Source: http://axl.cefan.ulaval.ca/asie/Bangladesh.htm
Timestamp: 2020-07-04 22:16:40+00:00

Document:
Population: 154 millions (2012)
Langue officielle: bengali
Groupe majoritaire: bengali (80 %)
Groupes minoritaires: chittagonien (11,2 %), sylhetti (4 %), sadri (0,16 %), santali (0,13 %), mogh (0,1 %), birman (0,1 %), chin (0,1 %), etc.
Système politique: république unitaire parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 3 et 23 de la Constitution du 30 avril 1996
Lois linguistiques: Loi sur les canaux (1864); Loi sur les frais judiciaires (1870); Loi sur la preuve (1872); Loi sur le mariage chrétien (1872); Loi sur le tribunal de tutelle (1879); Code de procédure pénale (1898); Code de procédure civile (1908); Loi sur les successions (1925); Loi sur la naturalisation (1926); Loi sur l'armée (1952); Loi sur les presses d'imprimerie et les publications (Déclaration et enregistrement) (1973); Ordonnance sur l'Académie bengali (1978); Ordonnance sur l'éducation dans les madrasas (1978); Ordonnance sur les vétérinaires praticiens du Bangladesh (1982); Ordonnance sur la marine marchande du Bangladesh (1983); Ordonnance sur les tribunaux de la famille (1985); Loi sur l'instauration de la langue bengali (1987).
Le Bangladesh (officiellement appelé République populaire du Bangladesh) est un pays d’Asie méridionale situé dans la partie nord-est du sous-continent indien; limité au sud par le golfe du Bengale, le pays est presque entièrement enclavé par le nord-est de l'Inde et possède une courte frontière avec la Birmanie. La superficie du pays est de 147 570 km², équivalant à environ la moitié de celle de l'Italie. La capitale et la plus grande ville du pays est Dacca (environ neuf millions d’habitants pour l’agglomération).
Le Bangladesh est constitué de six unités administratives, du nord au sud: Rajshahi, Dacca, Sylhet, Khulna, Barisal et Chittagong. Les villes les plus importantes sont Dacca (10,4 millions), Chittagong (3,3 millions), Khulna (1,2 million) et Rajshani (712 720).
Au point de vue géographique, historique et culturel, le Bangladesh correspond à la partie la plus vaste et la plus peuplée de l'ancien Bengale, constitué également par l’État indien voisin appelé Bengale occidental (capitale: Calcutta). Rappelons aussi qu'entre 1947 et 1971 le Bangladesh était une province du Pakistan (Dominion of Pakistan), appelée Pakistan oriental. Le 25 mars 1971, les dirigeants du Pakistan oriental ont proclamé l’indépendance du pays sous le nom de Bangladesh (du bengali «nation du Bengale»); mais son indépendance n’a été effective que le 16 décembre 1971, alors que les troupes pakistanaises se sont rendues aux forces conjointes du Bangladesh et de l’Inde.
La très grande majorité des habitants du Bangladesh sont des Bengalis, mais le terme pour désigner tous les habitants du pays est Bangladais, de quelque origine qu'ils soient. Les Bengalis descendent des Indo-Aryens qui ont commencé à émigrer dans le pays en provenance de l’Ouest il y a des milliers d’années et qui se sont métissés au Bengale (ancien Bengal) avec les groupes indigènes. Les Bengalis occupent les basses vallées du Gange et du Brahmapoutre et constituent l'extrême avancée vers l'est des langues indo-iraniennes. Ils sont séparés géographiquement des Moundas confinés vers le sud-ouest, des Himalayens (à l'est du Népal), des Môn-Khmers (encore présents en Assam, par l'ethnie des Khasis) et des Tibéto-Birmans (au nord et à l'ouest).
Environ 25 communautés ethniques et minoritaires vivent au Bangladesh, notamment dans quatre régions (les Chittagong Hill Tracts, le Nord-Ouest, le Centre-Nord et les districts du nord du pays). Parmi les minorités ethniques figurent les Chakma et les Mogh, des peuples mongoloïdes vivant dans les collines des Chittagong, les Santal qui descendent en grande partie d’émigrants venant de l’Inde actuelle et les Biharis, des musulmans non bengalis qui sont venus de l’Inde après la partition de 1947. On peut consulter une carte linguistique en cliquant ICI, s.v.p.
L’islam, la religion d’État, est pratiqué par environ 85 % de la population, la quasi-totalité des musulmans étant de rite sunnite. Les autres sont hindouistes, bouddhistes ou chrétiens (ou animistes).
2.1 Le bengali
La langue nationale et officielle est le bengali, une langue indo-européenne (groupe indo-iranien) parlée comme langue maternelle par 80 % de la population, mais par 98 % si l'on inclut la langue seconde. C'est donc l'un des pays les plus homogènes au monde au plan linguistique. Le bengali est appelé bangla au Bangladesh. On peut comparer quelques mots bengalis à d'autres langues indo-européennes telles que le sanskrit (indo-iranienne), le latin (italique), l'anglais (germanique) et le français (romane).
Comparaisons linguistiques
maash mata nobo ratri naakh tin
mãs matar nava nakt nãs trayas
mensis mater novus nox nasus tres
month mother new night nose three
mois mère nouveau nuit nez trois
Évidemment, les mots ne se ressemblent pas tous autant ; dans le cas présent, il s'agit de montrer les cas similaires des langues indo-européennes. N'oublions pas que dans son vocabulaire le bengali a beaucoup emprunté au sanskrit et qu'il a reçu aussi un apport lexical arabo-persan relativement important.
Le bengali est parlé non seulement au Bangladesh, mais aussi en Inde, particulièrement dans les États du Bengale occidental (no 19), d'Orissa, d'Assam, du Bihar et de Tripura, mais en Inde les Bengalis sont de religion brahmaniste. Il existe aussi des Bengalis au Népal et au Bhoutan. En Inde, le bengali est la langue officielle régionale du Bengale occidental et de l'État de Tripura; le bengali est également parlé dans le district de Cachar dans l'État d'Assam. Au point de vue numérique, le bengali demeure l'une des langues les plus importantes du monde. En fait, le bengali est la 4e langue du monde (250 millions de locuteurs) après le chinois mandarin (885 millions), l'espagnol (358 millions), l'anglais (322 millions) et avant l'arabe (200 millions).
Le bengali s’écrit à l’aide d’un alphabet dérivé du sanskrit appelé alphabet bengali:
- Pour les voyelles:
- Pour les consonnes:
Voici un court texte rédigé avec l'alphabet bengali; il s'agit de l'article 1 de la Déclaration universelle des droits de l'homme:
Le bengali présente plusieurs variétés dialectales. Selon la classification du linguiste irlandais George Abraham Grierson (1851-1941), il convient de distinguer six grands groupes dialectaux:
Central Bengali (Standard)
Bengali central (standard) Northern Bengali (Koch, Siripuria), Rajbanshi, Bahe)
Bengali septentrional
Western Bengali (Kharia Thar, Mal Paharia, Saraki)
Bengali occidental Eastern Bengali (Barisal, Chittagong, Comilla, Faridpur, Noakhali, Manikganj, Mymensingh, Munshiganj et Sylhet )
Bengali oriental
Southwestern Bengali
Bengali du Sud-Ouest Southeastern Bengali
Bengali du Sud-Est
Chacun des groupes peut lui-même être fragmenté en plusieurs variétés dialectales. La variété du bengali central sert de norme pour le bengali standard. Les variétés du bengali occidental correspondent aux dialectes du Bengale occidental de l'Inde, alors que les autres sont parlés au Bangladesh. La plupart des locuteurs du bengali sont capables de communiquer dans plus d'un dialecte, car l'intercompréhension est relativement aisée d'une région à l'autre, sauf lorsque les régions sont éloignées l'une de l'autre (p. ex. entre le Nord et le Sud).
Il existe deux formes d'écriture du bengali :
1) La shadhubhasha («la langue de sages»): il s'agit d'une écriture ancienne tirée du sanskrit et utilisée dans l'hymne national, les textes littéraires, les chansons, etc., mais son usage est de plus en plus à la baisse.
2) La choltibhasha («la langue courante»): c'est une écriture plus proche de la langue parlée, qui sert généralement de norme pour le bengali écrit.
2.2 Les langues minoritaires
Les langues minoritaires sont relativement nombreuses au Bangladesh (environ une quarantaine), mais la plupart sont en voie de disparition en raison du nombre peu élevé de leurs locuteurs, mais aussi parce qu'elles ne bénéficient d'aucune protection de la part de l'État. Plusieurs de ces langues sont parlées dans le district de Chittagong, à la frontière de l'Inde et de la Birmanie (Myanmar).
Famille indo-européenne assamais (9000), bengali (110 millions), bihari (250 000), bishnupriya (40 000), chakma (150 000), chittagonien (13 millions), hajong (8000), oraon sadri (166 000), rangpouri (10 millions) rohingya (200 000), sylheti (7 millions) et tangchangya (32 000).
Famille austro-asiatique kahsi (74 000), koda (1300), mundari (2500), pnar (4000), santali (157 000) et war-jaintia (16 000).
Famille dravidienne kurux (40 000) et sauria paharia (7000)
Famille sino-tibétaine asho chin (2340), a’tong (5400), bawm chin (13 500), birman (300 000), chak (5500), garo (120 000), haka chin (1260), khumi chin (2100), koch (6000), kok borok (5000), marma (150 000), megam (6800), meitei (15 000), mizo (7500), mru (30 000), pangkhua (2500), rakhine (35 000), riang (500), tippera (100 000) et usoi (22 400).
- Les langues indo-européennes
Parmi les quelque 12 langues indo-européennes, mentionnons d'abord les langues numériquement plus importantes telles que le chittagonien (13 millions de locuteurs), le rangpouri (10 millions) et le sylheti (7 millions).
Les autres langues sont l'assamais, le bihari, le bishnupriya, le chakma, le hajong, l'oraon sadri, le rohingya et le tangchangya.
Le chittagonien mérite un minimum d'explication. C'est une langue parlée dans le district de Chittagong par plus de 13 millions de locuteurs; elle est également parlée dans le nord de la Birmanie par une petite population connue sous le nom de Rohingya. Au Bangladesh, cette langue est considérée comme un dialecte du bengali en raison de la grande similarité lexicale entre le chittagonien et le bengali, soit entre 40 et 65 %. Mais la plupart des linguistes classent le chittagonien comme une langue distincte du bengali, justement parce que le vocabulaire semble proportionnellement très élevé. Il faut dire que le Bangladesh est un pays qui a tendance à niveler les différences linguistiques.
- Les langues sino-tibétaines
On compte une vingtaine de langues sino-tibétaines, mais seuls le birman (300 000), le marma (150 000), le garo (120 000) et le tippera (100 000) sont parlés par 100 000 locuteurs ou plus. Sauf exception, plusieurs de ces langues sont en danger d'extinction: arakanais (ou rakhine), asho chin, a'tong, bawm chin, chak, haka chin, khumi chin, koch, kok borok, megam, meitei, mizo, mru, pangkhua, riang, usoi. Certaines langues ont plus de chances de survivre lorsqu'elles sont parlées aussi dans les pays voisins (birman, arakanais et mizo). En Birmanie, l'arakanais est appelé «rakhine»; il y est parlé par 730 000 locuteurs, contre 35 000 au Bangladesh.
- Les langues austro-asiatiques
Le Bangladesh ne compte que quelques langues de la famille austro-asiatique: le kahsi (74 000), le koda (1300), le mundari (2500), le pnar (4000), le santali (157 000) et le war-jaintia (16 000). Toutes ces langues sont généralement parlées au nord-ouest et au sud-est du pays.
- Les langues dravidiennes
Les langues appartenant à la famille dravidienne sont rares parce que ce sont normalement des langues parlées dans le sud de l'Inde: le kurux (40 000) et le sauria paharia (7000).
Les différentes communautés ethniques du Bangladesh constituent un peu plus de 1 % de la population, mais elles occupent une grande superficie du territoire bangladeshi. Bien que, au point de vue numérique, la plupart des minorités sont installées dans le Chittagong et dans la plaine du grand Dinajpur, d'autres habitent le Nord-Ouest et le Centre-Nord. En ce qui a trait aux Chittagong, les communautés marma, chakma et tanchangya sont bouddhistes; d'autres communautés ethniques, initialement animistes (par exemple, les communautés bawm, lushai et pankhu), se convertissent graduellement au christianisme. Hors des Chittagong, les Garo (ayant leurs propres traditions religieuses, proches de l'animisme) sont essentiellement chrétiens. Toutefois, le Bangladesh possède la quatrième plus grande majorité musulmane du monde: 125 millions de personnes adhèrent à l'islam, ce qui représente 89,7 % de la population nationale. Environ, 96 % des musulmans du Bangladesh sont sunnites; un peu plus de 3 % sont chiites, les Biharis sont généralement chiites; les autres musulmans sont des ahmadis.
