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Timestamp: 2019-05-23 14:54:32+00:00

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Bible chrétienne Evang. - § 51-59. L’accomplissement de la loi : Mt 5,13-48; Lc 6,27-36
§ 51-59. L’accomplissement de la loi : Mt 5,13-48; Lc 6,27-36
(Mt 5,13-48 Lc 6,27-36)
Comme J. Jérémias l'a montré avec la plus grande clarté (Paroles de Jésus, p. 17-60), toute la suite du Sermon sur la Montagne présuppose la Révélation, le < Kérygme > dont les Béatitudes sont une expression: Le Royaume est à vous, si vous vous convertissez au point d'être pauvres dans l'Esprit, doux, miséricordieux et pacifiés, et de croire à cet Évangile que la suprême Béatitude est là. C'est à cette Lumière qu'il faut lire l’extraordinaire estime où le Christ tient ses disciples, “ sel de la terre, Lumière du monde... parfaits comme Dieu ” (Mt 5,48, qui forme donc une sorte d'inclusion* avec les v. Mt 5,13-16, mettant ces 36 versets sous le signe de la perfection).
§ 51-52. Le sel et la lumière : Mt 5,13-16; Mc 9,50 et 4,21 ; Lc 14,34 et 8,16
(Mt 5,13-16 Mc 9,50 Mc 4,21 Lc 14,34 Lc 8,16)
// Jb 6,6-7 2R 2,19-21 Lv 2,13 — Le sel assaisonne, purifie (en brûlant comme le feu) et conserve les aliments: par son action même, il fait symbole. Aussi doit-il entrer dans toute offrande pour signifier la valeur < agréable > et durable de l'Alliance ainsi conclue (// Lv 2,13 Nb 18,19). Cela ne vaut pas seulement dans la Bible. Le Père de Beaurecueil a raconté l'invitation reçue en Afghanistan: “ Je voudrais que nous partagions le pain et le sel, après quoi nous serions liés pour toujours ” (Nous avons partagé le pain et le sel, Cerf 1965). C'est tout cela et plus encore que pourrait remettre en valeur le rite du baptême :
J. Ratzinger: Les principes de la théologie, p. 36: ... Par l'intermédiaire de la confession baptismale, le catéchuménat tout entier entre dans le baptême... On a essayé [dans le rituel] de maintenir cette conception en intégrant au baptême des enfants les étapes essentielles du catéchuménat: l'ouverture avec la présentation du sel — le sel comme signe d'hospitalité et représentant ainsi une sorte de pré-eucharistie, comme réception dans l'hospitalité des chrétiens (que le Cal Ratzinger tient pour partie essentielle dans l'initiation du catéchuménat) — les différents exorcismes, la traditio et la redditio du Symbole et du Pater...
Peut-être est-il permis de rappeler ici que le sel a été compris comme signe de la sagesse, et que la sagesse, sapientia, a été rattachée à sapere, avoir du goût: ce qu'il faut, c'est avoir du goût pour la vérité, trouver du goût à la vérité. Selon le mot de saint Thomas d'Aquin, est sage — sapiens — celui pour qui les choses ont du goût — sapiunt — celui pour qui elles ont ce goût qui correspond à ce qu'elles sont. Et on peut aussi rappeler que d'après l'Ancien Testament le sel possède une signification sacrificielle : les choses n'ont du goût pour la divinité que par le sel. Mais il faut désormais renouveler la symbolique du sacrifice en se référant au Christ: l'homme doit recevoir le sel pour plaire à Dieu et trouver lui-même du goût à Dieu. Il faut le sel de la Passion pour cheminer sur la voie de la vérité. L'hospitalité chrétienne conduit à la communauté de la Croix et, par le fait même, au goût de la vérité.
(Mc 9,50 Lc 14,34 Mt 5,13 — Dans un contexte de Jugement, Mc conseille d'éviter le scandale, au besoin en retranchant ce qui est pourri et en salant ce qui est sain “ par le feu ” (§ 176 -177*) — donc d'avoir, en soi, du sel. Mt approfondit en un “ Vous êtes le sel de la terre ”.
1S 2,25 (en // au § 229 ) — Même type de raisonnement. Si les chrétiens, porteurs du Christ pour sauver le monde, s'affadissent, plus de recours pour eux non plus.
D. Bonhoeffer : Le prix de la grâce, p. 77-78: Il n'est pas dit: “ Vous devez être le sel. On ne fait pas dépendre de la volonté des disciples qu'ils acceptent ou non d'être le sel. On ne leur lance pas un appel les conviant à être le sel de la terre. Mais ils le sont, qu'ils le veuillent ou non, par la puissance de l'appel qui les a atteints... Ce serait opérer une réduction que de vouloir, avec les Réformateurs, considérer comme identiques le message des apôtres et le sel. C'est de leur existence tout entière qu'il s'agit, dans la mesure où elle est dotée de nouvelles bases par l'appel de Jésus à l'obéissance, de cette existence dont parlaient les Béatitudes...
C'est précisément à cause de ces pauvres, de ces gens communs, faibles et rejetés par le monde, que la terre vit... Certes, il y a l'autre possibilité... C'est le jugement menaçant qui pèse sur l'Église des disciples. La terre doit être sauvée par l'Église ; seule l'Eglise qui cesse d'être ce qu'elle est est perdue sans espoir ”.
