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Morphologie historique du grec | Pierre Chantraine | download
Pagina principale Morphologie historique du grec
Editore: Klincksieck
ISBN 10: 2252033975
ISBN 13: 9782252033975
ÉDITIONS KLlNCKSIECK
MORPHOLOGIE HlSTORIQUE
Première édition: 1945.
Deuxième édition: 1961.
Se tirage
c La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41,
d'une part, que les «copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé
du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d'autre part, que les analyses
et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, c toute représentation
ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de
ses ayants-droit ou ayants-cause, est illicite» (alinéa 1er de l'article 40).
« Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait
donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.»
ISBN 2-252-02473-9
© Librairie C. Klincksieck, 1961.
Il a semblé opportun à l'éditeur et à moi-même de donner de ce
petit livre une édition entièrement nouvelle et recomposée. Il n'y a
pas une page qui n'ait' été retouchée et certains développements
sont entièrement récrits. Il s'agissait, d'abord, dans le détail, d'être
plus précis, plus clair, et d'aérer davantage la disposition des
paragraphes; mais on a voulu aussi mettre le livre au courant de
l'état actuel des connaissances, et, notamment, sur deux points.
On a, d'une part, présenté de façon plus rigoureuse les problèmes
de grammaire comparée que le grec permet d'aborder; de l'autre,
on a incorporé à l'ouvrage, lorsqu'elles étaient assurées, les données
fournies par le déchiffrement des tablettes mycéniennes qui, grâce
au génie de Michel Ventris, permettent d'utiliser des documents
grecs remontant au second millénaire avant notre ère.
Cette double préoccupation m'a conduit à écrire une Introduction
entièrement nouvelle et composée de deux parties, l'une Le grec
ell'indo-européen, l'autre, Le grec el ses dialecles. De ces deux parties,
la première est, de beaucoup, la plus difficile. Elle devait en bonne
méthode figurer en tête de l'ouvrage, mais elle risque de rebuter
le lecteur, et on conseille à l'étudiant de ne l'aborder que lorsqu'il
aura commencé à se familiariser avec les problèmes de la grammaire
Plusieurs amis m'ont aidé à mettre au point cette édition nouvelle.
M. J. TaiIIardat m'a proposé de précieuses remarques et a relu
mon manuscrit. J ' a i soumis à M. A. Minard le texte de Γ Introduction. M. M. Lejeune, malgré t a n t de tâches, a bien voulu voir le
jeu des premières épreuves. Enfin, M. O. Masson a veillé avec moi
à la correction de la mise en pages et a établi l'index. Mais je suis,
bien entendu, seul responsable des erreurs ou des obscurités qui
pourraient subsister dans cet ouvrage.
Paris, mars 1961.
DE LA P R E M I È R E
Le présent Manuel vise à donner a u x étudiants, pour le grec,
le même secours qu'ils t r o u v e n t pour le latin dans la Morphologie
historique du lalin publiée p a r M. E r n o u t dans la m ê m e collection.
On s'est efforcé de donner une idée de l'évolution des faits depuis
la langue homérique jusqu'à celle du Nouveau Testament, en t e n a n t
compte des principales particularités dialectales et en i n d i q u a n t
brièvement, à l'occasion, comment, dans la langue moderne, s'est
poursuivi le développement de faits anciens : l'histoire d u grec
présente une continuité qu'il importe de faire sentir.
M. Michel Lejeune a bien voulu, une fois encore, lire une épreuve
de ce livre. Ses observations m ' o n t aidé à le rendre plus clair e t plus
précis. Qu'il en soit cordialement remercié.
ET LISTE DES ABRÉVIATIONS
Qu'il suffise de renvoyer à quelques ouvrages généraux où le
lecteur trouvera de nombreuses indications bibliographiques.
KÜHNER-BLASS, Ausführliche
Sprache, Hanovre, 1892.
MEILLET-VENDRYES, Traité de grammaire comparée des langues
classiques, 2 E édition revue p a r J . VENDRYES, Parjs, 1948.
E . SCHWYZER, Griechische Grammatik ( I e r Band), Allgemeiner
Teil, Lautlehre, Wortbildung, Flexion, Munich, 1939.
P o u r les faits homériques on p e u t consulter P. CHANTRAINE,
Grammaire homérique, I (Phonétique et Morphologie), 3 e tirage revu,
P o u r la p h o n é t i q u e g r e c q u e , v o i r Michel LEJEUNE, Traité de
grecque, 2e é d i t i o n r e v u e et corrigée, P a r i s , 1955 ;
et m a i n t e n a n t , Phonétique
et du grec
ancien, P a r i s , 1972.
P o u r trouver une initiation à la philologie mycénienne il f a u t
recourir à l'ouvrage fondamental de M. VENTRIS et J . CHADWICK,
Documents in Mycenaean Greek, 2 e tirage, Cambridge, 1959.
E n outre, E . VILBORG, A tentative Grammar of Mycenaean Greek,
Göteborg, 1960.
P o u r prendre une v u e de la grammaire comparée de l'indoeuropéen on p e u t lire les ouvrages suivants :
A. MEILLET, Introduction à l'élude comparative des langues indoeuropéennes, 7 e édition, Paris, 1934.
E . BENVENISTE, Origines de la formation des noms en indoeuropéen, Paris, 1935.
O. SZEMERÉNYI, Einführung
in die vergleichende
D a r m s t a d t , 1970.
Si le lecteur v e u t s'initier au grec moderne, il p e u t recourir à
A. MIRAMBEL, Grammaire du grec moderne, Paris, 1949, ou à
A. MIRAMBEL, La langue grecque moderne, description et analyse,
D'autre p a r t on trouvera quelques références en abrégé d o n t
BECHTEL : F. BECHTEL, Die griechischen Dialekte, 3 vol., Berlin,
BUCK : C. D. BUCK, The Greek Dialects, 3 e édition, Chicago, 1955.
THUMB-KIECKERS e t THUMB-SCHERER : Handbuch
I, p a r A . THUMB e t Ε . KIECKERS, H e i d e l b e r g , 1932, I I ,
p a r A. THUMB et A. SCHERER, Heidelberg, 1959 (ce second volume
contient un aperçu du mycénien).
COLLITZ o u COLLITZ-BECHTEL : COLLITZ-BECHTEL, Sammlung
griechischen Dialeklinschriflen,
Göttingen, 1884-1915.
SCHWYZER : Ε . SCHWYZER, Dialectorum
epigraphica poliora, Leipzig, 1923.
DITTENBERGER,
3 e édition, Leipzig, 1915-1921.
MEISTERHANS-SCHWYZER : MEISTERHANS-SCHWYZER,
der allischen Inschriften, Berlin, 1900.
/ . G. renvoie au grand recueil des Inscriptiones
Graecae publié
Β. C. H. renvoie au Bulletin de Correspondance
P o u r les p a p y r u s on s'est servi des abréviations figurant dans la
Grammatik der griechischen Papyri de MAYSER.
P o u r les textes littéraires, les fragments des lyriques sont cités,
soit d'après YAnlhologia Lyrica de DIEHL, soit d'après les Poelae
Lyrici Graeci de BERGK ; les comiques attiques d'après T. KOCK,
Comicorum
Allicorum
Fragmenta ; les comiques doriens (Épicharme, etc.), d'après G. KAIBEL, Comicorum Graecorum
L'indication ERNOUT, avec u n numéro de paragraphe renvoie à
ERNOUT, Morphologie historique du latin.
On rencontrera quelques abréviations qui se laissent interpréter
aisément. Ainsi :
sg. : singulier.
thém. : thématique.
athém. : athématique.
subj. : subjonctif.
opt. : optatif.
acc. : accusatif.
aor. : aoriste.
mss. : manuscrits.
indo-eur. ou i. e. : indo-européen.
v. si. : vieux slave.
skr. : sanskrit.
véd. : védique.
avest. : avestique.
got. : gotique,
v. irl. : vieil irlandais,
lit. : lituanien,
arcad. : arcadien.
arg. : argien.
a t t . : attique.
n. a t t . : nouvel attique.
lesb. : lesbien.
béot. : béotien,
corcyr. : corcyréen.
rhod. : rhodien.
syrac. : syracusain.
hom. : homérique.
koiné ou κοινή désigne la langue
commune qui s'est substituée
aux dialectes dès a v a n t l'ère
I/INDO-EUROPÉEN
§ I. — Le grec a p p a r t i e n t à la famille des langues indo-européennes et, dans sa morphologie, il présente n e t t e m e n t la structure
d'une langue indo-européenne archaïque : 1) Séparation complète
du système nominal et du système verbal ; 2) Système nominal
fondé sur la distinction de trois genres : masculin, féminin et neutre ;
et de trois nombres : singulier, pluriel et duel ; fonction des noms
indiquée par un système de cas ; 3) Structure également archaïque
pour le verbe avec deux voix, active et moyenne (le passif é t a n t
une spécialisation de la voix moyenne), trois personnes et, comme le
nom, trois nombres. Les modes, outre l'indicatif, comportent l'impératif, le subjonctif et l'optatif. Il existe des formes nominales du verbe,
infinitif et participe. Enfin les thèmes fondamentaux, exprimant
l'aspect (cf. § 172), sont au nombre de trois : présent (avec le f u t u r ,
qui est issu d ' u n thème particulier de présent), aoriste et parfait.
Un m o t grec, d'autre part, doit en principe s'analyser en une
racine, un suffixe et une désinence. Mais il ne s'agit que d ' u n principe.
La désinence p e u t manquer, la forme é t a n t caractérisée par la
désinence zéro : c'est le cas de certains neutres comme δνομα ou de
certains vocatifs comme πόλι. — Certains mots ne comportent pas
de suffixe, ainsi θήρ, gén. θηρός «bête sauvage », ou dans le système
verbal ειμί « je suis » de * es-mi. — Quant à la racine, si l'on prend
le terme dans son sens propre en faisant remonter l'analyse jusqu'à
un élément indo-européen fondamental, elle n'est apparente que
dans quelques cas favorables : on peut opérer sur la racine *ei- de
είμι « j e vais », sur *es- pour ειμί « j e suis », sur *dô- pour δί-δω-μι
« je donne » ou δώ-τωρ « celui qui donne ». Ailleurs on peut parler,
au mieux, de radical ou de thème. La racine est souvent impossible
à saisir, soit, bien entendu, qu'il s'agisse d ' u n e m p r u n t comme
άσάμινθος « baignoire », soit qu'il s'agisse d ' u n terme complexe
et d'étymologie inconnue comme άνθρωπος « h o m m e », soit même
d ' u n m o t comme πατήρ « père », qui a des correspondants évidents
dans les autres langues indo-européennes mais où une racine ne
p e u t être identifiée.
Certaines formes, au contraire, se p r ê t e n t aisément à une analyse
complète. Soient les deux termes δοτήρ et δώτωρ, qui, avec des
spécifications différentes, désignent « celui qui donne ». Prenons
les formes de nominatif pluriel : δο-τηρ-ες « ceux qui donnent »
en t a n t qu'ils o n t la fonction de donner, qui sont voués à donner,
δώ-τορ-ες « ceux qui donnent » en t a n t qu'ils o n t donné effectivem e n t en une occasion. Elles présentent l'une et l'autre la désinence
de nominatif pluriel -ες, qui indique, outre le nombre, la fonction
du m o t dans la phrase. Le suffixe -τήρ (-τηρ-) ou -τορ- indique
à quelle catégorie a p p a r t i e n t le m o t (nom d'agent), la racine δοou δώ- la notion concernée (« donner »). E x a m i n o n s m a i n t e n a n t les
procédés utilisés pour ces marques grammaticales. Les deux formes
sont proches l'une de l'autre, mais (sauf la désinence de nominatif
pluriel), elles ne coïncident sur aucun point :
a) Les deux suffixes -τηρ- et -τορ- se distinguent par le timbre
de la voyelle (η et o), p a r sa q u a n t i t é (longue pour η, brève pour o),
enfin par la place du ton, le premier é t a n t accentué (-τηρ-) le second
non accentué (-'τορ-) ;
b) La racine se distingue p a r la q u a n t i t é de la voyelle (δω- et
So-) et p a r l'accent δώ- et δο-~.
Ainsi ces formes se t r o u v e n t « marquées » à la fois dans la racine,
le suffixe e t la désinence, et cela p a r des procédés divers consistant
en v a r i a t i o n s q u i résident d a n s le t i m b r e , la q u a n t i t é e t l ' a c c e n t
Ces procédés archaïques ne s u b s i s t e n t en grec q u e d a n s des
débris dispersés. P o u r le suffixe, p a r exemple, γέν-ος, génitif γένε(σ)-ος, p r é s e n t e u n e a l t e r n a n c e de t i m b r e o/e, t a n d i s q u e le composé εύ-γεν-ής f o u r n i t de surcroît au nominatif u n e q u a n t i t é longue.
D a n s u n nom-racine, sans suffixe, le nominatif φρήν est caractérisé
p a r u n e longue, le génitif φρεν-ός p a r u n e brève, le datif pluriel
φρα-σί (Pindare) p a r u n α qui r e p r é s e n t e l'absence d e voyelle
(degré zéro, cf. § II), ces d e u x dernières formes é t a n t é g a l e m e n t
m a r q u é e s p a r la place d u t o n s u r la désinence (cf. encore πόδα,
mais ποδός, etc.). Ces v a r i a t i o n s d u t o n e t d u vocalisme s o n t des
procédés g r a m m a t i c a u x c o u r a n t s en indo-européen. Il f a u t en t e n i r
c o m p t e p o u r expliquer certaines f o r m e s archaïques, du grec.
§ I I . — Le vocalisme radical p r é s e n t e , n o t a m m e n t , des a l t e r n a n c e s r e m a r q u a b l e s . Ces a l t e r n a n c e s s ' o b s e r v e n t c o m m o d é m e n t
d a n s des racines en d i p h t o n g u e , c'est-à-dire c o m p o r t a n t u n e voyelle
combinée avec u n e s o n a n t e , i, u, /, r, m, η (cf. L e j e u n e , Phonétique
grecque, § 174). D a n s ce t y p e de racine la voyelle v a r i e e n t r e e, ο,
e t zéro (absence de voyelle combinée a v e c le second t e r m e de la
diphtongue).
