Source: https://fr.scribd.com/document/172498106/Quelle-releve-pour-la-Francophonie-en-milieu-minoritaire
Timestamp: 2019-06-24 08:55:24+00:00

Document:
Quelle relève pour la Francophonie en milieu minoritaire? | Langue française | Francophonie
Transféré par Samuel Danzon-Chambaud
FR • Mémoire de fin d'année à l'Université de la Colombie-Britannique, sous la direction de Frances Bula, journaliste indépendante à Vancouver. Ce travail dresse un portrait des universités francophones hors-Québec, et cherche à comprendre comment celles-ci forment une relève en milieu minoritaire. EN • Master thesis under the supervision of Frances Bula, freelance journalist in Vancouver. This work focuses on French universities outside Quebec and aims at understanding how they train future leaders for local francophone communities.
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QUELLE RELVE POUR LA FRANCOPHONIE EN MILIEU MINORITAIRE ? UNE TUDE DE L'ENSEIGNEMENT POSTSECONDAIRE EN FRANAIS HORS-QUBEC.
Samuel Danzon-Chambaud, 2013
Ce travail de thse ralis dans le cadre de la matrise en journalisme l'Universit de la ColombieBritannique dresse un portrait non-exhaustif de la littrature disponible sur le sujet de l'ducation en franais en milieu minoritaire. Cette revue littraire traite, dans une premire partie, de l'ducation primaire et secondaire en franais hors-Qubec, et dans une deuxime partie, de l'ducation postsecondaire. Le prsent travail se concentre sur les communauts francophones situs l'Ouest du Qubec ; les franco-ontariens, les franco-manitobains, les franaskois, les franco-albertains et les franco-colombiens ; et a pour but de discerner les moyens ncessaires au dveloppement et au maintien d'une relve francophone en milieu minoritaire.
Ce travail est le fruit d'un projet de fin de cycle men dans le cadre de la matrise en journalisme l'cole suprieure de journalisme de l'Universit de la Colombie-Britannique. Ce projet de fin de cycle est divis en deux parties : le travail acadmique ici prsent et une partie journalistique sous la forme d'un reportage audio de quinze minutes.
L'ensemble du projet a t ralis sous la direction de Frances Bula, professeure l'cole suprieure de journalisme de l'Universit de la Colombie-Britannique, et celle de Francis R. Andrew, directeur du French Centre l'Universit de la Colombie-Britannique. Frances Bula et Francis R. Andrew ont aid l'auteur de cette recherche trouver, coordonner et organiser les lments ncessaires la ralisation du projet.
Certaines informations relatives aux effectifs francophones dans les coles primaires et secondaires ainsi que dans les universits de langue franaise ont t obtenues partir du travail journalistique ralis en parallle. Il s'agit de deux entrevues, l'une effectue avec Rodrigue Landry, chercheur l'Institut canadien de recherches sur les minorits linguistiques, l'autre avec Jocelyne Lalonde, directrice de l'Association des Universits de la Francophonie Canadienne. Ces deux entrevues sont utilises au cours du chapitre 2 et du chapitre 3.
Abstract.................................................................................................................................................... ii Prface.................................................................................................................................................... iii Sommaire................................................................................................................................................ iv Remerciements....................................................................................................................................... vi Ddicace................................................................................................................................................. vii I Introduction.......................................................................................................................................... 1 I.I nonc................................................................................................................................................. 1 I.2 Problmatique et plan.......................................................................................................................... 1 I.3 Mthodologie....................................................................................................................................... 2 2 L'ducation primaire et secondaire : vers la formation d'une lite francophone.......................... 3 2.I La voie des tribunaux........................................................................................................................... 3 2.2 lves ayants-droit et lves d'immersion.......................................................................................... 4 2.3 La solution apporte par l'immigration............................................................................................... 7 2.4 Au del de l'cole................................................................................................................................ 9 3 Les dfis de l'ducation postsecondaire en milieu minoritaire...................................................... 12 3.I Formation d'une lite......................................................................................................................... 12 3.2 Les dfis de l'enseignement postsecondaire hors-Qubec................................................................ 14 3.3 Structures bilingues, unilingues, langue seconde.............................................................................. 17 4 tablissements postsecondaires et relve francophone.................................................................. 21 4.I Les btisseurs de demain................................................................................................................... 21 4.2 Les obstacles aux tudes................................................................................................................... 22 iv
4.3 Exode de la relve et francophone................................................................................................... 24 5 Conclusion........................................................................................................................................... 27 5.I Attirer la relve francophone............................................................................................................. 27 5.2 Des centres de vitalit culturelle....................................................................................................... 27 5.3 Les solutions envisages................................................................................................................... 28 Bibliographie......................................................................................................................................... 30
Je tiens tout d'abord remercier mes deux superviseurs, Frances Bula et Francis R. Andrew, grce qui ce travail a pu voir le jour. Fins connaisseurs des enjeux lis la francophonie en milieu minoritaire, Frances Bula et Francis Andrew ont su m'orienter efficacement vers la piste de l'ducation postsecondaire en franais. Je tiens galement les remercier pour m'avoir encourag faire ce travail en franais, permettant ainsi une meilleure diffusion au sein de la communaut francophone.
J'aimerais galement remercier l'cole Franaise Internationale de Vancouver pour m'avoir autoris enregistrer les bruits de fond ncessaires la ralisation du reportage audio.
Merci galement l'quipe de Radio-Canada Colombie-Britannique pour m'avoir fait dcouvrir la francophonie en milieu minoritaire, et pour m'avoir donn l'envie de continuer sur cette piste.
Merci mes parents, Arlette Danzon et Laurent Chambaud, pour m'avoir soutenu dans mon retour au Canada, et pour leur relecture attentive.
La prsente tude s'inscrit dans le cadre d'un projet de thse sur la relve francophone en ColombieBritannique. Bien qu'il existe une littrature exhaustive sur l'ducation en franais au Canada anglophone, peu de recherches ont t faites sur les structures postsecondaires en milieu minoritaire, pourtant ncessaires la mise en place d'une telle relve. Normand Labrie, auteur d'une introduction la recherche en ducation en milieu minoritaire francophone, explique que les tudes de niveau collgial et universitaire taient moins gnralises dans le pass et n'ont pas command un intrt suffisant pour inciter la ralisation de recherches sur ce phnomne.1 Il souligne galement que la raret des tudes sur l'ducation postsecondaire n'est pas unique aux minorits de langue franaise au Canada. Elle s'applique en gnral aux minorits partout dans le monde.2
Problmatique et plan
Ds lors, une question principale se pose : quelle est l'influence des tablissement postsecondaires francophones sur la formation d'une relve en milieu minoritaire ? Au cours de ce travail, nous traiterons des dfis et des enjeux de l'ducation postsecondaire francophone hors-Qubec. Nous nous pencherons d'abord sur le rle jou par les coles primaires et secondaires, puis nous aborderons les problmatiques lies l'ducation postsecondaire en milieu minoritaire.
