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L ETAT DE L APPLICATION DU DROIT PENAL DES AFFAIRES OHADA DANS LES ETATS-PARTIES - PDF
L ETAT DE L APPLICATION DU DROIT PENAL DES AFFAIRES OHADA DANS LES ETATS-PARTIES
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1 ECOLE REGIONALE SUPERIEURE DE LA MAGISTRATURE (ERSUMA-BENIN) L ETAT DE L APPLICATION DU DROIT PENAL DES AFFAIRES OHADA DANS LES ETATS-PARTIES Corneille MOUKALA-MOUKOKO Magistrat Hors Hiérarchie Ancien Président du tribunal de commerce de Pointe-Noire Ancien Premier Président de la Cour d Appel de Dolisie Membre du Conseil Supérieur de la Magistrature Formateur certifié de l E.N.M de Bordeaux et Paris Chargé de cours à l ENAM et aux Universités Formateur des Formateurs à l Ersuma (Benin) Enseignant de Droit des affaires dans les Etats membres de l Ohada Procureur Général près la Cour d Appel de Brazzaville 12 INTRODUCTION Le droit des affaires connaît depuis quelques années un chamboulement extraordinaire résultant de la réforme législative réalisée dans le cadre de l Ohada, avec pour corollaire la lutte contre l insécurité juridique et judiciaire nuisible aux investissements attendus notamment des pays étrangers en vue du développement tant souhaité de l Afrique. Toutefois, deux décennies après la signature le 17 octobre 1993 du Traité de l Ohada, force est de constater, non sans regret, que plusieurs réalisations relèvent encore du rêve. C est le cas, en matière du droit pénal des affaires Ohada ayant consacré la méthode du renvoi législatif, de la possibilité laissée aux Etats-parties de déterminer les peines en matière pénale par l entremise des parlements nationaux, au regard des dispositions de l article 5 dudit traité qui dispose que «les actes uniformes peuvent inclure des dispositions d incrimination pénale. Les Etats parties s engagent à déterminer les sanctions pénales encourues». Le droit Ohada établit donc un concours de compétence normative qui fait fondamentalement fi du sacro-saint principe de la légalité. Le constat fait à ce jour révèle que sur les dix sept (17) pays qui constituent actuellement l espace Ohada, trois (3) seulement ont déjà répondu à l appel, rendant ainsi inapplicable le droit pénal Ohada, et pire, consacrant du coup l illégalité dans laquelle ces pays se retrouvent en la matière, sachant pertinemment que le principe de la légalité des délits et des peines commande que l infraction ne soit réprimée que dans la mesure et à la condition que cette incrimination soit suivie de la peine également prévue par la loi. Ces trois pays qui font office de pionniers sont le Sénégal, le Cameroun et la République Centrafricaine. Le premier a prévu les peines requises à travers la loi n du 26 mars 1998 portant sur les sanctions pénales applicables aux infractions contenues dans l acte uniforme relatif aux droits de sociétés commerciales et du groupement d intérêt économique, le deuxième par la loi n 2003/008 du 10 juillet 2003 portant Répression des infractions contenues dans certains actes uniformes Ohada et le troisième a introduit les sanctions relatives aux infractions incriminées dans les actes uniformes Ohada dans la loi n du 06 janvier 2010 portant Code pénal Centrafricain. La République du Congo-Brazzaville leur emboîte le pas avec le projet de loi portant «détermination des sanctions pénales aux infractions prévues par les actes uniformes du traité de l Ohada relatifs au droit commercial général, au droit des sociétés commerciales et du groupement d intérêt économique, au droit comptable, au droit des sûretés et au droit des procédures collectives d apurement du passif» qui est actuellement sur le bureau du parlement et attend d être adopté par le Sénat et l Assemblée nationale. 23 Le droit Ohada ne définit nullement les juridictions compétentes pour juger les infractions prévues dans les actes uniformes. Ceci étant, il faut considérer la peine applicable pour déterminer la nature criminelle ou correctionnelle de l infraction dont s agit, et conséquemment, la juridiction compétente. Le droit pénal des affaires Ohada est basé sur deux sources principales, à savoir la loi nationale retenue par le souci de protéger la souveraineté des Etats, et les actes uniformes de l Ohada ayant pour substratum le Traité. L introduction du pénal dans le droit des affaires s explique par la nécessité d assainir le monde des affaires afin de discipliner tant soit peu les opérateurs économiques dont les moyens usités pour réaliser les bénéfices ne sont pas toujours les plus recommandés. Pour contrer la délinquance économique en expansion continue, le législateur Ohada a mis en place des incriminations nouvelles afin de mieux sanctionner les auteurs de pratiques déshonorantes pour la vie des affaires et des comportements prohibés par la loi. La volonté affichée des Etats signataires du Traité Ohada a été d améliorer l environnement juridique des entreprises en essayant d éradiquer l insécurité juridique constatée à travers la vétusté et la disparité des textes, mais également l insécurité judiciaire résultant de la faiblesse des systèmes de justice de ces différents pays. L incrimination s analyse comme l acte législatif ou réglementaire par lequel une autorité compétente détermine les éléments constitutifs d une infraction. En effet, pour qu une infraction soit constituée, il faut que le comportement répréhensible soit défini et que le quantum de la peine applicable soit fixé. L infraction est l action ou l omission définie par la loi pénale et punie de certaines peines également fixées strictement par la loi ou le règlement. En droit pénal, on connaît le principe bien affirmé selon lequel il n y a pas «pas d infraction, pas de peine sans texte». Le principe de la légalité est un principe contenu dans l adage latin «nullum crimen sine lege, nulla poena sine lege» qui suppose que les crimes et les délits doivent être légalement définis avec clarté et précision, ainsi que les peines qui leur sont applicables. Une action ou une abstention, si préjudiciable qu elle soit à l ordre social, ne peut être sanctionnée par le juge que lorsque le législateur l a visée dans un texte et interdite sous la menace d une peine. De toutes les règles qui sont consacrées par le droit pénal, le principe de légalité est la plus importante. Il n y a pas d infraction, ni de peine sans un texte légal. 