Source: https://frda.stanford.edu/en/catalog/sg325qs6321_00_0124
Timestamp: 2019-10-18 17:30:18+00:00

Document:
French Revolution Digital Archive: Tome 61 : Du 31 mars au 12 avril 1793 - page 118
Tome 61 : Du 31 mars au 12 avril 1793 » Séance du mercredi 3 avril 1793, au matin » page 118
collègues crurent que la mesure que je proposais méritait réflexion avant de la mettre à exécution. Je fus obligé de céder à la majorité. Nous appelâmes Carnot et Lesage-Senault qui avaient été envoyés dans le département du Nord pour hâter le recrutement. Ils vinrent conférer avec nous. J'insistai pour ma mesure de suspension, d'arrestation et de comparution à la barre; elle fut encore rejetée. Il fallait bien cependant prendre une détermination. Mes collègues crurent # qu'il était plus prudent d'écrire à Dumouriez de venir à Lille que d'aller tous les sept le faire arrêter à Tournay, ville dont nous n'étions pas sûrs et dont lui seul disposait.
Yoici notre arrêté (1) :
« Les commissaires de la Convention nationale près les armées de la Belgique, et dans les départements du Nord et du Pas-de Calais réunis, requièrent le général Dumouriez de se rendre aujourd'hui, 29 mars, dans l'après-midi, à Lille, maison du citoyen Mousquet, place du Lion d'or, pour s'expliquer avec eux sur des inculpations graves qui le concernent et dont il lui sera donné communication.
« Le général Dumouriez confiera le commandement de son armée, pendant son absence, à l'officier général à ses ordres qu'il jugera le plus propre à le remplacer.
« Fait à Lille, le 29 mars 1793, l'an II de la République.
« Signé : Delacroix, Gossuin, Merlin (de Douai), Treilhard, Robert, Carnot, Lesage-Senault. »
Tel est l'arrêté qui fut pris à la majorité et contre la proposition que j'avais faite. Nous étions alors convaincu que Dumouriez se rendrait à Lille et nous avions rédigé une série de questions à lui faire qui étaient calquées sur les pièces que 'j'avais entre les mains.
Série des questions à faire au général Dumouriez (2).
29 mars 1793.
Art. 1er. A-t-il dit qu'il s'était rapproché des frontières à cause des insurrections du dedans ?
Art. 2. Que le peuple français est composé de fous, d'enragés, conduits par des brigands, auxquels les assassinats ne coûtent rien; que la Convention était composée de 300 brigands, qui dirigeaient 400 imbéciles?
Art. 3. Que la Convention nationale perdrait tout, si les honnêtes gens ne se rallient pour la faire finir ? Qu'il fallait que les assemblées primaires s'effectuassent, et que l'on renvoyât tous les conventionnels chez eux ?
Art. 4. Qu'il fallait qu'avant trois semaines la Convention fût renvoyée et remplacée par une autre, composée de tous les présidents de district ?
Art. 5. Qu'il fallait une révolution dans la Révolution, pour sauver la France; qu'il se chargerait de la sauver, qu'il y perdrait la tête s'il le fallait; que son parti était pris?
(1) Second rapport des commissaires près l'armée de la Belgique, page 161. Bibliothèque de la Chambre des députés : Collection Portiez (de l'Oise), tome '264, n° 2. ,(2) Ibid., page 152.
Art. 6. Qu'il braverait dix décrets d'accusation, s'il le fallait; qu'il voulait sauver son pays, qui était à deux doigts de sa perte ?
Art. 7. Que s'il était décrété d'accusation, il ne quitterait pas Bruxelles ?
Art. 8. Après avoir parlé de la nécessité d'une révolution dans la Révolution, a-t-il dit qu'il faudrait peut-être reprendre la Constitution de 1790?
Art. 9. Que si la France devait rester avec une Constitution telle qu'elle est, il quitterait le service?
Art. 10. Est-il vrai qu'il a parlé de propositions de paix avec les puissances coalisées contre la République; qu'il a entamé une négociation avec l'Autriche et la Prusse, ou avec leurs généraux?
Art. 11. A-t-il été question de reconnaître l'indépendance de la France, à condition qu'elle renoncerait à ses conquêtes, et que la ci-devant reine et son fils seraient envoyés en Autriche ?
Art. 12. Que lorsqu'il a voulu traiter avec l'Angleterre et la Prusse, il lui a été répondu qu'on traiterait volontiers avec la nation et avec lui; mais qu'on ne traiterait ni avec la Convention ni avec le conseil exécutif, en qui l'on n'avait aucune confiance?
Art. 13. Par qui avait-il été chargé de traiter avec l'Angleterre et la Prusse, et quelles propositions était-il autorisé à leur faire?
Art. 14. A-t-il dit qu'il y avait une guerre à mort entre lui et les Jacobins; qu'il fallait qu'il pérît ou qu'on rasât les Jacobins, et qu'on semât clu sel sur leur emplacement 1
Yoilà la série des questions qui avaient été arrêtées entre vos cinq commissaires et Carnot et Lesage-Senault qui avaient bien voulu se joindre à nous. Nous reçûmes aloi's la réponse de Dumouriez; elle est ainsi conçue :
Le général Dmnouriez aux citoyens commissaires de la Convention nationale (3).
Tournay, le 29 mars, l'an II de là République française.
« Il m'est impossible, citoyens commissaires, de laisser un seul instant l'armée, dans le moment où ma présence seule la retient, où par la défection de la droite et de la gauche j je suis en l'air par l'approche de Clairfait, qui est aujourd'hui à Ath, de l'archiduc Charles, qui est arrivé cette nuit à Mons, et du général Mylins, qui s'avance sur Courtray. Me voilà presque cerné et forcé à un mouve-ment rétrograde, que je suis forcé de diriger moi-même. Si j'allais à Lille, l'armée aurait des craintes, et certainement je n'entrerais dans cette ville qu'avec'des troupes, pour la purger de tous les lâches qui ont fui et qui me calomnient. Envoyez-moi deux ou quatre d'entre vous pour m'interroger sur les imputations graves que l'on met en avant; je répondrai sur tout avec ma véracité connue : mais je vous déclare que je ne peux pas en même temps plaider et eommander; ma tête ne suffirait pas à ces deux genres de guerre.
« Signé : Le général en chef, Dumouriez. »
(1) Second rapport des commissaires près l'armée de la Belgique, page 154.

References: Art. 1

Art. 2

Art. 3

Art. 4

Art. 5

Art. 6

Art. 7

Art. 8

Art. 9

Art. 10

Art. 11

Art. 12

Art. 13

Art. 14