Source: http://jesusmarie.free.fr/1a_q_118.htm
Timestamp: 2017-10-17 20:43:24+00:00

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Question 118 : De la propagation de l’homme quant à l’âme
Nous avons ensuite à traiter en dernier lieu de la propagation de l’homme Nous la considérerons : 1° par rapport à l’âme ; 2° par rapport au corps. — Par rapport à l’âme trois questions se présentent : 1° L’âme sensitive se transmet-elle par la génération ? (D’après saint Thomas, l’âme sensitive n’étant pas une forme subsistante, rien n’empêche qu’elle ne soit produite par l’acte de la génération. Etant née du corps, elle meurt avec lui, après en avoir partagé toutes les destinées.) — 2° L’âme intellective se transmet-elle aussi de cette manière ? (Origène et les priscillianistes ont avancé que les âmes humaines avaient été créées dès le commencement du monde ; Tertullien, Apollinaire et quelques auteurs d’Occident ont enseigné qu’elles étaient produites par la génération ; que l’âme du fils venait de l’âme du père, comme le corps du fils vient du corps du père. Cat article attaque toutes ces erreurs.) — 3° Toutes les âmes ont-elles été créées en même temps ? (La persistance des âmes a été l’erreur, comme nous l’avons dit (art. préc., note ci-dessus des origénistes et des priscillianistes. Elle a été condamnée par le concile de Constantinople (sess. 1, can. 6) et par le pape saint Léon Ier (Epist. ad Turibium, episc. Astur. et Epist. ad Julianum).)
Article 1 : L’âme sensitive se transmet-elle par la génération ?
Objection N°1. Il semble que l’âme sensitive ne se transmette pas par la génération, mais qu’elle soit créée de Dieu. Car toute substance parfaite qui n’est pas composée de matière et de forme, quand elle commence à exister, ne doit pas l’être à la génération, mais à une création, parce qu’un être ne peut être engendré que de la matière. Or, l’âme sensitive est une substance parfaite ; autrement elle ne pourrait mouvoir le corps, et puisqu’elle est la forme du corps elle n’est pas composée de matière et de forme. Donc elle ne reçoit pas l’être par génération, mais par création.
Réponse à l’objection N°1 : L’âme sensitive n’est pas une substance parfaite qui subsiste par elle-même, et il est inutile de répéter ici ce que nous avons déjà dit (quest. 75, art. 3).
Objection N°2. Le principe de la génération dans les êtres vivants existe par la puissance génératrice qui est inférieure à l’âme sensitive puisqu’on la range parmi les facultés de l’âme végétative. Or, l’action d’un être ne s’étend pas au-delà de son espèce. Donc l’âme sensitive ne peut avoir pour cause la faculté génératrice de l’animal.
Réponse à l’objection N°2 : La force génératrice n’engendre pas seulement par sa vertu propre, mais encore par la vertu de l’âme entière dont elle est une puissance. C’est pourquoi la vertu génératrice de la plante engendre la plante, tandis que celle de l’animal engendre l’animal. Car plus l’âme est parfaite et plus est parfait aussi l’effet que la vertu génératrice est destinée à produire.
Objection N°3. Tout générateur engendrant un être qui lui ressemble, il faut donc que la forme de l’être engendré existe actuellement dans la cause même de la génération. Or, l’âme sensitive n’existe pas actuellement dans le sang générateur. Elle n’existe ni par elle-même ni par l’une de ses parties, parce qu’il n’y a aucune partie de l’âme sensitive qui n’existe dans quelque partie du corps, et que d’ailleurs le sperme ne renferme aucune partie du corps, parce que toutes ces particules sont produites par le sang générateur et par sa vertu. Donc l’âme sensitive n’est pas l’effet de la génération.
