Source: http://obvil.lip6.fr/Dramagraph/?play=corneillep_medee
Timestamp: 2020-03-29 09:54:36+00:00

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POLLUX JASON
NÉRINE MÉDÉE
MÉDÉE CRÉON
CRÉUSE JASON
CRÉUSE AEGÉE
NÉRINE JASON
POLLUX CRÉON
CLÉONE POLLUX CRÉON
MÉDÉE AEGÉE
THEUDAS MÉDÉE
CRÉUSE CRÉON
Corneille, Pierre Pierre. Médée. Table des rôles
[TOUS] 25 sc. 213 répl. 5,9 l. 1 256 l. 1 256 l. 50 % 2 530 l. (100 %) 2,0 pers.
CRÉON 6 sc. 28 répl. 4,6 l. 278 l. (23 %) 129 l. (11 %) 47 % 659 l. (27 %) 2,4 pers.
AEGÉE 3 sc. 10 répl. 9,4 l. 168 l. (14 %) 94 l. (8 %) 56 % 306 l. (13 %) 1,8 pers.
JASON 10 sc. 44 répl. 6,9 l. 539 l. (43 %) 303 l. (25 %) 57 % 1 124 l. (45 %) 2,1 pers.
POLLUX 3 sc. 20 répl. 3,1 l. 199 l. (16 %) 63 l. (5 %) 32 % 435 l. (18 %) 2,2 pers.
CRÉUSE 6 sc. 20 répl. 6,2 l. 297 l. (24 %) 124 l. (10 %) 42 % 744 l. (30 %) 2,5 pers.
MÉDÉE 10 sc. 57 répl. 7,2 l. 610 l. (49 %) 409 l. (33 %) 68 % 1 164 l. (47 %) 1,9 pers.
CLÉONE 4 sc. 8 répl. 2,9 l. 334 l. (27 %) 23 l. (2 %) 7 % 485 l. (20 %) 3,0 pers.
NÉRINE 6 sc. 21 répl. 4,3 l. 460 l. (37 %) 91 l. (8 %) 20 % 425 l. (17 %) 1,9 pers.
THEUDAS 1 sc. 5 répl. 4,3 l. 131 l. (11 %) 21 l. (2 %) 17 % 106 l. (5 %) 2,0 pers.
TROUPES 0 sc. 0 répl. 0 0 l. (0 %) 0 l. (0 %) 0 % 0 l. (0 %) 0
Corneille, Pierre Pierre. Médée. Statistiques par relation
CRÉON 13 l. (100 %) 1 répl. 12,7 l. 1 sc. 13 l. (2 %) 1,0 pers.
JASON 14 l. (76 %) 2 répl. 6,7 l.
5 l. (25 %) 1 répl. 4,4 l. 1 sc. 18 l. (2 %) 3,0 pers.
POLLUX 37 l. (55 %) 11 répl. 3,4 l.
32 l. (46 %) 8 répl. 3,9 l. 2 sc. 68 l. (6 %) 2,5 pers.
CRÉUSE 38 l. (55 %) 7 répl. 5,4 l.
32 l. (46 %) 8 répl. 3,9 l. 2 sc. 69 l. (6 %) 3,0 pers.
MÉDÉE 42 l. (40 %) 9 répl. 4,6 l.
65 l. (61 %) 8 répl. 8,1 l. 1 sc. 106 l. (9 %) 2,0 pers.
CLÉONE 37 l. (67 %) 11 répl. 3,3 l.
18 l. (34 %) 5 répl. 3,6 l. 2 sc. 54 l. (5 %) 3,0 pers.
AEGÉE 31 l. (100 %) 1 répl. 30,3 l. 1 sc. 30 l. (3 %) 1,0 pers.
CRÉUSE 33 l. (46 %) 4 répl. 8,1 l.
39 l. (55 %) 3 répl. 12,9 l. 1 sc. 71 l. (6 %) 2,0 pers.
MÉDÉE 32 l. (47 %) 5 répl. 6,2 l.
36 l. (54 %) 5 répl. 7,2 l. 1 sc. 67 l. (6 %) 2,0 pers.
JASON 49 l. (100 %) 2 répl. 24,3 l. 2 sc. 49 l. (4 %) 1,0 pers.
POLLUX 88 l. (74 %) 11 répl. 7,9 l.
32 l. (27 %) 12 répl. 2,6 l. 1 sc. 119 l. (10 %) 2,0 pers.
CRÉUSE 94 l. (61 %) 10 répl. 9,3 l.
60 l. (40 %) 10 répl. 6,0 l. 4 sc. 153 l. (13 %) 2,5 pers.
MÉDÉE 46 l. (28 %) 18 répl. 2,5 l.
118 l. (73 %) 19 répl. 6,2 l. 2 sc. 163 l. (13 %) 2,0 pers.
CLÉONE 31 l. (86 %) 6 répl. 5,1 l.
6 l. (15 %) 3 répl. 1,7 l. 2 sc. 36 l. (3 %) 3,0 pers.
