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Timestamp: 2016-10-25 21:09:35+00:00

Document:
4C.58/2007 (25.05.2007)
4C.58/2007 /ech
d�fenderesse et recourante, repr�sent�e par Me Jacques Roulet,
demanderesse et intim�e, repr�sent�e par Me Karin Etter.
soci�t� anonyme; responsabilit� de l'organe de r�vision,
recours en r�forme contre l'arr�t de la Chambre civile de la Cour de justice du canton de Gen�ve du 15 d�cembre 2006.
En janvier 1994, B.________, A.________ et deux autres personnes ont fond� la soci�t� C.________ SA, qui avait notamment pour but l'exploitation, la direction et la gestion d'�tablissements dans les domaines de la restauration et de l'h�tellerie. A.________ a �t� inscrit au Registre du commerce en qualit� d'administrateur unique de la soci�t�, tandis que la soci�t� Fiduciaire X.________ SA (ci-apr�s : X.________) a �t� d�sign�e en qualit� de r�viseur.
D�s 1995, C.________ SA a essuy� des pertes importantes. Les cr�anciers actionnaires de la soci�t� ont sign� des conventions de postposition de cr�ances pour un montant total de 668'015 fr. 65 au mois de janvier et de juin 1996, puis pour un montant suppl�mentaire de 1'274'139 fr. 85 au mois de janvier 1997, et enfin pour un nouveau un montant de 2'355'660 fr. 61 au mois de mai 1998.
Le 30 juin 1998, le caf�-restaurant exploit� par C.________ SA a ferm� d�finitivement, tous les employ�s ayant �t� licenci�s pour cette date. Un bilan interm�diaire de liquidation a �t� dress� au 31 ao�t 1998, faisant ressortir une perte de 3'038'617 fr. 88. Le 12 octobre 1998, le conseil d'administration de C.________ SA a requis la mise en faillite de la soci�t�. La faillite a �t� prononc�e le 24 novembre 1998 et liquid�e en la forme sommaire.
L'�tat de collocation, d�pos� le 28 juillet 1999, faisait �tat de dettes s'�levant � 2'020'448 fr. 95. � teneur de ce document, le montant total de la cr�ance du Credit Suisse envers C.________ SA s'�levait � 2'139'061 fr. 70. La banque a toutefois retir� ses cr�ances produites ensuite de leur rachat le 23 avril 1999 par B.________, lequel a alors �t� admis, dans l'�tat de collocation, en qualit� de cr�ancier de la soci�t� pour un montant de 600'000 fr., en vertu du droit de subrogation de la caution. Une cr�ance de Z.________, pour des arri�r�s de loyer relatifs � des locaux qu'elle avait donn�s � bail � C.________ SA, a �galement �t� admise � hauteur de 335'116 fr. Ayant obtenu la r�alisation � son profit du mobilier inventori� dans ses locaux, pour un montant net de 91'192 fr. 80, Z.________ s'est vu d�livrer un acte de d�faut de biens pour 243'923 fr. 20.
Le 6 ao�t 2001, Z.________, qui avait obtenu la cession (art. 260 LP) d'une pr�tention de 1'920'000 fr. inventori�e par l'administration de la faillite � l'encontre de A.________, de B.________ et de X.________ au titre de leur responsabilit� en qualit� d'organes de la soci�t� faillie, a assign� ceux-ci devant le Tribunal de premi�re instance du canton de Gen�ve en paiement de 243'923 fr. 20 plus int�r�ts l�gaux d�s le 1er mai 1998.
Par jugement du 12 septembre 2002, confirm� le 10 octobre 2003 par la Cour de justice, le Tribunal de premi�re instance a d�bout� Z.________ de ses pr�tentions � l'encontre de B.________ pour d�faut de l�gitimation active, apr�s que l'Autorit� de surveillance des offices des poursuites et faillites, statuant sur plainte de B.________, eut constat� la nullit� de la cession de la cr�ance � l'encontre de ce dernier au motif que les cr�anciers n'avaient pas �t� consult�s.