Réponse à l’objection N°3 : La vertu active qui émane de l’âme de celui qui engendre est une sorte de mouvement qui procède de l’âme du générateur et qui n’est ni son âme, ni une partie de son âme, et qui n’est en lui que virtuellement. Car la forme d’un lit n’existe pas dans la scie ou dans la hache qui ont servi à le faire ; il n’y a dans ces instruments que le mouvement qui l’a produite (Il ne nous a pas paru utile de développer davantage cette réponse et de reproduire la quatrième objection que se fait saint Thomas, avec la solution qu’il y donne.).
Mais c’est le contraire La vertu du sang générateur est aux animaux qu’il engendre ce que la vertu des éléments est aux animaux qu’ils produisent, par exemple au moyen de la putréfaction. Or, les âmes de ces animaux sont produites par la vertu qui existe dans ces éléments, suivant ces paroles de la Genèse (1, 20) : Que les eaux produisent des animaux à âme vivante. Donc les animaux qui sont engendrés séminalement sont produites par la vertu de la semence génératrice.
Conclusion L’âme sensitive n’étant pas créée de Dieu, puisque ce n’est pas une chose subsistante, il faut qu’elle soit produite par les corps qui dans l’acte de la génération mettent en action une substance intermédiaire qui est elle-même le principe générateur ; dans ce sens on dit avec raison que l’âme sensitive se transmet avec la semence génératrice.
Il faut répondre qu’il y a des philosophes qui ont avancé que les âmes sensitives des animaux étaient créées par Dieu. Cette opinion serait admissible si l’âme sensitive était une chose subsistante, ayant l’être et l’action par elle-même. Car si elle avait une existence propre et une action indépendante des organes, il faudrait qu’elle eût été produite directement. Et comme une chose simple et subsistante ne peut être faite que par création, il s’ensuivrait que l’âme sensitive aurait été créée. Mais il est faux de supposer que l’âme sensitive ait une existence et une action propres, comme nous l’avons dit (quest. 75, art. 3), parce que s’il en était ainsi elle ne se corromprait pas quand le corps se corrompt. C’est pourquoi l’âme sensitive n’étant pas une forme subsistante, elle existe à la manière des autres formes corporelles qui n’ont pas d’existence propre et qui n’existent qu’autant que les êtres composés qu’elles animent subsistent par elles. D’où il suit que ce sont ces êtres composés qui sont produits. Et comme celui qui engendre est semblable à celui qui est engendré, il faut que l’âme sensitive aussi bien que toutes les autres formes de la même espèce soient naturellement produites par des agents corporels qui transforment la matière en la faisant passer par la vertu qui est en eux de la puissance à l’acte. Or, plus un agent est puissant et plus il étend au loin son action, comme plus un corps est chaud et plus il fait sentir au loin sa chaleur. Les corps inanimés, qui sont placé au-dessous des autres dans l’ordre de la nature, engendrent leur semblable par eux-mêmes sans aucune substance intermédiaire, comme le feu engendre le feu par lui-même. Les corps animés, qui sont plus puissants, et par conséquent plus aptes à engendrer leur semblable, agissent sans intermédiaire et par un intermédiaire. Ainsi dans l’acte de la nutrition ils n’en emploient point ; la chair produit la chair. Mais dans l’acte de la génération ils en emploient un, parce qu’il s’échappe de l’âme de celui qui engendre une sorte vertu active qui féconde la semence de l’animal ou de la plante, comme il émane de l’agent principal une certaine force motrice qui agit sur l’instrument. Et comme on peut dire indifféremment d’une chose qu’elle est mue par la cause instrumentale ou par la cause principale, de même on peut dire également que l’âme de l’être engendré a pour cause l’âme de celui qui engendre ou la vertu qui en découle et qui est renfermée dans la semence génératrice.
Article 2 : L’âme intellective est-elle produite par la génération ?
Objection N°1. Il semble que l’âme intellective soit produite par la génération. Car il est dit dans la Genèse (46, 26) : Toutes les âmes qui sont sorties du sang de Jacob sont au nombre de soixante-six. Or, il ne sort du sang de l’homme que ce qui est produit par voie de génération. Donc l’âme intellective est produite de la sorte.
