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Timestamp: 2018-06-23 17:55:50+00:00

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Ars Scribendi : Réflexions sur les anapestes de Sénèque et la réception des mètres grecs à Rome
Cet article a été rédigé avant la publication des Annaeana Tragica de J. G. Fitch (Leyde, 2004), où l’auteur défend sa colométrie des anapestes de Sénèque. Je discuterai ces arguments dans une révision de mon article.
La publication récente (2002) du premier volume de la nouvelle édition Loeb des tragédies de Sénèque[1] ravivera peut-être l’intérêt des latinistes pour l’analyse de leurs parties anapestiques : ils en verront les vers disposés d’une manière surprenante, conforme à une théorie qui a déjà suscité le doute. Choqué par la nouvelle colométrie mais impressionné par l’apparente rigueur de la démonstration qui l’appuie, j’ai tenté de justifier rationnellement un rejet d’abord fondé sur un sentiment et d’ajouter aux objections déjà formulées, non sans reconnaître les aspects positifs de la thèse contestée. Dans un premier temps, les réflexions qui suivent retracent, à grands traits, l’histoire de la question et mettent à l’épreuve la théorie incriminée ; puis elles essaient de placer dans une perspective historique la technique que semble suivre le poète latin, héritier d’une tradition qui avait cessé d’être comprise. Cette mise en perspective évoque la réception à Rome de la versification grecque vue au travers de la colométrie alexandrine, et permet de mieux saisir la nature des anapestes de Sénèque. Il y a encore, ce semble, un beau livre de métrique, de stylistique et de critique textuelle et littéraire à écrire sur les anapestes de Sénèque[2] : puissent les modestes remarques qu’on va lire contribuer à le susciter !
Avant 1819, le lecteur des tragédies de Sénèque ou attribuées à Sénèque qui s’aventurait hors des trimètres iambiques dans les anapestes rencontrait sur son chemin des monstres[3]. Friedrich Bothe débarrassa Sénèque de ces monstres dans une édition parue à Leipzig en 1819. Un illustre métricien les croisait encore en 1894. Cette année-là, Lucian Müller publie à Saint-Pétersbourg et à Leipzig la seconde édition de son important traité De re metrica poetarum Latinorum[4]. Lisant les tragédies de Sénèque dans une édition variorum de 1728, il cite[5] seize dimètres anapestiques où la synaphie prosodique[6] d’un colon à l’autre n’est pas respectée. Dans ces seize passages, ou bien la dernière syllabe du premier mètre anapestique est brève, comme dans Hercule Furieux, vers 1134[Sén.Herc.Fur.1134], Patriusque furor B : ite infaustum, ou bien il y a hiatus, comme dans[Sén.Med.342] Médée, vers 342, Claustra profundi, H hinc atque illinc. Refusant à juste titre d’admettre ces ruptures de la synaphie[7], il suppose que ces anapestes sont non des dimètres, mais des monomètres, dont l’utilisation stichique est attestée à une époque tardive[8]. L’ouverture de [Sén.Phaedr.]Phèdre compterait alors… 180 vers. La thèse radicale de Lucien Müller a surtout trouvé des contradicteurs[9]. En 1819, Bothe était parvenu à éliminer tous les cas de violation de la synaphie prosodique en isolant comme monomètres les premiers cola des dimètres problématiques. Ce faisant, Bothe ne modifiait que ponctuellement la colométrie des éditions antérieures, où déjà des monomètres interrompaient ici ou là la succession des dimètres. Mais il savait que si les retouches qu’on voit dans le texte de son édition suffisaient à éliminer les violations de la synaphie prosodique, elles ne permettaient pas à elles seules d’établir la colométrie véritable des anapestes de Sénèque. Dans une note de son édition, il propose une nouvelle colométrie des vers [Sén.Herc.Fur.173-180et194-197]173-180 et 194-197 de l’Hercule Furieux, prétendant qu’elle rend le passage concinnior, « plus harmonieux », et ajoutant ceci : « Et c’est de la même manière que partout les phrases seront adaptées aux mètres dans les parties anapestiques de ces tragédies, la plupart du temps, cependant, dans les notes plutôt que dans le texte même, afin qu’un changement de numérotation des vers ne trouble pas ceux qui comparent d’autres éditions[10]. » Je ne crois pas trahir la pensée de Bothe en lui attribuant l’opinion que dans les anapestes de Sénèque vers et groupes de mots cohérents, membres de phrase ou propositions, tendent à coïncider[11]. S’il avait mis dans le texte les suggestions qu’il réserva aux notes, la colométrie des anapestes de Sénèque aurait peut-être progressé plus vite. Gustav Richter redécouvrit ce que Bothe avait trouvé[12] et publia en 1899 dans un programme d’Iéna le fruit de ses recherches[13]. Il y élabore une argumentation justifiant le remaniement de la colométrie en fonction de la tendance à faire coïncider vers et groupes de mots cohérents. Richter édita les tragédies de Sénèque en 1902[14], mais il fallut attendre 1986 pour voir paraître, dans la collection classique d’Oxford, sous la signature d’Otto Zwierlein, une édition qui fasse une application poussée du principe prôné par Richter.
Soit le premier chœur de [Sén.Agam.58-107]l’Agamemnon. La première colonne ci-dessous présente le texte avec la colométrie donnée par E et A, les deux sources du texte des tragédies de Sénèque. E désigne le célèbre Etruscus (Laurentianus Plut., 37.13, de la fin du XIe siècle) et A une famille de manuscrits qui, à l’occasion, se scindent en deux groupes notés β et δ [15]. Je souligne les passages où j’observe, dans la colométrie transmise, une concordance entre mètre et organisation du discours au niveau du dimètre ou de la combinaison dimètre + monomètre « complétif » – c’est-à-dire complétant le dimètre de façon que l’ensemble enferme un groupe de mots cohérent. La seconde colonne présente le texte avec la colométrie de Zwierlein.
Fortuna bonis, in praecipiti
dubioque locas excelsa nimis. 59
certumue sui tenuere diem :
uexatque animos noua tempestas.
furit alternos uoluere fluctus, 65
commota uadis unda niuali
uicina polo, H ubi caeruleis
unda niuali uicina polo,
immunis aquis lucida uersat
ubi caeruleis immunis aquis
plaustra Bootes, 70
ut praecipites regum casus
Fortuna rotat. Metui cupiunt
metuique timent, non nox illis
alma recessus praebet tutos,
non curarum somnus domitor 75
dedit in praeceps ? Impia quas non
arma fatigant ? Iura pudorque
et coniugii sacrata fides 80
fugiunt aulas ; sequitur tristis
quas in planum quaelibet hora 85
tulit ex alto. Licet arma uacent
cessentque doli, sidunt ipso
pondere magna B ceditque oneri
fortuna suo.
Vela secundis inflata Notis 90
uentos nimium timuere suos ;
annosa uidet robora frangi ; 95
annosa uidet robora frangi ;
uilia currant, placet in uulnus
uilia currant,
maxima ceruix : quidquid in altum 100
placet in uulnus maxima ceruix :
Fortuna tulit, ruitura leuat.
Modicis rebus longius aeuum est :
felix mediae quisquisturbae
sorte quietus B aura stringit
litora tuta timidusque mari 105
credere cumbam remo terras
propiore legit.
57 o E : om. A || magnis EA : vanis Axelson || 59 locas excelsa nimis Bentley : locas excelso nimis E nimis excelsa loco A || 63 vexatque A : vexat E || 65 volvere EA : volvens Liberman || 81 fugiunt A : faciunt E || 84 nimias E : tumidas A || 103 medie quisquis turbe δ : medie turbe quisquis β quisquis medie turbe E || 104 sorte E : parte A || 104/105 aura (EA) addubitat Liberman. An alno (i. e. nave) ?
Je ne peux pas approuver le maintien par Zwierlein de la colométrie transmise dans [Sén.Agam.78-79]Agamemnon, vers 78-79[16] :
dedit in praeceps ? Impia quas non 78
arma fatigant ? Iura pudorque […].
Non seulement la phrase Impia quas non arma fatigant figure sur deux dimètres et est précédée d’une phrase interrogative qui se termine et suivie d’une autre phrase qui commence, mais, de surcroît, le vers 78 se termine sur le mot non.
La synaphie prosodique est, dans la colométrie transmise, violée en trois endroits ([Sén.Agam.68,88,104]vers 68, 88 et 104), où interviennent des phénomènes (hiatus, brevis in longo) qui ne peuvent se produire qu’à la fin et non à l’intérieur du vers. Ces violations montrent que cette colométrie est incorrecte à trois reprises. En deux endroits ([Sén.Agam.68-69et103-107]vers 68-69 et 103-107), le rétablissement de la nécessaire synaphie prosodique par la correction la plus économique de la colométrie renforce la concordance partielle entre mètre et organisation du discours constatée dans cette même colométrie. D’où l’idée que la concordance entre mètre et discours a été perturbée ailleurs que là où la violation de la synaphie prosodique fait apparaître une perturbation de la colométrie. Dans une monographie consacrée aux anapestes chez Sénèque et parue en 1987[17], John Fitch présente comme « cruciale » l’observation suivante de Richter : si la colométrie transmise par E et A est plusieurs fois incorrecte, alors il est très probable que la colométrie originale ait été perturbée ailleurs que là où l’hiatus ou la brevis in longo mettent en évidence cette perturbation. Je dirais plutôt « possible » ou « plausible ». Richter observe que là où la présence de l’hiatus ou de la brevis in longo à l’intérieur du dimètre amène à corriger la colométrie transmise par les deux sources du texte ou par l’une d’elles, cette correction rétablit la correspondance entre unités métriques et unités de sens. Selon Fitch, Richter a raison d’en conclure que cette correspondance fournit un critère permettant de déceler et de corriger les passages où la colométrie est altérée. Mais le raisonnement n’est pas sans être circulaire, car, comme l’indique la formulation « cette correction rétablit la correspondance », il part du principe dont il est censé démontrer la validité.
La colométrie originale de Sénèque est diversement troublée dans l’Etruscus et la famille A, mais il est certain, contrairement à ce que laissait entendre Müller[18], que les anapestes n’étaient pas disposés comme de la prose dans l’archétype. Si Müller avait raison, il faudrait supposer, là où l’Etruscus transmet une colométrie présumée juste, une intervention trop habile pour que l’hypothèse en soit plausible. La mise en conformité de la colométrie avec le principe de correspondance entre mètre et phrase multiplie les monomètres ; si la colométrie ainsi obtenue est la colométrie originale, il est permis de penser que la cause principale de la perturbation de celle-ci est le gain de place entraîné par l’élimination des monomètres.
Marchant sur les traces de Fitch, je dirais qu’une distribution par dimètres et monomètres observant la correspondance entre vers et organisation du discours accentue la tendance à privilégier le schéma d[actyle] s[pondée] au second colon du dimètre[19] et à limiter l’emploi du schéma s[pondée] s[pondée] dans ce même colon. Voici, pour illustration[20], les proportions qu’on obtient en comparant, dans le premier chœur de l’Agamemnon ([Sén.Agam.57-107]vers 57-107) la colométrie transmise par E et A avec la colométrie de Zwierlein rectifiée aux vers 78-79 :
1er colon
2e colon
Zw. corr.
ds[21]
Comparons maintenant, dans la magnifique ouverture de [Sén.Phaedr.1-84]Phèdre (vers 1-84), la colométrie de Zwierlein avec celle du manuscrit E, réputé le témoin le plus « fidèle ». La famille A présente une colométrie légèrement différente dans les [Sén.Phaedr.1-41]vers 1-41 et radicalement différente dans les vers [Sén.Phaedr.42-84]42-84, qui sont distribués par trimètres.
