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Timestamp: 2018-09-24 17:07:32+00:00

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Míriel, ou la confrontation de la lune et du soleil - Tolkiendil
Piste: » Míriel, ou la confrontation de la lune et du soleil
Donner une descendance à Finwë
Míriel, la lune consumée
Indis, la fécondité bénéfique du soleil
Fëanor, la face obscure de l'astre solaire
Transgresser les lois de la nature
La condition de la mortalité en cause
Un conte comme archétype : Mythe ou Histoire ?
Didier Willis - 2001 (révisé 2007, 2013)
près avoir achevé le Seigneur des Anneaux, J. R. R. Tolkien revint sur son grand ensemble mythologique, le Silmarillion. Reprenant des textes qu'il avait laissés pour compte dans la deuxième moitié des années quarante, il dut organiser son travail en deux phases. Ses premiers efforts, au tout début des années cinquante, furent interrompus par la publication effective du Seigneur en 1954–55. La seconde phase, vers la fin des années cinquante, marqua un tournant décisif et fut une période d'importantes remises en question. Elle déboucha sur des remaniements d'envergure, dont les grandes étapes sont retracées dans Morgoth's Ring, le dixième volume de la série posthume History of Middle-earth éditée par Christopher Tolkien1).
Le récit des amours contrariées de Finwë et Míriel devait émerger de cette deuxième phase de réécriture. Il connut d'importants raffinements et occupa une place de choix dans la pensée de l'auteur. Cependant, le Silmarillion de 1977, assemblé et compilé par Christopher Tolkien, ne rend pas entièrement compte des évolutions et des développements tardifs de cette histoire. L'essentiel tient sur quelques pages2) et peut être résumé ici : Míriel, la Tisseuse, était la femme de Finwë roi des Noldor. Après la naissance de leur fils Fëanor, elle fut terrassée par une immense lassitude et souhaita se retirer du monde. Elle s'endormit dans les jardins de Lórien, et bien que les Elfes fussent immortels et insensibles à la maladie, son âme abandonna son corps. Passé le temps du deuil et du désespoir, Finwë fit la rencontre d'Indis de la tribu des Vanyar, et l'épousa en second mariage. Cette décision inhabituelle fut sanctionnée par les Valar, qui ne l'autorisèrent qu'au terme d'un long questionnement : « l'Ordonnance de Finwë et Míriel » enterina le libre choix de Míriel à quitter la vie, et la possibilité pour Finwë de se remarier dans ces conditions.
e corps de Míriel est confié à la garde d'Irmo, dans les jardins de Lórien. Il repose, intact (« unwithered ») à l'ombre des saules argentés, veillé par les suivantes d'Estë3). Ce choix renvoie d'abord à la Valaquenta ou liste des puissances du monde4) : ses gardiens sont Irmo, maître des visions et des rêves, et Estë, la douce guérisseuse de tous les maux et de toutes les fatigues. Puisque les Valar eux-mêmes viennent parfois se rafraîchir aux sources qui naissent en Lórien pour oublier leurs tracas, le lieu de retraite de Míriel n'a rien que de naturel. Mais cette justification, pour convaincante qu'elle soit, occulte l'essentiel : ce lieu de repos est aussi associé au futur conducteur du char lunaire, Tilion, qui dans sa jeunesse « s'étendait près des fontaines d'Estë et rêvait sous les rayons tremblants de Telperion, ne désirant rien tant que de s'occuper toute sa vie de Fleurs Argentées.5) » — et est ainsi indirectement rattaché à l'arbre d'argent, Telperion6).
Si nous entreprenons d'étudier les mentions de la lune et du soleil dans cette histoire — ce que nous nous proposons de faire dans les pages qui suivent — nous verrons qu'elles tissent tout un faisceau de convergences. D'abord, Míriel a des cheveux couleur argentée7). Que l'argent soit une substance lunaire8) n'est pas le moindre des éléments : elle est aussi une tisseuse émérite (« Míriel … was called Serindë, because of her surpassing skill in weaving and needlework9) »), excellant dans son art avec une adresse inégalable10). Dans les épopées homériques11), les Moires qui tissent les destins de la naissance à la mort sont désignées sous le nom de « fileuses », et l'une de ces trois sœurs12) se prénomme Clotho, précisément « Fileuse ». Bien que les traditions sur leur origine divergent, les Moires furent à l'origine des divinités lunaires13). Après le meurtre de Finwë, le couple se retrouva dans les halles de Mandos où séjournent les âmes des Elfes décédés par accident. Míriel reprit partiellement goût à la vie et fut autorisée à réintégrer son corps. Elle vint habiter chez Vairë, où elle entreprit de conserver la mémoire des actes des Noldor en Terre du Milieu sur de magnifiques tapisseries14) : « and all the tidings of the Noldor down the years from their beginning were brought to her, and she wove in webs historial, so fair and skilled that they seem to live, imperishable ». Selon la Valaquenta, Vairë elle-même est une tisserande, « who weaves all things that have ever been in Time into her storied webs.15) »
Sans hésitation possible, Míriel multiplie ainsi les associations lunaires16). Ces rapprochements effectués, il convient de s'interroger sur ses motivations. Selon ses propres dires, sa lassitude est consécutive à la naissance de son fils17) : « Never again shall I bear a child ; for strength that would have nourished the life of many has gone forth into Fëanor ». Son souhait d'être libérée des contraintes de la corporéité est entièrement une conséquence de l'enfantement. L'abandon de la volonté à vivre s'accompagne — ou plutôt est concomitante — d'une perte de fertilité, d'une ménopause psychologique.
