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Timestamp: 2017-10-21 06:33:42+00:00

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L’analyse de la prosodie dans la Grammaire générale de Nicolas Beauzée
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Rythme, Accent, Prosodie, Grammaire générale, Beauzée (N.)
1. La grammaire : entre la science et l’art
2. La prosodie dans la Grammaire générale
2.1. La prosodie : une notion vague
2.2. La prosodie et l’aspiration
2.3. La prosodie et l’accent
2.3.3. Le troisième type d’accent, l’accent musical :
2.3.4. L’accent national, quant à lui :
2.4. La prosodie et la quantité
3. Naissance de la prosodie moderne
1Cet article s’intéresse au discours sur la prosodie dans la Grammaire générale ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires du langage pour servir de fondement à l’étude de toutes les langues par Nicolas Beauzée (Paris, Barbou, 1767). Après avoir rappelé les principes généraux qui ont guidé Beauzée dans son ouvrage (§ 1), je m’attacherai à montrer comment ils l’ont conduit à proposer une analyse des phénomènes prosodiques qui se démarquait des représentations communément admises à l’époque (§ 2), et comment il a ainsi ouvert la voie à une théorie moderne du rythme (§ 3).
2Commençons par rappeler succinctement le projet de Beauzée, tel qu’il le définit lui-même dans sa Préface. Se plaçant dans la lignée de Port-Royal, l’auteur considère que la pensée est une activité cognitive indépendante de la langue, tout en admettant que la langue est l’un des modes d’expression favoris de la pensée. Dans cette perspective, l’objet de la « grammaire » est l’étude des modalités qui permettent « l’énonciation de la pensée par le secours de la parole prononcée ou écrite » (1767 : ix)1.
3Mais la grammaire, ainsi entendue, ne repose pas sur un ensemble de procédures homogènes, dont il suffirait de dresser l’inventaire. Les langues obéissent en fait à deux « sortes de principes » bien distincts. « Les uns sont d’une vérité immuable et d’un usage universel » car « ils tiennent à la nature de la pensée même » (id. : ix). « Les autres n’ont qu’une vérité hypothétique et dépendante des conventions fortuites, arbitraires et muables, qui ont donné naissance aux différents idiomes » (id. : x). Les principes communs à toutes les langues, du fait même de leur universalité, ne peuvent que refléter les procédures cognitives propres à la pensée, puisqu’elle est elle-même universellement partagée entre les hommes. En revanche, les spécificités linguistiques d’une langue ou d’un groupe de langues ne sauraient reposer que sur des usages historiquement déterminés, qui ne reflètent pas la pensée humaine en tant que telle. Beauzée distingue ainsi deux types de grammaires, la « grammaire générale » et la « grammaire particulière ». Seule la grammaire générale est susceptible de constituer une véritable « science », puisqu’elle a pour objet, comme toute science exacte, la détermination de principes immuables, valables pour toutes les langues du monde, de tout temps et en tout lieu. La grammaire particulière, en revanche, s’appuie sur des conventions changeantes d’une langue à l’autre, et constitue le contraire même d’une science, à savoir : un « art ».
4Cette opposition entre science et art est corrélée avec l’opposition entre nature et culture, largement débattue à l’époque. S’inscrivant dans une perspective prédominante pour son temps (voir Gouvard 2001 : 67-74 ; 2002 : 66-79), Beauzée estime, d’une part, que les premiers hommes n’étaient pas doués de la faculté de langage, et, d’autre part, qu’ils avaient tous les mêmes capacités cognitives, puisque celles-ci sont attachées à la nature même de l’homme. Il découle de ces postulats que l’apparition de la pensée a précédé l’apparition des langues. Par conséquent, « la science grammaticale est antérieure à toutes les langues » et « vient de la nature » (1767 : x). En revanche, les usages linguistiques propres à une langue donnée, qui ont été acceptés conventionnellement par les locuteurs, résultent pour leur part de « l’observation des langues ». Ainsi, contrairement à la grammaire générale, « l’art grammatical est postérieur aux langues » (id. : xi), et il relève de la culture et non pas de la nature.
5Examinons maintenant comment ces principes influencent les pratiques de l’auteur et, plus spécifiquement, sa conception de la prosodie.
6Dans le Livre I de sa Grammaire générale, consacré aux Eléments de la parole, Beauzée étudie successivement les « voix » - c'est-à-dire les voyelles - (chapitre I), l’hiatus (chapitre II), les consonnes (chapitre III), la syllabe (chapitre VI), la quantité (chapitre V), l’accent (chapitre VI), puis, enfin, ce qu’il appelle la prosodie (chapitre VII). Dans cette section, il développe sa pensée en s’opposant le plus souvent aux propositions avancées par l’abbé d’Olivet dans son Traité de prosodie française. Deux raisons, au moins, expliquent ce choix.
7Tout d’abord, le traité rédigé par d’Olivet fait figure d’ouvrage de référence sur le sujet (voir Thieme 1916 : 232). Publié pour la première fois en 1736, il fut réédité en 1753, 1755 et en 1767, l’année même de la parution de la Grammaire générale de Beauzée2. Son succès perdurera jusque dans la première moitié du 19e siècle, où l’on ne compte pas moins de quatre rééditions, en 1804, 1810, 1817 et 1824.
8Ensuite, Beauzée ne pouvait manquer de s’opposer à son prédécesseur, dans la mesure où d’Olivet n’a pour objet que la prosodie du français, et n’a pas l’ambition de rédiger, comme lui, une grammaire générale des langues. L’abbé, de ce point de vue, illustre une démarche beaucoup plus traditionnelle que celle suivie par le grammairien, et ce n’est pas un hasard si Beauzée, dans son ouvrage, se plaît à le dénommer par l’antonomase « le prosodiste français », où le choix de l’adjectif épithète n’a rien d’anodin mais constitue, en soi, une critique.
