Source: https://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/mali.htm
Timestamp: 2020-08-08 04:13:23+00:00

Document:
Population: 17,9 millions (est. 2017)
Groupes minoritaires: bambara (25,1%), sénoufo (12,2%), songaï (8,0%), peul (8,5%), maninka (7,9%), soninké (7,9%), dogon (5,5%), arabe hasanya (5%), bozo (4,6%), tamasheq (2,8%), tamajaq (2,1%), poular (2%), bomu (1,5%), khasonké (1,3%), tadaksahak (0,8%), dioula (0,5%), wolof (0,3%), marka (0,2 %), mossi (0,2%), kagoro (0,2%), siamou (0,1%), etc.
Articles constitutionnels (langue): articles 1, 9 et 10 de la Constitution du 26 mars 2012
Lois linguistiques: Décret n° 159 PG-RM fixant l'alphabet pour la transcription des langues nationales (1982); Loi n° 84-26 AN RM sur le régime de la propriété littéraire et artistique (1984); Décret n° 92 - 073 / P-CTSP portant promulgation de la Constitution (1991); Code du travail (1992); Loi n° 92-001 du 23 juillet 1992 portant règlement intérieur de l'Assemblée nationale (1992); Décret n° 96-044/P-RM fixant les avantages accordés au personnel diplomatique, administratif et technique dans les missions diplomatiques et consulaires du Mali (1996); Loi n° 97-021 du 14 mars 1997 relative aux instruments de paiement chèque, carte de paiement, lettre de change, billet à ordre (1997); Loi n° 98-012 AN RM sur les relations entre l’administration et les usagers des services publics (1998); Loi n° 99-046 AN RM portant loi d'orientation sur l’éducation (1999); Code de procédure pénale (2001); Décret n° 03 - 580 / P-RM du 30 décembre 2003 fixant les modalités d’application de la loi régissant les relations entre l’administration et les usagers des services publics (2003); Code des personnes et de la famille (2011); Ordonnance n° 2013-027/P-RM du 31 décembre 2013 portant statut des notaires (2013); Décret n° 2015-0604/P-RM du 25 septembre 2015 portant Code des marchés publics et des délégations de service public (2015); Loi n° 2016-012 du 6 mai 2016 relative aux transactions, échanges et services électroniques (2016).
La république du Mali est limitée au nord par l’Algérie, le Niger et le Burkina à l’est, la Côte d’Ivoire et la Guinée au sud, le Sénégal et la Mauritanie à l’ouest (voir la carte). Le Mali est un pays relativement grand, puisque sa superficie (1,2 million km²) correspond à peu près à 30 fois la Suisse, soit la superficie réunie de l’Allemagne (357 021 km²), de la France (547 030 km²), du Royaume-Uni (244 820 km²), de la Belgique (32 545 km²) et des Pays-Bas (41 526 km²). La distance entre le nord et le sud du Mali est de 1600 kilomètres. Le pays est divisé en huit régions administratives (voir la carte détaillée): Tombouctou, Kidal, Gao, Mopti, Kayes, Koulikoro, Sikasso et Ségou, auxquelles s’ajoute le district de la capitale, Bamako. Le Mali est un État enclavé dont 65 % du territoire est occupé par le désert et demeure l'un des pays les plus pauvres du monde.
Capitale Surface/km2 Population est. 2011
1 Sikasso (sud) Sikasso 70 280 2 259 769
2 Koulikoro (sud) Koulikoro 95 848 2 397 367
3 Ségou (sud) Ségou 64 821 2 432 641
4 Mopti (sud) Mopti 79 017 1 803 155
5 Kayes (sud) Kayes 119 743 2 511 487
6 Tombouctou (nord)
496 611 527 775
7 Gao (nord) Gao 170 572 472 563
8 Kidal (nord) Kidal 151 430 43 667
Bamako (sud) Bamako 252 1 288 700
Bamako 1 248 574 13 737 124
En 2017, la population malienne était estimée à 17,9 millions d'habitants. Les neuf dixièmes des Maliens habitent les régions administratives du Sud : 1) Sikasso; 2) Koulikoro; 3) Ségou; 4) Mopti; 5) Kayes.
Les régions du Nord demeurent toutes peu peuplées: 6) Tombouctou; 7) Gao; 8) Kidal.
Seule la ville de Bamako (1 926 748), la capitale du pays, dépasse le million d'habitants. Les autres villes importantes sont Kayes (148 000), Mopti (105 600), Nioro (100 230), Ségou (104 992) et Sikasso (213 977). En outre, le Mali a perdu beaucoup de ses citoyens au profit de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, de l'Afrique centrale et de la France.
Le Mali compte deux grands groupes ethniques très différents: les Arabo-Berbères au nord et les Subsahariens au sud.
Les Arabo-Berbères sont associés aux Maghrébins. Parmi ceux-ci, il convient de distinguer deux groupes: les Arabes ou Maures parlant l’arabe hasanya et les Touaregs appartenant à l'ethnie amazigh (Berbères) et parlant le tamasheq ou le tamajaq. La population touareg est estimée à 1,5 million de personnes. Ces peuples minoritaires à l'échelle du pays habitent le nord du Mali et se sentent opprimés par les Subsahariens.
Les Subsahariens du Sud sont de race noire; ils sont en général soutenus par l’Union africaine majoritairement composée des États de l'Afrique noire. Ce sont des Peuls, des Sénoufos, des Soninkés, des Dogons, des Songaïs, des Malinkés, des Dioulas, etc. Depuis longtemps, il existe des rivalités profondes entre les Arabo-Berbères du Nord, appelés les «peaux pâles», et les Subsahariens du Sud, les Noirs.
On compte une soixantaine d'ethnies au Mali. Près de 40 % des habitants du pays (38,7 %) appartiennent à la grande ethnie mandingue; ce sont majoritairement des Bambara (23,9 %) vivant principalement dans le district de Bamako. Ils sont suivis par les Sénoufos (12,2 %), les Songaï (8,9 %), les Soninkés (8,8 %), les Bozos (4,6 %), les Khasonkés (1,3 %), les Ganadougous (0,8 %), les Duungoma (0,7 %), les Jula (0,5 %), etc.
Les autre peuples importants sont les Sénoufos (12,2 %), les Songaï (8,9 %), les Fulani du Maasina (8 %), les Peuls (8%), les Maninka (7,9 %), les Dogons (5,5 %), les Touaregs tamasheq (2,8 %), les Maures blancs (2,8 %), les Touaregs tamajaq (2,1 %), les Bobo ou Bomu (1,5 %), les Toucouleurs (1,4 %), les Arabes sahariens (1,3 %), etc.
Les Peul habitent la sous-région de Macina (Kayes), les Sénoufos vivent autour de Sikasso dans la zone frontalière avec le Burkina et la Côte d’Ivoire, les Soninké dans l’Ouest (Kayes), les Dogons au nord-ouest sur le plateau de Bandiagara, les Songhaï sont établis dans l’Est, tandis que le Sahara (région de Tombouctou) est le domaine des Arabes Bédouins et maures), mais surtout des Touaregs nomades.
Ces découpages ethniques se retrouvent dans la répartition du travail. Les Bambara, les Dogons et les Sénoufos sont généralement des paysans; les Bozos, des pêcheurs; les Marka et les Malinkés, traditionnellement des commerçants, constituent l'essentiel de la population urbaine; les Touaregs, les Peuls (Fulani) et les Maures (Berbères), nomades, sont en majorité des éleveurs.
Le pays compte plus de 35 langues, regroupant des langues de la famille nigéro-congolaise, de la famille nilo-saharienne et de la famille afro-asiatique.
Parmi les langues nigéro-congolaises comptant plus de 100 000 locuteurs, mentionnons les suivantes qui appartiennent à différents groupes:
- Groupe mandingue : bambara, soninké, khasongué, duungooma, dioula, kagoro, etc.
- Groupe gur : sénoufo, bommossi, siamou, etc.
- Groupe ouest-atlantique: peul, fulfudé, poular, wolof, etc.
- Isolat : dogon
Les langues de la famille afro-asiatique sont peu nombreuses: l'arabe hasanya parlé par les Maures, le tamajaq et le tamasheq parlÉs par les Touaregs.
Le songaï, le tadaksahak et le zarmaci sont des langues appartenant à la famille nilo-saharienne.
Toutes les autres langues font partie de la famille nigéro-congolaise. Il existe aussi une langue nigéro-congolaise non classée: le dogon. Certains linguistes classent cette langue parmi la grande famille famille nigéro-congolaise, mais sa place au sein de ce groupe demeure incertaine.
Le tableau qui suit présente les ethnies et leurs langues du Mali ayant une population de plus de 15 000 individus.
