Source: http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.com/2013/04/
Timestamp: 2019-07-16 20:20:37+00:00

Document:
La Troisième République Tunisienne: avril 2013
Ennahdha n'a finalement cédé sur un point, la chariâa que pour mieux imposer son point de vue autrement! Résultat, un projet de constitution où les Tunisiens ne se reconnaissent pas et qui serait la première marche vers une dictature théocratique!
Le communiqué en question ne le dit certes pas explicitement, mais en qualifiant de «voix discordantes» et de «dénigrement» l'examen critique du texte produit par les élus à l'Anc, il ouvre largement la porte aux thuriféraires qui ne manqueront pas de trouver au brouillon de la constitution des qualités susceptibles d'en faire l'une des meilleures lois fondamentales du monde.
Y a-t-il de quoi fouetter un athée ou un agnostique?
Comme nous craignons d'être taxé de détracteur du travail colossal de l'Anc, et qui a coûté, par ailleurs, si cher à la communauté nationale; mais comme nous ne voulons pas non plus passer pour encenseur des hommes en place, notre tâche sera ici bien ardue. Nous espérons, néanmoins, bien que nous ne soyons pas juristes et que les arcanes du droit nous soient inconnus, pouvoir nous limiter moins à une analyse, que nous souhaitons la plus objective possible, qu'à une simple description de certains aspects du texte qui nous retient.
Notons, tout d'abord, que Dieu ouvre le document ici analysé en citant l'expression consacrée : «Au nom de Dieu le Miséricordieux». Il le clôt également par une formule tout aussi classique que l'on pourrait traduire ainsi: «Par la grâce de Dieu».
Il faudrait sûrement être habité par un esprit de dénigrement systématique pour voir dans l'incipit et la clausule de ce texte fondamental et officiel une quelconque incompatibilité avec l'article 2 qui stipule que «la Tunisie est un État civil».
Seul, également, un esprit particulièrement malveillant pourrait considérer cet article 2 presque déplacé, voire incongru, dans ce contexte qui précise, dès le début du 2e paragraphe du Préambule, que les «fondements» ou «valeurs» de l'islam servent d'assise à la Constitution. Choix idéologique rappelé de nouveau à l'article 136 qui considère : «L'islam comme la religion de État.»
Quelle mauvaise foi encore que de juger cet article 2, «La Tunisie est un État civil», incompatible avec l'article 5 qui dit: «L'État protège la religion, la liberté de croyance, la pratique des rites religieux et le sacré comme il assure la neutralité de l'espace religieux et le soustrait à l'instrumentalisation partisane»! A-t-on vraiment besoin de préciser de quelle religion, de quels rites religieux et de quel sacré il s'agit? Ce qui précède n'est-il pas suffisamment explicite pour rendre toute précision inutile? Que le texte ne mentionne pas, à titre d'exemple, la liberté de ne pas croire, y a-t-il vraiment de quoi fouetter un athée ou un agnostique?
Le fait que la Déclaration des Droits de l'Homme, signée et approuvée par la Tunisie indépendante, ne se trouve pas mentionnée dans l'actuel projet de notre Charte nationale, ne serait-ce qu'une seule fois, ne doit nullement être invoqué comme une façon pour le futur législateur de ne pas reconnaître la liberté de conscience dont il est question à l'Article 18 de ladite Déclaration: «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction...»
L'une des meilleures constitutions existantes, dites-vous?
Pour revenir de nouveau à notre beau projet national, les constituants, dans leur infinie sagesse, ont prévu un article, le 22e, qui énonce : «Le droit à la vie est sacré et il ne sera permis d'y toucher que dans le cadre de la loi.» Il faudrait certainement être réellement suspicieux pour penser que cette disposition pourrait être invoquée à l'avenir pour interdire l'avortement!
Allons donc, il ne viendra à l'idée de personne, dans un avenir proche ou lointain, de remettre en question disons les dispositions si libérales inscrites dans le Code du statut personnel ou d'abolir le droit à l'interruption légale de grossesse !
Demandez aux femmes iraniennes ou afghanes si elles se sentent brimées en quelque façon que ce soit depuis l'arrivée d'un régime théocratique dans leurs pays respectifs.
Nulle inquiétude à se faire non plus quant au droit de grève que le législateur «garantit» dans l'article 33. Seuls des syndicalistes extrémistes et qui chercheraient sans doute la provocation pourraient trouver à redire sur la suite du même article : «la loi fixera les conditions nécessaires afin de protéger matériel, infrastructure et poursuite du fonctionnement des services indispensables aux besoins des citoyens.»
Sans conteste, vous exagérez un peu si vous vous appuyez sur ce paragraphe pour déclarer qu'il y aura bientôt, dans le pays de la Révolution de la Liberté et de la Dignité, des entraves au droit de grève.
Il est inutile de même de se faire d'avance du mouron à propos de l'article 40 qui, tout en garantissant les libertés d'expression, d'information et de publication, déclare : «seule la loi pourra limiter ces libertés afin de protéger les droits d'autrui, sa réputation, sa sécurité et sa santé.»
Comment? Pardon? L'exercice de ces libertés vous semble conditionné? Allons! N'injurions pas l'avenir, svp! Un peu d'optimisme ne peut pas faire de mal par les temps qui courent !
Le président de l'Anc est, quoique l'on pense, un homme de grande expérience en droit constitutionnel, même s'il doit son poste actuel à un heureux accident de l'histoire. M. Ben Jaâffar n'est-il pas, en effet, dans le civil d'abord radiologue? Il faudrait donc se ranger à son avis éclairé quand il nous assure qu'il nous a concocté, avec la collaboration du non moins célèbre juriste, le sieur Habib Khedher, l'une des meilleures constitutions aujourd'hui existantes!
Un brouillon de constitution faussement consensuel
Trêve de plaisanterie car l'heure est grave! Triste, en effet, est le bilan présenté par l'Anc, après plus d'un an de travail ! Que de chamailleries, houleuses suspensions de séance et réécriture non autorisée et illégale d'articles produits par certaines commissions et publiquement dénoncés comme non représentatifs du travail des membres de l'Anc par certains élus dont Selma Baccar et Noômane El Fehri à titre d'exemples, pour aboutir à ce résultat! Pour produire un brouillon de constitution faussement consensuel et faussement démocratique!