1 Labrie, Normand. La recherche sur l'ducation de langue franaise en milieu minoritaire : pourquoi ? Dir. Herry, Yves. Mougeot, Catherine. Recherche en ducation en milieu minoritaire francophone. Ottawa : Les Presses de l'Universit d'Ottawa, 2007. 7. 2 Ibid. 7-8.
Au cours de ce travail, nous nous concentrerons sur la question de l'ducation en franais travers les cinq communauts francophones situes l'Ouest du Qubec. Les communauts franco-ontariennes, franco-manitobaines, franaskoises, franco-albertaines et franco-colombiennes prsentent en effet des liens importants en termes d'histoire et de culture. Nous n'tudierons pas les communauts acadiennes, en raison de leur histoire et de leur culture propres. Nous n'voquerons pas non plus la question de l'ducation en franais dans les territoires, en raison de sa porte plus limite. Par ailleurs, dans les troisimes et quatrimes chapitres de cette tude, nous ferons un tat des lieux de l'ducation postsecondaire en franais en nous concentrant uniquement sur les institutions universitaires et non sur les structures collgiales. Ce projet de thse comprend deux volets : une partie acadmique comprenant le travail prsent dans ce document, et une partie journalistique sous la forme d'un reportage audio d'une quinzaine de minutes. Ce reportage audio vise dresser, de manire journalistique, un portrait fidle et complet de l'ducation postsecondaire en franais hors-Qubec. Pour cela, nous avons interrog six personnes refltant une diversit d'opinions quant ce sujet : Jocelyne Lalonde, directrice de l'Association des Universits de la Francophonie Canadienne, Rodrigue Landry, chercheur l'Institut canadien de recherches sur les minorits linguistiques, Deni Lorieau, reprsentant du Commissaire aux langues officielles, Nicolas Audette, tudiant l'Universit de Saint-Boniface, Winnipeg, Kaela Greenstien, tudiante au Collge Universitaire Glendon, Toronto, et Genevive Clements, ancienne tudiante francophone la Vancouver Academy of Dramatic Arts.
L'ducation primaire et secondaire : vers la formation d'une lite francophone.
La question de l'ducation dans la langue de la minorit a toujours t un enjeu d'intrt au Canada. Dans une entrevue accorde au journal vancouvrois La Source, Mario Cyr, le directeur du Conseil Scolaire Francophone de la Colombie-Britannique (C.SF.), dclarait : Il y a longtemps, les glises constituaient le point de ralliement de la communaut francophone, prsent, ce sont les coles.3 En milieu francophone minoritaire, l'ducation reprsente en effet une pierre angulaire pour la survie du franais. Rodrigue Landry et Serge Rousselle affirme dans leur livre ducation et droits collectifs, audel de l'article 23 de la Charte qu'une communaut ethnolinguistique minoritaire pourra difficilement transmettre son capital social et maintenir sa production culturelle si elle n'a pas accs une certaine compltude institutionnelle sur le plan de l'ducation.4 Dans l'article L'cole de la minorit francophone : l'institution l'preuve des acteurs, Anne Pilote et Marie-Odile Magnan ajoutent que le droit lducation ne comporte pas uniquement l'exigence d'enseignement dans la langue de la minorit. Il tablit que la survivance et le dveloppement du groupe et de sa culture dpendent d'un milieu de vie francophone qui se concrtise par un tablissement scolaire franais gr exclusivement par la minorit.5
3 Tarkowska, Nathalie. La rentre scolaire au CSF. La Source. 6 Sept. 2011. Web. <http://thelasource.com/fr/2011/09/06/la-rentree-scolaire-au-csf/> 4 Landry, Rodrigue. Rousselle, Serge. ducation et droits collectifs, au-del de l'article 23 de la Charte. Qubec : Les ditions de la Francophonie, 2003. 106. 5 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole de la minorit francophone : l'institution l'preuve des acteurs. L'espace
Les francophones ont toutefois entrepris de longues luttes juridiques pour obtenir le droit l'ducation dans la langue de la minorit. En 1982, la Charte des droits et liberts garantit ce droit partout au pays, l o le nombre d'lves francophones le justifie. Un systme d'ducation publique francophone vient s'ajouter aux tablissements catholiques dj existants. Les lves francophones et les lves anglophones souhaitant tudier en franais partagent alors les mmes salles de classes. Cependant, un groupe de parents francophones albertains s'opposent ce systme mixte. Pour eux, la prsence d'lves anglophones dans les coles de langue franaise contribue l'assimilation des lves francophones. En 1990, le jugement Mah donne raison ce groupe de parents. Ce jugement fait acte de jurisprudence et oblige les provinces majoritairement anglophones se doter de leurs propres conseils scolaires francophones, lesquels sont grs et administrs par la minorit. Saufs cas exceptionnels, seul les enfants correspondant l'article 23 de la Charte, c'est--dire dont au moins l'un des parents est francophone, peuvent accder ces coles. Le jugement Mah et les diffrentes dcisions judiciaires qui s'ensuivent contribuent ds lors transformer le Canada franais catholique en un rseau national de communauts minoritaires francophones modernes et laques.6 En outre, les suites du jugement Mah amnent les gouvernements provinciaux considrer une obligation provinciale l'gard de la protection collective de la minorit.7
lves ayants-droit et lves d'immersion
Contrairement au systme d'ducation mixte qui prvalait avant le jugement Mah, cette protection collective de la minorit induit la cration d'un espace culturel et identitaire francophone au sein de
francophone en milieu minoritaire au Canada. Ed. Thriault, Joseph Yvon. Gilbert, Anne. Cardinal, Linda. Qubec : Fides, 2008. 286. 6 Behiels, Michael D. La francophonie canadienne, renouveau constitutionnel et gouvernance scolaire. Ottawa: Les Presses de l'Universit d'Ottawa, 2005. 7 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole.... op. cit. 287-288.
l'cole. Cela se traduit essentiellement par une distinction entre lves ayants-droit et lves nonfrancophones. Normand Labrie dfinit ainsi le statut d'ayants-droit : Les ayants-droits est un concept juridique dcoulant de l'article 23 de la Charte canadienne des droits et liberts. Il dsigne les enfants jouissants du droit constitutionnel d'avoir accs une cole de la minorit de langue officielle, dont le critre juridique consiste avoir un parent canadien ou une sur ou un frre an ayant effectu sa scolarit primaire dans la langue de la minorit au Canada.8 L'auteur souligne nanmoins que rien n'indique que ces enfants ayants-droit ne parlent le franais, ni que leurs parents ne le parlent encore.9 Alors que les lves ayants-droit sont les seuls admissibles l'cole de langue franaise, les lves non-francophones peuvent quant--eux tudier en franais dans des programmes dits d'immersion. Ces programmes ayant vu le jour dans les annes 1970 sont spcialement adapts pour les lves anglophones et sont offerts la fois dans des coles publiques et dans des coles prives. Il existe cependant une forte demande auprs des lves d'immersion pour intgrer les coles de langue franaise. Ainsi, depuis plusieurs annes, un groupe de parents d'lves d'immersion, Canadian Parents for French, milite pour une plus large ouverture des coles francophones10. Ces efforts se sont toutefois rvls infructueux puisque ces coles continuent d'accepter uniquement des lves ayants-droit. Dans son livre The French Enigma, Robert A. Stebbins explique cette posture par la ncessit d'entretenir un environnement culturel et identitaire francophone : Francophones want French education for their children because anything else is flatly inadequate, including the French immersion programs. These are inadequate because they are designed for anglophone children with no family or cultural background in French.11 L'unique admission des lves ayants-droit dbouche toutefois sur des problmes d'effectifs
8 Labrie, Normand. La recherche.... op. cit. 10-11. 9 Ibid. 10 Canadian Parents for French ravive le dbat sur l'ducation francophone. Radio-Canada. 6 fvrier 2012. Web. <http://www.radio-canada.ca/regions/colombie-britannique/2012/02/06/006-canadian-parents-french.shtml> 11 Stebbins, Robert A. The French Enigma. Calgary: Detselig Enterprises Ltd, 2000. 105.
