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Timestamp: 2018-07-17 05:38:48+00:00

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Histoire du Parti Socialiste de Lutte | Histoire du Parti Socialiste de Lutte
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Ne pas rester sur le bord de la route et jouer un rôle actif dans le processus politique du moment : voilà une des caractéristiques essentielles du PSL/LSP. Nous essayons toujours de prendre les initiatives selon nous nécessaires à la construction et au progrès des forces socialistes.
D’importants événements mondiaux ont eu une grande infl uence sur le mouvement socialiste. Sans aucun doute, cela a été le cas de la chute du stalinisme ; ses conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Les forces du PSL/LSP et de son internationale, le CIO, ont elles aussi été atteintes. Pourtant, même au cours des périodes les plus difficiles, au cours des périodes où la lutte des classes n’était plus qu’une vague idée fort abstraite, nous avons réussi à mettre sur pied la base de ce qu’est aujourd’hui le PSL/LSP : un parti révolutionnaire encore petit, certes, mais fort dynamique.
Le PSL/LSP est passé de 31 membres en février 1992 à une centaine au début du nouveau siècle pour ensuite tripler et atteindre les 300 membres fi n 2008. Ses forces ont donc été décuplées et sont aujourd’hui organisées en plus d’une trentaine de sections locales en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre. Nous travaillons activement parmi la jeunesse, avec des lycéens et des étudiants. Mais nous avons également réussi à construire une position syndicale importante sur quelques lieux de travail en intervenant activement dans les mouvements syndicaux et politiques les plus importants au cours de ces dernières 15 à 2O années. Nous jouons aussi un rôle de premier plan dans la lutte antifasciste et antiraciste, et accordons encore une attention toute particulière au thème de l’oppression des femmes et à la lutte contre les discriminations et le sexisme.
Tous les deux ans, nous organisons un Congrès National et une Conférence Nationale l’année intermédiaire, afin d’armer nos membres d’une analyse, de perspectives et d’un programme pour intervenir dans la société. Les dernières Conférences Nationales consacrées à la nécessité d’un nouveau parti des travailleurs et à la question nationale en Belgique n’ont pas manqué leur objectif.
Des perspectives correctes ont préparé notre parti à affronter les turbulents évènements et développements politiques que nous connaissons actuellement.
Pour construire ses forces, le PSL/LSP a appliqué des tactiques diverses à ses différents stades de développement, en fonction des condition du moment. En adoptant une orientation constante vers les premières couches de la population à s’opposer au système – sans oublier toutefois le contact avec les couches plus larges dans la société – nous avons réussi à approcher la partie la plus combative de la classe ouvrière et de la jeunesse.
Ce qui suit est un résumé de ces tactiques, des différents stades traversés par le PSL/ LSP, de son orientation, ainsi que des leçons les plus importantes que nous avons tirés.
1. Les « Jongsocialisten » et le SP
Une très petite minorité des actuels membres du PSL/ LSP est originaire d’une tendance marxiste active dans les “Jongsocialisten” (“jeunes socialistes”) et dans le SP (ancien nom du parti “socialiste” fl amand) à partir de 1975 en tant que VONK et à partir de février 1992 sous le nom de DE MILITANT.
Le Vonk était issu des “Oostendse Jongsocialisten” (jeunesses socialistes ostendaises) en 1975. A cette époque régnait un climat révolutionnaire : Mai 1968 n’était pas très loin, la Révolution portugaise des œillets (1974) était à peine accomplie et l’Espagne et la Grèce connaissaient également le développement de situations révolutionnaires.
Bien que la social-démocratie (le PS et le SP) avait à ce moment déjà une longue histoire de trahison, elle exerçait cependant encore une grande attraction sur un grand nombre de travailleurs et de jeunes.
Les rangs du SP comprenaient encore beaucoup de travailleurs activement engagés pour le parti et qui menaient de vifs débats politiques. Les « maisons du peuple » jouaient aussi un rôle central dans la vie sociale de beaucoup de quartiers ouvriers. Qui voulait être actif dans le mouvement ouvrier ne pouvait passer à côté. Par conséquent, les précurseurs du PSL/LSP étaient d’avis qu’il était préférable de rejoindre le SP avec un programme marxiste plutôt que de s’isoler en dehors de ce parti.
Les résultats n’ont pas démenti cette analyse: au cours des années ’80, les Vonkistes ont obtenus entre 20 et 40% des voix aux Congrès des jeunesses socialistes. Les sections d’Ostende, de Grammont, de Ninove, d’Alost, de Bruxelles, d’Evere, d’Anvers et d’Aarschot ainsi que les fédérations d’Ostende- Furnes-Dixmude, de Bruxelles, d’Anvers et d’Alost ont toutes compté à un moment ou à un autre une majorité marxiste. ALS (Actief Linkse Studenten, notre cercle étudiant dont le nom du côté francophone est Etudiants de Gauche Actifs) était déjà gagnée à un programme marxiste à la fin des années ’70 quand elle était encore l’organisation étudiante officielle du SP.
Ce phénomène n’a pas été limité à la Belgique : ailleurs en Europe, mais aussi en Afrique, en Amérique, en Asie et en Australie, des organisations similaires au Vonk se sont créées et ont rapidement gagné en influence. Liées entre elles par le CIO (Comité pour une Internationale Ouvrière – Commitee for a Workers’ International), ces groupes à tendance marxiste ont combattu dans le monde entier la direction bureaucratique de la sociale-démocratie.
Cette activité a mené ici et là à des suspensions et à des expulsions mais, en général, la pression de la base faisait alors respecter le droit de tendances au sein de ces partis.
Dès le milieu des années ’80, mais surtout après la chute du mur de Berlin, la situation a commencé à changer. Le SP est devenu moins attractif pour les travailleurs et les jeunes, ce qui a diminué la pression de la base pour garantir le droit de tendance.
En 1990, un véritable coup de force a pris place lors d’un Congrès des jeunesses socialistes. A cette occasion, les marxistes ont été exclus et des sections et fédérations ont été dissoutes. Même la presse nationale a accordé de l’attention à ce règlement de comptes contre les Vonkistes.
Une situation similaire s’est développée dans le SP. La section ostendaise a été dissoute avec ses 900 membres et 22 militants ont été exclus du parti. Johan Vande Lanotte, un ex-anarchiste, a été envoyé là-bas avant de devenir parlementaire et ministre.
Pour beaucoup de travailleurs devenait sans cesse plus limpide le fait que le SP n’était plus un instrument pour porter leurs revendications, mais plutôt le “moindre mal” parmi les partis traditionnels. L’idée selon laquelle les travailleurs et les jeunes en lutte se dirigeaient en premier lieu vers la socialdémocratie était devenue constamment plus invraisemblable.
Pour cette raison, petit à petit, la plupart des sections du CIO ont opté pour la création d’organisations révolutionnaires indépendantes et ouvertes.
Sur ce sujet, les Vonkistes belges se sont littéralement déchirés en deux : une minorité (qui a pu conserver le mensuel “Vonk” pour des raisons légales et techniques) a décidé de rester au sein du SP tandis que la majorité, qui animait aussi Aktief Linkse Studenten et Blokbuster (une campagne antifasciste expliquée plus loin dans ce texte), a porté dès ce moment son attention sur un travail indépendant sous le nom de “De Militant” (“Le Militant”). Mais ce n’est qu’en 1995 que “De Militant” a officiellement opté pour une organisation ouverte en créant “Militant Links” (“Gauche Militante”).
Le test ultime des idées se fait à travers la pratique. Une comparaison des résultats actuels des deux tendances illustre que la tactique de la majorité, la construction d’un parti révolutionnaire, était la plus correcte, même au regard de l’attention médiatique dont dispose aujourd’hui en Flandre un de leur dirigeant, Erik De Bruyn, porte parole de SP.a rood, depuis les élections pour la présidence du parti en 2008.
3. Le rôle du travail vers la jeunesse
Idéologiquement, la chute du mur a surtout été un coup dur pour le mouvement ouvrier. L’idée selon laquelle le capitalisme était le seul système possible au monde s’est développée, fortement accentuée par la propagande bourgeoise. Au même moment, quasiment tous les partis et toutes les organisations liés de près ou de loin au mouvement ouvrier ont subi un important virage à droite.
La bourgeoisie a profité de cette faiblesse et a consolidé son offensive à l’encontre de pratiquement toutes les organisations de la classe ouvrière. Le droit à des services publics abordables et de qualité a constamment été plus attaqué par les libéralisations et privatisations successives. Partout a augmenté le degré d’exploitation, et le fossé existant entre riches et pauvres s’est par conséquent approfondi. Le célèbre mouvement anti-mondialisation a été la première réaction face à ce processus.
Mais au début des années ’90, cette situation a surtout conduit à un réflexe de démoralisation et anti-politique tandis que l’ensemble des partis sociaux-démocrates et communistes s’est converti au marché libre. Ils ont alors relégués au placard l’idée de la lutte pour la transformation socialiste de la société. La base électorale traditionnelle de ces partis s’est érodée, dans certaines régions plus vite et plus profondément que dans d’autres, phénomène souvent accompagné d’un accroissement des partis d’extrême-droite, sur base d’un programme populiste et raciste. Cette croissance de l’extrême droite a suscité un mouvement de protestation, surtout parmi la jeunesse, mouvement que nous avions anticipé en créant la campagne Blokbuster en Belgique et YRE en Europe (Youth against Racism in Europe).
L’idée derrière la mise en place de ces campagnes était de nous orienter vers la partie la plus dynamique et la plus ouverte de la classe ouvrière envers nos idées : sa jeunesse. Il ne s’agissait pas d’un but en soi, nous voulions de cette manière mieux nous préparer à l’inévitable réveil de la classe ouvrière à une étape plus lointaine en préparant une nouvelle génération de jeunes marxistes.
Dans les années ’90, en Flandre, la notoriété de Blokbuster chez les jeunes était assez considérable. Lancée comme campagne “anti-Vlaams Blok” l’été ayant précédé les fameuses élections de 1991 et le “dimanche noir” qui a vu la première percée du VB, Blokbuster est rapidement devenu la campagne la plus conséquente et la plus efficace contre le racisme et le fascisme. A son apogée, Blokbuster a compté 50 comités locaux et environ 2.500 jeunes possédaient leur carte de membre !
La campagne antiraciste Blokbuster n’était pas basée sur des éléments “moralisateurs” mais sur l’organisation locale de la lutte concrète contre Vlaams Blok & Co: d’innombrables manifestations et blocages sous la revendication “Pas de forum pour les fascistes!” ont été organisés. Blokbuster était également le seul mouvement anti-raciste à présenter un programme socio-économique afi n de stopper la propagande raciste et fasciste tout en liant ensemble travailleurs belges et immigrés, à côté de revendications destinées à améliorer les conditions de vie des immigrés et des sans-papiers. Cette stratégie explique le slogan : “Des emplois, pas de racisme! Tout ce qui nous divise nous affaiblit!”, que l’ont peut notamment trouver sur nos autocollants. Ce dont nous avions besoin, c’était d’un programme capable d’unir toute la classe ouvrière, sans distinctions de race, de couleur ou de religion.
Blokbuster a aussi été le point de départ de la création de YRE (Youth against Racism in Europe), une organisation internationale contre le racisme et l’extrême-droite lancée en octobre 1992 lors d’une manifestation internationale contre le racisme qui avait rassemblé 40.000 participants.
Partout en Europe, nous avons organisé les jeunes contre l’extrême-droite. Jusqu’à aujourd’hui, YRE a été, et reste, actif dans des pays européens aussi divers que la Grèce (en particulier sur le thème du droit d’asile), l’Angleterre,… ou encore la Russie et d’autres pays de l’ex-bloc de l’Est (où nous organisons toujours la lutte contre de nouvelles tendances fascistes).
En dehors de l’aide apportée à l’organisation de bien des manifestations nationales et locales ou de grèves lycéennes contre le racisme, Blokbuster a lancé l’appel pour une nouvelle “Marche des Jeunes pour l’emploi et contre le racisme” en 1993. Nous avons pu compter à cette occasion sur le soutien des jeunes de la FGTB fl amande, des “Jongsocialisten” et d’AFF (pendant néerlandophone du FAF, le Front Anti-Fasciste”). Nous avons mené les discussions pour cette mobilisation dans les écoles et des stands de Blokbuster étaient présents à chaque festival.
A la même époque que la “Marche pour l’emploi” de 1993 s’est développé un mouvement général de grève contre le Plan Global du gouvernement Dehaene (démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates). Le Plan Global a constitué la première attaque structurelle contre l’index (à travers l’instauration de l’index-santé) et contre les salaires (à travers l’introduction de la norme salariale).
Nous avons alors mis en place des grèves lycéennes au même moment des grèves locales contre le Plan Global : les jeunes écoliers et les travailleurs marchaient donc ensemble contre le Plan Global et contre l’extrême-droite.
Blokbuster et “De Militant” étaient présents aux piquets qui ont empêché toute activité sur beaucoup de terrains industriels. Ce mouvement de grève générale – la plus grande numériquement depuis 1936 – a échoué à cause de l’absence d’alternative au soi-disant “gouvernement le plus à gauche possible”.