9Dans le chapitre qu’il consacre à la prosodie, Beauzée commence par souligner qu’il n’existe pas d’approche consensuelle de la question dans les ouvrages qui traitent du phénomène chez les auteurs antiques :
J’ai ouvert bien des livres qui traitent de la prosodie des Grecs et des Latins, prosodie, quelque étendue que l’on donne à la signification de ce mot, beaucoup plus marquée que la nôtre : et j’ai vu que les uns ne font point entrer dans leur système prosodique ce qui concerne l’accent ; que les autres ajoutent à la quantité des syllabes les notions des différents pieds qui peuvent en résulter, et la théorie du mécanisme des vers métriques ou déterminés par le nombre et le choix des pieds ; j’en rencontre d’autres qui y font entrer la mesure des pauses qui doivent distinguer entre elles les différentes parties d’un discours, ce qui se marque dans l’écriture par la ponctuation (Beauzée 1767 : 158).
10La référence aux Grecs et aux Latins est de règle pour l’époque, mais elle servait en général à étayer une argumentation, les procédures observables chez les Anciens servant soit de calque pour la description de phénomènes contemporains3, soit de repoussoir, afin de montrer les différences entre le français et les langues grecque et latine4. Mais, ici, l’auteur se place dans une tout autre démarche. Son propos ne se focalise pas sur la prosodie des Anciens en tant que telle, mais sur l’analyse qui en est faite par ses contemporains, et dont il se plaît à souligner la diversité, afin de montrer que ces travaux s’invalident les uns les autres, à cause de leurs divergences mêmes.
11Il en vient ainsi à avancer, d’une part, que « la véritable notion que l’on doit entendre par le terme de prosodie n’est pas encore trop décidée » (id. : 159), et, d’autre part, à formuler une définition générale de la notion qui est en rupture avec ses prédécesseurs : pour lui, la prosodie est « l’art d’adapter, aux différents sens qu’on exprime, la modulation propre de la langue que l’on parle » (id. : 163). Ce qu’il rendra aussi par une métaphore musicale : « la prosodie est à l’égard de la voix parlante ce qu’est la musique à l’égard de la voix chantante » (id. : 161 ; voir la note 12).
12Dans les paragraphes qui suivent, nous nous attacherons à montrer en quoi cette définition est novatrice, et quelles en sont les conséquences pour la représentation même de la notion de prosodie.
13Dans un premier temps, nous exposerons la conception de la prosodie développée dans le Traité de d’Olivet, tout en présentant en contrepoint les critiques formulées par Beauzée.
14D’Olivet détermine la prosodie dans ces termes :
Par ce mot de prosodie5, on entend la manière de prononcer chaque syllabe régulièrement, c'est-à-dire, suivant ce qu’exige chaque syllabe prise à part, et considérée dans ses trois propriétés, qui sont l’accent, l’aspiration et la quantité (d’Olivet 1810 : 3).
15Cette définition de la prosodie française, qui repose sur trois notions, l’accent, l’aspiration et la quantité, auxquelles Beauzée a consacré les chapitres II à IV de son propre traité, ne satisfait pas le grammairien, et ce, pour plusieurs raisons.
16Tout d’abord, Beauzée estime que l’aspiration n’est pas un critère pertinent pour l’analyse prosodique. D’Olivet, dans son Traité, justifiait comme suit la prise en compte de ce critère :
Toute syllabe (…) est prononcée avec douceur ou avec rudesse, sans que cette douceur ni cette rudesse aient rapport à l’élévation ou à l’abaissement de la voix ; et c’est là ce que l’on nomme aspiration (d’Olivet id. : 4).
17Dans sa Grammaire, Beauzée cite le passage du « prosodiste français » reproduit ci-dessus, puis l’explicite en ces termes :
Il regarde cette douceur et cette rudesse comme des variétés prosodiques, propres à nous garantir de l’ennuyeux fléau de la monotonie, et conséquemment comme appartenant à la prosodie avec autant de fondement que l’accent et la quantité, qui sont destinés à la même fin (1767 : 155).
18Or, une telle position, pour lui, n’est pas acceptable. Dans l’article II, intitulé De l’aspiration, de son chapitre III, Des articulations et des lettres consonnes, le grammairien avait défini la notion de la manière suivante :
L’aspiration aspirée est celle qui naît de l’affluence extraordinaire et accélérée de l’air qui sort des poumons, et qui donne aux voix, à la sortie de la trachée-artère, une explosion telle que celle que nous entendons à la tête des mots hameau, héros, hibou, honte, houssine, hupé, heurter, etc. (id. : 59).
19En terme moderne, le terme « aspiration » désigne le coup de glotte, noté le plus souvent //, qui est réalisé sous certaines conditions devant la première voyelle des mots jonctifs présentant à l’écrit un « h » dit « aspiré » (sur le sujet, consulter de Cornulier 1981). Il découle de ce qui précède que :
L’aspiration n’est qu’une manière particulière de prononcer les voix avec explosion ; en conséquence elle est une véritable articulation, comme toutes les autres qui s’opèrent par le mouvement subit et instantané des lèvres ou de la langue ; et (…) enfin la lettre H, qui est le signe de l’aspiration, doit être mise au rang des consonnes, comme les lettres qui représentent les articulations labiales et les articulations linguales (id. : 155).