Le Tribunal de premi�re instance a ordonn� une expertise comptable. Dans son rapport, l'expert a conclu que les comptes annuels des exercices 1994 � 1997 n'avaient pas �t� �tablis conform�ment aux r�gles applicables, relevant en particulier l'absence de comptabilisation des amortissements �conomiquement n�cessaires ainsi que l'absence de constitution de provisions pour litiges et pour d'autres risques et charges. Il a consid�r� qu'en comptabilisant les amortissements et provisions n�cessaires, la situation r�elle de C.________ SA, estim�e � sa valeur d'exploitation, se serait pr�sent�e comme suit :
Exercice R�sultat R�sultat cumul� Postpositions D�couvert*
1997 1'036'891.24 3'254'203.09 2'355'660.61 -798'542.48
Selon l'expert, si les comptes annuels avaient �t� �tablis selon les r�gles, le surendettement manifeste de la soci�t� serait apparu d�s le d�p�t du rapport de r�vision sur les comptes annuels de l'exercice 1995, soit d�s le 7 novembre 1996. Si X.________ avait tir� les cons�quences des r�serves qu'elle formulait sur la non-comptabilisation des amortissements et des provisions, elle aurait pu se rendre compte de cette situation d�s cette date et intimer l'ordre au conseil d'administration d'avertir le juge.
L'expert a relev� que les fonds �trangers (sans tenir compte des engagements bancaires) avaient diminu� de 2'531'541 fr. 60 au 31 d�cembre 1995 � 1'866'434 fr. 89 au 31 ao�t 1998 et � 1'420'448 fr. 95 au 12 octobre 1998, date de la requ�te de faillite, de sorte que le dommage avait globalement �t� r�duit de 1'111'092 fr. 65 pour les cr�anciers tiers durant cette p�riode. En revanche, les avances (postpos�es) des cr�anciers chirographaires avaient constamment augment� durant la m�me p�riode, passant de 667'985 fr. 65 au 31 d�cembre 1995 � 2'559'869 fr. 53 au 31 ao�t 1998, soit un dommage suppl�mentaire de 1'891'190 fr. 88 pour les cr�anciers chirographaires.
Par jugement du 10 novembre 2005, le Tribunal de premi�re instance a condamn� A.________ et X.________, pris conjointement et solidairement, � payer � Z.________ - dont les actifs et passifs ont entre-temps �t� repris par Y.________, laquelle l'a remplac�e dans la proc�dure devant la Cour de justice - la somme de 243'923 fr. 20 plus int�r�ts � 5% l'an d�s le 1er mai 1998, avec suite de d�pens.
Statuant sur appel de X.________, la Chambre civile de la Cour de justice du canton de Gen�ve a confirm� avec suite de d�pens le jugement de premi�re instance par arr�t du 15 d�cembre 2006.
X.________ exerce un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral contre cet arr�t, en concluant, avec suite de d�pens de toutes instances, � sa r�forme dans le sens du rejet de la demande. Y.________ conclut avec suite de d�pens au rejet du recours.
1.2 Interjet� par la partie d�fenderesse qui a succomb� dans ses conclusions lib�ratoires et a donc qualit� pour recourir (cf. ATF 123 III 414 consid. 3a; 126 III 198 consid. 2b), le recours est dirig� contre une d�cision finale rendue en derni�re instance cantonale par un tribunal sup�rieur (art. 48 al. 1 OJ). Portant sur une contestation civile de nature p�cuniaire dont la valeur d�passe le seuil de 8'000 fr. (art. 46 OJ), le recours est donc en principe recevable, puisqu'il a �t� d�pos� en temps utile (art. 54 al. 1 OJ) et dans les formes requises (art. 55 OJ).