5. ALS – Actief Linkse Studenten
Dans les universités et les écoles supérieures, les membres de “De Militant”, ont constitué la force dynamique d’ALS, qui a jusqu’au début des années ’90 offi ciellement fait partie de la “Socialistische Gemeenschappelijke Actie” (Action Communautaire Socialiste). Mais ALS s’était entre-temps séparé du SP pour devenir notre organisation étudiante et était aussi devenue la plus importante organisation étudiante de Flandre. ALS organisait notamment des critiques marxistes de cours dispensés dans les universités et les écoles supérieures.
Cette organisation était pratiquement la seule à s’opposer à la privatisation des restaurants universitaires et à la diminution des services sociaux, avec l’effort constant de rechercher l’appui des syndicats. ALS, surtout à Gand, a pu compter sur une base forte et a notamment pu obtenir que le NSV – l’organisation étudiante non-offi cielle du Vlaams Blok – soit exclue du PFK (la faculté de politique et de philosophie) tout en empêchant au Vlaams Blok de tenir des conférences dans les locaux de l’université.
ALS s’est aussi distingué par sa solidarité avec les causes de la classe ouvrière. Quand, par exemple, les travailleurs du Chantier de Boel sont partis en grève en 1994 contre la fermeture de leur chantier, ALS a organisé une campagne de solidarité comprenant des manifestations en commun et des récoltes de fonds dans les auditoires. ALS a agit de même dans plusieurs universités lors de la grève de Clabecq.
6. D’autres groupes nous rejoignent
La fermeté de principe IDEOLOGIQUE est une exigence absolue pour une organisation marxiste, faute de quoi elle ne sera jamais capable de résister à la pression idéologique, politique, sociale et financière de la société capitaliste. La bourgeoisie dispose d’une pléthore de moyens pour isoler et/ ou récupérer ses adversaires. Un simple regard aux directions du SP actuel (le SP.a) et du PS suffit pour constater ce dont la bourgeoisie est capable. La corruption les a touché, de la même manière qu’elle a atteint les “extrême-gauches “ du sommet de ces partis ou encore des syndicats.
Cette fermeté de principe, cependant, ne peut pas conduire au dogmatisme et au manque de flexibilité. Quand change la situation, les marxistes doivent être assez ouverts pour remettre en question certaines “vieilles certitudes” afin d’opérer les changements tactiques nécessaires.
Grâce à ses capacités d’interprétation correctement une situation nouvelle ainsi qu’à son ouverture aux changements, “De Militant” est devenu un pôle d’attraction pour d’autres forces, ce qui s’est entre autres exprimé le 9 Octobre 1994. Après des mois de discussion, un petit groupe de syndicalistes bruxellois francophones qui avait rompu avec le POS (Parti Ouvrier Socialiste, actuellement Ligue Communiste Révolutionnaire) en raison de l’opportunisme de cette organisation a décidé de rejoindre “De Militant”. Pour nous, qui n’avions jusqu’ici été actifs qu’en Flandre, cet évènement revêtait une grande importance, également sur le plan syndical. Suite à cela, à partir du 1er Mai 1995, le journal “De Militant” a fait son apparition en français sous le nom “Le Militant”.
En juin 1996, une scission s’est produite chez les verts flamands, et ces membres nous ont ensuite rejoint nos rangs. Suite à l’évolution systématique de la social-démocratie vers la droite, Agalev (l’ancien nom de Groen !) a commencé à connaitre un certain progrès électoral à partir du début des années ‘90, suivi un peu plus tard par Ecolo du côté francophone. Si ces “marcheurs en sandales” de mai ’68 étaient regardés avec peu de sérieux par les travailleurs, leurs positions concernant la démocratie de base formaient par contre, aux yeux des intellectuels progressistes, une alternative bienvenue face à la bureaucratie constamment plus conservatrice du SP. Parmi l’organisation de jeunesse d’Agalev (“Jong-Agalev”) quelques jeunes ont commencé à s’intéresser aux idées marxistes et anarchistes. Cette situation a finalement conduit à une confrontation au sein de “Jong-Agalev”, suivie par une reprise en mains par le sommet d’Agalev.
A partir de juin 1996, quelques-uns de ces jeunes sont entrés en contact avec ALS et certains ont rejoint “Militant Links”. En Octobre 1999, durant la campagne électorale qui a vu Agalev entrer au gouvernement, ALS avait organisé une série de débats avec une assistance nombreuse entre ces jeunes militants et les bonzes d’Agalev.
Enfin, lors de son assemblée générale du 22 juin 1997, la majorité de “Socialisme International” a également décidé de rejoindre “Militant Links/ Militant”. “Socialisme International “ était actif en Wallonie et à Bruxelles depuis le milieu des années ’80. Après une série de bulletins de discussions et de débats, les deux organisations ont publié une déclaration commune dans laquelle ont été annoncées la fin de “Socialisme International” et l’adhésion de ses membres à Militant Links/Militant.
Le PSL/LSP ne pense pas qu’un parti révolutionnaire se construit uniquement sur base du gain individuel de membres, bien que cela soit très important. Les groupes politiques qui participent à la lutte des classes ne sont indifférents ni à ses succès, ni à ses défaites, mais affinent leur jugement à partir d’expériences concrètes. Les regroupements qui en découlent sont importants dans la construction d’un parti.
7. Militant/Militant Links comme parti de lutte
Le processus de bourgeoisification de la sociale-démocratie s’est accéléré au cours des années ’90. Afin de marquer notre éloignement de celle-ci, nous avons, beaucoup trop tard, décidé de construire officiellement une organisation indépendante en février 1995. En Flandre, nous avons choisi le nom “Militant Links” et celui de “Militant” du côté francophone, qui disposait d’une organisation plus faible.
Au vu de l’attitude défensive dans laquelle se trouvait le mouvement ouvrier et étant donné que la radicalisation des jeunes se limitait surtout à des thèmes “one-issue”, des thèmes uniques, il n’y avait plus besoin d’une formation plus large, dirigée vers une couche plus large de la population, mais plutôt d’une formation de lutte, orientée vers les couches les plus radicalisées.
Le nom “Militant Links/Militant” voulait exprimer la combativité et l’action tout en tenant compte à la fois du discrédit provisoire de l’idée du socialisme et de la méfiance vis-à-vis des partis politiques parmi les couches vers lesquelles nous voulions nous orienter en première instance.
Parallèlement, nous avons lancé le slogan “Pour un nouveau parti des travailleurs”, en partant de la nécessité d’un instrument politique indépendant pour la classe ouvrière. Il nous a toutefois fallu attendre jusqu’au “Pacte des Générations” pour que ce slogan trouve un débouché concret. Cette revendication est donc demeurée propagandiste jusqu’à ce moment.
Entre temps, Militant/Militant Links n’est pas resté les bras croisés. Nous sommes restés vigilants et avons adopter des détours et des orientations temporaires vers des groupes spécifiques, par exemple vers les habitants des quartiers gantois ou vers les syndicats lycéens de Courtrai. Nous avons à cette époque fait beaucoup de tests. Ces réorientations tactiques étaient une réponse à la confusion et à la fragmentation globalement présente dans la société.
Nous avons également posé nos premiers pas sur le terrain électoral. Sur base de nos interventions locales, nous avons participé aux élections de 1999: sur la liste Debout (autour de Roberto D’Orazio et des ouvriers de Clabecq ) aux élections européennes et sur les listes du Parti Communiste pour la Chambre à Liège et à Bruxelles. A Gand-Eeklo, nous nous sommes présentés sous notre propre nom, “Militant Links”. Il est à regretter que « Debout » ait décidé de s’arrêter après une assez bonne première participation, tandis que le PC espérait trop des élections. A Gand, cette participation électorale sous notre nom propre nous a permis de renforcer “Militant Links”.
La question est restée ouverte : que faire de la contradiction entre le vide à gauche et l’absence d’une large formation des travailleurs ? Nous avons alors proposé des “Alliances de Gauche” afin de participer aux élections communales de 2000, non pas comme précurseur d’une formation large, mais plutôt comme une aide ponctuelle servant à ne pas laisser ce vide totalement inoccupé. Un tel nom a cependant trop accentué l’alliance avec les autres formations et trop peu l’attraction vers des travailleurs et des jeunes encore inorganisés. “Opposition de Gauche” aurait été un bien meilleur nom. Finalement, nous avons participé aux communales avec le PC à Liège, nous avons appelé à voter pour la liste PVDA+ (PTB+) à Anvers, tandis que nous nous sommes présentés sous notre nom à Ostende et avec “LEEF !” à Gand.
“Militant/Militant Links” a donc nagé dans beaucoup d’eaux, avec l’objectif constant d’exploiter les possibilités présentes pour populariser les idées socialistes, augmenter la conscience et fortifier le mouvement socialiste dans la société.
8. Les trois piliers de Militant/Militant/ Links : Lutte, solidarité, socialisme
Lutte contre une bourgeoisie qui nous vole tout ce que nous avons gagné : de bons salaires, des emplois stables, la sécurité sociale, des conditions de travail et de vie confortables, des services publics, etc.
Lutte contre une bourgeoisie qui nous divise, femmes, jeunes, immigrés, minorités nationales, ethniques ou religieuses, pour mieux nous exploiter et pour garder les travailleurs sous son contrôle.
Lutte contre une bourgeoisie qui est en train de détruire notre planète à un rythme de plus en plus effréné avec son mode de production barbare.
Lutte contre une bourgeoisie qui n’offre à la majorité de la population mondiale que pauvreté, insécurité, chômage, guerre, oppression nationale,… bref, la barbarie et rien de plus.
Avec “Militant/Militant Links”, nous ne sommes pas seulement intervenus dans les luttes de la classe ouvrière et des jeunes, mais nous avons également initié nos propres campagnes autour de quelques thèmes importants et avons essayé d’organiser et de mobiliser des travailleurs et des jeunes autour de ces campagnes.
Bien que nous n’avons pas assisté à des luttes généralisées lors de la deuxième moitié des années ’90, quelques luttes isolées se sont développées, ici et là. Dans beaucoup d’entre elles, nous n’avons pas pu intervenir simplement en raison de manque de forces ; mais là où l’opportunité se présentait pour nous d’intervenir, nous avons soutenu la lutte en paroles mais aussi en actes.
La grève de 7 semaines menée à Gand en septembre 1999 à l’entreprise métallurgique de Carnoy contre la suspension du délégué de l’ABVV (FGTB) Raf Verbeke et contre la restructuration de l’usine constitue un exemple de ce soutien. Le patron a utilisé tous les moyens possibles et imaginables pour casser la grève : recours à la justice, pressions politiques, police, intimidations, caméras, hélicoptères pour faire entrer les casseurs de grève dans l’usine,…
Nous avons systématiquement mobilisé pour renforcer les piquets, organiser la solidarité nationale et internationale et avons également apporté nos conseils et notre soutien contre chaque tentative du patron pour faire un pas de plus vers ses objectifs. Malgré une inventivité étonnante, ce dernier n’a pas réussi à casser la grève. L’attitude des secrétaires syndicaux nationaux et régionaux a toutefois constitué le point faible de cette grève. Alors qu’ils avaient l’opportunité de terminer la lutte à l’avantage des travailleurs, ils ont refusé d’utiliser les possibilités qui s’offraient à eux.
Militant/Militant Links a à ce moment lancé un appel pour une grève régionale de 24h dans le secteur du métal. Malgré le fait que beaucoup de travailleurs ont soutenu cette revendication, ceux-ci n’ont pu qu’être confrontés à la mauvaise volonté des dirigeants syndicaux pour qui primaient les bonnes relations entretenues avec Fabrimetal (association patronale de la métallurgie, des industries mécaniques, électriques et plastiques). En conséquence, les travailleurs ont constamment plus été isolés et ils ont finalement dû reprendre le travail tête baissée. Peu de temps après, l’entreprise devait fermer ses portes.
Le travail avec les journaux d’entreprises
En 1994 déjà, nous avons commencé à éditer un journal d’entreprise pour La Poste, le Modèle 9, que nous utilisons toujours aujourd’hui comme instrument d’intervention dans la lutte des postiers et des postières contre les attaques incessantes sur leurs conditions de travail et leur statut. Certains membres éprouvaient un besoin urgent de matériel spécifi que sur leur lieu de travail, du fait que les travailleurs de La poste, à l’époque encore le plus grand employeur de Belgique, sont complètement éparpillés dans des bureaux éloignés les un des autres et que les syndicats négligent de transmettre les informations nécessaires. Moyen d’information pour les postiers et les postières sur la lutte d’autres bureaux au début, Modèle 9 s’est parfois développé comme outil de mobilisation là où des salariés travaillaient avec ce bulletin.
Dans le secteur des hôpitaux aussi, nous avons lancé un journal d’entreprise : Ziekenhuiswerker (Le travailleur des hôpitaux). Nous avons voulu étendre l’action de ce journal aux autres secteurs des soins de santé, car ce secteur connaissait une carence en informations et en moyens de discussions stratégiques (pour ou contre le Maribel, comment unifier la lutte, …) et de mobilisation pour des actions. Ce travail est poursuivi aujourd’hui avec « Hypertension », avec lequel nous essayons de participer à la construction d’un rapport de forces dans l’ensemble du secteur non-marchand.