20« L’aspiration aspirée » étant une articulation consonantique parmi d’autres, elle ne saurait être l’un des éléments constitutifs de la prosodie. En effet, le fait d’articuler en lui-même ne doit pas être confondu avec l’expressivité de la parole, que la prosodie est censée prendre en charge. Si tel était le cas, tous les sons de la langue seraient des constituants prosodiques, rien ne permettant de favoriser le « h » aspiré relativement aux autres phonèmes. Quant à l’argument avancé par d’Olivet, qui porte sur la douceur et la rudesse supposées du phénomène, il ne résiste pas à l’examen, ainsi que le souligne Beauzée. Pour ce faire, il s’appuie sur l’autorité de du Marsais, lequel avait déjà fait observer que l’aspiration n’avait aucun lien privilégié avec une manière de prononcer rude ou douce :
Aspiration est autre chose que douceur et rudesse ; l’aspiration est une sorte de modification de la voix, ajoutée au mouvement des organes de la parole. On peut parler avec douceur ou avec rudesse sans aspiration (Du Marsais, note marginale dans d’Olivet 1810 : 4).
21Les représentations en jeu étant éclaircies, on comprend bien pourquoi l’aspiration ne saurait contribuer à la prosodie de la langue telle que Beauzée l’a définie (voir § 2.1). L’étude de l’articulation, dont relève l’aspiration, vise à déterminer quels procédés mécaniques permettent de prononcer les sons, tandis que la prosodie s’intéresse aux inflexions propres au sujet parlant. Or, quelle que soit la pensée exprimée par la proposition, les procédés articulatoires restent identiques, puisqu’ils relèvent de contraintes d’ordre physiologique. L’aspiration ne peut donc permettre de moduler la langue que l’on parle en fonction de la modalité que l’on souhaite exprimer.
22Si Beauzée avait des raisons de refuser de considérer qu’une consonne puisse être un constituant prosodique, il ne pouvait dénier ce rôle à l’accent. Ainsi, après avoir écarté l’aspiration du champ de la prosodie, reconnaît-il que :
l’accent est du ressort de la prosodie, puisque c’est une espèce de chant ajouté à la voix, et que la prosodie est l’art de diriger tout ce qui rend la voix chantante (1767 : 160)
23Encore faut-il préciser ce que le grammairien entend par le terme « accent ».
24En tête de son chapitre VI, intitulé De l’accent des syllabes, Beauzée commence par rappeler le flou qui entoure la signification de ce mot, dans lequel il voit un :
terme général et employé dans des sens quelquefois assez différents les uns des autres, à cause de la différence des idées accessoires qu’on y attache selon l’occurrence (id. : 134).
25Afin de clarifier les choses, il reprend la typologie exposée par d’Olivet dans son Traité, laquelle était usuelle à l’époque. Il distingue ainsi entre cinq accents différents : l’accent prosodique, l’accent oratoire, l’accent musical, l’accent national et l’accent imprimé.
26Nous commencerons par rappeler à quels phénomènes renvoient ces expressions (§ 2.3.1 à 2.3.5), puis nous verrons lesquels de ces accents sont pertinents pour l’analyse de la prosodie (§ 2.3.6).
272.3.1. L’accent prosodique est défini comme une »inflexion de voix qui sert ou à élever le ton, ou à le baisser, ou à l’élever d’abord et le baisser ensuite sur la même syllabe » (id. : 134-135), et Beauzée dénomme ses inflexions respectivement « accent aigu », « accent grave » et « accent circonflexe ». Il donne comme exemple d’accent aigu6 la voyelle « o » dans cote, défini comme « une espèce de jupe7«, et comme exemple d’accent grave la voyelle « o » dans côte, défini comme « une espèce d’os ». En termes modernes, l’opposition entre les deux accents correspond aux deux voyelles médianes que sont, respectivement, le « o » d’arrière, ou //, et le « o » d’avant, ou /o/. Pour l’accent circonflexe, Beauzée signale qu’il n’existe pas en français, et mentionne le grec, mais sans citer d’exemple8.
282.3.2. L’accent oratoire « modifie toute la substance du discours relativement au sens et aux différentes passions » (id. : 140). Les notions dénommées par les expressions « accent prosodique » et « accent oratoire » chez Beauzée se distinguent donc, avant tout, par la dimension du segment discursif visé. L’accent prosodique concerne la tonalité des « syllabes » - et affecte, de fait, essentiellement les noyaux vocaliques, comme le montrent les exemples donnés -, tandis que l’accent oratoire porte sur l’intonation de groupes qui sont assimilés à la phrase. Une même distinction avait déjà été opérée par Du Marsais, dans l’article « Accent » qu’il rédigea pour l’Encyclopédie de d’Alembert et de Diderot, en 1751 :
les syllabes sont élevées et baissées selon l’accent prosodique ou tonique, indépendamment de l’accent pathétique, c'est-à-dire du ton que la passion et le sentiment font donner à toute la phrase (Du Marsais 1751 : 64).
29On notera au passage que, d’un point de vue historique, Du Marsais est le premier à avoir proposé le terme « accent tonique » comme substitue d’accent prosodique, et qu’il dénomme l’accent oratoire « accent pathétique », qu’il estime plus motivé sémantiquement, par référence au grec pathêtikos, « qui est relatif à la passion ».
30Mais la différence entre l’accent prosodique et l’accent oratoire n’est pas seulement affaire d’extension. Beauzée fait observer que, par définition, l’accent prosodique est conventionnel, dans la mesure où il n’est pas motivé par la pensée qu’exprime le mot et, plus largement, la phrase, où il apparaît. Quelles que soient les modalités énonciatives, cote et côte recevront toujours, respectivement, un accent dit « aigu » et un accent dit « grave » (ou, pour le dire autrement, un « o » ouvert et un « o » fermé). En revanche, l’accent qu’il appelle « oratoire », et que Du Marsais qualifie de « pathétique », contribue à mieux signifier la pensée exprimée par le locuteur :
l’accent prosodique tient plus de l’arbitraire, au moins dans le choix des syllabes que l’on élève ou qu’on abaisse, au lieu que l’accent oratoire, inspiré partout par la nature, dépend uniquement de l’espèce et du degré des passions qui animent celui qui parle (Beauzée 1767 : 142).
