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Timestamp: 2017-05-29 13:20:59+00:00

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A- L'art comme activité fabricatrice. B- L'art comme activité non utile.
A- L'œuvre d'art relève du génie (CFJ, § 43 à 49) B- l'oeuve d'art ne se spécifie-t-elle pas encore par sa beauté ?
1) L'art serait la manifestation d'une vision du monde ; soit celle de l'artiste, soit celle d'une culture. 2) Il serait un moyen sensible d'atteindre un absolu
Pour réfléchir à cette question, on peut partir de la célèbre tripartition aristotélicienne des différents genres d'activités ou connaissances humaines : Connaissance
(épistémé) Des choses qui ne sont pas de toute éternité. Des choses qui sont de toute éternité. Choses propres au sujet:
connaissance " pratique "
ÿ Disposition à agir accompagnée de règles. Choses extérieures au sujet:
connaissance " poïétique " (poïésis = la production d'objets)
ÿ L'art au sens général (du boulanger au poète), ce qui nous intéresse.
ÿ Disposition à produire accompagnée de règles.
Mode de connaissance inférieur Connaissance théorique (thêoria: contemplation intellectuelle).
è Mathématiques
è pour Aristote: physique et théologie (dans laquelle il range la philosophie) Le travail fait partie de la poiésis. Et l'art ? On remarque que l'analyse d'Aristote ne dégage pas un domaine spécifique qui serait celui de l'artiste. L'artiste n'est pas fondamentalement distingué du technicien, ou de l'artisan. Ainsi l'artiste est un homme qui fait son métier, comme le boulanger. L'art est synonyme de technique (cf. expressions " arts et métiers " ; l'art de la dissertation, etc.).
A- L'art comme activité fabricatrice. L'artiste, comme celui qui travaille, transforme la nature en quelque chose d'humain, il humanise la nature ; et il fabrique des artifices (artefacts) : Texte 1 - Kant, Critique de la faculté de juger, §43 , " De l'art en général "
" On distinguera l'art de la nature, comme le faire (facere) est distingué de l'agir ou de l'effectuer en général (agere), et les productions ou les résultats de l'art, considérés en tant qu'œuvres (opus), seront distincts des produits de la nature, considérés en tant qu'effets (effectus). En toute rectitude, on ne devrait appeler art que la production qui fait intervenir la liberté, i.e., un libre arbitre dont les actions ont pour principe la raison. Car, bien qu'on se plaise à qualifier d'œuvre d'art le produit des abeilles (les gâteaux de cire construits avec régularité), ce n'est que par analogie avec l'art ; dès qu'on a compris en effet que le travail des abeilles n'est fondé sur aucune réflexion rationnelle qui leur serait propre, on accorde aussitôt qu'il s'agit d'un produit de leur nature (de l'instinct), et c'est seulement à leur créateur qu'on l'attribue en tant qu'art. Lorsqu'en faisant des fouilles dans un marécage, comme c'est arrivé parfois, on trouve un morceau de bois taillé, on dira qu'il s'agit, non d'un produit de la nature, mais de l'art ; sa cause efficiente s'est accompagnée de la pensée d'un but auquel l'objet doit sa forme. D'autre part, on verra aussi de l'art dans tout ce qui est constitué de telle manière qu'une représentation a dû dans sa cause en précéder la réalité (même chez les abeilles), sans pour autant que la cause ait pu penser l'effet ; mais, lorsqu'on qualifie quelque chose d'œuvre d'art absolument parlant pour la distinguer d'un effet produit par la nature, on entend toujours par là une œuvre humaine " Kant reprend ici la célèbre distinction déjà effectuée par Aristote dans la Physique, livre II, entre les choses naturelles et les choses artificielles, dans lesquelles il faut ranger l'art. L'art fait donc partie de l'activité fabricatrice ou productrice d'objets, de la poiésis, comme le travail. Les choses fabriquées par l'artiste sont effectuées intentionnellement, i.e., pensées avant d'être effectuées(2).