En raison de sa position stratégique, le Bengale ancien a servi de port d’entrée et d'intermédiaire commercial entre le sud de l’Asie et l’Extrême-Orient. L’influence du Bengale s’est répandue partout. De puissants empires (Gangaridai et Prasioi, Mauryas, Guptas, Sasanka, Pala, Senas) se sont succédé dans la région durant plusieurs siècles. Dans l'Antiquité, le Bengale était connu comme la terre de l’abondance. Alexandre le Grand a parcouru la région, attiré par son abondance légendaire. Le Bengale fut converti à l'hindouisme très précocement et fit partie des grands empires de l'Inde du Nord. Il a acquis une certaine personnalité sous la dynastie des Pala après le VIIIe siècle, qui développèrent le bouddhisme. Les Pala agrandirent le territoire pour englober les États actuels de Bihar, d'Orissa et du Bangladesh. Après 1200, la région fut conquise par les musulmans, mais ceux-ci ne purent islamiser le reste de l'Inde. Après 800 ans de domination musulmane, seulement 25 % de la population indienne avait été islamisée. Toutefois, le Bengale et le Pakistan actuel subirent l'islamisation en raison de l'établissement dès le XIVe siècle de fortes principautés musulmanes. À la suite de cette invasion islamiste, surgit une langue commune aux hindous et aux musulmans: l'ourdou qui est resté la langue véhiculaire d'une grande partie du nord de l'Inde et du Pakistan.
3.1 Le Bengale britannique
À la fin du XVIe siècle, l'actuel territoire du Bangladesh fut conquis par l'empereur moghol Akbar; la majorité de la population, initialement bouddhiste, fut convertie à l'islam. Parallèlement au déclin de la puissance moghole au XVIIIe siècle, une dynastie distincte émergea au Bengale, au Bihar et dans l'Orissa, sous la domination des nababs du Bengale. Dès le XVe siècle, les Européens commencèrent à s'intéresser aux richesses du Bengale, notamment les Portugais, les Anglais et les Français. Tous installèrent des comptoirs le long de la Hooghly. Les nababs entrèrent bientôt en conflit avec les Britanniques et presque la totalité de la région (à l'exception du Cooch Behar et Tripura) devint une «division» des Indes britanniques en 1699. C'est à partir du Bengale que les Britanniques organisèrent la conquête de l'Inde du Nord. Les Anglais réussirent à imposer définitivement leur domination après la bataille de Plassey en 1757. Puis la défaite du général français Thomas de Lally-Tollendal à Madras (1758) et sa reddition à Pondichéry (1761) assurèrent à la couronne d'Angleterre la domination sur tout le sous-continent indien, soit du Pakistan jusqu'au Ceylan (Sri Lanka).
La province du Bengale fut une des plus importantes de l'Inde britannique, dont Calcutta devint la capitale entre 1857 et 1910. À l'époque, le Bengale incluait l'actuel Bangladesh, le Bihar, l'Orissa et s'étendait jusqu'à Agra (la ville du Taj Mahal). Au gré des décisions politiques, le Bengale fut plusieurs fois morcelé, notamment en 1905. C'est pourquoi lord Curzon (1859-1925), alors vice-roi des Indes britanniques, divisa le Bengale, car il considérait que cette province était trop étendue pour pouvoir être administrée correctement. Cette partition allait donner naissance au Bengale occidental ou West Bengal (actuel Bengale occidental, le Bihar et l'Orissa) et au Bengale oriental ou Est Bengal (Bangladesh actuel et Grand Assam élargi).
Durant la colonisation britannique, les autorités exploitèrent consciemment l'antagonisme entre hindous et musulmans afin de diviser pour régner. Les Britanniques favorisèrent d'abord les hindous parce qu'ils se méfiaient beaucoup des musulmans. Devant le nationalisme musulman, les Britanniques tentèrent d'abord de gagner l'appui des musulmans aisés en leur offrant plus d'emplois au gouvernement et dans les établissements d'enseignement. La grande mutinerie en 1857 en Inde du Nord marqua le début des mouvements nationaux, lesquels atteignirent leur apogée dans les années 1920 avec Gandhi (assassiné en 1948). Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’histoire du Bangladesh se confondait avec celle de l’Inde.
3.2 Le Dominion du Pakistan (1947-1956)
Au terme d'une dislocation progressive des communautés hindoue et musulmane, et sous la pression du mouvement nationaliste mené par Gandhi et Nehru, le Parlement de Londres adopta en août 1947 l'Indian Independance Act ("Loi sur l'indépendance indienne"), dont le titre long était le suivant:
An Act to make provision for the setting up in India of two independent Dominions, to substitute other provisions for certain provisions of the Government of India Act 1935, which apply outside those Dominions, and to provide for other matters consequential on or connected with the setting up of those Dominions [Loi prévoyant la mise en place en Inde de deux dominions indépendants, la substitution et d'autres dispositions pour certaines dans la Loi sur le gouvernement de l'Inde de 1935, qui s'appliquent à l'extérieur de ces dominions, et le recours à d'autres questions consécutives ou liées avec la mise en place de ces dominions]
Cette loi, adoptée et promulguée par le Parlement britannique, déclarait officiellement l'indépendance de l'Inde, ainsi que la création de deux «dominions»: l'Union indienne (hindoue) et le Pakistan (musulman) lui-même divisé en deux territoires ou «provinces»: le Pakistan occidental et le Pakistan oriental. Le terme anglais de «dominion» désignait alors un «État autonome au sein de l'Empire britannique», à l'exemple du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l'Afrique du Sud (alors l'Union sud-africaine), Terre-Neuve, etc. La partie occidentale de l'Inde musulmane fut attribuée au Pakistan sous le nom de Pakistan occidental (aujourd'hui: le Pakistan) et la partie orientale de l'ancienne province du Bengale devint le Pakistan oriental (aussi appelé Bengale oriental ou East Bengal, aujourd'hui le Bangladesh).
Dès le départ, il était très clair que la partition de l'Inde résultait d'un conflit entre les hindous et les musulmans. Au contraire de l'Inde, le Pakistan se proclama un État islamique, alors que l'Inde choisit d'être un État laïc. Ces bouleversements politiques s'accompagnèrent de gigantesques transferts de populations: plus de six millions de musulmans quittèrent l'Inde que rejoignirent quatre millions d'hindous. Les musulmans de l'Inde affluèrent dans les deux Pakistan, alors que les hindouistes se réfugièrent en Inde. Au final, quelque 11 millions d'hindous émigrèrent vers l'Inde au lendemain de la partition. Attisés par des extrémistes appartenant aux deux communautés, des affrontements firent en plus quelque 200 000 victimes.
Quant aux deux Pakistan ou Dominions du Pakistan, ils restèrent séparés par la langue et la culture — l'ourdou au Pakistan occidental et le bengali au Pakistan oriental — et plus de 1600 km de territoire indien; l'islam apparaissait alors comme le seul lien unificateur des deux Pakistan.
Au moment de la formation des deux Pakistan, le Pakistan occidental formait 55 % de la population, le Pakistan oriental, 45 %.
- La controverse linguistique
Statistiquement parlant, les Bengalis représentaient la communauté majoritaire du Pakistan, soit environ 55 % de la population totale des deux Pakistan. Les Pakistanais de langue ourdoue, ceux qui qui habitaient l'Ouest, étaient surtout des immigrants ayant fui l'Inde hindoue. Ils étaient principalement concentrés dans la ville de Karachi, la nouvelle capitale du Grand Pakistan. Or, les ourdouphones du Pakistan n'atteignaient pas plus de 3 % de la population totale, bien que l'ourdou soit largement compris et utilisé au Pakistan occidental. Les langues du Pakistan occidental telles que le panjabi, le sindhi, le baloutche et le pachtou étaient écrits en alphabet arabe, comme l'ourdou et le persan. En revanche, le bengali, appelé aussi bangla au Pakistan oriental, possédait son propre alphabet différent de celui de l'arabe ou de l'alphabet devanagari.
En fait, la controverse entourant la langue du Pakistan avait commencé avant même la création du Dominion du Pakistan. Un ancien vice-chancelier de l'université musulmane Aligarh de l'Inde, Ziauddin Ahmed (1878-1947), avait suggéré avant la partition de l'Inde que l'ourdou soit la langue officielle du futur État du Pakistan. De son côté, un éminent linguiste bengali de l'Université de Dacca, Muhammad Shahidullah (1885-1969), croyait en 1947 qu'il fallait faire du bengali la langue officielle du Pakistan.
To surrender Bengali to Urdu or Hindi as the language of the court and the university with be a shameful surrender of Bengal. [Abandonner le bengali pour l'ourdou ou l'hindi comme langue du tribunal et de l'université serait une capitulation honteuse de la part du Bengale.]
La réplique du linguiste Shahidullah marqua le commencement de la polémique linguistique au Pakistan oriental et le début du fameux «Mouvement pour la langue bengali» ("Bengali Language Movement"). Au lendemain de la création du Pakistan, soit le 15 septembre 1947, une brochure apparut à Dacca, la capitale de la province du Bengale oriental, intitulée "Pakistaner Rashtra Bhasha Bangla na Urdu" («Le bengali ou l'ourdou comme langue officielle du Pakistan»). Dans cette publication de l'organisme Tamaddun Majlis (1947 : 1-2), il était proposé ce qui suit pour le nouveau Pakistan :
1) la langue bengali doit être un moyen d'instruction, un moyen de communication en matière de justice et un moyen de communication au travail;
2) la langue du gouvernement central doit être l'ourdou et le bengali ;/
3) le bengali doit être la première langue d'instruction au Pakistan et être apprise par toute la population du pays;
4) l'ourdou doit être considéré comme la seconde langue du Pakistan; l'anglais, la troisième langue.
Toutefois, le gouvernement central du Pakistan n'a pas su évaluer la profondeur du ressentiment de la communauté majoritaire du pays et en conséquence accorder au bengali la place qui lui revenait dans les affaires de l'État. Aussitôt, il se forma dans la province du Pakistan oriental un «comité d'initiative de la langue officielle» ("Rashtra Bhasa Sangram Parishad") fondé au mois d'octobre 1947 par les étudiants et les différentes organisations culturelles de Dacca. Le gouvernement central du Pakistan eut la mauvaise idée d'émettre les nouveaux timbres postaux et la nouvelle monnaie en utilisant uniquement la langue ourdoue. Le 5 décembre 1947, les enseignants et les étudiants de l'université de Dacca tinrent leur première manifestation populaire en faveur du bengali. Le lendemain, une autre réunion de protestation s'est tenue à l'université de Dacca contre la conférence parrainée par le gouvernement sur l'éducation, tenue à Karachi, qui recommandait que l'ourdou devait être la seule langue officielle du Pakistan. Lors de la deuxième session de l'Assemblée constitutive du Pakistan, tenue le 25 février 1948, M. Dhirendra Nath Dutta, un membre du Pakistan oriental, proposa une modification aux règles de procédures de l'Assemblée. Cette modification cherchait à donner à la langue bengali un statut égal à l'ourdou et à l'anglais comme langues officielles du Pakistan. Dhirendra Nath Dutta présenta ainsi à la Chambre son argumentation :
Bengali is a provincial language but so far as our state is concerned, it is the language of the majority of the people of the state. Out of sixty nine million people in Pakistan, forty­ four million people speak the Bengali language.... The state language of the state should be the language which is used by the majority of the people of the state and for that, I consider that Bengali language is a lingua franca of our state.... I am voicing the sentiments of the vast millions of our state, and therefore Bengali should not be treated as a provincial language of the state. (Constituent Assembly of Pakistan Procceedings 1948: 15-16). [Le bengali est une langue provinciale, mais en ce qui concerne notre État, c'est la langue de la majorité de la population de l'État. Sur 69 millions de personnes au Pakistan, 44 millions de personnes parlent la langue bengali. [...] La langue officielle de l'État devrait être la langue qui est employée par la majorité de la population de l'État et, pour cette raison, je considère que la langue bengali est une lingua franca de notre État [...]. J'exprime les sentiments de vastes millions de personnes de notre État, et donc le bengali ne devrait pas être traité comme une langue provinciale de l'État. (Procès-verbal de l'Assemblée constituante du Pakistan, 1948 : 15-16).]
