Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/indonesie-3_Pol_ling.htm
Timestamp: 2020-07-16 13:29:26+00:00

Document:
Indonésie: politique linguistique
1 La Constitution de 1945
La politique linguistique indonésienne consiste à valoriser le bahasa indonesia («langue indonésienne») et ignorer toutes les autres langues. Ce qui est fondamental dans cette politique, c'est que l'indonésien est la «langue de l'union», c'est-à-dire la langue permettant la communication entre tous les Indonésiens. L'opération semble avoir réussi, puisque le bahasa indonesia (ou «langue indonésienne») est devenu la seule langue de la législation, de l'administration, de la justice, de l'enseignement, des médias, de l'affichage, des affaires, etc. L'ensemble des documents juridiques concernant l'indonésien tient dans environ une seule page de texte, notamment dans le domaine scolaire et celui des médias électroniques (radiodiffusion).
Il n'existe qu'une seule disposition linguistique dans la Constitution de l'Indonésie de 1945 (modifiée depuis). Il s'agit de l'article 36 qui se lit comme suit (traduit de l'indonésien):
1) La langue officielle est l'indonésien.
2) Dans les régions possédant une langue propre soigneusement cultivée par leur population (par exemple, le javanais, le soundanais, le madourais, etc.), ces langues seront respectées et cultivées par l'État.
3) Ces langues font partie de la culture indonésienne vivante.
Cette disposition constitutionnelle portant sur la langue signifie que le bahasa indonesia est le seul idiome à accéder au statut de langue étatique ou institutionnelle (officielle), mais que les langues nationales ont en principe droit de cité dans la vie indonésienne. Cependant, ces dispositions paraissent ambiguës à plus d'un titre. En effet, les «langues propres» ne sont pas définies et on ignore de quelles langues il s'agit. On peut se demander également ce que signifie une langue «soigneusement cultivée» par la population. Par ailleurs, l'article 36 ne mentionne que trois langues : le javanais, le soundanais et le madourais. Enfin, le fait que «ces langues font partie de la culture indonésienne vivante» ne constitue sûrement pas un critère de protection.
Le gouvernement indonésien a fini par adopter une loi linguistique en 2009, dont la préparation a commencé en 2007. Cette tâche a été confiée au Pusat Bahasa ou Centre de promotion et de développement de la langue (plus précisément : ''Pusat Pembinaan dan Pengembangan Bahasa''). Le nom de la loi est la Loi n° 24 sur le drapeau, la langue, les symboles de l'État et l'hymne national. L'article 25 de cette loi est révélateur de l'importance de l'indonésien:
1) La langue indonésienne a été déclarée comme langue officielle énoncée à l'article 36 de la Constitution de 1945 de l'État unitaire de la république d'Indonésie, en tant que langue de l'unité élaborée en date du 28 octobre 1928, conformément à la dynamique de civilisation de la nation.
2) La langue indonésienne visée au paragraphe 1 doit servir d'identité nationale, de fierté nationale, de moyen pour unifier les différents groupes ethniques, mais aussi un moyen communication interrégionale et interculturelle de toutes les régions.
3) L'indonésien comme langue officielle du pays visée au paragraphe 1 sert de langue officielle de l'État, d'introduction à l'éducation, de communication niveau national, de développement culturel national, de transactions et de documentation commerciales, ainsi que de moyens pour le développement et l'utilisation des connaissances de la science, de la technologie, des art et des médias.
Cela signifie que la langue indonésienne doit être utilisée partout dans le pays.
2 La langue de l'État
L'État indonésien n'utilise que le bahasa indonesia (l'indonésien). Il en est ainsi dans la législation, un domaine où l'unilinguisme règne en maître absolu. Non seulement les lois ne sont rédigées qu'en indonésien officiel, mais les débats parlementaires ne sont autorisés que dans cette même langue. Les services gouvernementaux ne sont offerts en principe qu'en indonésien, du moins en ce qui à trait à la documentation écrite. Cependant, dans les bureaux régionaux, les communications orales peuvent se faire dans une langue locale si le fonctionnaire la connaît. Les articles 26, 27, 28 et 30 de la Loi n° 24 sur le drapeau, la langue, les symboles de l'État et l'hymne national imposent l'usage de l'indonésien dans la législation, les documents officiels de l'État, l'administration publique et les discours du président, du vice-président et des autres représentants de l'État, présentés ici ou à l'étrange:
La langue indonésienne doit être utilisée dans la législation.