dans les coles francophones. Rodrigue Landry et Serge Rousselle soutiennent ce titre que les baisses dmographiques dans certaines rgions sont telles que les ayants-droit pourraient ventuellement grer des coles vides.12 Un rapport du Comit permanent snatorial des langues officielles vient galement appuyer cet argument : Lcole francophone est aux prises avec de grands dfis. Elle nattire quune faible majorit des ayants-droit. Elle a du mal garder ceux quelle y attire et dont les chances de russir sont fortement tributaires de leurs comptences linguistiques dans la langue dapprentissage.13 Lors d'une entrevue organise dans le cadre de notre travail journalistique, Rodrigue Landry nous a indiqu que prs d'un francophone sur quatre quitte l'cole de langue franaise pour se rendre dans un tablissement anglophone : Un taux de natalit faible, une forte assimilation, peu de contribution de limmigration, cela contribue la baisse de la clientle admissible lcole franaise.14 Rodrigue Landry et Serge Rousselle concluent ds lors dans leur livre ducation et droits collectifs que cette situation favorise le processus d'assimilation de la minorit francophone : En d'autres mots, plus faible est la vitalit de la communaut francophone en raison du petit nombre de francophones et du manque d'institutions de langue franaise, plus forte est la probabilit qu'une forte proportion des enfants d'ayants-droit vivent une socialisation anglodominante. La communaut francophone minoritaire subit donc un double marasme : une plus forte anglodominance globale de son environnement et l'exercice d'une plus forte pression pour accueillir des enfants d'ayants-droit dont le franais n'est pas la langue du milieu familial.15 Pour les auteurs, l'intgration des lves d'immersion serait nanmoins susceptible de mener une diminution de l'espace culturel et identitaire francophone. Face ce problme, une solution consiste largir le bassin de recrutement de ces coles, en y incluant les immigrants francophones.
12 Landry, Rodrigue. Rousselle, Serge. ducation et... op. cit. 109-110. 13 Comit snatorial permanent des langues officielles. L'ducation en milieu minoritaire francophone : un continuum de la petite enfance au postsecondaire. Ottawa : Canada. Snat. Rapports des comits, 2005. 30. 14 Landry, Rodrigue, entrevue personelle, janvier 2013. 15 Landry, Rodrigue. Rousselle, Serge. Ibid. 116.
La solution apporte par l'immigration
L'article 23 de la Charte des droits et liberts dfinit la catgorie des ayants-droit comme tant les enfants de citoyens canadiens. Cependant, les coles de langue franaise en milieu minoritaire ont galement choisi d'inclure les enfants des immigrants francophones reus au Canada. Cette dcision est soit affiche de manire claire dans les critres d'admissibilit de certains conseils scolaires (C.S.F., Conseil des coles franaskoises, Division scolaire franco-manitobaine), soit laisse au pouvoir discrtionnaire des directeurs d'tablissements (Fdration des conseils scolaires francophones de l'Alberta)16. Anne Pilote et Marie-Odile Magnan rappellent qu'avec l'obtention de la gouvernance scolaire, les institutions francophones possdent les outils administratifs pour accepter cette catgorie d'lves : Les pratiques d'admission en ce qui concerne ceux qui ne sont pas des ayants-droit sont variables. En fait, une rgulation des admissions s'effectue par divers moyens : elle est laiss au pouvoir discrtionnaire de la direction d'cole, value par un comit d'admission, ou gre en vertu d'une politique du conseil scolaire francophone.17 L'ouverture des coles francophones aux immigrants reus traduit d'une part le besoin d'un recrutement largi au sein de ces coles, et reflte d'autre part le nouveau visage de la francophonie en milieu minoritaire : Beaucoup d'coles se retrouvent dsormais dans un environnement majoritairement anglophone o les populations d'origines autres que franaises se font de plus en plus nombreuses. Rsultat : la clientle des coles francophones est htrogne sur le plan des comptences
16 Note : Nous n'avons pas t en mesure de dterminer les critres d'admissibilits des quatre conseils scolaires francophones de l'Ontario, runis sous l'Association des conseillres et conseillers des coles publiques de l'Ontario (ACPO) 17 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole de.... op. cit. 294-295.
langagires, des origines ethniques et des cultures.18 Dans son article intitul Le rapport l'identit dans les coles situes en milieu francophone minoritaire, Diane Grin-Lajoie suggre que les coles de langue franaise se doivent d'accepter cette nouvelle donne : L'cole doit repenser sa position et rflchir son rle auprs des communauts qu'elle sert. L'cole d'aujourd'hui doit se faire inclusive, puisqu'elle se trouve au cur mme d'une ralit o les identits sont de plus en plus fragmentes.19 Ce bouleversement du paysage scolaire francophone est particulirement visible dans deux provinces : l'Ontario et la Colombie-Britannique. Anne Pilote et Marie-Odile Magnan caractrisent ainsi l'Ontario comme tant lavant-garde des changements apports au curriculum de l'cole franaise face la diversit, principalement grce son taux lev d'immigration20. La Colombie-Britannique est galement au rang des provinces les plus touches par ce phnomne, particulirement dans la rgion de Vancouver. Dans leur recherche intitule L'intgration des jeunes immigrants francophones africains dans les coles francophones en Colombie-Britannique, Marianne Jacquet et Danile Moore dpeignent en ces termes le nouveau visage de l'cole de langue franaise : Ces communauts francophones apparaissent trs htrognes les unes par rapport aux autres, certaines tant, comme Vancouver, trs composites sur les plans des langues, des cultures, des religions, etc. ; dautres, comme en province, sont plus homognes et accueillent un public scolaire traditionnellement dorigine francocanadienne. Cest donc dans une communaut francophone elle-mme minoritaire au sein de la Colombie-Britannique, mais en pleine mutation de par larrive de nouveaux groupes incarnant la francophonie internationale, que se pose la question de lintgration scolaire et sociale des jeunes africains francophones.21 A titre d'exemple, les deux auteurs prcisent dans cette tude que 3,6% des
18 Ibid. 19 Grin-Lajoie, Diane. Le rapport l'identit dans les coles situes en milieu francophone minoritaire. Dir. Herry, Yves. Mougeot, Catherine. Recherche en ducation en milieu minoritaire francophone. Ottawa : Les Presses de l'Universit d'Ottawa, 2007. 55. 20 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole de.... op. cit. 299. 21 Jacquet, Marianne. Moore, Danile. Sabatier, Ccile. L'intgration des jeunes immigrants francophones africains dans les coles francophones en Colombie Britannique. Halifax : Centre Mtropolis Atlantique, 2008. p 7.
