Source: http://jesusmarie.free.fr/2a2ae_q085.htm
Timestamp: 2018-10-18 18:11:13+00:00

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Question 85 : Des choses que les fidèles donnent à Dieu et d’abord du sacrifice
Après avoir parlé de l’adoration, nous avons à nous occuper des actes par lesquels on offre à Dieu des choses extérieures. — A cet égard il y a deux sortes de considérations à faire : la première a pour objet les choses que les fidèles donnent à Dieu ; la seconde regarde les vœux par lesquels on lui fait des promesses. Sur la première nous avons à parler des sacrifices, des oblations, des prémices et des dîmes. — Au sujet des sacrifices il y a quatre questions à faire : 1° L’offrande des sacrifices à Dieu appartient-elle à la loi de nature ? (L’Ecriture paraît insinuer que le sacrifice appartient à la loi de nature ; car elle parle des sacrifices de Caïn et d’Abel, de Noé et des autres patriarches qui ont vécu avant la loi écrite.) — 2° Ne doit-on offrir le sacrifice qu’à Dieu ? (Cet article réfute l’hérésie des satanistes, qui prétendaient que l’on devait offrir des sacrifices au démon ; il attaque tous les cultes idolâtriques, et il détermine le sens catholique du culte des saints.) — 3° L’oblation du sacrifice est-elle un acte spécial de vertu ? (Le sacrifice étant un acte de religion, il faut pour l’offrir un prêtre et un autel. Sous la loi de nature, les chefs de famille et les aînés ont rempli les fonctions sacerdotales ; sous la loi de Moïse, cet honneur appartenait exclusivement à la famille d’Aaron ; et sous la loi de grâce, il appartient aux évêques et aux prêtres.) — 4° Tous les hommes sont-ils tenus à offrir le sacrifice ?
Article 1 : L’offrande d’un sacrifice à Dieu appartient-elle à la loi naturelle ?
Objection N°1. Il semble que l’offrande d’un sacrifice à Dieu n’appartienne pas à la loi naturelle. En effet, les choses qui sont de droit naturel sont communes à tous les hommes. Or, il n’en est pas ainsi des sacrifices. Car nous lisons que les uns offrirent en sacrifice du pain et du vin, comme le fit Melchisédech (Gen., chap. 14), et les autres d’autres choses, telles que des animaux. L’oblation des sacrifices n’est donc pas de droit naturel.
Réponse à l’objection N°1 : Comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 95, art. 2), il y a des choses qui sont en général de droit naturel, et dont les déterminations sont de droit positif. Ainsi la loi naturelle veut que les malfaiteurs soient punis ; mais c’est à la loi divine ou humaine à dire s’ils recevront tel ou tel châtiment. De même l’oblation du sacrifice en général appartient à la loi de nature. C’est pourquoi tous les hommes sont d’accord sur ce point ; mais la détermination des sacrifices est de droit humain ou divin (Sous la loi de nature, les hommes ont déterminé la nature des sacrifices ; Dieu l’a fait ensuite sous l’Ancien et le Nouveau Testament.), et c’est ce qui fait qu’ils diffèrent à cet égard.
Objection N°2. Tous les justes ont observé ce qui est de droit naturel. Or, on ne voit pas qu’Isaac ait offert un sacrifice, ni Adam, dont il est dit cependant (Sag., 10, 2) que la sagesse le tira de son péché. L’oblation du sacrifice n’est donc pas de droit naturel.
Réponse à l’objection N°2 : Adam et Isaac, ainsi que les autres justes, ont offert à Dieu un sacrifice, selon qu’il convenait à leur temps, comme on le voit dans saint Grégoire, qui dit (Mor., liv. 4, chap. 3) que les anciens obtenaient la rémission du péché originel, en offrant des sacrifices. Il n’est pas fait mention dans l’Ecriture de tous les sacrifices des justes ; mais il est seulement parlé de ceux qui ont été remarquables par quelques circonstances particulières. Cependant on peut donner une raison de ce qu’il n’est rien dit des sacrifices offerts par Adam ; c’est que, comme on avait marqué en lui la source du péché, on ne voulait pas y désigner simultanément l’origine de la sanctification. Quant à Isaac, il fut la figure du Christ en ce qu’il fut offert lui-même en sacrifice ; il ne fallait donc pas qu’il le figurât comme sacrificateur.
