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Timestamp: 2017-08-19 22:24:01+00:00

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L’Église en corps : hiérarchie, nexus et distinction, de Juan de Torquemada à Éloi de Bassée
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Par-delà leurs singularités historiques, les schismes renvoient, dans leur désignation même, au discours auto-descriptif de l’institution accusatrice. La catégorie de schisme est d’abord issue de l’ecclésiologie, et notamment de son élaboration biblique. L’image paulinienne du corps est à cet égard décisive : elle gouverne à la fois la dimension réelle de l’institution et sa hiérarchisation fonctionnelle qui suppose une pensée instrumentale de chaque partie devant obéir à l’instance dirigeante. Comment la division (illicite) du schisme s’articule-t-elle à cette structuration ? Que révèle-t-elle, par le lexique et la doctrine qu’elle suscite, de l’instance qui l’énonce ? Dans la distanciation critique, c’est bien une société qui se définit, notamment par le nexus, avec tous les présupposés, dogmatiques et corporatifs, accumulés par la tradition chrétienne dans et à partir de ce terme.
Beyond their historical singularities, schisms refer, by their very name, to the self-descriptive discourse of the institution that accuses. The category of schism issues first of all from ecclesiology, and especially from its Biblical development. The Pauline image of the body is in this respect decisive: it governs both the real dimension of the institution and its functional hierarchization, which supposes instrumental thinking in each part that must obey the guiding authority. How is the (illicit) division of the schism connected to this manner of structuring? What does it reveal, through the lexicon and the doctrine that it inspires, about the authority who pronounces it? In this critical distancing, a society is indeed defined, in particular by the nexus, with all the dogmatic and corporative suppositions accumulated by the Christian tradition within this term and arising from this term.
Ecclésiologie, exégèse paulinienne, qualification doctrinale, organicisme institutionnel
Ecclesiology, Pauline exegesis, doctrinal qualification, institutional organicism
Corps versus schisme
Critères bibliques : les péricopes pauliniennes
Société : l’être et le nexus
1 Juan de Torquemada 1560, p. 546A (on sait combien Torquemada a participé aux combats menés contre c (...)
1Dire qu’il y a schisme est un jugement qui découle d’une instance qualifiante, ou à tout le moins d’une parole qui s’y réfère. Dès lors, deux chemins s’offrent pour l’examen du schisme : soit l’aval pour détailler ce à quoi le terme s’applique, soit l’amont pour comprendre ce qui prédétermine l’instance qui se prétend souveraine, et ses raisons, puisque « schismatique » fait partie de ces qualificatifs à sens unique. En aval, le schisme est toujours dépendant d’un individu ou d’un groupe : schisme de Novatien, de Dioscore, etc. Du xve au xviie siècle, en témoignent aussi bien le neuvième chapitre du quatrième livre de la Summa de Ecclesia de Juan de Torquemada, que la Summa omnium haeresum et catalogus Schismaticorum du protonotaire apostolique Sebastiano Medici, ou même tout simplement l’Histoire des papes et souverains chefs de l’Église des historiographes André et François Duchesne1. Plus précisément, dans ces listes, le schisme est toujours référé à un règne pontifical, comme pour mettre davantage en évidence le point de référence à partir duquel est déterminée et jugée toute séparation. Le « schisme » est un terme qui appartient indubitablement à la sphère d’expression d’une puissance qui se pose comme souveraine en désignant une partie de la communauté qui n’est pas en harmonie avec cette souveraineté. Ainsi, au lieu d’examiner les critères du schisme à partir des singularités et des contingences événementielles, autrement dit des déclinaisons du terme dans telle ou telle situation locale, je me propose de comprendre ce qui préside auxdits critères. L’hypothèse poursuivie est celle-ci : ce n’est pas d’abord au sein du conflit que le cœur du schisme se dévoile, mais dans les prédéterminations auxquelles il est ramené. En deçà du besoin pragmatique motivé par l’usage, figure un socle théorique. Si le schisme est une accusation qui s’inscrit dans le domaine de la controverse et du jugement magistériel, il relève aussi de la définition ecclésiale et des diverses facettes de son élaboration conceptuelle. On passe alors du quale au quid, de l’histoire ecclésiastique à l’ecclésiologie. Au-delà du fait de langage que représente l’événement schismatique, il s’agit de remonter aux déterminations dogmatiques internes à partir desquelles sont construits la position d’énonciation et le dispositif de qualification. Pour ce faire, un lieu commun, dans tous les sens du terme, s’impose de lui-même : l’Église décrite comme un corps. C’est donc tout naturellement que les textes choisis pour examiner cette hypothèse ont rang d’usuels, et précisent l’arc chronologique, d’une somme (Torquemada) à un recueil de lieux théologiques (Éloi de Bassée). Tous les deux témoignent de la permanence d’un modèle thomasien, lui-même dépendant de péricopes pauliniennes abordées ici par le biais de la Biblia maxima qui entend procurer un canon exégétique. Loin de chercher à être originales, ces publications enregistrent une doctrine qui se veut commune à toute ecclésiologie légitime.
2 Juan de Torquemada 1560, p. 534B.
3 Ibid., p. 535B.
4 Ibid. Sur Thomas, voir : Congar 1953, p. 59-91.
5 Juan de Torquemada 1560, p. 545B. C’est ce qui motive les trois peines : excommunication, dépositio (...)
6 Ibid., p. 535B.
7 Éloi de Bassée 1663, p. 815A pour Thomas et p. 816B et 817B pour Juan de Torquemada.
8 Ibid., p. 815A.
9 Antonin de Florence 1582, fol. 166 r° (tit. tertius, cap. 11). L’ouvrage de cet archevêque de Flore (...)
10 Torres 1569, fol. 44 r° : ut hait Dionysius, Eccles. Hier. cap. 5. Ad hunc igitur modum totum corpu (...)
2Une grande partie des critères du schisme découle de la distinction entre ce qui appartient, et ce qui n’appartient pas à l’Église, une question de frontière et d’identité au sein de laquelle le corps est appelé à jouer un rôle central. Même sur la longue durée, les définitions courantes du schisme sont assez uniformes. Du Contra Cresconium d’Augustin à la Summa d’Hostiensis ou d’Alexandre de Halès, les citations énumérées par Torquemada répètent l’idée d’une division illicite de l’unité de l’Église2. Congregatio, universitas, societas, le lexique varié renvoie toujours à cette unité, sicut compositio singulorum membrorum in corpore naturale ordinatur ad totius corporis unitatem3. L’analogie, apparemment simple, permet de distinguer, au sein de l’unité, l’ensemble des éléments qui sont définis relativement à la totalité. Mais loin de se limiter à cette seule équivalence, Torquemada cite la question 39 de la Secunda Secundae de la somme de Thomas, source de la plupart des réflexions postérieures sur le sujet, qui en tire deux modes classiques d’unité, scilicet in connexione membrorum adinvicem, sive in communicatione. Secundo in ordine omnium membrorum in unum caput4. Le corps est donc la référence pour penser à la fois la totalité et sa composition, la dissension ayant lieu sur ces deux plans : membres disjoints et désobéissance vis-à-vis de la tête, ce qui permet à Torquemada d’établir que les schismatiques pèchent doublement, en se séparant des autres membres de l’Église, en récusant l’autorité de la tête, et son unicité5. Quand il propose une définition plus avancée du schisme, il précise : illicita discessio ab illa principali unitate ecclesiae, qua scilicet totum ecclesiae corpus ordinatur, et coadunatur ad unum caput rectorem et ducem sive principem illius6. On retrouve exactement la même référence thomasienne en 1663 dans les Flores Totius Theologiae practicae du capucin Éloi de Bassée (1585-1670), qui utilise d’ailleurs Torquemada pour rédiger son article « Schisma »7. Comme chez Thomas (art. 1, conclusio), qui évoque d’emblée le Christ et son vicaire, la référence pontificale est immédiate : la tête de l’Église visible est le pape à qui l’on doit obéissance8. La même insistance se retrouve dans bien d’autres ouvrages de référence, comme la Summae sacrae theologiae d’Antonin de Florence : Schisma est vitium, quo quis sub summo pontifice esse recusat, et membris ecclesiae ei subiectis communicare recusat9. L’analogie permet de conforter une hiérarchie, qui serait donc naturelle, entre la tête et le corps, avec l’obéissance implicite de ce dernier, la tête étant d’autant plus légitime par la caution du Christ. Dans son De hierarchicis ordinationibus ministrorum Ecclesiae catholicae, adversus schismaticas vocationes Ministrorum, Francisco de Torres (1509-1584) renforce explicitement ce modèle en citant la Hiérarchie ecclésiastique du corpus dionysien10.