Sur le plan symbolique, les associations de la lune avec la fécondité, favorisées par la coïncidence de ses phases avec le cycle menstruel, sont bien connues18). Dans les jardins de Lórien se trouvent aussi les sources reposantes d'Estë, et les rapports multiples, dans la mythologie, de l'eau et des sources de jouvence avec la fertilité n'est plus à démontrer19). Dans cette même optique, Míriel n'a plus de larmes pour pleurer (« I would weep, if I were not so weary20) »). Comment le pourrait-elle, effectivement, puisqu'elle a perdu sa sexualité ? L'eau lui fait défaut jusque dans sa capacité à pleurer sur son sort : Fëanor a épuisé toute l'énergie procréatrice de Míriel, dont il a hérité en totalité. Ne s'avèrera-t-il pas être un fameux créateur, le découvreur des Silmarils21) qui conservent la lumière sacrée des deux arbres cosmiques ? Il sera lui-même le père d'une grande famille, n'ayant pas moins de sept enfants de sa femme Nerdanel22), ce que le Silmarillion ne manque pas de relever comme un fait exceptionnel chez les Elfes. La fertilité perdue de Míriel se transfère entièrement sur Fëanor.
près le jugement des Valar, Finwë put prendre Indis pour femme en second mariage. « She was a Vanya, close kin to Ingwë the High King, golden hair and tall, and in all ways unlike Míriel23) ». Nous reviendrons plus loin sur cette opposition. A ce stade, notons simplement que Finwë s'éprend d'une femme que tout différencie de sa première épouse.
« Then Finwë was grieved… ». La tristesse de Finwë à l'annonce de la décision de Míriel n'est pas feinte ; le texte a pris le soin de nous préciser auparavant que l'amour qui l'unissait à sa femme avait été sincère et durable. Quelle est cependant la plainte de Finwë ? Ce n'est pas tant la solitude ou la perte de l'être cher qui le chagrinent, mais l'impossibilité dans laquelle il se trouve d'avoir une descendance nombreuse : « he desired to bring forth many children into the bliss of Aman24) ». A nouveau, le dilemme qui se présente est donc uniquement un problème de fécondité, l'expression naturelle d'un désir de paternité. Avec le déclin de la fertilité de Míriel, Finwë perd toute joie, et se lamente comme si sa vie avait cessé.
Míriel, nous l'avons vu, accumule les traits séléniques : tisseuse à la chevelure d'argent, dormant en Lórien à l'ombre de l'arbre d'argent Telperion, dont le dernier fruit servira à façonner l'astre lunaire. Inversement, « [Indis] was …. in all ways unlike Míriel ». Rien n'est plus juste. Sa rencontre avec Finwë est relatée de deux manières, selon le point de vue subjectif de chacun des protagonistes. Par un jeu de miroir habile, l'auteur nous présente la même scène sous deux angles25) : « In one of his wanderings Finwë met [Indis] again upon the inner slopes of Oiolossë, the Mountain of Manwë and Varda, and her face was lit by the golden light of Laurelin that was shining in the plain of Ezellohar below. » — Et réciproquement : « Indis saw Finwë climbing the paths of the mountain (and the light of Laurelin was behind him as a glory). »
Leur amour naît dans la lumière de l'arbre d'or Laurelin, dont les Valar mettront le dernier fruit à contribution pour créer le soleil. Par une parfaite symétrie, Indis inverse tous les traits de Míriel. Elle est grande, alors que Míriel est fine et gracile26), blonde à la manière des Vanyar27) autant que Míriel a la chevelure argentée.
Indis donnera quatre ou cinq enfants28) à Finwë. Elle est l'incarnation par excellence de la féminité retrouvée, jusque dans la signification de son nom. En quenya, la langue des Hauts-Elfes, indis signifie « fiancée, jeune mariée » (anglais « bride »), et dérive de *i-ndise, forme intensive du nom commun nís, nisse « femme »29).
propos du fils de Míriel, le texte a recours au même ressort stylistique que dans la relation de la rencontre de Finwë et Indis : « Fëanor loved his mother dearly, though except in obstinacy their characters were widely different30) ». Différents, donc, si nous suivons la même méthode que précédemment, relevant de représentations célestes opposées.
De fait, l'argument philologique est à nouveau révélateur : « Curufinwë was his name, but by his mother he was called Fëanor, Spirit of Fire ». Fëanor incarne la conjonction de l'esprit (fëa) et du feu (nár), et personnifie l'astre solaire dans tout ce qu'il a d'éclatant. Forgeron adroit, créateur des Silmarils qui conservent la lumière des deux arbres, inventeur d'alphabets, linguiste éminent : bref, un esprit fécond qui « brille » dans toute ses entreprises intellectuelles. C'est l'enfant épiphane (grec epiphanès « illustre, brillant »), une épiphanie31) solaire comme sa belle-mère Indis. Mais tandis qu'Indis incarne les aspects positifs, fécondateurs et régénérateurs du soleil (elle redonne à Finwë le goût de vivre, lui assure la descendance dont il rêvait), Fëanor en revêt uniquement les traits ténébreux, destructeurs32). Il est un soleil qui consume, qui brûle ce qu'il touche ou convoite : « But in the bearing of her son Míriel was consumed in spirit and body33) ». Son caractère impulsif, prompt à la colère, provoque la disgrâce des Noldor et leur exil. « For Fëanor was driven by the fire of his own heart only »34). De là s'expliquent la rage guerrière qu'il emporte avec lui en Terre du Milieu, de là le massacre des Teleri, et de là enfin (et surtout) l'incendie de leurs navires, que Fëanor déclenche pour barrer la route du retour à son peuple.