Objection N°3. Saint Augustin dit (De civ. Dei, liv. 10, chap. 5, 6 et 19) que l’on offre des sacrifices pour signifier quelque chose. Or, les mots, qui sont les principaux signes de la pensée, d’après ce même docteur (De doct. christ., liv. 2, chap. 3), n’ont pas de signification naturelle, mais une signification arbitraire, suivant Aristote (Perih., liv. 1, chap. 2). Les sacrifices n’appartiennent donc pas à la loi naturelle.
Réponse à l’objection N°3 : Il est naturel à l’homme d’exprimer ses pensées ; quant à la détermination des signes elle est laissée à son arbitraire.
Mais c’est le contraire. Dans tous les temps et chez toutes les nations on offrit toujours des sacrifices. Or, ce qui se trouve chez tous les peuples paraît être naturel. L’oblation des sacrifices est donc de droit naturel.
Conclusion La raison naturelle nous dit que comme on fait des offrandes aux seigneurs temporels pour reconnaître leur domination, de même nous devons offrir à Dieu, comme au souverain seigneur de tout ce qui existe, des choses sensibles, en signe de la soumission et de la gloire qui lui sont dues.
Il faut répondre que la raison naturelle dit à l’homme de se soumettre à son supérieur, à cause des défauts qu’il sent en lui, et pour lesquels il a besoin d’être dirigé ou d’être aidé par quelqu’un qui soit au-dessus de lui. Quel que soit cet être, tout le monde lui donne le nom de Dieu. Or, comme dans la nature les choses inférieures sont naturellement soumises à celles qui leur sont supérieures ; de même la raison naturelle dit à l’homme qu’il doit à sa manière, conformément à l’inclination de sa nature, un tribut d’hommage et de soumission à celui qui est au-dessus de lui. Et, puisque le mode le plus convenable à l’homme pour exprimer ses pensées, c’est d’avoir recours aux signes sensibles, parce que c’est par les choses sensibles que la connaissance se développe ; il s’ensuit que la raison porte naturellement l’homme à faire usage de ces choses sensibles, en les offrant à Dieu en signe de la soumission et de l’honneur qui lui sont dus, par analogie avec ceux qui offrent à leurs maîtres quelque chose en reconnaissance de leur pouvoir. Et comme c’est là ce qui constitue l’essence du sacrifice, il s’ensuit que son oblation appartient au droit naturel (Ce n’est cependant pas un des principes premiers du droit naturel, mais c’est une conséquence qui en découle, et c’est pour ce motif qu’il peut se faire que cette idée ne soit pas connue de tout le monde.).
Article2 : N’y a-t-il qu’à Dieu qu’on doive offrir des sacrifices ?
Objection N°1. Il semble qu’on ne doive pas sacrifier qu’au Dieu suprême. Car, puisqu’on doit lui offrir un sacrifice, il semble qu’on doive aussi en offrir un à tous ceux qui sont participants de sa divinité. Or, les saints deviennent participants de la nature divine, d’après saint Pierre (2 Pierre, chap. 1), et c’est d’eux que David dit (Ps. 81, 6) : Vous êtes des dieux. Les anges sont aussi appelés les enfants de Dieu, comme on le voit (Job, chap. 1). On doit donc offrir un sacrifice à toutes ces créatures.
Réponse à l’objection N°1 : Le nom de la Divinité est communiqué à certaines créatures, non adéquatement, mais par participation. C’est pour cela qu’on ne leur rend pas le même honneur qu’à Dieu.
Objection N°2. Plus quelqu’un est élevé et plus on doit lui rendre d’honneurs. Or, les anges et les saints sont bien supérieurs aux princes de la terre ; et cependant les sujets de ces derniers, en se prosternant devant eux et en leur offrant des présents, les honorent bien plus qu’on ne pourrait le faire, en offrant un animal ou toute autre chose en sacrifice. Donc à plus forte raison peut-on offrir un sacrifice aux anges et aux saints.
Réponse à l’objection N°2 : Dans l’oblation du sacrifice on ne considère pas le prix de l’animal immolé, mais le sens de cette immolation que l’on fait en honneur du roi souverain de tout l’univers. Ainsi, comme le dit saint Augustin (De civ. Dei, liv. 10, chap. 19), les démons ne se réjouissent pas de l’odeur des victimes, mais des honneurs divins qu’ils reçoivent.
Objection N°3. On élève des temples et des autels pour offrir des sacrifices. Or, on élève des temples et des autels pour les anges et les saints. On peut donc aussi leur offrir des sacrifices.