Ethnie (2013) Population Langue maternelle Pourcentage Affiliation linguistique
Bambara 3 901 000 bambara (bamanankan) 23,9 % groupe mandingue
Sénoufos 1 996 000 sénoufo 12,2 % groupe gour
Songaï 1 459 000 songaï 8,9 %
Fulani du Maasina 1 315 000 peul du Maasina (fulfuldé) 8,0 % groupe ouest-atlantique
Maninka 1 294 000 maninka (maninkakan) 7,9 % groupe mandingue
Soninkés 1 252 000 soninké 7,6 % groupe mandingue
Dogons 907 100 dogon 5,5 %
isolat nigéro-congolais
Bozo 762 900 bozo 4,6 % groupe mandingue
Touaregs tamasheq 462 000 tamasheq 2,8 % famille afro-asiatique (berbère)
Maures blancs 460 000 arabe hasanya 2,8 % famille afro-asiatique (sémitique)
Touaregs tamajaq 351 000 tamajaq 2,1 % famille afro-asiatique (berbère)
Bobo (Bomu) 248 000 bomu 1,5 % groupe gour
Toucouleurs (Poulars) 231 000 poular 1,4 % groupe ouest-atlantique
Arabes sahariens 222 000 arabe hasanya 1,3 %
Khasonkés 222 000 xaasongaxango (khasonké) 1,3 %
Bédouin du Bérabiche 158 000 arabe hasanya 0,9 %
Ganadougous 139 000 bambara (bamanankan) 0,8 %
Idaksahaks 132 000 tadaksahak 0,8 %
Duungoma 125 000 duungooma 0,7 %
Jula 92 000 dioula (jula) 0,5 %
Fula 92 000 peul (poular) 0,5 %
Fulbé 68 000 poular 0,4 %
Wassulu 66 000 bambara (bamanankan) 0,4 %
Wolofs 62 000 wolof 0,3 %
Marka 46 000 marka 0,2 %
Mossi 39 000 mossi 0,2 %
Kagoro 39 000 kagoro 0,2 %
Siamou 29 000 siamou 0,1 %
Français 15 000 français 0,0 %
Autres 45 000 - 0,2 %
Total 16 230 000 - 100 %
- Bambara, sénoufo et songaï
Une vingtaine de langues maliennes sont parlées par plus de 100 000 personnes. Elles sont en général dotées d’une écriture alphabétique depuis 1967. De toutes les langues nationales, le bambara (près de quatre millions de locuteurs comme langue maternelle) demeure manifestement la langue la plus importante d'autant plus qu'elle est comprise par au moins cinq millions de personnes: elle sert de langue véhiculaire aux Maliens à Bamako et sur la quasi-totalité du territoire, à l'exception du Nord. Les autres noms possibles pour désigner la langue sont le suivants: julakan, bamanankan, bamanakan. Les principaux dialectes du bambara sont le somono, le ségou, le san, le beledougou, le ganadouguu, le wasouluu et le sikasso. Le bambara est également parlé dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, notamment dans les pays voisins, soit au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et en Guinée. Le bambara, le malinké et le dioula sont incompréhensibles entre eux.
Le sénoufo est une autre langue importante au Mali, car il est parlé par près de deux millions de locuteurs au sud-est du Mali, ainsi que par les autres Sénoufos de la Côte d'Ivoire (le sénari), du Burkina Faso (le karaboro) et du Ghana (le nafaanra). Le sénoufo est fragmenté en de nombreuses variétés dont le sénoufo de Mamara (minyanka et mianka), le sénoufo de Supyire (suppire), le sénoufo de Nanerige (nanergé), le sénoufo de Sucite (sicite et sìcìté), le sénoufo de Shempire (syempire), le Sénoufo central (lui-même extrêmement diversifié), etc.
La troisième langue nationale importante est le songaï (songhaï) de la famille nilo-saharienne. On distingue le songaï méridional (plusieurs dialectes) et le songaï septentrional (plusieurs dialectes). Près de un million et demi de locuteurs parlent l'une des variétés du songaï.
- Les autres langues africaines
Vient ensuite le peul, parlé au Mali par 1,5 million de locuteurs. Comme le peul est une langue parlée dans une vingtaine d’États d'Afrique occidentale et d'Afrique centrale — Mauritanie, Sénégal, Mali, Guinée, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Gambie, Tchad, Sierra Leone, Bénin, Guinée-Bissau, Soudan, Centrafrique, Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Cameroun —, il porte différents noms: peulh, peul, pulaar, pular, pulli, pullo, fulfuldé, fulani, foula, fulah, fulanké, bulbé, etc. Alors que les Français emploient le terme «peul» ou «poular», les Anglais utilisent «fula», «fulfulde» ou «fulfudé». Les Peuls du Mali habitent principalement dans la région de Mopti, région frontalière entre le Nord et le Sud. La plupart des Peuls en milieu rural sont des éleveurs de bovins. La langue peule est apparentée aux langues des Wolofs et des Toucouleurs.
La cinquième langue du Mali est le maninka ou le maninkanan, une langue nilo-saharienne, utilisé par 1,2 million de locuteurs. Il est parlé au Mali par les Maninka (appelés par les Français «Malinkés»), mais aussi au Sénégal et en Guinée. Le pays Maninkala, la zone de peuplement des Maninka, est situé à l'extrémité ouest du Mali. Les Maninka sont des éleveurs, des chasseurs et des artisans.
Les locuteurs du soninké (groupe mandingue) compte pour 7,6 % de la population malienne; les Soninkés sont établis au Mali principalement le long de la frontière mauritanienne entre Nara et Nioro du Sahel, ainsi qu'au Sénégal et en Mauritanie, mais aussi au nord de Bamako, la capitale. Le soninké compte quelques dialectes: l'azer, le kinbakka et le xenqenna.
Le dogon, appelé dogosso en langue dogon constitue une autre langue numérique importante avec plus de 900 000 locuteurs. Bien qu'un effort de normalisation soit en cours, le dogon une langue fragmentée en une quinzaine de dialectes souvent non aisément compréhensibles entre eux, avec en plus de nombreuses variantes dialectales selon les villages. Les Dogons occupent une région nommée «le Pays dogon», la première région touristique du Mali, située le long de la frontière avec le Burkina Faso. Les Dogons sont avant tout des cultivateurs, des forgerons et de petits éleveurs. Les Dogons utilisent aussi une langue rituelle secrète, le sigi so, qui est réservée aux hommes dogons initiés et utilisée lors des cérémonies religieuses associées aux masques.
Le bozo est une autre langue mandingue parlée par plus de 700 000 locuteurs. Le bozo est une langue proche du soninké. Il existe plusieurs variantes du bozo: le bozo-hainyaxo, le bozo-sorogama (ou jenaama), le bozo-tiema ciewe et le bozo-tigemaxo (ou bozo-tiéyaxo). La variante, le bozo-tiéyaxo, a acquis le statut de langue nationale au Mali.
- Les langues berbères
Le tamasheq et le tamajaq sont des langues berbères afro-asiatiques parlées par les Touaregs du Nord, qui font partie des «peaux pâles», par opposition aux Noirs du Sud. Au Mali, le tamasheq est utilisé par 460 000 locuteurs (2,8 % de la population malienne), alors que le tamajaq est employé par 350 00 locuteurs (2,1 %). Bien que les Touaregs représentent une faible proportion de la population, ils occupent une grande partie du territoire malien. En réalité, la zone de peuplement traditionnelle des Touaregs s'étend sur près de 2,5 millions de km², l'équivalent de toute l'Europe occidentale. Ils se répartissent de façon inégale entre plusieurs États: plus de 500 000 au Mali, 700 000 au Niger, quelque 20 000 au nord du Burkina Faso, 30 000 en Libye, plus de 50 000 en Algérie et quelques milliers en Tunisie.
Plus de 80 % des populations touarègues sont concentrées dans la partie septentrionale du Mali et du Niger. En plus du Burkina Faso, les autres habitent surtout dans le massif montagneux du Tassili n'Ajjer situé au sud-est de l'Algérie et dans le Hoggar, un autre un massif montagneux de l'ouest du Sahara, également situé dans le sud de l'Algérie mais plus à l'ouest.