Dans la réalité le parti conservateur dominant n'a cédé sur un point, exemple la chariâa que pour mieux imposer son point de vue autrement! Résultat, le désaveu est public et de larges couches de Tunisiens rejettent un projet de constitution où ils ne se reconnaissent pas et qui, de l'aveu même d'experts reconnus, s'il devait être approuvé dans l'état, qu'à Dieu ne plaise, serait la première marche vers une dictature théocratique!
Est-ce là une fatalité historique qui pèserait sur le monde arabe malgré un Printemps prometteur en 2011? Sommes-nous condamnés à la régression alors que le reste du monde ne cesse d'aller de l'avant?
Notre destin est entre nos mains et il a pour nom la rédaction d'un Destour réellement progressiste, démocratique et digne d'un peuple qui a réalisé le miracle d'une révolution quasi non violente.
* Le dessin illustre le propos de BCE qui, décrivant le régime que propose Ghannouchi, le compare à celui des âyatollâhs en Iran : où tout part du guide spirituel suprême ! Rôle que voudrait tenir et rêve de le tenir l'illuminé Ghannouchi !!
Publié par rachid barnat à 02:54 2 commentaires:
Entretien avec Jacques-Marie Bourget, auteur (avec Nicolas Beau) de l'ouvrage ''Le Vilain Petit Qatar – Cet ami qui nous veut du mal'' *, un minuscule État tribal, obscurantiste et richissime qui impose partout sa lecture intégriste du Coran.
Propos recueillis par Majed Nehmé
Afrique-Asie : Qu'est-ce qui vous a amenés à consacrer un livre au Qatar?
Jacques-Marie Bourget : Le hasard puis la nécessité. J'ai plusieurs fois visité ce pays et en suis revenu frappé par la vacuité qui se dégage à Doha. L'on y a l'impression de séjourner dans un pays virtuel, une sorte de console vidéo planétaire. Il devenait intéressant de comprendre comment un État aussi minuscule et artificiel pouvait prendre, grâce aux dollars et à la religion, une telle place dans l'histoire que nous vivons.
D'autre part, à l'autre bout de la chaîne, l'enquête dans les banlieues françaises faite par mon coauteur Nicolas Beau nous a immédiatement convaincus qu'il y avait une stratégie de la part du Qatar enfin de maîtriser l'islam aussi bien en France que dans tout le Moyen-Orient et en Afrique. D'imposer sa lecture du Coran qui est le wahhabisme, donc d'essence salafiste, une interprétation intégriste des écrits du Prophète.
Cette sous-traitance de l'enseignement religieux des musulmans de France à des imams adoubés par le Qatar nous a semblé incompatible avec l'idée et les principes de la République.
Imaginez que le Vatican, devenant soudain producteur de gaz, profite de ses milliards pour figer le monde catholique dans les idées intégristes de Monseigneur Lefebvre, celles des groupuscules intégristes qui manifestent violemment en France contre le «mariage pour tous». Notre société deviendrait invivable, l'obscurantisme et l'intégrisme sont les meilleurs ennemis de la liberté.
Sur ce petit pays, nous sommes d'abord partis pour publier un dossier dans un magazine. Mais nous avons vite changé de format pour passer à celui du livre. Le paradoxe du Qatar, qui prêche la démocratie sans en appliquer une seule once pour son propre compte, nous a crevé les yeux. Notre livre sera certainement qualifié de pamphlet animé par la mauvaise foi, de Qatar bashing... C'est faux.
Dans cette entreprise nous n'avons, nous, ni commande, ni amis ou sponsors à satisfaire. Pour mener à bien ce travail, il suffisait de savoir lire et observer. Pour voir le Qatar tel qu'il est : un micro-empire tenu par un potentat, une dictature avec le sourire aux lèvres.
Depuis quelques années, ce petit émirat gazier et pétrolier insignifiant géo-politiquement est devenu, du moins médiatiquement, un acteur politique voulant jouer dans la cour des grands et influer sur le cours de l'Histoire dans le monde musulman. Est-ce la folie des grandeurs? Où le Qatar sert-il un projet qui le dépasse?
Il existe une folie des grandeurs. Elle est encouragée par des conseillers et flagorneurs qui ont réussi à convaincre l'émir qu'il est à la fois un tsar et un commandeur des croyants. Mais c'est marginal.
L'autre vérité est qu'il faut, par peur de son puissant voisin et ennemi saoudien, que la grenouille se gonfle. Faute d'occuper des centaines de milliers de kilomètres carrés dans le Golfe, le Qatar occupe ailleurs une surface politico-médiatique, un empire en papier. Doha estime que cette expansion est un moyen de protection et de survie.
Enfin, il y a la religion. Un profond rêve messianique pousse Doha vers la conquête des âmes et des territoires. Ici, on peut reprendre la comparaison avec le minuscule Vatican, celui du XIXe siècle qui envoyait ses missionnaires sur tous les continents. L'émir est convaincu qu'il peut nourrir et faire fructifier une renaissance de la oumma, la communauté des croyants.
Cette stratégie a son revers, celui d'un possible crash, l'ambition emportant les rêves du Qatar bien trop loin de la réalité. N'oublions pas aussi que Doha occupe une place vide, celle libérée un temps par l'Arabie Saoudite impliquée dans les attentats du 11-Septembre et contrainte de se faire plus discrète en matière de jihad et de wahhabisme.
Le scandaleux passe-droit dont a bénéficié le Qatar pour adhérer à la Francophonie participe à cet objectif de «wahhabisation»: en Afrique, sponsoriser les institutions qui enseignent la langue française permet de les transformer en écoles islamiques, Voltaire et Hugo étant remplacés par le Coran.
Cette mégalomanie peut-elle se retourner contre l'émir actuel? Surtout si l'on regarde la brève histoire de cet émirat, créé en 1970 par les Britanniques, rythmée par des coups d'État et des révolutions de palais.