A côté de ces journaux d’entreprises spécifiques, nous avons publié un bulletin d’information syndical périodique. Le premier exemplaire a clairement exprimé où nous nous situions: c’était un tract de mobilisation pour la lutte des travailleurs des Forges de Clabecq.
Nous n’avons jamais sous-estimé l’importance du travail syndical et l’orientation des jeunes vers le mouvement ouvrier. Pas même quand, à certains moments, l’activité syndicale était au repos. Nos premiers délégués syndicaux datent d’ailleurs de cette période. Notre orientation politique vers le mouvement ouvrier a aussi permis à nos jeunes, qui à ce moment là constituaient l’essentiel de notre travail politique, de se rôder pour pouvoir ultérieurement jouer un rôle important sur leur lieu de travail.
A côté de Blokbuster, ALS a commencé à jouer un rôle encore plus important dans la construction des bases d’une campagne pour un syndicat étudiant. Ce syndicat étudiant a connu son point culminant au moment de la Marche Blanche de 1996.
Des jeunes sont spontanément partis en action et ont manifesté dans les rues de toutes les villes et communes à cette occasion. Le coup d’envoi avait été donné par la délégation de VW qui avait observé un arrêt de travail après l’annonce de “l’arrêt spaghetti” (le dessaisissement du juge d’instruction Connerotte parce qu’il avait pris part à un souper spaghetti au bénéfi ce des victimes de Dutroux). S’en sont suivies plusieurs grèves et actions à Ford Genk, Phillips à Hasselt,… et un nombre incalculable de petites entreprises. Il en était de même à la SNCB et dans les sociétés de transport en commun. Mais ce sont surtout les jeunes qui ont fait parler d’eux la semaine qui a précédé la Marche Blanche. C’est à Gand, où le syndicat étudiant était organisé, que le mouvement a été le plus développé. Le slogan de la manifestation était « le système est pourri jusqu’à la moelle ». L’appel à une action unitaire le vendredi avant la Marche Blanche a conduit à la plus grande manifestation de l’histoire de Gand. Les écoliers et les étudiants étaient particulièrement présents, mais pas mal de travailleurs avaient également rejoint le cortège. Chez De Lijn et chez les éboueurs, le personnel s’est mis en grève et s’est rendu en protestant jusqu’au palais de justice. Un signe des directions syndicales aurait suffi t à transformer ces actions spontanées en grève générale, mais l’absence de ce signe a donné au roi et aux partis politiques traditionnels la possibilité de récupérer le mouvement et de le remettre sur des voies plus sûres.
A Courtrai, en 1997, Militant/Militant Links a été à l’initiative de la mise en place d’un syndicat des écoliers à l’occasion du premier anniversaire de la Marche Blanche. Le 28 avril 1998, ce syndicat a organisé une grève des écoliers contre l’extension des accords de coopération par lesquels le ministère de l’enseignement voulait faire passer ses économies.
Sous le titre “le choix de la personnalité – nous préférons le faire nous-mêmes” le syndicat des écoliers de Courtrai a protesté le 1er octobre 1999 contre l’interdiction du port des piercings à l’école. Selon le syndicat des écoliers, cette interdiction était une suite directe de la politique d’austérité budgétaires. Les directions des écoles sont, du fait des économies, toujours obligées d’être en concurrence pour avoir plus d’étudiants. Pour avoir une bonne image, l’école doit avoir plus d’étudiants pour obtenir plus de subsides. La pression mise sur les écoliers afin qu’ils soient “dans la norme” s’est donc amplifiée. Pour le syndicat des écoliers de Courtrai, les écoliers ne pouvaient pas devenir les victimes de cette lutte concurrentielle. Cette action a éveillé l’attention des médias et a engendré une semaine de débat public sur le droit de porter des piercings. Des caricaturistes renommés ont aussi illustré ce débat dans leurs dessins humoristiques.
En novembre ’97, Militant/Militant Links a fait ses premiers pas dans le domaine de la politique communale. Nous avons essayé de mobiliser la population de Gand contre la hausse de prix scandaleuse des sacs poubelles, une mesure qui découlait directement de la privatisation de l’intercommunale Ivago. Une manifestation d’une centaine d’habitants des quartiers de Gand a constitué le début d’une campagne active dans quelques quartiers gantois. Nous avons mobilisé parmi les habitants des quartiers les plus pauvres – Belges et émigrés – et nous avons miné la stratégie de diviser pour régner du Vlaams Blok (ancien nom du Vlaams Belang) qui exprimait son désaccord avec la direction des sociétés de ramassage d’immondices mais qui, dans la pratique, votait de la même manière que les autres partis au Conseil Communal. Nous avons appelé à une « désobéissance civile» et à ne pas payer les sacs poubelles. Chaque semaine, les comités locaux organisaient une manifestation de quartier et le rassemblement des immondices. Nous n’avons pas été en mesure de répéter cette tactique dans d’autres quartiers, mais avons illustré dans la pratique ce qu’un parti large des travailleurs pourrait faire.
La lutte était trop isolée à quelques quartiers et nous n’avons, de ce fait, pas pu faire revenir l’administration communale sur sa décision. Il en a cependant résulté quelques concessions pour les familles les plus pauvres qui reçoivent (encore actuellement d’ailleurs) une indemnité annuelle qui compense le prix des sacs poubelles.
Cette politique a été testée à Gand d’abord et ensuite appliquée à toute la Belgique, pour soi-disant diminuer le tas d’immondices, sous couvert de la devise du «pollueur-payeur».
Nous ne nous opposons pas à une politique écologique, mais nous contestons que cette mesure ait quelque chose à voir avec cela. Ce qui est finalement proposé, c’est que nous payions pour les déchets d’emballages superflus de l’industrie et ensuite encore pour les bénéfices du secteur de l’enlèvement des immondices et le recyclage.
Une autre campagne a été initiée plus tard quand, le 14 janvier 2000, la police de Gand a fait une descente dans les ASBL turques et les snacks-pitas du quartier de Rabot. A quelques GSM et autoradios près, dont nous ne sommes d’ailleurs pas vraiment surs qu’ils aient bien été volés, rien n’a été découvert. Cette razzia, et principalement sa grande campagne médiatique, visait surtout à faire croire que ce quartier était rempli de criminels et de bons à rien. Militant/Militant Links a immédiatement commencé une campagne dans ce quartier pour l’emploi, pour des logements de bonne qualité et pour plus de moyens de loisirs. A travers cette campagne, nous avons provisoirement réussi à diminuer la pression que cette razzia avait causée dans le quartier.
Dans les mêmes quartiers, le PSL/LSP s’est investi en 2002- 03 dans une campagne contre le projet de prestige “Oxygène dans le port de Bruges” qui avait pour conséquence l’expulsion de 89 vieilles petites maisons pour faire place à des ménages plus fortunés.
Notre section irlandaise, le Socialist Party, fait fonction d’exemple concernant ce type d’action politique. En juin ’97, ils ont été récompensés par la première élection en cinquante années d’un marxiste au parlement. Joe Higgins a entamé une fi ère tradition : un parlementaire avec un salaire d’ouvrier qui utilise sa position pour informer, sensibiliser et mobiliser. Joe a été élu grâce à une campagne que nos camarades avaient mené contre les taxes sur l’eau, un produit de première nécessité que les taxes rendaient tellement chère que les familles pauvres étaient obligées de sacrifier leur hygiène pour pouvoir payer leurs factures. A travers cette campagne qui a largement mobilisé la population de Dublin, la capitale irlandaise, ces taxes ont finalement été retirées. D’autres campagnes réussies ont suivi par la suite: l’une contre la taxe des immondices pour laquelle Joe et d’autres membres et militants ont passé quelques mois en prison ; une autre en solidarité avec les travailleurs turcs de Gamma qui étaient lourdement sous-payés et devaient prester un très grand nombre d’heures,…
Parce qu’individuellement, nous ne pouvons pas faire grandchose.
Le slogan « améliorez le monde en commençant par vous-même » a été utilisé pour nous empêcher de nous battre contre la cause de ces problèmes : le système capitaliste. Nous opposons à cela la solidarité avec tous les travailleurs et leurs familles, quelque soit l’âge, la nationalité, les convictions religieuses,… à travers le monde entier. La solidarité est quelque chose de concret : cela signifie l’union dans la lutte, demander de l’aide ici pour l’offrir à une lutte ailleurs,…
Cela signifie aussi s’organiser localement, nationalement et internationalement.
LENINE était déjà très clair à ce sujet : la première tâche d’un socialiste internationaliste est la lutte pour le socialisme dans son propre pays. La solidarité internationale est nécessaire, mais ne peut exister sans la solidarité avec les travailleurs en lutte dans son propre pays.
Avec les travailleurs de Clabecq
Militant/Militant Links a soutenu dès le début la lutte des travailleurs de Clabecq. Ces travailleurs devaient faire face à leurs patrons, au monde politique et aux médias, mais ils pouvaient compter sur un grand soutien dans la population laborieuse. Plusieurs manifestations ont mobilisé des dizaines de milliers de travailleurs. Quand ces travailleurs, avec des syndicalistes d’autres entreprises et d’autres secteurs, ont créé le Mouvement pour le Renouveau Syndical, ils ont dû tenir compte d’un autre type de pression : celle venant de l’intérieur des organisations syndicales. La pression des directions syndicales, qui dépeignaient ce mouvement comme un mouvement « violent, stalinien,… », était énorme. Ces directions syndicales avaient principalement peur des conséquences que pouvaient avoir sur leur base les critiques justifiées qu’avaient contre elles les travailleurs de Clabecq.
Nous pensons que les militants de gauche doivent s’organiser au sein des syndicats pour ramener complètement ces organisations sur le chemin de la lutte syndicale : pas avec une sorte de radicalisme insignifiant, mais parce qu’une stratégie de concertation sans volonté de se battre ne profite qu’au capitalisme. Nous voulons que les syndicats soient à nouveau dirigés par les travailleurs et qu’ils portent à nouveau activement l’étendard de la solidarité.
Pour nous, la solidarité ne s’arrête pas quand la lutte dans l’entreprise se termine. Au contraire : l’expérience nous a appris qu’aussitôt que les travailleurs sont démobilisés, la bourgeoisie fait tout pour punir les meneurs, même si ce n’est que pour l’exemple. Dans le cas de Clabecq, le tribunal a essayé de condamner les meneurs de la grève. A côté d’une mobilisation permanente pour le soutien financier des travailleurs de Clabecq, les membres de Militant/Militant Links sont allés chercher de l’argent là où ils le pouvaient, entre autres à la CGSP-VUB (Vrij Universiteit Brussel) qui, sous l’impulsion de son délégué principal, un membre de Militant/Militant Links, a utilisé le montant des primes syndicales pour lancer un appel à la solidarité avec les 13 accusés de Clabecq. Mieux, 29.000 francs belges (environ 720 euros) ont été offerts en contribution aux frais du procès. Ce genre de solidarité ajoutée à la force des 13 de Clabecq a entraîné un non-lieu.
Soutien aux travailleurs d’Aldi
La solidarité internationale est un autre point très significatif de notre travail, comme l’illustre celle que nous avons organisée avec les travailleurs irlandais d’Aldi.
En 2000, un conflit a commencé à l’Aldi de Dublin, en Irlande du Sud, en raison des heures supplémentaires systématiques qui, de plus, n’étaient pas payées. Quand le représentant du personnel est allé se plaindre de cette situation à la direction, lui et quatre autres travailleurs (sur un total de douze) ont été licenciés sur le champ. Ce genre de pratique arrive encore souvent. En général, on prétend qu’il n’y a rien à faire. La réaction de notre parti-frère irlandais a consisté à mettre sur pied des groupes de résistance dans les quatre villes où Aldi était implanté. Ces groupes de résistance ont organisé des activités quotidiennes et ont appelé au boycott d’Aldi, alors que les travailleurs de la succursale de Dublin étaient en grève depuis deux mois. De plus, ils ont organisé une journée d’action internationale le 19 août 2000. Ce jour là, les membres de Militant/Militant Links de Bruxelles, Gand et Ostende ont mené le même genre d’actions dans les magasins Aldi. En Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Ecosse, aux Etats-Unis, au Danemark, en Autriche et en Australie, des actions similaires ont été menées.
Résultat : les licenciements ont été levés, le droit de se syndiquer a été reconnu et des négociations sur les heures supplémentaires ont été entamées.
Avec les activistes politiques et syndicaux du Nigéria Autre exemple encore, les actions menées par notre organisation contre la répression des activistes politiques et syndicaux au Nigéria. L’une des campagnes a été menée contre Shell, qui aidait l’élite nigériane à maintenir la population locale sous contrôle afin de pouvoir se faire le plus d’argent possible. Nous avons mis sur pied des comités anti-Shell partout où le CIO avait des sections et nous avons mené des actions dans les stations Shell en prenant la défense des droits syndicaux et en exigeant la libération des prisonniers politiques. Nous avons mené des actions en collaboration avec d’autres organisations et organisé des tournées de conférences avec des militants nigérians en Belgique. Les campagnes et les actions étaient tant destinées à faire pression sur le régime en dévoilant la répression qu’à rassembler des moyens financiers permettant le déroulement d’actions politiques au Nigéria. Pour cela, nous avons reçu à plusieurs reprises le soutien de militants syndicaux, de sections syndicales et d’organisations pour la paix.
