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Timestamp: 2019-04-21 23:07:03+00:00

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LA VERTU THÉOLOGALE DE L'ESPÉRANCE (SAINT THOMAS D'AQUIN)
ROBERT. le Lun 31 Jan 2011, 7:19 pm
IIa-IIæ, qu. 17, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:
L'ESPÉRANCE EN ELLE-MÊME.
En suite de la foi, il faut étudier l'espérance : premièrement, l'espérance en elle-même; deuxièmement, le don de crainte; troisièmement, les vices opposés à la vertu et au don; quatrièmement, les préceptes qui concernent la vertu et le don.
La première étude pose le problème de l'espérance en elle-même, puis celui de son sujet.
Sur le premier point, on pose huit questions :
— 1. L'espérance est-elle une vertu ?
— 2. L'objet de l'espérance est-il la béatitude éternelle ?
— 3. Peut-on, de vertu d'espérance, espérer la béatitude éternelle d'autrui ?
— 4. Peut-on, licitement, mettre son espérance dans l'homme ?
— 5. L'espérance est-elle une vertu théologale ?
— 6. De la distinction entre l'espérance et les autres vertus théologales.
— 7. L'ordre de l'espérance à la foi.
— 8. L'ordre de l'espérance à la chanté.
ARTICLE 1. L’espérance est-elle une vertu ?
DIFFICULTÉS : Il semble que l'espérance ne soit pas une vertu. En effet :
1. "D'une vertu, nul ne peut faire un mauvais usage", dit S. Augustin. Or on peut mal user de l'espérance, car il arrive de trouver, vis-à-vis de la passion d'espérance, un milieu et des ex¬trêmes, comme vis-à-vis des autres passions. Donc l'espérance n'est pas une vertu.
2. Aucune vertu ne procède des mérites; car, "la vertu, Dieu la met en nous sans nous" , selon l'expression de S. Augustin. Or l'espérance a pour origine la grâce et les mérites, au dire du Maître des Sentences. L'espérance n'est donc pas une vertu.
3. « La vertu », d'après Aristote, « est une qualité propre à un être parfait » [1] . Mais l'espérance n'appartient qu'à un être imparfait, celui qui n'a pas ce qu'il espère. L'espérance n'est donc pas une vertu.
CEPENDANT, S. Grégoire déclare que les trois filles de Job représentent les trois vertus, foi, espérance, charité. L'espérance est donc une vertu.
[1] Qu. 17, art. 1, diff. 3. — Une vertu, comme son nom l'indique (vis), désigne, dans un être, un complément de puissance qui le rend apte à réaliser de la manière la plus parfaite l'action la meilleure pour lui. En deçà, la vertu est imparfaite et on ne peut véritablement en parler comme d'une vertu. Arrivée à son point, idéal, elle est vraiment la disposition d'un être parfait à son acte le meilleur vis-à-vis de son objet le plus élevé, qui est son bien. "Virtus est dispositio perfecti ad ultimum potentiæ".
Dernière édition par ROBERT. le Ven 04 Fév 2011, 7:52 pm, édité 1 fois (Raison : référence)
Re: LA VERTU THÉOLOGALE DE L'ESPÉRANCE (SAINT THOMAS D'AQUIN)
ROBERT. le Mar 01 Fév 2011, 4:22 pm
ARTICLE 1. L' espérance est-elle une vertu ? (suite)
CONCLUSION : D'après le Philosophe, "la vertu, chez tout être, est ce qui fait bon le sujet qui la possède et qui rend bonne son action [2] ." Il faut donc que, partout où l'on trouve un acte humain qui est bon, cet acte réponde à une vertu humaine. Or dans toutes les choses soumises à une règle et à une mesure, le bien se reconnaît à ceci que l'être en question atteint sa règle propre ; c'est ainsi que nous disons qu'un vêtement est bon, qui n'est ni trop long ni trop court.
— Mais, pour les actes humains, il y a une double mesure : l'une, immédiate et homogène, la raison; l'autre, suprême et transcendante, Dieu; et, par suite, tout acte humain qui atteint la raison, ou Dieu lui-même, est bon [3].
— Or l'acte de l'espérance qui nous occupe présentement atteint Dieu. L'étude de la passion d'espérance a appris que l'objet de l'espérance est un bien, futur, difficile, et cependant d'une conquête possible [4]. Mais une chose nous est possible de deux façons : par nous-mêmes, ou par autrui. Quand donc nous espérons une réalité envisagée comme possible pour, nous grâce au secours divin, notre espérance atteint Dieu lui-même, sur le secours de qui elle s'appuie. Et c'est pourquoi, manifestement, l'espérance est une vertu, puisqu'elle rend bonne l'action humaine et atteint la règle qui convient [5].
[2] Ibid., conclusion — La première perfection que doit acquérir une réalité est évidemment celle de son être même, principe de toutes les autres. Mais parce que l'être dit ordre à l'opération, il n'y a vraiment perfectionnement essentiel de la réalité que dans la mesure où ce complément d'être qui lui est apporté assure la perfection de son action, car chaque être est bon selon qu'il a un ordre complet à sa fin : c'est vrai de l'être inanimé, et plus encore de l'être animé, et, dans celui-ci, des réalités telles que les facultés, dont tout l'être dit ordre à l'opération. Par ailleurs, le bien d'un être et celui de son opération étant le bien conforme à leur nature, la définition d'Aristote est rigoureuse dans sa généralité : "La vertu de toute chose est ce qui rend bon le sujet qui la possède et qui rend bonne son action".
[3] Ibid. — La bonté d'un acte humain dépend essentiellement de la bonté de la volonté qui le produit, et cette bonté, à son tour, dépend, au premier chef, de l'objet auquel elle tend. Cet objet est le bien raisonnable parce que l'homme tient sa qualité d'homme de ce qu'il possède raison et intelligence. La mesure et la règle du mouvement appétitif sont donc la raison elle-même. Or le bien de tout ce qui est mesuré et réglé consiste dans sa conformité à sa règle, et son mal dans la discordance d'avec sa mesure, soit par excès, soit par défaut. Entre excès et défaut il y a la juste mesure, la conformité de ce qui est réglé avec sa règle, et c'est pourquoi la vertu humaine consiste dans l'adéquation de l'opération avec la règle de la raison qui exprime essentiellement la nature de l'homme.
Toutefois, parce que l'homme n'est pas à lui-même son principe et sa fin, mais qu'il n'est qu'une cause seconde par rapport à la cause première qui est Dieu, et que dans des causes ordonnées l'effet dépend plus de la cause première que de la cause seconde, il s'ensuit que la raison humaine n'est règle de la volonté humaine que dans la mesure où elle représente la volonté divine. La raison sert donc de règle prochaine et homogène, et la loi éternelle de règle suprême et transcendante. Celle-ci pourra ne s'exprimer qu'à travers la raison pour tous les actes homogènes à la raison, quand il s'agira, pour l'homme, d'atteindre des objets qui lui sont connaturels; mais elle pourra s'exprimer aussi sous un mode précis et par delà la raison, quand il s'agira d'atteindre des objets qui dépassent l'ordre humain. Dans l'un et l'autre cas, l'acte humain sera bon s'il est conforme à la règle adaptée à l'objet; et vis-à-vis d'un objet transcendant la raison, ce sera encore un acte éminemment raisonnable que de se soumettre à la règle divine.
