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Timestamp: 2019-11-19 16:03:23+00:00

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Cochard, Chirac,
Giscard, Bigeard,
Tout a commencé par une illumination de Jean Cochard ! Qui est-
ce ? Un haut fonctionnaire du ministère de la Défense, directeur de la
Gendarmerie Nationale. Vous prenez
une carte de France des comités de
soldats (comme il est facile de la reconstituer à partir des enquêtes de
la Sécurité Militaire et des Renseignements Généraux); vous superposez une carte de France des UL ou
des sections CFDT (ou CGT) qui soutiennent les comités de soldats et
vous obtenez la « grille » de la subversion dans l'armée française. Effarant, non ? Il suffit de terminer le
rapport par quelques révélations « inquiétantes » sur les liens qui existent entre les SUV portugais et les
comités de soldats en France et le
tour est joué : il ne reste plus qu'à
convaincre un Jacques Chirac, qui se
laisse facilement forcer la main et
veut casser du « rouge » avec autant
d'ardeur qu'il cassait du « fella »
comme officier pendant la guerre
Certes, quand Chirac demande une
charrette pour la Cour de sûreté de
l'Etat, Lecanuet n'est pas très content (c'est quand même lui qui va faire le sale boulot, comme naguère un
autre « centriste démocrate » nommé
Pleven). Valy, quant à lui, trouve
qu'une juridiction d'exception pour
des faits aussi minces, ça ne fait pas
très « libéral avancé ». N'empêche.
Chirac, qui connaît par cœur son Giscard, lâche l'argumènt-massue : que
va-t-on penser à Bonn, à Washington,
à Madrid, des ambitions internationales du président, s'il n'est même pas
capable de mettre au pas son armée ? Et quelle sera la « fiabilité » de
la présence française dans le dispositif occidental, si ies soldats se mêlent de donner leur avis sur la politique  du  gouvernement ?
Et puis, des rumeurs inquiétantes
parviennent des quartiers militaires
jusqu'à l'Elysée : il paraît que la
grogne des officiers et des sous-officiers prend des proportions assez
grandes. Si les membres les plus
réactionnaires de la hiérarchie râlent
contre la faiblesse du gouvernement
devant la montée de « l'agitation »
dans les casernes, la grande majorité se demande s'il ne faut pas faire
comme les simples soldats pour obtenir quelque chose. Ainsi, en frappant très fort, on « récupère » les officiers les plus réactionnaires (ce qui
est toujours bon à prendre pour un
gouvernement de droite) et surtout
on dissuade les autres d'entreprendre quoi que ce soit.
Enfin, pour la première fois depuis mai 68, tous les services de police (militaires et civils) ont harmonieusement collaboré. Il faut mettre
à profit leur œuvre.
Moyennant quoi, Giscard accepte
de lâcher six cents flics (RG, SM,
DST et même un peu de SDCE) dans
un gigantesque safari contre les soldats et les militants syndicaux. Pour
l'instant, il manque encore les « antigangs » à la liste, mais ça ne saurait tarder. En tout cas, truands de
toutes catégories, c'est le moment rêvé pour faire vos coups. A Bordeaux,
Besançon, Chaumont, Dijon, Marseille, Verdun, Thionville et ailleurs encore, tous les flics (brigades de recherche de la gendarmerie, SRPJ
des préfectures, antennes locales
des services de renseignements) sont
sur l'affaire : la voie est libre.
Gallut, pour sa part, a reçu quelques dizaines de dossiers d'inculpations (une soixantaine, paraît-il) qu'il
exécute aussi vite qu'il peut. Brave
et diligent Gallut ! Il va falloir encore
qu'il prouve l'affreux comlot contre
l'armée. Hardi Gallut ! Car tu n'es
pas au bout de tes peines et il y a
déjà des gens, parmi ceux du gouvernement qui te communiquent
leurs ordres, qui commencent à se
demander si tu ne vas pas passer
Noël sur une planche pourrie entre
les deux tours de Notre-Dame.
Face aux attaques du pouvoir, la
gauche parlementaire plie l'échiné, et
entend se démarquer à tout prix de
l'antimilitarisme « puéril », « irresponsable » des gauchistes. Contre les
couplets patriotiques de la gauche,
nous disons : oui, nous sommes antimilitaristes, oui nous nous réclamons
des traditions du mouvement ouvrier
— Nous nous reconnaissons dans
le peuple de Paris qui, pendant la
Commune, se battit les armes à la
main contre l'armée des Versaillais.
les poilus de 1917 qui se mutinèrent
contre les boucheries sanglantes,
dans les mutins de la mer Noire qui
refusèrent d'intervenir contre les révolutionnaires russes.
les travailleurs qui, en 39-45, prient les
armes contre le nazisme, et pour que
plus jamais le fascisme ne puisse
exister, pour le socialisme.
la lutte des peuples d'Indochine, d'Algérie et d'Afrique qui pendant des
dizaines d'années ont combattu pour
expulser les troupes françaises.
