-1945 : après la perte du bassin houiller de Haute-Silésie, l’espoir de gagner
la guerre ou même de stabiliser le front s’évanouit.
En outre, la guerre aérienne provoque l’effondrement économique du Reich :
les villes sont rasées une par une, faisant des centaines de milliers de sans-abri,
les industries sont mises hors service, le système de communication s’effondre,
le ravitaillement devient d’autant plus critique que des millions de réfugiés
s’entassent dans les régions non encore occupées.
Les restrictions sont de plus en plus sévères, y compris pour les aliments
de base et des premières émeutes pour le pain ont lieu dans un faubourg de Berlin.
Telle est, très résumée, l’Histoire de l’Allemagne entre 1939 et 1945.
C’est l’histoire d’une euphorie militaire suivie d’une lente agonie sous les bombes.
Maintenant, je pose la question :peut-on croire que les conditions d’apocalypse
qui régnaient dans le Reich moribond en 1945 n’aient eu aucune conséquence
sur la vie dans les camps ? Naturellement non !
Il est bien évident que l’Histoire des camps ne saurait être dissociée de l’Histoire allemande.
C’est ce que nous verrons dans un autre article ; lire :
« La situation dans les camps les derniers mois. Le cas de Bergen-Belsen ».
[1] TMI, XI, 606, témoignage de J. Riecke.
[2] Walrimont, p. 234. Pour la référence complète,
[3] voy. le CICR, Document sur…, op. cit., p. 16.
[4] Voy. Hitler parle à ses généraux.
Comptes rendus sténographiques des rapports journaliers du QG du Führer.
1942-1945 (éd. Albin Michel, 1964), p. 243.
[5] Voy. Libres, 21 septembre 1944, p. 1.
[6] « Le maximum de production de toute la guerre fut atteint
en août 1944 pour les munitions, en septembre 1944 pour les avions […] »
(déclaration d’A. Speer à Nuremberg ; TMI, XVI, 504).
[7] Voy. J. Fonteyne, op. cit., p. 45.
[8] Voy. Libres, 5 décembre 1944, p. 1.
[9] Pour toutes les citations qui suivent,
voy. J. Goebbels, Derniers carnets.
Journal 28 février-10 avril 1945 (éd. Flammarion, 1977).
[10] Voy. Libres, 16 décembre 1944, p. 1.
[11] J. Goebbels, op. cit., pp. 202 et 207.
[12] Voy. Hitler parle…, op. cit., p. 332.
[13] J. Goebbels, op. cit., p. 225.
[14] Ibid., p. 91.Sur les ordres d’Hitler pour évacuer les régions de l’Ouest, voy. p. 164 :
« Le Führer a décidé qu’il fallait continuer à évacuer l’Ouest de l’Allemagne, décision qui,
naturellement, peut être très lourde de conséquences, car nous ne savons pas du tout
où dans le Reich nous pourrons encore abriter ces gens ».
[15] Voy. Les Amitiés. Organe régional des provinces françaises
(Saint-Étienne), 22 novembre 1941, p. 1, article intitulé :
« Quinze mois à l’oflag XVII-A ».
[16] Voy. Jean Mariat, Prisonnier en Allemagne
(Les Éditions de France, 1941), p. 23.
[17] Voy. L’Image de guerre, n° 49, octobre 1915.
[18] Voy. Hitler parle…, op. cit., p. 306.
[19] J. Goebbels, op. cit., pp. 36-7.
[20] « Le journal de Joachimsthal annonce que Göring
a tué un bison pour les réfugiés et l’a mis à leur disposition » (Ibid., p. 215).
[21] Voy. Documents sur…, p. 112.
Sujet: Re: La guerre aérienne des Alliés et l’effondrement du Reich.

References: § 1
 art. 53
 art. 14
 art. 32
 § 1
 art. 29
 art. 42