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Timestamp: 2017-02-23 07:05:22+00:00

Document:
Motto : Crapula ingenium offuscat. Traduction : "le bec du perroquet qu'il essuie, quoiqu'il soit net" (Pascal, Pensées, L : 6/107). Ce blog est ouvert pour faire connaître les activités d'un groupe de recherches, le Séminaire de métaphysique d'Aix en Provence (ou SEMa). Créé fin 2004, ce séminaire est un lieu d'échanges et de propositions. Accueilli par l'IHP (EA 3276) à l'Université d'Aix Marseille (AMU), il est animé par Jean-Maurice Monnoyer, bien que ce blog lui-même ait été mis en place par ses étudiants le 4 mai 2013.Thèmes de recherche : Métaphysique analytique, Histoire de la philosophie classique, moderne et contemporaine,Métaphysique de la perception et de la cognition. Austrian Philosophy. Méta-esthétique.Philosophie du réalisme scientifique. samedi 12 avril 2014
[ Meinong est un
philosophe encore largement sous-interprété. Depuis un siècle maintenant, et
les premières recensions de ses livres par B. Russell dans Mind,
l'auteur de Über Annahmen (1902-1910) a bien été victime d'une
sorte de forclusion systématique au profit d'autres penseurs bien moins
importants que lui dans la période, peut-être en raison d'une sorte
de percée originale de sa pensée, et aussi parce que tout en procédant
avec le souci du détail et de la précision d’un philosophe analytique, il fut à
quelques égards le défenseur d'une phénoménologie réaliste qui lui valut
les verges de Husserl et de Stumpf. Stumpf a lui-même été récemment présenté
comme celui qui aurait renouvelé la philosophie de son temps. Ce qui n'est
pas seulement paradoxal, mais réellement abusif. On oublie également de
mentionner en France qu'existe un véritable mouvement néo-meinongien, très
actif et prolifique : on se reportera à ce propos au n°25 de la revue Humana
mente paru en décembre 2013, intitulé Meinong Strikes Again, qui
intéresse principalement l'indispensabilité des objets dits impossibles. L'œuvre même de
Meinong, en dehors de sa postérité pour les logiciens, les esthéticiens et
les ontologistes, demeure peu étudiée. Bruno LANGLET qui a récemment
soutenu sa thèse sur Meinong à Aix-en-provence, face à un jury
présidé par le Pr. Francis Jacques, s'est attaché à retracer
la construction interne de son développement : nous publions ici
un morceau caractéristique de son travail ]
Meinong sur la mesure et les entités d’ordre
§ 1. Quelle Objectualité dans la Théorie de la Mesure de 1896 ?
Le texte de Meinong dédié à l’étude de la signification de la Loi de Weber[1] est à la fois fameux et singulièrement ignoré.
Les Néo-meinongiens s'intéressent plus à son écrit sur la probabilité et la
possibilité. Il est fameux cependant en raison de l’influence qu’il exerce sur
les Principles of Mathematics[2] de Russell, mais aussi grâce à la recension qu’en donne ce
même Russell dans Mind.[3] Le texte de Meinong est aussi une critique de l’interprétation
de la mesure de Von Kries, qui défendait une approche instrumentaliste – à
laquelle il oppose une approche plus réaliste[4]. Les concepts et les buts visés par ce texte en
font pourtant un document précieux dont l’interprétation est difficile. A y regarder de près, l'essai consiste
assurément en une tentative d’application de la théorie des relations établie dans les Hume Studien II : la mesure y est conçue comme une comparaison de parties et elle se
construit à l’intérieur d’un cadre structuré par les relations d’égalité et de
diversité. Meinong construit, pour les mesures non-intuitives (c'est-à-dire qui
ne sont pas données à l’expérience directe) une théorie de
la mesure par
substitution, qui semble faire un usage complexe et approfondi de la notion de représentations indirectes déjà présente
dans les Hume Studien II. Les mesures
au moyen de substituts sont fournies par la construction d’un rapport spécial
entre complexion et relation, et elles sont ainsi offertes à l’esprit en vertu
d’une représentation dite d’ordre
supérieur, pour lesquelles Meinong fait référence aux qualités gestaltiques de
Ehrenfels, puisque l’objet ainsi appréhendé est dit être
un objet d’ordre supérieur. Meinong distingue de même des relations qui existent et des relations qui subsistent. Au sein de l’école de Graz, ce texte semble être considéré comme le moment
où la Théorie de l’objet a été
constituée. Est-ce le cas ? En quel sens exactement une telle théorie de
la mesure signifie-t-elle que la problématique d’objets véritablement d’ordre
supérieur serait ici à l’œuvre ? La question n'est pas négligeable : sa réponse
entrainerait un argument supplémentaire pour indiquer que la notion d’objectualité s’impose bien au sein du
procès de la réflexion de Meinong sur les relations et les complexions, comme
nous avons tenté de le suggérer ailleurs. La perspective inhérente à la théorie
de la mesure que
propose Meinong, si elle offre quelques arguments ou pistes qui vont dans ce
sens, nous intéresse particulièrement aux fins de cette reconstruction.
§ 2. Psychologie
de la mesure : Percée de la Gegenstandstheorie ?
Un faisceau de témoignages signale en effet que ce texte marque un moment
clé, faisant surgir une approche qui, dans son essence, relèverait de l’esprit
de la Théorie de l’Objet, alors que celle-ci n’est pas encore développée, ni
thématisée. Sauf qu'il reste à établir exactement en quoi. Meinong indique explicitement
lui-même dans sa Selbstdarstellung, à
propos de l’approche développée en 1896 : Obwohl alle Messung (eigentliche wie
surrogative) zuletzt Teilvergleichung ist, tut diese relationstheoretische oder
allgemeiner gegenstandstheoretische Deutung des Weberschen Gesetzes der
prinzipiellen Meßbarkeit des psychischen keinen Eintrag.[5]
toute mesure (propre ou substitutive) soit finalement une comparaison de
parties, cette interprétation de la loi wébérienne en termes de théorie de la
relation, ou de manière plus générale, en termes de théorie de l’objet, ne porte aucun préjudice à la mesurabilité de principe
du psychique. Il signale que sa perspective est d’abord à comprendre dans les termes de
la théorie de la relation – ce qui est assurément assez clair au vu du
rôle que tiennent les relations de comparaison amenant à l’égalité, à la diversité et aux dérivés de
celles-ci ; mais aussi du fait que la mesure est une comparaison (de
parties) : ce sont les même relations impliquées dans les représentations
indirectes que l'on retrouve en fonction dans la mesure substitutive. Or Meinong qualifie aussi immédiatement cette
théorie de la relation en disant qu’elle serait ici un cas particulier de la
théorie de l’objet, si l’on considère ladite approche d’un point
de vue plus général. Une telle remarque est certainement à prendre cum grano
salis : elle est à la fois non
probante et intéressante néanmoins. En effet, il n’est pas rare que
Meinong examine rétrospectivement ses propres textes antérieurs à ceux relevant
explicitement de la Théorie de l’objet, de manière à vouloir suggérer que les
développements qui s’y trouvent, en réalité dérivaient de préoccupations
relevant déjà de la Théorie de l’Objet. Cette lecture rétrospective, comme celle qui est contenue dans les
annotations et additions des élèves de Meinong dans les éditions des textes du
philosophe de Graz, est certes parfois un peu trop empreinte d’une intention à justifier la pertinence des moments des
œuvres qui doivent être retraduits dans les termes de la Théorie de l’Objet. En
ce sens, un tel jugement sur son propre texte devrait plutôt être considéré
comme non probant de la part de Meinong lui-même. Cependant, il est notable que lorsque Meinong
produit un tel regard rétrospectif sur sa propre œuvre, il précise dans quels
cas les préoccupations en question concernent la Théorie de l’objet de manière implicite seulement. Ici, à propos de
son ouvrage de 1896, l’affirmation est directe
et explicite : ce qui pourrait
indiquer que l’approche relevait de la Théorie de l’objet sous une forme
explicite, ou du moins qu'elle appartenait à certaines préoccupations
explicites entrant ensuite dans cette théorie. Ce qui pourrait impliquer que
l’on prenne ce jugement rétrospectif comme fondé.
