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Timestamp: 2020-05-27 08:33:45+00:00

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Allemagne 1918-1939: Juillet-décembre 1919
Faits & Dates > Allemagne 1918‑1939 > Juillet‑décembre 1919
1919 (juillet‑décembre)
À Hambourg, des troupes gouvernementales d'un effectif de 10 000 soldats sous le commandement du général Paul von Lettow-Vorbeck entrent dans la ville[1]. Ce “Korps Lettow” a été constitué précisément à cet effet.
Le “Korps Lettow” sera dissout le 1er septembre et Lettow-Vorbeck sera chargé du commandement de la Brigade 9 de la Reichswehr à Schwerin (Mecklenburg Vorpommern).
Pendant la guerre, le lieutenant [Oberstleutnant] Paul von Lettow-Vorbeck (plus tard major général) avait commandé la troupe de protection [Schutztruppe] allemande en Afrique orientale allemande [Deutsch-Ostafrika] (Tanzanie)[2]. En mars 1919 il était revenu à Berlin. Sur ordre du ministre de la défense Gustav Noske (SPD), il avait mise en oeuvre la constitution, dans le cadre de la Division de tirailleurs de cavalerie de garde ‑ renommé désormais en Corps de tirailleurs de cavalerie de garde ‑ commandée par le capitaine Waldemar Pabst, de la division de volontaires Lettow-Vorbeck, à laquelle s'intégraient notamment la Brigade de Marine II commandée par le capitaine de corvette Hermann Ehrhardt et la Brigade de Marine III commandée par le capitaine de corvette Wilfried von Loewenfeld[3].
À Bremerhaven/Geestemünde/Lehe (aujourd'hui Bremerhaven) (Bremen) un mouvement de grève éclate dans un certain nombre de grands magasins[4]. L'ensemble des 217 employés participent. Le mouvement se termine le 10 juillet.
L'ensemble des employés de tramway entament une grève qui durera jusqu'au 7 juillet[5].
À Berlin, les employés des transports publics [Berliner Verkehrsbetriebe] entament une grève qui durera jusqu'au 16 juillet[6].
En Prusse, le ministre du travail publie un décret menaçant de licenciement les travailleurs, employés, fonctionnaires des chemins de fer de Prusse et de Hesse qui n'auront pas repris le travail le 3 juillet[7]. Cette annonce a pour résultat l'arrêt de la grève le 3 juillet.
À Francfort-sur-le-Main (Hesse), une assemblée de plus de 10 000 cheminots décide d'entamer la grève le lendemain[8].
30 juin‑5 juillet
À Nuremberg (Bavière) se tient le 10e congrès des syndicats libres. Y assistent 636 délégués de 52 unions[9]. Contre 70 voix sont adoptés les statuts de la “Fédération syndicale générale allemande” (“Allgemeiner Deutscher Gewerkschaftsbund”, ADGB) dont le congrès décide la création, dans le but de rendre plus permanent la coopération entre les unions. La direction élue pour l'ADGB comprend notamment Carl Legien comme président et Peter Grassmann et Adolf Cohen comme adjoints au président.
Le congrès approuve des "lignes directrices pour l'activité future efficace des syndicats" ["Richtlinien für die künftige Wirksamkeit der Gewerkschaften"]. (Cf. ci-dessous.) En évoquant l'expérience de l'instauration de "groupes de travail", le texte fait notamment référence aux “Groupement central de travail des employeurs et employés industriels et professionnels” créé le 15 novembre 1918 (cf. ►).
Le congrès adopte une résolution concernant celle qui avait été adoptée, au sujet des syndicats, par le congrès du SPD tenu à Mannheim en 1906 (cf. ►). (Cf. ci-dessous.)
Résolution adoptée par le congrès des syndicats libres tenu du 30 juin au 5 juillet 1919[10]
Le 10e congrès des syndicats d'Allemagne déclare que les syndicats doivent unir les salariés pour l'action unitaire et rassemblée aux fins de la défense des leurs intérêts économiques, sans égard aux convictions politiques ou religieuses. L'accord de Mannheim de l'année 1906 avec le Parti social-démocrate d'Allemagne, qui sollicite une entente des deux directions centrales au sujet de questions importantes concernant les intérêts d'ensemble de la classe ouvrière, avait pour but de renforcer cette force d'action des masses travailleuses en évitant les divergences entre le mouvement ouvrier syndical et celui politique. La neutralité politique des syndicats vis-à-vis de leurs membres n'était pas touchée par là. Or cet accord avait pour prémisse une représentation d'intérêt politique unitaire des travailleurs allemands. Cette prémisse n'est plus présente. La scission du Parti social-démocrate met en danger aussi le caractère unitaire et rassemblée des syndicats allemands Le congrès des syndicats se voit donc dans l'obligation de déclarer la neutralité des syndicats vis-à-vis des partis politiques. Les polémiques politiques entre les travailleurs ne doivent pas affaiblir l'impact de leur représentation d'intérêt économique, des syndicats. Cependant les syndicats ne doivent pas se limiter à la représentation d'intérêt étroite, professionnelle, ils doivent plutôt devenir foyer des efforts de classe du prolétariat, afin d'aider à conduire vers la victoire la lutte pour le socialisme.
