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Timestamp: 2018-11-20 12:28:27+00:00

Document:
Le titre d’officier de l’Ordre de Léopold de Belgique décerné à un citoyen algérien
Trump et l'immigration
Un cénotaphe à la mémoire de Maurice Audin au cimetière Père Lachaise
Choléra: réouverture de la source de Sidi Lekbir à Tipaza
Guerre d'Algérie : L'action clandestine communiste dans le contingent
Bugeaud rencontre Abd-el-Kader
Dès qu’il fut à portée de la voix, le général Bugeaud, lançant son cheval au galop, arriva sur l’émir en lui tendant cavalièrement la main; Abd-el-Kader la prit et la serra affectueusement; puis il demanda au général des nouvelles de sa santé. « Fort bien, lui répond celui-ci, et toi ? » Puis, pour abréger les longs préliminaires du cérémonial arabe, il met pied à terre et engage Abd-el-Kader à en faire autant. L’émir sauta à bas de son cheval avec une prestesse sans égale et s’assit immédiatement. C’était calcul de sa part, il voulait ainsi prouver aux siens sa supériorité. Le général s’aperçut de son intention et se plaça aussitôt auprès de lui. Alors une musique criarde et assourdissante, composée de hautbois et de tamtams, commença à préluder ; elle eût rendu tout entretien impossible, le général Bugeaud la fit retirer et engagea la conversation en ces termes :
« Sais-tu, qu'il y a peu de généraux qui eussent osé signer le traité que j’ai conclu avec toi. Je n’ai pas craint de t’agrandir et d’ajouter à ta puissance, parce que je suis assuré que tu ne feras usage de la grande existence que nous te donnons, que pour améliorer le sort de la nation arabe et la maintenir en paix et en bonne intelligence avec la France.
— Je te remercie de tes bons sentiments pour moi, répondit Abd-el-Kader; si Dieu le veut, je ferai le bonheur des Arabes; et si la paix est jamais rompue, ce ne sera pas de ma faute.
— Sur ce point, je me suis porté ta caution auprès du roi des Français.
— Tu ne risques rien à le faire; nous avons une religion et des mœurs qui nous obligent à tenir notre parole; je n’y ai jamais manqué.
— Je compte là-dessus, et c’est à ce titre que je t’offre mon amitié particulière.
— J’accepte ton amitié, mais que les Français prennent garde à ne pas écouter les intrigants.
— Les Français ne se laissent conduire par personne, et ce ne sont pas quelques faits particuliers, commis par des individus, qui pourront rompre la paix : ce serait l’inexécution d’un traité ou un grand acte d’hostilité. Quant aux faits coupables des particuliers, nous nous en préviendrons, et nous les punirons réciproquement.
— C’est très bien; tu n’as qu’à me prévenir, et les coupables seront punis. Je te recommande les Koulouglis qui resteront à Tlemcen.
— Tu peux être tranquille, ils seront traités comme les Hadars (les Maures). Mais tu m’as promis de mettre les Douers dans le pays de Hafra (partie des montagnes entre la mer et le lac Sebkha).
— Le pays de Hafra ne serait peut-être pas suffisant; mais ils seront placés de manière à ne pouvoir nuire ait maintien de la paix.
— As-tu ordonné, reprit le général Bugeaud après un moment de silence, de rétablir les relations commerciales à Alger et autour de toutes nos villes ?
— Non, je le ferai dès que tu m’auras rendu Tlemcen.
— Tu sais bien que je ne puis le rendre que quand le traité aura été approuvé par mon roi.
— Tu n’as donc pas le pouvoir de traiter ?
— Si, mais il faut que le traité soit approuvé cela est nécessaire pour ta garantie, car s’il était fait par moi tout seul, un autre général qui me remplacerait pourrait le défaire au lieu qu’étant approuvé par le roi, mon successeur sera obligé de le maintenir.
— Si tu ne me rends pas Tlemcen, comme tu le promets dans le traité, je ne vois pas la nécessité de faire la paix; ce ne sera qu’une trêve.