[4] Ibid. — Voir Appendice II, Renseignements techniques, p. 193 et suiv.
Note : en ce qui concerne les renseignements techniques, ils seront tous à la fin du Traité pour faire une lecture plus facile de la Somme. On pourra prendre dans ceux-ci ce qui nous sera utile. Leur pagination sera d’un grand secours. Je n’ai pas voulu les intercaler dans les notes explicatives comme telles, ce qui aurait alourdi inutilement et considérablement la lecture des questions et réponses de Saint Thomas d’Aquin…
[5] Ibid. — Nous atteignons la règle divine du côté du motif. Pour nous rendre une réalité possible, nous nous appuyons au secours divin, ou mieux à Dieu secourable. Nous atteignons donc par là la règle suprême de nos actions, car il est éminemment raisonnable de nous servir du secours divin, si cela nous est permis. Or la révélation nous dit que Dieu met son secours à notre disposition. De ce côté du motif qui peut nous rendre possible le bien convoité et en faire un objet d'espérance, il y a tout ce qu'il faut pour faire une vertu : en soi un acte basé sur Dieu ne peut être qu'un acte bon, en conformité avec la règle qui lui convient. — La vertu d'espérance ne consiste pas en cela seulement, mais c'est un de ses éléments, et de ce côté elle est parfaite.
Dernière édition par ROBERT. le Ven 04 Fév 2011, 7:53 pm, édité 3 fois (Raison : référence)
ROBERT. le Mer 02 Fév 2011, 6:49 pm
ARTICLE 1. L’espérance est-elle une vertu ? (suite)
SOLUTIONS : 1. Dans les passions, le milieu vertueux se prend de ce qu'on atteint la droite raison : c'est même là la définition de la vertu [6]. Pour une raison analogue, dans l'espérance, on prend le bien vertueux selon que l'homme atteint, dans son acte d'espoir, la règle qu'il faut, à savoir Dieu. Et c'est pourquoi, de l'espérance qui rejoint Dieu nul ne peut se mal servir, pas plus que de la vertu morale qui atteint la raison : c'est en effet à atteindre sa règle que consiste le bon usage de la vertu [7]. Encore que l'espérance dont nous parlons présentement ne soit pas une passion, mais un habitus* de l'âme, ainsi qu'il apparaîtra par la suite.
*Le terme d'habitus, qu'il faut entendre au sens d'une disposition permanente, bonne ou mauvaise, qui favorise, dans un sens déter¬miné, l'activité humaine, — n'a pas sa traduction absolument équivalente en fiançais. Cependant le P. Bernard, traduisant et commentant le Traité de la Vertu, (Ia-IIæ, q. 49 et suivantes) a toujours employé le mot "habitude". Dans notre traduction nous gardons le terme "habitus".
2. On dit que l'espérance provient des mérites, quand on parle de la réalité même qu'on attend, en ce sens qu'on espère obtenir la béatitude parla grâce et les mérites; ou bien encore quand on traite de l'acte de l'espérance informée par la charité. Mais quand à l'habitus même de l'espérance par laquelle on atteint la béatitude, il n'a pas pour cause les mérites, mais exclusivement la grâce [8].
3. Celui qui espère est imparfait, en vérité, si on regarde au bien qu'il espère obtenir et qu'il n'a pas encore; mais il est parfait en ceci que déjà il atteint sa règle propre, Dieu même sur le secours de qui il s'appuie.
[6] Ibid., sol. 1. — La passion est de soi amorale; elle n'est que l'expression brute d'une énergie animale en face d'un objet qui lui convient et à laquelle elle tend par sa nature même; son activité, de soi, se déploie en dehors de la raison. Le propre de la vertu est justement de rationaliser cette activité amorale, en l'adaptant à la règle raisonnable; elle est une action qui apporte la juste mesure dans les passions dont elle est ordonnatrice et rectificatrice. Ce juste milieu des passions, qui est l'idéal à réaliser par la vertu, est donc le point exact réclamé par la raison pratique, dont la mesure n'est pas unique et rigide, mais se doit adapter à la constitution de chacun, où il faut, quand il faut, et comme il faut : tantôt la raison demandera de se porter à des actes extrêmes, tantôt elle exigera de rester dans la commune mesure; dans tous les cas ce sont les exigences de la raison qui forment la juste mesure, et le mal consiste dans tout excès et dans tout défaut vis-à-vis de ce que réclame la raison. Et c'est dans cette ordination rationnelle des passions que consiste la vertu, dans leur soumission à la raison droite.
[7] Ibid. — La comparaison ne porte évidemment pas sur le juste milieu imposé par la raison entre un excès et un défaut, mais sur le fait que, comme dans la vertu qui rectifie les passions, le bien de la vertu est pris de la concordance avec la règle qui convient. Dans l'espérance théologale, cette règle est Dieu, et comme le sujet qui espère atteint Dieu, son acte est un acte de vertu, et par suite on ne peut pas en mal user. La comparaison ne va pas plus loin.
[8] Ibid., sol. 2. — Pour valoir dans l'ordre surna¬turel, les actes doivent être méritoires, c'est-à-dire être déjà imprégnés de la chanté, ce qui suppose l'établissement préalable de l'espérance dans l'âme, par suite d'une pure libéralité divine; et quand on dit que les mérites précèdent l'espérance, il faut entendre qu'ils précèdent l'obtention de l'objet de l'espérance, qui est la béatitude, non l'apparition de la vertu elle-même. Toutefois ce n'est pas en vain que sont produits des actes honnêtes et ordonnés à l'espérance; on doit leur reconnaître l'action ordinaire que de tels actes peuvent avoir dans la préparation à la grâce, d'ailleurs sous la motion divine.
Dernière édition par ROBERT. le Ven 04 Fév 2011, 7:54 pm, édité 2 fois (Raison : référence)
ROBERT. le Jeu 03 Fév 2011, 7:36 pm
ARTICLE 2. L'objet de l'espérance est-il la béatitude éternelle ?
DIFFICULTÉS : Il semble que la béatitude éternelle ne soit pas l'objet propre de l'espérance. En effet :
1. L'homme n'espère pas ce qui dépasse toute aspiration de son âme. Par ailleurs, l'acte d'es¬pérance est un certain mouvement de l'âme. Or la béatitude éternelle dépasse toute aspiration de l'âme ; l'Apôtre dit en effet "qu'elle n'a pas été révélée à un cœur d'homme". [9]. La béatitude n'est donc pas l'objet propre de l'espérance.
2. La prière est l'interprète de l'espérance; on trouve en effet dans le psaume : "Remets ton sort à Iahvé, et confie-toi en lui, il agira". Or l'homme réclame licitement de Dieu non seulement la béatitude éternelle, mais encore les biens de la vie présente, tant spirituels que tem¬porels, et aussi la délivrance des maux, toutes choses qui ne seront plus dans la béatitude éternelle : témoin l'Oraison Dominicale. La béatitude éternelle n'est donc pas l'objet propre de l'espérance.