11 Juan de Torquemada 1560, p. 535A, 537B-538A.
12 Razzi 1603, p. 94 (lib. 4, praelectio tertia).
13 Juan de Torquemada 1560, p. 535B.
14 Pour le développement du thème dans l’Antiquité et la patristique, voir Tromp 1946-1960.
15 Juan de Torquemada 1560, p. 536A.
17 Juan de Torquemada 1560, p. 536B, 542A.
3Le schismatique est donc tout simplement celui qui désobéit au pape avec pertinacité11, ce qui revient à récuser sa sujétion en tant que membre de l’Église, puisque l’unité se fait par rapport à la tête. Ainsi, dans le De locis theologicis du dominicain Serafino Razzi (1531-v. 1613) : Qui à Romano Pontifice disciverunt, schismatici effecti sunt, et extra Ecclesiam, puisqu’ils nient l’unité instituée par le Christ et réalisée par Pierre12. S’écarter de ce pasteur, c’est se séparer de l’Église, et Torquemada conclut : nos tamen omnes, sicut ait Apostolus, in Christo Jesu unum sumus13. Le schismatique s’attaque à une unité qui est donc réalisée par le Christ, et notamment l’unité des locuteurs. L’Église n’est d’ailleurs pas un simple corps, elle est le corps du Christ14, définition amenée chez Torquemada dans un contexte bien précis. Après avoir mentionné que la tête renvoie à deux instances, le Christ et son vicaire, il en vient à une troisième : la fonction de Rome vis-à-vis des autres Églises qui sont ses membres ; il parle alors de relatio ad sedem apostolicam, quae est caput ecclesiarum, ajoutant que le pape est la tête de l’Église universelle15. Le modèle qui valait pour les fidèles s’applique ici aux rapports des Églises entre elles, le Tu es Petrus matthéen conférant à l’apostolicité pétrinienne une autorité universelle. Hinc Graeci, et Armeni, et Jacobitae ab unitate corporis Christi, quod est ecclesia, abscisi dicuntur16. Récusant l’obéissance au pontife romain, ils sont tout naturellement schismatiques, et la position à laquelle ils prétendent devient une contradiction dans les termes17. Par définition, les membres ne peuvent se séparer de la tête, et Torquemada ajoute à cette première analogie l’image de l’Église apostolique mère de toutes les autres Églises. La concaténation permise par la tête concentre l’unité et l’unicité de l’Église dans le seul corps du Christ dont les schismatiques se séparent. Les conséquences de l’analogie corporelle sont décisives en ce qu’elles réunissent la multiplicité des fidèles, l’unité de chaque Église, l’unité universelle principale, l’unicité du corps ecclésial, le fondateur de l’institution, son vicaire, et la fonction ecclésiologique centrale du siège apostolique romain. Cette analogie s’inscrit dans une ecclésiotopie qui joue subtilement sur plusieurs plans simultanés : la hiérarchisation des grades et leur localisation, la géographie ecclésiastique, les lieux théologiques, l’emboîtement des entités poussé jusqu’à l’identification. Ainsi, la hiérarchie issue du modèle corporel s’applique aussi bien aux hommes qu’aux différentes communautés, et la tête constitue elle-même le critère d’appartenance au corps : jouant sur l’ambiguïté de la dénomination, qui tout à la fois distingue la tête du corps et l’y inclut, elle permet de déclarer schismatiques aussi bien les antipapes que des Églises historiques constituées qui s’éloignent de la romanité pétrinienne.
18 Ibid., p. 539A.
19 Ibid., p. 537B.
4Le simple fait de décrire l’Église comme corps implique nécessairement, dans la logique mise en avant par les théologiens, de penser le schisme comme une auto-exclusion dudit corps. Si la totalité peut connaître des modifications, par principe, l’unité ne peut être scindée puisqu’elle dépend de Dieu lui-même. Le schisme n’atteint pas l’unité, il ne signale que sa propre séparation volontaire, et il ne peut donner lieu à une autre Église, puisque le corps du Christ ne peut être divisé18. En effet, pour Torquemada citant une phrase fameuse du De unitate Ecclesiae de Cyprien : Unde Deus est, Christus unus et una fides, et plebs in solidam unitatem concordiam glutino copulata19.
20 Ibid., p. 542A (August. de verbis domini li. 3 sermone 12). Cf. p. 543B : […] quod schisma dicatur (...)
21 Ibid., p. 540B.
5Loin de se limiter à une compréhension fonctionnelle et mécaniste de l’organisme ecclésial, le corps est surtout l’occasion d’insister sur la composition, la coordination mutuelle et les liens essentiels de l’ensemble des éléments. Le schisme ne concerne pas seulement l’organisation ecclésiale, mais aussi et surtout la charité qui réalise l’unité du corps. Utilisant un sermon d’Augustin, Torquemada précise : Christus caput ecclesiae est, et ecclesia corpus eius, et in eius corpore unitas membrorum et compago charitatis tanquam sanitas existit20. Dès la conclusion du premier article de sa question 39, Thomas oppose directement le schisme à la charité, laquelle, en harmonie avec les deux modes d’unité du corps, a deux objets : la bonté divine, et le bien du prochain, un rapport vertical, un autre horizontal (art. 2, ad tert.). Torquemada, dans cette droite ligne, cite le De fide et symbolo d’Augustin, qui, après avoir évoqué les deux sens de l’amour – envers Dieu et envers le prochain, une charité qui prend sens au sein d’un groupe social uni dans la foi – commente le Credimus sanctam ecclesiam utique catholicam et apostolicam en mettant en garde contre les schismatiques qui dissolvent la charité fraternelle, alors que celle-ci est un chemin vers la foi21.
22 Ibid., p. 535B. Voir aussi p. 540B où le Contra Cresconium d’Augustin est utilisé : haeresis etiam (...)
23 Juan de Torquemada 1560, p. 540A.
24 Ibid., p. 539A.
25 Éloi de Bassée 1663, Flores Totius Theologiae practicae, p. 817A.
26 Voir aussi Antonin de Florence 1582, fol. 166 r°: Unde peccatum schismatis propriè est speciale pec (...)
27 Thomas, IIa IIae, qu. 39, art. 1, ccl. ; Juan de Torquemada 1560, p. 535B ; Antonin de Florence 158 (...)
6Si ce ne sont pas les énoncés doctrinaux qui sont en premier lieu attaqués, les effets du schisme touchent, bien au-delà de la discipline, le cœur dogmatique de l’Église – ce qui est d’ailleurs tout à fait cohérent avec l’idée classique du schisme comme prémisse de l’hérésie22. Si l’hérésie s’oppose à la foi et le schisme à la charité, Torquemada y insiste : les deux vertus sont fortement interdépendantes23. Elles concourent, toutes deux, à l’unité du corps de l’Église sous ses divers modes, et la foi étant fidélité, elle s’oppose évidemment aux schismatiques24. Pour Éloi de Bassée, charitas ipsa per se obligat ad eam coniunctionem25. Foi et charité désignent autant l’un des aspects de la doctrine de l’unité ecclésiale que les usages sociaux de son corps. Si l’expression de corps de l’Église est omniprésente dans les chapitres des Sommes consacrés au schisme, notamment chez Torquemada, tout se concentre donc autour de ce qui fait lien, à la fois au sein du corps et entre la tête et les membres. Thomas utilisait déjà le terme de vinculus pour désigner le rapport d’amour entre ces derniers (art. 1)26. Un autre vocable plus spécifique encore est celui de nexus. Utilisé aussi bien par Thomas, que par Torquemada ou Antonin de Florence, il décrit les deux types de liens27. Le contexte de son apparition est décisif : une phrase de l’épître aux Colossiens (2, 19), qui vient prouver les deux modes d’unité du corps permettant de définir le schisme : Inflatus sensu carnis suae, et non tenens caput, ex quo totum corpus per nexus, et coniunctiones subministratum et constitutum crescit in augmentum Dei. La mise en garde concerne une personne dissidente et vaine qui tenterait de séduire les Colossiens, tout en étant séparée de l’autorité de la tête qui relie les éléments de tout le corps. En quelques mots sont réunis la hiérarchie, la tête, le corps, leurs relations, internes comme externes, et le danger de séparation.