— Cela est vrai; ceci peut n’être qu’une trêve; mais c’est toi qui gagnes à cette trêve; car pendant le temps qu’elle existe je ne détruirai pas les moissons.
— Tu peux les détruire, cela nous est égal; et à présent que nous avons fait la paix, je te donnerai par écrit l’autorisation de détruire tout ce que tu pourras; tu ne peux en détruire qu’une bien faible partie et les Arabes ne manquent pas de grains.
— Je croîs que les Arabes ne pensent pas tous comme toi; car je vois qu’ils désirent bien la paix, et quelques-uns m'ont remercié d’avoir ménagé les moissons, depuis la Schika jusqu’ici, comme je l’avais promis à Amady-Sakal.
Ici Abd-el-Kader sourit d’un air dédaigneux, puis demanda combien il fallait de temps pour avoir l’approbation du roi des Français.
— Il faut trois semaines.
— C’est bien long.
— Tu ne risques rien moi seul pourrais y perdre.
Le lieutenant de l’émir, Ben-Arah, qui venait de s’approcher, dit alors au général :
— C’est trop long, trois semaines; il ne faut pas attendre cela plus de dix à quinze jours.
— Est-ce que tu commandes à la mer ? répliqua le général français.
— Eh bien, en ce cas, reprit Abd-el-Kader, nous ne rétablirons les relations commerciales qu’après que l’approbation du roi sera arrivée et quand la paix sera définitive.
— C’est à tes coreligionnaires que tu fais le plus de tort; car tu les prives du commerce dont ils ont besoin; et nous, nous pouvons nous en passer, puisque nous recevons par la mer tout ce qui nous est nécessaire. »
Le général Bugeaud, ne voulant pas prolonger plus longtemps cet entretien, se leva brusquement; cependant Abd-el-Kader restait toujours assis et mettait une espèce d’affectation à échanger quelques paroles avec le général qui était debout devant lui. M. Bugeaud s’aperçut de l’intention, et prenant vivement la main de l’émir, il l’enlève en lui disant d’un ton familier « Parbleu, lorsqu’un général français se lève, tu peux bien aussi te lever, toi. »
Ainsi se termina cette entrevue, qui fut sans résultats car elle était sans but.
Rédigé le 02/06/2007 à 01:23 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Hommage à Hachemi AMEUR
Un documentaire sur la néo-miniature en tournage
Les artistes sont près de chez vous.
Hachemi AMEUR le fils de Hadjout.
Le centre d’intérêt n’est autre que la réalisation d’un documentaire de 26 minutes, exclusivement consacré à la néo miniature qu’incarne depuis plus de 15 années l’artiste peintre Hachemi Ameur. Entrant dans le cadre de la manifestation culturelle « Alger, capitale de la culture arabe », cette production aura été confiée à Nada Rémadlia, une jeune réalisatrice.
Son documentaire sur Hachemi Ameur, qui sera probablement diffusé durant le premier semestre 2007, sera certainement d’une rare densité. En effet, disposant d’une importante documentation écrite scripturale et ayant pris soins d’enregistrer plusieurs témoignages de ceux qui ont accompagné l’artiste durant la dernière décennie, elle n’aura que l’écueil du montage à surmonter.
Évasions scripturales
Ayant profité de la mansuétude du climat, malgré un hiver tenace, elle aura pris soins de filmer l’artiste dans ses œuvres à travers des paysages très pittoresques. Le personnage central ayant naturellement adhéré à ce projet, nul doute que l’œuvre, une fois achevée, sera du goût du public. Car, pour cet artiste iconoclaste, ce sera le troisième documentaire en 10 ans qui lui sera consacré. Entre celui produit en 1997 par Abdelhouhab Saïfi et celui en cours de réalisation, le néo-miniaturiste aura énormément appris. Sur lui même et sur le monde en mouvement qui l’aura à maintes reprises interpellé. En effet, les premières miniatures qui auront jalonné la décennie noire, auront cédé devant la première invasion de l’Irak, la destruction