L'indonésien doit être utilisé dans les documents officiels de l'État.
La langue indonésienne doit être utilisée dans les discours officiels du président, du vice-président et des autres représentants de l'État, présentés ici ou à l'étranger.
La langue indonésienne doit être utilisée dans les services de l'administration publique des agences gouvernementales.
Il en est ainsi pour les noms géographiques, le nom des bâtiments, des routes, des appartements ou des établissements, des bureaux, des complexes commerciaux, des marques de commerce, des entités commerciales, des établissements d'enseignement, des organismes établis ou détenus par des citoyens indonésiens ou des personnes morales indonésiennes.
1) La langue indonésienne doit être utilisée dans les noms géographiques en Indonésie.
2) Les dénominations géographiques visées au paragraphe précédent ne peuvent avoir qu'un nom officiel.
3) La langue indonésienne doit être utilisée pour le nom des bâtiments, des routes, des appartements ou des établissements, des bureaux, des complexes commerciaux, des marques de commerce, des entités commerciales, des établissements d'enseignement, des organismes établis ou détenus par des citoyens indonésiens ou des personnes morales indonésiennes.
4) Les dénominations visées au paragraphe 1 et au paragraphe 3 peut employer des langues régionales ou étrangères si elles ont une valeur historique, culturelle, traditionnelle et/ou religieuse.
L'article 38 de la loi n° 24 traite des enseignes publiques, des panneaux de signalisation, des installations publiques, des banderoles et des autres outils d'information qui constituent des services publics:
1) La langue indonésienne doit être utilisée dans les enseignes publiques, les panneaux de signalisation, les installations publiques, les banderoles et autres outils d'information qui constituent des services publics.
2) L'emploi de la langue indonésienne tel qu'il est prévu au paragraphe précédent peut être accompagné d'une langue régionale et/ou d'une langue étrangère.
Les cours de justice ne peuvent recourir qu'à l'indonésien, mais des services d'interprétariat sont possibles lorsqu'on ne peut pas faire autrement avec un justiciable ne parlant pas la langue nationale. Dans certains cas, juges, juristes ou rédacteurs de loi peuvent se référer à de vieilles lois en néerlandais du temps de la colonisation hollandaise afin de les aider dans leur travail.
Ajutons aussi que l'indonésien domine aussi dans le monde des affaires et du commerce, bien que l'anglais, le chinois ou la japonais soient également utilisés au plus haut niveau. Dans la vie quotidienne des petits commerçants, l'indonésien y tient généralement un rôle marginal, car les langues locales prévalent toujours.
3 Le monde de l'enseignement bilingue
Dès 1954, d’après un document publié en 1959 par le service d’information du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement, et de la Culture, la loi n° 12/1954 prévoyait des mesures concernant la langue de communication dans toutes les écoles de l'Indonésie. En vertu de l'article 5 de cette loi, l'indonésien doit être utilisé comme «langue de communication dans toutes les écoles de la république d’Indonésie», mais les langues régionales sont autorisées à la maternelle et dans les trois premières années du primaire:
1) L’indonésien est, en tant que langue de l’unité, la langue de communication dans toutes les écoles de la république d’Indonésie.
2) Dans les jardins d’enfants et les trois premiers niveaux des écoles primaires, les langues régionales peuvent être utilisées comme langue de communication.
«Afin que les jeunes enfants obtiennent les meilleurs résultats possibles, l’indonésien est utilisé dès le premier niveau comme langue de communication dans les régions dont la langue diffère peu de l’indonésien, comme, par exemple, le pays Minangkabau et Jakarta.»