34 L article 4 du code pénal Congolais par exemple dispose que «nulle contravention, nul délit, nul crime ne peuvent être punis de peines qui n étaient pas prononcées par la loi avant qu ils fussent commis». On avance souvent en faveur de la légalité criminelle trois arguments : - Argument psychologique : il faut que la loi avertisse avant de frapper, afin que le citoyen sache avant d agir ce qui est interdit et puni. - Argument politique : c est le contrat social. Vivant en société, les individus ne doivent cependant pas être brimés par la collectivité, sous peine de perdre toute liberté, et ce conflit ne peut être réglé que par la loi, expression d un consensus général. - Argument institutionnel : le principe de la séparation des pouvoirs confie au pouvoir législatif, expression de la volonté populaire, une compétence exclusive en la matière. C est le législateur qui a le pouvoir d établir les normes pénales et procédurales. Il a alors le devoir d élaborer des textes clairs et précis. Les incriminations actuellement prévues dans le droit Ohada sont contenues dans les actes uniformes portant sur : - Le droit des sociétés commerciales et du Groupement d Intérêt Economique - Les procédures collectives d apurement du passif - Le droit des Sûretés - Le droit commercial général Les incriminations prévues dans l Acte Uniforme sont le plus souvent intentionnelles. Elles supposent la mauvaise foi de l auteur de l infraction. La plupart des délits sanctionnés par le droit Ohada ont trait à la constitution de la société, d autres concernent l organisation et le fonctionnement d icelle. Certaines incriminations visent les dirigeants ou les liquidateurs de société à propos de certaines causes de dissolution ou de la liquidation des sociétés. Enfin, il y a des infractions qui concernent le contrôle des sociétés. 45 I DE L ACTE UNIFORME RELATIF AU DROIT DES SOCIETES COMMERCIALES ET DU GROUPEMENT D INTERET ECONOMIQUE A - DES INFRACTIONS LIEES A LA CONSTITUTION DES SOCIETES La formation d une société requiert l accomplissement des conditions de fond et de forme pour en assurer la validité. L autorité administrative exerce un contrôle préventif de ces conditions et leur violation commande la répression exercée par l autorité judiciaire. C est le droit pénal qui intervient alors pour garantir la régularité de la constitution de la société. Les fondateurs de société sont les personnes qui participent activement à la mise en œuvre de toutes les opérations conduisant à sa constitution. Le rôle des fondateurs commence dès les premières opérations ou l accomplissement des premiers actes réalisés dans le but de la constitution de la société, et il prend fin dès la signature des statuts par tous les associés ou l associé unique. Avant l intervention du droit Ohada, une société était régulièrement formée dès la signature des statuts par les associés. Il est établi dorénavant que toute société jouit de la personnalité juridique à compter de son immatriculation au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (Rccm). Avant qu elle soit immatriculée, l existence de la société n est pas opposable aux tiers. Dans le cadre de la recherche du capital social en vue de la constitution de la société, les associés peuvent être amenés à commettre quelques infractions, notamment à travers des mensonges qui, comme on le sait, sont des comportements prohibés dans le domaine des affaires qui est en principe réservé aux hommes de bonne foi et d une honnêteté irréprochable. Ces mensonges ici exigés supposent à la fois un certain résultat ou la recherche d un certain but. Pour ce faire, le législateur incrimine les actes mensongers suffisamment graves et dangereux tant pour les tiers et les associés que pour la société ellemême. Les infractions en question concernent la simulation de souscription ou de versements et la publication de faits faux. Article 887 AUSC : «encourent une sanction pénale : 1- ceux qui, sciemment, par l établissement de la déclaration notariée de souscription et de versement ou du certificat du dépositaire, auront affirmé sincères et véritables des souscriptions qu ils savaient fictives ou auront déclaré que les fonds qui n ont pas été mis définitivement à la disposition de la société ont été effectivement versés ; 2- ceux qui auront remis au notaire ou au dépositaire, une liste des actionnaires ou des bulletins de souscription et de versement mentionnant des souscriptions fictives ou des versements de fonds qui n ont pas été mis définitivement à la disposition de la société ; 56 3- ceux qui sciemment, par simulation de souscription ou de versement ou par publication de souscription ou de versement qui n existent pas ou de tous autres faits faux, auront obtenu ou tenté d obtenir des souscriptions ou des versements ; 4- ceux qui, sciemment, pour provoquer des souscriptions ou des versements auront publié les noms de personnes désignées contrairement à la vérité comme étant ou devant être attachées à la société à un titre quelconque ; ceux qui, frauduleusement, auront fait attribuer à un apport en nature, une évaluation supérieure à sa valeur réelle». 