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Timestamp: 2020-08-03 17:38:38+00:00

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Définition publiée par RARE, le 03 juin 2020
COMPRENANT LES PREMIERS ÉLÉMENTS
DE RHÉTORIQUE RELATIFS À L’INVENTION
Qu’est-ce que la Rhétorique ? R. C’est l’art de bien dire, ainsi nommé du verbe grec rheo, je dis, je parle, d’où viennent rhetor, rhéteur, orateur, avocat, et rhétorikè, art oratoire, rhétorique.
Qu’est-ce qu’un art ? R. C’est une faculté renfermant certains préceptes qui ne trompent jamais, quand on les connaît bien, et qu’on s’en pénètre.
Qu’est-ce que bien dire ? R. C’est exprimer dans les meilleurs termes les meilleures pensées.
Quel est le but de l’orateur ? R. C’est de persuader.
Quel est le devoir de l’orateur ? R. C’est de parler de manière à persuader.
Celui qui ne persuade pas peut-il être appelé un parfait orateur ? R. Oui, pourvu qu’il parle de manière à persuader.
Mais vous me direz : Celui qui n’atteint pas le but de l’art oratoire ne peut être considéré comme un parfait orateur ; or l’orateur qui ne persuade pas n’atteint pas son but ; comment peut-il donc être un parfait orateur, quoiqu’il parle de manière à persuader ? R. Pour les autres arts, ce que vous dites est vrai ; mais il n’en est pas de même pour la rhétorique. Ce qui caractérise la plupart des autres arts, ce qui est leur fin, leur but, c’est de produire une œuvre quelconque extérieure qui dépend de la volonté de l’artiste ; ainsi, il dépend de la volonté du peintre, et de sa volonté seule, de faire un tableau ; il dépend de la volonté de l’architecte de construire une maison, et ainsi des autres ; mais il ne dépend pas de la volonté seule de l’orateur de persuader : il faut encore qu’il s’y joigne la volonté de l’auditeur ; c’est lui que l’orateur doit persuader, mais il n’y parviendra pas, quel que soit le moyen qu’il emploie, si l’auditeur ne le veut pas, parce qu’il est libre.
DU SUJET DE LA RHÉTORIQUE
Quel est le sujet [materia] de chaque art ? R. C’est celui dont il s’occupe : ainsi, le sujet de la médecine est la maladie ; de la peinture, ce sont les couleurs, et ainsi de suite des autres.
Quel est le sujet de la Rhétorique ? R. Ce sont les choses qui prêtent à la discussion ou à des questions.
Combien peut-il y avoir de questions sur chaque chose ? R. Deux : l’une, générale, que l’on appelle Thèse en grec, et Proposition en latin ; l’autre, particulière, dont la dénomination est Hypothèse en grec et Cause ou Controverse en latin.
Qu’est-ce que vous appelez question générale ou Thèse ? R. C’est celle qui n’est astreinte à aucune condition [adjunctis seu circumstantiis] de personne, de lieu, de temps, etc.
Qu’appelez-vous question particulière ou Hypothèse ? R. C’est celle qui est astreinte à certaines conditions, limitée par telles ou telles circonstances
Donnez un exemple de ces deux sortes de questions. R. La Rhétorique est-elle un art que l’on doit étudier ? Voilà une question générale, indéterminée, parce qu’il n’y est fait aucune mention de personne, de lieu, de temps. Mais si je demande : les femmes doivent-elles étudier la Rhétorique ? ou bien : doit-on étudier la Rhétorique avant la Philosophie ? ou bien : doit-on étudier la Rhétorique dans les académies ou en cours privés ? Ces questions sont déterminées, parce que la question générale posée plus haut est maintenant circonscrite dans les détails [adjuncta] que nous venons d’indiquer. De Thèse ou Proposition générale, elle est devenue Hypothèse ou Cause déterminée, limitée par des détails particuliers.
Comment ramène-t-on une Hypothèse à une Thèse ? R. En ne prenant que ce qui est général. Ainsi, avez-vous à faire l’éloge de la diligence ? je louerais la vertu qui est le genre dans lequel la diligence est comprise. Avez-vous à blâmer l’ivresse ? je montrerais combien le vice en général est honteux.
N’y a-t-il que ces deux sortes de questions ? R. Il y en a une autre, que l’on appelle question d’Action, parce qu’elle a pour objet d’agir, ainsi : Faut-il déclarer la guerre aux hérétiques ? Une autre question est celle que nous appellerons question de Connaissance, parce qu’elle a pour objet unique de savoir et de connaître quelque chose, ainsi : Quel est le jour du mois où il y aura cette année éclipse de lune ?
DES TROIS GENRES DE CAUSES
Combien de genres de causes l’orateur peut-il avoir à traiter ? R. Trois : Judiciaire, Délibératif et Démonstratif < dit, en grec, Épidictique >.
En combien de parties se divise le genre Judiciaire ? R. En deux : l’Accusation et la Défense.
En combien de parties se divise le genre Délibératif ? R. En deux : Persuader et Dissuader.
En combien de parties se divise le genre Démonstratif ? R. En deux : Louer et Blâmer.
À quel temps se rapporte le genre Judiciaire ? R. Au passé, car personne ne peut être accusé ou défendu que pour un fait déjà accompli.
À quel temps se rapporte le genre Délibératif ? R. Au futur, car nous ne délibérons que sur ce qui doit arriver.
À quel temps se rapporte le genre Démonstratif ? R. Non seulement au présent, mais encore au passé : on ne peut en effet louer ou blâmer quelqu’un que sur ce qu’il fait ou sur ce qu’il a fait.
DES PARTIES DE L’ÉLOQUENCE
Quelles sont les parties de l’éloquence ? ou (ce qui est la même chose) que doit faire l’orateur quand il compose un discours ? R. Il doit se préoccuper de cinq choses, qui sont : l’Invention, la Disposition, l’Élocution, la Mémoire et le Débit oratoire.
Qu’est-ce que l’Invention ? R. C’est la recherche des arguments vrais ou vraisemblables dont se sert l’orateur pour faire admettre comme vrai [probabile] ce qu’il veut prouver [probare].
Qu’est-ce que la Disposition ? R. C’est le classement en bon ordre des arguments que l’on a trouvés.
Qu’est-ce que l’Élocution ? R. C’est l’emploi des expressions propres à bien rendre les arguments fournis par l’invention.
Qu’est-ce que la Mémoire ? R. C’est le souvenir bien affermi des choses et des mots.
Qu’est-ce que le Débit oratoire ? R. C’est la tenue du corps et le ton bien appropriés aux idées et aux expressions qui rendent ces idées.
Comment s’acquièrent les qualités propres à ces cinq parties de l’éloquence ? R. Par la Nature, l’Art, l’Exercice et l’Imitation.
Que demande la Nature pour l’éloquence ? R. Beaucoup de choses qui dépendent de l’esprit et du corps.
Qu’est-ce que la nature exige de l’esprit ? R. Des qualités solides d’intelligence et de réflexion pour trouver des idées, leur donner une forme agréable et les fixer dans la mémoire.
Qu’est-ce que la nature exige du corps ? R. Une poitrine solide, une belle voix, une langue bien déliée, un visage agréable et tout un extérieur convenable.
En quoi l’Art sert-il à l’éloquence ? R. Il perfectionne ce que la nature a donné.
En quoi l’Exercice est-il utile ? R. Il entretient ce que la nature a donné et ce que l’art a perfectionné.
Comment doit-on s’exercer ? R. 1° En prenant pour le traiter un sujet semblable à ceux que traite un orateur ; 2° en ne le traitant pas d’abondance, mais en prenant du temps pour réfléchir et pour soigner le style.
Quelle est l’utilité de l’Imitation et comment doit-on imiter ? R. L’utilité de l’imitation est très grande ; et sans elle on ne peut faire de progrès : voici comment on doit s’y prendre. On choisit pour l’imiter un orateur célèbre que l’on étudie avec la plus grande attention ; et l’on prend ce qu’on y trouve de plus remarquable.