A travers ce genre de solidarité avec des travailleurs en lutte du Nigéria, du Sri Lanka, du Kazakhstan,… nous avons pu obtenir des concessions importantes et aider ainsi de nombreux mouvements de lutte dans la pratique.
On pourrait encore parler de la campagne de soutien internationale avec les travailleurs grévistes des télécoms au Pakistan.
Une caractéristique incontestable de notre Internationale est que, là où nous le pouvons, nous réagissons de manière internationale contre tout type de répression et d’intimidation dirigée contre le mouvements ouvrier.
Un autre élément de notre internationalisme est l’importance accordée aux leçons à tirer des différentes expériences de lutte. Pour cela, il est indispensable de construire un parti des travailleurs révolutionnaire international comme le Comité pour une Internationale Ouvrière.
Parce que le capitalisme nous prive de nos droits. Le monde se construit sur base de notre travail : c’est nous qui produisons toute la richesse. En échange de cela, nous recevons de la part des patrons des salaires de misère, le chômage, la pauvreté et la répression.
Parce que le socialisme signifie que la majorité de la population peut déterminer ce qui se passe dans le monde. Parce que le socialisme signifie aussi que la démocratie véritable est garantie si tous les droits des minorités de la société sont respectés – la classe ouvrière n’a en effet pas le moindre intérêt dans la répression raciste, nationaliste, religieuse ou sexiste.
Le socialisme, encore, parce qu’une telle société qui produira pour les besoins de chacun et non plus pour les vils gains de quelques-uns utilisera cette production de tout autre manière, en produisant entièrement selon toutes les techniques écologiques connues aujourd’hui – et en les développant davantage – afin de sauver le monde de la catastrophe.
Un exemple de vraie direction socialiste
La chute des régimes staliniens en Europe de l’Est, combinée à la progression vers la droite et à l’embourgeoisement de la sociale-démocratie, a créé parmi des couches larges de la population la confusion et la suspicion contre le concept même du socialisme. “Beaucoup de belles phrases, mais quand ils viendront au pouvoir ils seront quand même comme les autres.”
Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas le cas. Mais après les différents projets de “renouveau politique” lancés à la tête des gens ces dernières années, sans pourtant rien de neuf, il est normal que la prudence règne. La dernière variante est l’idée de “bonne gouvernance” introduite par Leterme & Co en réponse à la politique d’annonces fracassantes de la coalition violette (libéraux et sociaux-démocrates). Nous n’avons aucune illusion envers le “renouveau politique” ou la “bonne gouvernance” de la part de partis dont nous savons que la priorité va aux capitalistes et pas à la majorité de la population. Nous pensons que ce qu’il faut, c’est la création d’un nouveau parti des travailleurs qui défende les intérêts des travailleurs et des jeunes et qui développe une stratégie de lutte pour s’opposer à la politique de la bourgeoisie.
Mais soyons clairs : ceci ne veut pas dire que nous devons rester les bras croisés, encore moins que “faire de la politique” aujourd’hui doit seulement signifier “se remplir les poches” ou “faire beaucoup de bruit pour rien”.
Liverpool, une ville qui a osé se battre
Nous en avons donné un exemple édifiant pendant les années ’80 au Conseil communal de Liverpool, alors contrôlé par les membres britanniques du CIO qui travaillaient encore à l’époque au sein du Parti Travailliste (Labour Party), tout comme nous au sein du SP.a. Ce Conseil communal a démontré ce qu’une politique socialiste signifie en pratique et dans les limites de la politique communale.
Entre 1983 et 1987, ce Conseil communal a construit plus de 10.000 logements sociaux, sept nouvelles écoles et six hôpitaux. Il a aussi rétabli l’approvisionnement de lait gratuit dans toutes les écoles gardiennes, instauré la semaine des 32 heures pour les employés de la commune, apporté un soutien concret aux luttes des travailleurs dans le secteur privé,… Et encore n’est ce qu’un résumé succinct de ce qu’a pu obtenir ce Conseil communal. Et cela pendant la période Thatcher…
Le Conseil communal s’est principalement attaché à ce que Le PSL/LSP, un parti pour changer de société 13 les intérêts des travailleurs, immigrés, jeunes, femmes,… soient mis en avant en opposition aux bénéfices excessifs des banques qui extirpaient des taux énormes sur la dette de la ville: au lieu de payer les intérêts, cet argent a été réinvesti dans les projets cités plus haut sous la devise que cette dette avait déjà été largement remboursée avec les taux d’intérêts demandés.
Le grève des mineurs terminée, Thatcher a dû concentré toutes ses forces sur Liverpool pour casser ce foyer de résistance qui était une source d’inspiration pour les travailleurs de toute la Grande-Bretagne, et même au-delà. Pour cela, elle a reçu le soutien de l’appareil du Parti Travailliste qui, au lieu de soutenir le Conseil communal tout en menant une politique similaire dans d’autres communes, a dessaisi le Conseil communal de Liverpool de ses fonctions.
Liverpool reste cependant encore un exemple de la manière dont les méthodes et idées socialistes devraient être utilisées au sein d’un conseil communal pour mener une politique dans l’intérêt des travailleurs et des jeunes.
9. D’un organe de lutte vers un petit parti
L’année 1997 a signifié un tournant tant sur le plan économique que politique à cause de la crise asiatique. Sur le plan politique, le clivage de plus en plus criant entre les riches et les pauvres a fait naître un nouveau mouvement, celui contre la mondialisation. Face aux mouvements autour d’un unique thème qui se sont déroulés dans les années ‘90, le mouvement contre la mondialisation a développé une critique plus générale sur la société capitaliste. Ce n’était toutefois pas encore la lutte massive du mouvement ouvrier, mais tout de même son précurseur.
Nous avons commencé à adapter nos slogans à ces changements dans la conscience pour arriver à des slogans plus généraux.
Mais de plus en plus, la nécessité d’une organisation de lutte axée autour de thèmes spécifiques a graduellement cédé la place à la nécessité d’un instrument ayant une ambition plus large, comme nous l’avons argumenté dans notre document de Congrès de mars 2001.
Militant/Militant Links était trop restreint, et le nom sonnait un peu comme un groupe de militants sélectionnés et, tout en n’invitait pas à nous rejoindre, avait quelque chose de mystique, de presque fondamentaliste. Un tel nom exprimait de manière insuffi sante les tâches qui allaient nous incomber en tant que marxistes dans une période de mouvements plus larges dans la société et faisait appel à un public trop restreint.
Nous avons voulu insérer le terme « parti » dans le nom afin de mettre en évidence que nous n’étions pas un mouvement “volontariste”, mais un parti en herbe, et nous voulions le clarifier auprès de tous nos membres. Le nouveau nom devait également exprimer notre alternative au capitalisme et être reconnaissable sans être en marge des traditions du mouvement ouvrier : d’où Linkse Socialistische Partij (LSP)! Mais cela ne s’est pas opéré sans discussion dans nos rangs. Deux Congrès précédés de longues périodes de discussions dans les sections ont été nécessaires afi n de pouvoir réaliser ce pas.
Du côté francophone, une référence concrète au terme de “parti” dans le nom était encore un pas trop précoce. D’une part, notre stade de construction n’était pas encore de caractère à pouvoir nous défi nir comme un parti et, d’autre part, le PS possédait encore un tout autre caractère comparé à celui du SP.a. Il n’était pas encore discrédité auprès de couches larges comme le SP.a l’était.
Le nom «Mouvement pour une Alternative Socialiste (MAS)» rejoignait davantage les tâches de nos camarades en Wallonie et à Bruxelles, à savoir le rassemblement des premiers membres formés afin de pouvoir s’étendre vers d’autres villes en Wallonie car, bien que nous connaissions déjà une étendue géographique assez importante en Flandre, cela n’était pas encore le cas en Belgique francophone : nous n’avions alors des sections qu’à Bruxelles et à Liège.
10. Le mouvement contre la mondialisation : ”RESISTANCE INTERNATIONALE / INTERNATIONAAL VERZET”
Afin de pouvoir entrer en contact avec les jeunes attirés par le mouvement contre la mondialisation (MCM), nous avons mis sur pied «Résistance Internationale / Internationaal Verzet» début 2001. C’était juste à temps : après les protestations de Prague et de Nice, mais avant celles de Götheborg et de Gênes. En Belgique, ce sont surtout ces deux évènements qui ont donné corps au MCM. RI/IV était présent à ces deux occasions et en est revenu avec l’idée de diffuser des témoignages de ces événements dans différentes régions. C’est sur base de cela que les premiers comités RI/IV ont été fondés.
L’ampleur des manifestations de Gênes a produit d’énormes répercussions sur la conscience. Il ne s’agissait pas seulement de manifestations et de protestations de la jeunesse la plus radicalisée. En Italie, le mouvement durant l’été 2001 a entraîné aussi le mouvement ouvrier avec en résultat une manifestation de plus de trois cent mille personnes.
L’ampleur de la répression, ainsi que l’utilisation de provocateurs policiers afin de susciter des émeutes pour pouvoir criminaliser le mouvement – comme cela a d’abord été appliqué à Götheborg, puis de manière ouverte et systématique à Gênes – ont conduit à beaucoup de dégoût et ont radicalisé et élargi le mouvement. En Italie, le jeune Carlo Giuliani a été abattu par les balles de la police et des centaines de personnes ont été blessées. L’agence de presse électronique indépendante Indymédia, où les jeunes manifestants avaient centralisé leurs images de la manifestation et de la répression, a été attaquée par la police après la manifestation et tout le matériel qui servait de preuve a été confisqué.
En trois ans seulement, le MCM a mobilisé plus de trois millions de manifestants dans plus de vingt pays. Ce mouvement a commencé à avoir des répercussions sur le mouvements ouvrier et une vague mondiale de protestations anti-néolibérales a ensuite déferlé. L’idée selon laquelle le monde des entreprises ne s’intéressait qu’à la maximalisation des profits – indépendamment de ce que cela pouvait signifier sur la vie de millions de salariés et leurs familles – est devenue une conception largement partagée.
Avec RI/IV, nous avons défendu un programme socialiste au sein du MCM et RI/IV a dès le début étroitement été lié à notre parti. Etre anticapitaliste était une chose, offrir une alternative en était une autre. Nous avons intégré l’aspiration à un monde socialiste dans notre programme, mais pas dans le nom, parce que nous n’avons pas voulu imposer cette alternative, mais l’offrir à la discussion. Ceux qui se déclaraient en accord avec nous nous ont automatiquement rejoint. Les autres ont reçu la liberté de douter, mais de pouvoir construire tout de même quelque chose avec nous.
La discussion la plus importante portait alors sur quel programme et quelle orientation appuyer pour renforcer le mouvement. La nécessité d’une orientation transitoire a été largement débattue afin de faire le lien entre les couches déjà radicalisées et le mouvement plus large, mais aussi pour lier les revendications d’aujourd’hui à la nécessité de changer de société. Dans les manifestations contre la mondialisation, nous avons systématiquement porté avec nous des slogans contre la libéralisation de La Poste, par exemple, à côté de slogans anticapitalistes plus généraux.
Dans la deuxième moitié de 2001, la Belgique assumait la présidence de l’Union Européenne. RI/IV s’est préparé à fond pour l’organisation des protestations contre les réunions de l’Union Européenne néolibérale. Des alliances de collaboration entre organisations et partis se sont formées partout, et partout où l’UE organisait un meeting, le MCM a organisé une contre-manifestation. RI/IV a été largement impliqué dans l’organisation de ces manifestations, et a pris l’initiative de lancer des grèves lycéennes un peu partout. Celle de Gand a particulièrement été réussie, avec plus de deux mille cinq cent participants.
11. Le onze septembre, la guerre en Irak et le mouvement anti-guerre
Les attentats du 11/09 ont eu pas mal de répercussions dans le mouvement. La question du terrorisme a pris le dessus sur la résistance croissante au néo-libéralisme. Les néo-conservateurs, avec Bush comme président, ont utilisé ces attentats comme prétexte pour déclencher la guerre en Afghanistan, très vite «victorieuse», (fort temporairement, comme cela s’est par la suite avéré) et comme tremplin vers la guerre en Irak en mars 2003. Derrière le masque de la démocratie se trouvait la question du contrôle du pétrole irakien.
Les attentats du 11/09 ont eu un effet démobilisateur et démoralisateur sur le MCM. L’occasion de tourner la situation en sa faveur s’est présentée au régime de Bush, alors qu’il était d’abord sur la défensive. Mais même à ce moment-là, le soutien pour Bush était loin d’être unanime. Bien au contraire! L’opinion publique a été très partagée et ce dès le début de la guerre, elle s’est montrée très consciente des véritables enjeux de l’invasion et s’y est opposée dans sa grande majorité.
Naturellement, la situation s’est présentée différemment aux USA à cause de l’effet du 11/09 et de la crainte de nouveaux attentats de ce type. L’effet contre-révolutionnaire de ce genre d’actions et le caractère réactionnaire des organisations telles qu’Al-Qaïda a aussi été démontré. Le MAS/LSP et le CIO ont à l’époque immédiatement réagi en condamnant tant ces attentats que la politique et l’attitude hypocrite de l’impérialisme américain.
