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Timestamp: 2016-07-24 08:41:56+00:00

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L'obscurité du sens chez Clauberg
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Français English On examine ici les principaux linéaments de l'herméneutique de Johannes Clauberg, notamment à travers la structure de sa Logica Vetus et Nova et le modèle qu'elle propose de l'analyse de la " phrase obscure ". La thèse soutenue est que si Clauberg place essentiellement dans le lexique, et non dans la syntaxe, les racines de l'ambiguïté et de l'obscurité des énoncés, c'est que sa conception du langage et de la pensée les rend trop isomorphes l'un à l'autre pour qu'une obscurité proprement syntaxique puisse être conçue.
The major features of Johannes Clauberg's hermeneutics are examined in this paper, as they appear in the very structure of one of his major works, the Logica Vetus et Nova, and particularly in the pattern of analysis provided by this work when it comes to interpret an " obscure sentence ". Clauberg looks for the roots of ambiguity and obscurity rather in the words themselves than in their syntactic combinations; because - that's the conclusion we intend to draw - of his conception of the relation between language and thought. For Clauberg, language and thought are too identical in their structures for a major discrepancy to occur between them.
Mots-clés :ambiguïté, analyse, cartésianisme, Clauberg Johannes, herméneutique, histoire de la logique, phrase, signification
Keywords :ambiguity, analysis, cartesianism, hermeneutics, history of logic, meaning, sentence, Clauberg JohannesHaut de page
La structure de la Logica Vetus et Nova
Le problème de l'obscurité
1 La critique du langage
1.1 L'inadéquation des termes
1.2 L'énoncé et ses propriétés
2 L'herméneutique
2.1 L'analyse de la phrase
2.2 Le présupposé du « vrai sens »
2.3 Qu'est-ce que la signification ?
2.4 Le paradigme de la traduction
Cet article est la version transcrite, et légèrement remaniée, d'une communication faite le 16 octobre 2006, sur invitation de M. Christian Berner, à l'Université Lille-III, dans le cadre d'un séminaire sur « la mécompréhension ». Le style oral de l'intervention, avec ses répétitions, n'a pas été gommé. Nous remercions les participants pour leurs questions et indications, qui nous ont amené à éclaircir ou corriger certains aspects de notre propos.
1 Ce débat, qu'on peut observer par exemple dans Lutz Danneberg, « Logique et herméneutique au XVIIè (...)
2 En grec, ontología et ontologikè se trouvent en 1613 dans le Lexikon de Goclenius, sub voce « Abst (...)
3 La formule est de Jean-Claude Gens, dans l'Avant-Propos du collectif cité. 1Nous parlons ici d'un auteur qui appartient à la première histoire, ou à la préhistoire1 de ce qu'on nomme aujourd'hui, surtout en Allemagne et en France, l'herméneutique : il s'agit de Johannes Clauberg (1622–1665), universitaire allemand, dont la place dans l'histoire de la philosophie est à plusieurs égards assez paradoxale. Clauberg, en effet, s'affiche comme cartésien ; il est tenu, à son époque, pour un des principaux défenseurs et illustrateurs de la philosophie cartésienne ; et cependant il invente le mot d'ontologia (sous sa forme latine2), et son manuel est aujourd'hui considéré comme un des modèles de ce genre. Or, une description des traits les plus généraux de l'être est quelque chose que Descartes fait choix d'ignorer. Il écrit aussi, contrairement à son maître qui a superbement dédaigné l'exercice, un traité de logique qui fera autorité; enfin, à l'opposé de l'image, voire de l'icône, de « cavalier seul » qui sert souvent à résumer, bien trop facilement, le poids et le rôle de Descartes dans l'histoire de la philosophie, il accorde une attention soutenue, et somme toute assez peu commune à l'époque, au « caractère intersubjectif de notre accès à la connaissance »3. 4 La dernière édition, reprise dans les Opera Omnia Philosophica [OOP], Amsterdam, 1691 (reprint che (...)
2Cette attention prend d'abord la forme extérieure d'un plan original pour le Traité de Logique que Clauberg nous a laissé, la Logica Vetus et Nova (dorénavant: LVN)4. Nous allons donc présenter brièvement la structure de la LVN avant d'en venir plus spécifiquement à examiner notre problème.
5 On trouvera d'amples développements à ce sujet, et une liste quasi exhaustive des références exist (...)
6 Elementa Philosophiæ, Groningue, 1647. On connaît mieux aujourd'hui la dernière édition (Ontosophi (...)
3S'il n'est pas nécessaire de commenter ici le projet proprement métaphysique de Clauberg5, nous pouvons remarquer que c'est dans la première édition de l'Ontosophia6, qui consacre de longs développements à la distinction de la logique et de la métaphysique, que se trouve la première esquisse de ce que devrait être, selon lui, un traité complet de Logique.
7 Elementa Philosophiæ [1647], IV, §§ 80–81.
4En 1647, dans la IVème partie (« Diacritica » ) de ses Elementa philosophiæ, après avoir indiqué que la logique a pour sujet des notions secondes et des êtres de raison, par opposition à la science métaphysique, dont le sujet est directement l'ens, Clauberg définit la logique comme un « instrument » ou un « habitus instrumental », dont l'usage doit, comme pour tout instrument, déterminer l'essence et, partant, les principales divisions7. Les §§ 82–86 exposent ensuite une division que l'on retrouvera dans les deux éditions complètes de la LVN parues du vivant de Clauberg, en 1654 et en 1658. Ainsi, la Logique se divise d'abord en génétique et analytique. Si l'on apprend la Logique, c'est en effet d'abord pour qu'elle dirige l'intellect dans la formation (génesis) correcte de ses pensées et concepts, puis dans la résolution ou analysis des pensées d'autrui, c'est-à-dire de celles qui sont déjà formées (§ 82). 5À la logique génétique correspondent les deux premières parties de la LVN, tandis que les parties III et IV forment la logique analytique. 8 Ces termes sont sans cesse employés à l'époque, en un sens qui est loin d'être toujours clair. Che (...)
6Chacun des membres de cette première division se trouve ensuite à son tour divisé : « la Logique Génétique se divise en Logique proprement dite et Herméneutique ou Interprétative » (§ 83). Alors que la première a en vue la formation correcte des pensées et concepts, « autrement dit du discours intérieur, sermo internus », la seconde vise à la formation correcte du « discours extérieur, sermo externus », c'est-à-dire à la communication correcte à autrui des pensées préalablement formées. C'est encore suivant ce plan, dans les éditions dont nous disposons, que se divisent les deux premières parties de la Logique, tout comme les suivantes : « la Logique Analytique se divise en Herméneutique Analytique et Analytique proprement dite » (§ 86). L'analytique prend pour objet des pensées et discours déjà formés, que ce soient les nôtres ou ceux d'autrui ; elle examine d'abord leur « vrai sens » — c'est le propos de l'herméneutique analytique — pour ensuite statuer sur « leur vérité ou fausseté, leur conséquence ou inconséquence ». Cette construction en chiasme permet à Clauberg de reprendre le dicton selon lequel « ce qui vient en dernier dans la genèse vient en premier dans l'analyse » (ibid. ; cf. LVN, Prolégomènes, § 120)8.