COMMENT IL FAUT IMITER LES AUTEURS
Il faut prendre un passage de Cicéron, par exemple, < et le traduire en français, et puis, au bout de quelque temps, retraduire ce passage en latin. Vous comparerez alors cette dernière traduction avec le passage de Cicéron, vous corrigerez vos fautes sur lui, et vous verrez alors très facilement la différence qu’il y a entre le style de Cicéron et le vôtre. Faites l’analyse d’un discours de Cicéron ou d’un des morceaux principaux de ce discours, vous en remarquerez en gros les arguments et les figures, puis vous traiterez vous-même le sujet, et vous recouvrirez de chair cette espèce de squelette ; enfin, vous comparerez votre composition avec celle de Cicéron, et vous verrez la distance qui vous en sépare. On peut encore prendre un beau passage de Cicéron, l’appliquer à un sujet semblable, ou même contraire, en se servant des mêmes figures, des mêmes périodes, des mêmes transitions, des mêmes liaisons, en suivant enfin, pas à pas, les traces de Cicéron, en n’en changeant que les mots et les idées. Ainsi, dans le discours pour sa maison, § 89, Cicéron montre ce que c’est que le peuple romain, et refuse de donner ce nom à la multitude séditieuse qui s’est révoltée. Vous montrerez semblablement quel est celui à qui l’on peut donner le nom de chrétien, de noble, d’érudit. Dans la deuxième Philippique contre Antoine, qui voyait avec déplaisir que Cicéron fût arrivé au consulat, et que cette dignité fût acclamée par les hommes les plus haut placés, Cicéron dit (§ 12) : « Mon consulat déplaît à Antoine, mais il a plu à Servilius », etc. Imitez ce passage en blâmant ceux qui désapprouvent l’étude des belles lettres admirées par les hommes les plus sages de tous les temps et de toutes les conditions. Ce sont des sujets de compositions de ce genre qu’on doit donner aux élèves de rhétorique. Ils seront tout aussi utiles aux maîtres qu’aux élèves. >
DES LIEUX ORATOIRES
Qu’est-ce qu’un lieu oratoire ? R. C’est celui où l’on trouve et d’où l’on tire des arguments ou des preuves. En d’autres termes, et pour mieux dire, les lieux oratoires sont des arguments qui sont communs à toutes sortes de sujets, et d’où l’on tire comme d’un écrin, ou d’un tiroir, des preuves qui s’appliquent à un sujet quelconque.
Qu’est-ce qu’un argument ? R. C’est une raison plausible [probabilis], et de nature à entraîner la conviction.
Qu’est-ce que la conviction ? R. C’est le ferme assentiment de l’esprit qui croit ce qu’on dit.
Qu’est-ce que l’opinion ? R. C’est un faible assentiment. La conviction et l’opinion sont les conséquences de l’argumentation.
Qu’est-ce que l’argumentation ? R. C’est l’explication et le développement d’un argument.
Combien y a-t-il de genres d’arguments ? R. Deux : les uns, intrinsèques, sont tirés du cœur même du sujet ; les autres, extrinsèques, sont des arguments en dehors du sujet. On dirait que l’art ne préside pas à leur recherche ; ce n’est pas qu’on s’en serve sans recourir à l’art, mais on les trouve sans beaucoup de difficulté, ils se présentent comme d’eux-mêmes.
Qu’appelez-vous arguments intrinsèques ? R. Ceux qu’on tire d’un lieu intrinsèque < c’est-à-dire qui tient au sujet lui-même >.
Quels sont les arguments extrinsèques ? R. Ce sont les arguments tirés d’un lieu en dehors du sujet : c’est pour cela qu’on les appelle extrinsèques.
Combien y a-t-il de lieux intrinsèques ? R. Il y en a 16 : la Définition, l’Énumération des parties, l’Étymologie, les Dérivés, le Genre, la Forme ou l’Espèce, la Ressemblance, la Dissemblance, le Contraire, les Circonstances, les Antécédents, les Conséquents, les Choses qui répugnent entre elles, les Causes, les Effets, la Comparaison.
Combien y a-t-il de lieux extrinsèques ? R. Six : les Préjugés, la Renommée, les Documents, le Serment, les Tortures, les Témoins.
DES LIEUX INTRINSÈQUES
Qu’est-ce que la Définition ? R. C’est l’explication de la chose à définir.
Combien la Définition a-t-elle de parties ? R. Deux : le genre et la différence. Le genre est ce qui est commun à la chose qu’on définit et à beaucoup d’autres choses. La différence est ce qui est particulier, ce qui convient seulement à la chose qu’on définit.
Donnez un exemple. R. Comme Définition de la Rhétorique, nous dirons : la Rhétorique est l’art de bien dire – l’art est le genre de cette définition, parce que l’art ne convient pas seulement à la Rhétorique, mais encore à la grammaire, à la peinture, etc. De bien dire est la différence de cette définition, parce que bien dire est une qualité propre seulement à la Rhétorique.
Prouvez par la définition que la Rhétorique est le premier des arts. R. Je dirai : L’art de bien dire est le premier de tous, or la Rhétorique est l’art de bien dire, donc la Rhétorique est le premier des arts.
De l’Énumération des parties
Qu’est-ce que l’Énumération des parties ? R. C’est le partage d’un tout en ses parties.
< Donnez un exemple. R. C’est par ce lieu que > Pline, dans le panégyrique de Trajan, décrit la joie de Rome tout entière à l’arrivée de ce prince. « Ni l’âge, dit-il, ni le sexe, ni la maladie n’ont empêché personne de récréer ses yeux de ce spectacle inouï ; les petits enfants voulaient te connaître, les jeunes gens te montrer à tous les vieillards, les malades même t’admirer. »
De l’Étymologie et des Dérivés
Qu’est-ce que l’Étymologie ? R. C’est un lieu qui recherche l’origine et la signification des mots.
Prouvez d’après ce lieu que Cicéron a été un véritable consul. R. Celui-là est véritablement consul qui veille au salut de la patrie ; or Cicéron a veillé au salut de la patrie, il a donc été un véritable consul.
Qu’est-ce que c’est que les Dérivés ? R. Ce sont des mots qui viennent d’une même source, et dans lesquels il y a différents changements, ainsi de Pudicité viennent pudeur, pudique, pudiquement, avoir de la pudeur.
Construisez un argument d’après un dérivé. R. Vous n’imitez pas la vie du Christ (Christi), vous n’êtes donc pas chrétien (christianus) : chrétien est le dérivé de Christ. Du reste, ces deux lieux sont, de tous, les plus faibles et les plus stériles.
Du Genre et de l’Espèce
Qu’est-ce que le Genre ? R. C’est un tout renfermant plusieurs parties semblables entre elles par un caractère commun, mais différentes cependant par certaines particularités. Ainsi : La vertu est un genre parce qu’elle embrasse la prudence, la justice, le courage, la tempérance, qui, toutes, sont des parties de la vertu, semblables entre elles, parce que l’une quelconque de ces parties est une vertu ; mais ces parties sont cependant différentes, parce que leur nature n’est pas la même.
Donnez un argument d’après le genre. R. Paul pratique la vertu, il pratique donc la tempérance. Pierre est ennemi de la vertu, il n’est donc pas prudent. Jean aime les hommes, il aime donc ses ennemis.
Qu’est-ce que l’Espèce ? R. C’est une partie du genre. Ainsi on peut tirer de ce lieu l’argument suivant : Ce jeune homme est chaste, donc il est vertueux ; et ainsi de suite.
De la Ressemblance et de la Dissemblance
Qu’est-ce que la Ressemblance ? R. C’est un argument tiré d’un sujet semblable à celui qu’on traite.
< Donnez un exemple. R. > Les méchants ne sont pas sensibles aux douceurs de la vertu, ils ressemblent aux malades qui ne sentent pas le goût des aliments. Autre exemple : Les bienfaits ressemblent aux fleurs, ils ne plaisent qu’au moment où on les reçoit.
Qu’est-ce que la Dissemblance ? R. C’est un argument tiré d’une chose qui est tout le contraire [diversa] de ce qu’on veut prouver : Ainsi : Cicéron prouve que les juges doivent absoudre Muréna parce que Catilina l’aurait condamné. Les hommes de bien et les sages ne doivent pas en effet penser de même que les plus scélérats et les plus insensés.
Des contraires ou des opposés
Combien y a-t-il de genres de Contraires ? R. Il y en a cinq :
1° Les Opposés [adversa], c’est-à-dire les choses qui sont le plus éloignées les unes des autres, comme la vertu et le vice ;
2° Les Privatifs, qui sont l’habitude et l’absence d’habitude [habitus, et ejus privatio], comme la vie et la mort ;
3° Les Relatifs, qui se correspondent réciproquement et se regardent tellement face à face, que l’on ne peut connaître l’un sans l’autre, tels sont le disciple et le maître, le père et le fils, etc. ;
4° Les Négatifs ; cet argument a lieu quand l’un est la négation de l’autre, comme l’homme pieux et l’impie ;
5° Les Choses qui se repoussent l’une l’autre, c’est-à-dire qui ne peuvent s’accorder, comme haïr quelqu’un et faire son éloge.