La mégalomanie et l'ambition de l'émir Al-Thani sont, c'est vrai, discrètement critiquées par de «vieux amis» du Qatar.
Certains, avançant que le souverain est un roi malade, poussent la montée vers le trône de son fils désigné comme héritier, le prince Tamim. Une fois au pouvoir, le nouveau maître réduirait la voilure, notamment dans le soutien accordé par Doha aux djihadistes, comme c'est le cas en Libye, au Mali et en Syrie.
Cette option est même bien vue par des diplomates américains inquiets de cette nouvelle radicalité islamiste dans le monde. Alors, faut-il le rappeler, le Qatar est d'abord un instrument de la politique de Washington avec lequel il est lié par un pacte d'acier.
Cela dit, promouvoir Tamim n'est pas simple puisque l'émir, qui a débarqué son propre père par un coup d'État en 1995, n'a pas annoncé sa retraite.
Par ailleurs le premier ministre Jassim, cousin de l'émir, le tout-puissant et richissime Hamad bin Jasim bin Jabr Al Thani (HBJ), n'a pas l'intention de laisser un pouce de son pouvoir. Mieux : en cas de nécessité, les États-Unis sont prêts à sacrifier et l'émir et son fils pour mettre en place un «HBJ» dévoué corps et âme à Washington et à Israël.
En dépit de l'opulence affichée, l'émirat n'est pas si stable qu'il y paraît. Sur le plan économique, le Qatar est endetté à des taux «européens» et l'exploitation de gaz de schiste est en rude concurrence, à commencer aux États-Unis.
La présence de la plus grande base américaine en dehors des États-Unis sur le sol qatari peut-elle être considérée comme un contrat d'assurance pour la survie du régime ou au contraire comme une épée de Damoclès fatale à plus ou moins brève échéance?
La présence de l'immense base Al-Udaï est, dans l'immédiat, une assurance vie pour Doha. L'Amérique a ici un lieu idéal pour surveiller, protéger ou attaquer à son gré dans la région. Protéger l'Arabie Saoudite et Israël, attaquer l'Iran. La Mecque a connu ses révoltes, la dernière réprimée par le capitaine Barril et la logistique française. Mais Doha pourrait connaître à son tour une révolte conduite par des fous d'Allah mécontents de la présence du «grand Satan» en terre wahhabite.
Ce régime, moderne d'apparence, est en réalité fondamentalement tribal et obscurantiste. Pourquoi si peu d'informations sur sa vraie nature?
Au risque de radoter, il faut que le public sache enfin que le Qatar est le champion du monde du double standard: celui du mensonge et de la dissimulation comme philosophie politique. Par exemple, des avions partent de Doha pour bombarder les taliban en Afghanistan alors que ces mêmes guerriers religieux ont un bureau de coordination installé à Doha, à quelques kilomètres de la base d'où décollent les chasseurs partis pour les tuer. Il en va ainsi dans tous les domaines, et c'est le cas de la politique intérieure de ce petit pays.
Regardons ce qui se passe dans ce coin de désert. Les libertés y sont absentes, on y pratique les châtiments corporels, la lettre de cachet, c'est-à-dire l'incarcération sans motif, est une pratique courante. Le vote n'existe que pour nommer une partie des conseillers municipaux, à ceci près que les associations et partis politiques sont interdits, tout comme la presse indépendante... Une Constitution qui a été élaborée par l'émir et son clan n'est même pas appliquée dans tous ses articles. Le million et demi de travailleurs étrangers engagés au Qatar s'échinent sous le régime de ce que des associations des droits de l'homme qualifient d'«esclavage». Ces malheureux, privés de leurs passeports et payés une misère, survivent dans les camps détestables sans avoir le droit de quitter le pays. Nombre d'entre eux, accrochés au béton des tours qu'ils construisent, meurent d'accidents cardiaques ou de chutes (plusieurs centaines de victimes par an).
La «justice», à Doha, est directement rendue au palais de l'émir, par l'intermédiaire de juges qui le plus souvent sont des magistrats mercenaires venus du Soudan. Ce sont eux qui ont condamné le poète Al-Ajami à la prison à perpétuité parce qu'il a publié sur Internet une plaisanterie sur Al-Thani! Observons une indignation à deux vitesses : parce que cet homme de plume n'est pas Soljenitsyne, personne n'a songé à défiler dans Paris pour défendre ce martyr de la liberté. Une anecdote : cette année, parce que son enseignement n'était pas «islamique», un lycée français de Doha a tout simplement été retiré de la liste des institutions gérées par Paris.
Pourtant, et l'on retombe sur le fameux paradoxe, Doha n'hésite pas, hors de son territoire, à prêcher la démocratie. Mieux, chaque année un forum se tient sur ce thème dans la capitale. Son titre, «New or restaured democracy» alors qu'au Qatar il n'existe de démocratie ni «new» ni «restaured»...
Selon le classement de ''The Economist'', justement en matière de démocratie, le Qatar est 136e sur 157e États, classé derrière le Bélarusse. Bizarrement, alors que toutes les bonnes âmes fuient le dictateur moustachu Loukachenko, personne n'éprouve honte ou colère à serrer la main d'Al-Thani. Et le Qatar, qui est aussi un enfer, n'empêche pas de grands défenseurs des droits de l'homme, notamment français, de venir bronzer, invités par Doha, de Ségolène Royal à Najat Vallaud-Belkacem, de Dominique de Villepin à Bertrand Delanoë.
Comment un pays qui est par essence antidémocratique se présente-t-il comme le promoteur des printemps arabes et de la liberté d'expression?
Au regard des «printemps arabes», où le Qatar joue un rôle essentiel, il faut observer deux phases. Dans un premier temps, Doha hurle avec les peuples justement révoltés. On parle alors de«démocratie et de liberté». Les dictateurs mis à terre, le relais est pris par les Frères musulmans, qui sont les vrais alliés de Doha. Et on oublie les slogans d'hier. Comme on le dit dans les grandes surfaces, «liberté et démocratie» n'étaient que des produits d'appel, rien que de la «com».
Si l'implication du Qatar dans les «printemps» est apparue comme une surprise, c'est que la stratégie de Doha a été discrète.