Évidemment, les arguments de Dhirendra Nath Dutta et la proposition de modification furent refusés par le premier ministre du Pakistan, Liaqat Ali Khan, pour les motifs suivants :
Pakistan has been created because of the demand of a hundred million Muslims in this sub-continent and the language of a hundred million Muslims is Urdu.... Pakistan is a Muslim state and it must have as its lingua franca the Iangua-c of the Muslim nation. (Constituent Assembly of Pakistan Proceedings 1948 : 17). [Le Pakistan a été créé en raison de la demande d'une centaine de millions de musulmans dans ce sous-continent; et la langue de cette centaine de millions de musulmans est l'ourdou.[...] Le Pakistan est un État musulman et doit avoir comme lingua franca la langue de la nation musulmane. (Procès-verbal de l'Assemblée constituante du Pakistan, 1948 : 17).]
L'argument du premier ministre Liaqat Ali Khan parut émotif et fallacieux parce que cent millions de musulmans de l'Inde divisée ne pouvaient constituer une communauté unilingue ourdouphone. Les musulmans indiens sont historiquement multilingues et les musulmans de langue bengali ont toujours surpassé en nombre les musulmans d'autres groupes linguistiques de l'Inde.
Comme il fallait s'y attendre, le point de vue M. de Dutta fut arbitrairement rejeté par l'Assemblée constituante. La politique linguistique du gouvernement pakistanais fut mal reçue par la population du Pakistan oriental. La communauté étudiante de Dacca réagit fortement et une grève de protestation fut observée à Dacca, le 26 février 1948. Un comité d'initiative multipartite sur la langue officielle fut formé. Sous les auspices de ce comité, une grève générale fut observée, le 11 mars 1948, comme journée de protestation dans tout le Pakistan. Le parti au pouvoir, la Ligue musulmane, eut recours à la force. En conséquence, des centaines de personnes furent blessées lorsque la police chargea les manifestants en utilisant des gaz lacrymogènes. Près d'un millier de personnes furent jetées en prison, surtout des étudiants. Par défiance, les protestations et les manifestations se poursuivirent sans relâche avec fureur jusqu'à ce que M. Khawaja Nazimuddin, le ministre en chef du Bengale oriental, signe, le 15 mars, un accord en huit points avec les dirigeants du Comité d'initiative. Les deux clauses plus importantes de l'accord étaient les suivantes :
1. Au cours de la session d'avril 1948 de l'Assemblée législative du Bengale oriental, une résolution spéciale devait proposer à l'Assemblée constituante du Pakistan de faire du bengali l'une des langues officielles du Pakistan et d'accorder au bengali le même statut que l'ourdou dans la prestation des services centraux du Pakistan.
2. Au mois d'avril, une autre résolution devait proposer à l'Assemblée législative du Bengale oriental de rendre le bengali officiel dans la province du Bengale oriental en lieu et place de l'anglais. De plus, le bengali devait être la langue d'enseignement.
Immédiatement après la signature de l'accord, M. Mohammad Ali Jinnah, le gouverneur général du Pakistan, se rendit à Dacca et, le 21 mars 1948, lors d'un immense rassemblement, il déclara que l'ourdou devait être la seule langue officielle du Pakistan et aucune autre:
Let me make it very clear to you that the state language of Pakistan is going to be Urdu and no other language. Anyone who tries to mislead you is really the enemy of Pakistan. Without one state language, no nation can remain tied up solidly together and function. Look at the history of other countries. Therefore, so far as the state language is concerned, Pakistan's shall be Urdu. (Jinnah 1948 : 89). [Permettez-moi de dire très clairement que la langue officielle du Pakistan va être l'ourdou et aucune autre langue. Toute personne qui tente de vous induire en erreur est vraiment l'ennemie du Pakistan. Sans une langue officielle, aucune nation ne peut rester attachée ensemble solidement et fonctionner. Regardez l'histoire des autres pays. Par conséquent, en ce qui concerne la langue officielle du Pakistan, ce doit être l'ourdou.» (Jinnah, 1948:89).]
M. Jinnah, reconnu comme le fondateur du Pakistan et le père de la nation, répéta le même discours lors d'une convocation spéciale à l'Université de Dacca, le 24 mars 1948 :
There can be only one state language. If the component parts of this state are to march forward in unison, that language in my opinion, can only be Urdu." (Jinnah 1948 : 95). [Il ne peut y avoir qu'une seule langue officielle. Si les parties constitutives sont de marcher en avant à l'unisson, cette langue à mon avis, ne peut être que l'ourdou. (Jinnah 1948:95).]
Mais la réponse catégorique de Jinnah concernant l'ourdou fut accueillie par des protestations dans les assemblées de Dacca. Une députation au nom du Comité d'initiative sur la langue officielle présenta un mémoire exigeant en vain que le bengali fasse partie des langues officielles du Pakistan.
Puis Khawaja Nazimuddin, le ministre en chef du Bengale oriental, contrairement à son engagement antérieur au plan en huit points qu'il avait signé avec le Comité d'initiative, présenta les résolutions suivantes à l'Assemblée législative du Bengale oriental en avril 1948 :
a) que le bengali soit adopté comme langue officielle en remplacement de l'anglais dans la province du Bengale oriental ; et il devrait être implanté dès que les difficultés pratiques seraient résolues;
b) que la langue d'instruction dans les établissements d'enseignement au Bengale oriental soit, autant que possible, le bengali ou la langue maternelle de la majorité des étudiants dans les institutions.
Malheureusement, les résolutions, adoptées par l'Assemblée législative du Bengale oriental aggravèrent encore la situation, parce qu'elles correspondaient à une version édulcorée des résolutions présentées, ce qui diminuait de beaucoup les attentes normales de la population de la région orientale. Le linguiste Muhammad Shahidullah réagit fortement à cette résolution à la Première Conférence littéraire du bengali tenue à Dacca, le 31 décembre 1948. Shahidullah exprima son ressentiment sur la question linguistique de la part du gouvernement central pakistanais:
If is true that there are Hindus and Muslims. But what transcends all differences is that they are in essence Bengali. This is a reality. Nature with her own hand has stamped the indelible mark of Bengali in such a manner on our appearance and language that it is no longer possible to conceal it." (Shahidullah, 1949). [S'il est vrai qu'il existe des hindous et des musulmans, mais ce qui transcende toutes les différences c'est que ce sont essentiellement des Bengalis. C'est une réalité. La nature, de sa propre main, a apposé la marque indélébile du bengali de telle façon sur notre aspect et notre langue qu'il n'est plus possible de le dissimuler. » (Shahidullah, 1949).]
Le 27 décembre 1948, M. Fazlur Rahman, ministre de l'Éducation du Pakistan, suggéra à la Conférence du Grand Pakistan que pour le bien de l'idéologie islamique, les manuscrits et alphabets anciens et traditionnels devaient être changés en faveur de l'alphabet arabe et de la langue ourdou, lesquels devaient être adoptés par tous. En conséquence, le Central Pakistan Education Advisory Board, lors de sa réunion de 7 février 1949, recommanda vivement l'alphabet arabe comme seul alphabet pour toutes les langues pakistanaises. Il convient noter que cette recommandation avait pour effet de compromettre le destin de la littérature et la langue bengali. L'arabe était déjà l'alphabet commun des différentes langues du Pakistan occidental. Mais le changement proposé avait pour objet d'affecter seulement une langue, le bengali. Une telle mesure entraîna de nouveau une forte réaction parmi les étudiants de l'Université de Dacca. Un mémoire de protestation fut immédiatement envoyé au comité consultatif sur l'éducation :
The attempt of introducing Arabic script for the Bengali language, which has a rich heritage and tradition, is an attack on our language, literature and culture. This attempt has created a fear of new colonial design and of slavery in the minds of Bengalis. (Omar 1970: 263). [La tentative d'introduire l'alphabet arabe pour le bengali, qui possède un héritage et une tradition riches, constitue une une attaque pour notre langue, notre littérature et notre culture. Cette tentative a créé une crainte d'une nouvelle conception coloniale et d'esclavage dans les esprits des Bengalis. (Omar 1970: 263).]
Malgré les protestations, le gouvernement pakistanais ouvrit une vingtaine de centres d'éducation aux adultes dans différentes régions du Pakistan oriental afin d'enseigner les rudiments de l'alphabet arabe destiné à la langue bengali. D'énormes sommes d'argent furent dépensées pour cette expérience. Selon l'idéologie islamique, il fallait éviter la sanskritisation de la langue bengali, c'est-à-dire exclure les mots du sanskrit et les remplacer par des mots ourdous, arabes ou persans. Un rapport du comité sur la langue du Bengale oriental fut remis au gouvernement central le 7 décembre 1950 pour signifier que le bengali avait, au cours des siècles, assimilé de grandes quantités de mots du sanskrit et qu'il paraissait impossible de supprimer d'un trait ce long processus historique. Bien évidemment, le point de vue du gouvernement central fut entièrement rejeté par les partisans de la langue bengali.
- Le Mouvement pour la langue de 1952
Il convient de comprendre que, dès le moment de sa naissance, le Pakistan fut entièrement dépassé par toute une série de problèmes d'ordre politique, économique, idéologique et linguistique. Ces problèmes dégénérèrent en diverses polémiques qui transformèrent les deux parties du Pakistan en des partenaires belligérants. À partir de 1951, les problèmes se multiplièrent et dégénérèrent. C'est dans un tel contexte d'affrontement que, le 26 janvier 1952, le premier ministre du Pakistan, Khwaja Nazimuddin, déclara, conformément aux décisions du régime au pouvoir, la Ligue musulmane, que «l'ourdou sera la langue officielle du Pakistan».
Cette déclaration déclencha une nouvelle phase de radicalisation du «Mouvement pour la langue bengali» ("Bengali Language Movement"). Un nouveau comité multipartite d'initiative pour la langue officielle fut formé, alors que le 21 février 1952 était proclamé le «Jour de la langue officielle». Le gouvernement central donna des ordres interdisant toutes les sortes de réunions, de manifestations et de démonstrations populaires. Les étudiants de l'Université de Dacca défièrent les interdictions du gouvernement. Des réunions de protestation furent tenues, dégénérant en manifestations massives. La police et les forces paramilitaires du Pakistan utilisèrent des gaz lacrymogène pour matraquer et tirer sur les étudiants. En conséquence, plusieurs étudiants furent tués, des centaines furent blessés et des milliers d'autres furent arrêtés.
Un règne de terreur s'étendit dans tout le pays, mais le «Mouvement pour la langue» ne s'arrêta guère. Les étudiants tués furent déclarés «martyrs», parce qu'ils avaient sacrifié leurs vies pour leur langue maternelle bien-aimée. Le 23 février, le nombre des «martyrs» augmenta encore à l'École de médecine lorsque d'autres étudiants tombèrent sous les balles de la police. Depuis lors, le "Ekushe February", c'est-à-dire le «21 février» devint un jour de commémoration pour les Bengalis. À partir de ce moment-là, dans touts les combats à venir, les Bengalis du Pakistan oriental puisèrent leur inspiration dans les sacrifices du 21 février. Cette date fatidique façonna le destin des Bengalis du Pakistan oriental; ce jour mémorable du «Mouvement pour la langue» fut considéré comme le début de l'émergence du futur Bangladesh indépendant. Dans les faits, les Bengalis du Pakistan oriental constatèrent ainsi que leur situation coloniale n'avait guère évolué depuis la partition de 1947.
- L'élection de 1954 et la langue bengali
Le chiffre 21 devint un symbole de lutte, d'unité nationale et d'émancipation pour les partis politiques d'opposition du Pakistan oriental; ils formèrent un front uni sur la base d'un programme élaboré en 21 points contre la décision que le parti de la Ligue musulmane lors de l'élection générale du Pakistan oriental tenue en mars 1954. Le Front uni promit, dans le cas où il remporterait l'élection et formerait un gouvernement, qu'il prendrait les mesures suivantes :
1. le bengali deviendra l'une des langues officielles du Pakistan;
2. des mesures seront prises pour implanter la langue maternelle dans le domaine de l'éducation;
3. le Front uni changera de lieu la résidence (Burdwan House) du ministre en chef de la province, alors que Burdwan House serait convertie en un centre de recherche pour la littérature et la langue bengali;
4. à la mémoire de ceux qui furent tués le 21 février, un monument au martyr sera érigé sur le lieu de l'assassinat, tandis que les familles des morts auront droit à un «dédommagement»;
5. dorénavant, le 21 février sera déclarée le «Shaheed Minar», c'est-à-dire «jour des Martyrs» et deviendra une journée fériée pour le gouvernement.