lves inscrits dans les coles francophones du grand Vancouver viennent d'Afrique sub-saharienne. Normand Labrie ajoute pour sa part que les coles de langue franaise priorisent toutefois l'augmentation du nombre d'lves ayants-droit et non celui des enfants d'immigrants : [] Certains font de l'accroissement des ayants-droit l'cole de langue franaise une priorit, plus urgente encore que l'attraction des nouveaux arrivants francophones.22 Au regard de ces changements, Anne Pilote et Marie-Odile Magnan constatent que pour assurer l'panouissement du franais en milieu minoritaire, les coles doivent reflter une vision plus large et plus inclusive de la francophonie : S'il parat juste de dire que le projet collectif de l'cole de la minorit francophone doit en quelque sorte se laisser forger par les identits multiples afin d'viter sa disparition, voir son effondrement, le tour de force consiste vraiment articuler un projet universaliste dans ses objectifs avec des ralits empiriques concrtes.23 Cette redfinition appelle galement dpasser le seul cadre scolaire afin d'assurer lexistence d'une vritable relve francophone.
Au del de l'cole
En milieu minoritaire, l'cole francophone est synonyme de sauvegarde de l'identit culturelle. Dans son ouvrage intitul La Francophonie canadienne, renouveau constitutionnel et gouvernance scolaire, Michael D. Behiels affirme que la gouvernance scolaire est avant tout un outil politique entre les mains des francophones pour assurer leur survivance : Ds le dpart, les communauts, organisations et dirigeants de la minorit francophone ont vu les coles et les conseils scolaires linguistiquement homognes comme des agents essentiels pour assurer leur survivance culturelle, obtenir de la majorit un traitement plus quitable et se redfinir en tant que collectivits provinciales capables de jouer un
22 Labrie, Normand. La recherche.... op. cit. 10-11. 23 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole de.... op. cit. 309.
rle mineur mais efficace sur la scne nationale.24 Dans son article Le dbat sur l'cole franaise et l'cole d'immersion dans l'Ouest, Stephen Carey reconnat lui aussi le caractre politique de ces coles et souligne leur lutte contre l'assimilation : Pour certains francophones (qui voyaient l un moyen politique d'arriver au pouvoir), la promotion de l'cole franaise a t le cri de ralliement tant attendu pour une nouvelle unit des francophones contre la menace d'assimilation.25 Le Comit snatorial permanent des langues officielles pointe pour sa part le rle jou par ces coles dans la sauvegarde de l'identit culturelle francophone : Lcole de langue franaise dans certaines municipalits est parfois la seule institution franco-dominante et elle savre le moyen privilgi pour prserver la culture et lidentit francophone.26 Le mme rapport prcise cependant que mme lorsque le nombre de francophones justifie la construction dcoles gres par la minorit, il y a souvent une forte dispersion de la population francophone sur le territoire et lcole de langue franaise ne contribuera pas ncessairement la vie communautaire francophone.27 Au del de l'enseignement dans la langue de la minorit, l'cole de langue franaise se doit donc d'explorer d'autres pistes pour assurer l'panouissement de la communaut qu'elle dessert : Maintenant qu'ils ont obtenu la gouvernance de leurs coles et conseils scolaires dans toutes les provinces et tous les territoires, les francophones entrent dans une phase nouvelle et sans doute plus difficile de leur lutte pour la survie et l'galit relle.28 Anne Pilote et Marie-Odile Magnan jugent elles aussi ncessaire l'largissement du rle de l'cole, principale structure en mesure de susciter un intrt marqu pour la communaut canadienne-franaise : L'cole doit aussi faire plus qu'assurer la simple transmission de la langue et de la culture franaise. Elle doit s'affirmer en
24 Behiels, Michael D. La francophonie.... op. cit. 338. 25 Carey, Stephen. Le dbat sur l'cole franaise et l'cole d'immersion dans l'Ouest. Demain, la francophonie en milieu minoritaire ? Dir. Thberge, Raymond. Lafontant, Jean. Saint-Boniface : Centre de recherches du Collge SaintBoniface, 1987. 119. 26 Comit snatorial permanent des langues officielles. L'ducation en... op. cit. 30. 27 Ibid. 28 Behiels, Michael D. La francophonie.... op. cit. 335-336.
tant que chef de file travers un leadership qui devrait contribuer la valorisation de l'histoire de la francophonie canadienne, au rayonnement de sa culture et la cration de conditions propices au dbat sur les enjeux collectifs29 Cet effort de conscientisation passe essentiellement par la cration d'une lite francophone, capable de dfendre et d'attirer l'attention sur les enjeux de la langue franaise en milieu minoritaire. la suite de longues luttes juridiques, les communauts francophones en milieu minoritaires ont obtenu la gouvernance des coles primaires et secondaires de langue franaise. Cependant, une fois le secondaire termin, les regards se tournent vers l'enseignement postsecondaire. Les universits francophones hors-Qubec sont-elles en mesure d'assurer une vritable continuit ?
29 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole de la minorit francophone.... op. cit. 310.
Les dfis de l'enseignement postsecondaire en milieu minoritaire.
Formation d'une lite
Le rseau d'universits francophones hors-Qubec est un systme unique au monde. Bien que d'autres minorits linguistiques, comme en Espagne ou en Suisse, aient accs des tudes suprieures dans leurs langues respectives, cela reste dans des rgions o elles sont majoritaires. Le Canada est le seul pays proposer une offre d'enseignement postsecondaire dans la langue de la minorit, dans des rgions o ces groupes sont minoritaires. Le Comit snatorial permanent des langues officielles prcise dans son rapport de 2005 que les tablissements denseignement postsecondaire jouent un rle capital dans la revitalisation des communauts francophones en milieu minoritaire30. Bien souvent, cela se traduit par la formation de futurs leaders communautaires, capables de participer la vitalit de leurs communauts d'origine. Anne Pilote et Marie-Odile Magnan soulignent ce titre que ces institutions sont appels jouer un rle central dans les communauts francophones minoritaires en formant les futurs leaders et professionnels de ces communauts31. Robert A. Stebbins ajoute pour sa part que le rseau des universits francophones au Canada est en mesure de conscientiser la future lite canadienne aux problmatiques des milieux minoritaires : French and bilingual universities in the minority francophone societies of Canada make several unique contributions to those societies. For one, these universities, along with those in Qubec, train Canada's future francophone elite.32 L'auteur
30 Comit snatorial permanent des langues officielles. L'ducation en... op. cit. 69. 31 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole de.... op. cit. 291. 32 Stebbins, Robert A. The French... op. cit. 107.