// Lv 24,1-4 — Sur le pouvoir symbolique de la Lumière* cf. BC I*, p. 32-33.
Mt 5,14-15 Mc 4,21 Lc 8,16 — Double parabole en deux versets, sur le rayonnement visible de la lumière, à l'inverse du travail secret accompli par le sel.
La Ville située au sommet d'une montagne : Comme le montre g. von rad (dans Év. Théol. 8,1948-49, p. 439-447), c'est la Cité de Dieu sur la montagne du monde; ce qui évoque déjà la grande procession des peuples s'acheminant vers elle, qu'annoncera plus précisément, au § 84 , Mt 8,11-12*.
D. Bonhoeffer : Le prix de la grâce, p. 79-80: “ Cette ville située sur la montagne, c'est la communauté des disciples. Il leur faut être ce qu'ils sont, ou bien ils ne sont plus de ceux qui obéissent à Jésus. Ceux qui obéissent sont l'Église visible, leur obéissance consiste en une action visible par laquelle ils se distinguent du monde... sinon il ne s'agit pas d'obéissance. Et il est vrai que l'obéissance est aussi visible que la lumière dans la nuit, ou une montagne dans la plaine. S'enfuir dans l'invisibilité, c'est renier l'appel reçu...
Le boisseau sous lequel l'Église visible cache sa lumière peut aussi bien être la crainte des hommes qu'une certaine façon consciente de se conformer au monde... préférant à une évidence < pharisienne >, une < humble > invisibilité sous forme d'une absorption totale par la conformité au monde. Mais cette prétendue théologie réformatrice, qui ne craint même pas de s'appeler < theologia crucis >... est un mauvais sophisme:... La croix n'est-elle pas quelque chose qui, au milieu de la plus entière obscurité, est devenu indiciblement visible... devant les portes de la ville, sur la colline infâme ?
// Ep 5,8 Ph 2,15 — “ Ténèbres, génération perverse et dévoyée ”, Paul n'avait pas nos complexes ! Mais ce n'est pourtant pas supériorité pharisaïque: être Lumière est don de Dieu, si divin que dans la seule mesure de notre jonction avec Lui: “ dans le Seigneur ”. Avoir le courage et l'humilité d'être ce qui nous est donné. S'il y a nécessaire, essentielle, constitutive < séparation > de la Lumière et des ténèbres (Gn 1,4), c'est pour mieux répondre au besoin des ténèbres d'être à leur tour éclairées, par cette Lumière qui vient de plus haut: d'En-Haut. Le programme évangélique est sur-naturel ; mais c'est justement parce qu'il est sur-naturel (divin) qu'il < exhausse > la conclusion de l'antique médecine humaine que, pour tous les êtres corporels, “ nihil esse utilius sale et sole ” (Pline l’ancien : Hist. nat. 31,102) — Budé, p. 69) : l'intériorité du travail, par le sel de la terre ou le levain dans la pâte (§ 134 ), et la relative extériorité de la Lumière doivent se compléter: dans ce monde, pas du monde (Jn 17,11 Jn 17,16).
Mt 5,16 1P 2,12 — Le Sermon sur la Montagne se conclura là-dessus (§ 74 -75), nouvelle inclusion qui cette fois englobe tout le Sermon, en le plaçant sous le signe des oeuvres, d'un programme effectif. Notant “ les réticences de l'exégèse protestante à reconnaître qu'une parole de Jésus puisse recommander les oeuvres ”, P. Bonnard (lui-même Réformé) conclut loyalement: “ Les disciples ne sont le sel de la terre que par leurs oeuvres ; tout le passage est une exhortation à faire ces oeuvres ” (Sur Mt, p. 59).
Mais, à l'inverse de celles des Pharisiens, stigmatisées un peu plus loin (§ 60 -61), ces bonnes oeuvres sont pour la gloire* non des hommes, mais de Dieu: 1P 2,12 se rencontre avec Mt 5,16 encore sur ce point également capital.
Grégoire de Nysse : De Instituto Christiano (Jaeger vin, 1P 52): Le Seigneur encourage l'homme qui accomplit les commandements de Dieu à faire toutes ses actions en regardant vers Dieu — à plaire à Dieu seul, sans courir après une gloire quelconque venant des hommes — à fuir plutôt leurs éloges, tout comme l'ostentation; mais à être connu de tous par sa vie et ses oeuvres, de sorte que les spectateurs — Il n'a pas dit: “ admirent la démonstration ”, mais: “ glorifient votre Père qui est dans les cieux ”.
Ce qu'il ordonne là, c'est de rapporter toute gloire au Père, et d'accomplir toute action en vue de la volonté du Père. Et c'est auprès du Père que se trouve la récompense des oeuvres de vertu.
Le Seigneur t'invite donc à fuir l'éloge qui vient des langues et de la terre, à t'en détourner, car non seulement celui qui le cherche et l'attire se prive de la gloire de la vie éternelle, mais il peut dès maintenant s'attendre au châtiment: “Malheur à vous, dit le Seigneur, quand les hommes vous béniront! ” (Lc 6,26).
Fuis donc tout honneur humain, dont la fin est la honte et la confusion éternelles, et sois tendu vers les louanges d'en haut, dont David chante: “Ma louange est auprès de toi ” (Ps 22,26) et: “ Dans le Seigneur se glorifie mon âme ” (Ps 34,3) Trad. fse Le But divin, Téqui, p. 26-27'.
