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La constitution sur la Sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium - Liturgie catholique
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30 novembre 2007: Benoît XVI signant son encyclique « Spe Salvi », Rome, Vatican.
1. Puisque le saint Concile se propose de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes dans le sein de l’Eglise, il estime qu’il lui revient à un, titre particulier, de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie.
La liturgie dans le mystère de l’Eglise
2. En effet, la liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (1), contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Eglise. Car il appartient en propre à celle-ci d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin; ce qui est visible, à l’invisible; ce qui relève de l’action, à la contemplation; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons (2). Aussi, puisque la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur, une habitation de Dieu dans l’Esprit (3), jusqu’à la taille qui convient à la plénitude du Christ (4), c’est d’une façon étonnante qu’elle fortifie leurs énergies pour leur faire proclamer le Christ, et ainsi elle montre l’Eglise à ceux qui sont dehors comme un signal levé devant les nations (5), sous lequel les enfants de Dieu dispersés se rassemblent dans l’unité (6) jusqu’à ce qu’il y ait une seule bergerie et un seul pasteur (7).
3. C’est pourquoi le saint Concile estime qu’il faut, pour l’avancement et la restauration de la liturgie, rappeler les principes qui suivent et fixer des normes pratiques.
Parmi ces principes et ces normes, il en est un certain nombre qui peuvent et doivent être appliqués tout autant aux autres rites qu’au seul rite romain, bien que les normes pratiques qui suivent soient à entendre comme concernant le seul rite romain, à moins qu’il ne s’agisse de ce qui, par la nature même des choses, affecte aussi les autres rites.
Estime pour les rites reconnus
4. Enfin, obéissant fidèlement à la tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières; et il souhaite que, là où il en est besoin, on les révise entièrement avec prudence dans l’esprit d’une saine tradition et qu’on leur rende une saine vitalité en accord avec les circonstances et les nécessités d’aujourd’hui.
Chapitre premier : Principes généraux pour la restauration et le progrès de la liturgie
I – Nature de la liturgie et son importance dans la vie de l’Eglise
5. Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2, 4), « qui jadis, tant de fois et de tant de manières, avait parlé à nos pères par les prophètes » (Hébr. 1, 1), lorsque vint la plénitude des temps, envoya son Fils, le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit, pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour guérir les cœurs brisés (8), comme un « médecin charnel et spirituel » (9), le Médiateur de Dieu et des hommes(10). Car c’est son humanité, dans l’unité de la personne du Verbe, qui fut l’instrument de notre salut. C’est pourquoi dans le Christ « est apparue la parfaite rançon de notre réconciliation, et la plénitude du culte divin est entrée chez nous » (11).
Cette œuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu, à quoi avaient préludé les grandes œuvres divines dans le peuple de l’Ancien Testament, le Christ Seigneur l’a accomplie principalement par le mystère pascal de sa bienheureuse passion, de sa résurrection du séjour des morts et de sa glorieuse ascension; mystère pascal par lequel « en mourant il a détruit notre mort, et en ressuscitant il a restauré la vie » (12). Car c’est du côté du Christ endormi sur la croix qu’est né « l’admirable sacrement de l’Eglise tout entière » (13).