1 - LA SIMULATION DE SOUSCRIPTION OU DE VERSEMENTS La simulation de souscription ou de versements consiste à présenter pour vrais, des souscriptions ou des versements qui, en réalité, n existent guère. Elle suppose donc à la base un mensonge, ce qui en fait un délit intentionnel. Ce délit suppose des agissements de simulation et la recherche des souscriptions ou des versements. La simulation s entend par l établissement du caractère fictif des souscriptions ou des versements et la preuve qu ils étaient affirmés sincères et véritables. Le caractère fictif des souscriptions doit absolument être de mise. Les souscriptions sont fictives lorsque tous les éléments susceptibles d assurer la validité de l engagement d entrée en société ne sont pas réunis. L existence des versements implique que le dépositaire accepte de reconnaître qu il a reçu des versements qui, somme toute, ne lui ont pas été remis. Les versements sont fictifs quand il est affirmé qu ils ont été effectués, alors qu il n en a été rien. On parle de versement fictif en l absence de tout versement nonobstant l affirmation contraire, en cas de simulacre de versements apparents. La doctrine déclare que «tous les procédés susceptibles d accréditer, dans l esprit des tiers, cette idée, sont répréhensibles», et «peu importe la méthode utilisée : déclarations verbales, reçus de complaisance, passation d écritures». Il peut s agir aussi, selon la jurisprudence, des manœuvres suivantes : - établissement du certificat du dépositaire affirmant inexactement la souscription intégrale du capital ou le versement du 1 er quart ; - fausses affirmations appuyées ou non de la production de documents fallacieux ; - utilisation de jeux d écritures ou d artifices de comptabilité. Les manœuvres frauduleuses tendant à amener les actionnaires à verser les souscriptions suffisent à constituer l infraction, même si l opération ne s est pas réalisée. 67 La souscription s entend comme tout engagement pris en faveur d une société et rémunéré par la délivrance d un titre quelconque. C est un acte juridique par lequel une personne s engage à faire partie d une société par actions en apportant une somme d argent en principe égale au montant nominal de son titre. Le versement quant à lui est non seulement constitué du premier versement effectué au moment de la constitution de la société, mais encore des versements réalisés à la suite des appels des quarts subséquents. La tentative d obtenir des souscriptions ou des versements est punissable. Elle est consommée lorsque l agent aura accompli des actes de nature à amener l engagement de souscripteurs sérieux ou de versements de leur part. Il y aura tentative par exemple si les fondateurs sollicitent la souscription d actions sans réussir à l obtenir. Le terme «sciemment» qui caractérise l élément moral suppose que l auteur de l infraction a agi en connaissance de cause, qu il a conscience du but poursuivi et connaît la fausseté des faits prétendus. C est l élément intentionnel qui démontre la conscience qu a l agent de réaliser une simulation susceptible d entraîner des souscriptions ou des versements. En vérité il est de mauvaise foi. En effet, l objectif affiché de la simulation est d obtenir des souscriptions ou des versements. C est ce que traduisent les termes «ceux qui auront obtenu des souscriptions ou des versements». Les auteurs de cette infraction sont en principe les fondateurs, mais également les premiers administrateurs et même les administrateurs suivants, ainsi que les membres du directoire ou les gérants, selon le cas, qui sont responsables avec les fondateurs qui ont eu recours à la simulation pour obtenir des souscriptions si, en connaissance de cause, ils procèdent à l appel des quarts subséquents au premier versement. Ceux qui, en connaissance de cause, préparent ou facilitent le délit par des faits antérieurs ou concomitants à son exécution sont des complices. C est le cas d un commissaire aux comptes qui affirme devant l assemblée générale des actionnaires un bénéfice inexistant, qui certifie sincère un bilan fallacieux, ou un chef comptable qui falsifie les documents comptables et les procès-verbaux du conseil d administration, ou encore un banquier qui délivre des reçus de complaisance. L action publique existe dès la consommation du délit. La restitution des fonds obtenus par simulation ou le versement des fonds font subsister le droit de poursuite de l infraction. Elle se prescrit par trois ans, et le délai court du jour de l accomplissement du délit. 78 L action civile appartient à toute personne ayant subi un préjudice du fait de l infraction. Aux actionnaires victimes des agissements frauduleux, et à la société en tant qu être collectif, l action étant alors exercée par les administrateurs contre les fondateurs ou d autres administrateurs. Un créancier de la société peut également intenter les poursuites judiciaires. Sanctions : Les peines applicables au Sénégal vont de 1 an à 5 ans d emprisonnement et une amende allant de à cfa ou l une de ces deux peines seulement. Les peines prévues au Cameroun vont de 3 mois d emprisonnement à 3 ans et d une amende de à de cfa ou l une de ces deux peines. En République Centrafricaine, la peine de prison varie entre 1 an et 5 ans et une amende allant de à francs cfa. On constate que le Cameroun applique à ce délit une peine d emprisonnement assez légère, mais est intransigeante sur l amende, tandis que le Sénégal et la Centrafrique ne vont pas de main molle notamment sur la peine de prison. 2 - LA PUBLICATION DE FAITS FAUX Cette infraction est réalisée en vue d obtenir des souscriptions ou des versements. Il s agit de la publication de souscriptions ou de versements qui n existent pas ou de tous autres faits faux, et de la publication des noms de personnes désignées contrairement à la vérité comme étant ou devant être attachées à la société, à un titre quelconque. Le régime de cette infraction présente de nombreux points communs avec le délit de simulation puisqu ils ont le même but : obtenir des souscriptions ou des versements. La publication est réalisée par l emploi de tout moyen d information destiné à toucher le public : insertion dans des documents ayant un caractère officiel (journal d annonces légales) ou insertion dans des documents privés, ou leur distribution, tels que des imprimés. Ce peut être aussi des articles parus dans la presse (annonces radiodiffusées ou projetées sur écran), ou encore la tenue de propos en public, notamment la présentation d un faux bilan à l assemblée générale des actionnaires. Des faits faux quelconques, des souscriptions ou versements inexistants et des noms de personnes faussement attachées à la société peuvent être retenus comme constitutifs du délit. 