28 Juan de Torquemada 1560, p. 534B.
29 Par exemple ibid., p. 537A.
30 Plus largement, voir Dupont 1949, p. 435-438. À propos de l’Antiquité classique, Dupont remarque : (...)
31 Éloi de Bassée 1663, p. 816B par exemple.
32 Voir désormais Dahan (dir.) 2011.
33 Docteur en théologie et professeur aux universités de Louvain puis Douai. Voir Leuridan 1895a ; Leu (...)
34 Professeur d’Écriture sainte à Milan, recteur du Collegio Romano. Auteur des Brevis explicationis t (...)
35 Jésuite d’Anvers, auteur d’un Commentarius in vetus et novum testamentum, 3 t., Antverpiae, Apud Ma (...)
7Avec cette citation, nous entrons véritablement dans les prédéterminations de la pensée du schisme : elles prennent leur source dans une théologie biblique, surtout paulinienne, qu’il s’agit de détailler. Dès le début de son premier chapitre sur le schisme, Torquemada cite l’impératif de la première épître aux Corinthiens (1, 10) : Non sint in vobis schismata28. Le phénomène est une réalité biblique, il est présent dès l’Église naissante, pourtant modèle de pureté. Dès lors, si l’unité est d’abord référée à un acte d’institution évangélique daté, l’idéal visé prend sa source dans la sphère doctrinale puisque l’origine historique témoigne de la difficulté à réaliser cette unité, même localement, comme le rapporte le corpus paulinien, décisif pour le sujet, au moins sur deux points29. En premier lieu, il se fait l’écho de dissensions dans plusieurs péricopes (1 Co, 11, 18 ; 12, 25-27 ; 14, 33) ; en second lieu, le corps de l’Église est une thématique issue des épîtres aux Corinthiens, aux Éphésiens et aux Colossiens. Paul lui-même utilise sans doute un lieu commun stoïcien de l’Antiquité rapporté à l’histoire romaine de Tite-Live (2, 32)30, et à son apologue de Menenius Agrippa qui aurait, au ve siècle avant notre ère, vaincu une révolte romaine en opposant aux séditieux la description imagée de l’indispensable complémentarité des membres du corps politique – dès l’origine, dissension et métaphore corporelle auraient partie liée. Pour déplier ce réseau paulinien, omniprésent chez Éloi de Bassée notamment31, j’utilise la synthèse exégétique du minime Jean de La Haye (1593-1661). En 1660, il publie une Biblia maxima qui compile nombre d’informations sur l’ensemble des Écritures, dont les commentaires de Nicolas de Lyre32, de Willem Hessels Van Est (1542-1613)33, des jésuites Giovanni Stefano Menochio (1575-1655)34 et Jacques Tirinus (1580-1636)35. Le but n’est pas de prendre ces gloses pour elles-mêmes, mais comme représentatives d’un courant exégétique commun.
36 La Haye 1660, t. 15, p. 325.
37 Ibid. (Van Est). Sur l’intégrité comme mode d’unité qui correspond au corps (ce qui n’est pas le ca (...)
8Le Non sint in vobis schismata, premier indice paulinien chez Torquemada, apparaît dans un contexte baptismal qui permet de considérer l’Église par le commencement36 : l’entrée d’un individu dans la communauté, avec cette autre adresse (à la suite de schismata), Sitis autem perfecti, glosée par integrum corpus37. Immédiatement, la thématique baptismale croise le corps de l’Église, comme l’explicite 1 Co 12, 12-13 :
12. Sicut enim corpus unum est, et membra habet multa, omnia autem membra corporis cum sint multa, unum tamen corpus sunt : ita et Christus. 13. Etenim in uno Spiritu omnes nos in unum corpus baptizati sumus, sive Iudaei, sive Gentiles, sive servi, sive liberi : et omnes in uno Spiritu potati sumus.
38 La Haye 1660, t. 15, p. 543.
39 Sur l’instrumentalité des parties, voir aussi ibid., p. 545. À propos de la notion de corps mystiqu (...)
40 La Haye 1660, t. 15, p. 543. Sur Tyconius, voir Cazier 1973 ; et Tyconius 2004.
41 La Haye 1660, t. 15, p. 543 (Van Est sur 1 Co 12, 14).
42 Ibid., p. 543 (Van Est sur 1 Co 12, 12).
9Les baptisés sont incorporés à l’Église et Nicolas de Lyre insiste sur la similitude avec le corps naturel utilisée ici pour signer la régénération, par le baptême, des fidèles devenus membres : et sic faciunt sub capite Christo unum corpus mysticum38. Pour Van Est, cette similitude (Christus vocatur corpus), désigne l’unité et la concorde entre différents offices et facultés dans le même corps mystique du Christ, quod est Ecclesia, d’autant que c’est ce corps qui donne sens au baptême39. Il se réclame de la première règle de lecture de Tyconius rapportée dans le De doctrina christiana d’Augustin, règle qui concerne le Seigneur et son corps, id est Christi et ecclesiae (l. 3, 31)40, modèle d’une cohérence complexe, mais maximale. C’est véritablement le baptême qui fait entrer dans l’unité du corps au sein duquel les fidèles reçoivent le même Esprit Saint. Si le corpus organicum suppose une hiérarchie implicite au sein de la multitude des membres du corps unique41 – mais une hiérarchie qui ne doit rien à l’origine sociale préexistante –, les dons spirituels sont conférés aux membres incorporés pour l’utilité de la totalité du corps42.
43 1 Co 12, 15-16 : Si dixerit pes : Quoniam non sum manus, non sum de corpore : num ideo non est de c (...)
44 La Haye 1660, t. 15, p. 543 (Van Est sur 1 Co 12, 14).
10Dans le même chapitre des Corinthiens, les versets suivants sont consacrés à la complémentarité fonctionnelle indissociable des divers membres, indiquant par là combien une scission serait vaine43. Aussi, chaque élément, même celui qui paraît faible, est utile : selon les parties, divers usages sont attribués44. Le but est indiqué par les versets 25 à 27 :
25. ut non sit schisma in corpore, sed idipsum pro invicem solicita sint membra.