Résolution adoptée par le congrès des syndicats libres tenu du 30 juin au 5 juillet 1919 (extraits)[11]
Lignes directrices pour l'activité future efficace des syndicats
1. Dans la période de la production capitaliste privée de marchandises, les syndicats ont éduqué les travailleurs en vue de la lutte de classe. [...]
2. À la veille de la révolution politique, les syndicats avaient déjà contraints les entrepreneurs à la satisfaction des revendications essentielles des travailleurs, et les avaient poussés vers la voie de la démocratie économique par l'instauration de groupements de travail au sein desquels devaient être résolues toutes les questions de la vie économique et de la politique sociale dans le cadre d'une représentation sur un pied d'égalité, des entrepreneurs et des travailleurs. Tous ces succès des syndicats sont des conquêtes précieuses, mais ils n'ont satisfait que partiellement les revendications justifiées des masses travailleuses et par là les tâches des syndicats. La lutte des syndicats doit donc être poursuivie.
3. La révolution a renforcé le pouvoir politique de la classe ouvrière et par là en même temps augmenté son influence sur l'organisation de l'économie nationale. La reconstruction de la vie économique, ruinée par la guerre, s'accomplira selon l'orientation vers l'économie publique, sous démantèlement progressive de l'économie privée. La transformation doit être poursuivie de façon planifiée et est favorisée par les syndicats.
4. Les syndicats voient dans le socialisme la forme supérieure de l'organisation de l'économie nationale, comparée à l'économie capitaliste. La démocratie dans l'entreprise et la transformation des contrats de travail individuels en contrats collectifs, qu'ils visent à atteindre, sont des préparatifs importants pour la socialisation. La poursuite de la coopération ultérieure des syndicats dans ce domaine est indispensable.
7. Le droit de codécision des travailleurs doit être réalisé pour l'ensemble de la production, à commencer par les entreprises particulières jusqu'aux sommets les plus hauts de l'organisation économique centrale. Au sein de l'entreprise, doivent être créées des représentations des travailleurs (conseils d'entreprise) librement élues, qui doivent mettre en oeuvre la démocratie d'entreprise en accord avec les syndicats et appuyés sur le pouvoir de ceux-ci, ainsi qu'en commun avec la direction d'entreprise. La base de la démocratie d'entreprise, c'est le contrat de travail collectif ayant validité juridique ancrée dans la loi. [...]
À Francfort-sur-le-Main (Hesse), la grève des cheminots se termine[12]. Une déclaration à ce sujet, soumise à l'assemblée plénière des grévistes par les hommes de confiance du DEV, explique cette décision[13]:
Compte tenu su fait que le comité directeur central du DEV a déclaré son engagement à organiser rapidement une consultation de l'ensemble des membres, pour prendre une décision au sujet de l'action unitaire concernant la réalisation des revendications connues, le cas échéant aussi au moyen de la grève de tous les employés des chemins de fer publics, compte tenu en outre du fait que les cheminots de Francfort peuvent porter à leur crédit cette résolution du comité directeur central, enfin compte tenu du fait que la perturbation de la vie économique engendrée par la grève partielle ne peut être justifiée si la réalisation de l'action unitaire approche, les hommes de confiance décident: à l'assemblée des membres est recommandé l'arrêt de la grève; les revendications sont maintenues, en particulier la demande en vue du système de conseils en tant qu'institution interne à l'entreprise; et l'ensemble du personnel est appelé à se tenir prêt pour l'action unitaire.
À Bremerhaven/Geestemünde (aujourd'hui Bremerhaven) (Bremen), une grève conduite par des travailleurs des sociétés Reckelmann ainsi que Schur & Lange, fabriques de cordes de chanvre, se termine le 15 juillet[14].
Le conseil exécutif du conseil d'ouvriers et de soldats Grand-Berlin constitué le 10 novembre 1918, subit une scission: les représentants du SPD et du DDP s'en séparent et maintiennent un organisme désigné comme “Groupement de travail des conseils d'ouvrier” (“Arbeitsgemeinschaft der Arbeiterräte”)[15]. Ils contestent que la majorité du conseil exécutif, liée à l'USPD et au KPD, puisse représenter légitimement le mouvement de conseils de Grand-Berlin. L'USPD et le KPD poursuivent les efforts de développer un mouvement de conseils d'entreprise révolutionnaire, à travers une “Centrale des conseils d'entreprise d'Allemagne” (“Zentralstelle der Betriebsräte Deutschlands”). Leur influence s'étend sur Berlin, Hambourg, Essen, la région du Bas-Rhin, les grandes villes de Saxe ainsi que Halle (Sachsen-Anhalt).
À Berlin quelques unités du Corps de tirailleurs de cavalerie de garde commandé par le capitaine W. Pabst tentent de renverser le gouvernement[16]. Le putsch échoue.
À Stuttgart (Württemberg), Karl Gräter (SPD) remplace Emil Heindel (USPD) comme président adjoint du comité régional, qui avait été instauré le 8 décembre 1919 et dont le président est Rudolf Gehring (SPD)[17].
L'assemblée nationale adopte la nouvelle constitution avec 262 voix pour, 75 contre et 1 abstention.