A travers le monde entier, des protestations contre la guerre ont eu lieu, y compris aux USA. La conscience anticapitaliste avait laissé des traces et l’idée que cette guerre était une guerre pour le pétrole était largement acceptée. L’ampleur des manifestations anti-guerre a été révélée le 15 décembre 2003, un mois avant l’invasion militaire des USA et de leurs alliés en Irak. Ce jour-là, plus de dix millions de personnes sont descendues dans les rues avant même le début des opérations militaires!
En Belgique, RI/IV a été l’initiateur des protestations du «Jour X», le jour du début de la guerre. Des manifestations et des meetings ont été organisés dans bon nombre de villes et de communes. Le gouvernement belge, comme beaucoup de gouvernements capitalistes en Europe, s’était caché derrière son refus de participer à cette guerre très controversée, y compris parmi toute une frange de la bourgeoisie. Mais ces gouvernements n’ont pas su faire barrière à la guerre. Seule la classe ouvrière en était capable en s’organisant et en se débarrassant du système capitaliste mondial qui se sert de la guerre quand bon lui semble.
Dès le déclenchement de la guerre, des manifestations annuelles ont été organisées contre celle-ci au jour anniversaire de son déclenchement, et RI/IV a toujours été présent avec une forte délégation. Mais ces manifestations sont loin d’avoir le même caractère de masse qu’au début. Pour que ce mouvement adopte à nouveau un caractère massif, nous avons toujours expliqué que l’opinion publique aux USA était un élément décisif.
Au fur et à mesure que cette guerre s’est révélée être un bourbier et qu’une partie toujours plus grande du budget gouvernemental a commencé à s’y engouffrer, de plus en plus d’américains se sont levés contre la guerre. Des slogans comme «De l’argent pour l’enseignement, les emplois, la santé publique,… pas pour la guerre !» sont alors devenus très populaires. Nos camarades américains de Socialist Alternative (www.socialistalternative.org) ont mené des campagnes parfois très réussies contre le recrutement militaire dans les écoles et les universités.
Contrairement à certaines organisations de gauche, nous ne sommes pas tombés dans le piège de slogans tels que «yankee, go home» et «Stop USA» . Avec ces slogans, plusieurs organisations ont visé la population américaine dans son entièreté sans comprendre qu’aux USA également les oppositions de classe étaient en train de se développer. Sous la surface, un mouvement d’opposition grandissait. La promesse d’Obama de fermer la prison illégale de Guantanamo et de ramener les troupes joue ainsi un rôle important pour comprendre sa popularité parmi la jeunesse.
Nous avons écrit qu’à un prochain stade, un ralentissement économique combiné à des attaques drastiques contre le niveau de vie des travailleurs et de leurs familles, pouvait encore accentuer l’ampleur du mouvement antiguerre.
Les troupes de la coalition n’ont été capables d’encourager l’établissement d’une démocratie ni en Irak, ni en Afghanistan, ni au Liban. La démocratie n’était qu’un masque bien pratique pour cacher les motivations véritables de l’intervention. La lutte contre la guerre ne peut être qu’une lutte contre le capitalisme, système qui est sans cesse contraint de recourir à l’armée pour défendre les intérêts de l’élite dominante.
Notre perspective était qu’une montée du mouvement et des votes contre la guerre coïnciderait avec des mouvements contre la politique néolibérale, ce qui signifierait une résurrection du mouvement antiguerre à un niveau considérablement plus élevé.
C’est finalement la crise économique qui a donné le coup de grâce au régime de Bush en novembre 2008. La force de la campagne d’Obama reposait sur l’écho qu’il donnait à ce qui chauffait sous la surface de la société. Les slogans orientés autour du changement ont été un reflet de cette aspiration parmi la population et le slogan «yes, we can» celui d’une confiance en soi grandissante parmi la population. Les espoirs sont maintenant immenses, espoirs qui ne seront pas concrétisés par Obama (ni pour la fi n de la guerre, de la crise ou de l’oppression).
La promesse de retirer toutes les troupes hors d’Irak d’ici 2012 contraste avec les intérêts stratégiques de l’impérialisme américain de contrôler cette région riche en pétrole. La situation en Irak ne peut être stabilisée sur une base capitaliste. Un désengagement partiel ira de pair avec une augmentation des tensions entre les différents groupes de la population dans la lutte pour le pouvoir.
A présent, le scepticisme augmente, et pas seulement à propos du timing du désengagement! La force présente en Afghanistan a été renforcée de 17.000 soldats supplémentaires et le Pakistan, lourdement déstabilisé par cette guerre, connait de plus en plus de difficultés.
La tentative d’Obama de tourner le dos à l’unilateralisme de Bush a été bien accueillie dans la presse à travers le monde mais, fondamentalement, Obama défend uniquement une politique en faveur des intérêts de l’impérialisme américain. La différence se situe dans la volonté de l’administration Obama d’impliquer d’autres puissances derrière le terme de «coopération internationale».
L’espoir qu’Obama représente le début de la fin des aspirations guerrières de l’impérialisme américain n’a pas une grande espérance de vie. Pour le mouvement anti-guerre aux Etats- Unis et au niveau international, une grande leçon à tirer est la nécessité cruciale de lier la lutte contre la guerre à celle contre le capitalisme.
12. Préparer le MAS/LSP à la lutte des classes
“Mettre la lutte des travailleurs en avant”, tel était le titre de nos textes de Congrès de novembre 2004 dont l’objectif était de préparer le parti et ses membres à une période de lutte. Un climat de lutte et de résistance se développait partout en Europe: en France et aux Pays-Bas, la Constitution Européenne néolibérale avait été rejetée en 2005; en Allemagne, un mouvement de masse était né contre le plan Hartz 4; en Italie, six grèves générales avaient eu lieu en cinq ans contre les réformes du système de retraites; en Grèce, nous avons été témoins de mouvements de masse contre les coupes d’austérité dans les services sociaux,… Bref, partout, il y a eu des réactions de masse contre les attaques sur nos acquis sociaux.
En Belgique aussi, une résistance croissante s’est manifestée. En 2004, les salariés du secteur non-marchand ont mis sous pression le gouvernement à travers des manifestations et des grèves qui ont obtenu la satisfaction d’une partie de leurs revendications. A La Poste, l’introduction des divers plans Géoroutes s’est heurtée à des protestations massives et continuelles, mais la résistance s’est produite de manière divisée. A côté de cela, des actions ont fait surface chez De Lijn, à la STIB, dans les chemins de fer, dans l’enseignement,…
Afin de mettre sous pression les négociations pour un nouvel Accord Interprofessionnel, et sous l’inspiration des opérations d’austérité massive menées aux Pays-Bas et en Allemagne, les organisations patronales belges ont présenté leur cahier de revendication. Le patronat, les médias et le gouvernement ont agi sur l’opinion publique pour imposer un menu de démolition sociale: diminution du temps de travail sans augmentation de salaire, gel des salaires, triplement du nombre d’heures supplémentaires autorisé, diminution des restrictions sur le recours au travail intérimaire, diminution des charges sociales et remplacement par la TVA, abolition du principe d’ancienneté, restriction des possibilités de fin de carrière, alignement du statut des services publics sur celui du privé, etc. Tout cela alors que les profits des entreprises avaient triplé en 2003 !
Cela a radicalisé la base des syndicats au point que les négociations pour l’Accord Interprofessionnel ont été précédées d’une manifestation syndicale de 50.000 personnes en décembre 2004. Le MAS/LSP y était fort présent et y a vendu 170 journaux. La direction syndicale «socialiste» n’a pas réussi à vendre l’Accord Interprofessionnel à sa base. Une majorité a voté contre et la contestation s’est développée, au sein de la CSC également et particulièrement dans la CNELBC (employés et cadres). La direction de la CSC a alors appelé le gouvernement pour imposer l’AIP de manière unilatérale! Ce genre de trahison totale allait caractériser la direction de la CSC plus tard, en 2005, face à la lutte contre le “Pacte de Solidarité entre les Générations”. Lors des accords intersectoriels, des tensions se sont manifestées également et beaucoup de secteurs sont passés à l’action.
13. Marche des Jeunes pour l’Emploi
Afin de pouvoir donner à nos jeunes membres un instrument avec une orientation plus pratique vers le mouvement ouvrier, nous avons appelé les organisations de jeunesse de la FGTB et de la CSC à organiser avec nous une nouvelle Marche des Jeunes pour l’Emploi. Malgré la résistance que nous avons ressentie dans l’appareil syndical contre l’idée d’une marche combative portée par de jeunes délégués et des militants syndicaux dans les entreprises, nous avons bénéficié de beaucoup de sympathie pour cette campagne. Nous sommes intervenus avec des tracts spécifiques dans différents actions et mouvements syndicaux avec l’appel à généraliser la lutte. Cela a surtout permis à davantage développer l’orientation du MAS/LSP sur l’action syndicale.
Le 19 mars 2005, cette Marche des Jeunes a coïncidé avec une manifestation syndicale européenne contre la directive Bolkenstein et avec la manifestation du Forum Social Européen. Environ 80.000 personnes sont descendues dans la rue ce jour là pour l’une des trois manifestations. La Marche des Jeunes a rassemblé à peu près 2.000 manifestants. Le MAS/LSP, avec des camarades issus de nos organisations en France, aux Pays- Bas et en Angleterre, a vendu 650 journaux, un record pour notre vente de presse lors d’une manifestation essentiellement syndicale.
14. La lutte contre le Pacte des Générations
Lorsque la ministre du SP.a Freya Vanden Bossche a élaboré une note de négociation préparatoire pour le gouvernement visant à une réforme drastique des prépensions, c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Durant l’été 2005, la CSC a menacé de lancer une grève générale si cette note n’était pas modifiée. La note a bien été modifiée, mais uniquement dans l’objectif de laisser la porte entre-ouverte et de permettre le développement d’un climat favorable à son acceptation. Mais rien n’a été accepté pour autant. Les gens en avaient tout simplement marre. Les travailleurs « n’étaient plus raisonnables », comme devait l’avouer Luc Cortebeek, le président de la CSC. Il ajoutait ensuite que l’attitude adoptée envers le Pacte des Générations était comparable à celle qui existait en France et aux Pays-Bas vis-à-vis de la Constitution Européenne. Cette attaque s’est heurtée à un mur de résistance et a abouti à une grève générale organisée par la FGTB le 7 octobre 2005 et à une nouvelle, liée à une manifestation nationale le 28 octobre, cette fois-ci avec le soutien de tous les syndicats.
Les conclusions politiques tirées dans ce mouvement étaient particulièrement intéressantes et importantes.
Pour la première fois depuis que le MAS/LSP avançait le slogan pour un nouveau parti des travailleurs, cette revendication a trouvé un écho. Environ deux cents de nos membres étaient présents aux piquets de grève pour les renforcer et pour mettre en évidence notre soutien à la grève. L’ouverture à la revendication d’un nouveau parti des travailleurs était impressionnante et nous avons saisi cette occasion pour lancer une pétition, récoltant ainsi des centaines d’adresses. Nous y avons en outre vendu cinq cents exemplaires de notre journal, l’Alternative Socialiste.
Nous n’étions pas les seuls à avoir constaté ce vide. La délégation FGTB d’Agfa-Gevaert a appelé à rompre les liens existants entre la FGTB et le SP.a tandis que l’ancien parlementaire social-démocrate fl amand Jef Sleekx a déclaré dans une interview au magazine «Knack» que le temps était venu pour un nouveau parti de gauche. Jef Sleekx a ensuite manifesté avec un large groupe de syndicalistes de la FGTB contre le Pacte des Générations devant un congrès du SP.a. Le potentiel était alors énorme. Le temps était effectivement venu pour une nouvelle initiative concrète…
15. Le développement du CAP
Début janvier 2006, nous avons invité Jef Sleekx à une discussion avec notre Bureau Exécutif. Nous étions d’accord avec lui qu’il existait un espace à gauche pour un nouveau parti, que ce dernier devait s’orienter vers la classe ouvrière, qu’il était nécessaire de s’organiser nationalement et que l’espace devait être laissé à chaque chaque courant pour défendre son identité au sein de l’initiative. Jef Sleekx, au nom du comité qu’il avait formé avec George Debunne (ancien président de la FGTB) et Lode Van Outrive (qui avait précédemment mené une pétition de campagne contre la Constitution Européenne néolibérale et pour un référendum en Belgique sur cette constitution), a entamé une tournée de Belgique pour tâter le terrain en vue d’une nouvelle initiative politique de gauche. C’est ainsi qu’est née l’idée du CAP, le Comité pour une Autre Politique.
Du côté francophone également, une initiative a vu le jour: Une Autre Gauche (UAG). Jef Sleeckx a alors noué des contacts avec eux et le MAS/LSP s’y est joint. Notre idée était de les convaincre d’arriver le plus vite possible à une initiative nationale avec une structure et un programme. Le temps de sortir publiquement et de construire un mouvement était selon nous arrivé. Comme le dit le vieil adage, il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Ce calcul n’était pourtant pas partagé par tout le monde. Très vite, nous avons dû constater que l’unité sur ce point avec UAG était impossible. Des divergences supplémentaires sur l’orientation et sur la méthode de construction et de fonctionnement interne ont amené nos chemins à se séparer. Le MAS/LSP a donc décidé de se retirer d’UAG et a commencé à concentrer ses forces sur la construction du CAP à Bruxelles et en Wallonie.
