Source: http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/respiration.htm
Timestamp: 2017-03-26 05:27:33+00:00

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Aristote, Opuscules : TRAITÉ DE LA MÉMOIRE ET DE LA RÉMINISCENCE...(bilingue + notes)
TRAITÉ DE LA RESPIRATION. - Περὶ ἀναπνοῆς partie I - partie II
TRAITÉ DE LA RESPIRATION.
PLAN DU TRAITÉ DE LA RESPIRATION.
Bien peu de naturalistes ont traité de la respiration ; et presque aucun parmi ceux qui ont étudié cette fonction, n'a recherché à quelle fin elle a été donnée aux animaux. Ces philosophes n'ont pas tenu suffisamment compte des faits, et ils ont cru que tous les animaux respirent de la même façon ; ce qui n'est pas exact. Tous les animaux qui ont des poumons respirent ; mais ceux dont le poumon est privé de sang et spongieux, ont moins besoin de respiration que les autres; ils peuvent rester fort longtemps sans respirer, et même séjourner aisément dans l'eau. Au contraire, les animaux qui ont beaucoup de sang dans le poumon, ont plus besoin de respiration, parce qu'ils ont une chaleur plus considérable.
Démocrite d'Abdère et quelques autres ne se sont occupés que de l'homme; et ils semblent avoir supposé que tous les animaux, sans exception, respirent comme lui. Anaxagore et Diogène n'ont expliqué le mécanisme de cette fonction que pour les poissons et les coquillages. Ainsi, Anaxagore croit que les poissons rejettent l'eau par leurs branchies, et hument l'air qui vient alors dans leur bouche. Diogène est à peu près de la même opinion. Mais toutes ces théories sont inexactes, et ces auteurs ont supprimé la moitié des choses : ils n'ont pas vu que la fonction de la respiration se composait de deux phénomènes très distincts, l'inspiration et l'expiration. Diogène et Anaxagore sont hors d'état dans leurs systèmes de rendre compte de ce double fait. Selon ces théories, il faut que les poissons, au moment où ils reçoivent l'eau, expirent l'air qui est contenu en eux. Mais nécessairement ces deux mouvements en se rencontrant se contrarient l'un l'autre. Il s'ensuivrait que les poissons inspirent et expirent tout à la fois, chose qui est manifestement impossible.
Soutenir que les poissons hument l'air directement par leur bouche, ou qu'ils le tirent de l'eau, n'est pas plus exact. Les poissons n'ont pas d'artère, parce qu'ils n'ont pas de poumon; et leur estomac est placé tout de suite après leur bouche. Cela reviendrait donc à dire qu'ils aspirent l'air par leur estomac, ce qui n'est pas moins insoutenable. Si l'estomac des poissons remplissait cette fonction, on le verrait se mouvoir comme tous les organes par lesquels les animaux respirent; mais les poissons ne meuvent que leurs branchies. De plus, tous les animaux quand on les tient trop longtemps sous l'eau, étouffent en formant des bulles d'air qui sortent violemment du poumon ; les poissons ne présentent jamais un phénomène pareil, preuve qu'ils n'ont pas en eux la moindre parcelle d'air. Il faut ajouter que le mécanisme de la respiration, tel qu'on l'explique pour les poissons, devrait aussi parfaitement convenir aux hommes ; et cependant nous ne voyons pas cette ressemblance. D'ailleurs si les poissons respirent directement l'air, pourquoi meurent-ils suffoqués quand ils sont à terre? La raison qu'en donne Diogène est par trop naïve : il prétend que dans ce cas les poissons ont trop d'air, tandis que dans l'eau ils n'ont que ce qu'il leur en faut. Si ceci était vrai des poissons, ce ne le serait pas moins des animaux terrestres; et jusqu'à présent, on n'a point vu d'animal mort pour avoir trop respiré. Enfin, si tous les animaux respirent comme le supposent Diogène et Anaxagore, les insectes aussi doivent respirer. Mais comment, par quel organe les insectes pourraient-ils respirer après qu'on les a coupés et divisés en plusieurs morceaux ? Ce qui a jeté les naturalistes dans toutes ces erreurs, c'est qu'ils n'avaient pas suffisamment observé les organes intérieurs des animaux, et qu'ils ne se sont pas assez dit que la nature dans tout ce qu'elle fait a toujours un but. En effet, si l'on avait recherché dans quelle vue la respiration a été donnée aux animaux, et si l'on avait observé cette fonction dans les organes qui l'accomplissent, branchies et poumons, on en aurait bien vite trouvé la cause.
Démocrite s'est bien occupé de cette cause, en disant que la respiration a pour résultat d'empêcher que l'âme ne soit expulsée du corps. Mais il n'a pas dit précisément que ce fût là le but que se proposait la nature. Suivant lui, les sphéroïdes qui sont répandus dans l'air entrent dans l'animal quand il respire, et empêchent par la pression qu'ils exercent que l'âme ne s'en échappe. Au contraire, quand ces sphéroïdes sont chassés du corps de l'animal, la mort a lieu, parce que l'animal devient alors incapable de respirer. Du reste, dans cette explication générale de la mort, Démocrite n'a pas su distinguer la mort naturelle qu'amène la vieillesse, et la mort violente que peuvent causer tant d'accidents. Il n'a pas dit non plus, si la respiration vient du dedans ou du dehors. Mais c'est du dedans évidemment qu'elle vient; car il serait absurde de croire que le milieu environnant puisse à la fois comprimer l'animal, et une fois qu'il est entré, le distendre, comme Démocrite le suppose. Son explication de la mort ne serait bonne que pour les animaux qui respirent ; mais tous ne respirent pas. Enfin sa théorie ne peut rendre compte de certains faits qu'on observe tous les jours. Quand il fait très chaud, nous avons plus besoin de respirer. Dans les grands froids, au contraire, nous retenons notre haleine ; notre corps se resserre et se condense. Il faudrait pourtant, si les idées de Démocrite étaient justes, que l'air extérieur en entrant en nous, empêchât cette compression l'hiver aussi bien que l'été.
L'impulsion circulaire qu'imagineTimée pour expliquer la respiration, ne montre pas du tout comment les animaux, autres que l'homme, parviennent à conserver leur chaleur. Suivant lui, quand la chaleur sort par la bouche, l'air ambiant se précipite, en traversant les chairs raréfiées, dans le lieu même d'où la chaleur est sortie ; l'air échauffé sort de nouveau, et est repoussé à l'intérieur par la bouche ; et c'est ainsi que se fait l'inspiration et l'expiration. D'abord cette théorie admet que l'expiration est antérieure à l'inspiration; et ce premier fait est inexact. En outre, elle ne dit pas dans quel but ces deux fonctions ont été données aux animaux. De plus, il est difficile de comprendre que nous sentions si bien l'entrée et la sortie de l'air par la bouche, quand nous sentons si peu l'entrée de l'air dans notre poitrine, et sa sortie après qu'il est échauffé. Enfin la respiration, loin d'être l'entrée de la chaleur en nous, est tout le contraire; l'air qu'on rejette est chaud ; l'air qu'on aspire est froid ; et quand par hasard il est chaud, on a grande peine à le respirer, et il faut reprendre son haleine à plusieurs reprises.
On ne peut pas admettre non plus que la respiration ait pour objet d'alimenter le feu intérieur, ni que l'inspiration soit en quelque sorte du combustible mis sur le feu, ni que l'expiration ait lieu quand le feu est suffisamment alimenté. Une première objection à cette théorie, c'est qu'il faudrait que ce phénomène, ou du moins un phénomène analogue, se répétât dans les animaux autres que l'homme; or, c'est ce qui n'est pas. En second lieu, la chaleur vitale s'entretient par la nourriture, bien plutôt que par l'air qu'on respire. Enfin, cette théorie a le tort d'admettre que dans la respiration, c'est un seul et même organe qui reçoit l'aliment et en rejette le résidu, chose tout à fait impossible.
Empédocle a traité aussi de la respiration ; mais il ne dit rien de bien clair sur le but de cette fonction ; et il ne se prononce pas sur la question de savoir si tous les animaux respirent. Il ne parle, en outre, que de la respiration par le nez ; sans doute elle lui paraît la seule, ou du moins la plus importante, tandis qu'au fond elle n'est qu'accessoire, si on la compare à celle qui se fait par l'artère. Pour bien faire comprendre le mécanisme de l'inspiration et de l'expiration, Empédocle le compare au phénomène des clepsydres, où l'on peut retenir l'eau en couvrant avec la main l'ouverture supérieure du vase, et d'où l'eau sort du moment qu'en levant la main on permet à l'air extérieur d'y entrer et de chasser l'eau. Il a décrit en vers ce fait assez curieux, et il a prétendu que les choses se passent absolument de même dans les tuyaux qu'il suppose à l'extrémité des narines, et qui peuvent recevoir l'air tour à tour et le rejeter. L'erreur principale d'Empédocle est de ne s'être occupé, comme nous venons de le dire, que de la respiration qui se fait par les narines. De plus, les choses sont, à ce qu'il semble, le contraire de son explication; les animaux aspirent, en soulevant leur corps, comme se soulèvent les soufflets de forge; et c'est en se comprimant et en se resserrant qu'ils expirent; la seule différence, c'est que dans les animaux, c'est par une même ouverture que se font l'inspiration et l'expiration, tandis que dans les soufflets les ouvertures sont différentes. L'erreur d'Empédocle doit paraître d'autant plus grave, que la respiration n'appartient pas en propre aux narines ; le trou des narines va se joindre, dans le fond de la bouche, à l'artère qui est près du gosier; et c'est toujours par l'artère qu'on respire, soit que le souffle passe par le nez, soit qu'il passe par la bouche. — Telles sont les diverses objections que soulèvent les théories présentées jusqu'à présent sur la respiration.
On a dit antérieurement que la vie et l'âme ne peuvent subsister dans les êtres qu'à la condition d'une certaine chaleur, parce que la digestion qui nourrit les animaux ne saurait se faire sans âme ni sans chaleur. C'est le centre de l'animal qui est le siége de l'âme nutritive, et du cœur, principe des veines, comme le prouve l'anatomie. Nous avons vu aussi quelle est l'importance capitale de la faculté nutritive, sans laquelle les autres facultés ne pourraient exister. Enfin, nous avons vu comment le feu se détruit, ou en se consumant lui-même, ou en éprouvant quelque action violente qui l'étouffe; et nous avons reconnu que le feu a besoin pour s'entretenir, d'un certain refroidissement régulier qui le protége contre la destruction qui lui viendrait de lui-même.
Pour les animaux qui sont très petits, et qui n'ont pas de sang, le milieu qui les environne, air ou eau, suffit à leur donner le refroidissement nécessaire. Certains insectes qui vivent un peu plus longtemps que les autres, ont le dessous de leur corselet divisé en deux parties, pour qu'ils soient refroidis à travers cette membrane qui, chez eux, est plus mince : telles sont les abeilles, les guêpes, les scarabées et les cigales. Le bourdonnement de quelques-uns d'entre eux, ne vient que du souffle naturel qui, en s'élevant et en s'abaissant, heurte l'air intérieur contre la membrane; car ces animaux meuvent cette partie, tout comme ceux qui respirent du dehors la meuvent par des poumons ou par des branchies. Entre les animaux qui ont du sang et des poumons, mais dont le poumon est petit et spongieux, il y en a qui vivent très longtemps sans respirer, parce que leur poumon peut recevoir une très grande dilatation; et le mouvement qui lui est propre, suffit pour refroidir l'animal, du moins durant quelque temps. Parmi les animaux aquatiques, ceux qui n'ont pas de sang vivent plus longtemps dans l'air que ceux qui ont du sang et qui reçoivent le liquide comme les poissons : tels sont les crustacés et les polypes ; ayant peu de chaleur, l'air peut les refroidir pour longtemps. Les animaux qui n'ont pas de poumons, ou qui ont un poumon prive de sang, ont moins besoin de refroidissement.
Ainsi pour les animaux qui n'ont pas de sang, l'air ambiant ou le liquide dans lequel ils vivent, suffît à leur conserver la vie. Ceux qui ont du sang et un cœur, et de plus un poumon, reçoivent l'air; et ils se procurent le refroidissement nécessaire à leur existence par l'inspiration et l'expiration. Tous les vivipares, soit aquatiques, soit terrestres, ont un poumon, bien qu'il y en ait qui puissent rester fort longtemps sous l'eau. Les animaux qui ont des branchies, se refroidissent en recevant l'eau ; et les branchies se trouvent dans tous les animaux qui n'ont pas de pieds ; il n'est qu'un animal qui fasse exception à cette règle : c'est le cordyle. Tous les poissons sont sans pieds, ou quand ils en ont, ces pieds ressemblent à des nageoires. Il n'y a point d'animal, du moins jusqu'à présent connu, qui ait à la fois un poumon et des branchies, parce que la nature n'emploie jamais qu'un organe pour une fonction; et l'animal n'a besoin que d'une seule espèce de refroidissement. Mais la nature ne fait jamais rien en vain ; et s'il y avait deux refroidissements dans l'animal, l'un des deux serait certainement inutile.
Dans les animaux qui ont un poumon, la nature se sert de la bouche à deux fins : l'alimentation et la respiration. Dans ceux qui n'ont pas de poumons, la bouche ne sert qu'à l'élaboration des aliments; ces deux fonctions ne se contrarient point quand elles sont toutes dans le même animal, en ce qu'elles ne sont jamais simultanées. L'artère est placée en avant de l'œsophage; et l'épiglotte lui sert de couvercle pour que les aliments ne s'y introduisent pas. Dans les animaux qui n'ont pas d'épiglotte, comme les oiseaux et les quadrupèdes ovipares, c'est une contraction du gosier qui la remplace. Les animaux qui ont des branchies s'en servent pour repousser l'eau et pouvoir digérer leur nourriture; mais ce mouvement, chez eux, doit être très rapide pour que l'eau n'entre pas dans leur estomac.
L'organisation des cétacés et des animaux à tuyau, en général, pourrait faire naître quelque doute. Ils ont, à ce qu'il semble, ces diverses fonctions réunies; ils ont un poumon, quoique sans pieds, et ils reçoivent l'eau de la mer. Mais ce n'est pas en vue du refroidissement qu'ils reçoivent ce liquide, puisque ce refroidissement leur est donné par la respiration. Comme il leur faut toujours prendre nécessairement leurs aliments dans l'eau, ils doivent rejeter le liquide après l'avoir absorbé ; c'est là l'emploi du tuyau; et sa position même le prouve assez. C'est par une raison semblable que les mollusques et les crustacés rejettent le liquide par les opercules placés près des parties velues; les seiches et les polypes le rejettent par le creux placé au-dessus de ce qu'on appelle leur tête. On trouvera, du reste, des détails plus précis dans l'Histoire des Animaux.
Le poumon a été donné aux animaux les plus élevés, précisément parce qu'ils ont plus de chaleur que les autres, et par conséquent, plus besoin de refroidissement. L'homme qui est de tous les animaux celui qui a le sang le plus pur et le plus abondant, est aussi celui qui se tient le plus droit, ayant le haut de son corps dans le même sens que le haut du monde entier. Le poumon est pour lui un organe indispensable ; et il lui a été donné pour ce refroidissement qui lui est nécessaire. La nature n'est pas moins admirable en ceci que dans tout ce qu'elle fait, donnant aux divers ordres des êtres les organes qui leur conviennent, et les plaçant dans les lieux qui leur sont propres.