Ainsi d a n s le v e r b e q u i signifie ((laisser», le p r é s e n t p r é s e n t e
la voyelle de la d i p h t o n g u e a v e c le t i m b r e e : λείπ-ω ; le p a r f a i t
avec le t i m b r e ο : λέλοιπ-α ; l'aoriste l'absence de voyelle (vocalisme
zéro) : έλιπ-ον.
L o r s q u e la syllabe soumise à l ' a l t e r n a n c e c o n t i e n t les s o n a n t e s
/, r, m, n , la s o n a n t e désignée s y m b o l i q u e m e n t d a n s nos g r a m m a i r e s
p a r /, f , m, η reçoit la v a l e u r d ' u n e voyelle qui p r e n d en ionien
a t t i q u e u n t i m b r e α bref : -αλ-, -ocp-1, e t α p o u r les d e u x nasales.
O n a donc, d a n s u n s y s t è m e c o m p a r a b l e à celui d e λ ε ί π ω , d e
φθερ- : f u t u r δια-φθερ-ώ (degré e), p a r f a i t δι-έφθορ-α (degré o) e t
(1) Le vocalisme -op- dans στόρνύμι fait difficulté.
δι-έφθαρ-μαι (degré zéro). — De la racine * men- attestée dans le
latin mêns, gén. mentis, etc., on a le degré e dans le substantif
μέν-ος, cf. skr. mânas-, degré o dans le parfait l r e pers. du sg.
μέ-μον-α, degré zéro dans le parfait l r e pers. du pl. μέ-μα-μεν (avec
a<*n).« »
L'alternance vocalique s'observe également dans des racines qui
ne comportent pas de sonante. Soit *segh- : on a présent εχω, de
*segh- (vocalisme e), aoriste ε-σχ-ον de *sgh- (vocalisme zéro) ; les
thèmes nominaux 6χ-ος « contenant », μέτ-οχ-ος « participant », de
*sogh- (vocalisme o).
Dans cette série d'alternances les voyelles longues jouent peu de
rôle. Elles servent à marquer le nominatif. Une longue intervient
dans le jeu des voyelles prédésinentielles de la flexion de πατήρ pour
caractériser le nominatif sg. asigmatique par opposition à Γε de
l'accusatif πατέρ-α, au vocalisme zéro du gén. sg. πατρ-ός ou du
datif pl. πατρά-σι, au vocalisme o de certains composés comme
accusatif άπάτορ-α, d'où o long dans nominatif άπάτωρ. Même procédé
au nominatif dans des termes sufïixés άληθής, εύδαίμων, etc., ou
radicaux comme χθών, gén. χθονός. Un vocalisme long apparaît
également dans certains types de présents, cf. νωμάω à côté de
νέμω et νόμος.
§ III. — Il existait en indo-européen un autre type d'alternance
qui consiste essentiellement dans une alternance entre longue et
brève sans, en règle générale, de variation de timbre du type ejo.
Cette alternance est illustrée en grec p a r la flexion du type grec
commun ίσταμι, ίστάμεν ; τιθημι, τίθεμεν ; δίδωμι, δίδομεν. La
voyelle brève a l t e r n a n t avec une longue (cette brève é t a n t souvent
appelée schwa) a été progressivement définie et on l'a symbolisée
p a r le signe d. Son existence a d'abord été constatée par la grammaire comparée avec les correspondances suivantes : i. e.
grec ά,
germanique a, slave o, skr. i : ainsi pour le nom du « père » où le a figure
en syllabe initiale on a gr. πατήρ, lat. paler, got. fadar, skr. pilàr-.
Ce t r a i t e m e n t α s'observe en général dans des mots ou des
morphèmes qui sont isolés : θυγάτηρ, skr. duhiiar- (où l'aspirée pose
un problème) ; -μεθα (désinence de l r e pers. pl. moyenne), skr.
-mahi.
Ce phonème *d représenté par ά se trouve alterner avec *â. Ainsi
s'explique Γα des pluriels neutres du type τρία, ονόματα, -κοντά
répondant à Γί de skr. nämän-i, a l t e r n a n t avec ä dans τρία-(κοντά),
ou à la finale de lat. (irï)-ginlâ.
Autres exemples : vocatif νύμφα
répondant au nominatif νύμφη grec commun νύμφα (§ 29), suffixe
de féminin *-ydl~yä (§ 39), flexion du verbe ίστημι, grec commun
ίσταμι, avec l ' a d j . verb, στατός (skr. slhitâh).
Toutefois il est apparu que le timbre de la voyelle réduite n ' é t a i t
pas constant en grec : on la par exemple un ε dans άνε-μος r é p o n d a n t
pour le thème à skr. ani-lah.
§ IV. — Les variations dans la coloration du * d e n t r e n t dans u n
système pour les alternances morphologiques de certaines racines
à voyelle longue, au moins en grec, lequel innove peut-être sur ce
point. Les racines à voyelle longue se répartissent, au témoignage
du grec, en trois séries distinctes.
> ê > gr. η
ed2 > ä > gr. α (ion. a t t . η)
ed3 > ô > gr. ω
*d2 >
*9Z >
gr. ε
gr· α
A τί-θη-μι, répond θε-τός (skr. dhi-lâh), ou ε-θε-το (skr. â-dhi-ta),
à ί-στα-μι, στατός (skr. slhi-tâh), à δί-δω-μι, δο-τός (lat. dalus),
ou ε-δο-το (skr. â-di-la). Au représentant skr. i de a s'oppose en grec
une brève de trois timbres différents, mais identiques à celui de la
longue correspondante ë, â, ô.
Ce t y p e d'alternance s'éclaire p a r l'hypothèse déjà ancienne que
le d (appelé aussi laryngale) fonctionnait, en définitive, comme une
sonante (cf. § II). Ces quasi-sonantes, en f o r m a n t diphtongue
avec une voyelle précédente, avaient pour effet d'allonger cette
voyelle en en colorant le t i m b r e . Ainsi, τί-θη-μι repose sur *dhed1(cf. λείπω), θε-τός s u r *dhd1- (cf. έλιπον) ; ί - σ τ α - μ ι sur *s/ea 2 -,
στα-τός sur *sfo2- ; δ ί - δ ω - μ ι sur
δο-τός sur *ddz~. T o u t se passe
c o m m e si *edt, *ea2, *edz é t a i e n t des sortes de d i p h t o n g u e s c o m p a rables à *ei ou à *oix.
Les exemples que n o u s avons donnés p o u r r a i e n t ê t r e multipliés.
Au p a r f a i t l ' a l t e r n a n c e *äj*d2 d a n s le p a r f a i t βέβάκα (ionien-attique
βέβηκα), βέβάμεν correspond à l ' a l t e r n a n c e o/zéro d a n s οϊδα,
ϊδμεν ( a t t i q u e ίσμεν), etc.
Remarque. — Il y a lieu de se demander si, parallèlement au type λοιπός,
οίδα, qui comportent une diphtongue en i à vocalisme o, nous avons des
exemples du vocalisme ο avec des combinaisons comme *09x *oa2. Ce vocalisme
semble apparaître dans quelques cas isolés : ainsi pour θωμός < tas », rapproché
de τίθημι on posera *dho9l-; — pour ά γ ω γ ή *9t<7-031<;- (cf. άγω), pour φω-νή,
*bho9x-, cf. φαμι, ion. a t t . φημί, avec φ α τ ό ς ; même alternance dans βωμός, en
face du thème ß ä - de βαμα, ion. a t t . βήμα, βατός, etc. : ces derniers exemples
supposent de façon remarquable u n vocalisme ο dans une série ä\9%.
§ V. — S u r le p l a n de la p h o n é t i q u e indo-européenne le s y s t è m e
d e v i e n t c o m p l e t lorsque l'on définit le t r a i t e m e n t de l a r y n g a l e +
voyelle : *91e > e, *a2e > a, *dze > 0. Ce t r a i t e m e n t s'observe à l'initiale
du m o t où, c o m m e les sonantes, les laryngales d e v a i e n t s'employer
avec u n e v a l e u r q u a s i consonantique. Il s e m b l e r a i t q u ' e n indoeuropéen a r c h a ï q u e a u c u n m o t n ' a i t c o m m e n c é p a r u n e voyelle
m a i s p a r u n ancien 9. Ainsi :
a) T o u t *ä initial de l'indo-européen c o m m u n (grec άντί, lat.
ante, skr. ânli) r é s u l t a i t d ' u n plus ancien *a2£-, cf. h i t t i t e hanti
α d e v a n t », q u i garde t r a c e de la consonne ( 9 i > h ) ;
(1) Les faits o n t été parfois brouillés par Taction de l'analogie : ainsi έ-παγ-ην
de πάγνΰμι, ion. a t t . πήγνύμι (*pâg~) a entraîné έρ-ράγ-ην de £ήγνϋμι {*wrëg-)
qui alterne avec έρρωγα (*wrôg-) d a n s une racine qui ne comporte pas d ' à ;
difficulté également dans la flexion de l'aoriste rare έσκλην {*sklë-) cf. σκληρός
σκέλλω, σκελε-τός : on a l'optatif σκλαίην (pour σκλείην que l'on attend) ; de
même l'aoriste sigmatique έσκηλα (de *εσκαλσα) étonne, alors que l'on attend
έσκειλα attesté d'ailleurs chez Zonaras (de 'έσκελσα).
b) T o u t *δ initial non susceptible d ' a l t e r n e r avec e (grec όστέον,
lat. os, skr. âslhi) résultait d ' u n plus ancien *a3e, cf. h i t t i t e hastai
« os » (avec # 3 3 - > Λ ) ;
c) T o u t *ë initial d e v a i t résulter d ' u n plus ancien groupe
(avec forme a l t e r n a n t e *o issue de
où *d1 n ' a l t é r a i t pas le
t i m b r e de la voyelle s u i v a n t e et t o m b a i t sans laisser de t r a c e :
on pose donc *dxes- p o u r έσ-τι, skr. âsli, etc.
Remarque. — On observe surtout des traces d'alternance vocaliques dans
la série c: on a, par exemple, un vocalisme *9iö- d a n s
dp-, grec οπι- dans
Απιθεν, όπισθεν, etc. (et mycénien opi)y cf; lat. oô, alternant avec
ep- dans
έπΐ, etc., et le vocalisme zéro dans πι-έζω ; — dans la série a les faits sont moins
clairs et ils sont contestés : on a voulu poser un vocalisme ö avec *dtö-> ö dans
*9tög- qui serait dans grec ογ-μος «sillon» alternant avec *dzeg- dans άγω ;
on a supposé même alternance dans βγκος m. « courbure, croc », à côté de άγκος
η. « vallon », άγκών « courbure, coude a1.
§ V I . — Le système p h o n é t i q u e du grec a gardé une trace des
laryngales initiales dans certaines prothèses issues de la vocalisation
de ces laryngales : on pose p a r exemple *d2eug->*aug(αυξω,
lat. augeô), a l t e r n a n t avec *d2weg- (skr. vaksayate, mais grec ά(5)έξω
avec « prothèse »).
L a théorie d u a initial, pour laquelle nous a v o n s suivi M. Lejeune,
Phonétique grecque, § 186, fin, n ' a u r a pas à intervenir d a n s l'exposé
de la déclinaison et de la conjugaison grecques.
§ V I I . — N o u s avons e x a m i n é le t r a i t e m e n t de la laryngale après
voyelle, d e v a n t voyelle, après consonne (cf. § IV *dh91-> grec θε-,
etc.), d e v a n t s o n a n t e , ce qui donne naissance à certaines prothèses
du grec. Il reste à définir son t r a i t e m e n t après s o n a n t e s i, u, r, /,
m, n. Ce t r a i t e m e n t n ' a p p a r a î t pas t o u j o u r s n e t t e m e n t .
(1) Les exemples sont rarement évidents parce qu'ils posent des problèmes
étymologiques. Noter d ' a u t r e part que M. Lejeune, Phonétique grecque, p. 175,
η. 1 pose *dtog~ pour άγός «conducteur », parallèle à *tom- dans τομός «coup a n t ».
Après ι et u il existe un traitement ancien *-id->-ï-,
*-u9->ü:
* gwï- (lat. uïuos, skr. jivâh) repose sur gwid- ; *bhù- (gr. φΰναι, etc.)
repose sur *bhud-, qui alterne avec *bhew~d-.
Dans d'autres cas c'est la laryngale qui se vocalise, et l'élément
précédent fonctionne comme consonne, é t a n t lui même pourvu
d'une voyelle d'appui
*-uw9, etc. : c'est le cas dans *gwiy-dz-,
de grec βίοτος (cf. § X c), et dans le morphème de féminin *-iyd2 de
πότνια, etc., alternant avec *iy-ed2 de gén. ποτνίάς (skr. pâtnî).
§ V I I I . — Après r, /, /η, η la combinaison
etc., doit avoir
donné de même des sonantes longues *or, */, *ηι, *n. Mais, faute
de données claires, le traitement grec est mal établi, les faits a y a n t
peut-être été brouillés par l'analogie.
1° a) E n ce qui concerne f et J, on entrevoit un traitement op
(ou ωρ passé à op en vertu de la loi d O s t h o i ï ) comme l'indiquerait
l'adjectif ορθός qui répond à skr. ûrdhvah; pour / on ne dispose
pas d'exemples satisfaisants;
b) Il existe d ' a u t r e p a r t une forme στρωτός qui suppose un trait e m e n t ρω, λω, mais dont on ne sait pas avec certitude si elle repose
sur *sir- (formation attendue) ou *slrô- formation analogique.
2° Les autres traitements communs à f , /, ψ> η comportent en
principe un timbre ά.
a) Avec une quantité longue on a dans la famille de κίρνημι/
κεράννυμι, κράτος ; dans celle de τελαμών, etc. (cf. § X b) τλατός ;
dans la série de δάμνημι, δαμάτωρ, δματός, dans celle de θάνατος,
etc., θνατός ;
b) On observe parfois un traitement disyllabique avec voyelle
d'appui (comparable à celui de βίοτος), par exemple dans ταλασί-φρων
(de */°/a2-) en face de τλάτός, ou dans le substantif θάνατος (de
*dh°nd2-), en face de θνάτός, ou encore dans δαμά-τωρ (de *d°md2-)
en face de δμάτός ;
c) Enfin, peut-être sous la pression morphologique des para-
digmes exigeant une alternance, on observe d a n s certaines flexions
un t r a i t e m e n t monosyllabique à voyelle brève du t y p e λα, να, etc.,
p. ex. dans τέ-τλά-μεν (de *//?) p a r opposition à τέ-τλα-κα, ou τε-θνάμεν (de * d h n - Ί ) p a r opposition à τέθνακα.
Les faits sont obscurs, brouillés p a r des actions analogiques
déterminées par la morphologie, c o m m e le m o n t r e la série θνά-τός,
θάνα-τος, τέ-θνα-μεν (Voir aussi M. Lejeune, Phonétique
§§ 181, avec les a d d e n d a , et 189).
Remarque. — C'est également, semble-t-il, la pression de la morphologie
qui a pu entraîner les formes de participe en apparence inexplicables avec λη
ou νη qui sembleraient issus d e / , (i dans κλητός (*&/-? ou thème II *kl-e91tt) à
côté de καλέω ou κασί-γνητος ( g ç - t ou thème II *gn-ed1cÎ) à côté de γένεσις
de 'gen-9-y cf. § X, a.
§ I X . — Une complication nouvelle nous arrête dans l'analyse
nécessaire des t h è m e s morphologiques lorsque nous nous t r o u v o n s
en présence de groupes du t y p e de γ ί - γ ν - 0 - μ α ί , γέ-γον-α, -γνη-τός,
γένε-σις. Ces données o n t conduit autrefois certains s a v a n t s ,
comme A. Meillet, à poser l'existence de racines p o u v a n t c o m p t e r
deux syllabes et q u ' o n a appelées p o u r cette raison racines disyllabiques : le t e r m e p e u t être encore commode.