Réponse à l’objection N°1 : Dans ce passage de l’Ecriture, la partie est prise pour le tout ; on dit l’âme pour l’homme tout entier.
Objection N°2. Comme nous l’avons prouvé (quest. 76, art. 3), l’âme intellective, sensitive et nutritive est substantiellement la même dans l’homme. Or, l’âme sensitive est produite dans l’homme aussi bien que dans les autres animaux par voie de génération. C’est ce qui a fait dire à Aristote (De Gen. anim., liv. 2, chap. 3) que l’animal et l’homme ne sont pas produits simultanément, mais que l’animal existe d’abord. Donc l’âme intellective est produite par la génération.
Réponse à l’objection N°2 : Il y a des philosophes qui ont dit que les fonctions vitales qu’on remarque dans l’embryon ne viennent pas de l’âme du fœtus, mais de l’âme de sa mère ou de la vertu formative qui existe dans le sang générateur. Ces deux opinions sont également fausses. Car les fonctions vitales, comme sentir, se nourrir s’accroître, ne peuvent avoir pour cause un principe extérieur. Il faut donc dire que l’âme préexiste dans l’embryon ; au début elle est nutritive, elle devient ensuite sensitive et enfin elle est intellective. Il y a d’autres philosophes qui disent qu’au-dessus de l’âme végétative qui existe d’abord survient une autre âme qui est l’âme sensitive, et qu’au-dessus de celle-ci se place en dernier lieu l’âme intellective. Ils reconnaissent donc dans l’homme trois âmes, dont l’une est en puissance relativement à l’autre. Nous avons prouvé la fausseté de ce système (quest. 76, art. 3). C’est ce qui a fait dire à d’autres philosophes que l’âme qui était d’abord végétative devient ensuite sensitive par l’action de la vertu séminale, et de sensitive elle parvient en dernier lieu à être intellective, non par l’activité de la semence génératrice, mais par la vertu d’un agent supérieur, c’est-à-dire de Dieu qui éclaire l’âme extérieurement. C’est ce qui fait dire à Aristote (ibid., chap. 33) que l’intellect vient du dehors. Mais il ne peut en être ainsi : 1° Parce qu’aucune forme substantielle n’est susceptible de plus et de moins. Du moment où l’on y ajoute une perfection nouvelle, elle change d’espèce, comme l’addition d’une unité change l’espèce dans les nombres. Il n’est donc pas possible qu’une forme qui reste numériquement la même soit de diverses espèces. 2° Parce qu’il s’ensuivrait que la génération d’un animal serait un mouvement continu qui va insensiblement de l’imparfait au parfait, comme il arrive dans l’altération d’une substance quelconque. 3°Parce qu’il résulterait de là que la génération de l’homme ou de l’animal n’est pas une génération absolue, puisque son sujet serait un être en acte. Car si l’âme végétative existe dès le commencement dans l’embryon et qu’ensuite elle s’élève peu à peu jusqu’à la perfection de l’âme intellective, elle acquerra toujours une perfection nouvelle sans détriment de sa perfection antérieure, ce qui est contraire à l’essence de la génération absolue. 4° Parce que ce qui est l’effet de l’action de Dieu est quelque chose qui subsiste ou qui ne subsiste pas. Dans la première hypothèse il faut que cet effet diffère par son essence de la forme préexistante, qui n’était pas subsistante, et alors on retombe dans l’opinion de ceux qui veulent dans le corps il y ait plusieurs âmes. Dans la seconde on doit le regarder comme une perfection de l’âme préexistante, et alors il s’ensuit nécessairement que l’intellect se corrompt quand le corps se corrompt lui-même, ce qui répugne. — Enfin il y a une autre opinion qui est celle des philosophes qui n’admettent qu’un seul intellect pour tous, ce que nous avons réfuté (quest. 76, art. 1 et 2 et quest. 79, art. 4 et 5). — Il faut donc répondre que la génération d’un être étant toujours la corruption d’un autre, il est nécessaire d’admettre que dans l’homme aussi bien que dans les animaux l’avènement d’une forme parfaite n’a lieu qu’autant que la forme antérieure se corrompt, de telle sorte que la forme nouvelle comprend tout ce qui était dans l’ancienne et quelque chose de plus (Il va sans dire que l’on n’est point obligé d’accepter cette explication. Il est de foi que l’âme intelligente n’est pas produite par la génération, mais qu’elle est créée. Comment s’unit-elle au corps ? Chacun est libre à cet égard d’avoir son sentiment.). C’est ainsi que par le moyen de plusieurs générations et de plusieurs corruptions successives on arrive à la dernière forme substantielle dans l’homme aussi bien que dans les autres animaux, et c’est ce qu’on peut observer d’une manière sensible dans les animaux engendrés par la putréfaction. On doit donc reconnaître que Dieu a créé l’âme intellective pour la génération de l’homme, et que cette âme est tout à la fois sensitive et nutritive du moment que les formes préexistantes disparaissent.