Comment tire-t-on des arguments de chacun de ces lieux ? R. De cette manière :
1° Des Opposés : Le vice est la chose la plus hideuse, donc la vertu est la chose la plus belle.
2° Des Privatifs : Paul craint la mort, donc il aime la vie.
3° Des Relatifs : Le maître s’attache à l’étude de la littérature. Le disciple doit donc s’attacher aux mêmes études.
4° Des Négatifs : Il est modeste, pourquoi dites-vous qu’il est immodeste ?
5° Des Choses qui se repoussent l’une l’autre : Paul aime cet homme, donc < il ne lui a pas nui, > il ne l’a pas outragé, car il est contradictoire [repugnat] d’admettre qu’on nuise à celui qu’on aime, et qu’on l’outrage.
Qu’est-ce que c’est que les Circonstances ? R. Ce sont les particularités qui accompagnent un fait.
Combien y a-t-il de sortes de circonstances ? R. Elles sont comprises dans le vers suivant, que nous traduisons :
Qui, quoi, où, à l’aide de quoi, pourquoi, comment, quand.
Qui ? indique l’auteur du fait. Quoi ? indique le fait même. Où ? l’endroit où il a eu lieu. A l’aide de quoi ? armes, instruments, personnes qui ont aidé à l’accomplissement du fait. Pourquoi ? quelles sont les causes du fait, les conseils [consilia] qui en ont décidé l’accomplissement. Comment ? de quelle manière a-t-il eu lieu ? Quand ? à quelle époque s’est-il passé ?
Énoncez un argument d’après les Circonstances. R. < Le soir, > Paul a été vu armé d’une épée à l’endroit où le crime a eu lieu < etc. >. Pierre est un homme très vertueux, il n’a donc pas violé son serment.
Qu’est-ce que les Antécédents ? R. C’est ce qui fait corps avec les Conséquents ; ils diffèrent en cela des circonstances qui ne sont pas nécessairement liées entre elles.
Donnez un argument d’après les Antécédents. R. Le soleil s’est levé, donc il fait jour. En effet le soleil précède nécessairement le jour.
Qu’est-ce que les Conséquents ? R. C’est ce qui accompagne nécessairement un fait et en indique les résultats.
< Donnez un argument. R. > : il a une cicatrice, donc il a reçu un coup ; la cicatrice est en effet la suite nécessaire d’un coup.
Qu’est-ce que la Cause ? R. C’est ce qui produit ou occasionne telle ou telle chose [sua vi]. Ainsi, la cause de la mort de Paul est une blessure, parce que cette blessure est de nature à entraîner la mort. Le feu est la cause de la chaleur, parce qu’il a la vertu de produire la chaleur.
Combien y a-t-il de genres de causes ? R. Il y en a quatre : la Cause finale, la Cause efficiente, la Cause formelle, et la Cause matérielle.
Qu’est-ce que la Cause finale ? R. C’est la fin pour laquelle une chose se fait ou a lieu. Ainsi, la fin de l’homme est une vie heureuse.
Composez un argument d’après la cause finale. R. L’homme est né pour acquérir un bonheur éternel [ad contemplandum et intelligendum], il ne doit donc pas rechercher les plaisirs et les biens périssables.
Qu’est-ce que la Cause efficiente ? R. C’est ce qui fait qu’une chose existe [a quo]. Ainsi, le soleil est cause du jour, parce qu’il le produit en répandant sa lumière dans tout le ciel.
Composez un argument d’après la cause efficiente. R. Le monde a été créé par Dieu ; c’est donc une œuvre parfaite < en tous points >.
Qu’est-ce que la Forme ou Cause formelle ? R. C’est ce qui donne à une chose son état propre et la distingue de toute autre chose. Ainsi, l’âme est la forme de l’homme, parce qu’elle est cause que l’homme existe, et cette forme le distingue de tous les autres êtres.
Composez un argument d’après cette cause. R. L’âme de l’homme est immortelle, il doit donc aspirer à une vie immortelle et éternelle.
Qu’est-ce que la Matière ou Cause matérielle ? R. La matière est ce dont les choses sont faites, et ce en quoi elles se trouvent. Ainsi, le marbre est la matière dont une statue est faite ; le corps est la matière de l’homme.
Composez un argument d’après cette cause. R. Le corps de l’homme est mortel, il faut donc éloigner d’une société corrompue et de la contagion son âme qui est immortelle.
Qu’est-ce que les Effets ? R. C’est ce qui a pour origine la cause. Ainsi, le jour est l’effet du soleil.
Combien y a-t-il de genres d’effets ? R. Il y en a autant qu’il y a de causes, car à chaque cause correspond un effet.
Composez un argument d’après les effets. R. La vertu est la mère de la véritable gloire, donc il faut s’attacher à elle. La volupté n’engendre que l’infamie, donc il faut la fuir.
Qu’est-ce que la Comparaison ? R. C’est un lieu où l’on compare deux ou plusieurs choses qui ont quelques rapports communs ; ou bien, c’est un argument où l’on conclut du plus au moins, du moins au plus, ou d’égal à égal entre deux choses que l’on compare < et qui sont certa, certaines > ; ou bien, c’est un simple rapprochement d’une chose avec une autre qui a avec la première des rapports de probabilité et de vraisemblance. De là, les rhéteurs distinguent trois comparaisons. Ils appellent l’une Comparaison des majeures, c’est celle où l’on conclut du plus au moins ; la seconde est la Comparaison des mineures, où l’on conclut du moins au plus ; et la troisième est la Comparaison des égaux, où l’on conclut d’égal à égal. < Dans la première on associe et on prouve un élément mineur vraisemblable à partir d’un élément supérieur vraisemblable et certain ; dans la seconde on prouve un élément majeur certain à partir d’un mineur certain ; dans la troisième un égal certain et probable avec un égal certain. > À ce lieu se rattache l’Exemple, qui est une sorte de comparaison et, de plus, un argument fort utile pour persuader.
Comment tire-t-on un argument par la comparaison du plus au moins ? R. En employant dans la comparaison cette mention beaucoup moins. Ainsi, cinq légions n’ont pu vaincre une armée ennemie, deux légions le pourront beaucoup moins, car il est plus difficile de vaincre cinq légions que deux.
Comment tire-t-on un argument de la comparaison du moins au plus ? R. En y ajoutant cette mention : beaucoup plus ou à plus forte raison. Ainsi, Paul a supporté patiemment ses blessures, à plus forte raison supportera-t-il les injures et les outrages. En effet, supporter des injures est moins que supporter des coups.
Comment se fait un argument d’égal à égal ? R. Quand on exprime, ou qu’on sous-entend dans la comparaison cette mention : également. Ainsi, les saints se sont acquis une gloire éternelle par leur résignation, nous devons les imiter pour arriver également comme par degrés à ce haut degré d’honneur.
DES LIEUX EXTRINSÈQUES
Qu’est-ce que le Préjugé [Praejudicium] ? R. C’est un jugement fait antérieurement, et une sentence déjà rendue dans une cause en quelque manière semblable, d’où on peut tirer un exemple, et une manière de juger dans l’affaire présente.
Comment composer un argument en se servant des préjugés ? R. En montrant que ce qui arrive devait arriver ; ou bien, que dans des causes semblables, ou pour des choses provenant de la même cause, on a jugé de la même manière ; ou bien, que le même jugement qu’on sollicite a déjà été porté par les mêmes juges ou par d’autres juges.
Comment composer un argument d’après la Renommée ? R. En montrant la vérité de ce que l’on avance par l’assentiment de tout le monde.
Comment composer un argument d’après les Documents ? R. En montrant qu’il s’agit de quelque chose consigné dans les archives officielles et qui doit être tenu pour incontestable.
Comment composer un argument d’après le Serment ? R. En montrant que c’est un homme sérieux et honnête qui a confirmé par son serment la vérité de la chose en question.
Comment composer un argument d’après les Tortures ? R. En montrant que ce n’est qu’à l’aide de tortures que l’on a arraché à l’accusé ou à ses complices l’aveu du crime dont il s’agit.
Comment composer un argument d’après les Témoins ? R. En prouvant que de graves témoignages assurent la vérité de ce qui est avancé.
EXEMPLES DES LIEUX INTRINSÈQUES
L’éloquence s’acquiert plutôt par la pratique et par l’imitation d’un excellent orateur que par les préceptes : c’est pourquoi, après les quelques notions que nous avons données relativement aux lieux oratoires, nous allons y joindre des exemples pour qu’on puisse les imiter, voir et saisir la manière de traiter chaque lieu, et se servir des figures propres à lui donner plus de valeur.