1ercolon
La tendance à privilégier le schéma dactyle spondée pour la seconde partie du dimètre n’étonne guère : d’abord, c’est le schéma de la clausule de l’hexamètre dactylique familier au lettré romain ; ensuite, c’est le schéma de l’adonien, qui sert principalement à Sénèque de clausule après une succession plus ou moins longue d’hendécasyllabes sapphiques (trois hendécasyllabes sapphiques et un adonien forment, pour Horace et Sénèque, les quatre vers de la strophe sapphique). Dans Œdipe, vers 449-466[Sén.Oedip.449-466], Sénèque termine une série de tétramètres dactyliques acatalectiques par un adonien, les deux derniers vers, formant, si on les met bout à bout[22], un hexamètre dactylique avec diérèse bucolique. C’est un bon signe – mais non une preuve – pour l’hypothèse de la correspondance entre vers et organisation du discours que son application renforce la tendance à privilégier le schéma dactyle spondée au second colon du dimètre anapestique. Je note que le schéma ds est celui d’environ la moitié des monomètres anapestiques dégagés par la colométrie de l’édition Zwierlein, dans laquelle l’immense majorité des monomètres contient la fin d’un groupe grammaticalement ou stylistiquement cohérent.
Dans son édition, Zwierlein a heureusement renoncé à introduire dans la colométrie les trimètres anapestiques dont il s’était fait l’avocat[23]. Ici et là, aussi bien dans E que dans A, on trouve une distribution par trimètres, dont certains entraînent une violation de la synaphie prosodique. Sénèque a-t-il composé un trimètre là où l’application du principe de correspondance entre vers et organisation du discours fait apparaître un dimètre et un monomètre liés par la synaphie prosodique et formant un groupe grammaticalement ou stylistiquement cohérent ? Là où nous croyons que Sénèque a composé deux dimètres suivis chacun d’un monomètre :
pectora soluit. ([Sén.Agam. 4-76]Agam. 74-76)
a-t-il en réalité composé deux trimètres ? Si tel était le cas, je m’expliquerais mal pourquoi le schéma dactyle spondée, naturellement privilégié à la fin du vers, est aussi fréquent au second colon de ces prétendus trimètres qu’il l’est dans les dimètres non suivis de monomètres complétifs. Dans quelques cas, on constate, à la fin d’un dimètre suivi d’un monomètre complétif, la présence de la syllabe brève qui marque la fin d’un vers. Ainsi dans ces deux vers que le manuscrit E distribue correctement :
Colit impense femina virque
numen geminum. ([Sén.Agam. 80-381]Agam. 380-381)
De tels passages, si rares soient-ils, sembleraient suffire à prouver que Sénèque a bel et bien enfermé dans un dimètre et un monomètre formant deux vers indépendants une proposition (ou un groupe de mots cohérent) occupant trois mètres. Or, pourquoi aurait-il composé des trimètres là où un dimètre suivi d’un monomètre qui, en quelque sorte, le prolonge, lui donnait les mêmes possibilités d’expression ?
Dans la colométrie que propose sa monographie et que suit le premier volume de son édition, Fitch introduit des monomètres au début d’une partie anapestique, d’une phrase ou d’une proposition[24] et scinde ici ou là un dimètre en deux monomètres. Voici le résultat pour le premier chœur de l’Agamemnon, sans préjuger des choix textuels du second volume, encore à paraître au moment où j’écris, de l’édition Loeb :
O regnorum
magnis fallax Fortuna bonis,
Numquam placidam sceptra quietem 60
non Euxini
turget ab imis commota uadis
lucida uersat plaustra Bootes, 70
dedit in praeceps ?
Impia quas non arma fatigant ?
Iura pudorque
fugiunt aulas ;
sequitur tristis
uela secundis inflata Notis 90
et cum in pastus
armenta uagos uilia currant,
placet in uulnus maxima ceruix : 100
aura stringit litora tuta 105
remo terras propiore legit. ([Sén.Agam.58-107]Agam. 58-107)
La colométrie transmise comprend des monomètres complétifs ou conclusifs, c’est-à-dire fermant une partie anapestique ou un ensemble de dimètres clos du point de vue du sens. L’introduction de nouveaux monomètres complétifs ou conclusifs n’introduit donc pas une pratique colométrique neuve. Le phénomène de « cohérence hypermétrique », par laquelle un vers court « complète » un vers long qui précède, se constate dans la combinaison hendécasyllabe sapphique + adonien :
non semel arcus ? ([Sén.Troad.824-825]Troy. 824-825),
tandis qu’on observe dans les séries ininterrompues d’hendécasyllabes sapphiques utilisés par Sénèque une forte tendance à ce que chaque vers soit formé d’un groupe de mots cohérent. Nous verrons que Sénèque conçoit l’hendécasyllabe sapphique comme un dicolon (-˘ - - - | ˘ ˘ - ˘ - -) ; c’est pourquoi, il n’est pas illégitime de rapprocher du dimètre anapestique le dicolon sapphique. Bien que le tétramètre dactylique ne forme pas un dicolon, légitime aussi est le rapprochement de la combinaison tétramètre dactylique acatalectique + adonien (dimètre dactylique catalectique) dans Œdipe, [Sén.Oed.466]vers 466 :
et sequitur curvus fugientia
carbasa delphin.
Tous les tétramètres qui précèdent forment un groupe de mots cohérent. Bien sûr, ces rapprochements ont leur limite ; ainsi, l’adonien diffère plus du dicolon que le monomètre anapestique du dimètre anapestique.
En revanche, la tradition atteste très mal le monomètre répété et les monomètres initiaux[25]. L’introduction des monomètres initiaux [Sén.Agam.57]O regnorum (vers 57), non Euxini (vers 66[Sén.Agam.66]), et cum in pastus [Sén.Agam.98](vers 98) permet d’obtenir, après chaque monomètre, un dimètre formant un groupe plus ou moins cohérent : magnis fallax fortuna bonis (vers 58)[Sén.Agam.58], turget ab imis commota vadis (vers 67[Sén.Agam.67]), armenta vagos vilia currant ([Sén.Agam.99]vers 99). Le détachement de Iura pudorque ([Sén.Agam.79]vers 79) élimine une distribution impossible et fait du dimètre précédent, Impia quas non arma fatigant, un groupe cohérent (en revanche, cette cohérence ne peut justifier le détachement de sequitur tristis, vers 82[Sén.Agam.82], qui amène la succession de deux monomètres ; je suppose que la motivation de ce détachement est rhétorique). La démarche de Fitch[26] se fonde en fait sur l’exigence de cohérence du groupe formant le dimètre, exigence qui commande aussi bien la colométrie[Sén.Agam.57-58] O regnorum | magnis fallax Fortuna bonis (vers 57-58) que la colométrie in praecipiti dubioque locas | excelsa nimis ([Sén.Agam.58-59]vers 58-59). Mais on peut s’interroger sur la légitimité d’une exigence de cohérence aussi systématique, quand on voit que, d’un dimètre à l’autre, la cohérence peut n’exister qu’au niveau du groupe formé par les deux dimètres :
Labor exoritur durus et omnes
agitat curas aperitque domos. ([Sén.Herc.Fur.137-138]Herc. Fur. 137-138)
rate tam fragili perfida rupit. ([Sén.Med.301-302]Méd. 301-302)
Si cette « cohérence hypermétrique » (c’est-à-dire s’étendant au-delà du dimètre) peut unir deux dimètres, pourquoi ne pourrait-elle unir un dimètre non cohérent et un monomètre ? Faute de reconnaître le monomètre complétif, Fitch est amené à introduire des distributions absurdes ; ainsi :
obitus pariter
tecum Alcides vidit et ortus. ([Sén.Herc.Fur.1061-1062]Herc. Fur. 1061-1062)
et (qui melius[27]
tua tela tamen senserat) aer. ([Sén.Herc.Fur.1110-1111]Herc. Fur. 1110-1111)
Cependant, aux vers 73-74[Sén.Agam.73-74] d’Agamemnon, il propose non cette colométrie :
non nox illis
praebet tutos.
Pourtant, le dimètre alma recessus praebet tutos semble plus « cohérent » que non nox illis alma recessus. Entre :
il n’y a guère de différence. Le changement d’attitude du colométricien s’explique-t-il par le refus de la succession d’un monomètre spondaïque (non nox illis) et d’un second colon spondaïque (praebet tutos) ?
On peut aussi arguer que le détachement de O regnorum est une conséquence paradoxale de l’application de la « sense-correspondence ». En effet, le « rééquilibrage » du dimètre entraîne un déséquilibre au niveau de l’ensemble monomètre + dimètre par la mise en avant d’un élément qui dépend d’un mot contenu dans le dimètre, est inintelligible par lui-même et ne peut guère assumer seul le relief que lui donne sa position. Et on peut faire valoir la symétrie structurelle et les rimes plus ou moins approchées de la colométrie suivante :
Fortuna bonis
excelsa nimis,
contre la colométrie suivante :
Par ailleurs, la colométrie de Fitch augmente notablement la proportion de monomètres spondaïques : chez Zwierlein, sur dix monomètres, tous complétifs, que contient le premier chœur de[Sén.Agam.] l’Agamemnon, un seul est spondaïque ; chez Fitch, sur quatorze monomètres (dont six initiaux), quatre (dont trois initiaux) sont spondaïques. Dans l’ouverture de[Sén.Phaedr.] Phèdre, la colométrie de Zwierlein ne compte aucun monomètre spondaïque parmi dix-huit monomètres ; celle de Fitch compte six monomètres spondaïques (dont un seul complétif) sur vingt-quatre monomètres. Sénèque, qui tend à restreindre l’occurrence du schéma spondée spondée comme monomètre complétif et comme second colon du dimètre[28], changerait d’attitude quand il s’agit d’un monomètre initial ? On dira que la continuité de sens pouvant exister entre un monomètre initial et le dimètre suivant, de même que celle qui peut unir un dimètre au vers qui le suit, atténue la lourdeur des deux spondées. Je répondrai que les deux spondées d’un monomètre initial risquent fort d’avoir un relief sensiblement plus important que les deux spondées du second colon d’un dimètre uni au vers suivant par le sens.
Il est donc permis de douter que Sénèque ait usé du monomètre initial de la manière que Fitch veut. Néanmoins, il y a recouru, de l’aveu même de Zwierlein[29], qui admet six monomètres initiaux, tous motivés, selon, lui, par une mise en relief rhétorique (d’ailleurs bien compatible avec la position initiale) :
Ite ad planctus
miseramque leva, regina, manum. ([Sén.Troad.79-80]Troy. 79-80)
complete manus
hoc ex Troia sumpsisse licet. ([Sén.Troad.102]Troy. 102)
Saevite manus[30] :
pulsu pectus tundite vasto. ([Sén.Troad.113-114]Troy.113-114)
Vertite planctus :
Priamo vestros fundite fletus. ([Sén.Troad.130-131]Troy. 130-131)
Felix Priamus :
omnia secum consumpta tulit ([Sén.Troad.161]Troy. 161)
La spécificité de ces monomètres initiaux, extraits d’un commos des Troyennes, saute aux yeux ; on remarquera qu’ils forment une proposition indépendante. Zwierlein admet aussi celui-ci :
Quod fuit huius pretium cursus ? B
merces prima digna carina. ([Sén.Med.361-363]Méd. 361-363)
Toutefois, la réponse est si liée à la question que le monomètre – si la colométrie est exacte – semble avoir une valeur continuative. L’inévitable monomètre Iura pudorque ([Sén.Agam.79]Agamemnon, vers 79) suit lui aussi une proposition interrogative, Impia quas non arma fatigant ? Avec de la bonne volonté, on peut le légitimer par une motivation rhétorique. Le dépit du chœur face à la disparition du droit et de la retenue serait rendu par la scission du groupe cohérent Iura pudorque et coniugii sacrata fides, scission mise en relief par la brevis in longo et l’hiatus interlinéaire. Si on écarte la motivation rhétorique, on se gardera de justifier par ce cas isolé[31] des monomètres initiaux sans motivation rhétorique. Le détachement de iura pudorque ne peut être mis, au point de vue stylistique et rhétorique, sur le même plan que non Euxini | turget ab imis commota vadis (Agamemnon, vers 66-67)[Sén.Agam.66-67] ou et cum in pastus | armenta vagos vilia currant (Agamemnon, vers 98-99)[Sén.Agam.98-99]. Dans [Sén.Phaedr. 356-357]Phèdre, vers 356-357, j’envisagerais la colométrie de Fitch, Quid plura canam ? | Vincit saevas cura novercas, non pour établir un « dimètre cohérent », mais parce que cette distribution met mieux en valeur la rhétorique du passage. La coexistence, au sein même du thrène alterné des [Sén.Troad.]Troyennes, des deux types de monomètres initiaux, pose un problème de cohérence stylistique, l’effet du monomètre initial Ite ad planctus (vers 79)[Sén.Troad.79] n’est-il pas gâché par l’interférence du monomètre initial inexpressif ex quo tetigit (vers 69[Sén.Troad.69]), Vertice planctus ([Sén.Troad.130]vers 130) par umerisque tuis ([Sén.Troad.127]vers 127) ? La cohérence et l’efficacité stylistique suggèrent ici l’existence de deux types distincts de monomètres, le monomètre complétif et le monomètre initial expressif. D’un point de vue plus général, si l’on admet que Sénèque a disposé sous forme de dimètre suivi d’un monomètre ce qui forme, du point de vue de l’organisation du discours, un trimètre, alors, puisque la correspondance entre vers et organisation du discours peut exister au niveau de la combinaison dimètre + monomètre, pourquoi Sénèque aurait-il recouru à la combinaison monomètre + dimètre, sinon dans des cas où la position du ou des mots formant le monomètre initial se justifiait ?