Depuis on a cherché à réduire, sur le plan de l'indo-européen
le plus ancien, les différents t y p e s de racines à l'unité. Cette entreprise est illustrée n o t a m m e n t p a r le livre de M. E. Benveniste,
(1935). Voici
en bref les conclusions de M. E. Benveniste.
a) La racine, au sens strict, présente t o u j o u r s une forme simple
trilitère, c o m m e *men- « p e n s e r » (cf. grec μέν-ος, e t c . ) ; — les
racines à voyelle initiale a d m e t t e n t u n e résolution p a r laryngale :
dans grec έσ-τι, *es- est issu de *dxes-, cf. § V, c ; — les racines à
voyelle longue finale a d m e t t e n t une résolution s y m é t r i q u e avec
laryngale finale : grec -θη-, dans τιθημι, est issu de * d h e d c f .
§ IV;
b) Les racines quadrilitères à trois consonnes du type
gr. λείπω, etc., sont en fait des bases, c'est-à-dire des racines pourvues
d'élargissements. Mais ce terme élargissement recouvre deux faits
morphologiques : d'une p a r t l'élargissement radical, toujours au
contact de la racine, qui seul est susceptible d'alternance entre le
degré plein et le degré zéro (cf. toutefois l'exception de l'infix$
nasal) ; d ' a u t r e p a r t un élargissement secondaire toujours au degré
zéro. Ainsi le suffixe radical p e u t présenter les formes -et- et
-en- et -n-, -ek- et -/r-, tandis que l'élargissement simple n ' a que
la forme /, n, k, etc. ;
c) La base constituée par la racine et son élargissement a d m e t
trois é t a t s : é t a t I, degré plein/degré zéro ; — é t a t II, par u n
équilibre inverse, degré zéro/degré plein ; — é t a t I I I degré zéro/
degré zéro, lorsqu'un autre élément morphologique se trouve a j o u t é
Thème I, degré plein de la racine, degré zéro de l'élargissement
suffixal : *ter-d1-, cf. grec τέρ-ε-τρον «tarière » (à côté de la racine
*ter- non sufïixée dans τείρω, de *τέρ-ι/ω) ; *po/-u-, cf. grec *πόλυ
ancien neutre (cf. Benveniste, Origines, 54 et 56) ; *pe/-u- dans got.
Thème II, degré zéro de la racine, degré plein de l'élargissement
suffixal. Parallèlement aux deux bases que nous avons citées on a
*tr-e9ly cf. τρήσω « je trouerai », τρήμα « trou » ; — * ρ l-edx- « remplir »
dans grec πλήθω, hom. πλήτο, skr. a-prät, etc. ; */)/-eu>- dans nom. pl.
hom. πλέες de πλέ(/ Γ )ες ; — en outre, entre autres exemples :
*kl-ew- dans le verbe κλέ(/")ω « célébrer », etc. ; *sr-ew- dans ρέ(.Γ)ω
« couler », cf. skr. srâvali.
Thème I I I , degré z é r o + d e g r é zéro, p a r exemple, correspondant
à *kl-ew- de κλέ(.Ρ)ω et *sr-ew- de ρέ(/")ω, les adjectifs v e r b a u x
κλυ-τός de *kl-u- et ρυ-τός de *sr-u-.
Ces principes généraux p e r m e t t e n t des combinaisons nouvelles.
Dans le cadre d'une racine *wel- (cf. lat. uolô) on p e u t poser :
Thèmes I (/^έλ-δ-ο-μαι « j e désire» de *wel-d-,
α j'espère », de *wel-p
(/^έλ-π-ο-μαι
Thème II («Ρ)λήν, infinitif dialectal «vouloir» de *wl-e91-.
De même, dans le cadre d'une racine *ser- « se mouvoir », garantie
p a r skr. si-sar-li.
Thèmes I 2ρ-π-ω « aller, ramper », cf. lat. serpô, skr. sàrpaii de
ser-p-,
Ιρ-χο-μαι « aller » de *ser-gh~.
Thème I I ρ i-(F)-tù
« couler», cf. skr. srâvaii, de *sr-ew~.
Thème I I I -ρ-υ-τός, cf. skr. srutà- de *sr-u
§ X . — Dans l'étude même de formes grammaticales très archaïques qui ne peuvent pas être interprétées à l'intérieur du grec, de
tels procédés o n t été utilisés. Nous en donnerons trois exemples.
a) Soit une racine *gen- qui exprime l'idée de « n a î t r e » et
d'« engendrer ».
Elle se présente sous la forme simple à vocalisme e, * gen- (ou
éventuellement *gen-(d), la laryngale disparaissant d e v a n t voyelle) : γέν-ος (lat. gen-us, skr. jan-as-), γεν-έ-σθαι.
Vocalisme o, *gon-: γόν-ος (skr. jâna-), etc., p a r f a i t γέ-γον-α
(skr. ja-jân-a).
Vocalisme zéro *gn-: γί-γν-ο-μαι (lat. gignô), νεο-γν-ός ; et
au pluriel du p a r f a i t γέ-γα-μεν (avec α de η vocalisé dans la syllabe
radicale). Jusqu'ici nous n'avons rien observé qui distingue ces
formes de la série μέν-ος, μέ-μον-α, μέ-μα-μεν de la racine *men
Mais il existe des thèmes pourvus d'élargissement sufïixaux en a.
Thème I *gen-dx- dans γένε-σις, γενέ-τωρ (cf. lat. genitor,
janiiar-).
Thème I I avec vocalisme zéro de la racine et vocalisme e du
suffixe : *gn-& 1 - dans (κασί)γν-η-τος « frère », γνήσιος « de naissance légitime».
Get é t a t présente toutefois deux difficultés : d'une p a r t on
a t t e n d r a i t dans ces formes u n thème * g n-d qui doit aboutir à * g η,
à sonante longue répondant à lat. gnätus, skr. jâià-, cf. § V I I I ,
Remarque—
d ' a u t r e p a r t le parfait γε-γένη-μαι pour *γέ-γνη-μαι
a t t e n d u est anomal.
Il a peut-être existé une forme à timbre a l t e r n a n t o (de *gn-091-l
cf. § IV Remarque) dans γνωτός « parent, frère », cf. lette znuôts
« beau-fils, beau-frère », mais certains ont voulu rattacher ces
thèmes en δ à γιγνώσκω.
En eiTet la racine quasi homonyme signifiant « connaître »,
emploie uniquement des formes du type *gnô- (de *gn-e9z-) cf.
γιγνώσκω, εγνων, εγνωκα, γνώσις, γνωτός et γνωστός, et, hors du
grec lat. nôscô, nöius skr. pf. ja-jnäu, a d j . verbal jûâla-.
b) Autre exemple dans un thème c o m p o r t a n t un a 2 (donc avec
le timbre a).
Soit * tel-/* loi- « p o r t e r » (cf. lat. lollô de *//-no, etc.). E n grec on
peut poser *lel- pour τέλος « paiement », avec son dérivé τελεστάς
(qui semble attesté dans les tablettes mycéniennes) ; il f a u t poser
*tol- pour grec commun τόλ-μά, ion. a t t . τόλ-μη.
Dans toutes les autres formes du grec on observe un thème en a 2 .
Thème I *lel-d2- dans τελα-μών et dans la glose d'Hésychius
τελάσσαι · τολμήσαι, τλήναί,.
Thème II * ll-ea 2-> * tlâ- dans τλάναι, ion. a t t . τλήναι, τέ-τλακα,
ion. att. τέτλη-κα.
Thème I I I
avec voyelle d'appui *l°h2- dans ταλάσι-φρων,
mais aussi τέ-τλά-μεν l r e pers. plur. du parfait, e t τ λ ä - τ ό ς q u i peut
être analogique, cf. § V I I I ;
c) Les thèmes qui contiennent la
alternances remarquables.
Soit une racine *gwei-(d)- « vivre ».
sonanle
(1) Voir aussi E. Benveniste, Origines de la Formation
pour skr. /α/α-, lat. gnätus.
i présentent
des Noms, p. 166,
On a la racine *gu>ei- ou le thème I *gwey-dx- (avec chute du a
d e v a n t la voyelle modale) dans le subjonctif à voyelle brève hom.
βείομαι, βέομαι « je vivrai ».
Thème II avec deux timbres différents du suffixe et deux syllabations différentes qui aboutissent à quatre bases.
Suffixe # ea 1 : soit g^y-ed^- dans le présent ζην ; soit *gwiy-e9x- dans
le composé ύ-γιής (cf. pour le t r a i t e m e n t de la labio-vélaire,
M. Lejeune, Phonétique grecque, § 28).
Suffixe * - e a 3 - > ô : soit *gwy-edz- dans le présent hom. ζώειν, etc. ;
soit *gwiy-ed3- dans l'aoriste έβίων.
Thème I I I avec double degré zéro, donc suffixe a 3 :
dans βίοτος ; ou *gwiy-(d)-o- dans βί-ος.
*gwiy-dz
Hors du grec, également avec double degré zéro, cf. * gwid- dans
lat. uïuos skr. jïvah avec suffixe *-w-o-.
On le voit, non seulement les mots e x p r i m a n t la notion de « vie,
v i v a n t », etc., mais les thèmes mêmes qui constituent la conjugaison
attique du verbe ζην, βιώναι, etc., ne peuvent s'expliquer que si l'on
envisage la structure des racines indo-européennes.
On a été amené à recourir également à de tels procédés d'analyse
pour présenter la déclinaison de certains thèmes nominaux particulièrement archaïques comme κάρα (§ 80) ou Ζεύς (§ 99).
§ X I . — Cette analyse des éléments radicaux sert aussi à rendre
compte des présents dits à infixe dont le fonctionnement peut
s'observer facilement en indo-iranien ; moins facilement en hittite,
en gree, etc., cf. § 248.
Les présents à nasale infixée opposent un thème fort (singulier
de l'actif) à un thème faible (partout ailleurs).
a) Soit *yeu-g- *yu-g- « atteler, unir », de lat. iungô, etc. Il existe
un présent à infixe nasal.
Le t h è m e fort repose sur l ' é t a t I I : 3 e pers. sg.,
skr. yunâkti.
Le t h è m e faible repose sur l ' é t a t I I I : 3 e pers. du pl. *yu-n-g-onti
skr. yufijanli == lat. iunguni sur lequel le latin a refait t h é m a t i q u e m e n t t o u t e la flexion.
L'infixé nasal fonctionne donc comme u n élargissement invariable
qui, p a r exception, précède le suffixe radical.
On a de même t h è m e II, 3 e sg.,
skr. rinâkii «il laisse»,
thème I I I , 3 e pl., li-n-kw-onti, skr. rifijânii, lat. linquunl sur lequel
le latin a refait une flexion thématique. De même le grec λι-μ-π-άν-ω
est un a m é n a g e m e n t t h é m a t i q u e du t h è m e faible, où -ανω de *-°ηδ
présente une voyelle d ' a n a p t y x e remédiant à l'accumulation de
Le t y p e est représenté en hittite.
β) Une a u t r e variété d'infixation nasale consiste à introduire
l'infixé nasal dans u n e racine suffixée en *euju. Ainsi de *sler- on a
thème I I *s/f-n-eu-, dans skr. 3 e sg. stfnôti «il étend» (où ο représente
la diphtongue *eu), thème I I I
dans skr. 3 e pl. slinuOànli.
Le grec répond à ces formes p a r le t y p e l sg. στόρ-ν-ΰ-μι, l r e pluriel
στόρ-ν-ύ-μεν, le vocalisme radical op représentant f et l'alternance
υ/υ é t a n t substituée à euju. Ce t y p e est largement représenté en
γ) Dans u n troisième t y p e de présents infixés, l'infixé s'insère
dans une racine suffixée en
avec u n e laryngale. Il est possible
que la laryngale présente le timbre
p a r exemple dans *pel-dx-%
*p/~n~eai~> supposé p a r l'ensemble, grec πλήτο, lat. plênus,
skr. aoriste ά-pràt e t d ' a u t r e p a r t présent à infixe, skr. 3 e sg. p f - n â - f î
« il remplit » où ä sanskrit représente ë indo-européen.
Mais les exemples les plus clairs c o m p o r t e n t une suffixation en
dg donc de timbre a , e t le type, cette fois, est clairement représenté
en grec sous sa forme la plus archaïque. C'est le cas des présents
en -ναμι.
Soit une racine signifiant « dompter » qui se présente sous les
formes : *dm-ed2- ou *άψ-, dans gr. commun δέ-δμά-μαι, ion. a t t .
δέ-δμη-μαι, ou avec syllabation différente *d°-ma2- avec voyelle
d'appui dans δαμά-τωρ.
Avec l'infixé nasal on a thème II *d°m-n-ea 2 - dans δάμ-νά-μι,
ion. a t t . δάμνημι, ce thème é t a n t utilisé a u x trois personnes du
singulier du présent de l'indicatif et de l'imparfait à l'actif ;
thème I I I *d°m-n-d2- à toutes les autres formes actives et au moyen :
δάμναμεν, δάμναμαι, etc. Ce présent est ancien et a un corresp o n d a n t en celtique, irl. damnaim.
L'examen des présents à infixe nasal montre comment le fonctionnement des racines indo-européennes rend compte d ' u n t y p e
morphologique archaïque.
§ X I I . — Les faits analysés dans les pages qui précèdent doivent
être placés à leur niveau, qui est celui de l'indo-européen le plus
ancien. Sur le plan du grec, il ne s'agit que d'archaïsmes figurant
dans des formes ou des mots, sans doute importants, mais rares
et dispersés. Nous ne saisissons là que des débris.
GREC E T SES DIALECTES
§ X I I I . — Au cours de la description des formes grecques,
on se t r o u v e à chaque i n s t a n t obligé de faire appel à la notion de
« dialecte ». Dans la Grèce ancienne les formes diffèrent d ' u n e
région à l'autre et m ê m e d'une cité à l'autre ; de plus, chaque genre
littéraire possède, en principe, sa langue particulière et traditionnelle.
Toutefois, ces formes diverses que présente le grec dès le d é b u t de
l'époque historique p e r m e t t e n t de définir des dialectes, et ces
dialectes se répartissent en u n petit n o m b r e de familles. On a l'habit u d e de répartir les dialectes grecs en q u a t r e grands groupes :
1° groupe ionien-attique : ionien d'Asie, ionien des îles, ionien
d'Eubée, attique ; — 2° groupe arcado-chypriote qui comprend
l'arcadien, le chypriote, le pamphylien, malgré leur dispersion
géographique ; — 3° groupe éolien : éolien d'Asie ou lesbien, thessalien, béotien ; — 4° groupe occidental comprenant les parlers du
Nord-Ouest ( n o t a m m e n t phocidien avec Delphes* locrien, étolien,
éléen) et le dorien proprement dit (laconien, argien, corinthien avec
la colonie de Syracuse, mégarien, crétois, rhodien, dialecte de Théra
avec la colonie africaine de Cyrène).
Ce qui importerait, c'est d'établir un classement historique.
Mais pour établir ce classement, il f a u d r a i t interroger les historiens
et les archéologues. Or les historiens d e m a n d e n t aux linguistes de
leur révéler quelque chose de la préhistoire des Hellènes, tandis que
de leur côté les linguistes, pour démêler les faits offerts par la
dialectologie, auraient besoin de données historiques positives.
L'examen des faits proprement linguistiques présente de multiples
difficultés. Lorsque deux groupes de dialectes comportent des
traits communs, il faut prendre garde que, s'il s'agit d'archaïsmes
conservés parallèlement, ils n'indiquent pas nécessairement que