89 Les faits faux d ordre juridique sont ceux qui consistent dans l affirmation inexacte de la constitution régulière de la société ou de la souscription intégrale du capital social. Les faits d ordre économique peuvent être, la publication de circulaires ou articles de journaux annonçant une hausse considérable des actions, les affirmations inexactes sur le droit de propriété, la publication dans un code, de cours fictifs. Les noms des personnes faussement attachées à la société sont ceux des gens jouissant d un grand crédit ou d une notoriété certaine, bien que dépourvues de tout lien avec la société. Ce délit est intentionnel, comme le souligne le mot «sciemment». Mais, s agissant de la publication de noms de personnes faussement attachées à la société, il est nécessaire que soit exigée, en dehors de la conscience des agissements, la preuve de l intention de l auteur, d autant plus que le texte précise comme but de la publication «pour provoquer des souscriptions ou versements». Les auteurs sont ceux qui ont publié des faits en sachant qu ils sont faux, pour obtenir des souscriptions ou des versements : ce sont les fondateurs, les administrateurs ou les gérants. Peuvent être poursuivis comme complices : - les démarcheurs qui, après avoir réuni les éléments mensongers destinés à faciliter l émission des actions, les ont portés à la connaissance du public sous forme de comptes rendus inexacts et trop élogieux de l affaire ; - les journalistes qui publient en connaissance de cause, les articles mensongers conformément à la demande des fondateurs ou des administrateurs ; - le commissaire aux comptes qui, en connaissance de cause, certifie sincère un bilan manifestement frauduleux, ou qui conseille un dirigeant en vue de présenter à l assemblée générale un bilan comportant de graves inexactitudes - le conseil juridique qui prépare les actes frauduleux destinés à être publiés Sanctions prévues : Au Sénégal : 1 an à 5 ans de prison ; à cfa d amende ou l une de ces deux peines seulement. Au Cameroun : 3 mois à 3 ans de prison ; à cfa d amende ou l une de ces deux peines seulement. En Centrafrique, la peine va de 1 an à 5 ans de prison et/ou une amende de à de francs. 910 3 - L ETABLISSEMENT DU CERTIFICAT DE DEPÔT DES SOUSCRIPTIONS OU DE VERSEMENTS Les délits d établissement frauduleux du certificat du dépositaire ou de la déclaration notariée de souscription et de versement sont prévus par l art.887 A.u.s.c alinéas 1 et 2 qui dispose : «encourent une sanction pénale : 1) ceux qui, sciemment, par l établissement de la déclaration notariée de souscription et de versement ou du certificat du dépositaire, auront affirmé sincères et véritables des souscriptions qu ils savaient fictives ou auront déclaré que les fonds qui n ont pas été mis définitivement à la disposition de la société ont été effectivement versés ; 2) ceux qui auront remis au notaire ou au dépositaire, une liste des actionnaires ou des bulletins de souscription et de versement mentionnant des souscriptions fictives ou des versements de fonds qui n ont pas été mis définitivement à la disposition de la société». On sait en droit que pour que l existence et l authenticité du capital d une société par actions nouvellement créée soient affirmées aux yeux du public, les fondateurs doivent faire une déclaration chez le notaire ou le dépositaire (banquier) proclamant la sincérité des souscriptions et la réalité des versements correspondants. Dès lors, si le certificat de dépôt contient des allégations qualifiées de fausses, les auteurs de ces mensonges sont condamnables. Au regard de ce qui précède, on peut comprendre que les faits faux qui entachent la déclaration doivent porter sur les souscriptions qui sont alors fictives, ou encore sur les versements qui n auront pas du tout été réalisés ou mis à la disposition de la société. Sanctions : La sanction édictée par la loi Sénégalaise varie entre 1 an et 5 ans d emprisonnement et une amende allant de francs cfa à ou l une de ces deux peines seulement. Le Cameroun punit cette infraction d une peine d emprisonnement de 3 mois à 3 ans et d une amende de à de francs cfa ou l une de ces deux peines seulement. La peine prévue en Centrafrique est de 1 an à 5 ans de prison et/ou une amende de à de francs cfa. 1011 4 - LA SURÉVALUATION DES APPORTS EN NATURE Naturellement, il s avère qu un apport en numéraire ne peut pas faire l objet d une surévaluation. Ce qui n est pas le cas pour les apports en nature. En effet, ces derniers peuvent donner lieu à une surévaluation qui, du reste, fausse l égalité des associés. C est dans ce contexte que les commissaires aux apports doivent user de vigilance lors de l attribution de la valeur aux apports en nature. L article 887 alinéa 4 A.u.s.c prévoit le délit de la surévaluation des biens apportés à la société et tend à sanctionner la fraude aux droits des associés. Il sanctionne «ceux qui, frauduleusement, auront fait attribuer à un apport en nature, une évaluation supérieure à sa valeur réelle». L infraction consiste dans le fait de participer à l attribution de la valeur d un apport et de l existence d une évaluation excessive. Faire attribuer suppose de la part de l auteur du délit, un acte positif. Dès lors, participe positivement à la surévaluation