Réponse à l’objection N°3 : Comme l’observe saint Augustin (De civ. Dei, liv. 8, chap. ult.), nous n’élevons pas des temples (On élève des temples sous le vocable ou le patronage de la sainte Vierge et des saints, mais c’est à Dieu qu’on les dédie.) aux martyrs ; nous n’avons en leur honneur ni pontifes, ni cérémonies, ni sacrifices, parce qu’ils ne sont pas nos dieux, mais que leur Dieu est le nôtre. Aussi le prêtre ne dit pas (Le concile de Trente s’est servi de ces mêmes paroles (sess. 22, can. 31 : Quamvis in honorem et memoriam sanctorum nonnullas interdùm missas Ecclesia celebrare consueverit, non tamen illis sacrificium offerri decet, sed Deo soli, qui illos coronavit. Undè nec sacerdos dicere solet : offero tibi sacrificium, Petre, vel Paule, etc.) : Je vous offre un sacrifice, Pierre ou Paul ; mais nous rendons grâces à Dieu pour leurs victoires, et nous nous exhortons à les imiter.
Mais c’est le contraire. Il est dit (Ex., 22, 20) : Celui qui sacrifie à d’autres dieux qu’au Seigneur, sera mis à mort.
Conclusion Puisqu’il n’y a que Dieu qui soit le créateur de nos âmes et qui les béatifie, nous ne devons sacrifier qu’à lui.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. préc.), l’oblation du sacrifice se fait pour signifier quelque chose. Le sacrifice que l’on offre extérieurement indique le sacrifice spirituel intérieur par lequel l’âme s’offre elle- même à Dieu, d’après ces paroles du Psalmiste (Ps. 50, 19) : Le sacrifice que demande le Seigneur est celui d’un esprit affligé ; parce que, comme nous l’avons vu (quest. 81, art. 7, et quest. 84, art. 1), les actes extérieurs de religion se rapportent aux actes intérieurs. Or, l’âme s’offre à Dieu en sacrifice, comme au principe de sa création et comme à la fin de sa béatification. La vraie foi nous enseigne qu’il n’y a que Dieu qui soit le créateur de nos âmes, comme nous l’avons prouvé (1a pars, quest. 118, art. 2), et c’est en lui seul que consiste notre béatitude, ainsi que nous l’avons observé (1a 2æ, quest. 2 et 3). C’est pourquoi, comme nous ne devons offrir un sacrifice spirituel qu’au Dieu suprême, de même nous ne devons offrir qu’à lui des sacrifices extérieurs. C’est ainsi que dans la prière et la louange, nous adressons les paroles qui les expriment à celui auquel nous offrons les pensées mêmes que nous formons dans notre propre cœur. D’ailleurs dans tout Etat nous voyons qu’il y a des honneurs particuliers réservés au souverain, et si on les accordait à un autre, ce serait un crime de lèse-majesté. C’est pourquoi dans la loi divine la peine de mort est portée contre ceux qui rendent aux autres des honneurs divins.
Article 3 : L’oblation du sacrifice est-elle un acte spécial de vertu ?
Objection N°1. Il semble que l’oblation du sacrifice ne soit pas un acte spécial de vertu. Car saint Augustin dit (De civ. Dei, liv. 10, chap. 6) : Le vrai sacrifice est toute œuvre que nous faisons pour nous unir à Dieu d’une sainte union. Or, toute bonne œuvre n’est pas un acte spécial d’une vertu déterminée. L’oblation du sacrifice n’en est donc pas un non plus.
Réponse à l’objection N°1 : Dès que nous voulons nous unir à Dieu d’une union spirituelle, cet acte appartient au respect que nous lui devons ; c’est pourquoi tous les actes de vertu ont la nature du sacrifice par là même qu’on les fait pour être uni à Dieu de cette manière.
Objection N°2. La macération du corps, qui est l’effet du jeûne, appartient à l’abstinence ; celle qui est l’effet de la continence appartient à la chasteté, et celle qui consiste dans le martyre appartient à la force. Toutes ces choses paraissent être comprises sous l’oblation du sacrifice, d’après ces paroles de saint Paul (Rom., 1, 21) : Offrez-lui vos corps comme une hostie vivante. Car il dit ailleurs (Héb., 13, 16) : Souvenez-vous d’exercer la charité, et de faire part de vos biens aux autres ; parce que c’est par de semblables hosties qu’on se rend semblable à Dieu. Or, ces actions que l’Apôtre recommande appartiennent à la charité, à la miséricorde et à la libéralité. L’oblation du sacrifice n’est donc pas un acte spécial d’une vertu déterminée.