ces dialectes sont reliés par une parenté particulière. La conservation de l'a long du grec commun en chypriote et en laconien ne peut
d'aucune façon servir à prouver l'existence d'une relation étroite
entre ces deux parlers.
Cette précaution prise, il subsiste d'autres obstacles. D'une p a r t ,
il peut se produire des innovations parallèles, et par conséquent
sans grande signification pour le classement des faits. D'autre part,
les dialectes o n t pu, au cours de leur histoire, se trouver en contact
et exercer les uns sur les autres des influences qui ne démontrent
nullement, à l'origine, une parenté foncière. Un cas particulièrement instructif est celui des substrats, c'est-à-dire des dialectes
plus anciens, qu'est venu recouvrir le dialecte apporté par de
nouveaux venus, e m p r u n t a n t aux premiers occupants des vocables
ou, parfois, des usages grammaticaux. On observe un bon exemple
de ce fait dans le nom laconien du dieu Poseidon. Les dialectes
doriens, groupe auquel appartient le laconien, emploient en principe
des formes du type Ποτειδαων (Crète), Ποτειδάν (Corinthe), etc.
Mais le laconien ΠοΛοιδάν représente un traitement phonétique
laconien de la forme arcadienne Ποσοιδάν attestée à Tégée. Le trait
est instructif et confirme que le laconien s'est substitué à un dialecte
de type arcadien, ce qui va avec l'histoire même du peuplement
de la région. Mais, isolée de son contexte historique, la forme,
qui oppose le laconien aux autres dialectes doriens, est inintelligible.
§ XIV. — On peut pourtant proposer un classement à grands
traits des dialectes grecs qui a quelques chances de ne pas trop
altérer les faits.
Les dialectes occidentaux (dorien et dialectes du Nord-Ouest)
représentent les parlers du dernier groupe d'envahisseurs aux
environs de l'an mille (cf. § X V I I , 2). Ces parlers sont caractérisés par des traits originaux : maintien du groupe -τι, là où
dans d'autres dialectes il passe à -σι (cf. δίδωτι au lieu de δίδωσι),
la forme τοί du pluriel de l'article, la désinence verbale de première
personne du pluriel -μες, les infinitifs athématiques en -μεν, les
conjonctions at et δκα (att. ει, 8τε), la particule modale κ ά (att.
αν), le thème du verbe «vouloir» au vocalisme e : δήλομαι (att.
βόυλομαι).
§ XV. — Lorsque les Doriens sont survenus, ils ont chassé ou
réduit un ensemble de populations grecques dont les parlers nous sont
relativement mal connus, c'est le groupe que nous avons appelé arcado-chypriote. A l'époque où nous les observons (du v i e au iv e siècle
av. J.-Chr.) ces dialectes offrent des traits qui leur sont propres.
Ce qui est plus remarquable au point de vue où nous nous plaçons,
c'est qu'ils entretiennent plus de rapports avec l'ionien-attique
qu'avec les autres ensembles dialectaux : passage de -τι à -σι dans
δίδωσι, etc., forme oî du nominatif pluriel de l'article, désinence
verbale de première personne du pluriel -μεν, les infinitifs athématiques en -ναι, -έναι, les conjonctions εί et 6τε ; la particule
modale est αν en arcadien comme en attique, le verbe « vouloir »
présente en arcadien et chypriote le même vocalisme ο que l'ionienattique βούλομαι. Ainsi l'ionien-attique et l'arcado-chypriote
pourraient appartenir à un même groupe dialectal : la fermeture
de â en η dans le domaine ionien-attique ne constitue pas une
objection à cette analyse, car il s'agit là d'un fait phonétique
§ X V I . . — Les dialectes dits éoliens (béotien, thessalien, lesbien)
apparaissent plus difficiles à situer. Ils présentent en commun
certains traits originaux qui leur sont propres, essentiellement un
traitement particulier des labio-vélaires devant e et le développement de la désinence de datif pluriel -εσσι dans la troisième décli-
naison. P a r ailleurs, ils se rapprochent sur certains points des
dialectes doriens et occidentaux qui constituent les parlers des
derniers envahisseurs : les infinitifs en -μεν et en -μενοα, la particule
modale χε plus proche de x â que de άν, la conjonction conditionnelle
Dans plus d ' u n détail, l'aspect des dialectes éoliens apparaît divers
et contradictoire. Ainsi en ce qui concerne le traitement de -τι, le
béotien et le thessalien se situent aux côtés des dialectes occidentaux
et disent δίδωτι, mais le lesbien δίδωσι va avec l'ionien-attique.
En ce qui concerne le nominatif pluriel de l'article le béotien τοί
se trouve d'accord avec les parlers occidentaux, mais le lesbien a οί
(avec perte de l'aspiration) et le thessalien oriental ol, comme
l'ionien attique ; en face de dorien δκα le béotien a δκα, mais le
lesbien 8τα. Pour le verbe « vouloir » le béotien et le thessalien
disent βείλομαι ou βέλλομαι avec vocalisme e qui correspond à celui
du dorien δήλομαι, mais le lesbien emploie βάλλομαι qui est comparable à l'ionien attique βούλομαι.
Il apparaît ainsi que les parlers éoliens, mises à part les particularités que nous avons indiquées d'abord, comportent une grande
variété. Cette variété, qui doit répondre à la situation historique
des tribus éoliennes, est peut-être exprimée par le nom même de
ces tribus si Αιολείς est apparenté à αίόλος « changeant,
bigarré, etc. ». Le béotien par exemple se trouve relativement
proche des parlers dits occidentaux, tandis que le lesbien révèle
quelques affinités avec l'ionien-attique. Sans chercher à préciser
ici la position des Éoliens parmi les tribus indo-européennes qui
ont envahi la Grèce, nous constatons que leur importance se manifeste de bonne heure p a r la place qu'ils occupent chez Homère.
D'abord dans la langue homérique elle-même, soit en ce qui concerne
la phonétique, soit en ce qui concerne la morphologie, datifs en
-εσσι (§ 57), infinitifs en -μεν et -μεναι (§ 325). En outre dans les
traditions légendaires qui se rapportent à la Grèce du Nord (siège
des dieux dans l'Olympe, royaume d'Achille à Phthie, etc.).
§ XVII. — Nous nous trouvons donc, touchant le difficile
problème des dialectes grecs, en présence du dispositif suivant.
1° Il semble bien que les dialectes, ionien-attique d'une part,
arcadien et chypriote de l'autre, comportent suffisamment de traits
communs pour constituer un seul groupe. Il est certain que les tribus
qui usaient de parlers du type arcadien et chypriote étaient installées
en Grèce a v a n t l'invasion dorienne : les Arcadiens ont été rejetés
par les Doriens au centre du Péloponnèse, les Grecs de Chypre sont
en grande partie des colons venus du Péloponnèse, et issus des
populations qui y étaient installées a v a n t l'arrivée des Doriens.
Quant aux Ioniens, si nous n'avons que des notions assez vagues
MIT les points où ils ont pu s'embarquer pour les îles et pour l'AsieMineure, les traditions légendaires s'accordent pour nous enseigner
qu'ils venaient soit de la Grèce propre, soit même du Péloponnèse.
Ainsi un même groupe ancien, à une date relativement basse
N'est réparti en deux rameaux, d'une part l'ionien-attique appelé
i\ une grande fortune, de l'autre les parlers résiduels, sans avenir et
conservant de notables archaïsmes qui forment le groupe arcadoehypriote
2° Par ailleurs tout 1»» groupe du dorien et des parlers dits
occidentaux représente de façon certaine les dialectes des derniers
envahisseurs survenus en Hellade aux environs du x e siècle avant
notre ère : cette invasion est communément désignée dans les
traditions légendaires sous le nom de Retour des Héraclides.
Le groupe des Éoliéns se présente à nous moins clairement.
Moins clairement quant aux circonstances de son installation en
Grèce. Moins clairement aussi, q u a n t aux traits dialectaux assez
divers qui caractérisent le béotien, le thessalien et le lesbien : ces
parlers, à côté de traitements communs qui les associent de façon
décisive (labio-vélaires, datifs en -εσσι, etc.) nous ont paru également comporter des divergences appréciables, et avoir pu subir,
chacun de son côté, l'influence de dialectes voisins. Les Éoliens, qui
sont connus a v a n t l'époque homérique, peuvent être une avantgarde des populations doriennes qu'ils auraient précédées de peu,
en s'installant n o t a m m e n t dans la Grèce du Nord. La grammaire
de l'éolien nous a semblé posséder des affinités assez nettes avec
le dorien. On pourrait donc y voir un rameau marginal du grand
groupe des Doriens, c'est-à-dire des derniers envahisseurs.
Nous n'aurions plus affaire, en définitive qu'à deux grands
ensembles dialectaux : dialectes méridionaux, avec le résidu
archaïque de l'arcado-chypriote et le développement nouveau et
vigoureux de l'ionien attique ; — dialectes septentrionaux avec les
restes marginaux et complexes que constituent les dialectes éoliens,
et le groupe plus jeune des dialectes doriens et du Nord-Ouest, qui,
aux yeux même des Grecs, s'opposaient franchement à l'ionienattique.
§ X V I I I . — Cette vue, peut-être un peu schématique, mais
assez claire, qui distingue deux grands ensembles dialectaux, celui
du Sud, des plus anciens envahisseurs helléniques, celui du Nord,
des derniers venus trouve une certaine confirmation dans le
déchiffrement par le jeune anglais Michael Ventris (1953) de?»
tablettes mycéniennes de Pylos en Messénie, Mycènes en Argolide,
et Cnossos en Crète. Ces tablettes d'argile, cuites dans l'incendie des
palais, nous livrent, sous une forme difficile à utiliser, des textes
grecs consistant en inventaires, documents administratifs, fiscaux,
cadastraux, et dont il faut situer la date, semble-t-il, entre 1450
et 1100 avant J.-Chr. suivant les lieux.
Le déchiffrement est aujourd'hui acquis, mais l'interprétation
de détail est rendue malaisée p^r la difficulté de l'écriture (écriture
syllabique, et non alphabétique, composée de 88 signes), et plus
encore par la gaucherie et l'ambiguïté du système orthographique
Malgré ces obstacles, les principaux traits grammaticaux apparaissent avec évidence. Il en résulte que, même dans un ouvrage
comme celui-ci, nous avions le droit et le devoir de les relever pour
présenter la description du grec dans une perspective exacte.
Nous l'avons donc fait en adoptant la t r a n s l i t é r a t i o n unanimement admise : topeza = τόρπεζα, eukelo = εδχετοι et en affectant
chaque fois la forme citée de la spécification « mycénien » ou « grec
du second millénaire ».
Ce grec est très archaïque, comme le prouvent entre autres traits
l'emploi de signes particuliers pour les labio-vélaires, l'absence de
contractions, ou la notation constante du w intervocalique. Dans
le domaine de la morphologie, on a des archaïsmes aussi remarquables que la désinence - p i = -φι de l'instrumental pluriel (§ 131) ;
l'absence de la voyelle de liaison ο qui dans le grec postérieur a joué
un si grand rôle pour constituer des dérivés et des composés ;
à l'homérique τερμιό(/")εντ- répond en mycénien une forme en
-idweni-, attestée p. ex. dans le neutre pluriel iemidwela = τερμίδ/"εντα. — En outre on peut rappeler les participes parfaits en -wos-,
sans aucun exemple du thème à dentale du type -Fot- (§ 334), la
forme très remarquable mais d'ailleurs isolée eme pour ένί (§ 163) ;
de manière plus incertaine l'opposition fonctionnelle possible ou
probable à la seconde déclinaison entre un locatif en -οισι et un
instrumental en -οις (§20).
§ X I X . — On s'est, bien entendu, demandé ce que le témoignage
du mycénien pouvait enseigner sur l'histoire du grec et de ses
A première vue, le mycénien se range du côté des dialectes que
nous avons appelés méridionaux, c'est-à-dire de l'ensemble constitué
par l'ionien-attique et l'arcado-chypriote. Il s'agit n o t a m m e n t du
passage phonétique de -ti à -si dans des mots comme 3 e pers. pl.
ekosi = ion. a t t . έ'χουσι, apudosi = άπόδοσις, etc. ; de même les
adverbes du type 6τε, τότε, etc. appartiennent au groupe méridional
tandis que l'éolien a des formes en -τα et le dorien des formes en
-κα ; or le mycénien possède un adverbe oie; dans le vocabulaire
ijero — ιερός qui se retrouve en ionien-attique et en arcado-chypriote,
tandis que le lesbien a Ίρός qui a pénètre en ionien septentrional,
et le dorien 'ΐαρός.
Le mycénien se trouve coïncider sur plus d'un point avec l'arcadochypriote ou avec l'arcadien, là où ces dialectes diffèrent de l'ionien
attique. Le cas le plus frappant, et qui renouvelle notre interprétation des faits grecs, est celui des formes primaires moyennes du
type 3 e pers. du sg. -/o : eukelo, etc. La forme doit être interprétée
εΰχετοι et concorde avec la forme arcadienne ; il s'agit là d ' u n
remarquable archaïsme (cf. §344). Si les formes de l'arcado-chypriote
et de l'ionien ne concordent pas, le mycénien va avec le dialecte
qui a conservé la forme la plus ancienne. Ainsi, le mycénien pourrait