des deux tours du World Trade Center de New York et la bataille de Fallouja. Autant de haltes que l’artiste aura immortalisées par des œuvres d’une rare intensité. Des instants de très forte émotion qui seront sans cesse entrecoupés par des évasions scripturales dans la campagne mostaganémoise et à travers les flâneries pédestres dans les recoins de la cité aux multiples facettes. C’est le domaine de la peinture sur toile ou sur papier que Hachemi Ameur affectionne particulièrement. En effet, ses gouaches et ses toiles aux multiples splendeurs se laisseront délicieusement captiver par la Bétacam de Hassan, le cadreur sans qui rien ne sera possible et qui prend beaucoup de plaisir à faire tantôt des gros plans, tantôt des plans larges qui font la part belle à des paysages splendides. Des couleurs chatoyantes, des témoignages d’une grande spontanéité, des lumières éclatantes et des paysages sauvages où la nature est si joyeuse, sont les meilleurs ingrédients pour un documentaire de qualité. Pour cette admiratrice de Beethoven, il suffira de trouver le bon fond sonore pour que la néo-miniature de Hachemi Ameur comble le téléspectateur. La mission, après plusieurs jours de tournage intensif, ne parait pas impossible.
Ali Tlemçani
Mosquée de Hadjout
Rédigé le 01/06/2007 à 17:12 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le Traité de la Tafna
Pour expliquer les circonstances qui amenèrent le traité de la Tafna, il nous faut retourner à Oran. Dès son arrivée, le général Bugeaud avait lancé un manifeste menaçant contre les tribus qui se montreraient hostiles à la France; cependant, tout en se préparant à la guerre, il entamait des négociations avec Abd-el-Kader. Le juif Ben Durand lui servit d’intermédiaire; mais, soit que l’émir se défiât des lenteurs apportées par cet agent, soit qu’il espérât accroître la mésintelligence qu’il savait exister déjà entre les deux généraux, il prit tout à coup le parti de faire directement des ouvertures au gouverneur général. Celui-ci lui répondit qu’il ne serait pas éloigné d’accueillir ses propositions, et informa le ministère des bases sur lesquelles il pensait qu l’on pouvait traiter : elles renfermaient Abd-el-Kader dans les limites du Chélif.
Ayant eu connaissance de cette négociation, le général Bugeaud adressa des reproches assez vifs au comte Damrémont, qui, se croyant dans son droit, répondit sur le même ton; mais bientôt, convaincu que son collègue avait seul mission pour traiter avec l’émir, il écrivit à ce dernier que désormais il devait s’entendre avec le général commandant la division d’Oran, ne se réservant à lui-même que le droit de sanction. Cependant les prétentions d’Abd-el-Kader parurent si exagérées au général Bugeaud, que les pourparlers furent suspendus. Alors le général partit d’Oran, à la tête de neuf mille hommes, se dirigeant sur Tlemcen qu’il ravitailla, puis sur la Tafna, qu’il atteignit le 23 mai, sans avoir eu dans toutes ces marches que quelques coups de fusil à échanger avec les Arabes.
Dans cet intervalle, l’émir chargea Ben Durand d’annoncer à M. Bugeaud qu’il était tout disposé à traiter avec lui pour la province d’Oran; quant à celles de Tittery et d’Alger, il se réservait de s’entendre avec le gouverneur général. Mais M. Bugeaud, qui déjà commençait à se défier de la bonne foi de Durand, changea d’intermédiaire et se servit de Sidi-Hamadi-Ben-Seal, un de ses affidés. Ce dernier revint bientôt porteur de propositions d’Abd-el-Kader qui parurent au général pouvoir servir de bases à un arrangement convenable.