Cette discussion a annoncé le début d’une période où beaucoup d’opportunités ont été manquées. Lorsque le CAP a fait son entrée sur internet en août 2006 et a annoncé un nouveau mouvement politique, l’intérêt était énorme. Jour après jour, des centaines de travailleurs ont visité le site et se sont inscrits pour l’initiative. Nous avons expliqué cet intérêt à partir des scores électoraux élevés pour les formations de gauche aux Pays-Bas et en Allemagne, dans les sondages et lors des élections. L’ancien expert en communication Noël Slangen a quant à lui déclaré qu’un tel parti pouvait récolter 10% des suffrages, à condition que ce parti ne se laisse pas séduire par une participation gouvernementale.
Les hésitations systématiques des initiateurs pour se prononcer clairement et une fois pour toutes en faveur des trois points de départ du CAP (structure nationale, orientation vers les travailleurs et espace pour chaque courant), de peur de faire sauter les liens avec UAG de manière défi nitive ont fait raté le moment propice au CAP. En politique, le timing est un élément crucial. Les médias n’ont par la suite plus jamais accordé le même intérêt qu’au début.
Une autre faiblesse provenait du manque de clarté politique et de détermination du CAP lorsque de nouveaux moments cruciaux se sont présentés à lui.
Malgré cela, la conférence de fondation du CAP le 28 octobre 2006, avec six cent participants, a été un grand succès qui a illustré qu’un potentiel était bel et bien présent. Lors de sa participation aux élections communales du 8 octobre 2006, le MAS/LSP avait mis en évidence sur ses affi ches électorales un appel pour cette conférence. A celle-ci, une motion a été adoptée selon laquelle le CAP déclarait vouloir continuer la construction du mouvement sur base d’un programme anti-néolibéral, participer aux élections là où les possibilités de le faire étaient présentes et aspirer à un seul mouvement national.
Après la conférence cependant, UAG n’était pas entièrement gagnée à la participation électorale, ni à une collaboration étroite avec l’objectif d’en arriver à une structure commune. Lors de la conférence du CAP de février 2007, UAG n’a envoyé personne, et une majorité du CAP a décidé de déposer une liste néerlandophone et francophone.
L’intervention et le soutien du CAP dans la lutte des travailleurs de VW ont été décisifs pour l’orientation et la construction du CAP à Bruxelles et en Wallonie. Nous sommes alors entrés en contact avec quelques militants syndicaux issus du Hainaut et de Bruxelles qui ont plus tard joué un rôle important dans la construction du CAP.
Lors de la manifestation de solidarité avec VW du 2 décembre 2007, qui a compté 25.000 participants, le CAP a fait une impression non négligeable. Dans la manifestation et autour du bus de solidarité du CAP, 10.000 tracts de solidarité du CAP et 10.000 tracts du comité de solidarité VW mobilisant pour la fête de Saint-Nicolas pour les enfants des travailleurs de VW ont été distribués par des centaines de militants du CAP et du MAS/LSP. Des dizaines de travailleurs ont rejoint le CAP ou ont demandé plus d’informations à cette occasion.
A côté de cela, les militants du MAS/LSP ont distribué quelques 4.000 tracts de notre parti centrés sur un appel à étendre la grève des travailleurs de VW à tout le secteur et à préparer une nouvelle grève générale. Nous avons vendu plus de 500 journaux et avons récolté 900 euros de fonds de lutte avec un badge de solidarité avec VW.
Ce mouvement a laissé des traces politiques. Ps et SP.a ont par la suite parlé de «candidats ouvriers» sur leurs listes électorales pour sauvegarder leur aile gauche. Sans succès. Les deux partis ont reçu des défaites cuisantes lors des élections fédérales de juin 2007. Leur rôle en tant qu’architectes du Pacte des Générations a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les nouveaux scandales de corruption du PS ont porté le coup de grâce. Ainsi, lors des élections de juin 2007, le SP.a n’avait obtenu que 16% des voix et le PS avait perdu sa position de plus grand parti francophone en faveur du MR.
Mais, comme cela a déjà été mentionné, le CAP ne s’est pas construit sans peine malgré le potentiel qui lui faisait face. Les nombreuses discussions avec UAG, mais aussi au sein du CAP (sur une participation électorale ou non, sur le fait de se présenter comme force indépendante ou non – certains avaient lancé un plaidoyer pour une «ceinture rouge» sur la liste de Groen !-, etc.), n’ont pas permis au CAP de se présenter publiquement comme une force unie et l’initiative n’était pas perçue par les gens comme une alternative crédible. A cela est venu s’ajouter un slogan électoral vague («Une autre politique est possible») qui ne défi nissait pas ce que le CAP défendait et a en réalité fait le jeu des partis anti-gouvernementaux. Au fur et à mesure que les élections se sont rapprochées, l’élément communautaire a été mis en avant au détriment de l’aspect socio-économique. Le CAP a été fi nalement boycotté très effi cacement par les médias lors de la campagne électorale, ce qui explique aussi le résultat électoral (20.000 voix, c’està- dire pas plus que les suffrages obtenus par le MAS/LSP sous son propre nom et programme), malgré les excellentes réactions que le CAP avait reçu dans la rue lors de sa campagne.
Les élections ne sont qu’un « instantané » d’un moment donné. Bien que le résultat a certainement eu ses répercussions et que le rythme du CAP et de la construction d’un nouveau parti des travailleurs a pu ralentir, le vide à gauche demeurait un grand handicap pour les salariés dans la défense de leurs intérêts. Dès lors, la lutte des classes ne pourrait que remettre en évidence la nécessité d’un instrument politique pour la lutte du mouvement ouvrier. Le CAP aurait encore pu jouer un rôle en ce sens à une condition : réussir à intervenir dans le mouvement réel avec des perspectives et un programme capables d’aider le mouvement.
16. Le mouvement pour le pouvoir d’achat
Ce test est arrivé sous la forme du mouvement pour le pouvoir d’achat, très tôt au début de l’année 2008. L’infl ation avait rapidement augmenté, avec des conséquences néfastes pour le pouvoir d’achat des familles. La combinaison de bénéfi ces record, d’un rythme de travail très élevé dans les entreprises, d’un patronat arrogant et, en Flandre, du nombre moins élevé de chômeurs, a été la base d’une croissance de la confi ance et de la volonté d’en découdre parmi les travailleurs. C’est une grève spontanée pour 1€ de plus par heure chez un sous-traitant de Ford qui a mis le feu aux poudres. Les grèves spontanées se sont alors succédées en Flandre. Dans environ 200 sociétés, la grève et la menace de grève ont permis d’obtenir des augmentations salariales ou des boni salariaux.
Le CAP n’a pas réussi à jouer un rôle signifi catif dans ce mouvement. Nous avons constaté que si nous voulions intervenir dans ce mouvement pour populariser l’idée d’un nouveau parti des travailleurs, il fallait le faire sans le CAP. Le mouvement s’est ensuite généralisé jusqu’à pousser les syndicats à organiser un plan d’action national. La compétition parmi les syndicats à la veille des élections sociales dans les entreprises a assuré qu’une semaine d’action soit organisée en juin 2008. La participation a été massive, surtout en Wallonie, ce qui était une bonne réponse à l’argument selon lequel le mouvement pour le pouvoir d’achat était essentiellement un mouvement flamand. Les revendications s’adressaient tant au patronat qu’au gouvernement. Les travailleurs réclamaient aux patrons une part de leurs bénéfices et exigeaient du gouvernement la fi n des querelles communautaires. Il y avait des choses bien plus importantes dans la vie, comme la défense du pouvoir d’achat des familles.
Les slogans développés par le MAS/LSP dans ce mouvement étaient : plus de pouvoir d’achat par plus de salaire et une augmentation des allocations – 1€ de plus par heure ; FTGB et CSC – rompez les liens avec le PS et le CDH; Avec et autour de la base syndicale : un parti syndical est nécessaire.
17. La double tâche des marxistes
Les marxistes ont devant eux une double tâche. Ils doivent d’une part jouer un rôle dans la construction et le renforcement des organes de lutte larges des travailleurs et de leurs familles – tant sur le plan politique que sur le plan syndical – et d’autre part s’atteler à la construction d’un parti révolutionnaire. Ces deux tâches vont de pair : la discussion sur un programme socialiste et révolutionnaire n’est pas détachée de la lutte quotidienne, mais y est liée. Le parti révolutionnaire doit être présent là où le débat est mené et engagé afi n de remporter la confi ance des travailleurs et des jeunes dans la pratique. Ainsi, dans le cadre de notre travail au sein du CAP, nous avons démontré que nous ne voulions pas imposer notre programme, mais que nous voulions mener la discussion.
Ce type d’activités ne nous empêche nullement d’organiser les révolutionnaires socialistes dans un parti indépendant qui poursuit son objectif révolutionnaire. A travers ses interventions dans le mouvement large, le MAS/LSP a augmenté ces dernières années pour, du plus petit facteur à gauche au début des années ’90, devenir un pôle d’attraction pour au moins une partie de la nouvelle génération des jeunes radicalisés et des jeunes travailleurs. Comment ? Comme le démontre l’histoire du MAS/LSP, en ne restant pas à l’écart mais en intervenant énergiquement dans la lutte des classes sur base d’une analyse claire et de perspectives discutées par tous les membres. Nos membres sont prêts à mouiller leur chemise et à se battre pour leurs idées. Et ce, y compris lorsque les choses sont un peu plus diffi ciles et quand la lutte des classes est au plus bas. Notre devise : cerner les occasions et les saisir.
18. Quelques unes de nos campagnes les plus récentes
Le PSL/LSP considère la propagande, le travail vers la jeunesse et l’intervention dans la lutte des classes comme ses tâches les plus importantes.
Mais le néolibéralisme a des effets tout aussi énormes sur les conditions de vie à l’extérieur des entreprises. Loyers élevés, suppression des services locaux pour faire de l’espace à des projets de prestige sans utilité pour la population locale, négligence des quartiers pauvres,… les problèmes s’empilent pour beaucoup d’habitants pauvres.
Un large parti des travailleurs s’en prendrait à cette problématique et organiserait les gens dans leurs quartiers pour lutter pour l’amélioration des conditions de vie de chacun. Sans entretenir d’illusions sur le fait que nous pourrions à notre échelle résoudre cela au même niveau qu’un large parti des travailleurs, le PSL/LSP veut attirer l’attention sur ces problèmes et offrir aux gens l’opportunité de lutter là où nous en avons la possibilité.
Ainsi, nous avons mené des campagnes de quartier contre les privatisations des services locaux, les projets de prestiges et le manque d’investissements dans les quartiers de logements sociaux.
A Liège, dans le quartier populaire de Droixhe, nous sommes rentrés en contact avec des locataires de logements sociaux aux prises avec une rénovation des logements basée sur des priorités économiques et urbanistiques globales au détriment de leur bien-être, rénovation d’ailleurs conduite de façon autoritaire et inefficace. Par l’intermédiaire de notre site internet et d’une intervention dans le quartier, ils nous ont contacté et, début 2007, nous les avons aidé à mettre sur pied un comité. Plusieurs actions et manifestations ont ensuite été menées avec notre soutien actif, dont des occupations successives des locaux de la société de logements « Atlas ». Après une lutte de plusieurs mois, une prime d’indemnité et d’autres avantages ont été obtenus.
A Gand, comme nous l’avons déjà dit, nous avons organisé des protestations contre la démolition de 89 vieilles maisons qui devaient céder la place à un parc pour accommoder des couches plus aisées de la population. On peut encore mentionner Louvain où, avec le CAP, nous avons initié une campagne contre la hausse du prix des sacs poubelles.
Le travail de nos cercles étudiants, Etudiants de Gauche Actifs et Actief Linkse Studenten , continue de jouer un rôle important dans le développement du PSL/LSP. Sur base de différents campagnes , nous avons déjà organisé des milliers d’étudiants contre les assainissements dans l’enseignement, contre la fermeture de services sociaux, contre les attaques visant le personnel de l’enseignement, contre les étudiants néofascistes fl amands du NSV, contre le sexisme, contre la politique d’asile répressive, pour un enseignement démocratique et de qualité ainsi que pour l’obtention d’un budget public correspondant à 7% du Produit Intérieur Brut pour l’enseignement.
L’offensive contre la démocratisation de l’enseignement a été lancée avec les accords de Bologne. La commercialisation de l’enseignement supérieur a de grandes conséquences sur l’accessibilité de l’enseignement, sa qualité, l’offre d’études et les conditions de travail des étudiants et du personnel. L’initiative de la délégation FGTB de la VUB (Vrije Universiteit Brussel) afin de poursuivre le combat pour les 7% du PIB est pleinement soutenue par le PSL/LSP et EGA/ ALS. A plusieurs occasions, cette délégation a pris l’initiative d’actions concrètes avec la participation de plusieurs centaines et milliers d’étudiants et de membres du personnel.
Partout, les gouvernements capitalistes veulent augmenter les droits d’inscription, comme c’est déjà le cas dans certains pays européens. EGA/Als participe pour cette raison à la campagne Respact mise en place par la FEF (Fédération des Etudiants Francophones), un front qui a pour but l’unité la plus large possible dans l’action contre l’augmentation permanente des frais des études dans l’enseignement supérieur. Bien entendu, nous sommes pour le retrait complet des accords de Bologne.