La loi n° 2/1989 énonce les principes de base du système d'éducation national à être mis en oeuvre pour tous les citoyens. Selon la loi no 2/1989 et le Règlement no 28/1990, l'éducation de base est un programme d'éducation général pour une durée de neuf ans, ce qui implique six ans d'enseignement primaire (32 millions d'élèves) et trois ans d'enseignement secondaire (19 millions d'élèves). Le programme d'éducation obligatoire de neuf ans est basé sur les caractéristiques particulières suivantes : (a) une approche persuasive; (b) la responsabilité morale de parents et des élèves pour que ces derniers se sentent obligés de fréquenter l'école; (c) des règlements qui ne reposent pas sur l'école obligatoire; et (d) le recours à des mesures qui visent un taux de fréquentation de plus en plus élevé dans les écoles. Voici à ce sujet une traduction des articles 41 et 42 de la loi n° 2/1989:
La langue de communication dans l'éducation nationale est l'indonésien.
(1) Les langues régionales peuvent être utilisées comme langue de communication dans la première étape de l'éducation et dans la mesure où elles sont nécessaires à l'enseignement de connaissances et de savoir-faire particuliers.
(2) Les langues étrangères peuvent être utilisées comme langue de communication dans la mesure où elles sont nécessaires à l'enseignement de connaissances et/ou de savoir-faire particuliers.
Cependant, la loi n° 2/1989, qui réglementait l'éducation indonésienne, a été remplacée par la loi no 20/2003 relative au système d'éducation nationale. Voici l'article 33 concernant la «langue de communication»:
1) L'indonésien est, en tant que langue de l'État, la langue de communication dans l'éducation nationale. "
2) Les langues régionales peuvent être utilisées comme langue de communication dans la première étape de l'éducation si elles sont nécessaires à l'enseignement de connaissances et/ou de savoir-faire particuliers.
3) Les langues étrangères peuvent être utilisées comme langue de communication dans certaines unités d'éducation, afin de stimuler les compétences en langues étrangères des apprenants.
L'article 29 de la Loi n° 24 sur le drapeau, la langue, les symboles de l'État et l'hymne national prescrit bel et bien l'emploi de l'indonésien dans les établissements d'enseignement:
1) La langue indonésienne doit être utilisée comme langue d'enseignement dans l'éducation nationale.
2) La langue d'enseignement visée au paragraphe 1 peut utiliser une langue étrangère à des fins qui favorisent la capacité des apprenants dans les langues étrangères.
3) L'emploi de la langue indonésienne visée au paragraphe 1 ne s'applique pas à une unité d'enseignement étrangère ou à une unité d'enseignement spécial qui forme des étrangers.
Quoi qu'il en soit, toutes les écoles, de la maternelle jusqu'à l'université utilisent l'indonésien comme langue d'enseignement. Les autres langues régionales sont généralement ignorées dans ce système. Dans les faits, plusieurs langues régionales sont enseignées dans les trois premières années du primaire. Cependant, il ne semble pas exister de liste officielle énonçant les langues régionales possiblement utilisées. Il s'agit généralement du javanais, du soudanais, du madourais, du minangkabau, du balinais, de l'acihais, du bugis, du makassar, du batak (et ses nombreuses variétés), etc. Autrement dit, les langues régionales peuvent être utilisées sur une base temporaire pour mieux enseigner l'indonésien. C'est là le principe de l'éducation bilingue utilisée aux États-Unis. Cela étant dit, l'usage des langues locales au début du primaire est une pratique qui tend maintenant à disparaître.
Comme l'indonésien est de toute façon obligatoire comme langue d'enseignement à partir du second cycle du primaire, il existe un très fort taux de bilinguisme chez les jeunes Indonésiens. Il est même extrêmement rare de rencontrer un jeune de 15 ans unilingue dans sa langue locale : on estime qu'au moins 90 % des jeunes sont bilingues (indonésien-langue locale»). Étant donné que l'indonésien est devenue la langue véhiculaire entre toutes les ethnies du pays, en plus d'être celle de l'État et de l'Administration, les langues locales subissent forcément le contrecoup de cette dominance linguistique. Dans les grandes villes, beaucoup de jeunes ignorent maintenant la langue de leurs parents. Et, parmi ceux qui la parlent encore, leur langue maternelle est truffée d'emprunts et d'influences tant grammaticales que syntaxiques.