de l apport, le commissaire aux comptes qui rédige un rapport dans ce sens. Lorsqu il est établi que la surévaluation a eu lieu, il peut être poursuivi en justice. Si la loi reconnaît à un apporteur le droit d obtenir sans fraude le prix maximum de son apport, il convient de dire que la même loi punit l évaluation manifestement excessive de l apport, ce qui sous entend une exagération de la valeur du bien apporté. En l espèce, le simple mensonge est suffisant pour constituer l élément matériel de l infraction, tandis que la mauvaise foi en est l élément moral. L attention des commissaires aux apports doit particulièrement être attirée en tant que hommes de l art, car la connaissance par eux de la surévaluation suffit pour les attraire en justice du chef de cette infraction, au même titre que les apporteurs indélicats. Tout compte fait, ce sont les apporteurs et les commissaires aux comptes qui peuvent être auteurs de cette infraction. Peines : La législation du Sénégal prévoit 1 an à 5 ans d emprisonnement et à cfa d amende ou l une de ces deux peines seulement. La peine prévue au Cameroun est de 3 mois à 3 ans de prison ; à cfa ou l une de ces deux peines seulement. La République Centrafricaine punit des peines allant de 1 an à 5 ans de prison et/ou d une amende de à les auteurs de ce délit. 1112 5 - L ÉMISSION D ACTIONS Article 886 : «est constitutif d une infraction pénale, le fait, pour les fondateurs, le président-directeur général, le directeur général, l administrateur général ou l administrateur général adjoint d une société anonyme d émettre des actions avant l immatriculation ou à n importe quelle époque lorsque l immatriculation est obtenue par fraude ou que la société est irrégulièrement constituée». Les fondateurs et les administrateurs ont l obligation de vérifier la régularité de la constitution de la société et son immatriculation, avant de procéder à l émission de titre. Faute de quoi, la loi s applique contre eux. Les irrégularités dont il est fait état constituent donc une condition, un préalable à l infraction. Ces irrégularités concernent l inobservation de certaines règles relatives à la constitution des sociétés anonymes, à l émission avant l immatriculation ou à la suite d une immatriculation frauduleuse. En effet, l émission d actions est répréhensible si l immatriculation fait défaut ou si, d une façon générale, les formalités de constitution ne sont pas régulièrement accomplies. Il s agit précisément de l émission avant l immatriculation de la société au registre du commerce et du crédit mobilier, et de l émission faite à toute époque si l immatriculation est faite en fraude. La fraude s entend comme une action révélant chez son auteur une volonté manifeste de nuire à autrui ou de tourner certaines prescriptions légales. Il s avère que l immatriculation représente une étape fondamentale dans la vie sociale. Tant que la société n est pas enregistrée, ses actions ne doivent pas être émises : c est un principe. Le délit est constitué même en l absence de mauvaise foi, par le seul fait de l émission, dès lors qu est établie l existence de l une des irrégularités exigées. Peines : La peine au regard de la loi du Sénégal est d une amende de à cfa. Le Cameroun a prévu une peine allant de 3 mois à 3 ans de prison et une amende de à cfa ou l une de ces deux peines seulement. L article 211 du Code pénal de la République Centrafricaine punit d une peine d emprisonnement de 1 an à 5 ans et/ou d une amende de à de francs les personnes ci-dessus désignées. La loi Sénégalaise ne prévoit en l espèce qu une simple peine d amende somme toute dérisoire, tandis que le Cameroun et la Centrafrique sont assez répressifs. 1213 B - LES INFRACTIONS LIEES AU FONCTIONNEMENT DES SOCIETES Dès qu elle est créée, la société doit entretenir une activité dans le but d accomplir son objet social. Elle doit pour ce faire, fonctionner normalement. Ce qui justifie la mise en œuvre des règles pénales en vue d assurer la protection de ceux qui peuvent être victimes d une gestion frauduleuse ou trop imprudente. Ainsi compris, le droit pénal prévoit des infractions relatives à la gestion des affaires sociales, pour empêcher les abus venant des dirigeants sociaux qui ont un pouvoir pour engager la société sans justifier d un mandat spécial, et sont chargés d assurer la gérance, l administration, la direction de la société. En outre, toute société étant soumise à la tenue obligatoire d une comptabilité en vue d un bon fonctionnement, les mêmes dirigeants, aidés dans leur tâche par les commissaires aux comptes, sont appelés à administrer cette comptabilité dans le bon sens, au risque de poursuites judiciaires, sachant que la comptabilité est un élément capital, voire obligatoire pour le fonctionnement de toute société. La gestion de la société requiert des vertus qui empêchent l abus dans les pouvoirs étendus mis à la disposition des dirigeants. Or, ceux-ci peuvent abuser des biens et du crédit de la société, de même qu ils peuvent porter atteinte au droit des associés de participer à la vie sociale. En effet, les dirigeants sociaux peuvent avoir la tentation d utiliser leur pouvoir de gestion et d administration, non pas dans l intérêt de la société qu ils dirigent, mais dans leur intérêt personnel. Plus généralement, il arrive qu ils en viennent à traiter le patrimoine social comme leur patrimoine propre. De la sorte, ils peuvent se livrer à des détournements de biens de la société dont ils ont la charge de diriger. Jusque dans les années 1930, ces détournements n étaient pénalement répréhensibles qu au titre du délit de droit commun d abus de confiance, applicable au motif que les dirigeants sont des mandataires sociaux. Conscient du fait que tout homme qui dispose du pouvoir est tenté d en abuser, et les organes légaux de la société en étant pourvus, il convient de les empêcher d en abuser ou d entraver l exercice des droits légalement reconnus. Dans le cadre de la gestion de la société, les dirigeants peuvent alors abuser des biens et du crédit de la société, tout autant qu ils peuvent porter atteinte au droit des associés de prendre part à la vie d icelle. 