NÉRINE 29 l. (77 %) 3 répl. 9,6 l.
9 l. (24 %) 2 répl. 4,3 l. 1 sc. 37 l. (3 %) 2,0 pers.
CLÉONE 13 l. (51 %) 4 répl. 3,1 l.
13 l. (50 %) 3 répl. 4,1 l. 1 sc. 25 l. (2 %) 3,0 pers.
CLÉONE 60 l. (85 %) 14 répl. 4,2 l.
11 l. (16 %) 5 répl. 2,2 l. 3 sc. 70 l. (6 %) 3,0 pers.
MÉDÉE 56 l. (100 %) 1 répl. 56,0 l. 1 sc. 56 l. (5 %) 1,0 pers.
NÉRINE 104 l. (63 %) 19 répl. 5,4 l.
62 l. (38 %) 18 répl. 3,4 l. 4 sc. 165 l. (14 %) 2,0 pers.
THEUDAS 32 l. (60 %) 5 répl. 6,4 l.
22 l. (41 %) 5 répl. 4,3 l. 1 sc. 53 l. (5 %) 2,0 pers.
NÉRINE 22 l. (100 %) 1 répl. 21,1 l. 1 sc. 21 l. (2 %) 1,0 pers.
publié par Paul FIEVRE, juillet 2015
Par grâce et privilège du Roi, il est permis à François Targa, marchand libraire à Paris, d’imprimer ou faire imprimer, et exposer en vente, un livre intitulé Médée Tragédie par Mr CORNEILLE ; et défenses sont faite à tous imprimeurs libraires, et autres, d’imprimer, ni faire imprimer le dit livre sans sa permission, ou de ceux qui auront droit de lui, et cependant le temps de sept ans à compter du jour que ledit livre sera achevé d’imprimer pour la première fois, à peine aux contrevenants, de trois mille livres d’amende, confiscation des exemplaires qui se trouveront contrefaits, et de tous dépens, dommages et intérêts, ainsi qu’il est contenu plus au long aux dites lettres de privilège. Donné à Parsi le onzième février six cent trente neuf.
À PARIS, Chez François Targa, au premier pilier de la grand’Salle du Palais, devant la Chapelle, au Soleil d’Or.
Je vous donne Médée toute méchante qu’elle est, et ne vous dirai rien pour sa justification. Je vous la donne pour telle que vous la voudrez prendre, sans tâcher à prévenir, ou violenter vos sentiments par un étalage des préceptes de l’art qui doivent être fort mal entendus, et fort mal pratiqués quand il ne nous sont pas arriver au but que l’art se propose. Celui de la poésie dramatique est de plaire, et les règles qu’elle nous prescrit ne sont que des adresses pour en faciliter les moyens au poète, et non pas des raisons qui puissent persuader aux spectateurs qu’une chose soit agréable, quand elle leur déplaît. Ici vous trouverez le crime en son char de triomphe, et peu de personnages sur la scène dont les moeurs ne soient plus mauvaises que bonnes ; mais la peinture et la poésie ont cela de commun entre beaucoup d’autres choses, que l’une fait souvent de beaux portraits d’une femme laide, et l’autre de belles imitations d’une action qu’il ne faut pas imiter. Dans la portraiture il n’est pas question si un visage est beau, mais s’il ressemble, et dans la poésie, il ne faut pas considérer si les moeurs sont vertueuses, mais si elles sont pareilles à celles de la personne qu’elle introduit. Aussi nous décrit-elle indifféremment les bonnes et les mauvaises actions sans nous proposer les dernières pour exemple, et si elle nous en veut faire quelque horreur, ce n’est point par leur punition qu’elle n’affecte pas de nous faire voir, mais par leur laideur qu’elle s’efforce de nous représenter au naturel. Il n’est pas besoin d’avertir ici la public que celles de cette tragédie ne sont pas à imiter, elle paraissent assez à découvert pour n’en faire envie à personne. je n’examine point si elles sont vraisemblables ou non, cette difficulté qui est la plus délicate de la poésie est peut être le moins entendue, demanderait un discours trop long pour une épitre : il me suffit qu’elles sont autorisés ou par la vérité de l’histoire, ou par l’opinion commune des anciens. Elles vous ont agréé autrefois sur le théâtre, j’espère qu’elle vous satisferont encore aucunement sur le papier, et demeure
Représenté pour la première fois en 1635 au Théâtre du Marais.
AEGÉE, roi d’Athènes.
SCÈNE PREMIÈRE. Pollux, Jason. §
Vous n’y pouviez venir en meilleure saison,
5 Et pour vous rendre encor l’âme plus étonnée
Préparez-vous à voir dans peu mon hyménée.
Quoi ! Médée est donc morte, à ce compte ? Elle vit ;
Dieux ! Et que fera-t-elle ? Et que fit Hypsipyle
Jeter des cris en l’air, me nommer inconstant ?
