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Timestamp: 2017-03-24 11:58:51+00:00

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phorum - Thomas d'Aquin en questions - Forma habet tres actus
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Auteur: Stagire Date: 15-01-2017 21:04
On sait que l'animateur s'intéresse à «la théorie de “l’acte d’être, acte des actes”».
À De veritate Q 29, Art. 8, Arg 8, Thomas écrit : « Praeterea, forma habet tres actus ; quia dat esse, distinguit, et ordinat in finem. Hi autem actus ad invicem ordinati sunt ; sicut et ens, et unum, et bonum. Nam ens a primo actu relinquitur, unum a secundo, bonum a tertio. Ergo et res aliqua prius est ens quam ordinetur in finem. »
Traduction : 8° La forme a trois actes : elle donne l’être, elle distingue et ordonne à la fin. Or ces actes sont ordonnés les uns aux autres comme le sont l’étant, l’un et le bien, car l’étant est laissé par le premier acte, l’un par le second, le bien par le troisième. Et donc, une réalité est un étant avant d’être ordonnée à la fin. Et Thomas écrit encore : « Ad octavum dicendum, quod illa ratio procedit de ordine naturae, non de ordine temporis : quod patet ex hoc quod in eodem instanti forma dat esse, ordinat et distinguit. »
Traduction : 8° Ce raisonnement procède de l’ordre de la nature, non de l’ordre du temps ; et cela ressort du fait que c’est au même instant que la forme donne l’être, ordonne et distingue.
La phrase importante est : illa ratio procedit de ordine naturae.
Ainsi, selon un ordre de nature, forma habet tres actus ; quia dat esse, ordinat et distinguit.
Ce qui est premier dans cet ordre de nature, c’est : dat esse. Mais à quoi ? À la substance prise comme nature, et non comme suppositum.
Or : Contra Gentiles, lib. 1 cap. 22 n. 9
Omnis res est per hoc quod habet esse. Nulla igitur res cuius essentia non est suum esse, est per essentiam suam, sed participatione alicuius, scilicet ipsius esse.
Message modifié (16-01-2017 02:36)
Re: Forma habet tres actus
Auteur: Delaporte Date: 19-01-2017 18:42
Vous me taquinez à la mouche comme une pauvre carpe ! »:-)
Vous traduisez : « La forme a trois actes : elle donne l’être, elle distingue et ordonne à la fin. Or ces actes sont ordonnés les uns aux autres comme le sont l’étant, l’un et le bien, car l’étant est laissé par le premier acte, l’un par le second, le bien par le troisième. Et donc, une réalité est un étant avant d’être ordonnée à la fin »
C’est une citation vraiment intéressante, d’un phénomène que j’ai découvert à l’occasion de la lecture de Fabro. Au fond, la forme est puissance dont l’esse est l’acte, non pas du tout comme l’entendaient Gilson ou Fabro, c’est-à-dire comme un acte venant informer une puissance passive, à la façon dont la forme naturelle informe la matière, mais bien au contraire, comme une puissance active pose un acte qui est son activité propre. La forme est puissance active d’être. C’est pourquoi je traduis “d’être”, pour bien signifier qu’on parle d’un verbe dédié à exprimer une action ou une passion, et non “de l’être” qui conduit immanquablement à prendre “l’être” pour un nom abstrait.
Voici ce qu’écrit saint Thomas : « Dicitur esse ipse actus essentiae; sicut vivere, quod est esse viventibus, est animae actus; non actus secundus, qui est operatio, sed actus primus – Est dit “esse” l’acte même de l’essence. Comme vivre, qui est l’esse des vivants est l’acte de l’âme, non pas un acte second, qui est opération, mais l’acte premier » (Super Sent., lib. 1 d. 33 q. 1 a. 1 ad 1).
C’est en ce sens qu’esse est acte premier. Il est l’activité première de l’essence ou de la forme (l’âme), les activités secondes étant les opérations. De sorte que vis-à-vis de l’esse, la forme est puissance active et non passive ou réceptrice. Ce qui conduit saint Thomas à attribuer un “pouvoir d’être” (virtus essendi) à la forme :
« Nam quantum unicuique inest de forma, tantum inest ei de virtute essendi – En effet, autant quelque chose possède de forme, autant il a en lui de pouvoir être » (Q.D. De Potentia q 5, a 4, ad 1).
« In quibus vero forma non complet totam potentiam materiae, remanet adhuc in materia potentia ad aliam formam. Et ideo non est in eis necessitas essendi, sed virtus essendi consequitur in eis victoriam formae super materia – Dans les choses où la forme ne remplit pas toute la puissance de la matière, il reste encore dans la matière de la puissance à une autre forme. Et par conséquent, il n’y a pas dans ces choses de nécessité d’être, mais une force d’être qui fait suite en elles à la victoire de la forme sur la matière » (Contra Gentes, L 2, ch. 30).
Cela renverse complètement le rapport puissance / acte entre la forme et l’esse en comparaison avec les thèses néothomistes.
C’est pourquoi saint Thomas écrit à de nombreuses reprises : « La forme donne d’être – forma dat esse ». Cela avait grandement intrigué Fabro qui l’interpréta de façon assez déviée, je dois dire. Elders aussi fut troublé par cette expression qui contredit de plein fouet la conception d’un être “acte des actes”.
Auteur: Stagire Date: 21-01-2017 00:25
> Vous me taquinez à la mouche comme une pauvre carpe ! »:-)
C’est par hasard que je suis tombé sur : «De veritate Q 29, Art. 8, Arg 8, —« Praeterea, forma habet tres actus ; quia dat esse, distinguit, et ordinat in finem. Hi autem actus ad invicem ordinati sunt ; sicut et ens, et unum, et bonum. Nam ens a primo actu relinquitur, unum a secundo, bonum a tertio. Ergo et res aliqua prius est ens quam ordinetur in finem. » « Ad octavum dicendum, quod illa ratio procedit de ordine naturae, non de ordine temporis : quod patet ex hoc quod in eodem instanti forma dat esse, ordinat et distinguit. »
Dans « Ad octavum», Thomas acquiesce à : «illa ratio procedit de ordine naturae», et nie à : « non de ordine temporis».
Ce qui m’a frappé, c’est d’abord la référence aux trois transcendantaux. Ensuite, ce qui m’a frappé, c’est l’affirmation : « forma habet tres actus». Or, connaissant votre aversion pour «la théorie de “l’acte d’être, acte des actes”», j’ai considéré que ce passage pouvait être intéressant pour vous, ce que votre réponse me confirme.
Personnellement, je n’ai pas de position arrêtée. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas vraiment étudié le problème.
Auteur: Delaporte Date: 21-01-2017 11:58
J’ai noté votre référence bien précieusement dans mes petits carnets.
Dire que j’ai une “aversion” pour la thèse de l’être acte des actes me paraît un peu fort. Je dirai plutôt un recul impulsif devant ce qui me paraît intenable dans les termes. Mais s’arrêter sur les seuls termes ne suffit pas pour comprendre une pensée, et étant parti dans une direction, je n’ignore pas, cependant les multiples arguments en sens contraire.
J’ai lu quelque part que Gilson considérait en certains endroits qu’esse était une activité, et qu’il avait aussi écrit une note sur la “virtus essendi” que, malheureusement, je n’arrive pas à me procurer.
Comme quoi, il y a encore matière à apprendre et à corriger son jugement.

References: Art. 8
in fine
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 Art. 8
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