26. Et si quid patitur unum membrum, compatiuntur omnia membra : sive gloriatur unum membrum, congaudent omnia membra.
27. Vos autem estis corpus Christi, et membra de membro.
45 Ibid., p. 548.
46 Ibid., Nicolas de Lyre sur Sed in ipsum : Hic consequenter comparat membra adinvicem quantum ad mut (...)
47 Ibid., Van Est sur Ut non sit schisma in corpore.
48 Ibid., Van Est : Ad hunc modum et in corpore mystico singulorum membrorum passiones et infirmitates (...)
49 Ibid. (Nicolas de Lyre sur le v. 17). Sur les différentes fonctions (apôtres, prophètes, pasteurs, (...)
50 L’expression figure aussi dans le commentaire de Van Est qui cite à l’occasion Jean de Gaigny (14.. (...)
51 Voir La Haye 1660, t. 15, p. 592.
52 Ibid., t. 16, p. 139.
53 Ibid., p. 140.
11Glosant non sit schisma, Nicolas de Lyre affirme : Id est, ut appareat manifestè, quod omnia membra sint de unius corporis integritate45. Pour lui, comme pour Van Est, la prosopopée paulinienne des membres aboutit à la mutuelle sollicitude de ces derniers46, à la fois comme par instinct naturel47, et en accord avec la communauté dans la charité et la miséricorde décrite au verset 2648. Le vos, glosé en id est Ecclesia par Van Est, poursuit cette conjonction de la charité, et la dépendance de chacun par rapport à l’autre – ordonnée à l’unité – est rapportée par Nicolas de Lyre à la complémentarité nécessaire des prélats, des docteurs, des religieux, des puissances laïques et des autres fonctions sociales49. L’expression membra de membro concentre, dans sa redondance, la chaîne fonctionnelle, la hiérarchie interne, le partage des dons spirituels, la subdivision des lieux au sein des membres du corps du Christ, Van Est utilisant la version syriaque qui se focalise sur l’aspect topique que recèle le syntagme. L’unité forte du corps du Christ se combine avec des singularités connectées et dépendantes, Menochio parlant de commembra et Tirinus, en parallèle, de confratres50. Cette harmonie est scellée par cette affirmation de 1 Co 14, 33, Non enim est dissensionis Deus, sed pacis51. Autre prédétermination, la paix, comme réalisation de l’unité de l’Esprit, est d’autant plus importante qu’elle introduit, dans l’épître aux Éphésiens (4, 3-5), l’impératif d’unité corporelle à vocation salvifique que Paul leur adresse : soliciti servare unitatem Spiritus, in vinculo pacis. 4. Unum corpus, et unus Spiritus, sicut vocati estis in una spe vocationis vestrae. 5. Unus Dominus, una fides, unum baptisma. Nicolas de Lyre oppose le schisme du diable à l’unité de l’Esprit Saint, qu’il identifie à l’unité de l’Église, et que Van Est explique comme unité et conjonction des âmes52. Le schisme est à nouveau utilisé par Nicolas de Lyre comme antonyme de l’Unus Dominus53.
54 Ibid. (Nicolas de Lyre sur Unum baptisma).
12Espérance, obéissance, foi, baptême (opéré intérieurement par le Christ seul54), sont mis en série comme autant de facteurs dirigés vers l’unité du corps de l’Église pensé dans la multiplicité des rapports ainsi élaborés, entre les membres, les lieux théologiques et les personnes divines. Vers quoi tend cette insistance sur les liens, quels que soient les divers points de vue, sociaux, pneumatiques, sacramentels, topiques ? Quelles sont les prédéterminations qui constituent leur référence ?
13Deux versets ultérieurs du même chapitre de l’épître aux Éphésiens (4, 15-16) peuvent indiquer une piste :
15. Veritatem autem facientes in charitate, crescamus in illo per omnia, qui est caput Christus 16. Ex quo totum corpus compactum, et connexum per omnem iuncturam subminitrationis, secundum operationem in mensuram uniuscuiusque membri, augmentum corporis facit in aedificationem sui in charitate.
55 Cf. ibid., p. 300, Menochio commentant Col 2, 19 : Per nexus, et coniunctiones subministratum. Id e (...)
56 Ibid., p. 148 : Per omnem iuncturam subministrationis. Haec pars ordinanda cum praecedentibus, ut p (...)
58 Ibid., t. 15, p. 242. On retrouve le même usage du nexus interior chez Jean de Lens 1587, liber pri (...)
59 Bellarmin 1587, Primi tomi quarta controversia generalis, De conciliis, et Ecclesia militante, quat (...)
14Nicolas de Lyre met en avant la distinction des membres, leurs connexions, et, de même que dans le corps naturel, l’influx des sens et des mouvements provient de la tête, c’est par le Christ que l’influx de la grâce et des vertus réalise la connexion des fidèles55. De fait, on remarque aisément la grande familiarité de ces versets avec ceux de Co 2, 19 où figurait le nexus. Van Est les cite explicitement56 et s’en sert pour comprendre l’augmentum qui répond au crescamus et renvoie au perfectionnement de la charité en relation avec l’efficacité des opérations de la tête. De manière classique, Menochio parle des mouvements, des sens et de la vie spirituelle transmise par les liens (juncturas), autrement dit une union mutuelle qui est interne par l’union des âmes, et externe notamment par la communication des sacrements et des discours57. L’unum corpus sumus déjà présent en Rm 12, 5 est glosé ainsi par Menochio : Id est, una Ecclesia, cuius nexus interior est per fidem, et gratiam ; exterior per sacramenta à Christo instituta58. De son côté, au sein de ce dispositif, Bellarmin attribue l’influx intérieur au Christ, et l’influx extérieur de la doctrine et des sacrements au pape59.
60 Le réalisme théologique des lectures anciennes est aussi celui de l’exégèse moderne : Benoit 1961, (...)
61 La Haye 1660, t. 16, p. 310, commentaire de Tirinus : Quod est vinculum perfectionis. Vinculum perf (...)
62 La Haye 1660, t. 16, p. 300 : Quum autem dicit, totum corpus crescere, tacitè significat omnia memb (...)
63 Ibid., p. 300.
15On peut inférer deux points de ces versets : le réalisme organiciste60, puis la vie du corps institutionnel qui en découle obligatoirement, et à laquelle le schisme s’oppose par principe, puisqu’elle réside dans la communication et les relations instaurées à tous les niveaux, la charité s’accroissant d’elle-même dans ces échanges et leur cohésion. La charité est d’ailleurs qualifiée de vinculum perfectionis en Col 3, 1461, une expression reprise par Van Est pour expliquer le nexus, et la croissance qui en résulte, dans son commentaire de Col 2, 1962. Le même exégète donne comme équivalent de tout ce verset, pour exprimer la vie et la fonction relationnelle au sein du corps, cette formule lapidaire, en miroir : vivit vitam, servit servitutem63.
64 Voir ibid., t. 15, p. 367, Van Est sur 1 Co 3, 16-17 (Nescitis quia templum Dei estis, et Spiritus (...)
65 Ibid., p. 325.
66 Voir l’usage fort intéressant du terme par Albertus Pighius dans le contexte d’Ep 4 à propos du cor (...)
67 À cette occasion, l’image corporelle est présente : Atque isto modo accipitur, ubicunque in scriptu (...)
68 Thomas d’Aquin, Summa theologica, I, q. 37, art. 1, § 3 ; In quatuor libros Sententiarum, lib. I, d (...)
69 Juan de Torquemada 1560, p. 538B.
70 Ibid., p. 539A.
71 Altenstaig 1576, fol. 208 r°.
72 La Haye 1660, t. 16, p. 122.
16Cette vie en société fait surtout référence à un contexte théologique beaucoup plus profond. Vie dans le corps ecclésial, elle commence avec la regeneratio baptismale qui consacre le corps du fidèle comme lieu de présence de l’Esprit et incorporation dans le Christ64, elle se poursuit par une croissance dans le Christ, et elle est orientée vers un futur salvifique. La société réalisée par le corps de l’Église est déclinée par Van Est en koinonia, communio, communicatio, coetus, quand il commente le verset de la première épître aux Corinthiens (1 Co 1, 9) qui introduit le Non sint in vobis schismata (1 Co 1, 10), et qui est ainsi formulé : Fideliis Deus, per quem vocati estis in societatem filii eius Iesu Christi Domini nostri65. Le monogénisme divin, qui souligne à nouveau, par l’incarnation, l’importance du corps (on parle aussi de concorporatio à ce propos66), ne se limite pas à la société instaurée par ce corps, à l’appel de l’élection, et au déictique du Hoc est corpus meum. Van Est rappelle que cette société est modelée par une autre expression de la vie, relative à une prédétermination dogmatique essentielle, les rapports du Père et du Fils67, que la tradition a notamment défini comme nexus68. Ego et pater unum sumus rappelle Torquemada en citant Cyprien69, et de fait, les schismatiques, quittant l’unité, se privent de la connaissance du Fils, du Père, et du Saint-Esprit70. Dans son Lexicon theologicum, Altenstaig dit à propos du nexus : proprie dicitur de spiritu sancto sive unitas amborum. Ratio huius est, quia pater et filius communicant in spiritu, et ideo amborum est unitas71. La dialectisation des rapports entre corps, filiation et société se poursuit avec l’adoption filiale dans laquelle le Père fait entrer les membres de l’Église. L’exégèse décrit ce lien notamment à partir d’Ep 2, 18 où le Christ, qui comprend en lui les fidèles, apparaît comme le médiateur auprès du Père72.