Nous avons dit de Fëanor, comme d'Indis, que sous leur forme solaire ils figuraient la fécondité retrouvée. Mais chez le prince des Noldor, à force d'obstination et d'aveuglement, ces traits sont renversés. Tout est excessif en lui, son aveuglement se traduisant par le serment funeste qu'il prononça devant les Valar. Tout à son « feu secret »35), il conduira ses fils à leur perte, sa folie dévastatrice détruisant ses propres enfants. Il les prend de force à sa femme, Nerdanel, qui le conjurait de lui laisser au moins les plus jeunes36). L'un de ses deux fils jumeaux périt dans le brasier qui détruit les navires volés au Teleri37). Mortellement blessé à la bataille de Dagor-nuin-Giliath, Fëanor, d'avoir trop brûlé sans aucun doute, s'embrasera finalement lui-même, son corps tombant en cendre après son décès. Ainsi, on comprendra mieux, à la « lumière » de ces confrontations célestes, l'inimitié de Fëanor envers les fils d'Indis. Ils accomplissent deux conceptions opposées d'un même archétype.
ous pouvons à présent dresser un premier bilan des comparaisons assez nettes qu'impose le récit : (a) Míriel apparaît comme incarnation lunaire perdant sa fertilité, sa capacité à procréer (b) Indis s'associe au soleil principe de fécondité, et (c) Fëanor relève de son double néfaste, le soleil dévastateur.
Ce triptyque, quoique simplifié, participe d'une crise, d'une problématique de l'ordre de la troisième fonction dumézilienne38). Une transgression, pourrait-on dire : en refusant son destin d'Elfe immortelle, Míriel perturbe l'équilibre du monde au point d'en inquiéter les Valar, qui s'affrontent et se divisent sur la réponse à apporter à cette situation nouvelle. Leur démarche est plus indécise que jamais, car il est clair pour eux que la décision de Míriel ne peut être due qu'à un effet pervers du Marrissement39) du Monde par Melkor. Rien de bon ne peut en découler, quelles que soient les mesures prises. Accepter cette décision — comme la compassion et la justice l'exigeraient — c'est, ainsi qu'Ulmo le pressent, « a portent of evils to come40) ». Du reste, Míriel sait bien ce que son choix a de terrible et quelles conséquences néfastes peuvent en découler : « But hold me blameless in this, and in all that may come after41) » (notre emphase).
La mystique lunaire renvoie souvent, par projection, à l'espoir de régénération, de renaissance après la mort42). Or c'est bien de cela qu'il s'agit dans le cas présent. En contrevenant à sa nature intime, Míriel remet en cause la condition même de la mortalité. Et Ulmo d'enchérir, avec dureté : la faute de Míriel, même si sa souffrance est réelle, réside dans son manque d'espoir en la guérison. Elle aurait pu, par force de volonté, résister à la tentation suicidaire, mais « it was a failure in hope by the fëa [= l'esprit], acceptance of the weariness and weakness of the body43) ». Finwë, tournant son cœur vers Indis dans la perspective d'y trouver une consolation égoïste à son désespoir, réitère la même faute fondamentale : « Herein lay his fault, and his failure in Hope44) ». Le mot-clef ici est l'Espoir, ou plutôt l'Espérance (noter la majuscule dans la seconde citation)45), qui seul permet de résister à « l'ombre de la Mort », thème central46), s'il en est, chez Tolkien. Renonçant à l'espérance, Míriel et Finwë se condamnent à la chute et conditionnent celle, plus grave de conséquences, du peuple Noldor.
inalement, dans son argument, l'histoire des amours malheureuses de Finwë et Míriel et du remariage de Finwë avec Indis est étonnante de simplicité. Sa trame se résume à une opposition tranchée entre les aspects séléniques de Míriel et le caractère solaire d'Indis, sur fond d'une crise de fertilité. Que cette confrontation entre la lune et le soleil, avec ses jeux de miroirs, se soit imposée consciemment à Tolkien ou qu'elle soit le fruit de réminiscences involontaires importe en fait relativement peu47). De l'avis même de l'auteur, ce n'est pas tant l'emprunt, conscient ou non, d'un motif légendaire qui est révélateur de sens, que l'utilisation particulière qui en est faite, dans le cadre d'un récit donné48). Quels enseignements, par conséquent, pouvons nous espérer dans la cas présent ? Comme Tolkien le savait bien, il faut éviter de tirer trop vite des conclusions hâtives. Dans son travail sur le conte en vieil anglais Beowulf, il rappelle combien il est dangereux d'affirmer la signification d'un mythe49). Il ne faudrait pas oublier que l'auteur est avant tout un poète, un ciseleur de mots, qui ressent son texte plus qu'il ne l'explique.