B- L'art comme activité non utile. Toutefois, l'art a sa fin en lui-même. En effet, d'abord, il n'a pas de visée utilitaire, il ne vise pas la satisfaction de nos besoins. De plus, ce n'est pas une activité imposée, contraignante, et rémunérée (que l'on ferait dès lors seulement pour obtenir un salaire). Texte 2 - Kant, Critique de la Faculté de Juger, §43 :
" L'art se distingue aussi de l'artisanat ; l'art est dit libéral, l'artisanat peut également être appelé art mercantile. On considère le premier comme s'il ne pouvait être orienté par rapport à une fin (réussir à l'être) qu'à condition d'être un jeu, i.e. une activité agréable en soi ; le second comme un travail, i.e. comme une activité en soi désagréable (pénible), attirante par ses seuls effets (par exemple, le salaire), qui donc peut être imposée de manière contraignante. " Kant distingue ici deux espèces de savoir-faire :
C- L'œuvre et le travail. Ainsi faut-il revenir ici à la distinction œuvre/travail opérée par H. Arendt dans La condition de l'homme moderne. Ce qu'elle remet en cause par cette distinction, c'est la conception du travail comme humanisation de la nature. Humaniser la nature, cela revient à dire que l'homme, en produisant/ fabriquant certaines choses, laisse des traces durables de son activité dans le monde, fabrique même un monde proprement humain à côté du monde naturel. C'est ce qu'on appelle " œuvre ", et ce serait le sens propre du terme de poiésis : on fabrique quelque chose, en vue d'un résultat qui dure, en vue de la création de choses nouvelles.
A- L'œuvre d'art relève du génie (CFJ, § 43 à 49) Texte 3 - Kant, Critique de la faculté de juger, §46, " Les beaux arts sont les arts du génie " :
" ... les beaux-arts ne sont possibles qu'en tant que productions du génie. Il en ressort : 1- que le génie est un talent qui consiste à produire ce pour quoi on ne saurait donner de règle déterminée : il n'est pas une aptitude à quoi que ce soit qui pourrait être appris d'après une règle quelconque ; par conséquent, sa première caractéristique doit être l'originalité ; 2- que, dans la mesure où l'absurde peut lui aussi être original, les productions du génie doivent être également des modèles, i.e., être exemplaires : sans être elles-mêmes créées par imitation, elles doivent être proposées à l'imitation des autres, i.e., servir de règle ou de critère (...) ; 3- que le génie n'est pas lui-même en mesure de décrire ou de montrer scientifiquement comment il crée ses productions et qu'au contraire c'est en tant que nature(4) qu'il donné les règles de ses créations ; par conséquent, le créateur d'un produit qu'il doit à son génie ignore lui-même comment et d'où lui viennent les idées de ses créations ; il n'a pas non plus le pouvoir de créer ses idées à volonté ou d'après un plan, ni de les communiquer à d'autres sous forme de préceptes qui leur permettraient de créer de semblables productions (c'est sans doute la raison pour laquelle génie vient de genius, qui désigne l'esprit que reçoit en propre un homme à sa naissance pour le protéger et le guider, et qui est la source d'inspiration dont proviennent ces idées originales) ; 4- qu'à travers le génie la nature prescrit ses règles non à la science, mais à l'art, et dans le cas seulement où il s'agit des beaux-arts. " A la question de savoir ce qui différencie la production artistique, donc les œuvres artistiques, de toute autre production d'objet, et des autres espèces d'œuvres, on peut donc répondre, avec Kant, que les beaux-arts sont les arts du génie.
B- l'oeuve d'art ne se spécifie-t-elle pas encore par sa beauté ? On peut aussi partir du fait, pour définir l'art, et pour le distinguer du travail, que l'artiste a pour but de faire une belle représentation, qui nous procure un certain plaisir et une certaine émotion. Mais qu'est-ce que le beau ? La beauté est-elle une propriété inhérente à l'objet, ou bien n'existe-t-elle que dans notre esprit ?
Introduction -Beauté et subjectivité. Pour définir la beauté, Kant part du sujet qui juge que quelque chose est beau(6). Le beau caractérise le rapport du sujet à l'objet, non l'objet en lui-même. Plus précisément, quand vous jugez que quelque chose est beau, vous parlez de l'effet que fait sur vous cet objet.
1) " Peut être dit beau ce qui est l'objet d'un plaisir désintéressé "(9) : " Le goût est la faculté de juger d'un objet ou d'un mode de représentation, sans aucun intérêt, par une satisfaction ou une insatisfaction. On appelle beau l'objet d'une telle satisfaction ". Est beau ce qui procure un plaisir esthétique ; c'est bien un plaisir sensible, mais pas un plaisir matériel. Pour bien nous faire comprendre cette distinction, Kant dit que le premier plaisir est désintéressé, et le second, intéressé.