Bien que traditionnellement nomades, beaucoup de Touaregs ont abandonné le nomadisme du désert pour se fixer dans les grandes villes en bordure du Sahara, comme Tamanrasset en Algérie ou Agadez au Niger, ou dans les les capitales de Bamako au Mali et de Niamey au Niger. Tout en étant répartis sur d'immenses territoires, les Touaregs n'en ont pas moins conservé un fort sentiment identitaire reposant à la fois sur la langue, le tamasheq ou le tamajq, transcrite normalement en alphabet tifinagh, et sur la religion, l'islam qu'ils pratiquent de façon particulière. La décolonisation survenue lors de l'indépendance des États africains s'est traduite pour les Touaregs du Mali et du Niger par des rapports de domination du fait que le contrôle de l'État a été exercé par des ethnies négro-africaines sédentaires. Pour les Noirs, les Touaregs sont considérés comme des Arabes, alors que ce sont des Berbères. S'estimant marginalisés tant politiquement que économiquement, les Touaregs du Mali et du Niger se sont réfugiés dans la lutte armée pour soutenir leurs revendications. Toutefois, soucieuses de préserver leur intégrité territoriale et souhaitant assimiler leurs citoyens d'origine touarègue au sein de leur communauté nationale, les autorités du Mali et du Niger ont pratiquement toujours réprimé les désirs d'autonomie des Touaregs.
- Les langues arabes
Il faut mentionner également l'arabe hasanya parlé par les Maures blancs (460 000), les Arabes sahariens (222 000) et les Bédouins du Bérabiche (158 000), tous peuples du désert comme les Touaregs. Alors que les Touaregs sont tournés vers l'est (l'Algérie), les Arabes sont tournés vers l'ouest (la Mauritanie). Ainsi, la plupart de ces arabophones sont installés dans le nord-ouest du Mali, près de la frontière mauritanienne.
C'est pourquoi l'arabe hasanya est proche de l'arabe mauritanien, tout en étant influencé par le berbère des Touaregs. Aujourd'hui, l'arabe hasaniya est parlé non seulement au Mali, mais en Mauritanie, en Algérie, au Maroc, au Sénégal, au Sahara occidental et même au Niger. Selon les pays, cet arabe dialectal peut porter différents noms: hassaniyya, hasanya, hassani, hassaniya, maure, mauri, moor, suraka, suraxxé.
Les Maures blancs parlent l'arabe hasanya, mais en empruntant de nombreux mots au wolof, au français, au soninké, etc. Les Maures sont issus du métissage entre les Arabo-Berbères et les Noirs, d'où la distinction entre les «Maures blancs» à peau pâle, appelés aussi Bidanes, et les «Maures noirs», appelés les Haratins, descendants d’esclaves, et plus ou moins métissés.
Les Bédouins du Bérabiche (ou Bérabiches) ainsi que les Arabes sahariens vivent dans les mêmes régions du Nord-Ouest que les Maures et parlent aussi la même langue. Ce sont des nomades qui sont de plus en plus sédentarisés, notamment près de Tombouctou.
2.3 Des langues régionales parlées dans d'autres pays
Il convient de souligner que, sur les 13 langues reconnues officiellement comme des «langues nationales» du Mali, plus de la moitié sont des langues sous-régionales parlées dans d’autres pays de l'Afrique de l'Ouest, sinon au-delà. Ainsi, le peul (ou fulfuldé) est parlé au Burkina Faso, en Guinée-Conakry, au Sénégal, au Cameroun, au Niger, etc. Le soninké est employé en Mauritanie et au Sénégal. Pour ce qui est du tamasheq, il est parlé dans les pays qui bordent le Sahara (l’Algérie, le Niger et la Mauritanie). L'arabe hasanya est parlé en Mauritanie et au Mali. Le sénoufo (syenara) et le minianka (mamara) sont employés entre le Mali, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Le bomu est parlé au Mali et au Burkina Faso. Le bambara s’apparente à de nombreux parlers dans la sous-région ouest-africaine. Des parlers voisins existent au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Guinée, en Gambie, au Sénégal, etc. Le sonrhaï a des liens de parenté avec les langues du Niger (djerma) et du Bénin (dendi).
2.4 Le statut des langues
Le français bénéficie du statut de langue officielle et est utilisé comme langue de l'État malien à tous les niveaux. C'est donc la seule langue de l'administration, du gouvernement et de l'État. Bien qu'il ne soit la langue maternelle que d'une très faible portion de la population (seulement environ 15 000 individus), sa connaissance a beaucoup progressé comme langue seconde au sein de la population malienne. Ainsi, en 1960, quelque 66 000 Maliens savaient lire et écrire en français. En 1985, ils étaient 564 000. En 2009, ils étaient 2,2 millions. Néanmoins, le bambara sert, dans plusieurs régions, de principale langue véhiculaire. Il serait maîtrisé par 80 % de la population soit comme langue maternelle soit comme langue seconde. Il n'est pas rare que, dans les villages du Sud, les enfants soient bilingues (langue locale + bambara), voire trilingues. À l’école, le français est souvent enseigné en tant que quatrième langue.
D'après l'article 1er du décret 159 PG-RM du 19 juillet 1982, les autorités maliennes ont reconnu 13 langues nationales: le bambara (ou bamanankan), le bobo (bomu), le bozo, le dogon (dogo-so), le peul (fulfuldé), le soninké (soninké), le songoy (songaï), le sénoufo-minianka (syenara-mamara) et le tamasheq (tamalayt). Mais d'autres langues sont également reconnues: l'arabe hasanya, le kasonkan, le madenkan et le maninkakan (maninka).
Néanmoins, le bambara est la langue la mieux maîtrisée par les Maliens et les langues nationales sont utilisées dans toute la communication orale. Il serait maîtrisé par 80% de la population soit comme langue maternelle soit comme langue seconde. Selon la Direction nationale de la statistique et de l'informatique (DNSI) - devenu l'Institut national de la statistique (INSTAT)-, le bambara, le malinké, le sarakolé, le peul, le sénoufo/minianka, le dogon, le songaï, le bobo, le tamasheq (touareg) et le maure (arabe hasanya) sont les langues les plus utilisées au Mali, en plus de la langue officielle. À peine 10 % de la population maîtrise la langue officielle.
Cependant, beaucoup de parents maliens considèrent que l’introduction des langues nationales dans les écoles, notamment le bambara, influencent négativement l'apprentissage du français. Du fait que le bambara occupe une partie du temps scolaire et que, par conséquent, les élèves doivent apprendre deux langues au lieu d’une seule, il en résulterait une dégradation des résultats scolaires. De nombreux parents considèrent que l’aggravation du chômage est une conséquence de cette dégradation. C'est pourquoi ils préfèrent le français, à cause de tout ce qu'il apporte au niveau socio-économique. Le français est perçu comme la langue de l'argent et du salaire fixe. Lorsqu'on le connaît, on peut aller dans d'autres pays et se faire comprendre. On devient des «personnes importantes». Par comparaison, certains ne voient pas ce qu'il y a à tirer profit d'avoir étudié le bambara.
Par contre, pour d'autres, les paysans de n'auraient pas besoin connaître d'autres langues que le bambara, ni de savoir lire et écrire pour accomplir les tâches quotidiennes, car il y aurait toujours quelqu'un qui sait lire et écrire pour régler les quelques «affaires de papier».
Les migrations des populations sahariennes vers la vallée du Niger débutèrent au IIIe millénaire, alors que le climat se faisait plus aride. À l’aube de notre ère, les premières cités se développèrent. Le commerce transsaharien du sel et de l’or assura la prospérité de l’empire du Ghana, érigé par les Soninké, vers le Ve siècle de notre ère, dans cette région du Soudan occidental, entre les fleuves Niger et Sénégal. En 1076, l’empire succomba sous les coups des Almoravides berbères, qui avaient entrepris l’islamisation de l’Afrique occidentale. C’est à cette époque que les Bambara s’établirent dans la région. Au XIIIe siècle, le Ghana, redevenu un royaume fut absorbé par l’empire du Mali, qui contrôlait les gisements aurifères du Haut-Sénégal-Niger et qui, à son apogée, sous le règne de Kankan Moussa, étendit son influence sur toute la savane de l’Ouest africain, jusqu’à l’Atlantique.
Djenné, Gao et Tombouctou commencèrent à devenir de grands centres commerciaux, artistiques et intellectuels de l’islam soudanais. Leur rayonnement s’accrut encore après que l’empire du Mali se fût effacé, au XVe siècle, au profit du royaume de Gao. Les armées de Sonni Ali, puis d’Askia Mohammed diffusèrent l’islam à travers la savane et donnèrent à Tombouctou son rayonnement. Au maximum de son extension, le royaume de Gao, devenu l’Empire songhaï, couvrait la plus grande partie du Mali moderne, englobant à l’ouest des territoires de l’actuelle Guinée et étendant son influence jusqu’à Kano, au nord du Nigeria. L’Empire fut détruit par une expédition marocaine en 1591.
Durant les XVIIe et XVIIIe siècles, le territoire malien fut morcelé en plusieurs petits États, dont celui de Ségou fondé par les Bambara. Ces derniers, comme les Dogon, résistèrent à l’islamisation, mais ils furent la cible de la guerre sainte menée, dans la seconde moitié du XIXe siècle, par le chef musulman El-Hadj Omar, fondateur d’un empire toucouleur, s’étendant de Tombouctou jusqu’aux sources du Niger et du Sénégal. L'esclavage se répandit avec l'expansion de l'islam.
