Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/EtatsNsouverains/Inde-Panjab.htm
Timestamp: 2017-11-18 13:59:38+00:00

Document:
Panjab (Inde)
État du Panjab
Capitale: Chandigarh
Population: 24,3 millions (2001)
Langues officielles: panjabi et anglais
Groupe majoritaire: panjabi (91,6 %)
Groupes minoritaires: hindi (7,5 %), ourdou (0,1 %), bengali, népali, dogri, tamoul, marathi, malayalam, oriya,
télougou, gujarati, lahnda, kannada, maithili, assamais, kashmiri, anglais, khandeshi, etc.
Lois de l'État: Loi sur la langue officielle (1967); Punjab Official Language (Amendment) 2008.
Le Panjab (ou Penjab, mais Punjab en anglais) dont il est question ici est l'État indien de 50 362 km², limité au nord par le Jammu-et-Cachemire, à l'est par l'Himachal Pradesh, au sud par l'Haryana et le Rajasthan et à l'ouest par la province du Panjab au Pakistan. Ainsi, il y a deux Panjab: le Panjab indien (50 362 km²) et le Panjab pakistanais (205 344 km² ). Lors de l'Indépendance de l'Inde et de la partition qui s'en suivit en 1947, chacun des deux pays, le Pakistan et l'inde, a récupéré une partie de la région du Panjab, dont le nom signifie «pays des cinq rivières» (la Beas, la Chenab, la Jhelum, le Ravi et le Sutlej), même s'il y en a six avec l'Indus (voir la carte).
La capitale du Panjab indien est Chandigarh, que cet État partage avec l'Haryana. Toutefois, cette ville ne fait partie d'aucun des deux États, Chandigarh étant un territoire de l'Union administré par le gouvernement fédéral et représenté par un administrateur. Ainsi, Chandigarh accueille les administrations du Panjab, de l'Haryana et du territoire fédéral de Chandigarh.
Le nom de Chandigarh provient des mots Chandi Mandir, un temple dédié à la déesse Chandi, situé dans le district de Panchkula. Le terme Chandigarh signifie mot à mot «le fort de Chandi». Le territoire compte deux villes satellites de Chandigarh : Panchkula et Mohali. Les trois villes sont connues comme étant «Chandigarh Tricity». Cela étant dit, Amritsar demeure la capitale religieuse, la ville sainte des sikhs.
Selon le recensement de 2001, la population du Panjab était de 24,3 millions d'habitants (exactement 24 358 999). Contrairement à beaucoup d'États indiens, le Panjab est une région peu multi-ethnique, peu multilingue et comptant trois principales confessions religieuses (sikhs, hindous et musulmans), avec une vingtaine de langues différentes, et autant de petites langues en voie de disparition. La langue largement majoritaire est le panjabi parlé par 91,6 % de la population; hindous, sikhs et musulmans peuvent être des panjabiphones (parlant le panjabi). La langue minoritaire la plus importante est l'hindi (7, %), suivie de l'ourdou (0,1 %). Toutes les autres langues ne sont parlées que par un petit nombre de locuteurs, soit moins de 20 000. Presque toutes les langues utilisées comme langue maternelle sont des langues appartenant au groupe indo-iranien (ou indo-aryen), c'est-à-dire des langues de la famille indo-européenne.
panjabi 22 334 369 91,6 % langue indo-iranienne
hindi 1 851 128 7,5 % langue indo-iranienne
ourdou 27 660 0,1 % langue indo-iranienne
bengali 20 655 0,0 % langue indo-iranienne
népali 19 778 0,0 % langue indo-iranienne
dogri 18 034 0,0 % langue indo-iranienne
tamoul 12 339 0,0 % famille dravidienne
marathi 12 117 0,0 % langue indo-iranienne
malayalam 10 669 0,0 % famille dravidienne
oriya 10 345 0,0 % langue indo-iranienne
télougou 7 296 0,0 % famille dravidienne
gujarati 7 040 0,0 % langue indo-iranienne
lahnda 6 882 0,0 % langue indo-iranienne
kannada 4 001 0,0 % famille dravidienne
maithili 3 277 0,0 % langue indo-iranienne
assamais 2 980 0,0 % langue indo-iranienne
kashmiri 2 411 0,0 % langue indo-iranienne
anglais 1 394 0,0 % langue germanique
khandeshi 1 072 0,02 % langue indo-iranienne
Le tableau qui précède ne présente que les langues parlées par plus de 1000 locuteurs; il ne témoigne pas des petites langues parlées par un petit nombre de locuteurs.
2.1 Le panjabi
Le panjabi (ou penjabi) appartient à la famille indo-européenne de la branche des langues indo-iraniennes (ou indo-aryennes) parlée dans la région du Panjab (Pakistan et Inde), par environ 100 millions de locuteurs. Comme l'hindi, le panjabi est issu du sanskrit, mais il apparaît plus archaïsant. À l'écrit, les sikhs panjabiphones utilisent l'alphabet gourmoukhi (qui se lit de gauche à droite), mais les hindous et musulmans indiens emploient l'alphabet devanagari (qui se lit de gauche à droite). Quant aux panjabiphones pakistanais, ils ont recours à l'alphabet shahmoukhi (qui se lit de droite à gauche). La figure de gauche illustre les alphabets gourmoukhi et shahmoukhi, alors que le tableau de droite (cf. Wikipedia) fait référence au gurmukhi.
ਆਲੂ ālū pomme de terre
ਦਿਲ dil cœur
ਗਾਂ gã vache
Le panjabi est fragmenté en plusieurs variétés dialectales, mais les linguistes ne semblent pas s'entendre sur les critères de classement. Ainsi, Ethnologue classe ces variétés en trois groupes: le panjabi occidental (Pakistan), le panjabi oriental (Inde) et le panjabi mirpuri (Cachemire).
Variétés dialectales Désignation Localisation Locuteurs
Panjabi oriental
(Inde) panjabi proprement dit, majhi, doab, bhatyiana (bhatneri, bhatti), powadhi, malwa, bathi, etc. Panjab, Majhi (districts de Gurdaspur et d'Amritsar, districts de Firozpur et de Bhatyiana); Rajasthan (district de Ganganagar et de Bhatyiana); Haryana; Delhi; Jammu-et-Cachemire. 27,1 millions en Inde (2001)
Pakistan) lahnda, hindko, pahari-potwari, etc. Principalement au Panjab pakistanais. 60,6 millions au Pakistan (2000).
Panjabi de Mirpur (Cachemire) mirpuri Cachemire, district de Mirpur (Azad-Cachemire). 1,0 million en Inde (2000)
Selon le linguiste George Abraham Grierson (1851-1941), dans son volume Linguistic Survey of India (entre 1904-1928), il y aurait quatre dialectes du panjabi parlés en Inde et au Pakistan: le dialecte de Majhi, le dialecte de Malwi, le dialecte de Doabi et le dialecte de Pwadhi.
1) Dialecte de Majhi Le dialecte Majhi est le dialecte de prestige du panjabi parlé au centre du Panjab où vit la majorité des locuteurs de cette langue. C'est le dialecte de la région historique de Majha, qui comprend, au Pakistan, le Lahore, le Sheikhupura, le Kasur, l'Okara, le Gujranwala, le Wazirabad, le Sialkot, le Narowal, le Gujrat et une partie du district de Jhelum; au Pakistan, les districts d'Amritsar, de Tarn Taran Sahib et de Gurdaspur
2) Dialecte de Malwi:
Le dialecte de Malwi est parlé dans la partie orientale du Panjab indien dans les secteurs de Ludhiana, Ambala, Bathinda, Ganganagar, Malerkotla, Fazilka et Ferozpur au sud; il est également parlé dans l'État de l'Haryana.
3) Dialecte de Doabi: Le dialecte de Doabi est parlé dans le Panjab indien. Le mot Do Aabi signifie «pays entre deux rivières» et désigne les variétés dialectales entre les rivières Beas et Sutlej, mais inclut les districts de Jalandhar, Nawanshahr, Kapurthala et Hoshiarpur.
4) Dialecte de Pwadhi: Le dialecte de Pwadhi est parlé dans la région de la région de Powadh (Puadh ou Powadha) du Panjab pakistanais une partie de l'État de l'Haryana entre les rivières Satluj et Ghaggar.
Le problème, c'est que les données d'Ethnologue et les données du linguiste Grierson ne concordent guère, même qu'il apparaît difficile de concilier les deux propositions. Le panjabi occidental correspondrait au dialecte de Majhi surnommé lahnda par Grierson. Mais les dialectes de Malwi et de Doabi seraient des variétés du panjabi oriental. Grierson ne parle pas du hindko, du saraiki, du khetrani, du marwari ni du mirpuri. Les linguistiques indiens contemporains ont aujourd'hui évité d'utiliser le terme de lahnda et ont désigné les dialectes «lahnda du Sud» comme le saraiki et le «lahnada du Nord» comme le potwari, le «lahnda occidental» comme le hindko. Aujourd'hui, le dogri parlé au Cachemire n'est plus considéré comme un dialecte du panjabi, alors que le mirpuri est perçu comme un dialecte du potwari parlé dans le district de Mirpur.