La structure du commos des Troyennes ([Sén.Troad.67-163]vers 67-163) est la suivante : 30 (Chœur) + 32 (Hécube) + 32 (Chœur) + 30 (Hécube) + 20 (Chœur) + 29[32] (Hécube) + 15 (Chœur + Hécube ?) mètres anapestiques, distribués, selon la colométrie de Zwierlein, en 16 + 19 + 18 + 17 + 11 + 16 + 8 vers, et, selon celle de Fitch, en 17 + 19 + 18 + 19 + 11 + 16 + 9 vers – distribution qui brouille davantage l’équilibre apparu dans le calcul des mètres.
Voici la façon dont, selon Fitch[33], Sénèque a distribué les vers du thrène parodique de l’Apocolocyntose[Sén.Apocol.12] (12) :
Fundite fletus, edite planctus, |
resonet tristi clamore forum : |
cecidit pulchre cordatus homo, |
fuit in toto | fortior orbe. 5
Ille citato | uincere cursu
poterat celeris, |
ille rebelles fundere Parthos |
leuibusque sequi Persida telis, |
certaque manu tendere neruum, |
qui praecipites uulnere paruo | 10
figeret hostes
pictaque Medi | terga fugacis,
ille Britannos |
ultra noti litora ponti |
et caeruleos scuta Brigantas | 15
dare Romuleis colla catenis |
iussit et ipsum
noua Romanae | iura securis
tremere Oceanum. |
Deflete uirum,
quo non alius |
potuit citius discere causas, |
una tantum parte audita, | 20
saepe neutra[34].
Quis nunc iudex |
toto lites audiet anno ? |
Tibi iam cedet sede relicta |
qui dat populo iura silenti, |
Cretaea tenens oppida centum. | 25
Caedite maestis pectora palmis |
O causidici, uenale genus, |
uosque poetae lugete noui, |
uosque in primis
qui concusso | magna parastis 30
lucra fritillo. |
Ne pouvant croire qu’une colométrie aussi peu en accord avec le mouvement et la construction du texte se fonde sur des principes justes, je lui opposerais cette colométrie, qui fait apparaître la structure tripartite en 9 + 26 + 26 mètres anapestiques distribués en 5 + 14 + 14 vers :
Fundite fletus, edite planctus,
resonet tristi clamore forum :
fortior orbe. 5
Ille citato uincere cursu
poterat celeris,
ille rebelles fundere Parthos
leuibusque sequi Persida telis,
certaque manu tendere neruum,
qui praecipites uulnere paruo 10
dare Romuleis colla catenis 15
iussit et ipsum noua Romanae
Deflete uirum, quo non alius
una tantum parte audita, 20
saepe neutra.
Quis nunc iudex toto lites
Tibi iam cedet sede relicta
Cretaea tenens oppida centum. 25
Caedite maestis pectora palmis
O causidici, uenale genus,
uosque poetae, lugete, noui,
uosque in primis qui concusso
magna parastis lucra fritillo. 30
Des deux dimètres de la fin, rapprocher[Sén.Med.301-302] Médée, vers 301-302, dans la colométrie transmise et adoptée par Zwierlein et par… Fitch : Audax nimium qui freta primus | rate tam fragili perfida rupit. Le dimètre qui concusso magna parastis (vers 29-30[Sén.Apocol.12,29-30]) introduit par Fitch ne satisfait guère à ses propres principes[35]. D’après son découpage, vosque in primis serait un « monomètre continuatif », suivi d’un dimètre et d’un monomètre complétif. Comparer[Sén.Agam.316-318] Agamemnon, vers 316-318, dans la colométrie strophique de E :
quaeque virenti tacitum ripa
bibis Ismenon.
Comme autre type de monomètre continuatif, je citerai Hercule Furieux,[Sén.Herc.Fur.1063-1064] vers 1063-1064[36] :
solvite, superi[37].
Une autre variété rare serait le « monomètre incomplètement complétif » de la colométrie de Zwierlein dans[Sén.Agam.66-68] Agamemnon, vers 66-68 :
et dans Hercule Furieux, vers 1126-1128 :[Sén.Herc.Fur.1126-1128]
iam tamen ausi telum Scythicis
leve corytis
missum certa librare manu.
Ailleurs, le dimètre et le monomètre complétif enferment un groupe de mots plus cohérent. Fitch met en tête les monomètres inexpressifs non Euxini et iam tamen ausi, et obtient deux dimètres consécutifs ; chacun d’eux est formé d’un groupe de mots dont la cohérence est relative (commota…| unda ; telum… | missum).
La colométrie adoptée par Fitch dans[Sén.Agam.340sqq.] Agamemnon, vers 340 et suivants, paraît nuire à la symétrie des invocations aux vers [Sén.Agam.347sqq.]347 et suivants du chœur, symétrie matérialisée par la colométrie de Zwierlein, identique, semble-t-il, à celle de A :
sollemne canit […] ([Sén.Agam.348]Agam. 348)
incluta Pallas […] ([Sén.Agam.356-357]Agam.356-357)
Et te Triviam nota memores
voce precamur […] ([Sén.Agam.367-368]Agam.367-368)
fulmine pollens […] ([Sén.Agam 382-383]Agam. 382-383).
Ce qui est, selon Fitch :
sollemne canit […]
incluta Pallas […]
Et te Triviam
nota memores voce precamur […]
Tuque ante omnis
pater ac rector fulmine pollens […]
De même, dans[Sén.Thyest.825-826] Thyeste, vers 825-826, la colométrie de Fitch :
non succedunt
non Luna gravis digerit umbras,
perturbe l’anaphore mieux dégagée chez Zwierlein :
non succedunt astra nec ullo
micat igne polus,
Dans l’ensemble, la colométrie de Fitch reflète non l’organisation rhétorique, mais une exigence de correspondance entre dimètres et unités de discours qui, dans son principe et son application systématique, relève d’un formalisme grammatical[38] et semble contraire aux effets architectoniques, stylistiques et rhétoriques que Sénèque paraît rechercher, et, au fond, étrangère à la poésie latine qu’il connaît et compose par ailleurs. La colométrie incriminée satisfait l’aspiration de l’esprit à l’unité et à la systématicité, mais elle fait violence à la matière littéraire qu’elle prétend ordonner et la défigure souvent. En fait, dans les anapestes de Sénèque, la « sense-correspondence » n’est ni absolue ni uniforme – aussi peu uniforme que le style. Opposons, dans l’ouverture de Phèdre, la prière d’Hyppolite, dont le caractère rituel et formulaire est bien exprimé par la stricte coïncidence des vers et des membres grammaticaux :
Quidquid solis pascitur arvis, 66
sive illud Arabs divite silva, 67
sive illud inops novit Garamans 68
vacuisque vagus Sarmata campis, 71
sive ferocis iuga Pyrenes 69
sive Hyrcani celant saltus, 70
arcus metuit, Diana, tuos. 72
([Sén.Phaedr.66-72]Phèdre 66-72)
71 traiecit Leo || vacuisve Bentley
et la fougue lyrique des instructions cynégétiques que donne le même Hippolyte à ses serviteurs :
Hac, hac alii qua nemus alta
texitur alno, qua prata iacent 10
uae rorifera mulcens aura
labitur agros piger et steriles
amne maligno radit harenas. 15
([Sén.Phaedr.9-15]Phèdre 9-15)
Ici, la non-coïncidence entre vers et membres est un instrument stylistique, et une colométrie qui cherche à la réduire, sans pouvoir y parvenir complètement – preuve de l’inadéquation de son principe fondateur – paraît être un contresens :
Hac, hac alii
qua nemus alta texitur alno,
qua prata iacent 10
quae rorifera mulcens aura
ubi per graciles
levis Ilisos labitur agros
piger et steriles
Si Sénèque avait suivi le principe qui sous-tend la démarche de Fitch, je gage que le style de ses parties anapestiques serait moins varié et qu’il n’eût pas composé le passage qu’on vient de lire[39]. Mais, bien sûr, il ne faudrait pas substituer à un système rigide un autre système tout aussi rigoureux : la colométrie doit être établie au cas par cas, en confrontant dans chaque lieu les principes présumés de distribution des dimètres et monomètres au mouvement rhétorique, à divers faits de style et de forme (allitération, rimes, architecture du morceau par exemple). Certes, la dimension arbitraire et subjective sera plus grande, mais l’élimination de cette dimension se ferait au détriment de la plausibilité : l’art du poète n’est pas rigide. Tentons maintenant l’« archéologie » des anapestes de Sénèque.