3. L'objet de l'espérance est d'une conquête difficile. Or, eu égard à l'homme, il y a beaucoup d'autres biens ardus que la béatitude éternelle. Elle n'est donc pas l'objet propre de l'espérance.
CEPENDANT, l'Apôtre nous dit : "Nous avons une espérance qui pénètre ", [c'est-à-dire qui nous fait pénétrer], " à l'intérieur du voile", [c'est-à-dire dans la béatitude céleste], ainsi que l'interprète la Glose. L'objet de l'espérance est donc bien la béatitude éternelle.
[9] Qu. 17, art. 2, diff. I. — Une faculté ne peut se porter à un objet qui dépasse ses possibilités. Au point de vue naturel, l'homme ne connaît que le vrai universel et ne tend qu'au bien connu par la raison. Au point de vue surnaturel, ne connaît que ce que nous annonce la foi et n'espère que le bien connu par cette foi. Or au dire de l'Apôtre la béatitude n'a pas été révélée à l'homme telle qu'elle est. L'homme ne peut donc l'espérer. Tel est le sens de l'objection.
Dernière édition par ROBERT. le Ven 04 Fév 2011, 7:55 pm, édité 1 fois (Raison : référence)
ROBERT. le Ven 04 Fév 2011, 7:28 pm
ARTICLE 2. L'objet de l'espérance est-il la béatitude éternelle ? (suite)
CONCLUSION : L'espérance dont nous nous occupons atteint Dieu, en s'appuyant sur son secours pour parvenir au bien espéré. Mais un effet doit être proportionné à sa cause. Et c'est pourquoi le bien qu'à titre propre et principal nous devons espérer de Dieu est un bien infini, proportionné à la puissance de Dieu qui nous aide; car c'est le propre d'une puissance infinie de conduire à un bien infini. Or ce bien est la vie éternelle, qui consiste dans la jouissance de Dieu même : on ne peut en effet espérer de Dieu quelque bien qui soit moindre que lui, puisque sa bonté, par laquelle il communique les biens à la créature, n'est pas moindre que son essence [10]. C'est pourquoi l'objet propre et principal de l'espérance est la béatitude éternelle.
[10] Ibid., conclusion. — Voir Appendice II, Renseignements techniques, p. 201 et suiv.
Dernière édition par ROBERT. le Ven 04 Fév 2011, 7:56 pm, édité 2 fois (Raison : référence)
ROBERT. le Sam 05 Fév 2011, 7:04 pm
SOLUTIONS : 1. En effet, la béatitude éternelle n'est pas révélée d'une façon parfaite au cœur de l'homme, de telle manière que l'homme puisse en connaître, sur terre, la nature et la qualité; mais selon sa raison commune, celle du bien parfait, l'homme peut en avoir une certaine connaissance; et c'est sous cet aspect que le mouvement d'espérance s'élève vers elle [11]. D'où est-ce par métaphore que l'Apôtre dit que l'espérance pénètre "jusque de l'autre côté du voile", l'objet de notre espérance nous étant encore pour l'instant voilé.
2. Quels que soient les autres biens, nous ne devons les réclamer de Dieu qu'en les référant à la béatitude éternelle. Par suite, l'espérance a pour objet principal la béatitude éternelle; quant aux autres biens demandés à Dieu, elle les considère secondairement, en référence à la béatitude éternelle. Il en est de même que pour la foi, qui regarde principalement Dieu, et, secondairement, les vérités qui sont ordonnées à Dieu.
3. A l'homme qui peine dans un grand effort, toute œuvre moins difficile paraît peu de chose. Et c'est pourquoi, à l'homme qui espère la béatitude éternelle, et par rapport à cette espérance, rien d'autre ne semble difficile. Mais, eu égard aux possibilités de celui qui espère, certaines autres œuvres peuvent être pour lui ardues. Et c'est ce qui fait qu'il peut y avoir espérance de ces objets, en référence à l'objet principal.
[11] Ibid., sol. 1. — Connaître sur terre la nature et la qualité de la béatitude, ce serait tout simplement la posséder, car il s'agit d'un bien proprement intellectuel : "In spiritualibus et æternis, ea videre est ipsa habere" , dit S. Augustin (in libro LXXXIII Quæst.). Comme il est de l'essence de la béatitude de nous apparaître actuellement comme future, il reste qu'elle ne peut se présenter à nous que sous l'aspect du bien parfait, de la réalité qui doit assurer notre plein épanouissement, donc éminemment apte à déclencher notre désir. Mais, en soi, cet objet est infiniment au-dessus de ce que peut présentement nous en faire saisir la foi qui est une connaissance en énigme. Nous l'atteignons cependant en lui-même parce que l'espérance, comme l'amour, va plus loin que la connaissance et ne s'arrête qu'à l'objet lui-même.
ROBERT. le Lun 07 Fév 2011, 8:47 pm
Peut-on espérer pour autrui la béatitude éternelle ?
DIFFICULTÉS: Il semble bien qu'on puisse espérer pour autrui la béatitude éternelle. En effet :
1. "J'ai confiance", dit l'Apôtre, "que celui qui a entrepris en vous cette belle œuvre en poursui¬vra l'achèvement jusqu'au jour du Christ Jésus ». Mais la perfection de ce jour sera la béatitude éternelle. On peut donc pour autrui espérer la béatitude éternelle.
2. Les biens que nous demandons à Dieu, nous espérons les obtenir de lui. Or nous demandons à Dieu qu'il conduise les autres à la vie éternelle, selon la parole de saint Jacques : "Priez les uns pour les autres afin que vous soyez sauvés". Nous pouvons donc espérer pour les autres la béatitude éternelle.
3. L'espoir et le désespoir ont le même objet. Or on peut désespérer de la béatitude éternelle d'autrui. Autrement serait vaine la parole de S. Augustin : "De personne il n'y a à désespérer, tant qu'il vit". Donc aussi on peut espérer pour autrui la vie éternelle.
CEPENDANT, S. Augustin dit "qu'il n'y a de véritable espérance que dans des réalités intéres¬sant celui-là seul qui est assuré de pouvoir s'en charger lui-même".
ROBERT. le Mar 08 Fév 2011, 7:36 pm
Peut-on espérer pour autrui la béatitude éternelle ? (suite)
CONCLUSION : C'est sous un double mode qu'il peut y avoir espoir d'un bien. D'une part, sous un mode absolu : et ainsi il y a espoir seulement d'un bien difficile se rapportant au sujet lui-même. D'autre part, en présupposant un autre élément : et ainsi peut-il y avoir aussi espérance des biens intéressant autrui.