Campagnes contre le racisme et le fascisme
L’absence d’une gauche conséquente et crédible ainsi que le manque de réponse face aux nombreux problèmes sociaux auxquels sont confrontés la population, et maintenant face à la crise économique, apportent sans aucun doute de l’eau au moulin de la droite populiste et de l’extrême-droite.
En Flandre, certains pensent cependant que la lutte contre le Vlaams Belang touche à sa fin car le parti néofasciste a reculé aux élections communales de 2006 dans un certain nombre de districts d’Anvers (le bation du VB) et que le parti néofasciste cède des voix à ses concurrents de droite, la Lijst Dedecker (LDD) et la NVA.
Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que la politique urbanistique du SP.a à Anvers a déplacé une partie de la population pauvre, remplacée par des ménages aux revenus plus élevés. Le sol d’alimentation pour l’extrême droite n’a donc pas diminué, mais a simplement été déplacé. De son côté, le Vlaams Belang a expliqué que les meurtres racistes de Hans Van Themsche à Anvers ont joué un rôle dans le recul du VB.
Les grandes manifestations et les nombreuses réactions face à cette violence raciste ont effectivement rassemblé des dizaines de milliers de personnes, ce qui a illustré à quel point l’aversion était grande contre ce type de violence. Étant donné que le Vlaams Belang est généralement considéré comme le principal responsable de la création d’un climat raciste, cela peut certainement avoir également joué un rôle. Mais un tel effet ne saurait être que temporaire si de semblables mouvements, aussi grands soient-ils, n’ont pas de programme et d’instrument pour combattre les causes sous-jacentes de la croissance du racisme.
Dans une situation de crise économique, le danger que des groupes et partis semblables n’instrumentalisent la détresse et la désillusion de la population est réel, très certainement en l’absence d’un parti des travailleurs combatif. De plus, un déclin électoral du VB donnera plus d’espace aux stratégies violentes, ce qui conduira à plus de violence ouvertement raciste et fasciste.
Chaque année, avec la manifestation anti-NSV, nous organisons les étudiants sur un programme combatif avec le but de lutter contre le NSV (Nationalistische Studenten Verening – Association des Etudiants Nationalistes, l’organisation étudiante offi cieuse du VB) dans les universités. En manifestant massivement, nous pouvons briser leur confi ance. Ainsi, chaque année, entre 800 et 1.500 étudiants et lycéens antifascistes se mobilisent, ce qui dépassent largement le nombre de participants à la manifestation des néofascistes. Un chômage structurel massif, le délabrement de nombreux quartiers, la désintégration du tissu social et le Parti Socialiste le plus corrompu d’Europe forment aussi un cocktail explosif favorable à l’émergence d’une formation d’extrême-droite du côté francophone du pays. Le Front National obtient d’ailleurs des scores électoraux non négligeables (à concurrence de 7% à 8%) malgré son inactivité.
Le FN belge ne dispose d’aucune structure solide ou de cadre de parti développé et est de plus rongé par les querelles internes et les pratiques frauduleuses. Après l’exclusion de son président à vie Daniel Féret (qui avait utilisé l’argent du parti pour se construire une villa au sud de la France, notamment), Le FN avait tenté de s’offrir une image rénovée et de corriger le tir. Avant de retomber bien vite dans ses vieux travers. Cela offre un certain espace au groupuscule néo-nazi violent Nation. Ce dernier a voulu rassembler ses troupes à Charleroi le 1er Mai 2008, se ventant sur son site de ne rencontrer aucune opposition dans la rue. Leur projet a échoué non pas suite à l’interdiction de leur rassemblement mais grâce à la mobilisation conjointe de Résistance Internationale, des jeunes-FGTB de Charleroi et d’autres organisations antifascistes. 300 jeunes et travailleurs ont pris part à la contre-manifestation.
De même, avant d’être à nouveau enlisé dans des scissions et scandales, Le FN «rénové» a cherché à sortir du bois en organisant un meeting de provocation raciste à Molenbeek afi n de lancer sa campagne électorale. Mais ils ont finalement dû annuler ce meeting avec pour explication que “Les communistes du MAS (ancien nom du PSL) et de Résistance Internationale ont appelé à manifester contre le droit du FN à s’exprimer publiquement dans la commune symbolique de Molenbeek.” La véritable raison pour laquelle ils n’ont pu tenir leur meeting est qu’il n’y a aucun soutien actif dans les quartiers pour une formation raciste et d’extrême-droite. La campagne de Résistance Internationale à Molenbeek a simplement permis de rendre ce fait visible.
Ce ne sont que quelques exemples servant à illustrer les méthodes de Résistance Internationale, à savoir organiser les jeunes autour d’un programme et d’actions concrets. De plsu, nous sommes d’avis que l’arme la plus effi cace pour lutter contre l’extrême-droite est la construction d’une alternative politique de gauche pour et par les travailleurs apte à lutter pour un monde sans pauvreté et oppression.
Dès le début de l’occupation d’un bâtiment de l’Université Libre de Bruxelles par les sans-papiers en 2008, par exemple, EGA/ALS a activement participé à la création d’un comité d’action et de soutien. La politique impérialiste dans les pays pauvres a pour conséquence qu’il y est presque impossible d’échapper à la pauvreté par le travail. Beaucoup de familles dans ces pays ne sauraient plus survivre sans l’aide apportée par des membres de la famille qui travaillent en occident. Mais une fois ici, la politique d’asile du gouvernement belge pousse des milliers de familles dans la clandestinité. La dérégulation du marché du travail et la politique d’expulsions se renforcent l’une l’autre : des pans entiers de l’économie capitaliste sont basé sur le travail au noir, en marge de la légalité, ce qui met une grande pression sur les salaires et les conditions de travail dans les parties légales de l’économie. Le soutien d’EGA/ALS au mouvement étudiant de l’ULB a entraîné quelques succès, surtout à l’apogée du mouvement en avril 2008 et durant les protestations contre la rafl e orchestrée par le bourgmestre PS de Bruxelles peu avant le 1er mai.
EGA a systématiquement stimulé la présence de sanspapiers et d’étudiants aux actions syndicales (entre autres lors des actions pour le pouvoir d’achat) en expliquant que seule l’unité des travailleurs, avec ou sans-papiers, dans la lutte pour des emplois décents pour chacun était une solution. Les sanspapiers ne peuvent obtenir une victoire que s’ils réussissent à gagner le soutien de couches plus larges parmi la population, et en particulier du mouvement ouvrier organisé.
Avec Résistance Internationale/International Verzet, nous avons lancé une campagne spécifi que pour se profi ler et apporter des réponses sur la problématique environnementale ainsi que pour mobiliser les jeunes dans des actions locales concrètes, entre autres devant les centrales d’électricité ou les sièges des multinationales.
Il est toujours plus limpide que les capitalistes et leurs politiciens ne sont pas capables de résoudre la crise environnementale : l’appât du gain conduit toujours obligatoirement à la recherche de la façon la plus économique de produire, indépendamment de ses conséquences.
Nous mettons donc en avant au sein du mouvement écologique une réponse socialiste face à la problématique environnementale, c’est-à-dire une politique qui ne fait pas porter le coût de la défense de l’environnement sur les travailleurs et les pauvres (comme avec une fiscalité ‘verte’ qui rend les produits polluants plus chers mais ne s’en prennent pas aux entreprises produtrices ou en augmentant la TVA, la forme de taxe la plus asociale). Nous rechercherons des revendications transitoires capables de faire le lien entre les besoins actuels des jeunes et des travailleurs impliqués dans le mouvement et la nécessité d’une transformation radicale de la société.
Notre campagne ne vise pas toutefois pas uniquement les jeunes et les travailleurs radicalisés, mais veut aussi faire le lien entre la lutte pour le respect de l’environnement et la lutte des travailleurs pour acquérir de meilleures conditions de logement, de travail, de vie, etc.
Le néolibéralisme, qui conduit au démantèlement des services, des salaires décents et des conditions de travail, touche l’ensemble du monde du travail, et plus particulièrement les travailleuses. La dépendance économique des femmes ainsi que la violence et la pression qu’elles subissent augmentent à vue d’oeil. Le sexisme, comme le racisme, est un produit du capitalisme et est utilisé comme un instrument servant à dresser les travailleurs les uns contre les autres pour affaiblir leur force.
La pensée unique des années ’90 partait de l’idée que le capitalisme était le meilleur des systèmes et l’unique possible. Cette assertion est allée de pair avec la pensée postféministe qui affi rme que l’inégalité légale n’existerait (presque) plus, ou dépendrait seulement de la femme prise individuellement. Il découle de cette idée que le travail à temps partiel, les bas salaires dans les secteurs les plus féminisés, les retraites scandaleusement basses des femmes (car incomplètes), etc., serait justifi é par le «mauvais choix» des femmes concernées qui auraient «moins d’ambition» car la famille serait prioritaire pour elles, etc. Un regard un tant soit peu réaliste posé sur la société réfute d’un simple revers de la main ce type d’arguments fallacieux.
La commission-femmes du PSL/LSP a discuté de ce postféminisme et développé des arguments contre afin de former nos membres et de les armer contre cette vision officielle. Nous avons pointé du doigt la création de secteurs à bas salaire, le manque de crèches à prix démocratique, le stress qu’engendre la flexibilité du marché du travail et l’impossibilité de combiner un emploi à temps plein avec les tâches domestiques encore assumées aux trois quarts par les femmes. Le démantèlement des services publics augmente aussi – moins d’heures passées à l’école pour les enfants, des malades censés libérer leur lit d’hôpital plus rapidement, des institutions de repos et de soins pour retraités sans cesse plus onéreux,…
Ce post-féminisme est de plus combiné à un nouveau type de sexisme. La lutte des femmes pour la liberté sexuelle – une lutte à laquelle se rallie le PSL/LSP – a été détournée par les capitalistes pour rendre possible une énorme extension de l’industrie du sexe. Les politiciens, fl amands en particulier, ont commencé à dépeindre la prostitution comme un métier comme tous les autres. Celle qui a des problèmes avec la pornographie ou avec l’utilisation abusive de la sexualité féminine à des fins commerciales est d’offi ce qualifi ée de coincée moraliste ayant avant tout des problèmes avec sa propre sexualité. De même, chaque personne qui lutte contre l’image de la femme perçue uniquement comme un objet de désir est immédiatement rejeté dans le camp du pape. Malgré tout cela, l’industrie du sexe n’a rien à voir avec la liberté sexuelle des femmes, bien au contraire. Les bas salaires et les mauvaises conditions de travail dans les «emplois féminins» liés à la croissance de la durée de la vie active pousse de plus en plus de femmes dans cette industrie. La pénurie de femmes du monde occidental consciemment prêtes à «travailler» dans ce secteur qui, au passage, réalise des profi ts exorbitants a été surmontée par la traite mondiale des femmes et des enfants, ce qui n’est en réalité rien d’autre qu’une nouvelle forme d’esclavage.
Internet a offert aux marchands d’esclaves un énorme forum pour vendre leurs «marchandises» et se créer un marché. Différentes études actuelles illustrent que l’extension énorme de la pornographie – une industrie orientée à 97% vers les hommes et où la servitude féminine est un facteur-clef – créent de plus en plus de pression sur les jeunes filles pour accepter les rapports sexuels. Chez les garçons, cela engendre une vision déformée de la sexualité «libre» et s’y opposer n’est pas toujours accepté. Si les étudiantes se prostituent ou posent nues pour l’industrie pornographique, cela reste offi ciellement un «choix libre». Le PSL/LSP continue à son engagement dans ce débat, en lien avec des actions régulières contre la marchandisation des femmes, surtout dans les universités.
Depuis 1995, le PSL/LSP a une commission-femmes qui se focalise systématiquement sur des campagnes et sur un programme combatif pour les femmes et les filles. Dans notre programme, l’idée centrale est la nécessité d’obtenir un programme unifi cateur, à l’opposé du féminisme bourgeois qui oppose les hommes aux femmes et ne cesse de justement renforcer le sexisme. La lutte pour les droits des femmes est indissolublement liée à celle des travailleurs pour des emplois et des salaires décents, pour des services publics accessibles et de bonne qualité pour tous qui reprennent notamment les tâches domestiques ainsi que pour une sécurité sociale capable de fournir à tous – y compris ceux qui sont dans l’impossibilité de travailler – une place réelle dans la société.
Le chômage parmi les femmes a diminué, mais le sousemploi a pris des proportions inquiétantes : de plus en plus de femmes travaillent à temps partiel ou bien sous divers statuts sous-payés (tels que les chèques-services) qui n’offrent pas de salaire à part entière, et donc aucune indépendance fi nancière. La nécessité d’organiser les salariés dans ces secteurs souspayés devient de plus en plus urgente.
Via la commission-femmes, nous portons une attention particulière à la formation de tous nos membres femmes et nous assurons que cette thématique reste un point de discussion et de lutte dans tout le parti. Par l’intermédiaire de mesures très pratiques, comme la mise en place de crèches pour les réunions de section et pour les activités nationales, nous faisons en sorte que les femmes ayant des enfants puissent être actives dans l’organisation. La discussion continuelle qui est menée dans nos rangs sur cette question combat le sexisme et la vision limitée du rôle des femmes dans la société qui nous est imposée au quotidien.