Mais Empédocle s'est trompé, quand il a cru que ce sont les animaux qui ont le plus de chaleur et de feu, que la nature a placés dans l'eau, pour rétablir ainsi l'équilibre par le milieu dans lequel ils vivent. D'abord Empédocle fait naître tous ces animaux à terre; et selon lui ils s'enfoncent dans les eaux aussitôt après leur naissance. On ne comprend pas trop comment ils pourraient le faire, privés de pieds comme ils le sont. En outre, loin que les animaux aquatiques soient plus chauds que les animaux terrestres, ils le sont moins parce qu'ils ont moins de sang en général. Pourtant l'opinion d'Empédocle n'est pas erronée de tout point. Il est très vrai que les lieux et les climats qui ont des qualités contraires à celles de l'animal, contribuent à le conserver. Si, par exemple, la nature faisait un être en cire, elle ne le placerait certainement pas dans la chaleur ; elle n'y mettrait pas davantage un être en glace, pas plus qu'elle ne mettrait dans l'eau un être de sel ou de salpêtre. Il est donc tout simple qu'un être froid et humide soit placé dans les eaux, comme un être sec est placé dans un élément sec. Ainsi, les natures diverses de la matière sont en général ce qu'est le lieu où elles sont placées, humides dans l'eau, sèches sur la terre. Mais quand il y a excès, soit de chaleur, soit de froid, le lieu peut contribuer à rétablir l'équilibre nécessaire, que les animaux recherchent aussi de leur propre mouvement. Ainsi, Empédocle n'a pas vu toute la vérité, bien que son erreur ne soit pas non plus complète. Mais, pour revenir à notre question générale, pourquoi les animaux qui ont un poumon plein de sang respirent-ils et reçoivent-ils l'air ? c'est uniquement pour refroidir le feu vital qu'ils portent en eux. L'air, par sa légèreté même, est parfaitement propre à pénétrer l'animal entier, et à se glisser dans toutes ses parties pour le refroidir; et l'eau ne pourrait remplir cet office. Plus les animaux ont de chaleur naturelle, plus ils ont besoin de refroidissement; et l'air s'introduit aisément jusqu'au principe même de la chaleur, qui est dans le cœur.
Pour bien savoir comment le cœur communique avec le poumon, il faut recourir aux observations anatomiques, et étudier aussi ce qui en a été dit dans l'Histoire des Animaux. Le refroidissement s'accomplit par la respiration dans les animaux qui ont un cœur et un poumon; ceux qui ont un cœur, mais sans poumon, se procurent le refroidissement par l'eau même, à l'aide de leurs branchies. Le cœur, du reste, est placé dans la même position chez les animaux terrestres et chez les aquatiques; dans ces derniers il communique avec les branchies, pour pouvoir être refroidi par l'eau qu'elles reçoivent sans cesse. Dans les animaux qui respirent l'air, le jeu de la poitrine qui s'élève et s'abaisse est tout à fait analogue à celui des branchies. Ils sont, du reste, promptement étouffés quand ils n'ont pas assez d'air, ou quand ils n'en changent point, parce que l'air devient trop chaud ainsi que l'animal; et c'est le contact du sang qui les échauffe tous les deux outre mesure; les poumons ou les branchies ne peuvent plus agir, et l'être doit mourir.
Tous les animaux sont donc soumis à cette loi générale de naître et de mourir. Ces deux phénomènes s'accomplissent de bien des manières différentes; mais au fond voici ce qu'il y a toujours de commun. La mort ne peut être que violente ou naturelle ; violente, quand le principe qui la cause vient du dehors; naturelle, quand il est dans l'individu lui-même. Elle ne vient alors que d'un défaut de chaleur dans cette partie où réside la vie elle-même, c'est-à-dire, le cœur, ou la partie correspondante chez les êtres qui n'ont pas de cœur. Il est remarquable, d'ailleurs, que de même que les insectes vivent après qu'on les a divisés et coupés, de même certains animaux, comme les tortues, vivent encore quelque temps après qu'on leur a ôté le cœur. Mais, en général, le principe de la vie disparaît dans les animaux qui ont un cœur, quand la chaleur naturelle qui se confond avec le principe vital, n'est plus suffisamment refroidie. Cette chaleur se consume alors elle-même ; les poumons ou les branchies se durcissent et se dessèchent; et l'animal ne pouvant plus les dilater et les contracter, le feu de la vie se consume et s'éteint. Dans la vieillesse, les moindres accidents causent la mort parce que la chaleur y est très faible; elle a été dépensée dans le cours de la vie, et il ne reste plus dans l'être qu'une flamme insensible. C'est là enfin ce qui fait»que dans la vieillesse la mort est très douce; et la délivrance de l'âme a lieu sans presque qu'on le sente. Toutes les maladies qui agissent sur le poumon rendent la respiration plus fréquente; et le poumon cessant de faire ses fonctions, il faut que l'animal meure en essayant de reprendre son haleine, et en rendant des soupirs.
La naissance n'est donc que la première rencontre de l'âme nutritive avec la chaleur; la vie n'est que la persistance de cette relation; la jeunesse, c'est le développement de cette partie essentielle qui refroidit l'animal; la vieillesse en est la destruction ; la maturité de l'âge est le milieu entre l'une et l'autre. La mort n'est que l'impuissance des organes destinés à refroidir l'animal. Voilà donc ce que c'est que la naissance, la vie, et la mort dans les animaux.
On voit évidemment aussi pourquoi les animaux qui respirent sont étouffés dans l'eau, et les poissons, dans l'air : c'est que le refroidissement ne peut plus avoir lieu pour eux, quand ils sont tirés des milieux où ils doivent vivre. C'est pour entretenir le refroidissement que les uns meuvent les branchies, et les autres, le poumon; ceux-ci pour recevoir l'eau, ceux-là pour respirer l'air qui leur est indispensable. Voici d'ailleurs quelques détails sur les divers phénomènes que présente le cœur.
Ils sont au nombre de trois : la palpitation, le pouls, et la respiration. La palpitation est la concentration violente de la chaleur vers le cœur. Ainsi, dans les grandes frayeurs, les parties supérieures du corps sont toutes refroidies, et le cœur palpite parce que la chaleur s'y est précipitée ; cette concentration est parfois assez violente pour causer la mort. Quant au pouls, qui est continuel et ne cesse point durant la vie entière, c'est une sorte de bouillonnement causé dans le cœur par l'humeur qu'y apporte la nourriture sans interruption; et si le pouls est plus rapide dans les jeunes animaux que dans les vieux, c'est que dans les premiers aussi l'évaporation est plus considérable que dans les autres. Toutes les veines battent et battent en même temps, parce qu'elles dépendent toutes du cœur, dont elles reçoivent sans cesse le mouvement. Voilà ce que sont la palpitation et le pouls.
La respiration a lieu quand la chaleur augmente dans la partie où est le principe nutritif. En s'augmentant, elle dilate l'organe où elle est ; et le jeu des poumons ressemble à celui des soufflets de forge. Le poumon soulevé, soulève à son tour toute la partie du corps qui l'entoure. L'air alors peut entrer ; et comme il est froid, il apaise l'ardeur excessive du feu intérieur. Quand la chaleur diminue, le poumon reçoit un mouvement inverse, il se contracte; et l'air sort, échauffé par le feu intérieur avec lequel il a été en contact. L'entrée de l'air se nomme inspiration; sa sortie, expiration; et ce double mouvement se continue autant que la vie elle-même. Le jeu des branchies est absolument le même dans les poissons ; les branchies, soulevées par la chaleur, laissent pénétrer l'eau ; et quand le cœur est refroidi, l'eau est rejetée pour être de nouveau remplacée par d'autre. La vie est à ces conditions dans les animaux qui respirent et dans les poissons.
Voilà donc à peu près tout ce qu'on avait à dire sur la vie et la mort, et sur les phénomènes qui s'y rattachent. Quant. à la santé et à la maladie, elles pourraient intéresser le naturaliste presque autant qu'elles intéressent le médecin ; et de fait, les médecins instruits étudient la nature, de même que les naturalistes finissent presque toujours par étudier la médecine.
Les travaux des naturalistes antérieurs sur la respiration sont très incomplets. -- Tous Ies animaux ne respirent pas, ainsi qu'on l'a cru faussement. Il n'y a que les animaux pourvus de poumons qui respirent : organisations diverses du poumon : rapports de l'organisation du poumon avec le besoin de respiration.
[470b] 1 Περὶ γὰρ ἀναπνοῆς ὀλίγοι μέν τινες τῶν πρότερον φυσικῶν εἰρήκασιν· τίνος μέντοι χάριν ὑπάρχει τοῖς ζῴοις, οἱ μὲν οὐδὲν ἀπεφήναντο, οἱ δὲ εἰρήκασι μέν, οὐ καλῶς δ' εἰρήκασιν ἀλλ' ἀπειροτέρως τῶν συμβαινόντων. Ἔτι δὲ πάντα τὰ ζῷά φασιν ἀναπνεῖν· τοῦτο δ' οὐκ ἔστιν ἀληθές.
Ὥστ' ἀναγκαῖον περὶ τούτων πρῶτον ἐπελθεῖν, ὅπως μὴ δοκῶμεν ἀπόντων κενὴν κατηγορεῖν. 2 Ὅτι μὲν οὖν ὅσα πνεύμονα ἔχει τῶν ζῴων ἀναπνεῖ πάντα, φανερόν. Ἀλλὰ καὶ τούτων αὐτῶν ὅσα μὲν ἄναιμον ἔχει τὸν πνεύμονα καὶ σομφὸν ἧττον δέονται τῆς ἀναπνοῆς· διὸ πολὺν χρόνον ἐν τοῖς ὕδασι δύνανται διαμένειν παρὰ τὴν τοῦ σώματος ἰσχύν. Τὸν δὲ πνεύμονα σομφὸν ἔχει πάντα τὰ ᾠοτοκοῦντα, οἷον τὸ τῶν βατράχων γένος. Ἔτι δὲ αἱ ἑμύδες τε καὶ χελῶναι πολὺν χρόνον μένουσιν ἐν τοῖς ὑγροῖς· ὁ γὰρ πνεύμων ὀλίγην ἔχει θερμότητα (ὀλίγαιμον γὰρ ἔχουσιν αὐτόν)· ἐμφυσώμενος οὖν αὐτὸς τῇ κινήσει καταψύχει καὶ ποιεῖ διαμένειν πολὺν χρόνον. Ἐὰν μέντοι βιάζηταί τις λίαν κατέχων πολὺν χρόνον, ἀποπνίγονται πάντα· οὐδὲν γὰρ τῶν τοιούτων δέχεται τὸ ὕδωρ ὥσπερ οἱ ἰχθύες. 3 Τὰ δ' ἔναιμον ἔχοντα πνεύμονα πάντα μᾶλλον δεῖται τῆς ἀναπνοῆς διὰ τὸ πλῆθος τῆς θερμότητος· 4
τῶν δ' ἄλλων ὅσα μὴ ἔχει πνεύμονα οὐθὲν ἀναπνεῖ.
§ 1. Parmi les naturalistes qui nous ont précédé, il en est bien peu qui aient traité de la respiration. A quelle fin cette fonction a-t-elle été donnée aux animaux ? C'est une question que les uns ont complètement passée sous silence, et que les autres ont résolue d'une manière très peu satisfaisante, sans tenir suffisamment compte des faits que fournit l'observation. Par exemple, ils prétendent que tous les animaux respirent; et cela n'est pas exact. Il sera donc nécessaire de traiter d'abord ce point spécial, pour ne pas avoir l'air de porter de vagues accusations contre des gens qui ne sont pas là pour nous répondre.
§ 2. Il est évident que tous les animaux qui ont des poumons respirent; mais parmi eux, tous ceux dont le poumon est privé de sang et est spongieux, ont moins besoin de respiration que les autres; aussi peuvent-ils, comparativement à la force de leur corps, demeurer fort longtemps sans respirer. Or tous les ovipares ont le poumon spongieux, comme le genre grenouille. Les lézards d'eau et les tortues peuvent rester aussi fort longtemps dans l'eau; car leur poumon a peu de chaleur, parce qu'il a fort peu de sang. Le poumon se gonflant lui-même par le mouvement qui lui est propre, refroidit l'animal et lui permet de demeurer longtemps sans respiration. Cependant tous ces animaux, si on les tient trop longtemps sous l'eau, finissent par y être étouffés, parce qu'aucun d'eux ne peut recevoir l'eau comme le l'ont les poissons. § 3. Au contraire, les animaux qui ont beaucoup de sang dans le poumon ont plus besoin de respiration, parce qu'ils ont une chaleur plus considérable. § 4. Parmi les animaux qui n'ont pas de poumon, il n'en est aucun qui respire.
Il y a quelques commentateurs qui joignent ce traité au précédent. C'est ce que fait Pierre d'Auvergne, à qui appartient encore le commentaire placé dans les oeuvres de saint Thomas. Les manuscrits n'autorisent pas cette confusion. Il vaut mieux ne pas l'admettre, parce qu'elle n'est pas nécessaire. Le Traité de la Respiration est très clairement indiqué par Aristote lui-même dansle Traité de l'Âme, III, IX, 4.
§ 1. Parmi les naturalistes. On verra par la suite de ce traité qu'Aristote entend surtout parler ici d'Empédocle, de Démocrite, d'Anaxagore et de Platon. -- À quelle fin. Platon, en particulier, a traité cette question ; et l'accusation générale portée ici ne peut l'atteindre. Sa solution est absolument la même que celle, d'Aristote; voir le Timée, p. 188, trad. de M. Cousin. -- Que tous les animaux respirent. Il semble bien qu'en ceci les naturalistes dont parle Aristote ne se sont pas trompés; mais c'est qu'Aristote entend sans doute qu'ils ont cru que tous les animaux respirent par des poumons, c'est-à-dire tous de la même manière : ce qui, en effet, n'est pas exact ; voir plus bas, § 2 et 4. - Pour ne pas avoir l'air. On dirait qu'Aristote prévoyait les reproches qui pourraient lui être plus tard adressés, pour cette partie de ses travaux où il expose les théories de ses devanciers. On sait quelle a été sur ce point la violence des attaques de Bacon, par exemple; voir la préface à ma traduction de la Logique, p. CXIX.
§ 2. Tous les animaux qui ont des poumons respirent. Ceci montre dans quel sens Aristote a blâmé ses devanciers au paragraphe piment; voir aussi plus bas, § 4.
— Et est spongieux. Peut- être l'expression dont se sert ici Aristote n'est-elle pas assez spéciale. Le poumon peut passer pour spongieux, même dans les animaux où il est plein de sang, comme dans l'homme. La force de leur corps. C'est la traduction littérale : peut-être eût-il mieux valu dire : « Les dimensions. »
-- Comme le genre grenouille. Voir quelques détails sur l'oeuf des grenouilles, Traité de la Génération des Animaux, liv. III, ch. III, p. 734, a, 25, édit. de Berlin, et Histoire des Animaux, II, ch. XIII, à la fin. - Ne peut recevoir l'eau comme le font les poissons, par les branchies; voir plus loin, ch. X.
§ 3. Parce qu'ils ont une chaleur plus considérable. Dans le système d'Aristote, la respiration ne sert qu'à refroidir l'animal et à le faire vivre, en tempérant sa chaleur naturelle.
§ 4. Aucun qui respire. Voir plus haut, §§ 1 et 2. Il n'y a donc entre Aristote et quelques autres naturalistes qu'une différence de termes. Les branchies sont un appareil qu'il ne faut point confondre avec le poumon; mais elles servent comme lui à la respiration.
Travaux et erreurs de Démocrite. -- Anaxagore et Diogène ont essayé d'expliquer le mécanisme de la respiration chez les poissons et les coquillages. -- Réfutation de leurs explications : ils n'ont pas poussé l'analyse assez loin : ils n'ont vu que la moitié des choses : le phénomène total de la respiration se compose de deux autres, l'inspiration et l'expiration.