Nous voici arrivés au trop célèbre traité de la Tafna, qui a attiré à son auteur des reproches de plus d’un genre; mais nous ne nous occuperons ici que du document officiel et des clauses authentiques. N’obéissant qu’à sa propre impulsion, le général Bugeaud rédigea le projet du traité sans tenir aucun compte des instructions qu’il avait reçues; ainsi, il lui était recommandé de tenir Abd-el-Kader au delà du Chélif, et il céda la province de Tittery. De son côté, il annonçait que l’émir se soumettrait à payer un tribut à la France, en signe de vassalité. Cette clause virtuelle fut rayée par Abd-el-Kader. Habitué à beaucoup prendre sous sa responsabilité, le général pensa que le ministère ne s’arrêterait pas à ces accessoires, et crut devoir passer outre. Au reste, il ne se trompait pas ; car, avant la conclusion définitive, une dépêche ministérielle l’autorisait à abandonner la province de Tittery, s’il le jugeait convenable. Sous cette déplorable influence, le traité suivant fut signé et échangé.
ART. 1 L’émir reconnaît la souveraineté de la France en Algérie.
ART. 2. La France se réserve dans la province d’Oran Mostaganem, Mazagran et leurs territoires ; Oran, Arzew; plus un territoire ainsi délimité: à l’est, par la rivière de la Macta et le marais d’où elle sort; au sud, une ligne partant du marais ci-dessus mentionné, passant par le bord sud’ du lac Sebgha et se prolongeant jusqu’à l’Oued-Malad (Rio Salado), dans la direction de Sidi-Saïd; et de cette rivière jusqu’à la mer; de manière que tout le terrain compris dans ce périmètre soit territoire français.
Dans la province d’Alger: Alger, le Sahel, la plaine de Mitidja, bornée à l’est jusqu’à l’Oued-Khadra et au delà; au sud, par la première crête de la première chaîne du petit Atlas jusqu’à la Chiffa, en y comprenant Blida et son territoire; à l’ouest par la Chiffa jusqu’au coude de Mazagran, et de là par une ligne droite jusqu’à la mer, renfermant Coléah et son territoire, de manière à ce que tout le terrain compris dans ce périmètre soit territoire français.
ART. 3. L’émir administrera la province d’Oran, celle de Tittery, et la partie de celle d’Alger qui n’est pas comprise, à l’ouest, dans les limites indiquées à l’article 2. Il ne pourra pénétrer dans aucune partie de la régence.
ART. 4. L’émir n’aura aucune autorité sur les musulmans qui voudront habiter sur le territoire réservé à la France; mais ceux-ci resteront libres d’aller vivre sur le territoire dont l’émir a l’administration, comme les habitants du territoire de l’émir pourront venir s’établir sur le territoire français.
ART. 5. Les Arabes vivant sur le territoire français exerceront librement leur religion. Ils pourront y bâtir des mosquées et suivre en tout point leur discipline religieuse, sous l’autorité de leurs chefs spirituels.
ART. 6. L’émir donnera à l’armée française: trente mille fanègues (d’Orient) de froment, trente mille fanègues (d’Orient) d’orge, cinq mille bœufs. La livraison de ces denrées se fera à Oran par tiers; la première aura lieu du 1er au 15 septembre 1837, et les deux autres de deux en deux mois.
ART. 7. L’émir achètera en France la poudre, le soufre et les armes dont il aura besoin.
ART. 8. Les Koulouglis qui voudront rester à Tlemcen, ou ailleurs, y posséderont librement leurs propriétés et y seront traités comme les Hadars. Ceux qui voudront se retirer sur le territoire français pourront vendre ou affermer librement leurs propriétés.
ART. 9. La France cède à l’émir: Harshgoun, Tlemcen, le Mechouar et les canons qui étaient anciennement dans cette dernière citadelle. L’émir s’oblige à faire transporter à Oran tous les effets, ainsi que les munitions de guerre et de bouche de la garnison de Tlemcen.
ART. 10. Le commerce sera libre entre les Arabes et les Français qui pourront s’établir réciproquement sur l’un ou l’autre territoire.