Depuis des années l'émirat entretient des relations très étroites avec des militants islamistes pourchassés par les potentats arabes, mais aussi avec des groupes de jeunes blogueurs et internautes auxquels il a offert des stages de «révolte par le Net». La politique de l'émir était un fusil à deux coups. D'abord on a envoyé au «front» la jeunesse avec son Facebook et ses blogueurs, mains nues face aux fusils des policiers et militaires. Ceux-ci défaits, le terrain déblayé, l'heure est venue de mettre en poste ces islamistes tenus bien au chaud en réserve, héros sacralisés, magnifiés en sagas par Al-Jazira.
Comment expliquez-vous l'implication directe du Qatar d'abord en Tunisie et en Libye, et actuellement en Égypte, dans le Sahel et en Syrie?
En Libye, nous le montrons dans notre livre, l'objectif était à la fois de restaurer le royaume islamiste d'Idriss tout en essayant de prendre le contrôle de 165 milliards, le montant des économies dissimulées par Kadhafi.
Dans le cas de la Tunisie et de l'Égypte, il s'agit de l'application d'une stratégie froide du type «redessinons le Moyen-Orient», digne des «néocons» américains. Mais, une fois encore, ce n'est pas le seul Qatar qui a fait tomber Ben Ali et Moubarak ; leur chute a d'abord été le résultat de leur corruption et de leur politique tyrannique et aveugle.
Au Sahel, les missionnaires qataris sont en place depuis cinq ans. Réseaux de mosquées, application habile de la zaqat, la charité selon l'islam, le Qatar s'est taillé, du Niger au Sénégal, un territoire d'obligés suspendus aux mamelles dorées de Doha. Plus que cela, dans ce Niger comme dans d'autres pays pauvres de la planète le Qatar a acheté des centaines de milliers d'hectares transformant ainsi des malheureux affamés en «paysans sans terre». À la fin de 2012, quand les jihadistes ont pris le contrôle du Nord-Mali, on a noté que des membres du Croissant-Rouge qatari sont alors venus à Gao prêter une main charitable aux terribles assassins du Mujao...
La Syrie n'est qu'une extension du domaine de la lutte avec, en plus, une surenchère : se montrer à la hauteur de la concurrence de l'ennemi saoudien dans son aide au djihad.
Ici, on a du mal à lire clairement le dessein politique des deux meilleurs amis du Qatar, les États-Unis et Israël, puisque Doha semble jouer avec le feu de l'islamisme radical...
Le Fatah accuse le Qatar de semer la zizanie et la division entre les Palestiniens en soutenant à fond le Hamas, qui appartient à la nébuleuse des Frères musulmans. Pour beaucoup d'observateurs, cette stratégie ne profite qu'à Israël. Partagez-vous cette analyse?
Quand on veut évoquer la politique du Qatar face aux Palestiniens, il faut s'en tenir à des images. Tzipi Livni, qui fut avec Ehud Barak la cheville ouvrière, en 2009, de l'opération Plomb durci sur Gaza – 1 500 morts – fait régulièrement ses courses dans les malls de Doha. Elle profite du voyage pour dire un petit bonjour à l'émir. Un souverain qui, lors d'une visite discrète, s'est rendu à Jérusalem pour y visiter la dame Livni... Souvenons-nous du pacte signé d'un côté par HBJ et le souverain Al-Thani et de l'autre les États-Unis : la priorité est d'assister la politique d'Israël. Quand le «roi» de Doha débarque à Gaza en promettant des millions, c'est un moyen d'enferrer le Hamas dans le clan des Frères musulmans pour mieux casser l'unité palestinienne. C'est une politique pitoyable.
Désormais, Mechaâl, réélu patron du Hamas, vit à Doha dans le creux de la main de l'émir. Le rêve de ce dernier – le Hamas ayant abandonné toute idée de lutte – est de placer Mechaâl à la tête d'une Palestine qui se situerait en Jordanie, le roi Abdallah étant déboulonné. Israël pourrait alors s'étendre en Cisjordanie. Intéressante politique-fiction.
Le Qatar a-t-il «acheté» l'organisation de la Coupe du monde football en 2022?
Un grand et très vieil ami du Qatar m'a dit : «Le drame avec eux, c'est qu'ils s'arrangent toujours pour que l'on dise ''cette fois encore, ils ont payé!''» Bien sûr, il y a des soupçons. Remarquons que les fédérations sportives sont si sensibles à la corruption que, avec de l'argent, acheter une compétition est possible. On a connu cela avec des jeux Olympiques étrangement attribués à des outsiders...
Dans le conflit frontalier entre le Qatar et le Bahreïn, vous révélez que l'un des juges de la Cour internationale de justice de La Haye aurait été acheté par le Qatar. L'affaire peut-elle être rejugée à la lumière de ces révélations?
Un livre – sérieux celui-là – récemment publié sur le Qatar évoque une manipulation possible lors du jugement arbitral qui a tranché le conflit frontalier entre le Qatar et Bahreïn. Les enjeux sont énormes puisque, sous la mer et les îlots, se trouve du gaz. Un expert m'a déclaré que cette révélation pouvait être utilisée pour rouvrir le dossier devant la Cour de La Haye...
Parler du Qatar, c'est parler de Sarkozy, et inversement. De 2007 à 2012, les diplomates et espions français en sont témoins, c'est l'émir qui a réglé la «politique arabe» de la France.
Il est amusant de savoir aujourd'hui que Bachar al-Assad a été l'homme qui a introduit la «sarkozie» auprès de celui qui était alors son meilleur ami, l'émir du Qatar. Il n'y a pas de bonne comédie sans traîtres. Kadhafi était, lui aussi, un grand ami d'Al-Thani et c'est l'émir qui a facilité l'amusant séjour du colonel et de sa tente à Paris. Sans évoquer les affaires incidentes, comme l'épopée de la libération des infirmières bulgares.
La relation entre le Qatar et Sarkozy a toujours été sous-tendue par des perspectives financières. Aujourd'hui Doha promet d'investir 500 millions de dollars dans le fonds d'investissement que doit lancer l'ancien président français à Londres. Échange de bons procédés, ce dernier fait de la propagande ou de la médiation dans les aventures, notamment sportives, du Qatar.