affirme galement que ces universits forment la majorit des leaders communautaires capables d'apporter une rponse aux enjeux lis la francophonie en milieu minoritaire : The large majority of the leaders of these societies are educated in these universities. And be they leaders or followers, their graduates eventually enter the upper echelons of francophone society, where they coalesce into the primary force pressing for further culturo-linguistic survival and development.33 Pour Rodrigue Landry et Serge Rousselle, la formation d'une relve francophone constitue le rempart le plus efficace contre le processus d'assimilation de la minorit : L'accs aux tudes postsecondaires est d'autant plus important que la situation minoritaire des francophones exige qu'on forme des leaders communautaires et des personnes conscientises capables d'une grande autonomie pour lutter contre un dterminisme social qui contribue l'assimilation et l'acculturation.34 Robert A. Stebbins remarque nanmoins que l'offre de programmes plus limite dans les universits francophones constitue un vritable talon d'Achille pour ces communauts francophones : Thus, the dearth of sufficiently-broad course offerings in French at the university level has emerged as a contemporary Achilles heel of the quest for survival and development of francophone Canada's parity and minority communities. As a result, many potential future leaders of these communities are being both pulled and pushed toward the English side of Canadian academic life [].35 Dans une seconde tude intitule La construction identitaire des jeunes francophones en situation minoritaire au Canada : ngociation des frontires linguistiques au fil du parcours universitaire et de la mobilit gographique, Anne Pilote et Marie-Odile Magnan indiquent que le manque d'effectifs francophones au sein de ces universits affecte la vitalit des communauts minoritaires: La mobilit lie aux tudes postsecondaires revt une importance particulire pour les minorits francophones du Canada, et ce parce que bon nombre de jeunes francophones ont l'intention de migrer pour les tudes (RCCFC 2003) et qu'une minorit a
33 Stebbins, Robert A. The French... op. cit. 123. 34 Landry, Rodrigue. Rousselle, Serge. ducation et... op. cit. 176. 35 Stebbins, Robert A. Ibid. 158-159.
l'intention de faire carrire dans leur rgion d'origine (Allard et al. 2008). Or, ces jeunes universitaires constituent des lites potentielles pouvant contribuer au dveloppement des communauts francophones.36 Pour Rodrigue Landry et Serge Rousselle, cette fuite des cerveaux vers l'enseignement anglophone alimente les perspectives d'assimilation de la minorit francophone : Les futurs btisseurs des communauts francophones minoritaires devront tre comptents, autonomes et avoir des sentiments d'appartenance la communaut francophone. Il nous semble inconcevable que ces futurs leaders puissent tre adquatement forms leur rle dans des institutions gres par la majorit de langue officielle.37 Pour rivaliser, les institutions francophones n'ont donc d'autres choix que d'offrir une gamme de services comparable celle de la majorit anglophone.
Les dfis de l'enseignement postsecondaire hors-Qubec
Tel que le titre du rapport du Comit snatorial permanent des langues officielles le laisse suggrer, la mission des structures d'enseignement francophones hors-Qubec est de proposer un continuum de la petite enfance au postsecondaire38. Aux yeux de Rodrigue Landry et Serge Rousselle, ce continuum devrait tre en mesure de rivaliser avec celui de la minorit anglophone au Qubec : Le premier dfi des communauts francophones minoritaires est donc de se donner une compltude d'institutions ducatives au moins semblable celle de la minorit anglophone du Qubec. Le dfi est nul autre que celui d'assurer l'accs une ducation en franais tout au long de la vie.39 Cependant, si la minorit anglophone du Qubec bnficie d'un rseau dvelopp d'coles, de cgeps et d'universits, les
36 Pilote, Annie. Magnan, Marie-Odile. La construction identitaire des jeunes francophones en situation minoritaire au Canada : ngociation des frontires linguistiques au fil du parcours universitaire et de la mobilit gographique. Canadian Journal of Sociology. 2012 37 Landry, Rodrigue. Rousselle, Serge. ducation et... op. cit. 108. 38 Comit snatorial permanent des langues officielles. L'ducation en... op. cit. 39 Landry, Rodrigue. Rousselle, Serge. Ibid. 109.
institutions postsecondaires francophones en milieu minoritaire font elles face plusieurs dfis. D'abord, le nombre d'tudiants : en effet, 26 000 tudiants sont inscrits dans l'ensemble des quatorze universits de l'Association des Universits de la Francophonie Canadienne40. En comparaison, les trois universits anglophones du Qubec (McGill, Concordia et Bishop) comptent prs de 56 000 tudiants41. Ce chiffre est galement mettre en perspective avec le nombre d'lves frquentant les coles francophones ou les coles d'immersion. Selon les chiffres les plus rcents de Statistiques Canada, 342 500 lves tudient dans des coles d'immersion franaise, et 147 355 dans des coles francophones hors-Qubec42. Par consquent, nous pouvons avancer l'ide que seule une minorit d'entre eux intgre par la suite un tablissement postsecondaire francophone hors-Qubec43. Ensuite, en raison de la dispersion des communauts francophones sur lensemble du territoire, le bassin de recrutement des universits francophones en milieu minoritaire n'est pas assez large pour maintenir un ensemble de programmes semblable celui de la minorit anglophone du Qubec : Les tablissement postsecondaires de langue franaise ont tendance regrouper peu d'effectifs et offrir une gamme de programme peu complte.44 L'Ontario constitue cependant un cas part puisque cette province compte la minorit francophone la plus importante au Canada ainsi qu'une myriade dtablissements denseignement bien tablis45. Aussi, le Comit snatorial permanent des langues officielles note que le manque daccs des tablissements denseignement postsecondaire de langue franaise et le choix limit de programmes contribuent dautres pertes deffectif francophone pour les
40 Lalonde, Jocelyne (Association des Universits de la Francophonie Canadienne), entrevue personnelle, janvier 2013 41 Association des Universits et Collges du Canada, Web <http://www.aucc.ca/fr/universites-canadiennes/faits-etchiffres/effectifs-par-universite/> 42 Indicateurs sommaires des coles primaires et secondaires pour le Canada, les provinces et les territoires, 2006-2007 2010-2011. Statistiques Canada. Ottawa : Canada. Web. <http://www.statcan.gc.ca/pub/81-595-m/81-595-m2013099fra.pdf> 43 Pour appuyer cet argument, il serait ncessaire d'obtenir les donnes uniquement relatives l'ducation secondaire. Nous n'avons toutefois pas trouv de tableaux ou de statistiques dtaillant ces donnes. 44 Landry, Rodrigue. Rousselle, Serge. ducation et... op. cit. 108. 45 Behiels, Michael D. La francophonie.... op. cit. 141.