En Haute-Silésie, la brigade de marine III commandée par le capitaine de corvette Wielfried von Loewenfeld réprime des travailleurs en grève à Zaborze (aujourd'hui partie de Zabrze, en Pologne)[18].
À Chemnitz (Sachsen), plusieurs dizaines de milliers de personnes participent à une manifestation contre le manque de denrées alimentaires et l'état de siège[19]. Des troupes de l'armée interviennent. Les affrontements durent trois heures. Il y a 27 morts.
La nouvelle constitution reçoit les signatures du président et des membres du gouvernement. La loi sur le pouvoir provisoire au niveau du Reich qui avait été publiée le 11 février 1919 est ainsi abrogée. (Cf. le texte ►.)
Suite à une décision prise par le gouvernement le 22 juillet, a été élaborée une nouvelle version des dispositions de mise en oeuvre concernant la règlementation relative à l'état d'exception [Ausführungsbestimmungen zur Regelung des militärischen Ausnahmezustandes][20]. Il en résulte un modèle de décret que le président signera le cas échéant dans des circonstances données. Le 10 septembre, après que le président a donné son accord, le gouvernement décide de ne pas publier le texte et de ne le communiquer pas non plus aux gouvernements régionaux.
Le 5 octobre, le chancelier communiquera à la commission du budget, de l'assemblée nationale, le contenu d'une expertise au sujet des fondements juridiques de l'état de siège à Berlin[21]. L'expertise affirme qu'il y a continuité, dans le cadre de l'adoption de la nouvelle constitution, quant à l'état de siège, dans la mesure où il a été instauré valablement avant l'entrée en vigueur de la constitution, et où celle-ci stipule que les mesures prises par les autorités gardent leur validité jusqu'à l'éventuelle abrogation par d'autres mesures. Selon l'expertise, l'article 48 de la constitution règle l'état de siège de façon exhaustive, ce qui implique que ne sont plus en vigueur, non seulement l'article 68 de l'ancienne constitution mais aussi les lois au niveau régional sur l'état de siège, notamment la loi prussienne concernant ce domaine. Ces lois s'appliquent uniquement en ce qui concerne la mise en oeuvre des états de siège instaurés avant l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution. Une fois levé cet état de siège, de nouvelles mesures d'exception ne pourront être basées que sur l'article 48 de la nouvelle constitution.
Cf. ci-dessous quelques extraits de la constitution concernant les éventuelles mesures d'exception qu'elle prévoit.
En Haute-Silésie, le KPD appelle à une grève générale[22]. Le mouvement est suivi par 140 000 travailleurs et se maintiendra jusqu'au 15 aout.
Constitution de l'Empire allemand, 11 aout 1919 (extraits)[23]
Le président du Reich peut, lorsque la sureté et l'ordre public sont gravement troublés ou compromis au sein du Reich, prendre les mesures nécessaires à leur rétablissement ; en cas de besoin, il peut recourir à la force. A cette fin, il peut suspendre totalement ou partiellement l'exercice des droits fondamentaux garantis aux articles 114, 115, 117, 118, 123, 124 et 153.
La liberté individuelle est inviolable. Toute restriction ou suppression de la liberté individuelle ne peut être établie que par la loi.
Toute personne privée de sa liberté doit, au plus tard le jour suivant, être informée par quelle autorité la privation de liberté a été ordonnée et pour quels motifs ; il doit lui être donné sans retard l'occasion de faire opposition contre la privation de liberté qui lui est infligée.
Le domicile de tout Allemand constitue pour lui un lieu d'asile et est inviolable. Les exceptions ne peuvent être établies que par une loi du Reich.
Le secret des lettres, de la poste, du télégraphe et du téléphone est inviolable. Les exceptions ne peuvent être établies que par une loi du Reich.
Tout Allemand a le droit, dans les limites des lois générales, d'exprimer librement son opinion par la parole, l'écriture, l'imprimé, l'image ou de toute autre manière. Aucun rapport de travail ou d'emploi ne peut le priver de ce droit, et nul ne peut lui faire subir un préjudice parce qu'il fait usage de ce droit.
Il n'y a pas de censure ; toutefois des dispositions restrictives peuvent être prises pour les films cinématographiques. Des dispositions peuvent être prises aussi par la loi contre la littérature immorale et obscène, ainsi que pour la protection de la jeunesse contre les exhibitions et représentations immorales.
Tous les Allemands ont le droit de se réunir paisiblement et sans armes, sans déclaration préalable ni autorisation spéciale.
Les réunions à ciel ouvert peuvent être soumises, par une loi du Reich, à l'obligation d'une déclaration préalable et être interdites en cas de danger immédiat pour la sureté publique.
Tous les Allemands ont le droit de former des associations ou des sociétés à des fins qui ne sont pas contraires aux lois pénales. Ce droit ne peut être limité par des mesures préventives. Les mêmes dispositions sont applicables aux associations et sociétés religieuses.
Toute association peut acquérir la personnalité civile conformément aux prescriptions du droit civil. Elle ne saurait être refusée à une association pour le motif qu'elle poursuit un but politique, social ou religieux.
La propriété est garantie par la Constitution. Son objet et ses limites sont établis par la loi.
