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Timestamp: 2016-10-22 16:24:13+00:00

Document:
4A_240/2012 (20.08.2012)
4A_240/2012 � � Arr�t du 20 ao�t 2012
2.�Y.________ BV,
toutes deux repr�sent�es par Me Romain F�lix,
Y.________ SA, repr�sent�e par Mes Gr�goire Mangeat et Claudius Triebold,
recours en mati�re civile contre la sentence pr�liminaire rendue le 29 mars 2012 par l'arbitre unique ad hoc.
Le 16 juillet 2007, la soci�t� de droit suisse X.________ SA, dont le si�ge est � A.________, et la soci�t� de droit n�erlandais Y.________ BV, dont le si�ge est � B.________, ont sign�, avec la banque suisse Y.________ SA, dont le si�ge est � ..., et avec un tiers, un contrat intitul� "�
Collateral Management Agreement�" (ci-apr�s: CMA). Par ce contrat, les deux soci�t�s pr�nomm�es se sont vu confier le soin de contr�ler la d�livrance et le stockage de c�r�ales achet�es par le tiers en question en ... et dans d'autres pays au moyen de cr�dits allou�s par la susdite banque.
Le CMA contient notamment les clauses reproduites ci-apr�s. On pr�cisera, � ce propos, que, par suite d'une inadvertance, son art. 14.4 a �t� omis dans la citation ins�r�e � la page 8 de la sentence o� figure erron�ment, sous ce num�ro, le texte de l'art. 14.5. Il sera donc proc�d� � la rectification n�cessaire sur le vu de la photocopie du contrat vers�e au dossier de la cause.
" 14. ARBITRATION
14.1 Save in regard to claims for payment of liquidated amounts or where application may legitimately be made to a court of competent jurisdiction in Switzerland for urgent relief, any dispute between the parties relating to:
14.1.1 The effect of; or
14.1.2 The implementation of; or
14.1.3 Any other matter arising directly or indirectly out of the agreement or the breach of any provision hereof shall be referred to arbitration.
14.2 The arbitration shall take place informally at Geneva or such other place as the parties may, in writing, agree but otherwise under the provisions of the arbitration laws then in force in Switzerland and wherever possible the arbitration shall be completed within 21 (twenty one) days after the matter has been referred to arbitration. Each of the parties shall be entitled to be represented during the arbitration.
14.3 The arbitrator shall be, when the dispute is:
������14.3.1 Principally an accounting matter, a chartered accountant with at least 10 (ten) years' experience as a practicing auditor, as agreed to by the parties;
���� 14.3.2 A legal matter or any other matter, a practicing senior barrister or a practicing solicitor with at least 15 (fifteen) years' experience, agreed upon between both parties.
14.4 If the parties cannot reach agreement within 3 (three) days after any party has declared a dispute in writing as to the category in clause 16.3 to which the matter belongs, the dispute will be dealt with in terms of clause 16.3.2
14.5 If the parties cannot agree upon an arbitrator within 5 (five) days of a dispute being declared in terms of clause 16.1, the dispute will be referred to the most senior executive officer of the professional body which represents the profession concerned, for appointment of an arbitrator.
14.6 The arbitrator shall have the power to decide on the procedure to be followed for the speedy finalization of the dispute. The arbitrator shall have the sole discretion to decide whether it is necessary to file pleadings, discover documents or to hear oral evidence.
14.7 The decision of the arbitrator, including any order as to costs, shall be binding on the parties and shall be executed by all parties as though it were an order of court.
14.8 The parties agree to keep the arbitration, including the subject matter of the arbitration and the evidence heard during the arbitration, confidential and not to disclose it to anyone except for purposes of obtaining a court order.
