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Timestamp: 2020-05-30 21:47:59+00:00

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Correspondance de Napoléon Ier - Février 1810 - Histoire du Consulat et du Premier empire
Paris, ler février 1810
J’ai reçu votre travail sur les préfets. Remettez-m’en un semblable sur les sous-préfets. Je suis instruit qu’il y en a un grand nombre d’incapables; ce qui fait que l’administration traîne dans beaucoup de départements de l’Empire. Je suis surpris de voir, dans la liste des préfets, une note sur le préfet de l’Elbe, rédigée d’une manière qui me paraît extraordinaire. L’attachement à ma personne est commun à tous les Français, et ce ne doit pas être un voile pour couvrir les irrégularités dans l’administration dont un préfet est comptable. Je demande des explications sur cet objet.
Paris, 2 février 1810
Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je reçois votre lettre du … et j’y réponds. Faites venir à Paris, en poste, M. Martorelli, archiviste général, et adressez-le au sieur Daunou, mon archiviste. Donnez l’ordre que toutes les archives du Vatican, de la Daterie, de la Pénitencerie et autres, sous quelque titre que ce soit, soient transportées à Paris sous bonne et sûre escorte, et qu’à cet effet on fasse partir de Rome un convoi de cent voitures toutes les semaines. Ces voitures déposeront ces archives à Suse et retourneront à Rome pour en chercher d’autres. Le sieur Daunou aura à Suse un agent, qui sera chargé de faire transporter ces archives aux archives de Paris.
Mon intention est de faire venir à Paris toute la Pénitencerie. S’il n’y a que quinze personnes, vous les ferez venir jusqu’à Fontainebleau; vous me ferez un rapport sur chacun de ces individus, et on verra à les loger à Paris, Mon intention est de faire venir à Paris non seulement les ornements pontificaux, mais encore la tiare et autres joyaux servant dans les cérémonies du Pape. Il y a, entre autres, une tiare que j’ai donnée au Pape, qu’il ne faut point laisser à Rome.
Entendez-vous avec le ministre de l’intérieur pour que l’hôtel Soubise soit disposé pour contenir cette immense quantité de papiers.
Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les lettres du duc de Reggio. Faites-lui connaître que je désire que son quartier général soit placé dans un point central, dans une des places du Brabant et non dans une ville française; qu’il fasse fournir par les autorités du pays le pain, le vin, la viande, les fourrages, etc., pour la nourriture de ses troupes; que quatre régiments d’infanterie et deux régiments de cavalerie arrivent à Düsseldorf, le 6 ou le 7; que je les destine à être dirigés sur lui; enfin qu’il envoie des états de situation des places hollandaises.
A Élisa Napoléon, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence
Ma Sœur, vous avez dû recevoir mon dernier ordre pour le payement de la dette de Toscane; occupez-vous sans délai de cet objet, et faites procéder à la remise des biens et à leur vente, afin d’accroître la masse des propriétaires en Toscane.
J’approuve le présent que vous voulez faire à la reine de Bavière, hormis qu’il faut en ôter tout ce qui serait relatif à moi, si ce n’est un portrait.
Ainsi les revues de Berlin et de Vienne sont des vases à mettre dans les appartements des Tuileries. En général il ne faut pas donner de ces vases là et quand il y en aura beaucoup de faits, il faut en faire une collection pour placer dans les galeries et dans les appartements de l’impératrice.
Monsieur le Duc de Cadore, j’approuve cette convention (constituant la Saxe débitrice envers la France de 19.631.500 francs, accurdanit dix ans au roi de Saxe pour se libérer). Aussitôt que vous l’aurez ·signée, envoyez-en une copie à l’intendant du domaine extraordinaire entre les mains de qui doivent être versés les bons de Saxe.
Paris, 3 février 1810
Ecrivez au préfet de Nîmes que j’ai vu avec peine l’accueil fait à de misérables moines indignes de ce nom, pris les armes à la main et dec s. f. (lacune dans la minute, sans doute « couverts de sang français »), qu’il ait à donner des explications au maire et que l’on sache ce que c’est. Ces misérables ont été pris les armes à la main et plusieurs sont couverts d’assassinats.
Paris, 3 février 1810, 6 heures du soir.
J’ai dit à Eugène que tu aimais plutôt à écouter les bavards d’une grande ville que ce que je te disais; qu’il ne faut pas permettre que l’on te fasse des contes en l’air pour t’affliger.
J’ai fait transporter tes effets à l’Elysée. Tu viendras incessamment à Paris; mais sois tranquille et contente, et aie confiance entière en moi.
Paris, 4 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me porter le plus tôt que vous pourrez le rapport sur les affaires de Rome (voir au 17 février); il est temps de frapper un coup et de finir ces affaires.
Monsieur le Comte Bigot Préameneu, donnez ordre au général Miollis de renvoyer de Rome tous les ministres étrangers, entre autres ceux d’Italie, de Bavière et de Naples et celui de France. Il fera connaître à ces ministres que, s’ils sont chargés des affaires ecclésiastiques de leur cour, ils doivent se rendre à Paris, où sont transportés les offices de la Daterie et de la Pénitencerie.
Palais des Tuileries, 4 février 1810
A LA DÉPUTATION DE LA DORDOGNE.
Messieurs les Députés du Collège électoral du département de la Dordogne, moi et mon allié l’empereur de Russie, nous avons tout fait pour pacifier le monde; nous n’avons pu y réussir. Le roi d’Angleterre, vieilli dans sa haine contre la France, veut la guerre. Son état l’empêche d’en sentir les maux pour le monde et d’en calculer les résultats pour sa famille. Toutefois la guerre doit avoir un terme, et alors nous serons plus grands, plus puissants et plus forts que nous n’avons jamais été. L’Empire français a la vie de la jeunesse; il ne peut que croître et se consolider; celui de mes ennemis est à son arrière-saison ; tout en présage la décroissance. Chaque année dont ils retarderont la paix du monde ne fera qu’augmenter ma puissance.
A LA DÉPUTATION DU DOUBS.
Messieurs les Députés du Collège du département du Doubs, j’ai eu souvent occasion de distinguer vos citoyens sur le champ d’honneur. Ce sera avec plaisir que je verrai vos campagnes. Mais ma famille est devenue bien grande. Cependant j’irai voir le canal qui doit joindre le Rhin au Rhône et qui passe dans votre ville.
A LA DÉPUTATION DE L’INDRE. Messieurs les Députés du Collège du département de l’Indre, je vous remercie des sentiments que vous m’exprimez. Je les mérite de mes peuples par la sollicitude que je porte constamment à tout ce qui les intéresse.
A LA DÉPUTATION DU LÉMAN.
J’agrée vos sentiments. Moi et ceux de mes descendants qui occuperont ce trône, nous protégerons toute religion fondée sur l’évangile, puisque toutes en prêchent la morale et en respirent la charité.
Ce n’est pas que je ne déplore l’ignorance et l’ambition de ceux qui, voulant, sous le masque de la religion, dominer sur l’univers et y lever des tributs à leur profit, ont donné un si spécieux prétexte aux discordes qui ont divisé là famille chrétienne. Ma doctrine comme mes principes sont invariables; quelles que puissent être les clameurs du fanatisme et de l’ignorance, tolérance et protection pour toutes les religions chrétiennes, indépendance, et garantie pour ma religion et celle de la majorité de mes peuples contre les attentats des Grégoire, des Jules, des Boniface. En rétablissant en France, par un Concordat, mes relations avec les papes, je n’ai entendu le faire que sous l’égide des quatre propositions de l’Église gallicane, sans quoi j’aurais sacrifié l’honneur et l’indépendance de l’Empire au plus absurdes prétentions.
A LA DÉPUTATION DE LA LOIRE INFÉRIEURE
Messieurs les Députés du Collège du département de la Loire Inférieure, c’est en entrant dans vos murs que je reçus l’avis que des Français avaient rendu mes aigles sans combattre et avaient préféré la vie et le déshonneur aux dangers et à la gloire. Il n’a·fallu rien moins que l’expression des sentiments des citoyens de ma bonne ville de Nantes pour me rendre des moments de joie et de plaisir. J’ai éprouvé au milieu de vous ce qu’on éprouve au milieu de ses vrais amis. C’est vous dire combien ces sentiments sont profondément gravés dans mon cœur.
ALA DÉPUTATION DU LOT.
Messieurs les Députés du Collège du département du Lot, j’ai pensé à ce que vous me demandez. Le Lot sera rendu navigable aussitôt que les canaux de l’Escaut au Rhin, du Rhin au Rhône, du Rhône il la Seine et de la Rance à la Vilaine seront terminés; ce sera dans six ans. Je connais l’attachement de votre département à ma personne.
A LA DÉPUTATION DE LA ROER.
Messieurs les Députés du Collège du département de la Roër, j’agrée vos sentiments. Votre pays est celui de Charlemagne; vous faites aujourd’hui, comme alors, partie du grand Empire. J’apprends avec plaisir le bon esprit qui anime vos habitants. Je désire que ceux de vos concitoyens qui ont leurs enfants au service étranger les rappellent en France. Un Français ne doit verser son sang que pour son prince et pour sa patrie.
A LA DÉPUTATION DE LA VILLE DE LYON.
J’approuve la délibération du conseil municipal. Je verrai avec plaisir une statue au milieu de ma bonne ville de Lyon; mais je désire qu’avant de travailler à ce monument vous ayez fait disparaître toutes ces ruines, restes de nos malheureuses guerres civiles. J’apprends que déjà la place Bellecour est rétablie; ne commencez le piédestal que lorsque tout sera achevé.
Paris, 5 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon consul à Venise pour qu’il vous fasse connaître ce que sont devenues toutes les marchandises coloniales que j’avais fait venir de Venise à Trieste.
Envoyez à mon ministre à Cassel le traité et tous les documents qui l’instruisent de ce qui s’est passé ici avec le Roi et son ministre.
Je vous envoie l’extrait du rapport qui m’a été fait sur les attributions des commissaires généraux de police. Écrivez une circulaire aux préfets dans les départements desquels il y a des commissaires généraux de police, afin qu’ils aient pour principe que chacun doit rester dans ses attributions. Ne confondez pas les directeurs généraux de la police en Piémont et en Toscane, parce que leur existence tient à un régime particulier. Rédigez cette circulaire de manière qu’elle puisse paraître dans le Moniteur et partez de la transition que plusieurs préfets vous ont demandé des instructions sur leurs rapports avec les commissaires généraux de police. Tout l’art de la rédaction doit consister en ce que vous paraissiez plutôt l’écrire en faveur des commissaires généraux de police que contre eux, quoique en réalité vous réprimiez leurs prétentions. Il faut que ce soit là le but de votre lettre, mais il (sic) ne doit pas s’apercevoir.
Monsieur le Comte Mollien, je reçois votre lettre du 3. Du 1er au 15 février, mon armée du Rhin sera bien éloignée d’Augsbourg; car une division de quatre régiments sera à Hambourg, une autre à Düsseldorf marchant sur la Hollande, et une autre à Hanau. Ces douze régiments appartiennent au 4e corps. Les deux autres régiments de ce corps se rendent à Saint-Omer. Tout le 2e corps sera en France, à Strasbourg. Tout le 3e corps sera : la division Gudin à Magdeburg, la division Morand à Bayreuth et la division Friant à Passau et Salzburg. Ainsi les divisions Morand et Friant pourront être servies par la caisse d’Augsbourg; mais il faut faire payer d’une autre caisse ce qui sera à Hambourg, Hanau, etc. Il faudrait que, sur les 45 millions que la caisse de l’extraordinaire doit vous verser, et sur lesquels 15 millions doivent l’être en monnaie d’Allemagne, les lettres de change vous fussent données sur les villes voisines des cantonnements des troupes, et que le produit de celles qui sont sur Augsbourg rentrât dans la caisse d’Augsbourg.
Écrivez au maréchal Marmont qu’il se mette en correspondance avec le pacha de Bosnie, mais qu’il ne commette point d’hostilités jusqu’à nouvel ordre.
Écrivez au maréchal Marmont que je suis très surpris d’apprendre que la solde de l’armée d’Illyrie ne soit pas payée; qu’il devait y être pourvu par les revenus du pays; qu’il y a beaucoup de contributions à rentrer; que Trieste doit de l’argent. Il faut donc que le gouverneur et l’intendant général se concertent pour faire rentrer cet argent et faire payer la solde à mon armée d’Illyrie.
Paris, 5 février 1810.
Vous aurez reçu le décret portant que 45 millions en numéraire seront versés au trésor public par la caisse de l’extraordinaire; qui, en échange, recevra une inscription de 750,000 francs sur le grand livre et de 750,000 sur le Mont-Napoléon, plus 15 millions de rachats de rentes de décomptes de domaines nationaux.
Mon intention est que vous fassiez verser dans le mois ces 45 millions dans le trésor public et de cette manière: 10 millions en monnaie d’Allemagne, dont le trésor se servira pour payer mon armée; 5 autres millions sur les ventes que fera la guerre à Magdeburg; ils seront également affectés à payer mes troupes; 15 millions en lettres de change de l’Autriche payables dans l’année, en vous concertant sur toutes les échéances avec le ministre du trésor et le trésorier de l’extraordinaire; enfin 15 autres millions sur l’emprunt de Hollande, savoir: 5 millions en argent comptant, à Paris, et 5 millions sur les premières rentrées des 40 millions de Hollande que la Prusse me doit sur sa créance.
Je désire que vous soumettiez à mon approbation un bordereau sur la manière dont doit se faire ce payement.
Monsieur le Comte Daru, je reçois votre lettre du 3, par laquelle vous me faites connaître l’insuffisance des ressources des provinces réservées pour le payement de la solde de mon armée du Rhin. Je viens d’ordonner que la caisse de la cinquième coalition y pourvoirait. Mais je reçois aussi des plaintes que la solde de novembre et de décembre n’est pas payée; cependant j’en avais fait les fonds. Faites-moi un rapport là-dessus.
NOTE SUR LA DONATION FAITE PAR L’EMPEREUR A LA VEUVE ILARI, D’AJACCIO.
Par acte du 2 germinal an XIII, Sa Majesté a acquis, par échange, du sieur Ramolino, d’Ajaccio:
L° La maison d’habitation du sieur Ramolino, sise à Ajaccio, rue Saint- Charles, telle qu’elle se comportait, avec ses augmentations, améliorations, etc.
2° Deux vignes, situées au terroir dit Vitullo, appartenant au sieur Ramolino.
Par le même acte, Sa Majesté a fait don de ces propriétés à la veuve Ilari, et a chargé le préfet du département du Liamone de surveiller l’exécution de ses volontés.
Aussitôt qu’on a eu connaissance de ce don et échange à Ajaccio, la veuve Ilari est entrée en jouissance de la maison du sieur Ramolino, telle qu’elle se comportait, et d’une des deux vignes du terroir dit Vitullo. Le sieur Ramolino, s’étant défait depuis quelque temps de la seconde, a offert d’en remettre la valeur en argent. La somme qu’il offrait (2,500 francs) paraissant à la veuve Ilari être beaucoup au-dessous de la valeur de la vigne que Sa Majesté a entendu lui donner, elle s’est d’abord refusée à la recevoir; cependant, quelque temps après, le marché a été consommé.
La maison du sieur Ramolino se compose de deux maisons contiguës et réunies de manière à n’en faire qu’une seule habitation. Une des deux maisons appartenait en propre an sieur Ramolino et à ses ancêtres depuis longue date; l’autre a été acquise par échange par son épouse, et se trouve être une portion de sa dot.
Un mois après la prise de possession de l’habitation entière par la veuve Ilari, Mme Ramolino a attaqué la cession faite par son mari de la portion de maison qui lui appartenait, comme n’ayant pas eu le droit de disposer de son bien dotal, et elle est rentrée en jouissance de cette portion de maison. La veuve Ilari a conservé l’autre moitié. La propriété du sieur Ramolino, que Sa Majesté avait entendu acquérir, et dont elle entendait faire don à la veuve Ilari, s’est trouvée réduite à moitié.
Le préfet du département, chargé par Sa Majesté des intérêts de la veuve Ilari, a fait porter l’affaire devant les tribunaux ; elle a été jugée en faveur du sieur Ramolino, et la veuve Ilari condamnée aux frais de la procédure. Renvoyé à mon comité du contentieux pour prendre connaissance de ces pièces et me faire connaître son opinion.
Le sieur Ramolino est un homme puissant. Je lui ai fait don de biens valant deux ou trois cent mille francs, à condition qu’il donnerait à Camilla Ilari, sa maison et deux vignes. Il paraît qu’on a abusé de l’état de cette pauvre femme, veuve d’un capitaine de caboteur, pour lui susciter un procès; que le tribunal de première instance d’Ajaccio a rendu un jugement inique, et qu’on a victimé une malheureuse femme, sans égard pour sa situation et l’intérêt que je lui portais, pour un homme qui est le principal personnage du département. On a eu même le tort de la condamner à payer plusieurs milliers de francs de frais. On l’a obligée à recevoir 2,500 francs pour l’équivalent d’une vigne que je lui avais donnée en nature et valant plus de 10,000 francs.
1° Si, après avoir fait cette donation et fait faire à cet effet un acte qui devait expliquer mes intentions, il y avait du doute, on ne devait pas renvoyer devant moi pour savoir à quel titre je faisais cette donation;
2° Si je ne suis pas autorisé à rapporter ladite donation, et, puisque le sieur Ramolino n’a pas voulu donner à la veuve Ilari le peu de biens que je désirais lui donner comme plus adaptés à son état, à donner à la veuve Ilari les beaux établissements et les beaux meubles du sieur Ramolino, qui la rendront la plus riche du pays;
3° Et, si le comité trouve de la rigueur dans cette décision, ce que je dois faire si les clauses de ma donation ne sont pas exécutées, c’est-à-dire si la maison et les deux vignes, avec les intérêts tels qu’ils seront estimés par le préfet du Liamone, ne sont pas remises à la veuve Ilari avant une époque qu’on peut fixer au 1er avril;
et si je ne puis pas rapporter ma donation comme disproportionnée entre la valeur et la condition d’échange que j’imposais.
Indépendamment de la donation mentionnée dans l’acte ci-joint, j’ai fait d’autres donations au sieur Ramolino. Ces actes doivent se trouver dans l’étude du notaire Raguideau; je prie M. Daru de se les faire représenter et de m’en faire un rapport.
Faire demander la sentence du tribunal au chef de bataillon Poli, quai de la Mégisserie, n° 18, qui doit l’avoir.
Paris, 6 février 1810.
Monsieur le Duc de Cadore, faites partir aujourd’hui, avant six heures du soir, un courrier pour le duc de Vicence. Vous lui ferez connaître qu’un conseil a eu lieu il y a peu de jours, et que les opinions y ont été partagées entre les princesses russe et autrichienne; que les opinions sont partagées en France, spécialement à cause de la religion, et que les personnes qui attachent le moins d’importance à la religion ne peuvent s’accoutumer à l’idée de ne pas voir l’Impératrice faire les cérémonies de l’église à côté de l’Empereur; que la présence d’un pope paraît un plus grand inconvénient encore, et que ce serait se reconnaître une grande infériorité que de constater par un traité l’existence d’un pope au château des Tuileries. Vous ajouterez que ces lignes étaient écrites lorsque le courrier du 21 est arrivé, et que vous avez interrompu votre lettre pour déchiffrer les dépêches dont il était porteur; que l’Empereur y a remarqué que la princesse Anne n’était pas encore réglée; que quelquefois les filles restent deux années entre les premiers signes de nubilité et la maturité; que rester trois ans sans espérance d’avoir des enfants contrarierait les intentions de l’Empereur; que, d’un autre côté, le terme de dix jours était expiré le 16, et que le 21 il n’y avait aucune réponse; que Sa Majesté ne peut concevoir comment, quand l’impératrice mère a donné son consentement, quand l’opinion de la princesse Catherine est favorable, on ne donne pas de réponse positive; que ces délais contrastent avec le dévouement et l’empressement de l’Autriche; que Sa Majesté compte tenir demain un conseil pour fixer cette incertitude, n’ayant plus de temps à perdre; qu’il avait été question à Erfurt de la princesse Anne, mais que Sa Majesté se croit suffisamment libre, non d’un engagement, puisqu’il n’y en a jamais eu, mais d’une obligation de tacite honnêteté que lui imposait son amitié pour l’empereur Alexandre, par le délai d’un mois qu’il a mis à répondre à une question si simple, et par la différence des paroles de Romanzof.
Paris, 6 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie, avant de vous coucher, d’expédier le courrier en Russie, tel que je vous l’ai écrit. Ne parlez pas de la séance de ce soir. Demain au soir, quand vous aurez signé avec le prince Schwarzenberg, vous en expédierez un second pour faire connaître que je suis décidé pour l’Autrichienne. Vous viendrez demain à mon lever. Portez-moi le contrat de Louis XVI et l’historique. Écrivez ce soir au prince Schwarzenberg pour lui donner rendez-vous demain à midi.
Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous me présentiez un projet de note à envoyer toute faite à M. de Saint Marsan. Cette note doit être rédigée sur les principes suivants:
« Que les engagements des rois sont sacrés; que la dette de le Prusse envers la France est comme versée au trésor public, et que je ne suis plus le maître d’en disposer. Depuis le commencement de la guerre d’Autriche, il y a un an, rien n’a été payé, et il est évident que, si la Prusse donnait la moitié de son revenu, 60 millions auraient été payés. Les 22 millions lettres de change ont été protestées, aussitôt que la Prusse a su la France engagée dans une guerre avec l’Autriche. L’Empereur ne veut pas approfondir s’il est vrai que la Prusse ait beaucoup espéré du bénéfice des événements; mais il est temps qu’elle prenne des mesures pour tenir ses engagements envers Sa Majesté Impériale, avec laquelle on n’a jamais pris d’engagements en vain. Certes il est impossible d’acquitter cette dette et d’entretenir une armée, de faire camper ses troupes, de remonter et de nourrir une nombreuse cavalerie. Faire de pareilles opérations, c’est dire que l’on ne veut jamais payer la France. Depuis la paix du mois d’octobre jusqu’à présent, il n’a pas encore été payé un million. On s’occupe dans le cabinet de Berlin à mettre en discussion ce qui ne doit pas être discuté. Le traité fait avec la France n’est point un traité éventuel, mais bien un traité positif; son inexécution est un manque de bonne foi qui étonne et qui met de l’incertitude dans tous les mouvements. L’Empereur peut-il retirer ses troupes de l’Allemagne et laisser un corps isolé sur l’Oder ? Il faudra, pour l’appuyer, qu’il fasse marcher 60,000 hommes à Magdeburg. La présence de ces troupes dans cette place donnera des inquiétudes, fera croire à des projets que l’Empereur n’a point, et aura en outre l’inconvénient de lui coûter beaucoup d’argent. Il faut donc que la Prusse prenne un parti. Il faut, ou qu’elle s’engage à payer ce qu’elle doit à l’Empereur, à raison de quatre millions par mois, à compter du 1er janvier 1810, ce qui ferait dans l’année 48 millions, lesquels, joints aux 40 millions de l’emprunt de Hollande, avanceraient bien le payement; le reste sera payé en 1811; ou que, pour indemniser la France, elle cède à l’Empereur la souveraineté de Glogau et d’une partie de la Silésie.
« Sa Majesté Impériale et Royale ne forme point de nouvelles prétentions; elle ne désire rien et ne veut que l’exécution des traités. Il faut trancher le mot : si les conseillers de Sa Majesté prussienne ne l’avaient pas trompée, si elle avait suivi de bonne foi la convention d’Erfurt, 60 millions seraient déjà payés. Le soussigné est chargé de demander une réponse prompte, catégorique et positive. »
En envoyant cette note à M. de Saint Marsan, vous lui donnerez des instructions très détaillées, et vous lui direz de la présenter d’une manière solennelle et de déclarer au cabinet prussien que mes troupes ont déjà ordre de se porter à Magdeburg, et que je prendrai, au besoin, tous les moyens nécessaires pour forcer à ne plus violer les conditions du traité.
Monsieur le Duc de Cadore, par le courrier que vous expédierez au duc de Vicence, vous lui ferez connaître qu’il a eu tort de dire au ministre d’Amérique que ce n’était pas par mon insinuation que le Danemark avait fait son expédition. Qu’en sait-il ? Et pourquoi se mêle-t-il de ce qu’il ne sait pas ? Envoyez-lui la copie de la lettre du ministre d’Amérique qui annonce la mise de l’embargo, afin d’autoriser son langage.
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces que vous voulez joindre à votre rapport sur Rome. Je remarque que cette collection est incomplète et ne dit rien. Je ne vois pas une note du secrétaire d’État de Rome ou du cardinal Caprara, ce qui n’est pas conséquent. Il faudrait qu’à côté des notes du sieur Alquier il y eût celles des ministres du Pape ou du légat; car ne mettre que les pièces d’une partie, c’est ôter au public la faculté de juger, et mettre le doute à la place de la conviction. Occupez-vous donc de cette affaire, qui m’emploie beaucoup de temps et que je traîne depuis deux mois.
Votre rapport a besoin d’être retouché. Je vous réitère d’en ôter tout ce qui est relatif aux affaires ecclésiastiques. Parlez en général d’un ton plus modéré. Il faut partir de la disposition que j’ai montrée d’occuper Ancône; que de là l’aigreur, et que le Pape n’a jamais voulu faire un traité avec moi.
Monsieur le Duc de Feltre, vous témoignerez mon extrême mécontentement au prince d’Eckmühl de ce qu’il a ôté la garnison bavaroise de Passau. Vous lui enverrez l’ordre que, vingt-quatre heures après la réception de votre lettre, la citadelle d’Oberhaus soit évacuée par les troupes françaises et remise aux troupes bavaroises. Après avoir expédié cet ordre, vous vous rendrez de votre personne chez le roi de Bavière pour lui faire connaître tout le mécontentement que m’a donné cette nouvelle, et vous lui direz que vous venez vous-même lui faire les réparations convenables, cette faute ayant été commise par un homme de votre département.
Je réponds à votre lettre par laquelle vous me demandez quelles sont les limites du pays que doit occuper l’armée du Brabant. Vous ferez connaître que cette limite est le Rhin dit Wahal, en partant du fort Schenken, passant sous les murs de Nimègue, de Bommel et de Workum, traversant ensuite le Biesbosch, le Hollandsch-Diep, le Volkrak, et arrivant à la mer par le canal qui sépare l’île de Schouwen de celle de Goerce. Vous trouverez ci-joint un petit huilé de cette limite.
Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général Laborde de partir dans la journée pour aller prendre le commandement de la 13e division militaire à Rennes. Vous l’informerez de l’inquiétude que les Anglais donnent dans le Morbihan.
Vous enverrez l’ordre à la division de ma Garde, qui est à Tours, de se rendre à Angers.
Vous ferez connaître cette disposition au général Laborde, pour que, si les Anglais tentaient quelque chose du côté de Quiberon, il envoie l’ordre à cette division de s’approcher à marches forcées.
Comme je ne crois pas que les Anglais pensent à tenter quelque chose de sérieux dans cette saison, je me borne à envoyer la division de ma Garde à Angers, et, en attendant qu’elle y soit arrivée, nous saurons à quoi nous en tenir. Vous ferez connaître au général qui commande la division de ma Garde à Tours que, s’il recevait un ordre du commandant de la 13e division militaire de se rendre en Bretagne, en raison de quelques mouvements des ennemis, il obéisse à son ordre et accélère sa marche. Je suppose que le général commandant la 13e division aura pensé à pourvoir Belle-Isle.
Écrivez aussi dans la 12e division militaire pour que le général commandant se rende dans l’île d’Aix, complète les approvisionnements de siége, mette la garnison sur le qui-vive, et s’assure que le génie et l’artillerie sont en état.
P: S. Faites passer ma Garde par le chemin qui rapproche toujours le plus de la Bretagne.
Paris, 7 février 1810
Monsieur Duc de Cadore, je désire que vous donniez à M. Otto les instructions suivantes. Le courrier portant le contrat de mariage pouvant arriver le 13 de ce mois à Vienne, il pourra en expédier un le 14, avec l’assurance des ratifications; il arrivera à Paris le 21.
Le prince de Neuchâtel, étant destiné à être envoyé comme ambassadeur extraordinaire pour demander la princesse en mariage, pourra partir le 22 ; il arrivera à Vienne le 28 ou le 29, et fera la demande le lendemain de son arrivée. M. Otto aura, avant son arrivée, arrangé tout ce qui est relatif au cérémonial, soit pour la réception du prince de Neuchâtel, soit pour la célébration du mariage par procuration.
Ce mariage pourra se faire le 2 mars. La princesse achèvera le carnaval à Vienne et en partira le 7, jour des Cendres. On arrangera les choses de manière qu’elle puisse arriver vers le 26 à Paris. Elle trouvera à Braunau la Maison française qui aura été envoyée au devant d’elle, et qui partira immédiatement après le prince de Neuchâtel. La remise de la princesse se fera à Braunau.
Il faut recommander à M. Otto d’envoyer ses premières dépêches par un homme intelligent, avec un billet pour le général qui commande à Strasbourg, pour qu’il puisse faire passer, par le télégraphe, un avis au grand maréchal qui fasse connaître l’assurance qu’il aura des ratifications. Après ce premier courrier, M. Otto devra en envoyer un tous les jours jusqu’à Braunau, et de là les dépêches pourront venir par l’estafette, qui va plus vite. Comme on enverra de Paris, avec la Maison, le trousseau et la corbeille, il est inutile que l’on fisse rien à Vienne. Il fera bien entendre que la princesse n’emmènera personne avec elle; si elle a une femme de chambre à laquelle elle soit bien attachée, elle pourra l’amener pour rester le premier mois de son arrivée en France. Vous ajouterez à M. Otto que le douaire de l’Impératrice, tel qu’il est fixé, m’a paru ridicule, mais qu’en cela on a voulu suivre ce qui a été fait pour le mariage de Louis XVI; qu’il peut déclarer que, si la cour de Vienne avait connaissance de quelques articles secrets que l’on n’a pas trouvés dans les papiers à Paris, il est prêt à signer la même chose à leur aspect; qu’au surplus le douaire des impératrices en France est fixé à 4 millions.
Vous ferez partir ce soir votre courrier pour M. Otto. Je ferai partir ensuite un de mes aides de camp avec ma lettre pour l’Empereur.
Palais des Tuileries, 7 février 1810
POUR LES MINISTRES DU TRÉSOR PUBLIC, DE LA GUERRE, ET DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE.
L’administration de la guerre demande 44 millions pour l’habillement comme dépense réelle. Il y a donc une augmentation de dépense de 7 millions, puisque, selon le travail de la commission chargée d’examiner ce service et le rapport qui en a été fait par M. Daru, le tout dressé d’après les revues, il n’y avait qu’une dépense réelle de 37 millions. Le ministre du trésor public demande aussi 4 millions de plus. Il est indispensable que le payeur, le trésor et l’administration de la guerre s’entendent pour savoir d’où viennent ces différences et comment elles peuvent être justifiées. Les revues de 1806 étant faites, la colonne de ce qu’a coûté l’habillement pendant 1806 est une colonne positive.
Le trésor ne doit pas administrer. Ce n’est pas à lui à avoir besoin des revues. Dans la règle, il ne devrait pas payer un sou sans ordonnance ministérielle; du moins il devrait, quand le mois est écoulé, être couvert par une ordonnance du ministre. Le ministre qui suit les affaires de son département s’apercevrait, lorsque ces ordonnances lui seraient demandées, s’il y a eu des abus dans la dépense du mois précédent; tandis que, par la fausse méthode du trésor, qui paye par á bon compte et qui attend des revues pour se faire couvrir de sa dépense, le ministre est deux ans sans savoir ce qu’il a dépensé. Ces observations s’appliquent non-seulement à la solde, mais encore à la masse de pain de soupe, à l’indemnité de route et au gîte et geôlage.
Il est indispensable de prendre des mesures pour prescrire une méthode moins fautive à l’avenir, de rédiger pour ces mesures un projet de décret, d’y joindre un rapport détaillé sur la manière de procéder du trésor avec tous les ministères, et de faire en sorte qu’en mars les payements faits tant pour la solde que pour les trois masses soient établis par division militaire et par corps, et que le ministre de chaque département donne ses ordonnances. Si les ministres ne veulent pas ordonnancer parce qu’ils constateraient la dépense, ils peuvent toujours donner des ordonnances de reconnaissance. Il est également nécessaire que, désormais et à dater du 1er janvier 1810, les pièces à régulariser soient portées dans les balances que remet le trésor et forment une colonne à part, divisée par ministères.
Il faut aussi que, pour tous les exercices et notamment pour 1808, le montant des pièces à régulariser soit déterminé ministère par ministère. Il faut enfin que des mesures soient prises pour assurer les régularisations.
Sa Majesté désire que les ministres de la guerre, de l’administration de la guerre et du trésor se réunissent pour présenter, mercredi prochain, un projet de décret qui sera rédigé sur les bases suivantes :
1° Le ministre de la guerre n’ordonnancera pas la solde avant qu’elle ait été payée. Il enverra par mois au trésor le bordereau de la solde par division militaire, et, dans le courant du mois, il lui donnera avis des mouvements.
2° Le trésor ouvrira chaque mois un crédit aux payeurs des divisions. Il leur ordonnera d’envoyer chaque mois le bordereau des payements faits, corps par corps. Le payeur de la guerre remettra ces bordereaux au ministre de la guerre. Il en sera fait un modèle, dressé de manière qu’on puisse vérifier non-seulement les payements faits aux corps, mais ceux qui ont été faits aux officiers, grade par grade.
3° Le ministre de la guerre donnera alors une ordonnance et, pour pièces à l’appui, le bordereau, corps par corps et par division militaire. Il aura préalablement fait faire les vérifications nécessaires par le bureau du mouvement et par les chefs des services. Le bordereau de l’artillerie sera vérifié au bureau de l’artillerie; celui du génie, au bureau du génie; celui de la gendarmerie, an bureau de la gendarmerie. De cette manière, le ministre ordonnancera sans attendre les noms, mais du moins sur une première vérification.
4° On procédera de la même manière pour le ministère de l’administration de la guerre. Le bordereau des payements faits pour le pain de soupe, l’indemnité de route, le gîte et geôlage, établi par corps et par division militaire, sera envoyé par le trésor au ministre, qui ordonnancera en mettant à l’appui de ses ordonnances les bordereaux qu’il aura fait vérifier par ses différents bureaux. Il connaîtra ainsi l’état de l’emploi de ses fonds et à quels agents et parties prenantes les payements auront été faits.
Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au ministre de la guerre de Westphalie que, aussitôt que la division Molitor sera arrivée dans les villes hanséatiques, il ait à en retirer les troupes du roi de Westphalie; que les villes hanséatiques doivent pourvoir à tous les besoins de cette division. Vous informerez de cela le général Molitor et lui ferez connaître qu’il doit protection aux douanes pour empêcher le commerce des villes hanséatiques avec l’Angleterre.
Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai fait connaître mes intentions pour le second mouvement de l’armée d’Allemagne. Le compte que vous m’en rendez par votre lettre du 3 et les états qui y sont joints me mettent parfaitement au fait de l’exécution de ces ordres.
Il me reste à vous faire connaître mon intention sur le troisième mouvement.
4e Corps. – Vous enverrez un courrier extraordinaire pour que la division Dessaix du 4e corps, qui arrive à Düsseldorf, et la brigade Piré se rendent en toute diligence à Nimègue.
Vous donnerez le même ordre à la 4e division du même corps, qui est à Hanau et Fulde, et à la brigade de cavalerie légère du général Castex.
Chacune de ces divisions est composée de quatre régiments d’infanterie, et, chacune, de deux brigades de deux régiments de cavalerie légère.
Vous ordonnerez au général Quesnel de se rendre à Nimègue pour prendre le commandement de ces quatre régiments de cavalerie légère.
L’état-major, les parcs et les administrations du 4e corps se rendront à Nimègue, avec de l’artillerie, du matériel du génie et des transports.
Mon intention est qu’au 1er mars le 4e corps soit dissous et qu’il fasse partie de l’armée de Brabant.
La 3e division, qui se rend à Hambourg, ainsi que la brigade Bordesoulle, formeront une division détachée, qui vous rendra compte directement en même temps qu’au prince d’Eckmühl.
2e Corps. – Vous me ferez, avant le 15 février, un rapport sur l’état-major et l’artillerie du 2e corps, afin que je voie ce qu’il convient de faire. En attendant, la Ie brigade de la Ie division de ce corps, composée des 1e et 3e demi-brigades légères, formant plus de 3,000 hommes, partira de Mannheim le 12 et le 14 pour se rendre à Mayence, où elle tiendra garnison.
La 2e brigade de cette division, composée de la 1e demi-brigade légère et de la 2e demi-brigade de ligne, restera à Mannheim jusqu’à nouvel ordre.
Le parc de la 1e division restera à Mannheim jusqu’à nouvel ordre.
La 1e brigade de la 2e division du même corps, composée de la 2e demi-brigade légère et de la 5e demi-brigade de ligne, formant plus de 4,000 hommes, partira le 13 et le 14 de Rastadt pour se rendre à Strasbourg, où elle tiendra garnison.
Les 6e, 7e et 8e demi brigades de ligne, formant la 2e brigade de la 2e division, et fortes de plus de 4,000 hommes, resteront à Rastadt et Ettlingen.
Le parc restera à Rastadt et environs.
Le parc d’artillerie du 2e corps restera jusqu’à nouvel ordre à Pforzheim.
La brigade de cavalerie légère, forte de 3,000 chevaux, partira les 16,17 et 18 de Vaihingen pour se rendre à Strasbourg.
J’attendrai votre rapport sur la marche de ce corps pour donner des ordres ultérieurs.
Son administration sera dissoute.
Je voudrais cependant avoir un corps disponible pour garder mes côtes.
Quant au 3e corps, la 3e division, la brigade de cavalerie légère du général Jacquinot et la division de grosse cavalerie du général Bruyères, qui sont en Westphalie, seront payées par le roi de Westphalie, solde et administration.
La 2e division continuera à occuper Bayreuth, et le parc d’artillerie Würzburg.
La 2e division de grosse cavalerie, qui est à Ratisbonne, se rendra à Hanau, où elle sera cantonnée jusqu’à nouvel ordre;
La division Friant et la brigade Pajol resteront dans l’Innviertel et le Salzburg, jusqu’à la remise de ces pays.
La 3e division de grosse cavalerie se rendra autour d’Augsbourg.
Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai fait connaître, par ma lettre de ce jour, que mon intention était que deux divisions du 4e corps de l’armée d’Allemagne, composées de huit régiments d’infanterie et deux brigades de cavalerie légère, chacune de deux régiments, se rendissent à Nimègue avec l’état-major, les parcs et les administrations de ce corps. Donnez ordre au duc de Reggio de porter son quartier général à Bois-le-Duc, de faire occuper Sud-Beveland et les autres îles, et de laisser deux belles divisions à Bois-le-Duc.
Vous demanderez au duc de Reggio un projet pour réduire les gardes nationales au moindre nombre possible, en commençant par celles qui ne seraient pas habillées, qui seraient en mauvais état de service, ou qui ne seraient pas de bonne volonté.
Au comte de Fontanes, grand maître de l’Université, à Paris.
J’ai reçu votre lettre. Mon intention est que le grand maître de l’Université jouisse de la considération convenable; mais tout ce qui existe dans l’Empire est sous la surveillance de mes ministres. J’ai la volonté que le système de l’Université marche comme celui du monde, sans frottement et par une règle constante et uniforme: je ne veux en entendre parler que le moins possible. Mais, pour établir ce système, je sais qu’il faudra que je m’en occupe encore quelquefois, et je ne puis en être instruit et faire connaître ma volonté par mon ministre et mon Conseil d’État. Il ne serait pas conforme au bien de l’Université que le ministre travaillât avec d’autres qu’avec vous. Il ne faut ni anarchie, ni déconsidération pour le grand maître; cela serait, s’il apprenait ma volonté par son chancelier ou par quelque officier subalterne. Le président, le chancelier du Sénat, le maréchal de l’Empire, le grand dignitaire, le prince du sang, ne sont pas égaux au ministre. Le ministre n’est que l’expression directe de mon autorité. Cardinaux, archevêques, évêques, sénateurs, conseillers d’État, grands dignitaires, princes du sang, tous vont chez lui, lorsqu’ils ont besoin de son intervention auprès de moi : il ne va chez personne. C’est la marche de l’administration. Je ne puis donc admettre l’idée d’aucune espèce d’égalité en affaires entre qui que ce soit et mes ministres, pas même avec le prince impérial.
Quant au rang du grand maître à la cour et dans la société, je me réserve de le régler, et je ne suis point éloigné de ce qui est exprimé dans votre mémoire.
Vous ne pouvez organiser l’Université et exercer une utile influence sur votre propre corps, surtout dans les premières années, où il aura de fréquentes occasions de recourir à l’administration, qu’en vous maintenant dans des rapports convenables avec les ministres. Ce qui vous distingue d’un officier quelconque de l’administration, même d’un maréchal de l’Empire, c’est que celui-ci ne peut rien sans l’intervention du ministre, au lieu que, pour les trois quarts de ce que vous avez à faire, vous pouvez le faire sans le concours de l’administration. Un maréchal, qui commande mes armées, ne peut faire un sous-lieutenant : il faut qu’il fasse au ministre une proposition, qui m’est soumise par celui-ci. Vous, au contraire, vous avez le droit de faire dans votre corps tous les changements qu’il vous plaît de faire, s’ils sont conformes aux lois. Vous n’avez besoin du ministre que pour l’exécution de la loi. Vous avez besoin du ministre, soit pour obtenir des fonds pour vos lycées, soit pour donner de l’appui à votre autorité; car la force publique et l’exécution de toutes les lois ne marchent que par l’intervention de mes ministres. Il n’a existé en France aucun cardinal, archevêque, grand officier de la Couronne, provincial ou chef d’ordre, qui n’eût tenu à honneur et comme une particulière distinction de travailler directement avec les ministres, secrétaires d’État. Vous devez donc vous y conformer.
Paris, 8 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, vous avez expédié hier un courrier en Russie. Il sera nécessaire d’en expédier bientôt un second. Vous ferez connaître au duc de Vicence que je donne des licences pour l’exportation du vin et du blé qui est utile à mes États, mais point pour l’importation de denrées coloniales; que je n’approfondis pas ensuite comment les Anglais laissent sortir les bâtiments porteurs de ces licences, mais que les Anglais, ayant besoin de blé, le laissent naturellement entrer et sortir, parce que le blé est de première nécessité pour eux; que là se borne le mécanisme de l’affaire, et que je cesserai de donner des licences aussitôt que je serai instruit que les Anglais font payer des contributions.