73 Pour Bellarmin : Nos enim membra Christi, et proinde unum corpus Christi efficimur per Baptismum, q (...)
74 22 Et omnia subiecit sub pedibus eius : et ipsum dedit caput supra omnem Ecclesiam, 23 quae est cor (...)
75 Lorete 1612, p. 289.
76 La Haye 1660, t. 16, p. 110.
77 Bellarmin 1587, Primi tomi quarta controversia generalis, De conciliis, et Ecclesia militante, lib. (...)
17Habiter et être habité, incorporation dans le corps de l’Église et corps du fidèle comme lieu de la présence divine, le croisement des topiques équivaut à conférer au nexus des conséquences ontologiques, puisque la réalité du corps décrit englobe les deux natures du Christ73, qui donnent tout leur poids à la coprésence et à la plénitude du corps, évoquées par exemple en Ep 1, 2374. De même, pour définir le terme corpus dans sa Sylva biblique, le bénédictin Jerónimo Lorete cite Col 2, 9 : Corporaliter inhabitat in Christo omnis plenitudo Divinitas, id est, non umbraliter, non figuraliter, ut in templis, sed revera75. La complémentarité des éléments du corps, la totalité que celui-ci représente, sont en harmonie avec la perfection de leurs relations76, résultat de l’ontologie ecclésiale fondée par la christologie. L’essence et l’opération, qui, selon Bellarmin, constituent deux modes pour être membre, se rejoignent77. Dès lors, lien social et être institutionnel sont une seule et même chose quand ils décrivent le corps de l’Église et ses prédéterminations, puisque la christologie et les rapports trinitaires modèlent l’ipséité de l’Église.
78 Irénée de Lyon 1596, lib. IV, cap. 62, p. 899 ; lieu repris par Bellarmin 1587, Primi tomi quarta c (...)
79 Cajetan 1570, fol. 100 r°.
18Derrière l’obéissance remise en cause par le schisme, il y a donc, bien plus que le simple respect d’une loi, tout un ordre naturel, ecclésiologique et théologique, qui constitue un lieu de vie qui est aussi lieu de vérité, comme le précisait déjà Irénée dans un chapitre de son Adversus haereses consacré au schisme78. Aussi, quand Cajétan décrit dans son commentaire de la question 39 de Thomas, la vie par l’Esprit saint, à credere, sperare, sanctificare, s’ajoutent aussi obedire, illuminare, autant du point de vue de l’être que des opérations79. Le nexus concentre ces modalités fonctionnelles et ontologiques de l’institution et conduit tout naturellement à constater que les schismatiques se dissocient eux-mêmes de la vie et de la vérité. Le schisme voudrait introduire du discontinu là où l’être de l’Église et de chaque membre se définit par ses liens, hiérarchiques, sacramentels et trinitaires, les modalités de la communion étant d’abord celles d’un organicisme réaliste et théologique. Malgré l’extrême plasticité du corps décrit, qui dépasse de loin celle du bateau de Thésée, ce discontinu provenant d’un élément qui dénie sa nature locale et partielle, signe l’auto-exclusion rigoureuse des schismatiques. Puissance généralisatrice face aux diversités des contestations, la catégorisation doctrinale ou judiciaire se limite à la simple reconnaissance de cette volonté peccamineuse qui contredit la solidarité vitale, avec les conséquences nécessaires que cela entraîne. Le pouvoir magistériel de nomination est ainsi présenté comme le miroir neutre d’un phénomène qui n’affecte en rien l’unité, la totalité et l’universalité ecclésiales, puisque le schisme est qualifié relativement au corps, mais ce relatif refuse de comprendre sa nature en coupant le lien80. Cette figure négative de l’être ensemble permet à l’Église de refouler par principe toute scission interne dans son être et son montage complexe.
Altenstaig 1576 = Johannes Altenstaig, Lexicon theologicum, Antverpiae, In Aedibus Petri Belleri, 1576.
Antonin de Florence 1582 = Antonini Archiepiscopi Florentini, ordinis praedicatorum, Summae sacrae theologiae, iuris pontificij & caesarei, secunda pars…, Venetiis, Apud Iuntas, 1582.
Bellarmin 1587 = Disputationes Roberti Bellarmini Politiani, Societatis Iesu, De Controversiis christianae fidei, adversus huius temporis Haereticos, Tribus Tomis comprehensae. Ad S. D. N. Sixtum V. Pont. Max., Ingolstadii, ex typographia Davidis Sartorii, 1587.
Benoit 1961 = P. Benoit, Corps, tête et plérôme dans les épîtres de la captivité, dans Revue biblique, t. 63, 1956, p. 6-44, rééd. dans Id., Exégèse et théologie, t. 2, Paris, 1961, p. 107-153.
Cajetan 1570 = Secunda secundae summae theologiae doctoris angelici S. Thomae Aquinatis cum commentariis… Thomae de Vio, Caietani, Romae, Apud Iulium Accoltum, 1570.
Cazier 1973 = P. Cazier, Le Livre des règles de Tyconius. Sa transmission du De doctrina christiana aux Sentences d’Isidore de Séville, dans Revue des études augustiniennes, 19, 1973, p. 241-261.
Chroust 1947 = A.-H. Chroust, The Corporate Idea and the Body Politic in the Middle Ages, dans The Review of Politics, vol. 9, n° 4, 1947, p. 423-452.
Clerici 2009 = A. Clerici, Medici, Sebastiano, dans Dizionario biografico degli Italiani, vol. 73, Rome, 2009, p. 168-172.
Congar 1953 = Y. Congar, L’idée de l’Église chez saint Thomas d’Aquin, dans Id., Esquisses du mystère de l’Église, Paris, 1953.
Dahan (dir.) 2011 = G. Dahan (dir.), Nicolas de Lyre, franciscain du xive siècle, exégète et théologien, Paris, 2011.
Nicolas Denisse 1574 = Nicolas Denisse, In quatuor libros sententiarum, Parisiis, Apud Michaëlem Sonnium, 1574.
Duchesne 1653 = Histoire des papes et souverains chefs de l’Église contenant les choses plus remarquables advenues sous l’authorité du saint Siège Apostolique, depuis saint Pierre premier Pontife romain, jusques à Innocent X aujourd’huy séant, le tout fidelement recueilli de divers historiens et plusieurs titres, mémoires et chroniques ms. par feu Monsieur du Chesne, vivant Conseiller du Roy en ses Conseils, historiographes de France, et depuis revue, corrigée… par François du Chesne son fils, Advocat en Parlement, et és Conseils d’Estat et privé de sa Majesté ; aussi historiographe de France, t. 1, Paris, Nicolas et Jean de la Coste, 1653.
Dupont 1949 = J. Dupont, Gnosis : la connaissance religieuse dans les épîtres de saint Paul, Louvain, 1949.
Éloi de Bassée 1663 = Éloi de Bassée, Flores Totius Theologiae practicae, tum Sacramentalis, tum Moralis. Editio ultima, novissime recognita, & in meliorem, ac faciliorem quam anteà usum redacta, t. 2, Lugduni, Sumpt. H. de la Garde, 1663.