La tradition attribue à Aristophane de Byzance, né entre 258 et 255 avant J.-C. et mort vers 180 avant J.-C., la colométrisation de la poésie lyrique auparavant présentée comme de la prose. La présentation du texte des Perses de Timothée[Tim.Pers.] dans un papyrus de la seconde moitié du IVe siècle tend à confirmer cette tradition, même si certains pensent qu’un seul homme ne pouvait établir la colométrie d’un corpus aussi vaste. Ils entendent donc par Aristophane de Byzance Aristophane et son équipe. On peut dire que le souci de faire apparaître dans un texte écrit la structure métrique de leurs compositions est étranger aux lyriques grecs pré-alexandrins. Les érudits alexandrins qui ont édité les lyriques grecs ont pourvu les poèmes lyriques, les anapestes déclamés et les parties lyriques du drame d’une distribution en cola ou en vers dont les métriciens modernes peuvent prouver qu’elle reflète imparfaitement la véritable composition métrique. Un exemple est la strophe sapphique. Pour Alcée et Sappho, elle comprend trois vers, deux vers de onze syllabes et un vers de seize syllabes[40]. Les éditeurs alexandrins ont disposé sur deux lignes le vers de seize syllabes. Ils n’ont pas procédé ainsi parce que la longueur excessive de ce vers compromettait la mise en page ou plutôt en colonne. En effet, un hexamètre dactylique tel que οἶδέ τε καὶ δεδάηκε·φυήν γε μὲν οὐ κακός ἐστι,[Hom.Od.8,134](Odyssée, 8, 134) comprend dix-sept syllabes et tenait sur une ligne dans les éditions alexandrines[41]. En réalité, le métricien alexandrin a observé : 1) qu’après la onzième syllabe il y avait une fin de mot, que l’on constate dans tous les fragments d’Alcée connus à ce jour et qui est beaucoup plus fréquente que la synaphie verbale dans ceux de Sappho ; 2) que la onzième syllabe est selon les cas longue ou brève. Cette syllabe longue ou brève n’est pas la brevis in longo qui marque la fin de vers, mais la syllaba anceps caractéristique du début des cola éoliens ou, comme on dit, de la base éolienne. Le métricien alexandrin s’est-il trompé là-dessus et s’est-il fondé sur la fin de mot très fréquente et sur une apparente brevis in longo pour identifier deux vers indépendants ? Pourtant, la pièce qu’il a lui-même placée en tête du recueil des poèmes de Sappho contient un premier exemple où la onzième syllabe du troisième vers, brève, est une syllabe intérieure : πύκνα δίννεντες πτέρ' ἀπ' ὠράνωἴθε-ρoς διὰ μέσσω·([Sapph.1,11-12]vers 11-12). L’éditeur alexandrin a-t-il voulu non distinguer deux vers indépendants, mais mettre en évidence deux cola, dont le premier est un hendécasyllabe identique aux deux premiers vers de la strophe sapphique et le second l’adonien familier ? Le métricien qui croit que le troisième et dernier vers de la strophe sapphique est composé d’un hendécasyllabe et d’un adonien se trompe. Cette analyse est une description formelle qui laisse échapper le fond des choses. Si elle était juste, la dernière syllabe du premier colon ne pourrait être une syllabe brève. Donc, que l’éditeur alexandrin ait voulu distinguer des vers ou des cola, dans les deux cas il s’est trompé. Quoi qu’ait voulu faire cet éditeur, Horace, qui lit les strophes sapphiques d’Alcée dans l’édition alexandrine, a pris chaque ligne pour un vers[42]. La preuve en est qu’il a admis quatre fois ([Hor.C.1,2,47-48]1, 2 , vers 47-48 ; [Hor.C.1,12, 7-8et31-32]12, vers 7-8 et vers 31-32 ; [Hor.C.1,22, 15-16]22, vers 15-16), entre le troisième hendécasyllabe et l’adonien, l’hiatus permis d’un hendécasyllabe à l’autre. La nature métrique et rythmique de la strophe sapphique était inconnue d’Horace ; inconnue lui était aussi la musique sur laquelle Alcée chantait ses poèmes[43]. L’imitation par Horace, et a fortiori Sénèque, des formes lyriques de la poésie grecque est toute livresque et formelle. Ce formalisme peut être paradoxal : Horace, qui admet quatre fois l’hiatus et douze fois (quatre fois dans[Hor.C.1] Odes 1, trois fois dans [Hor.C.2]2, trois fois dans 3[Hor.C.3], deux fois dans 4[Hor.C.4]) la brevis in longo caractéristiques de la fin d’un vers entre le troisième hendécasyllabe et l’adonien, y observe six fois fois la synaphie verbale ([Hor.C.1,2,19-20]1, 2, 19-20 u|xorius ; [Hor.C.1,25,11-12]25, 11-12 inter|lunia ; [Hor.C.2,16,7-8]2, 16, 7-8 ve|nale ; [Hor.C.3,27,59-60]3, 27, 59-60 e|lidere ; [Hor.C.4,2,23-24]4, 2, 23-24 nigroque [élision] | invidet Orco ; [Hor.C.S.47-48]Chant Séculaire, 47-48, prolemque [élision] | et decus omne) ! Dans [Hor.C.3,12]Odes, 3, 12, Horace reproduit la colométrie alexandrine d’un poème d’Alcée[Alc.frg.10Voigt,Liberman] (fragment 10 Voigt, Liberman) en ioniques mineurs sans voir qu’en réalité le poème se compose de strophes faites non d’un tétramètre suivi de deux trimètres, mais, comme le perçoit Héphestion[44], d’une série de dix mètres ioniques[45]. Un fait indique l’erreur d’Horace : les cas où la fin de mot après un mètre n’est pas respectée – notamment les cas que n’excuse pas la séparation, par exemple, d’un préverbe et d’un verbe – se concentrent dans les deux derniers mètres de chaque ligne[46] :
Miserarum est| neque amori | dare ludum | neque dulci
mala vino | lavere, aut ex|animari
metuentis | patruae ver|bera linguae.
Tibi qualum | Cythereae | puer ales, | tibi telas
operosae|que Minervae | studium aufert,
Neobule, | Liparei | nitor Hebri,
Simul unctos | Tiberinis | umeros la|vit in undis,
eques ipso | melior Bel|lerophonte,
neque pugno | neque segni | pede victus,
catus idem | per apertum | fugientis | agitato
grege cervos | iaculari et | celer arto
latitantem | fruticeto ex|cipere aprum.
On remarquera que la convergence entre vers et groupes de mots cohérents n’a rien de systématique dans ce poème rédigé dans un mètre dont le fonctionnement (diérèse, ensembles cohérents de plusieurs vers certes plus longs) n’est pas éloigné de celui des anapestes.
Si les poètes grecs ne se préoccupaient pas de faire apparaître dans un texte écrit la structure de leur métrique naturelle et vivante, il était en revanche essentiel pour Horace et Sénèque, leurs imitateurs, que le texte écrit manifeste la structure de leur métrique artificielle. Le comble de l’artificialité est atteint dans les ἀπολελυμένα, ou morceaux lyriques astrophiques, d’Œdipe[Sén.Oedip.] et d’Agamemnon[Sén.Agam.][47]. Sénèque y reproduit, semble-t-il, l’aspect extérieur de la colométrie alexandrine, transformant en vers indépendants des cola en synaphie. Soit ce passage d’un chœur d’Œdipe[Sén.Oedip.724-734], vers 724-734 :
725 protulit tellus – 727bis superatque pinus ita descripsit A : protulit… imis | vallibus… circa | robora… pinus E || 727 circa Reeve : supra EA || superatque E : supraque A superasque Liberman || 728 delevit Fr. Leo || 729 er. caer. E : caer. er. A || 734 post aere lacunam posuit Leo || 735-737 ita descripsit Leo : elisit… linguas | a. – ignotae | clamore… experti EA || 735 agiles et ora E : alias et arma A || 736 vocis ignotae EA : ignota vocis Liberman (primum col. Alc. bis, ut v. 844).Sensus est « clamore experti sunt linguas antea non agiles et ora antea vocis ignara » ; de ignotus sensu activo cum gen., cf. TLL VII, 1.324, 66 || 737 an lacuna ponenda post hunc versum ?
À y bien regarder, on s’aperçoit qu’à côté de vers bien connus (asclépiade mineur, glyconien, hendécasyllabes alcaïque et sapphique), il en est d’autres que Sénèque a bâti en renversant l’ordre des cola[48] qui constituent l’hendécasyllabe sapphique ou en unissant un colon de l’hendécasyllabe sapphique à un autre colon de l’hendécasyllabe alcaïque. Les cola constitutifs de vers plus grands peuvent former de petits vers indépendants. On retrouve dans ce poème les vers employés par Horace dans les Odes [Hor. C.] ou les cola délimités dans ces vers par les fins de mot généralisées (signalées ci-dessus par les barres verticales). On est loin de la variété des cola individualisés par la colométrie alexandrine. Je remarque l’analogie entre, d’un côté, les dimètres et les monomètres anapestiques et, de l’autre, les dicola et les cola employés dans les ἀπολελυμένα de Sénèque. On ne trouve dans ces compositions aucun tricolon, qui serait l’analogue du trimètre anapestique supposé ; il serait absurde de distribuer les vers de ces cantica non en dicola et en cola, mais exclusivement en cola analogiques des monomètres anapestiques, seuls utilisés par Sénèque selon Lucien Müller. Dans l’extrait transcrit ci-dessus, les petits cola ont le caractère complétif de tant de monomètres anapestiques. Je trouve dans les ἀπολελυμένα quelques cola initiaux[49], dont celui-ci, tiré d’un chœur d’Agamemnon (vers 821-823[Sén. Agam. 821-823]), est certifié :
ita descripsit Leo : stella quae mutat seque mirata est | Hesperum… movet | ad… vices | caput… seni | collum marito E stella… est | Hesperum… movit | ad… relabens | imposuit… mariti A || 822 movit A : movet E || 823 seni collum marito E : senis humero mariti A.
Dans la colométrie de Zwierlein, deux cola appartenant à une phrase ou à un ensemble cohérent forment un dicolon. Si l’on posait que tout dicolon doit former un groupe cohérent du point de vue du sens, alors un certain nombre de dicola devraient être scindés en deux cola. On peut ainsi opposer, dans [Sén.Agam.824-826]Agamemnon, vers 824-826, la colométrie de E :
Sensit ortus, sensit occasus,
Herculem nasci :
violentus ille
nocte non una poterat creari,
à celle de A :
Herculem nasci : violentus ille
Hélas, ni la brevis in longo ni l’hiatus ne certifient une telle succession de deux cola, analogique de la succession de deux monomètres résultant de la scission d’un dimètre. Mais un dicolon doit-il toujours être formé d’un groupe cohérent ? Aucune colométrie n’arrivera à éliminer d’une manière plausible le dicolon « non cohérent » formé par Agamemnon, vers 822, ad solitas vices caput, et relabens,[Sén.Agam.822] ou par Œdipe, vers 486, Proetidas silvas petiere, et Argo[Sén.Œdip.486]. De même, dans les séries d’hendécasyllabes sapphiques, ladite cohérence est une tendance, non une règle (voir par exemple [Sén.Troad.830]Troyennes, vers 830, tertius caelo gradus ? Hic recumbens).
Quelle utilisation les tragiques grecs faisaient-ils des anapestes ? Je laisse la parole à Henri Weil[50] : « Il ne suffit pas de distinguer les vers chantés des vers simplement déclamés. Il y avait un troisième débit intermédiaire, celui des vers dont la déclamation était mesurée par un accompagnement musical. Parmi les mètres qui se prêtaient à cette espèce de débit (la παρακαταλογή), il faut nommer en premier lieu les systèmes anapestiques, si fréquents dans les drames grecs. [...] Cependant, il y a aussi des anapestes chantés : on les reconnaît à certaines libertés métriques[51] et aux formes du dialecte dorien, qui était devenu la marque de la poésie chorique depuis que les grands poètes doriens l’avaient portée à sa perfection. »
Les systèmes anapestiques[52] sont une suite, à fin catalectique, de mètres ou dipodies[53] anapestiques en synaphie prosodique dont le nombre est pair ou impair. Ainsi, les anapestes de la parodos des Perses d’Eschyle[A.Pers.1-6] forment neuf systèmes qui comptent respectivement treize, quinze, dix, quinze, huit, seize, seize, dix-neuf et onze mètres. Voici comment le premier système se présente dans l’édition de Martin West[54] (19982) :
Τάδε μὲν Περσῶν τῶν οἰχομένων
῾Ελλάδ’ ἐς αἶαν πιστὰ καλεῖται,
καὶ τῶν ἀφνεῶν καὶ πολυχρύσων ἑδράνων φύλακες,
κατὰ πρεσβείαν οὓς αὐτὸς ἄναξ
Ξέρξης βασιλεὺς Δαρειογενὴς
εἳλετο χώρας ἐφορεύειν.
Une telle disposition a pour avantage de faire ressortir l’unité du système. Elle fait aussi ressortir, à l’intérieur du système, des groupes syntaxiquement ou stylistiquement cohérents qui occupent deux ou trois mètres. Néanmoins αὐτὸς ἄναξ Ξέρξης βασιλεὺς Δαρειογενὴς forme un groupe cohérent que la disposition adoptée par West disloque. Quoi qu’il en soit de cette disposition, ce n’est pas celle que Sénèque pouvait connaître. Il pouvait lire ces vers d’Eschyle comme ils étaient disposés dans l’édition alexandrine et, plus ou moins, je présume, comme nous les lisons dans les manuscrits byzantins[55], c’est-à-dire ainsi :
καὶ τῶν ἀφνεῶν καὶ πολυχρύσων
ἑδράνων φύλακες, κατὰ πρεσβείαν
οὓς αὐτὸς ἄναξ Ξέρξης βασιλεὺς
Voici comment, je présume, il pouvait lire le cinquième système, qui compte un nombre pair de mètres anapestiques [A.Pers.29-32]:
᾿Αρτεμβάρης θ’ ἱππιοχάρμης
καὶ Μασίστρης,
ὅ τε τοξοδάμας ἐσθλὸς ᾿Ιμαῖος
Φαρανδάκης θ’,
ἵππων τ’ ἐλατὴρ Σοσθάνης.