1 Δημόκριτος μὲν οὖν ὁ Ἀβδηρίτης καί τινες ἄλλοι τῶν περὶ τῆς ἀναπνοῆς εἰρηκότων οὐδὲν περὶ τῶν ἄλλων διωρίκασι ζῴων, ἐοίκασι μέντοι λέγειν ὡς πάντων ἀναπνεόντων· 2 Ἀναξαγόρας δὲ καὶ Διογένης, πάντα φάσκοντες ἀναπνεῖν, περὶ τῶν ἰχθύων καὶ τῶν ὀστρέων λέγουσι τίνα τρόπον ἀναπνέουσιν, 3 καί φησιν Ἀναξαγόρας μέν, ὅταν ἀφῶσι τὸ ὕδωρ διὰ τῶν [471a] βραγχίων, τὸν ἐν τῷ στόματι γινόμενον ἀέρα ἕλκοντας ἀναπνεῖν τοὺς ἰχθῦς· οὐ γὰρ εἶναι κενὸν οὐδέν· 4 Διογένης δ' ὅταν ἀφῶσι τὸ ὕδωρ διὰ τῶν βραγχίων, ἐκ τοῦ περὶ τὸ στόμα περιεστῶτος ὕδατος ἕλκειν τῷ κενῷ τῷ ἐν τῷ στόματι τὸν ἀέρα, ὡς ἐνόντος ἐν τῷ ὕδατι ἀέρος. 5 Ταῦτα δ' ἐστὶν ἀδύνατα. Πρῶτον μὲν γὰρ τὸ ἥμισυ τοῦ πράγματος ἀφαιροῦσι, διὰ τὸ τὸ κοινὸν ἐπὶ θατέρου λέγεσθαι μόνον. Ἀναπνοὴ γὰρ καλεῖται, ταύτης δὲ τὸ μέν ἐστιν εἰσπνοή, τὸ δ' ἐκπνοή, περὶ ἧς οὐθὲν λέγουσι, τίνα τρόπον ἐκπνέουσι τὰ τοιαῦτα τῶν ζῴων. Οὐδ' ἐνδέχεται αὐτοῖς εἰπεῖν· ὅταν γὰρ ἀναπνεύσωσι, ταύτῃ ᾗ ἀνέπνευσαν πάλιν δεῖ ἐκπνεῖν, καὶ τοῦτο ποιεῖν ἀεὶ παραλλάξ, ὥστε συμβαίνει ἅμα δέχεσθαι τὸ ὕδωρ κατὰ τὸ στόμα καὶ ἐκπνεῖν. Ἀνάγκη δ' ἀπαντῶντα ἐμποδίζειν θάτερον θατέρῳ. Εἶτα ὅταν ἀφῶσι τὸ ὕδωρ, τότε ἐκπνέουσι κατὰ τὸ στόμα ἢ κατὰ τὰ βράγχια, ὥστε συμβαίνει ἅμα ἐκπνεῖν καὶ ἀναπνεῖν· τότε γάρ φασιν αὐτὸ ἀναπνεῖν. Ἅμα δ' ἀναπνεῖν καὶ ἐκπνεῖν ἀδύνατον. Ὥστ' εἰ ἀνάγκη τὰ ἀναπνέοντα ἐκπνεῖν καὶ εἰσπνεῖν, ἐκπνεῖν δὲ μὴ ἐνδέχεται μηδὲν αὐτῶν, φανερὸν ὡς οὐδ' ἀναπνεῖ αὐτῶν οὐδέν.
Démocrite d'Abdère, et quelques autres qui se sont occupés de la respiration, n'ont rien dit des animaux autres que l'homme ; et ils semblent avoir supposé que tous les animaux, sans exception, respirent.
§ 2. Anaxagore et Diogène, en admettant aussi que tous respirent, n'ont expliqué le mécanisme de cette fonction que pour les poissons et les coquillages. § 3. Ainsi, Anaxagore prétend que les poissons, au moment où ils rejettent l'eau par les [471a]
branchies, respirent en humant l'air qui vient alors dans leur bouche ; car, suivant lui, il ne peut y avoir de vide nulle part. § 4. Diogène soutient que quand les poissons rejettent l'eau par les branchies, ils tirent l'air de l'eau qui entoure leur bouche, au moyen du vide qui se fait dans leur bouche à ce moment ; et par là, Diogène suppose qu'il y a de l'air dans l'eau.
§ 5. Mais tout ceci est inexact. D'abord ces auteurs suppriment la moitié des choses, parce qu'ils ne disent que d'une seule des deux parties du phénomène ce qui cependant est commun aux deux. On appelle ce phénomène respiration; mais dans la respiration il faut distinguer, d'une part, l'expiration, et de l'autre, l'inspiration. Or, Anaxagore et Diogène ne disent pas du tout comment l'expiration peut se faire chez les animaux dont ils parlent; et il leur serait bien impossible de le dire. En effet, quand les animaux respirent, il faut encore qu'ils expirent par le même moyen qui leur a servi à respirer ; et ce mouvement régulier doit se continuer sans interruption. Par conséquent, il faut qu'au même moment où ils reçoivent l'eau dans la bouche, ils expirent l'air qui est contenu en eux; or, nécessairement ces deux mouvements en se rencontrant se contrarient l'un l'autre. Ensuite, quand ils rejettent l'eau, ils expirent l'air, soit par la bouche, soit par les branchies. Il s'ensuit donc qu'ils expirent et respirent en même temps; car c'est là précisément ce que ces auteurs appellent respirer. Mais il est impossible de respirer et d'expirer en même temps, de façon que s'il faut nécessairement que les animaux expirent et aspirent pour respirer, et qu'aucun d'eux ne puisse expirer, il est parfaitement évident aussi qu'aucun d'eux non plus ne respire.
§ 1. Et quelques autres. Le paragraphe suivant nomme Anaxagore et Diogène (d'Apollonie) .
— Respirent. Comme l'homme, â l'aide de poumons. Dans un ouvrage savant et très bien fait, intitulé : «Antiperipatias, de respiratione piscium diatriba, » Amsterdam, 1661, Marc. Aurel. Severinus a combattu les opinions d'Aristote et défendu celles de Démocrite, de Diogène et d'Anaxagore.
§ 2. Diogène, d'Apollonie. -- Que pour les poissons et pour les coquillages. Il serait curieux de savoir comment ces deux philosophes expliquaient la respiration chez ces animaux, s'ils admettaient qu'elle s'y fait comme dans l'homme; aussi Aristote explique-t-il leurs théories en quelques mots dans les deux paragraphes suivants. Il exposera lui-même une théorie de la respiration chez les poissons, ch. X et suiv.; voir plus bas.
§ 3. Respirent en humant l'air. Cette opinion d'Anaxagore est encore celle du vulgaire, parce qu'en effet cette explication est celle qui se présente tout d'abord. -- Qui vient alors dans leur bouche. Quand l'eau en a été expulsée par le mouvement des branchies. Mais, dans cette théorie, il semble qu'il faudrait toujours que les poissons fussent à la surface de l'eau pour se mettre en rapport avec l'air extérieur. Or, évidemment,,les poissons ne viennent que rarement à la surface ; il fallait donc supposer que l'air est aussi dans l'eau, pour que les poissons y puissent respirer. De là l'explication de Diogène, qu'Aristote rappelle au paragraphe suivant. Elle semble déjà un peu plus avancée que celle d'Anaxagore.
§ 4. Diogène suppose qu'il y a de l'air dans l'eau. Et il semble, par conséquent, qu'Anaxagore ne le supposait pas, et qu'il croyait que les poissons respirent l'air extérieur directement.
§ 5. L'expiration et l'aspiration. Cette observation est parfaitement juste; mais d'après le peu qu'Aristote dit ici des théories qu'il examine, on ne sait si sa critique est fondée. — A respirer. Il semble qu'il faudrait « aspirer » au lieu de « respirer. » Les manuscrits ne donnent pas de variante. ils expirent l'air. Il faudrait « ils aspirent, » à ce qu'il semble, pour que l'opposition fût complète ; mais les manuscrits ne donnent point ici non plus de variante. — Et respirent. Même remarque. Mais on peut croire qu'Aristote fait exprès de se conformer en ceci au langage peu exact des philosophes qu'il critique. — De respirer et d'expirer. Ici encore il faudrait « aspirer » et non « respirer.» Du reste, la confusion est aussi facile en grec que dans notre langue ; et l'on peut supposer que les copistes l'auront commise, comme on la commet à tout instant dans le langage. --- Et qu'aucun deux ne puisse expirer. Voilà l'objet principal de la critique d'Aristote. Dans les théories d'Anaxagore et de Diogène, on voit bien comment se fait l'inspiration, mais on ne voit pas comment se fait l'expiration : ils ont donc supprimé la moitié des choses, comme le dit Aristote au début du § 5.
Suite de la réfutation des théories d'Anaxagore. et de Diogène sur la respiration chez les poissons : arguments divers tirés de l'organisation de l'homme, de celle des insectes, et de quelques observations sur les animaux qui respirent.
Causes générales de ces erreurs : 1° on n'observe pas assez les faits et les organes des animaux ; 2° on ne sait pas assez que la nature a toujours un but dans tout ce qu'elle fait.
1 Ἔτι δὲ τὸ φάναι τὸν ἀέρα ἕλκειν ἐκ τοῦ στόματος ἢ ἐκ τοῦ ὕδατος διὰ τοῦ στόματος ἀδύνατον· οὐ γὰρ ἔχουσιν ἀρτηρίαν διὰ τὸ πνεύμονα μὴ ἔχειν, ἀλλ' εὐθὺς ἡ κοιλία πρὸς τῷ στόματί ἐστιν, ὥστ' ἀναγκαῖον τῇ κοιλίᾳ ἕλκειν. Τοῦτο δὲ κἂν τἆλλα ἐποίει ζῷα· νῦν δὲ οὐ ποιοῦσιν. Κἂν ἐκεῖνα δ' ἔξω τοῦ ὑγροῦ ὄντα ἐπιδήλως ἂν αὐτὸ ἐποίει· φαίνεται δ' οὐ ποιοῦντ' αὐτό.
2 Ἔτι πάντων τῶν ἀναπνεόντων καὶ ἑλκόντων τὸ πνεῦμα ὁρῶμεν γινομένην τινὰ κίνησιν τοῦ μορίου τοῦ ἕλκοντος, ἐπὶ δὲ τῶν ἰχθύων οὐ συμβαῖνον· οὐθὲν γὰρ φαίνονται κινοῦντες τῶν περὶ τὴν κοιλίαν ἀλλ' ἢ τὰ βράγχια μόνον, καὶ ἐν τῷ ὑγρῷ καὶ εἰς τὸ ξηρὸν ἐμπεσόντες, ὅταν ἀσπαρίζωσιν.
3 Ἔτι ὅταν ἀποθνήσκῃ πνιγόμενα ἐν τοῖς ὑγροῖς πάντα [471b] τὰ ἀναπνέοντα, γίνονται πομφόλυγες τοῦ πνεύματος ἐξιόντος βιαίως, οἷον ἐάν τις βιάζηται χελώνας ἢ βατράχους ἤ τι ἄλλο τῶν τοιούτων γενῶν· ἐπὶ δὲ τῶν ἰχθύων οὐ συμβαίνει πειρωμένοις πάντα τρόπον, ὡς οὐκ ἐχόντων πνεῦμα θύραθεν οὐθέν. 4 Ὃν τε τρόπον λέγουσι γίνεσθαι τὴν ἀναπνοὴν αὐτοῖς, ἐνδέχεται καὶ τοῖς ἀνθρώποις οὖσιν ἐν τῷ ὑγρῷ συμβαίνειν· εἰ γὰρ καὶ οἱ ἰχθύες ἕλκουσιν ἐκ τοῦ πέριξ ὕδατος τῷ στόματι, διὰ τί τοῦτο οὐκ ἂν ποιοῖμεν καὶ οἱ ἄνθρωποι καὶ τἆλλα ζῷα; καὶ τὸν ἐκ τοῦ στόματος δ' ἂν ἕλκοιεν ὁμοίως τοῖς ἰχθύσιν. Ὥστ' εἴπερ κἀκεῖνα ἦν δυνατά, καὶ ταῦτ' ἂν ἦν· ἐπεὶ δ' οὐκ ἔστι, δῆλον ὡς οὐδ' ἐπ' ἐκείνων ἐστίν.
Πρὸς δὲ τούτοις διὰ τίν' αἰτίαν ἐν τῷ ἀέρι ἀποθνήσκουσι καὶ φαίνονται ἀσπαρίζοντα ὥσπερ τὰ πνιγόμενα, εἴπερ ἀναπνέουσιν; οὐ γὰρ δὴ τροφῆς γε ἐνδείᾳ τοῦτο πάσχουσιν.
Ἣν γὰρ λέγει Διογένης αἰτίαν, εὐήθης· φησὶ γὰρ ὅτι τὸν ἀέρα πολὺν ἕλκουσι λίαν ἐν τῷ ἀέρι, ἐν δὲ τῷ ὕδατι μέτριον, καὶ διὰ τοῦτ' ἀποθνήσκειν. Καὶ γὰρ ἐπὶ τῶν πεζῶν ἔδει δυνατὸν εἶναι τοῦτο συμβαίνειν· νῦν δ' οὐδὲν τῷ σφόδρα ἀναπνεῦσαι ἀποπνίγεται πεζὸν ζῷον. 6 Ἔτι δ' εἰ πάντα ἀναπνεῖ, δῆλον ὅτι καὶ τὰ ἔντομα τῶν ζῴων ἀναπνεῖ· φαίνεται δ' αὐτῶν πολλὰ διατεμνόμενα ζῆν, οὐ μόνον εἰς δύο μέρη ἀλλὰ καὶ εἰς πλείω, οἷον αἱ καλούμεναι σκολόπενδραι· ἃ πῶς ἢ τίνι ἐνδέχεται ἀναπνεῖν; 7
Αἴτιον δὲ μάλιστα τοῦ μὴ λέγεσθαι περὶ αὐτῶν καλῶς τό τε τῶν μορίων ἀπείρους εἶναι τῶν ἐντός, καὶ τὸ μὴ λαμβάνειν ἕνεκά τινος τὴν φύσιν πάντα ποιεῖν· ζητοῦντες γὰρ τίνος ἕνεκα ἡ ἀναπνοὴ τοῖς ζῴοις ὑπάρχει, καὶ ἐπὶ τῶν μορίων τοῦτ' ἐπισκοποῦντες, οἷον ἐπὶ βραγχίων καὶ πνεύμονος, εὗρον ἂν θᾶττον τὴν αἰτίαν.