15 C’est donc là cet objet qui vous vient enchaîner ?
Sans l’entendre nommer je l’avais deviné,
Et je crois qu’il tiendrait pour un indigne emploi
20 De blesser d’autres coeurs que des filles de Roi ;
Font bien voir qu’en tous lieux sans lancer d’autres dards
J’accommode ma flamme au bien de mes affaires,
Je serai amoureux par maxime d’État.
30 Qu’eussions-nous fait, Pollux, sans l’amour d’Hypsipyle ?
Maintenant qu’un exil m’interdit ma patrie
40 De relever mon sort sur les ailes d’Amour.
Mon père tout caduc émouvant ma pitié,
Je conjurai Médée, au nom de l’amitié.
J’ai su comme son art, forçant les destinées
Ce fut, s’il m’en souvient, ici que je l’appris,
Je n’ai point su depuis quelle est votre fortune,
55 Je n’en fais qu’arriver.
Veut un effet pareil, le demande, et l’obtient,
(La suite au seul récit me fait trembler d’effroi.)
De leur père endormi vont épuiser les veines,
Le coup le plus mortel s’impute à grand service,
N’ose voir les effets de son pieux dessein.
Ainsi mon père Æson recouvra sa jeunesse,
95 L’épouvante les prend et Médée s’enfuit,
Mais j’étais déjà loin aussi bien que Médée
M’acquiert les volontés de la fille et du père,
D’un rival couronné les grandeurs souveraines ;
110 La majesté d’Ægée, et le sceptre d’Athènes,
L’un et l’autre pourtant de honte dissimule,
Il demande d’abord, et Jason, et Médée :
On lui refuse l’un, et l’autre est accordée,
Je l’empêche, on débat, et je fais tellement
Qu’enfin il se réduit à son bannissement :
125 De nouveau je l’empêche, et Créon me refuse,
Et pour m’en consoler il m’offre sa Créuse,
Car sans doute à quitter l’utile pour l’honnête
130 La paix s’en allait faire aux dépens de ma tête,
Ce mépris insolent des offres d’un grand Roi
Livrait aux mains d’Acaste et ma Médée et moi.
Je l’eusse fait pourtant si je n’eusse été père.
L’amour de mes enfants m’a fait l’âme légère,
140 Je ne puis toutefois l’approuver qu’à demi.
C’est toujours vers Médée un peu d’ingratitude,
Ce qu’elle a fait pour vous est mal récompensé,
Ce sont à sa fureur d’épouvantables armes,
Permettez cependant qu’afin de m’acquitter
Je vous y conduirais, mais j’attends ma princesse,
155 Et je serais marri qu’un soin officieux
Et d’elle et de ma foi tenir si peu de compte :
165 J’ai regret à Médée, et j’adore Créuse,
Je vois mon crime en l’une, en l’autre mon excuse.
170 Du plus constant du monde attirerait l’hommage,
SCÈNE III. Jason, Créuse, Cléone. §
Que vos dévotions d’une longue souffrance
175 Je n’avais pourtant rien à demander aux Dieux,
180 Que d’un premier hymen la couche m’a produits,
Qu’ils ne soient point compris en l’exil de leur mère,
185 J’avais déjà pitié de leur tendre innocence,
220 Accablé de frayeur, de misère, d’ennui,
Qu’à ses plus grands malheurs aucun ne compatisse,
Qu’il ait regret à moi pour son dernier supplice,
225 Jason me répudie ! Et qui l’aurait pu croire ?
230 Croit-il que m’offenser ce soit si peu de chose ?
235 Ma rage contre lui n’ait par où s’assouvir,
240 Qu’un forfait nous sépare, ainsi qu’il nous a joints ;
245 Déchirer par morceaux l’enfant aux yeux du père,
N’est que le moindre effet qui suivra ma colère.
Il faut faire un chef-d’oeuvre, et qu’un dernier ouvrage
Soleil, qui vois l’affront qu’on va faire à ta race
Mais ne crains pas de chute à l’univers funeste,
Il faut l’ensevelir dessous sa propre cendre,
Et brûler son pays, si bien qu’à l’avenir
L’Isthme n’empêche plus les deux mers de s’unir.
SCÈNE V. Médée, Nérine. §
270 En ont-ils choisi l’heure ? En sais-tu la journée ?
275 Il verra, le perfide, à quel comble d’horreur
Quoi, Madame ! Est-ce ainsi qu’il faut dissimuler
280 Et faut-il perdre ainsi des menaces en l’air ?
Qu’autant d’avis à ceux que vous voulez punir
285 Qui peut sans s’émouvoir supporter une offense,
Et n’a point où cacher de si grandes douleurs.
La fable de son peuple, et la haine du mien :
Madame, pensez mieux à l’éclat que vous faites :
305 L’âme doit se raidir plus elle est menacée,
310 Et sur ceux qu’elle abat redouble ses outrages.
Moi dis-je, et c’est assez.
Moi dis-je, et c’est assez. Quoi ! Vous seule, madame ?
320 Et le sceptre des Rois, et le foudre des Dieux.
Mon père qui l’était rompit-il mes projets ?