François Hollande, par rapport au Qatar, s'est transformé en balancier. Un jour le Qatar est «un partenaire indispensable», qui a sauvé dans son fief de Tulle la fabrique de maroquinerie le Tanneur, le lendemain, il faut prendre garde de ses amis du jihad.
Aucune politique n'est fermement dessinée et les diplomates du Quai-d'Orsay, nommés sous Sarkozy, continuent de jouer le jeu d'un Doha qui doit rester l'ami numéro 1. En période de crise, les milliards miroitants d'Al-Thani impliquent aussi une forme d'amitié au nom d'un slogan faux et ridicule qui veut que le Qatar «peut sauver l'économie française»... La réalité est plus plate: tous les investissements industriels de Doha en France sont des échecs... Reste le placement dans la pierre, vieux bas de laine de toutes les richesses. Notons là encore un pathétique grand écart : François Hollande a envoyé son ministre de la Défense faire la quête à Doha afin de compenser le coût de l'opération militaire française au Mali, conduite contre des djihadistes très bien vus par l'émir.
(*) ''Le Vilain Petit Qatar – Cet ami qui nous veut du mal'', Jacques-Marie Bourget et Nicolas Beau, Éd. Fayard.
Publié par rachid barnat à 14:23 3 commentaires:
QUAND LES PETROMONARQUE* S'INVITENT DANS LES RÉVOLTES
DANS LES RÉPUBLIQUES DITES "ARABO MUSULMANES" ...
Ils font tout pour les avorter !
De peur de la contagion qui les dégagerait eux aussi !!
* Un jihadiste pisse sur la révolution du jasmin.
Par Jean Glavany,
député socialiste de la première circonscription des Hautes-Pyrénées
La mission de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale n’est pas une commission d’enquête à l’issue de laquelle au bout d’une quelconque instruction nous devrions procéder ou émettre des jugements ou, encore moins, des condamnations. Elle est une mission d’information. Nous avons travaillé depuis 6 mois dans une double optique : apprendre et comprendre. Aussi bien dans de très nombreuses auditions à l’Assemblée nationale que dans nos deux missions surplace, nous avons été uniquement motivés par cette double démarche : apprendre ces pays, ces peuples, leurs situations politiques, économiques et sociales et comprendre les mouvements en profondeur qui les animent depuis le début de ce que certains ont appelé « les printemps arabes » et que nous préférons, nous, appeler les « révolutions arabes ».
Pour ce faire, nous nous sommes efforcés de nous départir de tout préjugé, de tout à priori. Ça n’a pas toujours été facile tant parce qu’un passé « colonial » fût-il apaisé nous unit à tel ou tel de ces pays (on pense bien évidement à la Tunisie) que parce que notre mission étant plurielle, de tels préjugés nous auraient probablement divisés… C’est pourquoi, il nous est apparu important de préciser les erreurs à ne pas commettre dans l’approche de ces processus révolutionnaires. La première erreur à ne pas commettre est celle de l’amalgame ou plutôt des amalgames.
Amalgame entre les pays concernés : certes, ces révolutions ont des « points communs » (révolte contre des régimes dictatoriaux autant que contre la misère économique et sociale, position hégémonique des partis se réclamant de l’islamisme, atomisation des partis progressistes ou démocrates, libération de la presse, de la parole, de l’expression, éclosion d’un multipartisme « échevelé », etc.) mais chacun de ces pays et de ces processus révolutionnaires a son «caractère propre ». Qu’y-a-t-il de commun entre un pays de 85 Millions d’habitants, l'Égypte, et un autre de 12 Millions d’habitants, la Tunisie ? Amalgame entre les partis et les forces politiques qui ont tous et toutes leurs identités particulières : même les salafistes égyptiens sont bien différents des salafistes tunisiens.
Amalgame, surtout, dans l’approche de l’Islam
Contrairement à ce que croient trop de nos compatriotes, il n’y a pas « un » Islam monolithique et cohérent (et donc pas, soit dit en passant « une » menace islamique ou islamiste). L’Islam n’a pas de chef, de « grand imam » jouant un rôle dirigeant et une puissance d’influence comme le pape peut le jouer sur la religion catholique. L’Islam a « des » chefs, autant de chefs qu’il y a de mosquées et donc, d’imams. Certains exégètes avisés du Coran vous expliqueront même qu’il y a autant d’Islams que de musulmans dans la mesure où le Coran est source d’interprétations diverses et que c’est une des caractéristiques de cette religion que de confier à chaque croyant la liberté de choisir son « mode de croyance».
Quel rapport, par exemple, entre le cheikh Taïeb (grand imam) de la grande Mosquée Al Azaar au Caire, modèle de modération et d’ouverture et Yasser Burhani l’imam de la prédication d’Alexandrie, pourtant pédiatre de formation, créateur du parti salafiste Al Nour, ou Abou Ismaël salafiste révolutionnaire, incarnations presque caricaturales l’un et l’autre du conservatisme échevelé et de la réaction la plus extrémiste ?
Et, même, quand on parle des forces politico-religieuses, il faut se garder de tout amalgame ! Quand on parle des «salafistes » par exemple, on peut avoir le sentiment d’avoir ciblé un mouvement précis et catégorisé…jusqu’à ce qu’une rencontre – étonnante – avec des dirigeants du parti Al Nour au Caire nous expliquent en détails « les 5 écoles du salafisme, différentes et à bien des égards opposées entre elles » !
Le monde est complexe, le monde arabo-musulman plus encore… L’amalgame et le raccourci sont les erreurs à ne pas commettre pour appréhender cette complexité. La deuxième grande erreur serait de rechausser peu ou prou nos lunettes de vue d’ancienne puissance coloniale et de porter des jugements ou d’émettre des conseils de caractère néo-colonialiste. Pour la France, cela vaut en particulier dans notre approche de la Tunisie.