Revenons un moment sur la méthode qui a permis à Georges Dumézil de retracer les fondements de la religion indo-européenne, et sur l'approche qu'il préconisait lui-même pour en justifier la nécessité50) : il ne suffit pas de dégager des résonances mythiques, d'étaler sans les étayer51) les points de convergence et les concordances qui rapprochent un texte de son archétype légendaire. Encore faudrait-il pouvoir identifier ce que ces rapprochements nous apprennent sur le texte et nous révèlent sur sa signification. Il faut, si l'on veut bien nous passer cette expression un peu facile, résonner et raisonner.
Sous l'angle interne (c'est-à-dire en se plaçant dans le point de vue propre au monde secondaire), le Silmarillion est un regroupement de textes d'origines diverses. S'y mêlent les traditions elfiques et les récits tardifs rapportés par les hommes, sous les plumes successives de plusieurs compilateurs. Les sages Pengolodh, Rúmil, Fëanor et le marin anglo-saxon AElfwine sont nos premières sources, nos premiers guides auxquels succède une longue série de rédacteurs et de copistes anonymes, jusqu'à Tolkien lui-même qui se présente, dans le Seigneur des Anneaux, comme leur traducteur en anglais moderne52). Chacune de ces sources procède de traditions et de moyens de transmission différents. L'effet ainsi produit est celui d'une accumulation de textes parfois divergents, dont le style n'a d'égal que la variété (chroniques, poèmes allitératifs, annales, formes romancées, notes à teneur linguistique, etc.). Il est difficile de savoir comment le Silmarillion se présenterait si Tolkien avait pu l'achever de son vivant, mais il aurait probablement conservé cette structure multiple, calquée sur les mythologies de notre monde réel. À la manière de Georges Dumézil, nous dirons alors que plus un passage est proche d'un archétype, plus il cesse d'être historique pour illustrer une conception primitive où s'exprime l'idéologie de ses auteurs présumés. En forçant un peu le trait : plus il devient factice. Dans cette optique, l'Ordonnance de Finwë et Míriel prend un éclairage particulier : il est prétexte (en étroite association avec l'Athrabeth Finrod ah Andreth) à de longues discussions philosophiques sur la destinée des Elfes dans un monde corrompu par Melkor, et sur la nature de leur âme et des relations qu'elle entretient avec la corporéité53). Pour autant qu'elle dérive d'événements réels au sein du légendaire, l'histoire de Míriel, au travers de ses liaisons allégoriques avec les mythes fondateurs de la lune et du soleil, semble avoir été enjolivée à des fins didactiques. La part exacte de mythe est bien entendue difficile à cerner. Au demeurant, nous ne savons pas grand chose de certain sur Fëanor, sa rébellion obstinée contre les Valar servant à dessein la porté morale du Silmarillion. Quoi qu'il en soit, les traits fermement opposés d'Indis et de Míriel, les multiples allusions aux deux arbres et les motivations avouées de Finwë sont presque trop évidents pour qu'il s'agisse d'autre chose que d'artifices allégoriques54). Tous ces personnages, jusqu'à la mort hautement symbolique de Fëanor, n'ont plus rien d'historique ; ils semblent se perdre dans le mythe, dans un symbolisme qui tout à la fois les dépasse et les englobe.
L'approche externe a déjà été esquissée plus haut, pour présenter les textes qui servent de base à cette réflexion. Nous nous bornerons donc à constater que la seconde phase de rédaction du Silmarillion se situe autour de la fin des années cinquante, probablement vers 1958. La Valaquenta et les Laws and Customs among the Eldar précèdent de peu l'important essai Athrabeth Finrod ah Andreth, composé vers 1959 et dans lequel Tolkien devaient développer plus en détail sa vision « métaphysique » du monde55). La théologie occupe une part croissante dans les écrits de cette période, l'auteur se sentant visiblement le besoin de rationaliser son monde et de le mettre en conformité avec ses croyances56). Par ailleurs, on sait par les travaux de Verlyn Flieger combien le contraste entre la lumière et les ténèbres est un élément caractéristique de l'œuvre de Tolkien57). Ici, Tolkien construit par petites touches un système d'oppositions réciproques. Sur le plan littéraire, cela lui permet d'esquisser des thèmes majeurs, de laisser entrevoir au lecteur une vérité plus complexe, au-delà de l'apparente simplicité des analogies lunaires et solaires.