Exemples des lieux de la Définition et de l’Étymologie < du nom propre >
< Dans la péroraison de la première Philippique, § 29, Cicéron exhorte Dolabella à sauvegarder la paix et la concorde dans la république en lui représentant la gloire que donnent les bonnes actions, gloire dont il donne la définition : « C’est, dit-il, la louange qui suit les actions honorables », etc. > Sénèque (lettre 76) exhorte l’homme à mener une vie raisonnable ; il dépeint ce que c’est que la raison, et il enseigne qu’elle est le bien propre de l’homme, tandis que les autres biens lui sont communs avec les animaux. Il procède par induction et subjection. « L’homme, dit-il, a-t-il de la force ? mais les lions en ont aussi ; est-il prompt à la course ? mais les chevaux le sont aussi ; a-t-il un corps ? mais les arbres en ont un aussi. L’homme, qu’a-t-il en propre ? la raison », etc. Les rhéteurs n’expliquent pas toujours comme les philosophes une définition par le genre et la différence, mais, de temps en temps, par les causes, les effets, les circonstances, les ressemblances et autres lieux de ce genre qui dépeignent la nature d’une chose et ouvrent un vaste champ aux ornements du langage et à l’amplification.
< Cicéron définit le Sénat romain par de nombreuses images accumulées : « C’est, dit-il, le temple sacré de la majesté romaine, le chef-lieu de Rome, l’asile des alliés, le port de toutes les nations », etc. C’est ainsi que l’on reprendra un jeune homme qui abuse de sa jeunesse et se fie à sa bonne santé. « Jeune homme, ne crois pas que tu puisses abuser de ta jeunesse et de ta bonne santé, ne t’y fie pas. C’est une fleur qui vite se fane ; une ombre qui s’efface en un moment ; un printemps plein de joie et de charme, mais qui ne dure pas ; un rêve qui n’a pas de réalité et qui se joue des malins comme des endormis ; une rose d’un matin, que le soleil dès son lever fait sécher ; une poussière stérile qu’une légère brise suffit à disperser. »
C’est ainsi que l’on détournera la même personne de la recherche des plaisirs : « Ah ! que fais-tu, malheureux, en recherchant avidement les plaisirs ? Les plaisirs sont un lacet mortel qui t’étrangle ; tu bois un poison par lequel tu te tueras ; tu réchauffes en ton sein un serpent venimeux qui te fera périr par une étreinte cruelle », etc. >
Il est une autre définition ou description de chose tirée des causes qui l’ont produite ; ainsi, vous définirez l’homme un être créé par Dieu et doué de raison ; composé d’un corps mortel et d’une âme immortelle ; fait pour être heureux, pour posséder Dieu même qui est le souverain bien, etc.
< On tire aussi une définition des circonstances. C’est par ce procédé que Cicéron décrit Pison et Gabinius dans son discours Pour Sestius. À partir du § 17, il fait une véritable peinture de leurs traits, de leur contenance et même de leur façon de marcher et de s’habiller : « Sans doute, les destins l’avaient ainsi ordonné… » >
On tire encore des effets et des résultats d’une chose, d’un fait, une autre définition. Ainsi, qu’est-ce que la guerre ? C’est un monstre épouvantable que l’injustice, la violence, la fureur accompagnent ordinairement. Partout où elle se jette, elle n’apporte que désastre dans les campagnes, dans les villes, dévastation dans les provinces. Elle s’abreuve du sang des malheureux, se réjouit des larmes qu’elle fait verser et triomphe par le meurtre et la ruine, etc.
La manière la plus élégante de définir une chose est de nier d’abord, puis de faire suivre la négation de l’affirmation, en exposant la chose telle qu’elle est. Ainsi, Cicéron dans son discours Pour sa maison (§ 89), s’écrie : « Prenez-vous donc pour le peuple romain cette troupe de mercenaires ? » Et il continue ironiquement : « Ô la belle image de cette grandeur, de cette majesté du peuple romain, qui fait trembler les rois, les nations étrangères ! » Puis il termine par l’affirmation : « La beauté, la vraie image du peuple romain, vous l’avez vue, etc., ce peuple souverain des rois », etc. < § 90.
De même, dans le Contre Pison § 43, il nie que les hommes honnêtes puissent être affectés par un supplice ; et il affirme que les méchants, même s’ils semblent heureux, sont pourtant tourmentés de façon misérable.
De même : dans le Pour Sestius § 97, il expose quels sont ceux qui doivent être appelés des optimates ; dans le second discours Contre Rullus, ou si l’on préfère Sur la loi agraire, § 10, quels sont ceux qui sont « populaires » ; même chose dans le Pour Rabirius accusé de crime d’État, du § 11 au § 14. >
Il est encore une définition tirée de l’étymologie ou explication d’un mot, ainsi. < Cicéron nie que Pison soit un vrai consul (consul), puisque il n’a pas veillé (consulere) aux intérêts de la république : « Crois-tu donc que ce soient les licteurs et la robe prétexte qui fassent le consul » etc. « C’est par le cœur que l’on est consul, c’est par la prudence, par le zèle, par la gravité », etc. « Sera-t-il à mes yeux consul, celui qui s’est imaginé que la république était sans Sénat ? » etc.
On peut ainsi nier le fait que quelqu’un soit vraiment un ami, en prouvant qu’il aime plus avec des mots qu’avec des actes. « Quel est le véritable ami ? Est-ce celui qui sourit avec une expression flatteuse ? qui fait des promesses ? qui fait sans cesse des compliments ? Voilà une belle amitié que celle qui, etc. Celui-là, celui-là seul est un ami qui donne son amitié quand on est dans l’adversité aussi bien que tout va bien, celui qui aide par des conseils avisés, qui », etc. Ainsi, de même : > Quel est le véritable chrétien ? C’est celui qui imite le Christ, et non celui qui se glorifie seulement du nom de chrétien. Pensez-vous que celui qui, pendant sa vie s’adonne à Bacchus, à Vénus, soit chrétien parce que le baptême lui a enlevé la tache du péché originel et qu’il a le nom de chrétien, etc. ? Celui-là, celui-là seul est chrétien qui, consacré au Christ par un sacrement solennel, suit sa bannière, réprime ses passions et garde la dignité de chrétien, dignité inappréciable, pour laquelle le Dieu créateur et maître de l’univers a daigné descendre du ciel sur la terre, et abaisser sa majesté divine jusqu’à prendre la nature mortelle, et changer le trône de sa gloire infinie contre une croix infâme.
Quelquefois c’est dans le nom même qu’on cherche une pointe, un jeu de mots. C’est ainsi que Cicéron, plaidant pour Roscius Amérinus, fait soupçonner Chrysogonus d’être avare, parce que son nom en grec signifie doré, ou né de l’or ; de même il dit de Verrès, dans Verr. II, qu’il a justifié par ses actes la signification de son nom, parce qu’il a balayé, c’est-à-dire dépouillé une province.
Exemples des lieux de l’Énumération des parties et des Dérivés
< Quatorzième Philippique § 34, il console les familles de ceux qui tombèrent au combat pour le salut de la république : d’abord les parents, puis les enfants, les frères, etc.
Pour Plancius § 80 : il prouve que la gratitude est la mère de toutes les autres vertus. « Qu’est-ce que la tendresse filiale, dit-il, sinon une affection reconnaissante pour les auteurs de ses jours ? Quels sont les bons citoyens, utiles à la patrie dans Rome et hors de Rome, sinon ceux qui reconnaissent les bienfaits de la patrie ? Quels sont les hommes pieux et religieux », etc.Vous prouverez de cette façon que l’orgueil est la mère de tous les vices. > Qu’est-ce que l’impiété ? C’est le vice d’un cœur fier et superbe qui refuse de se soumettre à Dieu même et prétend qu’il ne lui doit aucun culte. < Qui sont les avares ? Ce sont des gens qui en entassant des richesses brûlent à la fois de s’élever au dessus des autres et en quelque sorte de les commander, dans l’idée que, en ne manquant de rien, ils ne seront esclaves de personne. Qui sont les ambitieux ? etc. Notre Élève de rhétorique s’habitue à imiter ainsi les exemples cicéroniens ; pour mener à l’éloquence c’est le chemin le plus sûr et le plus facile.