L'enseignement des langues étrangères n'est pas très prisé en Indonésie. Cet enseignement est souvent perçu par les autorités comme véhiculant «l'influence négative des cultures étrangères». C'est pourquoi il importe d'en limiter les dégâts, notamment dans la terminologie, surtout dans les lieux publics comme l'affichage et la publicité. Dans les écoles secondaires, l'enseignement des langues étrangères est limité à l'anglais, à l'allemand, au japonais, au français et à l'arabe (pour le Coran). Dans les établissements d'enseignement supérieur, les mêmes langues sont enseignées, plus éventuellement l'italien, l'espagnol, le russe, la latin, le grec ancien et le sanskrit. Dans la loi 2/1989, la politique de l'enseignement des langues étrangères consistait à déclarer que «les langues étrangères peuvent être utilisées comme langue d'enseignement dans la mesure où elles sont nécessaires à la transmissions de compétences et de savoirs particuliers». L'anglais demeure la seule langue étrangère obligatoire. L'allemand est parfois introduit comme seconde langue étrangère à la fin des études secondaires.
Seul le bahasa indonesia n'est utilisé en principe dans les médias écrits, si l'on fait exception des journaux étrangers et de certains journaux moribonds dans quelques langues régionales. Cependant, il existe certaines exceptions avec les journaux diffusés en anglais tels que le Indonesian Observer (Jakarta), le Kompas (Jakarta), le Inside Indonesia, le Jakarta Post, le Tempo, le Suara Merdeka (Semarang), etc. Il existe même une édition en néerlandais du Kompas. On peut aussi trouver de rares journaux en chinois.
En 2002, la loi n° 32/2002 prescrivait certaines dispositions concernant «la principale langue d'expression des programmes» qui devait être l'«indonésien de bon aloi»:
La principale langue d'expression des programmes doit être l'indonésien de bon aloi.
1) Les langues régionales peuvent être employées comme langue de communication pour les programmes d'intérêt local et, si nécessaire, pour les besoins de programmes particuliers.
2) Les langues étrangères peuvent être employées comme langue de communication conformément aux besoins de programmes donnés.
1) Les programmes en langues étrangères peuvent être diffusés dans la langue originale; s'agissant particulièrement de la télédiffusion, les programmes doivent être sous-titrés ou sélectivement doublés en indonésien, conformément aux besoins particuliers du programme.
2) Le doublage de la langue étrangère en indonésien est limité à 30 % (trente pour cent) maximum des programmes diffusés en langues étrangères.
3) La langue des signes peut être utilisée dans le cadre d'émissions destinées aux malentendants.
1) L'indonésien doit être utilisé dans l'information au moyen des médias.
2) Les moyens de communication de masse visés au paragraphe précédent peuvent recourir à des langues régionales ou étrangères dans un but particulier ou un objectif spécifique.
Les émissions en langues étrangères sont généralement interdites dans le pays, sauf celles concernant l'enseignement des langues, les programmes religieux et celles diffusées dans la même «famille» linguistique (bahasa serumpun), c'est-à-dire le malais de Malaisie et le malais de Brunei. Ces mesures n'ont pas empêché l'Australie de conclure une entente avec le gouvernement indonésien afin de permettre l'installation d'une centaine de stations radiophoniques de la chaîne Kang Guru Radio English (KGRE). Outre l'anglais, on trouve aussi des stations diffusant en japonais, en allemand, en français, en thaï, en coréen, en arabe, en chinois, etc.
En matière de télévision, Televisi Republik Indonesia (TVRI) est la station nationale de l'État, mais elle coexiste avec des stations privées diffusant dans tout le pays, telles que Andalas Televisi (antv), Global TV (GTV), Indosiar, Lativi, Metro TV, Rajawali Citra Televisi Indonesia (RCTI), Surya Citra Televisi (SCTV), Televisi Pendidikan Indonesia (''Indonesian Educational Television'' ou TPI), Televisi Transformasi Indonesia (Trans TV), TV7, ainsi que TV Edukasi (TVE). Il existe aussi un grand nombre de stations locales limitées aux îles de Sumatra, Kalimantan, Riau, Lampung, Sulawesi, Moluques, Bali, Papouasie, etc.
Les émissions télévisées en langues étrangères doivent généralement être doublées en indonésien, pour un maximum de 30 % fixé par la loi no 32/2002; les émissions en anglais sont sous-titrées en indonésien. Un décret sur les radios privées (no 39/kep/menpen/1971) a déjà interdit l'usage des langues étrangères et des «sabirs» (''langues mixtes'').