représenter un é t a t ancien des dialectes méridionaux qui devaient
donner naissance à l'arcado-cypriote et à l'ionien attique. Cette vue
est satisfaisante et elle doit être approximativement vraie.
Il subsiste toutefois quelques difficultés. Le mycénien affecte
certains aspects qui font penser à l'éolien, par exemple la préposition
apu (άπύ), qui s'observe également en thessalien, en lesbien, et par
ailleurs en arcadien et en chypriote ; surtout dans le traitement
des sonantes voyelles r, m, etc., les tablettes montrent de nombreux
exemples d'une vocalisation de timbre o, par exemple dans
qetoropo- = τετροποδ- tandis que l'ionien-attique a τετράποδ-, etc.,
ou lopeza = τόρπεζα, pour le mot usuellement noté en grec du
premier millénaire τράπεζα ou encore enewo- pour έννέ(/Γ)α. Il faut
noter d'ailleurs que pour certains mots la vocalisation en a est
préférée par certains scribes tandis que d'autres scribes préfèrent
la vocalisation en o. Enfin il apparaît que lorsque la langue de nos
tablettes s'accorde avec l'éolien, elle s'accorde également avec
l'arcado-chypriote, et il s'agit d'archaïsmes.
Ainsi, malgré ces difficultés, les rapports entretenus entre le
mycénien et le groupe méridional (ionien-attique et arcadochypriote) restent essentiels. Il f a u t seulement ajouter que ce
dialecte très archaïque peut présenter quelques traits anciens qui
se retrouvent également en éolien. Aussi bien, sous la forme où il
nous est livré dans les tablettes, le grec du second millénaire offre
en général une unité (de Pylos à Cnossos) qui surprend. P e u t être
les scribes usaient-ilà d'une langue commune, un peu conventionnelle, ce qui expliquerait la difficulté que nous éprouvons à faire
entrer leur langue dans le cadre des dialectes traditionnels. Bien
des obscurités subsistent donc.
Un point p o u r t a n t , est acquis. Le mycénien nous livre le grec
sous son aspect le plus archaïque. Nous ne devons donc pas hésiter
à m e t t r e en œ u v r e les données les plus sûres qu'il transmet dans une
§ 1. — La déclinaison indo-européenne constituait un ensemble
complexe comportant trois genres, le masculin, le féminin et le
neutre, trois nombres, le singulier, le duel et le pluriel, huit cas,
le nominatif, le vocatif, l'accusatif, le génitif, le datif, l'instrumental,
le locatif, l'ablatif. Dès les plus anciens textes grecs ce système est
profondément simplifié : un des traits caractéristiques de l'histoire
des langues indo-européennes est en effet la simplification de la
flexion nominale. L'indo-européen lui-même présentait parfois
l'emploi d'une même forme pour plusieurs cas. Dès l'indo-européen,
tel que la grammaire comparée permet de le reconstruire, dans la
flexion athématique (3 e déclinaison), le génitif et l'ablatif se trouvent
confondus au singulier 1 et lorsque le grec emploie κυνός à la fois
comme génitif et comme ablatif, il n'innove pas. Au pluriel dans
tous les types de déclinaison le nominatif et le vocatif présentent
une forme commune. Le neutre (genre inanimé) utilise constamment
et dans toutes les déclinaisons une forme unique pour le nominatif,
(1) Toutefois le témoignage de l'ablatif hittite en -z permet de poser un
«blatif i. e. en -ts distinct du génitif en -s.
le vocatif, l'accusatif, au singulier comme au pluriel. Le duel n'a
jamais qu'une seule forme pour le nominatif, vocatif, accusatif.
§ 2. — L'indo-européen possédait huit cas : nominatif, vocatif,
accusatif, génitif, datif, locatif, instrumental, ablatif ; en outre
peut-être un cas indéterminé comportant le thème pur et simple
qui rend compte en grec de certains adverbes comme αίέν (§ 77)
et des infinitifs (§ 325).
Les cas de l'indo-européen dénotaient le rôle grammatical des
noms dans la phrase : le nominatif était le cas du sujet, le vocatif
servait à appeler, l'accusatif indiquait le complément direct, le
génitif servait pour le complément de nom et pour exprimer la
notion de partitif, le datif marquait l'attribution. Mais l'accusatif,
par exemple, possédait outre sa valeur proprement grammaticale
une valeur concrète : utilisé pour le complément direct d'objet,
il servait également à indiquer le lieu vers lequel on se dirige
(eo Romam), l'étendue d'espace ou de temps que remplit une
action. Voir sur le système des cas J . Humbert, Syntaxe grecque,
§§ 403 et suivants.
La valeur de trois des cas était uniquement concrète : le locatif
indiquait le lieu où l'on est (habitai Bomae) et comportait aussi
une signification temporelle ; l'ablatif le lieu d'où l'on vient (uenio
Borna) ; l'instrumental ce avec quoi l'on est ou avec quoi l'on fait
quelque chose. Le grec classique a cessé de caractériser d'une manière
propre ces trois cas dont il ne subsiste quelques traces que dans des
formations adverbiales. L'ablatif s'est fondu avec le génitif, confusion qui, nous l'avons vu, existait partiellement au singulier dès
l'époque indo-européenne, le locatif et l'instrumental se sont fondus
avec le datif : sur le maintien possible ou probable de ces cas en
mycénien voir § 20. Les caractéristiques de type semi-adverbial
comme -φι, originellement instrumental, -θι qui indiquait le lieu
où l'on est, -θεν qui indiquait le lieu d'où l'on vient, peuvent
continuer des morphèmes casuels de type concret. La langue
homérique et le mycénien en possèdent encore de nombreux restes.
Ils ne font pas partie de la déclinaison et tendent à s'éliminer.
$ Λ
Le grec ancien ne possède donc plus que cinq cas : nominal if vocatif, accusatif, génitif, datif ; la valeur de certains de ces
raw r*t complexe : l'accusatif indique à la fois le complément direct,
l'extension dans l'espace et le temps, le lieu où l'on va ; le génitif
note le complément de nom, le t o u t où l'on prend une partie :
ces deux notions sont assez proches l'une de l'autre, comme complément de nom le génitif présente assez souvent une valeur partitive ;
d'autre part le génitif continuant l'ablatif marque le lieu d'où l'on
vient, l'origine, notion qui n'est pas sans contact avec celle de
partitif : on s'explique que la confusion du génitif et de l'ablatif
déjà amorcée en indo-européen se soit entièrement réalisée dès la
préhistoire du grec. Reste le « datif », où se confondent le datif
proprement dit, le locatif et l'instrumental. Ce dernier cas de
« syncrétisme » s'explique en partie par des faits remontant à l'indoeuropéen commun : l'indo-européen a possédé des désinences en -6Λet en -m- d o n t ni la valeur, ni la structure n'étaient strictement
définies. Certaines pouvaient servir au singulier ou au pluriel. Au
pluriel, par exemple, le sanskrit a possédé un instrumental en
-bhih et un datif en -bhyah, le vieux-slave un instrumental en -mi
et un datif en -mu. Enfin en grec même le locatif des noms thématiques en -οισι et l'instrumental en -οις (ancien *-ôis) devaient
aisément se confondre et la répartition entre ces deux formes ne
dépend pas de leur rôle syntaxique au moins au premier millénaire,
mais les divers dialectes ont généralisé soit l'une, soit l'autre de ces
désinences. Au singulier le datif athématique ποδί continue à la
fois un ancien datif en *-i (alternant avec *-ei) et un locatif en *-i.
Pour l'emploi même des formes l'instrumental et le locatif se
trouvent souvent en contact. Bref, sous le nom de datif nous avons
un cas indirect dont la désinence repose le plus souvent soit sur une
forme d'instrumental (cf. λύκοις), soit sur une forme de locatif (cf.
λύκοισι, et dans une certaine mesure ποδί). Le datif grec sert de
datif, d'instrumental et de locatif. Il indique à la fois à qui ou à quoi
on destine une action, ce à l'aide de quoi on fait quelque chose,
ce avec quoi l'on est, le lieu et le temps où l'on se trouve.
Il faut toutefois ajouter que les tablettes mycéniennes de Pylos,
Cnoseos et Mycènes (grec du second millénaire av. J.-Chr.) semblent
distinguer encore entre un locatif et un instrumental, n o t a m m e n t
au pluriel, cf. §§ 20, 36.
Ce sont les prépositions qui précisent la valeur des cas lorsque
cette valeur n'est pas uniquement grammaticale et exprime quelque
chose de concret ; ainsi, le plus souvent, une préposition est employée
lorsque l'accusatif indique le lieu où l'on va, le datif, le lieu où l'on
est et l'accompagnement, le génitif, le lieu d'où l'on vient. Des
constructions qui avaient en indo-européen une valeur concrète
prennent, en grec, un caractère grammatical : dans le tour μείζων
άδελφου l'indo-européen employait un ablatif m a r q u a n t le point
de départ « particulièrement grand en p a r t a n t de son frère » ; en
grec nous n'avons plus à faire qu'à un complément de comparatif.
§ 4. — Toutes les langues indo-européennes ont tendu à réduire le nombre
des cas. En grec cette tendance a été forte et durable. Dès le moyen-âge le datif
a disparu et les premiers symptômes de sa décadence sont apparue déjà dans
la κοινή. En grec moderne révolution se poursuit : l'accusatif pluriel dans de
nombreux types de déclinaison est identique au nominatif, le génitif pluriel est
peu employé, et, au singulier, des paradigmes usuels comme πατέρας « père »,
κόρακας « corbeau », κλέφτης « voleur » opposent purement et simplement un
cas sujet πατέρας et un cas régime πατέρα.
§ 5. — Outre les cas, la flexion du nom indo-européen indiquait
l'opposition des nombres et des genres.
Pour le nombre la distinction du singulier et du pluriel s'est
toujours bien conservée. Le grec commun a également hérité d'une
troisième catégorie « le duel », employé lorsqu'il s'agit de deux
personnes ou de deux objets, de type concret et archaïque. Toutefois
cette catégorie a tendu à disparaître, plus ou moins vite selon les
dialectes. C'est l'attique qui sur ce point s'est montré lë plus conservateur. Dans le système du nom, les formes de duel paraissent
mieux conservées que dans celui du verbe qui présente beaucoup
de flottements (cf. § 355). La première personne du duel est, en fait,
Dès a v a n t l'ère chrétienne l'usage du duel a disparu
§ 6. — L'opposition des genres animé (masculin-féminin) et
inanimé (neutre) est é ^ l e m e n t exprimée dans la flexion nominale.
Le genre inanimé s'oppose n e t t e m e n t aux autres genres, mais
uniquement aux cas directs, nominatif-accusatif. Au singulier les
formes thématiques (seconde déclinaison) de ce type présentent
dans le nom une forme en -ov qui répond à -um du latin, à -am du
sanskrit et dans ta flexion pronominale, généralement -o, qui repose
sur *-οδ et répond ^u sanskrit -ai et au latin -ud de aliud. Dans la
flexion athématiquv le neutre est caractérisé par l'absence de désinence, ainsi dans δνομα (cf. lat. nômen),
§ 7. — Le neutre désigne en principe la chose par opposition
aux êtres animés. Cet usage est net dans les pronoms comme τούτο
ou τι par opposition à ούτος, αΰτη, ou τις. Les noms neutres sont
donc d'abord,des noms de choses. Le nom du fruit considéré comme
un produit est un neutre et s'oppose à celui de l'arbre qui est
féminin : άπιον <
' poire » est !e fruit de ή άπιος « le poirier », συκον
« figue » mais συκή « figuier » ; pour l'olivier έλαια désigne l'arbre
et le fruit, mais ελαιον signifie « l'huile ». Dans les diminutifs neutres
comme μοσχίον tiré de μόσχος, μειράκιον tiré de μεΐραξ ou
Σωκρατίδιον tiré de Σωκράτης, l'emploi du neutre est un procédé
expressif (« petite chose »), que l'on retrouve dans d'autres langues.
Toutefois, au fur et à mesure que le vocabulaire a pris un caractère
abstrait, l'opposition entre le neutre et le genre animé est devenue
moins claire. Originellement les noms d'action féminins apparaissent bien comme « animés » par opposition aux noms neutres
correspondants : πραξις signifie, en principe, le fait d'agir et πραγμα
le résultat de l'action. Mais en fait, dans le système de la langue,
l'opposition entre l'animé et l'inanimé joue surtout un rôle grammatical et fonctionnel.
Au pluriel des noms neutres le grec comme d'autres langues
indo-européennes a conservé un archaïsme : en indo-européen le
rôle du pluriel de genre inanimé était tenu par un collectif en *-d
ou en *-d2. Sauf dans le premier terme de τριάκοντα où le premier α
est long, le grec a généralisé α bref représentant ? 2 · L'emploi d'un
collectif dans la déclinaison du genre inanimé s'explique bien et il
rend compte de la particularité qu'en grec le verbe construit avec
un nom neutre au « pluriel » s'emploie au singulier : c'est la règle
τά ζωα τρέχει : cet usage qui se retrouve dans les Gâthas de l'Avesta
constitue un archaïsme évident 1 ·
§ 8. — On observe dans le jeu des genres un certain nombre de
flottements. Certains s'expliquent par le caractère du pluriel neutre
en -a. On s'explique qu'un collectif en - a s'oppose à un singulier