Pour d'autres linguistes, les langues lahnda font partie d'un groupe de langues indo-iraniennes constituant une macrolangue, dont feraient partie le hindko, le khetrani, le panjabi occidental, le potwari, le mirpuri et le derawali, mais dont ne ferait pas partie le panjabi oriental de l'Inde.
Symbole sikh Le Panjab indien est réputé pour abriter la plus importante communauté sikhe au monde. On estime la communauté sikhe en Inde à quelque 20 millions de personnes, soit environ 2% de la population indienne. Les Sikhs constituent à la fois une ethnie (écrire Sikhs avec une majuscule, par opposition aux Pakistanais, Népalis, Assamais, etc.) et une communauté religieuse (écrire sikhs, avec une minuscule, par opposition aux musulmans, hindous, chrétiens, etc.) et ils sont installés principalement au Panjab indien, mais ils sont aussi présents dans l'Haryanan et l'Himachal Pradesh, ainsi que dans la région de Delhi. Ailleurs dans le monde, on trouve aussi d'importantes communautés sikhes au Pakistan, au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis, en Australie, à Singapour, au Kenya, en Indonésie, etc. Néanmoins, le Panjab désigné comme la «terre des Sikhs», ne recouvre qu'une faible partie de l'ancien Panjab ou Panjab historique qui comprenait non seulement le Panjab indien et le Panjab pakistanais, mais également l'Haryana, l'Himachal Pradesh.
La Panjab indien n'a pratiquement pas de langues minoritaires, du moins en terme d'importance numérique. La seule langue qui se détache du groupe de ces langues est l'hindi parlé par 7,5 % de la population, soit 1,8 million de locuteurs sur un total de 24,3 millions d'habitants (2001). Autrement dit, le Panjab est relativement homogène linguistiquement. Cependant, la communauté hindiphone constitue une puissante minorité au Panjab, puisque 180 millions de locuteurs parlent cette langue dans les États voisins.
En ce qui concerne les religions, le Panjab est la «terre des sikhs». En effet, la religion sikhe est pratiquée par près de 60 % de la population de cet État indien, les autres individus pratiquant l'hindouisme (37 %), l'islam (1,5 %), le christianisme (1,2 %), le bouddhisme (,01 %), etc. Toutefois, dans le sud du Panjab, environ 65 % population est hindouiste, contre 30 % de sikhs. Dans la partie pakistanaise du Panjab, environ 97 % de la population est de confession musulmane.
Les découvertes archéologiques révèlent que la région du Panjab était habitée dès 7000 ans avant notre ère. De petites communautés vivaient dans la vallée de l'Indus vers 3000 ans avant notre ère et des villes furent fondées. Étant donné que le Panjab constitue une vaste plaine, il allait devenir très tôt le couloir des invasions, une région ouverte sur le Pakistan et l’Inde du Nord.
À partir de 1600 avant notre ère, des tribus aryennes (indo-européennes), venues du Nord, envahirent la région et, à partir de l'actuel Panjab et de l'actuel Haryana, conquirent toute l'Inde septentrionale. C'est dans cette région stratégique que la civilisation védique a commencé et que naquit la langue sanskrite, la langue mère de l'hindi. C'est en sanskrit que fut rédigé le récit sacré du Mahabharata, qui raconte la grande épopée de la dynastie Bharata, d'où l'Inde tire son nom Bharat. Il s'agit là d'une œuvre immense du début de la littérature indienne: elle compte 100 000 couplets, soit sept fois l'Iliade et l'Odyssée, trois fois la Bible, et raconte la lutte pour le pouvoir de deux branches rivale d'une famille royale, les Kauravas et les Pandavas (quelque 2000 ans avant notre ère). Au premier millénaire de notre ère, le modèle politique des Aryens s'est diffusé dans toute l'Asie du Sud-Est ainsi que dans l'Asie himalayenne. Les souverains ont alors adopté le sanskrit, l'astrologie, les mathématiques et la littérature des Indiens.
Au fil des siècles, divers envahisseurs occupèrent la région: les Huns, les Turcs et les Afghans gagnèrent des batailles décisives pour l'histoire de la région. Après la chute de l'empire des Gupta au milieu du VIe siècle de notre ère (535), le nord de l'Inde fut à nouveau fragmenté en plusieurs royaumes. Les Huns établirent leur suprématie sur le Panjab. Ce fut après cette période que l'un des plus grands empereurs de l'Inde antique, Harshvardhan ou Harsha (590-648), a commencé un règne qui dura plus d'une quarantaine d'années. Son empire s'étendit sur tout le nord de l'Inde. On croit que la langue panjabi était utilisée au Panjab vers le XIe siècle, mais les premiers textes ne seraient apparus qu'au XIVe siècle. Cependant, le panjabi n'a jamais été utilisé dans les sphères du pouvoir.
3.1 La domination moghole et l'Empire sikh
La religion sikhe (du sanskrit sikh: «disciple» ou «adepte d'une doctrine religieuse») fut fondée au Panjab par Guru Nanak (1469-1539), qui cherchait à concilier l'hindouisme et l'islam en une seule religion. Il enseigna «l'unité de Dieu, de fraternité de l'homme, le rejet de la caste et la futilité de idole culte.» Il fut suivi par neuf maîtres, le dernier d'entre eux ayant été le gourou Gobind Singh (1666-1708; gourou de 1675 à 1708). Le panjabi ne fut employé que comme langue religieuse par les sikhs et, bien sûr, comme langue vernaculaire par le peuple. La région passa entre les mains des Moghols à partir de 1526, lorsque Babur vainquit Ibrahim Lodi, le dernier sultan de Delhi à la bataille de Panipat.
Les Moghols avaient été «persanisés» et islamisés; ils avaient introduit en Inde une littérature et une culture persanes, ainsi qu'une architecture dont le Taj Mahal — dans l'État de l'Uttar Pradesh — est l'exemple le plus connu. L'empire moghol marqua l'apogée de l'expansion musulmane en Inde. Toutefois, si la culture musulmane exerça une grande influence en Inde, l'islamisation de la population fut toujours relativement limitée, les Indiens demeurant de fervents hindous, seule une minorité de la population indienne s'étant convertie à l'islam. Après l'assassinat du gourou Gobind (1708), les sikhs furent persécutés par les musulmans moghols. Le Panjab allait être intégré dans l'Empire moghol musulman du XVIe siècle jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. C'est le persan qui servit de langue administrative durant toute la domination moghole.
À la mort de l'empereur moghol Aurangzeb en 1707, les Marathes commencèrent à affaiblir l'Empire moghol et à étendre leur emprise dans la région qui est aujourd'hui le Maharashtra, puis entre 1720 et 1760 la plus grande partie du territoire du Madhya Pradesh actuel. Ensuite, la région se fractionna de nouveau en petits États, ce qui allait favoriser la colonisation britannique. En effet, les Britanniques attisèrent la concurrence entre les différents groupes religieux pour contrôler le sous-continent.
En ce qui concerne le Panjab, un chef sikh, Ranjît Singh (1780-1839), réussit à unifier la région qui était éclatée en de nombreuses entités sous la direction de nombreux chefs de guerre. En 1799, Singh avait rendu le pays indépendant. Il prit alors le titre de maharajadhiraaja (ou maharaja) en avril 1801 et étendit progressivement son domaine en annexant Amritsar aux dépens des Moghols, ainsi que de nombreuses autres villes telles Ludhiana (1806), Kangra et Jammu (1809), Wazirabad (1810), Faridkot (1807), Attock (1813) et Multan (1818), pour occuper ensuite le Cachemire en 1819 et Peshawar (aujourd'hui au Pakistan) en 1823. En 1836, le Panjab constituait le plus grand empire sikh de l'histoire, mais il allait bientôt être annexé par les Britanniques en 1849.
Signalons que le Panjab, même sous le régime du maharaja Ranjit Singh, le panjabi n'a jamais acquis de statut officiel, bien que ce fût la langue parlée par la majorité de la population. En conséquence, le persan a occupé la fonction unique de langue administrative, judiciaire et juridique. Par la suite, le persan et l'ourdou sont demeurés les langues véhiculaires et culturelles dominantes chez les élites du Panjab.