14.9 The parties waive any right they may have to dispute the stated location of the arbitration on the grounds that it is an inconvenient forum. "
" 15. DOMICILIUM CITANDI ET EXECUTANDI
��15.1 The parties choose as their domicilia citandi et executandi for all purposes under this agreement, whether in respect of court process, notices or other documents or communications of whatsoever nature (including exercise of any option), the following addresses:
������ 15.1.1 - 15.1.3 [liste d'adresses pour chacune des parties au CMA]
15.2 Any notice or communication required or permitted to be given in terms of this agreement shall be valid and effective only if in writing but is [sic] shall be competent to give notice by facsimile."�
" 16. GOVERNING LAW AND JURISDICTION
The validity of this agreement, its interpretation, the respective rights and obligations of the parties and all other matters arising in any way out of this agreement or its performance shall be determined in accordance with the Laws of Switzerland. The parties consent to the jurisdiction of the courts of Geneva, Switzerland for the purposes of legal proceedings in terms of clause 15.1"
Le 18 octobre 2011, Y.________ SA, ayant d�couvert que les c�r�ales stock�es en application du CMA et lui servant de garantie pour ses cr�dits avaient disparu, a adress� une requ�te d'arbitrage � X.________ SA et Y.________ BV, qu'elle tenait pour responsables de cette disparition, leur r�clament le paiement de quelque 78 millions de dollars au minimum.
Un arbitre unique ad hoc a �t� d�sign�, d'entente entre les parties, pour traiter le cas. D'entr�e de cause, les d�fenderesses ont soulev� une exception d'incomp�tence, motif pris de ce que la demanderesse aurait d� agir devant les tribunaux �tatiques genevois conform�ment � la clause de prorogation de for figurant � l'art. 16 CMA, cette clause l'emportant, � leur avis, sur la convention d'arbitrage stipul�e � l'art. 14 CMA. Il a �t� d�cid� de restreindre, dans un premier temps, la proc�dure arbitrale � cette question.
Par sentence pr�liminaire du 29 mars 2012, l'arbitre unique ad hoc a admis sa comp�tence pour conna�tre du litige divisant les parties.
Le 30 avril 2012, les deux d�fenderesses (ci-apr�s: les recourantes) ont form� un recours en mati�re civile au Tribunal f�d�ral en vue d'obtenir l'annulation de la sentence pr�liminaire et de faire constater que l'arbitre unique ad hoc n'est pas comp�tent pour statuer dans la cause en litige.
Dans sa r�ponse du 4 juin 2012, la demanderesse et intim�e conclut au rejet du recours.
La requ�te d'effet suspensif soumise par les recourantes a �t� admise par ordonnance pr�sidentielle du 29 mai 2012.
D'apr�s l'art. 54 al. 1 LTF, le Tribunal f�d�ral r�dige son arr�t dans une langue officielle, en r�gle g�n�rale dans la langue de la d�cision attaqu�e. Lorsque cette d�cision a �t� rendue dans une autre langue (ici l'anglais), le Tribunal f�d�ral utilise la langue officielle choisie par les parties. Devant lui, celles-ci se sont servies toutes deux du fran�ais. Aussi le pr�sent arr�t sera-t-il rendu dans cette langue.
2.1.�Dans le domaine de l'arbitrage international, le recours en mati�re civile est recevable contre les d�cisions de tribunaux arbitraux aux conditions pr�vues par les art. 190 � 192 LDIP (art. 77 al. 1 LTF).
Le si�ge de l'arbitrage se trouve � Gen�ve. L'une des parties au moins (i.e. la recourante n� 2) n'avait pas son domicile, au sens de l'art. 21 al. 1 LDIP, en Suisse au moment d�terminant. Les dispositions du chapitre 12 de la LDIP sont donc applicables (art. 176 al. 1 LDIP).
Lorsque, comme c'est ici le cas, un tribunal arbitral, par une sentence s�par�e, admet sa comp�tence, il rend une d�cision incidente (art. 186 al. 3 LDIP) qui ne peut �tre attaqu�e devant le Tribunal f�d�ral que pour les motifs �num�r�s � l'art. 190 al. 3 LDIP. En l'esp�ce, les recourantes invoquent l'un de ces motifs, � savoir la pr�tendue incomp�tence de l'arbitre unique pour statuer sur la demande de l'intim�e dirig�e contre elles (art. 190 al. 2 let. b LDIP).