plus, l’ouverture du texte Sur Les objets d’Ordre Supérieur mentionne aussi
le statut balbutiant mais toutefois explicite
des formulations de Über Die Bedeutung Des Weber'schen Gesetzes : (…) aber hatte ich die auf Relationen gerichtete Fragestellung bereits als
zu eng erkennen müssen: für einen ihnen augenscheinlich innig zugeordneten,
gleichwohl von ihnen charakteristisch verschiedenen Tatsachenkreis schien mir
in dem vorher noch wenig gebrauchten Terminus "Komplexion" ein nicht
unpassender Ausdruck vorzuliegen. Der Gedanke und das Wort aber, unter dem sich
Relationen und Komplexionen in mehr als bloß äußerlicher Weise zusammenfassen
lassen, hat sich, ungesucht wie so vieles andere, erst recht spät in der
Bezeichnung "Gegenstände höherer Ordnung" eingestellt. So habe ich
auf die prinzipielle Bedeutung des unter diesem Namen eingeführten Begriffes
bisher nur ganz vorübergehend hinweisen können [ Nota : Meinong : „Uber Die Bedeutung Des Weber'schen Gesetzes“
p. 230 ] mit einem ersten Versuch
vollends, den Bereich dieser Gegenstände in zusammenfassender Darstellung zu
überblicken, meinte ich bisher der vielen noch unbeseitigten Schwierigkeiten
halber zurückhalten zu sollen.[6]
(…) J’avais cependant dû reconnaître que la question
concernant les relations était déjà formulée trop étroitement : pour
désigner un ensemble de faits, qui, de toute évidence, leur est intimement
assigné tout en étant distinct d’elles de manière néanmoins caractéristique, le
terme peu employé de « complexion » me semblait être une expression
adéquate. La pensée et le mot qui permettent de résumer les relations et les
complexions d’une manière plus que simplement extrinsèque a toutefois pris
forme beaucoup plus tard et de manière spontanée, comme dans beaucoup d’autres
cas, dans la désignation d’ « objets d’ordre supérieur ». C’est pourquoi,
jusqu’à maintenant, je n’ai pu me pencher que de manière très provisoire sur la
signification principielle du concept introduit sous cette appellation [ Nota : Meinong : « Uber Die Bedeutung Des Weber'schen Gesetzes » p. 230 ] : dès
le tout premier essai, je croyais alors devoir endiguer les nombreuses
difficultés encore irrésolues afin d’avoir un aperçu général et synthétique du
domaine de ces objets.
Texte assurément synthétique, qui résume la vision
que Meinong a en 1899 de sa propre évolution : parti de sa théorie des
relations de 1882, il lui apparaît que celle-ci se trouve trop
réductrice en regard des faits qu’elle cherche à traiter. Le concept de complexion est assez bienvenu pour
toucher l’ensemble de ces faits, et c’est sous le terme d’ « objet
d’ordre supérieur » que la caractérisation adéquate des relations et des
complexions se fait dans Über Die Bedeutung Des Weber'schen
Gesetzes, sans que ce concept ne donne lieu à l’exploration de son véritable Scope, nous dit Meinong. Il est remarquable
qu’il ne dise pas que la nature des
objets d’ordre supérieur soit ce qui se trouve alors encore méconnu : il dit que
c’est le domaine (« Bereich ») des objets concernés qui, en 1896,
n’avait pas fait l’objet d’une exploration exhaustive. C’est à cette
exploration qu'est consacré : Über Gegenstande hoherer Ordnung . Trois ans après son article sur la théorie de
la mesure, puis presque vingt ans plus tard – à la veille
de sa mort – ledit texte est
considéré par son auteur même comme faisant œuvre de percée, tant à la fois du
point de vue de l’expression que de l’intelligence de la nature des objectualités concernées – les objets
d’ordre supérieur, dont il est difficile de dire qu’ils ne signent pas la
naissance de la théorie de l’objet.
De même, en 1908, dans le texte non publié : Inhalt und Gegenstand , Meinong
critique une lecture que Stumpf fait de Lipps, car le même Stumpf ne cessera pas de connecter
l’être de l’objet à la nature de la représentation ou « formation
conceptuelle ». Cette position est critiquée par Meinong, qui prône une
séparation entre ce qu’est l’objet et le fait d’en avoir une représentation. En distinguant un « objet en
soi » et un « objet pour moi » – au sens d’un objet qui peut
être appréhendé, insistant sur la nature séparée de l’objet en soi, Lipps
développe une position non prise en compte par Stumpf et qui recoupe, sur le
principe, la position de Meinong qui renvoie alors à son texte sur la
Signification de la Loi de Weber : Das nämliche habe ich aber dann natürlich auch
gegen den Hinweis auf das begriffliche Denken einzuwenden, das Stumpf, obwohl er davon die „Rücksicht auf den momentanen
Denkakt“ mit Recht ausschließ, überdies immer noch subjektiv genug zu fassen
scheint, daß die Gegenstände damit entstehen und daher wohl auch vergehen.
(Nota : (...) daß dies auch Th. Lipps Auffasung
sein sollte (...), scheint mir unwahrscheinlich. An der von Stumpf angezogenen
Stelle (...) stellt Lipps dem „Gegenstande fur mich“ den „Gegenstand an sich“
gegenüber in der These: „Gegenstand an sich is alles, was für mich Gegenstand
werden kann“. Das ist aber, wenn ich recht versehe, der Sinn, indem auch ich
oben den Gegenstand charakterisiert und in dem allein ich seit meiner schrift „ Uber Die Bedeutung Des Weber'schen Gesetzes“ jederzeit
von Gegenstand geredet habe.)[7]
naturellement à objecter contre la référence à la pensée conceptuelle, que
Stumpf, bien qu’il en exclut à bon droit la « référence à
l’acte de pensée momentanée », semble partout et toujours appréhender
assez subjectivement pour que des objets apparaissent et disparaissent avec
elle. (Nota : (…) que cela soit
également la conception de Th. Lipps (…) me
semble invraisemblable. A l’endroit cité par Stumpf (…) Lipps a placé « l’objet en soi », opposé à « l’objet pour moi », dans
la thèse : « est objet en soi tout ce qui peut devenir objet pour
moi ». Mais si je vois juste, c’est le sens dans lequel j’ai également
caractérisé l’objet et dans lequel seulement j’ai toujours parlé de l’objet
depuis mon écrit « Uber
Die Bedeutung Des Weber'schen Gesetzes ».)
