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dictionnaire:auscultare5 [Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin]
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5.4.1. Relations intersubjectives
5.4.2. Relations intrasubjectives alternantes et graduelles
5.4.3. Relations synonymiques
Auscultare a reçu dans l’Antiquité deux types d’analyse morphologique, l’une étant plus ou moins érudite et l’autre, tout à fait populaire.
Dans la mesure où la diphtongue initiale s’était maintenue, les grammairiens latins y ont vu un mot composé, dont le premier élément correspondait au thème de auris (cf. § 5.2).
En revanche, la réduction de la diphtongue en latin parlé (cf. § 1.2) a abouti à deux résultats différents, surtout à l’époque tardive. D’une part, la monophtongaison de [au]- en [o]- a favorisé l’apparition de la forme hypercorrecte obscultare (ops-). D’autre part, l’élimination du u en présence d’un autre u dans la syllabe suivante a produit la variante ascultare qui, malgré le rejet des grammairiens (ausculta non asculta, Caper, GLK VII 108, 6), a eu un grand succès dans les langues romanes1) (cf. § 7.1). Mais, par graphie inverse (graphie ab- pour a- fondée sur l’usage de la graphie a- pour ab-), cette forme ascultare fut aussi écrite abscultare, forme constante chez Grégoire de Tours, destinée à se poursuivre en roman et similaire à obscultare, comme s’il existait un verbe -cultare doué de plusieurs préverbe.
Les auteurs latins ont, à juste titre, rapproché ce verbe et audire du substantif auris « oreille » :
Varr. L. 6, 83 : Ab auribus uerba uidentur dicta audio et ausculto .
« Il semble que les verbes audio (j’entends) et ausculto (j’écoute) aient été appelés d’après les oreilles. » (traduction P. Flobert, 1985, CUF)
Cependant, Varron subordonne l’origine d’auscultare à audire, en raison de sa synonymie à l’égard d’oboedire :
Ibid. : Ab audiendo etiam auscultare declinatum, quod hi auscultare dicuntur qui auditis parent.
«De audire a été tiré auscultare (écouter), parce que, dit-on, écoutent ceux qui obéissent à ce qu’ils ont entendu. » (traduction P. Flobert, 1985, CUF)
Nonius Marcellus, en plus de gloser auscultare par audire (p. 370 L, 15), établit une comparaison avec spectare « regarder » (ibid. 19-20), qui est l’équivalent d’auscultare dans le champ sémantique de uidēre « voir » :
Afran. Le Beau-fils, 260 :
Auscultare, uidere, spectare.
Afranius Priuigno : Vidisti ludos ? Hinc auscultaui procul.
« As-tu vu les jeux ? D’ici je les ai écoutés à distance » (CUF).
Mais avant tout il l’explique par obsequi (« obéir de bon gré ») à partir d’exemples de Pacuvius, Ennius et Caecilius : Auscultare est obsequi .
Pacuuius, Chryse (85) : magis audiendum quam auscultandum censeo.
« Je suis d’avis qu’il faut écouter plutôt qu’obéir. »
Ennius, Melanippa (247) : mi ausculta, nate ; pueros cremari iube.
« Ecoute-moi, mon fils ; fais brûler les jeunes gens. »
Caecilius, Symbolo (196) : audire , ignoti quod imperant, soleo, non auscultare .
« J’ai l’habitude d’écouter ce que les ignorants ordonnent, mais non d’y obéir. »
Auscultāre n’a qu’un seul composé préverbal : sub-auscultāre (« écouter en cachette »). Il est employé par Plaute (2) et Cicéron (3) et modifie le signifié du verbe simple en y ajoutant le sème ‘furtif’, de façon analogue à d’autres composés de sub- : sublegere « recueillir furtivement », subtrahere « soustraire »2). D’après la règle qui veut que l’on puisse employer le verbe simple avec le sens du verbe composé (simplex pro composito), auscultāre peut remplir cette même fonction à l’aide du contexte (cf. A.2 : Pl. As. 586-588 : subauscultemus … tacite auscultemus)3).
Par ailleurs, auscultare est à l’origine de trois substantifs dérivés, plutôt rares : auscultā-tor, -ōris (M.), nom d’agent, est employé par Cicéron avec un sens issu de A.1 (« écouter »), pour désigner une classe d’auditeur, sans le sens judiciaire de disceptātor (« arbitre ») :
Cic. Part. 10 : Auditorum [si] eam genere distingui. Nam aut auscultator modo est qui audit, aut disceptator .