6. L’Eglise, dans l’exercice de la liturgie, continue l’œuvre de salut
C’est pourquoi, de même que le Christ fut envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya ses apôtres, remplis de l’Esprit-Saint, non seulement pour que, prêchant l’Evangile à toute créature (14), ils annoncent que le Fils de Dieu, par sa mort et sa résurrection, nous a délivrés du pouvoir de Satan (15) ainsi que de la mort, et nous a transférés dans le royaume de son Père, mais aussi afin qu’ils exercent cette œuvre de salut qu’ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique. C’est ainsi que par le baptême les hommes sont greffés sur le mystère pascal du Christ: morts avec lui, ensevelis avec lui, ressuscités avec lui (16), ils reçoivent l’esprit d’adoption des fils « dans lequel nous crions: Abba Père » (Rom. 8, 15), et ils deviennent ainsi ces vrais adorateurs que cherche le Père (17). Semblablement, chaque fois qu’ils mangent la Cène du Seigneur, ils annoncent sa mort jusqu’à ce qu’il vienne (18). C’est pourquoi, le jour même de la Pentecôte où l’Eglise apparut au monde, « ceux qui accueillirent la parole » de Pierre « furent baptisés ». Et ils étaient « assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle dans la fraction du pain et aux prières… louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple » (Actes 2, 41-47). Jamais, dans la suite, l’Eglise n’omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal: en lisant « dans toutes les Ecritures ce qui le concernait » (Luc 24, 17), en célébrant l’eucharistie dans laquelle sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort (19) et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2 Cor. 9, 15) dans le Christ Jésus, « pour la louange de sa gloire » (Eph. 1, 12) par la vertu de l’Esprit-Saint.
7. Le Christ est présent dans les actions liturgiques
Pour l’accomplissement d’une si grande œuvre, le Christ est toujours là auprès de son Eglise, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la Messe, et dans la personne du ministre, « le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix » (20) et, au plus haut point, sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise (21). Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures. Enfin il est là présent lorsque l’Eglise prie et chante les psaumes, lui qui a promis: « Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Matth. 18, 20). Effectivement, pour l’accomplissement de cette grande œuvre par laquelle Dieu est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ s’associe toujours l’Eglise, son Epouse bien-aimée, qui l’invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel.
C’est donc à juste titre que la liturgie est considérée comme l’exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, exercice dans lequel la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et est réalisée d’une manière propre à chacun d’eux, dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire par le Chef et par ses membres.
Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Eglise ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré.
8. La liturgie terrestre, avant-goût de la liturgie céleste
Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem, à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle (22); avec toute l’armée de la milice céleste, nous chantons au Seigneur l’hymne de gloire; en vénérant la mémoire des saints, nous espérons partager leur société; nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, jusqu’à ce que lui-même se manifeste, lui qui est notre vie, et alors nous serons manifestés avec lui dans la gloire (23).
9. La liturgie n’est pas toute l’activité de l’Eglise
La liturgie ne remplit pas toute l’activité de l’Église; car, avant que les hommes puissent accéder à la liturgie, il est nécessaire qu’ils soient appelés à la foi et à la conversion: « Comment l’invoqueront-ils s’ils ne croient pas en lui ? Comment croiront-ils en lui s’ils ne l’entendent pas ? Comment entendront-ils sans prédicateur? Et comment prêchera-t-on sans être envoyé ? » (Rom. 10, 14-15).
C’est pourquoi l’Eglise annonce aux non-croyants la proclamation du salut, pour que tous les hommes connaissent le seul vrai Dieu et Celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ, et pour qu’ils changent de conduite en faisant pénitence (24). Quant aux croyants, elle doit toujours leur prêcher la foi et la pénitence; elle doit en outre les disposer aux sacrements, leur enseigner à observer tout ce que le Christ a prescrit (25), et les engager à toutes les œuvres de charité de, piété et d’apostolat pour manifester par ces œuvres que, si les chrétiens ne sont pas de ce monde, ils sont pourtant la lumière du monde, et ils rendent gloire au Père devant les hommes.
10. La liturgie, surtout l’Eucharistie, est source de grâce
Toutefois, la liturgie est le sommet auquel tend l’action de l’Eglise, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu. Car les labeurs apostoliques visent à ce que tous, devenus enfants de Dieu par la foi et le baptême, se rassemblent, louent Dieu au milieu de 1’Église, participent au sacrifice et mangent la Cène du Seigneur. En revanche, la liturgie elle-même pousse les fidèles rassasiés des « mystères de la Pâque » à n’avoir plus « qu’un seul cœur dans la piété » (26); elle prie pour « qu’ils gardent dans leur vie ce qu’ils ont saisi par la foi » (27); et le renouvellement dans l’Eucharistie de l’alliance du Seigneur avec les hommes attire et enflamme les fidèles à la charité pressante du Christ. C’est donc de la liturgie, et principalement de l’Eucharistie, comme d’une source, que la grâce découle en nous et qu’on obtient avec le maximum d’efficacité cette sanctification des hommes dans le Christ, et cette glorification de Dieu, que recherchent, comme leur fin toutes les autres œuvres de l’Eglise.