de genre animé : le pluriel de μηρός « cuisse » est généralement chez
Homère le collectif μήρα, en particulier dans les descriptions de
sacrifices (A 464), mais μηρούς est également employé (A 460) ; —
κύκλος « cercle », mais au pluriel chez Homère κύκλοι « cercles »
(A 33, Τ 280) et κύκλα « roues d'un char » (E 722, Σ 375) ; κύκλοι
est la forme usuelle du pluriel en ionien attique ; — le féminin
κέλευθος fait au pluriel κέλευθοι, ainsi Κ 66 πολλαί γάρ άνά στρατόν
είσι κέλευθο! ; mais aussi le collectif κέλευθα, en particulier dans la
formule υγρά κέλευθα (A 312, etc.) « les routes humides de la mer» ; —
le pluriel de δεσμός est chez Homère δεσμοί lorsque l'on envisage
les liens dans leur détail ou qu'on leur suppose une puissance
« active », cf. Σ 379 κόπτε δέ δεσμούς ou λ 293 (πέδησαν) δεσμοί τ*
άργαλέοι και βουκόλοι άγροιώται ; lorsque le poète envisage l'ensemble
des liens il emploie δέσματα (X 468, α 204, θ 278) ; l'attique connaît
les deux formes δεσμοί et δεσμά (opposer I. G. II 2 1425, 386 à I. G. II 2
1604, 31) ; δεσμά signifie « câbles, chaînes » et δεσμοί signifie parfois
(1) Les collectifs en *-d (cf. véd. yugd servant de pluriel neutre), ou
devaient pas se distinguer originellement des féminins en
γονα, γονή.
« le fait d'enchaîner », cf. Platon Eép. 378 d "Ηρας δέ δεσμούς υπό
ύέος καΐ 'Ηφαίστου ρίψεις υπό πατρός ; — σίτος n'est employé par
Homère qu'au singulier, mais au pluriel l'on a en ionien-attique
(Hérodote, Xénophon) le collectif σΐτα. Autres doublets : τά ζυγά,
mais au singulier, soit το ζυγόν « joug », soit ό ζυγός « joug » ( H y m n e
à Déméler 217), «fléau de balance» (Platon, Timée 63 b) ; à partir
de l'époque romaine ζυγός a triomphé et c'est la forme du grec
moderne ; — δνειρος « songe » est usuel, mais l'on a aussi δνειρον
déjà chez Homère δ 841 (pour όνείρατα, voir § 76) ; — λύχνος
« lumière », mais au pluriel λύχνοι, λύχνα ; — στάδιον, mais au pluriel
στάδιοι et στάδια ; — σταθμός, « étable, séjour », pluriel σταθμοί et
parfois σταθμά; — θεμέλιος «fondation» (λίθος sous-entendu) mais
au pluriel θεμέλιοι et θεμείλια; — le nom du «dos» s'emploie normalement au pluriel neutre τά νώτα (Ψ 714, etc.), c'est un collectif ;
au singulier on trouve le neutre et exceptionnellement le masculin
(Xénophon, Eq. III, 3, Aristote et koinè) ; le pluriel οί νώτοι apparaît
dans les Septante. D'autres doublets de caractère différent
s'observent également : l'attique emploie à la fois ή δίψα et τό δίψος.
Les neutres en s se sont développés dans la koinè: τό νΐκος| est une
réfection analogique de νίκη «victoire» d'après τό κράτος. En outre
en concurrence avec des masculins en ejo : τό έ'λεος « pitié »* (également en grec moderne), τό ζήλος « envie » (également en grec
moderne), τό ήχος «le bruit», τό πλούτος «la richesse» (également
en grec moderne), τό σκότος (déjà attesté chez Pindare). Le flottement entre ό θάμβος et τό θάμβος est ancien.
§ 9. — L'opposition à l'intérieur du genre animé entre masculin
et féminin, également ancienne, est morphologiquement moins
strictement définie. En indo-européen tous les types de substantifs
admettent indifféremment les deux genres masculin et féminin.
Ce fii11 e*t évident dans la déclinaison athématique (3 e déclinaison^ :
(1) La forme en s doit être ancienne comme l'indiquent le composé νηλεής et
le dérivé έλεεινός.
les mots πατήρ et μήτηρ n ' o n t rien dans leur forme qui fasse reconnaître dans l f un u n masculin, dans l'autre un féminin : πατήρ est
masculin parce que le mot désigne un homme, μήτηρ féminin parce
que le m o t désigne une femme. Il est vrai que dans la déclinaison
thématique (seconde déclinaison) le plus grand nombre des noms
sont masculins, mais il n'y a là rien d'essentiel : les noms de femmes
comme νυός « bru » ou les noms d'arbres comme φηγός « chêne »
sont féminins ; enfin ίππος peut s'appliquer à la femelle aussi bien
qu'au mâle. Le cas des thèmes en *-â est un peu différent : on
trouve dans cette catégorie des féminins et quelques masculins,
mais la flexion des masculins se distingue de celle des féminins au
nominatif et au génitif singuliers : nous verrons toutefois que sur
ce point le grec a innové et que le latin qui décline agricola comme
rosa a conservé l'état ancien.
Certains substantifs comme ίππος, βους, οις, κύων s'appliquent
aux femelles comme aux mâles. Βοΰς désigne l'animal de l'espèce
« bovine », et c'est le genre de l'article ou de l'adjectif épithète qui
spécifie s'il s'agit du mâle ou de la femelle. A côté de ce terme
générique il existe des vocables précis et techniques comme ταύρος
« taureau », etc., qui s'emploient par exemple dans la langue des
Le grec a néanmoins tendu à opposer le féminin au masculin.
Dans les adjectifs le féminin est parfois semblable au masculin,
mais, pour les nombreux adjectifs du type κακός, le féminin est
généralement en - â , ionien-attique -η. D'autre part le grec a utilisé
un suffixe indo-eur. *-y9 2 l*-yä, grec -ι/α alternant avec -yâ : άνασσα
est le féminin de άναξ, λέαινα celui de λέων, et dans les adjectifs
μέλαινα celui de μέλας, dans les participes λύουσα celui de λύων.
Le suffixe se retrouve dans diverses combinaisons : σώτειρα de
σωτήρ, αύλήτρια de αύλητήρ et αύλητής. Enfin un suffixe complexe
-ιδ- a servi également à constituer des féminins : δεσπότις de
δεσπότης, αύλητρίς à côté de αύλήτρια, θεραπαινίς à côté de θεράπαινα
comme féminin de θεράπων. Les deux suffixes -ι/α et -ι-δ- semblent
répondre respectivement aux suffixes de skr. véd. dëvt et de skr.
véd. υ[kih.
Tout en se maintenant là où elle présentait un sens net, l'opposition du masculin et du féminin a généralement perdu toute signification : on ne voit pas pourquoi γόνος et γονή coexistent. L'opposition du masculin et du féminin est souvent aussi effacée en grec
ancien qu'elle l'est en français moderne, mais elle a servi à rendre
plus apparents les rapports entre les mots de la phrase, et si l'on
se souvient que le participe et l'adjectif ont joué un grand rôle
dans la syntaxe, l'importance grammaticale du genre apparaît
§ 10. — Les procédés employés dans la déclinaison sont divers.
La déclinaison indo-européenne n'était pas caractérisée uniquement
par des désinences. Elle comportait des alternances vocaliques de
l'élément qui précède la désinence, c'est-à-dire que selon les cas les
voyelles présentaient des variations de timbre et de quantité.
Ce procédé n'apparaît en grec que dans quelques survivances :
dans la flexion de πατήρ on a Ve long au noniinatif, Ve bref 3 l'accusatif
πατέρα, le degré zéro au génitif πατρός. Ailleurs le grec a conservé
des alternances de timbre dans νέφος, génitif νέφεος, ou dans les
noms thématiques άγγελος, mais vocatif άγγελε.
Enfin la place du ton a joué un rôle dans le système de la déclinaison et il subsiste en grec quelques trace* de cet usage : 1° la
place du ton sert parfois dans les a thématiques à opposer les cas
directs (nominatif-accusatif) et les cas indirects (génitif-datif) :
πόδα, mais ποδός, etc., cf. § 60 ; plus rarement dans les féminins
en -ά de la première déclinaison dans μια mais μιας (cf. $
; -2° Il y a de rares traces d'une intonation initiale des vocatifs qui doit
remonter à l'indo-européen, cf. σώτερ (voir §§ 24, ΛΛ
' % 60).
Ces survivances mises à part, la place du ton rest«? five dans la
déclinaison sous réserve de la loi de limitation.
Ces particularités dans le voealiMne prédesiuentlel et. la place
du ton sont, en grec, des restes isolés. Les ras sont en fait caractérisés par leur finale et il est parfois ditlicile dans cette finale de
faire le dépari entre les désinenses casuelles et la finale des thèmes.
Dans la déclinaison athématique l'analyse est, il est vrai, souvent
aisée : ainsi θηρ-ός, θηρ-ί, θήρ-ες. Même dans la flexion athématique
l'évolution phonétique a pu plus ou moins altérer les finales :
πόλις, πόλεως, πόλει. Dès le grec commun, enfin, il apparaît franchement qu'on ne saurait distinguer thème et désinence dans la
déclinaison thématique du type ίππος, ίππω, ίπποι ou dans les noms
en *-â: ημέρα, ήμέρα, ήμέραι : ainsi les datifs sg. ίππω, ήμέρα
peuvent reposer sur une contraction indo-européenne de *ö-ei, *ä-ei,
mais la démonstration n'en peut être faite et cette contraction ne
relèverait pas de l'histoire du grec.
Malgré la simplication et les altérations qu'il a subies, le système
de la déclinaison grecque continue le système indo-européen. On a
pris l'habitude de répartir les faits entre trois types. La déclinaison
thématique (type λύκος) où la voyelle thématique présente quelques
survivances de l'alternance *e/o et qui possède quelques désinences
qui lui sont propres. A la déclinaison thématique s'oppose la déclinaison athématique de caractère tout différent : les désinences s'y
distinguent facilement du thème, l'élément prédésinentiel (racine
ou suffixe) comporte des alternances de quantité et de timbre, la
place du ton des variations ; c'est la catégorie de θήρ, θηρός, πούς,
ποδός, ou πόλις. gén. πόλιος en ionien ou dorien, πόλεως en at tique,
Hestent les thèmes en
Ce t \ p e se rapproche, à certains
êirards. des noms «thématiques, la désinence du génitif e>t, la même,
le grec présente quelques traces d'alternance vocalique et de
variation dans la place du ton. A d'autres égards« il se rapproche
de la déclinaison thématique ainsi au datif singulier, au nominatif
pluriel, au datif pluriel.
(type ό λύκος, etc.)
§ I I . — La flexion thématique est une des pièces essentielles du
système nominal du grec. Peut-être est-elle apparue en indoeuropéen postérieurement aux autres types. Il est certain, en t o u t
cas, qu'elle s'est développée au cours de l'histoire du grec. Elle
s'est étendue aux dépens d'anciens athématiques (3 e déclinaison) :
φυλακός est tiré de φύλαξ, υιός est un doublet de υίύς, etc.
Le type thématique comprenait en indo-européen des masculins,
des féminins et des neutres. Il en va de même en grec. On y observe,
par exemple, des féminins comme νυός « belle-fille », φηγός « chêne »,
νήσος « île », νόσος « maladie » et le grec moderne possède encore
des féminins de ce type. Mais sous l'inlluence du système de l'adjectif
cette flexion a été sentie comme caractéristique du masculin (et du
neutre) : noms d'hommes ou d'animaux, noms verbaux à vocalisme
ο et ton sur le radical comme λόγος.
Le type thématique a joué un rôle considérable dans le système
de l'adjectif où il caractérise en principe le masculin (et le neutre).
C'est du type thématique que relèvent 1<> démonstratif, certains
interro^atifs-indélinis et quelques adjectifs pronominaux. Cette
catégorie présentait en indo-européen certaines désinences spéciales
qui en grec et en latin ont pu être étendues à tous les noms thématiques.
La déclinaison est caractérisée p a r l'alternance de la voyelle
thématique : *e (au vocatif et quelquefois au locatif et à l'instrumental singuliers) et de # o (aux autres cas) ; elle ne présente pas le
degré zéro de la voyelle prédésinentielle. Le ton qui peut occuper
des places diverses reste immobile au cours de la flexion, dans la
mesure où les règles générales d'accentuation le permettent. Enfin
une des originalités de ce type, qui s'observe aussi dans les thèmes
en *-â est que, à certains cas (par exemple datif singulier ou pluriel),
la désinence fait corps avec la voyelle thématique et ne peut en
être disjointe, peut-être à la suite d'une contraction qui remonte
à l'indo-européen.
Ce type de déclinaison (à l'exception du datif qui, bien entendu,
a disparu) a subsisté tel quel en grec moderne.
§ 12. — Nous étudierons parallèlement la flexion du masculinféminin et celle du neutre, qui ne diffèrent qu'au nominatif vocatif
et accusatif singulier et pluriel.
. Masculin/féminin
λύκω
ζυγοΰ
λύκοις
ζυγών
ζυγοΐς
λύκο ιν
ζυγοΐν
Telles sont les formes attiques (on observera que la flexion de
ζυγόν donne une idée de la variation de l'accent, aigu ou périspomène à la finale, qui serait évidemment la même pour un masculin
comme άνεψιός, cf. § 24).
§ 13. Nominatif singulier, masculin et féminin. — Dans ce nominatif ο est la voyelle thématique et ς la désinence de nominatif
singulier (qui se retrouve dans la déclinaison athématique). Λύκος
est exactement comparable à lat. lupus.
Vocatif singulier. — Ce cas présente le vocalisme e de la voyelle
thématique. Cette forme sans désinence a son correspondant exact
dans le lat. lupe, lituanien vlke. Ce vocatif en e qui est un archaïsme
a été concurrencé par le nominatif employé en fonction de vocatif.
Chez les poètes et déjà chez Homère on trouve par exemple ώ φίλος.
Le mot θεός fait, en attique. θεός au vocatif, et θεέ n'est attesté
que dans le Nouveau Testament et dans le grec postérieur. Γίη grec