5 Les velléités d'internationalisation linguistique
L'Indonésie pratique depuis plusieurs années une politique d'internationalisation linguistique destinée à propager et à normaliser les pays qui ont «le malais en partage». À cet égard, on pourrait parler de malayophonie, un peu sur le modèle de la francophonie. Les régions dites malayophones (soit comme langue maternelle soit comme langue seconde) couvrent six pays d'Asie et du Pacifique: l'Indonésie, la Malaisie, le Brunei, Singapour, le Sri Lanka, la Thaïlande et l'Australie (surtout les îles Coco). Les malayophones compteraient quelque 200 millions de locuteurs. Trois de ces pays ont fondé l'Assemblée du brunéien-indonésien-malaisien ou en malais ''Majelis Bahasa Brunei Darussalam-Indonesia-Malaysia'' appelée aussi la MABBIM. En réalité, cet organisme international se veut un organisme de coopération pour la promotion du malais, ce qui comprend, d'une part, le bahasa Indonesia, d'autre part, le bahasa Malaysia.
Rappelons que la Malaisie a été colonisée par les Britanniques après 1824, alors que l'Indonésie l'a été par les Hollandais. Il s'en est suivi une certaine fragmentation linguistique dans la mesure où les Malaisiens ont emprunté massivement à l'anglais, les Indonésiens, au néerlandais. De plus, les Indonésiens se sont alignés sur l'«orthographe de van Ophuysen» (un Hollandais), alors que les Malaisiens se sont alignés sur l'orthographe de l'Anglais Wilkinson. L'influence de l'anglais et du néerlandais s'est fait sentir au point de vue lexical (par les emprunts) et orthographique, mais aussi dans la morphosyntaxe et parfois dans la phonétique. La création de la MABBIM se veut un organisme de «convergence linguistique», c'est-à-dire qu'il a reçu comme mandat de réduire les différences entre les différentes variétés de malais.
En Indonésie, le Pakersa («Comité de coopération linguistique indonésien-malaisien») est chargé de développer la coopération linguistique bilatérale. En Malaisie, c'est le Jawatankuasa Tetap Bahasa Malaysia («Comité permanent du malaisien»). Le Brunei assiste comme observateur aux travaux de la MABBIM.
La Charte de la MABBIM de 1987 décrit ainsi les grandes lignes du fonctionnement de cet organisme (cité par J. Samuel, 2005):
(a) Accroître l'esprit de communauté et de fraternité entre les États membres.
(b) Accroître le rôle des langues nationales / langues officielles des États membres, comme outil de communication élargie.
(c) Œuvrer à la promotion et au développement des langues nationales / langues officielles des États membres afin d'en faire des langues de même niveau que les autres langues modernes.
(d) Harmoniser les langues par des écrits scientifiques et de création, des guides et des manuels.
(e) Organiser des rencontres linguistiques périodiques afin d'harmoniser et de rapprocher les langues nationales / langues officielles des États membres.
On constate que le thème principal de cette coopération est l'harmonisation, dans les domaines de la langue et de la terminologie, plutôt que la normalisation, ce qui nuirait à la liberté des États membres en matière de langue. Chaque pays conserve sa marge de manœuvre pour la diffusion et la publication des différentes terminologies.
De plus, la Loi sur le drapeau, la langue, les symboles de l'État et l'hymne national mentionne que Le gouvernement doit augmenter la fonction de l'indonésien pour devenir une langue international de façon progressive, systématique et durable:
1) Le gouvernement doit augmenter la fonction de l'indonésien pour devenir une langue international de façon progressive, systématique et durable.
2) L'augmentation de la fonction de l'indonésien comme langue internationale, tel qu'il est mentionné au paragraphe précédent doit être coordonnée par les organismes linguistiques.
3) Toute autre disposition sur l'augmentation des fonctions de l'indonésien comme langue internationale, tel qu'il est mentionné au paragraphe précédent, doit être prévue par règlement de la part du gouvernement.