7On voit donc que le titre de « Logique antique et nouvelle » que Clauberg donne à son ouvrage doit être interprété : de façon évidente, ce titre désigne l'alliance de la logique issue de la tradition aristotélicienne et de la méthode cartésienne, même si Descartes, constamment repris, n'est quasiment jamais nommé. Mais il se pourrait que le plus nouveau en elle soit en réalité l'introduction de cette structure quadripartite, et avec elle d'une préoccupation indissociablement pédagogique et interprétative, qui anime les parties centrales, autrement dit « herméneutiques », de l'ouvrage. 9 Joseph Conrad Dannhauer, Idea Boni Interpretis et Malitiosi Calumniatoris, Strasbourg, 1629. Nous (...)
8C'est donc la promotion de l'herméneutique au rang d'une discipline logique qui est le premier geste de Clauberg, conformément d'ailleurs aux syllogismes initiaux de Dannhauer dans son Idea Boni Interpretis... 9. Voici le deuxième syllogisme : Toute manière de savoir est une partie de la logique ;
La manière d'interpréter est une manière de savoir.
Donc la manière d'interpréter est une partie de la logique. 10 Il y a évidemment toutes les raisons de se demander si le vrai sens et le faux sens se comportent (...)
9Dannhauer justifie la mineure en faisant jouer la notion logique de vérité (§ 6, p. 9) : « pour distinguer le vrai sens du faux, il est besoin du syllogisme et de la démonstration ; les sources et les principes de ce discernement, c'est dans la logique, qui professe le moyen de connaître et de discerner le vrai du faux, qu'il faut les enseigner »10. 10Clauberg reprend cela au § 213 des Prolégomènes de 1658 : « la manière d'interpréter est la manière de connaître le vrai sens d'un propos quelconque. Or, toute manière de parvenir à la connaissance du vrai est une partie de la Logique. » Le problème de l'obscurité
11 On peut en revanche penser que c'était le but d'Aristote.
12 Logique de Port-Royal, III, xviii; cf. LVN, II, xvii.
13 Cf. p. ex. LVN, Prol. § 100.
11L'un des traits « cartésiens » de cet ouvrage, ou du moins l'un de ceux qui ont contribué à construire l'image du cartésianisme, c'est sa nonchalance affichée vis-à-vis du formalisme ; cette logique, comprise comme art et non comme science, ne se donne pas tant pour but l'exhibition des structures fondamentales du raisonnement correct11, que l'acquisition et l'entretien d'une capacité personnelle à bien penser, à bien s'exprimer et enfin à bien lire ; bref, son projet est avant tout celui d'une éducation du jugement — en quoi elle est tout à fait comparable à celle de Port-Royal, qui d'ailleurs reprend et cite notre auteur12. Conformément à ce qu'a toujours affirmé Descartes, une grande partie du travail que nous avons à accomplir pour acquérir un jugement sain est un travail négatif (notamment sur les préjugés) : dans ses Prolégomènes, Clauberg développe et amplifie la métaphore des maladies de l'âme, et présente de fait la logique comme une medicina mentis13. Bref, les maîtres-concepts de la « logique proprement dite » que forme la première partie de la LVN sont des concepts épistémiques fondamentaux de Descartes : clarté et distinction. Il est inutile de rappeler leurs corollaires, les concepts d'obscurité et de confusion. 14 LVN, I, viii et ix; II, vii et viii; IV, vii et viii. La définition est l'instrument logique de la (...)
12On peut voir par exemple que Clauberg réinterprète à partir d'eux les opérations logiques que sont la définition et la division14, et qu'ils irriguent tout l'ouvrage, qui tend à tracer une continuité de la clarté de la conception (I) à celle de l'expression (II), de la compréhension littérale (III) et enfin de l'analyse proprement dite (IV). Sans qu'on puisse beaucoup s'y attarder ici, cela constitue en soi une déformation vis-à-vis du sens cartésien de ces concepts ; mais nous allons nous attacher spécialement au cas de l'obscurité. 13Autant prévenir : Clauberg est et reste un classique dans sa manière de comprendre l'acte d'interpréter ; nous n'observerons pas chez lui la promotion fantastique de la notion de sens et de celle d'interprétation que l'on trouvera chez les auteurs du XIXe ou du XXe siècles, et de ce point de vue, il est assez conforme à ce que l'on attend d'un classique. Faut-il préciser qu'en aucun cas, cela ne le relègue à nos yeux au rang de bibelot historique, étant donné qu'il n'y a aucune impossibilité à ce qu'on ait mieux saisi certaines choses il y a trois ou quatre siècles qu'aujourd'hui ? Méthodologiquement, il se pourrait — c'est bien entendu à discuter — que l'enfermement dans le cercle infini du sens soit une attitude tout aussi contestable que l'affirmation de sa transparence de principe. 14Achevons cependant d'abattre nos cartes : à bien des égards, le concept d'interprétation et par conséquent de compréhension dont dispose Clauberg est un concept relativement peu élaboré, et si ce concept est peu élaboré, c'est en grande partie parce qu'il a un concept assez peu élaboré de la mécompréhension. 15Revenons à la structure de la LVN. La IIIe partie y occupe une place particulière, qui d'ailleurs s'atteste dans le fait que c'est la seule qui ne parvient pas à suivre scrupuleusement le plan en trois degrés qui est classique : terme, proposition, enchaînement de propositions (concept, jugement, raisonnement) ; et cela, précisément parce que c'est la seule qui ne peut se donner au départ la clarté. Elle suit plutôt un plan du type : contexte, mot, phrase, texte (voire, en fait, oeuvre) ; mais de façon assez déséquilibrée. La IIe partie est fort différente : elle consiste essentiellement dans un exposé des techniques qui permettent d'exprimer clairement une pensée supposée claire. « Herméneutique », ou « interprétation », y a donc un sens qui se rapproche de celui de « performance » (au prix d'un anglicisme) ; elle est strictement rattachée à l'ordre de la conception, élaboré dans la première partie. Ce n'est au fond que parce que des circonstances adverses (défectuosité des traces, ici des textes; éloignement dans le temps) se dressent entre le sens et l'interprète, ou bien que parce que l'expression n'a pas été faite dans les règles de l'art, qu'il peut y avoir obscurité du sens: ceci n'a rien à voir avec l'expression (II), mais bien avec l'interprétation dans l'autre sens, plus usuel (III). 16Les deux parties herméneutiques de la LVN s'adossent à une analyse, parfois implicite, du langage: nous allons tâcher de la dégager avant d'analyser plus précisément ce qu'est au juste l'activité herméneutique selon Clauberg. Ainsi pourrons-nous obtenir un semblant de réponse à des questions que Clauberg ne se pose pas de la même façon que nous : la manière dont notre auteur envisage le langage nous fournit en effet l'essentiel de son concept, lui-même implicite, de la mécompréhension (qui n'est pas un thème pour Clauberg).
15 LVN, Prol., §§ 99–100.
17Dans quelle mesure le langage peut-il trahir, ou masquer, ou rendre floue la pensée ? C'est une question centrale pour l'interprétation aux deux sens du terme. Car il s'agit dans l'interprétation de remédier à l'obscurité ou à l'ambiguïté — donc de rechercher une expression moins obscure et moins ambiguë ; et pour ce qui est de l'interprétation au sens de performance, s'il ne peut être question de réformer le langage (parler correctement, c'est se plier à l'usage commun), alors qu'il faut redresser sa pensée15, on peut du moins choisir, dans une langue technique telle que celle de la philosophie, les manières les plus propres de s'exprimer, c'est-à-dire les plus conformes à la pensée droite, et au minimum, lorsqu'une expression reçue est mal faite, le remarquer pour ne pas se laisser induire en erreur (par exemple, l'infini n'est pas le non-fini, c'est plutôt le fini qui est le non-infini). Esquissons donc rapidement les contours de la critique du langage à laquelle se livre le recteur de Duisburg.