L’éditeur alexandrin aura distribué les anapestes des systèmes par dimètres et monomètres, le système se terminant par un dimètre catalectique (le parémiaque). Sénèque laisse de côté le dimètre catalectique, mais il reproduit le mélange de dimètres et de monomètres[56], de telle manière que dimètres et monomètres constituent des vers indépendants. Les systèmes anapestiques des tragédies de la Rome républicaine et des Ménippées de Varron[57] ne semblent pas avoir été différents de ceux des tragédies grecques. Autant que je sache, la colométrie des manuscrits de Plaute ne fait pas apparaître de monomètres dans les systèmes anapestiques.
Les trimètres n’existent pas dans la colométrie alexandrine des systèmes anapestiques, telle que nous pouvons la connaître : voilà un argument de plus contre leur introduction chez Sénèque. Quant à la correspondance entre mètre et phrase, la colométrie alexandrine, autant qu’on puisse en juger, semble avoir tendu à transformer en unité métrique ce qui, dans la composition des poètes, était une unité stylistique[58]. En effet, les tragiques grecs ont tendance à enclore un groupe de mots cohérent dans deux ou trois mètres anapestiques, ce qui n’étonne guère si, tout en restant dans la sphère des vers récités, l’on rapproche du dimètre anapestique (douze syllabes dans sa forme pure), en tant qu’unité stylistique, le trimètre iambique (douze syllabes dans sa forme pure), en tant qu’unité métrico-stylistique, et du trimètre anapestique (dix-huit syllabes dans sa forme pure) l’hexamètre dactylique (dix-sept syllabes dans sa forme pure). Les huit mètres anapestiques du cinquième système de la parodos des Perses n’ont pas été distribués en quatre dimètres : le monomètre καὶ Μασίστρης – qui amenait nécessairement le second, car la dernière ligne est toujours un dimètre catalectique – évite de diviser le groupe ὅ τε τοξοδάμας ἐσθλὸς ᾿Ιμαῖος. Mais le premier système de la parodos des Perses fait apparaître un dimètre peu « cohérent ». En effet, on a[A.Pers.4-5] :
ἑδράνων φύλακες,
κατὰ πρεσβείαν
Cette dernière colométrie produit une suite de deux monomètres, dont je ne connais pas d’exemple dans la colométrie transmise du drame grec.
Il est rare, dans la colométrie transmise du drame grec, qu’un système commence par un monomètre. C’est le cas dans la Médée d’Euripide [E.Med.1081-1089](vers 1081-1089) :
Πολλάκις ἤδη
διὰ λεπτοτέρων μύθων ἔμολον
καὶ πρὸς ἁμίλλας ἦλθον μείζους
ἢ χρὴ γενεὰν θῆλυν ἐρευνᾶν·
ἀλλὰ γὰρ ἔστιν μοῦσα καὶ ἡμῖν,
ἣ προσομιλεῖ σοφίας ἕνεκεν·
πάσαισι μὲν οὔ παῦρον δὲ τι δὴ
Le détachement du monomètre initial amène dans les dimètres (sauf πάσαισι μὲν οὔ· παῦρον δὲ τι δὴ) la correspondance prisée par John Fitch. Telle est, ce semble, la colométrie des manuscrits byzantins, mais le système a dû se présenter ainsi dans un papyrus de la fin de l’Antiquité (Mertens-Pack3 407) dont nous avons un fragment :
Πολλάκις ἤδη διὰ λεπτοτέρων
μύθων ἔμολον καὶ πρὸς ἁμίλλας
ἦλθον μείζους ἢ χρὴ γενεὰν
θῆλυν ἐρευνᾶν·ἀλλὰ γὰρ ἔστιν
μοῦσα καὶ ἡμῖν, ἣ προσομιλεῖ
σοφίας ἕνεκεν· πάσαισι μὲν οὔ
παῦρον δὲ τι δὴγένος ἐν πολλαῖς
εὕροις ἂν ἴσως
οὐκ ἀπόμουσον τὸ γυναικῶν.
A. M. Dale[59] illustre par cet exemple l’idée que, dans un système au nombre de mètres impair, le choix du monomètre isolé était affaire de goût. La colométrie du papyrus malmène la correspondance entre vers et discours, mais elle introduit avant le dimètre catalectique un monomètre, que l’on nomma παρατέλευτον[60] et dont on rechercha la présence. De ces deux colométries, laquelle représente fidèlement la colométrie alexandrine ? Est-ce celle des manuscrits byzantins, la colométrie du papyrus visant à restituer le παρατέλευτον ? Mais la colométrie alexandrine était-elle elle-même cohérente et constante ? Il y a de quoi en douter, si la colométrie des manuscrits byzantins reflète bien la colométrie alexandrine. La colométrie des manuscrits dégage un monomètre initial au vers 1081 de la Médée[E.Med.1081], mais, dans les[A.Pers.140-143] Perses, vers 140-143, elle dégage un dimètre initial suivi d’un monomètre :
Ἀλλ' ἄγε, Πέρσαι, τόδ' ἐνεζόμενοι
στέγος ἀρχαῖον,
φροντίδα κεδνὴν καὶ βαθύβουλον
θώμεθα, χρεία δὲ προσήκει ||
et non l’inverse :
Ἀλλ' ἄγε, Πέρσαι,
τόδ' ἐνεζόμενοι στέγος ἀρχαῖον.
Il y a donc dans la colométrie transmise des flottements. Dans quelle mesure faut-il les attribuer à la colométrie alexandrine ? Il se peut que cette dernière ait subi des modifications gommant la convergence entre vers et discours. Mais cette convergence ne pouvait être absolue : la tendance à former des groupes cohérents de deux ou trois mètres n’étant chez les poètes grecs qu’une tendance, ne pouvait donner lieu à une distribution en dimètres et monomètres entièrement satisfaisante du point de vue de la convergence entre groupes de mots cohérents et unités métriques. Pour peu que la notion de système anapestique ne fût pas étrangère au colométricien alexandrin[61], alors dimètres et monomètres ne représentaient pas des vers indépendants à ses yeux ; s’il n’avait pas pleinement conscience du caractère arbitraire de toute distribution, du moins sa valeur relative ne pouvait lui échapper : de là peut-être une certaine indifférence et un certain flottement entre des réalisations différentes de la distribution en dimètres et monomètres. Sénèque a fort bien pu étendre la tendance qu’il percevait dans les textes grecs à enclore dans des dimètres les groupes de mots cohérents couvrant deux mètres. A-t-il pu s’en faire une règle ? Je crois qu’une telle radicalisation eût été à la fois trop contraire aux principes de la versification latine et insuffisamment appuyée par la colométrie des anapestes grecs. Cette colométrie saurait encore moins expliquer la multiplication des monomètres initiaux inexpressifs.
Ce qui frappe avant tout le métricien qui compare les anapestes de Sénèque à ceux de la tragédie grecque, c’est l’abandon total de la catalexe, que Gottfried Hermann condamna avec la plus grande vigueur[62]. Toujours est-il que l’absence de catalexe peut se rencontrer dans les anapestes chantés de la tragédie grecque[63] et qu’elle est bien attestée dans les systèmes anapestiques de Plaute[64]. Sénèque fut-il le premier dramaturge à abandonner totalement la catalexe dans les vers anapestiques[65]? On ne saurait l’affirmer, mais cela paraît plausible : Sénèque aurait pris à l’égard des anapestes les libertés qu’il a prises avec d’autres vers[66]. Admettons que ce soit exact : quelle est la raison de ce renoncement absolu[67]? La catalexe se justifie dans le cadre du système anapestique dont elle marque le terme. Or, Sénèque conçoit dimètres et monomètres comme des vers indépendants. La catalexe a alors moins de raison d’être. Mais, il est vrai, Sénèque pouvait conserver le dimètre catalectique comme clausule fermant une succession de dimètres entrelardés ou non de monomètres. Ainsi, le dernier chœur de Médée (vers 849-878)[Sén.Med.849-878] est fait de trois ensembles de dimètres iambiques catalectiques (au nombre de huit, sept et douze respectivement) dont chacun se termine par une tripodie iambique acatalectique, qui n’est autre que le dimètre iambique acatalectique moins la dernière syllabe (detractio[68]). Cet exemple nous met peut-être sur la voie de l’explication du rejet du dimètre anapestique catalectique par Sénèque : ce vers ampute d’une syllabe le dimètre acatalectique, mais son dernier pied, ˘˘ - x ou - - x, semble ajouter une syllabe au dernier pied du dimètre acatalectique, ˘ ˘ x ou - x. Or, dans le dernier chœur de Médée, nous voyons que le vers plus long est (bizarrement) catalectique et se termine par ˘ - x, tandis que le vers plus bref est (bizarrement) acatalectique et se termine par ˘ -. Qui sait si Sénèque, ignorant la nature de la catalexe[69], ne refusait pas d’introduire un ionique mineur (˘˘- -) et un molosse (- - -) apparents, mis en évidence par la diérèse, dans une versification qui utilise l’anapeste et, à titre substitutif, le dactyle et le spondée. Sénèque a-t-il aussi méconnu la nature du système anapestique et pris pour des vers indépendants les dimètres et les monomètres en lesquels les systèmes sont distribués ? Ou bien a-t-il volontairement et en toute conscience renoncé au système anapestique pour ne plus utiliser, quel que soit le vers, qu’un seul type de composition, la composition κατὰ στίχον ? En tout cas, si le système anapestique avait représenté plus pour lui quelque chose de vivant, à quoi correspondît la réalité matérielle du spectacle, je crois bien qu’il ne l’aurait pas abandonné.
En un sens, toutefois, le système et la catalexe n’ont peut-être pas totalement disparu des anapestes de Sénèque. On en aurait comme une trace quand un ensemble de vers se termine sur un second colon de dimètre ou un monomètre fait d’un dactyle et d’un spondée ou (en cas de brevis in longo) d’un trochée[70] ; cette fin rappelle la fin spondaïque ou (en cas de brevis in longo) trochaïque du dimètre catalectique. Friedrich Leo[71], quant à lui, croyait que le monomètre tenait lieu du dimètre catalectique et ne l’admettait qu’en conclusion d’une succession de dimètres[72]. En réalité, si je ne me trompe, Sénèque utilise, d’un côté, le monomètre complétif librement et, de l’autre, le monomètre initial très sporadiquement et sous condition. Le statut et la prépondérance du monomètre complétif chez Sénèque pourraient résulter de l’influence des combinaisons « complétives » déjà solidement établies en latin (distique élégiaque ; vers lyrique long + vers lyrique court) et d’une lecture de la colométrie alexandrine influencée par ces mêmes combinaisons[73]. Quant au monomètre initial, son occurrence plus restreinte que celle du monomètre complétif chez Sénèque serait conforme à la colométrie des textes grecs qu’il pouvait consulter. La spécialisation du monomètre initial chez Sénèque serait une conséquence de l’usage régulier du monomètre complétif : un groupe cohérent de trois mètres étant normalement distribué sur un dimètre suivi d’un monomètre, il était naturel de réserver le monomètre initial à un usage particulier, par exemple celui qu’illustrent les cinq monomètres déjà cités du « péan-thrène » des Troyennes. Sénèque trouvait dans le drame grec cet usage « thrénétique » ou plus généralement « pathétique » ; mentionnons Euripide, Iphigénie en Tauride, vers 151-152[E.I.T.151-152] :
ὀλόμαν ὀλόμαν·[74]
οὐκ εἴσ' οἶκοι πατρῷοι
et [E.Hec.83-84]Hécube, 83-84 :
ἔσται τι νέον·[75] B
ἥξει τι μέλος γοερὸν γοεραῖς.