La conquête de la région fut organisée par les colonels Joseph Gallieni (1849-1916) et Archinard (1850-1932) qui, à partir de 1880, menèrent des combats meurtriers contre les troupes de Samory Touré (1830-1900), un chef de guerre malinké et fondateur d’un empire dans le Haut-Niger, et contre les Touaregs qui résistaient au nord. Après des années de luttes acharnées contre les résistants maliens, les Français obtinrent la capitulation du pays en 1898.
À partir de ce moment, l'histoire coloniale du Mali fut marquée par de multiples changements de noms. Le Mali, une partie de la Mauritanie, du Burkina et du Niger actuels furent intégrés à l’Afrique occidentale française. En 1904, ces territoires formèrent la Colonie du Haut-Sénégal-Niger, dont la capitale était Bamako, puis les Provinces de l'Ouest. Elle devint, en 1920, le Soudan français après que la Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso) en eut été détachée l’année suivante.
La colonie malienne fit l’objet d’une politique de valorisation économique, qui s’accompagna du recours au travail et à la conscription forcée. Toute activité politique fut interdite aux colonisés jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Finalement, la colonisation française a légué un héritage assez maigre au Mali, ne laissant que peu ou pas d'infrastructures routières, peu d'écoles et de centres de santé, etc. En 1946, à Bamako, fut constitué le Rassemblement démocratique africain (RDA), qui mena la lutte pour l’indépendance de l’Afrique occidentale. Sa section malienne, l’Union soudanaise, était dirigée par Modibo Keita.
En 1956, le Soudan français accéda à l’autonomie interne et devint, deux ans plus tard, une république au sein de la Communauté française. Le 17 janvier 1959, il se joignit au Sénégal pour former la fédération du Mali, qui se proclama indépendante le 20 juin 1960. Cette fédération éclata en septembre, en partie à cause de la rivalité entre Léopold Sédar Senghor et Modibo Keita, deux figures du nationalisme africain.
3.2 La dictature de Moussa Traoré
L’ancien Soudan français conserva le nom prestigieux de Mali et Modibo Keïta demeura président de la nouvelle république du Mali, proclamée le 22 septembre 1960. Le même mois, le nouvel État devint membre de l’Organisation des Nations unies (ONU). Le Mali, sous la direction de Modibo Keita, qui fondait son pouvoir sur l'Union soudanaise (l’US-RDA), seul parti représenté à l’Assemblée nationale, poursuivit une politique de développement économique guidée par les principes du socialisme, sans rompre avec la France. Il créa le franc malien en 1962, mais les difficultés d'approvisionnement entraînèrent une inflation importante et un mécontentement généralisé au sein de la population, surtout chez les paysans et les commerçants. L’échec de cette politique provoqua, le 19 novembre 1968, un coup d’État militaire qui porta au pouvoir le lieutenant Moussa Traoré.
À son arrivée, le jeune Moussa Traoré promit la restitution du pouvoir aux civils, mais il resta au pouvoir jusqu'en… 1991, soit pendant vingt-trois ans. Il conserva le français comme langue officielle pour le Mali.
Moussa Traoré, fils d'un ancien soldat de l'armée française, régna avec autorité sur son pays; il interdit tout groupement politique, puis créa en 1979 un parti unique: l’Union démocratique du peuple malien (UDPM). Le régime dictatorial de Moussa Traoré se révéla incapable de faire progresser l’économie, sans compter que, de 1968 à 1974, puis de 1983 à 1985, des sécheresses persistantes entraînèrent des famines, tandis que l’État épuisait ses maigres ressources dans un différend frontalier avec le Burkina Faso, qui dégénéra en 1985 en affrontement armé. En même temps, d'importantes grèves étudiantes et syndicales aggravèrent la situation. Puis l'aspiration démocratique suscita encore plus de mécontentement dans la population. Dans le nord du pays, les Touaregs se révoltèrent contre les autorités maliennes qui les opprimaient sans cesse depuis l'indépendance. Mal leur en prit, car l'armée réprima brutalement tout mouvement d'opposition chez les Touaregs qui furent exclus de l'armée nationale et des postes administratifs de l'État. En mars 1991, Moussa Traoré dut partir à la faveur d'un coup d'État. Un gouvernement de transition fut instauré avec comme président le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.
3.3 Le bref retour à la démocratie
En 1992, les premières élections libres du Mali indépendant portèrent au pouvoir Alpha Oumar Konaré, un professeur d'histoire. En février 1993, Moussa Traoré fut condamné à mort lors d'un procès, mais le président Konaré, hostile à la peine de mort, gracia en 1997 (au nom de la «réconciliation nationale») l'ancien dictateur qui fut condamné à purger une peine de dix ans de prison pour «crimes politiques et économiques». Les efforts pour renforcer la démocratie furent menacés par la persistance des difficultés économiques et une forte corruption au plan politique.
En 1994, le gouvernement s’est engagé dans un processus de refonte du système d'éducation. Il prévoyait alors l’introduction généralisée des langues nationales dans l’enseignement à côté du français qui demeurait une matière et la langue d’enseignement. Cette généralisation devait être progressive : 65 écoles et trois langues (bambara, fulfuldé et songhaï) en 1994; 176 écoles et six langues (+ tamasheq, soninké et dogon) en 1995. De cette façon, les autorités maliennes entendaient développer à des fins pédagogiques certaines langues nationales tout en gardant au français le statut de langue officielle. On croyait alors développer chez les enfants maliens un bilinguisme fonctionnel »
En mai 1997, le président Konaré fut réélu avec 80 % des suffrages exprimés. Au cours de sa présidence, le Mali fut souvent cité comme un pays de «bonne gouvernance». Conformément à la Constitution qui limite à deux le mandat du président, Konaré quitta la présidence en 2002. Cet intellectuel panafricaniste a incontestablement marqué l’histoire récente de son pays. Le 10 juillet 2003, Konaré fut élu président de la commission de l’Union africaine par les chefs d’États africains réunis au sommet de Maputo.
L'ancien général Amadou Toumani Touré, qui avait déjà dirigé le Mali pendant la transition de 1991-1992, gagna l'élection présidentielle de 2002. Le nouveau président n'appartenait à aucun parti politique (donc pas de majorité parlementaire) et son gouvernement regroupait tous les partis du pays. Surnommé ATT, Touré avait du travail à faire dans un pays où 64 % de la population vit dans la pauvreté et 21 % dans une extrême pauvreté, mais il disposait d'un mandat de cinq ans pour traduire dans les actes sa volonté de «gouverner autrement». En avril 2007, Amadou Toumani Touré (ATT), fut réélu avec 71,20% des voix, mais cette élection fut contestée par les principaux candidats de l’opposition, pour des motifs de fraudes. Mais la question des Touaregs n'était toujours pas réglée, tandis que le gouvernement laissait pourrir la situation.
3.4 La menace islamiste du Nord
Puis le Mali dut faire face à la fracture entre le Sud, plus riche et développé, et le Nord, pauvre, sous-scolarisé et régulièrement secoué par des contestations politiques et sociales, essentiellement de la part des Touaregs. En janvier 2012, un mouvement sécessionniste touareg du Nord a attaqué des camps militaires maliens et proclamé l’indépendance du territoire sous leur contrôle.
Il aura suffi de trois mois aux rebelles touaregs pour prendre le contrôle des grandes villes du désert: Tombouctou (54 000 hab.), Gao (87 000 hab.) et Kidal (26 000 hab.). La proclamation d’indépendance des Touaregs, amputant du même coup la moitié du territoire malien, semblait être la seule solution pour faire cesser le génocide perpétré par les militaires maliens noirs.
L’opération aérienne de l’OTAN en Libye a malheureusement permis de faire entrer au Mali une quantité considérable d’armes modernes. Ces armes provenaient des mercenaires de Kadhafi qui ont fui la Libye dévastée en emportant les stocks d’armes pillés dans ses arsenaux, une aubaine pour les groupes salafistes radicaux. Dans l'incapacité d’empêcher la chute de cet immense partie de son pays, le quatrième président du Mali, Amadou Toumani Touré, a dû payer le prix de son impuissance: en mars 2012, il fut évincé du pouvoir par un coup d’État militaire. Bref, si l'armée malienne est capable d'organiser un coup d'État, elle se révèle impuissante quand il s'agit d'assurer la sécurité du pays.