— Pour s'en convaincre, il faut savoir que l'amour et l'espérance diffèrent en ceci que l'amour comporte une certaine union du sujet qui aime avec l'objet de son amour, tandis que l'espoir implique un certain mouvement ou tendance de l'appétit vers quelque bien ardu. Or il y a union entre des réalités distinctes : et c'est pourquoi l'amour peut directement concerner autrui qu'on unit à soi par l'amour, en le tenant pour soi-même. Mais un mouvement dit toujours tendance à un terme propre proportionné au mobile : et c'est pourquoi l'espérance regarde directement le bien propre du sujet, et non celui qui intéresse autrui.
— Mais si on présuppose une union d'amour avec autrui, alors on peut désirer et espérer un bien pour autrui comme pour soi-même. En ce sens, on peut espérer pour autrui la béatitude éternelle, en tant qu'on lui est uni par l'amour. Et de même que c'est l'unique vertu de charité qui nous fait aimer Dieu, nous-mêmes et le prochain, de même aussi c'est par une seule vertu d'espérance qu'on espère pour soi-même et pour autrui [12].
Cet exposé de la conclusion suffit a la solution des trois difficultés.
[12] Qu. 17, art. 3, conclusion. — Le texte de S. Augustin, rapporté dans l'argument, n'est pas facile à saisir, et S. Thomas en a donné une explication subtile que ses Commentateurs se sont efforcés de tirer au clair. Voici, semble-t-il, ce qu'il faut entendre. 1 L'acte de l'espérance est un certain mouvement tendant à la perfection du sujet qui espère : si l'homme espérait un bien pour un autre, ce bien ne serait une perfection que pour celui auquel il serait destiné, et donc l'objet de cette espérance ne serait pas le terme d'un mouvement qui doit tendre à la perfection du sujet lui-même. D'autre part, l'espérance comporte comme un soulèvement de l'âme, et une ferme tension dans la poursuite du bien ardu, mais ces caractères n'ont d'existence que vis-à-vis de la perfection propre du sujet qui espère : en effet, les choses qui ne se rapportent pas à nous, ne sont pas difficiles pour nous, ni ne requièrent de notre part un effort particulier de toute l'âme; si bien qu'à moins de détruire sa nature propre, l'acte d'espérance demeure un mouvement tendant à la seule perfection du sujet. De plus, par suite encore de sa nature, l'acte d'espérance ne peut se porter sur un objet que par un sentiment de concupiscence, mais par là même on n'espère pas pour un autre, l'amour de concupiscence se rapportant essentiellement à soi-même : on ne trouve pas d'amitié dans l'espérance comme telle. C'est ainsi, semble-t-il, qu'il faut entendre l'expression de S. Thomas: "L'espérance implique un certain mouvement ou tendance de l'appétit à un bien ardu... Or un mouvement tend toujours au terme propre proportionné au mobile; et c'est pourquoi l'espérance concerne directement le bien propre du sujet, et non celui qui relève d'autrui".
Seulement l'espérance peut se trouver alliée à l'amour et dès lors la question change de face. S'il y a, entre le sujet et autrui, amour préalable, parce que l'amour rapproche en un seul l'aimant et l'aimé, il est possible alors d'espérer pour un autre. Tandis que la distinction des personnes rendait impossible qu'un amour de concupiscence se portât sur un autre que le sujet lui-même, l'unité dans laquelle se trouvent désormais l'aimant et l'aimé permet l'éclosion du sentiment d'espérance; c'est qu'en effet on retrouve la difficulté dans l'objet, parce qu'on considère comme pour soi tous les obstacles qu'autrui a à surmonter, et on se porte vers cet objet avec le même amour que s'il était pour soi. Et c'est bien là encore une espérance et non pas un acte de la seule amitié. Celle-ci peut coexister avec l'espérance, mais elles diffèrent profondément, et par leur objet (le bien en soi et le bien référé au sujet), et par leur siège (concupiscible et irascible), et par le mode de leur tendance (l'espérance ajoutant un affermissement et une force que ne possède pas l'amour).
Quand il s'agit de l'espérance surnaturelle, le problème trouve sa solution dans les mêmes principes. De soi et absolument, elle n'espère la béatitude que pour celui qui espère; mais s'il y a entre le sujet et autrui un amour préalable, on peut, comme pour soi, espérer la béatitude pour un autre. Cet amour peut être la charité, mais il ne semble pas que cela soit nécessaire; il suffit d'un amour du même type que celui qui permet l'espérance pour soi, par exemple une bienveillance surnaturelle nous poussant à vouloir pour les autres comme pour nous la vie éternelle et les biens qui s'y rapportent. Et même si cet amour est la charité, il ne s'ensuit pas que l'acte devienne un acte de charité et cesse d'être un acte d'espérance; c'est bien la charité qui le permet et qui l'impère, mais il demeure spécifiquement acte d'espérance. (Voir: J. de S. Thomas, de Spe, disp. IV, art. 2. Salmanticenses, de Spe, disput. I, dub. 4. Billuart, de Spe, art. II, § 2).
1Nous parlons d'un bien espéré au profit d'un prochain, et non de l'espérance d'un bien d'autrui vu sous l'angle d'un profit personnel, car en ce dernier cas nous ne sortirions pas de nous-mêmes : par exemple, espérer la fortune pour mon ennemi parce que cet événement l’éloignera de moi, c'est en réalité sur moi que se termine l'espérance. La question est donc la suivante : quand il s'agit d'un bien espéré pour autrui, à son profit; est-ce de la véritable espérance ?
ROBERT. le Mer 09 Fév 2011, 9:53 pm
Peut-on licitement mettre son espérance dans l'homme ?
DIFFICULTES : Il semble bien qu'on puisse licitement mettre son espérance dans l'homme. En effet :
1. L'objet de l'espérance est la béatitude éternelle. Or dans la recherche de la béatitude éternelle nous avons pour aide le patronage des saints : S. Grégoire dit en effet que "la prédestination est aidée par le patronage des saints". On peut donc mettre son espérance dans l'homme.
2. Si on ne pouvait pas mettre son espérance dans l'homme, on ne pourrait pas imputer à vice à quelqu'un de ne pouvoir pas espérer en lui. Or c'est cependant ce qu'on reproche à certains comme un vice; ainsi dans Jérémie : "Que chacun se mette en garde contre son ami et qu'il n'ait confiance en aucun de ses frères". On peut donc licitement espérer en l'homme.
3. La prière est l'interprète de l'espérance, a-t-il été dit. Or l'homme peut, à bon droit, demander quelque chose à un homme. Il peut donc licitement mettre son espérance en lui.
CEPENDANT, on lit dans Jérémie :"Maudit soit l'homme qui se confie dans l'homme".
ROBERT. le Jeu 10 Fév 2011, 4:34 pm
CONCLUSION : L'espérance, avons-nous dit, a deux objets : le bien dont on recherche la possession; et le secours qui permet d'obtenir ce bien. Or le bien qu'on espère obtenir a raison de cause finale, et le secours par lequel on espère obtenir ce bien a raison de cause efficiente. Mais dans chaque genre de l'une et de l'autre causes, on trouve du principal et du secondaire. La fin principale est la fin ultime; la fin secondaire est un bien ordonné à la fin. Semblablement, la cause efficiente principale est l'agent premier, et la cause efficiente secondaire est l'agent second instrumental.