Vous enverrez, par ce courrier, au duc de Vicence la note que vous avez remise au ministre des États-Unis, ainsi que l’acte du congrès qui met un embargo sur les bâtiments français, afin de régler son langage.
Consultez les officiers d’artillerie et chimistes sur les moyens de faire des fusées à la Congreve, qui paraissent avoir de l’avantage pour des attaques de villes à 12 ou 1400 toises. Cela pourrait être très-utile dans la guerre d’Espagne.
Je désire que le colonel en second du 56e qui est un bon officier soit nommé colonel du 54e.
Je ne crois pas que le colonel Donnadieu ait assez de tête pour commander un régiment. Il faut l’envoyer comme chef d’état-major auprès du duc d’Auerstaedt.
Monsieur Maret, je vous renvoie le programme des cérémonies pour la translation du corps du duc de Montebello. Je désire qu’il parte de Strasbourg le 22 mai, jour anniversaire de la bataille d’Essling, et arrive à Paris le 6 juillet, anniversaire de la bataille de Wagram. Faites ces changements au programme (Moniteur du 10 février 1810) et faites-le dans le Moniteur. Envoyez le programme au ministre de la guerre pour qu’il le fasse exécuter.
Au comte de Rémusat, premier chambellan, surintendant des spectacles, à Paris
Vous ne me rendez aucun compte de l’administration des théâtres, et vous faites mettre de nouvelles pièces à l’étude sans m’en instruire.
J’apprends que la Mort d’Abel (Opéra de Lesueur, représenté le 2l mars 18l0) et un ballet sont mis à l’étude. Vous ne devez mettre aucune nouvelle pièce à l’étude sans mon consentement. Faites-moi un rapport là-dessus.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris
Faites connaître au roi d’Espagne, par son écuyer Cassano ou tout autre, que je n’approuve point son décret par lequel il prend à son service les déserteurs, avec le grade que leur a donné la Junte. Il y a dans l’ordre du jour qu’il a publié à ce sujet faiblesse et défaut de politique, puisque c’est donner à la fausse monnaie de la Junte une valeur réelle et annoncer que les grades donnés par la Junte seront les mêmes que s’ils étaient donnés par le Roi; qu’il y a de l’inconvenance à donner des grades supérieurs à des déserteurs, hommes sans honneur, et enfin à des coryphées du parti; que cette mesure est impolitique et que je la désapprouve; que je ne saurais voir dans les armées espagnoles et servant avec nos troupes des hommes couverts de leur sang.
Envoyez copie de ma lettre au duc de Dalmatie. Vous ferez connaître que je n’entends pas que ce décret soit exécuté, ni que mes troupes le reconnaissent.
Mon Cousin, vous enverrez le décret ci-joint, par un officier, au roi d’Espagne et au maréchal Soult à qui il remettra votre lettre.
Mon intention est que tous les ordres soient donnés conformément à ce décret. Je ne puis plus faire face aux dépenses énormes de mon armée d’Espagne. Je veux que l’administration des pays conquis soit entre les mains des généraux qui commandent les provinces, afin que toutes les ressources soient appliquées aux dépenses de l’armée.
Désormais je ne pourrai plus envoyer que deux millions par mois pour la solde des troupes qui sont autour de Madrid, et qui forment le fond de l’armée, Vous aurez soin de ne faire prendre possession du nouveau gouvernement de la Navarre que lorsque le général Dufour y sera arrivé avec sa division.
Mon Cousin, vous écrirez au général commandant l’Aragon qu’il doit employer les revenus du pays, et frapper même des contributions extraordinaires s’il est nécessaire, pour subvenir à la solde et à l’entretien de son armée; que la France ne peut plus suffire à toutes ces dépenses.
Vous verrez, par mon décret, que je charge le général Dufour du gouvernement de la Navarre; donnez-lui les mêmes instructions.
Il y a assez de troupes dans les Biscayes. Écrivez aux généraux Thiébault, Bonet, Kellermann et au duc d’Elchingen, que les provinces qu’ils occupent offrent assez de revenus pour l’entretien des troupes sous leurs ordres; qu’ils ne doivent pas compter sur le trésor de France, qui est épuisé par les énormes envois d’argent qu’il ne cesse de faire; qu’une quantité prodigieuse de numéraire s’engloutit en Espagne et produit l’appauvrissement de la France.
Chargez de vos lettres l’aide de camp du duc de Dalmatie.
Vous écrirez en même temps au général Suchet pour lui donner l’ordre de faire mettre, par une division de ses troupes, le siége devant Mequinenza, et de presser la reddition de cette place, en menaçant toujours Valence et maintenant la tranquillité en Aragon. Vous l’informerez que la division Dufour, forte de 7 à 8,000 hommes, arrive vers la fin de février dans la Navarre, et que la brigade Montmarie, composée de détachements qui appartiennent à ces corps, va se rendre à Saragosse.
Paris, 8 février 1810.
Monsieur le vice-amiral Decrès, vous ferez répondre au Transport-Office une lettre rédigée d’après la note ci-jointe. Vous verrez que je propose aux Anglais de comprendre dans le cartel les Espagnols et les Portugais, et que, par ce moyen, j’aurai tous mes hommes. Vous remarquerez que j’augmente un peu le nombre des Anglais pris en France, et que je diminue le nombre des Français prisonniers en Angleterre, parce que je pense qu’il y a exagération; d’ailleurs cela m’a paru plus convenahle; et je vous le dis, afin que vous restiez sur les mêmes bases.
Paris, 9 février 1810
Je vous renvoie le budget des provinces illyriennes. Je n’en ai pas été satisfait, et vous trouverez ci-joint un décret d’après lequel il faudra le régler; faites-le connaître au duc de Raguse. Dites-lui que j’approuve qu’il traite bien les Croates, mais que je ne veux pas que l’acquisition des provinces illyriennes ajoute de nouvelles charges à mon trésor. Elles doivent donner 12 millions de revenu net pour payer les dépenses de l’armée et de l’administration générale. En un mot, elles et les troupes qui y sont stationnées ne doivent absolument rien coûter au trésor public. Pour atteindre ce but, il faut diminuer les dépenses, ou bien en mettre une partie à la charge des villes et communes et augmenter les impositions indirectes de manière que le revenu net soit porté à 12 millions. On tirera en outre une ressource de 6 millions de la vente des marchandises confisquées à Trieste.
Faites connaître au duc de Raguse que je diminuerai son armée, mais qu’il ne doit pas s’attendre à recevoir de France aucun secours pécuniaire. Dites-lui que j’approuve ce qu’il propose pour la Croatie militaire, à l’exception de sa proposition de donner des armes à tous les Croates indistinctement et sans être assuré de leur fidélité.
Le duc de Raguse s’entendra avec l’intendant général pour l’établissement des tribunaux qu’il propose.
Palais des Tuileries, 9 février 1810
Il sera construit, dans la rue de Rivoli, un hôtel des relations extérieures et de la secrétairerie d’État du royaume d’Italie.
Les ministres des relations extérieures et de la secrétairerie d’État du royaume d’Italie poseront, le 25 mars, la première pierre de cet édifice.
Il sera élevé, sur la place de la Bastille, une fontaine sous la forme d’un éléphant en bronze, fondu avec les canons pris sur les Espagnols insurgés; cet éléphant sera chargé d’une tour et sera tel que s’en servaient les anciens; l’eau jaillira de sa trompe. Les mesures seront prises de manière que cet éléphant soit terminé et découvert au plus tard le 2 décembre 1811.
Paris, l0 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, faites répondre à la lettre du chef de la tribu des Kurdes, et prescrivez qu’on entretienne, par de légers présents, ses bonnes dispositions.
Paris, 10 février 1810
Monsieur le duc de Feltre, il est convenable que vous fassiez connaître au roi d’Espagne, en chiffres, et par quadruplicata, que je vois avec la plus grande peine qu’il ait perdu deux mois aussi importants que décembre et janvier, où les Anglais étaient dans l’impuissance de rien faire, et qu’il n’ait point profité de cette circonstance pour pacifier la Navarre, la Biscaye et l’Aragon ; qu’il demande sans cesse de l’argent; que l’argent est là et qu’il laisse, sans raison, dévaster ces belles provinces par Mina; que je lui ai donné plusieurs fois l’ordre de se rendre à Valladolid, mais que la nonchalance de la direction des affaires en Espagne est inconcevable.
Comment, en effet, n’a-t-ii pas maintenu ses communications, et comment, après avoir eu connaissance du 29e bulletin, n’a-t-il pas senti la nécessité d’être promptement en communication avec la France ? Il n’y a pas un moment à perdre : que le roi se rende à Valladolid, en faisant occuper Madrid et Valence par son extrémité gauche. Écrivez-lui que le temps perdu est irrémédiable; que les affaires tourneront mal si, promptement, il ne met plus d’activité et de mouvement dans la direction des affaires ; qu’il est nécessaire d’occuper Valladolid, Salamanque, et de menacer le Portugal; que les Anglais paraissent se renforcer en Portugal et qu’ils semblent avoir le double projet, ou de pousser en Espagne, ou de partir du port de Lisbonne pour faire une expédition de 25,000 hommes, partie Anglais, partie Espagnols, sur un point quelconque des côtes de France, pendant le temps que la lutte sera engagée dans le Nord. Que, pour empêcher l’exécution de ce projet, il est nécessaire que l’armée d’Espagne soit toujours prête à prendre l’offensive et à menacer de se porter sur Lisbonne et de conquérir le Portugal si les Anglais affaiblissaient leur armée en Espagne. Il faut donc que le roi occupe Valladolid et Salamanque et qu’il remplisse le triple but de tenir en échec l’armée anglaise, d’avoir ses communications aussi promptes que faciles avec la France, afin de savoir tout ce qui s’y passe, et qu’il emploie le temps où les Anglais ne feraient rien à pacifier la Biscaye et la Navarre. Que cette instruction doit être considérée comme instruction générale pour toute la campagne ; qu’enfin, si la force des armées françaises restait oisive en Espagne et laissait les Anglais maîtres de faire des expéditions sur nos côtes, la tranquillité de la France serait compromise.
Il faut, je le répète, que le roi ait ses communications très rapides et très sûres et qu’il soit toujours en mesure de prendre l’offensive.
Monsieur le Duc de Cadore, présentez une note officielle et pressante à M. de Montgelas pour se plaindre des impertinences qu’on laisse imprimer dans les gazettes bavaroises, et faire sentir que ces extravagances font le plus mauvais effet.
Monsieur le Duc de Cadore, appelez près de vous MM. d’Andlau et Dalberg; faites-leur connaître que je suis mécontent de la marche des affaires à Bade, et que j’entends que la moitié des places soit donnée aux catholiques. Vous leur remettrez une note rédigée à peu près dans les termes suivants.
» Le soussigné est chargé de faire connaître le mécontentement de S. M. l’Empereur et Roi sur le système exclusif qui s’est introduit dans le gouvernement de Bade à l’égard des catholiques et des habitants du Palatinat; on les tient de Sa Majesté, et on les traite comme des ilotes. Mannheim et plusieurs autres villes sont mises sous la dépendance d’une coterie de Carlsruhe. L’intention de Sa Majesté, comme Protecteur, est que ce système change; qu’il n’y ait plus de persécution ni d’exclusion, et que les catholiques, qui, dans la population du grand-duché, sont aux protestants dans le rapport de 2 à 1, aient la moitié des places dans le ministère et dans les autorités secondaires. Sa Majesté attend cette condescendance. En réunissant les habitants du Palatinat au grand-duché de Bade, Sa Majesté n’a pas voulu en faire des esclaves. «
Vous enverrez copie de cette note à mon ministre à Bade, en lui disant d’en instruire le Prince héréditaire, et de faire connaître verbalement, tant au Prince qu’au ministre Reizenstein, que c’est mon intention et qu’il faut s’y conformer.
Répondez à M. Dalberg que je ne vois aucune objection à ce que l’ancien roi de Suède réside à Meersburg.
Paris, 11 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, je ne puis approuver le projet de traité que vous m’avez présenté ; vous en trouverez ci-joint un autre.
Présentez-moi des traités pour céder à Nassau, à Darmstadt et au grand-duc de Würzburg les enclaves comprises dans leurs territoires, en y incluant les clauses nécessaires d’après le traité ci-joint, et en sorte qu’au 1er avril prochain je n’aie plus rien dans cette partie de l’Allemagne.
Il n’y a pas d’inconvénient que vous me présentiez un projet de traité pour céder Erfurt à la Saxe, en en exceptant les enclaves, pour lesquelles vous me proposerez des cessions conformes à leur situation. Ce traité et celui avec la Bavière étant finis, les affaires d’Allemagne se trouveront terminées.
Monsieur le Comte Daru, j’ai lu avec attention les différents projets sur le Louvre. Je vois que le premier projet coûterait 51 millions, mais qu’on m’en présente un second qui, par diverses modifications, ne coûterait que 34 millions. Je trouve cette dépense encore trop considérable. Je désire un troisième projet, à peu près tel qu’il est indiqué à côté du deuxième. Dans ce troisième projet, les galeries des deux ailes seraient supprimées, et il ne resterait que le Louvre et la galerie actuelle pour la communication des deux palais. Faites-moi connaître combien ce projet coûtera. Je désire ensuite que les trois projets soient tellement combinés et puissent s’exécuter de manière que, le troisième projet fini, on puisse passer à l’exécution du second; et que, le second terminé, on puisse s’occuper du premier. Faites-moi faire trois petits dessins dans ce système. Le troisième projet comprend le Louvre achevé, et la galerie du Museum ainsi que les Tuileries parfaitement finies. Ce sont déjà de grands résultats. Le second projet coûterait 34 millions. Si le troisième projet présentait une réduction de 6 millions, la dépense ne serait plus que de 28 millions; or j’ai déjà fait des fonds spéciaux pour cette somme; et, si des circonstances de guerre ou toutes autres m’obligeaient à m’en tenir au troisième projet, j’aurais toujours un magnifique palais. On pourrait le perfectionner, en donnant au Louvre quelques constructions qui règnent du côté de la place intérieure, afin que de ce côté le palais ne fût pas boiteux.
Voici une observation qui me reste à faire sur les premier et deuxième projets; elle est relative à l’emplacement qu’on y réserve pour les écuries. N’y a-t-il pas de l’inconvénient à placer une si grande quantité de paille et de foin si près de la galerie du Louvre, où il y a des choses si précieuses ? N’y a-t-il pas même un danger imminent pour Paris à placer les écuries si près des maisons de la ville ?
Je vous renvoie les papiers de cette affaire, pour que vous me fassiez un rapport et que vous me présentiez un projet de décret dans le sens que je viens de vous indiquer.
Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Paris
Mon Cousin, réunissez les chefs de corps de la Garde, et présentez-moi un travail qui me fisse connaître ce que j’ai donné à ma Garde dans les trois campagnes comme dotations, et ce qu’il est convenable de lui donner encore. Tous les officiers ont-ils eu quelque chose ? Vous me remettrez l’état des officiers et soldats, indiquant ce qu’ils ont eu ou ce qu’il faudrait leur donner.
alais des Tuileries, 12 février 1810
NOTE POUR LE PRINCE CAMBACÉRÈS, ARCHICHANCELIER DE L’EMPIRE, à Paris
Le projet de statut délibéré au Conseil d’État pour compléter l’institution des titres héréditaires ne s’est pas trouvé entièrement d’accord avec ce que désirait Sa Majesté. Il a été divisé sur ses ordres en deux parties. La première contient des dispositions qui se rapportent plus particulièrement aux bases de l’institution et qui doivent constituer un véritable statut. Les dispositions renfermées dans la seconde paraissent appartenir plus particulièrement à un règlement. Sa Majesté désire que Son Altesse Sérénissime examine la rédaction de ces deux projets et lui donne son opinion.
Un objet est dans le cas de fixer particulièrement son attention, c’est ce qui concerne les titres à donner aux fils des grands dignitaires et des titulaires des majorats. Il serait agréable à Sa Majesté, pour qu’elle pût bien saisir la question, qu’on lui fît connaître l’usage qui était suivi en France et dans les divers États de l’Europe. On dit que le fils aîné du prince architrésorier prend le titre suivant: le duc Charles de Plaisance. C’est l’architrésorier qui est duc de Plaisance, et ce n’est pas son fils. L’emploi des noms de baptême dans cette formule, le duc Charles, rappelle un usage qui n’appartient qu’aux princes du sang et aux princes souverains. Il y a sûrement quelque chose à faire à cet égard, et ce qui se fait, si le fait est certain, ne paraît pas devoir être approuvé.
On établit dans le projet de statut, titre II, que tous les enfants d’un titulaire de majorat porteront les titres qui sont déterminés; savoir: duc, comte, baron et chevalier. Il y a là quelque chose qui choque. Bientôt tout le monde se trouvera avoir un titre qui ne sera pas appliqué à un fait. On croit qu’autrefois les enfants avaient un titre parce que leur père titré possédait plusieurs fils auxquels les titres qu’il faisait porter à ses enfants étaient attachés. Cela n’existe plus maintenant; les titres transmissibles sont attachés à des majorats; ils supposent dans celui qui les porte une fortune qui le distingue des autres citoyens. Si cela n’était pas ainsi, la multiplicité des titres et le peu de consistance des hommes qui en seraient revêtus en occasionneraient l’avilissement.
Il y a trois manières de régler ce qui fait l’objet de la question actuelle:
1° Que le fils aîné du titulaire d’un majorat porte le titre qui vient immédiatement après celui de son père (c’est ce qui paraît déjà réglé), et que les autres fils portent tous le titre de chevalier et le transmettent à l’infini à leur descendance. Cela se conçoit, parce que tous auront le droit de porter les armes héraldiques.
2° Que le fils aîné porte le titre de son père, en joignant à ce titre, non le nom du majorat de son père, mais le nom de sa famille, et que tous les autres enfants portent le titre de chevalier. Dans cette hypothèse, M. Lebrun s’appellerait le duc Lebrun, et chacun de ses frères le chevalier Lebrun ; le fils du titulaire qui porterait son titre porterait le titre, sinon d’une chose qu’il a, du moins d’une chose qu’il doit avoir.
3° Donner des titres en l’air, sans idée de fait et de réalité, c’est ce qui est supposé au titre II du projet de statut; il arriverait de là que des enfants qui auraient un titre sans avoir de fortune auraient des enfants qui porteraient des titres en étant encore moins riches.
La deuxième hypothèse paraît la plus sage des trois.
Dans l’opinion à présenter à Sa Majesté, il ne faut point être arrêté par ce qui a déjà été fait, ce sont des dispositions partielles; tandis que c’est un système complet qu’il faut créer.
Paris, 12 février 1809
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le traité avec le prince Primat. Mon intention est d’appeler le grand-duché grand-duché de Francfort. Il faudra diviser l’article 5 en deux parties; la première moitié restera dans le traité patent, et la moitié relative aux principautés de Wagram et d’Eckmühl sera mise dans les articles secrets.
Mon intention est aussi que vous mettiez dans les articles secrets que je veux donner quatre cent mille francs à la famille du prince Primat: onze mille écus tous les mois. Moyennant cela, vous pourrez signer quand vous voudrez.
Paris, 12 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, expédiez un courrier à Berlin, qui sera porteur d’une lettre au comte de Saint Marsan, par laquelle vous le chargerez de remettre la lettre ci-jointe, qu’il est nécessaire de revoir et de corriger. On propose dans cette note de céder Glogau et une partie de la Silésie. Vous effacerez cela et vous donnerez pour instruction au comte de Saint Marsan de dire, en remettant la note, que si l’on ne peut pas payer, on n’a qu’à nous céder une province.
Il est nécessaire de répondre à M. de Krusenmark; vous le ferez dans les termes suivants, et vous me remettrez la rédaction de cette note:
« Que vous avez mis sous mes yeux sa note du 5 février; que, puisqu’il le veut, il faut parler clair; que Sa Majesté vous charge de lui répondre que le roi de Prusse a pris un engagement qu’il doit tenir; que, depuis que nous avons évacué la Prusse, on n’a rien payé; que vingt-deux millions de lettres de change qui avaient été tirées ont été protestées dès qu’on a vu l’Empereur engagé avec l’Autriche; qu’on a formé des corps, levé des chevaux , formé des camps, et qu’on entretient un état militaire évidemment inutile; qu’il est hors de doute que depuis quinze mois la Prusse aurait pu payer quatre millions par mois, ce qui fait soixante millions qui auraient payé la moitié de la créance; que Sa Majesté n’entend faire aucun traité éventuel, ni entrer dans aucune discussion contentieuse; qu’elle demande que la Prusse affecte au payement de sa dette, 1° quatre millions par mois à dater du ler janvier 1810, ce qui fera pour cette année quarante-huit millions, dans lesquels seraient compris les vingt-deux millions de lettres de change protestées depuis le renouvellement des hostilités avec l’Autriche; 2° l’emprunt de Hollande, montant à trente-huit millions, si toutefois cet emprunt réussit; que, quant aux différentes prétentions sur l’Ost-Frise et sur la société maritime à la charge de la Hollande, sur la société de commerce des bois de construction, Sa Majesté ne voit qu’avec peine des propositions aussi inacceptables; que la société du commerce des bois de construction était une administration prussienne ; que les armées françaises s’en sont emparées pendant la guerre, et qu’il n’y a aucune raison de revenir là-dessus; que, quant à l’Ost-Frise et à la société maritime à la charge de la Hollande, c’est à la Prusse à réclamer directement; que, si enfin en Prusse on ne veut point prendre de mesures convenables, et si l’on veut se jouer des traités comme on s’est joué du traité de Vienne, fait avec le comte de Haugwitz, et si l’on croit que, selon la coutume du cabinet de Berlin, on peut manquer aux engagements quand on les a signés, vous êtes itérativement chargé de déclarer que je ne saurais y consentir; que, au lieu de faire repasser mes troupes de ce côté du Rhin , je suis obligé de les tenir à Magdeburg et même d’en renvoyer sur l’Oder; que cet état de choses est très coûteux pour la France; qu’enfin ceux qui dans le conseil traitent cela de plaisanteries et de chimères se persuadent bien que jamais engagement pris avec l’Empereur n’a été violé, et que tout peut arriver hormis qu’il soit le jouet de quelques intrigants. »