31L’accent prosodique relève donc de la grammaire particulière du français, tandis que l’accent oratoire relève de la grammaire générale, vu qu’il reflète la pensée et non un état conventionnel de la langue française (voir § 1).
baisse ou élève le ton par des intervalles certains et déterminés d’une manière précise ; au lieu que l’accent prosodique n’admet que des variations inappréciables quoique très sensibles » (id. : 143).
32Sur le sujet, Beauzée, une fois n’est pas coutume, renvoie à d’Olivet, qui écrivait dans son Traité que l’accent prosodique est « sensible sans être appréciable », tandis que l’accent musical est « sensible et appréciable avec justesse », avant de donner cet exemple :
on peut envoyer un opéra en Canada, et il sera chanté à Québec, note pour note, sur le même ton qu’à Paris : mais on ne saurait envoyer une phrase de conversation à Montpellier ou à Bordeaux, et faire qu’elle y soit prononcée, syllabe pour syllabe, comme à la Cour (d’Olivet 1810 : 30).
33L’accent musical n’est donc pas linguistique à proprement parler, mais concerne le chant, et le fait de produire des syllabes à telle ou telle hauteur, relativement aux conventions musicales en usage.
ne comprend pas seulement ce qui concerne l’élévation ou l’abaissement du ton ; il comprend encore tout ce qui peut avoir rapport à la prononciation en général, comme la quantité et toutes les autres modifications dont la voix peut-être susceptible (Beauzée 1767 : 146).
34L’expression « accent national » vise donc, en termes modernes, les variations phonologiques dialectales.
35Pour mieux asseoir son propos, Beauzée cite cette fois-ci un passage de l’article « Accent » de l’Encyclopédie, rédigé par Du Marsais :
Pour bien parler une langue vivante, il faudrait avoir le même accent, la même inflexion de voix qu’ont les honnêtes gens de la capitale : ainsi quand on dit que pour bien parler français ; il ne faut point avoir d’accent ; on veut dire qu’il ne faut avoir ni l’accent gascon, ni l’accent picard, ni aucun autre accent qui n’est pas celui des honnêtes gens de la capitale (Du Marsais 1751, cité par Beauzée 1767 : 146-147).
36Cette position est pleinement approuvée par Beauzée, qui conclut par ces mots : « il ne reste donc, pour bien parler, que d’adopter l’Accent de la partie de la nation dont l’autorité constate le meilleur usage » (id. : 147). On notera au passage que le modèle de référence choisi, c'est-à-dire le français de la classe parisienne dominante, n’a rien d’original et correspond en fait à une attitude dont Yves-Charles Morin (2000) a montré qu’elle était extrêmement fréquente chez les auteurs qui se sont intéressés, pendant toute la période moderne, à la prononciation du français : quelles que soient leurs origines, et plus encore s’ils sont provinciaux, les auteurs décrivent en général le français de l’Ile-de-France, tel que le parle la noblesse et/ou la grande bourgeoisie9.
372.3.5. Le cinquième et dernier type d’accent est l’accent imprimé. Beauzée commence cependant par récuser cette dénomination, bien qu’elle soit usuelle : « j’aimerais mieux (le) nommer l’accent écrit ou figuré, parce que ces définitions sont plus générales et par là même plus vraies » (id. : 148). En effet, l’adjectif « imprimé » suppose que l’écriture soit médiatisée par le biais de l’imprimerie, alors que la réalité recouverte par cette dernière catégorie accentuelle englobe aussi l’écriture cursive.
38Puis il définit la notion en ces termes :
Comme l’accent figuré était destiné à indiquer au lecteur les variations de l’accent prosodique, et que celui-ci se réduit à trois tons, savoir l’aigu, le grave et le circonflexe ; l’accent figuré comprend de même trois signes (id. : 149).
39Toutefois, l’auteur s’empresse de signaler que cet accent écrit n’est pas toujours coïncidant avec l’accent prosodique : « nous ne prenons pas garde de fort près à l’accent prosodique dans les emplois que nous faisons du figuré » (id. :150). Il en offre deux exemples, qui correspondent selon lui aux deux déviations les plus fréquentes. La première consiste à marquer un accent écrit qui ne correspond pas à l’accent prosodique effectivement réalisé. Beauzée donne comme illustration il tète, où un accent figuré grave marque une voyelle que, pour sa part, il prononce avec ce qu’il appelle un accent aigu, soit /iltet/ et non */iltεt/10 ; et la tête, où apparaît un accent écrit circonflexe, alors que l’accent prosodique est grave11. La seconde déviation réside en ce que « l’accent grave ne sert que pour différencier certains mots qui s’écrivent d’ailleurs et se prononcent de la même manière » (id. : 150), comme les homophones « ou » et « où », « a » et « à », « la » et « là ».
402.3.6. Nous sommes maintenant en mesure d’expliciter quelles réalités recouvre le terme « accent », lorsque Beauzée, suite à d’Olivet, admet que l’accent est l’un des constituants de la prosodie du français. Pour le grammairien, ni l’accent musical, ni l’accent national, ni l’accent imprimé n’ont à voir avec la prosodie du français. En revanche, à partir du moment où la prosodie a été définie comme « l’art d’adapter, aux différents sens qu’on exprime, la modulation propre de la langue que l’on parle » (id. : 163 ; déjà cité § 2.1), il lui paraît logique d’inclure dans le champ de la prosodie, à côté de l’accent dit « prosodique », l’accent oratoire tel que défini au § 2.3.2 :
l’accent oratoire ajoute à la voix parlante une sorte de mélodie qui dépend absolument des différents sens exprimés par le discours et des divers sentiments que l’on veut exciter dans l’âme ; mais il est par là même du ressort de la prosodie, aussi bien que l’accent auquel on a donné la dénomination exclusive d’accent prosodique (id. : 163).