Las ! Je n’ai que trop fui, cette infidélité
D’un juste châtiment punit ma lâcheté :
330 Si j’eusse tenu bon dedans la Thessalie,
Fuyez encor de grâce.
Fuyez encor de grâce. Oui, je fuirai, Nérine,
En m’ôtant un mari, ne m’ôte pas le coeur,
Madame. Elle s’enfuit au lieu de m’écouter,
Tâchons encore un coup d’en divertir le cours,
SCÈNE PREMIÈRE. Médée, Nérine. §
345 Bien qu’un péril certain suive votre entreprise,
Et les coups violents d’un rigoureux ennui.
Cesse de m’en parler, et ne crains rien pour lui,
Ma fureur jusque-là n’oserait me séduire,
Jason m’a trop coûté pour le vouloir détruire,
355 Mon courroux lui fait grâce, et tout léger qu’il est,
Je crois qu’il m’aime encore et qu’il nourrit en l’âme
Il ne fait qu’obéir aux volontés d’un Roi,
360 Qui l’arrache à Médée en dépit de sa foi,
Qu’il vive, et s’il se peut que l’ingrat me demeure,
Sinon, ce m’est assez que sa Créuse meure :
365 Créon seul, et sa fille ont fait la perfidie,
SCÈNE II. Créon, Médée, Nérine, soldats. §
370 Peux-tu, sans t’effrayer, soutenir ma présence ?
Voyez comme elle s’enfle et d’orgueil et d’audace,
375 Gardes, empêchez-la de s’approcher de moi.
Va, purge mes États d’un monstre tel que toi,
Vous porte à me chasser avecque tant d’ardeur ?
380 Ah l’innocence même, et la même candeur !
Médée est un miroir de vertu signalée,
Barbare as-tu sitôt oublié tant d’horreurs ?
Ton père te déteste, et l’univers te fuit.
Lâche paix, qu’entre vous, sans m’avoir écoutée
Pour m’arracher mon bien vous avez complotée,
Bien qu’il eut mille fois mérité le supplice,
400 Avant que l’égorger tu l’avais écouté ?
L’envoya sur nos bords se livrer à sa perte,
Il fallait mettre au joug deux taureaux furieux,
Et des dents d’un serpent ensemencer leur terre
415 Produisait à l’instant des escadrons armés
Mais quoi qu’eût fait contre eux une valeur parfaite
420 Qu’enfantent les péchés de toutes les saisons,
425 Je l’ai seule assoupi, seule j’ai par mes charmes
Mis au joug les taureaux et défait les gendarmes.
Sans moi ce vaillant chef que vous m’avez ravi
Fût péri le premier et tous l’auraient suivi.
440 Je n’en veux qu’un pour moi, n’en soyez point jaloux,
Pour de si bons effets laissez-moi l’infidèle,
Aimer cet inconstant c’est tout ce que j’ai fait.
445 Est-ce user comme il faut d’un pouvoir légitime,
Que Jason m’y remette ainsi qu’il m’en tira,
L’un ait votre couronne, et l’autre des supplices.
Jamais il n’a trahi son père, ni sa ville,
Jamais sang innocent n’a fait rougir ses mains,
460 Jamais il n’a prêté son bras à tes desseins,
Son crime, s’il en a, c’est de t’avoir pour femme,
Laisse-le s’affranchir d’une honteuse flamme,
Rends-lui son innocence en t’éloignant d’ici,
Peignez mes actions plus noires que la nuit,
Je n’en ai que la honte, il en a tout le fruit :
C’est à son intérêt que ma savante audace
Mais vous les saviez tous quand vous m’avez reçue,
Votre simplicité n’a point été déçue,
475 En ignoriez-vous un, quand vous m’avez promis
Ma main saignait encor du meurtre de Pélie,
Quand dessous votre foi vous m’avez recueillie,
485 Je ne veux plus ici d’une telle innocence,
Va… Dieux, justes vengeurs !
Va… Dieux, justes vengeurs ! Va, dis-je, en d’autres lieux
495 Si Jason et Créuse ainsi l’ont ordonné,
Quelle grâce ! Soldats, remettez-la chez elle,
SCÈNE III. Créon, Jason, Créuse, Cléone, soldats. §
510 Ma fille, c’est demain qu’elle sort de ma terre.
Nous n’avons désormais que craindre de sa part,
Acaste est satisfait d’un si proche départ,
Je ne crois pas, Seigneur, que ce vieux roi d’Athènes
520 Que son premier bouillons s’apaisent aisément.
Nous n’en viendrons pas là, regarde seulement
Un vieillard amoureux mérite qu’on en rie ;
On leur doit du respect quoi qu’il aient entrepris.
Remets, si tu le veux, sur moi toute l’affaire.