N. Cabasilas: La vie en J.C. 1,2 (PG 150, 500; tr. fr. p. 26):
Notre effort [pour “ la vie dans le Christ ”] consiste seulement à accueillir la grâce, à ne pas dissiper le trésor, à ne pas éteindre la lampe déjà allumée, autrement dit à ne rien introduire qui soit contre la vie, rien qui amène la mort... Que nul ne tourne son glaive contre soi-même, ne fuie la félicité, ne rejette de sa tête la couronne : car c'est le Christ présent dans nos âmes qui, ineffablement, y sème l'essence même de la vie.
§ 53. Jésus est venu pour accomplir : Mt 5,17-20; (Lc 16,17= [§ 235>235])
(Mt 5,17-20 Lc 16,17)
La fin du paragraphe précédent référait aux “ oeuvres bonnes ”, avec la triple inclusion, au ch. 7, des fruits (v. 16), de l'obéissance au Père (v. 21) et de la pratique (v. 24). Mais qu'est-ce qui définit la pratique, comme libre et fructueuse réponse à la volonté du Père, sinon la Torah, la Loi dictée par Yahvé à Moïse sur le Sinaï ? Ainsi est donc introduit le présent paragraphe qui formule la thèse centrale de ce Sermon sur la Montagne (D. Marguerat : Le Jugement dans Mt, p. 120-124).
L'importance de ces 4 versets se trouve indiquée par plusieurs indices qui montrent à quel point ces chapitres 5 à 7 de Mt sont formellement composés :
1. En premier lieu, la solennité du ton, marquée par le “ Je ” initial, et redoublée par celle de l'assertion répétée : “ Amen, je vous le dis ” (v. 18*.20).
2. Ensuite, l'ampleur du propos: Il s'agit de la position du Christ vis-à-vis de “ la Loi et les Prophètes ”, donc pratiquement de tout l’A.T. Comme la même expression se retrouve en Mt 7,12, verset qui résume tout le corps du Sermon avant sa triple conclusion (Mt 7,13-27), l'inclusion ici encore donne cette perspective globale à tout ce qui suivra, même quand, pour donner des exemples concrets, le Christ traitera de points particuliers. Il est d'ailleurs généralement reconnu que ces versets 17 à 20 du ch. 5 ont valeur de programme, d'où le reste découle (cf. J. Dupont: Les Béatitudes, I p 175-184).
3. Mais on ne perd pas de vue pour autant le but qui, depuis l'ouverture (des Béatitudes) est le Royaume de Dieu — plus précisément d'entrer dans le Royaume de Dieu (se retrouve en Mt 7,21) — toujours l'inclusion), ce qui est le Kérygme* même. Sur ce point, le v. 20) — qui conclut ce paragraphe en même temps qu'il formule le principe dont les v. 21 à 48 ne sont qu'un développement — spécifie très clairement que, si forte doive être la fidélité à la Loi (v. 18-19), c'est seulement à titre de moyen, non de fin ultime, ce que “ les scribes et les Pharisiens ” n'avaient que trop tendance à oublier.
Mt 5,17 — Ne pensez pas: Jésus s'adresse à ses disciples, pour les détromper. Avant de dénoncer une compréhension trop stricte de la Loi (v. 21 ss), Il met en garde contre l'extrême opposé, qui serait de croire que l'Evangile dispense de la Loi. Le verbe signifie en effet: “ N'allez pas croire ” (BJ, Tob) ou: “ n'allez pas imaginer ” (P. Bonnard), et plus exactement peut-être: “ n'allez pas me regarder (comme un démolisseur) ”. Ainsi le Christ doit-il combattre sur deux fronts opposés, si bien que le trahissent autant ceux qui s'en tiendraient à la matérialité de la Loi (= au légalisme) que ceux qui, comme Marcion, osent < rétablir > l'Évangile à leur manière: “Je suis venu pour abolir, non pour accomplir ”. Comme toujours, les deux erreurs contraires se touchent:
D. Bonhoeffer: Prix de la grâce, p. 83-84: “ Le péché d'Israël était la déification de la loi et la légalisation de Dieu. Inversement, dédiviniser la loi et séparer Dieu de sa loi eût constitué la méprise pécheresse des disciples. Dieu et la loi, dans l'un et l'autre cas, étaient soit séparés l'un de l'autre, soit identifiés l'un à l'autre, ce qui revient au même.