1314 1 - L ABUS DES BIENS ET DU CRÉDIT DE LA SOCIÉTÉ L article 891 A.u.s.c dispose : «encourent une sanction pénale, le gérant de la société à responsabilité limitée, les administrateurs, le président directeur général, le directeur général, l administrateur général ou l administrateur général adjoint qui, de mauvaise foi, font du bien ou du crédit de la société, un usage qu ils savaient contraire à l intérêt de celle-ci, à des fins personnelles, matérielles ou morales, ou pour favoriser une autre personne morale dans laquelle ils étaient intéressés, directement ou indirectement». Cette disposition légale incrimine les abus ou les atteintes ayant trait aux valeurs patrimoniales que sont les biens sociaux ou le crédit de la société. Bien qu il soit communément dénommé abus des biens sociaux, le délit peut aussi se commettre par usage abusif du crédit social. Ces délits ont une finalité commune car ils tendent à sanctionner les dirigeants qui traitent le patrimoine social comme leur patrimoine propre, en méconnaissance du principe de séparation des patrimoines, ou qui gèrent la société dans leur intérêt personnel, quand bien même leur mandat est un mandat de gestion dans l intérêt de la société. L objectif du délit est en fait de sanctionner les confusions entre le patrimoine social et patrimoine personnel. Que sont les biens sociaux? Il peut s agir de tous les biens mobiliers appartenant à la société (fonds sociaux, matériels et marchandises). Il peut s agir également de ses biens immobiliers et même des biens incorporels (droit de créance, droit d exploitation d un brevet d invention, droit de clientèle). En définitive, les biens sociaux représentent l ensemble de l actif mobilier et immobilier d une société destiné à l intérêt de celle-ci. Les biens sociaux doivent appartenir à la société et celle-ci doit être in bonis c est-à-dire que la société doit être maître de ses biens. Le crédit social correspond de façon générale à la confiance financière qui est attachée à la société à raison de son capital, de la nature de ses affaires et de la bonne marche de celles-ci. A propos de l exigence d un acte contraire à l intérêt de la société qui du reste paraît délicate à cerner, il faut noter que le texte d incrimination ne définit pas cette notion. Cette question étant d essence pénale, elle relève de l appréciation du juge répressif et non de celle des organes sociaux. 1415 On note à cet effet la dépense sociale qui sert l intérêt personnel des dirigeants et qui n a pas de contrepartie pour la société : - Il s agit du détournement de biens ou de fonds sociaux dans un intérêt personnel direct (les dirigeants qui font livrer à leur domicile personnel du matériel réglé par la société ou virent sur un compte personnel des sommes d argent dues à l entreprise ou encore payent leur loyer personnel ou leurs frais de vacances avec des fonds sociaux). - Il s agit du détournement de biens ou de fonds sociaux dans un intérêt personnel indirect (les dirigeants qui affectent à une société dans laquelle eux-mêmes ou leurs proches ont des intérêts, le matériel acheté par la société qu ils dirigent ; la société verse des salaires à des personnes qui ne fournissent aucune prestation de travail et qui appartiennent à la famille des dirigeants ou à leurs amis ou aux amis de leurs amis). - Il s agit de la perception de commissions personnelles sur des opérations sociales (les dirigeants qui exigent et obtiennent une commission personnelle parfois très élevée quand ils mènent une opération d acquisition pour le compte de la société, or, cette commission va souvent de pair avec une surfacturation de l acquisition à laquelle procède la société, cette surfacturation permettant le versement de la commission personnelle. A hauteur de la surfacturation, il y a un paiement sans contrepartie ou sans cause pour la société qui sert les intérêts des dirigeants puisqu elle permet le paiement de la commission). - Il s agit de frais relationnels ou de réception pris en charge par la société (frais servant à traiter la famille des dirigeants. En cas de frais relationnels équivoques : frais de mariage d un enfant ; demande de remboursement direct de frais de restaurant ou de distraction sans justification de leur bénéficiaire). - Il s agit de la perception par les dirigeants de rémunérations indues qui sont, stricto sensu, les rémunérations perçues sans autorisation préalable du conseil d administration ou de l assemblée générale. - Il s agit de la perception des rémunérations excessives qui sont des rémunérations pouvant être considérées comme disproportionnées, soit par rapport aux capacités financières de l entreprise, soit par rapport au travail fourni par les dirigeants. La mauvaise foi de l auteur de l abus est requise, ainsi que la poursuite des fins personnelles, le but d intérêt personnel et égoïste qui constitue le dol spécial. Le but d intérêt personnel peut être pécuniaire et direct, mais aussi professionnel et moral, ou se traduire par la faveur accordée à d autres personnes (entretien de relations d amitié avec un tiers ou volonté de consolider une situation au sein de la société et d entretenir de relations avantageuses avec des personnes influentes). 