La conception de l’objet « en soi », entendu comme distinct et
opposé à ce qui est simplement objet « pour moi » – cette dernière
expression étant à prendre dans le sens d’objet dans la représentation – est ici dite recevoir sa formulation
originelle dans le texte Sur la
Signification de la loi de Weber. En 1908, la théorie de l’objet existe pour de bon : la notion d’objet qui s’y trouve aurait
donc comme première occurrence textuelle ce texte sur la psychologie de la
Les élèves de Meinong sont apparemment
eux-mêmes sur une ligne interprétative similaire, en soutenant que la Théorie
de l’Objet fait son apparition dans ce texte. C’est selon Potrc et Vospernik l’opinion par
exemple de France Veber,[8] le dernier élève de Meinong qui a hérité de sa
bibliothèque – et ce serait aussi celle des autres élèves de Meinong. C’est, en
tout cas, celle d'Auguste Fischer qui, dans les additions au texte Über Gegenstande hoherer
Ordnung parle aussi en ces
termes du même texte : Uber Die Bedeutung Des Weber'schen Gesetzes. Il y précise, à propos des considérations relatives à la Théorie de
l’Objet, que ces dernières franchissent un cap lors de la réflexion sur la Loi
de Weber : [Gegenstandstheoretische
Betrachtung] kommt jedoch Auch schon in 39 (Kompl.u.Rel) und in 42 (Analyse)
teilweise zur Geltung ; in größerem Maße in 45 (Webersches Gesetz.).[9]
[La réflexion en termes de Théorie de l’Objet] devient
assez importante dans « Zur
Psychologie der Komplexionen und Relationen » et dans « Beiträge zur Theorie des
psychischen Analyse » ; considérablement plus dans « Uber
Die Bedeutung Des Weber'schen Gesetzes ».
Fischer précise que la formulation de considérations exactement
relatives à la Théorie de l’objet est bien manifeste dans le texte de 1903, Bemerkungen
über den Farbenkörper und das Mischungsgesetz [10] où les couleurs sont dites aussi peu
psychologiques que ne le sont les nombres ou les places. D'autres
considérations sur la place de la Théorie de l’objet dans son rapport aux
autres sciences sont assurément plus tardives[11], mais de manière intéressante, l’approche de
1896 sur la signification de la loi de Weber montre aussi de quelle façon
Meinong considère des activités relevant des sciences pour en rendre compte à
partir de la théorie des relations comme
aussi par le truchement des concepts encore peu développés d’objets d’ordre
§ 3. Objets
d’Ordre Supérieur et Opération de Mesure
Uber Die Bedeutung Des Weber'schen
Gesetzes articule des exigences multiples : en premier lieu, considérer
prioritairement en quoi l’activité de comparaison, avec les relations
fondamentales qui se trouvent impliquées dans cette activité, structurent
les opérations de mesure. En second lieu, Meinong ne peut faire l’économie de
la réflexion héritée de Von Ehrenfels, avec cette reformulation et
reconceptualisation qu’il en donne, traduisant la notion de qualités gestaltiques dans son concept de contenus
fondés : associées aux relations, les complexions sont incontournables,
mais les contenus fondés sont fondamentalement entendus comme des contenus
relationnels. L’articulation complexive de contenus fondationnels en un contenu fondé est essentiellement le fait d’une relation, reconnaissait
Meinong, et c'est elle qui détermine l’émergence du contenu fondé.
Ces deux concepts de relation
et de complexion sont activement sollicités par Meinong lorsqu’il s’agit de
rendre compte de mesures qui portent sur des données non-intuitives, et qu’il
s’agit donc de construire tout en se pliant à la fois à la technicité des
mesures, puis en saisissant ce qui, venant de la réalité, on le suppose, s’impose aux opérations de mesure. Quels
rôles les complexions et relations jouent-elles exactement dans ces mesures et
pourquoi l’appellation et le concept d’objet d’ordre supérieur sont-ils tout à
coup sollicités dans ces situations épistémologiques précises ? Dans ce texte sur la Loi de Weber, Meinong
mentionne à nouveau Ehrenfels pour mettre en avant la spécificité des représentations
concernées par la mesure : ce sont des représentations d’ordre supérieur.
Il précise immédiatement qu’elles correspondent à des entités qui sont celles qu'a
identifiées Ehrenfels et qu'il a rebaptisées « contenus fondés (Fundierte inhalten). Plus loin, il affirme enfin que ce qui est
mesuré, lorsque cela n’est pas uniquement une donnée sensible, mais une donnée
abstraite, est certainement un objet
d’ordre supérieur, dont la valeur varie avec celles des objets d’ordre
inférieur sur lesquels il est construit. Voici ce que dit Meinong d’abord sur
les représentations et les relations concernées à propos de leur rôle
fondamental dans l’activité de mesure : Wer an Geschwindigkeit denkt,
denkt sicherlich an Weg und an Zeit ; aber er stellt Weg und Zeit nicht etwa
bloß gleichsam nebeneinander vor, sondern in engster Verbindung, genauer, in
einer Relation, vermöge welcher sie sich zu einem Vorstellungsgebilde höherer
Ordnung zusammenschließen, zu einer derjenigen Komplexionen, für welche der von
Ehrenfels entdeckte
Thatbestand der Inhaltsfundierung wesentlich ist. Geschwindigkeit, Dichte und
vieles andere wird vom theoretisch Naiven gedacht vermöge fundierter Inhalte,
und was sie mathematische Bearbeitung dieser Gedanken, die Übertragung
derselben in die Formelsprache, zunächst leistet, ist nichts weiter, als die
Präzisierung jener Großenrelationen, die zwischen den fundierenden Größen und
der fundierten Größe vermöge der Natur der betreffenden Komplexion bestehen.[12]
Qui pense à la vitesse, pense surement à un parcours et à
un temps, et il ne les pose pas comme étant côte à côte, mais en étroite
connexion – plus précisément dans une relation en vertu de laquelle ils se
rassemblent dans une construction conceptuelle d’ordre supérieur, une de ces
complexions pour lesquelles le fait de la fondation des
contenus, découvert par Ehrenfels, est essentiel. La vitesse, la densité et beaucoup d’autres encore sont, pour la
pensée théorique naïve, pensées en vertu de contenus fondés, et ce qui de ces
pensées est mathématiquement traité, leur traduction dans des formules
mathématiques, n’est rien de plus que la spécification de ces relations de
grandeur, celles entre les grandeurs fondatrices et la grandeur fondée, par
lesquelles subsiste la nature de la complexion concernée.