3.2 La colonisation britannique
Les Britanniques administrèrent un territoire immense, qui s'étend aujourd'hui du Pakistan jusqu'à la Birmanie en incluant l'Inde et le Bangladesh. Le territoire regroupait des «provinces» sous administration directe et des États princiers sous suzeraineté britannique. Trois «présidences» (anglais: "Presidencies") furent créées: la présidence du Bengale (1773), la présidence de Madras (1864) et la présidence de Bombay (1847). Les villes de Calcutta, Madras et Bombay devinrent des capitales administratives, mais le vice-roi résidait à Calcutta.
- La présidence du Bengale
Après trois guerres contre l'Empire marathe, guerres appelées «guerres anglo-marathes», les Britanniques s'installèrent dans l'Inde du Nord et entreprirent la conquête du Panjab. La seconde guerre anglo-sikhe de 1848 à 1849 entraîna la bataille de Gujarat le 21 février 1849, alors que les Britanniques vainquirent les Sikhs du Panjab avec l'aide des cipayes, des soldats indiens incorporés dans les troupes de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Le 2 avril 1849, les Britanniques annexèrent le Panjab en tant que nouvelle province de l'Inde britannique, ce qui comprenait la plus grande partie de l'actuel Haryana. La province du Panjab fit partie de la «présidence du Bengale.
Les États princiers du nord (Loharu, Nabha, Jind et Patiala) furent administrés par l'Agence centrale de l'Inde ("Central India Agency"). Dans ces «provinces», l'Administration britannique avait alors juridiction sur 22 districts et 16 principautés; la capitale était Nagpur.
Dès 1854, un document intitulé Magna Charta of English Education in India ("Grande Charte de l'enseignement de l'anglais en Inde") présentait une politique linguistique par laquelle l'anglais serait utilisé dans le domaine du pouvoir, mais que les langues vernaculaires seraient employées pour répandre les connaissances parmi le peuple. La même année, les fonctionnaires britanniques œuvrant au Panjab avaient préparé une politique en éducation pour l'enseignement des langues. Comme l'ourdou était déjà employé dans le nord-ouest de l'Inde, il a semblé préférable de perpétuer ce système au lieu de l'anglais. Néanmoins, les «autochtones» qui étaient employés dans l'administration durent savoir l'anglais. Le département de l'Instruction publique, créé en 1855, a conservé le persan comme langue des registres et de l'administration; plus tard, le persan fut remplacé par l'ourdou qui est devenu la langue d'enseignement pour les garçons, la langue de l'administration et celle de la justice aux niveaux inférieurs.
En 1857, les cipayes se révoltèrent contre l'occupation britannique. Les Sikhs entrèrent massivement dans l'armée britannique afin de se venger des cipayes en aidant à mater cette révolte. Les Britanniques réprimèrent avec succès les rébellions indiennes. En 1858, le Parlement britannique transféra le pouvoir politique détenue par la Compagnie des Indes orientales à la Couronne. L'Haryana fut incorporée au Panjab. Le Royaume-Uni administra ensuite la majeure partie de l'Inde, tout en contrôlant le reste au moyen de traités conclus avec les rois et princes locaux. La reine Victoria fut déclarée «impératrice des Indes» en 1876. Après la révolte de 1857, les musulmans du Panjab perdirent leurs privilèges dans l'administration et l'armée. La fonction publique fut monopolisée par les hindous; le service militaire, un privilège des sikhs.
- La question linguistique au Panjab
Dans le domaine linguistique, les hindous du Panjab, généralement panjabiphones, avaient été instruits par les Britanniques en ourdou et en anglais afin d'occuper les diverses tâches administratives. Par réaction à cette imposition, les hindous demandèrent de remplacer l'ourdou par l'hindi jugé plus apte pour eux que l'ourdou trop associé à l'islam. Au début, ce mouvement pro-hindi était purement d'ordre politico-religieux et soutenu principalement par l'Arya Samaj, un organisme fondé en 1875, à Bombay, par Dayananda Sarasvati, afin de promouvoir la renaissance de l'hindouisme dans une future Inde indépendante. L'Arya Sama combattit pour remplacer le statut officiel de l'ourdou et son alphabet arabo-persan par l'hindi et l'alphabet devanagari, dans le but de promouvoir l'hindi et l'identité hindoue. La question linguistique et religieuse s'est vite transposée au plan politique. Aussitôt, l'Anjumun-e-Islamiya de Lahore, qui défendait les droits des musulmans, protesta contre cette demande parce qu'elle visait à évincer les musulmans du Panjab. La Ligue musulmane tint une assemblée à Amritsar pour condamner cette position. Mais elle considéra aussi que le panjabi était tout aussi indigne d'emploi comme langue d'enseignement à tous les niveaux, puisque la multiplicité des dialectes constituaient à leurs yeux un grave défaut. Beaucoup de musulmans crurent même que la promotion du panjabi constituait une conspiration pour détruire l'ourdou et les musulmans. Pendant ce temps, l'anglais était de plus en plus employé par l'administration coloniale. L'influence de cette langue allait se faire sentir encore davantage avec les années.
En 1891, le commissaire du district de Shahpur, J. Wilson, voulut trouver une solution de rechange à l'enseignement de l'ourdou au Panjab. Selon lui, le haut taux d'analphabétisme (plus de 90 %) dans cette région était causé par l'emploi de l'ourdou et de l'alphabet persan, une langue et une écriture ignorées par trop de Panjabi. De fait, fort peu de jeunes Panjabi savaient lire et écrire l'ourdou. Cependant, devant la profusion des variétés dialectales du panjabi, les autorités coloniales refusèrent de recourir à cette langue non standardisée. Pour les Britanniques, les nombreux dialectes du panjabi était simplement des «mélanges barbares d'hindi et de persan», dont l'ourdou était le modèle pur ("barbarian mixtures of Hindee and Persian of which Oordoo is the pure type").
Par ailleurs, les Britanniques ne pouvaient ignorer que le panjabi était la langue parlée par 17 millions de leur «sujets» du Panjab. Dans une note rédigée en 1909 ("Committee on Oriental Studies in London", Appendix XIII, part. XX, 1909, p. 116), il était écrit ce qui suit:
Panjabi is of special importance as being the language of our Sikh soldiers. It is of the greatest importance that the officers in Sikh regiments should be able to converse freely in Panjabi. Too many of of them employ Hindustani. There is a great deal of tea grown in the Northern Panjab. The European employed there must be able to speak Panjabi. [Le panjabi est d'une importance spéciale comme langue de nos soldats sikhs. Il est de la plus haute importance que les officiers dans les régiments sikhs soient capables de converser librement en panjabi. Trop d'entre eux utilisent l'hindoustani. Il y a beaucoup de thé à cultiver dans le Panjab du Nord. Les Européens qui y sont employés doivent être capable de parler le panjabi.]
En réalité, les Britanniques ne firent rien en faveur du panjabi pour la simple raison qu'ils ont préféré l'ourdou déjà utilisé dans tout le nord de l'Inde. Ils n'employaient pas à cette époque de sikhs dans l'administration et fort peu dans l'armée; ils leur préféraient les hindous réputés plus pacifiques. Au début, les tribunaux tentèrent bien d'imposer l'anglais, mais les Britanniques se rendirent compte qu'il n'était pas possible de traduire en anglais de très nombreux mots locaux et expressions particulières; dans les circonstances, l'anglais s'est avéré un instrument inadéquat. D'où l'intérêt pour l'ourdou, comme langue véhiculaire et administrative.
Les Britanniques partageaient les préjugés des hindous à l'égard des sikhs et du panjabi. Comme eux, ils croyaient que le panjabi était un patois rural (anglais: "rural patois"), dont l'ourdou était la forme raffinée. Il faut dire aussi que les officiers britanniques se méfiaient de l'écriture gurmukhi du panjabi parce qu'elle était le symbole de l'identité religieuse des sikhs. Dans une lettre en date du 2 Juin 1862, Robert Cust, un officier britannique en poste au Panjab, préconisa l'usage du panjabi écrit avec l'alphabet gourmoukhi pour la simple raison que c'était la langue vernaculaire et que les Britanniques devraient la soutenir. Cette suggestion a été vite désavouée par les autres officiers qui estimèrent que le panjabi était «simplement un dialecte de l'ourdou» ("merely a dialect of Urdu"). Bref, les Britanniques ne prirent jamais au sérieux la proposition de Robert Crust. Ils croyaient que, de toute façon, les sikhs comprenaient l'hindoustani, alors que les musulmans ignoraient le panjabi. Dans une lettre datée du 16 juin 1982, le représentant du commissariat de Delhi écrivait au gouverneur du Panjab les mots suivants:
Any measure which would revive the Goormukhee which is the written Pujabee tongue, would be a political error. [Toute mesure qui ferait revivre le gurmukhi, qui est l'écriture de la langue panjabi, serait une erreur politique.]