tablissements en milieu minoritaire.46 Devant cette insuffisance de programmes en franais, de nombreux diplms francophones du secondaire font le choix d'aller tudier hors de leur communaut d'origine : L'offre de programmes collgiaux ou universitaires hors Qubec est limite. La population ce niveau est moins nombreuse que dans le vaste rseau d'coles travers le Canada qui assure l'instruction en franais aux enfants de ces minorits. Les jeunes intresss poursuivre des tudes suprieures doivent quitter leurs coles secondaires, milieu scolaire politique linguistique explicite (Lamoureux, 2005), et ventuellement leur communaut d'origine, pour frquenter une institution postsecondaire bilingue, unilingue franaise ou unilingue anglaise.47 Robert A. Stebbins soutient qu'un nombre consquent d'tudiants francophones inscrits dans des structures postsecondaires en franais passent ainsi vers le systme anglophone, dfaut d'y trouver un choix de cours qui leur correspond :Presently, significant numbers of francophone students, frustrated with the lack of French-language courses in their field of interest, transfer to an anglophone university, abandoning the francophone or bilingual institution where they were previously enrolled (Le Franco, 1996: 3).48 Les universits francophones en milieux minoritaires se heurtent galement des difficults plus concrtes. Robert A. Stebbins cite par exemple le manque d'ouvrages en franais dans les environnements minoritaires : All francophone universities in Canada, those in Qubec included, have had to face the problem of insufficient course material in French. In the past, it was often solved by assigning material in English, understandably an unpopular approach with students since many of them read with difficulty books and articles written at the university level in that language. To make matters
46 Comit snatorial permanent des langues officielles. L'ducation en... op. cit. 72. 47 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole de.... op. cit. 291. 48 Stebbins, Robert A. The French... 158-159.
worse, the few French texts available were inordinately expensive.49 Enfin, le Comit snatorial permanent des langues officielles voque l'absence critique de ples de recherches : La recherche universitaire dans les provinces et territoires o le franais est minoritaire se fait presque exclusivement en anglais.50
Structures bilingues, unilingues, langue seconde
Pour lutter contre le peu d'effectifs francophones dans les universits de langue franaise en milieu minoritaire, le Comit snatorial permanent des langues officielles propose d'abord d'augmenter les ressources disponibles : [] Le Comit souligne limportance de disposer de ressources suffisantes pour assurer une qualit dinstruction qui permettra de recruter et de retenir les jeunes de la minorit francophone dans les coles de langue franaise.51 Il recommande ensuite d'largir le bassin de recrutement de ces universits, en faisant plus largement appel aux tudiants venus de l'immersion : Les institutions postsecondaires devraient aussi songer mettre au point des stratgies de recrutement auprs des clientles tudiantes en immersion franaise. Pour assurer la qualit de ses programmes, un collge ou une universit doit atteindre un seuil dinscription, ou une masse critique, qui rende ces programmes financirement viable.52 En effet, l'accs aux tudes postsecondaires en franais n'est nullement limit par l'article 23 de la Charte des droits et liberts. Bien au contraire, les tudiants venus de l'immersion permettent ces institutions francophones d'tre financirement viable. Nous distinguerons ainsi trois modles d'tablissements postsecondaires en milieu minoritaire : un premier modle bilingue qui prvaut en Ontario (Collge universitaire Glendon, Universit
49 Ibid. 123-124. 50 Comit snatorial permanent des langues officielles. L'ducation en... op. cit. 73. 51 Ibid. 49. 52 Ibid. 70.
d'Ottawa, Universit Laurentienne), un deuxime modle unilingue mis en place dans les Prairies53 (Collge universitaire Saint-Boniface et Campus Saint-Jean) et un troisime modle de langue seconde rcemment cre en Colombie-Britannique l'Universit Simon Fraser54. Seule province l'Ouest du Qubec offrir des programmes d'enseignement universitaires bilingues, l'Ontario est par ailleurs dot d'une population francophone importante. Son systme bilingue lui permet de runir tudiants francophones et tudiants anglophones, ce qui constitue un choix financier judicieux aux yeux de Robert A. Stebbins : Offering bilingual programs, on the other hand, brings in anglophones and raises the number of students and income from tuition, all helping to pay for and thus justify these capital acquisitions. In an era of budget trimming in education, an all-French university is at this time little more than a pipe dream.55 L'auteur indique que l'tablissement d'une structure bilingue conduit toutefois un fort taux d'assimilation : In some quarters it is believed that, when francophones constitute only a third or less of all students at a bilingual university, it becomes an effective instrument of assimilation to English.56 Robert A. Stebbins voque ensuite le cas des provinces de l'Ouest, qui elles ont fait le choix de disposer de structures francophones unilingues, situes au sein d'tablissements anglophones : Turning next to francophone university education in the West, there are two unilingual establishements devoted to this mission, both formally linked with a larger anglophone university. [] The regular students can pursue baccalaureate degrees in arts, science, and translation as well as baccalaureate and masters degrees in education.57 Robert A. Stebbins note que les deux structures en question, le Collge Saint-Jean et le Collge universitaire Saint-Boniface, ont avant tout pour but d'assurer la continuit des programmes d'immersion franaise : Both CUSB and the Facult Saint-Jean in Edmonton, through their education programs, serve the voracious need in
53 Il faut galement compter l'Universit de Hearst en Ontario. 54 Gographie des minorits. Les Canadiens et le bilinguisme. Radio-Canada. Web. <http://www.radiocanada.ca/actualite/desautels/2007/02/02/002-bilinguisme-geographie.asp> 55 Stebbins, Robert A. The French... op. cit. 158. 56 Ibid. 157. 57 Ibid. 178.
their respective provinces for teachers to work in the French-language and French-immersion programs.58 Il rappelle par ailleurs que ces programmes unilingues ne sont pas pour autant exempts de tendances assimilatrices : At one time, however, authorities at FSJ had to mount a campaign to discourage students from speaking English in the institution once outside the classroom (Chabot, 1992). My observation of activities in which I have been involved there over the past ten years suggest that the persuasive measures have paid off. They included posted notices, friendly reminders, and reasonned argument about the fragility of French in Edmonton and the need for all to work to preserve it wherever possible.59 Enfin, le troisime modle d'enseignement postsecondaire est celui dvelopp par l'Universit Simon Fraser, en Colombie-Britannique. Inaugur en 2006, il s'agit d'un programme de franais langue seconde, destin la fois aux tudiants francophones et aux tudiants francophiles. Adrianna Dudas, auteure de l'article La cration de la premire structure administrative postsecondaire francophone de la Colombie-Britannique : une tude de cas dans le domaine de la francophonie, dcrit ainsi la russite de ce modle : Quoiqu'il existe prsentement certaines formes d'enseignement postsecondaire francophone dans toutes les provinces du Canada, la majorit des intervenants s'entend pour dire qu'il y a encore un manque d'institutions d'enseignement en langue seconde dans la partie anglophone du pays. En considrant le modle du BAFF comme tant un organisme novateur et trs bien structur pour atteindre les objectifs de renforcement et de vitalit de la langue franaise en milieu minoritaire, nous nous interrogeons, nous aussi, sur cette possibilit de transfert du modle vers d'autres provinces.60 Nous noterons toutefois que l'tude rcente Langues, identits et francophonie chez des tudiants universitaires issus de limmersion franaise Vancouver, au Canada mene par Steve Marshall et Ghizlane Laghzaoui conclut que pour linstant, seul un petit nombre de diplms
58 Stebbins, Robert A. The French... op. cit. 178. 59 Ibid. 188. 60 Dudas, Adrianna. La cration de la premire structure administrative postsecondaire francophone de la ColombieBritannique : une tude de cas dans le domaine de la francophonie. Canadian Journal of Political Science. Sept. 2009.
dimmersion franaise sont en mesure de poursuivre leurs tudes dans un programme universitaire en franais (autres que ltude de la langue) dans la province61. La relve francophone la plus efficace proviendrait donc certainement des tablissements secondaires de langue franaise.