« Qu’elle se traite différemment suivant ceux qui écoutent. En effet ceux qui écoutent sont là soit tout simplement pour entendre, soit pour juger » (traduction H. Bornecque, 1924, CUF).
En revanche, chez Apulée (M. 7, 16 : mandati dominici … auscultator), il correspond au sens B du verbe (« obéir ») et désigne l’obéissant.
On trouve la même répartition sémantique pour le substantif auscultā-tiō, -ōnis (F.), qui exprime l’action d’« obéir » chez Plaute (Rud. 502) et celle d’« écouter » chez Sénèque (Tranq. 12, 7), et pour le substantif auscultā-tus, -ūs (M.), qui correspond à l’action d’« obéir » chez Apulée (M. 6, 13, 1) et à celle d’« écouter » chez Fulgentius (Virg. p. 86, 6).
(Relations intersubjectives et intrasubjectives s’intègrent dans un ample système de classes et sous-classes sémantiques : voir GARCÍA-HERNÁNDEZ,
2013 : « Le système classématique des relations intersubjectives et intrasubjectives ».)
Auscultare exprime avant tout et fondamentalement l’attention auditive (A), même s’il glisse vers les champs de l’obéissance (B) ou de la croyance (C). Il entre dans des relations intersubjectives avec les verbes qui indiquent l’émission d’un son, particulièrement avec les uerba dicendi (loqui, dicere, etc.) et d’autres verbes analogues (docere, iubere, etc.). Ces relations sont intersubjectives sur le plan paradigmatique, ce qui signifie que, tout en faisant partie du même procès, leurs termes exigent des sujets différents, comme dans le premier exemple. En revanche, la référence au même sujet sur le plan syntagmatique implique la répétition de la même relation (loquor .- ausculta ; loquere .- ausculto), comme dans le deuxième exemple :
Pl. Am. 300 :
Clare a<d>uorsum fabulabor, †hic auscultet quae loquar .
« Parlons haut bien en face, de manière qu’il m’entende. » (traduction A. Ernout, 1932, CUF).
Pomp. Atell. 12 :
Atque auscultare disce, si nescis loqui .
« Et apprends à écouter, si tu ne sais pas parler. »
Pl. Merc. 465 :
Dico iam tibi. :: Auscultabitur .
« Je te le dis une fois de plus :: On obéira. » (traduction A. Ernout, CUF, 1936)
Cat. Agr. 5, 3 : cui iussus siet, auscultet .
« Qu’il écoute, celui qui a été prié d’écouter. » (traduction R. Goujard, 1975, CUF)
C’est pourquoi, après les expressions qui font référence à la source d’un son ou d’un message (aliquem auscultare, cf. § 4.2), les substantifs du champ sémantique du son (uocem) ou les phrases qui contiennent un verbe complémentaire (quae loquitur) sont caractéristiques du champ sémantique d’audire.
Ces relations classématiques ont aussi un caractère paradigmatique, de façon qu’au sein du même procès, leurs termes se présentent dans une succession alternante ou graduelle. Du point de vue synchronique, elles configurent les limites et les structures fondamentales des champs sémantiques. Et du point de vue diachronique, elles tracent les grandes lignes des glissements sémasiologiques.
5.4.2.1. Relations intrasubjectives alternantes
Au contraire de la relation intersubjective loqui .- auscultare, la paire loqui | tacere compose une relation intrasubjective de classe alternante, ce qui signifie que, à l’égard du même sujet, ces deux actions, qui ne peuvent être simultanées, constituent les termes d’une alternance. D’autre part, l’action de « se taire » se présente come une condition favorable à celle d’« écouter » dans le développement du dialogue ainsi qu’à celle d’« écouter en épiant » (auscultare, subauscultare) :
Pl. St. 197 :
Quae loquitur auscultabo, prius quam conloquar.
« Écoutons ce qu’il dit, avant de l’aborder. » (traduction A. Ernout, 1938, CUF)
Tacitus auscultabat quae ego loquebar.
« Il écoutait sans rien dire ce que je disais. » (traduction A. Ernout, 1933, CUF)
Pl. As. 586-588 :
Subauscultemus … tacite auscultemus.
« Prêtons l’oreille en douce … Chut ! écoutons. » (traduction A. Ernout, 1932, CUF)
5.4.2.2. Relations intrasubjectives graduelles
A. Dans le champ sémantique d’audire, auscultare compose une séquence d’aspect graduel ‘non résultatif’ → ‘résultatif’ (« écouter » → « entendre ») avec l’archilexème (cf. § 4.2 : ausculta … audiui) :
Pl. Ps. 523 :
« Je suis curieux de l’entendre, par Hercule ; car j’ai plaisir à t’écouter. » (traduction A. Ernout, 1938, CUF)
Vulg. Num. 23, 18 : Sta Balac et ausculta; audi fili Sephor.