Une expropriation ne peut avoir lieu que pour le bien de la collectivité et dans les conditions établies par la loi. Elle a lieu moyennant une juste indemnité, pour autant qu'une loi du Reich n'en dispose pas autrement. Pour le montant de l'indemnité, le recours de droit est, en cas de contestation, ouvert devant les tribunaux ordinaires, pour autant qu'une loi du Reich n'en dispose pas autrement. Une expropriation par le Reich au détriment des Länder, des communes et des associations d'utilité publique ne peut avoir lieu que moyennant indemnité.
Propriété oblige. Son usage doit être en même temps un service rendu à l'intérêt général.
La constitution est publiée dans le Reichsgesetzblatt (journal officiel) et entre ainsi en vigueur.
En Haute-Silésie, des négociations d'arbitrage au sujet des mouvements de grève ont lieu à Kattowitz (Katowice, aujourd'hui en Pologne), sous la présidence du commissaire du Reich et de l'état Otto Hörsing (SPD)[24]. Concernant l'organisation de la grève générale par l'“Union des hommes de confiance des comités de travailleurs de toutes les entreprises de Haute-Silésie” [“Verband der Obleute der Arbeiterausschußmitglieder aller oberschlesischen Betriebe”], les représentants des syndicats des travailleurs des mines et de la métallurgie de Haute-Silésie considèrent qu'il s'agit d'une "grève sauvage", et décident d'appeler à la reprise immédiate du travail.
En Bavière, une nouvelle constitution avait été adoptée par l'assemblée régionale le 12 aout, puis approuvée par le gouvernement régional le 14[25]. Elle est publiée le 15 et entre ainsi en vigueur.
En Haute-Silésie, un mouvement de grève se déroule à la mine de Myslowitz (Mysłowice, aujourd'hui en Pologne)[26]. Il est suivi en commun par des mineurs allemands et des mineurs frontaliers polonais.
En Haute-Silésie, 200 grévistes assiègent le bâtiment administratif de la mine de Myslowitz (Mysłowice, aujourd'hui en Pologne)[27]. Des unités de la protection des frontières interviennent, causant 10 morts.
En Haute-Silésie, le commandant du VIe corps d'armée et le commissaire du Reich et de l'état O. Hörsing décrètent l'état de siège renforcé sur l'ensemble de la région à l'exception des districts de Leobschütz, Neustadt, Neiße, Grottkau, Falkenberg [28]. Le droit de grève est suspendu et la reprise immédiate du travail ordonnée.
En Baden, une assemblée régionale des conseils d'ouvriers, de paysans, du peuple et des soldats [Arbeiter-, Bauern-, Volks- und Soldatenräte] décide la dissolution de tous les conseils[29].
Est adoptée le décret concernant le transfert du commandement suprême sur l'armée de l'empire allemand au ministre de la défense du Reich [Verordnung, betreffend die Übertragung des Oberbefehls über die Wehrmacht des Deutschen Reichs auf den Reichswehrminister]. (Cf. le texte ►.)
L'ancien organisme du Commandement suprême de l'armée [Oberste Heeresleitung] avait déjà été dissout le 4 juillet[30]. Parallèlement à la mise en place de ce nouveau statut du ministre de la défense, le colonel Walther Reinhardt prend en charge le commandement de l'armée pour la Prusse, tout en démissionnant le 13 septembre du poste de ministre de la défense de Prusse. Par ailleurs, en juillet le major général Hans von Seeckt avait été nommé chef d'état-major de l'armée. Puis le 1er octobre, le ministère de la défense adoptera une nouvelle organisation. Deux postes sont placés sous l'autorité du ministre, ceux de chef de direction respectivement de l'armée [Chef der Heeresleitung] et de la marine [Chef der Marineleitung]. Subordonné à la direction de l'armée, est instaurée l'“Office de troupes au ministère de la défense” [“Truppenamt im Reichswehrministerium”]. Reinhardt est nommé chef de direction de l'armée, Seeckt chef de l'office de troupes.
En mai 1919, la convention collective relative au secteur de la métallurgie pour Berlin avait été dénoncée[31]. Des négociations entre la Fédération générale allemande de travailleurs de la métallurgie (DMV) et l'Union d'industriels de la métallurgie berlinois (Verband Berliner Metallindustrieller, VBMI) se prolongèrent durant plusieurs semaines. Le 21 aout une commission d'arbitrage instaurée par le ministère du Travail avait rendu une sentence arbitrale. La direction locale de la DMV ainsi que son assemblée générale berlinoise approuvent la sentence dans son principe. Le dirigeant Oskar Rusch déclare[32]:
Cependant au moment actuel nous trouverions moralement inacceptable d'engager le combat, compte tenu de la vie économique allemande actuellement ruinée.
Néanmoins le 26 aout, certaines entreprises de la métallurgie se mettent en grève.
En Haute-Silésie, le mouvement de grève se termine, l'état de siège renforcé est levé[33].
À Saarbrücken (Sarre), un mouvement de grève débute qui paralyse les tramways jusqu'au 13 septembre[34].
À Brême (Bremen) l'état de siège instauré dans Brême et Vegesack le 23 avril est levé.
À Brême (Bremen), les travailleurs du port déclenchent une grève qui durera jusqu'au 3 octobre[35].