2.1 La cour cantonale a retenu, en se fondant sur le rapport de l'expert (cf. lettre C supra), que C.________ SA �tait en �tat de surendettement manifeste d�s l'�tablissement des comptes annuels de l'exercice 1995, soit au plus tard le 7 novembre 1996, date � laquelle X.________ avait d�pos� son rapport de r�vision pour l'exercice 1995. X.________ avait ainsi manqu� � ses obligations selon l'art. 729b al. 2 CO en omettant d'avertir elle-m�me le juge malgr� un surendettement manifeste, si bien qu'elle r�pondait sur la base de l'art. 755 CO du dommage caus� � la soci�t� faillie. Les juges cantonaux ont consid�r� que le dommage correspondait � l'augmentation du d�couvert entre le moment o� la faillite aurait d� �tre prononc�e si X.________ n'avait pas manqu� � ses obligations, moment qu'il convenait de fixer au 31 d�cembre 1996, et celui de la faillite effective, soit le 12 octobre 1998, correspondant � la date du d�p�t de bilan. Comme, selon les constatations de l'expert, le d�couvert r�el de C.________ SA - soit le montant des pertes non couvertes par les postpositions de cr�ances - �tait pass� de 843'172 fr. au 31 d�cembre 1996 � 2'270'501 fr. 44 au 31 ao�t 1998, le dommage subi par la soci�t� s'�levait � 1'427'329 fr. 44. Toutefois, dans la mesure o� la demanderesse n'avait fait valoir, dans la pr�sente proc�dure, qu'une fraction du dommage total, soit 243'923 fr. 20, c'est ce montant que X.________ devait �tre condamn�e � lui payer, conjointement et solidairement avec A.________.
2.2 La d�fenderesse et recourante (ci-apr�s: la d�fenderesse) reproche � la cour cantonale une fausse application de la th�orie de la diff�rence - applicable pour d�terminer le dommage dans le cadre de la responsabilit� fond�e sur l'art. 755 CO - pour avoir compar� le patrimoine de la soci�t� faillie au moment du prononc� de la faillite hypoth�tique (31 d�cembre 1996), fond� sur une estimation des biens � leur valeur d'exploitation, avec le patrimoine de la soci�t� au moment du d�p�t de bilan (12 octobre 1998), fond� cette fois-ci sur une estimation des biens � leur valeur de liquidation.
� cet �gard, la d�fenderesse sollicite la rectification d'une inadvertance manifeste de la cour cantonale, qui a indiqu� dans la partie � en fait � de son arr�t (p. 11) que l'expert aurait estim� la situation r�elle de C.________ SA au 31 ao�t 1998 � sa valeur d'exploitation. Cette constatation reposerait sur une mauvaise lecture du rapport d'expertise, dans lequel l'expert a bien pr�cis� (p. 11) que si la d�termination des fonds propres - respectivement du d�couvert - � la fin de chaque exercice annuel pour les exercices 1994 � 1997 reposait sur la valeur d'exploitation, les comptes au 31 ao�t 1998 �taient �tablis sur la base des valeurs de liquidation. D'ailleurs, la cour cantonale a elle-m�me indiqu� correctement dans la partie � en droit � de son arr�t (p. 32) que le montant retenu pour le d�couvert au 31 ao�t 1998 est bien bas� sur les valeurs de liquidation.
Selon la d�fenderesse, la comparaison indue entre le d�couvert r�el au 31 d�cembre 1996 aux valeurs d'exploitation et celui au 31 ao�t 1998 aux valeurs de liquidation aurait ainsi eu pour effet d'augmenter artificiellement la diff�rence th�orique de patrimoine, soit le dommage, et consacrerait une fausse application de la th�orie de la diff�rence.
2.3 Il convient effectivement de commencer par rectifier une inadvertance manifeste de la cour cantonale, en ce sens que si la d�termination des fonds propres - respectivement du d�couvert - � la fin de chaque exercice annuel pour les exercices 1994 � 1997 reposait bien sur les valeurs d'exploitation, les comptes au 31 ao�t 1998 �taient �tablis sur la base des valeurs de liquidation. Cela r�sulte clairement du rapport d'expertise sur lequel s'est fond�e la cour cantonale, laquelle a d'ailleurs elle-m�me indiqu� � raison dans la partie � en droit � de son arr�t que le montant retenu pour le d�couvert au 31 ao�t 1988 �tait bas� sur les valeurs de liquidation, de sorte qu'il y a bien eu inadvertance manifeste au sens de l'art. 63 al. 2 OJ (cf. ATF 115 II 399 consid. 2a; 109 II 159 consid. 2b et les arr�ts cit�s).