61 Marshall, Steve. Laghzaoui, Ghizlane. Langues, identits et francophonie chez des tudiants universitaires issus de limmersion franaise Vancouver, au Canada. Canadian Modern Language Review. May 1st 2012. Web. 229.
tablissements postsecondaires et relve francophone.
Les btisseurs de demain
Selon toute probabilit, la relve francophone en milieu minoritaire proviendrait des lves poursuivant des tudes secondaires en franais hors-Qubec. Lexistence de cette relve francophone est toutefois conditionnelle la ralisation d'tudes postsecondaire en franais, dans leur province d'origine ou au Qubec. Selon Rodrigue Landry, les jeunes francophones inscrits dans des structures d'enseignement postsecondaires en franais constituent le fondement de la socit civile francophone de demain62. Au cours de leur tude Et aprs le secondaire ? tude pancanadienne des aspirations ducationnelles et intentions de faire carrire dans leur communaut des lves de 12e anne d'coles de langue franais en situation minoritaire, Rodrigue Landry et Ral Allard souligne que le Comit snatorial permanent sur les langues officielles partage aussi cette vision : le Comit reconnaissait que laccs lducation postsecondaire en franais est ncessaire pour que les communauts francophones puissent assurer lmergence de chefs de file dans leurs institutions, se donner des btisseurs et des intervenants dans les domaines conomique, politique et culturel qui soient garants de leur vitalit, et prparer comme il se doit une relve engage et conscientise.63 L'tude mene par Rodrigue Landry et Ral Allard montre, en outre, que les jeunes francophones terminant le secondaire dsirent pour la plupart suivre des tudes universitaires : Les rsultats de notre enqute nous ont permis de constater que les aspirations ducationnelles des lves des communauts francophones sont gnralement trs leves, environ 90 % des lves souhaitant
62 Landry, Rodrigue, entrevue personelle. op. cit. 63 Allard, Ral. Landry, Rodrigue. Deveau, Kenneth. Et aprs le secondaire ? tude pancanadienne des aspirations ducationnelles et intentions de faire carrire dans leur communaut des lves de 12e anne d'coles de langue franais en situation minoritaire. Ottawa: Fondation canadienne des bourses d'tudes du millnaire, 2009. 14.
faire des tudes postsecondaires. Globalement, plus dlves aspirent aux tudes universitaires quaux tudes collgiales.64 Selon une tude mene quelques annes plus tt par Michael O'Keefe pour le compte de Patrimoine Canada, le nombre de francophones hors-Qubec poursuivant des tudes postsecondaires est ainsi la hausse depuis une quarantaine d'annes : Le pourcentage de francophones de lextrieur du Qubec qui ont tudi au niveau postsecondaire ou qui ont obtenu un diplme universitaire augmente galement. Le pourcentage des jeunes francophones gs de 15 34 ans qui ont termin des tudes postsecondaires est pass de 16,7 p. 100 en 1971 39,5 p. 100 en 1996. De la mme faon, le nombre de ceux qui dtiennent un diplme universitaire est pass de 3,9 p. 100 en 1971 13,5 p. 100 en 1996.65 Cette tendance la hausse s'explique par l'appui des communauts francophones minoritaires, qui veulent participer lconomie du savoir. Il sagit l de rien de moins que la manifestation de la volont de participer au dveloppement du Canada tout en participant leur propre dveloppement66. Comme le soutiennent Rodrigue Landry et Ral Allard, ces communauts veulent maintenir le franais comme langue maternelle et se dvelopper culturellement en franais. Cest ce double titre quelles accordent une importance de premier plan aux aspirations ducationnelles des lves des coles de langue franaise et aux intentions de ces lves dentreprendre leurs tudes postsecondaires en franais.67
Les obstacles aux tudes
Cependant, l'tude ralise par les deux chercheurs montre que beaucoup de jeunes francophones ayant
64 Allard, Ral. Landry, Rodrigue. Deveau, Kenneth. Et aprs... op. cit. 135. 65 O'Keefe, Michael. Minorits francophones : assimilation et vitalit des communauts. New Canadian Perspectives. Ottawa : Canada, 2001. 85. 66 Allard, Ral. Landry, Rodrigue. Deveau, Kenneth. Ibid. 14-15. 67 Ibid.
grandi en milieu minoritaire optent pour des tablissements de langue anglaise, plutt que des tablissements de langue franaise : Sagissant de la probabilit dentreprendre des tudes postsecondaires en franais, les communauts francophones sinquitent de linscription parfois presque obligatoire ou par dfaut de leurs lves des tablissements de langue anglaise. Notre enqute confirme le bien-fond de cette proccupation. Elle montre en effet que des pourcentages importants dlves de 12 anne des coles de langue franaise choisissent de poursuivre leurs tudes postsecondaires dans des tablissements anglophones ou dans des programmes offerts principalement en anglais dans des tablissements bilingues.68 Selon Rodrigue Landry et Ral Allard, cette situation s'explique par deux critres principaux : le manque de programmes en franais au Canada anglais et le cot des tudes postsecondaires, parfois en rapport avec l'loignement gographique de certains de ces tablissements. Le manque de programmes en franais dans certaines rgions pousse les lves francophones terminant le secondaire tudier en anglais. Selon Rodrigue Landry et Ral Allard, ce choix serait souvent reli labsence, dans certaines rgions, dtablissements postsecondaires francophones ou, tout le moins, de programmes dtudes offerts en franais dans les domaines dintrt des lves.69 Les auteurs ajoutent que si cette absence de structures d'enseignement postsecondaires en franais est un peu moins prononc pour certains programmes dtudes, comme les sciences humaines et celles de lducation, par exemple, qui sont offerts dans toutes les rgions, [ce manque] est particulirement aigu dans les sciences pures et appliques, ainsi que dans les sciences de la sant, entre autres70. l'image des autres tudiants canadiens, le cot des tudes postsecondaires constitue galement un deuxime facteur d'abandon des tudes. Comme le prcisent Rodrigue Landry et Ral Allard, prs du tiers des lves sont proccups par les questions du financement des tudes suprieures et de