Dans le discours Au peuple après son retour § 2, Cicéron montre que chacun des avantages de la vie, chacun des honneurs lui ont été plus chers quand ils lui ont été rendus que si ils ne lui avaient jamais manqué : « Quel plus doux présent de la nature que nos enfants », etc. Il considère qu’Antoine n’a jamais été vraiment un consul (quatrième Philippique, § 9) : « Mais ce titre lui est refusé par D. Brutus, “Imperator”, consul désigné, citoyen né pour la république ; il lui est refusé par la Gaule, refusé par toute l’Italie », etc.
Deuxième Philippique § 2, il montre quel est le but d’Antoine : en s’acharnant contre Cicéron, prouver qu’il est, lui Antoine, l’ennemi de sa patrie. Or, Cicéron montre ce point en écartant les autres motifs qui auraient pu pousser Antoine à faire un discours contre lui : « Que dois-je penser ? Serais-je méprisé ? » etc. « A-t-il cru que dans le Sénat il fut si facile de me rabaisser ? » etc. « Mais non, son vrai motif, c’est qu’il a cru » etc.
Vous prouverez de la même manière que quelqu’un a volé de l’argent. Il faut en effet, nécessairement, qu’il reconnaisse l’un des points suivants, et un seul : ou bien cet argent était déjà à lui, ou bien il l’a reçu en prêt de quelqu’un d’autre, ou bien il l’a obtenu comme salaire, ou bien il l’a trouvé par hasard, ou bien il l’a volé. Il ne dira assurément pas le 1), car chacun connaît sa pauvreté. Ni le 2), car qui prêterait à un gaspilleur invétéré et à un homme en faillite ? Quant à obtenir de l’argent comme salaire, ce fainéant et coureur de tavernes ne pourra le prétendre. S’il affirme qu’il l’a trouvé, demandons-lui où, quand et comment. Il ne lui reste plus qu’à reconnaître que, etc. Martial (Épigrammes, livre 5, ép. 41, selon la numérotation de l’édition toute récente et expurgée) prouve que toutes les richesses peuvent être perdues de différentes façons, sauf celles qu’on a distribuées avec générosité. L’incipit de l’épigramme est « Un adroit cambrioleur forcera ton coffre-fort… » > Un bon poète recommande en ces termes un jeune homme vertueux : « Une charmante modestie est répandue sur ton visage. La neige n’a pas d’éclat plus pur que la pudeur qui règne sur le tendre incarnat de tes joues ; ton regard est franc ; ta langue est prudente, et dans ton chaste cœur habite une admirable candeur. < Quand on voit que de tels serviteurs et servantes se tiennent à tes portes, > Qui oserait contester que la vertu n’est pas souveraine chez toi ? »
< Dans le Contre Caecilius § 38, Cicéron nie que l’accusation puisse facilement dérouler l’ensemble des crimes de Verrès, et il en en donne l’énumération un à un : « Croyez-vous pouvoir dévoiler convenablement » etc. Dans le discours Sur les provinces consulaires § 29, il nie le fait que César voulût demeurer dans sa province si ce n’était pour obéir à la République : non pas pour l’agrément des lieux, ni pour la grande humanité des habitants, etc.
Par une induction qui fait le tour de l’ensemble des ordres de la république, il prouve l’impossibilité de faire la paix avec Antoine, septième Philippique § 21. Dans la deuxième Philippique § 12, il prouve que son consulat avait été approuvé par l’ensemble des plus grandes personnalités, dont il fait l’énumération sous la forme d’une répétition. Dans le Contre Pison § 32, il prouve que celui-ci est pour tous un objet de haine : le Sénat, les membres de l’ordre équestre, enfin la totalité de l’Italie. > C’est par incises qu’on décrit les effets et les différentes transformations de l’eau. L’eau tombe en pluie, se solidifie en grêle, coule en fleuve, devient grande mer et se volatilise en vapeur, etc.
Le lieu des dérivés est stérile et de peu de valeur. C’est en l’employant que Cicéron, dans son discours pour Marcellus, prouve que César est invincible parce qu’il a vaincu la victoire elle-même. < Dans la onzième Philippique, il dit que méritent d’être par lui honorés les citoyens qui sont l’honneur de la patrie. En relève aussi le « N’ont donc pas pu être pris ceux dont la ville a été prise » du chant VII de l’Énéide de Virgile. De même, Martial, « Marcus : pour être aimé, aime d’abord ! ». >
Exemples des lieux du Genre et de l’Espèce
Cicéron, dans son discours pour le poète Archias, fait un éloge général de la poésie et des poètes, et cette < thèse ou > éloge commun à tous les poètes remplit une partie de son magnifique discours.
< Dans son discours Pour Caelius, dont il défendait la jeunesse, entachée non à tort d’une mauvaise réputation, il excuse chez les jeunes de son âge les vices et le goût du plaisir, pourvu qu’ils reviennent à la modération : § 22, 29, etc.
Caton était stoïcien et avait des mœurs et des principes rudes. Cicéron lance des traits d’esprit contre l’ensemble des stoïciens et contre leur doctrine assez sévère. Pour Muréna, § 61. >
À ceci se rapportent les lieux communs que l’on dit, par exemple : contre les faux témoins < (discours Pour Sylla) >, les parricides < (Pour Roscius d’Amérie) >, les traîtres < (discours Contre Catilina) > ; mais l’orateur doit veiller à ne pas trop insister sur ces lieux communs, car ils sont faciles à réfuter. < C’est ce que Cicéron met en avant de manière remarquable dans le Pour Caelius, § 29 : « Mais il m’a semblé que vous vouliez faire un crime à Caelius des désordres de toute la jeunesse. Il est aisé de déclamer contre la dépravation. Le jour ne suffirait pas, si », etc. > C’est ce qu’on reproche aux prédicateurs qui, chargés de louer un martyr, le jour de sa fête, ne parlent pas de lui, et font un long et magnifique éloge du martyre en général et des martyrs les plus célèbres. On pourrait leur appliquer cette réponse piquante de Martial : « Mais, Posthumus, arrive donc à parler des trois chèvres. » (Épigr., livr. VI < épigr. 16, dont l’incipit est « Il ne s’agit point de violence », etc. >)
On tire un argument de l’espèce quand on ramène le discours d’une question générale à une question particulière. Ainsi, Cicéron, après avoir fait l’éloge des poètes en général, descend à l’éloge du poète Archias et de son poème. < § 18, « Combien de fois n’ai-je pas entendu Archias, Messieurs », etc. >
Exemples des lieux du Semblable et du Dissemblable
< Quatrième Philippique, § 11 : « Je ferai donc, dit Cicéron, ce que, leur armée rangée en bataille, font ordinairement les généraux », etc. Dans le Pour Roscius d’Amérie il compare les accusateurs à des oies, § 56. Dans l’Interrogatoire de Vatinius, § 4, à un serpent : « soudain, dit-il, tu t’es élancé comme un serpent de son repaire, les yeux flamboyants, le cou gonflé, les muscles tendus. » Dans la première Catilinaire§ 31, la république secouée par la conjuration de Catilina à un malade dévoré par la fièvre. Lucius Sylla à Jupiter, dans le Pour Roscius d’Amérie, § 131 : « Le maître des dieux, Jupiter lui-même, » etc. Ceux qui parlent comme avocats et les comédiens qui parlent sur la scène dans le Contre Caecilius, § 48 : « de même que parmi nos acteurs grecs », etc. Verrès lui-même aux pirates, livre IV, § 21 : « Tu as fait ce que font les pirates », etc. Il fait retomber la cause de la guerre civile sur Antoine dans la deuxième Philippique, § 55 : « Comme dans la semence est le principe des arbres et des plantes, de même », etc. Voir aussi le Pour Sestius, § 24 : « Qu’est-il arrivé, juges ? Une épée dans la main d’un enfant », etc. Dans le Pour Roscius le comédien, il dresse une très belle comparaison entre des associés et des héritiers, § 55. >
C’est par le semblable que vous montrerez l’utilité d’une bonne éducation. Ainsi, vous avez vu quelquefois un cheval indompté, fougueux, insensible au mors, au fouet, aux éperons ; il bronche, il regimbe, < méchamment craintif, et résistant > il secoue durement son cavalier, il le jette souvent à terre ; donnez-le à dresser à un habile écuyer, qui sache lui faire endurer le mors, qui peu à peu adoucisse sa bouche dure et rebelle, qui le fasse marcher en mesure d’après de bons principes, etc., vous aurez bientôt un cheval docile qui ira à droite, à gauche, au pas, au petit trot, au galop, au gré du cavalier, etc. De même, une jeunesse fougueuse sera domptée par une bonne éducation et grâce à un maître sage qui la dirigera dans la voie de la raison et de la modestie.