— Or l'espérance regarde la béatitude comme sa fin ultime, et le secours divin comme la cause première qui conduit à la béatitude. Dès lors, de même qu'il n'est pas licite d'espérer un bien quelconque, hors la béatitude, comme la fin ultime, mais seulement comme un moyen ordonné à la fin qu'est la béatitude, de même il n'est pas permis de mettre son espérance dans un homme ou une autre créature, comme en une cause première qui mène à la béatitude; mais il est permis de placer son espérance en un homme ou une créature, comme en un agent secondaire et instrumental qui aide dans la recherche des biens, quels qu'ils soient, qui sont ordonnés à la béatitude.
— Et c'est de cette façon que nous nous tournons vers les saints ; que nous demandons certaines choses aux hommes; et que méritent le blâme ceux en qui on ne peut se confier pour trouver un secours.
Cette conclusion apporte la réponse aux difficultés [13].
[13] Qu. 17, art. 4, fin. — Voir Appendice II, Renseignements techniques, p. 204 et suiv.
ROBERT. le Jeu 10 Fév 2011, 8:06 pm
L'espérance est-elle une vertu théologale ?
DIFFICULTÉS : Il semble que l'espérance ne soit pas une vertu théologale. En effet :
1. La vertu théologale a Dieu seul pour objet. Or l'espérance n'a pas seulement Dieu pour objet, mais aussi d'autres biens que nous espérons obtenir de Dieu. L'espérance n'est donc pas une vertu théologale.
2. La vertu théologale ne consiste pas en un milieu entre deux vices, a-t-il été remarqué à l'article 1. Or l'espérance consiste en un juste milieu entre la présomption et le désespoir. L'espérance n'est donc pas une vertu théologale.
3. L'attente se rattache à la longanimité qui est une partie de la force. Comme l'espérance est une certaine attente, elle ne semble pas être une vertu théologale, mais une vertu morale.
4. L'objet de l'espérance est un bien difficile. Or tendre à un bien ardu relève de la magnanimité, qui est une vertu morale. L'espérance est donc une vertu morale, et non une vertu théologale.
CEPENDANT, l'Apôtre énumère l'espérance avec la foi et la chanté, qui sont des vertus théologales.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 1:59 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Ven 11 Fév 2011, 7:57 pm
L'espérance est-elle une vertu théologale ? (suite)
CONCLUSION : Les différences spécifiques apportent au genre une division essentielle : il faut donc regarder attentivement d'où l'espérance a raison de vertu, pour savoir sous quelle différence de vertu elle prend place. Or on a dit que l'espérance a raison de vertu du fait qu'elle atteint la règle suprême des actes humains, et comme cause première efficiente, en tant qu'elle s'appuie sur le secours divin, et comme cause ultime finale, parce que c'est dans la possession de Dieu qu'elle attend la béatitude [14]. Et ainsi devient-il évident que l'objet principal de l'espérance-vertu est Dieu. Puisque l'essence même de la vertu théologale consiste à avoir Dieu pour objet, il devient manifeste que l'espérance est une vertu théologale [15].
[14] Qu. 17, art. 5, conclusion. — Cet argument, qui est le résumé des deux premiers articles de la question 17, donne définitivement la caractéristique de la vertu d'espérance. Dans une vertu théologale tout doit être divin, la cause efficiente comme la cause finale. Or la cause efficiente de l'espérance est Dieu secourable (article 1), la cause finale est Dieu dont la possession assurera notre béatitude (article 2). Atteignant ainsi Dieu lui-même, cette espérance ne peut être que vertu, et vertu théologale.
[15] Ibid., sol. 2. — Voir Appendice II, Renseignements techniques, p. 209 et suiv.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:00 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Dim 13 Fév 2011, 6:08 pm
SOLUTIONS : 1. Quels que soient les autres biens dont l'espérance attend la possession, elle les espère ordonnés à Dieu comme à une fin ultime et comme à une première cause efficiente.
2. Le juste milieu se prend, dans les choses réglées et mesurées, du fait même qu'on atteint la règle ou la mesure : aller au delà de la règle est du superflu; rester en deçà est une insuffisance. Mais dans la règle ou dans la mesure elles-mêmes, on ne peut pas établir un milieu et des extrêmes. Or ce sont les matières soumises à la règle de la raison que la vertu morale regarde comme son objet propre : et c'est pourquoi il lui convient essentiellement d'être dans un juste milieu vis-à-vis de son objet propre. Mais c'est la règle première elle-même, non réglée par une autre règle, que la vertu théologale envisage comme son objet propre. Et c'est pourquoi, essentiellement et selon son objet propre, il ne convient pas à la vertu théologale d'être dans un juste milieu.
— Cependant le juste milieu peut la concerner accidentellement, par les réalités ordonnées à l'objet principal. C'est ainsi que, dans la foi, il ne peut y avoir de milieu et d'extrêmes dans l'appui qu'on prend en la Vérité Première, sur qui nul ne saurait trop se reposer; mais dans les assertions proposées à la foi, il peut y avoir milieu et extrêmes, comme une proposition vraie tient le milieu entre deux propositions fausses. Semblablement, l'espérance ne comporte pas de milieu et d'extrêmes dans l'objet principal, car on ne saurait trop se confier au secours divin; mais pour les biens qu'on a confiance d'obtenir, il peut y avoir milieu et extrêmes, le sujet tendant avec présomption aux réalités qui sont au-dessus de sa puissance, ou bien désespérant d'atteindre celles qui lui sont proportionnées [16].
3. L'attente, qui entre dans la définition de l'espérance, ne comporte pas d'atermoiement comme celle qui se rattache à la longanimité; mais elle dit relation à l'aide divine, que le bien espéré soit différé ou non.
4. La magnanimité tend à un objet difficile, en l'espérant comme proportionné à la puissance du sujet; d'où,' à proprement parler, regarde-t-elle l'entreprise des grandes choses. Mais l'espérance, vertu théologale, concerne un bien difficile, à obtenir par le secours d'autrui [17].
[16] Ibid. — Cajetan et Jean de S. Thomas, avec quelques nuances, ont donné un commentaire de cet argument de S. Thomas, et on peut ainsi résumer leur pensée. On appelle juste milieu d'une vertu la régulation elle-même, parce que c'est par la règle à laquelle on obéit qu'on est ramené des points extrêmes et établi au milieu, comme par libération du poids qui portait à un point extrême. Une vertu a un juste milieu par essence, quand elle le possède par une référence intrinsèque à son objet propre et premier; elle a un juste milieu, accidentellement, quand c'est par quelque raison extérieure ou par l'objet secondaire qu'elle le possède.
D'autre part, il y a à distinguer la règle elle-même, qui est ce qu'elle est et en qui il n'y a pas à rechercher de milieu et d'extrêmes, et la matière rectifiée par cette règle; ainsi n'y a-t-il jamais d'excès dans la raison qui est ce qu'elle est, mais il y a milieu et extrêmes dans les passions réglées par la raison, parce qu'elles peuvent s'en éloigner par excès et défaut, et qu'elles doivent prendre leur règle de la fin, essentiellement : elles sont comme des moyens pour la possession d'une fin.