En remettant cette note à M. de Krusenmark, vous lui ferez connaître verbalement que, si la Prusse ne peut pas enfin nous payer, elle n’a qu’à nous céder une province.
Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez chercher le ministre de Hollande. Vous lui ferez connaître que le ministre de la police a eu plusieurs entretiens avec le roi de Hollande; que celui-ci désire faire ce qui est nécessaire pour concilier l’indépendance de son pays avec mes vues, et qu’en conséquence il propose:
1° De céder à la France la rive gauche du Rhin;
2° de faire cesser toute communication avec l’Angleterre et de ne permettre la navigation que sous mes licences;
3° de s’en rapporter à mon jugement pour toutes les prises faites par mes bâtiments de guerre ou corsaires dans les eaux de Hollande;
4° de remettre, pour donner une garantie de l’exécution de ces promesses, la garde de l’embouchure des rivières et des côtes de la Hollande à des employés des douanes françaises et à un corps de troupes françaises, qui resteront en Hollande aussi longtemps que l’Angleterre maintiendra en vigueur ses ordres du conseil de 1807;
5° de s’engager à tenir dans le Texel une escadre tout équipée et prête à mettre à la voile;
6° enfin d’établir dans l’administration du concert et de la stabilité.
Vous demanderez au ministère s’il sait que ce sont là les intentions du Roi et s’il est autorisé à traiter sur ces bases. Vous lui direz que le maréchal Oudinot, indépendamment de 20,000 hommes de troupes de ligne, a 30,000 hommes de gardes nationales, qui me coûtent énormément; que le 4e corps, fort de 20,000 hommes de cavalerie et d’infanterie, doit arriver sous peu de jours à Nimègue; que tous ces mouvements m’occasionnent de grandes dépenses; qu’il est temps de faire cesser cette incertitude, et que, si l’on veut entrer en arrangement, il n’y a pas un moment à perdre; mais que je ne puis me départir d’aucune des conditions ci-dessus. Quant à la limite entre la France et la Hollande, elle devra suivre le cours du Rhin, et elle sera déterminée conformément à la note ci-incluse.
Vous porterez d’abord la force du corps français qui doit garder les côtes et les rivières à 18,000 hommes. C’est ainsi qu’elle était réglée avant l’établissement du royaume de Hollande; mais, dans la négociation, vous pourrez réduire ce nombre jusqu’à 6,000.
Vous commencerez aussi par demander la cession de tout le territoire jusqu’à la limite du Wahal, de la Merwede et de la OudeMaas, ce qui me donnerait le port d’Helvoet-Sluys; mais vous modifierez cette demande pour en venir à la limite fixée dans la note ci-jointe.
Le Roi m’a fait proposer une limite que je ne puis accepter; il faudrait que j’y fisse faire des canaux qui n’existent point, pour marquer la séparation des deux états. Voyez s’il est enfin possible de terminer cette affaire.
Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez un courrier au duc de Vicence pour lui prescrire de faire consigner dans le procès-verbal de l’échange des ratifications de la convention qu’il a signée qu’elle sera secrète et ne pourra être publiée que du consentement des deux parties. Cette convention n’est faite que pour donner des sûretés et tranquilliser la cour de Saint-Pétersbourg, sa publicité est contraire à la volonté de l’empereur. Je désire que ce courrier parte aujourd’hui; je suis fâché qu’en faisant cette convention on n’ait pas stipulé qu’elle resterait secrète.
Paris 12 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie un mémoire qui m’a été adressé par M. de Reizenstein (Sigismond, baron de Reizenslein, millistre d’État de Bade, né en 1765, mort à Carlsruhe le 5 mars 1847.). Il ne vous échappera pas combien il est irrégulier qu’un ministre d’un État étranger s’adresse ainsi à moi. Si le prince voulait connaître mes intentions, il pouvait m’écrire lui-même. L’important est que vous fassiez connaître que ma volonté bien déterminée est que les protestants n’oppriment point les catholiques; quand j’exige l’égalité dans les emplois, ce n’est point trop exiger, puisque les catholiques sont supérieurs en nombre aux protestants.
A M. de Chamapgny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au sieur Reinhard qu’il a mal fait de présénter le sous-préfet dc Rochefort, qu’aucun Français ne doit être présenté à une cour étrangère s’il ne m’a déjà été présenté et que dans ce cas il ne doit l’être qu’avec la permission du ministrce.
Monsieur le Duc de Feltre, j’ai donné l’ordre que le 2e régiment de la seconde légion de la Vistule fût incorporé dans le 1er. Donnez ordre que cette incorporation ait lieu le 15; ce qui portera le régiment de la seconde légion de la Vistule à près de 2,200 hommes.
Vous verrez que j’ai supprimé la seconde légion et que j’ai ordonné que le 1er régiment de cette seconde I´légion devînt le 4e régiment de la première. Faîtes-moi connaître si ce régiment pourra partir le 20 pour se rendre en Espagne.
En jetant un coup d’œil sur les détachements qui doivent composer la division d’arrière-garde, je vois qu’on a confondu dans vos bureaux deux choses très-importantes; ce qui peut avoir la plus grande conséquence. On veut comprendre dans la formation des bataillons auxiliaires des détachements appartenant à des régiments qui sont en Espagne: or les bataillons auxiliaires ne doivent être formés que par les dépôts dont les régiments sont au Nord ou en Allemagne. Tous les détachements des corps qui sont en Espagne doivent former des régiments de marche et jamais des bataillons auxiliaires. Mon intention est donc qu’on forme un régiment de marche, qui se réunira à Tours. Le 1er bataillon sera composé de tous les détachements qui se trouvent à Orléans, appartenant aux 2e, 4e, 12e et 15e régiments d’infanterie légère. Le 2e bataillon sera composé de tout ce qui est à Orléans des 32e, 58e, 121e et 122e régiments. Vous ordonnerez que tous ces détachements partent le 15 d’Orléans pour Tours. Vous ferez demain passer une revue de ces huit dépôts à Paris et à Versailles, pour en faire partir tout ce qu’ils ont de disponible et en état de bien faire la guerre.
Ils seront dirigés sur Tours, où vous chargerez le général Seras de se rendre pour organiser ces deux bataillons et en former le 5e régiment de marche.
Un second régiment de marche sera formé de tous les hommes disponibles en ce moment à leurs dépôts, ou en marche pour se rendre à Orléans, et qui appartiennent à des corps en ce moment en Espagne.
Quant aux hommes disponibles qui se trouvent en ce moment à Orléans ou sont en marche pour s’y rendre, et qui appartiennent à des régiments employés soit dans le Nord, soit en Allemagne, vous en formerez le 6e et le 7e bataillon auxiliaires, en formant autant de bataillons auxiliaires qu’il y aura de mille hommes.
Vous donnerez des ordres et prendrez des mesures pour que deux bataillons du 113e, de 800 hommes chacun, soient tenus prêts à partir; car je désire faire partir dans le courant de février le 4e régiment de la première légion de la Vistule, 2,000 hommes; deux bataillons du 113e, 1,600 hommes; le 5e régiment de marche de l’armée d’Espagne, que j’évalue à peu près à 1,600 hommes; un escadron de 300 hommes du 28e de chasseurs, 800 hommes; le régiment de dragons qui est à Versailles. On y joindrait le 6e régiment de marche de cavalerie qui est à Saumur, 1,900 hommes; cela fera donc une division de plus de 6,000 hommes, avec laquelle le général Seras se rendra en Espagne.
On formera ensuite une seconde division de tout ce qui restera à arriver à Orléans. Cette seconde division se composera du régiment de Berg, 1,000 hommes; du régiment de marche de la Confédération du Rhin, composé d’un bataillon de Bade, d’un bataillon du prince Primat, d’un bataillon du grand-duc de Hesse, 1,200 hommes; du bataillon d’Isembourg, 600 hommes; du bataillon prussien, 700 hommes; d’un bataillon de marche de la légion de la Vistule, à Sedan, l, 600 hommes; enfin du second régiment de marche des bataillons auxiliaires, auxquels on joindra le détachement des lanciers polonais et le régiment provisoire de cavalerie qui se réunit à Auch; ce qui portera cette seconde division à plus de 6,000 hommes.
Mon Cousin, donnez ordre que la brigade Valentin soit dissoute aussitôt qu’elle aura été remplacée à Bilbao; que tous les détachements de cette brigade qui appartiennent aux 32e léger, 6e léger et 76e de ligne, aillent rejoindre le 6e corps, pour être incorporés dans leurs régiments respectifs, et que tout ce qui appartient aux 118e, 119e et 120e se rende à Santander. Le général Valentin lui-même suivra ces trois régiments et sera sous les ordres du général Bonet.
Brigade Montmarie. Vous donnerez ordre qu’aussitôt que cette brigade aura été remplacée par le général Dufour, le général Montmarie ait à la réunir à Tudela, pour, de là, se rendre à Saragosse, où le général Suchet fera incorporer les détachements qui la composent dans les divers régiments du 3e corps auxquels ils appartiennent.
Brigade Lamartinière. – Vous donnerez ordre que tout ce qui, dans cette brigade, appartient au 3e corps, ait à se rendre à Saragosse, et que le reste de la brigade se rende à Burgos, d’où elle fournira des garnisons pour la police de la province. Elle devra pousser de forts détachements du côté de Frias pour maintenir la communication avec Santander.
Division Dufour. – Donnez ordre que cette division soit composée seulement du 1er et du 2e régiment de marche; que le 4e régiment de marche continue sa marche sur Salamanque, où il sera incorporé dans le 6e corps, hormis les détachements du 43e et 55e, qui, jusqu’à nouvel ordre, tiendront garnison dans la citadelle de Burgos, et que le 3e régiment d’infanterie de marche de cette division soit dissous à Tolosa et reçoive la destination suivante. Les 700 hommes qui appartiennent au 4e régiment suisse et les 30 hommes du 3e régiment se rendront, sous les ordres du général Kellermann, à Valladolid, ce qui complétera à 2,000 hommes les bataillons suisses de la division Kellermann. Tout ce qui appartient à la légion hanovrienne se rendra au 6e corps. Tout ce qui appartient aux bataillons irlandais se rendra au 6e corps. Tout ce qui appartient à la légion de la Vistule et aux régiments polonais se rendra à Saragosse, pour y être incorporé dans la Légion de la Vistule.
8e Corps. -Donnez ordre que tout ce qui appartient au 14e et au 121e se rende à Saragosse pour rejoindre ces régiments; que tout ce qui appartient au 122e se rende à la division Bonet; que tout ce qui appartient au 15e d’infanterie légère se rende au 6e corps. Par ces dispositions, la division Lagrange ne sera plus divisée qu’en deux brigades, la division Bonet sera augmentée de plus de 2,000 hommes, et le 3e corps de plus de 4,000.
Donnez ordre au duc d’Abrantès de porter son quartier général à Valladolid, de réunir là son corps d’armée, d’occuper par des postes d’infanterie et de cavalerie le royaume de Leon, Benavente et les confins de la Galice, afin que toute la division Loison puisse se reployer sur Salamanque; de se maintenir constamment en communication avec le 6e corps et de se soumettre toute la plaine.
Division Kellermann. – Donnez ordre à la division de dragons de Kellermann, c’est-à-dire aux 3e, 6e, 10e et 11e régiments, aussitôt qu’ils auront été complétés par les 4e et 5e régiments provisoires, ce qui les portera à 3,400 hommes, de se mettre en marche pour Salamanqne, pour être sous les ordres du duc d’Elchingen, commandant le 6e corps. En faisant connaître au duc d’Abrantès que la division Kellermann fait partie du 6e corps, vous le préviendrez qu’il doit faire occuper par sa cavalerie les postes que tenait le général Kellermann.
6e Corps. – Vous écrirez au duc d’Elchingen que, moyennant l’arrivée du duc d’Abrantès à Valladolid et l’occupation par ce corps d’armée du royaume de Léon et de la frontière de Galice, il doit attirer à lui la division Loison; que, avec les augmentations de cavalerie qu’a reçues son corps en dernier lieu par la réunion de la division Kellermann, il aura plus de 6 à 7,000 hommes de cavalerie; que l’arrivée de la division Loison portera son corps à plus de 86,000 hommes; que, d’ailleurs, le duc d’Abrantès est, avec un autre corps de 30,000 hommes sur ses derrières pour l’appuyer; qu’il n’y a pas un moment à perdre pour inonder les débouchés du Portugal, autant que possible, par de fortes patrouilles de cavalerie, afin de savoir ce qui se passe, donner de l’inquiétude aux Anglais et les empêcher de se porter sur le midi; qu’il peut répandre en Portugal l’annonce de l’arrivée de l’Empereur, avec 80,000 hommes; qu’il doit occuper le haut du col qui sépare Ciudad-Rodrigo de Salamanque; qu’il faut même, avant d’investir Ciudad-Rodrigo, qu’il ait de forts partis autour de cette ville. Ayez une conférence avec le général la Riboisière, pour savoir si l’on ne pourrait pas faire partir de Burgos un millier de chevaux chargés de munitions de siége pour Valladolid, et les diriger de là sur Salamanque. Faites-moi rédiger un état du 6e corps, comprenant les augmentations qu’il doit recevoir d’après mes différents ordres.
Division Bonet. – Faites connaître au général Bonet qu’il doit s’emparer des Asturies et prendre les ordres du duc d’Abrantès qui occupe le royaume de Leon et les confins de la Galice; que sa principale opération est d’occuper avec sa division toutes les forces de la Galice et de menacer constamment cette province par les Asturies; ce qui tiendra en réserve les troupes que l’ennemi a de ce côté et les empêchera de se porter ailleurs.
Gendarmerie. – Écrivez au général Buquet que les quatre premiers escadrons de gendarmerie qui entreront en Espagne, il les place dans les trois Biscayes; que les quatre suivants occupent la Navarre, qu’il les place de manière que la police des Biscayes et de la Navarre soit parfaitement assurée; qu’il envoie à cet égard un mémoire; que je désire que les autres escadrons puissent être placés dans l’Aragon, sur la gauche de l’Ebre, pour assurer les communications avec Jaca, Venasque et les frontières de France; qu’enfin aucun escadron ne doit passer Miranda ni l’Èbre sans mon ordre, à moins que ce ne soit de deux ou trois marches seulement pour poursuivre les brigands ou escorter les convois.
3e Corps. Faites connaître au général Suchet que, depuis le 1er janvier, son corps est augmenté de plus de la moitié et sa cavalerie plus que doublée; que j’entends qu’il pousse des colonnes mobiles dans tout l’Aragon; qu’il cherche à se mettre en communication avec le 7e corps, et qu’avant le 1er mars il investisse Mequinenza et Lerida et pousse vivement ces deux sièges. Faites-lui connaître que je dois envoyer des escadrons de gendarmerie à pied et à cheval pour organiser toute la partie de l’Aragon qui est entre l’Èbre et les Pyrénées, et que je désire qu’il me fasse passer un projet là-dessus.
Résumé. – Moyennant les dispositions contenues dans cette lettre, la division Reynier se trouve dissoute; la brigade Montmarie se trouve faire partie du 3e corps ; la brigade Valentin est envoyée, la moitié au 6e corps et la moitié à la division Bonet, et la brigade Lamartinière se rend provisoirement à Burgos. Mon intention est de l’envoyer plus loin, aussitôt que les six bataillons auxiliaires seront arrivés. Les six bataillons auxiliaires continueront toujours à se rendre à Vitoria. Faites part de ces diverses dispositions au Roi et au duc de Dalmatie. Envoyez-leur copie des ordres donnés depuis le ler ‘janvier, afin que, s’il s’était perdu des estafettes, ils aient le double.
J’ai pris un décret pour mettre les statues de plusieurs généraux sur la place de la Concorde. Je crois qu’il est convenable de charger de cela le sieur Denon. Je l’ai chargé de la statue du général d’Hautpoul. Je l’ai chargé spécialement de ce qui est relatif à l’éléphant et à l’aiguille du Pont-Neuf. Mais il est nécessaire qu’il prenne vos ordres et travaille avec vous pour ces différents monuments.
Paris, 13 février 1810
J’ai examiné le projet d’Anvers. Je désire qu’on trace la couronne qui enveloppe la lunette beaucoup plus en avant de la place.
Comme on peut éloigner les lunettes qui doivent flanquer la couronne, il est facile de la porter assez loin pour que les demi-lunes de la citadelle ne soient pas attaquables sans avoir pris la couronne, pour qu’elle soit d’autant plus éloignée des chemins couverts de la demi-lune E, et, enfin, pour avoir de l’emplacement pour un camp, lorsque l’ennemi aura forcé celui qui est en avant. En plaçant la couronne à 250 ou 300 toises de la lunette, celle-ci aura toute sa défense. Les défenses successives sont plus soutenables dans une place à très grande garnison comme Anvers, surtout dans une place qui peut être appuyée par la Belgique ,qui est un arsenal de marine, et dans laquelle les affûts, les canons, les munitions de toute espèce, les blindages, tout enfin se trouve en abondance.
Je demande donc un tracé de cette couronne qui remplisse parfaitement les trois buts que je propose. Cela a aussi l’avantage qu’un jour on peut effacer le rempart autour de la nouvelle demi-lune. On y gagnerait un espace immense pour les chantiers de la marine.
J’ai accordé 1,200,000 francs pour les fortifications d’Anvers pendant 1810 ; j’en accorderai 1,200,000 pour 1811 ; ce qui fera 2,400,000 francs. Il faut avec ces 2,400,000 obtenir un système, car rien ne dit qu’on ne soit pas attaqué avant 1812. Bien des évènements pourront avoir lieu d’ici là. Il est nécessaire que, cette année, le fort de la rive gauche puisse être armé en un mois de temps, si cela devenait nécessaire; qu’en 1811 il puisse être achevé avec les casemates et les magasins à poudre.
Quant à l’enceinte de la place, je la divise en deux: une partie qui est inondée et qui regarde le bas Escaut. Je demande que, au lieu où se joignent la digue Ferdinand et la digue de l’Escaut, on élève deux traverses qui fassent un angle entre elles et qui enfilent, l’une la digue Ferdinand, l’autre la digue qui longe la rivière. Ces ouvrages en équerre peuvent contenir une quarantaine d’hommes ; ils seront ensuite enveloppés d’un fort, lui serviront de réduit, et, en attendant, donneront le temps et l’assurance nécessaires pour couper les digues. Ces traverses rempliront le double but de servir de corps de garde et de défense.
Il parait que l’inondation couvre tous les fronts du camp jusqu’au canal de Herenthal. Je demande que, cette année et l’année prochaine, on fasse la couronne et la digue de Deurne, qui couvre le premier camp retranché; ce qui couvre la place jusqu’aux fronts de droite, et ce qui nécessairement ajoute une défense à toute la gauche.
Quant à la droite, je désire que l’année prochaine on ait fini la couronne qui couvre les fronts de la citadelle, comme je l’ai indiqué; que cette année on fasse les dépenses nécessaires pour fonder les ouvrages de la campagne prochaine; qu’on fasse un beau magasin à poudre dans la Tête-de-Flandre; qu’on en fasse deux autres le long des remparts, afin que, dans les troisième et quatrième années, on finisse tout le projet de fortifications suivant le plan adopté.
Du reste, les dépenses de 1811, de 1812 et de 1813, seront approfondies au conseil de novembre prochain, d’après des plans à grand détail qui seront faits cette année.
Je donne 400,000 francs pour la couronne. Il faut diriger les travaux de manière que, l’ennemi venant attaquer au mois d’août, on puisse convertir les trois bastions en trois beaux saillants retranchés qui puissent faire leur office.
Je ne vois pas non plus un hon mémoire sur les inondations. Il faut faire faire les nivellements, tracer les digues et les polders environnants.
Quant aux chemins couverts, au curement des fossés, c’est l’ouvrage le plus important. Il faut abattre les tours, les magasins qui gênent la circulation des remparts, sans considération quelconque, ôter la poudre des tours, ce qui pourra se faire moyennant les trois magasins à poudre.
Il faut aussi ordonner que tout le magasin des Carmes soit mis à la disposition de l’artillerie, et donner à l’artillerie les fonds nécessaires pour construire les hangars et armer la place, car j’ai ordonné qu’il soit envoyé à Anvers une grande quantité d’artillerie de bronze des places de Flandre.
Il est possible que je puisse moi-même aller à Anvers, d’ici à l’année prochaine. Toutefois j’arrêterai les projets de la Tête-de-Flandre, comme plan, l’année prochaine sans doute. C’est là faudra placer tous les établissements d’artillerie; mais, en attendant, il faut lui donner les Carmes.
Monsieur le duc de Feltre, je viens de prendre un décret qui accorde 466,000 francs pour les travaux d’Aix.