Une telle approche provoquerait irrémédiablement une réaction puissante de rejet et une accusation d’ingérence bien compréhensible : « nous n’avons nul besoin de vos conseils et, encore moins, de vos consignes ». Les opinions de ces pays sont, de traditions et de culture, très structurées par le nationalisme identitaire. Et elles ne dépassent ce nationalisme identitaire que pour repousser toute influence occidentale d’une façon plus « pan arabique » et, bien sûr, pour faire front commun derrière la Palestine et contre Israël...
La meilleure preuve tient aux auteurs de l’attaque contre l’ambassade d’Israël au Caire : elle ne fut pas le fait des islamistes mais des « ultras », ces supporters de football très violents et pas très cultivés… Au-delà de cette prudence, il nous faut, comme le dit Hubert Vedrine « nous désintoxiquer de l’idée que c’est nous qui tirons les ficelles au Maghreb »…Ou que nous aurions des leviers puissants pour agir. La troisième grande erreur à ne pas commettre est d’aller vers ces processus révolutionnaires avec nos yeux de français, les acquis de notre expérience et même nos mots, nos qualificatifs.
On a déjà dit à quel point l’amalgame d’une partie des penseurs politiques français décrivant l’Islam comme un « bloc cohérent » et, donc, une menace potentielle était un obstacle majeur à la compréhension de la complexité du monde arabo-musulman et de ses processus révolutionnaires. Mais il en va de même, dans une moindre mesure certes, quand on fait référence à notre héritage révolutionnaire : allez dire aux révolutionnaires du Caire, de Tripoli ou de Tunis que la France a mis près d’un siècle avant de stabiliser sa révolution de 1789 et d’inscrire la République dans la durée et ils vous répondront, excédés, « oui je sais, mais au Portugal, ils n’ont mis que 6 ou 7 ans après la révolution des œillets et, de toutes façons, à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, nous n’attendrons pas longtemps »
Quant à nos mots, à nos qualificatifs, ils doivent être employés avec la plus grande prudence. Je pense, en particulier, au beau mot de « laïcité », du substantif « laïc » ou du qualificatif « laïque », belle invention française mais dont nous savons, nous, qu’elle est une valeur à vocation universelle comme la démocratie et les droits de l’homme. Eh bien, qualifier certains des partis de Tunisie, d’Égypte ou de Libye de « partis laïques », c’est leur porter tort ! Car c’est leur coller une étiquette « occidentale » ou de « Partis de la France », c’est évoquer un modèle venu de l’extérieur. Même en Tunisie où l’amitié avec la France est profonde et où les liens avec notre pays sont très étroits, mieux vaut qualifier ces forces politiques de « démocrates » ou de« républicaines » voire de « progressistes » ou libéraux. Mais pas laïques. Hélas.
Rapport complet de la commission parlementaire sur les révolutions arabes.
DOMMAGE QUE LES HOMMES POLITIQUES POURSUIVENT LEUR POLITIQUE DE L'AUTRUCHE FACE A LA TUNISIE !
L'analyse que fait Jean Glavany est juste quant :
- à l'amalgame que beaucoup d'observateurs font entre Islam et Islamisme, et
- l'idée que se faisaient beaucoup d'occidentaux du monde qu'ils appellent, simplificateurs, le monde "arabo musulman"; serait monolithique !
Mais par contre lui l'homme politique, devait avoir compris l'islamisme que les pétromonarques soutiennent et veulent imposer aux républiques du "printemps arabe" et dont la finalité est de soumettre à leur hégémonie, des peuples nés du nationalisme après la fin de l'empire ottoman, et qui entendent conserver leur nation issue d'une grande lutte d'indépendance; ... au pire des systèmes politico religieux que la majorité des musulmans, et en premier les tunisiens, ont toujours refusé pour tout se qu'il véhicule d'obscurantisme et de totalitarisme théocratique : le WAHHABISME !
Quant à l'ingérence qu'il veut éviter à la France, ancienne puissance coloniale ... c'est une fumisterie dont se servent les complexés de l'Histoire qui n'ont toujours pas digéré leur passé comme Ghannouchi, et qu'il veut ménager alors qu'il livre la Tunisie à une scandaleuse ingérence du Qatar; qui va entraîner une régression sans précédent dommageable pour les Tunisiens au premier chef ... mais aussi pour l'Europe.
Publié par rachid barnat à 10:41 Aucun commentaire:
Publié par rachid barnat à 00:54 2 commentaires:
Nouvelle constitution: Pourquoi le régime mixte ne marchera pas
Par Naoufel Ben Rayana
Co fondateur de Radio Express FM
Attention, ça ne marchera pas!
Le projet de la nouvelle constitution, supposé pouvoir guider le navire «Tunisie» sur la voie de la démocratie et de la prospérité, a été adopté en commission au sein de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) avant de passer devant l’assemblée plénière. Un consensus semble avoir eu lieu en faveur d’un système mixte, une sorte de mélange entre le système présidentiel et le système parlementaire.
Le choix de ce système est dicté par l’histoire de la Tunisie après l’indépendance et par l’absolutisme qui a souvent marqué le système présidentiel en vigueur jusqu’au 14 janvier 2011. Le texte proposé aspire à une répartition des prérogatives du pouvoir exécutif entre le président de la république et le chef du gouvernement.
Ce système bicéphale, à mi-chemin entre le régime présidentiel et le régime parlementaire, sera un mauvais système car celui qui dirigera l'exécutif a besoin de tous les leviers, y compris la défense et les affaires étrangères, prérogatives faisant partie du « domaine réservé » du chef de l’Etat selon le projet. Et ça sera un système instable car toutes les semaines, on pourrait avoir un remake de l'affaire Baghdadi Mahmoudi avec des différends entre les deux têtes de l'Etat. Des problèmes au quotidien pourraient subvenir: qui représentera le pays à un sommet économique de chefs d’Etat sachant que l’économie fera partie des prérogatives du chef du gouvernement ? En cas de problème sécuritaire, qui tranchera ? Le chef de l’Etat qui est le commandant suprême des forces armées ou bien le chef du gouvernement qui a la haute main sur la sûreté à travers le ministère de l’intérieur ? Comment traiter un dossier de coopération économique avec un pays étranger sachant qu’il y’a à la fois un volet économique et un volet diplomatique ?, etc. De tels problèmes risquent de se multiplier à l’infini et risquent de causer une instabilité institutionnelle permanente.