À ce lieu se rattache l’Exemple, qui n’est que la ressemblance d’une chose avec une autre. Si la chose a eu lieu, on l’appelle Parabole ; si elle est fabuleuse, on l’appelle Apologue.
On appelle Induction l’accumulation [coacervatio] d’exemples ou de choses semblables. < Cicéron, dans le Pour Balbus, fait l’éloge du geste de Pompée, d’avoir donné le titre de citoyen à Balbus, par de nombreux exemples accumulés, § 51 : « un acte de Cn. Pompée, qui n’a fait que ce qu’il savait avoir été fait par C. Marius, par P. Crassus, par L. Sylla », etc.
Vous avez un remarquable exemple d’induction chez Martial, livre 1, épigramme 46 dans l’édition toute récente et expurgée. >
On fait un grand éloge de l’induction où saint Augustin s’emporte contre le méchant : « Tu veux, dit-il, que la terre soit fertile, que les moissons soient abondantes, que les arbres portent des fruits, que ton cheval, tes serviteurs soient bons, tu veux un bon ami, un bon fils, un bon vêtement ; il n’y a que ton âme que tu veuilles mauvaise. Pourquoi te faire la guerre à toi-même ? Pourquoi être ton ennemi ? Il n’y a que toi seul à qui tu veuilles du mal. »
Quelquefois le semblable se prête à la fiction. < « Si », dit Cicéron dans le Pour Sestius § 45, « j’avais traversé les mers avec mes amis, et que les pirates », etc. Quatrième Catilinaire, § 12 : « En effet, je vous le demande, si un père de famille », etc. >
C’est par induction que saint Grégoire, dans la XVe homélie sur les évangiles, montre les avantages de la patience. « De même, dit-il, que le raisin foulé par les vendangeurs coule en belle et délicieuse liqueur que nous appelons vin, de même que l’olive broyée par le pressoir abandonne son amertume et devient une huile grasse et fortifiante, de même que le feu enlève au fer sa rouille, que le fléau, battant les gerbes de blé, sépare la paille du froment, de même tous ceux qui veulent vaincre leurs passions doivent consentir à expier par des malheurs les péchés qu’ils ont commis, de manière à arriver au jugement dernier avec d’autant plus de sécurité, qu’ils y apporteront une âme purgée de toute souillure criminelle. »
D’après ce que nous avons dit des semblables, on voit facilement comment on doit traiter les dissemblables. Cicéron, dans la Xe Philippique < § 20 > dit que les autres villes peuvent souffrir la servitude, mais qu’il n’en est pas de même de Rome, parce qu’elle ne leur ressemble pas, et il le prouve.
< Il nous enseigne la distinction à faire entre jugement et arbitrage dans le Pour Roscius le comédien § 10. Il explique en quoi son retour à Rome diffère du retour d’autres très grands hommes, dans le discours Au peuple après son retour § 6 : « P. Popillius dut son retour, etc. ; Q. Metellus eut pour intercesseurs », etc. Il développe le même argument dans le Pour Sestius, § 37 : « Quelle différence entre ma situation et celle de Q. Metellus ! », etc. Il compare ou met en parallèle jurisconsulte et chef de guerre dans le Pour Muréna, § 22, et soutient que le second est différent du premier, et lui est bien supérieur, au moyen d’incises, d’antithèses, etc. : « Le jurisconsulte se lève avant le jour pour répondre à ses clients ; le guerrier, pour arriver, etc. Vous disposez les pièces d’un procès, lui range ses troupes », etc. > Dans le IVe discours Contre Verrès < § 77 >, il oppose aux larcins et aux sacrilèges de Verrès la munificence et la piété de son prédécesseur. < Dans le Contre Pison il s’attache à décrire, avec élégance et grandeur, combien différent fut son propre retour de celui de Pison. >
Imitez Cicéron [summi Oratoris] dans ses arguments tirés des semblables et des dissemblables. Montrez, par exemple, combien est différent le bonheur de l’homme de bien et le bonheur du méchant, quels que soient les richesses et les plaisirs dont il jouit. < Employez les mêmes figures et brillants que vous verrez utilisés par Cicéron. Opposez de la même manière les disciplines excellentes aux autres, et prouvez que les premières sont supérieures, en suivant la voie tracée par Cicéron dans son Pour Muréna. >
Exemples des lieux des Opposés, des Relatifs, etc.
Dans la deuxième Philippique, § 31, Antoine avait fait l’éloge des meurtriers de César, comme s’ils avaient été les défenseurs de la République et de la liberté ; et d’un autre côté, il appelait scélérat et parricide Cicéron qui avait embrassé leur parti. Ces éloges et ces accusations ne s’accordent pas ; si les meurtriers de César sont des parricides, ils ne doivent pas être loués comme défenseurs de la patrie ; s’ils sont dignes d’éloges, Cicéron, qui est leur partisan, ne saurait être accusé. Ce lieu a beaucoup de force. < « Ô vous, homme judicieux et réfléchi, répondez », etc.
Au début du Contre Verrès, III, il déclare qu’il cultive des vertus opposées aux vices de Verrès, et donc que ce dernier est attaqué par lui de façon légitime. Dans la deuxième Catilinaire § 25, il montre par une remarquable antithèse à quel point les forces et la cause de Catilina sont opposées aux forces et à la cause même de la République : « La guerre est déclarée entre la pudeur et l’impudence, la piété et le crime », etc.
Dans le Pour Roscius d’Amérie, il prouve que Roscius est éloigné du crime de parricide par ce très grand argument, à savoir qu’il vivait à la campagne, une vie qui, en fait de crimes scandaleux, est en général plus épargnée que la vie à la ville, § 75 : « Toutes les espèces d’arbres et de grains ne se rencontrent pas dans toutes les terres, de même tous les genres de vie ne produisent pas tous les genres de crime. C’est à la ville que naît le luxe : le luxe produit nécessairement la cupidité », etc. C’est avec le même procédé qu’il donne à voir que le crime de parricide est imputable plutôt à Titus Roscius qu’à Sextus Roscius, en tirant argument des mœurs opposées de l’un et de l’autre, § 88 : « Juges, la mort de Roscius a procuré des richesses à Titus ; elle a ravi à Sextus tout ce qu’il possédait. L’un… l’autre », etc.
Il nie que Caelius Rufus (§ 45) se soit adonné à la débauche, parce que sont incompatibles une éloquence aussi éclatante que celle de Caelius et l’oisiveté propre à ceux qui fréquentent les maisons de plaisir. Il poursuit au § 47 : « Si Caelius s’était livré à cette vie molle et voluptueuse… le verrions-nous se montrer tous les jours sur ce champ de bataille, braver les haines, intenter des accusations capitales ? » etc.
Il justifie Rabirius Postumus en tirant argument de son père : puisque celui-ci a traité avec des princes étrangers sans aucun danger ni pour sa probité ni pour sa réputation, le fils ne doit pas être condamné pour cette même raison, § 2. > Dans le Pour la loi Manilia § 11, Cicéron exhorte les Romains à entreprendre la guerre d’Asie, pour suivre l’exemple de leurs ancêtres, et pour que la postérité ne les accuse pas avec raison d’avoir dégénéré. < « Mais puisque c’est de la dignité et de la gloire de votre empire que je me suis proposé de vous entretenir d’abord, voyez », etc. >
Exemples des lieux des Circonstances, des Antécédents et des Conséquents
< C’est par les Circonstances que Cicéron prouve que Sylla n’a pas comploté contre la patrie, § 52, « Est-il donc quelqu’un… », parce qu’il n’a jamais été mêlé aux conjurés. > Cicéron nie que Sextus Roscius ait tué son père, parce que ce dernier a été tué à Rome, tandis que Roscius était à la campagne. De même, Milon n’a pas dressé des embûches à Clodius, parce qu’il s’est défendu contre lui dans un lieu où il pouvait difficilement dresser des embûches, tandis que Clodius pouvait au contraire en dresser à Milon < § 54. Dans le même discours, § 90, il excite la haine contre Claudius, parce qu’il a incendié la Curie.