Seuls les missionnaires anglais employèrent le panjabi auprès de la population dans le but de convertir les sikhs à la religion chrétienne et à leur enseigner la Bible. Lorsque la commission Hunter a été instituée en 1882 pour choisir la langue d'enseignement dans les établissements scolaires du Panjab, elle évoqua la possibilité de trouver une solution au conflits entre les trois grandes communautés religieuses. Les musulmans avaient choisi en bloc l'ourdou et l'alphabet persan, alors que les hindous appuyaient l'hindi parlé par la majorité et l'alphabet devanagari, mais seuls les sikhs s'identifiaient au panjabi et à l'alphabet gourmoukhi. Le 28 avril 1882, l'Association nationale sikhe de Lahore adressa une pétition à M. Charles Aitchison, le gouverneur du Panjab, afin de faire du panjabi avec l'alphabet gourmoukhi la langue d'enseignement au moins pour la communauté sikhe. Le gouverneur a répondu qu'une telle mesure nuirait aux sikhs:
To exclude the children of the Sikhs from instruction in Urdu would be to place them under very serious disadvantages. Without a knowledge of Urdu it would be impossible to advance beyond the most elementary education, and to continue their studies in the middle and high schools. They would be shut out from access to an excellent, large, and daily increasing literature, and they would be placed at a great disadvantage with their countrymen in the business of life. [Exclure les enfants sikhs de l'instruction en ourdou serait les placer dans de très graves inconvénients. Sans une connaissance de l'ourdou, il serait impossible d'aller au-delà de l'enseignement le plus élémentaire et de poursuivre leurs études en enseignement moyen et secondaire. Ils seraient privés de l'accès à une littérature excellente, grande et quotidiennement progressive, et se trouveraient placés dans un grand désavantage par rapport à leurs concitoyens dans les affaires de la vie.]
Le point de vue du gouverneur était que l'enseignement du panjabi entraînerait un effet de ghettoïsation. Il oubliait que toutes les communautés voulaient privilégier une langue particulière — le panjabi pour les sikhs, l'ourdou pour les musulmans et l'hindi pour les hindous — et que le choix d'une des trois langues auraient en principe le même effet. En réalité, toute tentative destinée à autoriser le panjabi ou l'hindi était interprétée comme une attaque contre les musulmans. Mais exclure ces langues était un signe de mépris à l'égard des hindous et des sikhs.
Toutes les propositions de promouvoir le panjabi furent rejetées par les autorités coloniales qui espéraient même la disparition du panjabi. Ainsi, le juge divisionnaire du district de Jullundur, A.W. Stogdon, écrivit ces mots, le 3 août 1895 (cité par Chaudhary, 1977):
As for the encouragement of Punjabi, I am of the opinion that it is an uncouth dialect not fit to be a permanent language, and the sooner it is driven out by Urdu the better. [Quant à l'encouragement du panjabi, je suis d'avis que c'est un dialecte rustique inapte à devenir une langue permanente et le plus tôt qu'il sera chassé par l'ourdou sera le mieux.]
Il fallut attendre en 1911 pour que le maharaja de Patiala (PEPSU), l'un des États princiers du Panjab, accorde au panjabi le statut de langue co-officielle avec l'ourdou. Cependant, le petit État princier de Patiala ne couvrait qu'une minuscule superficie dans le Grand Panjab britannique.
En avril 1919, les autorités britanniques coloniales commirent l'erreur de faire charger l'armée contre une foule de 10 000 personnes manifestant pacifiquement à Amritsar. Les centaines de morts et de blessés causèrent une certaine rupture entre les élites sikhes et hindoues, et les colonisateurs britanniques. Les exigences des hindous furent abandonnées avec le résultat que l'ourdou a pu maintenir sa dominance au Panjab jusqu'en 1947.
Signalons que, avec le temps, les Britanniques avaient changé leurs positions à l'égard des communautés religieuses. Au début du XXe siècle, la sympathie des Britanniques avait commencé à changer. Devant le mécontentement des hindous et des sikhs à l'égard du colonialisme britannique, les autorités jugèrent qu'elles devaient dorénavant s'allier aux musulmans afin de contrer la montée nationaliste des autres communautés. Avec la fondation en 1913 d'un mouvement pro-indépendance, donc anti-britannique, le Ghadar, mot ourdou et panjabi signifiant «révolte» ou «rébellion», la sympathie à l'égard des sikhs s'est considérablement atténuée. C'est pourquoi les Britanniques se sont mis à soutenir la Ligue musulmane ("All India Muslim League").
La commission Simon, instituée en 1927 afin de proposer une réforme constitutionnelle pour la colonie, publia son rapport de 17 volumes en 1930, mais les commissaires britanniques rejetèrent la demande de faire de l'hindi ou du panjabi des langues d'enseignement au niveau primaire dans les écoles du Panjab britannique. En somme, les Britanniques furent responsables de la désintégration du régime politique des Sikhs du Panjab; il en résultera une profonde blessure qui modifiera de façon irréversible le destin des Sikhs et du Panjab. La réputation de «lions du Panjab» en souffrit énormément, car les Sikhs avaient toujours été de formidables guerriers. Mais il faut surtout retenir que la colonisation britannique au Panjab a permis de transformer les langues et les religions en armes de combat pour l'identité des trois principales communautés. C'est ainsi que les hindous se sont identifiés à l'hindi (alphabet devanagari), les sikhs au panjabi (alphabet gourmoukhi) et les musulmans à l'ourdou (alphabet arabo-persan). Plusieurs historiens ont pu parler alors des «trois Panjabs» : celui des sikhs, celui des hindous et celui des musulmans. Cela ne signifie pas que ces trois communautés furent toujours hostiles l'une envers l'autre. Il est aussi arrivé qu'elles s'unissent contre les Anglais, mais la vie politique dans la Panjab britannique s'est principalement organisée sur une base religieuse, selon le principe de «diviser pour régner». Quoi qu'il en soit, l'enseignement du panjabi est devenu obligatoire en 1942, à la veille de l'indépendance, dans les écoles primaires publiques.
Le XXe siècle fut celui de la décolonisation à la suite des nombreux mouvements indépendantistes qui eurent lieu dans toute l'Inde. Dès 1927, le Congrès indien avait réclamé l'indépendance. La fin de la Seconde Guerre mondiale a amené les Britanniques à réaliser que l'indépendance était inévitable: ils n'avait plus le pouvoir ou la volonté de maintenir un si vaste empire, le «joyau de la Couronne britannique».
3.3 Le Panjab après l'indépendance
Le 15 août 1947, l'Inde obtint son indépendance et Nehru fut désigné comme premier ministre. La même année, eut lieu la partition des Indes, selon les dispositions du plan Mountbatten, qui créait l'Inde et le Pakistan, auparavant la province de l'Inde britannique du Panjab. La partie occidentale, peuplée majoritairement de musulmans, revint au Pakistan, ce qui sera le Panjab pakistanais, tandis que la partie orientale, majoritairement sikhe ou hindoue, revint à l'Inde (le Panjab indien). Six millions de sikhs et d'hindous durent fuir le Panjab pakistanais et se réfugier au Panjab indien. Avant l'indépendance de l'Inde (1947), les hindous panjabiphones du Panjab employaient l'ourdou comme langue de l'administration, du commerce et du journalisme. L'ourdou était aussi la principale langue d'expression littéraire dans le Panjab britannique, alors que le panjabi demeurait uniquement une langue parlée. Mais les sikhs préféraient le panjabi, et ils se sentaient lésés du fait que leur langue était ignorée par les hindous pourtant panjabiphones comme eux.
- La partition et ses conséquences
La partition de l'Inde et du Panjab lui-même éclaté entre deux États rivaux, l'Inde et la Pakistan, allait jouer un rôle déterminant pour les Sikhs. Dans cette nouvelle configuration, les Sikhs demandèrent la création d'un État indépendant, le Sikhistan, qui ne vit jamais le jour. Dans une Inde officiellement laïque et traumatisée par la partition de 1947, il était anticonstitutionnel de réclamer un territoire autonome sur la base d'une religion, par exemple le sikhisme.
Cependant, le gouvernement indien était favorable à la modification des tracés des frontières des États de l'Union sur une base linguistique.
En 1950, deux États panjabi furent créés: la Panjab lui-même et les principautés panjabi intégrées dans un ensemble appelé Patiala and East Punjab States Union (PEPSU), où les Sikhs représentaient la moitié des citoyens. Ils obtenaient ainsi un territoire, peut-être plus réduit, mais au moins reconnu et dans lequel ils étaient presque majoritaires.