41Le français a donc, selon Beauzée, deux accents prosodiques, l’un, l’accent prosodique proprement dit, qui porte sur la tonalité des syllabes (voir § 2.3.1), et l’autre, l’accent oratoire, qui porte sur l’intonation des « phrases ». Il va de soi que nous rencontrons là un problème de terminologie, puisque l’adjectif « prosodique » est employé d’une part dans un sens générique, et d’autre part dans un sens spécifique. Beauzée propose de résoudre la question en ces termes :
on pourrait (…) dire, par exemple, qu’il y deux sortes d’accents prosodiques, savoir l’accent tonique et l’accent oratoire, distingués entre eux de manière que l’accent tonique des mêmes mots demeure invariable au milieu de toutes les variétés de l’accent oratoire, parce que dans le même mot chaque syllabe conserve la même relation mécanique avec les autres syllabes, au lieu que le même mot dans différentes phrases ne conserve pas la même relation analytique avec les autres mots de ces phrases (id. : 163).
42Comme je l’ai déjà signalé (voir § 2.3.2), le terme « accent tonique » connaît ici l’un de ses premiers emplois, du moins avec cette signification, et pour ce qui est de son application au français. Beauzée cite toutefois explicitement du Marsais comme en étant l’inventeur.
43Afin d’être en mesure d’estimer à sa juste valeur l’apport de Beauzée, il nous reste à étudier la position qu’il adopte relativement au troisième et dernier élément constitutif, selon d’Olivet, de la prosodie du français, à savoir la quantité.
44Comme pour l’accent, le grammairien ne doute pas que la quantité concourt à la prosodie de la langue :
l’accent n’est pas la seule chose qui, dans la voix, tienne de la nature du chant ; il est certain que la quantité est dans le même cas : l’accent, dans la prosodie, répond aux différents tons de la musique ; et la quantité, qui décide les syllabes longues et plus longues, brèves et plus brèves, répond à la valeur des notes, caractérisée dans la musique par les rondes, les blanches, les noires, les croches, les doubles croches, etc.12 (id. : 161).
45Dans son chapitre V, intitulé De la quantité des syllabes, il avait défini la notion comme suit : « Par quantité, l’on entend, en grammaire, la mesure de la durée de la voix sensible qui constitue chaque syllabe de chaque mot » (id. : 115). Il avait toutefois insisté sur le fait que l’on n’identifie pas une voyelle comme étant longue ou brève par une mesure intrinsèque de sa durée, mais uniquement par différence avec au moins une autre voyelle située à proximité :
La quantité des voix dans chaque syllabe ne consiste (…) point dans un rapport déterminé de la durée de la voix à quelqu’une des parties du temps que nous assignons par nos montres, à une minute, par exemple, à une seconde, etc. Elle consiste dans une proportion invariable entre les voix, laquelle peut être caractérisée par des nombres ; en sorte qu’une syllabe n’est longue ou brève dans un mot, que par relation à une autre syllabe qui n’a pas la même quantité (id. : 116).
46La quantité est donc, d’une part, un phénomène relatif, en ceci qu’il résulte de la perception d’une proportion entre deux ordres de grandeur, mais aussi constant, en ceci que la différence de durée entre les deux ordres de grandeur sera toujours sentie comme telle, et dans le même rapport : une voyelle perçue comme longue par différence avec une brève sera toujours longue, et non pas parfois brève, parfois longue, relativement à cette même autre voyelle.
472.4.1. Cependant, cette définition générale ne suffit pas à Beauzée, qui poursuit son étude en distinguant entre deux types de quantité, la quantité physique et la quantité artificielle. Commençons par examiner la première catégorie :
La quantité physique ou naturelle est la juste mesure de la durée de la voix dans chaque syllabe de chaque mot, que nous prononçons conformément aux lois du mécanisme de la parole ou de l’usage national (id. : 120).
48La distinction opérée ici entre le mécanisme de la parole et l’usage national n’est guère opératoire dans la suite de la Grammaire. L’auteur précise pourtant que :
Une syllabe d’un mot est longue ou brève par le mécanisme, quand la voix sensible qui la constitue dépend de quelque mouvement organique que le mécanisme naturel doit exécuter avec lenteur ou avec célérité, selon les lois physiques qui le dirigent (id. : 123).
49Et il donne comme exemple le fait que, lorsqu’il y a deux voyelles consécutives dans un même mot, « l’une des deux est brève, et surtout la première », ou encore le fait que « toute diphtongue est longue » (id. : 123). Puis il définit la quantité physique due à « l’usage national » comme suit :
Une syllabe d’un mot est longue ou brève par l’usage seulement, lorsque, dans la voix sensible qui la constitue, le mécanisme de la prononciation n’exige ni longueur ni brièveté (id. : 129),
50sans donner aucun exemple. Or, cette deuxième définition ne dit rien d’autre que quelque chose comme : lorsqu’il n’existe pas de règle articulatoire évidente pour expliquer qu’une voyelle est longue ou brève, elle est longue ou brève par habitude. Elle n’est en somme qu’un pis aller, comme l’explicite l’emploi de l’adverbe « seulement » dans la construction attributive de la dernière citation, et elle vise à rendre compte des configurations où l’auteur entend une brève ou une longue, mais sans pour autant être à même de dégager une règle formelle pour expliciter la qualité vocalique de la voyelle.