Pour une fois, les deux approches, interne et externe, se rejoignent sans heurt. L'image renforce l'histoire, vient y décliner ses nuances en lui donnant valeur de symbole. « La pensée symbolique », disait Mircea Eliade, « fait “éclater” la réalité immédiate ». La confrontation de la lune et du soleil dans l'histoire de Míriel ? Il ne s'agit pas d'autre chose que d'une hiérophanie : une révélation du sacré58). Toute la question de l'immortalité des Elfes est sous-tendue par ce texte débouchant sur « l'Ordonnance de Finwë et Míriel » où les Valar en fixent les règles et les modalités. Ce que l'Athrabeth explique ailleurs par les arguments de la raison, sous la toute autre forme stylistique qu'est un dialogue, Míriel et Finwë préfèrent l'exprimer, transcendant le mythe, par la force des symboles.59)
1) Morgoth's Ring, HarperCollins Publishers, 1993. Dans cette étude, nous nous appuierons d'abord sur le texte du Silmarillion de 1977, qui fait œuvre de référence bien que l'essentiel de sa matière, pour le sujet qui nous concerne, dérive de Morgoth's Ring. Nous compléterons ces deux ouvrages par quelques éléments provenant du « Schibboleth de Fëanor » (in The Peoples of Middle-earth, douzième et dernier volume de l'Histoire de la Terre du Milieu, HarperCollins Publishers, 1996), un essai linguistique appartenant à une période tardive (~1968). Pour une mise en perspective plus large de la portée de Morgoth's Ring, voir aussi notre entrée « l'Anneau de Morgoth » dans le Dictionnaire Tolkien, sous la dir. de Vincent Ferré, CNRS Éditions, 2012, p. 47b sq.
2) The Silmarillion, George Allen & Unwin, 1977, chapitre 6, p. 73-75.
3) , 23) , 33) The Silmarillion, p. 75.
4) The Silmarillion, p. 31.
5) The Silmarillion, chapitre 11, p. 117, et le Silmarillion, Presse Pocket, p. 125 pour la traduction française. Par souci d'homogénéité avec le texte de HoME, nous donnerons uniquement par la suite les citations en anglais.
6) Cette citation du Silmarillion dérive visiblement des Annals of Aman, in Morgoth's Ring p. 130-131 (§172). A cet égard, noter l'opposition en alternance qui y est faite en Arien (qui s'occupait des fleurs dorées des jardins de Vana à la lumière de Laurelin) et Tilion (qui dormait en Lorien près des étangs d'Estë sous la lumière vacillante de Telperion). La même opposition, on le verra plus loin, s'applique à Indis et Míriel.
7) Morgoth's Ring, p. 185.
8) Mircea Eliade, Forgerons et Alchimistes, Flammarion (coll. Champs-L'Essentiel), 1977, p. 40.
9) , 17) The Silmarillion, p. 73.
10) The Peoples of Middle-earth, p. 333. Le texte précise aussi que le surnom Serindë lui venait de sa mère — avec sans doute ce caractère prophétique que révèlent souvent les noms maternels (Ibid., p. 339, et aussi Morgoth's Ring, p. 216). On retrouve le même motif avec Curufinwë, dont Fëanor était le nom maternel.
11) Voir par exemple Homère, Odyssée, chant VII, v. 197 : entha d'epeita 197peisetai hassa hoi aisa kata klôthes te bareiai 198gignomenoî nêsanto linôi, hote min teke mêtêr « là il souffrira ensuite ce que la destinée et les lourdes fileuses à sa naissance ont tissé pour lui de leur fuseau, quand sa mère le mit au monde » (notre traduction). Une formulation presque identique se retrouve aussi dans Homère, Iliade, chant XX, v. 126-127.
12) Les deux autres sont Atropos et Lachésis, cf. Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, PUF, 10e édition, 1990, p. 300 (Moires) ; leurs noms et leur répartition en triade est cependant post-homérique, voir notamment W. Walter Merry, James Riddel, D. B. Monroe, Homer's Odyssey, Oxford, Clarendon Press, 1886-1901. Chez Homère, elles sont tantôt évoquées par un pluriel indistinct, tantôt associées à la personnification de la destinée (aisa, à l'étymologie discutée, probablement « la juste part »). Après Hésiode, Clotho (grec klôthein « filer ») symbolise ce qui est, Lachésis (le sort) ce qui est advenu, et Atropos (« qu'on ne peut tourner », immuable) ce qui doit arriver, cf. Hésiode, Théogonie, 218 et 906 ; Platon, la République, 617C et 620E, etc.
13) Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, Payot, 1949, « La Lune et le Destin », §58, p. 159.
14) Morgoth's Ring, p. 250.
15) The Silmarillion, p. 30-31. On remarquera que dans la cosmogonie elfique, les tisseuses filent uniquement les événements passés, et non le destin futur comme chez les Grecs. Cette vision est conforme avec les enseignements de l'Athrabeth Finrod ah Andreth (in Morgoth's Ring, p. 303 sq.) sur la nature des Elfes, par opposition à celle des Hommes. Les Elfes sont entièrement tournés vers le passé, ils figurent la mémoire des jours anciens (voir spécifiquement la note 7 du commentaire de l'Athrabeth, p. 342 : « all Elvish traditions are presented as 'histories', or as account of what once was »).
16) Il n'est peut-être pas déplacé de mentionner ici le mythe grec de Sélénè et d'Endymion. Sélénè, la lune personnifiée, s'était éprise du beau berger Endymion, dont elle aurait eut cinquante filles. A la demande de sa dulcinée, Endymion obtint de Zeus de pouvoir s'endormir d'un sommeil éternel, durant lequel il resterait éternellement jeune, cf. Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, op. cit., p. 137 (Endymion) et p. 418 (Sélénè). Nous reviendrons plus loin sur les motifs de la fertilité et de l'immortalité.
18) Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, op. cit., « La Lune et la fertilité », §51, p. 146.