Quant à l'ancienne capitale, Lahore, qui était maintenant sur le territoire du Pakistan, le gouvernement indien décida d'en construire une nouvelle. Le premier ministre de l'Inde, Jawaharlal Nehru, confia à l'architecte français Le Corbusier la tâche de construire en 1951 la capitale du Panjab à Chandigarh, planifiée comme une «ville nouvelle, symbole de la liberté de l'Inde libérée des traditions et du passé [...] qui soit une expression de la confiance de la Nation en son avenir». Le projet prit dix ans à se matérialiser. De nouveaux changements concernant le statut de la capitale du Panjab allaient être imposés par le gouvernement central au grand dam des Sikhs.
- La confrontation linguistique
La grande majorité des musulmans du Panjab avait immigré dans le Panjab pakistanais, alors que toute la population sikhe ainsi que les hindous du Panjab occidental avaient gagné le Panjab indien. Dans l'ancien Panjab britannique (ou Panjab uni), les sikhs, en tant que petite minorité, s'étaient associés aux hindous également minoritaires pour faire face à la majorité musulmane. Cependant, dans le Panjab indien, la confrontation linguistique ourdou-hindi se transforma en conflit panjabi-hindi, ce qui entraîna le problème de la langue officielle du nouvel État. Fallait-il privilégier l'hindi ou le panjabi, ou les deux langues? Ce conflit s'accompagna de rapports tendus entre les hindous et les sikhs, un problème inexistant au cours du régime britannique, puisque la lutte a été principalement limitée aux deux groupes religieux principaux, les hindous et les musulmans. Dans le nouveau Panjab indien, les hindous majoritaires s'identifièrent à l'hindi, alors que les musulmans du Panjab pakistanais abandonnèrent le panjabi pour privilégier l'ourdou comme le symbole de leur identité ethnique et religieuse; l'ourdou, répétons-le, avait été nettement avantagé par les Britanniques qui s'en servaient comme langue administrative de préférence au panjabi. Par réaction aux sikhs, les hindous du Panjab indien se replièrent sur l'hindi, tandis que les sikhs recouraient au panjabi comme symbole de leur identité culturelle et politique. La religion, la langue et la politique s'entremêlèrent en entraînant un long conflit entre hindous et sikhs, ce qui donna naissance au séparatisme sikh. En fait, les dirigeants des partis politiques exploitèrent les questions religieuses et ethniques, afin de susciter des sentiments nationalistes favorisant leurs propres intérêts, c'est-à-dire l'aspiration à des demandes politiques autonomistes.
Dans le Panjab d'après la partition, les parents avaient la possibilité de déclarer l'hindi comme langue maternelle pour leurs enfants dans les secteurs panjabiphones et hindiphones. Il s'agissait de ce qu'on a appelé la «formule Sachar» (Bhim Sen Sachar était alors le premier ministre du Panjab). Le panjabi comme langue maternelle et comme langue d'enseignement était autorisé dès la première année et l'hindi comme langue seconde à la quatrième. Comme le choix de la langue d'enseignement a été laissé aux parents, les hindous ont ainsi opté librement pour l'hindi et les sikhs pour le panjabi.
Au cours des décennies cinquante et soixante, le conflit linguistique du Panjab indien s'est orienté autour de trois questions. Ce fut d'abord le statut de la langue panjabi. Les hindous soutenaient que le panjabi n'était pas une véritable «langue», qu'il n'était qu'un dialecte de l'hindi sans une forte tradition littéraire, ce qui empêchait le panjabi d'être élevé au statut d'une langue officielle en raison de son «arriération». Le second motif invoqué par les hindous reposait sur le fait que le panjabi n'avait pas d'alphabet propre. Finalement, les hindous revendiquaient l'hindi comme leur langue maternelle partout dans le Panjab. En réalité, les hindous rejetaient le panjabi parce que l'hindi était à la fois la langue de leur discours religieux et le symbole de leur dominance politique. Sous le régime britannique, les hindous avaient combattu l'ourdou pour favoriser l'hindi; cette fois, c'était au tour du panjabi. Or, de l'avis de nombreux linguistes (Grierson, Gumperz, Pandit, Srivastva et Pattanayak), le panjabi constitue bel et bien une langue distincte de l'hindi, avec son propre système grammatical et son lexique. En reléguant le panjabi au rang de dialecte, il devenait inopportun de lui accorder le statut de langue officielle. Seuls les États du PEPSU avaient réussi en 1954 à imposer le panjabi comme langue d'enseignement, soit comme première langue de la première année du primaire et au-delà dans la zone panjabiphone; en même temps, l'hindi est devenu une matière obligatoire à partir de la troisième année du primaire.
La question linguistique s'est envenimée avec les opérations de recensement de 1951 et 1961, alors que les hindous du Panjab décidèrent d'enregistrer l'hindi comme leur langue maternelle au lieu du panjabi. Les hindous étaient si préoccupés de combattre l'ourdou associé à l'islam que seul l'hindi leur paraissait apte à tenir tête à l'ourdou. Pour les hindous panjabiphones, la religion eut préséance sur la langue, puisqu'ils choisirent l'hindi pour des motifs religieux, quitte à maintenir leur propre langue sans statut. Dès lors, le panjabi s'est transformé en arme de combat politique, particulièrement pour les sikhs, tandis que l'hindi est devenu une arme pour les hindous.
Dans les recensements, les autorités sikhes, pour leur part, recommandaient vivement à leurs coreligionnaires d'enregistrer le panjabi comme leur langue maternelle. Les journaux des deux grandes communautés, alors principalement publiés en ourdou, firent appel à leurs membres respectifs afin d'affirmer leur loyauté à l'égard de leur langue maternelle. Puis les médias sikhs ont commencé à exprimer la crainte que la religion sikhe pouvait être en danger, parce que la puissante religion hindoue allait absorber toutes les autres religions minoritaires. De l'autre côté, les journaux hindous propageaient l'idée que les sikhs étaient des «traîtres», du fait qu'ils voulaient fonder leur propre État indépendant, le Khalistan (la «terre des purs»).
- La délimitation des frontières linguistiques
En 1953, la gouvernement indien avait créé la States Reorganisation Commission (Commission sur la réorganisation des États) ou SRC, afin de délimiter les frontières linguistiques des États de l’Union indienne et répondre ainsi aux exigences des communautés revendiquant un redécoupage territorial obéissant au critère de l'homogénéité linguistique. En 1955, la SRC rejeta la demande sikhe sous prétexte que le panjabi ne se distinguait pas grammaticalement de l’hindi et qu'il n'obtenait pas une majorité de locuteurs dans la territoire considéré. En 1956, le gouvernement indien décida d'agrandir le territoire du Panjab en lui annexant le PEPSU (Patiala and East Punjab States Union) et l’Himachal Pradesh, afin de couper court à la revendication territoriale sikhe par l’augmentation du nombre des hindous sur le même territoire administratif. En même temps, plusieurs districts himalayens traditionnellement reliés au Panjab étaient intégrés à l'État de l'Himachal Pradesh.
À la suite du recensement de 1961, le mouvement pro-hindi avait réussi à réduire substantiellement, du moins sur papier, le nombre des locuteurs du panjabi, lesquels apparaissaient minoritaires pour la première fois dans l'histoire des recensements. De moins de 60 % en 1951, les locuteurs du panjabi étaient passés en 1961 à plus de 40 % de la population du Panjab. Quant aux sikhs, ils devenaient une petite minorité dans l'État, aux prises avec des hindous officiellement hindiphones et majoritaires.
Comprenant que les hindous désiraient contrôler le pouvoir politique, les sikhs lancèrent un mouvement pour la réorganisation linguistique du Panjab, comme cela avait été fait dans d'autres parties du pays. Leur intention réelle était de former un État à majorité sikhe et officiellement panjabiphone au sein de l'Union indienne: c'était la Punjabi Suba (province panjabiphone). En 1960, le Panjab avait adopté sa première loi linguistique: la Punjab Official Language Act (Loi sur la langue officielle du Panjab). L'élément central de cette loi était de déclarer que le panjabi avec l'alphabet gourmoukhi et l'hindi avec l'alphabet devanagari étaient les langues officielles de l'État. Cette loi ne fut pas appliquée très longtemps, car les conflits internes ont tôt fait de stopper l'application de la loi. Les partisans de la langue panjabi durent aussi composer avec les réserves du premier ministre Nehru qui déclarait en 1961 au leader sikh Fateh Singh:
It is not out of any discrimination against the Punjab or distrust of the Sikhs that the process of forming a linguistic state was not possible. … Punjabi was essentially the dominant language of the Punjab state, common to both Hindus and Sikhs, though it is not possible to accept the principle of purely linguistic states in the case of Punjab. Il n'y a aucune discrimination contre le Panjab ou de méfiance envers les sikhs pour que le processus de former un État linguistique ne soit possible. […] Le panjabi est essentiellement la langue dominante de l'État du Panjab, commune à la fois aux hindous et aux sikhs, quoiqu'il ne soit pas possible d'accepter le principe d'État purement linguistique dans le cas du Panjab.