51On peut donc considérer que la « quantité physique ou naturelle » des syllabes forme une catégorie homogène, et nous négligerons ici la distinction interne susmentionnée. Notons aussi que l’adjectif « naturelle » n’a pas dans cette citation la signification bien particulière qu’on a pu lui donner dans le cadre des concepts propres à la grammaire générale (voir § 1). Dans l’expression « quantité naturelle », l’épithète rend seulement compte de l’idée que la quantité vocalique est consécutive à des contraintes linguistiques spécifiques, d’ordre phonologique.
522.4.2. La notion de « quantité physique ou naturelle » se révèle surtout opératoire par rapport à la deuxième catégorie distinguée par Beauzée, la « quantité artificielle » :
La quantité artificielle est l’appréciation conventionnelle de la durée de la voix dans chaque syllabe de chaque mot, relativement au mécanisme artificiel de la versification métrique et du rythme oratoire (id. : 122).
53L’auteur établit ainsi une nette distinction entre la quantité dans la langue et la quantité telle qu’elle est envisagée dans le cadre conventionnel des systèmes de versification et des procédures rhétoriques, la notion de « rythme oratoire » renvoyant bien entendu à la prose nombreuse de l’orateur, la numerosa prosa cicéronienne, bien connue des traités sur le sujet (voir Meerhoff 1986 ; Leonardi et Menesto 1991 ; Fumaroli 1994 ; et, pour une synthèse, Gouvard 2001 : 21-65). Ce second type quantitatif est qualifié d’artificiel non seulement parce qu’il repose sur des conventions culturelles, mais aussi parce qu’il réduit les oppositions vocaliques à deux valeurs, alors qu’il existe dans la langue plusieurs paliers :
S’il avait fallu tenir un compte rigoureux de tous les degrés sensibles ou même appréciables de quantité, dans la versification métrique ou dans les combinaisons harmoniques du rythme oratoire : les difficultés de l’art, excessives ou même insurmontables, l’auraient fait abandonner avec justice (…). Il a donc fallu que l’art vint mettre la nature à notre portée, en réduisant à la simple distinction de longues et de brèves, toutes les syllabes qui composent nos mots. Ainsi la quantité artificielle regarde indistinctement comme longues toutes les syllabes longues, et comme brèves, toutes les syllabes brèves ; quoique les unes soient plus ou moins longues, et les autres plus ou moins brèves. Cette manière d’envisager la durée des voix sensibles n’est point contraire à la manière dont l’organe les produit ; elle lui est seulement inférieure en précision, parce que plus de précision serait inutile ou même nuisible à l’art (id. : 122-123).
54Cette réduction des oppositions quantitatives est usuelle dans les systèmes métriques. Elle se rencontre dans les versifications quantitatives, mais aussi accentuelles. Ainsi, alors qu’il existe dans beaucoup de langues des voyelles plus ou moins accentuées, et au moins trois paliers distincts (atone, accent secondaire, accent primaire), la métrique tend à réduire les choses à une simple opposition entre voyelle atone et voyelle tonique (sur ce point, voir Dominicy 1992).
55Dans la perspective de Beauzée, la quantité artificielle est donc un système moins précis que celui de la quantité naturelle, mais qui lui demeure congruent. La seule différence est que les voyelles ultra-brèves et brèves sont toutes assimilées au statut de brèves, et les longues et ultra-longues au statut de longues. L’auteur distingue ainsi entre deux types d’appréciation des phénomènes, selon que l’on s’intéresse à la quantité de la langue parlée ou à celle de la langue des vers13. La quantité physique ou naturelle s’applique à la première, la quantité artificielle à la seconde.
56Dans les paragraphes qui précèdent, nous avons vu quelles sont les corrections successives apportées par Beauzée aux propositions avancées par d’Olivet dans son Traité. Après avoir refusé de reconnaître à l’aspiration le statut de constituant prosodique, puisqu’elle n’est qu’un phonème consonantique parmi d’autres (§ 2.2), Beauzée a cherché à préciser ce qu’il fallait entendre lorsque l’on avançait que l’accent et la quantité étaient les deux facteurs constitutifs de la prosodie.
57En matière d’accent, sa principale innovation est d’avoir circonscrit la dimension accentuelle de la prosodie à l’accent tonique et à l’accent oratoire, tout en les opposant l’un par rapport à l’autre sur la base de critères issus de la grammaire générale. Ce faisant, Beauzée apparaît comme le premier auteur à dessiner aussi nettement, dans le champ de la discipline, une distinction entre une accentuation de type mécanique (et, au demeurant, conventionnelle) et une accentuation liée à l’expression de la pensée (et, par définition, plus « naturelle »),
58distinction dont on sait fort bien qu’elle sera au cœur des débats sans cesse renouvelés sur la question du « rythme », et ce, jusqu’à nos jours.
59En ce qui concerne la quantité, nous retrouvons la même articulation, entre un versant plutôt naturel (la quantité dans la langue, ou « quantité physique ») et un versant plutôt conventionnel (la quantité dans la langue des vers, ou « quantité artificielle »). Là encore, une ligne de partage nouvelle tant à s’élaborer entre un phénomène récurrent et prévisible, la scansion métrique, et un phénomène beaucoup plus nuancé, même s’il repose sur une « mécanique », à savoir les nombreuses oppositions quantitatives effectivement perceptibles à l’oral.
60Ces résultats suffiraient à établir l’originalité de la pensée de Beauzée. Mais l’auteur de la Grammaire générale va plus loin dans sa réflexion. Après avoir déterminé les constituants prosodiques comme nous l’avons rappelé ci-dessus, il poursuit dans ces termes :
(la prosodie) ne doit pas seulement donner la connaissance des accents et fixer les degrés de la quantité des syllabes : elle embrasse encore naturellement tout ce qui peut résulter de la combinaison bien entendue de ces premiers éléments (id. : 162).