Pour bien comprendre ce que Kant entend par " plaisir sans intérêt ", il faut savoir ce qu'il entend par " intérêt " : " on nomme intérêt la satisfaction que nous lions avec la représentation de l'existence d'un objet. Elle a donc toujours une relation avec la faculté de désirer, que celle-ci soit son principe déterminant, ou soit nécessairement lié à celui-ci. " Est intéressé un plaisir dans lequel vous prenez intérêt à l'existence de la chose, quand vous la désirez.
2) " Est beau ce qui plaît universellement sans concept " (10) a) L'universalité subjective
b) Il y a une relation de ressemblance, non d'identité, entre le jugement esthétique et le jugement de connaissance En effet, Kant ne veut pas dire que le jugement esthétique est tout le temps fondé, car, qu'il soit admis par tout le monde ou non, le jugement esthétique a seulement la prétention de valoir pour tout le monde.
c) Des goûts et des couleurs, on ne dispute pas ? Kant s'oppose, par une telle conception, à l'esthétique du sentiment, qui compare le jugement esthétique au jugement culinaire(12), et qui soutient, en conséquence, qu'il n'y a aucun critère autour duquel la discussion puisse s'instaurer (raisonnement : si le but des œuvres d'art est de nous plaire, il ne s'adresse qu'au sentiment ; nous ne disposons d'aucun concept qui permettrait la discussion).
d) Arts d'agrément et communicabilité. Au contraire, les arts d'agrément seraient plutôt les arts du plaisir solitaire, en ce sens que la jouissance que j'éprouve est mienne et n'est pas en elle-même communicable. Tout au plus peut-on parvenir à la simultanéité des jouissances, mais il ne s'agit pas de la même jouissance. Exemples d'arts d'agrément : art de dresser la table, musique de table ; s'ils ont à voir eux aussi avec la sociabilité, c'est seulement en tant que conditions favorisant la communication sociale, sans pouvoir fournir de thème à la conversation et à l'échange social. Ils n'ont aucun contenu à communiquer, mais ils encouragent et facilitent la communication de n'importe quel contenu.
3) " la beauté est la forme de la finalité d'un objet en tant qu'elle est perçue en celui-ci sans représentation d'une fin "(15) : a) Beauté et finalité sans fin.
b) Kant déduit de là deux espèces de beauté (§16) : (1) la beauté adhérente : elle suppose le concept de ce qu'une chose doit être et fait référence à la perfection qualitative et quantitative de chaque chose en son genre. Quand on juge de façon adhérente qu'une chose est belle, on compare donc la chose à son concept, et on apprécie l'écart ou l'accord qui existent entre l'objet et sa définition.
(2) beauté libre : ne suppose, elle, aucun concept de ce que la chose doit être. Une chose est dite belle en ce sens quand elle plaît immédiatement, dans la seule considération de sa forme, à laquelle il est impossible d'accorder une signification précise ou une finalité quelconque. Texte 4 -Kant, Critique de la faculté de juger, §16, La beauté libre.
" Beaucoup d'oiseaux, (le perroquet, le colibri, l'oiseau de paradis), une foule de crustacés marins sont en eux-mêmes des beautés, qui ne se rapportent à aucun objet déterminé quant à sa fin par des concepts, mais qui plaisent librement et pour elles-mêmes. Ainsi les dessins à la grecque, des rinceaux ou des encadrements ou des papiers peints, etc. , ne signifient rien en eux-mêmes ; ils ne représentent rien, aucun objet sous un concept déterminé et sont de libres beautés. On peut encore ranger dans ce genre tout ce que l'on nomme en musique improvisation (sans thème) et même toute la musique sans texte " La beauté libre est donc indépendante de toute signification précise, elle ne fait référence à aucun sens conceptualisable qui viendrait en limiter la portée. La beauté, c'est l'indéfinissable. On peut certes en parler, mais ce qu'on peut en dire est inépuisable. Elle donne à penser et à parler. Accueil > Cours > Qu'est-ce qui distingue l'art du travail ?

References: § 43
 §43
 §43
 § 43
 §46
 §16