Quelques raisons d’états le pourront satisfaire,
Et pour m’y préparer plus de facilité
540 Surtout ne le reçois qu’avec civilité.
SCÈNE IV. Jason, Créuse, Cléone. §
C’est bien me témoigner un amour infini
555 Et vous donne au plus fort de vos adversités
La gloire m’en demeure, et les races futures
560 Qui d’un si grand héros rompt le sort malheureux.
La robe de Médée a donné dans mes yeux.
C’est ce qu’ont prétendu mes desseins relevés
570 Il y faut toutefois employer l’artifice :
575 Qu’elle a fait un beau choix ! Jamais éclat pareil
580 Jamais rien d’approchant ne se fit en ces lieux ;
Je ne fis plus d’état de la toison dorée,
N’en doutez point ma Reine, elle vous est acquise
Pour elle, vous savez que je fuis ses approches :
600 De reculer par là l’effet de vos désirs.
Mais, sans plus de discours, d’une maison voisine
605 Madame, j’aperçois venir le Roi d’Athènes.
SCÈNE V. AEgée, Créuse, Cléone. §
Sur un bruit qui m’étonne et que je ne puis croire
Vient savoir s’il est vrai que vous soyez d’accord
Et tout Corinthe enfin s’impute à grande injure,
615 Qu’un fugitif, un traître, un meurtrier de Rois,
Lui donne à l’avenir des princes et des lois.
Et qu’il faille ajouter à vos titres d’honneur,
620 Femme d’un assassin et d’un empoisonneur.
625 Non pas que je ne faille en cette préférence ;
630 Et qu’en moi vous n’aimiez rien moins que ma couronne.
640 Que bien que vous m’aimiez, je me donne à Jason.
D’abord dans mon esprit vous eûtes ce partage,
645 Que me sert cet aveu d’une erreur volontaire ?
N’accusez point l’amour ni son aveuglement,
655 Votre sceptre pour moi n’est qu’un pompeux exil ;
660 J’ai de quoi m’assouvir de cette ambition,
665 Joignez à ces raisons qu’un père un peu sur l’âge,
670 Que le bien de l’État, mon pays et mon père.
Qu’au lieu de me servir ma couronne me nuit :
Pour divertir l’effet de ce funeste oracle,
Votre odieux éclat déplaît à ce que j’aime,
Je hais ce nom de Roi qui s’oppose à mes voeux,
680 Et le titre d’esclave est le seul que je veux.
Sous l’appas d’un hymen t’expose à ta rivale,
710 Un mot du haut des cieux fait descendre le foudre ;
Les mers pour noyer tout n’attendent que sa loi,
La terre offre à s’ouvrir sous le palais du Roi,
L’air tient les vents tous prêts à suivre sa colère,
715 Et si ce n’est assez de tous les éléments,
D’un louable désir mon coeur sollicité
Mais loin de s’arrêter sa rage découverte
725 D’un mouvement contraire à celui de mon âme,
Ma peur me fait fidèle et tâche d’avancer
Les desseins que je veux et n’ose traverser.
SCÈNE II. Jason, Nérine. §
730 Tes sages entretiens l’ont ils point consolée ?
Elle a bien refroidit son d’animosité ;
Qu’elle voulut partir avec ses bonnes grâces,
Et malgré les malheurs où le sort l’a réduite
Cette offre y peut servir, et par elle j’espère
Avec un peu d’adresse apaiser sa colère.
755 Mais d’ailleurs toutefois n’attendez rien de moi,
S’il faut prendre congé de Créuse et du Roi :
Mais puisse m’assurer dessus ta confidence ?
On a banni Médée, et Créon tout d’un temps
Qu’ils n’auront point de part au malheur de leur mère,
770 Et n’est à son exil qu’une charge importune,
Lui gagnerait le coeur d’un prince libéral,
Elle peut aisément d’une chose inutile
Mais la voici qui sort ; souffre que je l’évite
Puisque à mon seul aspect je la vois qui s’irrite.
SCÈNE III. Médée, Jason, Nérine. §
780 C’est à moi d’en partir, recevez mes adieux.
Accoutumée à fuir, l’exil m’est peu de chose,
Sa rigueur n’a pour moi de nouveau que sa cause,
785 Irai-je sur le Phase, où j’ai trahi mon père
Irai-je en Thessalie où le meurtre d’un Roi
790 N’ait acquis à mon nom la haine générale,
Ressouviens-t’en, ingrat, remets-toi dans la plaine
Ce dragon qui jamais n’eut les paupières closes,
800 Ai-je auprès de l’amour écouté mon devoir ?
À cet objet piteux épandu sur les eaux,
Bourelle de mon sang, honte de ma famille,
Tu n’étais point honteux d’une femme barbare :
J’avais encor tes voeux, j’étais encor ton coeur ;
L’ingratitude en l’âme, et l’impudence au front,
825 Tes desseins achevés j’ai mérité ta haine,
Et prendre une moitié qui n’a rien plus que moi
Si l’on peut nommer crime un malheureux divorce
Où le soin que j’ai d’eux me range à toute force.