61Et il énumère ensuite les phénomènes prosodiques concernés :
les pieds et leur différents mélanges, tant par rapport aux vers métriques dans les langues dont le génie s’est prêté à cette sorte de mélodie, que par rapport au rythme soit de la prose en général, soit de la poésie des vers rimés ; les rimes elles-mêmes, les lois ou naturelles ou usuelles qu’elles doivent suivre, l’étendue des parties du discours qu’elles doivent terminer et caractériser ; la proportion des pauses que les besoins de l’organe et la distinction des sens exigent dans l’énonciation des pensées : tout cela est de la juridiction de la prosodie (id. : 162).
62Ce faisant, il se démarque définitivement de d’Olivet, auquel il ne reproche pas seulement son manque de précision dans la caractérisation de l’accent et de la quantité, mais aussi le fait de ne pas avoir intégré à son système les éléments susmentionnés, lesquels ont pourtant une assise accentuelle et/ou quantitative :
rien de tout cela n’est compris ni explicitement ni implicitement dans la définition donnée par M. l’abbé d’Olivet. On ne peut la regarder que comme la notion de la prosodie particulière des mots, abstraction faite de l’emploi que l’on peut en faire dans les propositions (id. : 164).
63Comme le montre cette dernière citation, Beauzée en vient donc à définir deux types de prosodies. Celle pratiquée par d’Olivet et les « prosodistes français », relève de ce qu’il appelle la « prosodie particulière des mots » :
La prosodie des mots est l’art de prononcer chaque syllabe de chaque mot avec l’accent tonique et le degré de quantité qui lui conviennent, ou à cause du mécanisme de la parole ou en vertu de l’usage de la langue que l’on parle (id. : 165).
64Or le grammairien généraliste ne saurait s’arrêter aux mots puisque, suivant une conception usuelle à l’époque, c’est la proposition dans son ensemble qui véhicule la pensée du sujet. Il convient, pour atteindre à une description « générale » de la langue, de s’intéresser aux procédures qui portent sur l’ensemble de la phrase, telles qu’énumérées ci-dessus. Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra définir la « prosodie en général » (id. : 163) comme « l’art d’adapter, aux différents sens qu’on exprime, la modulation propre de la langue que l’on parle » (déjà cité au § 2.1).
65On voit comment le projet même d’une grammaire générale devait nécessairement conduire Beauzée à une conception nouvelle de la prosodie, qui fait la part belle au sujet, et à l’inscription linguistique du sujet dans le discours. Ce faisant, il apparaît comme le premier grammairien à avoir inscrit au cœur de sa démarche une telle préoccupation, transposant ainsi dans le domaine des études linguistiques un thème qui commençait d’apparaître dans certains ouvrages de versification, comme, par exemple, dans les Raisonnements hasardés sur la poésie de De Longue (Paris, 1737), les Réflexions critiques sur les règles de la versification française de Boindin (Paris, Prault fils, 1753), ou encore les Réflexions critiques sur la Poésie et la peinture de Du Bos (Paris, Pissot, 1755). C’est à mieux comprendre les interactions entre le discours sur le vers et le discours sur la langue pendant cette période que nous souhaiterions nous consacrer à l’avenir.14
Beauzée Nicolas [1767] : Grammaire générale ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires du langage pour servir de fondement à l’étude de toutes les langues, Paris, Barbou, 1767.
D’Olivet, abbé, [1810] : Traité de prosodie française, nouvelle édition, augmentée des Notes de Du Marsais, et suivie du Traité de la ponctuation par Beauzée, Paris, Bruno - Labbe.
Du Marsais, article « Accent », dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, volume I, Paris, Briasson -David - Le Breton - Durand [1751].
Auroux Sylvain (éd.) [1989] : La Naissance des métalangages / Histoire des idées linguistiques, tome I, Sprimont, Mardaga.
Auroux Sylvain [1992] : Le Développement de la grammaire comparée / Histoire des idées linguistiques, tome II, Sprimont, Mardaga.
Cornulier Benoît de, [1981] : « H-aspirée et la syllabation. Expressions disjonctives », dans Phonology in the 80ies, édité par D. Goyvaerts, Gand, Story-Scientia, 183-230.
Dominicy Marc [1984] : La Naissance de la grammaire moderne, Bruxelles, Mardaga.
Dominicy Marc [1992] : « Phonétique, phonologie et art verbal », Actes des XIXemes journées d’Etude sur la Parole, Université Libre de Bruxelles, 31-35.
Dominicy Marc et Nasta Mihai [1993] : « Métrique accentuelle et métrique quantitative », Langue française, n°99, Paris, Larousse, 75-96.
Gouvard Jean-Michel [1996] : »Le vers français : de la syllabe à l’accent », Poétique, n°106, 223-247.
Gouvard Jean-Michel [2000a] : Critique du vers, Paris, Champion, collection »Métrique française et comparée ».
Gouvard Jean-Michel [2000b] : « Le Vers français en métrique générale », dans Le Vers français / Histoire, théorie, esthétique, édité par Michel Murat, Paris, Champion, collection »Métrique française et comparée », 23-56.
Gouvard Jean-Michel [2001] : L’Analyse de la poésie, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? ».
Gouvard Jean-Michel [2002] : « Le problème du langage dans Le Livre nouveau des saint-simoniens », dans Etudes saint-simoniennes, édité par Philippe Régnier, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 61-91.
Fumaroli Marc [1994] : L’Age de l’éloquence, Paris, Albin Michel.
Leonardi C. et Menesto E. (éd.) [1991] : Retorica et poetica tra i secoli XII e XIV, Spolento, Centre Italiano di studi sull’alto medioevo
Meerhoff Kerstin [1986] : Rhétorique et poétique au XVIe siècle en France, Leiden, E.J. Brill.
Morin Yves-Charles [2000] : « Le Français de référence et les normes de prononciation », Cahiers de l’Institut Linguistique de Louvain, n°26, 1-4, Louvain-la-Neuve, 91-135.