Dans le conflit qui touche le secteur de la métallurgie à Berlin, les négociations concernant les modalités d'application de la décision d'arbitrage du 21 aout n'aboutissent pas[36]. Un mouvement de grève débute qui à son point culminant inclut 160 000 travailleurs. À Berlin, la direction de la grève est exercée par une commission des quinze (créée le 10 septembre au cours d'une assemblée générale des métallurgistes), composée de représentants de la direction locale de la DMV et du comité de liaison des syndicats de la métallurgie de Grand-Berlin[37].
À Brême (Bremen), les usines Atlas ferment et licencient les travailleurs[38].
À Brême (Bremen), les travailleurs du tramway (ouvriers et employés des ateliers) se mettent en grève[39]. Parallèlement, le personnel de conduite entame une grève[40]. À ce sujet une décision d'arbitrage sera rendue le 28 septembre, mais la grève se terminera seulement le 19 octobre.
À Bremerhaven/Geestemünde (aujourd'hui Bremerhaven) (Bremen), l'union des marins organise une grève contre les sociétés maritimes de la pêche en haute mer, à laquelle participent 144 des employés sur un total de 170[41]. Le mouvement se terminera le 6 octobre sur un échec. L'union des marins sera dissoute.
À Saarbrücken (Sarre), un mouvement de grève débute qui paralyse les tramways jusqu'au 9 octobre[42].
Dans la Sarre, la situation difficile concernant l'approvisionnement en denrées alimentaires conduit les syndicats à organiser des rassemblements et à lancer un appel à la grève[43]. L'administration militaire française saisit l'occasion de la lutte contre les profiteurs pour imposer des mesures répressives. Voici à titre d'exemple des mesures décrétées par l'administrateur militaire français, le 11 octobre[44]:
Les troubles surgis actuellement ont amené l'administration militaire à avoir recours aux mesures le plus sévères:
1. Toute personne détenant des objets volés sera arrêtée et déférée devant le tribunal militaire.
2. Celui qui est trouvé détenant un bâton métallique, un coup-de-poing, un poignard, un couteau de chasse ou un révolver, sera déféré devant le tribunal militaire.
3. Chaque pillard surpris l'arme à la main et qui refuse de se rendre, sera fusillé.
4. Tout rassemblement de gens sera dispersé. Tout rassemblement qui en vue d'un défilement de troupes se montre hostile, sera dispersé.
5. Toute personne qui ne cède pas la place à un militaire de grade quelconque, sera arrêtée.
6. Tout employé ou fonctionnaire qui porte une casquette de service ou un brassard et ne salue pas un officier, sera arrêté et sa personne identifiée.
Un grand nombre de pillards a déjà été arrêté. Une masse de marchandises volées a été récupérée. Elles sont à disposition des propriétaires dans les bureaux de l'administrateur militaire à Ottweiler et Neunkirchen.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, les grévistes coupent l'approvisionnement en électricité de Siemensstadt (faubourg de Spandau)[45]. Le maire de la localité se met en relation avec le Secours technique [Technische Nothilfe] (cf. ci-dessous). Dans le Vorwärts (le quotidien du SPD) est publiée à plusieurs reprises une annonce du Secours technique.
Technische Nothilfe (Secours technique)
Au début de l'année 1919, des unités militaires régulières, désignées comme “Technische Abteilungen” (“Sections techniques”) avaient été constituées avec pour mission la protection des entreprises d'importance vitale[46]. Elles avaient été notamment utilisées au cours des affrontements de mars. En rapport avec les problèmes posés par rapport aux exigences des Puissances alliées victorieuses concernant la réduction des effectifs de l'armée, les Sections techniques sont remplacées à partir de septembre 1919 par une institution civile appelée “Technische Nothilfe” (“Secours technique”) sous la direction de l'officier de réserve Otto Lummitzsch. Le Secours technique reste d'abord rattaché au ministère de l'armée, mais en novembre il passera sous la compétence du ministère de l'Intérieur. La Section technique auprès du Commandement de groupe I de la Reichswehr sera officiellement dissoute le 1er janvier 1921[47].
Un décret du ministre de l'Intérieur, du 2 février 1920, établira des lignes directrices pour le Secours technique[48]:
I. Le Secours technique est un groupement de travail notamment de travailleurs ayant acquis une qualification technique qui, pour assurer le calme et l'ordre intérieurs et de la reconstruction de la vie économique allemande, s'est déclaré prêt à accomplir des travaux d'urgence là où il s'agit du maintien en fonctionnement d'entreprises vitales menacées, ainsi que d'intervenir en cas d'urgence par force majeure, par exemple urgence de feu ou d'eau, accidents de chemin de fer etc. Sont à considérer comme entreprises vitales notamment: centrales de gaz, eau, électricité, ateliers de chemin de fer, de poste, de télégraphe, entreprises sidérurgiques, mines, agriculture, usines sucrières, distilleries, moulins, abattoirs, usines de fabrication de fertilisants artificiels. Pour le déploiement de cette tâche, est visée l'installation d'ateliers modèles.
II. Le Secours technique relève du ministère de l'intérieur du Reich, lequel est assisté par un directoire composé de représentants des autres ministères principalement intéressés.