16 La signification du nom fournit le modèle de la signification en général ; on trouve quelque chose (...)
17 Cf. LVN, II, ch. x, § 64.
18Il faut remarquer que Clauberg, pour l'essentiel de ses remarques à ce sujet, s'en tient au niveau du concept — ce qui veut dire au fond, si on prend l'analogue langagier du concept, au niveau du nom, du terme16; la syntaxe n'est quasiment pas abordée, si ce n'est pour suggérer de suivre de préférence, dans la formation des énoncés déclaratifs, l'ordre sujet-copule-prédicat, suggestion qui se justifie d'ailleurs plus par la primauté ontologique de la substance sur l'attribut, et donc par un souci de correspondance entre les choses, les pensées et les mots — qui est une sorte de thèse générale, chez Clauberg —, que par le souci de normaliser logiquement les énoncés, qui n'est au fond, quant à lui, qu'une question de commodité17.
18 Spinoza, Traité de la réforme de l'entendement, a 47 / b 88–89. Cf. J. Lagrée, « Clauberg et Spino (...)
19 LVN, Prol., § 73 ; cf. Descartes, Sixièmes Réponses, point 9 (AT, VII, p. 436 sq. (AT, IX–1, p. 23 (...)
19On peut donner quelques exemples de ces critiques qui s'adressent avant tout au lexique. Comme le fera remarquer, à la suite de Clauberg, Spinoza, il est des mots dont la morphologie enveloppe une négation, bien que le concept qu'ils désignent soit de soi positif18. Clauberg souligne encore l'existence de métaphores mal venues, par exemple celles qui expriment des réalités incorporelles, ou des opérations intellectuelles, au moyen de termes qui dénotent primitivement des réalités ou des opérations corporelles (un exemple est spiritus : signifiant l'esprit, ce mot désigne à l'origine le souffle, et porte en quelque sorte la tare congénitale de suggérer une métaphysique matérialiste). Il est des termes ambigus ; en particulier, les verbes de perception, comme « voir », auquel Clauberg attribue trois sens qui correspondent à la doctrine cartésienne des trois degrés du sentiment19. Il est légitime de dire que si le langage peut induire en erreur, c'est pour Clauberg avant tout parce que les mots, pris singulièrement, peuvent le faire. 20 En particulier, Clauberg illustre de façon suivie le rôle que joue le commerce entre les hommes da (...)
20La thèse générale de la correspondance du discours et des pensées n'est pas mise à mal par la découverte des hiatus et des dissonances mentionnés : Clauberg trouve dans Descartes une théorie des préjugés de l'enfance, qu'il complète dans les Prolégomènes de sa LVN, et qui fournit une explication adéquate à l'inadéquation du langage dès qu'il s'agit de s'exprimer avec une précision scientifique, dans la mesure où l'histoire des langues est une histoire où les préjugés ont toujours eu une longueur d'avance sur les pensées claires et distinctes20.
21 Apta et convenientia rerum nomina [...] requir[u]ntur (LVN, II, § 32); cf. IV, § 15.
21Les règles de l'expression s'établissent d'abord, conformément à la critique du langage, au niveau du lexique : il est besoin de mots « adaptés et qui conviennent aux choses »21 ; en leur absence, et en l'absence d'une langue des savants (évoquée avec sérieux par Clauberg), il faut affronter la pénurie de mots, d'un côté, tout comme, de l'autre, leur trop grande abondance (II, § 33), en se servant des ressources qu'offrent tant la diversité des manières de parler d'une même langue que la diversité des langues elles-mêmes ; mais le modèle de la signification reste fondamentalement la désignation. 22 LVN, IV, § 17. — Einfältig vient malheureusement tout gâcher.
22Il est, sur ce point, difficile d'exempter Clauberg du soupçon de cratylisme, ou du moins du soupçon d'un cratylisme morphologique relativement favorisé par sa langue natale. S'il n'affirme jamais que le son même pourrait imiter la chose qu'il sert à désigner, il n'en rêve pas moins d'une langue qui offrirait le plus possible d'analogies entre la structure des mots et celles des choses, se félicitant à l'occasion des possibilités offertes par l'allemand sur le chapitre de la composition, ou du hasard heureux qui fait que le simple puisse être désigné dans sa langue maternelle par un mot simple (schlecht), alors qu'en latin, simplex, qui s'analyse en « sans pli » , est un mot — regrettablement — complexe22. Selon LVN, IV, § 18, l'idéal serait que le mot « homme » soit complexe, et fasse apparaître sa composition substantielle (âme et corps). L'attention soutenue à la morphologie se comprend : la morphologie, qui fait apparaître de l'articulation dans le mot, est une quasi-syntaxe ; elle est soumise à des exigences du même type que celle mentionnée plus haut au sujet de la grammaire ; la clarté maximale du discours demanderait un isomorphisme entre les mots et les pensées (qui serait ipso facto isomorphisme entre les mots et les choses).
23 La première partie n'aborde les modalités qu'en fonction du « degré de certitude ou de vérité » de (...)
23Il convient de noter que malgré le nom d'herméneutique génétique que reçoit la deuxième partie de la LVN, quasiment aucune question d'ambiguïté véritablement cruciale n'y est abordée. Bien plutôt Clauberg rejette-t-il dans cette partie, ainsi que dans les IIIe et IVe, un ensemble de questions qui étaient traditionnellement traitées comme appartenant au propos de la logique « tout court » : par exemple, la distinction entre définition réelle et définition nominale (ch. viii) ; ou bien les quatre modalités et la distinction entre axiome, postulat et théorème (ch. xii23) ; ou encore, la distinction entre énoncé défini et indéfini (ch. xiii). 24 LVN, II, §§ 84–86. Ainsi, dans l'exemple « Le corps est étendu », il n'y a pas, selon Clauberg, de (...)
25 Cf. LVN, IV, § 7: « L'analyse est dite à meilleur titre logique, parce que la logique s'occupe dav (...)
26 Cf. LVN, III, § 85.
24Ce dernier cas est intéressant et révélateur : alors que chez Aristote et de très nombreux autres logiciens, l'énoncé indéfini peut faire l'objet d'un traitement formel (même s'il ne lui est pas entièrement propre), pour Clauberg c'est simplement un énoncé ambigu dont il faut d'abord réduire l'ambiguïté, avant de le traiter comme un universel ou comme un particulier, éventuellement par l'adjonction d'un quantificateur24. On ne saurait montrer plus clairement que l'on refuse le formalisme logique : l'énoncé indéfini est l'expression indéterminée (parce qu'incomplètement adéquate) d'une pensée déterminée, et la première opération à réaliser sur lui est de le reconduire à la pensée déterminée qui le motive. L'énoncé en tant que tel ne jouit d'aucune indépendance : il est toujours l'énoncé d'une pensée qu'il faut d'abord retrouver25. Ainsi s'explique son exclusion de la « logique proprement dite », et l'intégration à l'herméneutique de propriétés qui sont conçues exclusivement comme des propriétés d'énoncés (caractère indéfini, équipollence26...), donc des propriétés qui ne sont pas logiques au sens strict. 27 Prooemium de la première édition (perdue ?) de la LVN, reproduit dans l'édition de 1654. « On conf (...)