Le jour de l'élection, le Front Uni enregistra une victoire écrasante et put former un gouvernement au Pakistan oriental.
- La Constitution du Pakistan de 1956 et la reconnaissance du bengali
À la suite de la victoire du Front uni au Pakistan oriental, la voix des Bengali réussit à se faire entendre à l'Assemblée constituante du Pakistan. Finalement, la première constitution du Pakistan de 1956 reconnut l'ourdou et le bengali comme les langues officielles du pays:
Article 214 (1956)
1) The State languages of Pakistan shall be Urdu and Bengali:
Provided that for the period of twenty years from the Constitution Day, English shall continue to be used for all official purposes for which it was used in Pakistan immediately before the Constitution Day, and Parliament may by Act provide for the use of English after the expiration of the said period of twenty years, for such purposes as may be specified in that Act.
2) On the expiration of ten years from the Constitution Day, the President shall appoint a Commission to make recommendations for the replacement of English.
3) Nothing in this Article shall prevent a Provincial Government from replacing English by either of the State languages for use in that Province before the expiration of the said period of twenty years. Article 214 (traduction)
1) Les langues officielles du Pakistan sont l'ourdou et le bengali :
À la condition que, pendant la période de vingt ans à compter du jour de la Constitution, l'anglais continue d'être employé pour toutes les fins officielles, pour lesquelles il a été utilisé au Pakistan immédiatement avant le jour de la Constitution, et le Parlement peut par une loi prévoir l'emploi de l'anglais après l'expiration de ladite période de vingt ans, aux fins auxquelles il est spécifié dans la présente loi.
2) Après l'expiration des dix ans à compter du jour de la Constitution, le président désignera une commission pour formuler des recommandations en vue du remplacement de l'anglais.
3) Rien dans le présent article n'empêche un gouvernement provincial de remplacer l'anglais par l'une ou l'autre des langues officielles pour son usage dans cette province avant l'expiration de ladite période de vingt ans.
Cette disposition constitutionnelle paraissait habile, car la clause d'exécution pouvait être suspendue pour une période de vingt ans. Dans les faits, l'anglais et l'ourdou seraient les langues officielles. Évidemment, les Bengalis ne furent pas particulièrement enthousiastes de la tournure des événements. Les Bengalis ignoraient encore à ce moment-là que, de toute façon, la Constitution pakistanaise ne ferait pas long feu.
En effet, le 8 octobre 1958, le général des forces armées, Muhammad Ayub Khan (1907-1974), devint le second président du Pakistan lors d'un coup d'État et imposa une dictature militaire qui allait durer dix ans. Dès son accession au pouvoir, Ayub Khan abolit la Constitution de 1956 et proclama la loi martiale. Par conséquent, les dispositions linguistiques devinrent nulles et non avenues, tout étant à recommencer.
Le général en chef de l'armée et président du Pakistan avait ses propres idées sur la politique linguistique. Ayub Khan proposa d'introduire l'alphabet latin pour toutes les langues pakistanaises et de créer une commission sur l'éducation destinée à trouver des moyens pour unifier le pays sans avoir à subir le poids des affrontements linguistiques. La Commission nationale sur l'éducation du Pakistan soumit son rapport au gouvernement en août 1959. La commission suggérait l'établissement de deux conseils pour le développement des langues nationales: l'un pour l'ourdou et l'autre pour le bengali. Le rapport révélait que la principale préoccupation de la commission avait été de «rapprocher» l'ourdou du bengali. Pour ce faire, il fallait créer en quelque sorte une véritable «langue commune», une idée élaborée par les gouverneurs pakistanais du Pakistan occidental pendant longtemps. Voici un petit extrait proposant cette réunification des deux langues:
The supreme need should be recognized of bringing Urdu and Bengali nearer to each other by increasing the common elements in their vocabularies and by putting such common elements to extensive use. This task should be entrusted to a committee comprising members drawn from the two national Boards suggested by us for the development of Urdu and Bengali. " (Pakistan National Educational Commission Report 1959, 1968293) [La suprême nécessité devrait être d'identifier ce qui peut rapprocher l'ourdou du bengali en augmentant les éléments communs dans leurs vocabulaires et en mettant ces éléments communs à un usage intensif. Cette tâche devrait être confiée à un comité formé des membres tirés des deux conseils nationaux suggérés par nous pour le développement de l'ourdou et du bengali. (Rapport de la Commission nationale sur l'éducation du Pakistan, 1959, 1968293)]
Devant le peu d'enthousiasmes de créer une langue artificielle autant chez les partisans de l'ourdou que chez ceux du bengali, le gouvernement ne revint plus sur la question de la réunification linguistique. Ainsi, les rêves d'une langue pakistanaise commune, à l'exemple du bahasa indonesia (ou indonésien) en Indonésie ne se réalisèrent jamais au Pakistan.
En 1961, le général Ayub présenta une nouvelle constitution reflétant ses vues personnelles. Après 44 mois de régime militaire, celle-ci entrait en vigueur le 8 juin 1962 avec le retrait de la loi martiale. L'islam ne fut pas déclaré religion de l'État. Les dispositions concernant les langues furent les suivantes :
Article 119 (1962)
1) The national languages of Pakistan are Bengali and Urdu, but this article shall not be construed as preventing the use of any other language and in particular, the English language may be used for official and other purposes until arrangements for its replacement are made.
2) In the year one thousand nine hundred and seventy two, the President shall constitute a commission to report on the question of the replacement of the English language for official purposes. (Constitution of Pakistan 1965 : 119). Article 119 (traduction)
1) Les langues nationales du Pakistan sont le bengali et l'ourdou, mais le présent article ne doit pas être interprété comme un empêchement à l'emploi d'aucune autre langue et en particulier l'anglais qui peut être utilisé pour les activités et autres fins officielles, jusqu'à ce que des mesures pour son remplacement soient prises.
2) Au cours de l'année 1972, le président instituera une commission pour rendre compte de la question du remplacement de l'anglais à des fins officielles. (constitution du Pakistan 1965 : 119).
Si l'on compare les dispositions linguistiques de 1956 et celles de 1962, force est de constater qu'elles sont relativement similaires. Le statut de «langues officielles» ("State languages") est modifiée en «langues nationales» ("national languages"), ce qui reste mineur comme différence, car les deux termes sont souvent confondus. Mais la tactique demeure la même: celle qui consiste à retarder la mise en œuvre réelle des politiques formulées. Toutefois, un Bureau central pour le développement du bengali (Central Board for the Development of Bengali), tel qu'il a été suggéré par la Commission d'éducation nationale de 1959 fut créé en 1963. La principale fonction du Bureau était de «promouvoir les valeurs nationales et de développer le bengali à un niveau où il peut devenir le véhicule efficace de l'enseignement au niveau supérieur de l'éducation». Les buts et objectifs du Bureau central pour le développement du bengali furent les suivants:
1) de développer la langue et la littérature bengali;
2) de supprimer les difficultés existantes pour le bengali, particulièrement dans le domaine des sciences naturelles et sociales ainsi que dans les technologies, afin qu'il devienne la langue d'enseignement au niveau de l'enseignement supérieur ;
3) de coordonner les travaux des autres organismes engagés dans la promotion des efforts scientifiques et littéraires en bengali (Central Board for Bengali 1967: 1).
Durant ses quatre ans d'existence, le Bureau central pour le développement du bengali réussit à faire un certain travail utile. Mais l'effort le plus important consista à l'élaboration d'un clavier moderne pour une machine à écrire en alphabet bengali (Munier Optima) et la fabrication de ladite machine grâce à la collaboration étrangère.
- Les tentatives d'aménagement linguistique entre 1963 et 1969
L'Académie bengali de Dacca désigna un comité en avril 1963 destiné à réformer la grammaire et l'alphabet bengali. Les recommandations faites par ce comité, si elles avaient été mises en application, auraient rigoureusement changé la nature de la langue. Non seulement le bengali aurait rompu tout lien avec les traditions de la littérature bengali du passé, mais également avec la littérature bengali du Bengale occidental. La responsabilité de l'exécution des recommandations de l'Académie bengali avait été confiée à l'Université de Dacca.
En dépit de l'opposition des experts et des linguistes bengali, l'Academic Council of the Dhaka University (Conseil scolaire de l'Université de Dacca), lors de sa réunion du 3 août 1968, décida de mettre en application ses recommandations avec des modifications mineures. En même temps, Ayub Khan, le président du Pakistan, avait toujours la même ambition d'instaurer une nouvelle «langue communes» ou «nationale» issue du bengali et de l'ourdou pour le Pakistan. En septembre 1968, le général-président revint sur cette question à Dacca.
Quoi qu'il en soit, toutes ces tentatives de réforme ou de création d'une langue pakistanaise n'aboutirent jamais, en raison de l'opposition croissante des Pakistanais à l'endroit d'Ayub Khan, ce qui allait plus tard entraîner la chute du dictateur. Au Pakistan oriental, le Comité multipartite d'initiative des étudiants avait entrepris avec succès le soulèvement des masses bengali avec comme programme important: que «l'éducation à tous les niveaux soit donnée dans la langue maternelle et que le bengali soit introduit dans les tribunaux et les bureaux du gouvernement».
- Les grandes manifestations populaires et la guerre civile
C'est au cours des manifestations de masse de 1969 que le nationalisme bengali atteignit son niveau le plus élevé. Devant le mécontentement croissant du Pakistan oriental, le général Ayub Khan, président du Pakistan, décida de démissionner en décembre 1970. Après avoir été général en chef de l'armée pakistanaise, Yahya Khan fut le successeur désigné du général Muhammad Ayub Khan dans le cadre de la dictature militaire qui régnait alors au Pakistan. Yahya Khan décida d'organiser la tenue d'élections législatives en mars 1971. C'était le première fois qu'il y avait des élections générales dans tout le Pakistan. Mais les nationalistes bengali contestèrent les élections. La Ligue Awami, championne de la cause du nationalisme bengali, avait proposé un programme politique prévoyant la pleine autonomie provinciale pour le Pakistan oriental dans les affaires administratives, économiques et culturelles. La Ligue Awami accapara tous les sièges (sauf deux) dévolus au Pakistan oriental à l'Assemblée nationale de Karachi. Il devait alors disposer de 162 sièges sur les 300 du parlement du Pakistan. Le chef de Ligue Awami, le cheik Mujibur Rahman, devenait le chef du parti majoritaire à l'Assemblée nationale du Pakistan et pouvait revendiquer la formation du gouvernement national.
En toute logique, on se serait attendu à ce que le chef de la Ligue Awani soit invité à former le nouveau gouvernement central du Pakistan, après avoir transféré le pouvoir au gouvernement civil. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Dans la nuit du 25 mars 1971, le président Yahya Khan fit arrêter Mujibur Rahman, interdit la Ligue Awami et lança une répression de grande ampleur au Pakistan oriental, au mépris du verdict populaire. Fidèles à eux-mêmes, les Pakistanais occidentaux témoignaient encore une fois qu'ils ne pouvaient pas tolérer la présence des Bengalis dans les affaires de leur gouvernement central.
Le 26 mars 1971, Ziaur Rahman, un officier rebelle de l'armée pakistanaise, déclara l'indépendance du Pakistan oriental au nom de Mujibur Rahman. Une véritable guerre de libration venait de commencer. Elle dura neuf mois et des millions de réfugiés entrèrent en Inde pour fuir les combats. La plupart des leaders de la Ligue Awami quittèrent le pays et installèrent un gouvernement en exil en Inde à Calcutta. Selon les estimations, cette guerre civile aurait causé en neuf mois entre 500 000 et trois millions de décès de civils bengalis, un bilan alourdi notamment par des épidémies de choléra. De plus, quelque 200 000 femmes furent violées par des soldats pakistanais durant le conflit. Ces évènements provoquèrent l'exode de huit à dix millions de réfugiés en Inde.
- L'intervention de l'Inde
Inquiet de la tournure des événements, le gouvernement indien, dirigé par Indira Gandhi, rassembla ses forces le long de la frontière du Cachemire en soutenant activement le mouvement sécessionniste du Pakistan oriental. En décembre 1971, le Pakistan commit l'erreur d'attaquer préventivement plusieurs bases aériennes indiennes. Les forces étant inégales à l'avantage de l'Inde, le Pakistan subit l'assaut des Indiens et, au bout de treize jours, dut reconnaître sa défaite. Les opérations militaires coûtèrent la vie à au moins 25 000 soldats des deux camps. En plus d'avoir contribué à la création d'un nouveau pays, le Pakistan s'est retrouvé très affaibli politiquement après un tel conflit.