2.4 L'art. 725 al. 2 CO fait obligation au conseil d'administration d'aviser le juge s'il r�sulte du bilan dress� en application de cette disposition que les dettes sociales ne sont couvertes ni lorsque les biens sont estim�s � leur valeur d'exploitation, ni lorsqu'ils le sont � leur valeur de liquidation, � moins que des cr�anciers n'acceptent la postposition de leur cr�ance dans la mesure de cette insuffisance de l'actif. Alors que l'ancien art. 725 al. 2 CO, dans sa teneur en vigueur avant le 1er juillet 1992, pr�voyait que les biens devaient �tre port�s au bilan interm�diaire pour leur valeur v�nale, le droit en vigueur permet d'�viter l'avis au juge lorsque la soci�t� devrait �tre consid�r�e comme surendett�e si l'on se fonde sur la valeur de liquidation des biens, mais pas lorsque l'on prend en compte leur valeur d'exploitation. La possibilit� de prendre en compte alternativement la valeur d'exploitation des biens permet ainsi d'�viter qu'une soci�t� viable soit consid�r�e comme surendett�e imm�diatement apr�s sa fondation uniquement parce que ses biens doivent �tre estim�s � leur valeur de liquidation (Eric Homburger, Z�rcher Kommentar, Band VI/5b, 1997, n. 1230 et 1232 ss ad art. 725 CO). En effet, la valeur de liquidation - correspondant au montant qui peut selon toute probabilit� �tre obtenu, en cas de liquidation, par la vente des actifs, que ce soit aux ench�res forc�es ou de gr� � gr� (Homburger, op. cit., n. 1240 ad art. 725 CO) - est en principe inf�rieure � la valeur d'exploitation, bien que le contraire puisse aussi se produire (cf. Homburger, op. cit., n. 1235 ad art. 725 CO).
2.5 Lorsqu'il s'agit de d�terminer le dommage que les administrateurs (cf. art. 754 CO) ou les r�viseurs (cf. art. 755 CO) ont caus� � la soci�t� en tardant de mani�re fautive � aviser le juge (cf. art. 725 al. 2 et 729b al. 2 CO), il y a lieu de comparer, conform�ment � la th�orie de la diff�rence, le montant actuel du patrimoine du l�s� et le montant qu'aurait ce m�me patrimoine si l'�v�nement dommageable ne s'�tait pas produit. Le dommage de la soci�t� consiste ainsi dans l'augmentation du d�couvert entre le moment o� la faillite aurait �t� prononc�e si le d�fendeur n'avait pas manqu� � ses devoirs et le moment o� la faillite a effectivement �t� prononc�e (ATF 132 III 342 consid. 6.2, 564 consid. 6.2; arr�t 4C.117/1999 du 6 novembre 1999, consid. 2b).
Dans ce contexte, seule la valeur de liquidation des biens entre en ligne de compte, puisque l'ouverture de faillite entra�ne la dissolution de la soci�t� (art. 736 ch. 3 CO) et sa liquidation en conformit� des r�gles de la faillite (art. 740 al. 5 CO). La valeur de liquidation est ainsi d�terminante non seulement pour fixer le montant du d�couvert � la date o� la faillite a effectivement �t� prononc�e, mais �galement pour fixer le montant du d�couvert � la date o� la faillite aurait �t� prononc�e si le d�fendeur n'avait pas manqu� � ses devoirs. En effet, dans les deux cas, la valeur d'exploitation n'a plus aucune pertinence dans l'optique de la liquidation de la soci�t�. En outre et surtout, une fixation du dommage sur la base de la comparaison de l'�tat d'un patrimoine aux deux dates consid�r�es pr�suppose n�cessairement que l'on compare deux montants obtenus sur une base comparable. Or tel n'est pas le cas si l'on estime les biens � leur valeur d'exploitation � la premi�re date et � leur valeur de liquidation � la seconde. Une telle mani�re de proc�der aboutit � augmenter artificiellement le montant du dommage � concurrence de la diff�rence entre la valeur de liquidation et la valeur d'exploitation - dans la mesure o� celle-ci sera en r�gle g�n�rale plus �lev�e (cf. consid. 2.4 in fine supra) - � la premi�re date consid�r�e.