Dans la deuxième Philippique, § 104, il donne un comble d’importance aux orgies d’Antoine en tirant argument de la circonstance de lieu, à savoir la maison de M. Varron, un excellent homme, particulièrement modéré. C’est d’une circonstance de personne qu’il tire argument, quand il dit que son père ne fut pas tué par Roscius, dans la mesure où celui-ci est un adolescent calme et particulièrement éloigné des crimes scandaleux propres à la vie en ville, § 39. Il prouve que le vieux Déjotarus n’a pas dansé pendant le banquet, dans la mesure où celui-ci est d’une frugalité et d’une tempérance rares, § 26. De Chéréa, accusateur de Roscius le comédien, il conjecture la fourberie par la forme même de sa physionomie et de tout son visage, § 20 : « Voyez Chéréa la tête et les sourcils rasés : cet extérieur ne sent-il pas la malice raffinée, et ne proclame-t-il pas la perfidie ? Depuis les pieds jusqu’à la tête », etc. Il décrit les complices de Catilina dans la deuxième Catilinaire, § 10 : « Ils ne rêvent plus que massacres, incendie, pillage », etc.
Il semble superflu de réunir d’autres exemples de ce lieu des Circonstances : l’ensemble des discours de Cicéron en fournit facilement une abondance énorme, surtout dans les narrations, dont la vérité s’appuie principalement sur l’exposé des circonstances du fait, lequel est une partie de la narration. >
C’est par les antécédents que Cicéron montre qu’on ne saurait flétrir Muréna du nom et de la qualification d’histrion, parce qu’on ne peut lui reprocher les orgies et les dépenses exagérées qui précèdent les exercices des histrions. < § 13, « En effet, un homme sobre ne s’avise guère de danser », etc. >
C’est par les conséquents qu’il montre de quels malheurs on est menacé, si l’on ne peut invoquer comme garantie le titre de citoyen romain (Verrès, § 147, Ve discours). < Il détourne les juges de condamner le citoyen Flaccus, en leur faisant peur par les conséquences néfastes, § 99. Tout au long de la septième Philippique, il énumère les désastres qui menacent l’État, si on fait la paix avec Antoine. Au contraire, dans le Pour Milon, § 78, il expose les avantages qui découleront de l’exécution de Clodius. Lisez le § 14 du Pour Plancius où il recense les absurdités qui s’ensuivront si les raisons de ses adversaires sont écoutées : « Eh ! si toutes les fois », etc. >
Exemples des lieux des Causes, des Effets et de la Comparaison
< Cicéron vante un candélabre et une coupe en tirant argument de la matière, Contre Verrès, IV, § 62, 64. Ovide loue longuement le palais du Soleil et son char, Métamorphoses, livre II. Cicéron orne avec goût la statue de Diane au moyen de la cause formelle, Contre Verrès, IV, § 72 : « Parmi les dépouilles », etc. Martial fait une belle description de la tranquillité de la vie, qu’il réalise au moyen des causes, livre X, épigramme 43 : « Ce qui procure une vie plus heureuse », etc. Idem au livre IX, épigramme 18. Il explique pour quelle raison il souhaite les richesses, à savoir pour donner largement : « Peut-être, Pastor, que tu te persuades », etc. > Cicéron montre pour quel motif Clodius a dressé des embûches à Milon, § 32. C’était évidemment à cause du grand avantage qu’il espérait en retirer, de l’impunité dont il aurait profité.
Dans De l’Orateur (livre Ier) il célèbre par de magnifiques éloges < et des éloges fondés > les effets de l’éloquence, sa dignité et sa nécessité. < Il donne à voir qu’Antoine n’est pas un ennemi de l’État inférieur à Hannibal lui-même : cinquième Philippique, § 25.
C’est de la même source qu’Horace puise le brillant poème où il vitupère l’ivresse. « Qui ne sait les effets de l’ivresse ? elle ouvre la porte aux secrets, elle change l’espérance en réalité », etc. Épîtres, I, 5. De même, > c’est en énumérant les effets désastreux de la soif de l’or que vous direz : « Quels crimes cette “soif maudite de l’or” ne conseille-t-elle pas ? Elle foule aux pieds lois, justice ; il n’est rien pour elle qui ne soit vénal ; que ce soit religion ou chose sainte, elle envahit même les autels », etc.
Le lieu de la Comparaison sert à indiquer la quantité – dans quelle mesure une chose est plus grande ou moins grande qu’une autre, ou égale à une autre –, tandis que le lieu du semblable ne vise qu’à indiquer la qualité et la proportion des choses. On trouve dans Cicéron beaucoup d’exemples de comparaison.
Dans son discours pour Roscius Amerinus, il excuse Sylla de ne pouvoir tout remarquer, puisque Jupiter lui-même ne le peut pas < § 131. Il raisonne contre Caecilius d’après ce même lieu, § 40. > Dans son discours pour Milon < § 14 et de même, § 17 >, il dit : « On n’a exercé aucune poursuite au sujet de la mort d’un grand nombre d’hommes illustres, on ne doit donc pas, à plus forte raison, exercer de poursuite au sujet de la mort de Clodius »
< Discours Pour la loi Manilia, § 11 : « Vos ancêtres… vous… » etc. Pour Caelius, § 54 : « Un homme aussi instruit… Ce crime, s’il eût été commis sur un étranger par des inconnus, dans les champs ou dans un lieu public, l’aurait pénétré de douleur et d’indignation », etc. Pour Cécina, § 45. Pour Plancius, § 26 et 70. Contre Verrès, IV, § 57. Troisième Philippique, § 9. Pour Sylla, § 4 : beaucoup d’hommes de bien prennent la défense de Sylla, et ils ne sont pas blâmés pour cela ; donc moi-même je ne dois pas être blâmé, quand je prends sa défense. >
EXEMPLES DES LIEUX EXTRINSÈQUES
Lieux des Préjugés [Praejudicia], de la Renommée et des Documents
Les Préjugés sont des jugements rendus lors d’un procès précédent, qui peuvent apporter quelque chose pour juger et décider l’affaire et la cause actuelles. En effet, si les jugements précédents ont été établis dans les règles, les jugements postérieurs doivent s’y conformer. Ainsi, Cicéron prouve qu’on doit retenir Archias à Rome et lui donner le droit de cité, s’il n’a pas été déjà inscrit au nombre des citoyens, parce que Tarente, Rhegium, Naples lui ont gracieusement conféré ce titre. Au contraire, il démontre que Catilina doit être banni de la cité, parce que, autrefois et souvent, de mauvais citoyens ont été exilés de la cité. < Première Catilinaire, § 3 : « Un illustre citoyen », etc.
L’accusation soutenait contre Milon qu’il avait été déjà condamné par le Sénat, et aussi par Pompée. Soit deux pré-jugements, que Cicéron réfute sans attendre, parce qu’ils auraient pu nuire gravement à sa défense : Pour Milon, § 12 et 15. > Dans tout discours on doit veiller à détruire, si elle existe, dans l’esprit des auditeurs une opinion préconçue qui peut détourner leur attention, leur bienveillance et leur docilité.
< Cicéron utilise les pré-jugements dans son Pour Cluentius, § 55, 60, 97, 107.
Quant à la renommée, il démontre le peu de foi à lui accorder dans le Pour Caelius, § 38 : « Mais on a tenu des discours. Eh ! qui peut échapper aux propos dans une ville aussi médisante ? » etc. > Ainsi, Cicéron, dans son discours pour Plancius < § 57 >, supplie les juges de ne pas s’en rapporter à ce qu’on dit. « Rien, dit-il, n’a si peu de fondement que la médisance. » < etc. >
Le même orateur prouve, d’après des documents, qu’Archias est citoyen romain < § 8 >, et il les invoque contre Verrès. < Il utilise souvent contre Verrès les registres et actes publics des cités. Contre Verrès, IV, § 140. Contre Verrès, V, § 101, et d’autres passages. On peut traiter les lois à propos des documents. Cicéron vante la nécessité et la place éminente des lois dans le Pour Cluentius, 146. Il les attaque dans le Pour Rabirius § 13 : « Et vous osez parler ici de la loi Porcia », etc. ; dans Sur sa maison, § 53, 47, 43 ; dans le Pour Milon, 10. >
Exemples des lieux du Serment, des Tortures et des Témoins.