Fernández 1594 = Juan Fernández, Divinarum scripturarum iuxta sanctorum Patrum sententias locupletissimus thesaurus. In quo parabolae, metaphorae, phrases, & difficiliora quaeque loca totius sacrae paginae declarantur : cum concordia utriusque testamenti. Authore Ioanne Ferdinando Societatis Iesu, Doctore Theologo, & in Salmanticensi Academia sacrae quondam paginae professore, Methymnae a Campo, Excudebat Iacobus à Canto, 1594.
Iogna-Prat 2000 = D. Iogna-Prat, Ordonner et exclure : Cluny et la société chrétienne face à l’hérésie, au judaïsme et à l’islam, 1000-1150, Paris, 2000.
Irénée de Lyon 1596 = Irenaei Lugdunensis, Adversus Valentini, et similium Gnosticorum Haereses… omnia studio et opera F. Francisci Feu-ardentii, Ordinis F. Minorum in S. Facultate Parisiensi Doctoris Theologi, Coloniae Agrippinae, In officina Birckmannica, sumptibus Arnoldi Mylij, 1596.
Jean de Lens 1587 = Jean de Lens, De una Christi in terris Ecclesiae libri sex, quibus variae huius aetatis haereses atque errores refelluntur, Authore Ioanne Lensaeo Beliolano, Sacrae Theologiae Lovanij Regio Professore, Lovanii, Apud Andream Sassenum, 1587.
Juan de Torquemada 1560 = Juan de Torquemada, Summa ecclesiasticae libri quatuor, Salmanticae, Apud Ioannem Mariam à Terranova, 1560.
La Haye 1660 = Biblia maxima versionum… authore R. P. Ioanne de La Haye, Parisiensi, Lectore emerito, Concionatore Regio, & in Gallia Minorum Procuratore Generali, t. 15, Lutetiae Parisiorum, Sumptibus D. Bechet, & L. Billaine, Antoniii Bertier, Simeonis Piget, 1660.
Leuridan 1895a = Th. Leuridan, Les théologiens de Douai. V. Guillaume Estius, dans Revue des sciences ecclésiastiques, 8e série, t. II, 1895, p. 120-131.
Leuridan 1895b = Th. Leuridan, Les théologiens de Douai. Guillaume Estius. 2e article. Les commentaires d’Estius sur l’Ecriture sainte et sur le Livre des Sentences, dans Revue des sciences ecclésiastiques, 8e série, t. II, 1895, p. 326-340.
Lorete 1612 = Jerónimo Lorete, Sylva, seu potius hortus floridus allegoriarum totius sacrae Scripturae… Autore F. Hieronymo Laureto Cervariensi, Monacho Benedictino in Coenobio Montisserrati, & Abbate Monasterij S. Foelicis Guixolensis. Cum Indice materiarum & dictionum secundùm Allegorias Scripturae enodatarum locupletissimo, Coloniae Agrippinae, Apud Joannem Gymnicum, 1612.
Lubac 2009a = H. de Lubac, Corpus mysticum : l’eucharistie et l’Église au Moyen Âge, étude historique [1949], Paris, 2009.
Lubac 2009b = H. de Lubac, Catholicisme : les aspects sociaux du dogme, Paris, 2009.
Medici 1581 = Summa omnium haeresum et catalogus Schismaticorum, Haereticorum, et Idolatrarum, authore Sebastiano Medice, Florent. D. Equite S. Stephani, & Proton. Apostol., Florentiae, In Officina Sermarteliana, 1581.
Mersch 1936 = É. Mersch, Le corps mystique du Christ : études de théologie historique, 2 t., Paris-Bruxelles, 1936.
Midali 1962 = M. Midali, Corpus Christi mysticum apud Dominicum Báñez eiusque fontes, Rome, 1962.
Morçay 1914 = R. Morçay, Saint Antonin, archevêque de Florence (1389-1459), Paris, 1914.
Nicolas de Gorran 1692 = Nicolas de Gorran, In omnes divi Pauli epistolas enarratio…, t. I, Lugduni, Apud Anissonios, Joan. Posuel, et Claud. Rigaud., 1692.
O’Neill - Domínguez (dir.) 2001 = Ch. E. O’Neill et J. M.a Domínguez (dir.), Diccionario histórico de la Compañía de Jesús, biográfico-temático, t. 4, Madrid-Rome, 2001.
Paschase Radbert 1618 = S. Paschasii Radberti, Opera, [éd. Jacques Sirmond], Lutetiae Parisiorum, Sumptibus Michaelis Sonnii, 1618.
Pighius 1538 = Albertus Pighius, Hierarchiae ecclesiastici assertio, Coloniae, Melchior Novesianus excudebat, 1538.
Razzi 1603 = Serafino Razzi, De locis theologicis praelectiones quibus reverendiss. Domini Melchioris Cano, ordinis praedicatorum, De eisdem, eruditio omnis, compressius tamen, ac magis arctè colligitur, atque explicatur, Cum vindicatione quorundam gravissimorum Patrum : qui ab ipso Dominio Canariensi Episcopo, passim in suo, alioqui eruditissimo opere sugillantur, atque repraehenduntur, Auctore F. Seraphino Ractio, ordini praedicat. ac Gymnasij Perusini in Aedibus S. Dominici Regente primario, Anno Domini 1586 atque 1587, Perusiae, Typis Vincentij Columbarij, 1603.
Sommervogel 1898 = C. Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, bibliographie, t. 8, Bruxelles-Paris, 1898.
Théodoret de Cyr 1552 = Théodoret de Cyr, In quatuordecim Sancti Pauli epistolas Commentarius, nunc primum Latine versus, Gentiano Herveto Aurelio interprete, Florentiae, Excudebat Laurentius Torrentinus, 1552.
Thomas d’Aquin 1548 = Thomas d’Aquin, In omnes Beati Pauli Apostoli epistolas commentaria, Venetiis, apud Hieronymum Scotum, 1548.
Thomas de Strasbourg 1585 = Thomas de Strasbourg, Commentaria in IIII libros Sententiarum, Genuae, Apud Antonium Orerium, 1585.
Torres 1569 = Francisci Turriani, De hierarchicis ordinationibus ministrorum Ecclesiae catholicae, adversus schismaticas vocationes Ministrorum & Superintendentium, ex Scripturis sanctis, ad Catholicos…, Dilingae, Excudebat Sebaldus Mayer, 1569.
Tromp 1946-1960 = S. Tromp, Corpus Christi quod est Ecclesia, 3 t., Rome, 1946-1960.
Tyconius 2004 = Tyconius, Le Livre des règles, intr., trad. et notes par J.-M. Vercruysse, Paris, 2004 (SC 488).
1 Juan de Torquemada 1560, p. 546A (on sait combien Torquemada a participé aux combats menés contre ce que la papauté appelle le schisme des Orientaux, notamment au concile de Florence. Parmi une bibliographie pléthorique, voir P. Viti (éd.), Firenze e il concilio del 1439, 2 vol., Florence, 1994) ; Medici 1581, p. 469 et suiv. (sur cet auteur, voir Clerici 2009) ; Duchesne 1653, n. p. : « Table des schismes ».
5 Juan de Torquemada 1560, p. 545B. C’est ce qui motive les trois peines : excommunication, déposition, punition par la potestas civile.
9 Antonin de Florence 1582, fol. 166 r° (tit. tertius, cap. 11). L’ouvrage de cet archevêque de Florence nommé par Eugène IV a été rédigé entre 1440 et 1454. Voir Morçay 1914, p. 414.
10 Torres 1569, fol. 44 r° : ut hait Dionysius, Eccles. Hier. cap. 5. Ad hunc igitur modum totum corpus Ecclesiae compactum et connexum ex capite Christo, per communionem virtutis à Deo subministratae, membris ipsius secundùm operationem cuique eorum convenientem, augmentum inquit, corporis facit in aedificationem sui in charitate. Après avoir étudié à Salamanque, Francisco de Torres (1509-1584) se rend à Rome où il entre dans l’entourage du cardinal Seripando. Après avoir participé au concile de Trente en qualité de théologien de Pie IV, il devient jésuite en 1566 et professeur au Collegio Romano. Il a participé à la révision de la Vulgate sixtine avec Baronius. Sommervogel 1898, t. 8, col. 113-126. O’Neill – Domínguez (dir.) 2001, t. 4, p. 3820-3821.