Plusieurs éléments faisant partie de la psychologie et de l’ontologie de Meinong interviennent
ici, comme des conditions nécessaires à l’explication de la mesure, tant du
côté de l’activité de l’esprit que du côté de la nature de ce qui est
proprement mesuré : les contenus fondés, la fondation, les collectifs objectifs, les complexions, les
relations. Un trait
intéressant est l’usage de la notion d’un ordre
supérieur pour qualifier les contenus fondés : le rapport de
fondation entre contenus assurant la fondation, le contenu fondé est
dès lors conceptuellement solidaire de la notion de complexion, or la fondation
suppose aussi une construction conceptuelle
d’ordre supérieur, par laquelle l’objet en question peut être présenté. Une
telle notion, enveloppée dans le prédicat être
d’ordre supérieur, est explicitement corrélée à la complexion, dont on
pourrait dire qu'elle est relative au rapport de fondation entre des contenus. Si une telle représentation d’ordre
supérieur est nécessaire pour saisir un objet d’ordre supérieur, nous sommes
bien dans les termes d’un rapport entre esprit et objet qui, même en 1899, sera
encore à peu près le même (Meinong en 1899 ne distingue pas exactement la
production d’idées nécessaire pour appréhender un objet fondé du processus de
fondation qui fait émerger l’objet sur la base constructionnelle d’autres
objets). Quel est le sens de cet exemple de la
vitesse ? Elle ne peut être mesurée qu’en divisant
un parcours par une durée – c’est ici l'articulation précise entre ces deux
relationnalités qui prend la forme d’une division du parcours par le temps que
l’on met à le parcourir : Frankie Fredericks a couru son meilleur 200 m en
19 secondes et 68 centièmes, soit à la vitesse moyenne de 10, 16 mètres par
seconde. La vitesse, ici, apparaît comme un objet fondé sur d’autres qui sont articulés d’une manière définie (par une
relation de division) entre eux et au
sein d'une complexion, laquelle donne
ainsi accès à une mesure de la vitesse en question. Ce calcul permet donc de produire une mesure, et
dans la perspective de Meinong, il est le résultat d’une mise en rapport de
contenus assez intuitivement saisissables, comme le parcours et le temps mis à
l’épuiser – quoique des mesures mathématisées nous offrent évidemment un
dispositif plus utilisable. La mesure de
la vitesse n’est pas intuitive quant à elle – elle est ce qui se trouve présenté dans ce
que Meinong appelle ici une formation
conceptuelle supérieure, une formation qui est bâtie sur les contenus qui
servent à la fonder (ici les éléments intuitifs indiqués). Leur articulation au
moyen d’une division, de manière à ce
que soit produite la mesure de la vitesse, ne se fait pas par une relation
quelconque, mais, précisément, au moyen de la division : c’est la relation déterminante qui permet au
parcours, et à la durée mise à effectuer ce parcours, d’être articulés de
manière à fonder une complexion précise d’où résulte une vélocité en tant
qu’objet mesuré. Le jugement de division est précisément considéré par Meinong
comme mettant en jeu des contenus
atemporels fondés sur des contenus temporels : 15 est par exemple
constitué d’une pluralité de parties constituantes dont chacune consiste en 5
unités – ce qui constitue les groupes comptés doit être temporel[13]. Comme dans la mesure de la vitesse : on
part du spatial et du temporel pour obtenir une complexion de laquelle émerge
une mesure de vitesse, en tant que tel un objet non-temporel qui mesure le
rapport de la distance et
du temps. Meinong dit
bien qu’il doit y avoir une connexion ou une relation qui entraine à la fois
leur unité dans la complexion et leur rapport de fondation –
parcours et durée ne peuvent simplement entrer dans une configuration qui
serait simplement celle d’un collectif objectif, où les éléments sont
simplement articulés comme le seraient les membres d’un ensemble. En ce sens,
plutôt l’objet d’une représentation d’ordre supérieur, au sens où elle dépend
des fundamenta que sont le parcours
et le temps. C’est aussi en ce sens une stipulation forte qui concerne
l’ontologie de la mesure, bien qu'articulée aussi à une relation
psychologique : Meinong conçoit dans les termes de son ontologie et de sa
psychologie ce qui est sous-tendu par les formules au moyen desquelles s’effectue
un calcul de vitesse ; il voit que ce calcul appartient au genre des
complexions et implique une fondation pour que la mesure soit possible. Les
formules mathématiques ne sont que la traduction de ces rapports plus profonds
et plus fondamentaux : ce sont des rapports qui rendent raison du fait que
l’esprit peut avoir un objet – ici la vitesse – à mesurer. Ce sont bien ces complexions prenant comme fundamenta un parcours et une durée qui
déterminent l’émergence de la mesure, c’est-à-dire qui sont ce qui est à
proprement parler mesuré, ou ce dont la mesure de vitesse résulte : (...) bei Messung
der Geschwindigkeit nicht dieses, sondern eine aus Weg und Zeit gebildete neue
Komplexion.[14]
(…) dans la mesure de la vitesse, n’est pas mesurée celle-ci mais les nouvelles
complexions formées de parcours et de temps. Le statut de l’objet ainsi présenté à travers l’opération de mesure est
toutefois difficile à cerner ici : la vitesse apparaît-elle comme un objet résultant de la mesure effectuée par une relation précise entre des
fundamenta, laquelle crée une
articulation entre eux qui semble faire émerger
l’objet de la mesure ? C’est ce qu’il semble. Voici ce que dit Meinong à
propos de la mesure de la distance et
de la température, mises en comparaison avec la mesure de la vitesse :
Bei Messung der Distanz wird
eigentlich nicht diese gemessen, sondern die zugeordnete Strecke, bei messung
der Temperatur nicht diese, sondern der Quecksilberstand, bei Messung der
Geschwindigkeit nicht dieses, sondern eine aus Weg und Zeit gebildete neue
Komplexion.[15]
Dans la mesure de la distance, n’est pas proprement mesurée celle-ci, mais les
longueurs correspondantes ; dans la mesure de température, n’est pas
mesurée celle-ci mais la colonne de mercure ; dans la mesure de la vitesse, n’est pas mesurée celle-ci mais les nouvelles
complexions formées de parcours et de temps. De la sorte, en voulant mesurer une distance, on mesure des segments de longueurs (Strecken), mais par le moyen d’une
articulation définie qui fait que l’objet « distance » se trouve
présenté au sein d’une complexion dans laquelle ces longueurs sont étalonnées ;
on mesure à proprement parler une colonne de mercure, mais de telle façon que
l’objet « température » soit offert au sein d’une complexion dont les
fundamenta ne sont pas des
températures. De même, on mesure à proprement parler un rapport entre parcours
et durée au sein d’une complexion qui donne à saisir, sur la base de cette
relation entre ces fundamenta,
l’objet « vitesse » proprement dit. Les complexions sont
ici envisagées de telle sorte que l’objet que l’on voudrait mesurer est obtenu
en même temps que la valeur de la mesure : de ce fait, il semble correct
d’analyser le processus et le résultat en disant que l’objet est à la fois produit de manière fondée tout en étant doté
d’une objectivité manifeste, sinon d’une objectualité tant ce qui est saisi de
la sorte paraît ne pas avoir été créé. Ce qui apparemment a été créé, c’est
le processus de mesure seulement, lequel permet d’atteindre l’objet mesuré –
l’objet lui-même, inséparable des objets inférieurs qui permettent de
l’atteindre. Ainsi, tandis que le texte traitait de formations conceptuelles d’ordre
supérieur, laissant penser que Meinong raisonne ici en termes de contenus
fondés, et donc qu’il se positionne toujours à l’intérieur d’une théorie idéale
(psychologique) des contenus fondés, en réalité la nature de ce qui est présenté à l’esprit via les mesures
concernées contraint, semble-t-il, à
poser hors de l’esprit des objets auxquels sont dédiées ces constructions
conceptuelles d’ordre supérieur. Tels sont aussi, proprement nommés, des objets
d’ordre supérieur. Voici ce qu’il soutient à propos de la nature
des entités qui sont concernées par l’activité de mesure : Man kann also allgemein von
den unanschaulich vorgestellten Größen der Physik, natürlich ebenso von analog
gebildeten Konzeptionen anderer Wissenschaften, sagen : sie werden erfasst
nicht durch Zahlen oder Formeln, auch nicht durch die Vorstellung von Zahlen
oder Formeln, sondern durch vie Vorstellung eines Gegenstandes höherer Ordnung,
an dem von Natur anschaulich vorstellbare (und messbare) Objekte niederer
Ordnung in solchen Relationen beteiligt sind, dass die Größe des Gegenstandes
höherer Ordnung in der durch die betreffende Formel ausgedrückten Weise mit den
Größen der Gegenstände niederer Ordnung variiert.[16]
On peut ainsi généralement dire des quantités
non-intuitives représentées en physique, et naturellement, par analogie, aussi
bien pour les conceptions formées d’autres sciences : qu'elles ne sont pas
appréhendées par des nombres ou des formules, ni de même par la représentation
de nombres ou de formules, mais plutôt par la représentation d’un objet d’ordre
supérieur, tels que sont intrinsèquement impliquées dans de telles relations
des objets intuitivement représentables (ou mesurables) d’ordre inférieur, de
telle sorte que les grandeurs des objets d’ordre supérieur, lesquelles sont exprimées par des formules concernées,
varient avec les grandeurs des objets d'ordre inférieur.