§ 1. Soutenir que les poissons tirent l'air de leur bouche, ou de l'eau avec leur bouche, est également impossible. En effet, ils n'ont pas d'artère, parce qu'ils n'ont pas de poumon; mais l'estomac est placé tout de suite après la bouche. Cela revient donc à dire qu'ils aspirent l'air par leur estomac. Il faudrait que les autres animaux également fonctionnassent ainsi ; or, ils n'ont pas cette organisation, et si les poissons l'avaient, on le verrait baisé vent quand ils sont hors de l'eau; mais évidemment ils ne l'ont pas. § 2. De plus, dans tous les animaux qui respirent et qui tirent leur souffle, ou observe toujours un certain mouvement de l'organe qui le tire; or, c'est ce qui ne s'observe pas chez les poissons. En effet, aucune des parties qui entourent le ventre ne paraît se mouvoir. Ils ne meuvent que les branchies, soit lorsqu'ils sont dans l'eau, soit quand rejetés sur terre ils y palpitent. § 3. Il faut remarquer encore que quand les animaux qui respirent viennent à être suffoqués dans l'eau, [471b]
il se forme des bulles d'air, parce que l'air sort violemment [du poumon] ; on peut le voir, par exemple, quand on fait cette violence aux tortues, aux grenouilles, ou à quelque autre animal de ce genre. Or cela n'arrive pas avec les poissons, de quelque façon qu'on s'y prenne ; sans doute parce qu'ils n'ont pas en eux la moindre parcelle d'air du dehors. § 4. Mais le mécanisme de la respiration, tel qu'on l'explique pour les poissons, pourrait tout aussi bien convenir aux hommes et les faire vivre dans l'eau. Si les poissons tirent l'air de l'eau environnante, quand elle est dans leur bouche, pourquoi les hommes aussi bien que tous les autres animaux ne le feraient-ils pas de même? pourquoi ne tireraient-ils pas aussi l'air de leur bouche absolument comme les poissons? Si ce que l'on dit était possible, ceci le serait également. Mais comme cette dernière supposition n'est pas exacte, l'autre ne l'est pas davantage. § 5. D'ailleurs, si les poissons respirent, pourquoi meurent-ils quand ils sont dans l'air, et paraissent-ils bâiller comme des animaux qui étouffent? Ce n'est certes pas par privation de nourriture; et la cause qu'en allègue Diogène est tout à fait naïve : il prétend que dans l'air ils prennent trop d'air, tandis qu'ils n'en ont dans l'eau que ce qu'il leur en faut; selon lui, c'est là ce qui les fait mourir. Pour que ceci fût vrai, il faudrait que le même phénomène se répétât aussi pour les animaux terrestres. Mais on n'a jamais vu d'animal terrestre étouffé parce qu'il aurait trop respiré. § 6. Ajoutez que si tous les animaux respirent, les insectes doivent respirer aussi. Or, il y en a beaucoup parmi eux qui vivent encore même après qu'on les a coupés, non pas seulement. en deux morceaux, mais même en plusieurs morceaux, comme les insectes qu'on appelle scolopendres. Mais comment peuvent-ils alors respirer, et par quel organe?
§ 7. Ce qui est cause qu'on n'explique pas convenablement tous ces faits, c'est qu'on ne connaît pas les organes intérieurs des animaux, et qu'on ne se dit pas assez que la nature, dans tout ce qu'elle fait, a toujours un but. En effet, si l'on s'était donné la peine de rechercher dans quelle vue la respiration a été donnée aux animaux, et si l'on avait observé cette fonction dans les organes qui l'accomplissent, comme les branchies et les poumons, on en eût bien vite reconnu la cause.
§ 1. Tirent l'air de leur bouche. En admettant l'explication donnée par Anaxagore; voir au chapitre précédent, § 3. -- Ou de l'eau avec leur bouche. Suivant l'explication de Diogène, id., § 4. -- Ils n'ont pas d'artère. De trachée-artère qui porte l'air aux poumons.
§ 2. Et qui tirent leur souffle. Pour inspirer l'air extérieur. — De l'organe. Mot è mot : « De la partie. »
Ils ne meuvent que les branchies. Ceci est une observation très délicate.
§ 3. Du poumon. J'ai ajouté ces mots que le contexte me semble justifier. -- Ils n'ont pas en eux la moindre parcelle clair. C'est la conclusion à laquelle Aristote veut arriver; et l'argument qu'il donne ici est encore très ingénieux ; la physiologie moderne peut très bien en tenir compte.
§ 4. Tel qu'on l'explique. C'est-à-dire tel que l'expliquent Anaxagore et Diogène. -- Tirent l'air de l'eau environnante. Comme le veut Diogène d'Apollonie. --- Aussi l'air de leur bouche. Comme le veut Anaxagore; voir au chapitre précédent, §§ 3 et 4. — Cette dernière supposition. Celle qui se rapporte aux hommes et aux animaux qui ont des poumons. -- Cette objection est à peu près aussi décisive que les précédentes.
§ 5. Si les poissons respirent. Comme les hommes et les autres animaux.
- Bâiller, ou palpiter.
- Ce n'est certes pas par privation de nourriture. Il est probable qu'Aristote fait ici allusion à quelque théorie où cette explication avait été donnée :il ne semble pas, d'après ce qui suit, qu'on puisse la rapporter à Diogène. -- Dans l'air ils prennent trop d'air. La répétition est dans le texte.
- Pour les animaux terrestres. Objection analogue à celle du paragraphe précédent.
§ 6. Si tous les animaux respirent. Comme le veut Démocrite et d'autres naturalistes ; voir plus haut, ch. II, § 1. — Comme les insectes. Voir l'Histoire des Animaux, IV, VII, p. 331, b, 31, édit, de Berlin. ---- Les scolopendres. Aristote cite encore le même fait, Traité de la Marche des Animaux, ch. VII, p. 707, a, 30, id. Voir les notes de Schneider, Histoire des Animaux, t. I, p. 227, et t. II, p. 172.
§ 7. Les organes intérieurs dei animaux. Aristote avait le droit de faire cette critique, parce qu'il avait lui-même beaucoup disséqué et fait des traités d'anatomie, comme le prouvent et toute son histoire naturelle, et le catalogue de Diogène de Laërce.-
- A toujours un but. Principe des causes finales dont Aristote a fait un si vaste et si heureux usage. — Dans quelle vue..., observé cette fonction. Il est impossible de mieux marquer comment le raisonnement et l'observation peuvent mutuellement s'aider, dans l'observation de la nature.
Réfutation de la théorie de Démocrite sur la respiration : exposition développée de cette théorie. -- Explication que Démocrite donne de la mort : elle ne vaut que pour les animaux qui respirent. -- Sa théorie est contredite aussi par le phénomène que nous présente notre propre respiration, quand nous avons très chaud.
1 Δημόκριτος δ' ὅτι μὲν ἐκ τῆς ἀναπνοῆς συμβαίνει τι τοῖς ἀναπνέουσι λέγει, φάσκων κωλύειν ἐκθλίβεσθαι τὴν [472a] ψυχήν· οὐ μέντοι ὡς τούτου γ' ἕνεκα ποιήσασαν τοῦτο τὴν φύσιν οὐθὲν εἴρηκεν· ὅλως γὰρ ὥσπερ καὶ οἱ ἄλλοι φυσικοί, καὶ οὗτος οὐθὲν ἅπτεται τῆς τοιαύτης αἰτίας. 2 Λέγει δ' ὡς ἡ ψυχὴ καὶ τὸ θερμὸν ταὐτόν, τὰ πρῶτα σχήματα τῶν σφαιροειδῶν.
Ἐκκρινομένων οὖν αὐτῶν ὑπὸ τοῦ περιέχοντος ἐκθλίβοντος, βοήθειαν γίνεσθαι τὴν ἀναπνοήν φησιν. Ἐν γὰρ τῷ ἀέρι πολὺν ἀριθμὸν εἶναι τῶν τοιούτων ἃ καλεῖ ἐκεῖνος νοῦν καὶ ψυχήν· ἀναπνέοντος οὖν καὶ εἰσιόντος τοῦ ἀέρος συνεισιόντα ταῦτα καὶ ἀνείργοντα τὴν θλίψιν κωλύειν τὴν ἐνοῦσαν ἐν τοῖς ζῴοις διιέναι ψυχήν, 3 καὶ διὰ τοῦτο ἐν τῷ ἀναπνεῖν καὶ ἐκπνεῖν εἶναι τὸ ζῆν καὶ ἀποθνήσκειν· ὅταν γὰρ κρατῇ τὸ περιέχον συνθλῖβον, καὶ μηκέτι ‹τὸ› θύραθεν εἰσιὸν δύνηται ἀνείργειν, μὴ δυναμένου ἀναπνεῖν, τότε συμβαίνειν τὸν θάνατον τοῖς ζῴοις· εἶναι γὰρ τὸν θάνατον τὴν τῶν τοιούτων σχημάτων ἐκ τοῦ σώματος ἔξοδον ἐκ τῆς τοῦ περιέχοντος ἐκθλίψεως. 4 Τὴν δ' αἰτίαν διὰ τί ποτε πᾶσι μὲν ἀναγκαῖον ἀποθανεῖν, οὐ μέντοι ὅτε ἔτυχεν ἀλλὰ κατὰ φύσιν μὲν γήρᾳ, βίᾳ δὲ παρὰ φύσιν, οὐθὲν δεδήλωκεν (καίτοι ἐχρῆν, ἐπεὶ ὁτὲ μὲν φαίνεται τοῦτο γινόμενον, ὁτὲ δ' οὐ φαίνεται), πότερον τὸ αἴτιον ἔξωθέν ἐστιν ἢ ἐντός. 5
Οὐ λέγει δὲ οὐδὲ περὶ τῆς ἀρχῆς τοῦ ἀναπνεῖν τί τὸ αἴτιον, πότερον ἔσωθεν ἢ ἔξωθεν· οὐ γὰρ δὴ ὁ θύραθεν νοῦς τηρεῖ τὴν βοήθειαν, ἀλλ' ἔσωθεν ἡ ἀρχὴ τῆς ἀναπνοῆς γίνεται καὶ τῆς κινήσεως, οὐχ ὡς βιαζομένου τοῦ περιέχοντος. Ἄτοπον δὲ καὶ τὸ ἅμα τὸ περιέχον συνθλίβειν καὶ εἰσιὸν διαστέλλειν.
Ἃ μὲν οὖν εἴρηκε καὶ ὥς, σχεδὸν ταῦτ' ἐστίν. 6
Εἰ δὲ δεῖ νομίζειν ἀληθῆ εἶναι τὰ πρότερον λεχθέντα καὶ μὴ πάντα τὰ ζῷα ἀναπνεῖν, οὐ περὶ παντὸς θανάτου τὴν αἰτίαν ὑποληπτέον εἰρῆσθαι ταύτην, ἀλλὰ μόνον ἐπὶ τῶν ἀναπνεόντων.
Οὐ μὴν οὐδ' ἐπὶ τούτων καλῶς· 7 δῆλον δ' ἐκ τῶν συμβαινόντων καὶ τῶν τοιούτων ὧν ἔχομεν πάντες πεῖραν.
Ἐν γὰρ ταῖς ἀλέαις θερμαινόμενοι μᾶλλον καὶ τῆς ἀναπνοῆς μᾶλλον δεόμεθα καὶ πυκνότερον ἀναπνέομεν πάντες· ὅταν δὲ τὸ πέριξ ᾖ ψυχρὸν καὶ συνάγῃ καὶ συμπηγνύῃ τὸ σῶμα, κατέχειν συμβαίνει τὸ πνεῦμα. Καίτοι τότ' ἐχρῆν τὸ θύραθεν εἰσιὸν [472b] κωλύειν τὴν σύνθλιψιν. 8
Νῦν δὲ γίνεται τοὐναντίον· ὅταν γὰρ πολὺ λίαν ἀθροισθῇ τὸ θερμὸν μὴ ἐκπνεόντων, τότε δέονται τῆς ἀναπνοῆς· ἀναγκαῖον δ' εἰσπνεύσαντας ἀναπνεῖν. Ἀλεάζοντες δὲ πολλάκις ἀναπνέουσιν, ὡς ἀναψύξεως χάριν ἀναπνέοντες ὅτε τὸ λεγόμενον ποιεῖ πῦρ ἐπὶ πῦρ.
§ 1. Quant â Démocrite, il prétend bien que la respiration chez les animaux qui respirent, a un résultat, et que c'est d'empêcher que [472a] l'âme ne soit expulsée du corps. Mais toutefois il n'a pas dit précisément que ce fût pour cet objet que la nature eût créé cette fonction. C'est que Démocrite, en général, non plus que tous les autres naturalistes ; ne touche rien de cette cause. § 2. On dirait que pour lui l'âme et la chaleur sont la même chose, et qu'elles sont les formes primitives de ses sphéroïdes. Les sphéroïdes étant réunis par le milieu qui les entoure et les écrase, la respiration, selon ses théories, devient alors un secours pour les animaux. Il lui semble, en effet, qu'il y a dans l'air beaucoup de ces sphéroïdes, auxquels il donne le nom d'intelligence et d'âme. Quand donc l'animal respire et que l'air entre en lui, beaucoup de ces sphéroïdes y entrent en même temps; et y exerçant une pression, ils empêchent que l'âme qui est dans les animaux ne s'échappe. § 3. Voilà, selon lui, comment vivre et mourir consiste à respirer et à expirer. Quand le milieu qui entoure l'animal et qui. le comprime vient à être le plus fort, et que l'élément venu du dehors dans l'organisation ne peut plus faire résistance, l'animal devenant incapable de respirer, subit alors le phénomène de la mort. Et ainsi, la mort n'est pas autre, chose que la sortie de ces formes sphériques, chassées du corps par la pression du milieu environnant.
§ 4. Démocrite, du reste, n'a pas dit un seul mot pour expliquer pourquoi tous les animaux doivent mourir nécessairement, non pas par un pur hasard, mais de vieillesse selon l'ordre de la nature, et violemment, quand ils meurent contre les lois naturelles. C'était cependant un point à éclaircir que de savoir, puisque ce phénomène tantôt arrive, et tantôt n'arrive pas, si c'est la même cause qui agit dans les deux cas, et si elle vient du dehors ou du dedans. § 5. Il ne dit pas davantage quelle est l'origine de la respiration, quelle en est la cause, et si elle vient de l'extérieur ou de l'intérieur; car l'intelligence que Démocrite fait venir du dehors ne peut plus, ici, prêter son secours à l'animal. Mais c'est de l'intérieur que part le principe de la respiration et du mouvement, sans que le milieu environnant exerce en ceci la moindre violence; car il est absurde de croire, à la fois, et que le milieu environnant puisse comprimer l'animal, et que la portion d'air qui entre en lui soit capable de le distendre.
§ 6. Mais si l'on doit regarder comme exact ce qui a été dit plus haut, et s'il est vrai que tous les animaux ne respirent pas, on ne peut pas trouver que la cause indiquée par Démocrite suffise pour expliquer la mort, en général; elle ne l'explique tout au plus que pour les animaux qui respirent; et même pour ceux-là, sa théorie n'est pas bien complète. § 7. On peut s'en convaincre par l'observation de faits que nous sommes tous à même d'éprouver. Ainsi, dans les fortes chaleurs, comme nous avons alors plus chaud, nous avons aussi plus besoin de respiration ; et de fait nous respirons plus fréquemment. Au contraire, quand l'air ambiant est froid, et qu'il resserre et condense le corps, il en résulte que nous retenons notre haleine, bien qu'il fallût aussi dans ce cas, si l'on en croyait Démocrite, que l'air qui du dehors entre [472b] en nous empêchât cette compression. § 8. Or, c'est tout le contraire qui arrive ; et en effet, quand la chaleur vient à s'accumuler en trop grande quantité, parce qu'on n'expire pas l'air intérieur, on éprouve alors le besoin de respirer, et l'on est forcé de respirer en aspirant. Mais on respire fréquemment quand on est très échauffé; et l'on ne respire que pour se rafraîchir dans un temps où c'est, comme on dit, mettre du feu sur du feu.
§ 1. Il prétend bien. Démocrite a fait plus que les deux naturalistes dont Aristote vient de parler; mais, suivant lui, il n'a pas encore fait assez. — Il n'a pas dit précisément. Il semble que la critique d'Aristote est ici un peu sévère, à moins qu'il ne veuille attaquer en général la théorie toute matérialiste de Démocrite, qui ne reconnaissait pas d'intelligence dans la nature.
-- Ne touche rien. Traduction littérale du texte, qui a la même métaphore que nous avons dans notre langue. Il faut voir, sur cette opinion de Démocrite, l'analyse détaillée qu'en donne Aristote, Traité de l'Âme, I, II, 3. Il attribue, du reste, également à Leucippe. — De cette cause. De la cause pour laquelle la respiration a été donnée aux animaux.
§ 2. L'âme et la chaleur. Dans le Traité de l'Âme, id., ibid., Aristote dit que Démocrite confond la vie et le souffle. -- De ses sphéroïdes. Le texte dit simplement : « Des sphéroides ; » voir le Traité de l'Âme, id., ibid. --- Et les écrase.... un secours. Aujourd'hui que l'on connaît la pesanteur de l'atmosphère dans laquelle vivent les animaux, on peut trouver que cette opinion de Démocrite est au fond parfaitement vraie. Sans l'air qui est dans l'intérieur du corps des animaux, ils seraient écrasés par l'effroyable pression du milieu qui les entoure.