Ces risques pourraient s’accentuer encore plus quand le président et le chef du gouvernement ne sont pas du même bord politique. On assistera alors à une cohabitation comparable à celles qu’a connues la France entre 1986 et 1988, entre 1993 et 1995 et entre 1997 et 2002 avec deux différences de taille : la Tunisie n’est pas une vieille démocratie comme la France (qui a pourtant souffert de ces cohabitations) et, en outre, elle ne peut pas se permettre une cohabitation permanente.
Par ailleurs, en cas d’échec, les deux têtes du sommet de l’Etat, chercheraient chacune à faire porter la responsabilité dudit échec à l’autre partie de l’exécutif.
Le souci des constituants, à travers ce système hybride, est de répartir les prérogatives entre le président de la république et le chef du gouvernement. Toutefois, les deux chefs de l’exécutif n’auront pas les coudées franches pour dérouler une véritable politique cohérente du pays. Les constituants voudraient corriger les torts du passé par une erreur qui risquerait de plonger le pays dans une instabilité permanente car le problème, ce n'est pas d'accaparer les prérogatives, mais plutôt d'avoir de vrais contre-pouvoirs (justice, parlement, médias, société civile et cour Constitutionnelle). Un système mixte sans couacs est une utopie. Une paralysie au sommet de l'Etat sera à craindre tous les jours.
Le mieux serait d’éviter cet « enlisement dans la voie médiane », à cheval entre le régime présidentiel et le régime parlementaire, en choisissant carrément l’un ou l’autre, en rappelant, toutefois, que le régime parlementaire est aussi instable, quoique dans une moindre mesure, que le régime mixte proposé: il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé ces deux derniers mois en Italie, par exemple, et qui n’est qu’une énième crise parmi tant d’autres qu’a connues ce pays depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les Tunisiens ont aussi connu un aperçu très significatif du régime parlementaire avec l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), source de tous les pouvoirs en Tunisie depuis les élections du 23 octobre, avec les performances que l’on sait. Ce qui donne à penser que nous ne sommes pas prêts aussi pour le régime parlementaire.
La Tunisie ne peut pas se permettre une instabilité permanente et une crise institutionnelle en continu à cause du régime mixte ou des blocages durables à cause du régime parlementaire. En outre, pour le commun des Tunisiens, un président est un président et beaucoup de nos concitoyens n’ont pas «digéré» le « peu » de prérogatives accordées par l’Organisation provisoire des pouvoirs (OPP) au chef de l’Etat dans cette période transitoire. Le mieux, dans ce cas, serait d’opter pour un vrai régime présidentiel avec un président élu au suffrage universel mais avec de vrais contre-pouvoirs, constitués par un parlement comptable des prestations de l’exécutif, une opposition et une société civile vigilantes, une justice indépendante, une cour constitutionnelle garante du bon fonctionnement des institutions et des médias indépendants. Un tel régime serait à même d’assurer une stabilité des institutions, une véritable démocratisation du pays et un socle pour sa prospérité.
Et comme dirait la sagesse populaire : « Quand il y a plusieurs capitaines sur un navire, il risque de couler ». كيف تكثر الرياس تغرق السفينة
Publié par rachid barnat à 13:30 Aucun commentaire:
Le mercredi 24 avril 2013 a été rendu public le texte de la nouvelle constitution tunisienne proposé par l’Assemblée qui a été élue le 23 octobre 2011 pour sa rédaction. A sa lecture, je comprends pourquoi l’ensemble des experts en droit public qui ont été sollicités pour l’avaliser ont refusé de le faire. Ce texte est pervers, bavard, confus.
1. Pervers, il l’est pour ce qui concerne les références à l’islam. Les constituants ne se sont pas contentés de la reprise de l’article premier de la constitution de 1959 qui stipule que « La Tunisie est un Etat libre, indépendant, souverain, l’islam est sa religion, l’arabe sa langue, la république son régime ». Or l’explicitation, en fin de parcours, dans l’un des tout derniers articles, le 136, qui précise que « l’islam est la religion de l’Etat », procède d’un glissement de sens qui transforme le descriptif en prescriptif. Par cette précision, la référence à l’islam dans l’article premier ne peut plus être lue comme un constat à propos d’une société dont la majorité des membres professe l’islam. S’il dispose d’une identité religieuse déterminée, exclusive, comment l’Etat peut-il être « civil, fondé sur la citoyenneté, la volonté populaire, la transcendance du droit », comme l’affirme l’article 2 ? Comment peut-il être « protecteur de la religion, chargée de la liberté de croyance, de la pratique des cultes… », tel que écrit dans l’article 5 ?
En outre, ce même article 5, destiné à garantir la liberté religieuse ne manque pas d’ambiguïté puisqu’il y est écrit que « l’Etat est protecteur de la religion » et non des religions ; or, nous savons que le "dîn" défini au singulier est dans le discours traditionnel l’islam même. Et le même article ajoute que l’Etat « protège le sacré », ce qui instaure une limite à la pratique de la liberté.
On comprend pourquoi cet article évoque « la liberté de croyance » : il le fait pour éluder la liberté de conscience telle qu’elle est définie dans l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme votée à l’ONU en 1948. Cet article implique la liberté d’embrasser n’importe quelle religion, de changer de religion, de sortir d’une religion et d’entrer dans une autre, et même de n’en avoir pas.
D’évidence, les constituants jouent au plus malin pour être fidèles aux recommandations de l’organisation des Etats islamiques qui appellent à ne pas accepter cet article 18. Ce souci est repérable dès le préambule, au deuxième paragraphe où les droits de l’homme sont conditionnés en amont par « les principes immuables (thawâbit) de l’islam », en aval par « les spécificités culturelles du peuple tunisien ». Bref, face à ce refus manifeste de la liberté de conscience, le législateur se réserve le droit de recourir au commandement de la shari’a qui condamne à la peine capitale l’apostat.