6 Les résistances à la politique d'assimilation
Dans les faits, même si les Javanais (l'ethnie majoritaire) imposent le bahasa indonesia ou l'indonésien standard à plus de 200 millions d'Indonésiens qui l'emploient, à des degrés divers, comme langue seconde, même si les petites ethnies s'incorporent linguistiquement aux Javanais, la langue nationale n'est pas encore devenue vraiment commune à l'ensemble de la population.
Il faut comprendre que les Indonésiens, dans leur vie quotidienne, n'utilisent généralement pas l'indonésien standard, mais leur langue indonésienne locale. Le caractère insulaire du pays favorise d'ailleurs le maintien des langues locales. Celles-ci sont utilisées couramment au sine des municipalités. Elles le sont également pour l'édition d'une partie des journaux locaux, des livres et des émissions de radio communautaire. Mais c'est l'école qui sert de moyen privilégié pour imposer l'indonésien standard. C'est la seule langue d'enseignement dans tous les établissements d'enseignement publics, bien que les langues locales soient généralement autorisées pour les trois premiers cycles de l'enseignement primaire.
Bref, l'indonésien officiel est apparemment accepté par presque tous les groupes ethniques comme symbole d'identification de la nation indonésienne, et ce, d'autant plus que cette langue demeure, pour la plupart des Indonésiens, une langue seconde. Cette langue assure sa dominance maintenant sur toutes les langues locales, qui ne lui font plus aucune concurrence, surtout à l'écrit, puisque seul l'indonésien standard est utilisé. Cette politique de suprématie linguistique de l'indonésien a réussi effectivement partout, sauf dans les îles du Timor, dans la province d'Aceh et dans la province de la Papouasie occidentale (voir la carte). Si les Timorais ignoraient l'indonésien dans une proportion de 47 %, ce pourcentage baisse à 21,3 pour les Papous et à 16,2 % pour les Acihais (cliquer ICI, s.v.p. pour le tableau).
6.1 Les îles du Timor
On sait que les Timorais de l'Est ont tenté de résister aux politiques assimilatrices de l'Indonésie qui avait fait du Timor sa 27e province, une annexion que les Nations unies n'avaient jamais reconnue. De 1975 à 1999, les Mélanésiens du Timor oriental ont résisté à l'occupation militaire et aux méthodes barbares de l'armée pendant que l'Australie, située juste au sud, revendiquait le territoire. Dans le cas du Timor oriental, la politique d’assimilation a été à la fois linguistique, démographique, culturelle, sociale, etc. L'État indonésien a forcé les Timorais à apprendre le bahasa indonesia et a découragé systématiquement l'emploi des langues locales. Il n'y a rien là de bien exceptionnel, si ce n'est que cette «indonésiation» était accompagnée d'une islamisation obligatoire et d’une discrimination sociale honteuse.
Il aura fallu attendre, en mai 1998, la chute du vieux dictateur, le président Suharto, et l'accession au pouvoir de son dauphin, Bacharuddin Yusuf Habibie, pour qu'une évolution notable se produise quant à la situation du Timor oriental. En juin 1998, le nouveau président Habibie, qui avait besoin de l'aide internationale pour réparer les dégâts provoqués par la crise économique, a accordé au Timor oriental un «statut spécial» que les leaders timorais ont refusé. Le 7 février 1999, le ministre indonésien des Affaires étrangères a accepté le principe d'une consultation d'autodétermination organisée par les Nations unies auprès des Timorais. Le 5 mai suivant, sous l'égide de l'Onu, l'Indonésie et le Portugal signèrent un accord qui, en prévoyant un référendum pour le 30 août, ouvrait la voie à l'indépendance: 78,5 % des Timorais ont refusé l'autonomie interne proposée par le gouvernement de l’Indonésie. Par la suite, le Timor oriental a été mis à feu et à sang aussitôt par des milices pro-indonésiennes ne dépendant pas du gouvernement mais jouissant d'une impunité totale, et qui ont refusé de reconnaître l'écrasante victoire au référendum en faveur de l'indépendance. Dans une démonstration de force sans précédent, les milices indonésiennes se sont emparés de Dili, la capitale, et ont lancé une chasse sanglante aux indépendantistes.