19) Pluies et marées sont commandées par la lune, la mer est la matrice originelle, etc. Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, op. cit., « La Lune et les Eaux », §49, p. 143 ; ainsi que l'ensemble du chapitre « Les Eaux et le symbolisme aquatique », en particulier §69, p. 177. En guise de synthèse, on renverra à « La Lune et le Temps », §47, p. 140 (« Le même symbolisme relie entre eux la Lune, les Eaux … la fécondité des femmes … le destin des hommes après la mort… »). La thématique de la mort sera abordée plus bas.
20) , 41) The Silmarillion, p. 74.
21) Seuls les Silmarils pouvaient redonner vie aux arbres après leur destruction par Melkor. Ils concourront à réparer le Marrissement du Monde — ce sont des principes régénérateurs. Cf. en particulier Verlyn Flieger, Splintered Light: Logos and Language in Tolkien's world, p. 97 sq. (voir en note 57 pour les références de cet ouvrage).
22) Sept enfants : The Silmarillion, p. 75. Ce passage, vraisemblablement simplifié par Christopher Tolkien, dérive à l'évidence de Morgoth's Ring, p. 272-273, qui donne plus beaucoup d'informations (« and it is not recorded of old that any of the Eldar had so many children »). La personnalité de Nerdanel est occultée dans le Silmarillion de 1977, mais le texte original présente quelques aspects intéressants que nous indiquerons ici sans les détailler : elle façonne des représentations de ses concitoyens en pierre ou en métal, « and those were so like that their friends, if they knew not her art, would speak to them » (p. 272). Le produit de son art semble ainsi vivre comme celui de Míriel (cf. la citation attachée à la note 14, supra). Cependant, au départ de Fëanor, elle décidera de rester auprès d'Indis, « whom she had always esteemed » (p. 279). Nerdanel semble ainsi être à la fois lunaire et solaire, à la conjonction des deux conceptions opposées que représentent les épouses de Finwë. Sans doute réunit-elle de cette façon les conditions nécessaires pour contenir l'ardeur de son mari. En revanche, nous ne croyons pas qu'il faille voir un quelconque symbolisme dans la couleur des cheveux de son père (roux), comme dans son attrait pour le cuivre (The Peoples of Middle-earth, resp. 353 et 365). En alchimie, le cuivre est associé à Vénus, qui symbolise notamment le calme et la réflexion. Bien que ces traits (déesse de l'amour, tranquillité et sérénité) puissent assez bien s'appliquer à ce qui ressort du caractère de Nerdanel dans Morgoth's Ring, nous ne souhaitons pas franchir ce pas. Le texte est trop laconique pour se livrer à une telle interprétation.
24) The Silmarillion, p. 74. Et aussi Morgoth's Ring p. 237, avec plus de force : « Yet Finwë was not content, being young and eager, and desiring more children to bring mirth into his house ». Quant à la leçon de la p. 206, elle dénote une certaine amertume, avec une pointe de jalousie : « I am without a wife, and must hope for no sons save one, and no daughter. Whereas Ingwë and Olwë beget many children in the bliss of Aman. Must I remain ever so? ».
25) The Peoples of Middle-earth, p. 334, pour le premier extrait, et Morgoth's Ring, p. 238, pour le second. La même réciprocité s'exprime aussi dans Morgoth's Ring, p. 262.
26) « slender and graceful », The Peoples of Middle-earth, p. 333 ; « slender as a white flower in the grass », Morgoth's Ring, p. 257.
27) Sur l'or comme métal solaire, voir à nouveau Mircea Eliade, Forgerons et Alchimistes, op. cit., p. 40. Quant à la dissemblance entre les deux épouses de Finwë, Morgoth's Ring, p. 237 et p. 261, accentue davantage le trait : Indis, contrairement à Míriel, ne fait rien de ses mains mais chante et compose de la musique, « and there was ever light and mirth about her while the bliss of Aman endured » (notre emphase). Chez les Grecs, Apollon Phoibos était déjà un musicien solaire, jouant de la flûte et de la lyre (cf. par exemple Callimaque, Hymne à Apollon). S'il arrive à Míriel de chantonner en tissant, dans une des versions de la tradition, elle le fait toujours sans paroles (« in music without words », Morgoth's Ring p. 257), tandis qu'Indis se différencie à nouveau par sa ma maîtrise du chant (« [she] wove words into song », Morgoth's Ring p. 261, où on notera par inversion une référence implicite au tissage : les différentes versions du texte sont ainsi autant de variations sur un même schéma de base).
28) Finwë et Indis ont cinq enfants (dont trois filles) dans Morgoth's Ring p. 207, 238 et 262, mais plus que quatre (dont alors deux filles) dans The Peoples of Middle-earth, p. 343 et commentaire en n. 26 p. 359.
29) The Lost Road, p. 375, entrée NDIS- (Beleriandic and Noldorin names and words: Etymologies). Voir aussi dans Unfinished Tales, p. 8, le sous-titre du texte relatif à Aldarion and Erendis : Indis i·Kiryamo « The Mariner's Wife ». Nous insisterons sur le fait qu'il s'agit d'une forme intensive, construite par réduplication de la voyelle principale, sur un modèle dont on trouve d'autres exemples : le terme estel caractérise l'espoir le plus noble et inébranlable, l'espérance (The War of the Jewels, p. 318-319) ; le nom elfique de la lune est Ithil (alors que le nom abstrait silme ne caractérise que la « lumière lunaire »), etc. Par argument philologique, Indis est déjà, et avant tout, « la » femme.