2.6 En l'esp�ce, la cour cantonale a �valu� le dommage subi par la soci�t� � 1'427'329 fr. 44, en comparant le d�couvert r�el de la soci�t� - apr�s d�duction des cr�ances postpos�es - au 31 d�cembre 1996, qui s'�levait � 843'172 fr., avec celui au 31 ao�t 1998, qui se montait � 2'270'501 fr. 44 (cf. consid. 2.1 supra). Or il appert que le premier montant a �t� d�termin� sur la base de la valeur d'exploitation, tandis que le second l'a �t� sur la base de la valeur de liquidation (cf. consid. 2.3 supra). La fixation du dommage par la cour cantonale proc�de ainsi d'une fausse application de la th�orie de la diff�rence par la comparaison de deux montants obtenus sur une base qui n'est pas comparable (cf. consid. 2.5 supra).
Cette violation du droit f�d�ral porte sur un point important pour l'issue du litige. En effet, selon les chiffres avanc�s par l'expert et retenus par l'autorit� cantonale, le d�couvert, compte tenu des postpositions de cr�ances, a d'abord r�guli�rement augment�, passant de 0 fr. au 31 d�cembre 1994 � 443'301 fr. 75 au 31 d�cembre 1995 puis � 843'172 fr. au 31 d�cembre 1996, avant de baisser l�g�rement, gr�ce � de nouvelles postpositions de cr�ances, � 798'542 fr. 48 au 31 d�cembre 1997. La diff�rence entre le d�couvert au 31 d�cembre 1997 (798'542 fr. 48) et celui au 31 ao�t 1998 (2'270'501 fr. 44), malgr� de nouvelles postpositions de cr�ances pour plus de 200'000 fr., atteint 1'471'958 fr. 96. Une telle diff�rence, qui est sup�rieure au dommage retenu par la cour cantonale (1'427'329 fr. 44), ne peut logiquement s'expliquer, � tout le moins en partie, que par le passage d'une estimation des actifs � leur valeur d'exploitation (apr�s les ajustements effectu�s par l'expert pour tenir compte des amortissements n�cessaires) � une estimation de ces m�mes actifs � leur valeur de liquidation.
Contrairement � ce que soutient la demanderesse, il n'est pas possible d'affirmer que le montant r�clam� en justice, soit 243'923 fr. 30, serait de toute mani�re � l'�vidence tr�s inf�rieur au montant total du dommage, m�me si celui-ci �tait �valu� sur la base de la valeur d'exploitation (recte: de liquidation) au 31 d�cembre 1996. Il n'est a priori pas exclu que le dommage �valu� correctement, soit sur la base de la valeur de liquidation tant au 31 d�cembre 1996 qu'au 31 ao�t 1996 - les dates n'�tant pas contest�es - soit inf�rieur au montant des conclusions prises par la demanderesse. La cause doit donc �tre renvoy�e � l'autorit� cantonale pour qu'elle proc�de aux constatations de fait n�cessaires (art. 64 al. 1 OJ), dans les limites permises par les r�gles cantonales de proc�dure applicables.
3.1 Selon la d�fenderesse, la cour cantonale aurait �galement viol� le fardeau de la preuve au sens de l'art. 8 CC en retenant l'existence d'un dommage non prouv� par la demanderesse, celle-ci n'ayant pas �tabli la valeur de liquidation du patrimoine de la soci�t� faillie au 31 d�cembre 1996.