Le secrétaire de la Fédération générale des syndicats chrétiens, Max Riedel, s'exprimera de la manière suivante après le mouvement de grève contre des mesures fiscales décrétées en Württemberg, d'aout 1920][49]:
Nous voyons ici un aspect nouveau de l'importance du Secours technique. Il constitue une nécessité non pas simplement en termes d'économie nationale mais, du point de vue relevé ici, aussi en termes de politique d'état: protéger l'état devant l'éventualité d'être "pris à la gorge", ce n'est pas briser une grève mais c'est un devoir civique. C'est pourquoi le Secours technique doit devenir cause du peuple, du moins du peuple convaincu de la nécessité d'une chose publique ordonnée.
Intervention du ministre de la défense, Gustav Noske (SPD) à l'Assemblée nationale, 9 octobre 1919[50]
Dans l'intérêt du pays et du peuple allemand, le gouvernement pense devoir prendre des mesures contre la résurgence de guerre civile et combat civil. De telles mesures sont extrêmement désagréables et en soi fâcheuses. Cependant la situation de notre pays, de façon impérative, rend indispensables des mesures préventives, si nous ne voulons pas laisser dériver notre pays et notre peuple vers une catastrophe.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, le 10 octobre, les hommes de confiance des entreprises en grève sollicitent auprès de la commission des quinze (constituée le 10 septembre) l'acceptation de l'offre de solidarité de l'Union centrale des chauffeurs de chaudières et machinistes [Zentralverband der Heizer und Maschinisten][51]. La commission donne son accord et laisse à l'Union centrale l'initiative pour la suite de cette action. Les chauffeurs, machinistes et électriciens adressent alors au gouvernement une demande en vue de négociations, en fixant un délai impératif jusqu'au 15 octobre. Étant donné que les représentants des employeurs ne répondent pas à cette demande, le 15, les chauffeurs et machinistes se mettent en grève.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, une unité du Secours technique occupe la centrale électrique Charlottenburg[52]. En réaction, la commission des quinze publie un appel aux chauffeurs et machinistes de se mettre immédiatement en grève dans toutes les centrales électriques.
Entretemps 15 000 aides de bureau de la magistrature avaient cessé le travail. En solidarité avec eux, le 16, les gaziers de Neukölln cessent le travail. Cette grève sera terminée le lendemain à l'issue de négociations.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, après l'occupation la veille, par le Secours technique, de la centrale électrique de Charlottenburg, le travail continue encore dans les centrales Moabit, Weißensee, Stralau-Rumfelde, et Golpa-Zschornewitz près de Bitterfeld[53]. Des assemblées du personnel se tiennent le matin pour décider les actions à suivre. Golpa-Zschornewitz, qui livre la majeure partie de l'électricité pour Berlin, n'arrête pas complètement le service, mais interrompt les livraisons à Berlin. Lichtenberg, Neukölln et à certains moments Weißensee se déconnectent du réseau. La majeure partie du personnel de la centrale Moabit, qui fournit l'électricité aux grands hôpitaux et à une partie du réseau de tramway de Berlin, abandonne la centrale. La sous-station Rummelsburg est également paralysée.
Durant la journée, à Berlin les centrales en grève sont occupées par des unités du Secours technique. Le soir le ministre de la défense G. Noske rencontre des représentants de la commission des quinze. Il annonce ses exigences[54]:
Dès que les machinistes et les chauffeurs de chaudière reprennent le travail dans les entreprises vitales, mon arrêté de ce jour devient caduc. En même temps sera retiré le Secours technique.
Des unités du Secours technique sont mobilisées pour intervenir à Golpa-Zschornewitz, Stralau-Rumfelde, Moabit et à la sous-station Mariannenstraße.
Intervention du ministre de la défense G. Noske à l'Assemblée nationale, 17 octobre (extraits)[55]
Suite aux menées que nous devons observer ces derniers jours avec une colère grandissante, a été provoqué le fait que maintenant quatre centrales électriques sont bloquées, lesquelles je m'efforce de remettre en marche avec le Secours technique. Il y a très peu de temps m'a été communiqué qu'a été paralysée la grande centrale près de Bitterfeld [...]
J'ai pris des dispositions pour que soient envoyés sur les lieux des centaines de gens du Secours technique. En outre l'administration doit faire en sorte que la sécurisation militaire requise du district soit garantie, et en outre j'ai poussé à ce que pour la mise en oeuvre de ces mesures soit instauré l'état de siège sur ce district. [...] Enfin, j'ai décrété [...] que soit puni de prison jusqu'à un an, quiconque à partir de maintenant continue à tenter par la parole, l'écriture ou l'acte, de bloquer des entreprises vitales.
Mais je ne m'arrêterai pas là, mais chacun qui tente à Berlin d'agir en vue de la paralyse de ces entreprises, sera envoyé par moi, de façon accélérée, derrière les barreaux.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, la direction de la grève arrive à la conclusion que la continuation de la grève des chauffeurs et machinistes n'offre pas de perspectives de succès[56]. Néanmoins elle exige comme préalable à la reprise du travail le retrait des unités du Secours technique. Le ministre de la défense G. Noske refuse cette condition. Les équipes des centrales Charlottenburg, Lichtenberg et Schönow reprennent le travail, et ceci sans demander l'accord de la commission des quinze. L'intervention du Secours technique à Golpa-Zschornewitz devient également sans objet.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, une assemblée réunit les travailleurs des centrales électriques encore en grève[57]. Les mandatés de l'Union centrale des chauffeurs et machinistes exposent la teneur de l'accord conclu avec les représentants des employeurs. Il stipule notamment[58]:
Pour l'avenir, il est acté que les travailleurs, en cas de grève, se limitent à cesser le travail respectivement à quitter l'entreprise, que par contre ils n'entreprennent aucun empiètement allant au-delà de leur périmètre d'affectation.