25Dans un texte-seuil antérieur (non repris en 1658) de la LVN, Clauberg insiste, précisément, sur cela : il se félicite d'avoir réussi à purger la logique de distinctions qui ont à voir avec l'expression de la pensée, et non avec la pensée elle-même27. Ainsi, « propriétés d'énoncés », chez Clauberg, veut bien dire : propriétés qui s'ajoutent, pour les brouiller le plus souvent, aux propriétés des jugements. Tout se passe exactement comme si le langage n'était qu'un langage un peu moins clair qu'un autre langage, quant à lui parfait, qui serait la pensée. En réalité, mais nous aurons à y revenir, la deuxième comme la troisième partie de la LVN s'occupent essentiellement de problèmes de traduction. On pourrait dire que la IIe partie traite du Thème et que la IIIe traite de la Version. 26Autrement dit, Clauberg n'a pas véritablement prêté attention à une caractéristique particulière du sermo internus, qui est précisément de ne jamais se manifester autrement que dans un sermo externus : ou plutôt, il a fait sienne et a durci l'image cartésienne (nous disons image, car nous sommes moins certain que quiconque qu'il s'agisse véritablement d'une thèse cartésienne) de la contemplation transparente, par le sujet, de ses propres pensées. La manière dont est traitée l'herméneutique chez Clauberg laisse donc penser que ce dernier se représente l'acte de penser un peu comme celui de parler parfaitement une langue parfaite. Certes, on peut d'abord mal la parler, mal la maîtriser; mais c'est la « logique proprement dite » (I) qui s'occupe de cela.
27L'herméneutique analytique de Clauberg, en tant que théorie, a les limites qui sont celles de sa critique du langage ; chez lui, interprétation veut dire avant tout détermination de la signification de tel mot, c'est-à-dire désignation claire de la chose, ou de la classe de choses, qu'il sert à nommer (détermination du concept auquel il renvoie). 2.1 L'analyse de la phrase
28 Une première version de la traduction de cette partie de la LVN par J. Lagrée se trouve dans La Lo (...)
28Le passage au niveau de la phrase est souvent réalisé « en marchant », c'est-à-dire dans des exemples ; son élaboration théorique réelle est assez succincte et tient pour l'essentiel dans le chapitre viii de la troisième partie de la LVN28. On peut extraire de ce chapitre trois thèses principales : 291. Bien que, du point de vue de l'interprète, un mot puisse avoir plusieurs significations, dans une phrase il n'en a réellement qu'une seule (qui est, d'ailleurs, celle que lui donne son auteur : cf. ch. ix et x). Cela, à moins que l'auteur n'ait été volontairement ambigu : mais un tel diagnostic doit toujours être justifié.
29 Cet « atomisme » de la signification est très contestable, mais sa contestation et sa discussion p (...)
302. La composition de la phrase a pour effet (du point de vue de l'interprète) de limiter les significations possibles des mots y contenus, idéalement à une seule pour chacun d'eux. On voit ici que le sens du tout est présenté comme une fonction des significations des parties, c'est-à-dire que les significations possibles excluent par elles-mêmes certaines possibilités d'agencement avec d'autres : c'est à cause des sens qu'il a en général qu'un mot ne peut avoir, dans une phrase donnée, d'autre sens que celui qu'il y a29.
30 Nul ne veut se tromper en acte désigné (nul ne désire l'erreur en tant que telle) ; mais souvent l (...)
31 Les lecteurs des dialogues de Platon sont familiers de cette distinction. En un sens — sens compos (...)
313. L'interprétation de la phrase doit tenir compte de quelques autres distinctions qui lui surviennent comme à un tout, et que Clauberg mentionne rapidement : par exemple la distinction entre acte désigné et acte exercé30, ou la distinction entre sens composé et sens divisé31 (§§ 47–50). Très souvent, ces distinctions sont présentées de manière à pouvoir les faire porter sur un seul mot (par exemple le mot « maître » dans l'exemple de sens composé que donne Clauberg au § 48). 32Voilà pour la phrase ; et l'on passe presque sans transition, chez Clauberg, du niveau de la phrase à celui du texte entier, voire de l'oeuvre (ch. ix–x). On le voit en revanche plus sensible aux déformations que peut connaître la signification reçue par l'interprète, non pas du seul fait des caractéristiques du langage, mais du fait qu'un texte a généralement des circonstances (par exemple, l'interprète doit tenir compte de la distinction des temps, selon le précepte d'Augustin). Pour le reste, la question de l'interprétation se joue essentiellement au niveau du mot pris isolément (ch. v à vii) ; c'est pour se prononcer sur le mot que les secours de la philologie, des arts du lexique, de la grammaire et de la rhétorique sont convoqués, et qu'on lit une oeuvre entière.
33Le principal indice, déjà mentionné, de la spécificité de l'herméneutique analytique, est simple et massif : la troisième partie de la LVN est la seule qui ne suive pas l'ordre prescrit par — et suivi dans — la logique génétique proprement dite (LVN, I). Elle tâche de le reproduire en partie par la distinction du niveau lexical et syntaxique; mais la symétrie avec l'ordre de la formation des pensées, auquel Clauberg se tient autant que possible en LVN II et IV, est ici brisée par l'introduction de problématiques irréductibles qui sont l'ambiguïté et la multiplicité des manières de signifier — autrement dit des problématiques qui n'apparaissent qu'avec le langage, et plus précisément, dans la logique de Clauberg, qu'avec le langage d'autrui. Il n'y a aucune place pour la définition ni pour la division (c'est-à-dire pour les instruments logiques qui doivent conduire respectivement à la clarté et à la distinction). Aussi bien cette partie est-elle la seule où, par définition, par la situation d'où elle part, le sens de ce qui est dit soit en principe douteux. Et plutôt qu'une analyse propre de l'obscurité du sens, nous y trouvons un répertoire de distinctions sémantiques qui correspondent à autant de confusions possibles. 34Cela peut nous conduire à jeter un regard neuf sur l'absence de problèmes sémantiques « graves », tels que ceux que pourraient poser la diversité des manières de signifier ou de supposer, dans la première herméneutique, l'herméneutique génétique : cette absence est liée au fait que, dans cette logique, le sens n'est jamais saisi comme problématique que dans la mesure où il est supposé déterminé et précis, mais donné (par autrui) dans une expression ambiguë ou équivoque. Bref, on peut dire de cette « recherche du véritable sens » qu'elle ignore à sa manière le manque de sens. C'est peut-être, plutôt que l'obscurité, la catégorie de la pensée confuse qui, dans cette logique cartésienne, se rapproche le plus de ce que serait un sens douteux ou un non-sens appréhendés comme tels (et non par l'effet d'une mécompréhension de la part du destinataire du discours). Mais c'est aussi la catégorie sur laquelle Clauberg s'étend le moins ; et bien que l'on ait entièrement le droit de se demander si l'illégitimité des prétentions à la vérité de la pensée confuse est à mettre plutôt du côté du manque de vérité, ou plutôt du côté du manque de signification, ce n'est pas à la LVN qu'il faut demander la réponse à cette question. 32 LVN, IV, § 4; cf. le § 5. Cette déclaration, tardive dans le cours de la LVN, vaut d'être souligné (...)