Objection N°3. C’est un seul et même agent qui produit la forme et la matière, autrement la forme et la matière ne formeraient pas absolument un être unique. Or, l’âme intellective est la forme du corps humain qui a lui-même pour cause la vertu séminale. Donc l’âme intellective est produite par le même agent.
Réponse à l’objection N°3 : Cette raison est applicable à des agents divers qui ne sont pas subordonnées les uns aux autres. Mais quand il y a plusieurs agents subordonnés, rien n’empêche que la vertu de l’agent supérieur ne s’étende à la dernière forme, tandis que les agents inférieurs ne peuvent avoir d’autre influence que de disposer la matière. Ainsi la vertu séminale dispose la matière, tandis que la vertu de l’âme donne la forme dans la génération de l’animal. Or, il est évident, d’après ce que nous avons dit (quest. 110, art. 1), que toute la nature corporelle agit comme l’instrument de la vertu spirituelle et principalement de Dieu. C’est pourquoi il n’y a pas de répugnance à ce que le corps soit formé par une vertu corporelle et que l’âme intellective ait Dieu seul pour auteur.
Objection N°4. L’homme engendre son semblable sous le rapport de l’espèce. Or, ce qui constitue l’espèce humaine c’est une âme raisonnable. Donc l’âme raisonnable vient du principe générateur.
Réponse à l’objection N°4 : L’homme engendre son semblable, dans le sens que la vertu séminale dispose la matière à recevoir la forme humaine.
Objection N°5. Il n’est pas convenable de dire que Dieu coopère à l’acte des pécheurs. Or, s’il créait les âmes raisonnables, il lui arriverait de coopérer au crime des adultères dont le commerce illicite engendre quelquefois des enfants. Donc les âmes raisonnables ne sont pas créées par Dieu.
Réponse à l’objection N°5 : Dans l’adultère l’acte de la nature est bon, et Dieu y coopère. Il n’y a que le dérèglement de la passion qui soit un mal et Dieu n’y coopère pas.
Mais c’est le contraire Car il est dit (De Eccles. dogm., chap. 14) que les âmes raisonnables ne sont pas produites par voie de génération.
Conclusion L’âme intellective étant une substance immatérielle et subsistante qui a son existence propre et qui doit être produite directement, elle est nécessairement créée par Dieu et il est hérétique de dire qu’elle se transmette par voie de génération.