Les entités dont on veut donner une mesure
impliquent un niveau d’abstraction qui
présuppose une ontologie justifiant la possibilité de leur prise en
considération – Albert Spaier le résume bien : « L’étendue d’un champ, la lourdeur d’un fardeau,
l’intensité d’un son ou d’un effort musculaire tombent sous les sens, tandis
que les masses et forces ou l’énergie thermique et électromagnétique, dont
s’occupent la mécanique et la physique sont, comme dit Meinong, des
« objets d’ordre supérieur », qui se dérobent à notre perception »[17]
Bien qu’ils se dérobent à la perception,
il remarquable néanmoins que ce soit en tant qu’objets de mesure que la
distance, la vitesse sont des entités d’ordre supérieur. Cette affirmation peut
surprendre : le sens de l’expression est que l’objet véritable que la mesure vise est un objet qui n’est
aucunement créé par l’esprit. Il est mathématisable et il rend raison du
comportement de ce que l’on peut – anachroniquement – appeler pour l’occasion
ses inferiora pris dans une certaine
liaison. Ceci est clairement de nature à établir une relation assez forte entre
idéalité objective, relationnalité et nécessité
de la fondation. La mesure permet donc de saisir, en vertu
d’une certaine opération de l’esprit, une entité qui semble ne pas pouvoir être
saisie autrement que par cette opération. Une thèse forte est donc bien avancée sur la
nature de ce qui est mesuré – pour laquelle Meinong, en effet, met en avant le
terme d’Objet d’ordre supérieur. Est-ce ici que naît proprement la théorie de
l’objet ? Nous ne pouvons pas vraiment répondre,
mais il est remarquable que les acquis des réflexions antérieures de Meinong
constituent l’arrière-plan amenant les questions de mesure à être conçues en
ces termes d‘objet d’ordre supérieur. Le concept n’est pas expliqué ici. On
peut néanmoins déterminer son sens à travers l’usage qui en est fait. Il semble bien relever de l’extériorité
– c’est-à-dire de ne pas être psychique – sans pour autant désigner quelque
chose qui pourrait être perçu. Il a
donc une idéalité, mais il a aussi une objectivité forte : ce que les
opérations de mesure révèlent, ou ce à quoi elles donnent accès en articulant
objets intuitivement saisissables et mesurables, ne peut être inventé de
manière arbitraire et fantaisiste. Les objets et grandeurs articulés en tant que
fondations d’une manière relationnellement déterminée et complexivement réglée,
voilà qui donne précisément accès à quelque chose d’objectif (la mesure), en saisissant
eo ipso une objectualité d’ordre supérieur. Ce moment de la théorisation de la
mesure semble être un moment textuel assez fort, où l’ontologie et la
psychologie des relations et des complexions de Meinong ouvre, dans des
conditions déterminées, sur une objectité ou objectualité qui n’est ni inventée
par l’esprit, ni découverte dans l’empirie, mais qui semble bien saisie dans
l’être, si l'on peut dire ainsi.
Or à supposer que cette lecture soit correcte,
il apparaît que l’on ne peut pas véritablement soutenir que la distinction
entre contenu et objet, pour les simples représentations, est le point
de départ de la pensée de l’objectualité chez Meinong, au sens où il
transposerait ensuite le principe de cette distinction aux relations et aux
complexions. Au contraire, la distinction entre ce qui relève de la psychologie
et de l’objectualité semble à l'évidence se construire progressivement, d’abord
à partir de la thématique des relations et des complexions, ensuite à partir de
ce que révèle l’application de la théorie des relations à
la question de la mesure.
Les textes divers et les petits essais
antérieurs de Meinong posent déjà la question du statut de certaines relations
et de complexion en tant qu’objets de l’esprit. La problématique inhérente au
texte sur la loi de Weber n’est certainement pas une simple reprise d’une
distinction entre contenu et objet. C’est une réflexion qui continue de
s’élaborer, et qui porte sur le statut des relations, des complexions et des
rapports de fondation qu’elles impliquent, puis de la nature de ce qu’elles donnent
à connaître. A cette réflexion est associée une recherche sur la façon dont il
faut concevoir les opérations de l’esprit pour qu’ils puissent accéder à de
telles idéalités, lesquelles semblent paradoxalement être données à la suite d’un certain processus psychologique et
épistémologique de construction de l’accès cognitif à ces mêmes idéalités.
§ 4. Mesures par Substitution et Représentations
Nous avons fait la remarque que le concept
d’idéalité pouvait être vu comme l’un des concepts dont le statut recevait une
modification progressive : une relation d’abord dite idéale au sens
psychologique (elle in-existe dans l’esprit), mais qui est ensuite conçue comme
objet de l’esprit, proprement dit, et résultant d'un processus d’extrojection. Le sens de cette notion
d’idéalité apparemment change. Dans cette optique, l’esprit ne génèrerait plus
une relation comme pur contenu mental, qui correspondrait à ce qui se trouve
hors de l’esprit, mais, plutôt, il
produirait un état mental visant la relation d’emblée dans une extériorité,
en tant qu’un objet ni physique ni psychique, mais bien idéal et
possédant une objectualité intrinsèque. C’est ce processus qui traverse
l’évolution de Meinong : l’identification entre l’idéal et l’objectuel fondé devenant explicite en 1899. En 1894, certaines
relations apparaissent comme nécessaires a
priori, cette nécessité dérivant de la nature des termes. Y a-t-il une
relation qui se trouve constamment au cœur de cette démarche ? La relation
de diversité (Verschiedenheit) apparemment, qui se
trouve toujours au cœur de l’ontologie relationnelle de Meinong, et qui est
toujours connectée à la psychologie des activités de comparaison. Ce point paraît essentiel dans Uber Die Bedeutung Des Weber'schen
Gesetzes. En premier lieu, en raison de la place de la
comparaison, qui entre dans la définition de la mesure : Alles Messen ist Teilvergleichung mit Hülfe von
Operationen, welche der Unvollkommenheit unmittelbaren Vergleichens zu Hülfe
kommen sollen.[18]
mesure est une comparaison de parties à l’aide d’opérations devant venir
pallier l’imperfection de la comparaison directe
En second lieu, en raison l’usage qui y est fait
du couple des relations d’égalité et
de diversité, qui sont pour Meinong
impliquées dans toute mesure. Les opérations de mesure sont assurément très
diverses, mais de manière intéressante, elles sont conçues par Meinong comme
des spécifications de l’activité de
donc aussi comme des spécifications de la capacité active et actuelle de l’esprit à les saisir à partir des relations d’égalité ou de diversité.
Ainsi peut-on lire dans ce texte : Das Vergleichen ist ein Tun,
das Ziel aber, auf das es gerichtet und durch das es völlig natürlich und
ausreichend bestimmet wird, ist ein Urteil über Gleicheit und Verschiedenheit.[19] Le comparer est une action dont le but vers lequel elle
est dirigée, et qui la détermine naturellement et totalement, est un jugement à
propos de l’égalité et la diversité.