Mais le monomètre initial n’est pas nécessairement une proposition indépendante. Que l’on se rappelle [Sén.Agam.79]Iura pudorque dans Agamemnon, vers 79, et que l’on compare, dans un thrène de l’Électre de Sophocle ([S.El.86 qq.]vers 86 et suiv.) :
῏Ω φάος ἁγνὸν
καὶ γῆς ἰσόμοιρ' ἀήρ, ὥς μοι
πολλὰς δ' ἀντήρεις ᾔσθου κτλ.
si du moins telle fut la colométrie alexandrine. Le monomètre initial sénécien a, semble-t-il, une force expressive, qu’on ne trouve pas dans ce passage que certains considèrent comme l’antistrophe ([S.El.103sqq.]vers 103 et suivant) et qui évoque la colométrie de Fitch :
Aλλ' οὐ μὲν δὴ
Citons également Euripide, Iphigénie en Tauride, vers 123-125[E.I.T.123-125] :
Εὐφαμεῖτ', ὦ
πόντου δισσὰς συγχωρούσας
πέτρας ᾿Αξείνου ναίοντες.
Une telle colométrie pouvait satisfaire les grammairiens alexandrins, mais non, je crois, Sénèque poète, pour qui ils étaient des vers indépendants : pris pour tel, le monomètre Εὐφαμεῖτ', ὦ avait de quoi choquer le poète latin. En revanche, même si elle ne reflète pas la composition métrique d’Euripide, la distribution ῏Ω φάος ἁγνὸν | καὶ γῆς ἰσόμοιρ' ἀήρ, était, en terme de stylistique poétique, si j’ose dire, acceptable pour Sénèque.
On dit couramment, à juste titre, que Sénèque utilise κατὰ στίχον, c’est-à-dire comme des vers indépendants, non seulement le trimètre iambique, mais aussi le dimètre et le monomètre anapestique, et tous les vers lyriques. Néanmoins, plus il rédige avec soin, plus il évite la brevis in longo et l’hiatus d’un vers à l’autre à l’intérieur d’un ensemble de dimètres et de monomètres clos du point de vue du sens (cet ensemble est pour ainsi dire une trace du système anapestique[76]). Lorsqu’il les évite tout à fait, on obtient de quasi-systèmes anapestiques non catalectiques. C’est le cas dans la longue, très belle et très travaillée ouverture de Phèdre, [Sén.Phaedr.]où Sénèque, entre autres morceaux de bravoure, exploite avec autant de suggestivité poétique que d’érudition rare la toponymie de l’Attique. Mais ce serait une illusion de croire que Sénèque compose là de véritables systèmes[77]. En effet, il évite l’hiatus et la brevis in longo parce qu’il croit les voir évités chez ses modèles, non parce qu’il suit la composition des systèmes anapestiques. S’il avait voulu composer des systèmes, il aurait observé la catalexe et éliminé les cas peu nombreux (une quinzaine[78]) où l’on constate à l’intérieur de la phrase une violation de la synaphie différente des violations excusées dans les systèmes grecs par une exclamation, une interruption, un changement d’interlocuteur et une « sense-pause »[79]. Sénèque limite aussi dans les parties lyriques non anapestiques le nombre d’hiatus et de brevis in longo. Horace, qui considère la strophe sapphique comme composée de quatre vers indépendants, donne cependant, par imitation de son modèle, l’impression de rechercher la synaphie entre les vers de la strophe[80].
C’est une habitude consacrée de considérer en bloc les anapestes de Sénèque, sans distinguer différents types. Cette attitude me paraît juste si l’on considère la fin de mot généralisée entre les mètres ou la composition des pieds[81]. De ce point de vue, Sénèque a neutralisé la distinction établie dans la tragédie grecque entre anapestes déclamés et anapestes chantés. Cette neutralisation concerne-t-elle aussi la façon de dire les anapestes ? Cette question est liée à celle de la destination des tragédies de Sénèque : représentation, récitation, lecture ? Pour ma part, je verrais volontiers un souvenir de la distinction entre anapestes chantés et anapestes déclamés dans la différence que l’on peut, par exemple, constater entre, d’un côté, les anapestes de l’ouverture de Phèdre [Sén. Phaedr.] et, de l’autre, les anapestes thrénétiques du commos des [Sén.Troad.67-113]Troyennes, vers 67-163, ou les anapestes jubilatoires du péan qui occupe les vers 310-388 de[Sén.Agam.310-388] l’Agamemnon. Différence d’êthos, mais aussi de technique : nous avons vu dans les Troyennes cinq monomètres initiaux à caractère thrénétique ; dans le péan de l’Agamemnon, la colométrie de E distribue en série la combinaison dimètre + monomètre, qui, selon Louis Havet[82], « fait une petite strophe de trois monomètres »[83]. Il faut aussi tenir compte de la chronologie des pièces : la concentration dans l’Agamemnon de certaines particularités touchant la composition des anapestes[84] peut être liée au fait que c’est la première[85] ou l’une des premières tragédies[86] écrites par Sénèque, qui n’aurait pas encore mis au point sa technique. En tout cas, on observe chez Sénèque, par rapport à la tragédie grecque, une extension de l’emploi des anapestes ; elle atteint son terme dans l’apocryphe [Ps.Sén.Octav.]Octavie, où les parties lyriques ne sont plus composées qu’en vers anapestiques.
Les anapestes de Sénèque sont distribués par dimètres et monomètres. Un groupe de mots cohérent du point de vue du sens tend à occuper le dimètre ou la combinaison dimètre + monomètre complétif, exemple de la combinaison, bien attestée dans la versification lyrique de Sénèque, d’un vers long et d’un vers court formant une unité au point de vue du sens. Mais cette tendance n’a rien d’une règle en fonction de laquelle il faudrait, quand c’est possible, redistribuer les passages réfractaires. Les rares monomètres qui ne sont ni complétifs ni continuatifs sont des monomètres initiaux qui ont une justification spéciale. C’est ainsi que je décrirais à grands traits la colométrie la plus plausible. Elle s’accorde avec la versification lyrique de Sénèque, avec les intentions stylistiques et architectoniques de l’auteur, avec la façon dont on peut raisonnablement penser qu’il a perçu et adapté les anapestes grecs.
[1] Le second volume est paru en 2004.
[2] À vrai dire, je crois qu’il en faudrait aussi un sur les anapestes du drame grec.
[3] L’Octavie [Ps.Sén.Octav.]est certainement une œuvre apocryphe : voir par exemple Pseudo-Sénèque, Octavie, G. Liberman (éd.), Paris, 1998, p. XVIII-XXIV. Pour Hercule sur l’Œta, [Sén.Herc.Oet.]voir O. Zwierlein, Kritischer Kommentar zu den Tragödien Senecas, Stuttgart, 1986, p. 313-343. Les doutes sur l’authenticité de l’Agamemnon [Sén.Agam.]appartiennent à un passé révolu : voir F. Leo, De Senecae tragoediis observationes criticae, Berlin, Weidmann, 1878, p. 89-134.
[4] La première parut à Leipzig en 1861.
[5] De re metrica petarum Latinorum, p. 104. Comparer la première édition, p. 106. Comme en 1861, L. Müller ignore F. Bothe ; de même en 1894, il ignore la première édition critique scientifique des tragédies, due à R. Peiper et à G. Richter (Leipzig, 1867). Si peu avenante que soit cette édition, elle est libérée des monstres qui habitent celle de J. C. Schröder (Delft, 1728) où L. Müller lit Sénèque.
[6] Sur la notion de synaphie, voir J. Irigoin, « Colon, vers et période (à propos d’un chœur des Nuées d’Aristophane) », dans Mélanges W. J. W. Koster, Amsterdam, 1967, p. 65-73 ; L. E. Rossi, « La sinafia », dans Mélanges Anthos Ardizzoni, Rome, 1978, p. 791-821.
[7] L. Strzelecki, « De rei metricae Annaeanae origine quaestiones », Eos, 53, 1963, p. 164, partage encore l’erreur extraordinaire de F. Leo, De Senecae tragoediis, p. 101, selon qui l’hiatus et la syllaba anceps sont tolérables « au milieu du dimètre en fin de phrase (in fine sensus) ». Cette erreur provient, j’imagine, d’une confusion avec certains vers asynartètes employés par Plaute.
[8] Voir par exemple pour le grec, M. L. West, Greek Metre, Oxford, 1982, p. 171, et, pour le latin, L. Havet, Métrique grecque et latine, Paris, 19358, § 195 (j’ai des doutes sur la colométrie d’Ausone, [AUS.Prof.6]Commemoratio professorum Burdigalensium, VI, p. 54-56 Peiper = p. 51-53 Green [OCT]).
[9] Voir F. Leo, De Senecae tragoediis observationes, p. 98 ; U. von Wilamowitz, Griechische Verskunst, Berlin, 1921, p. 372, note 1. L. Müller se débarrasse trop facilement du témoignage de Diomède (deuxième moitié du IVe-Ve siècle), Grammatici Latini, I, 511, 23, Keil, Anapaesticum choricum habemus in Seneca : audax nimium qui freta primus [[Sén.Med.301]Médée, 301]. Admiscetur huic propter gratiam varietatis dimeter herous. Nam tale est qui freta primus quale terruit urbem.
[10] Et sic passim sententiae metris accomodabuntur in anapaesticis harum fabularum, sed in Notis plerumque potius quam in ipso ordine carminum, ne alias quis forte editiones conferens versuum mutato numero turbetur.
[11] R. Tarrant, dans son édition commentée de l’Agamemnon (Cambridge, 1976, p. 370), affirme que cette tendance était considérée dans l’Antiquité comme caractéristique du dimètre anapestique et cite le témoignage de M. Victorinus[Victorin.GLK,6,77,2], Grammatici Latini, 6, 77, 2, Keil, anapaesticum melos binis pedibus amat sensum includere. Mais binis pedibus désigne non le dimètre ou tétrapodie, mais le mètre ou dipodie.
[12] Voir aussi L. Quicherat, Traité de versification latine, Paris, 1876, p. 313 : « On dit que ce vers [le dimètre] est asynartète, et qu’après la première dipodie, le poète peut allonger une brève ou omettre l’élision. Mais les exemples cités ne sont pas concluants. Dans bien des passages qui présentent deux ou trois fois de suite ces licences, on peut les faire disparaître par l’addition ou le déplacement d’un monomètre. Souvent même ce changement profite à la juste distribution des idées. »
[13] Kritische Untersuchungen zu Senecas Tragödien, 1899. Je connais cet ouvrage par l’intermédiaire du travail de J. Fitch mentionné plus bas (voir note 17). Je n’ai pas vu non plus B. Schmidt, De emendandarum Senecae tragoediarum rationibus prosodiacis et metricis, thèse, Berlin, 1860, ni M. Hoche, Die Metra des Tragikers Seneca, Halle, 1862.
[14] Seconde édition Peiper-Richter dans la Bibliotheca Teubneriana.
[15] Voir O. Zwierlein, Prolegomena zu einer kritischen Ausgabe der Tragödien Senecas, Wiesbaden, 1984, p. 53-59.