1516 Les dirigeants sociaux peuvent aussi avoir recherché un intérêt personnel indirect consistant dans l abus commis pour favoriser une autre société, personne morale dans laquelle ils sont intéressés directement ou indirectement. Les personnes susceptibles d être poursuivies sont les seuls gérants de la société dont les qualités sont précisées dans l incrimination. Toutefois, ceux qui ont participé au délit peuvent non seulement être poursuivis comme complices mais encore comme receleurs de choses. L élément intentionnel est doublement requis. Il faut que l acte contraire à l intérêt social ait été commis de mauvaise foi et à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société dans laquelle les dirigeants sont intéressés directement ou indirectement. La mauvaise foi correspond au dol général en ce qu elle suppose que l agent ait eu conscience du caractère contraire à l intérêt de la société de l acte qui lui est reproché. Les fins personnelles requises correspondent au dol spécial. Peines : - Le législateur Sénégalais prévoit 1 an à 5 ans de prison et une amende de à cfa, tout en précisant que les deux peines doivent être obligatoirement prononcées l une et l autre. La loi du Cameroun prévoit quant à elle une peine de 1 an à 5 ans et une amende de à cfa. L article 215 du Code pénal Centrafricain punit de 1 an à 5 ans d emprisonnement et/ou d une amende de à cfa les auteurs d abus de biens sociaux et du crédit de la société. Les trois législations de référence prévoient des peines d emprisonnement similaires. Le maximum pour l amende est le même pour le Sénégal et la Centrafrique. Le Cameroun est particulièrement dissuasif sur son quantum. 2 - LES ATTEINTES AUX DROITS DES ASSOCIES Les associés représentent, dans toute société, les porteurs de parts ou d actions, à qui la loi reconnaît un certain nombre de droits. Il s agit particulièrement des droits des actionnaires dans les sociétés anonymes. Mais ces dispositions s appliquent aussi aux sociétés à responsabilité limitée, aux sociétés en nom collectif et aux sociétés en commandite simple. En tant qu ils interviennent dans la vie sociale en leur qualité de membres de l assemblée générale, leurs droits au sein de celle-ci doivent être pénalement garantis. Ces droits vont de la convocation de l assemblée à la tenue d icelle, en passant par l exercice du droit de vote et l accès à l assemblée. 1617 Cependant, l Acte Uniforme ne fait état que de l obstacle à l accès à l assemblée. Et cette infraction est prévue par l article 892 qui dispose : «Encourent une sanction pénale, ceux qui, sciemment, auront empêché un actionnaire ou un associé de participer à une assemblée générale». Délit nouveau qui punit l entrave à la participation à une assemblée d actionnaires, cette infraction vise les dirigeants sociaux, en premier lieu, mais également tous ceux qui ont empêché sciemment un actionnaire de participer à une assemblée. Il sied de noter que l infraction sera réalisée même si aucune décision n a été prise par l assemblée, étant entendu qu il est possible que les faits d entrave aient eu pour but d atteindre le quorum requis. L auteur doit nécessairement avoir agi en connaissance de cause. Peines : - La peine au Sénégal se situe entre 3 mois et 2 ans de prison et à cfa d amende ou l une de ces deux peines seulement. La loi Camerounaise fixe une peine de prison allant de 3 mois à 2 ans et une amende de à cfa ou l une des deux peines. La loi pénale Centrafricaine punit de la peine de 6 mois à 2 ans et d une amende allant de à cfa ceux qui empêché un actionnaire ou un associé de participer à une assemblée générale. Les trois pays offrent un maximum des peines de prison analogue, mais la République Centrafricaine double le montant de la peine d amende. 3 - L OBSTACLE AU CONTRÔLE Afin d empêcher les dirigeants sociaux de se livrer à des actes tendant à aliéner le patrimoine social, le législateur a prévu des mécanismes de contrôle de gestion. Le contrôle est en principe exercé dans la société par un ou plusieurs commissaires aux comptes. Le contrôle des comptes sociaux est devenu une obligation légale d ordre public. Il s impose du reste à toutes les entités qui sont économiquement ou socialement importantes. Répondant à un souci de transparence, il garantit la fiabilité de l information financière donnée aux actionnaires, aux investisseurs et plus globalement, au public. Ce contrôle est permanent, les commissaires aux comptes pouvant procéder à toute époque de l année à tous contrôles qu ils jugent opportuns. En effet, l obstacle au contrôle concerne les dirigeants sociaux qui le feraient dans le dessein de l empêcher s ils ont avoir commis des actes délictueux. Cette action peut se traduire par le défaut de désignation des commissaires aux comptes, ou, s ils les ont désignés, de ne pas les convoquer aux assemblées générales. 1718 Ils peuvent aussi faire obstacle à leurs vérifications d usage ou leur refuser la communication des documents utiles pour l accomplissement de leur mission. Cela se comprendrait mal dès lors que l article 694 A.u.s.c édicte que «le contrôle est exercé dans chaque société anonyme par un ou plusieurs commissaires aux comptes». En tant que contrepoids des dirigeants sociaux, ils ne sont pas toujours les bienvenus pour ces derniers, parfois enclins à une gestion peu orthodoxe de la société. C est pourquoi, ils peuvent être amenés volontairement ou par négligence, à s opposer à leur désignation ou à s abstenir de provoquer cette désignation. Et s ils sont légalement nommés, ils peuvent ne pas les convoquer aux assemblées générales et ainsi les empêcher d exercer leur mission de contrôle, de vérifications ou leur refuser la communication de documents. Pour prévenir ces comportements nuisibles à la structure, le législateur Ohadien menace de sanctions pénales «les dirigeants sociaux qui n auront pas provoqué la désignation des commissaires aux comptes de la société ou ne les auront pas convoqués aux assemblées générales». a) - Le défaut de désignation des commissaires aux comptes Pour que l omission de provoquer la désignation des commissaires aux comptes expose les dirigeants à une sanction pénale, il faut : - que le contrôle dont s agit ait un caractère obligatoire - que l entité soumise au contrôle ait dépassé le stade de sa constitution et donc qu elle soit entrée en activité - qu il y ait eu, en cours de vie sociale, une rupture dans la continuité du contrôle. Le délit a pour auteurs les dirigeants sociaux. Sa finalité est de sanctionner les dirigeants qui entreprennent de faire échapper leur gestion comptable et financière au contrôle des commissaires aux comptes. Bien que le délit soit dénommé non désignation des commissaires aux comptes, l infraction vise en réalité le fait de ne pas avoir «provoqué la désignation» des commissaires aux comptes. Ceci s explique par le fait que les commissaires étant des contrôleurs, ils ne peuvent pas être désignés directement par les dirigeants contrôlés. Cela va de soi! Ce délit est un délit d omission comme l expriment les termes «ne pas avoir provoqué la désignation des commissaires aux comptes». 