Il faut répondre qu’il est impossible que la vertu active qui existe dans la matière produise un effet immédiat. Or, il est évident que le principe intellectuel dans l’homme est un principe supérieur à la matière. Car ses fonctions n’ont rien de commun avec le corps. C’est pourquoi il est impossible que la vertu séminale produise ce principe. De plus, la vertu séminale agissant par la puissance même de l’âme de celui qui engendre, puisque c’est l’âme qui, dans l’acte de la génération, met en mouvement le corps, et l’intellect n’ayant d’ailleurs rien de commun avec le corps dans ses fonctions, il s’ensuit que le principe intellectuel ne peut être comme tel l’effet de la génération. Aussi Aristote dit (De Gen anim., liv. 2, chap. 3) : Il n’y a que l’intellect qui vienne nécessairement d’une cause extérieure. Une nouvelle preuve de ce fait, c’est que l’âme intellective, ayant une vie et une action propre subsiste sans le corps, comme nous l’avons dit (quest. 75, art. 2). Elle doit donc être produite directement, et puisqu’elle est une substance immatérielle elle ne peut être produite par voie de génération ; il faut que Dieu la crée. Par conséquent, supposer que l’âme intellective est l’effet de la génération, c’est supposer qu’elle n’est pas subsistante et qu’elle se corrompt en même temps que le corps. C’est donc une hérésie de dire que cette âme se transmet par la génération (Ce serait une hérésie, parce que dans ce cas il faudrait admettre, ou que l’âme n’est pas substantielle, ou qu’elle est matérielle ; ce qui est contraire à la doctrine catholique. Cependant ce point n’a pas été clairement défini dès le commencement. Car, à ce sujet, il y a du doute dans saint Augustin, saint Grégoire, saint Eucher, Salvien, Cassiodore et Raban Maur. Mais le sentiment contraire a été vivement soutenu par saint Jérôme (Epist. Ad August. Cont. Ruffin.), par saint Hilaire (De Trin., liv. 10), par saint Ambroise (De Paradiso), par saint Cyrille d’Alexandrie ; saint Grégoire de Nysse, saint Chrysostome et tous les docteurs d’Orient.).
Article 3 : Les âmes humaines ont-elles toutes été créées simultanément dès le commencement du monde ?
Objection N°1. Il semble que les âmes humaines aient été toutes créées simultanément dès le commencement. Car il est dit dans la Genèse (2, 2) : Dieu se reposa de toutes les œuvres qu’il avait faites. Or, il n’en serait pas ainsi s’il créait chaque jour de nouvelles âmes. Donc toutes les âmes ont été créées simultanément.
Réponse à l’objection N°1 : Il n’est pas dit que Dieu ait cessé toute action au septième jour, puisque Notre-Seigneur dit lui-même dit (Jean, 5, 17) : Mon Père travaille jusqu’aujourd’hui. Ces paroles signifient seulement que Dieu a cessé de produire de nouveaux genres et de nouvelles espèces qui n’aient pas préalablement existé de quelque manière dans ses premières œuvres. Car les âmes qu’il crée maintenant ont préexisté selon la ressemblance de leur espèce dans ses premières œuvres parmi lesquelles il a créé l’âme d’Adam (Voyez cette même réponse, quest. 73, art. 2).
Objection N°2. Les substances spirituelles appartiennent surtout à la perfection de l’univers. Si donc les âmes étaient créées en même temps que les corps, chaque jour une multitude innombrable de substances spirituelles s’ajouteraient à la perfection du monde ; par conséquent, l’univers n’aurait pas été parfait dès le commencement, ce qui contredirait les paroles de la Genèse, qui dit que Dieu a complété toute son œuvre (2, 2).
Réponse à l’objection N°2 : On peut chaque jour ajouter à la perfection de l’univers relativement au nombre des individus, mais non relativement au nombre des espèces.
Objection N°3. La fin d’une chose répond à son commencement. Or, l’âme intellective subsiste après la destruction du corps. Donc elle a commencé d’exister avant.
Réponse à l’objection N°3 : Si l’âme subsiste sans le corps cela provient de la corruption même du corps qui est une conséquence du péché. Il n’eût donc pas été convenable que les œuvres de Dieu eussent ainsi commencé ; car, comme le dit la Sagesse (1, 13) : Ce n’est pas Dieu qui a fait la mort, mais ce sont les impies qui l’ont appelée à eux par leurs œuvres et leurs paroles.
Mais c’est le contraire Car il est dit (Lib. de Eccles. dogm., chap. 14 et 18) que l’âme est créée en même temps que le corps.
Conclusion L’âme qui existe sans le corps n’ayant pas la perfection de sa nature et Dieu n’ayant pas commencé son œuvre par des choses imparfaites, on doit absolument reconnaître que les âmes sont créées en même temps que les corps qu’elles animent.