Face à ces deux méprises, Jésus remet en vigueur la loi comme loi de Dieu. Dieu est le donateur et il est le maître de la loi, et ce n'est que dans la communion personnelle avec Dieu que la loi est accomplie. Il n'y a pas d'accomplissement de la loi sans communion avec Dieu ; il n'y a pas non plus de communion avec Dieu sans accomplissement de la loi. Le premier point vise les Juifs, le second vise la menaçante méprise des disciples.
que je sois venu = que j'aie été chargé (par le Père) de cette mission... Cf. 9,13 (§ 42 *; 10,34-35; 20,28; Jn 8,42 Jn 10,10 Jn 12,46 etc.).
abolir : même verbe pour annoncer que le Temple sera “ jeté bas ”, de sorte qu'il n'en reste pas pierre sur pierre (24,2 ; cf. 26,61). Ce que le Christ dénonce n'est donc pas seulement l'annulation, l'abrogation, mais la subversion de la Loi.
mais accomplir: Nous avons déjà rencontré souvent ce mot < accomplir >, caractéristique des rapports entre N.T.et A.T. Plus que suivre les prescriptions de la Loi littéralement, c'est exhausser ce qu'elles laissaient entrevoir typologiquement, symboliquement, et par conséquent leur restituer valeur transcendante, capable d'unir à Dieu (cf. § 11 ) — Lc 2,21-22). Déjà les prophètes n'ajoutent rien à la Loi, dont ils sont plutôt une ré-interprétation, moins formaliste et plus spirituelle (par exemple Is 1,10-17 Is 58,3 Is 58,12 passim). Jésus porte à sa perfection cet < accomplissement >.
On voit par là qu'il serait insuffisant de réduire Mt 5,17 à l'accomplissement des prophéties comme telles, en Jésus. Certes ce qu'avaient écrit les Prophètes du Messie-Serviteur se trouve réalisé et dépassé en Lui. Mais le Christ réalise et dépasse également le Règne de Dieu à la fois dans sa vie — à commencer par son Baptême (§ 22 ) — Mt 3,11 c et § 24 ) — Mt 3,15) — et dans ses miracles (§ 34 ) — Mt 8,17); et Il le réalise aussi par sa façon à Lui de respecter la i Loi, qui n'est rien moins que conformiste !...
Car sa nature divine donne au Christ de procéder à l'inverse de nous, qui allons par la pratique de la Loi, à Dieu : en Lui, “ la volonté du Père est parfaite ” I (§ 24 ) — Mt 3,17*), donc < accomplie >. Et c'est dans cette union totale de sa volonté à celle de son Père (§ 81 ) — Jn 4,34*) qu'il peut interpréter la Loi de [ façon à ce qu'elle mène effectivement et droitement au Père — ce qui ne peut d'ailleurs que retrouver la ligne la plus authentique de cette Loi, puisque celle-ci a été définie au Sinaï pour cela. De sorte qu'il nous faut apprendre, en dépit des préjugés régnants de la sagesse du monde, que loin de s'opposer, sont inséparables loi et volonté de Dieu, attachement à Jésus et attachement à la loi de Dieu.
Mais dans ces conditions, il est aussi capital, pour bien situer tout ce qui va suivre, de comprendre qu'entre “ abolir ” et “ accomplir ” il n'y a pas seulement une opposition pure et simple. Le verbe directement antithétique d'abolir serait: affermir, confirmer, canoniser (au double sens d'exalter et de fixer durablement) la Loi. Alors, oui! les deux verbes seraient exclusifs l'un de l'autre. Tandis qu'“ accomplir ” est d'un autre ordre : il implique bien, pour une part, que la loi sera affermie, mais au-delà de sa < lettre > ; et par conséquent, sinon < abolie > du moins transformée, spiritualisée, intériorisée et d'autant plus exigeante, comme le montreront les exemples des v. 21 à 48. Donc, le rapport entre Évangile et A.T. n'est ni antagonisme ni succession pure et simple, mais continuité transcendée. Elle porte à l'extrême les rigueurs de la Loi et du Jugement — rien du laisser-aller permissif — mais par une telle conformation intérieure au Christ, donc à la volonté du Père, que cette exigence devienne nôtre et coule de source, dans un désir (d'amour) d'en faire plus que le demandé. Ainsi la Justice* s'accomplit (se transcende) en Amour ; ainsi devient vraie la magnifique maxime de saint Augustin : “ Ama etfac quod vis ” — Aime ! équipare ta volonté à celle de l'Aimé: faire ce que tu veux sera faire ce qu'il veut !...
Irénée: Adv. Hoer. IV, 13,2-3 (PG 7,1008; SC 100, p. 529,531): La servitude de la Loi éduquait l'âme par des commandements extérieurs; mais le Verbe, en libérant l'âme, enseigna à purifier le corps par l'âme: il fallait que fussent détruites les chaînes de la servitude, mais que l'homme servît Dieu sans chaînes : que fussent étendus les préceptes de la liberté et augmentée la soumission au Roi... car si l'obéissance est [extérieurement] la même chez l'esclave et l'homme libre, l'acte de la liberté est plus élevé et plus glorieux que la soumission de la servitude.
C'est pourquoi le Seigneur nous a ordonné, au lieu de ne pas commettre l'adultère, de ne pas même désirer ; au lieu de ne pas tuer, de ne pas même nous mettre en colère ; d'aimer non seulement nos proches, mais encore nos ennemis... de donner volontiers nos biens à ceux qui nous les prennent, de sorte que nous ne serons pas attristés d'être volés malgré nous, mais que nous nous réjouirons au contraire d'avoir donné volontairement, d'avoir accordé au prochain une grâce, loin de plier sous la nécessité. “ Et si quelqu'un te réquisitionne pour mille pas, fais-en deux autres mille avec lui ” : ainsi, tu ne le suivras pas comme un esclave, mais tu le précéderas comme un homme libre.