À ma seule prière on ne t’a que bannie :
C’est rendre la pareille à tes grands coups d’effort,
840 Tu m’as sauvé la vie, et j’empêche ta mort.
845 Ainsi l’avare soif du brigand assouvie,
Il s’impute à pitié de nous laisser la vie,
Tes discours, dont Créon de plus en plus s’offense
Éloigne-toi d’ici tandis qu’il t’est permis,
855 Ton amour, déguisé d’un soin officieux,
N’appelle point amour un change inévitable
Toi qu’un amour furtif souilla de tant de crimes
865 Il manque encor ce point à mon sort déplorable
Tu présumes en vain de t’en mettre à couvert,
870 La traite en ses discours de méchante, et d’infâme :
J’ai honte de ma vie, et je hais son usage
Je l’empêcherai bien, ce mélange odieux,
890 Ce corps n’enferme pas une âme si commune,
La peur que j’ai d’un sceptre… Ah ! Coeur rempli de feinte !
Tu masques tes désirs d’un faux titre de crainte,
Vois l’état où je suis, j’ai deux Rois sur les bras,
Que leur puisse opposer qu’un courage inutile ?
Fuis-les tous deux pour moi, suis Médée à ton tour,
Fuis les, je n’arme pas ta dextre sanguinaire
Ni contre ton parent, ni contre ton beau-père.
905 Déloyal, auprès d’eux crains-tu si peu Médée ?
Dispute contre moi ton coeur qu’ils m’ont surpris,
910 En moi seule ils n’auront que trop forte partie.
Contre eux, quand il me plaît, j’arme leurs propres mains,
La flamme m’obéit, et je commande aux eaux,
Et je ne puis chasser le feu qui me consomme :
N’y toucher tant soit peu les volontés d’un homme.
920 Je ne m’offense plus de ta légèreté,
925 Je n’ai plus qu’une grâce à demander ensuite
Que je t’aime et te baise en ces petits portraits,
930 Te présente à mes yeux aussi bien qu’à mon âme.
M’enlever mes enfants, c’est m’arracher le coeur,
Et Jupiter tout prêt à m’écraser du foudre
935 C’est pour eux que je change ; et la Parque, sans eux,
Cet amour paternel, qui te fournit d’excuses
Je ne t’en presse plus, et prête à me bannir
940 Je ne veux plus de toi qu’un léger souvenir.
Ce serait me trahir qu’en perdre la mémoire,
T’en laisse en cet adieu le serment solennel,
SCÈNE IV. Médée, Nérine. §
J’y donnerai bon ordre : il est en ta puissance
950 D’oublier mon amour, mais non pas ma vengeance :
Son faible est découvert, par eux il est sensible,
955 Par eux mon bras armé d’une juste rigueur
Madame, épargnez-les, épargnez vos entrailles,
N’avancez point par là vos propres funérailles,
Tu flattes mes désirs. Que je cesse de vivre
Si ce que je vous dis n’est pure vérité.
Ah ! Ne me tiens donc plus l’âme en perplexité.
965 Madame, il faut garder que quelqu’un ne nous voie,
C’est trop peu de Jason que ton oeil me dérobe,
970 C’est trop peu de mon lit, tu veux encor ma robe,
Rivale insatiable, et c’est encor trop peu
Si, la force à la main, tu l’as sans mon aveu,
Que perdant mes enfants j’achète encor leur perte,
Tu l’auras, mon refus serait un nouveau crime,
980 Saouler et ma vengeance et ton avidité.
985 Et contraints d’obéir à mes charmes funestes,
Sur ce présent fatal ont déchargé leurs pestes :
Ces herbes ne sont pas d’une vertu commune,
Mêle du sang de l’Hydre avec celui de Nesse,
995 Python eut cette langue, et ce plumage noir
Est celui qu’une harpie en fuyant laissa choir.
Ce feu tomba du ciel avecque Phaéton,
Des taureaux de Vulcain les gorges ensouffrées.
Dont le pouvoir mortel n’ouvrît mille tombeaux,
1005 Ce présent déceptif a bu toute leur force,
Mais d’où provient ce bruit dans le palais du Roi ?
Du bonheur de Jason, et du malheur d’Ægée,
1010 Madame, peu s’en faut qu’il ne vous ait vengée.
Ce généreux vieillard indigné que ses feux
Près de votre rivale aient perdu tant de voeux,
1015 A tâché par la force à repousser l’affront
Le suit dans ce dessein, Créuse en est saisie,
L’effroi qui la surprend la jette en pâmoison,
1025 Ses gardes à l’abord font quelque résistance,
Mais l’obstacle léger de ces débiles coeurs
1030 Je devine la fin, mon traître l’a sauvée.
Oui, Madame, et de plus Ægée est prisonnier,
Votre époux à son myrte ajoute ce laurier,
Mais apprenez comment. N’en dis pas davantage,
Je ne veux point savoir ce qu’a fait son courage,
Si cet enlèvement l’ôtait à ma vengeance,
1040 Ce n’est pas son exil, c’est sa mort que je veux :
1050 Tu peux voir qu’en l’ouvrant je m’ouvre une retraite,
Présenter par leur père à l’objet de ses voeux.
