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Timestamp: 2017-01-24 11:39:52+00:00

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HOUDART ET VINCENT c. FRANCE
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Type d'affaire : DécisionType de recours : Exception préliminaire jointe au fond (non-épuisement des voies de recours internes) ; RecevableNumérotation : Numéro d'arrêt : 28807/04Identifiant URN:LEX : urn:lex;coe;cour.europeenne.droits.homme;arret;2006-06-06;28807.04 Analyses : (Art. 10-1) LIBERTE D'EXPRESSION, (Art. 11) LIBERTE DE REUNION ET D'ASSOCIATION, (Art. 11-2) DEFENSE DE L'ORDRE, (Art. 11-2) NECESSAIRE DANS UNE SOCIETE DEMOCRATIQUE, (Art. 11-2) PROTECTION DES DROITS ET LIBERTES D'AUTRUI, (Art. 14) DISCRIMINATION, (Art. 9-1) MANIFESTER SA RELIGION OU SA CONVICTIONParties : Demandeurs : HOUDART ET VINCENTDéfendeurs : FRANCETexte : EN FAIT
Les requérants, M. Philippe Houdart et M. Jérôme Vincent, sont des ressortissants français, nés en 1957 et résidant respectivement à Neuilly-sur-Seine et Paris. Ils sont représentés devant la Cour par Me Bigot, avocat à Paris.
Les requérants sont médecins. A l’époque des faits, quoique demeurant inscrits à l’ordre des médecins de la ville de Paris, ils n’exerçaient pas la médecine mais la profession de journalistes au magazine mensuel Sciences et Avenir, magazine de vulgarisation scientifique destiné au grand public. Ils y occupaient les fonctions de rédacteur en chef et de rédacteur en chef adjoint.
Le magazine publia en septembre 1998 son numéro 619 intitulé « Hôpital édition 1998 » et portant en couverture les mentions « Le palmarès des 512 hôpitaux français », « Les meilleurs : les 86 premiers établissements », « La liste des hôpitaux à risque » et « Exclusif : la mortalité dans votre hôpital ».
Il était précisé dans la revue que ce dossier spécial avait été réalisé par les requérants, sans qu’il soit fait état de leur qualité de médecin, et par un troisième journaliste non médecin. Ce dossier comprenait notamment un classement dans quatre spécialités des 50 meilleurs hôpitaux et des 50 moins performants. Le classement était effectué sur la base de trois critères : l’activité mesurée grâce aux données sur les établissements de santé fournies par le programme médicalisé des systèmes d’informations (PMSI), la mortalité appréciée en référence à un indicateur national de mortalité pour les patients de même tranche d’âge et de même pathologie et la notoriété, correspondant en fait à l’attractivité sur les patients hors du département. Ces critères combinés donnaient une note globale sur 20. Des lettres d’information et de demande d’explications ont également été adressées aux directeurs des hôpitaux où étaient trouvés des écarts importants.
Le centre hospitalier de Saint-Girons apparaissait à la treizième place dans le classement des 50 hôpitaux les moins performants dans le domaine de la chirurgie digestive, avec une note globale de 3,81/20 et un indice de mortalité de 2,3 fois supérieur à la normale.
Le 8 octobre 1998, le docteur Maestracci, chef du service de chirurgie de l’hôpital de Saint-Girons, déposa une plainte devant le conseil départemental de l’ordre des médecins de la ville de Paris. Il reprochait aux requérants le caractère très imparfait de leur enquête dû à l’inadaptation des critères utilisés et à l’absence de prise en compte des spécificités liées au type précis de pathologie ou au type de prise en charge selon qu’elle était en urgence ou prévue à l’avance. De plus, aucune modération n’était, à ses yeux, apportée par la suite tant dans le commentaire que dans le choix des personnes interrogées. Il estimait ainsi qu’un grave préjudice avait été causé à sa réputation et à celle de son service, préjudice accentué par le fait qu’il exerçait dans une petite ville. Il considérait enfin que cette enquête, en jetant un doute sur la qualité de cette structure médicale de proximité, pourrait induire un comportement inadapté de la part des patients notamment en cas d’urgence.
Par une délibération du 10 février 1999, le conseil départemental transmit la plainte au conseil régional de l’ordre des médecins de l’Ile-de-France et décida de s’y associer sur le fondement d’un manquement aux articles 13 et 31 du code de déontologie médicale. Le rapporteur du conseil départemental souligna le motif suivant :
« Si le sérieux du travail des journalistes n’est pas en cause, il ne ressort pas de la lecture de l’article que des mises en garde sur les limites de la méthodologie utilisée aient été formulées avec netteté.