moderne le vocatif en ε a survécu, mais l'on emploie un vocatif -o
dans certains noms de personnes : Γιώργο « Georges », γέρο « vieillard ».
S 14. Accusatif singulier. — Λύκον répond au latin lupum. Une
nasale caractérise en indo-européen tous les accusatifs singuliers
de genre animé : m en latin et en indo-iranien, η dans toutes les
autres langues dont le grec (cf. ήμέραν, πόλιν, etc.).
S 15. Génitif singulier. — Le génitif λύκου pose un problème.
11 apparaît d'abord que cette forme est sans rapport avec le génitif
latin en -ι ilequel se retrouve en celtique;. Les formes dialectales
du grec éclairent la structure de la désinence -ου. La langue homérique présente deux finales, -OLO et -ου. Au temps faible du pied
-ου peut recouvrir *-oo et la métrique oblige parfois à penser que
*-oo était la forme ancienne authentique. Quelques formules sont
caractéristiques : Ο 60 = Φ 104 Ί λ ί ο ο (manuscrits Ιλίου) προπάροιθεν ; — Χ 313 άγρίοο (manuscrits άγριου) πρόσθεν ; — κ 00 (cf. κ 30)
Αίόλοο (mss Αίολου) κλυτα δώματα ; — Ο Γ>Γ>4 άνεψιόο (mss άνεψιου)
κταμένοιο ; — E 21 άδελφεόο (mss άδελφειου) κταμένοιο ; — I 440
όμοιίοο (mss όμοιίου) πτολέμοιο ; — au cinquième pied ξ 239 δήμοο
(mss δήμου) φήμις. Le texte est parfois gravement altéré : Ζ 344 les
manuscrits donnent κακομηχάνου όκρυοέσσης qui recouvre κακομηχάνοο κρυοέσσης ; de même I 64 il faut poser έπιδημίοο κρυόεντος pour
έπιδημίου όκρυόεντος. La désinence -ου est donc une contraction
de -oo. Cette contraction se trouve attestée dans l'épopée, et au
temps fort ou à la fin du vers on ne peut tenter de la corriger en - # oo.
La langue d'Homère utilise donc trois désinences, -oio, - # oo qui
n'est pas attesté mais que l'on peut ou doit parfois restituer, et -ου.
La désinence -oto n'apparaît en dehors d'Homère qu'exceptionnellement dans la poésie et sous l'influence d'Homère, mais c'était,
semble-t-il, la forme ancienne du génitif dans la partie orientale
du dialecte thessalien (Apollonios, de synt. 50, 9) parfois attestée
épigraphiquement : /. G. IX, 2, 511 (Larissa) πολεμοιο ; mais le plus
souvent nous avons -οι qui doit s'expliquer par une apocope de l'o
final : I. G. IX, 2, 1228, Αντίμαχοι. Fait plus important, dans les
tablettes mycéniennes de Knossos, Pylos et Mycènes le génitif
-o-jo — hom. -oio se trouve presque constamment attesté 1 .
Dans les autres dialectes la désinence repose sur la contraction
de -oo : le dorien a -ω (laconien, crétois, Théocrite), et -ου dans
certains parlers comme le delphique (en outre Pindare et Bacchylide
où l'on peut se demanderai la graphie -ου est authentique). En éolien,
le thessalien occidental a - ω et -ου, le lesbien -ω, bien attesté dans
des inscriptions anciennes et dans des papyrus d'Alcée et de Sapho.
En arcado-chvpriote la finale est -ω issu de *-oo ; toutefois à Chypre
on rencontre dans certains textes, notamment dans ceux d'Édalion,
une finale -ων dans les noms, par opposition à l'article qui a la forme
τω. Cette finale s'explique par l'analogie du génitif pluriel où la
nasale était débile et pouvait ou non figurer. L'ionien et l'attique
ont -ου, contraction attendue de -oo.
;i) Quelques génitifs mycéniens en -o doivent être des formes d'ablatif :
de '-öd.
Les désinences -oto et -oo peuvent être irréductibles l'une à
l'autre. La première repose sur *-osyo, cf. skr. -asya dans àçvasya
« du cheval », etc., et en italique, falisque Kaisiosio « de Kaisios »,
elle peut être d'origine pronominale ; — et la seconde pourrait
venir de *-o-so. provenant des formes pronominales (cf. v. slave
ceso). Il est toutefois plus simple de partir d'une désinence unique
osyo, d'où en grec commun *-oyo : le y a eu un double traitement
selon qu'on le prononçait simple ou géminé.
§ 16. Datif singulier. — Λ ύ κ ω suppose une désinence *-ôi (cf. sur
l'origine possible de cette désinence, § 10), que l'on retrouve dans
l'avestique -âi et le latin arch, -öi, class, -ô. La graphie - ω attestée
dans les inscriptions à partir du iv e siècle a v a n t notre ère résulte
de l'évolution phonétique. La forme -οι attestée dans l'ionien
d'Eubée et dans quelques inscriptions attiques semble également y
être un traitement phonétique. Mais ailleurs la désinence -οι pour - ω
(arcadien, béotien et tout particulièrement étolien et grec du NordOuest) doit être interprétée comme un emploi du locatif en fonction
de datif (cf. § 23).
§ 17. Nominatif, vocatif pluriel. — L a seule forme du grec est en
-ÖL ; elle répond à la désinence latine en -i. La comparaison du
sanskrit, de l'osco-ombrien et du germanique qui ont une désinence
*-ös prouve qu'il s'agit d'une innovation introduite indépendamment en grec et en latin (de même qu'en celtique et en balto-slave).
La désinence -ot, a été prise aux démonstratifs : τοί, etc. Cette
innovation rapprochait les noms thématiques des pronoms avec
lesquels ils avaient des allinités ; elle les opposait mieux aux athématiques, enfin elle éliminait tout risque de confusion avec l'accusatif
pluriel en *-ons qui passait phonétiquement à -ους ou -ως (pour les
thèmes en *-â voir § 34).
> 18. Accusatif pluriel. — L'accusatif pluriel ionien-attiqin'
λύκους repo>e *ur une finale grecque -ονς. La variété des formes quo
Ton observe dans les dialectes s'explique par la variété des traitements phonétiques : dorien λυκως (de même chez Théocrite qui a
parfois -ος comme le crétois, mais les manuscrits de Pindare notent
toujours -ους) et parfois -ους ; le crétois oppose -ονς devant voyelle
à -ος d e v a n t consonne ; l'argien a -ονς, le thessalien et l'arcadien -ος ;
le béotien a -ως ; enfin le lesbien (inscriptions, Alcée et Sapho)
-otç : toutes ces formes reposent sur gr. commun -ονς.
La désinence *-ns de l'accusatif pluriel se retrouve
autres langues indo-européennes. Elle a servi pour tous
de déclinaison. Pour la flexion thématique il est malaisé
miner s'il faut poser en indo-européen *-öns ou *-ôns, l'un
aboutissant à -ονς en grec commun.
g 19. Génitif pluriel. — Λύκων doit
archaïque socium, deum, etc. Ce type de
celui des athématiques remonte à une
européen, comportait suivant les dialectes
bref ou long.
de déteret l'autre
être rapproché du latin
génitif qui coïncide avec
désinence qui, en indola finale -m ou -n, et un ο
§ 20. Datif pluriel. — Le datif pluriel présente en grec, suivant les
dialectes, une désinence -οις ou -otai. Ces désinences ne continuent
pas proprement un datif indo-européen. La désinence -οις repose
sur un instrumental indo-européen *-o/s attesté dans le sanskrit
-ais, le latin -is, etc. En grec commun la longue de la diphtongue à
premier élément long s'est abrégée devant le groupe i -f consonne.
La désinence -οισι est un ancien locatif qui rappelle la désinence
*-oisu attestée dans diverses langues indo-européennes : avest.
-ai§u, skr. -esu, v. si. -èxu (Sur la substitution de i final à u qui
s'observe également en grec dans τιμαΐσι et dans κόραξι voir § 57).
Les deux formes -οις et -οισι (qui devenait -οισ* devant voyelle)
sont sémantiquement équivalentes en grec historique depuis
Homère et les dialectes ont fait choix de l'une ou de l'autre de ces
désinences. Toutefois il semble que les tablettes mycéniennes
(xiv e à x n e s. av. J.-C.) distinguent encore entre un datif-locatif
en -ο-ί ( = - ο ι σ ι ) , et un instrumental (ablatif?) noté -ο ( = - ο ι ς ) ,
employé par exemple dans les descriptions d'objets. Nous aurions
là un très remarquable archaïsme.
La désinence -οις s'est imposée dans la majeure partie du dorien,
en béotien, en arcado-chypriote et dans l'ionien d'Eubée ; -οισι se
trouve en ionien (sauf l'Eubée), en lesbien (où l'article est toujours
τοις). L'attique est énigmatique : les inscriptions emploient -οισι
jusque 450 av. J.-C. environ, puis -οις se généralise. La langue
homérique a presque toujours -οισι devant consonne ; -οις devant
voyelle peut être interprété comme -οισι élidé. Mais -οις se trouve
parfois également devant consonne ou à la fin du vers ; cette
désinence est attestée plus souvent dans V Odyssée que dans Γ Iliade.
Elle semble ancienne au moins dans les pronoms (τοις, τοΐσδε, etc.).
Parmi les autres langues littéraires, Pindare et Bacchylide emploient
librement -οις et -οισι ; de même Théocrite. Alcée et Sapho ont
généralement suivant l'usage lesbien -ouït, mais pour l'article
τοις. Les datifs en -οισι attestés dans la tragédie attique sont
au moins en partie dus à l'influence d'Homère.
§ 21. Nom. vocal, accus, duel. — La désinence ancienne était - ω
(véd. -ά, ν. si. -a, etc.) : άμφω, cf. lat. ambôy etc.
Génilif-dalif duel. — Le grec présente une désinence -otv, qui
n'a d'équivalent dans aucune autre langue : λύκοιν, chez Homère
-oiv et -οιιν. L'arcadien fournit les formes Διδυμοιυν et μεσούν
(Schwyzer 664, 25), que l'on rapproche de skr. -ayoh (= *oysuivi d'une diphtongue en u) malgré la différence des finales -v et
-h. La désinence arcadienne en -υ- trouve une confirmation indirecte
dans mycénien duwoupi, δυουφι = δυοΐν, cf. aussi § 163. On peut
supposer que l'homérique -otiv est une réfection d'une forme
ancienne attestée par l'arcadien -οιυν.
§ 22. Remarques sur les formes de genre inanimé. — Les seules
formes distinctes de celles du genre animé sont au nominatif,
vocatif, accusatif qui présentent comme toujours une forme unique
pour les trois cas. Au singulier τέκνον ou ζυγόν répondent à lat.
iugum (v. lat. iugom), aux formes sanskrites en -am, etc.
Au pluriel τέκνα, ζυγά comportent un a bref (cf. lat. iuga) comme
dans les athématiques ονόματα (lat. nômina, skr. namâni) ; Γα bref
du prec et du latin, Γι du skr. reposent sur i.-e. *9 ; dansl es thématiques le sanskrit védique oppose à ζυγά, l a t iuga, yugä avec -â
(cf. § 7).
Remarques I. — Le nom de l'arbre est chez Homère et Hérodote δένδρεον ;
c'est peut-être d'après une prononciation disyllabique de δενδρέω, δενδρέων
(Γ 132, τ 520) qu'a été constituée une flexion δένδρον, δένδρου attestée chez
Hérodote et constante en attique. D'autre part, de δένδρεα, δενδρέων, il a été
tiré un datif athématique δένδρεσι (Hérodote, Thucydide II, 75, etc.), puis une
flexion sigmatique du type δένδρος, δένδρους en ionien (Hérodote VI, 79, etc.),
en dorien (/. G. IV, 951, etc.), et dans la koiné.
Π. — Άνδράποδα est un collectif désignant les « esclaves » et constitué
d'après τετράποδα. Homère (H 475) emploie un datif athématique άνδραπόδεσσι,
mais l'attique a généralisé une flexion thématique, dat. pl. άνδραπόδοις et au
singulier άνδράποδον, etc.
Au duel de genre inanimé, le grec emploie une forme de nom.accus. ζυγώ créée d'après l'analogie de λύκω, etc. : le skr. et le v.
si. ont une diphtongue en -i.
§ 23. — Nous avons expliqué le datif pluriel par des désinences
de locatif et d'instrumental, certains datifs singuliers par une
désinence de locatif. Quelques formes adverbiales nous livrent
d'autres formes casuelles disparues du système de la déclinaison.
La plus nette est celle du locatif. Le locatif singulier qui a donné le
datif de certains dialectes est conservé dans quelques adverbes de
lieu. On observe une désinence *-oi dans des adverbes comme
οίκοι, πέδοι, ποι, 'Ισθμοί, Μεγαροι (à côté du nom. acc. pluriel
Μέγαρα).
Il existe avec un autre degré vocalique une désinence -ει attestée
dans οϊκει (qui n'apparaît pas a v a n t Ménandre et que l'on a parfois
expliqué par une dissimilation des deux diphtongues -ot) et dans
les formes adverbiales comme έκεΐ, en particulier dans le dorien
διπλει, τειδε, τουτει, άλλε ι ; peut-être αίεί, cf. § 6 9 Rem. II, avec la
note 2, etc. Le locatif latin en -î, à en juger par l'osque, semble
reposer également sur une diphtongue *-ei.
§ 24. — La place de l'accent ne varie pas au cours de la flexion.
Mais au génitif et datif singulier, pluriel et duel la finale comporte
une intonation particulière (intonation dite « douce ») ; lorsque
cette finale porte l'accent, cet accent est nécessairement périspomène : ζυγόν, mais ζυγοΰ, ζυγώ ; ζυγά, mais ζυγών, ζυγοις ; ζυγώ, mais
ζυγοΐν. L'archaïsme de ce procédé semble assuré par la comparaison
des faits baltiques et slaves. Le locatif singulier s'oppose pour
l'accent au nominatif pluriel : -οι du locatif v a u t deux mores et
est périspomène s'il porte le ton (otxot, Ισθμοί) ; -οι du nominatif
pluriel v a u t une more, et ne peut être qu'oxyton s'il porte le ton
(οίκοι, θεοί).
Le vocatif occupait dans la déclinaison une place particulière :
c'est ainsi que s'explique άδελφε (accentuation des grammairiens
anciens, mais les manuscrits ont généralement άδελφέ), tandis que
le nominatif est άδελφός.
§ 25. — La déclinaison thématique se présente parfois en ionien
et en attique avec une voyelle longue finale. Cette voyelle peut
provenir d'une métathèse de quantité : ainsi λεώς « peuple » de ληός
