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blamont.info - Textes - Cahier de doléances - 1789 - Vého
Cahier de doléances - 1789 - Vého
« Procès-verbal de la communauté de Vého et nomination des députés. »
15 mars 1789,
« En l'assemblée convoquée au son de la cloche, en la manière ordinaire et accoutumée au domicile du sr Nicolas Bister, syndic de l'assemblée municipale, par-devant nous, maire, syndic de ladite communauté, composée de 56 feux. »
Députés Joseph L'hôte,
Nicolas Bister, maire et laboureur.
Signatures: Nicolas Bister ; J. L'hôte ; E. Gérardin ; N. Thiébaut ; André Thirion ; Nicolas Marcel.
Cejourd'hui, 15 mars 1789.
Au domicile de Nicolas Bister, syndic de la communauté de Vého, à sa diligence, ladite communauté y étant assemblée par la voie du sergent et au son de la cloche accoutumé pour y entendre la lecture et publication des lettres du Roi et du règlement y joint, et de l'ordonnance de Monsieur Vignon, lieutenant-général au bailliage royal de l'Évêché de Metz à Vic, et l'assignation donnée par l'huissier Maldidier, de même que le procès-verbal d'assemblée pour par nous faire les remontrances que Sa Majesté demande de ses sujets, plaintes et doléances, ladite communauté, après avoir mûrement examiné, ont l'honneur de vous présenter tout ce qui suit,
Art. 1. - Que les verreries, faïenceries sont en si grande quantité que les bois de tous leurs environs sont presque ruinés, et [cela] vient d'une cherté de deux tiers de plus au moins depuis douze ans, ce qui est cause que quantité de pauvres gens n'en peuvent plus avoir ; ce qui est plus, toutes les coupes sont pour eux ; personne n'en peut plus avoir presque pour de l'argent.
ART. 2. - Les forges sont de même en si grande quantité que le charbon, bois de charronnage se trouve augmenté depuis dix ans [au] moins du double, ce qui est cause que les maréchaux et charrons sont obligés à augmenter les prix au moins du double au laboureur. Par ce moyen, les laboureurs ne sont plus en état de [se] soutenir. On n'entend que des acclamations de tous côtés, que des laboureurs ruinés. Si donc les laboureurs ne peuvent plus [se] soutenir, qui est-ce qui sera le soutien pour pourvoir aux besoins nécessaires de la vie ?
Art. 3. - Nous voulons que les forges soient utiles pour fournir du fer pour satisfaire au besoin du laboureur ; mais, si les verreries et faïenceries n'étaient pas si communes, il s'y trouverait que les charbons et bois de charronnage seraient d'autant plus communs que les forges et maréchaux, charrons en pourraient avoir plus commodément, et les laboureurs retrouveraient par ce moyen beaucoup de soulagement.
ART. 4. - Les trois salines appartenant à Sa Majesté, qui sont Dieuze, Moyenvic, Château-Salins, sont en trop grande consommation de bois. N'en pourrait-on pas supprimer l'une ou l'autre, ou diminuer sur chacune d'elles au moins la moitié de leurs poêles qui sont en augmentation depuis plusieurs années ? L'on prévoit qu'il y en aurait encore suffisamment cela donnerait beaucoup de soulagement à tous les peuples des environs.
ART. 5. - Les employés des Fermes du Roi sont en si grand nombre qu'il nous semble que cela coûte beaucoup à Sa Majesté, qu'il nous semble qu'ils sont peu utiles dans nos environs, où on en pourrait diminuer le nombre en mettant les sujets des Trois-Évêchés et du Clermontois dans la même convocation que la Lorraine, tant du côté de sels, tabac et acquits que les sujets d'Évêchés se trouveraient bien soulagés par rapport au sel, que lesdits sujets d'Évêchés sont obligés de payer d'un prix que quantité de pauvres sujets de Sa Majesté n'en peuvent plus acheter ; on retrouverait par [là] le moyen de diminuer les employés, vu que les employés coûtent considérablement tous les jours, ce que nous voyons sous nos yeux.