11. Coopération nécessaire des fidèles
Mais, pour obtenir cette pleine efficacité, il est nécessaire que les fidèles accèdent à la liturgie avec les dispositions d’une âme droite, qu’ils harmonisent leur âme avec leur voix, et qu’ils coopèrent à la grâce d’en haut pour ne pas recevoir celle-ci en vain (28). C’est pourquoi les pasteurs doivent être attentifs à ce que dans l’action liturgique, non seulement on observe les lois d’une célébration valide et licite, mais aussi à ce que les fidèles participent à celle-ci de façon consciente, active et fructueuse.
12. Vie spirituelle personnelle
Cependant, la vie spirituelle n’est pas enfermée dans la participation à la seule liturgie. Car le chrétien est appelé à prier en commun; néanmoins, il doit aussi entrer dans sa chambre pour prier le Père dans le secret (29), et, même, enseigne l’Apôtre, il doit prier sans relâche (30). Et l’Apôtre nous enseigne aussi à toujours porter dans notre corps la mortification de Jésus, pour que la vie Jésus se manifeste, elle aussi, dans notre chair mortelle (31). C’est pourquoi dans le sacrifice de la Messe nous demandons au Seigneur « qu’ayant agréé l’oblation du sacrifice spirituel » il fasse pour lui « de nous-mêmes une éternelle offrande » (32).
13. Les exercices non strictement liturgiques
Les « pieux exercices » du peuple chrétien, du moment qu’ils sont conformes aux lois et aux normes de l’Église, sont fort recommandés surtout lorsqu’ils se font sur l’ordre du Siège apostolique.
Les « exercices sacrés » des Eglises particulières jouissent aussi d’une dignité spéciale lorsqu’ils sont célébrés sur l’ordre des évêques, selon les coutumes ou les livres légitimement approuvés.
Mais les exercices en question doivent être réglés en tenant compte des temps liturgiques et de façon à s’harmoniser avec la liturgie, à en découler d’une certaine manière, et à y introduire le peuple parce que, de sa nature, elle leur est de loin supérieure.
II – Nécessité de promouvoir la formation liturgique et la participation active
14. La Mère Eglise désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui est, en vertu de son baptême, un droit et un devoir pour le peuple chrétien, « race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté » (I Pierre 2, 9; cf. 2, 4-5).
Cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu’on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie. Elle est, en effet, la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien; et c’est pourquoi elle doit être recherchée avec ardeur par les pasteurs d’âmes, dans toute l’action pastorale, avec la pédagogie nécessaire.
Mais il n’y a aucun espoir d’obtenir ce résultat, si d’abord les pasteurs eux-mêmes ne sont pas profondément imprégnés de l’esprit et de la force de la liturgie, et ne deviennent pas capables de l’enseigner; il est donc très nécessaire qu’on pourvoie en premier lieu à la formation liturgique du clergé. C’est pourquoi le saint Concile a décrété d’établir les points suivants.
Les professeurs de liturgie
15. Les maîtres qui soin préposés à l’enseignement de la liturgie dans les séminaires, les maisons d’études dos religieux et les facultés de théologie, doivent être dûment préparés à leur fonction dans des instituts spécialement destinés à cette tâche.