Ces attaques des Touaregs ont produit une réaction en chaîne conduisant le Mali en pleine guerre civile. Mais les Touaregs n'ont pu profiter longtemps de leur victoire. Ils ont été rapidement écartés par des groupes islamistes radicaux qui n’avaient que faire du rêve national des Touaregs et de leur indépendance. Ces groupes comptaient de nombreux djihadistes étrangers, dont plusieurs avaient combattu en Libye (en 2011), qu’ils ont quittée après la chute de Khadafi, en emportant leurs armes. Les islamistes ont alors coupé le pays en deux.
Peu de témoins ont pu se rendre dans les villes du Nord alors qu'elles vivaient sous le joug de leurs nouveaux maîtres: AQIM (Al-Qaïda au Maghreb islamique), MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) et Ansar Dine («Défenseurs de l'islam». Mais les informations qui ont filtré depuis le Grand Nord malien après l'arrivée des forces françaises ont évoqué un régime de terreur : instauration d'un islam radical, avec son cortège de châtiments corporels, de règles vestimentaires rigoristes et de destruction.
Après le départ des islamistes, les témoignages recueillis auprès des populations ont révélé que la terreur régnait partout pendant que les islamistes se promenaient avec leur longue tunique et leurs kalachnikovs, à la recherche de la moindre infraction au code islamique. Ainsi des hommes armés s'assuraient que les femmes se couvraient de la tête aux pieds, que les enfants n'écoutaient pas de musique, que les hommes laissaient pousser leur barbe, qu'ils ne parlaient pas aux femmes et qu'ils retroussaient le bas de leurs pantalons pour qu'il ne touche pas la terre, car c'était impur. Personne n'osait défier les islamistes armés, même lorsqu'ils fouettaient des femmes et des enfants sur la grande place du marché ou coupaient les mains des voleurs.
Cette région du nord du Mali recèlerait un important potentiel pétrolier, gazier et minier. Pour certains analystes, il semble évident que c'est la véritable raison de l'occupation du Nord par les indépendantistes touaregs et les islamistes. Les explorations menées dans le massif montagneux l'Adrar des Ifoghas (région de Kidal) auraient révélé des sols propices à la présence d'or et d'uranium. Il y a plus encore. Al-Quaïda remplit ses coffres grâce à de lucratives prises d'otages et au narcotrafic. De quoi attiser les appétits!
Après de nombreuses tergiversations, l’ONU a voté, en décembre 2012, une résolution qui ouvrait la voie à une intervention internationale contre les rebelles maliens. Il s'agissait d'une intervention qui devait être menée par des forces africaines, soutenues par la communauté internationale. En janvier 2013, ce fut l'escalade des forces rebelles. Les djihadistes maliens se sont lancés à l’assaut du Sud. Ils ont atteint la ville de Konna, tout près de Mopti. Devant cette nouvelle offensive, le président intérimaire du Mali, Dioncounda Traoré, l'ancien président de l’Assemblée nationale du Mali, a appelé la France à l’aide, qui a accepté, car l’armée malienne s’est révélée inapte pour faire face à la supériorité militaire que les groupes islamiques étaient en train d’accumuler dans le Nord. L’intervention militaire française paraissait d’autant plus incontournable qu’il était devenu impossible de discuter avec les islamistes qui contrôlaient le nord du Mali. L’ex-diplomate canadien Robert Fowler, qui a été l’otage d’AQMI pendant quatre mois, était catégorique: «J’ai connu ces gens, il n’y a pas de négociations possibles avec eux, tout ce qu’ils veulent, c’est établir le domaine de Dieu dans le monde entier.» L’intervention de la France semble avoir soulagé beaucoup d'observateurs. On a entendu à Bamako des propos du genre: «Merci la France, vous nous avez sauvés des barbus!» Les journaux locaux rapportent même que des parents ont donné à leurs enfants le prénom «Hollande», en l’honneur du président français! Les femmes délaissent le voile.
La crise malienne est devenue une catastrophe humanitaire et un sérieux problème de sécurité pour les pays occidentaux. Plus de 400 000 personnes ont fui le nord du Mali, trouvant refuge au sud et dans les pays voisins. Il est certain que cette crise va desservir la cause des Touaregs qui, pourtant, ont des raisons légitimes de se plaindre. Partout dans le pays, les témoignages et les images d’exactions commises par l’armée malienne se multiplient: les Touaregs et les Arabes, ceux qu'on appelle les «peaux pâles», seraient les principales victimes. Les Français et l'armée malienne ont repris les principales villes du Nord, à l'exception de Kidal. Cette ville du désert est aussi le foyer de la rébellion touarègue. La vague qui a fini par plonger la moitié du Mali dans la guerre religieuse a commencé à Kidal, lorsque le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) a entrepris sa conquête du Nord, en s’associant avec les islamistes. Les fusils et les bombes ne suffiront peut-être pas pour venir à bout des rebelles de Kidal. Il faudra probablement négocier avec les Touaregs et finir par trouver une réponse à leurs aspirations nationales. Va-t-on enfin reconnaître aux Touaregs le droit de se sédentariser dans leur territoire historique, le nord du pays? Par ailleurs, le Mali demeure l'un des pays les plus pauvres et les moins développés du monde. En 2011, il occupait le 175e rang sur 187 pays pour ce qui est de l'Indice du développement humain (IDH) établi par le Programme des Nations unies pour le développement. Comme si ce n'était pas assez, le Mali souffre aussi d'une corruption endémique. Il figure ainsi à la 127e place sur 177 du classement mondial de l'indice de la perception de la corruption, publié par Transparency International.
Le 4 septembre 2014, Ibrahim Boubacar Keïta (surnommé «IBK») était élu avec 77,6 % des voix comme 5e président de la République. En moins d’un an, ce vieux routier de la politique malienne semble avoir dilapidé son capital de sympathie. Depuis son élection, il a multiplié les déplacements internationaux, pendant que les Maliens n’ont guère constaté de changements concrets dans leur vie quotidienne. Ce nouveau président, qui voulait enrayer la corruption, ne semble pas donner l'exemple. La présence massive des membres de sa famille dans les rouages du pouvoir fait jaser : son fils Karim est président de la Commission de la défense à l’Assemblée, le beau-père de Karim est président de cette même Assemblée, un beau-frère est ministre de la Solidarité, un neveu est ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements, etc. La famille d'abord! Aujourd’hui, la crise la plus grave au Mali, ce n’est pas celle du Nord, avec les séparatistes touaregs et les groupes terroristes, mais bien celle de la gouvernance au Sud.
Le Mali a élaboré une politique linguistique à deux volets: le premier concerne la langue officielle, le second, les langues nationales. Tout est résumé à l'article 25 de la Constitution de 1992, qui déclarait que «le français est la langue d'expression officielle» et que «la loi fixe les modalités de promotion et d'officialisation des langues nationales»:
1) Le français est la langue d'expression officielle.
2) La loi fixe les modalités de promotion et d'officialisation des langues nationales.
Cependant, la Constitution de 2012 présente un énoncé plus simple qu'en 1992 en mentionnant «langue officielle» et non plus «langue d'expression officielle»:
4.1 Les langues nationales
La Constitution ne mentionne pas quelles sont les langues nationales. La Constitution de 2012 présente des énoncés plus élaborés en ce qui concerne les langues nationales:
Comme la Constitution ne mentionne pas quelles sont les langues nationales, il faut se rabattre sur l'article 1er du Décret n° 159 PG-RM du 19 juillet 1982, qui identifie 13 langues nationales: le bambara (ou bamanankan), le bobo (bomu), le bozo, le dogon (dogo-so), le peul (fulfuldé), le soninké (soninké), le songoy (songaï), le sénoufo-minianka (syenara-mamara) et le tamasheq (tamalayt).
L'alphabet figurant au tableau I est adopté pour la transcription des langues nationales suivantes : bambara (bamanan), bobo (bomu), bozo, dogen (dogo-so), peul (fulfulde), soni (soninke), songhoy (sonoy), sénoufo-minianka (syenara-mamara), tamasheq (tamalayt).
Mais d'autres langues sont également reconnues: l'arabe hasanya, le kasonkan, le madenkan et le maninkakan (maninka). Évidemment, on retrouve la même formulation dans le Décret n° 92 - 073 / P-CTSP portant promulgation de la Constitution (1991) concernant la langue officielle: «Le français est la langue d’expression officielle.»