S'il en est ainsi, toute vertu morale ayant pour objet immédiat une matière que peut régler la raison, les vertus, par leur objet essentiel, consistent en un juste milieu, c'est-à-dire dans la recherche d'un objet réglé par la raison et n'excédant ni en un sens, ni en l'autre. Mais les vertus théologales ont pour objet premier Dieu lui-même, à la fois fin ultime et première régie, sans distinction possible. Comme on ne règle pas la première règle, on ne peut non plus parler de juste milieu en ce qui concerne l'objet qui s'identifie avec elle : c'est le cas de l'espérance. Il peut cependant y avoir un milieu dans l'espérance, mais accidentellement, tant du côté du sujet que de l'objet secondaire. S. Thomas parle surtout du premier point Ia-2ae, qu. 64. art. 4, c. et ad 3, et surtout du second 2a-2ae, qu. 17, art. 5, ad 2. Du côté du sujet, il y a un juste milieu dans notre tendance vers Dieu à cause du mode sous lequel nous atteignons Dieu dans les vertus théologales. Acte simple, Dieu nous est connu dans la foi sous un mode complexe, ce qui nous laisse la possibilité de faire des propositions contraires sur lui. Semblablement, dans l'espérance, nous sommes obligés, pour espérer, de faire une comparaison entre le bien espéré et nous, pour constater ou non la proportion de notre condition avec le but à atteindre : tantôt l'objet nous semble trop ardu, et il y a désespoir; tantôt nous estimons trop proche la proportion, et nous tombons dans la présomption; d'où la nécessité, de notre côté, d'une règle qui nous permette de nous tenir dans un juste milieu entre deux extrêmes, et c'est le sentiment exact de nos relations avec Dieu vis-à-vis de la béatitude.
— Du côté de l'objet secondaire, il est plus facile de trouver un milieu et des extrêmes, parce que la relation des biens créés à l'espérance est prise de leur ordre à la béatitude; ils ne doivent donc être ni trop désirés, ni trop dédaignés, mais espérés parce que conduisant à la béatitude : c'est la règle même imposée à la prière. Mais il reste que dans l'acte même de l'espérance, il n'y a pas à craindre d'être trop ordonné à son objet Dieu, et de trop s'appuyer sur lui.
[17] Ibid., sol. 3. — S. Thomas ne veut pas dire que le magnanime ne prendrait appui que sur sa puissance, tandis que celui qui espère ferait appel au secours d'autrui; il dit formellement que l'espérance peut aussi bien s'appuyer à autrui qu'au sujet lui-même; mais il déclare que le magnanime recherche les grands biens proportionnés à ses forces, à toutes celles qui sont à sa disposition, qui forment sa personnalité, dont il se sert à son gré comme d'énergies personnelles; aussi la magnanimité demeure-t-elle dans le domaine des opérations humaines, tandis que l'espérance théologale a pour objet la possession d'un bien ardu qui ne peut être atteint que par le secours d autrui, qui est Dieu. Quant à l'espérance naturelle, elle peut avoir pour motif, soit les forces personnelles du sujet, soit celles d'autrui mises à sa disposition, sans pour cela changer de nature: passion sensible, elle a besoin de la vertu de magnanimité pour la rectifier; sentiment volontaire, elle se différencie elle-même de la magnanimité qui a pour siège l'irascible sensible. Sous tous les modes, et malgré les rapports certains entre elles, l'espérance se différencie d'avec la magnanimité.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:01 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Lun 14 Fév 2011, 7:22 pm
L'espérance est-elle une vertu distincte des autres vertus théologales ?
DIFFICULTES : L'espérance ne semble pas être une vertu distincte des autres vertus théologales. En effet :
1 Les habitus se distinguent d'après leurs objets. Or c'est un môme objet que celui de l'espérance et des autres vertus théologales. Donc l'espérance ne se distingue pas des autres vertus théologales.
2. Le symbole de notre foi nous déclare : "J'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir". Or l'attente de la béatitude future relève de l'espérance. L'espérance ne se distingue donc pas de la foi.
3. Par l'espérance, l'homme tend à Dieu. Mais c'est là le rôle propre de la charité. L'espérance ne se distingue donc pas de la charité.
CEPENDANT, où il n'y a pas de distinction, il n'y a pas de nombre. Or on énumère l'espérance avec les autres vertus théologales : S. Grégoire dit en effet dans ses Morales qu'il y a trois vertus, la foi, l'espérance et la charité. L'espérance est donc une vertu distincte des autres vertus théologales.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:02 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Mar 15 Fév 2011, 8:26 pm
L'espérance est-elle une vertu distincte des autres vertus théologales ? (suite)
CONCLUSION : Une vertu est appelée théologale de ce qu'elle a Dieu comme objet auquel elle adhère. Mais on peut adhérer à un être de deux façons : à cause de lui-même, et parce que par lui on passe à autre chose. La charité fait que l'homme adhère à Dieu à cause de Dieu même, en unissant la volonté de l'homme à Dieu par un sentiment d'amour. Mais l'espérance et la foi font que l'homme adhère à Dieu comme
à un principe d'où nous viennent certains biens.
— Or de Dieu nous viennent et la connaissance de la vérité et l'acquisition du bien parfait. La foi fait que l'homme adhère à Dieu, principe de la connaissance du vrai; nous croyons en effet que les propositions sont vraies, qui nous sont dites par Dieu. L'espérance fait que l'homme adhère à Dieu, principe de notre bien parfait; par l'espérance, en effet, nous nous appuyons au secours divin pour obtenir la béatitude.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:03 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Mer 16 Fév 2011, 9:08 pm
SOLUTIONS : 1. C'est sous des raisons diverses que Dieu est objet des vertus théologales. Or pour la distinction des habitus il suffit d'un aspect différent de l'objet [18].
2. L'attente prend place dans le symbole de la foi, non qu'elle soit un acte propre de la foi, mais parce que l'espérance présuppose la foi, comme le dira l'article suivant; et c'est ainsi que l'acte de foi se manifeste par l'acte d'espérance.
3. L'espérance fait tendre vers Dieu comme vers un bien final à obtenir et comme vers un secours propre à aider efficacement. Mais la charité, à proprement parler, fait tendre vers Dieu en une union affective de l'homme et de Dieu, de sorte que l'homme ne vive plus pour lui-même, mais pour Dieu.
[18] Qu. 17, art. 6, sol. 1. — Les trois vertus théologales, foi, espérance et charité, ont exactement dans le concret le même objet, Dieu. Mais chacune l'atteint sous un aspect spécial; il y a différenciation de raison, non de réalité, c'est ainsi que Dieu, en tant que Vérité Première, est objet de la foi; en tant que Souverain Bien en lui-même et pour lui-même, il est objet de la charité; en tant que Souveraine Bonté pour nous, il est objet de l'espérance. C'est bien la même réalité qui est au terme des trois vertus, mais parce que puissances et habitus prennent leurs différences, non de la différence réelle des objets, mais des aspects divers de ces objets, ce sont ces raisons multiples qui fondent des objets propres et, par suite, nécessitent des puissances et des habitus différents. Il y a à ce point unité entre l'objet des trois vertus qu'on n'arrive guère à les définir l'une sans l'autre.