L’enseignement de la liturgie
16. L’enseignement de la liturgie dans les séminaires et les maisons d’études des religieux doit être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures, et dans les facultés de théologie parmi les disciplines principales; et il faut le donner dans sa perspective théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorale et juridique. En outre, les maîtres des autres disciplines, surtout de théologie dogmatique, d’Ecriture sainte, de théologie spirituelle et pastorale se préoccuperont, selon les exigences intrinsèques de chaque objet propre, de faire ressortir le mystère du Christ et l’histoire du salut, si bien qu’on voie apparaître clairement le lien de ces disciplines avec la liturgie et l’unité de la formation sacerdotale.
17. Les clercs, dans les séminaires et les maisons religieuses, acquerront une formation liturgique à la vie spirituelle, par une bonne initiation qui leur donne l’intelligence des rites sacrés et y fasse participer de toute leur âme, et aussi par la célébration même des saints mystères et par les autres exercices de piété, imprégnés d’esprit liturgique; également, ils apprendront à observer lois liturgiques, de telle sorte que la vie des séminaires et des maisons de religieux soit profondément façonnée par l’esprit de la liturgie.
Aide aux prêtres
18. Les prêtres. séculiers ou religieux. déjà en activité dans la vigne du Seigneur, seront aidés par tous les moyens opportuns à comprendre toujours plus pleinement ce qu’ils accomplissent dans les fonctions sacrées, à vivre d’une vie liturgique et à la partager avec les fidèles qui leur sont confiés.
19. Les pasteurs d’âmes poursuivront avec zèle et patience la formation liturgique et aussi la participation active des fidèles, intérieure et extérieure, proportionnée à leur âge, leur condition, leur genre de vie à et leur degré de culture religieuse; ils acquitteront ainsi une des principales fonctions du fidèle dispensateur des mystères de Dieu; et en cette matière ils ne conduiront pas leur troupeau par la parole seulement, mais aussi par l’exemple.
Liturgie et moyens audiovisuels
20. Les transmissions d’actions sacrées par la radiophonie et la télévision, surtout s’il s’agit de la célébration du saint Sacrifice, se feront avec discrétion et dignité sous la conduite et la garantie d’une personne compétente. désignée à cette fonction par les évêques.
III – La réforme de la liturgie
21. Pour que le peuple chrétien obtienne plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées.
Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible. puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, acttive et communautaire. C’est pourquoi le saint Concile a établi ces normes générales.
Modifier la liturgie relève de la hiérarchie
1. Le gouvernement de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Eglise: il appartient au Siège apostolique et, dans les règles du droit, à l’évêque.
2. En vertu du pouvoir donné par le droit, le gouvernement, en matière liturgique, appartient aussi, dans des limites fixées, aux diverses assemblées d’évêques légitimement constituées, compétentes sur un territoire donné.
3. C’est pourquoi absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie.
Progresser en respectant la tradition
23. Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, on prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l’esprit de la liturgie que l’expérience qui découle de la plus récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits. Enfin, on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Eglise les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique.
On veillera enfin, dans la mesure du possible, à ce qu’il n’y ait pas de notables différences rituelles entre des régions limitrophes.
24. Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Ecriture a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés les textes qu’on lit et que l’homélie explique, ainsi que les psaumes que l’on chante; c’est sous son inspiration et dans son élan que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli, et c’est d’elle que les actions et les symboles reçoivent leur signification. Aussi, pour procurer la restauration, le progrès et l’adaptation de la liturgie, il faut promouvoir ce goût savoureux et vivant de la Sainte Ecriture dont témoigne la vénérable tradition des rites aussi bien orientaux qu’occidentaux.
25. Les livres liturgiques seront révisés au plus tôt en faisant appel à des experts et en consultant des évêques, de diverses régions du globe.
B) Normes tirées du caractère de la liturgie en tant qu’action hiérarchique et communautaire
26. Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Eglise, qui est « le sacrement de l’unité », c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques33.
C’est pourquoi elles appartiennent au Corps tout entier de l’Eglise, elles le manifestent et elles l’affectent; mais elles atteignent chacun de ses membres, de façon diverse, selon la diversité des ordres, des fonctions. et de la participation effective.