20 Ibid., p. 542A (August. de verbis domini li. 3 sermone 12). Cf. p. 543B : […] quod schisma dicatur opponi charitati, quae maior virtus est […].
22 Ibid., p. 535B. Voir aussi p. 540B où le Contra Cresconium d’Augustin est utilisé : haeresis etiam est schisma inveteratum. Considerato autem hoc, quod schisma sit via ad haeresim […] quasi omnes doctores iuristae dicunt, quod differentia inter schisma et haeresim sit, quae est inter dispositionem et habitum. Cf. p. 546A : omne schisma inveteratum aliquam haeresim sibi confingit, Torquemada redonnant l’exemple des Grecs, Jacobites, Arméniens et Bohémiens. Même idée chez Medici 1581, p. 466.
26 Voir aussi Antonin de Florence 1582, fol. 166 r°: Unde peccatum schismatis propriè est speciale peccatum eo quod intendit se ab unitate separare quam charitas facit : charitas autem non solum alteram personam alteri unit spirituali dilectionis vinculo, sed etiam totam ecclesiam in unitate spiritus.
27 Thomas, IIa IIae, qu. 39, art. 1, ccl. ; Juan de Torquemada 1560, p. 535B ; Antonin de Florence 1582, fol. 166.
30 Plus largement, voir Dupont 1949, p. 435-438. À propos de l’Antiquité classique, Dupont remarque : « Il suffit qu’une collectivité soit considérée comme formant un tout pour qu’on l’appelle un “corps” » (p. 436). Voir aussi Chroust 1947.
33 Docteur en théologie et professeur aux universités de Louvain puis Douai. Voir Leuridan 1895a ; Leuridan 1895b. La Haye reprend les Annotationes Aureae in praecipua ac difficiliora Sacrae Scripturae Loca. Auctore R.do D.no Guilielmo Estio S. Theolog. Doctore, et in Academia Duacensi Primario Professore, eiusdem universitatis Cancellario, Regijsque bonorum Pastorum seminarij Praeside. Nunc primum in Germania hac commodiori ac faciliori forma editae…, Coloniae Agrippinae, Apud Ioannis Crithii Viduam, 1622.
34 Professeur d’Écriture sainte à Milan, recteur du Collegio Romano. Auteur des Brevis explicationis totius S. Scripturae…, 2 t., Coloniae Agrippinae, Excudebat Petrus Metternich, Sumptibus Ioannis Kinchii, 1630.
35 Jésuite d’Anvers, auteur d’un Commentarius in vetus et novum testamentum, 3 t., Antverpiae, Apud Martinum Nutium, 1632.
37 Ibid. (Van Est). Sur l’intégrité comme mode d’unité qui correspond au corps (ce qui n’est pas le cas de l’indivisibilité ou de la continuité), voir la reprise par Thomas du livre Delta de la Métaphysique d’Aristote dans son Commentaire de la première épître aux Corinthiens, intr. G. Dahan, trad. J.-É. Stroobant de Saint-Éloy, annot. J. Borella et J.-É. Stroobant de Saint-Éloy, Paris, 2002, p. 386 (sur 1 Co 12, 12-15). Voir aussi Irénée, qui affirme à propos de l’Église : saepe debilitate, et statim augens membra, et integra fiens. Irénée de Lyon 1596, lib. IV, cap. 64, p. 400.
39 Sur l’instrumentalité des parties, voir aussi ibid., p. 545. À propos de la notion de corps mystique, que je ne développe pas ici, voir Mersch 1936 ; Lubac 2009a ; Midali 1962.
43 1 Co 12, 15-16 : Si dixerit pes : Quoniam non sum manus, non sum de corpore : num ideo non est de corpore ? Et si dixerit auris : Quoniam non sum oculus, non sum de corpore : num ideo non est de corpore ?
46 Ibid., Nicolas de Lyre sur Sed in ipsum : Hic consequenter comparat membra adinvicem quantum ad mutuam sollicitudinem, laborando unum pro altero, et compatiendo unum alteri.
48 Ibid., Van Est : Ad hunc modum et in corpore mystico singulorum membrorum passiones et infirmitates per affectum charitatis et misericordiae, debent omnibus esse communes.
49 Ibid. (Nicolas de Lyre sur le v. 17). Sur les différentes fonctions (apôtres, prophètes, pasteurs, docteurs…) voir aussi Ep 4, 11-13, ibid., t. 16, p. 146 (Nicolas de Lyre) : In aedificationem corporis Christi. Scilicet Mystici quod est Ecclesia : In qua Apostolis succedunt Episcopi. Prophetis autem habentes gratiam Scripturarum sanctarum obscura interpretandi. Evangelistis Archidiaconi, et Diaconi : Pastoribus, per quos intelligunturseptuaginta discipuli, Sacerdotes Curati. Doctoribus autem succedunt quicumque exercentes debitè actum docendi seu praedicandi. Ces fonctions sont rapprochées du nexus dans le commentaire de Théodoret de Cyr à Co 2, 19 : Rursus caput Christum Dominum nominavit : Corpus autem coetum ecclesiae. Posuit autem totum hunc locum metaphoricè. Quemadmodum enim in corpore cerebrum est radix nervorum : per nervos autem sensus habet corpus : ita etiam à Christo Domino, et doctrinae fontes, et salutis materiam accipit corpus ecclesiae. Quod autem sunt in corpore ligamenta ; hoc sunt Apostoli, Prophetae, et Doctores in conventu ecclesiae (Théodoret de Cyr 1552, p. 193).
50 L’expression figure aussi dans le commentaire de Van Est qui cite à l’occasion Jean de Gaigny (14..-1549), professeur de théologie au collège de Navarre et prédicateur de François Ier, auteur des Brevissima et facillima in omnes divi Pauli epistolas scholia…, Parisiis, apud Simonem Colinaeum, 1543.
55 Cf. ibid., p. 300, Menochio commentant Col 2, 19 : Per nexus, et coniunctiones subministratum. Id est, subministrationem accipiens spiritus, motus, et sensus vitalis à capite.
56 Ibid., p. 148 : Per omnem iuncturam subministrationis. Haec pars ordinanda cum praecedentibus, ut patet ex loco simili Colossens. secundo qui sic habet : Ex quo totum corpus per nexum et coniunctiones subministratum et constructum, crescit in augmentum Dei. Quod autem ibi nexum, et hîc, iuncturam reddit Interpres.
58 Ibid., t. 15, p. 242. On retrouve le même usage du nexus interior chez Jean de Lens 1587, liber primus, cap. 13 : Solvitur de haereticis et schismaticis occultis incidens nodus, circa id quod Ecclesiae membra esse negentur, p. 32 (p. [48]) : Hoc ut dissolvatur argumentum, animadvertendum est Ecclesiae membra dupliciter aestimari posse : videlicet secundum interiorem nexum, et secundum exteriorem Ecclesiae formam.
59 Bellarmin 1587, Primi tomi quarta controversia generalis, De conciliis, et Ecclesia militante, quatuor libris comprehensa, lib. III, cap. 5 : De schismaticis, p. 195. Cf. lib. III, cap. 2 : De definitione Ecclesiae, p. 185 : Notandum autem est ex Augustino in breviculo collationis, collat. 3. Ecclesiam est corpus vivum, in quo est anima & corpus ; et quidem anima sunt interna dona Spiritus sancti, Fides, Spes, Charitas, etc. corpus sunt externa professio fidei, et communicatio Sacramentorum. Ex quo sit, ut quidam sint de anima et de corpore Ecclesiae & proinde uniti Christo capiti interius et exterius ; et tales sunt perfectissimè de Ecclesia ; sunt enim quasi membra viva in corpore, quamvis etiam inter istos aliqui magis, aliqui minus vitam participent, & aliqui etiam solum initium vitae habeant, et quasi sensum, sed non motum, ut qui habent solam fidem sine charitate. Je souligne.