Le travail reprend partout.
La grève dans la métallurgie, en tant que telle, se poursuit. La direction locale de l'ADGB [Berliner Gewerkschaftskommission] donne à ses organisations la consigne d'expulser les membres qui appartiennent à des unités du Secours technique.
Le ministre de la défense G. Noske émet un décret qui prévoit dans les secteurs de Gross-Berlin se trouvant sous état de siège une peine de prison pour[59]
toute menace ou atteinte (boycott) en termes économiques à l'encontre des membres du secours technique et des membres de leurs familles, ainsi que l'invitation ou incitation au boycott.
et réaffirme l'interdiction de
insultes ou menaces publiques par écrit à l'encontre du Secours technique, dans la presse, des tracts ou des brochures.
Le 23 octobre, le commandant du District militaire 6 [Wehrkreis 6] lieutenant général Oskar von Watter, publiera pour la région industrielle Rheinland-Westfalen, en accord avec le commissaire du Reich Carl Severing (SPD), un décret allant dans le sens indiqué par G. Noske[60]. (Note: le découpage du territoire en Wehrkreise et Gruppenkommandos est introduit par la réorganisation de l'armée mise en place le 30 septembre; le commandement du Wehrkreis 6 succède au commandement général du VIIe corps d'armée [Armeekorps][61].) Ce décret stipule[62]:
Sur la base du § 9 b de la loi sur l'état de siège, j'interdis, pour les territoires soumis à l'état de siège, toute menace ou atteint économique à l'encontre des membres du Secours technique et des membres de leur familles, ainsi que l'appel ou l'incitation au boycott. En outre j'interdis les insultes ou menaces publiques par écrit à l'encontre du secours technique, dans la presse, des tracts et brochures.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, le ministre de la défense G. Noske dirige un ordre aux commandements de groupe de l'armée[63].
[...] Il n'y a plus lieu d'avoir des doutes, que la grève des travailleurs de la métallurgie devait conduire à un grand mouvement de grève et dans son cours ultérieur à un mouvement de subversion. [...] Il s'agit donc manifestement d'une action globale, pour bloquer la machine d'état par des grèves s'étendant progressivement. Face à cela, seul aide l'emploi sans ménagement, de la force publique. [...] Comme moyen le plus efficace s'avère tout comme avant l'intervention résolue. À côté de cela le Secours technique a fait ses preuves comme une parade tout à fait excellente contre la terreur des grèves. [...] Dans ce contexte, pour les instances militaires est valable tout particulièrement le principe que la faiblesse numérique d'un déploiement de troupes peut être compensé le mieux par des mesures d'autant plus tranchantes. [...]
À Bremerhaven (Bremen) l'ensemble des 431 employés du tramway entament une grève qui se terminera le 20 décembre[64].
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, le gouvernement émet une nouvelle sentence arbitrale[65]. La direction locale du DMV accepte la décision et considère une poursuite de la grève comme "superflue". Mais les employeurs refusent d'accorder aux comités de travailleurs (organismes dont le statut avait été défini par un décret du 23 décembre 1918, cf. cette date) un rôle de contrôle concernant la réintégration des grévistes, et exigent de nouvelles élections pour ces organes, ce qui signifie qu'ils rejettent la demande du DMV que les membres des comités de travailleurs soient réintégrés immédiatement. Dans ces conditions, l'assemblée générale des travailleurs de la métallurgie berlinois refuse à la quasi-unanimité la reprise du travail et appelle à la grève générale.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, la commission des quinze (constituée le 10 septembre) ensemble avec les directions locales de l'USPD et du KPD lancent un appel à la grève générale[66]. Une assemblée de conseils d'ouvriers, conseils d'entreprise et délégués d'entreprise de tous les secteurs d'industrie donne pouvoir au Conseil exécutif de Grand-Berlin (dominé par l'USPD et le KPD suite à la scission intervenue le 16 juillet) de joindre sa signature à cet appel. Voici le texte[67]:
Aux masses travailleuses de Berlin!
[...] La grande lutte économique des travailleurs de la métallurgie se transforme en une lutte pour le pouvoir, entre le capital et le travail. La dernière influence que vous avez encore gardée dans les entreprises, ils veulent vous l'arracher. [...] Malgré la lutte pleine de privations durant sept semaines, les travailleurs de la métallurgie ont refusé par une majorité écrasante, de plier la nuque sous le joug! [...] L'assemblée plénière des conseils d'ouvriers et de soldats de Grand-Berlin, sous une assistance massive comme jamais vue, a accordé à l'unanimité à son conseil exécutif le pouvoir de lancer l'appel à une grève générale pour l'ensemble du territoire économique de Grand-Berlin.