3.3 Le Bangladesh indépendant (1971)
Mujibur Rahman fut libéré le 22 décembre 1971. En janvier 1972, le Pakistan oriental devint officiellement indépendant sous le nom de Bangladesh. Le père fondateur du Bangladesh, Mujibur Rahman, devint le premier premier ministre du Bangladesh. Son parti, la Ligue Awami (ou LA), remporta une victoire écrasante lors des premières élections du 7 mars 1973. Assumant tous les pouvoirs, Mujibur Rahman (1920-1975) déclara l'état d'urgence en décembre 1974 et fit modifier la Constitution. Puis il réduisit considérablement les pouvoirs du Parlement et instaura un système de parti unique, le Baksal, auquel tous les parlementaires devaient appartenir. Il exerça ensuite une quasi-dictature sur le Bangladesh, ce qui fit réagir l'armée qui le renversa lors d'un coup d'État en août 1975, puis exécuté ainsi que plusieurs membres de sa famille.
En 1972, contre toute attente, aucune disposition linguistique ne fut adoptée dans la Constitution du 4 novembre, mais toute identification politique entre la religion et l'État fut supprimée, c'est-à-dire toute exploitation de la religion à des fins politiques, et la discrimination pour des raisons religieuses (article 2 de la Constitution) fut interdite. L'imposition de la nationalité bengalie à tous les citoyens du Bangladesh marginalisa les communautés ethniques qui n'étaient pas d'origine bengali (Bangladeshi).
Par la suite, le pays fut gouverné par des militaires. Ce fut d'abord Zia ur-Rahman, de 1977 jusqu'à son assassinat en 1981 par des officiers de l'armée, puis Hossain Mohammad Ershad, de 1983 à 1990. Ce dernier renforça la politique d'islamisation engagée par son prédécesseur: l'islam devint ainsi la religion d'État en 1988 grâce à une modification constitutionnelle de la part du général Ershad sous le prétexte que la population était musulmane à près de 90 %. Puis le bengali devint la langue officielle du Bangladesh (art. 3). Sous son régime, les tribus chakmas, qui vivaient dans les Chittagong Hill Tracts à l'est du Bangladesh, subirent durant de nombreuses années un génocide silencieux, perpétré en toute impunité par les forces armées. En 1986, quelque 70 000 Chakmas durent fuir la répression et survivre dans les camps de réfugiés de la région de Tripura, en Inde. Accusé de corruption, le général Muhammad Ershad fut contraint de démissionner en décembre 1990 et condamné à vingt ans d’emprisonnement.
De nouvelles élections furent organisées en février 1991. Le Parti national du Bangladesh (PNB) remporta la majorité des 330 sièges du Parlement, et la bégum Khaleda Zia, veuve de Zia ur-Rahman, devint première ministre. Son règne fut marqué par une forte progression des mouvements islamistes. La montée du fondamentalisme rendit la situation politique du Bangladesh encore plus instable. La crise sociale conduisit, le 27 mars 1996, à la démission de Khaleda Zia et à l’annulation des élections législatives boycottées par l’opposition.
Les élections du 12 juin 1996 portèrent au gouvernement la Ligue Awami avec l’appui du Parti Jatiya. La fille de Mujibur Rahman (1920-1975), Sheikh Hasina Wajed, fut la première ministre du Bangladesh de 1996 à 2001. Le nouveau gouvernement s’attacha à la libéralisation de l’économie et à la coopération économique avec ses voisins et les pays musulmans. Un traité de paix fut signé (2 décembre 1997) afin de mettre un terme à l’insurrection dans les Chittagong Hill Tracts, où les minorités tibéto-birmanes réclamaient leur autonomie depuis 1975. Le gouvernement mit en œuvre certaines dispositions, dont la création du ministère des Chittagong Hill Tracts et du Conseil régional des Chittagong Hill Tracts, ainsi la création d'une commission pour le règlement des questions territoriales. Cependant, dans les faits, rien ne changea réellement, car l'Accord de paix des Chittagong Hill Tracts tarda à être en vigueur. Selon les autorités, l'accord devait permettre la réinstallation dans les Chittagong Hill Tracts des derniers membres des tribus chakma, marma et tripura. Toutefois, les dizaines de milliers Chakmas qui demeuraient parqués dans les camps du Tripura en Inde, refusèrent d'être rapatriés parce que le gouvernement du Bangladesh n'aurait pas accepté d'associer au processus ni le Haut-Commissariat des réfugiés ni le Comité international de la Croix-Rouge. C'est pourquoi les réfugiés ont estimé que leur sécurité n'était pas garantie et qu'ils n'avaient aucune chance d'obtenir des conditions de ré-installation adéquates. Néanmoins, au début du mois d'avril 1997, quelque 7000 d'entre eux furent rapatriés de force.
De juillet à septembre 1998, une véritable catastrophe naturelle s’abattit sur le Bangladesh: des inondations touchèrent 31 millions de personnes et causèrent des pertes évaluées à plusieurs milliards de dollars. En octobre 1999, le Bangladesh, qui se classait au troisième rang mondial pour sa contribution en hommes destinés aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, reçut un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. En mars 2000, après la ratification par le Bangladesh du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), Bill Clinton fut le premier président américain à effectuer une visite officielle dans le pays.
En juin 2011, le gouvernement a modifié la Constitution afin de revenir au texte original de 1972 et restaurer son caractère laïc, tout en conservant l'islam comme religion d'État. Le principal parti d'opposition, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et plusieurs partis islamistes ont appelé à la grève pour protester contre le retrait de la mention «la foi et la confiance absolue en Allah», comme pilier de la Constitution. Pour résumer, nous pouvons dire que, depuis son indépendance en 1971, il y eut essentiellement deux partis politiques au Bangladesh: la Ligue Awami (LA) et le Parti nationaliste du Bangladesh (PNB). C’est la Ligue Awami qui a dirigé le pays durant les années de 1970 à 1980, en privilégiant le nationalisme, l’interventionnisme étatique, le protectionnisme et le socialisme . Mais c'est le BNP qui a gouverné le pays de 1991 à 1996, en favorisant le libre-marché, la privatisation des entreprises d’État et le commerce international, en démilitarisant la société et encourageant la laïcisation.
Avec 154 millions d'habitants, le Bangladesh occupe le huitième rang des pays les plus peuplés, tout juste devant la Russie. Le Bangladesh a fait d'énormes progrès en ce qui concerne l'amélioration de la vie de ses habitants, depuis son indépendance, mais il demeure l'un des pays les plus pauvres de la planète. Avec près de la moitié de sa population vivant en dessous du seuil de pauvreté, le Bangladesh est le pays où la pauvreté a la plus forte incidence en Asie du Sud; il occupe le troisième rang des pays abritant le plus de pauvres après l'Inde et la Chine. Selon les observateurs, la mauvaise gouvernance et la faiblesse des institutions publiques demeurent les principaux obstacles freinant la croissance du Bangladesh. Or, la bonne gouvernance est essentielle au développement économique d'une société.
Peu importe le parti au pouvoir, la démocratie a toujours été très déficiente au Bangladesh, car l'État siphonne la richesse et détruit systématiquement le capital productif de l'économie. De plus, la corruption — 147e pays sur un total de 179, selon le Corruption Perception Index de Transparency International — a toujours gravement infesté l’État, tandis que les élections ont toujours été minées par des irrégularités et suivies de violentes manifestations. C’est probablement avec raison que les Bangladeshis ont toujours éprouvé un profond mépris pour leur gouvernement. Et ce n'est certainement pas un hasard si, depuis l'indépendance de 1971, le Bangladesh a connu une vingtaine de coups d'État.
En tant que pays relativement homogène sur le plan linguistique, le Bangladesh a développé une politique d'unilinguisme bengali, hormis quelques privilèges à la langue de l'ancien colonisateur, l'anglais. Au Bangladesh, les problèmes linguistiques semblent se résoudre par une variété d'initiatives publiques et privées, plutôt que par un cadre administratif. Tandis que les planificateurs linguistiques ont leurs idées sur la question, ce sont les usagers qui effectuent le vrai travail.
4.1 Les dispositions constitutionnelles
La Constitution de 1972 ne contenait aucune disposition d'ordre linguistique. Toutefois, celle du 30 avril 1996 en compte quelques-unes. À l'article 3, on peut lire que la langue officielle est le bengali:
The state language of the Republic is Bangla. Article 3 [traduction]
La langue officielle de la République est le bengali.
C'est en fait la seule vraie disposition linguistique dans la Constitution. D'autres clauses énoncent des principes interdisant la discrimination. Par exemple, l'article 23 de la Constitution, il stipule que l'État doit adopter des mesures pour préserver les traditions culturelles et l'héritage des citoyens:
The State shall adopt measures to conserve the cultural traditions and heritage of the people, and so to foster and improve the national language, literature and the arts that all sections of the people are afforded the opportunity to contribute towards and to participate in the enrichment of the national culture. Article 23 [traduction]
L'État adopte des mesures pour préserver les traditions culturelles et le patrimoine des citoyens, afin de favoriser et d'améliorer la langue nationale, la littérature et les arts, auxquels toutes les parties de la population ont la possibilité de contribuer et de participer à des fins d'enrichissement de la culture nationale.
Malheureusement, la Constitution ne reconnaît pas formellement les communautés ethniques en tant que «minorités ethniques» ou «populations autochtones». Or, sous le régime britannique, les Chittagong Hill Tracts (CHT) bénéficiaient d'un statut spécial d'autonomie et d'interdiction de vente et de transfert de la terre aux non-autochtones; la région a perdu ce statut spécial à la suite d'une modification constitutionnelle en 1963, sans compter que le gouvernement a permis l'afflux de musulmans, alors que les autochtones étaient très majoritairement non musulmans.
D'ailleurs, la Constitution accorde un rôle spécial à l'islam défini comme la religion d'État, mais la Charia ne constitue pas la base des lois du pays. Les droits des hindous (13 %), des bouddhistes (0,6 %), des animistes (1,1 %) et des chrétiens (0,3 % dont 300 000 catholiques) sont reconnus par la loi. Les catholiques appartiennent généralement à des groupes tribaux tenus en marge de la société. Mais la situation des chrétiens du Bangladesh semble s'être détériorée ces dernières années en raison de la montée des fondamentalistes musulmans, avec le résultat que les minorités religieuses et ethniques sont de plus en plus marginalisées au Bangladesh. Les premiers groupes visés sont les représentants de la minorité hindoue et les membres des populations tribales bouddhistes dans la région conflictuelle des Chittagong Hill Tracts. Et le gouvernement semble rester silencieux devant les attaques répétées contre les minorités religieuses. Selon Joyanta Adhikari, président du Département de l'éducation du Conseil national des Églises du Bangladesh, il existe «un fort courant contre les minorités» au sein de la nation, ce qui se traduit par l'absence des membres de minorités religieuses dans la police et dans l'armée, ainsi que dans la fonction publique en général.
En somme, la Constitution semble faite pour une nation homogène tant au plan culturel, religieux que linguistique. Le pays est dirigée par une population majoritairement de religion musulmane et de langue bengalie. D'ailleurs, la plupart de Bangladeshi croient que les minorités ethniques sont des immigrants et non pas des «Bhumiputra» (des «fils du sol»). Dans ces conditions, il serait surprenant que la politique linguistique du Bangladesh soit généreuse à l'égard de ses minorités.
En 1987, le Parlement de Dacca a adopté sa première loi linguistique: la "Bengali Language Introduction Act" ou Loi sur l'instauration de la langue bengali. Cette loi, par ailleurs très rudimentaire, ne compte que quatre articles. Les articles 1 et 2 ne sont que des préliminaires sur le titre de la loi et la définition du mot «article» en référence à la Constitution. Seul l'article 3 est pertinent en terme de politique linguistique. Le paragraphe 1 de cet article énonce que, à l'exception des affaires extérieures, tous les autres cas ainsi que la correspondance, les lois, la procédure judiciaire et les autres actes judiciaires doivent nécessairement être rédigés en bengali par les bureaux du gouvernement, les tribunaux, les institutions semi-officielles et autonomes partout au Bangladesh:
Article 3 [traduction]
Début et effets
(1) Après la mise en vigueur de la présente loi, sauf dans le cas des affaires extérieures, tous les autres cas ainsi que la correspondance, les lois, la procédure judiciaire et les autres actes judiciaires doivent nécessairement être rédigés en bengali par les bureaux du gouvernement, les tribunaux, les institutions semi-officielles et autonomes partout au Bangladesh.