Il fallait donc redécouper le Panjab afin de rendre possible l'attribution du panjabi au Panjab, afin de ne pas défavoriser les hindiphones et les ourdouphones.
- La restructuration du Panjab de 1966 et ses conséquences
À la suite de la guerre de 1965 entre le Pakistan et l'Inde, le Panjab est apparu à nouveau comme une région hautement stratégique, qu'il convenait de ménager, et ce, d'autant plus que les soldats sikhs avaient rendu de bons et loyaux services à l'Union. De plus, l'année 1966 vit l'arrivée d'Indira Gandhi comme première ministre de l'Inde, qui succédait à Lal Bahadur Shashi, lequel s'était toujours opposé à la Punjabi Suba. Dans les circonstances, le leader du Shiromani Akali Dal (parti religieux Akali ou SAD), Fateh Singh, obtint plus facilement gain de cause, le patriotisme sikh ne pouvant plus être mis en doute. C'est pourquoi, en novembre 1966, le Parlement indien accorda au Panjab la Punjabi Suba, c'est-à-dire la province panjabiphone.
Toutefois, la Punjabi Suba concédée ne correspondait guère aux aspirations des Sikhs. Ce fut plutôt une douche froide chez les Sikhs. D'abord, l'État indien du Panjab a été divisé en trois — le Panjab, l'Himachal Pradesh et l'Haryana —, sur la base du recensement de 1961, lequel avait été «biaisé» par les hindous comme en 1951, de sorte que les frontières dites «linguistiques» correspondaient aussi à des frontières «religieuses» entre sikhs et hindous. Le nouveau Panjab, plus petit, se trouvait certes à majorité sikhe (mais seulement à 60 %) et à forte majorité panjabiphone (près de 90 %). Une population massivement panjabiphone, mais à faible majorité sikhe, avec un contrôle politique limité. En contrepartie, la partition de 1966 excluait tous les panjabiphones résidant à l'extérieur du Panjab, que ce soit en Haryana, en Himachal Pradesh, au Jammu-et-Cachemire, au Rajasthan et à Delhi. Les décennies suivantes allaient démontrer que ces panjabiphones allaient changer de langue et s'assimiler.
De plus, le Panjab rétréci se trouvait à être placé sous la surveillance du gouvernement central du fait que sa capitale, Chandigarh, était constituée en «territoire de l’Union» (comme Delhi, Goa ou Pondichéry), à l'extérieur du Panjab. En effet, le Parlement indien avait décidé que la capitale du Panjab allait être située à la frontière du Panjab et de l’Haryana, tout en étant partagée par ces deux États.
L'attitude ambivalente du gouvernement indien envers l'État du Panjab s'expliquait aisément. Il fallait ménager les Sikhs pour plusieurs raisons. Premièrement, l'importance géopolitique du Panjab était indéniable pour l'Inde. Les seules routes indiennes reliant l'Inde du Nord au Cachemire, une zone de conflits armés entre l'Inde et le Pakistan, voire avec la Chine, passaient toutes par le Panjab. Deuxièmement, le Panjab était en train de devenir le grenier à céréales de l'Inde, en produisant suffisamment de blé et de riz pour permettre à l'Inde d'atteindre l'autosuffisance alimentaire et se hisser bientôt au rang des grandes puissances industrielles. En même temps, les Indiens se méfiaient des Sikhs. Les décisions du gouvernement central humilièrent profondément les Sikhs, alors que le sentiment nationaliste identitaire était à son paroxysme avec la création de la Punjabi Suba. Par ailleurs, les hindous furent offusqués devant les concessions faites aux sikhs.
- La législation linguistique
Lors de la réorganisation du 1er novembre 1966, l'État du Panjab est devenu un État unilingue panjabiphone. Avec l'adoption de la Loi sur la langue officielle du Panjab de 1967, le panjabi est devenu la seule langue officielle du territoire, et ce, à partir du 13 avril 1968 dans tout l'État. Le 2 juillet 1969, le gouvernement local prit la décision de remplacer la «formule Sachar» et la «formule PEPSU» par la formule trilingue. Selon cette décision, la panjabi est devenu la première langue obligatoire et la langue d'enseignement à toutes les étapes dans les écoles publiques. L'hindi était la seconde langue obligatoire à partir de la quatrième année, tandis que l'anglais était la troisième langue obligatoire à partir de la sixième année.
Au cours des années suivantes, des manifestations massives des deux côtés et des grèves de la faim se succédèrent pour réclamer Chandigarh, la capitale. En 1970, le président du SAD, Fateh Singh, proposa à New Delhi d'échanger Chandigarh contre 114 villages à majorité hindiphone des secteurs de Fazilka et d'Abohar, avec un corridor d'accès à travers le Panjab, sous le contrôle de l'Haryana, mais cette proposition provoqua une période d'instabilité au Panjab. En raison des nombreuses perturbations sociales et politiques, le gouvernement central décida en juin 1971 d'administrer directement le Panjab des Sikhs, une situation qui perdura jusqu'en mars 1972. Puis le CNI (Congrès national indien) reprit le pouvoir au Panjab et, à partir de ce moment, le Panjab entra dans une période de «turbulences», notamment à cause du refus du CNI de négocier avec les Sikhs modérés sur la question de Chandigarh. En fait, les dirigeants du Shiromani Akali Dal avaient une longue liste de revendications:
- l'attribution d'un statut d'autonomie à l'État du Panjab;
- l'octroi de Chandigarh au seul État du Panjab:
- la concession des régions panjabiphones adjacentes au Panjab;
- l'attribution du statut de seconde langue officielle au panjabi dans les États voisins de l'Hryana et de l'Himachal Pradesh.
Ces revendications de 1978 parurent trop ambitieuses pour les hindous et le gouvernement central. Elles scellèrent le clivage entre les hindous et les sikhs.
En 1967, le Panjab avait adopté une seconde loi linguistique abrogeant la première: la Loi sur la langue officielle (Punjab Official Language Act). La loi de 1967 proclamait le panjabi comme seule langue officielle tout en autorisant indirectement l'hindi dans certains districts et l'ourdou dans un cas. En fait, la loi ne précisait pas quelle langue devait être utilisée dans ces districts, mais plutôt quelle religion (hindoue ou sikhe) était autorisée. Le panjabi est devenu la première langue obligatoire et la langue d'enseignement dans les écoles, l'hindi la deuxième langue obligatoire, et l'anglais la troisième langue obligatoire. La loi prévoyait remplacer l'anglais dans l'administration par le panjabi. L'article 8 de la loi exigeait de la part du gouvernement de prendre toutes les mesures possibles pour promouvoir l'hindi dans l'État, sans accorder à cette langue un statut officiel. Quoi qu'il en soit, les divers gouvernements en place ont manqué de conviction et de volonté politique pour mettre en application les dispositions de cette loi.
- Le terrorisme sikh
C'est à cette époque qu'un prédicateur sikh, Jamail Singh Bhindranwale, fonda un mouvement intégriste, le Dal Khalsa, revendiquant un État-nation sikh, indépendant et souverain. Contrairement aux autres organismes, le Dal Khasa préconisait le recours à la force pour parvenir à ses fins, comme en témoigne le détournement d'un appareil d'Indian Airlines, le 29 septembre 1981. Ce mouvement fut interdit en Inde dès le mois de mai 1982, en vertu de la Unlawful Activities Prevention Act (Loi sur la prévention des activités illégales) et donnant les pleins pouvoirs aux forces de l’ordre, au mépris de l’article 19 de la Constitution indienne, qui garantissait la liberté d’expression. Puis les conflits entre les hindous et les sikhs se répandirent dans tout le Panjab. C'est alors que le gouvernement central reprit le contrôle direct de l'État du Panjab en 1983. L'année suivante, une force de 50 000 soldats fédéraux occupèrent le Panjab et l'État voisin de l'Haryana.
Loin de calmer le jeu, l'arrivée des forces armées indiennes (fédérales) provoqua une violence généralisée. Le 5 juin 1984, l'armée indienne occupa le Temple d'or d'Amritsar, le haut lieu du sikhisme, dans le cadre d'une opération militaire (Blue Star) commandée par le gouvernement central (Indira Gandhi). Un groupe d'indépendantistes armés, dirigés par Jarnail Singh Bhindranwale, s'était réfugié dans le Temple d'or. Après l'échec des négociations et le refus des militants nationalistes de se retirer dans le calme, Mme Indira Gandhi ordonna l'évacuation du temple. Une fusillade s'ensuivit avec comme résultat, selon les historiens, plusieurs centaines de morts et de blessés (700 pour les soldats, 5000 pour les sikhs). Le problème, c'est que les militants sikhs n'étaient qu'une poignée d'hommes, le temple étant rempli de pèlerins, dont des femmes et des enfants. À cela s'ajoutaient la destruction de bâtiments sacrés et l'incendie de la bibliothèque centrale sikhe. Évidemment, les sikhs considérèrent la violation de leur lieu saint comme une insulte suprême.