Le 12 novembre 1918, un appel du Conseil des mandatés du peuple avait déclaré la fin de l'état de guerre en Bavière (lequel avait été instauré par le décret du 31 juillet 1914)[68]. Cette mesure s'appliquait à la Prusse et au reste du Reich, mais en Bavière elle soulevait quelques problèmes en rapport avec la législation locale. Finalement le 4 novembre la Bavière adopte son propre décret mettant fin à l'état de guerre à la date du 1er décembre, et y substitue un état d'exception basé sur la législation locale (décret sur la levée de l'état de guerre et sur des mesures provisoires selon l'article 48/IV de la constitution du Reich [über die Aufhebung des Kriegszustandes und über einstweilige Maßnahmen nach Art. 48/IV der Reichsverfassung][69]. Ainsi le pouvoir exécutif est re-transféré des autorités militaires à celles civiles. Le préfet de police de Munich est désigné comme commissaire d'état pour la ville et le district de Munich, le président du gouvernement de la Haute-Bavière est désigné comme commissaire d'état pour cette région, de même que les autres présidents de gouvernement sont désignés comme commissaires d'état de leurs districts respectifs. Cela implique qu'ils sont chargés du "maintien de l'ordre menacé" ["Aufrechterhaltung der gefährdeten Ordnung"], et pour cela ils sont autorisés à "décréter, pour éviter un danger pour la sécurité du Reich ou du Land, la détention préventive ou des restrictions de séjour" ["zur Abwendung einer Gefahr für die Sicherheit des Reiches oder des Landes Schutzhaft oder Aufenthaltsbeschränkungen zu verfügen"]. Cet état d'exception sera levé le 31 octobre 1921.
Dans le cadre du conflit dans la métallurgie à Berlin, l'appel à la grève générale adopté la veille et signé par la commission des quinze, la direction locale de l'USPD, le KPD et le conseil exécutif de Grand-Berlin, est publié dans le quotidien de l'USPD, Freiheit[70].
Un certain nombre de responsables gouvernementaux tiennent une réunion pour adopter des mesures de répression. Du SPD participent notamment G. Noske (ministre de la défense), Hermann Müller (ministre des affaires étrangères), Paul Hirsch (premier ministre de Prusse), Eugen Ernst (préfet de police de Berlin). Il y a aussi Eugen Schiffer (ministre de la justice, DDP), Walther Reinhardt (chef de la direction de l'armée), le général Walther von Lüttwitz qui est commandant du District militaire 1 [Wehrkreis 1] de l'armée, à Berlin. G. Noske est autorisé à arrêter les membres de la commission des quinze et à occuper le local de l'USPD ainsi qu'à arrêter les membres de la direction de l'USPD qui s'y trouveraient.
Mais ce même jour la direction locale de l'ADGB [Berliner Gewerkschaftskommission] décide par un vote à égalité de voix pour et contre, de ne pas se joindre à l'appel[71]. Le SPD se désolidarise également de l'action, notamment à travers une réunion organisée par le Groupement de travail des conseils d'ouvriers (constitué par le SPD suite à la scission au sein du Conseil exécutif de Grand-Berlin intervenue le 16 juillet).
L'appel est alors annulé, décision qui est accompagnée de la dénonciation de la "trahison des socialistes de droite" ["Verrat der Rechtssozialisten"] (cf. le Freiheit du 6 novembre). Des difficultés financières conduiront la commission des quinze à déclarer la fin de la grève, le 11[72]. La sentence arbitrale du 2 novembre est finalement acceptée.
Le ministre de la défense G. Noske émet un décret qui, sur la base de l'état de siège en vigueur depuis mars, prononce la dissolution du Conseil exécutif de Grand-Berlin[73]. Le décret stipule[74]:
[Le conseil exécutif est un] danger qui menace de façon immédiate la sécurité et l'ordre publiques. [...] Toute activité ultérieure, quelle qu'en soit la nature ou le contenu, est interdite par la présente. Le non-respect de cette interdiction sera puni de peines de prison jusqu'à un an, pour autant que selon les lois en vigueur n'est pas prévu une peine plus élevée.
Plusieurs membres de la commission des quinze ainsi que du Conseil exécutif sont arrêtés, les locaux de ce dernier fouillés et tous les documents saisis.
Après la levée de l'état de siège le 5 décembre, le conseil exécutif tentera à reprendre son activité, mais aussitôt, le 7 décembre, il sera de nouveau dissout sur ordre de G. Noske. Il publiera encore un tract suite à la répression de la manifestation du 13 janvier 1920 contre la loi sur les conseils d'entreprise.
Dans le secteur de l'industrie métallurgique de Bavière un mouvement de grève avait débuté en octobre[75]. Il se termine après une sentence arbitrale rendue le 7 novembre à Nürnberg.
Dans le secteur de l'industrie métallurgique de Bavière une sentence arbitrale rétablit la durée du travail hebdomadaire de 45 heures (44 heures depuis un accord du 14 avril 1919); ultérieurement elle passera à 46 heures[76].
En Prusse, l'état de siège instauré le 3 mars 1919 dans certains territoires est levé[77].
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References: l'article 48
 l'article 68
 l'article 48
 § 9
 l'article 48
 Art. 48