— Nous sommes aux côtés des
soldats en lutte contre l'embrigadement et l'encasernement, aux côtés
des travailleurs dont les grèves sont
brisées par l'armée.
— Nous pensons que derrière le
vocable «défense nationale», la bour
geoisie camoufle sa politique impérialiste (menaces d'intention en Afrique
et même en Europe), camoufle sa politique subversive d'utilisation de l'armée contre les masses populaires (en
1940, l'armée était prête à se battre
contre les « rouges », pas contre les
nazis !). Pendant la Commune, pendant la résistance, dans les guerres
de libération, le peuple a toujours dû
se passer de l'armée bourgeoise.
— Nous savons que tout est organisé dans l'armée pour qu'elle puisse
jouer son rôle de répression des mas
ses populaires dans ce pays, et ailleurs.
Oui, pour tout cela, nous sommes
antimilitaristes : et la Cour de sûreté
de l'Etat n'y changera rien.
Article 84 et Cour de sûreté de l'Etat
Les tribunaux militaires n'y suffisaient pas. Bigeard et Bourges veulent frapper un grand coup : la Cour
de sûreté de l'Etat, créée en 1963 au
moment de la guerre d'Algérie donne
des pouvoirs exceptionnels au juge
d'instruction et permet d'infliger des
peines très lourdes :
— Le juge d'instruction a une compétence sur tout le territoire de la
République — ce qui permet de l'utiliser comme instrument de répression des mouvements anticolonialistes.
— Les juges de la Cour de sûreté
de l'Etat sont des magistrats et des
officiers généraux ou supérieurs.
Nommés par décret de deux ans seulement, promus à un avancement rapide, ils présentent pour le pouvoir
toutes les garanties de docilité.
— La garde à vue est susceptible
de durer jusqu'à six jours.
— Le juge d'instruction peut procéder ou faire procéder à des perquisitions en tout lieu, de jour et de
— Les actes de poursuite peuvent,
dans certains cas, être accomplis par
le préfet. Il s'agit donc d'une juridiction  d'exception   aux   ordres   de   la
GALLEY (ancien ministre)
TRADUIT DEVANT LA COUR
DE SURETE DE L'ETAT !
Selon des informations non confirmées, te juge Gallut qui instruit l'enquête pour « démoralisation de l'armée » aurait délivré un mandat d'amener contre M. Robert Galley, ancien
ministre des armées. S'exprimant à
propos de la volonté des masses populaires d'en finir avec le pouvoir des
exploiteurs, M. Galley aurait ouvertement appelé à la subversion dans l'armée en disant publiquement « l'armée
est le dernier rempart de notre société libérale ». D'autres sources, M. Galley aurait pris le maquis dans la région de Colombey-les-Deux-Eglises,
où déjà un comploteur célèbre s'était
réfugié jusqu'au 13 mai 1958.
bourgeoisie. Un tribunal militaire particulièrement bien adapté aux tâches
de répression politique.
L'article 84 du code pénal « réprimant l'entreprise de démoralisation »
de l'armée a été appliqué pendant la
guerre d'Algérie. Il vient tout droit
d'une ordonnance du 4 juin 1960 prise en vertu des pouvoirs spéciaux attribués à de Gaulle par l'article 38
de la Constitution. Ce qui signifie
qu'il n'a jamais été soumis au vote
Louis Joinet, magistrat, ancien président du Syndicat de la Magistrature, a souligné les dangers d'une interprétation extensive qui « permet
de délivrer des commissions rogatoi-
res en des termes dont la généralité
est telle que, à la limite, toute personne qui, directement ou indirectement, s'est activement intéressée
aux initiatives prises pour la démocratisation de l'armée pourrait être
retenue dans les lieux de la prévention ».
En d'autres termes, tout citoyen
qui n'aurait pas manifesté des opinions favorables à l'armée et à la défense nationale telles   qu'elles   sont
Au 8 décembre, il y en a 26.