33 On peut se reporter par exemple à la manière dont Leibniz analyse une expression comme « le nombre (...)
34 Critique de la raison pure, a 314 / b 370.
35Tout se passe donc comme si Clauberg s'était avisé, peut-être tardivement, du fait qu'une analyse logique n'avait pas seulement à s'appliquer au discours d'autrui, mais également au nôtre propre (« ce qui nous a d'abord paru vrai lorsque nous l'avons conçu dans notre pensée, sera ensuite connu faux lorsque nous voudrons le confier au papier »32) — mais sans faire le pas, il est vrai beaucoup moins naturel, de conduire un tel examen rétrospectif non seulement sur le terrain de la vérité de nos propres pensées, mais également sur celui du sens de nos propres paroles — alors que Leibniz attaquera le concept cartésien de clarté très tôt après Clauberg33. On se trouve ici à l'antipode exact de l'hypothèse selon laquelle le locuteur ou l'écrivain pourrait, parfois du moins, n'être pas son meilleur interprète (comme le suggérait Kant à propos de Platon34), et simultanément de celle selon laquelle la certitude psychologique du caractère sensé d'un propos aurait encore à affronter l'éventualité d'une illusion, comme pour « le nombre le plus grand » ou « le mouvement le plus rapide » (exemples de Leibniz).
36Une façon de le dire est de dire qu'il n'y a, vis-à-vis du « vrai sens », que des erreurs, toujours en droit corrigibles, et pas d'illusions ; et pas d'illusions vis-à-vis de la présence même du sens.
37Dans la mesure où l'on peut, de façon générale, raisonnablement considérer qu'une théorie de la signification et une théorie de la compréhension peuvent tenir lieu l'une de l'autre, puisqu'on sait suffisamment ce qu'est « la signification » lorsqu'on sait ce que veut dire connaître la signification, ou « comprendre » l'expression qui en est porteuse, il est également raisonnable de demander à Clauberg des éclaircissements sur la notion même de signification, et sur ce qu'on veut dire lorsqu'on parle du sens ou du « vrai sens » d'un mot ou d'un énoncé.
35 LVN, III, ch. i, § 5.
Puisque le discours externe est fait de mots, pour que son sens soit perçu, il faut d'abord rechercher la signification des mots ; et puisque la signification et le sens consiste dans l'accord (congruentia) du discours et des mots avec les choses signifiées et avec la pensée de l'auteur, il faut aussi considérer l'auteur lui-même, le but du locuteur, la chose dont il parle et les autres circonstances du discours35. 38Tout se passe, dans ce passage, comme si Clauberg calquait la définition de la signification sur celle de la vérité-adéquation, en parlant de « congruence » des mots avec les choses signifiées et la pensée, à la manière dont on peut définir la vérité-adéquation comme la congruence ou convenance entre ce qui est dit de la chose et ce qu'elle est. Et il faut effectivement accepter de lire ainsi : si la vérité est l'accord du discours et des choses, le « vrai sens » est l'accord du discours avec les « choses signifiées », c'est-à-dire la pensée de l'auteur (cum rebus significatis et cum mente authoris formant alors un hendiadyn). 36 Cf. Ontosophia, §§ 151–168. En LVN, IV, § 31, Clauberg insiste sur le fait qu'aucune sorte de faus (...)
37 Cf. Ontosophia, § 330.
39C'est donc dans un sens intermédiaire entre le sens logique et le sens transcendantal du mot « vrai » que l'on peut parler de « vrai sens ». La vérité transcendantale est celle qui convient à tout être comme tel36. La vérité du signe, veritas signi, est soit vérité de la connaissance (donc dans l'esprit), soit vérité de l'expression (donc dans le discours) ; et la vérité du discours peut être considérée du point de vue éthique — c'est là la véracité, à laquelle on oppose le mensonge — comme du point de vue logique : selon sa convenance avec la chose. C'est là la vérité de l'énoncé au sens courant et aristotélicien du terme ; on lui oppose simplement la fausseté37.
38 Un bon indice en est qu'il revient au même de dire « le sens de l'énoncé » et « le vrai sens de l' (...)
39 Pourtant, la distinction entre acte désigné et acte exercé devrait retenir de faire partout cette (...)
40 Conformément au début du De Interpretatione d'Aristote. — Cf. Logique de Port-Royal, II, i ; Locke (...)
40On voit immédiatement qu'il est difficile de faire rentrer dans cette division la « vérité » du sens. La vérité du sens est apparemment plus proche de la vérité transcendantale, dans la mesure où le « vrai sens » s'oppose à un « faux sens » qui n'est un faux sens que parce qu'il n'est pas, ici, le sens, comme du faux or est faux parce qu'il n'est pas de l'or, sans laisser pour cela d'être quelque chose (un autre métal)38. De la même manière, un des sens attribuables à un énoncé n'a pas besoin, pour n'être pas « le bon », de présenter une monstrueuse difformité comparable à celle d'erreurs (ou de non-sens ?) caractérisé(e)s comme 2+2=5. Mais la vérité du sens a bien, malgré cela, une sorte d'erreur pour opposé, et peut donc être rapprochée de la vérité au sens logique, dans la mesure où le discours extérieur conserve un corrélat différent de lui, auquel il doit entretenir un rapport de congruence : la chose signifiée, ou la pensée de l'auteur ; c'est-à-dire, d'un seul tenant : la chose pensée et signifiée par l'auteur. Ainsi s'explique le parallélisme formel entre la définition classique de la vérité comme adæquatio rei et intellectus et la définition de la signification proposée par Clauberg. La signification de l'expression est tenue pour « la vraie » (et non : pour vraie) lorsqu'il y a toutes les raisons de penser qu'elle est adéquate à la pensée qui en est le principe. Bien entendu, cela pose un problème de signification ou de supposition, puisqu'on ne sait si le vrai sens signifie les pensées de l'auteur ou s'il signifie la même chose que les pensées de l'auteur (il est à parier que Clauberg aurait donné ces deux expressions pour à peu près équivalentes39 ; à l'âge classique, de façon générale, il est presque universellement admis, contre Ockham et quelques autres, dont les travaux sont de toute façon largement oubliés, que les mots sont des signes propres des pensées, et non des choses40).
41 Cf. LVN, III, § 17 : « les mots, selon la règle herméneutique, doivent être compris selon la matiè (...)
41Toutefois l'indépendance de la chose signifiée vis-à-vis de la chose même ne peut-elle être toujours maintenue ; par exemple, la distinction du sens propre et du sens figuré recourt nécessairement à la notion logique de vérité. Par exemple, « Hérode est un renard » n'est compris comme figuré que parce qu'il est évidemment faux (au sens logique) que Hérode soit, au sens propre, un renard41. Par là, l'herméneutique analytique suppose la logique proprement dite ; échappant entièrement à sa conduite par certains côtés, elle y recourt nécessairement par d'autres. Il y a donc des questions de signification qui ne peuvent être tranchées sans recours à des vérités précises, et des questions de vérité dont le traitement requiert nécessairement une enquête préalable sur la signification. Cette considération, de fait, vide quelque peu de son sens l'idée d'une primauté de l'une (n'importe laquelle des deux) sur l'autre, et vient donc relativiser la rigidité de l'architecture de la Logica vetus et nova.