L'arbitre unique a �cart� l'exception d'incomp�tence soulev�e par les recourantes, lesquelles sont ainsi particuli�rement touch�es par la sentence attaqu�e et ont donc un int�r�t digne de protection � son annulation, ce qui leur conf�re la qualit� pour recourir (art. 76 al. 1 LTF).
D�pos� en temps utile (art. 100 al. 1 LTF en liaison avec l'art. 46 al. 1 let. a LTF), dans la forme pr�vue par la loi (art. 42 al. 1 LTF), le recours est recevable.
2.2.�Le recours reste purement cassatoire (cf. l'art. 77 al. 2 LTF qui exclut l'application de l'art. 107 al. 2 LTF). Toutefois, lorsque le litige porte sur la comp�tence d'un tribunal arbitral, il a �t� admis, par exception, que le Tribunal f�d�ral pouvait constater lui-m�me la comp�tence ou l'incomp�tence (ATF 136 III 605 consid. 3.3.4 p. 616; 128 III 50 consid. 1b).
La conclusion des recourantes visant � ce que le Tribunal f�d�ral constate lui-m�me l'incomp�tence de l'arbitre unique pour conna�tre du diff�rend les opposant � l'intim�e est ainsi recevable.
2.3.�Le Tribunal f�d�ral statue sur la base des faits constat�s dans la sentence attaqu�e (cf. art. 105 al. 1 LTF). Il ne peut rectifier ou compl�ter d'office les constatations des arbitres, m�me si les faits ont �t� �tablis de mani�re manifestement inexacte ou en violation du droit (cf. l'art. 77 al. 2 LTF qui exclut l'application de l'art. 105 al. 2 LTF). En revanche, comme c'�tait d�j� le cas sous l'empire de la loi f�d�rale d'organisation judiciaire (cf. ATF 129 III 727 consid. 5.2.2; 128 III 50 consid. 2a et les arr�ts cit�s), le Tribunal f�d�ral conserve la facult� de revoir l'�tat de fait � la base de la sentence attaqu�e si l'un des griefs mentionn�s � l'art. 190 al. 2 LDIP est soulev� � l'encontre dudit �tat de fait ou que des faits ou des moyens de preuve nouveaux sont exceptionnellement pris en consid�ration dans le cadre de la proc�dure du recours en mati�re civile (arr�t 4A_54/2012 du 27 juin 2012 consid. 1.6).
2.4.�Saisi du grief d'incomp�tence, le Tribunal f�d�ral examine librement les questions de droit, y compris les questions pr�alables, qui d�terminent la comp�tence ou l'incomp�tence du tribunal arbitral. Il n'en devient pas pour autant une cour d'appel. Aussi ne lui incombe-t-il pas de rechercher lui-m�me, dans la sentence attaqu�e, les arguments juridiques qui pourraient justifier l'admission du grief fond� sur l'art. 190 al. 2 let. b LDIP. C'est bien plut�t � la partie recourante qu'il appartient d'attirer son attention sur eux, pour se conformer aux exigences de l'art. 42 al. 2 LTF (ATF 134 III 565 consid. 3.1 et les arr�ts cit�s).
3.1.�Dans sa sentence pr�liminaire, l'arbitre unique a commenc� par examiner s�par�ment la clause compromissoire (art. 14 CMA) et la clause d'�lection de for (art. 16 CMA) au regard des principes gouvernant l'interpr�tation des contrats et, singuli�rement, des conventions d'arbitrage. Tenant compte, notamment, des circonstances dans lesquelles le CMA �tait venu � chef, il est arriv� � la conclusion que ce contrat contenait, d'une part, une clause arbitrale valable et, d'autre part, une clause d'�lection de for ne comportant pas de restriction quant � sa port�e. Il en a d�duit l'existence d'un conflit entre ces deux clauses.