Les titres des articles et des paragraphes, les commentaires apportés dans les vignettes apportent une note de sensationnel qui transforme un constat en un réquisitoire.
Enfin, les possibilités de défense des responsables des services et des directeurs d’hôpitaux mis en cause ont été très limitées.
D’une manière plus générale, à travers le cas particulier de l’hôpital de Saint-Girons est posé le problème des limites de la transparence de l’information médicale. A long terme cette transparence est souhaitable, à court terme les effets bénéfiques d’une sélection des services les plus performants pour les patients peuvent être contrebalancés par le retentissement négatif de propos anxiogènes pour une frange de population limitée dans ses choix d’hospitalisation par l’âge, la géographie ou la situation sociale.
La prudence, le souci de répercussion des propos auprès du public exigés par l’article 35[1] du code de déontologie ne semblent pas avoir guidé les auteurs qui auraient dû veiller à donner les limites de leurs travaux et, dans une matière aussi sensible, écarter des titres provocateurs. »
Dans sa décision du 23 mai 2000, le conseil régional de l’ordre des médecins rejeta le moyen d’irrecevabilité soulevé par les requérants et fondé sur la possibilité d’utiliser les moyens offerts par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, dans les termes suivants :
« Si la loi du 29 juillet 1881 sur la presse existe, il est évident que chacun est libre de choisir la voie qu’il désire pour faire respecter ses droits sans qu’on leur en conteste cette possibilité. »
Le conseil régional prononça une peine d’avertissement contre les deux requérants, en considération des motifs suivants :
« Considérant qu’à partir des données qui pouvaient apparaître objectives bien que discutables et discutées, les docteurs Houdart et Vincent ont, par des intertitres, des encadrés et des passages en italique transformé un article d’information en article à sensations (...)
Qu’en faisant passer la déontologie des journalistes non écrite avant celle des médecins codifiée par un texte réglementaire ils ont franchi une limite qui ne doit pas être outrepassée, d’autant que le code de déontologie médicale vise à protéger les malades, fraction de la population fragilisée à la fois physiquement et psychiquement ; qu’il ne peut être valablement soutenu que les docteurs Houdart et Vincent ont remis leur article au journal sans s’occuper de la publication et sans connaître les ajouts sensationnels destinés à attirer au moins l’attention et peut-être à faire vendre et que si tel était le cas, ils ont failli à l’obligation de vérifier la destinée de leurs déclarations, l’usage qu’il peut en être fait et leur impact possible au niveau grand public.
A cet égard, il est inopérant de prétendre que n’exerçant pas la médecine, les docteurs Houdart et Vincent ne sont pas soumis aux dispositions du code de déontologie médicale ; au contraire, leur inscription volontaire au tableau de l’ordre manifeste leur désir de se soumettre aux dites dispositions et notamment au titre premier traitant des devoirs généraux des médecins.
Considérant qu’après étude des pièces figurant au dossier et audition des parties, il apparaît que les docteurs Houdart et Vincent ont interprété des informations pour leur donner un caractère sensationnel péjoratif et qu’ainsi ils ont nui, peut-être involontairement, au Docteur Maestracci, auteur de la plainte, et à ses malades, ce qui est plus grave ; qu’il échet, dans ces circonstances, pour rappeler le besoin d’une éthique médicale, de prononcer la peine de l’avertissement. »
Les requérants firent alors appel devant le conseil national de l’ordre des médecins en invoquant notamment les articles 6 et 10 de la Convention.