CAZAUX : Patrice Bianco ; Jean-Claude Feyrit ; Michel Oger ; Michel
Briand ; Georges Vicente ; Jacques
Cassard ; Jean-Pierre Le Coachon ;
Patrick Mothe (tous soldats). Michel
Bourre, secrétaire départemental de
la CFDT Gironde.
BESANÇON : Alain Genot ; François
Bimboire ; Jean-Noël Cagnaux ;
Christophe Morales ; Patrick Mor-
celli ; Guillemaut : Buginie (tous
soldats). Jussiaux et Valentini, de la
CHAUMONT : Trois soldats et Lionel
actuellement pourrait être suspecté !
Un général ajoute : « La réforme
du 4 juin 1960 ne laisse pas d'apparaître très inquiétante tant son contenu se situe d'avantage dans un
système de style fasciste que dans
un système de style libéral ».
Utiliser l'article 84 permet au pouvoir de poursuivre n'importe quoi sur
la question de l'armée ; cela lui permet de laisser la menace d'inculpations planer pour longtemps. Mais il
aura bien besoin d'une justice d'exception, d'une justice à sa botte,
pour condamner effectivement les inculpés : car il devra prouver non
seulement qu'il y a eu subversion (et
il est difficile d'établir que les droits
démocratiques à l'armée sont subversifs !), mais qu'il y a volonté délibérée de démoraliser l'armée dans un
but précis, avoué : « porter atteinte
à la défense nationale ». Le rideau de
fumée du complot international sera
vite dissipé : qui peut croire (à part
Bigeard) que les soldats qui revendiquent les libertés élémentaires dans
les casernes sont manipulés par les
espions russes ou chinois ? Nous
souhaitons bien du plaisir au juge
Gallut.
Blonde), de la CFDT.
STRASBOURG : Armand   Jung   et
Raymond Murer, militants CFDT.
SEINE-SAINT-DENIS  ; Roger Houlet,
de la CFDT. Il a été laissé en liberté.
Un dix-neuxièrne soldat, inculpé, a
été aussi laissé en liberté.
Mais derrière ces inculpations,
c'est une opération policière plus
vaste : des dizaines de perquisitions,
des dizaines d'interpellations d'an'
ciens soldats, de soldats, de syndicalistes, de militants, de vendeurs de la
presse antimilitariste et révolutionnaire. Où s'arrêtera le juge Gallut ?
Pour prendre contact avec le CAM, pour nous soutenir financièrement, écrire à :
Boîte postale 317
75525 PARIS-Cedex 11
Full text Cochard, Chirac, Giscard, Bigeard, les comploteurs Tout a commencé par une illumination de Jean Cochard ! Qui est- ce ? Un haut fonctionnaire du ministère de la Défense, directeur de la Gendarmerie Nationale. Vous prenez une carte de France des comités de soldats (comme il est facile de la reconstituer à partir des enquêtes de la Sécurité Militaire et des Renseignements Généraux); vous superposez une carte de France des UL ou des sections CFDT (ou CGT) qui soutiennent les comités de soldats et vous obtenez la « grille » de la subversion dans l'armée française. Effarant, non ? Il suffit de terminer le rapport par quelques révélations « inquiétantes » sur les liens qui existent entre les SUV portugais et les comités de soldats en France et le tour est joué : il ne reste plus qu'à convaincre un Jacques Chirac, qui se laisse facilement forcer la main et veut casser du « rouge » avec autant d'ardeur qu'il cassait du « fella » comme officier pendant la guerre d'Algérie. Certes, quand Chirac demande une charrette pour la Cour de sûreté de l'Etat, Lecanuet n'est pas très content (c'est quand même lui qui va faire le sale boulot, comme naguère un autre « centriste démocrate » nommé Pleven). Valy, quant à lui, trouve qu'une juridiction d'exception pour des faits aussi minces, ça ne fait pas très « libéral avancé ». N'empêche. Chirac, qui connaît par cœur son Giscard, lâche l'argumènt-massue : que va-t-on penser à Bonn, à Washington, à Madrid, des ambitions internationales du président, s'il n'est même pas capable de mettre au pas son armée ? Et quelle sera la « fiabilité » de la présence française dans le dispositif occidental, si ies soldats se mêlent de donner leur avis sur la politique du gouvernement ? Et puis, des rumeurs inquiétantes parviennent des quartiers militaires jusqu'à l'Elysée : il paraît que la grogne des officiers et des sous-officiers prend des proportions assez grandes. Si les membres les plus réactionnaires de la hiérarchie râlent contre la faiblesse du gouvernement devant la montée de « l'agitation » dans les casernes, la grande majorité se demande s'il ne faut pas