Article Ier. – Batterie circulaire. Mon intention est que, moyennant les 41,000 francs accordés, il y ait de l’eau tout autour de cette batterie et à la gorge, de manière que, l’ennemi débarquant auprès des rochers, après avoir éteint le feu de la place, il y ait impossibilité physique de s’emparer de la batterie.
ART. 2. – Je consens qu’on dépense 50,000 francs pour réparer le retranchement, mais à condition que ces réparations soient définitives; que le relief du retranchement soit le même que celui d’un corps de place, et non celui d’un simple retranchement de campagne, parce qu’il me semble qu’en donnant au retranchement le relief convenable et en construisant le bastion de gauche, le reste du retranchement sera suffisamment en sûreté, et qu’il n’y aura plus qu’à porter la défense ailleurs.
ART. 3. – Je mets 180,000 francs pour être employés entièrement au bastion de gauche, parce que je veux un très grand et très beau bastion, puisque c’est le point d’attaque et que le reste du retranchement du bourg est couvert par des inondations. Je désire que, dans le projet, le bastion soit porté en avant et qu’il soit détaché de l’enceinte actuelle, de manière que l’enceinte reste intacte, sans que cela cependant ôte au bastion la défense qu’il peut tirer du retranchement. Je veux dans ce bastion un cavalier, avec casemate, qui domine l’île, donne deux rangs de feux, et mette le reste de l’enceinte à l’abri d’une attaque : c’est ce qui fait que je donne 180,000 francs pour ce bastion.
ART. 4. – La batterie de l’île d’Ènette doit être terminée, et avant le ler s’il est possible, de manière à pouvoir être armée de douze pièces de 36 sur affûts de côte et de six mortiers.
Bâtiments militaires. – ARTICLE 1er. – Il y a déjà un magasin à poudre dans la batterie circulaire, et suffisant pour la batterie. Je désire qu’on construise deux magasins à poudre dans le retranchement du bourg, dont un près l’embarcadère, afin qu’il soit éloigné des feux qui pourraient avoir pour but d’éteindre la batterie circulaire.
Il est nécessaire que de ces deux magasins un, au moins, soit terminé cette année, et qu’on puisse y déposer des poudres.
ART. 2. – Je mets 50,000 francs pour des baraques. Je sais qu’il y a de quoi loger 1,200 hommes; je veux qu’on puisse en loger encore 7 à 800, afin d’avoir 2,000 hommes logés; ce qui, joint aux 1,200 hommes déjà logés dans le faubourg, fera 3,200 qu’on pourra loger cette année.
Je n’adopte que le projet de cette année, parce que je suis forcé par le temps. Je pense que, le bourg fermé, la batterie circulaire terminée, les magasins à poudre finis, les ouvrages existants sont suffisants pour mettre le bourg à l’abri d’un coup de main; mais, si l’ennemi peut débarquer dans l’île, il sera maître de la place un mois plus tôt ou un mois plus tard, quelque résistance qu’on puisse lui opposer. Je pense donc qu’il est convenable d’établir deux forts, dans le genre de ceux que j’ai fait construire à Boulogne, c’est-à-dire une enceinte bastionnée avec de l’eau dans les fossés, s’il se peut, et un réduit en maçonnerie, ayant l’escarpe, contrescarpe et souterrain à l’épreuve. Ce fort serait situé au milieu de l’île, à 4 ou 500 toises du retranchement du bourg, et aurait une caponnière par laquelle on communiquerait du fort au bourg. Un troisième fort sera établi à l’extrémité de l’île, de manière qu’il se trouve à 4 ou 500 toises du deuxième fort; ce fort serait moins considérable que le deuxième.
Ces projets seront faits cette année, pour m’être soumis au conseil de novembre prochain.
Moyennant cela, 600 hommes dans le bourg, 400 hommes dans le fort du centre, 200 hommes dans le fort de l’extrémité, au total 1,200 hommes, mettront l’île à l’abri de toute attaque, car il y aura impossibilité physique d’y descendre sans se trouver sous la mitraille.
Paris, 13 février 1810.
Monsieur le Duc de Feltre, voici mes intentions sur les travaux de Flessingue.
Je désire qu’il y ait une écluse de faite cette année, et que les ouvrages soient poussés de manière que le fort de gauche soit fini, qu’on construise sur la digue trois ou quatre traverses casematées, entre la place et le fort de gauche, afin que la communication en soit toujours sûre. Par ce moyen, des corps de garde de quinze hommes sur les digues, casematés et couverts pur les terres, rendront difficiles les cheminements et assureront toujours la communication. Il faut aussi que ces traverses aient des feux sur le plat pays, par leur petit côté. Ne mît-on là que quatre fusils de rempart, ce serait un grand avantage. Ma volonté est que le comité désigne l’emplacement de ces traverses, qu’elles soient fondées, terminées et en état de défense cette année.
J’approuve, pour Breskens, le projet de pentagone. Ma volonté est qu’il soit tracé sur les digues, dans l’emplacement désigné par le comité, deux ou trois traverses qui arrêtent l’ennemi au delà des saillants du pentagone. Ces traverses auront aussi des feux sur la mer, et même sur la plage, en arrière, jusqu’à la batterie. On les armera de fusils de rempart. Ainsi situées, ces traverses seront à l’abri d’un coup de main; il faudra ouvrir la tranchée pour les aborder sous le feu des batteries du front.
J’ai mis pour tout cela 530,000 francs, savoir : 400,000 francs pour Breskens, et 130,000 francs pour la batterie Napoléon. Je désire que cette batterie soit également fermée, et qu’il y soit construit, à l’épreuve, un magasin de cinquante milliers de poudre, afin d’avoir les poudres à l’abri de tout événement.
On fera les projets en règle pour les places de l’Écluse et du Sas-de-Gand. Mais il est vrai de dire qu’il serait ridicule de travailler à ces places lorsque l’île de Cadzand et Flessingue ne sont pas en état.
Il faut que le ministre prenne des mesures pour qu’on travaille à l’île de Cadzand dès le mois de mars; qu’on requière des maçons dans toute la Belgique et qu’on prenne des moyens extraordinaires convenables. Ce fort là est du plus grand intérêt. Je désirerais qu’on fit cette année les trois forts du côté de la campagne, sans faire les deux fronts du côté de la mer. Cette trouée serait fermée par les deux traverses que je propose, sauf à arranger les deux saillants de manière à avoir des feux pour protéger les traverses.
Une autre année, on fera les deux fronts de la mer ; mais il est indispensable de faire cette année un magasin à poudre, au pied des digues par exemple, ou dans tout autre endroit qui paraîtrait plus convenable pour le mettre à l’abri des feux de l’ennemi.
Je désire que vous me présentiez un état des bâtiments militaires qu’on veut céder aux communes. Une colonne contiendra la dépense d’entretien des bâtiments; une colonne, la dépense d’entretien des lits et de l’ameublement; une autre colonne, le total de ces dépenses; une autre colonne indiquera le revenu des villes. Le résultat de ce mémoire me mettra à même de raisonner et rédiger le décret. On ne peut rejeter sur le ministère de l’intérieur la dépense des bâtiments militaires; il n’en entretiendra aucun. Il aimera mieux entretenir les prisons, qui tombent en ruine. Ce serait une lutte continuelle entre le ministre de la guerre et celui de l’intérieur, et cela compliquerait l’administration.
Je crois que les communes sont assez riches. Elles ont déjà fait les lycées, les dépôts de mendicité; presque toutes peuvent entretenir leurs casernes, et le ministre de la guerre économisera beaucoup de dépenses et d’employés.
Mais le travail fait par le génie n’est pas assez complet pour que je puisse prononcer. Il doit renfermer toutes les données. Ainsi il doit dire : l’entretien des bâtiments militaires de Paris coûte tant; l’ameublement des bâtiments, tant; total, tant; la commune de Paris a tant de revenus.
On ne doit pas porter l’entretien de ces bâtiments dans leur état actuel, après une longue interruption dans les réparations; mais il faut prendre un état moyen entre les bâtiments vieux et les bâtiments neufs; le comité doit avoir des bases là-dessus.
Il n’est pas de commune qui ne préfère donner 300 francs pour l’entretien de ses casernes à donner 300 francs au trésor public; cela augmente son influence et la soulage. Elle peut loger les troupes qui passent les prisonniers. Elle évite les frottements avec les officiers du génie et les employés militaires, parce que la commune n’a là que des subordonnés.
Il n’y a pas de commune qui ne puisse employer du dixième au vingtième de ses revenus à cet objet. Les revenus des communes, en France, sont de soixante et quelques millions; le dixième de 60 millions est 6 millions; le vingtième est 3 millions; le terme moyen est d’environ 4 millions; mais, enfin, ne prit-on que le vingtième, ce serait un grand soulagement pour le ministre de la guerre, et une chose d’autant plus convenable pour les troupes, que l’autorité qui doit réparer se trouve sous les yeux du commandant et du colonel, et que la mesure est toute simple, celle de loger chez l’habitant.
Cela doit porter les communes à voir avec moins de peine la mesure qu’on propose. Il y a beaucoup de communes qui se chargent de réparer leurs casernes, afin d’éviter les logements, qui, outre la gêne, obligent à fournir le feu, le sel, la lumière et beaucoup de petites fournitures. Je regarde donc l’idée de donner les casernes aux communes comme une bonne opération d’administration.
Aussitôt qu’on me remettre l’état que j’ai demandé, je déciderai tout de suite. Il y a quatre ans que cette affaire dure, parce que je n’ai jamais vu un projet qui me présentât les données nécessaires.
Je désire que, samedi au plus tard, vous me présentiez l’état des casernes de l’intérieur à remettre aux villes, des ponts-levis à supprimer dans les places, des digues et écluses à rendre aux ponts et chaussées, des places à ne plus entretenir, afin de produire par là une grande économie. Ces trois derniers objets seront contenus dans un seul décret en plusieurs titres.
Je n’attache aucune importance à Ypres. J’ai là des fortifications qui empêchent la ville de s’étendre et occasionnent des prohibitions qui gênent la population.
Je n’attache aucune importance à Gand, Amiens, Mézières, Verdun, Auxonne, Colmar, Entrevaux, Villefranche, ainsi qu’un grand nombre de places. Le comité verra en détail l’état des places. Je ne veux point les démolir, mais je ne veux y faire aucune espèce de dépense. Je serais d’avis que deux ou trois châteaux, tels que Ham, qui servent de prisons d’État, fussent remis à la police, qui se plaint du génie et que les prisonniers s’échappent; elle n’aura plus lieu de se plaindre de personne. En faisant démolir Sedan, j’ai dit qu’on conservât la citadelle; mais je ne veux rien y faire. Je n’attache aucune espèce d’importance à aucune place de la Corse; aucune ne peut se défendre; il n’y a là aucun système; aucune n’est approvisionnée de manière à pouvoir se défendre.
Ainsi donc les places à entretenir sont les places de première ligne; en outre, quelques places centrales, Metz par exemple; quoique n’étant pas de première ligne, c’est un point d’appui. J’attache aussi de l’importance à Lille. Luxembourg est une place à discuter. Je verrais volontiers un mémoire sur Luxembourg. Il est clair que Luxembourg a été fait contre Metz. Est-il utile de le garder ? Je ne préjuge point la question: je n’y ai pas réfléchi. Il est évident que cette place exige une grande garnison, un grand entretien, un grand approvisionnement dans un pays très ingrat.
En supposant qu’on conserve Luxembourg et Metz, il est évident que bien des petites places, précédemment élevées autour pour fermer la trouée qui existait, deviennent aujourd’hui inutiles : par exemple Longwy. La position de Luxembourg tournait et prenait en flanc tout le système de l’Alsace.
Longwy, Sarrelouis, Sarrebourg, Sarreguemines, Phalsbourg, sont des places auxquelles je ne veux pas dépenser un sou, mais il faut que le directeur des fortifications et le commandant militaire aient la surveillance pour qu’on ne détruise rien.
Ici il faut poser le principe : toute place est bonne. Je désirerais en avoir une à Orléans comme point central, pour contenir tous les dépôts de France. Mais il n’est pas question de faire des romans, et la question se réduit à cela : l’état n’a que 1,200,000 ou 1,500,000 francs pour entretenir ses places; faut-il mieux les employer à entretenir avec soin les places de première ligne, ou les diviser sur une multitude de places, de manière à avoir sa frontière en mauvais état ?
Pendant qu’on prendra Mayence, Landau ou Wesel, on aura le temps de réparer les places de la Flandre, de la Meuse et de Lorraine. En cent années de temps, même sans rien faire, une fortification ne se dégrade pas de manière qu’en trois mois, avec des bras et de l’argent, on ne la mette en état; car, quand même il y aurait quelque brèche au corps de place, il n’yen aura pas à la demi-lune, ni à la contrescarpe, et la place pourra encore se maintenir en état de défense, et d’ailleurs il n’y a pas de brèche qu’on ne puisse réparer en trois mois. Si nos places de Flandre eussent été négligées pendant quinze à vingt ans, elles n’en auraient pas moins joué leur jeu en 1793, en supposant qu’on y eût travaillé en 1791 ou 1792, comme on a fait effectivement dans toute la France.
J’ai vu, dans ma tournée, qu’on s’amusait à relever la contrescarpe d’un bastion à Mézières, tandis que toutes les contre-mines de Mayence s’écroulaient. Je désire qu’il n’y ait rien de pareil cette année. Il ne s’agit point de dépenser de petites sommes; je ne veux pas qu’on dépense un sou. Je veux d’abord que mes places frontières soient en état ; il faut supprimer sans miséricorde toute espèce de dépense aux autres places.
Monsieur le Comte Daru, le maire de Lyon m’a dit que le terrain de l’île Perrache était fini. Je désire que vous teniez un conseil composé de l’intendant de mes bâtiments, de mon premier architecte et de mon grand maréchal, pour me présenter un projet de palais à bâtir sur ce terrain.
Je désire que vous voyiez le sieur Denon et d’autres artistes, pour me proposer l’érection, sur le pont d’Austerlitz, de plusieurs statues, mon intention étant d’y placer des statues des généraux et colonels distingués tués dans les dernières campagnes. Même chose sur le pont d’Iéna. J’attends un rapport de vous sur ces objets.
Monsieur le comte Defermon, vous recevrez un décret qui change quelque chose à la distribution des domaines en Galicie et des actions du canal du Midi et du canal du Loing. Ces changements se réduisent à la substitution de la principauté d’Essling à la principauté de Raab.
Toutes les dispositions qui auraient pu être faites pour la dotation d’une principauté de Raab doivent être annulées.
Vous recevrez également un décret qui constitue définitivement la dotation des trois principautés de Wagram, d’Eckmühl et d’Essling.
Enfin vous recevrez un autre décret qui crée six dotations pour les six grandes charges de la Couronne.
Par ces différentes dispositions, je me trouve avoir entièrement disposé des actions des canaux du Loing et du Midi, des domaines en Galicie, des six millions de domaines dans les départements du Rhin, des 750,000 francs de rente sur le grand-livre de l’année, hormis 60,000 francs qui restent encore à distribuer, des 750,000 francs sur le Mont-Napoléon, hormis 25,000 francs qui n’ont pas encore de destination, et de 100,000 francs sur ce qui reste de l’ancien fonds de 1,200,000 francs, créé sur le Mont-Napoléon.
A M. de Rémusat, préfet du Palais, à Paris
Puisque l’opéra de la Mort d’Abel est monté, je consens qu’on le joue. Désormais, j’entends qu’aucun opéra ne soit donné sans mon ordre. Si l’ancienne administration a laissé à la nouvelle mon approbation écrite, on est en règle, sinon non. Elle soumettait à mon approbation, non seulement la réception des ouvrages, mais encore le choix. En général, je n’approuve pas qu’on donne aucun ouvrage tiré de l’Écriture sainte; il faut laisser ces sujets pour l’Église. Le chambellan chargé des spectacles fera immédiatement connaître cela aux auteurs, pour qu’ils se livrent à d’autres sujets. Le ballet de Vertumne et Pomone est une froide allégorie sans goût. Le ballet de l’Enlèvement des Sabines est historique; il est plus convenable. Il ne faut donner que des ballets mythologiques et historiques, jamais d’allégorie. Je désire qu’on monte quatre ballets cette année. Si le sieur Gardel est hors d’état de le faire, cherchez d’autres personnes pour les présenter. Outre la Mort d’Abel, je désirerais un autre ballet historique plus analogue aux circonstances que l’Enlèvement des Sabines.
Je vous envoie des pièces qui viennent de Rome, trouvées dans le secrétaire même du Pape; faites-moi l’analyse de toutes ces pièces.
Palais des Tuileries, 13 février 1810
Sa Majesté juge convenable que le ministre de la police fasse mettre les scellés sur les papiers du sieur Sonlavie, pour y chercher ceux qu’il peut avoir recueillis dans les établissements publics pendant la Révolution, et qui, intéressant l’État, ne peuvent devenir à aucun titre la propriété d’un particulier.
Les archives des relations extérieures n’ont pas toujours ce qu’on leur demande. L’archiviste est, pour ce département, archiviste général. S’il n’a pas ce qui est nécessaire au service, il doit le chercher ou dans les archives nationales, ou dans les archives du Gouvernement, ou à la Bibliothèque impériale. On ne doit jamais avoir besoin de recourir à un autre que lui pour les documents qui ont quelque rapport avec les relations extérieures.
Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire que vous communiquiez à l’intendant de mon domaine extraordinaire les articles du traité avec la Westphalie qui le concernent. Écrivez à mon ministre à Cassel pour qu’il presse la rentrée des bons, et présentez-moi les pleins pouvoirs et autorisations nécessaires pour la remise du Hanovre au Roi à l’époque du 1er mars; en conséquence, l’entretien des troupes à sa charge comptera du ler mars. Envoyez à mon ministre une instruction pour la remise du Hanovre, avec toutes les réserves et clauses qui mettent mes intérêts à couvert, et faites-lui connaître qu’avant tout il faut que les bons soient versés.
Faites bien connaître à mon ministre que, par le mot entretenir, il faut entendre solder, habiller, nourrir et fournir de tout mes troupes. Il eût été à désirer que cela eût été mieux spécifié. Il est important que dans l’acte qui accompagnera la remise du Hanovre il y ait une clause qui porte que l’entretien de mes troupes sera à la charge du Roi depuis le 1er mars.
J’ai été visiter les archives. Elles me paraissent bien incomplètes, et je ne sais pas si l’hôtel Soubise pourra suffire à placer cette immense quantité de papiers.
Si les Archives doivent rester à l’hôtel Soubise, il faut avoir un plan bien fait, et prendre de fortes mesures de précaution pour qu’on n’ait pas à craindre le feu.
Je voudrais un projet de décret général sur les Archives. Je désirerais que l’on renfermât dans les Archives générales tout ce qui est antérieur au règne de Louis XV, soit des relations extérieures, soit du Gouvernement, soit de la justice; de sorte qu’il n’y eût, dans les archives des ministères et des administrations, que les papiers relatifs aux affaires de ce département depuis la première année du règne de Louis XV.
Je désirerais qu’on pût tirer des expéditions une rétribution suffisante pour couvrir les frais de l’établissement.
Il y a à Versailles, à Rome et dans les départements, beaucoup de papiers qu’on pourrait réunir dans les archives centrales. Il me semble que, par ce moyen, l’administration aurait ce qu’il lui faut.
Dans cinquante ans, on déclarerait que tout ce qui est du siècle de Louis XV et de Louis XVI serait réuni aux Archives.
Paris, 14 février 1810
Vous donnerez l’ordre de se rendre à Paris et d’y établir leur domicile aux sieurs Spinola de Pelisseria, Jules Raggio et ses fils, Nicolas Cataneo, Joseph Grimaldi, Paul-Jérôme Pallavicini, Grimaldi della Pieha, du département de Gênes, Fossone, Montalto et Solano del Borgo, du département du Pô.
Paris, 15 février 1810
Faites faire par le sieur Fontaine un rapport sur cette question :
1° Est-il possible de placer toutes les Archives nationales dans les nouvelles galeries que je fais aux Tuileries ?
2° Et, si cela ne peut pas se faire sans défigurer le palais, que coûterait l’établissement des Archives dans l’emplacement de la rue de Rivoli ? Je crois qu’on pourrait faire de grandes galeries avec quelques bâtiments transversaux. Il me semble que deux étages paraîtraient suffisants. II faudrait y mettre du fer au lieu de bois, afin qu’elles fussent incombustibles.
3° En quel état est le palais Soubise ? Peut-il loger un prince ?
Que vaut cette maison dans son état actuel ? Gagnerait-on sur le prix de cette maison ce que coûterait ce nouveau bâtiment ?
Monsieur le vice-amiral Decrès, je vous renvoie votre dépêche que vous pouvez faire partir sans délai. J’en ai effacé un paragraphe, parce que ce paragraphe semblerait abandonner la discussion sur le Hanovre. Vous pourrez finir par cette phrase: « Enfin nous devons désirer de part et d’autre de faciliter l’arrangement de ces discussions. II paraîtrait convenable qu’un de vos commissaires vînt à Morlaix, où sa présence contribuerait à aplanir toutes les difficultés, et accélérerait par là le soulagement qu’attend l’humanité. »
Monsieur le vice-amiral Decrès, écrivez au Transport-Office, qu’en France le traitement des officiers anglais prisonniers est ainsi réglé:
Pour les généraux de division : 3.0000 francs par an, 8,32 francs par jour ;
Généraux de brigade : 2,000 francs par an, 5,55 francs par jour ;
Colonels et adjudants-commandants : 1,200 francs par an : 1,200 francs par an, 3,33 francs par jour ;
Majors : 1,000 francs par an, 2,77 francs par jour ;