Quelques mois plus tard, le 31 octobre, Indira Gandhi était assassinée par ses gardes du corps sikhs. En représailles, plusieurs milliers de sikhs furent massacrés dans toute l'Inde par des hindous, avec le soutien du Congrès national indien et de la police dans des circonstances suspectes. Des milliers de domiciles de sikhs furent pillés et incendiés, des femmes violées. Ces actes exacerbèrent la polarisation et la violence entre les communautés sikhes et hindoues.
Les organisations politico-militaires de la cause khalistanaise répliquèrent avec une politique terroriste de masse, à laquelle correspondaient les exécutions extra-judiciaires de la police indienne. Les combattants sikhs imposèrent à leur population une multitude de codes religieux rigoureux assortis de châtiments. Ces interdits portaient, par exemple, sur la consommation de tabac, d'alcool et de viande, sur le port de vêtements occidentaux, sur l'obligation faite aux femmes de se vêtir d'habits «traditionnels», sur le port d'une barbe non taillée, sur le bannissement des cosmétiques, des jupes, etc. Puis les combattants sikhs se mirent à menacer de mort les enseignants et à contrôler les programmes scolaires; l'hymne national, les drapeaux indiens et l'hindi furent interdits. À la suite de ce dérapage généralisé des groupes politico-militaires sikhs, ceux-ci se sont divisés et entretués. En novembre 1991, neuf divisions de l'armée indienne occupèrent tout le Panjab: quelque 250 000 militaires et paramilitaires participèrent à cette opération.
Ce n'est plus un secret de polichinelle: le Pakistan servait de principal soutien aux groupes indépendantistes. Les armes, l'argent et les conseils des stratèges provenaient des services secrets pakistanais. Il s'agissait pour le Pakistan de se servir des groupes armés séparatistes sikhs afin de déstabiliser les autorités indiennes.
- Le retour du gouvernement local au Panjab
Devant le pourrissement de la situation, le gouvernement indien décida en 1992 de redonner son gouvernement local au Panjab. En 1993, le gouvernement du Panjab annonçait qu'il avait éradiqué le terrorisme sikh. Certes, le terrorisme sikh est beaucoup moins présent qu'il ne l'était il y a une dizaine d'années, mais il n'est pas disparu pour autant. Chose certaine, le mouvement terroriste sikh a perdu beaucoup de ses appuis.
Depuis le début de la décennie 2000, le Panjab reçoit de plus en plus d'immigrants en provenance des autres États. Environ 10 % de la population du Panjab est maintenant composée de migrants de l'Uttar Pradesh et du Bihar. Si la tendance se maintient, les sikhs deviendront bientôt une minorité dans leur État. Certains observateurs affirment que l'immigration incontrôlée est encouragée par le gouvernement central afin de minoriser les sikhs. L'organisation pro-Khalistan Dal Khalsa blâme le gouvernement pour les problème causés par la criminalité et le chômage engendrés par l'immigration. Par ailleurs, l'immigration semble essentielle pour l'économie du Panjab puisque les producteurs agricoles comptent toujours sur la main d'œuvre des immigrants pour le travail.
Le 10 septembre 2008, l'Assemblée législative de l'État adoptait à l'unanimité la Punjab Official Language (Amendment), la Loi sur la langue officielle (modification). Cette loi, qui était attendue depuis plusieurs décennies, ouvrait la voie à une utilisation «complète» du panjabi dans l'administration de l'État, c'est-à-dire que le panjabi devenait obligatoire dans les écoles et l'administration publique locale. Cette loi est apparue nécessaire devant le recul de la langue panjabi dans l'État des sikhs. Dorénavant, dès le mois d'avril 2009, la panjabi était enseigné à tous les élèves des classes de I à X, comme l'une des matières obligatoires.
Il n'est pas aisé de décrire la politique linguistique de l'État du Panjab. D'une part, les information sont parcellaires, d'autre part, les textes de loi ne sont pas tous disponibles (du moins en anglais). De plus, l'État du Panjab n'a jamais donné de renseignements pertinents concernant les langues en usage au commissaire aux minorités linguistiques («Commissioner Linguistic Minorities» du gouvernement central. Enfin, la politique linguistique du Panjab indien est dans une phase de restructuration. Elle est donc appelée à se transformer considérablement au cours des prochaines années.
En principe, avec l'adoption de la Loi sur la langue officielle de 1967 (Punjab Official Languages Act), le panjabi devenait la seule langue officielle, sauf pour les exceptions prévues pour l'hindi, l'ourdou et l'anglais. En effet, l'hindi était co-officiel dans quelques districts, et l'ourdou, dans un seul (Malerkotla). Quant à l'anglais, il pouvait être utilisé pour les transactions des affaires de la Législature de l'État.
L'article 3 de la Loi sur la langue officielle (1967) proclamait que le panjabi étant la langue officielle de l'État du Panjab:
Le panjabi comme langue officielle de l'État
La langue officielle de l'État du Panjab est le panjabi.
L'article 5 de la Loi sur la langue officielle décrit l'emploi de la langue panjabi en matière législative :
Emploi de la langue dans les projets de loi et autres
À compter de la présente date, le gouvernement de l'État peut, par un avis, nommer à cet effet la langue à utiliser :
(a) dans tous les projets de loi introduits ou dans les amendements qui doivent être déposés à l'Assemblée législative de l'État;
(b) toutes les lois adoptées par l'Assemblée législative de l'État;
(c) toutes les ordonnances promulguées par le gouverneur en vertu de l'article 213 de la Constitution; et
(d) toutes les ordonnances et règles, tous les règlements et textes d'application émis par le gouvernement de l'État en vertu de la Constitution ou en vertu d'une loi adoptée par le Parlement ou la Législature de l'État;
doit être le panjabi :
À condition que le gouvernement de l'État puisse désigner des dates différentes en ce qui concerne l'une des fins mentionnées aux paragraphes a) à d) ci-dessus.
Quant à l'article 6-A de la Loi sur la langue officielle (1967), adopté en 1969, il reconnaît qu'une traduction d'un texte juridique en panjabi est considérée comme un «texte faisant autorité en panjabi»:
Article 6-A (1969)
Traduction autorisée en panjabi des lois de l'État central et de l'État, etc.
Une traduction en panjabi publiée sous l'autorité du gouverneur dans le Journal officiel de l'État, à compter de la date fixée par l'avis :
(a) d'une loi de l'État central ou d'une ordonnance promulguée par le président, en ce qui concerne les questions énumérées dans la liste III de l'annexe VII de la Constitution ;
(b) d'un loi de l'État ou d'une ordonnance promulguée par le gouverneur; ou
(c) d'une ordonnance, d'une règle, d'un règlement ou d'un texte d'application publié par le gouvernement de l'État par la Constitution ou en vertu d'une loi adoptée par le Parlement ou la Législature de l'État;
est considérée comme étant un texte faisant autorité en panjabi.
La Loi sur la langue officielle autorise le gouverneur de l'état à prendre des mesures appropriées pour accroître la portée de la langue hindi dans l'État:
Extension de la langue hindi
Sans préjudice des dispositions de la présente loi, le gouvernement de l'État doit prendre des mesures appropriées pour accroître la langue hindi dans l'État.
Enfin, l'article 6 de la Loi sur la langue officielle renouvelle l'emploi de l'anglais en plus de la langue officielle dans la Législature de l'État :
Renouvellement de l'emploi de l'anglais dans la Législature de l'État
Jusqu'à ce que le gouvernement de l'État ordonne autrement par un avis en vertu de l'article 4, l'anglais peut continuer d'être employé, en plus de la langue officielle de l'État ou de l'hindi pour la conduite des affaires à l'Assemblée législative de l'État.
Le 2 juillet 1969, le gouvernement local a pris la décision de remplacer la «formule Sachar» et la «formule PEPSU» par la formule trilingue. Selon cette décision, la panjabi est devenu la première langue obligatoire et la langue d'enseignement à toutes les étapes dans les écoles publiques. L'hindi était la seconde langue obligatoire à partir de la quatrième année, tandis que l'anglais était la troisième langue obligatoire à partir de la sixième année. Quoiqu'il en soit, la loi de 1967 n'a jamais été appliquée de façon rigoureuse, au contraire. C'est pour cette raison qu'elle a été abrogée et remplacée en 2008 par la Loi sur le langue officielle modifiée (Punjab Official Language, Amendment).