30) The Peoples of Middle-earth, p. 333.
31) En histoire des religions, le terme « épiphanie » (grec epiphaneia « apparition ») renvoie à une « manifestation », sans aucune connotation (spécifiquement) chrétienne.
32) Sur la dualité des représentations solaires, voir Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, « Le soleil et les cultes solaires », notamment le §45 relatif à l'ambivalence du soleil dans les mythes indiens, p. 131-133. Brièvement, le soleil rythme l'écoulement des jours et conditionne la vie, mais sa chaleur excessive conduit aussi à la sécheresse et à la mort, à la « stérilité ». Cf. aussi le mythe grec de Phaéthon (« le Brillant »), qui emprunta le char de son père Hélios (« le Soleil ») mais le mena sur une course incertaine, s'approchant trop près de la Terre au risque de l'enflammer, puis cheminant ensuite trop près des astres qui portèrent plainte devant Zeus, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, op. cit., p. 363-364 (Phaéthon) ; voir par exemple les Métamorphoses d'Ovide, livres I (v. 1007-1052) et II (v. 1-148 et 416-558). La ressemblance entre les noms Phaéthon et Fëanor n'est peut-être pas entièrement un hasard, cf. l'étymologie de ce nom dans les années 30, plus tard abandonnée par Tolkien : *Phay-anâro « radiant sun » dans les Étymologies (The Lost Road, p. 381, entrée PHAY-).
34) The Silmarillion, p. 77.
35) The Silmarillion, p. 75 : « as if a secret fire were kindled within him » (et aussi The Peoples of Middle-earth, p. 185).
36) Morgoth's Ring, p. 354.
37) The Peoples of Middle-earth, p. 354. L'histoire des jumeaux Amrod et Amras, avec le décès de l'un d'eux dans l'incendie des navires, émergea tardivement dans le légendaire et ne fut pas conduite à son terme. Le Silmarillion de 1977 est contraint d'ignorer cette révision, car les jumeaux sont mentionnés dans la suite du récit (deux grands chasseurs, p. 74 ; meurent lors de l'attaque à l'embouchure du Sirion, p. 326, etc. — On dénombre au moins cinq références à leur présence au Beleriand).
38) George Dumézil, Mythes et Dieux des Indo-européens, Flammarion, (coll. Champs-l'Essentiel), 1992, p. 95-96 (§12) et p. 192 (§25). L'analyse dumézilienne des thèmes de l'œuvre de Tolkien sort largement du cadre de cette étude. Sur sa pertinence, voir notamment Frédérique Munier, « Une interprétation trifonctionnelle d'un poème épique de J. R. R. Tolkien » (extrait d'une thèse universitaire), in Tolkien en France, recueil édité par Édouard Kloczko, Arda, 1998. Et pour une fois, Nicolas Bonnal, Tolkien, Les univers d'un magicien, p. 114-115 (voir cependant un avis très contrasté sur cet ouvrage en note 51 infra). Cf. aussi notre (très) modeste tentative pour traiter un des aspects du sujet, « Sauron, l'Anneau et le symbolisme du “Dieu Lieur” », in Hiswelókë (fanzine), Second Feuillet (1999), p. 55-59, en ligne sur Tolkiendil. Ce thème est sans aucun doute abordé avec plus de rigueur dans l'article de Marjorie Burns, « Gandalf and Odin », Tolkien's Legendarium (collectif), Greenwood Press, 2000, p. 219-231 (article non consulté, mais cf. néanmoins le compte rendu qu'en donne Michaël Devaux dans la Feuille de la Compagnie de la Comté, n° 1, Hiver 2001).
39) Marrissement : nous reprenons là la terminologie proposée par Jérôme Sainton pour traduire Marring, cf. son essai « Du “Marring” au “Marrissement” » en ligne sur Tolkiendil.
40) Morgoth's Ring, p. 241.
42) Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, op. cit., « La Lune et la Mort », §54, p. 152-154.
43) Morgoth's Ring, p. 242.
44) Ibid., p. 243.
45) Espérance : nous suivons là encore une proposition de Jérôme Sainton distinguant le simple espoir (= hope) de l'espérance (= Hope).
46) Letters, n° 181, p. 236 : « Elves and Men … represent the problem of Death ». Sur la thématique de la Mort, et sur l'Espoir comme réconfort face à la peur de mourir instillée par Melkor, se référer à l'impressionnant dossier de Michaël Devaux, « L'ombre de la mort », dans la Feuille de la Compagnie de la Comté n°1 (op. cit.), ainsi que le seconde partie du l'ouvrage de Vincent Ferré, Tolkien : sur les rivages de la Terre du Milieu, Christian Bourgois, 2001.