Lieutenants-colonels : 900 francs par an, 2,50 par jour ;
Capitaines : 600 francs par an, 1,60 par jour.
Que cependant en Angleterre les officiers prisonniers de tous les grades ne reçoivent que 30 sous par jour; que vous êtes chargé de proposer de faire le même traitement aux officiers français, prisonniers en Angleterre, que celui qui est accordé aux officiers anglais prisonniers en France; que cela est peu de chose, il est vrai, mais qu’il est de la dignité militaire de ne pas traiter les grades supérieurs comme les grades inférieurs.
Monsieur le Duc de Feltre, suspendez de son commandement le colonel Campi, pour la mauvaise conduite qu’il a eue et qu’il a tolérée dans son régiment à Salzbourg.
Donnez-lui l’ordre de se rendre à Paris, pour se justifier devant une commission du conseil d’Etat.
Monsieur le Duc de Cadore, j’approuve le rapport ci-joint avec les modifications suivantes: 1° de ne prendre du Tyrol italien que 280.000 âmes, population égale à celle de Bayreuth et de Ratisbonne, 2° que la Bavière ne cède pour le royaume de Wurtemberg et les duchés de Bade et de Darmstadt qu’une population de 150.000 âmes. Ainsi, au lieu de 188.000 âmes, la Bavière eu gagnera 240,000 à 250.000. Sur les 150.000 âmes cédées par la Bavière je crois qu’il faut donner 110.000 âmes au Wurtemberg, 25.000 à Bade et 15,000 à Darmstadt. On donnera de plus à Darmstadt les enclaves de Hanau qui ont environ 10.000 âmes, de sorte qu’il aura un accroissement égal à celui du duché de Bade. Il est urgent de conclure aussi promptement que possible. Vous mettrez un article qui déclare effacées au moyen de ces cessions toutes les prétentions de la Bavière pour des fournitures faites aux troupes françaises pendant la dernière guerre et vous étendrez cet article à Wurtemberg, à Bade et à Darmstadt. Pour Bayreuth, vous aurez soin de confirmer tous les biens que j’ai distribués et de me réserver ceux qui sont compris dans les séries ou bien tant de millions en bons, à peu près comme ceux de la Saxe et moyennant cela je me chargerai de l’hypothèque de la principauté d’Essling; pour Ratisbonne, vous stipulerez deux fiefs de 4OO.OOO francs de rentes chacun. Vous aurez également soin de stipuler expressément la terre que j’al donnée au général de Wrède.
Monsieur le Duc de Cadore, envoyez la convention que j’ai faite avec la Russie à mon ministre à Dresde, pour qu’il la communique au roi et engage ce prince à ne plus se servir de la dénomination de Pologne dans les ordres qu’il donnera au Grand-duché de Varsovie. -Faites mettre dans le Journal de l’Empire l’article: Varsovie tiré du Journal de Leyde qu’a envoyé le sieur La Rocheroucauld en tournant cet article en ridicule. Montrez-le aux ministres du roi et chargez le sieur La Rochefoucauld d’en porter les plaintes et de faire connaître que cela a nécessité l’impression de la note que vous avez remise, il y a quinze jours, à M. de Roell et qu’on verra demain dans le Moniteur. Le gouvernement hollandais devait sentir qu’engager une querelle pfficielle par écrit, c’est vouloir en venir bientôt aux armes.
Sire, les Rohan jouissaient de l’agrément d’offrir des premiers à leurs souverains leurs hommages et leurs vœux dans les événements qui leur étaient personnels : daignez agréer les miens sur le mariage de Votre Majesté. En lui renouvelant mon serment de fidélité et d’attachement, j’espère que, me regardant toujours comme un de ses serviteurs les plus dévoués, elle m’attachera soit à son auguste personne, soit à celle de la nouvelle Impératrice et de ses enfants, que personne au monde n’ambitionne plus que moi de voir, pour le bonheur, la tranquillité de l’Empire et votre satisfaction personnelle. Alors je dirai dans la joie de mon cœur, les paroles de Siméon: Nunc dimittis servum tuum. Oui, Sire, mon existence ne m’est chère que pour la sacrifier au grand Napoléon; il est mon dieu tutélaire, et le chagrin le plus vif pour moi serait si Votre Majesté pouvait en douter; mais non, ma probité est connue; on ne change point à mon âge. Tant que j’aurai un souffle de vie, ce sera pour vous la consacrer. D’ailleurs, vos bienfaits sont des liens, des motifs indissolubles d’attachement, et je les attends avec respect. Le plus grand des empereurs n’oubliera point un de ses plus anciens serviteurs, et le seul de son nom qui, dès le premier moment, s’est hâté de s’offrir.
F. de Rohan, premier aumônier. Le duc de Frioul fera payer douze mille francs au premier aumônier, sur la caisse des théâtres.
Paris, 16 février 1810
Monsieur le Duc de Feltre, je reçois la réclamation du roi de Westphalie que vous me transmettez. Cette réclamation est juste, puisque ce prince ne doit entretenir que 18,000 hommes de troupes françaises, dont 6,000 de cavalerie.
Faites-moi un rapport sur la quantité de troupes que je dois avoir dans les places de Stettin, Küstrin, Glogau et Danzig, et proposez moi un projet d’ordre pour y envoyer des troupes de la division Gudin et un régiment de cavalerie légère du général Jacquinot. Les Polonais et les Saxons qui sont dans ces quatre places retourneraient chez eux.
Vous recevrez un décret par lequel je destitue le sieur Normand ou Lenormand, commandant d’armes à Savone. Je désire une note sur cet officier, qui entretient avec le Pape une correspondance indigne d’un militaire. Vous donnerez ordre que, trois heures après la notification que vous ferez au sieur Lenormand de sa destitution, il parte de Savone. Proposez-moi un bon officier pour mettre là. Désignez le lieu où le sieur Lenormand doit se rendre. La police a tous les renseignements qui regardent cet individu.
Au comte Lavalette, directeur général des postes, à Paris
Faites venir Fiévée chez vous et demandez-lui un mémoire sur ses voyauge à Londres, en septembre et octobre qui ont précédé le 18 brumaire, et sur les rapports qu’il a eus depuis avec le chevalier de Coigny.
Paris, 17 février 1810
EXPOSÉ DES MOTIFS DU SENATUS-CONSULTE SUR LA RÉUNION DES ÉTATS DE ROME À L’EMPIRE
Monseigneur, Sénateurs, le sénatus-consulte que nous vous apportons va consommer un des plus grands évènements politiques de la grande époque où nous vivons.
Il réunit l’État de Rome à la France.
Il trace une ligne profonde entre les intérêts de la politique et ceux de la religion.
Il assure l’existence temporelle, honorable et indépendante, du chef de l’Eglise.
Je vais indiquer rapidement, Messieurs, les puissants motifs qui ont amené Sa Majesté à de si importantes résolutions. Leur développement appartient à l’histoire.
Je dirai sommairement ce qui a, par une gradation successive, nécessité l’occupation du littoral romain et d’un de ses ports, déterminé ensuite l’invasion du territoire, obligé, depuis, à s’emparer du gouvernement et de l’administration, enfin décidé la conquête.
Passant à l’obligation de régler l’usage de cette conquête, je ferai connaître le besoin de la réunion.
Enfin je mettrai sous vos yeux les suites de l’une et de l’autre, leurs résultats pour l’Empire, pour l’Eglise, pour son premier pontife.
Elle est présente au souvenir de tous les amis de la morale, de la religion et de l’ordre, cette époque où les pierres du sanctuaire dispersées furent réunies sous une main réparatrice et où l’édifice auguste de la religion reparut au sein de la France régénérée.
Alors et depuis, le Pape bénit, au nom de l’éternel, le monarque puissant qui avait relevé les autels; alors le Pape renoua l’antique alliance de la France et de l’Église.
Que n’y a-t-il été fidèle ! La prudence, la justice le conseillaient, à défaut de la reconnaissance.
S’il n’eût été que pontife, il ne l’eût pas abjurée; mais il était aussi souverain d’un état plus important par sa position géographique que par son étendue ou son importance.
En 1805, alors que l’Angleterre détourna sur l’Allemagne l’orage prêt à fondre sur elle; alors que l’armée austro-russe menaçait la France vers le Rhin, que celle du prince Charles menaçait l’Italie vers l’Adige, les flottes anglaises vers l’Adriatique, le littoral romain, ses ports, Ancône surtout et sa citadelle, étaient sans défense; leur accès ouvrait le continent à ses ennemis acharnés et livrait momentanément l’entrée de l’Italie aux Anglais. Leurs projets n’avaient pas échappé à l’Empereur. Le Pape en fut instruit par le ministre de France; en lui dévoilant le danger, on lui indiqua le remède, savoir: la défense des côtes, l’armement de la citadelle d’Ancône.
Le pontife était sans volonté; il déclara qu’il était sans moyens. Il offrit à la France, pour toute garantie, sa neutralité. Sa neutralité !
Comme si elle pouvait exister avec la perfidie accoutumée à la violer, ou sans la force qui la fait respecter ! L’État de Rome eût été neutre, comme Naples perfide, ou comme Copenhague incendiée.
L’Empereur le sentit; il céda à la nécessité. En allant vaincre sur le Danube, il voulut assurer les communications de son armée qui occupait Tarente, garantir son Italie contre les débarquements anglais, se prémunir contre la foi douteuse du cabinet napolitain: Ancône et sa citadelle furent occupés.
Toutefois les Français respectèrent le gouvernement romain; ils se renfermèrent dans des mesures purement défensives ; ils n’exercèrent que la surveillance contre l’ennemi, et non l’autorité sur les alliés. Tels étaient les ordres de l’empereur, telle fut la conduite des généraux et des troupes.
Justifiée d’avance par tant de graves motifs, cette mesure le fut encore par la conduite de la cour de Naples. Elle reçut les flottes ennemies ; et ces flottes débarquèrent au premier appel de la perfidie, au premier cri de l’espérance, des troupes qu’elles rembarquèrent bientôt, au premier conseil de la frayeur et au premier bruit de la victoire.
A cette nouvelle preuve de l’obligation impérieuse où l’Empereur avait été de se mettre en défense, de garantir son armée, de préserver l’Italie, les conseils de Sa Sainteté eussent dû faire céder leurs prétentions, taire leurs préjugés, cesser leurs réclamations. Soit aveuglement, soit obstination, soit inimitié, ils persévérèrent. Le royaume de Naples était conquis et la France vengée; la cour de Rome gardait la même attitude, tenait le même langage.
Elle alla plus loin.
Un ministre anglais, la honte de son pays, avait trouvé un asile à Rome; là, il ourdissait des complots, salariait des brigands, tramait des perfidies, payait des assassinats; et Rome protégeait le traître et ses agents; et Rome laissait empoisonner son cabinet de leur souffle corrupteur; et Rome trahissait, en les altérant, les secrets de la correspondance de son auguste allié et Rome était devenue un théâtre de diffamation, un atelier de libelles, un asile de brigandage; et Rome avait remis sa police à un misérable, digne d’un tel emploi en de tels moments, à l’assassin de Duphot !
Et Rome, quand une branche de la dynastie de Napoléon eut reçu des mains de la victoire le sceptre de Naples et des Deux-Siciles, affecta de ne voir dans cet événement qu’une occasion de renouveler, au XIXe siècle, sur ces États, les prétentions des Grégoire, des Léon, et d’oser parler encore de son droit sur des couronnes !
Mais cet absurde et imprudent langage, le Pape ne l’adressait pas, comme Grégoire VII, aux enfants dégénérés et avilis de Charlemagne, mais à son successeur puissant et glorieux.
Napoléon fit parler, par ses ministres, le langage de la modération méconnue, de la justice blessée, de la dignité offensée, de la puissance outragée : il demanda au Pape une garantie contre l’abus de sa neutralité par nos ennemis du continent; à ce prix: il offrait, avec une sincère bienveillance, et l’oubli du passé et la sécurité de l’avenir.
A ce langage ferme et juste, le cabinet de Rome s’alarma, députa, négocia, trompa; puis, rappelant son légat, lassa la patience, éveilla l’indignation, amena enfin le tour de la justice.
Le gouvernement papal s’éteignait cependant au sein du désordre dont il était lui-même l’artisan. A défaut de soldats, il armait le fanatisme; il distribuait des scapulaires au lieu de fusils, des libelles au lieu de manifestes. Il s’anéantissait au sein de l’anarchie; il abdiquait par son abandon.
Le ministre français dut s’éloigner.
Le temps était venu. Les aigles impériales reprirent possession de leur antique territoire; le domaine de Charlemagne rentra dans les mains d’un plus digne héritier : Rome appartint à l’Empereur.
Que fera Napoléon de cet ancien patrimoine des Césars ?
L’histoire l’indique, la politique le conseille, le génie le décide: l’Empereur réparera les fautes de la faiblesse; il rassemblera les parties, trop longtemps séparées, de l’empire d’Occident; il restera sur le Tibre comme sur la Seine.
Il fera de Rome, naguère chef-lieu d’un petit État, une des capitales du grand Empire.
Trop longtemps les préjugés religieux les plus funestes ont fait taire les intérêts politiques les plus sacrés; trop longtemps, les souverains de Rome se sont armés contre toute puissance qui s’est élevée dans leur voisinage; trop longtemps ils ont attaqué successivement et armé les unes contre les autres, toutes les nations, Venise et Gênes, Naples et Milan, l’Allemagne et la France. Que ces mots, la politique de la cour de Rome soient désormais effacés du langage de la diplomatie européenne; que l’étroit intérêt d’un souverain qui n’avait qu’un territoire sans armée, des ports sans vaisseaux, une puissance sans soutien, une neutralité sans garantie, se fonde dans le grand intérêt de la presqu’île d’Italie, uni lui-même à l’intérêt plus vaste de l’Empire français, à l’intérêt plus universel du continent de l’Europe.
C’est ce que l’Empereur vous propose aujourd’hui de décider.
En cessant d’être souverain, en quittant toute puissance temporelle, Sa Sainteté conserve, toutefois, la puissance respectée du premier pontife chrétien. Restée seule entre les mains du successeur de saint Pierre, cette autorité ne sera plus sujette aux abus qu’une trop longue confusion avait rendus si fréquents et si déplorables. Le pouvoir du pontife ne s’armera plus en faveur du pouvoir du prince.
Les maximes professées par toutes les églises, établies par les conciles les plus révérés, mises en pratique par les monarques les plus religieux sur l’autorité des papes, reprendront toute leur puissance.
Les lèvres du chef des pasteurs de Jésus-Christ ne s’ouvriront plus pour maudire. Il révoquera les anathèmes renouvelés des Grégoire et des Boniface, des Paul et des Jules, ces anathèmes, réprouvés à la fois par la justice, la raison et la charité, qui, dans les siècles d’ignorance, ont causé tant de crimes et de malheurs, et qui, dans ces temps de lumières, n’excitent que l’indignation ou la pitié; qui, depuis Henri VIII jusqu’à Élisabeth, depuis Henri IV jusqu’à Napoléon, n’ont eu que le succès du scandale, et plus d’une fois n’ont fait de mal qu’à la main qui les avait lancés. Il reviendra au véritable esprit de l’Évangile, qui commande la soumission aux puissances temporelles; il professera, avec toutes les églises de l’Empire, les maximes du clergé de France, rédigées par ce Bossuet, dont le cœur fut à la fois français et chrétien, et qui défendait avec autant de courage, avec autant d’éloquence, les droits de la religion et ceux des souverains.
Un tel retour est digne des vertus, de la piété du Saint-Père, de celui qui a appelé, avec tant d’efficacité, les dons et la protection de l’Éternel sur le monarque chéri des Français, sur le vainqueur de l’Europe, sur le restaurateur de l’Église de France, sur le défenseur de la religion.
Ce titre auguste est un de ceux auxquels Sa Majesté attache le plus de prix, et qu’elle justifiera par l’emploi de son pouvoir, l’étendue de sa magnificence et la dispensation de ses bienfaits.
Le saint-Père aura désormais, d’après les dispositions du dernier titre du sénatus-consulte, des revenus en fonds de terre, qui suffiront à la dignité de son rang dans l’Église, et même aux besoins de sa charité.
Les dépenses du Sacré Collège, celles de la Propagande, sont classées parmi celles de l’Empire, et la générosité de Sa Majesté assure qu’il y sera pourvu avec largesse.
Ainsi l’Empereur concilie l’exécution des conseils impérieux d’une politique sage et l’inspiration d’une piété généreuse; il assure les droits de sa couronne et de son peuple, satisfait aux besoins de la religion et de ses ministres, rompit tous les devoirs, va au-devant de tous les vœux.
Il prévient même ceux de cette cité fameuse où vivent tant de souvenirs divers, qui fut le siége de tant de gloire, le théâtre de tant de maux.
Sans doute elle a craint un moment de descendre du rang moral assigné où, dans ses illusions, elle se croyait encore placée. Elle remontera plus haut qu’elle n’a été depuis le dernier des Césars. Elle sera la sœur de la ville chérie de Napoléon. Il s’abstint, aux premiers jours de sa gloire, d’y entrer en vainqueur: il se réserve d’y paraître en père; il veut y faire, une seconde fois, placer sur sa tête la couronne de Charlemagne. Il veut que l’héritier de cette couronne porte le titre de roi de Rome ; qu’un prince y tienne la cour impériale, y exerce un pouvoir protecteur, y répande ses bienfaits, y renouvelle la splendeur des arts.
Tels seront, Messieurs, les résultats de l’acte qui vous est présenté, dont les sages dispositions assurent la force de l’Empire, l’indépendance des trônes, le respect des souverains, l’autorité de l’Eglise, la gloire de la religion.
Palais des Tuileries, 17 février 1810
TITRE Ier – DE LA RÉUNION DES ÉTATS DE ROME À L’EMPIRE
ARTICLE 1er. – L’État de Rome est réuni à l’Empire français, et en fait partie intégrante.
ART. 2. – Il formera deux départements: le département de Rome et le département de Trasimène.
ART. 3. – Le département de Rome aura sept députés au Corps législatif; le département de Trasimène en aura quatre.
ART. 4. – Le département de Rome sera classé dans la première série; le département de Trasimène dans la seconde.
ART. 5. – Il sera établi une sénatorerie dans les départements de Rome et de Trasimène.
ART. 6. – La ville de Rome est la seconde ville de l’Empire. Le maire de Rome est présent au serment de l’Empereur à son avènement. Il prend rang, ainsi que les députations de la ville de Rome, dans toutes les occasions, immédiatement après les maires et les députations de la ville de Paris.
ART. 7. – Le prince impérial porte le titre et reçoit les honneurs de Roi de Rome.
ART. 8. – Il y aura à Rome un prince du sang ou un grand dignitaire de l’Empire, qui tiendra la cour de l’Empereur.
ART. 9. – Les biens qui composeront la dotation de la couronne impériale, conformément au sénatus-consulte du 30 janvier dernier, seront réglés par un sénatus-consulte spécial.
ART. 10. – Après avoir été couronné dans l’église de Notre-Dame de Paris, les empereurs seront couronnés dans l’église de Saint-Pierre de Rome, avant la dixième année de leur règne.
ART. 11. – La ville de Rome jouira des privilèges et immunités qui seront déterminés par l’empereur Napoléon.
TITRE II. – DE L’INDÉPENDANCE DU TRÔNE IMPÉRIAL DE TOUTE AUTORITÉ SUR LA TERRE.
ART. 12. Toute souveraineté étrangère est incompatible avec l’exercice de toute autorité spirituelle dans l’intérieur de l’Empire.
ART. 13. – Lors de leur exaltation, les papes prêteront serment de ne jamais rien faire contre les quatre propositions de l’Église gallicane, arrêtées dans l’assemblée du clergé en 1682.
ART. 14. Les quatre propositions de l’église gallicane sont déclarées communes à toutes les églises catholiques de l’Empire.
TITRE III. – DE L’EXISTENCE TEMPORELLE DES PAPES.
ART. 15. – Il sera préparé pour le Pape des palais dans les différents lieux de l’Empire où il voudrait résider. Il en aura nécessairement un à Paris et un à Rome.
ART. 16. – Deux millions de revenu, en biens ruraux, francs de toute imposition, et sis dans les différentes parties de l’Empire, seront assignés au Pape.
ART. – 17. – Les dépenses du Sacré Collège et de la Propagande sont déclarées impériales.
ART. 18. – Le présent sénatus-consulte organique sera transmis par un message à S. M. l’Empereur et Roi.
Monsieur le Duc de Cadore, mon intention est que le sieur Reinhard soit chargé de la remise du Hanovre. Au lieu d’un décret qui le charge de cette opération, vous lui enverrez des pleins pouvoirs.
Le procès-verbal de prise de possession que vous me remettez n’est pas bon, parce qu’il peut y avoir encore beaucoup de choses à régler.
Il faut rédiger une instruction générale qui fasse connaître au sieur Reinhard ce qu’il a à faire pour la conservation de mes droits et intérêts; qu’avant le ler mars tous les bons soient versés; que les magasins, matériel d’artillerie, etc., doivent m’appartenir; qu’il doit se concerter avec le gouverneur et l’intendant pour n’omettre, dans la remise du Hanovre, aucune des réserves qu’exigent mes intérêts; qu’il fasse constater dans le procès-verbal la réserve des biens que j’ai donnés et de ceux à ma disposition; qu’à dater du 1er mars tous les engagements et obligations stipulés commencent pour le roi de Westphalie.
Monsieur le Duc de Cadore, montrez la lettre du sieur la Rochefoucauld au ministre de Hollande. Dites-lui que la réponse d’Angleterre devrait être arrivée; que je n’entends cependant parler de rien; que, si l’on veut prendre un arrangement, il faut le faire sans délai, parce que d’un moment à l’autre je prendrai le décret de réunion.
Remettez-moi un projet de traité à faire avec la Hollande, que vous leur proposerez de signer; et, en cas qu’ils ne le veuillent pas, je déclarerai la réunion.
Mon Cousin, faites connaître au général Suchet que je lui réitère l’ordre de faire le siége de Lerida et de Mequinenza, et d’employer le reste de ses troupes à contenir l’Aragon, en tenant un corps de troupes sur la frontière du royaume de Valence; que j’ai à cœur spécialement de venir promptement à bout de la Catalogne. Prévenez-le que le duc de Castiglione a été jusqu’à Barcelone, et qu’il tâche de se mettre en communication avec lui.