(Hérodote, Hipponax), homérique λαός; νεώς «temple» de νηός
(Homère et Hérodote), dorien ναός ; dans le système de l'adjectif,
'ίλεως « bienveillant ». Quelques mots semblent comporter un ω
étymologique : λαγώς ou λαγώς « lièvre ». hom. λαγωός. ionien λαγός
(cf. λαγαρός et ους, ώτός), κάλως « câble », άλως « aire à battre le blé ».
Voici le type de cette déclinaison dite attique :
ληός
*ληόν
ληοΰ
*ληοί
ληούς
*ληών
*ληοΐς
> λεώ
> λεώς
> λεών
ίλεως, ίλεων
ίλεων
ίλεω
ίλεω, ίλεα
ίλεως, ίλεα
ληώ > λεώ
'ληοΐν > λεών
Les formes s'expliquent par l'évolution phonétique : métathèse
de quantité et d'aperture dans le nom. λεώς, l'acc. λεών, abrègement
en hiatus et métathèse d'aperture au gén. λεώ, abrègement en hiatus
au datif λεώ, etc.
Cette déclinaison altérait gravement les caractéristiques casuelles.
Dès le iv e siècle on trouve dans les inscriptions des accusatifs
singuliers sans nasale finale : τδν νεώ, τήν άλω, Ή γ η σ ί λ ε ω sans doute
d'après l'analogie de τήν αιδώ et de τήν έω « aurore » (cf. § 68) : ce
dernier mot est d'ailleurs passé en attique à la flexion du type
λεώς : gén. εω, dat. Ιω. Au nominatif pluriel on trouve également
des formes en s dues à l'influence de la flexion athématique, ainsi
οί κάλως sur des inscriptions attiques du iv e siècle.
L'adjectif πλέως (homérique πλεϊος, graphie pour # πλήος ; ionien
πλέος) présente des formes notables : le féminin est πλέά, le pluriel
neutre πλέα qui doit comporter un α long ; mais il a été constitué
d'après l'analogie des autres formes de la flexion un pluriel neutre
εκπλεω (Xénophon, Hellén. III, 2, 11, etc.) ; au nominatif masculin
pluriel on trouve parfois des formes comme έμπλεοι (Platon,
Ré p. 411 c).
Pour l'accentuation on notera les proparoxytons comme ίλεως,
εμπλεως, le ton ayant conservé la place qu'il occupait originellement
dans ίληος, # £μπληος. Dans les oxytons comme λεώς l'aigu est
étendu même aux cas obliques, ce qui ne saurait être ancien (pour
plus de détails voir Vendryes, Traité d'accentuation, § 273).
Cette déclinaison a été éliminée de la κοινή qui emploie λαός. ναό;.
§ 26. — Un certain nombre de substantifs et d'adjectifs présentent
en attique une déclinaison contracte : la contraction peut reposer
soit sur -00-. soit sur -εο-. Homère au contraire n'emploie en
principe que les formes non contractes.
πλόον
πλόου
πλόω
πλόοι
πλόους
πλόων
πλόοις
όστέον
όστέου
όστέω
όστουν
όστοΰ
όστω
όστέα
όστέω ν
όστέοις
όστοΐς
πλοΐ
πλών
πλοΐς
πλόοιν
> πλώ
> πλοΐν
όστέω > όστώ
όστέοιν > όστοΐν
Le système de l'adjectif présente une flexion de même type :
άπλόος > άπλους «simple», χρύσεος > χρυσοΰς «en or». Le masculin
se décline sur le modèle de πλόος, le neutre sur le modèle de όστέον
Pour les féminins χρυσή, άπλή, voir § 40, et Lejeune, Phonétique
grecque, § 263.
Noter qu'au pluriel neutre la contraction n'est conforme à la
phonétique ni dans οστά. χρυσά, ni dans άπλά, cf. Lejeune, ibid.
Pour la place du ton cette flexion présente quelques particularités.
Lorsque les autres cas de la flexion sont périspomènes, le nominatifaccusatif duel est toujours oxyton : πλώ, όστώ ; on n'a jamais la
finale - ώ que demanderaient les règles de la contraction.
Dans le système des adjectifs la langue a généralisé dans les
mots simples l'accentuation périspomène : άδελφιδους, χρυσους,
άργυροΰς de άδελφιδεός, χρύσεος, άργύρεος. Dans les composés elle
constitue des paroxytons : d'après ευνους de ευνοος on a fait άθρους
de άθρόος ; noter pourtant l'opposition entre άπλους de άπλοος
<« non navigable » et άπλους de άπλόος « simple » (voir Vendryes,
Traité d'accentuation, § 220).
Le ton conserve dans la déclinaison la place qu'il occupe au
nominatif quelle que soit l'accentuation de la forme non contracte :
on a χρυσους, χρυσοΰ, χρυσω, etc. ; mais εύνους (de ευνοος) fait εδνου,
ευνω, εδνοι, etc., comme si le nominatif sg. était *εύνος) cf. Lejeune,
Phonétique grecque, §§ 246, 265, 267. On lit de même (Platon,
Banquet 181 c) un nominatif pluriel έπιπνοι de έπίπνους, etc.
Cette déclinaison contracte présente des flottements. Le neutre
pluriel a parfois la forme non contracte : ευνοα, ευπλοα, ήμίχοα.
Le type a subi l'influence de la flexion athématique (de βοΰς par
exemple) : ainsi dans le grec tardif génitif νοός (Épître aux Bomains
VII, 23), πλοός, ροός, datif vot, πλοΐ, pot. répondant aux nominatifs
νους, πλους, ρους (ρόος).
Le nouvel attique offre déjà des formes comme nom. pl. ευνους
(comme de # ευνοες), cf. Lysias 8, 19 ; / . G., 2 2 , 505 ; et surtout, du
substantif χόος, χους (de χέω) employé comme nom de mesure,
gén. sg. χοός (Aristophane, Th. 347), nom. pl. χόες (Platon. Théét.,
173 e, 1. G., 2 2 , 1672) ; toutefois les formes les plus usitées sont
issues d'un dérivé χοεύς, acc. χοά, etc. De même pour la fête des
Conges on a d'une p a r t dat. pl. χουσί (Aristophane, Ach. 1211).
de l'autre acc. pluriel χοάς (ibid., 961, de χοεύς).
LA DÉCLINAISON EN -ά
(Type ήμέρα, δόξα, etc.)
§ 27. — La déclinaison en - â ressemble à beaucoup d'égards à
celle des thématiques en *-ejo- du type λύκος. L'accusatif et le datif
singulier, le locatif singulier, le nominatif-vocatif pluriel, l'accusatif
pluriel, le datif pluriel présentent des structures comparables.
Ces rapports entre les deux types ont été renforcés par le fait que,
dans un grand nombre d'adjectifs, la langue opposait à un masculin
δίκαιος un féminin δικαία : le duel des thèmes en - â , par l'effet
^'une innovation propre au grec, a été constitué sur le modèle du
type λύκος. Par ailleurs les thèmes en - â présentent un génitif
en s qui fait penser au génitif athématique ; ils conservent des
traces d'une alternance vocalique
(cf. δόξης gén., mais
nom. δόξα, acc. δόξάν) et quelques restes de variation dans la place
du ton (μία, μιας), ce qui permet de rattacher cette catégorie à
celle des athématiques.
Les noms qui suivent cette déclinaison peuvent être masculins
ou féminins. Mais ce type semble, dès l'indo-européen, avoir fourni
des types d'adjectifs féminins et la plupart des substantifs sont
des féminins. Originellement il n'y avait aucune différence de
flexion entre les masculins et les féminins, mais le grec a innové
en créant au nominatif et au génitif singulier des masculins en - â
des formes constituées sur le modèle de la flexion en *-ejo- du type
A. Thèmes féminins
ήμέρά
ήμέραν
ή μέρας
ήμέρα
εύχήν
εύχής
εύχη
γνώμάς
γνωμών
γνώμαις
εύχαί
εύχάς
εύχών
εύχαΐς
γνώμά
γνώμαιν
εύχαΐν
ήμέραι
ήμέρας
ήμερων
ήμέραις
N.V. Α.
ήμέραιν
La flexion de εύχή donne une idée de la variation de l'accent,
aigu ou périspomène à la finale (qui serait évidemment la même
pour σπορά), cf. § 38.
L'attique a conservé au singulier un type en â lorsque l'-â du
grec commun se trouve placé après ρ, ι, ε. Noter δικρόα, άθρόα où
le ρ a maintenu l'a après o. Tous les autres noms 1 comportent en
attique un η : δίκη, γνώμη. En ionien Γη est généralisé même après ρ
ou t. Tous les autres dialectes ont conservé Γα du grec commun.
Pour le type δόξα, δόξης voir § 39.
§ 29. Wominatif et vocatif singulier. — Comme en indo-européen
le nominatif grec commun comporte la voyelle -â sans autre désinence : attique ήμέρά, γνώμη. Le vocatif est en général semblable au
i l ; Dans κόρη Γα est passé à η parce que la forme repose sur un ancien
*κοp/a, cf. Lejeune, Phonétique grecque, § 224.
nominatif ; mais le grec a quelques exemples d'un vocatif en -ά
(cf. v. si. zeno « femme »). Homère a un vocatif νύμφα (Γ 130, δ 743)
qui appartient à ce type. En lesbien les formes avec α bref Δίκα.
Εϊρηνα, έραννα sont des vocatifs mais peuvent aussi s'employer
comme nominatifs (Pour δόξα voir § 39 ; pour les masculins, § 43).
§ 30. Accusatif singulier. — La désinence nasale de l'accusatif
s'ajoute au thème : ήμέραν, σκιάν, γνώμην, βουλήν, cf. lat. rosam
(Pour δόξαν, avec α bref, v. § 39).
§ 31. Génitif singulier. — La finale ancienne était *-âs; elle est
conservée en grec : ήμέρας, σκιάς, γνώμης, βουλής. L'osco-ombrien
l'a également conservée, et le latin dans quelques formes archaïques
§ 32. Datif singulier. — La finale *-âi que l'on a dans ημέρα,
σκια, γνώμη, βουλή est ancienne et trouve un correspondant en
lituanien et en italique, lat. Fortunai Poblicai ; pour l'origine de
cette finale, cf. § 10. Cette diphtongue à premier élément long était
instable. En ionien dès le vi e siècle on trouve -η pour -η ; dans les
inscriptions attiques on trouve à partir du iv e siècle d'une part
(pour 5c) à : δεξιά ; d'autre part (pour -η) ει : βουλει pour βουλή.
Dans les autres-dialectes la finale du datif singulier a également été
altérée. Le lesbien a - â pour -â. Là où les inscriptions dialectales
notent -ai, il est malaisé de déterminer si l'a est long ou bref; il
est bref en béotien où ai est noté -αε, -η (ταε Δαματρι 1. G. VII 1671),
cf. Lejeune, Phonétique grecque. § 216. Cet a bref du béotien ne
résulte pas d'un abrègement phonétique mais de l'analogie du datif
en -οι de la déclinaison thématique (§ 16).
Le locatif qui était de la forme *-âi (cf. lat. Romai, Romae) est
confondu avec le datif : Νεμέα « à Némée ».
§ 33. Nominatif pluriel. - Le nominatif-vocatif pluriel indoeuropéen était en *-âs. Comme en latin où l'on a -ai. puis -ae. cette
désinence a été remplacée par -αι. Cette caractéristique qui semble
avoir servi d'abord pour les pronoms a été étendue aux noms
féminins, par analogie avec -01 au masculin. Elle provient
peut-être aussi d'une ancienne forme de duel qui, à en juger p a r
l'indo-iranien, le balto-slave et l'irlandais devait être une diphtongue
-αι et devenir en grec -αι. Dans le grec homérique les féminins en
-â n'ont aucune forme propre de duel. On peut donc admettre que
χώραι continue pour une p a r t un ancien duel.
§ 34. Accusatif pluriel. — Il présente la finale *-ns attendue :
'σκιανς a abouti phonétiquement à σκιανς avec α bref, conservé
en crétois, d'où en ionien-attique et en dorien σκιάς, δίκας, et en
lesbien σκίαις, δίκαις. Devant consonne -ανς aboutissait à -ας
avec α bref et cette forme a parfois été employée devant voyelle :
τροπάς (Hésiode, Travaux 564), άθρόας ( H y m n e à Hermès 106),
δχνας (Théocrite I, 134), etc.
§ 35. .Génitif pluriel. — Le grec comme l'italique (cf. lat. rosârum,
Ernout § 21) a utilisé une désinence de démonstratif *-sôm jointe
à la voyelle longue du thème, *-â-sôm, cf. skr. démonstratif tasâm,
grec τάων. Cette désinence, après chute du aintervocalique, apparaît
clairement dans hom. χωράων : cette forme qui est constante dans
les tablettes mycéniennes se trouve largement attestée dans Y Iliade
et VOdyssée; elle est connue en béotien : δραχμάων (Collitz-Bechtel
413,4) et dans une partie du thessalien (κοινάουν). En ionien -άων
passait à *-ηων, mais cette forme n'a pas subsisté et l'on ne trouve
que -έων issu de l'abrègement de Γη : cette désinence est attestée
chez Homère où elle est presque toujours monosyllabique, ainsi
dans έφετμέων (A 495, etc.) ; elle s'observe également chez Hérodote
et dans les inscriptions ioniennes. La forme de l'attique et de la
κοινή est -ών, contracté de -έων. D'autres dialectes présentent une
forme contracte en -âv (dorien, thessalien, lesbien, arcadien), conforme aux lois phonétiques de chacun d'eux. Elle est attestée chez
Alcée et Sapho, dans les poèmes doriens de Théocrite. Pindare et
Bacchylide présentent à la fois le génitif dorien -αν et le génitif
homérique -αων.
Remarques I. — La désinence -δων a été employée hors des thèmes en -â
dans quelques formes artificielles de la langue épique : homérique έάων (Ω 528'·,
cf. έύς, κυανεάων au neutre (Hésiode, Bouclier 7), chez Callimaque νησάων de
νήσος.
Π. — La désinence attique -ών, résultant d'une contraction de -έων,
comporte l'accent circonflexe dans tous les mots, quelle que soit la place de
l'accent premi-er : ήμερων de ήμέρα, etc. Le dorien accentue régulièrement -αν ;
mais chez Alcée et Sapho on a irrégulièrement et par analogie : âv. Pour les
adjectifs, voir § 103, Rem. II.
§ 36. Datif pluriel. — Le datif pluriel présente des formes
parallèles à celles de la déclinaison thématique. La désinence -αις
(de "αις) est analogique du datif de la déclinaison thématique -οις
(de -ωις), comme le latin -îs. ,En grec commun le premier élément
de la diphtongue s'est abrégé devant ι suivi de consonne, ce qui

References: l'article 41
 l'article 40
 § 172
 § 174
 § 186
 § 28
 § 248
 §344

§ 1

§ 2
 § 20

§ 4

§ 5
 § 355

§ 6

§ 7

§ 8
 § 76

§ 9

§ 10
 § 60

§ 12
 § 24

§ 13

§ 16
 § 10
 § 23

§ 17
 § 34

§ 20
 § 57

§ 21
 § 163

§ 22
 § 7

§ 23
 § 6

§ 24

§ 25
 § 68
 § 273

§ 26
 § 40
 § 263
 § 220

§ 27
 § 38
 § 39

§ 29
 § 224
 § 39
 § 43

§ 30
 § 39

§ 31

§ 32
 § 10
 § 216

§ 33

§ 34

§ 35
 § 21
 § 103

§ 36