"La foi, dit saint Paul, dans l'Epître aux Hébreux, est une réalisation de ce qu'on espère, une assurance de ce qu'on ne voit pas". Son objet non vu, mais espéré, est Dieu en sa Vérité Première, connu tel qu'il est, et voici que cette connaissance sans voile n'est autre chose que la béatitude, fin de l'espérance : le terme de l'espérance est la pleine possession, comme celui de la foi est la vision face à face. Sans doute, il demeure bien une différence entre l'acte de la vision et celui de la compréhension, mais la compréhension ne fait qu'ajouter une relation volontaire à la fin possédée. D'autre part, la fin même de la charité vient se confondre avec celle des deux autres vertus; en voyant Dieu, on le possède pleinement, et on jouit parfaitement de lui comme d'une fin ultime comblant le désir, dans l'union par l'amour parfait. Si d'ailleurs cette possession dans la charité ne se terminait pas au même objet que l'espérance, le mouvement de cette vertu demeurerait vis-à-vis de l'objet espéré, car l'objet de la possession doit être le bien ultime, sans aucune référence à plus que lui, et c'est Dieu. Le système théologal tout entier est ordonné à Dieu, et seuls les aspects divers sous lesquels nous l'atteignons fondent des vertus différentes.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:04 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Jeu 17 Fév 2011, 7:42 pm
L'espérance précède- t-elle la foi ?
DIFFICULTES : Il semble bien que l'espérance précède la foi. En effet :
1. A propos de la parole du Psaume, "Espère en Dieu et fais le bien", la Glose dit que "l'espérance est l'entrée de la foi, le commencement du salut". Or le salut se fait par la foi, principe de notre justification. L'espérance précède donc la foi.
2. Ce qu'on met dans la définition d'une réalité, doit être antérieur à cette réalité, et mieux connu. Or on place l'espérance dans la définition de la foi; ainsi voit-on dans l'Epître aux Hébreux : "La foi est la substance des réalités qu'on espère". L'espérance est donc antérieure à la foi.
3. L'espérance précède l'acte méritoire. L'Apôtre dit en effet que « celui qui laboure doit travailler avec l'espoir de récolter des fruits ». Or l'acte de foi est méritoire. L'espérance précède donc la foi.
CEPENDANT, l'Evangile de S. Matthieu nous dit :"Abraham engendra Isaac", c'est-à-dire "la foi engendra l'espérance", ainsi que le commente la Glose.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:05 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Ven 18 Fév 2011, 7:58 pm
L'espérance précède- t-elle la foi ? (suite)
CONCLUSION : La foi, d'une façon absolue, précède l'espérance. L'objet de l'espérance, en effet, est un bien futur, difficile à poursuivre, et qu'il est cependant possible d'atteindre. Pour que quelqu'un puisse espérer, il est donc requis que l'objet de l'espérance lui soit proposé comme possible. Or l'objet de l'espérance est, sous un mode, la béatitude éternelle, et, sous un autre mode, le secours divin. Et l'un et l'autre objets nous sont proposés par la foi qui nous apprend que nous pouvons parvenir à la vie éternelle et qu'à cette fin un secours divin nous a été préparé; c'est ce que dit l'Epître aux Hébreux : "Celui qui s'approche de Dieu doit croire qu'il existe et que de plus il est un rémunérateur pour ceux qui le cherchent". Ainsi est-il manifeste que la foi précède l'espérance. [19]
[19] Qu. 17, art. 7, conclusion. — Voir Appendice II, Renseignements techniques, p. 216 et suiv.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:06 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Sam 19 Fév 2011, 9:28 pm
SOLUTIONS : 1. La Glose ajoute, au même passage, qu'on dit de l'espérance qu'elle est l'entrée de la foi, c'est-à-dire de la réalité à laquelle on croit, parce que c'est au moyen de l'espérance que l'homme est introduit dans la vision des réalités de la foi. Ou bien encore on peut l'appeler l'entrée de la foi, parce que l'espérance apporte à l'homme plus de stabilité et de perfection dans la foi [20].
2. Dans la définition de la foi, on met « les réalités qu'on espère » parce que l'objet propre de la foi est une réalité qui par essence n'est pas actuellement objet de vision. Par suite il fut nécessaire de le désigner au moyen d'une circonlocution, par la réalité qui vient ensuite de la foi.
3. Tout acte méritoire n'est pas précédé de l'espérance, mais il lui suffit d'avoir une espérance qui l'accompagne ou qui le suive [21].
[20] Ibid., sol. 1. — L'espérance peut précéder la foi en intention. C'est ainsi que la simple proposition à un homme des biens éternels à acquérir peut engager celui-ci à les vouloir, puis à les aimer, puis à les espérer, enfin à les croire, et, par ce moyen de la foi, à les espérer vraiment et à les aimer et enfin à les posséder. Mais ce n'est là qu'accidentel et ce n'est pas la véritable espérance. Sous un autre mode, l'adhésion que l'espérance implique aux biens éternels et la volonté qu'elle comporte de les atteindre peuvent agir puissamment pour renforcer la persévérance dans la foi et sa fermeté, car on croit plus facilement et plus intensément ce qu'on désire et ce qu'on espère.
[21] Ibid., sol. 3. — Toute œuvre méritoire implique l'espérance parce qu'elle a nécessairement pour origine la charité; or celle-ci ne se conçoit pas sans l'espérance. Mais quand les trois vertus sont infusées en même temps, il peut y avoir acte de charité sans acte d'espérance qui le précède; il suffit d'une concomitance implicite.
ROBERT. le Dim 20 Fév 2011, 6:27 pm
ARTICLE 8. La charité est-elle antérieure à l'espérance ?
DIFFICULTÉS : Il semble que la charité soit antérieure à l'espérance.
1. S. Ambroise, commentant le texte de S. Luc, "Si vous aviez la foi gros comme un grain de sénevé, etc.", nous dit que "de la foi sort la charité, et de la charité l'espérance". Mais la foi est antérieure à la charité. Donc la charité est antérieure à l'espérance.
2. Saint Augustin déclare que "les bons mouvements et les bons sentiments viennent de l'amour et d'une sainte charité". Or espérer, en tant qu'acte de l'espérance, est un bon mouvement de l'âme. L'espérance dérive donc de la charité.
3. Le Maître des Sentences affirme que "l'espérance vient des mérites qui précèdent, non seulement la réalité espérée, mais aussi l'espérance, elle-même précédée, par nature, de la charité". La charité est donc antérieure à l'espérance.