Après plusieurs jours de tueries, de déportations et de pillages, l’Onu a réussi à envoyer une force d’interposition de 8500 Casques bleus (Interfet) afin d’imposer une forme de paix. Le 20 septembre 1999, le Timor oriental devenait un territoire sous administration provisoire des Nations unies. Le 20 octobre 1999, l'Assemblée consultative du peuple a abrogé la loi d’annexion de 1976 et a également ratifié un décret entérinant les résultats du référendum du 30 août précédent 1999. Le 20 mai 2002, le Timor oriental est devenu un État indépendant.
5.2 La province d'Aceh
C'est depuis 1953 que l'Indonésie intervient militairement dans cette province qui a déclaré son indépendance afin de réprimer les militants sécessionnistes. Durant plusieurs décennies, l'ethnie traditionnellement dirigeante dans la province, les Oulémas, ont perdu leur influence sur leurs communautés au profit d’une nouvelle élite dirigeante composée presque exclusivement de Javanais. La langue des Acihais fut interdite dans les écoles et dans les médias. Seul l'indonésien fut autorisé.
Une nouvelle déclaration d’indépendance eut lieu en 1976 avec l'entrée en scène du groupe armé Gerakan Aceh Merdeka ou Mouvement pour l'Aceh libre (le GAM), un groupe armé militant en faveur de l’indépendance de la province. Le 8 novembre 1999, plus d’un million d'Acihais, soit presque 25 % de la population, ont manifesté à Banda Aceh, la capitale, pour réclamer un référendum sur l’autodétermination. Comme on pouvait s'y attendre, cette demande fut aussitôt rejetée par Jakarta. Puis, en 2000, des pourparlers de paix commencèrent sous l’initiative du Centre pour un dialogue humanitaire basé à Genève. En mai de la même année, un accord de cessez-le-feu fut signé et prévoyait une cessation immédiate des hostilités et la mise en place d’un gouvernement démocratiquement élu à Aceh dans le cadre de la fédération indonésienne.
Cependant, Jakarta a choisi la solution militaire. En mai 2003, la loi martiale fut proclamée dans le «district spécial» de l'Aceh. Le gouvernement civil fut suspendu et une opération anti-insurrectionnelle d’envergure fut lancée contre le Gerakan Aceh Merdeka (GAM: Mouvement pour l’Aceh libre). Les douze mois qui ont suivi comptent parmi les plus sanglants du conflit qui ravage l’Aceh depuis près de trente ans. En mai 2004, la loi martiale a été remplacée par un état d’urgence civil. Dans cette région de conflits, la vie quotidienne de la population est ponctué d’homicides politiques, d’actes de torture et de raids armés dans des foyers et des villages qui poussent les Acehnais à fuir par centaines. Évidemment, la province est fermée aux humanitaires ainsi qu’aux journalistes étrangers et, au cours de cette guerre civile, plus de 500 écoles d’Aceh ont été incendiées.
Parmi les tenants de la ligne dure au sein du gouvernement indonésien, il se trouve des nationalistes qui n'ont pas encore digéré la perte du Timor oriental en 1999 et qui estiment qu’octroyer l’autonomie aux Acihais va ouvrir nécessairement la voie à un éclatement total de l’archipel. Il y a aussi le fait que l'instabilité politique à Aceh permet à certains dirigeants indonésiens d’entretenir un trafic très rémunérateur de drogue, de prostitution, de racket des compagnies pétrolières internationales ou d'exportation illégale de bois. Un porte-parole de l'armée indonésienne a déclaré: «La guerre à Aceh sera la plus importante opération militaire depuis l’invasion du Timor oriental en 1976.» Mais l’indépendance du Timor oriental a fait des envieux dans d’autres provinces.