C’est pour votre Nérine un trop funeste emploi,
Et lui défend d’agir que sur elle et son père.
SCÈNE II. Créon, Pollux, soldats. §
C’est vous dont le courage, et la force, et l’adresse,
Met Ægée en prison, et son orgueil à bas,
Vous est beaucoup mieux dû qu’à mon peu de vaillance.
1075 C’est vous seul et Jason, dont les bras indomptés
Et vous voyant faucher ces têtes criminelles
J’ai suivi mais de loin, des actions si belles.
Et qui n’aurait du coeur à seconder vos coups ?
1090 Ainsi qu’il vous plaira départez-en la gloire,
1095 Et qu’au point que le sort osait nous menacer
Qu’avons-nous plus à craindre, et quel destin jaloux
1100 Tant que nous vous aurons s’osera prendre à nous ?
Appréhendez pourtant, grand Prince. Et quoi ?
Appréhendez pourtant, grand Prince. Et quoi ? Médée,
1105 Après l’assassinat d’un monarque et d’un frère,
Voyez ce qu’elle a fait pour acquérir Jason,
1115 Je n’ai prescrit qu’un jour de terme à son départ.
C’est peu pour une femme, et beaucoup pour son art,
Quelques puissants qu’ils soient, je n’en ai point d’alarmes,
SCÈNE III. Créon, Pollux, Cléone. §
Jason et ses enfants qu’elle vous laisse en gage.
Qu’en un coeur irrité produisent les bienfaits.
1140 J’eus toujours pour suspects les dons des ennemis,
Ils font assez souvent ce que n’ont pu leurs armes,
Et veux bien m’exposer aux plus cruels trépas
1145 Ses enfants si chéris qui nous servent d’otages
1150 Que n’étant plus sa femme, elle n’est plus leur mère.
Sire, renvoyez-lui ce don pernicieux,
1175 Que mon âme chassée, ou s’enfuyant de crainte,
Le coup m’en sera doux, s’il est sans infamie,
1185 Malheureux Prince l’on te méprise,
1190 D’un éternel affront vont souiller ta mémoire :
L’autre va te coûter ta vie et ton État.
1195 Et s’il est d’assez tendres coeurs
1200 Qu’un monarque en prison n’est digne de pitié.
1215 Et pour dernier malheur, qu’il ait le sort d’Ægée,
SCÈNE V. AEgée, Médée. §
1220 Et de grâce m’apprends l’arrêt de mon trépas,
L’heure, le lieu, le genre, et si ton coeur sensible
1225 Je viens l’en affranchir : ne craignez plus, grand Prince,
Ne pensez qu’à revoir votre chère province.
Cessez indignes fers de captiver un Roi :
Et fuyez un tyran, dont le forcènement
1235 Princesse de qui l’art propice aux malheureux
Disposez de ma vie, et du sceptre d’Athènes :
Je dois et l’un et l’autre à qui brise mes chaînes,
1240 Mais je n’en veux sortir qu’afin de vous venger.
Je puis toucher les lieux de mon obéissance,
1250 Ne l’entreprenez pas, votre offre me fait honte :
Qui force la nature a-t-il besoin qu’on l’aide ?
Et par ce que j’ai fait jugez ce que je puis.
L’ordre en est tout donné, n’en soyez point en peine,
C’est demain que mon art fait triompher ma haine,
1265 Si je vous ai servi, tout ce que j’en souhaite,
1275 Disposez d’un pays qui vivra sous vos lois.
Si vous l’aimez assez pour lui donner des Rois,
Sinon, sur mes sujets faites état d’avoir
Ma vengeance n’aurait qu’un succès imparfait,
1285 Je dois à mon courroux l’heur d’un si doux spectacle.
Allez, Prince, et sans moi ne craignez point d’obstacle,
Nérine devant vous portera ce flambeau,
Ici pour empêcher l’alarme que le bruit
Un fantôme pareil et de taille et de face
J’obéis sans réplique, et je pars sans remise,
Qu’en elle vous pouvez, m’obliger puissamment.
SCÈNE PREMIÈRE. Médée, Theudas. §
Ma verge qui déjà t’empêche de courir
N’a que trop de vertu pour te faire mourir.
Garde toi seulement d’irriter ma colère,
1315 Apprenez donc l’effet le plus prodigieux
En dépit des soupçons sans péril s’est trouvée,
1320 Qu’incontinent Créuse a voulu s’en parer.
Cette pauvre Princesse à peine l’a vêtue,
Qu’elle sent aussitôt une ardeur qui la tue,
1325 Et Cléone, et le Roi s’y jettent pour l’éteindre,
Courage, enfin il faut que l’un et l’autre meure.