(Ibid. IV, 16,5) — p. 570) Quant aux préceptes qui concernaient seulement la servitude, il les a donnés à part, ainsi que le dit Moïse : “ Le Seigneur m'a commandé de vous enseigner les ordonnances et le droit ”. Ces ordonnances qui avaient été données pour la servitude et comme signe, il les a donc abolies par la nouvelle Alliance de liberté. Mais les préceptes naturels, qui conviennent à la liberté, il les a accrus, donnant ainsi aux hommes cette grâce de connaître Dieu comme Père et de l'aimer, et de suivre son Verbe en s'abstenant non seulement des actes mauvais mais même de leur désir : “ Celui qui regarde une femme d'un regard de désir, a déjà commis l'adultère dans son coeur ”...
C'est cette libération intérieure qu'annonçaient les célèbres prophéties messianiques d'Ez 36,26-27 et Jr 31,33 (en // aux § 163 et § 155 ).
// Dt4,2;Gn 18,19; Dt 12,28 1R 6,12 — Dans tous ces //, il est clair que la pratique intégrale ne vaut pas pour elle-même, mais comme moyen (comme < voie >) de connaître et pratiquer “ ce qui est bon et droit aux yeux de Dieu ” ou — ce qui revient au même — d'“ accomplir la justice et le droit ”, et par conséquent de pouvoir entrer en communion avec Lui, but de la loi d'Alliance.
Mt 5,18; Lc 16,17) — Le sens est fondamentalement le même, mais joue différemment. En Saint-Luc, de construction plus simple, le comparatif porte sur la stabilité, encore plus forte pour la Loi que pour l'ordre cosmique. Litt. “ Il est plus facile que passent... ” La consonance de “ plutôt ” permet à notre traduction de garder comme en résonance parallèle, le sens connexe: “... passeront plus tôt (avant que) ne tombe... ”, qui est aussi impliqué dans Mt.
§ 53 Amen, je vous le dis: Nous avons déjà rencontré cette formule introductive, aux § 25 et § 31 (Jn 1,51 Lc 4,24). Dans le Sermon sur la Montagne, va se retrouver en 5,26; 6,2.5.16. Etc. Je vous le dis est caractéristique du présent paragraphe, où Jésus parle à titre expressément personnel: “ Je ne suis pas venu... ” (v. 17) — voir Introduction à ce § ) ; il martèlera tout le développement : “ Et moi je vous dis... ” (v. 22.28.32.34.39.44).
Amen dérive de la racine hébraïque signifiant fermeté, solidité, sûreté, d'où vient aussi le mot < foi >. Commencer par “ Amen ”, au sens fort, c'est engager sa Parole, comme assurée, fiable, digne de foi. Ainsi disait-on: “ Parole d'honneur ” ou “ ma parole ! ”. Et corrélativement, répondre “ Amen ” c'est adhérer ; par la foi à la proposition, et donc s'engager soit personnellement (Jr 11,5) soit ; communautairement, par exemple dans le renouvellement de l'Alliance (Dt 27,15-26 Ne 5,13 — et dans la liturgie chrétienne (cf. Vtb). Ce sera l'acclamation éternelle des élus (Ap 7,12).
Jésus a plus que tout autre le droit de prononcer cet “ Amen ”, puisqu'il est lui-même cette Parole donnée, par où Dieu s'engage: “ Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur < Oui >, leur < Amen > en Lui ” (2Co 1,19-20 — où nous retrouvons donc le thème de l'accomplissement dans le Christ de tout l’A.T...). C'est précisément là-dessus que se fonde la stupéfiante assurance de Jésus: “ Et moi je vous dis... ” C'est solide parce que c'est moi, et que je suis non seulement la Vérité même, mais l'engagement de Dieu en cette Alliance dont la Loi est la contrepartie.
jusqu'à ce que passent... pas un apex ne passera que tout soit réalisé: par sa construction, ce verset rentre dans ces < Amen-Worte > dont K. Berger a montré. la structure générale: ce qui se trouve annoncé doit se réaliser d'ici à ce que (< éôs >) tout soit accompli, c'est-à-dire généralement à la Fin des temps. Cf. Mt 5,26; 10,23; 16,28; 23,39; 24,34; 26,29 et // . La difficulté en Mt 5,18, c'est qu'il y a deux propositions subordonnées temporelles, introduites chacune parce ; même < éôs >. D'où que vienne la surcharge, elle n'est pas difficile pour le sens, puisque les deux propositions se renforcent mutuellement: “jusqu'à ce que passent le ciel et la terre ”, donc jusqu'à la Fin des temps ; et “ jusqu'à ce que tout soit réalisé ” : c'est le même terme, seulement plus expressément indiqué dans la 1° proposition, tandis que dans la 2° est ajouté que cette Fin des temps n'interviendra que lorsque tout aura été réalisé = “ accompli ”. Tout le verset 18 se trouve donc bien dans le prolongement du v. 17, sous le signe de l'accomplissement. Avec la force de l'opposition: “ Passent ciel et terre, pas un apex ne passera... ”
que tout soit réalisé: Qu'est ce que ce tout? L'expression parallèle de Mt 24,34 où le < tout > qui se réalisera désigne les Paroles prophétiques du Christ, confirme ce que l'analyse grammaticale indiquait déjà: l'antécédent de ce < tout >, c'est la Loi jusque dans ses moindres détails.