Les recourantes renoncent express�ment � critiquer cette conclusion, en particulier � remettre en question la constatation de la validit� intrins�que de la clause arbitrale, tout comme elles abandonnent leur requ�te initiale, rejet�e par l'arbitre unique, tendant � ce que les pi�ces produites par l'intim�e, en rapport avec la n�gociation et la signature du CMA, fussent �cart�es des d�bats (recours, p. 9, let. C., et p. 16, let. e.).
D�s lors, le Tribunal f�d�ral ne traitera pas ces points de droit, qui doivent �tre tenus pour acquis.
3.2.�Dans un second temps, l'arbitre unique s'est employ� � r�soudre le conflit entre la clause arbitrale et la clause d'�lection de for. Il l'a fait sur la base d'une argumentation qui peut �tre r�sum�e comme il suit.
D'abord, l'art. 14 CMA couvre plus d'une page et est tr�s d�taill�. Il �nonce, dans sa premi�re phrase, deux exceptions explicites � l'applicabilit� de la clause compromissoire au profit de la juridiction �tatique suisse comp�tente, exceptions qui portent, l'une, sur le paiement de "�
liquidated amounts�" (expression que les recourantes traduisent par "clause p�nale"), l'autre, sur les requ�tes de mesures urgentes ("�
urgent relie�f"). Aussi l'affirmation de l'intim�e, selon laquelle elle pensait que le renvoi, op�r� � l'art. 16 CMA, aux "�
courts of Geneva�" avait trait � ces deux exceptions, appara�t-elle cr�dible et raisonnable.
Ensuite, la clause arbitrale, �tant donn� la longueur de l'art. 14 CMA, �tait nettement plus perceptible pour le lecteur du contrat que la convention de for contenue dans une petite phrase cach�e � l'art. 16 CMA. D�s lors, selon les r�gles de la bonne foi et le principe de la confiance, il appartenait aux recourantes de d�montrer que l'intim�e avait compris, au moment de signer le contrat, que la derni�re phrase de l'art. 16 CMA l'emportait sur la longue clause arbitrale, rendant cette derni�re superflue. Or, semblable d�monstration n'a pas �t� faite.
Enfin, il ne faut pas oublier que ce sont les recourantes elles-m�mes qui ont introduit le r�gime de l'arbitrage dans le CMA, comme elles semblaient d'ailleurs le faire de mani�re syst�matique, � l'�poque, dans les contrats du m�me genre conclus par elles.
Sur la base de cette argumentation, l'arbitre unique a retenu que la clause compromissoire l'emportait sur la clause d'�lection de for, laquelle, consid�r�e dans son contexte, ne trouvait � s'appliquer qu'aux deux situations sp�cifiques mentionn�es � l'art. 14.1 CMA ("�
liquidated amounts�" et "�
urgent relief�").
4.1.�L'interpr�tation d'une convention d'arbitrage se fait selon les r�gles g�n�rales d'interpr�tation des contrats, sauf � dire que la jurisprudence pr�conise de ne pas admettre trop facilement qu'une convention d'arbitrage a �t� conclue, si ce point est contest� (ATF 138 III 29 consid. 2.2.3; 129 III 675 consid. 2.3 p. 680 ss, 128 III 50 consid. 2c/aa p. 58, 116 Ia 56 consid. 3b p. 58). En l'esp�ce, toutefois, cette derni�re hypoth�se ne se v�rifie pas puisque les recourantes admettent express�ment que le CMA contient une clause arbitrale valable (cf. consid. 3.1 ci-dessus). Il ne s'agit donc pas, ici, d'interpr�ter une convention d'arbitrage en tant que telle, mais un contrat contenant une clause compromissoire et une clause d'�lection de for apparemment inconciliables pour savoir laquelle des deux est applicable in casu. Il suffit, pour ce faire, de s'en tenir aux r�gles ordinaires gouvernant l'interpr�tation des contrats.
Saisi d'un litige sur l'interpr�tation d'un contrat, le juge doit tout d'abord s'attacher � rechercher la r�elle et commune intention des parties, le cas �ch�ant empiriquement, sur la base d'indices, sans s'arr�ter aux expressions et d�nominations inexactes dont elles ont pu se servir (art. 18 al. 1 CO; ATF 131 III 280 consid. 3.1). Cette interpr�tation dite subjective rel�ve du fait et de l'appr�ciation des preuves (ATF 132 III 626 consid. 3.1; 131 III 606 consid. 4.1 p. 611).