19. Pour l’unité de la classe ouvrière, contre la surenchère communautaire
En 2005, le MAS/LSP a tenu la Conférence Nationale qu’il tient tous les deux ans, cette année-là au sujet de la question nationale en Belgique. Une organisation qui ne mène pas de discussion approfondie est vouée à se retrouver dans un des deux camps : les régionalistes ou les belgicistes. Les deux camps sont caractérisés par une similitude commune : ils sont fondamentalement d’accord sur la politique néolibérale à appliquer. Le discours fl amand-nationaliste du CD&V et du NVA sert à mettre la Wallonie et Bruxelles sous pression pour diminuer les dépenses sociales et forcer leurs chômeurs à accepter n’importe quel emploi, comme en Flandre. Mais c’est aussi ce que veulent les belgicains comme Rudi Aernoudt (auteur du manifeste anti-Warande « Flandre, Wallonie, je t’aime, moi non plus »), ancien membre du VLD et ancien cabinetard de Kubla (MR) et de Moermans (VLD) suite à la prise de position offi cielle de la Fédération des Entreprises Belges.
Le mouvement ouvrier doit prendre une position indépendante s’il ne veut pas être le dindon de la farce. La défense de la sécurité sociale nationale, de la politique du marché d’emploi et des négociations sociales nationales sont des dossier centraux, tout comme le respect de l’identité culturelle et les droits des minorités. Les nationalistes fl amands illustrent fort bien leur idéologie antidémocratique en refusant de signer le traité européen pour les droits des minorités.
Le PSL/LSP et son internationale, le CIO, défendent partout où ils sont présents le droit à l’autodétermination des nations opprimées. Nous ne sommes pas d’accord avec les points de vue des organisations qui s’inscrivent dans un nationalisme “de gauche”. Ce genre de nationalisme disparaît complètement dans le fl ot du discours politique dominant dans la Flandre actuelle, par exemple. Cette rhétorique relève d’un contenu foncièrement antisocial, antidémocratique et égoïste. Nous ne nous battons que contre l’oppression nationale en tant qu’une des formes d’oppression les plus universelles. Quand la lutte se transforme en la formation et en la propagation d’un nouvel Etat-nation qui à son tour impose sa langue par des mesures de contrainte – comme le sont les conditions linguistiques pour obtenir un logement social imposées par le gouvernement flamand, par exemple – alors cette lutte s’est déjà transformée d’une aspiration démocratique progressiste vers un nationalisme qui aspire lui-même à la domination.
Le point de départ à partir duquel nous élaborons notre position n’est pas le nationalisme, mais la position de la classe ouvrière. Nous ne soutenons le nationalisme que dans la mesure où il fait progresser la lutte des classes et rend plus favorables les conditions dans lesquelles la lutte de la classe ouvrière peut se réaliser. Nous pensons par exemple que l’oppression nationale des populations palestinienne, kurde ou kosovare agit comme un énorme frein sur l’organisation et la clarté politique du mouvement ouvrier tant du côté des peuples opprimés que du côté des nations oppresseuses. Au sein du mouvement ouvrier en Israël, notre organisation-soeur milite ainsi concrètement pour l’acceptation du droit des Palestiniens d’accéder à un véritable Etat palestinien. Toutefois, parmi la population palestinienne, nous nous opposons au nationalisme qui ne fait aucune distinction entre les travailleurs israéliens et l’élite israélienne. Nous sommes ainsi contre les attentats-suicide qui ne font de victimes que parmi les travailleurs israéliens et leurs familles sans pour autant toucher réellement l’élite israélienne dominante. Cette attitude pousse les travailleurs israéliens dans les bras de l’élite israélienne. En définitive, notre programme et nos activités visent à l’unité de classe contre chaque forme d’oppression.
Mais, en Flandre, il ne s’agit plus d’un nationalisme libérateur. Nous avons plutôt affaire à un nationalisme égoïste et revanchard qui vise à rendre aux Belges francophones «la monnaie de leur pièce», comme si la majorité de la population francophone était responsable de l’horrible oppression passée des Flamands. Le mouvement ouvrier belge dans son ensemble a, au contraire, une longue histoire de lutte et de solidarité communes contre le capital belge. C’est justement cette lutte qui a obtenu le suffrage universel, la sécurité sociale, le statut des services publics, les salaires élevés, etc. A contrario, la lutte distincte des travailleurs contre le démantèlement de l’enseignement, imposée par les décisions nationales sur les budgets des régions, a conduit, depuis la régionalisation et la scission de fait des syndicats des enseignants, aux défaites des lycéens, des étudiants et du personnel enseignant.
Les travailleurs flamands n’ont selon nous rien à gagner dans ce nationalisme flamand dominant dont l’objectif est seulement de mettre encore davantage de pression sur ces travailleurs. Cela ne signifie toutefois pas que nous ignorons les questions comme celle de l’exode social dans la périphérie bruxelloise, cela signifi e seulement que nous ne considérons pas que la solution puisse être trouvée en partant d’un point de vue nationaliste. Pour rester sur cet exemple, l’idée du gouvernement fl amand n’est pas de lancer un projet de construction massif de logements sociaux afi n de pouvoir offrir la possibilité à la population de rester sur place avec leurs enfants. Comme partout en Belgique, la politique du logement donne priorité à celui qui paie le plus.
Il faut arriver à un programme capable d’unifier les travailleurs flamands, bruxellois, wallons, germanophones et leurs familles en acceptant la démocratie la plus exhaustive et en engageant la richesse nationale afin de s’attaquer à la pauvreté, au chômage, à l’insécurité sociale, à la pénurie de logements à bas prix, au manque de services, etc. La cohabitation des différents groupes de la population n’est pas impossible : nous ne pensons absolument pas qu’un Etat ne doit héberger qu’une seule nation. Mais le capitalisme organise de plus en plus la pénurie parce que les richesses sont sans cesse détournées par une élite constamment plus restreinte de grands actionnaires et de patrons. La seule lutte qui peut à la fois en fi nir avec la pénurie et orienter la maind’oeuvre et la productivité de la population laborieuse pour la satisfaction des besoins de la majorité écrasante est une lutte contre le capitalisme.
A partir de cette discussion, qui avait conduit à une position et à un programme détaillé, le MAS/LSP était préparé pour faire face à la polémique qui s’est développée entre le CAP d’une part (défendant l’idée d’un parti national) et UAG de l’autre (partisan d’une structure «confédérale», ce qui signifi e que les francophones décident de leur côté pour ensuite se réunir pour voir si un accord est possible). Au sein des rangs du CAP, nous avons défendu l’idée de l’unité des travailleurs, ce qui impliquerait l’idée d’une régionalisation plus poussée uniquement au cas où ce serait dans les intérêts du mouvement ouvrier et de la majorité de la population.
Nous avons appelé à signer la pétition «Sauvons la solidarité» (contre la surenchère communautaire) et avons récolté nousmêmes des signatures pour cette initiative, mais nous avons aussi indiqué la faiblesse principale de cette pétition : la disparition de la revendication originale de la délégation syndicale de Total-Degussa contre la scission de la sécurité sociale, remplacée par un appel à la solidarité entre les classes, entre les riches et les pauvres. Cette pétition a pu servir à mettre l’attention sur ce point, mais la lutte des travailleurs et la construction d’un parti des travailleurs sera d’un intérêt primordial pour maintenir les acquis sociaux et les élargir.
20. La crise du capitalisme remet le socialisme à l’ordre du jour
La croissance de l’économie mondiale ainsi que les bénéfi ces record de cette dernière période ont apporté bien peu de soulagement à la classe ouvrière. Les éléments de crise ont toujours été présents au cours de cette période de politique néolibérale. Beaucoup d’acquis sociaux obtenus par les luttes ont été réduits au minimum et le pouvoir d’achat de la classe ouvrière a été mis sous pression pour maximaliser les bénéfices.
La dégradation du pouvoir d’achat a durant des années été compensée par la mise à dispostion d’un crédit bon marché grâce auquel une illusion de richesse a été créé. Jamais auparavant autant de dettes sur le plan mondial n’avaient été empilées par les gouvernements, les entreprises et les familles. Un jour cette bulle de savon devait éclater en une crise sans égale. C’est la position qu’ont défendus les marxistes durant cette période alors qu’on leur reprochait souvent de n’être que des oiseaux de mauvaise augure.
De leur côté, les économistes et commentateurs capitalistes ont été totalement surpris par cette crise. Plusieurs certitudes sont maintenant en déclin. Afi n de tenter d’éviter une récession profonde et de longue durée et avec la crainte de troubles politiques et sociaux extrêmes, la vapeur a été radicalement renversée vers des nationalisaions et des politiques d’intervention d’Etat massives. C’étaient pourtant autant de tabous et de mesures considérées durant des années comme impensables.
Pendant un an et demi, les syndicats étaient régulièrement descendus dans les rues de Belgique, sous la pression de leur base, en revendiquant plus d’argent pour le pouvoir d’achat. Face au paquet de revendications des syndicats pour les manifestations et grèves du 6 octobre 2009, la réponse du gouvernement a été «il n’y a pas d’argent !» Environ un mois après, presque 20 milliards d’euros ont été débloqués pour sauver de la faillite les trois plus grandes banques belges, une autre venant encore s’ajouter par la suite. La classe ouvrière n’a pas de responsabilité dans cette crise, mais c’est pourtant elle que l’on va chercher à faire payer. L’opposition à une telle utilisation de l’argent de la collectivité grandit.
Il est très parlant de voir que l’on se réfère aujourd’hui à nouveau à Marx pour tenter de comprendre cette crise. Des représentations de Marx sont régulièrement apparues à la une des magazines et journaux bourgeois, y compris parmi les plus éminents, avec la question : «Marx avait-il raison ?» Cette crise est une blessure idéologique d’ampleur pour la bourgeoisie. L’euphorie de la période qui a suivit la chute du stalinisme a cédé la place à la panique. Tout sera essayé pour éviter une dépression semblable aux conséquences du crash de 1929. Reste à savoir si cela sera possible.
Cette crise mine la confi ance dans le capitalisme et sera l’occasion de mouvements de lutte massifs et d’un intérêt renouvelé envers les idées socialistes. Mais cela ne se produira pas de façon linéaire, la lutte des classes se développera avec tâtonnement. La tâche des marxistes dans ce processus est de tirer les leçons de la lutte des classes et de construire un instrument pour cela, construire un parti révolutionnaire.
21. Congrès National de 2008
Nos membres se préparent à une période semblable, et cette préparation était l’objectif de ce Congrès de 2008. Une des décisions prise était de changer notre nom du côté francophone de MAS (Mouvement pour une Alternative Socialiste) vers PSL (Parti Socialiste de Lutte) afin de clairement nous positionner comme parti dans un contexte de changement de la situation objective ainsi que pour refléter notre croissance du côté francophone (un tiers de nos membres environ). La même logique nous avait conduit à adopter le nom de Linkse Socialistische Partij du côté néérlandophone en abandonnant celui de Militant Links. Nous voulions clairement nous positionner à la gauche du PS tout en tenant compte des traditions du syndicalisme de lutte enracinées dans la conscience collective de la classe ouvrière wallonne.
Une autre décision a été de commencer à construire un profil public. Nous devons aller vers l’extérieur avec notre programme socialiste ! Même si une partie de la classe ouvrière préfère fermer les yeux et espérer contre tout espoir dans cette crise va passer, une autre partie va être à la recherche de réponses. Nous devons tenir compte de cela en faisant plus de meetings publics et plus de propagande, en stimulant le débat idéologique, en organisant des groupes d’étude marxiste dans les universités,…
Avant tout nous devons être prêt à nous tenir aux côtés de ceux qui entrent en action pour la défense de leur emploi, de leur revenu, des pensions,… Nous devons jouer un rôle dans le développement de ces mouvements de lutte en les liant systématiquement à la nécessité d’une société socialiste. Nous devons continuer à fournir des arguments et à prendre des initiatives pour en arriver à la construction d’un grand parti des travailleurs combatif, un instrument de lutte qui soit une arme dans le combat contre la crise, la guerre et l’exploitation de la classe ouvrière.
La pression existe pour céder à la facilité et rechercher des solutions à l’intérieur du système capitaliste, ce sera une caractéristique de la plupart de ces nouveaux partis. Il y aura une tendance à suivre la même voie que les anciens partis réformistes et commettre ainsi les mêmes erreurs que dans le passé. La bourgeoisie elle-même, au cours de la lutte des classes, essayera de donner plus de poids à ces courants, avec l’objectif de protéger leur système combattant le développement de conclusions radicales.
Au sein de telles formations ainsi qu’au sein du mouvement ouvrier dans son ensemble, le PSL/LSP participera bien entendu au combat pour chaque réforme possible qui soit dans l’intérêt de la classe ouvrière. Mais cela ne doit toutefois pas se faire au prix de la mise sur le côté de la tâche historique de renverser le capitalisme et d’engager ainsi le combat politique pour un programme socialiste révolutionnaire et pour le développement d’un parti socialiste révolutionnaire.
Comme Marx l’a affirmé, il ne faut pas seulement interpréter le monde, mais le changer!

References: CSC 
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