ART. 11. Les Français seront respectés chez les Arabes comme les Arabes chez les Français. Les fermes et les propriétés que les sujets français auront acquises ou acquerront sur le territoire arabe leur seront garanties; ils en jouiront librement; et l’émir s’oblige à leur rembourser les dommages que les Arabes leur feraient éprouver.
ART. 12. Les criminels des deux territoires seront réciproquement rendus.
ART. 13. L’émir s’engage à ne concéder aucun point du littoral à une puissance quelconque sans l’autorisation de la France.
ART. 14. Le commerce de la régence ne pourra se faire que dans les ports occupés par la France.
ART. 15. La France pourra entretenir des agents auprès de l’émir et dans les villes soumises à son administration, pour servir d’intermédiaires près de lui aux sujets français, pour les contestations commerciales ou autres qu’ils pourraient avoir avec les Arabes. L’émir jouira de la même faculté dans les villes et ports français.
Tafna, le 30 mai 1837.
Le lieutenant général commandant la province d’Oran,
Signé: BUGEAUD.
Cachet du général Bugeaud. Cachet d’Abd-el-Kader.
Après l’échange du traité, le général Bugeaud fit proposer à Abd-el-Kader une entrevue pour le lendemain à trois lieues des bords de la Tafna. Dès neuf heures du matin, le général était à l’endroit indiqué, accompagné de six bataillons d’infanterie, de deux escadrons de cavalerie et de quelques pièces de campagne. Abd-el-Kader ne s’y trouva pas; il est vrai de dire que sept lieues le séparaient du rendez-vous, tandis que le général français n’en avait eu que trois à faire. Cinq heures s’écoulèrent à attendre, sans que personne se présentât; enfin, vers deux heures après midi, des cavaliers arabes annoncèrent que l’émir avait été malade et n’avait pu quitter son camp que fort tard; qu’il marchait lentement, et qu’il serait peut-être convenable que le général s’avançât encore. Toutes ses excuses satisfaisaient peu M. Bugeaud; mais enfin il était tard, et il ne voulait pas retourner dans son camp sans avoir vu Abd-el-Kader. Il poussa donc en avant. Après avoir franchi des vallons et des collines sans rien rencontrer encore, on signala, au détour d’une gorge étroite le chef de la tribu des Oulassahs ; il venait au-devant du général français pour lui dire qu’Abd-el-Kader se trouvait près de là sur un coteau, et offrit de l’y conduire. La condescendance du général était à bout; cependant il suivit son obligeant cicérone; pendant ce temps l’émir, au repos, disait aux chefs arabes dont il était entouré : « J’attends l’hommage que le sultan de France vient me rendre. » Lorsque le général Bugeaud eut marché pendant un quart d’heure sous la conduite de son guide, il aperçut enfin, sur un mamelon, l’émir au milieu d’un groupe considérable de cavaliers; les contingents arabes et kabyles, au nombre de dix mille, couronnaient toutes les collines environnantes. Alors seulement Abd-el-Kader s’avança du côté de la petite troupe, en tête de laquelle se trouvait le général Bugeaud. Le cortège de l’émir avait un aspect réellement imposant : on pouvait y compter cent cinquante ou deux cents chefs, tous revêtus de riches costumes, tous montés sur de magnifiques coursiers qu’ils maniaient avec une grande habileté ; Abd-el-Kader ne leur cédait ni en adresse ni en magnificence; il les précédait de quelques pas, guidant un beau cheval noir merveilleusement dressé: tantôt il l’enlevait des quatre pieds à la fois, tantôt il le faisait marcher sur les deux pieds de derrière; et tous ces mouvements, il les exécutait avec la plus grande aisance, comme sans y penser; six domestiques rangés autour de lui surveillaient les différentes parties du harnachement.
Rédigé le 01/06/2007 à 14:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Retour de Bugeaud à Oran