42 C'est au moins le cas dans l'herméneutique profane. Celui de l'herméneutique sacrée est tout à fai (...)
42La différence principale entre le génétique et l'analytique était supposée s'articuler précisément à la distinction qui existe entre l'herméneutique et la logique, c'est-à-dire à la distinction du domaine de la signification et de celui de la vérité. Dans l'herméneutique génétique, si la vérité n'est pas en cause, c'est parce qu'elle est assurée par avance (par la formation correcte des pensées) ; dans l'herméneutique analytique, c'est parce que son examen est repoussé42 : suivant l'adage, que Clauberg reprend dans les Prolégomènes, « ce qui vient en premier dans la genèse vient en dernier dans l'analyse ». Mais on voit, d'une part, que l'analyse logique peut, et doit, s'exercer sur notre propre pensée une fois exprimée, à titre de garantie supplémentaire, et, d'autre part, que l'herméneutique analytique ne peut se passer toujours du recours non seulement à la notion de vérité, mais à des vérités déterminées. Des liens se dessinent ainsi entre la quatrième et la seconde partie, ainsi qu'entre la première et la troisième, qui n'étaient ni annoncés, ni, peut-être, prévus.
43S'il est difficile de se prononcer sur le rôle de Clauberg dans l'histoire de l'herméneutique, c'est à cause du rôle ambigu que joue le langage chez Clauberg. Son intervention n'est jamais appréhendée pour elle-même autrement que sous les espèces de la traduction ; car si la pensée est sermo interior, c'est bien une espèce de traduction que constitue l'expression. Le langage est donc d'une certaine manière omniprésent ; il n'est en tout cas jamais absent, même quand la parole l'est ; mais précisément pour cela, son rôle propre est quasiment indécelable. Les déformations que fait subir le langage à la pensée sont, chez Clauberg, toujours des déformations du type de celles que pourrait faire subir à un texte sa traduction dans une autre langue. L'arbitraire linguistique s'en trouve cantonné dans des limites somme toute assez étroites. C'est pourquoi l'hypothèse d'une langue qui reflèterait idéalement les pensées se formule chez lui avec tant de facilité, et parfois de déconcertante précision : tout se passe comme si les pensées parlaient par elles-mêmes une langue, ou plutôt étaient une langue, naturelle et disponible, qu'il suffirait de transcrire plus fidèlement. Il faut se garder d'y voir trop vite une critique : car pour mettre en évidence des cas d'ambiguïté même plus radicaux et plus troublants que ceux qu'envisage Clauberg, nous n'avons pas d'autres moyens à notre disposition que les siens : nous reformulons. L'image de la pensée comme première langue est certainement trompeuse à bien des égards ; mais cela ne veut à soi seul pas dire que nous en ayons de meilleures à notre disposition, et encore moins qu'il existe une image exempte de défauts. 44C'est donc en vue d'une fidélité maximale à ce premier discours muet que tendent les préceptes de la deuxième partie de la LVN ; et à sa restitution maximalement fidèle que tendent les préceptes de la troisième partie. Si l'on écrit pour autrui, et si l'on lit pour soi, on traduit toujours pour soi et pour autrui : l'unité des deux herméneutiques est là. C'est la traduction au sein de la diversité des langues, y compris celle qui, par hypothèse, n'est jamais parlée, qui fournit son modèle à l'herméneutique de Clauberg, même si c'est à l'occasion pour fournir ou résoudre de « belles Infidèles ». 43 Cf., quoique le rapport ne soit pas immédiatement clair ni simple, le début de l'Ontosophia : § 6, (...)
45Mais c'est aussi parce que son modèle est la traduction que Clauberg n'envisage jamais la signification, il faudrait dire ici la signifiance, comme un type de contrainte exercé sur la pensée, distinct du type de contrainte que constitue la vérité. La signifiance est en quelque sorte sous la garde et sous la garantie du premier discours (muet). Le sens peut bien être caché (à quelqu'un) ; il n'est jamais absent43. Sans que cela soit jamais indiqué en termes exprès chez Clauberg, « sensé » ou « dicible » constitue l'équivalent d'un transcendantal, au sens où « pensable » l'est : on rencontre des signes inadéquats, mais pas de pseudo-signes ; on rencontre des énoncés faux, mais pas de faux énoncés. Bref, la catégorie de flatus vocis brille par son absence.
44 Cette conclusion reprend littéralement quelques passages de notre Préface à J. Clauberg, Logique a (...)
45 On peut penser aussi à ce que Noam Chomsky appelle « linguistique cartésienne ».
46 Op. cit., tr. fr. Dastur, Élie, Gautero, Janicaud, Rigal (Paris, 2005) : « Augustin, dans sa descr (...)
46Résumons-nous44. À première vue, on est tenté de lire chez Clauberg, dans l'organisation même de sa LVN, une thèse sur la primauté absolue de la pensée vis-à-vis du langage ; mais il apparaît bien vite qu'il est difficile de s'exprimer ainsi, dans la mesure où le langage n'intervient pas en cours de route ; ce que nous appelons langage effectivement parlé ou écrit n'est pour Clauberg que la traduction d'une pensée qui est déjà structurée comme un langage (sermo internus). C'est ainsi qu'il faut comprendre les innombrables réflexions (dont se souviendra, par exemple, Spinoza) sur l'inadéquation du langage à la pensée : cette inadéquation doit se comprendre d'après le modèle de la traduction imparfaite, et non autrement. On pourrait peut-être ici parler, anachroniquement certes, d'une préfiguration du « mentalais » de Fodor45 ; ou du moins constater que la remarque que Wittgenstein consacre à Augustin au § 32 de ses Recherches philosophiques, avec ses résonances explicitement platoniciennes, ne s'applique pas mal à Clauberg : «`penser' voudrait dire ici quelque chose comme: se parler à soi-même »46. 47 Non repris en 1658. La traduction française annoncée plus haut le comprendra.
48 Les propos sévères de Kant sur les « auteurs récents » qui ont « pensé étendre » la logique que l' (...)
47C'est ce qu'illustre assez le Proème de la première édition, partielle, de la Logique47, où notre auteur suggère nettement que si Ève n'avait pas été créée, et si par suite Adam était resté seul de son genre, il n'y aurait de logique que génétique, et pas d'herméneutique — mais qu'il n'y en aurait pas moins une logique génétique, sinon explicite, du moins « infuse ». Bref, le second trait qui fait de la LVN une logique « cartésienne », avec tous les guillemets possibles, c'est que c'est d'abord une logique de l'idée, non de l'énoncé, ni du terme; comme le sera également la LPR. C'est ce parti-pris, dont on peut d'ailleurs douter qu'il soit réellement conforme à la philosophie de Descartes, de « psychologiser » la logique, qui place Clauberg au coeur du cartésianisme historique, sinon du cartésianisme réel48. Mais il n'y a pas véritablement de pensée obscure ; il n'y a que des expressions imparfaites d'une pensée claire. Une pensée non-claire se fait connaître par des erreurs ; elle est du ressort de la logique et non d'autre chose. Ainsi, la distinction stricte des deux domaines de la logique et de l'herméneutique aboutit à une sorte de neutralisation réciproque, dans la mesure où il devient difficile de leur reconnaître des problèmes communs. 49 S'il fallait indiquer une lacune dans la compréhension que Clauberg a de Descartes, ce serait, pré (...)