En ce qui concerne la relation de Diversité, la
ressemblance ou la dissemblance en
sont des spécifications ou, si l’on veut, des dérivations ; dans le cas de la
mesure, Meinong précise qu’il convient d’ajouter à ces variétés de la diversité
les relations d’infériorité ou de supériorité d’une grandeur en regard
d’une autre : Wer die grössen A und B
miteinander vergleicht, wird, wenn er nicht Gleichheit gefunden hat, das
Resultat doch nicht leicht in der Form ausdrücken : „A is von B verschieden“ ;
er wird vielmehr normalerweise etwa sagen : „A ist grösser“ oder „B is
kleiner“.[20]
Qui procède à une comparaison entre A et B, et n’ayant
pas trouvé d’égalité, n’exprimera pas simplement le résultat sous la
forme ; « A diffère de B » ; il dira bien plutôt quelque
chose comme : « A est plus grand » ou « B est plus
Il apparaît assez clairement que Meinong reprend
ici les notions basiques de sa psychologie et de son ontologie, établies en
1882, auxquelles il ajoute les acquis des complexions. Comment ces relations
fondamentales d’égalité et de diversité, au titre des catégories les plus
larges dans lesquelles s’inscrivent les opérations de
mesure, entrent-elles exactement en rapport avec ces opérations ? Comment
s’opère exactement le rapport entre ces relations basiques, les formations
conceptuelles ou représentations d’ordre supérieur, les complexions et
relations et les objets d’ordre supérieur ? Une thèse centrale du texte sur la signification
de la loi de Weber est celle qui dit que les grandeurs indivisibles comme les
relations de distance, ou les états psychiques, sont mesurés de
manière substitutive (par des « succédanés » de mesure selon Spaier),
autrement dit via la mesure de grandeurs
divisibles. Ici, sont utilisés des contenus directement saisissables et
numériquement quantifiables, de manière à les articuler par un rapport
déterminé (une relation spécifiée) au sein d’une complexion, et par le biais d'une configuration
conceptuelle d’ordre supérieur permettant d’atteindre un objet d’ordre
supérieur qui est l’objet mesuré. Comme on l’a indiqué, la construction est
complexe, puisque réglée par une relation, et voulant que des contenus de
pensée, donnés en propre, permettent à un sujet d’appréhender un tel objet de
pensée de manière indirecte. Notons que cette opération a déjà été conçue chez
Meinong à travers la thèse de la représentation indirecte par
la médiation des relations – une idée présente dès les Hume Studien II.[21] Procéder par représentation indirecte consiste
à partir d’un fundamentum, comme la
couleur du lagon de Raiatea que l’on voit sur une photo par exemple, et d’une
relation (la similarité exacte) afin de produire l’autre fundamentum de manière indirecte et de telle sorte que le contenu
du premier puisse être rapporté au second, dont on ne fait pas l’expérience
directe. En l’occurrence, on peut ainsi apprendre quelle est la couleur du
lagon de Maupiti.
La mesure indirecte est-elle une application de
la thèse de la représentation indirecte ? En est-ce une variante ?
En se servant d'une représentation indirecte, on mobilise les caractéristiques d’un
représenté direct selon un rapport réglé par la relation en question, pour
indirectement concevoir ce qui se trouve ainsi déterminé comme second membre de
la relation. Via ce processus, nous n’avons pas une expérience directe du fundamentum qui manque, mais nous en
avons cependant une connaissance en vertu d'une transposition réglée : si
les deux fundamenta sont dits
identiques, nous obtenons la bonne représentation, s’ils sont similaires, nous
avons une approximation ; s’ils sont différents, nous ne pouvons avoir de
représentation transposée du fundamentum
qui n'est pas directement donné et qui est visé par la relation de différence. Or dans le texte sur la loi de Weber, une
procédure très analogue semble nous être présentée. Une mesure substitutive ou
indirecte donne accès à ce qui ne peut pas être directement mesurable (des
grandeurs indivisibles, par exemple), mais duquel on connaît la mesure grâce à
celle de la longueur qui est identique à la distance. La
distance étant une espèce de la diversité, nous avons une identité entre une
mesure et une diversité – celle des objets que la mesure indirecte de la
distance permet de qualifier à travers une quantité. Meinong compare ainsi la mesure indirecte à la mesure d’un côté d’une
figure qui nous serait inaccessible – mesure pour laquelle on passe justement
par la longueur du côté accessible et par la relation que celui-ci entretient
avec le côté qui ne l’est pas directement. Le substitut de mesure produit bien
un substitut comme objet mesuré – ce
que l’on voudrait mesurer n’est pas mesurable proprement, mais la mesure porte sur quelque chose qui le remplace
et se trouve alors mesuré – ce remplacement étant supposé offrir, de ce qui se
trouve remplacé, un certain nombre d’informations articulant à la fois un
rapport à ce qui fait l’objet de la substitution et la capacité à être mesuré.
C’est en fait un moyen de qualifier indirectement ce qui ne peut pas être
directement saisi comme qualifié, soit ici comme étant mesuré. La distance n’est pas mesurée, mais la longueur qui correspond à la
distance peut bien l’être. Cela ressemble à une abstraction de
la distance qui serait mesurée, ou bien est ce que la distance est indirectement
mesurée par la mesure de sa longueur. Potrc et Vospernik, dans leur article[22] dédié à la question de la mesure
psycho-physique chez Meinong, soutiennent que ce qui est mesuré est un objet
constitué d’une sélection de
propriétés, ce qui semble être une interprétation correcte ; mais ils soutiennent
aussi qu’il s’agit d’un objectif (Objektiv), ce qui est formellement
anachronique. Cela signifierait que c’est par un objectif d’être-tel (un
Sosein) que l’on accède à l’objet que
l’on veut mesurer, or son Sosein est
ce qui est mesuré et ce qui offre cognitivement l’information, l’objet en
question étant appréhendé de manière indirecte ou impropre. Une telle interprétation, tout en ne tenant pas
compte de la temporalité qui gouverne l’occurrence des concepts meinongiens,
livre – indirectement – quelques indices : de ce point de vue et de
manière pour nous généalogique, dans le §46 de Uber Annahmen, Meinong souligne lui-même le rapport entre la représentation indirecte des
Hume Studien II et la notion d’objectif d’être-tel, disant que ce dernier traduit dans la théorie
de 1910 ce qui avait été conçu en 1882 pour expliquer comment on peut saisir
quelque chose de quelque chose, alors
que ce quelque chose ne nous est pas directement donné. De tels rapports entre ces concepts meinongiens issus de périodes
diverses semblent forcer à penser que la représentation indirecte serait bien en jeu dans la mesure de substitution. L'hypothèse
se verrait confirmée qui avance que la mesure indirecte par substitution réglée
est bien un usage décalé par Meinong de son concept de représentation
indirecte. Suivant la juxtaposition de ces remarques d’ordre différent,
le rapport entre représentation indirecte et
mesure indirecte semble alors défendable. Pour la première, le fundamentum indirectement saisi via la
relation n’est pas saisi par une expérience perceptive, et c’est aussi un substitut de celle-ci, qui est ainsi
indirectement présenté en offrant un accès cognitif à certaines des propriétés
dont la relation indique qu’il les partage avec le fundamentum de départ. Le bleu du lagon de Maupiti n’est représenté
que parce que le rapport de similarité qu’il entretient avec le bleu de Raiatea
nous offre un substitut de ce qui serait expérimenté perceptivement si nous
avions le lagon de Maupiti face à nous. Si nous disons que le bleu de la mer
que l’on trouve à Porto-Vecchio ressemble, à une certaine période l’année, à
celui de la mer de la baie de Bonassola, nous avons de même un substitut, mais
plus vague. Nous pensons à un substitut fourni par la représentation indirecte
de ce dont nous ne pouvons faire l’expérience directe. La mesure indirecte de
Meinong a la même fonction tout en étant réglée de manière plus stricte et en
spécifiant les relations de comparaison en
jeu. On peut tenter de préciser cela. On trouve dans
les Zur Relationstheorie des exemples
de représentations indirectes qui portent sur des relations que l’on transpose. Ces représentations semblent procéder
comme le fait l’opération de mesure. Meinong considère en 1882 le cas où sont
connectées entre elles des fondations qui ne nous sont données que par leur
relation à une troisième fondation qui
est elle-même inconnue, comme par exemple dans le cas où : Zwei Größen, die einer
dritten gleich sind, müssen auch untereinander gleich sind.[23]
Deux quantités qui sont égales à une troisième doivent
être égales entre elles.