Concluant dans le même sens qu'il s'agit de “ la totalité des exigences delà Loi ”, D. Marguerat ajoute : “ Si l'on sait que < éôs > peut allier une note finale à sa signification temporelle (< afin qu'entre-temps >), nous obtenons le sens suivant: afin que jusqu'à la fin de ce monde, tout ce qu'exigé la Loi soit accompli. Selon Barth, cette seconde clausule exprimerait ainsi l'intention dans laquelle la validité intégrale de la Loi a été sanctionnée : l'instauration du droit de Dieu dans le monde, au travers de l'obéissance des disciples. Pas plus qu'elle ne détient une autorité intrinsèque, la Loi ne porte sa finalité en elle-même.., [Mais] la pointe doit porter sur le “ tout ” : ce n'est pas l'obéissance en soi qui est en cause dans le combat théologique soutenu (par Mt), mais sa totalité. La vie de la communauté chrétienne, entre Pâques et Parousie, est placée sous le signe de l'intégralité de l'obéissance... ” (Jugement dans Mt, p. 131-132).
Reste qu'il ne s'agit pas seulement de stricte observance mais bien d'“ accomplissement ”, au sens que nous avons vu, c'est-à-dire de mise à jour de ce que “ la Loi ancienne avait de prophétique, étant une ébauche du régime à venir ” (A. Feuillet: Morale ancienne... p. 126). “ Il n'est pas question d'additions ou de retranchements, mais d'un perfectionnement, donc d'un développement... Une s'agit pas d'un précepte ou d'une défense dans sa modalité extérieure, mais du moindre trait, de quelque chose de beaucoup plus petit. Il n'y a rien dans la Loi qui ne soit en vue du parachèvement, auquel il sera incorporé, rien par conséquent qui ne doive durer autant que le monde ” (Lagrange: Sur Mt, p. 94). Autrement dit, il faut rester dans la perspective qui est celle de cette Bible chrétienne, que la Loi mosaïque — comme tout le reste de l’A.T. — prépare et préfigure ce que le Christ seul portera jusqu'à son parfait< accomplissement >.
Car c'est premièrement par le Christ que “ tout est réalisé ”. En ce sens, n'ont pas complètement tort ceux qui interprètent la finale de ce v. 18 : “ jusqu'à ce que j'aie tout réalisé sur la Croix ”. Mais on ne peut exclure non plus le sens, complémentaire: “ jusqu'à ce que tous les commandements aient été accomplis par mes disciples ”. Car si le v. 18 évite de préciser qui accomplira, par l'emploi du passif “ que tout soit réalisé ”, le v. 19 met en cause ceux qui auront à pratiquer et enseigner la Loi.
Mt5, 19) — Est en effet donné comme conséquence du v. 18: “ Celui donc... ” qui abolit ou accomplit, pour lui-même ou dans son enseignement pour les autres: pratiquer d'abord, et enseigner selon qu'on pratique, de sorte que le premier enseignement soit par l'exemple — et même si l'on n'enseignait par ailleurs < ex professo > — telle est la première leçon, implicite, de ce verset. Mais ce qu'il vise par contre expressément, c'est à mettre en garde sur la responsabilité qu'on encourt à se prendre pour maître, capable de trancher à son jugement ou à son gré, ce qui n'appartient qu'à Dieu, et au Christ parce que Dieu...
un seul, même des moindres : Ce n'est pas affaire de quantité ni de qualité ; car ce n'est ni vrai ni juste de prétendre décider par soi-même de ce qui est bon ou mauvais, répétant ainsi le Péché Originel (BC I*, p. 56). Mais ce verset 19 peut être aussi une façon de récuser la coutume qu'avaient les rabbins de distinguer petits et grands commandements. Le moindre est important, puisqu'il nous vient de Dieu. À ce titre, il ne nous appartient pas de trancher. On ne se tirera pas du respect méticuleux des Pharisiens en sélectionnant les seuls “ grands commandements ”, mais en < accomplissant > ce que signifie la convergence de tous les préceptes de la Loi, petits et grands. C'est précisément ce que formulera Mt 7,12*, faisant inclusion avec Mt 5,17 et résumant par conséquent tous les développements antécédents.
sera tenu pour le moindre: pour qu'il y ait proportion, il faudrait qu'à la transgression moindre corresponde une situation à peine amoindrie, et que soit tenu seulement pour “ le moindre ” celui qui aurait manqué au maximum à la Loi. Mais il n'y a précisément pas de proportion, parce que ce n'est pas d'un
< juste châtiment > qu'il s'agit, mais d'une affaire d'être : dès que vous dédaignez le moindre, vous êtes le moindre: “ La sentence n'insiste pas sur la modération du jugement mais sur la conséquence catastrophique de la négligence des prescriptions ” (D. Marguerat, p. 135). Cela d'autant plus que “ les mots < le moindre > ou < grand > n'expriment pas l'idée d'une hiérarchie dans le Royaume; ce sont des expressions juives qui désignent l'exclusion ou la participation au Royaume ” (P. Bonnard, p. 62).