S'il ne parvient pas � �tablir suffisamment cette volont� effective, ou s'il constate que l'une des parties contractantes n'a pas compris la volont� r�elle exprim�e par l'autre, le juge recherchera le sens qu'elles pouvaient et devaient donner, selon les r�gles de la bonne foi, � leurs manifestations de volont� r�ciproques (application du principe de la confiance; ATF 136 III 186 consid. 3.2.1). Cette interpr�tation objective, qui rel�ve du droit, s'effectue non seulement d'apr�s le texte et le contexte des d�clarations, mais �galement sur le vu des circonstances qui les ont pr�c�d�es et accompagn�es, � l'exclusion des circonstances post�rieures (ATF 136 III 186 consid. 3.2.1; 119 II 449 consid. 3a). Elle n�cessitera, s'il subsiste un doute sur l'intention des parties, le recours � des moyens compl�mentaires. Ainsi, dans l'esprit de la�
favor negotii, en pr�sence de clauses contradictoires, on choisira, dans la mesure du possible, une interpr�tation qui permette d'harmoniser ces clauses ( B�N�DICT WINIGER, in Commentaire romand, Code des obligations I, 2
e��d. 2012, n� 45 ad art. 18 CO).
4.2.�Dans la pr�sente esp�ce, l'arbitre unique n'a pas mis en �vidence une volont� concordante des parties quant � la mani�re de concilier les deux clauses antagonistes. Il a donc interpr�t� celles-ci selon le principe de la confiance.
Consid�r�s � la lumi�re des principes jurisprudentiels susmentionn�s et des arguments avanc�s dans la r�ponse au recours, les motifs invoqu�s par les recourantes pour contester le r�sultat de cette interpr�tation objective appellent les remarques formul�es ci-apr�s.
4.2.1.�Les recourantes s'en prennent, tout d'abord, aux d�ductions tir�es par l'arbitre unique de la longueur et du caract�re d�taill� de la clause compromissoire comparativement � la clause d'�lection de for. Elles font valoir, � ce propos, qu'il est dans la nature des choses qu'une clause arbitrale soit circonstanci�e, alors qu'il est usuel qu'une clause d'�lection de for soit succincte, puisqu'elle se limite � indiquer le tribunal comp�tent�
ratione loci. A leur avis, plus important que cette diff�rence d�coulant du but des clauses en question serait le fait que les parties ont indubitablement port� une plus grande attention � la clause d'�lection de for, durant la phase de n�gociation du CMA, qu'� la clause compromissoire, dont les renvois, manifestement erron�s, sont demeur�s inchang�s au fil de la r�daction de ses versions successives, tandis que le renvoi figurant dans la clause d'�lection de for a �t� adapt� au cours des pourparlers contractuels (recours, let. c. (i), p. 11 s.).
En soi, la remarque initiale formul�e par les recourantes, pour expliquer la diff�rence de longueur des deux clauses litigieuses, n'est pas incorrecte. Il n'en demeure pas moins que la clause arbitrale, qui occupe plus d'une page dans un contrat n'en comprenant que quinze, est d'une longueur inhabituelle, au point qu'elle ne saurait �chapper � l'attention d'un quelconque lecteur et, � plus forte raison, de parties - une banque et deux soci�t�s de services - rompues aux affaires commerciales. Aussi est-il impensable d'imaginer que les cocontractantes ne se soient pas avis�es de l'existence d'une telle clause lorsqu'elles ont sign� le contrat comprenant la prorogation de for litigieuse. A l'inverse, la clause d'�lection de for, d'ailleurs plac�e plus loin dans le texte du m�me contrat, ne saute pas aux yeux du lecteur, c'est le moins que l'on puisse dire: non seulement, elle tient en une ligne et figure � la fin d'une disposition - l'art. 16 CMA - consacr�e aussi � une autre question ("�
governing law�", i.e. le droit applicable), mais encore, et surtout, la r�f�rence qui y est faite aux "�
legal proceedings in terms of clause 15.1�" appara�t des plus absconses, cette derni�re clause ne faisant qu'�num�rer les "�
domicilia citandi et executandi�" des parties. Que la clause d'�lection de for ait pr�tendument fait l'objet de plus amples n�gociations que la clause arbitrale ne change rien, du reste, � ce constat. Quant aux erreurs de renvoi que comporte la convention d'arbitrage, elles n'ont pas d'incidence sur le processus d'interpr�tation des deux clauses examin�es, d'autant que les deux parties se sont mises d'accord, dans la proc�dure arbitrale, pour identifier les clauses effectivement vis�es par le renvoi erron� (cf. sentence, n. 51).