Cette loi a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée législative, le 10 septembre 2008. La loi fait du panjabi la langue officielle au Panjab et prépare la voie pour un usage complet de cette langue dans l'administration de l'État. Ce n'est pas un hasard si le loi de 1967 a été remplacée. L'un des membres du Congrès, Ajit Inder Singh Mofar, a déclaré que cette décision aurait dû avoir été prise il y a au moins vingt ou trente ans, en précisant que la langue panjabi devait obtenir la priorité dans les écoles, les universités et d'autres établissements: «Si nous continuons à l'ignorer, nous oublierons la langue panjabi.» La Chambre a aussi adopté un projet de loi sur l'apprentissage du panjabi et d'autres langues. Dorénavant, le panjabi sera obligatoire (à partir du mois d'avril 2009) pour les élèves de la première jusqu'à la dixième année. Le ministre de l'Éducation et de la Langue, Upinderjit Kaur, a affirmé qu'il est extrêmement important de surveiller la mise en œuvre du statut du panjabi comme langue officielle de l'État. Il faut comprendre que, si le panjabi est l'une des langues constitutionnelles, il est demeuré la langue d'une communauté minoritaire.
4.1 La langue de l'État et l'anglais
Le panjabi est, en principe, la seule langue de l'État du Panjab, sous réserve des privilèges accordés à la langue anglaise dans les affaires de l'État. Dans les faits, l'anglais est tout aussi officiel que le panjabi. Les membres de l'Assemblée législative ont le droit d'utiliser aussi bien le panjabi que l'anglais. Les tribunaux inférieurs utilisent le panjabi, mais l'anglais et l'hindi sont autorisés. Pour les autres langues, il faut recourir à la traduction et l'interprétariat.
Dans l'administration de l'État, le panjabi et l'anglais sont également autorisés. Même si la plupart des fonctionnaires utilisent le panjabi dans l'exercice de leurs fonctions, les faits démontrent aussi que de nombreux représentants gouvernementaux utilisent l'anglais comme principale langue de travail, voire comme unique langue de travail. Selon les chiffres officiels du Département des langues du Panjab, au cours des 18 derniers mois de 2007, sur un total de 1837 bureaux gouvernementaux vérifiés par le département, quelque 277 fonctionnaires travaillaient exclusivement en anglais; sur ce dernier nombre, 123 étaient des fonctionnaires de haut rang. Au cours de ces dernières sept années, quelque 7000 bureaux du gouvernement ont fait l'objet de vérification, et il appert que 2800 fonctionnaires travaillent exclusivement en anglais. En vertu de la loi linguistique de 1967, un employé du gouvernement qui n'emploie pas le panjabi dans la correspondance officielle peut faire face des mesures disciplinaires, ce qui ne peut exclure ni la censure ni la rétrogradation. Selon le Département des langues du Panjab, entre 10 % à 16 % des fonctionnaires travaillent encore uniquement en anglais. Le problème ne provient pas de l'emploi même de l'anglais, mais du fait de ne pas pouvoir utiliser le panjabi. Tout le problème est là: certains fonctionnaires sont demeurés incapables d'utiliser le panjabi dans leurs tâches quotidiennes. En d'autres termes, la Loi sur la langue officielle (1967) n'a jamais été appliquée avec toutes ses dispositions.
Le gouvernement de l'État a prévenu que le ministre titulaire du Département des langues devra dorénavant sévir contre les fonctionnaires qui ne respecteront pas les dispositions de la loi de 2008. Dès 2009, tous les panneaux d'affichage, toutes les enseignes, tous les formulaires, tous les documents officiels devront être obligatoirement rédigés en panjabi. Si des document sont autorisés en anglais, c'est parce qu'il existera une version en panjabi. Autrement dit, l'unilinguisme anglais ne sera plus autorisé. Le Département des langues du Panjab devra faire des inspections de tous les établissements du gouvernement afin de vérifier l'état des lieux et le respect de la loi. Tous les citoyens du Panjab seront assurés de recevoir des services judiciaires en panjabi sur demande.
Dans le domaine de l'éducation, la situation est similaire. Il est vrai que le panjabi est enseigné dans les écoles publiques de l'État du Panjab. Cependant, les parents ont le choix d'envoyer leurs enfants dans des écoles où la langue d'enseignement est une autre langue, que ce soit l'anglais, l'hindi ou l'ourdou. En général, les musulmans fréquentent des écoles en ourdou (ou en anglais); les hindous, des écoles en hindi (ou en anglais); les sikhs, des écoles en panjabi (ou en anglais). Or, la familles sikhes qui en ont les moyens préfèrent que leurs enfants fréquentent des écoles où la langue d'enseignement est uniquement l'anglais. Les enfants dont les parents sont relativement instruits et les élèves appartenant à des familles à haut revenu fréquentent généralement des écoles anglaises plutôt que des écoles en panjabi, car un diplôme en anglais assure des emplois certains, contrairement aux diplômes obtenus dans les écoles de panjabi.
En principe, le panjabi doit être enseigné durant les trois premières années du primaire; l'hindi est la seconde langue obligatoire à partir de la quatrième année, tandis que l'anglais est la troisième langue obligatoire à partir de la sixième année. De plus, dans la quasi-totalité des écoles, tout l'enseignement dispensé dans les matières scientifiques et informatiques est en anglais. Mais les parents ont le choix d'envoyer leurs enfants dans des écoles où le panjabi n'est pas la langue d'enseignement. Le problème vient du fait que, malgré la loi, le panjabi n'est pas enseigné dans les écoles anglaises, ni dans les écoles hindi ou ourdoues. Les diplômés sortent de ces écoles sans toujours savoir lire et écrire en panjabi. Au mieux, beaucoup de jeunes n'utilisent le panjabi oral qu'avec leur famille ou lorsqu'ils écoutent la radio. Dans les universités, le panjabi est laissé pour compte, puisque la plupart des cours ne sont offerts qu'en en anglais, sinon en hindi. Plus de 85 % des étudiants, qui n'utilisent presque jamais le panjabi, proviennent des centres urbains, contre 15 % pour les zones rurales. En somme, le panjabi est dévalorisé dans l'État des sikhs et n'atteint pas le prestige auquel il aurait droit.
En 2008, le gouvernement du Panjab a décidé que le panjabi soit présent comme matière obligatoire dans toutes les universités de l'État (2008-2009), de sorte que tous les étudiants aient une connaissance minimale du panjabi à la fin de leurs études universitaires. Cela ne signifie pas que les cours seront obligatoirement dispensés en panjabi, mais que des cours de panjabi seront dorénavant obligatoires. À cet égard une nouvelle loi, la Punjab Learning of Punjabi and other Languages Act 2008 ("Loi sur l'apprentissage du panjabi et autres langues du Panjab de 2008") a été élaborée et adoptée pour assurer l'étude appropriée et obligatoire dans l'enseignement dans toutes les écoles publiques de l'État. Le gouvernement, a aussi précisé qu'en mettant en œuvre le panjabi comme matière obligatoire dans les établissements scolaires la formule trilingue serait aussi protégée dans la lettre et l'esprit afin que les étudiants du Panjab puissent rivaliser dans les forums internationaux et nationaux en apprenant aussi les langues hindi et anglaise.
La plupart des journaux du Panjab sont publiés en panjabi (5abi, Ajit Daily, Daly Aj Di Awaz, Daly Ajiit, Daily Charhdikala, Punjabi Tribune, Sikh Virsa, etc.), mais plusieurs sont publiés en anglais (Nava Panga, Punjab Express, Punjab Newsline, etc.), en hindi (News Guru India, Punjab Kesari, Sach Kahoon, etc.) ou en ourdou (Daily Hamarasmaj.
Les médias électroniques sont dans une proportion relativement similaire quant à la langue de diffusion. La majorité des stations de radios sont en panjabi, mais il en existe un certain nombre en anglais, en hindi, en ourdou, voire en bengali, en népali, etc. Plusieurs stations nationales diffusent, en plus de l'hindi et de l'anglais, en d'autres langues. Les canaux de télévision régionaux sont en panjabi (Alpha ETC Punjabi, NRI TV, Zee Punjabi, DD Punjabi, etc.), mais d'autres canaux sont en hindi et en d'autres langues.
L'État du Panjab indien a élaboré, souvent de façon souvent sporadique et timorée, une politique de valorisation de la langue officielle, le panjabi. Contrairement à la plupart des États indiens, le Panjab semble avoir éprouvé de nombreuses difficultés à promouvoir sa langue officielle régionale. C'est ce qui explique en partie pourquoi l'État n'a pas prévu beaucoup de mesures particulières à l'égard des minorités, car celles-ci s'en sont prévalu de toute façon, surtout la puissante minorité hindoue parlant l'hindi.
Dernière mise à jour: 08 mai 2016

References: L'article 8

L'article 3

L'article 5
 l'article 213
 l'article 6
 l'article 6
 l'article 4