CEPENDANT, l'Apôtre dit que "la fin du précepte est la charité, qui procède d'un cœur pur et d'une bonne conscience", "c'est-à-dire de l'espérance", commente la Glose. L'espérance est donc antérieure à la charité.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:07 pm, édité 1 fois
ROBERT. le Lun 21 Fév 2011, 7:24 pm
ARTICLE 8. La charité est-elle antérieure à l'espérance ? (suite]
CONCLUSION : Il faut concevoir l'ordre sous un double mode. D'une part, il y a l'ordre de la génération et de la nature, selon lequel l'imparfait est antérieur au parfait; d'autre part, l'ordre de la perfection et de la forme, selon lequel ce qui est parfait est par nature antérieur à ce qui est imparfait.
— Dès lors, sous le premier aspect, l'espérance est antérieure à la charité. En effet, l'espérance, comme tout mouvement du désir, dérive de l'amour. Or il y a un amour parfait et un amour imparfait; l'amour parfait est celui par lequel une personne est aimée pour elle-même, comme quelqu'un à qui nous voulons du bien : ainsi l'amour de l'homme pour son ami; l'amour imparfait est celui par lequel nous aimons une réalité, non pas en elle-même, mais pour que le bien qu'elle constitue nous parvienne à nous-mêmes : ainsi l'homme qui aime une chose qu'il convoite. L'amour pour Dieu, au premier sens, se rattache à la charité qui adhère à Dieu pour lui-même; mais l'espérance relève du second amour, car celui qui espère a l'intention d'obtenir quelque chose pour lui-même. Et c'est pourquoi, dans la voie de la génération, l'espérance est antérieure à la charité : de même en effet que l'homme en arrive à aimer Dieu parce que la crainte de la punition divine le fait cesser son péché, comme le dit S. Augustin, de même aussi l'espérance introduit à la charité, en tant que l'espoir d'être récompensé par Dieu excite l'homme à l'aimer et à garder ses commandements [22].
— Mais selon l'ordre de la perfection, la charité est première par nature. Et c'est pourquoi, quand apparaît la charité, l'espérance devient plus parfaite, car c'est dans nos amis que nous mettons le plus d'espoir. Et c'est sous ce mode que S. Ambroise affirme que l'espérance vient de la charité.
[22] Qu. 17, art. 8, conclusion. — Ce n'est pas seulement l'espérance de la béatitude elle-même qui pousse à aimer Dieu pour lui-même, mais encore tous les biens secondaires ordonnés à la possession du ciel, les bienfaits déjà reçus comme les récompenses espérées. Parmi les causes de la charité, S. Thomas réduit cette espérance à la cause matérielle, à une disposition à l'amour. Bien entendu, ce n'est là qu'une introduction, et la charité consiste à aimer Dieu pour lui-même.
Dernière édition par ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 2:07 pm, édité 1 fois (Raison : balisage)
ROBERT. le Mar 22 Fév 2011, 1:55 pm
L’ESPÉRANCE EN ELLE-MÊME.
ARTICLE 8. La charité est-elle antérieure à l'espérance ? (suite)
SOLUTIONS : 1. La conclusion suffit pour résoudre la première difficulté.
2. L'espérance, comme tout mouvement du désir, prend son origine dans un certain amour, celui même du bien qu'on attend. Cependant toute espérance ne vient pas de la charité, mais seulement le mouvement de 1'espérance informée par la charité qui nous fait espérer de Dieu comme d'un ami [23].
3. Le Maître des Sentences parle ici de l'espérance informée que, par nature, précèdent la charité et les mérites causés par la charité.
[23] Ibid., sol. 2. — Voir Appendice II, Renseignements techniques, p. 220 et suiv.
à suivre: question 18: LE SUJET DE L’ESPÉRANCE.…
ROBERT. le Mer 23 Fév 2011, 3:10 pm
IIa-IIæ, qu. 18, par J. Le Tilly, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:
LE SUJET DE L'ESPÉRANCE.
En suite de l'objet de l'espérance, nous devons nous occuper de son sujet. A ce propos se posent quatre questions :
1. La vertu d'espérance a-t-elle la volonté pour sujet ?
2. Existe-t-elle chez les Bienheureux ?
3. Les damnés ont-ils l'espérance ?
4. L'espérance des vivants1 est-elle certaine ?
1 Nous traduisons par « vivant » le mot « "viator", qui signifie la qualité de celui qui est encore sur la voie conduisant à Dieu et à la béatitude, le voyageur, le pèlerin, le chemineau. Il n'y a pas de terme équivalent en français.
ROBERT. le Mer 23 Fév 2011, 7:42 pm
L’espérance a-t-elle la volonté pour sujet ?
DIFFICULTÉS : Il semble que l'espérance n'ait pas la volonté pour sujet.
En effet : 1. L'objet de l'espérance est un bien ardu. Or ce qui est difficile n'est pas objet de la volonté, mais de l'irascible. L'espérance n'est donc pas dans la volonté, mais dans l'irascible.
2. Là où suffit une seule chose, il est superflu d'en joindre une autre. Or pour rendre parfaite la puissance volontaire, la charité suffit, qui est la plus parfaite des vertus. L'espérance n'est donc pas dans la volonté.
3. Une seule puissance ne peut se porter à la fois sur deux actes : ainsi l'intelligence ne peut pas en même temps comprendre plusieurs idées. Or l'acte d'espérance peut exister concurremment avec l'acte de charité; et comme l'acte de charité relève manifestement de la volonté, l'acte d'espérance ne s'y rattache pas. L'espérance n'est donc pas dans la volonté.
CEPENDANT, l'âme n'est capable de posséder Dieu que dans l'esprit [24], qui comporte mémoire, intelligence et volonté, au dire de S. Augustin. Or l'espérance est une vertu théologale qui a Dieu pour objet. Comme elle n'est ni dans la mémoire, ni dans l'intelligence, qui dépendent de la faculté de connaissance, il reste qu'elle a la volonté pour sujet.
[24] Qu. 18, art. 1. cependant. — Pour S. Augustin, comme pour S. Thomas, le terme "mens" n'est pas l'équivalent du terme "anima". Dans sa terminologie, il désigne, dans l'âme, cette cime, cette part excellente de l'esprit qui est le sujet propre de la grâce, laquelle est participation de la vie divine.
ROBERT. le Jeu 24 Fév 2011, 8:16 pm
L’espérance a-t-elle la volonté pour sujet ? (suite)
CONCLUSION : Les habitus sont connus par les actes. Or l'espérance est un certain mouvement de la puissance appétitive, puisque son objet est un bien. Mais il y a un double désir dans l'homme : le désir sensible, qui se divise en irascible et concupiscible, et le désir intellectuel, qu'on appelle volonté; d'autre part, les mouvements qu'on trouve dans le désir inférieur, liés à des passions, ont leur réplique, mais sans aucune passion, dans le désir supérieur.
— Par ailleurs, l'acte de la vertu d'espérance ne peut relever du désir sensible, car le bien qui forme l'objet principal de cette vertu n'est pas un bien sensible, mais le bien divin. Et c'est pourquoi l'espérance a pour sujet le désir supérieur appelé volonté, et non le désir inférieur, auquel se rattache l'irascible.

References: art. 1
 art. 2
 art. 3
 art. 2
 § 2
 art. 4
 l'article 1
 art. 5
 art. 4
 art. 5
 art. 6
 art. 7
 art. 8
 art. 1