Cette ambiguïté est destinée à ouvrir la voie à la shari’a dans un texte qui ne la mentionne point. Cette omission (qui n’en n’est pas une) est due au combat de la société civile contre son usage lors des débats autour de cette question le printemps dernier dans l’enceinte de l’Assemblée constituante. En somme, nous retrouvons dans ce texte la stratégie à laquelle nous a habitué le parti islamiste Ennahdha. Face aux protestations démocratiques, il fait semblant de reculer sans finalement rien céder. Ce qu’une main rature, une autre main le récrit sous une autre forme, travestie, déguisée. C’est cela jouer la tactique démocratique pour parvenir à instaurer l’Etat théocratique.
D’évidence le dépassement de l’archaïsme théocratique se cristallise à travers la référence explicite à la liberté de conscience, celle-là même qui est éludée par un tour de passe-passe dans le présent texte. C’est cette explicitation qui est nécessaire pour dépouiller le texte de ses visées mal intentionnées. Certes, tout texte implique interprétation, le sens tremble toujours, le lecteur peut l’orienter dans telle ou telle direction. Mais cette interprétation reste déterminée par l’horizon sur lequel débouche l’infini du sens. Or, d’évidence, l’horizon de cette constitution est d’ouvrir des brèches dans la logique du droit positif par lesquelles seraient introduites les dispositions de la sharî’a. Les islamistes, dans ce texte, avancent masqués. Notre rôle est de leur ôter le masque qui travestit leur dessein.
D’autres preuves confirment cette démarche. Tel l’article 22 qui affirme que « Le droit à la vie est sacré, il n’est pas admis d’y toucher sauf dans des conditions établies par le droit » : ce qui veut dire que la peine de mort est reconduite au sein même de la reconnaissance du statut sacré de la vie. Cette formulation, qui confine à l’absurde, montre que nos constituants n’ont pas le sens du ridicule.
2. Le texte s’avère bavard particulièrement dans le préambule où nous nous trouvons inondés par des considérations pseudo humanistes fumeuses qui veulent faire de la Tunisie le pays de la citoyenneté fraternelle dont la dignité et la solidarité auraient à éclairer le monde et à endosser la cause de tous les opprimés de la terre, au nom de son identité arabo-islamique, ferment de l’unité nationale, prélude à l’unité maghrébine, ajoutant un pas sur le chemin de l’unité arabe et vers l’accomplissement islamique et africain. Ce sont là des propos creux, vains, constituant des vœux pieux dont on peut se gargariser pour flatter à peu de frais son orgueil. Mais l’on peut y voir aussi une logorrhée destinée à noyer la diversité constitutive de la Tunisie, laquelle ne s’est pas configurée par le seul apport arabo-islamique, mais aussi par le substrat berbère, juif et africain comme par les multiples apports méditerranéens, de Carthage à Rome, de l’Andalousie à l’Empire ottoman et à la francophonie. Je rappelle que la diversité des apports de civilisation est explicitement énoncée dans la constitution marocaine de 2011 où il est confirmé que l’identité arabo-islamique du pays est enrichie par les dimensions amazigh, africaine, méditerranéenne, juive, andalouse.
Outre l’occultation de la diversité qui nourrit l’identité du pays, je vois dans cet appel à l’unité nationale, à l’origine d’un processus qui finit par un accomplissement islamique, la fin de l’Etat-Nation qui aurait pour vocation de se fondre dans l’utopie du califat.
Quant au soutien à la Palestine, il est sensé couronner la vocation humaniste ensourcée dans le fonds arabo-islamique. Mais je ne vois pas comment ce devoir politique, cet engagement idéologique, fût-il destinal, peut figurer dans une loi fondamentale. C’est la confusion des genres, confusion entre le juridique et l’idéologique qui atteint son acmé dans la dénonciation du sionisme assimilé à un racisme, origine du malheur palestinien. Sans chercher à entrer dans le débat pour savoir si telle assertion est juste ou erronée, je constate que cette mention, pour inutile qu’elle soit dans l’économie d’une constitution, sera perçue comme une provocation par les alliés occidentaux, américains et européens. Par une telle assertion, les constituants ouvrent une polémique intempestive, préjudiciable, qu’ils n’auront pas le moyen de gagner dans le contexte d’une loi fondamentale destinée à gouverner une cité.
3. Cette proposition constitutionnelle s’avère encore plus confuse par sa volonté de mêler le régime parlementaire au régime présidentiel. Là encore, il s’agit de camoufler l’option pour un régime parlementaire par l’apparence d’un régime mixte. Car, paradoxalement, le président, fortement légitimé par le suffrage universel, se trouve pour ainsi dire dépouillé de l’exécutif ; il n’a autorité plénière que sur l’armée, dans un Etat où l’armée est, à tout le moins, d’une puissance relative. Et il dispose d’une cotutelle avec le premier ministre sur les Affaires Etrangères comme si celles-ci pouvaient être détachée de la politique générale. Et les rouages entre l’exécutif (en une portion congrue partagé par le président et le premier ministre) et le législatif sont tellement tatillons, tellement contraignants qu’ils ne peuvent qu’entraver la décision, ce qui engendrera la paralysie de l’Etat. Mais peut-être est-ce cela qui est recherché pour précipiter le dépérissement d’un tel Etat, sensé être une étape dans le processus qui aurait à nous conduire vers la restauration du Califat.
La même confusion s’exprime à travers l’appel à la décentralisation et à l’autonomie des régions, qui se trouvent contrariées par l’insistance sur la centralité de l’Etat.
Six mois après le délai prévu, la constitution qui nous est proposée est sous tout rapport inacceptable. Ses rédacteurs avancent masqués pour servir le projet islamiste d’Ennahdha. Aussi est-elle plus idéologique que juridique. Si elle est adoptée, ce sera le désastre de la régression et la voie ouverte vers la théocratie et la clôture archaïque. Si elle est rejetée, la crise perdurera et la légitimité des islamistes, et au-delà d’eux, des constituants, sera encore plus érodée. En somme, la révolution continue.
Publié par rachid barnat à 07:26 3 commentaires:

References: l'article 2
 l'article 136
 l'article 5
 l'Article 18
 l'article 33
 l'article 40