47) En dehors de toute tentation herméneutique, on peut s'interroger sur la validité d'une approche symbolique (et analytique) d'une œuvre de fiction comme le Silmarillion. Sur ce thème nous renverrons notamment le lecteur à Mircea Eliade, Images et symboles, Gallimard, 1952, 1980, p. 30 : « On n'a pas même le droit de s'arrêter à ce que les auteurs pensaient de leurs propres créations pour interpréter le symbolisme qu'elles impliquent. C'est un fait que la plupart du temps un auteur n'épuise pas la signification de son œuvre. »
48) Voir Letters, n° 337 p. 418. J. R. R. Tolkien développe aussi ce point dans son essai « On Fairy-stories », in The Monsters & the Critics, and other essays, p. 119-120 dans l'édition HarperCollins Publishers, 1997 ; voir notamment l'utilisation que nous faisons de cette mise en garde dans notre article « Les archétypes du conte merveilleux chez Tolkien », in Hiswelókë (fanzine), Second Feuillet (1999), p. 37-54, aussi en ligne sur Tolkiendil.
49) Voir « Beowulf: The Monsters and the Critics », in The Monsters & the Critics, and other essays, op. cit., en particulier p. 15 : « The myth has other forms than the (now discredited) mythical allegory of nature : the sun, the seasons, the sea, and such things. … The significance of a myth is not easily to be pinned on paper by analytical reasoning ».
50) Georges Dumézil, Mythes et Dieux des Indo-européens, op. cit., notamment les p. 20-36 de l'introduction (« leçon inaugurale »).
51) À la manière, par exemple, de Nicolas Bonnal dans son Tolkien, Les univers d'un magicien, les Belles Lettres, 1998 : Le petit livre de M. Bonnal multiplie les comparaisons sans pour autant déboucher sur un argument clair ou une quelconque conclusion. Le lecteur n'y apprendra par conséquent pas grand chose sur l'œuvre de J. R. R. Tolkien, noyée sous une profusion de références parfois contestables — et au demeurant le plus souvent injustifiées — dont la seule raison d'être semble tenir à la volonté de l'auteur d'étaler au grand jour son apparente érudition et sa prose éloquente (?). Se reporter à la critique argumentée de Michaël Devaux pour la Feuille de la Compagnie de la Comté n° 1 (op. cit.). Pour ce qui est de notre propos, Fëanor est mentionné pour la première fois p. 165-167 (de Míriel et de Finwë, il n'y a pas trace pour autant que nous puissions en juger en l'absence d'index). Nous y apprenons que Fëanor est un « faux Moïse … nietzschéen … tel un leader de l'entre-deux-guerres » (sans parler de sa « tentation fasciste », p. 272). Et après ? En quoi cela éclaire-t-il l'histoire ?
52) Sur le problème complexe de la transmission des textes au sein du légendaire, on consultera avec profit l'article instructif Philippe Garnier, « Les traditions textuelles des Jours Anciens », p. 283-311, in Tolkien, les racines du légendaire (la Feuille de la Compagnie de la Comté n°2), ouvrage collectif sous la direction de Michaël Devaux, Ad Solem, 2003.
53) Ainsi que Christopher Tolkien ne manque pas de le remarquer, avec justesse, dans son introduction à Laws and Customs among the Eldar (in Morgoth's Ring, p. 209 : « a comprehensive … declaration of his thought at that time on fundamental aspects of the nature of the Quendi », etc.).
54) Toujours en termes d'approche interne. Nous ne reviendrons pas sur les propos de Tolkien envers toute interprétation allégorique de l'œuvre sur le plan externe (voir notamment, mais pas uniquement, son « Foreword to the second edition », dans The Lord of the Rings, 1966). La traduction française de ce prologue est donnée en appendice dans l'ouvrage de Vincent Ferré, Tolkien : sur les rivages de la Terre du Milieu (op. cit.).
55) Sur la datation de ces textes, voir Morgoth's Ring, p. 300.
56) Nils I. Agøy, « The Fall and Man's Mortality. An Investigation of Some Theological Themes in J. R. R. Tolkien's Athrabeth Finrod ah Andreth », in Between Faith and Fiction: Tolkien and the Powers of His World, Arda Special n° 1, The Arda-society, 1998, p. 16-27. On lira avec intérêt le compte rendu en français de ce recueil par Michaël Devaux dans la Feuille de la Compagnie de la Comté n°1 (op. cit.). Suivre aussi le commentaire de Christopher Tolkien dans Morgoth's Ring, p. 271 : « In these writings is seen my father's preoccupation in the years following the publication of The Lord of the Rings with the philosophical aspects of the mythology and its systematisation. »
57) Verlyn Flieger, Splintered Light: Logos and Language in Tolkien's world, Wm. B. Eerdmans Publishing Co., 1983. Pour notre dossier, se reporter aux analyses de Flieger sur le personnage de Fëanor et sur sa nature paradoxale, p. 93-107. Voir aussi le compte rendu en français de cet ouvrage par Sébastien Mallet pour la Feuille de la Compagnie de la Comté n° 1, op. cit..
58) Mircea Eliade, Images et symboles, op. cit., « Symbolisme et Histoire », p. 231-235.
59) Cet article est issu de Hiswelókë (fanzine), Quatrième Feuillet, p. 101-114, 2001, version légèrement révisée en 2007 et 2013. Mes remerciements vont à Michaël Devaux, Cédric Fockeu, Sébastien Mallet et aux membres des fora JRRVF et Tolkiendil pour leurs encouragements et leurs conseils avisés tout au long de ces années.
essais/personnages/miriel_lune_soleil.txt · Dernière modification: 08/01/2013 10:54 par Druss

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