ART. 6. - En vertu des moulins à blé banaux, il s'y trouve quantité de communautés qui sont assujetties d'aller moudre dans un moulin ou l'autre ; cependant, il y a d'autres communautés qui ne sont point assujetties ; ces dernières arrivant un jour, deux, trois, etc., après ceux qui sont assujettis, seront, encore diligentées avant ceux qui sont banaux ; quelquefois, on renverrait de huit en huit jours ceux qui sont assujettis ; encore ne peuvent-ils pas avoir le jour sûr pour aller moudre ledit grain ; ne sommes-nous pas tous sujets de Sa Majesté ? L'on pourrait supprimer cet abus, vu qu'il faut que chacun moule son grain dans un endroit ou dans l'autre.
ART. 7. - L'établissement des huissiers-priseurs. Nous demandons qu'ils soient supprimés pour cause que personne n'est plus maître de ses biens, vu qu'ils en exportent, tant frais de contrôle et autre chose, au moins un tiers de l'argent que l'on pourrait avoir de reste pour s'aider dans les besoins.
ART. 8. - Nous demandons que les parlements soient réunis au Tiers état sans qu'ils puissent décider d'aucune affaire sans que les députés du Tiers état n'y soient compris.
ART. 9. - Ladite communauté demande à Sa Majesté que les travaux des routes se fassent toujours à prix d'argent. Il est vrai que vous trouverez quelques communautés qui demanderont qu'ils se fassent toujours comme ci-devant à l'ancienneté. Ces communautés le peuvent bien demander. Pourquoi ? Étant sur les lieux de leur entretien, dans une journée ils peuvent avoir fini leurs ouvrages, attendu que le plus grand nombre des citoyens de Sa Majesté sont une, deux et trois semaines, etc., sans pouvoir savoir si leurs ouvrages seront parachevés. Si donc en les continuant à prix d'argent, les travaux seront compatibles l'un comme l'autre.
ART. 10. - Ladite communauté demande que les maîtrises des bois soient supprimées, voyant qu'ils emportent au moins un tiers des bénéfices des bois qui se marquent dans une communauté.
ART. 11. - Que ladite communauté étant exposée à une seconde dîme appelée gerbeau, qui se prend après la grande dîme de douze gerbes, et ledit gerbeau se prend au vingt-
quatre, ce qui diminue beaucoup l'avantage des propriétaires laboureurs. Nous demandons que ledit gerbeau soit supprimé à une seule dîme de douze gerbes, et qu'il soit libre à chaque particulier d'enlever ses gerbes quand elles seront liées et prêtes, sans cependant qu'aucun ne puisse être dans le cas de taire tort aux fermiers ou propriétaires de la grosse et menue dîme.
Art. 12. - Ladite communauté demanderait qu'elle puisse semer et ensemencer dans leurs potagers ce qu'ils jugeront à propos, sans qu'aucun ne puisse être attenu de payer aucune dîme.
ART. 13. - Ladite communauté demanderait que le Clergé paye rétribution à Sa Majesté, soit chanoines séculiers et réguliers, et des deux sexes et autres, etc., qu'ils soient réunis à une pension, qu'ils puissent vivre honnêtement sans tant de superflu ; que, par ce moyen, Sa Majesté trouverait des moyens pour soulager son peuple ; de même que les abbés commendataires, cardinaux, archevêques et évêques.
ART. 14. - Ladite communauté demanderait que Sa Majesté ait à supprimer les marques de cuirs et de fers, voyant que les cordonniers augmentent les souliers et les maréchaux leurs fers à cause des droits desdites marques qu'il faut payer une fois autant que du passé, et les pauvres sujets sont obligés de payer lesdits droits.
Ladite communauté demanderait que les coupelles et droits de caphouse [existant] dans plusieurs villes, qu'ils soient supprimés à cause que les sujets de Sa Majesté vont vendre leurs marchandises et sont obligés d'en payer lesdits droits c'est toujours les pauvres laboureurs qui subissent lesdits droits.
Tous ces articles au nombre de quinze, que ladite communauté a l'honneur de vous faire observer ; et demandons à Sa Majesté et à Messieurs tenant l'assemblée des Etats généraux de nous vouloir faire grâce et justice.
Fait et clos ledit jour 15 mars 1789, ladite communauté y étant en plus grand nombre, qui ont soussigné avec nous ledit jour que ci-dessus, après lecture à eux faite.
J. L'hôte ; Nicolas Bister ; N. Thiébaut ; E. Gérardin ; Nicolas Marcel ; André Thirion.

References: Art. 1

ART. 2

Art. 3

ART. 4

ART. 5

ART. 6

ART. 7

ART. 8

ART. 9

ART. 10

ART. 11

Art. 12

ART. 13

ART. 14