Dès son arrivée, le général Bugeaud fit sonder Abd-el-Kader sur ses intentions; l’émir n’avait pas d’éloignement pour la paix; mais, voyant que le négociateur n’était pas encore en mesure d’entamer une campagne, il ne répondit que par des paroles évasives, et se porta sur les bords du Chélif. Il se dirigea ensuite sur Miliana, puis sur Médéa, où il fit arrêter quatre-vingts des Koulouglis les plus influents qu’il envoya prisonniers à Miliana. Voulant créer assez d’embarras au gouverneur général pour l’empêcher d’opérer sa jonction avec le général Bugeaud, il se mit en rapport avec la plupart des tribus qui se trouvent dans les provinces d’Alger et de Tittery, et les excita à la guerre. Plusieurs tribus, et la ville de Blida la première, n’hésitèrent pas à envoyer des députations à l’émir. Étant ainsi parvenu à susciter un grand nombre d’ennemis, il laissa à son frère, bey de Miliana, et à ses autres agents, le soin de fomenter et d’entretenir les hostilités, puis il retourna dans la province d’Oran ou sa présence devenait nécessaire.
Craignant avec raison que l’insurrection, qui faisait chaque jour des progrès, ne s’étendît bientôt dans toute la plaine, le comte Damrémont voulut s’emparer de Blida, pour s’y établir d’une manière définitive afin d’appeler à lui les tribus alliées. Les troupes se portèrent de nouveau sur cette ville; mais, après l’inspection des lieux et des ressources de l’administration, ce projet fut abandonné. Cependant les semences de guerre jetées par l’émir jusque chez les tribus de l’est commençaient à porter leurs fruits. En effet, le 9 mai, on apprit que les Amroua et les Isser venaient de se porter sur la ferme française la Regahïa; qu’ils y avaient tué deux hommes et enlevé une grande quantité de bétail.
A cette nouvelle, le gouverneur fit marcher contre les Isser le 1er régiment de chasseurs d’Afrique, commandé par le colonel Schauenburg, tandis que le général Perrégaux s’embarquait avec un millier de fantassins; le but de cette combinaison était de mettre l’ennemi entre deux feux. Malheureusement l’état de la mer ne permit pas au bateau à vapeur de sortir du port; ainsi le colonel Schauenburg dut opérer seul. Après avoir eu quelques engagements avec les Arabes et les Kabyles, qu’il repoussa en leur faisant éprouver des pertes assez sensibles, il arriva à l’embouchure de l’Isser; mais n’y ayant point trouvé le général Perrégaux, et d’ailleurs manquant de vivres, il fut obligé de revenir sur ses pas avant que cette petite expédition eût obtenu le succès qu’on en attendait.
Afin de mieux contenir les tribus de l’est, le comte Damrémont se décida à occuper la position de Boudouaou, qui se trouve à six kilomètres environ de Regahïa; mais comme il voulait en même temps opérer vers l’ouest, pour favoriser les mouvements du général Bugeaud, il ne put laisser à Boudouaou que neuf cents fantassins et quarante-cinq cavaliers sous le commandement du chef de bataillon La Torre. Le 25 mai, cette petite troupe fut attaquée par cinq mille hommes. Les bonnes dispositions prises par le commandant, la bravoure des soldats, l’emportèrent sur le nombre: les Arabes s’enfuirent laissant plus de cent morts sur le champ de bataille et en emportant un plus grand nombre. Le gouverneur avait eu connaissance du projet d’attaque, et avait dirigé des troupes sur ce point, mais lorsqu’elles arrivèrent tout était fini. Cependant le général Perrégaux entra dans la plaine des Isser, culbuta tout ce qu’il rencontra sur son passage, et força plusieurs marabouts de cette tribu à venir lui demander merci.
Pendant que ce général opérait à l’intérieur, un bateau à vapeur et une gabare se portèrent sur Dellys (Teddel des Arabes, Saldoe des Romains), petite ville maritime à quatre-vingts kilomètres d’Alger. A la première sommation, les habitants, qui avaient pris part à l’insurrection, se hâtèrent de poser les armes et d’envoyer des otages à Alger. Ainsi se termina le soulèvement des tribus de l’est, ordinairement plus occupées de la culture des riches plaines qu’elles habitent que d’expéditions belliqueuses.