faire comme les simples soldats pour obtenir quelque chose. Ainsi, en frappant très fort, on « récupère » les officiers les plus réactionnaires (ce qui est toujours bon à prendre pour un gouvernement de droite) et surtout on dissuade les autres d'entreprendre quoi que ce soit. Enfin, pour la première fois depuis mai 68, tous les services de police (militaires et civils) ont harmonieusement collaboré. Il faut mettre à profit leur œuvre. Moyennant quoi, Giscard accepte de lâcher six cents flics (RG, SM, DST et même un peu de SDCE) dans un gigantesque safari contre les soldats et les militants syndicaux. Pour l'instant, il manque encore les « antigangs » à la liste, mais ça ne saurait tarder. En tout cas, truands de toutes catégories, c'est le moment rêvé pour faire vos coups. A Bordeaux, Besançon, Chaumont, Dijon, Marseille, Verdun, Thionville et ailleurs encore, tous les flics (brigades de recherche de la gendarmerie, SRPJ des préfectures, antennes locales des services de renseignements) sont sur l'affaire : la voie est libre. Gallut, pour sa part, a reçu quelques dizaines de dossiers d'inculpations (une soixantaine, paraît-il) qu'il exécute aussi vite qu'il peut. Brave et diligent Gallut ! Il va falloir encore qu'il prouve l'affreux comlot contre l'armée. Hardi Gallut ! Car tu n'es pas au bout de tes peines et il y a déjà des gens, parmi ceux du gouvernement qui te communiquent leurs ordres, qui commencent à se demander si tu ne vas pas passer Noël sur une planche pourrie entre les deux tours de Notre-Dame. Face aux attaques du pouvoir, la gauche parlementaire plie l'échiné, et entend se démarquer à tout prix de l'antimilitarisme « puéril », « irresponsable » des gauchistes. Contre les couplets patriotiques de la gauche, nous disons : oui, nous sommes antimilitaristes, oui nous nous réclamons des traditions du mouvement ouvrier révolutionnaire : — Nous nous reconnaissons dans le peuple de Paris qui, pendant la Commune, se battit les armes à la main contre l'armée des Versaillais. — Nous nous reconnaissons dans les poilus de 1917 qui se mutinèrent contre les boucheries sanglantes, dans les mutins de la mer Noire qui ANTIMILITARISTES ! refusèrent d'intervenir contre les révolutionnaires russes. — Nous nous reconnaissons dans les travailleurs qui, en 39-45, prient les armes contre le nazisme, et pour que plus jamais le fascisme ne puisse exister, pour le socialisme. — Nous nous reconnaissons dans la lutte des peuples d'Indochine, d'Algérie et d'Afrique qui pendant des dizaines d'années ont combattu pour expulser les troupes françaises. — Nous sommes aux côtés des soldats en lutte contre l'embrigadement et l'encasernement, aux côtés des travailleurs dont les grèves sont brisées par l'armée. — Nous pensons que derrière le vocable «défense nationale», la bour geoisie camoufle sa politique impérialiste (menaces d'intention en Afrique et même en Europe), camoufle sa politique subversive d'utilisation de l'armée contre les masses populaires (en 1940, l'armée était prête à se battre contre les « rouges », pas contre les nazis !). Pendant la Commune, pendant la résistance, dans les guerres de libération, le peuple a toujours dû se passer de l'armée bourgeoise. — Nous savons que tout est organisé dans l'armée pour qu'elle puisse jouer son rôle de répression des mas ses populaires dans ce pays, et ailleurs. Oui, pour tout cela, nous sommes antimilitaristes : et la Cour de sûreté de l'Etat n'y changera rien. Article 84 et Cour de sûreté de l'Etat Les tribunaux militaires n'y suffisaient pas. Bigeard et Bourges veulent frapper un grand coup : la Cour de sûreté de l'Etat, créée en 1963 au moment de la guerre d'Algérie donne des pouvoirs exceptionnels au juge d'instruction et permet d'infliger des peines très lourdes : — Le juge d'instruction a une compétence sur tout le territoire de la République — ce qui permet de l'utiliser comme instrument de répression des mouvements anticolonialistes. — Les juges de la Cour de sûreté de l'Etat sont des magistrats et des officiers généraux ou supérieurs. Nommés par décret de deux ans seulement, promus à un avancement rapide, ils présentent pour le pouvoir toutes les garanties de docilité. — La garde à vue est susceptible de durer jusqu'à six jours. — Le juge d'instruction peut procéder