Force est donc de retenir, sur ce point, que l'intim�e pouvait admettre objectivement et de bonne foi que la clause compromissoire, ins�r�e � l'art. 14 CMA � l'initiative des recourantes, correspondait � la volont� de celles-ci. Peu importe, au demeurant, que la volont� manifest�e par les int�ress�es correspond�t ou non � leur volont� interne.
4.2.2.�La clause compromissoire r�serve la comp�tence des tribunaux �tatiques suisses � deux situations sp�cifiques, soit les pr�tentions bas�es sur une clause p�nale et les requ�tes de mesures urgentes (cf. art. 14.1 CMA). Pour les recourantes, qui soulignent la chose, cela ne signifierait nullement que les parties aient voulu limiter la comp�tence des tribunaux genevois pr�vue dans la clause d'�lection de for � ces deux seules situations. Premi�rement, semblable r�serve serait impraticable, s'agissant de la clause p�nale, dont il n'existe aucune trace dans le CMA, et sans port�e pratique pour les mesures urgentes, la comp�tence des tribunaux suisses pour ordonner de telles mesures d�coulant d�j� de la loi (art. 183 LDIP). Deuxi�mement, si les parties avaient r�ellement voulu accorder une comp�tence aux tribunaux �tatiques dans les deux domaines vis�s par l'art. 14.1 CMA, elles se seraient sp�cifiquement r�f�r�es aux tribunaux genevois, et non pas aux tribunaux suisses en g�n�ral, sachant que l'une des recourantes a son si�ge aux Pays-Bas. Troisi�mement enfin, il est contradictoire d'admettre, comme l'a fait l'arbitre unique, que la clause d'�lection de for ne contient aucune restriction quant � sa port�e et, dans le m�me temps, que les parties ont voulu limiter la comp�tence des tribunaux genevois aux deux seules situations mentionn�es dans la clause compromissoire.
Sur le premier point, l'intim�e d�montre, de mani�re convaincante, � la page 9 de sa r�ponse, avec r�f�rences � l'appui, que la notion de "�
liquidated amounts�" ne se limite pas aux pr�tentions d�coulant d'une clause p�nale, mais d�signe un montant d�termin� � payer par l'une des parties en r�paration d'un dommage sp�cifique (voir aussi, p. ex., l'arr�t 4A_150/2012 du 12 juillet 2012, let. B. et consid. 3.2.1); qu'il n'est pas impossible de trouver un cas d'application de cette figure juridique dans le CMA et ses annexes; enfin, qu'il �tait d�j� fait r�f�rence aux "�
liquidated amounts�" dans un autre contrat conclu � la m�me �poque par l'une des recourantes avec l'intim�e et vers� au dossier de l'arbitrage (pi�ce C-14, cit�e sous le n. 68 let. d de la sentence attaqu�e). L'int�ress�e en d�duit � juste titre que, contrairement � ce que soutiennent les recourantes, elle n'avait aucun motif d'admettre que la r�f�rence aux pr�tentions fond�es sur les "�
liquidated amounts�" constituait un corps �tranger dans l'�conomie du CMA. Par ailleurs, comme l'intim�e le souligne avec raison, le fait que, par hypoth�se, la r�serve de la mise en oeuvre des tribunaux �tatiques pour le d�p�t de requ�tes de mesures urgentes ait pu s'av�rer th�oriquement superflue n'�tait en aucun cas de nature � la faire douter de l'applicabilit� de la clause compromissoire. C'est � la m�me conclusion que conduit, au surplus, l'absence de r�f�rence sp�cifique aux tribunaux genevois � l'art. 14.1 CMA o� il est question de la juridiction suisse comp�tente. De surcro�t, et quoi qu'en disent les recourantes, il n'�tait pas exclu que l'une des parties contractantes puisse saisir d'autres tribunaux suisses que les