A l’instigation d’Abd-el-Kader, une partie des tribus de l’ouest s’était aussi mise en mouvement; les Hadjoutes avaient entrepris plusieurs courses, durant lesquelles ils ravagèrent le territoire des alliés à la France, massacrèrent quelques soldats isolés, surprirent une troupe de faucheurs qui s’étaient imprudemment avancés à une certaine distance de Boufarik et leur firent subir le même sort. Décidé à châtier ces incorrigibles, le gouverneur général réunit toutes ses forces à Boufarik où il était d’ailleurs plus à portée, selon les nouvelles qu’il attendait du général Bugeaud, de marcher sur Médéa ou sur la vallée du Chélif. En conséquence, le 7 juin, il se porta sur la Chiffa, et la nuit suivante sur le petit bois de Karésa, repaire ordinaire des Hadjoutes qui infestaient le Sahel: il eut là quelques engagements partiels avec plusieurs de leurs bandes; mais le lendemain des cavaliers du bey de Miliana lui apportèrent la nouvelle d’un traité de paix conclu entre le général Bugeaud et Abd-el-Kader.
Rédigé le 01/06/2007 à 07:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Damrémont gouverneur général
Le comte Damrémont n’était pas un homme nouveau pour l’Algérie; il avait fait avec éclat la campagne de 1830; et, depuis, il avait été appelé au commandement de la huitième division militaire, limitrophe, pour ainsi dire, des nouvelles possessions. Dans ce poste que l’esprit d’anarchie et de contre-révolution rendit quelquefois difficile, il parvint toujours à maîtriser les événements. Ainsi, par ses services antérieurs et le long séjour qu’il avait fait dans cette partie de la France où l’on peut le mieux se renseigner sur les besoins et la situation de l’Algérie, le comte Damrémont était un des officiers généraux le plus naturellement appelés à y prendre le commandement suprême. Il ne crut pas la tâche au-dessus de ses forces ou du moins de son courage, et se prépara à venger l’échec de Constantine.
Le comte Denis de Damrémont naquit à Chaumont en 1783. Admis à l’école militaire de Fontainebleau le 16 mai 1803, il entra, en 1804, avec le grade de sous-lieutenant dans le 12e chasseurs à cheval. Après avoir été successivement aide de camp du général Defrance et du maréchal Marmont, il fut fait colonel en 1813. Sous la restauration il commanda la légion de la Côte D’Or, et en 1821 fut nommé maréchal de camp. Il fit la campagne d’Espagne de 1823; et en 1830 il commandait dans l’expédition d’Algérie la 1ère brigade de la division Loverdo. Promu au grade de lieutenant général le 13 décembre de la même année, il reçut le commandement de la 8e division militaire. la résidence de Marseille).
La fatalité, qui dans les affaires d’Algérie a si souvent entraîné le gouvernement dans des voies funestes, lui inspira encore dans cette circonstance la malheureuse idée de confier les destinées de la conquête à deux gouverneurs, système précédemment essayé, et dont les déplorables résultats auraient dû le mettre en garde contre une telle détermination. Dans le même temps (3 avril 1837) que M. Damrémont arrivait à Alger, le général Bugeaud se rendait à Oran, avec une autorité assez vaguement définie, mais qui par le fait devait être indépendante de celle du gouverneur général. Sa mission spéciale était de recommencer la guerre contre Abd-el-Kader, s’il ne pouvait l’amener à conclure une paix convenable et définitive.
Rédigé le 01/06/2007 à 02:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

References: ART. 1

ART. 2

ART. 3

ART. 4

ART. 5

ART. 6

ART. 7

ART. 8

ART. 9

ART. 10

ART. 11

ART. 12

ART. 13

ART. 14

ART. 15