Préférer les célébrations communautaires
27. Chaque fois que les rites, selon la nature propre de chacun, comportent une célébration commune, avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci, dans la mesure du possible, doit l’emporter sur leur célébration individuelle et quasi privée.
Ceci vaut surtout pour la célébration de la Messe (bien que la Messe garde toujours sa nature publique et sociale), et pour l’administration des sacrements.
Dignité de la célébration liturgique
28. Dans les célébrations liturgiques chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques.
Education à l’esprit liturgique
29. Même les servants, les lecteurs, les commentateurs et ceux qui appartiennent à la Schola cantorum s’acquittent d’un véritable ministère liturgique. C’est pourquoi ils exerceront leur fonction avec toute la piété sincère et le bon ordre qui conviennent à un si grand ministère, et que le peuple de Dieu exige d’eux à bon droit.
Aussi faut-il soigneusement leur inculquer l’esprit de la liturgie, selon la mesure de chacun, et les former à jouer leur rôle de façon exacte et ordonnée.
30. Pour promouvoir la participation active, on favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi en son temps un silence sacré.
31. Dans la révision des livres liturgiques, on veillera attentivement à ce que les rubriques prévoient aussi le rôle des fidèles.
Liturgie et conditions sociales
32. Dans la liturgie, en dehors de la distinction qui découle de la fonction liturgique et de l’ordre sacré, et en dehors des honneurs dus aux autorités civiles conformément aux lois liturgiques, on ne fera aucunement acception des personnes privées ou des situations, soit dans les cérémonies soit dans les pompes extérieures.
C) Normes tirées de la nature didactique et pastorale de la liturgie.
33. Bien que la liturgie soit principalement le culte de la divine majesté, elle comporte aussi une grande valeur pédagogique peur le peuple fidèle(34). Car, dans la liturgie, Dieu parle à son peuple; le Christ annonce encore l’évangile. Et le peuple répond à Dieu par les chants et la prière.
Bien plus, les prières adressées à Dieu par le prêtre qui préside l’assemblée en la personne du Christ sont prononcées au nom de tout le peuple saint et de tous les assistants. Enfin, le Christ ou l’Eglise ont choisi les signes visibles employés par la liturgie pour signifier les réalités divines invisibles. Aussi, non seulement lorsqu’on lit » ce qui a été écrit pour notre instruction » (Rom. 15, 4), mais encore lorsque l’Eglise prie, chante ou agit, la foi des participants est nourrie, les âmes sont élevées vers Dieu pour lui rendre un hommage spirituel et recevoir sa grâce avec plus d’abondance.
Par suite, en exécutant la restauration. on devra observer les normes qui suivent.
Simplicité des rites
34. Les rites manifesteront une noble simplicité, seront d’une brièveté remarquable et éviteront les répéterions inutiles; ils seront adaptés à la capacité des fidèles et, en général, il n’y aura pas besoin de nombreuses explications pour les comprendre.
35. [Lecture de la Sainte Écriture, prédication et catéchèse liturgique]
Pour qu’apparaisse clairement l’union intime du rite et de la parole dans la liturgie:
1) Dans les célébrations sacrées, on restaurera une lecture de la Sainte Écriture plus abondante, plus variée et mieux adaptée.
2) Le moment le plus approprié pour le sermon, qui fait partie de l’action liturgique pour autant que le rite le permet, sera marqué même dans les rubriques; et on accomplira très fidèlement et exactement le ministère de la prédication. Celle-ci puisera en premier lieu à la source de la Sainte Écriture et de la liturgie, puisqu’elle est l’annonce des merveilles de Dieu dans l’histoire du salut qui est le mystère du Christ, lequel est toujours là présent et actif parmi nous, surtout dans les célébrations liturgiques.
3) En outre. la catéchèse plus directement liturgique sera inculquée de toutes les manières; et, dans les rites eux-mêmes, on prévoira de brèves monitions si elles sont nécessaires; elles seront dites par le prêtre ou par le ministre compétent, mais seulement aux moments les plus opportuns et dans les termes indiqués ou avec des paroles équivalentes.