(2) Si une personne invoque un appel ou fait une réclamation contre des institutions mentionnées à l'article 3.1 dans une autre langue que le bengali, elle sera considérée comme étant dans l'illégalité.
(3) Si un gestionnaire ou un fonctionnaire fait fi de la présente loi, il sera considéré comme s'il s'est comporté de manière inqualifiable en vertu de l'Ordonnance sur la fonction publique et les appels d'une décision, et des mesures peuvent être prises contre cette personne en vertu de l'Ordonnance sur la fonction publique et les appels d'une décision.
Le paragraphe 2 déclare que toute personne qui invoque un appel ou fait une réclamation dans une autre langue que le bengali sera considérée comme étant dans l'illégalité. Quant à l'article 4 de la Loi sur l'instauration de la langue bengali, il énonce que «le gouvernement peut prévoir des règlements pour l'application de la présente loi par un avis dans le Journal officiel»:
Article 4 [traduction]
Pouvoir de fixer des règlements
Le gouvernement peut prévoir des règlements pour l'application de la présente loi par un avis dans le Journal officiel.
Or, depuis l'adoption de la loi en 1987, aucun ensemble de règlements ni aucun règlement sur quoi que ce soit n'a été adopté.
Depuis la promulgation de la Loi sur l'instauration de la langue bengali du 8 mars 1987, toutes les lois soient adoptées en bengali et également en anglais. Toutes les lois adoptées avant 1987 l'ont été en anglais seulement, que ce soit sous le régime britannique ou sous le régime pakistanais. Seulement 107 lois (15,2 %), sur un total de 703 promulguées en anglais avant l'adoption de la loi de 1987, ont été jusqu'ici traduites en bengali, et ce, bien que toute l'administration publique ne fonctionne qu'en bengali.
Selon le site Web du ministère de la Loi (Law Ministry), quelque 1005 lois étaient en vigueur en date du 31 décembre 2010 au Bangladesh. Avant l'adoption de la loi de 1987, 295 lois (29 %) ont été promulguées en bengali et 703 (70 %) en anglais. Il reste six ou sept lois promulguées pour abroger d'autres lois, qui ont été adoptées en anglais après que la mise en vigueur de la loi de 1987, comme s'il s'agissait de lois originales en anglais. En décembre 1998, soit après douze ans après la loi de 1987, un organisme public a été créé pour la traduction officielle des lois de l'anglais vers le bengali: la "Bangla Language Establishment Cell" (ou Cellule d'établissement de la langue bengali). Les fonctionnaires de la cellule ont déclaré que le rythme de la traduction des lois était très lent en raison du manque de main d'œuvre.
Ainsi, toutes les lois adoptées avant 1987, qui ont été rédigées en anglais, demeurent encore légales et officielles. Les anciennes lois en anglais du régime colonial continuent d'avoir force de loi. Depuis 1987, seule la version en bengali fait autorité, et l'anglais est reconnu en principe comme une langue de traduction.
4.3 Le domaine judiciaire
Dans les tribunaux, la situation linguistique se présente de la façon suivante. Il faut distinguer d'abord les tribunaux ordinaires ou inférieurs et les tribunaux supérieurs comme la Cour suprême.
- Les tribunaux inférieurs
Dans les tribunaux inférieurs, le bengali est employé dans toutes les procédures depuis 1987, soit l'année de l'adoption de la Loi sur l'instauration de la langue bengali. Toutefois, l'anglais peut également être utilisé dans la procédure judiciaire depuis que la Haute Cour (High Court), dans une décision rendue le 18 novembre 1991, a constaté que l'anglais pouvait être employé en plus du bengali comme langue de la cour. Selon la cour, la Loi sur l'instauration de la langue bengali ne contient aucune disposition dérogatoire relativement au Code de procédure pénale (1898) et au Code de procédure civile (1908), lesquels prévoient que l'anglais peut être utilisé dans toute procédure judiciaire. Le tribunal a également observé que la définition de "langue officielle" ne comprend pas nécessairement la langue du tribunal. De plus, en vertu de l'article 137 du Code de procédure civile, l'anglais peut être employé comme «langue de la cour» ("language of the Court"):
Article 137 [traduction]
Langue des tribunaux inférieurs
(1) La langue qui, au début du présent code, est celle de tout tribunal inférieur à la chambre de la Haute Cour doit continuer d'être celle de ce tribunal inférieur jusqu'à ce que le gouvernement ne l'ordonne autrement.
(2) Le gouvernement peut déclarer quelle doit être la langue de ce tribunal et de quelle manière doivent être rédigées les applications et la procédure devant ces tribunaux.
(3) Là où le présent code exige ou permet une autre langue pour l'enregistrement de la preuve qui doit être fait par écrit par un tribunal, cet écrit peut être en anglais; mais si une partie ou son plaideur ignore l'anglais, une traduction dans la langue de la cour doit, sur demande, lui être accordée; la cour doit alors rendre une ordonnance qu'elle nécessaire en ce qui concerne le paiement des frais d'une telle traduction.
Pouvoir de la chambre de la Haute Cour pour exiger que les témoignages soient rédigés en anglais
(1) La chambre de la Haute Cour peut, par avis dans le Journal officiel, ordonner à n'importe quel juge mentionné dans l'avis ou relevant de la description qui y est présentée que le témoignage dans le cas où un appel est autorisé doit être accepté par ledit juge en anglais et selon la manière prescrite.
(2) Lorsqu'un juge est empêché par un motif suffisant de se conformer aux directives du paragraphe 1, il doit enregistrer la raison et expliquer le témoignage reçu par écrit lors de la prise sténographique en audience publique.
Le paragraphe 1 de l'art. 137 indique que la langue qui est celle de tout tribunal inférieur à la chambre de la Haute Cour doit continuer d'être celle de ce tribunal inférieur jusqu'à ce que le gouvernement ne l'ordonne autrement. Le paragraphe 2 affirme cependant que le gouvernement peut déclarer quelle doit être la langue de ce tribunal et de quelle manière doivent être rédigées les applications et la procédure devant ces tribunaux. Dans les faits, le bengali est employé dans près de 80 % des causes dans les cours inférieures. Légalement parlant, le choix du bengali comme langue de la cour ou langue judiciaire dépend entièrement de la décision des juges, alors que la loi a été rédigée pour qu'ils emploient le bengali dans les tribunaux.
Ainsi, l'article 221.1-6 du Code de procédure pénale (1898) déclare que l'accusation doit être rédigée en anglais ou dans la langue de la cour. L'article 265 mentionne, pour sa part, l'anglais ou la «langue de la cour» ou la «langue maternelle» d'un officier de justice:
Article 221 [traduction]
Accusation d'une infraction contre l'État
(1) Toute accusation en vertu du présent code doit mentionner l'infraction dont l'accusé est inculpé.
Langue de l'accusation
6. L'accusation doit être rédigée en anglais ou dans la langue de la cour.
Langue de l'enregistrement et de la sentence
(1) Les enregistrements effectués en vertu de l'article 263 et les jugements enregistrés en vertu de l'article 264 doivent être rédigés par le président du tribunal en anglais ou dans la langue de la cour ou, si la cour pour laquelle le président est immédiatement désigné l'ordonne, dans la langue maternelle de cet officier de justice.
Jamais la «langue de la cour» ("language of the Court") n'est identifiée; la seule langue formellement désignée est toujours l'anglais, pas le bengali, ni aucune autre langue. À l'article 367 du Code de procédure pénale, on peut y lire que la sentence ou le jugement doit être rédigé ans dans «la langue de la cour ou en anglais»:
Article 367 [traduction]
Langue du contenu de l'arrêt du jugement
(1) Tout jugement doit, sauf dans les cas contraire expressément prévus par le présent code, être rédigé par le président du tribunal ou lors de la prise sténographique par le juge d'instruction dans la langue de la cour ou en anglais, et doit contenir le point ou les points de la décision ainsi que les motifs de la décision ; et il doit être daté et signé par le président du tribunal en audience publique au moment de prononcer la sentence; si le jugement n'est pas rédigé par le président de sa propre main, chaque page de ce jugement doit être signée par celui-ci.
(2) Le jugement doit préciser l'infraction (le cas échéant) dont l'accusé est reconnu coupable et la peine pour laquelle il est condamné, ainsi que l'article du Code pénal ou de toute autre loi concernée.
L'article 558 du Code déclare que le gouvernement peut déterminer ce qui est réputé pour être la langue de chaque tribunal dans les territoires administrés:
Article 558 [traduction]
Pouvoir de décider la langue des tribunaux
Le gouvernement peut déterminer ce qui, aux fins du présent code, est réputé pour être la langue de chaque tribunal dans les territoires administrés par celui-ci.
Encore une fois, aucune langue particulière n'est mentionnée. On suppose que la «langue du tribunal» est l'anglais ou le bengali, sans plus de précision. On sait aussi que, depuis 1987, plusieurs appels (18) dans différents tribunaux du pays ont été présentés en anglais; les tribunaux ont rejeté ces appels, car ils n'avaient pas été rédigés en bengali. Mais la Haute Cour de justice de Dacca a décidé que l'emploi de l'anglais était aussi légitime que le bengali.
La Loi sur la preuve (1872) compte des dispositions d'ordre linguistique, mais elle n'y mentionne aucune langue en particulier. Elle utilise l'expression «langue utilisée» ("language used") pour désigner la langue de la cour:
Article 93 [traduction]
Lorsque la langue utilisée dans un document est, à première vue, ambiguë ou défectueuse, les éléments de preuve ne peuvent être rendue que par des faits qui montrent son sens ou suppléent ses défauts.
Lorsqu'une langue utilisée dans un document est claire en soi, et lorsqu'elle s'applique précisément à des faits réels, la preuve ne peut être rendue pour montrer qu'elle n'est pas censée s'appliquer à ces faits.
Lorsqu'une langue utilisée dans un document est claire en soi, mais qu'elle est sans signification en référence à des faits réels, la preuve peut être donnée pour montrer qu'elle est utilisée dans un sens particulier.
Lorsque les faits sont tels que la langue utilisée pourrait être destinée à s'appliquer à un fait et non pas s'appliquer à plusieurs faits, personnes ou objets, la preuve peut être donnée sur des faits qui montrent que des personnes ou des objets peuvent s'appliquer.
Lorsque la langue utilisée s'applique en partie à un ensemble de faits réels et en partie à un autre ensemble de faits réels, mais que l'ensemble de ces faits ne s'applique pas correctement à l'un d'eux, la preuve peut être donnée pour montrer à quel des deux elle est censée s'appliquer.
En réalité, cette loi n'accorde aucun droit précis à l'usage d'une langue, car elle est destinée seulement à assurer un cadre stylistique à la «langue de la cour».
Par contre, l'article 21 de la Loi sur les frais judiciaires (1870) mentionne qu'un table des frais de traitement pour les services judiciaires doit être exposée à la vue du public à la fois en anglais et dans les «langue vernaculaires» ("in the English and Vernacular languages"):
Article 21 [traduction]
Tables des frais de traitement
Une table en anglais et dans les langues vernaculaires, montrant les frais exigibles pour ces services et leur exécution, doit être exposée à la vue dans un endroit bien visible de chaque tribunal.
Évidemment, ces langues vernaculaires ne sont pas énumérées ni identifiées.
L'article 12 de l'Ordonnance sur les tribunaux de la famille (1985) mentionne que le témoignage de chaque témoin doit être consigné par écrit, dans la langue de la cour, par le juge (par. 7). Le paragraphe 8 énonce qu'une «autre langue que celle de la cour» peut être employée, mais il faut alors une traduction authentifiée de ce témoignage. Le paragraphe 11 mentionne que, si un témoin ne comprend pas la langue utilisée ou la langue de al cour, une traduction doit lui être rendue dans une langue qu'il comprend.
Article 12 [traduction]
Enregistrement du témoignage
(7) Le témoignage de chaque témoin doit être consigné par écrit, dans la langue de la cour, par le président de la cour et signé par ce juge.
(8) Lorsque le témoignage d'un témoin est donnée dans une autre langue que celle de la cour, le juge peut procéder dans cette langue si c'est possible, et une traduction authentifiée du témoignage dans la langue de la cour doit être faire partie du procès-verbal.
(9) Lorsque le témoignage d'un témoin est consigné, il doit lui être lu et, si c'est nécessaire, être révisé.