Par ailleurs, la loi n° 96- 049 du 23 août 1996 portant modalités de promotion de treize langues nationales (aujourd'hui abrogée) indiquait les mêmes langues qui doivent bénéficier des mêmes droits dans le respect des diversités culturelles et de l’unité nationale. Par cette loi, l’État reconnaît aux collectivités et aux citoyens le droit d’initier ou de participer à des actions de promotion des langues nationales à travers des activités culturelles, scientifiques et techniques dans le cadre du respect de la réglementation en vigueur. Dans le cadre de l’application de cette loi, parmi ces 13 langues, onze sont appelées «instrumentées» et sont utilisées dans l’alphabétisation. Il s’agit du bamanankan (bambara), du bomu (bobo), du bozo (bozo), du dogoso (dogon), du fulfuldé (peul), du mamara (minianka), du soninké (sarakolé), du sonoy (songhoï), du syenara (sénoufo), du tamasayt (tamasheq) et du xaasongaxanno (khassonké). Les deux autres langues, c'est-à-dire le hasanya (maure) et le maninkakan (malinké), ne disposaient pas entièrement d’outils, mais des recherches et des expérimentations étaient en cours pour le malinké.
Un projet de loi a été adopté en décembre 2014, qui abrogeait et remplaçait la loi du 23 août 1996; ils s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la politique linguistique du Mali. Ce projet de loi prévoit que l’État doit assurer la promotion des langues nationales dans le cadre de la sauvegarde et du développement du patrimoine linguistique et de la diversité culturelle; il reconnaît aux collectivités territoriales et aux citoyens le droit de promouvoir les treize langues nationales; il consacre l’égalité de traitement entre les langues nationales et institue un Bureau du médiateur de la politique Linguistique chargé de contribuer à la promotion équitable des langues nationales et à leur usage dans les administrations publiques et privées.
4.1 La langue officielle de l'État
C’est à partir ce cette simple déclaration que s’établit toute la politique linguistique: «Le français est la langue d'expression officielle.» Il s'agit d'une terminologie un peu ambiguë pour désigner la langue officielle. C’est pourquoi toute la législature du Mali fonctionne en français, ce qui implique les débats parlementaires, la rédaction et la promulgation des lois. L'article 4 de la Loi n° 92-001 du 23 juillet 1992 portant règlement intérieur de l'Assemblée nationale déclare que « les débats à l’Assemblée nationale se déroulent dans la langue officielle du Mali», c'est-à-dire le français :
En cas de nécessité, les députés sont assistés d’interprètes dans les conditions déterminées par le Bureau de l’Assemblée nationale. Ces conditions doivent faire l’objet d’une décision du président de l’Assemblée nationale.
L'une des difficultés du fonctionnement du système judiciaire malien, c'est qu'il est basé entièrement sur le système judiciaire français qui est très complexe, en particulier le Code civil français. Ce système a été introduit lors de l’indépendance du pays en 1960, avec pratiquement aucune adaptation au contexte malien, lequel demeure néanmoins extrêmement différent de celui de la France. Malgré un premier effort du président Keita pour adapter le droit français à la culture malienne, le système judiciaire français de l’époque a été pratiquement copié à la lettre. Cela signifie que le système français, tel qu’il a été importé à l’époque, ne s'est jamais adapté au niveau de développement et au type de société du Mali actuel.
La Loi n°01-082 du 24 août 2001 relative à l’assistance judiciaire encadre en principe l’offre par l’État de services de représentation judiciaire. Les mesures et les mécanismes sont destinés aux justiciables qui doivent se présenter devant ces instances judiciaires. Selon cette loi, l’assistance judiciaire est accordée aussi bien en demande qu’en défense, et ce, devant toutes les juridictions. Elle permet ainsi aux justiciables les plus vulnérables de bénéficier des services d’un avocat, d’un notaire, d’un huissier de justice, d’un commissaire-priseur ou même d’un expert. On ne trouve rien dans la loi un article portant sur la ou les langues employées. De toute façon, dans sa forme actuelle, la Loi relative à l’assistance judiciaire n'a jamais été opérationnelle ni même appliquée.
De plus, le système français a amené un autre facteur compliquant les difficultés d’accès à des services d’aide juridique: la langue française utilisée au sein du système judiciaire, alors que seulement 10 % de la population parle cette langue couramment. Par contre, le bambara et les 12 autres langues nationales du Mali sont parlées et comprises par au moins 80 % de la population du pays. En 2015, seulement le tiers de la population adulte était alphabétisée et ce taux atteindrait à peine les 22 % si l'on ne considère que les femmes adultes. Bref, le Mali est le pays le moins francophone d’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, plus de 90% de la population du Mali est de confession musulmane. Or, les Maliens sont réputés pratiquer une version dite «tolérante» de l’islam, qui admet une gouvernance démocratique et rejette les châtiments sévères de la Charia inspirés du talion (œil pour œil, dent pour dent). Les Maliens semblent avoir repris à leur compte un proverbe français qui correspond bien à leur sentiment vis-à-vis le système judiciaire: « Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès.»
Les dispositions du Code de procédure pénale (2001) énoncent que le français est la langue de la cour et que la connaissance de cette langue est nécessaire, mais qu'un justiciable peut faire appel à un interprète s'il ne parle ou ne comprend pas la langue française:
Dans le cas des notaires, l'Ordonnance n° 2013-027/P-RM du 31 décembre 2013 portant statut des notaires (2013) prescrit l'emploi du français dans les actes notariés et le recours à un interprète «sous peine de nullité de l'acte»:
Lorsqu’une partie ne comprend pas la langue officielle, sa volonté manifestée dans sa langue maternelle, doit être traduite et expliquée dans la langue officielle du Mali.
Il en est ainsi dans le Code des personnes et de la famille (2011) qui exige qu'un acte d'état civil doit être traduit en français s'il a été rédigé dans une autre langue:
En somme, les citoyens maliens doivent recourir à un interprète s'ils ne connaissent pas suffisamment le français. Autrement dit, seul le français est permis, mais les langues maliennes (moins d’une dizaine, mais surtout le bambara) sont autorisées dans les communications orales entre le juge et l’accusé, y compris dans les cours d’appel. Le juge peut utiliser le bambara ou une autre langue qu'il connaît, mais il doit rendre sa sentence en français. Cependant, les documents écrits se font seulement en français et les juges rendent tous leurs jugements en cette langue.
En ce qui a trait aux services administratifs, ils sont offerts partout en français, mais selon les régions les communications orales se déroulent généralement en l’une ou l’autre des langues maliennes, notamment le bambara dans le Sud. Évidemment, toute la documentation écrite paraît surtout en français, bien que certains documents soient publiés en bambara ou dans l'une ou l'autre des langues nationales.
L'article 5 du Décret n° 03 - 580 / P-RM du 30 décembre 2003 fixant les modalités d’application de la loi régissant les relations entre l’administration et les usagers des services publics interdit toute discrimination des services fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l’opinion politique ou philosophique:
Bien que la Loi n° 97-021 du 14 mars 1997 relative aux instruments de paiement chèque, carte de paiement, lettre de change, billet à ordre ne mentionne pas le nom de la «langue employée», il s'agit du français:
Les articles 57 et 142 de la Loi n° 2016-012 du 6 mai 2016 relative aux transactions, échanges et services électroniques ne mentionnent aucune langue en particulier, mais on peut penser au français et au bambara, bien qu'une autre langue soit aussi autorisée:
Sans préjudice des autres exigences légales ou réglementaires en matière d’information, le prestataire de services fournit au moins les informations mentionnées ci-après, formulées, sur le fond et sur la forme, de manière claire, compréhensible et non équivoque et avant que le destinataire du service ne passe une commande par voie électronique :
14. fournir par écrit à la personne qui demande la délivrance d’un certificat électronique, avant la conclusion d’un contrat de prestation de services de certification électronique et dans une langue aisément compréhensible, les informations relatives aux modalités et conditions d’utilisation du certificat et celles afférentes aux modalités de contestation et de règlements de litiges ;
L'article 59 du Décret n° 2015-0604/P-RM du 25 septembre 2015 portant Code des marchés publics et des délégations de service public impose l'usage du français au point de vue commercial, sauf indication dans l’avis et le dossier d’appel d’offres donnant la possibilité de remettre également une offre dans une autre langue:
Les offres sont soumises en langue française, sauf indication dans l’avis et le dossier d’appel d’offres donnant la possibilité de remettre également une offre dans une autre langue.
Il en est ainsi dans le Code du travail (1992), alors que le français est obligatoire «à peine de nullité»:
Bien que le français soit nécessaire, on utilise davantage les langues maliennes locales, surtout le bambara, dans les soins donnés aux patients dans les hôpitaux, dispensaires et cliniques publiques. Dans les régions plus éloignées des grandes villes, le personnel des bureaux administratifs répond toujours oralement dans la langue locale ou en bambara, mais les documents écrits sont généralement unilingues français. Selon la DNSI (Direction nationale de la statistique et de l’informatique), le bambara, le malinkéle, le sarakolé, le peul, le sénoufo/minianka, le dogon, le songhaï, le bobo, le touareg, le maure et l’arabe sont les langues les plus utilisées au Mali, en plus de la langue officielle qui est le français.