68 Allard, Ral. Landry, Rodrigue. Deveau, Kenneth. Et aprs... op. cit. 137. 69 Ibid. 70 Ibid. 137-138.
lendettement.71 Les auteurs soulignent par consquent le rle important jou par les prts et bourses dans la poursuite d'tudes postsecondaires : Lenqute a permis aussi de constater que, pour une majorit dlves, les montants des prts et des bourses se doivent dtre un complment aux ressources financires fournies par leurs familles et par eux-mmes. Cela se reflte dans le fait que des proportions importantes dlves comptent sur leurs parents et sur leurs conomies personnelles pour financer leurs tudes postsecondaires.72 Cet enjeu financier a un impact important sur le choix de la langue d'tudes des francophones en milieu minoritaire. En effet, les cots lis aux tudes amne un certains nombre d'entre eux opter pour des tudes universitaires en anglais prs de chez eux, plutt que de se rendre au Qubec ou dans un autre pays francophone. Les distances considrables entre les tablissements postsecondaires offrant en franais les programmes dtudes ou de formation professionnelle que veulent suivre les lves et leur domicile est un problme important pour les lves dune proportion importante des communauts francophones en milieu minoritaire. [] Or, qui dit distance dit cots supplmentaires. Notre enqute a effectivement dmontr quune proportion non ngligeable dlves ont des proccupations dordre montaire en lien avec le projet dentreprendre des tudes postsecondaires, avant mme daborder la question de la langue de celles-ci.73
Exode de la relve et veil francophone
Selon Rodrigue Landry et Ral Allard, l'loignement gographique des jeunes francophones qui partent tudier hors de leur province d'origine contribue galement au problme de non-renouvellement des leaders communautaires. En effet, une fois partis, les jeunes francophones peinent revenir s'installer dans leur communaut d'origine : Les rsultats de notre enqute nous ont permis de constater quun
71 Allard, Ral. Landry, Rodrigue. Deveau, Kenneth. Et aprs... op. cit. 136. 72 Ibid. 73 Ibid.
peu moins de quatre lves sur dix seulement disent avoir lintention de stablir dans leur rgion pour y faire carrire aprs leurs tudes postsecondaires et quun peu plus du tiers disent avoir une forte intention dy faire carrire. Nous avons vu quil existe des variations entre les rgions, mais cest partout une minorit dlves qui disent quils ont une forte intention de faire carrire dans leur rgion.74 Ce choix est parfois li aux difficults conomiques que rencontrent certaines communauts francophones situes dans des rgions rurales en difficult : Les communauts rurales en particulier sont touches par cet exode, en partie parce que des secteurs de lconomie comme la foresterie, les pches, lagriculture et les mines, pour nen nommer que quelques-uns, sont en difficult.75 Cet exode va donc l'encontre des intentions des communauts francophones hors-Qubec puisque celles-ci sintressent particulirement ce que des diplms dtudes collgiales et universitaires stablissent dans leurs rgions respectives. Elles souhaitent vivement que leurs diplms y fassent office de leaders et participent au dveloppement social, conomique, culturel et politique de la communaut francophone.76 Pour remdier au problme de renouvellement des lites francophones en milieu minoritaire, Rodrigue Landry et Ral Allard recommandent que les jeunes francophones soient sensibiliss leur identit culturelle. Face aux dfis que reprsentent un taux croissant dexogamie, un taux dcroissant de transmission de la langue maternelle franaise la prochaine gnration et la prdominance croissante de la langue anglaise dans de nombreuses sphres de la vie quotidienne77, les auteurs de l'tude ont cependant un espoir : celui dune prise en charge par la communaut de sa survie et de son dveloppement, de sorte que ses membres puissent prendre davantage conscience de leur identit et sengagent devenir des agents de communautarisation, cest--dire des btisseurs et des btisseuses
74 Allard, Ral. Landry, Rodrigue. Deveau, Kenneth. Et aprs... op. cit. 136. 75 Ibid. 136-137. 76 Ibid. 136. 77 Ibid. 12.
des communauts francophones et acadienne... Au bout du compte, les membres de la minorit doivent acqurir ce que nous appelons une identit autodtermine.78 Rodrigue Landry et Ral Allard pensent que cet veil devrait principalement cibler deux catgories : les lves francophones dsirant suivre des tudes postsecondaires, mais aussi le secteur de la petite enfance : De nature trs diffrente selon la vitalit ethnolinguistique de ces communauts dans leurs provinces ou territoires respectifs, ce dfi est particulirement pressant au prscolaire et au postsecondaire (Landry et Rousselle, 2003).79
78 Allard, Ral. Landry, Rodrigue. Deveau, Kenneth. Et aprs... op. cit. 12. 79 Ibid. 13.
Des centres de vitalit culturelle
Cette tude nous a permis de dmontrer que l'panouissement du franais en milieu minoritaire est intimement li la vitalit des institutions scolaires et universitaires francophones. Robert A. Stebbins suggre galement que ces tablissements sont garants de la prennit culturelle et linguistique des communauts francophones : These universities are important because they serve as centres for local and regional francophone life. This occurs, for exemple, when they offer adult educational courses, present concert series, organize arts shows, or hold conferences. Moreover, professors in these institutions strive to maintain high linguistic standards. Here is where the war on anglicisms is most fiercely fought.80 Rodrigue Landry et Ral Allard soutiennent quant--eux que les institutions postsecondaires de langue franaise ne font pas quoffrir des programmes en langue franaise. Elles sont aussi des foyers de renouvellement qui contribuent au dynamisme culturel, conomique et politique de la communaut francophone dans laquelle elles sinsrent.81
Attirer la relve francophone
Bien que les lves venus des coles d'immersion soient galement inscrits dans les tablissements postsecondaires francophones, ceux-ci ne reprsentent pas, long terme, une solution pour le maintien de la langue franaise hors-Qubec. Si les lves anglophones permettent aux universits francophones situes en milieu minoritaire d'tre financirement viables, ils contribuent galement au processus
80 Stebbins, Robert A. The French... op. cit. 107. 81 Allard, Ral. Landry, Rodrigue. Deveau, Kenneth. Et aprs... op. cit. 138.
d'assimilation de la minorit francophone. Le vritable dfi pour ces structures d'enseignement reste donc d'attirer des tudiants francophones, venus des provinces majoritairement anglophones, du Qubec ou d'autres pays francophones. Si les lves francophones terminant le secondaire constituent une clientle de choix pour ces universits hors-Qubec, deux obstacles majeurs bloquent leur recrutement. D'abord, le manque de programmes en franais dans certaines rgions du Canada anglophone, et ensuite, le cot des tudes postsecondaires, lequel va souvent de concert avec l'loignement gographique. Ce tarissement des effectifs francophones l'universit de langue franaise traduit donc une difficult certaine pour le maintien d'une relve francophone en milieu minoritaire.
Plusieurs solutions sont ds lors avancs par le Comit snatorial permanent aux langues officielles : Face cette situation, plusieurs intervenants se sont exprims lors des consultations menes par le Comit snatoriale sur la question de l'ducation postsecondaire en franais en milieu minoritaire et ont propos des pistes de solution. Parmi celles-ci, notons l'largissement du bassin de recrutement traditionnel et l'ouverture une clientle francophone internationale ; la mise-sur-pied de programmes s'appuyant sur les nouvelles technologies d'information et de communication (enseignement distance) ; et la cration d'un systme pancanadien d'tablissements d'enseignement postsecondaire de langue franaise.82 Le comit est galement d'avis que des ressources accrues en ducation sont essentielles pour les communauts francophones en milieu minoritaire83, mais reconnat toutefois quil y a beaucoup faire avant quelles puissent parvenir lquivalence relle de rsultats avec la
82 Pilote, Anne. Magnan, Marie-Odile. L'cole de... op. cit. 292. 83 Comit snatorial permanent des langues officielles. L'ducation en... op. cit. 52.
majorit [anglophone].84
84 Comit snatorial permanent des langues officielles. L'ducation en... op. cit. 52.
Ressources littraires
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