(10) Si le témoin n'accepte pas la justesse des propos d'un partie du témoignage, le juge peut, au lieu de rectifier celui-ci, prendre note de l'objection faite par le témoin et y ajouter des observations qu'il estime nécessaires.
(11) Si la preuve est entendue dans une langue différente de celle dans laquelle elle a été rendue et que le témoin ne comprend pas cette langue, la preuve doit lui être interprétée dans la langue dans laquelle elle a été rendue ou dans une langue qu'il comprend.
L'article 15 de la même ordonnance précise que la sentence doit être rendue dans «la langue de la cour» :
Rédaction de la sentence
(1) Toute sentence ou ordonnance d'un tribunal de la famille doit être rédigée par le président du tribunal ou la prise sténographique dudit juge dans la langue de la cour; elle doit être datée et signée par le juge en audience au moment du prononcé.
(2) Toutes les sentences et ordonnances susceptibles d'un appel doivent contenir les éléments de la décision et des motifs qui l'expliquent.
Dans Loi sur le mariage chrétien (1872), l'article 23 déclare qu'un certificat de mariage doit être émis au chrétien «dans une langue qu'il comprend» :
Article 23 [traduction]
Émission de certificats aux chrétiens d'origine
Lorsqu'un chrétien d'origine sur le point de se marier demande un avis de mariage auprès d'un ministre de la religion ou sollicite à un certificat auprès d'un ministre en vertu de l'article 17, celui-ci doit, avant d'émettre le certificat, vérifier, si ce chrétien d'origine est conscient de l'objet et de l'effet dudit avis ou dudit certificat et, le cas échéant si ce n'est pas le cas, il doit traduire ou demander de traduire l'avis ou le certificat du chrétien dans une langue qu'il comprend.
Étant donné que cette loi a été adoptée sous le régime britannique en 1872, on peut croire que cette langue comprise par le requérant chrétien est l'anglais. Il est même surprenant que le nom de la langue n'ait pas été mentionné.
D'après la Loi sur les successions (1925), «l'usage normal dans la procédure judiciaire» n'est pas mentionné, mais ce ne peut être que le bengali et/ou l'anglais. Comme il s'agit de testament, donc un texte rédigé par un particulier, il est probable que le bengali soit généralement la langue d'usage normal:
Article 277 [traduction]
Cas d'une traduction d'un testament à annexer à la réclamation de vérification d'une traduction par une autre personne que le traducteur de la cour
Dans les cas dans lesquels le testament, une reproduction ou une version préliminaire, est rédigé dans une autre langue que celle d'usage normal dans la procédure judiciaire, il doit y avoir une traduction de celui-ci annexée à la pétition par un traducteur judicaire, si la langue est l'une de celle pour laquelle un traducteur est désigné; ou si le testament, une reproduction ou une version préliminaire, est rédigé dans une autre langue, alors que toute autre personne compétente puisse traduire ces documents, dans ce cas cette traduction doit être vérifiée par cette personne de la manière suivante, à savoir:
«Je, ..., déclare que je lis et comprends parfaitement la langue et le caractère de l'original, et que ce qui précède est une traduction fidèle et exacte.»
Dans le cas contraire, il faut une traduction du document.
Il faut mentionner aussi que l'administration de la justice au Bengladesh n'est généralement pas accessible aux gens pauvres, comme c'est le cas chez les minorités. Certaines causes peuvent rester pendantes jusqu'à dix à vingt ans avant d'être réglées. Le présent système juridique est vieilli, traditionnel et corrompu; les réformes sont urgentes. Plusieurs comités ad hoc ont été formées depuis l'indépendance du Bangladesh en Pakistan en 1971... en vain. De là à tenir compte des minorités, il y a loin de la coupe aux lèvres.
- Les tribunaux supérieurs
Les tribunaux supérieurs comprennent la Cour suprême ("Supreme Court") dont font partie aussi la Haute Cour de justice ("High Court Division Justices") et la Cour d'appel ("High Appellate Division"). Du fait que les lois et le pourvoir judiciaire du pays sont hérités des lois et du système juridique britannique, l'ordre judiciaire le plus élevé du pays continue d'employer le système du droit coutumier, lequel est entièrement en anglais, ainsi que la «langue de la cour» qui, pour la Cour suprême est uniquement l'anglais. Le bengali n'est pas interdit, mais la «langue de la cour» demeure l'anglais. Ainsi, la Loi sur l'instauration de la langue bengali (1987) n'est pas appliquée ni respectée dans les instances de la Cour suprême. En 1993, le juge Muhammad Habibur Rahman, avait entrepris une étude pour établir si le bengali pouvait être utilisé comme «langue de la cour» au plus haut tribunal du pays. Dans son rapport sur la question qu'il a soumis au juge en chef la même année, Muhammad Habibur Rahman déclara que la plupart des juges de la Cour suprême avaient favorisé l'usage de l'anglais comme «langue de la cour». Cette situation néocoloniale irrite beaucoup de juriste du Bangladesh.
4.4 L'Administration publique
Dans l'Administration publique, le bengali est la langue couramment utilisée, mais les documents en anglais sont légalement acceptés. Les communications orales se déroulent généralement en bengali, rarement en anglais. Cette situation se répète dans les administrations municipales et les hôpitaux dans tout le pays.
- La connaissance du bengali et/ou de l'anglais
Il existe un certain nombre de lois ou d'ordonnance sur la connaissance du bengali. L'article 3 de la Loi sur la naturalisation (1926) précise que, pour obtenir un certificat de naturalisation, une connaissance suffisante du bengali est exigée:
Émission du certificat de naturalisation
(1) Le gouvernement peut accorder un certificat de naturalisation à quiconque présente une demande en son nom et répond aux conditions du gouvernement:
(a) qu'il n'est pas un mineur ;
(b) qu'il n'est ni citoyen du Bangladesh ni un ressortissant d'un État dont est empêché un citoyen du Bangladesh ou en vertu d'une loi de devenir citoyen par naturalisation ;
(c) qu'il a résidé au Bangladesh pendant une période de douze mois précédant immédiatement la date de la demande et qu'il a, au cours des sept années précédant immédiatement ladite période de douze mois, résidé au Bangladesh pour une période s'élevant à un total de quatre ans ou plus ;
(d) qu'il est de bonne moralité ;
(e) qu'il possède une connaissance suffisante du bengali ; et
Il en est ainsi pour faire partie des Forces armées du Bangladesh, là où la maîtrise du bengali est de mise. Toutefois, lorsqu'un membre de l'armée est libéré de son service militaire, il doit lui être remis un certificat en bengali ou dans une autre langue qu'il comprend (art. 19 de la Loi sur l'armée de 1952) :
Article 19 [traduction]
Certificat de cessation de service
Tout jeune officier ou toute personne inscrite en vertu de la présente loi, qui est rejeté, supprimé, retraité, sorti ou libéré du service, doit se voir remettre par son commandant un certificat en bengali ou en une autre langue qu'il comprend, en précisant:
(a) l'autorité qui met fin à son service.
(b) la cause de cette résiliation ;
Il est probable que cette «langue qu'il comprend» soit l'anglais plutôt qu'une langue minoritaire.
L'article 12 de la Loi sur les canaux (1864) prévoit que les règlements doivent être affichés en anglais et en bengali:
Des exemplaires de tous les règlements, en anglais et en bengali, doivent être présentés à la vue du public dans tous les endroits où les droits de passage sont collectés.
L'Ordonnance sur les vétérinaires praticiens du Bangladesh (1982) prévoit que les demandes d'enregistrement pour les vétérinaires praticiens doivent être accompagnées d'un avis dans au moins deux quotidiens de grande diffusion, dont l'un en bengali et l'autre en anglais:
Article 10 [traduction]
Registre de vétérinaire praticien
(1) Le Conseil doit, dès que peut être après sa constitution, prendre des dispositions pour l'enregistrement des vétérinaires praticiens et, à cette fin, par un avis dans le Journal officiel et la publication d'avis dans au moins deux quotidiens de grande diffusion, l'un en bengali et l'autre en anglais, désigner une date limite à laquelle les demandes d'enregistrement des noms seront effectuées par les vétérinaires praticiens possédant une qualification reconnue de vétérinaire praticien.
On peut s'interroger sur cette attitude très colonialiste de la part de l'Administration d'imposer que l'avis de demande d'enregistrement soit publié obligatoirement dans un journal de langue anglaise, alors qu'un journal en bengali serait suffisant.
Dans l'Ordonnance sur la marine marchande du Bangladesh (1983), il n'est mentionné aucune langue en particulier, mais le maître de navigation doit rendre accessible à chaque matelot la convention avec l'équipage «dans une langue qu'il comprend»:
Article 115 [traduction]
Dispositions spéciales à l'égard de la convention avec l'équipage des navires étrangers au Bangladesh
(1) Les dispositions suivantes doivent avoir effet à l'égard des conventions avec l'équipage conclues au Bangladesh dans le cas des navires étrangers au Bangladesh, à savoir:
a) la convention doit, sous réserve des dispositions de la présente ordonnance comme produit de remplacement, être signée par chaque matelot en présence d'un maître de navigation ;
(b) le maître de navigation doit faire en sorte que la convention soit relue et expliquée à chaque matelot, dans une langue qu'il comprend ou s'assurer que chaque marin comprenne les mêmes concepts avant de signer, et il doit attester chaque signature ;
Copie de la convention avec l'équipage afin de la rendre accessible
(1) Le maître de navigation doit, au début de chaque voyage ou engagement, produire une copie lisible de la convention avec l'équipage et, le cas échéant, une traduction dans une langue comprise par la majorité de l'équipage (omettant les signatures) qui sera placée ou affichée dans une partie du navire accessible à l'équipage.
(2) Tout maître de navigation qui manque sans motif raisonnable de se conformer aux dispositions du paragraphe 1, pour chaque infraction, est passible d'une amende pouvant atteindre jusqu'à cinq mille taka.
Il demeure peu probable qu'il s'agisse de n'importe quelle langue, car cette exigence deviendrait difficile à mettre en œuvre. Il est possible encore une fois, compte tenu des pratiques en usage au Bangladesh, que ce soit l'anglais et/ou le bengali.
- L'Académie bengali
C'est le linguiste bengali de l'Université de Dacca, Muhammad Shahidullah, qui a vu en premier l'importance de faire du bengali une langue officielle dans ce qui était alors le «Dominion du Pakistan» et de créer un organisme afin de veiller à la promotion de cette langue. Un peu plus tard, lors des événements qui ont entraîné l'émergence du Mouvement pour la langue de 1952, le comité multipartite d'initiative pour la langue avait décidé d'avaliser la proposition de Shahidullah et de créer un organisme linguistique pour le bengali. En 1955, l'écrivain Muhammad Barkatullah devint le premier responsable de l'Académie bengali (Bangla Academy) inaugurée le 3 décembre de la même année. C'est l'académie nationale pour la promotion de la langue bengalie au Bangladesh. Le siège social de l'organisme est situé à Burdwan House, sur le campus de l'Université de Dhaka. Puis, en 1978, le Parlement adopta une Ordonnance sur l'Académie bengali (1978). La tâche principale de l'Académie bengalie est d'effectuer des recherches sur la langue bengali, ainsi que sur la culture et l'histoire du bengali, et de publier des œuvres littéraires et des travaux de recherche dans cette langue. Chaque année, l'Académie décerne un prix, le Bangla Academy Award, pour une contribution remarquable à la langue bengali. Voici l'article 6 de l'Ordonnance sur l'Académie bengali:
Article 6 [traduction]
Fonctions de l'Académie
(1) Les fonctions de l'Académie sont les suivantes:
(a) élaborer, favoriser et promouvoir la langue, la littérature et la culture bengali, conformément aux aspirations nationales ;
(b) faciliter l'introduction de la langue bengali dans toutes les sphères de la vie au Bangladesh ;
(c) traduire, créer, élaborer, adopter, développer et vulgariser le vocabulaire bengali à partir d'expressions et de mots étrangers, pour des termes officiels scientifiques et techniques ;
(d) produire, traduire et rendre disponibles dans la langue bengali des documents de lectures adéquats, y compris les travaux avancés dans les différents domaines de la science et de la technologie, ainsi que les ouvrages de référence, les dictionnaires, les bibliographies et les encyclopédies ;
e) prendre des dispositions pour la recherche sur le développement de la langue et de la littérature bengali et, à cette fin, conclure des ententes avec des experts et maintenir des relations étroites avec les universités et d'autres organismes ;
(f) de mettre en place les spécialités de l'Académie au Bangladesh en vue de favoriser la recherche, les activités littéraires, culturelles et autres;
(g) rendre l'aide financière accessible aux auteurs et chercheurs bengalis qui le méritent ;
(h) recruter des individus ou des organismes, ou les deux, pour entreprendre les travaux spécifiques de l'Académie ;
(i) accorder des prix et des récompenses aux personnes qui, de l'avis de la Parishad, ont apporté une contribution remarquable à la promotion de la langue et de la littérature bengali ou à l'étude de la science ;
L'une des plus importantes contributions de l'Académie est l'élaboration et la publication de dictionnaires et d'encyclopédies: Bengali-English Dictionary, English-Bengali Dictionary, Arbi-Bangla Abhidhan ("Dictionnaire arabe-bengali"), Bangla Uchcharan Abhidhan ("Dictionnaire de la prononciation du bengali"), Bangla Banan-Abhidhan ("Dictionnaire de l'orthographe bengali"), etc.