« Lève-toi, Balaq, et écoute, prête-moi l’oreille, fils de ippor. » (traduction La Bible de Jérusalem, 1973, Cerf)
Or, auscultare est un verbe caractéristique d’un bas niveau de langue ; en fait, il est employé par les auteurs ou dans les ouvrages qui sont considérés comme des sources du latin « vulgaire ». Par conséquent, l’opposition auscultare → audire appartient à cette strate de la langue, qui est à l’origine des langues romanes. Dans un niveau de langue plus savant, on emploie attendere à sa place4):
Cic. Clu. 156 : Vos auditis et attenditis silentio.
« Vous, vousêtes attentifs et vous écoutez en silence. » (traduction P. Boyancé, 1954, CUF).
En outre, tous les lexèmes appartenant au champ sémantique de l’audition, qu’il s’agisse de l’archilexème audire ou d’un autre, fonctionnent comme termes ‘non résultatifs’ des lexèmes du champ sémantique de « savoir » (scire). Cette relation est particulièrement remarquable lorsque auscultare prend la valeur « écouter furtivement » de subauscultare (A.2), qui exclut le dialogue direct ; ainsi dans le troisième exemple :
Ter. Ad. 679 : Pater, obsecro, ausculta! :: Aeschine audiui omnia et scio.
« Père, je t’en supplie, écoute-moi ! :: Eschine, j’ai tout appris et je suis au courant. » (traduction J. Marouzeau, 1949, CUF)
Pl. Pers. 701 :
Ausculta ergo, ut scias .
« Écoute donc, tu le sauras. » (traduction A. Ernout, 1937, CUF)
Pl. Merc. 477 :
omnia ego istaec auscultaui ab ostio; omnem rem scio.
« J’écoutais de cette porte; je sais tout. » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
B. Le champ sémantique de parēre, où auscultare s’est déplacé (B), est également en relation de continuité avec celui d’audire. Et en tant que lexème signifiant « obéir », la place qu’il occupe ne se situe plus avant audire, mais après :
Cat. Orat. 40, 1 (Gell. 1, 15, 9) : Itaque auditis, non auscultatis, tamquam <ph>armacopolam.
« Aussi l’entendez-vous sans l’écouter, comme un charlatan. » (traduction M. Chassignet, 1986, CUF).
Caecil. Com. 196 : audire, ignoti quod imperant, soleo, non auscultare.
« J’ai l’habitude d’écouter ce qu’ordonnent les ignorants, mais non d’y obéir. »
C’est ainsi qu’auscultare devient un terme ‘non résultatif’ par rapport à oboedire, qui est un composé d’audire :
Pl. Mil. 805 sq. :
PA. Nunc tu ausculta mi, Pleusicles.
:: PL. Tibi sum oboediens .
« Palestrion : Maintenant, Pleusiclès, à ton tour de m’écouter. :: Pleusiclès : Je suis prêt à t’obéir. » (traduction A. Ernout, 1936, CUF)
C. Pour finir, auscultare constitue aussi un terme ‘non résultatif’ par rapport à credere (C). C’est une évolution moins notable que la précédente. Cependant, l’emploi de Pacuvius, glosé par obsequi chez Nonius (cf. § 5.2), est plus proche de credere que d’oboedire:
Pacuv. Tr. 104-106 W :
… nam isti qui linguam auium intelligunt
Magis audiendum quam auscultando censeo.
« En effet, ceux qui comprennent la langue des oiseaux et en savent plus d’après le foie d’un autre que d’après le leur, je suis d’avis qu’il vaut mieux leur prêter l’oreille que leur accorder foi. »
D’autres exemples postérieurs confirment cette position aspectuelle d’auscultare par rapport à credere :
Arn. 2, 2 : Cui auscultare deberetis et credere .
Mais si l’attention n’est pas suivie de l’adhésion, auscultare reste un lexème du champ sémantique originel, celui d’audire (A) :
Apul. Socr. 162 : Sed omnes silentio auscultant aut ingrata auguria Heleni aut incredita uaticinia Cassandrae.