ou faire procéder à des perquisitions en tout lieu, de jour et de nuit. — Les actes de poursuite peuvent, dans certains cas, être accomplis par le préfet. Il s'agit donc d'une juridiction d'exception aux ordres de la Dernière minute GALLEY (ancien ministre) TRADUIT DEVANT LA COUR DE SURETE DE L'ETAT ! Selon des informations non confirmées, te juge Gallut qui instruit l'enquête pour « démoralisation de l'armée » aurait délivré un mandat d'amener contre M. Robert Galley, ancien ministre des armées. S'exprimant à propos de la volonté des masses populaires d'en finir avec le pouvoir des exploiteurs, M. Galley aurait ouvertement appelé à la subversion dans l'armée en disant publiquement « l'armée est le dernier rempart de notre société libérale ». D'autres sources, M. Galley aurait pris le maquis dans la région de Colombey-les-Deux-Eglises, où déjà un comploteur célèbre s'était réfugié jusqu'au 13 mai 1958. bourgeoisie. Un tribunal militaire particulièrement bien adapté aux tâches de répression politique. L'article 84 du code pénal « réprimant l'entreprise de démoralisation » de l'armée a été appliqué pendant la guerre d'Algérie. Il vient tout droit d'une ordonnance du 4 juin 1960 prise en vertu des pouvoirs spéciaux attribués à de Gaulle par l'article 38 de la Constitution. Ce qui signifie qu'il n'a jamais été soumis au vote du Parlement. Louis Joinet, magistrat, ancien président du Syndicat de la Magistrature, a souligné les dangers d'une interprétation extensive qui « permet de délivrer des commissions rogatoi- res en des termes dont la généralité est telle que, à la limite, toute personne qui, directement ou indirectement, s'est activement intéressée aux initiatives prises pour la démocratisation de l'armée pourrait être retenue dans les lieux de la prévention ». En d'autres termes, tout citoyen qui n'aurait pas manifesté des opinions favorables à l'armée et à la défense nationale telles qu'elles sont LES INCULPATIONS Au 8 décembre, il y en a 26. CAZAUX : Patrice Bianco ; Jean-Claude Feyrit ; Michel Oger ; Michel Briand ; Georges Vicente ; Jacques Cassard ; Jean-Pierre Le Coachon ; Patrick Mothe (tous soldats). Michel Bourre, secrétaire départemental de la CFDT Gironde. BESANÇON : Alain Genot ; François Bimboire ; Jean-Noël Cagnaux ; Christophe Morales ; Patrick Mor- celli ; Guillemaut : Buginie (tous soldats). Jussiaux et Valentini, de la CFDT. CHAUMONT : Trois soldats et Lionel actuellement pourrait être suspecté ! Un général ajoute : « La réforme du 4 juin 1960 ne laisse pas d'apparaître très inquiétante tant son contenu se situe d'avantage dans un système de style fasciste que dans un système de style libéral ». Utiliser l'article 84 permet au pouvoir de poursuivre n'importe quoi sur la question de l'armée ; cela lui permet de laisser la menace d'inculpations planer pour longtemps. Mais il aura bien besoin d'une justice d'exception, d'une justice à sa botte, pour condamner effectivement les inculpés : car il devra prouver non seulement qu'il y a eu subversion (et il est difficile d'établir que les droits démocratiques à l'armée sont subversifs !), mais qu'il y a volonté délibérée de démoraliser l'armée dans un but précis, avoué : « porter atteinte à la défense nationale ». Le rideau de fumée du complot international sera vite dissipé : qui peut croire (à part Bigeard) que les soldats qui revendiquent les libertés élémentaires dans les casernes sont manipulés par les espions russes ou chinois ? Nous souhaitons bien du plaisir au juge Gallut. Blonde), de la CFDT. STRASBOURG : Armand Jung et Raymond Murer, militants CFDT. SEINE-SAINT-DENIS ; Roger Houlet, de la CFDT. Il a été laissé en liberté. Un dix-neuxièrne soldat, inculpé, a été aussi laissé en liberté. Mais derrière ces inculpations, c'est une opération policière plus vaste : des dizaines de perquisitions, des dizaines d'interpellations d'an' ciens soldats, de soldats, de syndicalistes, de militants, de vendeurs de la presse antimilitariste et révolutionnaire. Où s'arrêtera le juge Gallut ? Pour prendre contact avec le CAM, pour nous soutenir financièrement, écrire à : LUTTE ANTIMILITARISTE Boîte postale 317 75525 PARIS-Cedex 11
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 l'article 38
 l'article 84
 L'article 84
 l'article 38
 l'article 84