1819 Il peut aussi être un délit d imprudence qui suppose bien évidemment la preuve d une faute de négligence si les dirigeants omettent d accomplir les diligences nécessaires pour la convocation de l assemblée qui désigne les commissaires. L action publique est mise en mouvement contre les dirigeants ayant le pouvoir de convoquer l assemblée générale, par le ministère public, le délit étant un délit d intérêt général. b) - Le défaut de convocation des commissaires aux comptes La constitution de l infraction suppose que la désignation des commissaires aux comptes est obligatoire. Il faut ensuite que l assemblée générale ait été convoquée. L élément matériel de cette infraction réside dans le défaut de convocation des commissaires aux comptes aux assemblées générales qui ont été préalablement convoquées. La loi prévoit un autre type d obstacle au contrôle : c est l obstacle aux vérifications ou le refus de communication des documents. Ce délit est d ailleurs plus grave que le précédent et plus sévèrement puni. Il suppose la mauvaise foi de l auteur qui agit en connaissance de cause. Cette infraction n est pas l apanage des seuls dirigeants sociaux (président, administrateur, directeur général). Il y a une diversité d agissements constitutifs de ces obstacles : - l obstacle par opposition physique ou matérielle aux contrôles. Il se traduit par des agressions physiques ou verbales à l endroit du commissaire aux comptes pour l empêcher de procéder à ses vérifications. - l obstacle par refus ou défaut de satisfaction d une demande de communication. Le délit se commet par un refus catégorique ou exprès opposé à la demande de communication, mais il le peut aussi en différant sans cesse la satisfaction de la demande du commissaire, par promesses incessantes de communication qui ne sont pas tenues en définitive. Le délit en principe d action, peut donc aussi se commettre par omission délibérée de satisfaction de la demande de communication. L élément matériel suppose la conscience et la volonté d entraver les missions de contrôle des commissaires aux comptes. Les auteurs principaux sont les dirigeants ayant commis les faits d entrave aux fonctions des commissaires, mais il y a aussi les personnes qui n ont pas la qualité de dirigeant mais qui sont au service de la personne morale contrôlée, les salariés qui en raison de leur fonction ou de leur pouvoir dans la société peuvent satisfaire les demandes d information du commissaire aux comptes. 1920 L infraction peut être commise par toute personne au service de la société qui refuserait toute vérification ou ne communiquerait pas les pièces utiles comme les contrats, les livres, les documents comptables et les registres des procès-verbaux. La jurisprudence assimile même au refus proprement dit, la simple réticence à fournir des explications, l atermoiement inexcusable, la production partielle des documents. Sanctions : La peine de prison prévue au Sénégal pour cette infraction prévue à l art. 897 de l Acte uniforme varie entre 1 mois et 1 an et une amende de à cfa ou l une de ces deux peines seulement. Au Cameroun, la même infraction est sanctionnée d une peine allant de 2 à 5 ans d emprisonnement et d une amende de à cfa. En Centrafrique, la peine prévue est de 6 mois à 2 ans de prison et/ou une amende de à cfa. Le Sénégal se montre ici assez clémente, la Centrafrique aussi dans une certaine mesure, mais le Cameroun est d une intransigeance à montrer l exemple. 4 - LE REFUS DE CONTRÔLE Article 899 A.u.s.c : «encourt une sanction pénale, tout commissaire aux comptes qui, soit en son nom personnel, soit à titre d associé d une société de commissaires aux comptes, aura sciemment donné ou confirmé des informations mensongères sur la situation de la société ou qui n aura pas révélé au ministère public les faits délictueux dont il aura eu connaissance». L article 710 A.u.s.c dispose que «le commissaire aux comptes certifie que les états financiers de synthèse sont réguliers et sincères et donnent une image fidèle du résultat des opérations de l exercice écoulé ainsi que de la situation financière et du patrimoine de la société à la fin de cet exercice». L article 716 de l Acte uniforme sur les sociétés commerciales déclare quant à lui que «le commissaire aux comptes signale les irrégularités et les inexactitudes relevées par lui au cours de l accomplissement de sa mission, à la plus proche assemblée générale. En outre, il révèle au ministère public les faits délictueux dont il a connaissance, sans que sa responsabilité puisse être engagée par cette révélation». Nous sommes en présence des altérations d informations imputables aux commissaires aux comptes. Quand les commissaires aux comptes donnent ou confirment des informations mensongères dans le cadre de leurs missions d informations, ils s exposent inéluctablement à des poursuites pénales. 20 Montrer encore
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References: art.887
 art. 897
 art. 21
 art. 21
 Art.1
 Art.1
 Art.1
 art. 54