[16] Voici les autres rectifications que j’apporterais à la colométrie de l’édition Zwierlein, en suivant les principes qui la guident :[Sén.Herc.Fur.1055-1056]Hercule Furieux, vers 1055-1056, | aetheris alti | tellusque ferax et vaga ponti | mobilis unda | ; [Sén.Troad.713-714]Troyennes, vers 713-714, | magnique senis | iura per omnis incluta terras, | excidat Hector | ; [Sén.Troad.719-720]vers 719-720, | et Troia prior, | parvusque minas trucis Alcidae | flexit Priamus ; [Sén.Phaedr.10-11]Phèdre, vers 10-11, texitur alno, | qua prata patent quae rorifera | mulcens aura ; [Sén.Phaedr.1136-1137]vers 1136-1137, matris Cybeles | metuens caelo Iuppiter alto | vicina petit | ; [Sén.Oedip.195-196]Œdipe, vers 195-196, custode sinit, | petitis fontes aliturque sitis | latice ingesto | ; [Sén.Agam674-675]Agamemnon, vers 674-675, | residens summis | impia diri furta mariti | garrula narrat | ; [Sén.Thyest.790-792]Thyeste, vers 790-792, | cuius ad ortus | noctis opacae decus omne fugit, | quo vertis iter medioque diem | perdis Olympo ? | ; [Sén.Thyest.810-811]vers 810-811, | monte Typhoeus ? | Numquid struitur via Phlegraeos | alta per hostes | ; [Sén.Thyest.831-832]vers 831-832 | quassata labent | iterumque deos hominesque premat | deforme chaos | ; [Sén.Thyest.853-854]vers 853-854, | praefert Hyadas, | secum Geminos trahet et curvi | bracchia Cancri.
[17] Seneca’s Anapaests. Metre, Colometry, Text and Artistry in the Anapaests of Seneca’s Tragedies, Atlanta, 1987. Voir les critiques de O. Zwierlein dans Gnomon, 62, 1990, p. 692-696 ; M. Billerbeck dans son édition commentée d’Hercule Furieux, Leyde, 1999, p. 614-615. J. Fitch avait pour la première fois appliqué sa théorie dans son édition commentée d’Hercule Furieux, Ithaca, New York, 1987 (voir O. Zwierlein dans Gnomon, 60, 1988, p. 339-342).
[18] De re metrica poetarum Latinorum2, p. 105.
[19] Déjà relevée et discutée par W. Marx, Funktion und Form der Chorlieder in den Seneca-Tragoedien, diss., Heidelberg, 1932, p. 28-35 ; et J. Mantke, « De Senecae tragici anapaestis », Eos, 49, 1957-1958, p. 101-114.
[20] On trouvera dans la monographie de J. Fitch des statistiques étendues à l’ensemble du corpus sénécien (voir note 17).
[21] Dans cette colonne figurent les seules combinaisons de pieds admises dans un mètre : le pied pair n’est jamais dactylique et la succession de quatre brèves (dactyle + anapeste) est évitée. On relève chez Sénèque l’exception d’Hercule. Furieux, vers 1064[Sén.Herc.Fur.1064], solvite superi, imitée dans [Sén.Herc.Oet.185]Hercule sur l’Œta, vers 185, fingite superi (voir dans cette même tragédie, 1883, Arcades obitus, [Sén.Herc.Oet.1883] et dans Octavie, vers 646[Ps.Sén.Octav 646], Parcite lacrimis ; [Ps.Sén.Octav.904]904, invidet etiam) ; voir L. Müller, De re metrica poetarum Latinorum2, p. 159 (en supprimant les cas non mentionnés ici) ; L. Havet, Métrique grecque et latine, § 191 ; M. Billerbeck à [Sén.Herc.Fur.1064]Hercule Furieux, vers 1064. L’enseignement de L. Nougaret, Traité de Métrique latine classique, Paris, 1963, § 263, « Substituts de l’anapeste : le spondée, parfois le dactyle, sans distinction de pieds pairs et impairs », est donc faux.
[22] Comme font les manuscrits. Mais la colométrie adoptée par O. Zwierlein, d’après G. Richter, est absolument certaine.
[23] Dans ses Prolegomena, p. 182-202, et dans son édition de 1986, p. VII, passage encore présent dans l’édition de 1993. Il déclare pourtant ne plus croire à la réalité des trimètres dans Gnomon, 60, 1988, p. 339, § 3.
[24] J. Fitch a ici pour prédécesseurs G. Richter dans la seconde édition Peiper-Richter et Marx, Funktion und Form der Chorlieder, p. 19-20, qui trouvait G. Richter trop frileux quant à l’introduction du monomètre initial.
[25] « Double » monomètre transmis par E dans [Sén.Phaedr.81]Phèdre, vers 81, et [Sén.Herc.Oet.175]Hercule sur l’Œta, vers 175 ; « quadruple » monomètre transmis par E dans [Sén.Herc.Oet.1918-1919]Hercule sur l’Œta, vers 1918-1919 (voir F. Leo, De Senecae tragoediis observationes, p. 100). Ils sont tous rejetés par J. Fitch.
[26] Explicite chez Marx, Funktion und Form der Chorlieder, p. 29 : « So zeigt denn auch ein oberflächlicher Blick in Senecas Lieder, dass der Dimeter als Norm des syntaktischen Umfangs ihrer Komposition zugrunde liegt. »
[27] Melius ms. A, J. Fitch ; medius ms. E, O. Zwierlein.
[28] Cette tendance est particulièrement marquée quand il n’y a pas enjambement sur le vers suivant (voir O. Zwierlein, Gnomon, 60, 1988, p. 340-341).
[29] Gnomon, 60, 1988, p. 340, § 4.
[30] Les deux morceaux 83-98 et 99-116 se terminent sur le monomètre Hectora flemus, qui n’est pas un monomètre complétif ordinaire, mais sert de refrain.
[31] Signe d’une technique encore fluctuante ? Voir plus bas. Je rappelle la spécificité du cas : si on n’introduit pas le monomètre initial, Impia quas non finit un dimètre dont le premier colon est la fin d’une phrase interrogative, et arma fatigant ? forme le premier colon du dimètre suivant.
[32]L’architecture du commos confirme la transposition des vers 102-103, acceptée par O. Zwierlein et J. Fitch, et suggère qu’il manque un mètre (29 + 1) dans le texte suspect des vers 150-151, non Argolici praeda triumphi | subiecta feret colla tropaeis. Curieuse notion, en effet, que subiecta colla tropaeis, « le cou assujetti aux trophées » ! Je suggère, à titre d’exemple, tropaeis <cunctis potior> (il s’agit de Priam). Le commentaire de A. J. Keulen (Leyde, 2001) fait un sort à presque chaque mot du vers 151 sans s’intéresser au sens de la phrase. Il analyse le commos p. 124-129. Dans le premier chœur d’Hercule Furieux, [Sén. Herc. Fur.] les considérations architectoniques me semblent corroborer la transposition par O. Zwierlein des vers 146-151 (évocation d’oiseaux annonciateurs du jour), après le vers 136 : a) vers 125-136 + 146-151 = 35 (7 x 5) mètres = 19 vers chez O. Zwierlein (lever du jour) ; b) vers 137-145 + 152-158 = 32 mètres = 17 vers chez O. Zwierlein (les activités matinales dans la nature) ; c) vers 159-177 = 35 (7 x 5) mètres = 19 vers chez O. Zwierlein (les activités matinales dans la cité) ; d) vers 178-201 = 49 (7 x 7) mètres = 26 vers chez O. Zwierlein (parénèse). Qui sait s’il ne manque pas trois mètres dans la partie b) ?
[33] Seneca’s Anapaests, « Appendix III ». Les barres horizontales indiquent la colométrie présumée de l’archétype.
[34] Sur neutra trisyllabique, voir Neue-Wagener, Formenlehre der Lateinischen Sprache, II, 3eéd., 1892, p. 545, contre L. Müller, De re metrica poetarum Latinarum, p. 316.
[35] Opposer [Sén.Herc.Fur.1057-1058]Hercule Furieux, 1057-1058 selon la colométrie de J. Fitch : tuque ante omnes | qui per terras tractusque maris | fundis radios.
[36] Voir vers 1131-1132 ; [Sén.Herc.Oet.1862-1863]Hercule sur l’Œta, vers 1862-1863. Colométrie corrigée dans tous les cas.
[37] Sur la configuration exceptionnelle du monomètre (dactyle + anapeste), voir note 21.
[38] Si le dimètre était un colon – c’est un vers –, on pourrait dire que cette colométrie procède d’une confusion entre colon grammatical et colon métrique.
[39] Je suis bien certain qu’il n’aurait pas pu l’écrire si, comme le voulait L. Müller, il n’avait utilisé que des séries stichiques de monomètres.
[40] On peut voir là-dessus mon édition d’Alcée, Paris, 1999, p. XLI, note 130 ; p. CIII- CIV ; p. CVI, note 237. La découverte du caractère tristique de la strophe sapphique semble remonter à O. Crusius, Stesichoros und die epodische Composition in der griechischen Lyrik, dans Mélanges Otto Ribbeck, Leipzig, 1888, p. 1-22.
[41] L’hexamètre dactylique a fourni le canon de la ligne, et ce avant l’époque alexandrine : voir le chapitre « Zeilenzählung » dans le livre de C. Wendel, Die Griechisch-römische Buchbeschreibung verglichen mit der des vorderen Orients, Halle, 1949, p. 34-44.
[42] Sur la finalité de la colométrie alexandrine en général, voir L. Parker, « Consilium et ratio ? » Papyrus A of Bacchylides and Alexandrian Metrical Scholarship », Classical Quarterly, 51, 2001, p. 23-52. « The evidence suggests that their concern was far from consistent, and that they could be satisfied with divisions which were no more than approximately metrical, or even unmetrical, if dividing into short, more or less uniform cola produced that result », conclut-elle. B. Gentili et L. Lomiento, Metrica e ritmica. Storia delle forme poetiche nella grecia antica, Milan, 2003, p. 7-12, se rallient à l’idée que la colométrie alexandrine reflète la structure rythmique et musicale des poèmes, ce que je ne trouve pas plausible : voir quelques réflexions sur ce sujet dans mon édition des Pythiques de Pindare, Paris, 2004, p. 219, note 2.
[43] Les Odes, à l’exception du Chant Séculaire, [Hor.C.][Hor.C.S.]ont été écrites pour la lecture et la récitation, non en vue d’une exécution musicale. Telle est la conclusion de L. E. Rossi, « Orazio, un lirico greco senza musica », dans Seminari Romani di Cultura Greca, I, 1998, p. 163-181. On notera que la synaphie entre les vers 3 et 4 de la strophe sapphique est toujours observée dans le Chant Séculaire.[Hor.C.S.]
[44] P. 65, 20-21 Consbruch = Alcée fr. 10 Test. IIb Liberman. Je crois bien avoir fait, dans mon édition d’Alcée, la même bévue qu’Horace.
[45] Voir L. Havet, Métrique grecque et latine, § 413 et 416.
[46] Opposer Alcée[Alc.frg.10,4et6], fr. 10, 4 et 6. L’observation est de R. Führer, Beiträge zur Metrik und Textkritik der griechischen Lyriker, III, Die Kolometrie von ἔμε δείλαν (Alkaios, fr. 10 L.-P.), p. 6 de l’extrait, dans Nachricht. Akad. Wiss. Götting., Philolog.-hist. Kl., 6, 1976, p. 253-261. S. Bailey, dans son édition d’Horace (Bibliotheca Teubneriana, 20014), ignore encore la véritable colométrie du texte d’Horace, établie par L. Quicherat (Revue de l’Instruction publique, 15 octobre 1846 = Mélanges de Philologie, Paris, 1879, p. 59-67) et confirmée par R. Führer. « Les manuscrits, tout en divisant d’une manière très différente, et parfois très déraisonnable, les vers dans l’intérieur des strophes, sont unanimes pour conserver à chacune la même étendue. Partout Miserarum, Tibi qualum, Simul unctos, Catus idem commencent un vers » (L. Quicherat).
[47] « Sie sind unlebendig, papieren, und daher ohne Interesse », dit péremptoirement H. Drexler, Einführung in die römische Metrik, Darmstadt, 1967, p. 141.
[48] On rapproche la théorie, embrassée par son contemporain Caesius Bassus, de la dérivation des mètres par adiectio, detractio, permutatio, concinnatio, sur quoi voir F. Leo, « Die beiden metrischen Systeme des Altertums », Hermes, 24, 1889, p. 280-301 ; avec les remarques de J. Leonhardt dans un article du même titre, Hermes, 117, 1989, p. 43-62 ; du même F. Leo, Ein metrisches Fragment aus Oxyrhyncos, dans Nachr. d. Götting. Gesellsch. d. Wiss., Philol.-hist. Klasse, 1899, p. 495-507 = Kleine Schriften, Rome, 1960, II, p. 395-408 ; H. Weil, Les métriciens. La théorie de la filiation des mètres, dans Études de littérature et de rythmique grecques, Paris, 1902, p. 172-181.