-- L'âme ne s'échappe. Voir le Traité de l'Âme, id., ibid.
§ 3. Voila, selon lui. Aristote ne semble pas rejeter tout à fait cette explication de Démocrite : il faut remarquer qu'elle a plus d'un rapport avec la fameuse définition de la vie telle que l'a donnée Bichat : « l'ensemble des forces qui résistent à la mort. » — Expirer. Ce mot, dans toutes les langues, a été synonyme de mourir ; et en ceci la théorie de Démocrite est vraie encore.
§ 4. Mais de vieillesse. Il semble, au contraire, que la théorie de Démocrite explique assez bien la mort naturelle. I,a critique d'Aristote est peut-être plus juste en ce qui concerne la mort violente. Ce phénomène. Soit de mort naturelle, soit de mort violente.
§ 5. Que Démocrite fait venir du dehors. J'ai dû ici paraphraser le texte pour le rendre clair, et tout ce qui précède justifie le développement que j'ai cru pouvoir admettre. Voir plus haut, § 9. — Et du mouvement. On peut comprendre qu'il s'agit, soit de la locomotion en général, soit du mouvement particulier qui constitue la respiration. Il semble que ce dernier sens est ici préférable.
- La moindre violence. Comme le supposent les théories de Démocrite.
— De croire à la fois. Les deux faits qu'Aristote trouve ici contradictoires sont cependant réels tous les deux ; et ils tiennent l'un et l'autre à l'élasticité de l'air. -- Tels sont à peu près. Bien qu'Aristote se soit étendu sur les théories de Démocrite plus que sur les précédentes, on peut trouver que cette exposition n'est pas encore assez développée pour être parfaitement claire.
§ 6. Ce qui a été dit plus haut. Voir plus haut, ch. I, § 1; ch. II ; § 1; ch. III, § 6.
-- Ne respirent pas. Il faut toujours sous-entendre : « Comme les hommes et les animaux qui ont des poumons. » - La mort, en général. Voir plus haut, § 4.
§ 7. Si l'on en croyait Démocrite. J'ai dû ajouter ce membre de phrase pour rendre toute la force de l'imparfait dont se sert Aristote, et qui se rapporte aux théories de Démocrite qui viennent d'être exposées. -- Cette compression intérieure des atomes sphériques que nous retenons en nous.
§ 8. C'est tout le contraire qui arrive. Il y a ici une idée intermédiaire de sous-entendue, et dont la suppression nuit à la clarté de ce passage : « Il faudrait donc que la respiration fût plus nécessaire dans le froid que dans la chaleur; or, c'est tout le contraire, etc. » Pierre d'Auvergne, dans son commentaire donné parmi les oeuvres de saint Thomas, rétablit cet intermédiaire, et il a raison.
— On peut, du reste, trouver que cette dernière partie de la réfutation n'est pas très satisfaisante ; et Léonicus a pris le parti de Démocrite contre les critiques d'Aristote, et quelquefois avec succès. Voir plus haut, ch. II, § II.
Réfutation de la théorie du Timée sur la respiration : lacunes de cette théorie : elle ne s'applique qu'à l'homme, et ne s'accorde pas avec les faits.
1 Ἡ δ' ἐν τῷ Τιμαίῳ γεγραμμένη περίωσις περί τε τῶν ἄλλων ζῴων οὐδὲν διώρικε τίνα τρόπον αὐτοῖς ἡ τοῦ θερμοῦ γίνεται σωτηρία, πότερον τὸν αὐτὸν ἢ δι' ἄλλην τινὰ αἰτίαν (εἰ μὲν γὰρ μόνοις τὸ τῆς ἀναπνοῆς ὑπάρχει τοῖς πεζοῖς, λεκτέον τὴν αἰτίαν τοῦ μόνοις· εἰ δὲ καὶ τοῖς ἄλλοις, ὁ δὲ τρόπος ἄλλος, καὶ περὶ τούτου διοριστέον, εἴπερ δυνατὸν ἀναπνεῖν πᾶσιν)· 2 ἔτι δὲ καὶ πλασματώδης ὁ τρόπος τῆς αἰτίας. Ἐξιόντος γὰρ ἔξω τοῦ θερμοῦ διὰ τοῦ στόματος, τὸν περιέχοντα ὠθούμενον ἀέρα φερόμενον ἐμπίπτειν εἰς τὸν αὐτὸν τόπον φησὶ διὰ μανῶν οὐσῶν τῶν σαρκῶν, ὅθεν τὸ ἐντὸς ἐξῄει θερμόν, διὰ τὸ μηδὲν εἶναι κενὸν ἀντιπεριισταμένων ἀλλήλοις· θερμανθέντα δὲ πάλιν ἐξιέναι κατὰ τὸν αὐτὸν τόπον, καὶ περιωθεῖν εἴσω διὰ τοῦ στόματος τὸν ἀέρα τὸν ἐκπίπτοντα θερμόν· καὶ τοῦτο δὴ διατελεῖν ἀεὶ ποιοῦντας, ἀναπνέοντάς τε καὶ ἐκπνέοντας. 3
Συμβαίνει δὲ τοῖς οὕτως οἰομένοις πρότερον τὴν ἐκπνοὴν γίνεσθαι τῆς εἰσπνοῆς. Ἔστι δὲ τοὐναντίον· σημεῖον δέ· γίνεται μὲν γὰρ ἀλλήλοις ταῦτα παρ' ἄλληλα, τελευτῶντες δὲ ἐκπνέουσιν, ὥστ' ἀναγκαῖον εἶναι τὴν ἀρχὴν εἰσπνοήν.
Ἔτι δὲ τὸ τίνος ἕνεκα ταῦθ' ὑπάρχει τοῖς ζῴοις (λέγω δὲ τὸ ἀναπνεῖν καὶ τὸ ἐκπνεῖν) οὐθὲν εἰρήκασιν οἱ τοῦτον τὸν τρόπον λέγοντες, ἀλλ' ὡς περὶ συμπτώματός τινος ἀποφαίνονται μόνον. Καίτοι γε κύρια ταῦθ' ὁρῶμεν τοῦ ζῆν καὶ τελευτᾶν· ὅταν γὰρ ἀναπνεῖν μὴ δύνωνται, τότε συμβαίνει γίνεσθαι τὴν φθορὰν τοῖς ἀναπνέουσιν. 5 Ἔτι δὲ ἄτοπον τὸ τὴν μὲν τοῦ θερμοῦ διὰ τοῦ στόματος ἔξοδον καὶ πάλιν εἴσοδον μὴ λανθάνειν ἡμᾶς, τὴν δ' εἰς τὸν θώρακα τοῦ πνεύματος εἴσοδον καὶ πάλιν θερμανθέντος ἔξοδον λανθάνειν. 6 Ἄτοπον δὲ καὶ τοῦ θερμοῦ τὴν ἀναπνοὴν εἴσοδον εἶναι. Φαίνεται γὰρ τοὐναντίον· τὸ μὲν γὰρ ἐκπνεόμενον εἶναι θερμόν, τὸ δ' εἰσπνεόμενον ψυχρόν. Ὅταν δὲ θερμὸν ᾖ, ἀσθμαίνοντες [473a] ἀναπνέουσιν· διὰ γὰρ τὸ μὴ καταψύχειν ἱκανῶς τὸ εἰσιὸν πολλάκις τὸ πνεῦμα συμβαίνει σπᾶν.
§ 1. L'impulsion circulaire, décrite dans le Timée, n'explique pas du tout comment les animaux autres que l'homme parviennent à conserver leur chaleur; et l'on ne dit pas si c'est de la même façon ou de toute autre manière. En effet, si la fonction de. la respiration n'a été accordée qu'aux animaux terrestres, il faut dire d'où vient qu'elle ne l'est qu'à eux seuls. Si elle est donnée aussi à d'autres animaux, et que la manière dont ils la possèdent soit différente, il faut encore s'expliquer sur ce point, et dire si l'on accorde que tous les animaux puissent respirer. § 2. Voici, du reste, l'explication tout imaginaire que Timée donne de la cause de la respiration. Selon lui, la chaleur sortant au dehors par la bouche, l'air ambiant se trouve poussé, et vient tomber, en traversant les chairs qui sont raréfiées, dans le même lieu d'où est sortie la chaleur intérieure, attendu qu'il ne peut y avoir de vide nulle part, les parties se remplaçant les unes les autres. L'air échauffé, ajoute Timée, sort. de nouveau par le même lieu, et repousse à l'intérieur, par la bouche, l'air qui en sortait chaud ; et ce mouvement alternatif persiste et dure chez l'homme qui, de cette façon, inspire et expire. § 3. Admettre cette théorie, c'est admettre aussi que l'expiration est antérieure à l'inspiration ; mais c'est tout le contraire qui a lieu, et en voici la preuve : ces mouvements, en effet, se succèdent régulièrement l'un à l'autre; or, l'on expire quand on meurt; donc il faut que l'on débute par l'inspiration. § 4. Mais ceux même qui soutiennent cette théorie n'ont pas dit dans quel but ces deux fonctions ont été données aux animaux, je veux dire, les fonctions d'inspirer et d'expirer; ils n'en ont parlé que comme d'un phénomène accessoire; nous voyons pourtant que ce sont là les conditions souveraines de la vie et de la mort; car, du moment que la respiration est devenue impossible, les animaux faits pour respirer doivent mourir. § 5.
Il est, en outre, absurde de croire que la sortie et la rentrée de la chaleur par la bouche nous soient si bien connues, et que l'entrée de l'air dans notre poitrine, et sa sortie quand il est échauffé, soient si parfaitement ignorées de nous. § 6. Il ne l'est pas moins de supposer que la respiration soit l'entrée de la chaleur; l'observation montre tout le contraire. L'air qu'on expire est chaud, celui qu'on aspire est froid ; et quand ce dernier air est chaud, on ne le respire [473a] qu'avec peine ; et en effet, par cela seul que l'air qui entre ne refroidit pas assez le corps, on doit tirer son haleine à plusieurs reprises.
§ 1. L'impulsion circulaire. Le substantif dont se sert ici Aristote n'est pas emprunté, comme on pourrait le croire, à Platon : Platon n'a que le verbe et non point ce nom spécial. — Dans le Timée, Voir la traduction de M. Cousin, p. 215 et suiv. -- Autres que l'homme. Ceci est vrai : la théorie de Platon n'explique que l'organisation humaine, bien que le Timée prétende à rendre compte de l'univers.
§ 2. Tout imaginaire. Ce mot n'est pas plus fort que celui dont se sert Aristote. -- La chaleur surtout au dehors. Ces détails ne sont pas ici très exactement présentés, bien que le fond de l'exposition soit fidèle ; voir le Timée, p. 216 et 217, trad. de M. Cousin. --- De cette façon aspira et expire. Id., p. 216, ibid. § 3. L'expiration est antérieure. Le motif donné en faveur de cette théorie peut ne pas sembler très solide. - A l'aspiration. Après ces mots, l'édition de Berlin ajoute : « Or, c'est tout le contraire qui a lieu, » phrase que retranchent plusieurs manuscrits; les commentateurs l'omettent aussi, parce qu'au début de la phrase ils ont cru que, dans le système de Platon, l'inspiration était antérieure à l'expiration . Cette leçon
n'est pas admissible; et en gardant le texte entier de l'édition de Berlin, la pensée est fort claire. Reste à savoir si la théorie qu'Aristote prête ici à Platon lui appartient bien réellement; on peut en douter.
§ 4. N'ont pas dit dans quel but. Peut-être cette nouvelle critique n'est- elle pas non plus très juste contre les théories de Platon.
§ 5. Il est en outre absurde. On ne voit pas trop à quelle partie du Timée Aristote veut faire ici allusion : dans l'ouvrage de Platon, il n'y a rien de pareil ; mais peut-être cette opinion appartient-elle non pas à Platon lui-même, mais à quelques-uns de ses disciples, dont Aristote semble avoir voulu parler quand il dit dans le paragraphe précédent : « Ceux même qui soutiennent cette théorie. »
§ 6. Que la respiration. Il faudrait, ce semble., « l'inspiration ; » mais les manuscrits ne donnent pas de variante. -
-- Soit rentrée de la chaleur. Il ne semble pas non plus que ceci s'adresse à Platon : dans le Timée, p. 198, il dit positivement que le poumon a pour but de rafraîchir toute l'organisation ; et de plus, p. 218, il dit que l'air qui vient du dehors s'échauffe à l'intérieur, tandis que celui qui sort se refroidit. Il paraît que les opinions de Platon sont en ceci tout à fait d'accord avec celles d'Aristote, qui cependant les combat.
On ne peut pas supposer non plus que la respiration ait pour objet l'entretien de la chaleur vitale : cette chaleur s'entretient surtout par les aliments et la nutrition.
1 Ἀλλὰ μὴν οὐδὲ τροφῆς γε χάριν ὑποληπτέον γίνεσθαι τὴν ἀναπνοήν, ὡς τρεφομένου τῷ πνεύματι τοῦ ἐντὸς πυρός, καὶ ἀναπνέοντος μὲν ὥσπερ ἐπὶ πῦρ ὑπέκκαυμα ὑποβάλλεσθαι, τραφέντος δὲ τοῦ πυρὸς γίγνεσθαι τὴν ἐκπνοήν. 2
Ταὐτὰ γὰρ ἐροῦμεν πάλιν καὶ πρὸς τοῦτον τὸν λόγον ἅπερ καὶ πρὸς τοὺς ἔμπροσθεν· καὶ γὰρ ἐπὶ τῶν ἄλλων ζῴων ἐχρῆν τοῦτο συμβαίνειν ἢ τὸ ἀνάλογον τούτῳ· πάντα γὰρ ἔχει θερμότητα ζωτικήν. 3
Ἔπειτα καὶ τὸ γίγνεσθαι τὸ θερμὸν ἐκ τοῦ πνεύματος τίνα χρὴ τρόπον λέγειν, πλασματῶδες ὄν; μᾶλλον γὰρ ἐκ τῆς τροφῆς τοῦτο γιγνόμενον ὁρῶμεν. 4 Συμβαίνει τε κατὰ ταὐτὸ δέχεσθαι τὴν τροφὴν καὶ τὸ περίττωμα ἀφιέναι· τοῦτο δ' ἐπὶ τῶν ἄλλων οὐχ ὁρῶμεν γινόμενον.
§ 1. On ne peut pas admettre non plus que la respiration ait pour objet l'alimentation du feu intérieur, qui devrait être nourri par l'air aspiré, et que la respiration soit en quelque sorte du combustible qu'on mette sur le feu, tandis que l'expiration aurait lieu quand le feu serait alimenté. § 2. Nous répéterons contre cette théorie l'objection que nous avons faite contre les précédentes. Il faudrait que ce phénomène, ou du moins quelque phénomène analogue, se reproduisît dans les autres animaux; car tous ils possèdent une chaleur vitale. § 3. D'autre part, si l'on soutient que la chaleur vient de l'air aspiré, il faut expliquer comment elle en vient. Mais ce n'est là encore qu'une hypothèse créée a plaisir; car nous voyons que la chaleur vient bien plutôt de la nourriture. § 4. Enfin, dans cette théorie, on admet que c'est ici un même organe qui prend l'aliment, et qui en rejette le résidu ; mais nous ne voyons pas que cela se passe ainsi dans les autres fonctions.