// Je 2,10) — Explique pourquoi: de même que, hors la note < juste >, toute approximation est fausse, de quelque façon que ce soit, de même on n'est plus < juste > dès qu'on manque “ en un point ”. Encore plus si le manquement vient du mépris. (Ga 3,10).
dans le Royaume des cieux : Il ne s'agit pas tant de l'Au-Delà, ni par conséquent du Jugement eschatologique, que du Royaume de Dieu sur la terre que le Sermon sur la Montagne annonce (par les Béatitudes) et instaure (par la morale qui va s'ensuivre). A. Feuillet le montre par comparaison avec 3 autres endroits où Mt prend “ Royaume des cieux ” à ce même sens de < déjà là >*, sur terre: 11,11 ; 18,17 et 20,20 (Morale ancienne... p. 127-128).
Si l'on ne met pas cette donnée à la clef de tout le Sermon sur la Montagne, il en est radicalement faussé : on le tiendra soit pour un < moralisme > ou < légalisme >, dans la ligne judaïsante, soit pour un idéal si élevé qu'impraticable, destiné seulement à nous convaincre que le salut ne peut venir que de la pure < grâce > de Dieu, selon l'interprétation luthérienne tirant saint Paul en ce sens, soit enfin pour une < morale d'urgence > comptant sur la proximité de la Fin du Monde et du jugement pour nous galvaniser et nous porter plus haut que nous-mêmes, j jérémias, qui résume ainsi les 3 types de commentaires, montre leur insuffisance radicale:
quelque chose a précédé. Avant chaque parole du Sermon, il y a eu quelque chose. Ce qui a précédé, c'est la prédication du Royaume de Dieu. Ce qui a précédé, c'est le don aux disciples du privilège d'être enfants (Mt 5,16 Mt 5,45 Mt 5, etc. ). Ce qui a précédé, c'est le témoignage en paroles et en actes que Jésus a rendu de ce qu'il est : le modèle de Jésus transparaît dans chaque phrase du Sermon... La Bonne Nouvelle a précédé, ou plus exactement, les logia de Jésus rassemblés dans le Sermon sur la Montagne font partie de la Bonne Nouvelle. En chacun d'eux s'exprime ce message : Le siècle ancien disparaît. Transférés par la proclamation de l'Evangile et en votre qualité de disciples dans le siècle nouveau, sachez maintenant quelle est la vie d'un homme qui a part dans ce siècle de Dieu: voyez les traits de la filiation divine ; voyez le visage de la foi vécue; voyez comment vivent dans l'ère du Salut, libérés de la Puissance de Satan, ceux en qui s'accomplit le miracle d'être disciples... Quelque chose a précédé. Cette découverte, simplement décisive pour l'intelligence du Sermon sur la Montagne, permet de comprendre... que Jésus demande tant... Ce n'est qu'à partir de la munificence du don divin que l'on peut comprendre l'exigence de Jésus.
non pas la loi, mais l’évangile: la Loi laisse l'homme à ses propres forces et lui demande de les mettre à l'oeuvre au maximum; l'Évangile, au contraire, place l'homme devant le don de Dieu et lui demande de faire de ce don ineffable le vrai fondement de sa vie (Le Sermon sur la Montagne, p. 52-59).
// Rm 3,31) — On a souvent opposé Mt 5,17-20 à la doctrine de l'Épître aux Romains, qui semble au premier abord bien plus négative sur la Loi mosaïque. Mais d'après ce qui précède, on voit que leur perspective est rigoureusement convergente : l'un et l'autre en effet fondent la vie chrétienne sur le préalable divin : le don de Dieu, incarné dans le Christ rédempteur, transmis par l'Esprit de la Pentecôte, instaurant le Règne de Dieu sur la terre. D'où découlent, pour ceux qui acceptent d'entrer dans ce Royaume et d'en être, une exigence accrue, où la Loi et la morale de l’A.T. trouvent leur transcendant < accomplissement >. Transcendant parce qu'appartenant à cet ordre nouveau de grâce offert par le Christ — dont les Béatitudes font ressortir le paradoxe et par conséquent la foi qui est nécessaire pour les discerner sous des apparences si contraires. En un mot, c'est le < Kérygme >*: Royaume de Dieu donné, à condition de se convertir et de croire. “ La nova lex Christi n'est pas promulguée pour que le Royaume vienne, mais parce qu'il vient ” (H.J. Schoeps: Jésus et la loi juive, p. 15).
Donc, à l'inverse d'une morale naturelle qui, par la pratique des vertus et l'ascèse, tendrait vers l'union à Dieu, la morale chrétienne part de cette union, donnée dans le Christ, dès le baptême et les autres sacrements ; et c'est cette grâce qui à la fois exige notre réponse et y porte, avec une intelligence et une générosité supérieures. C'est exactement ce que saint Paul déclare ici, devançant l'objection de tous ceux qui le soupçonneraient d'abroger la Loi mosaïque parce qu'il la déclarait insuffisante et inefficace: Tout au contraire, “ nous lui donnons son vrai fondement ” :
A. Feuillet : Morale ancienne... p. 133-136: Les deux points de vue mat-théen et paulinien, qu'on pouvait croire a priori très éloignés, sont en réalité tout à fait proches l'un de l'autre... A scruter de près le texte de Saint-Matthieu, on s'aperçoit qu'au fond Paul n'a rien innové : il n'a fait que s'engager dans une voie déjà ouverte par le Christ. Les conceptions pauliniennes sur la Loi sont dans le prolongement de celles du Christ... Il faut reconnaître que les propos tenus sur la Loi par l'Apôtre des Gentils sont souvent plus durs. C'est que Paul doit combattre l'erreur des Judaïsants. Mais lui aussi veut absolument maintenir la continuité et la cohérence du plan divin, et donc rattacher la nouvelle économie à l'ancienne. Sa pensée la plus complète sur la question se trouve exprimée dans l'antithèse de Rm 3,31 : le régime de la foi au Christ n'est pas la destruction de la Loi entendue au sens large (l'Écriture tout entière) ; il en est la confirmation. Cf. D. MARGUERAT, Op. cit. p. 212-235.