4.2 Les langues nationales en éducation
La réforme de l'éducation entamée en 1962 dans l’enthousiasme de l’indépendance nouvellement acquise se voulait une rupture avec le système d'éducation colonial. Cette réforme s'était donné comme ambition d'atteindre l'enseignement universel, tout en préservant et perpétuant une culture proprement malienne. L'enseignement primaire est passé d'un cycle de six ans, sous le système colonial, à un cycle de neuf ans. L'examen marquant la fin des études primaires, célèbre pour sa fonction de sélection, a été annulé.
Toutefois, cette première réforme n'a pas atteint les résultats escomptés, notamment au sujet du programme qui mettait l'accent sur la maîtrise du français. Non seulement la part du budget de l'État consacrée à l'éducation n'est pas arrivée à couvrir les besoins pressants, mais l'accès à l'éducation primaire et secondaire est resté limité et inéquitable pour les populations rurales et périurbaines. Ainsi, le taux d'accès est demeuré à 53,9 % en général, ce qui signifie 63,6 % pour les garçons et 44,4 % pour les filles. Dans certaines régions, ces taux ne dépassent pas 25 % pour les garçons et 19 % pour les filles. Une autre lacune du système éducatif malien concerne les bas rendements en raison des redoublements et des abandons (un gaspillage se chiffrant à 25 % du budget) et le nombre insuffisant d'enseignants et d'infrastructures.
- La loi sur l'éducation
Au Mali, la politique linguistique visant à promouvoir les langues nationales est passé par l’introduction de ces langues dans l’alphabétisation des populations et dans le secteur formel de l’éducation des enfants. La Loi n° 99-046 AN RM portant loi d'orientation sur l’éducation (1999) traite très peu des langues d'enseignement. L'article 3 de cette loi a le mérite de distinguer trois types de langues:
- la langue maternelle : la langue que l'enfant parle couramment et qui est la langue dominante de son milieu de vie ;
- les langues nationales: les langues telles que définies par la Loi n°96-049 du 23 août 1996 portant modalité de promotion des langues nationales ;
- la langue officielle: la langue de l'Administration et des institutions de l'État ;
- Langue officielle : la langue de l'Administration et des institutions de l'État ;
Après des années d'expérimentation de la langue maternelle comme langue d’instruction dans l'enseignement, le ministère de l'Éducation fondamentale a élaboré en 1993 un nouveau programme. L'article 12 du décret n° 93-107/P-RM du 16 avril 1993 a assigné au Ministère l’utilisation des langues nationales dans l’enseignement et, à partir de la rentrée scolaire de 1994-1995, a généralisé l'enseignement à la fois des langues nationales et du français en faisant passer le nombre des langues d'enseignement à six : le bambara, le tamasheq, le songaï, le soninké (peul) et le dogon.
Cette généralisation touchait alors plus de 300 écoles. Le principe est de ce qu'on a appelé la «Nouvelle école fondamentale» (NEF) est d'utiliser la langue maternelle de l'élève comme langue d'enseignement dans les trois premières années de l'enseignement primaire, le français étant considéré comme une matière à partir de la deuxième année. L'un des cinq principes généraux du curriculum malien étant de permettre aux élèves de devenir bilingues entre langue nationale et français. Le problème, c'est que, pour l'instant, la NEF n'a pas encore été mise en œuvre, sauf dans des écoles expérimentales, en raison de l'opposition des principaux intervenants (enseignants, étudiants, partis politiques, etc.). De plus, des tests dispensés en 5e année à Ségou en 1997 montrent que, après quatre ans d'instruction en bambara, les enfants sont loin de maîtriser leur langue maternelle à l'écrit. Le français demeure la langue d'enseignement préférée pour des raisons de mobilité sociale, tandis que le bambara est restée la langue véhiculaire favorite. Pourtant, le ministère de l'Éducation de base a créé des organismes pouvant assurer l'exécution advenant la mise en œuvre des politiques éducatives et la documentation en langue maternelle est assez abondante; on trouve aussi des journaux et des magazines dans plusieurs langues nationales.
On peut dire que tout le système d’éducation continue de se faire en français, du primaire à l’université. Cependant, les élèves de la maternelle utilisent leur langue maternelle locale et s’initient au français parlé. Au premier cycle du primaire, on enseigne en français, mais certaines langues maliennes, notamment l’arabe coranique, sont également enseignées dans un grand nombre d’écoles. Au second cycle, seuls le français et, dans certains cas, l’arabe sont enseignés. Dans toutes les écoles primaires du pays, l’enseignement de l’anglais comme langue seconde est obligatoire, alors qu’au secondaire les élèves ont le choix entre l’anglais, l’allemand, l’arabe et le chinois. En réalité, suite à plusieurs ordonnances ministérielles, la volonté politique des autorités est de permettre l’utilisation libre des différentes langues nationales dans l’enseignement. Selon les régions, le bambara et le français sont véhicules d’enseignement dans les deux premières années du primaire. Comme on le sait, des expériences ont été tentées avec le bambara, le tamasheq, le songhaï, le peul soninké et le dogon. En 2009, il y avait dix langues nationales enseignées dans 2466 écoles:
Langue Nombre d'écoles
Bambara (bamanankan) 2002
Dogosso 67
Fulfuldé (peul) 72
Khasonké 18
Mamara 13
Songhoi (songaï) 157
Solonké (soninké) 55
Syenara 43
Tamasheq 33
Le bambara constitue la langue la plus communément comprise dans le pays. Cette langue est parlée dans la région de Bamako, capitale du Mali. C'est pourquoi il y a plus d'écoles dans cette langue.
L’objectif avoué du gouvernement malien est d’utiliser la langue maternelle de l’élève pour lui donner les connaissances de base et mieux le préparer au passage de la langue maternelle à la langue étrangère, le but ultime étant que le français et les langues maliennes doivent entretenir des relations se complémentarité et non de concurrence. Il s'agit du programme dit «de pédagogie convergente», qui s'inscrit dans le cadre de la lutte contre la déperdition scolaire et la baisse constante du niveau des élèves en français. Le principe directeur est d'organiser le transfert en français des compétences acquises dans les langues nationale, c'est-à-dire «d'optimiser les avantages d'une prise en compte à l'école de compétences linguistiques propres à la culture des élèves en intégrant l'apprentissage de ces langues dans le curriculum classique». Voici le programme officiel:
DOMAINE LANGUES ET COMMUNICATION (L.C.)
La langue est un système de signes linguistiques vocaux ou graphiques qui permet la communication entre les individus.
Dans une perspective sociolinguistique, la langue remplit deux fonctions sociales fondamentales :
1. la communication : c’est au moyen de la langue que les acteurs sociaux échangent et mettent en commun leurs idées, sentiments, pensées, etc.
2. l’identification : de par son double aspect individuel et collectif, la langue sert de marqueur identitaire quant aux caractéristiques de l’individu et à ses appartenances sociales.
La communication est tout processus d’échange d’informations. Elle peut être considérée comme un processus de mise en commun d’informations et de connaissances.
En réalité, sur le fond, la communication cherche à répondre aux objectifs suivants :
- créer une relation pour dialoguer fréquemment ou relancer le dialogue ;
- donner son identité, sa personnalité à un tiers, pour être connu. (cf.wikipedia.org)
« La communication peut se faire au moyen d’une langue (communication verbale) ou par un autre moyen (communication non verbale), utilisant un canal autre que la voix ou l’écriture : le geste les rayons lumineux, des impressions tactiles, des systèmes mécaniques ou électriques divers, etc.» Grammaire et Linguistique, G. PETIOT, 2000 , p 98
Contribution du domaine Langues et Communication à la formation de l’élève.
Le domaine Langues et Communication comprend l’ensemble des langues que l’élève étudie pour satisfaire, de plus en plus, au moyen des TIC (Techniques de l’Information et de la Communication), ses besoins de communication personnels, scolaires et sociaux. Ces langues, moyens de communication, peuvent être en même temps objets d’étude :elles deviennent alors des disciplines.
L’appropriation par l’apprenant de la dimension esthétique, des normes de fonctionnement des langues érigées en disciplines, constitue la spécificité du domaine L.C. Si tous les domaines utilisent la langue, seul celui de L.C en étudie la structuration, les normes de fonctionnement et la beauté formelle.
Les langues constituent un outil privilégié de développement des habiletés de recherche et de découverte dans les différents domaines. Les langues, au niveau de l’enseignement secondaire général, sont :
- les langues nationales ;
- la langue vivante I ;
- la langue vivante II.
Le français est la langue officielle et, d’une manière générale, le médium d’enseignement des autres domaines de formation au Mali. Les langues, en tant que disciplines, ont comme axes d’apprentissage, la communication orale (écouter et parler) et la communication écrite (lire et écrire).