3.2 Cet argument se confond avec le grief de fausse application de la th�orie de la diff�rence et n'a pas � �tre examin� ici. Il appartiendra � l'autorit� cantonale de proc�der aux constatations de fait n�cessaires, dans les limites autoris�es par le droit cantonal de proc�dure, et le cas �ch�ant de tirer les cons�quences d'une �ventuelle absence de preuve suffisante sur des �l�ments pertinents.
4.1 La d�fenderesse soutient encore qu'il conviendrait de compl�ter l'�tat de fait de l'arr�t attaqu�, en application des art. 63 al. 2 ou 64 al. 2 OJ, pour pr�ciser le montant des amortissements retenus par l'expert aux valeurs d'exploitation des actifs, puisque l'arr�t attaqu� retient les chiffres qui en d�coulent pour fixer le dommage. Il y aurait ainsi lieu de constater que l'expert a pris en compte des amortissements sur actifs - �valu�s � leur valeur d'exploitation - ainsi que des provisions � hauteur de 158'668 fr. sur l'exercice 1994, 372'515 fr. sur l'exercice 1995, 406'066 fr. sur l'exercice 1996 et 426'174 fr. sur l'exercice 1997, tandis que pour l'ann�e 1998, jusqu'au 31 ao�t, l'expert se r�f�re aux comptes �tablis par X.________ - � valeur de liquidation -, qui comportent des provisions sur actifs pour 2'608'652 fr. 70. Or il saute aux yeux, selon la d�fenderesse, que la perte patrimoniale qui r�sulte des nouvelles provisions est purement comptable, vu l'�valuation � la valeur de liquidation, et ne correspond pas � une perte de valeur effective subite des actifs consid�r�s. En r�alit�, les valeurs de liquidation n'�taient certainement pas plus importantes au 31 d�cembre 1996 qu'au 31 ao�t 1998. En tous les cas, la diminution des actifs n'a certainement pas �t� plus importante que la diminution des dettes envers des cr�anciers tiers, puisque l'analyse de l'expert montre que les fonds �trangers (sans tenir compte des engagements bancaires) ont diminu� de 2'531'541 fr. 60 au 31 d�cembre 1995 � 1'866'434 fr. 89 au 31 ao�t 1998. Il s'ensuivrait selon la d�fenderesse que si le bilan avait �t� d�pos� au 31 d�cembre 1996, l'�tat de collocation aurait �t� plus important que celui cons�cutif au d�p�t de bilan du 12 octobre 1998, ce qui suffirait � nier l'existence d'un dommage.
4.2 � supposer que le Tribunal f�d�ral puisse prendre en consid�ration les compl�ments que la d�fenderesse entend apporter � l'�tat de fait en ce qui concerne les amortissements et provisions retenus par l'expert, ces compl�ments n'appara�traient de toute mani�re pas pertinents pour le sort de la cause. Il est incontestable que le fait d'estimer les actifs au 31 ao�t 1998 � leur valeur de liquidation, alors qu'ils avaient �t� estim�s � leur valeur d'exploitation dans les bilans des exercices 1994, 1995, 1996 et 1997, �tait propre � entra�ner une diminution subite de la valeur des actifs sur un plan purement comptable (cf. consid. 2.6 supra). Le montant des amortissements effectu�s par l'expert pour les exercices 1994 � 1997 n'est pas un �l�ment pertinent, puisque ces amortissements ont �t� effectu�s sur la base des valeurs d'exploitation. La d�fenderesse admet d'ailleurs elle-m�me que le montant des amortissements th�oriques bas� sur les valeurs d'exploitation ne peut �tre retenu pour �valuer la diminution des actifs durant la p�riode concern�e. En l'absence de donn�es sur les valeurs de liquidation au 31 d�cembre 1996, il est impossible d'affirmer, comme le fait la d�fenderesse, que ces valeurs n'�taient pas plus importantes que celles au 31 ao�t 1998. La seule certitude est que l'on ne peut comparer des valeurs d'exploitation au 31 d�cembre 1996 et des valeurs de liquidation au 31 ao�t 1998. Comme on l'a vu, il appartiendra � l'autorit� cantonale d'op�rer, dans les limites permises par les r�gles cantonales de proc�dure applicables, les constatations de fait n�cessaires sur l'�tat du patrimoine de la soci�t� aux dates d�terminantes, sur la base d'une estimation des biens � leur valeur de liquidation (cf. consid. 2.6 et 3.2 supra).