« Tous écoutent en silence les prédictions d’Hélénus sans lui en savoir gré, ou les prophéties de Cassandre sans y ajouter foi. » (traduction J. Beaujeu, 1973, CUF)
Il n’y a pas de synonymes5) plus proches que ceux qui appartiennent au même champ sémantique. Par conséquent, le synonyme par excellence d’auscultare est évidemment audire, suivant la glose de Nonius (p. 370, 15 : auscultare, audire). Or, le premier est un terme d’aspect ‘non résultatif’ et le deuxième un terme d’aspect ‘résultatif’ ; c’est pourquoi les formes d’infectum d’audire, particulièrement l’impératif, se rapprochent mieux d’auscultare :
Hier. Ep. 58, 9 : audi ergo, mi conserue, amice, germane, ausculta paulisper […].
« Écoute-moi donc, mon compagnon de travail, mon ami, mon frère, entends un peu […]. »
Vulg. Num. 23, 18 : ausculta ; audi (cf. § 5.4.2.A).
« Écoute ; prête-moi l’oreille »
En revanche, le perfectum d’audire se rapproche davantage de l’infectum de scire : audiui omnia et scio (Ter. Ad. 679 sq.: cf. § 5.4.2.A).
Moins proches sont les synonymes d’autres champs qui appartiennent à la même classe sémantique, c’est-à-dire, dans le cas de notre verbe, celle des verbes à l’aspect ‘non résultatif’ et ‘duratif’. Ainsi, auscultare devient synonyme des verbes et des expressions qui expriment l’idée générale de l’attention (attendere, operam dare, animum aduertere), et plus particulièrement d’attendere, qui occupe la même place au niveau savant de la langue (cf. § 5.4.2.A) :
Vulg. Is. 42, 23 : Quis est in uobis qui audiat hoc adtendat et auscultet futura.
« Qui, parmi vous, prête l’oreille à cela ? Qui fait attention et désormais écoute ? » (traduction Bible de Jérusalem, 1973, Cerf)
Pl. As. 649 : Auscultate atque operam date et mea dicta deuorate.
« Prêtez-moi l’oreille tous les deux, faites attention, et dévorez mes paroles. » (traduction A. Ernout, 1932, CUF)
Pl. St. 546 : Ausculto atque animum aduorto sedulo.
« J’écoute, je suis tout oreilles. » (traduction A. Ernout, 1938, CUF)
Auscultare est facilement joint à spectare (cf. § 5.2), obseruare et adseruare, verbes de la vigilance visuelle du champ voisin, qui partagent classes aspectuelles (‘non résultative’ et ‘durative’) et régime syntaxique. Il a aussi le même sens prospectif qu’exspectare (« attendre ») :
Pl. Truc. 598 sq. :
Mansit, auscultauit, obseruauit
quam rem geram.
« Il est resté malgré tout à écouter, à épier tout ce que je fais. » (traduction A. Ernout, 1961, CUF)
Pl. Truc. 95 sq. :
Ad fores auscultate atque adseruate aedis,
ne quis…
« Ayez l’oreille au guet, et gardez bien la maison, qu’aucun […]. » (traduction A. Ernout, 1961, CUF)
Pl. Trin. 148 :
« Je suis tout oreilles; tu n’as qu’à parler. » (traduction A. Ernout, 1961, CUF)
Pl. Trin. 98 :
« J’attends que tu veuilles bien parler. » (traduction A. Ernout, 1961, CUF)
1) VÄÄNÄNEN (1981, § 61).
2) GARCÍA-HERNÁNDEZ (1980, 205 sq.).
3) GARCÍA-HERNÁNDEZ (1977, 123 sq.).
4) GARCÍA-HERNÁNDEZ (1977, 120 sq.).
5) Nous entendons par synonymie une relation de similarité des signifiés et non pas une relation d’égalité des signifiés, ce qui obligerait à parler presque toujours de parasynonymie. Lorsque les rhéteurs et les grammairiens latins définissent les synonymes comme uerba idem significantia (« des mots qui désignent la même chose »), il ne s’agit jamais de la même signification, mais de la même désignation. Ainsi, si Quintilien (9, 3, 45 sq.) présente comme synonymes quatre verbes employés par Cicéron dans les Catilinaires (abiit, excessit, erupit, euasit : Cic. Cat. 2, 1), ce n’est pas parce que ces verbes auraient le même signifié, mais bien parce qu’ils décrivent le même fait, qu’ils ont donc la même référence. Quant à leurs significations respectives, elles ne sont que similaires. On les appellera pourtant des synonymes ; cf. GARCÍA-HERNÁNDEZ (1997, 15-18 ; 2003, 134-136).
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