[49] [Sén.Οedip.491]Œdipe, vers 491, [Sén.Οedip.720]vers 720 ; [Sén.Agam.816]Agamemnon, vers 816, (819, lacune supposée par O. Zwierlein), 822, 837, 862.[Sén.Agam.819][Sén.Agam.822][Sén.Agam.827][Sén.Agam.862]
[50] Études sur le drame antique, Paris, 1897, p. 249-250. Voir L. Parker, The Songs of Aristophanes, Oxford, 1997, p. 56-58.
[51] In universum a legitimis differunt (sc. anapaestorum liberiores formae), quod aequabili illa gravitate carent, et motum animi magis varium atque instabilem exprimunt, dit, à propos du drame grec, G. Hermann, Elementa doctrinae metricae, Leipzig, 1816, p. 380.
[52] Voir M. L. West, « Tragica I », Bulletin of the Institute of Classical Studies, 24, 1977, p. 89-94 ; Greek Metre, Oxford, 1982, p. 95.
[53] Selon P. Masqueray (Revue de Philologie, 16, 1892, p. 119), « chaque dimètre anapestique contient une césure après le second temps marqué. [...] De cette façon les deux parties de la tétrapodie se font exactement équilibre, et elles demandaient, pour être récitées, une durée égale. Si donc l’on partait du pied gauche, la césure tombait au moment précis où on allait encore une fois lever le même pied. Les pas allaient deux par deux. La dipodie anapestique [...] que l’on trouve quelquefois intercalée au milieu des tétrapodies ne troublait pas la mesure. Naturellement, il n’y a pas de tripodies, puisqu’il y aurait eu changement de pied au commencement du vers suivant ».
[54] M. L. West (éd.), Aeschyli Tragoediae cum incerti poetae Prometheo, Stuttgart, Teubner, 19982.
[55] Hélas, il n’est pas facile de connaître la colométrie byzantine à partir des éditions récentes, qui la modifient sans préavis. J’ai utilisé diverses éditions anciennes, plus fidèles à la colométrie transmise (si tant est qu’elle soit uniforme) des parties anapestiques, et en particulier, pour Eschyle, Wecklein, 1885 (fondée sur le Mediceus) et, pour Euripide, Nauck, 1871.
[56] Dimetris solis sive monometris additis composuerunt carmina Ausonius, Luxorius, Boethius, notait L. Müller, De re metrica poetarum Latinorum2, p. 104.
[57] J.-P. Cèbe (Varron, Satires Ménippées, 4, Rome, 1977) ne semble pas préoccupé des conséquences de sa conjecture percrepit sur la synaphie dans le fragment 162[Varr.Menipp.frg. 162]. Il ne paraît pas voir que Varron utilise des systèmes anapestiques.
[58] Voir M. L. West, « Tragica I », p. 94.
[59] The Lyric Metres of Greek Drama, Cambridge, 1968, p. 49. Voir M. L. West, « Tragica I », p. 90.
[60] Voir M. L. West, « Tragica I », p. 90 et note 11 (références tirées des scholies à Aristophane).
[61] C’est l’opinion de A. Raabe, De metrorum anapaesticorum apud poetas Graecos usu atque conformatione quaestiones selectae, thèse, Strasbourg, 1912, p. 32-34, appuyée sur les témoignages d’Héphestion, de Terentianus Maurus et de Marius Victorinus. Mais comment être sûr qu’ils représentent les idées du (des)colométricien(s) alexandrin(s) ?
[62] « Ineptissime quidem, quum hic numerus, si catalexi careat, valde invenustus sit » (Elementa doctrinae metricae, p. 387).
[63] Voir M. L. West, Greek Metre, p. 121. Ainsi, dans le dernier commos d’Œdipe à Colone, quatre dimètres et un monomètre ([S.OC.1772]τοῖσιν ὁμαίμοις, vers 1772) forment un ensembleclosdu point devuedusens.
[64] C. Questa,Introduzioneallametrica di Plauto, Bologne, 1987, p. 229-230 ;Titi Macci Plauti cantica, Urbino, 1995, p. 441.
[65]A. Raabe,De metrorum..., p. 72-73, croit que les anapestesdeSénèque s’inspirent d’anapestes grecs contemporains. Il allègue à tort carmina popularia 14-17 Bergk = 20-23 Diehl = 863-866 Page, « Heroldsruf bei den Agonen, der noch zu Julians Zeiten galt » : voir U. Wilamowitz, Griechische Verskunst, p. 134, note 4 (d’où la citation en allemand est extraite). On se gardera d’alléguer des textes (cités par M. L. West, Greek Metre, p. 170-171) postérieursà Sénèque (sur les citations de Philostrate et de Porphyre, voir Bergk, Poetae lyrici Graeci, III, Leipzig, 1882, p. 684-688). « Veteres [...] Romanorum tragicos non secus, quam Graecos, paroemiaco finire systemata solitos esse, satis ostendit Bentleius », dit G. Hermann, Elementa doctrinae metricae, p. 387. L. Varius Rufus, dont le [Var.Ruf.Thyest.]Thyeste, créé en 29 avant J.-C., passait pour être la reine des tragédies latines, semble avoir encore composé des systèmes, si l’on en croit le texte édité par Ribbeck (Tragicorum fragmenta, p. 265, « Ex incertis fabulis », I) : ad quos mundi resonat canor in | vestigia se sua volventis (texte transmis sua se volventis in vestigia). Il suppose « propter hiatum » une lacune entre variique apti (texte transmis addita) vocum moduli (texte transmis modi) et ad quos mundi, etc. ; mais, sur la tolérance à l’égard de l’hiatus dans les systèmes anapestiques latins, voir G. Hermann, Elementa doctrinae metricae, p. 386. Le dernier vers (vestigia – volventis) de ce qui forme un ensemble cohérent ne se termine pas par un dimètre catalectique, mais cet ensemble faisait peut-être partie d’un système clos par un dimètre catalectique. Quant à la célèbre Médée d’Ovide.[Ovid.Med.], un seul dimètre en a survécu, feror huc illuc, vae, plena deo ~ Sénèque, Médée, vers 382 et suiv.[Sén.Med.382sqq.]
[66] La remarque est de W. R. Hardie, Res metrica, Oxford, 1920, p. 66, qui observe : « He sometimes writes a long passage in Sapphics, without an Adonius anywhere ; sometimes a long passage in Asclepiadeans without a shorter closing line (Glyconeus). »
[67] Quod incusavere plurimi, explicavit nemo, dit L. Müller, De re metrica poetarum Latinorum2, p. 105.
[68] Voir note 48.
[69] Voir F. Leo, Ein metrisches Fragment aus Oxyrhyncos, dans ses Kleine Schriften, II, p. 404 : « Unser Metriker kennt die Katalexis in seiner Erklärung und Beschreibung der Metra so wenig wie Varro und Caesius Bassus. »
[70] Voir cette remarque de R. Bentley dans l’Epistola ad Millium (The Works of Richard Bentley, A. Dyce, éd., Londres, 1836, II, p. 274) : « Seneca tragicus [...] semel atque iterum trochaeo anapaestos clausit, nec nisi finita sententia : qui scilicet paroemiaci locus esset, nisi is scriptor nesciocur versum illum repudiasset. »
[71] De Senecae tragoediis observationes criticae, p. 99-100.
[72] Il se trouve obligé, dans[Sén.Agam.68] Agamemnon, vers 68, d’introduire un monomètre en pleine phrase, où le monomètre ne peut tenir lieu du dimètre catalectique.
[73] Sénèque n’aurait pas été le seul à s’y tromper : « W. von Christ [Metrik der Griechen und Römer, Leipzig, 1879, p. 258] thought that in most cases where a monometer occurred in the middle of a period “lässt sich die Absicht des Dichters erkennen, durch den Monometer den Schluss des Satzes besser hervorzuheben” », observe M. L. West, « Tragica I », p. 89. La colométrie transmise du drame grec connaît aussi le « monomètre continuatif », dont je fais une variante du monomètre complétif : voir [E.Hec.159-160]Euripide, Hécube, vers 159-160, τίς ἀμύνει μοι ; ποία γέννα, | ποία δὲ πόλις ;
[74] Comparer, chez Sophocle, [S. Tr. 1008] Trachiniennes, vers 1008, ᾿Απολεῖς μ’, ἀπολεῖς, exemple de monomètre inséré dans un contexte métrique hétérogène (voir A. Raabe, De metrorum…, p. 11-16 ; M. L. West, Greek Metre, p. 112).
[75] « Il n’y a pas [pour excuser la brevis in longo] de changement d’interlocuteur, mais un repos de la voix [...]. Pendant cette pause, la vieille reine réfléchit sur la nature des appréhensions qui la font frissonner. D’où allongement irrégulier de la finale » (P. Masqueray, Traité de métrique grecque, Paris, 1899, p. 90 note 1).
[76] Comme exemple remarquable de survivance d’un mode de composition dans un autre, je citerai Horace, [Hor.C.1,12] Odes, 1, 12, Quem virum aut heroa… : le poète latin non seulement imite l’ouverture de [Pi.O.2] Pindare, Olymp., 2, mais l’« ode latine se décompose en cinq fois trois strophes, comme l’ode grecque, avec cette différence que les groupes ternaires sont marqués dans Pindare par l’épode tandis que chez Horace ils ne sont indiqués que par le sens » (H. Weil, Études de littérature et de rythmique grecques, p. 220, relatant une trouvaille de W. Christ, Metrik der Griechen und Römer, p. 654).
[77] À l’instar de A. Raabe, De metrorum…, p. 72 (le chapitre IV de sa thèse, p. 57-78, traite de Romanorum carminibus anapaesticis).
[78] En excluant Hercule sur l’Œta et Octavie. J’en compte une vingtaine en incluant Hercule sur l’Œta. Ces cas sont presque aussi nombreux dans Octavie que dans toutes les autres tragédies réunies. — L’affirmation de U. Wilamowitz (Griechische Verskunst, p. 372), selon laquelle Sénèque admet la brevis in longo seulement lorsque le dernier pied est un spondée, est fausse.
[79] Voir G. Hermann, Elementa doctrinae metricae, p. 372-373 ; M. L. West, Greek Metre, p. 95.
[80] Synaphiam fere affectavit poeta, dit F. Vollmer dans le conspectus metrorum de son édition d’Horace, Leipzig, 19122, p. 337. Voir le paradoxe relevé plus haut à propos du troisième hendécasyllabe et de l’adonien.
[81] L’évitement de la succession de quatre brèves et du dactyle aux pieds pairs radicalise une tendance marquée des anapestes déclamés de la tragédie grecque (voir D. Korzeniewski, Griechische Metrik, Darmstadt, 1968, p. 89) ; opposer les anapestes lyriques grecs et les anapestes du théâtre latin archaïque.
[82] Métrique grecque et latine, § 191.
[83] Voir le thrène composé par[Aus.Prof.21] Ausone, Commemoratio professorum Burdigalensium, XXI, p. 67-68 Peiper = p. 62-63 Green (OCT). Le monomètre y a toujours la forme de l’adonien.
[84] Ainsi la composition strophique sus-mentionnée, le « monomètre continuatif » quaeque Eurotan, vers 317 ; le monomètre initial Iura pudorque, vers 79 ; le monomètre commota vadis « incomplètement complétif », vers 67 ?
[85] Voir F. Leo, De Senecae tragoediis, p. 133 (« laxior ars »).
[86] Voir J. Fitch, édition Loeb, I, p. 12-13 (« looser handling »).

References: in fine
 § 195
 § 191
 § 263
 § 3
 § 4
 § 413
 § 191