Cicéron montre admirablement dans son traité sur les devoirs, liv. III, § 111, combien la religion du serment est sacrée, et combien on doit lui être fidèle. « Nos ancêtres, dit-il, ont voulu qu’il n’y eût pas d’obligation plus sacrée que le serment pour donner confiance. » < etc. Il ôte toute créance au serment d’un témoin dans le Pour Rabirius Posthumus, § 36 : « Dès qu’un homme s’est parjuré une fois, on ne doit plus le croire, quand il jurerait par tous les dieux. » Il presse son adversaire avec le même argument dans le Pour Roscius le comédien, § 46 : « Celui qui a l’habitude du mensonge », etc. >
C’est dans les Partitions qu’il donne les préceptes relatifs aux tortures < § 50 > et l’on en trouve des exemples dans ses discours pour Sylla, pour Milon et pour Roscius. < Pour Sylla, § 78 : « L’accusateur nous menace d’interrogatoires et de tortures subies par les esclaves : nous pensons n’avoir rien à craindre de ce côté », etc. Pour Milon, § 57, § 59 : « Mais, dit-on, les esclaves interrogés dans le vestibule de la Liberté déposent contre Milon », etc. Pour Roscius d’Amérie, § 119 : « J’ai déjà dit qu’on leur a demandé à plusieurs reprises », etc. >
Le même orateur recommande d’invoquer l’autorité des témoins dans ses discours contre Verrès, et dans beaucoup d’autres discours. < Contre Caecilius, § 13 : « J’ai pour témoins les plus illustres personnages », etc. ; Contre Verrès, V, § 164 ; Contre Verrès, III, § 166. Pour Roscius le comédien, § 44 : « Est-ce Manilius et Luscius qu’il ne faut pas croire ? Est-ce ton entêtement ? » etc. Pour Archias, § 8 : « En effet, lequel de ces points, Gratius, peut-on infirmer ? Nierez-vous qu’Archias fût alors inscrit à Héraclée ? Voici Lucullus qui l’affirme ; Lucullus, personnage d’une haute considération, d’une vertu sévère et d’une probité religieuse. Il ne dit pas : je crois, j’ai ouï dire, j’étais présent ; mais je sais, j’ai vu, j’ai agi moi-même », etc.
Il infirme des témoignages dans le Pour Roscius le comédien, § 9 et 42, Pour Quinctius, § 37 et 25. Dans le Pour Flaccus il traite ce lieu en s’étendant longuement, § 9, 90, 22, etc. Pour Caelius, 22, 63. Le témoignage même de Caton, c’est avec un ton plus calme et des détours plus longs qu’il le fragilise et l’affaiblit, Pour Muréna, § 58 : « En présence d’un tel adversaire je vous supplierai d’abord, juges, de vous défendre de l’impression », etc. >
Les témoignages oraux et écrits de personnes sages, instruites et surtout les témoignages empruntés à l’antiquité ont une grande force pour persuader ; c’est pourquoi il faut les citer avec plus de pompe et d’importance que les autres. C’est ainsi que vous direz : « Je me rappelle ce mot célèbre de Platon qui nous avertit », etc. Ou bien : « Il me vient à l’esprit la réponse que fit Xénophon à quelqu’un qui lui demandait, etc. < et qui répondit… » Ou bien : « Dieu immortel ! sur quelle foule de grands hommes loués pour leur vertu et leur sagesse se porte mon regard, des hommes qui, quand il leur semblait », etc. « J’entends bien volontiers ce que Sénèque recommanda plusieurs fois à son Lucilius », etc. « Ce n’est pas sans un plaisir particulier que je me remets en mémoire cette formule de Cicéron… dont je sais parfaitement qu’elle te convaincra plus que ce que je pourrais dire moi-même. » « Je me réjouis de pouvoir produire comme témoin un homme remarquable qui réfute ce que tu dis avec une autorité plus grande que n’ont mes paroles. Saint Augustin dit, etc. » « Quel réconfort pour moi que cette maxime d’un homme si plein de sagesse », etc. « Cet homme exceptionnel ne parle pas avec moins de précision que de vérité quand il dit que », etc. « Jusqu’à quel point cela est contraire au droit, le prince des Philosophes nous l’apprend… » « Je suis sûr que vous vous rappelez ce qu’on lit chez… » « Je trouve admirable ce qu’a dit Socrate », etc. >
De l’usage des lieux oratoires
On ne peut mieux indiquer comme on tire un argument de tous les lieux oratoires qu’en donnant des exemples.
1. S’agit-il de faire l’éloge de l’éloquence ? Tirez d’abord un argument de la Définition du mot. Dites que c’est l’art de persuader l’auditeur, ou bien de l’amener à changer de volonté. Qu’y a-t-il de plus noble, de plus utile au genre humain ?
2. De l’Énumération des parties. L’éloquence forme l’intelligence des enfants, dompte les passions de la jeunesse, règle les conseils [consilia] de la vieillesse.
3. De l’Étymologie du nom. Vous expliquerez le mot Éloquence.
4. Du Genre. Autant les arts libéraux l’emportent sur les arts industriels, autant l’éloquence l’emporte sur les arts libéraux eux-mêmes.
5. De l’Espèce. Qu’y a-t-il de plus beau que de retenir suspendus à ses lèvres une foule d’auditeurs ? de dominer au forum, de combattre le vice du haut de la chaire sacrée ?
6. Du Semblable. Représentez-vous un général habile qui dispose avec prudence son armée, qui soutient avec courage l’attaque de l’ennemi, qui le presse, quand il le voit faiblir, qui l’écrase quand il est vaincu, terrassé. Tel est un grand orateur. Voyez comme il manie les armes de sa victorieuse éloquence, comme, etc.
7. Du Dissemblable. Qu’y a-t-il de plus étonnant qu’un enfant qui ne peut pas encore articuler des mots, qu’un aveugle ? etc.
8. Des Causes. Dieu est l’auteur de l’éloquence, il en est aussi la fin. Il est le bonheur qu’elle nous procure, soit qu’il nous vienne de l’admiration de la foule, ou de nous seul. Dieu est le sujet [materia] de l’éloquence, quel que soit celui que nous traitions dans un style élégant et fleuri. Il en est la beauté [forma] qui consiste dans un langage poli et une action qui nous charme.
9. Des Effets. Traiter les affaires les plus importantes, défendre l’innocence, réprimer les attentats des scélérats, tels sont les effets de l’éloquence.
10. Des Circonstances. Voyez cet orateur parlant du haut de la tribune ; tous les auditeurs sont suspendus à ses lèvres, il calme les furieux, console les affligés, réconcilie les ennemis, etc.
11. Des Contraires. Regardez, d’un autre côté, cette populace séditieuse. Si personne ne modère, par la parole, son impétuosité, à quels excès se livrera sa fureur qu’elle ne peut maîtriser ! etc.
12. Des Antécédents. Combien la terre était informe, affreuse à voir, avant que l’éloquence fît sortir les hommes des forêts pour les réunir dans les villes !
13. Des Conséquents. Supprimez le soleil de l’éloquence, que reste-t-il, si ce n’est une nuit presque cimmérienne ?
14. De la Comparaison. Si vous croyez qu’il ne faut pas négliger les arts utiles, combien moins ne doit-on pas négliger l’éloquence, qui est la reine des autres arts !
15. Vous rappellerez les nombreux Témoignages des sages.
Vous plaît-il de faire l’éloge de la sobriété ? Vous direz qu’elle est l’honneur de la jeunesse, la gardienne de la chasteté, la nourrice de la prudence, etc. Elle réprime les mouvements désordonnés de la jeunesse ; elle donne une bonne direction aux projets des hommes faits ; elle est la parure de la vieillesse. La sobriété est comme une citadelle où l’ennemi ne peut entrer. Qu’y a-t-il de plus honteux que l’intempérance ? Vous en ferez le tableau, à l’aide des circonstances où se produit l’ivresse, lorsque l’ivrogne, par exemple, sort du cabaret, etc. – Quant aux effets de la sobriété, vous direz qu’elle réprime les vices, éclaire l’intelligence, conserve toutes les vertus, et les protège. Vous citerez les exemples des saints qui ont pratiqué la sobriété ; vous confirmerez ces exemples, et vous leur donnerez du relief par une comparaison avec les anciens athlètes ; s’ils s’abstenaient des plaisirs qui affaiblissent les forces du corps, avec combien plus de soin un chrétien doit éviter ce qui diminue la force de son âme, et compromet son salut.
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References: § 89
 § 29
 § 17
 § 90
 § 43
 § 97
 § 10
 § 11
 § 14
 § 34
 § 80
 § 2
 § 9
 § 2
 § 38
 § 29
 § 21
 § 12
 § 32
 § 22
 § 61
 § 29
 § 18
 § 11
 § 56
 § 4
 § 131
 § 48
 § 21
 § 55
 § 24
 § 55
 § 51
 § 45
 § 12
 § 20
 § 10
 § 6
 § 37
 § 22
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 § 31
 § 25
 § 75
 § 88
 § 47
 § 2
 § 11
 § 52
 § 54
 § 90
 § 104
 § 39
 § 26
 § 20
 § 10
 § 13
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 § 99
 § 78
 § 14
 § 62
 § 72
 § 32
 § 25
 § 131
 § 40
 § 14
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 § 9
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 § 37
 § 9
 § 58