Le domaine L.C. confère à l’apprenant, à travers la langue, un instrument essentiel de communication, un outil indispensable à la socialisation, un instrument essentiel de la construction de la pensée et de la personnalité, un véhicule du patrimoine culturel et un moyen d’ouverture sur les cultures du monde. Les compétences du domaine L.C. sont les suivantes : communiquer oralement selon des modalités variées, lire des textes variés, écrire des textes variés.
Depuis plusieurs années, notons qu’il y a un a un effort significatif pour promouvoir l’alphabétisation dans les langues nationales. Le 24 juillet 1986, la loi no 86 AN-RAM créait la Direction nationale de l'alphabétisation fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA). Concernant la scolarisation au Mali, il existe un certain nombre d’«écoles communautaires» dans lesquelles l’instruction est en langue nationale pour les premières trois années. Enfin, il existe un mouvement au Mali pour encourager l’utilisation d’un alphabet du nom de «n’ko», un système d'écriture phonétique (s'écrivant de droite à gauche) capable de transcrire toutes les langues maliennes, en particulier les langues à tons. Aujourd’hui, le Mali compte plus de 8000 centres d’alphabétisation répartis entre 6132 villages. Le nombre d’alphabétisés, sortis de ces centres est officiellement évalué à 1,2 million de personnes. Pour assurer la promotion des langues et améliorer le taux d’alphabétisation de la population malienne qui oscillait alors autour des 30 %, le gouvernement a créé la Direction nationale de l’alphabétisation fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA). La mission de cette institution est de faire la promotion des langues retenues et de faire d’elles des outils de développement. Le programme a permis la production de syllabaires, de dictionnaires, de lexiques, de brochures et manuels de formation dans les différentes langues retenues. En 2012, le taux d'analphabétisme s'élevait à 75 %, une véritable catastrophe.
Enfin, le Décret n° 96-044/P-RM fixant les avantages accordés au personnel diplomatique, administratif et technique dans les missions diplomatiques et consulaires du Mali autorise le personnel diplomatique d'envoyer ses enfants dans les écoles de langue française:
Les frais de scolarité pour des études, du niveau préscolaire au baccalauréat sont accordés aux enfants du personnel diplomatique, administratif et technique en service dans les missions diplomatiques et consulaires. À cet effet, il sera constitué un dossier comprenant :
La situation malienne doit tenir compte du nombre de locuteurs très différent et avec un niveau d’instrumentation variable. De plus, le bilinguisme des enseignants n’est pas uniforme. Parfois, c’est la maîtrise du français qui laisse à désirer ou c’est celle de la langue nationale à enseigner, car ce n’est pas leur langue maternelle. Enfin, la langue nationale enseignée n’est pas forcément la langue maternelle de l’élève, pour diverses raisons (fonctionnaires mutés, migrations intérieures, choix des parents, etc.).
4.3 Les médias et la vie économique
Du côté des médias électroniques, les émissions radiophoniques sont diffusées dans un grand nombre dans les langues maliennes, mais le français demeure la langue de prestige. L 'ORTM (Office de radiodiffusion télévision du Mali) diffuse ses informations en français dans une proportion de 80 %, les 20 % restants sont consacrés à quelques magazines, quelques sketchs et micro-programmes de sensibilisation. L'insuffisance de la production en plusieurs langues nationales est due à l'absence de budget et un manque de formation professionnelle des intervenants concernés. Il existe au Mali quelque 17 stations de radio qui émettent quotidiennement, dont 14 sont des radios privées; et la liste ne cesse de s'allonger. Les différentes radios couvrent presque totalement l'ensemble du territoire; seul le nord du pays n'est pas pourvu de stations (Tombouctou, Gao, Kidal).
Parmi les 17 stations en fonction, cinq ont une vocation essentiellement rurale. Elles diffusent presque toutes dans les langues nationales en plus du français. La radio rurale nationale a été lancée au Mali en 1967 et, très tôt, elle a acquis une grande audience auprès des populations concernées. Un programme de relance de cette radio est actuellement en cours d'exécution, financé par la FAO (formation) et par l'UNICEF (équipement). Des radios rurales locales fonctionnent à Kayes depuis août 1988 et à Douentza depuis le mois de juillet 1993. D'autres seront installées à Kadiolo, Bandiagara, Nioro et Kidal. Malheureusement, ces stations régionales demeurent sans statut, sans budget, avec un personnel insuffisant. Les langues nationales les plus diffusées sont le bambara, l'arabe hasanya, le ségou, le dogon, le kinbakka,
Presque toute la presse écrite du pays est en français, mais l’édition en langues nationales prend de plus en plus d’importance. La presse écrite en français est donc en pleine mutation. Il existe aussi une presse communautaire — les «journaux de proximité» — relativement importante, qui diffuse généralement en langue nationale. Ainsi, le Kabaaru est publié en peul, le Xibare en sononké, le Jekabaara, le Kote et le Nieta en bambara. Mais la transcription dans les autres langues nationales pose des problèmes techniques. Ces journaux comptent en moyenne moins de 20 pages et sont diffusés entre 2000 et 20 000 exemplaires. Ils servent souvent de support pour l'alphabétisation de certaines communautés.
Dans la vie économique, deux langues prennent la plus large place: le français d’abord, puis le bambara. Dans toute information ou toute transaction écrite, seul le français est utilisé, mais à l’oral le bambara exerce une forte concurrence au français. En somme, on peut dire que le Mali respecte les prescriptions de l’article 1er de la Constitution.
Au Mali où le français a pris la place dans toutes les manifestations officielles de l’État, il ne subsiste néanmoins aucun conflit ni aucune frustration de nature linguistique. Pourtant, dans ce pays, les brassages interethniques sont très anciens et très développés. Pour la plupart des Maliens, la situation paraît normale, et ce, d’autant plus que toutes les langues nationales sont à égalité par rapport au français, langue officielle. Quoi qu’il en soit, si l’harmonie constitue un atout dans un pays multilingue, et le Mali y est parvenu. Il faut souligner aussi l’ouverture des Maliens envers les autres langues que le français. En effet, au Mali, non seulement le bambara reste-t-il la première langue nationale d’importante, mais l’État semble avoir pris soin de ne pas négliger l’arabe et l’anglais. N’oublions pas qu’en Afrique trois langues assurent la quasi-totalité des fonctions officielles de la communication interethnique: le français, l’anglais et l’arabe.
Il n'en demeure pas moins que la Mali pratique une politique linguistique limitée à l'enseignement. C'est ce qu'on appelle une politique sectorielle parce qu'elle est limitée à un domaine particulier, celui de l'éducation. De fait, le Mali a fait beaucoup d'efforts pour promouvoir les langues nationales, car ces langues constituent les principales langues d'enseignement primaire et langues d'alphabétisation des adultes. Cependant, la principale langue d'instruction à l'université demeure le français. Qui plus est, comme le français est plus élevé dans la hiérarchie linguistique, les 13 langues nationales reconnues ne peuvent avoir le même prestige que la langue officielle. À long terme, il faudrait laisser plus de place au bambara. Mais le Mali est un pays très pauvre, et le coût du multilinguisme paraîtrait sans doute trop élevé. Par ailleurs, en ce qui concerne la langue officielle, on peut parler d'une politique de non-intervention.
En somme, du fait que le Mali demeure un pays pauvre, la promotion de toutes les langues nationales semble utopique. La promotion de plusieurs langues africaines exigerait l’alphabétisation dans toutes ces langues nationales, qui encore exigerait une instruction de la part des enseignants dans toutes les langues différentes. Le Mali n’a sûrement pas les moyens ni financiers ni en personnel pour mener à terme de grandes réformes de ce type. De plus, le multilinguisme étendu à l'échelle du pays poserait les problèmes dans les organismes publics et les coûts de traduction pourraient être très élevés. En fait, le multilinguisme malien risque à long terme de se limiter à un nombre restreint de langues plus importantes, notamment le bambara connu par quelque 80 % de la populartion.
CRDI. «Langues d'instruction / Languages of Instruction» dans Implications pour les politiques d'éducation en Afrique / Policy Implications for Education in Africa, Groupe de travail sur la recherche en éducation et l'analyse des politiques, Association pour le développement de l'éducation en Afrique, Institut international de planification de l'éducation,1997, [http://www.idrc.ca/books/focus/829/chp01_f.html].
DANIOKO, Charles Abdoulaye. «"Enquête sur la langue au Mali», Bamako, étude non publiée.
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Mali», pour la partie historique.
GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p
SANGARE, Mahamadou. «Les langues locales et l'identité africaine», Sikasso, sans date,
[http://www.kanjamadi.com/MahamadSangare.html].

References: l'article 1
 l'article 25
 l'article 1
 L'article 4

L'article 5

L'article 59
 L'article 3
 L'article 12