Mt 5,20) — Verset de transition. Il peut aussi bien être tenu pour conclusion des v. 17 à 19 (Syn BJ ou TOB) que comme principe de base qu'expliciteront les v. 21 à 48 (BJ). Nouvel exemple de la savante texture des versets que la recherche des sources — au surplus toujours si aléatoire — dé-composé en sentences diverses. Mais, séparées, elles perdent tout le sens qui naissait précisément de leur convergence.
Le car initial rattache le v. 20 à ce qui précède, non moins que la répétition de la formule “je vous le dis ”, et du but visé: “ entrer dans le Royaume ”. Les v. 18-19 en donnaient la condition: respect de l'intégralité de la Loi. Jésus ajoute ici: intégralité non pas tant matérielle que transcendante : c'est en cela que la Loi se verra “ accomplie ” (v. 17).
Si votre justice: Ce mot désigne beaucoup moins la stricte justice distributive que l’être juste, comme un poids ou une note sont < justes >. Nous avons déjà rencontré cette notion fondamentale de notre rapport avec Dieu, dans l’A.T. comme dans le N.T.(BC I* — Tables; et dans ce volume, § 13 ) — Mt 1,19; ou surtout § 24 ) — Mt 3,15). Alors, A. Feuillet avait bien discerné que cette Justice peut être, suivant les occasions, soit acquise par nos efforts pour nous conformer au Dessein bienveillant d'Alliance de Dieu avec nous, dont la Loi nous prescrit les modalités, soit donnée avec et dans le Christ, par Dieu qui est juste (en) justifiant. Or de même ici, dans le Sermon sur la Montagne (comme déjà dans Is 40-66), le mot < Justice > est employé en ces deux sens : “ Il a d'abord le sens de perfection morale à acquérir par les hommes, de vertu à pratiquer, d'idéal moral à réaliser, d'observation de la Loi ou de la volonté divine. C'est de cette justice qu'il est question en Mt 5,10 (les persécutés pour la justice), v. 20 (la justice doit dépasser celle des Pharisiens) et 6,1 (se garder de pratiquer la justice aux regards des hommes)... Mais les deux autres emplois du mot justice, ceux du v. 6 (heureux ceux qui ont faim et soif de la justice) et de 6,33 (cherchez d'abord le Règne de Dieu et sa justice) donnent à ce terme une tout autre signification:... l'activité salvifique de Dieu ” (Morale ancienne, p. 132-133).
// Ph 3,9; 1Jn 2,5 — Ainsi le chrétien ne sépare jamais la justice acquise par l'homme de la justice donnée par Dieu dans le Christ, ni par conséquent < les oeuvres > de < la foi >, ni la pratique de la Loi de sa source et de son but, qui est l'union à Dieu — et c'est pourquoi, au chrétien va être demandé plus qu'aux “ scribes et Pharisiens ”.
ne va pas plus loin : Ce verbe peut être compris dans deux sens : surpasser par ses exigences, ce qui serait une radicalisation de la loi telle que Jésus l'interprète dans les v. 21 à 48 ; ou : surpasser par l'obéissance, allusion aux scribes et aux Pharisiens qui disent et ne font pas (23,3); ces deux interprétations ne s'excluent pas ; par l'interprétation que le Christ donne à la loi de Dieu, une possibilité nouvelle de fidélité est donnée aux hommes qui le suivent (p. bonnard: Sur Mt, p. 62).
Concluons avec D. Marguerat (Jugement dans Mt, p. 139-140): “ Entre Israël et l'Église, Vaccomplissement plénier de la Loi et des prophètes instaure une tradition commune. Autant il importe à Mt de constater que les promesses vétéro-testamentaires trouvent dans la venue de Jésus leur réalisation historico-salutaire, autant il lui paraît décisif de reconnaître la continuité éthique fondamentale dominant les rapports entre l'enseignement du Christ et l'Ancien Testament (Tout cela, c'est < l'accomplissement > de l'A..T. par le N.T.J... Mais en rupture avec les conceptions du judaïsme orthodoxe, la Loi ne dispose plus d'aucune autorité en elle-même mais la reçoit du Christ... La Loi reçoit son autorité de Celui qui a satisfait lui-même aux exigences du Royaume (3,15 ; 4,1-11) et revendique pour ses disciples une intensification de l'obéissance. Ainsi donc, 5,17-20 n'est pas l'expression d'une allégeance de Jésus à la Torah, mais de son autorité sur elle.
De fait, cette autorité du Christ sera ce que les foules retiendront de plus marquant de tout le Sermon sur la Montagne (Mt 7,29).

References: § 51

§ 51

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 § 229
 § 84

§ 53
 § 11
 § 24
 § 163
 § 155

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 § 25
 § 31
 § 13
 § 24