§ 1. On ne peut pas admettre non plus. Léonicus pense, peut-être avec raison, qu'il ne s'agit plus clans ce chapitre de Platon; et, en effet, on ne retrouverait que difficilement dans le Timée des opinions analogues à celles qu'Aristote réfute ici. Peut-être s'agit-il du passage où Platon dit que l'air extérieur tombe sur le feu intérieur et s'échauffe : p. 218., trad. de M. Cousin. -- Du combustible qu'on met sur le feu. La chimie organique, au contraire, a, de nos jours, essayé de prouver, que la respiration n'était pas autre chose qu'une combustion.
§ 2. Nous répéterons. Voir plus haut, ch. V, § 1, et ch. II, § 1. L'objection d'Aristote ne paraît pas ici très concluante ; car rien n'empêche de répondre que la respiration se fait chez les autres animaux qui ont des poumons comme chez l'homme, et qu'elle y joue le même rôle; et quant à ceux qui n'en ont pas, Aristote a déjà plusieurs fois signalé cette lacune dans les théories qu'il combat. Tous ils possèdent une chaleur vitale. Voir le Traité de l'Âme, I, II, 23; II, IV, 16, et III, 1, 3. La chaleur est indispensable à la digestion.
§ 3. Plutôt de la nourriture. Id., ib. § 4. Un même organe. Ici encore on peut trouver que l'objection ne suffit pas ; car elle s'applique non pas seulement aux théories critiquées, mais encore à celle qu'on prétend y substituer. C'est toujours la bouche avec les narines qui reste l'organe unique pour l'inspiration et pour l'expiration. Dans le Timée, Platon semble distinguer deux issues; et, par conséquent, la réfutation d'Aristote s'adresserait à d'autres; voir le Timée, p. 217, trad. de M. Cousin. -- Dans les autres fonctions. Dans les fonctions autres que la respiration.
Réfutation de la théorie d'Empédocle sur la respiration : citation de vingt-cinq vers de ce philosophe. — Empédocle n'a parlé que de la respiration par le nez : il a omis la respiration par la bouche, laquelle est cependant beaucoup plus importante.
1 Λέγει δὲ περὶ ἀναπνοῆς καὶ Ἐμπεδοκλῆς, οὐ μέντοι τίνος γ' ἕνεκα, οὐδὲ περὶ πάντων τῶν ζῴων οὐδὲν ποιεῖ δῆλον, εἴτε ἀναπνέουσιν εἴτε μή. 2
Καὶ περὶ τῆς διὰ τῶν μυκτήρων ἀναπνοῆς λέγων οἴεται καὶ περὶ τῆς κυρίας λέγειν ἀναπνοῆς. Ἔστι γὰρ καὶ διὰ τῆς ἀρτηρίας ἐκ τῶν στηθῶν ἀναπνοὴ καὶ ἡ διὰ τῶν μυκτήρων· αὐτοῖς δὲ χωρὶς ἐκείνης οὐκ ἔστιν ἀναπνεῦσαι τοῖς μυκτῆρσιν. Καὶ τῆς μὲν διὰ τῶν μυκτήρων γινομένης ἀναπνοῆς στερισκόμενα τὰ ζῷα οὐδὲν πάσχουσι, τῆς δὲ κατὰ τὴν ἀρτηρίαν ἀποθνήσκουσιν. 3 Καταχρῆται γὰρ ἡ φύσις ἐν παρέργῳ τῇ διὰ τῶν μυκτήρων ἀναπνοῇ πρὸς τὴν ὄσφρησιν ἐν ἐνίοις τῶν ζῴων· διόπερ ὀσφρήσεως μὲν σχεδὸν μετέχει πάντα τὰ ζῷα, ἔστι δ' οὐ πᾶσι τὸ αὐτὸ αἰσθητήριον. Εἴρηται δὲ περὶ αὐτῶν ἐν ἑτέροις [473b] σαφέστερον. 4
Γίγνεσθαι δέ φησι τὴν ἀναπνοὴν καὶ ἐκπνοὴν διὰ τὸ φλέβας εἶναί τινας ἐν αἷς ἔνεστι μὲν αἷμα, οὐ μέντοι πλήρεις εἰσὶν αἵματος, ἔχουσι δὲ πόρους εἰς τὸν ἔξω ἀέρα, τῶν μὲν τοῦ σώματος μορίων ἐλάττους, τῶν δὲ τοῦ ἀέρος μείζους· διὸ τοῦ αἵματος πεφυκότος κινεῖσθαι ἄνω καὶ κάτω, κάτω μὲν φερομένου εἰσρεῖν τὸν ἀέρα καὶ γίγνεσθαι ἀναπνοήν, ἄνω δ' ἰόντος ἐκπίπτειν θύραζε καὶ γίνεσθαι τὴν ἐκπνοήν, 5 παρεικάζων τὸ συμβαῖνον ταῖς κλεψύδραις.
Ὧδε δ' ἀναπνεῖ πάντα καὶ ἐκπνεῖ· πᾶσι λίφαιμοι
κεύθειν, αἰθέρι δ' εὐπορίην διόδοισι τετμῆσθαι.
Ἔνθεν ἔπειθ' ὁπόταν μὲν ἀπαΐξῃ τέρεν αἷμα,
εὖτε δ' ἀναθρῴσκῃ, πάλιν ἐκπνέει, ὥσπερ ὅταν παῖς
κλεψύδρῃ παίζῃσι διειπετέος χαλκοῖο ‑
εὖτε μὲν αὐλοῦ πορθμὸν ἐπ' εὐειδεῖ χερὶ θεῖσα
οὐδεὶς ἄγγοσδ' ὄμβρος ἐσέρχεται, ἀλλά μιν εἴργει
εἰσόκ' ἀποστεγάσῃ πυκινὸν ῥόον· αὐτὰρ ἔπειτα
πνεύματος ἐλλείποντος ἐσέρχεται αἴσιμον ὕδωρ.
Ὡς δ' αὔτως, ὅθ' ὕδωρ μὲν ἔχῃ κάτα βένθεα χαλκοῦ
πορθμοῦ χωσθέντος βροτέῳ χροῒ ἠδὲ πόροιο,
αἰθὴρ δ' ἐκτὸς ἔσω λελιημένος ὄμβρον ἐρύκῃ
[474a] εἰσόκε χειρὶ μεθῇ, τότε δ' αὖ πάλιν, ἔμπαλιν ἢ πρίν,
Ὡς δ' αὔτως τέρεν αἷμα κλαδασσόμενον διὰ γυίων
εὖτε δ' ἀναθρῴσκῃ, πάλιν ἐκπνέει ἶσον ὀπίσσω.
Λέγει μὲν οὖν ταῦτα περὶ τοῦ ἀναπνεῖν. Ἀναπνεῖ δ', ὥσπερ εἴπομεν, τὰ φανερῶς ἀναπνέοντα διὰ τῆς ἀρτηρίας, διά τε τοῦ στόματος ἅμα καὶ διὰ τῶν μυκτήρων. Ὥστ' εἰ μὲν περὶ ταύτης λέγει τῆς ἀναπνοῆς, ἀναγκαῖον ζητεῖν πῶς ἐφαρμόσει ὁ εἰρημένος λόγος τῆς αἰτίας· 7 φαίνεται γὰρ τοὐναντίον συμβαῖνον. Ἄραντες μὲν γὰρ τὸν τόπον, καθάπερ τὰς φύσας ἐν τοῖς χαλκείοις, ἀναπνέουσιν (αἴρειν δὲ τὸ θερμὸν εὔλογον, ἔχειν δὲ τὸ αἷμα τὴν τοῦ θερμοῦ χώραν)· συνιζάνοντες δὲ καὶ καταπλήττοντες, ὥσπερ ἐκεῖ τὰς φύσας, ἐκπνέουσιν. Πλὴν ἐκεῖ μὲν οὐ κατὰ ταὐτὸν εἰσδέχονταί τε τὸν ἀέρα καὶ πάλιν ἐξιᾶσιν, οἱ δ' ἀναπνέοντες κατὰ ταὐτόν. 8
Εἰ δὲ περὶ τῆς κατὰ τοὺς μυκτῆρας λέγει μόνης, πολὺ διημάρτηκεν· οὐ γάρ ἐστιν ἀναπνοὴ μυκτήρων ἴδιος, ἀλλὰ παρὰ τὸν αὐλῶνα τὸν παρὰ τὸν γαργαρεῶνα, ᾗ τὸ ἔσχατον τοῦ ἐν τῷ στόματι οὐρανοῦ, συντετρημένων τῶν μυκτήρων χωρεῖ τὸ μὲν ταύτῃ τοῦ πνεύματος, τὸ δὲ διὰ τοῦ στόματος, ὁμοίως εἰσιόν τε καὶ ἐξιόν. 9
Τὰ μὲν οὖν παρὰ τῶν ἄλλων εἰρημένα περὶ τοῦ ἀναπνεῖν τοιαύτας καὶ τοσαύτας ἔχει δυσχερείας. § 1. Empédocle explique aussi la respiration ; mais il ne dit rien de bien clair sur le but de cette fonction; et il ne dit pas si, dans son opinion, tous les animaux respirent, ou s'il y a des exceptions. § 2. De plus, en parlant de la respiration qui se fait par les narines, il croit parler de la respiration la plus importante. Mais il y a tout ensemble, et la .respiration par l'artère qui vient de la poitrine, et la respiration par les narines; et sans la première, les narines ne sauraient du tout respirer à elles seules. Les animaux, quand on les prive de la respiration qui se fait par le nez, ne souffrent pas, tandis qu'ils meurent si on les prive de la respiration par l'artère. § 3. La nature ne se sert qu'indirectement, et comme par accessoire, de la respiration des narines pour constituer l'odorat chez certains animaux. Aussi la plupart des animaux jouissent-ils de l'odorat, bien que chez tous l'organe ne soit pas le même. On a, du reste, parlé de ce sujet [473b] plus clairement dans d'autres ouvrages. § 4. Empédocle ajoute que l'inspiration et l'expiration ont lieu par le moyen de certaines veines qui contiennent du sang, sans en être cependant tout à fait remplies ; ces veines ont des pores pour recevoir l'air extérieur, plus petits que les particules du corps, plus grands que celles de l'air; et comme le sang peut se mouvoir naturellement, soit en haut soit en bas, quand il se porte en bas, l'air s'écoule, et c'est la respiration; quand il va en haut, l'air s'échappe au dehors, et c'est l'expiration. § 5. Empédocle compare ce mouvement à celui des clepsydres, et il dit :
« Jusqu'à ce qu'on lâche [474a] la main. Et alors, plus vivement encore qu'auparavant,
§ 6. Voilà l'explication d'Empédocle sur la respiration; mais, ainsi que nous le disions, les animaux qui respirent évidemment par l'artère, respirent à la fois et par la bouche, et par le nez. Et par suite, puisque Empédocle ne parle que de cette dernière respiration, il faut rechercher jusqu'à quel point la cause qu'il lui assigne sera bien en harmonie avec les faits. § 7. Mais il paraît que c'est tout le contraire qui se passe. En effet, c'est en soulevant le corps, comme se soulèvent les soufflets dans les forges, que les animaux respirent; et la raison peut bien admettre que l'action de la chaleur soit de soulever, et que le sang remplisse ici la fonction de la chaleur. Mais c'est en se comprimant et en se resserrant que les animaux expirent, par un mouvement pareil encore à celui des soufflets. La seule différence, c'est que les soufflets ne reçoivent pas l'air et ne le chassent pas par un même trou, tandis que quand nous respirons, c'est par la même ouverture que nous recevons et rejetons l'air tour à tour. § 8.
§ 9. Telles sont donc les diverses objections que soulèvent les théories présentées jusqu'à présent sur la respiration.
§ 1. Le but de cette fonction. Voir plus haut, ch. IV, § 1, le même reproche adressé à Démocrite, et ch. V, 5 4, à Platon ou à ses disciples. -- Tous les animaux respirent. Voir le début même de ce traité : c'est le point spécial qu'Aristote veut traiter et faire bien comprendre, dans toute cette discussion.
§ 3. Par les narines.... par l'artère. On sait que c'est une seule et même respiration, puisque les fosses nasales communiquent avec la gorge ; mais dans ce passage, Aristote semblerait croire que la respiration par le nez est différente. Évidemment, c'est ici l'expression seule qui est insuffisante, comme le prouve la suite; voir plus bas, § 8.
§ 3. Dans d'autres ouvrages. Par exemple, le Traité de la Sensation, etc., ch. V, §§ 9-15; dans l'Histoire des Animaux, il n'est pas question de cette fonction, non plus que dans le Traité des Parties des Animaux.
§ 4. Empédocle ajoute. Aristote ne fait guère ici qu'analyser les vers d'Empédocle qu'il va citer plus bas. --- La respiration. c'est-à-dire, pour parler plus exactement : « L'inspiration. » Aristote se conforme, du reste, à l'expression même d'Empédocle, tout inexacte qu'elle est; voir le premier des vers cités au paragraphe suivant.
§ 5. Des clepsydres. Ces vers d'Empédocle ont un double mérite qu'il convient de remarquer. Il fallait une grande habileté de style pour décrire en vers un phénomène aussi compliqué, et le décrire d'une manière complète et très intelligible. En second lieu, l'explication donnée est très juste. Dans les clepsydres, et dans tous les instruments de ce genre, c'est l'air qui, comprimé ou laissé en liberté, permet ou défend à l'eau d'entrer dans le vase. Aujourd'hui les notions de physique sont très répandues ; au temps d'Empédocle elles étaient fort rares, et par conséquent très précieuses. -- Il semblerait, par un passage d'une lettre de Descartes (t. VI lI, p. 36, édit. de M. Cousin), que de son temps on se servait encore des clepsydres décrites par Empédocle. Je ne sais si on les connaît encore de nos jours; mais, en tout cas, il serait à regretter qu'un instrument aussi ingénieux et aussi simple fût perdu. — A la surface du corps. Le texte dit : « Au corps extrême. »
— En résonnant. C'est le sifflement que, dans certains cas, font entendre les narines.
-- Au dedans du vase. Ce détail seul prouverait qu'Empédocle a parfaitement compris ce phénomène. µ
-- La résistance de l'air. Même remarque. -- L'air du dehors qui veut s'introduire. ld.
-- Cet isthme retentissant. L'expression peut paraître un peu prétentieuse, pour dire que l'eau fait du bruit, n s'échappant par les trous du vase.
§ 6. Ainsi que nous le disions, plus haut, § 2. -- En harmonie avec les faits. Excellent principe qu'Aristote n'a pas cessé de pratiquer, et que Bacon n'a fait que renouveler au XVIIe siècle.
§ 7. C'est tout le contraire. Il semble bien, en effet, que dans ses théories à demi poétiques, Empédocle a confondu l'inspiration et l'expiration, et qu'en croyant décrire l'une, il ne s'est pas aperçu que c'était l'autre qu'il décrivait. -- Se soulèvent les soufflets dans les forges. L'observation dit mouvement seul des côtes dans l'acte de la respiration devait mener assez naturellement à cette comparaison, qui est très juste; voir plus loin, ch. XXI, § 2. — L'action de la chaleur soit de soulever. Parce qu'en effet la chaleur dilate.
-- Par un même trou. Ceci n'est peut-être pas tout à fait exact ; car le soufflet prend aussi de l'air par le trou qui lui sert à le rejeter.
§ 8. Une grande erreur. Voir plue haut, § 2.
§ 9. Telles sont donc.... jusqu'à présent. On sait que c'est la méthode d'Aristote d'examiner les théories de ses devanciers avant d'exposer les siennes. Voir le premier livre de la Métaphysique, le second de la Politique, le premier du Traité de l'Âme, et particulièrement dans ce dernier traité, I, II, 1, où Aristote donne les motifs de la méthode qu'il adopte.
Nécessité de la chaleur naturelle pour la vie et la nutrition : le cœur en est l'instrument, et c'est de lui que partent toutes les veines. --- Deux sortes d'extinction du feu naturel : nécessité d'un refroidissement pour l'entretenir.