De la sorte, à partir de : a = c et b = c,
on peut légitimement tirer que a = b. C’est une relation d’égalité qui est
indirectement saisie à partir de deux autres relations et d’un ancrage commun
dans certains fundamenta. Pour ce
type de processus de saisie d’une égalité,
Meinong dit que les mathématiques, en vertu du haut degré de généralité
qui est le leur, ont affaire à nombre de cas de ce genre,
die man füglich als Fälle von
Relationsvermittlung bezeichen konnte, da ihnen wesentlich ist, daß das jedes
Mal in Betracht kommende Relationenpaar ein Fundament gemeinsam hat.[24]
que l’on peut à juste titre appeler des cas de médiation
par relation, car ce qui leur est essentiel est que chaque paire de relation
ait un fondement commun.
Ce mode de pensée consiste à transposer un
rapport à quelque chose qui n’est pas donné, mais qui va au-delà de l’expérience – de l’intuitif, ou du donné direct. Il correspond
bien au rôle dévolu aux opérations de mesure substitutionnelle en 1896. C’est
ce rôle imparti aux relations repris dans le deuxième volume des Hume Studien, qui se trouve déjà mis en relief par Meinong
en 1877 dans le premier volume. Meinong y traitait du rôle de la connaissance
des relations lors de la reproduction mémorielle d’une mélodie, soutenant que
ce dont il y a souvenir, lorsque l’on reproduit par le chant ou le sifflement
une mélodie entendue, est l’intervalle tonique et ses séquences (« Tonintervalle und deren Reihenfolge »).
Il s'agit d'une transposition
relationnelle (Relationsübertragung)[25], ce que Meinong rapproche immédiatement d’une
formule générale, qu’il commente, après l’avoir exprimée de la sorte :
Wo a und b gegeben sind, x
bestimmt werden kann (..). Hätten wir an jeder Farben des Sonnenspectrums stets
nur einen Helligkeitsgrad, ebenso an jedem Tone nur einen Stärkegrad
wahrgenommen u. s. f., dann möchte es allerdings kaum gelingen, Vorstellungen
von anderen Graden zu bilden, – wenn es aber gelänge, eine empirische Erklärung
schwerlich möglich sein. Mit den verschiedenen Graden ist aber auch das
Verhältnis derselben zu einander gegeben, und wir sind in den Stand gesetzt,
dieses auch über die Grenzen der Erfahrung hinaus zu übertragen.[26]
où a et b sont donnés et où x peut être déterminé. Si nous avions perçu chaque couleur du
spectre avec un degré seulement de brillance, chaque son avec seulement un
degré de hauteur, alors nous n’aurions pu former les idées des autres degrés, et
si nous le pouvions ce serait très difficilement explicable empiriquement. Mais
si avec les divers degrés sont aussi donnés les rapports les uns aux autres,
alors nous sommes en position de procéder à des transpositions allant au-delà
des limites de l’expérience.
Une telle approche semble être à la source des surrogative Messungens, c’est-à-dire des
mesures indirectes. Son propre est de
saisir par substitution ce qui ne peut l’être directement – c’est le cas des
distances, par exemple, indivisibles pour Meinong : elles ne peuvent pas
être divisées par des parties de distance, car une distance est érigée entre deux points
seulement. Ce qui est divisible selon lui, c’est une longueur (Strecke), entièrement déterminée par une structure numérique qui la rend
divisible numériquement.[27] C’est donc par une opération de mesure
indirecte que la distance est saisie, à partir de grandeurs divisibles, de
façon à donner une mesure corrélée ce qui est indivisible – une distance (Distanz) au moyen de longueurs (Strencken). Bei Messung der Distanz wird
eigentlich nicht diese gemessen, sondern die zugeordnete Strecke [28]
longueurs correspondantes La longueur calculée nous donne bien la mesure
de la distance en
question. On a comparé des parties qui produisent, par la comparaison en
question, une valeur calculée pour une comparaison entre des points – et on mesure ainsi indirectement quelque chose de leur diversité (Verschiedenheit) – : en fait, l’identité entre la longueur et la
diversité de longueur entre les points, sur lesquels émerge la relation de
distance. A­­____________________B (Distanz)
----- 3 ----- 4 ----- 5 ------ ad inf. (Strecke)
Dans ces conditions, nous sommes bien tentés de
dire que la mesure n’est pas égale ou identique avec le mesuré, mais avec la diversité de ce qui est mesuré :
Näher handelt es sich bei dem
anscheinenden Paradoxon in betreff der Temperaturmessung nicht um Gleichheit
der Temperaturen, sondern, wie hier, Späterem vorgreifend, kurz gesagt werden
darf, um Gleichheit von Temperaturverschiedenheiten.[29] Le paradoxe apparaissant et qui va bientôt ici s’éclairer
est que la mesure de la température n’est pas égale à la température mais, dit
brièvement, à la diversité de température.
Ici, dans le cadre de la mesure, la différence
par rapport à la thèse des Hume Studien tient au fait que c’est un objet qui est donné : procédure qui reste analogue à celle décrite
dans les textes de 1882 – mais qui sera un objet d’ordre supérieur. Le processus de mesure suit ainsi, tant du côté
de l’acte que du côté de ce que cet acte vise, la structure établie en 1882 entre
les actes de comparaison et les relations qui de ce fait peuvent être présentées
à l’esprit. Dans le cas précis de la mesure, il y a cependant quelques
spécifications, nous l'avons vu : en comparant, on souhaite voir si ce qui est
comparé est égal ou non ressemblant ; mais pour obtenir des mesures précises on
décline la non-identité à travers les déterminations de la relation dite de
« supériorité» ou « d’infériorité ». Cette relation était
déjà visée en 1894 comme relation non-temporelle, et mise sur le même plan que
la diversité et l’incompatibilité : elle sera en 1900 présentée comme ancrée
dans la nature des termes, qui la déterminent.
ainsi comprise comme une déclinaison de la diversité. Dans tous les cas, ce ne
sont pas ces relations elles-mêmes qui sont mesurées, car elles sont indivisibles
en tant que relations pour Meinong – toute mesure étant une comparaison de
parties. Les concepts de longueur (Strecke),
par exemple, sont en jeu ici, ou d’autres entités : reprenons la citation
que nous avons donnée plus haut.