Réponse à l’objection N°2 : Il y a pour l’homme trois espèces de bien. Le premier est le bien de l’âme, que l’on offre à Dieu dans le sacrifice intérieur par la dévotion, la prière et les autres actes intérieurs de cette nature ; ce sacrifice est le principal. Le second est le bien du corps que l’on offre à Dieu d’une certaine façon, par le martyre, l’abstinence ou la continence. Le troisième est le bien des choses extérieures que l’on offre à Dieu en sacrifice, directement quand nous lui offrons immédiatement ce que nous possédons ; médiatement, quand nous les donnons au prochain à cause de lui.
Objection N°3. Le sacrifice paraît être ce qu’on offre à Dieu. Or, il y a beaucoup de choses qu’on offre à Dieu, comme la dévotion, la prière, les dîmes, les prémices, les oblations et les holocaustes. Le sacrifice ne paraît donc pas être un acte spécial d’une vertu déterminée.
Réponse à l’objection N°3 : Il y a sacrifices proprement dits, quand on fait subir quelque changement (Ce changement de la chose offerte doit avoir lieu dans l’action du sacrifice, mais non pas avant ou après.) aux choses que l’on offre à Dieu ; comme quand on tuait les animaux et qu’on les brûlait, ou comme quand on rompt le pain, qu’on le mange et qu’on le bénit. C’est d’ailleurs ce que le mot indique ; car on dit sacrifice, parce que l’on fait quelque chose de sacré. Il y a oblation directement, quand on offre à Dieu une chose sans lui faire subir aucun changement ; comme on dit qu’on offre des deniers ou des pains sur l’autel, sans leur faire éprouver aucune altération. Ainsi tout sacrifice est une oblation, mais non réciproquement. Les prémices sont des oblations, parce qu’on les offrait à Dieu, comme on le voit (Deut., chap. 26) ; mais elles ne sont pas des sacrifices, parce qu’on n’opérait religieusement aucun changement à leur égard. Mais les dîmes, à proprement parler, ne sont ni des sacrifices, ni des oblations, parce qu’elles ne se rapportent pas immédiatement à Dieu, mais à ses ministres (D’après les différentes conditions que saint Thomas exige pour le sacrifice, on peut le définir, avec la plupart des théologiens : Oblatio rei sensibilis, a legitimo ministro facta Deo, per realem immutationem ad agnoscendum supremum ejus dominium nostramque subjectionem.).
Mais c’est le contraire. La loi renferme des préceptes spéciaux sur îles sacrifices, comme on le voit au commencement du Lévitique.
Conclusion Puisque l’oblation des sacrifices est louable parce que c’est une manière de rendre hommage à Dieu, il est évident que cet acte appartient à la religion.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 18, art. 6 et 7), quand l’acte d’une vertu se rapporte à la fin d’une autre vertu, il participe en quelque sorte à son espèce, comme quand on vole pour faire une fornication, le vol reçoit en quelque sorte la tache de la fornication elle-même, de telle sorte que s’il n’était pas déjà un péché par lui-même, il deviendrait coupable par là même qu’il a la fornication pour fin. Ainsi donc le sacrifice est un acte spécial qui est louable parce qu’il a pour but d’honorer la Divinité ; c’est pourquoi il appartient à une vertu déterminée, c’est-à-dire à la religion. Or, il arrive que les autres actes de vertu que l’on fait se rapportent aussi à la gloire de Dieu, comme quand on fait l’aumône avec son propre bien pour Dieu, ou quand on soumet son propre corps à quelque mortification dans le même but. C’est pour cette raison que les actes des autres vertus peuvent être aussi appelés des sacrifices (Ils ne méritent ce nom que dans le sens large du mot, comme on donne à tous les chrétiens le nom de prêtres (1 Pierre, chap. 2 ; Apoc., chap. 1).). Cependant il y a des actes qui ne sont louables que parce qu’ils sont faits pour témoigner à Dieu le respect qu’on lui doit. Ce sont ces actes qui reçoivent, à proprement parler, le nom de sacrifice, et ils appartiennent à la vertu de religion.
Article 4 : Tout le monde est-il tenu d’offrir des sacrifices ?