Pariente Jean-Claude [1985] : L’Analyse du langage à Port-Royal, Paris, Minuit.
Saint-Gérand Jacques-Philippe [1998] : « Métaphores correspondancielles du début du 19e siècle : linguistique, style, synesthésies », Nineteenth-century French Studies, vol. 26, n°1-2, 1-23.
Thieme Hugo [1916] : Essai sur l’histoire du vers français, Paris Champion.
1 Dans cet article, toutes les références aux pages de la Grammaire générale renvoient à l’édition de 1767, citée supra.
2 L’édition de 1753 était complétée d’une Dissertation en forme d’entretien sur la prosodie française, rédigée par M. Durand, et déjà parue en 1748, comme Préface au Dictionnaire royal anglais et français de Boyer (Londres, R. Sare). L’édition de 1767 comprend, en plus du Traité, qui demeure inchangé, des Remarques sur la langue française de la main de d’Olivet, et reprend la dissertation de Durand.
3 Le phénomène est bien connu en ce qui concerne la description grammaticale du français (voir Dominicy 1984, Pariente 1985, Auroux 1989 et 1992).
4 La différenciation est une attitude fréquente dans l’analyse des systèmes métriques de ces langues (voir Thieme 1916 : 35-46 ; Gouvard 1996 : 232-234 ; 2000a : 10-13).
5 Dans cette citation et toutes celles qui suivent, les italiques sont celles des textes originaux.
6 Ici et dans l’exemple qui suit, Beauzée parle d’un accent aigu et d’un accent grave oraux et non pas écrits, ce qui explique que dans les illustrations qu’il donne les signes diacritiques dénommés pour les mêmes termes ne soient pas employés. Les expressions « accent aigu » et « accent grave » envisagées du point de vue des conventions orthographiques sont examinées infra sous la rubrique « accent imprimé ». Beauzée y fait d’ailleurs remarquer qu’il est regrettable que l’accent prosodique et l’accent écrit ne soient pas convergents ; par exemple, qu’un accent aigu oral ne soit pas toujours signifié par un accent aigu écrit (pour plus de détails, voir le § 2.3.5).
7 Il s’agit bien sûr de notre « cotte » actuelle, l’orthographe avec un seul « t » ayant été préservée par exemple dans le dérivé « cotillon ».
8 En grec ancien, l’accent dit « circonflexe » apparaît sur des syllabes qui ont pour noyau une voyelle longue ou une diphtongue descendante, et il a une valeur distinctive. Par exemple, l’expression « phOs », avec un o ouvert intrinsèquement long - ou « oméga » -, signifie « lumière » associée à un accent circonflexe (montant-descendant), et « homme » associé à un accent aigu (montant). [Communication personnelle de Marc Dominicy.]
9 La classe sociale de référence varie au fil de l’histoire, en particulier lorsque l’on passe de l’Ancien Régime à la période dite « contemporaine ».
10 En termes modernes, Beauzée prononçait donc « il tête » avec un « e » fermé et non un « e » ouvert.
11 Soit une prononciation avec « e » ouvert, /latεt/. Rappelons que, pour Beauzée, il n’existe pas, en français, d’accent circonflexe (voir le § 2.3.1 et la note 8).
12 Dans toute cette citation, Beauzée file une métaphore musicale. Rappelons qu’il avait avancé, lors de sa définition générale de la prosodie, une analogie similaire entre les deux domaines : « la prosodie est à l’égard de la voix parlante ce qu’est la musique à l’égard de la voix chantante » (id. : 161 ; déjà cité au § 2.1). Sur les métaphores musicales dans les discours sur la langue aux 18e et 19e siècles, voir Saint-Gérand 1998.
13 Beauzée simplifie en fait les choses, puisque, dans les systèmes quantitatifs grec et latin, auxquels il se réfère, une syllabe peut être dite « lourde » si elle a pour noyau vocalique une syllabe brève suivie d’une consonne en coda. Ainsi, par exemple, le même morphème « quis », avec un /i/ bref, comptera selon le contexte, soit pour une syllabe légère, soit pour une lourde. Dans :
Si quis habes nostri similes in imagine vultus (Ovide, I, 7, 1)
le « -s » final de « quis » est lié par enchaînement avec le « -a » de « habes ». Nous avons donc la syllabation sikwisa, où /kwi/ est analysée comme une syllabe légère, au sein du pied « Si quis ha‑ », scandé –  . En revanche, dans :
Sic mea nescio quis, rebus male fidus acerbis (Ovide, I, 6, 13)
le « -s » final de « quis » n’est pas lié par enchaînement. Nous avons donc la syllabation kwisre, où /kwis/ est analysée cette fois-ci comme une syllabe lourde, à cause de sa coda et ce, malgré sa voyelle brève, ce qui donne le pied « quis, re- », scandé – –. (Voir Dominicy et Nasta 1993, Gouvard 2000b).
14 Mon prochain travail sur le sujet portera sur « la syllepse, notion grammaticale et figure de style ». Il paraîtra dans les actes du colloque « La Syllepse, figure stylistique », qui s’est tenu en octobre 2002 à l’Université de Lyon II, à l’initiative de l’équipe de recherches « Textes et Langue ».
Jean-Michel Gouvard, « L’analyse de la prosodie dans la Grammaire générale de Nicolas Beauzée », Semen [En ligne], 16 | 2003, mis en ligne le 01 mai 2007, consulté le 20 octobre 2017. URL : http://semen.revues.org/2676
Métrique et variations dans Hier régnant désert d'Yves Bonnefoy [Texte intégral]
Paru dans Semen, 24 | 2007
Métrique et variations dans Hier régnant désert d'Yves Bonnefoy [Full text] Published in Semen, 24 | 2007

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