Komplexion.[30]
mesurée celle-ci mais la colonne de mercure, dans la mesure de la vitesse, n’est pas mesurée celle-ci mais les nouvelles
complexions formées de parcours et de temps. Est-ce que le fait que Meinong soutienne que les
relations ne peuvent être divisées peut servir d’argument pour nier leur objectualité, bien que leur
reconnaissance soit ici bien timide dans l’ontologie de Meinong ? Spaier
dit que les distances sont des relations, et donc sans doute qu'elles restent de
nature intellectuelle et demeurent indivisibles.[31] Cela semble séduisant, dans la mesure où il soutient aussi que les états
psychiques ne sont pas mesurables, précisément parce qu’ils sont psychiques. Cela
nous inviterait à penser que les relations sont encore psychiques et que cela
explique leur indivisibilité. Mais ce n’est pas cet argument qui peut être
retenu : Meinong a précisé que la diversité n’est ni psychique ni
physique : Verschiedenheit an sich ist
natürlicht, wie ich schon anderem Orte berührt habe („Beitrage zur Theorie der psychischen Analyse“ (...)) nichts Physisches, aber auch nichts
Psychisches [32] La diversité en soi n’est naturellement pas physique,
mais elle n’est pas psychique non plus, comme je l’ai déjà touché en un autre
endroit (Remarques sur la Théorie de
l’analyse psychique). Il renvoie ici au groupe des relations
présentées en 1891 comme étant celles qui sont non relatives pour leur essence
à une temporalité (la diversité, l’infériorité, l’incompatibilité). Les
relations en jeu ne sont donc pas psychiques ; elles ne sont pas physiques non
plus, elles relèvent d’un régime d’objectivité qui les fait, semble-t-il,
tendre vers l’objectualité qui sera celle de la Théorie de l’objet. Ceci est
donc cohérent avec l’occurrence de l’expression « objets d’ordre supérieur ».[33]
Il semble donc que les concepts d’objet d’ordre
supérieur, de la distinction entre subsistance et
existence, de l’idéalité non psychologique, des relations comprises comme
n’étant ni physique, ni psychiques, soient entre eux reliés de manière assez consistante
dans l’esprit de Meinong à cette époque. Les relations et leur statut sont
apparemment le véritable problème qui oblige Meinong a faire transiter la
propriété d’idéalité et d’objectualité des relations : c'était une
caractéristique d’états mentaux susceptibles d’avoir un corrélat à valeur
objective dans la réalité ; elle devient une caractéristique des relations
comprises comme étant les objets – externes
et non physiques –, des états mentaux. Sous ce rapport, la problématique interne à la
pensée meinongienne depuis les Hume Studien, stimulée par les conceptions de Ehrenfels et
de Husserl, ne se crée pas à partir de la supposée
adoption par lui de la distinction de Twardowski entre le contenu et l’objet : elle préparerait l’adoption de cette dernière, peut-être ; on pourrait
aussi dire qu'elle conditionne une élaboration autonome de cette distinction reprise
par Meinong, mais à sa façon. Une distinction entre un état mental doté
d’activité et l’objet relationnel qui se trouve présenté à l’esprit, par le
truchement de cette activité, bien qu'il ne soit pas créé par elle, semble être
aussi forte qu’une distinction entre contenu et objet pour des représentations. Un autre grand texte de la période intermédiaire
texte : Beiträge zur Theorie des
psychischen Analyse, suggère à Meinong qu'il y a autant de présentations à
l’esprit de pluralités, que de relations, que l’esprit ne produit pas
et qui ne rentrent dans aucune branche de la distinction élaborée par Brentano entre ce qui est physique et ce qui est mental. Cela signifie
donc que la thèse de l’intentionnalité brentanienne disant que tout contenu de
pensée a un objet immanent (que Twardowski aurait modifiée en proposant une véritable distinction entre
objet et contenu) est déjà écartée par Meinong pour interpréter la façon dont
l’esprit (avec ses contenus) procède selon un registre d’activité : en quoi, il
est alors dirigé vers des entités (pluralités, relations) qui ne sont ni
physiques ni psychiques, et pourtant dotées d’une valeur objective.
Dans le texte sur la signification de la loi de
Weber, on ne peut affirmer que la théorie de l’objet apparaisse à proprement parler, mais Meinong y conçoit
comment des représentations d’ordre supérieur, impliquant semble-t-il un
certain usage des représentations indirectes, donnent accès à des objets non
intuitifs construits sur d’autres, qui eux sont intuitifs, et cela de manière
complexe et réglée. Il y a bien des objets d’ordre supérieur, avant le texte qui se consacre totalement
auxdits objets paru en 1899. Ces objets qui surgissent tout à coup au détour
d’une réflexion sur la mesure, pour laquelle ils deviennent centraux, doivent effectivement
être distingués des contenus qui servent à les viser et à les saisir, en
admettant qu'une organisation relationnelle et complexive dispose les pensées à se tourner vers eux, d’une manière
systématique ou moins strictement, selon le type d’objets à saisir ou à
mesurer. De ce point de vue – c’est-à-dire du point de vue des changements et
avancées, parfois par à-coups, de la réflexion meinongienne toujours centrée autour
de la fondation, de la complexité, des relations et des activités psychiques entre
elles toujours corrélées, la question de la distinction entre contenu et objet des
simples représentations paraîtrait presque hors
sujet au regard de la place qui est de plus en plus accordée aux objets
d’ordre supérieur proprement dits.
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J.-F. Courtine et M. De Launay, « Présentation personnelle », in A. Meinong, Théorie de l’objet et présentation personnelle, Paris, Vrin, 1999.
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Meinong (1896).
Russell (1903).
Russell (1899).
E. Tegtmeier (1981) a élaboré une critique
d’inspiration meinongienne des theories de la mesure de Hempel et de Carnap.
Voir aussi Tegtmeier (1996).
(1921) : p. 29.
Meinong (1899) : p. 380.
Meinong (1908) : p. 149.
[8] Potrc et Vorstenik (1996).
A. Fisher, in Meinong (1899) : p. 480.
Meinong (1903). On trouve en effet dans ce texte des analyses marquant la
séparation entre ce qui relève de l’objet et des états psychologiques. Cf K. Mulligan (2012), pp.157-158 : « Meinong
est néanmoins explicite sur le fait que les relations internes entre couleurs ne relient pas des entités psychologiques. Il
considère en fait que sa théorie de la géométrie des couleurs est l’une de ses
principales réussites en tant qu’adversaire
du psychologisme : « les couleurs sont aussi peu psychologiques que
les places ou les nombres », couleurs et relations entre couleurs étant
seulement les objets possibles d’actes psychologiques. » La
question du mélange des couleurs est aussi et surtout au centre des questions
que pose cet article et des recherches qu’il conduit.
Meinong (1904) & (1906).
Meinong (1896) : p. 92
Meinong (1894) : p. 51.
Ibid, P. 243-244.
Ibid., p. 94. [17]
A. Spaier (1927) : p. 363. Spaier consacre seulement quelques pages à cette
théorie meinongienne de la mesure. Guigon (2005) donne une présentation
fouillée de l’article de Meinong et de son influence sur les Principles de Russell. Tegtmeier (1981 ;
1996/7) est un défenseur d’une théorie de la mesure d’inspiration meinongienne contre des
versions positivistes d’une telle théorie.
Meinong (1896), p 162.
Meinong (1896) : p. 236.
Meinong (1882) : p. 656 sq.
M. Potrc & M. Vospernik (1996): « Des grandeurs non-intuitives comme l’énergie
cinétique ou la vélocité ne peuvent pas être directement données à l’intuition.
La vélocité est la longueur divisée par le temps (..) la vélocité est un
exemple d’objectif. C’est, en fait,
un objet complexe, un complexif » « Nonintuitive magnitudes such as kinetic energy
or speed may not be directly intuited. Speed is length divided by time. (…)
Speed is an example of an objective. It is in fact a
complex object, a complexive. » P. 194.
Meinong (1882) : p. 659.
Meinong (1877) : p. 232.
Meinong (1896) : §15.
Meinong (1896) : p. 108.
1927 : p. 18.
Meinong (1896) p. 125 n.2.
Rappelons le passage où Meinong traite explicitement, dans Über Gegenstandstheorie, de ce qui n’est pas concret, et donc ni
physique ni psychique, comme de quelque chose d’idéal. A cela Meinong ajoute que
l’idéal est toujours, par nature, le Superius – donc bien une entité d’ordre
supérieur. Cf Meinong (1904) : p. 524.

References: § 1

§ 2

§ 3

§ 4
 §46
 §15