4.3 C'est en vain que la d�fenderesse invoque le fait que les dettes sociales envers les tiers - par opposition � celles envers les actionnaires (les � cr�anciers chirographaires �) - ont diminu� de 2'531'541 fr. 60 au 31 d�cembre 1995 � 1'866'434 fr. 89 au 31 ao�t 1998 et � 1'420'448 fr. 95 au 12 octobre 1998, ce qui a conduit l'expert � affirmer que le dommage avait globalement �t� r�duit de 1'111'092 fr. 65 pour les cr�anciers tiers durant cette p�riode. En effet, il est constant que la demanderesse ne r�clame pas la r�paration d'un dommage qu'elle aurait subi en tant que cr�anci�re, mais qu'elle exerce l'action sociale en r�paration du dommage caus� � la soci�t� faillie elle-m�me (cf. ATF 132 III 564 consid. 3.2.2 et les arr�ts cit�s), quand bien m�me elle a choisi de limiter au montant de son propre d�couvert dans la faillite, soit � 243'923 fr. 20, les pr�tentions de la masse qu'elle exerce sur la base d'un mandat proc�dural. C'est donc � juste titre que la cour cantonale ne s'est pas bas�e, pour calculer le dommage subi par la soci�t�, sur l'�volution des seuls fonds �trangers, qui ne refl�te pas l'aggravation de la situation financi�re de la soci�t�.
Au demeurant, la postposition de cr�ance n'est pas un abandon de cr�ance et n'�limine pas le surendettement; la cr�ance postpos�e continue d'exister en tant que passif de la soci�t�, et le cr�ancier obtiendra un acte de d�faut de biens dans la faillite de la soci�t� (Hanspeter W�stiner, Basler Kommentar, Obligationenrecht II, 2e �d. 2002, n. 47 ad art. 725 CO et les r�f�rences cit�es; Homburger, op. cit., n. 1266 ad art. 725 CO; Peter B�ckli, Schweizer Aktienrecht, 3e �d. 2004, p. 1693 n. 796 et p. 1697 n. 809; Lukas Glanzmann, Der Darlehensvertrag mit einer Aktiengesellschaft aus gesellschaftsrechtlicher Sicht, th�se St-Gall 1996, p. 124). Il est donc logique de prendre en compte l'ensemble des fonds �trangers, inscrits au passif du bilan de la soci�t�, pour d�terminer le dommage caus� � la soci�t� elle-m�me du fait de l'augmentation du surendettement entre le moment o� la faillite aurait d� �tre prononc�e et celui o� elle a effectivement �t� prononc�e.
5.1 La d�fenderesse reproche � la cour cantonale d'avoir viol� les art. 147 al. 1 et 759 al. 1 CO pour n'avoir pas tenu compte du fait que B.________, en rachetant apr�s la faillite la dette de C.________ SA envers le Credit Suisse, qui s'�levait � 2'139'061 fr. 70, et en n'ayant �t� subrog� � cette banque que pour un montant de 600'000 fr., aurait permis un d�sendettement (ou un d�dommagement) de la soci�t� faillie pour 1'539'061 fr. 70. Comme B.________ devrait �tre consid�r� comme un administrateur de fait et qu'il avait d'ailleurs initialement �t� attaqu� en tant que tel, ce d�dommagement � hauteur de 1'539'061 fr. 70 lib�rerait �galement la d�fenderesse au vu de la solidarit� des d�biteurs, en application des art. 147 al. 1 et 759 al. 1 CO.