48Clauberg accorde donc un privilège incontestable à la logique comme art strictement mental ; les primautés affichées placent incontestablement son entreprise au coeur du premier cartésianisme. Mais la part la plus importante et la plus originale de son travail n'en met pas moins au premier plan la figure d'autrui, seconde mais capitale, sous la forme du destinataire ou de l'émetteur d'une forme ou d'une autre d'expression. On remarquera que certains concepts qui appartenaient à la logique fondamentale (du moins pour tous les logiciens qui partaient du terme ou de l'énoncé) se retrouvent du coup déplacés dans l'herméneutique, comme la supposition (III, vii) ou encore l'équipollence et la synonymie (III,xii), et certains aspects des modalités (II, xii). Il faut y voir une conséquence de la décision initiale de se placer au niveau de la pensée, langage paradoxalement exempt de toutes les imperfections du langage (ambiguïté, redondance, non-sens, etc.). Par exemple, et d'une manière un peu décevante, Clauberg traite la distinction entre définition réelle et définition nominale en abordant cette dernière comme un pur effet de l'adjonction du vêtement verbal au discours intérieur: Pascal et Leibniz, plus familiers des mathématiques et donc de la stipulation, nous livreront des analyses plus profondes sur ce point, dont la Logique de Port-Royal, entre autres, profitera49.
49Cela permet de reformuler le projet des parties herméneutiques du livre comme celui d'une fidélité maximale à ce premier discours muet, qu'il soit le mien propre ou celui d'autrui. C'est ce qui fait l'unité des deux sens du terme même d'herméneutique: comme le latin interpretor, et comme aujourd'hui le français « interprétation » (quoique, pour ce dernier, dans des contextes limités, par exemple les arts de la scène), il désigne à la fois ce qu'on appellerait une « performance », et l'entreprise, nécessairement seconde, de dégager le sens de cette « performance ». Mais au fond, ce que recherchent l'interprète premier et l'interprète second est la même chose, du moins selon Clauberg : la restitution d'un même contenu de signification préalable, dont l'accessibilité est en droit garantie. C'est pourquoi la définition du « vrai sens » est ainsi calquée sur la définition de la « vérité-adéquation ». 50 Essai philosophique sur l'entendement humain, III, ii, § 4.
50Il est temps de revenir à ce que nous annoncions au début : il n'y a pas véritablement d'analyse, menée pour elle même, des sources de l'absence de compréhension ; et il manque chez Clauberg une analyse du malentendu, qui est un cas de mécompréhension philosophiquement révélateur. C'est, à notre idée, ce fait, probablement favorisé par la prégnance de l'image cartésienne ou pseudo-cartésienne de la clarté intrinsèque des propres pensées du sujet, qui explique que les problèmes d'interprétation ne soient jamais, chez lui, que des problèmes techniques (de cette tekhnè qu'est la Logique). L'obscurité de la phrase lui est toujours en quelque manière extrinsèque : défaut de formulation, défaut de compréhension, ou obscurité héritée de la pensée qu'elle exprime. Ce n'est qu'après lui que l'on trouvera les premiers indices d'un doute sérieux à ce sujet, et par conséquent l'émergence de véritables problèmes philosophiques; autant que notre connaissance de l'histoire nous permet de le voir, ce sera chez Locke d'abord (qui demande si mes idées sont les mêmes que celles d'autrui, et donc si mes mots ont le même sens que les siens50), puis chez Leibniz, à l'aide des exemples mentionnés plus haut.
1 Ce débat, qu'on peut observer par exemple dans Lutz Danneberg, « Logique et herméneutique au XVIIème siècle » (in La Logique Herméneutique au XVIIème siècle, sous. la dir. de Jean-Claude Gens, éd. du Cercle Herméneutique, 2006), ne nous intéressera pas ici. Qu'il nous suffise de dire qu'il n'y a pas de raison déterminante d'exclure de l'histoire de l'herméneutique les premiers traités qui revendiquent ce titre. Merci à Christian Berner dont une remarque a balayé nos derniers scrupules à ce sujet.
2 En grec, ontología et ontologikè se trouvent en 1613 dans le Lexikon de Goclenius, sub voce « Abstractio ». 3 La formule est de Jean-Claude Gens, dans l'Avant-Propos du collectif cité. 4 La dernière édition, reprise dans les Opera Omnia Philosophica [OOP], Amsterdam, 1691 (reprint chez Olms, Hildesheim, 1968), est parue en 1658. Une traduction complète de ce traité, due aux soins du Pr. Jacqueline Lagrée et de nous-même, paraîtra au printemps 2007 chez Vrin. 5 On trouvera d'amples développements à ce sujet, et une liste quasi exhaustive des références existantes, en se reportant aux Actes du Colloque de Groningue de 1995 : Johannes Clauberg (1622–1665) and Cartesian Philosophy in the Seventeenth Century, ed. Th. Verbeek, Dordrecht, 1999. 6 Elementa Philosophiæ, Groningue, 1647. On connaît mieux aujourd'hui la dernière édition (Ontosophia, 1664), considérablement élaguée et retravaillée. C'est celle que l'on retrouve dans les OOP.
8 Ces termes sont sans cesse employés à l'époque, en un sens qui est loin d'être toujours clair. Chez Descartes (à la fin des Secondes Réponses), ils sont même remarquablement obscurs. Il suffit de noter qu'ici, la genèse concerne la formation des pensées puis du discours, et l'analyse l'appréciation, d'abord sémantique puis logique, de discours et de pensées déjà formés.
9 Joseph Conrad Dannhauer, Idea Boni Interpretis et Malitiosi Calumniatoris, Strasbourg, 1629. Nous citons et traduisons ici partie I, sect. i, art. i, § 3, p. 4.
10 Il y a évidemment toutes les raisons de se demander si le vrai sens et le faux sens se comportent logiquement d'une manière comparable au vrai et au faux, et en vérité il y a beaucoup de raisons d'en douter. Nous dirons quelques mots à ce sujet.
14 LVN, I, viii et ix; II, vii et viii; IV, vii et viii. La définition est l'instrument logique de la clarté, la division celui de la distinction.
16 La signification du nom fournit le modèle de la signification en général ; on trouve quelque chose d'analogue dans la Logique de Port-Royal, II, ch. i et ii. Voir encore le début du De Magistro d'Augustin.
18 Spinoza, Traité de la réforme de l'entendement, a 47 / b 88–89. Cf. J. Lagrée, « Clauberg et Spinoza. De la logique novantique à la puissance de l'idée vraie », in Méthode et métaphysique, Travaux et documents du groupe de recherches spinozistes, n°2, PUP, Sorbonne, 1989, p. 19–45. Clauberg revient à de nombreuses reprises sur cette doctrine ; on la trouve aussi bien dans la version définitive de l'Ontosophia (§ 20, par exemple) que dans la LVN (p. ex. IV, §§ 24–27).
19 LVN, Prol., § 73 ; cf. Descartes, Sixièmes Réponses, point 9 (AT, VII, p. 436 sq. (AT, IX–1, p. 236 sq. Ces trois sens désignent un mouvement du corps, une perception de l'esprit, et un jugement.
20 En particulier, Clauberg illustre de façon suivie le rôle que joue le commerce entre les hommes dans la formation et l'entretien des préjugés et des mauvaises habitudes de raisonnement (Prol. iv). — Les derniers articles de la première partie des Principesde Descartes remplissent une fonction analogue, quoiqu'ils ne placent pas l'accent sur les mêmes thèmes.
22 LVN, IV, § 17. — Einfältig vient malheureusement tout gâcher.
23 La première partie n'aborde les modalités qu'en fonction du « degré de certitude ou de vérité » des jugements. Clauberg n'accorde que très peu d'importance aux syllogismes modaux.