1 Ἐπεὶ δὲ εἴρηται πρότερον ὅτι τὸ ζῆν καὶ ἡ τῆς ψυχῆς ἕξις μετὰ θερμότητός τινός ἐστιν (οὐδὲ γὰρ ἡ πέψις, δι' ἧς ἡ τροφὴ γίνεται τοῖς ζῴοις, οὔτ' ἄνευ ψυχῆς οὔτ' ἄνευ θερμότητός ἐστιν· πυρὶ γὰρ ἐργάζεται πάντα), 2 διόπερ ἐν ᾧ πρώτῳ τόπῳ τοῦ σώματος καὶ ἐν ᾧ πρώτῳ τοῦ τόπου τούτου μορίῳ τὴν ἀρχὴν ἀναγκαῖον εἶναι τὴν τοιαύτην, ἐνταῦθα καὶ τὴν πρώτην θρεπτικὴν ψυχὴν ἀναγκαῖον ὑπάρχειν, 3 [474b] οὗτος δ' ἐστὶν ὁ μέσος τόπος τοῦ δεχομένου τὴν τροφὴν καὶ καθ' ὃν ἀφίησι τὸ περίττωμα, τοῖς μὲν οὖν ἀναίμοις ἀνώνυμον, τοῖς δ' ἐναίμοις ἡ καρδία τοῦτο τὸ μόριόν ἐστιν. 4 Ἡ τροφὴ μὲν γὰρ ἐξ ἧς ἤδη γίνεται τὰ μόρια τοῖς ζῴοις ἡ τοῦ αἵματος φύσις ἐστίν.
Τοῦ δ' αἵματος καὶ τῶν φλεβῶν τὴν αὐτὴν ἀρχὴν ἀναγκαῖον εἶναι· θατέρου γὰρ ἕνεκα θάτερόν ἐστιν, ὡς ἀγγεῖον καὶ δεκτικόν. Ἀρχὴ δὲ τῶν φλεβῶν ἡ καρδία τοῖς ἐναίμοις· οὐ γὰρ διὰ ταύτης, ἀλλ' ἐκ ταύτης ἠρτημέναι πᾶσαι τυγχάνουσιν· δῆλον δ' ἡμῖν τοῦτο ἐκ τῶν ἀνατομῶν. 5 Τὰς μὲν οὖν ἄλλας δυνάμεις τῆς ψυχῆς ἀδύνατον ὑπάρχειν ἄνευ τῆς θρεπτικῆς (δι' ἣν δ' αἰτίαν, εἴρηται πρότερον ἐν τοῖς Περὶ ψυχῆς), ταύτην δ' ἄνευ τοῦ φυσικοῦ πυρός· ἐν τούτῳ γὰρ ἡ φύσις ἐμπεπύρευκεν αὐτήν. 6 Φθορὰ δὲ πυρός, ὥσπερ εἴρηται πρότερον, σβέσις καὶ μάρανσις, σβέσις μὲν ἡ ὑπὸ τῶν ἐναντίων (διόπερ ἀθρόον τε ὑπὸ τῆς τοῦ περιέχοντος ψυχρότητος καὶ θᾶττον σβέννυται διασπώμενον· αὕτη μὲν οὖν ἡ φθορὰ βίαιος ὁμοίως ἐπὶ τῶν ἐμψύχων καὶ τῶν ἀψύχων ἐστίν· καὶ γὰρ ὀργάνοις διαιρουμένου τοῦ ζῴου, καὶ πηγνυμένου διὰ ψύχους ὑπερβολήν, ἀποθνήσκουσιν),
ἡ δὲ μάρανσις διὰ πλῆθος θερμότητος· καὶ γὰρ ἂν ὑπερβάλλῃ τὸ πέριξ θερμόν, καὶ τροφὴν ἐὰν μὴ λαμβάνῃ, φθείρεται τὸ πυρούμενον, οὐ ψυχόμενον ἀλλὰ μαραινόμενον. 8 Ὥστ' ἀνάγκη γίγνεσθαι κατάψυξιν, εἰ μέλλει τεύξεσθαι σωτηρίας· τοῦτο γὰρ βοηθεῖ πρὸς ταύτην τὴν φθοράν.
§ 1. On a dit antérieurement que la vie et l'âme ne peuvent subsister dans les êtres qu'à la condition d'une certaine chaleur, parce que la digestion, par laquelle se fait la nutrition dans les animaux, ne saurait s'accomplir sans âme et sans chaleur. Le feu est, en effet, l'instrument universel de toutes ces fonctions. § 2. Voilà pourquoi c'est dans le premier lieu du corps, et dans la première partie de ce premier lieu, où il doit y avoir nécessairement un principe de ce genre, que doit aussi nécessairement se trouver la première âme, l'âme nutritive. § 3. [474b]
Or, ce lieu central est intermédiaire entre celui qui reçoit la nourriture et celui qui en rejette le résidu. Dans les animaux qui n'ont pas de sang, cette partie n'a pas de nom spécial ; dans les animaux qui ont du sang, elle se nomme le coeur. § 4. La nourriture dont en définitive se forment les parties qui composent les animaux, c'est la nature du sang. Il faut donc que le principe du sang et des veines soit identique ; car l'un est fait pour l'autre, comme un vase capable de le recevoir. Dans les animaux qui ont du sang, c'est le coeur qui est le principe des veines; car ce n'est pas parce que les veines traversent le coeur, c'est parce qu'elles en partent, que toutes en dépendent, comme nous le voyons bien clairement par l'anatomie.
§ 5. D'ailleurs, il est impossible que les autres facultés de l'âme existent sans la faculté nutritive. Nous en avons dit antérieurement la raison dans le Traité de l'Âme. Mais la faculté nutritive ne peut pas davantage exister sans le feu naturel, parce que c'est dans le feu que la nature a puisé la flamme nécessaire à cette faculté. § 6. La destruction du feu, comme on l'a dit plus haut, est de deux sortes : ou il est étouffé, ou il se consume. Il est étouffé, quand il cesse par l'action des éléments contraires; et voilà pourquoi le feu est étouffé en masse par le froid du milieu qui environne l'animal, et qu'il l'est plus vite encore quand l'animal est divisé. Cette destruction violente du feu est donc absolument la même, qu'elle se fasse ou par des choses inanimées, ou par des êtres animés. Ainsi, l'anime, quand on le coupe avec des instruments tranchants, ou quand il est gelé par l'effet d'un froid excessif, ne tarde pas à mourir.
§ 7. Au contraire quand le feu se consume et s'éteint lui-même, c'est par la quantité trop forte de la chaleur; car si la chaleur qui entoure le corps en ignition est plus vive que la sienne, et qu'il n'ait plus d'aliment, le feu est détruit, non pas par le froid, mais parce qu'il s'éteint lui-même. § 8. Ainsi donc, il faut nécessairement qu'il y ait un certain refroidissement pour que le feu se conserve; et c'est là seulement ce qui le protége contre cette destruction.
§ 1. Antérieurement. Voir plus haut, ch. V et ch. VI, § 2, et Traité de l'Âme,I I, II, 23 ; II, IV, 16 et III, I, 3. -- La digestion.... sans chaleur. C'est le motif qu'Aristote a déjà donné dans le Traité de l'Âme, II, IV, 16. -- Le feu est en effet l'instrument universel. Aristote semble avoir incliné à une opinion un peu contraire dans le Traité de l'Âme, II, IV, 8.
§ 2. Premier.... première.... premier. Toutes ces répétitions sont dans le texte.
— La première âme, l'âme nutritive. Voir dans le Traité de l'Âme, II, IV, la théorie de la nutrition. L'âme nutritive est appelée la première, parce que la nutrition est indispensable à toutes les autres facultés, tandis qu'elle peut au contraire se passer d'elles.
§ 3. Les animaux qui n'ont pas de sang. Voir le Traité de l'Âme, II, IX, 6, n : ces animaux, dans les théories d'Aristote, sont les insectes, les mollusques, etc.
§ 4. C'est la nature du sang. Voir plus haut la même idée, Traité du Sommeil et de la Veille, ch. III, § 2 — Car l'un est fait pour l'autre. L'expression n'est peut-être pas très exacte; mais l'idée n'en est pas moins claire. -- Le principe des veines. On sait que c'est la théorie développée par Aristote, mais qui est déjà dans le Timée de Platon; voir le Timée, p. 198, trad. de M. Cousin; et, dans Aristote, le Traité des Parties des Animaux, liv. III, où le ch. IV tout entier est consacré au coeur : voir aussi plus haut, Traité du Mouvement des Animaux, ch. IX, § 3.
- Les veines traversent le coeur. Même observation dans le Traité des Parties des Animaux, liv. III, ch. IV, p. 666, a, 30, édit. de Berlin. — Par l'anatomie. Je crois que la science moderne admet encore ces théories : le coeur peut être considéré, en effet, comme le principe de toute la circulation du sang, artères et veines. Ce passage, du reste, prouve avec une foule d'autres qu'Aristote devait avoir poussé assez loin les recherches anatomiques.
§ 5. Dans le Traité de l'Âme, I, V, 27, et II, II, 4.
--- Sans le feu naturel. Indispensable à la digestion ; voir plus haut, § 1.
§ 6. Plus haut, Traité de la Jeunesse et de la Vieillesse, ch. V, § 1. — Et par des choses inanimées. Quelques commentateurs ont cru qu'il s'agissait ici des plantes qu'Aristote appellerait des êtres inanimés. Ceci est peu probable, puisque Aristote donne formellement une âme aux plantes, l'âme nutritive; voir le Traité de l'Âme, I, V, 27; II, II, 3, et II, III, 2. On pourrait croire aussi qu'Aristote veut parler des corps en combustion ; mais je préfère interpréter tout ce passage dans le sens que je lui donne. Il n'est alors question que du feu naturel qui fait vivre l'animal, et qui peut être détruit soit par une cause naturelle, comme le froid, soit par une cause volontaire, comme la blessure faite par un être animé. Il me semble que cette interprétation, que ne repousse pas la grammaire, lève toutes les difficultés et rend la pensée très claire.
§ 7. Se consume et s'éteint lui-même. J'ai dû mettre deux mots au lieu d'un, pour bien faire comprendre toute la portée de l'expression grecque.
§ 8. Un certain refroidissement. C'est le rôle qu'Aristote va donner à la respiration. Platon l'avait déjà indiqué dans le Timée, p. 198, trad. de M. Cousin.
Modes divers selon lesquels se fait le refroidissement nécessaire à la respiration : exemple des insectes : organisation spéciale de ceux qui bourdonnent. -- Animaux munis de poumons qui peuvent vivre longtemps sans respirer; amphibies.
Ἐπεὶ δὲ τῶν ζῴων τὰ μὲν ἔνυδρα, τὰ δ' ἐν τῇ γῇ ποιεῖται τὴν διατριβήν, τούτων τοῖς μὲν μικροῖς πάμπαν καὶ τοῖς ἀναίμοις ἡ γινομένη ἐκ τοῦ περιέχοντος ἢ ὕδατος ἢ ἀέρος ψύξις ἱκανὴ πρὸς τὴν βοήθειαν τῆς φθορᾶς ταύτης· μικρὸν γὰρ ἔχοντα τὸ θερμὸν μικρᾶς δέονται τῆς βοηθείας. Διὸ καὶ βραχύβια σχεδὸν πάντα τὰ τοιαῦτ' ἐστίν· ἐπ' ἀμφότερα γὰρ μικρὰ ὄντα μικρᾶς τυγχάνει ῥοπῆς.
Ὅσα δὲ μακροβιώτερα [475a] τῶν ἐντόμων (ἄναιμα γάρ ἐστι πάντα τὰ ἔντομα), τούτοις ὑπὸ τὸ διάζωμα διέσχισται, ὅπως διὰ λεπτοτέρου ὄντος τοῦ ὑμένος ψύχηται· μᾶλλον γὰρ ὄντα θερμὰ πλείονος δεῖται τῆς καταψύξεως, 3 οἷον αἱ μέλιτται (τῶν γὰρ μελιττῶν ἔνιαι ζῶσι καὶ ἑπτὰ ἔτη) καὶ τἆλλα δὲ ὅσα βομβεῖ, οἷον σφῆκες καὶ μηλολόνθαι καὶ τέττιγες. Καὶ γὰρ τὸν ψόφον ποιοῦσι πνεύματι, οἷον ἀσθμαίνοντα· ἐν αὐτῷ γὰρ τῷ ὑποζώματι, τῷ ἐμφύτῳ πνεύματι αἰρομένῳ καὶ συνίζοντι, συμβαίνει πρὸς τὸν ὑμένα γίνεσθαι τρίψιν· κινοῦσι γὰρ τὸν τόπον τοῦτον, ὥσπερ τὰ ἀναπνέοντα ἔξωθεν τῷ πνεύμονι καὶ οἱ ἰχθύες τοῖς βραγχίοις. 4 Παραπλήσιον γὰρ συμβαίνει κἂν εἴ τίς τινα τῶν ἀναπνεόντων πνίγοι, τὸ στόμα κατασχών· καὶ γὰρ ταῦτα ποιήσει τῷ πνεύμονι τὴν ἄρσιν ταύτην· ἀλλὰ τούτοις μὲν οὐχ ἱκανὴν ἡ τοιαύτη ποιεῖ κίνησις κατάψυξιν, ἐκείνοις δ' ἱκανήν. Καὶ τῇ τρίψει τῇ πρὸς τὸν ὑμένα ποιοῦσι τὸν βόμβον, ὥσπερ λέγομεν, οἷον διὰ τῶν καλάμων τῶν τετρυπημένων τὰ παιδία, ὅταν ἐπιθῶσιν ὑμένα λεπτόν. 5 Διὰ γὰρ τοῦτο καὶ τῶν τεττίγων οἱ ᾄδοντες ᾄδουσιν· θερμότεροι γάρ εἰσι, καὶ ἔσχισται αὐτοῖς ὑπὸ τὸ ὑπόζωμα· τοῖς δὲ μὴ ᾄδουσι τοῦτ' ἐστὶν ἄσχιστον.
Καὶ τῶν ἀναίμων δὲ καὶ πνεύμονα ἐχόντων, ὀλίγαιμον δ' ἐχόντων καὶ σομφόν, ἔνια διὰ τοῦτο πολὺν χρόνον δύνανται ἀπνευστὶ ζῆν, ὅτι ὁ πνεύμων ἄρσιν ἔχει πολλήν, ὀλίγον ἔχων τὸ αἷμα καὶ τὸ ὑγρόν· ἡ γὰρ οἰκεία κίνησις ἐπὶ πολὺν χρόνον διαρκεῖ καταψύχουσα. Τέλος δ' οὐ δύναται, ἀλλ' ἀποπνίγεται μὴ ἀναπνεύσαντα, καθάπερ εἴρηται καὶ πρότερον· 7
τῆς γὰρ μαράνσεως ἡ διὰ τὸ μὴ ψύχεσθαι φθορὰ καλεῖται πνίξις, καὶ τὰ οὕτω φθειρόμενα ἀποπνίγεσθαί φαμεν. 8 Ὅτι δ' οὐκ ἀναπνεῖ τὰ ἔντομα τῶν ζῴων, εἴρηται μὲν καὶ πρότερον, φανερὸν δὲ καὶ ἐπὶ τῶν μικρῶν ἐστι ζῴων, οἷον μυιῶν καὶ μελιττῶν· ἐν γὰρ τοῖς ὑγροῖς πολὺν χρόνον ἀνανήχεται, ἂν μὴ λίαν ᾖ θερμὸν ἢ ψυχρόν·
καίτοι τὰ μικρὰν ἔχοντα δύναμιν πυκνότερον ζητεῖ ἀναπνεῖν. Ἀλλὰ φθείρεται ταῦτα καὶ λέγεται ἀποπνίγεσθαι πληρουμένης τῆς κοιλίας καὶ φθειρομένου τοῦ ἐν τῷ ὑποζώματι θερμοῦ· διὸ καὶ ἐν τῇ τέφρᾳ χρονισθέντα ἀνίσταται. 10
Καὶ τῶν ἐν τῷ ὑγρῷ δὲ ζώντων ὅσα ἄναιμα πλείω χρόνον ζῇ ἐν τῷ ἀέρι τῶν ἐναίμων καὶ δεχομένων τὴν θάλατταν, οἷον τῶν ἰχθύων· διὰ γὰρ τὸ ὀλίγον ἔχειν τὸ θερμὸν ὁ ἀὴρ ἱκανός ἐστιν ἐπὶ πολὺν χρόνον καταψύχειν, οἷον τοῖς τε μαλακοστράκοις καὶ τοῖς πολύποσιν (οὐ μὴν εἰς τέλος γε διαρκεῖ πρὸς τὸ ζῆν [διὰ] τὸ ὀλιγόθερμα εἶναι)· 11
ἐπεὶ καὶ τῶν ἰχθύων [οἱ] πολλοὶ ζῶσιν ἐν τῇ γῇ, ἀκινητίζοντες μέντοι, καὶ εὑρίσκονται ὀρυττόμενοι. Ὅσα γὰρ ἢ μηδ' ὅλως ἔχει πνεύμονα ἢ ἄναιμον, ἐλαττονάκις δεῖται καταψύξεως.