5.2 L'art. 759 al. 1 CO institue une solidarit� diff�renci�e en ce sens que si plusieurs personnes r�pondent d'un m�me dommage, chacune d'elles est solidairement responsable dans la mesure o� le dommage peut lui �tre imput� personnellement en raison de sa faute et au vu des circonstances (cf. ATF 132 III 564 consid. 7). Conform�ment � l'art. 147 al. 1 CO, celui des d�biteurs solidaires dont le paiement ou la compensation �teint la dette en totalit� ou en partie lib�re les autres jusqu'� concurrence de la portion �teinte.
Il incombe au d�biteur qui invoque le moyen de l'art. 147 al. 1 CO d'�tablir qu'un cod�biteur solidaire a �teint la dette, en totalit� ou en partie, en effectuant un paiement ou une compensation pour �teindre pr�cis�ment la dette solidaire (ATF 37 II 448 consid. 4; Hermann Becker, Berner Kommentar, Band VI/1, 1941, n. 1 in fine ad art. 147 CO). En l'esp�ce, comme la demanderesse a �t� d�bout�e de ses pr�tentions � l'encontre de B.________ pour d�faut de l�gitimation active, il est douteux que B.________ puisse avoir � r�pondre, solidairement avec la d�fenderesse, du dommage caus� � la soci�t�. Mais surtout, la d�fenderesse n'a nullement �tabli que B.________ aurait repris les engagements bancaires de C.________ SA pour �teindre une dette d�coulant d'une pr�tendue responsabilit� pour un dommage caus� � la soci�t�, plut�t qu'en vertu d'un engagement en qualit� de caution. C'est par cons�quent en vain qu'elle tente d'invoquer le moyen de l'art. 147 al. 1 CO.
6.1 La d�fenderesse soutient enfin que le fait pour la demanderesse de se pr�valoir, pour les cr�anciers, du dommage caus� � la soci�t� durant la p�riode litigieuse, alors que le dommage des cr�anciers tiers a diminu� pendant cette m�me p�riode, serait constitutif d'un abus de droit au sens de l'art. 2 al. 2 CC.
6.2 Ainsi qu'on l'a vu, la demanderesse agit sur la base d'un mandat proc�dural en r�paration du dommage caus� � la soci�t� elle-m�me par les manquements fautifs de la d�fenderesse (cf. consid. 4.3 supra). Comme le dommage de la soci�t� consiste en l'augmentation du d�couvert entre le moment o� la faillite aurait �t� prononc�e si la d�fenderesse n'avait pas manqu� � ses devoirs et le moment o� la faillite a effectivement �t� prononc�e (cf. consid. 2.5 supra), il doit �tre calcul� en prenant en compte l'ensemble des fonds �trangers, inscrits au passif du bilan de la soci�t� (cf. consid. 4.3 supra). Dans la mesure o� les manquements fautifs de la d�fenderesse ont conduit � une aggravation de la situation patrimoniale de la soci�t� par une augmentation du passif, on ne voit pas en quoi il serait abusif de lui r�clamer la r�paration du dommage ainsi caus� � la soci�t�.
En d�finitive, le recours doit �tre partiellement admis, l'arr�t attaqu� annul� et la cause renvoy�e � l'autorit� cantonale pour compl�tement de l'�tat de fait et nouvelle d�cision dans le sens des consid�rants qui pr�c�dent. Vu l'issue du recours, il se justifie de r�partir les frais par moiti� entre les parties et de compenser les d�pens (art. 156 al. 3 et 159 al. 3 OJ).
Le recours est partiellement admis, l'arr�t attaqu� est annul� et la cause est renvoy�e � l'autorit� cantonale pour compl�tement de l'�tat de fait et nouvelle d�cision dans le sens des consid�rants.
Un �molument judiciaire de 6'500 fr. est mis pour moiti� � la charge de la demanderesse et pour moiti� � la charge de la d�fenderesse.

References: ATF 
 ATF 
 art. 725
 art. 725
 art. 725
 art. 725
 art. 754
 art. 755
 art. 725
in fine
 art. 63
 ATF 
 art. 725
 art. 725
 art. 147
 art. 147
 ATF 
in fine
 art. 147