60 Le réalisme théologique des lectures anciennes est aussi celui de l’exégèse moderne : Benoit 1961, p. 114.
61 La Haye 1660, t. 16, p. 310, commentaire de Tirinus : Quod est vinculum perfectionis. Vinculum perfectum, id est perfecte uniens fideles inter se. Vel, charitas est vinculum, quod ligans, et continens caeteras omnes virtutes, hominem reddit perfectum : id est velut spiritus humanus, qui ligat partes, humores, sensusque corporis, alioqui facile dilapsuros ; sic charitas virtutum corpus quasi connectit, et constringit, et sine illa continuo dissolvendum. […] Seu perfectum vinculum, perfecte uniens fideles inter se mutuo. Vel, si mavis, charitas est vinculum, quod connectens caeteris virtutes, hominem reddit perfectum : est enim velut anima in corpore, colligans et continens singula membra, humores, sensus corporis, alioqui statim dilapsuros. Pour son utilisation chez Bellarmin 1587, Primi tomi quinta controversia generalis, de membris Ecclesiae militantis, lib. II, cap. 2, p. 180.
62 La Haye 1660, t. 16, p. 300 : Quum autem dicit, totum corpus crescere, tacitè significat omnia membra proportione quadam augeri, idque per charitatem. Quod expressiùs ad Ephes. ita scriptum est, In mensuram uniuscuiusque membri augmentum corporis facit in aedificationem sui in charitate. Iam sicut per charitatem totum corpus augetur ; ita et charitate membra inter se connectuntur. Nam ut dicitur capite sequenti, charitas est vinculum perfectionis.
64 Voir ibid., t. 15, p. 367, Van Est sur 1 Co 3, 16-17 (Nescitis quia templum Dei estis, et Spiritus Dei habitat in vobis ? Si quis autem templum Dei violaverit, disperdet illum Deus. Templum enim Dei sanctum est, quod estis vos), citant : Augustinus libro tertio contra Maximinum cap. 21. Illud etiam observa, Paulum hîc non alloqui singulos fideles : tanquam unusquisque scire debeat se esse templum Dei. Sic enim potius dicendum erat : nescitis quia templa Dei estis ? Sed compellat Ecclesiam fidelium ; quam omnes scimus ac scire debemus esse templum Dei : licet non omnia eius membra sic vivant, ut templa Dei vocari possint ; et ibid., p. 411, Nicolas de Lyre sur 1 Co 6, 19 (An nescitis quoniam membra vestra,templum sunt Spiritus sancti, qui in vobis est, quem habetis à Deo, et non estis vestri ?) : An nescitis. Hic ponitur quarta ratio quae accipitur ex sancti Spiritus sanctitate qui habitat in renatis per gratiam baptismalem, et sic opera eorum sunt quoddam Spiritus sancti templum quod vivificatur ab anima Spiritu sancto inhabitata, et hoc est quod dicit : An nescitis. Et patet litera ex dictis usque ibi. Voir aussi ibid., p. 543, Nicolas de Lyre sur 1 Co 12, 13 : fideles in Christo regenerati per baptismum facti sunt membra Christi, et de même le commentaire de Van Est dans la même page.
66 Voir l’usage fort intéressant du terme par Albertus Pighius dans le contexte d’Ep 4 à propos du corps de l’Église et de ses connections : Pighius 1538, fol. 34 v° D. Ou chez Paschase Radbert 1618, col. 176 (Commentariorum in Matthaei Evangelium) : Hac igitur de causa inter reliqua ut ostenderet credimus advenisse ; quia in ipso Spiritus sanctus specie corporali manens, dispertitur per singulos, et fit inde totius Ecclesiae mira unitatis concorporatio. Et sicut omnia corporis membra uno eodemque animantur Spiritu : ita omnium in Christo renascentium summa uno vivificatur Spiritu sancto, et ab omni labe vitiorum sanctificatur. Voir aussi Lubac 2009b, p. 14, citant le commentaire d’Hilaire de Poitiers sur Matthieu (l. 6, c. 1, PL 9, col. 951) ; Iogna-Prat 2000, p. 202.
67 À cette occasion, l’image corporelle est présente : Atque isto modo accipitur, ubicunque in scripturis hoc nomen legimus : ac nominatim 1 Ioan. 1 ubi de eadem hac nostra cum Deo Patre et Filio ejus societate, velut causa, consurgit ille hominum coetus, qui etiam societas vocatur. Quod ergo dicit Apost. Per quem vocati estis, etc. tale est : Cujus Dei Patris beneplacito vocati estis in communionem, societatem et amicitiam Iesu Christi Filij ejus, nimirum effecti participes meritorum eius, et facti membra corporis, cuius ipse est caput : id est Ecclesiae : Denique facti fratres eius, habentes eundem patrem Deum. Unde Deus, nunc Christi, nunc noster pater passim in Epistolis Pauli vocatur (La Haye 1660, t. 15, p. 325).
68 Thomas d’Aquin, Summa theologica, I, q. 37, art. 1, § 3 ; In quatuor libros Sententiarum, lib. I, dist. 10, art. 3 ; Contra errores Graecorum, I, cap. 9 ; Bonaventure, Compendium theologicae veritatis, lib. I, cap. 8 ; Nicolas Denisse 1574, fol. 62 r° ; Thomas de Strasbourg 1585, lib. I, dist. 10, art. 4, p. 59 ; et du côté de l’exégèse, Thomas d’Aquin 1548, fol. 107 v° (Super secunda epistola ad Corinthios) ; Nicolas de Gorran sur Ep 1 dans Nicolas de Gorran 1692, t. I, p. 450.
73 Pour Bellarmin : Nos enim membra Christi, et proinde unum corpus Christi efficimur per Baptismum, quia hoc Sacramento regeneramur, et annectimur Christo. At ipse caput nostrum factum est, non per Baptsimum, sed per gratiam unionis hypostaticae (Bellarmin 1587, Secundi tomi secunda controversia generalis, de baptismo et confirmatione, p. 128).
74 22 Et omnia subiecit sub pedibus eius : et ipsum dedit caput supra omnem Ecclesiam, 23 quae est corpus ipsius, et plenitudo eius, qui omnia in omnibus adimpletur. Voir La Haye 1660, t. 16, p. 110.
77 Bellarmin 1587, Primi tomi quarta controversia generalis, De conciliis, et Ecclesia militante, lib. III, cap. 9, p. 215. Cf. Fernández 1594, fol. 370 r° : Corpus dicitur substantia […] corpus accipitur pro rei veritate sic corporaliter pro vere, et re ipsa, sicut illud explicat Aug. ep. 57 super Colos. 2. In quo, scilicet Christo : Habitat omnis plenitudo divinitatis corporaliter, idest non in umbra, vel figura sed re ipsa.
78 Irénée de Lyon 1596, lib. IV, cap. 62, p. 899 ; lieu repris par Bellarmin 1587, Primi tomi quarta controversia generalis, lib. III, cap. 5, p. 192.
Frédéric Gabriel, « L’Église en corps : hiérarchie, nexus et distinction, de Juan de Torquemada à Éloi de Bassée », Mélanges de l’École française de Rome - Italie et Méditerranée modernes et contemporaines [En ligne], 126-2 | 2014, mis en ligne le 04 novembre 2014, consulté le 20 août 2017. URL : http://mefrim.revues.org/1917 ; DOI : 10.4000/mefrim.1917
CNRS, Institut d’histoire de la pensée classique, ENS de Lyon - frederic.gabriel@gmail.com
10.4000/mefrim.1917

References: art. 1
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 § 3
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 art. 4