tribunaux genevois au titre du lieu de l'ex�cution de la mesure requise (cf. art. 10 let. b LDIP; Andreas Bucher, Commentaire romand, Loi sur le droit international priv� - Convention de Lugano, 2011, n� 11 ad art. 183 LDIP), de sorte que la r�f�rence g�n�rale aux tribunaux suisses faisait sens. En tout �tat de cause, l'�ventuelle constatation de la pr�tendue inutilit� des deux exceptions r�serv�es � l'art. 14.1 CMA n'impliquerait nullement que la clause d'�lection de for aurait vocation � r�gir l'ensemble des diff�rends issus du CMA, � l'exclusion de la clause compromissoire. Enfin, la contradiction all�gu�e par les recourantes n'est qu'apparente: l'arbitre unique a certes constat� que l'on ne pouvait pas d�duire du texte m�me de la clause d'�lection de for une restriction touchant la port�e de celle-ci; cependant, par une interpr�tation objective des deux clauses litigieuses, prises conjointement et replac�es dans leur contexte, il est arriv� � la conclusion que l'art. 16 CMA ne devait s'appliquer qu'aux deux situations exceptionnelles dans lesquelles l'art. 14.1 r�servait la comp�tence du juge �tatique.
4.2.3.�L'arbitre unique consid�re qu'il appartenait aux recourantes de d�montrer que l'intim�e avait compris que la derni�re phrase de l'art. 16 CMA l'emportait sur la longue clause arbitrale figurant � l'art. 14 CMA, rendant celle-ci superflue (sentence, n. 68 let. b). Selon les recourantes, la seule preuve qui leur incombait �tait de d�montrer que, des deux clauses inconciliables, il convenait d'�carter la clause d'arbitrage en tant que corps �tranger dans le CMA. Or, elles l'auraient apport�e en �tablissant qu'elles n'avaient jamais eu l'intention de recourir � l'arbitrage, ce qui r�sultait, � les en croire, de l'existence d'une clause d'�lection de for usuelle, claire, non limitative et ayant �t� soigneusement examin�e par les parties, en comparaison avec la clause compromissoire qui �tait obscure et impraticable, pr�voyait une p�riode arbitrale irr�aliste (21 jours) et contenait de nombreuses erreurs de renvoi (recours, let. d., p. 14 s.).
Semblable argumentation est d�nu�e de fondement. Sous l'angle du fardeau de la preuve, on ne voit d�j� pas tr�s bien la diff�rence qu'il pourrait y avoir entre l'opinion de l'arbitre unique et celle des recourantes, telles qu'elles ont �t� rapport�es ci-dessus, puisqu'il s'agissait, en d�finitive, de d�terminer laquelle des deux clauses antagonistes devait l'emporter relativement au litige divisant les parties. L'arbitre unique ne s'est d'ailleurs pas plac� sur le terrain des faits, ni partant de la preuve, pour r�soudre cette question, d�s lors qu'il a recouru � une interpr�tation objective, qui rel�ve du droit. Cela �tant et d'un point de vue plus g�n�ral, il est ind�niable que, dans la mesure o� les recourantes excipaient de l'incomp�tence de l'arbitre unique, c'�tait � elles de d�montrer pourquoi, en application du CMA, l'intim�e aurait d� les assigner devant les tribunaux �tatiques genevois. Or, les arguments, pr�cit�s, qu'elles font valoir � cette fin ne sont nullement pertinents, comme on l'a d�j� relev� plus haut. Tel est �galement le cas de celui tir� de la br�ve p�riode d'arbitrage pr�vue � l'art. 14.2 CMA. Celle-ci s'explique sans doute par la nature et l'objet des obligations contractuelles souscrites par les recourantes, � savoir contr�ler la d�livrance et le stockage, dans un pays �tranger, de c�r�ales achet�es par un tiers.