4.5 L'éducation
De nombreuses caractéristiques du système éducatif du Bangladesh sont héritées du système d'éducation britannique et indien. La structure du système d'éducation au Bangladesh comprend cinq années pour le primaire, trois années d’éducation secondaire de base (ou secondaire de premier cycle), deux années d’éducation secondaire et deux années d’éducation secondaire supérieure.
Il existe trois types d’écoles primaires: les écoles gouvernementales, les écoles non gouvernementales répertoriées (privées) et les écoles communautaires. Le bengali est la langue utilisée pour l’enseignement, sauf dans les écoles privées où une autre langue (l'anglais) peut être utilisée. Les programmes officiels sont normalisés dans tout le pays. Environ 20 % de toutes les écoles primaires sont gérées par le secteur privé; elle sont généralement réservées aux riches. Dans ces écoles, les cours peuvent se donner en anglais, sauf pour les cours de bengali et les cours de religion offerts en arabe.
Dans les écoles secondaires, le bengali est la langue utilisée pour l’enseignement, et les programmes officiels jusqu’à la huitième année sont identiques pour tous les élèves. L’enseignement dans les écoles secondaires ou «high schools» comporte à la fois une composante d’enseignement général et une spécialisation ou filière; en neuvième et dixième année, les élèves se placent soit dans la filière scientifique soit dans la filière des humanités. Toutes les écoles secondaires de premier cycle, soit 97 % de toutes les écoles secondaires et toutes les écoles secondaires supérieures (à l’exception de trois d’entre elles), appartiennent au secteur privé. Toutes les écoles enseignent l'anglais comme langue seconde. L’éducation secondaire supérieure se déroule en onzième et douzième année. Cet enseignement s’effectue dans les collèges intermédiaires. Le bengali est la langue utilisée pour l’enseignement, bien que l’enseignement de l’anglais soit obligatoire.
On compte neuf universités financées par des fonds publics. Les universités et leurs collèges dispensent leur enseignement soit en bengali soit en anglais.
Le seul texte de loi existant en matière de langue en éducation est l'Ordonnance sur l'éducation dans les madrasas (1978).
Dans la présente ordonnance, sauf dispositions contraires dans l'objet ou le contexte:
(n) «Madrasa» désigne une institution religieuse traditionnelle d'apprentissage islamique et comprenant les madrasas de Furquania, d'Ibtedayee, de Dakhil et d'Alim ;
(o) «Éducation madrasda» désigne l'éducation se rapportant à la norme Ibtedayee, la norme Dakhil, la norme Alim et comprenant:
(i) la lecture du Coran ;
(iii) les sciences humaines dont la langue et la littérature arabe, l'histoire islamique, l'histoire générale, la langue et la littérature bengali ;
La loi précise bien qu'une madrasa désigne une institution religieuse traditionnelle d'apprentissage islamique et comprenant les madrasas de Furquania, d'Ibtedayee, de Dakhil et d'Alim. Dans ces établissements, l'arabe coranique et le bengali sont obligatoires.
Il existe d'importantes distorsions entre la loi et la réalité. L'éducation a toujours été imprégnée de nationalisme et de fanatisme islamique au Bangladesh, ce qui a entraîné une instruction biaisée et de fort mauvaise qualité pour les Bangladeshis. Ainsi, lorsque le bengali fut imposé comme langue officielle et comme langue d'enseignement, il n'y avait pas encore de manuels scolaires ni d'ouvrages scientifiques dans cette langue. Cette situation a alors engendré un grand nombre de diplômés mal instruits, car les connaissances nécessaires à leur éducation n’étaient pas disponibles en bengali. Par contre, les établissements privés anglophones ont réussi à attirer les enfants des plus riches, ce qui leur a donné accès à de meilleurs emplois, ce qui a contribué à l’accroissement des inégalités sociales au pays. Aujourd'hui, même si le pays a atteint un taux de scolarisation de 100 % au niveau primaire, le taux d'abandon scolaire est de l'ordre de 40 %. Quant au taux d'alphabétisation des hommes et des femmes adultes, il s'est amélioré (56,8 % en 2010), mais demeure dans la moyenne de cette région d'Asie : 60 % en Inde, 55 % au Pakistan, 47 % au Bhoutan, 60,3 % au Népal. Quant au taux d’illettrisme, il est de 46,5 %.
Les journaux du Bangladesh paraissent généralement en bengali et en anglais. Parmi les journaux en bengali, mentionnons In Bangla, The Daily Ittefaq, The Daily Muktakantha, Anannya, Computer Bichitra Online, The Daily Janakantha, Weekly Jai Jai Din, Prothom Alo, Robbar, Unmad, etc. Sont publiés en anglais The Daily Star, The Daily New Nation, The Weekly Holiday, Dhaka Courier, Dhaka-Bangladesh Web's News, Economic Observer, Evidence, Independent, Today, The Financial Express, etc.
Dans les médias électroniques, la plupart des stations de radio émettent en bengali, mais Radio-Bangladesh (Bangladesh Betar) de Dacca diffuse sur ondes courtes en bengali, en anglais, en hindi, en ourdou et en népali. Beaucoup de stations de radio diffusent en anglais, mais il n'existe guère de programmes à l'intention des minorités.
Enfin, il existe une loi concernant les médias: la Loi sur les presses d'imprimerie et les publications (Déclaration et enregistrement) (1973). Toutefois, les dispositions linguistiques ne concernent que l langue de la déclaration d'enregistrement:
Effet du changement de langue, de périodicité ou du lieu de publication
Si, à un moment donné après le dépôt d'une déclaration en vertu de l'article 7, le journal auquel la déclaration se rapporte est imprimé ou publié, avec une périodicité ou à un lieu donnés, dans une autre langue, avec une autre périodicité et lieu que ceux indiqués dans la déclaration, celle-ci est considérée comme nulle et non avenue, et toute poursuite d'impression et de publication du journal doit être interdite, à moins d'une nouvelle déclaration en vertu de l'article 7, mais rien dans le présent article ne s'applique à une modification temporaire du lieu d'impression ou de publication pour une période n'excédant pas trente jours à quelque moment que ce soit si, dans les soixante-douze heures à la suite de ces changements temporaires le magistrat de district est informé selon les modalités prescrites.
(1) Sous réserve des dispositions du paragraphe 2, chacun des originaux en double de chaque déclaration faite et souscrite en vertu de l'article 7 doit être authentifié par le sceau officiel et de la signature du magistrat de district devant qui la déclaration est faite.
(2) Le magistrat de district ne doit pas authentifier la déclaration à moins qu'il soit convaincu que:
a) le propriétaire, l'imprimeur et l'éditeur sont citoyens du Bangladesh ;
b) le propriétaire, si lui-même n'est pas l'imprimeur ou l'éditeur, a autorisé la prise de cette déclaration ;
c) le titre du journal proposé à paraître n'est pas le même que le titre d'un journal déjà publié dans la même langue à n'importe quel endroit dans le pays, comme n'étant ne pas un journal de périodicité différente publiée par le même éditeur ou une autre édition du journal même publiée d'un autre endroit ;
Quand on observe les pratiques utilisées au Bangladesh en ce qui a trait aux langues minoritaires, on ne peut qu'être très déçu du résultat. Pourtant, les langues minoritaires ne sont ni réprimées ni interdites, elles sont simplement ignorées. Après une quarantaine d'années d'indépendance, le Bangladesh ne semble pas avoir réussi à se doter d’une véritable constitution démocratique. Le pays a subi de fréquents changements de gouvernement et des coups d'État militaires à répétition, souvent sanglants. Le principe fondateur, le «nationalisme bengali laïc» qui a guidé la Constitution de 1972, s'est écroulé avec les années. Le pays est actuellement déchiré entre des partis islamiques de droite et une classe politique incompétente dont la culture politique parlementaire apparaît relativement rudimentaire. On peut certes parler d'une politique de non-intervention à l'égard des langues minoritaires, ce qui équivaut à une politique d'assimilation.
Au Bangladesh, les minorités linguistique sont considérées comme des minorités religieuses. Pourtant, la Constitution interdit la discrimination raciale, ethnique ou religieuse, mais celle-ci n'est ni expressément interdite et ni dûment sanctionnée par le Code pénal. On ne peut que déplorer le fait que la sécurité des minorités ne soit même pas garantie par l'État et que les membres de ces communautés ne puissent guère accéder aux emplois de la fonction publique et encore moins à des postes de responsabilité, sans parler de l'accord de paix de 1997 relatif aux Chittagong Hill Tracts dont les dispositions tardent à être appliquées. Et dire que l'article 29 de la Constitution prévoit l'égalité des chances pour tous dans les emplois publics: «L'égalité des chances est reconnue pour tous les citoyens dans le respect des emplois ou postes au service de la République.»
Par ailleurs, on serait probablement surpris des résultats négatifs provenant d'études officielles concernant la situation économique et sociale de toutes les minorités ethniques, religieuses et tribales, ainsi que sur leur participation inexistante à la vie publique. Malheureusement, sur ce sujet, le gouvernement ne dispose d'aucune information. Il faudrait que l'État examine, en toute objectivité, les besoins de ses minorités et communautés ethniques, notamment au sujet du financement des institutions religieuses et s'assure que les fonds publics alloués soient suffisants et équitablement répartis entre toutes les communautés. Cependant, il faudrait au départ que les autorités cessent d'oublier les minorités nationales.
En réalité, la situation des minorités dans ce pays dépassent les simples droits linguistiques, car il s'agit avant tout de droits plus généraux appelés les «droits de l'Homme». La situation des minorités au Bangladesh ne s'améliorera pas à moins que les droits fondamentaux ne soient garantis par la Constitution et que la Déclaration universelle des droits de l´Homme des Nations unies ne soient mis en œuvre. Pour ce faire, il faudrait développer le dialogue interreligieux et que les autorités cessent de se faire dicter leur conduite par les fondamentalistes de la rue, avec les effets dévastateurs qu'on connaît présentement.
En ce qui concerne la langue officielle, le bengali, le Bangladesh est encore aux prises avec une situation de dominance de la langue coloniale, l'anglais, qui souvent a encore préséance sur le bengali, notamment auprès de la Cour suprême. Lorsque l'anglais ne prédomine pas sur le bengali, il lui oppose une solide concurrence.
En somme, si la politique linguistique du Bangladesh apparaît plutôt modeste en ce qui concerne la promotion de la langue bengali en raison de la concurrence exercée par l'anglais, elle est carrément inexistante en ce qui a trait aux nombreuses minorités linguistiques.
Dernière mise à jour: 05 oct. 2019
AHMED, Syed Giasuddin. «The First Decade of Political History of Bangladesh» dans Proceedings of the Fourth International Symposium on Asian Studies, Hong Kong: Asia Research Service, 1982, p. 511-519.
COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME. Rapport du Rapporteur spécial (RS) sur le racisme et la discrimination raciale, Genève, Onu, E/CN.4/1997/71/Add.2
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2007, art. «Bangladesh», pour la partie historique.
ISLAM, Rafiqul. «The Language Movement : An Outline» dans Essays on Ekushey: The Language Movement 1952, Dacca, Éditions Syed Manzoorul Islam, 1994, p. 42-56.

References: art. 3
 l'article 1
 l'article 3
 l'article 23
 l'article 3
 l'article 3
 l'article 4
 l'article 137
 l'article 221
 L'article 265
 l'article 263
 l'article 264
 l'article 367

L'article 558
 l'article 21

L'article 12

L'article 15
 l'article 23
 l'article 17
 L'article 3

L'article 12
 l'article 6
 l'article 7
 l'article 7
 l'article 7
 l'article 29