5.3 La Papouasie occidentale
Le gouvernement indonésien a projeté de diviser la Papouasie occidentale (ex-Irian Jaya) en trois provinces: l'Irian Jaya Barat (Ouest), l'Irian Jaya Temgah (Centre) et l'Irian Jaya (proprement dite) ou Papoua. La carte de gauche ne reflète pas exactement cette décision administrative, car seules les provinces d'Irian Jaya Barat (Irian Yaja Ouest) et de Papua existent actuellement. L'inauguration officielle de la province d'Irian Jaya Temgah (Irian Jaya Centre) a été reportée à une date indéterminée après des protestations et des émeutes de la part des Papous en 2003. Pour le moment, l'Irian Jaya Temgah fait encore partie de la Papoua, alors qu'en novembre 2004 la Cour constitutionnelle de l'Indonésie (Mahkamah Konstitusi Republik Indonesia) a invalidé la loi mettant en oeuvre la division de la province de Papoua en deux parties, ce qui aurait créé trois Papoua: la Papua Barat (Ouest), la Papua Temgah (Centre) et la Papua Timur (Est). Malgré cette décision judiciaire, certains dirigeants indonésiens préconisent encore une division de la Papouasie occidentale en cinq provinces, question de fragmenter encore davantage les Papous.
La Papouasie occidentale a toujours été peu densément peuplée; elle ne compte à peine plus de deux millions d'habitants. La majorité des habitants de cette province est constituée de Papous. Depuis bientôt quarante ans, le gouvernement indonésien mène à l’égard du peuple papou de cette province (ex-Irian Jaya et l'Iryan Jaya de l'Ouest) une politique colonialiste d’une rare violence. Sous le régime du général Suharto, la répression des Papous fut atroce, l'armée indonésienne n’hésitant pas à bombarder au napalm des villages de la région des hauts plateaux de Baliem soupçonnés d’abriter des mouvements de résistance.
De plus, l'Indonésie pratique une politique de minorisation des Papous afin de désengorger l'île surpeuplée de Java. Devant la résurgence du mouvement sécessionniste de la province, le gouvernement indonésien a pratiqué une répression toujours plus grande, accompagnée d'une politique d'assimilation culturelle forcée. Les autorités indonésiennes interdirent aux «sauvages primitifs» (Papous) la pratique de leurs rites ancestraux et de leurs langues dans les lieux publics. Plus du tiers de la population totale n'est aujourd'hui plus d'origine papoue. M. Sem Karoba, coordinateur de l’OPM (Organisasi Papua Merdeka: ''Organisation de la Papouasie libre'') en Europe, résume ainsi la situation :
Depuis 1969, nous sommes assassinés et nos villages sont bombardés. Nous ne maîtrisons pas notre propre éducation et notre langue est interdite. Nos maisons sont détruites. Notre culture est méprisée, car notre religion traditionnelle nous conduit à croire aux arbres, aux montagnes, aux fleuves. Les compagnies minières nous disent qu’il faut croire en un Dieu unique et non aux divinités de la nature.
L’Indonésie n’est pas prête à renoncer à ce territoire au fort potentiel économique, même si le développement économique se fait au détriment de ses habitants papous. Devant ces pratiques, les Papous se rebellent, ce qui accentue la répression indonésienne.
Si l’on fait exception des îles de l'ancien Timor oriental, de l'Aceh, de la Papouasie occidentale ou Papoua (l'ex-Irian Jaya) et de quelques autres régions, l'Indonésie a réussi à mettre en pratique une politique d'assimilation pacifique, un cas presque unique dans l'histoire avec celui d'Israël. Cette réussite s'explique: la politique reposait avant tout sur le consensus de la nation. Ce n'est pas l'importance numérique du malais qui a compté, mais son importance fonctionnelle et symbolique. Ainsi, le cas indonésien montre qu'une politique d'assimilation peut constituer une réussite, bien que l'on puisse réprouver les méthodes répressives auxquelles elle a donné lieu dans certains cas.
En effet, cette politique d'assimilation a échoué dans certaines provinces et ces échecs ne semblent pas ralentir la politique d'uniformisation idéologique des autorités indonésiennes qui ont développé depuis l'indépendance des pratiques répressives féroces. Certes, il ne saurait être question qu'un État protège un si grand nombre de langues comme on en trouve dans ce pays. Mais l'État aurait pu tenir compte des grandes langues, celles parlées par plus d'un million de locuteurs, soit une vingtaine de langues tout au plus. On se demande pourquoi l'État s'acharne sur des petits peuples tels les Acihais, les Papous et, auparavant, les Timorais.
Dernière mise à jour: 24 janv. 2018
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République du Timor Leste

References: l'article 36
 l'article 36
 L'article 25
 l'article 36

L'article 38
 l'article 5
 l'article 33

L'article 29