24 LVN, II, §§ 84–86. Ainsi, dans l'exemple « Le corps est étendu », il n'y a pas, selon Clauberg, de traitement logique possible, ou plutôt : sensé, tant qu'on n'a pas précisé si c'est de « Tout corps » ou de « Quelque corps » qu'il s'agit. Cf. également LVN, III, § 92.
25 Cf. LVN, IV, § 7: « L'analyse est dite à meilleur titre logique, parce que la logique s'occupe davantage du discours interne qu'externe, et parce que, dans ce qu'on appelle le discours interne, il y a plus de choses à rechercher, et meilleures, que dans le discours externe [...] ».
27 Prooemium de la première édition (perdue ?) de la LVN, reproduit dans l'édition de 1654. « On confond encore ce qui regarde le discours intérieur avec ce qui regarde le discours extérieur : par exemple, lorsqu'on divise l'axiome, sous la raison de la quantité, en universel, particulier, indéfini, singulier ; de même, lorsqu'aux affections de l'énonciation: quantité, opposition, et d'autres, on ajoute l'équipollence, etc. » (notre traduction).
28 Une première version de la traduction de cette partie de la LVN par J. Lagrée se trouve dans La Logique herméneutique du XVIIème siècle, cité plus haut.
29 Cet « atomisme » de la signification est très contestable, mais sa contestation et sa discussion paraîtraient très anachroniques dans le contexte de l'histoire de la philosophie du XVIIe siècle. On trouve cependant des textes de Descartes qui indiquent de façon certaine sa méfiance à l'égard de conceptions de ce type sur la signification des mots (tout comme à l'égard d'une vision « atomistique » du concept) ; nous espérons avoir l'occasion d'en faire état dans un prochain travail.
30 Nul ne veut se tromper en acte désigné (nul ne désire l'erreur en tant que telle) ; mais souvent l'on se jette dans ce qui en vérité, sans qu'on le sache, est une erreur : en acte exercé, on désire souvent se tromper.
31 Les lecteurs des dialogues de Platon sont familiers de cette distinction. En un sens — sens composé —, le maître ne peut être esclave (en tant que maître, il ne le peut) ; mais en un autre — sens divisé —, le maître peut être esclave (le même homme peut être maître et esclave). Les médiévaux avaient exploré des cas de ce que nous appellerions aujourd'hui opacité référentielle ; c'en est une trace chez Clauberg.
32 LVN, IV, § 4; cf. le § 5. Cette déclaration, tardive dans le cours de la LVN, vaut d'être soulignée.
33 On peut se reporter par exemple à la manière dont Leibniz analyse une expression comme « le nombre le plus grand », qui paraît — paraît seulement — véhiculer un sens.
36 Cf. Ontosophia, §§ 151–168. En LVN, IV, § 31, Clauberg insiste sur le fait qu'aucune sorte de fausseté ne peut être opposée à la vérité transcendantale (c'est-à-dire qu'au sens transcendantal, la vérité, conçue comme affection des choses, n'a pas d'opposé, et surtout pas la fausseté). On peut néanmoins dire généralement qu'un véritable x s'oppose à un x prétendu.
38 Un bon indice en est qu'il revient au même de dire « le sens de l'énoncé » et « le vrai sens de l'énoncé », alors qu'il ne revient pas du tout au même de dire « un énoncé » et « un énoncé vrai ».
39 Pourtant, la distinction entre acte désigné et acte exercé devrait retenir de faire partout cette équivalence.
40 Conformément au début du De Interpretatione d'Aristote. — Cf. Logique de Port-Royal, II, i ; Locke, Essai philosophique sur l'entendement humain, III, ii, § 1. — Pour Ockham, cf. Somme de Logique, I, ch. 1.
41 Cf. LVN, III, § 17 : « les mots, selon la règle herméneutique, doivent être compris selon la matière traitée ».
42 C'est au moins le cas dans l'herméneutique profane. Celui de l'herméneutique sacrée est tout à fait différent, puisque c'est non seulement le caractère sensé, mais également la vérité du texte qui y est présupposée. Cela permet d'ailleurs de remarquer que la structure de la LVN est essentiellement adaptée à l'herméneutique profane et non sacrée, malgré l'abondance de références et d'exemples théologiques. Incidemment, l'expérience de Clauberg, professeur de philosophie et de théologie, était au moins autant celle d'un polémiste (notamment du fait des attaques dont Descartes faisait l'objet) que celle d'un théologien.
43 Cf., quoique le rapport ne soit pas immédiatement clair ni simple, le début de l'Ontosophia : § 6, « ens est quicquid [...] cogitari ac dici potest » (au premier sens, le plus étendu, du mot « être »). Le § 7 tente de démontrer que « tout ce qui est peut être dit ».
44 Cette conclusion reprend littéralement quelques passages de notre Préface à J. Clauberg, Logique ancienne et nouvelle, tr. fr. J. Lagrée et G. Coqui, à paraître chez Vrin.
46 Op. cit., tr. fr. Dastur, Élie, Gautero, Janicaud, Rigal (Paris, 2005) : « Augustin, dans sa description de l'apprentissage du langage humain, fait comme si l'enfant allait dans un pays étranger dont il ne comprenait pas la langue ; c'est-à-dire, comme s'il était déjà en possession d'un langage, mais pas de ce langage-là. En d'autres termes, comme si l'enfant pouvait déjà penser, mais pas encore parler. Et `penser’ signifierait ici quelque chose comme : se parler à soi-même. »
47 Non repris en 1658. La traduction française annoncée plus haut le comprendra.
48 Les propos sévères de Kant sur les « auteurs récents » qui ont « pensé étendre » la logique que l'on trouve au début de la fameuse Préface à la deuxième édition de la Critique de la raison pure (b viii–ix) pourraient aisément viser Clauberg. Il est question, en effet, de ceux qui ont cru devoir ajouter à « la science des règles formelles de toute pensée » des chapitres « tantôt de psychologie, sur les différents pouvoirs de connaître [...], tantôt de métaphysique, sur l'origine de la connaissance ou sur les différentes sortes de certitude rapportées à la différence des objets [...], tantôt d'anthropologie, au sujet des préjugés ». Toutes opérations auxquelles se livre explicitement Clauberg dans la LVN.
49 S'il fallait indiquer une lacune dans la compréhension que Clauberg a de Descartes, ce serait, précisément, les mathématiques. On peut assez efficacement distinguer les cartésiens en deux écoles, celle qui appuie sa compréhension de la méthode sur la Géométriede 1637 (Debeaune, Schooten, Lipstorp), et un cartésianisme d'inspiration plus théologique, qui s'en passe (Wittich, Clauberg...). L'impossibilité, pour presque tous, de lire les Regulæavant 1701, n'a pas peu fait pour accentuer cette séparation.
50 Essai philosophique sur l'entendement humain, III, ii, § 4.Haut de page
Guillaume Coqui, « L'obscurité du sens chez Clauberg », Methodos [En ligne], 7 | 2007, mis en ligne le 05 juillet 2007, consulté le 24 juillet 2016. URL : http://methodos.revues.org/656 ; DOI : 10.4000/methodos.656 Haut de page
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References: § 120
 § 213
 § 100
 § 64
 § 73
 § 32
 § 15
 § 33
 § 17
 § 18
 § 7
 § 85
 § 48
 § 4
 § 5
 § 5
 § 31
 § 330
 § 17
 § 6
 § 32
 § 4
 § 3
 § 73
 § 17
 § 92
 § 7
 § 4
 § 5
 § 31
 § 1
 § 17
 § 6
 § 7
 § 4