Le 21 novembre 2001, la section disciplinaire du conseil national rejeta le grief des requérants fondé sur la participation du rapporteur au délibéré du conseil régional en considérant que ses fonctions respectaient le principe d’impartialité énoncé par l’article 6 § 1 de la Convention. Elle constata par ailleurs une violation par les requérants du devoir de prudence en matière d’information du public tel que prescrit par l’article 13 du code de déontologie médicale :
« Considérant que les docteurs Vincent et Houdart étaient, à l’époque des faits, respectivement rédacteur en chef et rédacteur en chef adjoint de la revue « Sciences et Avenir », que c’est en leur qualité de journalistes qu’ils ont écrit les articles incriminés qui ont été publiés dans le numéro de septembre 1998 de cette revue ; que la circonstance qu’ils n’exercent pas la médecine, que les faits ont été commis dans l’exercice de leur activité de journaliste et qu’ils n’ont pas fait état de leur qualité de médecin n’est pas de nature à faire obstacle à l’application du code de déontologie médicale qui s’impose à tout médecin dès lors qu’il est inscrit au tableau de l’ordre ; que cette circonstance impose seulement à la juridiction disciplinaire, qui est compétente pour se prononcer sur les violations du code de déontologie médicale commises par un médecin, de concilier les obligations déontologiques des médecins et les exigences de la liberté d’expression des journalistes ; que, sur ce dernier point, si le premier alinéa de l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales consacre la liberté de communiquer des informations ou idées, le second alinéa du même article précise que l’exercice de cette liberté comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à des restrictions ou sanctions en vue, notamment, d’assurer la protection de la réputation ou des droits d’autrui (...)
(...) le droit pour des médecins d’informer le public sur la qualité des services hospitaliers, même nommément désignés, et de donner une appréciation critique de certains d’entre eux, ne saurait être remis en cause, sous la réserve que dans la présentation de leurs analyses ils respectent le devoir de prudence que leur imposent les dispositions précitées du code de déontologie ; que, s’ils ont exposé les critères en vertu desquels ils ont établi le palmarès des hôpitaux, ils n’ont pas pris la précaution, d’autant plus nécessaire que la publication s’adresse au grand public, d’indiquer les limites et le caractère relatif d’une analyse qualitative fondée sur des données fournies par le programme médicalisé des systèmes d’information (PMSI) qu’ils présentent au contraire, à la page 36 de la publication, comme « un outil extraordinaire et d’une précision redoutable » ; que non seulement les résultats publiés sont présentés comme indiscutables et scientifiquement établis mais ils sont accompagnés de commentaires et de titres tels que « la France est malade de ses hôpitaux », « La liste noire des établissements à risque », « On peut constater la faiblesse quasi générale de services » dont le but n’est pas d’assurer l’information des malades mais de dramatiser celle-ci sans souci de la répercussion de cette présentation sur les malades usagers des services dont la qualité de service est sévèrement mise en cause ; qu’eu égard au niveau des fonctions qu’ils exercent dans la publication, les requérants ne sauraient prétendre qu’ils sont de simples salariés soumis au pouvoir hiérarchique de la direction de la revue, sans droit de regard sur les articles publiés et que la présentation des faits, les titres et les commentaires sont l’œuvre du seul directeur de la publication, auxquels ils n’ont pas donné au moins tacitement leur approbation (...) »
Les requérants se pourvurent alors en cassation devant le Conseil d’Etat. Ils invoquaient l’incompétence des juridictions ordinales à l’égard de médecins n’exerçant pas professionnellement la médecine. Ils se plaignaient également de n’avoir pu bénéficier d’un procès équitable, au sens de l’article 6 § 1 de la Convention, faute d’avoir eu connaissance préalable du rapport du rapporteur devant les deux instances ordinales. Ils estimaient enfin que l’application du code de déontologie médicale à des médecins n’exerçant pas la médecine, pour des faits commis dans l’exercice d’une activité de journalisme et sans qu’il soit fait état de leur qualité de médecin, constituait une erreur de droit. Ils fondaient ce dernier moyen sur les termes de l’article 13 du code de déontologie médicale qui ne fait état que d’une « participation à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire » et sur l’incompatibilité entre les garanties attachées au statut de journaliste contenues dans la loi du 29 juillet 1881 et les règles de la déontologie médicale.