Faites connaître au général Suchet que, s’il recevait de Madrid des ordres contraires aux miens, il doit les regarder comme non avenus, surtout pour ce qui regarde l’administration.
A Louis-Charles-Auguste, prince royale de Bavière, à Munich
Je reçois votre lettre du … février; je vous remercie de ce que vous m’y dîtes. Ne doutez jamais de l’intérêt et de l’amitié que je vous porte. J’aurai les mêmes sentiments pour celle que vous choisissez (La princesse Thérèse de Saxe-Hildburghausen), et qui sera heureuse par les bonnes qualités qui vous distinguent.
Paris, l7 février 1810
Monsieur le duc de Cadore, remettez-moi sous les yeux le traité que j’ai fait avec le Valais et ce qui est relatif à la situation de ce pays. Il paraît qu’il est mal gouverné et qu’il marche très-mal.
Portez des plaintes au ministre de Prusse sur les journaux que le sieur Kotzebue imprime à Kœnigsberg. Ecrivez-en également au sieur Saint-Marsan. En général, vous devez recommander au sieur Saint-Marsan d’avoir des traductions de tous les journaux qui s’impriment dans la monarchie, et d’avoir soin de faire supprimer tout ce qu’il y aurait de mal.
Paris, 18 février 1810
Monsieur le duc de Bassano, mon intention est que le rapport sur les comptes de la Légion d’honneur soit imprimé dans le Moniteur avec le budget de 1810. Présentez-moi la nomination d’un conseil qui se tiendra sous la présidence de l’architrésorier pour arrêter tous les comptes de la Légion d’honneur.
Il se tiendra mercredi prochain, chez l’archichancelier, un conseil de l’ordre des Trois Toisons d’Or. Le grand chancelier, le grand trésorier et le major-général seront appelés à ce conseil, qui aura pour objet de me rendre compte de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire pour mettre en activité l’ordre des Trois Toisons d’Or. Dimanche prochain, le grand chancelier me présentera un modèle de la décoration de cet Ordre. Expédiez les lettres d’avis et de convocation nécessaires.
m: le Comte Daru, je vous renvoie vos pièces. Les réparations du mobilier de Saint-Cloud doivent être faites sur les fonds accordés pour les réparations annuelles. Mon intention est de ne faire aucun changement à mon grand cabinet, mais de l’orner de beaux tableaux et de placer sur les tables de belles statues ou autres belles choses, tirées du Muséum ou de mes galeries, à la disposition du sieur Denon.
Par ce moyen, cette pièce sera très décorée, sans que je sois obligé de faire de nouveaux fonds. Je ne veux faire aucune réparation aux appartements de Saint-Cloud, si ce n’est à la chambre à coucher et à la salle de bain. J’accorde les 8,000 francs qu’on demande pour ces deux pièces.
J’accorde 15,000 francs pour les métiers à broder, chiffonniers, tables à écrire, tirelires et autres petits meubles à l’usage de l’Impératrice. Faites dresser un état de ces meubles, et faites déterminer un modèle qui sera le même pour tous les appartements de l’Impératrice. Il est commode de trouver partout les mêmes formes et les mêmes machines pour l’usage habituel.
Pour les Tuileries, je ne veux faire aucun changement dans les appartements. Seulement, le salon doré, le cabinet des Grâces, manquent de meubles. J’accorde les fonds qu’on demande pour cela. Je croyais qu’il restait des fonds sur les crédits pour ces dépenses, et qu’on n’avait point placé ces meubles parce qu’ils n’étaient pas achevés; vérifiez cela. J’accorderai des crédits pour cet ameublement, mais je ne veux rien accorder pour les réparations. Quant à la salle de spectacle, j’accorde ce qu’on demande pour la meubler; mais il me semble que je dois avoir beaucoup de banquettes et de lustres.
Lors du Sacre, on a fait de grandes dépenses pour ces sortes de meubles, qui doivent exister.
Je désire que l’ameublement de Trianon soit complété. Présentez-moi un projet. La galerie est démeublée. Le petit salon qui précède la chambre à coucher de l’Impératrice n’est pas meublé. L’ameublement de la chambre à coucher n’est pas entier. Il faut faire mettre dans ces appartements tous les petits meubles à l’usage de l’Impératrice, faits sur un même modèle. Il manque d’autres objets que le grand maréchal a dû voir.
II y a encore des choses précieuses au Muséum et dans les bibliothèques, telles que statues, bustes, petits vases, etc.; donnez ordre qu’on en place sur les tables, soit dans les cabinets, soit dans les salles du trône.
Faites connaître à mon ambassadeur à Madrid que j’ai donné ordre que les quatre provinces de Catalogne, d’Aragon, de Biscaye et de Navarre formmassent quatre gouvernements; que j’ai donné les pouvoirs les plus étendus aux généraux qui y commandent, et que j’ai prescrit que les revenus de ces quatre gouvernements fussent versés dans la caisse de l’armée. Demandez mon décret au prince de Neuchâtel; vous l’enverrez à M. Laforest, et vous le chargerez de déclarer aux ministres du roi que c’est ma volonté, que l’Espagne offre des ressources suffisantes pour faire face à ces dépenses, et que je n’en puis douter, surtout voyant les folles (mot biffé sur la minute par Napoléon) dépenses qu’on fait. Vous ferez connaître à mon ministre, par une lettre en chiffres, que sa correspondance doit devenir plus active; que mon intention est de réunir la rive gauche de l’Èbre à la France, peut-être même le pays jusqu’au Douro (Ici Napoléon a biffé sur la minute: Qu’on me blesse en parlant, tant qu’on le fait, d’intégrité; que c’est me défier et me jeter le gant; que cela est maladroit.); qu’il veille à ce qu’on ne touche à aucun des biens appartenant aux familles condamnées, et qu’on ne permette la rentrée d’aucun de ces individus; que, s’il en était par hasard question dans quelque traité ou capitulation, il s’y oppose et proteste contre; que je n’entends pas ratifier la grâce qui serait accordée à aucun d’eux, et que, partout où mes troupes les saisiront, elles les passeront par les armes; qu’enfin il doit se mêler davantage des affaires, et parler aux ministres du roi, observer qu’on a donné des récompenses à des Français qui n’ont d’autre mérite que celui d’avoir suivi le roi; que ces ressources sont perdues pour l’intérêt commun; que la guerre d’Espagne me coûte plusieurs centaines de millions, et que, au lieu de me trouver indemnisé des énormes dépenses que j’ai faites, je vois avec peine prodiguer les ressources de l’Espagne à des favoris. Vous enverrez au sieur Laforest le Moniteur de demain, pour qu’il y voit quels sont mes principes sur les princes français et que, lorsqu’ils oublient les liens qui les unissent à la France, j’ai le droit de les rappeler, ou de les faire agir d’abord pour l’intérêt de la patrie (cette dernière phrase a été biffée sur la minute).
Paris, 18 février 1804
Je ne puis qu’être mécontent de l’esprit des journaux. Qui est-ce qui a autorisé la Gazette de France à dire que MM. Léon de Beauvau, de Noailles, de Mortemart doivent faire bientôt un voyage en Allemagne chargés d’une mission ? Que veut dire ceci ? Je le remarque parce que, depuis longtemps, je vois les journaux se mêler de ce qui ne les regarde pas et n’être remplis que de nouvelles incertames.
Paris, 19 février 1810
Monsieur le duc de Feltre, réitérez l’ordre au duc de Castiglione de se porter sur Barcelone.
Donnez le commandement de cette ville au général Lacombe Saint-Michel.
Ordonnez au maréchal de faire sa réunion avec le général Suchet, qui, le 1er mars, sera devant Lerida pour faire le siége de cette place. Cela m’empêche de permettre au maréchal de venir à Paris.
Faites-lui part des succès du Roi, et faîtes-lui confidentiellement qu’il ne doit permettre aucune communication de la Catalogne avec Madrid, et qu’il doit agir dans l’idée que je veux réunir cette province à la France.
Mon Cousin, envoyez l’ordre aux 1,000 hommes du bataillon provisoire du train d’artillerie de l’armée du Nord, qui doivent être à Burgos et sur la route de Bayonne à Burgos, de partir avec un équipage de siége de Burgos et de Valladolid, et de se rendre au 6e corps pour le siège de Ciudad-Rodrigo. Donnez le même ordre aux 400 mulets servis par un détachement de la Garde et qui doivent être actuellement à Bayonne.
Voyez le général la Riboisière pour qu’il envoie en poste un officier intelligent pour diriger ces convois sur Ciudad-Rodrigo, et pour que l’on forme un équipage de siége tel que les moyens de Burgos, Valladolid, Zamora, le pourront permettre; surtout qu’il y ait des munitions et de la poudre.
A l’impératrice Joséphine, à l’Élysée-Napoléon
Mon Amie, j’ai reçu ta lettre. Je désire te voir ; mais les réflexions que tu me fais peuvent être vraies. Il y a peut-être quelque inconvénient à nous trouver sous le même toit pendant la première année. Cependant la campagne de Bessières est trop loin pour pouvoir revenir ; d’un autre côté, je suis un peu enrhumé et je ne suis pas sûr d’y aller.
Paris, 21 février 1810
Mes troupes sont entrées à Séville, où on a trouvé une immense quantité d’artillerie de siége; il sera donc inutile désormais de diriger une plus grande quantité de matériel sur le midi de mon empire.
Faites faire par le bureau d’artillerie un rapport qui me fasse connaître ce qui est en route, ce qu’on doit arrêter et ce qu’on doit laisser continuer. Saragosse et Pampelune ont plus de moyens qu’il ne leur en faut pour le siége de Lerida. Ce qui est à Burgos et ce qui est déjà entré en Espagne doit être suffisant pour le siége de Ciudad-Rodrigo. Je crois donc qu’il faut sur-le-champ s’occuper des moyens d’économiser l’argent. Faites-moi connaître s’il y a quelques convois de chevaux et de matériel du génie ou de l’artillerie à arrêter. Ce qui est en Espagne aujourd’hui me paraît suffisant.
Rambouillet, 21 février 1810
Expédiez un officier au duc de Castiglione. Faites-lui connaître l’entrée de mes troupes à Séville, à Murcie et à Grenade; prescrivez-lui l’ordre positif de se porter au delà de Lerida, pour se joindre au 3e corps et porter hardiment la guerre en avant. La division allemande servira à garder ses communications. Le duc de Castiglione trouvera dans la plaine, entre Lerida et Barcelone et entre Barcelone et Tarragone, de quoi nourrir abondamment son armée. Vous lui ferez connaître que, si les communications sont ouvertes, il doit concerter avec Madrid, mais qu’il ne fait pas partie de l’armée d’Espagne; que l’armée qu’il commande est l’armée de Catalogne, et qu’il ne doit recevoir des ordres que de moi; qu’il doit même établir une administration provisoire dans le pays, faire arborer, au lieu de l’étendard espagnol, l’étendard français et catalan, et ne souffrir aucune espèce de communication entre les habitants et le Roi. Ni le Roi ni ses ministres n’ont rien à voir en Catalogne: cette province étant en état de siége, on n’y doit recevoir que les ordres du duc, qui lui-même ne doit que de vous.
Écrivez au duc de Castiglione qu’il serait bon de désarmer Girone; que nous ne pourrons jamais l’approvisionner suffisamment pour qu’elle nous soit utile; qu’il faut donc y établir des fourneaux pour faire sauter la place et la raser entièrement, en transportant l’artillerie à Figuières; que, s’il y a d’autres postes qui puissent servir de barrière contre la France, il faut également les faire sauter; que Figuières seule, étant une bonne place, peut servir, et qu’il faut la tenir bien armée et bien approvisionnée.
Il faut aussi raser l’enceinte de Hostalrich, et, dès que le château sera pris, le faire sauter également.
Nous sommes maîtres de Séville. Il est nécessaire d’écrire de nouveau au général Suchet pour qu’il assiége Lerida et communique avec le duc de Castiglione, qui viendra de Barcelone. Réitérez-lui également l’ordre de considérer l’Aragon comme une province en état de siége, et, dès lors, de ne souffrir aucune communication des habitants avec Madrid; car, avant que les ministres du Roi exercent de l’influence sur ce pays, il faut que mes troupes soient soldées et aient tout ce qui leur est nécessaire. D’ailleurs, il est des parties de l’Aragon qui sont indispensables à la sûreté de la France. Faites connaître au général Suchet qu’il est donc possible que mon intérêt et celui de la France ne soient pas d’accord avec celui des ministres de Madrid; qu’il est inutile de rien laisser transpirer de cela, mais que je le lui fais savoir pour qu’il voie toute la réserve qu’il doit mettre dans sa conduite; qu’au pis aller, si le Roi lui donne des ordres administratifs, il est autorisé à déclarer qu’il commande en chef l’Aragon qu’il dépend de vous; mais que cette déclaration, il doit la faire seulement dans le cas où elle serait indispensable et où il ne pourrait autrement concilier les ordres du Roi avec les intérêts qui lui sont confiés; que je m’en rapporte à sa prudence, et que la confiance que j’ai dans son patriotisme me porte seule à lui faire connaître mes intentions et véritables projets.
Donnez ordre au duc d’Abrantès de secourir le duc d’Elchingen, s’il en est besoin, mais de ne se porter du côté de Madrid qu’en conséquence de mes ordres, vu que la nécessité de garder mes frontières et de reprendre le Portugal me donne un intérêt différent de celui que peuvent avoir les ministres espagnols.
Je vous ai fait connaitre que je ne désirais pas que Lagarde Commissaire géneral de police aux armées d’Espagne et de Portugal en 1810 et 1811, directeur général de la police dans les dèpartements de la Toscane de 1811 à 1814) m’écrivit; mais il est nécessaire qu’il vous écrive tous les jours dans le plus grand détail et vous mettrez sous mes yeux tous les jours ses rapports.
Défendez-lui d’écrire à qui que ce soit, aux journalistes, soit aux princes, etc., et faites-lui connaître qu’au premier manquement à cet ordre, il serait chassé de mon service.
Donnez ordre au nénéral Ricard de se rendre sur-le-champ chez lui. Prévenez-le qu’il est mis au traitement de réforme, qu’il ne doit pas sortir de sa commune (Recoulès-Pervinquières – Aveyron). – Le général Ricard avait été disgracié à l’armée d’Espagne. Il recouvra bientôt la faveur de Napoléon, fit la campagne de Russie et gagna à la Moskowa le grade de général de division) ni se mêler d’affaires et de correspondance.
A M. de Lavalette, directeur général des postes, à Paris
Je vous prie désormais de ne plus donner cours à aucune lettre venant d’Espagne, sans l’avoir ouverte. Vous en excepterez les lettres ministérielles. Vous me remettrez ces lettres sous les yeux, hormis celles celles qui ne contiendraient pas de nouvelles ou qui ne parleraient que d’affaires particulières. Mon intention est qu’aucune autre lettre ne passe.
Rambouillet, 22 février 1810
Au duc de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, j’ai pris communication de la lettre que vous écrit le roi de Hollande. Je ne puis adhérer à ce que je n’aie pas le thalweg du Rhin; sans cela, ce serait à recommencer.
On sait que le principe fondamental de l’Empire est d’avoir le thalweg du Rhin pour limite. Causez avec le conseiller d’État Collin sur ce qu’il y a à faire pour avoir une frontière facile à garder pour les douanes. Tous les canaux qu’on fera ne peuvent que donner lieu à des discussions; ce qui n’en donnera pas, c’est le thalweg de la grande rivière. Je n’admets point sur cela de modifications. Quant aux troupes, il est de principe constitutionnel que les troupes françaises sont nourries, soldées et entretenues par le pays sur le territoire duquel elles se trouvent; mais je consens à n’en mettre que très peu, comme 4,500 hommes d’infanterie, par exemple, et 1,500 de cavalerie, ce qui ne sera pas une dépense de quinze cent mille florins pour la Hollande.
Ce qui est plus important, c’est de régler ce qui est relatif aux marchandises coloniales qui se trouvent aujourd’hui en Hollande, arrivées sur des bâtiments américains ou autrement. Ce ne sera que quand vous serez d’accord là-dessus que je m’occuperai du traité définitif.
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la lettre du directeur général des postes et la note qui y était jointe. Je ne comprends pas cette question. Si cela dépend du directeur général, il ne doit pas déranger la marche du courrier sans mon ordre, et en conséquence les courriers doivent suivre la route ordinaire. Mais je remarque dans la lettre du sieur Lavallette qu’il y est question de l’office féodal du prince de la Tour-et-Taxis, expression fort étrange de la part d’un conseiller d’État français, et qui suppose beaucoup d’ignorance. J’ai besoin d’une explication sur cet objet.
Donnez ordre au sieur Durand de retourner sans délai à Stuttgart, et faites demander des éclaircissements sur toutes ces affaires de poste au ministre de Wurtemberg. Mon intention est de concilier dans tout ceci les intérêts de la France avec ceux du Wurtemberg et de la Bavière, sans prendre aucun intérêt à ce que le conseiller d’État appelle la direction féodale d’Allemagne. Faites-moi un rapport sur cette affaire ; mais, avant tout, partez du principe que je ne veux reconnaître aucun régime féodal des postes.
Monsieur le Duc de Cadore, je réponds à votre lettre du 20. La Poméranie, qui a été cédée en conséquence d’un traité, ne peut être remise que par un commissaire ad-hoc ; dressez des pleins pouvoirs et rédigez des instructions. Demandez à la guerre si elle a des renseignements à donner pour l’exécution de cet article du traité; mais, comme ministre des relations extérieures, c’est vous qui devez être chargé de faire la remise de cette province.
Je désire que vous vous rendiez demain vendredi au Sénat pour y porter le traité de paix (traité de paix entre la France et la Suède). J’écris au duc de Bassano pour que le Sénat soit convoqué à cet effet en grande tenue. Il faut faire faire la proclamation de la paix avec la Suède, puisque c’est un acte public ; cela se fera également vendredi. Je recevrai dimanche M. le baron d’Essen, comme particulier, et les lettres de créance des plénipotentiaires suédois, la paix ayant été proclamée le vendredi. Celui qui reste comme ministre n’a pas besoin de prendre congé.
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de convention proposé par le ministre américain. Ce projet me paraît incomplet et plein de réticences. Rédigez-en un autre selon nos principes, que vous lui enverrez. Il parait que ce ministre, par ce projet, n’a qu’un seul but, c’est de favoriser la contrebande des navires américains; car il sait bien qu’on ne pourra jamais prouver que l’on a payé ou non un tribut. Il me semble que ce ministre n’est pas de bonne foi. Toutefois, pour le mettre à l’épreuve, rédigez un projet de traité tel qu’il pourrait avoir lieu, et vous lui proposerez de le signer.
J’ai fait mettre dans le Moniteur la note au ministre d’Amérique. Il me parait instant que le sieur du Moutier parte; présentez-moi les instructions à lui donner.
Quant à Mlle Paterson, je consens qu’on lui donne tout l’argent dont elle aura besoin, mais je blâme qu’on lui donne un gouverneur et tout cet appareil qui tendrait à la faire sortir de l’état de simple particulière et à attirer sur elle l’attention. Toutefois, pour éviter qu’on fasse des dépenses exagérées, il est bon de lui fixer un traitement. Convenez d’une somme raisonnable.
Quant aux affaires avec les États-Unis, vous chargerez le sieur du Moutier d’une lettre de vous au ministre des affaires étrangères, dans laquelle vous lui proposerez un arrangement. Vous mettrez le sieur du Moutier bien au fait de la question; vous le chargerez de bien étudier l’esprit et les vues du ministère américain. Il restera aux États-Unis environ six semaines, qu’il mettra bien à profit, après lesquelles il reviendra à Paris, puisqu’il ne doit pas remplacer le sieur Turreau. Vous lui donnerez une instruction détaillée qui lui fasse connaître toutes mes intentions. Je désire qu’il puisse partir avant huit jours. Ayez avec lui de fréquentes conférences pour qu’il soit bien pénétré de l’objet de sa mission. Je ne serais pas même éloigné de le voir emmener avec lui un individu intelligent, parlant bien anglais, qu’il pourrait envoyer ici au bout d’un mois de séjour, s’il jugeait nécessaire de prolonger ce séjour.
Monsieur le duc de Cadore, vous devez témoigner mon mécontentement au ministre de Würzburg de ce que, avant de vous faire l’ouverture qu’il vous a faite, il a été en entretenir tout Paris. Lorsqu’un ministre étranger a quelque chose à communiquer, c’est à mon ministre des relations extérieures, et non à d’autres, qu’il doit s’adresser, sous peine de mal remplir son devoir.
Paris, 22 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, remettez-moi sous les yeux mon traité avec l’Espagne, afin que je voie les mesures à prendre pour mettre mes relations avec ce pays sur un bon pied.
Je reçois votre rapport du 21 février. Je suis surpris de voir qu’on a incorporé dans le 5e bataillon auxiliaire des détachements du 1 7e, du 21e, du 28e d’infanterie légère, du 14e, du 27e, du 34e, du 39e, du 40e de ligne. Évidemment, cela est une erreur. Tous ces détachements, appartenant à des régiments qui sont en Espagne, ne peuvent pas faire partie des bataillons auxiliaires, qui, encore une fois, ne doivent être composés que de détachements tirés des corps qui ne sont pas en Espagne. Donnez ordre sur-le-champ que le travail du comte de Lobau soit refait, et que les détachements ci-dessus aient à se rendre à Orléans, pour entrer dans la composition des régiments de marche qu’on forme dans cette ville.