4.2.4.�Les recourantes d�nient, par ailleurs, toute pertinence � la question de savoir laquelle des parties a initialement pr�sent� le CMA, s'agissant de d�terminer si la clause compromissoire l'emporte sur la clause d'�lection de for (recours, let. f. (i), p. 16 s.). Sans doute n'ont-elles pas tort sur ce point. Cependant, outre que pareille circonstance n'est pas d�cisive pour r�soudre la question litigieuse, il n'est pas indiff�rent de constater que ce sont les recourantes elles-m�mes qui ont introduit dans le CMA les deux clauses apparemment contradictoires.
Au demeurant, lorsqu'elles remettent en cause la conclusion de l'arbitre unique (sentence, n. 68 let. d, seconde phrase), tir�e d'un exemple concret, selon laquelle elles avaient pour habitude d'ins�rer des clauses compromissoires dans des contrats similaires (recours, let. f. (ii), p. 17 s.), les recourantes s'en prennent, de mani�re irrecevable (cf. consid. 2.3 ci-dessus), � une constatation de fait, plus pr�cis�ment � une d�duction factuelle (le comportement usuel d'une partie) fond�e sur une constatation (l'existence d'une clause compromissoire dans un contrat de m�me nature que le CMA) tir�e d'un document vers� au dossier de l'arbitrage (la pi�ce C-14).
4.2.5.�Enfin, le pr�c�dent cit� par les recourantes � l'appui de leur argumentation, � savoir l'arr�t 4A_279/2010 du 25 octobre 2010, n'a rien de topique. L'intim�e en fait une d�monstration convaincante, dans sa r�ponse (p. 15 s., n. 8). Effectivement, dans cette affaire, le Tribunal f�d�ral avait sous les yeux une clause pr�voyant de soumettre le diff�rend � une "�
binding arbitration through The American Arbitration Association or to any other US court�". Interpr�tant cette clause alternative au regard des circonstances de la cause en litige, il est arriv� � la conclusion qu'il n'existait pas de volont� claire et univoque des parties d'exclure la comp�tence des tribunaux �tatiques. Or, dans le cas pr�sent, l'arbitre unique n'a pas eu � trancher entre les deux termes irr�ductibles d'une alternative, mais � concilier, par voie d'interpr�tation, deux clauses distinctes qui n'�taient finalement incompatibles qu'en apparence. Il l'a fait en admettant que l'art. 16 CMA, consid�r� � la lumi�re de l'art. 14 al. 1 CMA, pr�voit la comp�tence r�siduelle des tribunaux �tatiques genevois pour les situations exceptionnelles r�serv�es dans la clause compromissoire. Le r�sultat de son interpr�tation �chappe � la critique, quoi qu'en disent les recourantes.
Partant, c'est � bon droit que l'arbitre unique s'est d�clar� comp�tent pour conna�tre du diff�rend opposant les parties. Le recours soumis � l'examen du Tribunal f�d�ral ne peut, d�s lors, qu'�tre rejet�.
Succombant, les recourantes seront condamn�es solidairement � supporter les frais de la proc�dure f�d�rale (art. 66 al. 1 et 5 LTF) et � verser des d�pens � l'intim�e (art. 68 al. 1, 2 et 4 LTF).
Les frais judiciaires, arr�t�s � 25'000 fr., sont mis � la charge des recourantes, solidairement entre elles.
Les recourantes sont condamn�es solidairement � verser � l'intim�e une indemnit� de 30'000 fr. � titre de d�pens.

References: art. 14
 art. 190
 art. 105
 ATF 
in casu
 ATF 
 ATF 
 art. 18
 art. 14
 art. 10
 art. 183