Le 23 février 2004, le Conseil d’Etat rejeta le recours en cassation des requérants, aux motifs que les juridictions ordinales étaient bien compétentes du fait de l’inscription des requérants au tableau de l’ordre des médecins, que le rapport établi par le rapporteur désigné par le président de la section disciplinaire, qui consiste en un simple exposé des faits, n’avait pas à être nécessairement communiqué aux parties et que l’article 13 du code de déontologie médicale pouvait s’appliquer à des faits relatifs à l’activité de journaliste des intéressés :
« Considérant qu’il résulte des dispositions de l’article 1er précité du décret du 6 septembre 1995 que les juridictions disciplinaires de l’ordre des médecins sont compétentes, dans le cadre des instances portées devant elles, pour apprécier le comportement de tout médecin inscrit au tableau au regard notamment des dispositions du code de déontologie médicale ; qu’il ressort des pièces du dossier soumis au juge du fond et qu’il n’est d’ailleurs pas contesté que MM. Houdart et Vincent étaient, à la date des faits qui leur sont reprochés, inscrits au tableau de l’ordre des médecins ; que, par suite, ces médecins ne sont pas fondés à soutenir que les sections disciplinaires du conseil régional de l’ordre des médecins d’Ile-de-France et du conseil national de l’ordre des médecins auraient excédé leur compétence en statuant sur les manquements aux devoirs professionnels qui leur étaient reprochés à l’occasion de la publication d’articles dans une revue dont ils exercent la direction ; que la section disciplinaire du conseil national de l’ordre des médecins n’a pas commis d’erreur de droit en jugeant que l’article 13 du code de déontologie médicale pouvait s’appliquer à des faits relatifs à l’activité de journaliste des intéressés. »
Le décret no 95-1000 du 6 septembre 1995 portant code de déontologie médicale est ainsi rédigé en ses dispositions pertinentes :
Article 1er « Les dispositions du présent code s’imposent aux médecins inscrits au tableau de l’ordre (...) »
2. [Les requérants] allèguent une violation de l’article 10 de la Convention pris isolément.
Ils considèrent que l’application du code de déontologie médicale à des journalistes médecins revient à interdire qu’une information relative à la santé publique soit donnée librement par des personnes compétentes. La peine disciplinaire prononcée contre eux contribuerait ainsi à limiter l’accès du public à ces informations et restreindrait la liberté d’opinion sur le système de santé.
Ils estiment que les sanctions prononcées contre eux ne sont pas prévues par la loi. Les articles litigieux ne relèveraient pas d’une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, au sens de l’article 13 du code de déontologie médicale, mais d’une action d’information générale caractéristique du métier de journaliste.
Ils considèrent que la limitation de la liberté d’expression de journalistes pour la simple raison qu’ils sont inscrits à l’ordre des médecins n’apparaît pas comme strictement nécessaire dans une société démocratique et invoquent à cet égard l’arrêt Barthold c. Allemagne (25 mars 1985, § 58, série A no 90), qui énonce qu’une application trop rigide d’un code de déontologie risque de décourager les membres des professions réglementées de contribuer à la discussion publique des questions concernant la vie de la collectivité.
Ils affirment que les sanctions prononcées ne poursuivent pas un but légitime, mais relèveraient plutôt de l’application d’une règle de police professionnelle à caractère corporatiste.
1. Les requérants considèrent que les sanctions disciplinaires qui leur ont été infligées par l’ordre des médecins constituent une atteinte à leur droit à la liberté d’expression. Ils invoquent l’article 10 de la Convention, qui est ainsi rédigé en ses dispositions pertinentes :
2. L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, (...) à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, (...) »
La Cour considère que la publication par les requérants d’articles visant à évaluer et comparer la qualité des hôpitaux français dans l’exercice de certaines spécialités médicales relève incontestablement de l’expression d’une opinion et de la communication d’informations ou d’idées au sens de l’article 10 § 1 de la Convention. La Cour estime que la peine d’avertissement prononcée à l’encontre des requérants par les juridictions ordinales constitue clairement une ingérence dans l’exercice de leur droit à la liberté d’expression (Barthold, précité, § 42 ; Hertel c. Suisse, 25 août 1998, § 31, Recueil des arrêts et décisions 1998-VI).
Pareille ingérence enfreint la Convention si elle ne remplit pas les exigences du paragraphe 2 de l’article 10. Il y a donc lieu de déterminer si elle était prévue par la loi, inspirée par un ou des buts légitimes au regard dudit paragraphe, et nécessaire dans une société démocratique.
Les requérants contestent que l’ingérence litigieuse ait été « prévue par la loi ». Ils relèvent, à cet égard, que l’article 13 du code de déontologie médicale ne vise pas expressément l’activité d’un organe de presse.
La Cour rappelle que l’inscription au tableau de l’ordre des médecins est un acte volontaire qui a pour conséquence la soumission aux règles déontologiques. Le choix fait par les requérants qui, bien que journalistes, se sont inscrits au tableau de l’ordre des médecins rendait donc parfaitement prévisible l’application à leur égard de ces règles déontologiques.