§ 1. Parmi les animaux dont les uns sont aquatiques, et les autres vivent sur terre, ceux qui sont très petits et ceux qui n'ont pas de sang, sont suffisamment refroidis par le milieu qui les environne, soit eau, soit air, pour que leur chaleur naturelle soit préservée de ce genre de destruction. Comme ils ont peu de chaleur, il suffit de très peu de chose pour les garantir. Aussi la plupart de ces animaux vivent ils fort peu; car ils ne peuvent supporter qu'une bien petite différence dans l'un ou l'autre sens. § 2. Quant à ceux des insectes [475a] qui vivent plus longtemps, bien qu'ils soient privés de sang, ainsi que tous les autres, le dessous de leur corselet est divisé en deux parties, afin qu'ils puissent être refroidis à travers cette membrane qui chez eux est plus mince ; et comme ils ont plus de chaleur, ils ont davantage aussi besoin de refroidissement.
§ 3. Telles sont les abeilles; car il y a des abeilles qui vivent jusqu'à sept ans. Tels sont tous les autres insectes bourdonnants, comme les guêpes, les scarabées et les cigales. Toutes ces espèces d'insectes font du bruit en soufflant, comme s'ils étaient hors d'haleine; c'est sous leur corselet même, par le souffle naturel qui s'élève et qui s'abaisse, que se fait le choc [de l'air intérieur] contre la membrane. Ces animaux meuvent cette, partie tout comme les animaux qui respirent du dehors la meuvent par le poumon, et les poissons, par les branchies.
§ 4. Il arrive chez ces insectes quelque chose d'analogue à ce qui se passe chez les animaux qui respirent, quand on les étouffe en leur fermant la bouche. Ainsi, c'est par le poumon que ces derniers animaux essayeraient de reprendre leur souffle en dilatant leur poitrine ; mais ce mouvement ne serait pas capable de leur procurer un refroidissement suffisant. Pour les insectes, au contraire, il suffit très bien ; et ils font leur bourdonnement, comme nous venons de le dire, par le choc de l'air intérieur contre la membrane. C'est à peu près le bruit que font les enfants, lorsqu'ils placent une légère pellicule sur des chalumeaux percés de trous. § 5. Voilà comme chantent celles des cigales qui sont chantantes; car celles-là ont plus de chaleur que les autres; et le dessous de leur corselet est divisé. Au contraire, il ne l'est pas chez celles qui ne chantent point.
§ 6. Parmi les animaux qui ont du sang et des poumons, mais dont le poumon est petit et spongieux, il y en a quelques-uns qui peuvent vivre très longtemps sans respirer. C'est que leur poumon peut recevoir une très grande dilatation, et qu'il n'a que peu de sang et d'humidité; alors, le mouvement qui lui est propre suffit pour refroidir l'animal pendant longtemps. A la fin cependant il ne peut plus vivre; et il meurt étouffé parce qu'il ne respire pas, ainsi qu'on l'a dit antérieurement. § 7. En effet, la destruction de la chaleur naturelle qui s'éteint faute de refroidissement, est ce qu'on nomme étouffement; et en parlant des animaux qui meurent ainsi, nous disons qu'ils meurent étouffés.
§ 8. Nous avons dit encore antérieurement que les insectes ne respirent pas; et il est facile d'observer ce fait dans les petits animaux, tels que les mouches et les abeilles, qui peuvent en effet surnager très longtemps dans les liquides, pourvu que ces liquides ne soient ni trop chauds ni trop froids.
§ 9. Cependant ceux de ces animaux qui ont moins de force cherchent à respirer plus fréquemment; mais ils meurent, et l'on dit qu'ils sont étouffés, quand leur poitrine est pleine et que l'humidité qui est dans leur corselet a disparu. C'est là aussi ce qui fait qu'après être restés fort longtemps dans la poussière, ils s'en tirent sans avoir souffert.
§ 10. Parmi les animaux qui vivent dans l'eau, tous ceux qui n'ont pas de sang vivent dans l'air plus longtemps que ceux qui ont du sang, et qui reçoivent le liquide ainsi que les poissons. Comme ils ont peu de chaleur, l'air peut les refroidir pour longtemps ; et tels sont les crustacés et les polypes. A la fin, cependant, l'air ne leur suffit pas pour toujours vivre hors de l'eau, parce qu'ils ont trop peu de chaleur.
§ 11. Le plus grand nombre des poissons vivent aussi dans la terre; mais ils y restent sans mouvement, et on les trouve dans le sol où ils sont enfouis. § 12. Tous les animaux qui n'ont pas du tout de poumon, ou qui ont un poumon privé de sang, ont moins souvent besoin de refroidissement.
§ 1. Qui sont très petits. Les insectes, par exemple. - De ce genre de destruction. D'extinction naturelle. -- Dans l'un ou l'autre sens. L'expression d'Aristote est ici assez obscure, comme le remarque Léonicus. « L'un ou l'autre sens » veut dire qu'il faut très peu de chose, soit pour conserver ces êtres, soit pour les détruire.
§ 2. Qui vivent plus longtemps. Au paragraphe suivant Aristote cite les abeilles, les guêpes, les cigales, etc.
§ 3. Les scarabées, peut-être les bannetons. Schneider, dans son édition de l'Histoire des Animaux, I,Vv, 4, n'explique pas à quel animal s'applique spécialement le nom qu'emploie ici Aristote. — Le choc de l'air intérieur contre la membrane. Le texte dit seulement : « Le choc » ou frottement. Cette explication, du reste, est exacte; et le bourdonnement de ces insectes ne tient pas, comme on le croit vulgairement,
au frottement des ailes l'une contre l'autre. Pour s'en convaincre, il suffit de tenir une cigale par les ailes; son bourdonnement n'en continue pas moins ; voir l'Histoire des Animaux, liv. IV, IX, 2, édit. de Schneider, et le Traité du Sommeil et de la Veille, ch. II, § 11.
§ 4. Une légère pellicule sur des chalumeaux. On reconnais ici le mirliton.
- § 5. Celles des cigales qui sont chantantes. Voir l'Histoire des Animaux, IV, IX, 2, édit. de Schneider.
§ 6. Antérieurement. Plus haut, au § 4.
§ 7. Ce qu'on nomme étouffement. Voir plus haut, ch. VIII, §§ 6, 7, 8.
§ 8. Ne respirent pas. Voir plus haut, §§ 2 et 4, et l'Histoire des Animaux, liv. IV, ch. IX, au début. -- Très longtemps. Ceci est exact; mais il faut ajouter cependant qu'ils finissent par y mourir, même sans que les liquides aient les températures extrêmes dont parle Aristote, comme il le remarque d'ailleurs lui-même au paragraphe suivant. — L'humidité qui est dans leur corselet. Voir plus haut, § 2.
§ 10. Qui n'ont pas de sang. Dans les théories d'Aristote, ce sont les mollusques, les crustacés, etc .Voir l'Histoire des Animaux, liv. IV, ch. 1, au début, p. 523, 6, édit. de Berlin ; de la Génération des Animaux, liv. I, p. 720, b, 5 ; des Parties des Animaux, liv. IV, p. 878, a, 30, ibid. -
-- Ainsi que les poissons. Voir plus loin, ch. XXI, § 8. -- Crustacés. Voir histoire des Animaux, liv. IV, ch. 2, consacré aux crustacés, et la définition de ces animaux, id., ch. I, § 2, édit. de Schneider.
§ 11. Des poissons. Il serait peut-être plus exact de dire qu'ils vivent dans la vase, et non dans la terre; mais j'ai dû traduire fidèlement le texte. Léonicus rappelle que Pline, dans le neuvième livre de son Histoire Naturelle, traduit un passage de Théophraste sur des poissons qui vivent dans la terre. Ce passage nous reste dans les oeuvres de Théophraste, p. 467, édit de 1813. Il ne me semble pas qu'Aristote veuille ici parler de ces poissons dont l'existence est aises douteuse : il veut dire seulement que x la plupart des poissons peuvent vivre dans la vase tout aussi bien que dans l'eau. L'expression dont il se sert indique nettement sa pensée ; et il ne peut vouloir dire que le plus grand nombre des poissons soient du genre de ceux dont Théophraste a parlé. L'observation serait trop évidemment fausse et Aristote n'eût pas commis cette erreur.
Modes divers du refroidissement nécessaire à la respiration dans les animaux qui ont des poumons et du sang : vivipares et ovipares. Le poumon et les branchies ne sont jamais réunis dans un seul et même animal.
1 Περὶ μὲν οὖν τῶν ἀναίμων, ὅτι τοῖς μὲν ὁ περιέχων ἀὴρ τοῖς δὲ τὸ ὑγρὸν βοηθεῖ πρὸς τὴν ζωήν, εἴρηται· 2 τοῖς δ' ἐναίμοις καὶ τοῖς ἔχουσι καρδίαν, ὅσα μὲν ἔχει πνεύμονα πάντα δέχεται τὸν ἀέρα καὶ τὴν κατάψυξιν ποιεῖται διὰ τοῦ ἀναπνεῖν καὶ ἐκπνεῖν. 3
Ἔχει δὲ πνεύμονα τά τε ζῳοτοκοῦντα ἐν αὑτοῖς καὶ μὴ θύραζε μόνον (τὰ γὰρ σελάχη ζῳοτοκεῖ μέν, ἀλλ' οὐκ ἐν αὑτοῖς) καὶ τῶν ᾠοτοκούντων τά τε πτερυγωτά, οἷον ὄρνιθες, καὶ τὰ φολιδωτά, οἷον χελῶναι καὶ σαῦραι καὶ ὄφεις. Ἐκεῖνα μὲν οὖν ἔναιμον, τούτων δὲ τὰ πλεῖστα τὸν πνεύμονα ἔχει σομφόν· διὸ καὶ τῇ ἀναπνοῇ χρῆται μανότερον, ὥσπερ εἴρηται καὶ πρότερον. 4
Χρῆται δὲ πάντα, καὶ ὅσα διατρίβει καὶ ποιεῖται τὸν βίον ἐν τοῖς ὕδασιν, οἷον τὸ τῶν ὕδρων γένος καὶ βατράχων καὶ κροκοδείλων καὶ ἑμύδων καὶ χελῶναι αἵ τε θαλάττιαι καὶ αἱ χερσαῖαι καὶ φῶκαι· ταῦτα γὰρ πάντα καὶ τὰ τοιαῦτα καὶ τίκτει ἐν τῷ ξηρῷ καὶ καθεύδει ἢ ἐν τῷ ξηρῷ, ἢ ἐν τῷ ὑγρῷ ὑπερέχοντα τὸ στόμα διὰ τὴν ἀναπνοήν. [476a] 5
Ὅσα δὲ βράγχια ἔχει πάντα καταψύχεται δεχόμενα τὸ ὕδωρ· ἔχει δὲ βράγχια τὸ τῶν καλουμένων σελαχῶν γένος καὶ τῶν ἄλλων ἀπόδων. Ἄποδες δ' οἱ ἰχθύες πάντες· καὶ γὰρ ἃ ἔχει, καθ' ὁμοιότητα τῶν πτερύγων λέγεται.
Τῶν δὲ πόδας ἐχόντων ἓν ἔχει βράγχια μόνον τῶν τεθεωρημένων, ὁ καλούμενος κορδύλος. 6
Ἅμα δὲ πνεύμονα καὶ βράγχια οὐδὲν ὦπταί πω ἔχον. Αἴτιον δ' ὅτι ὁ μὲν πνεύμων τῆς ὑπὸ τοῦ πνεύματος καταψύξεως ἕνεκέν ἐστιν (ἔοικε δὲ καὶ τοὔνομα εἰληφέναι ὁ πνεύμων διὰ τὴν τοῦ πνεύματος ὑποδοχήν), τὰ δὲ βράγχια πρὸς τὴν ἀπὸ τοῦ ὕδατος κατάψυξιν. Ἓν δ' ἐφ' ἓν χρήσιμον ὄργανον, καὶ μία κατάψυξις ἱκανὴ πᾶσιν, ὥστ' ἐπεὶ μάτην οὐδὲν ὁρῶμεν ποιοῦσαν τὴν φύσιν, δυοῖν δ' ὄντοιν θάτερον ἂν ἦν μάτην, διὰ τοῦτο τὰ μὲν ἔχει βράγχια τὰ δὲ πνεύμονα, ἄμφω δ' οὐδέν.
§ 1. Ainsi donc, pour les animaux qui n'ont pas de sang, l'air ambiant pour les uns, et le liquide pour les autres, les aide à conserver la vie.
§ 1. Pour les uns. Les insectes. -- Pour les autres. Les mollusques, les crustacés, etc.
§ 2. Qui ont un poumon.... le refroidissement. Tel est le rôle que Platon prête au poumon ; voir le Timée, p. 198, trad. de M. Cousin.
§ 3. Comme les poissons cartilagineux. Voir l'Histoire des Animaux, liv. VI, ch. X, au début, avec les notes de Schneider, et Traité de la Génération des Animaux, liv. III, ch. III, p. 754, a, 23, édit. de Berlin. -- On l'a dit plus haut. Voir ch. I, § 2.
§ 4. Les hydres, les grenouilles, etc. Tous ces animaux sont amphibies : pour les phoques en particulier, voir l'Histoire des Animaux, VI, XI, 3, édit. de Schneider. § 5. En recevant l'eau dans l'intérieur de leur corps. — Cartilagineux. Voir plus haut, § 3. - Nageoires. Le texte dit mot à mot : « Ailes. » -- Le cordyle. Voir l'Histoire des Animaux, VIII, II, 5, édit. de Schneider.
§ 6. En grec. J'ai ajouté ceci pour faire mieux comprendre l'explication étymologique que donne Aristote. « Poumon » et « souffle » ont, dans la langue grecque, le même radical. -- Qu'à une seule fonction. Aristote n'a pu toujours posé ce principe d'une manière aussi absolue ; voir un peu plus loin, ch. XI, § 1, et le Traité de l'Âme, II, VIII, 10. -- La nature ne fait rien en vain. Principe des causes finales ; voir plus haut, Traité du Sommeil et de la Veille, ch. II, § 7, et Traité de l'Âme, II, IV, 5; III, IX, 6;
III, XII, 3.

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 § 4

§ 1

§ 2
 § 1
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§ 3
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§ 6
 § 7
 § 8

§ 9

§ 1
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§ 6
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§ 8
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 § 2

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