La différence entre les régiments de marche et les bataillons auxiliaires est sensible. Les régiments ou bataillons de marche sont composés de tous détachements qui appartiennent à des régiments de l’armée d’Espagne. Du moment qu’ils seront en Espagne, on en ordonnera la dissolution, et le résultat de cette mesure sera que chacun rejoindra son régiment. Pendant le temps que ces régiments sont en route, ils comptent dans leurs régiments ; au lieu que les bataillons auxiliaires ne sont composés que de détachements qui n’appartiennent pas à l’armée d’Espagne, qui, aussitôt qu’ils sont entrés dans le bataillon auxiliaire, sont effacés de la matricule de leur corps, et qui, arrivés en Espagne, restent formés en bataillons auxiliaires, sans être dissous, et ne peuvent avoir une autre destination que par un décret.
Au comte Molé, conseiller d’État, directeur général des ponts-et-chaussées, à Paris
Je vous prie de tenir la main à la stricte exécution de mes ordres relatifs au passage du mont Cenis. J’avais ordonné trente-deux maisons de refuge, et il n’y en a que seize; cent cantonniers, il n’y en a que quarante-huit. On m’assure que les trente sous par jour qui sont donnés à ces quarante-huit cantonniers ne sont pas assez pour tenir le passage du mont Cenis libre de neiges tout l’hiver. J’avais ordonné qu’on construisît une caserne pour l’hospice du mont Cenis; on m’assure qu’il n’y a encore de posé que la première pierre. On a construit des parapets de pierre en plusieurs endroits; mais il y en a encore beaucoup où il en faudrait pour prévenir les accidents et rassurer l’imagination des voyageurs.
A Julie Napoléon, Reine d’Espagne, à Paris.
Les affaires d’Espagne se pacifient. Je pense donc qu’il est convenable que, dans les premiers jours du mois, vous partiez pour aller avec vos enfants rejoindre le Roi.
Paris, 23 février 1810
A Madame Mère, à Paris
Je m’empresse de vous faire connaître que la convention portant contrat de mariage entre moi et l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche, a été ratifiée le 16 à Vienne, ce qui me fait ne point tarder à vous en faire part.
A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Puerto de Santa-Maria
Monsieur mon Frère, le 7 février, un contrat de mariage entre moi et l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche, a été signé à Paris. J’apprends, au moment même, que les ratifications ont été échangées le 16, à Vienne. Je ne perds pas un moment à en faire part à Votre Majesté.
(Même lettre le même jour à Louis, Jérôme, Eugène, Élisa, au cardinal Fesch, au prince Borghèse.)
Rambouillet, 23 février 1810
A François II, empereur d’Autriche, à Vienne
Monsieur mon Frère, je fais partir demain mon cousin le vice-connétable, prince de Neuchâtel, pour demander à Votre Majesté Impériale l’archiduchesse Marie-Louise, sa fille, en mariage. Les hautes qualités qui distinguent si éminemment cette princesse, l’avantage précieux qu’elle a de lui appartenir, me font désirer vivement cette union. On me fait espérer que Votre Majesté voudra y consentir. Je ne tarde donc pas un moment, et j’expédie le comte Lauriston, mon aide-de-camp, déjà connu de Votre Majesté, pour lui porter cette lettre. Je le charge de lui faire connaître le prix que je mets à cette alliance; j’en attends, pour moi et pour mes peuples, beaucoup de bonheur.
A l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, à Vienne
Ma Cousine, les brillantes qualités qui distinguent votre personne nous ont inspiré le désir de la servir et honorer. En nous adressant à l’Empereur votre père pour le prier de nous confier le bonheur de votre Altesse Impériale, pouvons-nous espérer qu’elle agréera les sentiments qui nous portent à cette démarche ? Pouvons-nous nous flatter qu’elle ne sera pas déterminée uniquement par le devoir de l’obéissance à ses parents ? Pour peu que les sentiments de Votre Altesse Impériale aient de la partialité pour nous, nous voulons les cultiver avec tant de soins, et prendre à tâche si constamment de lui complaire en tout, que nous nous flattons de réussir à lui être agréable un jour ; c’est le but où nous voulons arriver et pour lequel nous prions Votre Altesse de nous être favorable.
Paris, 23 février 1810, 6 heures du soir
A l’impératrice Joséhine, à l’Élysée-Napoléon
Savary me remet, en arrivant, ta lettre; je vois avec peine que tu es triste ; je suis bien aise que tu ne te sois pas aperçue du feu (Un appartement du palais avait été détruit par un incendie dû à un feu de cheminée).
J’ai eu beau temps à Rambouillet.
Hortense m’a dit que tu avais eu le projet de venir dîner chez Bessières et de retourner coucher à Paris. Je suis fâché que tu n’aies pas pu exécuter ton projet.
Adieu, mon amie ; sois gaie, songe que c’est le moyen de me plaire.
Paris, 24 février 1810
Au comte de Montesquiou-Fezensac, grand-chambellan de l’Empereur, à Paris
Je vous fais passer la liste des personnes qui composent la maison de l’Impératrice. Donnez des ordres et prenez des mesures pour que ces personnes me soient présentées demain, après la messe, au serment qu’elles doivent prêter entre mes mains.
1)Premier aumônier, l’archevêque Ferdinand de Rohan; dame d’honneur, Mme la duchesse de Montebello; dame d’atours, Mme la comtesse de Luçay; chevalier d’honneur, le sénateur comte de Beauharnais; premier écuyer, le prince Aldobrandini; dames du palais, Mmes la duchesse de Bassano, la comtesse de Mortemart, la duchesse de Rovigo, la comtesse de Montmorency, la comtesse de Talhouët, la comtesse de Lauriston, la comtesse Duchâtel, la comtesse de Bouillé, la comtesse de Montalivet, la comtesse de Perron, la comtesse de Lascaris-Vintimille, la comtesse de Brignole, la comtesse Gentili, la comtesse de Cunisy
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan
Mon Fils, je suis mécontent de mes douanes d’Italie. Il y a un décret qui admet les marchandises coloniales dans les ports du royaume sans être accompagnées d’un certificat d’origine. Révoquez sur-le-champ ce décret et prenez des mesures pour en arrêter les effets. Donnez des ordres positifs pour que tous les bâtiments américains qui viendraient dans mes ports, ou qui s’y trouveraient, soient séquestrés et les marchandises qu’ils portent confisquées. Lorsque je prive la Hollande de son indépendance parce qu’elle viole les lois du blocus, je ne dois point tolérer cet abus dans mon royaume d’Italie.
Prenez toutes les mesures nécessaires pour l’exécution du présent ordre, et tenez-y la main. Ne faites aucun changement aux douanes sans ma participation, et que le ministre des finances ne fasse rien sans un décret de moi.
Comme la maison de l’évêque de Meaux a servi à loger plusieurs souverains à leur passage à Meaux, et qu’elle est dans le cas de servir souvent au même usage, je pense qu’il est convenable que vous lui donniez une gratification de 5,000 francs et 25,000 francs pour la meubler. L’état des meubles vous sera remis, et ils vous appartiendront; l’évêque sera chargé de leur entretien. Je ne suis pas dans l’usage de meubler les évêques; je fais une exception pour celui de Meaux, parce que sa maison est la seule qui puisse recevoir, à leur passage, les étrangers de considération
A Mme de la Rochefoucould. Dame d’honneur de l’impératrice Joséphine
Madame, j’ai été content du service que vous avez fait dans mon palais comme dame d’honneur. Je regrette, et cependant je ne puis qu’approuver, ce qui vous porte à ne plus désirer d’occuper la place de dame d’honneur dans la nouvelle maison. Mais je serais fâché que cela pût vous porter à douter le moindrement de mes sentiments; car je désire vous donner des preuves de mon contentement, et surtout vous être agréable en toute occasion.
Monsieur le Duc de Cadore, le roi de Bavière veut partir mercredi. Il serait donc nécessaire que vous voyiez M. de Montgelas (Maximilien-Joseph, baron, puis comte de Montgelas, ministre des affaires étrangères et de l’intérieur de Bavière, d’une famille originaire de Savoie, né en 1750, mort en 1838) et que vous vous occupiez dans la journée de demain de finir toutes ces affaires.
Palais des Tuileries, 25 février 1810
L’édit de Louis XIV (la lettre est accompagnée du texte de cet édit du 23 mars 1682) sur la déclaration fait par le clergé de France de ses sentiments touchant la puissance ecclésiastique, donné au mois de mars 1682, et enregistré en parlement le 23 desdits mois et an, est déclaré loi générale de notre Empire.
Paris, 26 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec la Bavière avec mes observations. Le considérant ne me paraît pas convenable; je préfère un considérant conçu dans ces termes généraux : « Voulant régler différents intérêts, ont nommé, etc. » Sur l’article Ier, je ne veux rien donner à Cobourg, parce qu’un prince de cette maison est resté au service d’Autriche, et qu’il est inutile de récompenser ses ennemis. Il faut ainsi tout donner à la Bavière, qui s’arrangera comme elle l’entendra avec Cobourg.
Les 5 millions faisant l ,600,000 francs de rente ne me paraissent pas trop pour les domaines de Bayreuth. D’ailleurs, je renonce à garder aucun revenu sur la rive droite de l’Inn, et je donne à la Bavière tout ce que j’y ai reçu, à l’exception de la terre que j’ai donnée au général Wrede. C’est donc un gain de 10 millions que fera la Bavière, et, moyennant cette acquisition, 15 millions ne sont pas trop considérables pour Bayreuth. D’après ces observations, vous pourrez conclure avec la Bavière et je désire que vous me présentiez sur-le-champ des traités avec Wurtemberg, Bade, Darmstadt et Würzburg, tant pour ce qui est relatif aux pays cédés par la Bavière que pour ceux qui proviennent du grand-duché de Francfort.
Il faudra avoir soin, lors du traité avec Bade, de se souvenir qu’en donnant 25,000 âmes à ce grand-duché il faut stipuler quelque chose en faveur de la princesse Stéphanie, et, comme on ne lui fait dans ce moment qu’une pension de 30,000 francs, avec laquelle elle ne peut pas vivre, il faudra fixer qu’elle aura une pension de 150,000 francs.
Je vous ai déjà envoyé tout ce qui est relatif à la Hollande, et, quand vous aurez conclu avec la Bavière et que vous m’aurez présenté les traités avec Bade, Wurtemberg, Würzbourg et Darmstadt, toutes les affaires d’Allemagne seront terminées.
J’ai fait partir le prince de Neuchâtel pour assister, comme témoin, à mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, qui aura lieu le 6 mars à Vienne. Elle arrivera à Strasbourg probablement le 17 du même mois. Mon intention est qu’elle y soit reçue, ainsi que dans les départements qu’elle traversera pour se rendre à Compiègne, avec tous les honneurs dus à son rang. En donnant les ordres aux préfets, vous les préviendrez, 1° de vous envoyer la liste, que vous me soumettrez, des personnes qui peuvent être dans le cas de lui être nommées par sa dame d’honneur; 2° que toutes les pétitions doivent être remises au comte Lauriston, mon aide de camp, qui l’accompagne, en exceptant cependant quelques pétitions de veuves de militaires ou mêmes de grâces à accorder à des condamnés, qui auront été jugées pouvoir être accordées ; les préfets s’entendront pour cela avec le prince de Neuchâtel, à qui j’ai donné une autorisation suffisante et de et de manière que l’Impératrice n’en soit pas incommodée; 3° pour que tous les discours ou harangues soient soumis d’abord au prince de Neuchâtel ; 4° pour que le projet de la fête qui pourra lui être donnée à Strasbourg et à Nancy vous soit soumis d’abord. Afin d’éviter toute espèce de cohue, recommandez que les choses se passent comme si j’y étais, et que mon fauteuil y soit placé.
Monsieur le Duc de Cadore, répondez au prince de Schwarzenberg que je me fais rendre compte par le ministre des finances de sa réclamation relative à un major toscan et de ce qui est relatif à sa demande sur la Croatie.
A M. de Champagny, mduc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec la Bavière. Vous ne dites pas de quel moment courra l’intérêt des quinze millions, c’est cependant une chose importante à déterminer. II faut faire un article secret de ce qui est relatif aux quinze millions de bons, aux 400 mille francs à Ratisbonne, au général Wrède, ou plutôt il ne faut pas faire d’article secret de cette babiole et le comprendre dans l’article des domaines. Moyennant ces légers changements, vous pouvez signer.
Je désire que vous me présentiez dans la journée un projet de circulaire bien fait, à adresser à mes ministres et consuls, dans laquelle vous donnerez le motif raisonné de mon alliance avec l’Autriche. Cette circulaire ne devra point être imprimée; mais elle servira de langage à mes ministres.
Vous y direz qu’un des principaux moyens dont se servaient les Anglais pour rallumer la guerre du continent, c’était de supposer qu’il était dans mon intention de détruire les dynasties. Les circonstances m’ayant mis dans le cas de choisir une épouse, j’ai voulu leur ôter le prétexte funeste d’agiter les nations et de semer les discordes qui ont ensanglanté l’Europe. Rien ne m’a paru plus propre à calmer les inquiétudes que de demander en mariage une archiduchesse d’Autriche. Les brillantes et éminentes qualités de l’archiduçhesse Marie-Louise, dont il m’avait été particulièrement rendu compte, m’ont mis à même d’agir conformement à ma politique. La demande en ayant été faite, et consentie par l’empereur d’Autriche, j’ai fait partir le prince de Neuchâtel pour en faire la demande solennelle et assister comme témoin au mariage qui sera fait à Vienne, le 6 mars, par un archiduc muni de ma procuration.
J’ai été bien aise de cette circonstance pour réunir deux grandes nations, et donner une preuve de mon estime pour la nation autrichienne et pour les habitants de la ville de Vienne. Vous ajouterez que je désire que leur langage soit conforme aux liens de parenté qui m’unissent à la maison d’Autriche, sans cependant rien dire qui puisse altérer mon intime alliance avec l’empereur de Russie. Vous écrirez particulièrement à mes ministres à Stuttgart, à Munich et à Carlsruhe, pour leur faire connaître l’itinéraire de l’impératrice et leur donner des instructions détaillées sur l’étiquette à suivre dans ces cours à son passage. Il est inutile de s’attacher à ce qui a été fait pour moi; n’y ayant passé que dans des voyages pour affaires, je ne me suis mêlé en rien de l’étiquette; étant beaucoup occupé, je ne me suis attaché à rien de ce qui la concernait. Mais, pour l’impératrice, c’est différent. Il faut bien décider comment l’impératrice doit être reçue, si elle doit faire une visite aux reines pendant qu’elle sera à Munich et à Stuttgart. Mon intention est que l’on en agisse à son égard comme l’on eût agi autrefois pour l’impératrice d’Allemagne.
Monsieur le Duc de Feltre, envoyez au duc de Castiglione l’état des 14,000 hommes qui lui arrivent, et réitérez-lui l’ordre positif de se mettre en communication avec le général Suchet en portant des corps sur Lerida et Tarragone.
A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel
Monsieur Mon Frère, l’empereur d’Autriche ayant accordé à la demande que je lui ai faite de la main de sa fille, l’archiduchesse Marie-Louise, dont j’avais reconnu tout le mérite et les brillantes qualités, j’ai résolu de fixer la célébration de mon mariage à Paris au 29 mars. J’ai envoyé le prince de Neuchâtel pour assister, comme témoin, au mariage qui se fera le 6 mars à Vienne par procuration, de manière que l’impératrice pourra arriver le 21 à Compiègne, où je compte la recevoir. Dans cette importante circonstance, j’ai résolu de réunir près de moi les princes et princesses de ma famille. Je en donne avis par cette lettre, désirant qu’aucun empêchement légitime ne s’oppose à ce que vous soyez à Paris pour le 20 mars.
2)Même lettre au vice-Roi Eugène Napoléon, à la grande-duchesse de Toscane, et au prince Camille Borghèse
Mon Fils, ayant résolu de célébrer mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche le 29 mars à Paris, je désire que vous y convoquiez pour cette époque les grands officiers, officiers et dames de ma Maison d’Italie, en ne laissant pour faire le service auprès de vous et de la vice-reine que ce qui sera nécessaire.
Mon fils, l’empereur d’Autriche ayant accédé à a demande que je lui ai faite de la main de sa fille l’archiduchesse Marie-Louise, dont j’avais reconnu le mérite et les brillantes qualités, j’ai résolu de fixer la célébration de mon mariage à Paris, au 29 mars ; j’ai envoyé le prince de Neufchâtel pour assister comme témoin au mariage, qui se fera le 6 mars à Vienne par procuration, de manière que l’impératrice pourra arriver le 23 à Compiègne, où je compte la recevoir. Dans cette importante circonstance, j’ai résolu de réunir près de moi les princes et princesses de ma famille, je vous en donne avis par cette lettre, désirant qu’aucun empêchement légitime ne s’oppose à ce que vous soyez à Paris pour le 20 mars.
Palais des Tuileries, 27 février 1810
MESSAGE AU SÉNAT.
Sénateurs, nous avons fait partir pour Vienne, comme notre ambassadeur extraordinaire, notre cousin le prince de Neuchâtel, pour faire la demande de l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche.
Nous ordonnons à notre Ministre des relations extérieures, de vous communiquer les articles de la convention de mariage entre nous et l’archiduchesse Marie-Louise, laquelle a été conclue, signée et ratifiée.
Nous avons voulu contribuer éminemment au bonheur de la présente génération. Les ennemis du continent ont fondé leur prospérité sur ses dissensions et son déchirement. Ils ne pourront plus alimenter la guerre, en nous supposant des projets incompatibles avec les liens et les devoirs de parenté que nous venons de contracter avec la Maison impériale régnante en Autriche.
Les brillantes qualités qui distinguent l’archiduchesse Marie-Louise lui ont acquis l’amour des peuples de l’Autriche : elles ont fixé nos regards. Nos peuples aimeront cette princesse pour l’amour de nous, jusqu’à ce que, témoins de toutes les vertus qui l’ont placée si haut dans notre pensée, ils l’aiment pour elle-même.
Paris, 28 février 1810
Monsieur le Duc de Cadore, recommandez à mes ministre et consuls à Naples d’avoir l’oeil sur ce qui se passe, car il paraît qu’il arrive dans les ports de ce royaume des marchandises coloniales malgré les lois qui les confisquent. Écrivez à mon consul. Toutefois les certificats qui accompagnent les marchandises qu’il est permis d’introduire en France ne doivent dater que de l’époque portée dans mon décret.
Monsieur le Duc de Cadore, recommandez au sieur Otto d’envoyer promptement et par courrier extraordinaire la note de tout ce qui sera fait à Vienne pour la circonstance du mariage, surtout de ce qui sera fait à la cérémonie de l’union de l’archiduchesse, afin de faire ici ce qui sera convenable.
Monsieur le Duc de Cadore, envoyez un secrétaire de légation en Suède, j’ai besoin d’y avoir quelqu’un dans les premiers moments. Il faut y envoyer également un chambellan avec trois cordons de la Légion d’honneur, un pour le roi et les autres à sa disposition. Proposez-moi le secrétaire qu’on pourrait charger de cette mission.
Paris, 28 février l810
Mon Cousin, je vous renvoie les lettres du général Thouvenot.
Répondez-lui qu’il serait encore prématuré de faire venir des otages ; qu’il doit gouverner le pays d’une main ferme, faire usage des ressources qu’il offre pour l’entretien des troupes; que quatre escadrons de gendarmerie doivent être arrivés; qu’il doit les placer et leur faire faire le service comme en France; que six bataillons auxiliaires, formant au moins 3,000 hommes, doivent être arrivés; que 3,000 marins armés de fusils, commandés par le colonel Baste, arrivent dans les premiers jours de mars à Saint-Sébastien; qu’une division de ma Garde, forte de 6,000 hommes, est à Logroño, et que, s’il y avait urgence, il peut la requérir ; que 6,000 hommes de l’arrière-garde, commandés par le général Seras, sont en marche; que le général Dufour est entré dans la Navarre avec une division de 6,000 hommes; qu’ainsi donc les troupes ne peuvent lui manquer et qu’il doit être sans inquiétude ; qu’il doit prévoir que les mesures qu’il a prises pourront n’être pas agréables aux ministres du Roi, mais que cela ne doit pas l’empêcher d’aller outre, et qu’il doit alléguer les ordres qu’il a de moi. Faites-lui connaître aussi qu’on doit transporter les marchandises américaines à Bayonne, où l’on pourra les mieux vendre. Écrivez-lui aussi que les équipages américains ne doivent pas être considérés comme prisonniers.
A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart
Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 15 février. Je la remercie bien de tout ce qu’elle m’y dit d’affectueux. Elle rend fort justice aux sentiments que je lui porte. On dit effectivement beaucoup de bien de l’archiduchesse Marie-Louise.
Mon Fils, vous trouverez dans le Moniteur mon message au Sénat, pour lui faire part de mon mariage. Faites un message pour en instruire le Sénat italien
1. ↑ Premier aumônier, l’archevêque Ferdinand de Rohan; dame d’honneur, Mme la duchesse de Montebello; dame d’atours, Mme la comtesse de Luçay; chevalier d’honneur, le sénateur comte de Beauharnais; premier écuyer, le prince Aldobrandini; dames du palais, Mmes la duchesse de Bassano, la comtesse de Mortemart, la duchesse de Rovigo, la comtesse de Montmorency, la comtesse de Talhouët, la comtesse de Lauriston, la comtesse Duchâtel, la comtesse de Bouillé, la comtesse de Montalivet, la comtesse de Perron, la comtesse de Lascaris-Vintimille, la comtesse de Brignole, la comtesse Gentili, la comtesse de Cunisy
2. ↑ Même lettre au vice-Roi Eugène Napoléon, à la grande-duchesse de Toscane, et au prince Camille Borghèse

References: ART. 2

ART. 3

ART. 4

ART. 2

ART. 2

ART. 3

ART. 4

ART. 5

ART. 6

ART. 7

ART. 8

ART. 9

ART. 10

ART. 11

ART. 12

ART. 13

ART. 14

ART. 15

ART. 16

ART. 18