La Cour observe que la règle appliquée en l’espèce, à savoir l’article 13 du code de déontologie médicale, énonce un principe de prudence en matière d’information du public dans le domaine sanitaire. La Cour estime que cette norme est suffisamment précise pour permettre aux requérants de régler leur conduite, notamment dans le cadre de leur activité de journalistes (voir, mutatis mutandis, Sunday Times c. Royaume-Uni (no 1), 26 avril 1979, § 49, série A no 30 ; Hertel, précité, § 38). La Cour considère donc que l’ingérence était « prévue par la loi » au sens de l’article 10 § 2 de la Convention.
La Cour estime également que l’ingérence poursuivait un but légitime, à savoir la protection des droits d’autrui et, plus particulièrement, la protection de la réputation d’un hôpital et de son personnel et la protection des usagers.
Les requérants contestent la nécessité de l’ingérence, relevant que l’application stricte des codes de déontologie risque de dissuader les membres des professions réglementées de participer au débat public sur des questions sur lesquelles ils sont particulièrement compétents.
La Cour reconnaît que le débat sur les performances du système de santé est d’intérêt public comme tout ce qui a trait aux aspects importants de la santé humaine (Bergens Tidende et autres c. Norvège, no 26132/95, § 51, CEDH 2000-IV). Elle rappelle que la marge d’appréciation des Etats est réduite en matière de débat touchant à l’intérêt général (Hertel, précité, § 47).
La Cour rappelle également qu’en raison des devoirs et responsabilités inhérents à l’exercice de la liberté d’expression, la garantie que l’article 10 de la Convention offre aux journalistes, en ce qui concerne les comptes rendus sur des questions d’intérêt général, est subordonnée à la condition que les intéressés agissent de bonne foi, de manière à fournir des informations exactes et dignes de crédit dans le respect de la déontologie journalistique (Bergens Tidende et autres, précité, § 53 ; Cumpănă et Mazăre c. Roumanie [GC], no 33348/96, § 102, CEDH 2004-XI).
La Cour entend donc examiner, à la lumière des principes susmentionnés, la proportionnalité des mesures litigieuses par rapport au but poursuivi. Elle note que les juridictions ordinales ont sanctionné les requérants aux motifs, notamment, qu’ils n’avaient pas pris les précautions nécessaires en n’indiquant pas les limites et le caractère relatif de la méthode utilisée pour étayer leur classement, et que la dramatisation des informations présentées ne tenait pas compte de la répercussion de cette présentation sur les malades usagers des services dont la qualité était sévèrement mise en cause. La Cour constate que le dossier litigieux, par ses titres, intertitres et encarts, présente un caractère sensationnel propre à susciter, certes, l’intérêt du lecteur, mais également l’inquiétude de l’usager des services hospitaliers mis en cause. La Cour remarque que, dans ces articles écrits par les requérants ou sous leur responsabilité, le propos est exposé sans esprit de nuance et sans les précautions que supposerait l’examen d’un sujet délicat et controversé (voir, a contrario, Hertel, précité, § 48).
En conséquence, la Cour considère que les juridictions internes ont ainsi fondé leurs décisions sur des motifs pertinents et suffisants.
La Cour rappelle que la nature et la lourdeur des peines infligées sont aussi des éléments à prendre en considération lorsqu’il s’agit de mesurer la proportionnalité de l’ingérence (Paturel c. France, no 54968/00, § 47, 22 décembre 2005).
La Cour constate, à cet égard, que la sanction prononcée par les autorités ordinales, à savoir l’avertissement, est la plus faible des sanctions disciplinaires possibles. Elle note que les peines prévues en matière de diffamation par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse sont bien plus sévères. En outre, la publication elle-même n’a souffert d’aucune restriction.
La Cour estime donc que la sanction subie par les requérants ne peut être considérée comme disproportionnée au but légitime poursuivi. L’ingérence litigieuse peut, dès lors, passer pour « nécessaire dans une société démocratique ».
1. Il s’agit en fait de l’article 13.
DÉCISION HOUDART ET VINCENT c. FRANCE
DÉCISION HOUDART ET VINCENT c. FRANCE Références : Notice HudocOrigine de la décision Pays : Conseil de l'EuropeJuridiction : Cour européenne des droits de l'hommeFormation : Cour (quatrième section)Date de la décision : 06/06/2006Fonds documentaire : HUDOC Haut de page

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 § 42
 § 31
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 § 38
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 § 53
 § 102
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