Objection N°1. Il semble que tous les hommes ne soient pas tenus d’offrir des sacrifices. Car, d’après l’Apôtre (Rom., 3, 19), ce que la loi dit s’adresse à ceux qui sont sous la loi. Or, la loi sur les sacrifices n’a pas été donnée à tous les hommes, mais seulement au peuple juif. Tout le monde n’est donc pas obligé d’offrir des sacrifices.
Réponse à l’objection N°1 : Tous les hommes n’étaient pas tenus à ces sacrifices particuliers qui étaient commandés dans la loi ; mais ils étaient tenus à quelques sacrifices intérieurs ou extérieurs (Ils étaient tenus au sacrifice intérieur du cœur et à l’offrande de leurs actes de vertu ; les autres sacrifices ne regardaient que les prêtres.), comme nous l’avons dit (dans le corps de cet article.).
Objection N°2. On offre des sacrifices à Dieu pour signifier quelque chose. Or, il n’appartient pas à tout le monde de comprendre ces significations. Tout le monde n’est donc pas tenu d’offrir des sacrifices.
Réponse à l’objection N°2 : Quoique tous ne connaissent pas explicitement la vertu des sacrifices (Il suffit qu’ils soient unis implicitement avec l’Eglise, qui est l’interprète de leurs pensées et de leurs sentiments.), cependant ils la connaissent tous implicitement, comme ils ont la foi implicite, ainsi que nous l’avons vu (quest. 2, art. 6 et 7).
Objection N°3. Les prêtres sont appelés sacerdotes, parce qu’ils offrent à Dieu un sacrifice (sacrificium). Or, tous les hommes ne sont pas prêtres. Ils ne sont donc pas tous tenus à offrir des sacrifices.
Réponse à l’objection N°3 : Les prêtres offrent des sacrifices qui se rapportent spécialement au culte divin, non seulement pour eux, mais encore pour les autres ; mais il y a d’autres sacrifices que chacun peut offrir à Dieu pour soi, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (dans le corps de cet article et art. 2 et 3).
Mais c’est le contraire. L’oblation du sacrifice appartient à la loi de nature, comme nous l’avons vu (art. 1). Or, tous les hommes doivent faire ce qui est de la loi de nature. Ils sont donc tous tenus à offrir à Dieu un sacrifice.
Conclusion Tous les hommes sont tenus à offrir à Dieu un sacrifice intérieur, c’est-à-dire un esprit dévoué, et le sacrifice extérieur des choses qui leur sont commandées, qu’elles soient ou des actes de vertus ou des oblations positives et déterminées.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 2), il y a deux sortes de sacrifice. Le premier et le principal est le sacrifice intérieur, auquel tout le monde est tenu ; car tous les hommes doivent offrir à Dieu un cœur soumis et dévoué. L’autre est le sacrifice extérieur, qui se divise en deux. En effet, il y a un sacrifice qui tire uniquement sa louange de ce que l’on offrait à Dieu quelque chose extérieurement, en signe de soumission et de dépendance à son égard (Ce sacrifice extérieur ne peut être offert que par des prêtres, tandis que les autres sont des sacrifices improprement dits qui peuvent être offerts par les fidèles.). Il est obligatoire d’une manière pour ceux qui ont vécu sous la loi ancienne ou sous la loi nouvelle (Sous la loi ancienne, les devoirs n’étaient pas les mêmes que sous la loi nouvelle. Il y avait là une foule de sacrifices, tandis que sous la loi nouvelle il n’y en a qu’un seul, le sacrifice eucharistique.), mais il l’est d’une autre pour ceux qui n’ont pas vécu sous la loi. Car ceux qui sont sous la loi sont tenus d’offrir des sacrifices tels que les préceptes de la loi les ont déterminés, tandis que ceux qui n’étaient pas sous la loi étaient tenus de faire des sacrifices extérieurs pour honorer la Divinité d’une manière convenable aux yeux de ceux au milieu desquels ils habitaient ; mais ils n’étaient pas obligés de faire en particulier telle ou telle chose. — L’autre sacrifice extérieur a lieu quand on se sert des actes extérieurs des autres vertus pour en faire hommage à la Divinité. Parmi ces actes, il y en a qui sont de précepte et qui sont par là même obligatoires pour tout le monde ; il y en a qui sont de surérogation auxquels chacun n’est pas tenu.

References: art. 2
 art. 7
 art. 1
 art. 2
 art. 6
 art. 6
 art. 2