Il faut répondre qu’il y a des philosophes qui ont supposé que l’âme intellective était unie au corps qu’accidentellement, et qu’elle était de même nature que les substances spirituelles qui n’y sont pas unies. C’est ce qui leur a fait croire que les âmes humaines ont été créées dès le comment avec les anges (Cette hérésie est venue de Platon, qui faisait de l’âme simplement le moteur du corps.). Mais cette opinion est fausse. 1° Elle l’est radicalement. Car si l’âme n’était unie au corps qu’accidentellement, il s’ensuivrait que l’homme qui est l’effet de cette union n’existerait que par accident, ou que l’âme serait l’homme, ce qui est une erreur, comme nous l’avons prouvé (quest. 75, art. 4). D’ailleurs, nous avons vu que l’âme humaine n’est pas de même nature que les anges, parce qu’elle n’a pas la même manière de concevoir (quest. 55, art. 2). Car l’homme comprend en recevant des sens des images sensibles, comme nous l’avons dit (quest. 84, art. 7), et c’est pour ce motif que son âme a besoin d’être unie à un corps pour s’aider de l’action de la partie sensitive, tandis qu’on ne peut pas dire la même chose de l’ange. 2° La fausseté de cette opinion est évidente d’après son hypothèse elle-même. En effet, s’il est naturel à l’âme quand elle existe d’être unie à un corps, il est contraire à sa nature d’exister sans ce corps, et ainsi sa nature n’est pas parfaite. Or, il n’eût pas été convenable que Dieu eût commencé son œuvre par quelque chose d’imparfait et de contraire à la nature. Car il n’a pas fait l’homme sans pieds et sans mains, parce que ce sont des membres qui lui sont naturels, et à plus forte raison n’a-t-il pas fait l’âme sans le corps. D’un autre côté, si l’on dit qu’il n’est pas naturel à l’âme d’être unie au corps, il faut alors chercher le motif pour lequel elle lui est unie. On est forcé de dire que c’est le fait de sa volonté, ou d’attribuer ce phénomène à une autre cause. Si l’on dit que c’est le fait de sa volonté, il semble qu’il y ait en cela répugnance. 1° Parce que si l’âme n’avait pas besoin du corps il semblerait déraisonnable qu’elle voulût lui être unie. Et si elle en avait besoin, son union avec lui serait naturelle, puisque la nature ne fait pas défaut en ce qui est nécessaire. 2° Parce qu’il n’y aurait pas de raison pour qu’une âme qui a été créée dès le commencement du monde veuille après un certain laps de temps s’unir à un corps. Car les substances spirituelles sont supérieures au temps, comme étant au-dessus des révolutions des sphères célestes. 3° Parce qu’il semblerait que l’union d’une âme à un tel corps serait l’effet du hasard, puisqu’elle résulterait du concours fortuit de deux volontés celle de l’âme qui s’unirait au corps, et celle de l’homme qui l’engendrerait. Si on prétend que l’âme est unie au corps contrairement à sa volonté et à sa nature, il faut alors attribuer cette union à une cause violente, et la considérer comme un châtiment et comme une peine. On retombe en ce cas dans l’erreur d’Origène, qui supposait que les âmes étaient unies aux corps en punition d’une faute (Cette erreur était aussi celle de de Priscillien, car le canon 6 du concile de Bragance est ainsi conçu : Si quis animas humanas dicit priùs in cælesti habitatione peccasse et per hoc in corpore humano interjectas, sicut Priscillianus dixit, anathema sit.). Puisque tous ces systèmes sont insoutenables, il faut donc reconnaître simplement que les âmes n’ont pas été créées avant les corps, mais qu’elles le sont en même temps que ceux qu’elles animent.

References: art. 3
 art. 3
 art. 3
 art. 3
 art. 1
 art. 4
 art. 1
 art. 2
 art. 2
 art. 4
 art. 2
 art. 7