1330 La flamme disparaît, mais l’ardeur leur demeure,
Que n’a-t-elle déjà des enfants de Jason
1350 Ceux qu’à me dire adieu Créuse me renvoie.
Mais ils sont innocents, aussi l’était mon frère,
Ils sont trop criminels d’avoir Jason pour père,
1360 J’adore les projets qui me faisaient horreur,
Ce n’est pas seulement pour caresser un traître,
N’en délibérons plus, mon bras en résoudra,
SCÈNE III. Créon, domestiques. §
Et ma peau qu’avec eux votre secours m’arrache
C’est avancer ma mort que de me secourir,
Traîtres, vous sentirez encor ce que je puis,
Si mes commandements ont trop peu d’efficace
SCÈNE IV. Créon, Créuse, Cléone. §
Punit-il point assez mes souhaits imprudents ?
1400 Et cessez d’ajouter votre haine à ma mort.
L’ardeur qui me dévore et que j’ai méritée,
Et je crois qu’Ixion au choix des châtiments,
1405 Si ton jeune désir eut beaucoup d’imprudence,
Si j’ai quelque regret, ce n’est pas à ma vie
1410 Que le déclin des ans m’aurait bientôt ravie,
1415 L’impiteuse Clothon en porte le flambeau,
Et cet espoir si doux, qui m’a toujours flatté
Et ma vigueur succombe aux douleurs qui m’assaillent,
Le coeur va me manquer, je m’en puis plus, hélas,
Ne me refusez point, ce funeste soulas,
Ah ma fille. Ah mon père.
Ah ma fille. Ah mon père. À ces embrassements
Dans ces ardents baisers leurs âmes se confondent,
Hé quoi ? Vous me quittez ! Oui, je ne verrai pas
1445 Retourne : c’en est fait. Ma fille. Adieu, j’expire,
Mon père… Il ne vit plus, sa grande âme est partie.
SCÈNE V. Jason, Créuse, Cléone, Theudas. §
Il n’en faut point chercher au poison qui me tue,
1475 Souffre que j’en jouisse en ce dernier moment,
Le mien cède à l’ardeur dont je suis possédée
Jason, ce m’est assez de mourir à tes yeux,
1485 Empêche les plaisirs qu’elle attend de ta peine,
Quoi ? Vous m’estimez donc si lâche que de vivre
Ma reine si l’hymen n’a pu joindre nos corps,
Et l’on verra Charon passer chez Rhadamante,
Dans une même barque et l’amant, et l’amante.
Le déplorable prix de m’avoir trop aimé,
Je dois être puni de vous l’avoir offerte,
Mais ce poison m’épargne, et ces feux impuissants
1505 Il faut donc que je vive, et vous m’êtes ravie !
1510 J’ai de quoi m’affranchir au bout de mon épée,
Et l’exemple du Roi de sa main transpercé,
Ne t’abandonne point aux coups du désespoir ;
J’emporte chez Pluton le nom de ton épouse,
Ah douleurs ! C’en est fait, je meurs à cette fois,
1525 Si tu m’aimes…
Si tu m’aimes… Ce mot lui coupe la parole,
Et je ne suivrai pas son âme qui s’envole ?
Réserve encor ma vie à de pires tourments.
1530 Et ne secourent pas ma main qu’elle captive,
De peur de te déplaire il n’ose m’étouffer.
Ne m’en permettrait pas une entière allégeance,
Préparez seulement des gênes des bourreaux,
Les peines de Tithie à celles d’Ixion.
Elle m’est un plaisir et non pas un supplice,
1555 Mourir c’est seulement auprès d’eux me ranger,
C’est vous, petits ingrats, que malgré la nature
1565 Toutefois qu’ont-ils fait qu’obéir à leur mère ?
SCÈNE VI. Médée, Jason. §
Tu n’auras plus ici personne qui t’accuse,
1580 Parler encore à moi c’est trahir tes amours.
Quoi tu m’oses braver, et ta brutalité
Ah c’est trop en souffrir : il faut qu’un prompt supplice
Que des bourreaux soudain m’en fassent la raison
Que sert de t’emporter à ces vaines furies,
Vois les chemins de l’air qui me sont tous ouverts,
Pour courir à l’exil que ton change m’ordonne,
1600 Des postillons pareils à mes dragons ailés.
Que la bonté du Roi de grâce m’a donnée.
1605 Avec cette douceur j’en accepte le blâme,
1610 La dérobe à sa peine, aussi bien qu’à ma vue,
1615 Où suivre l’inhumaine, et dessous quels climats
Que t’emporte ton char j’y porterai la guerre,
De ta juste fureur l’impuissante menace,
D’accroître sa victoire, et ta confusion.
Est-ce là le pouvoir qu’ont sur toi ses désirs
Ne lui refuse point un sang qu’elle demande,
1635 Écoute les accents de sa mourante voix,
Allez, n’ajoutez plus de comble à mes malheurs,
1645 Entreprendre une mort que le Ciel s’est gardée,
Vains transports où sans fruit mon désespoir s’amuse,
1650 Cessez de m’empêcher de rejoindre Créuse,
M’a laissé la vengeance ; et je la laisse aux Dieux,

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370
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510
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