4) On favorisera la célébration sacrée de la Parole de Dieu aux veilles des fêtes solennelles, à certaines féries de l’Avent et du Carême, ainsi que les dimanches et jours de fête, surtout dans les localités privées de prêtre: en ce cas, un diacre, ou quelqu’un d’autre délégué par l’évêque, dirigera la célébration.
36. [Langue liturgique]
§ 1. L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins.
§ 2. Toutefois, soit dans la Messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple: on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants, conformément aux nommes qui sont établies sur cette matière dans les chapitres suivants, pour chaque cas.
§ 3. Ces normes étant observées, il revient à l’autorité ecclésiastique qui a compétence sur le territoire, mentionnée à l’article 22, § 2 (même, le cas échéant, après avoir délibéré avec les évêques des régions limitrophes de même langue), de statuer si on emploie la langue du pays et de quelle façon, en faisant agréer, c’est-à-dire ratifier, ses actes par le Siège apostolique.
§ 4. La traduction du texte latin dans la langue du pays, à employer dans la liturgie, doit être approuvée par l’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le territoire, dont il est question ci-dessus.
d) Normes pour adapter la liturgie au tempérament et aux conditions des différents peuples
37. [Respect de l’Église pour les qualités des divers peuples]
L’Église, dans les domaines qui ne touchent pas la foi ou le bien de toute la communauté, ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique: bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples et elle les développe; tout ce qui, dans leurs mœurs, n’est pas indissolublement solidaire de superstitions et d’erreurs, elle l’apprécie avec bienveillance et, si elle peut, elle en assure la parfaite conservation; qui plus est, elle l’admet parfois dans la liturgie elle-même, pourvu que cela s’harmonise avec les principes d’un véritable et authentique esprit liturgique.
38.. [Des adaptations sont admises ]
Pourvu que soit sauvegardée l’unité substantielle du rite romain, on admettra des différences légitimes et des adaptations à la diversité des assemblées, des régions, des peuples, surtout dans les missions, même lorsqu’on révisera les livres liturgiques; et il sera bon d’avoir ce principe devant les yeux pour aménager la structure des rites et établir les rubriques.
39. [Ces adaptations relèvent de l’autorité ecclésiastique]
Dans les limites fixées par les éditions typiques des livres liturgiques, il reviendra à l’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le territoire, mentionnée à l’article 22. § 2, de déterminer les adaptations, surtout pour l’administration des sacrements, les sacramentaux, les processions, la langue liturgique, la musique sacrée et les conformément toutefois aux normes fondamentales contenues dans la présente Constitution.
40. [Urgence et difficultés de l’adaptation, surtout dans les missions]
Mais, comme en différents lieux et en différentes circonstances il est urgent d’adapter plus profondément la liturgie, ce qui augmente la difficulté:
1) L’autorité ecclésiastique ayant compétence sur le territoire, mentionnée à l’article 22, § 2, considérera avec attention et prudence ce qui, en ce domaine, à partir des traditions et de la mentalité de chaque peuple, peut opportunément être admis dans le culte divin. Les adaptations jugées utiles ou nécessaires seront proposées au Siège apostolique pour être introduites avec son consentement.
2) Mais pour que l’adaptation se fasse avec la circonspection nécessaire, faculté sera donnée par le Siège apostolique à cette autorité ecclésiastique territoriale de permettre et de diriger, le cas échéant, les expériences préalables nécessaires dans certaines assemblées appropriées à ces essais et pendant un temps limité.
3) Parce que les lois liturgiques présentent ordinairement des difficultés spéciales en matière d’adaptation, surtout dans les missions, on devra, pour les établir, avoir à sa disposition des hommes experts en ce domaine.
[…] Lire l’article intégral ci-contre.
Rome, près Saint-Pierre, le 4 décembre 1963.
Moi, PAUL. Évêque de l’Église catholique.
Lire le texte intégral sur www.vatican.va

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